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30 mars 2015 1 30 /03 /mars /2015 08:17

NICOLAS DE MALAPERT, AMI DE JORIS HOEFNAGEL A SÉVILLE. ÉLÉMENTS BIOGRAPHIQUES.

A propos de la Vue de Séville du Civitates Orbis Terrarum vol. V planche 7 (1598).

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Introduction.

Dans le cinquième volume du Civitates Orbis Terrarum (1598), la Vue de Séville porte dans sa partie inférieure, en splendides majuscules et lettres enlacées, la dédicace suivante :

D.NICOLAO MALEPART AMICO VETERI ET CONGERRONI HISPALENSI LEPIDISSIMO GEORGIVS HOVFNAGLIVS AMICITIE MONVME[N]TVM D. A[NN]O MDXCIII. FRANCOF. AD MOENVM

Ou, sous une autre forme, D. Nicolao Malepart amico veteri et congerroni hispalensi lepidissimo Georgivs Hovfnaglius amicite monvme[n]tv[m] D. a[nn]o 1593. Francof. ad ...

On peut la traduire par : "A Nicolas Malepart, vieil ami, joyeux et brillant compagnon à Séville, ce témoignage d'amitié de Georges Hoefnagel, , en l'an 1593 à Francfort-sur-le-Main."

La question qui se pose donc est de savoir qui est ce Nicolas Malepart.

La dédicace est déjà présente sur le dessin préparatoire actuellement conservé à l'Albertina de Vienne . Ce dessin date des séjours effectués par Hoefnagel entre 1563 et 1567, et la dédicace y a donc été ajoutée, dans un cadre créé par un double trait, sur cette esquisse. Nous avons donc trois temps et trois lieux, celui de la création du dessin (Séville, 1563-1567), celui de la dédicace du dessin (Francfort, 1593) et celui de la gravure du dessin et de sa publication (Cologne, 1598). Selon toute vraisemblance, Hoefnagel s'est lié d'amitié avec Nicolas Malepart à Séville, et l'a retrouvé près de trente ans plus tard à Francfort.

Dans les années 1563-1567, le jeune Joris Hoefnagel a effectué plusieurs séjours prolongés en Espagne pour se former au commerce et poursuivre l'activité de son père, fréquentant presque exclusivement durant cette période des villes d' Andalousie. Séville, porte d'entrée de tous les produits du Nouveau Monde était la plus importante d'entre elles. Il réalisa un certain nombre de villes en vues d'oiseau, deux vues de Séville publiée dans les volume I et Iv du Civitates, mais aussi un dessin où Séville est montrée sous un angle plus ingrat; c'est ce dessin qui servit de modèle de page pour la gravure du volume V de la Civitates Orbis Terrarum. Dans ce dernier, la planche est accompagnée d'une page de texte explicatif, surtout basé sur les notes d' Hoefnagel, et qui souligne que Séville, d' origine romaine, est alors la ville portuaire la plus importante en Espagne et le port d'entrée de tous les biens importés du Nouveau Monde. Le Guadalquivir était alors navigable à Séville, mais son ensablement progressif entraîna un transfert sur Cadix d'une partie du trafic. Entre 1550 et 1570, Séville est devenue un centre important d'implantation de marchands flamands provenant d'Anvers , comme Antoine de Venduylla, Juan Jacarte, Hendrick Aparte, Michel Herbaut, Jean Cambier, André Plamont, Melchior de Haze, et... Louis et Nicolas Malapert.

C'est précisément à Nicolas Malapert (ou Malepart, Malaparte, Malpaert) qui est amico veteri et congerroni hispalensi lepidissimo, le "vieil ami et compagnon de Séville si plein de charmes et d'agréments". J'utiliserais la forme "de Malapert" qui m'est apparue la plus fréquente, ou la plus efficace dans les recherches.

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Nicolas de Malapert et sa famille.

La famille Malapert est originaire de Mons (Hainaut) mais ses membres, des marchands spécialisés notamment dans le commerce de la soie, se sont établis au XVIe siècle dans de nombreux centres commerciaux importants, y compris Cologne, Londres, Venise, Livourne et Séville et Francfort. A Anvers, centre nord-ouest du commerce de la soie, ils étaient susceptibles d'être inquiétés pendant la période de l'oppression du duc d'Albe, et Philippe d'Auxy les signala comme calvinistes.

La famille est décrite par Félix-Victor Goethals dans le Miroir des notabilités nobiliaires de Belgique, des Pays-Bas , Volume 1

La description de cette famille peut débuter par Michel Le Bouvier dit Malapert, écuyer, apothicaire, échevin de Mons en 1501, 1503 et 1507 : il eut 4 fils, (Jean, Michel, Philippe, Christophe) :

a) Jean de Malapert, épousa 1) Catherine Hoston, d'où François qui épousa à Bruxelles en 1530 Jacqueline de la Verderue, dont Nicolas Malapert qui épousa Françoise de Lange ; 2) Barbe de Glarges, d'où Louis Sieur de Maurage qui épousa Jeanne de Heldewier, d'où Nicolas (mort en 1618) qui épousa Marie de Courcelles, d'où Abraham et Isaac.

b) Michel de Malapert, seigneur de Buquant, épousa Grégoirine de Béhault, d'où Nicolas Malapert, [né le 18 octobre 1564 , décédé le 6 novembre 1615 à Justphaas, qui épousa à Anvers Jossine de Kethel, dame de Justphaas, d'où Nicolas Malapert.] et Louis Malapert Seigneur du Vieux-Gembloux.

Comme on le voit, j'ai cité trois Nicolas de Malapert, d'où des hésitations dans l'identification de l'ami de Hoefnagel, et des risques de confusion. Je part de l'hypothèse que notre homme est le fils de Louis. Mais les prénoms Louis et Nicolas se succèdent dans les différentes branches...

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Louis (Lodewijk, Ludwig) de Malapert Seigneur de Maurage 1520-

Parmi ces membres, revenons donc sur Louis de Malapert, Seigneur de Maurage, car c'est lui qui vint établir une succursale à Séville, avec [son frère] Nicolas. Les informations qui les concernent viennent du fait qu'ils sont tous les deux dénoncés pour leurs opinions religieuses.

En 1567, Philippe d'Auxy cite Nicolas, Antoine et Louis Malapert, de Mons, dans une Notule sur les calvinistes les plus envenimés. Mais dans une Note sur les moyens de remédier à Anvers, Philippe D'Auxy dénonce aussi comme calvinistes Marco Perez, Corneille Van Bomberghe de Cambrai […] Jacques Hoefnagel « marchant de pierreries » et père de Joris, Robert van Haesten, Pierre Harnouts, Jean Damman, « tous trois forts riches, traictant sur Séville ».

En 1566, un rapport secret avait été communiqué par Geronimo de Curiel, facteur (agent d'affaire) du roi d'Espagne à la gouvernante Marguerite de Parme, et, par là au roi Philippe II, sur les marchands d'Anvers hérétiques ou suspects. S'intéressant particulièrement à ceux qui sont installés en Espagne, il signale les biens ou les affaires qu'ils y possèdent : outre Gilles Hooftman et Pierre Van Vye, Marco Perez, ou Jean de la Faille, on trouve Louis et Nicolas Malapert qui sont décrits comme "montois, calvinistes, favorisent les sectaires, Ils ont une succursale à Séville et de nombreuses hacienda. Ils sont de la secte calbeniste". «Luis et Nicolas Malaparte e conpania son rresidentes en Anveres e naturales de Mons en Anaot, y son de la setta calbenista, y an echo arto daño e rruynes ofizios en conpania de los hijos, de Mos de Tolossa, que son muy amigos y tienen grand quenta con los meniettos e con los prenzipales erejes y esto de muchos dias attas. Tienen casa en Sevilla y mucha hazienda en poder de uno dellos del mesmo nonbre o criado suyo

En 1602, Louis de Malapert est inscrit comme bourgeois de Francfort.

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Nicolas de Malapert, 1542-1618.

Le Nicolao Malapert de la dédicace de Hoefnagel est donc le fils de Louis de Malapert et de Jeanne de Heldewier, né en 1542, et qui épousa en 1575 Marie de Courcelles, veuve de Diederick (Thierry) Badouere qui avait péri lors du massacre de la Saint-Barthélémy le 25 août 1572. Nicolas "de Malpart" fit des démarches auprès de Henri IV par l'intermédiaire de Louise de Coligny, de la comtesse Palatine et de Buzanval pour que son épouse soit partiellement dédommagée, car la boutique de Thierry Badouer, riche lapidaire, avait été pillée par les gardes de Charles IX. Lorsque Hoefnagel séjourna, entre 21 et 26 ans, à Séville, Nicolas Malepert avait donc 21 ans. Plus tard, il revint à Anvers où il acquit une maison, puis se fixa à Francfort.

Avec son frère David de Malapert, il était, lors de la dédicace de Hoefnagel, installé à Francfort-sur-le-Main. Son rôle en tant que commerçant, et son importance pour le développement de l'économie pan-européenne est évidente du fait qu'ils furent, avec Noë du Fay, Bastien de Neufville, Jean et Louis de Bary, parmi les grands marchands qui , en plus de Welser, Tuchern et Imhof , conclurent un accord à Francfort en 1585 sur la valeur de l'unité pour les lieux de l'argent, la fixation des taux de change et qui ont ainsi été à l'origine de la Bourse de Francfort. Un document décrit Nicolas Malapert refusant une lettre de change, ce qui témoigne d'une activité de banquier parallèle à celle de marchand.

Nicolas de Malapert eut deux fils, Abraham et Isaac. Abraham (1580-† 1632), a multiplié sa fortune en épousant en 1609 Marie du Fayt, fille du marchand de soie et banquier de Francfort Johann du Fayt, († 1617) . Il eut trois enfants, David, François, et Suzanne qui épousa Abraham de Neuville.

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Son frère David de Malapert 1545-1589.

David épousa Marie Badouer, la fille de Marie de Courcelle et de Thierry Badouer. Leur fille aînée, Marie de Malapert (1583-1646) épousa en 1602 l'architecte protestant Jacques II Androuët du Cerceau (1550-1614), valet de chambre et architecte de monseigneur frère du roi en 1581, architecte de la Grade galerie du Louvre et du Pavillon de Flore aux Tuileries, et qui fit les plans du temple réformé de Paris, le Temple de Charenton, en 1607.

Il ne faut pas le confondre ce Nicolas avec son cousin Nicolaas ou Nicolaes de Malapert, né à Anvers en 1564, décédé le 11 juin 1615, fils lui-même de Nicolas de Malapert et de Jossine de Kethel, et qui épousa en 1592 Margaretha van Panhuys. Ce marchand et partenaire d'affaires d'André et Daniel van der Muelen était aussi le beau-frère d'André van der Muelen (1549-1611), qui s'est marié en 1583 avec sa sœur Susanna de Malapert. Après la chute d'Anvers en 1585, il a quitté sa ville natale et s'est installé à Brême.

On signale un Nicolas Malapert (1533- 21 juin 1581) comme frère de Louis de Malapert, d'après une lettre manuscrite à Hugues Doneau de Hubert Languais qui résidait chez Louis.

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Joannes Vivianus était un riche marchand, humaniste, collectionneur (en particulier les pièces de monnaie) et poète néo-latine. Il est né à Valenciennes (1543-1546), fils de l'écuyer Nicolas Vivien et de Barbe Malapert. Il est mort à Aachen le 12 Septembre, 1598, donc il n'a pas connu le passage de la ville au camp catholique en 1599. Autour de 1571, il s'est établi comme marchand à Anvers. Pendant la période calviniste de la ville entre 1581 et1583, il a occupé le poste de chapelain (chargé de récolter le coût de l'assistance aux pauvres). Cela prouve qu'il était très riche. Le 24 mai 1580, il épousa sa cousine, Catherine de Malapert d' Anvers (1562-1620), avec qui il a eu huit enfants. Le 11 Août, 1585, il est allé à Aachen, où il est resté jusqu'à sa mort en 1598. En 1594, il a fondé avec le marchand de Leyde Daniel van der Meulen et son frère André, avec Jean Vivien et Nicolas de Malapert, la Nieuwe Napelse Compagnie. Dans les archives de Daniel van der Meulen, conservé dans les archives municipales Leiden, se trouve est un fichier contenant 45 lettres. Or, Johannes Vivianus (Jean Vivien) apparaît à de très nombreuses reprises dans l'Album amicorum de Johannes Radermacher, ami de Hoefnagel. Ce dernier a composé aussi un poème pour cet Album amicorum. Vivianus voyagea ave Ortelius en 1575 dans le Brabant .

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SOURCE ET LIENS :

RKD : https://rkd.nl/en/explore/images/22114

— VIGNAU-WILBERG (Thea) : catalogue de l'Albertina de Vienne :

http://sammlungenonline.albertina.at/?id=tms_32377#13f292ee-09c1-4808-ab15-cddd4657c62b

— LE CARPENTIER (Jean) 1664 Païs-Bas ou histoire de Cambray et du ..., Volume 1 page 188

— LERNER ( Franz), 1987, "Malapert" in Nouvelle Biographie allemande, p 723 f [version en ligne]. URL: http://www.deutsche-biographie.de/ppn139774939.html

— EBRARD (F.C), 1906, Die Französisch-reformierte Gemende im Francfurt-am-Main, 1594-1904

https://archive.org/stream/diefranzsischre00ebragoog#page/n129/mode/2up

— Sites généalogiques :

  • https://www.genealogieonline.nl/genealogie-peeters-rouneau/I29460.php

  • http://de-sejournet3.skynetblogs.be/

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Published by jean-yves cordier - dans Hoefnagel
28 mars 2015 6 28 /03 /mars /2015 19:32

LA VUE DE SÉVILLE DE 1573.

Voir :

Vue de Séville par Hoefnagel dans le volume I du Civitates orbis terrarum (1572)

Vue de Séville par Hoefnagel dans le volume IV du Civitates orbis terrarum (1588)

Vue de Séville par Hoefnagel dans le volume V du Civitates orbis terrarum (1598).

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Introduction : le contexte biographique et historique.

Contexte général.

(d'après Le monde de Brueghel, Wikipédia )

Hoefnagel est né à une époque de profonds changements en Europe occidentale. Les idéaux humanistes du siècle précédent avaient influencé artistes et chercheurs en Europe, comme Érasme (1467-1537) à Rotterdam. L' Italie était à la fin de Renaissance des arts et de la culture ; Hoefnagel avait 22 ans à la mort de Michel-Ange (1475-1564). En 1517, Martin Luther a publié ses Quatre-vingt-quinze thèses et la Réforme protestante a débuté dans l'Allemagne voisine. En réaction, le Concile de Trente , qui a pris fin en 1563, a déterminé ce qui était approprié dans le domaine artistique dans les Etats catholiques.

A cette époque, les Pays-Bas a été divisée en dix-sept provinces, dont certains voulaient la séparation de l'Église catholique, qui contrôlait les provinces de leur bastion en Espagne. Les Pays-Bas a été influencé par la nouvelle Allemagne luthérienne à l'est et par l'Angleterre anglicane à l'ouest, comme en témoigne la montée du protestantisme. Les Habsbourg, monarques de l'Espagne ont été les responsables de l'application de la Contre-Réforme en Europe occidentale, et le protestantisme aux Pays-Bas fut lourdement réprimé.

Le monarque espagnol, Charles Quint , publia l'édit de sang en 1550, punissant de la peine de mort le crime d' hérésie envers l'Église catholique; cependant, Charles n'a pas fait respecter cet édit. Par contre, son fils, Philippe II d'Espagne , dont les agissements radicaux sont devenus une source de grande inquiétude aux Pays-Bas au cours des années 1560, a fait appliquer cet l'édit de sang. Le calvinisme est devenu de plus en plus populaire aux Pays-Bas, malgré la menace de mort. La révolte iconoclaste de 1566 a conduit a envoyé l'année suivante aux Pays-Bas le haï Fernando Álvarez de Toledo, 3e duc d'Albe. Ce dernier institua un Conseil des Troubles (Raad von Beroerten) chargé de punir cruellement tous les factueux. L'exécution capitale à Bruxelles des comtes d'Egmont et de Horne qui avaient pris la tête de l'opposition de la noblesse et du peuple, intensifie l'insurrection et amenant à la guerre de Quatre-Vingts Ans (1568-1648) entre les Pays-Bas (dirigé par Guillaume d'Orange) et l' Espagne. Sept provinces ont fait sécession (Acte de La Haye, 1581) et sont devenues protestantes (les Provinces-Unies), tandis que les dix autres sont restées sous le contrôle catholique à la fin de la guerre. En 1588, Philippe II envoya sa Grande Armada pour tenter d'envahir l'Angleterre, mais l'expédition fut un échec pitoyable.

Anvers .

Sur le plan commercial, la découverte de l'Amérique en 1492 et l'arrivée aux Indes de Vasco de Gama en 1498 entraîna un gigantesque afflux de richesses vers l'Espagne et le Portugual. La Feitoria (le Comptoir) de Flandres, fondée en 1508 à Anvers, était alors la principale tête de pont de l'empire commercial portugais, la Casa da India, à l'intersection des colonies du Brésil de l'Afrique et des Indes. Animée par des négociants qui relient l'Inde à l'Amérique, la première bourse des valeurs a été fondée à Anvers en 1531.

Au milieu du XVIe siècle, les Pays-Bas du sud profitèrent du rôle dominant de la ville, qui était alors une des plus grandes villes d'Europe et qui resta pendant longtemps un très grand centre culturel et artistique, jusqu'au début de la guerre de Quatre-Vingts Ans .

Entre le 4 novembre et le 7 novembre 1576, une partie des soldats espagnols mutinés ont mis à sac la ville. Au cours de cet épisode, sont morts plusieurs milliers d'habitants et ce drame a été l'élément déclenchant du soulèvement des provinces du sud des Pays-Bas espagnols qui restaient encore loyales à la couronne espagnole. La république d'Anvers exista entre 1577 et 1585, lorsque la ville d'Anvers fut gouvernée par les révoltés calvinistes, de sorte qu'elle participa à la révolte des gueux . En 1585, la ville tombe aux mains de Philippe II à l'issue d'un siège de treize mois, la ville étant défendue par Philippe de Marnix de Sainte Aldegonde. En conséquence, les Provinces-Unies du nord ferment l’accès à l’Escaut dans le but de priver les Espagnols des avantages de leur victoire, ce qui a naturellement des conséquences catastrophiques sur l’économie de la ville. Abandonnée par les protestants, que Philippe II visait plus particulièrement et qui constituaient une très large part de l’élite commerciale et intellectuelle, Anvers voit sa population se réduire de moitié en moins de 20 ans.

— Joris Hoefnagel.

Après avoir voyagé pour sa formation humaniste de jeune et riche marchand lapidaire en France à Tours, Poitiers, Bourges et Orléans en 1561-1562 et être revenu précipitamment à Anvers en août 1562 en raison des guerres de religion, Joris Hoefnagel, né en 1542, séjourna en Espagne de 1563 à 1567 et notamment en Andalousie. Dans ces deux pays, son intérêt pour le dessin et la peinture l'amena à accumuler sur ses carnets des croquis de scènes de vie, d'habitants dans leurs costumes traditionnels, et, la cartographie étant alors une science naissante, des vues et plans de villes et de paysages. La fin de son séjour correspond au début de la révolte des Pays-Bas contre la domination espagnole (Guerre de Quatre-Vingt ans), à la révolte iconoclaste soulevée par les pasteurs calvinistes (1566), et, en réponse, l'entrée à Bruxelles du Gouverneur des Pays-Bas Fernando Alvaro de Tolède, le Duc d'Albe, avec 10 000 hommes. A Anvers, ce dernier fit construire la Citadelle, de 1567 à 1572, point de départ de la mise à sac de la ville, la "Furie Espagnole", en octobre 1576. Selon Carel van Mander II,76, le père de Joris fut alors ruiné, les milliers de florins cachés dans un puits ayant été découvert.

De 1568 à 1569, Hoefnagel se rendit en Angleterre et y fréquenta la communauté de marchand et de savants néerlandais, se liant d'amitié avec le protestant Jean Rachermacher, et dessinant pour lui le recueil emblématique Patientia, qui illustrait la nécessité pour les flamands en butte aux persécutions de l'occupant espagnol, dune capacité stoïque d'endurer les épreuves. On peut donc penser que ses sympathies n'allaient ni vers l'Espagne, ni vers les Catholiques radicaux. De cette période, on connaît aussi de lui une peinture à l'huile plus anecdotique, la Fête à Bermondsey.

Son retour à Anvers de 1570 à 1576 fut marqué par son mariage avec Suzanne van Oncken (1571) et par la naissance de son fils Jacob (1573), mais aussi par la publication en 1572 à Cologne du premier volume du Civitates orbis terrarum de Braun et Hogenberg. Ce recueil de gravures colorées reprenait de nombreux dessins de villes de France et d'Espagne par Hoefnagel, dont sa première Vue de Séville. Pendant cette période, Hoefnagel se serait aussi formé auprès du miniaturiste Hans Bol (1534-1593). Ce dernier, originaire de Mâlines, quitta cette ville lorsqu'elle fut occupée par les troupes espagnoles et vint en 1572 à Anvers, où il fut membre de la guilde de Saint-Luc en 1574, et citoyen en 1575. "Ce fut pendant son séjour à Anvers que, voyant que l'on achetait ses œuvres pour les copier et vendre les copies sous son nom, renonça pour jamais à la peinture sur toile. Il s'adonna dès lors, d'une manière exclusive, à la peinture de paysages et de petites compositions en miniatures". (Van Mandel, II p.54). En 1582, il enlumina le Livre de prières de François de France, duc d'Anjou [BNF Ms Latin 10564]. Mais rattrapé en 1584 par la guerre, il entreprit une série de voyages qui le conduisirent successivement à Berg-op-Zoom, Dordrecht et Delft. Il ne se fixera définitivement à Amsterdam qu’en 1586.

Hoefnagel avait pu découvrir l'art de la miniature en Angleterre auprès des portraitistes comme Hans Holbein le Jeune, ou les flamands Hans Ewout, Levina Teerlink,et Marcus Gheeraerts.

En tout cas, pendant cette période anversoise que Joris Hoefnagel réalisa la première miniature sur vélin de sa carrière, une Vue de Séville. Elle fait actuellement partie des collections du Cabinet des Estampes de la Bibliothèque Royale Albert 1er de Bruxelles, sous le numéro d' inventaire SI 23.045, et a été exposée en 2041 dans l'exposition " Entre les lignes. Dessins de maîtres anciens du Cabinet des Estampes de la Bibliothèque royale de Belgique ". Selon Edouard Fétis, ancien conservateur en chef de la Bibliothèque royale, celle-ci est entrée en possession de cette feuille exceptionnelle « par hasard ». Un Anglais résidant à Bruxelles au début des années 1830 ne pouvant payer sa note d’hôtel, dut se résoudre à la régler en nature.

C'est une œuvre à la gouache et l'aquarelle sur vélin mesurant 21.6 x 32.3 cm, signée et datée 1570 et 1573. On réalise mal, face à la reproduction photographique de ce tableau, qu'il est à peine plus grand qu'une page 21 x 27 cm !

Selon la note de Hymans dans sa traduction du Schilder-Boeck de Carel van Mander (1604), les deux dates correspondent l'une à la vue de Séville elle-même (1570), et l'autre au "merveilleux encadrement d'attributs", de 1573.

Lorsque Hoefnagel quitta Anvers pour se rendre en Italie avec Abraham Ortelius, il passa à Munich où le duc de Bavière lui demanda de lui montrer sa peinture. Il ne disposait que d'un autoportrait et d'un portrait de sa première femme (Van Mandel), mais aussi "d'une miniature sur vélin avec des animaux et des arbres" que le duc lui acheta cent couronnes d'or. Selon Hendrix et Vignau-Wilberg 1992 p. 19 et note 19, cette miniature n'est autre que la Vue de Séville.

Hoefnagel à Séville.

— Lorsque Hoefnagel était en Espagne, un autre peintre flamand probablement né à Anvers s'y trouvait aussi : Antoine van den Wyngaerde, grand artiste topographique, avait en effet été chargé par Philippe II de procéder au relevé des principales villes du royaume. Installé avec sa famille à Madrid en 1562, il réalisa pas moins de soixante-deux vues de villes et villages, dont Barcelone, Valence, Saragosse, Grenade, Coroba, Séville (1567), Tolède, Burgos et Madrid. Leur précision quasi photographique fait qu'elles ne sont pas seulement de magnifiques œuvres d'art, mais qu'elles constituent des documents graphiques d'une importance considérable pour la compréhension de divers aspects (urbain, économique, sociale) des villes représentées. Mais son travail, à la différence de celui d'Hoefnagel, n'a pas été publié et les planches ont été dispersées. Il est possible que Hoefnagel ait voyagé de conserve avec van den Wyngaerde ; certaines de leurs vues sont complémentaires, quoique celles de Hoefnagel soient jugées moins méticuleuses mais plus spectaculaires et pittoresques. Richard Kagan propose qu'elles ont été influencées par ceux de Wyngaerde.

— Pendant son séjour en Espagne, Hoefnagel a rencontré (a été reçu par) les marchands d'Anvers installés à Séville, comme Louis et Nicolas de Malapert : il dédicacera sa vue de Séville de 1598 à ce dernier.

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ÉTUDE DE LA VUE DE SÉVILLE DE 1573.

La miniature comporte deux parties distinctes : au centre, la vue de la ville proprement dite, dans un cartouche horizontal, et tout autour, une large bordure à grotesques dont la surface est supérieure à celle du paysage, et qui comporte de nombreuses inscriptions.

 

I. LA VUE DE SÉVILLE proprement dite.

Elle est observée du même point que la Vue de Séville du volume I du Civitates de 1572, et elle partage avec celle-ci de nombreux points communs : nul doute que les deux vues sont liées aux mêmes croquis. Le point d'observation se trouve à l'ouest-nord-ouest de la ville, sur la rive droite, près du Monastère de la Cartuja, face à la Casa de Colon.  Dans un format tout en longueur (plus de trois fois plus long que large), la ville elle-même est réduite à une bande où s'alignent les maisons, les murailles et la rive, entre le ciel où les nuages l'emportent sur le bleu, et, en bas, la rive droite du Guadalquivir. A l'extrême droite, le quartier de Triana et le Castillo San Jorge, siège de l'Inquisition, relié à Séville par le pont de barques de Triana. Derrière le pont, sur les deux rives, la flotte de commerce est amarrée, déchargeant les richesses venant du Nouveau-Monde. De la ligne des toits émergent successivement de droite à gauche les deux tours de l'Or et de l'Argent Torre del Oro et Torre dela Plata, le massif de la cathédrale accolé à la haute Giralda, le clocher de San Paulo, et celui de San Laurente.

Mais l'identification des édifices urbains n'est sans-doute pas le souci de l'artiste, qui s'intéresse plus à ce qui se passe sur le fleuve, et sur la route qui en longe la rive. Si on y retrouve, sur le fleuve, la même scène de baignade ou de noyade qu'en 1572, les mêmes barques pêchant à l'épervier, les mêmes groupes de danseurs, le même îlot ou bras de sable, le premier plan est bien différent et au lieu d'un pêcheur ramenant sa pêche sur son mulet, et une bougresse gesticulant sur un âne aux allures de chèvre, nous voyons de nobles personnages se saluant : un couple s'éloigne à l'extrême droite, deux femmes se dissimulent sous des voiles noirs, un piéton en tunique rouge les regarde, un couple richement vêtu et monté sur un cheval les salue. Devant eux, un homme au visage noir ne peut être un esclave, car il porte l'épée et porte chapeau, fraise, tunique blanche et chausses blanches. Devant eux, un cavalier frappe de sa cravache son cheval blanc.

Deux remarques :

-- Le cavalier au cheval blanc ne serait-il pas un messager au service du roi ? Son chapeau porte un panache blanc. Sur la vue de Grenade, Hoefnagel a peint un cavalier très semblable. 

 -- Carmen Fracchia (2012) suggère que l'élégant personnage noir est un ladino, africain assimilé, appartenant peut-être au couple derrière lui. Les ladinos étaient des esclaves noirs importés en Espagne par la traite arabe, qui se sont ensuite christianisés et ont appris l'espagnol. Il y avait 50 000 ladinos Noir en Espagne au 15ème siècle. 

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 Incluons dans cette vue urbaine le cartouche peint à la poudre de lapis-lazuli et portant le titre HISPALIS et la date 1570. Hispalis, le nom latin de Séville, est une romanisation du toponyme berbère I-Spal, devenu Isbaliya / Isbiliya / Ishbalyia / Isbilyia au VIIIe siècle. 

 



 

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Joris Hoefnagel, "Vue de Séville", 1573, (Détail)  Bibliothèque Royale Albert Ier, Cabinet des Estampes,  Bruxelles

Joris Hoefnagel, "Vue de Séville", 1573, (Détail) Bibliothèque Royale Albert Ier, Cabinet des Estampes, Bruxelles

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II. LA BORDURE.

La complexité de cette décoration de bordure nécessite d'en ordonner la description. Je propose d'abord d'y reconnaître un procédé que Hoefnagel utilisera dans ses Allégories des années 1590 de façon systématique : le cadre de l'image centrale, que nous pourrions comparer à un hublot, ou, de façon moins anachronique, à un "regard" ou à la fenêtre d'une armoire de curiosité dans laquelle l'artiste nous invite à regarder, est fixée, comme si elle était réelle, au cadre rectangulaire (la "porte" de l'armoire) par deux patères latérales (en or, laiton ou bois doré) et suspendu en haut par un volumineux appareil doré, guirlandé et enrubanné qui se révèle être le blason de la ville. Ces trois points de fixation de la fenêtre centrale servent d'armature à la composition, en ses points cardinaux ; ils sont complétés en bas par une sorte de lustre qui forme le cartouche de la signature. Dans cette armoire, il fonctionne comme une véritable clef, et je l'adopte, malgré mon embarras, comme point d'entrée.

J'examinerai donc successivement :

  • La signature de l'artiste, et l'autel de Minerve.

  • Le quart inférieur gauche : Les Indes.

  • Le quart inférieur droit : l'Espagne

  • Le blason de Séville (partie supérieure, au centre)

  • le coin supérieur gauche

  • Le coin supérieur droit

 

N.B : pour une meilleure lisibilité, j'ai modifié l'image donnée en Source, en accentuant la netteté, la vivacité et la saturation des couleurs, le contraste et l'éclairage. Pour une fidélité à l'œuvre :

 http://www.presscenter.org/fr/pressrelease/20141126/des-dessins-de-maitres-anciens-montres-pour-la-premiere-fois-a-l-expo-entre--0

 

Joris Hoefnagel, "Vue de Séville", 1573, Bibliothèque Royale Albert Ier, Cabinet des Estampes,  Bruxelles ; voir source des images supra.

Joris Hoefnagel, "Vue de Séville", 1573, Bibliothèque Royale Albert Ier, Cabinet des Estampes, Bruxelles ; voir source des images supra.

 

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L'Autel de Minerve, et la signature.

a) L'inscription de signature :

GEORGIVS HOEFNAGLE ANTVERPIANVS INVENTOR FACIERAT ANNO MDLXXIII. NATURA SOLA MAGISTRA.

Plusieurs remarques :

— La forme "Georgius Hoefnagle" est attestée dans une vue de Grenade (Granada) datée de 1563 dans le Civitates orbis terrarum, (depingebat Georgius Hoefnagle antverpianus), comme dans les autres vues de villes d'Espagne (Loja, Malaga, Burgos et San Sebastian, Antequera). Plus tard, il utilisera la forme Georgius Houfnaglius.

— Dès sa première miniature, Hoefnagel se donne le titre d'Inventor, que l'on retrouve plus tard dans son ornementation-signature pour la Messe des défunts du Missale Romanum complétée par la mention inventor hieroglyphicus et allegoricus. Avant de se présenter comme peintre, il se définit comme inventeur d'emblèmes, mettant en avant son acte intellectuel de déchiffreur du monde et de concepteur d'images à lire. 

— Immédiatement après, il donne sa devise, Natura sola magistra, "La Nature comme seul maître", qui a été interprétée comme une affirmation de son statut d'autodidacte  : "En effet, à l'entendre, il ne connaît d'autre maître que la nature ou son propre génie : Natura sola magistra, s'écrie-t-il fièrement ! " — Ann. Academ. Arch. Belg. 1899— ou bien "car c'était sa grande prétention , de s'être formé sans maître, et d'avoir un talent en quelque sorte de révélation" — Hennebert 1855 et E. Fétis, 1857—, ou encore "L'auteur se glorifiait avec raison de n'avoir été instruit par personne, car son nom ne figure pas sur les registres de Saint-Luc." — A. Michiels, 1868— . Mais l'ambition de cette devise est certainement plus vaste, et relève aussi de la fascination de l'auteur (et de ses contemporains)  pour l'histoire naturelle et de sa détermination à pratiquer un naturalisme scientifique débarrassé des fabulations médiévales. Surtout, Hoefnagel s'attribue l'aphorisme d' Aristote dans sa Physique : ars imitatur naturae "l'art imite la nature", ou plutôt son interprétation par Thomas d'Aquin (Physique 14, n°168). Pour celui-ci, La nature n'est rien d'autre que l'expression d'un certain art, nommé art divin, instillé à l'intime des choses, qui les porte vers leur fin déterminée, comme le charpentier de marine, construisant un bateau, peut, par son travail du bois, lui donner la capacité de naviguer par lui-même. (nihil aliud quam ratio cuiusdam artis, scilicet divinae, indita rebus, qua ipsae res moventur ad finem determinatum -  sicut si artifex factor navis posset lignis tribuere, quod ex se ipsios moverentur ad navis formam inducendam). Prendre la nature comme maître, c'est apprendre à y admirer l'œuvre du Créateur, à y lire au niveau du  microcosme l'ordonnancement du macrocosme, mais c'est aussi, comme elle, participer activement à la Création en suivant son propre moteur interne, que, à plusieurs reprises, Hoefnagel désignera comme son "génie".  Pour relier les deux termes de sa signature, sa devise et son titre d'inventor, Hoefnagel considère la nature comme un livre où s'écrit une pièce de théâtre : il doit à la fois la lire, y tenir son rôle, et y ajouter, sous forme d'images cryptées, les didascalies et notes commentant sa propre lecture.

— on remarquera la manière dont la date est inscrite : au lieu de l'inscription MDLXXIII (1573), Hoefnagel écrit le M et le D avec des demi-cercles (lettre C) et des traits verticaux , dans un souci de raffinement.

Natura sola Magistra : Hoefnagel, le chorographe.

Jean Marc Besse  (2005)  a souligné la différence entre vue géographique, destinée a montrer la surface du globe terrestre dans sa globalité et dans sa continuité, et la vue de ville, chorographique (ou topographique) qui donne à voir de manière séparée, le lieux en les  considèrant de près,  en détail, le plus près du vif qu’elle peut. Le géographe mesure, et le chorographe peint le panorama, comme si on y était. Il cite alors Antoine Du Pinet : 

"[Il] faut noter, écrit-il, que la fin de [la] Geographie est de consyderer, & mesmes representer, par certaines mesures & proportions, toute la Terre habitable, selon son naturel, & assiette : & [de] parler en general, des parties d’icelle, & des Climatz, graduations, & assiettes, tant en longitude, qu’en latitude, des Provinces, & Regions, & des choses plus notables en icelles, comme sont Isles, Golfes, Montaignes, Rivieres, Havres, & autres villes de renom […]. Mais, sur tout, elle s’employe à faire entendre aux hommes les assiettes des lieux : & combien un lieu est eloïgné de l’autre[…]. Mais la Chorographie sert à representer au vif les lieux particuliers, sans s’amuser à mesures, proportions, longitudes, latitudes, ny autres distances Cosmographiques : se contentant de montrer seulement à l’œil, le plus près du vif qu’elle peut, la forme, l’assiette, & les dependances du lieu qu’elle depeint : comme seroyent les Fortz, Cittadelles, Temples, Rues, Colysees, Arenes, Places, Canaux, Viviers, Havres, Moles, & autres bastimens de marque qui pourroyent estre en une ville, avec le païsage d’alentour, & les traffiques d’icelle. De sorte qu’on pourra prendre la Geographie pour celle qui represente un corps en general : & la Chorographie pour celle qui espluche toutes les parties du corps, iusques au moindre poil de barbe. Antoine du Pinet, Plantz, pourtraitz et descriptions de plusieurs villes et forteresses (Lyon, 1564), pp. 13-14.

 

On comprend immédiatement que cette peinture iusques au moindre poil de barbe va convenir à un miniaturiste, et combien l'allégeance de l'artiste à l'égard de la nature, du réel, peut être pour lui une règle si absolue de fidélité qu'il l'adopte comme devise. Cette exigence du chorographe est aussi celle du peintre en histoire naturelle, comme Dürer l'avait montré en peignant un lièvre poil par poil. C'est l'exemple que suivra désormais Hoefnagel.

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b) Minerve.

Au dessus de la signature d'Hoefnagel, la frise d'encadrement s'interrompt pour faire place à un ouvrage doré de formes très contournées voire serpentines qui associe :

  • deux cartouches portant en lettres d'or sur fond noir les mots *ARTIS LARGITORI et DEO OPT. MAX.*
  • deux luminaires portant chacun deux bougies encadrant un brûle-parfum.
  • une arche faite de deux cornes d'abondance entourant un paysage (une baie montagneuse) et dont les piliers courbes portent l'inscription E CEREBRO IOVIS  DIVA  MINERVA. Le sommet de l'arche est effacé par des nuées.  Selon J.A Bucher, qui a sans-doute examiné la peinture elle-même, le tétragramme hébreu de Dieu est inscrit dans le paysage irradié par la lumière du soleil.
  • Minerve, toute armée (casque attique à cimier et aigrette et lance), tenant l'égide frappé de la tête de Gorgone,
  • à sa gauche, un hibou,  animal qui est son attribut et qui symbolise son intelligence vigilante. (Un hibou se distingue d'une chouette par la présence d'oreilles, mais la valeur des deux animaux est identique sur le plan symbolique)
  • peut-être, en homologue de l'autre coté, un autre animal
  • un ruban blanc dont les orbes flottent pour réunir la déesse aux extrémités du luminaire.

La déesse romaine Minerva est assimilée à la déesse grecque Pallas Athéna et reprend les fonctions, épithètes et attributs de celle-ci : elle est née toute armée de la tête de Zeus (Jupiter Jovis pour les Romains), ce qui explique l'inscription [nata] E cerebro Iovis diva Minerva, "Déesse Minerve, née du cerveau de Jupiter". Son nom viendrait de mens, mentis, "pensée" et elle est une déesse très cérébrale, présidant à la Sagesse que symbolise la Chouette. Par son équipement guerrier, mais aussi par son intelligence, elle préside aussi à la stratégie guerrière. De fait, elle est protectrice de Rome, et est custos urbis, "gardienne de la cité.

Mais elle est aussi la déesse des artistes et des artisans : ce qui justifie l'inscription Artis largitoricelle qui fait des largesses, bienfaitrice des arts". C'est le plus souvent son père Jupiter qui est désigné par la formule de dédicace romaine DEO OPTIMO MAXIMO (le plus grand et le meilleur des dieux), souvent abrégé en  D.O.M.  Il correspondait à un autre sigle I.O.M. (Iovi Optimo Maximo) de même signification. Par la suite il a été repris sans changement dans l'épigraphie chrétienne, souvent funéraire, qui lui a donné un sens différent. A noter son usage en 1584 sur une pièce de deux florins à Bruxelles sous la forme, Deo optimo maximo , Bruxella confirmata ( Grâce à Dieu le plus grand et le meilleur, Bruxelles a été affermie).

Enfin les bougies et les lampes d'encens délimitent un espace sacré autour de Minerve, mais participent aussi de la symbolique de la clarté de l'esprit et de l'élévation des pensées.

Il est difficile de dire si Hoefnagel place Minerve comme la déesse qu'il invoque pour son propre compte, en tant qu'artiste et en tant que lettré humaniste, ou s'il en fait la déesse tutélaire de Séville comme nouvelle Rome. La réponse est certainement double, mais, si Minerve sert de clef d'interprétation à cette Vue urbaine, c'est bien pour conférer à Séville les épithètes qui en font une capitale de l'intelligence, de la puissance guerrière  et des arts.

 

Minerve et sa "chouette" : Joris Hoefnagel, "Vue de Séville", 1573, Bibliothèque Royale Albert Ier, Cabinet des Estampes,  Bruxelles ; voir source des images supra.

Minerve et sa "chouette" : Joris Hoefnagel, "Vue de Séville", 1573, Bibliothèque Royale Albert Ier, Cabinet des Estampes, Bruxelles ; voir source des images supra.

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LA MOITIÉ INFÉRIEURE (suite).

Dans la large moitié inférieure de la miniature, Hoefnagel a peint autour de Minerve une somptueuse allégorie dans laquelle le vaisseau du Nouveau Monde, à gauche, arrive dans toute sa luxuriance  à la rencontre du vaisseau du Commerce Espagnol, à droite. La scène est si colorée, si vivante qu'on croit entendre  les Sauvages  des Indes Galantes de Rameau, ou assister à l'une de ces folles fêtes costumées dont les artistes (cf. Arcimboldo) étaient chargés d'inventer les décors.

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Le quart inférieur gauche : Les vaisseau des "Indes".

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Dans le coin, le mot INDIA en lettres bifides blanches sur fond bleu indique le titre : venant de l'Ouest, les Indes découvertes par Christophe Colomb traversent l'Atlantique et amènent en occident leurs richesses. Ce nom prend place dans un cadre exubérant, où les formes serpentines d'un colimaçon se poursuivent avec celles d'un griffon, alors que du brûle-parfum sort la spirale d'un être fantastique. 

Les formes du vaisseau des Indes relève de l'onirisme exotique, associant divers animaux comme des langoustes, des pieuvres, avec des éléments végétaux. Son équipage est fait de singes, d'hommes-boucs, d'un sauvage péruvien en coiffure de cérémonie. A bord, India, une femme au large chapeau de plumes, vide son tablier de pièces d'or et d'argent dans un sac marqué OPULENCIA. Des écussons d'or portent les inscriptions HISPANIA NOVA, AMERICA et DOMINICA. A la proue, un iguane, et un perroquet.

Un cartouche inclus dans la frise d'encadrement porte en lettres d'or sur fond noir les deux mots DIVES OPVM. Il s'intègre dans un ensemble de huit cartouches semblables, dont les deux premiers autour de Minerve ont déjà été déchiffrés (Artis Largitori et Deo Opt. Max.) comme des qualificatifs de Minerve et de Jupiter détournés pour s'appliquer à Séville. Pour interpréter Dives Opum, il est nécessaire de lire l'Incipit de l'Énéide de Virgile, dans lequel le poète latin dérit Carthage, où règne Didon :

Enéide AncreI,Ancre12-18 

Urbs antiqua fuit, Tyrii tenuere coloni,

Karthago, Italiam contra Tiberinaque longe

ostia, dives opum studiisque asperrima belli; 

quam Iuno fertur terris magis omnibus unam 

posthabita coluisse Samo ; hic illius arma,

hic currus fuit; hoc regnum dea gentibus esse,

si qua fata sinant, iam tum tenditque fovetque.

"Jadis il y avait une ville (ancienne colonie tyrienne),/ Carthage : elle faisait face à l'Italie et aux lointaines bouches du Tibre;/ elle était riche et passionnément âpre à la guerre./ Junon, dit-on, la chérissait plus que toute autre cité,/ plus même que Samos. Là étaient ses armes, et là son char./ Cette ville régnerait sur les nations, si les destins y consentaient "

Litteralement, Dives opum se trauit par "riche en ressources".

 

Après avoir cité deux binômes renvoyant aux dieux romains et, indirectement, à Rome, Hoefnagel prélève dans l'œuvre de Virgile un autre binôme d'un passage que chaque lettré contemporain connaît par cœur et peut comprendre comme une comparaison entre Séville et Carthage ; mais chacun peut aussi penser aux guerres Puniques et à la façon dont Carthage fut détruite par Rome, ou aux mots de Caton selon lesquels Carthago delenda, "il faut détruire Carthage". L'art masqué de Hoefnagel déjoue toute certitude de lecture.

 

Hoefnagel, Vue de Séville, 1573, quart inférieur gauche, Bibliothèque Royale de Bruxelles.

Hoefnagel, Vue de Séville, 1573, quart inférieur gauche, Bibliothèque Royale de Bruxelles.

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Le quart inférieur droit : le vaisseau du Commerce espagnol.

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La frise d'encadrement enchasse un cartouche à fond noir portant les mots MERCATVRA CELEBRIS. Ce binôme n'est pas emprunté à la poésie latine, mais est utilisé fréquemment pour qualifier une ville au commerce florissant : urbs mercatura celebris, ville renommée par son négoce.

Dans le coin inférieur droit, le mot HISPANIA (ESPAGNE) en lettres blanches sur fond bleu indique que le navire imaginaire qui va à la rencontre du navire des Indes est une allégorie de l'Espagne, où plus précisément de son commerce, car le maître à bord n'est plus une reine d'Amérique mais Mercure (Hermès pour les Grecs), dieu du commerce et des voyages, que l'on reconnaît à son caducée et à son chapeau rond, le pétase ailé.

Ce coin est appareillé par un ouvrage jumeau de celui de gauche, et qui est digne d'un orfèvre ; mais l'examen de l'escargot étalant l'ondulation de son corps et dressant d'excessives cornes devenues  des antennes, l'examen de la feuille d'acanthe animalisée par une série d'épines, celui du griffon à la queue exagérément  longue et tortillée, conduisent à découvrir comment l'artiste a ridiculisé ce dernier en nouant autour de sa tête le ruban blanc gaufré comme un cuisinier le ferait par des papillottes d'une volaille. Un tel excès indique que l'artiste ne se contente pas d'orner richement son allégorie, et qu'il le fait avec une belle pétulance, mais qu'il adopte le ton de la moquerie. L'humaniste inventeur de messages cryptés se révèle ici proche du ton et de la stratégie de Rabelais.

Quoi, par ce simple nœud transformant un griffon en une cocotte de Pâques ? N'y voyez qu'une de ces marginalia dont les enlumineurs ont l'art, une drôlerie qui ne remet nullement en cause le respect de l'artiste pour son sujet principal !

J'y vois plutôt le clin d'œil que le comédien adresse à son public pour l'éveiller à la duplicité de son discours. Ce public, lorsqu'il reçoit ce signe, se met à écouter et à voir autrement ; or, dans cette miniature, nous constatons dés lors que cette mise en scène emplumée, cette naumachie dans une cuvette accumule trop de clinquants, de dorures, d'invraisemblances et d'anachronismes pour être présentée réellement par l'artiste comme une louange envers Séville. Trop d'encens tue l'encens, trop d'emphases dans l'éloge vous font verser dans le dithyrambe. 

Noter aussi, sur le corps du griffon, l'étendard aux armes des Habsbourg.


Ce vaisseau de Mercure comporte un château arrière où flotte un pavillon vert et or . Il est poussé sous l'effet d'une voile portant les armoiries de Philippe II, avec la couronne royale et le collier de la Toison d'Or. Ce sont ses armoiries comme Roi d'Espagne, qui sont aussi —avant 1580 où il ajouta les armes du Portugual— celles de son père Charles Quint. Seul détail, Hoefnagel a inversé la place des armes du Léon (le lion du gueules) et de Castille (le château d'or).  

 

 

 

Mais cet emblème est contaminé par l'épidémie serpentine qui affecte toute la scène, puisque elle est cernée par un pampre dionysiaque.

La marque de Philippe II est aussi frappée sur toute la coque, sous forme d'une succession de lettres P.

Sur le château avant est juché un enfant nu mais coiffé de palmes exotiques ; il tient une banderole portant le mot BETICA, nom latin du fleuve Guadalquivir, que le navire descend vers l'Océan s'il sort de Séville. Devant lui, assis sur une coquille de Saint-Jacques, se tient un Verseau nu (pourtant, Philippe II, né le 21 mai 1527, est du signe des Gémeaux). Devant encore, un homme barbu couronné d'une tour tient un globe de verre. Puis vient un Neptune, nu, armé d'un trident. Puis des chevaux de mer (griffons) chevauchés par deux sauvages, soufflant dans une conque et armés d'une massue ou d'une masse d'arme.

En avant encore, se trouve le pavillon portant la devise de Charles Quint PLUS ULTRA entre les deux colonnes d'Hercule qui y sont associées. Sur le vaisseau, on lit aussi les inscriptions CASTELLA et LEGIO,   formes latines de la Castille et du Léon.

Il me semble possible de proposer que Hoefnagel assimile ce départ des Espagnols avec celui d'Enée dans le Livre V de l'Énéide de Virgile.  Le héros part alors de Sicile pour atteindre Hesperia (le royaume de l'Ouest), c'est à dire le Latium où il va fonder son nouveau royaume après la chute de Troie. Vénus, qui le guide, a obtenu la protection de Neptune.

Énéide V, 816-828

his ubi laeta deae permulsit pectora dictis,

iungit equos auro genitor, spumantiaque additf

rena feris manibusque omnis effundit habenas.

caeruleo per summa leuis uolat aequora curru;

subsidunt undae tumidumque sub axe tonanti

sternitur aequor aquis, fugiunt uasto aethere nimbi.

Tum uariae comitum facies, immania cete,

et senior Glauci chorus Inousque Palaemon

Tritonesque citi Phorcique exercitus omnis 

laeua tenet Thetis et Melite Panopeaque uirgo,

Nisaee Spioque Thaliaque Cymodoceque.

"Dès qu'il eut par ces paroles apaisé et réjoui le cœur de la déesse,

le père des flots attelle ses chevaux avec un joug d'or, impose à leur fougue

des mors écumants tandis que ses mains relâchent complètement les rênes.

Sur son char bleu sombre il vole légèrement sur la crête des vagues ;

les ondes retombent, la mer gonflée au passage tonitruant du char

se fait étale et les nuages fuient dans l'immensité de l'éther.

AncreAlors apparaissent diverses figures de sa suite : baleines immenses,

vieillards du choeur de Glaucus, Palémon, le fils d'Ino,

Tritons rapides et toute l'armée de Phorcus ;"

 


 

Hoefnagel, Vue de Séville, 1573, quart inférieur droit, Bibliothèque Royale de Bruxelles.

Hoefnagel, Vue de Séville, 1573, quart inférieur droit, Bibliothèque Royale de Bruxelles.

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La partie supérieure : le quart supérieur gauche.

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Dans la frise d'encadrement se lisent cette fois les binômes FRVCTIB[VS]. ABVNDANS. et  .PACE FLORENS. Je ne rencontre le premier couple que sous la plume de Pomponius Mela, Géographie Livre III, à propos de Talgé, en mer Caspienne, qui "abonde en fruits de toutes sortes". Sous ce cartouche, toute sortes de fruits sont effectivement représentés, poires, pommes, amandes, tomates et groseilles, ainsi que des fleurs (lis), autour d'un masque typiquement grotesque qui semble sorti de la Pourtraicture ingenieuse de plusieurs façon de Masques. Fort utile aulx painctres, orseures, Taillieurs de pierres, voirriers et Taillieurs d'images de Cornelis Floris (Anvers, 1555).

 

En dessous de Pace Florens "paix florissante", ou Florissant par la paix" se trouvent rassemblés des objets symbolisant les plaisirs, les richesses et les agréments. Au centre, un luth. Cet instrument d'origine arabe possédait quatre cordes, puis dès le XIIe siècle cinq cordes, ou plus exactement quatre chœurs de deux cordes à l'unisson, et une neuvième corde plus haute. Hoefnagel était connaisseur de musique, comme toute sa famille, ainsi qu'en témoigne le tableau de Pourbus Les noces du peintre Hoefnagel. On y voit, outre un virginal, deux luths.

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http://www.fine-arts-museum.be/uploads/vubisartworks/images/fransipourbus-4435-l.jpg

 

 Sur ce luth ou à coté de lui se voient les accessoires de mode et de beauté comme un collier de perles, un collier en chaînons d'or et un collier de perles en gouttes,  un miroir, un éventail, un peigne sur une chevelure, un masque, des roses, des œillets, peut-être du jasmin, et enfin les chalumeaux d'un instrument à vent. En bref, tout ce qui composera plus tard les Vanités des Natures mortes. 

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Hoefnagel, Vue de Séville, 1573, quart supérieur gauche, Bibliothèque Royale de Bruxelles.

Hoefnagel, Vue de Séville, 1573, quart supérieur gauche, Bibliothèque Royale de Bruxelles.

Le blason de Séville. 

Au centre de la bordure supérieure, malgré l'accumulation de petits personnages, de tentures rouges, de ferronnerie dorée, d'anneaux, de corbeille de fruits, de pavillons (dont celui de Charles Quint), de putti, de voiles, de rubans, fioritures et falbalas, entre deux créatures ailées, on reconnaît le blason de Séville, qui représente le roi Ferdinand III de Castille, conquérant de la ville en 1248, entouré de saint Isidore et de son frère saint Léandre qui furent tous deux archevêques de Séville aux VI et VIIe siècles.  

Hoefnagel, Vue de Séville, 1573, Blason de Séville, Bibliothèque Royale de Bruxelles.

Hoefnagel, Vue de Séville, 1573, Blason de Séville, Bibliothèque Royale de Bruxelles.

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​Le quart supérieur droit.

Alors que le coté gauche était consacré aux arts et aux plaisirs des sens, le coté droit est voué aux Armes : un trophée rassemble bouclier, carquois, lances, masses d'armes, plumet rouge et blanc de chef d'armée, bannière romaine frappée du sigle S.P.Q.R du Sénat, de la République puis de l'Empire (Senatus Populusque Romanus), faisceau de licteur romain, éperons à molettes et leur courroie , flammes rouges et blanches d'un tir d'artillerie, etc...

Dans la frise, l'inscription correspondante .INCLYTA BELLO. signifie "Illustre par la guerre". Une nouvelle fois, c'est une citation de l'Énéide de Virgile : Enéide II, 240-241

 O patria , o Divùm domus Ilium , et inclyta bello

 Mœnia Dardanidùm ! quater ipso in limine portæ 

Substitit , atque utero sonitum quater arma dedere.

"Ô patrie, ô Ilion, demeure des dieux ! Et vous,remparts des Dardaniens illustrés par la guerre ! Quatre fois, au seuil même de la porte,  la machine est stoppée et quatre fois  les armes résonnent en son ventre ";

C'est ici non plus Rome, non plus Carthage, mais Troie qui est (Ilion) qui est invoquée pour comparer Séville aux villes les plus illustres de l'Antiquité.

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La scène voisine est plus champêtre et présente, dans une armature de cerceaux concentriques, des fleurs et des épis de blés. C'est dire qu'elle illustre un nouveau binôme qualificatif, .FERTILIS AGRIS. (aux champs fertiles).  Il faut maintenant ouvrir les Métamorphoses d'Ovide livre VI vers 317 pour le trouver, décrivant la Lycie : 

... 'Lyciae quoque fertilis agris 

non inpune deam ueteres spreuere coloni. 


"[Par cet exemple, tous les mortels apprirent à redouter le courroux de Latone. Tous rendirent un culte plus religieux à la mère de Diane et d'Apollon. Et comme il arrive qu'un événement récent en rappelle de plus anciens, un vieillard raconta celui-ci :] "Les habitants de la fertile Lycie ne méprisèrent pas impunément cette grande déesse.  "

Il s'agit de l'épisode fameux (Bassin de Latone à Versailles) où la déesse Latone, ayant accouché de ses jumeaux Diane et Apollon, fuit à travers la Lycie et, s'approchant d'une mare pour s'y désaltérer, maudit les paysans qui l'en empèchent en troublant l'eau.

 

 

Hoefnagel, Vue de Séville, 1573, Quart supérieur droit, Bibliothèque Royale de Bruxelles.

Hoefnagel, Vue de Séville, 1573, Quart supérieur droit, Bibliothèque Royale de Bruxelles.

 

Joris Hoefnagel joailler tailleur-sertisseur ou roi du copier coller.

Pour sa Vue de Séville, qu'il a peut-être conçue comme son chef-d'œuvre Hoefnagel a déployé une vaste panoplie de motifs et s'est créé ainsi une palette dans laquelle ill puisera toute sa vie. Ainsi, c'est dès cette œuvre inaugurale qu'il introduit le hibou de Minerve et le caducée de Mercure qu'il réunira bientôt dans un duo emblématique de l'intelligence conjuguée à l'éloquence artistique.

Voir : Le Hibou et le Caducée chez Hoefnagel.

C'est aussi là que se trouvent pour la première fois les lampes de parfum qui sont un leitmotiv de sa peinture ; c'est là qu'apparaît le motif de la lumière (les bougies) qui sera déclinée plus tard en opposition binaire avec le cierge éteint, associé à l'opposition tête d'ange / tête de mort.

C'est là qu'il débute son bestiaire, fait de singes et de perroquets, d'escargots, de serpents, et d'oiseaux, avant de le compléter par les insectes, et, parmi ceux-ci les papillons et les scarabées.

C'est surtout là qu'il exprime pour la première fois ce qui est l'une de ses marques de fabrique, et qui le définit comme "inventeur", je veux parler de sa façon de puiser dans le corpus scripturaire poétique classique (et, plus tard, néolatin) pour y extraire des bribes qu'il insère dans sa peinture : les lieux de ces sertissages,  la calligraphie choisie, le sens de ces fragments de texte, le rapport de ce sens avec l'image, créant, au sein d'une œuvre ou dans la succession des planches ou folio d'un volume ou d'une série, finit par dessiner un "motif dans la tapisserie" qui n'est pas perceptible lorsque l'inscription est considérée isolément. Si ces préciosités littéraires latines (ailleurs, parfois en  hébreu, en grec et même en français) prennent leur sens dans l'étude de l'ensemble de l'œuvre du peintre, elles s'intégrent aussi aux travaux réalisés par les contemporains, et par les prédécesseurs, notamment dans les livres d'emblèmes, et elles acquierent alors le statut de motto, de devises et d'épigrammes.

 Meyer Schapiro, dans son analyse de la structure d'encadrement,  compare le cadre continu à une "clôture homogène pareille à la muraille d'une cité". Mais ici, tel le rempart de fortifications arabes qui inscrivait Séville dans un cercle, cette muraille  est dotée de six portes, six binômes laudatifs : en partant du mot INDIA inférieur gauche, nous trouvons DIVES OPVM, FRVCTIBVS ABVNDANS, PACE FLORENS, INCLYTA BELLO, FERTILIS AGRIS et MERCATVRA CELEBRIS, avant de parvenir au mot HISPANIA du coin inférieur droit, et de conclure par ARTIS LARGITORI et DEO OPT. MAX. Ces murailles deviennent ainsi une couronne florale empruntant aux villes les plus prestigieuses ou les plus mythiques comme Troie, Rome, Carthage, aux poètes les plus illustres comme Virgile et Ovide et aux divinités romaines les plus hautes comme Jupiter, Minerve et Mercure la litanie des épithètes de "Riche en ressources, Abondante en fruits, Florissante dans la Paix, Illustre dans la guerre, Aux champs fertiles, Célèbre par son négoce, Protectrice des arts, Divinité la meilleure et la plus grande". Séville devient l'archétype de l'Urbs, la Ville dans le superlatif de ses fonctions nourricières, militaires et politiques, la Civitas Primordiale des origines. Elle rejoint toute cité qui se pare et se théatralise lors de l'entrée triomphale de son Prince, se prenant pour son diamant parangon, et cette guirlande poétique relève toute entière de la rhétorique de l'éloge (Besse, 2005). Curieusement, cet excès encomiastique contraste avec la vue paysagère centrale, dont l'étroite et lontaine ligne de toits et de clochers est écrasée entre la bande du ciel, le fleuve dans son étalement marécageux, et la rive aux passants pressés. L'erga (la vue chorographique) fait pâle figure à coté de la parerga (l'ornementation ) qui la déborde.

Car la suprématie de Séville au XVIe siècle n'est pas due à sa fonction de ville, mais à son rôle portuaire. Ce n'est pas tant la ville circonscrite par des murs (urbs vient de urbare = enclore)  qui brille de tant de feu que le Fleuve, porte de l'Occident ouverte vers le Nouveau Monde. C'est le sens de la partie principale de la peinture, qui tient dans la rencontre des deux vaisseaux du Commerce, à droite, et de l'or et de l'Argent, à gauche. Toute l'énergie, toute l'ivresse, tout le débordement onirique se trouve dans cette bacchanale exotique.

Après avoir découpé ses livres de latin, Hoefnagel va, telle une jeune fille cherchant des modèles à broder sur son canevas, découper des images. A priori, il fera son miel des livres imprimés à Anvers, et, puisqu'après tout ils sont fait pour cela, des livres de modèles (pour les sculpteurs sur bois, maître-maçons, orfèvres et ornemanistes) initiant au style des grotesques. Abraham Ortelius avait déjà utilisé pour les cartouches de son Theatrum orbis terrarum les "compertementen"  de Jacob Floris et de Hans Vredeman de Vries. Pour le cartouche de sa carte de l'Asie (Asiae nova descriptio, 1570), Ortelius avait emprunté tout le cartouche trouvé dans le Veelderhande cierlycke compertementen (Anvers, 1564) de Jacob Floris (1524-1581)  Hoefnagel va être plus discret et n'y découper que les ailes à tête d'aigle et à oreilles de hibou.  [Cette régle de n'effectuer que des petits fragments d'une œuvre sera constante chez lui, et dans ses citations de la poésie latine de Fabricius pour le Salus Generis Humani, il prendra à l'emporte-pièce deux vers ici, et un autre là.]. 

 

Mais on voit combien Hoefnagel a soin de se réapproprier, en vrai artiste, le dessin et de le compléter.

 

 

Abraham Ortelius, 1570, cartouche de la carte de l'Asie,  https://archive.org/stream/theatrumorbister00orte#page/n29/mode/2up

Abraham Ortelius, 1570, cartouche de la carte de l'Asie, https://archive.org/stream/theatrumorbister00orte#page/n29/mode/2up

Hoefnagel, Vue de Séville, 1573, Blason, Bibliothèque Royale de Bruxelles.

Hoefnagel, Vue de Séville, 1573, Blason, Bibliothèque Royale de Bruxelles.

Hoefnagel ne prend pas son modèle de la carte d'Ortelius, mais bien du cartouche initial proposé par Jacob Floris, car il y prélève aussi un casque grotesque, et un bouclier. J'ai cru qu'il avait modifié le bouclier en le dotant d'une tête d'oiseau et d'une étoile, mais il a simplement pris ce bouclier sur une autre gravure du même volume . Le fanion S.P.Q.R vient aussi de Floris, de même que le carquois, et les lampes brûle-parfum.

 

On voit bien qu'il faudrait passer en revue ces gravures pour retrouver la source des différents détails.

 

Jacob Floris, 1564 Veelderhande cierlycke compertementen, in J.A. Welu 1987, (Metropolitan Museum of Art)

Jacob Floris, 1564 Veelderhande cierlycke compertementen, in J.A. Welu 1987, (Metropolitan Museum of Art)

Jacob Floris, 1564 Veelderhande cierlycke compertementen, https://www.rijksmuseum.nl/en/search/objecten?q=jacob+floris&p=4&ps=12&ii=6#/RP-P-1952-397P,42

Jacob Floris, 1564 Veelderhande cierlycke compertementen, https://www.rijksmuseum.nl/en/search/objecten?q=jacob+floris&p=4&ps=12&ii=6#/RP-P-1952-397P,42

Jacob Floris, 1564 Veelderhande cierlycke compertementen, https://www.rijksmuseum.nl/en/search/objecten?q=jacob+floris&p=7&ps=12&ii=1#/RP-P-1952-397M,63

Jacob Floris, 1564 Veelderhande cierlycke compertementen, https://www.rijksmuseum.nl/en/search/objecten?q=jacob+floris&p=7&ps=12&ii=1#/RP-P-1952-397M,63

Hoefnagel, Vue de Séville, 1573, trophée, détail, Bibliothèque Royale de Bruxelles.

Hoefnagel, Vue de Séville, 1573, trophée, détail, Bibliothèque Royale de Bruxelles.

Conclusion : un usage particulier.
Après avoir donné une vue de Séville à graver pour le CivitatesOrbis terrarum de G. Braun, donc un document destiné à être publié et diffusé dans un but d'information, Hoefnagel reprend cette même vue, en modifie le premier plan pour l'ennoblir, et lui donne un encadrement allégorique plus important en surface que la vue elle-même ; et, cette-fois, il la peint en miniature, dans une œuvre unique et non copiable. La question se pose alors de savoir à quelle fin il destine cette peinture, si elle répond à la demande d'un commanditaire ou si elle devance les propositions d'un acquéreur. Bref, de savoir quelle réception et quelle attenteHoefnagel anticipe ainsi. Un tel travail — c'est vrai de toute œuvre d'art— ne peut exister sans une complicité imaginée avec le regard et l'esprit d'un récipiendaire.
Surtout, il reste à comprendre comment Joris Hoefnagel, flamand d'Anvers, dont le père était considéré comme "calviniste" ou du moins partisan des thèses de la Réforme, put concevoir ce dithyrambe en l'honneur de la très catholique et très espagnole Séville. Double jeu ? Simple exercice de style ? Convictions qu'une entente pacifique était possible ? Ou, sans-doute, sincère admiration pour la grande ville qui a pu symboliser pour lui, à 23-28 ans, cette alliance de l'intelligence humaniste des lettrés (Minerve et sa chouette) et de l'éloquence artistique de sa famille de marchands de luxe (Mercure et son caducée) qui sera sa vraie ligne de conduite pendant toute sa vie.

SOURCES ET LIENS 

— Bibliographie générale , voir :  http://www.lavieb-aile.com/2015/03/ma-bibliographie-sur-joris-et-jacob-hoefnagel.html.

— ALBUS (Anita), 2002 Paradies und Paradox, Wunderwerke auf fünf Jahrhunderten - Francfort-sur-le-Main Eichborn Verlag,"Die Andere Bibliothek", pp.159-200.

 BESSE (Jean-Marc) 2005 . « Vues de ville et géographie au XVIe si`ecle : concepts, démarches cognitives, fonctions ». F. Pousin. Figures de la ville et construction des savoirs. Architecture, urbanisme, géographie, CNRS Editions, pp.19-30, 2005.

 BUCHER (Bernadette J. ),1992, America: Bride of the Sun : 500 Years Latin America and the Low Countries : Royal Museum of Fine Arts, Antwerp

DUVOSQUEL (Jean-Marie) & VANDEVIVERE ( Ignace),1985,  "Splendeurs d'Espagne et les villes belges 1500-1700: Aperçus historiques et artistiques sur l'Espagne et les Pays-Bas méridionaux aux XVIe et XVIIe siècles" Crédit communal, 1985 - 695 pages

— FÉTIS  (Édouard), 1857,   Les artistes belges à l'étranger: études biographiques ...,Bruxelles Volumes 1 à 2 page 118.

— FLORIS (Jacob) 1564, Veelderhande cierlijcke Compartementen profitelijck voor Schilders goutsmeden beeltsnijders ende ander constenaren. [Nombreux cartouches délicats..pour peintres, joaillers et sculpteurs.] par Jacob Floris l'Ancien (Flamand, 1524–1581). 17  ornementations gravées par  Herman Müller, édité par Hans Liefrinck (Augsburg (?) 1518?–1573 Antwerp)

http://www.metmuseum.org/collection/the-collection-online/search/344112?rpp=30&pg=1&ft=floris&pos=20

http://www.metmuseum.org/collection/the-collection-online/search/344211

— FLORIS (Jacob) Floris l'Ancien (Flamand 1524–1581) 1567 Compertimenta pictoriis Flosculis Manubissq. Bellicis variegata gravé par Pieter van der Heyden (Néerlandais, ca. 1525–1569) édité par Hieronymus Cock (Anvers ca. 1510–1570 Anvers)

 

FLORIS (Cornelis II ??), 1556 , Veelderleij veranderinghe van grotissen ende compertimenten ghemaeckt tot dienste van alle die de conste beminne ende ghebruiken. [Nombreuses variétés de grotesques et de cartouches] / Libro primo [Antwerpen] : Ghedruckt bij Hieronimus Cock,.

http://collections.vam.ac.uk/item/O119352/veelderleij-veranderinghe-van-grotissen-ende-print-floris-cornelis-ii/

 

— FRACCHIA (Carmen), 2012, "The Urban Slave in Spain and New Spain in The Slave in European Art", in  From Renaissance Trophy to Abolitionist Emblem Edited by Elizabeth McGrath and Jean Michel Massing, The Warburg Institute – Nino Aragno Editore (London and Turin, 2012) : page 198 et 206

https://www.academia.edu/5108393/CFracchia_The_Urban_Slave_in_Spain_and_New_Spain

— GEEST (Joost De) 2006, 500 chefs-d'oeuvre de l'art belge ed. Racine, page 219

— HENDRIX (Lee), VIGNAU-WILBERG (Thea), 1992, "Joris Hoefnagel, the illuminator", in Mira calligraphiae monumenta: A Sixteenth-Century Calligraphic Manuscript Inscribed by Georg Bocskay and Illuminated by Joris Hoefnagel, Paul Getty Museum, 424 pages, pp.15-28, http://books.google.fr/books?id=drlDAgAAQBAJ&printsec=frontcover&redir_esc=y#v=onepage&q&f=false

 

MICHIELS (Alfred) 1868 Histoire de la peinture flamande dupuis ses débuts jusqu'en 1864, Volume 6 page 243 https://books.google.fr/books?id=w84MAQAAIAAJ&pg=PA242&dq=%22Natura+sola+magistra%22&hl=fr&sa=X&ei=iwEbVb_ONoL7UNfzgagE&ved=0CD8Q6AEwAg#v=onepage&q=%22Natura%20sola%20magistra%22&f=false

— ORTELIUS (Abraham), 1570, Theatrum orbis terrarum, Anvers

:https://archive.org/stream/theatrumorbister00orte#page/n3/mode/2up

— VREDEMAN DE VRIES  Jan (1527-1609) Cartouche met rolwerk dat onderaan uitloopt in hermen, Nicolaes de Bruyn, Hans Vredeman de Vries, Assuerus van Londerseel, 1581 - 1635

WELU (James A.), 1987,  "The source and development of cartographic ornementation in the Netherlands", in Art and Cartography: Six Historical Essays publié par David Woodward pp.147-175: 

https://books.google.fr/books?id=W34-yRa8ksUC&pg=PA149&lpg=PA149&dq=cartouche+floris&source=bl&ots=KVQRECFws4&sig=fU7hcnkmN-60HaqaNqC1kKKOxQI&hl=fr&sa=X&ei=JJweVb7lJovzUJ-gg_gD&ved=0CDoQ6AEwBA#v=onepage&q=cartouche%20floris&f=false

Catalogue des manuscrits de la Bibliothèque royale des ducs de Bourgogne, Bruxelles et Leipzig, 1842 ..., Volume 1 page CXIX : numérisé par Google.

 

—  Splendeurs d'Espagne et des villes belges 1500-1100, exp. cat. (Palais des Beaux-Arts , Bruxelles, 1985), vol. 2, p. 373, no. A6.

http://d2aohiyo3d3idm.cloudfront.net/publications/virtuallibrary/089236212X.pdf

— Gravures de Séville dans  la Cartoteca digital : 

http://cartotecadigital.icc.cat/cdm/search/collection/vistes/searchterm/sevilla/order/nosort

— Catalogue des manuscrits de la Bibliothèque royale de Belgique .. (1919) page 38 : 

https://archive.org/stream/cataloguedesmanu10brusuoft#page/38/mode/2up

 

— Comparer avec Hans Bol, Paysage avec Vénus et Adonis, 1589 http://www.getty.edu/art/collection/objects/345/hans-bol-landscape-with-the-story-of-venus-and-adonis-flemish-1589/

Sources des images :

— http://cartotecadigital.icc.cat/cdm/ref/collection/vistes/id/591

— Séville 1573

 http://www.presscenter.org/fr/pressrelease/20141126/des-dessins-de-maitres-anciens-montres-pour-la-premiere-fois-a-l-expo-entre--0

—Séville1572   Civitates I,2 :

http://historic-cities.huji.ac.il/spain/seville/maps/braun_hogenberg_I_2_1_b.jpg

— Séville 1588 IV,2 

http://historic-cities.huji.ac.il/spain/seville/maps/braun_hogenberg_IV_2_b.jpg

— Séville 1598 Civitates V,7 :

 http://historic-cities.huji.ac.il/spain/seville/maps/braun_hogenberg_V_7_b.jpg

 

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Published by jean-yves cordier - dans Hoefnagel
26 mars 2015 4 26 /03 /mars /2015 22:45

La visite de Séville au XVIe siècle guidée par Joris Hoefnagel :

II. Vues de Séville dans le Civitates orbis terrarum, II : le volume IV (1588).

Voir :

Une visite guidée de Séville par Joris Hoefnagel dans le Civitates orbis terrarum . I. La Planche du volume I (1572) .

— Séville dans le volume IV: 2 (1588) :

C'est une gravure sur cuivre de 33.1 x 47.5 cm, colorée à la main, d'après un dessin du peintre flamand Joris Hoefnagel (1542-1600) réalisé entre 1563-1565, publiée dans le volume IV du Civitates orbis terrarum de Georg Braun et Franz Hogenberg paru en 1588 à Cologne.

Pour étudier correctement cette planche, accéder au site

http://historic-cities.huji.ac.il/spain/seville/maps/braun_hogenberg_IV_2.html

...et cliquer sur High Resolution.

 

Après la vue d'observateur, situé au nord-ouest, au sol du volume I,  le volume IV nous donne une vue d'oiseau de Séville, à partir d'un point de vue situé au sud-ouest . Le quart supérieur, consacré au ciel, porte le titre SEVILLA et trois blasons. Au milieu, une boucle du Guadalquivir contourne la forme en noyau d'abricot de la ville intra-muros. La partie inférieure montre les quartiers qui se développent sur l'autre rive.

Je décrirai la planche selon ces trois registres. Ce sera, comme précédemment, un patchwork d'informations puisés sur Wikipédia ou ailleurs.

.

LES TROIS BLASONS.

1. Le blason de gauche est celui de Séville.

 

 http://fr.wikipedia.org/wiki/S%C3%A9ville#/media/File:Escudo_de_Sevilla.svg

Il  représente, sous une couronne,  le roi Ferdinand III de Castille, conquérant de la ville en 1248, entouré de saint Isidore et de son frère saint Léandre qui furent tous deux archevêques de Séville aux VIe et VIIe siècles. La devise actuelle  de la cité n'a pas été inscrite par Hoefnagel. (La devise de Séville est NO 8 DO. Le 8 représente ici un écheveau de laine, madeja en espagnol. La phrase se lit donc : no madeja do, contraction de No me ha dejado, elle ne m’a pas laissé. Cette formule fait référence au roi Alphonse X le Sage, lequel, chassé du pouvoir par son fils Sanche, futur Sanche IV, en 1282, se réfugie à Séville, l’une des très rares villes de sa couronne à lui être restées fidèles face à son fils rebelle. Il y meurt en 1284.)

2. Le blason du centre est le blason impérial

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/5/57/Greater_Coat_of_Arms_of_Ferdinand_I%2C_Holy_Roman_Emperor.svg

C'est  celui de Ferdinand Ier (1556-1564), qui règne lors du séjour de Hoefnagel, plutôt que celui de Maximilien II (1564-1576), empereur lors de la parution des premiers volumes du Civitates,  et de Rodolphe II, (1576-1612), empereur lors de la parution de ce volume IV. Il est entouré du collier de l'ordre de la Toison d'Or. 

.

 .

3. A droite le blason...

n'est pas celui de Philippe II, roi des Espagnes de 1556 à 1598, mais est celui des  ducs de Medina-Sidonia, que je blasonnerai maladroitement ainsi : dans la  bordure, alternent les motifs   d'argent à lion d'or ( Léon), et  et  de gueules à castille d'or (la Castille) sous la couronne ducale ,et au centre, écartelé en sautoir, 1 et 4 d'azur à un chaudron d'or quadrillé de gueules à sept têtes de serpent de sinople ;  2 et 3,  d'argent à cinq hermines de sable en sautoir.  En espagnol, la description des armes des premiers ducs est plus facile : En campo de azur dos calderas jaqueladas de oro y gules, puestas una sobre otra, con seis cabezas de sierpe de sinople en cada asa, y bordura componada de Castilla y León. Timbrado de corona ducal. Plus précisément, ce serait ici les armoiries du 7ème duc de Medina-Sidonia, de 1550 à 1615, Alonso Pérez de Guzmán el Bueno y Zúñiga. Celui-ci avait été nommé chevalier de l'ordre de la Toison-d'Or en 1581, mais le collier ne figure pas ici, ce qui pourrait indiquer que la planche a été dessinée avant cette date.

Armoiries trouvées sur le net : celles des duc de Medina-Sidonia (Wikipédia) et celles (2), initiales,  de Guzman el Bueno : 

 

Blason de la commune de Castilleja de Guzman :


...

Une chaudière portant des têtes de serpents se nomment caldera gringolata en espagnol, et chaudron gringolé en français . Selon l'Académie, "gringolé : terminé en tête de serpent", vient du germanique geringel, dérivé de ring, "enlacement d'anneaux". Mais le Französisches Etymologisches Wörterbuch de Walther von Wartburg (on abrège en FEW) le fait dériver de gringole, ancien terme d'héraldique, signifiant « figure de serpent » , qu'il rattache à l'anc. verbe gringoler « dégringoler »; du mot néerlandais crinkelen « se boucler, serpenter ». (CNRTL) Le Trésor de la langue Française recommande d'aller voir "dégringoler" : j'y vais : "1595 desgringueler  « faire une chute ». Du. néerlandais crinkelen « friser, boucler (de cheveux) », faisant lui-même partie d'une famille germanique occidentale krink (krank, krunk) ayant le sens général de « tourner », cf. krinc, kringe « cercle, anneau » , kringel « cercle » krink « anneau, cercle », kringel « id. », m. néerlandais crinc,. kring « cercle ». La personne ou l'objet qui dégringole semble décrire des cercles successifs, contrairement à celui ou celle qui tombe en chute libre.

http://www.cnrtl.fr/definition/gringol%C3%A9  

http://www.cnrtl.fr/definition/d%C3%A9gringol%C3%A9

Le motif héraldique du chaudon, apparu au XIIe siècle sur les écus, signifiait que son propriétaire était un capitaine d'une compagnie d'arme, qu'il entretenait (avec les chaudrons) une armée. Et donc, qu'il était très riche et très puissant. Peu fréquent en France, il l'est d'avantage en Espagne comme marque de dignité des Ricos-hombres, équivalents de nos chevaliers bannerets.

Ce détour plaisant, cette gringole, ne doit pas nous faire oublier  notre homme. 

Selon Wikipédia, "Alonso Pérez de Guzmán el Bueno y Zúñiga, né le 10 septembre 1550 à Sanlúcar de Barrameda et mort en 1619, est un Grand d'Espagne, 7e duc de Medina Sidonia, et une des plus colossales fortunes de l'Europe du XVIe siècle. En 1588, à la mort d'Álvaro de Bazán, marquis de Santa Cruz, bien qu'il n'y connaisse rien en matière navale, le roi Philippe II d'Espagne le nomme commandant en chef de la Felicisima Armada (Très heureuse armada), dite Invincible Armada. Les raisons de cette nomination ne sont toujours pas connues. Medina Sidonia écrivit lui-même au roi pour lui rappeler qu'il n'avait aucune expérience militaire ou des affaires anglaises, qu'il était sujet au mal de mer et que ses dettes, aussi colossales que sa fortune, ne lui permettaient pas de contribuer personnellement à l'armement de la flotte. Le roi ne revint pas sur sa décision. [... ] Le désastre de l'armada doit se comprendre dans ce contexte. Pour autant, le roi refuse de relever le duc de ses fonctions d'amiral de la mer océane. "

La carte de Séville a été publiée en 1588, la même année que l'expédition de l'Invincible Armada menée par le duc Alonso Pérez de Guzmán. La carte a été dessinée par le néerlandais Hoefnagel, alors que cette Armada était destinée à tenter de reprendre le contrôle des Pays-Bas après la proclamataion d'indépendance des  provinces septentrionales, formant ainsi les Provinces-Unies. L'Angleterre soutint  les Républicains néerlandais. En représailles, Philippe II a prévu dès 1570 une expédition d'envahir l'Angleterre et de renverser le régime protestante de Elizabeth, mettant ainsi fin à l'appui matériel anglais  aux Provinces-Unies  et d'interrompre les attaques anglaises contre les intérêts espagnols dans le Nouveau Monde . Le roi a été soutenu par le pape Sixte V , qui a traité l'invasion comme une croisade, avec la promesse d'une subvention.  Alexandre Farnèse, gouverneur des Pays-Bas espagnols depuis 1577, et qui avait réussi la prise d' Anvers en 1585, devait réunir son armée et la faire embarquer sur des bateaux et rejoindre la flotte  partie d'Espagne, pour la conduire ensuite en Angleterre, afin de débarquer avec des soldats armés de canons espagnols apportés par l'Armada.

 

L'Armada partit de Lisbonne le 28 mai 1588  avec 30 000 hommes à bord dont 18 000 soldats, et a mis trois semaines pour atteindre La Corogne,  où Medina Sidonia écrivit à Philippe II pour lui laisser entendre que la partie initiale du parcours de Lisbonne avait révélé que l'Armada n'était pas capable de remplir le rôle que le roi lui avait assigné. Philippe II n'en n'a pas tenu compte, et à la mi-Juillet 1588, l'Armada embarqua pour l'Angleterre. Après la traversée du  golfe de Gascogne elle est arrivé au large des îles Scilly, le 19 Juillet 1588.

Comme le reste de l'Europe, Hoefnagel devait suivre cela de près. 

En mai 1588, les 130 navires de l'Invincible Armada quittent Lisbonne en direction de l'Angleterre. Dans un premier temps, la flotte espagnole doit rejoindre les côtes flamandes pour embarquer les 18 000 vétérans d'Alexandre Farnèse troisième duc de Parme, puis cingler vers l'Angleterre. Le 8 août 1588, la bataille de Gravelines conduit les espagnols à abandonner leur projet de débarquement en Angleterre, puis de mauvaises conditions météorologiques et l'absence de cartes des côtes anglaises ne permettent à la flotte espagnole de rentrer au port de Santander qu'après deux mois de navigation, mais avec la grande majorité (100 navires sur les 127) .

Ce contexte rend la carte de 1588 particulièrement intéressante à examiner à la recherche d'indices de son influence sur le dessin, et des sentiments de leur auteur. La carte a-t-elle été peinte par Hoefnagel lors de son séjour en 1563-65 et publiée telle quelle, ou bien a-t-elle été modifiée par des données récentes? Dès 1587 les services secrets anglais signalaient de vastes préparatifs dans les ports de Séville, Cadix et Lisbonne. 

A cette date, on peut aussi rechercher dans les rues et sur les Plaza l'ombre de Miguel de Cervantes : à partir de 1587, il est intendant pour l'Invincible Armada et est établi à Séville.  Il la décrit comme " el amparo de pobres y refugio de desechados , en cuya grandeza no solo caben los pequeños , pero no se echan de ver los grandes". Il exerça pendant quinze ans la fonction de commissaire royal aux vivres pour la flotte, parcourant toute l'Andalousie,  visitant les plus petites bourgades et observant pour son œuvre les mœurs originales des habitants, cultivateurs, pâtres, gitanos, pêcheurs ou  hôteliers comme Hoefnagel l'avait fait vingt ans avant.

 

 

 

.

.

L'ARRIÉRE PLAN ET LA VILLE DE SÉVILLE.

Je me donnerai comme fil conducteur le thème la Maison de Guzman, et  la préparation de la Grande Armada 

1. La campagne environnante.

Sur l'horizon se détachent les silhouettes des édifices qui portent les noms de  6. Castilleia dela Cuesta ; 5. Castilleia de Guzman  ; 12  El Algaba; La Cruz .

 Dans les collines verdoyantes de l'arrière-plan serpentent quelques rares routes menant à quelques villages et surtout à des monastères :  Santa brigita ; Monasterio de S. Ysidoro ; Sevilla la vieia ; La Rinconada ; Santiponce ; Hospital del Duque de Alcal ;  ; Hermitta de S. Iusta y Rufina ; Monasterio dela trinidad ; Monasterio de S. Agustin ;  Guerta del Rei ; San bernardo.

  • Sevilla la vieja ..

...correspond à Italica, l'ancienne cité romaine fondée par Scipion. Elle  vit naître les empereurs Trajan et Hadrien et le poète Silius Italicus, sur les rives du fleuve Bétis (Guadalquivir), et qui fut ruinée lorsque le fleuve changea de lit. L'artiste représente l'amphithéâtre, troisième au monde par sa taille (157 m).  

cf. Morgado p. 411; il a été fondé en 1301 par Alonso Perez de Guzman El Bueno, le fondateur de la maison des Guzman, et son épouse Maria Alonso Coronel comme sépulture. Puis, il fut cédé à des moines cisterciens et, en 1568, confié à l'Ordre de Saint-Jérome. Il pouvait intéresser Hoefnagel car il a été, au XVIe siècle, l'un des premiers foyers de la Réforme en Espagne, où des livres interdits par l'Inquisition ont été lus et traduits, où le commerce des indulgences fut suspendus et le culte des images aboli. Le protestant Casiodoro de Reyna y devint moine en 1557, mais, inquiété et menacé, il s'enfuit à Genève (1558) puis à Londres (1559), alors que son image était brûlée à Séville en autodafé en 1561. En 1563, il se rendit à Anvers où il participa à la rédaction de la Bible Polyglotte, et en 1564, il s'établit à Francfort avec sa famille. En 1567, il publia le premier texte contre l'Inquisition, publié à Heidelberg. Il donna la première traduction de la Bible en espagnol à Bâle en 1569, à partir de manuscrits hébreux et grecs ; ces Sacradas Ecrituras sont mieux connues sous le nom de Biblio del Oso (Bible de l'Ours, car le frontispice, reprenant la marque de Matthias Apiarus,  montrait un ours cherchant à atteindre des rayons de miel). Celle-ci fut adaptée en 1602 par Cipriano de Valera et est connue comme la Bible de Reina-Valera. Ce protestantisme espagnol fut très sévèrement réprimé et en 1570, il était considéré comme totalement éteint.  

 

  • Castilleja de Guzman : ce village a acquis ce nom au début du XVIe siècle après avoir été acquis par la Maison de Guzman.

  • n°10 : El Mattadero :

...(de verbe matar, tuer): il s'agit des abattoirs, judicieusement placés en dehors de la ville : une route mène à la Porte de la Viande, Puerta de la Carne n° 34, puis à la Carnecerias (Boucherie) (cf. Morgado page 158). En 1757, Antoine Bruzen de la Martinière signale qu'on y égorgeait chaque jour soixante-dix bœufs non sans les avoir fait combattre au préalable contre le Dogues, "afin que leur viande en soit plus tendre". La tauromachie trouve ici ses origines, le puntillero chargé de donner le coup fatal dans une corrida étant initialement un employé du macelo (boucher)   « Les premiers et les plus anciens toreros à pied dont on ait des données documentaires proviennent dans leur immense majorité de l'abattoir sévillan. ».

...Voir Morgado page 148. "Les Caños de Carmona est le nom donné à un ancien aqueduc romain, restauré par les Almohades au XIIe siècle, qui conduisait depuis Alcalá de Guadaíra une grande partie de l'eau qui approvisionnait Séville. Il fut en grande partie détruit en 1912. L'eau empruntait d'abord des galeries souterraines, dotées de cheminées d'aérations,puis parcourait ensuite une quinzaine de kilomètres par des canaux souterrains avant de surgir à l'air libre à l'est de Séville. Elle franchissait les dernières centaines de mètres en direction du centre de la ville dans des canaux à l'air libre (dont le courant était utilisé par des moulins à eau) puis portée par 400 arches de briques , parfois sur deux étages, pour se terminer à la porte de Carmona. Le débit de l'aqueduc pouvait atteindre 5 000 m3. L'eau rejoignait alors celle provenant de la fontaine de l'Archevêque (fuente del Arzobispo, proche des portes del Sol et de Cordoba) et du Guadalquivir avant d'être distribuée dans la ville par des bassins et des fontaines." (Wikipédia)

2. La ville.

Au centre, la ville en amande est parfaitement circonscrite par les murailles datant de la période almoravide et almohade, doublées à l'intérieur par la Feria.

La Casas de Colon (4), que nous avons visitée sur la vue du volume I, voisine de la Puerta de Goles (26) et placée devant le Monasterio de la Cuevas, est ici mieux visible avec son jardin. Une mention indique Guerta de Colon, "Jardin de (Hernando) Colon", ce qui atteste de son importance.

Voir : Alfonso del Pozo Y BARAJAS Las huertas a la puerta de Goles.

L'intérêt principal de cette vue, par rapport à celle du volume I est certainement de procurer une bonne vision du port en aval du pont de Triana. On y compte une trentaine de navires, des galères pour la plupart, avec quelques caravelle. A droite se voit, devant la Torre dellas Muelle, une machine à mâter. 

Bien que cela soit l'aspect le plus instructif de cette vue, je ne la détaillerai pas, car le lecteur pourra trouver une étude approfondie ici : 

María del Carmen Mena García, 1998,  Sevilla y las Flotas de Indias: la Gran Armada de Castilla del Oro (1513-1514) :

https://books.google.fr/books?id=ewQp0Kj2MAkC&pg=PA240&lpg=PA240&dq=torre+dellas+Muelle+sevilla&source=bl&ots=0xZb3VAxHJ&sig=nqNLRN7KU2tmP1LwM4LpNdSaVb0&hl=fr&sa=X&ei=eswWVYGLEsiAU_qKgtAP&ved=0CCMQ6AEwAA#v=onepage&q=torre%20dellas%20Muelle%20sevilla&f=false

Noter le n° 16 : Plaza del Duque de Medina.

LE PREMIER PLAN.

L'artiste tente d'animer cette vue par deux groupes de personnages, mais sans obtenir l'effet vivant et vécu des planches du volume I ou du volume IV. Le faubourg qui descend vers la rive du Guadalquivir,est traversé par la route principale menant vers le pont de Triana.

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LA LÉGENDE.

Elle donne les noms de : 

1. Arraval dela puerta de Carmona ;  2. Arraval dela puerta de Macarena ;  3. Casas del Duque de Alaesa ;  4. Casas de Colon ; 5. Castilleia de Guzman ; 6. Castilleia dela Cuesta ; 7. Camas ; 8 Calle de las armas ; 9. (borrado) Cannos de Carmona ;  10. El Mattadero ; 11. El Quemadero ;12. El Algaba ; 13. Iglesia maior. 14. Monasterio de S. Pablo. 15 ,Plaza de S. Francisco ;16.  Plaza del Duque de Medina ; 17 : Plaza de Don Pedro Ponçe ; 18 Plaza del Duque de Arcos ; 19 Plaza del palazio ; 20 Plaza del reis ; 21 La Madalena ; 22 La Alameda ; 23 Monasterio del Carmen ; 24 Puerta del Arenas ; 25 Puerta de Triana ; 26 Puerta de Goles ; 27 Puerta de San Juan ; 28 Puerta de la Almenilla ; 29 Puerta de Macarena ; 30  Puerta del Cordoba ; 31 Puerta del Sol ; 32 Puerta del Osario ; 33 Puerta de Carmona ; 34 Puerta dela Carne ; 35 Puerta de Gerez ; 36 Torre del Oro ; 37  Torre della Platta ; 38 Torre dellas Muelle ; 39 : Puente de Triana ; 40 : las Ataracanas. Sur la carte elle-même : Los Postigo del Carbon.

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COMMENTAIRES.

En 1564 fut établie officiellement l'organisation navale qui domina la course aux Indes durant la fin du XVIe siècle et une grande partie du XVIIe siècle. Séville devint le point de départ et d'arrivée officiel des expéditions annuelles pour la Nouvelle-Espagne et la Tierra Firme. La vue de Séville du Volume I de 1572 correspond à cette date, car elle reprenait un dessin de Hoefnagel de  1563. On y voit la principale structure commerciale et douanière sur lequel est basé le monopole royal, la Casa de la Contratación de los Indias. Cette vue était faite par un fils de marchand, en voyage de formation auprès de la communauté de négociants flamands (et , sur le plan religieux, proches de la Réforme), pour communiquer aux prochains visiteurs les informations qu'on attend d'un guide touristique. C'était aussi l'œuvre d'un humaniste, plaçant au centre de sa vue la maison et le jardin  de Fernando Colon,et celle d'un curieux des mœurs et des techniques, documentant par l'image des observations de traditions musicales et de techniques de pêche. Malgré la représentation dramatique d'un incendie à Triana, l'ensemble est bon-enfant, et invite à partager une vie lente et débonnaire.

Bien que 16 années seulement la sépare de la première, la vue de 1588 du Volume IV semble très différente : peu de pittoresque, une vue d'oiseau proche d'un relevé cartographique et où les maisons sont  schématisées comme des symboles.  Car les négociants sont rentrés à Anvers ou dans les Provinces-Unies, qui ont, depuis 1579, fait sécession contre l'Espagne, ou bien sont exilés à Londres ou dans les cours de Bavière ou de Bohème. En Espagne, les Protestants ont été dénoncés et poursuivis, il n'y en a plus.  

  Dans la nouvelle carte, l'œil du marchand et le regard humaniste ont laissé place à un froid relevé d'une cité aux artères désertes, engagée dans un effort de guerre. Au centre de l'image, la Casa de Colon et les barques de pêche ont cédé la place à la sainte Inquisition La S. Ynquisitione à gauche, aux arsenaux      n°40 Las ataracanas, et à une trentaine de galéasses et de galions tous armés de canons (leur nombre peut atteindre 52). Chaque navire, dans l'esprit du roi Philippe II, obtiendra la victoire grâce à Dieu qui bénit cette croisade contre les hérésies, et chacun, donc, porte des noms de saints ou de monastère. Ainsi,  la flottille andalouse de l'Armada sera composée  du Nuestra Senora del Rosario (46 canons, Navire amiral de Don Pedro de Valdés), du San Francisco, du San Juan Bautista, du San Juan de Gargarin, de La Concepcion, de la Duquesa Santa Ana, de la Santa Catalina, de La Trinidad, de la Santa Maria de Juncal, du San Barolome et de l'Espiritu Santo. 

Hoefnagel nous donne donc à voir le Port de Séville. La totalité de l'activité y est concentrée à l'Arenal, un terrain se trouvant entre le fleuve et les murailles (d'ouest en est) et entre la Torre del Oro et la Puerta  de Triana , surtout sur la rive gauche, mais également sur la rive droite, du côté du quartier de Triana. Un seul quai en pierre existait, le quai de la Douane. A l'extrême droite, nous voyons , l'ingenio, ou machina, une grue en bois, munie d'une poulie qui servait au mâtage et à l'avitaillement des navires. Elle avait servi à la manutention des pierres lors de la construction de la cathédrale au XVe siècle. Dans les autres zones du port, le chargement et le déchargement des navires se faisait probablement à de simples embarcadères ou dans des cales d'échouage. Des barques et des allèges étaient présentes pour faciliter les manœuvres de chargement et de déchargement en allégeant les galions d'une partie des marchandises qu'ils transportaient ou pour les remorquer à travers certains tronçons du fleuve. Le centre vital du port était délimité par un système de madriers et de chaînes qui, arrimées à la Torre del Oro d'un côté, passaient sous l'eau jusqu'à une autre tour située à Triana. Les chaînes pouvaient être hissées par un treuil et ainsi fermer la zone. (Port de Séville, Wikipédia). Mais où est passée la vie ? Où sont les marins et les calfats, les cordiers, les tonneliers roulant leurs futailles, les scieurs en long, les fondeurs de canons, les muletiers amenant les vivres? Aucune fumée ne témoigne de l'activité des fours de Triana fabriquant  le bizcocho, pâte cuite représentant l'aliment de base des marins lors de leurs traversées.Où sont les chantiers navals qui construisaient les navires de moins de 200 tonneaux ? Devant les murs du n°40 des Arsenaux (las Ataracanas), on ne voit aucune activité.

Et, en ville, où sont les palmiers-dattiers, les palissades de jasmins et d'orangers, les fontaines, les étangs où nageraient quelques cygnes ?

http://historic-cities.huji.ac.il/spain/seville/maps/braun_hogenberg_IV_2_b.jpg

SOURCES ET LIENS.

 

 

— CHAUNU (Huguette et Pierre) Séville et l'Atlantique (1504-1650), Paris, SEVPEN, 12 volumes, 1955-1960.

 — KAGAN (Richard L.), 2000, Urban Images of the Hispanic World, 1493-1793 https://books.google.fr/books?id=EDMBMPc863oC&pg=PA227&lpg=PA227&dq=hoefnagel+guzman&source=bl&ots=YHUWcYScVg&sig=0fCEWgD_8DAIySf7UIimh26RG3o&hl=fr&sa=X&ei=-NIXVb7fDcm3Uc7ggpAN&ved=0CEYQ6AEwBg#v=onepage&q=hoefnagel%20guzman&f=false

— NUTI (Lucia), 1988, « The Mapped Views by Goerg Hoefnagel : the merchant's eye, the humanist eyes. » World & Image 2 (1988) : 545-570.

— NUTI (Lucia) 1988, 'The Urban Imagery of Georg Hoefnagel », Prague um 1600, Essen, 1988, pp.63-71.

— MORGADO ( Alonso),1587 Historia de Sevilla en la qval se contienen svs antigvedades, grandezas, https://books.google.fr/books?id=XsA2AAAAMAAJ&pg=PA25&dq=Sevilla+la+vieia&hl=fr&sa=X&ei=HgMYVaitIMnZU-PPg-AD&ved=0CDQQ6AEwAw#v=onepage&q=guzman&f=false

— Sur l'Invincible Armada :

- http://www.britishbattles.com/spanish-war/spanish-armada.htm

- Liste des navires : http://en.wikipedia.org/wiki/List_of_ships_of_the_Spanish_Armada

— Sur Séville en 1737:

https://books.google.fr/books?id=y5hEAAAAcAAJ&pg=PA506&dq=s%C3%A9villa+devise&hl=fr&sa=X&ei=Er0WVePtFIzkaKaIgqgB&ved=0CDkQ6AEwAQ#v=onepage&q=s%C3%A9villa%20devise&f=false

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Published by jean-yves cordier - dans Hoefnagel

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  • "Il faudrait voir sur chaque objet que tout détail est aventure" ( Guillevic, Terrraqué).  "Les vraies richesses, plus elles sont  grandes, plus on a de joie à les donner." (Giono ) "Délaisse les grandes routes, prends les sentiers !" (Pythagore)
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