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14 avril 2015 2 14 /04 /avril /2015 08:52

L'HOMME A LA TÊTE DE CLOU.

Plus contemporain que jamais, Hoefnagel à la Solfatare (1578) : autoportrait au clou martelé par Bêtise et Malfaisance. La devise DUM EXTENDAR, "Plus ils me frappent, plus je grandis".

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Sur Joris Hoefnagel, voir dans ce blog :

Joris Hoefnagel, 1578, Forum Vulcani (Détail), Civitates Orbis Terrarum III, 58.

Joris Hoefnagel, 1578, Forum Vulcani (Détail), Civitates Orbis Terrarum III, 58.

  Entre la fin  septembre 1577 et la fin mars 1578., Abraham Ortelius, le très célèbre cartographe ou éditeur du Theatrum Orbis Terrarum (1570), âgé de 50 ans, et le chorographe et peintre Joris Hoefnagel, principal auteur des vues de villes du Civitates Orbis Terrarum (vol. I, 1572), âgé de 35 ans, quittèrent leur ville d'Anvers, soit pour effectuer leur Grand Tour, soit pour établir une succursale à Venise, soit pour fuir les persécutions que les troupes espagnoles faisaient subir aux Protestants, et se rendirent en Italie. Ils choisirent la route qui passait par Francfort (20 septembre), Augsbourg (7 octobre) et Munich, et, dans cette ville, le duc de Bavière Albert V, impressionné par une miniature d'une Vue de Séville, embaucha Hoefnagel comme miniaturiste à sa cour. Poursuivant néanmoins leur trajet, les deux voyageurs se rendirent à Ferrare (30 octobre), Venise (20 décembre), Pessaro (24 décembre), Tivoli (1er février 1578),  Rome, puis, par la Via Appienne à Naples et  en Campanie, pour y visiter la Campania Felix des Romains, la "campagne fertile", car volcanique, proche de Naples. Ils se rendirent à à Pouzzoles pour voir les sources chaudes et soufrées de la Solfatare, étape incontournable du Grand Tour, et à Posillipo, et Hoefnagel fit des croquis préparatoires pour les volumes suivants du Civitates Orbis. Le 20 avril 1578, Hoefnagel était de retour à Munich. Leur visite de la région de Naples eut donc lieu en fin d'hiver.

La Vue de Posillipo fut publiée plus tard, dans le volume V, n°65, mais c'est la vue de la Solfatare qui nous intéresse ici. Publiée en 1581 dans le volume III, planche 58, elle porte la date de 1578.

Nous disposons de trois documents : l'esquisse préparatoire (1578) et la gravure monochrome du Civitates Orbis Terrarum (1581), mais aussi une miniature que Hoefnagel peint peu après son retour à Munich, donc vers 1579. Les trois œuvres sont bien différentes. Leur étude n'est pas le but, mais l'étape préalable de mon propos, qui est d'y considérer un cartouche emblématique et une devise, très révélatrice de la pensée de Joris Hoefnagel.


 

La Solfatare est la zone volcanique la plus impressionnante des Champs Phlégréens, lesquels correspondent à la caldeira d'une explosion datant de -35 000 ans. Des panaches de fumée s' élèvent de la terre tandis qu'on traverse le territoire nauséabond et étrange du dieu du feu Vulcain / Héphaïstos. Des thermes chauds libèrent des fumerolles de dioxyde de soufre, des piscines de boue bouillonnent, et de brefs geysers jaillissent hors de terre. Depuis l'Antiquité, la Bocca grande, ou Grande Bouche de la Solfatare est considérée comme le vestibule de l'enfer, menant vers le Styx, et le visiteur de ce paysage au sol brûlant blanchi comme de vieux ossements vit une expérience mystique oppressante et fascinante qui le confronte, sinon à la mort, du moins au caractère de son existence, dévalorisée par la solennité cosmique. Il aura, comme Hoefnagel, visité le site de Baïes, où l'ancienne station thermale romaine gît par dix mètres de fond sous l'effet du bradyséisme, montée ou affaissement du sol à qui on doit aussi l'apparition en quelques jours du Monte Nuovo en 1538, tandis que le sol s'élevait de six mètres. Nous sommes bien peu de chose. Mais on y tient.

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http://www.icampiflegrei.it/itinerario/inform_de.htm

http://fr.wikipedia.org/wiki/Solfatare_(Italie) 

. Le cratère elliptique du volcan mesure 770 x 580 m :

 

I. Le dessin préparatoire : Les Sources Chaudes de Pouzzoles

Joris Hoefnagel [1578], crayon et encre brune avec trace de craie noire, taille: 18.8 x 29.3 cm : National Gallery of Art Washington.

Cette esquisse ne comporte aucun élément emblématique, ni aucun titre, mais la forme générale du cratère, et les fumées  des vapeurs chaudes de soufre, ou la zone d'ébullition au centre, portant l'inscription siedende --dr  — Thea Vignau-Wilberg lit aarde—  "foyer d'ébullition". Une autre inscription en néerlandais échappe à ma compréhension. Six petits abris en V inversé se voient à l'arrière plan, dont nous apprendrons qu'ils servent à la fabrication du soufre blanc (cf. texte de la gravure). Le lieu est peu animé, malgré la présence de deux cavaliers (Ortelius et Hoefnagel ?) et de deux piétons.

Ce document permet de comprendre comment Hoefnagel procédait : ses carnets de dessin étaient annotés en flamand, et accompagnés sans-doute de textes dans la même langue dans un carnet séparé ; l'éditeur Georg Braun faisait traduire ces annotations et  les intégrait éventuellement à la gravure.

 

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II. La miniature.

 Cette œuvre réalisée dès le retour à Munich est conservée au Kupferstichkabinett du  Staatliche Museen de Berlin, et témoigne des talents d'enlumineur de Joris Hoefnagel. Elle  est peinte à la gouache et l'aquarelle sur vélin, rehaussée d'or. Mais la seule image que j'en ai trouvé est celle, en noir et blanc, de l'ouvrage In Europa zu Hause de Théa Vignau-Wilberg (2006). On fera donc confiance à celle-ci lorsqu'elle écrit que "les couleurs de la miniature sont brillantes, séduisantes, délicates et bien conservées: le ciel est bleu, la roche rouge et brun, le sol et brun verdâtre".

Cette minaiture en forme de Tondo est entourée d'une inscription en lettres capitales disant :  "Mirabilium Sulphureorum Montium apud Puteolos [Campos Flegreos Plinius, Vulcani Forum Strabo vulgo nunc Solphatariam vocant Napolitani] genuina accuratissimaque ad vivum depicta representatio" , soit "Les admirables monts sulfureux près de Pouzzoles — Puteolos—, [nommés Campos Flegreos ou Champs Flégréens par Pline, Vulcani Forum ou Agora de Vulcain par Strabon, et communément Solfatares par les Napolitains], représentés fidélement et précisément d'après une peinture sur le vif".

La Solfatare n'est qu'un des cratères des Champs Flégréens. Hoefnagel fait référence à deux auteurs de l'Antiquité qui  l'ont décrit  :

a) Le grec Strabon (-66 à -24) est l'auteur le plus ancien, et c'est lui qui, dans sa Géographie,  a utilisé le nom de Forum Vulcani :

Strabon Livre V chapitre IV : Traduction française : Amédée TARDIEU citée par P. Remacle

« ...Les campagnes environnantes de ces fameux champs Phlégréens*, dont la fable a fait le théâtre du combat des Géants**, en souvenir apparemment des luttes auxquelles avait donné lieu la possession de terres aussi fertiles. »[[...] «  elle vit changer son nom en celui de Puteoli , soit à cause des puits (putei), qui abondent dans les environs, soit, comme certains auteurs le pensent, à cause de la puanteur des eaux, tout le pays jusqu'à Baïes et au territoire de Cume étant rempli de soufrières, de fumaroles et de sources thermales. La même circonstance, suivant quelques géographes, aurait fait donner le nom de Phlegra à toute la campagne de Cume, et il faudrait reconnaître dans ce que nous dit la fable des blessures faites aux Géants par la foudre l'effet pur et simple de ces éruptions volcaniques d'eau et de feu[...] Juste au-dessus de la ville s'élève un plateau connu sous le nom de Forum Vulcani et entouré de toutes parts de collines volcaniques, d'où se dégagent, par de nombreux soupiraux, d'épaisses vapeurs extrêmement fétides: de plus, toute la surface de ce plateau est couverte de soufre en poudre, sublimé apparemment par l'action de ces feux souterrains. »

* (Phlégréens :du grec φλεγραῖος, « brûlant »),

**Diodore de Sicile (Bibliothèque historique, IV, 21, 5-7) place dans cette zone un combat entre Héraclès et les Géants. 

b) Pline l'Ancien Livre III chapitre IX,9 :

"Sur la côte sont : le fleuve Savon, le Vulturne avec la ville de même nom, Liternum, Cumes des Chalcidiens, Misène, le port de Baïes, Bauli, le lac Lucrin, le lac Averne, auprès duquel fut jadis une ville Cimmérienne; puis Putéoles, colonie, appelée jadis Dicéarchie, les champs Phlégréens [Phlegræi campi , le marais Achérusien, près de Cumes;"

Dans la partie basse de l'inscription, on lit :  Depingeb[at] Geor [ius] Hoefnagle ΑΥΤΟΔΙΔΑΚΤΟΣ Monaci A° MDLXXVIII. "Dépeint par Joris Hoefnagel [Georgius Hoefnagle] AUTODIDACTE à Munich l'année 1578". Les lettres M et D de la date sont calligraphiées de la même façon que sur la miniature de Séville (1573) par une élégante combinaison de demi-cercles et de droites, surmontés d'un tilde.

Outre l'indication précieuse de la date et du lieu d'exécution (juste après son arrivée à la cour d'Albert V), l'élément important est le qualificatif d'Autodidacte que Hoefnagel revendique, et qui a laissé supposer qu'il n'avait pas reçu de formation auprès d'un peintre, et, notamment, auprès de Hans Bol à Anvers, malgré l'affirmation contraire de son biographe van Mander. Il est intéressant de remarquer que dans notre langue, le mot apparaît comme adjectif exactement à la même époque que cette miniature, en 1557 pour  qualifier un objet inanimé, et en 1580 pour s'appliquer à une personne qui s'est instruit d'elle-même. Mais Hoefnagel utilise peut-être le grec ancien αὐτοδίδακτος, autodidaktos au sens de "qui est son seul maître", car cet emploi succède, dans la Vue de Séville de 1573 avec laquelle la Vue des Solfatare est en évidente filiation, à la devise Natura sola magistra "La Nature est mon seul maître". 

 

 

   Par rapport à son esquisse, Hoefnagel reprend les images (mieux dessinées) des deux cavaliers et des deux piétons et ajoute ici a) deux personnages en train de tremper un objet (poisson ?) dans l'eau bouillonnante ; b) deux ouvriers munis de piques et deux autres en arrière plan ; c) un chien ; d) un couple vêtu à la mode Renaissance, l'homme portant un collier de barbe, un bonnet, une fraise, une veste courte, des hauts de chausse ou plutôt une culotte bouffante sur des bas ; e) une femme en tenue princière dont la traîne est tenue par un page. Il obéit ainsi aux règles de la chorographie, qui est de décrire non seulement les paysages, mais les mœurs et les costumes des habitants (ou, ici, des touristes ou curistes). Surtout, la grande différence avec le croquis initial procède de l'inversion du sujet principal : le site paysager passe au second plan par rapport aux quatre élégants personnages. Je suggère d'y voir une mise en opposition entre la futilité de l'existence humaine (richesse des vêtements et bijoux, comportement de séduction et de paraître mondain, d'asservissement des domestiques etc..) et la lourde et sombre menace des fumées noires libérées par les bouches des enfers, qui laissent indifférents  ces visiteurs trop envahis par leur vécu pour accéder à cette leçon sur la Vanité de l'existence. Cette lecture se fonde sur les autres œuvres d'Hoefnagel, et notamment sur le corpus d'inscriptions du volume Ignis des Quatre Éléments. On sait que les peintures d'Hoefnagel ont ouvert la voie aux Natures mortes, dont le sens premier est ce contraste entre le caractère éphémère des fleurs et des papillons, mais aussi des bijoux, pièces de monnaie et autres biens précieux.

 

Le costume de l'homme évoque celui que porte le roi de France Charles IX peint par Hoefnagel entre 1582 et 1593 (illustr. infra), et qui est une copie de celui de François Clouet (Louvres, 1566, et Kunsthistorisches Museum de Vienne). On peut imaginer que sa compagne est la reine Elisabeth d'Autriche (1554-1592), qui revint à Vienne en 1576 après le décès de son mari. Si je ne peux affirmer l'identité de ces élégants visiteurs, je  peux par contre être convaincu que ce ne sont pas de riches marchands, mais des personnages princiers ; de même, je n'ai pas retrouvé de témoignage écrit sur une éventuelle visite de Charles IX, ou de quelque roi, reine ou princesse que ce soit à Pouzzoles, mais les bains de Pouzzoles sont vantés depuis le XIIIe siècle (De Balneis Puteolanis de  Pierre d’Eboli (circa 1212 ? ) et des miniatures médiévales de sources de Pouzzoles, de Cumes, et Baïes montrent les piscines et  les cabines de déshabillage. Hoefnagel a pu seulement, pour la cour ducale de Munich,  "coller" devant sa vue impressionnante des personnages de l'entourage du duc, dans une visée allégorique.

 

 

 Joris Hoefnagel, Visite à la Solfatare, Miniature,  Kupferstichkabinett du  Staatliche Museen de Berlin, image photographiée in Vignau-Wilberg 2006 page 253.

Joris Hoefnagel, Visite à la Solfatare, Miniature, Kupferstichkabinett du Staatliche Museen de Berlin, image photographiée in Vignau-Wilberg 2006 page 253.

 Joris Hoefnagel, Visite à la Solfatare, (détail), Miniature, Kupferstichkabinett , Staatliche Museen de Berlin, image photographiée in Vignau-Wilberg 2006 page 253.

Joris Hoefnagel, Visite à la Solfatare, (détail), Miniature, Kupferstichkabinett , Staatliche Museen de Berlin, image photographiée in Vignau-Wilberg 2006 page 253.

Joris Hoefnagel, Portrait de Charles IX, (1582-93) in T. Vignau-Wilberg (2006) page 278

Joris Hoefnagel, Portrait de Charles IX, (1582-93) in T. Vignau-Wilberg (2006) page 278

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III. La gravure du volume III du Civitates.

 Dans le volume III du Civitates Orbis Terrarum, publié en 1581, la gravure du Forum Vulcani (n° 58) vient après les vues de Vérone, de Pesaro (Marches), d'Orvieto (Ombrie), de Tivoli, de  Velitri et  de Terracina  (Latium), de Mola di Bari (Pouilles), et, en Campanie, de Puteoli (planche 56) et de Cumes (57). En parcourant le volume, nous nous sommes familiarisés à reconnaître les silhouettes inséparables d'Hoefnagel et de Ortelius, avec leurs hautes bottes, leur chapeau rond et noir, leur fraise, leur épée, leur manteau noir, leurs gestes expressifs et, pour Hoefnagel, son carnet de dessin. La planche 56, celle de Puteoli, est d'ailleurs consacrée à leur amitié, sous le titre Nullus in orbe locus praelucet aemonis, dans un poème émouvant (Occurebas tu solus, tu primus, tu postremus, mi orteli cui multis nominibus non solum conveniebant,...) : "Tu te présentes à ma pensée, toi le seul, le premier, mon Orteli en qui sont rassemblés non seulement tous ces noms ...".

Hoefnagel à la Solfatare (1578) : autoportrait au clou martelé par Bêtise et Malfaisance.
Hoefnagel à la Solfatare (1578) : autoportrait au clou martelé par Bêtise et Malfaisance.
Civitates, Verona

Civitates, Verona

 

a) Voici d'abord le texte accompagnant la gravure n°58 du Civitates :

"La Soulfriere nommée Forum Vulcani

Forum Vulcani est appelée par Leander Sulphararia est un lieu en la Champaigne, au bout des ruines qui se voient de Puzoli au chemin de Naples, ainsi nommé de la condition et nature du lieu : lequel Strabo appelle FORUM VULCANI, le disant être près de Puzzoli, et que c'est une plaine Champaigne close de tous cotés de collines de soufre, dont sortent à grand bruit fumées et exhalations comme d'une fournaise. Pline dit que les Anciens ont appelé la dite Champaigne CAMPI PHLEGRAEI. Ce que Solinus confirme, disent. Illic quos sulphure pingues Phlegraei legere sinus, etc.

Le naturel du lieu est du tout admirable premièrement il y a une grande place, assez en forme d'œuf mais plus longue, car elle a en longueur presque 1500 pieds, et n'est large que de 1000 pieds, environnée et enclose tellement de continuelles et hautes montagnes, comme si elles y fussent faites d'industrie qu'on n'y pouvait entrer que du coté de Puzoli. La terre de la dite place n'est que soufre, y produit de nature. Par quoi elle craquette et resonne quand on y passe, pour être pleine de cavernes : comme sont les chose creuses et caves, quand on les frappe et touche. Au bout il y a une fosse, large plutôt que d'anltre forme, pleine d'eau noire et épaisse, perpetuellement bouillante, et jetant hors à grande force fumées très épaisses, de laquelle on ne dit seulement, mais se trouve par expérience, qu'on en tire hors incontinent cuit et bouilli tout ce qu'on y plonge et met dedans, mais toujours amoindrie de quelque portion et partie : comme m'a rapporté Hieronymus Linus Bononiensis, qui y ayant mis dedans quatre œufs, affirma n'en avoir tiré que trois. L'eau n'est toujours en un lieu ni toujours de même hauteur, comme pouvons même témoigner. Car y passant pour la seconde fois dix ans après la première, la trouvâmes presque d'un tiers moindre que ne l'avions vu. Dont est cause l'épaisseur de l'eau : car comme elle amasse et endurcit le soufre aux bords, se diminue et change la dite eau. Près de la fosse se voyent à tous cotés cavernes en terre, desquelles sortent vapeurs de soufre très subtiz et très chaudes. En cette dite place il y a plusieurs ouvroirs, auxquels on fait du soufre blanc. Il fait [est] dangereux d'aller vers cette fosse à cheval, pour ce que tout y est plein de cavernes et de gouffres. Et racontent les voisins qu'il y eut un y allant à cheval, qui ne faisant compte de l'avertissement de ceux qui s'y connaissaient, fut avec son cheval abîmé en un instant, de sorte qu'on ne le vit plus. De ce soufre croissant, écrit en cette sorte Pline : En Italie, (dit-il) en la Champaigne de Naples aux montelets nommés Leucogabi se trouve soufre, lequel tiré hors des mines se parfait au feu. Ces dites collines semblent brûler de tous cotés, et jeter hors, grandes fumées avec senteur de soufre, portée des vents par toute la dite contrée, et jusques à Naples. Et combien que ladite odeur soit ennuyeuse, fâcheuse et laide, toutefois elle donne secours aux flux et cathares. L'eau de la fosse soufrière amollit les nerfs, rend la vue aigue, restreint les larmes et vomissements, conforte les douleurs de l'estomac, et rend fécondes les femmes stériles, chasse les fièvres froides, et purge les membres roigneux. Outre la colline au coté de l'Orient de cette place, est une allée où se fait l'alun en cette sorte. On cuit en fournaise les pierres de la dite montagne, puis on les mets par tas et monceaux, les arrosant par l'espace de quelques jours d'eau tirée de certains puits qui y sont, les trempant tellement qu'elles se ROsouldent en cendres : des dites cendres se fait lexiue [lessive?], laquelle on met en vaisseau de bois, où elle se congèle et solide aux bords à l'épaisseur d'une once comme cristal ou glace, d'où la faut tailler et séparer par instruments en fer ; autant en dit Leander*."

*Leandro Alberti (né le 12 décembre 1479 à Bologne et mort le 9 avril 1552 dans la même ville) est un religieux dominicain, un philosophe, un historien et un théologien italien du xvie siècle, qui fut provincial de son ordre, et un Inquisiteur. Il publia sa Description de l'Italie  en 1550, et celle-ci fut réédité 13 fois jusqu'en 1630 : Descrittione di tutta Italia, nella quale si contiene il sito di essa, l'origine et le Signorie delle Città et delle Castella, Bologna, 1550. Sa description de Terra di Lavoro, cinquième partie de son traité, débute à la page 159. La Solfatare est décrite page 181-182.

On trouvera la version originale en latin du texte ici (page 110)  : http://bdh-rd.bne.es/viewer.vm?id=0000000713.

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b) La gravure n°58.

On remarque immédiatement qu'elle comprend un faux-cadre, parfaitement extérieur à la scène paysagère, et fait de courbes et contre-courbes. Mettons-le en réserve, car c'est mon sujet principal, et j'y viendrai bien assez tôt. Précisons néanmoins que le contenu de deux cartouches : en haut à gauche, le texte reprend celui qui courait tout autour de la miniature : "Mirabilium Sulphureorum Montium apud Puteolos [Campos Flegreos Plin. Vulcani Forum Strabo vulgo nunc Solphatariam vocant Neapolitani] genuina accuratissimaque ad vivum depicta representatio" . Celui de droite sert de légende et va donc être utile pour examiner la gravure.

L'arrière-plan n'est guère modifié. La lettre A se dissimule dans les contreforts du cratère, et renvoie à ce commentaire :"A : Ex horum montium Terra ac lapidibus Sulphur conficitur  : " De ces montagnes de terre et de pierres est fabriqué le soufre". La Lettre C indique C. Aqua hic est perennis nigra aspectu et crassa ita fervida ut ovum crudum instinctum coctum [d]etrahatur : cum mare exestuat usque ad 24 palmos ebulliens sepe attollitur. : "L'eau est ici toujours noire d'aspect et épaisse et si chaude qu'un œuf y est immédiatement cuit et diminué ; avec (la mer) jusqu'à 24 palmes [=3 mètres] bouillant ..souvent apporterait ???" L'édition Taschen a traduit : "The water here is always black, muddy and so hot that if an egg is put in it, it will come out cooked; the water bubbles like the sea and often surges up to a height of 24 handbreadths"

nb : exestuat = exeduat ; exedo = manger, consumer, dévorer.

attolitur = adtolitur ; adtulo = apporter

Autour de cette étendue d'eau, quatre hommes s'affairent ; l' un trempe par une corde une volaille dans le liquide.

La lettre B indique un chemin en pente ; elle reçoit cette légende :Ex hisce albicantibus magna sit copia aluminis "De ce grand (endroit) blanc provient l'alun".

Un chariot bâché se dirige vers le fond, tiré par quatre chevaux : il emmène sans-doute des visiteurs.

Au premier plan à gauche, nous retrouvons, en image inversée, la "Princesse" ou Reine et son page, tenant son bonnet à plume à la main. Puis, au milieu, le couple royal qui figurait sur la miniature laisse la place à deux hommes, vêtus également d'un costume princier. Ce ne peut  sans-doute pas correspondre à Ortelius et Hoefnagel, qui ne portent jamais une telle tenue sur les autres planches. Enfin, une femme arrive, dans une litière à deux porteurs, et jette un regard curieux en écartant la tenture.

Enfin, la vue chorographique est orientée grâce à la mention ORIENS placée dans sa partie haute.

Voici comment  Édouard  Fétis décrit la gravure en 1857 :

"La Solfatare, mine de soufre, près de Pouzzoles, fournit à Hoefnagel le sujet d'une composition bizarre. L'eau thermale dont il existe une source en ce lieu passe pour donner la fécondité aux femmes. Le caustique artiste y fait arriver deux dames, l'une à pied, l'autre en litière. Deux jeunes gens paraissent les attendre. C'est évidemment une allusion à la vertu de la source, sinon à celle des Napolitains." 


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http://www.sanderusmaps.com/detail.cfm?c=9244 : cliquez sur ce lien pour une image de meilleure qualité.

 

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Deux gravures colorées viendront montrer que l'on ne peut tirer de conclusion formelle des couleurs des costumes, par exemple.

http://www.sanderusmaps.com/detail.cfm?c=4190

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http://bildsuche.digitale-sammlungen.de/index.html?c=viewer&lv=1&bandnummer=bsb00092844&pimage=00001&suchbegriff=&l=fr

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Voilà, les trois documents sont décrits, tirez les rideaux, allumez le projecteur, j'en arrive en fin à mon sujet : le cadre de la gravure et ses cartouches. Diapo !

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DUM EXTENDAR : LE CLOU EMBLÉMATIQUE DE HOEFNAGEL CLAIREMENT COMMENTÉ PAR L'ARTISTE.

Selon un procédé qui va devenir constant chez Hoefnagel notamment pour ses Allégories, la scène est placée, comme dans une vitrine, "derrière" un cadre doré en trompe-l'œil muni de faux rivets et de fausses clavettes. Deux étonnants fers à cheval y sont intégrés en partie haute ; d'amples courbes serpentines se rejoignent sur le mot ORIENS, tandis qu'en bas, les bras de "laiton", largement décorés de foudres et de flèches, dessinent  d'amples C avant de se terminer par deux figures de forgerons. Ils travaillent autour d'une forge qui est le centre inférieur du dispositif. Sur l'enclume, un clou est posé en diagonale, tête vers nous. Il porte l'inscription GEORGIUS. Sur le flanc de l'enclume est inscrit  DVM EXTENDAR.

La lecture de ce rébus est simple. Le nom Hoefnagel, ou Houfnagel, Hunagel, provient d'un nom de métier, celui de maréchal-ferrant. Il associe Huf, "sabot" et nagel, "clou". (ce métier est aussi désigné sous le nom de Hufschmitt, "sabot-forgeron"). Hoefnagel reprend à son compte ici cette étymologie pour faire du clou son emblème, le complétant de deux fer à cheval dotés chacun de trois clous.

 

Cela ne serait qu'une façon plaisante de s'inspirer des "armes parlantes" de l'héraldique pour remplacer sa signature, si, en réalité, cet artiste, fin lettré, fin humaniste et peintre éminemment intellectuel, ne transformait cette sorte de jeu de mot en un manifeste philosophique.

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L'Âne et le Chardon.

En effet, à gauche, le forgeron qui frappe hardiment le clou est un âne aux longues oreilles, mais c'est un âne humanisé aux bras et au tronc d'un humain : c'est l'allégorie de la Bêtise.  

Le chardon qu'il mange, et dont un plant encadre l'enclume, mérite qu'on s'y attarde ; c'est le Chardon aux ânes, ou Onopordon fausse-acanthe, dont le symbolisme est ambivalent. C'est l'emblème de l'Écosse et de la Lorraine, liée à la devise "qui s'y frotte s'y pique" du duc de Lorraine, mais c'est aussi, comme l'acanthe,  le témoin des épreuves traversées, de la malédiction biblique de Dieu à Adam en  Genèse 3:18 "Le sol produira pour toi épines et chardons", sublimée par l'aspect rédempteur des épreuves. C'est donc aussi un symbole christique. Un autoportrait célèbre de Dürer à 22 ans représente l'artiste tenant un chardon, avec l'inscription   "Les choses m'arrivent comme il est écrit là-haut". En un mot, c'est autant l'aliment de l'âne participant à la symbolique de la Bêtise, et la plante épineuse renvoyant à la Passion.

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Gorgo, le Serpent et la Ronce.

A droite, nous trouvons Gorgone, au tronc féminin, mais dont la chevelure est faite de serpents qui, gueule ouverte, semblent siffler avec colère. On la considère (Vignau-Wilberg, Fétis) comme l'allégorie de l'Envie, mais  dans la mythologie Méduse représente une puissance malfaisante bien plus radicale, infernale,  pétrifiant celui qui la voit par la terreur paralysante qu'elle provoque. Et, dans la tradition judéo-chrétienne, le Serpent est, bien-sûr, le Mal en personne, le Diable. Ces serpents sinueux et agressifs vont être omniprésents dans les miniatures d'Hoefnagel, tant dans le Missale Romanum que dans les deux Livres de modèles de G. Bocksay, ou dans ses allégories. Mais ils y figurent aussi sous une forme maîtrisée dans la même tradition de Persée tranchant la tête de Méduse : dans l'égide au gorgoneion de Minerve/Athéna (gravure d'Hermathena par Sadeler sur un concept de Hoefnagel) d'une part, et affrontés autour du bâton de Mercure dans l'emblème du caducée, d'autre part. Le Mal surmonté par l'Intelligence et par l'Art. On voit combien, déjà, dans le choix de ce motif de 1581, s'enracine toute l'emblématique personnelle de l'artiste, centrée sur la chouette d'Athéna et le caducée d'Hermés qui se réuniront dans la figure de l'Hermathena.

La Ronce (les mûres sont clairement dessinées) participe de la même symbolique : plante épineuse et envahissante, elle est la cause du mal, et évoque la Couronne d'épines de la Passion du Christ. Mais ses fleurs sont blanches, liées à la pureté, à la virginité ou à l'absence de péchés (pétales immaculés), et ses fruits sont rouges, témoins de la souffrance subie, du sang versé, mais aussi de la Vie. Encadrant l'enclume et son clou, elle contribue à la valence négative de la Méduse et du Serpent, mais aussi au message positif affirmé par la devise. La Ronce se divise ici en deux branches, et si l'une entoure la taille de la Gorgone, l'autre forme une sorte de couronne autour de la tête du clou.

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Le clou.

 C'est aussi un objet ambivalent puisqu'il tient son utilité de son caractère contondant, pour ne pas dire blessant. Il est fait d'une pointe, et d'un corps mais aussi d'une tête, qui reçoit les coups. C'est aussi l'un des Instruments de la Passion, mentionné par Jean 19:17.

Hoefnagel, qui dispose de cet emblème dans la structure de son nom, peut donc s'approprier tout ou partie des significations auxquelles il renvoie.

Ici, le clou ,"Georgius" étendu sur l'enclume et frappé tour à tour par la Bêtise et par le Mal, semble témoigner du fait que l'artiste a traversé de rudes épreuves et qu'il souffre encore d'être confronté à ces Vices. Il suffit, pour comprendre à quoi il fait allusion, de savoir que, depuis la répression par les Espagnols du mouvement lié à la Réforme Protestante dans les Pays-Bas et depuis le début de la Guerre de Quatre-Vingt Ans (1568-1609), son père qui était un riche diamantaire a été ruiné, sa ville d'Anvers a été mise à sac en 1576, et il a été obligé de s'exiler en Allemagne. Sa famille et ses amis ont été concernés. Il faut aussi se rappeler du déchaînement de violence qui ont accompagné, en France, les Guerres de Religion (la mise à sac de la cathédrale du Mans par les "Huguenots" date de 1562, le massacre de la Saint-Barthélémy date de 1572, pour ne choisir que deux exemples) pour comprendre ce qu' à l'époque, chacun peut deviner dans cette alliance de la Bêtise et du Mal.

.

Dum extendar.

  Je n'ai pas trouvé, par le moteur de recherche, cette devise avant son emploi, et peut-être sa création, par Hoefnagel. Une traduction littérale donnerait "pourvu que je m'allonge" ou "Aussi longtemps que je m'étire" (dum signifie "tandis que, aussi longtemps que" , et extendo - étirer.) La traduction du verbe laisse le choix, selon Gaffiot, entre trois sens : 1 : étendre, allonger, élargir ; 2 : étendre à terre, coucher tout du long ;  3 : allonger, agrandir, augmenter. Ce sont notamment les emplois postérieurs à Hoefnagel qui vont permettre de confirmer que cette devise utilise le sens "grandir" et qu'il faut la traduire par "Pourvu que j'en soit aggrandi", "pourvu que je m'allonge" (pour le clou en train d'être martelé) ou "pourvu que j'en sorte grandi" (pour celui qui adopte cette devise). 

a) Hoefnagel a employé cette devise à deux reprises au minimum. On l'a trouve d'abord au dessus de son portrait de 1592  par Sadeler, accompagnée du clou et de l'enclume. 

.

http://webapps.fitzmuseum.cam.ac.uk/explorer/index.php?qu=flemish%20painting&oid=145901

 

b) On la trouve aussi dans le cartouche de la carte de Cadix de la planche 31 du Teatrum Orbis Terrarum (1584) d'Abraham Ortelius. Ce cartouche porte l'indication  [Cadiz Vrbs] Hanc Insvlam perlvstrabat, et sva manv depingat Georgivs Hoefnaglivs Antverpian Belga. Dum Extendar. : " La ville de Cadiz. Cette île a été explorée et dessinée de la main de Joris Hoefnagel d'Anvers, Belgique. Dum extendar." Les autres cartouches indiquent la date de 1584 : Cum priuilegio Imp. et  Belgico, ad decennium". Carpetani Ae partis Descr. 1584. Vardulorum, sive Gvipuscoae Regionis Typus .

Pour voir la gravure avec précision, cliquez sur ce lien vers Gallica

 

 

 

c) Comme je l'ai signalé, cette devise n'apparaît pas avant que Hoefnagel ne la crée, mais a été reprise au XVIIe siècle, dans une acceptation religieuse que son premier auteur n'avait pas engagée. En effet, le poète néo-latin allemand Gabriel Rollenhagen a repris ce motif et cette devise (motto ou imprese) en 1611 dans son recueil d'emblèmes publié à Cologne  Nucleus emblematum. La planche XVII  montre, dans un médaillon cerclé par la devise DVM EXTENDAR, la main de Dieu sortant des nuages et frappant un clou posé sur une enclume. En arrière plan, un cavalier s'éloigne de ce qui doit être son pays natal, puisqu'il se retourne vers ses parents, qui le saluent. Cette vignette est  accompagnée de l'épigramme DVM EXTENDAR, duros ictus tot perfero, nomen / ob clarum cur quis ferre recuset idem? : "Pourvu que je grandisse, je supporte tous les coups ..." 

 Dans une édition de 1611 mise en ligne sur an openlibrary.org, , la devise est accompagnée de cet épigramme en français

L'accort ouvrier prenant une masse difforme,

Par maint coup de marteau luy va donnant sa forme.

Ainsi Dieu, grand ouvrier, de maux nous martelant,

Nous rend temples sacrés de l'Esprit consolant.

.

 

Rollenhagen

Dum extendar, duros ictus tot perfero; nomen
ob clarum cur quis ferre recuset idem?

Till God hath wrought us to his Will,
The Hammer we shall suffer still.

Although Rollenhagen's epigram does not mention God, you can see the hand of God reaching out with the hammer!

Dum Extendar

Dum Extendar, duros ictus perfero morts; nom

si Clarum actu quis ferre recuset idem?

 

Jusqu'à ce que Dieu nous a forgé sa volonté,

Le marteau doivent nous souffrir en silence.

 

 

 

Voici le vocabulaire:

 

dum - tandis que, aussi longtemps que

extendo - étirer

durus - disque

ictus - coup

morts - tant

perfero - portent endurer,

nomen - nom

si - en raison de

clarus - claire, lumineuse, brillante, célèbre

cur - pourquoi

quis - qui, ne importe qui

fero - ours, effectuer

recuso - refuser

idem - le même

 

 

Rôle Hagen a visité l'école secondaire 1558-1560 à Prenzlau et Magdebourg. 1560, il se inscrit à Wittenberg, où il a obtenu son doctorat en 1567 pour le Maître de la Divinité. Il a ensuite travaillé à l'école Magdeburg. De 1575 il était recteur de l'école, dont il a conduit à une importance nationale. De 1573 à 1609 rôle Georg Hagen a également occupé le poste de prédicateur à l'église Saint-Sébastien à Magdebourg. 1583 était son fils, qui est né pas moins célèbres poètes et le rôle Emblematiker Gabriel Hagen. De ses environs immédiats presque inaperçue, Georg rôle Hagen est devenu un important écrivain et dramaturge de son école de temps. Sous le pseudonyme (Marcus Hüpfinsholz de Meusebach), il a publié plusieurs ouvrages. Le plus connu est le 1595 publié Froschmeuseler. Dans ce travail, civile et didactique, il illustre l'âge de la Réforme sous la forme d'un animal de poème épique dans laquelle Luther comme la grenouille "Elbmarx" apparaît. Le Froschmeuseler tourne anti-guerre satirique et soutenir une éthique civique.

Gabriel Rollenhagen, auch: Rollenhagius (* 22. März 1583 in Magdeburg; † 1619 ? in Magdeburg) war ein deutscher und lateinischer Dichter, Schriftsteller und Emblematiker.

Als Sohn des bekannten Magdeburger Predigers und Pädagogen Georg Rollenhagen erfuhr er eine ausgezeichnete Erziehung, zuerst an der vom Vater geleiteten Gelehrtenschule. Gabriel Rollenhagens hier 1602gehaltene lateinische Valediktionsrede Promulsis Magdeburgensis wurde 1620, offenbar kurz nach seinem frühen Tod, im Druck veröffentlicht. Im Jahre 1602 immatrikulierte er sich in Leipzig, wo er bis 1604juristische Studien verfolgte, die er ab 1605 an der Universität Leiden fortsetzte. Die Bekanntschaft mit Daniel Heinsius ermöglichte ihm den Zugang zu berühmten humanistischen Gelehrten wie Hugo Grotius undJoseph Scaliger.

Schon in Leipzig hatte Gabriel Rollenhagen seine oft aufgelegten, fiktiven Jndianischen Reysen veröffentlicht, die in allen Drucken von einem Anhang populärer Münchhausiaden unter dem Titel Warhaffte Lügenbegleitet sind. 1606 nach Magdeburg zurückgekehrt, gab er die wohl noch in Leiden entstandenen Juvenilia heraus. Mit einer ebenfalls oft gedruckten derben Liebeskomödie Amantes amentes, z. T. inplattdeutscher Sprache, erzielte er ebenfalls einen großen Erfolg, doch sein bleibender Nachruhm beruht auf dem Nucleus emblematum von 1611, dem prachtvollsten unter all den Tausenden von Emblembüchern der Barockzeit.

Werke (Auswahl)[Bearbeiten]

  • Amantes amentes, das ist ein sehr anmutiges Spiel von der blinden Liebe. Magdeburg 1609

  • Nucleus emblematum. Hildesheim 1985 (Ndr. d. lat. Erstausgabe v. 1611; 1613 von Crispin de Passe dem Älteren veröffentlicht in Utrecht). Dt. Übs. u.d.T. Sinn-Bilder, hrsg. Carsten-Peter Warncke. Dortmund 1983

  • Vier Bücher wunderbarlicher biss daher unerhörter und ungleublicher Jndianischer Reysen. Bötcher, Magdeburg 1603 (Digitalisat und Volltext im Deutschen Textarchiv)

Ndr. d. Ausg. 1605 hrsg. v. Gerhard Dünnhaupt. Stuttgart 1995. ISBN 3-7772-9424-1

 

Gabriel Gabriel Rollenhagen , y compris: Rollenhagius (* 22 Mars, 1583 à Magdebourg , † 1619  ? à Magdeburg ) était un Allemand et latins poètes , écrivains et Emblematiker .Comme le fils du célèbre prédicateur et enseignant Magdeburg rôle George Hagen il a appris une excellente éducation, d'abord à l'école de chercheurs dirigée par le père. Gabriel rôle Hagens ici en 1602 a tenu latine Valediktionsrede Promulsis Magdeburgensis était en 1620 , publié dans la presse, apparemment peu de temps après sa mort prématurée. En 1602 , il se inscrit à Leipzig, où il resta jusqu'en 1604 études juridiques poursuivi, il partir de 1605 à l' Université de Leiden continué. La connaissance avec Daniel Heinsius lui a permis d'accéder aux célèbres humanistes savants tels que Hugo Grotius et Joseph Scaliger .

Déjà à Leipzig Gabriel rôle Hagen avait son souvent émis fictive Jndianischen Reysen publié, dans tous les tirages en annexe populaire Münchhausiaden sous le titre mensonges Warhaffte sont accompagnés. 1606retourné à Magdebourg, il a probablement été causé plus de souffrance dans juvenilia sur. Avec un aussi souvent imprimés rugueuses comédie romantique amentes Amantes tels. T. bas allemand langue, il a également obtenu un grand succès, mais sa renommée durable est basé sur le noyau Emblematum de 1611 , la plus belle parmi tous les milliers de livres emblème de la période baroque.

Travaux (sélection) [ modifier ]

  • Amantes amentes, ce est un jeu très gracieuse de l'amour aveugle. Magdeburg 1609

  • Nucleus Emblematum . Hildesheim 1985 (d Ndr latine édition v 1611; .... En 1613 par Crispin de Passe l'Ancien publié dans Utrecht ). Dt. UBS. UDT sens-images , éd. Carsten-Peter Warncke. Dortmund 1983

  • Quatre livres wunderbarlicher donc mordaient scandaleux et ungleublicher Jndianischer Reysen. BOTCHER, Magdeburg 1603 ( texte numérisé et plein de Text Archive allemande )

Ndr. D. Ed. 1605 éd. v. Gerhard Dünnhaupt . Stuttgart 1995e ISBN 3-7772-9424-1

http://diglib.hab.de/drucke/21-2-eth-2/start.htm

 

Ortelius Map No. 31

 

Title: "Cum priuilegio Imp. et| Belgico, ad decennium". CAR:|PETANI:|Æ PARTIS | DESCR. | "1584" - "Vardulorum, sive" | GVI:|PVSCOAE | REGIONIS | TYPVS. - [Cadiz Vrbs] HANC INSVLAM | PERLVSTRABAT, | ET SVA MANV DE:|PINGAT GEOR:|GIVS HOEFNAGLI:|VS ANTVERPIAN. | BELGA. | "Dum extendar".

[With an Imperial and Belgian Privilege for ten years. Depiction of a part of Carpetani 1584 - A Map of the Varduli or the region of Guipuscoa - The City of Cadiz. This island has been explored and drawn in his own hand by Georgius Hoefnaglius of Antwerp, Belgium, as it presents itself.]

(Top left:) "Glycerisæ maximus | hic proventus" [Here is a great supply of glycerine.] Top left: "Leganes. Separum | hic magnus | prouentus". [Leganes. Here are many hedges.]

(Top left:) "Torejon. | Salsamentorum pis:|cium emporium". [Torejon, a market for salted fish.]

(Top left:) Esqujvias|nobiliß.hinc|vinum. [Esqujvias. The wine from here is excellent.]

(Top left:) "La mar. pis:|cina est". [La mar. This is a swimming pool.]

(Top left centre:) "Hic multa antiqua | monumenta effodiuntur". [Here many ancient monuments are dug up.]

(Lower left centre:) "Hic olim fuiße | vrbem, indicant|ruinæ ingentes". [Here was once a city, as extensive ruins indicate.]

(Centre:) "Ocaña. Olcades hic olim habitas:|se credit Nebrißensis". [Ocaña. Here lived the Olcades once, as Nebrißensis believes.]

(Centre:) "Puntal. Hic saburram exonerant | naues sal recepturæ". [Puntal. Here ships ballasted with sand load salt.]

(Bottom centre:) "Nobilißima Hispaniæ | vina hic nascuntur". [Here grow the most noble wines of Spain.]

(Bottom centre:) "Torres de | Hercules: Almedraua. Hic thynno:|rum captura a Calendis | Maij ad XVII. vsque|Calend. Iulij". [Almedrava near the pillars of Hercules. Here they catch tuna fish from the 17th of May until the beginning of July].

Plate size: 392 x 488 mm. For sizes of each map, see below. Three maps on one plate.

 

Cartographic sources: very accurate source of unknown nature. The names of Carolus Clusius and Georg Hoefnagel have been suggested (Meurer p. 89).

 

Rollenhagen

Dum extendar, duros ictus tot perfero; nomen
ob clarum cur quis ferre recuset idem?

Till God hath wrought us to his Will,
The Hammer we shall suffer still.

Although Rollenhagen's epigram does not mention God, you can see the hand of God reaching out with the hammer!

Dum Extendar

Dum Extendar, duros ictus perfero morts; nom

si Clarum actu quis ferre recuset idem?

 

Jusqu'à ce que Dieu nous a forgé sa volonté,

Le marteau doivent nous souffrir en silence.

 

 

 

Voici le vocabulaire:

 

dum - tandis que, aussi longtemps que

extendo - étirer

durus - disque

ictus - coup

morts - tant

perfero - portent endurer,

nomen - nom

si - en raison de

clarus - claire, lumineuse, brillante, célèbre

cur - pourquoi

quis - qui, ne importe qui

fero - ours, effectuer

recuso - refuser

idem - le même

 

 

Rôle Hagen a visité l'école secondaire 1558-1560 à Prenzlau et Magdebourg. 1560, il se inscrit à Wittenberg, où il a obtenu son doctorat en 1567 pour le Maître de la Divinité. Il a ensuite travaillé à l'école Magdeburg. De 1575 il était recteur de l'école, dont il a conduit à une importance nationale. De 1573 à 1609 rôle Georg Hagen a également occupé le poste de prédicateur à l'église Saint-Sébastien à Magdebourg. 1583 était son fils, qui est né pas moins célèbres poètes et le rôle Emblematiker Gabriel Hagen. De ses environs immédiats presque inaperçue, Georg rôle Hagen est devenu un important écrivain et dramaturge de son école de temps. Sous le pseudonyme (Marcus Hüpfinsholz de Meusebach), il a publié plusieurs ouvrages. Le plus connu est le 1595 publié Froschmeuseler. Dans ce travail, civile et didactique, il illustre l'âge de la Réforme sous la forme d'un animal de poème épique dans laquelle Luther comme la grenouille "Elbmarx" apparaît. Le Froschmeuseler tourne anti-guerre satirique et soutenir une éthique civique.

Gabriel Rollenhagen, auch: Rollenhagius (* 22. März 1583 in Magdeburg; † 1619 ? in Magdeburg) war ein deutscher und lateinischer Dichter, Schriftsteller und Emblematiker.

Als Sohn des bekannten Magdeburger Predigers und Pädagogen Georg Rollenhagen erfuhr er eine ausgezeichnete Erziehung, zuerst an der vom Vater geleiteten Gelehrtenschule. Gabriel Rollenhagens hier 1602gehaltene lateinische Valediktionsrede Promulsis Magdeburgensis wurde 1620, offenbar kurz nach seinem frühen Tod, im Druck veröffentlicht. Im Jahre 1602 immatrikulierte er sich in Leipzig, wo er bis 1604juristische Studien verfolgte, die er ab 1605 an der Universität Leiden fortsetzte. Die Bekanntschaft mit Daniel Heinsius ermöglichte ihm den Zugang zu berühmten humanistischen Gelehrten wie Hugo Grotius undJoseph Scaliger.

Schon in Leipzig hatte Gabriel Rollenhagen seine oft aufgelegten, fiktiven Jndianischen Reysen veröffentlicht, die in allen Drucken von einem Anhang populärer Münchhausiaden unter dem Titel Warhaffte Lügenbegleitet sind. 1606 nach Magdeburg zurückgekehrt, gab er die wohl noch in Leiden entstandenen Juvenilia heraus. Mit einer ebenfalls oft gedruckten derben Liebeskomödie Amantes amentes, z. T. inplattdeutscher Sprache, erzielte er ebenfalls einen großen Erfolg, doch sein bleibender Nachruhm beruht auf dem Nucleus emblematum von 1611, dem prachtvollsten unter all den Tausenden von Emblembüchern der Barockzeit.

Werke (Auswahl)[Bearbeiten]

  • Amantes amentes, das ist ein sehr anmutiges Spiel von der blinden Liebe. Magdeburg 1609

  • Nucleus emblematum. Hildesheim 1985 (Ndr. d. lat. Erstausgabe v. 1611; 1613 von Crispin de Passe dem Älteren veröffentlicht in Utrecht). Dt. Übs. u.d.T. Sinn-Bilder, hrsg. Carsten-Peter Warncke. Dortmund 1983

  • Vier Bücher wunderbarlicher biss daher unerhörter und ungleublicher Jndianischer Reysen. Bötcher, Magdeburg 1603 (Digitalisat und Volltext im Deutschen Textarchiv)

Ndr. d. Ausg. 1605 hrsg. v. Gerhard Dünnhaupt. Stuttgart 1995. ISBN 3-7772-9424-1

 

Gabriel Gabriel Rollenhagen , y compris: Rollenhagius (* 22 Mars, 1583 à Magdebourg , † 1619  ? à Magdeburg ) était un Allemand et latins poètes , écrivains et Emblematiker .Comme le fils du célèbre prédicateur et enseignant Magdeburg rôle George Hagen il a appris une excellente éducation, d'abord à l'école de chercheurs dirigée par le père. Gabriel rôle Hagens ici en 1602 a tenu latine Valediktionsrede Promulsis Magdeburgensis était en 1620 , publié dans la presse, apparemment peu de temps après sa mort prématurée. En 1602 , il se inscrit à Leipzig, où il resta jusqu'en 1604 études juridiques poursuivi, il partir de 1605 à l' Université de Leiden continué. La connaissance avec Daniel Heinsius lui a permis d'accéder aux célèbres humanistes savants tels que Hugo Grotius et Joseph Scaliger .

Déjà à Leipzig Gabriel rôle Hagen avait son souvent émis fictive Jndianischen Reysen publié, dans tous les tirages en annexe populaire Münchhausiaden sous le titre mensonges Warhaffte sont accompagnés. 1606retourné à Magdebourg, il a probablement été causé plus de souffrance dans juvenilia sur. Avec un aussi souvent imprimés rugueuses comédie romantique amentes Amantes tels. T. bas allemand langue, il a également obtenu un grand succès, mais sa renommée durable est basé sur le noyau Emblematum de 1611 , la plus belle parmi tous les milliers de livres emblème de la période baroque.

Travaux (sélection) [ modifier ]

  • Amantes amentes, ce est un jeu très gracieuse de l'amour aveugle. Magdeburg 1609

  • Nucleus Emblematum . Hildesheim 1985 (d Ndr latine édition v 1611; .... En 1613 par Crispin de Passe l'Ancien publié dans Utrecht ). Dt. UBS. UDT sens-images , éd. Carsten-Peter Warncke. Dortmund 1983

  • Quatre livres wunderbarlicher donc mordaient scandaleux et ungleublicher Jndianischer Reysen. BOTCHER, Magdeburg 1603 ( texte numérisé et plein de Text Archive allemande )

Ndr. D. Ed. 1605 éd. v. Gerhard Dünnhaupt . Stuttgart 1995e ISBN 3-7772-9424-1

http://diglib.hab.de/drucke/21-2-eth-2/start.htm

 

Ortelius Map No. 31

 

Title: "Cum priuilegio Imp. et| Belgico, ad decennium". CAR:|PETANI:|Æ PARTIS | DESCR. | "1584" - "Vardulorum, sive" | GVI:|PVSCOAE | REGIONIS | TYPVS. - [Cadiz Vrbs] HANC INSVLAM | PERLVSTRABAT, | ET SVA MANV DE:|PINGAT GEOR:|GIVS HOEFNAGLI:|VS ANTVERPIAN. | BELGA. | "Dum extendar".

[With an Imperial and Belgian Privilege for ten years. Depiction of a part of Carpetani 1584 - A Map of the Varduli or the region of Guipuscoa - The City of Cadiz. This island has been explored and drawn in his own hand by Georgius Hoefnaglius of Antwerp, Belgium, as it presents itself.]

(Top left:) "Glycerisæ maximus | hic proventus" [Here is a great supply of glycerine.] Top left: "Leganes. Separum | hic magnus | prouentus". [Leganes. Here are many hedges.]

(Top left:) "Torejon. | Salsamentorum pis:|cium emporium". [Torejon, a market for salted fish.]

(Top left:) Esqujvias|nobiliß.hinc|vinum. [Esqujvias. The wine from here is excellent.]

(Top left:) "La mar. pis:|cina est". [La mar. This is a swimming pool.]

(Top left centre:) "Hic multa antiqua | monumenta effodiuntur". [Here many ancient monuments are dug up.]

(Lower left centre:) "Hic olim fuiße | vrbem, indicant|ruinæ ingentes". [Here was once a city, as extensive ruins indicate.]

(Centre:) "Ocaña. Olcades hic olim habitas:|se credit Nebrißensis". [Ocaña. Here lived the Olcades once, as Nebrißensis believes.]

(Centre:) "Puntal. Hic saburram exonerant | naues sal recepturæ". [Puntal. Here ships ballasted with sand load salt.]

(Bottom centre:) "Nobilißima Hispaniæ | vina hic nascuntur". [Here grow the most noble wines of Spain.]

(Bottom centre:) "Torres de | Hercules: Almedraua. Hic thynno:|rum captura a Calendis | Maij ad XVII. vsque|Calend. Iulij". [Almedrava near the pillars of Hercules. Here they catch tuna fish from the 17th of May until the beginning of July].

Plate size: 392 x 488 mm. For sizes of each map, see below. Three maps on one plate.

 

Cartographic sources: very accurate source of unknown nature. The names of Carolus Clusius and Georg Hoefnagel have been suggested (Meurer p. 89).

 

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d) En 1635, Georges Wither compose des distiques en anglais pour les plaques gravées de Crispin van Passe et publie A collection of emblemes, ancient and moderne quickened with metricall illustrations, both morall and divine : and disposed into lotteries , Henry Taunton, London. Emblème Withers 1635 :

Till God hath wrought us to his Will

The Hammer we shall suffer still.

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https://archive.org/stream/collectionofembl00withe#page/16/mode/2up

 

 

.e) En 1675, Romano Müller intègre cette devise dans une prière de son Sympatheticae Orationes Christo Homini Deo, Salzbourg, page 126.

f) En 1683, on retrouve cette devise citée par le pére jésuite Claude-François Menestrier dans son Les Devises des princes,...ou La Philosophie des images, composée d'un ample recueil de devises , page 96 :   "Dum extendar : Pourvû que je m'étende, pour une personne résolue à souffrir pourvu qu'elle pût avancer". 

Dans ce recueil, les devises sont regroupées par thèmes, et celle-ci figure dans le chapitre " Les Forges, Fournaises, et le fer dans le feu, ou sur l'enclume". La figure de la lame de fer frappée sur l'enclume suscite les devise In melius vertet, "Il lui fera prendre une meilleure forme", Non sine fabro, "Rien sans le forgeron", Vis contuso major "Plus on le bat, plus il a de force", Quanto battuto piutanto piu indura "Il s'endurcit plus il est battu",  Rubigo consummitur "ainsi s'en va la rouille", et pour une barre de fer qu'on trempe toute ardente, Firmius ad opus " Elle sera plus forte pour agir.". Toutes ces devises illustre  l'endurance et la vertu renforcée par l'adversité. Mais la même figure peut être utilisée dans un sens presque inverse : Format vertis in omnes, "pour lui donner la forme qu'on veut".

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En définitive, la devise initiale de Hoefnagel possède bien plus de vigueur et d'à propos que les reprises qui en sont faites par Rollenhagen et de Wither dans un sens religieux différent. Chez Hoefnagel, les souffrances ne sont pas envoyées par Dieu pour éprouver le fidèle, mais elles sont affrontées par l'artiste et par le savant en butte avec l'ignorance, la bêtise et la méchanceté : selon la grande pensée humaniste depuis Érasme, c'est par l'éducation, par l'enseignement, par l'exemple et par la fonction pédagogique de l'image (par l'éloquence artistique à laquelle préside Mercure) que le Mal et la Bêtise seront combattus. Combattants de première ligne, les imprimeurs, les éditeurs, les cartographes et topographes, les poètes et les artistes, se serrent les coudes, dans une émulation et un encouragement mutuel. 

L'image dans laquelle il se peint lui-même comme un clou se fortifiant et se forgeant le caractère sous les coups reçus doit être placée dans un corpus morcelé dont les fragments, réunis, définissent une pensée humaniste et néo-stoïque associant la vertu (virtus romaine), l'endurance, l'opiniâtreté face aux adversités, aux valeurs évangéliques où le Christ confronté aux bourreaux sert de modèle.

.

UN CORPUS ICONOGRAPHIQUE ET LE CONTOUR D'UNE PENSÉE.

J'ai déjà signalé ces indices, ces emblèmes dispersés dont l'assemblage fait sens. Ce sont :

-En 1563, à Séville, le dessin d'un mari cocu qui doit endurer la honte publique d'une punition exemplaire.

- Dans la même gravure, le dessin des taureaux de l'abattoir qui doivent affronter les dogues et les employés armés de piques.

-En Angleterre en 1569, le recueil Patientia destiné, non à la publication, mais à son ami Radermacher afin de l'aider à supporter l'exil et les difficultés que lui valent sa  confession calviniste. Son titre est "Traité de la Patience, Par Emblêmes Inventées et desinées par George Hoefnagel à Londres, L’an 1569". Ses 24 dessins accompagnés de poèmes en flamand  sont autant de situation, où les protagonistes doivent, avec patience, attendre des jours meilleurs et endurer leur sort avec confiance.

- Dans le Missale Romanum (1581-1590), le folio 332 du Second Dimanche après Pâques où le parallèle est établit entre, en haut, la Passion du Christ, et, en bas un clou fiché en terre servant de perchoir au Hibou d'Athena /Minerve tandis que deux serpents s'y enroulent pour former un caducée de Mercure.

- Dans le Missale Romanum,  la page de la Messe des défunts, où Hoefnagel représente sa propre tombe sur lequel un clou est planté, servant là encore d'axe à deux serpents affrontés, alors que le Hibou de la sagesse de Minerve est posé sur une pelle voisine.

- Dans le Schriftmusterbuch (1594-1598) folio 20, la reprise en autoportrait d'une gravure de Dürer où un hibou est confronté à l'agressivité de quatre autres oiseaux : Hoefnagel lui fait tenir un caducée, dont l'axe est un pinceau, et deux serpents ouvrent leur gueule en dessous. 

- l'Allégorie de l'amitié envers Abraham Ortelius, (1593), où est repris la figure en autoportrait du hibou tenant un pinceau-caducée aux deux serpents, avec l'inscription Ars neminem habet osorem nisi ignorantem "L'art n'a pas d'autre ennemi que l'ignorance". Cette devise exprime la même chose que la figure du clou Georgius frappé par l'Âne Bêtise et la Méduse Malfaisance.

En explorant son œuvre, je retrouve bien d'autres exemples dans lesquels Hoefnagel a placé des clous (barrant le monogramme G de Georgius par exemple), des serpents agressifs, des hiboux patients, ou des citations exhortant à l'endurance face aux épreuves. Le contexte est à chaque fois différents, comme chez un créateur sachant décliner son thème principal en mille facettes qui se renvoient leurs reflets et leurs résonances. Le but de cet article est de faire partager le plaisir éprouvé lorsque, comme Marcel reconnaissant la petite phrase de Vinteuil, on jubile de déceler ces clins d'œil à peine cachés par Hoefnagel.

.

CONCLUSION.

  Partant de son esquisse dessinée lors de sa visite à la Solfatare, Hoefnagel crée d'abord une miniature où il anime le paysage, placé en arrière plan, par des personnages princiers qui n'ont pas l'air de prendre conscience de la leçon de Vanité que leur donne ce site, où pèse le risque d'un ébranlement sismique majeur et où l'histoire parle de temples engloutis. Puis, par sa gravure du Civitates Orbis Terrarum, il ajoute un cadre doré dont la visée dépasse celle d'une signature par jeu de mot sur Nagel, "clou". De manière plus ambitieuse et novatrice, il fabrique un réel appareil de vision où les fumerolles, la terre blanchie et l'eau brûlante et noire de l'Antre de Vulcain (Forum Vulcani) le dieu forgeron des volcans, du métal et du feu servent de décor aux marionnettes princières au luxe dérisoire, tandis qu'un cadre doré, comme l'enseigne d'un maréchal-ferrant, s'orne de fers à cheval. La cohérence vis-à-vis du thème principal qui est celui du Feu et du monde souterrain, est ici totale, et cette cohérence n'est pas brisée par le motif emblématique du clou allongé sur l'enclume. Au contraire, le spectateur déjà ébranlé par les sombres perspectives du lointain est conduit à partager la réflexion métaphorique de l'artiste qui se présente comme battu par la Bêtise et par le Mal, mais enrichi, endurci et grandi par les coups reçus. C'est le Monde qui devient une forge, c'est  l'existence qui devient un feu, ce sont les épreuves qui apparaissent comme des coups de marteau, et ce sont les Vices qui sont les forgerons. On passe ainsi d'un discours digne de l'Ecclésiaste ou de Bossuet sur la Vanité et la Mort à un discours stoïcien sur la nécessité de "sculpter sa propre statue"* (ici, "forger son clou"). La visite touristique d'un site réputé des Champs Phlégréens de Naple devient ainsi l'occasion de l'un de ces exercices spirituels dont Pierre Hadot (La Philosophie antique) a montré qu'ils étaient communs au stoïcisme, au néoplatonisme et à l'épicurisme.

*"Ne cesse pas de sculpter ta propre statue jusqu'à ce que l'éclat divin de la vertu se manifeste." Ennéades, I, 6, 9 Plotin.

Si l'observateur reste assez longtemps devant la gravure, s'il sépare mentalement les trois parties Cadre / Marionnettes /Décor comme si un éclairagiste les illuminait successivement, s'il imagine Vulcain au travail, s'il s'identifie au clou, s'il revient à la tête de l'âne pour constater qu'il a une gueule bien sympathique, s'il ré-examine Méduse et sa poitrine qui fait pitié, cette dispersion des idées lui permettra peut-être  de considérer la scène emblématique bien autrement  : 

L'Âne et la Vieille échevelée qui frappe l'artiste couché sur l'enclume sont-ils les Autres, ses ennemis, les Catholiques de l'Inquisition, les Espagnols, les Intransigeants de tout poil, ou bien ne sont-ils pas les représentants  de sa propre Bêtise et de sa propre tendance au Mal ? N'est-il pas pire épreuve que la reconnaissance de ces deux Bêtes en soi, et n'est-il pas plus amère mais plus grande victoire que cette reconnaissance? Si on partage cette lecture de l'emblème d'Hoefnagel, le Dum extendar prend un sens infiniment plus profond que dans les Emblemata confits de moraline. C'est en moi-même que le brave âne mange ses chardons, en moi encore qu'une part gorgonéenne que je ne peux fixer du regard  fait siffler ses serpents, mais chaque coup qu'ils me portent affine ma pointe, agrandit ma conscience et endurcit ma tête, pour peu que je les détecte. "Pourvu que j'en grandisse". Rien n'étant pire, bien-sûr, que d'ignorer leur présence.

 

Hoefnagel procède donc à une ré-élaboration du souvenir, et les gravures du Civitates ont un autre rôle que celui d'un guide géographique, touristique ou économique : elles acquiert un statut narratif et dramatique par lequel Hoefnagel dresse, planche après planche, les scènes d'un théâtre singulier dans lequel il révèle (tacitement) un travail psychique intérieur. Un bestiaire et un arsenal d'accessoires se mettent en place,  dont chaque animal, chaque article va devenir un Personnage qui sera reconnu plus tard. Neutre s'il est considéré sur une seule planche, il acquiert une identité propre par l'histoire qui se raconte au fil des planches. Dans la première enluminure connue, celle de Séville en 1573, la chouette, le caducée, le singe, l'escargot, la lampe (bougeoir), le brûle-parfum, la rose tiennent leur premier rôle à coté de Minerve et de Mercure. Dans l'enluminure de la vue de la Solfatare de 1578, le clou et le serpent font leur entrée, comme le chardon et la ronce. Le corpus d'inscription, toujours riche chez Hoefnagel, fait office de didascalie. 

  

SOURCES ET BOITE A LIENS.

 

— Sur Hoefnagel, voir : http://www.lavieb-aile.com/2015/03/ma-bibliographie-sur-joris-et-jacob-hoefnagel.html

 

CHMELARZ (Eduard)   :http://digi.ub.uni-heidelberg.de/diglit/jbksak1896/0304

FÉTIS (Édouard Louis François) 1857  Les Artistes belges à l'etranger: Etudes biographiques ..., Volume 1 page 109-110.

KROGT (Peter van der) Krogt, 2008 « Mapping the towns of Europe: The European towns in Braun & Hogenberg’s Town Atlas, 1572-1617 », http://belgeo.revues.org/11877  Belgeo, 3-4 | 2008, 371-398.

LEANDRO ALBERTI, Borgaruccio Borgarucci, Campania Felix Cumani, Terra di lavoro Descrittione di tutta l'Italia et +& isole pertinenti ad essa: nella quale ...

https://books.google.fr/books?id=tTRhAAAAcAAJ&pg=PA180-IA1&lpg=PA180-IA1&dq=leucogabi&source=bl&ots=og-EzXclGd&sig=JClS4Pr2xnF_sZKI1vPP_pCjH6s&hl=fr&sa=X&ei=DXwtVY28HIOY7gabjoFg&ved=0CCMQ6AEwAA#v=onepage&q=leucogabi&f=false

 VIGNAU-WILBERG (Thea), 2006, In Europa zu Hause, Niederländer in München um 1600 / Citizens of Europe, Dutch and flemish Artists in Munich c. 1600, Hirmer Verlag München, 455 pages, pages 252-254

— — SOURCE DES IMAGES :

—Theatrum Orbis Terrarum (1570), Abraham Ortelius :

- Gallica : édition de 1603 : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b550061290/f1.image

- Carte de Cadix 1584  : http://gallicalabs.bnf.fr/ark:/12148/btv1b550061290/f114.zoom

 

— Civitates Orbis Terrarum (1572-1617)

-- http://historic-cities.huji.ac.il/mapmakers/braun_hogenberg.html

-- Civitates vol. i : http://bdh-rd.bne.es/viewer.vm?id=0000001344

-- Civitates version allemande vol. 3 1582 Heidelberg http://digi.ub.uni-heidelberg.de/diglit/braun1582bd3/0002?sid=f345481cb53e9f4c9764c42ec96646b3

--Planche 56 Texte :Puteoli oder des Glückseligen ; Campaniae Wollust :http://digi.ub.uni-heidelberg.de/diglit/braun1582bd3/0126?sid=f345481cb53e9f4c9764c42ec96646b3

--Planche n°58 :Texte : Von den Schwefelbergen in Campania / auff Lateinisch Forum Vulcani gemeinglich aber Slofataria genandt. http://digi.ub.uni-heidelberg.de/diglit/braun1582bd3/0130?sid=f345481cb53e9f4c9764c42ec96646b3

--  Institut Cartogràfic de Catalunya

-- University of South Carolina. Irvin Department of Rare Books and Special Collection :

-- sanderusmaps : http://www.sanderusmaps.com/detail.cfm?c=9244

-- Internet Culturale: http://iccu01e.caspur.it/ms/internetCulturale.php?id=mag_GEO0000246&teca=GeoWeb+-+Marciana

-- Biblioteca Riccardiana Firenze  :http://www.istitutodatini.it/biblio/images/it/riccard/10939/dida/41-10a.htm

-- Edition française du Civitates Orbis Terrarum  : National Library of Spain Biblioteca Digital Hispanica

http://catalogo.bne.es/uhtbin/cgisirsi/0/x/0/05?searchdata1=binp0000281545{001}

t. 1. Théâtre des cités du monde. Premier volume 

http://catalogo.bne.es/uhtbin/cgisirsi/6tRit3lVyR/BNMADRID/132080028/18/X001/XTITLE/a4303555

-- t. 2. Théâtre des principales villes de tout l'univers. Second volume --

t. 3.Théâtre des cités du monde  Livre troisième des principales villes du monde 1581

http://bdh-rd.bne.es/viewer.vm?id=0000069196&page=1

-- t. 4.Théâtre des cités du monde Livre quatrième des principales villes du monde. 1583

http://bdh-rd.bne.es/viewer.vm?id=0000069194&page=1

-- Theatre des Principales Villes de tout L'Univers Material cartográfico : Cinquième Volume :

http://bdh-rd.bne.es/viewer.vm?id=0000068788&page=1

 --Theatre des Principales Villes de tout L'Univers Material cartográfico : Sixieme Volume http://bdh-rd.bne.es/viewer.vm?id=0000069188&page=1

 

 

-- La Bnf possède la version française à la bibliothèque de l'Arsenal : magasin
FOL- H- 165 

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