Le vitrail en verres blancs et colorés est peint à l'émail. Certains verres colorés (rouges et bleus) sont gravés avec rehaut au jaune d'argent. Le vitrail a été retaillé pour être monté sur les cadres et la serrurerie du musée, amputant toute la partie droite, dont une allégorie, et le médaillon inférieur gauche. Il mesure aujourd'hui 37 cm de haut et 24 cm de large. Les plombs de casse ont été remplacés par un collage bord à bord.
Les armes de gueules au monogramme IS (Iacob Schilling) et à la marque d'or sont entourées des allégories de la Foi et de la Charité sur fond de palais à colonnes de marbre, en perspective. Dans le coin supérieur gauche est peinte l'allégorie de la Justice, avec son glaive et sa balance, voisinant avec le Jugement de Salomon.
Jacob Schilling était né en 1530, de Heinrich et de Sophie Meyer. Il avait épousé Esther Grasek (1535-1586).
Le Conseil des XV de Strasbourg était, avec le Conseil des XIII et le Conseil des XXI, l'un des trois conseils qui gouvernaient l'ancienne République de Strasbourg. Créé en 1433, était composé de cinq nobles et de dix bourgeois et était responsable des affaires intérieures, notamment des finances publiques.
Musée de l'Œuvre Notre-Dame de Strasbourg. Cliché lavieb-aile.
2. Verrière héraldique "suisse" aux armes de H. SPYLMAN (Spielmann ?), 1570.
Le vitrail en verres blancs et colorés est peint à l'émail.
Inscription H. EARLE SPYLMAN ZU EINEM SCHÖFFEL ERNZELLT ANNO 1570
On connaît à Strasbourg Carl Spielmann (1564-1631) qui fut Ammeister, et représentait les guildes. Il était le fils de Carl Spielmann (1564-1590). On connaît aussi un Hans Spielmann, constructeur de navires, décédé avant 1584.
Le blason, sans doute fantaisiste à partition horizontale bleu et jaune porte deux dés présentant les chiffres 5 et 4, et un trèfle à 3 feuilles. Il est sommé d'un heaume orné de lambrequins et sommé d'un cimier représentant en buste sans bras un Fou ou personnage de carnaval à tunique bleue et ceinture bleue et jaune, coiffé d'un bonnet à plumets, cornes et pompons jaune, blanc et bleu.
À sa gauche, une femme aux habits raffinés tend un hanap à un soldat en casque et cuirasse, portant son arme sur l'épaule. On remarque le récipient précieux au poignet de la femme, son aumônière, ses chaussures à guêtres boutonnées, son bustier bleu damassé, sa chemise à dentelles et sa curieuse coiffure
"On a relevé plus haut le rôle des hanaps comme objets de convivialité lors des repas et dans le cadre d’une société. Ce choix d’honorer son hôte se retrouve plus nettement encore dans la pratique du Willkomm, souvent représenté sur les vitraux de cabinet de la fin du XVIe siècle et du XVIIe siècle : l’épouse accueille son mari en lui ofrant une coupe à boire en signe de bienvenue. Le geste du Willkomm met en valeur le rôle de la femme qui tend l’objet de prix à l’époux actif dans le commerce ou à l'armée" (Benoît Jordan 2011)
Le mari barbu porte sous sa cuirasse un vêtement de fourrure ; sous ses hauts de chausse bouffantes sont des bas rouges : les chaussures à bouts ronds sont à crevés : c'est la tenue d'un lansquenet. Son épée, qui est tronquée, est comparable à un espadon.
Tout le reste du vitrail illustre le thème du jeu (comme déjà les meubles du blason) : jeu de cartes, jeu de dés, et une partie de bowling à 9 quilles, le nine-pin-bowling, encore pratiqué dans l'Est de la France.
Les coins supérieurs montrent deux putti jouant de la flûte et du tambour ; les angles inférieurs accueillent deux angelots tenant les trompettes de la renommée.
Musée de l'Œuvre Notre-Dame de Strasbourg. Cliché lavieb-aile.
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3. Vitrail de 1581 portant sous les armes de Strasbourg quatre ensembles héraldiques.
Les armes de Strasbourg, « d’argent à la bande de gueules l’écu soutenu par deux lions et timbré d’un heaume ou casque taré de front ouvert et sans grilles orné de ses lambrequins comblé d’une couronne d’or d’où sortent deux ailes de cygne d’argent chargées chacune d’une bande de gueules le tout sommé d’une fleur de lys épanouie d’argent », correspondent à celles représentées en 1626 pour la ville libre.
Musée de l'Œuvre Notre-Dame de Strasbourg. Cliché lavieb-aile.
Musée de l'Œuvre Notre-Dame de Strasbourg. Cliché lavieb-aile.
Le premier blason à gauche, avec sa licorne d'or sur fond de sable, son casque couronné et son cimier à l'agressive licorne, est accompagné d'un phylactère où est inscrit DAVID JOHAM VON MUNDOLTZHEIM PFLEGER .
Les Joham étaient apparentés par alliances aux plus illustres familles nobles telles que les Wurmser von Vendenheim, les Mullenheim, Fleckenstein, Rathsamhausen etc. Occupant des postes importants à Strasbourg : conseillers nobles du Sénat, membres de la Chambre des Vingt et Un, de la Chambre des Quinze, Stettmeister, etc., ils abandonnèrent bientôt le commerce qui les avait enrichis pour vivre, en vrais nobles, des revenus de leurs terres.
Johann de Mundolsheim mort en 1371, a été membre du Conseil de Strasbourg ( 1360 - ), Ammeister de Strasbourg ( 1363 - ), Échevin de Strasbourg ( 1364 - ), Ancien Ammeister de Strasbourg ( 1366 - ), Administrateur [Pfleger] de l'Œuvre Notre-Dame de Strasbourg ( 1371 - )
L'hôtel du Chapitre de la Cathédrale appartenait à Juncker Theobald Joham von Mundolsheim en 1572. " L'autre cour, située au-dessus du Gurtlerhof, en face de l'ancienne cour du seigneur von Hanau, était celle où David Joham von Mundolsheim, maire, vécut et mourut. Sa cour appartenait cependant au Bruderhof et relevait de la juridiction du Chapitre de la Cathédrale.» (Chronique de Büheler). Maison du Chapitre avec bow-window où résidait David Joham, maire, en 1587." (Das alte Strassburg)
La pierre tombale de 1585 de David Joham est conservée dans l'église protestante de Mundolsheim, mais les armoiries et le cimier à la licorne ont été bûchées.
Ces armoiries se blasonnait ainsi : coupé de sable et d'or, le sable chargé d'une licorne naissante d'or mouvant du coupé (Rietstap).
L'Alsace noble suivie de Le Livre du patriciat de Strasbourg, par Ernest Lehr, Paris : Berger-Levrault, 1870.
Musée de l'Œuvre Notre-Dame de Strasbourg. Cliché lavieb-aile.
Le deuxième blason, de gueules à la bande d'argent, surmonté d'un heaume au cimier à deux cornes blanches et rouges, et aux lambrequins de plumes de paon, est accompagné de l'inscription MICHEL ENSTEIGER PFLEGER. On commence à comprendre que les quatre blasons sont ceux des administrateurs, "pfleger", peut-être de l'Œuvre Notre-Dame de Strasbourg, et de leur "schaffner".
À partir du XIVe siècle, on trouve à la tête de l’institution trois administrateurs, dit pfleger, qui sont choisis parmi la haute bourgeoisie et ne touchent pas de salaire, bien qu’ils reçoivent de nombreux cadeaux en nature de la part de l’Œuvre lors des fêtes. Le rôle des administrateurs est de représenter la ville au sein de l’Œuvre Notre-Dame et de contrôler l’action du receveur (schaffner). Celui-ci se charge de la gestion quotidienne de l’institution et du chantier de la cathédrale, et a, de fait, la main sur toutes les entrées et sorties d’argent. Du fait de ces responsabilités, sa fonction devint de plus en plus encadrée pour éviter les malversations : il lui est notamment interdit d’être marié, et à fortiori d’avoir des enfants, et il doit obligatoirement léguer tous ses biens à l’Œuvre à sa mort. (Wikipedia)
Dans le musée de l'œuvre de Notre-Dame, la salle des administrateurs, une pièce, située au 1° étage de l’aile Renaissance, était le lieu solennel où le Receveur (Schaffner), comptable, trésorier et gérant de biens rendait compte, une fois l’an, de sa gestion devant les délégués du Magistrat de la ville. Il avait la haute main sur toutes les dépenses, de l’achat de matériel au paiement des salaires. Il était entouré d’administrateurs (Pfleger) chargé de vérifier les comptes. C’est dans cette pièce qu’étaient conservées, à l’abri du vol et du feu, les archives de valeur (titres de propriété, registres de comptes, actes, plans, dessins,…). Les placards et tiroirs sont en partie contemporains de l’édifice (1582) et en partie rajoutés en 1629.
Musée de l'Œuvre Notre-Dame de Strasbourg. Cliché lavieb-aile.
Le troisième ensemble réunit, en désordre, une inscription non lisible, les mots PFLEGER, le buste d'un personnage tenant au cou trois rangs de chaîne d'or et en main une chaînette, et des armoiries de sable au serpent d'argent à trois étoiles d'or.
Musée de l'Œuvre Notre-Dame de Strasbourg. Cliché lavieb-aile.
Le dernier est celui du SCHAFFNER (inscription) : l'inscription indique ARISTARCHUS MORN HINWEG
S'agit-il d'Aristarchus Morgenheimer, "économe" parrain en 1593? Mais Morgenheimer, non attesté à Strasbourg, est-il une mauvaise lecture pour Morghinweg, bien attesté ? Oui, car cela me donne accès à la notice geneanet d'Aristachus Morghinweg, né vers 1540 à Strasbourg, décédé vers 1571 (aïe), horloger, administrateur". Il épousa le 26 octobre 1556 à Strasbourg Felicitas Michelsdr. Rantz dontil eut une fille, Martha Mornhinweg, vers 1565. Une note ajoute qu'il a travaillé à la cathédrale "Gewerkt aan kathedraal Notre Dame in Straasburg".
Son blason coupé d'azur et d'or, l'azur chargé d'une étoile d'or est accompagné de lambrequins et d'un heaume sommé d'un cimier qui reprend son blason sous une tête de vieillard couronné de fleurs bleues et jaunes.
Nous avons donc l'identité en 1581 des trois administrateurs de l'Œuvre Notre-Dame et de leur receveur : un document précieux.
Musée de l'Œuvre Notre-Dame de Strasbourg. Cliché lavieb-aile.
4. Vitrail de 1628 portant les armes de Heinrich Ropp.
Inscription : H[err]. Heinrich ROPP ward zu einem IV Erwalt und disez zunfft zum oberherze geben den 28 julius 1628 (?)
"Mr Heinrich ROPP fut nommé à la 4ème guilde et à la tête de cette guilde le 28 juillet 1628 (?)."
Ses armes (ou celles de sa corporation) portent un échassier d'or sur fond de sable, à lambrequins d'or et heaume sommé d'un cimier à l'échasse noire. S'agit-il de la corporation de l'Echasse, qui réunit les métiers d'art?
Vitrail de 1604 montrant les armoiries de la corporation de la Lanterne. Cliché Ji-Elle pour Wikipédia
Le cimier est encadré des allégories de la Justice (glaive et balance) et de la Prudence (miroir). Les allégories de la Foi (calice et croix) et de l'Espérance (ancre) encadrent l'inscription.
Enfin, la scène supérieure montre un vieillard dans un lit, les bras écartés, entouré d'hommes tenant des flèches, correspondant à la légende de la mort du roi Scilurus, Roi des Scythes. Se voyant près de mourir, il fait assembler ses enfans, (l’Histoire lui donne 80 enfans mâles) ; ordonne au plus jeune de prendre une flèche, et de la rompre ; ce qu’il fit sans peine. Il commande ensuite aux aînés d’en rassembler plusieurs, d’en former un faisceau, et d’essayer de le rompre. Tous leurs efforts furent vains. Telle est la force de l’union, dit ce Père à ses fils : Vivez amis, vous serez invincibles.
Musée de l'Œuvre Notre-Dame de Strasbourg. Cliché lavieb-aile.
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5 et 6. Vitraux montés en médaillons datés de 1559.
Inscription BERNHARDT VON DURCKELSTEIN PFEGER
Armoiries : un faucon vert (sinople) colleté d'or. Heaume grillagé sommé d'un cimier au faucon colleté d'or les ailes écartées.
Musée de l'Œuvre Notre-Dame de Strasbourg. Cliché lavieb-aile.
Musée de l'Œuvre Notre-Dame de Strasbourg. Cliché lavieb-aile.
7. Vitrail monté en médaillon de Gabriel zum Pfeywell, pfeger, daté de 1586.
Armoirie : de sable à la fasce vivrée d'argent . Heaume, lambrequins noirs et jaune, cimier en buste de fou ou bouffon reprenant les armoiries, barbu, au bonnet à grelot.
Musée de l'Œuvre Notre-Dame de Strasbourg. Cliché lavieb-aile.
8. Vitrail monté en médaillon de Wolff Dietterich, daté de 1606.
Inscription : Wolff Dietterich von Rippenheim 1606
Cette statue en bois polychrome et doré de saint Christophe portant l'Enfant Jésus provient de l'église St Loup de Châlons et a été datée vers 1520-1530. Classée Monument Historique le 02.05.1907, elle est désormais exposée au Musée des Beaux-Arts et Archéologie de Châlons en Champagne (Aube). Elle est admirable et a figurée dans l'exposition Le Beau XVIe siècle qui s'est tenue dans l'église Saint-Jean au marché de Troyes en 2009.
Dans mon mini-inventaire des représentations de grande taille du saint christophore, elle est loin d'être la plus haute, avec sa taille de 2,23 m, mais elle souligne néanmoins une notion que nous oublions parfois : dans la légende, Reprobus est "un Cananéen d'énorme stature, qui avait douze coudées de haut et un visage effrayant" (Légende dorée de Jacques de Voragine).
Saint Christophe portant le Christ, Musée des Beaux-Arts de Chalons-sur-Marne, cliché lavieb-aile.
Haute de 225 cm, large de 108 cm et profonde de 40 cm, cette statue en ronde bosse à revers plat en trois blocs fait l'objet des notices Palissy PM 51000193 et IM51000804, rédigée par Claire Bonnet et Sandra Miguel Sandra, du service chargé de l'inventaire du Conseil régional de Champagne-Ardenne.
" Cette statue, réalisée au cours du 1er quart du 16e siècle, provient d'une église de Châlons. Elle fut achetée par la fabrique en 1808, à un serrurier, M. Vauthier, qui avait formé pendant la Révolution un magasin d''épaves' provenant de toutes les églises et de tous les couvents supprimés. Selon le Congrès archéologique de 1856, cette statue est semblable à la gravure en bois de 1423 conservée au cabinet des estampes de la bibliothèque nationale. Conformément à la légende et à cette gravure, saint Christophe a des proportions colossales."
"Saint Christophe est vêtu d'un costume de garde suisse de François Ier : mode militaire des années 1520-1530. Il est jambes nues, portant un pourpoint ou tunique dorée à manches tailladées, larges et courtes. Le décolleté rectangulaire laisse apparaître sa chemise. La ceinture basse retient la fronce. Les avant-bras sont recouverts d'un vêtement rouge. Une aumônière et un chapelet sont suspendus à une cordelette. De la main droite, il s'appuie sur un long bâton. La main gauche est posée sur sa hanche. Il a les pieds engagés dans le torrent et tourne la tête vers Jésus enfant. Celui-ci est placé sur son épaule et tient le globe du monde dans la main gauche. Le cadre évoque les montagnes de Lycie et l'ermite qui le guide dans sa traversé du cours d'eau."
Je crois pouvoir rapprocher la gravure sur bois de 1423 citée par ce texte de celle conservée à la bibliothèque John Rylands de Manchester, provenant de Buxheim sur le Haut-Rhin et généralement considérée comme la plus ancienne gravure sur bois datable d'Europe. Son inscription Christofori faciem die quacumque tueris, Ma nempe die morte mala non morieris peut se traduire par : « Quel que soit le jour où tu regardes l’image de saint Christophe Ce même jour tu ne mourras pas de mauvaise mort », ce qui souligne la vertu apotropaïque de cette gravure, et, a fortiori, de toutes ces statues de grand format du saint placées au seuil des églises pour protéger pèlerins et voyageurs. La mauvaise mort, c'est la mort subite sans secours des sacrements de l'Eglise, sans pouvoir se confesser. Les chemins, les voyages, la navigation, et toute traversée d'un gué et d'un seuil exposent le croyant à ce risque. La puissance de protection du saint est liée à la vue de son image, qui est nécessaire. Et la grande taille de ces images (peintures ou sculptures) favorise cette impression visuelle.
J'inverse la gravure pour mieux la comparer à la statue.
Gravure sur bois retournée horizontalement, 1423, John Rylands Library in Manchester.
Saint Christophe portant le Christ, Musée des Beaux-Arts de Chalons-sur-Marne, cliché lavieb-aile.
Le bâton a été remplacé par une branche écotée, et nous ne pouvons savoir si, comme sur la gravure, et comme dans la Légende de Jacques de Voragine, il fleurissait miraculeusement tel un palmier-dattier "chargé de fleurs et de fruits". Mais nous retrouvons de précieux détails (ces délicieux détails qui font tout l'intérêt d'une œuvre) comme la présence de l'ermite qui guide le saint de sa lanterne, et, bien plus rare (c'est mon seul exemple), celle du meunier chargeant ses sacs de farine dans une barque. Par contre, la tunique dont un pan est emporté par le vent est remplacé par le pourpoint à crevés ou taillades fermées par des aiguillettes, propre aux contemporains de François Ier.
Le saint, barbu, tourne sa tête et son regard vers l'Enfant, qui le regarde également alors qu'il prononce ces mots :" Ne t’en étonne pas, Christophe ; car non seulement tu as porté sur tes épaules le monde entier, mais aussi Celui qui a créé le monde. Je suis en effet le Christ, ton maître, celui que tu sers en faisant ce que tu fais. Et, en signe de la vérité de mes paroles, quand tu auras franchi le fleuve, plante dans la terre ton bâton, près de ta cabane : tu le verras, demain matin, chargé de fleurs et de fruits." : cette posture témoigne de l'instant de conversion du passeur, et le fleurissement de son bâton en attestait également.
Saint Christophe portant le Christ, Musée des Beaux-Arts de Chalons-sur-Marne, cliché lavieb-aile.
Christophe tient sa main gauche contre un chapelet à gros grains noirs et bruns.
Alors que sa tunique était serrée à la taille par une cordelette, c'est un linge noué qui entoure ses hanches. Une aumônière y est suspendue, elle contient un objet dont seul le manche est visible : ce doit être un couteau.
Saint Christophe, Musée des Beaux-Arts de Chalons-sur-Marne, cliché lavieb-aile.
Revenons à l'ermite.
Dans la Légende dorée (1260), le seul ermite est celui qui incite Reprobus/Christophe à s'établir comme passeur d'un fleuve dont la traversée expose à un péril mortel pour les voyageurs qui n'ont ni sa taille ni sa force. S'il est représenté, c'est sur la rive de départ (et encore sur l'enluminure de Willem Vrelant en 1420 ou celle du BnF fr 245 vers 1480-1490 et sur une gravure au criblé de la Bnf vers 1460).
Mais à partir du XIVe siècle (enluminures des Frères Limbourg, 1409 puis du Maître de Spitz en 1420), c'est sur la rive à atteindre qu'un ermite apparaît, comme guide cette fois, éclairant la rive avec un fanal. Cette lumière, cette fonction de phare devient, dans les dévotions, propre à saint Christophe puisqu'on trouve les distiques suivants : Christofore sancte virtutes sunt tibi tantae Qui te de mare videt nocturno tempore ridet, "Christophe, tes vertus sont si grandes que celui te voit (en navigant ) sur la mer se rit de la nuit" (Acta sanctorum).
On le retrouve sur les enluminures du BnF latin 1175, BnF latin 9473 entre 1445 et 1460, BnF latin 10538 au 1er quart du XVe,
On le voit chez le Maître E.S avant 1468 Martin Schongauer (1440-1491), Lucas Cranach l'ancien en 1509, Alaert du Hamel avant 1509, Albrecht Altdorfer en 1519, Albrecht Dürer en 1521, etc.
Ici, il a perdu sa lanterne, mais on peut être sûr qu'il l'a tenait en main droite. Il porte l'habit (une robe de bure brune et longue recouverte par une capuche couvrant les épaules) et la barbe des Antonins. Il est assis devant son ermitage au sommet de roches escarpées. Par rapport à la gravure, il manque la cloche au sommet de l'ermitage, pourtant bien utile pour guider le passeur, et qu'on voit à Solignac et à Silegny.
Saint Christophe, Musée des Beaux-Arts de Chalons-sur-Marne, cliché lavieb-aile.
Ces rochers où s'accrochent quelques arbustes forment une falaise abrupte que contourne le fleuve ; autour des pieds nus du saint, les flots bouillonnent, et deux poissons y sautent.
Une barque est amarrée à un débarcadère, et elle contient un tonneau et un sac de farine.
Saint Christophe, Musée des Beaux-Arts de Chalons-sur-Marne, cliché lavieb-aile.
Saint Christophe, Musée des Beaux-Arts de Chalons-sur-Marne, cliché lavieb-aile.
Saint Christophe, Musée des Beaux-Arts de Chalons-sur-Marne, cliché lavieb-aile.
Saint Christophe, Musée des Beaux-Arts de Chalons-sur-Marne, cliché lavieb-aile.
Du côté de la rive de départ, toute aussi escarpée que l'autre, et dominée par une chapelle, un pont à trois arches conduit par une volée de marches au bord du fleuve.
Un homme descend vers cette jetée, portant un sac sur l'épaule. Il a les jambes et les pieds nus. À la ceinture de sa courte tunique est suspendu une besace. Il est coiffé d'un bonnet rouge.
C'est la gravure qui nous permet de l'identifier comme un meunier portant un sac de farine. Les arches sont-elles liées à son moulin, absent de la sculpture?
J'ai tenté, mais en vain, de retrouver sur d'autres peintures, gravures et sculptures cette présence d'un meunier ou d'un moulin. Pourtant la gravure de 1423 a été très reproduite (Rigaux), pour être collée par exemple sur la page de garde d'un livre.
C'est finalement ce meunier, et sa barque, qui font toute l'originalité de cette statue.
Saint Christophe, Musée des Beaux-Arts de Chalons-sur-Marne, cliché lavieb-aile.
Saint Christophe, Musée des Beaux-Arts de Chalons-sur-Marne, cliché lavieb-aile.
Saint Christophe, Musée des Beaux-Arts de Chalons-sur-Marne, cliché lavieb-aile.
Saint Christophe, Musée des Beaux-Arts de Chalons-sur-Marne, cliché lavieb-aile.
SOURCES ET LIENS
— DENIS (Hortense), 2020, Les représentations artistiques de saint Christophe dans le diocèse de Chartres, du Moyen âge au XVIe siècle. Mémoire de recherche (2de année de 2e cycle) en histoire de l’art appliquée aux collections.Art et histoire de l’art. 2020. 〈dumas-04570638〉
— FAVREAU Robert, 1976 "L'inscription de Saint Christophe à Pernes-les-Fontaines. Un apport à l'histoire du sentiment religieux" Bulletin Archéologique du Comité des Travaux Historiques et Scientifiques Paris 1976, no12-13, pp. 33-39
Résumé : Historique du culte de saint Christophe du Haut Moyen Age au XIIIs. Ce n'est qu'au milieu du XIIs. qu'apparaît l'image d'un saint géant, portant l'Enfant Jésus. Quelques vers latins accompagnant les statues ou les images du saint (France, Italie, Suisse, Allemagne). L'inscription latine accompagnant la gigantesque figure de saint Christophe à la tour Ferrande de Pernes-les-Fontaines (peinture murale, fin XIIIs.). Origine de la "spécialité" de ce saint (guérison, protection contre les maladies): son culte se propage en même temps que l'élévation de l'hostie lors de la messe | voir l'hostie, c'est être en sécurité pour la journée| de même, voir saint Christophe. Culte favorisé par les grandes épidémies de peste. L'inscription elle-même se retrouve textuellement dans la liturgie (bréviaire de Tolède).
https://shs.hal.science/halshs-03235089/document
— GRAU LOBO, Luis (1994-1995): “San Cristóbal, Homo Viator en los caminos bajomedievales: avance hacia el catálogo de una iconografía particular”, a Brigecio, 4-5, p. 167-184.
— GRUMEL (V.) 1938, "Rosenfeld (Hans-Friedrich). Der hl. Christophorus, Seine Verehrung uns seine Legende. Eine Untersuchung zur Kultgeographie und Legendenbildung des Mittelalters" Échos d'Orient Volume 37 Numéro 191-192pp. 464-470
— HERNANDO GARRIDO (José Luis), 2013, "San Cristóbal y la sirenita: aviso para peregrinos y navegantes", Fundación Santa María la Real-TEMPLA, Codex Aquilarensis 29/2013.
— MANZARBEITIA VALLE (Santiago), Universidad Complutense de Madrid, 2010, "El mural de San Cristobalón en la iglesia de San Cebrián de Muda. Pintura medieval y devoción popular: del mítico Cinocéfalo al Polifemo cristiano" Anales de Historia del Arte 293 2010, Volumen Extraordinario 293-309.
—RIGAUX (Dominique), 1996, "Une image pour la route. L'iconographie de saint Christophe dans les régions alpines (XIIe-XVe siècle)", Actes des congrès de la Société des historiens médiévistes de l'enseignement supérieur public Année 1996 26 pp. 235-266
— VORAGINE (Jacques de) 1261, ou IACOPO DA VARAZZE, Legenda aurea, traduite en français par JEAN DE VIGNAY sous le titre de Légende des Sains au plus tard en 1348.
—MAINGUET (abbé F.) 1891 saint Christophe,sa vie et son culte, avec des appendices sur le culte de saint Gille·s et des quatorze saints auxilialeurs, Saint-Christophe (Indre-et-Loire), 1891, p. 129 : Laon (fin IVe s.), Lyon, Auxerre (Ve s.), Reims (VIe s.) ;
—ROSENFELD ( Hans-Friedrich) , 1937, Der hl. Christophorus. Seine l’erehrung und seine Legende. Eine Untersuchung zur Kultgeographie und Legendenbildung des Mittelalters, dans « Acta Academiae Aboensis, Humaniora X : 3, Äbo, 1937, p. 20 : Saint-Anastase à Rome (VIIe s.).
Cette salle comportait autrefois des arcades ouvrant sur le jardin, fermées en 1650. Sur les autres côtés, des arcades en trompe-l'œil créent l'illusion d'une ouverture sur la campagne environnante. Les arrondis des arcades sont occupés par neuf "lunettes" aux motifs mythologiques sur fond de ciel bleu accentuant cette illusion.
Elle tire son nom de la fresque de Raphaël le Triomphe de Galatée (1513) , accompagnée à droite par le Polyphème de Sebastiano del Piombo à gauche. Dans l'hiver 1511-1512, ce dernier avait peint les scènes mythologiques des lunettes.
Auparavant, Baldassarre Peruzzi avait peint en 1511 la voûte, avec divers thèmes mythologiques dans des cadres géométriques. Le plafond de cette salle représente le Zodiaque et l'alignement des astres au jour de la naissance d'Agostino Chigi, son horoscope.
Les peintures de la salle ont été retouchées en 1863 et restaurées en 1969-1973.
Salle de Galatée, villa Farnesina. Cliché lavieb-aile.
Salle de Galatée, villa Farnesina. Cliché lavieb-aile.
Sebastian da Piombo est l'auteur en 1513 du grand Polyphème.
Le géant cyclope et anthropophage est représenté de façon monumentale, assis au bord de la mer, le visage tourné vers la mer et tenant un bâton de berger et une flûte de Pan, comme une figure de la nature sauvage d'avant la civilisation. Il regarde sans doute avec mélancolie la nymphe Galatée, qui lui échappe pour rejoindre, non pas son amant le berger Acis, car il l'a écrasé sous un rocher, mais son Apothèose figurée sur la fresque de Raphaël en 1512.
Le bleu cobalt éclatant de la tunique de Polyphème, s’est révélé être, par les recherches récentes menées par l'équipe du professeur Bruno Brunetti et de Costanza Miliani de l'Université de Pérouse, du lapis-lazuli afghan, très précieux, mélangé à de la chaux en quantités que seul un riche mécène comme Agostino pouvait se permettre, car le plus souvent, pour limiter les coûts élevés,il était appliqué en fine couche sur la surface et rarement mélangé à de la chaux.
« Dans le Polyphème, Sebastiano utilisa un enduit différent de celui des lunettes : un enduit auquel on ajouta de la brique concassée, appelé à Venise « pastellone », déjà mentionné par Pline et Vitruve à propos de la technique de la mosaïque [...] Il peignit la fresque du Polyphème très rapidement, en seulement cinq jours ouvrables, avec ce plâtre pastellone, capable de rendre une couleur particulière, rougeâtre, qui convient parfaitement aux carnations et au climat humide. En y regardant de plus près, on constate que la préparation de ces mortiers colorés peut influencer la polychromie des carnations. » Le choix du « pastellone » gris-violet – un plâtre à base de faïence concassée utilisé à Venise – a permis à Sebastiano, selon Angelini, de retarder la carbonatation grâce à une humidité plus élevée et, par conséquent, en prolongeant le temps de séchage, de travailler avec des couleurs beaucoup plus diluées et transparentes, appliquées très rapidement sur une surface plus lisse que celle des lunettes, en quelques jours seulement. Cependant, cela s'est avéré insuffisant, à tel point que Sebastiano a dû recourir à des finitions à la tempera. "(Barbieri)
"La partie inférieure de la fresque de Polyphème,– correspondant au dernier jour de travail – a disparu, mais grâce à la restauration, une partie de la figure du chien a été retrouvée : un colley à poil court, c’est-à-dire un berger écossais déjà connu à l’époque romaine comme l’un des chiens de berger les plus adaptés et donc le compagnon idéal du Cyclope. Le problème de la repeinture de la fresque, qui avait complètement masqué les parties les plus originales de Polyphème dans une tentative de réparer les dégâts, est reconstitué par Tantillo grâce à l’analyse des interventions de restauration ultérieures et à la conclusion que la repeinture doit être datée du XIXe siècle, contemporaine des travaux commandités par le duc de Ripalta.
La restauration du Polyphème s'explique en partie par la disparition de certaines parties de la palette originale appliquée à sec. Il est intéressant de noter ici l'esprit d'expérimentation de Sebastiano dans sa recherche d'effets de glacis et de tonalités plus profondes, qu'il ne pourra perfectionner qu'avec la toute nouvelle technique de la peinture à l'huile sur toile, créant quelques années plus tard la célèbre Flagellation du Christ dans la chapelle Borgherini de San Pietro in Montorio. Mais seul un changement radical de support pictural et un usage inédit de l'huile sur plâtre lui permettront d'atteindre la profondeur du clair-obscur et la transparence des couleurs, par superposition de glacis, qu'il recherchait, rapprochant ainsi la peinture murale de la peinture de chevalet. " (Barbieri)
Polyphème, 1513, Sebastiano da Piombo, Salle de la Galatée, villa Farnesina. Cliché lavieb-aile.
Sebastiano del Piombo est également responsable de huit des dix lunettes avec des images mythologiques, peintes en des tons particulièrement aérés, typiques du colorisme vénitien. Elles étaient achevées certainement le 27 janvier 1512. Elles sont tirées des Métamorphoses d'Ovide. À chaque épisode correspond un vice : Térée poursuivant Philomèle et Procné, correspond à la Luxure , Aglaure et Hersé correspond à la Délation, Dédale et Icare à la Désobéissance, la Sybile de Cumes et Apollon à l’Avidité, Scylla coupant les cheveux de Nisus à l’Impiété, La chute de Perdix, neveu de Dédale, à l’Envie, l’Enlèvement d’Orithye par Borée à la Colère…(C. Barbieri)
Elles représentent :
1. Térée chasse Filomela et Progne : Progne, sœur de Philomèle et fille de Pandion, roi d'Attique, a épousé Térée, roi de Thrace, qui a séduit sa belle-sœur. Pour punir le roi infidèle, les deux sœurs, unies par leur amour, décident de commettre un infanticide, puis d'offrir la chair du roi en sacrifice et de s'enfuir. Poursuivis par Térée avec sa hache, ils prièrent les dieux de les transformer en oiseaux. Avant qu’un massacre n’éclate, les trois se transforment respectivement en huppe, hirondelle et rossignol.
Le roi Térée, vêtu d'une robe rouge vin, est représenté de profil droit, brandissant un sceptre avec lequel il s'apprête à frapper son épouse Progne et sa belle-sœur Philomèle, qui lui font face. L'une des deux femmes, en robe verte et grand manteau jaune, dont les manches blanches de sa chemise sont bouffantes, se protège la tête du bras, offrant ainsi son profil au spectateur. De l'autre figure, seule la tête est esquissée, au-dessus de laquelle vole un petit oiseau. La beauté des deux femmes, toutes deux blondes, évoque le style des courtisanes vénitiennes.
2. Aglaure et Hersé : Les deux filles du roi Cécrops, roi d'Athènes, ont reçu la garde du panier où dort l'enfant que leur a confié Athena, Érichthonios. Aglaure l'entrouvre et regarde à l'intérieur. Elle voit l'enfant à côté d'un grand serpent. Coroné , la corneille, en informe Athéna, qui, pour sa peine, change son plumage de blanc en noir.
Au centre de la composition, sur fond de ciel bleu à peine strié de quelques nuages épars, l'une des sœurs est assise de profil à droite, vêtue d'une robe jaune et d'un grand manteau vert. À côté d'elle, légèrement en retrait, se trouve l'autre sœur, portant un corset jaune et un grand manteau rouge. Toutes deux ont de larges manches blanches et des cheveux blonds. Elles sont absorbées par le geste de soulever furtivement le couvercle du panier en osier. Deux oiseaux volent au dessus, un blanc et un brun.
cliché rmn wikimedia commons détail
3. Dédale et Icare : Icare chute, ses plumes se décollant sous l'effet du soleil, sous le regard impuissant de Dédale qui assiste à sa chute tragique.
Dans le huitième livre des Métamorphoses , Ovide raconte l'histoire de Dédale qui, impatient de retourner en Crète, fabriqua des ailes pour lui et son fils Icare, malgré l'avertissement de ne pas s'approcher trop près du soleil. Le fils, resté impuni, désobéit à cet ordre et il tombe, appelle son père, et la mer le cache .
Dédale est représenté le visage tourné vers le bas, les ailes déployées, face à son fils stupéfait qui chute du ciel, ses ailes en lambeaux dispersées par le vent. Tous les personnages sont nus, à l'exception d'Icare, terrifié, qui porte un voile blanc léger à rayures bleues sur le ventre.
cliché Rmn-fr, wikimedia commons
4. Junon : Junon traverse le ciel dans un char tiré par des paons .
Iris, qui décrit la descente de l'arc-en-ciel, est mentionnée dans les livres I et XIV des Métamorphoses , tandis que dans le livre II, le paon attend de servir la Déesse sur un char resplendissant.
Sebastiano a représenté Junon, blonde et coiffée d'une guirlande de fleurs, assise de profil à droite sur un char tiré par deux paons, sur fond d'arc-en-ciel dessiné dans le ciel. La déesse porte un manteau blanc épinglé sur son épaule gauche, tandis que sa main droite, nue, dévoile son sein. Elle tient une fine baguette.
cliché Rmn-fr, wikimedia commons
5 . Scylla coupant les cheveux de Nisus endormi : Scylla coupe les cheveux de son père Nisus, le condamnant ainsi à mort et son pays à la défaite.
Dans le huitième livre des Métamorphoses , on raconte l'histoire de Nisus, roi de Mégare, dont la chevelure pourpre, fatale, le protégeait des attaques du roi de Crète, dont sa fille, Scylla, était follement amoureuse. Elle coupa les cheveux de son père endormi afin de livrer la terre de ses ancêtres au roi ennemi et bien-aimé.
Nisus, le visage encadré par une longue barbe blanche, dort profondément, enveloppé dans un grand manteau vert et une tunique bleue, la tête posée sur son bras replié sur l'oreiller. Scylla est saisie en train de couper les cheveux de son père à l'aide de deux grands ciseaux. Deux rapaces dominent la scène sur fond de ciel bleu.
clichéMiguel hermoso Cuesta wikimedia commons
6. la chute de Perdix : Perdix chute du haut de l’Acropole, poussé par Dédale, mais sera transformé en perdrix par Minerve .
Sebastiano se concentra sur la chute, imaginant le corps à demi nu du jeune homme, couvert à l'entrejambe d'un tissu blanc à rayures bleues, agrippé d'une main à une cape verte flottante et portant l'autre à sa tête dans un geste désespéré. Deux perdrix semblaient veiller sur sa chute vertigineuse.
cliché Rmn-fr, wikimedia commons
7. Borée enlevant Orythye. Borée, le froid vent du nord, en proie à la rage et à la passion, enlève Orithyie, fille d'Érechthée (roi d'Athènes), alors qu'elle dansait sur les bords du fleuve Ilissós.
Borée, roi de Thrace, tomba amoureux d'Orithyie, fille d'Érythée, roi d'Athènes. En refusant de l'épouser, il provoqua l'enlèvement de son amant, qui devint bientôt mère de plusieurs enfants.
Orithyie, enveloppée dans un ample manteau vert, s'accroche à Borée, qui déploie ses ailes puissantes.
https://www.photo.rmn.fr wikimedia commons
8. Zéphyr et Flore, cf infra
9. Tête monochrome d'un jeune homme, par Baldassarre Peruzzi .
Cliché lavieb-aile.
"Pour donner vivacité et intensité expressive à ces scènes passionnées, notamment celles de crimes brutaux, Sebastiano a adopté un langage formel sans précédent dans le panorama romain et peut-être un peu déconcertant au regard des idéaux classiques : une particularité qui mérite d'être explorée plus avant, car la dramatisation violente des événements dépeints est sans pareille dans la Rome de l'époque. Toutes les histoires sont filmées en contre-plongée, ce qui souligne théâtralement l'action et semble placer les personnages à des fenêtres ou sur des terrasses, sur fond de ciel ; Les expressions accentuées, mais parfaitement naturelles, les mouvements agités, voire agressifs, et le flottement des vêtements créent un dynamisme saisissant qui captive le spectateur. L'impact visuel est très fort grâce au gros plan qui met en valeur les premiers plans, et certains groupes, comme Térée, Philomèle et Procné jouant une scène tragique, ou l'étreinte passionnée de Borée enlevant sa bien-aimée, préfigurent certaines solutions formelles de Pordenone. La fluidité narrative et le naturel de la composition, comme dans la scène des sœurs scrutant le panier contenant le secret de Minerve, sont sans précédent. Même les raccourcis audacieux de Perdix et d'Icare étaient destinés à étonner le spectateur : le premier comme suspendu avant la chute, le second saisi en plein vol. Les couleurs éclatantes, les teintes rougeâtres de la chair, le bleu du ciel, les tissus irisés, le plumage multicolore rehaussent l'ensemble dans un jeu de forts contrastes, suscitant des émotions tout aussi intenses." (Barbieri 2015)
Ces peintures sont marquées par la vivacité des couleurs de la peinture vénitienne (Sebastiano est né à Venise en 1584 et est venu à Rome en 1511 entraîné par Agostono Chigi), par leur liberté d'expression, d'une violence presque anti-classique, leur colorisme éclatant, inédit à Rome avant Sebastiano, et leur grammaire de composition et de raccourci nouvelle et anti-florentine. Elles tranchent aussi avec les peintures de Peruzzi et de la tradition toscane par le naturel des postures des femmes, par leurs robes vénitiennes et non à l'antique, et par la simplification du décor (elles se détachent sur le ciel par l'effet de la contre-plongée). Le bleu éclatant du ciel traversé de nuages et d'oiseaux, élément constant des lunettes devait unifier et relier l'espace peint à l'espace réel du jardin, puisque les arcades s'ouvraient sur celui-ci.
.
"La confirmation scientifique de la nouvelle technique picturale introduite à Rome par Sebastiano provient des recherches scientifiques menées lors des restaurations exemplaires des fresques de la Loggia della Galatea, dirigées dans les années 1970 par Alma Maria Mignosi Tantillo et supervisées par Aldo et Nerina Angelini, restaurateurs de l'Institut central de restauration.
Après le nettoyage, la comparaison directe entre la voûte ornée de fresques de Peruzzi, la Galatée de Raphaël et les peintures de Sebastiano mettent en évidence la nouveauté absolue de la palette vibrante de ce dernier.
Aldo Angelini écrit : « La rapidité d'exécution de Sebastiano dans les lunettes est étonnante. J'ai pu analyser sa technique lors du détachement de la fresque de la Chute de Phaéton (sic).
Très peu de jours de travail : trois tout au plus, compte tenu des sujets à figures imposantes, de l'exécution rapide et d'une liberté maximale sans poudrage, de la simple gravure des contours des figures, et dans des espaces réduits. Les oiseaux qui y sont représentés suggèrent une exécution improvisée : la polychromie est riche en tons irisés, avec des couleurs très vives jamais utilisées auparavant dans les fresques de l'école romaine [...].
Par conséquent, l'utilisation de telles couleurs, sans préparation, a dû susciter une grande surprise,
à tel point qu'on pense davantage à une peinture de chevalet qu'à une fresque [...]. De plus, la polychromie vénitienne offrait un remarquable jeu de contrastes. Aujourd'hui, les fresques sont un peu passées, mais alors, cette polychromie devait être vraiment remarquable. » " (d'après C. Barbieri, traduction personnelle)
Salle de la Galatée, villa Farnesina. Cliché lavieb-aile.
Salle de Galatée, villa Farnesina. Cliché lavieb-aile.
Malgré ce prélude, je veux consacrer cet article à l'étude du Zéphyr et Flore.
Le titre Zephyr and Flora est établi au XIXe siècle et début XXe ( Flora che recive il soffio di Zefiro, 1907), et mentionné sur le Baedecker de 1893 (mais est peut-être beaucoup plus ancien).
On trouve néanmoins l'œuvre désignée sous les titres "Zephyr and Gaia" (ou "Cephalus and Aura") par David Rijser
Donc, ce titre, et donc l'interprétation de la scène, peut faire débat, si bien que C. Barbieri peut y voir plutôt la rencontre d’Apollon et de la Sibylle de Cumes.
Elle souhaite ainsi "rétablir la cohérence de la structure narrative qui, comme dans les autres lunettes, renvoie à la même source", car elle fait remarquer que les amours de Zéphyr et Flore ne sont pas décrits adns les Métamorphoses d'Ovide.
"Le livre XIV des Métamorphoses (vv. 130-153) narre l'histoire de la Sibylle de Cumes et d'Apollon : amoureux de la jeune fille, le dieu lui offre tous les dons qu'elle désire, et elle lui demande de lui accorder autant d'années à vivre qu'il y a de grains de sable qu'elle peut tenir dans son poing. Le dieu accède à sa requête, mais celle-ci comporte une erreur tragique : il a demandé une longue vie de décrépitude plutôt que la jeunesse éternelle. Sebastiano a représenté le dialogue entre le dieu et la Sibylle, saisi au moment où cette dernière pointe vers le bas de sa main serrée, peut-être vers une étendue de sable.
La scène préfigure déjà l'épilogue par l'union de deux nuages éthérés : la transformation de la Sibylle en une voix, qui se confond de manière significative avec la voix du dieu. Dès lors, le Cuméen devint la voix d'Apollon, et la grotte des Parques de Cumes fut l'un des lieux de divination les plus fréquentés de l'Antiquité.
La transformation en voix est un thème qu'Ovide aborde à peine, mais sur lequel insistent les commentaires de la Renaissance. Ceci constitue une base importante pour l'invention originale de Sebastiano, représentant les voix de la Sibylle et d'Apollon sous forme de deux nuages blancs – peut-être les premiers personnages comiques à être représentés dans l'histoire de l'image – visualisant l'union des voix, l'une étant l'oracle de l'autre. Une transformation qui s'opère, comme pour toutes les autres scènes, dans le domaine de l'air, l'arène des passions et le royaume des métamorphoses." (Barbieri)
Cette hypothèse ne semble pas avoir été adoptée, mais elle montre qu'une discussion est possible sur l'interprétation de ce qu'on voit sur cette lunette.
Notamment, je remarque à quel point cette fresque est différente de l'ensemble de l'iconographie réunie sous le titre de "Zéphyr et Flore" sur wikipedia. Certes la majorité des peintures et sculptures sont plus tardives, mais on voit le plus souvent le jeune Zéphyr, ailé, se rapprocher tendrement de Flore (Chloris en grec) pour la couronner de fleurs.
Sur cette huitième lunette peinte par Sebastiano, nulle fleur n'est visible. Aucun indice ne permet d'identifier la femme allongée sur le côté, et rien ne permet d'identifier non plus le soi-disant Zéphyr, réduit à un profil blanchâtre sur le ciel bleu et dépourvu de corps et d'ailes. Flore porte une robe jaune et un grand manteau pourpre foncé., mais ne fait aucun geste , et ses bras sont rassemblés près de sa poitrine.
Les deux visages sont tendus l'un vers l'autre, et chacun émet vers l'autre, comme une bulle phylactère de BD, un nuage blanc. Une vapeur ? Un souffle ? Le muet désir d'un baiser? L'anima, la vie conférée par une déité ? Les deux bulles sont proches, mais distinctes.
Zéphyr et Flore, Sebastiano da Piombo, Salle de la Galatée, villa Farnesina. Cliché lavieb-aile.
1.Rappel : Zéphyr et Flore.
Dans la mythologie grecque, Zéphyr est le dieu du vent d'ouest. Il épouse la nymphe Chloris (Flora en latin), déesse des fleurs, dont il a un fils, Carpos.
2. Zéphyr apparait sur la fresque de Raphaël de la Loggia de Psychéde la villa Farnesina : c'est lui qui porte la jeune fille du rocher escarpé où elle attend la venue de son mari au palais du dieu de l'amour.
Il y a donc là une entrée dans le mythe de Zéphyr et Flore.
3. Zéphyr et Flore sont-ils absents des Métamorphoses ?
Ver erat aeternum, placidique tepentibus auris /mulcebant zephyri natos sine semine flores ;
"Le printemps était éternel et, de leurs souffles tièdes, /les doux zéphyrs caressaient des fleurs nées sans semences."
4. Zéphyr et Flore sont-ils absents de l'œuvre d'Ovide ?
Non: Ovide raconte ce mythe dans le livre V des Fastes, "Flora et sa Fête". La nymphe terrestre est métamorphosée en déesse du Printemps par le vent Zéphyr, qui s'en est éprit, la poursuit, la rattrape et la possède contre son gré, décidant finalement d'en faire son épouse. En guise de présent, il lui accorde le pouvoir de faire fleurir tout ce qu'elle touche, la transformant ainsi en « Mère des Fleurs » et donc en allégorie du Printemps. Liée à la ville de Rome, la déesse se voit offrir tous les ans, entre la fin avril et le début mai, des fêtes somptueuses qui se terminent par des jeux : les Floralia.
Chloris eram, quae Flora vocor: corrupta Latino/ nominis est nostri littera Graeca sono./Chloris eram, nymphe campi felicis, ubi audis/rem fortunatis ante fuisse viris./Quae fuerit mihi forma, grave est narrare modestae;/sed generum matri repperit illa Deum./Ver erat, errabam; Zephyros conspexit, abibam;/insequitur, fugio: fortior ille fuit./Et dederant fratri Boreas ius omne rapinae,/ausus Erecthea praemia ferre domo/Vim tamen emendat dando mihi nomina nuptae,/inque meo non est ulla querella toro/Vere fruor semper: semper nitidissimus annus,/arbor habet frondes, pabula semper humus./Est mihi fecundus dotalibus hortus in agris;/aura fovet, liquidae fonte rigatur aquae:/hunc meus implevit generoso flore maritus,/atque ait "arbitrium tu, dea, floris habe. Ovide, Fastes V, 195-212
"Ainsi parlai-je; la déesse accueille ma demande, et la douce odeur des roses du printemps s'exhale de sa bouche, tandis qu'elle prononce ces mots: [5, 195] "Celle que vous appelez Flore était autrefois Chloris; une lettre de mon nom a été altérée en passant des Grecs chez les Latins. J'étais Chloris, nymphe de ces régions fortunées où tu sais qu'autrefois les hommes voyaient s'écouler leur vie au sein de la félicité. Dire combien j'étais belle coûterait à ma modestie; [5, 200] si ma mère eut un dieu pour gendre, elle le dut à cette beauté. C'était au printemps; j'errais au hasard; Zéphire m'aperçoit; je m'éloigne, il me suit; j'essaie en vain de fuir, je ne puis lutter contre lui. Borée, son frère, l'autorisait, par son exemple, à commettre ce crime, Borée, qui avait osé ravir la fille d'Érechthée dans le palais même de son père. [5, 205] Cependant Zéphire répare sa faute en me donnant le nom d'épouse, et nulle plainte ne s'élève plus de mon lit d'hyménée.
Je jouis toujours du printemps; l'année, pour moi, conserve toujours ses richesses, l'arbre son feuillage, la terre sa verdure. Les champs que j'ai reçus en dot renferment un jardin fertile; [5, 210] l'haleine des vents le caresse, une fontaine l'arrose de ses eaux limpides. Mon époux l'a rempli des fleurs les plus magnifiques, et m'a dit: "Déesse, sois la souveraine de ces fleurs." Souvent j'ai voulu classer et compter leurs couleurs; mais je n'ai pu: leur multitude était si grande qu'aucun nombre n'y pouvait suffire. [5, 215] Aussitôt que les feuilles ont secoué les froides gouttes de la rosée, et que les tiges variées se sont réchauffées aux rayons du soleil, je vois accourir ensemble les Heures aux robes diaprées; elles recueillent mes présents dans de légères corbeilles; les Grâces s'en emparent à l'instant pour tresser des guirlandes et des couronnes [5, 220] qui se mêleront à la chevelure des dieux. La première j'ai répandu des semences inconnues sur l'immense surface de l'univers; la terre, auparavant, ne présentait qu'une seule couleur. "
4. Flore et Zéphyr sont représentés dans Le Printemps de Boticelli.
Le passage d'Ovide – selon l'interprétation d'Aby Warburg – est la source littéraire de la scène représentée à l'extrême droite du célèbre Printemps de Botticelli, peint entre 1478 et 1482. Le tableau était accroché dans la villa du Castello de Laurent de Médicis à Florence, où Giorgio Vasari le vit en 1500. Son commanditaire pourrait être Laurent Pierfrancesco (pour son mariage avec Semiramide Appiani), Julien Médicis (pour la naissance de son fils Giulio qu'il a eu avec Fioretta Gorini) ou Laurent Médicis (pour célébrer la mort de son frère Julien). Il aurait alors été peint pour honorassassiné le 26 avril 1478 dans la cathédrale Santa Maria del Fiore à Florence lors de la conjuration des Pazzi, complot fomenté par la famille Pazzi contre les Médicis et auquel Laurent a réchappé.
Zéphyr, en gris-plomb, surgit de derrière un arbre, les joues gonflées, et saisit la nymphe qui, sous l'effet du souffle du vent d'ouest, se métamorphose : des fleurs s'échappent de sa bouche, tandis que ses mains, tendues dans une vaine tentative de fuite, recouvrent les œillets qui ornent la robe de la nouvelle Flore, le Printemps qui s'apprête à semer des roses dans une prairie fleurie. La tunique transparente et impalpable de la nymphe, « emportée par le doux vent », cède la place à une robe élégante matelassée de fleurs, tandis que « la maladresse de la créature primitive et timide, saisie malgré elle par le "souffle de la passion", se transforme en la démarche rapide et assurée de la Beauté victorieuse » .
Dans La Naissance de Vénus de Botticelli, on peut hésiter à reconnaître Flore, à côté de Zéphyr,: le couple enlacé et entouré de roses soufflent en même temprs vers Vénus. Mais on y voit plutôt deux vents, Zéphyr, et Aura, la Brise. Comme dans Le Printemps, les souffles sont indiqués par des traits.
5. A. M. Warburg a montré l'influence des Stances de Politien (1475-1478) sur Le Printemps de Botticelli (entre 1478 et 1482).
Les Stances d'Ange Politien ou Angelo Poliziano, ami érudit et collègue poète de Laurent de Médicis et membre de son Académie platonicienne , sont une des sources d'inspiration de « La Naissance de Vénus » et du « Printemps » de Botticelli.
L'œuvre, Stanze per la Giostra ou Stanze de messer Angelo Politiano cominciate per la giostra del magnifico Giuliano di Pietro de Medici est un poème en octaves , qui fut composée pour célébrer la victoire de Julien de Médicis lors d'un tournoi organisé le 29 janvier 1475 à Florence. Ce tournoi avait été organisé par Laurent le Magnifique , seigneur de Florence et frère de Julien, pour commémorer le traité de paix conclu entre les puissances italiennes en 1474 grâce à l'intervention du Magnifique. Le poème, dont la composition débuta la même année, 1475, se compose de deux livres : le premier de cent vingt - cinq octaves, le second de quarante-six seulement. Sa composition fut interrompue, selon toute vraisemblance, par la mort de Julien et la blessure de Laurent lors du soulèvement qui suivit la conjuration des Pazzi , le 26 avril 1478.
Cette œuvre est consacrée à l'amour impossible professé par le noble Julien de Médicis pour la belle et vertueuse Simonetta Vespucci, qui a servi de modèle à la figure de Vénus. Il se peut que le tableau ait été commandé par Lorenzo di Pierfrancesco de Médicis, cousin de Laurent le Magnifique, selon un commentaire de l'historien de la Renaissance Giorgio Vasari, mais aucune preuve documentaire ne l'atteste, de sorte que le commanditaire et la date exacte demeurent inconnus.
Selon la plupart des sources, le modèle de Vénus était Simonetta Cattaneo, plus connue sous son nom d'épouse Simonetta Vespucci (vers 1453-1476), une jeune femme d'une grande beauté qui mourut à l'âge de vingt-trois ans des suites de la tuberculose. Introduite dans le cercle de la noblesse florentine, où elle était très admirée, elle fut le modèle de nombreux artistes, dont Botticelli, Piero di Cosimo et Domenico Ghirlandaio, au point de devenir le prototype de beauté de la Renaissance florentine.
Outre l'éloge de Julien, l'œuvre relate donc également son amour platonique pour Simonetta Cattaneo. Le projet initial dut cependant être modifié en 1476 suite au décès soudain de Simonetta, survenu le 26 avril. (d'après Wikipedia)
Le culte de l'Antiquité est alors si puissant qu'il incite les écrivains et les poètes à projeter les événements contemporains sur ces toiles de fond antiques en puisant dans le bagage mythologique de la civilisation classique : Giuliano est Iulus, Simonetta une nymphe, Cupidon et Vénus les dieux ex machina de l'histoire. Un procédé similaire était mis en œuvre dans les arts figuratifs par un peintre comme Sandro Botticelli, presque contemporain de Politien.
Dans le premier livre, Julius, transfiguration classicisante de Julien, est présenté comme un jeune homme beau et courageux, qui méprise l'Amour et se consacre aux exercices physiques, à la chasse et à l'écriture poétique. Cependant , Cupidon , dans un esprit de vengeance, fait apparaître devant Julius, alors parti à la chasse, une magnifique biche que le jeune homme tente, en vain, d'atteindre. Lorsqu'ils parviennent à une clairière, la biche se métamorphose en une belle nymphe, Simonetta. Touché par la flèche de Cupidon, Julius tombe amoureux de la jeune fille. Le dieu, satisfait du succès de son plan, peut ainsi retourner joyeusement à Chypre , auprès de sa mère Vénus . Politien s'étend longuement sur la description des beautés du jardin et du palais de la déesse à Chypre, et c'est dans ces descriptions que sont évoqués Vénus née de l'écume et maîtresse du réveil de la nature, ainsi que les Grâces, Zéphyr et Flore.
"Où la beauté des fleurs fait un bosquet pour ses cheveux, Où, tout lascif, derrière Flore, Zéphyr vole et fait fleurir l'herbe verte."
Livre I, 77
Con tal milizia i tuoi figli accompagna,
Venere bella madre degli Amori:
Zefiro il prato di rugiada bagna
Spargendolo di mille vaghi odori,
Ovunque vola veste la campagna
Di rose, gigli, violette, e fiori:
L’erba di sua bellezza ha maraviglia
Bianca, cilestre, pallida, e vermiglia.
"Avec une telle constance, accompagne tes enfants, Vénus, belle mère de l'Amour : Zéphyr baigne la prairie de rosée, y répandant de mille parfums délicieux, Partout où il vole, il habille la campagne De roses, de lys, de violettes et de fleurs : L'herbe s'émerveille de sa beauté, Blanche, bleue, pâle et vermillon."
La Naissance de Vénus est décrite ainsi :
Nel tempestoso Egeo in grembo a Teti
Si vede il fusto genitale accolto,
Sotto diverso volger di pianeti,
Errar per l’onde in bianca schiuma avvolto,
E dentro nata in atti vaghi e lieti
Una donzella non con uman volto,
Da zefiri lascivi spinta a proda
Gir sovra un nicchio, e par che ’l ciel ne goda.
"Errant à travers les vagues, enveloppé d'écume blanche, Et naissant en des gestes charmants et joyeux, Une demoiselle, au visage non humain, Poussée sur le rivage par des zéphyrs lascifs, Tournoyant dans une coquille, et il semble que le ciel se réjouisse."
Pour Warburg, "La Naissance de Vénus représentait la genèse de Vénus surgissant de la mer et portée par les zéphyrs jusqu'aux rivages chypriotes ; le « Printemps » de Botticelli symbolisait l'instant suivant : Vénus, apparaissant dans toute sa splendeur royale dans son royaume, au-dessus de sa tête, dans la cime des arbres et sur le sol à ses pieds, le nouveau vêtement de la terre se déploie dans une splendeur florale incommensurable ; et autour d'elle, fidèles serviteurs de sa maîtresse, qui commande à tout ce qui appartient à la saison des fleurs, se rassemblent Hermès, qui chasse les nuages, les Grâces, symboles de la beauté juvénile, Cupidon, déesse du printemps, et le vent d'ouest, par l'amour duquel Flore devient dispensatrice de fleurs."
6. Dans la Villa Farnesina d'Agostino Chigi, le Triomphe de Galatée de Raphaël (1513) témoigne aussi de l'influence des Stances de Politien.
Dolce, dès 1557 dans son Aretino, puis Kinkead 1970 ont montré que le détail du char en coquille tiré par deux dauphins y trouvait sa source : Stanze I, 118 : Due formosi delfini un carro tirano. sovr'esso è Galatea che 'l fren corregge ! "un char tiré par deux dauphins aux formes harmonieuses, dont Galatéé, debout, tient les rènes".
Publiée en 494, l'œuvre de Politien avait déjà été plusieurs fois réédité. Le chef-d'œuvre de l'ancien précepteur du pape régnant Léon X (1513-1521) et poète préféré de Laurent de Médicis, était certainement connue du banquier du pape Agostino Chigi, ou du moins de Raphaël ou de Baldassare Peruzzi. Ce dernier en effet, "pour la représentation de la nymphe dans la fresque, s'inspira non pas de l'iconographie des textes antiques, mais des scènes de son triomphe, puisant son inspiration directement dans les vers des « Stanze per la Giostra », composés par Angelo Poliziano vers 1475-1478 dans le but manifeste de célébrer la famille Médicis" (Offices de Florence).
7. Le Polyphème de Sebastiano da Piombo est également inspiré du poème de Politien I,115.
On peut s'en convaincre en comparant l'œuvre avec le poème :
Gli omer setosi a Polifemo ingombrano
L’orribil chiome, e nel gran petto cascano,
E fresche ghiande l’aspre tempie adombrano:
Presso a se par sue pecore che pascano:
Nè dal cuore di lui giammai disgombrano
Li dolci acerbi lai, che d’amor nascano;
Anzi tutto di pianto e dolor macero
Seggia in un freddo sasso a piè d’un’Acero.
Dall’una all’altra orecchia un arco face
Il ciglio irsuto lungo ben sei spanne,
Largo sotto la fronte il naso giace,
Paion di schiuma biancheggiar le zanne;
Tra’ piedi ha il cane, e sotto il braccio tace
Una zampogna ben di cento canne,
E guarda il mar ch’ondeggia, e alpestri note
Par canti, e muova le lanose gote.
E dica, ch’ella è bianca più che il latte,
Ma più superba assai ch’una vitella,
E che molte ghirlande gli ha già fatte,
E serbale una Cerva molto bella;
Un Orsacchin, che già col can combatte,
E che per lei si macera, e flagella,
E che ha gran voglia di saper notare
Per andare a trovarla insin nel mare.
"Les épaules soyeuses de Polyphème retombent accablées. Ses cheveux hideux tombent sur sa large poitrine, Et des glands frais ombragent ses tempes sarcastiques. Autour de lui paissent ses moutons. Et jamais ils n'effacent de son cœur Les douces et amères lamentations qui naissent de l'amour : Avant tout, je suis consumé par les larmes et le chagrin. Il est assis sur un rocher froid au pied d'un érable. Un front hirsute de six empan forme un arc d'une oreille à l'autre. Son nez est large sous son front : Ses crocs semblent blanchir comme de l'écume. Entre ses pieds, il tient un chien, et sous son bras, sa une flûte aux cent roseaux reste muette; et il regarde la mer ondulante, et des notes alpines semblent chanter et faire vibrer ses joues laineuses.Et il se dit qu'elle est plus blanche que le lait, Mais bien plus fière qu'une génisse, Et qu'elle lui a déjà fait de nombreuses guirlandes, Et qu'elle lui réserve une très belle biche ; Un petit ours, qui déjà se bat avec le chien, Et qui se flagelle et se fouette pour elle, Et qui a un grand désir d'apprendre à la reconnaître, Afin de pouvoir aller la retrouver même en mer." (traduction hasardeuse)
Et la contemplation de l'œuvre de Sebastiano da Piombo devient plus émouvante lorsqu'on connait ce poème, comme le propriétaire devait le connaitre.
James Grantham Turner défend le point de vue que l'influence du poème de Politien était majeure non seulement sur le Polyphème et sur le Triomphe de Galatée, mais aussi sur le décor de la villa, et que l'ensemble des peintures de fausses sculptures de l'extérieur, illustrant toutes la puissance de l'amour, donc de Vénus, et les différentes aventures amoureuses des dieux, tout comme le Ganymède du plafond de Peruzzi, aux cheveux blonds, en témoignent (Stanze I,107). Cette influence du poème eut-elle lieu avant que Ghigi ne revienne de Venise avec Sebastiano da Piombo?
8. Ce faisceau d'argument incite bien à reconnaître dans la huitième lunette de Sébastiano del Piombo Zéphyr et Flore.
Malgré l'absence d'indices d'identification des deux protagonistes qui envoie chacun son souffle vers l'autre, malgré l'absence de fleurs, malgré la posture assez passive de la femme allongée, malgré le fait qu'il y ait ici confrontation de deux souffles, et non insufflation d'une déité vers la femme, tout ce contexte de la Salle de Galatée qui indique l'influence majeure des Stances de Politien (et de la Naissance de Vénus et du Printemps de Botticelli) incite bien à voir ici Zéphyr, en position haute, venant du ciel et descendant vers Flore.
Quoiqu'il en soit, j'admire le dépouillement de la peinture de Sebastiano, et la force de la confrontation des deux souffles, remplis de mystères.
SOURCES ET LIENS
—BARBIERI (Costanza), 2015, Venezia a Roma: “la maniera disforme” di Sebastiano nella Loggia della Galatea, Studiolo : revue d'histoire de l'art de l'Académie de France à Rome Année 2015 12 pp. 184-213
—KINKEAD (Duncan T.), 1970, An Iconographic Note on Raphael's Galatea, Journal of the Warburg and Courtauld Institutes Vol. 33 (1970), pp. 313-315 (4 pages)
—WARBURG (Aby M.), 1893, La Naissance de Vénus & Le Printemps de Sandro Botticelli étude des représentations de l’antiquité dans la première renaissance italienne Traduit de l’allemand par Laure Cahen-Maurel
—WARBURG (Aby M.), 1893, Sandro Botticellis "Geburt der Venus" und "Frühling". Eine Untersuchung über die Vorstellungen von der Antike in der Italienischen Frührenaissance, Hamburg-Leipzig 1893
Sans compter les sablières à cuirs chantournés et/ou grotesques du Maître de Plomodiern à Saint-Nic (1561-1566), Plomodiern (1564), à l'atelier du Cap-Sizun à Primelin, Pont-Croix (1544), Confort-Meilars, Esquibien ou de celle du Maître de Pleyben (1567-1576) à Pleyben, Kerjean, Plomodiern (Sainte-Marie du Menez-Hom), Bodilis, Saint-Divy, Notre-Dame de Berven (1579-1580) à Plouzévédé et peut-être Roscoff.
PRÉSENTATION
Situé à l'étage ou piano nobile de la Villa Farnesina, ce couloir de 14 mètres de long attenante à la chambre d'Alessandro et Rossane qui reliait la Salle des Perspectives aux appartements de Francesca Ordeaschi (épouse d'Agostino Chigi en 1519) et de ses enfants est couvert d'une voûte en berceau de bois ornée par de délicates grotesques sur fond blanc imitant une voûte en maçonnerie ornée de fresques. Aujourd'hui restaurée, elle éblouit par ses couleurs, le vert des motifs floraux, le bleu des cadres, le rouge vif des draperies, le jaune des ornements et des figures.
Galerie des grotesques, Villa Farnesina. Cliché lavieb-aile.
Rappel : l'art des Grottesques à la Renaissance.
Le nom de "Grotesques" trouve son origine dans la découverte accidentelle de la fameuse Domus Aurea, durant le dernier quart du XVe siècle, lorsqu'un jeune Romain tomba dans une crevasse de la colline de l'Oppio et se retrouva dans une grotte aux parois couvertes de scènes peintes. Il s'agissait des fresques du palais de l'empereur Néron, surnommé la Maison dorée bâtie entre 64 et 68 après J.C. entre les collines de l'Esquilin et du Caelio, après le grand incendie de Rome en 64. Bientôt, de jeunes artistes romains comme Pinturicchio, Raphaël et Michel-Ange furent descendus sur des perches pour les admirer de leurs propres yeux. Ils passaient des journées entières sous terre à copier les motifs décoratifs appelés grotesques, en référence aux environnements souterrains appelés grottes, qui recouvraient les murs et les voûtes de la somptueuse résidence impériale.Ils eurent alors la révélation de la véritable nature du monde antique et ils entreprirent de diffuser ces « grotesques » à Rome puis à travers toute l'Italie. Vasari raconte que « Peu de temps après, lors de fouillesà San Pietro in Vincola, parmi les ruines et les antiquités du palais de Titus, à la recherche de figures, on découvrit des pièces souterraines entièrement recouvertes et remplies de grotesques, de petites figures et de scènes, avec quelques ornements en stuc. Giovanni accompagna
Raphaël, qui fut conduit pour les admirer ; tous deux furent émerveillés par la fraîcheur,
la beauté et l'excellence de ces œuvres. Il leur paraissait merveilleux qu'elles se soient conservées si longtemps ». Dans le cryptoportique, on peut encore lire, bien que très dégradée, l'inscription signée « Zuan de Udine Frilano », "Jean de Udine, de Frioul".
Le premier, Giovanni da Udine s'en inspira pour peindre le décor des pilastres de la fameuse Loggia de Raphaël au Vatican, entre 1517 et 1519, puis les voûtes de la Loggia de Raphaël à la Villa Madame en 1520-1521. L'équipe Raphaël/Giovanni da Udine se chargea aussi de la Loggia de Psyché de la Villa Farnesina en 1517.
Le goût pour l'imitatio antiquitatis, l'imitation du goût antique, fut critiqué par Vasari qui qualifiait ces peintures de "très licencieuses et ridicules".
Le décor grotesque représente des créatures hybrides et des monstres sous forme de figurines fines et fantaisistes qui s'entrelacent en une ornementation géométrique et naturaliste sur fond blanc ou monochrome, en faisant abstraction de toute perspective ou référence à la réalité spatiale au profit "dun monde vertical entièrement défini par le jeu graphique, sans épaisseur ni poids, mélange de rigueur et d'inconsistance qui fait penser au rêve". (André Chastel)
Les couleurs vives du décor accentuent les effets géométriques par des motifs complexes et serrés.
Dans le septième livre de son traité« De Architectura », Vitruve, architecte et théoricien de l'époque augustéenne, désapprouve fermement ces ornements, qu'il juge absurdes et illogiques mais qui sont caractéristique des somptueuses décorations du troisième style pompéien, qui atteindra son apogée dans la Domus Aurea de Néron vers le milieu du Ier siècle apr. J.-C. Les enseignements de Vitruve étaient très appréciés tant par l'architecte Baldassare Peruzzi que par son mécène Agostino Chigi ; c'est peut-être pourquoi les grotesques sont rares dans le décor de la Farnesina, et que ce type de décoration est reservé aux espaces privés.
Ils apparaissent cependant dans cette petite Galerie. En effet, ce charmant passage reliant la Salle des Perspectives aux appartements de Francesca Ordeaschi et de ses enfants est couvert d'une voûte en berceau de bois ornée, à la manière d'une fresque, de délicates grotesques sur fond blanc. Similaires à celles que Raphaël avait peintes en 1516 dans la Loggetta du cardinal Bibbiena et sa Stufetta au Palazzo Apostolico du Vatican avec la participation de Giulio Romano , Giovan Francesco Penni , Perin del Vaga , et Giovanni da Udine , elles datent de 1517-1518 et furent donc achevées peu après les fresques de la Salle des Perspectives.
Attribution.
"L'attribution du décor grotesque a oscillé entre un dessin de Baldassarre Peruzzi, entre 1518 et 1519, qui se serait inspiré du répertoire de Giovanni da Udine 4 et, au contraire, une création originale de l'artiste frioulan qui, dans la Rome de Raphaël, était le maître incontesté de l'ornementation grotesque inspirée des peintures de la Domus Aurea 5 .
Lors d'interventions récentes, réalisées après la restauration et visant à retracer l'histoire du couloir et ses transformations, l'attribution du dessin de Baldassarre Peruzzi est réaffirmée, y compris pour la partie décorative 6 . Compte tenu des importantes repeintes et des restaurations modernes, il est impossible de se prononcer sur l'auteur du décor pictural, toutefois, le répertoire iconographique, d'une grande inventivité et encore en partie fidèle à la phase originale, permet une datation chronologique et culturelle de l'ensemble." (Cavallaro 2023)
4.Frommel (1966-1967, p. 97, n° 55 et planche XXXVIIIa ; Ibid., 1968 ; Ibid., 2003, vol. I,
pp. 40, 134, 202 et vol. II, planches 290-297 ; Ibid., 2014, p. 244, illustrations pp. 249-253) attribue les scènes des panneaux de la voûte à un peintre médiocre des années 1861-1863, qui « s’est peut-être inspiré des vestiges conservés ».
5 Frommel 2014, p. L'auteur (p. 250) s'intéresse à Giovanni da Udine, observant une reprise du répertoire de la Loggetta du cardinal Bibbiena, conçue par Raphaël et exécutée par l'artiste frioulan, et attribue toute la moitié orientale adjacente à la fenêtre à un peintre médiocre du XIXe siècle. Dacos (1969, p. 114) souligne la reprise scolastique de motifs de la Domus Aurea et la maladresse d'exécution, suivi par Gallavotti (1984, p. 49).
6 Liserre 2016, p. 21-38 ; Zalabra 2016, p. 43. Enfin, Lapenta, Vincenzi
2019, p. 98-99.
La voûte de ce couloir est comparable aux décorations contemporaines de petites pièces par Giovanni da Udine telles que la Stufetta et la Loggetta de l'appartement du cardinal Bibbiena au Vatican (1516), ou la voûte grotesque de la pièce du rez-de-chaussée du Palais Baldassini (1517-1519), commandé par l'avocat consistorial Melchiorre Baldassini.
Seules les deux travées centrales, bien que retouchées au fil du temps, conservent leur peinture d’origine, tandis que les autres sections du décor sont des reconstitutions du XXe siècle qui reprennent fidèlement les motifs des parties originales (Cavallaro).
Après une première phase de formation, menée par une équipe d'étudiants de l'École supérieure de l'ISCR, les travaux de restauration furent entrepris sous la direction de l'ISCR (Construction Restauration) avec le soutien financier de la Fondation Isabel et Balz Baechi de Zurich pour la protection des peintures murales.
"Cette restauration a redonné aux peintures leur élégance et leur éclat, et a permis de préciser la technique, le support et les interventions antérieures. Des retouches et des modifications répétées ont été apportées aux peintures durant la première moitié du XVIIIe siècle, probablement lors des travaux commandités par le cardinal Troiano Acquaviva, locataire de la villa de 1736 à 1747. Au début du XIXe siècle, le décor à caissons, orné d'octogones et d'une grande fenêtre à pétales jaunes, a été peint dans les deux dernières travées de la voûte, côté chapelle. Cette intervention était motivée par la nécessité de masquer un décor grotesque, en décalage avec le lieu. Le décor à caissons n'a pas été retiré lors de la dernière restauration, car il était considéré comme faisant partie intégrante de l'histoire de la Galerie ; il a seulement été restauré, du point de vue de la couleur. Dans la seconde moitié du XIXe siècle, sous le règne du duc de Ripalta, les figures mythologiques ornant le sommet de la voûte furent presque entièrement repeintes. Entre 1926 et 1929, lors des travaux de restauration de la villa, réalisés par Alberto Terenzio de la Direction des Antiquités et des Beaux-Arts les deux lunettes du fond furent redécorées et les deux dernières sections de la voûte refaites : celle adjacente à la fenêtre (environ 2,17 m) et celle du côté opposé. Cette dernière intervention impliqua le remplacement de quatre planches de bois de 2,17 m, donnant lieu à un nouveau décor. Les panneaux à scènes mythologiques au sommet de la voûte datent de cette phase ; enfin, une peinture à la tempera claire, tirant sur le gris tourterelle, fut appliquée pour harmoniser les parties anciennes avec les parties reconstruites. Les interventions antérieures à 1926, non documentées, consistaient en la restauration picturale au crayon rouge des grotesques de la frise à la base de la voûte, des figures des candélabres, des rideaux et des petits tableaux." (Cavallaro 2023)
Galerie des grotesques, Villa Farnesina. Cliché lavieb-aile.
Une frise à la grecque centrale réunit une succession de tableaux rectangulaire avec un octogone et un ovale. Au centre, Jupiter, assis sur un trône de nuages, tenant un foudre et un aigle à ses pieds. Les tableaux rectangulaires sur fond sombre montrent une Galatée et un Cortège triomphal de Bacchus, où le dieu de l'ivresse, sur un âne, et précédé par une ménade, est entouré de faunes. Plus loin est représentée la Chasse au Sanglier de Calydon. Ce sont pour Cavallaro "des répliques maladroites du XXe siècle inspirées de scènes similaires dans les pièces de la villa.
Ces cartouches sont présentés par des putti ou des amours ailés, en équilibre sur des cercles à sujet naturalistes (toile d'araignée, papillon, oiseaux, insectes). L'octogone est centré par une femme ailée et voilée tenant un flambeau, à valeur allégorique ; elle est entouré d'éléments décoratifs : une corbeille de fruits, des instruments de musique, une cheminée, un crabe et des outils de pêche . Dans l'octogone de gauche, Mercure émerge des nuages coiffé de son chapeau ailé à larges bords, le « pétase ». Il porte des ailes aux pieds plutôt que des sandales, est enveloppé dans un grand manteau et tient le caducée, autour duquel s'enroulent des serpents. Il est entouré de pergolas fantastiques, de cages vides, ou de petits autels. Toute la bande centrale est parcourue par des hippogriffes, mais aussi des animaux exotiques tels qu'un zèbre, un lion et un tigre.
Cette partie centrale est analysée ainsi par Cavallaro 2023 :
"Les grotesques de la voûte Chigiana, malgré leur ancienneté, offrent ainsi un aperçu des intérêts multiples de Giovanni da Udine, de l'Antiquité aux expériences naturalistes, et sont probablement dus à l'intervention d'un étudiant de l'atelier qui sut les retranscrire fidèlement, quoique de manière scolastique, dans une exécution fidèle, mais néanmoins scolastique. Cependant, dans l'appréciation globale de la voûte, l'importance des interventions des XIXe et XXe siècles ne saurait être négligée. Les rénovations successives ont altéré la disposition décorative originale qui, comme dans les exemples du XVIe siècle, comportait probablement un motif d'ornementation délicate dans un cadre en perspective, peut-être de petits temples et de pergolas aériennes. Aujourd'hui, la structure décorative semble désintégrée en raison d'une séquence presque élémentaire créée par les géométries octogonales et en clypéus au sommet de la voûte, contenant des figures mythologiques s'élevant dans les airs ou émergeant des nuages, étrangères au répertoire du XVIe siècle. Il semble plausible d'affirmer que le décor original du XVIe siècle a été greffé sur des figures et des incrustations décoratives attribuables à la phase d'ornementation néo-pompéienne, qui caractérisait la villa lors de la rénovation du décor commandée par l'exceptionnel duc de Ripalta, l'Espagnol Salvador Bermúdez de Castro, qui fit construire la villa à partir de 1861. Il encouragea une campagne d'entretien et de rénovation des décors entre 1863 et 1866, qui donna un aspect nouveau, « antique », à certaines pièces, notamment la salle pompéienne, où de nombreuses figures sont inspirées des peintures de Pompéi et d'Herculanum. Les figures qui ornent le sommet de la voûte du couloir grotesque, dont l'exécution tardive a été confirmée par la récente restauration, appartiennent à cette phase : Mercure, Jupiter et le génie ailé. La figure de Jupiter, peinte sur papier17, est comparable à une peinture pompéienne, le Jupiter de l'atrium de la Maison des Dioscures à Pompéi, maison fouillée entre 1826 et 1827 et devenue immédiatement célèbre. Le génie ailé à la torche, qui émergeait à l'origine d'un fond noir , et le Mercure dans l'octogone à gauche, sont également des figures dont la pose particulière, en vol ou parmi les nuages, témoigne du goût néo-pompéien du XIXe siècle, et se retrouvent dans les figures « volantes » du plafond de la Salle pompéienne au rez-de-chaussée de la villa . Le goût éclectique de la fin du XIXe siècle qui a caractérisé l'entretien et la restauration des décorations picturales de la villa, promu par le duc de Ripalta, semble ainsi se refléter, avec un sens de la continuité et un désir de modernité, dans la décoration du couloir du XVIe siècle." (Cavallaro, trad. personnelle)
Cliché lavieb-aile.Cliché villa Farnesina
Mercure. Cliché Claudia Viggiani FB
Galerie des Grotesques, villa Farnesina. Cliché Claudia Villiani
Jupiter. cliché Claudia Viggiani
Galerie des grotesques, Villa Farnesina. Cliché lavieb-aile.
Puis, deux guirlandes peintes parcourant le plafond délimite des espaces inférieurs. Le peintre y accroche, sans aucun souci de réalisme, des rubans, des colliers de perles ou de feuilles, auxquels sont suspendus des médaillons, des panneaux au visage de la Gorgone, des voiles rouges, roses ou bleus, des lampes, des candélabres, une chouette, tout le bric-à-brac onirique de l'art grotesque.
Une figure féminine ailée tient deux flambeaux.
Dans "l'air" sont figurés des insectes imaginaires ou non (libellules, coléoptères), des scorpions, des crabes, des lézards, une grenouille, une chouette accrochée à un névroptère, ...
"À la base de la voûte, une frise de cygnes aux ailes déployées se déploie parmi de fins ornements naturalistes, alternant avec des carrés rectangulaires sur fond noir représentant des animaux en combat : un aigle tue un cerf, un sphinx poursuit un faon, un lion affronte un loup, deux lièvres se poursuivent. D'autres animaux évoluent paisiblement dans des milieux aquatiques, tels que deux oiseaux à tête humaine – un homme et une femme, respectivement – les cheveux au vent. Au-dessus des petits tableaux se trouvent d'élégants candélabres aux motifs imaginatifs : carrousels et corolles végétales, avec des camées suspendus à des branches contenant de fines figures monochromes dans des poses statuaires sur fond noir". (Cavallaro 2013).
D'autres candélabres à figures phytomorphes tenant des flammes sont placés au-dessus des cygnes de la frise terminale.
Sur les rinceaux des candélabres se posent des passereaux, peints de façon réaliste et identifiables.
L'ensemble évoque les éléments naturalistes et les oiseaux des intrados de la Loggia de Psyché peints par Giovanni da Udine. Il avait pu les observer dans le cryptoportique de la Domus Aurea, où les artistes pouvaient admirer une multitude de « méduses et harpies, priapes et monstres, dryades et demi-diriades [...] lions, boucs, tigres et satrapes et ours et dromadaires avec des chameaux, beaux éléphants avec nobles metra... et nous voyons des grenouilles, des hiboux, des chouettes effraies. » comme l'indique les Antiquarie Prospetiche Romane de la fin du XVe siècle .
Galerie des grotesques, Villa Farnesina. Cliché lavieb-aile.
Galerie des grotesques, Villa Farnesina. Cliché lavieb-aile.
Galerie des grotesques, Villa Farnesina. Cliché lavieb-aile.
Galerie des grotesques, Villa Farnesina. Cliché lavieb-aile.
Galerie des grotesques, Villa Farnesina. Cliché lavieb-aile.
Galerie des grotesques, Villa Farnesina. Cliché lavieb-aile.
Galerie des grotesques, Villa Farnesina. Cliché lavieb-aile.
Galerie des grotesques, Villa Farnesina. Cliché lavieb-aile.
Les autres Grotesques de la villa.
On remarque quelques motifs de candélabres simples et élégants encadrent le Triomphe de Galatée et sur les pilastres délimitant l'espace entre les autres tableaux de la Loggia, en blanc sur fond noir.
Villa Farnesina. Cliché lavieb-aile.
Villa Farnesina. Cliché lavieb-aile.
D'autres grotesques (peut-être peints par Polidoro Caldara da Caravaggio), beaucoup plus riches et extravagants, avec des dorures, des couleurs vives, des camées et des crânes de bœuf, ornent le plafond de la chambre d'Alexandre et Roxane, décorée à fresque par Giovanni Antonio Bazzi, dite « il Sodoma ».
Les vestiges d'un caisson de plafond sont encore visibles près de l'ascenseur ; ils s'étendaient jusqu'à une époque où la galerie, divisée en trois parties, servait de chapelle, comme l'atteste un plan de 1560. La plupart des décors datent des restaurations des années 1861-1863, période où, dans le sillage durable des découvertes d'Herculanum et de Pompéi, le décor grotesque connut un regain de popularité.
Les lunettes au-dessus de la fenêtre et de la porte menant à la Salle de la Perspective sont le fruit d'une intervention datant des années 1930.
Les volets des fenêtres des différentes salles offrent également des décors à la grotesque, plus tardifs.
Villa Farnesina. Cliché lavieb-aile.
Villa Farnesina. Cliché lavieb-aile.
Salle des Perspectives, Villa Farnesina. Cliché lavieb-aile.
Hall des Persectives, Cliché par Combusker Wikimedia Commons
"Commencés en 2014, les travaux ont été réalisés le long de la galerie de 14 mètres de long, construite au début du XVIe siècle et attenante à la chambre d'Alessandro et Roxane, la chambre du banquier Agostino Chigi et de son épouse Francesca Ordeaschi. Selon les experts, cet élégant couloir a été conçu pour préserver l'intimité de la chambre nuptiale et séparer la partie réservée au public de l'aile privée de la villa.
C'est un « représente un exemple unique de création de grotesques sur une surface en bois », explique la directrice des travaux, l'architecte Francesca Romana Liserre. En effet, l'un des éléments caractéristiques de cet espace est précisément ce plafond en bois peint, avec un insert en papier décoratif, destiné à simuler une voûte en maçonnerie ornée de fresques. « Cette Galerie était un lieu très délaissé. Nous, les chercheurs, nous souvenons tous de l'avoir fréquentée lorsqu'elle abritait les catalogues de l'Institut de la Gravure », se souvient Gisella Capponi, directrice de l'Institut supérieur de conservation et de restauration. « C'était un endroit sombre, et il était vraiment difficile d'imaginer que cette décoration se cachait au-dessus, sous une couche jaune très foncée. Il s'agissait assurément d'une restauration très importante, et il faudra désormais du temps pour étudier toute l'iconographie représentée. » Les travaux ont également bénéficié du soutien de la Fondation Isabel et Balz Baechi, qui a contribué à hauteur de 70 000 € à la restauration, versés en deux fois. « Ce fut une grande satisfaction de voir la conviction du mécène se renforcer après avoir constaté le travail de nos restaurateurs », ajoute Capponi. Au total, les travaux, qui comprenaient également les systèmes d'éclairage, ont coûté environ 100 000 €. " (traduction personnelle)
CAVALLARO ( Anna), 2023 , "Il gusto eclettico della Galleria delle Grottesche: iconografe rinascimentali e ornati ‘neopompeiani’" , in Raffaello e l'antico nella villa di Agostino Chigi, catalogo della mostra, Roma, Villa Farnesina, 6 aprile-2 luglio 2023, a cura di C. Barbieri e A. Zuccari, Roma 2023, pp. 233-247.
La villa Farnesina (1508 et 1511) à Rome, pergolas, trompe-l'œil et jeux de miroirs. IV. La Salle des Perspectives: ses colonnades fictives en marbres feints et ses paysages.
La Farnesina est une villa commandée par le banquier siennois Agostino Chigi à Baldassare Peruzzi en 1505. Elle était située dans le Trastevere, à l'extérieur de la ville, sur le site présumé des jardins de Septime Geta, fils de Septime Sévère et frère de l'empereur Caracalla qui règna en 211. La construction du palais a commencé en 1506 et le bâtiment a été achevé entre 1510 et 1511. À partir de 1511, la résidence fut décorée de fresques murales confiées aux plus grands artistes de l'époque : Peruzzi lui-même, Sebastiano del Piombo, Raphaël et son école, dont Giulio Romano, et le Sodoma. Elle porte ce nom depuis que la cardinal Alexandre Farnèse l'a acquise en 1580.
De même qu'au rez-de-chaussée, la Loggia de Raphaël simulait un espace au toit ouvert sous une voûte de pergolas et des colonnades et arcades sur les quatre côtés, et que le hall d'entrée simulait un toit ouvert depuis lequel des angelots observaient des visiteurs (avec une "perspective de bas en haut"), à l'étage, le hall des perspectives était peint pour créer un espace entièrement fictif de "perspectives" de vues de Rome, à travers les fausses colonnades comme s'il s'agissait là encore d'une loggia. C'est l'un des premiers exemples de perspective en peinture, mais les règles conçues pour réaliser un tableau, une portion finie de surface plane, avec un observateur monoculaire fixe, trouvent leurs limites lorsqu'il s'agit d'un espace rectangulaire.
Les fresques ont été peintes par Baldassarre Peruzzi et ses assistants. Elles ont été entièrement repeintes en 1863, mais récupérées lors des restaurations de 1976-1983.
Agostino Chigi y a tenu son banquet de mariage le 28 août 1519.
site Villa Farnesina.
La pièce est rectangulaire, et seuls quatre fenêtres réelles donnent vers le sud. Au nord, la pièce est centrée par une large cheminée dont le tablier est peint d'une fresque représentant Vulcain travaillant à sa forge avec des assistants. Trois portes donnent vers des salles d'exposition temporaires.
Sur les petits côtés, entre les portes latérales, Peruzzi a peint deux loggias simulées avec ses colonnades, donnant sur des vues de Rome en trompe-l'œil, une vue du Trastevere (l'église Santo Spirito, une basilique romane, la Porta Settimiana qui est au sud de la Farnesina) et une vue rurale, des villages perchés, des aperçus de la campagne au nord de la villa.
Mais la colonnade se poursuit sur les grands côtés, et fait croire que la pièce est entourée sur ses quatre côtés par une étroite terrasse fermée par une balustrade à balustres, et dominant Rome. Elle associe des colonnes de couleur claire (rose ou ocre) avec des piliers de couleur verte, l'ensemble supportant un entablement où court une longue frise qui entoure la pièce pour représenter des scènes mythologiques, entrecoupées de faux bas-reliefs avec des « Hermès » féminines.
Croquis de l'espace illusionniste, la cheminée et les fenêtres étant les repères réels.
Tentons de faire le tour de ces vues en perspective, depuis le mur Est, à partir des clichés disponibles sur le net.
cliché Miguel Hermoso Cuesta, cliché redimensionné, Wikimedia Commons
Le mur nord autour de la cheminée.
cliché Combusken Wikimedia Commons
cliché site Villa Farnesina
cliché site Villa Farnesina
Cliché Jean-Pierre Dalbera, détail.
Les niches au-dessus des portes et des fenêtres renfermaient des têtes de divinités, réelles, en marbre, disparues mais qui ont été identifiées comme celles de la collection Chigi conservées depuis 1728 au museum de Dresde. Elles étaient associées avec les mêmes déités peintes en fresques par Peruzzi au dessus des niches, dans des loges factices. On remarque les ombres (de Vénus et des ailes des anges), et la façon dont la tête de Vénus et les ailes "sortent" du cadre feint.
Niche réelle (vide) présentées par deux amours tenant une couronne de roses, et niche en trompe-l'œil de Vénus et bEros.
Ces têtes sculptées ont pu être replacées par montage par la Villa Farnesina :
Tête de Vénus et peinture de Vénus et Éros, Photomontage, cartel de la Villa Farnesina.
Elles présentent Diane, Minerve, Junon, Vénus et Apollon avec leurs attribut : la couronne de roses pour Vénus ; le laurier pour Apollon, un olivier pour Minerve, de la myrte pour Junon, un cèdre fleuri de Diane qui est selon Pausanias VIII,13,2, « déesse du cèdre » Le fond sombre et irisé des niches, sur lequel se détachaient les têtes de marbre, ressemble à des camées hellénistiques.
"Les têtes, ainsi que les autres dieux olympiens représentés à fresque sur la frise de l'attique, constituaient une généalogie personnelle , un « deorum » , invoquée plus anciennement pour protéger la famille. La famille Chigi, au moment du mariage d'Agostino et de Francesca, célébré le 28 août 1519 et soutenu par le pape Léon X, comptait déjà quatre enfants. Ceux qui ont conçu le programme iconographique et organisé la disposition des marbres dans les niches – une solution pratique pour exposer des têtes irrégulières – n'ont certainement pas manqué de faire le lien avec la tradition romaine du portrait, fondée sur le pouvoir des images des dieux et des visages des ancêtres, un motif déjà identifié par Christoph Frommel. Ce genre, celui du portrait ancestral – avec des bustes d'ancêtres placés au-dessus des portes – a connu un renouveau dans la Florence des Médicis." (Villa Farnesina, exposition 2023)
Minerve portant l'égide à la tête de Méduse sur la poitrine et tenant le bouclier polie comme un miroir qu'elle remit à Presée.
Junon et son paon.
On notera les ombres sur les rangs de perle, et celle du chien.
Diane chasseresse. Cliché lavieb-aile
Niche réelle (vide) présentées par deux amours tenant une couronne de cèdre fleurie . Cliché lavieb-aile.
Diane et Actéon . Frise supérieure. Cliché lavieb-aile.
DISCUSSION
Par ces décors factices, et comme dans les autres Salles, la Villa Farnesina exprime une aspiration printanière à la salubrité, à la beauté de la composition et à une vie sereine et à la vie en plein air. Ces « perspectives » illusionnistes renforcent la sensation de flotter dans un monde enchanté, dont la splendeur picturale est toujours renforcée par la conception architecturale.
Chigi n'était pas un humaniste, mais il s'entourait d'éminents érudits afin d'enrichir ses connaissances et d'influencer son environnement. Son conseiller le plus fidèle était Cornelius Benigno, à qui la plupart des érudits attribuent le programme initial des fresques de la villa. Benigno fit tout pour faire du site un lieu digne d'un « nouvel Auguste ». S'efforçant de reproduire une villa digne d'un empereur, Benigno savait que la maison rehausserait le statut humaniste de Chigi. Peruzzi, comme d'autres architectes, visita les ruines de la villa d'Hadrien, près de Rome, et s'en inspira. Il connaissait très probablement la Théorie et la Pratique de la décoration peinte de Vitruve, privilégiant les styles antiques de représentations illusionnistes d'architecture et de décors de théâtre, dans ce qu'il appelle la « variété de topies », c'est-à-dire les « arts du lieu ». Les scènes fictives que Peruzzi peignit entre les colonnes de la Salle dels Perspectives s'inscrivent dans cette catégorie.
Vitruve, au 1er siècle av. J.C, donne, dans ses Dix Livres d'architecture, beaucoup d'importance au choix d'un lieu de construction "sain" et donc en position élevé, dégagé des brouillards et des bruines, exposé ni aux grands froids ni aux fortes chaleurs, éloigné des marécages, et dont l'orientation des vents a été étudiée
Peruzzi et Chigi durent relever le défi que représentait l'emplacement de la villa sur les rives du Tibre. En plus d'être un artiste, Peruzzi était aussi l'architecte de la villa, et il conçut de profonds sous-sols avec des fondations pour maîtriser les crues. Au premier niveau, la salle de banquet principale est peinte de manière à ressembler à des pièces offrant des vues depuis l'étage supérieur de la villa, créant ainsi l'illusion d'être située directement sur la rive du fleuve à marée haute. Les éléments architecturaux peints s'ouvrent sur la ville et au-delà, avec des murs plats ornés de fausses colonnes créant un cadre pour un effet théâtral. Ici, Peruzzi savait combiner et coordonner les compétences artistiques qu'il maîtrisait. Son architecture ornée de fresques est peinte avec une telle précision qu'il est presque impossible de distinguer où s'arrête le marbre véritable et où commence l'illusion.
L'ingénieuse utilisation de la perspective par Peruzzi reflète la fascination de la Renaissance pour la géométrie et la maîtrise de l'illusion spatiale, donnant aux visiteurs l'impression de contempler un
grand paysage de la Renaissance. Peruzzi a décoré des colonnes courbes de marbre veiné aux teintes tourbillonnantes couleur terre cuite, jouxtant des colonnes carrées parsemées de pierre verte, chaque chapiteau
Dans cette salle, un cartel est consacré au panégyrique de la villa de Chigli :
La construction de la villa suburbaine de Chigli , lequel était était le mécène de plusieurs éditeurs imprimeurs et le patron de nombreux hommes de lettres comme Pietro Bembo, et Pietro Arestino, fut fort célébrée par les amis humanistes du banquier
On retrouve ainsi le nom du banquier aux côtés d’auteurs, d’imprimeurs qui ont marqué le paysage éditorial de l’époque, Zacharias Calliergis, Stefano Guillery, Andrea Antico, Ottaviano Petrucci... De nombreux hommages lui sont rendus dans les textes imprimés du début du XVIe siècle, témoignage de sa notoriété de banquier et de mécène. Mais c’est dans les dédicaces qui lui sont directement adressées que la nouvelle figure du mécène éditorial prend toute son envergure. Éloge du théâtre classique (Egidio Gallo, Bophilaria et Annularia), techniques de comptabilité commerciale (Juan de Ortega, Suma de aritmetica), réforme du calendrier (Giorgio Benigno Salviati), ou encore livre de jeux mêlant hasard et astronomie (Thomas Ram, l’Almanach novo), tous ces ouvrages publiés à Rome entre 1505 et 1515 sont le reflet des intérêts d’un homme d’affaires à l’affût des dernières créations de son temps. (A. Ferrigno)
La Salle des Perspectives était en grande partie consacrée à la production littéraire liée à Chigi , témoignant de l'importance de son projet culturel. La construction de la villa suburbaine fut au cœur de célébrations poétiques organisées par les amis humanistes du banquier, qui soutenaient diverses entreprises d'édition et de nombreux hommes de lettres, de Pietro Bembo à Pietro Aretino. Le Suburbanum (1512) de Blosio Palladio est entièrement dédié à la splendeur du palais du Trastevere et s'ouvre sur des dédicaces des principaux membres de l'Académie romaine. L'année précédente , le Viridarium d' Egidio Gallo dans son panégyrique des jardins de Chigi, écrit qu'ils sont si splendides que Vénus les avait choisis comme résidence printanière, avait été imprimé . Si bien que quand le premier inventaire de la villa fut dressé en novembre 1520, elle fut honorée du titre de « Domo Palatii sumptuosissima »
Au centre du Viridarium se dresse le Palazzo, magnifiquement orné de fresques, de statues antiques et de précieux meubles, à tel point qu'il méritait, comme un palais royal, le titre de « Domo Palatii somptuosissima » lors de la rédaction du premier inventaire, daté de novembre 1520 dressé après la mort d'Agostino et qui constitue presque un instantané du mobilier du Palazzo.
Les traités de Giovanni Gioviano Pontano, consacrés aux vertus sociales, constituent une autre référence importante pour les goûts de collectionneur d'Agostino Chigi, inspirés par les théories de l'humaniste napolitain exposées dans De Splendore , De Magnificentia et De Liberalitate, publiés à Naples en 1498. Agostino suivit à la lettre les préceptes de Pontano dans le choix des séries d'objets composant une collection idéale : des glyptiques aux statues antiques, des bijoux aux médailles, des meubles en métaux précieux aux chevaux des écuries. Agostino fréquentait Pontano à Naples ; l'Académie de Pontano comptait à Rome d'illustres représentants tels que Girolamo Borgia, élève de Pontano et associé de Francesco Colonna, auteur de l' Hypnerotomachia Polifili , et le Napolitain Jacopo Sannazaro . Le traité De Magnificentia , présenté dans l'exposition, s'inspire de l'Éthique à Nicomaque d' Aristote et constitue le modèle culturel qui a inspiré Augustin dans la construction de son image publique. Chez Pontano, le luxe et l'ostentation perdent toute connotation moralisatrice et deviennent des valeurs positives, dans un processus de réévaluation du potentiel social de l'argent que Chigi ne pouvait manquer d'apprécier.
Un art inspiré des décors peints de villas romaines de l'Antiquité.
L'art décoratif qui émerge à la fin de la République romaine (IIe style pompeien, -88 à -20) sous la forme du trompe-l'œil architectural est fascinant par le niveau de technicité mis en œuvre pour représenter un espace tridimensionnel ; il frappe aussi par la richesse des couleurs et des matériaux feints distribués savamment à la surface des murs. La mimèsis y est une composante majeure. Les architectes et décorateurs du début du XVIe siècle à Rome, passionnés par les fouilles mettant en évidence cet art ancien, reprennent à leur compte ce souci d'illusion spatiale.
Baldassare Peruzzi a laissé un vaste corpus de dessins d'une grande qualité graphique comprenant des projets architecturaux, des études théoriques, des reliefs et des reconstitutions archéologiques. Il a pensé utiliser une partie de ce matériel pour un livre sur les antiquités de Rome et pour un commentaire sur Vitruve qui ne s'est jamais matérialisé, tandis que le matériel graphique conservé par ses étudiants a été dispersé. Au moins une partie de celui-ci a été à la disposition de Sebastiano Serlio qui l'a utilisé pour ses traités, reconnaissant sa dette envers le maître. De cette façon, la recherche plus expérimentale de Peruzzi a pu exercer son influence sur la culture européenne du XVIe siècle. (Wikipedia)
Le plan symétrique en U de la villa Farnesina permet un lien étroit entre le jardin et la villa qui rappelle les modèles de Vitruve.
Les colonnades feintes.
Elles s'imposent dans l'Antiquité à partir du 2ème style pompéien.
Sur ce fragment de fresque d'Herculanum, certes ignoré de Baldassarre Peruzzi, l'effet de trompe-l-œil est renforcé par l'ombre de la colonne torsadée dressée sur une base très ornée, jouant sur les effets de perspective et qui, si on en juge par l'ombre, devait se trouver à droite d'une ouverture.
Herculanum, vers 45-79 ap. J.C, peinture à fresque sur mortier antique. Paris, Musée du Louvre P26, don du roi de Naples François Ier en 1825.
On retrouve ces ombres portées par les colonnes et piliers feints de la Salle des Perspectives. La lumière vient alors du haut (du plafond). Un autre effet est obtenu par l'aspect plus sombre des colonnes du deuxième rang, tandis que celles du premier rang sont brillantes.
Le choix des couleurs des colonnes et des sols est celui d'une bichromie. Les piliers verts bigarrés de noir évoquent le marbre vert à brèche, avec des éléments polyédriques à bords arrondis dans une pâte vert-olive traversée de veines blanchâtres.
Les colonnes sont plus diversifiées, soit veinées de tracés noirs sur fond jaune, soit de couleur plus soutenue avec des mélanges de violet, d'orange et de gris. Il serait vain de rechercher un modèle parmi les marbres naturels. Elles peuvent souvent être considérées comme des brèches.
Les marbres réels des encadrement des portes sont violets.
On ne trouve pas d'imitation d'onyx ou d'albâtres.
SOURCES ET LIENS.
— Exposition RAPHAËL ET L'ANCIEN DANS LA VILLA D'AGOSTINO CHIGI conçue par Alessandro Zuccari et Costanza Barbieri du 6 avril au 2 juillet 2023
—MULLIEZ (Maud), 2014 ; Le luxe de l’imitation, Les trompe-l’oeil de la fin de la République romaine, mémoire des artisans de la couleur. -Naples Collection du Centre Jean Bérard. Chapitre 3. Marbre feint : signe de luxe...
—FERRIGNO (Amélie), Al magnifoco Agostino Chigi, le mécène et l'imprimerie au début du XVIe siècle, protecteur des Lettres. Presses Universitaires de Provence
—TURNER (James Grantham) La Villa Farnesina Palais de Vénus dans la Rome de la Renaissance
Les (mystérieuses) divinités funéraires de Cyrénaïque.
PRÉSENTATION.
L'exposition Lybie, patrimoine révélé (mai-octobre 2026) de l'Institut du Monde Arabe présente le travail scientifique de longue durée mené depuis près de cinquante ans par la mission archéologique françaises en Libye (MAFL) en étroite collaboration avec les autorités libyennes, et donne à voir la diversité des sites étudiés, des périodes explorées et des enjeux de préservation et de restauration, à Măsak, Bu Njem et la région syrtique, Leptis Magna, fondé par les Phéniciens au VIIe siècle av. J.-C., Abou Tamsa, Apollonia, port fondé par les Grecs au VIIe s. av. J-C., et Latrun, situé en bord de mer, à l’est d’Apollonia.
Parmi les quatre grande photos sur fond noir exposées en tentures à côté des cartels, plans et documents de l'exposition, l'une attire mon attention.
Divinité funéraire de Cyrénaïque, exposition Lybie, patrimoine révélé (mai-octobre 2026) de l'Institut du Monde Arabe.
Il s'agit d'une statue d'une femme tronquée au dessus des cuisses, voilée avec un effet de linge mouillé d'une fine tunique aux plis sinueux qui recouvre sa tête en laissant visibles au dessus du front les trois rangs de boucles crépues de ses cheveux.
Son bras droit est replié à angle droit, plaçant la paume de sa main sur son ventre. Par deux doigts de sa main gauche, elle maintient son voile au dessus de son visage, dissimulant/soulignant ses yeux clos, son nez à larges narines et sa bouche fermée sur une moue muette. Si elle était couchée, on pourrait la qualifier de "belle endormie"; seuls les plis du tissu en désignent la présence, tant il est moulé sur la face et le voile à peine visible crée un effet d'endormissement, "une distance entre le spectateur et la divinité qui d'un seul coup quitte le monde réel" (M. Belzic 2025)
Le marbre blanc au grain très fin est couvert d'ocre rouge, témoin de son enfouissement prolongé dans la terra rosa de Cyrène.
Divinité funéraire de Cyrénaïque, exposition Lybie, patrimoine révélé (mai-octobre 2026) de l'Institut du Monde Arabe.
Il s'agit là (mais l'exposition ne fournit ni légende de cette photo, ni description et ni commentaire) d'une "divinité funéraire cyrénaïque", et c'est par une enquête personnelle que le visiteur peut consulter les articles princeps de Luigi Belschi en 1972, de Françoise Frontisi-Ducroux et surtout de Morgan Belzic, qui leur a consacré sa thèse en 2022 et qui en traque le commerce illégal des pilleurs. Cet article est donc, on le comprend, une démarche par copiage et collage.
La Cyrénaïque est une ancienne province romaine sur le territoire de l'actuelle Lybie. Elle tire son nom de sa ville côtière, Cyrène (nom d'une nymphe qu'Apollon aurait enlevé et déposé ici).
Cette colonie grecque fondée en 631 av. J.-C. selon Hérodote par des habitants de Théra fuyant une terrible sécheresse, sur le bord du plateau cyrénéen à quelque 600 mètres d'altitude et à 9 km de la mer était desservie par son port Apollonia. Les Grecs se sont métissés avec les habitants lybiens.
Cyrène a été d’abord le siège de la monarchie des Battiades, puis a constitué une cité d’importance, la plus grande d’Afrique. Elle reste prospère, florissante et célèbre pendant toute l’Antiquité, soit près de treize siècles.
La vaste étendue qui entoure le centre urbain antique est marquée par la présence de milliers de tombes composant l'une des plus vastes nécropoles du monde méditerranéen antique ; elle s'étend vers le nord jusqu'à rejoindre le port, Apollonia, qui possède sa propre nécropole.
Menacée par l'expansion urbaine de Shahat depuis 1970, et malgré son classement par l'Unesco, la nécropole offre une très grande diversité typologique et stylistique en matière d'architecture funéraire : tombeaux excavés, maçonnés, tholos, sarcophages en plein air, hypogées, hypogées à fausse façade, chapelles et temples funéraires, cistes...
Une partie des tombes était accompagnée à l'époque grecque, de la fin du VIe au Ier siècle av. J.-C., de sculptures originales funéraires représentant la partie supérieure de corps féminins déclinées en bustes, demi-statues voire trois-quarts de statues, représentant un personnage féminin le plus souvent vêtu d’un chiton et d’un himation relevé sur la tête afin de servir de voile. Elle étaient placées au dessus des toits des tombes.
"Leurs dimensions sont extrêmement variables, de quelques dizaines de centimètres à plus de deux mètres de haut, la grande majorité étant comprise entre 50 et 90 cm (*). Si d’autres bustes ou demistatues funéraires et votifs peuvent être comparés à cette production, nulle part on ne trouve hors de Cyrénaïque une tradition identique. Doublement locales, par leur iconographie et les ateliers dont elles sont issues, elles forment un corpus bien délimité. L’étude fondamentale demeure celle de Luigi Beschi dans un long essai, Divinità funerarie Cirenaiche . Il en dénombrait plus de 160 exemplaires, environ 180 sont actuellement publiés. Cependant, le travail sur les archives et la multiplication des découvertes fortuites, auxquelles s’ajoute un grand nombre d’œuvres repérées sur le marché de l’art, font que désormais le nombre de "divinités funéraires" complètes ou fragmentaires dépasse les 320. L’écrasante majorité provient de Cyrène, suivie d’Apollonia, Barca et Ptolémaïs. La chronologie, fondée sur les sources épigraphiques, les critères stylistiques, les rares contextes archéologiques et l’étude des architectures, permet de bien situer leur émergence à l’époque archaïque et de suivre la continuité de cette production jusqu’à l’époque hellénistique. En revanche, une hésitation demeure quant à la période de l’arrêt de la production." (M. Belzic)
(*) La dimension s’accroît régulièrement au fil du temps. Au départ il s’agit de bustes, limités aux aisselles, puis à mi-poitrine. Ensuite ce sont des demi statues arrêtées à la ceinture, puis aux hanches, enfin à hauteur des genoux. (F. Frontisi-Ducroux)
I. Certaines, les plus anciennes, ont la particularité d'être « aprosopes », le visage n'étant volontairement pas sculpté. Cela représente environ 1/3 des statues. On s'interroge sur la signification de cette disparition des traits au profit d'une abstraction de la face, soit par impossibilité de représenter la mort, soit par tabou. Il existe un exemple où la statue est à la fois aprosope, et voilée. Elles peuvent être coiffées d'un polos, ou couronne antique.
"Placées généralement au sommet des sarcophages ou en façade des monuments funéraires et ce quelle que soit leur forme architecturale, elles furent accompagnées entre le milieu du IVe siècle et le IIe s. av. J.-C. de bases inscrites au nom du défunt, le plus souvent masculin, attestant qu'il ne s'agit nullement d'un substitut du mort mais d'une représentation générique vraisemblablement divine. Ses rares attributs permettent de l'associer à l'iconographie de Perséphone (Beschi 1972, 335–336) bien qu'elle ne reçut probablement jamais de nom (Reynolds et Thorn 2005). Un anonymat qui résonne comme un écho à l'aprosopie." (M. Belzic)
Les statues aprosopes
Musée de Cyrène. cliché Françoise Frontisi-Ducroux.jpg
Statue funéraire aprosopon. Musée de Cyrène, Beschi no 24 (cliché F. Frontisi-Ducroux.).Musée de Cyrène. statue aprosopon tardive.Beschi n° 106..jpg
II. Ces divinités sans visage sont vite concurrencées par des formes plus communes aux visages très classiques, dès la fin du VIe s., et elles perdurent à côté des œuvres prosopiques depuis le Ve s. jusqu’à la fin de la production, que l'on peut situer au courant du Ier s. av. J.-C.
À l’époque hellénistique, des sculpteurs cherchent un moyen pour lier ces deux traditions, donnant naissance à des sculptures surprenantes qui rappellent, à bien des égards, certains commentaires littéraires sur des peintures antiques. Les statues funéraires sont simplement voilées, bien que parfois ce voile recouvre une partie du visage (8 cas sur 300), et, dans un seul cas connu, la totalité de celui-ci. Diversement présentées, certaines sont accompagnées de bases inscrites portant probablement le nom du défunt qu'elles accompagnaient. L'interprétation de telles œuvres est encore sujette à caution, on ignore s'il s'agit d'une représentation d'une divinité formelle ou informelle ou de son âme, et ce qui motivait le choix des familles, sans doute par leurs croyances ou appartenances religieuses. Leurs points communs est d'être toutes féminines, toutes représentées tronquées à mi-cuisses, toutes sculptées sur une seule face. On s'accorde sur la certitude d'y voir des déesses, mais si certains ont voulu les désigner comme des Perséphones, du nom de la déesse fille de Démeter régnant sur les Enfers et épouse d'Hadés, on préfère se contetnter du terme de "divinités funéraires".
Les divinités féminines tronquées.
"Au IVe siècle av. J.-C. apparaissent deux types nouveaux de bustes à figure modelée : certains modèles ont la figure à demi dissimulée par un voile qui recouvre toujours le nez et la bouche. Dans l’autre groupe, le visage est complètement découvert par le geste de dévoilement toujours esquissé par la main gauche de la figurine. Ces différents types perdurent concomitamment jusqu’à l’époque impériale." (S. Grosjean-Agnes)
Musée du Louvre MA 1777..jpg
Statue funéraire. Musée de Cyrène, Inv. 11.003 (cliché F. Frontisi-Ducroux.).
Buste funéraire funéraire en marbre d'une femme voilée, Cyrène, période hellénistique (Ier siècle av. J.-C.), 128 x 62 cm.
Divinité funéraire n°réc.D23 saisie à Londres. Photographie : British Museum, in M. Belzic
Les divinités semi-voilées.
Leurs statues à la face semi-voilée, forment des intermédiaires entre visage et aprosopie.
"Le groupe des statues à face semi-voilée confirme la valeur de l’aprosopia. Cette catégorie, intermédiaire sur le plan sémantique, bien qu’elle ne le soit pas chronologiquement, fournit une nouvelle solution au problème de figuration religieuse posé par la divinité des morts : montrer que ce que l’on montre n’est pas visible. La réponse est ici fournie par la technique dite du drapé mouillé. Une technique que la statuaire grecque utilise avec virtuosité pour contourner la convention qui pendant longtemps rejette la nudité pour la représentation du corps féminin.
Les artistes cyrénéens ont exploité avec maîtrise les virtualités de la technique du drapé mouillé pour résoudre le paradoxe de la figuration de l’infigurable. La diversité des variantes en témoigne : ici un pan du manteau se rabat sur une joue, comme sous le souffle du vent, cachant une partie du nez et de la bouche. Lorsque le rabat part de plus haut, il enserre la moitié droite du visage, moulée dans les plis verticaux d’une gaze, laissant l’autre partie à nu. Ailleurs la séparation se fait horizontalement : le front est dégagé, mais au-dessous on entrevoit les yeux, encadrés par l’ovale sinueux d’une mandorle, le nez saillant sous l’étoffe, et la bouche. L’effet est d’autant plus saisissant que le très long séjour dans la terre a laissé sur le marbre un dépôt rougeâtre, qui accentue les saillies et souligne l’alternance entre les traits qui sont offerts aux regards et ceux qui, censés masqués, sont à peine moins visibles, tout juste émoussés par le sfumato du voile de pierre. Ou encore, autre formule, le visage entièrement emballé dans une étoffe opaque contraste fortement avec le décolleté. Dans ces deux cas, le voile est tenu à l’horizontale par les doigts de la main gauche, levés à hauteur de l’oreille, comme dénotant un geste intentionnel de masquage." (F. Frontisi-Ducroux 2016)
Statue funéraire voilée, Musée de Cyrène (cliché F.Frontisi-Ducroux.).
Tête au visage semi voilé, Musée de Cyrène, Inv. 11.013 (d’après Chamoux 1953).
Illustration Morgan Belzic
III. À l'époque romaine, la pratique du portrait individuel l'emporte, souvent installés dans des niches ou sur la façade des tombes ; de formats réduits (de 15 à 40 cm généralement), ils forment une catégorie régionale de sculpture grecque d'époque impériale : les portraits funéraires de Cyrénaïque (1er au 4ème siècle). Ils représentent, cette fois des individus dont les traits, plus ou moins individualisés, identifient l’âge et le sexe du défunt.
Ces sculptures sont la proie d'un important pillage depuis les débuts de la construction, dans les années 1970, de la ville moderne de Shahat. Ce pillage, qui a augmenté depuis la révolution libyenne de 2011, participe de la destruction et de la dispersion du patrimoine archéologique. De nombreuses œuvres provenant de ce trafic ont été retrouvées sur le marché des antiquités.
DISCUSSION
Avant toute discussion, je dois exprimer mon admiration pour cette sculpture de femme au geste si élégant de voilement, ou d'imminence de dévoilement. Même si je n'en vois qu'une excellente photo, et si je n'irai jamais au musée de Cyrène la contempler, je la tiens pour un chef d'œuvre de la sculpture antique, et c'est pour partager mon émotion esthétique que je rédige cet article.
Mais cet article tente aussi de pénétrer le mystère du geste de la main tenant le voile, et, au delà, celui des statues sans visage, en consultant les réflexions des auteurs.
L'évolution de la sculpture grecque, de la colonne vers l'anthropomorphisme partiel ??
Pour F. Chamoux "les bustes ont tendu à se dégager progressivement du sol : d’abord coupés aux épaules, ils sont apparus ensuite jusqu’à la ceinture, puis jusqu’aux hanches, mais pas plus loin. Parallèlement les bras se sont libérés et ont acquis une certaine liberté de mouvement, tempérée par le respect d’un geste canonique." Pour L. Beschi, la stèle anthropomorphe à perruque, le cippe cylindrique encerclé d’un anneau de cheveux, témoignent d’une métamorphose partielle et d’une personnification progressive. Métamorphose semi iconique qui serait favorisée par la persistance des cultes aniconiques et bétyliques dans le monde grec. Cette tradition, en confluence avec la naissance et le développement d’un type plastique représentant une divinité féminine chthonienne, aurait produit, à Cyrène, ce phénomène exceptionnel : l’effigie composite et ambigüe d’une divinité en guise de monument tombal. ( F. Frontisi-Ducroux)
Un tabou de la représentation des puissances chtoniennes d'origine libyenne ?
"Il s’agit à l’origine d’un rite libyque, adopté par les Grecs de Cyrène qui ont « réveillé » certaines potentialités de leur déesse de la mort pour qu’elle soit en adéquation avec les puissances chtoniennes locales qu'elle concurrençait. Les Libyens n’étaient pas les seuls peuples du pourtour de la Méditerranée hormis les Grecs à pratiquer des rites contenant des tabous de représentation : Hérodote signale que les Perses ne possédaient aucune image de leurs dieux, ni temple, ni autels et les considéraient même comme un signe de folie.
Il semble cependant qu’à Cyrène même, cet interdit de la représentation ait été mal interprété à travers le temps : la déesse finit par être représentée humanisée, un voile obstruant le nez et la bouche, organes essentiels à la vie, ou esquissant le geste tellement grec de dévoilement, évocateur d’un interdit d’outre-tombe qui se révèle au moment de la mort. L’identité de cette mystérieuse divinité a provoqué bien des interrogations : L. Beschi a pensé à la terre mère, Gaia, L. Bacchielli à Déméter et Fr. Chamoux à Perséphone. Les similitudes de gestes entre les statuettes de terre cuite des sanctuaires de Déméter et de Coré de Cyrénaïque ou les similitudes de gestes de l’apparition de la divinité effrayante représentée au moment de la mort de l’occupante de la tombe à la balançoire ainsi qu’une statue-buste réemployée dans le sanctuaire de Déméter, incitent à privilégier l’hypothèse de François Chamoux, sans que l’on puisse assurer avec certitude qu’il s’agit vraiment de Coré Perséphone ou d’une déesse similaire qui lui serait associée. Quoi qu’il en soit, l’exemple de ces statues aniconiques dont le visage au départ absent finit par se dévoiler, signale la réinterprétation à l’aune de la pensée hellénique d’un emprunt fait à une religion locale. De même que l’assimilation de Déméter et de Coré avec une Terre-Mère indigène explique le succès des deux divinités en Sicile, de même leur association mâtinée d’enrichissement mutuel a permis un tel essor en Cyrénaïque." (S. Grosjean-Agnes)
Analyse de Françoise Frontisi-Ducroux 2016. (extraits). Un métissage d'une influence héllène en Libye.
1°) "Tout d’abord la raison de cette figuration exceptionnelle. Pourquoi en Libye et pas ailleurs ? Car l’impossibilité de voir le visage de la mort est une donnée fondamentalement grecque. Le nom même du souverain des Enfers, Hadès, indique son invisibilité (a-idein). Sa parèdre, celle qui siège à ses côtés, est invoquée dans un chœur de Sophocle comme la « déesse invisible », aphanês theos. La mort est constamment pensée et dite en termes visuels, depuis les textes épiques où le trépas s’annonce par un brouillard qui enveloppe les yeux du guerrier. La vision s’abolit avant que les genoux ne se dérobent et que le souffle ne franchisse la barrière des dents. Mourir c’est cesser de voir et d’être vu, car vivre c’est voir, voir le jour et ses semblables, et être visible sous la lumière du soleil. Une fois descendus dans l’Hadès, les défunts ne sont plus que des ombres, des têtes sans force, enveloppées de nuit et sans visage.
Aussi les Grecs ont-ils rarement représenté leurs divinités infernales, répondant à l’infigurabilité par la non figuration. Alors pourquoi l’exception de Cyrène ? On ne peut que supposer une donnée locale. Puisque en d’autres lieux c’est la figure du défunt qui se dresse sur la tombe. ...
Les Grecs, au moins les premiers arrivants, venus d’abord de Théra, ont dû prendre leurs femmes dans le pays où ils s’implantaient et les helléniser pour qu’elles leur donnent de bons petits Grecs. En leur confiant, comme partout ailleurs dans les mondes méditerranéens, le soin des rites funéraires et du culte des morts (qu’elles assumaient probablement déjà), ils n’avaient aucune raison de leur refuser une représentation de la mort qu’ils partageaient et une divinité qui leur était quasi familière. Cette puissance divine faisait-elle déjà l’objet de figuration ? Impossible de le dire. On ne sait rien des coutumes funéraires des nomades libyens qui occupaient le territoire de Cyrène avant l’arrivée des colons grecs. Quoi qu’il en soit, les statues funéraires qui ont survécu sont postérieures de plus d’un siècle aux premières vagues de migrations et l’aménagement des nécropoles que nous connaissons n’a dû commencer qu’après l’expansion de la ville, au moment de sa grande prospérité. C’est alors, dans la seconde partie du VIe siècle, qu’a pu se poser la question du type de séma funéraire à adopter et que la présence de la déesse a pu s’imposer comme déjà traditionnelle. Quant aux modalités particulières de sa figuration, elles ont été prises en charge par le vocabulaire et les codes de la plastique grecque.
2°) Les effigies de la déesse sans visage ne sont pas toutes aprosopon, loin de là. La variante avec visage est même attestée très tôt. Et l’alternance est constante entre les deux formules, parfois issues des mêmes ateliers. Il est probable que les commanditaires avaient le choix. Avec ou sans visage, ou semi voilée, la déesse était la même. Puisque nous avons interprété l’aprosopia et la face demi voilée comme les signes de l’irreprésentablité de la mort, ce caractère s’estompe-t-il lorsque les sculpteurs lui donnent un visage ? Ou bien existe-t-il un autre signe qui prend en charge la notion de non visibilité ?"
Jusqu’au bout… jusqu’à l’époque romaine du moins, les commanditaires cyrénéens ont eu la possibilité de choisir, chez les mêmes marbriers, pour couronner leurs tombeaux, entre une formule « neutre » voire banalisée, et l’autre, indice peut-être d’une libyanité accentuée ou d’un métissage assumé, qui rappelait explicitement qu’aux vivants la mort ne montre pas son visage. Réponse exemplaire, dans le langage plastique grec, d’une question soulevée par l’implantation de hordes hellènes dans le sol libyen. Un cas frappant d’acculturation plutôt réussie.
CONCLUSION PERSONNELLE
Au total, je retiens cette image de la Mort comme une femme sans visage, ou au visage vide : une béance, une absence, un non-lieu, une interrogation, ou encore une attente. Ces statues aposopes me marqueront tant que, quelques jours plus tard, devant des œuvres de Matisse réalisées en 1941-1954 alors qu'il est mort en 1956), elles apparaîtront en creux et feront rebondir mon sentiment esthétique et mes interprétations. Ainsi devant le dernier tableau de Matisse, Katia à la chemise jaune, où il fait disparaître les traits de son modèle Carmen Leschennes.
Henri Matisse, Katia à la chemise jaune, huile sur toile, 1951, Musée des Beaux-Arts de Lyon. Cliché lavieb-aile expo Grand-Palais 2026.
Ou devant Zulma, un papier découpé daté de 1950 , où pour la première fois il traite la figure en utilisant le papier gouaché:
Henri Matisse, Zulma, papiers gouachés et découpés, début 1950, SMK National Gallery of Denmark Copenhague. Cliché lavieb-aile.
Mais si on remonte en amont dans son œuvre, on retrouve ces faces aprosopes dans son étude pour Saint Dominique de la chapelle de Vence (1948-1949), ou par exemple dans le personnage anonyme de Branche de prunier, fond vert de 1948.
Henri Matisse, Branche de prunier, fond vert, huile sur toile, 1948, Pinacoteca Agnelli. Cliché lavieb-aile Grand Palais 2026
Ou en 1942 dans Jeune femme au collier :
Henri Matisse, Femme au collier, février 1942, huile sur toile, collection privée, exposition Matisse 1941-1954, Grand-Palais 2026. Cliché lavieb-aile
Je ne dis pas que ces figures réduites à leur contour, un ovale universel, sont chez Matisse des figures funéraires et je ne les interprète pas comme révélant d'une pensée de la Mort, je dis seulement que lorsque je les ai vues, ce sont les statues cyrénaïques qui m'ont conduites à une méditation personnelle sur les défunts et les défuntes.
Mais si je reviens à la photo-choc qui a débuté ce parcours, cette femme que je dévisage à travers son voile, et dont je tente de saisir le geste mystérieux de voilement/dévoilement, ce geste qui rend impossible son sommeil, ce geste qui ne peut durer et qui dure pourtant, qui est un signe dont je ne peux dire ce qu'il signifie, ce geste de deux doigts levés, non écartés en V de victoire, mais serrés comme les ciseaux d'Atropos, je constate que je ne peux l'assimiler vraiment à la Mort, qui m'attendrait et me réserverait dans un hypothétique au delà la révélation de sa rencontre.
Mais plutôt à une défunte qui revient masquée me saluer , une Eurydice qui aurait eu la brève permission de m'apparaître en muette consolation et en muet regret. Ou à une impossible nécromancie, comme pour Ulysse lors de sa Nekyia, mais de façon bien plus vaporeuse, et douce, et figée dans le suspens d'une réponse qui ne viendra pas.
SOURCES ET LIENS
—BESCHI (Luigi) 1972. « Divinità funerarie Cirenaiche », Annuario della scuola italiana di Atene e delle Missioni Italiane in Oriente 47–48, n.s. 21–22 (1969–70), 1972: 133–341.Non consulté
—BESCHI, L. 1976. Un supplemento cretese ai ritratti funerari romani della Cirenaica. Quaderni di Archeologia della Libia 8: 385–397. Non consulté
—BESCHI, L. 1996. La scultura nella Cirenaica greca. I Greci in Occidente. Catalogo della mostra Venezia, Palazzo Grassi, marzo - dicembre 1996, Venise-Milan, 1996: 437–442. Non consulté
—BELZIC (Morgan), 2025, podcast « La recherche à l’oeuvre » INHA Anne-Cécile Genre
https://www.youtube.com/watch?v=lHOWna4Vwz8
Morgan Belzic, aurait-il imaginé un destin à la Indiana Jones ? L’archéologue et historien de l’art ne nous le dira pas mais ce qu’il raconte de ses recherches sur de mystérieuses divinités grecques en marbre, les sculptures funéraires de Cyrénaïque (Libye), ressemble fort à un roman policier. Surtout quand des trafiquants s’en mêlent. Écoutez l'épisode sur toutes les plateformes audio : https://bit.ly/inha_s0201 --- Production : Institut national d’histoire de l’art (INHA), en partenariat avec Beaux Arts Magazine. Auteure : Anne-Cécile Genre Réalisation, habillage sonore, mixage : Théo Boulenger Jingle : Guillaume Auguet Production exécutive : Alessandra Danelli et Jean-Baptiste Costa de Beauregard ---
—BELZIC (Morgan), 2015 Les divinités funéraires de Cyrénaïque. Un état de la recherche, EPHE, 2015.
—BELZIC (Morgan), 2022 Les sculptures funéraires de Cyrénaïque thèse Paris, non consultée
https://theses.fr/s205580
—BELZIC (Morgan), 2018, Les sculptures funéraires de Cyrénaïque sur le marché de l'art
—BELZIC (Morgan), 2023, Stéphanie Wyler (13 mars 2023). Le voile de Cyrène. IconoClass. https://doi.org/10.58079/pstc
—FRONTISI-DUCROUX (Françoise) 2004, « Comme un rêve de pierre… », in Ouvrir Couvrir, Paris, 2004, p. 9-39 , non consulté
—FRONTISI-DUCROUX (Françoise), 2016, Visages invisibles : retour à Cyrène, in Les Mystères p. 245-265
https://books.openedition.org/editionsehess/4250
—FRONTISI-DUCROUX (Françoise), 2008 "Les figures funéraires de Cyrène : stratégies de figuration de l’invisible", , in Image et religion, Naples, 2008, p. 53-67
— GROSJEAN-AGNES (Sophie), 2008, Lois sacrées ou rituels mouvants ? L'exemple des cultes de Déméter et de Coré à Cyrènes dans l'antiquité. Camenulae n°2- Mai 2008
—MARINI (Sophie), 2012. Les bustes funéraires en Cyrénaïque à l’époque romaine: un exemple d'inluence de l'art funéraire égyptien sur celui des Cyrénéens? In Entre Afrique et Égypte: relations et échanges au sud de la Méditérranée à l’époque romaine.
— MUSEE DU LOUVRE, Quatre demi-statues funéraires de Cyrène, en Libye orientale, qui ont été saisies en France alors qu’elles allaient être exportées illégalement
La villa Farnesina (1508 et 1511) à Rome, pergolas, trompe-l'œil et jeux de miroirs. III. L'atrium ou hall d'entrée et son plafond à pergola illusionniste peint en trompe-l'œil (XVIIe).
La fortune — au deux sens du terme—d'Agostino Chigi (Sienne, 28 août 1466 – Rome, 11 avril 1520) dit « le magnifique » avait commencé en prêtant des sommes considérables au pape Alexandre VI (et à d'autres souverains de l'époque). Il obtint des monopoles lucratifs, tels que celui du sel des États pontificaux et du royaume de Naples , ainsi que celui de l'alun (un mordant essentiel dans l'industrie textile) extrait à Tolfa Agnato et Ischia di Castro . Mais ce sont ses relations avec son successeur Jules II (qui régna de 1503 à 1513 ) qui fut déterminante dans sa carrière : ayant aidé le pape Jules II à couvrir les dépenses liées à son élection, ce dernier le récompensa en l'associant à la famille della Rovere et en le nommant trésorier et notaire de la Chambre apostolique. Les liens personnels entre le pape et son banquier restèrent étroits et il mena avec succès une mission diplomatique auprès de la République de Venise, qui conduisit à une nouvelle alliance entre Venise et le Vatican par la Sainte Alliance de 1511.
En 1509, Jules II attribua à la famille Chigi le droit d'inclure les armes de la famille Della Rovere à ses propres armes. Le pape Léon X confirma le monopole de l'alun et du sel. Chigi apporta 75 000 ducats au pape pour qu'il paye les frais de sa cérémonie d'intronisation où il devait régler sa tiare et sa croix pectorale
Agostino Chigli établit des liens économiques avec toute l'Europe occidentale, employant jusqu'à 20 000 personnes.
Il fut également un généreux mécène, soutenant des artistes comme Le Pérugin, Giovanni da Udine, Giulio Romano, Baldassarre Peruzzi, Sebastiano del Piombo, Le Sodoma et Raphaël qu'il commissionna plusieurs fois (chapelle Santa Maria della Pace, chapelle Chigi à l'église Sainte-Marie-du-Peuple).
En 1506 ou 1509, Agostino Chigi commanda la construction d'une villa de plaisance sur l'autre rive du Tibre, dans le quartier du Trastevere, confiant la conception et la décoration à Baldassare Peruzzi , ainsi qu'à Raphaël , Sebastiano del Piombo et Sodoma. Raphaël supervisa lui-même l'aménagement des jardins et des écuries, ainsi que la réalisation du tableau de Galatée et de la salle à manger d'été, la Chambre de Psyché. Il rassembla et disposa également dans le jardin une série d'antiquités afin de créer un style néoclassique, la villa étant conçue comme une reconstitution de l'Antiquité, s'inspirant des plans architecturaux de Vitruve et des oeuvres littéraires d' Ovide, Apulée, Théocrite, Ammien Marcellin, Hygin, Fulgence et d'autres auteurs. Entre 1511 et 1519, elle fut décorée de tableaux et de tentures et, déjà durant ces années, la villa était célébrée par ses contemporains et inspirait, de même que l'attitude de son propriétaire, des oeuvres littéraires.
Abandonnée après la mort de Chigi, puis vandalisée lors du sac de Rome en 1527, la villa avait été acquise en 1579 par le cardinal Alexandre Farnèse (1520–1589), qui avait l’ambition (jamais réalisée) de la relier par un passage couvert au palais Farnèse (actuel siège de l’ambassade de France en Italie) situé de l’autre côté du Tibre.
Dans la seconde moitié du XIXe siècle, elle fut restaurée par le duc de Ripalda, et des études iconographiques y furent entreprises.
L'atrium.
La petite pièce rectangulaire servant de hall d'entrée et de passage vers la salle de Psyché, est parfois désignée sous le nom de "saletta" ; un escalier dessert l'étage. J.F.E Lorente, partant du principe que toute la villa cherche à reconstirtuer une villa romaine, l'assimile à l'atrium, cette partie du bâtiment ouverte aux hôtes, aux clients et aux visiteurs en précédant la pièce d'habitation du maître de maison, et dont le toit est ouvert au centre (compluvium), tandis qu'un bassin (impluvium), se trouvait sous cette ouverture et recueillait l’eau de pluie. (Dans l'atrium de la villa Farnesina, une vasque en marbre est placée sous le compluvium factice)
Dans cette optique, la Loggia de Psyché est conçue comme le «tablinium» de la villa, sa salle à manger ouverte sur le jardin et décorée comme une pergola.
"Le hall d'entrée actuel et la pièce adjacente (anciennement la billetterie du musée) sont le résultat de travaux de restauration effectués entre 1861 et 1863, suite aux relevés effectués par l'architecte Antonio Sarti pour le duc de Ripalda.
Le hall, tel qu'il apparaît aujourd'hui, est le fruit d'une série de transformations structurelles qui ont débuté au XIXe siècle avec la création du hall d'entrée actuel et d'une salle plus petite (ancien guichet) à partir du grand hall d'entrée du bâtiment du XVIe siècle. Une nouvelle subdivision de l'espace a ensuite été réalisée dans les années 1930 pour l'installation d'un ascenseur.
Les fresques de l'ancien salon de la villa, récemment redécouvertes (*) au-dessus de la voûte du XIXe siècle qui les dissimulait, datent de l'époque Farnèse et représentent un ciel avec des chérubins volant autour des armoiries Farnèse au centre de la voûte, deux chérubins sur fond bleu et un paysage d'automne ornant la seule lunette visible." (Villa Farnesina, site officiel)
(*) Trois fresques du XVIIe siècle aux couleurs chatoyantes ont été découvertes par un électricien dans la villa Farnesina en effectuant un simple contrôle technique derrière un faux plafond en bois, en 2024. Un paysage bucolique se dessine, dans lequel s’avance un putto brandissant un casque doré à plumes rouges ; un ciel bleu animé d’une nuée d’angelots. Plusieurs d’entre eux, dont un doté de belles ailes bleues et d’un corps potelé drapé de jaune, portaient dans les airs une couronne de feuilles nouée de rubans rouges. Au cœur de cette dernière se nichent les armoiries en jaune et bleu de la célèbre famille Farnèse. Au vu des armoiries peintes, ce serait Alexandre Farnèse, collectionneur et mécène, ou l’un de ses descendants, qui aurait commandé ces fresques. Le peintre pourrait être Carlo Maratta, (mort à Rome en 1713, et qui reprit les fresques de l'atelier de Raphaël en 1693-1694) et ses élèves, Girolamo Troppa et François Simonot.
Le sol est carrelé abvec une frise grecque noir et blanche, et les murs de la pièce sont ornés de marbre feint, avec un soubassement de teinte grise et des panneaux à dominante jaune.
site Villa Farnesina.
Mais c'est le plafond qui attire toute l'attention.
Site Villa Farnesina, storia 07
Il crée l'impression d'être ouvert sur le ciel bleu par une ouverture (comme le compluvium) du haut duquel quatre angelots ou putti ailés nous observent, tandis que deux autres amours soutiennent une guirlande à fruits et courges entourant une dentelle d'entrelacs blancs sur fond noir. Le lustre, bien réel, est suspendu au centre de ces entrelacs. Des hirondelles et autres oiseaux volent dans le ciel pour en augmenter la vraisemblance.
Quatre octogones en grisaille occupent le "toit" de l'atrium, représentant l'un Éros visant de son arc Narcisse se mirant à la source, et un autre Orphée et sa lyre charmant les animaux sauvages.
Villa Farnesina
site Villa Farnesina.
Deux autres grisailles restent non déchiffrées. À l'entrée d'une grotte, un homme nu au front ceint d'un bandeau trace des cercles sur une pierre avec un compas, devant un jeune homme. Sur l'autre grisaille, un homme nu et athlétique approche une torche d'une statuette.
Cliché lavieb-aile.
Ce "toit" est supporté par une architecture voûtée, toujours feinte, et toujours ouverte sur le ciel par des "fenêtres". À quatre de celles-ci, des cordes réunissent des bouquets de fruits.
Deux médaillons et de demi-lunes participent à cette fausse voûte.
Le premier médaillon montre les trois arts libéraux du Trivium : Musique joue de la flûte double, Astronomie au centre tient un globe et un compas, Géométrie tient un livre où se lit "SVA/DERI, peut-être "sua derivata".
site Villa Farnesina.
Le second médaillon montre Apollon tenant sa lyre et une couronne de lauriers, entre deux amours tenant des cartouches. On y lit POTIORE SIGNIS / MVNERE DONAT, allusion à l'ode IV 2 d'Horace siue quos Elea domum reducit palma caelestis pugilemue equomue dicit et centum potiore signis, "qu'il leur donne un prix plus glorieux que cent statues".
Une demi-lune montre trois femmes assises, celle du centre, au front ceint d'une couronne d'olivier tient une lyre et une flèche. Un autre la regarde en tenant un rameau. Il pourrait s'agir de la muse Euterpe (musique) et d'autres muses (Erato avec son rameau ?)
site Villa Farnesina.
L'autre montre également trois femmes assise, celle du centre tient une trompette (la Renommée ? Calliope ?), sa voisine se cache derrière un masque (Mélpomène; muse de la tragédie ?, l'autre se détourne tristement en tenant un rameau desséché.
Ceci étant présenté, revenons aux éléments en trompe l'œil avec une série de clichés.
Plafond (XVIIe siècle) de l'atrium de la villa Farnesina à Rome. Cliché lavieb-aile.
Plafond (XVIIe siècle) de l'atrium de la villa Farnesina à Rome. Cliché lavieb-aile.
Notez l'hirondelle rustique Hirundo rustica aux ailes allongées en pointe, et l'hirondelle de fenêtre Delichon urbicum, au croupion blanc.
Plafond (XVIIe siècle) de l'atrium de la villa Farnesina à Rome. Cliché lavieb-aile.
Plafond (XVIIe siècle) de l'atrium de la villa Farnesina à Rome. Cliché lavieb-aile.
Plafond (XVIIe siècle) de l'atrium de la villa Farnesina à Rome. Cliché lavieb-aile.
Plafond (XVIIe siècle) de l'atrium de la villa Farnesina à Rome. Cliché lavieb-aile.
Notez les deux hirondelles de fenêtre Delichon urbicum.
Plafond (XVIIe siècle) de l'atrium de la villa Farnesina à Rome. Cliché lavieb-aile.
Les fenêtres à guirlandes de fruits.
Note : toutes les suggestions d'identification me sont personnelles, toute discussion sera la bienvenue.
Plafond (XVIIe siècle) de l'atrium de la villa Farnesina à Rome. Cliché lavieb-aile.
1. Suspension de courges et de coings, de melons et de figues, puis de pêches et de pommes.
Plafond (XVIIe siècle) de l'atrium de la villa Farnesina à Rome. Cliché lavieb-aile.
Plafond (XVIIe siècle) de l'atrium de la villa Farnesina à Rome. Cliché lavieb-aile.
Plafond (XVIIe siècle) de l'atrium de la villa Farnesina à Rome. Cliché lavieb-aile.
Plafond (XVIIe siècle) de l'atrium de la villa Farnesina à Rome. Cliché lavieb-aile.
2. Suspension de pamplemousses, de fleurs, d'aubergines, de mangues.
Plafond (XVIIe siècle) de l'atrium de la villa Farnesina à Rome. Cliché lavieb-aile.
Plafond (XVIIe siècle) de l'atrium de la villa Farnesina à Rome. Cliché lavieb-aile.
Plafond (XVIIe siècle) de l'atrium de la villa Farnesina à Rome. Cliché lavieb-aile.
3. Suspension de maïs et de mûres, de melon d'eau et de raisin blanc, de radis ou navets .
Plafond (XVIIe siècle) de l'atrium de la villa Farnesina à Rome. Cliché lavieb-aile.
Plafond (XVIIe siècle) de l'atrium de la villa Farnesina à Rome. Cliché lavieb-aile.
4. Suspension de grenades, de pommes de pin, de pêches, d'olives (et inflorescence de Molène Bouillon blanc?)
Plafond (XVIIe siècle) de l'atrium de la villa Farnesina à Rome. Cliché lavieb-aile.
Plafond (XVIIe siècle) de l'atrium de la villa Farnesina à Rome. Cliché lavieb-aile.
Conclusion.
Ce plafond est un bel exemple de pergola peinte et feinte, certes plus maconnée que les pergolas à tressage de lattes et d'osier, mais qui crée parfaitement cette impression de se trouver en un lieu ouvert comme dans les atrium romains. Les suspensions de fruits et légumes et les hirondelles parcourant le ciel sont dans la grande tradition naturaliste de Giovanni da Udine et chaque assemblage de fruits et de légumes sont des parfaites réussites de trompe-l'œil.
Les putti ailés font de cette fiction d'une vie au grand air un enchantement, où chacun, retrouvant son âme d'enfant, joue à faire semblant et ne demande que de croire aux contes de fées et à un ciel où les Amours nous guettent.
On ne peut s'empêcher de penser aux putti de l'oculus feint de la Chambre des époux du palais ducal de Mantoue peints par Mantegna et entre 1465 et 1474 aux deux « puttini » ou « amorini » de la Madone Sixtine de Raphaël , peints vers 1513-1514. Ou encore la pergola feinte de la Loggia de la Villa Giulia, où jouent dans les fenêtres en demi-lune des Amours nus.
Andrea Mantegna, oculus fictif de la Chambre des époux du palais ducal de Mantoue
Madonne Sixtine de Raphaël, détail : les puttini
Loggia de la Villa Giulia à Rome. Cliché lavieb-aile.
SOURCES ET LIENS
— LORENTE, (Juan Francisco Esteban), 1991, Precisiones a los Horóscopos Artísticos de la Farnesina (Roma) y Zaporta (Zaragoza)
La villa Farnesina (1508 et 1511) à Rome, pergolas, trompe-l'œil et jeux de miroirs. II. La Loggia de Psyché (Raphaël, Jules Romains, Giovanni da Udine) : le décor (Giovanni da Udine) des intrados des arcades réelles ou factices.
Mon premier article portait sur les fameuses fresque de la voûte de la Loggia de Psyché, avec une abondance de clichés disponibles en ligne. Il en va tout autrement pour le sujet de ce deuxième article, la décoration des voûtes (ou plus exactement des intrados), à thème naturaliste attribuable à Giovanni da Udine, puisque je n'ai su trouver ni cliché ni article sur ces peintures.
Plus largement, je n'ai pas trouver de description de la composition en trompe-l'œil de la Loggia entière, dont seule la partie nord était ouverte sur le jardin par cinq arcades (aujourd'hui vitrées).
Vue vers l'entrée, orientée nord vers le jardin. cliché arsartisticadventureofmankind.wordpress
Sur les côtés étroits de la salle, donnant sur la Loggia de Galatée ou sur la Salle de la Frise, deux arcades fictives laissent croire, avec leurs marbres feints, à la répétition des hautes arcades, et à leurs ouvertures en haut dans la demi-lune, au dessus de loges faussement hémisphériques surmontant les portes dont une est réelle.
Vue vers la Loggia de Galatée, cliché arsartisticadventureofmankind.wordpress
Vue vers la Salle des Frises. cliché Wikipédia par Dombusken
Il en va à peu près de même pour le mur sud, où cinq arcades fictives répondent, en face à face, aux arcades réelles du nord. Là encore, seule la partie haute des arcades paraît vitrée, au dessus de niches à coquilles fictives au soubassement en marbre feint, encadrant les portes bien réelles.
Cliché "Villa Farnesina"
Cliché lavieb-aile.
Les niches et les médaillons datent selon le site Villa Farnesina, de la restauration par Maratti en 1695, de même que les portes feintes. Les lunettes supérieures étaient ornées de faux vitraux peints en perspective raccourcie, faisant écho aux véritables sous-arches de la façade nord.
Inutile d'insister sur l'élégance de cette unité architecturale.
Maintenant que nous avons mis en place ces 5 arcades réelles et ces 9 arcades en trompe-l'œil, nous réalisons que 14 intrados peints des demi-lunes sont à considérer. Je ne les examinerai pas les unes après les autres, mais je veux souligner le concept spéculaire (en miroir) par lequel le faux mais bien imité répond au décor réel. Ce qui sera aussi le cas dans les Salons de la Villa d'Este du cardinal Hippolyte II.
Nous allons voir que le décor des intrados feints imite scrupuleusement celui des intrados réels.
Ajoutons que les lunettes s'intègrent au décor de la voûte et sont soulignées par les guirlandes de Giovanni da Udine :
Loggia de Psyché, villa Farnesina à Rome. Cliché lavieb-aile.
Loggia de Psyché, villa Farnesina à Rome. Cliché lavieb-aile.
Tous les intrados en demi-lune reçoivent le même décor. Celui-ci est centré par un treillis rectangulaire en baguettes d'osier ( 5 baguettes principales et 9 baguettes orthogonales) servant de mini pergola pour des plantes grimpantes. Puis viennent, de chaque côté, la séquence suivante : un vannage rond en forme d'assiette, entouré d'olivier et centré par un petit animal. Deux oiseaux. Une figure arciforme formé par de la vigne et recevant un animal ou un objet. Un losange tressé par des épis de blé et entouré de deux oiseaux. Une figure vaguement circulaire faite de rameaux de chêne dont on reconnaît les glands. Deux oiseaux. Une demi-cercle en panier tressée dans des rameaux d'olivier à olives noires.
Si on réunit ces assemblages d'osier et ces treillis de paille, de vigne, d'épis, de chêne et d'olivier, cela forme presqu'une pergola, du moins une composition végétale élaborée accueillant une sorte de volière de 16 oiseaux .
Si je numérote de 1 à 5 les arcades réelles nord, et de A à I les arcades feintes comme dans ce schéma, je constate que les décors de 1 à 5 correspondent à leur vis à vis C à G (notamment 3 et E). De même, les décors A et B sont les mêmes, en miroir, que les décors H et I. Il y a bien une référence spéculaire dans l'espace de ces peintures d'intrados.
I. LE DECOR DE PERGOLA FICTIVE DES INTRADOS RÉELS DE LA FAÇADE NORD.
Je n'ai photographié que trois arcades 2, 4 et 5. On y voit dans les assiettes de vannerie des chauve-souris sur le premier cliché, des papillons sur le deuxième et des araignées sur le troisième.
Il est évident que si on reprenait l'étude attentive de ces peintures, on pourrait reconnaître la plupart des espèces végétales et animales, notamment des oiseaux qui sont peints avec beaucoup de réalisme.
Arcade n°1
Son décor se retrouve sur l'arcade G en vis à vis.
Le treillis en baguettes supportant du liseron sur fond rouge.
Loggia de Psyché, villa Farnesina à Rome. Cliché lavieb-aile.
Le paillis bleu dans une couronne de plantes est centré sur une araignée.
Deux passereaux
La composition en cœur inversé tracée par des tiges de vigne : une lampe??
Deux passereaux picorant le raisin blanc .
La composition en losange tracée par des épis : un chardon
Des fleurs de marguerite séparent chaque motif.
La figure en forme de panier sombre délimitée par des rameaux d'olivier à fruits noirs : un fleuron
Deux passereaux (dont fauvette à tête noire Sylvia atricapilla) picorant les olives.
Loggia de Psyché, villa Farnesina à Rome. Cliché lavieb-aile.
De l'autre côté de l'intrados :
Deux passereaux (mésanges charbonnières Parus major ?) picorant les raisins noirs.
La composition en losange tracée par des épis : un chardon
Dans un cartouche tracé par des rameaux de chêne (glands non pédonculés) : un masque avec un visage d'enfant, échevelé .
La figure en forme de panier sombre délimitée par des rameaux d'olivier à fruits noirs : un fleuron
Deux passereaux (dont Tarier pâtre Saxicola rubicola ?) picorant les olives.
Loggia de Psyché, villa Farnesina à Rome. Cliché lavieb-aile.
Loggia de Psyché, villa Farnesina à Rome. Cliché lavieb-aile.
Loggia de Psyché, villa Farnesina à Rome. Cliché lavieb-aile.
Loggia de Psyché, villa Farnesina à Rome. Cliché lavieb-aile.
Arcade n°2
Loggia de Psyché, villa Farnesina à Rome. Cliché lavieb-aile.
Jasmin ? au centre sur fond bleu Chauve-souris. lampe à la mèche fumante. tête. 16 oiseaux;
Loggia de Psyché, villa Farnesina à Rome. Cliché lavieb-aile.
Arcade n°4
Loggia de Psyché, villa Farnesina à Rome. Cliché lavieb-aile.
Plantes à feuillage grimpant non fleuri. Papillons dans le paillis, passereaux et rapace, dauphin dans le losange, éclairs dans le médaillon
Loggia de Psyché, villa Farnesina à Rome. Cliché lavieb-aile.
Arcade n°5.
Sur le palissage : plante grimpante à vrille, feuille rappelant celle de la bryone
Paillis : araignées, comme en 1 (effet de symétrie spéculaire ?) et en G. Dans le cœur inversé, gris, un rongeur. 16 oiseaux: passereaux et rapaces.
Loggia de Psyché, villa Farnesina à Rome. Cliché lavieb-aile.
II. LE DECOR DE PERGOLA FICTIVE DES INTRADOS FICTIFS .
Là encore, je n'ai pas tout photographié.
Arcade A
Le palissage central semble vide de plante. Araignée dans le paillis, arc et carquois dans le cœur inversé, bijou perlé dans le losange, oiseaux dans le médaillon, passereaux.
Loggia de Psyché, villa Farnesina à Rome. Cliché lavieb-aile.
Arcade B
Le palissage central semble vide de plante. Oiseau dans le cœur inversé, foudre et éclairs dans le losange, visage barbu dans le médaillon, passereaux.
Loggia de Psyché, villa Farnesina à Rome. Cliché lavieb-aile.
Arcade E, au centre au dessus de la porte.
Le décor copie celui de 3, avec son palissage à fond à plusieurs couleurs.
Plante à feuille évoquant celle du volubilis.Araignée (?) dans le paillis, torche, bouclier et carquois dans le cœur inversé, visage dans le médaillon, passereaux.
Loggia de Psyché, villa Farnesina à Rome. Cliché lavieb-aile.
Loggia de Psyché, villa Farnesina à Rome. Cliché lavieb-aile.
Loggia de Psyché, villa Farnesina à Rome. Cliché lavieb-aile.
Loggia de Psyché, villa Farnesina à Rome. Cliché lavieb-aile.
Arcade F
Loggia de Psyché, villa Farnesina à Rome. Cliché lavieb-aile.
Loggia de Psyché, villa Farnesina à Rome. Cliché lavieb-aile.
Arcade G
La peinture répond en miroir à celle de l'arcade 1 : possible liseron, araignée ; le médaillon est orné d'un caducée.
Loggia de Psyché, villa Farnesina à Rome. Cliché lavieb-aile.
Arcade H
Nous sommes maintenant sur le petit côté de la pièce, au dessus des deux portes, et en face des pseudo-arcades A et B.
Mais en H, qui fait face à B, la palissade à 9 carrés accueille une plante, une sorte de liane avec des feuilles de saule. Et d'ailleurs, on confectionne bien des structures végétales de jardin en saule tressé, non?
Puis viennent les éléments habituels, le paillis avec un insecte noir, les deux oiseaux qui se tiennent très droit et qui ont du noir sur la gorge et autour de la tête (je pense à la Pie Grièche mais cela ne doit pas être cela, je sors mon Peterson, des Bruants ? des Traquets ?) et dans le cœur renversé un carquois et un arc.
Loggia de Psyché, villa Farnesina à Rome. Cliché lavieb-aile.
Loggia de Psyché, villa Farnesina à Rome. Cliché lavieb-aile.
Arcade I
I est proche de H, mais mon cliché est trop imprécis.
Loggia de Psyché, villa Farnesina à Rome. Cliché lavieb-aile.
Loggia de Psyché, villa Farnesina à Rome. Cliché lavieb-aile.
DISCUSSION
Note : je pars de l'hypothèse que ces peintures sont bien contemporaines de celles de la voûte (atelier de Raphaël, 1517), et ne résultent pas de créations ultérieures. Et qu'elles sont l'œuvre de Giovanni da Udine, auteur des guirlandes de la voûte.
Comme nous l'avons vu, ces 14 peintures des intrados réels ou fictifs participent à l'effet illusionniste végétal de la voûte avec sa fausse pergola de guirlandes et ses fausses tentures qui y sont tendus comme des velarium abritant les visiteurs du soleil. En effet, elles répètent 14 fois l'ensemble associant une plante grimpante palissée avec des descentes de motifs décoratifs formés par quatre sortes de plantes, la vigne, le blé, le chêne, et l'olivier. Ces intrados peints suscitent donc chez le visiteur le sentiment de ne pas quitter complètement le jardin et de rester dans un espace semi-ouvert très végétal, très frais et ombragé.
"La pergola illusionniste était une invention de la Renaissance italienne, et de plus, un phénomène culturel qui a commencé à Rome dans les premières décennies du cinquecento. À Rome des années 1510, les loggias et les portiques des résidences privées commencent à être décorés de pergolas fictives. Ces pergolas présentaient des représentations réalistes de plantes, d'oiseaux et de petits animaux, ce qui en faisait le reflet des cultures de l'histoire naturelle et de la collecte. Outre leur valeur esthétique, la pergola illusionniste avait aussi une dimension sociale et culturelle: l'espace décoré devenait souvent un lieu de divertissement, de récréation et d'exposition.En raison de leur situation ambiguë entre l'intérieur et l'extérieur, les loggias et les portiques peuvent être considérés comme étant alors semi-intérieurs.
Ces espaces médiateurs procuraient à la fois les commodités de l'intérieur et la jouissance du plein air. Ils se prêtent le plus volontiers à un décor en trompe-l'œil de la nature, et la nature s'y retrouve sous forme de décoration architecturale. La pergola illusionniste n'était pas seulement une nouveauté stylististique, mais plus fondamentalement une nouvelle façon de vivre le plein air: l'ouverture du bâtiment vers l'extérieur au moyen de loggias et de portiques."(Natsumi Nonaka 2012, je traduis)
Trois sites majeurs de pergolas illusionnistes ont été créées à Rome pendant la première période de leur apparition, 1517-1520. La Loggia de Cupidon et Psyché à La Farnesina est le premier, en 1517, suivi de la pour la stufetta et de la Loggetta du cardinal Bibbiena au palais du Vatican en 1517-1519, et par la première loggia de Léon X (1519). C'est Giovanni da Udine qui les peupla d’une quantité impressionnante d’oiseaux et de petits animaux à l’apparence naturaliste qui se dissimulent à travers les vignes et autres plantes grimpantes, marquant le début d’une tendance naturaliste dans l’art pictural de la première époque moderne.
Selon M. Raymond, Kaspar Zollikofer a identifié d’autres représentations animalières intégrées à la décoration de salles qui datent des environs de 1520, celles que Giovanni da Udine peint dans les clés de voûte d’une salle du palais Baldassini à Rome (1517-1519) ainsi que les oiseaux peints par Baldassare Peruzzi (1481-1536) sur la « Volta dorata » du palazzo della Cancelleria (v. 1519)
Giovanni da Udine s'inspire à l'évidence des peintures qu'il avait découvertes à la Maison dorée (Domus aurea) de Néron dans les escavations de Rome. Il y a laissa sa signature en graffiti sur le mur du cryptoportique. Mais loin de reproduire les grotesques romains avec leurs candélabres, il a créé son propre décor associant avec légèreté et fantaisie les motifs végétaux avec les animaux et oiseaux pour créer un nouveau dessin.
La représentation systématique en peinture d'un grand nombre d'espèces botaniques semble être la première du genre à la Renaissance, et elle a précédé les herbiers illustrées basées sur l'observation directe et scientifique des plantes, parmi lesquelles l' Herbarum Vivae Eiconesd'Otto Brunfels (1530) et De Historia Stirpium(1542) de Leonhardt Fuchs . En matière d’ornithologie, la première publication est L’histoire de la nature des oyseaux, avec leurs descriptions et naïfs portraicts retirez du naturel (1555) du Français Pierre Belon (1517-1564), puis le troisième volume de l’Historiae animalium, intitulé « Qui est de avium natura » (1555), du Suisse Konrad Gesner (1516-1565) et, plus tardivement, le Ornithologiae hoc est de avibus historiae libri XII (1599) de l’Italien Ulisse Aldrovandi (1522-1605). Chacun de ces ouvrages imprimés s'accompagnent de xylographies en noir et blanc sont basées néanmoins sur des images préalables en couleurs chez Gesner et Aldovrandi. Les 1200 illustrations de l’Historiae Animalium de Gesner dérivent d’études originales à l’aquarelle d’Hans Weiditz (1495-1537?), un artiste ayant travaillé dans le studio d’Albrecht Dürer (1471-1528) à Nuremberg . Quand à Aldrovandi, il avait engagé pour sa part des artistes hautement spécialisés pour peindre sur papier, soit à la tempera ou à l’aquarelle, des plantes et des animaux croqués sur le vif, composant de la sorte un fond de plus de 3000 images en couleurs. (Raymond M. 2017)
Giovanni da Udine (1487-1561), né à Udine en Frioul (nord de Trieste et de Venise) été apprenti chez le peintre Giovanni Martini à Udine et chez Giorgione à Venise. Il s'est rendu ensuite à Rome où Raphaël a vu son talent et l'a emmené dans son atelier. Vasari note que Giovannie excelle dans la représentation de la nature, des animaux, des draperies, des instruments, des vases, des paysages, des maisons et de la verdure et il semble déjà s'être clairement perçu comme un peintre d'histoire naturelle à l'époque où il a commencé à travailler pour Raphaël. Vasari indique que Giovanni a dessiné les animaux dans la ménagerie papale, et les oiseaux d'une volière de Jules II dans le Belvédère. Il note que Giovanni a conservé un livre de dessins d'oiseaux qu'il a fait, ce qui a ravi et amusé Raphael.
Il a appris l'art de représenter des fruits, des fleurs et des feuillages d'un peintre flamand, identifié comme Jan Ruyssch, qui était actif au Vatican à l'époque. (Natsumi Nonaka)
SOURCES ET LIENS
—NATSUMI NONAKA, 2012 The illusionistic pergola in Italian Renaissance architecture : painting and garden culture in early modern Rome, 1500-1620, 634 Pages
— RAYMOND (Marianne), 2017, Les plafonds de bois peints à Rome au XVIe siècle : le cas du palazzo del Vaso (Colonna) à Santi Apostoli Mémoire dirigé par Denis Ribouillault et présenté à la Faculté des études supérieures et postdoctorales en vue de l’obtention du grade de Maîtrise ès arts (M. A.) en histoire de l’art Université de Montréal
La villa Farnesina (1508 et 1511) à Rome, pergolas, trompe-l'œil et jeux de miroirs. I. La Loggia de Psyché (Raphaël, Jules Romains, Giovanni da Udine) : les putti portant les attributs des dieux.
Mon propos n'est pas de présenter la très fameuse et très visitée Loggia de Psyché de Baldassarre Peruzzi, décorée par Raphaël et de son atelier, dans le quartier du Trastevere à Rome. On consultera par exemple les articles Wikipédia ou encore le remarquable article de mythologie.fr.
Je m'intéresse d'avantage aux effets d'illusions, parfaitement décrits par Natsumi Nonaka (2013).
En effet, la Loggia était ouverte sur le jardin par 5 arcades (aujourd'hui vitrées), auxquelles répondaient sur les trois autres côtés des arcades feintes. Au plafond en voûte, une pergola fictive laisse penser que le jardin se prolonge ici par les arceaux de guirlandes de fleurs et de fruits. Le spectateur est amené à croire que ces guirlandes sont supportées par de solides structures en bois ou en métal (comme dans les pergolas réelles des jardins antiques puis de la Renaissance), car elles servent d'amarrage à deux (fausses) tentures ou toiles où sont peintes les deux célèbres scènes, Psyché arrivant à l'Olympe, et les Noces de Psyché. Il admet que ces tentures fassent office de velarium, d'une sorte de toile pare-soleil, tout en créant une «image dans l’image». Les détails visant à rendre l'illusion crédible sont minutieux, comme par exemple les lacets qui réunissent les deux toiles au cadre de guirlandes.
Ainsi, le visiteur qui venait d'admirer les massifs fleuris et les dessins en topiaire du jardin et d'y entendre et voir voler les oiseaux, jouait le jeu, en pénétrant dans la loggia semi-ouverte, de faire semblant de se croire dans une semi-réalité charmante et troublante, dans une nature enchantée où des petits garçons nus volant sans complexes entre les guirlandes lui donnaient accès, comme Psyché elle-même, à l'Olympe et à son ambroisie.
Dans sa description de la Loggia, Vasari loue les ornements floraux en ces termes : « une frise de larges guirlandes ornant les arêtes et les carrés de la voûte, représentant toutes sortes de fruits, de fleurs et de feuilles, au fil des saisons, agencées avec un tel art que l’on distingue chaque détail ; elles semblent vivantes et se détacher du mur »
Cet enchantement se doublait d'une stimulation intellectuelle, car il s'agissait, pour les invités privilégiés du propriétaire, le banquier Agostino Chigi, les épisodes de l'Histoire de Psyché, telle qu'elle était décrite dans L'Âne d'or ou Les Métamorphoses d'Apulée (IIe siècle), du chapitre IV 28,1 au chapitre VI, 24,4.
La première édition italienne de L’Âne d’or d’Apulée du IIe siècle était parue en 1469 paraît à Rome, et une seconde édition était parue en 1488 : l'histoire de Psyché, qui affrontait l'hostilité de Vénus en raison de son amour avec Éros, était connue de tous, et sa signification spirituelle où Psyché était l'image de l'âme accédant à la vie éternelle, séduisait chacun.
L'exercice de reconnaissance des épisodes était d'autant plus plaisant aux invités que l'époque était celle d'un engouement pour les antiquités romaines, pour la peinture de l'époque de Néron découverte (par Raphaël et Giovanni da Udine notamment) à la Domus aurea, pour les collections de statues issues de fouilles commandités par les familles les plus riches.
C'est à cet exercice que je me suis livré à mon tour, car, dans les deux tableaux principaux, l'identification des dieux et déesses doit être recherchée par des indices. Dans la peinture des Noces, les protagonistes ont laissé leurs attributs au vestiaire, ou les ont confiés à une troupe ancillaire de putti ailés (ou amours, ou cupidons, comme on voudra). Attribuer à chaque attribut son propriétaire est parfois très facile (Mercure et son caducée...) et parfois plus ardu.
Bien entendu, on peut aussi aller chercher les réponses, que nos prédécesseurs n'ont pas manqué de publier, et j'ai découvert après avoir rendu ma copie les gravures de Nicolas Dorigny datant de 1693 et accompagnées de copieux commentaires en latin.
La voûte peut être divisée en les deux fausses tentures centrales et en 24 triangles (ou écoinçons) délimités par les guirlandes : 10 "pendentifs" principaux retraçant l'histoire de Psyché, et 14 écoinçons qui les entourent et accueillent les putti aux attributs.
Les peintures de ces 14 écoinçons ne sont pas attribuées, sur l'article Wikipédia du moins. N. Nonaka attribue les oiseaux (les colombes de Vénus, l'aigle de Jupiter, le paon de Junon et les hirondelles, la chouette, les Martin-pêcheurs et les chauves-souris) à Giovanni da Udine, auteur des guirlandes dans lesquelles près de 170 plantes ont pu être reconnus par G. Caneva et d'autres botanistes, et auteur des éléments naturalistes, notamment des oiseaux, de la Loggia de Raphaël au Vatican.
Il aurait également été responsable des oiseaux qui accompagnent le putti. Il maîtrisait leur dessin, et Vasari mentionne qu'il a dessiné les animaux dans la ménagerie papale, ou dans une volière du Belvédère et qu'il qu'il a conservé un livre de dessins d'oiseaux qu'il avait fait, ce qui avait ravi et amusé Raphael. ( Natsumi Nonaka 2013)
J'ai d'abord considéré que les amours s'étaient emparés des attributs des dieux par espièglerie. Marianne Raymond évoque une autre hypothèse, celle d'une tradition iconographique de leur achat, témoin du triomphe de l'amour dans l'univers, Omnia vincit amor, et nos cedamus amori "L'Amour vainct tout, et nous aussi nous céderons à l'Amour".Ce sujet se retrouverait sur la voûte de la Galerie Farnèse, comme l'a souligné Charles Dempsey dans l’article « “Et nos cedamus amori” : Observation on the Farnese Gallery » (1968) page 366). Pour illustrer cette formule, la tradition iconographique fait appel à la représentation de petits Cupidons qui portent vers le ciel, les divers trophées remportés par l’Amour à l’occasion de ses rencontres avec les autres dieux (Dempsey 1968 :367). Dempsey, cite l’épigramme suivant de Philippus de Thésallonique (1er siècle) qui dresse la liste des attributs ainsi dérobés aux dieux par ces Cupidons : « Voyez comment les Amours, ayant pillé l’Olympe, se sont placés dans les bras des immortels, brandissant leurs trophées. Ils portent l'arc de Phoebus, la foudre de Zeus, le bouclier et le casque d'Ares, la masse d'Hercule, la lance à trois branches du dieu de la mer, la thyrse de Bacchus, les sandales ailées d'Hermès et les torches d'Artemis. Les mortels ne doivent pas s’affliger de céder aux flèches des Amours, si les dieux leur ont donné leurs armes pour les acheter ».(Philippus, cité par Dempsey 1968 : 367, trad M. Raymond).
Voûte de la Loggia de la Villa Farnesina. Cliché lavieb-aile.
1. Vénus ordonne à Cupidon d'aller frapper Psyché. (Raffelino del Colle)
Voûte de la Loggia de la Villa Farnesina. Cliché lavieb-aile.
2. Un amour dans les nuages. Cupidon, volant pour obéir à Vénus, se pique l'index à sa propre flèche... et devient amoureux de Psyché.
Dans le coin droit, un oiseau frappe de son bec, par un vol en piqué, un autre oiseau, allusion probable à la flèche de Cupidon.
Voûte de la Loggia de Psyché de la Villa Farnesina. Cliché lavieb-aile.
3. Amour avec un aigle, la foudre et les éclairs : les attributs de Jupiter .
Voûte de la Loggia de Psyché de la Villa Farnesina. Cliché lavieb-aile.
4. Amour avec un trident : l'attribut de Neptune.
Deux Martin-Pêcheurs Alcedo atthis se poursuivent. Un autre oiseau se trouve à droite.
Voûte de la Loggia de Psyché de la Villa Farnesina. Cliché lavieb-aile.
5 : Cupidon face aux trois Grâces. (Jules Romain)
Voûte de la Loggia de Psyché de la Villa Farnesina. Cliché lavieb-aile.
Voûte de la Loggia de Psyché de la Villa Farnesina. Cliché lavieb-aile.
6. Deux Amours et Cerbère le chien à trois têtes et une force à deux dents : les attributs de Pluton, dieu de l'Hadès.
Dans le ciel, deux chauve-souris.
Voûte de la Loggia de Psyché de la Villa Farnesina. Cliché lavieb-aile.
Voûte de la Loggia de Psyché de la Villa Farnesina. Cliché lavieb-aile.
10. Amour avec griffon, carquois et arc: attributs de Diane déesse de la chasse ?
En dessous, une hirondelle rustique Hirundo rustica.
Voir :
Bouchardon, D'après L'Amour volant, portant sur la tête un arc, un carquois, et un griffon (détail du griffon) de Raffaello Santi, dit Raphaël, collections du Louvre Inv. 24211
Voûte de la Loggia de Psyché de la Villa Farnesina. Cliché lavieb-aile.
11. Vénus avec ses colombes demande l'aide de Jupiter contre sa rivale Psyché. Jupiter, tenant la foudre, est assis sur son aigle . (Giovan Francesco Penni)
Voûte de la Loggia de Psyché de la Villa Farnesina. Cliché lavieb-aile.
12. Amour avec caducée et casque ailé : attributs de Mercure le dieu messager des dieux.
Au dessous, 3 pies Pica pica.
Voûte de la Loggia de Psyché de la Villa Farnesina. Cliché lavieb-aile.
13. Amour avec panthère et thyrse : attributs de Bacchus, dieu du vin.
Voir Bouchardon, Inv. 24143, griffon D'après L'Amour volant, portant sur la tête un arc, un carquois, et un griffon (détail du griffon) de Raffaello Santi, dit Raphaël
On voit Pan jouant de sa flûte sur la peinture centrale du Jugement de Psyché :
Voûte de la Loggia de Psyché de la Villa Farnesina. Cliché lavieb-aile.
15bis. La chouette harcelée par les oiseaux.
Dans l'angle inférieur gauche, une chouette, posée sur un branchage, supporte avec patience et abnégation le harcèlement de quatre oiseaux, dont une huppe fasciée.
Le même motif, également de la main de Giovanni da Udine, se retrouve sur le pilastre VII de la Loggia de Raphaël du palais du Vatican Un dessin préparatoire de ce sujet est conservé à Dresde ( Staatliche Kunstsammlungen, Kupferstich-Kabinett.) Dans le dessin est représenté un arbre avec divers oiseaux, dont un hibou. Sur le pilastre fini, un oiselleur est représenté au pied de l'arbre, espionnant les oiseaux. Mais dans le dessin préparatoire, la figure n'est pas entièrement esquissée. La présence de l'oiseleur évoque la technique de chasse où la chouette est placée délibéremment sur l'arbre pour attirer les oiseaux et les capturer.
Giovani da Udine, dessin préparatoire et pilastre VII de la Loggia de Raphael, in NATSUMI NONAKA, 2013, Green Architecture at the Villa Giulia: The Pergola as Leitmotiv
Il peut s'agir (indifférement ?) d'un hibou harcelé, toujours avec l'oiseleur au pied de l'arbre, dans cette copie inspirée de l'œuvre de Giovanni da Udine.
Hibou harcelé, Giovani da Udine, relevé en 1772 par Giovanni Volpato. Droits Cambi casa d'asteidem, Giovanni Voltano 1772
Image redressée. Voûte de la Loggia de Psyché de la Villa Farnesina. Cliché lavieb-aile.
16. Amour avec casque et bouclier ou égide : les attributs de Minerve, déesse de la sagesse et de l'intelligence.
Dans le ciel, une chouette, autre attribut de Minerve, les ailes déployées. Deux autres oiseaux se becquetant (ou, selon Dorigny, se disputant un papillon).
Voûte de la Loggia de Psyché de la Villa Farnesina. Cliché lavieb-aile.
22. Amour portant le marteau de forgeron et deux flèches forgées : Pluton. Une salamandre.
La salamandre, dont on connait les liens avec le Feu, émerge d'une zone de flammes et de fumées.
On voit aussi une hirondelle rustique, et trois oiseaux se disputant une proie.
Voir , à propos de la salamandre dans la fournaise et ses liens avec l'alchimie :
—HUBER ( Robert Paul Jr.) 2025, The Salamander in the Furnace of the Loggia of Psyche at Villa Farnesina: Alchemy and the Hermetic Tradition in Renaissance Rome (With an Analysis of Jacopo del Sellaio’s Abegg-Stiftung Florentine Psyche Marriage Cassone Panel, as an Adaptation of Botticelli’s Primavera) Arts 2026, 15(2), 41; https://doi.org/10.3390/arts15020041
Voûte de la Loggia de Psyché de la Villa Farnesina. Cliché lavieb-aile.
23. Mercure conduit Psyché vers l'Olympe. (Giovan Francesco Penni)
Voûte de la Loggia de Psyché de la Villa Farnesina. Cliché lavieb-aile.
24. Amour menant par des liens un lion et un hippocampe ou sphinge : le Tibre et le Nil ??.
Cette détermination est délicate. Sur la peinture centrale des Noces de Psyché, deux figures assises sont considérées comme représentant des "dieux marins" (*), ou parfois plus précisément le Nil et le Tibre (ou le Gange). Le "Tibre" est accompagné d'un lion.
Dorigny voit dans ce lion et cette créature marine la Terre et la Mer.
(*) Commentaire : Janus, Vertumne, Hercule, Bacchus et deux dieux marins Copie d'après des figures de 'Psyché reçue dans l'Olympe', composition de la voûte de la Loggia de Psyché. D. Cordellier, B. Py, Musée du Louvre - Inventaire des dessins italiens - V. Raphaël, son atelier, ses copistes, Paris, 1992.
Je me suis laissé emporté par ce petit exercice en dehors du thème que je m'étais fixé, celui de l'art illusionniste (si ce n'est par la maîtrise du rendu du corps des putti et de leur posture, vu en perspective depuis le sol).
J'ai négligé l'étude des guirlandes ou festons, car de nombreux travaux leur on été consacrés, notamment pour l'inventaire botanique.
G. Caneva a identifié environ 165 espèces botaniques, regroupées en céréales, légumes, noix, fruits, fleurs et champignons.Son analyse phytogéographique a montré que la majorité des espèces représentées venaient de l'ancien monde, mais que cinq espèces avaient leurs origines dans les Amériques (*). Compte tenu du fait que les espèces végétales du nouveau monde n'avaient commencé à être introduites en Europe que depuis les années 1490, il est remarquable qu'elles se soient diffusées en un temps relativement court, et qu'elles aient été étudiées et représentées de manière si précise.
Janis & Harry Paris ont étudiéen 2006 les cucurbitacés, montrant que les festons contiennent six espèces de cucurbitacées de l'Ancien Monde, Citrullus lanatus (pastèque), Cucumis melo (melon), Cucumis sativus (concombre), Ecballium elaterium (concombre d'âne), Lagenaria siceraria (gourde en bouteille) et Momordica balsamina (concombre balsamique), et deux ou trois espèces de cucurbitacées du Nouveau Monde, Cucurbita maxima, C. pepo. et, peut-être, C. moschata (citrouille, courge, courge).
Ces représentations ont précédé les herbiers illustrées basées sur l'observation directe et scientifique des plantes, parmi lesquelles l' Herbarum Vivae Eiconesd'Otto Brunfels (1530) et De Historia Stirpium(1542) de Leonhardt Fuchs. Autrement dit, les visiteurs pouvaient aussi se livrer au jeu érudit de l'étude et de la détermination des plantes répartis dans les guirlandes, au même titre que nos botanistes aujourd'hui.
Voir par exemple
— Haoyang (Andy) Xu, 2020, Festoons in Villa Farnesina Loggia: Complexity beyond Decoration 6 Pages
International Journal of Humanities and Social Sciences
Néanmoins, je veux revenir à mon sujet initial, et étudier comment les peintures réelles des cinq arcades de la Loggia répondent, de façon spéculaire, au décor des arcades fictives. Voir article II.
SOURCES ET LIENS
—NATSUMI NONAKA, 2012 The illusionistic pergola in Italian Renaissance architecture : painting and garden culture in early modern Rome, 1500-1620, 634 Pages
Le vestige du calvaire (Roland Doré, kersantite, 1627) de l'ancienne chapelle Saint-Conval dans la Forêt domaniale du Cranou à Hanvec . La fontaine.
PRÉSENTATION
La forêt du Crannou était, sous le règne de Louis XIV, exploitée pour les bois destinés aux constructions navales. Une maison et ses dépendances étaient affectées à l'Intendant dirigeant l'exploitation et une chapelle dédiée à saint Conval était alors desservie.
La chapelle.
Cette chapelle Saint-Conval à plan en croix latine, datait du XVIe siècle si on en juge par la date de 1588 que portait un bénitier à l'intérieur ; elle est figurée sur le cadastre napoléonien, à côté de la croix. Elle mesurait environ 20 mètres de longueur et se composait d'une nef de 6 mètres de largeur, d'un transept à deux branches et d'une abside à trois pans. Le petit clocher, à unique chambre de cloche, avait pour couronnement un dôme et un lanternon carré. Au côté droit de la porte ouest, se trouvait une table d'offrandes, engagée dans le mur et portée par deux encorbellements ; elle était abritée par une sorte d'auvent ou de toiture avancée soutenue par deux poteaux en pierre.
En 1928 les statues de la chapelle Saint-Conval, exposées au vol car on pouvait facilement pénétrer dans cette chapelle isolée, sont transférées dans l'église du bourg, sur décision du recteur d'Hanvec.
Le prêtre attaché autrefois au service de la chapelle de Saint-Conval, avait sa maison au village de Kervinou, où elle est encore désignée sous le nom de maner Sant-Conval.
Jusqu'en 1950, un prêtre de Hanvec venait dire la messe le deuxième dimanche de chaque mois dans une chapelle dédiée à saint Conval. Les fidèles venaient y jeter des pièces dans l'espoir d'obtenir des miracles. En 1942, considérant que la chapelle est trop éloignée pour les séances de catéchisme, le curé de l'époque demande son transfert à Kerancuru. La nouvelle chapelle, réédifiée à Toulboën, n'a conservé de l'ancienne chapelle Saint-Conval que son clocher. Le pardon de Saint-Conval a lieu le dernier dimanche de juillet. Le mobilier de l'ancienne chapelle, notamment une niche à volets de saint Conval et sa statue, sont conservés dans l'église d'Hanvec.
Son souvenir est conservé sur une photographie ancienne du début du 20e siècle, où l'on distingue l'auvent sur poteaux de granite qui abritait la table d'offrande engagée dans le mur au côté droit de la porte ouest.
Chapelle de Saint-Conval, début XXe siècle, Carte postale collection Joncour (Brasparts)
La légende de saint Conval, Mojenn sant Konval
Vers l'an 600, saint Conval, ermite du pays de Galles se serait établi au bois du Gars, entre Hanvec et l'Hôpital-Camfrout, afin de bâtir son ermitage. La légende dit qu'il aurait coupé quelques pieds de chêne que le seigneur gardait pour faire des timons de charrette. Ce dernier, furieux, le chassa du bois du Gars. Saint Conval lui aurait alors dit (en faisant des rimes) :
E Coat-ar-Harz
Biken goal-kar n'vo kad ebars.
« Dans le bois du Gars, il n'y aura jamais un arbre à tirer un timon de charrette ».
Saint Conval se réfugia alors dans la forêt du Cranou où le seigneur propriétaire avait l'âme plus compatissante et l'autorisa à disposer de tous les arbres qui lui plairait. Saint Conval fit alors cette promesse, toujours en rimant :
E coat ar C'hranou
Birviken coat na vankou.
« Dans le bois de Cranou, jamais le bois ne manquera ».
Le calvaire.
Du calvaire qui appartenait à la chapelle Saint-Conval ne subsiste que le fût d'une ancienne croix dont les personnages étaient tombés (ou renversés à la Révolution) et étaient remisés au bas de la nef. Sur ce fût, est gravée cette inscription : "R . DORE . MA . FAICT." alors que le soubassement porte la date de 1627. Roland Doré, maître sculpteur à Landerneau, fut nommé sculpteur du roi en Bretagne en 1649.Atlas 747. calvaire en granite à fût chanfreiné et griffes sur socle cubique et emmarchement à trois degrés a perdu son croisillon à une date inconnue, avant le milieu du XXe siècle. Un socle cubique porte dans un cartouche la date de 1627. Sur son fût à pans et à griffes se lit l'inscription, également sur un cartouche : "R. DORE MA FAICT".
Croquis Yves-Pascal Castel
Note : La commune de Hanvec conserve aussi trois calvaires de 1613 (Atlas 751), 1615 (Atlas 753) et 1638 (Atlas 757), et le calvaire de Boudouguen, lieu-dit Croas-ar-Huré qui date de 1622 et est également dû à l' atelier de Roland Doré (Atlas 746). Sur la croix de Lanvoy Atlas 755, qui possède une Vierge à l’Enfant de 1556, le restaurateur a posé sur le bas du Christ de 1556 un haut de crucifix de Roland Doré (vers 1630) (Yves-Pascal Castel 1980)
A propos de Roland Doré (vers 1585-1663), un sculpteur d'exception.
Son atelier de Landerneau, travaillant la kersantite — une pierre exceptionnelle pour sa tendreté à la taille, la finesse de son grain et sa résistance à l'érosion, — extraite en rade de Brest autour de Loperhet, est le plus renommé en Bretagne pour le XVIIe siècle.
Son activité commence à Penmarc'h en 1618. Il réalise en 1622 à Saint-Thégonnec la croix de Coslen sans doute comme compagnon du Maître de Plougastel (1570-1621), on le retrouve en 1621-1622 à Hanvec en tant que maistre Rolland Doré" dans un acte de réparation de la croix du cimetière, aujourd'hui à Boudougen-Croas-ar-Huré.
Il atteint la maturité de son style lorsqu'il réalise le porche de Guimilau en 1624 (le chantier avait été débuté en 1606 par le Maître de Plougastel). Il a travaillé pour plus de 82 paroisses
Sculpteur, mais aussi architecte à Landerneau dans la première moitié du XVIIe siècle, Roland Doré — qui se désigne lui-même comme « sculpteur du Roi » — et son atelier ont réalisé une soixantaine d’œuvres, en kersantite, principalement dans le Léon et le nord de la Cornouaille. Ses sculptures portent l’empreinte stylistique de son atelier (visages ronds au profil tranchant, drapés stylisés).
La fontaine de la forêt de Cranou (première moitié XVIIe siècle), située à 200 mètres au nord de la chapelle, est abritée par un grand édicule à voûte ogivale en moellons de schiste. À l'intérieur, la statue du saint, protégée actuellement d'une grille, est une copie de l'originale, en kersanton, qui est conservée dans l'église. Il est représenté en évêque, vêtu de la chape, mitré, tenant la crosse, et bénissant.
cliché par Ggal Wikipédia
On priait le saint quand il y avait besoin d'eau, et quand cela tardait trop on prenait de l'eau dans la fontaine pour arroser sa statue : une ouverture sur sa face nord-ouest permet de voir le saint de profil et de toucher ou d'arroser sa tête.
Les fidèles venaient y jeter des pièces dans l'espoir d'obtenir des miracles, ou chantait ce cantique.
En ho chapel Coat-ar-C'hrannou
Sant Conval, tan an dud kez,
Or peden déoc'h'zav d'an envou
En on enkrez
La pierre d'écoulement des eaux située devant la fontaine est en schiste, elle est creusée d'une rigole et de deux cuvettes de 10 cm de diamètre destimées à un usage dévotionnel.
Cliché Gilbert Lemoigne
Fontaine Saint-Conval, Hanvec. Cliché lavieb-aile
Fontaine Saint-Conval, Hanvec. Cliché lavieb-aile
SOURCES ET LIENS
—CASTEL (Yves-Pascal), 1980, Atlas des croix et chapelles du Finistère, Quimper, Société archéologique du Finistère, "Hanvec", n°747
—CASTEL (Yves-Pascal), 1985, « Roland Doré, sculpteur du roi en Bretagne et architecte (première moitié du XVIIe siècle) », Bulletin de la Société archéologique du Finistère, tome 94.
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1) Une étude détaillée des monuments et œuvres artistiques et culturels, en Bretagne particulièrement, par le biais de mes photographies. Je privilégie les vitraux et la statuaire. 2) Une étude des noms de papillons et libellules (Zoonymie) observés en Bretagne.
"Il faudrait voir sur chaque objet que tout détail est aventure" ( Guillevic, Terrraqué). "Les vraies richesses, plus elles sont grandes, plus on a de joie à les donner." (Giono ) "Délaisse les grandes routes, prends les sentiers !" (Pythagore)