Petit catalogue des pavements vénitiens. Le pavement (1141) de la basilique de Murano.II. La nef dite "de l'Église", côté nord.
- Petit catalogue des pavements vénitiens I. Le pavement (1141) de la nef centrale de la basilique Santi Maria e Donato de Murano.
- Petit catalogue des pavements vénitiens. Le pavement (1141) de la basilique Santi Maria e Donato de Murano.II. La nef dite "du baptême", côté sud.
PRÉSENTATION.
Voir les Présentations des deux articles précédents.
LE PAVEMENT DE LA NEF NORD
Comme la nef centrale et la nef sud, cette nef nord, dont le pavement forme la "voie ecclésiale" associe des éléments géométriques en opus sectile et opus alexandrinum, avec un bestiaire ou des éléments végétaux en opus tesselatum.
Elle est malheureusement difficile à déchiffrer en raison de restaurations et de modifications, mais elle doit sa désignation au fait qu'elle pourrait représenter "le chemin, malgré de nombreuses difficultés, par lequel les premiers chrétiens sont parvenus à la construction de l'Église." V. Venturi).
Les bancs et le mobilier ne permettent ni de photographier toutes ces compositions du pavement, ni de donner une vue d'ensemble.
Le remarquable cartel explicatif exposé dans la basilique fournit le schéma de cette vue générale, et distingue quatre motifs principaux disposés dans l'axe de cette nef, auxquels s'ajoute une composition latérale (l'aigle).
Je distinguerai pour ma part (avec le n° de mon "petit catalogue"):
-un premier carré (partiellement endommagé, puis restauré) en opus sectile à quatre cercles tangents autour d'un carré central. On trouve ce motif aux quatre cercles tangents également dans la nef centrale, et dans la nef sud. Dans les 4 écoinçons, on trouve un arbre, seul ou avec deux oiseaux se nourrissant de ses fruit. PV-Murano-022
-latéralement, un aigle tenant un agneau dans ses serres (2ème entrecolonnement) PV-Murano-023
-au centre, d'autres carrés à plaques rectangulaires, photographiés
-latéralement, un ensemble de onze arcades (3ème entrecolonnement) PV-Murano-024
-au centre à la hauteur de la 4ème et 5ème colonnes, un rectangle divisé en six segments ornés d'oiseaux entourant des candélabres PV-Murano-025
-au centre, deux plaques rectangulaires à peltes ou vagues, en symétrie avec la nef sud (après la 5ème colonne) PV-Murano-026.
Puis dans la zone venant après les piliers (7ème travée):
- deux nœuds de Salomon PV-Murano-027
-deux grillons accouplés PV-Murano-028
-deux échassiers "amoureux" PV-Murano-029
-un triangle de fleurs à quatre pétales PV-Murano-030
-un nœud de Salomon à fleurons PV-Murano-031
-un "labyrinthe" PV-Murano-032
-divers motifs PV-Murano-033
-Enfin le carré du presbytère à une grande roue centrale et quatre roues tangentes, en opus alexandrinum.
PV-Murano-022: grand carré à quatre cercles et arbres avec des oiseaux dans les écoinsons. Pavement du premier entrecolonnement de la nef nord de la basilique Santi Maria e Donato.
Il n'y a pas, parmi les photographies disponibles en ligne, de vue d'ensemble de ce carré, qui est en partie occupé par des bancs : chaque photographe exploite le ou les parties non recouvertes lors de son passage. Toute sa moitié ouest était absente (si on en juge d'après les relevés) et a été restaurée.
On peut le décrire, après restauration, comme étant composé de quatre cercles (1,40 m de diamètre) enlacés deux par deux à leur point de tangence par une boucle de pavés de marbre, ou réunis deux par deux par un petit disque (0,12 m) entre deux plaquettes de marbre . Ces quatre roues délimitent au centre une étoile à quatre branches centrée par un carré. Ces roues sont chacunes segmentées par des rayons de marbre blanc ou gris, et centrées par un disque de pierre entouré d'un cercle en damier d'opus tesselatum.
Symbolique
Ces roues ou "rotes" inscrites dans un carré sont constantes dans les pavements de Murano, de la basilique Saint-Marc et de celle de Torcello, et ces associations de formes géométriques fondamentales exprimées dans des compositions raffinées visent toujours à contenir de profondes significations théologiques. Ici, au début et à la fin (presbytère) de la "voie de l'église", elles véhiculaient "une signification parfaitement cohérente et participait d'une vision symbolique précise, car les édifices sacrés étaient la projection terrestre de l'ordre cosmique." (V. Venturi)
Ainsi, même dans ce précieux sectile, il est possible de retracer un chemin sacré précis, profondément lié à la philosophie néoplatonicienne, telle qu'elle fut assimilée par la culture byzantine, et dans lequel des vérités théologiques étaient dissimulées derrière des formes abstraites, de sorte que le fait de fouler le sol ne devienne pas un acte sacrilège.
Le carré, lié au chiffre quatre, renvoie symboliquement à tout ce qui est terrestre. À l'intérieur, les quatre rotes symbolisent tout ce qui est divin et éternel : le fait qu'elles soient situées à l'intérieur de carrés symbolise donc l'union entre les mondes terrestre et spirituel. "C'est-à-dire qu'elles renvoient à Celui qui a rendu possible la communication entre Dieu et l'homme, à savoir Jésus-Christ. Nous savons, en effet, que la décoration en mosaïque originale de la partie supérieure de la basilique comportait une scène représentant l'Annonciation de la Vierge dans l'arc de l'abside et une autre de l'Ascension dans le tympan, c'est-à-dire des épisodes des Évangiles qui relatent l'histoire du salut de l'humanité par l'incarnation du Messie. Tout ceci conforte la théorie d'une parfaite correspondance entre ce que raconte la géométrie du séctile et ce qui était représenté dans les parties supérieures." (V. Venturi)
L'étoile dessinée par les quatre cercles a été photographiée par Sailko : on peut admirer le carré central avec sa pierre en brèche jaune, et les beaux spécimens de pierres formant les quatre triangles.
Les cercles sont remplis de compositions en opus sectile de pierres de couleurs et de natures différentes, formant soit des fleurs à quatre pétales, soit des lignes courbes entrecroisées de losanges, avec parfois un disque de marbre. Les rayons crucifères peuvent évoquer le nimbe du Christ.
Les espaces libres, ou "écoinçons" sont occupés par des ensembles en opus tesselatum dessinant, par un contour de pierres noires sur fond de tesselles blanches, soit des "arbres" simples à feuilles trilobées, soit des arbres semblables mais entourés de deux oiseaux picorant les feuilles. Les oiseaux sont en damier noir et blanc, les feuilles en pierres rouges ou orangées. La symbolique est celle de l'arbre de vie, la profusion spirituelle offerte aux êtres.
Enfin, dans l'encadrement, on découvre de magnifiques compositions de pierre : marbres veinés, rubannés, nuagés, ou homogènes de couleurs diverses, rouge de Vérone, etc...
PV-Murano-023: un aigle aux ailes déployées tenant un agneau dans ses serres. Pavement du deuxième entrecolonnement de la nef nord de la basilique Santi Maria e Donato.
Dans la zone de séparation entre les nefs centrale et nord, entre les deux colonnes, se trouve un panneau à fond clair représentant un aigle aux ailes déployées, saisissant un agneau dans ses serres. L'agneau lève la tête vers le rapace. Comme l'indique le cartel, l'aigle est une représentation du Christ (comme dans la nef sud) qui sauve l'âme humaine "faible et troublée". Pour I. Costantini, l'aigle représente "la vie éternelle".
Voir la symbolique de l'aigle dans l'article II sur la nef sud : dans une relation symétrique, un aigle tient un oiseau dans ses serres.
Pour P. Salvador : "Selon Rinaldi, cette scène représente l'âme pure égarée, tandis que Niéro l'interprète comme la vertu de force qui triomphe de la faiblesse de l'agneau. On retrouve le même sujet sur certaines patères incrustées dans les façades des palais vénitiens des XIIe et XIIIe siècles, ainsi que sur le cadre d'un puits du Musée civique de Venise."
/image%2F1401956%2F20260731%2Fob_323083_20260621-154848ccss.jpg)
Les animaux sont rendus principalement avec des tesselles rouges et des motifs en damier noir et blanc ou rouge et noir. Plus précisément, la ligne de contour est en tesselle noires, la tête de l'aigle est rouge avec un œil vert sombre, le corps est orange avec des piquetés noirs, les cuisses sont rouges, les ailes d'un orange clair.
La tête de l'agneau est rouge, avec là encore un œil vert sombre, ses oreilles orange, son corps en damier noir et blanc, avec un ventre blanc.
PV-Murano-024 : série d'arcades . Pavement du quatrième entrecolonnement de la nef nord de la basilique Santi Maria e Donato.
Dans la quatrième intercolonnement nord, un rectangle de 106 x 60 cm représente deux rangées de colonnades en opus tessellatum. Il occupe une section rectangulaire du sol, bordée de dalles de marbre clair. Les deux rangs de dix arcs en plein cintre entourant deux arcs plus hauts trilobés, en pierres blanches sur fond noir sont disposés en miroir. La séquence centrale est quant à elle composée de carrés et de losanges, tous marqués d'un point sombre, et caractéristique du style byzantin.
Iconographie
Il s'agit d’arcs d’origine classique et transmise au répertoire de l’Antiquité tardive et du Moyen Âge.
a) Ce motif se trouve également à Murano dans la nef centrale, au niveau de la cinquième colonne, mais les deux rangées de colonnades sont noires sur fond blanc, et tronquées à la base des colonnes. Les arcs sont ronds et élancés par rapport au fût et aux chapiteaux, et entre ces deux bandes se trouve un ancien motif de tresse rouge, bordé de deux rangées de tesselles noires.
b) Il se trouve également à la basilique Saint-Marc de Venise, dans le pavement du transept sud, (partie située devant la chapelle du Saint-Sacrement),
c) On le trouve enfin dans le pavement de l'église San Lorenzo di Castello de Venise. Un fragment de dallage particulièrement important, appartenant à la nef centrale, représente deux rangées de colonnades encadrant une épigraphe au centre . Avec un effet bicolore marqué, on remarque les arcs en plein cintre caractérisés par de petits apex, tandis que le texte se lit : [P]VLCHRV(m) CERN[IS] OPVS QVOD / [R]EFECIT NOBILE OP[VS?]
Il convient donc de la considérer comme faisant partie d’une épigraphe commémorant l’achèvement des travaux de l’église San Lorenzo dans la seconde moitié du XIIe siècle, notamment le dallage de la nef centrale, semblable à l’inscription de la cathédrale de Murano .
Interprétation (V. Venturi).
"L'hypothèse la plus récente est que la succession d'arcs en plein cintre représente l'intérieur de l'ancienne Santa Maria di Murano, antérieur à la reconstruction du XIIe siècle, comme en témoignent le choix du type d'arc et le motif central en forme d'écheveau, typique de la tradition de l'Antiquité tardive.( Dorigo, 1983, p.684-685 ; Rinaldi, 1994, p.17-20.) La mosaïque à arcs brisés et la séquence de carrés et de losanges de style byzantin, en revanche, pourraient représenter la construction de la nouvelle basilique. Ainsi, puisque des colonnades très similaires ont été mises au jour lors des fouilles de l'église San Lorenzo, et que la chronologie et le style de ces fragments rapprochent les deux édifices religieux, on peut supposer qu'outre le contexte artistique commun indéniable des deux églises, elles ont peut-être aussi fait appel aux mêmes artisans. Enfin, il est essentiel de noter qu'une composition similaire est présente dans le transept sud de San Marco( Barral i Altet, 1985, p. 70 ; Dorigo, 1983, p.685.). Ce panneau est extrêmement bien restauré, mais cela n'empêche pas de remarquer les deux rangées de larges arcades rondes, blanches sur fond noir, dont la partie centrale présente un motif comprenant également deux tresses : l'influence de cette composition sur les églises lagunaires en question semble donc indéniable."
Restauration.
I. Costantini décrit, sous la désignation de "mosaïque B11", la restauration de ce panneau assez altéré par l'équipe dirigée par le maître mosaïste Giovanni Cucco.
Détachée de son support, elle a été réinstallée en intégrant les tesselles manquantes avec celles récupérées,
si disponibles, ou avec de nouvelles après nettoyage des interstices entre les tesselles existantes, perçage des trous correspondants d'au moins 6 cm de profondeur, et application d'un nouveau mortier de pose composé de chaux aérienne séchée et de poussière de terre cuite à granulométrie décroissante, compacté, sur lequel a finalement été appliqué le mortier de pose de la section B11.
PV-Murano-025 : Oiseaux affrontés autour d'un candélabre ou un végétal . Pavement du cinquième entrecolonnement au centre de la nef nord de la basilique Santi Maria e Donato.
/image%2F1401956%2F20260806%2Fob_e62eee_20260621-154520czca.jpg)
Entre deux plaques de marbre gris, un panneau mixte d'opus sectile et tesselatum est divisé par une barre et deux diagonales faits de rectangles de Proconnèse en six secteurs. Quatre sont remplis de losanges de pierres grises ou jaunes dans un damier noir et blanc, tandis que s'opposent par la pointe deux triangles d'opus tesselatum. On y voit, une fois de plus, deux oiseaux (au bec de perruche et à la longue queue) affrontés de part et d'autre d'un arbre, ou d'un candélabre qui culmine par une fontaine.
La symbolique ... coule de source.
PV-Murano-026 : deux panneaux rectangulaires à peltes ou vagues, centrés par un losange. Pavement après la cinquième colonne au centre de la nef nord de la basilique Santi Maria e Donato.
/image%2F1401956%2F20260731%2Fob_451329_20260621-154520czc.jpg)
Séparés par une pierre de marbre gris, deux panneaux rectangulaires à peltes ou vagues, répondent en symétrie avec le même motif déjà étudié dans la nef sud (après la 5ème colonne). Mais ceux-ci, aux couleurs plus pâles et aux peltes rouge-orangé cernés de noirs, sont centrés par un losange. Dans ces derniers, les rectangles de marbre séparés par un damier de tesselles noires et blanches entourent un cercle orné d'une fleur à quatre pétales.
Pietro Salvador, indique (je traduis) : "Selon Rinaldi, cette composition indiquerait que la base de l'Église terrestre (le carré en sectile) repose sur l'eau baptismale (la pelte) et s'élève vers le Paradis, représenté par le cercle et la fleur, symbole de l'Église triomphante. Selon Niero, cependant, la scène représenterait l'Église au milieu des flots. La répétition du motif à deux reprises indiquerait, selon Rinaldi, le passage de l'Ancien au Nouveau Testament ; le chercheur ajoute qu'une telle duplication, avec la même signification, se retrouverait également dans la nef sud, mais cela semble incertain puisque cette nef comporte trois panneaux et non deux. Tout au long du parcours, même dans cette nef, certains dangers ne pouvaient manquer, représentés par les tesselles, notamment les escargots associés aux nœuds de Salomon, qui, comme nous allons l'examiner plus en détail, symbolisent le danger moral et la paresse. Mais les risques de la vie humaine sont également bien représentés par le labyrinthe, que nous rencontrons un peu plus loin."
Je ne m'attarde pas d'avantage ni sur l'iconographie, ni sur la symbolique de ce motif , étudiés dans l'article II, sauf pour signaler que selon I. Costantini, rapportant l'interprétation du maître mosaïste Giovanni Cucco, "il s'agit en réalité de lampes, décrites dans l'Évangile selon Matthieu, chapitre 25. En les observant, on remarque que les lampes pointant vers le haut sont celles remplies d'huile par les épouses sages, tandis que celles pointant vers le bas sont celles, vides, des épouses qui n'étaient pas prêtes." Je ne parviens pas à être convaincu par cette hypothèse, bien qu'elle figure sur le cartel.
Giovanni Cucco a restauré ce panneau mesurant 193 x 120 cm, en juillet 2013. I. Costantini décrit de façon détaillée ce travail dans sa thèse.
La pierre funéraire de marbre porte l'inscription D.O.M ANTONIO PIZZOCARO HUIUS ECCLESIAE T. PRESB. MORUM PROBITATE EXIMIO V DECEMB MDCCXXXIX AET LXXVIII DENUTO. P.A.B . PR.ER. H.T.P.C (Zanetti p.228).
Voir sur la famille Pizzocaro le site insolainvisibile-it
PV-Murano-027. Deux nœuds de Salomon avec des escargots et des spirales. Pavement de la septième travée de la nef nord de la basilique Santi Maria e Donato.
Le nœud de Salomon (ou nodus Salomonis, ou nœud gordien) est un motif décoratif géométrique et symbolique antique, largement utilisé dans les pavements durant les périodes romaine, et dans les basiliques paléochrétiennes et romanes notamment en Vénétie à la basilique Saint-Marc. Il s'agit de l'entrelacement de deux anneaux fermés, elliptiques ou circulaires, qui se croisent pour former quatre lobes et un centre fermé.
Description
Ils sont réalisés en tesselles noires sur fond blanc.
Le premier est un simple entrelacs croisé, dans un triangle. Deux fleurons aux 4 pétales centrés par un point s'y ajoute dans les côtés. Le second s'inscrit dans un losange et est entouré d'un carré. Il est accompagné sur les côtés de deux double cercles noirs et de deux beaux escargots à petites cornes et coquilles en pierres orange et aux contours noirs.
Symbolique
Les nœuds de Salomon sont associés depuis l'Antiquité aux notions d’éternité, d’union indissoluble du monde humain et du monde divin et de protection apotropaïque contre les forces du mal.
"La signification des escargots est multiple. Ils symbolisent d'abord la résurrection, puisqu'au printemps ils brisent l'opercule de leur coquille, mais, par ce même acte, ils font également référence à la virginité (Heinz-Mohr 1981). L'interprétation de Rinaldi et de Niero est très différente, voire opposée : ils les identifient à un symbole du péché capital de paresse, en net contraste avec les vertus représentées dans le complexe de mosaïques." (Pietro Salvador)
PV-Murano-028. Deux grillons accouplés et un motif végétal. Pavement de la septième travée de la nef nord de la basilique Santi Maria e Donato.
"Enfin, comme derniers éléments zoomorphes de la nef dans le transept nord, une composition représente un couple d'oiseaux aux longues pattes et un couple de grillons en train de s'accoupler, ainsi qu'un élément phytomorphe." V.Venturi
PV-Murano-028 et Murano-029, pavement de la nef nord de la basilique de Murano. Cliché lavieb-aile 2026.
L'interprétation des deux insectes est ardue, et les auteurs ne l'ont pas définitivement résolue. Ainsi, X. Barral i Altet y voit "deux fourmis qui s'accouplent dans une représentation qui peu paraître inhabituelle à l’intérieure de l’église."
La plupart des spécialistes (des pavements, mais non de l'entomologie) acceptent d'y voir, avec G. Trovabene 2019, "deux grillons". La présence de deux antennes incite en effet à y reconnaître des Orthoptères, accouplés. Leur longueur permet-elle de privilégier la possibilité d'y voir des Sauterelles ou Ensifères (longues antennes) plutôt que des Caelifères ( Criquets) ? Et, parmi les Ensifères, faut-il faire le choix des Grillons, à cause de la rondeur de la tête ? Oui, sans doute, ou plutôt, avec des réserves. Les lignes noires de l'arrière sont-elles leurs pattes ?
La symbolique biblique des Sauterelles est vaste : ces insectes sont associés à l'idée de fléau, et donc du Mal. Mais le Grillon évoque le foyer domestique. Traditionnellement, il est caractérisé par son amour de la chaleur, par son chant, et par sa sagesse (comme dans Pinocchio).
P. Salvador décrit "deux grillons en train de s'accoupler, contemplant une fleur". Il écrit (je traduis):
" La signification des grillons dans le symbolisme chrétien reste encore en partie obscure. Niero, reconnaissant leur caractère exceptionnel, propose cette interprétation intéressante : « Sur les sols des églises médiévales, les grillons sont assez rares. Fréquemment, dans le christianisme occidental, ils symbolisaient le foyer domestique, où ils se cachaient pour chanter faiblement aux premières brises d’automne. Je ne crois pas qu’ici, à Murano, ils correspondent au symbole de la civilisation chinoise, au courage et à la saison estivale. Peut-être la première interprétation est-elle préférable, pour rappeler aux chrétiens de Murano leur amour pour leur famille, caractéristique de leurs civilisations anciennes. " (NIERO s.d., p. 66)
Le choix iconographique de représenter cet animal singulier a peut-être été dicté par le fait que le grillon peut être un symbole de louange à la vie. En effet, il est populairement connu pour son chant continu et pourrait donc exprimer un hymne à la vie. Cette hypothèse est étayée par la fleur que les grillons regardent, elle aussi symbole de vie. De plus, le grillon pourrait symboliser l’Église et la transmission de la foi, car il est fidèle à sa partenaire et très fertile. »
Barral I Altet (1985, p. 41) et Rinaldi (1994 p.16) identifient tous deux les deux animaux comme des fourmis plutôt que des grillons, une comparaison que je trouve personnellement peu réaliste et insoutenable. Cependant, Barral I Altet, affirmant leur caractère absolument unique parmi les mosaïques connues, les associe thématiquement à la représentation stylisée d'un phallus trouvée sur le sol de la basilique Saint-Jean-l'Évangéliste de Ravenne, ajoutant que le thème de la fertilité était souvent repris au Moyen Âge, souvent sur un ton humoristique . Rinaldi soutient quant à elle qu'ils représentent la riproduttività del cristiano solerte, "la nature reproductive du chrétien fervent" (RINALDI 1994, p. 16.)
On lira l'article, très richement illustré, de Mara Calloni 1983 sur "Le grillon dans les textes médiévaux : le cas d’une fluctuation littéraire et iconographique". Elle souligne que "la représentation iconographique et textuelle du grillon révèle des ambiguïtés qui témoignent d’une difficulté dans le processus de définition et de classification de cet insecte.... la plupart des auteurs ne faisant pas de distinction entre grillon, cigale et criquet dans les langues vernaculaires " On remarquera aussi la mention du grillon Frobert dans le Roman de Renart, en raison de l'influence de ce roman sur la mosaïque de la nef sud des "funérailles de Renard". En effet, dans un premier temps, Frobert déjoue par sa vigilance et sa sagesse les ruses de Renart, un modèle pour le chrétien face au Malin. Le renard est finalement contraint de fuir par l’arrivée providentielle d’une meute de chiens.
https://journals.openedition.org/rursuspicae/2911
Ces éléments incitent à adopter l'hypothèse de G. Trovabene.
Détail : la belle pierre bleue de l'œil d'un des grillons.
PV-Murano-029. Deux échassiers "amoureux" nouant leur cou . Pavement de la septième travée de la nef nord de la basilique Santi Maria e Donato.
Pietro Salvador voit avec raison dans ces deux "oiseaux à longues pattes" (V. Venturi) des échassiers et les décrit comme des hérons ou grues se croisant la tête. En effet, les cous des échassiers se croisent et même se nouent (comme le font les rubans des rotes du pavement), un peu (mais seulement un peu) comme le feraient les oiseaux à longs cous lors de leurs parades nuptiales. Les têtes ont été altérées mais on devine que les deux têtes se faisaient face, rapprochant leurs becs.
Mais il faut décrire aussi l'arbre ou le végétal central, sur la base duquel ils appuient leur patte et dont ils devaient picorer la sommité florale : ainsi, on retrouve le thème des oiseaux (des âmes) se nourrissant de l'arbre de vie qui leur procure la vie éternelle : en effet le christianisme a très tôt assimilé la Croix du Christ avec l'Arbre de vie, car, comme lui, elle redonne la vie, cette fois éternelle, à l'humanité déchue, blessée par le péché originel vécu par Adam et Ève.
Les cous et les têtes sont faits de pierres rouges et noires, le nœud tourne autour d'une pierre blanche, le dos des échassiers est en damier noir et blanc, les ailes sont jaunes ou rouges.
Symbolique
" Le héron n'est pas un animal nomade mais plutôt sédentaire. En effet, lorsqu'il trouve un lieu approprié, son habitat idéal, il y demeure, construisant son nid d'amour. De cette manière, le héron se rattache aux grillons et donc à l'Église. De plus, le héron est un animal répandu dans la lagune de Venise et acquiert ainsi une signification territoriale encore plus marquée.
Selon Rinaldi, il s'agit cependant de deux grues, symbolisant la vigilance." (P. Salvador, je traduis)
PV-Murano-030. Triangle orné de fleurs. Pavement de la septième travée de la nef nord de la basilique Santi Maria e Donato.
Dans ce triangle délimité par des rectangles de marbre blanc ou gris, une composition en tesselles noires et blanches dessine le contour de fleurs dont les quatre pétales sont faits de marbres ou de porphyres colorés.
PV-Murano-031. Noeud de Salomon à fleuron. Pavement de la septième travée de la nef nord de la basilique Santi Maria e Donato.
PV-Murano-032. Un "labyrinthe". Pavement de la septième travée de la nef nord de la basilique Santi Maria e Donato.
"Situé dans le sol du transept, juste après le pilier de la chaire, se trouve ce panneau représentant un labyrinthe en techniques mixtes, dont les espaces sont recouverts de carrés sécables. Conformément à la tradition iconographique chrétienne médiévale répandue, le labyrinthe représente les périls de la vie humaine, dont le but réside cependant dans la récompense de la Jérusalem céleste. Il n'y a, en effet, qu'une seule sortie et un seul chemin pour y parvenir. " (P. Salvador, je traduis)
Mais ce "labyrinthe" est plutôt un chemin tortueux, mais régulier, en tesselles blanches, noir et rouges contournant 13 rectangles de marbre blanc veiné de Proconnèse, de marbre jaune ou Giallo antico, de brèche rouge-orangée ou marbre de Vérone, de marbre noir veiné, tous ces noms étant cités sous réserve bien entendu.
Barral i Altet écrit à son propos :
"Un petit labyrinthe très schématisé est situé dans le bras nord du transept, tout prés de la pile occidentale du pavement en mosaïque de Saint-Donat à Murano. Ses petites dimensions et son caractère très schématisé en font presque un motif décoratif, comme un reflet des grands dédales. Pour cela, il peut être comparé aux petits labyrinthes peints ou sculptés dans les églises, et dont nous avons un bel exemple dans le porche de la cathédrale de Lucques sur la face latérale du pilier adossé au campanile avec l’inscription : "Ceci est le labyrinthe construit par Dédale le crétois duquel personne qui y soit entre n’a pu en sortir, sauf Thésée aidé par le fil d’Ariane."; d’autres exemples se trouvent à Saint-Laurent de Milan, Mirepoix, dans l’église de Genainville, prés de Paris, gravé dans une dalle de 0,75m, qui était insérée dans le pavement, à Murbach en Alsace et dans bien d’autres endroits. Ces petits labyrinthes isolés, comme ceux que l’on trouve dans les manuscrits également, ont donné lieu à une vaste littérature et à beaucoup d’interprétations hasardeuses depuis leur aspect ludique, jusqu’à la quête de vérité de l’âme et les difficultés de l’homme dans sa recherche du Salut, et même le pèlerinage à Jérusalem."
PV-Murano-033. Divers motifs. Pavement de la septième travée de la nef nord de la basilique Santi Maria e Donato.
1. Triangle en opus sectile alternant des pierres triangulaires noires et blanches et des marbres de couleur.
2. Triangle en opus mixte, avec fond en opus tesselatum blanc et sectile de grands carrés de marbre.
La chapelle de l'extrémité orientale de la nef ou presbytère (partie réservée au clergé).
On retrouve ici un dernier carré sectile, qui renferme lui aussi cinq roues, la roue centrale étant ici nettement plus grande que les autres. Cette roue centrale est entrelacée d'un ruban continu.
/image%2F1401956%2F20260806%2Fob_2c19d9_20260621-154823cwwc.jpg)
Symbolique
Le cartel indique : "le carré du presbytère représente l'Ascension du Christ (la grande roue centrale) soutenu par quatre archanges (les petites roues) reprenant ainsi le motif de la nef centrale.
CONCLUSION.
Dans cette nef nord, comme dans les deux autres, une symbolique sacrée a déterminé le choix des motifs géométriques en opus sectile et des motifs végétaux et animaliers. Suivre la "voie de l'Église" de ce pavement nord permettait une méditation spirituelle où la symbolique christique était centrale et qui s'achevait par l'Ascension. Elle était en résonance avec les mosaïques pariétales.
Mais une autre quête, certes plus prosaïque mais tout aussi exigeante, est possible aujourd'hui, c'est celle qui consiste à s'émerveiller sur la maîtrise technique et la puissance esthétique de ces pavements, quête qui peut être encore plus excitante si on s'attarde à admirer la diversité des marbres et des pierres utilisées. Ce pavement emploie, selon toute vraisemblance, les mêmes grandes familles lithologiques que celles rencontrées à Saint-Marc et inventoriées par L. Lazzarini : Proconnèse, Cipollino, Verde antico, Rosso antico, porphyres, calcaires noirs et marbres blancs de remploi ou spolia antiques. » Les marbres proviennent des démolitions byzantines, des cargaisons arrivées dans la lagune et des mêmes réseaux commerciaux que pour Saint-Marc. Barrali Altet précisait en 2010 que les restaurations du pavement de l’église de Saint-Donat à Murano ont montré que les grandes dalles de marbre utilisées concurremment avec l’opus tessellatum sont des fragments remployés de sarcophages ou de chancels de l’Antiquité tardive."
Enfin, on saluera le travail des restaurateurs (Giovanni Cucco et son élève Magda Busetto avec le financement de Savevenice) qui ont œuvré de 2012 à 2019, après le choix jugé malheureux de "découpes" en 1973.
En novembre et décembre 2019, une série de marées exceptionnellement hautes a causé d'importants dégâts, et a nécessité de nouveaux travaux d'entretiens du pavement de Murano.
SOURCES ET LIENS.
Seules ont été consultées les publications accessibles en ligne.
—BARRAL I ALTET (Xavier), 1985 Les mosaïques de pavement médiévales de Venise, Murano, Torcello, Bibliothèque des Cahiers Archéologiques 14, Paris. Compte-rendu :
https://www.persee.fr/doc/antiq_0770-2817_1988_num_57_1_2252_t1_0631_0000_1
https://www.persee.fr/doc/rnord_0035-2624_1986_num_68_268_4198_t1_0183_0000_2
—BARRAL I ALTET (Xavier) 2010, Le Décor du pavement au Moyen Âge : les mosaïques de France et d’Italie, Rome, École française de Rome, 2010 pp. 1-433.
http://www.persee.fr/doc/efr_0223-5099_2010_mon_429_1
Planches hors-texte : https://www.persee.fr/doc/efr_0223-5099_2010_mon_429_1_9912
—BARRAL I ALTET (Xavier), 1997, La mosaïque de pavement romane et les tapis de sol p. 409-422
https://books.openedition.org/psorbonne/27689?lang=fr
—BARRAL I ALTET X., 1997 Genesi, evoluzione e diffusione dei pavimenti romanici nei pavimenti di Venezia, in "Storia dell'arte marciana: i mosaici" (a cura di R. Polacco), Venezia, 46-55.
— BERTAMONI (Eliana), GHIDOTTI (Piermassimo) Il mosaico pavimentale nel medioevo: committenza, cantiere, tecnica
https://www.archeomedia.net/wp-content/uploads/2020/02/Il-mosaico-pavimentale-nel-medioevo-committenza-cantiere-tecnica.pdf
—COSTANTINI (Isabel), 2017, Les mosaïques de la basilique Sainte-Marie-et-Saint-Don à Murano : histoire de la restauration et enjeux de conservation. Thèse, Venise
https://unitesi.unive.it/retrieve/500267a8-be4c-49e2-b32e-470303e2358c/847623-1190091.pdf
— LAZZARINI (Lorenzo) 2012, I marmi e le pietre del pavimento marciano in "Il manto di pietra della basilica di San Marco a Venezia. Storia, restauri, geometrie del pavimento" (a cura di E.Vio), Venezia, pp. 51-107. ISBN 978-88-89632-37-6.
https://www.academia.edu/6979376/I_marmi_e_le_pietre_del_pavimento_marciano_Lorenzo_Lazzarini
— LAZZARINI (Lorenzo) Ancient marbles and stones in Venice
https://www.istitutoveneto.it/wp-content/uploads/2026/02/ancient-marbles-and-stones-in-venice-architecture-sculpture-reuse-from-antiquity-to-the-baroque-revised-edition.pdf
— LAZZARINI (Lorenzo) Il reimpiego del marmo proconnesio a Venezia
https://www.academia.edu/28523487/06_Lazzarini_Reimpiego_Proconnesio_a_VE_pdf
— LAZZARINI (Lorenzo), Ancient Mediterranean polychromes stones
https://pdfs.semanticscholar.org/08ec/79d18aa6866906dcdf33e6dd724d42639caa.pdf
—MOSCHINI ( Giannantonio), 1808, Guida per l'isola di Murano descritta da Giannantonio Moschini
https://www.google.fr/books/edition/Guida_per_l_isola_di_Murano_descritta_da/DVSC2RWdfKgC?hl=fr&gbpv=1&dq=%22Thomas+sanavia%22murano&pg=PA109&printsec=frontcover
—NIERO A., 1975-1976., Osservazioni epigrafiche e iconografiche su mosaici e considerazioni sull’intitolazione Sancta Maria della Cattedrale Torcellana, in “Studi Veneziani”, voll. XVIIXVIII, 1975-1976.
—NIERO A., s.d, Basilica dei Santi Maria e Donato in Murano. Storia e arte, Padova s.d.
—PAIER (Raffaele G. ) 1995, Le mystère des Rotes sacrées sur le sol de la basilique Saint-Marc, Études vénitiennes
https://www.academia.edu/38205656/Il_mistero_delle_sacre_rotae_del_pavimento_della_basilica_di_San_Marco
—RAHTGENS (Hugo), 1903, S. Donato zu Murano. Berlín : Verlag.
— RINALDI (Maria Simonetta), 1994., Il pavimentum sectile e tessellatum della Basilica dei Santi Maria e Donato di Murano, in “Venezia Arti”, VIII, 1994, pp. 13-20.
—SALVADOR (Pietro) 2018, La basilica dei SS. Maria e Donato di Murano: nuove letture e considerazioni , thèse
https://unitesi.unive.it/bitstream/20.500.14247/74/1/836121-1213014.pdf
—SAVE VENICE
https://savevenice.org/our-restorations/murano-church-of-santa-maria-e-san-donato-mosaic-pavement/
—SYRE (Jean-Claude) , 2016, Guide en images des églises de Venis Santi Maria e Donato, le pavement.
https://www.venise-balades-visites-culture.com/home/guides-en-photos-des-eglises/santi-maria-e-donato-le-pavement
— TROVABENE G. 2009, Knots of lines, like weaves of threads. A corpus of early medieval mosaics, in Veneto, in “XIth International AIEMA Mosaic Symposium (16-20 october 2009, Bursa / Türkiye)”, 2011, pp. 897-919.
— TROVABENE (Giordana), 2017- I grilli tra filosofia e tradizione: un inserto musivo nel pavimento medievale della chiesa dei Santi Maria e Donato a Murano, in Bestiarium: immagini, testi e contesti. La rappresentazione del mondo animale dal Medioevo all'Età moderna (Atti del Convegno internazionale, a cura di S. Riccioni, Venezia 2017), in corso di stampa.
— TROVABENE G., 2018- Il pavimento musivo della basilica di Santa Maria Assunta di Torcello (Venezia): fasi costruttive, lettura iconografica, nuove considerazioni, in XV Colloquio Aiema, Nicosia 2018, in corso di stampa.
— VENTURI (Valentina), 2019, Opus sectile pavimentale e itinerari simbolici negli edifici sacri tra XI e XII secolo. Le chiese di Venezia, l'abbazia di Montecassino ei maestri Cosmati. thèse.
file:///F:/VENISE%20San%20Marco/PIERRES%20MARBRES%20VENISE%20ET%20AUTRES%20Documents/Opus%20sectile%20pavimentale%20e%20itinerari%20simbolici%20negli%20edifici%20sacri%20tra%20XI%20e%20XII%20secolo.%20Le%20chiese%20di%20Venezia,%20l'abbazia%20di%20Montecassino%20ei%20maestri%20Cosmati.%20989193-1218175.pdf
—Liste de marbres antiques, notice Wikipedia :
https://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_de_marbres_antiques
https://en.wikipedia.org/wiki/List_of_types_of_marble
— Wikipédia :
https://it.wikipedia.org/wiki/Duomo_di_Murano
—banque iconographique
https://www.wga.hu/frames-e.html?/html/zgothic/mosaics/8/21muran1.html
https://commons.wikimedia.org/wiki/Category:Pavement_of_Santa_Maria_and_San_Donato_(Murano)
https://commons.wikimedia.org/wiki/Category:Floor_mosaics_in_Italy?uselang=fr
Article basé sur les cartels de la basilique.
/image%2F1401956%2F20260805%2Fob_8ac3d0_20260621-160122cc.jpg)
/image%2F1401956%2F20260805%2Fob_68c043_20260621-160110cc.jpg)
/image%2F1401956%2F20260731%2Fob_5be578_20260621-154437cc.jpg)
/image%2F1401956%2F20260806%2Fob_de43f4_20260621-160057caac.jpg)
/image%2F1401956%2F20260806%2Fob_7d8132_20260621-160057cqqc.jpg)
/image%2F1401956%2F20260731%2Fob_6cad0f_20260621-160040cc.jpg)
/image%2F1401956%2F20260731%2Fob_d2cc17_20260621-154410cc.jpg)
/image%2F1401956%2F20260731%2Fob_5f843c_20260621-160026ccz.jpg)
/image%2F1401956%2F20260806%2Fob_17daa2_20260621-160026ccqs.jpg)
/image%2F1401956%2F20260806%2Fob_5735ef_20260621-160011.jpg)
/image%2F1401956%2F20260806%2Fob_6e83a9_20260621-160011cc.jpg)
/image%2F1401956%2F20260806%2Fob_99aabb_20260621-154359qq.jpg)
/image%2F1401956%2F20260731%2Fob_2ba3eb_20260621-160016ccpg.jpg)
/image%2F1401956%2F20260726%2Fob_fe3794_20260621-161126cc.jpg)
/image%2F1401956%2F20260726%2Fob_165739_20260621-161144cc.jpg)
/image%2F1401956%2F20260731%2Fob_c6e239_20260621-153943cc.jpg)
/image%2F1401956%2F20260731%2Fob_31cd48_20260621-153943ccqq.jpg)
/image%2F1401956%2F20260731%2Fob_4dc94c_20260621-154231ccz.jpg)
/image%2F1401956%2F20260731%2Fob_54a406_20260621-153954cc.jpg)
/image%2F1401956%2F20260731%2Fob_5aae12_20260621-154319cc.jpg)
/image%2F1401956%2F20260806%2Fob_279a96_20260621-154319cac.jpg)
/image%2F1401956%2F20260731%2Fob_1f70d3_20260621-161136cc.jpg)
/image%2F1401956%2F20260731%2Fob_1bc36f_20260621-153943ccaa.jpg)
/image%2F1401956%2F20260731%2Fob_11f979_20260621-154155cc.jpg)
/image%2F1401956%2F20260731%2Fob_cf03d8_20260621-154327cc.jpg)
/image%2F1401956%2F20260731%2Fob_3ba5c7_20260621-154006cc.jpg)