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15 décembre 2011 4 15 /12 /décembre /2011 09:13

 

                                   Les vitraux de l'église St Thurien

                           à Plogonnec,  

                  III : La Transfiguration.


 

 

 

 

      Dans l'église de Plogonnec, ce vitrail du XVIème siècle trouve placé dans une baie (Baie 1) située à droite du choeur, au nord, au dessus de l'autel d'une chapelle dédiée au XVIIème siècle à Notre-Dame, puis au XVIIIème siècle à Saint-Sébastien, et alors entouré des statues de St Sébastien et de St Roch, puis au XIX et XXème, toujours à saint-Sébastien mais avec des statues de Ste Catherine et de Ste Monique. (R. Barrié, 1983).

   Il est daté de 1520 par le Corpus Vitrearum, et il est certain qu'il provient, comme les autre verriéres de Plogonnec, de l'atelier principal de Quimper, donc quasi-certainement de l'atelier des Le Sodec, qui réalisait à la même époque les  vitraux de la nef de la cathédrale de Quimper, l'arbre de Jessé de Kerfeuteun et dont on reconnait les cartons et ornements employés à Ergué-Gaberic, à Penmarc'h, ou à Saint-Conogan de Lanvenegen (56), dans le vitrail de la Transfiguration de Sainte-Barbe au Faouët. Récemment, le maître-verrier quimpérois Jean-Pierre Le Bihan a dressé une synthèse des oeuvres attribuables à cet atelier et des arguments de cette attribution :http://jeanpierrelebihan.over-blog.com/400-categorie-796391.html Personne sans-doute n'a plus de compètence pour le faire.

  Il est composé de trois lancettes de cinq panneaux fixés par quatre barlotières, alors que le remplage du tympan délimite un oculus central de deux mouchettes.

  Je le décrirai de bas en haut et de gauche à droite, intitulant les lancettes respectivement A, B, C, et numérotant les étages verticaux de 1 à 5.

  Sa couleur dominante est le rouge, qui est aussi la couleur du ciel, alternant avec le blanc des architectures.

                                       transfiguration 4426c

 

      A première vue, il semble superposer deux thèmes iconographiques différents : en bas, deux statues de saintes, en pied, entourant une Vierge à l'enfant, sans rapport apparent avec la partie supérieure qui représente la Transfiguration, et le Christ au sommet d'une montagne. Mais la cohérence se trouve dans une lecture théologique inspirée des Carmes où la Vierge et deux figures mariales, deux épouses mystiques du Christ, Marie-Madeleine et Catherine d'Alexandrie, guident le fidèle dans son ascension vers la métamorphose de la conversion.

 

 

 

 

I. Registre inférieur :

  Il semble indépendant des registres sus-jacents en présentant deux saintes, debout, encadrant une Vierge à l'enfant.

1) Panneaux A1 et A2 : Sainte Marie-Madeleine :

   Marie-Madeleine est, dans l'église catholique, La grande figure de la Pénitente, la courtisane repentie qui a abandonné le luxe et la débauche pour l'ascése : sa place dans ce vitrail peut se situer dans le grand courant pénitentiel qui suit les épidémies.

  On considère que c'est elle dont parle l'évangile de Luc, 7, 37-38 :

       Et voici, une femme pécheresse qui se trouvait dans la ville, ayant su qu’il était à table dans la maison du pharisien, apporta un vase d’albâtre plein de parfum, et se tint derrière, aux pieds de Jésus. Elle pleurait ; et bientôt elle lui mouilla les pieds de ses larmes, puis les essuya avec ses cheveux, les baisa, et les oignit de parfum.


C'est la raison pour laquelle on la représente avec un flacon de parfum, et de très longs cheveux déliés.

  Plus loin Luc,(8, 2) mentionne une autre femme : 

Les douze étaient avec lui et quelques femmes qui avaient été guéries d’esprits malins et de maladies : Marie, dite de Magdala, de laquelle étaient sortis sept démons,

  Et on considère qu'il s'agit de la même pécheresse. Et c'est encore elle, Marie magdalennéenne ou Madeleine, qui est au pied de la Croix avec Marie et Jean : Matthieu, 27, 55-56 . Cela en fait une disciple privilégièe, qui serait "la préférée de Jésus" pour reprendre le qualificatif qu'on attribue à Jean.

         Il y avait là plusieurs femmes qui regardaient de loin ; qui avaient accompagné Jésus depuis la Galilée,              pour le servir.Parmi elles étaient Marie de Magdala, Marie, mère de Jacques et de Joseph, et la mère des fils de Zébédée.

   C'est aussi elle, forcément, elle qui est experte en parfum, qui se prépare à aller embaumer le corps de Jésus lors de la mise au tombeau : Luc, 23, 55-56 et 24, 1-2.

         Les femmes qui étaient venues de la Galilée avec Jésus accompagnèrent Joseph, virent le sépulcre et la manière dont le corps de Jésus y fut déposé. et, s’en étant retournées, elles préparèrent des aromates et des parfums. Puis elles se reposèrent le jour du sabbat, selon la loi.

         Le premier jour de la semaine, elles se rendirent au sépulcre de grand matin, portant les aromates qu’elles avaient préparés. Elles trouvèrent que la pierre avait été roulée de devant le sépulcre.

Matthieu 28,1-4  :

     Après le sabbat, à l’aube du premier jour de la semaine, Marie de Magdala et l’autre Marie allèrent voir le sépulcre.Et voici, il y eut un grand tremblement de terre ; car un ange du Seigneur descendit du ciel, vint rouler la pierre, et s’assit dessus.Son aspect était comme l’éclair, et son vêtement blanc comme la neige.Les gardes tremblèrent de peur, et devinrent comme morts.

 

Enfin, c'est elle qui découvre le tombeau vide, et qui annonce la ressurection à Pierre, et c'est surtout elle qui rencontre le Christ habillé en jardinier, c'est elle qui l'appelle du doux diminutif tendre de Rabbouni, elle à qui s' adresse la phrase fameuse : Noli me tangere.

 

 

 

        Cependant Marie se tenait dehors près du sépulcre, et pleurait. Comme elle pleurait, elle se baissa pour regarder dans le sépulcre ; et elle vit deux anges vêtus de blanc, assis à la place où avait été couché le corps de Jésus, l’un à la tête, l’autre aux pieds.Ils lui dirent : Femme, pourquoi pleures-tu ? Elle leur répondit : Parce qu’ils ont enlevé mon Seigneur, et je ne sais où ils l’ont mis. En disant cela, elle se retourna, et elle vit Jésus debout ; mais elle ne savait pas que c’était Jésus.

     Jésus lui dit : Femme, pourquoi pleures-tu ? Qui cherches-tu ? Elle, pensant que c’était le jardinier, lui dit : Seigneur, si c’est toi qui l’as emporté, dis-moi où tu l’as mis, et je le prendrai. Jésus lui dit : Marie ! Elle se retourna, et lui dit en hébreu : Rabbouni ! c’est-à-dire, Maître ! Jésus lui dit : Ne me touche pas ; car je ne suis pas encore monté vers mon Père. Mais va trouver mes frères, et dis-leur que je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu.

 

   Non contente de tenir de tenir tous ces rôles de Prima donna, elle s'est fait attribuer aussi par la tradition celui de Marie de Bethanie, la soeur de Lazare et de Marthe, celle qui reste assise aux pieds de Jésus pour l'écouter alors que sa soeur s'agite pour recevoir son hôte, s'irritant que rien ne soit prêt, qu'il manque un verre à pied, que la nappe n'est pas propre et que Marie aurait au moins pu s'occuper de mettre le bouquet de fleur apporté par son "rabbouni" dans un vase.

  En tout cas, la pécheresse de Luc 7, 37  et Marie de Bethanie partagent le goût des parfums  : Jean 12, 1-3

  Six jours avant la Pâque, Jésus vint à Béthanie, où était Lazare que Jésus avait ressuscité d'entre les morts. On lui fit là un repas. Marthe servait. Lazare était l'un des convives. Alors Marie, prenant une livre d'un parfum de nard pur, de grand prix, oignit les pieds de Jèsus et les essuya avec ses cheveux ; et la maison s'emplit de la senteur du parfum.

On entend Marthe qui maugrée. Un flacon qui valait trois cents deniers !

 

  C'est Grégoire le Grand, le pape, qui fit jouer son infaillibilité pour décréter que ces trois femmes n'en faisait qu'une. Mais comme c'était encore un peu court, au XIIème siècle, Jacques de Voragine lui écrivit dans sa Légende dorée un petit script final : après la Passion, elle est persécutée comme chrétienne et s'embarque avec Marthe, Lazare, Marie  Salomé, Marie Jacobé et Joseph d'Arimatie qui emporte le Saint Graal sur une nef qui finit par s'échouer à Marseille. Pendant que les autres mènent leur carrière, elle grimpe en haut du massif de la Sainte Baume dans un ermitage où elle vit pendant trente ans (tranquille sans sa soeur Marie) dans un ermitage, comme une sauvage, ses cheveux lui faisant comme une peau de bête, méditant sur les vanités de ce bas monde, contemplant à l'aide d'une bougie un vieux crâne pour servir de speculum poenitentiae, d'exemple de pénitence à tous les prédicateurs qui, le 22 juillet, chercheront à convaincre leurs contemporains du Moyen-Âge des illusions de la luxure. Les voutes romanes, les ogives gothiques retentissent encore du latin de leur prêche :

"Nos ergo, nos illa mullier expressit, si toto corde ad Dominum post peccata redeamus, si ejus poenitentia luctus imitemur" , "Qui est cette femme si ce n'est nous mêmes, nous si après que nous ayons pêché nous nous précipitons de tout notre coeur vers Dieu et que nous imitons l'affliction de ses pénitences". (Grégoire le Grand, Homélie XXXIII citée par Élisabeth Pinto-Mathieu, Marie-Madeleine dans la littérature du Moyen-Âge).

 

  Sainte Marie-Madeleine devint ainsi une des saintes les plus invoquées et la dévotion à cette seconde Marie  se rapprocha de celle à la Vierge, en devenant par sa nature peccamineuse rachetée par la pénitence une figure intermédiaire et d'intercession entre le fidèle et l' Immaculée.

  Sainte patronne des filles perdues (on crée dans les villes des Madeleines pour le relèvement des filles perdues), des apothicaires (à cause des aromates), elle fut surtout, en raison de son lien avec Lazare ressuscité des morts, et de sa présence lors de la Mise au tombeau, la patronne des hôpitaux et des Hôtel-Dieu, des maladreries et des lazarets, de tous les villages où les lépreux étaient consignés et mis au ban de la société.

  Ce long préambule me permet d'étudier la Madeleine représentée à Plogonnec, pour voir tout-de-suite que ce n'est pas l'ermite sauvageonne qui y est montrée, ni la courtisane suggestive au luxe ostentatoire, ni l'allégorie de la pécheresse repentie, mais une Sainte Femme, sagement vêtue, que seul le flacon de parfum qu'elle tend, ouvert, vers sa gauche permet d'identifier. Elle se rapproche en cela de la Sainte Marie-Madeleine qui intercédait au profit de Marie de Tromelin dans le vitrail de Saint-Sébastien. Elle est aussi conforme à l'iconographie régionale de Marie-Madeleine, car Roger Barrié assure qu'en Bretagne où son culte s'étend du XIIème au XVIIème siècle, on ne trouve que des représentations de la dévote parfumeuse du Christ, la femme sobrement élégante, dévouée, affligée, celle du matin de Pâques : l'amoureuse qui détourne la douleur du deuil en une douce sollicitude envers le corps défait de son Maître. C'est en effet cette figure que je retrouve, par exemple, dans le rétable de la descente de croix de Pencran, ou dans la Mise au tombeau du Penity de Locronan, de la cathédrale Saint Corentin de Qumper ou de l'église de Lampaul Guimiliau:

pencran (1)      pencran (2)

locronan

 

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DSCN0326c   DSCN0329c

 

  En comparaison, l'iconographie de Sainte Madeleine à la pinacothèque de Sienne : femme sauvage et cheveux longs :

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Description du vitrail.

   Ses cheveux blonds sont coiffés d'un voile blanc qui descend sur ses épaules avant d'être noué sous le cou. Quelque mèches s'échappent dans le dos. Marie-Madeleine est vêtue d'une robe de coupe simple, au tissu bleu décoré de carrés centrés par des ronds en motif répétitif. Néanmoins, cette robe n'est pas si simple puisqu'elle s'arrête au dessus du coude, pour se prolonger par des manchettes du même tissu qui libèrent de grandes manches pendantes blanches. La chemise blanche apparaît au coude. La robe descend jusqu'aux pieds, qu'elle dissimule. Un grand manteau blanc brodé de quatre-feuilles d'or est fermé, au col, par une broche ronde centré par un cabochon bleu, et est cintrée par une ceinture lie-de-vin fermée par un noeud de passementerie. Le manteau, au lieu d'être fixé par une fibule pour ne pas embarrasser la jambe lors du passage du pas, se relève en un large pli qui retombe sur l'avant-bras droit.

  Le galon du manteau est couvert d'inscriptions :

VITADVRCEDOEXPESITOOSTRASALE...

VI...DEPS...ES...RENOSTERVNS, (avec le dernier N rétrograde) SALVE. REGINA. MISERICORD/EVIT.

SVOVOLISISAMEN NOVELVOESATERASOS...VO

SVOTRAVELCAVLIAO


NOEVOSEROMOSVO

OEV...SERO...

SVOVOROBINSOVO...VOBISNISORO

ORA PRONOBIS.AMEN

SALVEREGIN : MISERICORDIAVITADVRCED
 

  J'ai souligné les seuls éléments déchiffrables qui sont l'Ora pro nobis. Amen (priez pour nous) et les deux occurrences du  Salve Regina : Salve, Regina, mater misericordiae. Vita, dulcedo et spes nostra, salve, avec la forme durced fautive pour dulced(o), que l'on retrouve sous une forme dégradée dans le fragment initial Vitadurcedoexpesitoostrasale .

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  Derrière l'auréole, en bandeau supérieur de la lourde tenture rouge à frange d'or de l'arrière-plan, une bande jaune doublement ourlée porte une inscription en lettres latines :

  - du coté droit : SALVE REGI avec les lettres LV conjointes et minuscules et la lettre G en onciale. C'est bien-sûr, le début de l'antienne du Salve Regina.

  - du coté gauche : LONREANS qui serait selon Roger Barrié la signature du maître-verrier Laurent Le Sodec.

 

Marie-Madeleine illuminatrice :

 - On comprend mieux que le concepteur de ce vitrail ait placé, sous la représentation d'une Transfiguration montrant le corps du Christ irradié de lumière, cette Marie-Madeleine si on connaît les commentaires du dominicain Raban Maur dans son Bréviaire de Provence :

"Marie signifie mer amère, ou illuminatrice, ou illuminée. Ces trois significations font comprendre les trois excellentes parts qu’elle a choisies, savoir : la part de la pénitence, de la contemplation intérieure et de la gloire céleste. C’est de ces trois parts que le Seigneur a dit : «Marie  a choisi une excellente part qui ne lui sera pas enlevée. » La première part ne lui sera pas enlevée à cause de la fin qu’elle se proposait d’acquérir, la béatitude ; ni la seconde à cause de la continuité, parce que la contemplation de la vie est continuée par la contemplation de la patrie : ni la troisième en raison de son éternité. En tant donc qu’elle a choisi l’excellente part de pénitence, elle est appelée mer amère, parce qu’elle y eut beaucoup d'amertumes : ce qui est clair par l’abondance des larmes qu’elle répandit et avec lesquelles elle lava les pieds du Seigneur. En tant qu’elle a choisi l’excellente part de la gloire céleste, elle reçoit le nom d’illuminatrice, parce qu’elle y a reçu avec avidité ce qu’elle a dans la suite rendu avec abondance : elle y a reçu la lumière avec laquelle elle a plus tard éclairé les autres. En tant qu’elle a choisi l’excellente part de la gloire céleste, elle est nommée illuminée, parce qu’elle est maintenant illuminée dans son esprit par la lumière de la parfaite connaissance, et que, dans son corps, elle sera illuminée de clarté. Madeleine veut dire restant coupable (manens rea) ou bien encore munie, invaincue, magnifique, qualités qui indiquent ce qu’elle fut avant, pendant, et après sa conversion.Avant sa conversion en. effet, elle restait coupable et engagée a la damnation éternelle ; pendant sa conversion, elle était munie et invaincue, parce qu’elle était armée de pénitence ; elle se munit donc excellemment de toutes les armes de la pénitence ; car autant elle a eu de délectation, autant elle en a fait l’objet de ses holocaustes. Après sa conversion elle fut magnifique par la surabondance de grâces, car où avait abondé le péché, là a surabondé la grâce."

  -  Il existe une autre raison pour associer Marie-Madeleine à une Transfiguration, car c'est elle, au matin de Pâques, qui a vu le corps ressuscité de Jésus, corps métamorphosé dont la transfiguration était la manifestation anticipée.


2) Panneaux B1 et B2 : Vierge à l'enfant :

  La Vierge est couronnée d'or, elle porte autour de la tête un voile noué se divisant en deux pointes sur la poitrine, une robe mauve, et un grand manteau bleu ciel au beau drapé. Elle présente à l'enfant un fruit épluché peu identifiable, à la peau couleur d'agrume et à la pulpe recouverte d'une pellicule blanche  comme une orange. L'Enfant Jésus qui tient le même fruit non épluché de la main gauche, tend la main droite en un geste charmant. Il est vêtu d'une robe verte fermée par un bouton de col, et d'une chemise bleu-clair.

  La robe possède des détails intéressants, en particulier la forme du revers et de l'évasement de la manche, mais aussi une fente dotée d'une tirette (au dessus du fruit), et un rectangle surpiqué comme une sorte de poche, sous la main droite.

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3) Panneaux C1 et C2 : Sainte Catherine :

 

a) le thème :

Que vient faire Sainte Catherine dans un vitrail sur la Transfiguration ?

  Rappelons d'abord qui est Sainte Catherine d'Alexandrie : Née vers 290 à Alexandrie en Egypte, elle est la fille d'un noble seigneur, Constus. La jeune et belle aristocrate était une chrétienne lettrée qui rentra en conflit avec l'empereur romain Maxence, ou Maximien qui s'était rendu à Alexandrie pour une fête païenne. Ses arguments contre le culte des idoles étaient si solidement construits que Maxence fit rassembler 50 philosophes pour lui répondre, mais ce fut Catherine qui les convertit à ses idées. L'empereur les condamna au bûcher, et condamna la jolie jeune fille...à l'épouser. Elle expliqua que cela lui était totalement impossible car, une nuit de prière, elle avait vu le Christ lui remettre un anneau d'or : c'est le fameux Mariage Mystique. Face à ce refus, Maxence la fit emprisonner et décida qu'elle serait suppliciée par quatre roues armées de pointes et de lances acérées. A son grand dam, les roues se brisèrent sur le corps de la vierge bouquineuse, projetant violemment leurs fragments sur les romains, et tuant 4000 soldats.

Dépité, il la fit décapiter, mais son corps fut transporté par des anges sur le Mont Sainte Catherine, proche du Mont Sinaï. Cinq cent ans plus tard, des moines, découvrant le corps d'une très belle femme, identifient la sainte et emmènent les reliques en un sarcophage d'or dans leur monastère du Mont Sinaï, au pied du Mont-Moïse. On y voit encore sa tête et sa main gauche. Le culte de sainte Catherine se répandit au Moyen-Âge après les croisades dans toute la France, et on trouve sa statue dans presque chaque église ou chapelle bretonne.

Or, il faut savoir que ce monastère Sainte-Catherine, haut-lieu de la chrétienté, classé Patrimoine Mondial par l'UNESCO, riche d'une bibliothèque qui est la seconde après le Vatican pour la richesse des 3000 manuscrits et 5000 livres, est aussi connu sous le nom de Monastère de la Transfiguration.


b) étude du vitrail

  La figure de Sainte Catherine répond à celle de Marie-Madeleine, et elle est placée comme elle dans une niche architecturée  au fond tendu d'une étoffe damassée rouge frangée dont le bandeau d'or porte une inscription en lettres capitales. Roger Barrié y lit "SALVEGRA" et "AVEGRA", "mélange des invocations initiales du Salve Regina et de l'Ave Maria"; je lis S..AVE GRA [TIA PLENA] AVE GRA. Au dessus de ce bandeau rayonnent les portions de cercles semi-concentriques de l'auréole, des motifs à godrons et de l'arc bilobé centré par une clef de voûte à feuille d'acanthe.

  La tête a été restaurée.

   La Sainte est figurée avec ses trois attributs, l'épée de son sacrifice, le livre symbolisant l'étendue de sa science, et la roue brisée de son supplice. Celle-ci est ornée de pièces blanches, comme des dents, ou des olifants, dont j'ignore le sens. Catherine porte une couronne qui retient de longs cheveux blonds. La phalange du pouce gauche est barré d'un trait sombre, probable artefact  où je me plais à voir la bague mystique. Elle est vêtue d'une robe verte recouverte d'un surcot blanc brodé d'or, fermé par un cabochon au motif quadrilobe, et doublé d'hermine à son revers. Cette étoffe se retrouve dans une pièce qui  part du col, comme un collaro, recouvre la poitrine et se divise en languettes latèrales dont on devine qu'elle se rejoignent dans le dos.

  Ces vêtements blancs et or décorés de motifs quadrillés et de fleurettes peintes au pochoir servent, sur leur bordure,  de support à des fragments d'inscriptions ou de successions de lettres de déchiffrement difficile, où je ne reconnais que le mot REGIN et le mot AVE parmi des NRASOR, des OENOR et autres NABAH.

  Le pan inférieur de la robe porte en lettres capitales AVEGRACIAPLENDO/ NSTE/OMBENES où se reconnaissent les fragments de l'Ave Maria : Ave Maria, gratia plena, Dominus tecum, benedicta tu in mulieribus. ou, selon une formule francisée Ave Maria, gracia plena, Dom(i)n(u)s tecom bene(dicta...). Voir le panneau A4 pour la transformation du U en O.

   Enfin Sainte Catherine est chaussée de rouge, ce qui me fait aussitôt surgir le souvenir de la réplique du Duc de Guermantes : "Oriane, qu’est-ce que vous alliez faire, malheureuse. Vous avez gardé vos souliers noirs! Avec une toilette rouge! Remontez vite mettre vos souliers rouges, ou bien, dit-il au valet de pied, dites tout de suite à la femme de chambre de Mme la duchesse de descendre des souliers rouges." ( Marcel Proust, A la Recherche du temps perdu, Du coté de Guermantes) Cela n'a rien à voir avec ce vitrail, mais on a les effets (Marie) Madeleine qu'on peut.

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II Registre médian: les apôtres.

 

Le thème de la Transfiguration :


 

Or il advint, huit jours après ces discours, que Jésus prit avec lui Pierre, Jean et Jacques, et il monta à la montagne pour prier ; et pendant qu’il priait, l’aspect de son visage changea et son vêtement et son vêtement prit une couleur étincelante ; et voici, deux hommes s’entretenaient avec lui : c’étaient Moïse et Élie : ils étaient apparus dans la gloire et parlait de son exode, qui devait avoir lieu à Jérusalem. Pierre et ses compagnons étaient accablés de sommeil, mais, restant éveillés, ils virent sa gloire et les deux hommes se tenant avec lui.

Or il advint, comme ils se séparaient de lui, que Pierre dit à Jésus : " Maître, c’est bien pour nous d’être ici : faisons trois tentes, une pour toi, une pour Moïse et une pour Élie. " Il ne savait plus ce qu’il disait. Comme il parlait ainsi, survint une nuée qui les enveloppa dans son ombre : or ils furent saisi de crainte quand ils pénétrèrent sous la nuée. Et une voix vint de la nuée, disant : " Celui-ci est mon Fils, mon Élu, écoutez-le ! " Et au moment où la voix retentit, Jésus se trouvait seul. Et ils gardèrent le silence : ils ne racontèrent à personne en ces jours-là de ce qu’ils avaient vu. (Luc 9, 28-36)

 

 Le théme iconographique de la Transfiguration est l'illustration de ce passage des évangiles synoptiques. Matthieu 17, 1-9 ou Marc 9, 2-9 ou Luc 9, 28-36, et cette illustration est difficile car elle doit paradoxalement faire voir un effet de lumière aveuglant à travers la métamorphose (le grec metamorphosis est le terme des évangiles que nous traduisons par "transfiguration"), le changement d'apparence corporelle de Jésus qui révèle ainsi aux happy few de ses disciples sa nature divine. L'épisode a lieu après la multiplication des pains, pendant le fête des Tentes, sur le Mont Thabor, prés du lac de Tibériade, et de Nazareth.

  La fête de la Transfiguration, le 6 août, a été inscrite au calendrier liturgique par Calixte III, pour célébrer la victoire à Belgrade de sa croisade contre les Turcs., comme si cette apparition au sommet, illuminée de gloire, témoignait de l'avénement annoncé de la Chrétienté sur les Gentils, préfiguration de la Parousie, ou second retour glorieux du Christ.

Une influence des Carmélites à Plogonnec ?

 Roger Barrié montre dans sa thèse que ce sont les Carmes qui se chargèrent de promouvoir cette fête, qui faisait apparaître le fondateur mythique de leur Ordre.Et il pense que ce sont les Carmes de Pont-L'Abbé qui ont été les inspirateurs des vitraux de Plogonnec : au centre, la Passion, encadrée par le Jugement dernier et par la Transfiguration comme signe de la Parousie.

  Puisque  ce vitrail associe deux thèmes, celui de l'illumination et celui de l'élevation et de la montagne, puisque nous avons vu Marie-Madeleine associée à l'éremitisme au sommet de la montagne Sainte Baume en Provence, et Sainte Catherine associée à la translation miraculeuse de son corps sur le Mont Sinaï, renouant avec l'image de Moïse et du Buisson Ardent, autre vignette biblique liée à la montagne, ou de Moïse recevant les Tables de la Loi au Sinaï, puisque mous avons mentionné le Mont Thabor, lieu de la Transfiguration, il nous faut parler du Mont Carmel : car c'est dans les grottes de cette montagne que l'ordre du Carmel est né, avec la règle donnée par Albert Avogadro Patriarche de Jérusalem en 1209, et surtout parce que c'est là que le prophète Elie a vécu, selon la tradition, et qu'il y a fait des miracles. Après l'extension de l'empire Ottoman, les moines sont venus en Occident, ont abandonné leur statut d'anachorètes pour devenir des prédicateurs, des confesseurs, des théologiens au sein des Universités, dont le point commun est le rôle central donné à l'oraison. 

  En Bretagne, Françoise d'Amboise, Duchesse de Bretagne de 1450 à 1457 jusqu'au déces de son mari Pierre II, fonde en 1463 avec Jean Soreth, frère du couvent de Caen et prieur général des Carmes, le premier monastère de Carmélites en France au Bondon à Vannes ; puis la communauté s'installe à Nantes au Monastère des Couëts. Elle fonde aussi le couvent de Nazareth à Vannes, la fondation du saint Sépulcre à Rennes et de Béthléem à Ploermel. Si les Carmes (hommes) ont une vocation apostolique, les Carmélites (femmes) se vouent à une vie contemplative, silencieuse et en cloture, travaillant, en Bretagne par exemple, à la confection des hosties (Carmel de Morlaix) ou à la réalisation des prècieuses bannières paroissiales.

  La rèforme de sainte-Thérèse d'Avila et de Jean de la Croix, qui aboutira à la fondation des Carmes déchaussés, survient après la réalisation du vitrail de Plogonnec, au milieu du XVIème siècle, et ne nous concerne pas.

En 1383 est fondée l'église Notre-dame des Carmes de Pont-L'Abbé, qui était alors la chapelle du couvent des Carmes créé le 4 mai de la même année par Hervé du Pont, seigneur de Pont-L'Abbé  et Peronnelle, Vicomtesse de Rochefort. Les autres couvents se trouvaient, pour le Finistère, à St-Pol-de-Léon, et dans le reste de la  Bretagne, à Hennebont, Josselin, Ploermél, Quintin, Vannes, Rennes, et Nantes, premier couvent datant de 1318.

  L' habit des carmes se compose d'une tunique de laine grise tombant aux talons et tenu par une ceinture, de sandales, d'une cape blanche pourr l'extérieur, mais surtout, depuis que Simon Stock en avait reçu la vision de la Vierge en 1251, du scapulaire d'étoffe plus fine que la tunique, grise, arrivant à mi-jambes et que le carme doit porté jour et nuit. Depuis 1281 ou 1324, ce scapulaire est devenu le signe de reconnaissance propre à l'Ordre. Le port de ce scapulaire assure le frère ou la soeur carme de la réalisation de la promesse de le Vierge, la délivrance du purgatoire de leur âme dès le premier samedi suivant le jour de leur mort.

   Tout ceci est important pour la compréhension de ce vitrail en raison

a) du lien étroit entre l'Ordre des carmes et le thème de la Transfiguration où apparaît Elie, fondateur mythique de l'Ordre.

b) de l'importance fondamentale du culte marial chez les carmes, depuis Simon Stock (?-1265), puisque la figure de la Vierge est centrale dans le vitrail. Ce culte repose notamment sur un tableau de Tommaso de Vigilia, peintre palermitain du XVème siècle que reproduit le site de l'Ordre ici :http://www.carmel.asso.fr/Le-culte-marial.html On y voit que Marie y est représentée dans une mandorle comme dans une Transfiguration, mais surtout, pour nous, couronnée et tenant un fruit dans la main droite, comme sur le vitrail, alors que l'Enfant Jésus tient un globe crucifère.

 

c) de la figure d'Élie, représenté ici en habit de carme avec le scapulaire.

  

 

 

1) panneau A3 :

  Alors que le registre supérieur est consacré à la partie éthèrée, radieuse du thème de la Transfiguration, le registre moyen illustre, lui, l'idée que cette lumière divine est aveuglante, et que le fidéle ne peut la recevoir directement. C'est tout le jeu verse et inverse de la lumière, et du voile; de l'évidence de la vision, et de celui qui n'en croit pas ses yeux ; de la fulgurance, et de l'éclipse qu'elle engendre; de l'apothéose, et de l'indicible; de l'Incarnation, et du caractère indescriptible de Dieu ; de la nature humaine du Christ, et la dimension inaccessible, apophatique de sa divinité.

  Ou bien, l'interprétation des images vacille entre les deux polarités de considérer que les trois apôtres restent en dehors du phénomène de métamorphose, parce qu'ils sont trop rustres, qu'ils restent à terre, et qu'ils n'ont pas accés à l'onction lumineuse, prèfigurant leur sommeil lors de la nuit du Mont des Oliviers. Ou, a contrario, de considérer que les apôtres participent pleinement à l'irradiation bouleversante et enthousiaste, rejoignant alors la mystique rhénane et les thèses de Maître Eckhart : l'âme "anéantie", évidée de tout, aveuglée de toute reprèsentation imagée de Dieu s'ouvre par sa vacuité même à la réception du divin, à sa "divinisation" par la fulgurance de la grâce, "l'homme devenat par Grâce ce que Dieu est en Nature" (Maxime leConfesseur).

   Saint Pierre n'est pas reconnu par les clefs (il ne les a pas encore reçues), mais à sa tonsure rappellant qu'il est le premier "prêtre", ou qu'il a eu le crâne rasé à Antioche. Il porte la barbe. Il a mis un genou à terre, et se protège de la lumière de la main gauche. Il porte une robe bleue serrée par une ceinture jaune et frappée de motifs géomètriques inclus dans des cercles, et un grand manteau violet. Derrière lui est reprèsenté un paysage vallonnè avec une fabrique, des arbres, des montagnes, et de la verdure.

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2) Panneau B3 :

   Saint Jean s'identifie par le visage juvénile, l'absence de barbe et de tonsure. Sa robe est d'un bleu soutenu, mauve, décoré de quatrefeuilles centrant des losanges surpiqués. La ceinture est nouée comme s'il s'agissait d'une bande d'étoffe, créant un motif esthétique et original. Le manteau rouge (c'est sa couleur habituelle, lorsqu'il est représenté au pied de la Croix) est fermé par un bouton en or.

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3) Panneau C3 : Saint Jacques.

  Il s'agit de Jacques le Majeur, fils de Zébédée et frère de Jean, qui, comme lui est surnommé par Jésus (Marc 3,17) Boanerges", "fils du tonnerre". Ils sont donc prédestinés à assister aux éclats de l'illumination divine, et plus tard (Marc 10,35) ils demanderont à Jésus d'être assis l'un à droite et l'autre à gauche, quand il sera dans sa gloire.

  Jacques se reconnaît  à son chapeau de pélerin de Compostelle et à son bourdon, auquel est attaché une gourde en callebasse. (Wiktionnaire : bourdon, "long bâton de pélerin surmonté d'une gourde, ou d'un ornement en forme de pomme".) Il porte une longue barbe, et ses cheveux une raie médiane. La robe est violette surpiquée de losanges, la ceinture jaune, le manteau-bleu clair. En arrière-plan, des rochers, des arbres, un pré et une colline.

 


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III Registre supérieur :

1) Panneau A4: Moïse.

  Si son identification n'était pas immédiate par les Tables de la Loi, les deux cornes permettrait de le reconnaitre comme Moïse. On sait que Michel-Ange, comme les autres artistes, en fait un attribut du prophète pour sa statue de Saint-Pierre-aux-Liens de Rome.


Moïse de Michelangelo à l’église de Saint-Pierre-aux-Liens à Rome

C'est la conséquence d'une traduction ambigue dans le texte biblique Exode 34, 29 du mot hébreu qaran qui signifie certes "cornu" mais aussi "rayonnant" . Le peintre-verrier a représenté sur le vitrail à la fois les cornes, et les rayons (gravés dans le verre rouge). Puisque ce point d'iconographie est directement en rapport avec le motif de la présence de Moïse lors de la Transfiguration, sa propre métamorphose après avoir gravi les pentes du Sinaï et s'être entretenu avec Yahvé pendant quarante jours et quarante nuits de jeûne, j'en donne la citation, d'abord dans le latin de la Vulgate de Saint Jérome, puis dans la traduction française de la Bible de Jérusalem :

" Ex 34:29 Cumque descenderet Moses de monte Sinai tenebat duas tabulas testimonii et ignorabat quod cornuta esset facies sua ex consortio sermonis Dei

Ex 34:30 videntes autem Aaron et filii Israhel cornutam faciem timuerunt prope accedere."

" Lorsque Moïse redescendit de la montagne du Sinaï, les deux tables du Témoignage étaient dans la main de Moïse quand il descendit de la montagne, et Moïse ne savait pas que la peau de son visage rayonnait parcequ'il avait parlé avec lui.

  Aaron et tous les Israelites virent Moïse, et voici que la peau de son visage rayonnait, et ils avaient peur de l'approcher."

  Les Tables portent l'inscription EGO SOM QUI OM et CREDO IN UNUM . La première formule altère par une substitution du O au U lan formule nominale que Yahvé se donne face à Moïse au buisson ardent en Exode 3,14 : "dixit Deus ad Mosen ego sum qui sum ait sic dices filiis Israhel qui est misit me ad vos"  Alors Dieu dit à Moïse: JE SUIS CELUI QUI SUIS. Puis il dit: Tu diras ainsi aux enfants d'Israël: Celui qui s'appelle JE SUIS, m'a envoyé vers vous.

   La seconde inscription est l'incipit du Credo, Credo in unum Deum, Je crois en un seul Dieu.

 Outre les cornes et les Tables, le troisiéme attribut de Moïse est le bâton, la verge témoin des pouvoirs de thaumaturge conférés à Moïse par Yahvé en Exode 4,1-5 :

  "Et Moïse répondit, et dit : Mais voici, ils ne me croiront point, et ils n'obéiront point à ma voix ; car ils diront : lÉternel ne t'est point apparu. Et l'Éternel lui dit : qu'as-tu à la main? Il répondit : une verge. Et il dit : Jette-la par terre; et il la jeta par terre, et elle devint un serpent; et Moïse s'enfuit devant lui. Alors l'Éternel dit à Moïse : Étends ta main et saisis-le par la queue. Il étendit la main, et le saisit, et il redevint une verge dans sa main. C'est afin, dit l'Éternel, qu'ils croient que l'Éternel, le Dieu de leurs pères, le Dieu d'Abraham, le Dieu d'Isaac et le Dieu de Jacob t'es apparu."

  Il est habillé d'une robe mauve recouverte d'une dalmatique bleue à quatrefeuilles ourlée d'un galon d'or, et d'une ceinture jaune au noeud identique à celui de Jean. Il émerge à mi-corps des nuées.

 

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2) Panneau B4 et B5 :

Le Christ apparait dans une mandorle d'or, les pieds posés sur le mont Thabor, le visage aux cheveux longs, les mains et les pieds de couleur jaune d'or pour témoigner de la métamorphose lumineuse, comme en témoigne aussi les rayons blancs gravés autour de la tête, ou les rameaux dorés d'une sorte d'auréole cruciforme.

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3) Panneau C4 : Élie.

   Le prophète Élie est vêtu de la tunique, du scapulaire et de la cape de l'habit des carmes, mais les étoffes reprennent par leur couleur et leurs motifs celles des saintes et des apôtres précédents. La tête a été en partie restaurée.

  Le prophète Élie réunit en sa personne, comme Moïse, les deux thèmes entremélés ici, celui de la montagne (de nombreux monts portent son nom) et celui de la métamorphose glorieuse : La scène est décrite en une seule phrase de 2,Rois, 2:11 : Élie, accompagné d'Élisée, est parti de Jéricho et vient de traverser le Jourdain; et "Comme ils continuaient à marcher en parlant,voici, un char de feu et des chevaux de feu les séparèrent l'un de l'autre, et Élie monta au ciel en un tourbillon". 

  Un char de feu et des chevaux de feu.

  Un tourbillon.

Le quart d'heure de célébrité, en toute simplicité.

Mais sur le mont Thabor, tout cela est du passé, Élie est un vieil habitué des cieux, et il discute avec Moïse et Jésus en utilisant le comput digital des sorbonnards, comptant peut-être les lumen(Lm) et les Lux (Lx), les candela(Cd), les footcandles(Fc) et les watt/m² (W/m²) auxquels le nouvel arrivant vient d'être exposé pour évaluer en connaisseur la performance, à moins qu'il n'évalue la température de couleur de l'incandescence du corps christique en Degrès Kelvin (°K):


  20 trent'neuf de fievre 20 trent'neuf de fievre


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4) Panneaux A5 à C5 :

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IV Tympan :

 

  Ses éléments datent des restaurations du siècle dernier : Une lune anthropomorphe moderne au sommet, deux blasons par Félix Gaudin en 1904. Le blason de droite se lit, en langage héraldique, "fascé d'argent et de gueules", mais n'est pas identifié (je trouve : Le Baudoyer/le Bodoyer, fascé d'argent et de gueules de six pièces).

Celui de gauche est "de sable au chevron d'argent accompagné de trois besants d'or". Roger Barrié indique qu'il s'agit des armoiries Le Tarcol (erroné pour Le Torcol), Seigneur de Queffros, sur la paroisse de Plogonnec. Le Nobiliaire de Pol Poitier de Courcy (1862) mentionne effectivement Le Torcol Sr de Queffros, par. de Plogonnec, Sr de Kerdour, par. de Plomelin, Ext. réf 1669, six gen. Réf 1536, par de Plogonnec, évêché de Cornouailles. Yvon, vivant en 1500, père de Jean, vivant en 1536, marié à Jeanne l'Honoré.

  Le culturezine d'Hervé Torchet rapporte  des comptes de fouages de 1440 où ce manoir de Queffros apparaît parmi les Manoirs des Rohan, avec la mention "Appt à Ph'lot Fèvre Lagat ouquel y a un estage & en ycelui demeure la dégrepie Rioallen Lescuff".

 

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Published by jean-yves cordier
13 décembre 2011 2 13 /12 /décembre /2011 13:20

                                                                               Femme, je suis povrette et ancienne,

                                                           Qui rien ne sçay ;oncques lettres ne lus,

                                                           Au moustier voy dont suis paroisienne

                                                           Paradis paint, où sont harpes et lus,

                                                           Et ung enfer où dampnez sont boullus..

                        François Villon, Ballade pour prier Notre-Dame

 

 

    Les vitraux de l'église Saint Thurien à           Plogonnec II : le Jugement dernier.

 

  Cette vitre se situe actuellement au coté sud du  chevet, au dessus de l'autel du Rosaire. Il est composé de 3 lancettes de 5 panneaux fixés par six barlotières par lancette. Il aurait été transféré vers 1550 de la chapelle Saint Théleau. Depuis, il n'a pas changé d'emplacement, mais alors qu'au XVIIème siècle il ornait une chapelle dédiée à Saint Michel, en 1723 cette chapelle sud-est est attribuée à Notre-Dame du Rosaire et le vitrail se trouve encadré par des tableaux du rosaire et d'un Ange Gardien, qui feront place, dans un état antérieur à 1950, aux statues de Notre-Dame de Lourdes et du Sacré-Coeur. (Roger Barrié, mobilier cultuel et décor en Basse Bretagne, Ann. Bret. 90, 2 1983).

  

  Le même auteur R.Barrié datait alors l'ensemble des verrières de Plogonnec entre 1520 et 1540, mais dans sa thèse de 3ème cycle parue en 1978, il donne pour les donateurs de ce vitrail les toutes premières années du XVIème siècle, mais postérieures à 1501:

   Roger Barriè, Étude sur le vitrail en Cornouaille au XVIème siècle, Université de Haut-Bretagne, Rennes, 1978.

 Je le décrirais de bas en haut et de gauche à droite en numérotant les lancettes A, B, C et les panneaux de 1 à 5. 

Il est consacré à une scène de Jugement dernier, qui surmonte un registre inférieur montrant les donateurs et qui culmine en un Christ ressuscité.


 

 

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I. Le registre inférieur.

  Il est composé lors d'une restauration en 1878 à partir d'éléments composites : les deux donateurs proviendraient d'un vitrail d'une baie différente, l'Annonciation d'une autre baie de l'église. 

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1 Panneau A1 : le donateur.

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  J'en trouve l'identification dans un Guide Joanne (Itinéraire général de la France, Adolphe Joanne, 1867, p. 603) qui décrit "Le jugement dernier, avec les portraits d'un sieur de Kergadalan et d'une dame de Kerharo sa compagne", complétée par le Bulletin de la Société Archéologique du Finistère de 1900 qui y voit "Saint Michel présentant un chevalier (Sr de Kergadalan dit M. de Courcy) et Sainte Barbe présentant une dame de Kerharo". Pol Potier de Courcy (1815-1891) est le spécialiste d'héraldique auteur de Nobiliaire et Armorial de Bretagne.

  Les armoiries de Kergadalan sont "d'argent à un greslier de sable", c'est-à-dire blanc avec un "grêlier" noir, le grêlier étant un cor de chasse plus puissant que le cor ordinaire. Le grêlier, comme le cor, serait représenté l'embouchure à gauche (à senestre) et avec le lien qui permet de le porter autour du cou. Si l'embouchure, les anneaux de fixation du lien ou le lien lui-même sont d'une couleur (d'un émail) différent de la figure, on le dit respectivement "enguiché", "virolé" ou "attaché", ce qui n'est pas le cas ici.

  Pol de Courcy donne les indications sur cette famille :

 Kergadalan (de), Sr du dit-lieu, _ du Dreverz. Maintenu à l'intendance en 1699. Ext. 6 générations. R.1536 M 1562. Paroisse de St Ségal et Pleyben, évêché de Cornouailles.

   Kergadalan ou Kergadalen ?

Roger Barrié constate que la famille de Kergadalen n'entra en possession d'un manoir sur la paroisse de Plogonnec, celui de Trébuzoret, qu'en 1544, après la réalisation de ce vitrail. Il s'appuie sur le fait qu' Yves de Kergadalen épousa (le 23 juin 1533) Isabelle de Trémarec, dernière du nom et héritière du manoir. Mais il parle des Kergadalen et non des Kergadalan. Il s'agit d'une famille originaire de Pleyben ; Yvon de Kergadalen était Seigneur de Drevers. Son fils Pierre épousa Marie Omnes.

    Saint Michel est représenté en chevalier avec une armure courte en or et un grand manteau rouge fermé par une agrafe bleue, de longs cheveux tenus au front par un serre-tête et couverts par une sorte de turban doré. Il tient la croix hastée de la main droite et présente son "filleul" de la main gauche, main dessinée avec talent. Les ailes sont bleues cernées de blanc.

  Le Sieur de Kergadalan se prénomme-t-il Michel ? Ou bien cet intercesseur est-il là parce que ce vitrail est destiné à la chapelle Saint-Michel ?

  Le donateur est en tenue de chevalier lui aussi, en cuirasse, à genoux devant le prie-Dieu, mains jointes sur le missel où deux lettrines figurent en rubrique, il est coiffé comme au tout début du XVIème siècle avec des cheveux longs et une frange courte. Il porte au dessus de la cuirasse un surcot mauve recouvert par un tabard blanc  engalloné de broderies dorées. L'entrelacs noir représente l'attache de son grand cor de chasse dont on ne voit que l'embouchure, bizarrement "à dextre", et il faut se reporter à un exemple héraldique de "grêlier" complet pour imaginer la partie dissimulée dans le pli derrière les manches.

2. Panneau B1 : Annonciation.

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  Dans cette Annonciation, l'accent est mis sur l'attitude d'acceptation ouverte et disponible de la Vierge, dont les traits du visage, finement encadrés par les lacis du voile, évoquent une gravure sur cuivre.

  On remarque en fond des bâtiments, une tour crénelée, des arbres, un clocher.

  L'étoile a du être réalisée en assombrissant de grisaille le verre et en procédant à des "enlevés" par le manche du pinceau ou d'autres instruments fins.

3. Panneau C1 : la donatrice.


          jugement-dernier 3544c

  Sainte Barbe est reconnaissable par la palme de son martyr et la tour où elle fit percer une troisième fenêtre pour figurer la sainte Trinité, provoquant la colère de son père. Sur sa belle robe bleue cintrée, le grand manteau blanc et or fermé par une agrafe rouge répond à celui de Saint Michel qui lui fait face. Ses cheveux sont longs et déliés.

  Là encore, le choix de la médiatrice est sans-doute liè à la chapelle où se trouvait le vitrail, puisque le plan reconstitué par Roger Barrié montre que la chapelle Saint-Michel disposait de deux autels, l'un à l'est, surplombé par le vitrail que nous étudions, et l'autre au sud dédié à sainte Barbe.

La donatrice est, nous l'avons vu, une dame de Kerharo : il s'agit d'une famille de la noblesse de Beuzec-Cap Sizun, et le blason actuel de Cleden-Cap Sizun en a repris les armoiries. Un ancêtre d'Alain de Guengat (le donateur du vitrail de Saint-Sébastrien), Guiomarch de Guengat, épousa en 1470 une dame Jeanne de Kerharo. Plus tard exista un marquisat de Kerharo. Ils portent "de gueules à la teste de cerf d'or" (Trésor héraldique ou Mercure Armoirial, 1657). De Courcy donne ceci :

 Kerharo (de), jadis Sr dudit lieu, _de Trévennan, paroisse de Cléden-Cap Sizun, évêché de Cornouailles, De gueules au massacre de cerf d'or (G.le B.), Fondu dans Tivarlin,puis de Ploeuc, 1598. 

  Effectivement, Madeleine de Kerharo, fille de Charles Ier de Guer et de Françoise de Kerharo épousa Guillaume de Tivarlen, Sr de Quilliquifin. (et un Guillaume de Tyovarlen Sr d'Ayguern est cité à Plogonnec à la Réformation de 1536)

  J'ignore son prénom. Elle est vêtue d'une grande robe rouge recouvert par un vêtement court doublé d'hermine. Elle porte en coiffure un chaperon de velours noir dont la partie supérieure avance en coin carré au dessus du front.

  Ses bijoux sont un collier fait de lourds maillons d'or, et trois bagues à la main gauche, la seule visible; Comme sur le vitrail de Saint Sébastien, à propos de Marie de Tromelin, je découvre ces trois bagues portées sur les phalangines  de l'index, de l'annulaire et de l'auriculaire. ( La seule différence avec Marie de Tromelin est que celle-ci portait la bague de l'annulaire sur la première phalange). Ce sont là encore des alliances, mais celle de l'annulaire s'élargit comme une "bague de foi" ou "bague fede" où l'anneau réunit deux mains entrecroisées : les fiancés en portaient chacun une partie, et lors du mariage le mari unissait sa demi-alliance à celle de l'épouse, qui conservait à son annulaire ce gage de fidélité.

II. Registre médian : le Jugement Dernier.

  Annoncé par deux anges soufflant dans leur trompette, le Jugement dernier nous est présenté, les démons s'emparant des damnés pour les tourmenter tandis que les anges viennent sauver les élus.

  La représentation s'inspire de l'Apocalypse de Jean, 9, 1-6 et de la description des sept trompettes :

  1. Le cinquième ange sonna de la trompette. Et je vis une étoile qui était tombée du ciel sur la terre. La clef du puits de l’abîme lui fut donnée,
  2. et elle ouvrit le puits de l’abîme. Et il monta du puits une fumée, comme la fumée d’une grande fournaise ; et le soleil et l’air furent obscurcis par la fumée du puits.
  3. De la fumée sortirent des sauterelles, qui se répandirent sur la terre ; et il leur fut donné un pouvoir comme le pouvoir qu’ont les scorpions de la terre.
  4. Il leur fut dit de ne point faire de mal à l’herbe de la terre, ni à aucune verdure, ni à aucun arbre, mais seulement aux hommes qui n’avaient pas le sceau de Dieu sur le front.
  5. Il leur fut donné, non de les tuer, mais de les tourmenter pendant cinq mois ; et le tourment qu’elles causaient était comme le tourment que cause le scorpion, quand il pique un homme.
  6. En ces jours-là, les hommes chercheront la mort, et ils ne la trouveront pas ; ils désireront mourir, et la mort fuira loin d’eux.

  A la partie inférieure, on voit un alignement de flammes rouges au dessus d'une étendue liquide verte, où flotte un crâne tonsuré : c'est l'étang de feu ; à droite, ce liquide vert s'affirme comme une mer qui s'étend jusqu'à l'horizon, vers de probables îles bienheureuses. Là encore, les images évoquent l'Apocalypse, 20 11-15 :

  1. Puis je vis un grand trône blanc, et celui qui était assis dessus. La terre et le ciel s’enfuirent devant sa face, et il ne fut plus trouvé de place pour eux.
  2. Et je vis les morts, les grands et les petits, qui se tenaient devant le trône. Des livres furent ouverts. Et un autre livre fut ouvert, celui qui est le livre de vie. Et les morts furent jugés selon leurs œuvres, d’après ce qui était écrit dans ces livres.
  3. La mer rendit les morts qui étaient en elle, la mort et le séjour des morts rendirent les morts qui étaient en eux ; et chacun fut jugé selon ses œuvres.
  4. Et la mort et le séjour des morts furent jetés dans l’étang de feu. C’est la seconde mort, l’étang de feu.
  5. Quiconque ne fut pas trouvé écrit dans le livre de vie fut jeté dans l’étang de feu.

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1 Panneau A2.

    Nous sommes du coté des damnés qui subissent les sévices infligés par d'horribles bêtes démoniaques vertes, rouges ou bleues : le démon bleu foncé qui lève une masse d'arme possède des ailes qui rappellent sa nature d'ange déchu. En outre, des lames métalliques bleus les transpercent, et des sortes de poissons volants ou lézards ailés à queue de serpent les dévorent, lorsque ce ne sont pas des crapauds. C'est terrible.

   Comme dans toutes ces représentations, l'artiste n'oublie pas de montrer que la justice de Dieu n'est pas celle des hommes, et qu'elle condamne aussi bien les laïcs que les clercs au crâne tonsuré, selon leur conduite et non selon leur titre.

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2. Panneau B2.

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3. Panneau C2.

  Dans l'océan où émergent les têtes des corps ressuscités, un ange puissant saisit ceux dont la conduite en ce bas-monde a été plaisante à Dieu. Ils portent encore les fins linceuls du tombeau.

   L'ange ou archange porte une dalmatique violette à bordure frangée de lames d'or.

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4.Panneau A3.

      Une très belle figure d'ange à la trompette, vêtu d'une longue robe verte aux plis sinueux.

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5. Panneau B3.

  La vaine tentative d'un damné pour échapper à son sort, ô combien cruel !

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6. Panneau C3.

Un trait de gravure digne de Dürer, une harmonie de couleurs, un drapé dont le dessin ferme et déterminé évite toute mièvrerie, c'est pour moi la plus belle figure du vitrail. Peut-être doit-elle à une restauration récente d'être si belle?

 

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III Registre supérieur .

  Nous avons atteint le séjour céleste où la Vierge et l'assemblée des saints contemplent et louent le Christ ressuscité.

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1 Panneau A4.

  Dans ce groupe de saints, je distingue Saint Pierre, qui porte les clefs du Royaume des Cieux ; un pape, assis sur la cathèdre et coiffé d'une tiare ; un martyr, portant la palme ; un évêque coiffé de la mitre ; un abbé d'un ordre monastique, qui tient en main un objet que je n'ai su identifier ; et un très beau visage en adoration, témoin là encore des talents graphiques du maître-verrier. On cite le nom de Saint Laurent pour le martyr (ce que je croyais être la cathèdre serait-elle sa grille ?) et Saint Denis  (en évêque ?).

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2. Panneau B4.

  La Vierge en prière s'élève parmi une foule d'élus auréolés. Elle porte un manteau à quatrefeuilles brodés.

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3. Panneau C4.

  Ces saints élèvent leurs regards vers le Christ : on reconnaît Saint Sébastien à ses 5 flèches, saint François à ses stigmates.

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4. Panneau A5.

  Ce que j'admire de cet élément architectural, c'est surtout la superbe description qu'en a faite Roger Barrié dans sa thèse : il décrit " une arcade en accolade surmontée d'un court entablement convexe percé de baies et encadré de pilastres ; les profils sont garnis d'une corniche composée d'une succession de motifs d'acanthe liées. Au dessus s'élève une niche à plein cintre, en avancée devant ses piedroits, 2 colonnes à la française, dont les portions de fût sont cannelées et de couleur différente, supportent des pinacles d'acanthe ; une arcade en anse de panier délimitant deux panneaux latéraux avec figuration de candélabres ;  le cul-de-four est totalement évidé. L'arcature est chargée d'une guirlande végétale d'où un pendentif alourdi d'éléments d'orfèvrerie pend jusqu'au milieu de l'arcade inférieur. L'ensemble est couronné par un épais entablement devant la corniche d'acanthes liées de l'arcade se relève en un fleuron de feuilles brisées, encore gothique."

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5. Panneau B5.

  C'est le Christ Juge, ou le Christ en gloire barbu, vêtu du manteau rouge de la résurrection et doté d'une auréole aux quatre lobes rouges radieux. Il s'est assis tout simplement sur un arc en ciel, les pieds nus posés sans façon sur notre planète. Les bras ouverts et le torse exposé  pour montrer les cinq plaies de sa Passion, il plane parmi les nuages.

  Les rayons blancs de l'auréole sont gravés sur le verre rouge. Le manteau rouge devient blanchâtre dans sa partie inférieure, témoignant de la faible épaisseur de ces verres qui deviennent translucide. 

  Vu de prés, on voit que les yeux sont frappés d'un leger strabisme, certainement involontaire. Mais qui s'approcherait si près de son Dieu ?

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6. Panneau C6.

  Il est identique au panneau A6

IV le tympan :

En dessus d'un écoinçon frappé d'un soleil, les deux soufflets portent des armoiries dans des couronnes de gloire : les armes de Nevet, "d'or au léopard morné de gueules" se distinguent de celles de Pont-L'Abbé, d'or au lion de gueules, car l'animal rouge présente son visage de face : c'est un "léopard".  A gauche, on reconnaît les armes des Kerharo déjà vues en C1.

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Published by jean-yves cordier
10 décembre 2011 6 10 /12 /décembre /2011 08:36


   Petite épigraphie des églises et chapelles du Finistère:

            L' église Saint-Thurien à Plogonnec : les vitraux


                I. La baie sud : vitrail de Saint Sébastien.


  L'église de Plogonnec est riche de cinq verrières du XVIème siècle, celles de la Passion (maîtresse-vitre) au centre, de la Transfiguration au nord, du Jugement dernier à droite de l'autel, de la Ressurection et de Saint Sébastien au sud.

 

1. Le culte de Saint Sébastien.

La première question que je me pose est celle de l'origine du théme iconographique : pourquoi un vitrail voué à Saint-Sébastien ? La réponse la plus évidente est d'y voir un lien avec les épidémies de peste qu'a connu la Bretagne du XIV au XVIIIéme siècle (1348 à 1758), Saint Sébastien étant invoqué contre cette maladie ce qui explique la constance de son culte et de la présence de sa statue dans les églises et chapelles. Mais l'existence de Confréries de Saint-Sébastien en France me pousse à m'interroger : ce vitrail est-il liè à une telle confrérie ? Et qu'entend-on sous ce nom?

  Le nom Sébastien est issu du grec sebastos, "honoré, glorieux" issu de sebas, "respect, adoration due aux dieux". C'est, en ce sens, un qualificatif des empereurs romains, Sebastos devenant la traduction d'Auguste. Sebastokrator "celui qui a le pouvoir d'Auguste" est un titre impérial byzantin. Cette étymologie souligne l' image de puissance et de gloire attachée à l'Athleta Christi qu'est Saint Sébastien.

  Sébastien était un officier romain originaire de Narbonne à la fin du IIIéme siècle. Remarqué par l'empereur Dioclétien qui le nomma capitaine de cette unité d'élite qu'était la garde prétorienne, il fut chargé de diriger la persécution des chrétiens à Rome, jusqu'à ce que Dioclétien découvre que Sébastien était lui-même de foi chrétienne et qu'il ordonne qu'on l'exécute par saggitation, en le transperçant de fléches. Il échappa miraculeusement à ce premier supplice, mais Dioclétien le fit rouer de coup et fit jeter son corps dans les égouts de Rome.


  a) Les Sociétés d'Archers.

   Dans le Nord et en Picardie, les Confréries de Saint-Sébastien sont des sociètés d'archers, ou des sociétés de tir, à mi-chemin entre une confrérie professionnelle, une compagnie de milice et une association sportive. Elles connaissent trois temps-forts : le Bouquet qui rassemble plusieurs (dizaines de) sociétes et se termine par un Bal, le Tir du Roi ou abat-oiseau, et la Saint-Sébastien le 20 janvier, où un archer est élu  Saint-Sébastien de l'année. 

   En 825, Hilduin, évêque de Soissons, fit venir les reliques de Saint Sébastien en l'abbaye royale de cette ville et créa un corps de milice pour en assurer la garde, l'Ordre de saint-Sébastien, dont l'Abbé de saint-Médard lés Soissons était le Grand Maître.

       Dans l'incipit de Sylvie, Gérard de Nerval décrit le narrateur lisant cette annonce dans le journal : "Fête du Bouquet provincial. Demain, les archers de Senlis doivent rendre le Bouquet à ceux de Loisy." Et cela déclenche l'irruption des souvenirs de fêtes, de défilés de chevaliers d'arc, et des jeunes filles...mais pas du tout de souvenirs de pélerinage ou de dévotion.

 

b) Les Confréries de paroisse.

  C'est surtout à Paris, dans le Nord et en Normandie qu'elles se sont développées, dans le Calvados, l'Eure... sous divers noms dont celui, récent,de Confréries de charité.Leurs membres se nommaient alors "charitons". Malgré leur nom, elles se consacraient moins aux oeuvres de charité, assistance aux malades, distribution de nourritures et de biens aux pauvres, qu'à assurer à leurs membres , ou aux necessiteux une sépulture chrétienne, et il est difficile de discerner sous leur nom de Confrérie celles qui se vouent à la priére ou au culte d'un saint (nommons-les confréries de dévotion), celles qui se consacrent à la charité (disons : confréries d'assistance), celles qui se vouent aux trépassés (les confréries funéraires), et aussi, intriquées ou dissimulées derriére elles, les confréries professionelles d'assistance et de secours mutuel : ce sont elles que la loi du 18 août 1776 voulut supprimer pour leur proximité avec les corporations. 

   Les confréries funéraires.

  Elles se préoccupent d'assurer à chaque chrétien ou chaque être une sépulture décente et conforme aux rites. Ce souci d'assurer l'inhumation se comprend si on se rappelle l'importance attribué dans l'Église à l'intégrité du corps avant et après le déces :  l'Ancien Testament soulignait déjà que l'inhumation était la manière convenable d'honorer le défunt, et qu'en priver un être est une infamie. ( Cela est retrouvé aussi dans le monde grec et la lecture d'Antigone de Sophocle suffirait à l'illustrer) Voir I Sam 17, 44-46 ; I Rois 14, 11 et 16,4 ; II Rois 9,10. La pratique de la crémation par les habitants du pays de Canaan est dénoncée par les prophètes comme un acte impie. Dans la religion chrétienne, la théologie de l'Incarnation et la foi en la ressurrection de la chair renforce l'importance donnée au respect de l'intégrité du corps, mais transforme aussi  la mort en une célébration d'un passage, d'une Pâques vers le monde céleste. 

   Il importe à tout chrétien du Moyen-Age de parvenir au terme de sa vie sans avoir commis de péchés trop lourds, de s'assurer du bénefice des derniers sacrements, d'être enterrer en terre chrétienne et 'ad sanctos", ( près du saint éponyme de la paroisse ou de ses reliques) dans l'église puis, en Bretagne dans le périmètre de l'enclos paroissial et selon les rites en vigueur, de bénéficier de prières et de messes dites à l'intention de son âme, enfin et surtout de ne pas être damné, et de séjourner aussi peu que possible en purgatoire.

  Les confréries vont  1) d'une part assurer le rôle de nos pompes funèbres (préparation du cadavre et acheminement du défunt vers le cimetière), avec les risques de contagiosité  que cela présente en période d'épidémie, 2) jouer le rôle d'une caisse de prévoyance-déces, mais aussi 3) remplir celui  d'officier du culte en dehors de l'administration des sacrements : ces différents rôles les rendent indispensables dans une paroisse, mais engendrent aussi des conflits avec le recteur ou la Fabrique paroissial...surtout lorsque les "frères" se livrent (on assure que c'est fréquent) à des exces de boisson, ou qu'ils empiettent sur les prérogatives du clergé.

  -1er rôle : En période d'épidémie et notamment lors de foyers de peste, l'angoisse est majeure, si on succombe à l'infection, de voir son cadavre délaissé tant les morts sont nombreux et tant les rescapés se protègent et évitent les risques de contagion : appartenir à une confrérie de Saint-Sébastien est  une assurance contre cela.

  -2éme rôle : les frères et soeurs de la confrérie se doivent assistance, et bénéficient pour leurs obsèques  de la présence des autres membres et du matériel funéraire.

 - 3ème rôle : Des indulgences, grâces et privilèges sont accordées à certaines confréries, et à certaines pratiques (récitation de prière, présence aux pardons et pélerinages, etc...). Le défunt va bénéficier de l'ensemble des rites, dont aucun n'est superflu :

- le cortège qui le mène de son domicile à l'église n'est pas un simple transport de corps, mais une procession préfigurant le parcours vers les cieux. C'est aussi une "garde du corps", une protection de l'âme contre les mauvais esprits qui peuvent la ravir. Il suffit de songer au vitrail de la Passion à La Roche-Maurice, où on voit le démon ravir l'âme du mauvais larron au moment où, précisément, celui-ci "rend l'âme" pour imaginer ce que peuvent redouter les agonisants et pour penser que, dans l'esprit médiéval, la fin de vie est le moment de tous les dangers, le "quitte-ou double" où tout se joue pour la vie éternelle, et le dernier grand combat contre les forces du mal .Les cantiques, le psaume Miserere; l'antienne aperite mihi portas iustitiae, l'antienne in paradisio à l'entrée dans l'église le cantique Nunc dimittis sont autant de garanties déployées contre les dangers. La croix, les bannières, l'encens, l'eau bénite, la lumière des cierges, ou les cloches du glas , mais aussi le "drap" mortuaire participent à ces mesures de protection de l'âme pendant la période de transition et de passage entre le monde des vivants et celui des trépassés, la tombe étant une Terre Promise. 

  On comprend alors que chaque confrérie funéraire dispose de son propre arsenal : banniére de confrérie, croix de procession, drap mortuaire.

Les confréries funéraires s'engagent aussi à faire dire une messe pour le défunt (dont le nom est mentionné aussi dans le memento des morts de la messe dominicale), et une messe votive annuelle.

 

   Tout cela me renseigne, mais je lis aussi que les confréries de charitons ne sont pas attestées en Bretagne : l'existence des confréries y est pourtant parfaitement établie, mais pour  quels rôles ?

 

c) la Confrérie de Saint-Sébastien à Plogonnec.

  J'emprunte les éléments qui vont suivre à un article de Roger Barrié intitulé Mobilier cultuel et décor interieur dans l'église de Basse-Bretagne au XVIIème et XVIIIème siècle, Annales de Bretagne et des pays de l'Ouest, 1983, vol. 90 n°90-2 pp. 377-386.

- L'ensemble des verrières (dont le vitrail dédié à Saint-Sébastien) ont été construites entre 1520 et 1540.

- Une Confrérie de Saint-Sébastien disposait d'un autel contre un mur aveugle au nord du transept. La dévotion à Saint-Sébastien s'accentue après "l'épidémie de 1633", épidémie sur laquelle je dois me renseigner. En effet, l'offrande annuelle à Saint-Sébastien qui était auparavant de 20 à 25 sols sous forme de chanvre à tisser, passe brusquement à 90 livres, soit sauf erreur 1800 sols (La livre tournois valant 20 sous).

-En 1638 est institué le grand pardon de Saint-Sébastien.

- En 1723, c'est la chapelle Nord-Est qui est dédiée au saint guérisseur de la peste, avec sa statue sur l'autel, un tableau le représentant, et on lui adjoint une représentation (statue ? tableau ? ) de Saint Roch, également grand guerisseur de la peste. "Ainsi le chevet du collatéral nord constituait un lieu de recours contre les épidémies, par le moyen de la dévotion  envers les saints guerisseurs".

Voilà donc établi sur des preuves historiques qu'à Plogonnec, comme sans-doute ailleurs en Bretagne, la confrérie de Saint-Sébastien est en relation avec l'épidémie de peste. Il resterait à savoir si c'est une confrérie d'intercession et de dévotion, se donnant comme obligation le culte du Saint par les prières, les offices,les cierges, les offrandes, les images de représentation ou les processions, ou bien s'il s'agit d'une confrérie funéraire réagissant à la pénurie de moyens d'inhumation lors des épidémies.

  Une confrérie peut disposer ou commanditer la construction d'une chapelle ou d'un autel, d'une statue, d'un tableau, d'un vitrail, d'une bannière, d'une croix, d'un drap mortuaire ou d'autres biens. Les premiers éléments sont authentifiés à Plogonnec, même si le vitrail n'a pas été commandité par la confrérie, mais par des donateurs membres de la noblesse. Mais parmi les bannières conservées dans l'église, et parmi les 80 bannières que j'ai pu inventorier en Finistère, aucune n'est consacrée à Saint-Sébastien, dont le culte s'est sans-doute éteint avec l'épidémie de peste au profit de nouveaux cultes du XIXème siècle et de nouvelles confréries : Sacré-Coeur, Sainte Thérèse de Lisieux omniprésente, Sainte-Famille, Notre-dame de Pitié, etc...






 

  

 

 

 II.  le vitrail de saint-Sébastien : vue d'ensemble .

 Il se compose de trois lancettes et d'un soufflet de trois mouchettes.

Je dénombre treize panneaux ; la couleur rouge du fond crée une unité d'ensemble, structurée par trois bandes architecturales traitées en grisaille. Dans le registre inférieur, une tenture rouge à bordure jaune réunit les trois groupes de personnages, qui se logent sous les trois arcades. Au registre supérieur, on retrouve les trois arcades isolant trois scénes de Nativités.

  Cette belle unité est le fruit du talent de restaurateur de l'atelier Jean-Pierre Le Bihan, et cache la disparité de fragments incomplets provenant soit des autres verrières de l'église, soit de la chapelle saint-Théleau, la dépose des vitres durant la guerre et les restaurations précédentes ayant brouillé les pistes : tout cela étant expliqué dans le blog du restaurateur :

http://lebihanvitraux.over-blog.fr/article-10509681.html

http://jeanpierrelebihan.over-blog.com/article-17041825.html

  En 1867, Adolphe Joanne dans son Itinéraire de la France décrivait le panneau du donateur comme appartenant au vitrail de la Passion, et celui de la donatrice au dessus d'un autel de st Maudez dans une niche décrivant sa vie. Je ne me hâte donc pas d'y voir les donateurs d'un vitrail de St Sébastien : un don par une confrérie reste peut-être possible.

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III. Le registre inférieur :

  On identifie Saint-Sébastien dans sa posture typique d'éphèbe martyrisé à la belle indifférence, et un couple de donateurs présentés au Saint par leurs intercesseurs. Je décris le vitrail du bas vers le haut et de gauche à droite en nommant les lancettes A, B, C et les panneaux de 1 à 4 ou 5.

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Panneau A1, A2 et A3 : Saint Allan présentant Alain de Guengat :

   Le panneau inférieur A1 est moderne ; les deux panneaux A2 et A3 mesureraient 49 x 50 cm et 46 x 50 cm.

  Sous une arcade en grisaille rehaussée de jaune d'argent, et un dome de couleur bleue, Saint Allan (version bretonne de Saint Alain) est vêtu en évêque avec mitre orfrayée auréolée, chasuble verte doublée de violet et ourlée d'un large galon d'or, grande piéce de broderie en Y devant la poitrine,  gants gris, crosse épiscopale, et au bras gauche la manipule de soie dorée. L'anneau épiscopal n'est pas visible

  Derriére lui, une tenture rouge dalmassée porte l'inscription  :  S : allan, en lettres gothiques minuscules dont le n est ornée d'une hampe lui conférant l'allure d'un y.

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  Saint Allan "présente" par un geste de la main sur l'épaule le donateur du vitrail. Il porte un surcot bleu sur lequel des mains blanches présentent leur paume. On s'interroge, on croit à une erreur, si on ne pense pas à les traduire en termes d'héraldique. Un fond bleu et trois paumes blanches, le chevalier porte " d'azur aux trois mains dextres appaumées d'argent en pal" , "en pal" signifiant "placées verticalement". 

  Ce sont les armoiries de la famille des de Guengat, dont la devise est" Trésor" et "Leal à ma foy". Le château de Guengat, mentionné depuis 1203 mais dont il subsiste des éléments au sein d'une ferme moderne, est situé au Nord de la commune de  Guengat, à la limite de  Plogonnec, sur une butte située à 143 mètres d'altitude. Il fut assiégé et pris par les Quimpérois en 1591, pendant la Ligue, après que Jacques II ait pris parti pour Henri IV. Il fut récompensé de son choix en étant nommé chevalier de l'ordre de Saint Michel en 1602. 

  Ils possédaient une chapelle à la cathédrale de Quimper, et leurs armes sur deux portails de la cathédrale. Au XVème siècle, Jehan de Guengat fut chambellan et conseiller du duc Jean V.

   Le personnage qui figure ici est (comme nous le souffle son intercesseur), Alain de Guengat, Vice-amiral de Bretagne. ( Il existe différentes Amirautés en Bretagne, dont l'Amirauté de Quimper ou de Cornouaille, dirigées par un Amiral de Bretagne secondé par des Vice-Amiraux). A ce titre, disposant en 1527 de lettres de marque du roi, il fit la guerre aux Portuguais qui avaient pillé les côtes de France en l'absence du roi, et mena sa mission "avce un tel succés que le roi du Portugal versa une rançon". ( Prosper Levot, 1864) . Auparavant, il avait, comme maître d'hotel du roi, accompagné François Ier en Italie :il y fut prisonnier avec son souverain à Pavie (24 février 1525) et partagea sa captivité de deux années à Madrid. En reconnaissance, François Ier le nommé capitaine de Brest.

 

  En 1521, pour cacher une cicatrice de brulure qu'il avait reçu en jouant à attaquer l'hotel du Comte de Saint-Paul  à Romorantin, François Ier s'était laissé couper les cheveux et pousser la barbe, inaugurant ainsi une mode qui dura jusqu'à Louis XIII. Mais ici, Alain de Guengat est imberbe, et il est coiffé à la mode du XVème siécle, cheveux taillés en avant et longs en arriére avec une raie médiane. sa tenue vestimentaire ne semble pas non plus à la mode, elle est loin du costume de François Ier par Clouet , point ici de belles étoffes, de crevés, certes le col est court , et peut-être orné d'un ruché mais l'armure complète lisse, nos travaillée et le surcot simple n'évoquent pas les fastes de la Renaissance. Du vitrail originel, nous n'avons que les cubitiéres avec leurs oreillons arrondis qui pourraient aider à la datation,  et les brassards d'avant-bras. La cubitière n'est pas pointue, comme au XVème siècle.

 

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   Le panneau A1 serait, si j'ai tout compris, de Jean-Pierre Le Bihan qui aurait reconstitué la position agenouillée devant un prie-Dieu, les autres pièces de l'armure, le sol en le traitant en mosaîque monochrome comme celui du panneau voisin,  et la frise .

 

 Panneaux B1 et B2 : Saint Sébastien.


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  Il se tient adossé à la colonne qui symbolise le Christ, les mains liées derrière cette colonne de la couleur verte qui est au Moyen-Âge,celle de la croix, et du Christ après la crucifixion. Il se tient sous le dais bleu à godrons reposant sur les deux culées et surmonté d'une niche semi-circulaire a clef de voute sculpté en bouquet floral, que nous avons observé dans la lancette A, et nous retrouvons aussi la tenture rouge. Il est coiffé comme l'est Alain de Guengat, cheveux longs,mais le front dégagé par une franche ou une raie médiane.

On sait que Saint-Sébastien est le seul saint, et avec le Christ la seule figure religieuse représentée nue, ou dénudée. Les artistes renouent alors avec les bustes antiques et avec les statues d'Apollon, décrivent avec complaisance un bel Ephébe, voire parfois un bellâtre éfféminé, mettent en valeur la musculature, soignent la pose et retrouvent le contraposto, cette attitude de la statuaire grecque où l'athlète s'appuie sur une jambe fermement tendue alors que l'autre, fléchie, libre, amorce un mouvement de rotation qui entraîne déjà avec lui le bassin et le tronc. Et ce contraposto confére au héros un charme trouble fait de nonchalance maniérée.

On compte ici sept flèches, profondément et outrageusement enfoncées, avec la détermination d'un sorcier pratiquant un envoutement. Souvent, seules cinq flèches sont représentées, correspondant aux cinq plaies du Christ, mais le chiffre sept est riche de signification également. L'invraisemblance des deux flèches qui transpercent les deux jambes en même temps n'est pas génante, tant il est évident que nous sommes placés ici très loin de la réalité, dans un plan métaphorique que nous comprenons parfaitement.

  C'est le drapé transparent et déchiré qui me fascine, avec cet effet de deshabillé ou de "tee shirt mouillé" étonnamment audacieux . S'il est, pour un peintre, une belle prouesse technique, cela doit être aussi un bel exploit pour un maître-verrier. Cacher en laissant voir, évoquer la violence faite au corps par la meurtrissure de l'étoffe, jouer de l'ambiguité des plis, des fentes, ou des brêches , choisir une mousseline pour sa fragilité et pour sa manière de couvrir las chairs comme une caresse , qu'en penserait Gaétan Gatian de Clérambault?

  Le lien qui attache les deux pieds semble moins une entrave qu'un élément de "bonding" et accentue l'ambiguité.

  Le socle en verre blanc traité en grisaille et jaune d'argent prolonge celui des panneaux A1 et C1 en alternant des colonnes cannelées au chapiteau centré par une rosette, avec des médaillons représentant de gras Amours au carquois bien remplis et aux cheveux paille hérissés commme des flammes, qui bandent leur arc. Seul sans-doute le hasard des reconstitutions de fragments vient placer ces petits archers sous l'éffigie de leur saint patron.

 

Panneaux C1 et C2 : Sainte Marie-Madeleine présentant Marie Tromelin de Guengat :

   S'il fallait désigner une homologue féminine à saint Sébastien, Sainte Marie-Madeleine serait une candidate à ne pas écarter, tant l'ancienne pécheresse est souvent figurée en Vénus repentie, tant les artistes se sont plus à la vétir de peaux de bêtes ou de sa seule chevelure pour dévoiler ses formes, et tant Marie de Magdala devient, par son passé de courtisane et  sa proximité tendre avec le Christ à qui elle s'adressait en le nommant affectueusement Rabbi, une figure de la féminité et de la séduction : le renoncement à l'érotisme dans la pénitence et l'ascèse posséde ses charmes secrets. 

   Mais ici, point de mélancolie évanescente (ce n'est pas encore l'age baroque), point de longs cheveux blonds ou roux à l'animalité sauvage, point de pose extatique au pied d'une croix ou d'une déposition, mais une sainte anonyme dont seul le vase de parfums nous révèle l'identité. Sans celui-ci, nous ne l'aurions pas reconnue derrière son déguisement de mère-la-pudeur tirée à quatre épingles, pas un cheveu qui ne soit soumis à la stricte discipline d'une guimpe austère, le regard triste, la mine rhébarbative,  pâle frileuse abritée dans une grande cape verte.

  Elle porte un surcot  de couleur or, damassé, à manches courtes au dessus  d'une robe bleu-sombre à motifs losangiques et à manches blanches à gigot. on voit le noeud d'une ceinture couleur  fuschia. De la main gauche, elle place, sans vraiment le tenir, dans le dos de la donatrice un livre à fermoir curieusement entiérement bleu.

  Son grand manteau fait un pli curieux pour se placer dans le dos de la donatrice.

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La donatrice est agenouillée à son prie-Dieu, les mains jointes sur un missel. On remarque trois bagues, l'une sur la première phalange de l'annulaire, les deux autres sur la deuxième phalange de l'index et de l'auriculaire de la main gauche, la main droite échappant à notre curiosité. Au Moyen-Âge, lorsqu'un fiancé offrait une bague et que celle-ci restait bloquée à la deuxième phalange, ces dames y voyaient un signe que, en son ménage, la fiancée porterait la culotte. Mais il faut chercher ailleurs l'explication de ce détail. A l'époque gallo-romaine, les bagues se portaient à la phalangine ou P2. L'examen du célébre tableau La Fornarina de Raphaël montre que la "fille du boulanger" porte un anneau d'or sur la deuxiéme phalange de l'annulaire, et un commentaire dans le Nouvel Observateur indique que c'était alors la mode de porter ainsi les alliances, et rappelle aussi cette croyance de la période Renaissance en l'existence d'une veine qui partait de l'annulaire pour se rendre au coeur. Les veuves portaient parfois une alliance de veuvage, et sur un portrait de Bernard Van Orley (1493-1542) Marguerite d'Autriche se trouve représentée avec un anneau émaillé de noir au second doigt de la main gauche. Je ne remarque aucun chaton, ce sont des anneaux simples dits à tige ou à simple jonc, à demi-roont c'est à dire plat dans sa partie interne et rond dans sa partie externe, lisse sans ornementation de filets ou de feuillage, sans niellure ni émail, sans monogramme ni inscription ; ils peuvent être en cuivre, en bronze, mais je gage qu'ils sont en or. Je vais m'en tenir à l'hypothèse suivante : les deux bagues  de phalangines sont des alliances de veuvage, la bague de la phalange de l'annulaire est l'alliance en rapport avec le mariage valide à la date du portrait.

  

Elle est coiffée d'un chaperon de velours noir à la bordure brodée d'or et ornée de perles. Ce chaperon semble fixé à une coiffe, un petit béguin de soie qui recouvre les cheveux tirés en arrière pour dégager le front. Un voilage recouvre le visage.

  Elle porte une chemise fine qu'on entrevoit à l'encollure, laquelle est arrondie, prés du cou, sans ornement, et aux poignets où elle s'orne de dentelle. Puis nous voyons un vêtement blanc au décolleté à peine marqué, arrondi et non carré selon la mode italienne récente, vêtement qui descend assez bas  et dont je ne sais dire s'il s'agit de la cotte (ou corset) ou de la robe. Des rangées de boutons dorés s'alignent sur le devant, sans paraître en assurer la fermeture. Au dessus, une très belle robe lie-de-vin très ouverte se pare de revers mauves et fait apparaître sa doublure de soie d'or par les grandes manches retroussées et pendantes. Les avant-bras sont couverts par une belle étoffe rouge représentant peut-être des manches attachées au coude. L'ensemble est luxueux mais reste, pour un néophyte, en dehors de la mode italienne du début du XVIème siècle.

  Outre les bagues, le seul bijou est une chaîne (d'argent) en collier.

  Répondant au chien qui bondit sur l'armoirie, deux lévriers sont couchés au pied de leur maîtresse, dans des poses bien naturelles. 



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      Il s'agit de Marie de Tromelin, dame de Livinot et de Botbodern en Elliant, épouse en troisième noce d'Alain de Guengat qu'elle épousa en 1521 après un mariage avec N.du Perrier, sieur de Coatauton puis avec Fiacre de Trogoff. Elle est la fille de Jean de Tromelin (décédé en 1500) et d'Isabelle de Kervastard . Elle eut trois enfants d'Alain de Guengat : Jacques, René (décédé en 1587) et Claudine. Elle est décédée le 18 décembre 1547. Il ne faut pas la confondre avec Marie de Tromelin, dame du Bourouguel, veuve de Claude de Penmarc'h et épouse en 1588 d'Anne de Sansay, sans descendance.

  Elle porte, sans que l'on puisse affirmer que c'est une partie de son costume ou un élément surajouté, les armoiries des Guengat et des Tromelin en écartelé :  Guengat porte, nous l'avons vu, "d'azur aux trois mains dextres appaumées d'argent en pal", et Tromelin porte " d'azur au levrier passant d'argent". Ce blason est surmonté d'un autre, "d'argent à trois chevrons de sable", qui est Kervastar, seigneur de Kerengar en Elliant. Ces deux dernières armoiries se trouvent sur le tympan de la maîtresse-vitre de la chapelle de Kerdévot (Ergué-Gaberic), et les deux premieres (Guengat-Tromelin) dans l'oculus de la même verrière.

  il ne faut pas confondre ces Tromelin issus de Mahalon (près de Pont-Croix en Cornouaille) avec les Tromelin du Léon, qui portent "d"argent à 2 fasces de sable".




 

Le registre supérieur : 

      Il est consacré à une scène de Nativité que Jean-Pierre le Bihan intitule "fragments d'adoration des mages et d'un prophète.

  Tel qu'il se présente au visiteur contemporain, abstraction faite du travail de restauration à partir de "fragments", il forme une belle unité tant architecturale avec les trois loges en arcade surmontées de pots à feu que par la couleur rouge du ciel.

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Panneau A4 : La Vierge à l'enfant :

  La Vierge, la tête couverte d'un voile,vêtue comme il se doit d'un grand manteau bleu, au dessus d'une robe violette, tient l'Enfant-Jésus qui puise de la main droite dans une boite en or au couvercle évasé. J'y voyais une bonbonnière, mais vous seriez plus avisés peut-être d'y voir le précieux cadeau que le premier Roi Mage, qui s'est éclipsé, lui a offert  : de l'or, si c'est Melchior, ou de la myrrhe, si c'est Balthasar.

  Le galon du manteau porte une inscription, qui appartient au panneau A1 : l'aviez-vous remarquez ? En vous y reportant, vous déchiffrerez : VEORE.AV/SAMERORO  J'attends vos interprétations.

  Je remarque aussi la belle étoile des bergers, qui incite à ne pas voir une simple Vierge à l'Enfant, mais à l'inclure dans une Nativité.


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Panneau B3 : fragment de Nativité, Roi mage.

  Il met en scène un des trois Rois mages portant un récipient en or et argent doté d'un couvercle. Classiquement, le roi mage à barbe blanche, c'est Sénior, euh, je veux dire Melchior, qui offre l'or. Il est bien beau, avec sa barbe bien taillée, son collier d'or, sa robe rouge au camail bleu et son manteau vert. Mais les deux gamins qui se sont hissés sur le mur de la crèche lui volent la vedette, tant ils sont mignons. Ce sont des bergers, puisque l'un tient sa houlette.

   L'ange de nativité semblerait appartenir à ces pastoureaux stupéfaits si ses ailes vertes et le nuage bleu qui lui sert de tapis volant ne nous informaient qu'il appartient aux légions de séraphins méssagers et autres chérubins. L'étole qui se croise sur son aube est décorée de croix et de losanges.

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  Panneau C3 : Fragment de Nativité : Roi Mage :

  C'est pour moi une scène analogue au panneau B3, avec un roi à grise mine (la sanguine a du s'effacer) et à la drôle de couronne de guingois. Il porte le même collier que le mage précédent, une robe rouge, un camail vert sur un vêtement richement ornè de broderies d'or. Sur le bord de ce dernier se lisent les lettres ORAPRON à droite (ora pro nobis, "priez pour nous") et VER à gauche.

  Un autre berger blond encapuchonné est le "ravi" de nos crèches de santon, avec ses bras levés en signe d'émerveillement et son sourire d'extase.

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Tympan :

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Published by jean-yves cordier
29 novembre 2011 2 29 /11 /novembre /2011 17:16


 

Petite épigraphie des églises et chapelles du Finistère :

           Église Saint-Pierre de Pleyber-Christ :

      Une cueillette épigraphique : N rétrogrades,

              et autres surprises.

1. Les portes du porche latéral.

   Occupé aujourd'hui par l'épigraphie, je passe sous le porche sud sans un regard sur les douze apôtres sculptés pourtant en 1667 par Roland Doré ; même pas une pause, sur ces bancs de pierre que l'on trouve sous les porches de églises bretonnes, et pour cause : en 1914, le recteur les a fait supprimer, estimant sans-doute que trop de ses ouailles en profitaient pour ne pas passer la porte pendant les offices.

   La porte, ou plutôt les deux portes jumelles en plein cintre, revêtues de cette peinture vert-amande qui est aussi réglementaire que le gris pour un bâtiment de la Royale. Mais celles-ci sont ornées chacune d'un médaillon, et la porte de gauche offre au regard curieux une inscription :

1. La porte de gauche :

 Elle porte sur un médaillon carré le christogramme IHS surmonté du tilde. Mais ce tilde initial est transformé, selon un usage courant depuis Ignace de Loyola, en une croix. Au dessous se trouve un coeur transpercé par trois glaives.

  C'est sous ce médaillon que l'inscription qui nous intéresse se place, dans une disposition asymétrique singulière :

IAN : INISAN  GOV  1666.

  Sur le plan épigraphique, les éléments intéressants sont les deux N rétrogrades et la ponctuation initiale  par trois points verticaux. Ceux-ci ne sont pas relevés par René Couffon; Jean Feutren, qui fut recteur de Pleyber-Christ de 1977 à 1987, après avoir été recteur de Roscoff de 1962 à 1977, note par contre parfaitement les "N inversés", et nous ferons à nouveau appel à sa perspicacité. A propos d'une inscription du mot Gouverneur sur leclocher, où le N est inevrsé, il écrit "Le N, comme il est courant dans les inscriptions sur la peirre et le bois à cette époque, est inversé, par un mauvais emploi du pochoir". Ici, il commente sa découverte en écrivant : "l'inscription est libéllée avec des N inversé, comme il est courant aux menuisiers de chez nous".

 L'explication par "un mauvais emploi du pochoir" vaut ce qu'elle vaut, mai elle a le mérite de tenter de réfléchir plutôt que d'ignorer l'inversion insolite de la lettre. 

epigraphie 6211c

 

  Selon l'abbé Feutren, Jean Inizan était marchand de toile à Kervern. Les trois lettres GOV indiquent sa fonction de Gouverneur de paroisse, terme que nous allons retrouver et qu'il faut expliquer. Pour simplifier, on peut assimiler ce terme à celui de fabricien, un laïc chargé de la gestion temporelle de la paroisse.

Qu'est-ce qu'une fabrique, qu'est-ce qu'un gouverneur ?

  Unité à la fois religieuse, administrative et financière, la paroisse (avant la formation des communes après la Révolution), subdivisée si besoin en trèves, est le territoire sur lequel s'exerce l'autorité spirituelle du curé, ou recteur en Bretagne. Celui-ci, secondé de vicaires ("curés" en Bretagne) et du sacristain, prend en charge la célébration des offices, l'administration des sacrements, la catéchèse, et depuis l'édit de Villers-Coterêt (1539), la tenue du registre des baptêmes, mariages et enterrements.

   Le Conseil de Fabrique, constitué depuis le Concile de Trente de laïcs et de membres du clergé, prend en charge la gestion temporelle de la paroisse. De 1802 à 1905, date de la séparation des  Église et de l'État, il prend le nom d'établissement public du culte, et comprend outre le maire et le recteur, membres de droit, cinq à neuf membres annuellement élus qui portent le nom de fabriciens ou marguilliers et comportaient un président, choisi parmi les paroissiens les plus considérés, un trésorier et un secrétaire. Le terme de Fabricien est celui utilisé en Bretagne, et le Dictionnaire Trévoux (XVIIème) explique que des laïcs qu'on nomme marguilliers à Paris, fabriciens dans quelques provinces ou procureurs fabriciens, et à la campagne, gagers.

On trouve encore le terme de Procureur de fabrique, et la description de Procureur des pauvres, chargé de leur prodiguer des subsides, ou de Procureur des trépassés, chargès de l'inhumation des défunts.

 L' élection du Conseil a lieu à l'issue d'une grand-messe au sein de l'assemblée générale de paroisse. Ce Conseil de Fabrique, nommé parfois la Générale, gère les biens de la paroisse : ferme et maisons dont elle tire des revenus, dons en nature apportés par les paroissiens (lin, produits de la ferme, animaux) que l'on revendait au pied du calvaire à l'issue de la messe dominicale, produit des quêtes et des troncs d'offrandes, legs testamentaires, location des places de banc. Ces recettes augmentaient lorsque la paroisse prospérait, comme cela fut le cas dans le Léon au XVI et XVIIème siècle lors de l'apogée du commerce maritime et de la production de toiles de lin et de chanvre; elles furent alors multipliées par quatre ou par sept. Bien-sûr, ce sont les paysans tisserands enrichis par l'industrie et le commerce de la toile qui obtinrent les charges de fabriciens.

Les recettes affluaient aussi après les famines, les guerres et les épidémies lorsque ces dons accompagnaient les prières d'intercession et de protection.

  Avec ces revenus, il doit faire face aux dépenses courantes d'entretien des biens meubles et immeubles, et décider des investissements.

  C'est donc le Fabricien, ou Fabrique, qui est le maître d'oeuvre lors de la construction d'une église, de son agrandissement ou de son embellissement.

  Ces Fabriques n'ont eu une existence bien établie qu'à dater de 1311 : d'abord nommés par l'évêque et le préfet, puis recrutés par élection avec renouvellement par moitié tous les trois ans. Les fabriciens devaient se réunir en conseil et colliger leurs délibérations sur un registre. Je trouve l'information de trois assemblées générales par an, à la Saint Thomas le 3 juillet, à Nël et à Pâques.

  Il faut encore parler des Fabriciens des Confréries, notamment parce que c'est dans leurs statuts et règlements que je rencontre le terme de "gouverneur" : dans une paroisse, les Confréries rassemblent les membres d'une même profession ou les personnes souhaitant vouer un culte particulier à un saint tutélaire : Confrérie de Saint Sébastien (contre la peste, ou regroupant les archers), Confrérie de Saint Yves, du Saint-Rosaire, de Saint-Michel, de la Trinité (tisserands de Morlaix), de Saint Tugdual (tisserands de Tréguier), de Notre-Dame de Pitié, etc..., chacune disposant d'un budget propre à assurer les dépenses telles que la confection d'une bannière de procession, l'édification d'une chapelle de l'église, d'un rétable, d'un vitrail. Ces travaux importants confèrent au gouverneur de la Confrérie un rôle de maître d'oeuvre ou de commanditaire identique à celui du fabricien de la paroisse.

  Là encore, les écrits de l'abbé Feutren me confirment ou m'apportent des informations : il a retrouvé une "introduction au gouvernement des paroisses" de Potier de la Gourmandaye de 1777, dont il extrait que "les recteurs n'ont aucune juridiction temporelle dans leur paroisse" et que les affaires temporelles sont administrées par le Général,constitué par 12 anciens trésoriers et deux fabriciens en exercice, par le recteur et les juges de la juridiction de la paroisse. Les douze anciens délibérants sont remplacés tous les ans ; le Général constitue un Corps Politique qui se réunit, souvent en la sacristie, et convoque lors des décisions importantes les habitants notables possédant biens à une Assemblée Générale.

  A Pleyber-Christ, les fabriciens ont persistés jusqu'e 1945 au moins, et on dispose de l'énumération de la composition de l'équipe, avec la dénomiantion en breton: 

- deux fabriket bras ou Grands fabriques, ce sont les deux fabriciens de l'année qui sont mentionnés partout, et qui inscrivent leurs noms sur les batiments qu'ils font élever.

- Fabrik An Itron Varia a Druez : un fabricien de Notre-Dame de Pitié,

- Fabrik ar Sacramant : un fabricien,

- Fabrik ar Béorien, fabricien des pauvres,

- Fabrik ar Anaon, 2 fabriciens des trépassés,

- Fabrik ar Bara Benniguet, de la distribution du Pain Bénit, et de la quête de Saint-Yves déstinée à sa fabrication, avec 10 à 14 membres.

 

  De tout cela, aucune définition claire du "gouverneur" ne ressort, et je constate que Jean Feutren fut confronté à la même difficulté lorsqu'il écrit : "Nous essayerons de préciser la fonction de ces gouverneurs face aux deux "fabricques". Il s'agit en toute hypothése d'un représentant élu de la population." Je constate que certaines églises (celle-ci, celle de saint-Sauveur, au Faou) portent les inscriptions avec référence au "Gouverneur" là où les autres indiquent "fabricien" comme mention de commanditaire des travaux, l'un des termes excluant l'autre, d'où je conclue à deux termes recouvrant une fonction identique plutôt que deux fonctions différentes.

 

 

 2. La porte de droite 

Séparée de sa voisine par un bénitier :

epigraphie 6212

..., elle ne présente aucune inscription mais le monogramme de Marie MA surmonté d'un tilde et surmontant lui-même un coeur transpercé.

epigraphie 6219

   Chacun aura remarqué aussi la forme de coeur de la ferrure de poignée de porte. Elle n'avait pas échappé non plus ( il est plaisant de le remarquer quand on a été attiré par ce détail et qu'on le trouve décrit par un auteur) à l'oeil de Jean Feutren qui nous réjouit d'utiliser à leur propos les termes techniques de Palastre (boite métallique qui forme la partie extérieure d'une serrure et en contient le mécanisme) et de "loquet poucier" , terme qui, dans les catalogues de quincaillerie, permet d'identifier ce modèle comme étant du XVIIè ou XVIIIème siècle. ( aussi nommé clenche à poucier).

 

 

2. La chaire à prêcher.

Elle est décrite par René Couffon (Nouveau répertoire des églises et chapelles, Quimper, 1988) comme une "chaire à prêcher avec abat-voix surmonté d'un ange à la trompette. Bas-reliefs des Évangélistes, dont deux volés? Sur le bas coté de la cuve, inscription : F.F.P.MONSIEVR.LABBE.DE.KSVLGVEN/&FRANCOIS.MADEC.&.JEAN.MER.FABRIQVES.LAN.1740."

 

DSCN1571c

epigraphie 6182c

DSCN1569

 

  C'est Jean Feutren qui m'apprends que F.F.P. est d'usage courant sur les meubles pour signifier "Fait fait par ".

Je trouve de légères différences avec le relevé de René Couffon, le mot LABE ne portant qu'un B, soit : F.P.P.MONSIEVR.LABÉ.DE.KSVLGVEN.R/&.FRANCOIS.MADEC.&.JEAN.MER.FABRIQVES LAN 1740

je transcris : "Fait fait par Monsieur l'abbé de Kersulguen et Fançois Madec et Jean Mer. fabriques l'an 1740."

Les éléments notables sont : 

-Une ponctuation par un signe en accent circonflexe.

- l'omission abréviative K(er)sulguen,

- le G de Kersulguen est un g minuscule, que J. Feutren attribut à la "maladresse du graveur", comme le Q minuscule de fabriques, alors que j'y voit un témoignage de sa maîtrise

- le deuxième V (u) du nom Kersulguen est suscrit,et s'associe avec le g minuscule en une élégante forme raccourcie.

- les lettres M et E de MER sont conjointes.

- le Q de Fabriques est formé d'un P inversé.

    Yvon Marie de Kersulguen fut recteur de Pleyber-Christ de 1740 à 1777, date de son déces. Il appartient à une famille de la noblesse bretonne portant d'or au lion de gueules (c'est le blason de Pont-Labbé) au franc quartier écartelé d'or et de gueules, avec comme devise LESSES DIRE.

  Il succéda à Jacques Halleguen, décédé en 1740.

 

3. Les sablières et le quatrième entrait.

En haut de la nef, les sablières et les entraits (pièce de charpente horizontale traversant la nef de gauche à droite) sont du XVIème siècle.

"Du coté de l'Évangile" (à gauche), on peut lire sur la sablière ceci, que j'ai omis de photographier correctement :

 

epigraphie 6209c

 

je lis N ANDRE : DE : K : OVGANT / GOVERNEVR : LAN  1664.

Je transcris : André de Kerougant Gouverneur l'an 1664.

L'abbé Feutren me livre ce que j'ai coupé : YVON ANDRE DE KEROUGANT, un gouverneur qui demeure à Kerougant (forme actuelle : Kerohan) et nous allons retrouver cet Yvon André trois mètres plus bas sur un bénitier.

 

Le quatrième entrait porte la mention Y: INISAN : L : GO dans un cartouche, et 1664 dans un carouche séparé.

  Il faut lire : Yves ou Yvon Inisan Gouverneur en l'an 1664, la lettre L (que René Couffon a omise dans son relevé) restant... lettre morte pour moi pour l'instant; mais les autres gouverneur ont indiqué ainsi par une lettre ou un mot leur lieu d'habitation.

epigraphie 6207c

 


     Un  Bénitier .

Il porte l'inscription YVON ANDRE. G : 1664

Il présente la particularité d'être taillé dans la masse de la pierre de la colonne, qui porte la date.

 Ce bénitier mentionne le même gouverneur qui a inscrit son nom sur la banderolle de la sablière, et qui demeure à Kerougant.

epigraphie 6188

DSCN1572

      Autre bénitier:

Celui-ci porte : Y. MADEC : GO . K. V 1659

  C'est donc un autre gouverneur.Les initiales K.V indiquent son domicile, le patronyme Madec étant répandu.

DSCN1574

 

  Nous avons donc la trace de quatre gouverneurs de Pleyber-Christ :

-Y. INISAN en 1658

-Y. MADEC en 1659

- YVON  ANDRE en 1664

- Ian INISAN en 1666.

 

 Pour finir en beauté malgré l'absence d'inscriptions, les deux beaux bas-reliefs du coffre des autels :

epigraphie 6199c

DSCN1576

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Published by jean-yves cordier
28 novembre 2011 1 28 /11 /novembre /2011 14:05

 

 

 

          Les blochets de l' église Saint-Edern à Plouedern et sa restauration après sa destruction  par la foudre le 24 mai 1974 : 

               Réunion de chantier sous les combles !

 

 

 Voir aussi :

Formidable ! Marie-Suzanne de Ponthaud et Jean-Pierre Breton sous les voûtes : les nouveaux blochets de l'église de Sizun (29).

 

Après avoir traité des dangers que la foudre fait encourir aux clochers et des moyens de s'en prémunir  Église Saint-Thurien à Plogonnec II : une inscription du tonnerre!., après avoir découvert comment une église détruite par le feu peut relever le défi en créant un décor de vitraux contemporains,  Les vitraux contemporains de Saint-Sauveur (Finistère)., j'entrais, par hasard, dans l'église de Plouedern en me rendant à La Roche-Maurice, cherchant une nouvelle inscription lapidaire, un N rétrograde, une statue de Sainte Barbe, et j'allais quitter la nef lorsque je pensais à lever les yeux. 

   Et là, perché à trois mètres de haut, je vis un homme tout nu qui m'observait. Parfaitement, un homme en tenue d'Adam, recroquevillé, tenant en équilibre sur les sablières. J'en poussais un cri : Ah, ça, c'est trop fort !

 

 

Personnage n°1 : peintre ; attribut : pinceau.

 

plouedern 5942

   C'est qu'il n'était pas seul, le bonhomme : à droite, vêtu plus décemment, un quidam m'observait également. Là, encore un autre ! Et là, encore ! J'éclatais de rire, je courais à travers les stalles ou plutôt les bancs alignés en m'exclamant C'est trop ! C'est trop ! Trop fort! Tout le long des sablières du bas-coté droit, huit personnages s'étaient donnés rendez-vous, manifestement convoqués à une réunion de chantier puisque l'un avait encore ses pinceaux, l'autre sa pelle, le troisième des échantillons de couleur, et il y avait même Monsieur le Recteur qui siégeait, accroupi comme les autres.

Identification : Paul Mériguet

 

 

 

personnage n°2 : menuisier (rabot).

 

plouedern 5940

 

 

 

Personnage n°3 : le maître-verrier ?

 

plouedern 5941

 

 

 

personnage n°4 :  le recteur.

 

plouedern 5939

 

 

 

Personnage n° 5 : l'électricien, attribut la lanterne.

 

plouedern 5943

 

 

 

Personnage n° 6 : ? attribut : le mètre-pliant.

Identification : Un métreur .

plouedern 5937

 

 

 

Personnage n° 7 ? attribut : le calepin et le stylo. Inscription NISAT PAIX COMM/UN.

 

plouedern 5938

 

 

 

Personnage n°8 : maçon ? attribut, la truelle ?

plouedern 5944

 

 

 

   Par Saint-Edern, rêvais-je? Je me revois courant vers le bas-coté bâbord de la grande nef, pour retrouver (j'en étais sûr) huit autres collègues en rénovation du bâtiment, employés de maintenance ou autres artisans qui jouaient les hommes de l'air dans les combles.

 

 

Personnage n°9 : ? sculpteur bois, attribut la masse et le ciseau .

 

plouedern 5945

 

 

Personnage n° 10 : tailleur de pierre , attribut la masse et le ciseau .

 

 

plouedern 5946

 

 

Personnage n° 11, le maire, attribut : le village.

 

plouedern 5947

 

 

 

 

Personnage n° 12, architecte :  ses attributs : le compas et le niveau.

 

plouedern 5948

 

 

Personnage n°13 : le couvreur .

plouedern 5949

 

 

Personnage n° 14, le charpentier ? attribut : la scie.

 

plouedern 5950

 

 

Personnage n° 15 : le peintre, attribut pinceaux et couleur.

 

  plouedern 5951

 

 

Personnage n° 15 : ?? attribut ?? ( chauffage, attribut des flammes?).

 

plouedern 5952

 

 

 

   Il était temps de retrouver son calme. Ces statues taillées comme les charpentes sculptées médiévales avaient l'allure de ces personnages, drôlatiques, naïfs ou lubriques qui se poursuivent le long des sablières de nos églises, poussant une charrue ou suivant un convoi, mais leur tenue contemporaine montrait bien que leur facture était récente. J'irai me renseigner, et ces têtes de Guignol allaient s'expliquer sur leur présence insolite.

La première chose que je fis, ce fut de consulter le Nouveau Répertoire des églises et chapelles de René Couffon et Le Bars, Quimper 1988, en ligne :

 "Elle date du XVIIè siècle, ainsi que l'indiquent les dates de 1609 sur la frise du porche, de 1626 sur la petite porte Renaissance du midi et de 1680 sur la sacristie.

Le porche nord, de type classique et monumental, est en granit à gros grains. L'entablement de la porte d'entrée extérieure est soutenu par des colonnes doriques composites et amorti par un fronton. Au-dessus, attique supportant une niche à coquille et fronton cintré brisé, volutes très accusées. Sur le rampant du gable, décoration  en S. Ce porche est voûté sur croisée d'ogives, il n'y a pas de niches pour des Apôtres.

Les grandes arcades en plein cintre de la nef pénètrent directement dans les piliers cylindriques ; les nefs latérales sont aussi lambrissées en berceau.

Au-dessus d'une fenêtre de la sacristie, inscription : "M. H. QVEFFELEAN. RECT / IAC. MORRI. PIER. COEN. FABRIQVE/ 1680."

Mobilier :

En mai 1974, un incendie a détruit la charpente et le mobilier. L'église, restaurée, a été rendue au culte en janvier 1978.

Maître-autel : table reposant sur deux piliers en forme de soc de charrue. - A l'autel du Saint-Sacrement, au nord, sur la porte de bronze du tabernacle les quatre Evangélistes encadrent le calice et l'hostie. - L'autel du Rosaire du XVIIè siècle a été détruit en 1974. Fonts baptismaux placés aujourd'hui dans la chapelle sud : la cuve à godrons porte l'inscription : "A.RIOV. RECTEVR. I. KDELENT. H. APERVE. FABRIQVE. LAN. 1641. R. LE. DORE. FECIT." Le baldaquin en bois polychrome, brûlé en 1974, portait l'inscription : "M. H. MILBEAV. R. Y. KDELANT. F. T. Y. BOVRHIS. FABR. 1661."

Bénitier en forme de cuve hexagonale, décoré de niches ornées de coquilles et d'accolades formées de galons plats, XVIè siècle. - Autre bénitier daté 1679 et surmonté de deux personnages tenant une massue.

Statues - en bois polychrome : Crucifix, saint Laurent, saint Guénolé, sainte non identifiée ; - en pierre : saint Pierre (porche).

 

Vitraux d'H. de Sainte-Marie, parmi eux le Baptême du Christ, l'Assomption et la Pentecôte.  

 

L'église en 184., dessin de Léon Gaucherel (Gallica)

Le baptistère et le retable de Saint Yves sont partis en fumée (image http://www.plouedern.fr/index.php/plouedern/histoire ) :

                                  

 

 

 Donc, aucune description ici de ces blochets. Un contact auprès de la Mairie ne fut guère plus fructueux.

  Alors que des recherches ont lieu dans nos archives pour tenter de retrouver des informations sur les artisans et artistes du Moyen-Âge ou de la Renaissance en Finistère, moins de trente-cinq ans après la réalisation d'un chantier dont nous allons voir qu'il avait rassemblé les noms les plus prestigieux de l'artisanat de restauration d'œuvre d'art en France, aucune trace n'était conservée, aucune information n'était disponible !

Je précédais donc mon article d'un appel aux témoignages, mais celui-ci resta vain.

Petit addendum en avril 2014.

En novembre 2011, j'avais retrouvé la trace de Gérard Jamain, qui avait été chargé  de l'expertise et maîtrise des coûts de ce chantier. J'avais échangé un mail et obtenu cette réponse :

Bonjour

L histoire de la restauration de cette eglise incendiée est toujours en 2011 unique en France Le sculpteur de ces sculptures qui représente les acteurs de la restauration est Vincent Fancelli le sculpteur du château de Versailles. Le peintre qui a mis en valeur ces statues est Paul Meriguet le peintre de toutes les têtes couronnées Tout cela sans que cela coûte un cent à la commune Je vais rechercher des documents dans mon dossier d' expertise

Bien cordialement

Gerard JAMAIN
Ingénieur-Conseil et économiste du patrimoine,

 

Je remercie Monsieur Jamain de ces précieux renseignements. Cela me donne accès aux données suivantes :

 


1. Gérard Jamain a fondé en 1986 "HÉRITAGE", bureau d'études spécialisé dans la restauration de bâtiments anciens.

Voir sa Notice biographique professionnelle, d'où je tire ces portraits.

  plouedern 5937

 

Est-ce le mystérieux "personnage n°6" ?

Le site de ce bureau d'étude consacré au chantier de Plouédern une page (in "liste de références") présentant des photographies de l'église après l'incendie de 1974.

  

 

...Ainsi que des photos du chantier : 

   

         

 

                

 

En regardant ces images en 2014, je réalise que les blochets étaient initialement placés dans la nef : on imagine l'effet qu'ils produisaient sur les paroissiens assistant au divin office sous le regard allumé de ces marionnettes des Guignols ! Surtout que les anges peints sur la voûte...non, je n'en dis rien pour l'instant. Bref, on peut penser que le curé, qui avait déjà sur sa statue des lèvres pincées et un regard consterné par le fait d'appartenir à cette mascarade, ou bien Monseigneur (car la réouverture du sanctuaire au culte a dû s'accompagner d'une cérémonie de dédicace) a dû intervenir en haut lieu pour faire (mais à quelle époque ?) déplacer les proéminences phalliques et peinturlurées dans les bas-cotés. 

 

On trouve aussi dans le site de la société Héritage la mention suivante :

Maître d'ouvrage :La Mairie de Plouédern
Maître d'œuvre Gérard Cailliau - DPLG et ABF ... J'identifie donc :

2. Gérard Cailliau, architecte des Bâtiments de France, est surtout connu pour la réalisation du Pont de Cornouaille à Bénodet en 1972. (Il serait apparenté avec la sœur aînée du général de Gaulle, Marie-Agnès, qui avait épousé en 1910 Alfred Cailliau)

 Je poursuis mon enquête :

3. Paul Mériguet  "le peintre de toutes les têtes couronnées" : voir le site de l'Atelier Mériguet-Carrère  qui donne une haute idée des techniques qui ont été employées sans-doute à Plouedern. Cet atelier créé en 1960 est dirigé par Antoine Courtois, qui prit le relais de Paul Mériguet 

 Notice nécrologique de  Paul Mériguet en 2014 dans La Nouvelle République : "Après son CAP de peintre, passionné d'art et d'histoire ancienne, il réalise des décors de théâtre pour la troupe de son village. A 30 ans, il crée un atelier de décoration à Paris. Il avait de par son savoir-faire une réputation internationale. Spécialiste du trompe-l'œil, des dorures, des cuirs gaufrés, il a travaillé à la restauration de monuments historiques nationaux étrangers.

Il a participé en particulier aux travaux de décoration et de restauration du château de Versailles, des cathédrales d'Amiens et de Beauvais, de l'opéra Garnier, du palais de l'Élysée et l'hôtel Matignon. Son atelier compte encore aujourd'hui 120 compagnons amoureux du travail bien fait.
A Preuilly-sur-Claise (Indre-et-Loire) dont sa femme est originaire, il a été l'instigateur de la résurrection de l'antique foire au safran (qui aura lieu cette année le 15 février). Il est également un des précurseurs de la culture du chêne truffier en Touraine. 
Il était chevalier de la Légion d'honneur, chevalier national du mérite, chevalier des arts et lettres et chevalier du mérite agricole. Il est décédé samedi 18 janvier [2014] dans sa 83e année."

Photographie de Paul Mériguet.

4. Vincent Fancelli "le sculpteur du château de Versailles".

Vincenzo Fancelli, d'Alfortville restaurateur officiel du château de Versailles, est intervenu aussi dans la restauration des 22 stalles de la cathédrale Saint-Pierre de Saint-Claude (Jura) qui avaient été détruites par un incendie en 1983 (près de 200 statues de Jehan de Vitry). (Voir le Dossier de restauration avec la photographie de Vincenzo Fancelli (vers 1991) page 28 et 29 que l'on comparera au personnage n°9)

                     plouedern 5945

Portrait en 1966 par Jacques Haillot © Jacques Haillot/Apis/Sygma/Corbis 

Voir aussi ici un autre portrait de 1966.

Vincent Fancelli appartient à une lignée d'artisan ; Otello Fancelli ouvrit d'abord dans les années 1920 un atelier à Pise sur la célèbre Piazza Miracoli, puis s'installa à Paris après la seconde guerre mondiale avec son fils Vincenzo, en se spécialisant dans la restauration et la reproduction de modèles anciens. Ils intervinrent dans la restauration du Musée Carnavalet, de l'Hôtel de Sully, du Château de Chambord, et, sous la direction de Gérard Van der Kemp, dans celle de la Chambre à coucher de Marie-Antoinette à Versailles. Depuis 1985, l'Atelier Fancelli (Paris-New-York) est dirigé par Jean-Pierre Fancelli.

  http://www.heritage.tm.fr/index2.htm

 

      "Un jour —raconte Hervé Duhot— Fancelli est arrivé avec un appareil photo et nous a tous photographié !". Il en a tiré ces statues.

 

De fil en aiguille dans une botte de foin, j'ai fini (juin 2014) par reconstituer la réunion de chantier. J'ai en effet rencontré Hervé Duhot, le couvreur, qui a retrouvé ce document : 

             DSCN7757c.jpg

Les participants aux réunions de chantier étaient donc :

Gérard CAILLIAU, Architecte des Bâtiments de France, Quimper,

Gérard JAMAIN, Métreur Monuments Historiques 6bis rue Louis Barthou Rennes.

Hervé ROPARS, Maire,

Entreprise de Menuiserie-Charpente A.M.C. Rennes, DAVALIS : JULIOT, chef charpente.

Entreprise de maçonnerie Christophe GAILLARD, Bénodet

Entreprise de peinture RAUB, Brest : peintre Claude JAOUEN.

Entreprise de couverture Hervé DUHOT, Landerneau.

Entreprise d'élecricité CADIOU, directeur technique JOSSET.

Entreprise de Chauffage STEINER, Ploudalmézeau.

Entreprise de vitraux Hubert SAINTE MARIE, Quintin.

Décoration : Paul MÉRIGUET.

Sculpture pierre : MOURAD-HORCH.

Cloches : BODET.

Paratonnerre : CAILLOT.

   Il manque ici :

Le recteur MALLÉJAC,

Le sculpteur bois Vincente FANCELLI.

 

L'énigme étant résolue (hormis l'identification du personnage n°7), je peux m'intéresser à d'autres aspects de la petite histoire  de Plouedern.

 

Une découverte macabre : des rouquins au sous-sol !

Mr. Cailliau ayant fait ôter le pavement de l'église, on découvrit alors des cadavres, dont la particularité était que ce qui restait de leur tignasse était d'une forte couleur rousse. Il s'agirait de victimes d'une épidémie de peste, la coutume étant alors de passer les corps au brou de noix pour éviter la transmission de l'épidémie. (information orale non vérifiée).

Un dégats des eaux trois ans après le chantier !

En 1982, le maire —Hervé Ropars— et le recteur s'alarmaient de constater que l'humidité faisaient des ravages et que la peinture se décollait par larges plaques (les murs avaient été peints de motifs polychromes tels que des arcades rouge-brique encore visibles aujourd'hui par endroit).  Pire, la mérule, le terrible ennemi des charpentes, avait déjà rongé les lambris de la sacristie et s'attaquait au parquet de chêne.  N'aurait-on pas pu prendre des précautions pendant la remise en état, demandaient-ils "sans vouloir,incriminer quiconque" à l'architecte Cailliau ? Le Télégramme de Brest qui relate l'événement se fait le porte-parole de leurs interrogations : "si on avait drainé les murs de pierre épais, si on avait traité les bois, un tel ravage se serait-il produit ?  La municipalité "lève les bras au ciel  à la recherche d'une aide providentielle qui saurait enrayer l'extension du mal dans ce joyau du patrimoine". L'affaire fut portée devant le tribunal administratif (1984) et le Conseil d'Etat (1987) —cf Annexe—, afin de sauver "la voûte où les anges aux figures naïves ont des sourires innocents".

 

 

"Les An-ges de-eu nos  campa-gneu, ont entonné l'hy-imneu des cieux".

La voûte de la nef est effectivement merveilleusement peinte d'un ciel pommelé de cumulus que chevauchent, tels des adolescents sur les voitures tamponneuses, de frais angelots attentifs à éviter les obstacles constitués par les monogrammes de Marie. Mais si on les regarde de près, on remarque que quelques uns ont les traits de jeunes bretonnes de chez nous. Un hasard ? On raconte que les peintres leur ont prêté une ressemblance avec les dames qui leur avaient accordées leurs faveurs. 

 

 

 

ANNEXE

Jugement du Conseil d'Etat du 15 juin 1987. En ligne.

Conseil d`Etat statuant au contentieux

N° 66284

Inédit au recueil Lebon

2 / 6 SSR

Errera, rapporteur

Schrameck, commissaire du gouvernement

lecture du lundi 15 juin 1987

REPUBLIQUE FRANCAISE

AU NOM DU PEUPLE FRANCAIS

Vu la requête sommaire et le mémoire complémentaire enregistrés les 20 février 1985 et 20 juin 1985 au secrétariat du Contentieux du Conseil d`Etat, présentés pour la commune de PLOUEDERN, représentée par son maire en exercice et tendant à ce que le Conseil d`Etat :

1° réforme le jugement du tribunal administratif de Rennes du 20 décembre 1984 en tant qu`il limite à 35 749,29 F l`indemnité due par M. X... et l`entreprise A.M.C. en réparation des dommages constatés à l`église paroissiale à la société des travaux qui y ont été effectués,

2° condamne M. X... et l`entreprise A.M.C. à procéder aux travaux de réfection nécessaires pour faire disparaître les désordres ou, à défaut, à lui verser une somme égale à leur coût tels que l`expert commis les a estimés,

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu le code civil

Vu la loi du 28 pluviôse an VIII ;

Vu le code des tribunaux administratifs

Vu l`ordonnance du 31 juillet 1945 et le décret du 30 septembre 1953

Vu la loi du 30 décembre 1977

Après avoir entendu :

- le rapport de M. Errera, Conseiller d`Etat,

- les observations de la S.C.P. Waquet, avocat de la COMMUNE DE PLOUEDERN et de Me Boulloche, avocat de M. X...,

- les conclusions de M. Schrameck, Commissaire du gouvernement

Sur les responsabilités :

Considérant en premier lieu qu`il ressort de l`instruction, et notamment du rapport de l`expert désigné en référé, que les désordres limités affectant les enduits et peintures intérieures de l`église de PLOUEDERN ne sont pas de nature à rendre l`édifice impropre à sa destination ; que dès lors, en tout état de cause, ils en peuvent engager la garantie décennale des constructeurs qui ont participé aux travaux de remise en état de cet édifice à la suite d`un incendie

Considérant en second lieu qu`il est constant que les désordres importants affectant le parquet, les lambris et l`estrade de la sacristie et qui sont de nature à rendre ce local impropre à sa destination, sont dus à l`action du mérule ; qu`il ressort du même rapport que la prolifération de ce champignon a été rendue possible tant par la modification résultant desdits travaux des conditions générales de la ventilation de l`édifice et de son équilibre hygrométrique que par la réalisation de ces ouvrages en bois sans ventilation de leur face cachée, ce qui constitue un manquement aux règles de l`art ; qu`ainsi ces désordres engagent la garantie décennale tant de M. X... qui a dirigé les travaux, et qui, en sa qualité d`architecte des bâtiments de France, devait connaître les caractéristiques de cet édifice inscrit à l`inventaire des monuments historiques et dont les murs étaient saturés d`humidité et veiller à ce que les précautions indispensables fussent prises que de la société A.M.C. qui a réalisé les ouvrages en bois de la sacristie sans respecter les règles de l`art ; que les premiers juges ont fait une correcte appréciation de leur parts respectives de responsabilité en la fixat à 70 % pour M. X..., architecte, et à 30 % pour la société A.M.C.

Sur la réparation :

Considérant que, par le jugement attaqué, les premiers juges ont alloué à la COMMUNE DE PLOUEDERN la somme de 35 749,29 F à laquelle se montent, suivant l`expert, les travaux nécessaires pour la remise en état de la sacristie après élimination du "foyer" de mérule ; que si la commune demande la majoration de cette somme, elle se borne, dans le dernier état de ses conclusions, à se référer aux propositions de deux techniciens consultés par elle ; que ces documents, en raison notamment de leur absence de précision, n`établissent pas que l`expert judiciaire aurait fait une appréciation insuffisante des travaux strictement nécessaires à la réparation durable des seuls dommages qui engagent la garantie décennale des constructeurs

Considérant qu`il résulte de ce qui précède que l`appel principal de la COMMUNE DE PLOUEDERN et le recours incident dirigés par M. X... contre la commune doivent être rejetés ; que, par voie de conséquence les conclusions d`appel provoqué dirigées par M. X... contre les entreprises ayant participé aux travaux ne sont pas recevables

Article 1er : La requête de la COMMUNE DE PLOUEDERN, ensemble les conclusions d`appel incident et d`appel provoqué de M. X..., sont rejetées.

Article 2 : La présente décision sera notifiée à la COMMUNE DE PLOUEDERN, à M. X..., à la société A.M.C., au ministre de l`intérieur, au ministre de la culture et de la communication et au ministre de l`équipement, du logement, de l`aménagement du territoire et des transports.

 

 

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27 novembre 2011 7 27 /11 /novembre /2011 22:27

 


       Les vitraux de Gérard Lardeur

   à l'église de Saint-Sauveur (Finistère).  

 

      voir :  Les vitraux de Gérard Lardeur à Bannalec (29).

Dans un article précédent, j'ai dit la grande misère des églises et des clochers frappés par la foudre.  Église Saint-Thurien à Plogonnec II : une inscription du tonnerre!.

Foudre et clocher : Sainte Barbe invoquée en breton à Pleyber-Christ.

  A Saint-Sauveur (29), au cœur des Enclos paroissiaux, en 1992, un incendie ravagea totalement l' église, ne laissant que le clocher et quelques murs : quand on voit ce qu'il reste de l'église de Pont-Christ (1533) qui a subi le même sort* à la fin du XIXe siècle et qui ne montre aujourd'hui que de sinistres ruines, on évalue la performance réalisée par le maire Jean Billon et par tous ceux qui relevérent le défi de restaurer l'église, et, mieux, d'oser y installer des vitraux contemporains.

      * André Croguennec a montré  que l'église de Pont-Christ n'a pas été victime d'un incendie, mais de l'incurie, la toiture s'étant effondrée en 1890 après avoir été longtemps négligée. Le résultat est le même : des ruines, là où se dressait un sanctuaire abritant des œuvres d'art et un témoignage de foi laissé en héritage par nos prédécesseurs. 

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DSCN0454c

 

   Le passé, tenace, reste inscrit sur un linteau :

DSCN0445

 

  Les vitraux sont issus de l'atelier de Gérard Lardeur, maître-verrier (1931-2002) qui réalisa ici l'une de ses dernières œuvres.

st-sauveur 3747c

 

 La maîtrise de la lumière et de ses magies apparaît dans sa totalité lorsqu'on supprime, par une photo au flash, l'effet de la lumière extérieure ; on ne voit alors qu'un mécano qui fait grise mine :

st-sauveur 3744

 

  Au contraire, en plein jour,voilà l'effet produit :

st-sauveur 3745

 

DSCN0449c

 

  Parfois, on s'approche, par le renoncement à la couleur et par la sobriété des lignes, des vitraux cisterciens : et on songe, bien-sûr, au travail de Soulages à Conches.

 

DSCN0447c

 

 

st-sauveur 3749c

  Vu de trop prés, on se demande si quelque artisan n'a pas oublié là son échafaudage et ses échelles.

 

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      Vu d'un peu plus loin, le charme opère : c'est fort !

 

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   Il reste encore à voir une belle Piéta, et Sainte-Anne :

st-sauveur 3758

  DSCN0440c

 

 

  L'église a été inaugurée le 14 mai 2000. J'imagine la joie des paroissiens, et leur fierté : une bien légitime fierté.

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18 novembre 2011 5 18 /11 /novembre /2011 12:57

   Petite épigraphie des églises et chapelles du Finistère.

            Foudre et clocher : iconographie de Sainte Barbe ;                  une inscription en breton à Pleyber-Christ.

 

  Cet article prolonge celui consacré aux moyens de protéger les clochers de la foudre... avant Benjamin Franklin : Église Saint-Thurien à Plogonnec II : une inscription du tonnerre!.

  J'y avais présenté les pouvoirs de Sainte Barbe, mais pour éviter des développements excessifs, je donne ici quelques exemples des statues consacrées, dans nos chapelles du Finistère, à Santa Barba.

  I. Pleyber-Christ, église Saint-Pierre.

  Tout d'abord, voici celle que j'ai découvert, au dessus de la porte d'entrée (portail latéral) à l'intérieur de l'église : sa facture du XIXème la rendrait peu intéressante, (et elle n'est pas signalée par René Couffon dans son Répertoire),si elle n'était accompagnée de deux inscriptions en breton :

sainte-barbe 6178

sainte-barbe 6179

 

sainte-barbe 6180

 

  Le support en est trés médiocre, peint sur un revétement de fausse pierre, et il est temps d'en faire le relevé avant que ces inscriptions ne deviennent illisibles : on lit :

     Santez Barba, Pedit Evidomp  : "Sainte Barbe, Priez pour nous".

  et : 

     Grit Deomp Caoul O Santez Barba

     Hor sacramanchou Diveza

     Divallit ive pep unan

     Dious ar Gurun  Ha Dious an Tan

  ce qui peut se traduire par :

     " Faites que nous ayons, O Sainte Barbe,

        Nos derniers sacrements

       Sauvez chacun d'entre-nous

       Du Tonnerre et du feu de l'Enfer. "

 Merci à Jean-Jacques Kerdreux de Crozon et à Yvon Le Grand de Pleyber-Christ pour leur traduction.

  Le lien qui est fait entre le feu de la foudre et celui des Enfers est intéressant : protéger les corps ou les clochers et protéger les âmes !

II. Quelques statues de Sainte Barbe :

sainte-barbe 3771c

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18 novembre 2011 5 18 /11 /novembre /2011 08:46

                               Ils n'ont plus aucun intérêt dans la vie.

                     Bonne idée nourrie en secret par chacun d'eux. Ils se la dissimulent.

                     De temps à autre, ils sourient quand elle leur vient,

                     puis, enfin, ils se la communiquent simultanément :

                                   Copier comme autrefois. [...]

                     Ils s'y mettent. 

            Notes de régie pour la fin de Bouvard et Pécuchet, roman inachevé/inachevable de:                                                               Gustave Flaubert

 

Petite épigraphie des chapelles et églises du Finistère :

           Église Saint-Thurien à Plogonnec II :

                  Une inscription du tonnerre !

   Si nous restons en compagnie des deux greffiers infatigables du Finistère que furent Jean-Marie Abgrall et Henri Pérennès, ils nous conduiront vite devant le porche ouest de l'église Saint Thurien (ils disaient : "Saint Turiau) pour vous faire admirer, au dessus du porche, sous la statue du saint éponyme, une longue inscription :

inscriptions 5538c

 

   Était-elle plus lisible de leur temps ? En tout cas, le chanoine Abgrall n'a aucune difficulté à vous la transcrire :

  TV . TURIAVE . TVAM . TVRRIM . TEMPLVMQVE . TVERE

  NE . NOCEANT . ILLIS . TRISVLCA . TELA . JOVIS .

    Le chanoine Pérennès le reprend sur des broutilles et donne sa version, plus exacte :

               IHS : MR

  TV : TVRIAVE : TVAM : TURRIM :  TEMPLVMQVE TVERE .
   NE NOCEANT : ILLIS TELA TRISVLCA : JOVIS . 

   Aucun des deux ne semble voir que l'invocation se termine par le mot AMEN. Et chacun a complété TEMPLUMQUE, les dernières lettres étant absentes sur la pierre.

 Fort de leurs études au Séminaire et de leur maîtrise du latin, ils vous la traduisent :

  " Saint Turian, protégez votre tour et votre église. Préservez la de la foudre (des traits à trois points de Jupiter)" : L'abbé Abgrall connaît ses humanités ; si le latin sulca signifie "sillon, raie, ligne, bras", le mot trisulca signifie "qui a trois pointes" et est utilisé métaphoriquement pour désigner la foudre, par Ovide par exemple : Jovis infestis telo feriare trisulco, "Que Jupiter ennemi te frappe du carreau à trois pointes" qu'il te frapppe de la foudre. Le terme latin pour désigner la foudre est, autrement, sulfur.

  La traduction de H. Pérennès est : " O Saint Turiau, garde ta tour et ton église. Défends les bien contre les traits à trois pointes de Jupiter". Il ajoute en note que Saint Turiau  était archevêque de Dol au VIIIème siècle.

  C'est une  traduction fidèle voire littérale, je m'en assure  par la consultation du sens de TUERE (de tueor, veiller sur, protéger, défendre, avoir à l'oeil ) et de NOCEANT (de nocere, nuire, causer du tort).

  L'inscription est célèbre, ne serait-ce que par l'étrange rencontre d'un saint de l'église chrétienne avec un dieu de la mythologie grecque. Mais elle est surtout remarquable par l'allitération en T qui imite le tintamarre tonitruant et tapageur du tonnerre, rappelant le vers de Racine dans Iphigénie (Acte V, 6, v.1774) "Les dieux font sur l'autel entendre le tonnerre" ou le Thunder-ten-tronck de Voltaire dans Candide, nom du baron et de son château construit sur le nom anglais Thunder, "tonnerre".

     

   La foudre, les clochers, les saints et les croyances.

   Chaque année, en France, 250 clochers sont frappés par la foudre; si, jadis, les hommes priaient pour échapper aux famines, aux guerres et à la peste, c'était bien de la foudre qu'il fallait protéger les églises, et la liste est longue des clochers du Finistère qui ont été détruits par un orage violent ; citons, en désordre et de façon non exhaustive:

-Berrien, église Saint-Pierre, destruction du clocher Beaumanoir.

- Lampaul-Guimilau : en 1809, le clocher est amputé de 18 mètres.

- Carhaix, église Saint tromeur : le clocher de 210 pieds, l'un des plus hauts, est entièrement détruit par la foudre.

- Lanvellec, chapelle Saint Carré, clocher détruit en 1875.

- Plounevez-Lochrist ; le prieuré est frappé en 1909.

- Plouedern : l'église est dévastée en 1974 par un incendie causé par la foudre.

- Landunvez, le clocher de la chapelle de Kersaint est détruit en 1903.

- Dirinon : clocher de la chapelle Sainte-Nonne détruit en 1951.

- Guengat, église sta Fiacre : le clocher est décapité de sa flèche en 1706 par un orage.

- Scrignac, 1931.

- St Guinal, 1837.

- Guipavas, clocher de l'église Saint-Pierre détruit le 24 décembre 1790.

- Landudec, clocher de l' église Saint-Tudec.

- Kerlouan : clocher de la chapelle Saint-Egarec détruit le 13 janvier 1917.

- Plouegat-Moysan : destruction de la flèche en 1886.

- à Plogonnec même, le clocher de la chapelle de St Denis Seznec "a été découronné par la foudre dans la nuit du 30 novembre 1937" (H. Pérennès)

   A Ploeven, le clocher fut foudroyé en 1735, et la cloche se brisa dans la chute ; le clocher fut reconstruit en 1737; en 1850, il est à nouveau frappé, et sa partie supérieure doit être rebâtit en 1893. On trouve actuellement dans l'église un panneau qui donne le récit suivant : 

   "Le neuf février mille sept cent trente cinq il y eut une si grande tempête que la curie et la pierre triangulaire vinrent à bas vers les trois heures après-midy et les deux images qui sont Saint Pierre et Saint Jean placés du coté gauche sur la croix dans le cymetiere et vers les quatre heures trois quart la grande cloche de la tour pesant environ six cent livres fut levée en l'air  et jetée sur les tombes des Marzin à coté du reliquaire et les deux autres dans le reliquaire dont l'une pesait environ quatre cent cinquante et l'autre trente et la tour sur les cloches depuis la plateforme et environ 1700 le poids de la tour avoit esté encore jetté sur l'église d'un coup de tonner et sur les bannières dans l'église après avoir été tirées de leur armoire mais les cloches n'eurent point de mal. Voilà pourquoy il n'est point à propos de relever la tour d'aussy haute comme auparavant. Il y a encore 60 ans au dire des anciens que la tour fut encore jettée à bas au gros temps et les cloches furent encore toutes brisées comme cette année cy "

  En réalité, une étude soigneuse révélerait sans-doute que chaque clocher du Finistère a de sérieux griefs contre le trident de Jupin.

   Ce n'est pas que , dans ce département, les orages soient plus fréquents qu'ailleurs : c'est même le contraire!

  On évalue le risque d'orage par deux indices, la densité de foudroiement, nombre d'impact foudre par an et par km² en unités Ng, et le niveau kéraunique, nombre de jour d'orage par an en unités Nk, sachant que le niveau Ng est le 1/10ème du niveau Nk. Eh bien, c'est dans le Finistère que ces  niveaux sont les plus faibles de toute la  France, atteignant 0,6 Ng alors que la densité de foudroiement est de 0,7 en Morbihan, 0,9 en Ille-et-Vilaine, 1 en Côte d'Armor, 1,5 à Paris, 3,6 en Loire, et 4,4 en Ardèche !   

   Cela permet de découvrir le mot "kéraunique", du grec keraunos, "éclair, coup de foudre" : à utiliser la prochaine fois que vous tomberez amoureux.

   

  Moyens fort efficaces pour protéger son clocher de la foudre :

 Avant que Benjamin Franklin ne découvre le paratonnerre en 1752, les anciens n'étaient pas dépourvus de stratagème pour détourner le feu céleste de leur clocher.

   Je n'ai trouvé qu'un autre exemple semblable à l'inscription protectrice de plogonnec, c'est, sur une cloche cette fois, à Saint-Julien de Tournel en Lozère, l'invocation " A fulgure et tempestate, liberanos domine" qui date de 1928.

a) Les pierres de foudre.

  C'est un moyen radical, puisqu'on sait que la foudre ne tombe jamais au même endroit, de placer dans le clocher, sous le seuil, dans la fondation ou inséré dans les murs, une de ces pierres polies, acérées, singulièrement semblables aux haches polies de la préhistoire et qu'on nomme parfois céraunies (où nous retrouvons le grec keraunos) ou céraunite. C'est le feu de l'éclair qui, lorsqu'il frappe le sol, se transforme en ces pierres de tonnerre, et comme l'écrivait le savant Descartes, " La foudre se peut quelquefois convertir en une pierre fort dure, qui rompt et fracasse tout ce qu'elle rencontre" ( Les Météores, 1635). Tous les peuples en ont constaté les bienfaits, ce sont les Thunderstones anglaises, les Donnerkeile allemandes, les Donderbeitels hollandaises, les Tordensteen danoises, les Tonderkile norvégiennes, les Thorsviggar suédoises. Les bretons les nomment Mengurun. Des esprits sceptiques en contestent la réalité, mais s'ils interrogent les géologues, ceux-là seront parfaitement en mesure de leur présenter des échantillons de fulgurite, des flèches de verre que l'éclair forme lorsqu'il tombe sur des terrains sableux, qu'il fait fondre. Certaines fulgurites atteignent 67 cm ! Et les scientifiques sont-ils fiables en impactologie, eux qui ont pendant des lustres refusé la réalité de l'existence des astroblémes (cratères météoritiques fossiles) et des tectites (de tectos, fondu), roches terrestres fondus lors de ces rencontres fulgurantes de notre planète avec des astèroïdes et des comètes ?

  Parmi la céraunies, Pline distingue la brontée : "elle tombe à ce qu'on pense avec le tonnerre; Et s'il faut en croire ce qu'on en dit, elle éteint les objets frappés par la foudre." (H.N XXXVII, 55)

   Paul Sébillot (Traditions et superstitions de la Haute-Bretagne, Paris, 1882, I, 53-56) qui rapporte la coutume de placer une pierre de tonnerre dans une construction, signale que "en démolissant l'église de Trévron près Dinan, on trouva une hache en diorite", ainsi qu'une pointe de quartzite dans les murs d'une école de Dinan, une autre dans ceux d'une maison. Z. Le Rouzic (Carnac, Légendes, traditions, p. 156) écrivait en 1909 que presque toutes les vieilles maisons du Morbihan possèdent une hache de pierre polie sous la pierre du foyer, parfois dans la cheminée, pour protéger de la foudre. Ce fait est attesté aussi à l'île d'Ouessant (Bull. Soc. Préhist. Finist. 1932, 29 p. 267-268) mais n'a pu être retrouvé ailleurs dans le Finistère par P. Sebillot.

    Nos bons recteurs connaissaient leur Bible, qui leur parlaient des pierres de grêle et du Miracle de Josué : "Il advint que, comme ils [les Amorrhéens] fuyaient devant Israël et qu'ils étaient à la descente de Beth-Horon, que Yahvé lança de cieux contre eux de grandes pierres jusqu'à Azeqhat et ils en moururent. Ceux qui moururent par les pierres de grêle furent plus nombreux que ceux que les fils d'Israël tuèrent par l'épée". (Livre de Josué, X, XI)

   Et les paroissiens de Plogonnec n'avaient qu'à se rendre dans l'ancien cimetière, où l'on pouvait voir " deux bétyles en forme de tronc de cônes, dont l'un est surmonté d'une croix" ou, "près du prèsbytère, les fragments d' un autre bétyle" (H. Pérennès, BHAD1940 p. 131). Car que sont les bétyles , Beith-el de la Bible ou "demeure divine", qu'un aérolithe appellé autrement "pierre de foudre" ? (Bétyle, Wikipédia). Si vous allez à Plogonnec, vous les verrez encore, incluse dans le mur de cloture du placître pour le protéger : l'une est à rainure, l'autre a été christianisée par une croix.


   

b) Les Saints protecteurs :

   Bien-sûr, vous pouvez, comme les Plogonnecois, invoquer le saint-patron de la paroisse ; mais ceux-ci ne se sont pas contentés de faire intervenir leur Élu, et ils prirent la précaution (élémentaire) de placer à gauche du portail sud une statue en granit de Sainte Barbe.

  Sainte Barbe, c'est sa spécialité, la foudre, comme le feu, la poudre et les explosifs , depuis que cette jeune chrétienne d'Héliopolis ou de Nicomédie, enfermée par son père Dioscore dans une tour se soit vengée des tortures qu'il lui faisait subir ( en la brûlant, lui arrachant les seins avant de la décapiter) en le foudroyant, ce dont le pauvre père mourût. Et on la représentait avec sa tour, ou avec la palme du martyr, on lui faisait fête le 4 décembre, mais ce culte sentait le soufre et l'Église, en sa clairvoyance, mit un terme à cette dévotion en 1969. Que feront les pompiers, les polytechniciens et les sapeurs, les mineurs et les carriers, les artificiers et les artilleurs ? Ils féteront la Santa Barbara, que l'Église a nommé à sa place.

  Paul Sébillot (Traditions et superstitions en Haute Bretagne, Paris 1882, I, p. 55 ) rapporte ceci; " Sous le nom de pierre à tonnerre on comprend en pays gallot les haches ou les couteaux polis de main d'homme, et aussi certains caillous ronds ou oblongs qu'on trouve dans les champs, et que les paysans croeint être tompbés du ciel au moment des orages. Avec les toutes petites pierres de tonnerre, on fait des colliers qu'on suspend au cou des enfants.[...] Mais la propriété la plus reconnue de ces pierres est, ainsi que leur nom l'indique, de préserver de la foudre. En mettant dans son chapeau ou dans sa poche des pierres de tonnerre, on n'a rien à craindre pendant les orages. Les pierres à tonnerre ne peuvent s'entre-souffrir, et celle qui se trouverait dans le nuage tomberait à coté. jadis, il y avait beaucoup de gens qui mettaient des pierres à tonnerre quand le temps était à l'orage, et s'il tonnait, ils récitaient une oraison en l'honneur de al pierre. En voilà une qui parfois se dit encore : "pierre, pierre, garde-moi du tonnerre". Ailleurs, voilà ce qu'on dit:

          Sainte Barbe, Sainte Fleur,

          A la croix de mon Sauveur,

          Quand le tonnerre grondera

          Sainte Barbe me gardera

          Par la vertu de cette pierre

          Que je sois gardé du tonnerre."

   Cette formulette a été retrouvée, sous des formes proches, dans toute la France et Jean-Loïc Le Quellec en a dressé un inventaire impressionnant dans le Bulletin de la Société de mythologie Française, 1995 :

http://rupestre.on-rev.com/resources/Mythologie/Publications/BSMF_178.pdf

...citant notamment une prière d'un Livre d'heures de 1495:

           Barbe, Barbe, Vierge très renommée,

           A vous me rends, faisant cette requeste,

           C'est, s'il vous plaît, Martyre de Dieu aimée,

           Que me gardiez de foudre et de tempeste,

           De mort subite, vilaine et deshonneste,

           Et en la fin de mes maux connaissance,

           Ainsi que Dieu vous en a donné puissance.



Saint Laurent, qui a subi le supplice du grill, peut être un substitut honorable.

Saint Donnat, évêque d'Arezzo, est très sollicité aussi contre la foudre (est-ce parce-que son nom est proche du nom allemand du tonnerre, donner, ou du dieu du tonnerre, Doner ?

Saint Pierre fait parfaitement l'affaire par cette prière : Pierre, Pierre, protège-moi du tonnerre.


On n'invoque ni Saint Benjamin (diacre et martyr en Perse, il est mort empalé, ce qui est louangeable, mais ne conduit pas à le prescrire dans  l'indication qui nous préoccupe ici)  ni d'ailleurs Saint Franklin.

 

c) Les Agnus Dei :

 Cela fonctionne comme les Mengurun, les pierres de foudre, dont tout-le-monde ne dispose pas: ici, il s'agit d'un médaillon de cire de forme ovale sur lequel est moulé l'image d'un agneau pascal, sur une face, et l'éffigie d'un saint, de l'autre. On place cet Agnus Dei dans une boite à couvercle transparent (par exemple) et on l'insére dans le mur du clocher que l'on veut garantir des dégats de la foudre. L'effet est garanti par une notice qui est remis avec le médaillon et qui stipule que :  " 2. par le signe vivant de la Croix,...les grêles s'éloignent, les vents s'appaisent, la foudre se dissipe".

   Les Agnus Dei sont fabriquée à partir de fragments du cierge pascal béni à Rome par le Pape après la nuit de Paques. Les cierges de la chapelle Sixtine de l'année précédente, ainsi que ceux des églises de Rome, ou ceux que les curés offrent au Souverain Pontive pour la Chandeleur, sont fondus et la cire est coulée dans des moules à l'éffigie de l'Agneau couché sur le livre de l'Apocalypse, la tête entourée d'un nimbe traversé par une croix et portant contre son épaule l'emblème de la ressurection, avec l'inscription Ecce Agnus Dei qui tollit peccata mundi. La cire porte aussi le nom du Pape et la date.

  On trouve en ligne le texte intitulé : Le Grand Feu, tonnerre et foudre du Ciel, advenus sur l'Eglise Cathédrale de Quimper Corentin en Basse Bretainne: Ensemble, la vision publique d'un horrible & tres espouvantable Demon sur ladite Eglise dans ledit feu, le premier iour de Fevrier 1620. Je n'en connais pas l'authenticité, mais on y décrit les chanoines de la cathédrale luttant contre le démon et contre l'incendie provoqué par la foudre en y jetant, en plus de cent cinquante barriques d'eau, moult Agnus Dei de bonne cire blanche pour éteindre le feu. L'incendie provoqué par la foudre en 1620 de la petite flêche à couverture de plomb élevée à la croisée du transept dans les années 1480 en la cathédrale de Quimper est en tout cas vérifié. 

 

d) la joubarbe 

Cette crassulaceae que Linné nomma Sempervivum ressemble à une petit artichaut succulent qui forme des colonies d'où émergent en période de floraison de longs doigts écailleux terminés par des fleurs roses, ou rouges, ou jaunes. Elle s'installe facilement au sommet des toits de chaume.

  Son nom vernaculaire vient du latin médièval jovis barbam, la barbe de Jupiter, par assimilation romaine tardive de dénominations germaniques faisant depuis longtemps réfèrence à la barbe de Thor ou Donar, l'homologue teuton de Jupiter, dont le marteau fait jaillir les éclairs. En 812, Charlemagne ordonne par le Capitulare de villis l'usage de cette plante pour la protection des domaines impériaux, stipulant aussi  et ille hortulanus habeat super domum suam Iovis barbam, "que tout jardinier ait sur sa maison un plant de joubarbe".

  On prête à cette plante des vertus magiques de protection contre la foudre. 

 Au Moyen-Age, on orne de sculptures en forme de feuillage et de fleurs de joubarbe les églises et les cathèdrales.

e) l'aubépine et la grande Chélidoine

  L' aubépine, épine blanche dont aurait été tressée la couronne d'épine du Crist crucifié, ne peut être atteinte par la foudre, forcément diabolique, aprés avoir touché le front du Fils de Dieu.

  La Grande Chélidoine est l'herbe à l'hirondelle ( Khelidôn en grec signifie "hirondelle" ) utilisée pour éclaircir la vue, elle est aussi nommée la Grande Éclaire, et par glissement sémantique elle peut servir de protection cntre l'éclair.

f) le tintamarre et la sonnerie de cloches. 

   Si je termine par cet expédient, c'est que notre inscription du porche de l'église de Plogonnec me semble s'y conformer indirectement par son allitération scandée.

  C'était une opinion trés répandue autrefois qu'en cas d'orage, il était possible de le détourner de la paroisse en faisant sonner les cloches à toute volée ; à  ce "carillon de tonnerre" s'ajoutait parfois le vacarme que les paroissiens créaient en frappant violemment sur des objets métalliques. Les esprits forts d'un XIXème siècle laîc eurent beau jeu d'ironiser sur une pratique qui était chaque année responsable de la mort des sonneurs par foudroyement, et L.F. Jehan écrivait en 1850 dans son dictionnaire astrologique, physique et météorologique que "dans un orage qui ravagea la Bretagne entre Landerneau et Saint-Pol de Léon, les 24 clochers qui furent frappés de la foudre furent, dit-on, ceux-la précisément où l'on sonnait les cloches, tandis que les églises voisines où on ne les sonnaient pas furent épargnèes".

   Cette réponse conjuratoire à une situation de chaos et de déchaînement dse éléments par l'organisation d'un concert de bruits assourdissant me rappelle d'autres charivaris et tapages qui s'organisaient à des périodes de transition de l'année (Saints Innocents le 28 décembre, "douze petits mois" Fête des Fous du 6 janvier) afin d'éloigner les esprits malins qui rodaient à ces occasions et menaçaient de vous envahir ; et ec n'est peut-être pas tant les dégats physiques de la foudre que l'on souhaitait  alors détourner, mais les périls auxquels l'orage exposait les âmes.

   Quoiqu'il en soit, je pense que l'allitération en T de la formule d'invocation à Saint Turiau n'a pas une fonction esthétique et littéraire, mais qu'elle participe à l'éfficacité de protection de la formule lapidaire au même titre que la crécelle que les romains utilisaient pour éloigner les mauvais esprits.






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Published by jean-yves cordier
17 novembre 2011 4 17 /11 /novembre /2011 01:20

                   Petite épigraphie des chapelles et églises du Finistère:

                    Église Saint-Thurien à Plogonnec, I :

                  Un N rétrograde,

                  des mentions de construction,

                  et d'autres gourmandises.

Mise à jour 1er mars 2021.

                                                                 

                                                 Fabrice dans le clocher de Grianta :"Tous les souvenirs de son enfance vinrent en foule assiéger sa pensée ; Et cette journée passée en prison dans un clocher fut peut-être la plus heureuse de sa vie"

                                                                                 Stendhal, La Chartreuse de Parme.

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Voir  sur Plogonnec :

 

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       L'Église Saint Thurien à Plogonnec (entre Quimper, Locronan et Douarnenez) n'est pas avare en inscriptions lapidaires, et de zélés épigraphes, comme le chanoine Jean-Marie Abgrall (1846-1926), fondateur du Bulletin diocésain d'histoire et d'archéologie BDAH  ou le chanoine Henri Pérennès, qui fut vice-président de la Société Archéologique du Finistère SAF, y relevèrent respectivement 9 et 13 inscriptions ( J.M Abgrall, Inscriptions gravées sur les églises et monuments du Finistère, BSAF T.43 :74-75, 1916) ( H. Pérennès, Notices sur les paroisses du diocèse de Quimper et de Léon, BDHA 1940 pp 130-171).

   C'est dire s'ils ont déjà réalisé tout le travail, et qu'il suffit au promeneur de lever les yeux pour découvrir l'inscription, puis de se reporter à leurs publications.

   Mais ce qu'ils n'ont pu faire, c'est  rendre par leurs traductions les particularités de l'épigraphie : la forme des lettres, les abréviations, le caractère archaïque du graphisme, en un mot, tout le "grain" et la chair de ces inscriptions ; et c'est le privilège du photographe amateur de compléter humblement leur oeuvre.

 

   Commençons par un N rétrograde : depuis que je me suis mis à leur recherche après en avoir découvert mes premiers exemples à Camaret, j'en ai trouvé de très nombreux exemples sur les murs des chapelles, sans comprendre la raison de leur présence aléatoire, ou plutôt en comprenant que ce particularisme n'a pas de raison ; qu'il ne correspond pas à un usage délibéré et signifiant ; mais qu'il accompagne sans-doute le début de la diffusion de l'imprimerie et de l'écriture du français en caractères romains, lorsque les lettrés avaient reçu une formation en latin, et que les artisans ne baignaient pas, comme nous, dans un environnement de l'écriture et des lettres, mais se formaient par transmission orale. 

   Parmi les lettres de l'alphabet, certaines lettres (majuscules) ne varient pas  en les écrivant de droite à gauche : les A, H, I, M, O, T, U, V, W, X. 

   D'autres possèdent une forme qui permet à un artisan mal assuré de retrouver dans quel sens il doit les écrire en utilisant son bon sens : en orientant leur partie ronde ou leur partie ouverte dans le sens de l'écriture, vers la droite. C'est le cas du B, C, D, E, F, G, K, P, R. 

   Il reste les lettres J, N, Q, S, Y, Z.  La lettre Q est fréquemment inversée en épigraphie médiévale et du XV-XVIème siècle, notamment le lettre "q" en minuscule comme un "p" rétrograde. Les inversions de S, de N, et de Z sont également fréquentes ; quand au J, il est souvent transcrit par un I.

   Ce raisonnement me conduit à penser que ces lettres rétrogrades ne correspondent qu'à une difficulté d'apprentissage de l'écriture dans les "nouveaux" caractères d'imprimerie dits "humanistes" créés par Garamont et Manuce, les "garaldes" au milieu du XVIème siècle, pendant la période de transition entre anciens caractères gothiques manuscrits ou des incunables et "nouvelle écriture". Une étude plus systématique de la chronologie de cette inversion des lettres serait nécessaire, mais la grande majorité des travaux d'épigraphie corrigent l'inversion sans la signaler, comme ils "corrigent" le V en U.

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   L'inscription se trouve sur un cartouche de la façade du clocher, au dessus du porche ouest et de  la statue de Saint Thurien (ou Thuriau):

 

 

DSCN1071c

 

inscriptions 3598c

 

 

    Jean-Marie Abgrall la cite ainsi : M. YVES : CVZON . F . DE . KEIACOB  .

  Henri Pérennès la donne comme : M . YVES : CVZON . F . DE . KERIACOB.

 On voit que sans données photographiques, on ne peut se fier aveuglément aux épigraphistes chevronnés, en matière de ponctuation ou d'exactitude littérale, puisque le deux points n'est pas correctement placé, que le nom KIACOB est corrigé et complété au lieu d'être transcrit littéralement, puis interprété.

  Je lis : M : YVES : CVZON : P. DE : KIACOB (avec le N de CVZON rétrograde)

  Je traduis :  Messire YVES CUZON P. DE KERJACOB.

  L'inscription est faite de lettres capitales sans empattement, épaisses, régulières, harmonieuses, la ponctuation se fait par des points ronds, le support est une pierre de grain fin (granit ?) taillée en en une croix rectangulaire dont la forme est soulignée par un encadrement épais. L'ensemble est élégant.

   Grâce aux généalogistes (notamment le forum Généalogistes du Finistère), nous pouvons retrouver un Yves Cuzon, né ca 1585, époux de Jeanne Provost (déces 1654) et père de Catherine Cuzon (1617-1672), décédée à Kerjacob, Plogonnec. 

    Kerjacob est une ferme de Plogonnec ; il existe aujourd'hui une route de Kerjacob bihan et une route de Kerjacob bras ( petit et grand); les textes antérieurs mentionnent un Kerjacob uhella et izella (du haut et du bas). Pierre Raoul était seigneur de Kerjacob en 1544.

   Je pourrais proposer pour l'initiale P. qui précède ce nom de lieu : Propriétaire de Kerjacob ? ?

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  En restant sur le clocher, nous trouvons encore :

inscriptions 3307c

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  Version J.M. Abgrall : H. LE . PORHEL : E:R . GVENN . FF . 1657.

 Pour H. Pérennès :      H. LE  PORHEL : E : R : GVENN : F.F. 1657

Je lis :                        H. LE PORHIEL ET R. GVENN FF  1667 ou 1657

Je traduis                    H. Le PORHIEL et R. GUENN Fabriciens 1667

  Si la pierre semble ce granit homogène à grain fin de l'inscription précédente, et si sa taille rectangulaire ornée de deux demi-cercles aux extrémités est soignée, par contre la calligraphie n'a pas de charme, pour être trop fine, trop mécanique peut-être, presque administrative ; est-ce qu'elle est tracée en creux, plutôt qu'en ronde-bosse comme la précédente? J'aime néanmoins la hampe du second "R", et l'ambiguïté du troisième chiffre, un six bien conforme au style générale, ou un 5 anguleux, archaïque, qu'on attendrait plutôt cent ans plus tôt.

  S'il est possible de retrouver un Hervé Le Porhiel, décédé le 6 août 1669 à Keroriou, Plogonnec, époux de Catherine Le Guellec, je n'ai pas retrouvé de sieur H. Guenn, et ce patronyme  n'est pas retrouvé non plus.

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  Sur la tourelle nord, nous trouvons :

inscriptions 3316c

   Cette inscription presque trop lisible ( refaite?) indique:

- pour J.M Abgrall : D. CHARLES . KRIOV. PRESTRE

- Pur H. Pérennès :  D : CHARLES : KRIOV  PBRE

- Je lis :                 D CHARLES KRIOV PB'RE

- Je traduis  :          Discret Charles Kerriou, prêtre

  La pierre semble encore la même, d'un grain sombre et dense, taillée en simple rectangle soulignée d'un encadrement, et les lettres capitales droites, sans empattement pour la plupart, sont suffisamment épaisses pour être bien proportionnées. On admire un A avec traverse chevronnée. Mais la disposition des mots est maladroite, laissant cet espace vide à gauche des lignes inférieures.

  Henri Pérennès donne dans sa publication, parmi les prêtres et curés, Charles Kerriou, 1620-1639 et 1658, et précise qu'il signe plusieurs fois en 1639 "prêtre indigne".

  Dans cette inscription, le dernier mot est énigmatique, puisqu'il ne correspond pas à "prêtre" en raison de la lettre "B". L'apostrophe abréviative au dessus du "R" est nette, mais je ne la comprends pas.

 

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  Sur la façade sud du clocher, au bas de la tourelle:

 

 

   inscriptions 3601c

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 - J.M. Abgrall : JACQ : ET . FRANC . LE . DOARE . DE . BOTEFELEC . FF . 1688

- H. Pérennès : JACQ : ET : FRANC : LE : DOARE : DE : BOTEFELLEC : FF : 1658

-Je lis :

IACQS  ET FRAN:

LE DOARE DE

BOTEFELEC FF.

1638

avec un Q en forme de P rétrograde.

- Je traduis : JACQUES ET FRANCOIS LE DOARE DE BOTEFELEC FABRICIENS 1638.

  Taillé sur une pierre d'angle de la tourelle, le support est de forme rectangulaire simple mais souligné d'un encadrement  qui prend une forme plus complexe pour centrer élégamment la date dans le registre inférieur. Les détails notables de la calligraphie sont le I perlé de IACQ et le 1 de 1638 tracé comme un I perlé ( une lettre perlée est centrée par une perle, un point rond) ; Les deux derniers chiffres de la date  (38, 58 ou 88) sont joliment tracés pour que la partie supérieure vienne épouser la rectitude de la ligne d'écriture sus-jacente. Mais surtout, étonnamment méconnu de nos deux chanoines, il faut remarquer la présence du point-virgule après IACQ , ponctuation que je rencontre pour la première fois en lapidaire dans ma minuscule expérience.

   Je m'étonne aussi des difficultés de transcription des deux passionnés d'archéologie, dont les deux relevés diffèrent, ce qui prouve que Pérennès ne s'est pas contenté de copier Abgrall, et il corrige celui-ci qui avait attribuer deux L à BOTEFELEC ; mais les deux copistes voient un C venir compléter le FRAN, les deux lisent différemment la date, et la ponctuation des deux relevés est parfaitement erronée.

    La généalogie d'André Chatalic, en ligne, indique un François Le Doaré Sosa 7928, né le 22 mars 1605 et décédé le 01 mars 1672 à Botéfelec : il a épousé Jacquette Le Guillou dont il eut un fils, Jacques Le Doaré, né le 05 novembre 1634 à Plogonnec, décédé le 24 mars 1696 à Plogonnec, époux de Marie Seznec.

  Selon ces données, qui semble bien concerner nos fabriciens, la date de 1658 semble la seule plausible, donnant raison à Pérennès.

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  Toujours sur la façade sud du clocher, au dessus de la précédente inscription, on trouve :

inscriptions 3602c

  

- Pour    J.M Abgrall : M . LE . HENAFF . F _ GVILL . LE . HENAF E . Y . GVEZENEC .  F . 1660

- Selon H. Pérennès : M . LE . HENAFF . E. GVILL . LE HENAFF . E . Y . GVEZENNEG . F . 1660

- Je lis : (M) LE HENAFF : GVIL LE : HENAF ET : Y : GVEZENEC : F : F : 1660

- Je traduis : M. LE HENAFF : GUIL(LAUME) LE HENAFF ET Y(VES) : GUEZENEC FABRICIENS 1660.

  L'inscription est tracée en lettres capitales hormis le Y , creusées dans le support rectangulaire à la bordure sculptée.

   Les enquêtes généalogiques indiquent Yves Guezennec (v. 1595-10.07.1651), père de Barbe Guézennec ( 10.05.1620-06.06.1689), laquelle épouse Guillaume Le Hénaff, cultivateur, ( 02.02.1622-11. 12.1670), tous nés et décédés à Plogonnec.

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Restons, comme Fabrice dans la tour Farnèse, dans le clocher pour y donner cours à nos pulsions scopiques : "Dans cette solitude aérienne, on est ici à mille lieues au dessus des petitesses et des méchancetés" (Stendhal, La Chartreuse de Parme). Nous sommes ici sur la galerie :

 

 inscriptions 4459c

 

 - J.M Abgrall : BERNARD. AMER : GVILL . OPIC . 1661

- H. Pérennès : BERNARD : MENGUY : CORNIC : F : 1661

- Je lis : (J) : BERNARD': KAMER'. GVIL CORNIC F : F  1661

- Je traduis : (JEAN) : BERNARD KERAMER GUILLAUME CORNIC FABRICIENS 1661.

L'inscription en deux blocs insérés dans la construction de la galerie, sans encadrement, est faite de lettres capitales en plein, et de chiffres en creux. A noter les lettres conjointes ME.

  Keramer est le nom d'une ferme et/ou un toponyme de Plogonnec, longtemps habité par une famille Bernard. Il est attesté comme Keramer sur la carte Cassini de 1750, ou necore comme  "village de Keramer", et est devenu actuellement le Lotissement de Keramel, englobé dans le bourg.

  Jean Bernard : né le 18 août 1628 à Plogonnec, décédé le 19 septembre 1684 à Keramer.

Époux de Jeanne Douellou (dcd 1690) dont il eut un fils, Guillaume Bernard (1666-1710 à Keramer) qui épouse en 1689...Marie Cornic.

  Guillaume Cornic ( dcd 01-02-1683 à Plogonnec bourg) eut avec Françoise Pezron un fils, Jean Cornic.

Jean Cornic (16 avril 1647-18 octobre 1688) eut de son mariage avec Catherine Le Grand une fille, Marie Cornic : née le 07 février 1669 et décédée le 16 septembre 1744 à Keramer, Plogonnec.

  On en conclut que les deux fabriciens Jean Bernard et Guillaume Cornic étaient de familles alliées, ce qui se conclue par le mariage du fils de l'un  (Guillaume Bernard) avec la petite fille de l'autre,( Marie Cornic).

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Mes remerciement à Guy Kerrien qui m'a transmis les 2 photographies suivantes et orienté vers le couple Jean Nihouarn/Jeanne Le Goff.

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On trouve encore, sur le linteau de la chambre des cloches, l'inscription :

 I : NIHOVARN : DE : KGANABHE

 FABRIQ : ET : I : NIHOVARN : F.

                     1659.

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La transcription donne : "I. Nihouarn de Kerganabhe fabricien et I. Nihouarn Fabricien l'an 1659".

Les généalogistes identifient ici Jean (Iañ) Nihouarn (1621-1676) domicilié à Kerganapé comme cela est précisé sur l'acte de décès. Il avait épousé Jeanne Le Goff (1626-1706), elle aussi décédée à Kerganapé. Son père Jean Nihouarn dit "Le Vieil" (Kerganapé v. 1590-1650) était décédé à la date de cette inscription.

Ce couple eut 6 enfants entre 1649 (date probable de leur mariage) et 1662 : Vincent, Jean, Yves, Pierre, René et Louise. 

Le second fabricien, homonyme du premier,  pourrait être Jean (1651-1666), fils de Jean,  marié le 23 novembre 1665 (à 14 ans !) avec Marie PEZRON.

Son frère Yves (1654-1722) était maréchal ferrand ; il eut comme parrain de naissance et de mariage  son oncle messire Yves Le Nihouarn, prêtre. Il décéda également à Kerganapé.

Le fils d'Yves (le maréchal ferrand) Jean Nihouarn (1676-1744) est né et décédé à Kerganapé : son oncle Jean Nihouarn le plus âgé (1621-1676) est témoin de sa naissance. Il sera maréchale [ferrand], enseigne et greffier de Plogonnec, épousera Marie Seznec puis Marie Le Grand et décèdera à Kerganapé.

https://gw.geneanet.org/ckerjosse?lang=fr&pz=claude&nz=kerjosse&p=jean&n=nihouarn&oc=13

Kerganapé est un lieu-dit à 1 km  au sud-est du bourg. La carte de Cassini le mentionne avec la graphie Kerganappe. À une altitude de  110m, il domine le vallon d'un ruisseau qui ira se jeter dans le Steïr. Les cartes montrent cinq ou six bâtiments.

Le ruisseau porte le nom de Kerganape, et celui-ci alimentait, 2 km en aval,  le moulin de Meil Butel, à turbine horizontale (roue pirouette, à godets), présent à la fin du XVIIIe (Cassini) et reconstruit en 1869 (date inscrite sur la porte).

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Selon Albert Deshayes, Nihouarn  trouve son origine en saint Ehouarne (Euhoiarn, Ehuarn), ermite du XI e siècle et disciple de saint Félix de Rhuys. Voir Lanyhorn en Cornwall et Lanniouarn en Plouarzel. Le nom devient Yhouarn en 1477 à Plouzané, et, par agglutination, Nihouarn et Nivouarn. Il se décompose en eu- et -huarn, "fer".

Le toponyme Kerganapé (ou Kerganabhe selon la graphie de l'inscription) est  étudié par A. Deshayes, cette fois dans son Dictionnaire des noms de lieux bretons, à la page 143 . Après le préfixe ker- "hameau, habitation", on s'attend à trouver un nom de personne, mais c'est un  qualificatif de plante cultivé qui est présent, celui de Kanab "chanvre". On trouve ainsi Kerganaban en Édern, (Kercanaben en 1611), ou Kerganabren en Milizac, (Kercanaben en 1687), et Kercanaben en 1495 en Plourin-Ploudalmézeau.

À Plounéour-Lanvern, un lieu-dit Canapé correspond à un ancien rouissoir de chanvre (poull-kanab).

À Goulien (Cap Sizun), un toponyme Gouar Kanape est commenté ainsi par l'OFIS : "Nom composé de Gouar, forme locale d'un terme qui veut dire "ruisseau" (Voir Ar C'houar Gozh pour le sens détaillé de ce terme). Le déterminant est un nom à part entière, Kanape (qui figure dans le nom d'une pointe côtière et d'une crique), toponyme que l'on trouve ailleurs en Bretagne. On s'accorde généralement à dire que ce nom est une altération de Kanabeg, "chanvrière" (de Kanab, "chanvre" et du suffixe -eg, qui en marque l'abondance en l'endroit). Le chanvre était couramment cultivé autrefois et, en plus de l'habillement, était utilisé à des fins industrielles pour la voilerie et la corderie."

 

Kanab  a formé kanabeg "chenevière" dans Ganabroc en Landéda, et ... dans Kerganapé en Plogonnec, id. en 1657. L' ancien suffixe -eg, qui marque une collection d'une même nature (cf. balaneg, maeneg, kelenneg...).

On trouve aussi dans les actes paroissiaux la graphie Kerganeppé et Kerganappé.

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Donc ce lieu-dit désigne une chenevière. Pour les paysans bretons, le chanvre est  la plante que chaque agriculteur peut semer, récolter et utiliser pour ses besoins propres (vêtements, cordes). Le chanvre y est donc omniprésent mais en petites quantités, souvent à proximité de la maison. On le fait rouir et on le tisse . L'abbé Favé écrivait en 1895 (Bull. SAF. p. 36) que "à proximité de Quimper, on voyait à proximité des maisons beaucoup de chenevières liors ar c'hanab des courtils de chanvre. Comme en Basse-Normandie chaque maison pauvre ou riche avait son clos à chenevière." Le chanvre est la matière de l'habillement en en particulier du berlinge.

Mais si on poursuit la lecture de l'article de l'abbé Favé, ses Notes sur l'aspect extérieur d'une ferme cornouaillaise 1635-1789, on est ému de trouver mention d'un Jean Nihouarn qui, selon des actes de 1737, vivait à Kerganappé et y possédait une forge :

 

"Il y avait généralement dans les fermes de quelqu'importance «  un établi de charpentier » avec les outils les plus usuels de ce métier ; et parfois une forge particulière, comme nous l'avons vu par l'acte de démission de Jean NIHOUARN de Kerganappé, en Plogonnec, qui fait condition de pouvoir travailler à la forge du village, à sa convenance et quand il le voudra ".

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Les études des pollens (L. Gaudin) indiquent ceci :

"Durant le Moyen-Age, la culture du chanvre va se faire plus fréquente (les occurrences de Cannabis/Humulus sont identifiées dans 50 à 70% des études de palynologie). [les pollens de chanvre ne sont pas distinguables de ceux du houblon].Elle atteint un maximum à l’époque moderne avec des occurrences dans 80% des études. Contrairement au lin, le chanvre est moins exigeant en qualité des sols. Il est donc repéré sur l’ensemble du Massif armoricain . Le XVIe siècle est l’âge d’or des toiles de chanvre : plus grossières mais plus solides que les toiles de lin, elles servent à fabriquer des sacs pour emballer les marchandises et des voiles de bateaux. Elles sont tissées surtout en Haute-Bretagne (notamment autour de Vitré) et à l’autre extrémité de la péninsule à Locronan (Tanguy et Lagree, 2002). Le chanvre est cultivé dans les zones humides telles que les zones alluviales."

Enfin, il était intéressant d'interroger la microtoponymie telle qu'elle apparaitrait sur le cadastre napoléonien. Les noms font-ils allusion au chanvre et à son travail autour du vallon ? Trouve-t-on des Poull Kanab (= “mare à rouir le chanvre ”) et des Kanab-eg (= “chenevière ) ?

Guy Kerrien y a jeté un coup d'œil : 

"Je me suis penché sur le cadastre de 1830 et le relevé des propriétés : à Kerganapé, Kernévez, Kerjoré, Kergaradec, Kerantous, Kervotret, Kerléan il y a bien des courtils nommés "Liors canap". Je ne suis pas allé au-delà de la section B, mais je pense que cela suffit à montrer l'importance de la culture et du travail du chanvre à Plogonnec, jusqu'à nommer un village en son honneur. La proximité de très nombreux ruisseaux a certainement permis de développer cette activité."

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Cadastre de 1830.

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Voir 

F. Falc’hun, Une enquête toponymique en Bretagne celtique : le cadastre de la Basse-Bretagne Revue internationale d'onomastique  Année 1948  2-3-4  pp. 161-173 https://www.persee.fr/docAsPDF/rio_0995-872x_1948_num_2_3_1053.pdf

Voir les feuilles du cadastre : Section  B4 de Saint-Eloy . Tableau indicatif des propriétés foncières /P/03P/3P170. Voir les parcelles 1199-1200 appartenant à Yves Nihouarn.

https://recherche.archives.finistere.fr/viewer/viewer/medias/collections/P/03P/3P170/FRAD029_3P170_01_08.jpg

https://recherche.archives.finistere.fr/document/FRAD029_00000003P#tt2-186

 

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Photographie Guy Kerrien, février 2021.

Photographie Guy Kerrien, février 2021.

Photographie Guy Kerrien, février 2021.

Photographie Guy Kerrien, février 2021.

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 Descendons du clocher pour entrer par le porche sud : au dessus du porche se trouve un cadran solaire daté de 1807 avec l'inscription IEAN LE GRAND. Nous avons vu que c'était là un patronyme de la paroisse avec  Catherine le Grand, épouse de Jean Cornic. 

 

inscriptions 3604c

 

  Sous ce cadran se trouve cette inscription :

 

  inscriptions 3606c

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-J.M Abgrall : H. KERNALEGVEN . FAB . 1581

-H. Pérennès  : H. KERNALEGUEN . FAB . 1581

-Je lis difficilement : H KNALEG ...A.    : 1581 

- Je traduis H. K(ER)NALEGUEN FABRICIEN : 1581.

 Je regrette l'état dégradé et envahi de lichens de cette inscription d'un bloc de granit rectangulaire à encadrement, car les lettres visibles sont pleines d'élégance, mêlant un A capitale à traverse chevronnée et doté d'un appendice droit avec un E en onciale, un L oncial , un beau K doté également d'un appendice droit et dont le jambage inférieur est prolongé et barré pour signifier l'abréviation de K(ER).

  Le patronyme Kernaleguen est attesté à Plogonnec depuis un  Joanis Kernaleguen (sd) puis Yvon Kernaleguen né le 2 avril 1612 à Plogonnec. Corentin Kernaleguen fut  recteur  de Plogonnec de 1804 à 1805. Le "H" du début de l'inscription est vraisemblablement l'initiale du prénom .

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Post-scriptum 2021 : Daniel Kernalegenn me signale qu'on trouve déjà un Kernaleguen en 1426 à Saint-Pierre : "À l'époque, la ferme s'appelait Langoueledig  mais la ferme la plus proche s'appelait, et s'appelle toujours, Kernaleguen".

Je recherche sur les cartes IGN/Cassini et je découvre, comme indiqué,  le toponyme Kernaléguen /Kervaléguen à 2,5 km à l'ouest du bourg, et au sud de la chapelle Saint-Pierre et du manoir du Névet.

Albert Deshayes indique (Dict. noms de famille bretons p.377) : "Kernaléguen (Kernaleguen 1581) attesté dans le canton de Briec et à proximité, est vraisemblablement issu de lieux-dits en Châteauneuf-du-Faou ou à Crozon ; un troisième lieu, situé à Elliant, était noté Garshalleguen en 1679. Le composant -naléguen est à lire an haleguenn, "le saule".

Une saulaie suppose un milieu humide, et effectivement, la carte d'Etat-Major situe Kernaléguen à peine au dessus d'un ruisseau coloré en bleu, et dont on suit le cours jusqu'à un étang et un moulin à sa confluence avec le Rau du Ris.

Quant au Langoueledig voisin, il renvoie, affublé d'un modeste diminutif,  à -goueled "fond, partie inférieure", issu du moyen-breton goelet "fond"  correspondant au gallois Gwaelod, "partie basse". Vraiment humide donc...

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   Il nous reste à rentre dans l'église où nous attendent deux plaques réalisées sur de belles et grandes pierres en garnit d'un grain moyen jaune-brun et gris. Elles sont trop bien conservées, trop soignées dans l'ouvrage orné de demi-globes de leurs contours et d'une calligraphie trop académique, trop livresque et ostentatoire pour qu'on ne réalise pas immédiatement que ce sont des oeuvres récentes, à la Viollet-le-Duc ; cela n'entame en rien le plaisir que procure du beau travail, et les indications gardent tout leur intérêt

 

inscriptions 5526c

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H. Pérennès a relevé : M. RENE SEZNEC RECTEUR

 Je lis également M RENE SEZNEC RECTEUR

René Seznec ( 2 mai 1641 à Plogonnec-30. 09. 1709) fut recteur à Plogonnec de 1643 à 1697. Il fut aussi recteur de Guengat. Dans l'église, H.Pérennès a pu relever sur  la niche de la statue de St Maudez  la mention M.R.SEZNEC :R: 1656. J.M. Abgrall le nomme "le bon recteur Seznec" 

inscriptions 5527c

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-H. Pérennès a relevé : Y SEZNEC KRADILY . F . LAN 1666

- Je lis :                       Y: SEZNEC : KRADILY : F : L'AN : 1656:

- Je traduis :                Y(ves) SEZNEC K(er)ADILY Fabricien l'AN 1656.

  On remarque la ponctuation par trois-points ; les lettres conjointes NE ; l'étonnant point sur le I de la date I656 ; et le joli chiffre 5, qui a induit Pérennès en erreur.

  Les généalogistes mentionnent:

- Yvon Seznec, v.1624- 20.11.1673, époux de Catherine Guilloux.

- Yves Seznec, 1609-1669, époux de Blanche Tanguy.

Le manoir de Keradily est une propriété de la famille Seznec, et Guillaume Seznec y décéda le 6 mai 1690, son fils Yves Seznec(21.02.1644-3.10.1728) étant témoin du déces. En 1845, un nouveau manoir fut édifié par Guillaume Louboutin et Marie-Jeanne Seznec avec les matériaux de l'ancienne bâtisse.

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SOURCES ET LIENS.

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—ABGRALL (Jean-Marie), 1916, , « Inscriptions gravées sur les églises et monuments du Finistère (suite) », in Bulletin de la Société archéologique du Finistère, 1916, 43 : 65-102.

https://societe-archeologique.du-finistere.org/bulletin_article/saf1916_0122_0159.html

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k2077197/f135.item.zoom#

 

"Plogonnec. - Eglise paroissiale; patron, saint Turiau.
Au dessus de la porte ouest, deux vers latins, dont le premier est un vrai tour de force, sans être du meilleur goût: .
TV. TVRIAVE . TVAM TVRRIM . TEMPLVMQVE . TVERE
NE NOCEANT ILLIS TELA TRISVLCA ._ JOVIS
« Saint Turiau , protégez votre tour et votre église,Préservez-les de la foudre (des traits à trois pointes de Jupiter. )
.

Même façade:
M . YVES : CVZON . F . DE . KEIACOB
M . RENE . SEZNEC RECTEVR . 1657. C'est sans doute l'auteur des deux fameux vers latins :
H . LE PORHEL : E : R . GVENN . FF . 1657
D. CHARLES. KRIOV PRESTRE.
Porche :
H. KERNALEGVEN . FAB. 1581.
Tourelle sud du clocher :
JACQ : ET . F RAN C . LE DOARE DE BOTEFELEC . FF , 1688.
Au haut de la même tourelle :
M . LE HENAF F - GVILL . LE HENAF. E .Y . GVEZENEC . F .
1660.

Galerie, coté sud :

BERNARD. AMER : GVILL . OPIC . 1661.

— COUFFON (René), LE BARS (Alfred), 1988, Plogonnec, in Répertoire des églises et chapelles du diocèse

https://www.diocese-quimper.fr/wp-content/uploads/2021/01/PLOGONNE.pdf

"Le clocher, de silhouette très originale, comprend une tour rectangulaire accostée de deux tourelles octogonales amorties, comme le beffroi, par un dôme à côtes. Nombreuses inscriptions sur le pignon ouest de la tour. Dans le tympan du portail, sous la statue de saint Thuriau : "I H S. M A / TV. TVRIANE. TVAM / TVRRIM. TEMPLVM. TVERE / NE. NOCEANT. ILLIS. TELA. / TRISVLCA. IOVIS AMEN."

- Dans le porche ouest : "Y:SEZNEC:KRADILY:F:LAN :1656" (côté nord) et "M.RENE SEZNEC.RECTEVR". - Sur la frise du même portail : "M. RENE. SEZNEC / RECTEVR. 1657",

- et sur le contrefort de droite : "... F. F. 1657",

- Sous la galerie : "M. YVES. CVZON. P. DE. KIACOB."

- Sur la tourelle sud : "IACQ. ET. FRAN / LE DOARE DE BOTEFELEC. F. F. 1658."

et "M. LE HENAFF. P. GVIL. LE. HENAF ET Y. GVEZENEC. F. F. 1660."

- Sur la balustrade : "Y. BERNARD. KRAVER. GVIL. CORNIC. F. F. 1661."

- Sur le linteau de la chambre des cloches : "I. NIHOVARN. DE. KGANABHE / FABRIQ. ET. I. NIHOVARN. F. 1659."

- Sur la tourelle nord : "D. CHARLES. / KRIOV / PBRE."

-Le porche sud porte, sous un cadran solaire, l'inscription : "H. KNALEGVEN. F. AN. 1581."

— PÉRENNÈS (Henri), 1940, Notice sur Plogonnec, BDHA

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Published by jean-yves cordier - dans Inscriptions Chapelles bretonnes.
14 novembre 2011 1 14 /11 /novembre /2011 12:30

                  Église de Confort-Meilars :

              la roue à carillon ou Rod ar Fortun.

 

   C'est l'une des sept roues en état de marche qui peuvent encore être admirées, toutes en Bretagne, dernier témoignage de cet instrument de musique d'origine bretonne que l'on trouve jadis très répandu dans les églises de France ou d'Europe. Une soixantaine de roue de ce type seraient répertoriées en France, en Bretagne, Savoie, Rousillons, Pyrénées Orientales, Bourgogne, ou encore en Allemagne, en Espagne ou au Portugal

  Elle mesure 1,75 m de diamètre, ce qui en fait l'une des plus grandes ( 1,10m à Locarn (22), 1m à Laniscat(22), 0,80m à Magoar, 0,60 m à Kerrien ) et porte douze clochettes.

Le visiteur, déjà satisfait d'avoir trouvé l'église ouverte, ce qui devient rare, se réjouit de découvrir, au lieu d'un rébarbatif panonceau "défense de toucher", un écriteau bienveillant qui lui donne les informations qu'il attend sur cet idiophone, mais qui l'incite aussi à l'utiliser ; il doit alors décrocher la chaîne fixée au pilier, se placer au centre d'un cercle gravé dans le dallage, et mettre en mouvement la roue, avec modération.

   Et il s'exécute, le visiteur ravi, il devient le joyeux carillonneur charmé d'entendre le doux ramage venant de la canopée ... qui ressemble au remue-ménage d'un quincaillier dans sa boutique. Je lis que les clochettes, les douze commères tintinnabulantes rassemblées comme les coups de minuit, les douze mois, les douze signes du Zodiaque ou les douze apôtres échelonnent leur timbre du do au do supérieur, sonnant respectivement le do (à 264 Hz), le do dièse, le ré, le mi bémol, le mi, le fa, le fa dièse, le sol, le sol dièse, le la (le fameux la de diapason à 440 Hz), le si bémol pour atteindre le si de 495 Hz, ce qui fait bien le compte de douze. Mais loin de reconnaître la petite mélodie qui  rappellerait à son oreille peu musicienne la comptine de son enfance "do-ré-mi-fa-sol-la-si-do-grattes-moi-la-puce-que-j'ai-dans-le-do", il ne reçoit du ciel, le touriste, qu'une pluie grinçante et rouillée de sons aigres, quoique non dénuée de ce charme des oeuvres naïves.

  Il lui reste, c'est bien le moindre, à glisser son obole dans le tronc disposé à cet effet, en faisant bien tinter les pièces.

roue-et-sablieres 4930

 

roue-et-sablieres 4872c

 

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  Tout autour, les sculptures des sablières alternent leurs pampres sur lesquels naissent des visages, avec des faces lunaires dans lesquelles un commentateur d'autrefois reconnaissait un mandarin chinois, des Incas et un bouffon de cour, des gauchos de Colombie (?), un Mongol, un amanite, témoignant ainsi des douces divagations de l'imagination auxquelles elles nous invitent.

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   La roue de carillon était utilisée lors des offices, "durant le Gloria" selon René Couffon, ou  lors de baptêmes,des fêtes et pardons. On la nommait en breton Rod ar Fortun, la roue de Fortune.

  Elle se prêtait aussi à un usage thérapeutique. La légende dit qu'elle fut offerte en ex-voto par Alain de Rosmadec et Jeanne de Chastel, les deux donateurs du maître-vitrail et les fondateurs de l'église, après la guérison de leur enfant muet. On rapporte aussi qu'on y menait des enfants atteints de troubles de la parole, pour faire tourner les clochettes au dessus de leur tête.

 Per Jakez Helias raconte dans son Cheval d'orgueil (Paris, Plon 1975 p. 124) que chez lui, lorsqu'on obtenait pas d'amélioration de son bégaiement ou de sa difficulté d'élocution en se rendant, comme son oncle, au pardon de la chapelle de Tréminou, où il s'agissait de faire sonner le mieux possible la monnaie que l'on mettait dans le tronc, on se rendait en char à boeuf vers l'église de Confort, où le carillon sonne beaucoup plus fort que vos piécettes. " Et on raconte l'histoire de celui qui n'a jamais soufflé mot de sa vie et qui, entendant le bruit des clochettes, s'écria soudain : "sell ta !" _ "Pegemend a drouz !". "Tiens ! Quel bruit cela fait ! ".

  Suivez bien les conseils de modération pour tourner la roue, car il n'y a pas si longtemps, une mère trop exigeante pour l'élocution de son fils aîné s'était rendue si souvent et avec tant de zèle sous la roue à carillon qu'elle se désespéra de  son fiston qui était devenu un bavard plus fieffé que le tailleur du village ! Il ne lui resta plus qu'à le ramener à Confort...et d'y tourner la roue à l'envers! (d'après Charuty G, le Fil de la parole, Ethnologie Française, vol.15 n°2, 1985 , cité par David Le Breton, du Silence, Métaillé, 1997).

   L'utilisation des cloches pour libérer la parole est ancienne, et si on les sonne lors des baptêmes, c'est sans-doute pour placer l'enfant et ses cordes vocales sous les heureuses auspices de leur joyeux dynamisme.  David Le Breton (ouv. cité) a trouvé en Buffon (Histoire Naturelle, T3 Histoire de l'Homme, 1804, p. 231) le récit de cet homme d'une vingtaine d'année, fils d'un artisan de Chartres qui sourd et muet de naissance, se mit à parler en quelques mois après avoir été surpris d'entendre des cloches qui sonnaient. Jadis, on entourait le cou des enfants d'un collier de grelots dont les sonnailles devaient écarter de lui les mauvais esprits et les miasmes néfastes. Vieilles sornettes... mais que faisons nous aujourd'hui en accrochant sur le berceau et en plaçant à portée de bébé les hochets, les boites à musique et les tapis d'éveil ?


   Cela nous amène à relier cette pratique  à d'autres pratiques thérapeutiques utilisant la cloche comme procédé de guérison de la surdité ou de la mutité, notamment en Bretagne. Cela fera un lien avec la réflexion menée autour des moyens de protéger les clochers de la foudre, par production de bruits :  Église Saint-Thurien à Plogonnec II : une inscription du tonnerre!.

  Usage thérapeutique ou rituel des cloches et clochettes.


   Pestem fugo. 

On lit dans l'article Wikipédia "cloche" que son symbolisme est lié à la perception du son et à l'ouïe, par exemple en Inde où elle reflète la vibration primordiale, ou en Chine où elle est associée au bruit du tonnerre... et que le bruit des cloches a universellement un pouvoir d'exorcisme et de purification, éloignant les influences néfastes. Sur les cloches de nos clochers, une inscription a été  extrémement répandue dans tout le pays dés le XVème siècle (par exemple : Montpellier 1456) : 

                     Laudo Deum verum, plebem voco,

                     Congrego clerum, defunctos ploro,

                           Pestem fugo, festa decoro. (et parfois : Fulgura frango)

   

 " Je chante le vrai Dieu, j'appelle le peuple, je rassemble le clergé, je pleure les morts, je chasse la foudre, je célèbre les fêtes." et parfois "j'écarte la foudre".

 

I. les cloches des Saints bretons.

  Cinq clochettes dites cloches à main bretonnes, cloches préromanes ou celtiques sont conservées en Bretagne :

 - a) Celui qui visite l'église de Locronan (29) peut voir en la chapelle du Penity un objet de dinanderie en cuivre martelé, cabossé, aux rivets arrachés, à l'anse et au battant de fer, daté du XI ème siècle : c'est la Cloche de Saint Ronan, portée en procession lors de la Troménie. Comme celles qui vont suivre, elle  servait à guérir les fidèles de la surdité par imposition.

 - b) La cloche de Saint Symphorien à Paule (VIème siècle) se trouve en l'église Saint-Paule (22) mais vient de la chapelle Saint-Symphorien ruinée. Elle nous y est présentée comme renvoyant " au modèle de cloches à main primitives des îles britanniques, particulièrement d'Irlande, qui constituent un élément spécifique de la liturgie celtique du haut Moyen-Âge. Censée guérir des migraines, celle-ci attirait autrefois les malades; la cloche était alors sonnée et imposée sur la tête de chaque pèlerin."

 -  c) La cloche ou bonnet de Saint Mériadec-de-Stival à Pontivy (56) est, elle-aussi, réputée guérir les surdités, et lors du pardon de Saint Stival, elle est appliquée sur la tête des fidèles, selon une tradition du "bonnet de Saint Mériadec" attestée sur des peintures murales du XVème siècle. C'est une cloche de cuivre battu de 21 cm, classée monument historique comme les autres , et portant une inscription PIR TURFIC IS TI et le chiffre 1571. Elle est datée du XI ou XIIème siècle.

  Elle a été volée en mars 2009 dans le presbytère de la basilique Notre-Dame de la Joie, et retrouvée en août 2009.


cloche meriadec

 

d) Cloche de Saint Goulven à Goulien (Cap Sizun, 29): c'est une clochette datée du 9ème siècle (?) qui est sensée être l'une des trois cloches que Saint Goulven fit faire après qu'il eût miraculeusement transformé 3 poignées de terre en or. Mais elle n'est qu'en bronze et fonte, à pans plats, haute de 20 cm.



- e) à l'église Saint-Paul Aurélien de Saint-Pol de Léon est conservé la Cloche de Saint-Pol, si puissante pour guérir les maux de tête ou d'oreille qu'en 1629, Monseigneur Rieux dut exhorter ses chanoines à refuser l'imposition pour ne tolérer que son "auscultation". elle était utilisée initialement comme un gong, puis elle fut munie d'une bélière et suspendue dans une niche. Elle est datée du VIème siècle.

cloche st pol

   Elle serait l'une des sept cloches du roi Marc, que celui-ci utilisait pour chasser les esprits malfaisants ou l'avertir de leur approche, et que le Roi, que Pol Aurélien était venu baptiser, refusa pourtant au saint homme.  Albert le Grand nous dit que, revenu chez lui, " voicy entre les pescheurs du Comte, qui lui apportoient la teste d'un gros poisson qui avoit esté pris au rivage de l'Isle, dans laquelle on trouva la clochette dont il était question, laquelle Guythurus donna à S. Paul ; cette cloche se garde encore au Thresor de la Cathédrale de Leon, au son de laquelle on tient que plusieurs malades ont esté gyeris & un mort ressuscité."

On peut rajouter à cette liste de cloches dûment répertoriées par les Monuments Historiques la cloche de Saint Coledoc, ou Saint Ké, jadis conservée à Douarnenez, celle de Saint Cado, que Saint Gildas devait offrir au pape mais qui ne voulut sonner que dans les mains de Cado, celle de Saint Guiriec signalée par Bernard Tanguy comme venant de Perros-Guirec et conservée aux Archives des Côtes d'Armor,, celle de Saint Guénolé, transportée par les moines de Landevennec à Montreuil-sur-mer pour la protéger des invasions normandes et qui faisait des miracles, jusqu'en 1793 où elle fut détruite. Ou encore en quittant la Bretagne, on peut citer la Saüfang de fer battu de la cathédrale de Cologne, celle de Sainte Godeberthe à Noyon, celle de saint Patrick, ou bien le Casque de  Saint Grat à Vailhourles (12), dont on coiffait les aliénés pour les guérir, tout comme on faisait de la cloche de Saint Fillon dans le comté de Perth.

 

II . Les autres Roues à carillons.

   Selon l'inventaire mené par Charles Fabre (DRAC) et Eric Sutter en fevrier 2011 pour la Société Française de Campanologie, il existe encore en France 77 roues à carillons, dont sept en Bretagne, 31 dans les Pyrénées Orientales , 17 en Savoie et Haute-Savoie, 8 en Bourgogne, 4 en Auvergne. Elles répondent aux noms locaux de Rouet, rouet liturgique, de rouelle ou treizain en Savoie, de rottler ou rodella en Rousillon, mais aussi de roue de Sainte-Catherine ou de roue de Saint-Martin, cette dernière appellation justifiée à Trémouille "car elle aurait servi à couvrir les cris de Saint-Martin de Tours lors de son martyr"!

  Le nombre des clochettes apparaît très variable, car même si beaucoup en comptent 12 ou 13, le chiffre varie de 6 à 24 (à Laniscat, Morbihan).

  1) Voici, par exemple, celle de l'église Saint Hernin à Locarn (Côtes d'Armor) : elle ne compte que onze roues.

roue 6734

  Elle est placée sur le mur nord du transept, beaucoup moins haut qu'à Confort, à deux mètres cinquante peut-être, et sa facture récente vient du fait qu'elle a été confectionnée par un menuisier pour remplacer l'ancienne, trop vétuste. Ici, rien n'incite à en jouer, ...surtout pas la corde aux torons usés. On se signale pas d'usage autre que liturgique.

1') La roue de carillon de Saint-Nicolas en Priziac (56) :

  Elle comporte 7 rayons et 8 clochettes ; elle est située près de la charpente, en hauteur, le moyeu fixé dans la maçonnerie.

carillon 3226c

2) La Roue de Notre-Dame de Comfort en Berhet (Côtes-d'Armor)

  Vous ne la verrez pas, car elle a disparu, supprimée par le recteur Bricquir qui n'appréciait pas de voir son église transformée en stand de loterie, mais elle est connue car elle était associée à une statue de saint, le "Saint de la roue" ou Santic ar rod et qu'elle fonctionnait comme une roue de la chance : le Vicomte Hervé du Halgouët, auteur en 1909 d'un article Carillons d'église et roues de fortune dans la Revue de Bretagne n°41, 44-50 et 70-79 en emprunte la description à Jollivet, 1855. Ce n'était pas une roue fixée aux murs, mais  c'était l'attribut du saint dont la statue était placée à droite de l'autel. Par un mécanisme actionné de la sacristie (par le bedeau ?) Santic ar rod  semblait "faire tourner une roue presque aussi grande que lui et toute entourée de clochettes qui produisent un étourdissant carillon quand la roue est en mouvement, ce qui a lieu d'ordinaire pendant l' élévation."

   Hervé du Harcouët feint de n'y voir qu'une forme "des sonnettes ordinaires de l'autel" ..."appelées par l'harmonie des sons, à marquer la pompe de certaines cérémonies et à remémorer aux fidéles les instants les plus solennels des mystères sacrés".

   En effet, les sonnettes de choeur, ou carillons de sacristie, (à trois ou quatre timbres) intervenaient pendant les offices liturgiques, l'enfant de choeur devant marquer de deux coups distincts le moment où le célébrant étend les mains sur le calice, de trois coups celui de l'èlevation de l'hostie consacrée, de trois coups encore l'élévation du calice, de trois coups le moment où le Sanctus était entonné.

   Mais notre Vicomte sait très bien que les paroissiens de Berhet furent furieux lorsque le recteur remplaça leur Santig ar rod par une clochette, et qu'un artisan s'empressa de réaliser une copie de leur saint carillonneur. Et il sait très bien aussi que ce n'était pas uniquement lors de la messe qu'on lui demandait de sonner, et que les bretons venaient de loin interroger sa Roue ; "on payait à chaque fois deux sous"..." selon l'endroit où s'arrétait la roue, le présage était favorable ou non" ( Geistdoerfer in G. Dotin, Annales de Bretagne, 36, 1 : 136-138). D'ailleurs, Hervé du Halgoüet transmet le témoignage du recteur de La Trinité de Quéven, M. Plunian qui lui a expliqé comment les Morientais venaient en son sanctuaire "consulter la fortune par l'entremise de la roue : s'ils réussissent à la faire tourner sans arrêt, la fortune sera favorable. Si elle s'arrête brusquement la fortune sera contraire. Ils font les mêmes questions et leur donnent les mêmes significations qu'aux tables tournantes".

  A Trémouille (Auvergne) on rapporte  aussi que la Roue de Saint-Martin posséde la faculté de prédire un époux aux jeunes-filles en mal de mari : il suffit de mettre en branle la roue, d'attendre qu'elle s'arrête : si la grosse cloche s'immobilise en position haute, la mariage est assuré dans l'année.

3) du Santig ar rod au Tarabara ?

C'est sur la foi de Françoise Le Roux (Les Druides, C. Guyonvarc'h et F. Le Roux, Ouest-France, 1986, p.148) que je rapporte l'existence en Bretagne d'une sorte de crécelle "variante du carillon dit Santig ar rod" nommée Tarabara, une roue dont les clochettes auraient été remplacées par des dents qui viennent heurter un butoir et qui s'utilisait à l'église lorsque l'usage des cloches était proscrit.

4) Le Tu-pe-tu : version littéraire de Santig ar rod.

Dans son recueil de poème de 1873 Les Amours jaunes, le peu clérical et grinçant Tristan Corbière  publie Saint Tupetu de Tu-Pe-Tu, qui est présenté par le texte en prose suivant (Wikisource):


C’est au pays de Léon. – Est une petite chapelle à saint Tupetu. (En breton : D’un côté ou de l’autre.)

Une fois l’an, les croyants – fatalistes chrétiens – s’y rendent en pèlerinage, afin d’obtenir, par l’entremise du Saint, le dénoûment fatal de toute affaire nouée : la délivrance d’un malade tenace ou d’une vache pleine ; ou, tout au moins, quelque signe de l’avenir : tel que c’est écrit là-haut. – Puisque cela doit être, autant que cela soit de suite... d’un côté ou de l’autre – Tu-pe-tu.

L’oracle fonctionne pendant la grand’messe : l’officiant fait faire, pour chacun, un tour à la Roulette-de-chance, grand cercle en bois fixé à la voûte et manœuvré par une longue corde que Tupetu tient lui-même dans sa main de granit. La roue, garnie de clochettes, tourne en carillonnant ; son point d’arrêt présage l’arrêt du destin : – D’un côté ou de l’autre.

Et chacun s’en va comme il est venu, quitte à revenir l’an prochain... Tu-pe-tu finit fatalement par avoir son effet.

Puis débute la poésie : 


Il est, dans la vieille Armorique,
Un saint – des saints le plus pointu –
Pointu comme un clocher gothique
Et comme son nom : Tupetu.

[...]

 

Il tient sa Roulette-de-chance
Qu’il vous fait aller pour cinq sous ;
Ça dit bien, mieux qu’une balance,
Si l’on est dessus ou dessous.

C’est la roulette sans pareille,
Et les grelots qui sont parmi
Vont, là-haut, chatouiller l’oreille
Du coquin de Sort endormi.

 


Sonnette de la Providence,
Et serinette du Destin ;
Carillon faux, mais argentin ;
Grelottière de l’Espérance...

Tu-pe-tu – D’un bord ou de l’autre !
Tu-pe-tu – Banco – Quitte-ou-tout !
Juge-de-paix sans patenôtre...
Tupetu, saint valet d’atout !

 

 

       Chacun a dénoncé là un saint imaginaire, caricature anticléricale et antireligieuse dénonçant les superstitions, mais l'allitération en T rappelle l'inscription de Plogonnec à saint Thuriau et donc le bruit de crécelle de la roue qui tourne en éloignant les mauvais esprits, alors que ce Saint Tupetu n'est pas si éloigné du Santig ar rod qui lui a, très certainement, servi de modèle.

  La traduction de Tu-pe-tu par "d'un coté ou de l'autre" me semble plus parlante si on la complète par "pile ou face".

  Sur le bâti de la roue de carillon peinte de Saint-Nicolas de Pélerm (22), deux têtes ont été fixées de part et d'autre du moyeu, qui me semblent représenter les deux faces de la Fortune.

5) La dénomination de Roue de Fortune.

  Elle est signalée dans quatre communes des Côtes d'Armor dans l'inventaire de Charles Fabre et Eric Sutter, qui ne mentionne pas le terme breton de Rod ar fortun.

  Cette appelation est différente de celle de Roue de la Fortune, et elle se réfère à un théme iconographique où elle est une allégorie du destin, du sort, du cours de la vie qui mène indifférement les riches ou les pauvres, après la culmination de leur existence, vers la mort.

  Le pavement du Duomo de Sienne en offre une représentation superbe.

 La dizième carte du Tarot de Marseille lui est consacrée.

6) Les roues de carillon : une paramusique ?

   J'ai traité des trois fonctions de ces roues à carillon, variables selon les paroisses :

- usage liturgique

      - Lors de la messe comme une sonnette de choeur.

      - Lors des célébrations festives : baptèmes, mariages, pardons.

      - Lors des périodes où les cloches sont proscrites.

- usage thérapeutique :

       - essentiellement contre les problémes de mutité et troubles du langage.

- usage de prédiction (Roue de Fortune).

   Néanmoins, on peut voir un quatrième usage, comme instrument de "paramusique"  car il faut bien parler du son produit par ces "idiophones", puisque c'est bien l'élément caractéristique de ces instruments de produire des sons peu musicaux, non mélodiques, produits par des clochettes de facture grossière très différentes des clairs carillons des enfants de choeur ou des sonneries des campaniles.   Il n'est pas indifférent de constater que, dans de nombreuses paroisses, elles étaient utilisées à la place des sonnettes de sacristie pendant les trois jours de la Semaine Sainte où les cloches sont proscrites.

  J'emprunte le terme à Claudie Marcel-Dubois ( La Charivari, actes de la table-ronde d'avril 1977) : "par le terme paramusique, on désignera les phénomènes sonores organisés volontairement _notamment en temps rituel_ et se situant à la frontiére du son musical et du signal bruit".

  Sous la plume de Brigitte Alzieu, (Val d'Isère jadis et naguère) je trouve cette description de l'utilisation du "treizain" ou roue à carillon de Val d'Isère : 

   " ...puis arrive la Semaine Sainte, suivie de la grande fête de Paques. Lors des offices précédant le dimanche, les cloches sont muettes. On sonne alors le treizain, cette roue à treize clochettes placée dans le choeur. Pour l'office des Ténèbres, les enfants apportent des crécelles (krezin) et des cornes de bouc. A la fin des psaumes, ils sont autorisés à user de leurs instruments bruyamment. Ce brouhaha rapellerait le tremblement de terre et le tonnerre qui suivirent la mort du Christ et servirait aussi à expulser les démons. Pour une fois que l'on peut faire du bruit à l'église, les enfants ne s'en privent pas."

   Je souligne l'expression "faire du bruit" : se différenciant de la musique, une production sonore particulière est destinée à produire un vacarme, un tintamarre, un tapage, basé sur le martellement de casseroles, le bris de marmites en terre, le son de conques, l'utilisation de racloirs et claquoirs , crécelles, hochets, (de rhombes dans les sociétés primitives), les détonations de pétard, coups de fusils, fusées, canons, dans un beau chahut qui marque à la fois toute situation de transition exposant aux dangers de déstructuration d'un groupe et toute situation d'écart par rapport à la norme : Nouvel-An, Carnaval, mariage, déces, orage, épidémie,charivari, etc...

  Cela rejoint la grande peur médièvale  de l'irruption, lors de ces failles du calendrier ou des conditions atmosphériques, du Diable et de ses démons, de fantômes ou de chassaurs maudits, eux-mêmes accompagnés de vacarme terrifiant, comme dans les récits de la Mesnie Hellequin et autres Chasse Annequin, et on trouve dans le Roman de Fauvel la description de la charette de Hellequin et de ses roues à cliquet (Citation par Claude Lecouteux):

     Et dans le chariot se trouvait

     Un engin de roues de charettes

     Très fortes, raides et très bien faites,

     Et au tournis qu'elles faisaient

     Six barres de fer entre-heurtaient

     Qui au moyeu étaient cloutées

     Et bien attachées : Écoutez !

     Si grand bruit et si variable,

     Si laid et si épouvantable,

     Au choc qu'elles faisaient sonner

     Qu'on n'eût pas ouï Dieu tonner.


   En Allemagne, Autriche et Suisse, durant la Semaine Sainte,les enfants parcourent les rues avec des crécelles nommées Ratsche ou Rätschen ; mais dans le clocher de la cathèdrale de Rottenburger, 

http://www.domglocken.de/raetschen/index.html

deux machines à cliquet servent à émettre une paramusique propre à témoigner du séisme que représente la mort du Christ, et illustrent l'Évangile de Matthieu, 27, 50-54 :

        Jésus poussa de nouveau un grand cri, et rendit l'esprit.

        Et voici, le voile du temple se déchira en deux, depuis le haut jusqu'en bas, la terre trembla, les rochers se fendirent,

        Les sépulcres s'ouvrirent, et plusieurs corps des saints qui étaient morts ressuscitèrent.

        Étant sortis des sépulcres, aprés la résurrection de Jésus, ils entrèrent dans la ville, et apparurent à un grand nombre de personnes.

        Le centenier et ceux qui étaient avec lui pour garder Jésus, ayant vu le tremblement de terre et ce qui venait d'arriver, furent saisis d'une grande peur.


 

  En conclusion, ces Roues de carillon sont précieuses et fascinantes par leur polysémie inextricable, par leur part de mystère, et par le monde merveilleux ou grinçant qu'elles entrouvrent pour nous.

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Published by jean-yves cordier

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  • : Le blog de jean-yves cordier
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  • "Il faudrait voir sur chaque objet que tout détail est aventure" ( Guillevic, Terrraqué).  "Les vraies richesses, plus elles sont  grandes, plus on a de joie à les donner." (Giono ) "Délaisse les grandes routes, prends les sentiers !" (Pythagore)
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