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10 octobre 2014 5 10 /10 /octobre /2014 22:50

La chapelle Notre-Dame-de Tréminou à Plomeur (29) : la bannière, les vitraux, etc.

 

 

 Cet article rend hommage à l'Association Les Amis de Tréminou ; j'emprunte quelques photos sur le net en espérant l'indulgence de Ouest-France et du Télégramme.

     

                                      

L'association « Les Amis de la Chapelle de Tréminou », présidée par Corentin Goudedranche, prépare activement le grand pardon du doyenné. Elle lance un appel aux bénévoles et organise ce mardi 11 septembre à 10 h une nouvelle réunion au presbytère.

 

 

 

  Jusqu'au XVIIIe siècle, le pardon d'Itron Varia Treminou fut le pardon le plus fréquenté du pays bigouden, un véritable lieu de pèlerinage pour les fidèles du Cap Sizun qui, par exemple s'y rendaient à pied. On venait ici vénérer la Vierge, notamment pour les jeunes enfants qui éprouvaient des difficultés à marcher ou à parler.


Notre-dame-de-Treminou 0712c

 


I. La bannière.

Voir :

Les bannières Le Minor.

Les deux bannières de St-Trémeur au Guilvinec.

La bannière de Annaïg Le Berre à Ty Mamm Doué (29).

Les bannières, c'est comme les papillons. Le pardon de Kerdévot.

La bannière paroissiale de Saint-Nic (29).

Les bannières de la paroisse d'Ergué-Gabéric (29) : Tonkin!

L'église Saint-Nonna à Penmarc'h : bannières et statues.

Église de Gouesnou : les statues zé les bannières.

Les inscriptions et les bannières de l'église de Saint-Jean-du-Doigt.

etc...

 Cette bannière est exceptionnelle non seulement par sa réussite esthétique, mais surtout parce qu'elle a été réalisée par les paroissiennes elles-mêmes. Quel travail ! Quelle réussite !

1. Face principale : La Vierge à l'Enfant; Inscription ITRON VARIA TREMINOU (Notre-Dame de Tréminou).


             banniere 0714c


      On reconnaît vite la statue en bois polychrome du XVe siècle de la Vierge à l'Enfant vénérée ici sous le nom de Notre-Dame de Tréminou : posée sur un piédestal de granit orné de feuilles d'acacias, la patronne du lieu est couronnée et voilée de son manteau  ; celui-ci, bleu aux étoiles et fleurs d'or, révèle son revers rouge en d'élégants plis autour des manches, et dans le retour d'un pan vers l'épaule gauche. Elle tient son Fils, qu'elle regarde avec attention, sur le bras gauche et lui présente ce qui est décrit comme une pomme de pin ; j'hésite pour ma part avec une grappe de raisin, symbole du sang qui sera versé, et donc symbole de l'avenir tracé pour l'Enfant rédempteur dans un tragique plan de Salut dont les souffrances  n'échappent pas à la maman. De même, la sphère dorée sur laquelle Jésus pose la main gauche est considérée comme une pomme, mais cela peut aussi être le globe du Monde. Le visage de l'enfant est particulièrement réussi, alliant la fraîche naïveté et le charme propre à son âge avec la gravité de son rôle.


                                 Notre-dame-de-Treminou-0756c.jpg

 

Une autre Vierge à l'Enfant, plus rustique mais non moins charmante, est conservée dans la chapelle. En bois polychrome, elle est datée du XVIe.  Cette fois-ci, les cheveux ne sont pas recouverts et retombent sur les épaules et le buste, le visage aux joues pleines et rouge est d'une simplicité désarmante ; le manteau bleu à revers rouge et à décors dorés est assez proche de la statue précédente, la robe est rouge et non plus dorée, et c'est ici le soulier gauche qui avance sa pointe noire sous les replis.  

  Elle porte le nom de Notre-Dame-de-la-Délivrance, et elle repose sur un socle de granit en forme de tête à chaperon bourguignon. 

D'où lui vient son nom ? (A l'église paroissiale, une Vierge enceinte porte le même titre). D'où vient qu'elle était vénérée par les femmes enceintes pour se protéger des dangers de la grossesse et de l'accouchement ? Très vraisemblablement de l'étrange aspect de l'Enfant-Jésus, inhabituellement placé en diagonale sur le bras droit, comme chétif et agité, la tête renversée dans l'amorce d'un opisthotonos ; il évoque un bébé qui vient de naître.

 

                       Notre-dame-de-Treminou 0755c

 

 

 L'autre face de la bannière porte une inscription et une broderie reprenant les thèmes bigoudens.

Vous pouvez lire PLOMEUR  MAMM DA ZOUE KLEVIT PEDEN HO PUGALE,

                    "Mère de Dieu Entendez la prière de vos enfants."

 


                   banniere 0716c

 

                        banniere 0775c

 

Mais si nous regardions en l'air ? Les sablières valent la peine d'être détaillées, accompagnées d'une inscription indiquant que "Ce bas d'église a été boisé lorsque Ian Le Bouller estait Fabrique l'an 1665".

 


 sablieres 0750c

 

sablieres 0744c

 

sablieres 0752c

 

 

Il serait temps désormais d'aller regarder de près les vitraux de l'atelier HSM, acronyme derrière lequel se cache Hubert Sainte-Marie, maître-verrier de Quintin. Ils portent la date de 1967.

Les quatre lancettes de la maîtresse-vitre sont consacrés, comme de juste, par une Passion, avec une utilisation exclusive des couleurs rouge, vert et jaune, le bleu étant réservé au fond. Dans ce fond, comme dans les vitraux anciens, un paysage architecturé est dessiné en grisaille au centre (Jérusalem), avec une petite chapelle et un bocage dans les coins supérieurs et des fleurs en rosette en parterre. Remarquez les deux lettres ML (Mauvais Larron ?) sur le panneau B5 et la lettre [B] L en B4, sur les titulus (ou plutôt tituli) des larrons. Cherchez aussi les soldats tirant au sort aux dès la tunique du Christ.. Au tympan des anges portent des écus armoriés que je n'ai pas détaillé, mais qui pourraient correspondre à ceux mi parti du Juch : Voir la description de l'ancienne verrière par Jean-Pierre Le Bihan 

 

                vitraux 0718c

 


En baie 1 (de mémoire), et donc au nord, la Vierge et les saints personnages en verre coloré se détachent dans la lumière d'un verre blanc, comme dans la technique ancienne des verrières en litre.

                           vitraux 0722c

 

La Pentecôte : la Vierge reçoit la colombe du Paraclet alors que les apôtres bénéficient de la langue de feu qui leur confère le don des langues et l'inspiration nécessaire au prêche de la Bonne Nouvelle. Là encore, l'économie des verres colorés sur fond bleu clair assure à l'ensemble une luminosité recueillie et paisible.

 


                    vitraux 0723c

 

 

 

 

                              vitraux 0724c

 

Que voyez-vous ici ? Pour moi, après avoir admiré les statues de Notre-Dame, je me dis que cela représente les paroissiens et paroissiennes (avec leurs coiffes stylisées) venant prier la Vierge et son Fils et leur présenter leurs enfants.

 

                        vitraux 0725c

 


Il y a encore beaucoup de choses à admirer ici, une Pietà, un Jean-Baptiste, un saint Herbot, une Marguerite issant de son dragon et tenant la palme du martyre. Mais j'ai profité des reflets dansants de la baie 2 pour photographier la belle statue de sainte Élisabeth dans ce qui peut être un fragment d'une Visitation :

 

                    Notre-dame-de-Treminou 0741c

 

 

                                   Notre-dame-de-Treminou 0762c

 

 

 Saint Roch pour terminer, et vous protéger de la peste, et de toutes les Pestes qui courent le Monde.

                           Notre-dame-de-Treminou-0757c.jpg

 

 

Sources et liens.

 

J'emprunte cette bibliographie à titre indicatif, mais, pour une fois, j'ai rédigé cet article sans consulter les sources.

Couffon R., « Notre-Dame de Roscudon et l’atelier de Pont-Croix », Mémoires de la Société d’histoire et d’archéologie de Bretagne, t. XXXI, 1951, pp. 5-36.

Couffon R., Le Bars A., Diocèse de Quimper et de Léon. Nouveau répertoire des églises et chapelles, Quimper, Association diocésaine de Quimper, 1988, p. 253.

Duigou S., Les Chapelles du pays Bigouden, Rennes, Ouest-France, 1976, pp. 23-27.

Duigou S., Guide du pays bigouden insolite, Quimper, Éditions Ressac, 1988, pp. 9-11, pp. 31-32.

Duigou S., La Révolte des Bonnets Rouges en pays bigouden, Quimper, Éditions Ressac, 1989, pp. 8?9.

Malo-Renault J., « La Chapelle Notre-Dame de Tréminou », Bulletin diocésain d’histoire et d’archéologie, t. XXVI, 1927, pp. 232-245.

Nédelec P.-J., Notre-Dame de Tréminou, la Torche, Beuzec en Plomeur, Châteaulin, Éditions d’Art J. Le Doaré, 1965, pp. 2-9.

Peyron P., « Églises et chapelles du diocèse de Quimper », Bulletin de la Société archéologique du Finistère, t. XXXI, 1904, pp. 18-41, p. 21.

 

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Published by jean-yves cordier
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  • "Il faudrait voir sur chaque objet que tout détail est aventure" Guillevic, Théraqué.  "Un peu de Pantagruélisme (vous entendez que c'est certaine gayeté d'esprit conficte en mespris des choses fortuites)" (Rabelais )"prends les sentiers". Pytha
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