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8 octobre 2012 1 08 /10 /octobre /2012 21:00

Les retables et panneaux sculptés germaniques dédiés aux Dix mille martyrs .

 

 Sur le même sujet :

 

  Le retable de Crozon n'est plus tout seul : le Bildindex der Kunst und Architektur des Bildarchivs Foto Marburg qui rassemble les photographies d'œuvres d'art et de monuments en Allemagne, Autriche, Suisse  m'a permis de lui trouver des compagnons regroupés sous l'iconclass 11H Achatius 61* !

* l'Iconclass est un système de classification des images . Les historiens d'art, les chercheurs et les conservateurs l'utilisent pour décrire, classer et examiner la question des images représentées dans les différents médias tels que les peintures, dessins et photographies. De nombreuses institutions à travers le monde utilisent Iconclass pour décrire et classer leurs collections de manière standardisée.

  Ces retables et productions germaniques témoignent d'un motif iconographique particulier, et dont l'étude reste à faire, et pour laquelle je dois créer une désignation propre : celle des martyrs transpercés par des branches acérées. Si on désignait par "type I, ou Crozonnais" (On admettra que le retable de Crozon est digne de servir d'archétype) la représentation des martyrs crucifiés on pourrait opter pour "Type II, ou germanique", la représentation des martyrs transpercés, et "type III, mixte" pour l'association des deux, comme sur l'enluminure du Grand Livre d'Heures d'Anne de Bretagne.

L'intitulé de l'iconclass 11 h Achatius 61 est en effet la suivante : "le martyre d'Achatius et de ses 10.000 compagnons. Ils sont crucifiés et/ou empalés sur des arbres et des épines." Il ne différencie pas les deux types.

 

  Il est évident que ce motif est infidèle à la Légende originelle, celle d'Anastase le bibliothécaire, qui décrit le supplice des Dix mille martyrs comme une sainte "imitation" de la passion du Christ : les motifs de la flagellation, la lapidation, les outrages, le couronnement d'épines, et le crucifiement lui sont par contre fidèles. Il est donc nécessaire de savoir quand et comment s'est construit, inspiré par le parallèle entre saint Acacius et l'acacia aux épines blessantes, une seconde version de la légende (Légende type II !) dans lequel les martyrs sont précipités du haut d'une montagne vers des arbres épineux dont les branches les transpercent (j'évite le verbe, ambiguë, d' "empaler"). Sous le regard des empereurs, menés par des soldats, ils chutent et meurent de leurs blessures.

  

 

  

 

 

1. Johanneskirche (Schwaigern).

Type II, germanique.

 Église évangélique du 13e siècle de Saint-Jean de Schwaigern, district de Heilbronn, nord du Bade-Wurtemberg 

Le retable des martyrs (die märtyreraltar) est sculpté avec un caisson en épicéa, et les volets ont été taillées dans du bois de tilleul. L'élement  central est de 174 cm de haut et 123 cm de large. Il montre que saint Acace et ses compagnons. Les intérieurs des volets montrent des bas-reliefs de Marie avec l'enfant Jésus et Jean l'Evangéliste. Les faces extérieures des volets gauche et droite montrent que saint Sébastien et saint Christophe, alors qeu leur face intérieure porte des bas-reliefs de Catherine  (à gauche) et Barbara (à droite). 

Le retable peut être considéré comme une extension des techniques de Niclas Gerhaert van Leyden et Tilman Riemenschneider  et est donc daté de la période autour de 1520-1525.

            Photographie : Peter Schmelzle

Fichier: Schwaigern-maertyreraltar.jpg

 

 

 

Photo : bildindex mi13342b12a (rognée) Voir une meilleure image en couleur sur le site ici :http://www.bildindex.de/#|1 sous le code sskkf12453-13

mi13342b12acorr

 

 

2. Allerheiligehaltar , Münster St. Maria und Markus (Reichenau-Mittelzell).

Type III, mixte.

 La cathédrale de Sainte-Marie et Saint-Marc est une ancienne  église romane bénédictine  sur l'île de Reichenau dans le lac de Constance . La cathédrale est l'abbatiale de l'important monastère de Reichenau , et c'est la plus grande des trois églises romanes de l'île.

  Le triptyque de tous les saints a été réalisé par le peintre de Constance Rudolf Stahel en 1498.

Reichenau-Mittelzell: Tous les Saints autel dans la cathédrale de Sainte-Marie et MarcusJaeger, Dieter [photographe]

Détail : Banque de donnée bildindex cote mi08793003a1

mi08793a04ac

 

 

      3. Eglise Evangélique et Luthérienne de Marienkirche à Herford.

Type II, germanique

Cette église renferme un Triptyque datant de v.1500. Son  panneau central est divisé en quatre parties consacrées à une sainte Anne trinitaire (avec Joseph et Joachim), l'Adoration des Mages, Sainte Ursule et ses compagnes, et les Dix mille martyrs.

Inscription : de x dusent ridders ora pro nobis. (Aux Dix mille chevaliers, priez pour nous)

 Dix martyrs, nus, la tête ceinte d'une couronne d'épines, le corps transpercé à des endroits divers (sans lien avec les plaies du Christ) semblent chuter ou avoir été précipités d'une montagne. Ni croix, ni branches d'acacia.

http://www.marienkirche-herford.de/kirche.htm : Photo :  http://www.fotostudio-toelke.de/

 

 

 

4. St. Marien (Heilbad Heiligenstadt).

Type II, germanique.

Sainte-Marie est un église paroissiale catholique au centre de Heiligenstadt en Thuringe  .Le chœur est dominé par le triptyque de Hans Raphon, datant de 1512. 

Peintre : Hans Raphon, vers 1512.

Le retable domine le chœur : ouvert montre une Crucifixion,  mais une fois refermé on trouve à gauche un Martyre de saint Sébastien, et à droite le Martyre des 10.000 Chrétiens.

Bildindex MI11341a03a (recadrée)

 

 mi11341a03acorr

 

 

4. Triptyque , Frankfurt (Main), 1495 -

Type II, germanique.

 

Le Martyre de Saint Achatius et ses compagnons , Cologne, Wallraf-Richartz Museum, inv WRM 0363 - Rheinisches Bildarchiv Köln, Bildindex Cote 1643004.

koeln_1643004a.jpg

 

5. Diptyque du Maître de Cologne.

Type II, germanique

Maître de Cologne v1330, Wallraf-Richartz Museum.

Bildindex Mi01511a12a, recadrée. On voit deux empereurs couronnés en haut à gauche et en bas à droite, commandant à des bourreaux de ficher les corps des martyrs ou de les enfoncer à l'aide de maillets sur les branches ; un ange est visible en haut et à droite.

wrm_x2430064a.jpg

 

wrm_x2430113a.jpg

wrm_x2430114a.jpg

 

 

6 . Meister der Kleinen Passion.

Type II, germanique.

 .Musée Wallraf de Cologne, inv WRM 0728.

 maître de la Petite Passion, 1410/1415 - Martyre des Dix Mille , Cologne, Wallraf-Richartz Museum, inv WRM 0052 - Rheinisches Bildarchiv Köln, l'enregistrement non. koeln_2579015; : 2579015a

Bildindex mi 01498c11a.

  Cette image sur laquelle je ne suis pas parvenu à me documenter d'avantage serait une toile et non un panneau peint ; elle est d'un grand intérêt par son originalité : Saint Acace y est représenté en saint évêque ; les martyrs portent la couronne d'épine et le nimbe ; les sept rois (Adrien, Antonin, Maximin, Sapor, ..) sont figurés à cheval, coiffés de tiare ou de couronnes ; l'idole que les saints chevaliers refusent d'adorer est placée au centre. 

koeln_2579015a--2-.jpg

 

7. Deux scènes de saints, Martyre de saint Érasme et Le Martyre des Dix mille.

Type III, mixte.

Zwei heiligenswenen Martyre de saint Érasme et les Dix Mille / Le Martyre des Dix Mille  attribué au Maître du retable saint-Jean d'Hildesheim , 1451/1500, Cologne, Wallraf-Richartz Museum, inv WRM 0782 - Rheinisches Bildarchiv Köln.

  Cette image est également d'un grand intérêt, d'une part parce qu'elle montre de manière explicite les martyrs poussés par les soldats du haut de la montagne, d'autre part parce qu'elle associe le crucifiement de certains saints au martyre par transpercement des saints du second plan. 

koeln_1408058a.jpg

 

8. Sacristie de l'Église Sankt Johannes, Lüneburg.

Type II, germanique.

Retable de la crucifixion (Kreuzigungsaltar) : Das Martyrium der Zehntausend Hinrick Levenstede, 1536.

Banque de donnée Bildindex mi07003b04a

mi07003b04a lunebourg retable

 

9. Musée de Lünebourg

Type II germanique.

Altar der Marter der Zehntausend , Wittfeitzen, um 1520, Lüneburg, Museum für das Fürstenturm Lüneburg Museum, 

 

Bildindex mi12560c02a

mi12560c02a corr

bildindex mi 12560c03a :

mi12560c03acorr

 

 

10. Ville de Gehrden northen, chapelle évangélique du village de Lenthe, Hanovre.

Type II, germanique (var.)

 retable,  1501/1525 : les volets sont consacrés à la vie de la Vierge alors que, encadré par quatre saints (Thomas, Antoine, Jean et Catherine), l'élément central montre les martyrs précipités du haut d'une montagne. Il s'agit d'une variante du type II puisqu'ici, aucun acacia, aucune branche épineuse ne vient blesser les saints qui décedent de leur chute mortelle. 

 

 

 

Bildindex mi05339f02a :

mi05339f03acorr.jpg

 

 

 

mi05339f05ac.jpg

 

 

11. église paroissiale catholique Saint-Martin d'Oberwesel.

Type II, germanique.

Martyre des Dix mille martyrs, 1401/1500, Oberwesel (Rhénanie-Palatine), Katholische Pfarrkirche Sankt Martin.

Bildindex mi08446d08

 

mi08446d08acorr.jpg

 

 

12. Martyrium des Achatius und seiner 10.000 Gefährten am Berg Ararat , um 1500, Stainach Niederhofen (Stainach), Pfarrkirche Sankt Ruprecht — Foto Marburg, Foto: Aufsberg, Lala; Aufnahme-Nr

 Stainach Niederhofen (Stainach), Église paroissiale de Saint-Rupert ;

13. Munster , retable Noli me tangere, volet gauche.

Type II, germanique.

 Meister von Liesborn, 1489, Münster (Westfalen), Westfälisches Landesmuseum für Kunst und Kulturgeschichte. Tempera sur chêne, 135 x 76mm.

Le retable, une fois fermé sur la scène du Noli me tangere, montrait côte à côte les Dix mille martyrs et le Martyre de saint Erasme. Cette association, déjà rencontrée à Hildesheim, s'explique car saint Acace (22 juin) et ses 10.000 soldats et saint Érasme (2 juin) appartiennent tous les deux aux 14 saints intercesseurs.

  Nous retrouvons la représentation des saints jetés du haut d'un lieu élevé ; la précision supplémentaire est ici de montrer comment ils sont achevés par les bourreaux une fois parvenus au sol.

 Le retable est étudié ici.

source : Artothek 32056

                         Noli me tangere-autel. Ailier gauche: Martyre des Dix Mille. 1489

 

 

14. Der Tod der zehntausend Märtyrer,  Germanisches Nationalmuseum, Nürnberg.

Type II, germanique.

 

 Bildindex mi07814f07 recadrée

mi02581d12acorr.jpg

 

Bildindex mi7814f07

mi07814f07acorr.jpg

 

 

 

 

15 Ancien maître autel de Rottweiler par...le Maître de l'autel Rottweiler.

Type II, germanique

Connu sous le nom de "maître de l'autel Rottweiler", le célèbre peintre anonyme  gothique du 15ème siècle a reçu son surnom après avoir créé  l'ancien maître-autel de la cathédrale Sainte-Croix à Rottweil (Bade-Wurtemberg).  Peut-être avait-il son propre atelier à Rottweil. De ce maître-autel ont été conservés sept panneaux de 1420 (ou 1440) dont celui représentant les dix mille martyrs, récemment restauré au  Musée diocésain  de Rottenburg.

photo :http://www.lorenzer-heberle.de/Objekte-Seitenmappe/Museen/34-35-36.htm

 

 

16. D'autres œuvres :

  •  Maître-autel de l' église paroissiale de Saint-Pierre est l'église paroissiale catholique de Siegertsbrunn (Haute-Bavière).
  • Retable de la chapelle du chateau de Wernogerode, conservé au Hessischen Landesmuseum de Darmstadt.

 

 

Réflexion personnelles sur la "légende de type II".

  Cette légende veut que les compagnons de saint Acace aient été précipités d'un lieu élevé, fouettés de ronces, ou jetés sur des épines, et  en allemand on retrouve les termes "mit Dornen gekrönt", "mit spitzen Rohren durchbohrt", "Dornen bekräntzer soldat". 

  Il me faudrait retrouver son origine dans le légendaire de langue allemande, en cherchant un récit associant Achatius, ou Zehn tousand martyrium avec les mots "Dornen" ou "durchbohrt".

Je trouve ceci : Chorvs Sanctorvm Omnivm: Zwelff Bücher Historien Aller Heiligen Gottes publié à Cölln am Rhein en 1554 par Georg Witzel p.187-188.  Cela ne m'apporte rien, et ma recherche reste en cours.

 

Par ailleurs, quoique persuadé qu'il s'agit d'une validation formulée a posteriori, je peux étudier la piste du jeu de mots entre Acace et Acacia, tout en remarquant que le saint se nomme Achatius en langue allemande. Le prénom Achatius, avec sa variante biblique Achaz, est apparu en Allemagne depuis le 15e siècle, bien après la diffusion de la légende. 

 

 L' Acacia, famille d'arbres méditerranéens dont fait partie le mimosa, est confondu en France avec le robinier faux acacia, introduit en France par Jean Robin, botaniste du roi Henri IV. Acacia et Robinier sont tous les deux des arbres épineux.  Son origine étymologique, repérée dans le grec akakia, et suivie par le latin acacia,  apparaît en français sous la forme acacie, au XIVe siècle, et acace, au XVe, variant au XVIe en acassia ou acacia qui finalement triomphe au XVIIe avec un changement de genre et l'imposition du masculin. C'est en effet au XVIIe siècle que commence à être introduit cette essence en France et à partir du XVIIe qu'elle y connaît son développement, ainsi l'agronome Duhamel du Monceau en prône la plantation massive dans son traité, De l'exploitation des bois (1764). Le nom en français paraît donc plus tardif que lesœuvres du XIV-XVe siècle où figurent les saints et leurs épines.

C'est avec les formes italienne san acacio ou sant' agazio et espagnole acacio que le jeu de mots peut fonctionner au mieux.

  Le Musée du Prado conserve un Tríptyque  représentant le Martirio de San Acacio du 16e siècle; malgré le nom Acacio, c'est bien la légende originelle de type I, des martyrs crucifiés, qui est représentée, quoiqu' au premier plan, la scène principale  qui est donnée à voir soit la plaie du flanc (gauche ici).

 

 martiro-san-acacio.jpg-le-prado.jpg

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Published by jean-yves cordier
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