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2 avril 2016 6 02 /04 /avril /2016 03:10
 

Dans la chapelle Saint-Pierre, la baie n° 16 mesure 6,60 m de haut et 3,40 m de large. Elle comporte 4 lancettes cintrées  et un tympan de 8 ajours . Le vitrail est organisé en deux registres chacun doté d'une bande de verre blanc où s'inscrit un texte de légende. Les lancettes sont désignées de gauche à droite par une lettre A, B, C et D .

http://www.culture.gouv.fr/public/mistral/palissy_fr?ACTION=CHERCHER&FIELD_1=REF&VALUE_1=PM60003019

 

 

 

 

 

 

 

Plan des vitraux du côté sud du chœur de l'église Saint-Étienne de Beauvais ; d'après J. Lafond, 1929.

Plan des vitraux du côté sud du chœur de l'église Saint-Étienne de Beauvais ; d'après J. Lafond, 1929.

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La chapelle saint-Pierre et la baie n°16, photographie lavieb-aile.

La chapelle saint-Pierre et la baie n°16, photographie lavieb-aile.

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Baie n°16, chapelle Saint Pierre, chœur de l'église Saint-Étienne de Beauvais, photographie lavieb-aile.

Baie n°16, chapelle Saint Pierre, chœur de l'église Saint-Étienne de Beauvais, photographie lavieb-aile.

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I. LE REGISTRE SUPÉRIEUR.

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Baie n°16, chapelle Saint Pierre, chœur de l'église Saint-Étienne de Beauvais, photographie lavieb-aile.

Baie n°16, chapelle Saint Pierre, chœur de l'église Saint-Étienne de Beauvais, photographie lavieb-aile.

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Lancette A ET B. La vocation de saint Pierre et de saint André.

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Lancette A

La Vie de saint Pierre commence par le début : comment il fut, avec son frère André, appelé par Jésus alors qu'il pêchait ,comme le raconte l'Évangile de Matthieu 4:18-20, sur le lac de Galilée,  :

Un jour qu'il marchait au bord du lac de Galilée, il vit deux frères: Simon (qu'on appelle aussi Pierre), et André, son frère, qui lançaient un filet dans le lac, car ils étaient pêcheurs.  Il leur dit:
    ---Suivez-moi et je ferai de vous des pêcheurs d'hommes.

 Ils abandonnèrent aussitôt leurs filets et le suivirent.

Ce lac, d'une superficie de 160 km2 , aux eaux poissonneuses, verra d'autres épisodes de la vie de saint Pierre comme la tempête apaisée (Lc 8, 12,25), la pêche miraculeuse (Lc 5, 4-6), ou la dernière apparition aux disciples alors qu'il était ressuscité (Jn 21, 1s), qui sont ainsi cités par allusion.

L'inscription s'étendait au bas des deux lancettes, mais seule la partie correspondant à la lancette A est conservée :

Iésus voiant les deux frères germains / ---

Car tel grand bien ie vous metray es mai[n]s / ---

Elle est citée par Stanislas de Saint-Germain (1843), par Louis Pihan (1885) et par Jean Lafond (1929).  

 

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Baie n°16, chapelle Saint Pierre, chœur de l'église Saint-Étienne de Beauvais, photographie lavieb-aile.

Baie n°16, chapelle Saint Pierre, chœur de l'église Saint-Étienne de Beauvais, photographie lavieb-aile.

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Dans la partie supérieure, sont dessinés trois saints, et nous reconnaitrons les deux premiers dans la lancette B : saint André, aux cheveux châtain dressés comme des flammes, et saint Pierre, cheveux et barbe blanches. Ils marchent sur un chemin délimité par un plessis d'osier, et se dirigent vers la droite, peut-être vers la rive du lac. Le troisième personnage est sans doute saint Jacques fils de  Zébédé, ou son frère Jean, puisqu'ils furent appelés à suivre Jésus immédiatement après l'appel lancé à Pierre et à André.

La lancette A se suffit donc à elle-même pour illustrer le texte évangélique. 

On remarque l'étrangeté de l'arrière-plan, un château féodal en ruine, hanté par de sombres oiseaux qui se poursuivent. Il me paraît vraisemblable qu'il ne faut pas y voir une relation avec la scène représentée. Ce décor relève à mon sens de l'habitude de l'atelier Le Prince de peindre en grisaille sur un verre bleu des monuments de la région de Beauvais. 

Enfin, on remarque le masque (un visage féminin) dans un cuir maintenu par des consoles.

 

Lancette A, baie n°16, chapelle Saint Pierre, chœur de l'église Saint-Étienne de Beauvais, photographie lavieb-aile.

Lancette A, baie n°16, chapelle Saint Pierre, chœur de l'église Saint-Étienne de Beauvais, photographie lavieb-aile.

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Lancette B. 

Elle est considérée comme une suite de la lancette précédente, Pierre et André, en train de pêcher, levant la tête à l'appel de Jésus. Mais comme les deux frères figurent sur la lancette A, et comme la fin de la légende dit Car tel grand bien ie vous metray es mai[n]s / --- , je propose d'y voir peut-être aussi la Pêche miraculeuse (Luc 5:1-11). Jean Lafond confirme mon intuition, puisqu'il suggère qu'une estampe du maître anversois Dirick Vellert, la Pêche Miraculeuse de 1523, a pu servir de modèle. Il indique que cette estampe a été reproduite dans L'Art flamand et hollandais, 1907, p.115 dans une étude de M.N. Beets sur le graveur jadis connu sous le nom de "Maître de l'Étoile", Dietrich ou Théodore van Staren ou van Stern dont le monogramme comporte une étoile encadrée des lettres D et S. Cette estampe figurait selon le guide de Léon Rosenthal, 1928, dans les collections des Musées du Palais des Arts de Lyon salle 32.

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Baie n°16, chapelle Saint Pierre, chœur de l'église Saint-Étienne de Beauvais, photographie lavieb-aile.

Baie n°16, chapelle Saint Pierre, chœur de l'église Saint-Étienne de Beauvais, photographie lavieb-aile.

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Un paysage maritime.

La scène donne l'occasion à l'artiste de placer en arrière-fond un magistral paysage maritime : les rives de droite sont plantées d'un saule-pleureur et bâties de places-fortes, mais, sur l'eau, évoluent sept ou huit navires de haute mer. La manière dont ils sont disposés évoque l'art des cartographes. Notons que le vitrail date de 1548, il est donc antérieur au Theatrum Orbis Terrarum d'Abraham Ortelius (première édition en 1570), qui diffusera par l'imprimerie les cartes géographiques.

 

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Lancette B (détail), baie n°16, chapelle Saint Pierre, chœur de l'église Saint-Étienne de Beauvais, photographie lavieb-aile.

Lancette B (détail), baie n°16, chapelle Saint Pierre, chœur de l'église Saint-Étienne de Beauvais, photographie lavieb-aile.

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Galéasses et galères, lancette B (détail), baie n°16, chapelle Saint Pierre, chœur de l'église Saint-Étienne de Beauvais, photographie lavieb-aile.

Galéasses et galères, lancette B (détail), baie n°16, chapelle Saint Pierre, chœur de l'église Saint-Étienne de Beauvais, photographie lavieb-aile.

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Carte de Palestine (détail), Theatrum Orbis Terrarum 1570.

Carte de Palestine (détail), Theatrum Orbis Terrarum 1570.

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Bien antérieur au vitrail de Beauvais, je peux citer le célèbre vitrail du Palais Jacques Cœur à Bourges (vers 1450), dans la Salle des Galées  située au premier étage, entre la salle d'apparat et le comptoir ou la chambre des évêques. Il est le seul survivant de " sis grands panneaux de vistres où sont des galées et navires en peinture fort belle ", selon l'état de 1636, .

Il représente selon les auteurs,  un cogge ( un navire marchand)  ou  une " galée ", ou bien une "nef" : c'est un navire de type rond, doté d'un gouvernail d'étambot, gréé d' une seule voile carrée sur un mât unique, et  portant les armes de Jacques Cœur sur la balustrade du château arrière du bateau et dans un oriflamme. Sa silhouette de profil est dessiné en arrière-plan. Le propriétaire se penche vers une barque  qui peut être son annexe, le bateau du pilote local, ou un messager d'un comptoir.
 

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Vitrail de la Salle des Galées du Palais Jacques Cœur, vers 1450, photographie lavieb-aile.

Vitrail de la Salle des Galées du Palais Jacques Cœur, vers 1450, photographie lavieb-aile.

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Le navire du vitrail de Beauvais dispose, lui, de deux mâts (et peut-être un troisième masqué). Il est bordé à clins et est gréé de deux voiles carrée. On distingue aussi le château arrière à toits en pente, et le château avant, et la gabie pour la vigie. Parc ontre, on ne voit ni rames, ni gouvernail.

On le comparera  à la galéasse qui, toujours dans la Chambre des Galées du Palais Jacques Cœur, est présentée en bas relief de pierre au dessus de la porte de sortie . La galéasse avait 3 mâts et une voile carrée et une autre latine. Elle était mue par plus de 100 rameurs.

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Bas-relief de la Salle des Galées du Palais Jacques Cœur, vers 1450, photographie lavieb-aile.

Bas-relief de la Salle des Galées du Palais Jacques Cœur, vers 1450, photographie lavieb-aile.

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Sur le vitrail de Beauvais se voit aussi un navire à deux mâts et 8 rames ; les cinq autres bateaux, plus lointains, sont comparables aux deux premiers. Tous les arrières sont ronds (comme les caraques nordiques) et non carrès (comme les galions et caravelles méditérranéennes). 

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LANCETTE C ET D. Vision de saint Pierre à Joppé.

Lancette C.

C'est l'illustration du texte des Actes des Apôtres 10:9-23 repris en  11:1-18 : C'est cette vision symbolique qui décidera saint Pierre à baptiser le centurion Corneille et à prêcher l'Évangile aux païens. 

 

11:1 Les apôtres et les frères qui étaient dans la Judée apprirent que les païens avaient aussi reçu la parole de Dieu.

2 Et lorsque Pierre fut monté à Jérusalem, les fidèles circoncis lui adressèrent des reproches,

3 en disant: Tu es entré chez des incirconcis, et tu as mangé avec eux.

4 Pierre se mit à leur exposer d'une manière suivie ce qui s'était passé.

5 Il dit: J'étais dans la ville de Joppé, et, pendant que je priais, je tombai en extase et j'eus une vision: un objet, semblable à une grande nappe attachée par les quatre coins, descendait du ciel et vint jusqu'à moi.

6 Les regards fixés sur cette nappe, j'examinai, et je vis les quadrupèdes de la terre, les bêtes sauvages, les reptiles, et les oiseaux du ciel.

7 Et j'entendis une voix qui me disait: Lève-toi, Pierre, tue et mange.

8 Mais je dis: Non, Seigneur, car jamais rien de souillé ni d'impur n'est entré dans ma bouche.

9 Et pour la seconde fois la voix se fit entendre du ciel: Ce que Dieu a déclaré pur, ne le regarde pas comme souillé.

10 Cela arriva jusqu'à trois fois; puis tout fut retiré dans le ciel.

11 Et voici, aussitôt trois hommes envoyés de Césarée vers moi se présentèrent devant la porte de la maison où j'étais.

12 L'Esprit me dit de partir avec eux sans hésiter. Les six hommes que voici m'accompagnèrent, et nous entrâmes dans la maison de Corneille.

13 Cet homme nous raconta comment il avait vu dans sa maison l'ange se présentant à lui et disant: Envoie à Joppé, et fais venir Simon, surnommé Pierre,

14 qui te dira des choses par lesquelles tu seras sauvé, toi et toute ta maison.

15 Lorsque je me fus mis à parler, le Saint Esprit descendit sur eux, comme sur nous au commencement.

16 Et je me souvins de cette parole du Seigneur: Jean a baptisé d'eau, mais vous, vous serez baptisés du Saint Esprit.

17 Or, puisque Dieu leur a accordé le même don qu'à nous qui avons cru au Seigneur Jésus Christ, pouvais-je, moi, m'opposer à Dieu?

18 Après avoir entendu cela, ils se calmèrent, et ils glorifièrent Dieu, en disant: Dieu a donc accordé la repentance aussi aux païens, afin qu'ils aient la vie.

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 Inscription : 

Sai[n]ct Pierre esta[n]t captif e[n] la prison … Luy portans bestes à grand foison ». 

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Lancette C, baie n°16, chapelle Saint Pierre, chœur de l'église Saint-Étienne de Beauvais, photographie lavieb-aile.

Lancette C, baie n°16, chapelle Saint Pierre, chœur de l'église Saint-Étienne de Beauvais, photographie lavieb-aile.

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Je souhaite focaliser mon attention sur deux détails. Le premier est le motif "aux trois roues dentées" de l'étoffe damassée de la tunique de saint Pierre, car il se retrouve constamment sur les verrières de l'atelier Le Prince. Le second, plus notable, est l'utilisation de "verres vénitiens" pour les cinq colonnes de la loggia. J'ai cru m'être offert  la petite satisfaction de croire le reconnaître seul, puis de chercher "verre vénitien Beauvais" sur le moteur de recherche, et de parvenir à un article de Michel Hérold, Le verre des vitraux (XV-XVIe siècle) approche méthodologique, qui indique en note :

Lafond Jean, 1962, « La technique du vitrail : aperçus nouveaux », dans Arts de France, II, p. 248. Un excellent exemple d’imitation de verre vénitien à l’aide de jaune d’argent et d’émaux peut être signalé dans la scène de la vision de saint Pierre à Joppé de Saint-Étienne de Beauvais (baie 16, 1548)."

Autrement dit, j'avais tout faux, il s'agissait d'une imitation. J'espère que vous ignorez tout du verre vénitien et que je vais faire sensation avec cette citation :

"Seul le soufflage en manchon autorise la fabrication de ces verres précieux, appelés verres vénitiens, ou à filets colorés. Ils sont produits à la façon des verres creux dits filigranés : leur principe est d’intégrer des baguettes, ou des fils de verre, le plus souvent rouges, mais aussi bleus, rose violet, ou autres, dans le verre blanc encore en fusion du manchon en cours de façonnage. On reconnaît ces verres à leur absence de relief et à la régularité des stries globalement parallèles et rectilignes, qui ne peuvent suivre, même dans leur usage le plus habile, ni les choix de coupe, ni le détail du dessin. Ces sortes de « rubans » de couleur sont intégrés dans la matière même du verre, mais en restant le plus souvent en surface ou presque. Avec ces repères, il n’est pas possible de confondre verres vénitiens et travaux de gravure sur verre ou encore avec la peinture à l’émail, qui cherchent souvent à les imiter. En France, ces verres sont repérables d’une façon significative à partir des années 1460 environ, et ne sont plus guère employés au-delà de la décennie 1540-1550. Ils sont vraisemblablement très coûteux, si bien que leur usage désigne des verrières dont l'exécution a bénéficié de soins et de moyens financiers particulièrement importants. "

L'imitation de ces rubans de couleur en utilisant des émaux est, de la part du peintre-verrier de Beauvais, non pas la preuve d'un caractère radin, mais celle de sa maîtrise technique. En effet, à la différence du jaune d'argent, qui est une couleur de cémentation, les émaux sur verre  sont des couleurs vitrifiables composées de verre de couleur broyé en poudre, mélangé à des borosilicates et à un liant. Le bleu et le vert sont les premières couleurs inventées suivies du violet et du rouge. Or, les émaux sur verre les plus anciens représentés dans des vitraux, le  bleu et le violet datent de 1532 et sont visibles dans les verrières de l'église paroissiale Saint-Pierre de Montfort-l'Amaury.  A partir de la seconde moitié de la Renaissance, l'utilisation d' émaux translucides (bleu, vert puis violet suivis du rouge) permettra la juxtaposition de plusieurs teintes transparentes sur un seul morceau de verre. Ils sont appliqués le plus souvent sur l'envers des pièces à peindre. Après cuisson, l'émail présente une couche superficielle colorée, brillante, translucide à transparente. Voir infovitrail.com

L'utilisation des émaux sur un vitrail de 1548, avec des couleurs où je distingue du bleu, mais aussi du rouge et de l'orange, est en soit remarquable par la précocité de la date. Mais l'habileté nécessaire pour les disposer en ligne et de façon concentrique me semble fabuleuse. Mais je ne suis pas spécialiste.

 

 

 

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Lancette C, baie n°16, chapelle Saint Pierre, chœur de l'église Saint-Étienne de Beauvais, photographie lavieb-aile.

Lancette C, baie n°16, chapelle Saint Pierre, chœur de l'église Saint-Étienne de Beauvais, photographie lavieb-aile.

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Revenons au sujet du vitrail. Il est aisé de constater que saint Pierre n'est pas peint en posture de Vision extatique ou de prophétique. Il est en train de courir, il se précipite, son manteau rouge emporté par son élan, le pied et la jambe gauche saisis en pleine foulée par l'artiste. Qu'est-ce-qui lui arrive ?

Relisons les Actes :

Et voici, aussitôt trois hommes envoyés de Césarée vers moi se présentèrent devant la porte de la maison où j'étais.

12 L'Esprit me dit de partir avec eux sans hésiter.

Au rez-de-chaussée, deux des trois "hommes de Césarée" frappent à la porte.  Ceux-ci ont été envoyés par le centurion Corneille qui en a reçu l'injonction par un ange qu'il a vu en rêve. Ce sont deux domestiques, et un de ses soldats (celui qui porte un bonnet à plume ?). L'un d'entre eux est revêtu d'un chapeau aux allures de turban et il porte dans son dos, amarré par des lanières, une tête de lion qui est une pièce de sa cuirasse (cf. registre inf. lancette D). 

La scène représentée ici n'est nullement anecdotique. D. Marguerat en fait "un sommet du livre des Actes", car elle représente, pour son auteur (saint Luc), "un évenement dont les répercussions sont considérables et la portée sans limites. Par l'admission du païen Corneille dans la communauté, Pierre ouvre les portes de l'Église à tous les Gentils"

Lors de son séjour à Joppé (Japho, Jaffa, Tel-Aviv), à 48 km au sud de Césarée, Pierre habite dans la maison de Simon le tanneur, qui exerce un métier sale et réprouvé, immonde selon les textes juifs (Ketuboth 7:10) car les tanneurs, au contact avec le sang des dépouilles animales, sont impurs chroniquement. Voir Daniel Marguerat page 357. Simon est  installé à l'écart de la ville, près de la mer (Actes. 10)

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Lancette D.

Cette lancette possède son autonomie, puisqu'elle présente la Vision de Joppé. Sous un masque placé dans un cartouche, comme les trois autres lancettes, Dieu le Père lève une main et envoie sa parole dans une trouée des nuées : "Ce que Dieu a déclaré pur, ce n'est pas à toi de le considérer comme impur. " (Actes 10:15).

Quatre angelots soutiennent la nappe blanche (pureté) où sont tous les quadrupèdes, tous les reptiles et tous les oiseaux ; et l'artiste se révèle un maître en peinture animalière .

En dessous, nous voyons la ville de Joppé, et un homme qui s'apprête à y entrer, épée à la ceinture et plume au bonnet. Un soldat envoyé par Corneille ?

 

 

Lancette D, baie n°16, chapelle Saint Pierre, chœur de l'église Saint-Étienne de Beauvais, photographie lavieb-aile.

Lancette D, baie n°16, chapelle Saint Pierre, chœur de l'église Saint-Étienne de Beauvais, photographie lavieb-aile.

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Lancette D, baie n°16, chapelle Saint Pierre, chœur de l'église Saint-Étienne de Beauvais, photographie lavieb-aile.

Lancette D, baie n°16, chapelle Saint Pierre, chœur de l'église Saint-Étienne de Beauvais, photographie lavieb-aile.

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II. REGISTRE INFÉRIEUR.

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Baie n°16, chapelle Saint Pierre, chœur de l'église Saint-Étienne de Beauvais, photographie lavieb-aile.

Baie n°16, chapelle Saint Pierre, chœur de l'église Saint-Étienne de Beauvais, photographie lavieb-aile.

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Lancette A et B. «Le martyre de saint Pierre crucifié la tête en bas devant Néron».

Les deux lancettes vont de paire, comme le montre la guirlande qui court de l'une à l'autre, tenue par deux têtes de chiens.

Lancette A. 

Cette scène est l'illustration de la Légende Dorée de Jacques de Voragine, telle qu'elle apparaît dans les plus anciens manuscrits en latin, et dont voici la traduction par Teodor de Wyzewa (1910, p.319) :

"Et Pierre, quand il fut en face de la Croix, dit : « Mon maître est descendu du ciel sur la terre, aussi a-t-il été élevé sur la croix. Mais moi, qu'il a daigné appeler de la terre au ciel, je veux que, sur la croix, ma tête soit tournée vers la terre et mes pieds vers le ciel. Car je ne suis pas digne de mourir de la même façon que mon maître Jésus. » Et ainsi fut fait. Cependant, le peuple, furieux, voulait tuer Néron et le préfet, et délivrer l'apôtre : mais celui-ci les priait de ne pas empêcher son martyre.

Et alors Dieu ouvrit les yeux de ceux qui pleurait ; et ils virent des anges debout avec des couronnes de roses et de lys et Pierre, debout entre eux, recevait du Christ un livre dont il lisait tout haut les paroles."

Un soldat surveille le supplice, à droite, main sur la hanche.

Le détail de la crucifixion tête en bas (qui entre dans le cadre d'une mystique du renversement)  ne figure pas dans les extes canoniques, mais dans un texte apocryphes du IIe siècle, les Actes de Pierre, (XXXII) dont la première mention se trouve chez Eusèbe (Histoire ecclésiastique, III, III, 2). Pourtant il est cité par Hippolyte, Origène et plusieurs autres. Il semble avoir été composé en 190 environ, en Syrie ou en Palestine. On n'en possède pas le texte complet, mais divers recoupements permettent d'en reconstituer les trois quarts. La plus grande partie nous est parvenue dans une version latine appelée Actes de Verceil (Actus Vercellenses)  Ms : Biblioteca capitolare, Verceil, Italie (Ms 158) à cause du lieu où fut découvert le manuscrit. Le véritable titre en est Actus Petri cum Simone

Selon ce texte,  Pierre prêche l'Évangile à Rome, , rassemble les disciples, organise l'Église dont il est le premier évêque. Il est arrêté lors des persécutions ­antichrétiennes de Néron, et martyrisé, le même jour que saint Paul. Paul, citoyen romain, est décapité, alors que Pierre est condamné au supplice de la croix.

Inscription :

[Pi]erre estant en

qu peuple

Pour

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Baie n°16, chapelle Saint Pierre, chœur de l'église Saint-Étienne de Beauvais, photographie lavieb-aile.

Baie n°16, chapelle Saint Pierre, chœur de l'église Saint-Étienne de Beauvais, photographie lavieb-aile.

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Lancette B. Néron assistant à l'exécution de Pierre.

La composition de la scène est calquée sur celles qui, dans les Passions, confrontent Jésus avec Caïphe et Ponce Pilate. Les emprunts à ces Passions sont nombreux, comme le bonnet oriental, le ciel hérissé de lances, et  le  chien au pied du trône : on retrouvera ces détails notamment sur les gravures de Dürer

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Baie n°16, chapelle Saint Pierre, chœur de l'église Saint-Étienne de Beauvais, photographie lavieb-aile.

Baie n°16, chapelle Saint Pierre, chœur de l'église Saint-Étienne de Beauvais, photographie lavieb-aile.

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L'inscription, sur un cartouche portant la date de 1548,  est énigmatique :

 maistre pendu

a denffer sera

re . 1548.

Il faut la compléter par celle de la lancette A : 

[Pi]erre estant en maitre pendu

qu peuple a denffer sera

Pour ------------------re . 1548.

Nous pouvons imaginer : Pierre étant en croix dans le sens inverse de son maitre pendu le  peuple réclama qu'on le libère. Pour ses crimes  l'empereur Néron sera envoyé en Enfer Pour ------------------re . 1548.

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Baie n°16, chapelle Saint Pierre, chœur de l'église Saint-Étienne de Beauvais, photographie lavieb-aile.

Baie n°16, chapelle Saint Pierre, chœur de l'église Saint-Étienne de Beauvais, photographie lavieb-aile.

 

 

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Lancette C et D. La conversion de saint Paul.

Là encore, les deux lancettes vont de paire, réunis par la guirlande qui court de l'une à l'autre, tenue par deux masques en croissant .Elles ont aussi en commun les petits animaux (chiens, lapins, perdrix ou canards) en frise dans la partie basse au dessus de  l'inscription rimée suivante :

Sainct Paul tombée à terre à la / renverse  Oyant la voix véhémente

crier Saulle Saulle par trop me contro / verse Les yeux en hault se print à s'escrier

Hélas mon Dieu de moy q[ue] veulx tu faire / Co[n]tent je suis de mon mal satisfaire. 1548.

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Lancette C. La conversion de saint Paul sur le chemin de Damas.

L'épisode est bien connu. Rappelons le texte des Actes des Apôtres 9:1-9

Cependant Saul, respirant encore la menace et le meurtre contre les disciples du Seigneur, se rendit chez le souverain sacrificateur, et lui demanda des lettres pour les synagogues de Damas, afin que, s'il trouvait des partisans de la nouvelle doctrine, hommes ou femmes, il les amenât liés à Jérusalem. Comme il était en chemin, et qu'il approchait de Damas, tout à coup une lumière venant du ciel resplendit autour de lui. Il tomba par terre, et il entendit une voix qui lui disait: Saul, Saul, pourquoi me persécutes-tu? Il répondit: Qui es-tu, Seigneur? Et le Seigneur dit: Je suis Jésus que tu persécutes. Il te serait dur de regimber contre les aiguillons.Tremblant et saisi d'effroi, il dit: Seigneur, que veux-tu que je fasse? Et le Seigneur lui dit: Lève-toi, entre dans la ville, et on te dira ce que tu dois faire. Les hommes qui l'accompagnaient demeurèrent stupéfaits; ils entendaient bien la voix, mais ils ne voyaient personne. Saul se releva de terre, et, quoique ses yeux fussent ouverts, il ne voyait rien; on le prit par la main, et on le conduisit à Damas. Il resta trois jours sans voir, et il ne mangea ni ne but.

En haut, Dieu, ou le Christ tenant l'étendard de la victoire de la Croix, rompt les nuées pour apparaître au cavalier Saul. celui-ci est  en armure et cape de commandement rouge, comme un officier de cavalerie, mais avec un bonnet qui signale qu'il est juif et qu'il est au service du grand sacrificateur pour la persécution des chrétiens. Il tombe à la renverse. Ses hommes sont visibles en arrière-plan, poursuivant les chrétiens.

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Baie n°16, chapelle Saint Pierre, chœur de l'église Saint-Étienne de Beauvais, photographie lavieb-aile.

Baie n°16, chapelle Saint Pierre, chœur de l'église Saint-Étienne de Beauvais, photographie lavieb-aile.

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Lancette D

Les deux cavaliers (avec une belle étude de croupe peut-être inspirée par le Grand Cheval de Dürer, 1505) sont sans doute les membres de la troupe de persécuteurs de chrétiens menés par Saul. 

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Baie n°16, chapelle Saint Pierre, chœur de l'église Saint-Étienne de Beauvais, photographie lavieb-aile.

Baie n°16, chapelle Saint Pierre, chœur de l'église Saint-Étienne de Beauvais, photographie lavieb-aile.

Baie n°16, chapelle Saint Pierre, chœur de l'église Saint-Étienne de Beauvais, photographie lavieb-aile.

Baie n°16, chapelle Saint Pierre, chœur de l'église Saint-Étienne de Beauvais, photographie lavieb-aile.

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III. TYMPAN.

Nous avons à l'extrême gauche Saint Paul conduit au supplice par son bourreau.  

Puis La Décollation de saint Paul devant l'empereur Néron. Le bourrreau porte une culotte  de deux couleurs (bleu et rouge) différentes : cette hétérogénéité est la  caractéristique des métiers marginaux ou réprouvés avant d'être adoptée par les lansquenets. Saint Paul porte la robe damassée aux motifs déjà étudiés propre aux Le Prince.

A droite se déroule une scène bizarre : saint Paul (avec son damas doré) et saint Pierre (avec son manteau rouge) , la tête nimbée de rayons incandescents, arrivent devant l'entrée d'un bâtiment où les attend un personnage au visage simiesque ou satanique, qui tient une lance (une masse d'arme). Selon l'abbé Barraud, c'est L'Apparition de Saint Pierre et de saint Paul à Néron, mais Jean Lafond ne se montre pas plus convaincu que nous, puisque "Néron" n'est pas vêtu comme dans les autres panneaux.  

A l'extrême droite, "on a voulu voir saint Pierre en prière." (J. Lafond).

Au dessous, Saint Pierre et saint Paul sont ensevelis côte à côte par leurs disciples.

 

 

Les vitraux anciens de l'église Saint-Étienne de Beauvais baie n° 6, Le Jugement Dernier  (vers 1522)

Tympan de la baie n°16, chapelle Saint Pierre, chœur de l'église Saint-Étienne de Beauvais, photographie lavieb-aile.

Tympan de la baie n°16, chapelle Saint Pierre, chœur de l'église Saint-Étienne de Beauvais, photographie lavieb-aile.

Tympan de la baie n°16, chapelle Saint Pierre, chœur de l'église Saint-Étienne de Beauvais, photographie lavieb-aile.

Tympan de la baie n°16, chapelle Saint Pierre, chœur de l'église Saint-Étienne de Beauvais, photographie lavieb-aile.

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CONCLUSION.

Jean Lafond a attribué cette verrière à l'atelier des le Prince, et on retrouve un certain nombre des caractéristiques des peintre-verriers de Beauvais : la maîtrise du jaune d'argent, les fabriques d'arrière-plan peints en grisaille sur verre bleu, le damas à trois roues dentées, la riche palette de couleurs. "La date de 1548 convient bien à ce vitral, qui sort peut-être de l'atelier de Nicolas Le Prince" (Jean Lafond 1929 p.102)  On comparera avec fruit la grande rose Sud de la cathédrale, exécutée par Nicolas Le Prince en 1551, et les tympans de la baie n°16 (Saint Pierre) et n°18 (Saint Eustache), ou la baie n°9, signée de Nicolas Le Prince.

.

 SOURCES ET LIENS.

 

Les vitraux de l'église Saint-Etienne sur le site de l'Association Beauvais Cathédrale  ABC :

 http://www.cathedrale-beauvais.fr/nouveausite/saintetienne/vitraux/vitrauxste.html

Le site www.patrimoine-histoire :

http://www.patrimoine-histoire.fr/Patrimoine/Beauvais/Beauvais-Saint-Etienne.htm

Wikipédia :

https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89glise_Saint-%C3%89tienne_de_Beauvais

Site therosewindow

http://www.therosewindow.com/pilot/Beauvais-st-etienne/table.htm

 

— BARRAUD. - Descriptions des vitraux de l'église Saint-Etienne de Beauvais. Mémoires de la Société académique d'archéologie, sciences et arts du département de l'Oise, 1852-1855, II - 4, p. 537-598.

 

  CALLIAS-BEY (Martine) , Véronique CHAUSSÉ , Françoise GATOUILLAT ,Michel HÉROLD, 2001, Les Vitraux de Haute-Normandie, Corpus vitrearum ; Inventaire général des monuments et des richesses artistiques de la France. Commission régionale Haute-Normandie. Nombreuses pages sur l'atelier Leprince, 48-49 etc.

DANJOU (1847), Note sur les vitraux de l'église Saint-Étienne de Beauvais,  Société académique de l'Oise. Mémoires de la Société académique d'archéologie, sciences et arts du département de l'Oise. 1847 (T1) page 62.

http://visualiseur.bnf.fr/ark:/12148/cb32813221g/date1847

— DÉNOIX (Fanny Descampeaux Dénoix des Vergnes ) Beauvais ...Description matérielle : In-18, III-194 p. Édition : Beauvais : tous les libraires , 1868. 2e éd., page 125 et suivante.

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k65168165/f138.image

HÉROLD (Michel), 1995, L'atelier des Leprince et la Normandie, Vitraux retrouvés de Saint-Vincent de Rouen , Rouen, musee des beaux-arts , 190 pages, p. 44-5

HÉROLD (Michel),  2005, Le verre des vitraux (xve-xvie siècles) Approche méthodologique, colloque organisé par l'association Verre et Histoire, 13 au 15 octobre 2005.

http://www.verre-histoire.org/colloques/verrefenetre/pages/p307_01_herold.html

LAFOND (Jean), 1943, Pratique de la peinture sur verre à l'usage des curieux suivi d'un essai sur le jaune d'argent et d'une note sur les plus anciens verres gravés [s. n.] (Rouen) 

— LAFOND (Jean), 1962, La technique du vitrail, aperçus nouveaux, dans Art de France, vol. II, p. 246-248. 

LEBLOND (Dr Victor),1921, L'art et les artistes en Île de France au XVIe siècle  d'après les minutes notariales  . Beauvais & Beauvaisis. Paris : E. Champion ; Beauvais : Imprimerie départementale de l'Oise, 1921. 352 p.-VII, VII pl. ; 25 cm.

LEBLOND (Dr Victor) LAFOND (Jean) 1929, L'Eglise Saint-Etienne de Beauvais. / [Dr.] V[ictor] Le Blond. étude sur les vitraux par Jean Lafond.  Paris. 1929 38 grav. et 1 plan  pages 65-118.

LEBLOND , 1924, Nicolas le Prince, verrier et tailleur d'images  : un artiste Beauvaisin au XVIe siècle / Dr Victor Leblond

 

PERROT (Françoise), GRODECKI (Louis), 1978, Les vitraux de Paris, de la région parisienne, de la Picardie et du Nord-Pas-de-Calais , Inventaire général des monuments et des richesses artistiques de la France Centre national de la recherche scientifique, 1978 - 275 pages

— PIHAN, (abbé L.), 1885,  Beauvais Sa Cathédrale, Ses Principaux Monuments. Beauvais 1885 page 157.

https://archive.org/stream/beauvaissacathd01pihagoog#page/n180/mode/2up

 

— SAINT-GERMAIN (Stanislas de ), 1843, Notice historique et descriptive sur l'église Saint-Etienne de Beauvais page 61 et suivantes.

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6517959k.r=%22saint-etienne%22

VASSELIN (Martine), 2000, « Les donateurs de vitraux au XVIe siècle en France : leurs marques et leurs représentations », Rives nord-méditerranéennes [En ligne], 6 | 2000, mis en ligne le 10 mars 2011, consulté le 06 avril 2016. URL : http://rives.revues.org/61

— WYZEWA (Teodor de ), La légende dorée / le bienheureux Jacques de Voragine ; traduite du latin d'après les plus anciens manuscrits avec une introduction, des notes, et un index alphabétique, par Teodor de Wyzewa  Perrin, Paris 1910   1 vol. (XXVIII-478 p.-[1] f. de front.) ; in-16  

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k202210w/f352.image

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  • "Il faudrait voir sur chaque objet que tout détail est aventure" Guillevic, Théraqué.  "Un peu de Pantagruélisme (vous entendez que c'est certaine gayeté d'esprit conficte en mespris des choses fortuites)" (Rabelais )"prends les sentiers". Pytha
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