Les 24 vieillards de l'Apocalypse du Portail royal (Maître de Chartres, 1145-1150) de la cathédrale de Chartres, et leurs instruments. Les 24 vieillards de la rosace sud 122 .
Construit entre 1145 et 1150 et à peu près contemporain du portail de Saint-Denis, le portail royal a été réalisé dans cette période très brève, charnière de l’art roman et art gothique. Il se développe autour de trois larges baies entièrement décorées centrées sur l'Incarnation à droite, l'Ascension à gauche, et au centre le Retour glorieux du Christ. Les grandes statues des ébrasements, appelées les statues colonnes, semblent épouser la forme de l’architecture. Le portail central est attribué au Maître de Chartres, contemporain de la construction de la basilique de Saint-Denis.
Le tympan de ce portail central est tout entier déterminé par le Livre de l'Apocalypse puisque au centre y est sculpté le Christ en majesté, tenant le livre de vie et trônant dans une mandorle, entouré des quatre vivants et des 24 vieillards. C'est exactement la vision de Jean dans l'Apocalypse 4:1-11 :
"Aussitôt je fus ravi en esprit. Et voici, il y avait un trône dans le ciel, et sur ce trône quelqu'un était assis. Celui qui était assis avait l'aspect d'une pierre de jaspe et de sardoine; et le trône était environné d'un arc-en-ciel semblable à de l'émeraude. Autour du trône je vis vingt-quatre trônes, et sur ces trônes vingt-quatre vieillards assis, revêtus de vêtements blancs, et sur leurs têtes des couronnes d'or.Du trône sortent des éclairs, des voix et des tonnerres. Devant le trône brûlent sept lampes ardentes, qui sont les sept esprits de Dieu. Il y a encore devant le trône comme une mer de verre, semblable à du cristal.
Au milieu du trône et autour du trône, il y a quatre êtres vivants remplis d'yeux devant et derrière. Le premier être vivant est semblable à un lion, le second être vivant est semblable à un veau, le troisième être vivant a la face d'un homme, et le quatrième être vivant est semblable à un aigle qui vole. Les quatre êtres vivants ont chacun six ailes, et ils sont remplis d'yeux tout autour et au dedans. Ils ne cessent de dire jour et nuit: Saint, saint, saint est le Seigneur Dieu, le Tout Puisant, qui était, qui est, et qui vient!
Quand les êtres vivants rendent gloire et honneur et actions de grâces à celui qui est assis sur le trône, à celui qui vit aux siècles des siècles, les vingt-quatre vieillards se prosternent devant celui qui est assis sur le trône et ils adorent celui qui vit aux siècles des siècles, et ils jettent leurs couronnes devant le trône, en disant: Tu es digne, notre Seigneur et notre Dieu, de recevoir la gloire et l'honneur et la puissance; car tu as créé toutes choses, et c'est par ta volonté qu'elles existent et qu'elles ont été créées.
Puis je vis dans la main droite de celui qui était assis sur le trône un livre écrit en dedans et en dehors, scellé de sept sceaux."
Pour compléter mes articles sur la représentation des vieillards de la rose nord de la cathédrale de Laon , je présente les photographies des deux voussures externes du tympan du porche central du Portail royal de la cathédrale de Chartres.
Sur ces deux voussures, une troupe céleste glorifie le Christ : des anges —tenant pour 5 d'entre eux des astrolabes— et vingt-quatre vieillards, couronnés et nimbés tenant dans leurs mains flacons de parfum et instruments de musique, acclament sa royauté et y participent au travers des odeurs et des sons. Deux anges apportent une couronne au-dessus de la tête du Christ.
Les instruments tenus par les vieillards ont été remarquablement étudiés par André Bonjour président de l'Instrumentarium de Chartres, ce qui décuple le plaisir et l'intérêt de les passer en revue.
—2 instruments non déterminés et 4 instruments disparus .
Je partirai du bas à droite à l'extérieur et à chaque étage je décrirai le roi de la voussure plus interne II (n° impairs) et de la voussure III la plus externe (n° pairs).
Je réclame la plus grande indulgence pour cet article abordant en parfait amateur un sujet sur lequel se sont penchés tant de musiciens et luthiers chevronnés. Mon but est de réorienter les lecteurs vers leurs publications.
Le porche central du portail royal de la cathédrale de Chartres. Cliché lavieb-aile.
Tympan du porche central du portail royal de la cathédrale de Chartres. Cliché lavieb-aile.
Tympan du porche central du portail royal de la cathédrale de Chartres. Cliché lavieb-aile.
Deux rois debout 1 et 2.
Portail royal de la cathédrale de Chartres. Cliché lavieb-aile.
Ce vieillard barbu, couronné et nimbé tient dans la main droite un vase et dans la main gauche une vièle en huit ou gigue, mais comme tous les autres rois tenant des vièles, il n'a pas d'archet. On voit trois cordes , un chevillier polycyclique, l'absence de touches, et un chevalet placé entre les deux parties du huit. La caisse supérieure dispose d'ouies à quatre trous en quadrilobe, la caisse inférieure d'ouies en C contournées se faisant face. L'instrument se joue da gamba, avec la vièle posée entre les genoux.
Voir l'étude de Christian Rault en 2001 à propos des gigues du Porche de Gloire de Saint-Jean de Compostelle, achevé en 1188.
Voir la première représentation d'une gigue en 1109 dans la bible de St. Etienne Harding, Bibliothèque publique de Dijon, Ms. 14, vol. III, f° 13v. (musicien en dessous du roi David)
Portail royal de la cathédrale de Chartres. Cliché lavieb-aile.
Portail royal de la cathédrale de Chartres. Cliché lavieb-aile.
Portail royal de la cathédrale de Chartres. Cliché lavieb-aile.
2. Roi tenant une harpe.
Le roi a une barbe aux mèches longues s'écartant en rayons. Son vase de parfum est identique à celui du voisin. La harpe aux belles courbes comporte 16 cordes.
Portail royal de la cathédrale de Chartres. Cliché lavieb-aile.
Portail royal de la cathédrale de Chartres. Cliché lavieb-aile.
Deux rois assis 3 et 4.
Portail royal de la cathédrale de Chartres. Cliché lavieb-aile.
Portail royal de la cathédrale de Chartres. Cliché lavieb-aile.
3. Roi tenant une vièle piriforme
Ce roi, comme les suivants, tient , en guise de vase, un récipient (?) évasé se terminant par un cylindre. Il le tient par l'intermédiaire d'un linge, ce qui indique son caractère sacré , comme les vases liturgiques.
Portail royal de la cathédrale de Chartres. Cliché lavieb-aile.
Portail royal de la cathédrale de Chartres. Cliché lavieb-aile.
Portail royal de la cathédrale de Chartres. Cliché lavieb-aile.
La femme-oiseau et l'homme-oiseau.
Sous les pieds de ce roi n°24, comme sous ceux du roi n°2 se trouvent des sirènes (femmes-oiseaux). Au n° 2, la femme-oiseau, portant collier et bandeau, place sa main dans la gueule d'un lion. Du côté gauche, sous le roi n°2, c'est plutôt un homme-oiseau, barbu et coiffé d'une capuche, qui embrasse une reine. Le savant commentaire d'Édouard Jeauneau n'est pas très convainquant.
"Que font-elles là? Simples ornements engendrés par la fantaisie de l'artiste? Ou bien messagères d'un enseignement accessible aux seuls lettrés? Dans sa République (X, 617ac), Platon dit que, sur chacune des sphères célestes, une sirène est assise, faisant entendre sa note propre. De l'ensemble, comme des huit notes de la gamme, résulte l'harmonie cosmique. Or, dans un rêve, dont fait état Cicéron en sa propre République, Scipion le jeune se trouve transporté dans l'autre monde: là un son "fort et doux" emplit ses oreilles. Macrobe, qui commente Cicéron, dit que ce son est la musique des sphères. Et Guillaume de Conches, qui commente Macrobe, dit que l' Apôtre Jean eut le même privilège lorsqu'il entendit le chant des Vieillards-Citharèdes. On peut donc se poser la question suivante: "En plaçant des sirènes couronnées sous les pieds des Vieillards de l' Apocalypse, le génial artiste qui conçut le Portail Royal de Chartres aurait-il pensé au Songe de Scipion?" (Édouard JEAUNEAU).
Portail royal de la cathédrale de Chartres. Cliché lavieb-aile.
Portail royal de la cathédrale de Chartres. Cliché lavieb-aile.
Détail. Un ange tenant un livre.
Portail royal de la cathédrale de Chartres. Cliché lavieb-aile.
LES 24 VIEILLARDS DE L'APOCALYPSE DANS LA CATHÉDRALE
la Rose du transept sud ou rose de l'Apocalypse, baie 122.
Datant de 1221-1225 et offerte par Pierre de Dreux, elle reprend le thème du Portail central. Autour de la rose centrale, où trône le Christ glorieux, douze médaillons gravitent, avec les anges et les Quatre Vivants. Les vingt-quatre Anciens de l'Apocalypse dessinent autour d'eux deux autres cercles d'adoration. Ils tiennent là aussi de la main droite la fiole de parfum symbolisant les prières des saints, de la gauche leurs instruments de musique. Douze quadrilobes sont vitrées aux armes du donateur, échiquetées d’or et d'azur à la bordure de gueules et au franc quartier d’hermine.
Il comporte selon l'Instrumentarium 13 vièles piriformes, 2 vièles en huit, 6 harpes, et 3 psaltérions. J'en donne quelques images.
Baie 122, cathédrale de Chartres. Cliché lavieb-aile.
Baie 122, cathédrale de Chartres. Cliché lavieb-aile.
Baie 122, cathédrale de Chartres. Cliché lavieb-aile.
Baie 122, cathédrale de Chartres. Cliché lavieb-aile.
Baie 122, cathédrale de Chartres. Cliché lavieb-aile.
Baie 122, cathédrale de Chartres. Cliché lavieb-aile.
Baie 122, cathédrale de Chartres. Cliché lavieb-aile.
Baie 122, cathédrale de Chartres. Cliché lavieb-aile.
Baie 122, cathédrale de Chartres. Cliché lavieb-aile.
Baie 122, cathédrale de Chartres. Cliché lavieb-aile.
Baie 122, cathédrale de Chartres. Cliché lavieb-aile.
Baie 122, cathédrale de Chartres. Cliché lavieb-aile.
Discussion.
Si on admet que le décor choisi pour ce porche central l'a été pour affirmer ce qui tenait le plus à cœur aux décideurs, et si on admet aussi que ces décideurs devaient être les membres du Chapitre cathédrale (72 chanoines),
si on admet en outre que dans ce chapitre, dirigé par le Doyen et le Grand chantre, c'est le Chancelier (celui qui appose le sceau et qui dirigeait en tant qu'écolâtre l'école de Chartres), qui devait jouer un rôle important dans ce choix d'affirmation des convictions théologiques et donc philosophiques, car c'est celui qui déterminait les orientations intellectuelles du chapitre,
si on tient compte des dates de construction du Portail royal en 1145-1150,
si on constate que le chancelier était en 1141 le breton Thierry de Chartres, qui décéda vers 1150 et en tout cas avant 1155,
...nous sommes amenés à nous interesser à ce personnage, qui avait enseigné à Paris où Jean de Salisbury l'a eu pour maître à Paris. Il est décrit comme l'un des esprits les plus actifs et les plus avancés du XIIe siècle, de plain-pied avec le savoir nouveau qui affluait à son époque.
"Auteur d'un manuel des sept arts libéraux, l'Heptateuchon, Thierry est un des premiers à avoir connu des œuvres logiques d'Aristote jusque-là oubliées (Premiers Analytiques, Topiques, Réfutations sophistiques). Son ambition est d'unir le trivium (arts du langage : grammaire, dialectique, rhétorique) et le quadrivium (arts mathématiques : arithmétique, géométrie, musique, astronomie) pour en faire résulter une culture philosophique neuve.
Platonicien comme bien d'autres de ses contemporains, il l'est d'une façon qui lui est propre, faisant penser au Platon pythagorisant dont certains passages du Timée lui proposaient l'exemple. Appliquant la mathématique à la théologie, il exprime au moyen de l'arithmétique la fécondité divine : Dieu est unité, et les rapports de l'unité à elle-même donnent une image des rapports trinitaires ; en outre, la production des nombres à partir de l'unité représente la création, puisque tout être est en tant qu'il est un (Boèce), c'est-à-dire en tant qu'il participe de cette « forme d'être » qu'est l'unité : « La création des nombres est la création des choses ».
Son souci d'expliquer les phénomènes par des processus naturels, son intérêt pour les sciences des choses prennent place dans un large courant d'idées dont l'un des premiers représentants fut Adélhard de Bath, qui fut un des introducteurs en Occident de la science arabe, et dont les Questions naturelles datent du début du xiie siècle. (Jean Jolivet Encyclopedia universalis)
Il serait le frère du breton Bernard de Chartres (mort après 1126), qui est également l'un des grands noms de l'école de Chartres, fondée par l'évêque de Chartres Fulbert au XIe siècle. Il tenta lui aussi de concilier le platonisme du Timée et du Banquet avec les écrits d'Aristote. Une étude récente de Guillotel a montré qu'il fut également évêque de Quimper sous le nom de Bernard de Moelan. Il y aurait rédigé les Vitae de Saint Corentin et Saint Ronan. (lire sur ce sujet André Bourgès 2008 "Les trois Bernard")
Leurs éléves furent Jean de Salisbury, Bernard Sylvestre, et Alain de Lille. Ils participèrent avec Guillaume de Conche (mort vers 1150) au rayonnement de l'école de Chartres.
On relève aussi un autre chancelier de Chartres, Gilbert de la Porée, qui devient évêque de Poitiers en 1146.
Si on recherche le rapport entre cette nouvelle philosophie de la nature, où Dieu n'agit que par ses lois, s'étant retiré du monde qu'il a créé, et où l'homme doit se livrer à la recherche des secrets de la nature, à la recherche de son destin, en déchiffrant l'univers, et le choix de la référence à Apocalypse livre 4, à ses quatre Vivants et à ses 24 rois jouant des instruments à cordes, il est vraisemblable que l'une des clefs est l'importance donnée au nombre, et aux arts du Quadrivium : arithmétique, géométrie, astronomie et musique.
Le fait que le porche de gauche soit illustré par la mesure du Temps (signe du Zodiaque et activités des Mois) et le porche de droite par les Arts Libéraux et la référence aux sages de l’antiquité, dont le XIIe siècle étudiait les œuvres (Cicéron, Pythagore, Aristote, Ptolémée, Euclide, Donat, Boèce), me semble souligner l'importance donnée à la Physique, et à la Mesure. Ou au dogme de la philosophie pythagoricienne : tout ce qui existe est un nombre ; l'essence et le principe des choses est le nombre. Le principe de la musique, et de la gamme, également.
Je consacre donc un article au tympan du porche de droite, et à sa représentation des Arts Libéraux, dont la Musique.
— KENAAN (Nurith), BARTAL (Ruth), 1981, Quelques aspects de l'iconographie des vingt-quatre Vieillards dans la sculpture française du XIIe s. Cahiers de Civilisation Médiévale Année 1981 24-95-96 pp. 233-239
—LE VRAUX (Denis) PONT (Olivier), s.d, "Les vièles en huit de la cathédrale d'Angers" Le porche occidental de la cathédrale Saint-Maurice d'Angers, seconde moitié du XIIe siècle, montre le Christ en majesté entouré des 24 vieillards sculptés sur les voussoirs. Ils jouent tous de la vièle en huit. Apemutam.
Nées sous l'influence des écrits de saint Augustin (De doctrina christiana) défendant les sept arts libéraux (Grammaire, Rhétorique et Dialectique ; Arithmétique, Géométrie, Astronomie et Musique) afin de mieux défendre le christianisme, les écoles cathédrales assurent initialement la formation supérieure des candidats du diocèse à l'état clérical mais ont, peu à peu, elles ont accepté des étudiants laïcs afin de former des administrateurs civils, pour des études supérieures après les études de base assurées dans les paroisses et les couvents. Systématisées par Charlemagne, elles se créent à Lyon, Chartres, Orléans, Reims, Paris, Laon, Rouen ou Langres. Au XIe siècle, elles passent à la charge des chanoines de la cathédrale et dépendent du chapitre dirigé par son doyen. Dépendant du chapitre des chanoines elles prennent également le titre d'«école capitulaire». Les étudiants mènent une vie commune, chantent les psaumes et textes liturgiques sous la conduite du chantre, et suivent des études religieuses, mais aussi l'étude des Arts libéraux, le Trivium, et le Quadrivium. Ces écoles capitulaires ont été à la base de la renaissance culturelle et philosophique du XIIe siècle et ont précédé la fondation des universités au XIIIe siècle.
L'École de Chartres.
L'École épiscopale de Chartres connaît sa renommée à partir du XIe siècle grâce à son fondateur Fulbert de Chartres (écolâtre renommé et évêque de Chartres en 1006 puis atteint son apogée au XIIe siècle, sous l’impulsion de plusieurs philosophes et théologiens, auteurs d’études philosophiques savantes basées sur de Platon, dont beaucoup sont chanceliers du chapitre, ou écolâtres, et dirigent l'enseignement. Ces enseignants sont principalement Yves de Chartres (spécialiste du droit canonique et évêque de Chartres en 1090, le breton Bernard de Chartres ou de Moélan (chancelier v. 1120 et évêque de Quimper mort en 1167), Gilbert de La Porrée (chancelier en 1126), Thierry de Chartres (frère possible de Bernard, chancelier et archidiacre en 1121), son élève Clarembaud d'Arras et son autre élève le grammairien Guillaume de Conches (auteur de Gloses sur Martianus Capella, Boéce, Priscien et Platon), Jean de Salisbury (qui avait étudié à Chartres) et Bernard Silvestre (commentateur des Noces de Martianus Capella et auteur de la Cosmographia, variation poétique sur les thèmes pythagoriciens grâce à l’herméneutisme égyptien). Tous étudient les textes de Platon, et les thèses pythagoriciennes de son Timée Augustin, Macrobe, Chalcidius, Boèce et Martianus Capella.
L'École de Chartres et les Arts libéraux : Thierry de Chartres.
Ce Portail Royal est daté vers 1145, et son programme iconographique est certainement l'expression des choix et de la pensée du chapitre épiscopal, et de son École. Or, le chancelier (à qui les sceaux sont confiés, le numéro 3 du chapitre après le Doyen et le Chantre) est alors Thierry de Chartres. On doit rechercher les bases du décor de ce portail dans sa pensée. Avec les trois porches, celui de gauche (Ascension) exposant la mesure du Temps (zodiaque et activités des Mois) celui du centre (Christ glorieux) présentant une scène du Livre de l'Apocalypse avec 24 vieillards musiciens, et celui de droite (Vierge à l'Enfant) montrant les sept Arts libéraux et les sept auteurs de l'antiquité grecque et romaine qui fondent ces Arts.
Or, Thierry de Chartres est connu pour être l'auteur de l'Heptateuchon, et il écrit dans son pologue qu'il voit dans l'étude (compréhension intellectus et analyse interpretatio) des septs arts libéraux "le seul et simple instrument de toute philosophie".
Thierry est chancelier de la cathédrale de Chartres en 1141 ; avant cette date, Jean de Salisbury l'a eu pour maître à Paris. Il est un des esprits les plus actifs et les plus avancés du XIIe siècle, de plain-pied avec le savoir nouveau qui affluait à son époque. Hermann le Dalmate lui dédie en 1143 sa traduction du Planisphère de Ptolémée. Auteur d'un manuel des sept arts libéraux, l'Heptateuchon, son ambition est d'unir le trivium (arts du langage : grammaire, dialectique, rhétorique) et le quadrivium (arts mathématiques : arithmétique, géométrie, musique, astronomie) pour en faire résulter une culture philosophique neuve. Platonicien comme bien d'autres de ses contemporains, il l'est d'une façon qui lui est propre, faisant penser au Platon pythagorisant dont certains passages du Timée lui proposaient l'exemple. Appliquant la mathématique à la théologie, il exprime au moyen de l'arithmétique la fécondité divine : Dieu est unité, et les rapports de l'unité à elle-même donnent une image des rapports trinitaires ; en outre, la production des nombres à partir de l'unité représente la création, puisque tout être est en tant qu'il est un (Boèce), c'est-à-dire en tant qu'il participe de cette « forme d'être » qu'est l'unité : « La création des nombres est la création des choses ». Mais il dit tout aussi bien que « les noms donnent leur essence aux choses » montrant qu'il liait le platonisme et la grammaire. (Jean Jolivet)
L'Heptateuchon de Thierry de Chartres.
Pour montrer que le portail est l'illustration de l'ouvrage de Thierry de Chartres, associant à chacun des sept arts les auteurs de l'antiquité compilé dans l'Heptatheucon, je produit ici trois copiés-collés :
"Somme encyclopédique de l'enseignement des arts libéraux, l'Heptateuchon est composé par le maître chartrain, si l'on en croit Alexandre Clerval , entre les années 1130 et 1140, et l'on y trouve principalement un florilège de textes de référence pour l'enseignement de chacune des sept disciplines du trivium et du quadrivium réunis : Donat, Priscien, Cicéron, Severianus le rhéteur, Martianus Capella, Porphyre, Aristote, Boèce, Adélard de Bath, Isidore de Séville, Frontin, Columelle, Gerbert d'Aurillac, Gerland le computiste, Hygin le grammairien et Ptolémée. Cet ouvrage, qui ne fait à l'heure actuelle l'objet d'aucune édition critique (à l'exception de son prologue et d'un autre extrait), nous est parvenu sous la forme d'un unique manuscrit en deux volumes , le premier de 349 folios à deux colonnes, le second de 246 folios à deux colonnes également, tous de relativement bonne exécution. Ces manuscrits ont malheureusement été presque intégralement perdus lors de l'incendie de la bibliothèque de Chartres du 26 mai 1944, consécutif à un accidentel bombardement américain. Nous devons toutefois beaucoup à la prévoyance du Pontifical Institute of Mediaeval Studies de Toronto ainsi qu'à l'abbaye du Mont César à Louvain pour avoir effectué des microfilms de ces manuscrits par lesquels le texte est sauf. En ajoutant à cela les récents travaux de Dominique Poirel, Claudia Rabel et Joanna Fronska qui ont permis de mettre au jour quelques fragments sauvés des flammes, nous sommes en mesure de reconstituer ce texte et d'en offrir une édition critique. L'objectif de ce projet est ainsi double : éditer l'Heptateuchon d'une part, rendant alors accessible un témoin important de l'enseignement à l'école de Chartres, le commenter d'autre part afin de comprendre ce qu'il nous dit de la nature de la formation du philosophe à la renaissance du XIIe siècle. Il s'agit donc d'un travail philologique d'une part et spéculatif de l'autre." Louis JANSEN, 2025, projet thèse Generosae nationis philosophorum propago ; L'Heptateuchon de Thierry de Chartres comme témoin de la formation du philosophe au XIIe siècle
https://theses.fr/s428278
Les manuscrits de l'Heptateuchon :
"Mais nous possédons aussi, en plus d’un microfilm d’avant-guerre, les fragments de l’Heptateuchon de Thierry de Chartres (mss 497- 498), l’ouvrage emblématique de l’école de Chartres du xiie siècle. Dans cette bibliotheca inédite des sept arts libéraux, Thierry avait regroupé les textes — notamment d'auteurs antiques et arabes — fondant un programme d’enseignement encyclopédique. Une de ses sources dut être le ms. 214, un recueil aujourd’hui détruit de traités astronomiques et mathématiques, dont nous avons découvert un dessin, celui d’un astronome utilisant un nocturlabe ." Dominique Poirel, Claudia Rabel La lettre de l’inshs, mars 2014 La Renaissance virtuelle des manuscrits sinistrés de Chartres en 1944 https://shs.hal.science/halshs-00139736v1
Voir le fac similé du Ms 498 : https://archive.org/details/heptateuchon00unse/page/n1/mode/2up
Wikipedia ? :
"L' Heptateucon (du grec επτα-τεῦχος, «sept recueils») est une grande encyclopédie d' œuvres anciennes relatives aux sept arts libéraux , distinguées sur la base de leurs différents domaines de connaissance , mais toutes convergeant vers une compréhension globale de la connaissance, capable avant tout de rendre accessible le sens philosophique des Saintes Écritures . Dans le Prologue, Thierry ne le présente pas comme son propre ouvrage, mais comme une transcription de textes anciens, rassemblés selon les deux instruments fondamentaux de la philosophie, l’ intellectus et l’ interpretatio , c’est-à-dire la raison et l’exégèse , dont l’union, symbolisée par le mariage de Mercure et de la Philologie selon une image tirée de Marciano Capella , représente le contenu spirituel du quadrivium qui devient expression à travers le trivium.
En particulier, si le quadrivium est la « science de la nature », incluant les sujets mathématiques et scientifiques, le trivium est la « science des mots » : parmi les trois disciplines de cette dernière, il accorde la plus grande importance à la grammaire , bien que ses recherches les plus pertinentes concernent la rhétorique , dans laquelle il propose un précieux commentaire du De inventione de Cicéron . Concernant également la dialectique , Thierry fut le premier à réintroduire en Occident les Premiers Analytiques et les Listes sophistiques d’ Aristote dans une version latine, malgré son platonisme .
Parmi les sources du quadrivium, il s'est plutôt inspiré des tables du philosophe persan al-Khwārizmī , traduites en latin par Adélard de Bath , comme référence pour le sujet de l'astronomie ."
LE PORCHE DE DROITE DU PORTAIL ROYAL.
Je décrirai d'abord les 14 figures des voussures du porche consacrées aux 7 arts libéraux et aux sept auteurs de l'antiquité compilés par Thierry de Chartres dans son Heptatheucon.
Puis je décrirai les sujets complémentaires 15 et 16, puis les anges de la voussure.Pour être complet, je décrirai ensuita la Vierge à l'Enfant du tympan, et les deux linteaux consacrés d'abord à la Présentation au Temple, puis aux scènes de l'Incarnation, l'Annonciation, la Visitation, la Nativité et l'Annonce aux Bergrs.
Je terminerai rapidement par les statues colonnes.
1. Aristote associé à la Dialectique (2).
Aristote est assis, et porte sur ses genoux un écritoire rectangulaire formant pupitre, à l'angle duquel un encrier de corne est inséré. Le calame qu'il tenait dans sa main droite est perdu. Dans sa main gauche, il tient un grattoir qui lui permet de corriger éventuellement son parchemin et aussi de retailler ses roseaux. Trois calames arciformes bien taillés sont suspendus sur un ratelier près de lui, ainsi qu'un objet ressemblant à une éponge. On remarque aussi à droite une règle suspendue à un clou, dont un côté se découpe pour former un "pistolet" de dessinateur.
Au VIIe siècle, Isidore de Séville avait proclamé Aristote"père de la dialectique". C'est dans les Topiques, cinquième livre de l'Organon (« outil » ou « instrument » en grec ancien), nom scolastique utilisé pour désigner un ensemble de traités de logique d'Aristote, que le philosophe grec aborde la dialectique, ou art du dialogue argumentatoire entre deux personnes ayant des points de vue différents.
Thierry de Chartres est un des premiers à avoir connu des œuvres logiques d'Aristote jusque-là oubliées , les Premiers Analytiques, les Réfutations sophistiques et ... les Topiques.
2. DIALECTICA, personnification de la Dialectique (Trivium).
Voussure II, côté gauche figure 2. Restaurée.
Dialectica est assise, la tête et le corps couverts d'un voile, et elle tient dans la main gauche un vase fleuri tandis qu'une sorte de dragon, posé sur sa main droite, monte vers son épaule grâce à ses pattes griffues. Ce "dragon" a une gueule aux dents acérées et aux oreilles longues et pointues, une échine hérissée de dents, des ailes, et une queue longue qui se perd entre les jambes de l'allégorie. C'est bien là son attribut, qui était chez Martianus Capella (Ve siècle) un serpent symbole du sillogisme ou de la ruse des sophismes, un scorpion chez Alain de Lille (XIIe siècle), une tête de chien (inscription caput canis) dans l'Hortus Deliciarum de Herrade de Landsberg (XIIe siècle), c 'est parfois un basilic (coq serpent), un serpent sur le porche de la Collégiale de Loches (milieu XIIe) ou à la façade ouest de la cathédrale de Laon (XIIe) où le serpent est enroulée en guise de ceinture (comme à Auxerre), ou encore sur la chaire de la cathédrale de Pise (entre 1302 et 1311), un livre à la cathédrale de Clermont, un scorpion et un lézard sur la peinture murale du Puy-en-Velay (dernier quart XVe), un couple de lézards encore (affrontement d'arguments opposés) sur la verrière de la chapelle Saint-Piat de Chartres (1415), et un scorpion noir sur la Fresque des arts libéraux de Botticelli au Louvre (1483-1486).
La fleur (ou sceptre d'aspect végétal) suggére la sève et donc la vie, mais aussi l'art de plaire ou la beauté séduisante et puissante du langage.
Si ce n'est Cicéron, l'avocat, homme d'Etat et écrivain romain auteur de discours, de lettres, et de traité de l'Art de l'Orateur (DeOrator), et la Rhétorique à Herennius, celui de savoir parler pour prouver, convaincre, et plaire, ce pourrait être Quintilien, rhéteur, pédagogue et avocat du 1er siècle, auteur de l'œuvre majeure qu'est l'Institution oratoire. C'est en tout cas Cicéron qui est nommé au Puy-en-Velay à la fin du XVe siècle. Et Thierry de Chartres le lisait, puisque leDe Oratore de Cicéron était étudié, à Chartres comme ailleurs, par quiconque voulait acquérir l'art de l'éloquence, et puisqu'il a laissé un commentaire du De inventione.
Cicéron est assis devant un pupitre posé sur ses genoux (comme Aristote et tous les autres auteurs) devant son ratelier de calames. Il lève la main gauche dans un geste d'éloquence, mais il tient un livre (?) de la main droite. Le sculpteur, emporté par son habitude de représenter des Grecs barbus, a oublié que Cicéron, comme généralement les Romains, était rasé. Mais il n'a pas omis de représenter une régle suspendue à sa gauche.
4. la Rhétorique (Trivium).
Rhétorique fait un geste d’orateur, bras droit demi étendu vers la gauche et poing serré, bras gauche soulevant un pan de son habit dans un spectaculaire effet de manches. Sa tête est tournée vers le geste rhétorique de la main gauche pour le renforcer, sa bouche est ouverte. Elle est drapée dans un manteau-voile à bords brodés.
Elle est représentée à la cathédrale de Laon avec le même geste de la main gauche levée, mais avec la paume ouverte.
Car si la rhétorique est l’art de l’éloquence, elle se base sur l'apprentissage du geste et de la posture. Elle comportait cinq parties : l’inventio (invention ; art de trouver des arguments et des procédés pour convaincre), ladispositio (disposition ; art d’exposer des arguments de manière ordonnée et efficace), l’elocutio (élocution ; art de trouver des mots qui mettent en valeur les arguments ), la memoria (procédés pour mémoriser le discours), mais aussi l’actio (la scansion, les gestes de l’orateur plaçant dans l'espace son verbe, le comput des arguments sur les doigts de la main) .
Elle fait appel au sensible plutôt qu'au spéculatif, elle est ornement plus que vérité :
" La Rhétorique antique avait survécu dans les traditions de quelques écoles romaines de la Gaule et chez quelques rhéteurs gaulois, dont Ausonius (310- 393), grammaticus et rhetor à Bordeaux, et Sidoine Apollinaire (430-484) évêque d'Auvergne. Charlemagne inscrit les figures de rhétorique dans sa réforme scolaire, après que Bède le Vénérable (673-735) eut entièrement christianisé la rhétorique (tâche amorcée par saint Augustin et Cassiodore), en montrant que la Bible est elle-même pleine de « figures ». La rhétorique ne domine pas longtemps ; elle est vite « coincée » entre Grammatica et Logica : c'est la parente malheureuse du Trivium, promise seulement à une belle résurrection lorsqu'elle pourra revivre sous les espèces de la « Poésie » et d'une façon plus générale sous le nom de Belles-Lettres. Cette faiblesse de la Rhétorique, amoindrie par le triomphe des langages castrateurs, grammaire (rappelons-nous la lime et le couteau de Martianus Capella) et logique, tient peut-être à ce qu'elle est entièrement déportée vers l'ornement, c'est-à-dire vers ce qui est réputé inessentiel — par rapport à la vérité et au fait." Mais elle est utile aux prêcheurs pour leurs sermons (Artes sermocinandi ) : sermones ad populum (pour le peuple de la paroisse), écrits en langue vernaculaire et sermones ad clerum (pour les Synodes, les écoles, les monastères), écrits en latin.
Thierry de Chartres a écrit un traité sur la Rhétorique, Accessus circa artem rhetoricam , "Approche de l'art de la rhétorique", en se référant à Cicéron, à Boèce et à Quintilien. Les traités d'Aristote sur la rhétorique ne seront traduits qu'en 1270.
Portail royal, portail droit, voussoir : Euclide, l'art de la géométrie
Euclide d'Alexandrie (vers vers 300 avant notre ère) est l'autorité de l'Antiquité classique dans l'art de la géométrie par son ouvrage Les Éléments.
Il est représenté comme les autres auteurs de référence, assis penché sur son pupitre posé sur ses genoux et dont l'encrier en corne occupe le coni gauche. Il est en train d'effectuer un tracé, comme absorbé par quelque problème géométrique. Il tient un objet rectangulaire en main droite, et un grattoir en main gauche.
Les Éléments d'Euclide furent connus en Occident médiéval par des traductions arabes, hébraïques ou latines et notamment par la Recension de Campanus en 1260, et l'Heptameron de Thierry de Chartres en est imprégné : 19 textes sont consacrés à la géométrie. (M. Lejbowicz)
Cette figure féminine représentant la géométrie, voilée comme ses compagnes, a une tablette sur les genoux , sur laquelle sa main gauche, et notamment son index pointé, sont posés. Sa main droite a disparu, mais on peut imaginer qu'elle maniait un compas comme dans les Noces de Martianus Capella, ou sur le dessin du XIIe siècle de l'Hortus Deliciarum (le Jardin des Délices). Sur ce dessin, elle tient aussi un étalon pour mesurer le monde.
Hortus Deliciarum
C'est encore un compas qu'elle tient à la Collégiale de Loches, à la cathédrale de Laon, à Notre-Dame de Paris, à la cathédrale de Sienne, à celle de Clermont, d'Auxerre, (en sculpture et sur un vitrail de 1260), sur la baie 103 de la cathédrale de Soissons, à l'église Notre-Dame de Sémur-en-Auxois. Sur la baie 5 de la chapelle Saint-Piat de Chartres, elle tient le compas et l'équerre.
La Géométrie est alors "l'art de mesurer les surfaces et les lignes" (Grégoire de Tours) et dans la description d'Alain de Lille (Anticlaudianus v. 1120) elle mesure le monde avec une aune et fabrique une roue.
7. L'Arithmétique(Quadrivium).
Voussure II, côté droit, figure 7.
La figure féminine représentant l'Arithmétique est assise, la tête et le corps voilés, ses manches sont amples, ses chaussures pointues. Elle tient en main gauche deux livres, mais son visage est penché vers un objet qu'elle tenait en main droite et qui est brisé. Si l'on se réfère au manuscrit Hortus Deliciarum , elle pouvait se servir d'une corde sur laquelle sont fixées des boules formant graduation .
Calque de l'Hortus Deliciarum.
La science de l'arithmétique est "de connaître les fonctions des nombres" (Grégoire de Tours). Dans la description d'Alain de Lille, elle tient la table de Pythagore. À Loches, elle tient un livre, à Laon elle tient des groupes de boules dans ses deux mains, à Pise elle compte sur ses doigts, à Clermont elle compte sur un boulier, à Sémur-en-Auxois elle a des boules dans la main droite, et sur la baie 103 de Soissons, elle désigne du doigt une tablette sur laquelle sont inscrits douze chiffres romains.
8. Boèce associé à l'Arithmétique.
Voussure II, côté droit, figure 8.
Boèce, philosophe et homme politique latin contemporain de Cassiodore, vers 480-524, et très célèbre pour sa Consolation de Philosophie écrits en prison à la fin de sa viea publié entre autre un traité De arithmetica.
Il avait traduit l’Organon d'Aristote accompagné de gloses grecques, ainsi que l’Isagogè de Porphyre de Tyr, rédigé une introduction à la logique aristotélicienne et un commentaire sur les Topiques de Cicéron. Il eut une très forte influence sur la scholastique des écoles médiévales, sur Alcuin, Jean Scot Érigène, les écoles d'Auxerre et de Reims au IXe siècle, et sur Gilbert de Poitiers et les commentateurs de l'école de Chartres au XIIe siècle.
On retrouve les caractéristiques déjà notés pour les autres auteurs antiques comme la position assise, le ratelier avec ses calames et son éponge, et le pupitre posé sur les genoux. Un coude appuyé sur son accoudoir, Boèce se tourne sur sa gauche, comme pour répondre à un interlocuteur ou observer un objet, celui qu'il tenait dans la main gauche et qu'il élevait, coude plié. Mais cet objet a disparu.
9. L'Astronomie (Quadrivium).
Voussure II, côté droit, figure 9
Cette figure féminine assise et voilée qui observe les étoiles représente l'astronomie. Elle a la tête levée vers le ciel et les mains ouvertes, projetées en avant dans une attitude d'admiration (ou de déduction?). C'est ainsi que la décrivait Alain de Lille, mais tenant une sphère ; la main gauche ne tient-elle pas un objet, peut-être un globe comme le suggère Gérard Fleury ? Sur la figure de l'Hortus Deliciarum, Astronomie montre les étoiles en les pointant de son index droit et elle tient un seau rempli d’eau ou un miroir.
Astronomia, Hortus Deliciarum
À Loches, elle montre deux étoiles. À Laon, elle élève des deux mains un astrolabe, à Notre-Dame de Paris elle montre le ciel d’une baguette dans la main gauche, à Sienne elle montre un disque de la main gauche, à Pise elle élève un astrolabe au niveau de son œil avec le bras gauche et elle montre du doigt un cahier posé sur son genou droit, sur le vitrail d'Auxerre elle regarde le ciel, à Sémur-en-Auxois elle présente un astrolabe, sur la fresque des Arts libéraux de Botticelli au Louvre elle tient un sextant dans sa main gauche, sur la baie 103 de Soissons elle porte et contemple un disque ou une sphère, dans laquelle il faut voir un astrolabe ou une sphère armillaire.
Sur les conceptions de Thierry de Chartres sur les rotations des sphères célestes, influencé par Macrobe et par les péripatéticiens, voir son écrit Opusculum de opere sex dierum analysé par Pierre Duhem.
On remarquera que sur le porche central, parmi les 12 anges qui entourent le Christ, cinq tiennent de astrolabes en désignant le ciel, ce qui est assez extraordinaire. Un sixième tient un instrument (qui n'est peut-être qu'un livre ceinture.
Ange à astrolabe, porche centrail du Portail Royal de Chartres, cliché lavieb-aile.Ange à astrolabe, porche centrail du Portail Royal de Chartres, cliché lavieb-aile.Ange à astrolabe, porche centrail du Portail Royal de Chartres, cliché lavieb-aile.
10. Ptolémée associé à l'Astronomie (9).
Voussure II, côté droit, figure 10
Ptolémée (100-168 ap. J.C) est l'autorité de l'Antiquité classique choisie comme référence dans l'art de l'astronomie. Il fit des observations astronomiques à la Grande Bibliothèque d'Alexandrie et est l'auteur de l'Almageste, traité d'astronomie qui nous est parvenu complet, et du Tetrabiblos, traité d'astrologie, c'est-à-dire de l'influence des astres sur le monde sublunaire et sur les destinées humaines. Pour lui, la Terre est sphérique, immobile au centre de l’Univers et les cieux eux-mêmes sont sphériques. Ptolémée reprend sous l’influence d’Aristote l’idée d’un monde supra-lunaire fait d’éther. Il compléte le catalogue d’Hipparque, qui décrivait 850 étoiles , et en identifie 1028, en utilisant pour cela l’astrolabe armillaire (à ne pas confondre avec l’astrolabe plan) qu'il nomme son astrolabon. Le mot astrelabe (du grec astrolabios, "preneur d'étoile") apparaît dans notre langue en 1155, précisément la date où furent sculptés ces Arts libéraux.
On retrouve le schéma habituel d'un personnage barbu assis, portant sur ses genoux le pupitre avec on encrier en corne, les quatre calames sur le ratelier, une règle suspendue au mur. Il tient en main gauche ce qui doit être un livre, et de la main droite une sphère qu'il observe. Pour B. Coquet, "l'objet qu'il tenait sur son pupitre est presque entièrement disparu. Était-ce un boisseau ? En effet, on admet que les astronomes regardaient l'image des constellations réfléchie dans un boisseau empli d'eau : ce qui avait pour avantage de limiter le champ d'observation."
L'époque médiévale dispose de deux sortes de sphères armillaires, soit portative tenue avec un manche à la main, soit fixe et orientée vers le pôle.
Représentation par V. Naboth (1573) du modèle astronomique géo-héliocentrique d'Héraclide transmis par Martianus Capella
Thierry de Chartres est lecteur de Ptolémée et Hermann le Dalmate lui dédie en 1143 sa traduction du Planisphère de Ptolémée. On connaissait alors le Liber de astrololabio de Gerbert, écrit avant 999 où cet auteur devient le pape Sylvestre II.
Dans son Heptateuchon, Thierry de Chartres insère ainsi les premières tables astronomiques provenant du Preceptum Canonis Ptolemei du VIe siècle, conservé à Chartres sous le nom de Ptolémée. (I. Draelants)
Une des sources de Thierry de Chartres pour son Heptateuchon dut être, selon C. Rabel et D. Poirel, le ms. 214 de la Bibliothèque Municipale de Chartres, des Sententiae astrolabii attribué éventuellement à Gerbert (Sylvestre II) , un recueil aujourd’hui détruit de traités astronomiques et mathématiques, dont ils ont découvert un dessin, celui d’un astronome utilisant un nocturlabe (Un nocturlabe est un instrument utilisé pour déterminer l'écoulement du temps en fonction de la position d'une étoile dans le ciel nocturne ).
Astronome utilisant un astrolabe. Traités astronomiques et mathématiques, 2e quart du XIIe siècle, in Claudia Rabel, Dominique Poirel INHS CNRS Lettre info 2014. (Chartres, BM, ms. 214 ; ms. détruit, dessin reproduit par H. Michel, « Les tubes optiques avant le télescope », dans Ciel et Terre, Bulletin de la Société belge d’astronomie, de météorologie et de physique du globe, 70, 1954, p. 175-184, ici p. 177 fig.
11. La Grammaire (Trivium).
Voussure II, côté droit, figure 11. Restaurée.
La figure féminine représentant la Grammaire, assise et voilée comme les autres, présente un grand livre ouvert et brandit de sa main droite une férule ; un petit garçon, sa tête frisée à demi-couverte par sa capuche, est assis sur un siège bas et se penche sur le livre qu'il tient ouvert sur ses genoux ; il sourit, la tête appuyée sur sa main, peut-être pour se protéger. Son camarade, assis sur les talons, a posé son livre grand ouvert sur sa cuisse ; il lève les yeux vers la Grammaire et il lui tend sa main, paume ouverte posée sur la chevelure de son voisin ; il a le torse nu et l'on pourrait supposer d'abord qu'il a été fouetté, n'était l'échange de regards paisibles entre l'enfant et la femme. Une interprétation de Georges Bonnebas est qu'il s'agirait d'un enfant pauvre, qui contraste avec le garçon de droite, abondamment couvert de beaux habits très riches : l'intention serait alors de montrer que la même instruction est dispensée à l'un et l'autre . Pour G. Fleury, celui qui est situé à droite courbe la tête, tandis que celui de gauche tend la main droite pour recevoir sa punition.
SElon Grégoire de Tours, Grammaire est celle qui apprnd à lire. Dans le Ier Livre des Noces de Martianus Capella, Grammaire est revêtue de la paenula (manteau ordinaire des sénateurs romains), et porte à la main une trousse médicale pour guérir les vices du langage : encre, plumes, tablettes, limes à 8 traits (8 parties du discours « classique »), un martinet pour l’autorité et un scalpel pour opérer dents et langues. Dans le 3ème Livre, Grammaire apparaît sous les traits d'une femme assez vieille, mais qui possède encore du charme. Originaire d'Égypte, elle est passée en Grèce puis à Rome. Elle porte une boîte contenant une plume et un encrier, instruments qui lui sont nécessaires pour enseigner la grammaire aux enfants, car celle-ci passe par l'écrit. Elle commence par enseigner les lettres, en indiquant les combinaisons possibles de voyelles et de consonnes et les façons de les prononcer, puis expose les différentes sortes de syllabes. Elle passe ensuite au genre des mots et aux accords, puis aux verbes et aux adverbes. En terminant, elle signale une longue liste d'exceptions, montrant que la formation des mots ne suit pas des règles absolument régulières et qu'il faut respecter l'usage. Le livre se termine en signalant que l'assemblée des dieux s'est copieusement ennuyée durant cet exposé et en invitant Grammaire à ne pas s'étendre sur les solécismes, barbarismes et autres fautes de langage.
Pour Alain de Lille, Grammaire, douce et sévère, tient la férule (*) et le scalpel. Elle travaille au timon du char y gravant le portrait des grammairiens : Donat — Ælius Donatus, grammairien latin, vers 320-380, auteur d’un traité de grammaire — et Aristarque de Samothrace, grammairien grec (IIe siècle av. J.-C.).
(*) Férule : étymologiquement : faisceau de branches, mais aussi « Petite palette de bois ou de cuir, à l'extrémité plate et élargie, autrefois utilisée comme instrument de discipline pour frapper les mains des écoliers fautifs ».
Sur la roue de l'Hortus Deliciarum, elle tient un livre et une férule. Une inscription près du fouet SCOPE9, renvoie sans doute au latin scopula, ae "petit balai".
Grammatica, calque de l'Hortus Deliciarum.
À Loches, Grammaire se découvre par la férule qu’elle applique des deux mains, comme une arme, sur l’épaule. À Laon, Grammaire est représentée avec un écolier (ou deux, sur le vitrail), sans férule (sauf peut-être sur le vitrail), l’air débonnaire. À Pise, elle allaite deux enfants qu’elle tient sur ses genoux, c’est la mère nourricière. À Auxerre, elle fait face à un enfant. Sur le Portail des Libraires de la cathédrale de Rouen elle est en train de fouetter un personnage nu, à genoux et implorant. À Sémur-en-Auxois, Grammaire tient une férule de la main droite, elle fait suivre d’un doigt sur un livre ouvert sur ses genoux un jeune écolier assis devant elle.
Sur la fresque du Puy-en-Velay, Grammaire lève les mains et Priscien (alors que c’est Donat qui est habituellement invoqué) suit sur un livre ouvert sur ses genoux.
Sur la baie 103 de Soissons, Grammaire, de trois-quarts, tient une clef à la main droite (la clef de l'art du langage) et lit dans un livre ouvert dans lequel est inscrit l'alphabet.
12. Donat, associé à la Grammaire (11).
Voussure II, côté droit, figure 12.
Les autorités de l'Antiquité classique faisant référence alors dans l'art de la grammaire sont Donat ou Priscien. On pense plutôt voir ici Donat car celui-ci était tenu en grande estime par Thierry de Chartres, l'inspirateur probable de ces sculptures. Donat comme Priscien étaient auteurs d'une grammaire latine (pour Donat : Ars Donati grammatici urbis Romae, débutant par un Ars minor ou version abrégée et suivi des trois livres de l'Ars maior).
La Bibliothèque de Chartres possédait un manuscrit du XIIe siècle (vers 1100) réunissant l'Opuscula de Priscien, l'Ars major de Donat, (BM Ms 497) et des Opuscules de Cicéron et Aristote.
Pythagore et Donat.
13. Pythagore, associé à la Musique (14).
Voussure I, côté droit, figure 13.
Le philosophe présocratique grec décédé vers 495 avant J.C ressemble ici comme un frère jumeau au grammairien Donat du 4ème siècle après J.C. Comme les femmes des Arts libéraux, ce ne sont pas des portraits, mais des figures. Lui aussi est assis, penché sur son pupitre à encrier en corne, un calame et un grattoir en main, sous le ratelier porte-plumes où sont posées deux éponges.
Cette figure représente la pensée de l'école pythagoricienne, et notamment pour Thierry de Chartres, son arithmétique (le fameux théorème), sa cosmogonie, et son idée que "les choses sont nombres", le nombre est la matière des êtres, ce qui leur donne forme et les rend intelligibles. Connaître le nombre d’une chose revient à connaître la chose elle-même. pour les pythagoriciens, ce sont les nombres entiers qui sont à la racine des choses, le Cosmos est littéralement régi par eux. Et la musique est au cœur de cette représentation car en musique les intervalles de ton sont des rapports de nombre.
Voilà comment Guido d’Arezzo (~992-~1050), le moine bénédictin à l’origine du système de notation musicale encore en vigueur, rapporte l’événement au dernier chapitre de son ouvrage Micrologus (vers 1020) :
"Un certain Pythagore, grand philosophe, voyageait d’aventure ; on arriva à un atelier où l’on frappait sur une enclume à l’aide de cinq marteaux. Étonné de l’agréable harmonie qu’ils produisaient, notre philosophe s’approcha et, croyant tout d’abord que la qualité du son et de l’harmonie résidait dans les différentes mains, il interchangea les marteaux. Cela fait, chaque marteau conservait le son qui lui était propre. Après en avoir retiré un qui était dissonant, il pesa les autres et, chose admirable, par la grâce de Dieu, le premier pesait douze, le second neuf, le troisième huit, le quatrième six de je ne sais quelle unité de poids. Il connut ainsi que la science de la musique résidait dans la proportion et le rapport des nombres."
Pierre le Mangeur (1100?-1179? Pythagore et les forgerons, illustration extraite du Petri Manducatoris sermones, BSB Clm 2599. München - Bayerische Staatsbibliothek
Cette expérience s’avère fondamentale pour les pythagoriciens, car elle corrobore l’intuition de base de leur philosophie : tout ce qui existe est nombre, y compris des phénomènes aussi peu matériels que les intervalles musicaux. Son importance est telle qu’elle figure dans la plupart des traités musicaux ou arithmétiques du Moyen Âge et de la Renaissance.
NB. Sur la peinture des Arts libéraux de Puy-en-Velay, Musica est accompagnée de "Tubal" (Jubal) qui frappe une enclume avec deux marteaux.
Afin de faire « entendre les nombres », Pythagore cherche rapidement à transposer cette découverte sur un instrument : le monocorde.
Le monocorde est de constitution très simple : il s’agit juste d’une corde tendue sur une caisse de résonance munie d’un chevalet mobile placé sous la corde et permettant de diviser celle-ci en deux parties. Ce n’est pas un instrument de musique à proprement parler, c’est un instrument pour l’expérimentation et un support pédagogique. On en trouve la première trace indubitable dans l’ouvrage d’Euclide.
En déplaçant le chevalet du monocorde, nous observons que plus la longueur de corde que l’on fait vibrer est courte plus le son qu’elle émet est aigu, c’est-à-dire plus sa fréquence de vibration est élevée. Nous pouvons en conclure la loi importante que la fréquence de vibration de la corde est inversement proportionnelle à sa longueur. Pythagore prouve ainsi, grâce au monocorde, que les intervalles musicaux reconnus comme les plus consonants sont identifiables à des fractions simples construites avec la suite des 4 premiers entiers 1, 2, 3 et 4, désignée par le terme tetraktis. Les pythagoriciens pensent enfin avoir découvert les fondations de l’harmonie dans l’Univers. Avec sa corde unique, son chevalet mobile et sa règle graduée, le monocorde fait se rejoindre les notes et les nombres, les intervalles et les rapports, la perception sensorielle et la raison mathématique. Le monocorde fait ainsi « entendre les nombres » et « voir les sons ». Plus encore, par l’acte même de mesurer des longueurs de corde (géométrie) pour les associer à des rapports de nombres entiers (arithmétique) liés aux intervalles musicaux, le monocorde fait converger deux domaines pourtant strictement séparés dans les mathématiques grecques.
Par cette découverte fondamentale, la musique devient ainsi une branche des mathématiques.
Pythagore et la Musique, titre des traités ed. Augsbourg, 1500. Gallica-BnF
Or, nous allons découvrir maintenant, dans le quatrième art du Quadrivium, Musica ... un monocorde.
14. La Musique (Quadrivium).
Voussure I, côté droit, figure 14
La Musique est, comme les autres Arts, assise, voilée, et vêtue sous le manteau-voile d'une robe à bords brodés, mais elle est entourée de quatre instruments : trois instruments à cordes et un instrument à percussion. Les yeux vers le ciel, les lèvres entrouvertes, elle semble attentive et concentrée sur l'écoute des harmonies.
Elle est considérée comme une science des nombres à part entière comme la géométrie, l'arithmétique ou l'astrologie : "La mathématique possède quatre espèces : l’arithmétique, la musique, la géométrie, l’astronomie." GUuillaume de Conches, Accessus ad Timaeum, § 5-6
"Voici donc les quatre espèces mathématiques. L’arithmétique traite des nombres, la musique, de la proportion, la géométrie, de l’espace, l’astronomie, du mouvement. L’élément de l’arithmétique est l’unité, celui de la musique, l’unisson, celui de la géométrie, le point, celui de l’astronomie, l’instant. C’est pourquoi, l’arithmétique est la science des nombres. La musique est l’harmonie de plusieurs sons dissemblables se réunissant en un tout. La géométrie est la discipline de la grandeur immobile et la description contemplative des formes. L’astronomie est la discipline de la grandeur mobile " Vincent de Beauvais, Speculum doctrinale, XVI, 3 (De speciebus mathematicae), début XIIIe siècle.
Rappellons que l'évêque Fulbert, fondateur de l'École de Chartres, était un compositeur estimé, auteur de poèmes liturgiques et de trois Repons de la Nativité.
a) le tintinnabulum.
On voit trois cloches suspendues à une tringle. Musica frappe la dernière cloche avec un marteau, tandis que sa main gauche tient le manche d'un autre marteau (j'ai d'abord pensé qu'elle saisissait le battant de la cloche voisine).
Voir André Bonjour, Instrumentarium de Chartres, les idiophones.
Le carillon est l'un des principaux attributs de la Musique dès l'art roman et au début de l'art gothique, à Autun (chapiteau de la cathédrale), Rouen (Portail des Libraires).
*) à Autun, le sculpteur a représenté les deux manières de faire sonner une cloche, le tintement par le marteau ou la volée par le balancement du battant, sont représentées.
La Musique, chapiteau de la cathédrale d'Autun, 1125-1135. Cliché lavieb-aile.
**) à Rouen au portail des Libraires : Le portail du transept nord, dit le « portail des libraires » de la cathédrale de Rouen a été construit autour de 1300. Il possède un riche décor et en particulier des sculptures en faible relief sur les jambages des ébrasements et du trumeau. Sur le trumeau, quatre quadrilobes concernent les arts libéraux avec , de gauche à droite : Géométrie, Musique, Astronomie, Grammaire. La Musique tient un tintinnabulum (de 4 cloches) assez proche de la Musique de Laon. Elle frappe les cloches suspendues à une tringle inclinée avec deux marteaux.
***) à la cathédrale de Laon, sculpture, XIIe siècle. On compte 5 cloches ; la tringle est inclinée.
****) cathédrale de Laon, vitrail de la rose nord: 3 cloches sont représentées
La Musique, rose (vers 1200) des Arts libéraux de la cathédrale de Laon, cliché lavieb-aile
L'instrument est sculpté avec toute la précision souhaitée. On le comparera aux vièles tenues par les Vieillards de l'Apocalypse sur le porche central.
Porche de l'Incarnation, Portail royal de la cathédrale de Chartres. Cliché lavieb-aile 2026.
LES AUTRES SCULPTURES DES VOUSSURES INTERIEURES (VOUSSURE I)
La voussure I débute, à gauche, par deux motifs qui sont parfois considérés comme des signes du Zodiaque (comme sur le portail de l'Ascension à gauche), les Poissons et les Gémeaux, ce qui est peu vraisemblable (il n'y a qu'un seul poisson ; les Gémeaux ne tiennent pas de bouclier).
Porche de l'Incarnation, Portail royal de la cathédrale de Chartres. Cliché lavieb-aile 2026.
15 : un poisson, des arbres et des oiseaux (à droite d'Aristote).
On peut suggérer que ce motif, placé à la base de la voussure I aux côtés d'Aristote, est une figure de la Nature illustrant la volonté des chartrains d'expliquer les phénomènes par des processus naturels et de porter intérêt aux sciences des choses, dans un large courant d'idées dont l'un des premiers représentants fut Adélhard de Bath, qui fut un des introducteurs en Occident de la science arabe, et dont les Questions naturelles datent du début du XIIe siècle..
" L' Hexaeméron interprète la Genèse en se référant au « Timée » de Platon . Ce texte constitue une défense raisonnée de l'existence de Dieu, s'appuyant sur la philosophie naturelle platonicienne et la logique aristotélicienne pour expliquer la création du monde. Thierry établit que le moment de la création divine fut le commencement même du temps, et qu'ensuite, la création s'est développée naturellement par la combinaison des quatre éléments (le feu, l'air, l'eau et la terre). Selon Thierry, Dieu créa les quatre éléments au premier instant. Le feu, en mouvement perpétuel, tournoya et illumina l'air, engendrant ainsi le premier jour et la première nuit. Le deuxième jour, le feu réchauffa l'eau, la faisant monter vers le ciel et former les nuages. La diminution du volume d'eau permit l'apparition de la terre le troisième jour. Le réchauffement continu des eaux au-dessus du firmament entraîna la formation des corps célestes le quatrième jour. Le réchauffement continu de la terre permit l'apparition de la vie végétale, animale et humaine les cinquième et sixième jours.
L'explication de Thierry sur la création du monde est basée sur une interprétation théologique des quatre causes d' Aristote , qu'il identifie aux trois personnes de la Trinité plus la matière (composée des quatre éléments ) : le Père est la cause efficiente , le Fils est la cause formelle , le Saint-Esprit est la cause finale et les quatre éléments sont la cause matérielle .
Selon Thierry, l'acte de création divine se limite à la création des quatre éléments, qui évoluent ensuite d'eux-mêmes, se mélangent selon des proportions mathématiques et constituent le monde physique." (en.wikipedia)
L'histoire de la création est racontée dans la Genèse, et Thierry s'efforce de rendre compte de la Création de la Genèse selon les lois d'une physique cohérente : par exemple, les animaux aquatiques sont apparus au cinquième jour, à la suite de la pénétration dans les eaux de la chaleur résultant du mouvement des étoiles. (Jean Jolivet). Il est l'auteur de In Hexaéméron ou De sex dierum operibus glosant sur les six jours de la Création biblique par des éxégèses selon des lectures littérales et historiques, écartant les lectures morales et allégoriques. (De septem diebus et sex operum distinctionibus primam Geneseos partem secundum physicam et ad litteram ego expositurus . . . Postea vero ad sensum litterae historialem exponendum veniam, ut et allegoricam et moralem lectionem . . . ex toto praetermittam . "Je vais expliquer la première partie de la Genèse, concernant les sept jours et la distinction des six œuvres selon le sens physique et littéral… Mais j’en viendrai ensuite à expliquer le sens historique de la lettre, afin de pouvoir omettre complètement l’interprétation allégorique et morale…") (W. Ciweski)
Porche de l'Incarnation, Portail royal de la cathédrale de Chartres. Cliché lavieb-aile 2026.
Les six anges de la voussure I.
Porche de l'Incarnation, Portail royal de la cathédrale de Chartres. Cliché lavieb-aile 2026.
Porche de l'Incarnation, Portail royal de la cathédrale de Chartres. Cliché lavieb-aile 2026.
Porche de l'Incarnation, Portail royal de la cathédrale de Chartres. Cliché lavieb-aile 2026.
Porche de l'Incarnation, Portail royal de la cathédrale de Chartres. Cliché lavieb-aile 2026.
LA VIERGE À L'ENFANT DU TYMPAN.
Elle est selon la tradition romane, hiératique , assise frontalement sur une cathèdre. Elle est entourée de deux anges thuriféraires, dont les encensoirs sont encore visibles, l'un devant la cuisse droite de l'ange de gauche, l'autre suspendu en l'air devant celui de droite, les détails des chaînes ayant disparu.
Porche de l'Incarnation, Portail royal de la cathédrale de Chartres. Cliché lavieb-aile 2026.
Porche de l'Incarnation, Portail royal de la cathédrale de Chartres. Cliché lavieb-aile 2026.
Porche de l'Incarnation, Portail royal de la cathédrale de Chartres. Cliché lavieb-aile 2026.
Porche de l'Incarnation, Portail royal de la cathédrale de Chartres. Cliché lavieb-aile 2026.
LE REGISTRE SUPÉRIEUR DU LINTEAU : SCÉNES DE LA VIE DE LA VIERGE.
Porche de l'Incarnation, Portail royal de la cathédrale de Chartres. Cliché lavieb-aile 2026.
La Présentation de Jésus au Temple avec dix personnages porteurs des couples de tourterelles et d'offrandes.
Porche de l'Incarnation, Portail royal de la cathédrale de Chartres. Cliché lavieb-aile 2026.
LE REGISTRE INFÉRIEUR DU LINTEAU: L'Annonciation, la Visitation, la Nativité et l'Annonce aux Bergers.
Remarquez les yeux creusés, caractère stylistique qui ne se retrouve pas sur les statues-colonnes ce ce porche ni sur les personnages des voussures. Étaient-ils jadis comblés par des pierres colorées ?
Porche de l'Incarnation, Portail royal de la cathédrale de Chartres. Cliché lavieb-aile 2026.
L'Annonciation.
Porche de l'Incarnation, Portail royal de la cathédrale de Chartres. Cliché lavieb-aile 2026.
La Visitation.
Porche de l'Incarnation, Portail royal de la cathédrale de Chartres. Cliché lavieb-aile 2026.
La Nativité : Joseph
Porche de l'Incarnation, Portail royal de la cathédrale de Chartres. Cliché lavieb-aile 2026.
Porche de l'Incarnation, Portail royal de la cathédrale de Chartres. Cliché lavieb-aile 2026.
La Nativité : Marie couchée sur son lit d'accouchée, et l'Enfant-Jésus au dessus.
Voir mes commentaires et ma revue iconographique sur le thème des Vierges couchées à Chartres :
La Vierge a l'attitude des songeurs inspirés (Jessé, etc), la main droite sous la joue. Elle regarde sans doute l'Enfant emmailloté dans son berceau.
Des amorces sur la façade au dessus de l'Enfant indiquent que des sujets ont été brisés : étoile? âne et bœuf? ange? lampe?
Comparez à la scène analogue du Portail nord, réalisé entre 1210 et 1225 :
Nativité, Linteau du portail nord de Chartres. Cliché lavieb-aile
Porche de l'Incarnation, Portail royal de la cathédrale de Chartres. Cliché lavieb-aile 2026.
L'Annonce aux Bergers.
Précédés par un ange qui leur en a fait l'annonce, les bergers des environs de Béthlém arrivent à la crèche où est né le Messie. Le premier berger désigne de son index l'étoile (non visible) qui les a guidé. Il tenait dans la main gauche un objet (instrument ?) qui est brisé, mais qui ne peut correspondre à la houlette, ni à la cornemuse habituelle.
De même, l'animal qui l'accompagnait à ses pieds est brisé : un chien probablement.
Derrière viennent six moutons.
Porche de l'Incarnation, Portail royal de la cathédrale de Chartres. Cliché lavieb-aile 2026.
On constate la proximité de ces scènes avec celles de la baie n°2 de la cathédrale de Laon, certes plus tardive car datant de 1220 environ. Sur cette baie, l'un des bergers joue du frestel.
Berger jouant du frestel. Baie n°2 du chevet de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile
Ce berger qui tient la houlette en main droite se tourne vers nous, et approche ses lèvres de cet instrument qu'André Bonjour a si bien analysé et fait restituer.
Porche de l'Incarnation, Portail royal de la cathédrale de Chartres. Cliché lavieb-aile 2026.
LES STATUES COLONNES.
Porche de l'Incarnation, Portail royal de la cathédrale de Chartres. Cliché lavieb-aile 2026.
Porche de l'Incarnation, Portail royal de la cathédrale de Chartres. Cliché lavieb-aile 2026.
Porche de l'Incarnation, Portail royal de la cathédrale de Chartres. Cliché lavieb-aile 2026.
Porche de l'Incarnation, Portail royal de la cathédrale de Chartres. Cliché lavieb-aile 2026.
Porche de l'Incarnation, Portail royal de la cathédrale de Chartres. Cliché lavieb-aile 2026.
—CHARRON (Pascale), Les Arts libéraux dans la tapisserie à la fin du Moyen Âge : entre iconographie savante et pratiques d’atelier. Université de Tours-CESR/UMR 7323
—VERDIER (Philippe), 1967, "L’iconographie des arts libéraux dans l’art du Moyen Âge jusqu’à la fin du quinzième siècle". Verdier, P. In Arts libéraux et philosophie au Moyen Âge. Actes du 4e congrès international de philosophie médiévale (Montréal, 1967), pages 305–332. Montréal, 1969. Non consulté.
— VIOLLET-LE-DUC , Dictionnaire raisonné…, tome II, article « Arts libéraux »
Cette baie de 5,50 m de haut et 1,70 m de large comporte 2 lancettes trilobées au décor réparti sur 2 registres , et un tympan à 2 quadrilobes autour d'un écoinçon.
Les lancettes présentent au registre supérieur quatre saints en pied, saint-Jean-Baptiste et saint Jean, saint Jacques le Majeur et saint Étienne, et au registre inférieur les sainte Barbe et Catherine, et le supplice de saint Sébastien.
Le décor architectural dont les dais se détachent sur un ciel rouge, détermine des niches tendus de tentures damassées bleue, vertes ou rouge sous des voûtains et des baies trilobées, au dessus d'un sol dallé jaune et noir à la perspective accentuée.
La baie 12 de la collégiale d'Eymoutiers. Cliché lavieb-aile 2024.
Le registre supérieur partie gauche : saint-Jean-Baptiste et saint Jean.
Jean-Baptiste porte la peau de chameau et un manteau rouge, il désigne de l'index l'Agneau de Dieu qu'il porte sur le bras gauche.
À droite, Jean l'évangéliste, en manteau blanc galonné d'or et robe verte bénit la coupe de poison d'où s'échappe un serpent.
La baie 12 de la collégiale d'Eymoutiers. Cliché lavieb-aile 2024.
Le registre supérieur partie droite : saint Jacques le Majeur et saint Étienne.
Saint Jacques le Majeur porte ses attributs, le chapeau de pèlerin timbré d'une coquille, mais à sommet plat, le bourdon et le livre, il est vêtu d'un manteau blanc agrafé sur le côté droit et une robe rouge .
Saint Étienne tient devant lui le livre où est posé une pierre à angles aigus rapellant son martyre par lapidation. Il est vêtu d'une dalmatique pourpre damassé de boutons floraux dorés, sur une tunique blanche.
La baie 12 de la collégiale d'Eymoutiers. Cliché lavieb-aile 2024.
La baie 12 de la collégiale d'Eymoutiers. Cliché lavieb-aile 2024.
La baie 12 de la collégiale d'Eymoutiers. Cliché lavieb-aile 2024.
Le registre inférieur partie gauche : les sainte Barbe et Catherine .
Saint Barbe tient la tour symbole de son attachement au dogme de la Trinité, elle est accompagnée par sainte Catherine (ou du moins une sainte reine et férue en théologie, comme l'indiquent la couronne et le livre).
La baie 12 de la collégiale d'Eymoutiers. Cliché lavieb-aile 2024.
La baie 12 de la collégiale d'Eymoutiers. Cliché lavieb-aile 2024.
Le registre inférieur partie droite : le supplice de saint Sébastien .
Saint Sébastien, éphèbe à peine couvert d'un pagne, est visé par l'un de ses archers, tandis que l'autre bande son arc. Tout le panneau inférieur, mais aussi le torse du saint et la tête de l'un des archers ont été restaurés.
La baie 12 de la collégiale d'Eymoutiers. Cliché lavieb-aile 2024.
La baie 12 de la collégiale d'Eymoutiers. Cliché lavieb-aile 2024.
Le tympan : l'Annonciation.
L'oculus du quadrilobe supérieur, à fond rouge moderne, montre la colombe de l'Esprit Saint.
L'archange Gabriel occupe le quadrilobe de droite et présente un phylactère où se lisent les mots de la salutation AVE GRATIA PLENA DOM[INUS].
À droite, sous un ciel de lit damassé largement ouvert, la Vierge est devant son prie-dieu à drap pourpre où son livre de prières à tranche doré est ouvert. Tête légèrement baissée, elle porte une robe bleue sous un manteau blanc.
La baie 12 de la collégiale d'Eymoutiers. Cliché lavieb-aile 2024.
La baie 12 de la collégiale d'Eymoutiers. Cliché lavieb-aile 2024.
La baie 12 de la collégiale d'Eymoutiers. Cliché lavieb-aile 2024.
La baie 12 de la collégiale d'Eymoutiers. Cliché lavieb-aile 2024.
LA BAIE 13 DU COLLATERAL NORD.
Cette baie de 6,00 m de haut et 1,65 m de large comporte 2 lancettes trilobées, et un tympan à 1 quadrilobe et 1 écoinçon.
Les lancettes présentent l'Annonciation exécutée par Lucien Léopold Lobin en 1872. En bas, les armoiries des donateurs du XIXe siècle : à gauche, et réunis sous la couronne comtale, les écus de Coudert de Sardent et de Bourgeois de Longueville. À droite, un écu au chiffre de Marie-Emilie Cramouzaud. La colombe du Saint-Esprit est un réemploi du XVe siècle.
La baie 13 de la collégiale d'Eymoutiers. Cliché lavieb-aile 2024.
Le tympan.
Le quadrilobe est occupé par le Christ aux liens daté vers 1490-1500.
La baie 13 de la collégiale d'Eymoutiers. Cliché lavieb-aile 2024.
LA BAIE 14 DU COLLATERAL SUD.
Cette baie de 5,20 m de haut et 1,70 m de large comporte 2 lancettes trilobées au décor organisé en 2 registres, et un tympan à 2 quadrilobes et 1 grand écoinçon.
Elle est datée par Françoise Gatouillat vers 1490-1500, et elle tranche par rapport aux autres baies par la préciosité de ses figures, par la richesse de ses décors architecturaux et la finesse des scènes du tympan.
Les lancettes présentent au registre supérieur l'Annonciation, et au registre inférieur saint Étienne, patron de la collégiale, et saint Pierre.
La baie 14 de la collégiale d'Eymoutiers. Cliché lavieb-aile 2024.
La baie 14 de la collégiale d'Eymoutiers. Cliché lavieb-aile 2024.
Le registre supérieur : l'Annonciation.
L'archange
Se détachant sur la tenture damassée verte, l'archange Gabriel, aux ailes violines, et au visage très fin, tient un sceptre où s'enroulent les mots de la salutation AVE GRATIA PLENA.
Sa chape blanche damassée est remarquable par sa bordure dorée où sont brodés les figures de 8 des 12 apôtres, parmi lesquels se reconnaissent Philippe (par sa croix à longue hampe), Pierre (par sa clé) et André (par sa croix en X). Cela atteste d'une tradition bien établie en paramentique pour les chapes épiscopales :
Les apôtres se retrouvent dans les loges des piédroits du cadre architecturée (qui rappellent quelque peu ceux des vitraux de la Sainte-Chapelle de Bourges un siècle auparavant). On reconnaît ainsi Pierre, André, Jacques le Majeur et sans doute Thomas.
La Vierge.
Surprise par l'ange, elle se détourne de la lecture de son livre posé sur un haut prie-dieu, et de la main droite, elle exprime son acceptation ou "Fiat".
Elle porte un long manteau blanc au fermail en fleur perlée, et une robe bleue.
La tenture rouge est damassée d'un motif de feuilles polylobées.
Les piédroits accueillent eux aussi quatre apôtres, dont Barthélémy, Jean, et Jacques le Mineur.
La baie 14 de la collégiale d'Eymoutiers. Cliché lavieb-aile 2024.
La baie 14 de la collégiale d'Eymoutiers. Cliché lavieb-aile 2024.
La baie 14 de la collégiale d'Eymoutiers. Cliché lavieb-aile 2024.
La baie 14 de la collégiale d'Eymoutiers. Cliché lavieb-aile 2024.
La baie 14 de la collégiale d'Eymoutiers. Cliché lavieb-aile 2024.
La baie 14 de la collégiale d'Eymoutiers. Cliché lavieb-aile 2024.
La baie 14 de la collégiale d'Eymoutiers. Cliché lavieb-aile 2024.
La baie 14 de la collégiale d'Eymoutiers. Cliché lavieb-aile 2024.
La baie 14 de la collégiale d'Eymoutiers. Cliché lavieb-aile 2024.
La baie 14 de la collégiale d'Eymoutiers. Cliché lavieb-aile 2024.
La baie 14 de la collégiale d'Eymoutiers. Cliché lavieb-aile 2024.
Le registre inférieur : saint Étienne et saint Pierre.
Saint Étienne, patron de la collégiale, porte pour signifier sa lapidation une pierre sur son crâne tonsuré, et l'autre en main gauche. Il est vêtu d'une tunique blanche et d'une dalmatique.
La tenture damassée.
Ce qui est extraordinaire, c'est le motif de la tenture damassée : des oiseaux de type perruche (hélas partiellement masqués par les plombs), rappelant fortement les lampas qui font alors la réputation des soies damassées de Lucques, en Italie, et que toute cathédrale, tout grand sanctuaire, toute chapelle royale recherche pour ses linges liturgiques et renferme dans ses trésors. On les retrouve notamment au XVe siècle à la cathédrale d'Évreux, de Quimper, de Sées, à Merléac, ou à Bourges.
La baie 14 de la collégiale d'Eymoutiers. Cliché lavieb-aile 2024.
La baie 14 de la collégiale d'Eymoutiers. Cliché lavieb-aile 2024.
La baie 14 de la collégiale d'Eymoutiers. Cliché lavieb-aile 2024.
On distingue aussi, en bas à gauche, l'arrière-train d'un lion, et en haut à droite les lettres DIE et SH.
Cette tenture luxueuse trouvait peut-être son modèle dans une étoffe entourant alors une statue du patron de la collégiale?
La baie 14 de la collégiale d'Eymoutiers. Cliché lavieb-aile 2024.
La baie 14 de la collégiale d'Eymoutiers. Cliché lavieb-aile 2024.
Saint Étienne est accompagné, dans les loges des piédroits, de l'apôtre Simon (avec sa scie) et de sainte Catherine (avec sa couronne, sa roue brisée à lames tranchantes et son épée).
La baie 14 de la collégiale d'Eymoutiers. Cliché lavieb-aile 2024.
La baie 14 de la collégiale d'Eymoutiers. Cliché lavieb-aile 2024.
La baie 14 de la collégiale d'Eymoutiers. Cliché lavieb-aile 2024.
La baie 14 de la collégiale d'Eymoutiers. Cliché lavieb-aile 2024.
Autre détail précieux, le "livre-ceinture" dont l'étoffe est glissée à la ceinture du saint.
Saint Pierre est accompagné, dans les loges des piédroits, de saint Léonard de Noblat (avec les fers de prisonniers) et de saint Laurent avec son grill.
La baie 14 de la collégiale d'Eymoutiers. Cliché lavieb-aile 2024.
La baie 14 de la collégiale d'Eymoutiers. Cliché lavieb-aile 2024.
Le tympan : le Couronnement de la Vierge par la Trinité.
Dans l'oculus centrale, la Vierge est peinte agenouillée, à très petite échelle, entourée du Père et du Fils sur fond de rinceaux, et de la colombe au dessus.
À gauche, le Christ en gloire trône entouré du Tétramorphe, chaque symbole des évangélistes étant accompagné d'un phylactère à son nom.
À droite, le Calvaire est moderne.
Dans l'écoinçon central, les armoiries sont celles de Léonard Romanet, prévôt du chapitre en 1483 de gueules au chevron d'argent accompagné de trois feuilles de romarin de sinople. Le fond de l'écu a été refait mais les meubles sont authentiques.
La baie 14 de la collégiale d'Eymoutiers. Cliché lavieb-aile 2024.
La baie 14 de la collégiale d'Eymoutiers. Cliché lavieb-aile 2024.
La baie 14 de la collégiale d'Eymoutiers. Cliché lavieb-aile 2024.
La baie 14 de la collégiale d'Eymoutiers. Cliché lavieb-aile 2024.
La baie 14 de la collégiale d'Eymoutiers. Cliché lavieb-aile 2024.
La baie 14 de la collégiale d'Eymoutiers. Cliché lavieb-aile 2024.
LA BAIE 101 : UN OCULUS .
Cet oculus de 1,50 m de diamètre de la rose du bras nord daterait de 1490-1500 et a peut-être été réutilisé en réemploi à une période ancienne. Il porte les armes écartelées d'or et d'azur de Candolle, famille qui deviendra calviniste au XVIe siècle.
C'est un Calvaire dans une niche en arcature sur fond blanc damassé, dont le buste du Christ et la tête de Jean ont été restaurées anciennement. Le sol carrelé et le fond bleu damassé de l'extérieur de la niche créent le lien avec les baies déjà présentées. Il a été complété en 1883 et restauré en 1981 par l'Atelier du Vitrail de Limoges.
La baie 101 de la collégiale d'Eymoutiers. Cliché lavieb-aile 2024.
Bonus : la frise des modillons romans de la corniche.
Le portail.
« Constituant l'entrée principale de la collégiale tournée vers la ville, le portail largement ébrasé à multiples ressauts animés de colonnes adossées, tores assisés et chapiteaux disposés en frise, correspond à une mode régionale quasi exclusive au XIII siècle. Au-dessus d'une corniche sur modillons, a été aménagée une rose réseaux rayonnants dont la facture et la forme témoignent d'une parfaite maîtrise des formes les plus novatrices du gothique. Malgré une certaine étroitesse commandée par les murs romans du transept, cette façade révèle un programme ambitieux constituant une belle synthèse entre des goûts régionaux et un gothique de style français qui évoque la modernité à architecturale des grands chantiers contemporains » (E. Sparhubert).
—DELAGRANGE (Robert), DESPROGES (abbé), 1943, "La Collégiale d'Eymoutiers (Haute-Vienne) : monument historique... : [Description des vitraux : leur symbolisme, identification des personnages" Introduction par Dupelaud / Limoges : Impr. Société des journaux et publications du Centre , 1943, non consulté.
—GATOUILLAT (Françoise), 2011. Eymoutiers, ancienne collégiale Saint-Etienne. In : Gatouillat & Hérold, Les vitraux d'Auvergne et du Limousin, Corpus Vitrearum Medii Aevi, Recensement IX pages 253-265
— SENÉ (Alain), 1962, Les vitraux anciens de l'église collégiale d'Eymoutiers Thèse de doctorat de Lettres, Poitiers (non consulté, cité par F. Gatouillat)
— SENÉ (Alain), 1979, Signatures de donateurs et de verriers relevées sur les vitraux de l'église Saint-Etienne d'Eymoutiers, Haute-Vienne / Alain Sené / Limoges : [S.n] , 1979
—SPARHUBERT (Eric ), 2013, La collégiale d'Eymoutiers, l'époque romane Bull. de la Soc. archéol. et hist. du Limousin, t. CXLI, 2013.
Ensemble de 14 verrières (abstraction, symboles, 1947) dont 2 verrières de Jacques le Chevallier pour la chapelle de la péniche « Je Sers », paroisse fluviale à Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines).
Construit à Amfreville-sous-les-Monts (27) en 1919 pour le compte de l’Office national de la Navigation pour pallier aux besoins de transport en charbon en vrac , et construit en ciment en raison de la pénurie d'acier de l'Après-Guerre ce chaland fut exploité jusqu'en 1932 sous le nom de LANGEMARK, village des Flandres où les gaz de combat furent utilisés pour la première fois en 1915.
Dès 1935, l’abbé Joseph Bellanger, aumônier national de la batellerie soutient le projet de reconversion du « Langemark » en bateau-chapelle, dont ce dernier était voué à la destruction. Une année plus tard, le chaland est acheté par cession au Ministère des Travaux Publics, par l’association « L’Entraide Sociale Batelière », fondée en 1935 par l’abbé Bellanger. Le bateau-chapelle est alors rebaptisé « Je Sers » et est dédié aux bateliers ainsi qu’à leur patron saint Nicolas. Le 11 novembre 1936, la chapelle flottante est inaugurée et sacralisée.
L'aménagement a été réalisé par l’architecte Pierre Robuchon, qui en confie en 1947 les vitraux au peintre-verrier Jacques Le Chevallier qui avait créé en 1946 son propre atelier à Fontenay-Aux-Roses après avoir été de 1920 à 1945 l'un des principaux collaborateurs de Louis Barillet.
Selon Roselyne Bussière, conservateur honoraire du patrimoine seules deux baies sont de Jacques Le Chevallier
Le mobilier liturgique fut confié au sculpteur spécialisé dans le mobilier d'église Paul Croix-Marie, qui animait le groupe des «Artisans de l'autel ».
Malgré la quasi-disparition des artisans bateliers et l'apparition des « pousseurs » de longs trains de péniche chargées de conteneurs, le bateau-chapelle « Je Sers » joue un rôle important dans la vie sociale et religieuse de Conflans. Il dépend aujourd'hui de la cure de la paroisse de Conflans, et la paroisse fluviale « Je Sers » ainsi que ses associations partenaires mènent activement des missions d’aide aux plus démunis et de lutte contre la précarité.
Le bateau abrite une chapelle, un lieu d’accueil, d’une banque alimentaire, de bureaux, une salle de réunion, une salle de spectacle et un petit musée de la batellerie. Ce bateau-chapelle réaménagé en paroisse fluviale, se distingue par son caractère anciennement industriel et son style marinier de l’Entre-deux-guerres.
Au fil du temps, la paroisse fluviale « Je Sers » s’est agrandie au-delà du bateau-chapelle. Elle se compose désormais de cinq péniches ainsi qu’un entrepôt de stockage à Conflans-Sainte-Honorine.
Caractéristiques :
A l'origine le bateau n'était pas ponté puisqu'il était destiné à transporter du charbon envrac. L'architecte a ajouté une superstructure en ciment armé. La cale est divisée en trois parties égales : à l'arrière, le logement du prêtre et des bureaux, au milieu une salle polyvalente, à l'avant la chapelle. Les dimensions du bateau sont les suivantes : longueur 70, 26 m, largeur 8, 10 m, hauteur sous plat-bord 3, 02 m, enfoncement maximum 3, 00.
La chapelle occupe un tiers de la surface du bateau, elle est constituée d’un plan allongé, comprenant une nef et un chevet à abside polygonale. Elle possède la particularité d’être recouverte d’un dôme en verre, un puits de lumière éclairant le sanctuaire.
« Je sers » est amarré devant le château de Théméricourt (acheté en 1921 par l'Enfance batelière) sur la berge de la Promenade François Mitterrand et du quai de la République, à Conflans-Sainte-Honorine, haut lieu de l’industrie française du transport fluvial, du milieu du XIXe siècle jusqu’au début du XXe siècle. Il est classé MH le 22-12-2020 .
SITUATION ET NUMÉROTATION
Seules les baies 3 et 4 sont de Jacques Le Chevallier.
DESCRIPTION.
Verrières en verre antique de couleur monté au plomb. Peinture à la grisaille cuite pour les baies 3 et 4.
Les baies 1 et 2 sont de dominante jaune, les baies 3 et 4 sont claires avec symboles colorés, les baies bâbord de la nef sont de dominante rouge et les baies tribord de la nef de dominante bleue.
baie
situation
forme
signature
description
1
Chœur bâbord
octogonale
Composition colorée dominante jaune
2
chœur tribord
octogonale
Composition colorée dominante jaune
3
Nef, bâbord
octogonale
J. LE CHEVALLIER
PEINTRE-VERRIER
1947
Symbole de l'Espérance : étoiles, ancre et cordage, inscription SPES
4
Nef, tribord
octogonale
non signée mais attribuée à Jacques Le Chevallier
Symboles eucharistiques : calice et hostie, blé et grappe de raisins
5
Nef, bâbord
octogonale
Composition colorée dominante rouge
6
Nef, tribord
octogonale
Composition colorée dominante bleue
7
Nef, bâbord
octogonale
Composition colorée dominante rouge
8
Nef, tribord
octogonale
Composition colorée dominante bleue
9
Nef, bâbord
octogonale
Composition colorée dominante rouge
10
Nef, tribord
octogonale
Composition colorée dominante bleue
11
Nef, bâbord
octogonale
Composition colorée dominante rouge
12
Nef, tribord
octogonale
Composition colorée dominante bleue
13
Nef, bâbord
octogonale
Composition colorée dominante rouge
14
Nef, tribord
octogonale
Composition colorée dominante bleue
Abside du chœur, baies 1 et 2, chapelle du bateau "Je Sers", paroisse fluviale, Conflans-Sainte-Honorine. Cliché lavieb-aile 2026.
Baie 1, chapelle du bateau "Je Sers", paroisse fluviale, Conflans-Sainte-Honorine. Cliché lavieb-aile 2026.
baie 2, chapelle du bateau "Je Sers", paroisse fluviale, Conflans-Sainte-Honorine. Cliché lavieb-aile 2026.
baie 3, chapelle du bateau "Je Sers", paroisse fluviale, Conflans-Sainte-Honorine. Cliché lavieb-aile 2026.
baie 3, signature , chapelle du bateau "Je Sers", paroisse fluviale, Conflans-Sainte-Honorine. Cliché lavieb-aile 2026.
baie 4, chapelle du bateau "Je Sers", paroisse fluviale, Conflans-Sainte-Honorine. Cliché lavieb-aile 2026.
baie 5, chapelle du bateau "Je Sers", paroisse fluviale, Conflans-Sainte-Honorine. Cliché lavieb-aile 2026.
baie 6, chapelle du bateau "Je Sers", paroisse fluviale, Conflans-Sainte-Honorine. Cliché lavieb-aile 2026.
baie 7, chapelle du bateau "Je Sers", paroisse fluviale, Conflans-Sainte-Honorine. Cliché lavieb-aile 2026.
baie 8, chapelle du bateau "Je Sers", paroisse fluviale, Conflans-Sainte-Honorine. Cliché lavieb-aile 2026.
baie 9, chapelle du bateau "Je Sers", paroisse fluviale, Conflans-Sainte-Honorine. Cliché lavieb-aile 2026.
baie 10, chapelle du bateau "Je Sers", paroisse fluviale, Conflans-Sainte-Honorine. Cliché lavieb-aile 2026.
baie 11, chapelle du bateau "Je Sers", paroisse fluviale, Conflans-Sainte-Honorine. Cliché lavieb-aile 2026.
baie 12, chapelle du bateau "Je Sers", paroisse fluviale, Conflans-Sainte-Honorine. Cliché lavieb-aile 2026.
baie 13, chapelle du bateau "Je Sers", paroisse fluviale, Conflans-Sainte-Honorine. Cliché lavieb-aile 2026.
baie 14, chapelle du bateau "Je Sers", paroisse fluviale, Conflans-Sainte-Honorine. Cliché lavieb-aile 2026.
Les vitraux de la péniche en dehors de la chapelle. Hors atelier, non attribués.
Vitraux (XIXe siècle?) de la péniche "Je Sers" de Conflans Sainte-Honorine. Cliché lavieb-aile 2026.
Vitraux (XIXe siècle?) de la péniche "Je Sers" de Conflans Sainte-Honorine. Cliché lavieb-aile 2026.
Vitraux (XIXe siècle?) de la péniche "Je Sers" de Conflans Sainte-Honorine. Cliché lavieb-aile 2026.
Le mobilier.
Mobilier de la chapelle de la péniche "Je Sers" de Conflans Sainte-Honorine. Cliché lavieb-aile 2026.
Mobilier de la chapelle de la péniche "Je Sers" de Conflans Sainte-Honorine. Cliché lavieb-aile 2026.
Mobilier de la chapelle de la péniche "Je Sers" de Conflans Sainte-Honorine. Cliché lavieb-aile 2026.
Mobilier de la chapelle de la péniche "Je Sers" de Conflans Sainte-Honorine. Cliché lavieb-aile 2026.
La cloche de 1936.
La cloche Gemma, « de l'église flottante « Je Sers », œuvre sociale batelière du Sacré-Cœur fondée le 11 novembre 1936 par Mr l'abbé Bellanger», « a chanté son premier Gloria en la nuit de Noël 1936 et a été baptisée en 1937 par Mgr Rolland Gosselin évêque de Versailles », elle porte en médaillon un crucifix, une fleur au dessus de l'inscription "Ave Maria. Trois fois le jour je chante l'Ave" , et l'agneau pascal.
Parrain Paul Marchand-Lirot. Marraine Paulette Guérin.
La cloche de la péniche "Je Sers" de Conflans Sainte-Honorine. Cliché lavieb-aile 2026.
La cloche de la péniche "Je Sers" de Conflans Sainte-Honorine. Cliché lavieb-aile 2026.
Sous la rose du chevet plat de la cathédrale, trois baies (1, 0 et 2) en hautes lancettes ogivales viennent reprendre la forme de la voûte gothique à 10 travées du chœur dont la construction s'est achevée entre 1205 et 1220.
Les trois baies alignent des séries de médaillons : ceux de la baie centrale 0 présentent 15 scènes de la Passion du Christ. La baie 1, à gauche, raconte l'histoire du diacre Théophile et la vie du diacre saint Etienne. Et la baie 2, à droite, est consacrée à la Vie de la Vierge et à l'Enfance du Christ, incluant des références typologiques, c'est-à-dire des épisodes bibliques dans lesquels la tradition chrétienne a vu une préfiguration de l'avènement du Christ.
Les médaillons de la baie 0, décrits de bas en haut et de gauche à droite, seront accompagnés des relevés d'Étienne Midoux, datant de 1882, et des clichés du Centre Chastel (cf. Boulanger Karine).
Chevet de la cathédrale de Laon vu depuis la nef. Cliché lavieb-aile 2025.
LA BAIE CENTRALE OU BAIE 0 : SCENES DE LA VIE DU CHRIST.
Cinq petits médaillons quadrilobes alternent avec 5 grands médaillons ronds et relatent 15 scènes de la vie du Christ. La lecture se fait de bas en haut. Cette verrière contemporaine de l'édification du chevet (vers 1215), a été endommagée en 1870 par l'explosion de la citadelle. Elle mesure 9 mètres de haut et 1,85 mètres de large.
Baie 0 de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile 2025.
1. Demi-médaillon : L'Entrée à Jérusalem de Jésus, monté sur un ânon, et suivi par des apôtres (on reconnaît Pierre, en second) ; la foule l'accueille avec liesse devant les portes , les uns jetant sous les pas de l'ânon des rameaux en criant Hosannah, les autres se dépouillant de leurs habits et les étendant devant lui. Un homme est monté sur la branche d'un arbre.
Baie 0 de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile 2025.
Baie 0 de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile 2025.
Baie 0 de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile 2025.
2. La Cène. Quadrilobe intermédiaire.
Jésus n'est pas représenté au centre, mais sur la gauche, l'apôtre Jean endormi sur des cuisses. Dix autres apôtres sont regroupés face à la coupe présentée par Jésus. Bien séparé des autres par toute la longueur de la table, Judas dissimule la bourse qu'il a reçu comme prix de sa trahison et tend la main vers un plat.
Baie 0 de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile 2025.
Baie 0 de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile 2025.
Judas, dissimulant la bourse des trente deniers, et tendant la main pour se servir de pain et de poisson.
Baie 0 de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile 2025.
3. Demi-médaillon inférieur : Le Lavement des pieds des apôtres par Jésus.
Baie 0 de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile 2025.
Baie 0 de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile 2025.
4. L'agonie de Jésus au Jardin des Oliviers.(demi médaillon supérieur)
L'artiste a représenté, devant l'ange, Jésus seul se retournant dans un geste éloquent témoignant de son émotion, mais aussi de sa surprrise de voir tous ses disciples endormis (alors qu'il avait demandé à Jacques, Jean et Pierre de veiller avec lui). En général, ces trois apôtres sont représentés avec Jésus, sans les autres disciples.
Agonie de Jésus à Gethsémani. Cliché Centre Chastel.
5. Le Baiser de Judas et l'arrestation de Jésus (quadrilobe intermédiaire). La tête de Pierre est moderne. Pierre tient le glaive avec lequel il va trancher l'oreille du serviteur du grand prêtre.
Arrestation. Cliché Centre Chastel.
6. la comparution de Jésus devant Caïphe (demi médaillon inférieur côté gauche)
Comparution de Jésus. Gravure E. Midoux 1882.
Comparution de Jésus. Cliché Centre Chastel.
67. la Flagellation du Christ. (demi médaillon inférieur côté droit)
Flagellation. Cliché Centre Chastel.
Baie 0 de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile 2025.
Baie 0 de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile 2025.
Baie 0 de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile 2025.
Demi-médaillon supérieur.
8. La montée au calvaire devant Marie.
9. Le Portement de Croix.
Sur ordre d'un personnage, Simon de Cyrène s'apprête à aider le condamné à porter la croix.
Baie 0 de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile 2025.
10. La Crucifixion. Quadrilobe entre les médaillons.
Le Christ crucifié entre Marie et Jean. Le titulus indique :
IHC / NAIAREN[US
REX IUDEORUM
Baie 0 de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile 2025.
Demi-médaillon inférieur.
11.Embaumement sur la pierre de l'Onction.
Ce sujet m'intéresse tout particulièrement, car il ne doit pas être considéré comme une Mise au tombeau, bien plus courante. Hélas, j'ai négligé de le photographier correctement. Les gravures d'E. Midoux vont nous aider.
On voit très clairement que les sept personnages (quatre hommes et trois femmes dont Marie, nimbée) se livrent aux soins d'embaumement sur la Pierre de l'Onction. Celui qui doit être Joseph d'Arimathie, à la tête chenue, tient avec précaution et respect (en l'entourant d'un linge) une fiole de baume (ou de parfum de prix), alors qu'un homme coiffé du bonnet conique verse le contenu d'une fiole identique sur la poitrine du Christ et l'applique avec la main. Dans la partie droite du demi-médaillon, un troisième, également coiffé du bonnet juif, déplisse le suaire sur le bassin du défunt. Enfin Nicodème tête nue présente un grand bol rempli de myrrhe et d'aloès. Les femmes assistent passivement aux soins, s'essuyant les yeux de leurs pleurs avec le coin de leur voile. L'une d'entre elles est Marie-Madeleine.
Nous avons donc l'illustration du passage suivant de l'évangile de Jean 19 :38-42
"Après cela, Joseph d'Arimathée, qui était disciple de Jésus, mais en secret par crainte des Juifs, demanda à Pilate la permission de prendre le corps de Jésus. Et Pilate le permit. Il vint donc, et prit le corps de Jésus. Nicodème, qui auparavant était allé de nuit vers Jésus, vint aussi, apportant un mélange d'environ cent livres de myrrhe et d'aloès. Ils prirent donc le corps de Jésus, et l'enveloppèrent de bandes, avec les aromates, comme c'est la coutume d'ensevelir chez les Juifs. Or, il y avait un jardin dans le lieu où Jésus avait été crucifié, et dans le jardin un sépulcre neuf, où personne encore n'avait été mis. Ce fut là qu'ils déposèrent Jésus, à cause de la préparation des Juifs, parce que le sépulcre était proche."
Baie 0 de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile 2025.
Demi-médaillon supérieur.
12.Noli me tangere, Apparition du Christ à Marie-Madeleine. Demi-médaillon supérieur côté gauche.
Demi médaillon supérieur, côté gauche : Marie-Madeleine se prosterne devant le Christ ressuscité qu'elle vient de reconnaître sous les traits du jardinier. Ce dernier tient un phylactère où est inscrit NOLI ME TANGERE, "Ne me touche pas".
apparition à Marie-Madeleine, Centre André Chastel
12. Les Saintes femmes au tombeau (Marie-Madeleine, Marie Jacobé et Marie Salomé) , face à un ange leur montrant le tombeau vide. Trois soldats sont endormis. Demi-médaillon supérieur côté droit.
Les saintes femmes et le tombeau vide. Cliché Centre Chastel.
Baie 0 de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile 2025.
13. Quadrilobe intermédiaire. Saint Jean et saint Pierre avec Marie-Madeleine face au tombeau vide.
"A gauche Marie-Madeleine montre à Jean et à Pierre le sépulcre vide. Elle tient un livre à fermoir, orné de cabochons, dont le sens symbolique ne se détache pas très nettement ici. L'apôtre « que Jésus aimait » est debout dans une attitude qui dénote sa surprise. Pierre est profondément courbé et il approche de son visage un des linceuls, comme s'il voulait ne s'en rapporter qu'au témoignage de ses yeux. Mais alors ses doutes disparaissent et bientôt il annoncera lui-même aux Juifs la Résurrection ." (A. De Florival)
"Celles qui racontèrent cela aux apôtres étaient Marie de Magdala, Jeanne, Marie la mère de Jacques et les autres femmes qui étaient avec elles, 11 mais ils prirent leurs discours pour des absurdités, ils ne crurent pas ces femmes. 12 Cependant, Pierre se leva et courut au tombeau. Il se baissa et ne vit que les bandelettes [qui étaient par terre]; puis il s'en alla chez lui, tout étonné de ce qui était arrivé."Luc 24:11-12
"Le premier jour de la semaine, Marie de Magdala se rendit au sépulcre dès le matin, comme il faisait encore obscur; et elle vit que la pierre était ôtée du sépulcre. Elle courut vers Simon Pierre et vers l'autre disciple que Jésus aimait, et leur dit: Ils ont enlevé du sépulcre le Seigneur, et nous ne savons où ils l'ont mis. Pierre et l'autre disciple sortirent, et allèrent au sépulcre. Ils couraient tous deux ensemble. Mais l'autre disciple courut plus vite que Pierre, et arriva le premier au sépulcre; s'étant baissé, il vit les bandes qui étaient à terre, cependant il n'entra pas. Simon Pierre, qui le suivait, arriva et entra dans le sépulcre; il vit les bandes qui étaient à terre, et le linge qu'on avait mis sur la tête de Jésus, non pas avec les bandes, mais plié dans un lieu à part. Alors l'autre disciple, qui était arrivé le premier au sépulcre, entra aussi; et il vit, et il crut." (Jean 20:2-10)
Baie 0 de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile 2025.
14. Pèlerins d'Emmaüs : les deux scènes du demi-médaillon supérieur.
Selon Karine Boulanger, les visages du Christ et de l'un des pèlerins sont modernes ; il pourrait s'agir de la combinaison de deux thèmes : celui du souper à Emmaüs et celui de l'Ascension à laquelle le Christ avait convié les pèlerins.
Dans le panneau de gauche, les deux pèlerins, coiffés de leur chapeau de voyage et tenant leur bourdon, font face au Christ rescussité, au nimbe crucifère.
Baie 0 de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile 2025.
15. L'Ascension du Christ devant les disciples.
16. Le Christ dans son Ascension.
17. Deux anges thuriféraires.
Baie 0 de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile 2025.
Baie 0 de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile 2025.
SOURCES ET LIENS
—BOULANGER (Karine), 2008, Notice du Centre André Chastel
— BOURGEOIS ( Aurélie), 2011- Les Vitraux gothiques de la cathédrale de Laon. Sous la dir. de Heck, Christian. Master2 : Hist. art : Lille III, 2011. Non consulté
—BROCHE, (Lucien) 1926, La cathédrale de Laon ([Reprod. en fac-sim.]) / Lucien Broche ed. Laffitte (Marseille)
—LAUTIER (Claudine) 2000, Les vitraux du chevet de la cathédrale de Laon. Première approche. Österreichische Zeitschrift für Kunst und Denkmalpflege, 2000, 54, p. 257-264. 〈halshs-00355365〉 Non consulté
Sous la rose du chevet plat de la cathédrale, trois baies (1, 0 et 2) en hautes lancettes ogivales viennent répéter la forme de la voûte gothique à 10 travées du chœur dont la construction s'est achevée entre 1205 et 1220.
Les trois baies alignent des séries de médaillons : ceux de la baie centrale 0 présentent 15 scènes de la Passion du Christ. La baie 1, à gauche, raconte l'histoire du diacre Théophile et la vie du diacre saint Etienne. Et la baie 2, à droite, est consacrée à la Vie de la Vierge et à l'Enfance du Christ, incluant des références typologiques, c'est-à-dire des épisodes bibliques dans lesquels la tradition chrétienne a vu une préfiguration de l'avènement du Christ.
Cette baie 2 comporte 24 médaillons groupés en 12 paires de médaillons inscrits dans des panneaux carrés et entourés d'une bordure de fleurs rouges.
Les médaillons, décrits de bas en haut et de gauche à droite, seront accompagnés des relevés d'Étienne Midoux, datant de 1882.
Vue du chœur de la cathédrale de Laon depuis la nef. Cliché lavieb-aile 2025.
Baie 2 du chevet de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile 2025.
Baie 2 du chevet de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile 2025.
1a. L'Annonciation.
La tête de la Vierge est moderne.
A. de Florival, 1882, Les vitraux de la cathédrale de Laon ; gravure de E. Midoux.
Baie 2 du chevet de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile 2025.
1b. La Visitation.
A. de Florival, 1882, Les vitraux de la cathédrale de Laon ; gravure de E. Midoux.
La tête de la troisième personne (sainte Anne, mère de Marie et parente d'Elisabeth selon Karine Boulanger malgré l'absence de guimpe) est moderne.
Baie 2 du chevet de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile 2025.
Baie 2 du chevet de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile 2025.
2 a et b. La Nativité.
Baie 2 du chevet de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile 2025.
2a La Vierge allongée sur son lit d'accouchée.
La tête de la Vierge est moderne.
Dans le médaillon 2a de gauche, la Vierge est couchée et une sage femme (sainte Anastaise?) lui présente l'enfant emmailloté. Une lampe est suspendue à un portique. Dans le médaillon 2b, une servante ou sage femme prépare le bain de l'Enfant, tandis que Joseph (bonnet juif et canne soulignant son âge) est assis à l'écart (il semble même placé derrière un écran rouge supporté par un portique). Tous ces éléments se retrouvent assez régulièrement dans l'iconographie de la"Vierge en gésine" .
Comparez avec la baie 50 de Chartres (1145-1155)
Baie 50 de la cathédrale de Chartres
On peut distinguer trois phases dans le rituel des relevailles. La première a lieu juste après la naissance de l’enfant et consiste essentiellement dans le don d’une nourriture à la femme, le « brouet ». La deuxième phase est la période de gésine où la femme reste dans son lit et reçoit des visites de sa famille et de ses voisines. La troisième phase est constituée par les relevailles ou Purification quarante jours après la Nativité
« Car la loi juive avait décrété que toute femme ayant enfanté un fils restait absolument impure pendant sept jours, c’est-à-dire exclue à la fois du contact de l’homme et de l’entrée du temple. Après sept jours, elle devenait pure quant au contact de l’homme, mais restait impure pendant trente-trois jours encore quant à l’entrée du temple. Enfin, le quarantième jour après sa délivrance, elle était admise dans le temple, où elle offrait son enfant avec des présents. Que si elle avait mis au monde une fille, la durée de son état d’impureté était doublée, tant quant au contact de l’homme que quant à l’entrée du temple. « (Jacques de Voragine, Légende dorée)
Ces notions de pureté et impureté rituelle expliquent sans doute que Joseph est très souvent tenu à l'écart du lit d'accouchée.
A. de Florival, 1882, Les vitraux de la cathédrale de Laon ; gravure de E. Midoux.
Baie 2 du chevet de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile 2025.
2b La servante préparant le bain ; Joseph assis
A. de Florival, 1882, Les vitraux de la cathédrale de Laon ; gravure de E. Midoux.
La tête de la servante puisant de l'eau pour le bain à l'Enfant est moderne.
Baie 2 du chevet de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile 2025.
Baie 2 du chevet de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile 2025.
3a et b. L'Annonce faite aux Bergers.
Un ange, tenant un phylactère et un lys, apparaît à un berger à la longue barbe, qui tient sa houlette (en forme de club de golf) et est accompagné par ses moutons.
On remarque sur toute la baie l'emploi de modèles (ou cartons?) pour l'ange, les moutons, les chiens, la chèvre
Baie 2 du chevet de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile 2025.
Baie 2 du chevet de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile 2025.
Le berger jouant d'une flûte de pan.
Deux bergers plus jeunes occupent le médaillon 3b, tenant aussi leur houlette, et accompagnés de leur chien. Des moutons paissent tandis qu'une chêvre tend le museau vers un arbre.
A. de Florival, 1882, Les vitraux de la cathédrale de Laon. gravure de E. Midoux.
L'intrument est une flûte de pan monoxyle percée de 5 à 6 trous et dont l'embouchure est en biseau.
On en voit un très bel exemple au linteau inférieur droit du portail sud de la cathédrale de Chartres, entre les mains d'un berger d'une Annonce aux Bergers. Voir A. Bonjour, Revue Archéologique du Loiret - N°40, 2019 ou bien Instrumentarium de Chartres et voir Apemutam. Les trous visibles de face seraient décoratifs, les trous effectifs étant sous les lèvres du berger, sur le biseau.
Berger jouant du frestel, portail sud de la cathédrale de Chartres. Cliché lavieb-aile.
Baie 2 du chevet de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile 2025.
4a et b. L'Adoration des Mages.
Sur le panneau de gauche, la tête du roi de droite est moderne.
Baie 2 du chevet de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile 2025.
4a: Gaspard et Balthazar tenant leur présents (l'encens et la myrrhe) , devant un écuyer tenant les rènes de leurs chevaux.
Baie 2 du chevet de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile 2025.
4b. Melchior offrant l'or à l'Enfant-Jésus, qui le bénit sous le regard de la Vierge (couronnée).
A. de Florival, 1882, Les vitraux de la cathédrale de Laon ; gravure de E. Midoux.
Baie 2 du chevet de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile 2025.
5a et b. La Présentation de Jésus au Temple, ou la Circoncision .
Comparez avec la scène homologue de la baie 50 de la cathédrale de Chartres :
baie 50 de la cathédrale de Chartres. Cliché Wikipédia
À Laon, A. de Florival, décrit la scène comme étant celle de la Présentation de Jèsus au Temple et identifie les personnages féminins : Anne la Prophétesse tiendrait l'Enfant, et la Vierge les deux cierges et deux agneaux (*). Mais on peut aussi identifier Marie sous les traits de la femme tenant l'Enfant face à Siméon. Celui-ci (ou le prêtre), devant l'autel et une lampe votive, tend les bras recouverts d'un linge blanc.
(*) l'offrande décrite par Luc 2:22 est celle de deux colombes ou tourterelles.
Mais cet épisode est représenté sur le médaillon 10b : n'est-ce pas ici la Circoncision?
Baie 2 du chevet de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile 2025.
Baie 2 du chevet de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile 2025.
A. de Florival, 1882, Les vitraux de la cathédrale de Laon ; gravure de E. Midoux.
Baie 2 du chevet de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile 2025.
6a. Le Miracle de la Rosée de Gédéon. Dieu fait tomber la rosée sur la toison.
L'image qui figure dans la Biblia Pauperum (certes plus tardive) à la page de l'Annonciation, en vis à vis de celle de la Nativité témoigne d'une relation typologique entre le texte vétéro-testamentaire de Juges, 6:37-38, et la virginité de Marie et l'Incarnation: Gédéon, cinquième juge d’Israël, souhaite tester la parôle de Yahvé qui souhaite l'envoyer libérer la Terre Promise. En réponse à Gédéon, un miracle se produit. Une toison déposée au sol se couvre de rosée, que le juge recueille dans une coupe alors que la terre alentour est restée sèche. Au Moyen Âge, on interprète cet espace recevant la rosée comme un symbole de la virginité de Marie. Gédéon sortira vainqueur du combat, grâce à ce signe de Dieu. Sur la gravure de la Biblia Pauperum Gédéon lève les bras vers l'ange qui lui dit Dominus tecum virorum fortissime (Juges 6:12), dans un parallèle évident avec l'archange Gabriel disant à la Vierge Ave gratia plena dominus tecum. De même l'inscription placée au dessus de Gédéon, descendet dominus sicut pluvia in vellus ("Dieu descendit comme une pluie sur la toison") crée un parallèle entre l'ondée de rosée, et la puissance fécondatrice de Yahvé lors de l'Annonciation.
Biblia pauperum (1480-1485), BnF Réserve des livres rares, XYLO-5
"Le peintre verrier de Laon a choisi le moment où Gédéon obtient de Dieu, comme preuve de sa mission, à la veille d'attaquer les Madianites, la rosée miraculeuse.
« O Jéhovah ! » s'écrie-t-il, « si vous voulez faire de moi le libérateur d'Israël, faites que les champs d'alentour demeurant secs, la rosée ne tombe que sur cette toison placée dans l'aire. » Le lendemain, à l'aurore, il pressa la toison et remplit un vase de l'eau qui en sortit. "Seigneur, » dit encore Gédéon, « que votre courroux ne s'allume pas contre moi si je vous demande encore une épreuve. Ordonnez que la campagne soit trempée de la rosée et que la toison seule reste sans humidité. » Et la rosée tomba sur toute la terre et la toison demeura sèche ( Juges 6 :36-40).
Jéhovah apparaît, sur la gauche, au milieu d'un cercle de nuages dont une partie seule est visible, sous les traits du Christ, qu'on lui donnait fréquemment à cette époque. Mais, par exception, son nimbe n'est pas crucifère. De sa main levée et aux doigts inclinés dans l'attitude de la bénédiction, s'échappe une pluie qui se répand sur la terre en bouillonnant. L'autre main tient les tables de la loi. Gédéon s'avance vers lui; ses gestes, sa physionomie expriment le respect, la surprise, l'admiration. Il est vêtu en guerrier de la fin du XIIe siècle. C'est un croisé partant pour la délivrance des Saints Lieux, et non le libérateur hébreu des premiers temps d'Israël dans la terre promise.
Il porte cette espèce particulière de haubert ou cotte de mailles, appelée broigne, couverte d'annelets de fer cousus sur une tunique de peau, de soie ou de velours et maintenus par un galon. La broigne, fendue de côté, dépassait le genou et laissait voir une tunique, également fendue, qui découvrait la partie inférieure des jambes. Les manches sont demi-longues, aussi garnies d'annelets et bordées d'un galon perlé. Celles de la tunique sont collantes et descendent jusqu'aux poignets. La broigne enveloppe le cou et la tête entière, en dégageant le visage du front au menton. Le casque pointu, ou heaume conique, légèrement recourbé derrière et devant, où il se termine par un nasal assez court, est orné d'une bande sobrement ciselée de lignes verticales. Le héros hébreu ne porte point de brodequins, mais une sorte de chaussure très simple, son sabre pend au côté, soutenu par un baudrier large et uni, une lance dont on n'aperçoit que la hampe est appuyée sur son épaule droite et permet le jeu des bras. Un bouclier rond, de couleur rouge, retenu d'une épaule à l'autre par une courroie, couvre une partie du dos, qu'il dépasse même sensiblement. Ce costume militaire, dont le XIe siècle offre déjà quelques exemples, fut surtout usité au XII, ainsi qu'on le voit, d'après Montfaucon, pour les cavaliers figurés sur les vitraux que Suger fit peindre pour l'église de l'abbaye de Saint-Denis et pendant le XIIIe siècle, pour être abandonné vers le milieu du XIVe, où il fut remplacé par les armures formées de plaques ajustées." (A. de Florival)
A. de Florival, 1882, Les vitraux de la cathédrale de Laon ; gravure de E. Midoux.
Baie 2 du chevet de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile 2025.
6b. Moïse et le Buisson ardent.
Dans la même pensée typologique que pour l'image de Gédéon, la scène du Buisson ardent, ou manifestation théophanique de Yahvé à Moïse gardant ses troupeaux, a été mise en paralléle avec la Nativité.
Exactement comme sur la gravure, Moïse est représenté en train de se déchausser, obéissant à Yahvé (Exode 3 :1-6) tout en plaçant sa main devant ses yeux pour se protéger de l'éblouissement.
Sur la gravure, l'inscription du haut indique solve calceamentum de pedibus tuis: locus enim, in quo stas, terra sancta est "ôte tes souliers de tes pieds, car le lieu sur lequel tu te tiens est une terre sainte."
L'inscription du bas indique Vadam, et videbo visionem hanc magnam, quare non comburatur rubus "J'irai, et je verrai cette grande vision, pourquoi le buisson ne se consume pas."
Sur le vitrail, ce texte n'est pas indiqué, mais il est implicite.
On retrouve ici la houlette et les moutons de l'Annonce faite aux bergers, et la chèvre qui, non sans humour, vient brouter le buisson ardent.
Biblia pauperum (1480-1485), BnF Réserve des livres rares, XYLO-5
A. de Florival, 1882, Les vitraux de la cathédrale de Laon ; gravure de E. Midoux.
Baie 2 du chevet de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile 2025.
7a. Avant la Fuite en Égypte.
Voici l'interprétation d'A. de Florival :
"Saint Joseph nimbé, et dont l'habillement consiste en une tunique blanche et un manteau pourpre, d'une riche coloration, porte dans ses bras l'enfant Jésus, le front ceint du nimbe crucifère et tendant les mains vers la Vierge que l'on voit, dans le médaillon contigu, assise sur un âne.
A la gauche de Joseph, se trouve une femme voilée, non nimbée. C'est sans doute Salomé, la sage-femme, qui se joignit à la sainte Famille et l'accompagna dans son voyage (Evang. apocr. cap. VIII. )."
Mais je ne crois pas que l'homme nimbé du médaillon 7a, aux allures christiques, soit Joseph, qui est représenté sur le médaillon 7b, non nimbé, la canne sur l'épaule chargée de son baluchon. S'agirait-il de Yahvé ? En dehors de cela, les deux médaillons se répondent et se complètent, le personnage de gauche tendant l'Enfant vers Marie qui lui tend les bras.
Le texte de l'évangile de Matthieu 2 :13-14 est le suivant :
"Lorsqu'ils furent partis, voici, un ange du Seigneur apparut en songe à Joseph, et dit: Lève-toi, prends le petit enfant et sa mère, fuis en Egypte, et restes-y jusqu'à ce que je te parle; car Hérode cherchera le petit enfant pour le faire périr. Joseph se leva, prit de nuit le petit enfant et sa mère, et se retira en Egypte."
Baie 2 du chevet de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile 2025.
7b.La Fuite en Égypte
Baie 2 du chevet de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile 2025.
8 a. Le rêve des trois mages après la Nativité : un ange les avertit de ne pas retourner par Jérusalem auprès d'Hérode, mais de rentrer dans leur pays par un autre chemin.
Baie 2 du chevet de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile 2025.
8 b. Le retour des mages dans leur pays.
Baie 2 du chevet de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile 2025.
9a. Le prophète Daniel ?.
Un personnage nimbé, à longue barbe, est assis sous une colonnade qui supporte un rideau négligemment relevé. Le rouleau qu'il tient de la main droite et sur lequel est écrit le nom de DANIEL jette une lumière très nécessaire sur cette figure qu'aucune particularité, aucun symbole ne pouvait faire reconnaître.
On sait que Daniel, le dernier des grands prophètes, est celui qui annonça, en termes formels, l'époque de la naissance de Jésus-Christ ( Daniel, IX, 24 et seq.). Il a la main gauche levée soit dans l'attitude de la parole, soit pour montrer le médaillon voisin qui complète cette scène biblique. Dans un édifice soutenu par des colonnes entremêlées de draperies, on voit, élevées sur de larges piédestaux portés sur des colonnes minces à base arrondie et chapiteau à crochets, deux statues d'or, nues, couronnées, qui, violemment ébranlées par une force invisible, se partagent en plusieurs morceaux et s'écroulent. Les deux médaillons sont liés par la continuité des draperies.
A. de Floridal écrit : " On comprend la pensée qui a rapproché cette scène de la figure de Daniel. En effet, la chute des idoles devait être la conséquence de la venue du Messie qu'il annonçait (Daniel, ibid). Plusieurs circonstances de sa vie pouvaient aussi en être considérées comme l'image symbolique. Il montra un grand zèle pour la destruction des faux dieux (Id. XIV, 21-27). Ce fut lui qui expliqua la vision de la statue aux pieds d'argile renversée par la pierre, image du royaume du Christ (Id. II, 31-46.). ".
Mais il serait plus logique de trouver ici Isaïe ou Jérémie, et le nom du phylactère a peut-être été modifié par un restaurateur, car elle est un peu trop lisible. La scène renverrait alors à Isaïe 19:1 : "Oracle sur l'Égypte. Voici, l'Éternel est monté sur une nuée rapide, il vient en Égypte; Et les idoles de l'Égypte tremblent devant lui, Et le coeur des Égyptiens tombe en défaillance". Ou encore Jérémie 43, 13 : « Il brisera les stèles de la maison du soleil qui est dans le pays d’Égypte et il brûlera les maisons des dieux d’Égypte ».
Baie 2 du chevet de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile 2025.
9b. La chute des idoles lors de la Fuite en Égypte .
Cet épisode de la chute des idoles à Sotinien dans le temple égyptien où s'est arrétée la Sainte Famille se trouve relaté à partir du VIIIe siècle dans deux Évangiles apocryphes, l'Evangile du Pseudo-Matthieu ou l'évangile arabe de l'enfance, repris par Vincent de Beauvais ou dans la Légende dorée de Jacques de Voragine. Il est fréquemment illustré en sculpture, enluminure (Lewis Psalter, Paris 1225-1240) ou vitrail (Chartres, Vitrail de l'Enfance baie 50, 1145-1155). Sur la baie 2, les idoles sont dorées, et leurs coiffures peuvent évoquer les coiffures égyptiennes.
Baie 2 du chevet de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile 2025.
10a. Le sacrifice de Caïn refusé, le sacrifice d'Abel accepté.
Le médaillon montre les deux sacrifices offerts à Yahvé par Cain et Abel, selon le texte de la Genèse chapitre 4 :
"Au bout de quelque temps, Caïn fit une offrande des produits de la terre à l'Eternel. De son côté, Abel en fit une des premiers-nés de son troupeau et de leur graisse. L'Eternel porta un regard favorable sur Abel et sur son offrande, mais pas sur Caïn et sur son offrande. Caïn fut très irrité et il arbora un air sombre."
Abel est à gauche et présente à Yahvé un agneau. À droite, Abel présente une gerbe de blé. Au centre, la main de Yahvé descend des nuées et les flammes du sacrifice s'élèvent, vives et hautes.
À première vue, puisque la main de Dieu et les flammes appartiennent à la moitié droite de l'image, j'ai pu penser que cela signifiait que c'était, par erreur de l'artiste, l'offrande de Caïn qui était acceptée. C'est bien -sûr l'inverse.
L'interprétation typologique de cette scène est à discuter. Dans l'iconographie, les scènes typologiques de l’histoire de Caïn et Abel les plus fréquentes selon Sabine Maffre sont celles des offrandes et du meurtre (Abel, qui est tué par Caïn, préfigurant le Christ). Mais cette deuxième possibilité n'est pas à retenir ici. Reste donc celle d'une offrande agréée par Yahvé. Le sacrifice d'Abel incite donc à lire la Présentation de Jésus au Temple comme une offrande où l'Enfant est consacré à Dieu comme victime sacrificielle, et l'ensemble des panneaux en rapport avec la théologie de l'Agneau mystique.
Baie 2 du chevet de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile 2025.
10b. La Présentation de Jésus au Temple.
"Quand fut arrivé le huitième jour, celui de la circoncision, l'enfant reçut le nom de Jésus, le nom que l'ange lui avait donné avant sa conception. Quand arriva le jour fixé par la loi de Moïse pour la purification, les parents de Jésus le portèrent à Jérusalem pour le présenter au Seigneur, selon ce qui est écrit dans la Loi : Tout premier-né de sexe masculin sera consacré au Seigneur. Ils venaient aussi présenter en offrande le sacrifice prescrit par la loi du Seigneur : un couple de tourterelles ou deux petites colombes." (Luc 2 :21-25)
Joseph et Marie présentent Jésus au grand prêtre qui, au dessus de l'autel, tient un globe doré d'une main et tend à l'enfant un objet. Derrière le couple viennent trois animaux dont un bœuf.
Baie 2 du chevet de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile 2025.
11a et b. Le roi Hérode ordonne à ses soldats le massacre des Innocents.
Baie 2 du chevet de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile 2025.
Baie 2 du chevet de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile 2025.
12. Deux anges répandent des parfums et de l'encens sur les scènes précédentes.
Baie 2 du chevet de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile 2025.
Baie 2 du chevet de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile 2025.
Baie 2 du chevet de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile 2025.
SOURCES ET LIENS
—BOULANGER (Karine), 2008, Notice du Centre André Chastel
Cycle de la Vierge : histoire de Gédéon ; vie de la Vierge ; vie du Christ ; enfance du Christ ; histoire des Juges ; histoire de Moïse ; histoire de la Genèse ; vie de sainte Elisabeth de Jérusalem
— BOURGEOIS ( Aurélie), 2011- Les Vitraux gothiques de la cathédrale de Laon. Sous la dir. de Heck, Christian. Master2 : Hist. art : Lille III, 2011. Non consulté
—BROCHE, (Lucien) 1926, La cathédrale de Laon ([Reprod. en fac-sim.]) / Lucien Broche ed. Laffitte (Marseille)
—LAUTIER (Claudine) 2000, Les vitraux du chevet de la cathédrale de Laon. Première approche. Österreichische Zeitschrift für Kunst und Denkmalpflege, 2000, 54, p. 257-264. 〈halshs-00355365〉 Non consulté
"La cathédrale Notre-Dame de Laon est l'un des premiers édifices majeurs de style gothique en France.
La construction débuta par le chœur et le grand transept afin de recevoir les nombreux pèlerins. En 1164, y eut lieu la translation des reliques de saint Béat.
Entre 1170 et 1175, une deuxième campagne de construction très courte porta sur le fond du croisillon nord, ses portails et les travées.
Entre 1175 et 1185, une troisième campagne mena à l'édification du transept avec ses deux portails (nord et sud) . Vers 1180 on posa les vitraux de la rose nord (dite des arts libéraux).
La quatrième campagne se termina vers 1200 par l'achèvement de la nef et de la façade occidentale.
Mais une cinquième et dernière campagne s'avéra nécessaire afin de reconstruire le chœur, lequel profond de seulement trois travées s'était rapidement révélé trop petit. Cette cinquième campagne eut lieu de 1205 à 1220 et vit la construction du chœur à chevet plat comprenant dix travées, tel que nous le connaissons aujourd'hui.
Enfin vers 1235-1238 se déroula la dédicace de la cathédrale. En 1250 on édifia une flèche sur la tour sud-ouest ainsi que sur la tour sud."
La rose du chevet plat et les trois baies 0, 1 et 2 datent donc de la fin de cette cinquième campagne, vers 1220 (Karine Boulanger : "1er tiers XIIIe siècle, vers 1200").
La rose a un diamètre proche de 10 mètres. Elle a été remise en plomb au milieu du XIXe siècle, et malgré l'explosion de 1870, elle conserve 80% de ses verres d'origine.
Son plan est simple : au centre, la Vierge, patronne de la cathédrale. Dans un deuxième cercle, les 12 apôtres. Dans le cercle extérieur, les 24 vieillards de l'Apocalypse, représentant l'Église, ou le Peuple de Dieu.
Vue générale du chevet.
Rose du chevet de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile 2025.
La rose orientale ou baie 100.
Rose du chevet de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile 2025.
Rose du chevet de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile 2025.
La rosace centrale.
Rose du chevet de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile 2025.
Isaïe et Jean-Baptiste.
La Vierge à l'Enfant est entourée dans les médaillons par deux anges thuriféraires (en haut), par Isaïe (prophète qui en a annoncé la venue par ces versets Ecce virgo concipiet, et pariet filium, et vocabitur nomen ejus Emmanuel: "Une Vierge concevra et enfantera un fils, et il sera appelé Emmanuel") tenant le phylactère YSAIAS et par Jean-Baptiste, dernier prophète ayant annoncé la venue du Christ (Ecce agnus dei) : il tient un plat (c'est d'habitude un livre) sur lequel siège l'Agneau de Dieu portant l'étendard de la Résurrection. Jean-Baptiste est le Précurseur, celui qui a dit "Je suis la voix qui crie dans le désert "Préparez au Seigneur un chemin droit comme l'a dit le prophète Isaïe" (Jn 1:23). Chacun des deux prophètes lève la main dans un geste oraculaire.
Isaïe, relevé par E. Midoux 1882.
L'Agneau porté par Jean-Baptiste, E. Midoux 1882
Rose du chevet de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile 2025.
Le quadrilobe central.
Il mesure 93 cm de diamètre.
La Vierge elle-même, couronnée et nimbée, assise frontalement sur la cathèdre, et vêtue d'un manteau-voile rouge, tient une rose rouge. Il s'agit, avec un clin d'œil à la rosace elle-même, qu'elle imite, de la rose mystique, qui est un qualificatif de Marie, dans les Litanies de Lorette par exemple (cf. la dévotion cistercienne du Rosaire au XIIe siècle)
La tête a été refaite.
L'Enfant, au nimbe crucifère, vêtu d'une tunique blanche et d'une robe bleue, lève la main dans un signe de bénédiction.
Rose du chevet de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile 2025.
Le cercle des 12 apôtres, en 12 médaillons de 80 cm de diamètre inscrits dans une étoile à 12 pointes.
Chaque apôtre est assis sur un arc de cercle (comme le Christ-Juge sur l'arc-en-ciel), et tient un phylactère à son nom.
Pierre, qui débute traditionnellement la série, n'est pas au zénith, et cette place est occupée par saint Jacques le Majeur (IACOBVS). Puis viennent, dans le sens horaire, André (ANDREAS), Jude, Paul (PAVLVS), Jean (JOHANNVS), Matthieu, Barthélémy (BARTHOLOMEVS), Simon (SIMON), Thaddée, Philippe, Pierre (PETRVS) et Barnabé. Comme le remarque A. de Florival, il manque Jacques le Mineur et Thomas, alors que deux médaillons sont réservés à Jude et à Thaddée, qui sont en réalité un seul apôtre.
L'apôtre Bartholomée, par E. Midoux 1882
L'apôtre Simon, par E. Midoux 1882.
L'apôtre Jean, par E. Midoux 1882
Rose du chevet de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile 2025.
Rose du chevet de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile 2025.
Rose du chevet de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile 2025.
Rose du chevet de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile 2025.
Les 24 vieillards de l'Apocalypse.
Le plus grand cercle renferme vingt-quatre médaillons variant de soixante douze à soixante-quatorze centimètres de diamètre, disposés deux par deux et comprenant les vingt quatre vieillards de l'Apocalypse.
Les vingt-quatre médaillons géminés de la rose représentent les vieillards qui apparurent à saint Jean dans sa vision de l'Apocalypse.
Chaque compartiment est formé de deux de ces médaillons accolés. Le vide est rempli, dans le haut, par un ornement en forme de fleur de lis rouge, verte et blanche, et, dans le bas, par un quatrefeuille rouge au centre vert. Ils sont assis comme les apôtres du cercle précédent, et tiennent d'une main une fiole de forme allongée (parfois dotée d'une anse), et, de l'autre, un instrument de musique. Leurs têtes se détachent sur un nimbe circulaire dont le champ est, pour plusieurs, décoré de perles et de cabochons, leurs couronnes portent le même ornement.
Les figures sont très expressives et les physionomies nobles et fines.
On a toujours considéré, dans l'iconographie chrétienne, ces vieillards comme symbolisant les saints de l'ancien et du nouveau Testament. L'artiste verrier s'est ici inspiré de l'Apocalypse : « Autour de ce trône, il y en avait vingt-quatre autres, sur lesquels étaient assis vingt-quatre vieillards vêtus de robes blanches avec des couronnes d'or sur leurs têtes. Ils sont rois et règnent avec le Christ. « Les vingt-quatre vieillards se prosternaient devant celui qui est assis sur le trône, et ils adoraient celui qui vit dans les siècles des siècles, et ils jetaient leurs couronnes devant le trône ... Quand il eut pris le livre, les quatre êtres vivants et les vingt-quatre vieillards se prosternèrent devant l'agneau, tenant chacun une harpe et des coupes d'or pleines de parfums qui sont les prières des saints." (Ap.4 : 4 et 10)
Ils sont figurés avec les mêmes attributs, dans la cathédrale de Chartres ou d'Angers, à Saint-Denis, à Notre-Dame de La Coudre à Parthenay, à Notre-Dame de Saintes, etc.
Les 24 vieillards seront décrits en partant du haut et en tournant dans cette grande horloge dans le sens horaire. Une attention particulière sera portée aux instruments de musique dont ils jouent.
Rose du chevet de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile 2025.
Un roi portant une vièle. Un roi tenant une vièle à archet en huit.
On peut discuter sur le nom des instruments choisis par A. de Florival. Le premier instrument a une forme en amande ou en poire, avec un manche sans touches, trois cordes, deux ouies. S'il est monoxyle, on peut proposer le nom de rebec ; ou celui de vièle médiévale à 5 cordes.
Ce que je nomme vièle à archet est aussi nommé "vièle en huit". Son archet est long et lourd. Sa caisse possède quatre ouies. Il est posé sur les cuisses, peut-être parce que le vieillard n'en joue pas, mais surtout parce que cet instrument se joue ainsi.
Le porche occidental de la cathédrale Saint-Maurice d'Angers, qui date de la seconde moitié du XIIe siècle, montre le Christ en majesté entouré des 24 vieillards sculptés sur les voussoirs. Ils jouent tous de la vièle en huit. Denis Le Vraux et Olivier Pont ont en donné une superbe étude pour Apemutam. "La vièle en huit comme représentée sur le portail de la cathédrale d'Angers , se développe surtout aux XIIe et XIIIe siècles. Elle a trois cordes, se joue toujours en position assise l’instrument posé sur un genou ou entre les deux cuisses, dans un contexte religieux. Elle disparait au cours du XVe siècle."
Rose du chevet de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile 2025.
Un roi portant une vièle en huit. Un roi tenant un tambourin carré.
Le premier roi se tient jambe droite croisée sur la jambe gauche, révélant ses chausses vertes sous sa robe pourpre. On ne voit pas d'archet.
Son voisin tient bien haut un tambourin, dans l'attitude d'un joueur. Le tambourin carré porte le nom de daff ou deff en Afrique du Nord. Il est frappé à la main, ou parfois avec une baguette. "C'est un tambour sur cadre carré en bois, où deux peaux sont cousues de part et d'autre du cadre. De chaque côté, un timbre est tendu au contact de la peau, produisant le grésillement caractéristique des percussions médiévales." (apemutam.org) Il est représenté à Saint-Pierre de Poitiers au XIIe siècle.
Il est représenté dans le Psautier de saint Louis BnF Lat 10525, datant de 1270-1274. Trois femmes dansent en frappant des tambourins devant des chevaliers.
Psautier de saint Louis f.53v. Droits GallicaPsautier de saint Louis f. 66r
On le trouve encore représenté dans la Bible moralisée du XIIe siècle BnF lat 11560 f.129v
Bibliothèque nationale de France. Département des Manuscrits. Latin 11560 f. 129v droits Gallica
Rose du chevet de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile 2025.
Un roi portant une vièle médiévale. Un roi tenant une vièle à archet.
Les deux vièles ont la même forme en amande. Le premier roi la tient en position verticale, la pointe posée sur sa cuisse gauche. Le second tient sa vièle à archet comme un violon, l'extrémité coincée sous son menton.
Rose du chevet de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile 2025.
Un roi portant une viéle en huit et son archet. Un roi tenant une vièle en huit sans archet.
Rose du chevet de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile 2025.
Rose du chevet de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile 2025.
Un roi portant une harpe. Un roi tenant une longue vièle médiévale sur ses cuisses.
Rose du chevet de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile 2025.
Un roi portant un tambourin carré. Un roi tenant une vièle, son long archet posé à sa droite.
Rose du chevet de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile 2025.
Un roi tenant une vièle à archet. Un roi portant une harpe.
Rose du chevet de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile 2025.
Un roi portant une vièle. Un roi tenant une vièle à archet.
Rose du chevet de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile 2025.
Un roi portant une vièle. Un roi portant une harpe.
Rose du chevet de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile 2025.
Un roi portant une harpe. Un roi portant un psaltérion.
— BOURGEOIS ( Aurélie), 2011- Les Vitraux gothiques de la cathédrale de Laon. Sous la dir. de Heck, Christian. Master2 : Hist. art : Lille III, 2011. Non consulté
—BROCHE, (Lucien) 1926, La cathédrale de Laon ([Reprod. en fac-sim.]) / Lucien Broche ed. Laffitte (Marseille)
—LAUTIER (Claudine) 2000, Les vitraux du chevet de la cathédrale de Laon. Première approche. Österreichische Zeitschrift für Kunst und Denkmalpflege, 2000, 54, p. 257-264. 〈halshs-00355365〉 Non consulté
"La cathédrale actuelle fut construite à l'emplacement d'un édifice roman incendié lors de l'insurrection communale survenue le jeudi 25 avril 1112. Son édification commença en 1155 sous l'épiscopat de Gautier de Mortagne et continua jusqu'en 1235.
Elle est l'un des premiers édifices majeurs de style gothique en France. Postérieure à l'église abbatiale de Saint-Denis, à la cathédrale Notre-Dame de Noyon et à la cathédrale Saint-Étienne de Sens, elle est contemporaine de Notre-Dame de Paris. La construction débuta par le chœur et le grand transept afin de recevoir les nombreux pèlerins. Entre 1170 et 1175, une deuxième campagne de construction porta sur le fond du croisillon nord.
Entre 1175 et 1185, une troisième campagne mena à l'édification du transept avec ses deux portails, la tour-lanterne d'inspiration anglo-normande, ainsi que les cinq dernières travées de la nef. Durant cette campagne, on construisit également les tours du transept. Vers 1180 on posa les vitraux de la rose nord (dite des arts libéraux).
La quatrième campagne se termina vers 1200 par l'achèvement de la nef et de la façade occidental."
La baie 235, la rose des Arts Libéraux, est constituée d'un médaillon central, et de huit médaillons périphériques.
Ces 9 médaillons représentant les sept figures allégoriques des 7 arts libéraux plus la médecine, enseignés au Moyen Age à l'école épiscopale de Laon (dont le prestige était dû au célèbre Anselme de Laon), entourent le motif central symbolisant la Philosophie ou Théologie issue de cet enseignement.
(*) "Anselme de Laon enseigna vers 1076 avec un grand succès à l'école cathédrale de Paris, où, avec Guillaume de Champeaux, il combattit du côté des réalistes dans la Querelle des Universaux.
Plus tard il se retira dans sa ville natale et fut maître des écoles de Laon, avec son frère Raoul, de 1090 environ jusqu'à sa mort. Son école de théologie et d’exégèse devint rapidement la plus réputée en Europe. En 1113 il en chassa Abélard.
Il fut le doyen et le chancelier de Laon à partir de 1109 environ et l'archidiacre à partir de 1115."
Les matières enseignées sont les droits (droit canon, droit civil), le droit canon, la médecine, les mathématiques, la logique ou la philosophie, auxquels s'ajoutent les arts libéraux (plus développés que les premiers) :
Ces Arts libéraux se répartissait en Trivium (mot latin signifiant "les trois voies"), les trois arts liés au langage écrit ou oral, la Grammaire (enseignant les mécanismes de la langue), la Rhétorique (art de persuader) et la Dialectique (art d'analyser les arguments), et en Quadrivium, les quatre arts liés aux chiffres et au calcul, l'Arithmétique (étude du nombre pur), la Géométrie (étude du nombre dans l'espace), l'Astronomie (étude du nombre dans l'espace et le temps) et la Musique (étude du nombre dans le temps). Ces sept sciences étaient basées sur les connaissances acquises des savants grecs ou latins (Pythagore, Euclide, Ptolémée, Cicéron, Quintilien, ...), transmises souvent par les Arabes, et sur les écrits de saint Augustin, discutés par des esprits brillants comme Alcuin (fondateur de l'Université de Tours au VIIIe siècle), dans les universités de Paris (1229), Montpellier (1220), Toulouse (1229), Oxford (1167), Cambridge (1209), Salamanque (1218), Valladolid (1241) ou Padoue (1220) et Bologne (1098).
Ces universités du XIIe siècle avaient été précédées depuis le VIe siècle par les "écoles cathédrales", fondées depuis la réforme carolingienne dans chaque évêché : les plus importantes ont été celles de Chartres, Orléans, Reims, Paris, Laon, Rouen et Langres. Elles dépendèrent au XIe siècle des chanoines des cathédrales et étaient dirigées par l'écolâtre. Sur l'école cathédrale de Laon, voir wikipedia , mais notons que Gautier de Mortagne , après avoir été chanoine de la cathédrale de Laon en 1150, puis doyen, devint écolâtre de l'école de Laon avant d'être évêque de Laon de 1153 à 1174. C'est sous son épiscopat que démarra l'édification de la cathédrale de Laon.
Ces Arts étaient couronnés par la Théologie, « reine » médiévale des sciences dans les universités.
Iconographie des Arts libéraux
(d'après G. Fleury, voir les illustrations sur son article)
Emile Mâle a montré que c'est Martianus Capella qui est à l'origine de ce thème iconographique, dans son De Nuptiis Philologiae et Mercurii, du Ve siècle.
A. Les représentations sculptées
Abbatiale de Déols (Indre). milieu du XIIe siècle
Le porche de la collégiale Notre-Dame de Loches du milieu du XIIe siècle
Portail royal de Chartres, porte sud (vers 1160).
Nord de la façade ouest de la Notre-Dame de Paris. Les arts libéraux prennent place au trumeau du portail du Jugement dernier, détruit en 1771, reconstitué au XIXe siècle sous l’inspiration de Viollet-le-Duc, et copiés manifestement sur les sculptures de Laon et de Sens.
Cathédrale de Sens. soubassement de l’embrasure gauche du portail central
Cloître d’Autun et chapiteau de Vienne (St-André-le-Bas), milieu du XIIe siècle . À Autun les deux piliers figurés qui étaient probablement dans le cloître de la cathédrale Saint-Nazaire d’Autun ont été déposés au musée Rollin de la même ville.
Chapiteau d’Elne, présenté au château de Villevêque. la fin du XIIe siècle ou de la première moitié du XIIIe
Cathédrale de Sienne. Les allégories sont représentées sur la base de la colonne centrale de la chaire de la cathédrale de Sienne sculptée en 1265-1268 par Nicola Pisano (1220-1284) et son fils Giovanni (1245- 1320).
Cathédrale de Pise. Les allégories sont sculptées sur les huit panneaux de la base du pilier central de chaire sculptée entre 1302 et 1311 par Giovani Pisano (1248-1315).
Cathédrale de Clermont. Les allégories, représentées jusque-là sous les traits de belles jeunes femmes, sont remplacées par les « savants » qui leur sont associés, représentés avec les attributs classiques. Cette façade nord du transept est datée du XIVe siècle. La mise en place est identique à celle d’une rose, comme à Laon. Les « savants » représentés ont des visages allongés, chevelus et barbus. Ils sont couronnés. Le médaillon central est l’équivalent d’une allégorie de la géométrie (donc c’est une représentation d’Euclide).
Cathédrale d’Auxerre, portail sud de la façade ouest, seconde partie du XIIIe siècle (1260 est la date de construction de ce portail de droite de la façade ouest)
Le portail du transept nord, dit le « portail des libraires » de la cathédrale de Rouen, construit autour de 1300. Le portail du transept nord, dit le « portail des libraires », construit autour de 1300, possède un riche décor et en particulier des sculptures en faible relief sur les jambages des ébrasements et du trumeau. Sur le trumeau, quatre quadrilobes concernent les arts libéraux avec , de gauche à droite : Géométrie, Musique, Astronomie, Grammaire. La Musique tient un tintinabulum assez proche de la Musique de Laon.
B. Vitrail
Auxerre, rose de la baie 102 du chœur. Le chœur est daté de 1215-1230, avec montage des vitraux dans les décennies qui ont suivi.
La représentation des Arts libéraux en la cathédrale de Laon : sculpture et vitrail.
La cathédrale de Laon propose deux représentations des arts libéraux. Elles sont présentées sous forme de sculptures dans la seconde voussure de la fenêtre gauche de la façade ouest (datée vers 1200), et sous forme de verrières à la rose du transept nord (datée vers 1200-1210 ). Les deux représentations utilisent pratiquement la même gestuelle et les mêmes attributs, on peut donc se demander si elles ne dérivent pas d’un même dessin ou si l’une n’est pas la transcription de l’autre.
DESCRIPTION
On trouve dans les sens des aiguilles d'une montre en partant du haut :
TRIVIUM
—1. La Rhétorique avec les livres des discours des anciens ;
—2. la Grammaire brandissant ses verges au dessus de ses enfants ;
—3. la Dialectique levant les bras avec véhémence ;
QUADRIVIUM
—4. l'Astronomie, où Uranie tient un astrolabe
—5. l'Arithmétique montrant les pions de l'abaque dans les mains ;
—6. la Médecine ajoutée aux sept arts mirant le contenu d'un urinal ou matula (cet accessoire est alors l'attribut des médecins, tout comme le sthétoscope aujourd'hui)
—7. la Géométrie traçant un dessin avec un compas
—8. la Musique frappant d'un marteau le tintinnabulum.
AU CENTRE
—9. a Sagesse ou Philosophie porte dans la main gauche les livres saints et dans la droite le sceptre royal. Cet ensemble (rose) composé d'un occulus central et de huit occuli plus petits, fut exécuté vers 1180.
Restauration.
Cinq des médaillons sont datables des années 1200 à 1210, soit 20 à 30 ans après la construction du transept ; les quatre derniers (philosophie, rhétorique, musique, médecine) ont été réalisés en 1865 par le peintre-verrier Adolphe Charles Edouard Steinheil qui prit comme modèles les sculptures de la seconde voussure de la façade occidentale de Laon consacrée aux Arts libéraux.
Les P.P Cahier et Martin ont reproduit la rose dans son état antérieur à l'intervention de Steinheil dans leur Mélanges d'archéologie, d'histoire et de littérature tome IV de 1856, avec les quatre médaillons d'origine , mais dans un ordre différent. On voit des différences notables, par exemple pour Grammaire, qui est figurée tissant , fuseau en main (ce devait être une férule), devant 3 enfants. Géométrie trace un cercle avec un compas sur une planche posée sur ses genoux. Astronomie élève un instrument bien différent de l'astrolabe de Steinheil.
Cahier et Martin, Mélanges d'archéologie, d'histoire et de littérature tome IV de 1856 Planche VIII
Chaque allégorie du vitrail sera précédée par le dessin du livre de Viollet-le-Duc du claveau sculpté correspondant de la façade ouest de la cathédrale de Laon.
Rose nord de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile 2025.
1. Au centre : la Philosophie ou Théologie. Coffetier et Steinheil 1865
Elle est assise, la tête dans les nuages, avec une échelle appuyée sur son torse, et tenant un livre ouvert. En main droite, elle tient un sceptre. Sur la sculpture, elle tient deux livres, et un manche qu'on peut peut-être deviner sur la sculpture dans la main gauche.
D’après Émile Mâle, il s’agit de Philosophie et non de Théologie . Cette personnification étant due à Boèce dans sa Consolation philosophique : l’échelle correspondrait aux degrés qui permettent d’accéder de la philosophie pratique (π) à la philosophie « spéculative » (θ) comme indiqué dans le texte. Les lettres grecques ont été reproduites à Sens. (G. Fleury).
Mais la proximité de la Philosophie (aristotélicienne en particulier) et de la Théologie permet de garder les deux figures.
Rose nord de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile 2025.
Rose nord de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile 2025.
2. la Rhétorique. Coffetier et Steinheil 1865
Sur la sculpture, Rhétorique écarte les bras dans un geste d'orateur. Sur le vitrail elle écrit sur une tablette (mauvaise interprétation du XIXe siècle ?).
Rose nord de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile 2025.
3. La Grammaire ou gramatica. v.1210
Grammaire est représentée l'index posé sur le livre que tient un écolier sur la voussure sculptée, tandis que sur le vitrail, elle tient un fuseau fleuri, devant deux enfants dont l'un tient une tablette à deux battants.
Rose nord de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile 2025.
3. la Dialectique. v.1210
Dialectique lève les bras et pointe un doigt de la main droite, par un geste d'éloquence opposant les arguments. Sur la sculpture, un serpent s’enroule autour de sa taille, ce qui ne se voit pas sur le vitrail, dont les verres rouges sont devenus noirs.
Rose nord de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile 2025.
4. l'Astronomie. v. 1210.
Astronomie présente un disque muni d’une zébrure horizontale, c'est à dire une astrolabe, comme sur le portail central de la cathédrale de Sens au XIIe siècle
L'astrolabe est un instrument de calcul qui emploie une représentation de la voûte céleste et de la terre combinée à un calendrier. Il a été conçu dans l'Antiquité, a été grandement employé et perfectionné dans la sphère islamique avant de passer dans le monde chrétien au 12e siècle où son usage se répand ensuite rapidement.
Rose nord de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile 2025.
5. l'Arithmétique. v.1210
Arithmétique tient des groupes de boules dans ses deux mains.
Rose nord de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile 2025.
6. la Médecine. v.1210
Elle tient la matula, flacon d'urine dont l'inspection permet l'uroscopie diagnostique ou pronostique.
Rose nord de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile 2025.
7. la Géométrie. v.1210
Géométrie manipule un compas sur une tablette. Sur la sculpture, elle forme un octogone.
Rose nord de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile 2025.
8. la Musique. Coffetier et Steinheil 1865
Musique, assise sur une banquette (ou sur une cathédre dans la sculpture) et coiffée d'un voile, frappe avec un manche l'une des trois cloches d'un tintinnabulum ; on en compte cinq sur la sculpture.
La représentation très célèbre d'un des chapiteaux de la cathédrale d'Autun (1160) montre un homme tenant sur l'épaule une traverse où 6 cloches sont suspendues : il en tient deux par l'anse , et une autre cloche pend à sa robe. Deux musiciens sont accroupis, l'un d'eux frappe une cloche avec un marteau, tandis qu'il tient une huitième cloche, qu'il fait peut-être sonner. Son compagnon met en action le battant de la quatrième cloche.
Chapiteaux d'Autin, cliché lavieb-aile.
On trouve aussi des représentations romanes de tintinabulum au portail central de Notre-Dame de Paris, au portail de la Vierge de la cathédrale de Chartres. Et parmi les Arts libéraux du portail des Libraires de Rouen.
Rose nord de la cathédrale de Laon. Cliché lavieb-aile 2025.
—CHARRON (Pascale), Les Arts libéraux dans la tapisserie à la fin du Moyen Âge : entre iconographie savante et pratiques d’atelier. Université de Tours-CESR/UMR 7323
— FLEURY (Gérard) (*) Allégories des Arts libéraux de Martianus Capella (Ve siècle) jusqu'au XXe siècle. Académie de Touraine.
(*) Professeur de mathématiques au lycée public de Loches durant toute sa carrière, spécialiste de l’art religieux du Moyen Âge, plus particulièrement l’architecture et la sculpture d’inspiration romane, Gérard Fleury est décédé en 2023
—MÂLE ( Émile), « Les arts libéraux dans la statuaire du moyen âge », Revue archéologique, T. 17, 1881, p. 334- 346. Cité par G. Fleury
—VERDIER (Philippe), 1967, "L’iconographie des arts libéraux dans l’art du Moyen Âge jusqu’à la fin du quinzième siècle". Verdier, P. In Arts libéraux et philosophie au Moyen Âge. Actes du 4e congrès international de philosophie médiévale (Montréal, 1967), pages 305–332. Montréal, 1969. Non consulté.
— VIOLLET-LE-DUC , Dictionnaire raisonné…, tome II, article « Arts libéraux »
" Une des plus belles collections des arts libéraux figurés se voit au portail occidental de la cathédrale de Laon (de 1210 à 1230), dans les voussures de la grande baie de gauche, au-dessus du porche. Là, les figures sont au nombre de dix.
La première, à gauche, représente la Philosophie ou la Théologie. Cette statuette tient un sceptre de la main gauche, dans la droite un livre ouvert ; au-dessus un livre fermé. Il est à présumer que le livre fermé représente l’ancien Testament, et le livre ouvert le nouveau. Sa tête n’est pas couronnée comme à Sens, mais se perd dans une nuée ; une échelle part de ses pieds pour arriver jusqu’à son col, et figure la succession de degrés qu’il faut franchir pour arriver à la connaissance parfaite de la reine des sciences. La seconde, au-dessus, représente la Grammaire . La troisième, la Dialectique ; un serpent lui sert de ceinture. La quatrième, la Rhétorique . La cinquième, l’Arithmétique ; la statuette tient des boules dans ses deux mains.
La première figure à droite représente la Médecine (probablement) ; elle regarde à travers un vase . La seconde, la Peinture ; c’est la seule statue qui soit figurée sous les traits d’un homme dessinant avec un style en forme de clou, sur une tablette pentagonale. La troisième, la Géométrie. La quatrième, l’Astronomie. Il est à propos de remarquer que le disque que tient cette statue de l’Astronomie est coupé par un double trait brisé ; même chose à Sens. À Chartres, des anges tiennent également des disques coupés de la même façon. Est-ce une manière de figurer les solstices ? C’est ce que nous laissons à chacun le soin de découvrir.
La cuve monolithique est circulaire à l'intérieur, elle est cantonnée de quatre têtes d'hommes. Son pourtour d'une trentaine de centimètres de haut est divisé par ces têtes anthropomorphes en quatre décors à motifs de rinceaux à palmettes, oiseau et quadrupède, rosettes et fontaine. Elle est flanquée de 4 colonnettes rapportées (comme aussi à Saint-Just-en Chaussée, à la collégiale Saint-Laurent de Rozoy-sur-Serre, à Vermand, à Chigny, dans le Pas-de-Calais à Verlincthun, à Condette ou à Dannes, et dans l’Oise à Moliens) autour d'une cuve cylindrique centrale. Le soubassement à 8 lobes repose sur une base carrée. Le couvercle n'est pas conservé.
Fonts baptismaux du XIIe siècle de la cathédrale de Laon, cliché lavieb-aile 2025.
Fonts baptismaux du XIIe siècle de la cathédrale de Laon, cliché lavieb-aile 2025.
Fonts baptismaux du XIIe siècle de la cathédrale de Laon, cliché lavieb-aile 2025.
Description du décor.
Il est compris entre la moulure supérieure de la cuve, et une moulure basse délimitant quatre zones entre les têtes. Comme pour celles-ci, la pierre de ces zones est polie, bien noire voire luisante sur les parties saillantes et contraste avec la partie inférieure qui est bouchardée et qui apparaît plus grise.
1. Décor à rinceaux , palmes et épillets ; signe ovale à 3 registres.
Le rinceau démarre sous le menton de la tête de gauche et forme deux sinuosités délimitant des formes quasi- rondes. À l'intérieur de chacun de ces ronds, le rinceau produit des feuilles en palmettes à 4 ou 5 limbes et des épillets (qualifiés parfois de vignes ou d'arums).
Il s'interrompt pour laisser place à un dessin en ovale (comme un cartouche de hyéroglyphe) contenant deux réglures horizontales et deux demi-cercles affrontés, sans que ce dessin soit évocateur d'un élément concret et signifiant.
Fonts baptismaux du XIIe siècle de la cathédrale de Laon, cliché lavieb-aile 2025.
Fonts baptismaux du XIIe siècle de la cathédrale de Laon, cliché lavieb-aile 2025.
Fonts baptismaux du XIIe siècle de la cathédrale de Laon, cliché lavieb-aile 2025.
2. Décor à rinceaux , palmes et épillets ; rosette et "fontaine".
Le rinceau qui s'est aussi glissé sous le masque développe un motif spéculaire du précédent (une seule feuille d'abord, deux feuilles ensuite). L'espace restant est occupé par une rosette à 6 pétales, et par une forme en manche d'où retombe quatres lanières, où j'hésite à reconnaître (au vu du contexte), une fontaine stylisée.
Fonts baptismaux du XIIe siècle de la cathédrale de Laon, cliché lavieb-aile 2025.
Fonts baptismaux du XIIe siècle de la cathédrale de Laon, cliché lavieb-aile 2025.
Fonts baptismaux du XIIe siècle de la cathédrale de Laon, cliché lavieb-aile 2025.
Fonts baptismaux du XIIe siècle de la cathédrale de Laon, cliché lavieb-aile 2025.
3. Décor à l'oiseau.
Un oiseau (deux pattes, deux ailes) tend son "bec" (aux allures de gueule de chien) comme s'il voulait mordre ou avaler le masque voisin. On est intrigué par le cercle barré de gauche, qui s'achève par une tête. Je propose d'y reconnaître, plutôt qu'un serpent ourobouros, la queue céphalisée de l'oiseau monstrueux.
Fonts baptismaux du XIIe siècle de la cathédrale de Laon, cliché lavieb-aile 2025.
Fonts baptismaux du XIIe siècle de la cathédrale de Laon, cliché lavieb-aile 2025.
Fonts baptismaux du XIIe siècle de la cathédrale de Laon, cliché lavieb-aile 2025.
Fonts baptismaux du XIIe siècle de la cathédrale de Laon, cliché lavieb-aile 2025.
4. Décor au quadrupède.
Un quadrupède (je reste prudent : chien, vache, loup, monstre) aux pattes s'élargissant en sabots, tient sa queue horizontale au dessus de son dos. Il tend sa tête, au front baissé, vers la tête de gauche.
Fonts baptismaux du XIIe siècle de la cathédrale de Laon, cliché lavieb-aile 2025.
Fonts baptismaux du XIIe siècle de la cathédrale de Laon, cliché lavieb-aile 2025.
Fonts baptismaux du XIIe siècle de la cathédrale de Laon, cliché lavieb-aile 2025.
5. Les têtes anthropomorphes.
Nous les avons vues les unes après les autres : l'une d'elles est brisée, les autres, de forme d'œuf à la coque car elles ont le crâne plat (arrasé par la margelle) ont le nez droit, les yeux larges sans paupières, et la bouche tracée d'une ligne droite ou à peine souriante ; les oreilles sont en croissant presque fermé.
DISCUSSION.
On sait que c'est au XIIe siècle que les baptistères par immerion ont été abandonnés progressivement au profit de la mise en place d'un équipement spécifique (cuve baptismale à infusion) dans toutes les églises paroissiales.
Il est écrit dans les documents disponibles que ces fonts de la cathédrale de Laon sont en "marbre noir", ce qui m'a surpris, car on ne peut pas éviter de faire le rapprochement avec le grand ensemble de fonts de la même époque, taillés, eux, en pierre calcaire "bleue" de Tournai, précisément dans l'Aisne (au nord et aussi en Thiérarche). En effet, selon Laurence de Finance "Le marbre, plus particulièrement utilisé dans le sud de la France n’est couramment employé qu’à partir du XVIIe siècle pour devenir le matériau le plus recherché aux XVIII et XIXe siècles".
En réalité, Xavier Massary écrit dans la notice Palissy de 1994-2020 : "Marbre noir, dit pierre de Tournay", ce qui est correct.
Il en donne les dimensions (98 cm sur 83 cm) et reconnaît dans le décor un oiseau, et un chien "symbole de la fidélité au devoir". Il ajoute : "Ces fonts baptismaux semblent n'avoir été déposés dans le bras sud du transept de la cathédrale qu'au 19e siècle, le baptême étant primitivement administré dans la chapelle des fonts ; cette cuve est assurément de provenance locale, d'autres cuves de forme très voisine se retrouvant dans des églises de la région ; malgré leur archaïsme stylistique, ces fonts baptismaux ne sont sans doute pas antérieurs à la 2e moitié du 12e siècle."
Les fonts baptimaux du XIIe siècle en pierre de Tournai.
"Il existe, dans le nord de l'Aisne et en Thiérache, un ensemble homogène de cuves baptismales de la seconde moitié du XIIe ou du début du XIIIe siècle. Principalement carrées plus rarement rectangulaires , elles sont réalisées en pierre de Tournai (dite pierre bleue). Les plus remarquables sont celles des églises de Jeantes et de Bancigny dans l'Aisne de réalisation presque identique, issues peut-être du même atelier. Les cuves tournaisiennes portent sur leurs quatre faces un décor en relief semi-méplat où se mêlent têtes anthropomorphes et rinceau végétal. Ce décor, propre à la sculpture du nord de la France, de Tournai et de la vallée Mosane, se voit aussi sur les anciens fonts de Cousolre, déposés au musée des Beaux-arts de Lille
"Ces fonts baptismaux peuvent être mis en relation avec une série d'oeuvres similaires par la forme, le décor et l'utilisation de la pierre calcaire de Tournai dite pierre bleue et sont datables de la 2e moitié du 12e siècle ou du début du 13e siècle. De nombreuses églises en Thiérache conservent de semblables fonts, ainsi à Saint-Clément ou Martigny. Ces oeuvres ont été exécutées dans le cadre des centres de production du Nord de la France et de la vallée mosane du 12e siècle. Elles sont parmi les créations les plus originales de la sculpture romane du 12e siècle. Le décor de têtes antropomorphes sous un réseau d'arcatures, d'animaux fabuleux affrontés et de rinceaux a fait l'objet de plusieurs interprétations iconographiques et symboliques, le combat des deux animaux seraient ainsi une allusion à la lutte du Bien et du Mal. Les fonts baptismaux de Jeantes sont parmi les plus remarquables de ceux qui ont été conservés en Thiérache, ils sont très proches de ceux de la commune voisine de Bancigny, présentant un décor presque identique. Ces deux oeuvres paraissent avoir été exécutées par le même sculpteur ou atelier.
Jeantes (02, Thiérarche) : Fonts baptismaux en pierre de Tournai, 2e moitié XIIe siècle, église Saint-Martin, . Notice Palissy IM02001609 par Xavier-Philippe Guiochon
Fonts baptismaux de JeantesFonts de Bancigny
"Ces fonts baptismaux peuvent être mis en relation avec une série d'oeuvres similaires par la forme, le décor et l'utilisation de la pierre calcaire de Tournai dite pierre bleue et sont datables de la 2e moitié du 12e siècle ou du début du 13e siècle. De nombreuses églises en Thiérache conservent de semblables fonts, ainsi à Saint-Clément ou Martigny. Ces oeuvres ont été exécutées dans le cadre des centres de production du Nord de la France et de la vallée mosane du 12e siècle. Elles sont parmi les créations les plus originales de la sculpture romane du 12e siècle. Le décor de têtes antropomorphes sous un réseau d'arcatures, d'animaux fabuleux affrontés et de rinceaux a fait l'objet de plusieurs interprétations iconographiques et symboliques, le combat des deux animaux seraient ainsi une allusion à la lutte du Bien et du Mal. Les fonts baptismaux de Jeantes sont parmi les plus remarquables de ceux qui ont été conservés en Thiérache, ils sont très proches de ceux de la commune voisine de Bancigny, présentant un décor presque identique. Ces deux oeuvres paraissent avoir été exécutées par le même sculpteur ou atelier. Ils ont été reproduits par Jules-Léandre Papillon au cours du 4e quart du 19e siècle dans ses lithographies consacrées aux richesses artistiques de la Thiérache. Le couvercle originel des fonts baptismaux a disparu."
C’est également en pierre de Tournai qu’a été réalisée, dans le 2e quart du XIIe siècle, la cuve des fonts baptismaux de Châlons-en-Champagne dont le très beau décor sculpté illustre la résurrection des morts.
Fonts de Chalons-sur-Marne
La présence de 4 têtes humaines placées aux angles d'une cuve carrée ou à égale distance sur une cuve circulaire est relativement fréquente, bien que leur raison d'être ne soit pas précisément élucidée. Il est proposé de reconnaître dans celles de la cuve provenant du cimetière de Gildwiller (68) et celles de Chéreng (59) les points cardinaux à moins qu'il ne s'agisse d'une évocation des fleuves du paradis ou encore des quatre vents. Le traitement du décor de ces sculptures est très inégal, si celles de Chéreng sont très élaborées, celles de la cuve de Martigny (02) présentent une étonnante stylisation.
Martigny (02 ; Thiérache ) IM02001577
"Les fonts baptismaux de Martigny ne comportent aucun décor à l'exception des 4 têtes fantastiques à forme humaine, masculine ou androgynes qui ont donné lieu à de nombreuses interprétations symboliques, dont la plus plausible reste l'hypothèse d'y voir la représentation des quatre Fleuves du Paradis. Ces quatre têtes à forme humaine présentent chacune une expression différente, semble-t-il d' étonnement, d' effroi ou de peur, l'un de ces personnages tire la langue. " https://inventaire.hautsdefrance.fr/dossier/IM02001577#:~:text=Les%20fonts%20baptismaux%20de%20Martigny,des%20quatre%20Fleuves%20du%20Paradis.
"Fonts baptismaux. — La cathédrale renferme, dans le croisillon sud, des fonts baptismaux romans,
en pierre de Meuse. La cuve, carrée, décorée de fruits d'arum et de quatre têtes humaines en saillie, est
portée sur un gros fut que cantonnent quatre colonnettes dont les bases se relient par des griffes aux
angles d'un socle commun."
— FINANCE (Laurence de) · 2007, Catalogue des fonts baptismaux datés, avec présentation typo-chronologique. Ministère de la Culture. Inventaire général du patrimoine culturel. 2007.
Commandée à Jehan Le Texier dit Jehan de Beauce vers 1510 , la clôture de chœur dit "tour du chœur" de la cathédrale Notre-Dame de Chartres, est une œuvre réalisée en pierre entre 1521 et 1535, se dressant à plus de 6 m de hauteur sur une longueur d'environ cent mètres, ayant pour objet d’isoler le choeur liturgique auquel les laïcs n’avaient pas accès. À la mort de Jehan de Beauce en 1529, le chœur est clos, et Mathurin Delaborde prend le relais comme maître d'œuvre, avant d'être nommé en 1531 maître des maçons de la ville et de ses environs.
Formant la transition entre l'art gothique (pour les 2 premières travées) et le style de la Première Renaissance française, cette clôture de chœur de style Louis XII est classée, en totalité et pour chacune de ses parties, au titre des objets monuments historiques depuis 1862.
Au dessus d'un soubassement à médaillons, précédemment décrit ici, une claire-voie communiquait jadis avec le chœur. Elle est surmontée de niches où se déroulent les scènes de la Vie de Marie et de Jésus : ces scènes font l'objet de descriptions détaillées, alors que les bas-reliefs sont moins décrits.
Toute l'ornementation en bas-relief du soubassement et des claire-voies porte dans des cartouches les dates de 1521, 1525, 1526 et 1529, ce qui indique qu'elle est postérieure à celle du pavillon de l'Horloge du même Jehan de Beaune, de 1520 ; mais elle relève comme elle du style Première Renaissance d'influence italienne, influence ramenée des campagnes de Louis XII et de François Ier.
Ce décor italianisant témoigne de la pénétration en France de l'influence de la Renaissance italienne, comme déjà en Normandie au château de Gaillon ou à Rouen sous l'influence du cardinal Georges d'Amboise vers 1509, ou à Dol-de-Bretagne sous celle de l'évêque James en 1507 et encore sur l'escalier de l'aile Longueville du château de Châteaudun en 1518 (à 50 kms au sud de Chartres), commandé par Jean de Longueville alors archevêque de Toulouse.
Un peu plus tard en 1528, sera réalisée avec le même décor la clôture de chœur de l'abbaye de la Trinité de Vendôme , qui complète le jubé et le tombeau livré par Jean Juste en 1530.
Pour jouer au jeu iconographique des comparaisons et recherches d'influences, je propose d'examiner la frise supérieure de la claire-voie de la sixième travée, sous l'actuelle Transfiguration sculptée en 1611 par Thomas Boudin .
Cette frise appartient à l'encadrement des lancettes de la claire-voie, qui comporte trois parties : a) une frise de guirlandes de fruits dans des spires enrubannées, où se nichent des amours, des oiseaux et des escargots ; b) un alignement de coquilles suspendues à des anneaux ; et c) le bas-relief à rinceaux.
On y trouve, affrontés souvent autour de candélabres :
— comme ailleurs, des oiseaux picorant les fruits de cornes d'abondances ; des aigles aux ailes éployées
— des chimères à tête de cheval et à corps ailé, ou feuillagé, qualifiés de "chevaux marins".
— des amours ailés, en équilibre,
— des têtes d'angelots, ailés
—des putti au buste greffés sur des prolongements feuillagés, parfois tirant à l'arc, parfois musiciens (trompes, traverso)
— un faune ou hybride à tête barbue, assis de face sur un vase, ses jambes velues écartées.
Tout ce répertoire, qui se retrouve sur les monuments qui précède ce Tour de chœur, notamment à Châteaudun, et est largement repris et amplifié sur toutes les surfaces disponibles des soubassements et de la claire-voie des travées, mais sans répétition et avec au contraire une grâce dans les variations et avec une imagination constante, formant le plus beau des ensembles ornemental de la Première Renaissance en France. On y trouvera avec une inépuisable luxuriance parmi les rinceaux et candélabres, les rubans et les guirlandes, des naïades et des satyres, des animaux fabuleux, des dauphins et des oiseaux, des petits musiciens ou des instruments noués par paires, des masques et des médaillons, des trophées d'armes ou des armes (arquebuse, arcs et carquois) et des gibecières, des tournebroches, des forces de tonte, des suspensions de vases ou burettes liturgiques, des Gants de saint Béthaire, etc., etc. et, ici ou là, la Chemise de la Vierge, relique principale de la cathédrale.
Cet article souhaite donné un avant-goût de cette richesse.
Ce Tour de chœur a été remarquablement restauré récemment.
Ornementation Première Renaissance (1525-1527) de la 6ème travée du Tour de Chœur de la cathédrale de Chartres. Cliché lavieb-aile 2025.
Ornementation Première Renaissance (1525-1527) de la 6ème travée du Tour de Chœur de la cathédrale de Chartres. Cliché lavieb-aile 2025.
Ornementation Première Renaissance (1525-1527) de la 6ème travée du Tour de Chœur de la cathédrale de Chartres. Cliché lavieb-aile 2025.
Ornementation Première Renaissance (1525-1527) de la 6ème travée du Tour de Chœur de la cathédrale de Chartres. Cliché lavieb-aile 2025.
Ornementation Première Renaissance (1525-1527) de la 6ème travée du Tour de Chœur de la cathédrale de Chartres. Cliché lavieb-aile 2025.
Ornementation Première Renaissance (1525-1527) de la 6ème travée du Tour de Chœur de la cathédrale de Chartres. Cliché lavieb-aile 2025.
Ornementation Première Renaissance (1525-1527) de la 6ème travée du Tour de Chœur de la cathédrale de Chartres. Cliché lavieb-aile 2025.
Ornementation Première Renaissance (1525-1527) de la 6ème travée du Tour de Chœur de la cathédrale de Chartres. Cliché lavieb-aile 2025.
Ornementation Première Renaissance (1525-1527) de la 6ème travée du Tour de Chœur de la cathédrale de Chartres. Cliché lavieb-aile 2025.
Ornementation Première Renaissance (1525-1527) de la 6ème travée du Tour de Chœur de la cathédrale de Chartres. Cliché lavieb-aile 2025.
Ornementation Première Renaissance (1525-1527) de la 6ème travée du Tour de Chœur de la cathédrale de Chartres. Cliché lavieb-aile 2025.
Ornementation Première Renaissance (1525-1527) de la 6ème travée du Tour de Chœur de la cathédrale de Chartres. Cliché lavieb-aile 2025.
Ornementation Première Renaissance (1525-1527) de la 6ème travée du Tour de Chœur de la cathédrale de Chartres. Cliché lavieb-aile 2025.
Ornementation Première Renaissance (1525-1527) de la 6ème travée du Tour de Chœur de la cathédrale de Chartres. Cliché lavieb-aile 2025.
Ornementation Première Renaissance (1525-1527) de la 6ème travée du Tour de Chœur de la cathédrale de Chartres. Cliché lavieb-aile 2025.
Ornementation Première Renaissance (1525-1527) de la 6ème travée du Tour de Chœur de la cathédrale de Chartres. Cliché lavieb-aile 2025.
Ornementation Première Renaissance (1525-1527) de la 6ème travée du Tour de Chœur de la cathédrale de Chartres. Cliché lavieb-aile 2025.
Ornementation Première Renaissance (1525-1527) de la 6ème travée du Tour de Chœur de la cathédrale de Chartres. Cliché lavieb-aile 2025.
—ensemble des 36 bas-reliefs du soubassement du Tour du choeur : scènes de l'Ancien Testament, travaux d'Hercule, scènes mythologiques et personnages à l'antique Notice IM28000456
"Les candélabres qui ornent la claire-voie du Tour de chœur de Chartres sont inspirés des candélabres gravés par Giovanni Antonio da Brescia (ca. 1505-1507). Ils n’ont toutefois pas été copiés tels quels mais enrichis de différents motifs, tirés de gravures de Nicoletto da Modena (ca. 1507), comme les têtes de bovidés affrontées et l’ange tenant une guirlande de fleurs, ou de médailles comme le Cupidon endormi de Fra Antonio da Brescia (ca. 1500).
Dans la région, cette dernière a aussi été sculptée dans le décor de la clôture de chœur de la Trinité de Vendôme (ca. 1525) et atteste l’échange de modèles entre ces deux chantiers. En outre, le portrait de Jules César a inspiré un portrait sculpté sur la jouée d’une des stalles de la collégiale Notre-Dame de Montrésor (ca. 1530). La diffusion des formes du Tour de chœur s’observe jusqu’à Limoges, où deux hybrides adossés sont sculptés dans le décor du jubé de la cathédrale Saint-Étienne (ca. 1530)."
—BEUVIER (Jean), L'ornementation, in La restauration du tour de choeur - Cathédrale Notre-Dame de Chartres (28) Collection "Patrimoines en région Centre-Val de Loire" Patrimoine restauré n°29, juin 2022, 86 p.
— JOUANNEAUX (Françoise), 2000, Le tour du choeur de la cathédrale de Chartres, Orléans, Direction de l'Inventaire du patrimoine et Françoise Jouanneaux (Rédactrice),(photogr. Robert Malnoury), AREP-Centre, coll. « Images du patrimoine » (no 204), 2000, 63 p., ill. en noir et en coul.,
— ROSER Répertoire de l'Ornement Sculpté des Édifices de la Renaissance 2019
:
1) Une étude détaillée des monuments et œuvres artistiques et culturels, en Bretagne particulièrement, par le biais de mes photographies. Je privilégie les vitraux et la statuaire. 2) Une étude des noms de papillons et libellules (Zoonymie) observés en Bretagne.
"Il faudrait voir sur chaque objet que tout détail est aventure" ( Guillevic, Terrraqué). "Les vraies richesses, plus elles sont grandes, plus on a de joie à les donner." (Giono ) "Délaisse les grandes routes, prends les sentiers !" (Pythagore)