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30 septembre 2019 1 30 /09 /septembre /2019 14:21

La "Fontaine de vie" de la baie 25 (transept nord, 1er quart XVIe ) de l'église de la Trinité de Vendôme : relevé des inscriptions théologiques. 

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Voir dans ce blog :

 

Et aussi :

 

 

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PRÉSENTATION.

La première abbaye de la Trinité, affiliée à Cluny, fut fondée en 1032 par Geoffroy Martel, comte de Vendôme ; l'église fut consacrée en 1040, puis remaniée un siècle plus tard : parmi ces derniers travaux, il faut rappeler la construction de la chapelle de la Majesté-Notre-Dame, à l'est du croisillon sud du transept pour laquelle un atelier de l'école angevine pourrait avoir exécuté le vitrail du XIIe siècle, dit »de la Vierge de Vendôme ».

À la fin du XIIIe siècle, l'édifice ainsi aménagé ne paraît plus convenir aux moines qui obtiennent les moyens de reconstruire leur église ; les travaux débutent peu après 1280 par l'élévation du chœur et du déambulateur qui se trouvent simultanément pourvus de vitraux par un donateur de l'entourage du roi, peut-être Jeanne de Châtillon. Cette récente datation des vitraux du chœur (Lillich, 1973) fait reculer leur ancienneté d'une quinzaine d'années par rapport aux dates précédemment retenues.

Les travaux de reconstruction de l'édifice se poursuivent vers l'ouest par la surélévation de l'ancien transept puis la construction de la nef en plusieurs campagnes qui s'échelonnent sur les XIVe et XVe siècle , et jusque vers 1507. Le XVIe siècle est représenté dans les vitraux de la Trinité, du fait des travaux menés après 1492 par Louis de Crevant, 32e abbé de La Trinité de 1487 à 1522. Ce dernier porte le titre de cardinal-abbé de la Sainte-Trinité. Son neveu Antoine de Crevant, dernier abbé régulier (élu) avant le régime de la prébende, lui succède de 1522 à 1539. Il embellit l'abbatiale par la clôture de chœur, le monument de la Sainte-Larme, les stalles et le tombeau de Louis de Cravant, réalisé vers 1530.

La baie 25 qui nous intéresse étant située dans le transept, elle peut être datée du premier quart du XVIe siècle.

Certains  vitraux ont été restaurés en 1875 par l'atelier Lorin, d'autres en  1900 par l'atelier Bonnot,  puis en 1920 les baies du haut-chœur sont réorganisées, , avant une restauration générale après la seconde guerre en 1955-1960 par J.J. Gruber.

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LA BAIE 25, ou VERRIÈRE DE LA FONTAINE DE VIE AVEC LES RESSUSCITÉS.

 Elle occupe le mur sud du transept nord.

Ses 3 lancettes trilobées et son tympan forment une baie de 4 m. de haut et 2,10 m de large. Outre le tympan à 3 soufflets et écoinçons comportant un buste du Christ et des anges du XIXe siècle, et un registre inférieur de verres losangés rouges, les 18 panneaux figurés sont consacrés à une Crucifixion centrale dont le sang alimente une vasque placée dans une cuve hexagonale formant bassin. Le sang de la vasque s'écoule dans cette cuve par des déversoirs en tête de lion.

Le long des parois de la cuve, des dignitaires laïcs (à droite) et religieux (à gauche) sont agenouillés en adoration.

Dans la vasque sont figurés les quatre évangélistes, assis. 

De chaque  coté de la cuve, debout  sur une pelouse, saint Pierre et saint Paul énoncent dans des phylactères les versets de leur épître soulignant que c'est par son sang versé que le Christ a lavé l'humanité de ses fautes.

Enfin, dans l'axe inférieur de l'écoulement du sang, un panneau de grisaille (l'une des faces de la cuve) porte un pavé de citations développant l'argumentation théologique.  

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Les intérêts de cette verrière sont multiples. Pour moi, qui vient de décrire le "Puits de Moïse" de la Chartreuse de Champmol et d''y avoir déceler une Fontaine de vie à la croix surplombant une pile hexagonale, il me plait de développer les comparaisons entre les deux réalisations, à plus d'un siècle d'intervalle (le Puits de Moïse date de 1402 environ). Le point commun, c'est cette théologie mystique qui place au centre de sa  pratique la contemplation du sang du Christ s'écoulant du Crucifix.

L'intérêt vient aussi de la période de datation, correspondant à un renouveau des représentations des Miracles eucharistiques, du culte du Saint-Sacrement, et du débat initié par les théologiens protestants sur la communion sous les deux espèces et sur la présence réelle.

Mais l'un des apports de cet article va être de décrypter le corpus des inscriptions (je n'ai pas trouvé d'auteurs qui se soit livré à cet exercice), et de dévoiler ainsi les références faites aux épîtres de Pierre et de Paul, qui sont placés ici en puissance tutélaire.

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L'iconographie des Fontaines de vie.

On peut, comme  Émile Mâle a commencé à le faire, suivre ce thème iconographique de la Fontaine de vie, et l'associer à celui du Pressoir Mystique. 

Le thème de la Fontaine de vie  a été étudié par Émile Mâle en 1908, et il en donne, outre le vitrail de Vendôme,  les exemples suivants :

 

  • Avignon, tableau du Musée

  • Boumois près de Saumur,, château, vitrail (perdu)

https://archive.org/details/lartreligieuxde00ml/page/114

  • Chinon, fresque de l'église Saint-Mexme (présence de Marie-Madeleine)

https://archive.org/details/lartreligieuxde00ml/page/114

  • Reims, église Saint-Jacques, vitrail (présence de Marie-Madeleine)

  • Saint-Antoine-du-Rocher (Indre-et-Loire), vitrail du XVIe (présence de Marie-Madeleine)

  • Dissais (Vienne), fresque du château (présence de Marie-Madeleine)

  • Jean Bellegambe, Le bain mystique, vers 1525, pour l'abbaye d'Anchin, MBA Lille.

https://www.flickr.com/photos/magika2000/10056052065/

 

 

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Le culte du sang du Christ inclut aussi celui des Cinq Plaies, de  Saint Longin et de la Sainte Lance, du Pressoir mystique,  et la représentation des anges hématophores autour des crucifix (depuis Cimabue et Giotto, et en 1400 à Bruges), mais aussi la légende du Précieux Sang et celle du Graal.  Il aurait été interdit par le pape Pie II en 1464. En 1960, le pape Jean XXIII fit du mois de Juillet celui du Très Précieux Sang. Je trouve en ligne ce texte sur un site catholique:

 

"L’amour et la dévotion au Précieux Sang de Notre Seigneur est présent dès les Epîtres de saint Paul et dans les écrits des Pères de l’Eglise. Ils constituent une méditation sur le sacrifice parfait du Fils de Dieu, qui éteint les vains sacrifices qui, depuis celui d’Abel le Juste, étaient incapables de restaurer pour nous la pleine communion avec le Père Eternel, communion rompue depuis le péché originel. En Occident, la dévotion envers le Très-Précieux Sang s’est développée tant sous l’impulsion de plusieurs mystiques (sainte Catherine de Sienne ou sainte Marie-Madeleine de Pazzi par exemple) que sous celle de nombreux miracles eucharistiques. L’institution en 1849 de la fête du Précieux Sang, qui est comme un complément liturgique de la Fête-Dieu (elle-même complément du Jeudi Saint) revient au Bienheureux Pie IX, lorsque le Pape, chassé de Rome par les révolutionnaires de 1848, revint de son exil de Gaète".

 

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Il faut l'associer aussi  au  thème de l'Agneau mystique, qui réunit la figure christique de l'agneau égorgé de l'Apocalypse (Ap 5,6.8.12.13 ; 6,1.16 ) et la référence à saint Jean-Baptiste (Jn 1:29 ) présentant Jésus en disant "Voici l'Agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde". En Israël,  le mouton constituait le sacrifice le plus fréquent, et lors de la très ancienne fête de Pâque, c’est un agneau que la famille immolait puis mangeait ensemble (cf. Ex 12 ; 34,18 ; Lv 25,5-8 ; Nb 28,16-25; Dt 16,1-8). C'est ce que les frères Van Eyck ont représenté sur le Polyptyque de Gand en 1420-1432.

Il inclut aussi le culte des Stigmates reçues par saint François au XIIIe siècle, ou plus généralement de toutes les blessures sacrées,comme celles infligées à saint Sébastien.

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Le culte du Sang du Christ : l'aspersion des fidèles et l'épître de Pierre.

Mais en réalité, il faut peut-être en trouver l'origine dans le début  de la première épître de l'apôtre Pierre : 1Pierre 1:1-2 : "Pierre, apôtre de Jésus Christ, à ceux qui sont étrangers et dispersés dans le Pont, la Galatie, la Cappadoce, l'Asie et la Bithynie, et qui sont élus selon la prescience de Dieu le Père, par la sanctification de l'Esprit, afin qu'ils deviennent obéissants, et qu'ils participent à l'aspersion du sang de Jésus Christ: que la grâce et la paix vous soient multipliées!"

 

Dans une tournure encore plus frappante, Jean-Paul II concluait ainsi son audience aux pèlerins de Sanguis Christi : "dans l'amour de Celui qui nous a "aspergés de son sang" (cf. 1 P 1, 2), je vous bénis tous de grand coeur.".

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Une pratique dévotionnelle monastique : la contemplation de l'aspersion par le Crucifié.

De nombreux documents iconographiques montrent un moine (notamment saint Dominique) contemplant un crucifix sur lequel le Christ est ensanglanté de manière accentuée : non seulement les plaies des mains s'écoulent sur le sol, les plaies des pieds coulent le long de la croix et forment un ruisseau qui descend les pentes d'un Golgotha plus ou moins esquissé, mais surtout un jet puissant jaillit du flanc droit et dessine un arc en direction du moine, l'aspergeant sans néanmoins l'atteindre.

Cette pratique de dévotion participative (dont le but était de ressentir physiquement les douleurs et émotions du Christ lors de la Passion) est donc centrée sur l'écoulement du sang. Elle est illustrée dès le XIIIe siècle (1260- 1280) dans le De modo orandi.

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Un thème associé :  Marie-Madeleine au pied de la Croix où  ruisselle le sang du Christ.

La figure de Marie-Madeleine agenouillée au pied de la croix, les mains tendues vers le Christ, ou les bras étreignant la Croix (le sang passant alors dans l'arche de ses bras) est devenue un modèle pour les moines, d'autant qu'à l'écoulement du sang se mêlait celui des larmes : aspersion du sang et "baptême des larmes".

L'importance accordée à l'écoulement des larmes des fidèles comme participation à la Passion, écoulement de repentir et de compassion dont Marie-Madeleine est l'exemple, est d'autant plus présent à Vendôme où se vénérait la Sainte Larme, une relique des larmes versées par Jésus lors de la mort de Lazare. La relique recueillie par un ange aurait été confiée ensuite à Marie-Madeleine, puis serait arrivée de Constantinople à Vendôme dès le XIe siècle, et attirant ensuite les foules en pèlerinage. En 1528, un monument Renaissance décoré de larmes sculptées fut édifié autour de l'armoire à relique.  

On n'oubliera pas également qu'en 1474, le comte de Vendôme y avait décidé la construction de l'église Sainte Marie-Madeleine avec le soutien des habitants, et des confréries de vigneron.

Certes, l'artiste n'a pas représenté la sainte sur ce vitrail, mais une chapelle lui est dédiée dans l'abbaye, avec un vitrail la montrant aux pieds du Christ lors du repas chez Simon. D'autre part, et surtout, la baie 25 de la Fontaine de vie était accompagnée, au transept nord, par un vitrail de Madeleine pénitente en baie 23, aujourd'hui perdu.  Enfin, un bénédictionnaire la représente au pied de la Croix, la paume de la main placée sur le ruisseau de sang.

 

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Bénédictionnaire à l'usage de l'abbaye de Vendôme, 1522-1539, BM Vendôme ms 00015 f. 30v

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Ce n'est pas tout, puisque l'une des deux jouées des stalles (datant de cette période 1522-1539, postérieure à notre vitrail, où Antoine de Crevant était abbé) représente Marie-Madeleine au pied de la Croix. Le panneau inférieur est sculpté de deux grosses larmes.

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Joue sud-est des stalles de l'église de Vendôme. Photographie lavieb-aile.

 

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DESCRIPTION DU VITRAIL.

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Baie 25,la Fontaine de vie, XVIe s. transept nord de l'église de la Trinité à Vendôme. Photographie lavieb-aile août 2019.

Baie 25,la Fontaine de vie, XVIe s. transept nord de l'église de la Trinité à Vendôme. Photographie lavieb-aile août 2019.

Baie 25, la Fontaine de vie, XVIe s. transept nord de l'église de la Trinité à Vendôme. Photographie lavieb-aile août 2019.

Baie 25, la Fontaine de vie, XVIe s. transept nord de l'église de la Trinité à Vendôme. Photographie lavieb-aile août 2019.

Baie 25, la Fontaine de vie, XVIe s. transept nord de l'église de la Trinité à Vendôme. Photographie lavieb-aile août 2019.

Baie 25, la Fontaine de vie, XVIe s. transept nord de l'église de la Trinité à Vendôme. Photographie lavieb-aile août 2019.

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Le circuit du Sang.

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Le sang s'écoule en flots continus des mains, du flanc et des pieds du Christ sous la forme de cinq épais rubans rouges. Ces cinq rubans convergent en un seul qui coule le long de la croix.

Il remplit alors une vasque, sur les bords de laquelle sont assis les quatre évangélistes (saint Jean est le 3ème à partir de la gauche).

 

La vasque se vide par des déversoirs en tête de lion dans une cuve hexagonale où Adam et Ève vénèrent la Croix, les mains jointes. .

Le long des parois de la cuve, des dignitaires laïcs (à droite) et religieux (à gauche) sont agenouillés en adoration.

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Baie 25, la Fontaine de vie, XVIe s. transept nord de l'église de la Trinité à Vendôme. Photographie lavieb-aile août 2019.

Baie 25, la Fontaine de vie, XVIe s. transept nord de l'église de la Trinité à Vendôme. Photographie lavieb-aile août 2019.

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Baie 25, la Fontaine de vie, XVIe s. transept nord de l'église de la Trinité à Vendôme. Photographie lavieb-aile août 2019.

Baie 25, la Fontaine de vie, XVIe s. transept nord de l'église de la Trinité à Vendôme. Photographie lavieb-aile août 2019.

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Le Christ en croix.

Le pan gauche  du pagne est flottant, comme sur les gravures allemandes et rhénanes du temps.

La chevelure est peinte à la sanguine.

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Baie 25, la Fontaine de vie, XVIe s. transept nord de l'église de la Trinité à Vendôme. Photographie lavieb-aile août 2019.

Baie 25, la Fontaine de vie, XVIe s. transept nord de l'église de la Trinité à Vendôme. Photographie lavieb-aile août 2019.

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Baie 25, la Fontaine de vie, XVIe s. transept nord de l'église de la Trinité à Vendôme. Photographie lavieb-aile août 2019.

Baie 25, la Fontaine de vie, XVIe s. transept nord de l'église de la Trinité à Vendôme. Photographie lavieb-aile août 2019.

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Saint Pierre tenant sa clef, et un évangéliste (Matthieu ?) écrivant son Livre, au dessus d'Adam.

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Baie 25, la Fontaine de vie, XVIe s. transept nord de l'église de la Trinité à Vendôme. Photographie lavieb-aile août 2019.

Baie 25, la Fontaine de vie, XVIe s. transept nord de l'église de la Trinité à Vendôme. Photographie lavieb-aile août 2019.

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Saint Pierre et son phylactère.

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Le texte :

Benedictus Deus et Pater Domini nostri Jesu Christi, qui secundum misericordiam suam magnam regeneravit nos in spem vivam, per resurrectionem Jesu Christi ex mortuis.

Première épître de Pierre 1:3 "Béni soit Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus Christ, qui, selon sa grande miséricorde, nous a régénérés, pour une espérance vivante, par la résurrection de Jésus Christ d'entre les morts,"

https://www.biblegateway.com/passage/?search=I+Petri+1%3A3&version=VULGATE

Le commanditaire n'a pas retenu le verset  2, aspersionem Jesu Christi, pourtant plus spectaculaire et plus adapté à l'image, et  il faut donc replacer le verset 3 de la première épître de Pierre dans son contexte initial. Il faut aussi lire les versets explicites 18 à 23 :

"sachant que ce n'est pas par des choses périssables, par de l'argent ou de l'or, que vous avez été rachetés de la vaine manière de vivre que vous avez héritée de vos pères,   mais par le sang précieux de Christ, comme d'un agneau sans défaut et sans tache, prédestiné avant la fondation du monde, et manifesté à la fin des temps, à cause de vous, qui par lui croyez en Dieu, lequel l'a ressuscité des morts et lui a donné la gloire, en sorte que votre foi et votre espérance reposent sur Dieu. [...] Car Toute chair est comme l'herbe, Et toute sa gloire comme la fleur de l'herbe. L'herbe sèche, et la fleur tombe;  Mais la parole du Seigneur demeure éternellement."

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Baie 25, la Fontaine de vie, XVIe s. transept nord de l'église de la Trinité à Vendôme. Photographie lavieb-aile août 2019.

Baie 25, la Fontaine de vie, XVIe s. transept nord de l'église de la Trinité à Vendôme. Photographie lavieb-aile août 2019.

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Adam dans la cuve et son phylactère-bulle.

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Le texte :

 

Sed in misericordiam suam, Salvos, nos fecit per lavacrum regenerationis et renonationis

 Il s'agit de l'épître à Tite, 3:4  "[il nous a sauvés, non à cause des œuvres de justice que nous faisions,] mais selon sa miséricorde, par le bain de la régénération et en nous renouvelant par le Saint-Esprit". (trad. Crampon)

La référence au sang n'apparaît pas, mais le mot adapté à la scène est celui de Lavacrum "bain, purification"  . Le sang du Christ lave l'humanité (figurée par Adam et Ève) de ses péchés.

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Baie 25, la Fontaine de vie, XVIe s. transept nord de l'église de la Trinité à Vendôme. Photographie lavieb-aile août 2019.

Baie 25, la Fontaine de vie, XVIe s. transept nord de l'église de la Trinité à Vendôme. Photographie lavieb-aile août 2019.

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Saint Paul et son phylactère-bulle.

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Texte : 

 

blasphemus fui, et persecutor, sed misericordiam consecutus sum, quia ignorans feci in incredulitate.

Paul épître à Timothée 1:13   "Je rends grâces à celui qui m'a fortifié, à Jésus Christ notre Seigneur, de ce qu'il m'a jugé fidèle, en m'établissant dans le ministère, moi qui étais auparavant un blasphémateur, un persécuteur, un homme violent. Mais j'ai obtenu miséricorde, parce que j'agissais par ignorance, dans l'incrédulité;"

https://www.biblegateway.com/passage/?search=1+Timoth%C3%A9e+1&version=SG21

Paul expose la grâce ou miséricorde dont il a bénéficié malgré ses torts envers le Christ et les chrétiens. Dans le contexte de la citation d'Adam, il a été lavé de ses péchés. Une citation plus importante d'une épître de Paul, celle aux Hébreux, sera donné dans le registre inférieur.

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Baie 25, la Fontaine de vie, XVIe s. transept nord de l'église de la Trinité à Vendôme. Photographie lavieb-aile août 2019.

Baie 25, la Fontaine de vie, XVIe s. transept nord de l'église de la Trinité à Vendôme. Photographie lavieb-aile août 2019.

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Ève dans la cuve et son phylactère.

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sanguis Ihesu emundat nos ab omni peccato.

"le sang de Jésus Christ son Fils nous purifie de tout péché."

 Il s'agit du verset Jean 1:4, et donc du tout début de l'évangile de Jean. Le verbe emundo "nettoyer, purifier" a donner en français "émonder".

C'est le verset clef, énonçant clairement que le sang s'écoulant du Christ crucifié lave et purifie de tout péché : la Fontaine de sang est une figuration du Salut ou Rédemption.

Je rappelle que Jean est représenté, comme Pierre et Paul les deux autres auteurs, au bord de la Fontaine.

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Baie 25, la Fontaine de vie, XVIe s. transept nord de l'église de la Trinité à Vendôme. Photographie lavieb-aile août 2019.

Baie 25, la Fontaine de vie, XVIe s. transept nord de l'église de la Trinité à Vendôme. Photographie lavieb-aile août 2019.

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LE REGISTRE INFÉRIEUR : LES RESSUSCITÉS, ET L'ARGUMENT THEOLOGIQUE.

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Le clergé à gauche.

Un pape est suivi par deux cardinaux et deux évêques, puis des hommes barbus (des laïcs) vêtus de capes .

Les papes entre 1503 et 1521 sont Jules II puis Léon X. 

Cette assemblée rappelle si bien celle de l'Adoration de l'Agneau mystique de Gand que nous pouvons la considérer comme une citation.

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Baie 25, la Fontaine de vie, XVIe s. transept nord de l'église de la Trinité à Vendôme. Photographie lavieb-aile août 2019.

Baie 25, la Fontaine de vie, XVIe s. transept nord de l'église de la Trinité à Vendôme. Photographie lavieb-aile août 2019.

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Les laïcs à droite.

Un empereur, un roi et une reine, d'autres personnages. Même emprunt à l'Agneau mystique

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L'inscription inférieure est difficile à déchiffrer hormis --- filii nostri.

 

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Baie 25, la Fontaine de vie, XVIe s. transept nord de l'église de la Trinité à Vendôme. Photographie lavieb-aile août 2019.

Baie 25, la Fontaine de vie, XVIe s. transept nord de l'église de la Trinité à Vendôme. Photographie lavieb-aile août 2019.

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Les inscriptions centrales.

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1°) En haut.

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Si enim sanguis hircorum et taurorum, et cinis vitulae aspersus inquinatos sanctificat ad emundationem carnis: quanto magis sanguis Christi, qui per Spiritum Sanctum semetipsum obtulit immaculatum Deo, emundabit conscientiam nostram ab operibus mortuis, ad serviendum Deo viventi. épître aux Hébreux 9:13-14

 

"Car si le sang des taureaux et des boucs, et la cendre d'une vache, répandue sur ceux qui sont souillés, sanctifient et procurent la pureté de la chair, combien plus le sang de Christ, qui, par un esprit éternel, s'est offert lui-même sans tache à Dieu, purifiera-t-il votre conscience des oeuvres mortes, afin que vous serviez le Dieu vivant!"

https://www.biblegateway.com/passage/?search=Hebraeos+9%3A13&version=VULGATE

Nous retrouvons le mot emundat, traduit ici par "purification". Saint Paul oppose les sacrifices animaux des Juifs, à but expiatoire (ou propiatoire), et le sacrifice du Christ lors de sa Passion qui a valeur de "rachat". Le texte, fondamental, est lu lors de l'office Pretiosissimi sanguinis

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2°) En bas à gauche.

 

qui dilexit nos, et lavit nos a peccatis nostris in sanguine suo,et fecit nos regnum, et sacerdotes Deo et Patri suo. Jean, Apocalypse 1:5-6

"A celui qui nous aime, qui nous a délivrés de nos péchés par son sang,  et qui a fait de nous un royaume, des sacrificateurs pour Dieu son Père."

https://www.biblegateway.com/passage/?search=Apocalypse%201&version=LSG;VULGATE

 

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3°) En bas à droite.

 Christus dedit semetipsum pro nobis , ut nos redimeret ab omni iniquitate. Épître à Tite, 2: 14

"Jésus-Christ, qui s'est donné lui-même pour nous, afin de nous racheter de toute iniquité

[et de se faire, en nous purifiant, un peuple qui lui appartienne, et qui soit zélé pour les bonnes oeuvres.]"

Voir aussi Galates 1:4

https://www.biblegateway.com/passage/?search=Galates%201&version=LSG;VULGATE

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Baie 25, la Fontaine de vie, XVIe s. transept nord de l'église de la Trinité à Vendôme. Photographie lavieb-aile août 2019.

Baie 25, la Fontaine de vie, XVIe s. transept nord de l'église de la Trinité à Vendôme. Photographie lavieb-aile août 2019.

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SOURCES ET LIENS.

— GRODECKI (Louis), PERROT (Françoise) FINANCE (Laurence de) et al. 1981, Les vitraux du Centre et des Pays de la Loire, Corpus vitrearum vol. II, ed. du CNRS

 

MÂLE (Emile), 1908, L'art religieux à la fin du Moyen-Âge en France, Pari, page 103 et suiv.

https://archive.org/details/lartreligieuxde00ml/page/110 s

 

— PLAT (Gabriel),1934, l'église de la Trinité de Vendôme, 

http://www.vendomois.fr/societeArcheologique/ressources/livres/triniteVendome.pdf

 

"Le grand vitrail de la " Fontaine de Vie », qui garnit une fenêtre du croisillon nord est d' un médiocre intérêt artistique, mais sa valeur théologique et son intérêt iconographique l ' ont rendu célèbre. Dans le même croisillon, un pittoresque panneau représente la Madeleine à la Sainte-Baume."

—VENARD  Marc Venard, « Le Sang du Christ : sang eucharistique ou sang relique ? », Tabularia [En ligne], Les « Précieux Sangs » : reliques et dévotions, mis en ligne le 26 juin 2009, consulté le 28 septembre 2019. URL : http://journals.openedition.org/tabularia/1128 ; DOI : 10.4000/tabularia.1128

https://journals.openedition.org/tabularia/1128#ftn16

— Fête du Précieux Sang

https://www.introibo.fr/Le-Precieux-Sang-1er-juillet

http://www2.culture.gouv.fr/documentation/enlumine/fr/BM/vendome_016-01.htm

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Published by jean-yves cordier - dans Vitraux

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