Sous la rose du chevet plat de la cathédrale, trois baies (1, 0 et 2) en hautes lancettes ogivales viennent reprendre la forme de la voûte gothique à 10 travées du chœur dont la construction s'est achevée entre 1205 et 1220.
Les trois baies alignent des séries de médaillons : ceux de la baie centrale 0 présentent 15 scènes de la Passion du Christ. La baie 1, à gauche, raconte l'histoire du diacre Théophile et la vie du diacre saint Etienne. Et la baie 2, à droite, est consacrée à la Vie de la Vierge et à l'Enfance du Christ, incluant des références typologiques, c'est-à-dire des épisodes bibliques dans lesquels la tradition chrétienne a vu une préfiguration de l'avènement du Christ.
Les médaillons de la baie 0, décrits de bas en haut et de gauche à droite, seront accompagnés des relevés d'Étienne Midoux, datant de 1882, et des clichés du Centre Chastel (cf. Boulanger Karine).
Chevet de la cathédrale de Laon vu depuis la nef. Cliché lavieb-aile 2025.
LA BAIE CENTRALE OU BAIE 0 : SCENES DE LA VIE DU CHRIST.
Cinq petits médaillons quadrilobes alternent avec 5 grands médaillons ronds et relatent 15 scènes de la vie du Christ. La lecture se fait de bas en haut. Cette verrière contemporaine de l'édification du chevet (vers 1215), a été endommagée en 1870 par l'explosion de la citadelle. Elle mesure 9 mètres de haut et 1,85 mètres de large.
Baie 0 de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile 2025.
1. Demi-médaillon : L'Entrée à Jérusalem de Jésus, monté sur un ânon, et suivi par des apôtres (on reconnaît Pierre, en second) ; la foule l'accueille avec liesse devant les portes , les uns jetant sous les pas de l'ânon des rameaux en criant Hosannah, les autres se dépouillant de leurs habits et les étendant devant lui. Un homme est monté sur la branche d'un arbre.
Baie 0 de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile 2025.
Baie 0 de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile 2025.
Baie 0 de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile 2025.
2. La Cène. Quadrilobe intermédiaire.
Jésus n'est pas représenté au centre, mais sur la gauche, l'apôtre Jean endormi sur des cuisses. Dix autres apôtres sont regroupés face à la coupe présentée par Jésus. Bien séparé des autres par toute la longueur de la table, Judas dissimule la bourse qu'il a reçu comme prix de sa trahison et tend la main vers un plat.
Baie 0 de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile 2025.
Baie 0 de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile 2025.
Judas, dissimulant la bourse des trente deniers, et tendant la main pour se servir de pain et de poisson.
Baie 0 de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile 2025.
3. Demi-médaillon inférieur : Le Lavement des pieds des apôtres par Jésus.
Baie 0 de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile 2025.
Baie 0 de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile 2025.
4. L'agonie de Jésus au Jardin des Oliviers.(demi médaillon supérieur)
L'artiste a représenté, devant l'ange, Jésus seul se retournant dans un geste éloquent témoignant de son émotion, mais aussi de sa surprrise de voir tous ses disciples endormis (alors qu'il avait demandé à Jacques, Jean et Pierre de veiller avec lui). En général, ces trois apôtres sont représentés avec Jésus, sans les autres disciples.
Agonie de Jésus à Gethsémani. Cliché Centre Chastel.
5. Le Baiser de Judas et l'arrestation de Jésus (quadrilobe intermédiaire). La tête de Pierre est moderne. Pierre tient le glaive avec lequel il va trancher l'oreille du serviteur du grand prêtre.
Arrestation. Cliché Centre Chastel.
6. la comparution de Jésus devant Caïphe (demi médaillon inférieur côté gauche)
Comparution de Jésus. Gravure E. Midoux 1882.
Comparution de Jésus. Cliché Centre Chastel.
67. la Flagellation du Christ. (demi médaillon inférieur côté droit)
Flagellation. Cliché Centre Chastel.
Baie 0 de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile 2025.
Baie 0 de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile 2025.
Baie 0 de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile 2025.
Demi-médaillon supérieur.
8. La montée au calvaire devant Marie.
9. Le Portement de Croix.
Sur ordre d'un personnage, Simon de Cyrène s'apprête à aider le condamné à porter la croix.
Baie 0 de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile 2025.
10. La Crucifixion. Quadrilobe entre les médaillons.
Le Christ crucifié entre Marie et Jean. Le titulus indique :
IHC / NAIAREN[US
REX IUDEORUM
Baie 0 de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile 2025.
Demi-médaillon inférieur.
11.Embaumement sur la pierre de l'Onction.
Ce sujet m'intéresse tout particulièrement, car il ne doit pas être considéré comme une Mise au tombeau, bien plus courante. Hélas, j'ai négligé de le photographier correctement. Les gravures d'E. Midoux vont nous aider.
On voit très clairement que les sept personnages (quatre hommes et trois femmes dont Marie, nimbée) se livrent aux soins d'embaumement sur la Pierre de l'Onction. Celui qui doit être Joseph d'Arimathie, à la tête chenue, tient avec précaution et respect (en l'entourant d'un linge) une fiole de baume (ou de parfum de prix), alors qu'un homme coiffé du bonnet conique verse le contenu d'une fiole identique sur la poitrine du Christ et l'applique avec la main. Dans la partie droite du demi-médaillon, un troisième, également coiffé du bonnet juif, déplisse le suaire sur le bassin du défunt. Enfin Nicodème tête nue présente un grand bol rempli de myrrhe et d'aloès. Les femmes assistent passivement aux soins, s'essuyant les yeux de leurs pleurs avec le coin de leur voile. L'une d'entre elles est Marie-Madeleine.
Nous avons donc l'illustration du passage suivant de l'évangile de Jean 19 :38-42
"Après cela, Joseph d'Arimathée, qui était disciple de Jésus, mais en secret par crainte des Juifs, demanda à Pilate la permission de prendre le corps de Jésus. Et Pilate le permit. Il vint donc, et prit le corps de Jésus. Nicodème, qui auparavant était allé de nuit vers Jésus, vint aussi, apportant un mélange d'environ cent livres de myrrhe et d'aloès. Ils prirent donc le corps de Jésus, et l'enveloppèrent de bandes, avec les aromates, comme c'est la coutume d'ensevelir chez les Juifs. Or, il y avait un jardin dans le lieu où Jésus avait été crucifié, et dans le jardin un sépulcre neuf, où personne encore n'avait été mis. Ce fut là qu'ils déposèrent Jésus, à cause de la préparation des Juifs, parce que le sépulcre était proche."
Baie 0 de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile 2025.
Demi-médaillon supérieur.
12.Noli me tangere, Apparition du Christ à Marie-Madeleine. Demi-médaillon supérieur côté gauche.
Demi médaillon supérieur, côté gauche : Marie-Madeleine se prosterne devant le Christ ressuscité qu'elle vient de reconnaître sous les traits du jardinier. Ce dernier tient un phylactère où est inscrit NOLI ME TANGERE, "Ne me touche pas".
apparition à Marie-Madeleine, Centre André Chastel
12. Les Saintes femmes au tombeau (Marie-Madeleine, Marie Jacobé et Marie Salomé) , face à un ange leur montrant le tombeau vide. Trois soldats sont endormis. Demi-médaillon supérieur côté droit.
Les saintes femmes et le tombeau vide. Cliché Centre Chastel.
Baie 0 de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile 2025.
13. Quadrilobe intermédiaire. Saint Jean et saint Pierre avec Marie-Madeleine face au tombeau vide.
"A gauche Marie-Madeleine montre à Jean et à Pierre le sépulcre vide. Elle tient un livre à fermoir, orné de cabochons, dont le sens symbolique ne se détache pas très nettement ici. L'apôtre « que Jésus aimait » est debout dans une attitude qui dénote sa surprise. Pierre est profondément courbé et il approche de son visage un des linceuls, comme s'il voulait ne s'en rapporter qu'au témoignage de ses yeux. Mais alors ses doutes disparaissent et bientôt il annoncera lui-même aux Juifs la Résurrection ." (A. De Florival)
"Celles qui racontèrent cela aux apôtres étaient Marie de Magdala, Jeanne, Marie la mère de Jacques et les autres femmes qui étaient avec elles, 11 mais ils prirent leurs discours pour des absurdités, ils ne crurent pas ces femmes. 12 Cependant, Pierre se leva et courut au tombeau. Il se baissa et ne vit que les bandelettes [qui étaient par terre]; puis il s'en alla chez lui, tout étonné de ce qui était arrivé."Luc 24:11-12
"Le premier jour de la semaine, Marie de Magdala se rendit au sépulcre dès le matin, comme il faisait encore obscur; et elle vit que la pierre était ôtée du sépulcre. Elle courut vers Simon Pierre et vers l'autre disciple que Jésus aimait, et leur dit: Ils ont enlevé du sépulcre le Seigneur, et nous ne savons où ils l'ont mis. Pierre et l'autre disciple sortirent, et allèrent au sépulcre. Ils couraient tous deux ensemble. Mais l'autre disciple courut plus vite que Pierre, et arriva le premier au sépulcre; s'étant baissé, il vit les bandes qui étaient à terre, cependant il n'entra pas. Simon Pierre, qui le suivait, arriva et entra dans le sépulcre; il vit les bandes qui étaient à terre, et le linge qu'on avait mis sur la tête de Jésus, non pas avec les bandes, mais plié dans un lieu à part. Alors l'autre disciple, qui était arrivé le premier au sépulcre, entra aussi; et il vit, et il crut." (Jean 20:2-10)
Baie 0 de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile 2025.
14. Pèlerins d'Emmaüs : les deux scènes du demi-médaillon supérieur.
Selon Karine Boulanger, les visages du Christ et de l'un des pèlerins sont modernes ; il pourrait s'agir de la combinaison de deux thèmes : celui du souper à Emmaüs et celui de l'Ascension à laquelle le Christ avait convié les pèlerins.
Dans le panneau de gauche, les deux pèlerins, coiffés de leur chapeau de voyage et tenant leur bourdon, font face au Christ rescussité, au nimbe crucifère.
Baie 0 de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile 2025.
15. L'Ascension du Christ devant les disciples.
16. Le Christ dans son Ascension.
17. Deux anges thuriféraires.
Baie 0 de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile 2025.
Baie 0 de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile 2025.
SOURCES ET LIENS
—BOULANGER (Karine), 2008, Notice du Centre André Chastel
— BOURGEOIS ( Aurélie), 2011- Les Vitraux gothiques de la cathédrale de Laon. Sous la dir. de Heck, Christian. Master2 : Hist. art : Lille III, 2011. Non consulté
—BROCHE, (Lucien) 1926, La cathédrale de Laon ([Reprod. en fac-sim.]) / Lucien Broche ed. Laffitte (Marseille)
—LAUTIER (Claudine) 2000, Les vitraux du chevet de la cathédrale de Laon. Première approche. Österreichische Zeitschrift für Kunst und Denkmalpflege, 2000, 54, p. 257-264. 〈halshs-00355365〉 Non consulté
Sous la rose du chevet plat de la cathédrale, trois baies (1, 0 et 2) en hautes lancettes ogivales viennent répéter la forme de la voûte gothique à 10 travées du chœur dont la construction s'est achevée entre 1205 et 1220.
Les trois baies alignent des séries de médaillons : ceux de la baie centrale 0 présentent 15 scènes de la Passion du Christ. La baie 1, à gauche, raconte l'histoire du diacre Théophile et la vie du diacre saint Etienne. Et la baie 2, à droite, est consacrée à la Vie de la Vierge et à l'Enfance du Christ, incluant des références typologiques, c'est-à-dire des épisodes bibliques dans lesquels la tradition chrétienne a vu une préfiguration de l'avènement du Christ.
Cette baie 2 comporte 24 médaillons groupés en 12 paires de médaillons inscrits dans des panneaux carrés et entourés d'une bordure de fleurs rouges.
Les médaillons, décrits de bas en haut et de gauche à droite, seront accompagnés des relevés d'Étienne Midoux, datant de 1882.
Vue du chœur de la cathédrale de Laon depuis la nef. Cliché lavieb-aile 2025.
Baie 2 du chevet de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile 2025.
Baie 2 du chevet de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile 2025.
1a. L'Annonciation.
La tête de la Vierge est moderne.
A. de Florival, 1882, Les vitraux de la cathédrale de Laon ; gravure de E. Midoux.
Baie 2 du chevet de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile 2025.
1b. La Visitation.
A. de Florival, 1882, Les vitraux de la cathédrale de Laon ; gravure de E. Midoux.
La tête de la troisième personne (sainte Anne, mère de Marie et parente d'Elisabeth selon Karine Boulanger malgré l'absence de guimpe) est moderne.
Baie 2 du chevet de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile 2025.
Baie 2 du chevet de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile 2025.
2 a et b. La Nativité.
Baie 2 du chevet de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile 2025.
2a La Vierge allongée sur son lit d'accouchée.
La tête de la Vierge est moderne.
Dans le médaillon 2a de gauche, la Vierge est couchée et une sage femme (sainte Anastaise?) lui présente l'enfant emmailloté. Une lampe est suspendue à un portique. Dans le médaillon 2b, une servante ou sage femme prépare le bain de l'Enfant, tandis que Joseph (bonnet juif et canne soulignant son âge) est assis à l'écart (il semble même placé derrière un écran rouge supporté par un portique). Tous ces éléments se retrouvent assez régulièrement dans l'iconographie de la"Vierge en gésine" .
Comparez avec la baie 50 de Chartres (1145-1155)
Baie 50 de la cathédrale de Chartres
On peut distinguer trois phases dans le rituel des relevailles. La première a lieu juste après la naissance de l’enfant et consiste essentiellement dans le don d’une nourriture à la femme, le « brouet ». La deuxième phase est la période de gésine où la femme reste dans son lit et reçoit des visites de sa famille et de ses voisines. La troisième phase est constituée par les relevailles ou Purification quarante jours après la Nativité
« Car la loi juive avait décrété que toute femme ayant enfanté un fils restait absolument impure pendant sept jours, c’est-à-dire exclue à la fois du contact de l’homme et de l’entrée du temple. Après sept jours, elle devenait pure quant au contact de l’homme, mais restait impure pendant trente-trois jours encore quant à l’entrée du temple. Enfin, le quarantième jour après sa délivrance, elle était admise dans le temple, où elle offrait son enfant avec des présents. Que si elle avait mis au monde une fille, la durée de son état d’impureté était doublée, tant quant au contact de l’homme que quant à l’entrée du temple. « (Jacques de Voragine, Légende dorée)
Ces notions de pureté et impureté rituelle expliquent sans doute que Joseph est très souvent tenu à l'écart du lit d'accouchée.
A. de Florival, 1882, Les vitraux de la cathédrale de Laon ; gravure de E. Midoux.
Baie 2 du chevet de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile 2025.
2b La servante préparant le bain ; Joseph assis
A. de Florival, 1882, Les vitraux de la cathédrale de Laon ; gravure de E. Midoux.
La tête de la servante puisant de l'eau pour le bain à l'Enfant est moderne.
Baie 2 du chevet de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile 2025.
Baie 2 du chevet de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile 2025.
3a et b. L'Annonce faite aux Bergers.
Un ange, tenant un phylactère et un lys, apparaît à un berger à la longue barbe, qui tient sa houlette (en forme de club de golf) et est accompagné par ses moutons.
On remarque sur toute la baie l'emploi de modèles (ou cartons?) pour l'ange, les moutons, les chiens, la chèvre
Baie 2 du chevet de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile 2025.
Baie 2 du chevet de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile 2025.
Le berger jouant d'une flûte de pan.
Deux bergers plus jeunes occupent le médaillon 3b, tenant aussi leur houlette, et accompagnés de leur chien. Des moutons paissent tandis qu'une chêvre tend le museau vers un arbre.
A. de Florival, 1882, Les vitraux de la cathédrale de Laon. gravure de E. Midoux.
L'intrument est une flûte de pan monoxyle percée de 5 à 6 trous et dont l'embouchure est en biseau.
On en voit un très bel exemple au linteau inférieur droit du portail sud de la cathédrale de Chartres, entre les mains d'un berger d'une Annonce aux Bergers. Voir A. Bonjour, Revue Archéologique du Loiret - N°40, 2019 ou bien Instrumentarium de Chartres et voir Apemutam. Les trous visibles de face seraient décoratifs, les trous effectifs étant sous les lèvres du berger, sur le biseau.
Berger jouant du frestel, portail sud de la cathédrale de Chartres. Cliché lavieb-aile.
Baie 2 du chevet de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile 2025.
4a et b. L'Adoration des Mages.
Sur le panneau de gauche, la tête du roi de droite est moderne.
Baie 2 du chevet de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile 2025.
4a: Gaspard et Balthazar tenant leur présents (l'encens et la myrrhe) , devant un écuyer tenant les rènes de leurs chevaux.
Baie 2 du chevet de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile 2025.
4b. Melchior offrant l'or à l'Enfant-Jésus, qui le bénit sous le regard de la Vierge (couronnée).
A. de Florival, 1882, Les vitraux de la cathédrale de Laon ; gravure de E. Midoux.
Baie 2 du chevet de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile 2025.
5a et b. La Présentation de Jésus au Temple, ou la Circoncision .
Comparez avec la scène homologue de la baie 50 de la cathédrale de Chartres :
baie 50 de la cathédrale de Chartres. Cliché Wikipédia
À Laon, A. de Florival, décrit la scène comme étant celle de la Présentation de Jèsus au Temple et identifie les personnages féminins : Anne la Prophétesse tiendrait l'Enfant, et la Vierge les deux cierges et deux agneaux (*). Mais on peut aussi identifier Marie sous les traits de la femme tenant l'Enfant face à Siméon. Celui-ci (ou le prêtre), devant l'autel et une lampe votive, tend les bras recouverts d'un linge blanc.
(*) l'offrande décrite par Luc 2:22 est celle de deux colombes ou tourterelles.
Mais cet épisode est représenté sur le médaillon 10b : n'est-ce pas ici la Circoncision?
Baie 2 du chevet de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile 2025.
Baie 2 du chevet de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile 2025.
A. de Florival, 1882, Les vitraux de la cathédrale de Laon ; gravure de E. Midoux.
Baie 2 du chevet de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile 2025.
6a. Le Miracle de la Rosée de Gédéon. Dieu fait tomber la rosée sur la toison.
L'image qui figure dans la Biblia Pauperum (certes plus tardive) à la page de l'Annonciation, en vis à vis de celle de la Nativité témoigne d'une relation typologique entre le texte vétéro-testamentaire de Juges, 6:37-38, et la virginité de Marie et l'Incarnation: Gédéon, cinquième juge d’Israël, souhaite tester la parôle de Yahvé qui souhaite l'envoyer libérer la Terre Promise. En réponse à Gédéon, un miracle se produit. Une toison déposée au sol se couvre de rosée, que le juge recueille dans une coupe alors que la terre alentour est restée sèche. Au Moyen Âge, on interprète cet espace recevant la rosée comme un symbole de la virginité de Marie. Gédéon sortira vainqueur du combat, grâce à ce signe de Dieu. Sur la gravure de la Biblia Pauperum Gédéon lève les bras vers l'ange qui lui dit Dominus tecum virorum fortissime (Juges 6:12), dans un parallèle évident avec l'archange Gabriel disant à la Vierge Ave gratia plena dominus tecum. De même l'inscription placée au dessus de Gédéon, descendet dominus sicut pluvia in vellus ("Dieu descendit comme une pluie sur la toison") crée un parallèle entre l'ondée de rosée, et la puissance fécondatrice de Yahvé lors de l'Annonciation.
Biblia pauperum (1480-1485), BnF Réserve des livres rares, XYLO-5
"Le peintre verrier de Laon a choisi le moment où Gédéon obtient de Dieu, comme preuve de sa mission, à la veille d'attaquer les Madianites, la rosée miraculeuse.
« O Jéhovah ! » s'écrie-t-il, « si vous voulez faire de moi le libérateur d'Israël, faites que les champs d'alentour demeurant secs, la rosée ne tombe que sur cette toison placée dans l'aire. » Le lendemain, à l'aurore, il pressa la toison et remplit un vase de l'eau qui en sortit. "Seigneur, » dit encore Gédéon, « que votre courroux ne s'allume pas contre moi si je vous demande encore une épreuve. Ordonnez que la campagne soit trempée de la rosée et que la toison seule reste sans humidité. » Et la rosée tomba sur toute la terre et la toison demeura sèche ( Juges 6 :36-40).
Jéhovah apparaît, sur la gauche, au milieu d'un cercle de nuages dont une partie seule est visible, sous les traits du Christ, qu'on lui donnait fréquemment à cette époque. Mais, par exception, son nimbe n'est pas crucifère. De sa main levée et aux doigts inclinés dans l'attitude de la bénédiction, s'échappe une pluie qui se répand sur la terre en bouillonnant. L'autre main tient les tables de la loi. Gédéon s'avance vers lui; ses gestes, sa physionomie expriment le respect, la surprise, l'admiration. Il est vêtu en guerrier de la fin du XIIe siècle. C'est un croisé partant pour la délivrance des Saints Lieux, et non le libérateur hébreu des premiers temps d'Israël dans la terre promise.
Il porte cette espèce particulière de haubert ou cotte de mailles, appelée broigne, couverte d'annelets de fer cousus sur une tunique de peau, de soie ou de velours et maintenus par un galon. La broigne, fendue de côté, dépassait le genou et laissait voir une tunique, également fendue, qui découvrait la partie inférieure des jambes. Les manches sont demi-longues, aussi garnies d'annelets et bordées d'un galon perlé. Celles de la tunique sont collantes et descendent jusqu'aux poignets. La broigne enveloppe le cou et la tête entière, en dégageant le visage du front au menton. Le casque pointu, ou heaume conique, légèrement recourbé derrière et devant, où il se termine par un nasal assez court, est orné d'une bande sobrement ciselée de lignes verticales. Le héros hébreu ne porte point de brodequins, mais une sorte de chaussure très simple, son sabre pend au côté, soutenu par un baudrier large et uni, une lance dont on n'aperçoit que la hampe est appuyée sur son épaule droite et permet le jeu des bras. Un bouclier rond, de couleur rouge, retenu d'une épaule à l'autre par une courroie, couvre une partie du dos, qu'il dépasse même sensiblement. Ce costume militaire, dont le XIe siècle offre déjà quelques exemples, fut surtout usité au XII, ainsi qu'on le voit, d'après Montfaucon, pour les cavaliers figurés sur les vitraux que Suger fit peindre pour l'église de l'abbaye de Saint-Denis et pendant le XIIIe siècle, pour être abandonné vers le milieu du XIVe, où il fut remplacé par les armures formées de plaques ajustées." (A. de Florival)
A. de Florival, 1882, Les vitraux de la cathédrale de Laon ; gravure de E. Midoux.
Baie 2 du chevet de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile 2025.
6b. Moïse et le Buisson ardent.
Dans la même pensée typologique que pour l'image de Gédéon, la scène du Buisson ardent, ou manifestation théophanique de Yahvé à Moïse gardant ses troupeaux, a été mise en paralléle avec la Nativité.
Exactement comme sur la gravure, Moïse est représenté en train de se déchausser, obéissant à Yahvé (Exode 3 :1-6) tout en plaçant sa main devant ses yeux pour se protéger de l'éblouissement.
Sur la gravure, l'inscription du haut indique solve calceamentum de pedibus tuis: locus enim, in quo stas, terra sancta est "ôte tes souliers de tes pieds, car le lieu sur lequel tu te tiens est une terre sainte."
L'inscription du bas indique Vadam, et videbo visionem hanc magnam, quare non comburatur rubus "J'irai, et je verrai cette grande vision, pourquoi le buisson ne se consume pas."
Sur le vitrail, ce texte n'est pas indiqué, mais il est implicite.
On retrouve ici la houlette et les moutons de l'Annonce faite aux bergers, et la chèvre qui, non sans humour, vient brouter le buisson ardent.
Biblia pauperum (1480-1485), BnF Réserve des livres rares, XYLO-5
A. de Florival, 1882, Les vitraux de la cathédrale de Laon ; gravure de E. Midoux.
Baie 2 du chevet de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile 2025.
7a. Avant la Fuite en Égypte.
Voici l'interprétation d'A. de Florival :
"Saint Joseph nimbé, et dont l'habillement consiste en une tunique blanche et un manteau pourpre, d'une riche coloration, porte dans ses bras l'enfant Jésus, le front ceint du nimbe crucifère et tendant les mains vers la Vierge que l'on voit, dans le médaillon contigu, assise sur un âne.
A la gauche de Joseph, se trouve une femme voilée, non nimbée. C'est sans doute Salomé, la sage-femme, qui se joignit à la sainte Famille et l'accompagna dans son voyage (Evang. apocr. cap. VIII. )."
Mais je ne crois pas que l'homme nimbé du médaillon 7a, aux allures christiques, soit Joseph, qui est représenté sur le médaillon 7b, non nimbé, la canne sur l'épaule chargée de son baluchon. S'agirait-il de Yahvé ? En dehors de cela, les deux médaillons se répondent et se complètent, le personnage de gauche tendant l'Enfant vers Marie qui lui tend les bras.
Le texte de l'évangile de Matthieu 2 :13-14 est le suivant :
"Lorsqu'ils furent partis, voici, un ange du Seigneur apparut en songe à Joseph, et dit: Lève-toi, prends le petit enfant et sa mère, fuis en Egypte, et restes-y jusqu'à ce que je te parle; car Hérode cherchera le petit enfant pour le faire périr. Joseph se leva, prit de nuit le petit enfant et sa mère, et se retira en Egypte."
Baie 2 du chevet de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile 2025.
7b.La Fuite en Égypte
Baie 2 du chevet de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile 2025.
8 a. Le rêve des trois mages après la Nativité : un ange les avertit de ne pas retourner par Jérusalem auprès d'Hérode, mais de rentrer dans leur pays par un autre chemin.
Baie 2 du chevet de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile 2025.
8 b. Le retour des mages dans leur pays.
Baie 2 du chevet de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile 2025.
9a. Le prophète Daniel ?.
Un personnage nimbé, à longue barbe, est assis sous une colonnade qui supporte un rideau négligemment relevé. Le rouleau qu'il tient de la main droite et sur lequel est écrit le nom de DANIEL jette une lumière très nécessaire sur cette figure qu'aucune particularité, aucun symbole ne pouvait faire reconnaître.
On sait que Daniel, le dernier des grands prophètes, est celui qui annonça, en termes formels, l'époque de la naissance de Jésus-Christ ( Daniel, IX, 24 et seq.). Il a la main gauche levée soit dans l'attitude de la parole, soit pour montrer le médaillon voisin qui complète cette scène biblique. Dans un édifice soutenu par des colonnes entremêlées de draperies, on voit, élevées sur de larges piédestaux portés sur des colonnes minces à base arrondie et chapiteau à crochets, deux statues d'or, nues, couronnées, qui, violemment ébranlées par une force invisible, se partagent en plusieurs morceaux et s'écroulent. Les deux médaillons sont liés par la continuité des draperies.
A. de Floridal écrit : " On comprend la pensée qui a rapproché cette scène de la figure de Daniel. En effet, la chute des idoles devait être la conséquence de la venue du Messie qu'il annonçait (Daniel, ibid). Plusieurs circonstances de sa vie pouvaient aussi en être considérées comme l'image symbolique. Il montra un grand zèle pour la destruction des faux dieux (Id. XIV, 21-27). Ce fut lui qui expliqua la vision de la statue aux pieds d'argile renversée par la pierre, image du royaume du Christ (Id. II, 31-46.). ".
Mais il serait plus logique de trouver ici Isaïe ou Jérémie, et le nom du phylactère a peut-être été modifié par un restaurateur, car elle est un peu trop lisible. La scène renverrait alors à Isaïe 19:1 : "Oracle sur l'Égypte. Voici, l'Éternel est monté sur une nuée rapide, il vient en Égypte; Et les idoles de l'Égypte tremblent devant lui, Et le coeur des Égyptiens tombe en défaillance". Ou encore Jérémie 43, 13 : « Il brisera les stèles de la maison du soleil qui est dans le pays d’Égypte et il brûlera les maisons des dieux d’Égypte ».
Baie 2 du chevet de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile 2025.
9b. La chute des idoles lors de la Fuite en Égypte .
Cet épisode de la chute des idoles à Sotinien dans le temple égyptien où s'est arrétée la Sainte Famille se trouve relaté à partir du VIIIe siècle dans deux Évangiles apocryphes, l'Evangile du Pseudo-Matthieu ou l'évangile arabe de l'enfance, repris par Vincent de Beauvais ou dans la Légende dorée de Jacques de Voragine. Il est fréquemment illustré en sculpture, enluminure (Lewis Psalter, Paris 1225-1240) ou vitrail (Chartres, Vitrail de l'Enfance baie 50, 1145-1155). Sur la baie 2, les idoles sont dorées, et leurs coiffures peuvent évoquer les coiffures égyptiennes.
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10a. Le sacrifice de Caïn refusé, le sacrifice d'Abel accepté.
Le médaillon montre les deux sacrifices offerts à Yahvé par Cain et Abel, selon le texte de la Genèse chapitre 4 :
"Au bout de quelque temps, Caïn fit une offrande des produits de la terre à l'Eternel. De son côté, Abel en fit une des premiers-nés de son troupeau et de leur graisse. L'Eternel porta un regard favorable sur Abel et sur son offrande, mais pas sur Caïn et sur son offrande. Caïn fut très irrité et il arbora un air sombre."
Abel est à gauche et présente à Yahvé un agneau. À droite, Abel présente une gerbe de blé. Au centre, la main de Yahvé descend des nuées et les flammes du sacrifice s'élèvent, vives et hautes.
À première vue, puisque la main de Dieu et les flammes appartiennent à la moitié droite de l'image, j'ai pu penser que cela signifiait que c'était, par erreur de l'artiste, l'offrande de Caïn qui était acceptée. C'est bien -sûr l'inverse.
L'interprétation typologique de cette scène est à discuter. Dans l'iconographie, les scènes typologiques de l’histoire de Caïn et Abel les plus fréquentes selon Sabine Maffre sont celles des offrandes et du meurtre (Abel, qui est tué par Caïn, préfigurant le Christ). Mais cette deuxième possibilité n'est pas à retenir ici. Reste donc celle d'une offrande agréée par Yahvé. Le sacrifice d'Abel incite donc à lire la Présentation de Jésus au Temple comme une offrande où l'Enfant est consacré à Dieu comme victime sacrificielle, et l'ensemble des panneaux en rapport avec la théologie de l'Agneau mystique.
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10b. La Présentation de Jésus au Temple.
"Quand fut arrivé le huitième jour, celui de la circoncision, l'enfant reçut le nom de Jésus, le nom que l'ange lui avait donné avant sa conception. Quand arriva le jour fixé par la loi de Moïse pour la purification, les parents de Jésus le portèrent à Jérusalem pour le présenter au Seigneur, selon ce qui est écrit dans la Loi : Tout premier-né de sexe masculin sera consacré au Seigneur. Ils venaient aussi présenter en offrande le sacrifice prescrit par la loi du Seigneur : un couple de tourterelles ou deux petites colombes." (Luc 2 :21-25)
Joseph et Marie présentent Jésus au grand prêtre qui, au dessus de l'autel, tient un globe doré d'une main et tend à l'enfant un objet. Derrière le couple viennent trois animaux dont un bœuf.
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11a et b. Le roi Hérode ordonne à ses soldats le massacre des Innocents.
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12. Deux anges répandent des parfums et de l'encens sur les scènes précédentes.
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SOURCES ET LIENS
—BOULANGER (Karine), 2008, Notice du Centre André Chastel
Cycle de la Vierge : histoire de Gédéon ; vie de la Vierge ; vie du Christ ; enfance du Christ ; histoire des Juges ; histoire de Moïse ; histoire de la Genèse ; vie de sainte Elisabeth de Jérusalem
— BOURGEOIS ( Aurélie), 2011- Les Vitraux gothiques de la cathédrale de Laon. Sous la dir. de Heck, Christian. Master2 : Hist. art : Lille III, 2011. Non consulté
—BROCHE, (Lucien) 1926, La cathédrale de Laon ([Reprod. en fac-sim.]) / Lucien Broche ed. Laffitte (Marseille)
—LAUTIER (Claudine) 2000, Les vitraux du chevet de la cathédrale de Laon. Première approche. Österreichische Zeitschrift für Kunst und Denkmalpflege, 2000, 54, p. 257-264. 〈halshs-00355365〉 Non consulté
"La cathédrale Notre-Dame de Laon est l'un des premiers édifices majeurs de style gothique en France.
La construction débuta par le chœur et le grand transept afin de recevoir les nombreux pèlerins. En 1164, y eut lieu la translation des reliques de saint Béat.
Entre 1170 et 1175, une deuxième campagne de construction très courte porta sur le fond du croisillon nord, ses portails et les travées.
Entre 1175 et 1185, une troisième campagne mena à l'édification du transept avec ses deux portails (nord et sud) . Vers 1180 on posa les vitraux de la rose nord (dite des arts libéraux).
La quatrième campagne se termina vers 1200 par l'achèvement de la nef et de la façade occidentale.
Mais une cinquième et dernière campagne s'avéra nécessaire afin de reconstruire le chœur, lequel profond de seulement trois travées s'était rapidement révélé trop petit. Cette cinquième campagne eut lieu de 1205 à 1220 et vit la construction du chœur à chevet plat comprenant dix travées, tel que nous le connaissons aujourd'hui.
Enfin vers 1235-1238 se déroula la dédicace de la cathédrale. En 1250 on édifia une flèche sur la tour sud-ouest ainsi que sur la tour sud."
La rose du chevet plat et les trois baies 0, 1 et 2 datent donc de la fin de cette cinquième campagne, vers 1220 (Karine Boulanger : "1er tiers XIIIe siècle, vers 1200").
La rose a un diamètre proche de 10 mètres. Elle a été remise en plomb au milieu du XIXe siècle, et malgré l'explosion de 1870, elle conserve 80% de ses verres d'origine.
Son plan est simple : au centre, la Vierge, patronne de la cathédrale. Dans un deuxième cercle, les 12 apôtres. Dans le cercle extérieur, les 24 vieillards de l'Apocalypse, représentant l'Église, ou le Peuple de Dieu.
Vue générale du chevet.
Rose du chevet de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile 2025.
La rose orientale ou baie 100.
Rose du chevet de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile 2025.
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La rosace centrale.
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Isaïe et Jean-Baptiste.
La Vierge à l'Enfant est entourée dans les médaillons par deux anges thuriféraires (en haut), par Isaïe (prophète qui en a annoncé la venue par ces versets Ecce virgo concipiet, et pariet filium, et vocabitur nomen ejus Emmanuel: "Une Vierge concevra et enfantera un fils, et il sera appelé Emmanuel") tenant le phylactère YSAIAS et par Jean-Baptiste, dernier prophète ayant annoncé la venue du Christ (Ecce agnus dei) : il tient un plat (c'est d'habitude un livre) sur lequel siège l'Agneau de Dieu portant l'étendard de la Résurrection. Jean-Baptiste est le Précurseur, celui qui a dit "Je suis la voix qui crie dans le désert "Préparez au Seigneur un chemin droit comme l'a dit le prophète Isaïe" (Jn 1:23). Chacun des deux prophètes lève la main dans un geste oraculaire.
Isaïe, relevé par E. Midoux 1882.
L'Agneau porté par Jean-Baptiste, E. Midoux 1882
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Le quadrilobe central.
Il mesure 93 cm de diamètre.
La Vierge elle-même, couronnée et nimbée, assise frontalement sur la cathèdre, et vêtue d'un manteau-voile rouge, tient une rose rouge. Il s'agit, avec un clin d'œil à la rosace elle-même, qu'elle imite, de la rose mystique, qui est un qualificatif de Marie, dans les Litanies de Lorette par exemple (cf. la dévotion cistercienne du Rosaire au XIIe siècle)
La tête a été refaite.
L'Enfant, au nimbe crucifère, vêtu d'une tunique blanche et d'une robe bleue, lève la main dans un signe de bénédiction.
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Le cercle des 12 apôtres, en 12 médaillons de 80 cm de diamètre inscrits dans une étoile à 12 pointes.
Chaque apôtre est assis sur un arc de cercle (comme le Christ-Juge sur l'arc-en-ciel), et tient un phylactère à son nom.
Pierre, qui débute traditionnellement la série, n'est pas au zénith, et cette place est occupée par saint Jacques le Majeur (IACOBVS). Puis viennent, dans le sens horaire, André (ANDREAS), Jude, Paul (PAVLVS), Jean (JOHANNVS), Matthieu, Barthélémy (BARTHOLOMEVS), Simon (SIMON), Thaddée, Philippe, Pierre (PETRVS) et Barnabé. Comme le remarque A. de Florival, il manque Jacques le Mineur et Thomas, alors que deux médaillons sont réservés à Jude et à Thaddée, qui sont en réalité un seul apôtre.
L'apôtre Bartholomée, par E. Midoux 1882
L'apôtre Simon, par E. Midoux 1882.
L'apôtre Jean, par E. Midoux 1882
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Les 24 vieillards de l'Apocalypse.
Le plus grand cercle renferme vingt-quatre médaillons variant de soixante douze à soixante-quatorze centimètres de diamètre, disposés deux par deux et comprenant les vingt quatre vieillards de l'Apocalypse.
Les vingt-quatre médaillons géminés de la rose représentent les vieillards qui apparurent à saint Jean dans sa vision de l'Apocalypse.
Chaque compartiment est formé de deux de ces médaillons accolés. Le vide est rempli, dans le haut, par un ornement en forme de fleur de lis rouge, verte et blanche, et, dans le bas, par un quatrefeuille rouge au centre vert. Ils sont assis comme les apôtres du cercle précédent, et tiennent d'une main une fiole de forme allongée (parfois dotée d'une anse), et, de l'autre, un instrument de musique. Leurs têtes se détachent sur un nimbe circulaire dont le champ est, pour plusieurs, décoré de perles et de cabochons, leurs couronnes portent le même ornement.
Les figures sont très expressives et les physionomies nobles et fines.
On a toujours considéré, dans l'iconographie chrétienne, ces vieillards comme symbolisant les saints de l'ancien et du nouveau Testament. L'artiste verrier s'est ici inspiré de l'Apocalypse : « Autour de ce trône, il y en avait vingt-quatre autres, sur lesquels étaient assis vingt-quatre vieillards vêtus de robes blanches avec des couronnes d'or sur leurs têtes. Ils sont rois et règnent avec le Christ. « Les vingt-quatre vieillards se prosternaient devant celui qui est assis sur le trône, et ils adoraient celui qui vit dans les siècles des siècles, et ils jetaient leurs couronnes devant le trône ... Quand il eut pris le livre, les quatre êtres vivants et les vingt-quatre vieillards se prosternèrent devant l'agneau, tenant chacun une harpe et des coupes d'or pleines de parfums qui sont les prières des saints." (Ap.4 : 4 et 10)
Ils sont figurés avec les mêmes attributs, dans la cathédrale de Chartres ou d'Angers, à Saint-Denis, à Notre-Dame de La Coudre à Parthenay, à Notre-Dame de Saintes, etc.
Les 24 vieillards seront décrits en partant du haut et en tournant dans cette grande horloge dans le sens horaire. Une attention particulière sera portée aux instruments de musique dont ils jouent.
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Un roi portant une vièle. Un roi tenant une vièle à archet en huit.
On peut discuter sur le nom des instruments choisis par A. de Florival. Le premier instrument a une forme en amande ou en poire, avec un manche sans touches, trois cordes, deux ouies. S'il est monoxyle, on peut proposer le nom de rebec ; ou celui de vièle médiévale à 5 cordes.
Ce que je nomme vièle à archet est aussi nommé "vièle en huit". Son archet est long et lourd. Sa caisse possède quatre ouies. Il est posé sur les cuisses, peut-être parce que le vieillard n'en joue pas, mais surtout parce que cet instrument se joue ainsi.
Le porche occidental de la cathédrale Saint-Maurice d'Angers, qui date de la seconde moitié du XIIe siècle, montre le Christ en majesté entouré des 24 vieillards sculptés sur les voussoirs. Ils jouent tous de la vièle en huit. Denis Le Vraux et Olivier Pont ont en donné une superbe étude pour Apemutam. "La vièle en huit comme représentée sur le portail de la cathédrale d'Angers , se développe surtout aux XIIe et XIIIe siècles. Elle a trois cordes, se joue toujours en position assise l’instrument posé sur un genou ou entre les deux cuisses, dans un contexte religieux. Elle disparait au cours du XVe siècle."
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Un roi portant une vièle en huit. Un roi tenant un tambourin carré.
Le premier roi se tient jambe droite croisée sur la jambe gauche, révélant ses chausses vertes sous sa robe pourpre. On ne voit pas d'archet.
Son voisin tient bien haut un tambourin, dans l'attitude d'un joueur. Le tambourin carré porte le nom de daff ou deff en Afrique du Nord. Il est frappé à la main, ou parfois avec une baguette. "C'est un tambour sur cadre carré en bois, où deux peaux sont cousues de part et d'autre du cadre. De chaque côté, un timbre est tendu au contact de la peau, produisant le grésillement caractéristique des percussions médiévales." (apemutam.org) Il est représenté à Saint-Pierre de Poitiers au XIIe siècle.
Il est représenté dans le Psautier de saint Louis BnF Lat 10525, datant de 1270-1274. Trois femmes dansent en frappant des tambourins devant des chevaliers.
Psautier de saint Louis f.53v. Droits GallicaPsautier de saint Louis f. 66r
On le trouve encore représenté dans la Bible moralisée du XIIe siècle BnF lat 11560 f.129v
Bibliothèque nationale de France. Département des Manuscrits. Latin 11560 f. 129v droits Gallica
Rose du chevet de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile 2025.
Un roi portant une vièle médiévale. Un roi tenant une vièle à archet.
Les deux vièles ont la même forme en amande. Le premier roi la tient en position verticale, la pointe posée sur sa cuisse gauche. Le second tient sa vièle à archet comme un violon, l'extrémité coincée sous son menton.
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Un roi portant une viéle en huit et son archet. Un roi tenant une vièle en huit sans archet.
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Un roi portant une harpe. Un roi tenant une longue vièle médiévale sur ses cuisses.
Rose du chevet de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile 2025.
Un roi portant un tambourin carré. Un roi tenant une vièle, son long archet posé à sa droite.
Rose du chevet de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile 2025.
Un roi tenant une vièle à archet. Un roi portant une harpe.
Rose du chevet de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile 2025.
Un roi portant une vièle. Un roi tenant une vièle à archet.
Rose du chevet de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile 2025.
Un roi portant une vièle. Un roi portant une harpe.
Rose du chevet de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile 2025.
Un roi portant une harpe. Un roi portant un psaltérion.
— BOURGEOIS ( Aurélie), 2011- Les Vitraux gothiques de la cathédrale de Laon. Sous la dir. de Heck, Christian. Master2 : Hist. art : Lille III, 2011. Non consulté
—BROCHE, (Lucien) 1926, La cathédrale de Laon ([Reprod. en fac-sim.]) / Lucien Broche ed. Laffitte (Marseille)
—LAUTIER (Claudine) 2000, Les vitraux du chevet de la cathédrale de Laon. Première approche. Österreichische Zeitschrift für Kunst und Denkmalpflege, 2000, 54, p. 257-264. 〈halshs-00355365〉 Non consulté
"La cathédrale actuelle fut construite à l'emplacement d'un édifice roman incendié lors de l'insurrection communale survenue le jeudi 25 avril 1112. Son édification commença en 1155 sous l'épiscopat de Gautier de Mortagne et continua jusqu'en 1235.
Elle est l'un des premiers édifices majeurs de style gothique en France. Postérieure à l'église abbatiale de Saint-Denis, à la cathédrale Notre-Dame de Noyon et à la cathédrale Saint-Étienne de Sens, elle est contemporaine de Notre-Dame de Paris. La construction débuta par le chœur et le grand transept afin de recevoir les nombreux pèlerins. Entre 1170 et 1175, une deuxième campagne de construction porta sur le fond du croisillon nord.
Entre 1175 et 1185, une troisième campagne mena à l'édification du transept avec ses deux portails, la tour-lanterne d'inspiration anglo-normande, ainsi que les cinq dernières travées de la nef. Durant cette campagne, on construisit également les tours du transept. Vers 1180 on posa les vitraux de la rose nord (dite des arts libéraux).
La quatrième campagne se termina vers 1200 par l'achèvement de la nef et de la façade occidental."
La baie 235, la rose des Arts Libéraux, est constituée d'un médaillon central, et de huit médaillons périphériques.
Ces 9 médaillons représentant les sept figures allégoriques des 7 arts libéraux plus la médecine, enseignés au Moyen Age à l'école épiscopale de Laon (dont le prestige était dû au célèbre Anselme de Laon), entourent le motif central symbolisant la Philosophie ou Théologie issue de cet enseignement.
(*) "Anselme de Laon enseigna vers 1076 avec un grand succès à l'école cathédrale de Paris, où, avec Guillaume de Champeaux, il combattit du côté des réalistes dans la Querelle des Universaux.
Plus tard il se retira dans sa ville natale et fut maître des écoles de Laon, avec son frère Raoul, de 1090 environ jusqu'à sa mort. Son école de théologie et d’exégèse devint rapidement la plus réputée en Europe. En 1113 il en chassa Abélard.
Il fut le doyen et le chancelier de Laon à partir de 1109 environ et l'archidiacre à partir de 1115."
Les matières enseignées sont les droits (droit canon, droit civil), le droit canon, la médecine, les mathématiques, la logique ou la philosophie, auxquels s'ajoutent les arts libéraux (plus développés que les premiers) :
Ces Arts libéraux se répartissait en Trivium (mot latin signifiant "les trois voies"), les trois arts liés au langage écrit ou oral, la Grammaire (enseignant les mécanismes de la langue), la Rhétorique (art de persuader) et la Dialectique (art d'analyser les arguments), et en Quadrivium, les quatre arts liés aux chiffres et au calcul, l'Arithmétique (étude du nombre pur), la Géométrie (étude du nombre dans l'espace), l'Astronomie (étude du nombre dans l'espace et le temps) et la Musique (étude du nombre dans le temps). Ces sept sciences étaient basées sur les connaissances acquises des savants grecs ou latins (Pythagore, Euclide, Ptolémée, Cicéron, Quintilien, ...), transmises souvent par les Arabes, et sur les écrits de saint Augustin, discutés par des esprits brillants comme Alcuin (fondateur de l'Université de Tours au VIIIe siècle), dans les universités de Paris (1229), Montpellier (1220), Toulouse (1229), Oxford (1167), Cambridge (1209), Salamanque (1218), Valladolid (1241) ou Padoue (1220) et Bologne (1098).
Ces universités du XIIe siècle avaient été précédées depuis le VIe siècle par les "écoles cathédrales", fondées depuis la réforme carolingienne dans chaque évêché : les plus importantes ont été celles de Chartres, Orléans, Reims, Paris, Laon, Rouen et Langres. Elles dépendèrent au XIe siècle des chanoines des cathédrales et étaient dirigées par l'écolâtre. Sur l'école cathédrale de Laon, voir wikipedia , mais notons que Gautier de Mortagne , après avoir été chanoine de la cathédrale de Laon en 1150, puis doyen, devint écolâtre de l'école de Laon avant d'être évêque de Laon de 1153 à 1174. C'est sous son épiscopat que démarra l'édification de la cathédrale de Laon.
Ces Arts étaient couronnés par la Théologie, « reine » médiévale des sciences dans les universités.
Iconographie des Arts libéraux
(d'après G. Fleury, voir les illustrations sur son article)
Emile Mâle a montré que c'est Martianus Capella qui est à l'origine de ce thème iconographique, dans son De Nuptiis Philologiae et Mercurii, du Ve siècle.
A. Les représentations sculptées
Abbatiale de Déols (Indre). milieu du XIIe siècle
Le porche de la collégiale Notre-Dame de Loches du milieu du XIIe siècle
Portail royal de Chartres, porte sud (vers 1160).
Nord de la façade ouest de la Notre-Dame de Paris. Les arts libéraux prennent place au trumeau du portail du Jugement dernier, détruit en 1771, reconstitué au XIXe siècle sous l’inspiration de Viollet-le-Duc, et copiés manifestement sur les sculptures de Laon et de Sens.
Cathédrale de Sens. soubassement de l’embrasure gauche du portail central
Cloître d’Autun et chapiteau de Vienne (St-André-le-Bas), milieu du XIIe siècle . À Autun les deux piliers figurés qui étaient probablement dans le cloître de la cathédrale Saint-Nazaire d’Autun ont été déposés au musée Rollin de la même ville.
Chapiteau d’Elne, présenté au château de Villevêque. la fin du XIIe siècle ou de la première moitié du XIIIe
Cathédrale de Sienne. Les allégories sont représentées sur la base de la colonne centrale de la chaire de la cathédrale de Sienne sculptée en 1265-1268 par Nicola Pisano (1220-1284) et son fils Giovanni (1245- 1320).
Cathédrale de Pise. Les allégories sont sculptées sur les huit panneaux de la base du pilier central de chaire sculptée entre 1302 et 1311 par Giovani Pisano (1248-1315).
Cathédrale de Clermont. Les allégories, représentées jusque-là sous les traits de belles jeunes femmes, sont remplacées par les « savants » qui leur sont associés, représentés avec les attributs classiques. Cette façade nord du transept est datée du XIVe siècle. La mise en place est identique à celle d’une rose, comme à Laon. Les « savants » représentés ont des visages allongés, chevelus et barbus. Ils sont couronnés. Le médaillon central est l’équivalent d’une allégorie de la géométrie (donc c’est une représentation d’Euclide).
Cathédrale d’Auxerre, portail sud de la façade ouest, seconde partie du XIIIe siècle (1260 est la date de construction de ce portail de droite de la façade ouest)
Le portail du transept nord, dit le « portail des libraires » de la cathédrale de Rouen, construit autour de 1300. Le portail du transept nord, dit le « portail des libraires », construit autour de 1300, possède un riche décor et en particulier des sculptures en faible relief sur les jambages des ébrasements et du trumeau. Sur le trumeau, quatre quadrilobes concernent les arts libéraux avec , de gauche à droite : Géométrie, Musique, Astronomie, Grammaire. La Musique tient un tintinabulum assez proche de la Musique de Laon.
B. Vitrail
Auxerre, rose de la baie 102 du chœur. Le chœur est daté de 1215-1230, avec montage des vitraux dans les décennies qui ont suivi.
La représentation des Arts libéraux en la cathédrale de Laon : sculpture et vitrail.
La cathédrale de Laon propose deux représentations des arts libéraux. Elles sont présentées sous forme de sculptures dans la seconde voussure de la fenêtre gauche de la façade ouest (datée vers 1200), et sous forme de verrières à la rose du transept nord (datée vers 1200-1210 ). Les deux représentations utilisent pratiquement la même gestuelle et les mêmes attributs, on peut donc se demander si elles ne dérivent pas d’un même dessin ou si l’une n’est pas la transcription de l’autre.
DESCRIPTION
On trouve dans les sens des aiguilles d'une montre en partant du haut :
TRIVIUM
—1. La Rhétorique avec les livres des discours des anciens ;
—2. la Grammaire brandissant ses verges au dessus de ses enfants ;
—3. la Dialectique levant les bras avec véhémence ;
QUADRIVIUM
—4. l'Astronomie, où Uranie tient un astrolabe
—5. l'Arithmétique montrant les pions de l'abaque dans les mains ;
—6. la Médecine ajoutée aux sept arts mirant le contenu d'un urinal ou matula (cet accessoire est alors l'attribut des médecins, tout comme le sthétoscope aujourd'hui)
—7. la Géométrie traçant un dessin avec un compas
—8. la Musique frappant d'un marteau le tintinnabulum.
AU CENTRE
—9. a Sagesse ou Philosophie porte dans la main gauche les livres saints et dans la droite le sceptre royal. Cet ensemble (rose) composé d'un occulus central et de huit occuli plus petits, fut exécuté vers 1180.
Restauration.
Cinq des médaillons sont datables des années 1200 à 1210, soit 20 à 30 ans après la construction du transept ; les quatre derniers (philosophie, rhétorique, musique, médecine) ont été réalisés en 1865 par le peintre-verrier Adolphe Charles Edouard Steinheil qui prit comme modèles les sculptures de la seconde voussure de la façade occidentale de Laon consacrée aux Arts libéraux.
Les P.P Cahier et Martin ont reproduit la rose dans son état antérieur à l'intervention de Steinheil dans leur Mélanges d'archéologie, d'histoire et de littérature tome IV de 1856, avec les quatre médaillons d'origine , mais dans un ordre différent. On voit des différences notables, par exemple pour Grammaire, qui est figurée tissant , fuseau en main (ce devait être une férule), devant 3 enfants. Géométrie trace un cercle avec un compas sur une planche posée sur ses genoux. Astronomie élève un instrument bien différent de l'astrolabe de Steinheil.
Cahier et Martin, Mélanges d'archéologie, d'histoire et de littérature tome IV de 1856 Planche VIII
Chaque allégorie du vitrail sera précédée par le dessin du livre de Viollet-le-Duc du claveau sculpté correspondant de la façade ouest de la cathédrale de Laon.
Rose nord de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile 2025.
1. Au centre : la Philosophie ou Théologie. Coffetier et Steinheil 1865
Elle est assise, la tête dans les nuages, avec une échelle appuyée sur son torse, et tenant un livre ouvert. En main droite, elle tient un sceptre. Sur la sculpture, elle tient deux livres, et un manche qu'on peut peut-être deviner sur la sculpture dans la main gauche.
D’après Émile Mâle, il s’agit de Philosophie et non de Théologie . Cette personnification étant due à Boèce dans sa Consolation philosophique : l’échelle correspondrait aux degrés qui permettent d’accéder de la philosophie pratique (π) à la philosophie « spéculative » (θ) comme indiqué dans le texte. Les lettres grecques ont été reproduites à Sens. (G. Fleury).
Mais la proximité de la Philosophie (aristotélicienne en particulier) et de la Théologie permet de garder les deux figures.
Rose nord de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile 2025.
Rose nord de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile 2025.
2. la Rhétorique. Coffetier et Steinheil 1865
Sur la sculpture, Rhétorique écarte les bras dans un geste d'orateur. Sur le vitrail elle écrit sur une tablette (mauvaise interprétation du XIXe siècle ?).
Rose nord de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile 2025.
3. La Grammaire ou gramatica. v.1210
Grammaire est représentée l'index posé sur le livre que tient un écolier sur la voussure sculptée, tandis que sur le vitrail, elle tient un fuseau fleuri, devant deux enfants dont l'un tient une tablette à deux battants.
Rose nord de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile 2025.
3. la Dialectique. v.1210
Dialectique lève les bras et pointe un doigt de la main droite, par un geste d'éloquence opposant les arguments. Sur la sculpture, un serpent s’enroule autour de sa taille, ce qui ne se voit pas sur le vitrail, dont les verres rouges sont devenus noirs.
Rose nord de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile 2025.
4. l'Astronomie. v. 1210.
Astronomie présente un disque muni d’une zébrure horizontale, c'est à dire une astrolabe, comme sur le portail central de la cathédrale de Sens au XIIe siècle
L'astrolabe est un instrument de calcul qui emploie une représentation de la voûte céleste et de la terre combinée à un calendrier. Il a été conçu dans l'Antiquité, a été grandement employé et perfectionné dans la sphère islamique avant de passer dans le monde chrétien au 12e siècle où son usage se répand ensuite rapidement.
Rose nord de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile 2025.
5. l'Arithmétique. v.1210
Arithmétique tient des groupes de boules dans ses deux mains.
Rose nord de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile 2025.
6. la Médecine. v.1210
Elle tient la matula, flacon d'urine dont l'inspection permet l'uroscopie diagnostique ou pronostique.
Rose nord de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile 2025.
7. la Géométrie. v.1210
Géométrie manipule un compas sur une tablette. Sur la sculpture, elle forme un octogone.
Rose nord de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile 2025.
8. la Musique. Coffetier et Steinheil 1865
Musique, assise sur une banquette (ou sur une cathédre dans la sculpture) et coiffée d'un voile, frappe avec un manche l'une des trois cloches d'un tintinnabulum ; on en compte cinq sur la sculpture.
La représentation très célèbre d'un des chapiteaux de la cathédrale d'Autun (1160) montre un homme tenant sur l'épaule une traverse où 6 cloches sont suspendues : il en tient deux par l'anse , et une autre cloche pend à sa robe. Deux musiciens sont accroupis, l'un d'eux frappe une cloche avec un marteau, tandis qu'il tient une huitième cloche, qu'il fait peut-être sonner. Son compagnon met en action le battant de la quatrième cloche.
Chapiteaux d'Autin, cliché lavieb-aile.
On trouve aussi des représentations romanes de tintinabulum au portail central de Notre-Dame de Paris, au portail de la Vierge de la cathédrale de Chartres. Et parmi les Arts libéraux du portail des Libraires de Rouen.
Rose nord de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile 2025.
—CHARRON (Pascale), Les Arts libéraux dans la tapisserie à la fin du Moyen Âge : entre iconographie savante et pratiques d’atelier. Université de Tours-CESR/UMR 7323
— FLEURY (Gérard) (*) Allégories des Arts libéraux de Martianus Capella (Ve siècle) jusqu'au XXe siècle. Académie de Touraine.
(*) Professeur de mathématiques au lycée public de Loches durant toute sa carrière, spécialiste de l’art religieux du Moyen Âge, plus particulièrement l’architecture et la sculpture d’inspiration romane, Gérard Fleury est décédé en 2023
—MÂLE ( Émile), « Les arts libéraux dans la statuaire du moyen âge », Revue archéologique, T. 17, 1881, p. 334- 346. Cité par G. Fleury
—VERDIER (Philippe), 1967, "L’iconographie des arts libéraux dans l’art du Moyen Âge jusqu’à la fin du quinzième siècle". Verdier, P. In Arts libéraux et philosophie au Moyen Âge. Actes du 4e congrès international de philosophie médiévale (Montréal, 1967), pages 305–332. Montréal, 1969. Non consulté.
— VIOLLET-LE-DUC , Dictionnaire raisonné…, tome II, article « Arts libéraux »
" Une des plus belles collections des arts libéraux figurés se voit au portail occidental de la cathédrale de Laon (de 1210 à 1230), dans les voussures de la grande baie de gauche, au-dessus du porche. Là, les figures sont au nombre de dix.
La première, à gauche, représente la Philosophie ou la Théologie. Cette statuette tient un sceptre de la main gauche, dans la droite un livre ouvert ; au-dessus un livre fermé. Il est à présumer que le livre fermé représente l’ancien Testament, et le livre ouvert le nouveau. Sa tête n’est pas couronnée comme à Sens, mais se perd dans une nuée ; une échelle part de ses pieds pour arriver jusqu’à son col, et figure la succession de degrés qu’il faut franchir pour arriver à la connaissance parfaite de la reine des sciences. La seconde, au-dessus, représente la Grammaire . La troisième, la Dialectique ; un serpent lui sert de ceinture. La quatrième, la Rhétorique . La cinquième, l’Arithmétique ; la statuette tient des boules dans ses deux mains.
La première figure à droite représente la Médecine (probablement) ; elle regarde à travers un vase . La seconde, la Peinture ; c’est la seule statue qui soit figurée sous les traits d’un homme dessinant avec un style en forme de clou, sur une tablette pentagonale. La troisième, la Géométrie. La quatrième, l’Astronomie. Il est à propos de remarquer que le disque que tient cette statue de l’Astronomie est coupé par un double trait brisé ; même chose à Sens. À Chartres, des anges tiennent également des disques coupés de la même façon. Est-ce une manière de figurer les solstices ? C’est ce que nous laissons à chacun le soin de découvrir.
La cuve monolithique est circulaire à l'intérieur, elle est cantonnée de quatre têtes d'hommes. Son pourtour d'une trentaine de centimètres de haut est divisé par ces têtes anthropomorphes en quatre décors à motifs de rinceaux à palmettes, oiseau et quadrupède, rosettes et fontaine. Elle est flanquée de 4 colonnettes rapportées (comme aussi à Saint-Just-en Chaussée, à la collégiale Saint-Laurent de Rozoy-sur-Serre, à Vermand, à Chigny, dans le Pas-de-Calais à Verlincthun, à Condette ou à Dannes, et dans l’Oise à Moliens) autour d'une cuve cylindrique centrale. Le soubassement à 8 lobes repose sur une base carrée. Le couvercle n'est pas conservé.
Fonts baptismaux du XIIe siècle de la cathédrale de Laon, cliché lavieb-aile 2025.
Fonts baptismaux du XIIe siècle de la cathédrale de Laon, cliché lavieb-aile 2025.
Fonts baptismaux du XIIe siècle de la cathédrale de Laon, cliché lavieb-aile 2025.
Description du décor.
Il est compris entre la moulure supérieure de la cuve, et une moulure basse délimitant quatre zones entre les têtes. Comme pour celles-ci, la pierre de ces zones est polie, bien noire voire luisante sur les parties saillantes et contraste avec la partie inférieure qui est bouchardée et qui apparaît plus grise.
1. Décor à rinceaux , palmes et épillets ; signe ovale à 3 registres.
Le rinceau démarre sous le menton de la tête de gauche et forme deux sinuosités délimitant des formes quasi- rondes. À l'intérieur de chacun de ces ronds, le rinceau produit des feuilles en palmettes à 4 ou 5 limbes et des épillets (qualifiés parfois de vignes ou d'arums).
Il s'interrompt pour laisser place à un dessin en ovale (comme un cartouche de hyéroglyphe) contenant deux réglures horizontales et deux demi-cercles affrontés, sans que ce dessin soit évocateur d'un élément concret et signifiant.
Fonts baptismaux du XIIe siècle de la cathédrale de Laon, cliché lavieb-aile 2025.
Fonts baptismaux du XIIe siècle de la cathédrale de Laon, cliché lavieb-aile 2025.
Fonts baptismaux du XIIe siècle de la cathédrale de Laon, cliché lavieb-aile 2025.
2. Décor à rinceaux , palmes et épillets ; rosette et "fontaine".
Le rinceau qui s'est aussi glissé sous le masque développe un motif spéculaire du précédent (une seule feuille d'abord, deux feuilles ensuite). L'espace restant est occupé par une rosette à 6 pétales, et par une forme en manche d'où retombe quatres lanières, où j'hésite à reconnaître (au vu du contexte), une fontaine stylisée.
Fonts baptismaux du XIIe siècle de la cathédrale de Laon, cliché lavieb-aile 2025.
Fonts baptismaux du XIIe siècle de la cathédrale de Laon, cliché lavieb-aile 2025.
Fonts baptismaux du XIIe siècle de la cathédrale de Laon, cliché lavieb-aile 2025.
Fonts baptismaux du XIIe siècle de la cathédrale de Laon, cliché lavieb-aile 2025.
3. Décor à l'oiseau.
Un oiseau (deux pattes, deux ailes) tend son "bec" (aux allures de gueule de chien) comme s'il voulait mordre ou avaler le masque voisin. On est intrigué par le cercle barré de gauche, qui s'achève par une tête. Je propose d'y reconnaître, plutôt qu'un serpent ourobouros, la queue céphalisée de l'oiseau monstrueux.
Fonts baptismaux du XIIe siècle de la cathédrale de Laon, cliché lavieb-aile 2025.
Fonts baptismaux du XIIe siècle de la cathédrale de Laon, cliché lavieb-aile 2025.
Fonts baptismaux du XIIe siècle de la cathédrale de Laon, cliché lavieb-aile 2025.
Fonts baptismaux du XIIe siècle de la cathédrale de Laon, cliché lavieb-aile 2025.
4. Décor au quadrupède.
Un quadrupède (je reste prudent : chien, vache, loup, monstre) aux pattes s'élargissant en sabots, tient sa queue horizontale au dessus de son dos. Il tend sa tête, au front baissé, vers la tête de gauche.
Fonts baptismaux du XIIe siècle de la cathédrale de Laon, cliché lavieb-aile 2025.
Fonts baptismaux du XIIe siècle de la cathédrale de Laon, cliché lavieb-aile 2025.
Fonts baptismaux du XIIe siècle de la cathédrale de Laon, cliché lavieb-aile 2025.
5. Les têtes anthropomorphes.
Nous les avons vues les unes après les autres : l'une d'elles est brisée, les autres, de forme d'œuf à la coque car elles ont le crâne plat (arrasé par la margelle) ont le nez droit, les yeux larges sans paupières, et la bouche tracée d'une ligne droite ou à peine souriante ; les oreilles sont en croissant presque fermé.
DISCUSSION.
On sait que c'est au XIIe siècle que les baptistères par immerion ont été abandonnés progressivement au profit de la mise en place d'un équipement spécifique (cuve baptismale à infusion) dans toutes les églises paroissiales.
Il est écrit dans les documents disponibles que ces fonts de la cathédrale de Laon sont en "marbre noir", ce qui m'a surpris, car on ne peut pas éviter de faire le rapprochement avec le grand ensemble de fonts de la même époque, taillés, eux, en pierre calcaire "bleue" de Tournai, précisément dans l'Aisne (au nord et aussi en Thiérarche). En effet, selon Laurence de Finance "Le marbre, plus particulièrement utilisé dans le sud de la France n’est couramment employé qu’à partir du XVIIe siècle pour devenir le matériau le plus recherché aux XVIII et XIXe siècles".
En réalité, Xavier Massary écrit dans la notice Palissy de 1994-2020 : "Marbre noir, dit pierre de Tournay", ce qui est correct.
Il en donne les dimensions (98 cm sur 83 cm) et reconnaît dans le décor un oiseau, et un chien "symbole de la fidélité au devoir". Il ajoute : "Ces fonts baptismaux semblent n'avoir été déposés dans le bras sud du transept de la cathédrale qu'au 19e siècle, le baptême étant primitivement administré dans la chapelle des fonts ; cette cuve est assurément de provenance locale, d'autres cuves de forme très voisine se retrouvant dans des églises de la région ; malgré leur archaïsme stylistique, ces fonts baptismaux ne sont sans doute pas antérieurs à la 2e moitié du 12e siècle."
Les fonts baptimaux du XIIe siècle en pierre de Tournai.
"Il existe, dans le nord de l'Aisne et en Thiérache, un ensemble homogène de cuves baptismales de la seconde moitié du XIIe ou du début du XIIIe siècle. Principalement carrées plus rarement rectangulaires , elles sont réalisées en pierre de Tournai (dite pierre bleue). Les plus remarquables sont celles des églises de Jeantes et de Bancigny dans l'Aisne de réalisation presque identique, issues peut-être du même atelier. Les cuves tournaisiennes portent sur leurs quatre faces un décor en relief semi-méplat où se mêlent têtes anthropomorphes et rinceau végétal. Ce décor, propre à la sculpture du nord de la France, de Tournai et de la vallée Mosane, se voit aussi sur les anciens fonts de Cousolre, déposés au musée des Beaux-arts de Lille
"Ces fonts baptismaux peuvent être mis en relation avec une série d'oeuvres similaires par la forme, le décor et l'utilisation de la pierre calcaire de Tournai dite pierre bleue et sont datables de la 2e moitié du 12e siècle ou du début du 13e siècle. De nombreuses églises en Thiérache conservent de semblables fonts, ainsi à Saint-Clément ou Martigny. Ces oeuvres ont été exécutées dans le cadre des centres de production du Nord de la France et de la vallée mosane du 12e siècle. Elles sont parmi les créations les plus originales de la sculpture romane du 12e siècle. Le décor de têtes antropomorphes sous un réseau d'arcatures, d'animaux fabuleux affrontés et de rinceaux a fait l'objet de plusieurs interprétations iconographiques et symboliques, le combat des deux animaux seraient ainsi une allusion à la lutte du Bien et du Mal. Les fonts baptismaux de Jeantes sont parmi les plus remarquables de ceux qui ont été conservés en Thiérache, ils sont très proches de ceux de la commune voisine de Bancigny, présentant un décor presque identique. Ces deux oeuvres paraissent avoir été exécutées par le même sculpteur ou atelier.
Jeantes (02, Thiérarche) : Fonts baptismaux en pierre de Tournai, 2e moitié XIIe siècle, église Saint-Martin, . Notice Palissy IM02001609 par Xavier-Philippe Guiochon
Fonts baptismaux de JeantesFonts de Bancigny
"Ces fonts baptismaux peuvent être mis en relation avec une série d'oeuvres similaires par la forme, le décor et l'utilisation de la pierre calcaire de Tournai dite pierre bleue et sont datables de la 2e moitié du 12e siècle ou du début du 13e siècle. De nombreuses églises en Thiérache conservent de semblables fonts, ainsi à Saint-Clément ou Martigny. Ces oeuvres ont été exécutées dans le cadre des centres de production du Nord de la France et de la vallée mosane du 12e siècle. Elles sont parmi les créations les plus originales de la sculpture romane du 12e siècle. Le décor de têtes antropomorphes sous un réseau d'arcatures, d'animaux fabuleux affrontés et de rinceaux a fait l'objet de plusieurs interprétations iconographiques et symboliques, le combat des deux animaux seraient ainsi une allusion à la lutte du Bien et du Mal. Les fonts baptismaux de Jeantes sont parmi les plus remarquables de ceux qui ont été conservés en Thiérache, ils sont très proches de ceux de la commune voisine de Bancigny, présentant un décor presque identique. Ces deux oeuvres paraissent avoir été exécutées par le même sculpteur ou atelier. Ils ont été reproduits par Jules-Léandre Papillon au cours du 4e quart du 19e siècle dans ses lithographies consacrées aux richesses artistiques de la Thiérache. Le couvercle originel des fonts baptismaux a disparu."
C’est également en pierre de Tournai qu’a été réalisée, dans le 2e quart du XIIe siècle, la cuve des fonts baptismaux de Châlons-en-Champagne dont le très beau décor sculpté illustre la résurrection des morts.
Fonts de Chalons-sur-Marne
La présence de 4 têtes humaines placées aux angles d'une cuve carrée ou à égale distance sur une cuve circulaire est relativement fréquente, bien que leur raison d'être ne soit pas précisément élucidée. Il est proposé de reconnaître dans celles de la cuve provenant du cimetière de Gildwiller (68) et celles de Chéreng (59) les points cardinaux à moins qu'il ne s'agisse d'une évocation des fleuves du paradis ou encore des quatre vents. Le traitement du décor de ces sculptures est très inégal, si celles de Chéreng sont très élaborées, celles de la cuve de Martigny (02) présentent une étonnante stylisation.
Martigny (02 ; Thiérache ) IM02001577
"Les fonts baptismaux de Martigny ne comportent aucun décor à l'exception des 4 têtes fantastiques à forme humaine, masculine ou androgynes qui ont donné lieu à de nombreuses interprétations symboliques, dont la plus plausible reste l'hypothèse d'y voir la représentation des quatre Fleuves du Paradis. Ces quatre têtes à forme humaine présentent chacune une expression différente, semble-t-il d' étonnement, d' effroi ou de peur, l'un de ces personnages tire la langue. " https://inventaire.hautsdefrance.fr/dossier/IM02001577#:~:text=Les%20fonts%20baptismaux%20de%20Martigny,des%20quatre%20Fleuves%20du%20Paradis.
"Fonts baptismaux. — La cathédrale renferme, dans le croisillon sud, des fonts baptismaux romans,
en pierre de Meuse. La cuve, carrée, décorée de fruits d'arum et de quatre têtes humaines en saillie, est
portée sur un gros fut que cantonnent quatre colonnettes dont les bases se relient par des griffes aux
angles d'un socle commun."
— FINANCE (Laurence de) · 2007, Catalogue des fonts baptismaux datés, avec présentation typo-chronologique. Ministère de la Culture. Inventaire général du patrimoine culturel. 2007.
Commandée à Jehan Le Texier dit Jehan de Beauce vers 1510 , la clôture de chœur dit "tour du chœur" de la cathédrale Notre-Dame de Chartres, est une œuvre réalisée en pierre entre 1521 et 1535, se dressant à plus de 6 m de hauteur sur une longueur d'environ cent mètres, ayant pour objet d’isoler le choeur liturgique auquel les laïcs n’avaient pas accès. À la mort de Jehan de Beauce en 1529, le chœur est clos, et Mathurin Delaborde prend le relais comme maître d'œuvre, avant d'être nommé en 1531 maître des maçons de la ville et de ses environs.
Formant la transition entre l'art gothique (pour les 2 premières travées) et le style de la Première Renaissance française, cette clôture de chœur de style Louis XII est classée, en totalité et pour chacune de ses parties, au titre des objets monuments historiques depuis 1862.
Au dessus d'un soubassement à médaillons, précédemment décrit ici, une claire-voie communiquait jadis avec le chœur. Elle est surmontée de niches où se déroulent les scènes de la Vie de Marie et de Jésus : ces scènes font l'objet de descriptions détaillées, alors que les bas-reliefs sont moins décrits.
Toute l'ornementation en bas-relief du soubassement et des claire-voies porte dans des cartouches les dates de 1521, 1525, 1526 et 1529, ce qui indique qu'elle est postérieure à celle du pavillon de l'Horloge du même Jehan de Beaune, de 1520 ; mais elle relève comme elle du style Première Renaissance d'influence italienne, influence ramenée des campagnes de Louis XII et de François Ier.
Ce décor italianisant témoigne de la pénétration en France de l'influence de la Renaissance italienne, comme déjà en Normandie au château de Gaillon ou à Rouen sous l'influence du cardinal Georges d'Amboise vers 1509, ou à Dol-de-Bretagne sous celle de l'évêque James en 1507 et encore sur l'escalier de l'aile Longueville du château de Châteaudun en 1518 (à 50 kms au sud de Chartres), commandé par Jean de Longueville alors archevêque de Toulouse.
Un peu plus tard en 1528, sera réalisée avec le même décor la clôture de chœur de l'abbaye de la Trinité de Vendôme , qui complète le jubé et le tombeau livré par Jean Juste en 1530.
Pour jouer au jeu iconographique des comparaisons et recherches d'influences, je propose d'examiner la frise supérieure de la claire-voie de la sixième travée, sous l'actuelle Transfiguration sculptée en 1611 par Thomas Boudin .
Cette frise appartient à l'encadrement des lancettes de la claire-voie, qui comporte trois parties : a) une frise de guirlandes de fruits dans des spires enrubannées, où se nichent des amours, des oiseaux et des escargots ; b) un alignement de coquilles suspendues à des anneaux ; et c) le bas-relief à rinceaux.
On y trouve, affrontés souvent autour de candélabres :
— comme ailleurs, des oiseaux picorant les fruits de cornes d'abondances ; des aigles aux ailes éployées
— des chimères à tête de cheval et à corps ailé, ou feuillagé, qualifiés de "chevaux marins".
— des amours ailés, en équilibre,
— des têtes d'angelots, ailés
—des putti au buste greffés sur des prolongements feuillagés, parfois tirant à l'arc, parfois musiciens (trompes, traverso)
— un faune ou hybride à tête barbue, assis de face sur un vase, ses jambes velues écartées.
Tout ce répertoire, qui se retrouve sur les monuments qui précède ce Tour de chœur, notamment à Châteaudun, et est largement repris et amplifié sur toutes les surfaces disponibles des soubassements et de la claire-voie des travées, mais sans répétition et avec au contraire une grâce dans les variations et avec une imagination constante, formant le plus beau des ensembles ornemental de la Première Renaissance en France. On y trouvera avec une inépuisable luxuriance parmi les rinceaux et candélabres, les rubans et les guirlandes, des naïades et des satyres, des animaux fabuleux, des dauphins et des oiseaux, des petits musiciens ou des instruments noués par paires, des masques et des médaillons, des trophées d'armes ou des armes (arquebuse, arcs et carquois) et des gibecières, des tournebroches, des forces de tonte, des suspensions de vases ou burettes liturgiques, des Gants de saint Béthaire, etc., etc. et, ici ou là, la Chemise de la Vierge, relique principale de la cathédrale.
Cet article souhaite donné un avant-goût de cette richesse.
Ce Tour de chœur a été remarquablement restauré récemment.
Ornementation Première Renaissance (1525-1527) de la 6ème travée du Tour de Chœur de la cathédrale de Chartres. Cliché lavieb-aile 2025.
Ornementation Première Renaissance (1525-1527) de la 6ème travée du Tour de Chœur de la cathédrale de Chartres. Cliché lavieb-aile 2025.
Ornementation Première Renaissance (1525-1527) de la 6ème travée du Tour de Chœur de la cathédrale de Chartres. Cliché lavieb-aile 2025.
Ornementation Première Renaissance (1525-1527) de la 6ème travée du Tour de Chœur de la cathédrale de Chartres. Cliché lavieb-aile 2025.
Ornementation Première Renaissance (1525-1527) de la 6ème travée du Tour de Chœur de la cathédrale de Chartres. Cliché lavieb-aile 2025.
Ornementation Première Renaissance (1525-1527) de la 6ème travée du Tour de Chœur de la cathédrale de Chartres. Cliché lavieb-aile 2025.
Ornementation Première Renaissance (1525-1527) de la 6ème travée du Tour de Chœur de la cathédrale de Chartres. Cliché lavieb-aile 2025.
Ornementation Première Renaissance (1525-1527) de la 6ème travée du Tour de Chœur de la cathédrale de Chartres. Cliché lavieb-aile 2025.
Ornementation Première Renaissance (1525-1527) de la 6ème travée du Tour de Chœur de la cathédrale de Chartres. Cliché lavieb-aile 2025.
Ornementation Première Renaissance (1525-1527) de la 6ème travée du Tour de Chœur de la cathédrale de Chartres. Cliché lavieb-aile 2025.
Ornementation Première Renaissance (1525-1527) de la 6ème travée du Tour de Chœur de la cathédrale de Chartres. Cliché lavieb-aile 2025.
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Ornementation Première Renaissance (1525-1527) de la 6ème travée du Tour de Chœur de la cathédrale de Chartres. Cliché lavieb-aile 2025.
Ornementation Première Renaissance (1525-1527) de la 6ème travée du Tour de Chœur de la cathédrale de Chartres. Cliché lavieb-aile 2025.
—ensemble des 36 bas-reliefs du soubassement du Tour du choeur : scènes de l'Ancien Testament, travaux d'Hercule, scènes mythologiques et personnages à l'antique Notice IM28000456
"Les candélabres qui ornent la claire-voie du Tour de chœur de Chartres sont inspirés des candélabres gravés par Giovanni Antonio da Brescia (ca. 1505-1507). Ils n’ont toutefois pas été copiés tels quels mais enrichis de différents motifs, tirés de gravures de Nicoletto da Modena (ca. 1507), comme les têtes de bovidés affrontées et l’ange tenant une guirlande de fleurs, ou de médailles comme le Cupidon endormi de Fra Antonio da Brescia (ca. 1500).
Dans la région, cette dernière a aussi été sculptée dans le décor de la clôture de chœur de la Trinité de Vendôme (ca. 1525) et atteste l’échange de modèles entre ces deux chantiers. En outre, le portrait de Jules César a inspiré un portrait sculpté sur la jouée d’une des stalles de la collégiale Notre-Dame de Montrésor (ca. 1530). La diffusion des formes du Tour de chœur s’observe jusqu’à Limoges, où deux hybrides adossés sont sculptés dans le décor du jubé de la cathédrale Saint-Étienne (ca. 1530)."
—BEUVIER (Jean), L'ornementation, in La restauration du tour de choeur - Cathédrale Notre-Dame de Chartres (28) Collection "Patrimoines en région Centre-Val de Loire" Patrimoine restauré n°29, juin 2022, 86 p.
— JOUANNEAUX (Françoise), 2000, Le tour du choeur de la cathédrale de Chartres, Orléans, Direction de l'Inventaire du patrimoine et Françoise Jouanneaux (Rédactrice),(photogr. Robert Malnoury), AREP-Centre, coll. « Images du patrimoine » (no 204), 2000, 63 p., ill. en noir et en coul.,
— ROSER Répertoire de l'Ornement Sculpté des Édifices de la Renaissance 2019
"Les descendants de Jean Dunois, les seigneurs de Longueville, complètent le château construit par Jean de Dunois en ajoutant une aile au nord, côté Loir, entre 1509 et 1518. Commencée par François Ier de Longueville et son épouse Agnès de Savoie, pour les soubassements, elle fut élevée par ses petit-fils. La façade sur cour de l’aile Longueville contraste par la richesse de son décor avec la sobriété de la construction du xve siècle et constitue l’un des premiers témoignages de l’influence italienne à l’extrémité Nord du Val de Loire. La verticalité marquée par les hautes toitures conservent à l’édifice un caractère médiéval tandis que la relative symétrie de la composition et le répertoire ornemental de la cage d’escalier annoncent la Renaissance. Comme sur le mur de l’aile Dunois, un soubassement mouluré marquent les horizontales. De grandes croisées à double traverse ouvrent largement la façade. Leurs montants se prolongent en guirlandes de feuillage sur les linteaux, dont les culots sculptés et les trilobes rappellent les ornements de l’aile Louis xii de Blois. Une balustrade ajourée surmonte une corniche : ce motif décoratif évoque la Renaissance. Les deux niveaux de combles éclairés par des lucarnes à double fenêtres superposées, aujourd’hui disparues, amplifiaient encore la verticalité de l’ensemble." (Centre des monuments nationaux)
Les parties hautes, lucarnes et garde-corps, très endommagés, furent démolis en 1770, dont une restitution partielle a été réalisée au XXe siècle.
Aile de Longueville, château de Châteaudun, relevé de H.L. Dériré Devrez en 1879. Archives-map
L'aile Longueville du château de Châteaudun (4) est réputée pour ses deux escaliers (6 et 7 sur l'aquarelle de Devrez).
Celui de gauche, de style flamboyant, daté vers 1470, insére un escalier en vis à l'intérieur du bâtiment. De larges paliers, permettant de voir et d'être vu, s'intercalent entre la vis et la façade largement ajourée. Celle-ci porte un décor de motifs flamboyant jusqu'au sommet des lucarnes, ornées d'immenses fleurs de lys, rappelant que Dunois, bien que bâtard, est fils de Louis d'Orléans, frère de Charles VI.
Escalier flamboyant (1470) de l'aile de Longueville.
Celui de droite de style Renaissance dont l'ouverture des baies forme loggia, est orné de motifs italianisants. C'est celui qui motive ma visite.
En effet, ce décor italianisant témoigne de la pénétration à Châteaudun de l'influence de la Renaissance italienne, comme déjà en Normandie au château de Gaillon ou à Rouen sous l'influence du cardinal d'Amboise vers 1509, ou à Dol-de-Bretagne sous celle de l'évêque James en 1507.
Le décor de cet escalier a pu inspirer , à la cathédrale de Chartres, celui de la Tour d l'Horloge (1520) et du Tour de chœur (1527-1529), deux chantiers dirigés par le même architecte Jehan Le Texier, dit de Beauce.
À la même époque, en 1528, est réalisée avec le même décor la clôture de chœur de l'abbaye de la Trinité de Vendôme , qui complète le jubé et le tombeau livré par Jean Juste en 1530.
Je vais donc visiter cet escalier en portant tout mon intérêt sur ces décors, souvent en bas-reliefs.
Description générale
"Comme pour la demeure de Dunois, l’escalier est l’élément décoratif majeur de l’aile nord. Cet escalier est plus monumental que celui de l’aile Dunois mais sa conception est identique : une vis en œuvre précédée de paliers formant loggia, ici surmontée d’une salle haute accessible par un petit escalier en vis dans une tourelle en encorbellement. L’ensemble est coiffé d’une haute toiture en pavillon. Des contreforts à niches surmontés de dais cantonnent les deux travées et portent un riche décor flamboyant. De grandes baies couvertes d’arcs surbaissés laissent pénétrer le regard vers les paliers dont les balustrades italianisantes annoncent le décor intérieur." (Centre des monuments nationaux)
Les commanditaires de l'escalier Renaissance : la famille de François de Longueville et Françoise d'Alençon ? Le cardinal de Longueville ? Louis d'Orléans-Longueville (1510-1537), duc de Longueville?
Petit-fils du comte Jean de Dunois, fils de François Ier d'Orléans-Longueville et d'Agnès de Savoie , François II de Longueville (1478-1513) hérite des titres de son père à sa mort en 1491.
On notera qu'il accompagna le roi Charles VIII à la conquête du royaume de Naples et qu'il suivra ensuite le roi Louis XII en Italie en 1502.
Il obtint la charge de grand chambellan de France (1504–1512) et de gouverneur de Guyenne. Il épousa le 6 avril 1505 Françoise d'Alençon (1490-1550). Ils eurent deux enfants, morts prématurément :
En mai de cette même année 1505, François fut élevé duc de Longueville par le roi Louis XII lorsque la terre de Longueville fut érigée en duché.
À son décès en février 1513, François II d’Orléans fut inhumé dans la basilique Notre-Dame de Cléry-Saint-André, comme l'avait été avant lui le roi Louis XI en 1483. Françoise d'Alençon (qui devait survivre 37 années à François de Longueville) se remaria avec Charles IV de Bourbon, duc de Vendôme.
Jean de Longueville intervient en 1518 ou en 1516-1518.
Jean d'Orléans-Longueville (né à Parthenay en 1484 et mort à Tarascon le 24 septembre 1533) est le troisième fils de François 1er d'Orléans, comte de Dunois et duc de Longueville. Élu archevêque de Toulouse en 1503 et nommé évêque d'Orléans en 1521, il est crée cardinal en 1533. Il fit construire pà l'ouest de la demeure de Jean de Dunois un logis seigneurial à Beaugency (Loiret) entre 1518 et 1524, y faisant construire des voûtes dans l’escalier en vis du château. Ses armoiries, dans une couronne de houx et soutenues par deux béliers (emblème des Longueville), accompagnées de celles de son père François et de son frère Louis, sont sculptées sur la façade de l'Hôtel de ville de Beaugency, et peintes sur le cabinet de la tourelle du logis seigneurial de Dunois.
Or, on remarque sur le décor de la loggia du deuxième palier deux blasons dans des guirlandes, avec des armes à trois lys , traversées en pal par une croix d'archevêque. On les retrouvera sur le plafond à caisson à l'intérieur de cette loggia.
Effectivement; P.G. Girault écrit : "Les ornements du faîtage furent posés en 1518 sous le contrôle du cardinal d'Orléans, Jean de Longueville, alors archevêque de Toulouse "
Précision :
"L’art de la première Renaissance qui s’épanouit sur la façade de l’hôtel de ville [de Beaugency, achevé avant 1526] ne peut s’expliquer sans son apparition une dizaine d’années auparavant à l’hôtel-Dieu et sa poursuite sur le logis de Jean d’Orléans-Longueville au château peu après. Ainsi, un acte notarié du 25 janvier 1515 (n. st.) nous informe que Pierre Gadier et Olivier Chollet, maîtres maçons et tailleurs de pierre qui avaient travaillé sur le prestigieux chantier du château de Châteaudun, propriété principale des Orléans-Longueville, devaient édifier un escalier en vis sur la façade du bâtiment principal
Peu avant 1516, Jean d’Orléans fit encore appel à Pierre Gadier pour agrandir la cave de son futur logis en face de celui de Dunois son aïeul [à Beaugency]. Mais, entre 1513 et 1516, ses deux frères aînés, Louis le premier du nom de la lignée et François II, disparurent. Peu avant sa mort, Louis avait été fait prisonnier par les Anglais et libéré contre une forte rançon, tandis que la fille de François II décédait à son tour en bas âge. Jean arrêta alors les travaux de Beaugency durant deux années pour aider Jeanne de Hochberg, sa belle-sœur, mère de quatre enfants en bas âge [épouse de Louis Ier, comte puis duc de Longueville, gouverneur de Provence ], à régler une succession complexe et achever l’aile Longueville à Châteaudun. Les travaux du logis reprirent ensuite à Beaugency en 1518 avec deux nouveaux maîtres maçons et tailleurs de pierre orléanais, Pierre Chausse et Pierre Biard, et se prolongèrent jusqu’à la fin de 1520. " (https://books.openedition.org/pufr/8313#anchor-completeplanhttps://books.openedition.org/pufr/8313#anchor-completeplan)
L'escalier Renaissance (1518) du château de Châteaudun. Cliché lavieb-aile 2025.
L'escalier Renaissance (1518) du château de Châteaudun. Cliché lavieb-aile 2025.
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Les deux guirlandes armoriées de Jean de Longueville, alors archevêque de Toulouse (1518).
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Ma visite (attention, j'irais lentement et m'arrêterais souvent!)
Sitôt parvenu près de l'entrée, je cherche les motifs sculptés.
L'escalier Renaissance (1518) du château de Châteaudun. Cliché lavieb-aile 2025.
La frise à tige de chêne tenu d'un côté par un monstre à bonnet de fou et de l'autre par une chimère à cornes de bélier est encore de style XVe siècle (j'en ai vu en quantité sur les porches bretons).
L'escalier Renaissance (1518) du château de Châteaudun. Cliché lavieb-aile 2025.
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Ah, voilà !
Sur un chapiteau, deux putti chevauchant des feuilles encadrent un premier rinceau, charmant, surmonté par deux dauphins affrontés et centré par un personnage les pieds posés sur la tête d'autres dauphins. Là, c'est un enfant nu, ici un garçon portant une tunique plissée et courte. Puis voici un angelot et des cornes d'abondance. Ça, y est, je suis à pied d'œuvre!
L'escalier Renaissance (1518) du château de Châteaudun. Cliché lavieb-aile 2025.
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En levant la tête; je vois au plafond quatre panneaux. Deux, aux extrémités, portent des rayons lumineux, que l'on retrouvent à l'identique peints au logis seigneurial de Beaugency dans un décor emblématique et héraldique de Jean de Longueville et de sa famille. L'autre un bouquet de feuilles de houx autour d'un bouton. Le troisième est un cuir en losange enrubanné dans un cercle de feuilles de houx (emblème des Longueville). Ils sont encadrés de banderoles en spire autour de grappes de fruits ronds.
L'escalier Renaissance (1518) du château de Châteaudun. Cliché lavieb-aile 2025.
En entrant dans l'escalier par l'une des deux arches à galeries, un panneau "suite de la visite" dirige le visiteur, qui s'apprétait à gravir les marches, à pousser une porte. Mais avant de l'ouvrir, il est amené à en admirer son linteau, bel exemple de bas-reliefs Renaissance.
Il débute par un médaillon de profil d'un homme aux cheveux bouclés ceints par un ruban, inspiré d'un chef de guerre florentin ou d'un empereur romain. Au centre un masque de face, crachant les rinceaux, dans une guirlande est entouré des rinceaux animés par des chérubins et des putti tenant une ligne d'olives.
L'escalier Renaissance (1518) du château de Châteaudun. Cliché lavieb-aile 2025.
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Un autre linteau lui répond en symétrie à droite, avec un médaillon féminin. Le motif est beaucoup plus simple et répétitif.
L'escalier Renaissance (1518) du château de Châteaudun. Cliché lavieb-aile 2025.
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La cheminée Renaissance.
Cette porte de droite donne accès à une salle dotée d'une cheminée très riche en décor Première Renaissance, tant sur ses montants que sur toutes les faces du linteau.
La cheminée de la salle (1518) du château de Châteaudun. Cliché lavieb-aile 2025.
La cheminée de la salle (1518) du château de Châteaudun. Cliché lavieb-aile 2025.
1. Le blason
Au centre, un blason mi-parti est entouré du collier de l'Ordre de Saint-Michel et surmonté d'une couronne ducale. Les armes de l'époux, à gauche, sont celles des Longueville, car on voit encore le lambel, et la bande. Le collier est celui à la cordelière (et non aux aiguillettes, deveni caduc en 1515) mais les coquilles saint-Jacques ont été bûchées.
François Ier de Longueville, fils héritier de Jean de Dunois, hérite du blason de son père d'azur à trois fleurs de lys d'or brisé en chef d'un lambel d'argent et d'une barre d'argent brochant sur le tout . "Mais contrairement à ce dernier, il n’est pas un fils illégitime. Il peut donc inverser la barre qui devient une bande. Son blason se lit donc ainsi : d'azur à trois fleurs de lys d'or brisé en chef d'un lambel d'argent et d'une bande d'argent brochant sur le tout ."
Source: château de Blandy
Si on tient compte du décor du logis seigneurial de Beaugency, où le collier de Saint-Michel entoure les armes de François II de Longueville et de Louis Ier de Longueville, on peut hésiter entre les deux frères. François II est duc de Longueville depuis 1505 (mais porte la couronne comtale à Beaugency), Louis lui succède à ce titre après la mort de François en 1515.
"Beaugency :
"A l'ouest se sont les armes de François II, aîné de la famille, dont l'écu est surmonté d'une couronne comtale et d'un heaume à lambrequin tourné à dextre amorti d'un cimier effacé qui devait représenter un bélier, animal emblématique des chefs de famille des Orléans-Longueville depuis Dunois. Deux aigles forment supports et des branches de houx sont visibles sous les armoiries. Au nord, nous avons les armes de Louis I et au sud celles de leur mère. Les écus de François et de Louis sont entourés de l'ordre de Saint-Michel et ceux de Louis, Jean et Agnès d'une couronne de houx. Celui de cette dernière est en outre entouré de la cordelière de Savoie à noeuds en 8. Les armoiries des trois frères sont identiques : d'azur à trois fleurs de lys posées deux et un, au lambel d'argent et au bâton en bande de même." (Palissy 45001026)
Les armes de l'épouse, si on parie sur Louis Ier, seraient celles de son épouse Jeanne de Hochberg. Mais ce que l'on devine des armes en 2 ne correspond pas exactement :
Armoiries mi parti en 1 de Longueville et en 2 de Jeanne de Hochberg, duchesse de Longueville. Тѳм277 - Elements by Sodacan — Travail personnel
Je conserve l'hypothèse de voir ici les armes mi-parti de Louis de Longueville et de Jeanne de Hochberg.
La cheminée de la salle (1518) du château de Châteaudun. Cliché lavieb-aile 2025.
2. Le décor.
Parmi les rinceaux — auxquels il va falloir s'habituer, car ils sont constants—, et les candélabres — autre motif incontournable— , on se plait à découvrir des oiseaux picorants, des putti triomphants, et toute une gamme de fruits, de grappes, d'épillets, ou de fleurs.
En se baissant, on voit que ces rinceaux se poursuivent à la partie inférieure, avec des bucranes .
Les montants sont tout aussi sculptés.
La cheminée de la salle (1518) du château de Châteaudun. Cliché lavieb-aile 2025.
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Sortons de cette salle et préparons-nous à emprunter le fameux escalier de Longueville, que nous avons déjà entrevu.
Nous pouvons examiner les coupes relevées en 1878 par Devrez, mais sans oublier qu'il s'agit d'un projet de restauration qui n'a pas été réalisé.
Désiré Devrez (1824-1896), est cité dans une note administrative de 1898 parmi les grands architectes diocésains disparus, aux côtés de E. Viollet-le-Duc, P. Abadie, V. Ruprich-Robert et E. Boeswillwald . Entré à l'École des beaux-arts en 1844, il fut architecte diocésain d'Orléans (1857), puis de Meaux (1874) et enfin de Paris (1886). Attaché à la commission des Monuments historiques en 1866, il fut nommé architecte de la ville de Paris en 1871. Il présenta en 1885 onze relevés après la restauration menée en 1866 par Frédéric Debacq pour le compte du duc Théodore de Luynes, propriétaire du château. Les baies du grand escalier furent réouvertes et les meneaux des croisées de l'aile furent rétablies. Il proposa un projet de restauration de la façade de Longueville touchée par les bombardements prussiens de 1870, mais celui-ci ne fut pas exécuté. Un autre architecte, Abel Boudier, a proposé de son côté un projet de restauration en 1888.
Les rapprochements entre l'aile de Longueville et les châteaux de Blois, d'Ambroise et de Gaillon ont été soulignés par différents auteurs. P.G Girault souligne des rapprochements avec le château du Verger en Anjou, ou la tour nord de la cathédrale de Bourges avant de suggérer l'intervention à Châteaudun de l'architecte Colin Biart.
Le couronnement du grand escalier a été restauré à la fin du XXe siècle : on lira à ce propos l'article de P.G. Girault.
Quoiqu'il en soit, je n'ai pas trouvé d'informations laissant penser que les bas-reliefs Renaissance que je documente ici par ces clichés ne soient pas des œuvres originales.
relevé de Désiré Devrez 1878.
L'escalier : première volée, du rez-de-chaussée vers le premier étage.
Escalier de l'aile de Longueville, rez-de-chaussée, relevé Désiré Devrez v.1878. Médiathèque du patrimoine.
"C’est le décor intérieur de la cage qui introduit à la Renaissance : le noyau de calcaire blanc est décoré de candélabres.
Des colonnes couronnées de chapiteaux aux décors variés ornent les murs de la cage. Des caissons de pierre rythment les plafonds plats des paliers. Les linteaux des portes sont sculptés de motifs italianisants, cantonnés de médaillons. La qualité du décor sculpté n’est pas toujours égale, mais les sculpteurs locaux n’ont pas hésité à exécuter des décors à la variété débridée. On remarque des personnages anthropomorphes tels que sirènes ou hommes-poissons, des putti parfois ailés jouant de la trompette ou sortant de cornes d’abondance, au détour d’un chapiteau on identifie une silhouette casquée vêtue d’un drapé à l’antique, et même un enfant portant un bonnet d’âne." (Centre des monuments nationaux)
L'escalier Renaissance (1518) du château de Châteaudun. Cliché lavieb-aile 2025.
Une colonne engagée et son chapiteau.
Deux jeunes hommes sont accroupis autour du candélabre. L'un d'eux porte le costume des fous (très diffusé au XVe siècle), avec une cagoule à longues oreilles coiffé d'un grelot.
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Autre colonne engagée et son chapiteau. Deux oiseaux à ailes rabattus contre le corps.
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Le pilier central.
À partir de la deuxième marche, une colonne centrale, sculptée d'une moulure en guise de rampe, est rythmée par un jeu de nervures et de niches trilobées. Ce sont elles qui reçoivent le décor en bas-relief à rinceaux et candélabres, jusqu'au palier. Là encore s'ébattent les dauphins, les oiseaux, ou des enfants tenant les fleurs des tiges. Certains sont coiffés d'un casques et vêtus d'une tunique.
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La première galerie.
C'est à ce niveau que le plafond est sculpté des emblèmes de la famille de Longueville témoignant de l'influence de Jean, archevêque de Toulouse (puis cardinal).
Cette loggia offre de jolies vues sur la cour, sur la grosse tour et sur la Sainte-Chapelle de Dunois.
L'escalier ne s'interrompt pas, et sa frise extérieure se poursuit, interrompue de colonnes suspendues à chapiteaux.
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Violet-le-Duc donne une figure de l'escalier de Châteaudun dans son Dictionnaire raisonné, article Escalier :
"Il existe une disposition d’escalier absolument semblable à celle-ci dans le château de Châteaudun. Mais dans la vis de Châteaudun les trompes d’angle arrivent du carré à l’octogone, et des culs-de-lampes posés aux angles de l’octogone portent la corniche spirale, dont la projection horizontale étant un cercle parfait soutient les bouts des marches.
Une vue prise à la hauteur de la première révolution de l’escalier de Châteaudun, figure 17, là où cette révolution coupe le portique du rez-de-chaussée dans sa hauteur, fait saisir l’arrangement des trompes, des culs-de-lampes, de la corniche en spirale et des marches délardées en dessous. Cet arrangement est d’ailleurs représenté en projection horizontale dans le plan (18).
Violet-le-duc, Dictionnaire, fig.18
Les trompes de la vis de Châteaudun sont appareillées ; ce sont des plates-bandes légèrement inclinées vers l’angle ; cet escalier était d’un assez grand diamètre pour exiger cet appareil."
Dictionnaire raisonné de l’architecture française du XIe au XVIe siècle/Escalier, fig 17.
L'escalier Renaissance (1518) du château de Châteaudun. Cliché lavieb-aile 2025.
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Sur le pilier, deux oiseaux picorent le cœur des fleurs des rinceaux. Sur le candélabre, deux garçons jouent avec , ou soufflent dans, des instruments ou outils dilatés à l'extrémité.
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Le premier étage.
Escalier de l'aile de Longueville, premier étage, relevé Désiré Devrez v.1878. Médiathèque du patrimoine.
L'escalier vers le deuxième étage.
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La porte vers la droite (corps principal de l'aile), et son linteau.
Le linteau débute, à gauche, par un candélabre au dessus d'une tête ailée d'ange. L'absence de panneau symétrique à droite s'explique par le fait que ce linteau trouve son complément sur la porte opposée.
Deux oiseaux, une patte dressée, et se répondant par symétrie, viennent picorer des friandises (graines ou fruits) dans une coupe qui leur est présentée.
Les deux chimères qui leur proposent ces coupes sont placées de part et d'autre d'un vase contenant des fleurs (tulipes).
À droite, la chimère a un buste féminin, avec une tête gracieuse aux cheveux longs dénoués. Ce buste se greffe sur un corps de bouc (sabots, touffe de poils) doté d'une queue qui pourrait être celle d'un coq. C'est une faunesse (à peine cornue).
À gauche, c'est le même assemblage, mais avec un buste masculin barbu et cornu : c'est un faune.
Au total : faune et faunesse offrant des mets à deux oiseaux.
L'escalier Renaissance (1518) du château de Châteaudun. Cliché lavieb-aile 2025.
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Le plafond et ses panneaux armoriés.
On y remarque dans un cuir au centre d'une guirlande les armoiries de Jean de Longueville avec, en pal, la croix d'archevêque (donc datable de 1503 à 1521). Le lambel et la bande sont bien conservés.
Les armoiries en losange de l'autre caisson sont celles d'une femme, dans une couronne de roses et entrelacées de rubans. On y distingue des lignes qui devraient peut-être permettre une identification avec un éclairage approprié.
L'escalier Renaissance (1518) du château de Châteaudun. Cliché lavieb-aile 2025.
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Autre ensemble : un cuir, sans motif apparent.
Escalier Renaissance (1518) du château de Châteaudun. Cliché lavieb-aile 2025.
La porte vers la gauche, et son linteau.
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À droite : un trophée d'armes.
Escalier Renaissance (1518) du château de Châteaudun. Cliché lavieb-aile 2025.
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Au centre : deux oiseaux à crète, plumage et queue feuillagés, picorant des fruits dans une vasque contenant des épis de blés et des épillets.
Dans l'écoinçon supérieur droit : oiseau se lissant l'aile.
Escalier Renaissance (1518) du château de Châteaudun. Cliché lavieb-aile 2025.
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Reprenons la montée de notre escalier vers le deuxième étage. L'escalier est couronné par une voûte octogonale à huit voûtains.
L'escalier de Longueville, deuxième étage. Relevé Désiré Devrez v.1878. Médiathèque du patrimoine.
Fin de l'escalier :
relevé de Désiré Devrez 1878.
Escalier Renaissance (1518) du château de Châteaudun. Cliché lavieb-aile 2025.
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Le dernier étage n'est pas accessible au visiteur.
Escalier Renaissance (1518) du château de Châteaudun. Cliché lavieb-aile 2025.
— BONTEMPS (Daniel), 2017 L’hôtel de ville de Beaugency au début du XVIe siècle, in Hôtel de ville, Presses universitaires François-Rabelais p. 177-178
—CHÂTENET (Monique), 1970, La château de Châteaudun, mémoire de maîtrise, 1970, non consulté
— GIRAULT (Pierre-Gilles), 1998, "Le couronnement du grand escalier du château de Châteaudun. À propos d'une restauration récente" In: Bulletin Monumental, tome 156, n°4, année 1998. pp. 355-367;
—HABLOT (Laurent),2016 , « L'héraldique au service de l'histoire. Les armoiries des bâtards à la fin du Moyen Âge, études de cas », dans Carole Avignon (dir.), Bâtards et bâtardises dans l'Europe médiévale et moderne, Rennes, Presses universitaires de Rennes, coll. « Histoire », 2016, 560 p.
https://books.openedition.org/pur/44762?lang=fr
—ROSER (base), Jean Beuvier, 2019, Ornementation de l'aile Longueville du château de Châteaudun
Le château de Châteaudun. I, la Sainte-Chapelle et ses 15 statues (pierre calcaire avec reste de polychromie, v. 1460-1470 et 1494).
PRÉSENTATION
La Sainte-Chapelle du château de Châteaudun
Châteaudun abrite une des sept Sainte-Chapelles encore existantes ( avec celles de Paris, Aigueperse, Champigny-sur-Veude, Riom, Chambéry, Thouars, Vic-le-Comte et Vincennes) sur les onze construites en France entre le XIIIe et le XVe siècles pour abriter les reliques de la Sainte-Croix ou de la Couronne d'épines par un descendant de saint Louis. C'est une chapelle sur deux niveaux et à nef unique édifiée au tournant du XVe siècle. Elle était dédiée à la Vierge, à saint Jean-Baptiste et aux saints anges et était desservie par des chanoines.
"Si comme toute demeure seigneuriale, le château possédait une chapelle, celle-ci ne devint officiellement une Sainte-Chapelle qu’à partir de 1490, date de sa reconnaissance tardive par le pape Innocent VIII. Dès 1451, Jean Dunois fit démolir l’ancienne chapelle du château médiéval et entreprit la construction d’une Sainte-Chapelle de style gothique. Elle fit l’objet de trois campagnes de construction et ne fut achevée qu’en 1493, soit un quart de siècle après la mort de son commanditaire.
n.b :dédicace de la Sainte Chapelle le 5 juin 1465 par Guillaume d’Estouteville.
"Bâtie sur le modèle de la Sainte-Chapelle de Paris fondée par Louis IX en 1248 dans le palais de la Cité pour abriter les reliques de la passion du Christ, elle était destinée à recevoir un morceau
de la Vraie Croix offerte par Charles VII. Elle permettait au Bâtard d’Orléans d’affirmer sa qualité de prince du sang aux yeux du monde et le rattachait ainsi aux rois Valois, Philippe VI et Charles V, et aux plus grands princes de la famille royale, Louis Ier de Bourbon et Jean Ier de Berry, tous descendants de saint Louis. Cette première transformation du château médiéval n’était donc pas seulement l’expression de la piété insigne de Jean de Dunois, elle était aussi un acte politique et dynastique.
Les contraintes de la construction, la nécessité de l’orienter et d’y accéder par la cour conduisirent Dunois à choisir un parti original : la chapelle fut accolée à la grosse tour et aux logis. Comme la
Sainte-Chapelle ou de nombreuses chapelles castrales, elle est bâtie sur deux niveaux, mais ici c’est la chapelle basse qui est destinée au seigneur. Elle se compose d’un vaisseau unique de trois
travées, précédé d’une abside et suivi d’une courte nef séparée du chœur par un seuil. Elle est couverte de voûtes d’ogives dont les retombées s’appuient sur des contreforts placés à l’extérieur
de l’édifice. L’édifice diffère encore du modèle parisien à nef unique par la présence d’une sacristie au sud et de chapelles latérales dédiées aux saints François et Agnès vénérés par le fils et la brue de
Dunois, François Ier de Longueville et Agnès de Savoie. Un clocher quadrangulaire accolé au flanc nord en 1493 renforce l’asymétrie de l’ensemble." (Fiche de visite, Service d’actions éducatives du Château de Châteaudun / Centre des monuments nationaux pdf)
Un inventaire établi à la mort de Dunois en 1468 précise que la chapelle contenait alors "la vraie croix enchassée d'or".
Annotation sur le cartel proposé au visiteur.Plan H.L. Désiré-Devrez 1879. Annotation sur le cartel proposé au visiteur.
Aquarelle H.L. Désiré-Devrez 1879. Annotation sur le cartel proposé au visiteur.
Jean Dunois le Bâtard d'Orléans (1402-1468) et son épouse Marie d'Harcourt.
Le dîner du comte de Dunois, British Library, ms Yates Thompson 3, f°1 (detail)Jean de Dunois présenté par saint Jean devant le Jugement dernier, Heures de Dunois (détail), Londres, British Library, vers 1440-1450.
Représentation supposée de Marie d'Harcourt devant Châteaudun, en prière devant saint Georges, British Library, ms Yates Thompson 3, f°274
Ses armoiries.
"En France, Jean de Dunois, bâtard d’Orléans (v. 1403-1468) – il est le fils de Louis d’Orléans et de Mariette d’Enghien – est le premier bâtard de la maison capétienne à porter les pleines armes brisées par une barre et non plus par une simple pièce honorable aux lis. Les versions de ses armoiries varient d’ailleurs au fil du temps et des sources. Il porte d’abord France au lambel d’argent (Orléans), une barre du même brochant sur le tout. Cette barre est parfois lue de sable, peut-être en raison de l’oxydation de l’argent sur les miniatures ou en conformité avec les traités de Blason de la fin du XVe siècle, tel le Liber armorum de Bernard du Rosier (†1476), archevêque de Toulouse, qui précise que la barre transversale des bâtards doit être de couleur noire. À mesure que l’importance politique du bâtard d’Orléans s’accroît – il est créé comte de Dunois en 1439 et de Longueville en 1443 –, cette barre est progressivement diminuée en cotice dans les représentations de ses armes. Déjà presque invisible sur les miniatures de ses Heures, cette cotice y est devenue un filet – barre diminuée en largueur – qui se transforme chez ses descendants Longueville en bâton péri en barre progressivement mis en bande." (Laurent Hablot 2016)
Armoiries de Jean Dunois, British Library, ms Yates Thompson 3, détail
Armoiries de Jean Dunois, British Library, ms Yates Thompson 3, détail
Sainte-Chapelle du château de Châteaudun. Cliché lavieb-aile 2025.
La chapelle basse.
C'est cette chapelle qui était desservie par les chanoines et qui accueillait Jean Dunois et sa famille, puis François 1er d'Orléans Longueville et son épouse Agnès de Savoie (mariés en 1466).
Plan.
On peut décrire à cette chapelle une nef sans bas-côtés, avec un oratoire à droite et une sacristie (?) à gauche, puis un chœur ouvrant sur deux oratoires, et enfin une abside, dans laquelle se trouve les statues de la Vierge à l'Enfant et de Jean-Baptiste, entourées de celles de Jean l'Évangéliste à gauche et de Marie-Madeleine à droite. Celles de François d'Assise patron du seigneur de Longueville et de sainte Agnès patronne de son épouse Agnès de Savoie sont venues compléter cet ensemble absidial.
Monique Martin-Demezil décrit trois campagnes de construction, dont la principale fut menée par Nicolle Duval, maître des œuvres de maçonnerie de Dunois depuis 1459 et constructeur du château.
Plan in Monique Martin-Demézil
L'emplacement des statues.
n.b. J'ai choisi une numérotation différente, débutant avec la Vierge de l'abside, ici en 7.
Cartel affiché dans la chapelle.
Sainte-Chapelle du château de Châteaudun, chapelle basse. Cliché lavieb-aile 2025.
Sainte-Chapelle du château de Châteaudun, chapelle basse. Cliché lavieb-aile 2025.
Les quinze statues.
"Ce château bénéficie d'une importante étude réalisée par Monique Chatenet, qui a repéré trois campagnes de travaux : de 1451 à 1454, de 1460 à 1464 et autour de 1493. Cette chapelle présente deux niveaux : une chapelle haute dédiée à saint Vincent et une chapelle basse où se trouve l'ensemble de sculptures formant le programme de la sainte chapelle voulue par Jean Dunois.
La chapelle abrite 15 sculptures (PM28000979 à PM28000994) disposées sur des colonnes surmontées de chapiteaux. Elles sont détachées du mur et posées avec un joint de scellement sur ces chapiteaux. On peut en isoler 3 : les sculptures de sainte Agnès (PM28000993) et de saint François d'Assise (PM28000992) datées autour de 1493, de plus petites dimensions et celle de Jean Dunois (PM28000994), conçue sans doute pour un édifice civil.
La décoration date de la campagne de travaux de 1460-1464. Elle comprenait 12 statues aux chapiteaux décorés d'anges. On note l'inspiration réaliste dans les attitudes et les draperies et le côté idéalisé avec les proportions allongées des corps et les expressions des visages. Les vêtements reçurent une riche polychromie encore bien conservée. L'iconographie reprend la dédicace à la Vierge, datée vers 1400 et à saint Jean-Baptiste. Pour le reste des sculptures, l'iconographie est à rapprocher de l'illustration du livre d'heure de Dunois, conservé au British Museum (Londres), et décoré à Paris vers 1440, à l'exception de sainte Radegonde (PM28000989) qui fait l'objet d'une dévotion locale, comme sainte Madeleine (PM28000986). Cet ensemble présente d'une part une originalité dans le programme iconographique et d'autre part une qualité manifeste de la sculpture. Des rapprochements ont été fait avec l'art de la Bourgogne, la sculpture tourangelle (Val de Loire selon Elisabeth Taburet-Delahaye) et le Brabant (étude de Sophie Guillot de Suduiraut : groupe en rapport daté de 1460)." (POP.culture.gouv.fr)
La chapelle est décorée de douze statues représentant les patrons de la chapelle, la Vierge et saint Jean-Baptiste, et dix saints et saintes choisis par Dunois vers 1460 : saint Jean l'Évangéliste, sainte Madeleine, sainte Catherine d'Alexandrie, sainte Marguerite, sainte Geneviève, sainte Apolline, sainte Barbe, sainte Marie l'Égyptienne, sainte Élisabeth de Hongrie et sainte Radegonde. En 1494 ont été ajoutés les statues de saint François et sainte Agnès, patron de François Ier de Longueville et d'Agnès de Savoie son épouse.
La majorité repose sur des colonnettes engagées aux chapiteaux ornés d'un ange ; elles sont en pierre (calcaire) et comportent des traces de la polychromie primitive.
Ce choix de représenter des saints, et principalement des saintes, est original pour une Sainte-Chapelle, le choix traditionnel se portant vers les apôtres, considérés comme les piliers du Christ, ou des Prophètes, annonçant sa venue. Jean Dunois vouait un culte particulier aux saints et saintes. Les apôtres sont néanmoins présents dans la fresque du Jugement dernier (fin XVe), entourant le Christ Juge.
Une petite statue de la nef représente Jean Dunois en armure.
Il m'a semblé intéressant de comparer ces statues (et la fresque) aux enluminures du Livre d'Heures de Jean Dunois. En effet, on ne retrouve, dans les Suffrages de ce Livre d'Heures, aucun des saints invoqués du folio 259 à 279 (saints Pierre, Paul, André, Jacques, Thomas, Antoine, Christophe, Léonard, Martin, Nicolas, Eustache, Laurent, Georges, Bernard, et Julien — hormis Jean l'évangéliste f. 263v—mais bien les huit saintes et le saint invoqués ensuite (f. 280 à 289). Certes sainte Radegonde et sainte Agnès y font exception, mais ce rapprochement entre les deux corpus est remarquable. Marie d'Harcourt a-t-elle usée de son influence pour faire ces choix de statues de saintes ?
A. L'ABSIDE ET SES QUATRE STATUES.
"Dans l'abside sont placés la Vierge et saint Jean-Baptiste, patrons de Dunois et de Marie d'Harcourt à qui la chapelle était dédiée, ainsi que saint Jean l'Évangéliste, autre patron de Dunois, et la Madeleine, à qui était dédiée l'ancienne chapelle du château, desservie par le clergé de La Madeleine de Châteaudun (1). Or, sur un parement d'autel donné par Dunois à la Sainte-Chapelle figuraient, comme nous l'apprend l'inventaire de 1468, « la crucifixion, saint Jehan-Baptiste et Nostre Dame d'un costé, La Magdalaine et s. Jehan l'Euvangeliste de l'autre costé »." (M. Martin-Demezil)
Sainte-Chapelle du château de Châteaudun, chapelle basse. Cliché lavieb-aile 2025.
1.La Vierge à l'Enfant. XIVe siècle.
Prof. : 44 cm H : 450 cm; l : 69 cm. La mesure de la hauteur comprend la statue ainsi que le fût de la colonne.
Dans les Heures de Dunois, la Vierge à l'Enfant est représentée au folio 22v assise sur un siège drapé d'étoffe d'or damassé de fleurs cramoisies, en majesté sous un dais tenu par des anges, adorée par Jean Dunois, portant un tabard à ses armes, tandis qu'un ange tient son blason surmonté d'un heaume sommé d'un tortil rouge et blanc drapé des armes de France, timbré d'un cimier en or ressemblant à un fleuron. Jean Dunois porte l'épée au côté gauche, et on peut noter parmi les pièeces d'armure les très longs éperons à molette en or, et les solerets pointus. Le fond est soigneusement peint d'une mosaïque or, azur et rouge.
Elle illustre la prière Obsecro te domina sancta mater dei pieta[te], une supplication à la Vierge lui demandant la grâce d’une bonne mort chrétienne, qui apparait comme prière de dévotions dans les Livres d’Heures depuis le XVème siècle.
Jean de Dunois en prière devant la Vierge, Heures de Dunois folio 22v (détail), Londres, British Library, vers 1440-1450.Heures de Dunois f. 22v détail
Le folio 27v montre, sur le même fond en mosaïque, une scène plus intime d'allaitement de l'Enfant. Elle est assise dans sa chambre sous un ciel de lit vermillon et or, elle est couronnée et nimbée d'or, vêtue d'un manteau bleu doublé d'une soie chatoyante, et vénérée par deux anges musiciens, l'un jouant d'un positif et l'autre d'une viole à archet. Elle illustre la mention O intemerata in eternum benedicta singularis atque..., « Ô toi immaculée » qui sont les premiers mots d'une prière d'indulgence du XIIe siècle, d’origine française, adressée comme la précédente à la Vierge.
Vierge allaitant l'Enfant, Heures de Dunois B.L. Yates Thompson MS3 f. 27v
La statue.
La vierge est couronnée et porte un voile qui dissimule presque entièrement sa chevelure avant que ses extrélmités ne se croisent. Elle est légèrement déhanchée, et son visage est tournée vers la gauche : son regard se dirige vers la tête de l'Enfant mais semble se perdre au loin.
De la main droite, elle écarte le pan gauche de son manteau, ce qui dégage son pied droit qui est avancé.
L'Enfant, presque nu sous le manteau maternel, tient de la main droite le voile de sa mère, et de la main gauche, de façon touchante car très familière, son pouce.
Sainte-Chapelle du château de Châteaudun, chapelle basse. Cliché lavieb-aile 2025.
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La console : un ange faisant de la main gauche le signe de l'Annonciation et tenant en main droite un phylactère.
Il porte une aube rose en étoffe épaisse dont les plis se cassent notamment aux aiselles et aux manches. Ses deux ailes forment presque une mandorle. L'encolure ajustée forme un revers.
Le visage presque lunaire est très fin, avec des sourcils effacés, des yeux en amande et un demi-sourire paisible sur un menton souligné d'une fossette.
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2. Saint Jean-Baptiste portant sa robe en peau de chameau, et désignant de l'index l'Agneau de Dieu.
Aucune enluminure des Heures de Jean Dunois n'est consacrée au seul Saint Jean-Baptiste, mais on le trouve à une place d'honneur face à la Vierge au folio 32v , les mains jointes devant le Christ Juge. On l'identifie à ses cheveux et sa barbe longues et à sa tunique en poil de chameau.
Jean-Baptiste, Heures de Jean Dunois folio 32v du Jugement Dernier
La statue.
Jean-Baptiste porte la barbe et les cheveux non coupés témoin de sa vie d'ascète dans le désert, et la tunique en peau de chameau signalé par Matthieu 3:4 : "Jean avait un vêtement de poils de chameau, et une ceinture de cuir autour des reins. Il se nourrissait de sauterelles et de miel sauvage." Mais l'artiste, comme c'est presque systématique dans la peinture et la sculpture du XVe siècle, représente une peau de chameau, avec l'animal entier y compris son échine et sa tête. Il le fait même de façon accentuée, en plaçant la gueule béante de l'animal juste devant les yeux du spectateur. Il n'oublie pas non plus la ceinture (même s'il s'agit ici d'une cordelette nouée, et non d'une ceinture de cuir).
Le Baptiste désigne de l'index l'agneau couché sur le livre (à fermoir, mais dépourvu des sceaux) porté sur son bras gauche, en illustration de l'évangile de Jean Jn 1:29 Ecce agnus dei qui tollit peccata mundi.
Sainte-Chapelle du château de Châteaudun, chapelle basse. Cliché lavieb-aile 2025.
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La console : un ange tenant en main droite un phylactère.
La chevelure en tagliatelles emportées sur les côtés par un vent spirituel est propre au XVe siècle, et se retrouve à la même époque en Bretagne sur les sculptures en kersanton des porches et commandes ducales de Jean V. Sur le sommet du crâne, les cheveux sont si plaqués au cuir chevelu qu'on pourrait croire à un bonnet.
Il porte au dessus de sa robe un manteau bleu.
Sainte-Chapelle du château de Châteaudun, chapelle basse. Cliché lavieb-aile 2025.
3. Saint Jean l'évangéliste. Calcaire et traces de polychromie, v.1460-1470
Dimensions normalisées (en cm) : h = 185 ; la= 62 ; pr = 35
Heures de Dunois.
Jean, imberbe bien-sûr et aux cheveux longs et bouclés, en robe lie-de-vin et manteau bleu, bénit la coupe de poison, dont s'échappe un scorpion, et tient la palme du Paradis, qui lui fut remise par la Vierge.
Saint Jean l'évangéliste, Heures de Jean Dunois f. 263v
La statue :
Elle répond au canon iconographique de la bénédiction de la coupe de poison. Il porte à la ceinture soit l'écritoire qui le caractérise souvent comme rédacteur de son évangile, soit plutôt à mon sens un livre de ceinture, dont l'enveloppe est retenue par un bouton. l est pieds-nus, comme tout apôtre.
Sainte-Chapelle du château de Châteaudun, chapelle basse. Cliché lavieb-aile 2025.
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La console: un ange main sur la poitrine et tenant en main gauche un phylactère.
Sainte-Chapelle du château de Châteaudun, chapelle basse. Cliché lavieb-aile 2025.
Dimensions normalisées (en cm) : h = 191 ; la = 64 ; pr = 43
Livre d'Heures de Dunois f.280r : De la magdalene
La sainte est représentée en ermite pénitente du Massif de la Sainte-Baume, vêtue de peau de bête, et élevée aux Cieux depuis sa grotte par quatre anges, au dessus de l'antienne In diebus illis mulier quae erat in civitate peccatrix ut cognovit quod Jesus recubuisset in domo Simonis, "À cette époque, une femme considérée comme pécheresse dans la ville apprit que Jésus logeait chez Simon. Elle apporta au lépreux un vase d'albâtre rempli de parfum. Se tenant derrière lui, aux pieds du Seigneur Jésus, elle se mit à mouiller ses pieds de ses larmes et les essuya avec ses cheveux. Elle les baisa et les oignit de parfum." C'est un cantique inspiré de Luc 7:37-38. Mais l'enlumineur n'a pas représenté le flacon d'onguent, se concentrant sur la pécheresse pénitente et repentie.
Marie-Madeleine, Heures de Jean Dunois f. 280r.
La statue.
Le sculpteur a choisi de représenter la "disciple préférée de Jésus" qui a eu le privilège de la première apparition du Christ dans sa vie Glorieuse, et il a souligné sa beauté et sa féminité, son beau visage, ses cheveux longs dénoués, sa robe au fin décolleté ras-du-cou. Elle est pieds-nus comme les apôtres.
Mais l'artiste a tempéré ce tableau puisque la sainte ne porte ni bijoux ni riche coiffure, et que sa tête est couverte d'un voile ; en outre, son manteau au beau drapé l'enveloppe sans souligner sa poitrine et la finesse de sa taille. Certes ce manteau était jadis peint d'une couleur rouge luxueuse dont il reste des traces.
Elle tient le couvercle du pot de la main droite, et l'entrouvre.
Son regard grave et pensif est abaissé vers le spectateur.
Sainte-Chapelle du château de Châteaudun, chapelle basse. Cliché lavieb-aile 2025.
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Dimensions normalisées (en cm) h = 143 ; la = 50 ; pr = 40
Selon la notice Palissy, " Sainte Agnès, tient un livre ouvert de la main gauche et désigne de la main droite l'agneau de Dieu qui est à ses pieds". Si Sainte Agnès est généralement représentée avec un agneau à ses pieds ou dans ses bras, c'est que, bien qu'il n'y ait aucun rapport étymologique entre le grec ἀγνή, agnê, (à l'origine du prénom Agnès) et le latin agnus (agneau), la tradition a très tôt rattaché la sainte au nom agnus par allusion à l'agneau mystique, faisant d'elle la personnification féminine de l'Agnus Dei. De cette étymologie populaire dérive la légende de la sainte dont on a fait un modèle de chasteté et de douceur ».
On remarquera que sa longue chevelure est ceinte d'une couronne, et qu'elle porte le surcot court fourré d'hermines propre aux princesses , sur une robe prune cintrée par une ceinture où est fixé un chapelet. Sa chape bleue est agrafée par une large sangle entre deux fleurons.
Elle tient un livre ouvert dont la reliure en cuir forme un étui, comme les livres de ceinture alors en usage.
Exemple d'enluminure : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b105110980/f121.item.r=LATIN%201183
Cette représentation en princesse est loin d'être la règle, et est peut-être déterminée par la commanditaire Agnès de Savoie. On tiendra compte que c'est aussi la sainte patronne d'Agnès Sorel, favorite de Charles VII décédée en 1450, et parangon alors de la beauté, et de l'élégance.
Lettrine d'un antiphonaire, XVe siècle. Strasbourg, cabinet des Estampes et des Dessins, inv. MBA 1553 .Rondel, vers 1490, Metropolitan Museum of Art
Sainte-Chapelle du château de Châteaudun, chapelle basse. Cliché lavieb-aile 2025.
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La console, en si bon état, est-elle un apport des restaurateurs récents ? Elle illustre le martyre de sainte Agnès à Rome sous Dioclétien : un bourreau s'apprête à la décapiter, mené par le gouverneur, tandis qu'un soldat armé d'une hallebarde est figuré à droite.
Sainte-Chapelle du château de Châteaudun, chapelle basse. Cliché lavieb-aile 2025.
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6. Sainte Catherine d'Alexandrie, dans l'oratoire nord.
La sainte est couronnée et porte le surcot court des princesses sous un manteau vermillon doublé d'hermines. Assise sous un dais rouge aux rideaux verts sur un siège de cour, elle tient l'épée de sa décollation et consulte un ouvrage de théologie sur un lutrin octogonal. D'autres ouvrages sont rangés sur des rayonnages, rappellant ses compétences élevées en théologie.
La roue aux lames acérées rappellent quant à elle le premier supplice dont elle échappa miraculeusement.
Le texte de l'antienne renvoie à un cantique des répertoires de l'époque : virgo sancta katherina graeciae gemma urbe alexandrina chosti regis erat filia , "la vierge sainte Katherine, joyau de la ville d'Alexandrie en Grèce, était la fille du roi Chostis. »
https://cantusdatabase.org/chant/547309
Sainte Catherine, Heures de Dunois Yates Thompson MS3 f.281v
La statue.
Sainte Catherine couronnée, en pied, tient de la main droite la palme du martyre et l'épée, et de la main gauche, la roue de son supplice. Ses souliers piétinent le buste de l'empereur portant barbe et couronne, qui s'aggripe encore à son sceptre.
Elle est vêtue du surcot court de princesse, au dessus d'une robe cintrée par une ceinture à maillons, placée haut sous la poitrine. Autant la robe est ajustée à la poitrine, autant elle s'évase ensuite en vastes plis en V, plis accentués par la main droite qui la soulève délicatement. Ses épaules sont couvertes par le manteau, largement ouvert.
Le visage reprend peu ou prou tous les codes de ce corpus, et notamment le front épilé mis à la mode par Agnès Sorel, ou la bouche au rouge alors accentué par un maquillage recherchant le contraste avec la blancheur du teint.
La Vierge de Melun, portrait présumé d'Agnès Sorel
Au revers, seule la chevelure est sculptée.
Sainte-Chapelle du château de Châteaudun, chapelle basse. Cliché lavieb-aile 2025.
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La console.
L'ange aux cheveux bouclés au vent en trois tortillons de chaque côté semble s'être tout juste installé, les ailes encore largement ouvertes ; il place sa main gauche sur la poitrine, l'index seul tendu, comme un servant, et tient de la main droite une plaque rectangulaire qui n'est pas exactement un phylactère. Il porte une aube ou vêtement de chœur dont l'étoffe épaisse fait, comme partout dans ce corpus, des plis profonds.
Sainte-Chapelle du château de Châteaudun, chapelle basse. Cliché lavieb-aile 2025.
7. Sainte Barbe, dans la nef au nord.
Le Livre d'Heures de Jean Dunois De sancta barbara f 289v.
Sainte Barbe est peinte devant les portes d'une église, elle tient en main gauche son principal attribut, la tour où elle fut enfermée et qu'elle fit percer de trois fenêtres par attachement au dogme de la Trinité divine. Elle tient aussi la palme des vierges et martyres. L'antienne est la suivante : Gaude serena barbara virgo patris quam effrena non flexit insania ... "Réjouis-toi Barbara, vierge sereine que la folie paternelle n'a pas brisée", un hymne qu'on retrouve aussi dans un manuscrit de Bruxelles provenant de la chartreuse de Trèves, ou dans un manuscrit viennois.
La robe est resserrée sous la poitrine par une ceinture, puis le ventre est projeté en avant, selon les critères de la mode du temps.
Sainte Barbe, Jean Haincelin, Heures de Dunois f. 289v, B.L Yates Thompson MS3
La statue. Anonyme, v.1460-1470, pierre et traces de polychromie.
Dimensions normalisées (en cm) h = 180 ; la = 55 ; pr = 40
La statue reprend la figuration de l'enluminure, avec les mêmes attributs, la même posture, les mêmes vêtements, mais les cheveux sont réunis en deux coques latérales bouclées contrastant avec le front largement épilé et les cheveux du vertex très étirés et à peine visibles, contenus par un bijou comme sur le portrait d'Agnès Sorel ou au sommet du front de la Vierge du dyptique de Melun.
Sainte-Chapelle du château de Châteaudun, chapelle basse. Cliché lavieb-aile 2025.
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En continuant d'observer le côté nord de la nef, il reste deux statues à décrire, celles de sainte Apolline et celle d'Elisabeth de Hongrie.
Sainte-Chapelle du château de Châteaudun, chapelle basse. Cliché lavieb-aile 2025.
8. Sainte Apolline, dans la nef au nord.
Le livre d'Heures de Jean de Dunois f. 284v De sancte appoline.
L'enluminure : Dans une salle d'un château, sous un dais rouge damassé, Apolline, à demi couchée sur un siège de cour, ligotée, subit le supplice de l'arrachage de ses dents des mains d'un bourreau armé d'une paire de tenailles. Un roi très barbu à la coiffure orientale (la scène se passe à Alexandrie) surveille l'exécution de ses ordres. Un dignitaire coiffé d'un bonnet conique exotique à revers de fourrure maintient les épaules de la victime. (on retrouve ces coiffures orientales sur la tête des bourreaux de l'enluminure correspondante des Heures d'Etienne Chevallier peinte par Fouquet.)
L'antienne : Beata apolonia grave tormentum pro dominum sustinuit "la bienheureuse Apolline a enduré de terribles tourments pour le Seigneur".
En voici la suite : " : primo, tyranni extraxerunt dentes ejus cum ma(l)- leis ferréis, et cum esset in illo tormento, oravit ad Dominum Jesum Christum ut quicumque nomen suum (devote) invocaret, malum in dentibus non sentiret. Ora pro nobis beata Apollonia, ut digni efficia mur promissionibus Christi », ": d’abord, les tyrans lui ont arraché les dents à coups de marteau de fer (*), et pendant ce supplice, elle a prié le Seigneur Jésus-Christ afin que quiconque invoquerait son nom avec dévotion ne ressente aucun mal dans ses dents. Priez pour nous, bienheureuse Apollonia, afin que nous soyons rendus dignes des promesses du Christ."
(*) marteaux probablement inspirés par l'histoire telle que la rapporte la Légende dorée : « après avoir fait sauter toutes ses dents... », alors que les enlumineurs et sculpteurs représentenet toujours des pinces.
Cette antienne où Apolline est invoquée contre le mal de dents, est la plus fréquemment utilisée , BNF, lat. 1171, f. 89v ; lat. 1163, f. 119v ; lat. 1369, f. 382 ; lat. 1375, f. 153 ; lat. 1384, f. 200 ; lat. 1427, f. 205v ; lat. 9475, f. 64v ; lat. 13275, f. 159 ; lat. 13284, f. 184v ; lat. 13306 ; lat. 18017, f. 151v ; lat. 18026, f. 135 ; lat. 18028, f. 112 ; n. a. lat. 392, f. 161 ; Smith-Lesouef 25, f. 23 ; Smith-Lesouef 36, f. 108v ; Smith-Lesouef 39, f. 103v. Horæ ad usum Romanum, France c.1490-1500 Copenhagen - The Royal Library - Ms. GkS 1612 4°
cf : DOMINGUEZ ( Véronique), 2004, "La scène et l'enluminure. L'Apolline de Jean Fouquet dans le livre d'Heures d'Etienne Chevalier", Romania Année 2004 487-488 pp. 468-505
Sainte Appolline tient de la main droite la palme du martyre et de la main gauche une paire de tenailles. Son front épilé est ceint d'une couronne ornée de roses, et sa chevelure tombe librement sur ses épaules. Elle porte sous un manteau agrafé d'un bijou perlé une robe dont les plis bouillonnent de sa poitrine jusqu'au sol en plis en éventail.
Sainte-Chapelle du château de Châteaudun, chapelle basse. Cliché lavieb-aile 2025.
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La console.
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9. Sainte Élisabeth de Hongrie, au fond de la nef au nord.
Les Heures de Dunois, Jean Haincelin f.286. De sancte elisabeth
Élisabeth de Hongrie est figurée nimbée devant un drap d'honneur damassé de rinceaux, la tête recouverte d'un voile et la gorge couverte d'un guimpe, tenant un livre relié. Elle porte un manteau bleu doublé d'or et une robe gris-bleu. C'est l'antienne qui précise son identité (elle est la fille du roi André II de Hongrie) : Illa regis filia haec comtemptibilia mundi non elegit "La fille de ce roi n'a pas choisi les choses méprisables du monde".
Sainte Elisabeth, Jean Haincelin, Heures de Dunois f. 286v B.L. Yates Thompson 3
La statue. Anonyme, v.1460-1470, pierre et traces de polychromie.
Sainte Elisabeth de Hongrie, voilée et portant la guimpe comme sur l'enluminure, en habit de franciscaine ( ou de clarisse) mais à la robe trop cintrée alors, porte une corbeille de sa main droite tandis qu'elle protège d'un pan de manteau soulevé de sa main gauche, un infirme se soutenant d'une béquille axillaire. Celui-ci est presque nu, ne portant qu'un caleçon et un bonnet laçé sous le menton.Il est amputé de la jambe gauche, à mi-hauteur, car il est appareillée sommairement d'une "béquille de genou".
Sainte-Chapelle du château de Châteaudun, chapelle basse. Cliché lavieb-aile 2025.
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Les statues de la nef du côté sud.
En repartant depuis l'abside vers la nef sud, et sur le contrefort encadrant l'entrée de l'oratoire sud, vient la statue de saint François, correspondant à celle de sainte Agnès au nord.
10. Saint François d'Assise (vers 1493)
a.Le Livre d'Heures de Jean Dunois
Saint François recevant les stigmates f. 288r. De sancto francisco
L'enluminure très fidèle à l'iconographie montre François sur le mont Alverne, tombé à genoux face à l'apparition dans les cieux du Crucifié-séraphin dans une mandorle radieuse. Il en reçoit les stigmates.
Antienne : O Patriarca pauperum, Francisce, tuis precibus auge tuorum numerum in caritate Christi
b.La statue. Anonyme, v.1460-1470, pierre et traces de polychromie.
Saint François d'Assise , en pied, en habit de franciscain montrant ses stigmates.
Sainte-Chapelle du château de Châteaudun, chapelle basse. Cliché lavieb-aile 2025.
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La console.
Elle semble décrire l'avènement de Clovis présenté par l'évêque Rémi, et elle conviendrait mieux à la statue de sainte Geneviève.
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11. Sainte Marguerite.
a.Le Livre d'Heures de Jean Dunois f. 282v
De sancte margarite.
Sous l'arcade trilobée d'une pièce d'un château à la fenêtre à meneaux (alors que la scène se passe selon la Légende dans une prison), Marguerite est figurée mains jointes tenant le crucifix grâce auquel elle vient de s'extraire (on dit de "se isser") du dos du dragon qui tourne vers elle sa gueule et ses flammes.
Antienne [antiphona]: Erat autem Margarita annorum quindecim cum ab impio Olimbrio tradebatur in carcere. " Or, Marguerite avait quinze ans au moment où elle était jetée en prison par Olibrius l'impie."
Sainte Marguerite, les mains jointes en prière, issant du dragon ailé qui a encore dans sa gueule l'extrémité de sa robe. La sainte a le même front très épilé et la même coiffure que sainte Barbe, à deux chignons ou "truffeaux" sur les tempes. "Pour porter une telle coiffe, soit les femmes ramenaient leurs cheveux en arrière du front, les nattaient et les emmaillotaient dans une résille (ou crépine), soit les cheveux étaient rasés ou épilés notamment en vue de mettre en valeur un front bombé". On peut hésiter avec la description de coiffure en raquette. Comme pour sainte Barbe, on voit au sommet du crâne ce qui doit être un bijou au centre d'un bandeau soutenant les truffeaux, si bouclés qu'ils ressemblent à des éponges.
Le visage est semblable à ceux des saintes Madeleine, Agnès, Catherine, Apolline, Radegonde, ou Geneviève, et parfaitement conforme au "standard" lancé par Agnès Sorel.
La robe est simple sur le buste, avant de s 'épanouir en épais plis en éventail depuis le pan fixé au poignet droit.
J'ai omis de photographier ce que devient la queue du dragon : est-elle dardée vers le haut ? Ou forme-t-elle un nœud?
Sainte-Chapelle du château de Châteaudun, chapelle basse. Cliché lavieb-aile 2025.
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La console : une muraille à tourelles d'angle en encorbellement, meurtières, créneaux, et fenêtres jumelées.
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12. Sainte Geneviève.
a.Le Livre d'Heures de Jean Dunois f. 283v
Sainte Geneviève, voilée dans un grand manteau rouge doublé de blanc (hermine?) tient un livre ouvert, et le fameaux cierge du combat de la foi, qu'un ange allume, tandis qu'un démon tente de l'éteindre grâce à un soufflet (en souvenir de la construction de la première basilique de Saint-Denis, dont elle visitait le chantier, de nuit, avec ses compagnons. Alors que le cierge que tient l'un d'eux s'éteint brusquement, elle le prend en main et il se rallume miraculeusement). Elle est représentée sur la pente d'un bois, dont plusieurs troncs sont coupés.
Le texte : De sancte geneuiesue.
Antienne : O felix ancilla dei nos pondere pressos exonera et fessos mordacibus exue culpis etheris ut pateat te supplice janua nobis "Ô bienheureuse servante de Dieu, délivre-nous du fardeau de l'oppression, et libère-nous qui sommes las de la culpabilité lancinante de l'éther, afin que la porte de ta supplication nous soit ouverte. "
h = 195 ; la = 72 ; pr = 42
Sainte Geneviève, le regard grave baissé, tient un livre dans la main droite mais le cierge qu'elle devait tenir en main gauche en même temps qu'un pli de son lord manteau, est absent (brisé?). Le manteau est doublé d'hermines (rendu par des mouchetures noires).
La chevelure est, là encore, plaquée (ou rasée) en région parietale par un bandeau à orfevrerie, avant de se libérer sur les côtés, en couronne, puis en mèches sur les épaules.
Sainte-Chapelle du château de Châteaudun, chapelle basse. Cliché lavieb-aile 2025.
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La console : un ange à la coiffure caractéristique, vêtu d'une cape à fermail en quadrilobe, tient un phylactère des deux mains.
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13. Portrait présumé de Jean Dunois en armure, ou saint Georges. Anonyme, v.1460-1470, pierre et traces de polychromie.
Portrait en pied, présumé de Jean Dunois revêtu de son armure.
h = 108 ; la = 40 ; pr = 23.
"Il est représenté en armure caractéristique du règne de Charles VII et coiffé d'une couronne de lauriers. Il est identifiable par son collier reliquaire, qu'on retrouve aussi sur l'enluminure du Jugement dernier du Livre d'Heures f.32."
Néanmoins, la couronne de lauriers est surprenante pour un chevalier sous Charles VII. La forme rectangulaire du bouclier m'évoque le scutum romain. On la voit mieux sur le moulage réalisé au XIXe :
Moulage de la statue présumée de Jean Dunois. POP.culture.gouv.fr
La statue n'était probablement pas destinée à la chapelle puisque Dunois n'est pas représenté en priant. On ne trouve d'ailleurs aucune mention de cette œuvre avant la fin du XIXe siècle. Elle proviendrait d'un édifice civil.
"Elle est réalisée en calcaire fin, dur et de grande qualité. De nombreux détails viennent notamment décrire l'armure. La polychromie présente sur le visage est travaillée : l'iris est peint en brun, cerclé de noir, et le tour de l'œil est également cerclé de noir. Il reste très peu de polychromie sur l'armure, contrairement aux autres sculptures qui présentent un décor de brocarts appliqués d'une qualité exceptionnelle. Quelques traces de bleu ont été observés sur la couronne et la chevelure. Le visage de Dunois présente une parenté stylistique évidente avec le reste du groupe sculpté : visage juvénile aux grands yeux légèrement globuleux, arcades sourcilières hautes et marquées, chevelure bouclée, silhouette gracile et étirée, même type de polychromie sur le visage, nombreux détails sculptés du costume. Toutefois, les traits sont plus individualisés, soulignant sans doute la volonté de distinguer la figure de Dunois." (Anne Embs 2024)
Quelques arguments plaident pour une statue de saint Georges (cf. folio 274 des Heures) comme le rappelle Sophie Jugie dans le catalogue de l'exposition Les arts sous Charles VII au Musée de Cluny en 2024. "
cf Donatello 1415-1417, où on retrouve la couronne de lauriers.
La statue a été restaurée par Delphine Bienvenut dans son atelier d'Indre-et-Loire avant sa présentation au printemps 2024 au Musée National du Moyen-Âge.
Saint Georges, Heures de Dunois f.274v
Sainte-Chapelle du château de Châteaudun, chapelle basse. Cliché lavieb-aile 2025.
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14. Sainte Radegonde.
La sainte n'est pas invoquée dans les suffrages du Livre d'Heure
Sainte Radegonde en pied porte sous le bras droit un livre et tenait le sceptre (aujourd'hui brisé) de la main gauche.
Vêtue d'une robe plissée par une large ceinture d'étoffe, et d'un manteau très ouvert, elle incline la tête vers la droite .
On retrouve la chevelure plaquée par un bandeau sur le vertex, avant que les mèches bouclées ne se libèrent sur les épaules.
Le visage est très fin, et on est frappé par les yeux effilés sous l'effet de paupières bien marquées.
Sainte-Chapelle du château de Châteaudun, chapelle basse. Cliché lavieb-aile 2025.
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La console :
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15. Marie l'Egyptienne .
a.Le Livre d'Heures de Jean Dunois f.287v De sancte egipcienne.
Marie l'Égyptienne est représentée en ascète "sauvage", comme Marie-Madeleine, vêtue de peau de bête, dans une forêt aux flancs d'une montagne escarpée. Jean Haincelin a peint la scène suivante, tirée de la Légende dorée :
"Sainte Marie l’Égyptienne, qu’on appelle aussi la Pécheresse, mena pendant quarante-sept ans, au désert, une vie de repentir et de privations. Certain abbé, nommé Zosime, qui avait franchi le Jourdain et parcourait le désert, dans l’espoir d’y rencontrer quelque saint ermite, aperçut un jour devant lui une créature bizarre, toute nue, avec un corps tout noir et brûlé du soleil. Cette créature aussitôt s’enfuit, et Zosime se mit à courir à sa poursuite, de toute la force de ses jambes. Alors elle lui dit : « Abbé Zosime, pourquoi me poursuis-tu ? Pardonne-moi de ne pouvoir me retourner vers toi ; mais c’est que je suis une femme et que je suis nue ! Lance-moi ton manteau, afin que, m’en étant couverte, je puisse te regarder sans honte ! »
L'anachorète explique alors à l'abbé qu'elle s'est prostituée jadis à Alexandrie, puis s'est repentie
"Et, pendant que j’adorais pieusement la sainte Croix ; un inconnu me remit trois pièces de monnaie, avec lesquels j’achetai trois pains. Et j’entendis une voix qui me disait : « Traverse le Jourdain, et tu seras sauvée ! »
Je traversai donc le Jourdain et vins dans ce désert, où, depuis quarante-six ans, je demeure sans avoir jamais vu figure humaine, vivant des trois pains que j’ai emportés avec moi ; et qui, devenus maintenant durs comme des pierres, suffisent encore à ma nourriture. Quant à mes vêtements, depuis longtemps déjà ils sont tombés en morceaux."
Le texte de l'antienne se retrouve, comme les précédents, dans les antiphonaires (ou dans un bréviaire à l'usage de Paris de 1290-1310 BnF lat 15181 f. 477) : In procellis huius naufragii nobis esto portus refugii atque tua festa colentibus tuis sanctis succurre precibus et meritis maria, "Dans les tempêtes de ce naufrage, sois pour nous un havre de refuge, et un secours aux mers par tes saintes prières et tes mérites,et par tes saintes fêtes, et par tes saints mérites".
Faut-il en déduire qu'elle était invoquée contre les naufrages et les risques des traversées? La Légende décrit comment Zosime, plus tard, lui donne rendez-vous sur la rive opposée du Jourdain pour lui donner la communion et comment Marie l'Égyptienne traverse le fleuve en marchant sur les eaux.
Marie l'Égyptienne, Heures de Dunois f. 287v; BL. Yates Thompson MS.3
Dimensions normalisées (en cm) h = 171 , la = 60 ; pr = 41
Marie l'Égyptienne a le corps entièrement recouvert d'une toison bouclée qui se confond avec sa longue chevelure ; elle tient entre ses mains, contre la poitrine, trois petits pains. Ses pieds sont posés sur un lion, en allusion à ce passage de la Légende dorée :
« Zosime, ensevelis mon corps, rends mes cendres à la terre, et prie pour moi le Seigneur, sur l’ordre de qui j’ai enfin été délivrée de ce monde, le second jour d’avril ! » Ainsi le vieillard découvrit qu’elle était morte presque aussitôt après avoir reçu la sainte communion. Et comme il s’épuisait à creuser une fosse, il vit un lion, qui, doucement, s’approchait de lui. Et il lui dit : « Cette sainte femme m’a ordonné d’ensevelir son corps ; mais, vieux comme je le suis, et n’ayant point de bêche, je ne parviens pas à creuser la fosse. Toi donc, mon ami, creuse une fosse, afin que nous puissions ensevelir le corps vénéré de Marie l’Égyptienne ! » Et aussitôt le lion se mit à creuser une grande fosse, après quoi il s’en alla, doux comme un agneau ; et le vieillard s’en retourna vers son monastère en glorifiant Dieu."
Sainte-Chapelle du château de Châteaudun, chapelle basse. Cliché lavieb-aile 2025.
Sainte-Chapelle du château de Châteaudun, chapelle basse. Cliché lavieb-aile 2025.
LA FRESQUE DU JUGEMENT DERNIER.
Le Christ Juge trône encadré de la Vierge et de saint Jean-Baptiste. Dans la partie droite, les morts sortent de leurs tombeaux : les anges aident les élus à gagner le paradis tandis que l'archange saint Michel livre les damnés aux démons de l'Enfer.
a. Le Livre d'Heures f. 32v
le Jugement dernier, Heures de Dunois f 32v, B.L, Yates Thompson MS3
le Jugement dernier, Heures de Dunois f 32v (détail), B.L, Yates Thompson MS3
le Jugement dernier, Heures de Dunois f 32v (détail), B.L, Yates Thompson MS3
voir aussi
1°) f. 201v : Office des Morts.
Heures de Jean de Dunois, f 201v, Office des morts.
Des anges et un démon se disputant une âme : un cadavre gisant dans une tombe ouverte, avec un parchemin indiquant « Circumdederunt me dolores mortis et pericula inferni invenerunt me ». Sperantem in domino misericordia circumdabit'; à droite, un démon sortant de la terre et s'emparant de l'âme sortant du cadavre, avec un parchemin indiquant « Lubricus fuit » ; deux anges au-dessus avec des parchemins indiquant « Penituit et elemosinam dedit » et « Sinite illam : iustum et impium iudicabit dominus » ; une cérémonie funéraire, à la frontière.
2°) f. 211r : Heures des Morts.
Un prêtre administrant le sacrement de l'extrême-onction, Heures des morts, Heures de Jean de Dunois f. 211r
L'Office des Morts, avec , dans la bordure.
b. La peinture murale (après 1493).
"Le Jugement dernier est placé sur le mur sud de l'oratoire, c'est-à-dire dans une partie construite dès 1461-1464. Mais l'extrémité gauche de la peinture, comportant le groupe des Élus, est placée sur l'ébrasement de la fenêtre du mur est. Aussi conclurait -on volontiers que la peinture ne saurait être antérieure à 1493 ; elle s'inscrit bien dans la période d'aménagement de l'oratoire par Agnès de Savoie. Mais elle a été extrêmement retouchée au xixe siècle, et les repeints sont si nombreux qu'il est difficile de dire ce qui est authentique, et seule une restauration permettrait peut-être de dégager des conclusions. Cependant, il semble douteux que le groupe des Élus soit une pure création de Steinheil. Dans un article récent,( "Paoul Grymbault, éminent peintre français du XVe siècle", dans Revue de l'art, t. VIII, 1970, p. 17 sq) M. Charles Sterling a daté le Jugement dernier des années 1468-1469 et l'a attribué à Paoul Grymbault. Le compte des dettes de Dunois mentionne en effet : « A Me Paoul Grymbault, maistre escolle de Partenay, pour avoir paint plusieurs choses en la chappelle du chastel de Chasteaudun du vivant de feu mondit seigneur, la some de XXVII 1. X s. Et pour achapter des couleurs CX s. t. Et pour son logeiz durant ung an VIII 1. VI s. t., qui est en tout quarante une livre V s. t., comme appert par quictance cy rendue. Pour ce ... XLI 1. V s.. » Ce texte conduit à plusieurs constatations. Tout d'abord, si l'on sait que Paul Grymbault a travaillé à la chapelle du vivant de Dunois, on ne peut préciser la date, car, comme nous l'avons dit, le compte dont provient cette mention n'est pas daté et certaines dettes remontent à 1432. D'autre part, la somme de XXVII livres X sols tournois, même si on ajoute les CX sols tournois du prix des couleurs, est extrêmement modeste. Le seul autre texte connu concernant Grymbault provient du compte des obsèques de Dunois ; il permet une comparaison : « A maistre Pol Goybault pour II«X excussons de papier, aux armes de feu mondit seigneur, par luy faitz a Chasteaudun, c'est assavoir LXX de deux fueilletz a XV d. chascun"(Martin-Demezil)
Sainte-Chapelle du château de Châteaudun, chapelle basse. Cliché lavieb-aile 2025.
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Les vitraux.
On ne peut admirer que le remplage, car les verrières ont disparu.
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Les croisées d'ogive et leurs blasons.
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console : un ange présente les armes d'Agnès de Savoie.
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LA CHAPELLE HAUTE ET SA CHARPENTE SCULPTÉE.
Les trois entraits de la charpente en lambris de châtaignier sont sculptés sur les côtés d'anges "volants" émanant de nuées, et au centre de l'Agneau de Dieu, dans un cartouche soutenu par un ange, en hommage à saint Jean-Baptiste. Des masques ornent la sablière à la retombée des nervures.
Sainte-Chapelle du château de Châteaudun, chapelle haute. Cliché lavieb-aile 2025.
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SOURCES ET LIENS.
—BOISSIEU A.-B. (de), 1901, "Les statues de la Sainte Chapelle du château de Châteaudun, d'après un ouvrage récent", in Bull. de la Société Dunois, t. X, 1901-1904, p.393-404, planches photographiques
— BORD (Pauline), 2019, . Jean Bâtard d’Orléans (1402-1468) : étude d’un bâtard princier dans le royaume de France au XV siècle. Histoire. Université de Lille, 2019. Français. ffNNT : 2019LILUH034ff. fftel02509038f
— EMBS (Anne), 2024, "statue présumée de Jean Dunois", Les arts sous Charles VII, Dossiers de l'art n°316, mars 2024
—HABLOT (Laurent),2016 , « L'héraldique au service de l'histoire. Les armoiries des bâtards à la fin du Moyen Âge, études de cas », dans Carole Avignon (dir.), Bâtards et bâtardises dans l'Europe médiévale et moderne, Rennes, Presses universitaires de Rennes, coll. « Histoire », 2016, 560 p.
https://books.openedition.org/pur/44762?lang=fr
—GUILLOT DE SUDUIRAUT (Sophie), 2014, Quelques réflexions sur la polychromie des sculptures en France dans la seconde moitié du xve et au xvie siècle
https://journals.openedition.org/techne/12451
—GUILLOUET (Jean-Marie), 2003, La sculpture du Val de Loire au XVe siècle : une école introuvable ?. 303 : arts, recherches et créations, 2003, 75, pp.250-259. ffhalshs-00564926
https://shs.hal.science/halshs-00564926/document
"Plus en amont dans la Loire moyenne, l’ensemble monumental de la Sainte-Chapelle de Châteaudun, réalisé pour Jean, bâtard d’Orléans, comte de Dunois et de Longueville, vers 1460-1464 selon Monique Châtenet (*), s’intègre assez mal à cette vision d’un art ligérien caractérisé par la douceur des formes et le calme des drapés. Cette statuaire a été récemment comparé à la sculpture du Brabant septentrional ou de la région d’Utrecht et, notamment, à une Vierge à l’Enfant en chêne, possiblement de Jan Nude et conservée au musée du Louvre (**). Ce rapprochement n’emporte cependant pas l’adhésion en dépit de certaines similitudes dans le traitement des visages et l’élongation du canon. Quoi qu’il en soit de leurs sources d’inspiration, les saints de Châteaudun ne paraissent pas devoir s’inscrire parfaitement dans le paysage stylistique de cet art du Val de Loire. Ils témoignent bien néanmoins du recentrage de la commande artistique le long du cours du fleuve au XVe siècle. La célèbre tête dite de saint Maurice du Musée Historique d’Orléans (provenant de l’église Saint-Eloi-saint-Maurice) constitue un autre jalon possible de cette production orléanaise mais reste difficilement analysable en raison de son état très fragmentaire."
(*) Monique Chatenet, Le château de Châteaudun, Paris, 1999, pp. 15-19. 26.
(**)Sophie Guillot de Suduiraut (« Les sculptures de l’ancienne abbaye de Ferrière-en-Gâtinais », dans Michel Colombe et son temps, Jean-René Gaborit (dir.), actes du 124e congrès des sociétés historiques et scientifiques, section Histoire de l’art et archéologie, tenu à Nantes du 19 au 26 avril 1999, Paris, éd. CTHS, 2001, pp. 73-90 ; p. 87.
Sur Jan Nude, voir W. Halsema-Kubes, G. Lemens, G. de Werd, Adriaen Van Wessel. Een utrechtse beeldhouwer uit de late middeleeuwen, exposition du Rijksmuseum d’Amsterdam (20 déc. 1980-15 mars 1981), Amsterdam, 1981, pp. 22-23.
Voir également les rapprochements établis dans ce sens par Andrea Scheiding (Les statues de la Sainte-Chapelle de Châteaudun, mémoire de maîtrise, université Paris-IV (dir. Anne Prache), octobre 1987, pp. 89-96).
— MARTIN-DEMEZIL (Monique), « La Sainte-Chapelle du château de Châteaudun », dans Bulletin Monumental, 1972, 130, II, pp. 120-125 ;
" Les statues sont sans aucun doute l'œuvre d'un même atelier. On peut cependant distinguer plusieurs mains. La Vierge et saint Jean-Baptiste, dues probablement au chef d'atelier, sont d'une qualité raffinée, mais d'un style encore proche du XIVe siècle. Cinq autres statues : Barbe, Marguerite, Apolline, Geneviève et Marie-Madeleine se distinguent par des vêtements aux plis tumultueux; ceux de sainte Barbe sont le mieux traités; les autres sont plus secs (Apolline). Deux autres statues, Catherine et Radegonde, ont des draperies très différentes au plissé beaucoup plus simple. Enfin, Elisabeth et Jean l'Évangliste, statues-appliques, très plates, présentent un drapé extrêmement fruste."[...]
"Les autres statues, exception faite du portrait de Dunois, forment un groupe homogène. Elles reposent sur des colonnettes engagées aux chapiteaux sculptés de figures d'anges. L'architecture environnante ne peut donner une datation précise : certes, les colonnettes ne sont pas en liaison avec les murs de la nef et les bandeaux moulurés ont été bûches pour laisser place aux statues, mais cela ne signifie pas pour autant que celles-ci soient postérieures à la seconde campagne : il était plus simple, même si elles existaient déjà, de les disposer seulement après l'achèvement du gros œuvre. On remarquera d'ailleurs qu'il y a douze statues et que la chapelle primitive avait douze retombées d'ogives, alors que la disposition actuelle est très irrégulière. D'autre part, l'iconographie montre que ces œuvres ont été au moins commandées par Dunois. Dans l'abside sont placés la Vierge et saint Jean-Baptiste, patrons de Dunois et de Marie d'Harcourt à qui la chapelle était dédiée, ainsi que saint Jean l'Évangéliste, autre patron de Dunois, et la Madeleine, à qui était dédiée l'ancienne chapelle du château, desservie par le clergé de La Madeleine de Châteaudun (1). Or, sur un parement d'autel donné par Dunois à la Sainte-Chapelle figuraient, comme nous l'apprend l'inventaire de 1468, « la crucifixion, saint Jehan-Baptiste et Nostre Dame d'un costé, La Magdalaine et s. Jehan l'Euvangeliste de l'autre costé ». Une telle analogie des thèmes iconographiques ne peut être le fait du hasard. Les autres statues sont placées dans le chœur, la nef et les chapelles latérales. Elles représentent huit saintes : Marguerite, Catherine d'Alexandrie, Barbe, Geneviève, Elisabeth de Hongrie, Radegonde, Apolline et Marie l'Égyptienne. Ce choix est très curieux pour une Sainte-Chapelle, où figurent traditionnellement apôtres ou prophètes ; aussi est-il significatif de voir figurer les mêmes saintes dans le livre d'Heures de Dunois conservé au British Museum. Ces saintes faisaient donc l'objet de dévotions personnelles du bâtard, auxquelles Dunois semble attacher plus d'attention qu'à l'évocation des personnages des Écritures. La piété sincère de Dunois, qui se manifesta en d'autres occasions, comme son vœu à Notre-Dame de Cléry ou sa dévotion aux reliques de la Vraie Croix, s'embarrassait peu des usages ; les péripéties de la fondation de la Sainte-Chapelle sont, elles aussi, très expressives de ce trait de caractère. En effet, au lieu de fonder une collégiale comme il était de coutume pour les Saintes-Chapelles, Dunois voulut établir, pour le service de sa chapelle castrale, un prieuré dépendant de Saint-Victor de Paris ; cela sans doute parce qu'il avait eu pour précepteurs des religieux de cette abbaye. La décision fut prise dans le testament de 1463 : « Veullent et ordonnent que pour faire le divin service en ladite chapelle, c'est assavoir pour dire toutes les heures ordonnées par l'eglize et chanter deux grans messes par chacun jour dont la première sera de Nostre-Dame et l'autre du jour, y ait un prieur, quatre prestres et quatre cueriaux de l'ordre de Saint- Augustin, de regle et habit comme sont les religieux de Saint- Victor de Paris. »
— Heures de Jean Dunois, Paris 1436-1450, manuscrit éponyme du Maître de Dunois (connu comme le principal collaborateur du Maître de Bedford et identifié comme Jean Haincelin, fils probable de Haincelin de Haguenau). British Library Yates Thompson MS 3.
La décision de construire une clôture de choeur monumentale en pierres est prise dans la première décennie du 16e siècle. La maîtrise d'oeuvre est confiée au maçon Jehan de Beauce, qui a dirigé la reconstruction du clocher nord, achevée en août précédent. Les travaux débutent en 1514, la maçonnerie générale élevée d'ouest en est à partir de la croisée encercle les deux côtés du choeur qui est entièrement clos en 1529. L'ornementation du soubassement et de la claire-voie, de style gothique d'abord puis Renaissance, sculptée parallèlement, est terminée en 1529.
Le Tour de chœur de la cathédrale de Chartres se développe environ sur 100 mètres de longueur et six mètres de hauteur. C'est une véritable muraille de pierre sculptée qui se dresse à plus de six mètres de hauteur en s'adossant aux piles et colonnes de l'édifice en enserrant la totalité du choeur qui n'est accessible que par la croisée du transept et les deux portes latérales ouvrant sur le déambulatoire. Rytmée par les travées, sa lecture architecturale verticale et horizontale s'effectue traditionnellement du sud au nord en suivant l'ordre narratif des 40 grandes scènes religieuses des niches.
On lui décrit de haut en bas un étage supérieur ou dais, une galerie de niches consacrées à la Vie de la Vierge et de Jésus, une ancienne claire-voie aujourd'hui vitrée ornée dès la 3eme tracée d'un répertoire luxuriant d'ornements décoratifs Renaissance (vers 1525), et d'un soubassement formant mur de soutènement habillé de faux fenestrages et de médaillons.
Soubassement du tour de chœur de la cathédrale de Chartres. Cliché lavieb-aile 2025.
Le soubassement
il s'orne de 36 bas-reliefs débutant à la 5ème travée, au sud, par la levée du siège de Chartres en 911 et qui se poursuit jusqu'au rond-point axial par des scènes de l'Ancien Testament, certainement choisies avec soins par les chanoines pour leur portée théologique, alors que les cinq travées nord sont illustrées par des scènes antiques débutant par les travaux d'Hercule, ou des scènes mythologiques — petits tableaux mettant en scène Vénus, Mars, putti et faunes —, avant de s'achever à la treizième travée par des profils d'empereurs de l'ancienne Rome inspirés de médailles antiques. La douzième travée montre le buste d'un homme en médaillon identifié comme le roi Louis XII, sous le règne duquel les travaux de la clôture ont débuté.
Un ensemble de 24 médaillons inscrits dans un losange, lui même inscrit dans un carré dont les écoinçons sont ornés d'angelots ou de personnages s'associe à 11 médaillons directement inscrits dans un carré et d'un bas-relief, à la douzième travée, en partie dissimulé par un jambage de chambranle.
Les carrés dans lesquels s'inscrivent les médaillons mesurent 70 cm de haut sur 70 cm de large .
Je n'ai pas trouvé en ligne la description détaillée des 36 médaillons, ce qui justifier cet article.
0. La chemise de la Vierge présentée dans un écusson par un angelot. quatrième travée sud,
On sait que la cathédrale de Chartres s'enorgueillit de posséder en relique le voile de la Vierge de Chartres, connu autrefois sous le nom de « chemise » ou sancta Camisia qui aurait été envoyée de Byzance par l'empereur d'Orient à Charlemagne et qui, selon la tradition, est le voile que portait Marie lors de l'Annonciation. Cette relique majeure de la cathédrale était devenue l'insigne unique du chapitre au début du XVIe siècle.
Elle est sculptée en médaillon sur le soubassement, mais on la voit aussi représentée sur les pilastres de la claire-voie.
Médaillon du soubassement du tour de chœur de la cathédrale de Chartres. Cliché lavieb-aile 2025.
La cinquième travée sud
première section
deuxième section
gauche
droit
gauche
droit
Levée du
siège de Chartres
en 911
David et
Goliath
Daniel dans la
fosse aux lions
1. La Levée du siège de Chartres en 911. Cinquième travée sud, soubassement de la première section, médaillon gauche
On y voit Rollon, roi des Normands, lever le siège mis devant Chartres en 911, grâce à l'ostension de la relique de la Sainte-Chemise sur les remparts de la ville par l'évêque Guillaume.
Les écoinçons montrent un possible roi tenant une bourse et la poignée d'un sceptre ou d'une épée, et un possible pape tenant un ruban ou phylactère.
Médaillon du soubassement du tour de chœur de la cathédrale de Chartres. Cliché lavieb-aile 2025.
Médaillon du soubassement du tour de chœur de la cathédrale de Chartres. Cliché lavieb-aile 2025.
Les écoinçons.
Médaillon du soubassement du tour de chœur de la cathédrale de Chartres. Cliché lavieb-aile 2025.
Médaillon du soubassement du tour de chœur de la cathédrale de Chartres. Cliché lavieb-aile 2025.
2.David et Goliath, cinquième travée sud, soubassement de la première section, médaillon droit.
Le médaillon, qui illustre le premier Livre de Samuel :17, relate la victoire de David, armé de sa fronde, sur le géant Goliath armé de sa massue. Dans une seconde scène en arrière-plan, David brandit la tête de Goliath sous le regard de Saül accoudé à la fenêtre de la muraille.
Deux écoinçons inférieurs montrent des personnages coiffés de cagoules (des fous, comme le suggèreraient les petites oreilles de la cagoule ?) et tenant un phylactère.
Jean Beuvier indique que le motif de David vainqueur de Goliath apparaît notamment dans le décor du cloître Saint-Martin à Tours (ca. 1508-1519).
Médaillon du soubassement du tour de chœur de la cathédrale de Chartres. Cliché lavieb-aile 2025.
Médaillon du soubassement du tour de chœur de la cathédrale de Chartres. Cliché lavieb-aile 2025.
3. Une bataille, troupe de cavaliers, cinquième travée sud, soubassement de la deuxième section, médaillon gauche.
Soubassement du tour de chœur de la cathédrale de Chartres. Cliché lavieb-aile 2025.
Médaillon du soubassement du tour de chœur de la cathédrale de Chartres. Cliché lavieb-aile 2025.
4. Daniel dans la fosse aux lions. Cinquième travée sud, soubassement de la deuxième section, médaillon droit.
Il illustre le passage du Livre de Daniel 14, 31-39. Daniel est debout dans la fosse, tandis que le prophète Habacuc, tenu par les cheveux par l'archange Michel lui donne à manger. Au-dessus de la fosse, le roi de Babylone, Evilmérodac, appuyant sa tête sur sa main droite se lamente sur le sort de Daniel. Au fond, l'ange du Seigneur rejoint Habacuc qui porte le repas des moissonneurs.
Médaillon du soubassement du tour de chœur de la cathédrale de Chartres. Cliché lavieb-aile 2025.
Médaillon du soubassement du tour de chœur de la cathédrale de Chartres. Cliché lavieb-aile 2025.
La sixième travée sud.
première section
deuxième section
gauche
droit
gauche
droit
le Pharaon ordonne
de tuer les garçons
Hébreux nouveau-nés
Moïse exposé sur le Nil
et sauvé des eaux
Massacre des
Hébreux nouveau-nés
Moïse et le
Buisson ardent
Soubassement du tour de chœur de la cathédrale de Chartres. Cliché lavieb-aile 2025.
Soubassement du tour de chœur de la cathédrale de Chartres. Cliché lavieb-aile 2025.
5. Pharaon ordonne la massacre des Hébreux nouveaux-nés, sixième travée sud, soubassement de la première section, médaillon gauche.
Source littéraire : Bible, Livre de l'Exode 1, 22. ": Alors Pharaon donna cet ordre à tout son peuple: Vous jetterez dans le fleuve tout garçon qui naîtra, et vous laisserez vivre toutes les filles". Pharaon lève le bras droit en un geste oratoire et de commandement, un homme agenouillé demande grâce pour les enfants, un héraut sonne de la trompette et tient l'édit de proscription. Thermutis, la fille de Pharaon, se tient près du trône portant un petit animal (chien ?). C'est elle qui (selon Eusèbe de Césarée), recuillit l'enfant du médaillon suivant et le nomma "Moïse".
Médaillon du soubassement du tour de chœur de la cathédrale de Chartres. Cliché lavieb-aile 2025.
Pilastre entre les deux médaillons.
On y voit des putti, dont l'un joue du traverso, l'Allégorie de l'Occasion dans le médaillon central entre un crâne et un livre, et un enfant , et une sphinge au dessus d'un candélabre.
Médaillon du soubassement du tour de chœur de la cathédrale de Chartres. Cliché lavieb-aile 2025.
6. Moïse exposé sur le Nil et sauvé des eaux, sixième travée sud, soubassement de la première section, médaillon droit.
Le récit est réparti dans deux registres du bas-relief. Il illustre la Bible, Exode 2:1-10
En bas, au premier plan:
"Un homme de la maison de Lévi avait pris pour femme une fille de Lévi. Cette femme devint enceinte et enfanta un fils. Elle vit qu'il était beau, et elle le cacha pendant trois mois. Ne pouvant plus le cacher, elle prit une caisse de jonc, qu'elle enduisit de bitume et de poix; elle y mit l'enfant, et le déposa parmi les roseaux, sur le bord du fleuve. La soeur de l'enfant se tint à quelque distance, pour savoir ce qui lui arriverait."
En haut, sous les murailles de la capitale :
"La fille de Pharaon descendit au fleuve pour se baigner, et ses compagnes se promenèrent le long du fleuve. Elle aperçut la caisse au milieu des roseaux, et elle envoya sa servante pour la prendre. Elle l'ouvrit, et vit l'enfant: c'était un petit garçon qui pleurait. Elle en eut pitié, et elle dit: C'est un enfant des Hébreux! Alors la soeur de l'enfant dit à la fille de Pharaon: Veux-tu que j'aille te chercher une nourrice parmi les femmes des Hébreux, pour allaiter cet enfant?"
Médaillon du soubassement du tour de chœur de la cathédrale de Chartres. Cliché lavieb-aile 2025.
Deuxième section.
Médaillon du soubassement du tour de chœur de la cathédrale de Chartres. Cliché lavieb-aile 2025.
7. Massacre des Innocents ordonnés par Hérode, sixième travée sud, soubassement de la deuxième section, médaillon gauche.
Cet épisode des Évangiles est mis en parallèle dans une démarche typologique, avec le massacre des nouveaux-nés Hébreux . Dans le premier cas, les enfants de Palestine sont tués par l'épée, dans le deuxième le Pharaon ordonne qu'ils soient noyés.
Médaillon du soubassement du tour de chœur de la cathédrale de Chartres. Cliché lavieb-aile 2025.
8. Moïse et le Buisson ardent, sixième travée sud, soubassement de la deuxième section, médaillon droit.
Source littéraire : Bible, Livre de l'Exode 3. Moïse agenouillé et déchaussé face au Buisson ardent. Au second plan, Yahvé remet à Moïse les Tables de la Loi.
Médaillon du soubassement du tour de chœur de la cathédrale de Chartres. Cliché lavieb-aile 2025.
La septième travée sud
première section
deuxième section
gauche
droit
gauche
droit
Gédéon fait une offrande à Yahvé
David rencontre Abigaïl ?
Gédéon et la toison sèche
Samson tuant les Philistins à l'aide d'une mâchoire d'âne
Soubassement du tour de chœur de la cathédrale de Chartres. Cliché lavieb-aile 2025.
Médaillon du soubassement du tour de chœur de la cathédrale de Chartres. Cliché lavieb-aile 2025.
9. Gédéon apporte l'offrande à Yahvé, septième travée sud, soubassement de la première section, médaillon gauche
Source littéraire : Bible, Livre des Juges 6, 17-19. Gédéon apporte son sacrifice à Yahvé. Un assistant tient un flambeau allumé et la corbeille contenant la viande de chevreau. Gédéon tend les trois pains sans levain à Yahvé qui a déjà reçu le pot de jus de viande. Derrière, un temple a sa porte entrouverte. Gédéon est accompagné d'un soldat encore à cheval.
Médaillon du soubassement du tour de chœur de la cathédrale de Chartres. Cliché lavieb-aile 2025.
10. David rencontre Abigaïl montée sur un âne? [ou Balaam ?] Septième travée sud, soubassement de la première section, médaillon droit
Source littéraire : Bible, Premier Livre de Samuel 25, 20 (?).
Médaillon du soubassement du tour de chœur de la cathédrale de Chartres. Cliché lavieb-aile 2025.
11. Gédéon et le miracle de la toison sèche puis humide, septième travée sud, soubassement de la deuxième section, médaillon gauche.
« Gédéon dit à Dieu : Si tu veux délivrer Israël par ma main, comme tu l’as dit, voici, je vais mettre une toison de laine dans l’aire ; si la toison seule se couvre de rosée et que tout le terrain reste sec, je connaîtrai que tu délivreras Israël par ma main, comme tu l’as dit. Et il arriva ainsi. Le jour suivant, il se leva de bon matin, pressa la toison, et en fit sortir la rosée, qui donna de l’eau plein une coupe. Gédéon dit à Dieu : Que ta colère ne s’enflamme point contre moi, et je ne parlerai plus que cette fois : Je voudrais seulement faire encore une épreuve avec la toison : que la toison seule reste sèche, et que tout le terrain se couvre de rosée. Et Dieu fit ainsi cette nuit-là. La toison seule resta sèche, et tout le terrain se couvrit de rosée. » (Juges, 6, 36-40)
Gédéon porte une armure Renaissance. La toison est visible sur le flanc de la colline représentée en haut à droite. À gauche, le cheval de Gédéon, et au sommet Yahvé dans ses nuées.
Cette scène, très illustrée, figure notamment dans la Biblia pauperum , ouvrage où chaque scène de l'Ancien Testament est mise en parallèle avec le Nouveau Testament. Dans le cas du miracle de la Rosée, ce signe envoyé à Gédéon est mis en parallèle avec l'Annonciation.
On aimerait alors que les commanditaires aient placé les scènes bibliques des médaillons sous les épisodes de l'Évangile correspondant, tels qu'ils apparaissent dans les niches de la galerie. Mais cela n'est pas le cas.
Source littéraire : Bible, Livre des Juges 15, 9-16.
Médaillon du soubassement du tour de chœur de la cathédrale de Chartres. Cliché lavieb-aile 2025.
La huitième travée sud
première section
deuxième section
gauche
droit
gauche
droit
Samson capturé par les Philistins
sacrifice d'Abraham
Samson enlève les portes de Gaza
Jonas et la baleine
13. Samson capturé par les Philistins suite à la trahison de Dalila,huitième travée sud, soubassement de la première section, médaillon gauche.
Source littéraire : Bible, Livre des Juges 16, 20-21.
Samson tenait sa force redoutable de la vigueur de sa chevelure ; il eut le tort de confier ce secret à Dalila, qui le trahit. On voit sur le bas-relief que Samson, allongé, les yeux crevés, a la tête rasée.
"Après ces événements, il s’éprit d’une femme de la vallée de Soreq, nommée Dalila.Les princes des Philistins vinrent la trouver et lui dirent : « Séduis Samson : vois en quoi réside sa grande force et comment on peut triompher de lui. Alors nous le ligoterons pour le maîtriser, et nous te donnerons chacun onze cents pièces d’argent. [...]Dalila dit alors à Samson : « Tu t’es moqué de moi ; tu as menti. Révèle-moi maintenant comment tu devrais être ligoté. » Il lui répondit : « Si on me liait avec des cordes neuves et non travaillées, je perdrais ma vigueur, et je serais comme n’importe quel homme. » Dalila le lia avec des cordes neuves, puis elle lui cria : « Les Philistins sont sur toi, Samson ! » Des hommes étaient embusqués dans sa chambre ; mais il rompit les cordes qui lui enserraient les bras comme si c’était du fil. Dalila dit encore à Samson : « Jusqu’ici, tu t’es moqué de moi, et tu m’as menti. Révèle-moi comment tu devrais être ligoté ! » Samson lui dit : « Si tu tissais les sept tresses de ma chevelure avec la chaîne d’un tissu, et si tu les resserrais avec un peigne de tisserand, alors je perdrais ma vigueur, et je serais comme n’importe quel homme. » Elle le laissa s’endormir, tissa les tresses de sa chevelure avec la chaîne, les resserra avec le peigne, puis elle lui cria : « Les Philistins sont sur toi, Samson ! » Samson s’éveilla, et il arracha le peigne, la navette et la chaîne. Dalila lui dit alors : « Comment peux-tu me dire : “Je t’aime”, alors que tu ne m’ouvres pas ton cœur ! Voici trois fois que tu te joues de moi. Tu ne m’as pas révélé d’où vient ta grande force ! » Tous les jours, elle le harcelait, répétant les mêmes paroles. Samson, excédé à en mourir, lui ouvrit tout son cœur. Il lui dit : « Le rasoir n’a jamais passé sur ma tête, car je suis voué à Dieu depuis le sein de ma mère. Si j’étais rasé, je perdrais toute ma vigueur, et je serais comme n’importe quel homme. » Dalila vit qu’il lui avait ouvert tout son cœur, et elle fit appeler les princes des Philistins en leur disant : « Venez, car cette fois, il m’a ouvert tout son cœur. » Les princes des Philistins se rendirent chez elle, avec l’argent en main. Elle le laissa s’endormir sur ses genoux, et elle fit appel à un homme qui rasa les sept tresses de sa chevelure. Alors, il commença à faiblir, et sa vigueur l’abandonna. Dalila lui cria : « Les Philistins sont sur toi, Samson ! » Il s’éveilla et dit : « J’en sortirai comme les autres fois et je me dégagerai. » Mais il ne savait pas que le Seigneur s’était éloigné de lui. Les Philistins le saisirent et lui crevèrent les yeux ; ils l’emmenèrent à Gaza et le lièrent avec une double chaîne de bronze. Samson tournait une meule dans sa prison."
Médaillon du soubassement du tour de chœur de la cathédrale de Chartres. Cliché lavieb-aile 2025.
14. Le sacrifice d'Isaac par Abraham, huitième travée sud, soubassement de la première section, médaillon de droite.
Médaillon du soubassement du tour de chœur de la cathédrale de Chartres. Cliché lavieb-aile 2025.
15.Samson enlève les portes de Gaza, huitième travée sud, soubassement de la deuxième section, médaillon gauche
L'épisode précède celui du médaillon n° 13. Source : Juges 16 :1-3
"Puis Samson se rendit à Gaza ; il y vit une prostituée et il entra chez elle.
On fit savoir aux gens de Gaza : Samson est venu ici. Ils firent des rondes et le guettèrent toute la nuit à la porte de la ville. Toute la nuit ils se tinrent tranquilles. Attendons, disaient-ils, jusqu'au point du jour, et nous le tuerons.
Mais Samson resta couché jusqu'au milieu de la nuit et, au milieu de la nuit, se levant, il saisit les battants de la porte de la ville, ainsi que les deux montants, il les arracha avec la barre et, les chargeant sur ses épaules, il les porta jusqu'au sommet de la montagne qui est en face d'Hébron."
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16 . Jonas dans la gueule de la baleine, huitième travée sud, soubassement de la deuxième section, médaillon droit.
Médaillon du soubassement du tour de chœur de la cathédrale de Chartres. Cliché lavieb-aile 2025.
La neuvième travée sud
première section
deuxième section
gauche
droit
gauche
droit
Hercule enfant ?
Hercule ?
Hercule
arbre
déraciné
fontaine
Soubassement du tour de chœur de la cathédrale de Chartres. Cliché lavieb-aile 2025.
17. Quatre enfants parmi des arbres, neuvième travée nord, soubassement de la première section, médaillon gauche.
Deux enfants nus au premier plan pourraient être jumeaux, leur nudité est voilée par une bande d'étoffe. Ne s'agit-il pas de fillettes? L'une tient un miroir, l'autre une chaîne où est suspendu un cartouche avcec la date de 1528.
Au dessus d'elles, un troisième enfant est entièrement nu, il tient un poignard.
Enfin, en arrière-plan, un quatrième enfant tient un voile.
Dans les écoinçons, deux homme couronnés de laurier, de profil, à l'antique, et deux femmes en buste, au visage acariâtre .
Scène mythologique ?
Sur le pilastre, un décor Renaissance avec un carquois suspendu à un ruban, un visage d'enfant joufflu dans un médaillon, et deux vases à couvercles, suspendus aussi à des rubans.
Médaillon du soubassement du tour de chœur de la cathédrale de Chartres. Cliché lavieb-aile 2025.
18. Hercule enfant ? neuvième travée nord, soubassement de la première section, médaillon de droite.
Un enfant portant un pagne et ceint d'une épée, ar)thlétique et de grande taille, tient une fronde, accoudé à une console au bas-relief sculpté d'un carquois.
À ses pieds, à droite, une tête d'un homme barbu, et à gauche, un corps nu décapité dont un deuxième enfant soulèle le bras gauche. Et en arrière-plan un château.
Une scène de meurtre mythologique, mais de qui?
Les écoinçons supérieurs poretnt les profils de belles femmes, et les écoinçons inférieurs deux bustes, celui d'un enfant tenant une fleur et celui d'un homme pointant vers lui un poignard.
Médaillon du soubassement du tour de chœur de la cathédrale de Chartres. Cliché lavieb-aile 2025.
Médaillon du soubassement du tour de chœur de la cathédrale de Chartres. Cliché lavieb-aile 2025.
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Médaillon du soubassement du tour de chœur de la cathédrale de Chartres. Cliché lavieb-aile 2025.
19. Combat entre un cavalier, et un homme armé d'un arbre déraciné, neuvième travée nord, soubassement de la deuxième section, médaillon gauche.
Au sol, un bouclier, et le corps d'un homme décapité.
Dans les écoinçons, quatre jeunes hommes et femmes, en buste, les cheveux au vent.
Sur le pilastre, un médaillon d'un homme barbu, et des piques et flambeaux entrecroisés.
Médaillon du soubassement du tour de chœur de la cathédrale de Chartres. Cliché lavieb-aile 2025.
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20. Un couple nu autour d'une fontaine, neuvième travée nord, soubassement de la deuxième section, médaillon de droite.
La fontaine a un bassin carré et deux étages circulaires. À gauche, une femme nue, de face, lève la main vers un arbre, tandis que son compagnon, à droite, est endormi. Dans le lointain, un château.
Les écoinçons montrent quatre femmes en buste, cheveux au vent ; celle du bas à gauche pointe vers sa poitrine un poignard, telle Lucrèce.
Médaillon du soubassement du tour de chœur de la cathédrale de Chartres. Cliché lavieb-aile 2025.
LE CÔTÉ NORD, APRÈS LE ROND-POINT CENTRAL.
La dixième travée nord
première section
deuxième section
gauche
droit
gauche
droit
Allégorie de l'Occasion
Hercule terrassant Anté
cavalier terrassant
un dragon
la Mort sur un cheval
Médaillon du soubassement du tour de chœur de la cathédrale de Chartres. Cliché lavieb-aile 2025.
21. Allégorie de l'Occasion, dixième travée nord, soubassement de la première section, médaillon gauche.
La femme assise sur une cuirasse et un bouclier et presque adossée à un arbre, a la poitrine nue mais est entourée par un grand voile qui reunit son épaule et son bassin. Elle tient un objet oblong que je ne définis pas (une conque marine? Une pièce d'armure?).
Au sommet de l'arbre se discerne un aigle.
Dans les écoinçons, quatre angelots.
Jean Beuvier en trouve le modèle dans une médaille réalisée par Giovanni Pomedelli et conservée au NGA de Washington. Sur cette médaille, Fortune (selon NGA) a le pied sur un crâne et présente une bride, ou mors.
Fortune Seated on a Rock [reverse] probably 1511/1517 Giovanni Maria Pomedelli, NGA , inv 1957.14.775.b
Mais ce qui distingue l'Occasion (Kairos), et qui se remarque sur cette médaille, c'est qu'elle est chauve à l'arrière de sa tête : on ne peut la saisir que par devant, lorsqu'elle est passée, c'est trop tard.
Sur le médaillon de Chartres, effectivement la chevelure forme une longue mèche sur le devant, emportée par le vent. Mais on ne voit pas de franche calvitie.
Si l'objet qu'elle tient est une cornucopia une corne d'abondance dont elle récolte les bienfaits par l'extrémité inférieure, elle mérite plutôt d'être reconnue comme la Fortune.
Médaillon du soubassement du tour de chœur de la cathédrale de Chartres. Cliché lavieb-aile 2025.
22. Hercule étouffant Antée ; le Lion de Némée, dixième travée nord, soubassement de la première section, médaillon de droite
Au premier plan, Hercule étouffe Antée. A gauche au second plan se tient le lion de Némée (premier travail d'Hercule).
Ce médaillon a pu trouver son modèle dans une plaquette de bronze de Galeazzo Mondella, dit Moderno (Vérone, 1467-Rome 1528):
Moderno, Hercule et Antée, version du Germanisches Nationalmuseum
Des plaquettes et des médailles de Moderno ont aussi dû être utilisées comme modèles pour la réalisation de certaines sculptures (travaux d'hercule notamment) du château d'Assier construit entre 1518 et 1535 dans le Lot pour un proche de François 1er, et de la frise sculptée à thème guerrier de l'église Saint-Pierre d'Assier.
D’autres plaquettes figurant les travaux du héros antique réalisées par Moderno ont été employées pour le décor de la chapelle Poillot de la collégiale Notre-Dame-du-Châtel d’Autun (ca. 1527-1529) dont les reliefs témoignent par leur format d’une étroite proximité avec ceux du tour de chœur (Jean Beuvier) : Hercule et le centaure de Nassos, Hercule et le Lion de Némée.
On pourrait rechercher ici l'influence des épisodes de L'Enlèvement de Déjanire, Hercule tuant les Serpents, Hercule et le Taureau de Crète, Hercule et l'Hydre de Lerne, etc.
Médaillon du soubassement du tour de chœur de la cathédrale de Chartres. Cliché lavieb-aile 2025.
23. Un cavalier combattant un dragon, dixième travée nord, soubassement de la deixième section, médaillon gauche
Le cavalier, au manteau spectaculairement emporté par son élan, lève son glaive tandis que son cheval très fugueux piétine un dragon. Au fond, la coupole d'un monument, et les murailles d'une cité.
Dans les écoinçons, les têtes joufflues de garçon, ébouriffés.
Médaillon du soubassement du tour de chœur de la cathédrale de Chartres. Cliché lavieb-aile 2025.
24. La Mort armée d'une flèche, montée sur un cheval, dixième travée nord, soubassement de la deuxième section, médaillon droit.
Médaillon du soubassement du tour de chœur de la cathédrale de Chartres. Cliché lavieb-aile 2025.
La onzième travée nord
deuxième section
première section
gauche
droit
gauche
droit
Couple
(Mars et Vénus)
autour d'une
fontaine
3 enfants
1 faune
1 idole
Cacus volant
les boeufs
d'Hercule
Cavalier
25. Mars et Vénus autour d'une fontaine, onzième travée nord, soubassement de la première section, médaillon gauche.
On peut identifier Mars dieu de la guerre, par son arc et son carquois, et son enseigne (qui porte la date 1527), et Vénus par la fleur qu'elle a en main. La fontaine est dominée par Eros, amour ailé, fils de Vénus.
Je n'ai pas pris de clichés détaillés des écoinçons et je le regrette, tant ce sont des miniatures très fines venant en écho de la scène centrale.
-En haut à gauche, un putto tient un aigle, et l'enseigne militaire de Mars, avec la date de 1527. La Sainte Chemise est représentée sur son siège.
-En haut à droite, Eros tient une fleur avec sur le cartouche la date de 1527.
-En bas à gauche, un Amour endormi ou pensif porte un carquois et tient en main un serpent.
-En bas à droite, un autre amour (ou putto) tient d'autres attributs de Mars : la flèche, l'arbalète, un bouclier, un casque ailé, et une corne d'abondance.
Jean Beuvier dans la base ROSER (Répertoire de l'Ornement Sculpté des Églises de la Renaissance), reconnait la source du Cupidon endormi dans une médaille en bronze de Fra Antonio de Bresca réalisée vers 1500 et conservée au NGA de Washington. "Dans la région, cette dernière a aussi été sculptée dans le décor de la clôture de chœur de la Trinité de Vendôme (ca. 1525) et atteste l’échange de modèles entre ces deux chantiers."
Fra Antonio da Brescia, Cupidon endormi, vers 1500, Washington, National Gallery of Art, inv. 1942.9.186
Médaillon du soubassement du tour de chœur de la cathédrale de Chartres. Cliché lavieb-aile 2025.
Médaillon du soubassement du tour de chœur de la cathédrale de Chartres. Cliché lavieb-aile 2025.
26. Trois putti et un faune, onzième travée nord, soubassement de la première section, médaillon droit.
Médaillon du soubassement du tour de chœur de la cathédrale de Chartres. Cliché lavieb-aile 2025.
27. Le géant Cacus volant les boeufs d'Hercule endormi, onzième travée nord, soubassement de la deuxième section, médaillon gauche
Jean Beuvier fait remarquer que ce thème se retrouve sur la tribune d’orgue de Saint-André de Bordeaux (ca. 1531), provenant de l’ancien jubé, et que ce médaillon a pu trouver son modèle dans une plaquette de bronze de Galeazzo Mondella, dit Moderno (Vérone, 1467-Rome 1528).
Moderno Caecus volant les boeufs d'Hercule endormi, National Gallery of Art
Médaillon du soubassement du tour de chœur de la cathédrale de Chartres. Cliché lavieb-aile 2025.
28. Cavalier (Hercule?) domptant un cheval, onzième travée nord, soubassement de la deuxième section, médaillon droit.
Médaillon du soubassement du tour de chœur de la cathédrale de Chartres. Cliché lavieb-aile 2025.
Médaillon du soubassement du tour de chœur de la cathédrale de Chartres. Cliché lavieb-aile 2025.
La douzième travée nord.
première section
deuxième section
gauche
droit
gauche
droit
emblèmes :
carquois et flammes
Roi Louis XII ou
homme Renaissance
de profil
PORTE
Empereur
romain
29. carquois et flammes, douzième travée nord, soubassement de la première section, médaillon droit
Ce panneau n'est peut-être pas achevé, on voit clairement un carquois et sa lanière, des flammes, et un oiseau, mais aussi en bas à gauche une gueule de chien. Cette composition a probablement une valeur emblématique.
Médaillon du soubassement du tour de chœur de la cathédrale de Chartres. Cliché lavieb-aile 2025.
30. Le roi Louis XII (?), douzième travée nord, soubassement de la première section, médaillon droit.
C'est bien le style Louis XII (régnant entre 1498 et 1515) que le chapître adopta pour réaliser ce tour de chœur en abandonnant le style gothique flamboyant. Le roi avait financé en 1507 le remplacement du clocher de la tour nord, qui avait brûlé après avoir été atteint par la foudre.
Le personnage en buste et profil droit porte un bonnet au revers marqué de trois séries de trois bâtonnets qui sont peut-être des marques de pèlerinage ou simplement des ornements. Son visage est jeune, ses cheveux mi-longs à la mode sous Louis XII et François Ier.
C'est sur l'ancienn porte méridionale de ma troisième travée du tour de chœur que sont sculptés les chiffres royaux de François Ier et de Claude de France (lettre F et couronne, hermine et couronne), à côté de représentation de la ceinture de la Vierge offerte par Anne de Bretagne en 1510. François 1er et Claude de France firent leur entrée dans la cathédrale le 11 novembre 1518 .
Des recherches de Sarah Munoz en 2016 lui ont permis de proposer de reconnaître ici Charles Quint, sans que cela n'emporte la conviction de Jean Beuvier en 2022.
Médaillon du soubassement du tour de chœur de la cathédrale de Chartres. Cliché lavieb-aile 2025.
"À partir de la treizième travée, les bas-reliefs historiés disparaissent pour laisser place à des portraits en médaillon d’empereurs (Titus, qui apparaît deux fois, Vespasien, Néron, Domitien et Jules César) et d’un héros antique (Hector) (fig. 4). Ces têtes coiffées de casques de fantaisie ornent aussi la partie haute de l’horloge astrolabique de la troisième travée. Aucun modèle précis n’a été identifié, mais leur disposition – le buste de face et la tête de profil – est assez commune et se retrouve notamment dans la région, comme dans les portraits de l’hôtel de ville de Beaugency (ca. 1526-1533) et dans celui d’homme casqué sculpté sur la jouée d’une stalle de la collégiale Saint-Jean-Baptiste de Montrésor (ca. 1530).
Références directes à l’Antiquité et rattachés par leur forme à la Renaissance italienne, ces portraits sont aussi liés à l’histoire de Chartres et de sa cathédrale. Ainsi, Jules César est le premier à avoir mentionné le culte druidique de la Virgini pariturae dans ses Commentaires sur la guerre des Gaules, et Néron – qualifié de « cruel César » par l’inscription qui l’accompagne – était tenu comme responsable de la persécution des premiers chrétiens chartrains dont les ossements ont été jetés dans le puits des Saints-Forts, conservé juste en-dessous du portrait, dans la crypte." (Jean Beuvier)
31. Empereur ou soldat romain, douzième travée nord, soubassement de la première section, médaillon droit.
Bas-relief partiellement dissimulé par le jambage gauche du chambranle de l'ancienne porte d'accès au choeur : soldat à l'antique ou héros coiffé d'un casque et portant une cuirasse, ou empereur romain.
Médaillon du soubassement du tour de chœur de la cathédrale de Chartres. Cliché lavieb-aile 2025.
La treizième travée nord
première section
deuxième section
troisième section
sans précision
gauche
droit
gauche
droit
l'empereur romain
César Titus
l'empereur romain Domitien
l'empereur romain
Jules César
une impératrice
romaine
l'empereur romain Néron le Cruel
32. L'empereur romain Titus, treizième travée nord, soubassement de la première section.
Inscription TITVS CESAR.
Le casque fantaisiste et feuillagé, à la visière en bec d'aigle, est orné d'un plumet. Il est comparable à celui de Jules César en n°34
Inscription CESAR DOMIGIANVS. Les médailles romaines de l'empereur Domitien portent la mention DOMITIANVS.
Le casque feuillagé est fantaisiste. La cuirasse aux épaules ornée de gueules de lions se rapproche de celle attribuée à Louis XII, mais le centre est orné d'une tête d'ange.
Médaillon du soubassement du tour de chœur de la cathédrale de Chartres. Cliché lavieb-aile 2025.
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34. l'empereur Jules César, treizième travée nord, soubassement de la deuxième section, médaillon droit
Médaillon du soubassement du tour de chœur de la cathédrale de Chartres. Cliché lavieb-aile 2025.
35. Impératrice,treizième travée nord, soubassement de la troisième section, médaillon gauche
Ce buste à l'antique au profil droit d'une femme romaine pourrait correspondre à l'une des trois épouses de Néron, puisqu'elle lui fait face, et notamment à l'impératrice Poppée (62-65).
Médaillon du soubassement du tour de chœur de la cathédrale de Chartres. Cliché lavieb-aile 2025.
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Médaillon du soubassement du tour de chœur de la cathédrale de Chartres. Cliché lavieb-aile 2025.
Médaillon du soubassement du tour de chœur de la cathédrale de Chartres. Cliché lavieb-aile 2025.
36. l'Empereur Néron, treizième travée nord, soubassement de la troisième section, médaillon droit
Inscription : NERON LE CRUEL CESAR (autour du personnage).
Médaillon du soubassement du tour de chœur de la cathédrale de Chartres. Cliché lavieb-aile 2025.
—ensemble des 36 bas-reliefs du soubassement du Tour du choeur : scènes de l'Ancien Testament, travaux d'Hercule, scènes mythologiques et personnages à l'antique Notice IM28000456
—BEUVIER (Jean), L'ornementation, in La restauration du tour de choeur - Cathédrale Notre-Dame de Chartres (28) Collection "Patrimoines en région Centre-Val de Loire" Patrimoine restauré n°29, juin 2022, 86 p.
:
1) Une étude détaillée des monuments et œuvres artistiques et culturels, en Bretagne particulièrement, par le biais de mes photographies. Je privilégie les vitraux et la statuaire. 2) Une étude des noms de papillons et libellules (Zoonymie) observés en Bretagne.
"Il faudrait voir sur chaque objet que tout détail est aventure" ( Guillevic, Terrraqué). "Les vraies richesses, plus elles sont grandes, plus on a de joie à les donner." (Giono ) "Délaisse les grandes routes, prends les sentiers !" (Pythagore)