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5 janvier 2015 1 05 /01 /janvier /2015 21:49

   Traduction et origines des INSCRIPTIONS

figurant dans Animalia rationalia et insecta (Ignis) de Joris Hoefnagel, 1575-1582. Identification de quelques insectes.

 

Voir dans ce blog sur Hoefnagel :

.

( Première partie,  Planches 1 à 43) 

 

Les images proviennent du site RDK Netherlands   https://rkd.nl/nl/explore/images/120708

Préambule.

Joris Hoefnagel, 1575-1582, Elementa depicta Pars III :Ignis.

  A la cour de Rodolphe II, l'empereur germanique à qui cette œuvre a été offerte, et aussi dans toute l'Europe savante de la fin du XVIe siècle, l'engouement pour les livres d'emblèmes était  très vif, tout comme le goût pour les Adages, les Maximes, les Enigmes, les  Aphorismes et autres Citations d'auteurs antiques. Mais la consultation des Emblemata ...Insectis  de Camerarius L'Ancien, parus en 1596, permet de réaliser combien ces considérations peuvent nous paraître dénuées d'intérêt. Au contraire, les quatre volumes des Elementa de Joris Hoefnagel exercent encore un attrait qui est du sans doute à la qualité exceptionnelle des peintures, selon un art hérité des enlumineurs flamands, mais aussi au charme des citations latines des Psaumes, d'Ovide ou  du poète Ausone, qui scandent planche après planche une méditation déjà baroque sur la beauté fugace des êtres, sur la vanité captivante de cette beauté, ou sur les abimes de persplexité où nous plongent la contemplation de la Nature. Les inscriptions successives, loin d'être d'aimables ornements littéraires, forment un corpus parfaitement construit et profondément cohérent qui énonce un programme humaniste d'un nouveau regard porté sur la nature comme objet d'étude : c'est la naissance de l'Entomologie.  

 

 

 

Page de titre du chapitre Ignis :

 

a) IGNIS (peu lisible dans le cartouche supérieur)  Animalia Rationalia et Insecta.

—Traduction :«  Le Feu. Animaux rationnels et Insectes ».

—Commentaire :

-IGNIS :

Le cartouche où s'inscrit ce mot est surmonté d'une lampe d'où s'élève une flamme claire.

Les trois autres volumes de ce recueil portent les titres suivants : TERRA Animalia quadrupedia et reptilia  ;  AQUA  Animalia aquatilia et conchiliata ; AIER  Animalia volatilia et amphibia. L'univers était, depuis Aristote, divisé en deux parties, le Cosmos parfait constitué d'Ether et où gravitent les astres immuables, et le monde sublunaire changeant et corruptible, constitué d'un mélange de Feu, d'Air, d'Eau et de Terre, éléments initialement séparés en sphères concentriques de la Terre vers le Feu.  Aux trois éléments  de la Terre, de l'Eau et de l'Air correspondent respectivement et  en toute logique les animaux terrestres (quadrupèdes et reptiles), aquatiques (avec aussi les crustacés et coquillages) et volatiles. Le volume consacré au Feu est le premier, dans un ordre qui ne doit rien au hasard : Feu/ Terre / Eau/ Air. Les quatre éléments déterminent la philosophie depuis Empédocle, les quatre qualités depuis Aristote ( " le feu est chaud et sec ; l'air est chaud et humide, puisque l'air est une sorte de vapeur ; l'eau est froide et liquide ; enfin, la terre est froide et sèche"), le classement scalaire des animaux depuis le Moyen-Âge ( en haut le phénix,  oiseau fabuleux lié au feu, puis les oiseaux dans les airs, suivis des poissons nageant dans l’eau, et  en bas de l'échelle  les quadrupèdes qui vivent sur l'élément terre), et la médecine depuis Hippocrate et la théorie des quatre humeurs..  

Mais on peut s'étonner de trouver, associé au noble élément Feu, les "Animaux rationnels", c'est-à-dire l'Homme, ainsi que les insectes, que l'on aurait volontiers tendance à mépriser ou à négliger. A cette époque, le Feu était liè à la Salamandre (un animal mythique censé vivre dans le feu et ne mourir que si celui-ci s'éteignait ; pour Paracelse, la Salamandre était l'esprit du Feu, sous les traits d'une belle femme. Hoefnagel créé donc un écart, un effet de surprise. "En associant ses insectes au feu, Hoefnagel les reliait  à l'élément le plus exceptionnel, l'élément associé à la génération et à la dématérialisation, le plus protéiforme, le plus dynamique, le plus insondable, et, dans l' Europe pré-moderne, le plus merveilleux. Et surtout, contrairement à la logique des autres volumes, le feu ne est pas le milieu dans lequel les insectes vivent. Au lieu de cela, il représente les propriétés qu'ils incarnent." (Hugh Raffles   Insectopedia page 131). Hoefnagel a été  l'un des premiers (voir infra Dürer) à élever des insectes comme sujet pictural indépendant. Auparavant, les insectes avaient été largement étudiés par Aristote et Pline, mais ce n' est qu'avec la publication d' Aldrovandi en 1602 qu'ils furent étudiés comme sujet de science. Selon l'idée platonicienne —répandue par l'académie néoplatonicienne de Florence autour de Laurent de Médicis à la fin du XVe siècle—d'un microcosme représentant un macrocosme, l'étude des mystères et des prodiges  contenus et exprimés dans les petits insectes permettait de mettre en évidence par effet de miroir  les mystères de la Création et du Créateur.

Si Hoefnagel donne aux insectes la première place, c'est aussi, tout simplement, parce qu'il s'agit de son sujet de prédilection : les illustrations qu'il en donne sont de lui, alors qu'il empruntera celle des mammmifères, des oiseaux et des poissons à des peintres qui l'ont  précédé.

Nous allons voir que le volume Ignis est principalement consacré aux insectes, et que seules les deux premières Planches traitent de l'Homme, d'une façon d'ailleurs inattendue.

 

- Animalia rationalia et insecta 

La définition de l'Homme comme "animalia rationalia" sera simplement pointée,  en lien avec Abelard (homo est animalum informum rationale et mortalitate), et annonçant Hobbes et son ""homo est corpus animatum rationale".

 

b) Signature Georgi Hoefnagel par monogramme G/HF.

Georgi[us] est la latinisation de Joris, prénom de l'artiste. Georgi. Hoefnagel est la signature que l'on rencontre sur les cartes et vues de ville qu'il réalisa pendant ses voyages en Francen Espagne ou Italie.

HF renvoie à Hoefnagel, nom de famille de l'artiste.  Il s'agit d'un nom d'origine flamande, dérivé de Houvenaghel,  littéralement "clou-sabot" en lien vraisemblable avec le  surnom donné à un maréchal-ferrant. Le mot nagel signifie clou, et hoef signifie sans doute sabot (cf l'allemand huf).  (Source : Geneanet.org).

 

c) inscription : Qui fecit Angelos spiritus suos: / Et ministros suos Ignem Vrentem

—Source : Psaume 103 [104] verset 4  : qui facis angelos tuos spiritus et ministros tuos ignem urentem

—Traduction : « tu fais des vents tes messagers, les éclairs* sont tes serviteurs » Bible du Semeur.

*"des flammes de feu" selon la trad. Louis Ségond. 

—Commentaire :

On remarque la présence dans le second verset du mot Ignem, "de Feu", et cette reprise du mot Ignis inciterait à interpréter ce verset hors de son contexte, comme si les insectes étaient des messagers flambants, angéliques et aériens (les papillons) ou des flammes fulgurantes. Mais il faut au contraire lire le Psaume 104 en entier, ce qui n'est pas un exercice laborieux puisqu'il s'y élève une magnifique hymne poètique à la Création et au Créateur. Car on y remarque immédiatement la présence des quatre éléments, ce qui incite alors à regarder les pages de titre des trois autres volumes Cette recherche est immédiatement récompensée par la découverte des versets suivants :

– Terra   Qui fúndasti terra súper stabilitatem túam:/ Non comouebitúr In secúlúm scúlo : C'est le verset 5 de la Vulgate qui fundasti terram super stabilitatem suam non inclinabitur in saeculum saeculi "Il a établi la terre sur ses fondements, Elle ne sera jamais ébranlée".  

– Aqua  Abissus sicut vestimentum amictus terrae super montes stabunt Aquae : C'est le verset 6  Abissus sicut vestimentum amictus terrae super montes stabunt Aquae "Tu l'avais couverte de l'abîme comme d'un vêtement, Les eaux s'arrêtaient sur les montagnes".

– Aier : Qui ponis Núbem, ascensum tuum: / Qui ambúlas Ventorum super-Pennas. C'est le verset 3 de la Vulgate :  qui ponis nubem ascensum tuum qui ambulas super pinnas ventorum  ; "Il prend les nuées pour son char, Il s'avance sur les ailes du vent."

Ainsi, Dieu  fait de la lumière son vêtement, du ciel sa tente, des nuées son char, des vents qui les emportent ses serviteurs, des flammes de feu qui en jaillissent ses messagers. 

D'autres versets de ce Psaume seront cités  dans d'autres planches :

  On retrouve le verset 33 sur la planche du Mira calligraphiae, folio 131  illustrant la lettre C, car ce verset Cantabo Domino commence par un C.

Ce Psaume 103 est donc emblématique non seulement du recueil tout entier, mais de l'artiste lui-même. Joris Hoefnagel est profondément religieux, dans un esprit proche des réformés protestants, et rien n'interdit de penser qu'il adresse par son œuvre une louange sincère à Dieu et qu'il reprend à son compte l'incipit du Psaume "Mon âme, bénis l’Éternel ! Éternel, mon Dieu, tu es infiniment grand ! Tu es revêtu d’éclat et de magnificence ! ". Mais ces citations pourraient aussi témoigner d'un esprit plus épicurien à la façon de Lucrèce dans son De Natura rerum, et s'intégrer dans un hymne cosmique ou panique plutôt que chrétien. 

 

 

Les pages 2 et 3.

 

 

a) Page de gauche, Inscription supérieure :

Pronaq [ue] cum spectent Animalia cetera terram: / os homini sublime dedit, Coelumq [ue] Tueri / Iubit, et erectos annonce Sydera tollere vultus

— Traduction : « l'homme, distingué des autres animaux dont la tête est inclinée vers la terre, put contempler les astres et fixer ses regards sublimes dans les cieux. »

— source :Cette citation est extraite du début des Métamorphoses d'Ovide, Livre I.

— Commentaire :

A la lumière des inscriptions précédentes, la lecture du texte d'Ovide s'éclaire singulièrement :

   "Inspiré par mon génie, je vais chanter les êtres et les corps qui ont été revêtus de formes nouvelles, et qui ont subi des changements divers. Dieux, auteurs de ces métamorphoses, favorisez mes chants lorsqu'ils retraceront sans interruption la suite de tant de merveilles depuis les premiers âges du monde jusqu'à nos jours.

Origine du monde (I, 5-20)

  Avant la formation de la mer, de la terre, et du ciel qui les environne, la nature dans l'univers n'offrait qu'un seul aspect; on l'appela chaos […] . L'air, la terre, et les eaux étaient confondus : la terre sans solidité, l'onde non fluide, l'air privé de lumière. Les éléments étaient ennemis; aucun d'eux n'avait sa forme actuelle. Dans le même corps le froid combattait le chaud, le sec attaquait l'humide; les corps durs et ceux qui étaient sans résistance, les corps les plus pesants et les corps les plus légers se heurtaient, sans cesse opposés et contraires.

Séparation des éléments (I, 21-75)

Un dieu, ou la nature plus puissante, termina tous ces combats, sépara le ciel de la terre, la terre des eaux, l'air le plus pur de l'air le plus grossier. [...] Le feu, qui n'a point de pesanteur, brilla dans le ciel, et occupa la région la plus élevée. Au-dessous, mais près de lui, vint se placer l'air par sa légèreté. La terre, entraînant les éléments épais et solides, fut fixée plus bas par son propre poids. La dernière place appartint à l'onde, qui, s'étendant mollement autour de la terre, l'embrassa de toutes parts. […] À peine tous ces corps étaient-ils séparés, assujettis à des lois immuables, les astres, longtemps obscurcis dans la masse informe du chaos, commencèrent à briller dans les cieux. Les étoiles et les dieux y fixèrent leur séjour, afin qu'aucune région ne fût sans habitants. Les poissons peuplèrent l'onde; les quadrupèdes, la terre; les oiseaux, les plaines de l'air.

Création de l'homme (I, 76-88)

Un être plus noble et plus intelligent, fait pour dominer sur tous les autres, manquait encore à ce grand ouvrage. L'homme naquit : et soit que l'architecte suprême l'eût animé d'un souffle divin, soit que la terre conservât encore, dans son sein, quelques-unes des plus pures parties de l'éther dont elle venait d'être séparée, et que le fils de Japet, détrempant cette semence féconde, en eût formé l'homme à l'image des dieux, arbitres de l'univers; l'homme, distingué des autres animaux dont la tête est inclinée vers la terre, put contempler les astres et fixer ses regards sublimes dans les cieux. Ainsi la matière, auparavant informe et stérile, prit la figure de l'homme, jusqu'alors inconnue à l'univers."

Parmi les animaux de la Création, l'Homme est celui qui contemple les astres et lève la tête vers les Cieux : dans la logique de louange et d'action de grâce sous laquelle Hoefnagel a placé son œuvre, il est celui pour qui  l'observation (dans laquelle le rôle de la vision est central) ne se dissocie pas de l'admiration. 

 

b) inscription centrale :

PETRVS GONSALVS Alumnus REGIS GALLORVM. Ex Insulis Canariae ortus : Me Teneriffa tulit: villos sed Corpore toto Sparsit opùs mirúm naturae: Gallia, mater Altera, me púerùm nútruit adusque virilem Aetatem: docúitque feros deponere mores Ingenúasque artes, lingúam que sonare latinam. Contigit et forma praestanti múnere Diúúm Coniúnx, et Thalami charissima pignora nostri. Cernere naturae licet hinc tibi múnera: nati Qúod referúnt alij matrem formaque colore, ast alij patrem vestiti crine sequuntur.

Conparuit Monachij boiorum A°: 1582:

 

— Tentative de traduction « Petrus Gonsalvus fils adoptif du roi de France. Je suis né aux Îles Canaries et originaire de Tenerife ; mais des poils recouvrent tout mon corps, œuvre prodigieuse de la nature ; la France, mon autre Mère, m'a élevé jusqu'à l'âge adulte, et m'a enseigné les bases de la morale, des arts libéraux, et la langue et les sonorités latines. Puis j'ai épousé ma très chère et incomparable épouse, cadeau des dieux. Ici, vous pouvez voir les cadeaux de la nature: certains de mes enfants ressemblèrent à leur mère, et d'autres héritèrent de la pilosité de leur père. Il est venu à Munich en Bavière durant l'année 1582. »

 — Commentaire :

Comme spécimen de la race humaine, Hoefnagel présente, par un choix qui demande à être analysé, l'un de ses "monstres", terme qui, en latin, voisine avec monstrare "montrer" et qui exprime qu'à l'époque, ce qui est atypique relève du merveilleux, du prodige ou du miracle et témoigne de la grandeur insondable de Dieu. 

  Ce texte est une déclaration qui est censée être rédigée par l'homme dont le portrait se trouve à la page voisine. Elle adopte le même style que les lettres que des personnages semblables (comme sa fille Antonieta) tiennent sur leur portrait pour se présenter. Cette homme est Pedro Gonzales, latinisé en Petrus Gonsalvus. 

 Pedro Gonzales est né vers 1537 à Tenerife, dans les îles Canaries dans une famille de la noblesse locale ; il était atteint d'une maladie héréditaire —sous le mode autosomique dominant— rarissime dont il est le premier cas connu,  l'hypertrichose (ou hypertrichosis lanuginosa), bien différente de l'hirsutisme : son visage et tout son corps était couvert de longs poils lui conférant une allure bestiale. Mais on oublie souvent de mentionner que cela s'accompagne d'un facies acromégaloïde, avec épaissisement des traits qui accentue cette apparence animale.

   Comme pour le nanisme (les nains de cour étaient nombreux, comme le nain Triboulet de François Ier ou ceux de la cour d'Espagne), les personnes frappés par ces difformités corporelles étaient considérées soit  comme des suppôts redoutés du Diable ou comme des  envoyés miraculeux de Dieu. Ce type de prodige étaient recherchés dans les cours princières au titre des Curiositas ou des Mirabilia dont la possession renforçaient le prestige,  et en raison de ses caractéristiques particulières, Pedro Gonzales a été offert à l'âge de 10 ans au Roi Henri II de France, qui s'enticha du jeune garçon et lui donna la meilleure éducation (assurée par les précepteurs royaux Pierre Danès, Jacques Amyot et Robert Estienne et où il apprit le latin). Surnommé alors le « sauvage du Roi », il devint, au cours des décennies suivantes, l'un des lettrés les plus fréquentés de Paris, et occupa des postes à la cour, successivement Gentilhomme de la Chambre puis Aide-Panetier royal. Le roi mit à sa disposition une partie du parc de Fontainebleau afin de lui offrir environnement naturel et protection, et où on le considéra d'abord comme un singe familier avant de s'intéresser à lui de plus en plus. Cet  « homme-singe » ou "homme sauvage" fascinant participait régulièrement aux manifestations sociales, habillé de vêtements de cour. 

  Deux cent ans plus tard, la façon dont le jeune prodige Mozart fut reçu dans les capitales européennes témoignait encore de cette curiosité ambiguë mêlée de mépris que suscitent les exceptions.

 

c) inscription inférieure :

Sed puor hec Hominis cura est, cognoscere terram / ​​Et nunc quae miranda tulit Natura, notare.

— Traduction : « Mais le premier souci de ceux qui en sont les maîtres est de connaître la terre, et de noter les merveilles que la nature a étalées maintenant : c'est là pour nous une grande tâche, qui nous rapproche des astres célestes »

Source : Il s'agit des vers 251-252 du poème l'Etna

L'Etna est un poème descriptif et scientifique de 644 hexamètres datant de 44 à 50 av. J.C., longtemps attribué à Virgile (juvenilia), bien qu'en 1549 il soit dit "Incerti authoris" dans les Epigrammata, in P. Virgilis Maronis Opera. Une fois de plus, la lecture élargie du texte lui-même est gratifiante. Elle montre que Hoefnagel veille scrupuleusement à la cohérence de son thème du Feu, tout en poursuivant sa méditation sur la place de l'homme au sein de la création. En effet, dans ces vers, le poète, après avoir  entrepris de chanter l'Etna et la cause de ses éruptions, écarte les explications fabuleuses et  donne au phénomène une explication scientifique, due à l'existence au sein de la terre de canaux aériens, où passent des vents.  Dans les vers 537-566, il célèbre la puissance invincible du feu de l'Etna  et loue la fertilité du sol que ce feu autorise.

 

 "...ne pas souffrir que toutes les merveilles qui s'étendent devant nous dans le monde immense demeurent éparpillées et enfouies dans le monceau des phénomènes, mais au contraire démêler les caractéristiques de chacune et les disposer à leur place déterminée, voilà une divine volupté de l'esprit et fort agréable. Mais le premier souci de ceux qui en sont les maîtres est de connaître la terre, et de noter les merveilles que la nature a étalées maintenant : c'est là pour nous une grande tâche, qui nous rapproche des astres célestes. Car quelle espérance ou quelle démence plus grande pour un mortel que de vouloir perquisitionner à l'aventure dans le royaume de Jupiter, en laissant passer devant nos pieds et se perdre un tel chef-d'œuvre ! Nous nous tourmentons, malheureux que nous sommes, pour peu de chose, et nous sommes accablés de travail ; nous scrutons les fissures du sol et nous en retournons toutes les profondeurs : c'est un filon d'argent qu'on cherche, ou parfois une veine d'or ; les terres sont tourmentées par la flamme et domptées par le fer, jusqu'à ce qu'elles se rachètent par une rançon et avouent la vérité, puis se taisent finalement réduites au dénuement et à l'abandon. Nuit et jour les cultivateurs pressent leurs guérets ; le travail des champs rend leurs mains calleuses ; nous payons cher le profit que nous tirons de la glèbe. Mais ici le sol est fertile et particulièrement fructueux en moissons; là, en vignes ; voici une terre qui convient merveilleusement aux platanes, une autre aux herbages ; en voici une qui est meilleure pour un riche troupeau, et qui sied aux forêts ; les oliviers préfèrent les terrains un peu secs, le terrain un peu gras plaît aux ormes." (Trad. M. Rat Garnier 1935 in Philippe Remacle)  

Après avoir cité selon Ovide   l'homme,  contemplant les astres et fixant ses regards vers le ciel, l'habile auteur enchaîne avec la tâche, qui nous rapproche des astres célestes, de connaître les merveilles de la nature générées par le Feu, de les "caractériser et de les disposer à leur place déterminée". Cette préoccupation est une "divine volupté". 

 

Page 3.

  La page 3 correspond à la Planche I. Toutes les planches ont la même disposition, le motif étant placé à l'intérieur d'un ovale doré à la feuille, pour souligner son caractère précieux, mais aussi son statut de spécimen et d'objet d'étude. Il est probable que Hoefnagel a observé les insectes avec une loupe, mais il est sûr que le cerclage de ses motifs peints évoque la focalisation du regard à travers une lentille.

 

a) Inscription centre supérieur :

Omni moraculo quod fit per Hominem maius miraculum est HOMO/ Visibilium omnium maximus est Mundus, Invisibilium DEUS/ Sed mundum esse conspicimus, Deum esse credimus

— Source : Saint Augustin De Civitate Dei, Livre X chap. 12 et Livre IX chap.4

— Traduction : « De tous les miracles réalisés par l'homme, le plus grand miracle est l'homme. De toutes les chose visibles, la plus grande est le monde. de toutes les invisibles, la plus grande est Dieu. Si nous voyons que le monde existe, nous croyons que Dieu existe".

— Commentaire :

Ce texte placé en chapeau au dessus du portrait de Pedro Gonzales explicite la thèse qu'il illustre. Cet homme est, pour l'esprit, une incongruité. Un miracle (latin miraculum, "chose extraordinaire, étonnante", du verbe miror "s'étonner, être surpris" qui a donné admiror "admirer") est une chose étonnante et admirable, qui incite à croire en Dieu.

 

b) Portrait de Pedro Gonzales et de son épouse.

 

             

  

 Hoefnagel, Joris "Animalia Rationalia et Insecta (Ignis): Planche I des « Quatre éléments », 1575. aquarelle et gouache sur velin, 14.3 x 18.4cm. Washington DC, National Gallery of Art. 1987.20.5.2

 

 Peu avant 1572, Pedro Gonzales se maria à Catherine Raffelin, femme dépourvue de toute pilosité anormale, avec qui il aura sept enfants, dont trois ou quatre seront atteints d'hypertrichose, comme Antonietta (née en 1572 à Namur). Surnommée Tognina, elle fut la première à être  examinée pour cette tare (notamment par le savant italien Ulisse Aldrovandi). Antonietta se mariera et aura un fils, également atteint de la maladie. 

Avant ou après ce mariage, Pedro a été envoyé  comme ambassadeur à la cour de Marguerite de Parme, régente des Pays-Bas. En 1582, il suivit celle-ci alors qu'elle rejoignait son duché de Parme en Italie, et ce voyage l'amena à traverser l'Allemagne. C'est à cette occasion qu'il aurait séjourné à Munich. En 1591, ils seront admis à la cour des Farnèse à Parme. La derniere mention connue de ce personnage date de 1617, quand il est cité parmi ceux qui avaient assisté au baptême de son petit-fils. Pedro Gonzales s'éteint vers 1618, à Capodimonte, près du lac de Bolsena.

  A la cour de Guillaume V de Bavière, un artiste anonyme fit les portraits grandeur nature de Pedro, de sa femme, et leurs deux enfants velus, une fille d’environ sept ans, Magdalena et un garçon d’environ trois ans, Enrico. Guillaume aurait fait cadeau de ces tableaux gigantesques à son oncle, l’archiduc Ferdinand II de Tyrol, qui les exposa dans une galerie de portraits de son palais d’été, le château d’Ambras, près d’Innsbruck dans les Alpes. Hoefnagel a-t-il  connu cette famille, ou a-t-il  réalisé ce portrait en s'inspirant de ces portraits alors qu’il était peintre à la cour de Guillaume à Munich de 1579 à 1590 ?  Ses Quatre éléments sont réalisés entre 1575 et 1585, mais l'inscription page 2 "Conparuit Monachij boiorum A°: 1582" resserre la fourcette de datation de ses portraits.

Celui-ci  était conservé dans les collections du château de Ferdinand II du Tyrol à Ambras (actuellement au  Kunsthistorische Museum de Vienne) :

   

La famille Gonzales séjourna également à Bâle, où le médecin et anatomiste Felix Platter examina deux des enfants, en 1583, en fit faire des portraits et les mentionna plus tard dans un livre d’observations médicales :

  "Il y avait à Paris, à la cour du roi Henri II, un tel homme, exceptionnellement poilu sur tout le corps, auquel le roi tenait beaucoup. Son corps était entièrement recouvert de longs poils, son visage aussi, à l’exception d’une petite partie sous les yeux, et les poils de ses sourcils et du front étaient tellement longs qu’il devait les relever pour voir. 

Après avoir épousé une femme non-velue, qui était comme toute autre femme, il eut avec elle des enfants, velus eux-aussi, qui furent envoyés au duc de Parme en Flandres. Je vis la mère et les enfants, un garçon de neuf ans et une fille de sept ans, lorsque, en chemin vers l’Italie, ils s’arrêtèrent à Bâle en 1583, et je commandai leur portait. Ils avaient le visage velu, surtout le garçon, la fille un peu moins, mais celle-ci était extrêmement velue dans la région dorsale le long de la colonne vertébrale." Felix Platter, Observationum Felicis Plateri…libri tres, (Basilea, 1680), Lib. III, p. 572.  cité ici.

Beaucoup plus tard, Ulisse Aldrovandi (1522-1605), médecin italien et naturaliste, qui décrit  l'"Homme des bois" (Homo sylvestres) dans sa Monstrorum Historia posthume (1642), n'a rencontré que sa fille Antonietta.  Il accompagne néanmoins son texte d'une gravure sur bois de Pedro Gonzales et de l'un de ses fils, avec la légende Pater annorum quadraginta et filius annorum vigintio corpore pilosi, "le père âgé de quarante ans et son fils âgé de vingt ans , le corps entièrement couvert de poils" . Image Gallica. 

 

  Mais Hoefnagel, loin de copier servilement les portraits existants, en donne une version lumineuse et magnifique, dans laquelle la beauté de l'épouse et sa main posée amoureusement sur l'épaule de son mari  fait ressortir la laideur de celui-ci. D'autre-part, il choisit de lui faire porter un très bel habit bleu à manches noires rapportées, mais dont la texture est traitée de telle sorte qu'elle évoque le pelage d'un animal, et qu'elle se poursuit avec de courtes hachures dans le paysage sauvage pelé et rocheux surmonté d'un arbre sec mais dressé.  L'Homme des bois n'est ici nullement stigmatisé, il est représenté avec beaucoup de respect voire d'empathie par l'artiste, et son regard nous fixe avec une profondeur interrogative comme la propre image spéculaire de notre nature sauvage. 

Pour Hugh Raffles, le couple apparaît désolé et isolé, à l'image de son environnement aride, et  coupé de la communauté humaine comme il est encerclé par l'ovale doré.

 

b) inscription inférieure :

HOMO natus de MULIERE, BREVII VIRENS Tempore/ Repletur multis miserÿs. Job. 14.

— Source Job 14:1

— Traduction : "L'être humain né de la femme! Sa vie est courte mais pleine d’agitation". (L. Segond 1880 dite Segond 21).

 

— Commentaire :

Là encore, il faut avoir la curiosité de lire le deuxième verset : "14:2 Il pousse comme une fleur, puis il se flétrit; il s’enfuit comme une ombre, sans résister." Car le thème de l'ombre va figurer dans la planche V (Scarabea umbra) et celui de la fleur fanée reviendra comme un leitmotiv ultérieurement (Adage d'Erasme ; poème d'Ausone).

 

 

Planche IV  :  deux enfants de Pedro Gonzales.

 

 

 

a) Inscription  supérieure : Laudate pueri Dominum

— Source : Psaume 112 (113). 

— Traduction : "Louez, enfants, le Seigneur."

b) Inscription inférieure : Laudate nomen Domini.

— Source : Psaume 112 (113).

— Traduction : "Louez le nom du Seigneur."

— Commentaire : Le Psaume 112 (113) est traduit par Louis Segond ou par la Bible du Semeur en suivant le texte hébreu Laudate servi Jehovah, Laudate nomen Jehovah d'où leur traduction où "serviteurs" remplace "enfants", et "L'Eternel" remplace "Seigneur". Mais le texte de la Septante, suivi par la Vulgate qui est cité ici,  proclame :  Laudate pueri Dominum, laudate nomen Domini : qui habitare facit sterilem in domo matrem filiorum laetantem. "Enfants, louez le  Seigneur, louez le nom du Seigneur." Le Psaume s'achève ainsi : "lui qui en sa maison fait habiter la stérile, devenue joyeuse mère d’enfants.".

Ainsi, les versets qui accompagnent le portrait des deux filles de Pedro Gonzales au visage déformé par la maladie sont des louanges adressées à Dieu pour rendre grâces de la naissance d'enfants.

c) L'illustration :

La couleur rose m'a fait croire qu'il s'agissait de deux filles de Pedro Gonzales, mais il s'agit plutôt des portraits de la fille aînée  Magdalena, âgée environ de sept ans, et de son frère Enrico, âgé de trois ans environ. Ces dates sont compatibles avec une exécution des portraits en 1582. 

Le portrait de la grande sœur ressemble à celui-ci, qui vient du château d'Ambras et qui est daté de v.1580 : Anonyme : Maddalena Gonzale

Le frère ressemble très exactement  à ce portrait :

  

 

Dans son Monstrorum hstoria, Aldrovandi  donne, à la suite du portrait de Pedro Gonzales celui de sa fille âgée de 12 ans : Puella pilosa annorum duodecim. Il raconte comment il l'a rencontré une après-midi de l’an 1594, chez le comte Mario Casalio, alors qu'elle accompagnait Isabella Pallavicina, marquise de Soragna. Aldrovandi examina la petite fille, prénommée Antonietta,  et en fit la description suivante :

« Le visage de la petite fille, à l’exception des narines et des lèvres autour de la bouche, était complètement recouvert de poils. Les poils sur le front étaient plus longs et drus que ceux qui recouvraient ses joues mais plus doux au toucher que sur le reste du corps, elle était poilue sur le haut du dos, et hérissée de poils jaunes jusqu’à la naissance des reins ».

 

 

Enfin, il donne celui d'une fillette de 8 ans :

Un autre portrait, aux qualités artistiques supérieures, est exposé au château de Blois : il a été peint par  Lavinia Fontana, artiste de Bologne amie d’Aldrovandi  et connue pour ses tableaux de nobles et d’enfants. La fillette tient un cartel, comme si elle présentait une lettre d'introduction à un membre de la noblesse ; les termes de la lettre (déchiffrée par J.C Bourdais), mentionnant la marquise de Soragna, indiquent que  la date de cette entrevue est proche (ou identique) avec celle de la rencontre avec Aldrovandi. Le tableau est daté de 1595.

" Des îles Canaries fut apporté Au seigneur Henri II de France Don Pietro, l'homme sauvage.
De là, il s'installa à la cour Du duc de Parme, ainsi que moi, Antonietta, et maintenant je suis Dans la maison de la signora donna Isabella Pallavicina, marquise de Soragna." « Don Pietro, homme sauvage découvert aux îles Canaries, fut offert en cadeau à Son Altesse Sérénissime Henri roi de France, puis de là fut offert à Son Excellence le duc de Parme. Moi, Antonietta, je viens de là et je vis aujourd’hui tout près, à la cour de madame Isabella Pallavicina, honorable marquise de Soragna. ». 

 

 


 

Ferdinand du Tyrol  commanda des copies des tableaux — ainsi que de centaines d’autres portraits de sa collection — en miniatures et les conserva dans des malles. Ces copies se trouvent encore au château et le palais a donné son nom à la maladie génétique que l’on connaît désormais aussi sous le nom de « syndrome d’Ambras ». 

Le Musée J. Paul Getty conserve   ce portrait attribué à Aldrovandi 1595 et annoté Mulier viginti annorum hirsuto capite simiam imitante reliquo corpore glabro  . "Femme de vingt ans à la tête hirsute ressemblant à un singe et laissant le reste du corps glabre."

 

 

 

Quoiqu'il en soit, les quatre portraits de la famille Gonzales sont ceux par lesquels il illustre les êtres humains, ou "animalia rationale", dans la mesure où cette maladie rend particulièrement visible la double nature à la fois animale et rationnelle qui est la notre. Replacés dans le cursus des citations, ils ne dénotent aucune curiosité malsaine, mais, au contraire, incitent à considérer Pedro Gonzales et ses enfants comme nos doubles, dans la douloureux et exaltant destin de l'humain.

Il est temps de reprendre la lecture des textes ; une planche toute aussi capitale nous attend, celle du "scarabée". 

Auparavant, puisque nous quittons l'Humanité pour les insectes, précisons le plan des pages qui suivent :

  • V : Scarabée.
  • VI à XXXXIV : Lépidoptères (avec des libellules et d'autres insectes).
  • XXIV et XXIX : vides (mises en réserve ?)
  • XXXV à XXXXI : araignées
  • XXXXII à XXXXIII : coléoptères.
  • XXXXV à XXXXVI : orthoptères
  • XXXXVII à XXXXIX : orthoptères, lépidoptères, diptères.
  • L à LII : orthoptères.
  • LIII à LV : odonates
  • LVI : roses
  • LVII à LXIV  : diptères
  • LXV à LXVII : diptères et coléoptères.
  • LXVIII à LXXIX : diptères, coléoptères 
  • LXXX : une Pensée (Viola)

 

 

Planche V.

 

Inscription :Scarabei umbra.

— Traduction :"L'ombre du scarabée".

— Source : L'ombre du scarabée (Erasme, Adages III,II 23 ) désigne les peurs irraisonnées.

— Commentaire : L'adage d'Erasme dit :  

 "Κανθάρου σκιαί, id est Scarabei umbrae. Dictum est de inani metu, quod hoc insectum   sub noctem repente advolans horribili bombo nonnunquam terrere soleat parum attentum. Recensetur a Diogeniano." : "Κανθάρου σκιαί,c'est à dire "Ombre de scarabée" : se dit des craintes vaines, comme celle que provoque cet insecte entrant brusquement la nuit dans un bourdonnement effrayant, sans conséquences menaçantes dans la plupart des cas. Cité par Diogène.

  Cet adage sera à nouveau cité dans Archetypa studiaque, partie II de Jacob Hoefnagel. Il a sans-doute été choisi dans l'œuvre d'Erasme parce qu'il fait intervenir le Scarabée et son Ombre. En effet, Hoefnagel donne une importance particulière à l'ombre portée du corps de l'insecte et surtout de ses mandibules dressées. En outre, après  l'auteur des Psaumes et Ovide, Érasme (v.1466-1536), qui apparaît ici pour la première fois, est porteur de valeurs nouvelles, celles de l'humanisme de la Renaissance, de la défense du libre-arbitre de l'homme dégagé des peurs, des superstitions comme des soumissions religieuses et se donnant comme tache de s'approprier la connaissance de l'univers. Si on place ces concepts dans la suite des textes cités jusqu'à présent, on constate une continuité parfaite de la logique qui préside à leur sélection. Se dégager des peurs vaines, scarabei umbra, est un programme qui a, pour le nouvel esprit scientifique, tout son sens.    

  Bien que l'adage lui-même et son auteur sont, à eux-mêmes, un programme,  c'est l'illustration elle-même qui est une vraie  déclaration de motivation.

— L'illustration.

Elle représente un Lucane cerf-volant, Lucanus cervus. L., mais elle reprend en la développant de manière originale une œuvre réalisée en 1505 par  Dürer sous forme d'une aquarelle sur papier conservée actuellement par le Getty Museum (Los Angeles).

 

Voir sur le site nda.gouv. une meilleure image :

http://www.nga.gov/content/ngaweb/Collection/art-object-page.69724.html

Le choix d'un "scarabée" comme point focal d'une œuvre d'art a été un évènement sans précédent et précurseur en 1505, alors que la plupart des contemporains de Dürer voyaient alors les insectes comme les créatures les plus basses. Le niveau de finition montre qu'il la considérait comme une œuvre indépendante et achevée, et non une étude préparatoire. Le vif intérêt de Dürer pour la nature, cependant, était une trait typique de la Renaissance. Ce coléoptère, rendu avec tant de soin et de respect, semble presque héroïque, pattes tendues alors qu'il dresse la tête vers le ciel dans une attitude de défi et d'affrontement. L'ombre renforce la force de cette posture par l'effet de relief qu'elle crée. Le rendu réaliste, accenté par les reflets colorés des élytres, du corselet et de la tête est un hommage à la part la plus infime des animaux de la nature, qui est souvent négligée ou sommairement détruite et tenue à l'écart du champ de la connaissance,

   « L'art, écrit Albrecht Dürer, est omniprésent dans la nature, et le véritable artiste est celui qui peut le révéler." Le Lucane est l'une des études de la nature les plus influentes et les plus copiées de Dürer. 

Le lucane avait, selon Eva Sprecher-Uebersax  fait son entrée dans l'histoire de l'art dans les enluminures médiévales, comme par exemple dans un tableau de Giovannino de Grassi, à la fin du 14ème siècle, où il le décrivait le lucane parmi un groupe de cerfs : les mandibules du premier s'apparentaient aux bois des seconds, dont le symbolisme de renouveau et donc de résurrection est bien établi. En outre, on attribuait depuis longtemps au lucane la capacité de lutter contre les serpents, d'où son emploi comme image du Christ  vainqueur du Mal et de la Mort. 

  Dürer, en abandonnant la symbolique chrétienne, fonde un nouveau paradigme : le sujet naturaliste pour lui-même, comme objet d'étude et d'admiration. Son Hirschkäfer prend le statut de prototype. 

 

Cette œuvre fut copiée d'abord par l'élève de Dürer Hans Hoffmann en 1574, qui complétait à Nuremberg la collection des Dürer de Willibald Immhoff par des copies. Il est intéressant de noter qu'en 1584, Hoffmann alla travailler à Munich à la cour de Guillaume V de Bavière,cour  à laquelle Hoefnagel appartenait depuis 1578. En 1585, Hoffmann a été nommé par l'empereur Rodolphe II comme  peintre de la cour (comme le deviendra aussi Hoefnagel en 1590), ce qui l'a amené à la cour impériale à Prague.

Or, dans cette œuvre, Hoffmann crée une nouveauté : il remplace la ligne diagonale (un coin de mur ?) de Dürer par une plage blanche ovale cerclée d'une ligne dorée  au sein d'un fond bleu. La focalisation sur l'insecte objet-à-part-entière a franchi une nouvelle étape.

Un autre exemple de la même date 1574 :

 

 

 

   En 1575, Hoefnagel prend la suite de Dürer et de Hoffmann et place en introduction de son volume sur les insectes cette figure du Lucane cerf-volant en même temps qu'il adopte la technique de l'ovale cerlé d'or de Hoffmann. Il modifie, comme l'a analysé Janice Neri (2011), le corps de l'insecte qui était peint en trois parties séparées par une irréaliste ligne blanche, en réunissant ces trois parties. Surtout, il va beaucoup plus loin que ses prédécesseurs en étendant ce regard de l'insecte comme spécimen au centre d'une surface circonscrite d'observation à une collection entière d'entomologie, et en y incluant l'être humain. Bien qu'il ne soit pas le créateur de l'entomologie puisqu'il ne donne pas de description écrites ni de classification des espèces, son volume Ignis de 1575-1585 précède le De animalibus insectis  d'Aldrovandi (1602) et la description des collections de Conrad Gessner (1516-1565) qui attendra l'Insectorum sive minimorum animalium theatrum de Thomas Mouffet en 1634. Il n'est pas exagéré de dire qu'il fonde ici le Regard entomologique.

 

(La planche VI ne comporte aucune inscription ; elle représente, dans l'ovale cerclé, trois papillons, deux vues de Nymphalis antiopa et une de Polygonium c-album).

Planche VII de la série de Berlin

a) Inscription supérieure : SUB OMNI LAPIDE DORMIT SCORPIUS.

— ​Traduction : "Sous chaque pierre dort un scorpion".

Source : Érasme, Adages, n° 334.I.IV. 34

b) Inscription inférieure : OCTIPEDEM NE EXCITES.

— Traduction : N'excites pas le scorpion.

— Source : renversement de l'adage Octipedem excitas "Tu excites le scorpion !" d'Érasme Adage 63 I.I dont le commentaire est : Cratinus in Thrattis apud Suidam: Ὀκτώπουν ἀνεγείρεις, id est Octipedem excitas, nimirum scorpium, cui pedes sunt octo ac plerunque sub saxis abditus cubat, quem non nisi tuo periculo suscitespropter venenum quod in cauda gestat.

 — Commentaire : 

Je vois ici une mise en scène où le scorpion et les adages servent seulement de prétexte à une présentation du Lucane mandibules prêtes à saisir, élytres écartées et ailes déployées, en position de combat ou d'envol. Mais il est aussi possible de penser que le scorpion symbolise le serpent du Malin, et que le Lucane prenne la posture d'un archange saint Michel. 

Dans ma première hypothèse, nous assistons à une étude de l'insecte "en écorché", où l'artiste-naturaliste s'est livré, sur un insecte mort (aucun dessin d'une telle précision n'est possible en observation in vivo) à un examen anatomique approfondi de la nervation alaire. Comme sur la planche V, l'ombre est rendue soigneusement, la lumière venant de la gauche.

 

Planche XVIII.

a) Inscription supérieure

Cicadia cicadiae chara Formicae formica

— Source :Érasme: Adages 124. I, II, 24

Cicada cicadae chara, formica formicae : Caeterum quod Aristoteles in eo loco, quem modo citavimus, addidit et si qua sunt id genus alia, dubium non est, quin senserit illa quae sunt apud Theocritum Idyllio nono: Σέττιξ μὲν τέττιγι φίλος, μύρμακι δὲ μύρμαξ, Ἴρηκες δ’ ἴραξιν, id est Formicae grata est formica, cicada cicadae, Accipiter placet accipitri.Porro nota est formicarum politia et cicadarum concentus.

Érasme : De la méthode d'enseignement [139,222]

Boni ad bonorum conuiuia et inuocati accedunt; et simile gaudet simili; et aequalis aequalem delectat; et aequalem tibi uxorem quaere; et ut semper similem ducit Deus ad similem; et semper graculus assidet graculo; et similes habent labra lactucas; et pares cum paribus facillime congregantur; et cascus cascam ducit; et balbus balbum rectius intelligit; et cicada cicadae chara, formica formicae; et Cretensis cum Aegineta.

— Traduction : "Les cigales sont chères aux cigales, et les fourmis sont chères aux fourmis".

— Commentaire : Érasme rapproche cet adage des vers de la 9ème Idylle de Théocrite Les Pasteurs où un berger dit à Ménalque : "La cigale est amie des cigales, la fourmi des fourmis, l'épervier des éperviers ; moi, j'aime les Muses et les chansons". Érasme ajoute que les fourmis sont surtout connues pour leur vie en société, et les cigales pour leur chant.

Dans De la méthode d'enseignement, Érasme rapproche les allitérations de cet adage d'autres exemples, du type "Les choucas se perchent avec les choucas", ou "telles lèvres, telles laitues", phrase de Crassus qui ne rit qu'une seule fois devant un âne mangeant un chardon. Ou encore "Le bègue comprend bien le bègue"..

 

b) Inscription inférieure

Citius quam formica, papaver.

— Source : Érasme, Adage 4002. V, I, 2. 

Citius quam formicae papaver. Non caret adagii specie quod est apud Plautum in  Trinummo: Confit citius. Quam si tu obiicias formicis papaverem. Verba sunt Stasini servi narrantis quadraginta minas intra quindecim dies fuisse consumptas, utpote in comessationes, compotationes, balnea, in piscatores, pistores, lanios, coquos, holitores, myropolas etaucupes dissipatas non aliter quam si papaver obiicias agmini formicarum. Mox enim distrahitur acervus, dum unaquaeque suum arripit granulum.

 

— Traduction :  « Aussi rapide que du pavot aux fourmis »

— Commentaire : l'adage se réfère à une réplique de l'esclave Stasime dans "Les Trois Deniers "(Trinumno) de Plaute : "On a mangé, on a bu, on s’est parfumé, on a pris des bains. Pêcheur, boulanger, bouchers, cuisiniers, maraîchers, confiseurs, oiseleurs, chacun a tiré à soi : Cela se consomme aussi vite que si on donnait du pavot à des fourmis." Une forme équivalente serait notre expression "C'est parti comme des petits pains".

 Il est vraisemblable que le choix de ces adages ne se justifie que par la présence du mot formica, alors que l'artiste représente dans sa planche deux fourmis. 

— Illustration : dix insectes dont 3 Lépidoptères, 1 Zygoptère (Odonata), 2 fourmis.

 

Planche XX.

Inscription : Homo Bombilius.

—Traduction : "L'Homme est un Bourdon"

— Source : Érasme, Adage 1571. II, VI, 71. Homo Bombylius 

Βομβύλιος ἄνθρωπος, id est Bombylius homo, dicitur verbosus multique strepitus, ceterum  inutilis. Bombylius Graecis apis aut vespae genus a sonitu, sicuti videtur, appellatum,  ingens, sed admellificium inutile, favos sibi nectit e luto. Est et ingens apis ac musca, quam a strepitu sic dixerunt. Hesychius addit βομβυλίδας, Graecis dici bullas, quas nasci videmus ex aqua, quae mox evanescunt.Item bombylion dici poculi genus, quod paulatim extillante potu sonitum reddit in modum animantis, de quo dictum est, quamquam et huic a bombo vocabulum.

Apud Suidam quidam tibicinem pro bombylio βομβαύλιον dixit, addita littera α, παρὰ τὸ αὐλοῖς βομβεῖν. Quin et M. Tullius Philippica tertia meminit cuiusdam Bambalionis, hominis nihili et impeditaelinguae. Bambalio, inquit, quidam pater, homo nullo numero. Nihil illo contemptius, qui propter haesitantiam linguae stuporemque cordis cognomen ex contumelia traxerit. Hesychius ait Graecis βαμβαλεῖν esse labiis tremere; nam id accidere solet hoc vitio linguae laborantibus, quemadmodum et frigore horrentibus. Quamquam autem haec vox variis modis describitur, tamen eadem est origo,nimirum a sono titubanter loquentium aut vehementer algentium. Adagium refertur apud Zenodotum.

 

— Commentaire : Les Adages se révèlent être un vrai Bestiaire, où Hoefnagel puise avec un plaisir évident. Pour comprendre celui-ci, il faut consulter le dictionnaire latin où Bombylius succède à bombico "résonner", bombico ou Bombio "bourdonner" , bombus "bourdonnement" (des abeilles) ; alors que Bombylis est "le stade précédent la chrysalide" dans Plaute et que Bombyx est le ver à soie. C'est Calepino qui cite le nom Bombylius en 1550 avec la définition : en anglais : "a drone or humming kinde of bee", autrement dit, le Sphinx colibri, ou Bee Hummingbird. Ces éléments soulignent la part d'onomatopée du mot Bombylius évoquant le bourdonnement incessant. C'est ainsi que l'adage Homo Bombilius se dit à propos de longs discours inutiles.  Érasme ajoute : Les Grecs ont nommé Bombylius de nombreuses abeilles et guèpes qui font beaucoup de bruit mais ne font pas de miel.

—Illustration : dix insectes dont 6 lépidoptères.

 

Planche XXI.

Inscription Credula res amor, et In ipsa pericula praeceps:/ Vt gaudet flamma se perimente Cvlex.

—Traduction :"L'amour est chose crédule, et va tête baissée vers les dangers : ainsi le moustique attiré par la flamme s'en fait une idée".

 

—Source : inconnue sauf pour Credula res amor : Ovide, Métamorphoses Livre VII vers 826

— Commentaire.

La présence d'un moustique (Culex) justifie sans doute cette citation. Les quatre planches ont ainsi développé des leçons morales en prenant un insecte comme support d'une leçon, selon le même procédé utilisé par les fabulistes comme Ésope.

— Illustration : dix insectes dont 1 rhopalocère, 1 zygoptère, 1 punaise, 1 coccinelle.

 

 

 

 

Planche XXIV.

a) inscription supérieure.

Rosam quae praeterierit, ne quaeras iterum

—Traduction "Ne demandez pas à la rose fanée de fleurir à nouveau"

— Source : Adages d'Erasme 1540. II, VI, 40:

Ῥόδον παρελθὸν μηκέτι ζήτει πάλιν, id est. Ne quaere rursum praeteritam semel rosam. Ne te maceres desiderio rerum, quae revocari restituique non queunt, velut exactae juventae, formae, virium, fortunae. Nam ut nihil est rosa gratius, ita nihil minus diuturnum. In eumdem sensum dixit in Odis Horatius : Mitte sectari, rosa quo locorum Sera moretur. Habent enim rosae suum tempus, sed per breve. At exquisitius delicati etiam alieno tempore rosam quaerunt. Unde quadrabit et in eos, qui jam ἔξωροι voluptates sectantur, velut si nucibus ludat vir aut amet potitetve senex

Érasme cite Horace Ode I :38 Ne vas pas chercher de roses, après la saison écloses (C. Daru)

b) Inscription inférieure.

Ambigeres raperetne Rosis Aurora ruborem./ An daret, et flores tingeret orta dies.

— Traduction :"L’aurore emprunte-t-elle aux roses sa rougeur ? La leur confère-t-elle à la montée du jour ? [Même rosée, même couleur, même matin : Car la même Vénus régit l’astre et la fleur.] "(Lionel-Edouard Martin)

— Source : Idylle XIV  De rosis nascentibus vers 280 du poète latin aquitain Ausone (309-394)

 Ambigeres raperetne Rosis Aurora ruborem./ An daret, et flores tingeret orta dies.  [Ros unus, color unus et unum mane duorum. Sideris et floris nam domina una Venus]

— Commentaire : 

Cette planche devait peut-être être complétée par des insectes. La rose est le seul motif, sa tige fixée en trompe-l'œil sur le faux jonc doré.

  Elle marque une rupture de ton des inscriptions qui, après avoir invoqué les psaumes, Ovide et Érasme, introduit ici la poésie latine épicurienne et stoïque de l'éphémère passage du temps, 

Comme des divers ou distiques de ce poème vont ce succéder dans la suite des planches d'Hoefnagel, il me paraît utile d'en donner la traduction intégrale, en indiquant en italique les vers cités :

Printemps : haleine douce du matin, mordante
Fraîcheur, tout exhalait le retour d’un jour d’or.
Une brise un peu froide, en amont de l’aurore,
Laissait bien augurer de la chaleur du jour.

Errant dans les carrés de jardins irrigués,
Désirant me refaire en ce jour à son plein,
Je vis la pruine lourde aux herbes qui ployaient
Pendre, ou bien dominer le faîte des légumes,
Et sur les larges choux jouer à gouttes rondes.
Je vis les rosiers qu’on cultive à Salerne
S’égayer, détrempés, de la venue de l’aube,
– Et çà, là, sur les arbres embrumés, des perles
Blanches brillaient que minerait le point du jour.

L’aurore emprunte-t-elle aux roses sa rougeur ?
La leur confère-t-elle à la montée du jour ?
Même rosée, même couleur, même matin :
Car la même Vénus régit l’astre et la fleur.

Peut-être même odeur : mais l’une dans les airs
Élevés se dissipe, et l’autre nous est proche.
Déesse de l’étoile et de la fleur, Vénus
A voulu leur donner un même habit de pourpre.

Était venu l’instant où, naissants, les bourgeons
Des fleurs allaient s’ouvrir d’un même mouvement.
Telle verdoie, sous un étroit bonnet de feuilles,
Telle dévoile à peine un filet rouge pourpre,

Telle ouvre le sommet de son premier bouton
Et libère à son faîte une tête vermeille,
Telle déplie le voile assemblé sur son front,

Et déjà se prépare à compter ses pétales.
Révélant sans tarder son beau, riant calice,
Elle arbore l’or fauve enclos dans son cœur dense.

Telle dont flamboyait la chevelure en feu,
Ses pétales tombés l’abandonnent livide.

Si rapide est le rapt des heures fugitives !
À peine née la rose est déjà défraîchie.
Je parle, et la fleur courbe au sol sa tête rouge
La terre resplendit sous la jonchée vermeille.
Formes, naissances, multiples métamorphoses
Issues d’un même jour qu’un même jour consume !  

Grâce des fleurs si courte, et navrante, ô Nature
Tu montres tes présents pour sitôt les ravir !
Autant que dure un jour la vie des roses dure,
Et leur adolescence est proche du grand âge.
Celle que l’astre rouge a vu naître au matin,
S’en revenant le soir, il la retrouve vieille.
Mais de devoir mourir en un si court espace,
Qu’importe : ses enfants prolongent sa présence.

Cueille la rose fraîche, ô fraîche jeune fille :
Ton âge, souviens-t ’en, comme elle est éphémère.

Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle. Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué

 

Planche XXIX

a) inscription supérieure : Hanc viret; angusto foliiorum tecta galero / Hanc tenui folio purpura rubra notat.

— Traduction :Telle verdoie, sous un étroit bonnet de feuilles, Telle dévoile à peine un filet rouge pourpre,

— Source : Idylle XIV  De rosis nascentibus Ausone, cf. supra.

 

b) inscription inférieure :Vertice collectos illa exinuabat amictus,/ Iam meditans folijs, se numerare suis.

— Traduction : Telle déplie le voile assemblé sur son front, Et déjà se prépare à compter ses pétales.

— Source : Idylle XIV  De rosis nascentibus Ausone, cf. supra.

 

 

Planche XXXI

b) inscription supérieure Tineas pascere miserum :

 

— Traduction : "Pour nourrir les mites [misérables

— Source : Erasme 1796. II, VIII, 96. Tineas pascere dicuntur quae neglecta situ pereunt : Est nemine vtente situ perire. Horatius ad librum suum: Contrectatus Ductum à uestibus , aut libris diu tecondicis a: intactis floratius in : 

 "Pour nourrir les mites. On dit « pour nourrir les mites » pour les choses qui sont laissés intactes et s'abiment par négligence. . Horace dans les épîtres (Livre I 20eme épître) s'adresse à son manuscrit : Contractatus ubi manibus sordescere vulgi / Coeperis, aut tineas pasces taciturnus inertes."

— Commentaire : 

Reprise des citations des Adages d'Érasme en choisissant ceux qui citent un insecte présent sur la planche, ici une teigne.

 

 

Planche XXXV : araignées

Inscription  : Magnus Dominus noster, et magna Virtus eius et sapientiae eius no[n] est numerus. ps: 146.

— Traduction : "Notre Seigneur est grand, son pouvoir est immense, sa science est infinie.[6 L'Eternel soutient les petits, mais il renverse les méchants et les abaisse jusqu'à terre."] (Bible du Semeur)

— Source : Psaume 146 (147

— Commentaire

Reprise de l'hymne à la gloire du Créateur ; le verset 6  suscipiens mansuetos Dominus humilians autem peccatores usque ad terram  souligne le renversement des valeurs, par lequel les petits (on pense aux insectes) sont soutenus, et les méchants sont brisés. 

Illustration : l'ombre n'est pas figurée. L'araignée centrale est fixée sur la feuille d'observation par des liens en trompe-l'œil qui renforcent le parti-pris du spécimen naturaliste. Les trois autres araignées sont suspendues par leurs fils !

 

 

Planche XXXXII.

 a) inscription supérieure IN ME CVDETVR FABA.

— Traduction : "C'est sur moi qu' on battra les fèves".

— Source : - Érasme, Adagia 84. I, I, 84. In me haec cudetur faba 

Terentius in Eunucho: At enim ist haec in me cudetur faba, hoc est, Donato interprete,  in me malum hoc recidet, in me haec vindicabitur culpa. Translatum vel a faba, quae  cum siliquis exuitur ac batuitur aut fustibus intertunditur, ita ut fit in areis more rusticorum, non ipsa perinde laborat, sed id demum in quo cuditur. Alii malunt ad male  coctam fabam referre, quae si quando non maduerit, sed dura permanserit, ab iratis  heris supra coqui caput saxo nonnunquam comminui consuevit, tamquam fabam ulciscentibus non coquum, cum universum interim malum ad coquum perveniat. 

— Commentaire :

 Sur le site de Philippe Remacle, la citation est traduite avec une note de bas de page : "Expression proverbiale qui revient à celle-ci : c'est moi qui paierai les pots cassés. "

Dans L'Eunuque de Terence  Acte II scène 3, la réplique de l'esclave Parménon à son jeune maître Chéréa At enim ishaec in me cudetur faba est interprétée par Aelius Donat dans ses Commentaires sur Térence  ainsi : "le mal est pour moi, la faute va me retomber dessus. Juste après, Parménon ajoute "Si tu es décidé à le faire, fais-le; mais ne va pas rejeter la faute sur moi."

 

b) inscription inférieure :Si quid In hoc opere delictum.

— Traduction : ? "Si il se trouve une faute dans cette œuvre" ??

— Source : non connue

— Commentaire

c) Illustration : fleur de jasmin, baie (Taxus baccata) et insecte aux formes soulignées par le jeu des ombres. 

 

Planche XXXXIII 

Inscription : Abominandus cantharis

— Traduction : "Les cantharides doivent être détestées"

— Source : Érasme, Adagia (1508), 1905. II, X, 5. Abominandus scarabeus 

Μύση κανθαρίς, id est abominanda cantharis. De contemptissimo vilissimoque homunculo  dicebatur. Cantharides vermiculi sunt letali veneno. Quanquam hoc loco magis convenit, ut sit  diminutivum a cantharo scarabeo, quasi dicas scarabeolus. In sacris quoque litteris vermis abiit  in proverbium contemptus. Quod genus est illud in psalmis mysticis: Ego autem sum vermis et  non homo; pro quo nonnulli vertunt scarabeum. Item illud Esaiae : Noli timere, vermis Iacob,  interprete Hieronymo. Apud Suidam legitur μυσὶ κανθαρίς, id est muribus cantharis, quod quid  sibi  velit  nescio, suspicor mendum inscripto esse. Si legamus μύση, sonat abominanda, si  Μυσή,  sonat mysiam cantharidem. Mysos autem olim fuisse contemptui docuimus alias. Hoc  commentum mihi maxime probatur.

Aldrovandi, qui cite aussi Érasme dans le livre IV de son Insectis en donne une version complète : Cyprio bovi merendam, abominandus cantharis.

 

Commentaire :

Erasme commente cet adage en signalant que ces bestioles sont réputées être les plus méprisables et les plus viles ; que leurs vers (larves ?) sont très toxiques et même léthales (letali veneno). Les cantharides peuvent être considérés comme de petits scarabés, des scarabeoli.

Illustration : six insectes dont une blatte femelle (Blattoptera) type Blatta orientalis.

Voir plutôt l'image ici :

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Published by jean-yves cordier - dans Histoire entomologie
5 janvier 2015 1 05 /01 /janvier /2015 20:00

Traduction et origines des inscriptions dans Ignis (1775-1785) de Joris Hoefnagel. Identification de quelques insectes. (Suite , planche 44 à 80).

 

Voir dans ce blog sur Hoefnagel :

.

 

Rappel : les images viennent du site RKD Netherlands : https://rkd.nl/en/explore/images/record?query=hoefnagel+ignis&start=56

https://rkd.nl/nl/explore/images/record?query=hoefnagel+ignis&start=50

 

 

Planche XXXXIV :

Inscription : Prius Locusta Bovem

— Traduction : litt. :Une sauterelle engendra un bœuf. En fait, selon la tradition. : "On verra plutôt un éléphant naître d'une sauterelle".

— Source : Érasme, Adagia 1089. II, I, 89. Prius locusta bovem pariet 

Prius locusta bovem pariet, περὶ τοῦ ἀδυνάτου. M. Varro De lingua Latina libro tertio  refert ex Ennio versum hunc: Atque prius pariet / locusta Lucam. Nam Lucas antiqui  boves appellabant ob magnitudinem.

  "Varron dans le livre III du De la langue latine, Apud Ennius, se réfère à ce dernier auteur en citant  Atque prius pariet / locusta Lucam  "On verra plutôt un éléphant naître d'une sauterelle". Les Anciens  nommaient les éléphants Lucas boves en raison de leur grande taille."

— Commentaire : Luca bos désigne dans le texte d'Ennius l'éléphant. L'expression s'utilise pour parler de choses impossibles.

— Illustration. En bas, une  Mante religieuse Manta religiosa.  La citation semblerait s'appliquer  avec humour à l'insecte aux allures fantastiques en haut à gauche, qui semble une caricature de monstres médiévaux, et qui voisine un insecte à trois queues également surprenantNéanmoins ces créatures étonnantes sont  considérées comme étant des Éphémères Ephemeroptera à trois cerques ("queues") : Augerius Clutius s'est inspiré de ces figures dans son De hemerobio  sive ephemero insecto (Amsterdam, 1634) : les animalcules I et II (ou bien la figure de gauche de Hoefnagel) sont les larves aquatiques qui vivent des années au fond des rivières avant leur émergence au printemps (ce sont les "mouches de mai") sous leur brève forme imago ; ils succomberont sitôt après l'accouplement et la ponte. (Cf.  Jorink 2007). Par leur destin, ces insectes sont souvent les symboles de la vita brevis.

Le texte de Clutius sur les Éphémères, première monographie dans l'histoire de l'entomologie sur un seul type d'insecte, trouve donc son origine dans cette illustration de Hoefnagel 1575-1585, ce qui montre bien le rôle fondateur de ce manuscrit.  Ces espèces avaient été décrits par Aristote sous le nom d'ephemeron et par Pline sous celui d'hemerobius, mais n'avaient pas été représentés auparavant. En outre, leur présence dans Ignis montre qu'ils figuraient déjà dans les collections des Cabinets naturalistes.

Ci-dessous : Opuscula duo singularia. I. De nuce medica. II. de Hemerobio sive Ephemero insecto et majali verme Amsterodami: Jacobus Charpentier; 1634 page 96 http://digital.onb.ac.at/OnbViewer/viewer.faces?doc=ABO_%2BZ181592000

.

 

 

Planche XXXXV.

2 Acrididae : acridia ungarica mediterranea?

 

Planche XXXXVI :

3 sauterelles (Tettigoniidae, Orthoptera), mâle à gauche, femelles à droite et en bas. 

 

 

Planche XXXXVII :

inscription : Vel muscas praetervolantes

— Traduction : "Il a même peur des mouches qui volent ! "

— Source : Érasme, Adagia 466. I, V, 66. Vel muscas metuit praetervolitantes 

Proverbialis esse videtur hyperbole, quam refert Aristoteles septimo De republica libro, Ἀλλὰ δεδιότα μὲν τὰς μυίας, id est Qui muscas, inquiens, etiam praetervolitantes metuat, id est quamvis frivola decausa. Idem similem quandam commemorat in Moralium septimo loquens de iis, qui usqueadeo natura sunt timidi, ut etiam si sorex obstrepat, protinus expavescant.

— Commentaire :

Érasme se réfère au Livre sept d'Aristote De la République

— Illustration : neuf insectes.

La libellule, identifiée par Marcel Wasscher en 2014 est le Sympetrum pedemontanum  ou Sympétrum du Piémont .  

On trouve aussi :

  • Tettigoniidae (Sauterelle) : (Ruspolia nitidula ??)
  • Diptera : Musca domestica 

Planche XXXXVIII : absente du site RDK

Planche XXXXIX :

Neuf insectes : Chenille ; un papillon  Pseudopanthera macularia "Panthère" (Geometridae, Ennominae) ; une mouche ; un zygoptère (Odonata)  au centre. Puis Gasterupion jaculator ?

 2 insectes ; une sauterelle femelle (Platycleis tessellata ?).

 

 

 

Planche L.

— Inscription : Ipsa Dies aperit, conficit ipsa Dies 

— Traduction : Issues d’un même jour qu’un même jour consume ! (Trad. Lionel-Édouard Martin)

— Source : "De Rosis Nascentibus", du poète gallo-romain, rhéteur et consul Ausone ligne 39. : Tot species, tantosque ortus variosque novatus / una dies aperit, conficit ipsa dies.  

—  Commentaire : il s'agit de la poursuite du poème cité en entier dans la première partie de cet article. Le vers, isolé, est un condensé de la constatation de la briéveté de l'existence, semblable au vers de Ronsard "et rose elle a vécu ce que vivent les roses, l'espace d'un matin.".

—Illustration :

  •   Une chenille non identifiée
  • 6 orthoptères Acrididae ("criquets") et Tetrigidae (Tetrix).
  • Fleur et rameau de Mirabilis jalapa "Belle-de-nuit".

 

 

 

 

Planche LI :

Rameau de Mirabilis jalapa ; une chenille, un orthoptère, un orthoptère identifié comme l'Oedipode bleu Oedipoda caerulescens L..

 

 

Planche LII : 4 orthoptères ;  

 

Planche LIII : Odonata Aeshnidae Aeshna cyanea, l'Aeschne bleue.

Voir l'image non floutée au zoom sur le site nda : incroyable !

http://www.nga.gov/content/ngaweb/Collection/art-object-page.69718.html

 

 

Planche LIV : 3 Odonates : 

Voir l'image non floutée :

http://www.nga.gov/content/ngaweb/Collection/art-object-page.69719.html

Identification : en haut l'Aeschne printanière mâle Brachytron pratense (Aeshnidae), mais l'abdomen rétrécit à la base ne correspondrait pas.

En bas à droite : le Sympetrum rouge-sang Sympetrum sanguineum  femelle. 

En bas à gauche : le Sympetrum rouge-sang Sympetrum sanguineum mâle.

Des ailes de spécimens rééls ont été collés sur le manuscrit.

 

Planche LV 

Calopteryx virgo ?

 


Planche LVI :

a) Inscription supérieure : Haec aperit primi fastigia Celsa obelisci , mucronem absolvens purpurei capitis


— Traduction : "Elle ouvre le sommet de son premier bouton Et libère à son faîte une tête vermeille,  "

Source : Ausone, De Rosis nascentibus vers 33-34.

Commentaire : Poursuite du poème d'Ausone consacré aux roses. La strophe décrit les premiers boutons de rose juste éclos un matin de printemps dans un jardin de Paestum (Campanie), alors que la brume de rosée se dissipe au soleil. Les boutons de rose sont décrits comme des jeunes filles naissant à la vie ou naissant à l'amour, fraîches, gaie et coquettes, mais, dans une accélération , d'autres succombent déjà aux ravages du temps. Trois vers débutent par Haec : Haec viret, Haec aperit, Haec modo, "Celle-ci", "Celle-ci", "Celle-là" . Dans le vers qui est cité ici se remarque l'emploi du terme obelisci, "obélisque", du grec, diminutif d'obelos, "aiguille"— mais dont le dictionnaire Gaffiot mentionne l'emploi figuré par Ausone dans le sens "boutons de rose".

b) Inscription inférieure : Haec modo qua toto rutilanerat Igne Comarum,  pallida collapsis, descritui folijs   

Traduction : "Telle dont flamboyait la chevelure en feu, / Ses pétales tombés l’abandonnent livide." (Lionel-Édouard Martin)  

Source : Ausone, De Rosis nascentibus

Commentaire : Poursuite du poème d'Ausone, avec encore le thème du temps qui passe et des roses qui se fanent ; mais  on y  remarque le mot latin Igne, qui reprend le thème général du feu, de sa puissance de génération et de destruction.

c) Illustration : rose d'églantier type Rosa canina, en bouton vermeil à gauche, et fanée et courbée à droite : en adéquation avec les inscriptions.

 

 

Planche LVII : 6 insectes dont 1 coccinelle, 1 mouche, 1 moustique.

Voir l'image parfaite ici :

http://www.nga.gov/content/ngaweb/Collection/art-object-page.69722.html

Au centre, Tipula maxima femelle

A droite, je propose un autre Tipulidae,  Ctenophora festiva  femelle.

A gauche, autre tipule femelle.

Au dessous à droite, la Coccinelle à sept points Coccinella septempunctata.

Au dessous au centre, pourquoi pas le Tipulidae Nephrotoma flavescens ?

 Au dessous à gauche, Musca domestica.

 


 

 

 

 

Planche LVIII :

Inscription supérieure : NE MUSCA QVIDEM 

— Traduction : "Pas même une mouche !"

— Source : Érasme,Adagia, : 1084. II, I, 84Ne musca quidem

 Huic affinis est et illa proverbialis hyperbole: Ne musca quidem, qua maximam hominum solitudinem significamus. Plautus in Truculento: Quas tu mulieres Mihi narras, ubi musca nulla foemina est in aedibus ?Huc allusit Vibius Crispus, orator delectationi natus, ut ait Fabius, cuius erant mores, qualis facundia, quemadmodum scripsit Iuvenalis, cum rogatus, ecquis esset cum Caesare in conclavi, respondit nemuscam quidem intus esse, ancipiti ioco Domitiani consuetudinem notans, cui mos erat quotidie sibi secretum horarium captare, nec interim aliud fere agebat, nisi quod muscas captas stilo configeret.

 

Commentaire : "Pas même une mouche" correspond à notre expression "il n'y a pas un chat !". Erasme cite un exemple tiré du Rustre de Plaute : Scène II :Quas tu mulieres mihi narras ? ubi musca nulla femina 'st in aedibus?  "De quelles femelles parles-tu? Il n'y en a pas; il n'y a pas une mouche à la maison." Puis il cite cette anecdote de l'avocat Vibius Crispus à qui on demande si l'empereur Domitien (dont l'emploi du temps est de tuer toutes les mouches qu'il trouve) est visible, et qui réponds : "Il n'y a personne, mas même une mouche : Ne musca quidem

Illustration :

6 insectes 

2 Tipulidae : un mâle à droite.

 

Planche LIX : 7 insectes 

A 9 heures, une Écaille ( hétérocère) du genre Eilema : la Lithosie plombée, ou la Lithosie gris-perle. 

2 Tipules.

2 punaises : Palomena prasina ? Pentotoma rufipes ?

 

En bas à droite Epeolus cruciger ???

 

 

Planche LX.

Inscription  : QVOD INVOCATVS CAENITARE AMO MVSCA SV[M]

Traduction : "Quand j'aime à être invité à dîner, je suis (comme) une mouche".

Source : Érasme Adagia 3643. IV, VII, 43. Muscae 

         Μυῖαι olim dicebantur qui delectabantur aliena mensa, quos Plautus muribus comparat   semper alienum edentibus cibum. Apud Athenaeum libro sexto parasitus quispiam se muscae confert:

Λειπνεῖν ἄκλητος μυῖα, id est Quod invocatus coenitare amo, musca sum. Advolat enim hoc  insectum ad cibum alienum et aegre potest abigi. Apud eundem Hegesander narrat, cum Alexander dixisset se morderi a muscis – sic vocabat parasitos iamque conaretur illas abigere,Cinesias, unus eius ordinis qui forte aderat: Profecto aliae muscae siticulosae magis urgebunt te semel gustato tuo sanguine. Extat apologus de erinacio, qui voluit vulpi μυιοσόβης esse. Plautus in Mercatore deflexit ad hominem curiosum et ad omnia advolantem: Musca est meus pater, nihil pote illum clam haberi, Nec sacrum nec tam prophanum quicquam est quin adsit ibi ilico.


 

Commentaire : la présence sur la planche d'une mouche (Musca domestica) incite Hoefnagel à chercher dans la liste des Adages celui qui mentionne cet insecte. Neuf possibilités s'offrent à lui ! 

"Μυῖαι se disait autrefois de ceux qui mangeaient à d'autres tables, et que Plaute comparaeint aux rats qui se nourrisaient du bien d'autrui. Dans le sixième livre d'Athénée, le parasite est comparé à la mouche : Λειπνεῖν ἄκλητος μυῖα, c'est-à-dire "Appelé (ou "invité"?) à dîner je suis une mouche." Cet insecte s'envole vers la nourriture d'autrui et peut difficilement être chassé. Une de fois de plus, c'est Hegesander [historien grec] qui raconte que, comme Alexandre se plaignait d'être mordu par les mouches — comme il surnommait les parasites— ...etc...

Cet Adage se trouve repris par Jacob Hoefnagel dans Archetypa Studiaque I,5 sous la forme :Quod invocatus lubenter coenito! Musca sum. " Lorsque je suis volontiers invité à dîner. Je suis une mouche !"

 

Illustration : 10 insectes dont 1 mouche, 1 moustique, 1 tipule, 

 

 

 

 


Planche LXI

EX MVSCA ELEPHANTEM

Traduction : "C'est un éléphant posé sur une mouche !"

Source : Érasme, Adagia 869. I, IX, 69. Elephantum ex musca facis 

Ἐλέφας ἐκ μυίας ποιεῖς, id est , id est res exiguas verbis attolis atque amplificas. Lucianus in Muscae encomio: Πολλὰ δ’ ἔτι ἔχων εἰπεῖν καταπαύσω τὸν λόγον, μὴ καὶ δόξωκατὰ τὴν παροιμίαν ἐλέφαντα ἐκ μυίας ποιεῖν, id est Multa adhuc commemorare possem, sed finem dicendi faciam, ne videar et ipse iuxta tritum proverbium ex musca elephantum facere. Sumptum videri potest ex 

Homero, qui inter praelia deorum et heroum muscae improbitatem describit cum hac invictum  et acrem bellatorem conferens Menelaum Iliados Ρ. Quin et divus Augustinus libro contra  Manichaeos De duabus animabus non dubitat muscam conferre ac praeferre soli velut animal inanimi.

 

Commentaire : Ἐλέφας ἐκ μυίας ποιεῖς c'est-à-dire, Elephantum ex musca facis: se dit pour des choses minimes et des paroles exagérées auxquels on attribue trop d'importance.  Lucien dans son Éloge de la mouche écrit : "Je pourrais ajouter encore bien des traits à cet éloge ; mais je m'arrête, de peur de paraître vouloir, comme dit le proverbe, faire d'une mouche un éléphant. (ex musca elephantum facere) " . Cela semble être emprunté à Homère, , qui dans l'Iliade ...  le livre de saint Augustin contre les manichéens,....

Là encore, la seule justification du choix de l'adage est la présence d'une mouche, ou du moins de diptères parmi les sept insectes représentés.

Illustration : sept insectes dont une fourmi, une coccinelle. Au centre, je suggère Lissonota setosa et sa longue tarière. La nervation semble correspondre...En haut à droite, un Hyménoptère Térébrant ; je lance, parmi les plus ressemblants sur le Chinnery, Evania appendigaster pour lancer les enchères. Cette espèce figure aussi sur la planche II,8 d'Archetypa où elle a été identifiée comme "Cynipidae ou Chalcicidae".

  

 

Planche LXII :

 : Dix insectes dont une Symphyte au centre, deux Syrphes, une coccinelle Coccinella septempunctata

 


 

 

 

 

Planche LXIII :

Inscription FLOS CINIS 

— Traduction : "La fleur termine en cendre".

— Source : Érasme, Adagia, 3612. IV, VII, 12. Flos cinis 

Divus Augustinus libro adversus Petiliani litteras II, cap. LXVI irridens quod adversarius iactaret quod suorum animabus impletum esset coelum, corporum memoria terrae floruissent, respondit: Sane de corporibus eorum multorum terrarum flores videmus, sed, sicut solet dici, flos cinis. 

Donatistae suos qui sibi manus attulissent quive provocassent alios ut ab eis occiderentur, ni  mallent occidi, innumerum martyrum referebant, eorum monumenta frequentantes, unde flores illos cinerem vocat. Dici solitum videtur in fugacitatem humanae vitae. Hodie floret iuventus, cras erit in sepulchro. Et iuxtaprophetam: Omnis caro foenum.

 

Commentaire : cette devise met en évidence la vanité de la beauté ; elle a été reprise en épigramme sur la de la de Barcelone

Érasme dans son commentaire cite saint Augustin dans son Contra litteras Petiliani Livre II : "Plane si non dictum esset, Beati qui persecutionem patiuntur propter iustitiam; sed dictum esset, Beati qui se ipsos praecipitant: implerent coelum martyres vestri. Sane de corporibus eorum multos terrarum flores videmus, sed sicut solet dici, flos cinis."

Illustration : autour d'une Ancolie (symbole de tristesse en poésie au XVe sur un jeu de mot avec mélancolie, et, par sa forme, du Saint-Esprit en enluminure médiévale), 8 insectes dont selon Marcel Waascher la libellule Calopteryx splendens (Odonata).


 

 

 

Planche LXIV  :

Pas d'inscription.

Onze insectes dont un Cerambycidae (je propose Saperda scalaris), un Cleriodae (je propose Trichodes favarius), un Zygoptere, un Mécoptère (je propose Panorpa communis mâle ou Mouche scorpion dont on distingue très bien l'abdomen relevé, une guèpe maçonne Eumininae (je propose Delta unguiculatum, et un Zygoptère).

  

 

 

Planche LXV

a) Inscription supérieure :FORMÍCA CÍCADAÈ./ QVOD AESTATE CANTIS, ÍD HYEME SALTA.

Traduction : "La Cigale et la Fourmi. Si vous chantiez cet été, de même dansez cet hiver".

Source : Fable d'Ésope LVI Formica et Cicada

  Hyemis tempore formica frumentum trahens ex caverna siccabat, quod aestate colligens coagulaverat (collocaverat). Cicada autem esuriens rogabat eam, ut daret aliquid illi de cibo, ut viveret. Cui formica : Quid fecisti, inquit, in aestate ? At illa : Non mihi vacavit, per sepes oberravi cantando. Ridens Formica ac frumentum includens dixit : Si aestate cantasti, hyeme salta. Hec fabula pigrum docet, ut tempore certo laboret, ne, dum minus habuerit et petierit, non accipiat.

Si vous avez chanté en été, dans la forêt d'hiver. Cette histoire enseigne le paresseux, comme dans le temps dans un certain travail avec moi, de peur, alors que je avais un de moins en petierirt pas les recevoir.

Commentaire :

La Fontaine n'avait pas encore écrit La Cigale et la Fourmi, mais depuis le début de notre lecture, nous pensions à cette fable : sa réplique finale est citée par Hoefnagel, qui se réfère à la version d'Ésope (VIème siècle avant J.-C.), ou à ses adaptations par Avianus (fin IVe-début Ve). Je traduis Ésope ainsi, au plus près du texte :

"Par un jour d'hiver, une fourmi faisait sêcher hors de sa tanière le blé qu'elle avait récolté en été.  Une cigale affamée cependant lui demanda de lui donner quelque nourriture afin de lui permettre de survivre. Sur quoi la fourmi : "Que faisiez vous en été ?" Et elle de répondre : " Je n'ai pas chômé : parcourant les haies, je chantais." La fourmi, riant en reserrant son blé lui dit : " Vous chantiez en été, dansez en hiver".  Cette fable enseigne à l'oisif qu'il doit travailler tant qu'il est encore temps, de peur de ne rien recevoir, lorsqu'il sera trop tard."

 

b) Inscription inférieure : Cicadam alas ne corripias

Traduction : "Ne saisis pas la cigale par l'aile."

Source : Érasme, Adagia 828. I, IX, 28Cicadam ala corripuisti 

Σέττιγα πτεροῦ συνείληφας, id est Cicadam ala corripuisti. In eos, qui quempiam provocant minime ex usu suo. Lucianus in Pseudologista scribit Archilochum, poetam iambographum et ad maledicendum egregie instructum, ad hunc modum respondisse cuidam, a quo fuerat convicio provocatus: Σὸν τέττιγα πτεροῦ σενείληφας. Est autem huius insecti mira quaedam et prodigiosa loquacitas maxime effervescente sole. Plinius negat iis vocem esse, sed stridorem cum tractu,  eumque sonum emittit non alis quemadmodum muscae, apes, culices. Nam iis stridor simul cum volatudesinit, at cicadae si presseris alas, vehementius etiam perstrepsit. Sed in pectore subesse ait duos specus attrituque membranae mobili accedente spiritu per hos e visceribus sonum aedi. Ergoque madmodum si cicadam natura garrulam ala prehendas, clarius obstrepit, ita si poetico  homini praebeas occasionem simultatis, non modo non tacebit, sed clarius obstrepet et omnem bilem chartis illinet atris. Proinde Platonem aiunt admonuisse, ne quis hominem poetam sibi faceret inimicum. Et Horatius genus irritabile vatum dixit.

 

Commentaire :

Σέττιγα πτεροῦ συνείληφας,, c'est-à-dire "saisir la cigale par l'aile". Érasme cite Lucien dans le Pseudologiste : voici l'extrait dont il s'agit :

   "Tu as sans doute entendu parler d'Archiloque, un poète ïambique, natif de Sardes, homme libre, franc, véritable emporte-pièce, toujours prêt à mordre ceux qui tombaient sous le fiel de ses ïambes. Un jour qu'un de ses ennemis l'avait insulté : " Tu as pris la cigale par les ailes," dit Archiloque à cet homme, en se comparant lui-même à une cigale, insecte criard, qui chante sans nécessité, et qui, lorsqu'on le tient par les ailes, se met à crier encore plus fort. "Malheureux, voulait dire Archiloque, que prétends-tu, en excitant contre toi un poète bavard, qui est en quête des occasions et des sujets pour ses iambes ? "  


 

Illustration : Grillon et 10 autres insectes. Parmi les grillons (Gryllidae) noirs, je ne vois pas de raison d'écarter l'identification la plus banale, et donc la plus probable, Gryllus campestris, le Grillon champêtre. Certes, ce n'est pas une Cigale (Cicadoidea), mais le mâle stridule des heures durant à l'entrée de son terrier, et l'Adage d'Érasme pourrait lui être appliqué. 

 


 

 

 

Planche LXVI

Inscription : Acantea cicada

Traduction : "C'est la Cigale d'Acanthe !" 

Source : Érasme, Adagia, 414. I, V, 14. Acanthia cicada 

Ἀκάνθιος τέττιξ, id est, Acanthia cicada, in indoctos atque infantes aut musices ignaros torquer   proverbio solitum. Auctor est Stephanus Byzantius iuxta oppidum Aetoliae Acanthum cicadas  alibi vocales mutas esse, atque hinc ortum adagium, cuius auctorem citat Simonidem. Plinius  Naturalis historiae libro undecimo capite vigesimoseptimo scribit in agro Rhegino cicadas omnes silere, ultra flumen in Locris canere. Idem testatur Pausanias libro rerum Eliacarum secundo.  Strabo libro Geographiae sexto refert Rheginum agrum a Locrensi dirimi fluvio, cui nomen Alex, cicadas autem, quae in Locrensi versentur ripa, sonantiusstridere, cum in Rhegina sint mutae. 

 Huius rei hanc esse causam coniectat, quod Rheginorum regio, cum sit umbrosa, atque opaca,  cicadarum pelliculas humore torpefaciat. Easdem in agro Locrensi, quodsit aprica solis arefactas aestu, stridorem aptius emittere. Auget autem miraculum Rheginensium cicadarum etiam fabulose celebrata vocalitas vicinarum. Nam idem Strabo Timaeum citat auctorem,quondam in Pythiorum certamine Eunomum Locrensem et Rheginensem Aristonem in canendi certamen venisse; 

 Aristonem Apollinem invocasse Delphicum, ut sibi canenti foret auxilio, quod a DelphisRheginenses olim essent profecti. Eunomus respondit Rheginensibus ne certandum quidem omnino de musica, apud quos cicada vocalissimum animal voce careret. Utrisque certantibus, cum in Eunomicithara una inter canendum chorda frangeretur, cicada supervolans astitit, ac vocem alioqui defuturam suo cantu supplevit. Atque ita victor declaratus statuam citharoedi posuit cum cicada citharaeinsidente. Huiusmodi ferme tradit Strabo.

 

Commentaire : 

  "La Cigale d'Acanthe" : Ce proverbe est destiné aux ignorants, aux enfants et aux musiciens (donc à ceux qui restent parfois muets). Selon Etienne de Bizance, qui cite Simonide, les cigales qui, ailleurs, chantaient, restaient muettes à Acanthe, en Etolie. Selon Pline, confirmé par Pausanias et par Strabon, dans une autre version,  bien que les villes de Locres et de Rhèges ne soient séparées que par la largeur d'un fleuve, l'Alex, les cigales ne chantaient que du coté de Locres et se taisaient à Rhèges. Les bois ombragés de Rhèges en sont peut-être la cause, alors que Locres jouit d'une chaleur sêche. Eunomus, célèbre joueur de cithare, de la ville de Locres, affronta devant l'Apollon de Delphes Ariston, lui-même musicien de la ville de Rhèges ; mais une corde de son instrument se cassa. Une cigale vint se poser sur la cithare et suppléa si bien au défaut de la corde par son chant qu' Eunomus emporta le prix.   Les habitants de Locres avaient construit une statue représentant Eunomus avec une cigale.

Érasme cite en référence :

  • Etienne de Byzance

  • Pline, Histoire naturelle Livre 11 chapitre 27 

  • Pausanias, Eliacorum prior (c'est le Livre V). 

  • Strabon Geographie Livre 6.

Voir aussi les Emblemata d'Alciat (Lyon, 1558) :

Eunome mist au Delphic oratoire Une Cigale, enseigne de victoire. Car en jouant du Luc, contre Ariston, Les doitz touchoient: les chordes faisoient ton. Quand l’une estant rompue, & mal fournie Ja commençoit à gaster l’harmonie. Adoncq survint chantant une Cigale,
Qui le de fault [=default] remplit par voix egale. Et qui au son attraicte, vint des bois, Pour secourir Eunome de sa voix. 


 

 

Illustration : le "personnage" central est sans doute apparenté à une cigale, mais il s'agit, parmi les Coléoptères, d'un Meloidae, le Méloé printannier Meloe proscarabeus. C'est vraisemblablement lui aussi qui figure, dans ce cadran d'horloge, la sixième heure, alors qu'à cinq heures nous trouvons un Longicorne ou Cerambydae (je propose Oxymirus cursor ♂), l'Oxymire coureur

 

      

 

 

 

Planche LXVII

Inscription supérieure : NOLI IRRITARE CRABRONES.


 

Traduction : "N'excites pas les frelons"

Source : Érasme, Adagia, 60. I, I, 60. Irritare crabrones 

Σὰς σφηκιὰς ἐρεθίζειν, id est Irritare crabrones.
 Ad hanc sententiam referendum est et illud,
 quod est apud Plautum in Amphitryone: Irritabis crabrones. Id dictum est a poeta in mulierum ingenium,quibus iratis si repugnes, magis provoces neque sine tuo malo discedas. Est autem crabro insecti genus, affine vespis, pertinacissimum aculeoque pestilentissimo. Siquidem refert Plinius Naturalis Historiae lib. XI, cap. XXI crabronum Ictus haud temere sine febri esse, additque traditum a quibusdam Ter novenis huius animantis punctis interfici hominem.
.

Commentaire : Ce proverbe est donné par Érasme sous la forme "Exciter les frelons" : il trouve son origine dans l'Amphytrion de Plaute Acte II scène 2 sous forme d'un avertissement fait par Sosie à Amphytrion son maître : "n'irrites pas les frelons". En effet, lors d'un fameux quiproquo théâtral il est en train de s'emporter contre Alcmène son épouse, et les "frelons " en question représentent les fébriles sentiments de colère et d'impatience que ses questions génèrent. Puis Érasme se livre à une revue le littérature sur les frelons : selon Pline dans son Histoire naturelle Livre XI chap.21 "Leur piqûre ne manque guère de causer la fièvre. Des auteurs disent que trois fois neuf piqûres suffisent pour tuer un homme.". Puis il cite Aristote, livre des Animaux III, 9, puis une lettre de saint Jérôme, puis Xénophon : j'abrège.


 

b) Inscription inférieure : SCARABEVS AQVILA[M] QVAERIT.

Traduction : "Le scarabée à la poursuite de l'aigle".

Source : Érasme, Adagia  2601. III, VII, 1. Scarabeus aquilam quaerit 

Κάνθαρος ἀετὸν μαίεται, id est Scarabeus aquilam quaerit. Cum imbecillior atque impotentior mali quippiam molitur struitque insidias inimico longe potentiori. Est et altera lectio atque ea meoquidem iudicio verior: Ὁ κάνθαρος ἀετὸν μαιεύται, id est Scarabeus aquilae obstetricatur. Sensus ferme idem est, sive legas μαίεται sive μαιεύται. Competit enim in humilem et imbecillum, quiviribus longe praepollenti maliciosis insidiis et clanculariis dolis perniciem machinatur. etc...

Commentaire :

Cet adage se réfère à la fable d'Ésope « L’Aigle et le Scarabée », laquelle a inspiré à La Fontaine  "L'aigle et l'escarbot" . En voici le texte en latin, et la traduction :

Lepus aquila insectante in lustrum scarabei profugit, rogans ut ab eo servaretur. Scarabeus autem rogabat aquilam ne occidere suppliciem, obtestans ipsam per maximum Jovem, ne scilicet contemneret parvitatem ejus. Illa vero irata ala percussit scarabeum, et leporem arreptum devoravit. At scarabeus cum aquila volavit, ut nidum ejus disceret : ac jam profectus, ova ejus devoluta disrupit. Illa autem quum grave existimaret, si quis hoc ausus fuisset, et uin altiore loco secundo nidificasset, et illic rursus scarabeus pariter hanc affecit. Sed aquila inops consilii penitus, ascendit ad Jovem (in ejus enim tutela esse dicitur) et in ipsis genibus tertiam foeturam ovorum posuit, deo ipsa commendans et supplicans ut custodiret. Scarabeus autem é stercore pilula facta ascendit, et in sinum Jovis eam demisit. Jupiter vero cum surrexisset ut fimum excuteret, ova quoque projecit oblitus, quae et contrivit dejecta. Cognito autem a scarabeo quod haec fecisset ut aquilam ulcisceretur : nam  non modo scarabeum illa injuria affecit, sed et in Jovem ipsum impia fuit, reversae aquilae ait Jupiter,scarabeum esse qui moestitiae causa fuerit, et certe jure fuisse. Nolens igitur genus aquilarum rarescere, consulit scarabeo ut aquilae conciliaretur. Eo autem non parent, Jupiter in aliud tempus aquilarum transmutavit partum, cum scarabei non appareant.

  "Un lièvre poursuivi par un aigle, se réfugia dans le trou d'un escarbot, le conjurant de le sauver. L'escarbot prie donc l'aigle, au nom du puissant Jupiter, de ne pas tuer l'animal suppliant : tout petit que je suis, lui dit-il, ne dédaigne pas ma prière. L'aigle indigné, le choque de l'aile, l'étourdit, saisit le lièvre qu'il dévore. L'escarbot suivit l'aigle dans son vol, pour savoir où était son nid : il le voit, il s'approche, il fait rouler les œufs et les fracasse. L'aigle étonné de l'audace, mit son nid en lieu plus haut. Nouvelle vengeance de l'escarbot. Ne sachant que faire, l'aigle s'envola vers Jupiter (cet oiseau lui est, dit-on, consacré). L'escarbot après avoir fait une petite boule de fumier, s'éleva jusques dans les cieux, et la laissa tomber sur le giron du père des dieux. Jupiter se lève, secoue sa robe, et jette imprudemment les œufs, qui se cassent de la chute. L'escarbot avoue à Jupiter qu'il en a agi ainsi, pour se venger de l'aigle. Cet oiseau a été aussi impie envers vous, qu'injuste envers moi. Le dieu dit à l'aigle de retour, que c'est l'escarbot qui le persécute, et qu'il le mérite bien. Voulant néanmoins prévenir le dépérissement de la race aiglonne, il conseilla à l'escarbot de se réconcilier avec l'aigle. Celui-ci n'y consentant point, Jupiter transporta le temps de la ponte des aigles en la saison où l'escarbot ne paraît point." (Trad. J.B. Gail, 1796). 

On comprend que cet "escarbot" (terme de vieux français issu de scarabeus ), est ici un bousier, comme Scarabeus sacer, le Scarabée sacré. Dans son commentaire, Érasmeprend parti pour le petit et le faible scarabée contre l'aigle prédateur et dominateur, rappelant que selon le  dialogue de Lucien l'Icaromenippo ( ou Menippe, émule d'Icare, parvient dans la lune ), on trouve au ciel les scarabée et les chameaux . 

 

Illustration : 7 insectes : un scarabée un papillon, un hymenoptère (bourdon).

 

 

Planche LXVIII

Inscription : AD SERIA INEPTVS MVSCAS PELLAT.

— Traduction : "il est vain de chasser les mouches"

— Source : Érasme, Adagia  2660. III, VII, 60. Muscas depellere 

 "Muscas depellere etiam hodie vulgato ioco dicitur, qui otioso atque inutili fungitur officio. Aristophanes in Vespis: Ἀλλὰ φυλάττει διὰ χειρὸς ἔχων καὶ τὰς μυίας ἀπαμύνειν, id est Imo cavet prae manu habens, etiam muscas depellere curans."

— Commentaire :  A quoi sert de chasser les mouches ? Il est préférable d'ignorer ce dont vous ne pouvez pas vous débarrasser.

 

— Illustration : 7 insectes, tous ailés. La mouche aux ailes tachées de noir est peut-être Chrysops relectus, un taon (tabanide)

 

 

Planche LXIX :

a) Inscription supérieure : Ingentes animos angusto Inpectore versant./ VBI MEL ÍBÍ FEL

— Traduction : "Et dans un faible corps s’allume un grand courage."  / "Où est le miel, là est le fiel".

— Source :

Virgile, Géorgiques livre IV, vers 83  Ingentes...versant

 - Érasme, Adagia 2087. III, I, 87. Nihil est ab omni parte beatum […] Huc pertinent et illa de quibus nobis alias dictum est , Ubi mel, ibi fel, ubi uber, ibi tuber, et huius generis alia. 

— Commentaire : La citation de Virgile s'applique au "roi" (les latins voyaient un roi là où nous voyons une reine) menant son "peuple" dans un combat contre un roi rival. La première moitié du  Chant IV des Géorgiques décrit la vie sociale des abeilles, modèle de la société humaine. Il est donc bien logique que Hoefnagel fasse apparaître sur une planche où sont figurées quelques "abeilles" les vers du poète latin.  Isolé de son contexte, le vers Ingentes animos angusto inpectore versant fait l'éloge des hautes vertus, dignes des romains, des êtres les plus petits. La proverbe "Pas de miel sans fiel" apporte  à ce ton bucolique et viril le contrepoint d'une vérité amère.

 

b) Inscription inférieure : VBI VBER IBI TVBER./ Omnibus una quies operum, labor omnibus unus.

— Traduction : "On les voit s’occuper, se délasser ensemble" / "Où est le sein, là est la tumeur"

— Source : Virgile, Géorgiques Livre IV vers 184. / Érasme, Adage 2087, 

— Commentaire : Virgile trace un tableau idyllique de la communauté des abeilles travaillant ensemble avant de se reposer...ensemble. Là encore, la constatation du proverbe "pas de sein sans tumeur" (ou pas de plénitude nourricière et suave sans que le vers ne soit dans le fruit) tranche par son rappel de la fragilité d'une existence éphémère et soumise aux aléas néfastes.

Érasme dans son Adage 2087 "Rien n'est entièrement bon en toutes ses parties" démontre que tout bien peut avoir son revers de médaille : il écrit :"D'où les proverbes "Là où il y a miel, il y a fiel" ou bien " Où est le plein (le sein), là est l'enflure (la tumeur)", et d'autres du même genre". Cela correspond à notre proverbe "Pas de roses sans épines".

Les proverbes peuvent s'appliquer aux abeilles : pas de miel sans risque de piqures.

— Illustration. Neuf insectes.

Au centre, un bourdon (Bombus pascuorum ?)

 

 

 

Planche LXX

a) Inscription supérieure : Et se Asinus pardum vocet et formica leonem./ ET FORMICAE SVA BILIS INEST.

— Traduction : " l'âne s'appelle léopard, et la fourmi lion". 

— Source : 

- Première citation : Le Zodiaque de la vie (Zodiacus Vitae) Livre VI Virgo vers 418, par Marcello Palingenio Stellato Palingène (Pier Angelo Manzolli, de Ferrare) Bâle, 1543 , texte latin établi, traduit et annoté par Jacques Chomarat, Genève,‎ 1996, 529 p. : "Ah dieux ! Aujourd'hui ce sont seulement les noms magnifiques et les titres brillants que chacun souhaîte pour soi, s'arroge, affecte, poursuit, dérobe : l'âne s'appelle léopard, et la fourmi lion". L'expression illustre la prétention des petits à accaparer les titres des grands.

 

— Commentaire :

b) Inscription inférieure : SCILICET OBSTEPERANS ARGVTAE VESPA CICADAE

— Traduction : "La guèpe est persuadée de couvrir la voix de la cigale par sa voix" (opstrepo = retentir, crépiter, couvrir la voix de ; argutae = expressif, strident.)

— Source : Érasme, Adagia (1508) 771. I, VIII, 71. Vespa cicadae obstrepens 

Σφῆξ βομβῶν τέττιγος ἐναντίον, id est Scilicet obstrepitans argutae vespa cicadae.

Apud Theocritum est in Hodoeporis. Nam his verbis contemnit quidam pastor pastorem, a quo  provocatur. Quadrabit in eum, qui certat longe impar cum superiore. Aut qui negotium facessit  longe sepraestantioribus. Quod genus est illud Catullus leonem allatrans.

— Commentaire : Érasme se réfère à la Ve Idylle de Théocrite, "Les chanteurs bucoliques" 

où les bergers Comatas et Lacon s'affrontent dans un concours de chant ("concours amoebée") et où Comatas rétorque quelque chose en grec : c'est désormais au tour des traducteurs de s'affronter pour le traduire : « insipide bourdon, qui oses défier la cigale » (B...de L...)

« L'orgueilleux frelon croit, par son bourdonnement, surpasser le chant de la cigale » (Geoffroy, 1799) ...Provoquer la cigale, insipide frelon ! (Didot, 1806), ... « Guèpe qui bourdonne autour de la cigale » (Adert, 1849), etc.

L'adage exprime la vaine prétention d'un être inférieur à affronter un adversaire qui le domine de beaucoup, dans la même logique que l'inscription supérieure. La Vanité, qui sera le motif sous-jacent à toutes les Natures mortes dont Hoefnagel est l'un des précurseur, se décline et s'argumente ici planche après planche.

Illustration. Neuf insectes. Au centre, je propose Blatta orientalis ; à 11 heures, apis mellifera

et

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Published by jean-yves cordier - dans Histoire entomologie
5 janvier 2015 1 05 /01 /janvier /2015 19:37

Traduction et origines des inscriptions dans Ignis (1775-1785) de Joris Hoefnagel. Identification de quelques insectes. (Suite , planche 74 à 80).

 

La fin de l'article précédent s'étant trouvé effacée, j'en donne ici une nouvelle version...

 

 

 

Planche LXXIV :

Inscription : Forma brevis FLOS est, primo spectabilis ortu, / Mox languens fugiente die.

Traduction : "La fleur est une brève démonstration, splendide en son premier éclat. Bientôt elle se fâne avec la journée qui passe."

Source :Le Zodiaque de la vie (Zodiacus Vitae) Livre IV (Cancer) vers 141-142 , par  Palingène (Pier Angelo Manzolli)  1543 .

Commentaire : Nouvelle sentence illustrant le caractère éphémère de l'existence. Jacob Hoefnagel reprendra ces vers dans  Archetypa studiaque IV.9 .

Illustration : le bouton de Narcisse (Narcissus poeticus), la tige attachée en trompe-l'œil à l'ovale doré, s'incline déjà ; mais à gauche, son poids a fait céder la tige, et ses pétales à la blancheur souillée par la rouille du temps, semble nous prendre à témoin de leur décrépitude. Dix insectes les entourent.

 

 

 

Planche LXXV.

 

Inscription : HABET ET MVSCA SPLENEM

— Source : Érasme, Adages, 2407. III, V, 7

Ἔχει καὶ ἡ μυῖα σπλῆνα, id est Habet et musca splenem.

Simillimum illi: Et pueri nasum rhinocerotis habent. Item illi: Ἔνεστι καὶ μύρμηκι χόλος, id est Inest et formicae bilis. Olet fecem.

— Traduction : "Même une mouche se met en colère."

*la rate est un organe qui était considéré comme le siège de la colère, d'où la traduction "se met en colère» pour habet splenem.

Inventaire : Iris fétide Iris foetidissima ;  sept insectes :

  •  à midi : Heteroptera :Tritomegas bicolor
  •  à 5heures : Muscidae sarcophaga carnaria, "Mouche à damiers".
  • à 11 heures : Ichneumonidae Pimpla rufipes ?
  • Phrygane ?

Pour une image impeccable : http://www.nga.gov/content/ngaweb/Collection/art-object-page.69742.html

 

 


 

Planche LXXVI.

 Une fleur, sept insectes.

  •  à 3 heures : Cerambycidae Rhamnusius bicolor
  • à 8 heures : Rhynchite.

 


 


 

Planche LXXVII.

Une fleur, dix insectes.

  • Sphingidae Macroglossinae Macroglossum stellatarum "Sphinx colibri"
  • Ephemeroptera
  • Cerambycidae Rhamnusius bocolor

 


 


 

Planche LXXVIII

Inscription supérieure : Improba musca.

— Traduction : "Mouches importunes !"

— Sources :

a) Phèdre, Fabulae, Calvus et Musca (L'Homme chauve et la mouche" : "te, animal improbum generis contempti ,quae delectaris bibere sanguinem humanum ! »   "toi, animal pervers d'une espèce méprisée, qui te plais à boire le sang humain! »

b) Lactance, Symposium sive centum epigrammata  : Musca : Improba sum, fateor, quid enim gula turpe veretur ?

cf. Gaffiot Improbus, a : mauvais, méchant, vil, éffronté, impudent, qui ne laisse pas de répit.

— Commentaire : l'expression improba musca semble être devenue proverbiale et se retrouve ensuite dans la poésie latine tardive. 

— Illustration : dix insectes :

  • au centre, le grand Ichneumon Lissonota setosa à la longue tarière.1
  •  à 8 heures, Cerambycidae Anaglyptus mysticus aux longues antennes 
  • à 3 heures, Cerambycidae : Clytus arietis ??
  • Coccinellidae : A 14 points ?? (points carrés)

 

 

 


 

Planche LXXXVIX

12 insectes. 5 Hétéroptères (Punaises) 

  • Hemiptera Heteroptera Pentatomidae Palomena prasina ou "Punaise verte"
  • Hemiptera Pyrrhocoris apterus "Gendarme", ou bien Coryzus hyoscami
  • Hemiptera
  • Hemiptera
  •  

 

 


.

.

 

 

Planche LXXX

Plante : Viola tricolor ou "Pensée sauvage".


 

Inscriptions. Planches supplémentaires de Berlin.


 

Planche non numérotée (Berlin)

 

Inscription : SANCTUM ET TERRIBILE NOME[N]​ EIUS.

Initium sapientiae timor domini ps. 110

:— Traduction : [Il a envoyé la délivrance à son peuple, Il a établi pour toujours son alliance;] Son nom est saint et redoutable. 10 La crainte de l'Éternel est le commencement de la sagesse; [Tous ceux qui l'observent ont une raison saine. Sa gloire subsiste à jamais.] Trad. Louis Segond.

Source : Biblia Sacra Vulgata :Psaume 110 (111) verset 9 et 10

Commentaire :

— Illustration : Coleoptera Scarabeidae Dynastinae  Megasoma elephas  [ou M. acteonmâle ; "Scarabée éléphant".

Dans les deux cas, il s'agit (pour la première fois) d'une espèce exotique. On retrouve ce scarabée à la planche I,1 de l'Archetypa de Jacob Hoefnagel, sous forme d'une gravure sur cuivre, noir et blanc : il a été identifié comme Megasoma elephas par un zoologiste  dans l'édition 1994 de T. Vignau-Willberg. L'une des différences entre elephas et Megasoma acteon est que le premier est  couvert de courts poils brun-jaunâtres alors que le second est noir, et glabre. Le premier vient du Mexique et Vénézuéla, l'autre de la Guyane, du Surinam et du nord de l'Ammérique du Sud. Dans les deux cas, le pronotum porte deux cornes tournées vers l'avant  et la corne céphalique est bifide. Le premier à avoir été décrit est acteon, par Linné dans le Systema naturae de 1758 : il ne cite par Hoefnagel parmi les références. Elephas a été décrit par son élève Fabricius en 1775.  

Je conclue à Megasoma elephas, à la pilosité des élytres usées par frottement.

Le Scarabée éléphant  avait été importé aux Pays-Bas depuis son habitat naturel dans le sud de l'Amérique centrale et l'Amérique du Sud au XVIe siècle. Comme  animal exotique, c'était un élément précieux dans les cabinets de curiosités.

 

Planche XIIII

Inventaire : 

  • Lepidoptera Nymphalidae Satyridae [Maniola jurtina]
  • Lepidoptera Nymphalidae Inachis io ?
  • Lepidoptera Pieridae Colias crocea
  • Lepidoptera chrysalide
  • Lepidoptera chrysalide.

Berlin planche XXIX

— Inventaire :

Une plante : Ancolie

Huit insectes :

  • Lepidoptera 
  • Lepidoptera Pieridae [Aporia crataegi]
  • Lepidoptera Erebidae Arctiinae Arctia caja L. "L'Herissonne"
  • Ephemeroptera
  • Ephemeroptera
  • Coleoptera
  • Coleoptera
  • Diptera

 

 

 

 

Berlin planche XXXV

 

a) inscription supérieure en rouge pourpre :QVOT IN CAMPO FLORES:

Traduction : infra

Source : anonyme

b) inscription inférieure  :TOT SVNT IN AMORE DOLORES.

Traduction : Autant de fleurs dans les prés, autant de douleurs dans l'amour. 

Source : pour la seconde inscription : Ovide, Artis amatoriae (L'Art d'aimer) livre II vers 520  :

Litore quot conchae, tot sunt in amore dolores :

Quae patimur, multo spicula felle madent.

"L'Athos a moins de lièvres, l'Hybla moins d'abeilles, l'arbre de Pallas moins d'olives, le rivage de la mer moins de coquillages, que l'amour n'enfante de douleurs."

 

c)  Inventaire : Deux plantes : Oeillet (œillet du poète)  et  4 insectes. 

  • Dermaptera Forcicula auricularia "Perce-oreille"
  • Lepidoptera Nymphalidae
  • Lepidoptera 
  •  


 

Sources et liens : 

LECLERCQ (J.) 1987 – Qui fut le premier entomologiste belge? Je propose Joris Hoefnagel (1542-1600). Bull. Annls Soc. r. belge Ent., 123: 353-357.   

 LECLERCQ, J., THIRION, C., 1989 -" Les insectes du célèbre diptyque de Joris Hoefnagel (1591) conservé au musée des Beaux Arts de Lille" . Bull. Ann. Soc.R. belge Ent., 125, 302-308. (non consulté)

— ÉRASMEAdagia (1508) Textes présentés par le Groupe Renaissance Âge Classique (GRAC - UMR 5037) Jean-Christophe SALADIN Lyon 2010  in Corpus Corporum,  Université de Zürich http://www.mlat.uzh.ch/MLS/xanfang.php?tabelle=Desiderius_Erasmus_cps4&corpus=4&lang=0&allow_download=

— HENDRIX (Lee) VIGNAU-WILBERG (Thea) 1992 Mira calligraphiae monumenta: A Sixteenth-Century Calligraphic Manuscript Inscribed by Georg Bocskay and Illuminated by Joris Hoefnagel

— JORINK (Eric) 2010 Reading the Book of Nature in the Dutch Golden Age, 1575-1715, Leiden, Koningklijke Brill NV. Numérisé par Google

— JORINK (Eric) 2006  Het ‘Boeck der Natuere’ Nederlandse geleerden en de wonderen van Gods schepping 1575-1715 Primavera Press Leiden: numérisé dbnl 

http://www.dbnl.org/titels/titel.php?id=jori009boec01

LINNÉ, (Carl) 1758, Systema naturae :http://www.biodiversitylibrary.org/item/10277#page/3/mode/1up

http://en.wikipedia.org/wiki/Neuroptera_in_the_10th_edition_of_Systema_Naturae

 — NERI (Janice) 2011  The Insect and the Image: Visualizing Nature in Early Modern Europe, 1500-1700, University of Minnesota Press.

WILLBERG VIGNAU-SCHUURMAN (Theodora Alida Gerarda) 1969  Die emblematischen Elemente im Werke Joris Hoefnagels. Leiden : Universitaire Pers, 1969.Leidsche Kunsthistorische reeks, deel, Nr.2.

 VIGNAU-WILBERG (Thea) 2007,  "IN MINIMIS MAXIME CONSPICUA. Insecten darstellungen um 1600 und die anfänge der entomologie", in Early Modern Zoology: The Construction of Animals in science, literature and the Visual Arts publié par Karel A. E. Enenkel,Paulus Johannes Smith , Volume 7,Numéro 1 pp. 217-243. numérisé Google

 VIGNAU-WILBERG (Thea), 2013  Pieter Holsteijn The Younger 1614-1673. Alderhande kruypende en vliegende gedierten. Diverse Crawling and Flying Animals (Englisch) Taschenbuch Daxer & marschall munich 2013

 

 http://daxermarschall.com/cms/upload/catalogues/Insects_DaxerMarschall.pdf

les escargots dans Archetypae https://huntingforsnails.wordpress.com/2014/05/03/120-hoefnagel-1592/

 Les escargots dans Allégorie d'Hoefnagel :https://huntingforsnails.wordpress.com/2014/04/01/89-joris-hoefnagel/

— Site RKD Netherlands :

https://rkd.nl/nl/explore/images/record?query=ignis+hoefnagel+berlin&start=0

— Site National Gallery of Art Washington : 

http://www.nga.gov/content/ngaweb/Collection/artist-info.2569.html?artobj_artistId=2569&pageNumber=1

 


 

Voir British Museum

Scarabei Umbra, plate 1 in pt. 2 of the book, Archetypa studiaque patris… (Frankfurt: n. p., [15]92), parts 1-4 in 1 vol.

Plate 1: A large scarab in the upper middle, flanked by two plants on the outer left and right; the plant on the outer left has a butterfly on top of it; the plant on the right a caterpillar; a mosquito below the scarab on the left; a small spider direct below the scarab; a twig of rosemary and a pear in the lower left corner; a small fish in the lower middle; an apple and a rose in the lower right corner; after Joris Hoefnagel. 1592
Engraving with surface tone

Lettered within image in upper middle: "SCARABEI VMBRA." and in lower middle "Rosam quae praeterierit ne quaeras iterum" numbered in lower left corner: ".1." and in the lower right corner ".2."

Scarabei Umbra : Erasme : Kavoggrrec id est, Scarabei umbra. Dictum est de inani metu, quod hoc insectu repente advolans, nonnunquam terrere soleat parum attentum, Recensetur a Diogeniano

Peur irraisonnée d'un insecte entré subitement. Cité par Diogène.

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Published by jean-yves cordier
5 janvier 2015 1 05 /01 /janvier /2015 18:19

Inscriptions et insectes dans l'Ignis de Hoefnagel (III) : discussion et décomptes.

Voir dans ce blog sur Hoefnagel :

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I. Inscriptions.

Parmi les 80 planches d'Ignis, (83 en incluant les planches de Berlin) 32 comportent des inscriptions, toutes latines, placées au dessus de l'ovale présentant le ou les insectes étudiés, et, lorsque la planche comporte deux citations, au dessous de cet ovale.

Au total, cela forme un corpus de 43 inscriptions, brèves, en lettres capitales ou en minuscules, sans références d'auteur (sauf 2 références bibliques), constituées d'une, deux, ou exceptionnellement (page 2 et 3) trois lignes.

Leur source est identifiable dans la quasi totalité des cas, regroupant 9 auteurs : la Bible dans 5 cas, Esope (1), Ovide (2), Virgile (2), Pseudo Virgile (1), Augustin d'Hippone (1), Palingène (2), Ausone (4), et Érasme (19 ).

On peut y distinguer un premier ensemble introductif à thème religieux et cosmique, lié au thème du Feu du titre Ignis, et constitué des quatre premiers folio, et un second ensemble "entomologique", en ce sens qu'il commente les planches d'insectes.

Dans le premier ensemble, l'intention est de préciser la place de l'Homme face aux mystères de la création et de la grandeur du Créateur, mystères dont le Feu (Ignis), puissance destructrice et fécondatrice dépassant infiniment l'Homme, est emblématique. Hoefnagel fait appel aux psaumes 103, 110, 112, 146 et au Livre de Job 14:1, au De Civitate d'Augustin d'Hippone, mais aussi à l'auteur (pseudo-Virgile) du poème cosmologique Etna. La présentation de "l'homme sauvage" Pedro Gonsalvus et de sa famille est l'occasion d'une méditation sur la nature humaine : quelle est le propre de l'humain, quelles sont les limites de l'animalité ?

L'interprétation de cette introduction imposerait de développer le contexte historique sur le plan religieux (Influence de la Réforme et de l'accès direct aux textes bibliques), historique (Guerres de religion ; saccage d'Anvers en 1576 par les troupes espagnoles provoquant la fuite des intellectuels, artisans et artistes) et culturel (à la cour de Guillaume V duc de Bavière — Guillaume le Pieux, catholique ardent— puis à la cour de Rodolphe II.).

Le second ensemble fait principalement appel aux Adages d'Érasme, dans ce qui constitue un véritable Bestiaire où les insectes comme les mœurs de la mouche (Musca), la cigale (Cicada), la fourmi (Formica) ou la guèpe (Vespa) deviennent emblématiques par anthropisation des mœurs humaines, dans une visée moralisatrice enracinée dans la Vertu antique mais aussi dans la pensée de la réforme. Là encore, il faudrait rappeler le contexte, le goût pour les Emblemata depuis l'ouvrage fondateur d'Alciat, l'intérêt pour les formes brèves comme les Devises apposées (c'est le sens étymologique du mot emblème) à des motifs illustrés.

Malgré leur brièveté, la vingtaine d'adages d'Érasme ouvre largement vers la littérature antique, notamment vers les fables d'Ésope et de Phèdre. Dans notre mémoire et notre imagerie, les insectes sont souvent liés dès notre enfance aux fables de La Fontaine, et leur étude entomologique n'efface jamais ces anciennes traces. Hoefnagel en rend compte ici.

L'un des thèmes principaux des adages est d'illustrer la vanité et la prétention prêtées aux insectes ; thème dont les fleurs, et notamment les roses, sont également les plus anciens et les plus fréquents emblèmes. Le poème "Les roses naissantes" d'Ausone apporte, par une dizaine de vers, une illustration charmante de ce thème, et incite à découvrir cet auteur.

De même, Nous découvrons aussi Palingène, pseudonyme de Pier Angello Manzolli , et son Zodiaque de la Vie, dont les signes du Cancer et de la Vierge traversent l'Ignis.

Récapitulatif.

  • La Bible : Psaume 103 ; 110 ; 112 ; 146. Livre de Job 14:1

  • Augustin d'Hippone De Civitate X:12

  • Esope, Fable 61 Formica et Cicada

  • [Phèdre, Fabulae, Calvus et Musca] citation non littérale.

  • Ovide, Métamorphoses I et VII:826

  • Virgile, Géorgiques IV :83 et 184

  • Pseudo-Virgile, Etna 251-252

  • Ausone, Idylle XIV : 6 citations

  • Palingène, Zodiacus vitae IV (Cancer) et VI (Virgo).

  • Érasme, Adages 2145 ; 1123 ;334 ; 63 ; 124 ; 4402 ; 1540 ; 1796 ; 84 ; 1905 ; 1089 ; 466 ; 1084 ; 3643 ; 869 ; 3612 ; 828 ; 414 ; 60 ; 2601 ; 2660 ; 2087 ; 771 ; 2407 ...

  • la Bible dans 5 cas, Esope (1), Ovide (2), Virgile (2), Pseudo Virgile (1), (1), Palingène (2), Ausone (4), et Érasme (19 ).

II. Décompte entomologique et identification.

J'ai compté 468 insectes représentés sur les 83 planches étudiées. Parmi ceux-ci, j'ai identifié 47 des 96 papillons dans un article précédent, et j'ai identifié plus de quarante autres insectes dans les deux articles consacrés aux inscriptions, soit environ 1/5ème du total. Il est évident que ce score peut (doit) être amélioré par des entomologistes patentés. Mais la comparaison entre la définition des images heureusement disponible grâce à RDK Netherlands, et celle des rares (10) images proposées par la National Gallery de Washington montre que la consultation directe des planches, ou d'images numérisées de bonne qualité peut permettre d'aller beaucoup plus loin dans cette recherche.

Or, l'enjeu est loin d'être anecdotique, puisque nous avons affaire à la première collection systématisée d'illustration d'insecte jamais réalisée au monde, et que nous sommes ici devant le berceau de l'entomologie en tant que science individualisée et méthodique.

Il est possible que ces peintures correspondent à une collection réelle, à laquelle Hoefnagel aurait eu accès, a priori à Munich à la cour de Guillaume de Bavière, mais aussi à celle de l'archiduc Ferdinand de Tyrol au château d'Ambras à Innsbruck, ou auprès d'un bourgeois naturaliste : sa profession accessoire de "marchand" (qui est aussi celle de son frère) le mettait en contact avec beaucoup de gens. Il est tout aussi possible qu'il s'agisse d'une collection conservée en France (séjour à Bourges et à Orléans), en Espagne, en Suisse (pensons à Gessner) ou en Italie (pensons à Aldrovandi) puisque Hoefnagel a séjourné dans ces pays, ou encore dans les Provinces-Unies. Enfin, le peintre a pu —comme le fera Ernst pour Engramelle en 1779— se déplacer et enrichir son port-folio lors de chacun de ses déplacements et de ses contacts avec des collectionneurs.

Quoiqu'il en soit, nous constatons que cette collection illustrée est structurée par une systématisation qui prouve que le souci scientifique co-existe avec le souci artistique, et que ces deux desseins se servent mutuellement plutôt qu'ils ne s'excluent. En effet, les insectes sont groupés en planches majoritairement cohérentes, en débutant par les lépidoptères (eux-mêmes assez bien répartis en rhopalocères et en hétérocères), en poursuivant par les araignées, les coléoptères, les orthoptères, les odonates, les diptères et coléoptères. Malgré un certain désordre lié peut-être à des impératifs de mise en place sur le cadre strict de l'ovale, certaines planches sont très homogènes et témoignent d'une pensée et d'une analyse classificatrice qui rompt avec les peintures d'insectes des enluminures de Livres d'Heures et des peintures primitives flamandes où la symbolique chrétienne ou moralisatrice des animaux présidaient à leur choix.

J'ai déjà montré comment le choix du cadre ovale doré aux marges vides et où sont placés les insectes témoignent aussi d'une focalisation sur le spécimen qui est propre à la pensée entomologique. Mais la précision des détails des insectes, la fabuleuse reproduction de la nervation alaire des libellules par exemple, est significative aussi de cette pensée. Il a été suggéré que cette précision supposait l'emploi d'un microscope. Mais s'il s'agissait d'une simple loupe, son utilisation montre tout autant que le souci de reproduction exacte du spécimen était une obsession qui primait sur le souci de l'effet artistique.

14 planches comportent des fleurs, soit seules, soit dans la composition : les voici :

  • Mirabilis japala

  • Antirhinum majus : Muflier à grande fleurs ou Gueule de loup

  • Rose (à préciser sur le plan botanique)

  • Aquilegia vulgaris Ancolie.

  • Dianthus ou œillet (Dianthus barbatus ou œillet du poète ?)

  • Jasmin

  • Baie d'if Taxus baccata

  • Rosa canina Églantier

  • Narcissus poeticus ou Narcisse du poète.

  • Iris foetidissima ou Iris fétide

  • Viola tricolor ou Pensée sauvage.

Inventaire entomologique très provisoire.

Attention, aucune de ces identifications n'a été validée par un entomologiste patenté.

LÉPIDOPTÈRES :

I. Rhopalocères = 23 espèces.

— Hesperidae Hesperinae
— Pieridae Pierinae :
• Anthocharis cardamines
Pieris [mannii]
• Pontia d
aplidice
Pieris sp.
• Aporia
crataegi
— Pieridae Coliadinae
Gonepteryx rhamni ♂ et ♀
• Colia
s crocea
— Papilionidae Papilioninae
• Papilio machaon.
— Nymphalidae :
Nymphalis antiopa
• Polygonia c-album
• Vanessa cardui
• Aglais urticae
• Maniola jurtina
Pyronia tithonus
• Argynnis paphia
Vanessa atalanta
Argynnis [aglaja ?]
Hipparchia semele
Lasiommata megera ♂
— Lycaenidae
Thecla betulae
• Satyrium sp. (Satyrium pruni?)
• Polyommatinae [Eumedonia eumedon??]


II. Hétérocères : 24 espèces.


— Geometridae
• Ennominae Abraxas grossulariata

• Ennominae Pseudopanthera macularia L.
Xanthorhoe fluctuata
Idaea aversata
— Sphingidae
• Sphingidae Macroglossinae Macroglossum stellatarum
• Sphingidae Macroglossinae Hyles euphorbiae
• Sphingidae Sphinginae Agrius convolvuli
• Sphingidae Smerinthinae Smerinthus ocellata
— Notodontinae
• Stauropinae Harpyia milhauseri
— Limantriidae
Euproctis chrysorrhoea (L.) ou E. similis.
— Noctuidae Noctuinae
• Noctua pronuba

• Triaena psi
Melanchra persicaria
• Autograp
ha gamma
Euclidia glyphica ?
• Noctuinae Acronictinae Acronicta lepinora L.ou Lymandra dispar
— Noctuidae Catocalinae
Catocala fraxini
Catocala nupta
— Arctiidae
• Tyria jacobaeae
• Arctinae Spilosoma [urticae ; lubricipeda ]
• Arctia caja

  • Eilema sp.

— Pyralidae
• Pyralis farinalis
— Pterophoridae
Pterophorus pentadactylus
— Tortricidae Tortricinae
Cacoecimorpha pronubana

ODONATES.

— Zygoptères.

plusieurs à identifier.

Calopteryx splendens.

— Anisoptères.

  • Brachytron pratense "Aeschne printanière".

  • Aeshna cyanea "Aeschne bleue"

  • Orthetrum cancellatum ? "Orthetrum réticulé"

  • Orthetrum brunneum ?

  • Sympetrum sanguineum ♂ et ♀.

  • Sympetrum pedemontanum "Sympetrum du Piémont"

ORTHOPTÈRES

— Criquets.

  • Oedipoda caerulescens "Oedipode bleue"

  • Acridinae : Acrida ungarica mediterranea ??

— Sauterelles.

  • Ruspolia nitidula ?

  • Platycleis tessellata ?

  • Plusieurs à identifier.

— Grillons.

  • Gryllus campestris "Grillon champêtre"

  • Gryllotalpa gryllotalpa "Courtilière"

MANTOPTERA

  • Mantis religiosa "Mante religieuse".

BLATTOPTERA

  • Blatta orientalis "Blatte orientale"

ARACHNIDA (N'appartiennent pas aux Insecta)

  • Aculepeira ceropegia "Épeire à feuille de chêne".

EPHEMEROPTERA

HETEROPTERA (PUNAISES)

  • Tritomegas tricolor.
  • Coryzus hyoscami
  • Pentatoma rufipes
  • Palomena prasina ?

MECOPTERA

Panorba communis "Mouche scorpion".

HYMENOPTÈRES

  • Apis mellifera

— Vespidae

  • Delta unguiculatum

​—

  • Bombus pascorum etc... en cours

—Formicidae.

  • Lasius niger.

ICHNEUMONIDAE

  • Gasterupion jaculator ?
  • Pimpla pedalis
  • Lissonota setosa

DIPTERA

— Tipulidae.

  • Tipula maxima "Grande Tipule"
  • Ctenophora festiva
  • Nephrotoma flavescens

​— Mouches

  • Musca domestica
  • Sarcophaga carnaria "La Mouche à damiers"

​COLEOPTERA

— Lucanidae

Lucanus cervus

— Scarabaeidae

  • Oryctes nasicornis.

— Cerambycidae.

  • Saperda scalaris
  • Oxymirus cursor
  • Plagionotus arcuatus "Clyte arqué"
  • Rhamnusium bicolor

— Meloidae

  • Meloe proscarabens

— Cleridae

  • Trichodes favarius

​— Curculionidae

  • Rhinchites auratus

Coccinellidae

  • Coccinella septempunctata

​III. Hoefnagel et la zoonymie.

Les noms d'insectes ne sont apparus, timidement, qu'au XVIIe siècle et ont attendus le Systema Naturae de Linné en 1758 pour se systématiser. Il nous est très difficile de changer de paradigme et de comprendre la pensée de nos ancêtres, et encore plus des naturalistes, pour imaginer comment ils ont pu observer, étudier, collectionner, peindre les centaines d'insectes différents sans les nommer, mais tout indique qu'il en allait ainsi. Avant de découvrir ces planches, je pensais que l'absence de noms montraient que les êtres humains côtoyaient et voyaient ces insectes sans les étudier, sans les connaître, sans s'y intéresser. Je suis pour ma part parfaitement capable de passer des heures entières, pendant des années, sans m'intéresser aux modèles de voiture qui m'entourent, me croisent et me dépassent, et de ne pas connaître leur noms. Je pensais que l'absence de nom d'insectes témoignait de l'absence de toute pensée et de toute connaissance entomologique. L'œuvre d'Hoefnagel me démontre le contraire. Il y eut d'abord une connaissance artiste des insectes sans description, sans désignation et sans pensée entomologique ( Hans Memling 1467, Bosch, ...) puis une étude entomologique avec une systématique et description visuelle sans description écrite (Hoefnagel 1575), puis des descriptions écrites des spécimens, avec planches illustrées et quelques noms (plutôt des adjectifs que de vrais Noms propres) (Aldrovandi 1602), puis de vrais noms propres accompagnés de descriptions écrites et de planches (Petiver, 1695-1710), puis d'une systématisation générale et d'une onomastique réglée (Linné, 1758.

Autrement dit, nous sommes passés :

1. d'une étude entomologique sans dénomination.

2. à une désignation par références [Diagnose + nom d'auteur et d'ouvrage + n° de planche et de figure] (la triade de Cordier, mais ne la cherchez pas sous ce nom)

3. à un Nom Propre.

Les trois étapes sont séparées par un fossé conceptuel irréversible, que nous ne pouvons pas franchir en arrière pour concevoir le temps des insectes sans désignation, ou celui des insectes sans nom. Il a fallu le coup de génie linnéen pour introduire dans la pensée le principe de baptiser les êtres animaux, aussi vils ou aussi petits soit-il.

Le paradoxe, qui est aussi une clef pour avancer dans cet épais mystère, est que les illustrations d'insectes dépourvus de noms et de désignations figurent, non pas isolés de tout texte, mais, au contraire, dans des objets saturés soit de symboles (Memling), soit d'écritures. Dans les Livres d'Heures, et les exemples les plus éloquents sont celui d'Anne de Bretagne, celui de d'Anne de Clèves, ou celui de Philippe de Clèves, qui fut illustré par Hoefnagel lui-même, les insectes (souvent des papillons) figurent dans les marges, ce statut marginal soulignant qu'ils ne sont que secondaires par rapport aux écritures sacrées du centre. Mais dans Ignis, les devises, proverbes, adages, les vers de psaume et de poème, inversent cette disposition et occupent désormais une place hors cadre, en dehors de l'ovale d'étude entomologique. Néanmoins, les données écrites n'en sont pas moins capitales : elles sont considérées, à l'époque, comme ce qui se fait de mieux dans le domaine du Savoir, car ces citations des Anciens font référence. Si bien que le De animalibus insectis d'Aldrovandi, qui n'a plus aucune prétention artistique mais se veut une étude scientifique des insectes, développe après les descriptions des espèces des chapitres sur les Proverbes et sur les citations des auteurs anciens. Dans le concept de la fin du XVIe siècle et du début du XVIIe siècle, adjoindre à une espèce animale la compilation de références littéraires antiques est la façon jugée nécessaire pour désigner, par la sorte d'étiquette que ces références façonnent, cette espèce. Autrement dit, l'important corpus de fables et de psaumes, d'adages et de poèmes n'est pas, pour Hoefnagel, une partie littéraire, mais, à part entière, la caractérisation entomologique des insectes représentés. Cette première œuvre fondatrice de l'entomologie s'est dégagée, par son regard OBJECTIF, des Bestiaires médiévaux, mais c'est néanmoins au bestiaire littéraire qu'elle fait appel dans des citations à fonction dénominatrice, pour la simple raison qu'aucun autre moyen n'est encore disponible. Relier un papillon jaune et noir doté d'une queue au nom d'un médecin de l'Iliade d'Homère, afin que ce nom serve de support bref et consensuel et que le simple nom de Machaon puisse porter ("évoquer") à la fois une image et les données qui le concernent nous paraît parfaitement évident. En réalité, ce fut, pour le cerveau humain, un long travail jusqu'à la maïeutique de Linné.

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Published by jean-yves cordier - dans histoire entomologie
5 janvier 2015 1 05 /01 /janvier /2015 11:00
Planches de l'album Ignis de Joris Hoefnagel.
Planches de l'album Ignis de Joris Hoefnagel.
Planches de l'album Ignis de Joris Hoefnagel.
Planches de l'album Ignis de Joris Hoefnagel.
Planches de l'album Ignis de Joris Hoefnagel.
Planches de l'album Ignis de Joris Hoefnagel.
Planches de l'album Ignis de Joris Hoefnagel.
Planches de l'album Ignis de Joris Hoefnagel.
Planches de l'album Ignis de Joris Hoefnagel.
Planches de l'album Ignis de Joris Hoefnagel.
Planches de l'album Ignis de Joris Hoefnagel.
Planches de l'album Ignis de Joris Hoefnagel.
Planches de l'album Ignis de Joris Hoefnagel.
Planches de l'album Ignis de Joris Hoefnagel.
Planches de l'album Ignis de Joris Hoefnagel.
Planches de l'album Ignis de Joris Hoefnagel.
Planches de l'album Ignis de Joris Hoefnagel.
Planches de l'album Ignis de Joris Hoefnagel.
Planches de l'album Ignis de Joris Hoefnagel.
Planches de l'album Ignis de Joris Hoefnagel.
Planches de l'album Ignis de Joris Hoefnagel.
Planches de l'album Ignis de Joris Hoefnagel.
Planches de l'album Ignis de Joris Hoefnagel.

Planches de l'album Ignis de Joris Hoefnagel.

Inventaire des papillons (Lepidoptera) figurant dans Animalia rationalia et insecta (Ignis) de Joris Hoefnagel, 1575-1582.

Voir dans ce blog sur Hoefnagel :

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Résumé.
Le manuscrit Animalia rationalia et insecta a été peint par le miniaturiste anversois Joris Hoefnagel en 1575-1582 pour les ducs de Bavière. Conservé dans des collections privées jusqu'en 1987, puis acquis par la National Gallery de Washington en 1987, il est désormais consultable en ligne, ce qui permet de dresser un inventaire de ce qui constitue le premier témoignage illustré et complet d'une collection entomologique européenne (centrée sur la Bavière) dans l'histoire de l'Entomologie. Il comporte 80 (?) planches consacrées aux différents insectes, incluant les araignées. Dans les 35 premières, on peut compter 88 papillons (96 en incluant des planches conservées à Berlin) parmi lesquels 47 espèces différentes peuvent être identifiées avec un niveau assez satisfaisant de certitude et de précision : 23 rhopalocères et 24 hétérocères.


Préambule.
Hoefnagel reçu l'une de ses premières commandes alors qu'il travaillait à Munich pour le duc de Bavière Albrecht V auquel succéda à partir de 1579, le très catholique Guillaume V.
Le manuscrit rassemble 277 folios finement dessinés et colorés à l'aquarelle et la gouache sur
parchemin, présentant plus de 1000 animaux, chacun dans un ovale doré avec inscriptions latines et le numéro de la planche en chiffres romains. Les dimensions des planches sont de 143 x 184 mm.
Entre chaque vignette une feuille blanche comporte souvent des inscriptions supplémentaires, qui, comme celles de la vignette elle-même, sont souvent issus de la Bible, des Adages d'Erasme et d'autres sources. Il se compose de quatre parties qui symbolisent les éléments: la terre (Terra) représentés par les quadrupèdes et les reptiles (Animalia Quadrupedia et Reptilia), l'air (Aier) avec les animaux qui volent et les amphibiens (Animalia Volatilia et Amphibia), le feu (Ignis) avec des êtres rationnels (humains) et d'insectes (Animalia rationalia et insecta ) et enfin l'eau (aqua) et les animaux qui vivent dans l'eau, et les crustacés (Animalia aquatilia et conchiliata ). Les quatre parties sont rassemblées dans des reliures de maroquin rouge avec des coins et crampons dorés, qui sont conservées dans des coffrets matelassés (provenant de la bibliothèque de Henry Huth, 1913). Chaque section commence par un titre avec le monogramme de l'artiste (G/HF). Des dates allant de 1575 à 1582 sont portées sur certaines feuilles. Le manuscrit actuellement à Washington est demeuré en grande partie complet, deux feuilles se trouvant à Paris, au musée du Louvre, inv. nr RF 38985 (Aigle), 38987 (Vue de Naples). D'autres dessins similaires, qui ont probablement été faites pour une série parallèle avec les mêmes chiffres, mais avec des animaux différents sont soit à Berlin au Kupferstichkabinett, Staatliche Museen , inv. nr KDZ 4806-4821; soit à Prague, Narodni
Galerie inv. nr. R 37382 et 37383 ; soit à Weimar, Kunstsammlungen, Kupferstichkabinett, inv.
nr. KK 122 (Paon), 123; soit à Paris, Musée du Louvre, inv. nr. RF 38986 (Bélier) ; soit pour trois
folios dans une collection privée de Sürth près de Cologne. (Source :
https://rkd.nl/nl/explore/images/120530). Ces planches parallèles sont inventoriées ici après l'étude du codex de la National Gallery de Washington.
Par certains aspects, le travail ressemble à un livre d'emblème avec ses devises latines,
épigrammes et versets de la Bible. Mais toutes les images sont placées à l'intérieur d'un ovale doré, qui délimitent une surface d'observation scientifique conférant aux animaux (dont l'Homme) représentés le statut de spécimen d'Histoire naturelle. Hoefnagel n'a pas créé toutes les œuvres, mais il a plutôt copié celles d'autres artistes, comme les dessins d'animaux des Naturstudien peints par le peintre anversois Hans Verhagen den Stommen pour l'empereur Rodolphe II, et les gravures sur bois de l'Historia animalium de Konrad Gessner Zurich 1549-1556, vol. IV . Mais pour la partie sur les insectes, il n'existe pas d'œuvres préalables, et les dessins sont vraisemblablement le travail original de Hoefnagel. Il a pu prendre comme modèle une collection d'entomologie, peut-être réunie dans un Cabinet de curiosité (Kunst- und Wunderkammer ou « chambre de l’art et des merveilles ») des ducs de Bavière à Munich. L'origine des insectes décrits est une question importante, mais non résolue. Je consacre en Annexe une discussion sur ce point.
Le manuscrit enluminé représente un important monument de la science du 16ème siècle en
fournissant un recueil de l'ensemble des animaux connus du monde. Surtout, il va fournir aux
peintres des Natures-mortes flamandes une grande quantité de modèles d'insectes, qu'ils copieront pour les disposer autour de bouquets ou de compositions diverses. (Voir Jan van Kessel par exemple). Dès 1592, son fils Jacob Hoefnagel en reprendra les modèles présentés en gravure sur cuivre dans l'Archetypa studiaque patriis, afin d'être diffusé par l'impression.
Le manuscrit a été probablement « offert » — pour 1000 écus d'or — par l'artiste à l'empereur
Rodolphe II au début de son engagement à sa cour vers 1590 ; il est resté dans les collections
impériales à Prague jusqu'en 1612, puis a été acquis par des collectionneurs privées successivement à Vienne, à Munich, à Salzbourg, à Munich ou à Augsbourg, puis à Londres en 1861, et enfin à Philadelphie (Pennsylvanie) en 1946. En 1987, il a été légué à la suite de la succession de Mme Lessing Rosenthal à la National Gallery of Art de Washington où il est désigné sous le nom d' album Rosenwald (De vier elementen). C'est dire que les naturalistes européens, puis mondiaux qui ont décrit les espèces zoologiques et référencés leurs illustrations, à commencer par Linné, n'y ont pas eu accès. Outre à la National Gallery, divers folios sont conservés dans différents musées dont le Kupferstichkabinet de Berlin (Pl.XXIX), le Musée du Louvre à Paris et dans diverses collections privées.


Matériel et méthode.
Le site de la National Gallery, NGA.gouv. et le site néerlandais RDK.nl https://rkd.nl/nl/ donnent
accès en ligne aux différentes planches du volume que Hoefnagel consacre aux insectes. L'ensemble des planches a été examiné, pour ne retenir que celles qui représentaient des papillons. Les planches VI à XXXIV, et la planche XXXXIV ont été étudiées pour en identifier les espèces, en utilisant les guides et manuels contemporains (M. Chinery, Insectes de France et d'Europe ; T. Lafranchis, Les Papillons de Jour ; etc.) et les sites d'identifications en ligne (Lepinet ; Ukmoths ; etc.). Ce travail d'amateur n'a pas été effectué à ma connaissance, ou bien les résultats n'ont pas été publiés : ses résultats pourront sans-doute être corrigés, et certainement être améliorés, notamment par l'accès aux planches elles-mêmes. Dans un certain nombre de cas, l'identification n'était pas certaine, mais suffisamment probable pour avoir été retenue, en arguant du fait que, l'artiste ayant représenté dans l'ensemble des espèces courantes, il fallait choisir la solution la plus facile.


Les planches sont consultables ici :
https://rkd.nl/en/explore/images#filters[naam]=Hoefnagel%2C%20Joris&start=150
https://rkd.nl/en/explore/images/record?filters[naam]=Hoefnagel%2C+Joris&query=&start=161


Résultats. Inventaire entomologique des papillons (Lepidoptera) Elementa depicta Pars
III :Animalia rationalia et insecta (Ignis), de Joris Hoefna
gel, 1575-1582.

Pour les rhopalocères, AE = "ailes étalées"
On compte 88 (Codex de Washington seul) à 96 papillons représentés.

Planche VI.

• Nymphalidae Nymphalis antiopa « le Morio » AE.

• Nymphalidae Nymphalis antiopa « le Morio »
• Nymphalidae Polygonia c-album « Le Robert-le-Diable »
Planche VII.
• Papilionidae Papilioninae Papilio machaon « Le Machaon ».
Planche VIII.
• Pieridae Pierinae Anthocharis cardamines « L'Aurore ».
• Nymphalidae Vanessa cardui « La Belle-Dame ».
• Pieridae Pierinae Pieris [mannii]
• Nymphalidae Aglais urticae « La Petite Tortue » AE.
Planche IX.
• Nymphalidae Maniola jurtina « Le Myrtil »
• Nymphalidae Pyronia tithonus « Le Tircis ».
• Pieridae Coliadinae Colias crocea « Le Souci ».
• Pieridae Pierinae Pontia daplidice « Le Marbré-de-vert » AE.
Planche X. (posés sur rameau de Mirabilis jalapa ou « Belle-de-nuit »)
• Lycaenidae Thecla betulae « La Thécla du Bouleau »
• Nymphalidae Argynnis paphia « Le Tabac d'Espagne »
• Pieridae Coliadinae Colias crocea « le Souci » AE.
Planche XI. (avec un Orthoptère: la Courtilière Gryllotalpa gryllotalpa L.).
• Nymphalidae Aglais urticae « La Petite Tortue » AE
• Nymphalidae Vanessa atalanta « Le Vulcain ».
Planche XII. (avec la Courtilière Gryllotalpa gryllotalpa L. vue ventrale)
• Nymphalidae Argynnis [aglaja ?] « Le Grand ? Nacré ». AE et AR
Planche XIII. (avec une libellule Anisoptera)
• Papilionidae Papilio machaon « Le Machaon » AE
• Nymphalidae Vanessa atalanta « Le Vulcain ». AE
Planche XIV.
• Pieridae Coliadinae Gonepteryx rhamni Le Citron.
• Pieridae Pierinae Pieris sp.
• Nymphalidae Vanessa atalanta « Le Vulcain ».
Planche XV.
• Nymphalidae Hipparchia semele « L'Agreste ». Deux exemplaires affrontés
• Geometridae Ennominae Abraxas grossulariata « La Zérène du Groseiller ». Ailes dressées.
• Chrysalides [de Pieridae]

Planche XVI.

• Pieridae Pierinae Aporia crataegi « Le Gazé ».
• Pieridae Coliadinae Colias crocea « Le Souci ».
• Lycaenidae Satyrium sp. (Satyrium pruni?)
• Lycaenidae Polyommatinae [Eumedonia eumedon??] AE et AR
• 2 Chrysalides.
Planche XVII. (avec un Odonate à corps bleu et deux autres insectes +/- 1 fourmi hors cadre)
• Pieridae Coliadinae Gonepteryx rhamni ♀« Le Citron ».
• Nymphalidae Maniola jurtina « Le Myrtil »
Planche XVIII. (avec 7 autres insectes dont 1 zygoptère et deux fourmis)
• Pieridae Pierinae Anthocharis cardamines « L'Aurore ».
• Nymphalidae Lasiommata megera ♂ « Le Satyre ».
• Pyralidae Pyralis farinalis « La Pyrale de la farine ».
Planche XIX. (avec 5 autres insectes)
• Pieridae Pierinae Aporia crataegi « Le Gazé ».
• 3 petites espèces ou à petite échelle. NI.

Planche XX. Inscription Homo Bombylius (avec 4 autres insectes dont deux charançons –Curculio ?)
• Pieridae Pieris sp ?
• ?
• ?
• Chenille « oursonne ».
• 2 chrysalides.
Planche XXI. (avec 8 autres insectes dont 1 punaise, 1 zygoptère, 1 coccinelle)
• Nymphalidae Satyrinae
Planche XXII. (sur rameau fleuri avec un hanneton, un autre insecte)
• Lycaenidae Polyommatinae
• Lycaenidae Polyommatinae
• Arctiidae Tyria jacobaeae « La Goutte-de-Sang ».
• Sphingidae ? butinant la fleur
• ?
• Chenille de ?
Planche XXIII. (sur rameau fleuri de Symphoricarpos albus « Symphorine » ; un autre insecte)
• Sphingidae Macroglossinae Macroglossum stellatarum « Le Moro sphinx »
• Nymphalidae Satyrinae [Erebia??]
• Hesperidae Hesperinae
• ?
Planche XXIV. : Unam Roseam, nec aliquis papilio ...
Planche XXV.
• Sphingidae Macroglossinae Hyles euphorbiae « Le Sphinx de l'Euphorbe ».• Noctuidae Catocalinae Catocala fraxini « La Lichénée bleue »
Planche XXVI.
• Sphingidae Sphinginae Agrius convolvuli (ressemble à …) « Le Sphinx du Liseron »
• Sphingidae Sphinginae Agrius convolvuli, sous un angle différent.
Planche XXVII. (avec deux Coccinellidae et un autre insecte)
• Sphingidae Smerinthinae Smerinthus ocellata Le Sphinx Demi-paon »
• Limantriidae Euproctis chrysorrhoea (L.) ou E. similis. « Le Cul brun » ou « Le Cul doré »
• 2 chrysalides (de Smerinthus ocellata ?)
Planche XXVIII.
• Noctuidae Noctuinae Noctua pronuba « Le Hibou »
• Noctuidae Noctuinae Triaena psi « Le Psi »
• ?
• 5 petites espèces.
Planche XXX.
• Noctuidae Melanchra persicaria « Noctuelle de la Persicaire ».
• Noctuidae Autographa gamma « Le Gamma ».
• Geometridae Xanthorhoe fluctuata ? « La Phalène ondée »
• Pterophoridae Pterophorus pentadactylus « Le Ptérophore blanc ».
• Pterophoridae différent
• Tortricidae Tortricinae Cacoecimorpha pronubana « La Tordeuse de l'œillet »
• Crambinae ?
https://rkd.nl/en/explore/images/record?filters[naam]=Hoefnagel%2C+Joris&query=&start=189
Planche XXXI.
• Notodontinae Stauropinae Harpyia milhauseri « Le Dragon ».
• Arctinae Spilosoma [urticae ; lubricipeda ]
• Geometridae Idaea aversata
Autographa gamma ?
• ?
• ?
• ?
https://rkd.nl/en/explore/images/record?filters[naam]=Hoefnagel%2C+Joris&query=&start=190
Planche XXXII :
• Geometridae Larentiinae Xanthorhoe fluctuata « La Phalène ondée »
• ?
• ?
• ?
• ?
• ?Planche XXXIII (avec une fleur, sept insectes dont 1 orthoptère)
• Noctuinae Acronictinae Acronicta lepinora L. « La Noctuelle-Lièvre ». / ou Lymandra
dispar ♀ « Le Zig-Zag » (?)
• Papillon trop petit peut-être Polyommatinae
https://rkd.nl/en/explore/images/record?filters[naam]=Hoefnagel%2C+Joris&query=&start=192
Planche XXXIV. (avec six autres insectes)
Euclidia glyphica ?
• Trop petit. (Geometridae Chiasmia claratha??)
Planche XXXXIV :
• Geometridae Ennominae Pseudopanthera macularia L. « La Panthère ».

Les planches supplémentaires et parallèles.
Les seules planches supplémentaires comportant des insectes, et accessibles en ligne, sont celles de Berlin. Cela représente un apport de 8 papillons supplémentaires, dont deux espèces nouvelles.


Berlin Planche XIV.
trois papillons et deux chrysalides.
https://rkd.nl/nl/explore/images/121025
• Nymphalidae Satyrinae Lasiommata megera « La Mégère ».
• Nymphalidae Nymphalinae Aglais urticae « La Petite Tortue »
• Pieridae Coilaninae Colias crocea « Le Citron »
Berlin XXIX (avec Ancolie et 5 autres insectes)
https://rkd.nl/nl/explore/images/record?query=hoefnagel+ignis+berlin&start=3
• Arctiidae Arctia caja, « L'Écaille martre »
• Pieridae Pierinae Aporia crataegi « Le Gazé »
• ?
Berlin Planche XXXV (Avec deux fleurs dont œillets, et 2 autres insectes dont Forficula
auricularia)
Légende Quot in campo flores, et, Tot sunt in amore dolores.
• Nymphalidae non identifiable sur le cliché disponible
• Noctuidae Catocala nupta « La Lichénée rouge ».


Liste récapitulative des 47 espèces identifiées sur les 96 papillons représentés.


I. Rhopalocères = 23 espèces.

— Hesperidae Hesperinae
— Pieridae Pierinae :
• Anthocharis cardamines
• Pieris [mannii]
• Pont
ia daplidice
• Pieris sp.
• Aporia crataegi
— Pieridae Coliadinae
• Gonepteryx rhamni ♂ et ♀
• Colias crocea
— Papilionidae Papilioninae
• Papilio machaon.
— Nymphalidae :
• Nymphalis antiopa
• Polygonia c-album
• Vanessa cardui
• Aglais urticae
• Maniola jurtina
• Pyroni
a tithonus
• Argynnis paphia
• Vanessa atalanta
• Argynnis [aglaja ?]
• Hipparchia semele
• Lasiommata megera ♂
— Lycaenidae
• Thecla betulae
• Satyrium sp. (Satyrium pruni?)
• Polyo
mmatinae [Eumedonia eumedon??]


II. Hétérocères : 24 espèces.


— Geometridae
Ennominae Abraxas grossulariata

Ennominae Pseudopanthera macularia L.
Xanthorhoe fluctuata
• Idaea aversata
— Sphingidae
• Sphingidae Macroglossinae Macroglossum stellatarum
• Sphingidae Macroglossinae Hyles euphorbiae
• Sphingidae Sphinginae Agrius convolvuli
• Sphingidae Smerinthinae Smerinthus ocellata
— Notodontinae
• Stauropinae Harpyia milhauseri
— Limantriidae
• Euproctis chrysorrhoea (L.) ou E. similis.
— Noctuidae Noctuinae
Noctua pronuba

Triaena psi
• Melanchra persicaria
• Autographa g
amma
• Euclidia glyphica ?
• Noctuinae Acronictinae Acronicta lepinora L.ou Lymandra dispar
— Noctuidae Catocalinae
• Catocala fraxini
Catocala nupta
— Arctiidae
Tyria jacobaeae
• Arctinae Spilosoma [urticae ; lubricipeda ]
• Arctia caja
— Pyralidae
• Pyralis farinalis
— Pterophoridae
• Pterophorus pentadactylus
— Tortricidae Tortricinae
• Cacoecimorpha pronubana


Discussion.


Avant l'apparition des premières descriptions des collections entomologiques d'Histoire naturelle proprement dites, celle d' Aldrovandi en 1602 et celle de Conrad Gessner par Thomas Mouffet en 1634, et bien avant que les insectes, et notamment les papillons, ne reçoivent des noms scientifiques ou vernaculaires (Aldrovandi 1602 ; Petiver 1695-1703 ; Linné 1746 et 1752 ; Geoffroy 1762), les espèces de lépidoptères européens étaient suffisamment connus pour permettre à un des derniers enlumineurs d'en représenter près d'une centaine, avec une précision irréprochable. Il est aujourd'hui possible d' identifier dans Animalia rationalia et insecta (Ignis), de Joris Hoefnagel, daté de 1575-1582, parmi une centaine de modèles, 48 espèces, dont 23 rhopalocères et 24 hétérocères.
Or, ce manuscrit a été suivi, sous le pinceau d'Hoefnagel, d'un second, réalisé une vingtaine
d'années plus tard, puis ses figures entomologiques ont été reprises par son fils qui leur a fait
bénéficier de la diffusion liée à l'imprimerie. Aussi le corpus d'Histoire naturelle de Joris Hoefnagel (1542-1601) et de son fils Jacob (1575-1630) peut-il être énuméré ainsi:

• Joris Hoefnagel, 1575-1582, Elementa depicta Pars III :Animalia rationalia et insecta (Ignis). Peinture sur manuscrit

• Joris Hoefnagel, Georg Bocksay, 1591-1596 Mira calligraphiae monumenta. Peinture sur
manuscrit.
• Jacob Hoefnagel, 1592, Archetypa studiaque patris Georgii Hoefnagelii, Francfort .
Ouvrage imprimé, gravure sur cuivre.
• Jacob Hoefnagel, 1630, Diversae Insectarum Volatium icones ad vivum accuratissimè
depictae per celebe
rrimum pictorem, Nicolao Ioannis Visscher Amsterdam

On peut y ajouter diverses miniatures créées séparément, comme les deux Allégories du Musée de Lille.
J'ai donc été amené à dresser aussi l'inventaire des lépidoptères pour les trois ouvrages ultérieurs, ce qui permet d'en comparer les résultats.


I. Joris Hoefnagel ; Mira calligraphiae, 1591-1596.

J'indique par une astérisque les espèces nouvelles. 61 papillons représentés.
Rhopalocères : 7 espèces identifiables .
— 7 imagos :
• *Melanargia galathea ssp. galathea (L.)
• *Pararge aegeria (L.)
• *Erebia medusa (D.& S.)
• *Aphantopus hyperantus (L.)
• The
cla betulae (L.)
• *Polyommatus icarus (Rottemburg)
• *Issoria lathonia (L.)
—1 chenille et 3 chrysalides de Pieridae (Pieris brassicae ?)


Hétérocères: 17 dont 12 espèces identifiables.
— 5 imagos. 4 espèces, 1 genre
*Mythimna straminea (Treitschke)
• Abraxas grossulariata (L.)
• Smerinthus oce
llata (L.)
• *Callimorpha dominula (L.)
• Pyrolidae Crambinae.
— 12 chenilles. 8 espèces :
Hyles euphorbiae (L.)
• Agrius convolvuli (L.)
• Macroglossum stellatarum (L.)
• *Hemaris fuciformis (L.)
• Saturnia pavonia
(L.)
• Lasiocampa quercus
• Lasiocampa quercus ; ou Euthryx [Philudoria] potatoria
Acronicta euphorbiae (D.& S.) menyanthides (Esper)


II. Jacob Hoefnagel, Archetypa : 1592
Cette collection de 48 planches comprend de façon non limitative, et parfois en plusieurs exemples les lépidoptères suivants (entre parenthèse si douteux) :


Rhopalocères : 16 espèces
•Gonepteryx rhamni
•Vanessa atalanta
•Nymphalis polychloros
•(Plebejus argus)
•Papilio machaon
•(Thecla betula
e)
•Aglais io
•Polygonia c-album
•Nymphalis antiopa
•(Anthocharis cardamines)
•*(Melitaea cinxia)
•Lasiommata maera/megera•

  • *Iphiclides podalirius

•Quercusia quercus
•*(Erynnis tage
s)
•(Aphantopus hyperanthus)


Hétérocères : 11 espèces
Macroglossum stellatarum
•Agrius convolvuli
•*(Zygaena filipendulae)
•*Achero
nta atropos (larva)
•Smerinthus ocellatus
•*Hyles Gallii (larva + nympha + imago)
•Phalaena
•Saturnia pavonia.
•Arctia caj
a
•Noctua pronuba
•Euclidia glyphica


III. Jacob Hoefnagel 1630 Diversæ insectarum volatilium icones
16 Planches ; 340 sujets représentés : 302 insectes dont 37 Coleoptères, 22 Orthoptères, 14
Odonates, 16 Neuroptères, 72 Lépidoptères, 35 Hyménoptères, 78 Diptères, 21 Hémiptères et 7 chenilles. Ces espèces viennent du centre et du nord de l'Allemagne.
Les Lépidoptères : Au total : 72 papillons et une chenille. Parmi les papillons qui peuvent être
classés on trouve 30 rhopalocères dont 18 espèces déterminées, et 16 hétérocères dont 7 espèces identifiées:
Rhopalocères : 15 à 18 espèces identifiées :
• Papilio machaon
• Iphiclides podalirius
• Thecla betulae
• Gonepteryx rhamni,
• Anthocharis cardamines,
• Colias crocea,
• Aporia crataegi,
• Gonepteryx rhamni
• Nymphalis polychloros,
• Polygonia c-album,
• Nymphalis ant
iopa,
• Vanessa cardui,
• * Nymphalis io,
• Vanessa atalanta,
• Issoria lathonia,
• et sans certitude Pararge aegeria, Coenonympha pamphilus, Lasiommata maera.

Hétérocères : 7 espèces identifiées :
• Acherontia atropos,
• Macroglossum stellatarum,
• Agrius convolvuli, • Hyles euphorbiae,
• Smerinthus oc
ellata
• Saturnia pavonia.
• Abraxas grossulariata
Ce sont donc 10 nouveaux Rhopalocères qui viennent s'ajouter à la première liste, et 5 hétérocères.
On peut donc conclure que Joris Hoefnagel (et à un moindre degré Jacob Hoefnagel) ont décrit à la fin du XVIe siècle 62 espèces de lépidoptères, dont 33 rhopalocères et 29 hétérocères, en ne représentant que des espèces locales. C'est un chiffre considérable, si on le compare aux 17 espèces identifiables — 11 rhopalocères et 6 hétérocères) chez Aldrovandi (1602), dont les gravures sur bois sont frustes, et aux 48 rhopalocères décrits par James Petiver un siècle plus tard.


Conclusion.


Malgré l'absence de noms et de tout texte descriptif, l'apport de Joris Hoefnagel, donnant la
représentation splendide et méticuleuse de 62 espèces de papillons, a été sans-doute sous-estimée, peut-être parce que les manuscrits enluminés sont restés confidentiels.
Mais je dois rendre justice à ces deux chefs d'œuvre, l'Ignis et le Mira calligraphiae. En y détachant les espèces de lépidoptères, je me suis conduit comme un pilleur de trésor saccageant une fresque, un retable ou une coiffure royale pour en accaparer les joyaux. Bien plus que des illustrations d'histoire naturelle, et quelqu'en soit la splendeur, ces enluminures sont des compositions où le texte, rare mais dense, entraîne le lecteur dans une méditation philosophique sur le caractère éphémère de la vie, sur la place de l'homme dans la nature, et sur le prodige mystérieux de l'infiniment beau au cœur des plus petits êtres animaux. Il faut relire Ignis avec leur parure de psaumes, de poèmes d'Ovide ou d'un pseudo-Virgile, ou d'Adages d'Erasme. Il faut déchiffrer dans la planche XXIV en haut de l'ovale qui ne contient qu'une rose la phrase Rosam quae praeterierit, ne quaeras iterum, et, découvrant qu'Érasme en est l'auteur, trouver la traduction « Ne demandes pas à la rose fanée de fleurir à nouveau ». Il faut alors, s'interroger sur la phrase qui lui répond, en bas de l'ovale : Ambigeres raperetne Rosis Aurora ruborem./ An daret, et flores tingeret orta dies. Ce sont deux vers du poème De rosis nascentibus d' Ausone que Lionel-Edouard Martin a traduit ainsi :

« L’aurore emprunte-t-elle aux roses sa rougeur ? La leur confère-t-elle à la montée du jour ?
Même rosée, même couleur, même matin :Car la même Vénus régit l’astre et la fleur. »

De planche en planche la lecture se poursuit, fragmentaire, incitant à retrouver ce qui n'est pas écrit, invisible pour les yeux mais non pour l'esprit :
« À peine née la rose est déjà défraîchie.
Je parle, et la fleur courbe au sol sa tête rouge;[...]
Cueille la rose fraîche, ô fraîche jeune fille :
Ton âge, souviens-t ’en, comme elle est éphémère. »


ANNEXE Origine des Insectes décrits par Hoefnagel. Les Cabinets de curiosités, les
Kunstkammer princiers et les collections des n
aturalistes.


Hoefnagel a pu avoir l'occasion lors de séjours en Italie ou en Allemagne de visiter des collections prestigieuses comme celles du Studiolo de Francesco I de Medicis au Palazzo Vecchio, ou de Ferdinand II du Tyrol au château d’Ambras, etc. Par ailleurs, ses activités le mettaient en relation avec de nombreux naturalistes et collectionneurs. Parallèlement à ces collections princières d'autres collections plus spécialisées et complètement différentes dans leur objectif, dans leur contenu — principalement des objets naturels— et leur organisation se sont développées dans la seconde moitié du 16e siècle, les plus célèbres étant celles de Francesco Calceolari à Vérone, d'Ulisse Aldrovandi à Bologne, de Michele Mercati à Rome et de Ferrante Imperato à Naples.
Hoefnagel a également pu se constituer, au gré de ses voyages, ou d'échanges, ou d'activités commerciales, un port-folio d'illustrations d'espèces. Il a pu aussi en observer directement quelquesunes dans son environnement. Enfin, il est l'un des derniers enlumineurs, (il a notamment orné un missel pour l'Archiduc Ferdinand de Tyrol), et son héritage culturel du XVe siècle incluait les papillons des peintures flamandes (Hans Memling) et des marges des Livres d'Heures, où Vanessa atalanta et Aglais urticae d'une part, les Pieridae et Papilionidae d'autre part, tiennent lieu symboliquement du Mal et du Bien.
On sait qu' en 1571, sur recommandation du marchand Max Fugger et du spécialiste en
numismatique Adolf Occo, le géographe Abraham Ortelius et Joris Hoefnagel reçurent la
permission de visiter la Kunstkammer de Munich pendant deux jours. Le Cabinet de curiosité des ducs de Bavière doit donc être étudié puisque Hoefnagel appartenait à leur cour, mais aussi parce qu'il joua un rôle fondateur dans l'organisation des collections. Néanmoins, les inventaires de Fickler de 1598 et de Hainhofer de 1611 ne mentionnent pas de collections d'insectes.


La Kunstkammer des ducs de Bavière à Munich.
Elle a été organisée d'une manière originale et fondatrice par Samuel Quiccheberg. Ce conseiller artistique du duc Albrecht V d'origine flamande,mentionne la Kunstkammer pour la première fois en 1565 dans ses écrits sous l'appellation de Theatrum Sapientiae.
Si on compare la Kunstkammer de Munich avec les autres Kunstkammer princiers de la seconde moitié du 16e siècle, Munich serait un des premiers du genre. Venant chronologiquement après celui de Ferdinand I à Vienne et quelques années seulement après celui de Dresden, la Kunstkammer de Munich peut être considérée comme la première collection à réaliser l'idéal encyclopédique de façon significative.
Quiccheberg avait publié à Munich en 1565 " Inscriptiones vel tituli theatri amplissimi ", considéré comme le premier véritable traité muséologique. Il suggérait d'édifier un Cabinet de curiosité non comme une réunion hétéroclite d'objets insolites, mais selon un système de classification détaillé basée sur le concept d'une encyclopédique. Il répartit les collections d’Albert V en Naturalia, Mirabilia, Artefacta, Scientifica, Antiquites et Exotica.


L'autre Cabinet auquel Hoefnagel pouvait avoir eu accès est la Kunstkammer de l’archiduc
Ferdinand
II du Tyrol. Les collections « présentaient les richesses de l’univers avec une volonté didactique de représentation du monde, tout en montrant l’intérêt des princes germaniques pour les collections minéralogiques et zoologiques locales des Alpes : sud de l’Allemagne, Autriche et provinces du nord de l’actuelle Italie . Elles constituent encore de nos jours la base du Cabinet de curiosités du château d'Ambras. Un inventaire après-décès de l’archiduc Ferdinand II en 1596 décrit la disposition des collections d’animaux exotiques, précèdant les collections de curiosités des Alpes. Quatre animaux marins suspendus au plafond du cabinet devancent un ours abattu par l’archiduc Ferdinand et des bois de cerf. Le plafond du cabinet était entièrement recouvert d’animaux.Mais les collections exotiques avaient la préséance sur les collections alpines, tant par la position qu’elles occupent au sein de l’inventaire que par leur écrasante majorité en nombre de spécimens. Parmi les spécimens appendus, on compte pas moins de sept crocodiles, une défense d’éléphant, quatre cornes de rhinocéros et autres cornes de gazelle, cinq nageoires de grands poissons et une tête d’éléphant entraînés par un premier grand crocodile. Les collections de Ferdinand comprenaient des œuvres d’art, des pierres précieuses, des médailles et des monnaies. Ces objets s’étaient ajoutés au vieux trésor des Habsbourg composé de tableaux, de sculptures, de dessins, de livres, de mammifères empaillés, d’oiseaux, de poissons, de squelettes, de fossiles, d’horloges et d’automates achetés ou reçus en héritage, et dont certaines pièces remontaient parfois au Moyen-Age. »
Dans cette description, on ne trouve pas mention d'une collection entomologique d'espèces
indigènes. A contrario, les planches d'Hoefnagel ne comportent aucun insecte exotique.

Liens


https://rkd.nl/en/explore/images/record?filters[naam]=Hoefnagel%2C+Joris&query=&start=183


National Gallery of Art

http://www.nga.gov/content/ngaweb/global-site-search-page.html?
searchterm=hoefnagel&searchpath=%2Fcontent%2Fngaweb%2Fcollection-searchresult&pageNumber=1

Bibliographie.

— LECLERCQ, J., THIRION, C., 1989 -" Les insectes du célèbre diptyque de Joris Hoefnagel (1591) conservé au musée des Beaux Arts de Lille" . Bull. Ann. Soc.R. belge Ent., 125, 302-308. (non consulté)

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Published by jean-yves cordier
30 décembre 2014 2 30 /12 /décembre /2014 15:30
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Published by Jy Cordier
26 décembre 2014 5 26 /12 /décembre /2014 16:20

 Je donne ici sur ce blog (mes Brouillons) une "traduction" non autorisée  d'un article d'Alcimar do Lago Carvalho, de façon maladroite et bien hasardeuse puisque je ne parle ni ne comprends le portugais. On ne tolérera mon baragouin qu'afin d'accéder à la réflexion originale  de cet auteur. Cela supposera beaucoup d'indulgence à mon égard.

J'ai déjà osé donner sur ce blog ma traduction de son article en anglais 

"Butterflies at the Mouth of Hell: traces of biology of two species of Nymphalidae (Lepidoptera) in European paintings of the fifteenth century", http://www.lavieb-aile.com/article-les-papillons-dans-un-tableau-de-hans-memling-125258718.html

 

Papillons entre le ciel et l'enfer: Comparaison de la Pieridae et Nymphalidae (Insecta: Lepidoptera) dans les natures mortes des Pays-Bas au XVIIe siècle

  Borboletas entre o céu e o inferno: O confronto entre os Pieridae e os Nymphalidae (Insecta: Lepidoptera) nas naturezas-mortas dos Países Baixos no século XVII.

  

http://www.anamorfose.ridem.net/index.php/anamorfose/article/view/11/18

ANAMORFOSE - REVISTA DE ESTUDOS MODERNOS • VOL II • ANO II • 2014 • R i dEM

 Alcimar do Lago Carvalho est professeur agrégé au Département d'Entomologie du Musée National  d'Entomologie de l'Université Fédérale de Rio de Janeiro. Il est  spécialiste de la systématique et de la biologie des insectes aquatiques, et a également consacré différents sujets à l'Entomologie Culturelle.

 

Résumé

Considérée depuis des millénaires comme une représentation de l'âme dans l'iconographie, la référence de papillons emblématiques (lépidoptères diurnes) a apparemment changée entre le XVème et XVIIème aux Pays-Bas. En comparant les schémas de la composition et la structure de 100 natures mortes avec ceux de thèmes Chrétiens, comme les Jugements Derniers,  ils symbolisent par correspondance les rôles du Bien et du Mal, rôles joués respectivement par les espèces des familles des Pieridae et des Nymphalidae. Dans ce système, les images de papillons sont des abstractions matérialisées, analogues aux anges et aux démons.

Mots-clés: Pieris spp.; Vanessa atalanta; symbolisme.

Abstract  :Considered as iconographic representations of the soul for millennia, the iconic reference of butterflies (diurnal Lepidoptera) apparently change between the 15th and 17th centuries in the Low Countries. Comparing the patterns of composition and structure of 100 still lifes with those of Christian themes, such as the final judgments, by correspondence they symbolize good and evil, roles played by species of the families Pieridae and Nymphalidae, respectively. In this system, images of butterflies are materialized abstractions, analogous to angels and demons. Keywords: Pieris spp.; Vanessa atalanta; symbolism. 

 

  Marcel Dicke (2004), qui a examiné plus de trois mille œuvres d'art liées aux insectes, a montré qu' il y a eu entre le XVe et le XVIIe siècles une augmentation substantielle de leur représentation à l'arrière-plan des  peintures  en Europe occidentale, un phénomène qui culmine dans le mouvement des Natures-mortes aux Pays-Bas, l'une des formes picturales répandues de la fin du XVIe siècle (Bergström 1956; Schneider 1994). Ces constructions emblématiques, dont le réalisme radical et la rigueur scientifique sont évidents dès le premier regard, sont chargés d'un symbolisme déguisé et ont souvent été influencés par les traits religieux, politiques, économiques et socioculturelles de leur temps (Schneider 1994; Bott 2008).

  Bien qu'il y ait consensus sur le fait que les images de ces formes animales peuvent être des éléments importants pour la compréhension de ces œuvres, les éléments d'un microcosme qui reflète l'ensemble (Eisler, 1991), peu de choses ont été explorées à cet égard, contrairement, par exemple, à ce qui se est passé avec les fleurs ( Heilmeyer 2013; Tapié 2000). Dans l'ensemble, ne faisant pas partie du quotidien des amateurs actuels de ces œuvres, les insectes sont souvent ignorés dans les observations et les études. Cette tendance est naturellement renforcée par leurs petites tailles par rapport à la figure humaine, étant donné que leurs représentations sont souvent des détails minutieux et donc que pour leur détection et leur étude, les reproductions dans des catalogues et des livres, ou les photos basse résolution qui sont disponibles dans les bases de données électroniques, sont de peu d'utilité. Lorsqu'ils sont examinés, ce sont des concepts symboliques trés généraux, équivalent dans la majorité des cas au  niveau taxonomique de l'Ordre, en ignorant les détails morphologiques liées aux fortes différences biologiques et comportementales entre les espèces choisies comme modèles, souvent représentés avec précision (par exemple Carvalho 2010; Tapié 2000).

 

   En ce qui concerne l'iconographie artistique de papillons (lépidoptères diurnes), les livres et les  manuels d'art actuels sont pratiquement unanimes à les considérer, dans le contexte du christianisme, comme trtémoignant du concept de la résurrection et du salut (par exemple Impelluso 2004; Manguel 2003; Segal à Tapié 2000). Ces âmes libérées — le grec psukhè ou Psique désignant à la fois  l'âme humaine et le papillon (2010 Bruyère; Dicke 2000)—, principalement habitent le monde terrestre sous la forme de chenilles dévorantes, réapparaissant sous formes de chrysalides avec leurs cocons, qui symbolisent respectivement la mort et la tombe, associations traditionnellement considérés comme originaires de la Grèce antique dans la description du phénomène de métamorphose biologique (par exemple Aristote 2006). Parmi les nombreuses sources qui retracent ces relations, citons Zöllner (2005, p 33.):

  "Le papillon a été généralement considéré comme un signe de l'éternelle capacité de régénération de la nature, ainsi que du désir de l'âme - emprisonnée dans son corps terrestre - de retourner à son créateur et donc de vaincre la mort. Tout comme le papillon cherche toujours la lumière, l'âme aspire à la lumière divine de salut ... Mais cette notion métaphorique n'épuise pas, et de loin, tout ce qui peut être dit sur le sens du papillon. Le papillon, comme nous le savons, émerge d'une chrysalide, et celle-ci n'est rien d'autre qu'une chenille qui a filé son cocon et s'est est donc momifiée. A l'inverse, et dans une lecture chrétienne de la succession correcte  —chenille -chrysalide-papillon —, la métamorphose décrit gagne une signification concrète : comme la chenille prend l'apparence de la mort comme une chrysalide et retrouve une nouvelle vie en tant un papillon, l'âme humaine ressuscitera après la mort ."

 

 La mise en place de ce symbolisme semble avoir eu lieu tôt dans l'histoire de l'humanité, et on en trouve des exemples explicites dans l'art de l'Ancien Empire égyptien (Germond 2008). Certaines études relatives à l'Europe moderne, comme celles de Bruyère (2010), se placent dans le contexte du contexte funéraire du XVe siècle pour constater  ce rôle peu exploré de l'iconographie des papillons  qui représentent l'âme des morts, dans lequel la couleur blanche, principalement en raison de la symbolique de cette couleur, représenterait sa pureté, comme le souligne par Dicke (2000; 2004) et la couleur noire, les péchés commis par les morts.

 

Résultats, discussion et conclusions

La composition de l'échantillon et de ses tendances principales.

La centaine de natures mortes recueillies pour cette étude comprend des œuvres de 28 artistes différents, peint à l'huile sur bois, sur toile ou sur cuivre. La grande majorité d'entre eux sont définit essentiellement comme des compositions de fleurs disposées en bouquets en  vases, ou en guirlandes,  rarement avec des fruits, comme dans le "Vase de fleurs et corbeille de fruits» de Bartholomeus Assteyn (ca. 1606-1677), 1632 (Galerie Guy Stein, Paris). Sept peuvent être classés comme des scènes  de forêt (genre Sous-bois), comme le "Chardon avec lézard, serpent et papillons" d'Otto van Marseus Schrieck (1619-1678), 1664 (Musée Fabre, Montpellier). Rare sont ceux qui ont été traités comme des allégories, telles que "Les quatre éléments" de Jan van Kessel (1626-1679), sd (Musée des  Beaux-Arts, Strasbourg) et le pot de fleurs intitulé "Allégorie de la Compagnie de Jésus" de Daniel Seghers (ca. 1590-1661), s.d. (coll. privée exposée temporairement au Musée des Beaux-Arts, Caen).  Certains ont  en leur centre des symboles eucharistiques, comme l'ostensoir de "Nature morte de fleurs et les raisins autour d'un ostensoir dans une niche" de Jan van Kessel, ca. 1670 (National Gallery of Scotland, Édimbourg) et «Guirlande de fruits, des pointes et des fleurs qui ornent une niche avec le Saint Sacrement" de Jan Davidsz de Heem (ca. 1606- 1683), 1648 (Kunsthistorisches Museum, Vienne). Seuls deux toiles peuvent être explicitement classées  parmi des  représentations des Vanités, incluant  des crânes et autres attributs: " Nature morte Vanité" de Jan van Kessel, ca. 1665/1670 (National Gallery of Art, Washington) et "Nature morte, Vanité avec fleurs et globe " de Maria van Oosterwijck (1630-1693), ca. 1668 (Kunsthistorisches Museum, Vienne). Quatre artistes ont produit à eux seuls plus de la moitié des œuvres étudiées (58), et ceux-ci appartenaient à la Guilde de Saint-Luc à Anvers en Flandre (partie nord de la Belgique), une des associations d'artistes les plus anciennes en Europe, fondée à la fin du XIVe siècle. Avoir connu une période de forte influence calviniste, cette région s'est tournée vers le catholicisme avec la Contre-Réforme, contribuant à l'établissement d'une culture visuelle des Jésuites (Dekoninck 2012). Ce sont: Jan Brueghel de Velours (Bruxelles de 1568 à 1625 Anvers), avec six œuvres - fils de Pieter Brueghel l'Ancien (ca. 1525-1569), qui appartenaient à la première génération de peintres de nature morte; Jan van Kessel (Anvers 1626-1679), avec neuf œuvres – petit-fils de Jan Brueghel de Velours, qui était connu comme peintre d' allégories et d'éléments naturels ; Jan Davidsz de Heem (Utrecht ca. 1606-1683 Anvers), avec 14 œuvres - qui fut l'un des peintres importants de natures mortes; Daniel Seghers (Anvers ca. 1590-1661), avec 29 œuvres, - prêtre,  jésuite, il était un élève de J. Brueghel de Velours, dont la majeure part de la production se compose de collaborations avec des portraitistes, ayant des guirlandes et des bouquets ajoutés aux fleurs très réalistes cadres représentations en trompe-le oeil et des bas environnantes reliefs de saints et de photos.

 

Bien que très différents dans le style et la durée de la composition, l'échantillon constitué possède une grande uniformité en termes structurels. La représentation de la lumière d'entrée dans les scènes se produit presque toujours de gauche à droite.

 

Les papillons représentés .

Parmi les Pieridae, les  Blancs, comme  Pieris rapae et Pieris brassicae qu'il est difficile de distinguer l' un de l'autre, sont les modèles les plus fréquentes (69), avant  les Anthocharis cardamines jaunes (31). Dans quatre cas, les Pieridae n'ont pas pu être identifiés avec précision. Parmi les Nymphalidae, outre Vanessa Atalanta,  espèce la plus représentée dans l'échantillon (72), se rencontrent Aglais urticae (23) Paon du jour (15) et Vanessa cardui (9). Les modèles Nymphalidae qui présentent des couleurs vives, avec des bandes, des taches et des ocelles de teintes contrastées, sont plus facilement reconnaissables et  sept seulement n'ont pas pu être identifiés en raison de leur position ou de la petite taille de leur représentation. Toutes ces espèces sont largement distribuées en Europe (Sterry & Mackay 2004), sont tout à fait communes, et facilement observables dans l'environnement péridomestique.

Des espèces appartenant à d'autres familles de papillons  ont également été reconnus, même si la recherche n'a pas été réalisée dans ce dessein. Les plus importants sont les Satyridae, les Papilionidae et les Lycaenidae. Concernant la répartition spatiale des papillons dans les tableaux, on a trouvé en majorité  (81 tableaux) une paire de papillons (une Pieridae et Nymphalidae)  en situation d'opposition claire, étant généralement positionnée au même niveau ou plus haut dans la zone centrale, en face à face, comme dans une situation de confrontation (par exemple illustration 1). En ce qui concerne la distribution dans les 81 cas où ils apparaissent en opposition, il y a de fortes tendances à considérer. Les Pieridae ont tendance à être positionné de préférence du côté gauche (43, ca. 53%) et moins fréquents dans la partie centrale du tableau (18) et dans le côté droit (20). Les Nymphalidae, à leur tour, sont de préférence positionnés à droite (45, environ 55%), et moins concentrés dans la zone centrale (11) et gauche (25) .Ilustration 1: "Nature morte" (détail), Martinus N. Nellius (1669-1719), collection privée (Crédit photo: Sotheby, Amsterdam). Dans le détail c'est une composition d'un arrangement de raisin, citron, orange, nèfle, noix et mûres dans un plat Wan-Li . Les papillons Pieris brassicae et Vanessa atalanta peuvent être clairement identifiés dans les coins supérieurs à gauche et en bas à droite, respectivement.

 

Corrélations structurelles entre les natures mortes et l'iconographie chrétienne de la quinzième et seizième siècles.

Comme dans la majeure partie de la peinture occidentale réaliste, l'échantillon groupé est quasi majoritairement structurépar  un gradient vertical défini par la constitution d'un plan inférieur, tout en présentant également un gradient horizontal. La lumière y est représentée comme si elle entrait  à partir de la gauche de l'image, ce qui définit clairement une division de l'espace entre le coté  gauche, chaud et lumineux, et le coté  droit,  sombre et lugubre. Ce modèle est conforme avec celui trouvé dans certains types de sujets de peintures chrétiennes des XVe et XVIe siècles, comme dans la Tentation, la Chute de l'homme, la Crucifixion, mais surtout dans le Jugement Dernier. Dans ce mode, exploitée par de nombreux peintres des Pays-Bas, dont  Hieronymus Bosch et Hans Memling déjà mentionnés , le Paradis est positionné dans la grande majorité des peintures dans la zone gauche la plus éclairée, le bon côté, à droite du Christ lorsqu'il est représenté. L'enfer est généralement dans la zone plus ombragée, le côté du mal, à la gauche du Christ. Les éléments connexes sont distribués de la même manière, comme le soleil et la lune, le jour et la nuit, la lumière et les ténèbres, le Bon et le Mauvais larron, les anges et les démons, c'est à dire, des représentations symboliques du Bien et du Mal, respectivement.

Du fait que le phénomène d'empreinte (imprinting)  favorise chez les humains la partie gauche du champ visuel sous l'effet de la lecture (Donnis, 2007), les artistes visuels ont tendance à favoriser les éléments au symbolisme positif dans leurs œuvres selon une forte bipolarité horizontale .

En traçant un parallèle entre  l'organisation structurelle des natures mortes étudiées avec celles  des peintures chrétiennes des XVe et XVIe siècles, il est remarqué que les scènes avec des fleurs, des fruits et des insectes peut également décrire des situations de tension ou d'antagonisme, abritant un symbolisme de moralisation religieuse déguisée. Dans ces derniers, les éléments choisis, dont beaucoup sont déjà présents dans des panneaux et des retables des siècles précédents, gagnent en autonomie, ce qui porte une symbolisme parfois très spécifique (Schneider 1994). Adeptes d'une longue tradition iconographique et conscients de la connaissance empirique des objets réels inclus dans leurs compositions, les artistes visuels des Pays-Bas ont fait de nouvelles natures mortes à partir de détails et de motifs empruntés à d'autres de leurs propres compositions et aussi de collègues de travail, qui ont été soigneusement conçus à son tour d'autres articles réel. Ainsi, la tradition technique et picturale a été maintenue grâce à des ateliers et principalement par les guildes, associations d'artistes qui régissent de nombreuses procédures, depuis questions de commercialisation  jusqu'au aspects techniques des œuvres (Billinge et al., 1997). Beaucoup d' arrangements floraux réalistes représentés ne serait pas en mesure d'être composés in vivo, étant donné que les fleurs choisis proviennent de différentes régions ou fleurs à différents moments de l'année (Bott 2008).

Dans le cas des papillons, il est bien évident qu'ils n'étaient pas observés en réalité en milieu naturel dans les positions  ou arrangements de vol qui ont été représentés. Conçus dans l'esprit de l'artiste, ces compositions peuvent être élevées au rang d'images poétiques, comparables à certaines parties de la musique de programme purement instrumental (Bott 2008).

Le répertoire symbolique porté par les papillons et d'autres insectes dans les Natures mortes.

Les insectes fonctionnent comme moralisateurs dans les deux principaux niveaux de structure d'une Nature morte.

Dans le sens vertical "matériel" et corruptible, les mouches annoncent la mort et beaucoup de coléoptères et de larves remplissent leur rôle de décomposition à la base de la structure, avertissant que le vie terrestre est courte, et que la matière est périssable et vouée à disparaître (Segal in Tapié 2000). Dans le sens horizontal "spirituel", habité par des papillons et libellules, il est rappelé aux croyants que les âmes sont éternelles, mais qu'après avoir été jugées elle peuvent aller au ciel ou en enfer.

Bien que les papillons soient considérés comme des représentations de âmes libérées après la mort dans la production iconographique , ce qui semble logique dans la plupart des cas (par exemple Bruyère 2010; Germond 2008; Manguel 2003), entre les XVe et XVIIe siècles aux Pays-Bas, lorsque des images réalistes d'ailes de certaines espèces sont portés par des  démons dans l'iconographie chrétienne (Carvalho 2010), leur  référence emblématique semble avoir été diversifiée. Face à une scène typique du Jugement Dernier, les papillons, par correspondance au  corpus iconographique des natures mortes, n' assument pas la représentation des âmes réels, selon l'association traditionnelle, mais les forces du bien et du mal au travail sur les éléments corruptibles, assumé selon des rôles différents par des espèces distinctes, respectivement les Pieridae et les Nymphalidae. Dans ce système, les images de papillons ne sont rien de plus que des abstractions matérialisées des anges et des démons.

   Les fleurs et les fruits, les principaux éléments des Natures mortes, à leur tour, arrachés à leur racines, et pour beaucoup encore assez luxuriantes, achèvent leur existence dans le milieu de la scène, et représentent principalement la condition humaine, son corps fini et son âme immortelle soumis au jugement. En raison de leur symbolisme différencié, ceux-ci peuvent donner lieu à toute une série de sentiments et de caractères (Tapié 2000). Il est possible que dans certains cas, d'autres insectes (mais en principe pas des Lépidopteres) puisse également remplir ce rôle, et assumer parfois la représentation des saints, de la Vierge et même du Christ crucifié, comme cela semble être le cas avec quelques libellules (Carvalho 2013). Dans ce point de vue, les natures mortes produites aux Pays-Bas au XVIIe siècle peuvent être comprises comme des formes transmutées, déguisées et économique de scènes de la tradition chrétienne.

Les natures mortes avec des motifs floraux comme Vanitas.

Ayant son apogée dans une période particulièrement tumultueuse de l'histoire des Pays-Bas,  soumis à des crises sociales et religieuses graves, aux maladies déclenchées par une longue Guerre des 80 années (1568-1648), mais accompagnant le développement des fondements du monde moderne pour le croissance du commerce et de l'accumulation de la richesse, les peintures de compositions florales entrent apparemment en conflit avec ces épisodes, mais sont indiscutablement impliqués dans l'exercice de la foi et de la bonne conduite dans l'environnement domestique  de la classe bourgeoise. Acclimatés dans un contexte profane, ils s'avèrent  telle fin établir une atmosphère chrétienne moralisatrice où le bien se confronte au mal autour de matériaux périssables, résumant ainsi la condition humaine.

Tout cela se réfère au verset biblique de l'Ecclésiaste "Vanitas vanitatum,  omnia vanitas vanitatum vanitas" (Ecclésiaste 1: 2). Les vanités du monde ont également été figurées par la représentation fidèle d'objets luxueux, y compris d'objets naturels très recherchés comme certaines tulipes, qui font alors l'objet d'un commerce très fructueux et de spéculations dans les années 1630,  provoquant une catastrophe économique majeure (Schneider 1994). Les spécimens de coléoptères et de papillons,exotiques  transportées en Europe de terres lointaines, recherchés par les collectionneurs et exposés dans leurs cabinets de curiosités ont également été immortalisés dans de nombreux compositions (Neri 2011).

Bien qu'ils puissent être considérés comme des exemples de "fine art" [Beaux-arts purement esthétiques], les natures mortes de fleurs et de fruits, comme images, ont le but et la  un but propre et la fonctionnalité des  "arts appliqués". Le public contemporain en admiration devant leur beauté dans les musées,  approchent ces œuvres sans réaliser leur environnement incroyablement laid (Dondis 2007). Le souvenir de la mort, explicitement abordée dans l'iconographie chrétienne à travers les crânes, son emblème le plus sûr , peut être évoqué par un fruit pourri, une fleur fanée ou une simple feuille sèche tombée. De même une horloge, ou un sablier, marqueurs du temps, et même l'image d'une belle fleur floraison ou d'un fruit bien mûr possèdent la même signification.

Nous terminerons avec une citation de Mondzain (2013):

"(...) La nature morte est sans doute le genre emblématique qui entre au plus près du cadre moderne de l'incarnation imaginaire. Ces choses inanimées et consommables font écho, dans leur silence, à la voix solitaire de la chair crucifié. Evoquant les fictions idolâtres, les natures-mortes  réactivent toujours la question emblématique, en secouant le joug de la représentation spéculaire. C'est un excellent substitut au reconquête de l'iconicité dans le art européen, et c'est une manière spirituelle rajeunie du sentiment religieux."

 

Références bibliographiques

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DEKONINCK, Ralph. L’invention anversoise d’une culture visuelle jésuite Pp. 145-165, in: RENOUX-CARON, Pauline & VINCENT-CASSY, Cécile (eds.). Les jésuites dans la monarchie catholique (1565-1615). Paris, Editions Le Manuscrit, 2012.

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SCHNEIDER, Norbert. Still Life. Köln, Taschen, 1994.

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ZÖLLNER, Frank. The “Motions of the mind” in Renaissance portraits: The spiritual dimensions of portraiture. Zeitschrift für Kunstgeschichte 68: 23-40, 2005. 

 

 Borboletas entre o céu e o inferno: O confronto entre os Pieridae e os Nymphalidae (Insecta: Lepidoptera) nas naturezas-mortas dos Países Baixos no século XVII. Alcimar do Lago Carvalho

Alcimar do Lago Carvalho é professor associado do Departamento de Entomologia do Museu Nacional da Universidade Federal do Rio de Janeiro. Especialista em sistemática e biologia de  insetos aquáticos, vem se dedicando igualmente a diferentes tópicos da Entomologia Cultural.   

 

Jan van Kessel, Les quatre éléments, Strasbourg

Jan van Kessel, Les quatre éléments, Strasbourg

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Published by jean-yves cordier - dans histoire entomologie
25 décembre 2014 4 25 /12 /décembre /2014 20:43

Les  47 anges de l'instrumentarium de la cathédrale du Mans.

Voûtes de la Chapelle de la Vierge par Jean de Bruges vers 1377.

 

concert 4456c

 

 

                 concert 1705c

 

 

concert 1708c

 

 

 

               concert 1710v

 

 

concert 1712c

 

 

                                        concert 1717c

 

 

 

concert 4414c

 

concert 1718x

 

 

                  concert 1722c

 

 

instrumentarium 4474cc

 

 

concert 4415c

 

 

 

concert 4417c

 

 

 

concert 4418c

 

 

concert 4419c

 

 

concert 4447c

 

 

concert 4450c

 

 

concert 4455c

 

 

concert 4457c

 

concert 4462c

 

 

concert 4464c

 

concert 4465c

 

 

 

 

concert 4534c

 

 

 

 

concert 4535c

 

 

  concert 4622c

 

concert 4574c   concert 4581c

concert 4541c

 

 

 

concert 4550c

 

 

concert 4552c

 

 

concert 4623c

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Published by jean-yves cordier - dans Le Mans Peintures murales Anges musiciens
25 décembre 2014 4 25 /12 /décembre /2014 12:41

Joris Hoefnagel (Anvers, 1542-Vienne, 1601) et les papillons (I) : Mira calligraphiae monumenta (1591-1596).

Voir aussi :

 

.

Je poursuis ici une histoire des Noms de Papillons :

Onomastique des papillons de James Petiver. (1695-1703)

Histoire des noms français de papillon I : Etienne Louis Geoffroy (1762)

Histoire des noms français de papillon II ; Jacques Louis Engramelle. (1779)

Histoire des noms français de papillon III : J.B. Godart. (1821)

Noms des Papillons diurnes (rhopalocères) créés par Linné dans le Systema Naturae de 1758.

Les papillons décrits par Aldrovandi en 1602.

 

J'arrive ici, dans cette exploration quasi archéologique, aux couches les plus profondes, aux fondations, équivalentes, pour une Histoire du cinéma, au Cinéma muet, puisque les premiers Noms de papillons débutent avec Aldrovandi en 1602. Avec Joris Hoefnagel, nous n'aurons que les images. Ni noms ni commentaires.

Néanmoins, cet artiste mérite de figurer dans cette Histoire puisque Linné le cite en référence à deux reprises dans la description de ses Papiliones du Systema Naturae de 1758. C'est l'ancêtre, le Jessé de l'arbre généalogique des lépidopterologistes. Ils se sont tous référés à ces images.

  Une raison supplémentaire est qu'après avoir traversé, dans ce voyage temporel rétrograde, les méchantes illustrations d'Aldrovandi et de Thomas Moffet (1634) qui sont imprimées en gravure sur bois, je m' émerveille de la précision, de la fraîcheur et de la beauté des peintures sur manuscrit du dernier des enlumineurs flamands. Un voile se déchire, et alors que l'on pouvait douter que les femmes et hommes des siècles passés voyaient les mêmes papillons que nous et penser que, dépourvus d'outils sémantiques pour les nommer, ils étaient aussi dépourvus de l'attention scopique qui leur permettent d'observer ces êtres familiers, on voit surgir comme de nos Atlas les plus récents le Demi-Deuil, le Tircis, La Thécla du Bouleau, le Petit Nacré, l'Azuré de la Bugrane, le Moiré franconien, le Tristan,  le Sphinx de l'Euphorbe, la Noctuelle de l'Euphorbe, la Leucanie paillée, la Zérène du Groseiller, le Sphinx Demi-Paon, ou l'Écaille rouge...sans parler de leurs chenilles!

Soit, pour ce seul ouvrage, 61 lépidoptères répartis sur 129 Planches, dont 18 espèces clairement identifiables.

Swammerdam sous-estimait cet apport quand il écrivait :

"Aldrovande a décrit 118 espèces de papillons, tant nocturnes que diurnes. Moufet en donne 86 ; on n'en trouve que 50 dans les figures que nous avons d'Hoefnagel ; enfin Goedaert a représenté 77 papillons nocturnes et 8 diurnes. Mais ces auteurs n'ont parlé que de la simple métamorphise de ces insectes, sans entrer dans aucun détail, et même Hoefnagel n'en a donné que les figures".  Swammerdam, v. 1669, Histoire naturelle des Insectestome V de la collection académique de la Faculté de Dijon  traduite du Biblia naturae avec 36 planches et des notes de Savary et de Guénau de Montbeillard.  

 

I. Mira calligraphiae monumenta : présentation.

Artiste autodidacte Joris Hoefnagel fut une figure centrale dans l'histoire de l'art des Pays-Bas, à la fois comme le dernier important enlumineur flamand de manuscrit,  et comme l'un des premiers artistes à travailler dans le nouveau genre de la Nature morte. Véritable homme de la Renaissance, Hoefnagel écrivait de la poésie latine, maîtrisait plusieurs langues, a joué d'une variété d'instruments de musique, et a réalisé, outre ses dessins et enluminures, des dessins topographiques, des cartes, et des peintures à l'huile.

 

  Né de  riches parents marchands, Hoefnagel a voyagé en Angleterre , en France et en Espagne dans sa jeunesse, développant alors ses expériences en dessins topographiques, qui ont été ensuite utilisés comme modèles pour un atlas en six volumes. Il a mené ses études de 1560 à 1562 à l'université d'Orléans et à celle de Bourges, avant d'en être chassé par la première guerre de religion (Annexe I). Il séjourne en Espagne de 1563 à 1567. Lors d'un séjour à Londres en 1568-1569, il se lie d'amitié avec Johannes Radermacher, auquel il dédia un ensemble de 24 planches intitulé Patientia. À l'automne 1577, alors que les troupes espagnoles avaient envahi Anvers ("La Furie espagnole") en novembre 1576, provoquant l'exil de nombreux marchands et artistes, Hoefnagel a voyagé dans le sud avec le très célèbre cartographe Abraham Ortelius. Au cours de ce voyage, Albert V, duc de Bavière, a engagé Hoefnagel comme artiste de sa cour. C'est à cette époque que Hoefnagel réalise sa première œuvre majeure, un livre en plusieurs volumes de miniatures d'histoire naturelle.

 De 1561 à 1562, Georg Bocskay, le secrétaire de  l'empereur Ferdinand Ier avait créé à Vienne un livre manuscrit de modèles de calligraphies  pour démontrer sa maîtrise technique de l'immense gamme de styles d'écriture qui lui étaient connus.

 En 1591, Hoefnagel a été nommé artiste de cour à Prague par l'empereur romain germanique Rodolphe II, petit-fils de Ferdinand, un collectionneur connu non seulement pour son art mais pour sa Kunstkammer, ou Cabinet de curiosités qui contenait des os, des coquillages, fossiles et autres spécimens naturels. Pour Rodolphe II, Hoefnagel a de nouveau démontré sa facilité technique étonnante en ajoutant des peintures au manuscrit de calligraphie rédigé trente ans plus tôt par Georg Bocskay, et conservé maintenant dans la collection du musée J. Paul Getty. Hoefnagel y a  ajouté des fruits, des fleurs et des insectes à presque chaque page, les disposant de manière à renforcer l'unité et l'équilibre de la conception de la page. Ce fut l'une des collaborations les plus insolites entre scribe et peintre de l'histoire de l'enluminure.

Les images minutieuses de la nature par Hoefnagel  ont ensuite influencé le développement de la peinture des Natures mortes flamandes.

En plus de ses enluminures d'insectes, de fruits et de fleurs, Hoefnagel ajouté au Livre de Modèles une section sur la construction des lettres de l'alphabet en majuscules et en minuscules.

http://www.getty.edu/art/gettyguide/artObjectDetails?artobj=1756

  En 1992, un fac-simile de ce manuscrit a été publié, avec une présentation de Lee Hendrix et Thea Vignau-Willberg. http://d2aohiyo3d3idm.cloudfront.net/publications/virtuallibrary/089236212X.pdf

Les espèces botaniques et animales de chaque planche ont été identifiées par le Museum de Los Angeles et le Landbouwuniversiteit Wageningen, les papillons étant identifiés par K.W. Robert Zwart.

Il m'a suffi d'en dresser la liste en feuilletant les 129 planches : voici cette liste :

La mention X? = non identifiable.

Planche 6. Noctuidae ? : Chenille.

7. Sphingidae Hyles euphorbiae (L.) : Chenille.

   Satyridae Melanargia galathea ssp. galathea (L.): Imago.

11. Noctuidae Mithimna straminea (Treitschke) :Imago

     Lasiocampidae, : chenille

15. Geometridae Abraxas grossulariata (L.) : imago

16. Satyridae Pararge aegeria (L.): imago.

29. Noctuidae Acronicta euphorbiae (D.& S.) menyanthides (Esper) ou espéce proche : Chenille

32. Lycaenidae  Thecla betulae (L.) : imago.

34. Lasiocampidae. Lasiocampa quercus : chenille.

39. Chenille X?

40. Pieridae. Piéride imaginaire, éléments d'Aporia crataegi et... de Parnassius mnemosyne.

47. Nymphalidae. Issoria lathonia (L.) imago.

51. Chenille X?

55. Sphingidae Agrius (Herse) convolvuli (L.) chenille "ressemble à".

     Sphingidae Macroglossum stellatarum (L.) : chenille.

58. Lycanidae Polyommatus icarus (Rottemburg) : "basé sur". Imago.

     Satyridae Erebia medusa (D.& S.) : imago

61. Satyridae Aphantopus hyperantus (L.) (éléments discordants) : imago.

63 Chenilles X?

67. Chenilles X?.

68. Lasiocampidae Lasiocampa quercus ; Philudoria potatoria  : chenille.

74. chenille X?

81. Chenille X?

      Papillon imaginaire.

85. 2 papillons X?

92. Chenilles X?

94. Chenille X?

95. 2 chenilles X?

96. 3 papillons X?

98. Chenilles X?

99. Chenilles X?

     Pieris brassicae (?) : Chenille

100. Sphingidae Hemaris fuciformis (L.) : Chenille "dérivée de"

       Sphingidae Macroglossum stellatarum (L.) : chenille "ressemble à".

101. Sphingidae Hemaris fuciformis (L.) : Chenille "ressemble superficiellement".

       Sphingidae Smerinthus ocellata (L.) : imago

104.  Saturnidae Saturnia pavonia (L.) : chenille. "dérivé de "

112. Pieridae imaginaire.

115. Rhopalocera, 2 chrysalides (une ressemble à Pieris brassicae (L.))

116.  Arctiidae Callimorpha dominula (L.) : imago

       Papilio machaon, chenille imaginaire basée sur .. (ou sur S. pavonia)

118.  Imago imaginaire entre Cuivré et Satyrinae

122. Heterocera imaginaire.

123. Pieridae : Pieris spp : chrysalide, "ressemble à".

125. 2 imagos imaginaires.

128.  Pyrolidae Crambinae, 2 imagos.

 

Au total : 

Rhopalocères : 7 espèces identifiables .

— 7 imagos : 

  • 7. Satyridae Melanargia galathea ssp. galathea (L.) le Demi-Deuil.
  • 16. Satyridae Pararge aegeria (L.) le Tircis.
  • 32. Lycaenidae Thecla betulae (L.) La Thécla du Bouleau
  • 47. Nymphalidae. Issoria lathonia (L.) le Petit Nacré.
  • 58. Lycanidae Polyommatus icarus (Rottemburg) l'Azuré de la Bugrane
  • 58.  Satyridae Erebia medusa (D.& S.) le Moiré franconien.
  • 61. Satyridae Aphantopus hyperantus (L.) le Tristan.

—1 chenille et 3 chrysalides

  • de Pieridae (Pieris brassicae ?). Piéride du Chou.

 

Hétérocères: 17 dont 11 espèces identifiables.

— 5 imagos. 

  • 11. Noctuidae Mythimna straminea (Treitschke) la Leucanie paillée
  • 15. Geometridae Abraxas grossulariata (L.) la Zérène du Groseiller.
  • 101. Sphingidae Smerinthus ocellata (L.) le Sphinx Demi-Paon
  • 116.  Arctiidae Callimorpha dominula (L.) l'Écaille rouge.
  • 128. deux Pyrolidae Crambinae. 

— 12 chenilles.

  • 6. Noctuidae ? 
  • 7. Sphingidae Hyles euphorbiae (L.) le Sphinx de l'Euphorbe.
  • 11. Lasiocampidae, : 
  • 29. Noctuidae Acronicta euphorbiae (D.& S.) menyanthides (Esper) : la Noctuelle de l'Euphorbe. 
  • 34. Lasiocampidae. Lasiocampa quercus le Bombyx du Chêne.
  • 55. Sphingidae Agrius (Herse) convolvuli (L.) ? le Sphinx du Liseron.
  • 55. Sphingidae Macroglossum stellatarum (L.) Le Moro Sphinx.
  • 68. Lasiocampidae Lasiocampa quercus ; ou Euthryx [Philudoria] potatoria  le Bombyx du Chêne ou la Buveuse.
  • 100. Sphingidae Hemaris fuciformis (L.) le Sphinx gazé ou Sphinx du Chèvrefeuille.
  • 100 Sphingidae Macroglossum stellatarum (L.) Le Moro Sphinx.
  • 101. Sphingidae Hemaris fuciformis (L.)  le Sphinx gazé ou Sphinx du Chèvrefeuille.
  • 104.  Saturnidae Saturnia pavonia (L.) le Grand Paon-de-nuit.

 

— Imaginaires ou non identifiables : 23.

11 imagos et 12 chenilles

— Total : 61.

Ce décompte ne permet pas de dresser un tableau des espèces visibles autour de Vienne, mais seulement des espèces qui sont apparues les plus pittoresques, ou qui appartenaient sous quelque forme que ce soit aux Collections impériales. Néanmoins, cela permet de savoir quelles espèces avaient été clairement observées et décrites, sinon par une phrase descriptive, du moins par une illustration. L'absence du Paon-du-jour est étonnante, et ce papillon n'a pas été décrit non plus par Aldrovandi en 1602. L'absence du Vulcain, le Vanessa atalanta est également remarquable.

Ci-dessous,  on peut mesurer la précision toute entomologique avec laquelle Melanargia galathea a été dessinée et peinte.

      MS20 fol.7 :

Quelques images :

 

                                                

 

                                                            

                                                                           

 

                                        

                        

GSG: q=Mira calligraphiae monumenta            Mira calligraphiae monumenta, Joris Hoefnagel (1542 - 1601).     GSG: q=Mira calligraphiae monumenta

GSG: q=Mira calligraphiae monumenta   

 

Speckled Wood, Talewort, Garden Pea, and Lantern Plant, in "Mira calligraphiae monumenta", calligrapher: Georg Bocskay (died 1575) in 1561/2, illumination: Joris Hoefnagel (1542-1600) in 1591/6

Mira Calligraphiae Monumenta - Joris Hoefnagel, Flemish illustrator, 16th century

 

Old Paint (thegetty: In the 1500s, illuminator Joris...)

                       

 

 

                          ANNEXE I. Hoefnagel à Bourges.

 "Le jeune Joris Hoefnagel est envoyé en France avec ses compatriotes étudiants (Francois van Haeften, Guillaume de Kemperer et Mathieu de Lannoy) sous la férule de leur précepteur Robert Jans van Giffenen, appelé aussi par le monde savant « Obertus Gyfanius ». On trouve leurs traces à l’Université de Poitiers (Joris Hoefnagel , dessin de la pierre d’un dolmen couvert de signatures gravées par les étudiants) puis à la Faculté de droit de Bourges (un second dessin concernant Bourges représentant la Grosse Tour, actuelle-ment au Musée Dobrée de Nantes). Ces étudiants sont donc à Bourges en 1562, date à partir de laquelle la ville est occupée par une troupe protestante et ce, de la mi-mai jusqu’à la mi-août de cette même année, lorsque la troupe du Duc de Guise, accompagnée de la Régente Catherine de Médicis et du jeune Roi Charles IX son fils, fait le siège de la ville de Bourges qui capitule finalement le 1er septembre 1562. Remarquons qu’Hoefnagel nous a légué un souvenir discret de ce combat en figurant sur son dessin les tirs d’artilleries de la Grosse Tour dans cette fameuse gravure de la ville vue du Faubourg d’Auron (notre reproduction). Ces hostilités entre catholiques et protestants décident les familles des étudiants hollandais à envoyer un voiturier à Bourges pour ramener les jeunes gens et leur maître à Anvers, sans doute dès le début du siège (seconde quinzaine d’août 1562). Les dessins de Joris Hoefnagel  (La pierre levée de Poitiers, la Grosse Tour de Bourges) sont à la fois des œuvres d’un grand mérite artistique mais aussi documentaire De retour dans sa famille anversoise, le jeune Hoefnagel va faire une carrière exceptionnelle. Après son passage dans les Universités de France, on pense qu’il suit les cours du peintre Hans Bol (Malines, 1534 – Amsterdam, 1593). En 1569, il est en Angleterre puis retourne un an plus tard à Anvers où naîtra son fils Jacob en 1575. A l'automne 1577, après que les troupes catholiques espagnoles eurent envahi Anvers, Hoefnagel voyage dans le sud de l’Europe - passant par Venise - en compagnie du célèbre cartographe Abraham Ortelius.  En 1578, il devient peintre de la Cour d'Albert V de Bavière à Munich pour se retrouver au service de l'archiduc Ferdinand du Tyrol avant de gagner Prague en 1590 où il est définitivement attaché à la Cour impériale de Rodolphe II. La Contre-Réforme catholique va à nouveau le chasser et l’obliger à partir pour Francfort dès 1591 puis pour Vienne, où il  travailla et  vécut jusqu'à sa mort en 1600. Représentatif de l'esprit curieux de cette époque, Hoefnagel aura été un esprit éclectique et accompli : il aura ainsi composé de la poésie latine joué selon de nombreux témoignages  de plusieurs instruments de musique, dessiné, peint, cartographié, illustré des ouvrages savants et parlé plusieurs langues. A n’en pas douter, l’auteur du premier panorama de notre ville fut un véritable homme de la Renaissance !"

 

Notice réalisée par MM. Jean-Yves Ribault et Laurent Quilleri

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Published by jean-yves cordier
25 décembre 2014 4 25 /12 /décembre /2014 12:40

Les papillons décrits par Aldrovandi en 1602. Étude des noms propres.

 

Résumé.

Les premiers noms propres scientifiques d'espèces de papillon sont créés en 1602 par Ulysse Aldrovandi  dans De Papilionibus, Livre II chap. 1 de De Animalibus insectis : parmi ces treize noms grecs ou latins, un est encore en usage, l'épithète spécifique polychloros (Nymphalis polychloros Linnaeus, 1758). C'est l'occasion détudier les onze Planches et leur 118 illustrations décrivant 102 espèces de rhopalocères et d'hétérocères : un ouvrage fondateur de l'Entomologie.

 

Préambule.

Ulysse Aldrovandi (1522-1605) est un naturaliste italien de Bologne qui a été initié à la botanique par Luca Ghini, puis à la zoologie par  Guillaume Rondelet.  Docteur en médecine et en philosophie en 1553, il commence à enseigner  à l'université de Bologne en 1554. En 1556, Aldrovandi commence à développer ses études botaniques sur la base de l'examen des organes reproducteurs, et, cette même année, il commence à enseigner la botanique médicale. En 1559, il devient professeur de philosophie et, en 1561, il devient le premier professeur d'histoire naturelle à Bologne (son cours s'intitule lectura philosophiae naturalis ordinaria de fossilibus, plantis et animalibus). En 1568, il crée le Jardin botanique de Bologne.

Grand collectionneur, il constitue un vaste Cabinet d'histoire naturelle, riche de 18 000 pièces, complété par une bibliothèque de 3600 volumes imprimés et environ 300 manuscrits et d'un  herbier de plus de 7 000 spécimens.

 Il publie de 1559 à 1605 les quatre premiers volumes d'une Histoire naturelle (dont De Animalibus insectis en 1602 qui constitue en fait son Livre sept) qui en comptera quatorze, les autres étant publiés après sa mort (dernier volume paraissant en 1668) par sa veuve et quatre de ses successeurs. Accordant une place capitale à Aristote dans sa classification des animaux, et compilant les auteurs de l'Antiquité comme  Strabon et Pline, il instaure néanmoins comme  règle fondamentale l'observation attentive, des spécimens, leur reproduction fidèle par l'illustration et leur description objective , initiant ainsi une démarche scientifique moderne.

Comme la plupart des philosophes, des médecins et des collectionneurs de naturalia pendant la Renaissance, Ulisse Aldrovandi conçut  son propre Theatrum Naturae à partir de son propre exemplaire de Pline l'Ancien de "Naturalis Historiae" (1553),  sur lequel il annoté chaque ligne avec ses propres observations. Aldrovandi introduit ni une nouvelle Systema Naturae, ni une approche révolutionnaire de la science, mais plutôt il a été le premier professeur d'histoire naturelle de l'Université, et dans une période dans laquelle les Cabinets de curiosités se créaient  dans les toutes les cours européennes, son cabinet de curiosités naturelles a été le premier musée d'histoire naturelle ouvert au public. Il a été largement influencé par ses "collègues" - Guillaume Rondelet, Pierre Belon, Luca Ghini, Conrad Gessner, Pier Andrea Mattioli entre autres - et par la tradition antique et médiévale. Sa riche bibliothèque comprenait des œuvres de Pline, Dioscoride, Theophraste, Galien et tous les livres les plus importants sur l'anatomie et de la médecine, y compris le célèbre livre de Vésale »De humani corporis fabrica" (1543), le premier atlas moderne du corps humain, avec le frontispice dessiné par Titien et les tableaux anatomiques par Jan Stephan Van Calcar. (Delfino et Ceregato, 2007)

Dans De Animalibus insectis, ou Livre 7, le Liber secundus est consacré aux papillons. Surpris de ne trouver aucune étude sur cette publication, j'y consacre cet article. 

 

I. Titre et frontispice.

 https://archive.org/stream/deanimalibusinse00aldr#page/236/mode/2up/search/papilio

Commençons par donner le titre complet du Livre sept : De animalibus insectis libri septem, cum singulorum iconibus ad vivum expressis, Autore Ulysse Aldrovando, in almo Gymnasio Bonon : rerum naturarium professore ordinario. Bonon [Bologne] apud Joan Bapt. Bellagambam an 1602.

Frontispice.

Je donne ici la copie de cet exemplaire, certes abimé mais  en couleur :

                aldrovandi livre 7 frontispice

Je note de haut en bas :

  • un blason couronné central, présenté par quatre putti. Les armoiries sont composées, mi-parti, de celles qui sont représentées en dessous.
  • deux muses ou Allégories dont l'une tient une sphère armillaire et l'autre un miroir.
  • Deux femmes tenant le drap blanc où est inscrit le titre. Les jambes de ces femmes sont singulières, traitées comme des écorces d'arbres, comme s'il s'agissait de Dryades.
  • une épigraphe : semper honos nomenque tuum laudesque manebunt. C'est une citation de Virgile, Énéide Livre 1 vers 609 : Énée s'adressant à Didon. "toujours subsisteront et ta gloire et ton nom et tes louanges". Rappelons que le livre est édité à titre posthume, et que cet éloge est bien légitime de la part de sa veuve.
  • Deux blasons sur les supports latéraux.
  • Sur le panneau du centre,  la déesse Artémis (arc et croissant de lune) entourée de dix nymphes dansant une ronde.
  • une signature : Il Valesio im.

Ulysse Aldrovandi était le fils d'un comte. L'armorial de Rietstap donnent pour son nom les blasons suivants, dont aucun ne correspondent :

  • Aldrovandi Bologne - Écartelé aux 1 et 4 d'azur à une écharpe d'or ployée en cercle les bouts noués en sautoir aux 2 et 3 palé d'argent et de gueules
  • Aldrovandi Bologne - De gueules à trois fasces d'or à la bande d'azur brochant sur le tout
  • Aldrovandi Bologne - D'azur au chevron soutenant une fasce en divisé surmonté d'une rose le tout d'or
  • Aldrovandini Bologne - D'azur à la bande bretessée de trois pièces chaque brétesse clouée d'une seule pièce de sable à la bande côtoyée de six étoiles le tout d'or.

Comparée au frontispice du volume de l'Ornithologia de 1599, on constate que les références à Pline et à Aristote, dont les noms figuraient sur deux piliers, ont disparu.

Le Portrait d'Aldrovandi.

http://amshistorica.unibo.it/31

                 aldrovandi-livre-7-portrait-copie-1.png

      

On y trouve :

  • des armoiries azur et or en haut à gauche, surmontées d'un griffon. Elles correspondent cette fois à la description D'azur au chevron soutenant une fasce en divisé surmonté d'une rose le tout d'or

                 

 

  • des armoiries en haut à droite avec la devise Sensibus haec imis res est non parva reponas issue de la Troisième Églogue des Bucoliques de Virgile, vers 54 : Damète à Palémon : "Il ne s'agit pas de peu de choses. Sois attentif à nos chants", traduit aussi ainsi :"La chose est d'importance, laisse-toi pénétrer par ceci". Le blason comporte un coq tenant dans la patte gauche une branche.
  • Dans le cartouche autour de l'ovale, «Ulysse Aldrovandus Bononiensis Anno Aetatis LXXX" ("Ulysse Aldrovandi de Bologne dans l'année de ses 80 ans" ...donc en 1602; 
  • Dans le cadre au pied de l'ovale, les vers composés par Giovanni Cornelio Uterverio*: "Aldrovande tuam tam parvo pictor  aere Effigiem potuit pingere non animi: Dotes  mirificas, namque harmonumenta Loquuntur vestra vir Eolis Cognite et Hesperiis". 

*Johannes Cornelius Uterverius (ou Wterwer ou Wertwer) né à Delft aux Pays-Bas, s'installa à Bologne en 1592, et obtient en  1594 le titre de docteur en médecine, il se consacre à l'étude de le Botanique et de l'histoire naturelle. A la mort d'Aldrovandi, en 1605, il a été nommé par le Sénat de Bologne et son successeur Conservateur du Museum et de la Bibliothèque d'Aldrovandi. C'est lui qui mis en ordre et publia trois volumes d'Aldrovandi à titre posthume, et qui dressa l'inventaire de toutes les plantes du Jardin public. Il mourut à Bologne en 1619 et a été enterré dans l'église de Notre-Dame de Galliera .

 

 L'éditeur.

 Joannes Baptista /Giovan Battista  Bellagamba (1596-1613 ; imprimeur)

 Typographe de Bologne, actif entre la fin des années 1500 et au début des années 1600, aux cotés de  Vittorio et Alexandro Benacci, Domenico Maria Pulzoni, Giovan Paolo Moscatelli, ou Fausto Bonardo. Bellagamba était un imprimeur qui a commencé modestement, mais a réussi à  améliorer rapidement  son équipement technique, de manière à être en mesure de publier des ouvrages de qualité. Ses premiers produits étaient deux compositions ludiques de GC Croce: Diporto piacevole (1597), et en août de la même année , Il solennissimo trionfo dell'abbondanza. En 1599, il a publié Vita della b. Caterina da Bologna de Cristoforo Mansueto; puis en 1600 des œuvres de Ippolito Grossetti,  Nicomaco Filateleo, Joseph Rosaccio, Lodovico Zuccolo et Michele Pancotto.

 Mais il est surtout connus pour l'édition des  différents volumes de la monumentale Naturalis Historia d'Aldrovandi, qui'il  a commencé à imprimer à la suite de De Franceschi en 1590, et qu'il a  poursuivi avec les tomes II (1600), III (1603), IV (1604), V (1605) et VI (1612). Ce n'est pas lui, mais Pas lui, mais le tome VII Benacci qui a publié le tome VII, mais il a imprimé le volume Historia omnium quadrupedum bisulcorum de 1613. Cette année est celle de son décés, ou du moins de la fin de ses activités, et le travail est poursuivi par Il cesse alors ses activités, sans-doute Aldrovandi Ferroni et Tebaldini.

Dans tous ses tirages, même les plus mineurs, il a utilisé de beaux caractères et des ornementations de bon goût, en fonction de la noble tradition de l'édition bolognaise. On lui connaît deux marques de typographe, l'une avec la devise "Non comedetis fruges mendacii" (Sorbelli, n. 41) et l'autre avec : "Omni tempore" (Sorbelli, n. 42).

   Source . A. Sorbelli, Histoire de l'Impression à Bologne, Milan, 1929, pp. 121, 126. 

L'illustrateur.

L'artiste qui a réalisé les planches entomologiques est Cornelius Schwindt (1566-1632), dessinateur et graveur originaire de Francfort. Schwindt était entre 1590 et 1596, l'artiste principal employé par Aldrovandi pour la peinture des spécimens de ses collections et leur copie sur les tablettes de bois.  Celle-ci étaient alors gravées par Cristoforo Coriolano

  "Plus que ses collègues, Aldrovandi a compris la fonction pédagogique des images et l'importance de l'exactitude dans la représentation des choses naturelles afin de les décrire objectivement. Il a créé un petit laboratoire à son domicile où, sous sa supervision, plusieurs artistes reproduisaient sur papier les spécimens qu'il récupérait directement ou qu'il  obtenait de ses collègues. Jacopo Ligozzi, l'artiste préféré d'Aldrovandi qui a travaillé pour le Grand-ducs de Toscane, mais aussi Giovanni Neri, l'auteur de la plupart des dessins zoologiques, Passarotto Passarotti (fils du plus célèbre Bartolomeo), Lorenzo Benini, et Cornelius Schwindt, produirent environ 3000 peintures a tempera. Cornelius Schwindt lui-même et parfois Lorenzo Benini et d'autres, copiaient les peintures sur les blocs de bois de poirier, puis elles étaient gravées par Cristoforo Coriolano et plus tard par Gian Battista Coriolano. Certains des étudiants d'Aldrovandi ont notés tous les noms connus des sujets représentés non seulement à côté de chaque dessin, mais aussi sur le dos des milliers de gravures sur bois gravés pour illustrer l'édition imprimée de son grand "Historia Naturalis". Malheureusement, Aldrovandi est mort après la publication de la quatrième des treize volumes, mais au moins deux des œuvres posthumes, éditées par son élève Jan Cornelis Wterwer, étaient presque prêtes avant 1605. Toute la collection de peintures a tempera produites sous la direction de Aldrovandi, sont toujours disponibles et conservées dans la bibliothèque de l' Université de Bologne (Biblioteca Universitaria Bolognese). Pour les célébrations du 400e anniversaire de la mort de Aldrovandi, toutes les peintures a tempera ont été numérisées et mises à disposition par l'intermédiaire du World Wide Web (disponible à l'adresse www filosofia.unibo.it/aldrovandi/)." (Delfino & Ceregato, 2008)

 

Le graveur sur bois.

Cristoforo Coriolano est né un graveur allemand en 1540 à Nuremberg. Installé en Italie, il a changé son nom de Lederer à celui de Coriolano. Selon Vasari, après avoir atteint un certain succès à Venise, il aurait gravé sur bois les portraits des peintres, sculpteurs et architectes, d'après les dessins de Vasari, pour ses Vies des Peintres, d'abord publié en 1568. Il a également gravé la plus grande partie des illustrations des volumes de l'Ornithologie d' Aldrovandi. Il est mort à Venise au début du 17ème siècle. Ses fils Giovanni Battista Coriolano et Bartolommeo Coriolano devenus éminents graveurs à l'époque baroque.

 

Le Livre second consacré aux papillons.

 Le Livre second occupe les page 235 à 341. Il est intitulé Ulyssis Aldrovandi Philosophi et medici bononiensis, historiae de insectis liber secundus, qui est de caeteris anelytris quadripennibus, & primum.

Le texte,  en latin avec des inclusions fréquentes de grec, est disposé sur une seule colonne de 58 lignes avec une seule marge latérale où apparaissent les noms des espèces ou autres éléments notables.

 

 

SOMMAIRE du Livre II.

Il permet entre autres de voir l'étendue encyclopédique des données présentées, qui dépassent de loin la description entomologique pour englober les domaines sémantiques, ethnologiques, médicaux (ethnomédecine), psychosociaux et religieux. On constate aussi que les chenilles, puis les chrysalides, sont décrites dans des chapitres distincts des papillons, comme des espèces séparées. Mais la description des spécimens, accompagnée de 11 planches, occupe 18 des 26 pages du chapitre I : cette partie, fondée sur l'observation, dépasse celle qui est (seulement partiellement) fondée sur la compilation livresque.

Cap. I De Papilionibus : page 235-261 : des Papillons (diurnes et nocturnes)

  • Ordinis ratio. Synonyma page 235
  • Differentiae descriptio page 236-253
  • Coitus parto generatio page 253
  • Locus volatus cibus aetas page 256
  • Denominata page 256
  • Praesagia page 257
  • Proverbia page 258 (:"Non credo alla Rondine ne alla farfalla, Ma bene alla Cicala che mas falla").
  • De papilione ad lumina accensa advolitante page 258
  • Synonyma page 258
  • Mores. Ingenium page 259
  • Nocumenta page 260 ("Nuisances").

Cap. III [sic] De Bombylio sive papilione bombycum page 261 : des Bombyx .

  • Synonyma
  • Generatio et tota historia

Cap. IIII De Erucis vulgaribus page 264 : des Chenilles

  • Aequivoca synonyma page 264
  • Genus differentiae forma page 265
  • Generatio mores victus page 274
  • Ut fugentur page 275
  • Usus in medicina page 275
  • Proverbium

Chap. V. De Chrysalide sive aurelia page 277 : De Chrysalides.

  • Forma differentiae

Chap. VI De Bombyce aequivoca

  • Synonyma
  • Genus differentiae forma
  • Bombyces veteribus romanis et graecis fuisse ignotas
  • Generatio
  • Educatio et quaedam rursus de generatione.
  • Denominata
  • Moralia
  • usus page 295

Cap. VII De serico : de la Soie.

  • Synonyma page 295
  • Holosericum differe a serico.
  • Usus page 297
  • Usus in medicina page 298.

Cap. VIII. De Pityocampe page 298 : Chenille processionnaire du Pin

Cap. IX De Curculione page 299 : Curculionidae

  • Ordo aequivoca
  • Synonyma
  • Forma generatioo page 300
  • Ut fugantur page 301
  • Proverbium. Page 302

Cap. X. De Perlis vulgo dictis. Page 302 : Des Perles = Libellules (odonates)

Cap. XI. De Xylophtoro Page 306 : Trichoptère "perce-bois" nommé Xylophtoros par Aristote

Cap. XII. De Orsodacna. Page 307 : nos Criocères

Cap. XIII. De Cicada page 307 : Cicadidae

  • Ordinis ratio
  • Aequivoca
  • Synonyma eorumque etymum page 308
  • Forma descriptio page 308
  • Genus differentiae page 309
  • Hortus generatio
  • Locus
  • Cantus eiusque ratio
  • Aetas temperamentum et capiendi ratio
  • Antipatheia page 321
  • Denominata
  • Praesagia
  • Augura
  • Historica
  • Mystica
  • Moralia page 323
  • Cur Homerus senes cicadis comparaveritpage 326
  • Hieroglyphica page 327
  • Symbola
  • Numismata page 328
  • Aenigmata et apophtegmata page 329
  • Problemata
  • Emblemata page 330
  • Epigrammata
  • Proverbia
  • Epitheta
  • Fabula
  • Apologi
  • Usus in cibis page 340
  • Usus in medicina page 341
  • Usus in variis

 

 

LE CHAPITRE I DE PAPILIONIBUS.

 

 1. Classification.

 A la première page de l'ouvrage lui-même, le Livre 7 , Aldrovandi, qui suit Aristote, donne le Tableau de sa classification générale. des Insectes, lesquels sont divisés en animaux soit terrestres, soit aquatiques. Les espèces terrestres sont réparties en deux nouveaux groupes, celles qui ont des pattes et celles qui n'en n'ont pas. Ont-elles des pattes ? Les voici divisés selon la présence ou l'absence d'ailes. Compte-t-on deux ailes, ou bien quatre ? Si on en compte quatre,  ces ailes sont-elles membranneuses (favifica, qui font des rayons de miel, ou non favifica), ou bien farineuses (poudreuses car formées d'écailles) ? C'est ainsi que nous parvenons au Livre II des Insectes à quatre ailes, sans élytres, c'est à dire des Papillons. L'auteur distingue les papillons Vulgaires, Lucernaires, et Autres (Vulgaris, Lucernarius, & Aliquot). Enfin les chenilles (eruca), au lieu d'être décrites avec les espèces sans ailes mais à 12 ou 14 pattes, sont décrites au Livre II chapitre IV, et les Chysalides ou Aurelia au chapitre V.

2. Dénominations générales et étymologie.

Ces matières sont abordées au paragraphe Synonyma page 235 et Denominata page 256 :

a) Synonyma.

Papiliones "hoc est ventum sive spiritum" : le nom grec pour désigner les papillons est psyché, qui veut dire le souffle ou l'esprit.

Aldrovandi donne le nom vernaculaire de ce groupe d'insectes en différentes langues : en italien Parpaplione, parpaglia, farfalla : espagnol mariposa ; allemand pfeiffholter [cf.falter], Sommervögelin, quasi avicula aestivia, Belgique Capellexen, Vlindere, Boterulieghe (cf. Butterfly), Pellarin : Flandris privatim Boterschyte, Gallis Papillon, Polonais Motil, Ungaris Louoldek, Anglis à Butterflie.

b) Denominata page 256.

Papilio sive tentorium

 A papilionis volantis similitudine tentorium Papilionem vocari nonnulli volunt. Calepino Homil. In Psal. 14.  Graece etiam scribitur papilios, sed eam vocero nullibi reperio. D. Chrysostomus vocem esse tradit Romanam ; apudquem forte cum ille Graece scribi videret, Graecam esse credidit. Chrysostomi verba adiscriberem, sed graeco careo : Latinus factus sic habet : Quemadmodum ergo. Mosis in deserto tabernaculum, erat tigurium in quo congregari poterant, quod Romani vocarunt Papilionem. Italis    Apud Plinium ubi habet, Numidae vero Nomades a permutandis Papilionibus, mapalia sua, hoc est, domus, plaustris circumferentes, castigatoria exemplaria habent, a permutandis pabulis.

Papiliones item nominantur maculae illiae, quibus per pestilentes febres cutis suffunditur variis locis, Pulicum aut Cimicum morsui similes, vario saepe colore, pro veneni feritate, & materiae conditione, modo rubrae, modo flavae, subnigrae, violaceae seu purpureae, caerulee, livide, nigrae, et quia fere purpuri sunt coloris, ideo purpurae nomine Gallis intelliguntur.

 Lenticulae aliis dicuntur, quod saepe lenticulari colore, & effigie visuntur Ambrosius Pareus (Lib.21 cap.28) Papiliones ideo nominati vult, quia alatorum Papilionum instar varias subito involent corporis velut regiones, nunc faciem, nunc brachia, nunc crura, nunc totum corpus. Ego potius a maculatiis illis Papilionibus pulcherrimis, qui floribus desides perpetuo insident, propter consimillimas maculas ita vocari arbitror.

 

3. Les onze planches de description des Papillons adultes.

 

Aldrovandi rassemble sa collection en onze planches (plus une figure isolée page 245), soit au total 118 figures et 102 espèces,  classées par taille (Grande-Moyenne-Petite). Les identifications sont sujettes à discussion, car j'en propose certaines de ma seule initiative, et sans compétence entomologique, et d'autres en tenant compte des auteurs comme James Petiver ou Linné lorsqu'ils donnent ces illustrations en référence de leurs descriptions.

 

Aldrovandi a attribué des noms propres à quelques uns de ses papillons, soit en grec, soit en latin. Ces noms sont repris en marge latérale dans le texte. J'en ai dénombré onze. Certaines pages du manuscrit original, conservé à la Bibliothèque Universitaire de Bologne, sont reproduites dans the Insect and the Images de Janice Neri : elles comportent des noms supplémentaires, qui y auraient été inscrits par fratre Gregoria Cappucino en 1592. Le Père capucin Grégoire, de Reggio-Émilie, loin d'être un obscure plumitif, a reçu les louanges des principaux naturalistes pour ses compétences en Histoire naturelle et notamment en botanique, et G. Olmi pense qu'il devait être l'apothicaire de divers couvents dont celui de Bologne. Son nom apparaît page 236 comme l'auteur d'une illustration. Les illustrations de ces planches manuscrites ont été ensuite découpées et réagencées dans un ordre plus élaboré. J'indiquerai ces noms du père Grégoire par les initiales P.G.

Les descriptions sont précédées par cette présentation générale :

Quanquam plurima sint Papilionum genera, nulla tamen a veteribus descripta reperias.

Aristoteles antennas iis ante oculos praetendi scripsit ; idemque ; ex eo repetiit Plinius, vocans istiusmodi antennas ignava cornicula. Neque aliud quicquam apud ipsos invenire est, quod ad formam corporis extrinsecam Papilionibus pertinet. Sunt autem plerisq ; alae molles, ceu farinae, et fragiles : servantq ; ipsi colorem Erucarum, ex quibus ortum suum duxere. Omnes, quos mihi licuit observare, (observavi autem plurimos), ea quae dixi, communia habebant. Suntque ; aliis diurni, ali nocturni, hoc est tenebrarum amantes. Alii magni, ali parvi, alii mediocres : alii uno tantum praediti colore, alii duobus, alii pluribus, alii maculati, alii sine maculatis. Colorum differentias tetigit Albertus Lib. 26, dum ait. Papiliones sunt Vermes volantes multorum colorum. Quidam enim sunt in alis sicut purpura, quidam albi, quidam hyacinthini, et quibusdam quaedam inest rubedo. Hi sunt qui in autumno coeunt. Sic ille, sed quam diversis aliis coloribus praediti Papiliones reperiantur, ex subsequentibus hic ordine depictis, ac descriptis patebit : inter quos tamen nullus existit aeuleo infestus, quales in India reperiri scribunt, qui Sciscioni vocentur. Qui itaq in priori tabula primo loco sculptus datur, non incongrue ιπποψύχη dicetur. Est enim Papilionum maximus. Vespere potissimum cernitur, interdiu latet. Latus est palmus, et amplius. Alae singule rotundam habent, ac notabilem maculam, oculum diceres, nigrum, sed primo miniaceo, dein candido circulo obductum.

 

Planche 1

= 6 figures, 5 espèces de grande taille, 4 hétérocères, 1 rhopalocère (dorsal et ventral) .

Une description type, celle du Machaon :

Erupisset  Papilio, alis sese fecit conspicuum iis, quos diximus, coloribus prone et supine. Color niger luteus que ; in primis alis intensior est, in supinis remissior. Ale interne, que alias minores esse solent, in hoc animali proceriores sunt, intraque ; serrata serris eisdem coloribus distinctis, ex quibus fere media ceu cauda quedam dependet. Corpus totum pronum atrum est, ad latera, et supinem luteum : eitque pro alarum longitudine admodum exile. Oculi magni nigerrimi. Nigerrime item antenne, que in extremo obtuse sunt, tote subtilissime. In alarum internarum extremis lateribus macula rubra sive rosea conspicitur, rotunda internem semicircularis externem. In summa elegans est Papilio. Conspicitur passim per agros et hortos.

 

Traduction très approximative : Ce Papillon qui surgit  se fait lui-même remarquer, nous l'avons dit, par les couleurs des faces supérieures et inférieures de ses ailes. Ses  couleurs noir et jaune, sont plus intenses aux ailes antérieures et moindres sur les postérieures. Les ailes internes, qui sont d'habitude plus petites, sont chez cet animal plus grandes; scies denteles de mêmes couleurs, dont près de la moitié dépend comme la queue. Tout le corps est sombre sur la face dorsale et sur les cotés, et jaune en face ventrale : ... De grands yeux noirs. Les antenne noires également, extrémement éffilés à leur extrémité. . Au bord des faces intérieures des ailes se voient des taches rouges ou roses arrondies en interne et semi-circulaires en externe. En somme, c'est un papillon élégant. On observe ici et là dans les champs et les jardins.

Aldrovandi décrit surtout les couleurs, et plus rarement les formes; Il présente le papillon pronem et supinem, de dessus et de dessous, précisant les couleurs des ailes, du corps, des yeux, des antennes et des pattes. Il conclue par une appréciation globale ("en somme, c'est un papillon élégant") avant de préciser le milieu où vole l'espèce, ici les champs et les jardins. Nous avons déjà ici une description moderne, objective, précise, systématique, qui est articulée avec l'illustration qu'elle commente. En comparaison, voici la phrase spécifique rédigée par Linné en 1758 pour son papilio machaon : alis caudatis concoloribus flavis ; fasciis fuscis ; angulo ani fulvo. "Ailes unies jaunes : bandes fauves ; angle anal fauve". Aldrovandi soutient honorablement la comparaison.

 

— Identifications :

-Fig.1 : Pavonia pyri, femelle (Bodenheimer p.257)

-Fig. 2 : Daphnis nerii "Sphinx du Laurier-Rose" (Bodenheimer, p.257) : cohérent avec la deénomination Papilio viridis ("papillon vert") d'Aldrovandi.

-Fig. 3 : Acherontia atropos "Sphinx tête de mort" 

- Fig. 4 = Grand Paon-de-nuit mâle (Saturnia pyri plutôt que S. pavonia). 

272px-10_grand_paon_de_nuit.jpg  20 petit paon de nuit.jpg 

- Fig. 5 et 6 : le Machaon Papilio machaon L. identifié par James Petiver sous le nom de Royal William (Musei n° 328 page 35) puis par Linné.

— Noms donnés par Aldrovandi :

 La Planche 1 est décrite page 236, sans mentionner de noms propres. On trouve en marge pour la figure n°2 Papilio viridis. 

Sur une aquarelle préparatoire, Papilio machaon porte le "nom" ou la mention Papilio luteis "Papillon jaune"( illustration in Bodenheimer Planche X)

                     

 

                       Aldrovandi-papillons-p.237-copie-1.png

 

Planche 2 page 238.

= 6 figures, 4 espèces de grande taille. 1 hétérocère (ventral et dorsal), 3 rhopalocères.

— Identifications :

-Figure 1 et 2 : Noctua sp.

-Figure 3 : Le Flambé Iphiclides podalirius.

-Figure 5 : Le Morio Nymphalis antiopa. ?

-Figure 6 : Le Tircis Pararge aegeria. ?

— Noms donnés par Aldrovandi :

-  fig. 3 page 239 :  papilio leucomelanos "Papillon blanc et noir" 

-  fig. 6 page 239 :  papilio polyophtalmos.  "Papillon aux nombreux yeux".

-Fig. 2 : Papilio quadruplici colore (?) (P.G.) 

-Fig.3 : papilio leucomelanos ex albo nigra cum appendicibus in alaram extremitatibus longissimis.(P.G)

-Fig.4 : papilio niger cum quatuor oculis nigris, et in medio coeruleis.(P.G)

-Fig. 6 : Papilio polyophtalmos (P.G)

 

                     Aldrovandi papillons p.238

Planche aquarellée originale, l'espèce n°5 (Nymphalis antiopa):

Aldrovandi-aquarella-Nymphalis-antiopa.png

 

 

Planche 3 page 240.

Dix figures = 8 espèces de taille moyenne. 

— Identifications :

-Fig. 2 et 3 : Vanessa cardui ?

-Figure 4 : Vanessa atalanta. Reconnu par Linné qui le donne en référence en 1746 sous le nom de Ammiralis et en 1758 sous le nom de Papilio atalanta.

— Indications et Noms donnés par Aldrovandi :

 - fig. 2 et 3 : vue ventrale et dorsale

-fig. 6 Papiliones habentes promuscides. "Papillon ayant une trompe".

-Fig. 8 et 9 : même espèce "toute jaune" en vue dorsale puis ventrale

 

 

                     Aldrovandi-papillons-p.240-copie-1.png

 

 

Planche 4 page 242.

 =  11 espèces de taille moyenne.

— Identifications :

-Fig.1 =Écaille chinée (Euplagia quadripunctaria).

— Indications et Noms donnés par Aldrovandi :

La planche est décrite dans la seconde moitié de la page 241.

-La figure 1 est comparée à la lettre delta.

-Figure 2 et 3 : même espèce

-fig.4

-Page 241  fig. 10 :  Qui decimus est in hoc ordine propter insolentem vultum, quo Satyrum quam exacte aemulatur σατυρωϰδήσ [Satyroides] dici possit. Corpore toto est flavo, rubro distincto ; alvo bifurcata, alis nigricantibus, & velut stellis candidis elegantissime exornatur.

"Le dixième, parce que son aspect est arrogant (ou Bizarre, inaccoutumé ?), peut être dit littéralement σατυρωκδήσ  ["comme un Satyre"]. Son corps est entièrement jaune séparé de rouge, son ventre est bifide, ses ailes noirâtres, et aussi élégamment ornées d'étoiles jaunes." 

 

Ici, un Satyre représenté dans le livre d'Aldrovandi sur les Monstres :

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b23006724/f17.item.hl.langFR

 

[Illustrations de Ulyssis Aldovandi Monstrorum historia] / Jean-Baptiste Coriolan, grav. ; Ulisse Aldrovandi, aut. du texte - 17

 

                     Aldrovandi papillons p.242

 

 

Planche 5 page 243.

= 4  espèces de taille moyenne.

— Identifications :

 

 - 5 : Euplagia quadripunctaria ??

— Noms donnés par Aldrovandi :

- fig.1 et fig. 2 = vue dorsale et ventrale

- fig 3 et fig. 4 = vue dorsale et vue ventrale

- page 244 : fig. 5. λευχόχλωροσ (leucokloros) "Blanc et coloré" ou "Blanc et vert". Papilio λευχόχλωροσ ιεηγς, seu fasciis obliquis insignitus.  (P.G) 

- Page 244 : fig. 5 et 6 :  Papilio cruciger "papillon en forme de croix" Quintum papilionem crucigerum nominavi, quod externis alis complicatis, albis teniis quibus ornatus cernatur, crucem vel potius litteram X exprimat , quanquam id in icone pictor non expressit.

- fig. 7 et 8 : vue dorsale et vue ventrale

 

                              Aldrovandi papillons p.243

 

 

Planche 6 page 244

= 4 figures soit 2 espèces.

— Identifications :

Figure 1 et 2 : Lasiommata megera.  Linné y reconnaît son Papilio maera nommé Satyrus en 1746. (il donne par erreur la référence "page 244 fig. 12" au lieu de fig. 1-2, erreur déjà présente dans son Fauna suecica de 1746). 

Fig. 3 et 4 :

a) Aglais urticae. Linné y reconnaît en 1746 son espèce n° 775 en signalant néanmoins que la figure est mauvaise (mala). Mais il supprime cette référence en 1758. Si on compare cette figure avec celle du manuscrit original, on constate qu'initialement, l'aspect déchiqueté du bord anal des ailes postérieures n'était qu'ébauché, et a été outré dans la figure imprimée. De même, trois taches noires étaient dessinées à l'origine sur le bord interne des ailes antérieures.

b) Polygonia c-album. En 1758, Linné corrige son identification et donne en référence de son papilio c-album le texte et la figure 3-4 page 244. C'est en effet plus en rapport avec l'aspect déchiqueté des ailes, malgré l'exagération de la figure.

 

— Noms donnés par Aldrovandi :

- Fig. 1 et 2 : Page 245 : en marge : Papilio πολυοφταλμοσ (polyophtalmosalter. "Autre Polyophtalmos", ou "autre papillon aux nombreuses ocelles."

 Papilio πολυοφταλμοσ variegatus proné et supiné (P.G).

Papilionem qui in tabula sexta primo depingitur ordine polyophtalmos nuncupavi, quod in internis alis intus ac extra multis notaretur oculis, qui tamen licet duo tantum in externis exterius, et interius elegantiores sunt. In his enim iris est nigerrima, pupilla alba. Alae supiné ex luteo, et castaneo variant. Internae intus prope corpus primum ceruleae, dein fere amethestinae, in quo colore cernere  erat lineas duas transversales, flexuosas, castanei coloris.

  Traduction très sommaire "Celui qui est dépeint en premier dans la planche six est nommé le "Polyophtalmate" car on remarque à l'intérieur et à l'extérieur des ailes de nombreux yeux, qui cependant bien que les deux à l'intérieur et à l'extérieur, sont élégants. Car l'iris y est du noir le plus intense, et la pupille blanche. Les ailes en dessous, varient du jaunes  au chatain. Le bord interne près du corps est bleu presque violet  , dans lesquelles couleurs on peut voir deux lignes transversales sinueuses couleur marron.

 

- Fig. 3 et 4 : Papilio parte prona subluxeus nigris punctis respersus. / Papilio supina subniger et ad instarfluvii undulatus.(P.G)

Pour cete espèce (considérée comme Polygonia c-album), voila la description de la page 245 :

Sub quarum postrema color subsequitur luteus, deinde rursus amethesthinus, quem lineae percurrunt castaneo colore, atque intra has siti sunt quos dixi, oculi, subcaeruleus cingit circulus. Corpus animantis nigricat. Pedes & antennae lutei. Oculi nigri. Alter alas habet dentatas, rubicundas, ad ferrugineum accedentes, & maculis respersas nigris, in medio rotundis, ad latera oblongis, ac magnis. Alae supine nigricant, & albam fasciam habent, quae vel currentes aemulatur fluminis undas. Corpus supinum cinereum est, pronum nigricat.

Traduction très approximative : Pour ce dernier, couleur jaune-rougeâtre, devenant en arrière  couleur violette, traversé de  lignes de couleur châtain, un endroit sec, et, comme je l'ai dit que je ai dit, les yeux bleutés entourés d'un cercle. Le corps de l'animal est noir. Pieds et antennes jaunes. Des yeux noirs. L'autre aile est dentelée, vermeil, virant au rouge foncé et teinté avec des taches noires, dans le milieu une ronde, oblongue, sur les côtés, et d'une grande. Vu de dessous,  les ailes sont noirâtres avec une bande blanche, semblables à des flammes ou des ondes. Dessous du corps gris cendré, dessus noir.

 

Aldrovandi-papillons-p.244-Planche-6.png

 

 

Planche  7 page 246.

 

= 13 figures soit 10 espèces.

— Identifications :

- Fig. 2-3 : Linné reconnaît dans Fauna suecica son Phalaena bombyx dicta n°832, nommé Phalaena Bombyx mori en 1758 : le Bombyx du murier.

-Fig. 6 : identifié par Linné en 1746 comme son Papilio hyemalis n° 796 dans la Fauna suecica  puis en 1758 comme le Papilio crataegi n° 57: Aporia crataegi, "Le Gazé". Linné épingle la figure 6 d'une mention mala (mauvaise) qu'il ne reprend pas en 1758.

-Fig. 7 : Nymphalis polychloros "La Grande Tortue" :  Papilio polychloros pour Linné, qui l'identifie et cite le nom donné par Aldrovandi  dans sa Fauna suecica de 1746 n° 773 , ainsi que dans son Systema naturae de 1758, ce qui explique le nom attribué par Linné.

- Fig. 8-9 = Grand Nacré (Argynnis aglaja). Identifié par Petiver sous le nom de Greater Silver-spotted Fritillary Musei 1696  n° 320 page 35 , puis par Linné en 1746 sous le nom de Rex et  en 1758 sous le nom de papilio aglaia.

- Fig.12 = Pour Linné, les figures 11-12 correspondent à Phalaena Bombyces caja, Écaille martre Arctia caja.

 Un papillon de forme triangulaire, ailes supérieures brunes sillonnées de blanc, ailes inférieures ocres avec des points noir bleuté 

- Fig. 13 identifié par Linné en 1746 comme son Coridon Fauna suecica n°786 qui devint en 1758 son Papilio jurtina,n° 104 : Maniola jurtina, le Myrtil. 

 

— Indications et Noms donnés par Aldrovandi page 245 :

- fig. 1 :Quorum primus corpore toto niger est, annulos vero habet luteos. Ale omnes candidant, et venis distinguuntur nigricantibus.

-fig. 2 et 3 : Bombyliis sunt, ex erucis Bombycivomis orri, vulgo noti, undique candidissimi, exceptis antennis, que nigre sunt et hirsute. Invicem coeunt, mas est tenuiori corpore, secundo scilicet loco pictu. Inter utrumque : ova appinximus exigua, coloris fere crocei. Alas habent breves, et ad volandum velut ineptas. Horum post privatim trademus historiam.

- fig. 4. Quartus in hac serie totus quoque candidat per alas ETC...

 -fig.6  : Sextus totus est candidus corpore scilicet, ac alis, que venas habent nigras, nigros item pedes, & antennas.  le sixième a le corps d'un blanc pur, de même que les ailes, qui a des veines noires. Noires aussi sont les pattes, et les antennes.

-fig. 7 Polychloros dici queat propter colorum diversitatem."De plusieurs couleurs" (stricto sensu "de plusieurs verts").

-fig. 8 et 9 : vue dorsale et ventrale.

fig. 11 et 12 : vue dorsale et ventrale

 

                           Aldrovandi papillons p.246

 

 

Planche  8 page 247

 = 14 figures soit 14 espèces.

— Identifications :

 

— Noms donnés par Aldrovandi :

 

                          Aldrovandi-papillons-p.247-copie-1.png

 

Planche 9 page 249.

      24 illustrations = 24 espèces.

— Identifications :

Fig. 11- 12 reconnue par Linné comme sa Phalaena ursus (Fauna suecica n°820). 

fig. 22 = zygaena sp. Petiver y reconnait (Musei n° 330 page 36) le "Greenish Leopard with 5 scarlet spot" de Thomas Moffet 

— Noms donnés par Aldrovandi :Pages 248 et 250 

-  fig.3 : papilio πολυχλοροσ  polychloros minimus. "De plusieurs couleurs, plus petit"

-  fig. 13 : papilio lucernarius("papillon Porteur de lampe")

 -  fig. 21. papilio argenteus ("papillon argenté").

- fig. 22 : description : Vigesimus secundus toto corpore aterrimo, alas habet nigra colore ruberimi distinctas ; pedes et antennas longiusculos, nigros. "Le 22 a tout le corps très noir, les ailes noires avec des marques rouges distincets, les pattes et les longues antennes, noires."

 

 

                               Aldrovandi papillons p.249

 

 

Planche 10 page 251.

 10 figures = 9 espèces.

— Identifications :

 

— Noms donnés par Aldrovandi Page 250:

 

fig. 11 papilio triticiarius  ("du froment") = ?? Euxoa tricici 

Figure 1 et 2 : Papilio obstreperus cauda lara et pilosa, supinus et pronus (P.G) [obstreperus : "bruyant, qui fait un bruit importun"]

Figure 3 : papilio minor subalbus (P.G)

 

                       Aldrovandi papillons p.251

 

 

 

 

 

Planche 11 page 252.

: 10 espèces.

— Identifications :

 

 

— Noms donnés par Aldrovandi :

        Aldrovandi-papillons-p.252-planche-11.png

 

 

 

Autres noms cités plus loin.

Hepialos, employé par Aristote, Pyraustae page 259, et  Pyrallis.

Les chenilles.

Page 266 Planche 1 = 9 espèces.

Page 268 Planche 2 = 12 espèces. Linné reconnaît son Sphinx vinula

Page 269 Planche 3 = 19 espèces.

Page 271 Planche 4 = 4 espèces.

Page 272 Planche 5 = 9 espèces.

Page 274 Planche 6 = 15 espèces

Page 278 Planche 7 = 6 espèces.

Chapitre VI De bombyce.

Page 280 Planche 1 = 8 espèces.

Page 281 Planche 2.

page 282 Planche 3 = 15 espèces  

Cum eam aliquo tempore domi aluissem, telam non texuit, aut folliculum, sed in Chrysalidem immutata Papilionem peperit atro luteum, eum quem in prima Papilionum tabula tertium, exhibuimus. Page 267

"Après l'avoir nourri [la chenille  figure 1 Planche 1 page 266] pendant un certain temps chez moi, elle n'a pas formé une toile ou un cocon, mais se transforma plutôt en une chrysalide  qui donna naissance à un papillon jaune et noirâtre, précisément le premier de la Planche 3.

 

Discussion.

      Nous sommes ici devant la première description jamais rédigée dans l'Histoire, d'une collection d'insectes, et, pour ce chapitre 1 du Livre II, d'une collection de papillons. Comme le signale l'auteur, certainement avec étonnement, Quanquam plurima sint Papilionum genera, nulla tamen a veteribus descripta reperias : "Bien qu'il existe de nombreuses sortes de papillons, on ne retrouve aucune description donnée par les Anciens".

 Explorant depuis trois ans l'histoire des noms de papillons, j'aborde donc ce texte avec l'émotion d'un archéologue, et avec la conviction que des fouilles plus approfondies que ma visite d'amateur s'imposent. Notamment, la traduction du texte latin d'Aldrovandi semble un préalable indispensable.

  L'auteur de cette description est, avec Conrad Gessner, l'un des deux Géants précurseurs de l'Histoire naturelle de l' Europe de la Renaissance, et leurs noms seront, pour les entomologistes des siècles suivants, aussi réputés et aussi fondamentaux que ceux d'Aristote ou de Pline dans l'Antiquité. Mais la consultation exhumée de leurs écrits conserve-t-elle un intérêt ? L'article Wikipédia consacré à Aldrovandi comporte ces lignes : "Son œuvre apparaît aujourd'hui, en regard de nos critères, comme totalement désuète et sans intérêt. Georges Cuvier dira d'elle que c'est «une immense compilation sans goût ni génie» et que si on supprimait tous les passages inutiles, il n'en resterait qu'un dixième."

 Ma conviction, après cette brève consultation de son travail, est bien différente, et je constate la précision objective des descriptions entomologiques, et l'attention avec laquelle Linné les citera en référence de ses propres descriptions.

Dans une démarche analogue à la mienne, mais avec une toute autre compétence et un tout autre niveau, Delfino et Ceregato ont étudié les données publiées par Aldrovandi concernant les Reptiles. Il est intéressant de lire leur opinion et le résultat de leurs recherches :

" La présente contribution à la connaissance de l'iconographie herpétologique du 16e siècle est largement basée sur l'information disponible, en italien, dans ce livre. Parmi les nombreuses planches réalisées sous la direction de Ulisse Aldrovandi environ 50 dépeignent les amphibiens et les reptiles. Leur nombre et leur qualité permettent de considérer cette collection d'images  comme le premier atlas iconographique de l' herpétofaune  italienne et méditerranéenne et, sans aucun doute, la première collection d'images herpétologiques réalisées avec des critères relativement modernes. Amphibiens et reptiles apparaissent avec une certaine fréquence dans l'iconographie scientifique du 16e siècle, mais la qualité des images publiés par des auteurs comme Belon, De Bry, Gessner, Imperato, Mattioli ou Ramusio, est loin d'être aussi précise et agréable que les planches de Aldrovandi, planches qui sont remarquables en raison de la richesse et de l' exactitude des données et, surtout, par la présence de couleurs. Bien qu'une comparaison entre les images produites avec des techniques différentes est, évidemment, dangereuse, les gravures publiées par les auteurs contemporains (xylographies habituellement), ou publiés après quelques décennies par Jonston (1650-1653; gravures sur cuivre dans certains cas explicitement copiés à partir d' Aldrovandi), mais aussi ceux inspirés par les mêmes tableaux édités par Aldrovandi puis publié à titre posthume sous son nom, comme les serpents de la "Serpentum et Draconum Historiae" en 1639, sont fortement touchés par un simplification excessive. Sans même parler de l'absence de couleur, une telle simplification les rend non seulement moins agréable, mais  infidèles [nonnatural] et parfois inutiles pour préciser les caractères distinctifs d'une espèces. Les 47 planches herpétologiques contiennent au total 75 dessins dépeignant au moins 34 taxons (certains figurés selon deux points de vue); dans les 23 dessins concernant les amphibiens et les 52 concernant les reptiles il a été possible d'identifier, à différents niveaux de précision, 28 espèces  (5 amphibiens et 23 reptiles). Vingt et un de ces espèces appartiennent à l'herpétofaune italienne ; les sept autres sont en quelque sorte «exotiques». Dans ces planches contenant plusieurs spécimens, le principe de classification semble être la ressemblance morphologique (comme dans le cas des grenouilles, scinques et les serpents) ou, moins fréquemment, la présence d'anomalies. En fait, bien que dans la plupart des cas, les spécimens représentés ont une morphologie "normale", une attention particulière a été accordée, comme dans toute l'activité de Aldrovandi, aux spécimens «déviants». "

 

1) Les identifications.

Parmi les 118 gravures sur bois des 11 planches de ce chapitre, et 102 espèces,  11 espèces ont pu être identifiées avec précision par James Petiver (1695-1703) et par Linné (1746 et 1758). Je suggère 6 autres identifications, et ce nombre pourrait sans-doute être augmenté par une évaluation proprement entomologique actuelle. En 1602 dans la première description d'une faune régionale de lépidoptères, 17 papillons sont donc reconnaissables, dont  11 rhopalocères. En voici la liste :

Rhopalocères : Papilio machaon ; Iphiclides podalirius ; Nymphalis antiopa ; Pararge aegeria ; Vanessa atalanta ; Lasiommata megera ; Aglais urticae ; Polygonia c-album ; Aporia crataegi ; Nymphalis polychloros ; Argynnis aglaia.

Hétérocères : Saturnia pyri ; Euplagia quadripunctaria ; Phalaena Bombyx mori ; Arctia caja ; Hyphoraia aulica ; Zygaena sp.

Bien-entendu, ces noms sont seulement suggérés à titre indicatif.

2) L'onomastique.

Là encore, l'émotion est grande, puisque jusqu'alors, aucun nom d'espèce n'avait jamais été créé pour désigner un papillon. Ces insectes étaient nommés par Aristote par les termes grecs psyché ("âme, souffle") ou hepalios (pour les espèces qui s'agitent fébrilement devant une flamme), et les noms vernaculaires dérivaient sauf exception du nom latin papiliones. Les papillons de nuit relevaient du nom grec  φ α ́ λ α ι ν α phalaena.

Ce qui n'est pas nommé n'existe pas, et il est ne nous est pas possible de concevoir le monde d'avant les noms. Pas possible d'imaginer qu'un beau papillon noir et rouge vienne se poser, sans pouvoir penser in petto "Tiens, un Vulcain!". Le silence des espaces innominés m'effraient. La Terre et ses habitants au stade de l'infans m'est à peu près aussi inaccessible que la période de ma vie pendant laquelle je n'avais pas acquis la parole. Mais, en 1602, le monde des naturalistes va encore balbutier sans prononcer de vrais Noms Propres pendant encore un siècle et demi. Comme les satellites captant les émissions sonores d'un proto-univers, la lecture d'Aldrovandi nous permet d'assister à la naissance d'un langage archaïque, prémisse de notre Nomenclature Zoologique. 

La récolte est d'une pauvreté attendrissante : treize noms grecs ou latins, dont certains se répètent. Cinq désignent les couleurs des ailes, deux désignent le motif des ailes (à croix ou à ocelles), un signale l'existence d'une trompe, et l'un mentionne une plante nourricière, et un seul, Satyroide, crée une métaphore reliant l'aspect général d'une espèce avec un personnage mythologique. Ce sont , dans leur ordre d'apparition sur scène, :

  • papilio viridis "papillon vert".
  • leucomelanos "le blanc et noir"
  • polyophtalmos "aux nombreux yeux"
  • Papiliones habentes promuscides  "papillon ayant une trompe"
  • satyroide "comme Satyre"
  • leucokloros "blanc et vert"
  • cruciger "en forme de croix"
  • polyophtalmos  alter "autre aux nombreux yeux"
  • ploychloros "de plusieurs couleurs"
  • polychloros minimus "de plusieurs couleurs, mais en plus petit"
  • lucernarius "le porteur de lumière"
  • argenteus "argenté"
  • triticiarius "du froment".

  Parmi ces treize noms, l'Entomologie en conserve encore aujourd'hui directement un seul, créé par Linné : l'épithète spécifique polychloros qui sert à désigner la "Grande Tortue" Nymphalis polychloros. L'héritage est direct puisque Linné donne ce nom à cette espèce parce qu'il en a reconnu la description par Aldrovandi, qui est, en réalité, l

e véritable auteur du nom de cette espèce.

 

  Un autre nom a été modifié avant d'être repris comme un nom de genre actuel. Polyophtalmos a d'abord été repris par Denis et Schiffermüller en 1775 qui en nomment leur Famille N : Papiliones Polyophtalmi Aldrov. Vieläugichte Falter (Les Argus de Geoffroy) (Wiener Verzeichniss page 281). Mais ce nom sera modifié par Latreille en Polyommatus (même sens) pour désigner en 1804  un vaste genre, actuellement de taille réduite, le Genre Polyommatus de la famille des Lycaenidae. En 1827, Swainson créera la sous-famille des Polyommatinae.

Le nom Satyroide est, bien-sûr, à l'origine du nom Satyrus donné par Linné en 1746 à ce qui allait devenir son Papilio maera (1758) puis le Satyre de Geoffroy (1762). Latreille allait en faire un nom de genre en 1810, qui a donné le Genre Satyrus actuel, parmi les Nymphalidae. Il est peut-être à l'origine de tous les noms apparentés comme le Faunus de Linné, ou parmi nos noms vernaculaires, le Faune de Geoffroy, le Silène, la Bacchante, etc.

Le nom leucomelanos a été utilisé par James Petiver pour désigner en latin son Half-Mourner, Melanargia galathea. Notons que le nom Melanargia créé par Meigen en 1828 est l'inversion du nom leucomelanos dans lequel -argia remplace leuco- pour désigner la couleur blanche.

 

3) les illustrations.  

 Les illustrations jouent un rôle fondamental dans la démarche scientifique d'Aldrovandi car c'est par elles qu'il va réaliser un Théâtre de la Nature incluant non seulement une exposition des objets d'Histoire naturelle, mais aussi une mise en scène, c'est à dire une classification.(Aldrovandi avait réuni au total un ensemble de 10 000 peintures et gravures). La copie par peinture des insectes permet leur reproduction objective attentive au respect de la fidélité au modèle naturel, mais la disposition de ces dessins mis en couleur selon des planches permet une réflexion taxonomique, ici basée sur les critères morphologiques (présence d'ailes, de pattes) puis, au sein du groupe défini comme Papiliones, selon leurs tailles décroissantes. 

  La publication de ces planches permet aussi un partage des collections, au sein de l'Europe des savants, participant à la mise en place d'un Musée virtuel, lorsque d'autres auteurs auront enrichi les rayonnages des bibliothèques de leur propres planches. C'est bien la réunion des éléments de ce Musée virtuel européen qui permettra à Linné d'écrire son Systema Naturae. La réunion des illustrations au sein d'une bibliothèque va réaliser ce dont tout collectionneur peut rêver, posséder touts les spécimens existants de son champ d'investigation.

Ces illustrations sont accouplées avec le texte, qui suit scrupuleusement la Planche, et le numéro d'ordre des espèces dessinées. 

Ces gravures sur bois, malgré tout assez grossières comme l'impose la technique elle-même, ne sont pas les premières illustrations des espèces de papillons, ni les plus belles ou les plus réalistes, et ce n'est pas la qualité iconographique qui est précieuse, mais la démarche de collecte, de regroupement, de description et, si balbutiante soit-elle, de dénomination.

Ainsi, Vanessa atalanta et Aglais urtica peuvent déjà être identifiés sur le Jugement Dernier de Hans Memling (vers 1467), ou dans le Jardin des Délices de Jérôme Bosch (1503). Une Piéride du Chou et une Grande Tortue sont parfaitement peints sur les marges du Livre d'Heures d'Hastings (1470).  Pisanello  a peint entre 1435 et 1449 autour du "Portrait d’une princesse de la Maison d'Este"  des représentations identifiables d'un Flambé (à gauche) (Iphiclides podalirius) à gauche, d'un Vulcain (Vanessa atalanta) en vol et de profil à droite et d'un Souci (Colias crocea). À la gauche de "La Vierge au papillon" (musée du Vatican), Francisco di Gentile (xve siècle) peint également un Flambé. 

130px-Hastings_book_of_the_hours.jpg 130px-Pisanello_016.jpg

 Joris Hoenagel (Anvers, 1542-Vienne, 1600) donne de nombreux exemples de papillons peints avec la plus grande précision, comme ce Melanargia galathea :

220px-Hungarian_-_Mira_calligraphiae_mon

Ou bien celle de Vanessa cardui " Belle Dame" :

                            250px-Joris_Hoefnagel_-_Flower_still_lif

http://www.bio-creation.com/blog/papillons/migration_de_millions_de_papillons_belles_dames : 

belle-dame.jpg

 

13 septembre 1590 :

1280px-Studies_of_Flowers_and_Butterflies,_watercolor_painting_on_parchment_by_Joris_Hoefnagel,_Flanders,_1590,_HAA

https://secretgardening.wordpress.com/tag/joris-hoefnagel/ : 

butterflies-columbine-hoef.jpg?w=470&h=3

http://www.codart.nl/images/Publications/Brukenthal/0565JorisHoefnagel.jpg

http://www.codart.nl/images/Publications/Brukenthal/0566JorisHoefnagel.jpg

A 19 ans, son fils Jacob Hoefangel (1575-1630) s'est chargé de la gravure des peintures de son père et de leur publication dans  Archetypa studiaque Patris Georgii Hoefnagelii publié en 1592 à Francfort.

Dans Gloria crocodilus, une planche illustre la volonté d'une reproduction exacte de ce que l'œil voit, tel un objectif photographique.

320px-Jacob_Hoefnagel_-_Gloria_Crocodilu

Cette collection de 48 planches  comprend de façon non limitative, et parfois en plusieurs exemples les lépidoptères suivants (entre parenthèse si douteux) :

Rhopalocères :

  • Gonepteryx rhamni
  • Vanessa atalanta
  • Nymphalis polychloros
  • (Plebejus argus)
  • Papilio machaon
  • (Thecla betulae)
  • Aglais io
  • Polygonia c-album
  • Nymphalis antiopa
  • (Antocharis cardamines)
  • (Melitaea cinxia)
  • Lasiommata maera/megera
  • Iphiclides podalirius
  • Quercusia quercus
  • (Erynnis tages)
  • (Aphantopus hyperanthus)

Hétérocères :

  • Macroglossum stellatarum
  • Agrius convolvuli
  • (Zygaena filipendulae)
  • Acheronta atropos (larva)
  • Smerinthus ocellatus
  • Hyles Gallii (larva + nympha + imago)
  • Phalaena 
  • Saturnia pavonia.
  • Arctia caja
  • Noctua pronuba
  • Euclidia glyphica

N.B : j'ai tenu compte des identifications indiquées (fin du XVIIIe ?) sur l'exemplaire conservé à Strasbourg.

En 1630, et donc cette fois-ci après la publication du De animalibus insectis d'Aldrovandi, Jacob Hoefnagel a publié son Diversae Insectarum Volatium icones, l'une des toutes premières œuvres uniquement consacrée aux insectes, et qui comporte 302 insectes dont 72 Lépidoptères, qui viennent du centre et du nord de l'Allemagne.  

Dans le cas des peintures et gravures des Hoefnagel, une influence de leur œuvre sur les gravures publiées par Aldrovandi doit être discutée, d'autant que Cornelius Schwindt, peintre d'Aldrovandi, venait de Franfcfort, lieu d'édition des Archetypa

Mais pour le sujet qui m'occupe, l'histoire des noms, les superbes gravures et les somptueuses peintures des Hoefnagel n'étaient accompagnées d'aucun nom propre ; et, pour l'évaluation de l'aspect novateur du travail d'Aldrovandi, ces dessins n'étaient accompagnées d'aucune description entomologique, et d'aucun souci de systématisation.

 

 

      4) Les peintures originales.

Les plaques d'aquarelle de Ulisse Aldrovandi :  Les 18 volumes de tableaux de plantes, fleurs, fruits, animaux, commandées par Ulisse Aldrovandi dans la seconde moitié du XVIe siècle, sont peut-être la plus vaste galerie d'art de la fin de la Renaissance du monde naturel jamais créé. Composé de plus de 2900 peintures, cette collection était à même de fournir une vue précise du Théâtre de la nature que le naturaliste de Bologne avait soigneusement observé pendant plus de cinq décennies. Planche volume 007

Rhopalocères :

Hétérocères :

  • Macroglossum stellatarum
  • Agrius convolvuli
  • (Zygaena filipendulae)
  • Acheronta atropos (larva)
  • Smerinthus ocellatus
  • Hyles Gallii (larva + nympha + imago)
  • Phalaena 
  • Saturnia pavonia.
  • Arctia caja
  • Noctua pronuba
  • Euclidia glyphica

 

Papilio minor subluteus renÿs

 

5) les descriptions.

   Par l'exemple d'une description type de Papilio machaon, (cf Planche 1 ) nous avons vu qu'il s'agissait d'une description objective, fidèle à son objet dont elle étudie les critères d'identification (en privilégiant fortement les couleurs) de manière systématique et ordonnée où le corps, les ailes, les yeux, les antennes et les pattes, sont examinées. La description est (parfois) donnée succesivement de la face dorsale et de la face ventrale. 

Prenons un autre exemple, celui des figures 1 et 2 de la Planche 6 (Lasiommata megera):

fig.1 : Papilionibus quorum primus corpore est nigricans, alvo extrema, et dorso cinereis. Alae externe internis sunt angustiores, ex albo ad viridem nonnihil inclinant, magis tamen viridescunt internae. Utraeque in extremo circumcirca rosei coloris velut circulo ambiuntur. Externae prope finem nigrescunt habentque in medio ferem maculam nigram. Antennae purpureae sunt, in extremo obtusae et albae. fig.2 : Idem secundo loco datur supinus, in quo quod in externis alis prope finem erat, nigricat, hic viridescit ; sed macula tamen nigracolorem retinuit nigrum : internae prope corpus prorsus virides, in fine ad luteum vergunt : cingunturque : eodem circulo roseo estque hoc observatu dignum in externis, quod maculum habeant albam cum circulo ferrugineo, quae extrinsecus non est.

C'est ainsi que se met en place, pour la première fois, le plan de ce qui deviendra la phrase spécifique ou diagnose utilisée par tous les entomologistes jusqu'à Linné, qui la remplacera par la nomenclature binominale. 

6) La révolution du "Point de vue entomologiste", ou "concept du spécimen". 

      Jusqu'alors, les insectes étaient figurés de façon marginale, au sens strict puisqu'ils apparaissaient dans les marges des Livres d'Heures ou des manuscrits, ou au sens figuré lorsqu'ils n'étaient qu'un motif ornemental d'une composition naturaliste (coquillages, fossiles et insectes) ou d'une nature morte (vase de fleurs et papillons, etc. Dürer ne figurera un Lucane Cerf-volant seul sur une planche de gouache qu'en 1505 ; mais c'était encore dans une visée artistique. Aldrovandi est le premier à donner des illustrations d'insectes représentés pour eux-mêmes, et dans un but d'étude scientifique.

  Il crée aussi un cadre particulier, associant un texte descriptif dans lequel l'insecte renvoie à un numéro d'ordre, avec une Planche regroupant plusieurs insectes, numérotés. L'insecte est représenté en vue dorsale, et, le cas échéant, en vue ventrale, ou dans ses stades de chenille ou de chrysalide. Dès cette publication de 1602, nous trouvons ces différents éléments descriptifs, mais aussi des imagos in copula, et des œufs. 

Les références zoologiques types qui vont être utilisées jusqu'au XIXe siècle associeront donc, depuis le De Animalibus insectis d'Aldrovandi, le nom d'auteur, le titre de l'ouvrage, le numéro de la planche, et le ou les numéros des figures.

Ce "Point de vue du Spécimen", qui s'impose donc alors comme le "point de vue de l'entomologiste" et qui nous semble évident, aurait pu être très différent. Le regroupement en Planche était facultatif (et le sera dès Thomas Moffet), et chaque insecte aurait pu être décrit avec son illustration séparé. La focalisation aurait pu porter sur un biotope, avec une planche consacrée à la prairie, à la mare, à la haie etc.

 

7) Aldrovandi entre deux siècles : compilateur de texte ou observateur du vivant ?

      Michel Foucault a décrit trois épistémês :

  • L’épistémè de la Renaissance du 16ème siècle qui sera l’âge de la ressemblance et de la similitude,
  • l’épistémè classique, qui sera l’âge de la représentation, de l'ordre de l'identité et de la différence , et enfin
  • l’épistémè moderne ou criticisme.

 Or, Aldrovandi a été critiqué par Buffon, à propos de son livre sur les serpents Serpentum et Draconum publié en 1640 à titre posthume. Foucault, pour, disons, "prendre sa défense", considère que Buffon et Aldrovandi diffèrent seulement par leur épistèmê. Certes Buffon s'irrite de trouver sous la plume de son prédécesseur  « un mélange inextricable de descriptions exactes, de citations rapportées, de fables sans critique, de remarques portant indifféremment sur l'anatomie, les blasons, l'habitat, les valeurs mythologiques d'un animal, les usages qu'on peut en faire dans la médecine ou dans la magie ». Mais Foucault écrit (Les Mots et les Choses,1966 chap. II,4,p.54-55) : Lorsqu'on se reporte à l'Historia serpentum et draconum, on voit le chapitre « du Serpent en général » se déployer selon les rubriques suivantes : équivoque (c'est-à-dire les différents sens du mot serpent), synonymes et étymologies, différences, forme et description, anatomie, nature et mœurs, tempérament, coït et générations, voix, mouvement, lieux, nourriture, physionomie , antipathie, sympathie, modes de capture, mort et blessures par le serpent, modes et signes de l'empoisonnement, monstres, mythologie, dieux auxquels il est consacré, apologues, allégories et mystères, hiéroglyphes, emblèmes et symboles, adages, monnaies, miracles, énigmes, devises, signes héraldiques, faits historiques, songes, simulacres et statues, usages dans la nourriture, usage dans la médecine, usages divers. Et Buffon de dire :"Qu'on juge après cela quelle portion d'histoire naturelle on peut trouver dans tout ce fatras d'écriture. Tout cela n'est pas description, mais légende." 

   En-effet, pour Aldrovandi et ses contemporains, tout cela est legenda, choses à lire. […] Quand on fait l'histoire d'un animal, inutile et impossible de choisir entre le métier de naturaliste de celui de compilateur : il faut recueillir dans une seule et même forme du savoir tout ce qui a été vu et entendu, tout ce qui a été raconté par la nature ou poules hommes, par le langage du monde, des traditions ou des poètes.

  Foucault, pour sa part, considère cette tendance comme typique de l'épistémê du 16ème siècle, tandis que Umberto Eco (De l'arbre au labyrinthe) considère qu'elle caractérise toute idée d'encyclopédie, de Pline à nos jours. La seule différence avec une encyclopédie moderne est que nous distinguons les notions légendaires et les notions scientifiquement prouvées. 

Sur une ligne identique, Patrick Dandrey, (La fabrique des fables, 1991, p. 142) considère que la logique d'Aldrovandi  reste guidée par un mode d’exposition traditionnel « fondé non sur l’observation et la hiérarchie zoologique, mais sur la notoriété légendaire et les affinités analogiques des espèces ».

  Or, l'examen du De Animalibus insectis, ou du moins de son De Papilionibus, montre que la démarche d'Aldrovandi relève, si on veut souscrire aux classifications de Foucault, à l'épistémê du 17ème siècle, qu'elle augure. Elle est fondée sur une Classification (page 1) en arbre, qui rompt avec les descriptions linéaires. Elle documente un dossier descriptif parfaitement objectif des espèces, qui n'est pas parasité par des témoignages extérieurs ou par des "on lit que", "untel écrit que", mais qui se fonde sur la présence réelle d'une collection, par sa description écrite et, comme pierre de touche, sur les représentations qu'en donnent les artistes. Mais elle ne fait pas l'économie d'une étude, à nos yeux parfaitement moderne, de l'écologie, de l'éthologie, de l'ethnologie des insectes, qui, loin de constituer un "fatras", est un extricable complément de l'étude visuelle des espèces.

  Cette révolution instituée par l'examen des insectes comme un sujet d'étude en propre, par le mode classificatoire de sa présentation, par la démarche systématique des déscriptions, par la réunion du trio collection / illustration/ description spécifique, est celle qui valorise l'examen visuel par rapport au témoignage de lecture. Focalisée par l'œil, elle est la conséquence de la découverte de la perspective monofocale. 

 C'est à la Renaissance et en Ombrie que la Perspective monofocale s'est imposée comme mode de figuration pour les peintres, à la suite des figurations du Baptistère de Florence par Brunelleschi* (1415) et du De Pictura d'Alberti (1435). La pensée symbolique laisse alors la place à une pensée scientifique voire mathématique. Le Point de vue est monocentré sur l'œil de l'observateur. Plus tard encore, la pensée scientifique abandonnera, avec Copernic (1530) et Galilée la vision géocentrique du monde. 

*Filippo Brunelleschi réalise en 1415 l’expérience de la « tavoletta », une planchette de bois percée d’un trou. Brunelleschi se plaça face au baptistère San Giovanni de Florence muni de sa planchette et d’un miroir. Sur l’un des côtés de la planchette se trouvait une vue du baptistère peinte en perspective tandis que l’autre côté, l’envers, était laissé nu. Il plaça ensuite l’envers de la planchette devant ses yeux, en positionnant son œil devant l’orifice pratiqué dans celle-ci. Tout en conservant la planchette dans une main, il tenait de l’autre un miroir, celui-ci étant placé entre le baptistère et la planchette et faisant face au côté peint de la planchette. Brunelleschi constata que la bâtisse et l’image peinte coïncidait exactement pour former un tout : le dessin représentait le « réel ». Pour Alberti,   l’œil constitue le point de vue à partir duquel se construit une pyramide visuelle, l’œil étant le sommet et la surface plane du tableau où se forme l’image constituant la base.

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Les peintures de Joris Hoefnagel étaient, nous l'avons vu, déjà déterminées par l'obsession de la précision et de la fidélité visuelle. Mais elles restaient ornementales. La même primauté de l'observation visuelle monofocale bascule, avec Aldrovandi, dans le domaine scientifique, me permettant, 400 ans plus tard, d'identifier Nymphalis antiopa parmi les espèces présentées.

 

Conclusion.

   Sur les 26 pages du chapitre I, 18 sont consacrées à la description objective et à l'illustration des spécimens de la collection d'Aldrovandi, et 8 seulement au discours littéraire, incluant  l'examen critique des renseignements colligés dans la littérature ancienne et contemporaine sur la reproduction, les synonymes, les lieux fréquentés, les présages, les proverbes, les nuisances et enfin les mœurs. L'auteur fait donc la part belle à l'aspect le plus objectif de son sujet, et procure la première documentation systématique de l'entomofaune européenne. Avant lui, l'esprit curieux ne dispose que de l'exploration des  natures mortes ou des tableaux de maître (notamment flamands), où les insectes représentés sont choisis en fonction de buts artistiques ou symboliques et tiennnent à l'écart des espèces moins interessantes.

  L'étude des dénominations des papillons, qui était l'objet de mon article dans le cadre d'un biais zoonymique, révèle treize qualificatifs grecs ou latins qui font ici office de noms propres : je les découvre avec l'émotion d'un assyriologue décryptant un passage de l'épopée de Gilgamesh sur les caractères cunéiformes d'une tablette d'argile. L'émotion s'accroit lorsque j'y trouve, comme tenu sur les fonds baptismaux, le Polychloros du Nymphalis polychloros ou "Grande tortue", le Satyroïde évoquant notre genre Satyrus et le Polyophtalmos à l'origine du genre Polyommatus

Aldrovandi, persuadé que la science devait être fondée sur l'observation, présente le microcosme de sa Collection d'Histoire naturelle comme le Théâtre de la Nature, où la mise en scène confère aux images commentées une valeur pédagogique et permet une transmission d'un savoir désormais structuré comme une architecture .

 

  

 

      Liens et sources.

— Il teatro della natura : site de l'Université de  Bologne présentant les manuscrits et planches d'Aldrovandi

 http://www.filosofia.unibo.it/aldrovandi/

BODENHEIMER (Frederick Fritz Simon) 1928, Materialien zur Geschichte der Entomologie bis Linné, W.Jung, Berlin, pp. 256-260.

 

BOUTROUE (Marie-Elisabeth) 2004 "Le Cabinet d'Ulisse Aldrovandi et la construction du savoir" in Curiosité et cabinets de curiosités , Neuilly, Atlande, 2004, p. 43-63.  http://curiositas.org/le-cabinet-dulisse-aldrovandi-et-la-construction-du-savoir.

Voici sa propre bibliographie :

G. Olmi, Ulisse Aldro­vandi : scienza e natura nel second cin­que­cento, Trento, 1976 ;

S. Tugnoli-Pattaro, Metodo e Sis­tema nel pen­siero scien­ti­fico di Ulisse Aldro­vandi, Bolo­gna, Clueb, 1981 ;

P. Fal­guières,Inven­tion et mémoire : aux ori­gines de l’institution muséo­gra­phique. Les col­lec­tions ency­lo­pé­diques et les cabi­nets de mer­veilles dans l’Italie du xvie siècle, thèse de l’Université Paris I, 1988 ;

G. Olmi, L’inventario del mondo,op. cit.

De nom­breuses publi­ca­tions récentes pré­sentent les col­lec­tions de des­sins du musée. Parmi celles-ci on notera : 

Hor­tus pic­tus dalla rac­colta di Ulisse Aldro­vandi, Rome, Edi­zioni dell’Elefante, 1993 ;

G. Olmi, L. Ton­giorgi Tomasi, De pis­ci­bus : la bot­tega artis­tica di Ulisse Aldro­vandi e l’immagine natu­ra­lis­tica, Rome, Edi­zioni dell’Elefante, 1993 ; 

AAVV, L’Erbario dipinto di Ulisse Aldro­vandi : un capo­la­voro del Rinas­ci­mento, éd. A. Maio­rino, M. Minelli, A. L. Monti et B. Neroni, sup­ple­mento al per­io­dico men­sile Flor­tec­nica, 1995 ; Il Tea­tro della natura di Ulisse Aldro­vandi, Bologne, Com­po­si­tori, 2001.

Cha­cun de ces ouvrages pré­sente à la fois une sélec­tion ico­no­gra­phique et des études cri­tiques sur les prin­ci­paux aspects du musée. Les tables de plantes, le cata­logue des manus­crits et un choix de lettres sont aujourd’hui dis­po­nibles sous forme numé­rique à l’adresse www.pinakes.org.

C. Opso­mer, Index de la phar­ma­co­pée du ier au xe siècle, Hildesheim–Zurich–New-York, 1989, 2 vol.

Jean Ruel, De natura stir­pium, Paris, 1536. La ques­tion du nom des plantes est trai­tée au cha­pitre xx du pre­mier livre, p. 90–117 de l’édition de 1536. Ce texte reprend en les déve­lop­pant les pas­sages du livre xxv de l’His­toire Natu­relle de Pline l’Ancien où les mêmes ques­tions sont abor­dées.  

 

— DELFINO (Massimo) CEREGATO (Alessandro) 2008 "Herpetological Iconography in 16th century : the Tempera Paintings of Ulisse Aldrovandi © International Society for the History and Bibliography of Herpetology", ISHBH Bibliotheca Herpetologica , Vol. 7(2): 4–12, 2008

— EELES  (Peter Eeles) 2010  A Brief History of British Butterflies [Online]. Available from http://www.dispar.org/reference.php?id=11 

 

 

 

FALGUIÈRES (Patricia) 2009 « Les inventeurs des choses. Enquêtes sur les arts et naissance d’une science de l’homme dans les cabinets du XVIe siècle. », in Histoire de l'art et anthropologie, Paris, coédition INHA / musée du quai Branly (« Les actes »), 2009 : http://actesbranly.revues.org/94

 

Résumé : La chambre des merveilles de la Renaissance tardive livrait une vision synoptique de la mimesis : la confrontation, régie par le principe d’imitation – des œuvres de l’homme et des œuvres de la nature. L’art en était la catégorie organisatrice, « savoir produire » ou « habitus factif » commun à la nature et à l’humanité, où les arts (de la peinture, de la sculpture, etc.), qu’on ne dissociait jamais de leur socle technicien, trouvaient leur site. Cette configuration fondamentale du collectionnisme de la Renaissance a ouvert la voie à une anthropologie singulière, ancrée dans une enquête sur les origines des arts ou les inventeurs des choses. Réactivant avec audace un riche corpus antique que la tradition chrétienne avait voulu plonger dans l’ombre, cette exploration de l’ingenium, qui emprunte la voie d’une méditation sur les instruments et les images où s’identifie l’humanité comme telle, s’achève en enquête sur les rites et les cultes entendus comme artefacts.  

  —FINDLEN P. 1994 Pos­ses­sing nature : museums, col­lec­ting, and scien­ti­fic culture in early modern Italy, Ber­ke­ley, Los Angeles et Londres, numérisé par Google  Paula Findlen était Professeur d' Histoire, et Directrice du Programme Science, Technology and Society à l'Université de Stanford.

Résumé : En 1500 quelques Européens ont considéré la nature comme un sujet digne d'enquête. 50 années plus tard, les premiers musées d'histoire naturelle  apparurent en Italie, dédiés aux merveilles de la nature. Les praticiens italiens, dont la curiosité était alimentée par de nouveaux voyages d'exploration et la redécouverte humaniste de la nature, créèrent de vastes collections comme un moyen de connaître le monde et d' utiliser ces connaissances à leur plus grande gloire. S' appuyant sur de nombreuses archives des livres de visiteurs, lettres, carnets de voyage, des mémoires, et moyens pour favoritisme, Paula Findlen reconstruit le monde social perdu de la Renaissance et des  musées baroques. Elle suit la nouvelle étude de l'histoire naturelle telle qu'elle se constitue depuis  les universités vers les sociétés scientifiques des XVIe et XVIIe siècle, des ordres religieux et des cours princières. Findlen soutient de façon convaincante que l'histoire naturelle est alors une discipline floue à la frontière entre les anciens et les modernes, entre la collecte afin de récupérer la sagesse antique et le développement de nouvelles bourses d'études textuelles et expérimentales. Son récit vivant révèle comment la révolution scientifique est née de cette médiation constante entre les anciennes formes de connaissances et les nouvelles. 

NACHTOMY Ohad , SMITH Justin E. H.  The Life Sciences in Early Modern Philosophy

 

 — OLMI (Giuseppe) 2014, Lo studio e la raffigurazione della natura all’interno degli ordini religiosi: alcuni esempi dell’età moderna, en ligne http://figura.art.br/revista/dossier/2/8-lo-studio-e-la-raffigurazione-della-natura-allinterno-degli-ordini-religiosi-alcuni-esempi-delleta-moderna/

 

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Published by jean-yves cordier

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  • : Le blog de jean-yves cordier
  • : 1) Une étude détaillée des monuments et œuvres artistiques et culturels, en Bretagne particulièrement, par le biais de mes photographies. Je privilégie les vitraux et la statuaire. 2) Une étude des noms de papillons et libellules (Zoonymie) observés en Bretagne.
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  • "Il faudrait voir sur chaque objet que tout détail est aventure" ( Guillevic, Théraqué).  "Les vraies richesses, plus elles sont  grandes, plus on a de joie à les donner." (Giono ) "Délaisse les grandes routes, prends les sentiers !" (Pythagore)
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