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13 novembre 2011 7 13 /11 /novembre /2011 20:59

Petite épigraphie des chapelles et églises du Finistère


                      Le vitrail de la Résurrection

     de l' église Notre-Dame de Confort à Confort-Meilars.

 

  C'est une baie de deux lancettes, où ont été rassemblés des panneaux anciens (XVIème siècle) au sein d'une verrerie colorée contemporaine. Nous l'examinerons selon le sens conventionnel de lecture d'un vitrail de bas en haut et de gauche à droite :

1. Le vitrail dans son ensemble :

ressurection 5168c

ressurection 5136c

 

2. Deux personnages. 

ressurection 4885c

  

Qui sont-ils ? Les Pèlerins d'Emmaüs ? Des disciples assistant à la transfiguration? Ils paraissent assister à une scène admirable. Combien sont-ils? Deux, mais on compte cinq mains, une manche rouge, une bleue, deux vertes et un bras nu ( connaissez-vous lestagasode, ces paravents japonais intitulés "à qui sont ces manches" ?).

Même si tu prends un autre oreiller
Pour reposer ta tête
Garde-toi bien d'oublier
Le souvenir du clair de lune
Qui tombait sur cette manche trempée de nos larmes. (Teika)

  Sur le col des personnages je lis : EVPCM LOB / NDV MP / PNO /N avec les N rétrogrades qui ont le mérite de créer un point commun à tous les vitraux de l'église.

3. La Vierge.

ressurection 3454c


  Ce panneau est la continuité de celui du dessus. On y voit Marie couronnée par deux anges, alors qu'un phylactère se déroule sur lequel on lit CELI : LETARE : A.

   Ces sont les mots  d'une antienne mariale qui est souvent attribuée aux anges sur diverses sculptures, peintures, ou sur des cloches qui sont censées sonner à l'unisson des anges. Le chant est mentionné dans le Mystère de la Résurrection, Angers, 1456.

  Les paroles latines sont REGINA CELI LETARE ALLELUIA, et le cantique est le suivant :

            Regina caeli laetare Alleluia, 

            Quia quem meruisti portare alleluia,

             Resurrexit sicut dixit Alleluia    Et après l'Ascension : Jam ascendit sicut dixit

             Ora pro nobis deum Alleluia.

          V : Gaude et laetare, Virgo Maria Alleluia

          R : Quia surrexit Dominus vere Alleluia

   "Reine du ciel réjouissez-vous alleluia, car celui que vous avez mérité de porter dans votre sein est ressuscité comme il l'avait dit, Priez Dieu pour nous. Soyez dans la joie et l'allégresse Vierge Marie Alleluia, car le seigneur est vraiment ressuscité Alleluia."

      C'est l'un des quatre hymnes à Marie avec le Salve regina, l'Ave Maria et l'Alma Redemptoris Mater, et il témoigne de la joie glorieuse de la mère du Christ après la résurrection de son Fils : il a donc toute sa place dans ce vitrail intitulé LA RESURRECTION DE NO (avec toujours le N rétrogrades), que l'on peut lire comme La Résurrection de Notre Seigneur).  Cette antienne est chantée du matin de Pâques jusqu'au dimanche de la Trinité.

 

4. Le Christ ressuscité.

ressurection 4887c

Le Christ sort du tombeau, vêtu du manteau rouge du supplice, et marqué des cinq stigmates de sa Passion. Sa main droite, qui porte une bague comme un évêque, fait le geste de bénédiction, tandis que de la main gauche, il tient ce qui était l'instrument de sa crucifixion et qui est désormais l'étendard derrière lequel ses disciples marcheront. Chez Pierro della Francesca, ( La Resurrezione, Sansepolcro, 1463), le Christ tient une bannière blanche ornée d'une croix rouge, et les quatre soldats sont endormis. Ici, trois des gardes sommeillent, mais un quatrième a été réveillé et détourne le regard , ébloui et terrorisé.

  Dans le retable de la Passion de Caspar Isenmann (v.1465), le geste de bénédiction et la croix sont identiques à ceux de ce vitrail.

   Dans le Finistère, à La Roche-Maurice, le vitrail attribué à Le Sodec montre un Christ très proche de celui-ci par la date :

 

       La Roche-Maurice, Vitrail de la Passion, 1539

 vitraux-3693.jpg

5. Le soufflet : ange servant des fruits.

Un ange couronné sert sur une table une coupe de fruit et verse à boire.

  

ressurection 3340c

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Published by jean-yves cordier
13 novembre 2011 7 13 /11 /novembre /2011 18:02

Petite épigraphie des églises et chapelles du Finistère :

      Les vitraux latéraux de l'église Notre-Dame de Confort                          à Confort-Meilars :

 

 

  Outre la vitre-maîtresse de l'église consacrée à l'Arbre de Jessé, Notre-Dame de Confort est dotée de deux vitraux du XVIème siècle situés à gauche de la nef. L'un, dit de la Résurrection, est incomplet et n'offre que 3 panneaux parmi des ensembles de verres colorés contemporains, l'autre est plus homogène et se consacre à des scènes de la Sainte Famille.

    I LE VITRAIL DES SCÉNES DE LA SAINTE FAMILLE.

 

 

DSCN1377

  Daté des années 1540 par l'inventaire régional, et de 1554 par une inscription, il se compose de deux registres, le registre inférieur représentant Jésus parmi les docteurs, et le registre supérieur consacré à la Sainte Famille dans l'atelier de Nazareth. L'ensemble est surmonté d'un soufflet de trois panneaux.


1°) Registre inférieur : Jésus parmi les docteurs.

 

vie-de-jesus 4894

 

  C'est la représentation du passage de l' Évangile de Luc, 2 :

  Luc, 2, 41-50 :

   "Ses parents se rendaient chaque année à Jérusalem pour la fête de la Paque. Et lorsqu'il eut douze ans, ils y montèrent, comme c'était la coutume pour la fête. Une fois les jours écoulés, alors qu'ils s'en retournaient, l'enfant Jésus resta à Jérusalem à l'insu de ses parents. Le croyant dans la caravane, ils firent une journée de chemin, puis ils se mirent à le rechercher parmi les parents et connaissances. Ne l'ayant pas trouvé, ils revinrent, toujours à sa recherche, à Jérusalem.

  Et il advint, au bout de trois jours, qu'ils le trouvèrent dans le Temple, assis au milieu des docteurs, les écoutant et les interrogeant. Et tout ceux qui l'entendaient étaient stupéfaits de son intelligence et de ses réponses. A sa vue, ils furent saisis d'émotion, et sa mère lui dit : "Mon enfant, pourquoi nous as-tu fait cela ? Vois ! ton père et moi, nous te cherchons, angoissés." Et il leur dit : Pourquoi donc me cherchiez-vous ? Ne saviez-vous pas que je dois être dans la maison de mon père ?" Mais eux ne comprirent pas ce qu'il venait de leur dire."

 

  Cette scène est un thème iconographique fréquent, permettant de traiter du thème de la précocité du Fils de Dieu, d'opposer les valeurs à leur contraire (Vieillesse/jeunesse, érudition ancienne/ nouvelle science), d'illustrer la révolution et la contestation dans l'interprétation des textes qui s'annonce entre les Pharisiens et Jésus, mais aussi de montrer la première manifestation de la vie publique de Jésus et le désarroi de ses parents ou l'angoisse de Marie qui présent les dangers auxquels son fils s'expose, et qui présent le sacrifice final.

  Il a été magnifiquement traité par Albert Dürer en 1506 (Madrid):


   Cdurer-Jesus-et-les-docteurs.jpg

Mais beaucoup d'autres artistes l'on traités, comme Giotto, Simon Bening, G. Pretti, Rembrand, Véronèse... De même, on le retrouve dans les vitraux de la Collégiale Sainte Waudru de Mons (XVIè), de l'église Saint Grevais de Paris (1607), de la cathédrale Saint Etinne de Chalons en Champagne, de l'église Saint Denis de l'Estrée à Saint Denis, de la cathédrale Notre-Dame de Laons, de l'église Saint-Pierre de Dreux ou de l'église adventice de Neuilly-sur-Seine.

 a) les panneaux inférieurs :

vie-de-jesus 4755c

 

  Ces deux  panneaux nous montrent un titulus portant la date 1554, et un autre avec l'inscription IHANFIOC FABRIQUE qui est compris par Barrié et Quillivic comme JEAN FLOCH, FABRIQUE. On note le N rétrograde qui montre une unité avec le vitrail axial de l'Arbre de Jessé., et la forme du H que l'on retrouve également sur celui-ci.

  Je note deux détails :

 -la bourse verte à franges contenant un objet dont le manche a la forme d'une croix ; faut-il y voir une allusion au destin de Jésus qui se prépare ?

 - les trois livres à fermoirs dont deux sont à terre, alors que dans la partie supèrieure aucun livre ne sera visible. L'un des aspects en jeu dans le thème de Jésus parmi les docteurs est d'opposer l'oralité au savoir livresque, d'annoncer le recours évangélique, aux exemples vécus ou aux paraboles opposé à la littéralité de la Loi.

  On connaît les travaux de Marcel Jousse, ce jésuite anthropologue élève de Marcel Mauss qui s'est consacré à l'anthropologie du geste et à l'oralité dans la vie courante, et dans la tradition biblique : il semble, lorsqu'on découvre ses travaux, que Jésus parmi les docteurs est une illustration parfaite de sa pensée. Rappelons que pour Jousse, notre mémoire est d' abord une mémoire corporelle , gestuelle et rythmique issue du mimétisme humain et de la "manducation de la parole", rappelons aussi qu'il a montré que la tradition orale du texte biblique, mémorisé en récitatifs rythmiques parallèles, précède le recueil écrit de cette tradition, et que s'il a pu appliquer ces arguments au texte évangélique énoncé oralement en araméen selon le "formulisme araméen" et mémorisé selon la technique du collier de perle, chaque unité de texte étant considérée comme une perle et mémorisée indépendamment avant d'être enfilé dans le collier du récit [la perle "en vérité en vérité je vous le dis" par exemple est enfilée régulièrement], il l'a appliqué également aux textes bibliques dans son article Les rabbis d'Israël, les récitatifs rythmiques parallèles, genre de la maxime, 1930.

 Quelques titres de Marcel Jousse illustrent sa réflexion:

Les formules targoumiques du Pater dans le milieu ethnique palestinien.

La manducation de la leçon dans le milieu ethnique palestinien.

Le formulisme araméen des récits évangéliques.

Mimétisme humain et style manuel,

et les travaux de Pierre Perrier et de Gabrielle Baron.

   Je serais plus concis sur ce sujet si l'image du vitrail ne devenait pas, à la lumière de ces travaux, singulièrement plus forte, illustrant comment, réveillés, rendus à leur tradition orale originelle par le talent d'orateur de Jésus, les Rabbis délaissent les livres,  se lèvent, s'animent, répondent par mimétisme aux gestes de l'enfant de 12 ans (dont la mémoire rythmique et corporelle est toute fraîche), retrouvent les balancements du corps qui doit traditionnellement accompagner la lecture,  se passionnent d'être ainsi rendus à la sève vive de leurs psaumes, de leurs cantiques, des versets connus "par coeur".

  De même, l'importance si particulière donnée, par tous les artistes qui traitent ce thème, aux mains et plus exactement aux jeux des doigts est d'habitude interprétèe à la lumière de la tradition médièvale de compter ainsi les arguments. C'est le comput digital de la mémorisation d'abord, puis de l'énumération ensuite des parties du discours que Béde le Vénérable  avait prônée dans son De loquela per gestum digitorum. Un Ars memoriae. Mais le discours scholastique des "sorbonnards", des Docteurs [ dont Rabelais se moquera dans son Pantagruel en faisant livrer à Pantagruel une dispute "par signes seulement, sans parler"] traduit mal la belle vivacité échauffée de la discussion à laquelle nous assistons, alors que notre plaisir devient plus vif si nous imaginons ces dignes docteurs de la Loi qui se mettent à parler avec leurs mains par mimétisme impérieux.

  Cette interprétation explique que cette image est dénuée de toute caricature et de tout manichéisme : ce n'est pas l'opposition paulinienne de la Loi et de la grâce, de l'Ancien Testament et du Nouveau, mais les retrouvailles, par les vieux rabbis, de l'ancrage corporel, rythmique et oral de leurs connaissances.

  Seul un des docteurs n'a pas été pris par la danse des gestes, ets resté assis et s'obstine à trouver un verset approprié.

  On peut noter que le verset 2,51 de l'évangile de Luc qui conclut la citation que j'ai donné, "Il redescendit alors avec eux et revint à Nazareth;et il leur était soumis. Et sa mère gardait fidèlement toutes ces choses dans son coeur" (Bible de Jérusalem) est parfois traduit : "et sa mère conservait toutes ces paroles dans son coeur", ce qui correspond exactement à la mémorisation par manducation et inscription rythmo-mélodique corporelle et affective dont parle Marcel Jousse.


b) les panneaux supérieurs :

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  On y voit Marie et Joseph à droite, saisis par la stupeur de retrouver leur fils en pleine discussion avec les docteurs. Trois de ceux-ci sont debout, l'un est assis et consulte les textes. Un autre se dissimule derrière la cathèdre pour profiter de l'enseignement. Le jeu des mains symbolise l'animation des discussions et la primauté de Jésus et rappelle, en plus serein, l'entrelacs des mains du tableau de Dürer. Les visages sont dignes, sans aucune caricature.

  Trois inscriptions sont visibles. La plus distincte se trouve sur le galon du manteau rouge et vert, on y lit : MODICUM RE(I). La seconde est inscrite autour du col du Christ, où on lit :NOVI R/IO 

  Les deux personnage se faisant face, il est tentant de lire ces inscriptions comme  les deux termes de leur dialogue ; mais la traduction ne peut être qu' imprécise.

  Le mot latin modicum signifie " médiocre, ordinaire, raisonnable, modique", et on le trouve dans l'Ancien Testament dans Aggée, 2,7 dans l'expression adhuc unum modicum, "encore un peu de temps (et j'ébranlerai le ciel et la terre)", parole de l'Éternel. On le trouve aussi dans le Nouveau Testament en Jean 16, 16 rapportant une parole du Christ à ses disciples :modicum, et jam non videbitis me ; et iterum modicum, et videbitis me : Encore un peu de temps, et vous ne me verrez plus ; et encore un peu de temps, et vous me verrez", leur annonçant ainsi sa mort et sa résurrection.

  Les lettres REI peuvent , difficilement, être lues comme le pluriel de reus ( celui qui est partie prenante dans un procès ; prévenu, accusé) ou comme le pluriel de res (13 sens différents dont Les affaires, les débats, les exploits ; le pouvoir, etc...) 

  On peut supputer sur Modicum rei en proposant d'y lire le discours intérieur de l'érudit : dans peu de temps, celui-là va prendre le pouvoir... ou bientôt, nous lui ferons un procès, et il sera amené devant le Sanhédrin. Mais je ne détecte aucune trace d'animosité sur les visages, et cela ne correspond pas à ce que je viens d'écrire sur la joie corporelle et juvénile qui s'empare des docteurs.

  Du coté du Christ, Novi est le pluriel de Novum et signifie "choses nouvelles, nouveautés", ce qui se comprend très bien, Jésus étant en train de surprendre les docteurs de la loi en en renouvelant l' exégèse ; Novi peut aussi être compris en relation avec le Nouveau Testament, ou la Nouvelle religion. Mais que faire des lettres qui suivent, que je voudrais bien pouvoir lire Rei (Novi rei,des choses nouvelles) mais qui s'obstinent à se lire R/IO ?

  MODICUM et NOVI se répondent : "Encore un peu de temps" et des "choses nouvelles" vont survenir. Cette scène de Jésus parmi les docteurs est prophétique de ce qui va arriver dans la vie de Jésus et dans le cours de l'humanité. Il y aura un Avant et un Après Jésus-Christ.

  La troisième inscription se trouve sur la kippa  du rabbin que nous voyons de profil : il y est écrit : IPVLORM. Va-t-on découvrir la signature d'un Vincent de Lorme ? J'ai déjà poussé trop loin l'extravagance.


 

2°) registre supérieur : la Sainte-Famille dans l'atelier à Nazareth :

 

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  C'est une scène d'intimité à l'intérieur de la maison de Marie et Joseph à Nazareth : Marie est absorbée dans la reprise des chausses de son charpentier de mari pendant que le petit Jésus joue avec la corbeille et les affaires de couture, alors qu'à gauche Joseph, dans son atelier , taille à la hache un madrier. L'outil est plus vraisemblablement une herminette, mais son fer n'apparaît pas clairement perpendiculaire au manche comme il le devrait.Deux anges se disputent les chutes de bois de la corbeille.

a) les panneaux inférieurs : Papa pique et Maman coud:

 

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Parmi les objets, on note du coté de Marie la corbeille de couture et la boite à bijoux ou à boutons, toutes les deux en osier, tandis que du coté de Joseph se trouvent un compas et une règle ou Té.

  On lit sur le galon de la tunique de Joseph son nom, et d'autres lettres : IOSEF / MAR..

Le S est inversé.

   Au coin inférieur gauche, un masque de grotesque et l'inscription du christogramme IHS avec un tilde sur le H pour l'omission des lettres du nom de Jésus en grec IHΣOYΣ .

b) les panneaux supérieurs :

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  On s'amuse de découvrir des petits anges bien curieux qui se sont installés, deux chez le papa et deux chez la maman, tandis que deux autres, en cuirasse d'opérette, jouent du tambour et soufflent dans un fifre .

 

3°) Le soufflet .

 A droite, un ange joue de la lyre dans les nues.

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A gauche, un autre lui tourne le dos et  forme le duo.

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  Au sommet, dans un quadrilobe,une très belle composition de Jésus enfant, faisant ses devoirs sur une table de marqueterie ( son beau-père n'est pas charpentier pour rien). Les couleurs sont superbes, notamment le jaune d'argent des cheveux, de l'auréole et du bois des meubles.

vie-de-jesus 3425

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Published by jean-yves cordier
13 novembre 2011 7 13 /11 /novembre /2011 16:21

     

                 Petite épigraphie des églises et chapelles du Finistère:

     Les vitraux de l'église Notre-Dame du Confort à Confort-Meilars :

 


         La maîtresse-vitre : l'Arbre de Jessé,

          et ses inscriptions (N rétrogrades).

 

    I. Présentation.

  La commune de Confort-Meilars se situe en Cap Sizun dans le canton de Pont-Croix. Jusqu'en 2001, elle se nommait Meilars ou Meilars-Confort, mais le bourg de Meilars et son église dédiée à Saint Mélar a une position moins avantageuse entre Confort et Mahalon que Confort, placé sur la départementale qui relie Quimper et Douarnenez à Pont-Croix, et les Confortistes, après avoir obtenu que leur église devienne l'église paroissiale en 1910, ont obtenu que le nom de leur village prenne la première place dans le nom de la commune ; les habitants en sont néanmoins nommés les meilaristes.

  Le nom de Confort m'a intrigué, évoquant un magasin d'électroménager ou d'aménagement, d'autant que l'église était dédiée à Notre-Dame de Confort, une notion peu religieuse jusqu'à ce que je comprenne et que j'apprenne qu'il s'agissait de Notre-Dame du Réconfort, valeur bien mariale, très évangélique et  autrement recommandable à la dévotion.

  J'ai eu un coup de coeur pour cette église construite sous François Ier en 1528 par Alain de Rosmadec et riche d'un Calvaire aux 13 apôtres. Treize ? Cherchez l'erreur ! C'est que, si Saint Matthias a remplacé l'indigne Judas, on a adjoint Saint Paul aux douze disciples.

   J'aime aussi découvrir, au dessus du porche ouest, le témoignage de la participation des armateurs à la rénovation de l'église au XVII et XVIIIème siècle : c'est que le Pont-Croix, sur l'estuaire du Goyen, était une ville importante, aux foires réputèes, important le sel et le vin et exportant les richesses agricoles. Aussi la vocation maritime de la région se révèle par les poissons et les nefs sculptées .

inscription 4944c

 

 On remarque une "caravelle" au mouillage par la proue, et une autre mouillée par la poupe ; des "poissons" qui s'apparentent plutôt à des cachalots (à gauche), ou à des dauphins (à droite) dotès d'un bel aileron ; d'autres poissons reliés à un navire par une ligne de pêche, ou évoluant en bancs ; et enfin deux inscriptions en belles lettres gothiques, mais que je n'ai su décrypter. La plus haute débute par L'an mil.... et cela se poursuivrait par MILVCXXIII, 1528, l'année de construction admise pour l'église.

  On retrouve cette date dans l'inscription EN L'AN MILVCXXVII LE SECOND DIMANCHE D'AUST sur le mur nord du chevet, tenue par un ange : heureux les observateurs qui purent la lire !

inscription 4958

  On trouve encore à la première fenêtre de la facade nord 1651 M.A BRONELOC RECTEUR JEAN DONAR F., et sur le linteau médian de la chambre des cloches M(ess)IRE IOSEPH LE DOVRGVI Rr 1736  :


 inscription 3384c

  On signale encore H. LASTEN/NET 1707, non vu.

 

inscription 3377

 

  Sur le fleuron du gable, SaintMichel terrassant le dragon :

inscription 4727

  Surtout, cette église possède deux trésors : sa roue à carillons, et ses vitraux. En prime, on trouve de superbes sablières.

  La maîtresse-vitre représente un Arbre de Jessé daté de 1550 ; un autre vitrail est consacré à la Vie de Jésus (avec une date :1554), et un troisiéme présente deux panneaux d'une Résurrection incomplète.

 

   II. Le vitrail de l'Arbre de Jessé.

   A. Le thème de l'arbre de Jessé.

  Je redonne ici, pour la commodité du lecteur, ce que j'ai déjà exposé dans mon article sur l'arbre de Jessé de Kerfeunteun à Quimper, avec lequel ce vitrail vient en comparaison : Le vitrail de l'Arbre de Jessé de l'église de la Sainte-Trinité à Kerfeunteun :

voir aussi : L'arbre de Jessé de l'église Notre-Dame de Saint-Thégonnec.

             Ce thème iconographique de l'Occident chrétien médiéval se développe au XIe siècle ( il est habituel d'y voir l'influence de Suger) en la cathédrale Saint-Denis où un premier vitrail de 1144 sert de modèle à celui de la cathédrale de Chartres en 1145-1150. Le thème de l'arbre de Jessé devient populaire et se répand au XIIe siècle dans les verrières, les Bibles et Pasutiers ou en sculpture, et ne déclinera qu'au XVIe siècle après la Contre-Réforme.

      Ce qui est l'ancêtre des arbres généalogiques est né de l'application d'une formule de l' Ancien Testament dans la bouche du prophète Esaîe (ou Isaïe) à la généalogie de Jésus dans les Évangiles. La phrase d'Esaïe est celle-ci (en latin puisque c'est ainsi qu'on l'a trouve inscrite sur les vitraux): Esaïe, 11, 1-2 et 11, 10.

      Egredietur virga de radice Jesse et flos de radice ejus ascendet.

     " Un rejeton sortira de la bouche de Jessé, un surgeon sortira  de ses racines.Sur lui reposera l'esprit de Yahvé, esprit de sagesse et d'intelligence, esprit de conseil et de force, esprit de connaissance et de crainte de Yahvé"

       " Ce jour-là, la racine de Jessé, qui se dresse comme un signal pour les peuples sera recherchée par  les nations et sa demeure sera glorieuse " (Bible de Jérusalem).

le texte latin de la Septante parle d'un Isaï, mais comme on peut confondre cet Isaï, le père de David, un berger ou éleveur ovin de Béthléem, avec le prophète Isaïe, le nom de Jessé, traduction grecque d'Isaï, a été préféré pour le désigner.

 Au IIè siècle Tertullien donna l'interprétation théologique suivante : "la branche qui sort de la racine, c'est Marie, qui descend de David. La fleur qui naît de la tige, c'est le fils de Marie."

  Dans les Évangiles, deux textes  proposent une généalogie de Jésus et détaillent par quelle filiation il est "fils de David, fils d'Abraham" : Matthieu I, 1-17 (soit l'incipit de l'Évangile de Matthieu), d'Abraham à Joseph, l'époux de Marie ; et Luc, III, 23-28, d'Adam à Joachim, père de Marie. Les généalogies sont donc  différentes et divergent à partir de David, Matthieu optant pour la descendance de l'un des fils de David, le roi Salomon alors que Luc choisit la descendance de Nathan, autre fils de David. 

  Matthieu faisant passer sa filiation par Joseph, cela posait un problème ardu aux théologiens, non pas parce que Joseph "ne connût point Marie", car le lien agnatique attribue la filiation à un enfant adoptè, mais parce que cela donnait un rôle éffacé à Marie, censée être "la fleur qui naît de la tige". Au Moyen-Age, le culte de Joseph est quasi inexistant, on ne rencontre ni toponyme, ni chapelle qui lui soient dédiès, pas d'avantage de représentations artistiques en dehors des Nativités qui n'apparaîssent qu'au XIIIe siècle, il n'a pas de culte officiel avant le XVe siècle, est absent des prédications, et survit dans l'ombre de Marie jusqu'à ce que Gerson puis les franciscains lui donnent une place à part entière. Rien à voir avec le Saint Joseph chef de la Sainte Famille qui a été si honoré au XIXe et au XXe siècle, où tant de garçons ont été prénommés de son nom, et tant de filles baptisées Marie-Joseph ou  Joséphine, et sa fête le 19 janvier n'a été instituée qu'en 1480, pour ne devenir fête de précepte qu'en 1621. Absent ou transparent au Moyen-Age, il acquiert une place ambigüe à la fin de cette période, celle d'un vieillard saturnien, d'un travailleur manuel rustre, un béjaune qu'on affuble de la couleur jaune ou de rayures (Michel Pastoureau) pour monter en dérision sa place de dindon de la fable, voire de mari trompé.(Paul Paysan, l'image ambigüe de Saint Joseph à la fin du Moyen-Age, Médiévales, 2000, volume 19 n° 39: 96-111)

                     Feste n'a en ce monde-cy

                     Mais de lui

                     va le cri :

                     c'est Joseph le rassoté. (Eustache Deschamps (1346-1406) Oeuvres complètes) 

   

   Pourtant, c'est  la généalogie de Matthieu que les artistes médiévaux préférèrent, et chacun accepta de ne pas voir Joseph, mais Marie se placer au sommet d'une généalogie issue de Jessé par Salomon. C'est donc celle que je vais développer . Elle s'étend sur quatorze générations d'Abraham à David, puis quatorze générations de David à la déportation à Babylone, jusqu'à Jéchonias, et sur quatorze autres générations encore de Jéchonias et ses frères jusqu'à Jacob, puis Joseph. Bien-sûr, les miniaturistes et les verriers ne représentèrent pas les quarante-deux aieuls du Christ, et choisirent parmi les rois de Juda en un florilège variable selon chacun.

Matthieu I, 1 : Généalogie de Jésus-Christ, fils de David, fils d'Abraham :

  I, 2 : Abraham engendra Isaac ;Isaac engendra Jacob ; Jacob engendra Juda et ses frères.

  I, 6 : ...Isaï engendra David ; David engendra Salomon de la femme d'Urie.

  I, 7 : Salomon engendra Roboam ; Roboam engendra Abia ; Abia engendra Asa.

  I, 8 : Asa engendra Josaphat ; Josaphat engendra Joram ; Joram engendra Jozias.

  I, 9 : Ozias engendra Joatham ; Joatham engendra Achaz : Achaz engendra Ezèchias.

  I, 10 : Ezéchias engendra Manassé ; Manassé engendra Amon ; Amon engendra Josias

  I, 11 : Josias engendra Jéchonias et ses frères, au temps de la déportation à Babylone.

  I, 12 : Après la déportation à Babylone, Jéchonias engendra Salathiel. Salathiel engendra Zorobabel.

[...]

  I, 15 : Eliud engendra Eléazar ; Eléazar engendra Matthan ; Matthan engendra Jacob.

  I, 16 : Jacob engendra Joseph, l'époux de Marie, de laquelle est né Jésus, qui est appelé Christ.

  I, 16 : Il y a donc en tout quatorze générations depuis Abraham jusqu'à David, quatorze générations depuis david jusqu'à la déportation à Babylone, et quatorze générations de la déportation à Babylone jusqu'au Christ.

  L'idée forte est d'associer les deux textes pour créer une métaphore, celle de l'arbre qui croît verticalement et dont chaque rameau donne, comme un fruit, un ancêtre, mélant une représentation originale du temps orienté vers le haut et animé d'une croissance et d'un projet à celle de la transmission générationnelle. Cet arbre généalogique qui nous est si familier et cette conception linéaire et orientée du temps n'a rien d'évident en soi mais construit un de ces paradigmes sur lesquels sont bâtis notre pensée occidentale. En même temps, elle rassemble en une seule image une synthése de la théologie chrétienne, du projet de Dieu dans la continuité/rupture entre Ancien et Nouveau Testament, et de la réalisation des prophéties bibliques dans la personne du Christ rédempteur par sa mort sur la Croix.

  La même idée est développée sous une forme iconographique proche dans la Légende de la Vraie Croix, telle qu'elle est représentée par exemple par Pierro della Francesca à Arezzo vers 1450.  Dans le Paradis poussait l'Arbre de Vie ; lorsque Adam et Éve en furent chassés, et lorsqu' Adam mourût, l'archange Michel apporta une graine de cet Arbre  que Seth fils d'Adam plaça dans la bouche de son père, pour le racheter du péché originel. De la graine poussa un arbre, sur la tombe situé à Jérusalem. Salomon fait abattre l'arbre pour en faire une poutre pour le Temple, puis cette poutre est réutilisée pour bâtir un pont à Siloé, avant d'être enfouie en terre. C'est cette poutre qui est utilisée pour dresser la Croix du Christ, plantée sur le Golgotha (araméen gulgulta, le crâne) : sur  la tombe et le crâne d'Adam. Ainsi la mort de Jésus sur cette croix-arbre vient-elle racheter Adam et sa race du péché.

 

 

 

 B.Histoire de la maîtresse-vitre de Confort-Meilars :

  Ce vitrail a été commandé par les deux donateurs que l'on voit au registre inférieur, Alain de Rosmadec et Jeanne de Chastel qui sont aussi ceux qui ont fait bâtir l'église en 1528.

  Malgré sa proximité avec celui de Kerfeunteun à Quimper, cet Arbre de Jessé est bien différent par une composition en dix-huits panneaux clairement structurés, chacun présentant un personnage pour former un ensemble de cases bien lisibles. On découvre de bas en haut et de gauche à droite les  donateurs et Jessé, puis les douze Rois de Juda, pour culminer avec la Vierge, le Christ et Saint Jean. Les douze Rois sont : Ezechias, David, Joram, Salomon, Acham, Joatan, Roboam, Ozias, Assa, Josaphat, Abia et  Manassé.

   Ce vitrail est composé de trois lancettes  de six panneaux, que je désigne de gauche à droite par A, B, C, et de bas en haut de 1 à 4, et d'un tympan de trois éléments (et deux écoinçons). Les lancettes sont séparées par des meneaux en pierre.

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  Il a subi une restauration, jugée "absurde" par J.J. Grüber, en 1840 par le vitrier-peintre quimpérois  Cassaigne, qui en a détruit le bel ordonnancement, et c'est Jean-Pierre Le Bihan, restaurateur de vitraux à Quimper, qui a du lui rendre une cohèrence en 1995 : tous les détails peuvent se trouver ici : 

http://jeanpierrelebihan.over-blog.com/article-16659536.html

  J'en retiens que les panneaux A2 et A6 (Ezechias et la Vierge) sont l'oeuvre de l'atelier Le Bihan.

  Pendant la dernière guerre, comme beaucoup de vitraux des églises de France (mais, selon Jean Lafond, trop peu d'églises en Normandie), ces verrières ont été démontées et mises à l'abri en 1939 et replacées en 1951.

  Elles ont été examinées par Roger Barrié dans le cadre de sa thèse parue en 1978; le même auteur a procédé avec Claude Quillific à son évaluation pour l'inventaire général 1981. Dans le cadre de cet inventaire, une datation a été proposée : 1540 pour les verrières latérales, 1550 pour l'Arbre de Jessé. 

 Protection juridique : La verriére est classée au titre d'objet à la date du 10 11 1906

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C . Une particularité technique: l'utilisation de verres gravés.

 N.B : je n'ai aucune compètence dans les domaines que j'aborde en amateur et en esprit curieux : comme pour l'ensemble de mes articles, prenez tout avec circonspection.

  a) le verre rouge plaqué ; le vitrail gravé.

Un vitrail est fabriqué par l'ajustement de verres blancs ou colorés, épais de 1,5 à 5 mm qui sont ensuite peints à l'aide de "grisaille" avant d'être associés entre eux au moyen de baguettes de plomb. Les verres colorés sont, ici, de 8 teintes : bleu-clair, bleu foncé, violet, vert pâle, jaune, rose et rouge.

  Le verre, un mélange de sable et de potasse auquel on ajoute depuis le Xème siècle de la chaux, est coloré par l'adjonction à la pâte de verre d'oxydes métalliques : sels de cobalt du "bleu de Chartres"; oxyde de cuivre pour le vert, le jaune ; oxyde de manganèse pour le pourpre, avec des teintes différentes selon la concentration et la température de cuisson. On obtient ainsi des verres teintés dans la masse. Le verre rouge est obtenu avec le protoxyde cuivrique, mais avec une teinte si foncée qu'il faut utiliser des verres très fins pour que la couleur soit suffisament claire ; dés lors, ce verre est trop fragile, et on le plaque sur un verre transparent. En outre, ce verre rouge n'est pas coloré dans la masse. 

   Si l'artiste veut faire figurer des détails de couleur qu'il ne peut peindre en grisaille, il doit découper un verre coloré et le sertir de plombs, ce qui représente un gros travail ; impossible d'écrire des lettres, ou de décorer un vêtement avec des motifs réguliers de cette façon.

  Pour palier à cette difficulté, les verriers eurent l'idée de décaper par abrasion la couleur rouge des verres plaquées pour créer des motifs transparents ; le verre est gravé au tour (dit encore  "à l'archet"),comme on le faisait pour graver le cristal de Bohème avec une roue dentée et un mélange huile-eau-abrasif pour réaliser des motifs : lignes droites, pois, formes géomètriques.

  Si on en trouve les premiers exemples au début du XIVème, le verre rouge gravé ne devint répandu qu'à la fin du XVème siècle.

  b) la teinture au "jaune d'argent".

  Au XIVè siècle, avant la "découverte" du verre rouge gravé, est apparu une nouvelle façon de colorer un verre blanc sans devoir découper et sertir de plomb une nouvelle pièce : l'application sur la face externe de la vitre  d'un "cément" de sulfure (ou de chlorure ou de nitrate) d'argent, en quantité si minime qu'on le mélange à de l'ocre pour faciliter l'application au pinceau, ocre qu'on retire après cuisson. Les sels d'argent réagissent chimiquement avec les composants du verre et donnent des teintes jaunes, orangé ou ambre si facilement qu'à partir de là, tous les personnages eurent tendance à être blonds ! Engrand le Prince est connu comme l'un des plus talentueux utilisateurs de ce jaune d'argent.

  Cette teinture, appliqué sur le verre gravé, étend le registre de couleur des motifs gravés.

 c) L'article de Roger Barrié.

  En 1976, Roger Barrié (que nous retrouverons case C3) fait paraître Les verres gravés et l'art du vitrail au XVIè siècle en Bretagne Occidentale, in Annales de Bretagne et des Pays de l'Ouest, Tome 83, n°1, 35-44. Il y dresse la liste des verrières à verre gravé du Finistère, retrouvé en onze sites, dont l'église Notre-Dame de Confort à "Meilars". Étudiant les motifs gravés, il recense des liserés simples ou doubles, des pois, des fuseaux, des mouchetures, des carrés et des bonnets, et note à Confort l'emploi des mouchetures et les lignes. Il constate que le recours à la gravure survient lorsque le verrier veut souligner la "somptuosité" d'une scène : le thème des rois de Juda est l'occasion d'y recourir pour rendre compte du faste des costumes royaux.

  En conclusion, Roger Barrié écrit :" A partir de 1530-1540, les ateliers bretons ont usé avec succes de la gravure des verres doublés, surtout pour enrichir les effets colorés de leur production, bien qu'il faille reconnaître un certain épuisement à la fin du siècle" ..." la verrière de l'Arbre de Jessé à Confort fait sentir la limite du procédé[...] avec le risque de dètruire la signification même de l'objet ou du personnage dans un éclaboussement de vibrations colorées", et cela d'autant plus que les verres gravés ont mieux vieillis que les verres peints et gardent une netteté gênante.

d) ma visite à la recherche de ce rouge gravé :

   Il n'est pas nécessaire de rechercher longtemps ces verres rouges aux découpes rondes jaunes et blanches dont la régularité des bords signe le travail de gravure : je les retrouve sur 10 des 18 panneaux de la vitre maîtresse de Confort, sous le forme de mouchetures comme l'a vu R. Barié ( 5 panneaux) et  de liserés bordant les vêtements ( 7 exemples), mais aussi de pois (Joram, Manassé) et de fuseaux stylisant les "crevés" des costumes renaissance ( 4 exemples, David, Abia, Manassé et Josaphat), déployant donc toute la "grammaire" décrite par R. Barrié sur le Finistère. Ce sont tout-de-même les mouchetures qui prèdominent, utilisées pour le grand dais qui réunit les trois panneaux du registre inférieur, pour la robe de Jessé, les manches de la donatrice, le camail de Joram, ou le manteau d'Acham.

  L'utilisation de la gravure pour dessiner des croisillons d'ornementation de manche et surtout pour tracer des inscriptions (NOBI sur Josaphat, NOMINID sur Assa) est plus originale.

  Enfin de nombreuses zones gravées ont été laissées blanches ( ou bien, comme l'indique R. Barié, la teinture n'a pas prise), mais certaines (manche et coiffure d'Abia) sont traitées au sulfure d'argent.

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D. La peinture du verre : grisaille et sanguine.

a) la technique :

Lorsque le verre n'est pas gravé ou coloré au jaune d'argent il est peint sur la face interne avec la "grisaille", peinture vitrifiable faite d'un mélange d'oxyde de fer ou de cuivre comme pigment, et de poudre de verre comme fondant qui sera provisoirement associé à un liquide (vin, vinaigre, urine) et un liant (gomme arabique) pour faciliter l'application au pinceau. Après cuisson à 650°, on obtient un résultat résistant et durable.

  Les techniques médièvales du vitrail ont été remarquablement décrites par un moine du XIIème siècle, Théophile, dans son Schedula diversum artum. Il explique dans ses chapitres 19  et 20 que chaque trait doit être éxécuté en trois traits d'épaisseur et de valeurs différentes : prenons en exemple le sourcil, ou la lèvre, on effectuera un trait opaque principal avec la grisaille noire, le contour ; et deux traits avec un lavis plus ou moins foncé mais moins sombre que le trait de contour, pour les ombres et les demi-teintes, les modelés. C'est la technique des "trois couleurs pour les lumières du verre", complétée par des jeux de traits paralléles plus fins ou des hachures qui rendent le volume. Les contours sont tracés au pinceau aux poils longs et fins. Les modelés en lavis sont passés aux pinceaux aux poils courts et fournis nommés "putois" , voire en utilisant les poils de martre ou d'écureuil. 

    Au XV et XVIème siècle le travail des modelés évolue, et on passe un lavis uniforme qui, une fois égalisé en grandes plages au blaireau, va faire l'objet d'enlevage sur la grisaille juste sèche à l'aide de brosses dures en soies de porc, de pointes de métal, de bois ou de plume.

  Au XIVème siècle, on dispose de trois sortes de grisailles, noir, brun et sépia ; au XVème, en plus de grisailles rousses, rouges ou noires, des grisailles colorées sont disponibles, nommées "sanguines " et "couleur bois".

  Entre "grisaille" et "émail", les céments à base d'hématite (sanguine, du brun chaud au rouge vif) ou de peroxyde ou sulfate de fer ( jeancousin, du rosé au brun chaud) sont utilisés sous le nom de "carnation" pour réaliser les chairs des visages, le modelé d'une chevelure ou d'une barbe rousse, le volume des parties dénudées du corps, les mains.

b) l'application au vitrail de Confort-Meilars :

  Le seul but de ces notes de mes lectures est d'étudier à leur lumière les visages des rois de Juda (et des prophètes) de l'Arbre de Jessé : d'y apprécier le travail de grisaille, la technique des trois traits de Théophile, les contours et les modelés, l'enlevage et l'utilisation des carnations:

L'un des plus beaux visages, et l'une des barbes les plus rousses : celui de Salomon :

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  Superbe aussi : Assa :

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Isaïe, la goutte au nez :

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Jérémie :

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Joram :

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Manessé :

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Joatan:

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Josaphat :

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Acham :

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David :

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  Al'origine de tous : Jessé :

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E. Les lettres rétrogrades ou inversées.

a) Sur les phylactères:

Douze noms de rois, et deux citations de la Bible sont visibles sur des rouleaux. L'un d'entre eux, Ezechias, est contemporain et sort de mon étude. Parmi les autres, toutes les lettres N et une partie des lettres S sont écrites "à l'envers" ou, plus justement, de façon rétrograde : soit trois N (Manassés, Joatan, Salomon) et 7 S ( Manassés, Assa, et Jessé dans la citation d'Isaïe).

   Le titulus de la croix du Christ porte INRI sans inversion du N, mais l'inscription semble récente.

b) sur les vêtements :

Parmi les lettres inscrites sur les vêtements, tous les N (au nombre de 28) sont rétrogrades. Des V sont inscrits pointe vers le haut. 


F. Étude panneau par panneau :

Registre inférieur : cinq personnages sont placés sur une même scène, sous une grande tente ou un dais dont les deux prophètes Jérémie et Isaïe tiennent les coins, découvrant ainsi Jessé endormi. Ce dais rouge aux mouchetures blanches et doublé de satin bleu réunit les trois panneaux.

 1°) Case A1: Alain de Rosmadec présenté par Jérémie.


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   Le donateur, qu'on imagine agenouillé puisqu' on ne voit que la partie supérieure (existait-il un panneau inférieur ?), les mains jointes, est Alain II de Rosmadec (18 août 1508-30 janvier 1560), d'une famille originaire de Telgruc, en presqu'île de Crozon avant d'obtenir la prééminence sur Pont-Croix, et que les guerziou (chansons populaires bretonnes) ont fait rentrer dans la mythologie bretonne en les présentant comme descendant des anciens rois de Bretagne; une des familles les plus illustres de la région par les fonctions occupèes par ses membres et par leurs constructions à Quimper, Pont-Croix, Landudec et Confort, ou par ses alliances avec les grandes familles:

  "Alain, sire de Rosmadec, II du nom, de Tyvarlan, de Pont-Coix, baron de Molac, de La Chapelle, et de Sérent, vicomte de Bignan, maréchal de camp aux armées du roi en Bretagne, capitaine d'une compagnie de gens d'armes, de la noblesse et de la côtes de Basse-Bretagne. 

    Étant demeuré mineur à la mort de son père, sa mère lui servit de tutrice.

    L'an 1528, il épousa Jeanne du Chastel, fille aînée de feu Tanguy, sire du Chastel, de Poulmic, de Leslein, de Kersalio, et de Marie dame du Juch, du Mur, de Coëtivy, et de Kersimon, laquelle dame eut pour partage la terre et châtellenie de Kerlourenan, maison qui à eu ses seigneurs particuliers et chevaliers anciens. 

    L'an 1532, il assista parmi les barons aux États tenu en la ville de Vannes, où le duché de Bretagne fut uni à la couronne de France à la requête des États de ladite province, et ensuite il se trouva à Rennes, à l'entrée de François dauphin, et y porta le second bâton de poile, ainsi qu'il lui appartenait le droit héréditaire, comme seigneur de Molac. 

    L'an 1539, en la réformation de la coutume de Bretagne, il fut le premier député en l'ordre de la noblesse de la part des États, pour l'assemblée avec des commissaires du roi. 

    Il rendit son aveu au roi, qui se trouve en la chambre de comtes en date du 4 avril 1541. Il exerça l'Office de Maréchal de Camp en l'armée du roi en Bretagne, commandée par Monsieur le duc d'Étampes, gouverneur dudit pays l'an 1543. 

    Dame Jeanne de La Chapelle était décédée l'an 1544, Henry fils aîné du roi dauphin de Viennois, et duc de Bretagne, lui fit don de rachat en considération de ses services, par lettres données au Camp de Viennes le 10 octobre audit an.     

    Il mourut le 30 janvier l'an 1560 et fut déposé dans le tombeau des seigneur de Molac, en la chapelle de Notre-Dame de Lermain en la paroisse de Molac."

    Il eut 6 enfants :

-Tanguy de Rosmadec, dont le fils Sébastien II de Rosmadec ( 1566-1613) reçut le titre de marquis, et fit bâtir le fameux marquisat de Pont-Croix, l'actuel musée du patrimoine

- Marc,

- Claude,

-Marie,

- Louise,

- Jeanne.

  Signalons deux évèques, Bertrand de Rosmadec (1417-1455)  évêque de Quimper et batisseur de la cathédrale (c'est un demi-fère de Jean Ier, ancêtre de notre Alain II ) et Sébastien de Rosmadec, évêque de Vannes de 1624 à 1646, issu d'un Jean de Rosmadec seigneur de Plessis-Josso.

 

   Les armoiries portées par Alain de Rosmadec :

Le donateur est vêtu comme un gentilhomme de la Renaissance : en 1528 (le mariage avec Jeanne du Chastel a lieu le 8 mai 1528, et la chapelle dédicacée en août 1528), sous François Ier, 3 ans après le désastre de Pavie et la captivité du roi en Espagne, la mode est au port de la barbe, aux cols qui commencent à présenter à la place du décolleté de François Ier en 1525 une fraise dont les godrons restent encore discrets, un pourpoint court, et les crevés viennent fendre les belles étoffes, les brocarts, les velours et les soies pour faire apparaître la lingerie sous-jacente. Ce sont les Rois qui, comme des Rois de carte à jouer, vont nous présenter la mode renaissance.

  Alain porte un corselet de cuirasse et des pieces d'armure protégeant les avant-bras, mais cette tenue militaire est recouverte d'une tunique légère (en soie ?) dont les couleurs ne sont autres que celles de son blason : étudions-les.

  Les Rosmadec "portent palé d'argent et d'azur de six pièces", c'est à dire que leur blason est fait de trois bandes verticales blanches (argent) alternant avec trois bandes bleues (azur). Leur devise est : "BON ESPOIR".

  Alain porte ces armoiries, mais elles sont associèes à un lion blanc  dressé sur ses pattes sur fond bleu : traduit en terme d'heraldique, il porte "d'azur au lion d'argent rampant". La langue est de la même couleur que le corps, il n'est donc pas "lampassé". 

  Le sire de Juch porte d'azur au lion d'argent, lampassé et armé de gueules (aux griffes rouges), ce ne sont donc pas ses armes, bien que Jeanne du Chastel soit de cette Maison.

  En 1406,ces armes avaient été partagées après un accord entre le sire du Juch et Jean de Rosmadec qui dut se contenter en signe de juveigneurie du Juch de porter "d'azur au lion d'argent morné", c'est-à-dire dépourvu de griffes, de langue et parfois de queue. Le juveigneur est, dans la noblesse bretonne, un cadet sans distinction d'ordre de naissance ; les armes plaines sont réservées au chef de famille, et les armes brisées (incomplètes), au cadet.

  Ce sont ces armes, devenues celles de Pont-Croix qui apparaissent dans le blason de Sébastien de Rosmadec :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:Blason_S%C3%A9bastien_de_Rosmadec.svg

  Mais ici, Alain de Rosmadec porte un lion qui n'est pas "morné" du tout, mais doté d'une belle langue et d'une belle queue.

  Comme il est sire de Pont-Croix, je penche pourtant pour y voir les armoiries correspondantes à son titre, au prix d'une erreur du dessinateur du carton du vitrail.

  C'est, avec son épouse, le commanditaire de ce vitrail, ce qui veut dire que c'est eux qui ont choisi ce thème ; l'arbre de Jessé de l'église de la Sainte-Trinité à Kerfeunteun a été réalisé en 1525-1530, et Alain de Rosmadec et Jeanne de Chastel, mariés en 1528, ont fait construire l'église de Confort en la même année de 1528 : le théme choisi pour Kerfeunteun les a obligatoirement influencé.

  Le prophète Jérémie.

  C'est lui qui présente le donateur. Je ne sais sur quel critère on a trouvé son identité. Il lève la main vers le sommet du vitrail pour montrer que c'est le Christ qui réalise la prophètie.

  Inscriptions. 

  a) L'inscription principale est le phylactère où est écrit CREAVIT DEUS CELOM TERA

  Cela correspond à l'Incipit de la Vulgate, les premiers mots latins de la Bible qui débute par Genèse, 1, 1 : In principio creavit Deus caelum et terram, au commencement Dieu créa le ciel et la terre.

Pourquoi cette citation ? Sans-doute pour souligner que le Christ du registre supérieur vient accomplir non seulement la prophétie d'Isaïe présentée sur le phylactère de gauche, mais la totalité de l'Ancien Testament depuis le début des Temps.

  J'admire la calligraphie aux lettres capitales très variables de forme, de taille ou d'inclinaison mais qui réalisent un ensemble très équilibré et élegant.

b) On trouve aussi sur l'épaule et les manches de Jérémie les lettres suivantes : 

-MNOE avec N rétrograde

- VdICREN, avec d en onciale, N rétrograde. On voudrait y trouver un sens...Judiciem... cela ne donne rien.

- NoRI, avec un O en forme de 9, un N rétrograde. 

- M MNIB . NORI. N avec N rétrogrades. J'essaye Numinibus, pluriel datif de nomen, inis, la puissance agissante d'un dieu.


2°) Case B1 : Jessé.

 

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  Il s'est assoupi alors qu'il lisait une lecture pieuse à la rubrique D enluminée ; ou bien médite-t-il un passage de la Bible, du moins le Pentateuque. Il est déjà vieux, la barbe chenue, les mains ridées, mais ses traits sont sereins.

  Il me semble que ce qu'il porte autour du cou, avec des rayures noires et blanches  est un talith, un châle de prière muni de franges (tsitsits), vêtement rituel pour la prière juive du matin. Il vient peut-être de lire Nombres, 15, 37-41 : "Et l'Eternel dit à Moïse : parles aux enfant d'Israël et dis-leur qu'ils se fassent, de générations en générations, des tsitsits aux bords de leurs vêtements". Il pense à la transmission du culte générations après générations, et il se sent comme un vieux tronc d'olivier noueux et tors mais à la sève puissante, il sent ces générations futures monter de sa propre colonne et fructifier. Il est agé mais sa foi est forte, elle lui survivra.

  Derrière lui, effectivement, le tronc de l'Arbre de Jessé s'élève. Il peut sentir ses enfants, petist-enfants et arrière-petits enfants jouer dans les branches à chat-perché sur des générations et des générations. Il les voit ; ils ont des tsitsits aux quatre coins du vétement dont ils se couvrent. Pas de souci, il peut s'endormir.

Inscriptions :

-sur la manche : NOPV

- sur le drap vert du fond : AMN...HEd...IAR...ONC...MA...NO


3°) Case C1 : Jeanne de Chastel et Isaïe.

 

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Jeanne du Chastel est présentée par Isaïe. Le prophète tient le dais d'une main, tandis que l'autre désigne le ciel en un geste jumeau de celui de Jérémie. Mais quelque chose ne va pas, et une observation attentive constate que la main à l'index dressé est en supination excessive pour une main gauche dont le bras est croisé devant la poitrine ; et puis l'avant-bras est trop long. On pense à une inversion des morceaux d'un puzzle. Revenant à la case A1, je vois bien que la main gauche de Jérémie est en réalité une main droite (voir infra, case A3 la main gauche correcte de Salomon). Les auraient-on interverties ?

  Jeanne de Chastel  est issue de la branche ainée de la Maison du Chastel, famille appartenant à la haute noblesse bretonne et occupant le deuxième rang de la hiérarchie nobiliaire après les Rohan. Établie autour du chateau de Trémazan en Landunvez, elle voit se succéder Tanneguy du Chastel I , Tanguy ou Tanneguy III (1370-1458), Tanguy IV, Tanguy V (+ 29/05/1477), mais aussi Tanguy du Chastel (+1521) le père de Jeanne :

  -son père :Tanguy du Chastel Seigneur du Chastel et du Ploumic, Leslein et Kersalio  épousa en troisième noce le 23 juin 1501  Marie du Juch. Les armes de la Maison du Chastel sont "fascié d'or et de gueules de six pièces", soit un blason alternant trois bandes verticales jaunes et trois rouges. La devise est Marc car Doué ( s'il plaît à Dieu), ou Da vad teui (tu verras bien), ou Vaillance du Chastel.

- sa mère : Marie, dame et baronne du Juch (1533), dame du Coëtivy, du Forestic, du Mur, du Menault, du Leslein, de Kersimon. Les armes de la Maison du Juch sont, nous l'avons vu, "d'azur au lion d'argent et lampassé de gueules"; leur devise est: La Non-pareille.

- sa fratrie : de cette union nacquit Guillaume du Chastel, Jeanne, Olivier qui fut recteur d'Argol (+1550), Prégent, René et Jacques seigneur du Juch.

  Ce qui me surprend, c'est de ne trouver aucune trace des armoiries de la donatrice. Là encore, je me demande s'il ne manque pas un panneau inférieur, mais les six panneaux de la verrières admettent difficilement un septième étage.

  J'admire sa robe damassée, sa chemise blanche à col montant, ses bijoux (collier, broche, bagues à tous les doigts), ses manches réalisées avec ce verre rouge gravé de la robe de Jessé.


Inscriptions:

-sur le phylactère (la partie supérieure en case C2): EGREDIET VIRGAd ER (DICE) : IESSE / ISAIA : c'est la citation d'Isaïe, 11, 1 dans la traduction latine de la Bible ou Vulgate :

                             Et egredietur virga de radice

                             Et flos de radice ejus ascendet,

  Un rameau sortira de la bouche de Jessé, et un surgeon sortira de ses racines.

  On note le mélange de lettres capitales et d'onciales (e initial,d, g), l'inversion de deux S alors que celui d'ISAIA est conforme, l'équilibre de la calligraphie, et on observe que le phylactère est écrit à son endroit, et à son envers pour IESSE.

- sur les étoffes : néant


4°) Case A2 : Ezechias.


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    J'apprécie beaucoup le travail de rénovation de l'atelier Le Bihan, mais ce panneau ne suscite pas l'émotion que je ressens devant l'oeuvre originale et ses mystères. Pas d'inscription, j'en profite pour écouter la belle histoire de la guérison miraculeuse du roi Ézechias. (Isaïe, 38 : 2-22)

   Car Ézechias, treizième roi de Juda fut un bon souverain, qui fit plaisir à son Eternel en chassant les idolâtres. Mais un jour, il tomba gravement malade, et il se tourna vers le mur, il appela Yahvé pour lui rappeller combien il avait été un bon et pieux serviteur. Et il pleura, tant et si bien que Yahvé lui fit dire : "j'ai vu tes larmes. Je vais te guérir ; dans trois jours tu monteras au Temple de Yahvé. J'ajouterai quinze années de ta vie. Voilà que je vais faire reculer l'ombre des degrés que le soleil a descendu sur les degrés de la cvhambre haute d'Achaz dix degrés en arrière."  

  Vous ne me croirez pas si je vous dis ce qui est pourtant l'exacte vérité : c'est que le soleil recula de dix degrés, sur les degrés qu'il avait descendu.

  Yahvé qui ne leva pas le petit doigt pour son serviteur Job et qui le laissa sur son fumier à gémir de douleur, voilà ce qu'il donna à Ézechias : quinze années gratuites!

  Je ne le regrette pas, car cela nous a valu ce cantique d'Ézechias, qui est admirable de poèsie :

  Je disais : au midi de mes jours, je m'en vais

                  Aux portes du Shéol je serai gardé pour le reste de mes ans. 

Je disais : Je ne verrai pas Yahvé sur la terre des vivants

               Je n'aurai plus un regard pour personne parmi les habitants du monde.

Ma demeure est arrachée, jetée loin de moi, comme une tente de berger.

Comme un tisserand j'ai enroulé ma vie, il m'a séparé de ma chaîne.

Du point du jour jusqu'à la nuit tu m'as achevé.

J'ai crié jusqu'au matin ; comme un lion, c'est ainsi qu'il broie tous mes os,

du point du jour jusqu'à la nuit tu m'as achevé.

Comme l'hirondelle, je pépie, je gémis comme la colombe,

mes yeux faiblissent à regarder en haut. Seigneur, je suis accablé, viens à mon aide.

Comment parlerai-je et que lui dirai-je ? Car c'est lui qui agit. 

Je m'avancerai toutes mes années durant dans l'amertume de mon âme.

Le Seigneur est sur eux, ils vivent et tout ce qui est en eux est vie de son esprit.

Tu me guériras, fais-moi vivre.

Voilà que mon amertume se change en bien-être. C'est toi qui as préservé mon âme de la fosse du néant, tu as jeté derrière toi tous mes péchés.

Ce n'est pas le  shéol qui te loue, ni la mort qui te célèbre. Ils n'espèrent plus en ta fidélité, ceux qui descendent dans la fosse.

Le vivant, le vivant lui seul te loue, comme moi aujourd'hui. Le père à ses fils fait connaître ta fidélité.

Yahvé, viens à mon aide et nous ferons résonner nos harpes tous les jours de notre vie dans le Temple de Yahvé." 

   C'est beau, non ? avec l' hirondelle et la colombe qui gémissent,  avec la vie qui s'arrache comme une tente de berger, et le lion qui broie les os, c'est mieux qu'un psaume de David, nom d'un Yahvé, non?

   Et Yahvé fut de mon avis : il envoya Isaïe pour lui faire dire :"qu'on apporte un pain de figues, qu'on l'applique sur l'ulcère, et il vivra".

   Un pain de figues ! Sur l'ulcère ! Et il vivra !

 Alleluia !



5°) Case B2 : le roi David.

arbre-de-jesse- 3424

 

 On reconnaît le psalmiste à sa harpe.

Inscriptions :

DAVID : je note l'utilisation systématique de l'onciale pour la lettre D.

6°) Case C2 : Le roi Joram.

 

arbre-de-jesse- 3415

 

  Il porte tous les attributs royaux : barbe, sceptre, collier, couronne, et un camail de verre gravé à mouchetures et à pois.

Inscriptions : Outre JORAM, on lit :

MOPUS RDILONBESNPVM(O).

Cette inscription a fait couler plus d'encre que les précédentes, après que René Couffon se soit avisé qu'il s'agissait de la signature du maître-verrier quimpérois R. de Loubes, un artisan que l'on trouve mentionné dans tous les bons ouvrages, notamment le Dictionnaire des artistes et artisans de Bretagne de Yves Pierre Castel, le Patrimoine Religieux de Bretagne, histoire et inventaire de Maurice Dilasser et Claude Berger (2006)  mais qui ne s'y trouve peut-être que parce que son nom a été découvert ici même. C'est ce nom qui est donné comme auteur du vitrail par R. Barrié dans l'Inventaire Régional de 1981 réf 29002964 après avoir relevé l'inscription "OPUS R. DE LOUBES". Dans un Bulletin de la Société d'archéologie de Bretagne de 1951, on signale l'existence au XVIIè d'un chanoine de Saint Corentin, la cathédrale de Quimper, portant le nom de J. de Loubes, présenté comme un possible descendant du maître-verrier. 

  La mention se trouve publiée dans : René Couffon et Alfred Le Bars, Répertoire des églises du diocése de Quimper et de Léon, 1959, réédité après mise à jour en 1988 sous le titre Diocése de Quimper et de Léon, nouveau répertoire des églises et chapelles (p. 204 de cette édition).

  Or il se trouve que Jean Pierre Le Bihan, qui a restauré le vitrail, a écrit en 2006 dans l'article de son blog intitulé "une famille de peintre vitriers cornouaillais du XVIème siècle" la note suivante :

  "inclure des initiales est chose fréquente chez les verriers. A Rouen, les frères Le Prince signant ILP pour Jean, ELP pour Engrand ou encore plus prés de chez nous, en plus des Le Sodec [voir : l'arbre de Jessé de Kerfeunteun] VI DI pour Vincent Desportes. Mais personne n'est à l'abri d'une erreur. Pour Notre-Dame de Confort en Meilars, Monsieur René Couffon donnait de Loubes comme auteur de l'arbre de Jessé. Une restauration postérieure révéla Raimondi Lombes".

  Tout me porte à croire que c'est Jean-Pierre Le Bihan lui-même qui a relevé ce nom et qui propose de lire Raimondi Lombes.

  Tout ceci me surprend, puisque je lis MOPUS et non OPUS (ouvrage, oeuvre), RdILONBESNPVM sans ponctuation permettant de lire la lettre R comme initiale d'un prénom, que la lettre qui suit le dILO est distinctement un N, et un N rétrograde comme tous les N de ce vitrail et non un U (comme dans Loubes) ni un M (comme dans Lombes). En outre, les lettres présentent de nombreuses anomalies, comme les lettres P en onciale, le D en onciale (ou minuscule) certes comme pour toutes les lettres D de ce vitrail, mais aussi le E proche d'un F, le second S inversé et qui s'apparente plutôt à un deux points de ponctuation qu'à un S rétrograde, le V pointe en haut, comme si le diable carnavalesque de la dérision s'était déchaîné sur cette inscription.

   Est-ce raisonnable de déterminer une signature sur ces éléments ?

  Si je reprends l'article que Jean-Pierre Le Bihan consacre à l'atelier Le Sodec, je lis qu'il peut attribuer à cet atelier quimpérois des oeuvres reconnaisables par des particularités de style comme "une façon d'appréhender certains muscles comme celui au dessus du sourcil" , muscle très protubérant et marqué qu'il surnomme "à la banane" et qu'il a reconnu à Confort-Meilars, et par le traitement des veines des mains et des pieds en "graphisme losangé", graphisme qui m'a surpris en examinant en la case A2 les mains de Jessé.

  Plutôt que de considérer que l'auteur du vitrail est connu, le fait de renoncer à une attribution...contestable peut relancer les hypothèses et les rapprochements.

  Enfin, d'autres affirmations de René Couffon ne se sont pas trouvées confirmées, comme l'attribution de la Passion de La Martyre à Jost de Necker (voir : J.P.le Bihan, Jost de Necker, un mythe qui a la vie dure, 14 janvier 2009). Cela confirme la citation donnée en page de titre du Nouveau Répertoire des Eglises : "La science est faite d'erreurs patiemment corrigées" R. Couffon.


7°) Case A3 : le roi Salomon.

 

arbre-de-jesse- 3412

  On remarque q

ue l'inscription de son nom donne SALAMON (avec le N rétrograde).

Il porte le turban qui est habituel dans son iconographie,  un camail gris-métal évoquant une cuirasse, une robe jaune damassée de motifs de feuillages, et ses manches roses à crevés portent les inscriptions PVSR à droite et MdVI à gauche.

  Sur son épaule, le pied botté  du roi Roboam conduit à l'inscription de la robe, MOPVR.

8°) Case B3 : le roi Acham.

Acham est une forme ancienne pour Achab, roi d'Isrël entre 874 et 863, c'est un roi impie que son épouse Jézabel détourne de Yavhé au profit du dieu cananéen Baal. Ce n'est donc pas un roi de Juda ( qui est alors Josaphat, qui part en guerre avec Achab contre Aram) et il n'a pas sa place dans la généalogie du Christ. Que lui vaut cette place centrale dans l'arbre ?

  Si on compare les rois du vitrail de Confort-Meilars et ceux de l'Arbre de Jessé de la cathédrale de Chartres, on constate que ceux sont les mêmes, hormis que c'est Achaz qui figure à Chartres : il est alors évident qu'il faut lire ici Achaz et non Acham ; la lettre M d'Acham est clairement inscrite, ce n'est pas une erreur de lecture, mais une faute de transcription à l'origine ou lors d'une restauration entre ce M et un Z. 

Il porte la barbe, un turban, un sceptre, et un collier à chaînon rectangulaire. Sa manche droite porte les lettres NOPI et PVRI, le V étant inversé pointe en bas.

9°) Case C3 : le roi Joatan.

arbre-de-jesse- 3410

Inscriptions:

  -JOATAN et son N rétrograde.

 - manche droite : PNRVO

 - manche gauche : NDMEO (ou en trahissant la réalité,NOMEO)


10°) Case A4 : le roi Roboam.

arbre-de-jesse- 3407

Inscriptions :

- épaule : N...ONDN

- écharpe : MOP

- Manche droite : PVRN et MITRIT

              gauche : NOBIV

11°) Case B4 : le roi Ozias.


arbre-de-jesse- 3408

 Installé en position de "chevalier servant" sur un rameau de l'arbre, sous les pieds d'Abbia, il dispose des mêmes attributs que les autres, barbe, couronne, collier de chaîne, épée, sceptre, vêtements à crevés, mais il ne désigne pas le ciel du doigt, se contentant de lever les yeux d'un air pensif. On ne lit aucune lettre sur ses vêtements.

  Ozias, ou Osias, ou Azarias, fut le dixiéme roi de Juda de -783 à -740. Son règne fut aussi prospère que celui de Salomon et sa conduite, sous les admonestations du prophète Zacharie, fut pieuse et fidèle à Yahvé. Mais "lorsqu'il fut puissant, son coeur s'éleva pour le perdre. Il pécha contre l'Eternel, son Dieu, il entra dans le temple de l'Eternel pour bruler des parfums"(Second Livre des Chroniques, 26,16), ce qui était le privilège des prêtres : pour s'être emporté contre les sacrificateurs consacrés, il fut frappé au front de la lépre;" il fut lépreux jusqu'au jour de sa mort, et il demeura dans une maison écartée comme lépreux." C'est son fils Jotham qui prit sa place à la tête de la maison du Roi.

  En regardant bien, on peut voir un anneau tuméfié rond à la racine du nez du visage d' Ozias ; c'est le remords qui le mord. On comprend son regard triste.

12°) Case C4 : le roi Assa.

 

arbre-de-jesse- 3409

    Son étiquette le nomme en inversant les S. Ses vêtements sont prodigues en inscriptions, dont il garde le secret :

 - sur le camail rouge aux motifs blancs gravés, on lit : NE   et  NOMINID. On peut faire dériver ce nominid, attesté en latin au IIIème siècle, de nomenis, ou bien le rapprocher du MNIB trouvé en A1 ; qu'en faire? Les N sont rétrogrades, bien-sûr.

- sur la manche droite, MNEO, et sur la manche gauche ONBRVSO , qu'on peut rapprocher du latin umbrosa, la pénombre. Le N de MNEO est conforme, celui de ONBRVSO est rétrograde.

- sur le galon de la tunique, PATERNOS(T) ...NIBID, avec N rétrogrades et lettre d en onciale. Le premier élan est de lire le début du Pater Noster (qui es in caeli, sanctificetur nomen tuum), mais le NIBID ne s'y intègre pas.

  Assa ou Asa est le fils d'Abia, le petit fils de Roboam, et le père de Josaphat ; il a régné 41 ans, quarante-et-une année de bons et loyaux services auprès de l'Eternel son Dieu, sans un faux pli, sans un mouvement de colère ou de prétention pour l'entacher de la lèpre, rien que de louables persécution contre les hiérodules (un mot toujours plaisant à placer), de destruction des autels et stèles en l'honneur d' Ashera, de Baal, du soleil et de la lune et de toutes les figures de l'horoscope.

13°) Case A5 : le roi Josaphat.

 

arbre-de-jesse- 4841cc

 

Inscription:

- JOSAPHAT, à noter le h en onciale.

- NOBI

- sur l'écharpe violette : PTER(M)18LDI

14°) Case B5 : le roi Abia.

 

arbre-de-jesse- 4841ccc

 La broche qui orne son chapeau me paraît gravée, ce serait alors un travail original avec les quatre pois qui l'encadrent.

Inscriptions :

-ABIA et le deux point.

-sur le galon de la tunique : (O)IRANT BE (I)MODPES

15°) Case C5 : le roi Manassé.

arbre-de-jesse- 3406

 

Inscriptions :

-MANASSES et non Manassé.

- collier : NRM(IO)

- galon de tunique : C (inversé) ILONSO MD ANTOIH:IBIVOT, si j'interprète le S inversé et couché comme une ponctuation. Qui trouvera un verrier du nom d' Ilonso Antoine Ibiuot ?


16°) Case A6 : la Vierge.

arbre-de-jesse- 4839cc

17°)Case B6 : le Christ.

arbre-de-jesse- 3404

   Le titulus semble récent; le bras droit a du être restauré. Les anges de quatre couleurs sont les mêmes que ceux du vitrail de Kerfeunteun.

  On peut admirer le traitement en grisaille du visage, et l'emploi de la sanguine dans son indication idéale:

gros-plans 3345c

  Lors d'une visite, j'entendais une touriste (les autres visiteurs des sites sont toujours des touristes) demander à son mari si cette plaie signifiait que le coeur du Christ était placé à droite. " Sans-doute" répondit prudemment le conjoint.

  Précisons donc que cette plaie est conforme au texte de l'évangile de Jean 19, 31-34:

     Comme c'était la Préparation, les Juifs, pour éviter que les corps restent sur la croix durant le sabbat - car ce sabbat était un grand jour-, demandèrent à Pilate qu'on leur brisât les jambes et qu'on les enlevât.

    Les soldats vinrent donc et brisèrent les jambes du premier, puis de l'autre qui avait été crucifié avec lui.

    Venus à Jésus, quand ils virent qu'il était déjà mort, ils ne lui brisèrent pas les jambes.

   Mais l'un des soldats, de sa lance, lui perça le coté et il sortit aussitôt du sang et de l'eau.

   La tradition veut que ce coup de lance ait porté sur le flanc droit, elle dit aussi que le soldat se nommait Longin, que c'était un centurion, et qu'il se convertit.

  On peut remarquer aussi que la croix semble issue du tronc de Jessé, naissant comme sa branche maîtresse à la division de deux branches latèrales.


18°) Case C6 : Saint Jean.

arbre-de-jesse- 3405

  Il s'agit de Saint Jean l'Évangéliste, le disciple préféré de Jésus. On remarque qu'il est assis sur un rameau de l'arbre de Jessé.

Inscriptions:

- sur l'encolure du manteau : M...IPOI

- sur le galon du manteau :à droite : N..IIP.O...PIORHT: IRI.VOP..

                                       à gauche : NOV:RI ou NOVSRI

-sur le galon de la robe bleue : OSPRdEN.

Tout cela reste incomprehensible ; je remarque la similitude de la séquence ORTH : IRIVO avec celle de Manesses en case C5 : ANTOIH : IBIVO, avec le même H au graphique particulier.

19°) soufflet, ange à la lyre.

arbre-de-jesse- 3400

  On constate que toute la teinture au jaune d'argent est partie.

20°) Tympan, ange avec luth.

arbre-de-jesse- 3399

  Là encore, le jaune d'argent n'a pas tenu, sauf pour la belle boucle d'or, peut-être gravée.

21°) Soufflet, élément central : coeur enflammé.

arbre-de-jesse- 3398

 

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Published by jean-yves cordier
13 novembre 2011 7 13 /11 /novembre /2011 00:00

 

 

L'arbre de Jessé de l'église Notre-Dame de Saint-Thégonnec.

 

 

    Après la visite des deux vitraux consacrés à l'Arbre de Jessé à Kerfeunteun et à Confort-Meilars, j'ai été voir la niche à volet de 1610 consacrée à ce thème en l'église de l'enclos paroissial de Saint-Thégonnec.

Le vitrail de l'Arbre de Jessé de l'église de la Sainte-Trinité à Kerfeunteun :

Le vitrail de l'Arbre de Jessé de l'église de Confort-Meilars.

   Je rappelle que les niches à volets étaient jadis ouvertes exclusivement lors des fêtes dédièes au saint ou au motif qu'elles renferment, afin que les fidèles s'émerveillent et se recueillent devant la représentation de ce qui faisait l'objet, parallèlement, des prédications, des cantiques, des invocations et des prières, voire, comme ici pour la Vierge, des litanies vouées à la fête du jour. Ici, les portes sont sculptées de six panneaux représentant les six mystères joyeux du Rosaire que sont l'Annonciation, la Visitation, la Nativité, la Présentation (de Jèsus au Temple) et le Recouvrement (de Jésus par ses parents alors qu'il enseigne aux docteurs de la loi). Le culte de Notre-Dame du Rosaire a été institué en 1571, elle était célébrée le 7 octobre.

   Que ces panneaux représentent les six Mystères Joyeux, c'est ce qu'on peut lire partout. Mais je n'ai pas vu le Recouvrement, mais une Annonciation, une  Annonce aux bergers, une Nativité  et une Adoration des Mages, une Visitation et la présentation au Temple (ou plutôt une Circoncision ?) , .. à chacun de se faire une idée ; cette niche est peut-être dédiée à la Vierge, mais non au Rosaire:

arbre-de-jesse 6145c  arbre-de-jesse 6150c  arbre-de-jesse 6173c

arbre-de-jesse 6148c  arbre-de-jesse 6151c

 

   Nous avons le privilège de découvrir tous les jours ordinaires cette statue de la Vierge debout sur un croissant de lune. C'est une illustration de la Vierge de l'Apocalypse, ainsi nommée en relation avec le passage de l'Apocalypse de Saint-Jean (12,1) : Un grand signe apparut dans le ciel, une femme ayant la lune à ses pieds".

arbre-de-jesse 6171c

  C'est une oeuvre datée de 1610. Jessé y est présenté allongé (comme dans les premières représentations du thème), et s'il n'est pas endormi (ses yeux sont ouverts), il adopte la posture mélancolique du songeur éveillé, la tête appuyée dans la main.

 arbre-de-jesse 6163c

 

  Il est entouré par un être que la queue de serpent désigne à nous, malgré sa tête et son tronc d'être humain de bon aloi, comme le Malin, le serpent tentateur qui a séduit Éve et a entraîné Adam et Éve au péché. On voit comme il relève la tête, comme il enroule les orbes de sa queue qui se mêlent aux rameaux de l'arbre, mais aussi comme il est écrasé, comme Dieu lui a annoncé en Genèse 3,15 : " Je mettrai une inimitié entre toi et la femme. Tu chercheras à la mordre au talon mais elle t'écraseras la tête".

  Du bassin de Jessé émerge le tronc de l'arbre de sa descendance, avec les douze rois de Juda installés sur les branches à la façon bien classique de l'iconographie traditionnelle. Ils portent le sceptre, la couronne ou le turban, la barbe, de riches vêtements et celui dont la robe est blanche au camail rouge  est David, qui joue de la lyre.

 

arbre-de-jesse 6172c

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Published by jean-yves cordier
12 novembre 2011 6 12 /11 /novembre /2011 21:24

                                 Où, les insectes étant partis, je continue à chercher la petite bête.

     Petite épigraphie des églises du Finistère III :                                               Kerfeunteun.

DSCN1300

L'église de la Sainte-Trinité à Kerfeunten, paroisse de Quimper, possède un vitrail du XVIe siècle (1525-1530 selon R. Barrié) illustrant le thème de l'arbre de Jessé, et dont l'une des particularités est de recéler des données épigraphiques (noms des maîtres-verriers) et iconographiques (paysage avec château) qui n'apparaissent qu'à un observateur dotè d'un échafaudage...de bonnes jumelles ou d'un téléobjectif. En outre, ce vitrail m'a intrigué par quelques énigmes excitantes.

  Il possède aussi l'intéret de pouvoir être comparé à celui de l'église de Confort-Meilars, sur le même thème, ou à celui d'autres paroisses, sur un thème différent mais réalisés par le même atelier quimpérois, celui des Le Sodec.

 Cette vitre de quatre mètres de haut sur deux mètres de large a été restaurée en 1850, 1919, 1942-1953 et en 1998 par l'atelier Jean-Pierre Le Bihan.

  Voici la liste des points que je retiens de l'examen de cette verrière :

- l'influence des gravures d'Albert Dürer pour l'image de la Sainte Trinité (case A1) mais aussi peut-être pour celle de Jessé en Mélancolique (case A2)

-Les hypothèses sur l'identité du donateur (case A3)

- les deux paysages à château sur les cases A2 et C2.

- les multiples citations du Salve Regina.

- l'identité douteuse de deux rois, JOAPLAL/Josaphat case A3 et YOSAPIAT/Josaphat ou Joram case B4.

-La présence d'un roi intrus, HANON case A4.

-La citation du psaume 50(51) Miserere mei case B3.

- La signature de l'atelier quimpérois Le Sodec dans l'image B4 et sur les anges du sommet.

 

 

   I. Le thème de l'arbre de Jessé.

             Ce thème iconographique de l'Occident chrétien médiéval se développe au XIe siècle ( il est habituel d'y voir l'influence de Suger) en la cathédrale Saint-Denis où un premier vitrail de 1144 sert de modèle à celui de la cathédrale de Chartres en 1145-1150. Le thème de l'arbre de Jessé devient populaire et se répand au XIIe siècle dans les verrières, les Bibles et Pasutiers ou en sculpture, et ne déclinera qu'au XVIe siècle après la Contre-Réforme.

      Ce qui est l'ancêtre des arbres généalogiques est né de l'application d'une formule de l' Ancien Testament dans la bouche du prophète Esaîe (ou Isaïe) à la généalogie de Jésus dans les Évangiles. La phrase d'Esaïe est celle-ci (en latin puisque c'est ainsi qu'on l'a trouve inscrite sur les vitraux): Esaïe, 11, 1-2 et 11, 10.

      Egredietur virga de radice Jesse et flos de radice ejus ascendet.

     " Un rejeton sortira de la bouche de Jessé, un surgeon sortira  de ses racines.Sur lui reposera l'esprit de Yahvé, esprit de sagesse et d'intelligence, esprit de conseil et de force, esprit de connaissance et de crainte de Yahvé"

       " Ce jour-là, la racine de Jessé, qui se dresse comme un signal pour les peuples sera recherchée par  les nations et sa demeure sera glorieuse " (Bible de Jérusalem).

le texte latin de la Septante parle d'un Isaï, mais comme on peut confondre cet Isaï, le père de David, un berger ou éleveur ovin de Béthléem, avec le prophète Isaïe, le nom de Jessé, traduction grecque d'Isaï, a été préféré pour le désigner.

 Au IIè siècle Tertullien donna l'interprétation théologique suivante : "la branche qui sort de la racine, c'est Marie, qui descend de David. La fleur qui naît de la tige, c'est le fils de Marie."

  Dans les Évangiles, deux textes  proposent une généalogie de Jésus et détaillent par quelle filiation il est "fils de David, fils d'Abraham" : Matthieu I, 1-17 (soit l'incipit de l'Évangile de Matthieu), d'Abraham à Joseph, l'époux de Marie ; et Luc, III, 23-28, d'Adam à Joachim, père de Marie. Les généalogies sont donc  différentes et divergent à partir de David, Matthieu optant pour la descendance de l'un des fils de David, le roi Salomon alors que Luc choisit la descendance de Nathan, autre fils de David. 

  Matthieu faisant passer sa filiation par Joseph, cela posait un problème ardu aux théologiens, non pas parce que Joseph "ne connût point Marie", car le lien agnatique attribue la filiation à un enfant adoptè, mais parce que cela donnait un rôle éffacé à Marie, censée être "la fleur qui naît de la tige". Au Moyen-Age, le culte de Joseph est quasi inexistant, on ne rencontre ni toponyme, ni chapelle qui lui soient dédiès, pas d'avantage de représentations artistiques en dehors des Nativités qui n'apparaîssent qu'au XIIIe siècle, il n'a pas de culte officiel avant le XVe siècle, est absent des prédications, et survit dans l'ombre de Marie jusqu'à ce que Gerson puis les franciscains lui donnent une place à part entière. Rien à voir avec le Saint Joseph chef de la Sainte Famille qui a été si honoré au XIXe et au XXe siècle, où tant de garçons ont été prénommés de son nom, et tant de filles baptisées Marie-Joseph ou  Joséphine, et sa fête le 19 janvier n'a été instituée qu'en 1480, pour ne devenir fête de précepte qu'en 1621. Absent ou transparent au Moyen-Age, il acquiert une place ambigüe à la fin de cette période, celle d'un vieillard saturnien, d'un travailleur manuel rustre, un béjaune qu'on affuble de la couleur jaune ou de rayures (Michel Pastoureau) pour monter en dérision sa place de dindon de la fable, voire de mari trompé.(Paul Paysan, l'image ambigüe de Saint Joseph à la fin du Moyen-Age, Médiévales, 2000, volume 19 n° 39: 96-111)

                     Feste n'a en ce monde-cy

                     Mais de lui

                     va le cri :

                     c'est Joseph le rassoté. (Eustache Deschamps (1346-1406) Oeuvres complètes) 

   

   Pourtant, c'est  la généalogie de Matthieu que les artistes médiévaux préférèrent, et chacun accepta de ne pas voir Joseph, mais Marie se placer au sommet d'une généalogie issue de Jessé par Salomon. C'est donc celle que je vais développer . Elle s'étend sur quatorze générations d'Abraham à David, puis quatorze générations de David à la déportation à Babylone, jusqu'à Jéchonias, et sur quatorze autres générations encore de Jéchonias et ses frères jusqu'à Jacob, puis Joseph. Bien-sûr, les miniaturistes et les verriers ne représentèrent pas les quarante-deux aieuls du Christ, et choisirent parmi les rois de Juda en un florilège variable selon chacun.

Matthieu I, 1 : Généalogie de Jésus-Christ, fils de David, fils d'Abraham :

  I, 2 : Abraham engendra Isaac ;Isaac engendra Jacob ; Jacob engendra Juda et ses frères.

  I, 6 : ...Isaï engendra David ; David engendra Salomon de la femme d'Urie.

  I, 7 : Salomon engendra Roboam ; Roboam engendra Abia ; Abia engendra Asa.

  I, 8 : Asa engendra Josaphat ; Josaphat engendra Joram ; Joram engendra Jozias.

  I, 9 : Ozias engendra Joatham ; Joatham engendra Achaz : Achaz engendra Ezèchias.

  I, 10 : Ezéchias engendra Manassé ; Manassé engendra Amon ; Amon engendra Josias

  I, 11 : Josias engendra Jéchonias et ses frères, au temps de la déportation à Babylone.

  I, 12 : Après la déportation à Babylone, Jéchonias engendra Salathiel. Salathiel engendra Zorobabel.

[...]

  I, 15 : Eliud engendra Eléazar ; Eléazar engendra Matthan ; Matthan engendra Jacob.

  I, 16 : Jacob engendra Joseph, l'époux de Marie, de laquelle est né Jésus, qui est appelé Christ.

  I, 16 : Il y a donc en tout quatorze générations depuis Abraham jusqu'à David, quatorze générations depuis david jusqu'à la déportation à Babylone, et quatorze générations de la déportation à Babylone jusqu'au Christ.

  L'idée forte est d'associer les deux textes pour créer une métaphore, celle de l'arbre qui croît verticalement et dont chaque rameau donne, comme un fruit, un ancêtre, mélant une représentation originale du temps orienté vers le haut et animé d'une croissance et d'un projet à celle de la transmission générationnelle. Cet arbre généalogique qui nous est si familier et cette conception linéaire et orientée du temps n'a rien d'évident en soi mais construit un de ces paradigmes sur lesquels sont bâtis notre pensée occidentale. En même temps, elle rassemble en une seule image une synthése de la théologie chrétienne, du projet de Dieu dans la continuité/rupture entre Ancien et Nouveau Testament, et de la réalisation des prophéties bibliques dans la personne du Christ rédempteur par sa mort sur la Croix.

  La même idée est développée sous une forme iconographique proche dans la Légende de la Vraie Croix, telle qu'elle est représentée par exemple par Pierro della Francesca à Arezzo vers 1450.  Dans le Paradis poussait l'Arbre de Vie ; lorsque Adam et Éve en furent chassés, et lorsqu' Adam mourût, l'archange Michel apporta une graine de cet Arbre  que Seth fils d'Adam plaça dans la bouche de son père, pour le racheter du péché originel. De la graine poussa un arbre, sur la tombe situé à Jérusalem. Salomon fait abattre l'arbre pour en faire une poutre pour le Temple, puis cette poutre est réutilisée pour bâtir un pont à Siloé, avant d'être enfouie en terre. C'est cette poutre qui est utilisée pour dresser la Croix du Christ, plantée sur le Golgotha (araméen gulgulta, le crâne) : sur  la tombe et le crâne d'Adam. Ainsi la mort de Jésus sur cette croix-arbre vient-elle racheter Adam et sa race du péché.

 

        Réalisé en 1520, alors que le statut médiéval de Joseph est en train de se modifier, le vitrail de Kerfeuteun ne lui fait aucune place, et continue la tradition iconographique de l'arbre de Jessé usurpant la place généalogique de Joseph au profit de Marie.

II La Verrière de l'Arbre de Jessé à Kerfeuteun : les lancettes.

  La verrière se compose de trois lancettes  divisées chacune en quatre panneaux (ici nommées "cases"), et surmontées d'une couronne de sept éléments.

vitrail 5392c

  Le thème est traité dans les douze "cases" des lancettes, la couronne étant occupée par les anges et par le soufflet central orné d'un blason et d'une mitre.

Cette organisation verticale se double d'une structure horizontale qui ne correspond pas aux douze carrés bien dessinés par les meneaux de la maçonnerie et l'armature métallique, mais répond à une organisation de l'espace de l'image en trois niveaux :

  En bas, un dallage surélevé reçoit une constrution faite d'un banc et d'un mur, lequel est divisé en trois niches par des colonnes à chapiteaux et des arcades. Cinq personnages y sont placés, Dieu et le Christ à droite, Jessé au centre, un donateur à genoux patronné par un évêque à gauche.

vitrail 5379c

Au milieu, l'arborescence issu de Jessé s'etale latéralement ( initialement, l'arbre de Jessé s'élevait en un seul fût vertical, à Saint Denis et à Chartres, et les branches latérales qui permettent de placer d'avantage de Rois apparaît plus tardivement) en deux étages présentant chacun quatre rois, qui se balancent sur les branches comme des oiseaux  plutôt que d'apparaître comme des fruits ou des fleurs : des vieillards assez verts pour s'amuser comme des gamins dans les arbres;

vitrail 5381c

  Au sommet, les branches viennent s'élargir en une soucoupe blanche,  large fleur qui sert de piedestal à trois personnages, la Vierge, le Christ, et Saint Jean l'Évangéliste : l'idée généalogique  se perd au profit d'une représentation de la Crucifixion.


 vitrail 5382c


   Examinons maintenant chacune des scènes, en partant du bas à droite , et en utilisant la numérotation de Jean-Pierre Le Bihan qui a restauré cette vitre :les trois lancettes sont nommées A, B, C de droite à gauche, et les cases 1, 2, 3, 4 de bas en haut .

1. Dieu le Père et le Christ.

   La première image est celle de la Sainte Trinitè qui donne son nom à l'église. Elle est inspirée d'une gravure d'Albert Dürer. Le motif est familier au fidèle qui l'a découvert dès son arrivée au sommet du calvaire (actuel monument aux morts) sous la forme d'une sorte d'équivalent paternel de la Piéta, où Dieu le Père vêtu comme un pape avec une tiare sur la tête, et la colombe du Saint-Esprit posée comme sur un heaume de chevalier, tient dans ses bras la Croix et son fils crucifié:

statues 5371c

Entré dans le choeur de l'église, le fidéle retrouve, à droite du vitrail une statue de bois où Dieu retient le corps sans vie de son Fils :

statues 4789cc

  C'est donc sans surprise qu'il découvre l'image suivante, où le corps blafard du crucifié porte toutes les marques de la flagellation et de son supplice ; quand à la colombe, elle est descendu se poser sur l'épaule de Dieu.

vitrail 3493c

 

2. Jessé endormi.

  Les premières représentations de l'Arbre de Jessé montrait celui-ci allongé, mais pour des raisons évidentes de place, c'est assis que Jessé s'est ici assoupi ; cela permet de laisser penser qu'il ne dort pas, mais qu'il songe, comme tous les pères, non seulement aux bétises de son fils David (son aventure avec Bethsabé), mais aussi à la descendance dont il rêve. C'est de la poitrine du paysan de Bethléem que naît le tronc d'arbre dont la belle couleur verte chlorophylienne va servir de fil conducteur qui se mariera avec les deux autres couleurs dominantes de la verrière : le rouge, prédominant, et le bleu, parcimonieux car réservé à Marie pour la mettre particulièrement en valeur.

La posture de Jessé, le coude posé et la tête inclinée reposant sur la main, est celle, stéréotypèe, du Mélancolique, étudièe par Panofsky à la lumière du Problème XXX du pseudo Aristote, celle d'une passivité créatrice, anticipatrice, voire prophétique propre au Génie : c'est celle de la Melencholia de Dürer (1514).

 vitrail 3510c

3. Le donateur et son tuteur.

Le donateur est représenté agenouillé : son identité est discuté, mais il est vêtu comme un membre du clergé. Selon Peyron et Abgrall, c'est un chanoine (Pierre Goazguenou ou Yves Toulalan), selon R. Barriè ce serait le vicaire Guavaing Kerviler, ou l'évêque de Quimper Claude de Rohan (1510-1540). Quand au saint évêque, est-ce saint Corentin, saint Claude, ou quelqu'un d'autre?

vitrail 3490c

 

vitrail-3486c.jpg

4. La case A2. 

Cases intermédiaires qui seraient sans intéret, car elle montrent seulement les jambes des quatres rois, les cases A2, B2 et C2 révèlent des détails interessants:

vitrail 3483c

  Ainsi, sous le pied bleu, dans la partie rouge, se découvre un paysage avec une colline dominée par un château :

vitrail-3483cc.jpg

 

5. Case B2 :

vitrail 3484c

6. Case C2 :

On découvre sous le pied jaune, sur un fond rouge, une autre image de paysage représentant un petit mont où culmine un (?) clocher, et sur la droite un autre clocher :

vitrail 3485c

  Les deux robes sont ornées sur leurs galons d'inscriptions:

Sur le pan de robe à droite (celle du roi Joatan) sont inscrits les lettres capitales suivantes :(I)ORVEN, le V étant inversé pointe en haut.

Sur l'autre robe (celle de David) est inscrit : SALV.ER, recouvrant la jambe droite, en lettres capitales blanches en en deux traits. On déchiffre Salve Regina, l'antienne de dévotion à Marie chanté depuis le XIIè siècle. Je m'étonne du point situé entre le V et le E, qui se retrouvera régulièrement.  Sur l'autre pan au dessus de la jambe gauche est inscrit : REGINA...MISES...AV. en lettres capitales où seul le G de Regina est une onciale.


  L'antienne débute ainsi : Salve, Regina, Mater Misericordiae. Vita, dulcedo et spes nostra, salve.  "Salut,Ô Reine, Mère de miséricorde, notre vie, notre douceur et notre espèrance, salut."

  Cette antienne va se retrouver à de nombreuses reprises, comme si chaque roi de Juda chantait l'avènement de la Vierge et faisant de cet Arbre de Jessé un hymne marial.

 

7. La case A3 : Josaphat(?) et Abia.

  Elle présente la tête de deux rois dont les phylactères nous indiquent les noms; nous voyons aussi les robes des deux rois de la partie supérieure.

vitrail 3482c

  Ma première difficulté est de déchiffrer le nom du roi de droite, l'inscription portant la mention R. JOAPLAL , en lettres capitales pour le O, les A et le premier L. La lettre R. vaut pour Roi et sera retrouvée dans chaque phylactère des douze rois de Juda. La lettre J est peut-être un Z; le P est une onciale et/ou une lettre conjointe valant pour deux lettres fusionnées. le dernier L se termine par un petit signe, abréviatif peut-être. La première idée est d'y lire Josaphat, mais c'est faire une infidélité au texte;

La banderolle du roi de gauche porte : R. ABIA.

Les deux rois sont barbus, couronnés et portent des sceptres.

7. La case B3 : Joatan et David.

vitrail 3481c

  Le roi David est reconnaissable à sa lyre : on sait qu'on lui attribue la composition des psaumes de la Bible. Les cordes de la lyre sont réalisées par de fines incisions sur le fond rouge. Les deux rois sont barbus, Joatan tient un sceptre mais ne sembla pas porter une couronne mais un turban, attribut habituel de Salomon.

Inscriptions : R. JOATAN,très lisible, aux belles majuscules notamment les lettres A.

                       R. DAVID, moins distinct, lettres capitales hormis les D en onciales.

  Vêtements de Joatan :

 -sur l'étole claire autour du bras droit : SALVE : RE/NA en majuscules fines; le L est orné d'un prolongement inférieur comme pour une minuscule; les deux mots sont séparés par une barre ornée. 

- sur le camail vert : MEA MEA PERIES ET OS MOM AN...AL...(L)ORE

  Je rapporte le passage mea peries et os mom an au psaume biblique 50 (51) Miserere mei , deus, l'un des sept psaumes de la pénitence de la liturgie chrétienne, et qui contient ce verset :

Domine, labia mea aperies et os meum annuntiabit laudem tuam : "Seigneur, ouvre  mes lèvres et ma bouche annoncera tes louanges". Ce verset appartient au brévaire des moines itinérants composé par saint Prudence, une anthologie des plus beaux passages du psautier.

   C'est un psaume particulier, pénitentiel et de miséricorde. En 1630, Allegri composa son Miserere sur son texte, et ce psaume n'était chanté qu' au Vatican, en la Chapelle Sixtine, le mercredi et le Vendredi Saint  à la fin de l'office des ténèbres alors que les cierges s'éteignaient, à l'exclusion de toute autre lieu et occasion sous peine d'excommunication. 

  C'est d'abord une allusion à la faute de David : on sait qu'après avoir observé de sa terrasse la belle Bethsabé, femme de son général Urie, qui prenait son bain, et après avoir couché avec elle, David, apprenant qu'elle était enceinte rappella l'officier en permission pour pouvoir lui faire endosser la paternité. Face au refus d'Urie, pas dupe, David  se débrouilla pour le faire mourir lors des combats et épousa Bethsabé dont il eut un fils. Le prophète Nathan vient lui faire la morale et lui annonce que Dieu va le punir en faisant mourir le nouveau-né, mais qu'un autre fils naîtra de cette union : ce sera Salomon.

  Le Psaume 50 correspond au chant de repentance de David : Miserere mei, Deus: secundum magnam misericordiam tuam, Aie pitié de moi Seigneur en ta grande miséricorde.

  Mais ici, au centre géométrique de la baie vitrée, le verset de ce psaume est un appel à la louange.

  Je n'ai pas d'explication pour la mention mom an au lieu de meum an(nuntiabit), sauf à considérer le O comme une erreur d'un restaurateur ou comme une forme abréviative de (eu).

- bas de robe du roi de l'étage superieur (Josaphat): SALVE REGINA MISER

8 . Case C3 : Josias et Salomon.


vitrail 3480c

  C'est la représentation de deux rois barbus, aux belles couronnes dorées et dotés de sceptres : le roi Josias, le créateur du monothéisme hébraïque (640-609 av JC) discutant avec son vis-à-vis dont  douze générations le séparent, le sage et juste roi Salomon (970-931), le roi aux 700 épouses et 300 concubines, l'auteur du Cantique des Cantiques et di Livre des Proverbes, réputé pour ses jugements avisés, pour la sagesse de son gouvernement, pour le faste avec lequel il reçut la Reine de Saba, le roi batisseur du premier Temple de Jérusalem.

Inscriptions :

- R. JOSIAS en belles capitales pleines bien lisibles.

 - R. SALMON avec peut-être un tilde sur le M pour signaler l'omission du O.

- Sur le camail de Josias : SALV.E . REGINA M le signe séparant les deux mots étant une ligne brisée élaborée.

- Sur le camail de Salomon : SALV.E R

- Sur la robe bleu de la robe du roi de l'étage supérieur (Ézéchias) : SALVE REGINA MISERICOR    en lettres capitales sauf le d de REGINA qui est une onciale. Une apostrophe après le R de REGINA.

- dans le coin supérieur gauche, sur le camail d'Ézéchias : ER.A dib, ces trois dernières lettres en onciales.


9. Case A4 : la Vierge Marie et deux rois. 


vitrail 3477c

a) partie inférieure : deux rois.

 Le roi de droite porte le nom d' HANON, clairement indiqué. Mais que vient faire ici cet intrus? car  Hanon est décrit dans le deuxième Livre de Samuel chapître 10 comme le roi des Ammonites auquel David adressa une délégation pour lui témoigner sa sympathie après le déces de son père. Mais Hanon mal conseillé y voit une tentative d'espionnage de son royaume et renvoie les ambassadeurs la barbe rasée à moitiè et le vêtements raccourcis "jusqu'au fesses". offense grave à une époque où, comme nous le certifie Augustin Calmet dans ses commentaires de 1711, on ne portait pas de culottes.

  La présence d'un ennemi et offenseur du roi  David en lieu et place d'un de ses descendants  est particulièrement étrange, mais je n'ai pas trouvé que l'on se soit interrogé sur ce mystère.

Le nom du second roi est mal discernable, je lit R. ..(I)A, je propose ABIA. C'est le fils de Roboam et le père d'Asa, aussi nommé Abijam ou Abija (913-911 av JC). Il n'eut que 14 épouses. Mais j'ai déjà identifié ce roi en case A3. Serait-ce ASA, son fils ? Ce roi de Juda (911-870) est caractérisé par sa grande piété, sa conduite "qui satisfait l'eternel", sa lutte contre les divinités cananéennes, son expulsion des prostituées sacrées,...et par la grave maladie des pieds qui l'affecta à la fin de son régne.

b) partie supérieure : la Vierge.

  Elle est entourée par cinq visages d'angelots bleus ou jaunes. Son visage est très soigné et admirable de finesse, et sa superbe robe bleue sur un surplis jaune d'or attire le regard comme le pôle principal du vitrail.

10. Case B4 : Le Christ crucifié, et deux rois.

vitrail 3478c

a) partie inférieure : les rois Jechonias et Josaphat.

L'inscription (R.) IECONIAS est parfaitement lisible et désigne le roi Jechonias ou Joachin (598-597), qui ne régna que trois mois avant que Nabuchodonosor II ne s'empare de Jérusalem le 16 mars 597 et ne le déporte à Babylone avec la noblesse et les artisans pour trente sept ans de captivité.

 La seconde inscription porte la mention R. YOSAPIAT, que l'on est tentée de lire comme JOSAPHAT. Mais d'une part nous avons déjà attribué ce nom (avec nos doutes) au roi de la case A2, mais surtout un auteur, Xavier Barral i Altet écrit dans Artistes, Artisans et production artistique en Bretagne au Moyen-Âge en 1983 " le nom de Josapiat est une restauration fautive" pour Joram. On remarque aussi que c'est le seul souverain imberbe, et on suggère qu'il pourrait s'agir d'un autoportrait de l'artiste verrier.

Les vêtements portent les inscriptions suivantes :

vitrail 5382cc


-Sur le galon du camail de "Joram" on lit LORAS AN SODEC / LOR...SODEC SOD. Cette constatation associée aux inscriptions trouvées sur les anges du tympan a amené Roger Barrié a proposé d'y voir la signature de l'atelier de maîtres-verriers quimpérois du XVIème siècle Le Sodec. R. Barrié,Étude sur le vitrail en Cornouaille au XVIème siècle, thése de troisième cycle , UHB, U.E.R des arts, Rennes, 1978). 

Jean-Pierre le Bihan, qui a restauré ce vitrail, a rassemblé sur son blog

http://jeanpierrelebihan.over-blog.com/725-index.html

toutes les données disponibles sur cet atelier.

   Cet atelier est connu par:

- à Nantes en 1480, Bertrand Le Sodec répare la vitre de Saint Nicolas. Ce Bertrand Le Soudet ou Soudec est fait vitrier du duc par lettres patentes de François II.

-Laurent Le Sodec est cité en 1514 dans les comptes de la cathédrale de Quimper pour les inscriptions gravées sur l'ossuaire .

- Laurent et Olivier Le Sodec sont les auteurs des verrières de la Passion et de la Transfiguration de l'église Saint Théleau à Plogonnec (29).

- Gilles Le Sodec, sans-doute le fils de Laurent, passe contrat en 1543 avec le commanditaire Charles de la Marche pour réaliser un vitrail dont le sujet est le Credo pour l'église de Braspart (vitrail disparu).

- Bertrand Le Sodec est appellé pour refaire en 1486 les vitraux de l'église saint Similien à Nantes, détruits par un orage à Noël 1479.

 Cette inscription invite à se rappeller l'inscription AL LORE que j'ai mentionné sur le camail vert de Joatan

 

- Sur le rabat violet qui recouvre l'oreille de Jechonias, je lis OLICRAN, interprété par les auteurs comme OLIERAN car, à Plogonnec, sur un vitrail antérieur à 1539 c'est OLIERAN qui se lit sur le galon de la manche d'un acteur de la descente de croix, et OL SODEC ou SODEG sur le vitrail de la transfiguration.

 

b) Le Christ sur la croix.

Le corps crucifié livide porte toutes les plaies de sa passion. Il est entouré de quatre angelots verts, blanc et bleu; la seule inscription est celle du titulus crucis portant l'acronyme INRI de l'expression latine Iesus Nazarenus Rex Iudaeorum, Jesus de Nazareth Roi des Juifs, qui repose sur le témoignage de l'Évangile de Jean, 19, 19.

  Certains ont pu  voir dans l'inscription de ce titre de royauté le point culminant, l' acumen acuminis de la prophétie d'Isaîe, la réalisation ultime de la filiation royale issue de David par la succession scalaire et caténaire de tous les rois de Juda : certes couronné d'épine, mais Roi des Juifs.

 

11. Case C4 : Jean l'Évangéliste et deux rois, Zorobabel et Ézéchias.


vitrail 3479c

 

a) Deux rois, Zorobabel et Ézéchias.

Le roi de droite porte l'inscription encrassée ...XOBABEL que j'interprète comme Zorobabel, celui qui, exhorté par les prophètes Aggée et Zacharie, construisit le deuxième temple de Jérusalem. C'est aussi lui, le petit-fils de Jechonias -Joachin le roi déporté à Babylone,qui, après que Cyrus roi des Perses ait accordé la liberté aux juifs, conduisit un groupe de juifs de Babylone vers le retour à Jérusalem.

  A ses cotés, le deuxième (et douzième de notre liste), c'est le roi Ézéchias, c'est ce que je déduis d'une banderole où seules sont visibles les lettres HIAS, avec un h onciale et un I en capitale perlée. Ce fils d'Achaz  régna en 715-686 av JC sur un royaume de Juda que son père avait placé sous la "protection" assyrienne. Jérusalem lui doit la construction du tunnel de Siloé qui amène à Sion les eaux du Gihon.

Inscriptions :

- sur le galon du camail de Zorobabel, se lit OVE(C), mais le O est plus exactement ouvert comme un 6 ou la lettre d en onciale.

- entre les deux rois, le galon de la robe bleue de Jean porte (A)VE / GRAC / ORA (PR), que j'interprète comme des fragments ( inscription fragmentée par les replis du vêtement) de l'Ave Maria : Ave Maria , gratia plena [...] ora pro nobis peccatoribus...

b) Jean l'Évangéliste.

  Comme Marie et comme le Christ, il est entouré de cinq angelots, verts, jaunes et bleus dont les couleurs répondent à celles des vêtements.

  Sa présence est inspirée de Jean, 19,26 qui mentionne la présence de Jean, "le disciple qu'il [Jesus] aimait" au pied de la croix avec Marie, et décrit comment Jesus s'adresse à Marie pour lui dire en désignant Jean "Femme, voilà votre fils", et à Jean " voilà votre mère".

Un siziéme angelot est logé dans la mouchette ou jour en forme de flamme du tympan, répondant à son homologue du coté de marie.


III. La couronne du vitrail.

  Ce terme désignerait la partie qui ferme vers le haut les trois lancettes ; on parle aussi du tympan

Cette couronne  est composée de 4  éléments principaux en forme de pétales s'enroulant autour d'un jour central en forme de coeur lobé, le soufflet ; deux jours triangulaires curvilignes viennent compléter le motif ( j'espère, pour le plaisir que me procure le terme technique,que ce sont des jours d'écoinçon. Il y a des jours comme ça...) 


vitrail 5383c

Le soufflet est en partie récent, puisque si la mitre "est d'époque", les armoiries et la devise Eriti mihi testes, "Vous serez mes témoins" sont celles de Mgr André Fauvel, évêque de Quimper et du Léon de 1949 à 1968, qui vint inaugurer le nouvel autel le 21 décembre 1953.

Les quatre éléments en forme de flamme, de main en prière ou de pétales portent chacun deux anges tenant une couronne : là encore, le contenu de ces couronnes ets de facture récente. Je les numéroterai de la droite vers la gauche de 1 à 4 :

 a) Flammes  1  et 2 :

vitrail 3513c

   La flamme 1, celle du bas représente deux anges tenant une couronne qui présente un voile blanc où sont peints une lanterne et un instrument courbe à manche qui me semble être un allumoir : bref, un tableau consacré au thème de la lumière dont les références évangéliques sont nombreuses.   Il ne se trouve pas d'inscription sur ce panneau.

  La flamme 2 montre deux anges semblables, mais le voile qu'ils présentent porte le dessin d'une croix dont le centre est entouré d'un cercle de chaînes, avec l'image d'une lune et d'un soleil.

  La robe de l'ange supérieur est couverte de lettres d'or, qui s'assemblent en inscriptions : NOB(I)S SAV SODEC SO SODEC ORAS MOESA A (lettres capitales hormis le d de SOdEC en onciale) dans lesquelles on peut retrouver le nom des verriers quimpérois Le Sodec ; le "nobis" est peut-être celui des Litanies à la Vierge (ora pro nobis), ou extrait du Salve regina (nobis post hoc exilium ostende), ou signifier Nous (les verriers Le Sodec).

  L'ange inférieur s'apparie en doublon avec celui de la flamme 3, et va être étudié conjointement.


  

 

b) Flammes 3 et 4 :

vitrail 3514c

  Les deux anges de la flamme 3 tiennent dans la couronne le voile de la Sainte Face, le linge dont une femme essuya le visage du Christ lors de sa montée  du calvaire et sur lequel s'imprima miraculeusement la vraie image, vera icona, veronica, de Jésus.

 En dessous, ce sont les instruments de la passion qui sont présentés, réduits à un marteau, une tenaille et un lien.

Les robes des anges de la flamme 4 et l'ange supérieur de la flamme 3 ne portent pas d'inscriptions, mais des points dorés.

Il nous reste deux anges à examiner, dont la robe porte des inscriptions:


vitrail-5384cc.jpg


Celui de droite porte :SO..SO..VOS..SO...(R)Obn...NEMI..S.EC.SO..F...NC.N

Celui de gauche : SODEC..SEC.ECO..SpC..ODEC..ME...RAS..OMO..ES

Cela a été interprété comme étant en rapport avec les verriers Le Sodec, avec l'apparition possible du prénom Robin.

 

Conclusion :

  Je retiens de ce vitrail certes les excitantes recherches sur les verriers qui en sont les auteurs, de l'atelier Le Sodec à Quimper, certes aussi les énigmes sur les noms des rois, mais surtout la prééminence du culte marial, tant les mentions épigraphiques portées par les personnages semblent se réunir en un grand cantique polyphonique de salutation  à la Vierge et tant sa robe bleue semble capter le regard.

   J'en retiens aussi la présence cachée du Miserere (psaume 50), ce chant pénitentiel et de miséricorde qui fait référence au roi David, à sa faute, à sa punition et à son rachat.

  La position de David est centrale, sur une diagonale qui va du chanoine donateur à genoux vers la Vierge.

  Je postule que ce vitrail est une oeuvre pénitentielle où le donateur, pour se racheter d'un faute ou en réaction à un malheur qui l'a frappé, fait appel à la MISERICORDE de la Vierge en prenant David, sa propre faute punie et pardonnée, et sa propre miséricorde envers son ennemi Hanon à témoin.

  J'ajoute que ce vitrail est bâti près de Quimper en(?) 1525-1530 : Quimper a été particulièrement éprouvée par la peste ( 11 épidémies en 4 siécles) et cette maladie la menaçait au XVème siècle, avec des foyers en France en 1501 (Bretagne), 1522, 1523, 1529, 1531, avant l'épidémie de Quimper en 1533.  Si, en Bretagne, on invoque Saint Roch et Saint Sébastien, en Cornouailles  c'est à la Vierge qu'on demande d'abord protection et pardon pour les fautes que la maladie vient punir : tant N.D de Kerdévot à Ergué-Gabéric tout proche que N.D de Guéodet à Quimper. 

 Ne faut-il pas voir ce vitrail comme une demande de miséricorde à Marie face à la menace de la peste?

 

 

IV. Autres richesses de l'église de Kerfeunteun.

statue de Saint Pierre:

elle se trouve à gauche de la verrière, dans le choeur.

statues 4791cc

 

Pieta:

statue en bois polychrome du XVIème siècle provenant de la chapelle de Ty Mamm Douè

statues 5365

 

Chaire à précher & saint Corentin.

La chaire du XVIIIème siècle présente des panneaux de bois sculptés, peints en couleur bronze sur fond vert, qui représente les évangélistes.


 DSCN1304

 

La porte donnant acces à la chaire montre Saint Corentin. On lit partout qu"Il est reconnaissable à son poisson". Encore faut-il savoir que Saint Corentin est un breton qui avait décidé de se retirer dans un ermitage à Plomodiern, au pied du Menez Homou montagne de Saint Cosme, "pour mieux y vacquer et faire un perpétuel divorce avec le monde". Au lieu d'aller cueillir les mûres et les myrtilles, de pêcher la telline de la plage de Pentrez ou la sardine de la Baie de Douarnenez, Corentin, qui passait ses nuits et ses jours en prières et en oraisons quand il ne se livrait pas aux mortifications de tout ermite qui se respecte ou n'aménageait pas près de sa cabane un petit oratoire un jour, une fontaine l'autre jour, , bénéficiait d'un service de livraison des repas à domicile : lisons Albert le Grand, qui nous a déjà conté la vie de deux contemporains de Corentin, Saint Riok et Saint Guénolé ( Visite de Camaret et de ses inscriptions lapidaires ; tildes et N rétrograde .) : 

   "... Passant en ce lieu les nuits & les jours en prieres & Oraisons, inconnu & retiré de toute conversation humaine, mais chery & consolé de Dieu, qui jamais n'oublie ceux qui, pour son Amour, oublient toutes choses, & fortifié de sa grace contre les attaques & tentations de ses ennemis, & comblé de ses celestes et divines caresses. Pour sa nourriture & sustentation en cette solitude, Dieu faisoit un miracle admirable & continuel; car, encore qu'il se contentast de quelques morceaux de gros pain, qu'il mendioit quelques fois és villages prochains, & quelques herbes & racines sauvages, que la terre produisait d'elle-mesme, sans travail ny industrie humaine, Dieu luy envoya un petit poisson en sa fontaine, lequel, tous les matins, se presentoit au Saint, qui le prenoit & en coupoit une piece pour sa pitance, & le rejetoit dans l'eau, &, tout à l'instant, il se trouvoit tout entier, sans lesion ny blesseure, & ne manquoit, tous les matins, à se présenter à S. Corentin, qui faisoit toûjours de mesme."

   La fontaine de Corentin était capable de faire varier le menu : un jour, deux visiteurs se présentèrent et voilà  Corentin qui s'affaire autour de son bilig :

    "Il leur dressa des crépes (à la mode du païs) qu'il accomoda de quelque peu de farine qu'on luy avoit donnée par aumône és villages prochains; mais Dieu, qui ne délaisse ceux qui ont jetté en luy toute leur espérance, pourveut miraculeusement à la nourriture de ses serviteurs ; car S. Corentin, estant allé puiser de l'eau à la fontaine, la trouva pleine de belles & grosses anguilles, dont il en prit autant qu'il luy fut nécessaire pour festoïer ses hotes, lesquels se retirerent, loüans Dieu qui, par des miracles si signalez, témoignait la Sainteté de son serviteur S. Corentin."

 

 

On comprend mieux pourquoi chaque  statue de Saint Corentin le représente avec un beau poisson à ses pieds:

kerfeunteun 5368

 

 

 


 

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Published by jean-yves cordier
4 novembre 2011 5 04 /11 /novembre /2011 22:57

Lieu : la digue, Goulven

Date : 3 novembre 2011                                                                                                                                                                                                                                                                          La Chrysomèle du peuplier  Chrysomela populi (Linnaeus, 1758) 

  Je l'ai croisé sur ma route entre Goulven-bourg et La Digue, la chrysoméle déguisée en coccinelle : 

chrysomela-populi 4161c

 

chrysomela-populi 4173cc

 

chrysomela-populi 4169cc

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Published by jean-yves cordier
3 novembre 2011 4 03 /11 /novembre /2011 20:22


        Petite épigraphie lapidaire des églises et chapelles du Finistère ;

Où on recherche les tituli, les N rétrogrades et toute curiosité amusante.

                  II : L'Église Saint-Audoën à Rosnoën.


   La commune de Rosnoën domine l'estuaire de l'Aulne, au sud, et la rivière du Faou au nord. On peut l'intégrer fonctionnellement à la Rade de Brest, notamment par son acces maritime aux carriéres de microgranite de Kersanton et à celles de pierre de Logonna. 

  Son nom vient du breton Roz, "colline", et Lohen, nom de saint.

L' église doit son nom à Saint Ouen, dont Audoën est une forme rare. Elle date du VXI-XVIIè siècle et fut restaurée au XIXème. Elle marie superbement la pierre blonde de Logonna avec le gis sombre de Kersanton, répondant ainsi à travers la Rade aux chapelles et églises de Rocamadour à Camaret  de Saint-Sauveur au Faou et de Saint-Sébastien à Saint-Ségal.

I. Inscriptions lapidaires.

1°) La pierre de construction 1562

L'inscription la plus évidente est celle qui se présente dés que l'on arrive par l'entrée Ouest:


rosnoen 3011cc

  

  On y lit en belle écriture gothique : "lan 1562 le 31 de may fut fu(n)de f Tanguy fabricq(ue)".

   Les éléments remarquables sont:

- la pierre, microgranite de Kersanton. Le manoir des Salles à Rosnoën possédait au XVIIe siècle une carrière de kersantite ; la pierre arrivait à bord de navires qui accostait à une cale en contre-bas de l'église.

- l'utilisation de l'écriture gothique. Celle-ci est déjà supplantée en France dans l'imprimerie par l'écriture "humaniste" après les travaux de Geoffroy Tory (1530) et surtout par les créations de Claude Garamond qui grave en 1540 les "grecs du roi", caractères en cursive grecque, rejoignant les caractères d'Aldo Manuce à Venise en 1501 (caractères italiques) 

- le titulus ou tilde sur le u de "fu(n)de" pour mentionner l'omission du "n".

- le "e" suscrit à la fin de "fabricq(ue) en forme d'abréviation de "ue".

- l'orthographe de "fabricque". Selon le Trésor de la Langue Française, le mot apparaît dans notre langue en 1364 pour qualifier le travail du forgeron, puis en 1386-87 avec le sens utilisé dans cette inscription de " conseil chargé d'administrer les fonds et les revenus affectés à l'entretien, à la construction d'une église". Les membres de ce conseil se nomment "fabriciens", mais aussi "fabriques". Je retrouve l'orthographe "fabricque" en 1493 dans le Testament de Pierre Plume à Chartres ( L.FR ROUX, 1860, Second fragment...), dans une ordonnance de Charles VIII de 1495, et dans divers documents : l'usage en semble répandu.

- l'orthographe de "may" : Si l'orthographe "mai" est attestée en 1100 dans la Chanson de Roland (ço est en mai, al premer jur d'ested), la forme may est signalée en 1532 dans la Chronique de Bretagne dans l'expression "planter le may". Les Amours de Ronsard sont datées du 24 May 1553.

- l'élément qui n'est pas le moins remarquable est la beauté sobre, claire, parfaitement lisible de l'écriture gothique, dont les fûts droits  aux empattements modestes sont animés par la souplesse des lettres y, f, d, g, et par le brio de la seule majuscule du texte, le T de Tanguy.

2°) Le vantail de la porte Ouest.


rosnoen 3014c

Je déchiffre : H: HOI SIL & I: GEFF LES FABRIQUE LAN 1700.

  Les éléments remarquables me semblent être :

- la belle durée de conservation d'un élément de menuiserie.

- l'écriture en lettres romaines. 

- l'esperluette ou signe & , jadis la 27è lettre de notre alphabet, qui résulte de la ligature des lettres de la conjonction de coordination "et" et en possède la signification. La perluette, esperluète, fut très utilisée par les moines copistes médiévaux.

- le sens abscons (pour moi) des premiers termes : faut-il lire H.Hoisil comme un patronyme, ou bien H:HO signifie-t-il Honnête Homme, selon un usage répandu?

- le mot FABRIQUE ne possède pas un "R" bien identifiable, et la lettre Q et réalisée comme un P rétrograde. Ce dernier point est néanmoins très souvent rencontré.

- Et, bien-sûr, le N rétrograde que je m'amuse à dénicher et qui m'attendait ici sur ce vantail.

Voir : Visite de Camaret et de ses inscriptions lapidaires ; tildes et N rétrograde .

3°) Le contrefort sud-est de l'abside 

 

rosnoen 3037c

  C'est l'abbé J.M. Abgrall (1846-1926), l'historien du patrimoine religieux du Finistère, qui en déchiffra le texte (Inscriptions gravées et sculptées sur les églises et monuments du Finistère, Bull. Soc. Arch. Finis. 1916, 3-47) : 

Y. Quelfellec . fab. Ce pingnon fut parachevé lan mil cix cent quatre, le 8 juillet.

 J'aurai l'impudence de corriger l'honorable chanoine pour lire 

 y queffuelec fab Le pingnon fut (? "parachevé" ne me semble pas confirmé)  lan m : cix cent quatre le 8è le juillet.

La pierre est en kersantite ; l'écriture gothique est moins lisible que sur l'inscription de 1562 mais les caractères sont arrondis et sans empattements. 

4°) Pierre tombale de l'intérieur de l'église : 

rosnoen 3018c

 

Bien-sûr, c'est l'esperluette que j'admire en premier ; et puis les "deux-points". Je note l'omission de "er" dans le nom Kerléan.

  Cette dalle ,  avec une deuxième dont l'inscription n'est pas lisible mais qui lui est intriquée, sont celles de Marie de Kerlean dame du Parc et Coetnes  et de Gabriel le Veyer, et cet ensemble funéraire en kersantite (?) fut réalisé pour les propriétaires de la Seigneurie du Parc à Rosnoën ; elles sont datées de 1724 et de 1725 et portent les blasons Coetnes et le Veyer (Le Veyer "porte d'or à trois Merlettes de sable").

  Gabriel le Veyer est dit "Seigneur du Parc, de Coëténez et du Ster", époux de Marie-Perronelle de Kerléan.

  La famille du Parc de Rosnoën est de la lignée de Maurice du Parc, l'un des champions du Combat des Trente au chêne de la Lande de Mi-Voix en 1351. Elle arme "d'azur au léopard d'or, au lambel de gueules", reprenant les armes des vicomtes du Faou, brisées d'un lambel.

Le gisant d' Yves le Bervet du Parc (1579-1641), sculpté par Roland Doré lui-même  pour la chapelle Saint-Eutrope en Plougonven est visible au Musée Départemental de Quimper ; mais est-ce la même famille ?:

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  En 1830, le Manoir du Parc était habité par les frères de Pompéry, Théophile, Henri (maire de Rosnoën) et Edouard, qui apportèrent aux Bas-bretons les lumières du Progrès en matière agricole par l'utilisation des engrais marins et l'assolement quadriennal : c'est en leur honneur qu'une statue aux seins généreux, allégorie de l'Agriculture, trône au centre de la Place principale du Faou. Elle a été sculptée par Mathurin Moreau, et inaugurée lors du comice agicole du 16 septembre 1884 :

le-faou 4367c

le-faou 4366c

 

Le socle de la statue est en granit de l'Aber Ildut dont on reconnaît les orthoses roses et les "crapauds" sombres : 

le-faou 4363c

  Tout porterait à croire que Gustave Flaubert s'est servi de ces trois frères comme modèle pour le pharmacien Homais, "correspondant du Fanal de Rouen", membre "de la société agronomique de Rouen, section d'agriculture, classe de pomologie" et spectateur admiratif des Comices Agricoles dans Madame Bovary, personnage qui, s'il n'eut pas eu de frère fortuné pour faire dresser une statue en son honneur sur la Grand-Place d'Yonville, reçut la croix d'honneur. N'apprenons-nous pas par Wikipédia que Théophile de Pompery collabora à un journal républicain, le Phare de la Loire, qu'il devint conseiller général du Faou et président du Comice agricole? Ne lisons-nous pas sous la plume du comte de Gourcy que "MM de Pompery sont parvenus à transformer les pauvres fermiers Bas-bretons en excellents cultivateurs, ayant adopté un assolement alterné", qu'ils sont parvenus à réunir au Comice du Faou jusqu'à soixante juments, qu'ils prodiguent à ces braves gens des leçons d'agriculture en breton, "saisissant toutes les occasions pour instruire ces bons bretons" avec le même zéle, les mêmes convictions que Homais pour chasser les mendiants de sa commune et redresser les pieds-bots,pardon, les "strephopodes". 


 5)° Pierres de construction, placées à l'intérieur de l'église, mur Ouest.


 .rosnoen 3025c

rosnoen 3022c

  

Je déchiffre : M.I.BOULART RECTr / 1674

                   V:& D : MIre F ;LUGVERN Rr ; MIres I. BAUGUION I; CREVEN ; CURES

ce qui se traduit simplement par Messire I. Boulart, recteur, 1674.

  Les lettres V&D en début de la deuxiéme inscription m'aurait dérouté si je ne les avais pas rencontré sur la chaire à précher de Locronan (voir cet article), avec le sens VEN. ET DISC., et si je n'avais pas reconnu dans cette abréviation la formule courante "vénérable et discret" qui précède couramment la mention de noms des membres du clergé, curés, vicaires ou recteurs. Nous lisons donc Vénérable et discret Messire F. Luguern, Recteur : Messires I. Bauguion  I. Creven, curés.

  Le forum Les généalogistes du Finistère mentionnent dans l'ascendance de Marie Guermeur son oncle François Luguern, né le 19-12-1662 à Rosnoën de Tanguy Luguern et Marie Mallegol, recteur à Rosnoën et décédé le 16-04-1732. Notons que ses parrain et marraine étaient François et Catherine Le Veyer, patronyme que nous venons de rencontrer comme Seigneurs du Parc.

Le même fil de discussion mentionne Jean Creven, prêtre à Rosnoën puis recteur à Sizun, fils de Françoise Mallegol et Charles Creven (mariées en 1630).

 Un Bulletin diocésain d'histoire de 1907 mentionne "Jan Bauguion curé de Rosnoên 1685-1717".


 5°) Le titulus du rétable 

           rosnoen 3028c  

Le retable architecturé du maître-autel date de 1713 ; il serait l'oeuvre du menuisier et sculpteur Pierre Costiou, du Faou. Sous le regard et la bénédiction de Dieu le Père, assisté de son fidèle Saint-Esprit, deux niches latèrales reçoivent les sattues de Saint Audoën et d'un apôtre. La niche sud est surmontée de l'inscription Mãr, le titulus valant sans-doute abréviation pour Maria.

II. Autres curiosités. 

1°) Statue de Saint Roch.

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Statue de bois recouvert de peinture polychrome et doré, du XVIIè, représentant Saint Roch, bourdon à la main, bourse à la ceinture, montrant le bubon de peste de sa cuisse droite tandis qu'un chien lui apporte dans sa gueule un pain. 

   C'est l'iconographie traditionnelle de ce saint qui aurait vécu de 1340 à 1379 , ce Roch de Montpellier dont l'hagiographie raconte qu'après avoir distribué ses biens aux pauvres, il partit en pélerinage à Rome et soigna, grace aux connaissances acquises à la célèbre École de médecine de Montpellier et à l'usage de la lancette (bistouri), les "bubons" ou ganglions infectés de la peste bubonique. Rappellons que la Peste Noire a sévit en Europe de 1347 à 1352 en frappant trois à cinq personnes sur dix.

  Le bon Saint Roch finit par attraper la maladie, et se retira dans une forêt pour ne contaminer personne, secouru par un chien miraculeux qui dérobait pour lui un morceau de pain à la table de son maître : on le nomma Roquet, ou Saint Roquet, et c'est l'origine de notre "roquet".

  Le culte de Saint Roch est extrémement répandu dans le monde entier : patron des pélerins, des chirurgiens, des apothicaires, des tailleurs de pierre et de nombreuses confréries ou corporations, il fut invoqué contre toutes les épidémies, qu'elles frappent l'homme comme le bétail, ou la vigne. 

  La peste a atteint la Bretagne, où elle fut signalée à Quimper en 1348, 1412, 1480, 1533, 1564 et 1565, 1586, 1594 et 1595, 1636,1757 et 1758, mais aussi à Plougastel-daoulas en 1598 et à Pluescat et Cleder en 1627 et 1628 (source : Wikipédia): c'est dire que la protection de Saint Roch pouvait être sollicitée en Finistère au XVIe et XVIIe siècles.

  

2°) Statue de Saint Audoën

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3°) statue géminée de Roland Doré :

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   Elle provient du calvaire de Rosnoën démantelé en 1895 et a été sculptée par le maître sculpteur de Landerneau Roland Doré en 1644 ; elle est actuellement placé à l'est du chevet de l'église où elle encadre, avec une pieta et une autre statue, le monument aux morts. Elle est en kersantite, et représente une sainte femme et un saint évêque bénissant. J'admire le drapé de la sainte, et le témoignage qu'il apporte sur le vêtement du XVIIe.

4°) les gargouilles coté est.

 

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5°) Le Porche sud : Saint Yves ?

 

rosnoen 3057c

  Au sommet du pignon se trouve cette tête d'un homme moustachu, coiffée d'un bonnet.

rosnoen 3098

   Rien n'indique qui est ici représenté, mais je propose d'y reconnaître Saint Yves en rapprochant ces traits d'autres représentations du saint : 

Ainsi à Guimiliau on trouve une statue en pierre du saint moustachu, également coiffé du bonnet carré et tenant à la main une bourse:

DSCN0378c

A l'interieur de l'église de Guimiliau la statue de bois le montre en robe d'avocat sur la soutane, tenant en main des rôles de proces et de l'autre la barrette, comme surpris en pleine plaidoirie: et là encore, la lèvre supérieure s'orne d'une moustache qui semble, avec la bourse, la barrette, la sacoche et la robe d'avocat, appartenir à la liste des attributs du saint.

DSCN0406c

 

6°) Porche sud :La statue de Saint Rosnoën :

c'est un monolithe de pierre de kersanton qui, selon l'inventaire général du patrimoine culturel a été sculptée en milieu du 16e siécle par Bastien et Henri Prigent, auteurs de plusieurs calvaires.

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7°)  Le cadran solaire du clocher :

Ce cadran d'ardoise est en mauvais état et la partie supérieure du motif gravé est partiellement effacée. J'y discerne pourtant une date (16..) et le dessin dédoublé d'un animal dressé dont les pattes antérieures maintiennent un cadre.

 

rosnoen 3094

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  Ce cadran ressemble à d'autres, qui sont beaucoup mieux conservés et qui aident à interpréter le motif de Rosnoën:

Cadran solaire du clocher d'Irvillac :

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Cadran solaire de Landerneau :


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Published by jean-yves cordier
1 novembre 2011 2 01 /11 /novembre /2011 19:11

  Lieu : Locronan et Briec sur Odet

  Date : 1er novembre midi:

                     Harmonia axyridis la coccinelle asiatique sur Finistère

   L'année dernière, je ne l'avais observée que lors d'un déplacement en Normandie(*), mais cette annèe c'est bien dans le Finistère, et plus exactement sur le mot Finistère d'un panneau touristique décrivant l'Église Saint-Pierre de Briec-sur-Odet que je l'ai observé, un peu après avoir partagé avec une autre, une miette de ma part de far breton lors de mon pique-nique à Locronan.

(*) : rencontre Asie-Californie : la coccinelle et la punaise.

 

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Published by jean-yves cordier
21 octobre 2011 5 21 /10 /octobre /2011 11:31

 

Petite étude épigraphique de l'Annonciation d' Ambrogio Lorenzetti.

 

 

    Faut-il tout dire, tout écrire, tout prononcer tout expliciter ou tout montrer? J'aime les signes muets, les détails énigmatiques qu'un artiste place dans son oeuvre, et dont la découverte réveille les joies de retrouvailles secrètes. Ainsi du tilde, ou titulus.

I. Le titulus

 -a) le titulus latin

  C'est au départ un écriteau, dont le nom latin qui signifie "marque, inscription" a donné en français title ( "signe abréviatif" , Huon de Beauvais, au XIIIème siècle) puis "titre". dans le monde latin ce titulus désignait autant une affiche portant  la mention "à vendre" placardée sur une maison, ou ce panonceau que les légionnaires défilant en retour de campagne portent au bout d'un long bâton pour y inscrire le nom des villes qu'ils ont vaincu, ou une étiquette sur une bouteille, une enseigne de magasin, ou encore un écriteau pendu au cou des esclaves à vendre.

-b) le Titulus Crucis.

  Dans l'antiquité, le titulus, c'est aussi un insigne infamant servant à indiquer les crimes commis par un condamné et que celui-ci doit porter à son cou, avant qu'il ne soit fixé au dessus du poteau de justice au dessus de sa tête.

  Selon l'évangile de Jean (Jn,19,19), lorsque Ponce-Pilate condamna Jésus à la crucifixion, il dicta l'intitulé du titulus afin qu'il porte en latin, en hébreu et en grec  ceci: IESVS NAZARENVS REX IUDAEORVM, "Jésus de Nazareth Roi des juifs", dont les initiales composent le fameux INRI retrouvé sur toutes les représentations de la crucifixion.  Ce panneau, dont la relique est toujours conservée à Rome à la Basilique Ste Croix de Jérusalem sous forme d'une planche de noyer datant du 1er siècle, ou du XIème siècle, est connu sous le nom de Titulus Crucis.

-c) le titulus palèographique

  C'est un signe tracé au dessus d'une lettre (trait suscrit) pour indiquer l'omission d'une autre lettre dans les textes latins sous forme d'un simple trait droit puis ondulé. Son usage comme marque abréviative est très répandu dans les manuscrits occidentaux, sans-doute pour économiser la place sur les parchemins onéreux, pour économiser le labeur du copiste, ou par ces abréviations devenues si courantes qu'elles deviennent automatiques. Ainsi bõ signifie bon, 

-d) le tilde

Sous le nom de tilde, d'origine castillane (proche de notre title), on  retrouve le titulus dans les premiers livres imprimés ou incunables, mais aussi jusqu'au XVIIIème siècle dans les éditions courante.

  En Espagne, il devient le signe de la suspension, ou omission abréviative, d' une consonne n altérée, sous forme désormais toujours ondulée de ñ.

   C'est ce tilde qu'il est amusant de chercher, en compagnie d'autres symboles abréviatifs ou typographiques, dans les vieux ouvrages, dans les inscriptions lapidaires, ou sur les tableaux de nos musées, aiguisant le plaisir de déchiffrer les textes abscons, ou procurant le plaisir des retrouvailles avec un signe crypté.

II. L'Annonciation d'Ambrogio Lorenzetti.

  Ambrogio Lorenzetti (1290-1348) est un peintre siennois comme son frère ainé Pietro. Il peignit en 1344 un tableau de 122cm x120 destiné à l'Ufficio della Gabella de Sienne représentant une annonciation, qui fut placé dans la salle du consistoire du Palazzo Pubblico, avant de rejoindre les collections de la Pinacoteca Nazionale, où il est visible et où je l'ai photographié après acquittement d'une gabelle imposée sur les appareils photo...

  Le thème de l'Annonciation est une illustration du début de l'Évangile de St Luc, 1, 26-38. Le tableau est donc la mise en image d'un texte sacré, mais aussi l'animation et la représentation de ce texte lui-même, dans sa version latine. L'introduction d'inscriptions et de lettres dans un tableau ne débute à Sienne que vers 1300, et cette Annonciation est un exemple particulièrement remarquable de cette introduction de l'épigraphie dans l'image.


DSCN6170ccc

 


   Le tableau est construit selon des axes qui sont ceux des paroles de trois protagonistes : Gabriel, l'ange ; Marie, la Vierge ; et Dieu , au sommet et au centre.


Sans titannonciation lorenzetti

 

  La parole du bon-messager (eu-vangelos) part de sa bouche pour atteindre la gorge de Marie. Elle vient alors entourer en auréole la tête de la jeune femme. La réponse de Marie monte vers l'interlocuteur divin. La parole de Dieu devient alors efficiente sous forme d'une colonne verticale et posée au sol, colonne qui représente le Christ selon un symbole connu de tous, columna est Christus.

  En même temps, cette parole devient fécondatrice par l'intermédiaire de la colombe (peu visible) de l'Esprit Saint qui , issue des Cieux,s'envole selon un axe qui va aboutir à l'oreille de la Vierge, puisque c'est par l'oreille, "per aurem, non per uterum", selon l'hymne de St Ephrem de 373 ou selon St Augustin que la parole de Dieu entra.

  L'ange Gabriel désigne celui qui l'envoie par un geste du pouce que Daniel Arasse a nommé "le geste de l'auto-stoppeur" ( Histoires de peintures,Denoël, 2004) .

DSCN6172c

Allons maintenant chercher les titulus : ils sont, ici, particulièrement soignés, avec un graphisme élaboré : voici le à :


DSCN6255cc

revenons au texte évangélique: 

28 : L'ange entra chez elle et dit: je te salue, toi à qui une grâce a été faite ; le seigneur est avec toi  Et ingressus ad eam dixit: "Ave, gratia plena, Dominus tecum benedicta tu in mulieribus

29 : Troublée par cette parole, Marie se demandait ce que pouvait signifier une telle salutation.

  

  Ce sont les paroles de l'ange qui sont inscrites en lettres d'or dans l'auréole qui ceint la tête de la Vierge : AVE MARIA GRATIA PLENA DOMINUS TECUM. La lettre finale  S de DOMINUS est placée en hauteur sous la forme réduite d'un signe particulier.  C'est  notre première trouvaille.

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30 L'ange lui dit : ne crains point, Marie, car tu as trouvé grâce devant Dieu.

31 Et voici : tu deviendras enceinte, et tu enfanteras un fils, et tu lui donneras le nom de Jésus.

32 Il sera grand et appelé Fils du Très-Haut, et le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David, son père

33 Il régnera sur la maison de Jacob éternellement, et son règne n'aura point de fin

34 Marie dit à l'ange : comment cela se fera-t-il, puisque je ne connais point d'homme?

35 L'ange lui répondit : le Saint Esprit viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te couvrira de son ombre. C'est pourquoi le saint enfant qui naîtra de toi sera appelé Fils de Dieu

36 Voici, Elisabeth a conçu, elle aussi, un fils en sa vieillesse, et elle qui était appelée stérile est dans son sixième mois

37 car rien n'est impossible à Dieu / quia non erit inpossibile apud Deum omne verbum

 C'est cette phrase qui court entre les lèvres de l'ange et la gorge, ou le haut de la poitrine de la Vierge qui croise ses mains sous cet impact dans un geste où se mêle l'effroi ou le bouleversement de l'émotion et l'acceptation du "fiat". Cette phrase passe sous la palme de l'archange puis sous la colonne christique. C'est elle qui présente un titulus sur le i de IMPOSSIBILE, pour signaler l'omission du M (en réalité du N, car en latin on écrit inpossibile).

 

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  De l'autre coté de la colonne, du coté marial, nous trouvons un titulus ou tilde sur le V de DEVM pour signaler l'omission du M. 

  Un autre Titulus signale l'omission du MN du OMNE.

  Enfin un autre signe abréviatif (**) vient remplacer les deux lettres ER du mot VERBUM.

On voit donc que l'usage du titulus est parfaitement conforme à l'usage et n'est employé que pour signaler l'omission des lettres M ou N.

 

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Errata sur l'image : la référence évangélique est Luc, 1 : 37

 

 Nous reprenons notre lecture :

38 Marie dit : Je suis la servante du Seigneur ; qu'il me soit fait selon ta parole. Et l'ange la quitta. Dixit autem Maria ecce ancilla domini fiat mihi secundum verbum tuum et discessit ab illa angelus.

Là encore, les paroles sacrées sont creusées par le signe du retrait, du vide par omission des consonnes nasales, tant pour le mot ANCILLA écrit ÃCILLA que pour celui de DOMINI qui est écrit DÑI. 

On aperçoit le Saint Esprit qui se dépêche de voler à l'oreille de Marie.


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Errata : la référence évangélique est Luc, 1 :38

  On aura compris que cet article se situe dans l' impulsion du livre de Daniel Arasse sur l'étude des détails en peinture. Revenons alors sur le visage de la Vierge :

DSCN6250cc

  On y remarque une boucle d'oreille. Pendant tout le Moyen-Âge, et longtemps après encore dans la société catholique, le port d'une boucle était réservé aux parias, aux marins, ... et il figure ici comme un signe de la judéité de Marie, un signe distinctif dont le port était imposé aux femmes juives de l'Italie médiévale avant le port du cercle puis de l'étoile : dans l'iconographie médiévale, la représentation d'un sujet portant une boucle est exceptionnelle, et toujours significative, retrouvée ainsi à l'oreille de Balthazar*, le roi mage qui offre la myrrhe et qui est noir, ou bien à celle des bourreaux du Christ, comme sur cette Déposition de Giovanni Antonio Bazzi dit El Sodoma, que l'on admire aussi à la Pinacothèque de Sienne. Porter une boucle est alors considéré comme une transgression à la règle qui veut qu'on respecte l'intégrité du corps, tout comme l'on interdisait les dissections.

 *  Les vitraux de l'église des Iffs ( seconde partie : les chapelles).

  Le "méchant" porte non seulement la boucle, mais aussi la barbe tirant sur le roux et les vêtements "mi-parti" aux culottes à "crevés", cumulant tous les signes d'infamie ou de nature satanique: tout le contraire des personnages habillés de vêtements unis, comme la Vierge, Sainte Cleophas et Sainte Marie-Madeleine au premier plan. La société médiévale considère l'uni comme signe du pur, donc du bon et du divin, et le bariolé, le fragmenté, le rayé, ou le mélangé comme signe du maléfique. 


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   Conclusion

Toute oeuvre d'art est une Annonciation, qui révèle au spectateur les capacités créatrices qui sommeillaient en lui et féconde son imagination. Mais si c'est "par l'oreille" que l'oeuvre fera son travail, ce ne sera pas par les évidences criantes, mais par les tildes, les vides, par les creux, les manques, par les silences et les omissions qui ouvriront des espaces pour le possible à venir.

   Chut : un ange passe!

 

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Published by jean-yves cordier
16 octobre 2011 7 16 /10 /octobre /2011 19:42

Lieu : Camaret

Date : 16 octobre 2011

 

                    Le bal des Pouce-pieds Pollicipes pollicipes  (Gmelin,1789) .

 

   Sont-ce des tableaux de Dubuffet ?

Des calissons d'Aix à la framboise ?

Un vitrail au plomb de Tiffany ?

Une colonie  de macareux ?

Sont-ce des becs d'huîtrie-pie ?

 Des gants et dès à coudre de sorcière ?

 

 

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Et au fond des mares, anémone s' étire après la longue sièste de la marèe basse.

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Merci à Michel David, président de la section locale de Bretagne Vivante, de m'avoir si gentiment indiqué ce site.

 

 

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  • : Le blog de jean-yves cordier
  • : 1) Une étude détaillée des monuments et œuvres artistiques et culturels, en Bretagne particulièrement, par le biais de mes photographies. Je privilégie les vitraux et la statuaire. 2) Une étude des noms de papillons et libellules (Zoonymie) observés en Bretagne.
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