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4 octobre 2012 4 04 /10 /octobre /2012 14:26

 

    La chapelle-reliquaire des dix mille martyrs

de l'église Saint-Pierre de Crozon (Finistère).

 

Voir aussi :

   Je remercie très chaleureusement le Père Paul Berrou, recteur de Crozon depuis 2009, qui m'a permis de photographier ce reliquaire.

 

  Le culte des reliques amena les paroisses bretonnes à conserver leurs précieuses reliques dans des pièces d'orfèvrerie de forme diverses ; certaines, qualifiées de "topiques", reprennent la partie du corps correspondant (bras-reliquaire de St-Hernin à Locarn, buste-reliquaire, chef-reliquaire de St-Hernin à Locarn, genou-reliquaire de St-Gildas de Rhuys), d'autres, qui conservent le corps entier, adoptent la forme d'un cercueil (châsse-reliquaire, comme à Locronan ou à Lannedern), d'autres placent les ossements au centre d'une croix (croix-reliquaires) ou dans des livres-reliquaires (Saint-Hervé de Quemperven (22)) ; parfois encore le reliquaire est placé sur un pied (reliquaire pédiculé, à Plourach (22), à Saint-Laurent (56) ), mais dans d'autres cas, le reliquaire est la réduction d'une chapelle votive, évoquant plus ou moins la Sainte-Chapelle : ce sont les chapelles-reliquaires, comme à St-Salomon de la Martyre (29) ou en la chapelle St-Nicodème de St-Nic (29), ou comme celle de la paroisse de St-Pierre à Crozon.

  Celle-ci est une petite chapelle en cuivre doré de 34 cm de haut, 21 cm de long et 12,5 cm de large, posée sur quatre lions accroupis. Des gargouilles marquent la retombée de chaque arc ; le clocheton au centre est en partie ajouré. La crête de la toiture est fleuronnée, alors que les rampants des pignons portent des crochets Renaissance, et que les angles sont marqués par des pinacles à trois étages. Une tige horizontale permet d'ouvrir sur charnière un coté.

   Ses faces latérales présentent chacune, sous des arcs flamboyants,  deux apôtres, et les faces principales quatre chacune ;  saint Pierre est là avec sa clef bien-sûr, et comme saint patron de la paroisse et dédicataire du reliquaire il est représenté légèrement plus grand que les autres. Mais aussi un porteur de lance (saint Thomas), un porteur de bâton (Jacques le mineur), un porteur d'une scie (Simon), d'une croix (Philippe), d'une épée (Paul), d'une autre bâton (Jacques le Majeur),  l'un qui tient un calice (Jean), l'autre un grand couteau (Barthélémy), celui-là une hallebarde (Matthias), et celui-là enfin sa croix, la croix de saint-André. L'un des apôtres, le plus proche de saint Pierre, est mal loti car il ne tient plus que le tronçon sans signification d'un attribut qui s'est rompu.

  Le style de cette pièce d'orfevrerie, qui reprend le vocabulaire artistique des chapelles du Finistère au début du XVIe siècle, les caractères gothiques  de son inscription, et enfin les travaux d'Auguste H. Dizerbo ont conduit à la dater du premier quart du XVIe siècle, puis de 1516.

  Elle est inscrite aux Monuments historiques à la date du 10 novembre 1906 (PM 29000187), et qualifiée d'édicule gothique de 15 cm de haut en cuivre doré du XVe siècle.

 

                                         reliquaire 8779cccc

 

reliquaire 8748c

 

                          reliquaire 8751c

 

reliquaire 8754c

 

reliquaire 8772c

 

             reliquaire-8774c.jpg    

 

            reliquaire-8778c.jpg

 

                         reliquaire-8776c.jpg

 

    Le plus intéressant à mes yeux, ou ce que j'y cherchais  se trouve placé en dessous du reliquaire : c'est l'inscription gothique que le commanditaire ou donateur y a fait graver :

 

reliquaire 8756c

  

 

  Le texte a été transcrit par le chanoine Abgrall, ou avant lui par le Chevalier de Fréminville, de façon plus ou moins fidèle, et je le lis aujourd'hui comme suit : 

Gouzien faict faire ceste reliquere en loneur de dieu monsr sainct pierre avec* diz mille martirs et por la parrosse de crauzon.

* ou : "et les"

  On transcrit : Gouzien a fait faire ce reliquaire en l'honneur de dieu, de monseigneur saint Pierre et des dix mille martyrs et pour la paroisse de Crozon.

 

reliquaire 8767b

 

  On admirera la graphie en lettres gothiques carrées finement tracées par les coups ciselés de l'orfèvre-graveur. On reconnaît les caractères de l'écriture gothique dite "textura quadrata", répandue au XVe siècle dans toute l'Europe occidentale : les lettres sont droites, presque sans courbe (voir la lettre "o"), les ascendantes sont fourchues (le "t" de faict), les empattements en losange. Ce type d'écriture semble démodée si on admet la date de 1516, car au XVIe siècle, les livres sont imprimés, sauf exception en caractères humanistes ; mais l'écriture gothique est sans-doute beaucoup plus facile à graver sur le métal.

  • L'orthographe "reliquere" est attestée sous la forme "reliquère" à Troyes en 1614, comme dans une farce du XVIe siècle, Frère Guillebert.

 

  • L'orthographe "loneur" est assez commune dans le DMF (1350-1500) sous les formes l'onneur, dame d'onneur, dame d'onnour, femmes d'onneur, l'onnor, mais la graphie avec un seul -n est beaucoup plus rare (honeurs), et  "loneur" n'y est pas retrouvé.

 

  • L'orthographe "parrosse" est encore  attestée en 1598 en Mayenne : link. On trouve dans le DMF (1350-1500) les formes parroisse, parroice, paroiche. Dans Perceval, en 1174-87,Chrétien de Troyes utilise barroche. Le mot vient du latin chrétien parochia, territoire ecclésiastique, diocèse mais la consultation de l'étymologie du CNRTL indique une histoire complexe par l'altération du latin paroecia, "séjour en pays étranger, communauté, diocèse", par le latin classique parochus, "régisseur des magistrats en voyage".

 

  Datation.

J'ai déjà présenté   Le retable des dix mille martyrs à Crozon (3), étude du culte et documentation sur le thème iconographique. l'argument qui a conduit le perspicace Auguste Dizerbo à faire le lien entre cette inscription et un document de 1516 mentionnant, parmi les paroissiens convoqués pour un conflit juridique, en premier lieu le recteur, Hervé Gouzien. Ce qui était une simple hypothèse en 1965 a été considéré comme un fait établi par la suite.  La datation qui en résulte pour le reliquaire  (vers 1516) correspond à celle à laquelle le Chevalier de Fréminville aboutissait en considérant le style de l'inscription. 

  Ce recteur n'est mentionné par aucun autre document, ce qui n'ôte rien à la validité de l'observation de A. H. Dizerbo.

 

  Je suis pourtant étonné par deux faits :

   1. En paléographie des chapelles et églises, le nom du recteur est le plus souvent précédé d'un titre, Vénérable et Discret Messire, ou, pour le moins, Messire, ou bien suivi des initiales R. ou RR. Ce titre honorifique semble d'autant plus indiqué en la paroisse de Crozon, l'une des plus riches et des plus imposées par les seigneurs de Léon (jusqu'au XVe siècle) puis par les seigneurs de Rohan qui y avaient droit de haute, moyenne et basse justice : les recteurs de Crozon étaient nommés par ces seigneurs, ou du moins, "en raison de son importance, la paroisse était donnée à de grands personnages" (Abgrall, 1904), des recteurs issus des familles nobles comme Charles du Dresnay en 1442, Alain de Rosmadec († 1474), Geoffroy de Tréanna (1486-1496), puis Jean Brient en 1596-1622, abbé de Landevennec ou, entre 1666 et 1675, M. de Coëtlogon, frère de l'évêque de Quimper.

  2. Les recteurs sont rarement les commanditaires ou les donateurs des oeuvres contenues dans leur église, d'une part parce que celle-ci faisait l'objet de droits prééminenciers pour les seigneurs de la paroisse, et que d'autre-part, c'était le rôle du fabricien paroissial, ou du fabricien particulier à une confrèrie, de disposer des finances et de détenir le droit de faire réaliser de tels ouvrages.   document de 1516 donne le nom des les "fabriques" de l'année, Hervé Le Moign, Jean Guéguen fils, Guillaume Guen, Henri Kermarec fils et Yvon Kermarec. Il donne aussi le nom des "nobles gens" qui sont :

  • Le sieur Henri Provost, sieur de Trébéron, plaignant
  • Jean Pentrez, sieur de Pentrez,
  • Bernard Poulmic, sieur de Keramprovost en 1536 et Hervé Poulmic, sieur de Lescoat,
  • Jean du Menez,
  • Maître Henri Le Bocquin, Ollivier Le Bocquin
  • Robert Godelant
  • Guillaume Pentrez,
  • Bernard Kerret, sieur de Launay.

  Je signale que le patronyme Gouzien était, en 1516, celui du recteur mais aussi celui de deux autres paroissiens, et, en outre, que c'était le nom des  seigneurs de la Boissière, ou Lamboëzer. Rien n'empêche un de ces seigneurs, ou un Gouzien fabricien, d'avoir fait faire ce reliquaire, à la fin du XVe ou au début du XVIe siècle...

  Le conflit qui rassemble tous les 245 paroissiens autour du juge de la cour de Crozon est précisément un conflit sur les droits de prééminence : le sieur de Trébéron prétend posséder des droits de banc fermé et de sépulture dans le choeur et droit de lisière et ceinture jumelée autour de l'église (lisière et ceinture armoyées aux armes des Trébéron : c'est le "droit de litre" , l'un des majores honores, sorte de frise apposée à l'intérieur et à l'extérieur de l'église lors des funérailles). Il réclamait aussi l'exercice de ses droits mineurs ou minores honores qu'étaient le droit aux prières prônales nominales (être nommé et recommandé aux prières des autres paroissiens lors de la prière publique). S'il oublie le droit d'encensement, de pain bénit et d'eau bénite, c'est sans-doute que cela va sans dire. Mais le litige porte surtout sur son droit d'oratoire, celui de disposer de sa chapelle privée, voire close. 

  Il existait alors en effet, attenant à l'église, une chapelle  qui était la chapelle privative des sieurs de Trébéron ; mais celle-ci tombait en ruine, et le conseil de fabrique voulait la réparer, ce que contestait Henri Provost. Mais on lui opposait le fait que depuis 20 ans il ne payait aucune rente à l'église.

  Chacun obtint satisfaction apparemment puisque le sieur de Trébéron se vit confirmé dans ses droits d'enfeu et de sépulture dans cette chapelle, à condition de la rebâtir, et de verser la somme de 25 sols de rente à la paroisse à chaque Saint-Michel.

  Le Sr de Trébéron  n'était pas le seul à jouir de ces droits : lors d'un aveu de 1664 sont mentionnés  ceux d' Anne de Hirgars, dame du Breuil, à une sépulture dans le choeur et d'armoiries sur la vitre orientale (et, en 1526, une chapelle Saint-Jean-Baptiste en l'église de Crozon abritait la tombe de Jean de Hirgars était desservie par un châtelain). Un ancien sieur de Gouandour y possédait dans la nef un mausolée. En 1497 avait été fondée une chapellenie sur l'autel St-Michel en l'église paroissiale ; et, en 1550, il est fait mention de la chapellenie de la Trinité, également en l'èglise paroissiale.

  Surtout, pour ce qui nous concerne, un état du cancel (partie du choeur la plus proche du maître-autel) de l'église dressé en 1776 signale que "les chapelles du Rosaire et des Martyrs sont prohibitives à la charge des différents seigneurs à qui elles appartiennent." (Abgrall, 1904)

 

Origine de ce reliquaire.

   On ignore tout de ce qui conduisit la paroisse de Crozon à détenir ce reliquaire, et tout reste possible, comme le don d'un religieux bien placé auprès de ceux qui disposaient des reliques principales, celui d'un seigneur qui les aurait obtenu lors de campagnes militaires en Italie ou en Orient, ou l'épisode nébuleux du vaste commerce des reliques alimenté par la demande des collectionneurs prestigieux et richissimes, ou de sanctuaires soucieux d'attirer des fidèles. 

  J'ignore même si cette chapelle-reliquaire a jamais contenu les reliques des dix mille martyrs : ce que je sais c'est qu' aujourd'hui, elle est vide, et que l'inscription votive faite "en loneur de sainct pierre et des dix mille martirs", ne prétend pas qu'elle en contient les reliques.

  J'ai relaté les hypothèses concernant l'origine du retable des dix mille martyrs, mais l'origine de ce retable ne se trouve nulle part ailleurs que dans ce reliquaire, et c'est bien évidemment la possession de ces reliques, et le culte qu'elles ont suscitées, qui a conduit un commanditaire à faire réaliser le retable.

  Il est bien évident aussi que l'origine des reliques du Moyen-Âge et de la Renaissance ne peut être aussi factuelle et historique que nous le souhaiterions, puisque leur multiplication, le domaine fortement légendaire voire fantastique de l'hagiographie, l'incohérence de l'existence de plusieurs "chefs" de saints à différents endroits, le peu de plausibilité de la conservation de reliques comme celles de la Couronne d'épines ou de la Croix imposaient que la foi ferme les yeux sur les interrogations concernant, précisément, ces origines. L'important est que, un jour, l'église de Crozon ait reçu ces reliques des dix mille martyrs, et que les paroissiens y aient voué un culte fervent.

  

  S'il est illusoire de savoir un jour qui a acquis ces reliques, ou auprès de qui, il est plus facile de comprendre à quelle demande  elles répondaient : celle d'une protection contre les dangers de la mauvaise mort, de la mort brutale et sauvage, ou de la période d'agonie,  celle qui ne serait pas maîtrisée par les Derniers Sacrements, la Pénitence des péchés et la préparation de l'âme. 

  Il est significatif que les exemples historiques dont nous disposons sur le culte des Dix mille martyrs concernent, l'un une épidémie de peste (Miracle de Sant'Antonio à Venise qui est à l'origine du tableau votif de Carpaccio), l'autre un fait de guerre avec danger de mort, lorsque l'abbaye de Fontevraud fut assailli par les huguenots. 

  Je pense que ces dix mille martyrs de Crozon sont venus renforcer le culte de saint Sébastien (un officier romain) : celui-ci était très actif à Crozon puisque le rôle des décimes (imposition du clergé sur lui-même, en relation avec les bénéfices et donc les offrandes) étaient de 1,15 livre pour toutes les chapelles, mais de 6 livres pour celle de Saint-Sébastien et 7 pour Pors-Salut, vouée à saint Isidore. Encore une fois, si la chapelle des Dix mille martyrs n'y apparaît pas c'est qu'elle était prohibitive et seigneuriale.

 

  Un témoignage de 1858.

  En 1858, les membres d'une association archéologique galloise traversent la Manche pour découvrir la Basse Bretagne, et rédigent pour l'équivalent du Bulletin archéologique du Finistère un article intitulé "Notice of some of the figured calvaries, reredos and crosses in Lower Brittany" : Archeologia cambrensis, 1858, pp. 268-269.

   Dans cet article, l'auteur commence par décrire le retable et en souligne l'intérêt exceptionnel, en le plaçant en comparaison avec celui de "Lampaul" (: le retable de la Passion de Lampaul-Guimiliau ) :

    "L'autel des Dix mille martyrs", a monument, if possible, yet more remarkable than those of Lampaul. If i was there surprized, i am here astounded as the infinity of figures.[...]  As a work of art it is inferior to the carved tableaux at Lampaul, but it is much more curious.  The whole offer one vast tableau, whose multiplied details exceed credibility". Puis, après avoir rappelé le contenu de la Légende de ces martyrs, il précise : "Their reliques are in great abundance here. Most of them are inclosed in a cupboard thus inscribed "Les reliques de St Accace et de ses compagnons les dix mille martyrs ; leur fête est le 22 juin". The relics of nine others saints are shut up with them. The shrine, however, is a beautiful little silver chapel which we dare not describe. It is a gem which merits a hard pilgrimage : though only 7 inches long by 4 large and 9 inches high to the ridge of the roof, it has gabled windows, a tower, and a octogonal spire, decorated buttresses and statuettes of the twelve Apostles. It rest on four lions, and is placed under a canopied stand more modern than the shrine which it protect. On the canopy we read "Dix Mille Martyrs P.P.N. 1687". The shrine may be set down as of the sixteenth century, we think.link

   Nous apprenons donc que les reliques étaient encore (à priori) présentes en 1858 ; que le reliquaire restait au XIXe siècle au centre des dévotions de la paroisse ; que les dix mille martyrs de Crozon n'ont pas été confondu, dans la paroisse, avec ceux de la légion thébaine de saint Maurice, et qu'en 1687 les Dix Mille Martyrs avaient fait l'objet d'un acte commémoratif notable quatre ans après la dernière mission du Père Maunoir.

  Nous apprenons aussi que le reliquaire était placé en dessous d'un "canopy stand" qui, si on traduit ce terme par celui de "conopée" du vocabulaire liturgique, désigne, par les aléas d'évolution d'un mot grec konopeion désignant une moustiquaire (konops : "moustique") [et qui viendra donner au XXe siècle aussi bien le canapé que la canopée des arbres], un voile en forme de tente recouvrant le tabernacle (dont le nom, car rien n'est simple, signifie "tente", tabernaculum). Imaginons donc qu'au XIXe siècle, une sorte de dais soulignait la valeur du reliquaire et de son précieux contenu.

 

Des informations complementaires.

  

        J'aurai pu, j'aurai dû commencer par là, mais je n'ai trouvé le magnique ouvrage Les orfèvres de basse Bretagne qu'une semaine après ma première rédaction, en me rendant à la Bibliothèque d'Etude de Brest ; et, après tout, c'est plus rigolo comme ça , et c'est l'avantage d'un blog de pouvoir repasser plusieurs couches de couleur sur ce qu'on écrit. N'était-ce pas ce  dont révait Bergotte avant de mourir devant le petit pan de mur jaune ?

   Il s'agit donc le livre publié par les membres de la Commission Régionale de l'Inventaire, Les orfèvres de basse Bretagne, par Yves-Pascal Castel, Denise Dufiez-Moiriez et Jean-Jacques Rioult, 1994.

  A la page 240 et sous le numéro 49, on trouve la description compétente du reliquaire de Crozon : 

   "Orfèvre inconnu, Cornouailles ? XVIe siècle. Chapelle-reliquaire. Premier quart du XVIe siècle.

Argent repoussé ; décor ciselé, repercé, estampé, fondu. H : 33cm, L : 18 cm, Pr : 10,5 cm. Les chiffres de 1907 donnent une hauteur de 40 cm, ce qui prouverait la mutilation de la pointe du clocher. Inscriptions (sous le reliquaire, en caractères gothiques) :1)  GOUZIEN FAICT FAIRE CESTE / RELIQUERE EN LONEUR DE DIEU / MONS[IEUR] SAINCT PIERRE ET LES DIX / MILLE MARTIRS ET PO[U]R  LA PARROSSE /DE CRAUZON. 2) (à l'intérieur) REPARE EN 1902 PAR LASSEAU PICQUENOT FERBLANTIER A CROZON MR LEJACQ CURE LOUBOUTIN MAIRE.

MH : Classement le 10 nov. 1906.

Bibliographie :

AUZAS P.M L'orfévrerie ...p. 31

COUFFON R., LE BARS A. Nouveau répertoire...p. 78.

Expositions : 1950, Pont-Aven. 1975, Brest.

  Par rapport aux exemples antérieurs du XVe siècle conservés à Sibiril, Lannédern, Plouénan et La Roche-Maurice, le reliquaire en forme de chapelle de Crozon représente une étape stylistique importante dans l'évolution des formes. L'ensemble de ses quatre faces est entièrement évidé d'une suite continue d'arcades surmontées de gâbles ajourés et fleuronnés et séparés par des contreforts à glacis. Ainsi se définit une formule nouvelle, en accord avec l "horror vacui" du gothique finissant, qui se développera en Bretagne pendant tout le XVIe siècle sur les noeuds de calices et de croix de procession. L'examen du réseau flamboyant fondu et repercé au dessus des figurines des douze apôtres fait apparaître des arrachements latéraux irréguliers : à l'évidence ce réseau se développait sur l'ensemble des baies aboutissant dans le glacis de l'appui à quatre meneaux dont les départs sont encore bien visibles. La châsse dans sa conception d'origine ne comportait donc pas ce principe de niches à statuettes. Il s'agit peut-être d'un repentir, en cours de réalisation, ou plus probablement d'une modification ultérieure, visant à mettre cet objet au goût du jour, vers la fin du XVIe siècle, sur le modèle de la châsse de St-Nic, datée de 1578. 

  On notera la grande qualité d'éxécution de l'œuvre, en particulier la précision fidèle du rendu des moulures prismatiques imbriquées, des contreforts d'angle, la reprise en ciselure vigoureuse des pinacles et des fleurons fondus. La datation du reliquaire de Crozon est assez précise car on sait qu'Hervé Gouzien, cité par l'inscription gravée sous le fond, fut recteur aux environs de 1516. Le principe des fenestrage continus, les gâbles traversant le couronnement des murs, dont les écoinçons sont évidés, l'encorbellement concave de le flêche, sont autant d'éléments empruntés au modèle célèbre de la Sainte-Chapelle de Paris et librement réinterprétés ici sous une forme shématique, dans un langage purement flamboyant."

 

 

 

 

      Sources :     

Chevalier de Fréminville, Antiquités de Bretagne, II, Brest 1835, p. 29. link

Notice of some of the figured calvaries, reredos and crosses in Lower Brittany" : Archeologia cambrensis, 1858, pp. 268-269.

Abgrall et Peyron, Notices sur les paroisses de Quimper et du Léon,  Crozon, Bull. Comm. Dioc. Hist. et arch 1904.

Dizerbo, A.H. Les paroissiens de Crozon en 1516, Cahiers de l'Iroise 12ème année, 1965 29-31.

Auzas Pierre-Marie, Chefs-d'oeuvre de l'orfévrerie religieuse bretonne, Société française d'Archéologie, Paris 1949.

Castel Yves-Pascal , Dufiez-Moiriez Denise et Rioult Jean-Jacques Les orfèvres de basse Bretagne, Editeur scientifique Commission Régionale Bretagne, Rennes, Association pour l'Inventaire de Bretagne, 1994 , XXXV-439 p.

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