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4 décembre 2018 2 04 /12 /décembre /2018 10:01

Zoonymie des Odonates : les noms de Gomphus vulgatissimus (Linnaeus, 1758), le Gomphe vulgaire.

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Zoonymie ? L'étude des noms des animaux (zoo). Comme dans Toponymie, Oronymie, Hydronymie, ou Anthroponymie, mais pour les bêtes. 

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Zoonymie des Odonates.

GÉNÉRALITÉS

ANISOPTÈRES

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ZYGOPTÈRES

BIBLIO :

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Résumé.

— Genre Gomphus, Leach, 1815. Entomology, in Brewster's Edinb. Encycl. 9(1): 137. Il doit son nom au latin gomphus, issu de grec gomphos, "clou, coin, cheville", du fait de la forme en massue  de l'abdomen des mâles. (Fleidner, 2009 ; Endersby 2012). La racine gomph- se retrouve ailleurs, avec le même sens de "en forme de clou", en Zoologie, en Mycologie et en Botanique.

— espèce Gomphus vulgatissimus Linnaeus, 1758, Syst. nat. 12e  :544 . L'épithète vulgatissimus est la forme superlative de l'adjectif vulgatus, " répandu, connu partout". Il doit donc se comprendre, vu le contexte, comme "très répandu", ce qui était vrai du temps de Linné mais moins de nos jours où elle est menacée par la pollution et l’aménagement des cours d’eau.

— Nom en français : 1°) "la Justine", Geoffroy, 1762 ; 2°) "La Libellule très-commune", Latreille 1802 ; 3°) "Le Gomphus très-commun", Sélys 1850 ; 4°) "Le Gomphe vulgaire", Paul-André Robert 1936, puis tous les auteurs contemporains. Il s'agit malheureusement d'un contre-sens que les auteurs précédents avaient évité. 5°) "Le Gomphe à pattes noires", Jourde in Dijkstra, 2007, a le mérite d'éviter cette confusion et d'apporter une information utile au grand public.

 

— Noms communs en d'autres langues :

-Espagnol : La libélula vulgar

-Allemand : Die Gemeine Keiljungfer , Schiemenz, 1953

-Néerlandais :   Beekrombout

-Frison : Tongerbout ,Beektongerbout

-Suédois : Sandflodtrollslända

-Anglais : The common clubtail.

 

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NOM SCIENTIFIQUE.

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I. LE NOM DE GENRE GOMPHUS, (LEACH, 1815).

 Le genre Gomphus, Leach, 1815.

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B. LE NOM D'ESPÈCE GOMPHUS VULGATISSIMUS, LINNAEUS, 1758.  

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[Libellula vulgatissima],  Linnaeus, Carl. 1758. Systema naturæ per regna tria naturæ, secundum classes, ordines, genera, species, cum characteribus, differentiis, synonymis, locis. Editio decima, reformata. Holmiæ. (Salvius). Tomus I: 1-824 : 544.

https://www.biodiversitylibrary.org/page/25034355#page/554/mode/1up

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Description originale :

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6. vulgatissima. L. thorace strigis octo flavicantibus. 

-Fn. fvec. 767. 

-Swamm. quart. t. 8. f. 6.

-Roes. aquat. 2. t. 5. f. 3. 
Habitat in Europa. 

Traduction : "N°  6. Libellula vulgatissima. Thorax à 8 sillons jaunâtres. [références à trois auteurs] Habite en Europe."

Voir le Spécimen de la collection linnéenne : http://linnean-online.org/19713/

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Zoonymie des Odonates : les noms de Gomphus vulgatissimus (Linnaeus, 1758).

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LES RÉFÉRENCES DE LINNÉ POUR LIBELLULA VULGATISSIMA.

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1°) Fauna suecica 1746 n°767.

Il s'agit de la "Faune suédoise" rédigée par Linné, et dans laquelle la dénomination binominale n'est pas encore adoptée. On constate que les références y renvoient à John Ray (1710) alors que la référence à Roesel n'est pas mentionnée. La diagnose est différente : "Libellula aux cotés jaunes et aux ailes blanches". La description de l'habitat, ad aquas vulgaris  "commune dans les milieux aquatiques" est peut-être une indication pour le choix de l'épithète vulgatissimus dans le Systema natura de 1758.

https://www.biodiversitylibrary.org/item/129804#page/263/mode/1up

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767, LIBELLULA lateribus flava ; alis albis. 
-Raj. Ins. 50, n. 7. Libella major, praecedenti congener, 
-Swam. quart. t. 8 f. 6 
Habitat ad Aquas vulgaris
DESCR, Latera thoracis & abdominis flava; Ala albae, nullo modo flavescentes ut in Rajana ; a dorso longitudinaliter fusca. puncta marginalia alarum fusco-ferruginea

Traduction : côtés du corselet et de l’abdomen jaunes; ailes blanches, et point du tout jaunâtres, comme dans l’espèce de Ray  ; dos brun longitudinalement;, taches marginales des ailes d’un ferrugineux brun.

 

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2°) Swammerdam, 1738 

Swamm. quart. t. 8. f. 6.

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3°) Roesel , Insecten belustigung tome II planche V figure 3  (Roes. aquat. 2. t. 5. f. 3.) 

https://gdz.sub.uni-goettingen.de/id/PPN369099737?tify={%22pages%22:[275],%22panX%22:0.253,%22panY%22:0.529,%22view%22:%22thumbnails%22,%22zoom%22:1.05}

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Roesel, Insecten belustigung 2, planche V fig. 3

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ÉTUDE DU NOM : G. VULGATISSIMUS.

L'épithète vulgatissimus est la forme superlative de l'adjectif vulgatus, "a) habituel, ordinaire, b) répandu, divulgué, connu partout" (Gaffiot). Il doit donc se comprendre, vu le contexte, comme "très commun et très répandu", mais en aucun cas comme "vulgaire".  

Dijkstra 2007  présente effectivement ce gomphe comme "le plus commun et le plus réparti des gomphes de notre région" (France et Europe), justifiant  ainsi les deux acceptations de l'épithète spécifique.

Gomphus vulgatissimus est bien encore " l’espèce de gomphe la plus fréquente en Europe du Nord et centrale", mais pour l'auteur de l'article Wikipédia,  elle  est menacée de déclin par la pollution (produits phytosanitaires, polluants industriels ...) et l’aménagement des cours d’eau (empierrement des berges, suppression de la ripisylve, creusement et rectification du lit ...). Elle est inscrite sur la liste rouge régionale des odonates du Nord-Pas-de-Calais comme espèce en danger.

La forme superlative vulgatissima permet aussi à Linné de distinguer cette espèce de sa Libellula vulgata (notre Sympetrum vulgatum) décrite au numéro 3 de sa liste.

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LES AUTEURS PRÉCÉDENTS EN ZOONYMIE.

On appréciera l'analyse de Fliedner, qui ne se contente pas d'une traduction de l'adjectif, mais justifie son choix au XVIIIe siècle.

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POITOU-CHARENTE NATURE

http://www.poitou-charentes-nature.asso.fr/gomphe-vulgaire/

"Vulgatissimus = très commun ; l’essentiel d’une population se transforme en quelques jours et l’espèce devient alors très abondante."

 

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 DRAGONFLYPIX
http://www.dragonflypix.com/etymology.html

" Gomphus vulgatissimus (Linnaeus, 1758) from Lat. vulgatus, superl. vulgatissimus, -a, -um = most widespread, most familiar".


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D'ANTONIO & VEGLIANTE.
https://www.researchgate.net/publication/316791278_Derivatio_nominis_libellularum_europaearum

"vulgatissimus (Gomphus) - superlativo di vulgatus, a, um = comune, noto. Molto comune nella località tipica."

 

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H. FLIEDNER, 2009
https://www.entomologie-mv.de/download/virgo-9/Virgo%200902%20Die%20wissenschaftlichen%20Namen%20der%20Libellen%20in%20Burmeisters.pdf
http://dominique.mouchene.free.fr/libs/docs/GENE_Burmeister_Fliedner.pdf

 

"- vulgatissimus (Linnaeus) [l. most ordinary, most common] is a statement no longer valid. But the sagacious hypothesis of SCHMIDT (1989), that this species name originally had been given to Sympetrum danae, the damaged type specimen of Linnaeus however had erroneously been replaced by the species bearing the name now, is not necessary to explain the denomination, because there is evidence that in earlier centuries the species was very common (BURMEISTER 1839: 854; FLIEDNER 1998b: 206)."

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VAN HIJUM, 2005.
http://natuurtijdschriften.nl/download?type=document&docid=555521

 "vulgatum =algemeen bekend, verspreid"

 

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NOMS VERNACULAIRES.

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II. NOMS COMMUNS EN FRANÇAIS. 

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1°) La Justine, Geoffroy 1762.

 

Étienne-Louis GEOFFROY, 1762, Histoire abrégée des insectes qui se trouvent aux environs de Paris ; dans laquelle ces animaux sont rangés suivant un ordre méthodique. Tome second,  A Paris, chez Durand, rue du Foin, le premiere porte cochere en entrant par la rue S. Jacques, au Griffon. M. DCC. LXII. Avec approbation et privilège du Roi. pages 227

https://www.biodiversitylibrary.org/item/51067#page/236/mode/1up

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1043241t/f238.item

 

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11. LIBELLULA lateribus flava , alis albis. Linn. 

faun. fuec. n. 767. 

Linn. syst . nat. edic. 10 , p. 744  n. 6. Libellula vulgatissima. 

Raj. ins. p. 50,n. 7. Libella major, praecedenti congener. 

Swammerd. 4n° . p. I71 T.8, f.6 

La justine. 

Longueur 17 lignes. 

Elle est brune , mais son front est jaune , ainsi que les côtés de sa poitrine & de son ventre. Ses ailes font très- diaphanes , & n'ont que la petite tache du bord extérieur, qui est oblongue , d'une couleur brune un peu cendrée , avec les bords noirs , ce qui fait le caractère spécifique de cette espèce , que l'on trouve avec les précédentes. 

 

Pour nommer en français ses 15 espèces de Libellules, Geoffroy a commencé par reprendre les noms données par Linné, dans Fauna suecica, à deux espèces rendant hommage à la reine Louise-Ulrique de Suède, puis il a poursuivi cette veine des prénoms féminins, avec des intentions parfois devinables. Ce n'est pas le cas ici.  Le plus probable est que Geoffroy reprend le prénom d'un personnage de théâtre  ou de roman.

Geoffroy latin par Fourcroy : https://archive.org/stream/entomologiaparis02four#page/n235/mode/2up

Le nom est repris par Charles de Villers 1789 : https://www.biodiversitylibrary.org/item/45855#page/19/mode/1up

 

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2°) "La Libellule très-commune", Latreille [1797] et 1802.

Pierre André Latreille, 1802, Histoire naturelle: générale et particulière des crustacés et des insectes, Volume 13, F. Dufart, an x-an xiii, page 10.

Précédé par les planches dessinées par Olivier en 1797 pour l'Encyclopédie méthodique page 30 et planche 94 : la libellule est copiée de l'illustration de Roesel. 

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Latreille et Olivier, Encyclopédie méthodique, 1797, numérisation Google

 

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Latreille, la plus haute autorité française en entomologie à l'aube du XIXe siècle, fait clairement le point sur la description de Linné, et sur l'embarras qu'elle suscite pour celui qui tient compte de la description (diagnose) confrontée aux 3  références proposée par l'auteur suédois. 

https://books.google.fr/books?id=9ZZTAAAAcAAJ&dq=%22Libellule+tr%C3%A8s-commune%22+latreille&hl=fr&source=gbs_navlinks_s

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"Linnæus , dans la première édition de sa Faune suédoise, l’avait ainsi caractérisée: côtés du corps jaunes; ailes blanches. C’est d’après cela que Geoffroy y a rapporté l’espèce qu’il nomme justine. Linnæus a ensuite changé sa phrase spécifique de cette autre manière : « corselet jaune à huit raies noires. » Il n’a point modifié la description, et il a cité de plus une figure de Rœsel, qui ne convient qu’à l’aeschne à tenailles. La figure de Swammerdam, que Linnæus a toujours citée , ne peut lever l'embarras qui naît de cette ambiguité ; le synonyme de [John] Ray ne peut s’appliquer à la libellule de Linnæus, puisque l’auteur anglais dit, en parlant de son espèce, que les ailes sont jaunâtres, et que le naturaliste suédois assure que celles de son insecte sont blanches, et qu’il contredit à cet égard Ray ; il s’ensuit que de tout cela il est presque impossible de savoir quelle est l’espèce que Linnæus nomme vulgatissima. Celle que Geoffroy prend pour telle pourrait bien être la libellule à treillis, cancellata. Voici, au reste la description donnée par Linnæus de sa libellule très-commune : côtés du corselet et de l’abdomen jaunes; ailes blanches, et point du tout jaunâtres, comme dans l’espèce de Ray (n° 7) ; dos brun longitudinalement;, taches marginales des ailes d’un ferrugineux brun."

 

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Zoonymie des Odonates : les noms de Gomphus vulgatissimus (Linnaeus, 1758).
Zoonymie des Odonates : les noms de Gomphus vulgatissimus (Linnaeus, 1758).

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3°) "Le Gomphus très-commun", de Sélys, 1850.

Selys-Longchamps, Edmond de (1813-1900), 1850, Revue des odonates ou libellules d'Europe / par Edmond de Selys-Longchamps,... ; avec la collaboration de M. le Dr H. A. Hagen,...ed C. Muquardt (Bruxelles), Roret (Leipzig), page 82.

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k26769q

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k26769q/f126.image

Comme nous l'avons déjà vu avec les autres espèces, Sélys, toujours soucieux de traduire-transcrire le nom scientifique dans une forme française qui lui est identique, s'autorise le barbarisme ou néologisme "Gomphus" , mais il traduit correctement l'épithète vulgatissimus par "très-commun". 

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4°) Le  Gomphe vulgaire, P.A. Robert 1936 et 1958 .

ROBERT (Paul André), 1936, Les Insectes, coléoptères, orthoptères, archiptères, nevroptères, Delachaux et Niestlé page 106.

https://books.google.fr/books?id=mp8eAQAAMAAJ&q=%22gomphe+vulgaire%22&dq=%22gomphe+vulgaire%22&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwjJgs-oh4bfAhVIxhoKHdkeDMkQ6AEINzAD

https://books.google.fr/books?hl=fr&id=NDOitQEACAAJ&dq=ROBERT+%28Paul+Andr%C3%A9%29+libellules+1958&focus=searchwithinvolume&q=vulgaire

 

Paul-André Robert (1901-1977) était un artiste et naturaliste suisse. Paul-André Robert est né en 1901, en Suisse, près d'Orvin, au «Jorat». D'une famille de peintres - Léopold, son grand-père ; Aurèle, son grand-oncle, Léo-Paul, son père - Paul-André Robert, neuvième enfant d'une famille de dix, commença très tôt à dessiner. Son père, non seulement l'initia à l'art mais l'encouragea aussi à l'observation des petites bêtes. Il avait aménagé dans sa maison une véritable «cité de cages à chenilles» qu'il présenta, avec son fils, à des expositions.  Dès l'âge de 16 ans il avait commencé à travailler sur une monographie monumentale sur les larves de libellules d’Europe . Très jeune, séduit par la lecture de Fabre, Paul-André observe avec passion les insectes et, en particulier, les libellules sur lesquelles il publiera un livre de qualité qui lui vaudra, en 1973, le titre de Docteur honoris causa de l'université de Neuchâtel.
En Europe, on le connaît principalement pour son ouvrage Les Libellules, paru en 1958.

C'est le premier auteur a se soucier de créer des noms vernaculaires d'insectes en langue française au XXe siècle, bien avant les efforts de H. SCHIEMENZ, en 1953, pour proposer des noms de libellules en allemands.

Hélas, c'est lui qui commet cette erreur de traduction du latin vulgatissimus par "vulgaire", tombant dans le piège de ce "faux-ami" de l'adjectif "vulgatus" que Latreille et Sélys avait brillamment évité. 

Ce nom est malheureusement repris actuellement par de nombreux auteurs contemporains, notamment Grand et Boudot 2006,  Boudot et Dommanget 2012 pour la SFO, et  pour l'INPN/ MHN ( site consulté ce jour).

 

— Boudot J.-P., Dommanget J.-L., 2012. Liste de référence des Odonates de France métropolitaine. Société française d’Odonatologie, Bois-d’Arcy (Yvelines), 4 pp.

http://www.libellules.org/fra/pdf/503_pagesdynadocs519e54424a6f7.pdf

— INPN

https://inpn.mnhn.fr/espece/cd_nom/65225/tab/taxo

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5°) Le Gomphe à pattes noires (Jourde in Dijkstra, 2007).

Jourde in Dijkstra 2007 p. 182 propose ce nom  et place "le gomphe vulgaire" en position de synonyme. Ce nom est astucieux puisqu'il répond au "Gomphe à pattes jaunes" (G. Flavipes) et place en évidence un caractère plus utile, pour la vulgarisation, que celui d'être "commun".

Jourde in Précigout et Prud'homme 2009 reprend ce nom mais le place en deuxième place, comme synonyme de "Gomphe vulgaire"

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LES NOMS COMMUNS EN D'AUTRES PAYS.

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-Espagnol : La libélula vulgar

-Allemand : Die Gemeine Keiljungfer , Schiemenz, 1953

-Néerlandais :   Beekrombout

-Frison : Tongerbout ,Beektongerbout

-Suédois : Sandflodtrollslända

-Anglais : The common clubtail.

 

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SOURCES ET LIENS.
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Bibliographie générale de ces articles de zoonymie des Odonates : voir ici :
http://www.lavieb-aile.com/2018/01/la-bibliographie-de-mes-articles-de-zoonymie-des-odonates.html
 
 
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OUTILS DE  ZOONYMIE.
— http://www.dragonflypix.com/etymology.html
 — PRÉCIGOUT (Laurent), PRUD'HOMME (Eric), 2009, Libellules de Poitou-Charentes, Ed. Poitou-Charentes Nature, 255 pages, 
— POITOU-CHARENTE NATURE (Association) / Philippe JOURDE & Olivier ALLENOU
http://www.poitou-charentes-nature.asso.fr/leucorrhine-a-front-blanc/
— ANTONIO (Costantino D’), VEGLIANTE (Francesca ) "Derivatio nominis libellularum europæarum"(PDF) (en Italien) Étymologie de 197 noms de Libellules européennes.
https://www.researchgate.net/publication/316791278_Derivatio_nominis_libellularum_europaearum
 
— ENDERSBY (IAN D. ), 2012,  : Watson and Theischinger: the etymology of the dragonfly (Insecta: Odonata) names which they published  Journal and Proceedings of the Royal Society of New South Wales, vol. 145, nos. 443 & 444, pp. 34-53. ISSN 0035-9173/12/010034-20 34
https://royalsoc.org.au/images/pdf/journal/145_Endersby.pdf
— ENDERSBY (IAN D., FRS ), 2012, Etymology of the Dragonflies (Insecta: Odonata) named by R.J. Tillyard, F.R.S. Proceedings of the Linnean Society of New South Wales 134, 1-16.
https://openjournals.library.sydney.edu.au/index.php/LIN/article/viewFile/5941/6519
— ENDERSBY (IAN D., FRS ), 2012, The Naming of Victoria’s Dragonflies (Insecta: Odonata,  Proceedings of the Royal Society of Victoria 123(3): 155-178. 
https://www.academia.edu/28354624/The_Naming_of_Victoria_s_Dragonflies_Insecta_Odonata_
— ENDERSBY (IAN D. ), 2015, The naming's of Australia's dragonflies.
https://www.researchgate.net/publication/283318421_The_Naming_of_Australia%27s_Dragonflies
 http://dominique.mouchene.free.fr/libs/docs/GENE_origine_noms_odonates_Australie_Endersby_2015.pdf
— FLIEDNER (Heinrich), 2009, Die wissenschaftlichen Namen der Libellen in Burmeisters ‘Handbuch der Entomologie’ Virgo 9[5-23]
http://www.entomologie-mv.de/download/virgo-9/Virgo%200902%20Die%20wissenschaftlichen%20Namen%20der%20Libellen%20in%20Burmeisters.pdf
— FLIEDNER (Heinrich), "The scientific names of the Odonata in Burmeister’s ‘Handbuch der Entomologie".
http://dominique.mouchene.free.fr/libs/docs/GENE_Burmeister_Fliedner.pdf
— FLIEDNER (Heinrich),  1997. Die Bedeutung der wissenschaftlichen Namen Europaischer Libellen. Libellula, supplement I. Sonderband zur Zeitschrift der Gesellschaft deutschsprachiger Odonatologen (GdO) e.V. Fliedner, Bremen.

— FLIEDNER (Heinrich), (1998): Die Namengeber der europäischen Libellen. Ergänzungsheft zu Libellula - Supplement 1
— FLIEDNER (H.), 2012, Wie die Libelle zu ihrem Namen kam Virgo, Mitteilungsblatt des Entomologischen Vereins Mecklenburg 15. Jahrgang (2012).
https://www.entomologie-mv.de/download/virgo-15/virg%2015104%20Libelle_Namensherkunft.pdf
— HIJUM (Ep van ), 2005, Friese namen van libellen , TWIRRE natuur in Fryslan jaargang 16, nummer 4 page 142-147
http://natuurtijdschriften.nl/download?type=document&docid=555521
— STEINMANN (Henrik), World Catalogue of Odonata, Walter de Gruyter, 6 févr. 2013 - 650 pages . Numérisé Google.
https://books.google.fr/books?id=gLZvT_njEF4C&pg=PA173&dq=steinmann+onychogomphus+forcipatus&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwjJ6bqArLreAhVKExoKHb9cC34Q6AEILDAA#v=onepage&q&f=false
 
 — SITE Libellen - eine (kleine) Einführung . die Namensgebung

http://www.libelleninfo.de/07.html#buch

http://www.libelleninfo.de/071.html

SCHIEMENZ, H. (1953): Die Libellen unserer Heimat. Jena: Urania

— WENDLER (A)., A. Martens, L. Müller & F. Suhling (1995): Die deutschen Namen der europäischen Libellenarten (Insecta: Odonata).Entomologische Zeitschrift 105(6): 97-112


 
EXTRAIT DE LA BIBLIOGRAPHIE : 

 

— GEOFFROY (Étienne-Louis, Docteur en médecine) 1762. Histoire abrégée des insectes qui se trouvent aux environs de Paris: dans laquelle ces animaux sont rangés suivant un ordre méthodique ; Paris : Durand 1762 Tome second Planches XI à XXII colorées à la main par Prévost gravées par Defehrt. 744p. http://archive.org/stream/histoireabrg02geof#page/n9/mode/2up

— GEOFFROY [Étienne-Louis] 1798-99 Histoire abrégée des insectes dans laquelle ces animaux sont rangés suivant un ordre méthodique. Nouvelle édition, revue, corrigée, & augmentée d'un supplément considérable. / par M. Geoffroy, docteur en médecine. A Paris :Chez Calixte-Volland, libraire, quai des Augustins, no. 24 :An VII de la République françoise [1799]. http://www.biodiversitylibrary.org/bibliography/14595#/summary

— LINNÉ 1758 Linnaeus, C. 1758. Systema naturæ per regna tria naturæ, secundum classes, ordines, genera, species, cum characteribus, differentiis, synonymis, locis. Editio decima, reformata. Holmiæ. (Salvius). Tomus I: 1-824

http://www.biodiversitylibrary.org/page/727383#page/494/mode/1up

 

SELYS-LONGCHAMPS ( E.de),1850 - Revue des Odonates ou Libellules d'Europe. - Bruxelles, Paris.
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k26769q.texteImage

— VILLERS (Charles de) 1789 Caroli Linnaei Entomologia, faunae Suecicae descriptionibus aucta : DD. Scopoli, Geoffroy, de Geer, Fabricii, Schrank, &c., speciebus vel in systemate non enumeratis, vel nuperrime detectis, vel speciebus Galli australis locupletata, generum specierumque rariorum iconibus ornata; curante & augente Carolo de Villers .. Lyon : Pietre et Delamollière, (1789). 

https://www.biodiversitylibrary.org/item/45855#page/15/mode/1up

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Published by jean-yves cordier - dans Zoonymie des Odonates
3 décembre 2018 1 03 /12 /décembre /2018 12:13

Crucifixion entre la Vierge à l'Enfant et saint Nicolas  baie 17 de l'église de Louviers.

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Voir aussi  sur Louviers :

Voir aussi : Tous mes articles sur les vitraux.

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La baie 17 de l'église de Louviers. Photographie lavieb-aile 2018.

La baie 17 de l'église de Louviers. Photographie lavieb-aile 2018.

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La baie 17 de l'église de Louviers. Photographie lavieb-aile 2018.

La baie 17 de l'église de Louviers. Photographie lavieb-aile 2018.

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La baie 17 de l'église de Louviers. Photographie lavieb-aile 2018.

La baie 17 de l'église de Louviers. Photographie lavieb-aile 2018.

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Published by jean-yves cordier - dans Vitraux
3 décembre 2018 1 03 /12 /décembre /2018 12:09

La verrière de saint Nicolas, offerte par les mégissiers vers 1495, ou baie 11 de l'église de Louviers.

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Voir aussi  sur Louviers :

Voir aussi : Tous mes articles sur les vitraux.

 

 

 

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PRÉSENTATION.

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La baie 11 figure, avec les baies 13, 17 et 19, parmi celles qui ont été vitrées vers 1493-1495 lors de la campagne d'agrandissement et de remise au goût du jour de l'église qui a conduit à l'ouverture des chapelles nord de la nef dans une sorte de second bas-coté. 

Haute de 4,20 m et large de 2,40 m, elle comporte 3 lancettes trilobées et un tympan à 4 mouchettes et 3 écoinçons ; elle est consacrée à la légende de saint Nicolas .

Des confréries et de riches particuliers (où les Le Roux, famille de magistrats,  tiennent une place éminente) sont à l'origine de l'ensemble des vitraux anciens de l'édifice ; les drapiers figurent en procession sur la baie 26, tandis que cette baie 11 aurait été offerte par les mégissiers. Néanmoins, cette information présente dans Hérold 1995 mais , accompagnée dans "Les Vitraux de Haute-Normandie", d'un point d'interrogation (?), est effectivement à prendre avec prudence d'autant que je n'en ai pas retrouvé la source. Le patron des mégissiers était saint Roch, guérisseur de maladies de peau,,  ou parfois l'apôtre Barthélémy, dont la légende dit qu'il a été écorché vif :  c'était le cas pour les maîtres mégissiers de Chartres. Le vitrail comporte, sur le soubassement de la lancette médiane un écu rouge en bouche-trou, avec des armoiries qui on été interprétées comme celles des mégissiers (information accompagné d'un nouveau (?) dans la notice du Vitraux de Haute Normandie.

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Verrière de saint Nicolas (v.1495), baie 11, église de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Verrière de saint Nicolas (v.1495), baie 11, église de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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Emplacement.

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La baie 11 fléchée sur un plan photographié in Hérold 1995.

La baie 11 fléchée sur un plan photographié in Hérold 1995.

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Les trois lancettes.

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Une grande figure centrale de saint Nicolas est encadrée par quatre scènes narratives dans les lancettes latérales et d'autres vignettes narratives dans le tympan. La couleur prédominante est le bleu, associé au blanc et au jaune pour les éléments architecturaux.

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Verrière de saint Nicolas (v.1495), baie 11, église de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Verrière de saint Nicolas (v.1495), baie 11, église de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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Lancette centrale : Saint Nicolas bénissant les trois enfants sortant du saloir.

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La niche architecturale gothique est très riche, avec sa tenture bleue damassée de rinceaux et pommes de pins, son sol carrelé jaune et blanc, et surtout ses piédroits où six personnages tiennent des phylactères (inscriptions SANTE NICOLA) : sont-ce des prophètes, des apôtres, ou plutôt des pèlerins (plusieurs portent chapeaux et pèlerines) ?

Le saint est figuré en évêque de Myre, avec sa chape rouge à orfrois et à fermail en pierre précieuse sur une tunique dorée : il bénit les trois enfants qui ressuscitent dans leur saloir en joignant les mains (têtes des enfants restituées).

Le verre rouge gravé se remarque (discrètement) sous forme de perles sur le col du saint et de motifs de damas sur son épaule droite.

 

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Verrière de saint Nicolas (v.1495), baie 11, église de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Verrière de saint Nicolas (v.1495), baie 11, église de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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Verrière de saint Nicolas (v.1495), baie 11, église de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Verrière de saint Nicolas (v.1495), baie 11, église de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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Le visage est remarquable par ses yeux en étroite amande effilée, aux paupières inférieures bouffies.

Verrière de saint Nicolas (v.1495), baie 11, église de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Verrière de saint Nicolas (v.1495), baie 11, église de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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Les scènes narratives.

 

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Pour suivre l'ordre proposé par Hérold 1995, il faut grimper au tympan et débuter par la troisième mouchette gauche. 

Légende de la coupe.

Partie supérieure restituée.

Sujet : un enfant tenant une coupe d'or tombe à l'eau d'une nef, sous les yeux de deux passagers aux mains jointes.

Interprétation :

"Un noble avait prié saint Nicolas de lui faire obtenir un fils, promettant qu’en récompense il se rendrait avec son fils au tombeau du saint et lui offrirait un vase d’or. Le noble obtient un fils et fait faire un vase d’or. Mais ce vase lui plaît tant qu’il le garde pour lui-même et, pour le Saint, en fait faire un autre d’égale valeur. Puis il s’embarque avec son fils pour se rendre au tombeau du saint. En route le père ordonne à son fils d’aller lui prendre de l’eau dans le vase qui d’abord avait été destiné à saint Nicolas. Aussitôt le fils tombe dans la rivière et se noie. Mais le père, malgré toute sa douleur, n’en poursuit pas moins son voyage. Parvenu dans l’église de saint Nicolas, il pose sur l’autel le second vase ; au même instant une main invisible le repousse avec le vase, et le jette à terre : l’homme se relève, s’approche de nouveau de l’autel, est de nouveau renversé. Et voilà qu’apparaît, au grand étonnement de tous, l’enfant qu’on croyait noyé. Il tient en main le premier vase, et raconte que, dès qu’il est tombé à l’eau, saint Nicolas est venu le prendre, et l’a conservé sain et sauf. Sur quoi le père, ravi de joie, offre les deux vases à saint Nicolas." (Légende dorée)

Il s'agit d'un miracle posthume, et non d'un épisode de la vie du saint. Il mériterait en fait d'être placé plus tardivement.

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Verrière de saint Nicolas (v.1495), baie 11, église de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Verrière de saint Nicolas (v.1495), baie 11, église de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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Saint Nicolas dotant les trois pucelles pour leur éviter la prostitution. Tympan, deux mouchettes gauche .

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"À la mort de ses parents, devenu très riche, il chercha un moyen d’employer ses richesses, non pour l’éloge des hommes, mais pour la gloire de Dieu. Or un de ses voisins, homme d’assez noble maison, était sur le point, par pauvreté, de livrer ses trois jeunes filles à la prostitution, afin de vivre de ce que rapporterait leur débauche. Dès que Nicolas en fut informé, il eut horreur d’un tel crime, et, enveloppant dans un linge une masse d’or, il la jeta, la nuit, par la fenêtre, dans la maison de son voisin, après quoi il s’enfuit sans être vu. Et le lendemain l’homme, en se levant, trouva la masse d’or : il rendit grâces à Dieu, et s’occupa aussitôt de préparer les noces de l’aînée de ses filles. Quelque temps après, le serviteur de Dieu lui donna, de la même façon, une nouvelle masse d'or. Le voisin, en la trouvant, éclata en grandes louanges, et se promit à l’avenir de veiller pour découvrir qui c’était qui venait ainsi en aide à sa pauvreté. Et comme, peu de jours après, une masse d'or deux fois plus grande encore était lancée dans sa maison, il entendit le bruit qu’elle fit en tombant. Il se mit alors à poursuivre Nicolas, qui s’enfuyait, et à le supplier de s’arrêter, afin qu’il pût voir son visage. Il courait si fort qu’il finit par rejoindre le jeune homme, et put ainsi le reconnaître. Se prosternant devant lui, il voulait lui baiser les pieds ; mais Nicolas se refusa à ses remerciements, et exigea que, jusqu’à sa mort, cet homme gardât le secret sur le service qu’il lui avait rendu." (Légende dorée)

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Verrière de saint Nicolas (v.1495), baie 11, église de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Verrière de saint Nicolas (v.1495), baie 11, église de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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Autres mouchettes à droite du tympan. Saint Nicolas calmant la tempête ; le jugement de trois soldats innocents ; le saint suspendant leur exécution.

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Verrière de saint Nicolas (v.1495), baie 11, église de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Verrière de saint Nicolas (v.1495), baie 11, église de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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Lancette de gauche. Le débiteur parjure.

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Verrière de saint Nicolas (v.1495), baie 11, église de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Verrière de saint Nicolas (v.1495), baie 11, église de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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Lancette gauche, scène supérieure. Le débiteur parjure.

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Certain homme avait emprunté de l’argent à un Juif, en lui jurant, sur l’autel de saint Nicolas, de le lui rendre aussitôt que possible. Et comme il tardait à rendre l’argent, le Juif le lui réclama : mais l’homme lui affirma le lui avoir rendu. Il fut traîné devant le juge, qui lui enjoignit de jurer qu’il lui avait rendu l’argent. Or l’homme avait mis tout l’argent de sa dette dans un bâton creux, et, avant de jurer, il demanda au Juif de lui tenir son bâton. Après quoi il jura qu’il avait rendu son argent. Et, là-dessus, il reprit son bâton, que le Juif lui restitua sans le moindre soupçon de sa ruse. Mais voilà que le fraudeur, rentrant chez lui, s’endormit en chemin et fut écrasé par un chariot, qui brisa en même temps le bâton rempli d’or. Ce qu’apprenant, le Juif accourut : mais bien que tous les assistants l’engageassent à prendre l’argent, il dit qu’il ne le ferait que si, par les mérites de saint Nicolas, le mort était rendu à la vie : ajoutant que lui-même, en ce cas, recevrait le baptême et se convertirait à la foi du Christ. Aussitôt le mort revint à la vie ; et le Juif reçut le baptême." (Légende dorée)

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Verrière de saint Nicolas (v.1495), baie 11, église de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Verrière de saint Nicolas (v.1495), baie 11, église de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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Lancette gauche, scène inférieure. Le débiteur parjure (suite).

Verrière de saint Nicolas (v.1495), baie 11, église de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Verrière de saint Nicolas (v.1495), baie 11, église de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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La lancette droite a été restituée par M. Muraire, lequel y a placé quelques éléments de la tête de lancette et des bordures d'origine.

Lancette droite, scène supérieure.

Tandis qu'un roi donne un banquet, un enfant vêtu d'une robe verte  survient, tenant un vase et une coupe en or.

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Verrière de saint Nicolas (v.1495), baie 11, église de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Verrière de saint Nicolas (v.1495), baie 11, église de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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Lancette droite, scène inférieure.

Un couple et leurs enfants sont agenouillés devant une statue du saint, qui apparaît dans une nuée, accompagné de l'enfant en robe verte tenant la vaisselle d'or de la scène précédente.

 

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Verrière de saint Nicolas (v.1495), baie 11, église de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Verrière de saint Nicolas (v.1495), baie 11, église de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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SOURCES ET LIENS.

— CALLIAS BEY (Martine), CHAUSSÉ (Véronique), GATOUILLAT (Françoise), HÉROLD (Michel), 2001,"Les vitraux de Haute-Normandie", Corpus vitrearum Recensement VI, CNRS éditions, page 171

— FOSSEY (abbé Jules), 1896, L'église Notre-Dame à Louviers, La Normandie monumentale.

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k62406567/f7.image.texteImage

— HÉROLD (Michel), 1995,  Louviers, église Notre-Dame, les verrières, Rouen, 16p

— LAFOND Jean, 1963, Les vitraux de Notre-Dame de Louviers, par Jean Lafond . Louviers et Pont-de-l'Arche. Nouvelles de l'Eure, n° 15, Pâques 1963. (pp. 42-47). Non consulté.

— LE MERCIER (E.)  Monographie de l'église Notre-Dame de Louviers Ch. Hérissey et fils, 1906 - 212 pages 

Image Wikipédia : https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/3/37/Louviers_-_Eglise_Notre-Dame_-_Vitrail_de_la_l%C3%A9gende_de_saint_Nicolas_%28baie_n%C2%B011%29.jpg

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Published by jean-yves cordier - dans Vitraux
1 décembre 2018 6 01 /12 /décembre /2018 16:35

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1°) Kleier Kemper, un chant mis en musique en 1951 par Polig Monjarret. 

(sur des paroles de Per Jakez Hélias ?)

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LES CLOCHES DE QUIMPER (Kleier kemper), P. Monjarret 1951

 

Ce chant fait partie du répertoire du Chœur du Kador (dir. Christel Barbey).

Mouezh kleier meur Sant Kaourintin 
Ding, daing, dong (RÉ SI RÉ)
Pa sko ar mailh war an arem sklintin 
Ding, daing, dong (SI SOL SI)
Ivez a skei, a skei e donder hor c'halon 
Ding, daing, dong (SOL RÉ SOL)
Hag en o mouezh ar vro a son 
Ding, daing, dong (RÉ SOL RÉ)

Ma petite traduction (sous réserve de l'avis d'un bretonnant)  : 

Les voix des cloches du grand Saint-Corentin, Ding, Ding, Dong,

Quand les marteaux frappent sur l'airain éclatant, Ding, Ding, Dong,

frappent,frappent aussi profondément notre cœur, Ding, Ding, Dong,

Et alors résonne en nous la voix du Pays, Ding, Ding, Dong.

Mouezh = la voix ; kleier =cloche ; meur = grand ; pa = quand ; sko et ske (cf. sklentin) = frapper ; aremm = airain, métal ; sklentin = éclatant, perçant ; ivez = aussi ; donder = profond ; c'halon = cœur  ; Hag= et ; ar vro = le pays ; ar son = le son.

 

 

Source :

— Yaouankiz a gan 15 kanaouenn eiltoniet gant Polig Monjarret. (15 chants bretons harmonisés par Paul Monjarret) [A 1, 2, 3 et 4 v.]  Kemper : Ti-moulerezh Bro-C'hall-Breizh, Collection Kendalc'h  1951 

https://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb39724988x

— les paroles :  http://per.kentel.pagesperso-orange.fr/kleier_kemper1.htm

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2°) Les cloches de la cathédrale de Quimper.

Dans le passé :

  • En 1701, Thomas Le Soueff et Le Moyne ont fondu une cloche nommée Corentin : elle pesait 3901 livres.
  • En 1735; le lorrain Joly réalisa Renée Mauricette, un deuxième bourdon de 4200 livres.
  • En 1745, François Joly fit un nouveau bourdon, la Renée-Marguerite.
  • En 1823, Raynal, de Lorient, fondit Marie, un second bourdon conservé jusqu'en 1877.

 

La cathédrale Saint-Corentin de Quimper possède aujourd'hui deux jeux de cloches : le carillon de six cloches réparties dans les deux tours, et trois petites cloches utilisées pour sonner l'heure à l'extérieur derrière la statue de Gradlon entre les deux tours. 

L'électrification date de 1933, et elles sont actionnées de manière électronique depuis 1958

 

Les deux bourdons la tour sud : SI bémol et DO:

 

 

Les bourdons, sorte d'énormes cloches, sonnent les heures, par un simple tintement, et servent lors des célébrations des grandes fêtes religieuses : Pâques, l'Ascension, la Pentecôte, l'Assomption et la Noël.

 

Le premier bourdon donne le si bémol grave. Fondu une première fois en 1669, rompu par accident, il fut refondu en 1823. Même cause, même remède en 1837 par Briens Frères de Morlaix. . Poids 3000 kg. Diamètre 1,66 m.

Le deuxième bourdon, donne le do naturel grave. Béni en 1880 il répond au petit nom de Marie. Fondu au Mans par Bollée et Fils (Amédée et Ernest), il pèse 2,2 tonnes. Diamètre 1,55 m.Son parrain est Joseph de La Lande de Calan. Sa marraine est Ernestine de la Pallière.  Il sonne les heures.

Mis en branle ensemble, les deux bourdons développeraient 12 tonnes de poussée (un bourdon de trois tonnes triple son poids en poussée ).

Entendre les cinq premières cloches lors de la messe de 18h30 le soir de la Pentecôte :https://www.youtube.com/watch?v=MYZbeIAnPcQ

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Les quatre cloches de chant de la tour nord : MI bémol, FA, SOL, SI bémol.



Dans la tour nord, les cloches de chant ou de carillon, bénies en 1923, sont plus petites. 

Ces quatre cloches de chant sortent des ateliers de Cornille Havard, fondeur à Villedieu dans la Manche.

Marie-Joseph (mi bémol). Poids : 1.098 kg. Diamètre 1,25m .Parrain : M. du Feigna et Keranforêt. Marraine : Mme de Jacquelot du Bois Rouvray. 

Eugénie (fa naturel). 805 kg. Diamètre 1,11 m.Parrain Corentin Marzin. Marraine : Mlle Dumarnay. 

Marguerite-Marie (sol naturel). 564 kg. Diamètre :0,99 m. Parrain : Gustave Mauduit. Marraine Marie du Vergier de Kerhorlay.

Pia (si bémol aigu). Elle est à l'octave du premier bourdon. Poids 305 kg. Diamètre :0,81 m. Parrain : Arsène Le Gal de Kerangal (imprimeur de l'évêché). Marraine : Mme Manière, née Maria-Pia Le Pontois.

 

Les trois premières sont sonnées à la volée le dimanche à 10h45 lors du petit carillon (Mi bémol, Fa, Sol), la dernière se joint à elles lors du grand carillon des mariages et baptêmes (Mi bémol, Fa, Sol, Si bémol).

L'angélus de midi et de 19h est donné par Marguerite-Marie puis Pia (l'angélus se sonne  par trois fois trois coups avant le tintement horaire, suivis d'une « pleine volée » (Sol puis Si bémol aigu).

Entendre l'angélus de midi : https://www.youtube.com/watch?v=s236Vc4Adfw

Le glas est sonné en tintements lents par Marie, le bourdon n°2 et par Eugénie en Do naturel et Fa naturel.

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Les trois cloches de la plateforme derrière le roi Gradlon : MI bémol, LA bémol et SOL.

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—La cloche de l'ancienne chapelle du Guéodet, classée Monuments historiques en 1922 et datant de 1312, se prénomme Marie. Elle fut bénie par Mgr Morel. donne un Mi bémol ; son diamètre est de 0,97 m. Elle frappait l'heure jadis à l'horloge municipale.

 

— La cloche placée au sud, fondue par « Viel aîné fondeur à Quimper le 20 décembre 1830 », elle donne le La bémol.

— La cloche placée au nord ne porte aucune inscription ,mais sonne le Sol et mesure 0,48 m de diamètre.

Elles serviraient exclusivement au marquage des heures .

Présentation sur You Tube : https://www.youtube.com/watch?v=DnccKA-F1zk

 

SOURCES :

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— LE MEN 1877, Monographie :

http://www.infobretagne.com/quimper-fondeurs.htm

— CELTON (Yann), 2013, Les cloches, in Quimper, coll. La grâce d'une cathédrale, ed. La Nuée bleue

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3°) Conclusion : la mélodie de Kleier Kemper ne reprend pas un carillon de la cathédrale de Quimper, dont aucune cloche ne donne le RÉ !

 

CQFD

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Published by jean-yves cordier
29 novembre 2018 4 29 /11 /novembre /2018 11:30

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PRÉSENTATION.

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Les chapelles nord de la nef ont été ouvertes , selon le "Mémorial" de l'abbé Pelet, sous la direction du maître d'œuvre Jehan Gillot, à partir de 1493, formant ainsi une sorte de second bas-coté. Cette baie 13, qui est restée, comme sa voisine la baie 11, en place, doit donc être datée vers 1495.

Son auteur (rouennais ?) est resté anonyme, mais le carton à grandeur de la Vierge se retrouve utilisé dans la baie 6 de l'église de  Saint-Pierre-d'Autils, près de Vernon.

Cette baie de 4,20 m de haut et 2,35 m de large se compose de 3 lancettes trilobées et d'un tympan à 6 mouchettes et un soufflet supérieur. Trois personnages y figurent, la Vierge à l'Enfant au centre, entourée de deux apôtres, saint André à gauche et saint Barthélémy à droite.

"Les regards des saints convergent vers la Vierge, placée dans la niche la plus somptueuse sous le cortège des anges musiciens du tympan" (M. Hérold)

Ces trois personnages sont placés dans des niches d'architecture gothique, dont le soubassement est remarquable car il repose sur un gazon à petites fleurs.

Pour continuer à décrire ces niches, disons que leur sommité  se détache sur un fond alternativement rouge, bleu et rouge, qu'elle reçoivent une tenture damassée tombant sur un sol carrelé de motifs géométriques, et que les piédroits sont creusés de niches à pinacles à crochets, vides ou occupées.

Enfin, la photographie est compliquée par la présence d'un obstacle central ; et le photographe, dans son embarras,  a oublié de prendre le tympan, ses quatre musiciens et séraphins.

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Verrière de la Vierge entre deux apôtres, (vers 1495), baie13, église de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Verrière de la Vierge entre deux apôtres, (vers 1495), baie13, église de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Verrière de la Vierge entre deux apôtres, (vers 1495), baie13, église de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Verrière de la Vierge entre deux apôtres, (vers 1495), baie13, église de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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Lancette droite : saint André.

L'apôtre est vite identifié par sa croix en X. Il est en grande partie restitué par Maurice Muraire en 1903, pour la tête et le panneau inférieur. Les écritures coufiques de la bordure de la robe bleue sont sans doute d'origine.

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Verrière de la Vierge entre deux apôtres, (vers 1495), baie13, église de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Verrière de la Vierge entre deux apôtres, (vers 1495), baie13, église de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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Lancette centrale : la Vierge et son Fils tenant un œillet et un fruit.

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Cette lancette fait mon bonheur, tant j'aime partir à la recherche des petits détails. C'est d'abord le charmant œillet blanc tenu par l'Enfant comme s'il offrait la fleur à sa mère, c'est ensuite la pomme (ou quelque fruit qui pommelle) ; je ne m'attarde pas aux jambes un peu malingres tenues par une main maladroitement peinte, pour observer le verre rouge gravé du nimbe du Jésus. 

Mais l'amateur de verres gravés va s'émerveiller devant la robe damassée dont les grenades sont peintes au jaune d'argent sur les espaces gravés.

De part et d'autre du nimbe de Marie couronnée, la bordure de la tenture porte des lettres A entourées de croix.

Le visage incliné, pensif et doux, est admirable également dans son encadrement de cheveux blonds.

Verrière de la Vierge entre deux apôtres, (vers 1495), baie13, église de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Verrière de la Vierge entre deux apôtres, (vers 1495), baie13, église de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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Verrière de la Vierge entre deux apôtres, (vers 1495), baie13, église de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Verrière de la Vierge entre deux apôtres, (vers 1495), baie13, église de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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Verrière de la Vierge entre deux apôtres, (vers 1495), baie13, église de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Verrière de la Vierge entre deux apôtres, (vers 1495), baie13, église de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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Verrière de la Vierge entre deux apôtres, (vers 1495), baie13, église de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Verrière de la Vierge entre deux apôtres, (vers 1495), baie13, église de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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Les quatre personnages des niches des piédroits n'ont pas été identifiés par les auteurs de Vitraux de Haute-Normandie : libre à nous d'y voir deux soldats, dont un archer, et deux prophètes. À notre guise.

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Verrière de la Vierge entre deux apôtres, (vers 1495), baie13, église de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Verrière de la Vierge entre deux apôtres, (vers 1495), baie13, église de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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Verrière de la Vierge entre deux apôtres, (vers 1495), baie13, église de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Verrière de la Vierge entre deux apôtres, (vers 1495), baie13, église de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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Verrière de la Vierge entre deux apôtres, (vers 1495), baie13, église de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Verrière de la Vierge entre deux apôtres, (vers 1495), baie13, église de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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Verrière de la Vierge entre deux apôtres, (vers 1495), baie13, église de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Verrière de la Vierge entre deux apôtres, (vers 1495), baie13, église de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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Pour être complet, signalons le cartouche mentionnant la restauration de 1903 :

RESTAURATION OFFERTE PAR M. G. HUVEY

RECONNAISSANCE A MARIE.

G. Huvey, entrepreneur à Louviers, a été chargé de la restauration de l'église de Louviers, et aussi de celle de Saint-Etienne du Vauvray en 1855.

C'est l'occasion d'observer les petites fleurs du gazon.

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Verrière de la Vierge entre deux apôtres, (vers 1495), baie13, église de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Verrière de la Vierge entre deux apôtres, (vers 1495), baie13, église de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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Lancette de droite : saint Barthélémy.

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Je ne décrirai ici, pour le seul plaisir de placer ici un vocabulaire tout récemment découvert, que la mitre de tête et la mitre de pied frappée d'un rivet, tout deux peints au jaune d'argent, du coutelas du saint. 

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Verrière de la Vierge entre deux apôtres, (vers 1495), baie13, église de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Verrière de la Vierge entre deux apôtres, (vers 1495), baie13, église de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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SOURCES ET LIENS.

 

.

— CALLIAS BEY (Martine), CHAUSSÉ (Véronique), GATOUILLAT (Françoise), HÉROLD (Michel), 2001,"Les vitraux de Haute-Normandie", Corpus vitrearum Recensement VI, CNRS éditions, page 171

— FOSSEY (abbé Jules), 1896, L'église Notre-Dame à Louviers, La Normandie monumentale.

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k62406567/f7.image.texteImage

— HÉROLD (Michel),1995,  Louviers, église Notre-Dame, les verrières, Rouen, 16p

— LAFOND Jean, 1963, Les vitraux de Notre-Dame de Louviers, par Jean Lafond . Louviers et Pont-de-l'Arche. Nouvelles de l'Eure, n° 15, Pâques 1963. (pp. 42-47). Non consulté.

— LE MERCIER (E.)  Monographie de l'église Notre-Dame de Louviers Ch. Hérissey et fils, 1906 - 212 pages 

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28 novembre 2018 3 28 /11 /novembre /2018 16:54

Zoonymie des Odonates : les noms de Gomphus simillimus (Sélys, 1840), "le Gomphe semblable".

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Zoonymie ? L'étude des noms des animaux (zoo). Comme dans Toponymie, Oronymie, Hydronymie, ou Anthroponymie, mais pour les bêtes. 

 

 

 

Zoonymie des Odonates.

GÉNÉRALITÉS

ANISOPTÈRES

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ZYGOPTÈRES

BIBLIO :

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Résumé.

Genre Gomphus, Leach, 1815. Entomology, in Brewster's Edinb. Encycl. 9(1): 137. Il doit son nom au latin gomphus, issu de grec gomphos, "clou, coin, cheville", du fait de la forme en massue ("clavate") de l'abdomen des mâles. (Fleidner, 2009 ; Endersby 2012). La racine gomph- se retrouve ailleurs, avec le même sens de "en forme de clou", en Zoologie, en Mycologie et en Botanique.

espèce Gomphus simillimus Sélys, 1840 Monogr. Libell. Eur. :85. L'épithète latin simillimus superlatif de similis "semblable" est traduit par l'auteur lui-même par son nom en français, "Gomphus très-semblable", et il en donne l'explication :"Cette espèce est tellement semblable au G. Pulchellus qu'il faut un œil exercé pour les distinguer.". C'est à partir d'un spécimen de la collection de Boyer de Fonscolombe, capturé près d'Aix-en-Provence et adressé par ce dernier, que Sélys-Longchamps s'est livré à une comparaison avec G. pulchellus,.

Nom en français : 1°) "[Le] Gomphus très-semblable" , Sélys 1840, Monogr. Libell. Eur. page 85. 2°) "Le Gomphe semblable", Grand et Boudot, 2006.

Noms communs en d'autres langues :

-allemand  : "Gelbe Keiljungfer"

-catalan : "el Rodadits groc"  (groc = jaune)

-néerlandais : De gele rombout" 

-gallois : "Gwas neidr o deulu'r " 

-anglais : "Yellow clubnail "

 

 

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NOM SCIENTIFIQUE.

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NOM DE GENRE GOMPHUS.

Voir http://www.lavieb-aile.com/2018/01/zoonymie-des-odonates-le-genre-gomphus-leach-1815.html

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NOM D'ESPÈCE GOMPHUS SIMILLIMUS  (SELYS, 1840).

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 Selys-Longchamps, (Edmond de) 1840. Monographie des Libellulidées d'Europe. Roret, Paris. 220 pp. + 4 pls. page 8(

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k370057n

Description originale.

 

"N° 5. GOMPHUS SIMILLIMUS. (Nobis.)

GOMPHUS TRÈS-SEMBLABLE.

Diagnose. - Thorax jaune avec six raies noires courbées en dessus. Abdomen dilaté à son extrémité, noir avec une ligne dorsale jaune prolongée jusqu'à l'extrémité. Pieds jaunes, rayés de noir. Tous les tarses noirs. Appendices anals supérieurs du mâle noirs; l'inférieur double, presque jaune, de la longueur du dernier segment. Parastigma court, long de 1 ligne #.

Dimensions. —(Voyez le tableau.)

Synonymie. - AESCHNA FORCIPATA. B. de Fonscol. (Exclusis synonymis.)

Cette espèce est tellement semblable au G. Pulchellus qu'il faut un œil exercé pour les distinguer. Voici les seules différences que j'aie trouvées sur les individus mâles :

1° Les tarses postérieurs sont tout noirs comme les antérieurs. (Ils sont jaunes en dehors dans le G. pulchellus.)

2° Le parastigma est plus court, brun, presque noirâtre , et la coupe du bord anal des secondes ailes est un peu différente.

3° L'extrémité de l'abdomen vers les 7me, 8me et 9me segments est dilatée sur les côtés, et il y a un petit cercle jaune à la base de chacun : enfin, vers ces segments, la ligne jaune dorsale est très-étroite, excepté vers le neuvième où elle forme une tache ovale, assez large. (Dans le Pulchellus, l'abdomen n'est pas élargi, mais cylindrique, et la raie dorsale est à peu près égale partout.)

4° Les deux branches de l'appendice anal inférieur ne sont pas plus écartées que les appendices supérieurs, leur pointe est à peine noirâtre et les supérieurs sont cylindriques, terminés subitement en une petite pointe aiguë bien visible à la loupe. (Dans le Pulchellus l'appendice inférieur a ses deux branches terminées de noir, plus divergentes que les appendices supérieurs, qui sont terminés en pointe arrondie, et dont les côtés portent un sillon enfoncé bien visible à la loupe.)

La femelle, d'après M. de Fonscolombe, est analogue au mâle.

C'est entièrement à M. Boyer de Fonscolombe que je dois la découverte de cette espèce, puisque je n'ai pu constater les différences minutieuses qui la séparent du G. pulchellus qu'après avoir pu lui comparer chez moi l'individu mâle qu'il a eu l'obligeance de m'envoyer. M. de Fonscolombe m'écrit que tous les individus qu'il a pris , ont les tarses noirs , et le caractère tiré de la forme des appendices supérieurs suffit pour prouver à l'évidence la différence spécifique. On peut s'en convaincre en examinant les dessins que j'en donne. Par cette forme et la dilatation des derniers segments de l'abdomen , le G. simillimus ressemble étonnamment au G. flavipes. Mais ce dernier à les tarses postérieurs jaunes en dehors, l'appendice inférieur en partie noir, le bord de la côte noir, le parastigma allongé et la coloration du thorax et du front très-différente.

Le Gomphus simillimus se trouve aux environs d'Aix en Provence, dans les endroits les plus secs et éloignés des eaux. D'après M. de Fonscolombe il est peu commun.

Après avoir écrit cet article, j'en ai reconnu un individu en tout semblable dans la collection de M. Robyns, qui l'a pris dans la forêt de St-Germain, près de Paris, ce qui prouve qu'il est répandu dans toute la France. Il vole à la même époque que le G. pulchellus."

A propos de la collection de Robyns, à Bruxelles, voir mon article sur Somatochlora flavomaculata.

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ÉTUDE DU NOM SIMILLIMUS.

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L'épithète latin simillimus superlatif de similis "semblable" est traduit par l'auteur lui-même par son nom en français, "Gomphus très-semblable", et il en donne l'explication :"Cette espèce est tellement semblable au G. Pulchellus qu'il faut un œil exercé pour les distinguer.".

C'est à partir d'un spécimen de la collection de Boyer de Fonscolombe, capturé près d'Aix-en-Provence et adressé par ce dernier, que Sélys-Longchamps s'est livré à une comparaison avec G. pulchellus,.  "C'est entièrement à M. Boyer de Fonscolombe que je dois la découverte de cette espèce, puisque je n'ai pu constater les différences minutieuses qui la séparent du G. pulchellus qu'après avoir pu lui comparer chez moi l'individu mâle qu'il a eu l'obligeance de m'envoyer. M. de Fonscolombe m'écrit que tous les individus qu'il a pris , ont les tarses noirs , et le caractère tiré de la forme des appendices supérieurs suffit pour prouver à l'évidence la différence spécifique. On peut s'en convaincre en examinant les dessins que j'en donne. Par cette forme et la dilatation des derniers segments de l'abdomen , le G. simillimus ressemble étonnamment au G. flavipes. Mais ce dernier à les tarses postérieurs jaunes en dehors, l'appendice inférieur en partie noir, le bord de la côte noir, le parastigma allongé et la coloration du thorax et du front très-différente.'

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Voir les auteurs suivants : 

— POITOU-CHARENTE NATURE (Association)

http://www.poitou-charentes-nature.asso.fr/gomphe-semblable/

"De similimus (lat)=extrêmement semblable, Sélys-Longchamps, le descripteur faisait référence à Gomphus pulchellus."

 

— ANTONIO (Costantino D’), VEGLIANTE (Francesca ) "Derivatio nominis libellularum europæarum"(PDF) (en Italien) Étymologie de 197 noms de Libellules européennes.

https://www.researchgate.net/publication/316791278_Derivatio_nominis_libellularum_europaearum

".simillimus (Gomphus) - superlativo di similis, e = simile. Molto somigliante al congenere pulchellus."

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NOMS EN LANGUE VERNACULAIRE.

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I. LES NOMS COMMUNS EN FRANÇAIS.

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1°) "[Le ] Gomphus très-semblable", Sélys, 1840.

Monographie des Libellulidées d'Europe, page 85.

Comme il le fait pour les 7 espèces que Sélys place dans son genre Gomphus, l'auteur belge fait suivre le nom scientifique de sa  transcription  littérale en français au prix d'un barbarisme (*) : "Gomphus très-semblable".

(*) ou du moins, d'un néologisme désagréable car entaché d'une terminaison latine incongrue.

Le nom est repris en 1843 par Pierre Boitard . Sélys-Longchamps reprend ce nom dans sa Revue des Odonates de 1850, page 89, et dans sa Monographie des Gomphines de 1857 page 134.

Puis le nom français tombe en désuétude (le moteur de recherche le trouve, presque par inadvertance, dans une publication de 1990 de Boudier et Levasseur pour Martinia).

Il échappe, en 1958,  à l'effort du suisse Paul-A. Robert  de proposer un nom en langue vernaculaire pour les francophones (ce dernier ne décrit pas G. Simillimus dans son guide Les Libellules, ou Odonates).

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2°) Le Gomphe semblable, Grand et Boudot 2006.

En 2006-2007, la parution d'ouvrages grand-public entraîne la correction de "Gomphus"en "Gomphe", et la simplification du superlatif , avec la forme "Gomphe semblable". Quel en est le créateur exact ? 

—Grand et Boudot, Les Libellules de France, Belgique et Luxembourg, avril 2006 page 338

— Jourde traducteur de Dijkstra, , Guide des Libellules,  avril 2007, page 186

— Précigout, Prud'homme et Jourde, novembre 2009, Libellules de Poitou-Charente.

C'est désormais le nom commun admis pour les auteurs français par la SFO (Boudot & Dommanget 2012), mais uniquement "lors des opérations de sensibilisation et de vulgarisation", ainsi que par l'INPN/MNHN ("nom latin ou vernaculaire").

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II. LES NOMS COMMUNS EN D'AUTRES LANGUES.

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-allemand  : "Gelbe Keiljungfer"

-catalan : "el Rodadits groc"  (groc = jaune)

-néerlandais : De gele rombout" 

-gallois : "Gwas neidr o deulu'r " 

-anglais : "Yellow clubnail "

-breton (en cours de validation) : lost penngod melen (queue renflée jaune)

 

 

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SOURCES ET LIENS.

[BOUDOT J.-P., DOMMANGET J.-L., 2012. Liste de référence des Odonates de France métropolitaine. Société française d’Odonatologie, Bois-d’Arcy (Yvelines), 4 pp.] 

http://www.libellules.org/fra/pdf/503_pagesdynadocs519e54424a6f7.pdf

INPN;

https://inpn.mnhn.fr/espece/cd_nom/653291/tab/taxo

ROBERT (Paul-A.), 1958, Les Libellules (Odonates), Delachaux et Niestlé, 364 pages.

https://books.google.fr/books?hl=fr&id=NDOitQEACAAJ&dq=paul+robert+1958+libellules&focus=searchwithinvolume&q=gomphe

 

DIJKSTRA (K.-D. B. ), illustrations: R. Lewington,2007,  Guide des libellules de France et d'Europe, Delachaux et Niestlé, Paris, 2007, 

— GRAND (Daniel), BOUDOT (Jean-Pierre), 2006 Les Libellules de France, Belgique et Luxembourg. Collection Parthénope, Biotope 479 pages

https://books.google.fr/books?id=cYwSCwAAQBAJ&dq=inauthor:%22Daniel+Grand%22&hl=fr&source=gbs_navlinks_s

 — LEACH , W.E. (1815). "Entomology". In Brewster, David. Edinburgh Encyclopaedia. Vol. 9. Edinburgh: William Blackwood. pp. 57–172 [137] (in 1830 edition) – 

https://www.biodiversitylibrary.org/page/17493627#page/145/mode/1up

 — PRÉCIGOUT (Laurent), PRUD'HOMME (Eric), JOURDE (Philippe), 2009, Libellules de Poitou-Charentes, Ed. Poitou-Charentes Nature, 255 pages, 

 — SELYS-LONGCHAMPS ( Michel Edmond, Baron de) 1840, Monographie des libellulidées d'Europe, Roret, 220 pages.

https://books.google.fr/books?id=8aBIt4TdIM0C&dq=AEschna&hl=fr&source=gbs_navlinks_s

 

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OUTILS ZOONYMIE.

— LSJ Site de traduction grec/anglais Liddell  Scott Jones

https://lsj.translatum.gr/wiki/Main_Page

https://lsj.translatum.gr/wiki/LSJ:GreekEnglishLexicon

— ANTONIO (Costantino D’), VEGLIANTE (Francesca ) "Derivatio nominis libellularum europæarum"(PDF) (en Italien) Étymologie de 197 noms de Libellules européennes.

https://www.researchgate.net/publication/316791278_Derivatio_nominis_libellularum_europaearum

— ENDERSBY (IAN D. ), 2012,  : Watson and Theischinger: the etymology of the dragonfly (Insecta: Odonata) names which they published  Journal and Proceedings of the Royal Society of New South Wales, vol. 145, nos. 443 & 444, pp. 34-53. ISSN 0035-9173/12/010034-20 34

https://royalsoc.org.au/images/pdf/journal/145_Endersby.pdf

— ENDERSBY (IAN D., FRS ), 2012, Etymology of the Dragonflies (Insecta: Odonata) named by R.J. Tillyard, F.R.S. Proceedings of the Linnean Society of New South Wales 134, 1-16.

https://openjournals.library.sydney.edu.au/index.php/LIN/article/viewFile/5941/6519

— ENDERSBY (IAN D., FRS ), 2012, The Naming of Victoria’s Dragonflies (Insecta: Odonata,  Proceedings of the Royal Society of Victoria 123(3): 155-178. 

https://www.academia.edu/28354624/The_Naming_of_Victoria_s_Dragonflies_Insecta_Odonata_

— ENDERSBY (IAN D. ), 2015, The naming's of Australia's dragonflies.

https://www.researchgate.net/publication/283318421_The_Naming_of_Australia%27s_Dragonflies

 http://dominique.mouchene.free.fr/libs/docs/GENE_origine_noms_odonates_Australie_Endersby_2015.pdf

— FLIEDNER (Heinrich), 2009, Die wissenschaftlichen Namen der Libellen in Burmeisters ‘Handbuch der Entomologie’ Virgo 9[5-23]

http://www.entomologie-mv.de/download/virgo-9/Virgo%200902%20Die%20wissenschaftlichen%20Namen%20der%20Libellen%20in%20Burmeisters.pdf

 — FLIEDNER (Heinrich),  MARTENS (Andreas ), 2008, The meaning of the scientific names of Seychelles dragonflies (Odonata) , Phelsuma 16 (2008); 49-57

https://www.researchgate.net/publication/228819379_The_meaning_of_the_scientific_names_of_Seychelles_dragonflies_Odonata [accessed Jan 04 2018].

Derivatio nominis libellularum europaearum (Téléchargement PDF disponible). Available from: https://www.researchgate.net/publication/316791278_Derivatio_nominis_libellularum_europaearum[accessed Jan 08 2018].

LISTE DES LIBELLULES DE BRETAGNE

https://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_des_libellules_de_Bretagne

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Published by jean-yves cordier - dans Zoonymie des Odonates
28 novembre 2018 3 28 /11 /novembre /2018 14:44

La verrière de saint Claude (?) ou baie 19 offerte vers 1495 par Guillaume Le Roux pour l' église de Louviers.

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Voir aussi  sur Louviers :

Voir : Tous mes articles sur les vitraux.

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PRÉSENTATION.

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À l'extrémité ouest du bas-coté nord de la nef, et difficile d'accès, cette baie comporte une seule lancette trilobée de 4,30 m de haut et 0,70 m de large. Elle a été offerte par Guillaume II Le Roux vers 1495, et provient de la chapelle propre à cette grande famille dont le mécénat permis la reconstruction de la façade sud de l'église. Le registre principal montre un saint archevêque, qui serait a priori saint Claude, puisque le fils et successeur de Guillaume II est Claude Ier Le Roux (voir la baie 24 où figure également saint Claude, et Claude Le Roux).

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Verrière de saint Claude (vers 1495), baie 19 de l'église de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Verrière de saint Claude (vers 1495), baie 19 de l'église de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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L'archevêque et les donateurs occupent une niche d'architecture, dont le soubassement et les piédroits portent des panneaux ornés de prophètes, et dont le fond est tendu d'un étoffe damassée rouge (motif à trois feuilles découpées).

Le prélat est figuré selon Recensement VI en archevêque, mais ne peut-on dire qu'il est ici en abbé, avec son bâton pastoral tenu à droite, et doté d'une croix latine à une seule traverse ? Le saint porte les gants ou chirothèques (avec houppe dorée au poignet) avec, sur le dos de ces gants, la plaque de métal ouvragée en quadrilobe. Une bague est portée au pouce gauche (première phalange). Saint Claude est vêtu d'une chape au dessus d'une dalmatique verte à fentes latérales frangées d'or. Les fanons (théoriquement réservés aux évêques et non aux abbés)  de la mitre sont larges et descendent assez bas sur les épaules.

La plus grande attention peut être portée aux détails de ces panneaux : non pas tant aux délicats rehauts de jaune d'argent de l'architecture qu'au verre rouge gravé de la mitre , et, surtout, aux nombreuses pièces en chef d'œuvre, ces verres colorés insérés à l'intérieur d'une autre pièce de verre grâce à une découpe audacieuse. 

C'est un plaisir de les recenser sous forme de rubis, d'améthystes, de saphir,   d'émeraudes et autres joyaux, en cabochon sur les pointes de la mitre précieuse , sur la croix, sur les orfrois de la chape.

On retrouvera cette technique pour les croisettes des armoiries.

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Verrière de saint Claude (vers 1495), baie 19 de l'église de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Verrière de saint Claude (vers 1495), baie 19 de l'église de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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Verrière de saint Claude (vers 1495), baie 19 de l'église de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Verrière de saint Claude (vers 1495), baie 19 de l'église de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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Verrière de saint Claude (vers 1495), baie 19 de l'église de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Verrière de saint Claude (vers 1495), baie 19 de l'église de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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Verrière de saint Claude (vers 1495), baie 19 de l'église de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Verrière de saint Claude (vers 1495), baie 19 de l'église de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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LES DONATEURS.

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Au premier plan, le couple est vêtu du même manteau rouge fourrée. C'est un manteau identique que porte Claude Le Roux en donateur sur la baie 24 : renvoie-t-elle à une fonction honorifique ? Guillaume, comme Claude, fut Lieutenant-général du vicomte d'Elbeuf, et Conseiller au Parlement normand, l'Échiquier. Les Conseillers portaient-il un manteau rouge, long et fourré d'hermine  ?

Il s'agit de Guillaume II Le Roux et de son épouse Jeanne Jubert, comme l'indique le blason sous-jacent : d'azur au chevron d'argent accompagné de trois têtes de léopard d'or (Guillaume Le Roux) et écartelé aux 1 et 4 d'azur à une croisette d'or qui est du Thil ; aux 2 et 3 d'azur à cinq fers de lance d'argent, 3 et 2 qui est de Jubert (Jeanne Jubert ). Ce blason est donc celui de Jeanne Jubert, 

Sur Guillaume Le Roux, je renvoie à mon article sur la baie 24.

Jeanne Jubert est née le 15 août 1469 de  Guillaume Jubert (mort en 1503),  lieutenant général à Vernon du bailli de Gisors, puis conseiller à l'échiquier de Normandie. Elle épousa Guillaume Le Roux à 17 ans,  le 27 juin 1486, et eut seize enfants. 

Derrière eux, nous voyons quatre enfants, deux garçons (tête nue) et deux filles. Trois fils nous sont connus, Guillaume, Claude et Nicolas.

Les Le Roux et le Parlement de Normandie.

rappel :

 

En 1499, l’Echiquier est composé de quatre présidents, compris le premier président, de treize conseillers clercs et de quinze conseillers laïcs (ou lays) ; choisis parmi les hommes « vertueux, justes, coustumiers, sachans, cognoissans et intendans les coustumes et usages, styles et chartes dudit pays » de Normandie, ils sont majoritairement originaires de la province et tout particulièrement de Rouen, du pays de Caux et du Vexin normand. Les membres du Parlement sont pourvus d’une charge publique qui prend la forme d’un office. Malgré une interdiction ancienne, l’office devient un élément du patrimoine et, comme tel, transmissible moyennant rémunération. En résignant leurs offices, présidents et conseillers désignent leurs successeurs ; par la vénalité des charges, ils garantissent leur inamovibilité. De véritables dynasties se constituent ainsi. En février 1515, quelques jours après son avènement, François Ier confirme la création de son prédécesseur, en modifiant toutefois sa titulature : le terme d’échiquier, symbole de l’identité normande, disparaît, la Cour devient un parlement à l’instar des autres cours souveraines du royaume. Son ressort géographique, son rôle juridictionnel et politique, son pouvoir réglementaire et son organisation interne sont alors en partie définis.

— Guillaume Le Roux, Conseiller au parlement en 1499, alors que Jacques Calenge était président. Je note qu'il fut prince (président) des Palinods de Rouen, ou en tout cas, il fut le premier à doter   d'un fonds fixe cette confrérie vouée à l'Immaculée Conception. Le concours de poésie (ou Puy, ou Palinod) en l'honneur de la Conception de la Vierge avait été institué en 1489. C'est un argument de poids pour interpréter certains vitraux de Louviers comme une défense de l'Immaculée Conception.

 

— Claude Le Roux : conseiller du parlement de Normandie en 1520.

— Nicolas Le Roux (frère de Claude), conseiller du parlement de Normandie en 1537

— Robert (fils de Claude), conseiller clerc au parlement de Normandie en 1553.

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L'inscription placée en légende au pied de la vitre n'a pas été(à ma connaissance) décryptée. Dommage !

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Verrière de saint Claude (vers 1495), baie 19 de l'église de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Verrière de saint Claude (vers 1495), baie 19 de l'église de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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Le couronnement du dais et les anges de la tête de lancette ont été composés en 1903 par Maurice Muraire. Les philactères portent les inscriptions TE DEUM LAUDAMUS et IN DOMINUM CONFITEMUR.

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Verrière de saint Claude (vers 1495), baie 19 de l'église de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Verrière de saint Claude (vers 1495), baie 19 de l'église de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

SOURCES ET LIENS.

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 Office du tourisme Seine-Eure :

http://www.tourisme-seine-eure.com/images/06-QUE-FAIRE/1-culture-patrimoine/B1.2-ND-Louviers/Circuit-Bilingue-EGLISE-ND-LOUVIERS.pdf

 

— CALLIAS BEY (Martine), CHAUSSÉ (Véronique), GATOUILLAT (Françoise), HÉROLD (Michel), 2001,"Les vitraux de Haute-Normandie", Corpus vitrearum Recensement VI, CNRS éditions, page 171

FOSSEY (abbé Jules), 1896, L'église Notre-Dame à Louviers, La Normandie monumentale.

 

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k62406567/f7.image.texteImage

 

— HÉROLD (Michel),1995,  Louviers, église Notre-Dame, les verrières, Rouen, 16P

— LAFOND Jean, 1963, Les vitraux de Notre-Dame de Louviers, par Jean Lafond . Louviers et Pont-de-l'Arche. Nouvelles de l'Eure, n° 15, Pâques 1963. (pp. 42-47). Non consulté.

— LE MERCIER (E.)  Monographie de l'église Notre-Dame de Louviers Ch. Hérissey et fils, 1906 - 212 pages 

—  PREVOST (Gustave-Amable ), 1896, L'influence de la fortune et de l'initiative privées sur l'architecture : une famille normande et la Renaissance en Haute-Normandie, impr. de C. Hérissey (Évreux) pages34 et suiv.

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5502915c/f37.image

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k63528p/texteBrut

 

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27 novembre 2018 2 27 /11 /novembre /2018 16:14

Zoonymie des Odonates : les noms de Gomphus pulchellus, (Selys, 1840), "le Gomphe joli".

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Zoonymie ? L'étude des noms des animaux (zoo). Comme dans Toponymie, Oronymie, Hydronymie, ou Anthroponymie, mais pour les bêtes. 

 

 

 

Zoonymie des Odonates.

GÉNÉRALITÉS

ANISOPTÈRES

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ZYGOPTÈRES

BIBLIO :

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Résumé.

— Genre Gomphus, Leach, 1815. Entomology, in Brewster's Edinb. Encycl. 9(1): 137. Il doit son nom au latin gomphus, issu de grec gomphos, "clou, coin, cheville", du fait de la forme en massue ("clavate") de l'abdomen des mâles. (Fleidner, 2009 ; Endersby 2012). La racine gomph- se retrouve ailleurs, avec le même sens de "en forme de clou", en Zoologie, en Mycologie et en Botanique.

— espèce Gomphus pulchellus Sélys, 1840 Monog. Libell. Eur. :83. Le nom , forme latine pulchellus, diminutif de pulcher, "beau", qui signifie "joli, mignon", a été choisi par le britannique Stephens pour un spécimen unique de sa collection, récolté aux environs de Douvres (vers 1829). La description en règle du spécimen a été donnée par le belge Edmond de Sélys en 1840. 

— Nom en français : 1°) [Le] Gomphus gentil" [sic], Sélys 1840, Monog. Libell. Eur. page 83. 2°) "Le Gomphe joli", Paul-A. Robert, 1958. 

— Noms dans d'autres langues: 

 -En catalan : el Rodadits de bassa 

-en allemand : Westliche Keiljungfer

-en néerlandais : Plasrombout

-en anglais : Western Club-tailed Dragonfly

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NOM SCIENTIFIQUE.

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NOM DE GENRE GOMPHUS.

Voir http://www.lavieb-aile.com/2018/01/zoonymie-des-odonates-le-genre-gomphus-leach-1815.html

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NOM D'ESPÈCE GOMPHUS PULCHELLUS (SELYS, 1840).

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 Selys-Longchamps, (Edmont de) 1840. Monographie des Libellulidées d'Europe. Roret, Paris. 220 pp. + 4 pls. page 83

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k370057n/f84.image

https://books.google.fr/books?id=NaI-AAAAcAAJ&pg=PA83&dq=gomphus+pulchellus+Monographie+des+libellulid%C3%A9es+d%27Europe+Selys-Longchamps,&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwj8yZCY8fTeAhUGhxoKHWLxCmsQ6AEIKTAA#v=onepage&q=gomphus%20pulchellus%20Monographie%20des%20libellulid%C3%A9es%20d'Europe%20Selys-Longchamps%2C&f=false

Description originale :

N° 2. GOMPHUS PULCHELLUS. (STEPHENS.)

GOMPHUS GENTIL .

Diagnose. — Thorax jaune, avec six raies noires étroites en dessus. Abdomen allongé noir, avec une ligne dorsale jaune prolongée jusqu'à l'extrémité. Pieds jaunes rayés de noir, les tarses des postérieurs jaunes en dehors. Appendices anals supérieurs du mâle noirs, l'inférieur double, jaune, noir à la pointe, de la longueur du dernier segment. Parastigma long de 1 lig. #.

Dimensions. — (Voyez le tableau.)

Synonymie.— GOMPHUS PULCHELLUS. Stephens (collection). De Selys, 1859. - — FLAVIPES. Steph. Curtis. (Exclusis synonymis.) PETALURA FLAVIPEs. De Selys, 1857.

♂. Devant de la tête jaune, avec une seule ligne transverse noire très étroite. Ocelles et devant des yeux noirs. Les yeux grisâtres. Lèvre inférieure jaune. Thorax jaune avec six raies noires un peu courbées , étroites sur le devant : les deux médianes contiguës ; deux autres lignes obliques noires sur les côtés du thorax. Espace interalaire jaune, tacheté de noir. Abdomen noir, étroit, cylindrique, étranglé au troisième segment, peu ou point dilaté à son extrémité. Le premier segment jaune avec une raie transverse noire interrompue au milieu ; le deuxième avec une tache dorsale jaune à trois lobes; tous les autres segments avec une ligne dorsale jaune plus large que chez la Forcipata et prolongée jusqu'à l'extrémité de l'abdomen. La ligne du huitième segment un peu plus large ; les côtés de tous et les tubercules du deuxième jaunes. Appendices anals de la longueur du dernier segment ; les supérieurs noirs, cylindriques, divergents, pointus, l'extrémité tronquée en dehors, et le côté extérieur muni d'un petit sillon enfoncé, dont l'extrémité forme une seconde petite pointe à peine visible. L'appendice inférieur fourchu à branches latérales jaunes, à pointe noire, encore plus divergentes que les appendices supérieurs. Pieds jaunes, bordés en dedans par une ligne noire qui est triple sur les cuisses. Les tarses des postérieurs jaunes en dehors. Ailes hyalines légèrement jaunâtres. La nervure de la côte jaune en dehors. Parastigma roussâtre , long de 1  lig. Bord interne des secondes ailes très-anguleux. Membranule accessoire presque nulle.

. Diffère du mâle en ce que l'abdomen n'est pas rétréci au deuxième segment, que la raie dorsale est plus large. Les appendices anals à peine de la longueur de la moitié du dernier segment, simples, pointus, droits, noirâtres.

Cette espèce a été jusqu'ici peu observée, ayant sans doute été confondue avec ses congénères. M. Stephens, qui en a recueilli des individus aux environs de Douvres, sur les côtes méridionales de l'Angleterre, la nomma dans sa collection Gomphus pulchellus, mais ne la décrivit pas. Plus tard il la considéra comme la Flavipes de T. de Charpentier et renonça au nom de Pulchellus que je lui restitue, puisque ce n'est pas le Flavipes. En 1837, je l'ai publiée comme nouvelle sous le nom de Flavipes, ignorant qu'une autre espèce le portait déjà.

Elle se trouve en Belgique au mois de juin. Elle est peu commune, et voltige très-rapidement sur les prairies. Elle se pose souvent dans les sentiers. Elle habite aussi toute la France, l'Allemagne et le nord de l'Afrique.

Cette espèce diffère du G. flavipes par la nervure extérieure de la côte qui est jaune (au lieu d'être noire), par son abdomen qui n'est pas dilaté à son extrémité. Se distingue des G. Selysii, Forcipatus et Unguiculatus, à la couleur des pieds, du Serpentinus à la forme et à la couleur des appendices anals, etc. (Voyez plus bas les différences avec le Simillimus.)

 

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ÉTUDE DU NOM GOMPHUS PULCHELLUS.

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Le nom est expliqué par Sélys dans sa description :

"M. Stephens, qui en a recueilli des individus aux environs de Douvres, sur les côtes méridionales de l'Angleterre, la nomma dans sa collection Gomphus pulchellus, mais ne la décrivit pas. Plus tard il la considéra comme la Flavipes de T. de Charpentier et renonça au nom de Pulchellus que je lui restitue, puisque ce n'est pas le Flavipes. En 1837, je l'ai publiée comme nouvelle sous le nom de Flavipes, ignorant qu'une autre espèce le portait déjà."

Le nom vient du latin pulchellus, a, um,  diminutif de  pulcher (“beau”) +‎ -lus. Il se traduit par "joli, tout charmant" (Gaffiot), voire "mignon".

 

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NOMS VERNACULAIRES.

 

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LES NOMS COMMUNS EN FRANÇAIS.

1°) "[Le] Gomphus gentil", Sélys 1840, Monographie des Libellulidées d'Europe page 83.

Comme il en a l'habitude, Edmond de Sélys-Longchamps accompagne sa description, juste après la mention du nom scientifique, par un nom en français qui est la traduction ou la transcription la plus littérale de ce nom scientifique. Pourquoi choisi-t-il ici l'adjectif "gentil" ? Pourquoi a-t-il créé le barbarisme de "Gomphus gentil" ? Le nom est repris par Pierre Boitard en 1843, puis par Sélys dans sa revue de 1850, sans que personne n'éprouve la nécessité d'une forme plus proche des sonorités françaises comme Gomphe gentil.

 L'usage des noms vernaculaires est ensuite  quasiment proscrit auprès des entomologistes, jusqu'à l'apparition, dans la seconde moitié du XXe siècle, de la nécessité de répondre à l'intérêt du grand public par la publication de Guides de vulgarisation, et donc de l'urgence de pourvoir à la grande carence des noms communs de libellules, en français malgré les efforts du suisse Paul Robert dès 1958. Pourtant, l'un des premiers guides, paru en 1983, The Dragonflies of Great Britain and Ireland de Cyril Oswald Hammond, ‎Richard Robinson Askew, ‎Robert Merritt , se contente de reprendre le barbarisme "Le Gomphus gentil". Ce sera encore le cas en 1987 dans l' Étude faunistique et bibliographique des Odonates de France de Jean-Louis Dommanget .  "Gomphe gentil" apparaît en 1958 sous la plume de P-A. Robert, puis une seule fois en 1998 sur le moteur de recherche.

2°) "Le Gomphe joli" (Robert, 1958). 

Dans Les Libellules (Odonates) du naturaliste suisse Paul-A. Robert,  paru en 1958, l'auteur nomme l'espèce "Gomphe joli ou gentil" (page 201).

Cette forme, malgré son opiniâtre inféodation au nom scientifique, est plus heureux que le précédent.

Dans une recherche en ligne, toujours pleine d'embûches, je le trouve  repris dans un Bulletin de la Société neuchâteloise des sciences naturelles de 1998, .  Puis il est présent en 2005 dans le Chinery  ; bien-sûr, je ne prétends pas à un inventaire exhaustif de la littérature.

Je relève la liste suivante :

  • Jean Legrand in Chinery, 2005 :le Gomphe joli.
  • Grand et Boudot, 2006. le Gomphe joli.
  • Jourde in Dijkstra : Le Gomphe gentil
  • Précigout, Prudhomme, et  Jourde 2009 : Gomphe joli. Syn. Gomphe gentil.
  • INPN consulté en novembre 2018 : le Gomphe joli.
  • Wikipédia consulté en novembre 2018 : le Gomphe gentil
  • [BOUDOT J.-P., DOMMANGET J.-L., 2012. Liste de référence des Odonates de France métropolitaine. Société française d’Odonatologie, Bois-d’Arcy (Yvelines), 4 pp.] : "le gomphe joli".

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De toute façon "Les noms français ne doivent être utilisés qu'aux opérations de sensibilisation et de vulgarisation (essentiellement vers le grand public). "(Boudot et Dommanget 2012)

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le Gomphe joli, photo lavieb-aile.

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http://www.lavieb-aile.com/2018/06/le-gomphe-joli-gomphus-pulchellus-selys-1840-a-crozon.html

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LES NOMS COMMUNS DANS D'AUTRES LANGUES.

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 -En catalan : el Rodadits de bassa . Voir Rodadits

-en allemand : Westliche Keiljungfer

-en néerlandais : Plasrombout

-en anglais : Western Club-tailed Dragonfly.

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SOURCES ET LIENS.

— [BOUDOT J.-P., DOMMANGET J.-L., 2012. Liste de référence des Odonates de France métropolitaine. Société française d’Odonatologie, Bois-d’Arcy (Yvelines), 4 pp.] 

http://www.libellules.org/fra/pdf/503_pagesdynadocs519e54424a6f7.pdf

— INPN;

https://inpn.mnhn.fr/espece/cd_nom/65227/tab/taxo

— ROBERT (Paul-A.), 1958, Les Libellules (Odonates), Delachaux et Niestlé, 364 pages.

https://books.google.fr/books?hl=fr&id=NDOitQEACAAJ&dq=paul+robert+1958+libellules&focus=searchwithinvolume&q=gomphe

 

— DIJKSTRA (K.-D. B. ), illustrations: R. Lewington,2007,  Guide des libellules de France et d'Europe, Delachaux et Niestlé, Paris, 2007, 

— GRAND (Daniel), BOUDOT (Jean-Pierre), 2006 Les Libellules de France, Belgique et Luxembourg. Collection Parthénope, Biotope 479 pages

https://books.google.fr/books?id=cYwSCwAAQBAJ&dq=inauthor:%22Daniel+Grand%22&hl=fr&source=gbs_navlinks_s

 — LEACH , W.E. (1815). "Entomology". In Brewster, David. Edinburgh Encyclopaedia. Vol. 9. Edinburgh: William Blackwood. pp. 57–172 [137] (in 1830 edition) – 

https://www.biodiversitylibrary.org/page/17493627#page/145/mode/1up

 — PRÉCIGOUT (Laurent), PRUD'HOMME (Eric), JOURDE (Philippe), 2009, Libellules de Poitou-Charentes, Ed. Poitou-Charentes Nature, 255 pages, 

 — SELYS-LONGCHAMPS ( Michel Edmond, Baron de) 1840, Monographie des libellulidées d'Europe, Roret, 220 pages.

https://books.google.fr/books?id=8aBIt4TdIM0C&dq=AEschna&hl=fr&source=gbs_navlinks_s

 

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OUTILS ZOONYMIE.

— LSJ Site de traduction grec/anglais Liddell  Scott Jones

https://lsj.translatum.gr/wiki/Main_Page

https://lsj.translatum.gr/wiki/LSJ:GreekEnglishLexicon

— ANTONIO (Costantino D’), VEGLIANTE (Francesca ) "Derivatio nominis libellularum europæarum"(PDF) (en Italien) Étymologie de 197 noms de Libellules européennes.

https://www.researchgate.net/publication/316791278_Derivatio_nominis_libellularum_europaearum

— ENDERSBY (IAN D. ), 2012,  : Watson and Theischinger: the etymology of the dragonfly (Insecta: Odonata) names which they published  Journal and Proceedings of the Royal Society of New South Wales, vol. 145, nos. 443 & 444, pp. 34-53. ISSN 0035-9173/12/010034-20 34

https://royalsoc.org.au/images/pdf/journal/145_Endersby.pdf

— ENDERSBY (IAN D., FRS ), 2012, Etymology of the Dragonflies (Insecta: Odonata) named by R.J. Tillyard, F.R.S. Proceedings of the Linnean Society of New South Wales 134, 1-16.

https://openjournals.library.sydney.edu.au/index.php/LIN/article/viewFile/5941/6519

— ENDERSBY (IAN D., FRS ), 2012, The Naming of Victoria’s Dragonflies (Insecta: Odonata,  Proceedings of the Royal Society of Victoria 123(3): 155-178. 

https://www.academia.edu/28354624/The_Naming_of_Victoria_s_Dragonflies_Insecta_Odonata_

— ENDERSBY (IAN D. ), 2015, The naming's of Australia's dragonflies.

https://www.researchgate.net/publication/283318421_The_Naming_of_Australia%27s_Dragonflies

 http://dominique.mouchene.free.fr/libs/docs/GENE_origine_noms_odonates_Australie_Endersby_2015.pdf

— FLIEDNER (Heinrich), 2009, Die wissenschaftlichen Namen der Libellen in Burmeisters ‘Handbuch der Entomologie’ Virgo 9[5-23]

http://www.entomologie-mv.de/download/virgo-9/Virgo%200902%20Die%20wissenschaftlichen%20Namen%20der%20Libellen%20in%20Burmeisters.pdf

 — FLIEDNER (Heinrich),  MARTENS (Andreas ), 2008, The meaning of the scientific names of Seychelles dragonflies (Odonata) , Phelsuma 16 (2008); 49-57

https://www.researchgate.net/publication/228819379_The_meaning_of_the_scientific_names_of_Seychelles_dragonflies_Odonata [accessed Jan 04 2018].

Derivatio nominis libellularum europaearum (Téléchargement PDF disponible). Available from: https://www.researchgate.net/publication/316791278_Derivatio_nominis_libellularum_europaearum[accessed Jan 08 2018].

LISTE DES LIBELLULES DE BRETAGNE

https://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_des_libellules_de_Bretagne

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LES NOMS COMMUNS EN D'AUTRES LANGUES.

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Steinmann

https://books.google.fr/books?id=gLZvT_njEF4C&pg=PA119&lpg=PA119&dq=Gomphus+pulchellus+stephens&source=bl&ots=1ARx6m7Tfm&sig=v-hfLUhEDyBWiJZurYUvp1UKUoE&hl=fr&sa=X&ved=2ahUKEwimh9_v8vTeAhUNzoUKHZg3AysQ6AEwCXoECAkQAQ#v=onepage&q=Gomphus%20pulchellus%20stephens&f=false

https://inpn.mnhn.fr/espece/cd_nom/65227/tab/taxo

Petalura flavipes Selys, 1837 : 
Selys Longchamps (1837) : 11. 
[Description originale] Selys Longchamps, E. (de) 1837. Description de la Petalura flavipes (nob.) et de l'Agrion aurantiaca (nob.). in: Catalogue des Lépidoptères ou papillons de la Belgique précédé du tableau des Libellulines de ce pays Liège. 11-13. [http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9395522/f17.image]

  • De Selys Longchamps (1840) : 83. 
    [Source de la synonymie] de Selys-Longchamps, E. 1840. Monographie des Libellulidées d'Europe. Roret, Paris. 220 pp. + 4 pls. [http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k370057n]

  • Gomphus pulchellus Selys, 1840 : 
    De Selys Longchamps (1840) : 83. 
    [Description originale] de Selys-Longchamps, E. 1840. Monographie des Libellulidées d'Europe. Roret, Paris. 220 pp. + 4 pls. [http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k370057n]

 

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Published by jean-yves cordier - dans Zoonymie des Odonates
27 novembre 2018 2 27 /11 /novembre /2018 15:41

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PRÉSENTATION.

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Cette baie à 3 lancettes trilobées et un tympan à 3 ajours et 2 écoinçons est haute de 3 m. et large de 2,40 m est attribuée à Nicolas Le Prince et datée vers 1530. Elle a été restaurée par Maurice Muraire en 1903. Elle est consacrée à la Légende de Théophile.

Quelle est cette Légende ? 

La légende de Théophile.


 Théophile (mort vers 538),  économe (ou vidame) au service d’un évêque d'une église à Adana en Cilicie, était reconnu pour sa bonté et sa grande dévotion à la Vierge. Son évêque étant mort, il avait refusé de lui succéder, bien qu'on voulût l'élire. Un autre fut nommé mais ce nouvel évêque, par une mauvaise inspiration ou par jalousie ... priva le pauvre Théophile de ses fonctions. Tombé en disgrâce, réduit au désespoir, abandonné de tous, Théophile, autrefois si pieux et si vertueux, consent, par l'entremise d'un Juif, à faire un pacte avec le diable : il promet de renier Dieu et de devenir l'homme de Satan, à condition que celui-ci lui fera  rendre ses honneurs. Le pacte signé, Théophile retrouve sa situation mais regretta toutefois  son geste  — très vite ou après après sept ans, selon Rutebeuf —.  Les remords viennent le torturer, il se repent, s'adresse à la Sainte Vierge et, par ses prières et par ses plaintes, il l'émeut à tel point qu'elle lui rend le pacte qu'il avait signé.  Théophile confessa ses péchés devant l’évêque et le peuple. La charte fut brûlée et Théophile mourut peu de temps après.

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L'histoire de Théophile a été écrite d'abord en grec. Une traduction latine fut faite au IXe siècle par Paul Diacre de Naples et offerte à Charles le Chauve, connu pour sa dévotion mariale. Cette traduction, qui semble provenir d'une rédaction réunissant des traits des deux manuscrits grecs que nous connaissons, constitue la source, directe ou indirecte, de la plupart des versions plus récentes, soit en latin, soit en des langues modernes . 
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Une diffusion privilégiée dans le Nord et dans l'Ouest.

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Le nombre de ces versions plus récentes atteste la grande popularité de la légende de Théophile. Presque toutes les 
grandes collections des Miracles de la Vierge, en latin et en langue vulgaire, la reproduisent. En latin, nous connaissons plus de vingt-cinq rédactions diverses en prose et en vers.

"La morale illustrée dans ses poèmes suggère l’importance de la confession et de la prière, qui constituent les deux voies privilégiées contre le diable et le péché."

 

Dans le domaine de la poésie, Marbode (1040/45-1123), évêque de Rennes, relata la légende de Théophile. Son contemporain Hildebert de Lavardin (1056-1133),  évêque du Mans et archevêque de Tours, traita de ce miracle dans son œuvre.

En anglais, il y a une grande quantité de poèmes narratifs renfermant au moins quatre versions diverses de la légende ; en allemand, nous connaissons trois poèmes narratifs et trois drames - ; en italien, un drame et diverses versions en prose; en espagnol, au moins quatre versions, deux en vers, deux en prose ; en hollandais, un poème et au moins une version en prose ; en anglo-saxon, une version en prose ; en islandais, trois rédactions en prose, etc.


Vincent de Beauvais lui consacre un chapitre du Speculum historiale (1244-1250), De Theophilo vicedomino et chirographo quod dedit diabolo (XXI, 69) ; Jacques de Voragine, vers 1265, intégra la légende dans le chapitre De nativitate beatae Mariae virginis de sa Légende dorée.  Jean Miélot,  copiste, enlumineur, traducteur et compilateur au service de Philippe III le Bon, duc de Bourgogne la place dans ses Miracles de Notre-Dame en prose compilés en 1456.

Illustrant ces ouvrages, les enluminures abondent, et sont présentes aussi dans les Psautiers et les Livres d'heures. Tel le Livre d’heures à l’usage de Rouen datant de 1475-1485 conservé à New York, The Pierpont Morgan Library, ms. M 131 f.33v. .

 

 

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La légende de Théophile dans la liturgie et la musique sacrée.

Comme l'a démontré Émile Mâle, dans  L'Art religieux du XIIIe siècle, 4e éd., p. 306 et suiv., « la légende ne fut si populaire que parce que l'Église la choisit entre beaucoup d'autres et l'adopta." Dès le XIe siècle, on chantait à l'office de la Vierge Tu mater es misericordiae / De lacu faecis et miseriae / Theophilum reformans gratiae. Au XIe et au XIIe siècle, la légende était devenue un exemple et figurait dans les sermons, comme celui de Fulbert de Chartres pour la Nativité ou ceux de Pierre Abélard et  d'Honorius d'Autun pour
 la fête de l'Assomption, puis ceux de Geoffroy de Vendôme et Bernard de Clairvaux (Tractatus ad laudem gloriosae V. Matris).

"Théophile était à la fois un modèle et un contre-modèle pour chaque chrétien. Son histoire montrait le mal et la manière d’atteindre le salut et de se faire pardonner. Elle révélait qu’il n’y a pas de péchés irrémissibles s’il y a pénitence et que la sainteté n’est jamais acquise". (Coté)

 

Vers  1460, Johannes Régis, maître de chœur à Soignies près de Cambray puis secrétaire de Guillaume Dufay, compose sur cet office  un motet à 5 voix (il en est l'initiateur) , Ave Maria... Virgo serena.

Au début du XVIe siècle, le compositeur picard Jean Mouton, ami de Josquin des Près et musicien préféré d'Anne de Bretagne composa un motet Ave Maria dont la seconde partie débute par Tu civitas regis justitiae, Tu mater es misericordiae, de lacu faecis et miseriae, Theophilum reformans gratiae.

Le motet de Josquin des Près Ave Maria... virgo selena  ne comprend pas cette seconde partie.

Le Miracle de Théophile de Gautier de Coincy et de Rutebeuf.

 En français, on a signalé quatre poèmes narratifs, dont celui de Gautier de Coincy (Miracles de Nostre-Dame, 1218),  plusieurs versions en prose, deux soi-disant Prières de Théophile en vers, et le Miracle de Théophile de Rutebeuf à la fin du XIIIe. 

Dans le texte de Rutebeuf, "tout est fait pour mettre en valeur ces trois moments : le débat intérieur de Théophile sur le point de renier Dieu, et plus encore les deux autres, le repentir de Théophile suivi de sa prière à la Vierge." (M. Zink)

"La pièce de Rutebeuf prend toutes les caractéristiques du miracle traditionnel : Vierge médiatrice, mère et Reine prenant place aux côtés d'un Dieu violent, inaccessible à l'homme. Notre-Dame permet à Théophile de renouer un dialogue rompu avec Dieu : avocate de l'homme auprès de Dieu, elle fait œuvre de charité et de bonté. Mais dans ce miracle par personnages, elle prend une forme originale et neuve, prenant vie par rapport à d'autres personnages et dans ses interactions avec ceux-ci : Marie devient une femme accessible et présente aux yeux du pécheur, mais aussi du spectateur, et devient surtout un objet de rire et de spectacle : face à Théophile, son refus inquiète et apporte l'espace d'une réplique un suspens dramatique. Face au diable, la scène devient burlesque et le diable est tourné en ridicule par une Vierge masculine et violente. La richesse de ce miracle est d'avoir apporté à la Vierge un nouveau visage comique, le poète jouant sur sa propre ambiguïté face à une religion qui ne lui convient plus et éveillant le public à une nouvelle forme de piété." (F. Frou)

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La légende de Théophile dans le théâtre religieux médiéval.

Nous ne connaissions que trois représentations du miracle de Théophile en France, celle d'Aunai (Eure-et-Loire) en 1384, celle de Limoges en 1533, celle du Mans (Sarthe) en 1539, mais il faut y ajouter celle données à Paris au Collège de Navarre en 1426,  à Lyons-la-Forêt (Eure) citée par M de Maulde, et à Caen entre 1502 et 1510 : la prépondérance de l'Ouest de la France est notable, et les quelques témoignages d'une réalité plus vaste attestent que les habitants de Louviers pouvaient, lorsque les vitraux de leur église furent posés, assister encore dans leur région à de telles représentations.

Le Miracle de Théophile fut joué à Caen "à l'exaltation de la Vierge glorieuse". C'est bien l'ardeur du culte marial des Normands qui explique ce renouveau du Miracle au XVIe siècle, culte centré, notamment à Rouen, sur la défense de l'Immaculée Conception.

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Iconographie : La légende de Théophile dans les vitraux.

a) Aux XIIe-XIIIe : dans les cathédrales essentiellement.

  • Cathédrale de Lincoln, déambulatoire du chœur, fin XIIe -début XIIIe siècle.
  • Cathédrale Notre-Dame de Laon, baie 1, lancette gauche, chapelle axiale du chœur, 1210-1220. : 18 médaillons sur une lancette de 24 médaillons.
  • Cathédrale Saint-Etienne d’Auxerre, baie 2, chapelle axiale du chœur, vers 1240 .
  • Cathédrale Saint-Pierre de Beauvais, baie 2, chapelle axiale du chœur, 1240-45 .
  • Cathédrale Notre-Dame de l’Assomption de Clermont-Ferrand, chapelle axiale du chœur , 1248  
  • Cathédrale Saint-Pierre-et-Saint-Paul de Troyes, fenêtre haute du chœur, 1240-1250. 
  • Église paroissiale Saint-Pierre de Saint-Julien-du-Sault, (Yonne) baie 4, chapelle du chœur, milieu du XIIIe siècle.
  • Cathédrale Saint-Julien du Mans, verrières hautes du chœur baies 105 et 110, milieu du XIIIe siècle 

b) Au XIVe siècle, dans les églises de l'Eure essentiellement.

  • Église paroissiale Notre-Dame de Louviers(Eure) façade occidentale, 1530-1540.
  • Église paroissiale Saint-Martin de Montangon (Aube) , baie 3, chœur, 1530. 
  • Église paroissiale Saint-Nicolas de Beaumont-le-Roger, (Eure) Haute-Normandie, Chœur ?, baie 7, 1540-1550. 
  • Église paroissiale Notre-Dame du Grand-Andely, Les Andelys, (Eure) Haute-Normandie, bas-côté sud de la nef, baie 18, 1540. 

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Le Miracle de Théophile (Nicolas Le Prince, vers 1530), baie 21, église de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Le Miracle de Théophile (Nicolas Le Prince, vers 1530), baie 21, église de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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LA LANCETTE GAUCHE : LE RENVOI DE THÉOPHILE PAR SON ÉVÊQUE.
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Renvoi et désespoir de Théophile

"Fortement restituée ; décor architectural  en grande partie moderne, panneau inférieur restitué." (Recensement).

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La scène se déroule dans ce qui doit être le bas-coté nord d'une église ; deux curieux petits personnages sont visibles dans le triforium. Une fenêtre donne vue sur le toit et la galerie d'une tour, délicatement peinte sur un verre bleu clair, selon l'usage des Le Prince.

Parmi les sept personnages, il est aisé d'identifier l'évêque, ainsi que le vidame Théophile, portant le surplis blanc (ou plutôt l'aumusse fourrée) des chanoines. Ce prélat avance les mains en signe de refus du renouvellement du poste, face au vidame qui tente d'argumenter pour conserver sa fonction.

Je rappelle à qui correspond cette fonction de "vidame" : le titre de vidame, ou vidomne, — vice-dominus, ou "vice seigneur" conférait à son titulaire la fonction de représenter un comte, un duc ou, comme ici un évêque dans son administration temporelle de ses biens et en matière de justice.

Le vitrail ne nous montre donc pas le refus de Théophile d'occuper la charge épiscopale, mais ce refus, cette dérobade sous couvert d'humilité a pu choquer ou irriter certains. 

 

"L’archevêque, déconcerté par sa résistance, lui accorda trois jours pour réfléchir. Le temps venu, il trouvait le saint homme plus entêté que jamais dans son refus, et se voyait obligé d’engager le peuple à un autre choix. Le nouvel évêque mena grande joie de son élection puis, pressé par l’envie et les mauvais conseils, ne craignit point de chasser Théophile de l’emploi où cet humble serviteur avait voulu demeurer." (Gautier de Coincy)

Nous  voyons ce conseiller, vêtu de la même aumusse et portant la même tonsure que Théophile,  se pencher vers l'oreille de l'évêque pour lui susurrer de ne pas favoriser son collègue. Un autre conseiller, un clerc vêtu de bleu, jette un regard torve qui laisse préjuger de ses  états d'âme — s'il lui en reste une — tandis que les autres personnes, des laïcs barbus habillés en seigneur et coiffés de toques, tiennent des conciliabules malsains. 


 

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Le Miracle de Théophile (Nicolas Le Prince, vers 1530), baie 21, église de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Le Miracle de Théophile (Nicolas Le Prince, vers 1530), baie 21, église de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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Le Miracle de Théophile (Nicolas Le Prince, vers 1530), baie 21, église de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Le Miracle de Théophile (Nicolas Le Prince, vers 1530), baie 21, église de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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LA LANCETTE MÉDIANE : LE PACTE DE THÉOPHILE AVEC LE DIABLE.

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"Verre gravé rouge pour le pacte. Partie supérieur du 2ème panneau restitué." (Recensement)

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Là encore, l'artiste estime que les  épisodes intermédiaires sont connus du public. Théophile, éconduit de son juteux poste de vidame, regrette son geste, enrage, voue sa foi aux gémonies, et, désespéré, prend contact avec un Juif qui lui propose une conversion radicale et une allégeance aux forces du Mal.

 

"Or, quelqu’un se réjouit de l’affaire : l’Ennemi qui guette les âmes et s’afflige dès qu’il voit un fidèle s’entremettre pour servir Dieu ou se tenir au ferme propos de bien se conduire. Jour et nuit, insidieux et tenace, invisible et toujours agissant, il se glisse auprès de Théophile, l’entoure, le circonvient, le tente et si durement le presse que le pauvre clerc, embrasé de mauvais désirs ou enflammé de colère, ne se connaît plus et se met au point de renier Dieu et de s’étrangler de fureur.

« Ah ! fait-il, ah ! hélas, me voici bien échec et mat. J’étais brillant parmi les prêtres et je suis devenu zéro en chiffre, victime de ma propre stupidité. Quel sot je fus, quel démon me trompa quand je refusai d’être évêque ! Que mon âme se perde et que je brûle au feu d’enfer pourvu que je retourne à ma dignité première. Holà ! Satan, voici ton heure. Ton homme je me déclare, prêt à te servir chaque jour pourvu que tu m’indiques le moyen de prendre ma revanche. Car, je le sens trop maintenant, ni Dieu, ni sa Mère ne me sont plus d’aucun secours. »

Il y avait dans la ville un juif fécond en artifices, expert en sorcellerie et qui savait évoquer, sans qu’ils pussent résister à ses incantations, les diables d’enfer. Il avait déçu les plus sages de l’endroit et mainte âme lui avait dû d’aller griller pour l’éternité. C’est à son huis que Théophile se décida de frapper.

Il ne fallut pas un long examen au nécromant pour deviner que le démon possédait cet esprit devenu tout mondain. Le clerc, d’ailleurs, tombé à ses pieds, le suppliait.

« Seigneur, s’écria-t-il, seigneur, grâce ! Près de succomber au courroux de mon cœur, je vous implore. L’évêque, mon nouveau maître que Dieu confonde, m’a dépouillé de mon grade, m’a privé de mes biens et m’a jeté à la rue. Que, par vous, je vienne à bout de me venger ou, sûrement, je succombe de désespoir. »

À quoi le juif mielleux répondit :

« Ami, vous tiendriez encore votre haute place si vous étiez, comme tant d’autres, usurier, avare, flatteur ou esclave. Mais tous vos prélats, je ne le sais que trop, n’ont que faire de gens de bien. Les gros bénéfices vont aux grosses bourses, et nul n’a rien s’il ne l’achète ou s’il ne le paye en bassesses, en médisances ou en flatteries. Chaque jour la chose empire. Vos chefs ne prisent nul mérite. Ample déshonneur, certes, vous leur devez. Mais si vous voulez m’en croire et vous fier à mon conseil, bientôt vous retrouverez des trésors et des titres plus grands que ceux que vous avez perdus. »

Théophile acquiesça et le perfide reprit :

« Beau doux ami, l’homme prudent ne révèle à personne ses affaires et, entre mille, sait faire choix d’un ami. Revenez demain soir tout seul, je veux mener la chose avec tant de secret et de diligence que, si méfiant que soit votre évêque, vous deveniez avant peu maître de lui et de ses biens. J’ai assez de crédit à la cour de mon Seigneur à moi pour vous obtenir satisfaction. Je vous y conduirai, vous pourrez vous y plaindre. Évêque vous désirez d’être, c’est la tiare peut-être et les clefs qu’on vous offrira. Ils sont nés sous une heureuse étoile ceux qui apprennent à profiter d’un tel pouvoir. »

Le malheureux Théophile prend congé puis s’en retourne furtivement chez lui. Le lendemain, à la nuit, animé du mauvais esprit, il revient chez le juif qui lui saute au cou, le baise et lui fait fête.

« Ah, dit le mécréant, réjouissez-vous. Je me suis déjà occupé de votre affaire : j’ai vu Messire et l’en ai entretenu. Il vous salue et, par moi, vous mande qu’il vous attend parmi sa cour à la grande fête qu’il va donner. »

La nuit est épaisse et semble peuplée d’ombres hideuses. Où va le misérable que son noir compagnon tient étroitement serré, qu’adviendra-t-il de lui si Notre-Dame ne s’en mêle ? Il tremble de tous ses membres en attendant. « Ne crains donc rien, lui répète le maudit juif, et quoique tu entendes, quelque merveille que tu voies, garde-toi bien surtout de faire nul signe de croix ni d’appeler Dieu, ni sa Mère. »

Théophile promet tout ce qu’on veut. « Lève la tête maintenant, reprend le juif qui l’a saisi par la main, tu peux déjà voir la fête que je t’ai promise et la haute joie que mènent tous ceux qui servent Monseigneur. »

Un sourd tumulte, un bruit funèbre ébranlent tout le pays. Autour de la ville, dans une clarté livide, des processions vont et viennent, et on dirait qu’un sombre incendie dévore le sol. Ils sont bien là cent mille démons, revêtus d’un lourd manteau blanc et tenant au poing cierges et chandeliers. Ils glorifient leur Seigneur et celui-ci, au milieu d’eux, se dresse, si gigantesque et si épouvantable qu’à sa vue Théophile, claquant des dents, se demande s’il ne va pas succomber à l’effroi. Ah, il s’en retournerait bien volontiers ! Mais son juif ne le lâche pas et lui recommande sans cesse de n’invoquer aucun saint.

« Ami, dit le Diable au juif, quel est cet homme et d’où vient-il ?

Seigneur, répond le maudit, c’est celui qu’hier soir j’ai promis de vous amener. Il est à vous si vous le voulez et il a grand besoin de vos conseils. Vous lui accorderez d’ailleurs bien plus qu’il n’ose demander. Quant à son grief le voici. Son évêque lui a fait injure et il en a le cœur tout furieux et dolent. »

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C'est ce contexte qu'il faut connaître pour identifier ici le beau personnage qui se tient en bas et à gauche du vitrail. Toque bleue, manteau long de belle étoffe rouge, chemise à col de dentelle, tunique verte, chausses bleues, il a l'allure d'un jeune noble du XVIe siècle, mais la main qu'il pose sur son aumônière le désigne comme le Juif perfide.

La scène se passe dans un palais Renaissance (pilastres à bas-reliefs et moulures, entablements sculptés)  , mais la partie droite, et le deuxième plan sont teintés d'une couleur rougeâtre en reflétant les feux de l'Enfer : nous sommes chez le Diable.

Celui-ci est assis sur un trône. Il est vêtu, sur une robe rouge, d'une pelisse qui pourrait être celle d'un riche bourgeois, mais son visage est celui d'un faune, envahi par les poils, avec deux oreilles velues, et un regard détourné. Ce sont ses mains velues et griffues, et surtout ses pieds, semblables à une patte de reptile, qui trahissent le plus sa nature immonde.

Théophile se damne devant nos yeux en tendant au démon la Charte, écrite de son sang.

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"Et Satan aussitôt :

« Puisque tu le veux, dit-il, si tu renies sans délai ton baptême, ta croyance en Dieu, en sa Mère, en ses saintes et saints, je te rends des honneurs à l’infini au-delà de ceux que tu as perdus. Et quant à l’évêque, ton maître, tu ne lui demanderas rien qu’il ne soit contraint de t’accorder. Mais tout cela je ne te l’octroie qu’au prix d’un abandon complet et de Jésus et surtout de Marie qui jour et nuit m’opprime et me poursuit et que je hais de toutes mes forces. Et tes promesses ne me suffisent point : trop de chrétiens m’ont déçu déjà, se rangeant sous ma loi pour gagner mes faveurs et se dérobant après, moi quinaud, par la confusion ou par le repentir. Ce que j’exige, c’est une belle et bonne charte, signée de ton nom, scellée de ton sceau et telle que tu ne la puisses désavouer. À ce prix seul tu participeras à ma haute puissance et à mes innombrables trésors. »

À toutes ces conditions, le clerc égaré souscrivit. Tombant aux pieds du Diable et les baisant de façon très humble, il renia foi et sacrements, puis, consommant l’irréparable, il livra le parchemin où la marque de son anneau attestait le pacte odieux. Satan emporta la pièce en enfer, riant à l’idée que nul ne viendrait la rechercher jusque-là et tout heureux d’avoir enlevé à Notre-Dame un des plus fervents et des plus connus de ses serviteurs."

 

 

 

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Le Miracle de Théophile (Nicolas Le Prince, vers 1530), baie 21, église de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Le Miracle de Théophile (Nicolas Le Prince, vers 1530), baie 21, église de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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Le Miracle de Théophile (Nicolas Le Prince, vers 1530), baie 21, église de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Le Miracle de Théophile (Nicolas Le Prince, vers 1530), baie 21, église de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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LA LANCETTE DROITE : LA VIERGE RÉCUPÈRE LA CHARTE.

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Description.

Verres rouges gravés pour la charte, et pour les griffes du Malin . Panneau inférieur restitué. 

La peinture est construite sur l'opposition des triangles limités par les diagonales : à droite et en haut, la Vierge à l'Enfant et l'église, métonymie de l'Église, mais aussi sur le verre bleu cet édifice qui revient sans cesse dans les peintures de l'atelier Le Prince. Les couleurs dominantes sont le blanc, le bleu et le jaune d'or. Les visages très blanc et les rehauts au jaune d'argent, également spécifiques de cet atelier, n'atteignent pas les sommets de virtuosité propres à Engrand, père de Nicolas Le prince

À gauche, tenant dans sa patte le Pacte signé du sang et du sceau de Théophile, le Diable, reptilien, à ailes de chiroptères, et à queue de renard. Aux constructions urbaines s'oppose ici la forêt, la nature profonde. Le rouge et le vert, mêlé au jaune, dominent. Le visage de Satan est démoniaque et satanique à souhait.

Sur la ligne médiane, en champ neutre, la charte fait scintiller l'opposition du rouge et du blanc

Cette bipartition de l'espace rappelle celle des théâtres médiévaux :

 

 "Le rapport entre la prise de parole et la mention spatiale est un des traits spécifiques de la dramaturgie médiévale où la mise en scène repose sur une répartition en mansions, c’est-à-dire en plusieurs lieux, présentés simultanément à la vue du public placé soit en rond autour de la « scène » soit face à elle. Il suffisait que les personnages se tiennent devant ou dans l’espace qu’ils délimitent pour être identifiés avant de s’avancer dans ce que la critique nomme « l’aire de jeu » : espace vide et neutre où s’effectuent les déplacements. Pour le Théophile, on peut donc imaginer, par exemple, une opposition entre l’espace du diable et l’espace marial de l’église, entre la demeure du juif et celle de l’évêque, avec un Théophile balloté de l’un à l’autre." (Françoise Laurent)

 

 

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Le Miracle de Théophile (Nicolas Le Prince, vers 1530), baie 21, église de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Le Miracle de Théophile (Nicolas Le Prince, vers 1530), baie 21, église de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

 

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 C'est peut-être Rutebeuf qui a introduit la lutte de la Vierge avec Satan pour la possession du pacte .

Théophile est absent. "Si l'histoire doit être contée en trois actes, les seules images sont la destitution, la conjuration et la restitution du pacte à la Vierge". (L. Riviale). Certes. Mais cela suppose que nous connaissions les épisodes manquants.

Il y a d'abord la conversion de Théophile au Mal. Le Diable suggère à l'évêque de rendre à Théophile son cher emploi, et ses honneurs, et sa richesse, mais il est désormais un suppôt de Satan :

 

"Théophile écoute cette voix subtile et trompeuse, Théophile ni ne chante plus l’office ni même n’entre dans l’église, Théophile préfère la joie à la pénitence et le siècle à Sainte Marie que jusque-là il aimait tant, Théophile laisse le Christ pour l’Antéchrist, Théophile erre et s’égare, Théophile prend un cœur de pierre : à grands sauts et à grand galop, Théophile se précipite au feu d’enfer.

Quelle honte pour qui l’a connu ! Lui, renier Dieu et se vendre au Diable ! Ce dignitaire si charitable, Satan l’a tellement changé, lui a mis au cœur si grand orgueil qu’à peine il daigne se tourner vers les pauvres gens à qui jadis il distribuait argent, cottes et chaussons. Il baisait les mains et les pieds jusqu’aux lépreux ; il a délaissé les bonnes œuvres pour se vouer à l’Ennemi. D’humble et doux le voilà devenu fier et cruel, de franc débonnaire, cauteleux et plein de malices, de religieux, luxurieux. Il chasse ceux qu’il recueillait, et il ne reste plus rien en lui de ce qu’on y admirait tant. L’enfer a fait cet autre miracle : Dieu et sa mère muets, il tient entière la débile créature qui ne songe plus à donner contentement qu’à son corps." (Gautier de Coincy)

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Puis il est pris de remords, puis de repentance, et il se tourne vers la Vierge pour la supplier de lui pardonner : c'est la Prière de Théophile. Mais les prières portant ce titre n'ont qu'un rapport indirect  avec le Miracle  du chanoine et vidame : ce sont des prières destinées aux fidèles, qui invoquent Marie, sous de nombreux qualificatifs repris à Rutebeuf, tout en lui rappelant son indulgence envers Théophile "Très doulce vierge gracieuse, qui Theophilus confortas", simple citation de l'oraison Theophilum reformans gratiae. Une   version du XVe siècle en a été publiée en 1843 à Bruxelles puis  en 1872 par Félix Herbert à Châteauroux, mais on en trouve l'original dans les Heures de Françoise de Foix, comtesse de Chateaubriant vers 1455 (Rennes BM 2050 folio 267-288) :

Glorieuse vierge royne,

En qui, par ta vertu divine,

Jhesu Crist prist humanité

Tu qui es fontaine et racine,

De tous biens, mon cuer enlumine

Doulce dame, par charité

[...]

Dame plus que nulle autre belle,

Qui le filz Dieu Vierge pucelle,

Enfantas sens dolour avoir,

A ceste arme qui cy t’apelle ,

Dont l’ange t’aporta novelle,

Fay mercy et pardon avoir

[...]

Dame, en qui toute bonté maint,

Qu'as par ta prière maint

Conforté, et sauvé jadiz,

Prie ton filz que il me maint

A bonne fin, et qu'il m'amaint

En la joye de Paradis

 

A jointes mains mercy vous cry,

Dame, qu'ayes de moy mercy,

Et de ceulx qui vous serviront,

Et de cellui qui ce dit cy

A fait, et de moy qui sui cy,
Et de tous ceulx qui le diront.
Amen.

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Dans Rutebeuf, Théophile prie ainsi

Sainte roïne bele,

Glorieuse pucèle,

Dame de grâce plaine

Par qui toz biens revèle, .

La Vierge refuse d'abord :

Je n’ai cure de ta favèle ; Va-t’en, is fors de ma chapèle.

 

Puis elle se laisse attendrir et accorde son pardon. C'est peut-être l'essentiel de cette histoire : la Repentance d'un renégat, et la Miséricorde divine obtenue par l'intercession de Marie, dans un récit comique où la Vierge apparaît très humaine. Mais sur le plan dramatique, l'essentiel, c'est la Charte, cet objet transitionnel ou objet navette qui confère le pouvoir et la vie à son détenteur ! la Vierge accepte d'aller la récupérer : 

Théophile, je t’ai séu Çà en arrière à moi éu ; Saches de voir, Ta charte te ferai ravoir Que tu baillas par non savoir : Je la vois querre.

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Aller la récupérer ? Même pour la Vierge, ce n'est pas gagné ! Satan s'en est emparé et l'a emmené en Enfer. 

 

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Sathan, Sathan ! es-tu en serre ?
S’es or venuz en ceste terre
Por commencier à mon clerc guerre,
Mar le penssas.
Rent la chartre que du clerc as,
Quar tu as fet trop vilains cas.

 

— sathan parole.

Je la vous rande !…
J’aim miex assez que l’en me pende.
Jà li rendi-je sa provande
Et il me fist de lui offrande
Sanz demorance,
De cors et d’âme et de sustance.

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Mais la Vierge n'a pas sa langue dans sa poche et elle terrasse — comme elle sait si bien le faire — le vilain Satan en une seule réplique :

 

— nostre-dame.

Et je te foulerai la pance.

Nous ne voyons pas le moment émouvant (surtout dans Gautier de Coincy) où elle rend à Théophile sa charte .

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Le Miracle de Théophile (Nicolas Le Prince, vers 1530), baie 21, église de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Le Miracle de Théophile (Nicolas Le Prince, vers 1530), baie 21, église de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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Le Miracle de Théophile (Nicolas Le Prince, vers 1530), baie 21, église de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Le Miracle de Théophile (Nicolas Le Prince, vers 1530), baie 21, église de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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Dans le ciel, Satan s'enfuit dans une gesticulation hurlante :

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Le Miracle de Théophile (Nicolas Le Prince, vers 1530), baie 21, église de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Le Miracle de Théophile (Nicolas Le Prince, vers 1530), baie 21, église de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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TYMPAN.

Il est d'une autre main que les lancettes, et est attribué à l'auteur de la baie 28.

Anges musiciens dans les ajours latéraux et les écoinçons. Ange de l'ajour droit et de l'écoinçon gauche moderne.

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Le Miracle de Théophile (Nicolas Le Prince, vers 1530), baie 21, église de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Le Miracle de Théophile (Nicolas Le Prince, vers 1530), baie 21, église de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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Ajour central : le couronnement de la Vierge .

Têtes de Dieu le père et du Christ restituées.

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Le Miracle de Théophile (Nicolas Le Prince, vers 1530), baie 21, église de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Le Miracle de Théophile (Nicolas Le Prince, vers 1530), baie 21, église de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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CONCLUSION.

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Le sujet de ce vitrail, placé du coté nord, est bien différent de ceux du coté sud (baies paires 18 à 28) centrés la Vie du Christ, puisqu'il s'intègre dans la défense du culte de la Vierge et de sa Conception Immaculée, et au culte des saints, propre à la Normandie du XVIe siècle confrontée à la Réforme. Le seul point commun est que, dans les deux cas, ces thèmes donnaient matière à des représentations théâtrales, soit dans les Mystères médiévaux de la Passion et de la Résurrection,  soit sur le Miracle de Théophile et les Miracles de Notre-Dame.

Faut-il y voir un témoin de ces drames liturgiques anciens de plusieurs siècles (les trois scènes figurées ici n'étant alors  qu'un rappel des textes, ou des représentations truculentes et animées connues de tous) désormais plus accessibles grâce à l'imprimerie, ou au contraire, une nouvelle figuration de ces légendes pour s'éloigner de leur aspect fabuleux et prosaïques afin d'en formuler un discours théologique moderne, recentrant la Foi sur le culte de la Vierge et du Christ ? La confrontation avec les verrières homologues de Beaumont-le-Roger et des Andelys, mais surtout avec l'ensemble de la production normande de vitraux, et de l'effervescence religieuse rouennaise, incite à privilégier la seconde option, et d'y voir le témoin des mutations des esprits "entre Renaissance et Réforme" (Laurence Riviale 2007).

Pour ma part, un peu déçu de ne pas trouver ici les grandes émotions esthétiques de l'atelier Le Prince de Beauvais, ce vitrail aura été l'occasion d'une lecture roboratives de textes poétiques en ancien français qui annoncent le drame de Faust, et de leurs didascalies qui nous les rendent si animées. Oyez, bonnes gens !

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ci list l’Évesque la chartre, et dist :


 

Oiez, por Dieu le filz Marie :
Bone gent, si orrez la vie
De Théophiles
Qu’anemis servi de guile.
Ausi voir comme est Évangile
Est ceste chose :
Si vous doit bien estre desclose.
Or escoutez que vous propose :

« A tos cels qui verront ceste lettre commune
« Fet Sathan à savoir que jà torna fortune,

 « Que Théophiles ot à l’évesque rancune,
« Ne li lessa l’évesque seignorie nesune.

« Il fu désespérez quant l’en li fist l’outrage ;
« A Salatin s’en vint qui ot el cors la rage,
« Et dist qu’il li feroit mult volentiers hommage
« Se rendre li pooit s’onor et son domage.

« Je le guerroiai tant com mena sainte vie,
« C’onques ne poi avoir desor lui seignorie.
« Quant il me vint requerre, j’oi de lui grant envie,
« Et lors me fist hommage, si r’ot sa seignorie.

« 
De l’anel de son doit séela ceste lettre ;
« De son sanc les escrist, autre enque n’i fist metre,

« Ains que je me vousisse de lui point entremettre
« Ne que je le féisse en dignité remettre. »

Issi ouvra icil preudom.
Délivré l’a tout à bandon
La Dieu ancele ;
Marie, la virge pucele,
Délivré l’a de tel querele :
Chantons tuit por ceste novele.
Or levez sus ;
Disons : Te Deum laudamus ! (Rutebeuf)

 

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SOURCES ET LIENS.

—ARLIMA, Miracle de Théophile

https://www.arlima.net/mp/miracle_de_theophile.html

— CALLIAS BEY, Martine, CHAUSSÉ, Véronique, GATOUILLAT, Françoise et Michel HÉROLD. Les vitraux de Haute-Normandie. Publié sous la direction du Comité international d’histoire de l’art et sous le patronage de l’Union académique internationale. Paris, Édition du Centre national de la recherche scientifique, 2001, p. 178-182. Coll. : « Corpus vitrearum medii aevi : France : Série recensement des vitraux anciens VI ».

— COTHREN (Michael W. ) « The Iconography of Theophilus Windows in the First Half of the Thirteenth Century », Speculum, vol. 59, no 2 (Avril 1984), p. 308-341.

https://works.swarthmore.edu/cgi/viewcontent.cgi?article=1016&context=fac-art

— COTÉ (Mélanie), 2014, La légende de Théophile dans l’occident médiéval (IXe-XVIe siècle) : analyse textuelle et iconographique, Mémoire de Maîtrise en histoire de l’art Maître ès arts (M. A.) Université Laval,  Québec, Canada

https://corpus.ulaval.ca/jspui/bitstream/20.500.11794/25592/1/30795.pdf

— COMBARIEU (Micheline de), Le diable dans le "Comment Theophilus vint à penitance" de Gautier de coinci et dans le "Miracle de Theophile" de Rutebeuf, LE DIABLE AU MOYEN ÂGE, in Doctrine, problèmes moraux, représentations, Coll. Senefiance, Presses Universitaires de Provence.

https://books.openedition.org/pup/2653?lang=fr

— GAUTIER DE COINCY, Le Miracle de Théophile. Les plus beaux miracles de la Vierge, recueillis et mis en français moderne par Gonzague Truc, 1931.

http://www.biblisem.net/narratio/gautmira.htm

— GAUTIER DE COINCY, XIIIe siècle, Le Miracle de Théophile.

https://books.google.fr/books?id=n_2NYIGpyFEC&pg=PA47&dq=%22miracle+de+th%C3%A9ophile%22+eure&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwjpm_eYp_TeAhUxgM4BHbkKA40Q6AEIKTAA#v=onepage&q=%22miracle%20de%20th%C3%A9ophile%22%20eure&f=false

— PROU Fanny La Vierge dans le Miracle de Théophile : Du récit au drame, une nouvelle représentation de la Vierge : entre représentation collective et piété personnelle

http://img82.xooimage.com/files/1/0/5/prou_theophile-34182e2.pdf

— RIVIALE (Laurence), 2007, Le vitrail en Normandie entre Renaissance et Réforme (1517-1596), Corpus vitrearum France Etudes VII, Presses Universitaires de Rennes, pages 158-163.

RUTEBEUF LE MIRACLE DE THÉOPHILE , édition de 1925, Miracle du XIIIes siècle édité par Gracé Franck, Les classiques français du Moyen-Âge  publiés sous la direction de MARIO ROQUES 

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k96143210.texteImage#

RUTEBEUF LE MIRACLE DE THÉOPHILE : Ci commence Le Miracle de Théophile in Rutebeuf - Œuvres complètes, Texte établi par Achille Jubinal, Chez Édouard Pannier, 1839, 2 (p. 79-105).

https://fr.wikisource.org/wiki/Rutebeuf_-_%C5%92uvres_compl%C3%A8tes,_1839/Ci_commence_Le_Miracle_de_Th%C3%A9ophile

— ZINK (Michel), 1986, De la repentance Rutebeuf à la repentance Théophile , Littératures  Année 1986  15  pp. 19-24

https://www.persee.fr/doc/litts_0563-9751_1986_num_15_1_1877

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Published by jean-yves cordier - dans Vitraux
24 novembre 2018 6 24 /11 /novembre /2018 17:55
La verrière des Trois Marie ou de la Parenté de la Vierge (Arnoult de Nimègue, vers 1510-1515), ou baie 18 de l'église de Louviers. Photo lavieb-aile.

La verrière des Trois Marie ou de la Parenté de la Vierge (Arnoult de Nimègue, vers 1510-1515), ou baie 18 de l'église de Louviers. Photo lavieb-aile.

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PRÉSENTATION.

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Le visiteur remontant le bas-coté sud depuis le fond de l'église examine successivement  les baies 28, 26, 24, 22 et 20 puis parvient à cette baie 18 juste avant le porche sud pour constater une rupture de style : les n°26, 24, 22 et 20  relevaient de l'atelier rouennais du Maître de la Vie de saint Jean-Baptiste, avec leurs verdures aux mille fleurs fréquentées par les perdrix, tandis que nous abordons l'œuvre du flamand Arnoult de Nimègue (1445-1540), et le mécénat du cardinal Georges II d'Amboise  lors de son archiépiscopat à Rouen (1513-1550). Georges II est le richissime "neveu" du cardinal Georges d'Amboise, introducteur du style italien Renaissance en France, notamment par son mécénat sur le château de Gaillon, résidence d'été des archevêques de Rouen.

Arnoult de Nimègue installa son atelier à Rouen entre 1503 et 1513, au service de l'abbé de Saint-Ouen de Rouen Antoine Bohier (qui sera abbé de Fécamp puis d'Issoire, archevêque de Bourges en 1514 puis cardinal). [C'est son frère Thomas qui fit construire Chenonceau.]

"Son style (d'Arnoult de Nimègue) se caractérise par des visages au modelé subtil, l'emploi de la sanguine pure et surtout par l'utilisation très étendue de la grammaire décorative de la première Renaissance, apprise sur le chantier de Gaillon : Guichardin voit en lui « le plus grand imitateur des dessins d'Italie ». Son influence dans la peinture sur verre normande, particulièrement forte, se fait sentir pendant un demi-siècle. L'imitation des maîtres romains conduit, dans ses dernières œuvres (cathédrale de Lichfield), à un certain dessèchement de la forme et à un assombrissement de la tonalité." (Françoise Perrot, E. Universalis) https://www.universalis.fr/encyclopedie/arnoult-de-nimegue/

"Il emprunte les tissus damassés, les lourdes étoffes chargées de cabochons et de fermoirs orfévrés au vocabulaire nordique. En revanche, l'architecture qui se déploit au dessus des personnages s'attache aux formes antiques : grotesques et pilastres corinthiens ornés de putti. les visages peints à la sanguine montrent des figures assez caractérisées, mises en valeur par des traits de couleur brune. Il domine également le travail du verre : la subtilité de la palette employée confère à ses œuvres une grande clarté." (Caroline Blondeau).

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Le peintre expérimente de nouvelles peintures et Jean Lafond identifie "un émail de couleur rosâtre, une sanguine utilisée à Saint-Godard, puis à Fécamp, à Louviers et aux Andelys.

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Datée vers 1526 par Jean Lafond, et entre 1510-1515 par Callas-Bey et al. , cette baie relève, comme les précédentes, de la campagne de reconstruction de la façade sud.

  C'est une ouverture de 3,80 m de haut et 2,20 m de large divisée par son remplage en trois lancettes et un tympan à 8 mouchettes et 3 soufflets. Elle représente les trois filles de sainte Anne : Marie Jacobé fille de Cléophas, la Vierge Marie fille de Joachim, et Marie Salomé fille de Salomas : ces "trois Marie" forment donc, avec leurs enfants, une Sainte Parenté de la Vierge selon une tradition du triple mariage de sainte Anne détaillée dans la Légende dorée au XIIIe siècle, et  que rejettera le Concile de Trente.

Les panneaux inférieurs des lancettes, qui devaient nous présenter les donateurs dont la devise figure au tympan, ont été perdus et remplacés en 1903 par Maurice Muraire : deux anges jouant de la harpe encadrent un angelot tenant un cartouche avec cette précision édifiante : RESTAURATION OFFERTE PAR LES DAMES DE LA CONFERENCE SAINT VINCENT DE PAUL LES ENFANTS DE MARIE LES MERES CHRETIENNES.

 

 

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La partie supérieure des lancettes et le tympan reçoit un arc de triomphe tripartite portant un couronnement architectural, déclinant le vocabulaire de colonnes-candélabres cannelées à chapiteaux, de médaillons à l'antique ou florentins, d'inscriptions sur les entablements  imitant le marbre, etc.

La construction privilégie une composition très frontale,  dont la profondeur est faible (surtout rendu sous le cintre des arcs latéraux par de petits paysages clairs), dont les principales et rares lignes de perspective convergent sur le sommet de la main de la Vierge. Ce point focal est aussi celui vers lequel se dirige l'axe des deux sœurs de la Vierge. D'autres lignes ne respectent pas ce point de construction. La Vierge à l'enfant est aussi droite et hiératique que les colonnes qui l'entourent. Les deux Marie semblent des mannequins tournés de trois-quarts. Aucune des trois mères n'ébauche l'un de ces gestes familiers et tendres par lesquels les peintres des enluminures traitant du même thème (le Maître de Jouvenel BnF lat 3211, Fouquet dans les Heures de Chevalier) animent la scène. 

Seuls les enfants introduisent un peu d'humanité dans cette verrière, et on comprend que Le Mercier ait émis l'hypothèse (non confirmée) que les trois femmes étaient des allégories de la Bienfaisance, de la Foi et de la Sagesse.

On remarquera aussi l'absence de sainte Anne.

Le caractère froid et énigmatique s'accentue à la lecture des inscriptions, qui renvoient (tout comme la devise De tout Rien) à la vanité de l'existence : rien à voir avec l'oraison des Heures d'Angers (vers 1450) :  Troys seurs de noble lignage// Par ce nom Marie nommees// ...-... Vous requerra devotement.// Amen" (cf. Annexe)

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Anne et les trois Marie, Heures d'Angers BnF NAL 3211 p. 27 reproduit dans Reynaud 2006

 

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La verrière des Trois Marie ou de la Parenté de la Vierge (Arnoult de Nimègue, vers 1510-1515), ou baie 18 de l'église de Louviers. Photo lavieb-aile.

La verrière des Trois Marie ou de la Parenté de la Vierge (Arnoult de Nimègue, vers 1510-1515), ou baie 18 de l'église de Louviers. Photo lavieb-aile.

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La verrière des Trois Marie ou de la Parenté de la Vierge (Arnoult de Nimègue, vers 1510-1515), ou baie 18 de l'église de Louviers. Photo lavieb-aile.

La verrière des Trois Marie ou de la Parenté de la Vierge (Arnoult de Nimègue, vers 1510-1515), ou baie 18 de l'église de Louviers. Photo lavieb-aile.

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LA LANCETTE GAUCHE : MARIE JACOBÉ (OU MARIE CLEOPHAS) ET SES QUATRE ENFANTS .

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Inscription :

SVB SOLE NIL ALIVD Q[am] BENEFACERE

ET LETARI ECCLESIASTES 3° CAPITVLO

Ecclésiaste 1 Sub sole nil novi, "rien de nouveau sous le soleil".

Ecclésiaste 3:12  Et cognovi quod non esset melius nisi laetari, et facere bene in vita sua "J'ai reconnu qu'il n'y a de bonheur pour eux qu'à se réjouir et à se donner du bien-être pendant leur vie; "

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Marie Cleophas est coiffée d'un turban rejeté (maladroitement à mes yeux) très en arrière. Son manteau pourpre agrafé sur l'épaule droite et sa robe bleu-vert ne montrent aucune ornementation.

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La verrière des Trois Marie ou de la Parenté de la Vierge (Arnoult de Nimègue, vers 1510-1515), ou baie 18 de l'église de Louviers. Photo lavieb-aile.

La verrière des Trois Marie ou de la Parenté de la Vierge (Arnoult de Nimègue, vers 1510-1515), ou baie 18 de l'église de Louviers. Photo lavieb-aile.

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Les quatre enfants de Marie Jacobé et de son mari Alphée : saints Simon (scie), Jacques le Mineur (bâton de foulon) Jude Thaddée (hallebarde), et Joseph le Juste — ou Barsabas— (croix).

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Comme dans l'enluminure du Maître de Jouvenel (et donc d'une manière médiévale et naïve que Fouquet évita d'imiter), les quatre enfants portent la tenue ou l'attribut qui les caractérisent dans leur vie adulte, y compris les pieds nus propres aux apôtres.

Tête de Joseph restauré anciennement. Médaillon des colonnes modernes..

 

 

La verrière des Trois Marie ou de la Parenté de la Vierge (Arnoult de Nimègue, vers 1510-1515), ou baie 18 de l'église de Louviers. Photo lavieb-aile.

La verrière des Trois Marie ou de la Parenté de la Vierge (Arnoult de Nimègue, vers 1510-1515), ou baie 18 de l'église de Louviers. Photo lavieb-aile.

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Lancette centrale : La Vierge Marie et son Fils.

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Inscription :

CVNCTA SUB SOLE VANITAS ET AFLICTIO

SPIRITVS ECCLESIASTES PRIMO CAPITVLO

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Ecclésiaste 1:14 

 Vidi cuncta quae fiunt sub sole, et ecce universa vanitas et afflictio spiritus.

"J'ai vu tout ce qui se fait sous le soleil; et voici, tout est vanité et poursuite du vent."

Il est difficile de comprendre pourquoi ces inscriptions ne se conforment que de façon fragmentaire au texte de la Vulgate.

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La verrière des Trois Marie ou de la Parenté de la Vierge (Arnoult de Nimègue, vers 1510-1515), ou baie 18 de l'église de Louviers. Photo lavieb-aile.

La verrière des Trois Marie ou de la Parenté de la Vierge (Arnoult de Nimègue, vers 1510-1515), ou baie 18 de l'église de Louviers. Photo lavieb-aile.

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La Vierge semble tenir un objet (tige d'une fleur) entre pouce et index, mais ce dernier est absent.

Tête, médaillons et une partie de la robe restitués.

Ses monogrammes MA (restitués) sont à ses pieds.

La verrière des Trois Marie ou de la Parenté de la Vierge (Arnoult de Nimègue, vers 1510-1515), ou baie 18 de l'église de Louviers. Photo lavieb-aile.

La verrière des Trois Marie ou de la Parenté de la Vierge (Arnoult de Nimègue, vers 1510-1515), ou baie 18 de l'église de Louviers. Photo lavieb-aile.

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Lancette gauche : Marie Salomé et les deux fils de Zébédée, saints Jean l'évangéliste et saint Jacques le Majeur.

Inscription : 

SVPER SOLEM ET STELLAS SPECIOSOR

ST SAPIENCIA ECCLESIAST. VII. CA IO

Ce texte ne correspond à rien dans l'Ecclésiaste 7.

Voir Ecclésiaste 3:12 Et cognivi quod non esset melius nisi laetari et facere bene in vita sua "Et j'ai reconnu qu'il n'y avait rien de meilleur que de se réjouir et de bien faire durant sa vie".

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La verrière des Trois Marie ou de la Parenté de la Vierge (Arnoult de Nimègue, vers 1510-1515), ou baie 18 de l'église de Louviers. Photo lavieb-aile.

La verrière des Trois Marie ou de la Parenté de la Vierge (Arnoult de Nimègue, vers 1510-1515), ou baie 18 de l'église de Louviers. Photo lavieb-aile.

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Marie Salomé est coiffé d'un turban agrémenté de colliers de perles, et elle porte une robe bleue dont le décolleté est richement souligné par des perles et des pendeloques. Elle tient un livre.

La tranche dorée du livre est obtenue par gravure à l'outil du verre coloré violet : le verrier a ôté par meulage ("gravure") le verre violet jusqu'à faire apparaître le verre blanc (de doublage), puis il a peint ce verre blanc au jaune d'argent.

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La verrière des Trois Marie ou de la Parenté de la Vierge (Arnoult de Nimègue, vers 1510-1515), ou baie 18 de l'église de Louviers. Photo lavieb-aile.

La verrière des Trois Marie ou de la Parenté de la Vierge (Arnoult de Nimègue, vers 1510-1515), ou baie 18 de l'église de Louviers. Photo lavieb-aile.

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Les enfants de Marie Salomé sont les fils de Zébédée, Jean l'évangéliste et Jacques le Majeur. 

Saint Jean tient la coupe de poison et Jacques porte la tenue de pèlerin (bourdon, besace, pèlerine). 

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La verrière des Trois Marie ou de la Parenté de la Vierge (Arnoult de Nimègue, vers 1510-1515), ou baie 18 de l'église de Louviers. Photo lavieb-aile.

La verrière des Trois Marie ou de la Parenté de la Vierge (Arnoult de Nimègue, vers 1510-1515), ou baie 18 de l'église de Louviers. Photo lavieb-aile.

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LE TYMPAN.

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Angelots tenant soit des étendards évoquant les bannières des légionnaires romains, soit des guirlandes. 

Cartouche avec la devise DE TOVT RIEN.

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La verrière des Trois Marie ou de la Parenté de la Vierge (Arnoult de Nimègue, vers 1510-1515), ou baie 18 de l'église de Louviers. Photo lavieb-aile.

La verrière des Trois Marie ou de la Parenté de la Vierge (Arnoult de Nimègue, vers 1510-1515), ou baie 18 de l'église de Louviers. Photo lavieb-aile.

La verrière des Trois Marie ou de la Parenté de la Vierge (Arnoult de Nimègue, vers 1510-1515), ou baie 18 de l'église de Louviers. Photo lavieb-aile.

La verrière des Trois Marie ou de la Parenté de la Vierge (Arnoult de Nimègue, vers 1510-1515), ou baie 18 de l'église de Louviers. Photo lavieb-aile.

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CONCLUSION.

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Laurence Riviale consacre les pages 149 à 158 de Le Vitrail en Normandie entre Renaissance et Réforme à "La parenté de la Vierge : l'Arbre de sainte Anne ou les Trois Marie." Ce titre de paragraphe mériterait un point d'interrogation car il expose plus de difficultés qu'il n'en résout.

En effet,  les 13 verrières normandes illustrant ces deux thèmes se divisent en deux groupes : soit A. une arborescence généalogique de sainte Anne, soit B des niches d'un arc de triomphe. 

 

A.

  • Rouen, Saint-Maclou , baie 5, 1440-1450
  • Evreux, baie 3, 1467-1469, dans une Vie de la Vierge
  • Rouen, Saint-Vincent , baie 4, 1520-1530
  • Rouen, Saint-Nicaise
  • Rouen, Saint-Eloi
  • Darnétal (Seine-Maritime) Saint-Ouen de Longpaon , 1555. Arbre à 14 pers.
  • Houppeville (Seine-Maritime), baie 2, vers 1544 

B.

  • Louviers baie 18 ,1510-1515
  • Serquigny , baie 5, 1561

Dans la verrière de Serquigny (Eure) , Marie Salomé et Marie Jacobé encadrent sainte Anne, et non la Vierge. Mais le vitrail est désigné sous le terme des Trois Marie, et peut-être Anne était-elle accompagnée initialement de la petite Marie?

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En définitive, la baie 18 de Louviers est la seule à mériter le titre de Trois Marie, la seule à ne pas présenter sainte Anne. D'autre part, cette singularité s'accompagne d'un corpus d'inscription parfaitement étranger au thème de la Sainte Parenté, ou de toute invocation. Enfin, elle n'est pas intégrée à un cycle de la Vie de la Vierge.

Au contraire, elle fait suite à deux verrières des Apparitions du Christ ressuscité. 

Or, dans ce cycle, on remarque l' absence d'une scène absolument majeure, celle de l'apparition des anges aux trois saintes femmes, au Sépulcre. Cette scène est cruciale car c'est sur la constatation du tombeau vide et sur les paroles des anges que se fonde la certitude de la Résurrection, conforté par les apparitions qui vont suivre, à Marie, à Marie Madeleine, aux Apôtres, à Pierre, à Thomas, aux Apôtres au Cénacle, avant l'Ascension devant les Apôtres. Cette scène est majeure car c'est sur elle  que repose la liturgie, la liturgie chantée  et la dramaturgie liturgique de la Semaine Pascale. C'est elle qui donne son nom à l'Office du Saint-Sépulcre suivant l'usage de Rouen, et de sa musique à notation carrée (Graduale rhotomagense BnF latin 904 du XIIIe siècle), c'est elle qui est l'objet de la dramaturgie "des trois Marie" (Coussemaker p.256), elle qui fait l'objet d'une très riche iconographie.

Seulement, les trois Marie sont alors Marie-Madeleine, Marie Jacobé et Marie Salomé.

Laurence Riviale présente longuement ce culte des trois Marie autour de Rouen (page 156-158) et évoque plus rapidement, à Louviers,  "une confusion entre deux cultes" celui des Trois Marie découvrant le tombeau vide, et celui des trois Marie filles de sainte Anne. Il faut reconnaître que ces deux cultes sont bien proches.

L'absence de la scène des saintes femmes au Sépulcre dans le cycle de la Résurrection à Louviers me semble être un argument très fort pour suspecter cette "confusion". Les commanditaires auraient-ils commandé une verrière "des trois Marie" du tombeau vide, et le peintre-verrier Arnoult de Nimègue aurait-il réalisé ces "Trois Marie" de la Parenté dans une incompréhension telle qu'il aurait peint un tableau très neutre et désincarné des saintes et y aurait associé des considérations sur l'Ecclésiaste ?

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ANNEXE. L'oraison aux Trois Marie.

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Pierre Rezeau, Les prières en français adressées aux saints dans les Livres d’Heures du xive au xve siècle.

https://books.openedition.org/pup/2835?lang=fr

 

 

 Après une invocation aux Trois Maries, qui rappelle leur ascendance et leur parenté avec le Christ (str. l et 2), l’auteur s’adresse à chacune d’elles : la Vierge Marie (str. 3), Marie-Cléophas (str. 4), Marie-Salomé (str. 5) et dit la confiance que doit avoir en elle le chrétien (str. 6). Mettant à part la Vierge, il détaille ensuite les cas où leur intercession est particulièrement efficace (str. 7 et 8), pour terminer par un appel à leur patronage (str. 9).

1. O trois seurs de noble lignage,
par ce nom Maries nommées,
chascun doibt a vous de courage
recourir pour vos renommées.
Jhesucrist vous a tant amees
que de vous trois a voulu faire
ses mere et antes tant famées
qu’on ne pourrait vos sains noms traire,

2 Vous estes, selon l’Escripture,
de saint Abraham descendues
et par degrés selon nature
des roys et des prestres venues.
Oncques ne fu dessoubz les nues
lignie plus digne de mémoire :
filles estes de Anne tenues,
de trois maris comme on doibt croire.

3. Marie, roÿne des cieulx
l’ainsnee, eustes Joachim pere,
Joseph espous et Jhesus fieulx,
sans corruption ne misère.
Nul ne pourroit ce hault mistere
assés prendre, tant soit soubtilz,
car sur nature, vierge et mere,
enfantastes Dieu vostre filz.

4. Vous secunde Marie, fille
Cleophas et d’Alphëus femme,
quatre filz selon l’Euvangille
eustes de luy, très sainte dame :
Joseph, le juste sans diffame,
saint Jaques le mineur, saint Jude
et Symon, qui de corps et d’ame
ont mis en Dieu tout leur estude.

5. Salomas, vous, tierce Marie,
eustes pere, et en mariage
Zebedee, en qui compaignie
enfantastes selon l’usage, 
saint Jaques le grant, et, le sage
euvangeliste Jehan après ;
bien eureux est tel saint lignage,
qui est de Jhesucrist tant prés.

6. Puis que de Jhesus, roy céleste,
vous estes doncques tant prochains,
je tien pour certain que requeste
ne vous refuse entre aultres sains,
pour quoy doivent pécheurs humains
vous servir en grant confiance.
Les malades rendes tous sains,
qui en vous ont bonne espérance.

7. Quant est a vous, c’est une mer,
mere de Dieu, pour ce m’en tais.
Si doibt on vos seurs reclamer
pour leurs miracles et beaux fais
qu’elles montrent sur clers et lais
qui du cueur les veullent requerre :
aveugles, fiévreux, contrefais
guérissent, aussi de la pierre.

8. De ces choses a leur trespas
leur fist Dieu ottroy, don et grâce,
et de plusieurs qu’on ne peult pas
dire, qui n’auroit grant espace. 60
Entre aultres, femme ne trespasse,
grosse d’enfant, qui les reclame
de bon cueur, mais naist tout en place
par l’ottroi de chascune dame.

9. O miroir de virginité
et de l’estat de mariage
et aussi de viduité,

sainctes dames de hault parage,
impetrés a l’umain lignage
paix en tous lieux generalment
et pardon a qui de courage
vous requerra dévotement.
Amen.

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Voir aussi :

— PARIS, Bibl. nat., lat. 1147, f. 8-9v°

— Heures des trois Maries, (1529) : f. 14v° (PARIS, Bibl. nat., Rés. H 1010 

— Jean de Venette Bnf fr 23434

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b9063129q/f9.image

Jean de Venette  Bnf fr 12468

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b9061520r.image

 

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SOURCES ET LIENS.

 

SOURCES ET LIENS.

— Office du tourisme Seine-Eure :

http://www.tourisme-seine-eure.com/images/06-QUE-FAIRE/1-culture-patrimoine/B1.2-ND-Louviers/Circuit-Bilingue-EGLISE-ND-LOUVIERS.pdf

BLONDEAU (Caroline), 2014, Le vitrail à Rouen 1450-1530, Presses Universitaires de Rennes .

 

 

— CALLIAS BEY (Martine), CHAUSSÉ (Véronique), GATOUILLAT (Françoise), HÉROLD (Michel), 2001,"Les vitraux de Haute-Normandie", Corpus vitrearum Recensement VI, CNRS éditions, page 171

 

COUSSEMAKER (E. de ) . Drames liturgiques du moyen âge, p. 195-200; d'après le  ms. d'Orléans et avec transcription de la musique.

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b9061520r/f3.image

— GASTÉ (A.), 1893 , les Drames liturgiques de la cathédrale de Rouen, dans les Annales de la Faculté des lettres de Caen, 4e année, n° 1 et 2; réimpr. avec additions dans la Revue catholique de Normandie, et tiré à part (Évreux, 1893, in-8°) ;, p. 65-68; d'après le ms. Y. 110 et Y108 de Rouen.

http://resolver.sub.uni-goettingen.de/purl?PPN526027401

 https://gdz.sub.uni-goettingen.de/id/PPN526027401?tify={%22pages%22:[71],%22panX%22:0.176,%22panY%22:0.811,%22view%22:%22info%22,%22zoom%22:0.347}

 — HÉROLD (Michel),1995,  Louviers, église Notre-Dame, les verrières, [16] p. Édition : [Rouen] : Connaissance du patrimoine de Haute-Normandie , cop. 1995, France. Inventaire général des monuments et des richesses artistiques de la France. Commission régionale Haute-Normandie Illustrateur : Thierry Leroy (photographe) .

— LAFOND Jean, 1963, Les vitraux de Notre-Dame de Louviers, par Jean Lafond . Louviers et Pont-de-l'Arche. Nouvelles de l'Eure, n° 15, Pâques 1963. (pp. 42-47). Non consulté.

 — LAFOND (Jean), 1930,  Arnoult de Nimègue et son œuvre : études sur l'art vitrail en Normandie, Rouen, Lecerf, , 20p.

 

— LE MERCIER (E.)  Monographie de l'église Notre-Dame de Louviers Ch. Hérissey et fils, 1906 - 212 pages 

 

MÂLE (Emile), 1898, L'art religieux du XIIIe siècle en France: étude sur l'iconographie du Moyen -Age...

 

REYNAUD Nicole, 2006, Jean Fouquet,  Les Heures d'Etienne Chevalier, Ed Faton.

.— RIVIALE (Laurence), 2007, Le vitrail en Normandie entre Renaissance et Réforme (1517-1596), Presses Universitaire de Rennes.

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