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20 mars 2018 2 20 /03 /mars /2018 18:41

Les vitraux de l'église de Moncontour (22). I. La baie 7 : la verrière de la vie de saint Yves (1537). 

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Voir aussi  sur les groupes de Saint Yves entre le Riche et le Pauvre :


 

 

 

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Sur les vitraux de Moncontour, voir :

 

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Sur les vitraux "du groupe rennais" du XVIe siècle, voir 

 

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Sur les vitraux de Moncontour, voir :

Le vitrail de l'Arbre de Jessé ou baie 6 de l'église de Moncontour, vers 1538.

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"L'église Notre-Dame et Saint-Mathurin de Moncontour possède six vitraux anciens, qui forment l'un des les plus remarquables ensembles vitrés du XVIe siècle en Bretagne. Cet ensemble a été réalisé entre 1520 et 1540 environ en plusieurs temps et par plusieurs ateliers différents... Les trois verrières nord de l'église (baies 3, 5 et 7) se distinguent de toutes les autres par leur exceptionnelle qualité. Pour cette raison, et par leur caractère "très français", René Couffon comme Jean Lafond (*) proposent de les rattacher à la production rennaise contemporaine. D'eux d'entre elles sont datées, respectivement, de 1537 (baie 7, vie de saint Yves) et de 1538 (baie 5, vie de sainte Barbe) " (Gatouillat et Hérold 2005 p. 82).

(*) Dans Le vitrail français (1958, page 235), Jean Lafond souligne l'importance des peintres verriers de rennes, auxquels il attribue les "œuvres très françaises" des Iffs, de La Guerche, de La Ferrière et de Moncontour".)

"Peut-être les œuvres les plus séduisantes du XVIe siècle breton. Ces trois suites narratives, vies de saint Yves, de sainte Barbe et de saint Jean-Baptiste réalisées vers 1537, sont en effet d'une exceptionnelle richesse, d'une exécution et d'une ornementation brillante. Elles ont la qualité des verrières normandes du temps et pourraient puiser leur source dans la peinture flamande, anversoise peut-être. Antérieures à l'activité documentées de Michel Bayonne, elles ne doivent en aucun cas lui être attribuées, mais semblent être en mesure d'être reconnues comme une manifestation de la façon de rennes, dont seraient soulignées la diversité, aussi bien que les dénominateurs communs : le damas jaune des costumes de Moncontour ne se retrouve-t-il pas identique dans la verrière d'axe de Beignon ?".Gatouillat et Hérold 2005 ).

 

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"Il est remarquer que les architectures sont très trapues et même lourdes, telles que l'on en trouve dans certains vitraux d'Ille-et-Vilaine, d'ailleurs excellents, à la Baussaine, Champeaux, etc.
Nous croyons donc que c'est peut-être à un atelier de Rennes qu'il faut attribuer ce beau vitrail, sans toutefois en avoir la moindre certitude.
Ce vitrail a beaucoup d'analogie avec les vitraux voisins de sainte Barbe et de saint Jean, notamment dans la facture des décors des architectures renaissance, où le jaune d'argent est répandu à profusion. Les tons des verres sont également les mêmes, les fabriques des fonds également, peintes en bleu foncé avec touches de jaune d'argent. Il y a cependant, dans certaines parties, de grandes différences d'exécution, peut-être à cause des restaurations, peut-être aussi parce que le maître verrier n'avait dans le premier cas aucun carton et pour les deux autres des cartons flamands.
Par exemple, si l'on compare l'ange assistant saint Yves à sa mort et l'ange du baptême de sainte Barbe, l'on voit aux deux la même robe jaune tandis que la facture des figures et des chevelures diffère profondément." (Couffon)

 

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Ainsi, cette baie 7 offre-t-elle deux sources d'intérêt : l'une, iconographique, est de découvrir des scènes de la Vie de saint Yves complétant le très fréquent tableau d'Yves entre le Riche et le Pauvre. L'autre, stylistique, est d'étudier l'activité de cette production "rennaise" du deuxième quart du XVIe siècle.

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Haute de 7 mètres et large de 1,90 m, la baie 7 comporte 3 lancettes — celles de droite et de gauche cintrées) de 21 panneaux, divisés en trois registres, et un tympan à 5 ajours et 2 écoinçons. Elle a été restaurée et complétée en 1891-1893 par l'atelier parisien d'Albert Bonnot.

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"Ce vitrail, qui orne la dernière fenêtre de la longère nord, près du pignon ouest, est consacré aux oeuvres de miséricorde accomplies par saint Yves.

La fenêtre est divisée verticalement par deux meneaux en trois lancettes. Chacune des lancettes renferme six panneaux de verre peint, réunis deux à deux pour représenter un tableau. Chaque lancette comporte ainsi trois tableaux, séparés entre eux par de lourdes architectures renaissances sur lesquelles s'étale toute la grammaire décorative : arabesques, puttis, bustes de faunes, petits bustes de femmes, dauphins affrontés, coquilles, etc., etc. Des colonnes torses et cannelées supportent ces architectures.
Notons que, dans toutes les scènes à l'exception de la troisième, saint Yves porte le costume d'official, cotte et camail rouge, housse blanche parsemée d'hermines, chaussons violets, et qu'il est coiffé d'un béret rouge. " (Couffon)

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REGISTRE INFÉRIEUR. SAINT YVES ENTRE LE RICHE ET LE PAUVRE.

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Elle est disposée sous une travée d'architecture dont les  supports portent chacun un cartouche  avec la date de 1537. 

"Toute la partie inférieure de ce tableau a été refaite.
Au centre, devant un damas vert bordé d'un galon d'or perlé et frangé de bleu et or, le saint tient à la main le rouleau du procès. A gauche, le pauvre, en souliers blancs, chausses trouées et rapiécées, manteau gris à ceinture rouge, et portant à la main son bonnet jaune.


A droite, le riche, en toque rouge à ornements jaunes, houppelande violette doublée de fourrure, tunique de damas or s'ouvrant sur une fine chemise, ceinture verte, bourse bleue, bas des manches et chausses rouges, fourreau d'épée violet.

A gauche et à droite des deux derniers personnages, fabriques analogues aux précédentes. Les deux colonnes portent chacune un cartouche avec la date de 1537.


L'on a voulu reconnaître dans les lointains des paysages des environs de Tréguier et faire honneur de ce vitrail aux verriers de cette école. Or, si l'on examine attentivement les fabriques, l'on voit qu'il n'en est rien et qu'elles sont semblables à celles des graveurs flamands, qui, comme l'on sait, les avaient eux-mêmes empruntées aux Lombards . D'autre part, les riches perlages des costumes, les angelots, les petits bustes des architectures, dénotent également une influence flamande très caractéristique, influence de Flamands imbus de la Renaissance italienne." (Couffon)

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Baie 7 ou verrière de saint Yves (1537), église de Moncontour. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Baie 7 ou verrière de saint Yves (1537), église de Moncontour. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Baie 7 ou verrière de saint Yves (1537), église de Moncontour. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Baie 7 ou verrière de saint Yves (1537), église de Moncontour. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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La scène se déroule sur une tribune  de style Renaissance inspirée par les monuments romains. Une longue architrave de marbre blanc est ornée d'entrelacs contournés dorés, et porte un appareil où alternent les pots à feu, les putti, ou des candélabres. Une tenture verte  y est suspendue, bordée d'orfrois à perles et gemmes, ourlée de franges, et frappée de décors damassés de grenades. Le sol est dallé de marbre bicolore  bleu clair et gris. Le point de fuite de la perspective correspond à la tête du saint. 

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Baie 7 ou verrière de saint Yves (1537), église de Moncontour. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Baie 7 ou verrière de saint Yves (1537), église de Moncontour. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Source BnF Gallica http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k4541886/f440.item

Source BnF Gallica http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k4541886/f440.item

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Mathurin Méheut, "Vive la Saint-Yves", crayon gouache, papier, 17 mai 1936. Musée Mathurin Méheut de Lamballe

Mathurin Méheut, "Vive la Saint-Yves", crayon gouache, papier, 17 mai 1936. Musée Mathurin Méheut de Lamballe

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En 1537, l'artiste pouvait avoir accès à l'une des quatre éditions successives des Grandes Croniques de Bretaigne d'Alain Bouchart rédigées à la demande d'Anne de Bretagne et éditées pour la première fois en 1514 par Jehan de la Roche pour Galliot des Près. Le chapitre XX du quatrième livre est consacré à saint Yves, avec une gravure montrant Saint Yves et le Pauvre.

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Il pouvait y lire :

"Et neautmaintz qu'il feust official de Treguer, si fut il advocat des pouvres et miserables personnes, et s'emploioit bien voluntiers à pacifier les parties et à les mectre d'acord ; car par tout où il congnoissoit pouvres gens qui pleidoient, il prenoit la charge de leurs causes, et, s'il les congnoissoit desraisonnables, il les mectoit d'acord et ne les soustenoit en procès ; et où il veoit que les pouvres gens avoient bon droit et n'avoient de quoy poursuivir leurs procès, il  conduisoit à ses dépens les appellations des sentences donnees es bons procès des pouvres jucques à Rennes et à Paris, tellement qu'il en venoit à bon chef, car il avoit tousjours Dieu avceques luy". (Grandes croniques, folio 147)

 

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Saint Yves et le Pauvre, Grandes croniques de Bretaigne d'Alain Bouchart, 1514.

Saint Yves et le Pauvre, Grandes croniques de Bretaigne d'Alain Bouchart, 1514.

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Le Pauvre.

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Déguenillé comme il se doit, il tient respectueusement son chapeau de feutre à la main. Il est vêtu d'une chemise boutonnée sur le devant et serrée par une ceinture rouge, d'une veste bleue, de chausses rapiécetées, et de méchantes chaussures dont les pièces de cuir ne protègent pas les orteils. 

Les deux genoux du Pauvre sont fléchis, ce qui contribue, comme le fait qu'il soit en marche vers la droite et représenté de profil, à s'opposer au Riche, campé de face, jambes écartés, parfaitement d'aplomb. Le pauvre homme est le plus petit des trois protagonistes. Il est voûté, ses cheveux sont blancs et mal peignés, ses lèvres crispées par l'amertume et la peur.

En arrière plan, une montagne domine une vallée où coule un fleuve.

Comparez avec Le Vagabond de Jérôme Bosch (entre 1490 et 1510)

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Baie 7 ou verrière de saint Yves (1537), église de Moncontour. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Baie 7 ou verrière de saint Yves (1537), église de Moncontour. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Baie 7 ou verrière de saint Yves (1537), église de Moncontour. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Baie 7 ou verrière de saint Yves (1537), église de Moncontour. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Saint Yves.

La partie inférieure de la figure du saint refaite.

Le saint  porte le costume d'official, c'est à dire de Juge des affaires ecclésiastiques :  la cotte et le camail rouge, le surplis blanc parsemée d'hermines, les chaussures violettes. Il est coiffé d'un bonnet rouge proche de la barrette. Il est tourné vers le Pauvre et il lit avec un sourire bienveillant sa défense (son placet), qui tient sur une feuille de parchemin. 

 

« Les vitraux de Moncontour et ceux des Iffs présentent ainsi de nombreux points communs, sans que l’on puisse parler de copies : tunique rouge et surplis blanc orné d’hermines pour saint Yves, tenue et posture assez proches pour le riche.

Une autre grande qualité demandée aux prêtres est d’afficher un caractère calme et pacifique. Le visage d’Yves Hélori apparaît ici serein et accueillant, n’exprimant aucune passion mais seulement une certaine béatitude. Enfin, le bon prêtre doit posséder certaines vertus. Les deux premières grandes qualités, particulièrement mises en valeur dans l’iconographie du groupe, sont l’équité et l’incorruptibilité de l’homme de Dieu. Il faut rappeler que le clergé avait des compétences judiciaires et qu’Yves Hélori avait exercé la charge d’official ou juge ecclésiastique. Dans tous les groupes, des plus anciens aux plus récents, saint Yves refuse l’argent du riche ou repousse ses propositions indécentes d’un geste de la main. Le message ainsi illustré est le suivant : la justice divine, matérialisée parfois par la présence de la colombe, symbole du Saint-Esprit, n’est pas accessible à la corruption, par opposition à la justice humaine. Écartant le riche, saint Yves est souvent représenté penché ou simplement tourné vers le pauvre pour mieux l’écouter, pour prendre les éléments de son sac à procès voire pour le protéger des attaques du puissant plaideur. Sur le vitrail des Iffs, le saint tend la main pour prendre le placet du pauvre et sur celui de Moncontour, il lit les plaintes du malheureux. Les hommes sont donc égaux devant la justice divine, même si saint Yves semble s’intéresser prioritairement au pauvre. En fait, le saint homme rééquilibre l’inégalité entre les deux plaideurs et met en confiance le pauvre plus qu’il ne le favorise." (V. Montarou)

 

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Baie 7 ou verrière de saint Yves (1537), église de Moncontour. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Baie 7 ou verrière de saint Yves (1537), église de Moncontour. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Le Riche.

Son portrait évoque celui de François Ier par Jean Clouet vers 1530, tel qu'il est décrypté par Anne Sophie Lambert (BnF). On y retrouve la posture de face au visage de trois-quart, la toque de velours rouge, ornée de médailles et barrettes d'or, et d'où émerge des plumes bleue et rouge, les cheveux non bouclés et couvrant l'oreille, la barbe taillée courte, la fine chemise blanche à bordure de dentelle, sans col. Nous admirons aussi la richesse du  pourpoint de drap damassé d'or  et dont deux boutons encadrent une fente médiane formant une taillade, et la jupe doublée d'hermine,qui doit être le prolongement d'une saie. Comme tout seigneur, notre Riche pose la main sur le pommeau de son épée, dont le fourreau est bleu.

Une autre parallèle peut être établi avec le portrait de Henri VIII par Hans Holbein le Jeune, peint en 1537. Nous y trouverons les bas rouges et les chaussures au bout élargies "en pattes d'ours" et à crevés. C'est aussi sur ce portrait que nous observerons la pelisse de drap bleu entièrement doublée de fourrure, aux manches larges et courtes fendues par des taillades aux bords brodés et à l'ouverture resserrée par un bouton. Par ces manches passent les bras d'une tunique rouge, là encore tailladée de crevés en soufflets et issant de dentelle aux poignets. De même, la taille de notre gentilhomme est entourée, un peu comme sur le portrait d'Henri VIII, d'une ceinture, de couleur verte, serrée par un nœud gansée.

L'élément important est la bourse de velours bleu, bien pleine, et dans laquelle le seigneur vient sans doute de prendre une pièce d'or qu'il tend au saint. Je ne distingue pas cette pièce, mais la position des doigts, et la proximité de la main et de la bourse me suffise pour me convaincre qu'elle est bien présente.

En somme, ce Riche n'est pas un nanti local, un marchand qui a réussi, c'est la figure des droits de la Noblesse et du Pouvoir Royal. 

 

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Baie 7 ou verrière de saint Yves (1537), église de Moncontour. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Baie 7 ou verrière de saint Yves (1537), église de Moncontour. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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REGISTRE MOYEN. YVES ET LES PAUVRES.

 

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Baie 7 ou verrière de saint Yves (1537), église de Moncontour. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Baie 7 ou verrière de saint Yves (1537), église de Moncontour. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Source BnF gallica

Source BnF gallica

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"4ème tableau. Au premier plan, saint Yves verse avec une aiguière jaune de l'eau sur les mains d'un infirme, appuyé sur une béquille et vêtu de haillons bleus. Au fond, saint Yves recueille des pauvres à sa table. Le saint est assis à table avec cinq convives. A sa droite, l'un en jaune rouge, à sa gauche, un autre en bleu. Du troisième l'on ne voit que la tête ; un quatrième, de dos, est vêtu de vert, avec bras gauche et épaule nus. Enfin, à côté et de dos également, le cinquième vêtu de bleu. Un serviteur, en bonnet de feutre rouge et veste verte, apporte un plat." (Couffon)

 

"Dans la deuxième travée, la vie toute de charité du saint est figurée. Il lave lui-même les plaies d'un infirme. Puis il admet les mendiants à sa table. Ceux-ci, loin de s'en montrer reconnaissants, se comportent mal. L'un crache dans le plat qu'on lui présente. Un autre a accaparé un pichet qu'il cache derrière son dos, etc. Saint- Yves, qui n'attend pas sa récompense ici-bas, voit tout, ne s'en offense pas, offre à Dieu ces humiliations et garde un visage doux et aimable." (Lorin)

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"Saint Yves partage le repas des pauvres. au premier plan, il leur lave les mains, au second plan il est à table avec eux, l'un crache dans le plat qu'on lui présente, l'autre accapare un pichet et le cache derrière lui." (Gatouillat et Hérold). 

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Un pauvre qui crache dans le plat ? À d'autres ! Je vois plutôt une allusion à la Cène — par la disposition des personnages — , mais aussi un affamé qui ronge un os, je vois une bourse pleine posée sur la table, je vois un démuni à l'épaule nue, "etc."

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"Jamais, dit Yves Catoïc, on ne l’a vu refuser l’aumône. Quand il n’avait plus d’argent, il distribuait le pain de sa maison, souvent la fournée tout entière. Lorsque le pain était distribué, il donnait ses vêtements, et plus d’une fois on l’a vu se dépouiller lui-même pour habiller les pauvres nécessiteux. Comme sa maison ne suffisait pas pour loger tous les malheureux qui s’y pressaient, il fit bâtir, tout auprès, un hôpital pour les recevoir, et là, dit Geffroy, son ancien vicaire, il leur donnait tout le bien qu’il avait reçu du bon Dieu. Avant de dîner lui-même, il distribuait, de ses propres mains, du pain aux pauvres qui se trouvaient à sa porte. S’il n’y en avait pas assez, il allait les chercher et en invitait même un certain nombre à manger avec lui. Il les faisait asseoir à sa table, partageait avec eux son morceau de pain d’orge, les légumes et les fèves de ses champs, et comme il n’y avait chez lui que de l’eau pour toute boisson, il en faisait boire à ses convives improvisés et buvait ensuite dans la même écuelle. Quand j’ai dit qu’il les faisait asseoir à sa table, c’est une manière de parler, car sa table, à lui, c’était la terre nue sur laquelle il s’asseyait avec ses amis, les pauvres, qu’il regardait aussi comme les amis du bon Dieu. Après le repas, il mettait discrètement dans le bissac de chacun un gros morceau de pain pour leur souper.

Si les hôtes de Kermartin étaient des malades ou des infirmes, le saint prêtre savait varier son menu : une soupe au lard, une écuellée de cidre, parfois un peu de vin et d’autres délicatesses, qu’il se refusait impitoyablement à lui-même. Quand la nuit était proche, il les retenait à coucher, leur lavait lui-même les mains, les seules fois sans doute où l’eau touchait à leur épiderme endurci, leur servait tout ce qu’il y avait de friandise dans sa pauvre demeure ; puis après avoir préparé, de ses propres mains, un lit pour les coucher, il leur aidait à s’y mettre. Pour lui, il prolongeait longuement dans la nuit son travail et ses prières, jusqu’à ce que la fatigue ne l’obligeât à s’étendre sur la terre humide, dans un coin quelconque de sa chambre. Un jour, lisons-nous dans son office, un pauvre arriva un peu tard à Kermartin, et de crainte d’importuner la maison, il se coucha sur une pierre qu’on montre encore non loin de la porte. Yves, en sortant le matin de bonne heure, heurta ce pauvre tout glacé et presque mort de faim et de misère. Aussitôt il le fait entrer, le couche dans son lit, le recouvre de ses propres vêtements, et pour se punir de cette faute bien involontaire pourtant, se met lui-même, la nuit suivante, à la place du pauvre et prend son sommeil sur cette pierre dure, sans aucune couverture,  pendant un hiver très rigoureux." (Abbé France, 1893)

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Baie 7 ou verrière de saint Yves (1537), église de Moncontour. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Baie 7 ou verrière de saint Yves (1537), église de Moncontour. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Baie 7 ou verrière de saint Yves (1537), église de Moncontour. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Baie 7 ou verrière de saint Yves (1537), église de Moncontour. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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"5ème tableau. Au premier plan, saint Yves fait l'aumône à deux pauvres. Le premier, en chemise et chausses violettes, porte à son côté une gourde ; l'autre, derrière lui, est vêtu de bleu. Dans le fond, sous un édifice à arcades carrelé en brun et blanc, un malade, le torse nu et la tête bandée, occupe un lit avec draps et couverture verte. A son chevet, banc et récipient jaune. Saint Yves est près de lui et le soigne. A côté, dans une scène coupée, le saint ensevelit un mort." (Couffon )
 

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"Dans le tableau suivant, saint Yves fait l'aumône à deux pauvres. Dans le fond, à gauche, il visite et soigne lui-même les malades, tandis qu'à droite il ensevelit et enterre les morts, avec l'aide d'un frère pénitent." (Lorin)

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"Au premier plan, Yves fait l'aumône à des estropiés. Au second plan, il est au chevet d'un malade" (Gatouillat et Hérold).

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Baie 7 ou verrière de saint Yves (1537), église de Moncontour. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Baie 7 ou verrière de saint Yves (1537), église de Moncontour. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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La mort de saint Yves sur une claie, entre deux anges,  et son apothéose où son âme est conduite au ciel par deux anges.

 

"6ème tableau. Mort de saint Yves. Le saint, nu-tête, est couché sur une claie bleue, posée sur un carrelage vert, et veillé par deux anges, l'un en robe jaune avec ailes violettes, l'autre en robe violacée avec ailes rouges. Dans le fond, fabriques en grisaille avec pointes de jaune d'argent. En haut du tableau, l'âme du saint, sous la forme d'un petit personnage nu, est portée au ciel par deux anges, vêtus comme les précédents. " (Couffon)

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Baie 7 ou verrière de saint Yves (1537), église de Moncontour. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Baie 7 ou verrière de saint Yves (1537), église de Moncontour. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Baie 7 ou verrière de saint Yves (1537), église de Moncontour. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Baie 7 ou verrière de saint Yves (1537), église de Moncontour. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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TROISIÈME REGISTRE.

 

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Baie 7 ou verrière de saint Yves (1537), église de Moncontour. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Baie 7 ou verrière de saint Yves (1537), église de Moncontour. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Source BnF Gallica http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k4541886/f432.item.zoom

Source BnF Gallica http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k4541886/f432.item.zoom

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"1er tableau. Saint Yves, au premier plan, écoute les leçons d'un cordelier de Rennes et prend des notes tandis que ses camarades paraissent s'ennuyer [Note : Témoignage 29 du Procès de canonisation de saint Yves : « J'allais au couvent des Frères Mineurs de Rennes entendre expliquer le quatrième livre des Sentences et la sainte Ecriture. Alors, sous l'influence des divines paroles, je me pris à mépriser le monde et à désirer ardemment les biens célestes »].

A côté du saint, un vieillard à barbe blanche, en toque verte et vêtement jaune, puis un jeune homme coiffé d'un chapeau de feutre à fond plat violet et vêtu d'un habit rose violacé à col jaune ; enfin, à droite, un vieillard barbe blanche, en chapeau bleu, robe bleue, pourpoint rouge à bouffants jaunes et manches pendantes vertes. Le cordelier, en froc gris-brun, enseigne dans une chaire brune. Dans le fond de ce tableau, saint Yves sert la messe dans une église aux murailles violettes. L'officiant porte une chasuble bénédictine blanche et or et une aube à parement. L’autel, sans tabernacle, avec retable blanc et or, est surmonté d'un dais rouge. Dans ce panneau, l'emploi abondant du jaune d'argent est à remarquer, la tête de saint Yves et celle du cordelier ont été refaites à l'époque moderne." (Couffon)
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"Dans la perspective, saint Yves, enfant, répond la messe. Il porte déjà le costume qu'il ne quittera plus : la robe et le béret écarlate, fourrés d'hermine, avec le nimbe d'or. — Le saint devenu écolier assiste à un cours fait par un religieux. Assis au pied du maître, il écoute attentivement, prend des notes, tandis que ses condisciples rient, causent, dorment." (Lorin)

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"Au premier plan, saint Yves écoute l'enseignement d'un moine franciscain, au second plan, il sert  la messe, images de saint Jean-Baptiste et de saint Jean l'Évangéliste sur le retable de l'autel." (Gatouillat et Hérold)

 

Ces quelques citations illustrent la liberté imaginative des commentateurs, puisqu'il est évident que saint Yves tourne le dos au prédicateur, qu'il lit mais ne prend aucune note, et qu'il détourne à son profit l'attention d'un jeune garçon. L'homme âgé qui est devant lui porte un habit à franges rituelles. En réalité, je pense que l'artiste a illustré ce passage des Grandes croniques de Bretaigne d'Alain Bouchart  :

 

"Après que le bon sainct Yves eut esté instruyt et parfait es sciences de grammoire, des ars, des droitz canon et civil, et aussi qu'il fut principié en la science de théologie, il se retyra en la ville de rennes et fut official de l'archidiacre de rennes par quelque temps. Et ce pendant qu'il estoit official, il frequentoit les lectures d'un religieulx théologien ou couvent des Freres mineurs de Rennes, soubz lequel il ouyt le quart livre de Sentences et grant partie de la Bible et aprint et retint moult de vertueuse doctrine, car le lecteur estoit sainct homme ; et oncques puis ne fut curieulx sainct Yves des plaisances mondaines ensuyvir."  Bouchart Alain, Grandes croniques de Bretaigne, Paris, 1986, t. 2, ch. XX, p. 14.

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Saint Yves suit sur son livre le commentaire donné  en chaire par le franciscain. J'accède ainsi à une meilleure compréhension du vitrail, ce qui m'amène à lire avec intérêt le passage suivant : 

 

"Ce séjour rennais est également marqué par un événement personnel de grande importance. Yves profite de l'existence d'un studium franciscain dans la ville pour aller y écouter les leçons qu'on y donne. C'est en suivant cet enseignement, comme il le confiera plus tard avec réluctance au frère Guyomar Morel, qu'il commence à envisager de changer radicalement le cours de sa vie. « Il entendait expliquer le quatrième livre des Sentences (de Pierre Lombard) et la Bible, et les divines paroles qu'il écoutait le portèrent à mépriser les choses de ce monde et à désirer passionnément les biens du Ciel. Un studium assure la formation avancée des frères : ce n'est pas une simple école conventuelle à l'intention des novices, mais un centre d'études plus complet où l'on enseigne à la fois la philosophie, la théologie, le droit canon et les Saintes Écritures, éventuellement préparatoires à l'envoi à l'Université des esprits les plus brillants qui seront alors hébergés dans des couvents proches de ses murs et bien équipés . [..]L'enseignement dispensé demeure des plus classiques pour l'époque : les Sentences de Pierre Lombard (mort en 1164) tiennent lieu, pour les universitaires comme pour les professeurs de l'ordre des frères Mineurs, de manuel de base dans les études religieuses, car l'intégralité de la doctrine chrétienne s'y trouve exposée de façon accessible et canonique. Le quart livre des Sentences porte sur l'Église et les Fins dernières : il procure un commentaire ordonné du devenir de l'âme après la mort en étroite relation avec la sacramentaire ecclésiale. L'idée directrice était que c'est dans la mesure où l'homme vit en Jésus-Christ grâce aux sacrements offerts par l'Église qu'il parvient , avec la communauté des croyants, à l'éternelle béatitude. Nous ignorons l'esprit et la teneur exacte des commentaires faits sur cet ouvrage vénérable et sur les Écritures devant l'official Yves Hélori : ils le bouleversèrent en tout cas cette fois car il avait certainement entendu d'autres gloses sur le même livre à Paris. Peut-être est-il plus réceptif à l'argumentation sensible d'un maître franciscain qu'à la rigueur raisonnante d'un scolastique." Yves de Tréguier : un saint du XIIIe siècle. Jean-Christophe Cassard - 1992

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En arrière-plan, Yves  est figuré tenant la chasuble d'un prêtre célébrant la messe, mais son costume et son nimbe s'accorde difficilement à l'hypothèse que cela se réfère à son enfance. Sur le retable, les deux saint Jean encadrent un saint évêque.

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Baie 7 ou verrière de saint Yves (1537), église de Moncontour. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Baie 7 ou verrière de saint Yves (1537), église de Moncontour. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Baie 7 ou verrière de saint Yves (1537), église de Moncontour. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Baie 7 ou verrière de saint Yves (1537), église de Moncontour. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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"2ème tableau.

Saint Yves, assis dans la chaire de l'official de Tours, interroge une jeune fille du diocèse de Tréguier qui niait obstinément son mariage à tout autre qu'à saint Yves [Note : On a voulu voir dans ce tableau le procès de l'hôtesse de saint Yves à Tours où celui-ci prononça sa célèbre plaidoirie mais De La Borderie a fait très justement remarquer que dans ce procès il n'était qu'avocat tandis que dans l'autre affaire il était juge, comme représenté sur le vitrail].

Le vêtement de la jeune fille est fort riche. Sa coiffe de drap d’or est brodée de perles, ses manches sont de brocart d'or, sa tunique verte et sa robe rouge sont également garnies de larges rubans d'or à perlages.
Au premier plan, le greffier, vêtu de chausses violettes et d'une robe bleue foncée à col jaune et guimpe blanche, inscrit la déposition. Il est coiffé d'un béret violet. Dans le fond, sur un damas vert bordé d'un riche galon d'or perlé, se détachent deux témoins en robes et bérets respectivement bleus et violets." (Couffon)

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"Cette scène rappelle le miracle de Tours. Official, il siège sur son tribunal. La veuve tient en main la sacoche à elle confiée par deux marchands qui l'avaient assurée pleine d'or, alors qu'elle ne contenait que des pierres. Ils se réjouissent de leur supercherie, mais le saint, qui la reconnue, dicte à son greffier la sentence qui les déboute de leurs exigences." (Lorin)

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"Saint Yves, official, interroge une jeune femme qui tient en main la sacoche qui lui avait été confiée par deux marchands comme étant pleine d'or, alors qu'elle contenait seulement des pierres. (Gatouillat et Hérold).

N.B : la jeune femme ne tient pas "une sacoche", mais un sac à procès. 

 

"Il s’est passé, vers le même temps, un fait extraordinaire dont a parlé Jean de Coëtfrec, et l’abbé de Bégard s’en est fait l’écho durant la procédure. Il s’agissait d’un jeune homme de Louannec qui avait épousé une fille de sa paroisse. Celle-ci se refusant à suivre son mari, en appela aux tribunaux pour faire invalider son mariage. Yves fut encore appelé pour plaider cette affaire et défendre le jeune homme. En sa présence, la fille de Louannec affirmait que réellement elle avait épousé ce jeune homme et qu’elle ne voulait pas d’autre mari que lui. Devant le tribunal, au contraire, elle le niait obstinément. La même scène s’étant répétée plusieurs fois, la cause fut portée jusqu’à Tours. L’official qui était chargé de la juger fut fortement étonné en présence d’un fait qui lui révélait la sainteté de l’avocat. Ne sachant comment en venir à bout, il descendit de son siège et chargea Yves de porter le jugement, ce qu’il fit pour le plus grand bien des deux contestants." (Abbé France)

 

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Baie 7 ou verrière de saint Yves (1537), église de Moncontour. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Baie 7 ou verrière de saint Yves (1537), église de Moncontour. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

"3ème tableau. Miracle de la messe de saint Yves. Au premier plan, saint Yves, revêtu d'une riche chasuble bleue avec croix brodée d'or portant l'écu de Bretagne, célèbre la messe. Au moment de l'Elévation, la colombe blanche du Saint Esprit apparaît et remplit l'église d'une lueur éblouissante, figurée par des rayons d'or. Un assistant, vêtu de rouge, tient un cierge de la main gauche, et de la droite relève la chasuble . Au second plan l'on aperçoit les têtes de trois personnages.
Dans le fond, saint Yves distribue son blé aux pauvres. Le saint regarde un homme, en cotte bleue et chausses vertes, remplir avec une pelle un sac que lui tient un autre personnage vêtu de jaune. Un troisième emporte sur son dos un sac plein. La scène se passe dans un grenier aux murs violets avec oculus bleu." (Couffon)

" Il disoit, tous les jours, fort devotieusement son service & celebroit la Sainte Messe, avant que de se vétir des ornemens Sacerdotaux, il se mettoit à genoux devant ou à costé de l’Autel auquel il devoir dire la Messe, le visage couvert de son chapperon, les mains jointes, le coeur élevé en Dieu, se recolligeoit, &, après la Messe, en faisoit de mesme ; & une fois, en la grande Eglise de Treguer, pendant qu’il faisoit ses Actions de grâces après la Messe, une belle Colombe, environnée d’une grande clarté, s’estant reposée sur son chef, s’envola sur le grand Autel & y demeura quelque temps, puis disparut. "  (Albert le Grand)

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Baie 7 ou verrière de saint Yves (1537), église de Moncontour. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Baie 7 ou verrière de saint Yves (1537), église de Moncontour. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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LE TYMPAN.

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Le tympan renferme cinq mouchettes. 

Dans l'ajour sommital, Dieu le Père bénissant (presque entièrement refait).

En dessous, séraphins et chérubins, chœur d'anges dans les nuées, aux patrons retournés.

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Baie 7 ou verrière de saint Yves (1537), église de Moncontour. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Baie 7 ou verrière de saint Yves (1537), église de Moncontour. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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DISCUSSION.

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Guidée par d'illustres auteurs, notre découverte de cette verrière s'est laissée happée par le sujet hagiographique, par la description des scènes figurées et par leur interprétation. Rien n'a été dit de la technique, et rien n'a été dit non plus du décor, et rien de l'intégration de cette verrière dans un programme  général des vitraux de Moncontour.

Un programme général.

— La verrière d'axe a été réalisée vers 1520-1530, offerte par Claude de la Villeblanche, grand panetier de la reine Claude de France en 1522, et par Jacques de la Motte, seigneur du Vauclerc. Elle représente l'Enfance du Christ.

— Entre 1500 et 1525 la baie 6 a reçue la verrière de la Vie de saint Mathurin, patron de l'église, offerte par Jacques de la Motte.

— Vers 1530-1540 est posée la baie 4 ou verrière de l'Arbre de Jessé, thème dont on connait la valeur comme défense du dogme de l'Immaculée-Conception.

— Vers 1535-1540 a été vitrée la baie 3, ou Verrière de la vie de saint Jean-Baptiste, offerte par Jean Le Mintier et Marie Le Moine.

— En 1537 la baie 7 reçoit la vitre de la Vie de saint Yves.

— En 1538 la baie 5 reçoit celle de la Vie de sainte Barbe.

Nous constatons donc l'importance des représentants de la noblesse (et le lien avec la cour royale) comme commanditaire ou donateurs pour 3 des 6 vitraux, et l'importance du culte des saints pour 4 des 6 vitraux.

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Un programme théologique ?

Les thèses de Luther ont été placardées sur la porte de l'église de Wittemberg en 1517. Elles condamnent le recours aux Indulgences pour financer la construction de la Basilique Saint-Pierre de Rome.

Entre 1520 et 1538, dates de la réalisation des vitraux de Moncontour, la présence du protestantisme n'est pas attestée en Haute-Bretagne avant les années 1530, puis sera extrêmement discrète jusque en 1550 où un noyau calviniste se forme à Rennes. Mais les thèses calvinistes sont influentes à la cour auprès de François Ier, de Marguerite de Navarre et de Renée de France, sœur de la reine Claude de France. 

La place donnée au culte des saints, et la défense de l'Immaculée-Conception, témoignent-elles pourtant déjà d'un soutien aux idées réformistes ?

En particulier, dans la verrière de la Vie de saint Yves, le miracle de la Messe de saint Yves, véritable équivalent de la Messe de saint Grégoire, défend sans doute le dogme de la Présence Réelle du Christ dans l'Eucharistie.

A contrario, l'insistance sur la valeur de la pauvreté, reprenant les valeurs évangéliques défendues par saint François et par les Franciscains ne témoigne-t-elle pas d'une remise en cause des richesses de l'Église ?

En premier lieu, le triptyque d'Yves entre le Riche et le Pauvre n'est-elle pas une dénonciation des abus du Pouvoir, et de l'injustice fondée sur le pouvoir de l'argent ?

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Saint Yves entre le Riche et le Pauvre : un thème récent et d'influence italienne.

Le groupe à trois personnages d'Yves entre le Riche et le Pauvre est représenté 89 fois en Bretagne, d'après l'inventaire de Virginie Montarou. Mais aucuns sont antérieurs au XVe siècle, seuls 2 d'entre eux datent du XVe siècle, et 33 datent du XVIe siècle. 

Parmi les 13 vitraux de ce Groupe, seuls 6 sont datés et 3 datent du XVIe siècle. Celui de Moncontour est  le plus ancien. Celui de Saint-Herbot date de 1556, et celui des Iffs est daté vers 1587 par les auteurs du Corpus.

[Le Fonds Saint-Yves dénombre en Finistère et Côtes d'Armor  7 vitraux dédiés à saint Yves, dont trois seulement du XV et XVIe siècle  : Boquého (22) Chapelle N-D de la Pitié, fragment, 1460 ;  Moncontour, (22), église N-D et Saint-Mathurin, 1537 ; Saint-Herbot , 1556 ; et Tréméven (29), église Saint-Méen, 1550. Mais seuls ceux de Moncontour et de Saint-Herbot sont des groupes de saint-Yves. J'ajoute à cette liste, pour le Morbihan, le vitrail des Iffs, église Saint-Ouen, de 1587. ]

 

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"Le groupe de saint Yves semble apparaître à la fin du XVe siècle ou au début du xvie siècle dans l’art religieux breton. Ainsi, les vitraux de Moncontour sont datés de 1537 d’après une inscription dans un cartouche. Malheureusement, peu de groupes sont datés avec certitude : on peut s’appuyer alors sur l’étude du costume qui peut donner quelques indices, ainsi que sur les datations stylistiques proposées par les spécialistes de la DRAC. L’examen des œuvres les plus anciennes laisse supposer que la création du groupe a été progressive. Il est intéressant de remarquer que des enluminures de la fin du Moyen Âge et du xvie siècle représentent saint Yves accompagné d’un malheureux, mais sans le riche : ainsi des gravures extraites des Chroniques d’Alain Bouchart datant de 1514 ou encore de l’incunable de la bibliothèque de Solesmes . Le groupe n’est sans doute pas apparu en Bretagne. Les œuvres les plus anciennes semblent être originaires d’Italie. Le thème de saint Yves entre le riche et le pauvre est en effet présent sur des tableaux italiens comme celui qui figurait au centre du retable de Saint-Yves conservé désormais au musée de la cathédrale de Florence (seconde moitié du XVe siècle) ou encore la fresque du Sodoma à l’entrée du palais communal de San Gimignano (1507). Cette présence à l’étranger peut paraître surprenante : une influence franciscaine peut être suggérée. En effet, dans la seconde moitié du XVe siècle, saint Yves se trouva lié aux Franciscains car il incarnait une image du saint prêtre ami des pauvres et zélateur de la justice. De plus, les Franciscains semblent être à l’origine de l’exportation du culte de saint Yves, entre autres au Mexique par le biais de l’évangélisation.

Malgré la reprise d’un certain nombre de stéréotypes, les images du groupe étaient loin d’être anodines aux yeux des fidèles et du clergé. Deux thèmes principaux peuvent être repris : d’un côté celui de l’influence du concile de Trente, de l’autre celui des différences sociales.

Les XVIe et XVIIe siècles sont marqués par le concile de Trente. Le groupe porte la trace de cette grande mutation, au service de laquelle l’iconographie est mobilisée. Les personnages du groupe, surtout saint Yves, sont en adéquation avec le message de la Réforme catholique : ce dernier entend de plus en plus montrer l’image du bon prêtre." (V. Montarou)

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Une nouvelle disposition spatiale des vitraux, assez timide.

Alors que les verrières médiévales sont divisées en panneaux recevant chacun un médaillon, puis que ces panneaux abandonnant les médaillons restent consacrés à un sujet iconographique distinct, le XVIe siècle inaugure l'usage de grands sujets répartis sur un registre entier, voire sur la verrière entière. C'est ici le cas avec le registre inférieur, alors que les autres registres restent cloisonnés dans des unités de temps et de lieux différents.

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Un nouveau décor.

Prenons maintenant le temps de revenir sur le décor peint au jaune d'argent sur verre blanc, décor qui  reprend le vocabulaire inspiré  de l'Antiquité classique et de la Renaissance italienne : rinceaux habités de chimères, mascarons de satyres grimaçants, arabesques, longues tiges d'acanthe ou de vigne à l'enroulement infini abritant une faune inattendue, masques, putti, pots à feu, pilastres. Ce vitrail  est fortement influencée par le répertoire de l’école de Fontainebleau élaboré par le Primatice et ses disciples pour les décors en stuc du château de Fontainebleau, et dont les estampes (Étienne Delaune), les travaux d'orfèvrerie, les armures décorées par les ornemanistes du XVIe siècle ou les volumes de Philibert Delorme assurèrent une large diffusion de l’art raffiné maniériste dans toute l’Europe  . 

rinceaux habités, à échelle variable

Comment ne pas évoquer la citation de Vasari sur l'art grotesque né de la Domus Aurea, palais de Néron à Rome :

 "Les grotesques sont une catégorie de peinture libre et cocasse inventée dans l'Antiquité pour orner des surfaces murales où seules des formes en suspension dans l'air pouvaient trouver place. Les artistes y représentaient des difformités monstrueuses créées du caprice de la nature ou de la fantaisie extravagante d'artiste : ils inventaient ces formes en dehors de toute règle, suspendaient à un fil très fin un poids qu'il ne pouvait supporter, transformaient les pattes d'un cheval en feuillage, les jambes d'un homme en pattes de grue et peignaient ainsi une foule d'espiègleries et d'extravagances. Celui qui avait l'imagination la plus folle passait pour le plus doué " 
Giorgio VASARI, De la peinture, Introduction technique, chapitre XIV, vers 1550

Comment ne pas évoquer aussi le charme léger des Loges Vaticanes peintes par Raphaël !. Ou un peu plus tard la folie des structures molles d'un Cornelis Floris (1514-1575)  à Anvers !

Et comment ne pas retrouver ici les principes de la grottesque, la négation de l'espace, l'apesanteur des formes et la prolifération des hybrides ?

 

« D'abord un monde vertical entièrement défini par le jeu graphique, sans épaisseur ni poids, mélange de rigueur et d'inconsistance qui faisait penser au rêve. Dans ce vide linéaire merveilleusement articulé, des formes mi-végétales, mi-animales, des « figures sans nom » surgissent et se confondent selon le mouvement gracieux ou tourmenté de l'ornement. [...] Un produit pur de l'imaginaire où se condensent les fantaisies, d'une vitalité à la fois trouble et fuyante, nettement érotisée dans le détail » Chastel, André. La Grottesque. Paris : Le Promeneur/Quai Voltaire, 1988.

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Baie 7 ou verrière de saint Yves (1537), église de Moncontour. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Baie 7 ou verrière de saint Yves (1537), église de Moncontour. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Baie 7 ou verrière de saint Yves (1537), église de Moncontour. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Baie 7 ou verrière de saint Yves (1537), église de Moncontour. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Baie 7 ou verrière de saint Yves (1537), église de Moncontour. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Baie 7 ou verrière de saint Yves (1537), église de Moncontour. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Baie 7 ou verrière de saint Yves (1537), église de Moncontour. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Baie 7 ou verrière de saint Yves (1537), église de Moncontour. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Baie 7 ou verrière de saint Yves (1537), église de Moncontour. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Baie 7 ou verrière de saint Yves (1537), église de Moncontour. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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SOURCES ET LIENS.

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— ALBERT LE GRAND La vie des saints de la Bretagne Armorique 1901 (pp. 163-191).

https://fr.wikisource.org/wiki/La_Vie_de_saint_Yves

— CASSARD (Jean-Christophe), 1992, Yves de Tréguier : un saint du XIIIe siècle. Edition Beauchesne, 150 pages, page 58.

https://books.google.fr/books/about/Saint_Yves_de_Tr%C3%A9guier.html?id=oIBsqkM1EbUC&redir_esc=y

— COUFFON (René), [1935]  Contribution à l'étude des verrières anciennes du département des Côtes-du-Nord, Mémoires de la Société d'émulation des Côtes-du-Nord. T. 67 1935, pages 167-171

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k441314t/f192.item

 

— FONDS SAINT-YVES. (attribution erronée à Michel Bayonne)

http://fonds-saintyves.fr/Vitrail-de-saint-Yves-eglise-de

 

FONDS SAINT-YVES Les représentations de saint Yves.

http://fonds-saintyves.fr/Les-representations-de-saint-Yves

— FRANCE (Abbé), 1893,  Saint Yves, ed. René Prud'homme,  (pp. 34-352).

https://fr.wikisource.org/wiki/Saint_Yves/II

 

— GATOUILLAT (Françoise), HÉROLD (Michel), 2005, Les vitraux de Bretagne, Corpus Vitrearum vol. VII, Presses Universitaires de Rennes.

 

HAMON ( Thierry), 2003, "Saint Yves et les Juristes" Revue « Armorik », Editions Anagrammes, Perros-Guirec, 2003, n° 1, pp. 120-139.

http://partages.univ-rennes1.fr/files/partages/Recherche/Recherche%20Droit/Laboratoires/CHD/Membres/Hamon/Saint%20Yves%20et%20les%20Juristes.pdf

 

LE GUILLOU (J-P.) 1989, "Saint Yves : ceux qui l'ont connu témoignent, ceux qu'il a guéris racontent (enquête de canonisation)", Henry, Pédernec, 1989

http://fonds-saintyves.fr/IMG/pdf/enquete_canonisation_avec_illust.pdf

 

— LORIN (F. ), 1908, La légende de saint Yves et les peintres verriers. Mémoires de la Société archéologique de Rambouillet, T. XX pages 425-440, 3 planches.

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k4541886/f430.image

— SITE DE L'OFFICE DU TOURISME DE MONCONTOUR.

http://www.tourisme-moncontour.com/Vitrail-saint-yves_fiche_1796.html

 

— MONTAROU (Virginie), Saint Yves entre le Riche et le Pauvre, in Saint Yves et les Bretons, Culte, image et mémoire (1203-2003).pages 215-228.

http://books.openedition.org/pur/22412?lang=fr

— INFOBRETAGNE, Les vitraux de l'église de Moncontour..

http://www.infobretagne.com/moncontour-eglise-vitraux.htm

— Thierry Hamon. L’adjuration à ”Saint Yves de Vérité” : persistance tardive d’une ordalie populaire bretonne. Mémoires de la Société d’Histoire et d’Archéologie de Bretagne, Société d’histoire et d’archéologie de Bretagne, 2008, 86, pp.41 - 88.

https://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-00853408/document.

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Published by jean-yves cordier - dans Vitraux
17 mars 2018 6 17 /03 /mars /2018 15:40

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Rappel. 

1°) Une première inscription figure sous le fronton du porche de l'église et indique "CESTE . CHAPPELE.  FVT .  COMMENCEE . 1516.  ET .  LA . TOVR . 1566.". Pour Millet, Castel et Huon 1996, l'architecte responsable de la construction du clocher-tour est Jean Le Tallandier, bien qu'il n'ait pas signé ici son travail comme à Plougasnou et à Ploubezre. Ce sont les caractères stylistiques de la construction qui incitent les auteurs à attribuer le clocher et le porche ouest a cet architecte morlaisien. D'autres documents auxquels je n'ai pas eu accès attesteraient que Fiacre de la Haye a travaillé sur Saint-Émilion en 1601. 

2°) Sur la sablière du transept sud figure l'inscription "LE XVI : IOUR : DAPRILL : LAN : MIL : [V]: CENTZ : CINCQUANTE : UNG : LE : BOIS : DE : CHAPELLE : A : ESTE : FAIT ." ("Le seizième jour d'avril de l'an mil [cinq] cent cinquante et un (1551) le bois de cette chapelle a été fait".). Cette inscription encadrée par les bustes d'un homme (portant un casque) et d'une femme voisine les armoiries des Poulgras seigneurs de Trogorre, c'est à dire, en cette année 1551, de Jeanne de Poulgras et de son époux Hervé Le Rouge (ou de son second époux Jean de Kermarquer vers 1560).

3°) Dans la partie occidentale de la nef, au nord, une sablière N4 indique : LE : BOIS : DU : BOUT :DA[N]BAS : DE : CEANS : FAICT / : / AUGTE : G : LAMY ON GOUARN RE : A : P[RESE]NT : L : M : VCZ : LVII ("Le bois du bout d'en bas de céans fait [par ] Augte G. Lamyon Gouverneur à présent l'an mil cinq cent cinquante sept (1557)"). Cette inscription est centrée par un médaillon Renaissance montrant un homme jeune, et est encadrée par deux hommes tenant un phylactère, celui de gauche portant des binocles. On en déduit que "G. Lamyon" (ou pour certains "Auguste G. Lamyon") était gouverneur de la fabrique de Saint-Émilion en 1557.

4°) René Couffon signale avoir lu "en dessous" de cette inscription celle-ci "fet J. Guille". La confiance en ce témoignage est altérée par la lecture défectueuse de Couffon pour le texte précédant où il donne "Auguste Glamyon" au lieu de G. Lamyon.

5°) La sablière nord suivante (N. 5) montre huit médaillons à personnages autour d'un médaillon portant le monogramme G.P autour d'une herminette, suggérant que ce sont là les initiales du maître-charpentier.

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En résumé, nous avons un édifice débuté en 1516, dont la construction a lieu  principalement entre 1551 et 1566 mais s'est poursuivie en 1583, et en 1601. En 1757, une sacristie fut construite, mais elle sera supprimée lors d'une agrandissement du chevet entre 1885 et 1887.

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Plan des localisations des inscriptions datées.

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...

À propos de G. Lamyon, sur l' inscription de 1557 des sablières de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras.

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J'ai recherché des renseignements sur ce "G. Lamyon", qui se désigne comme gouverneur en 1157 et qui fut donc le maître d'œuvre de la pose de la charpente "du bout d'en bas" de la chapelle, ce que j'interprète comme "de l'extrémité de la partie basse — occidentale— de la chapelle". 

Or, le patronyme "LAMYON" est rare. Il est donné comme disparu de nos jours. Une recherche sur le site FILAE donne neuf résultats, sur des départements divers mais éloignés de la Bretagne. 

Il faudrait se livrer à des recherches d'état-civil sur la commune et le département, mais cela ne relève pas de mes compétences. 

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1. Jehan Layon, relieur à Troyes en 1401-1402.

En ligne, une première mention est celle d'un relieur de livres de Troyes, messire Jehan Lamyon :

Les relieurs de livres à Troyes : Jean LAMYON (1400-1402). Messire Jean Lamyon, écrivain et relieur. 

Il figure sur la liste des écrivains et copistes au service des Ducs de Bourgogne dans l'ouvrage de Léon de Laborde - 1852 - ‎Les Ducs de Bourgogne: études sur les lettres, les arts  ..., Volume 3

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2. Guillaume Lamyon, de Laval, maître-charpentier en 1567.

Ce personnage est cité dans Bibliothèque d'humanisme et renaissance, Volumes 7 à 8,  1945

 https://fr.scribd.com/document/254726789/Bibliotheque-d-Humanisme-Et-Renaissance-Tome-Vii-1945

"Pour la période de 1567 à 1571, le même dossier C4986 contient de précieux renseignements sur un nouveau personnage ….Dès 1er février , les miseurs reçoivent l'ordre de payer l. t à un architecte « mandé et venu exprès pour le faict de navigaige et entreprise que l'on veult faire et entreprendre sur la rivière ». Le 3 février 1567, Pierre Guillot, ingénieur venu de Laval, défrayé de tous frais, parcourt la Vilaine en bateau et note les réparations les plus urgentes. Le 9 du même mois, les habitants, qui voudraient hâter les travaux, délibèrent :

"Il est ordonné et faict commandement à Jehan Cormeir et Guillaume Tual, à présent recepveurs et miseurs des deniers de cette ville de Rennes, bailler et delivrer content et sans delay à Pierre Guillot, sculteur, et Guillaume Lamyon, maistre charpentier, venuz et mandez exprès de la ville de Laval en ceste ville de Rennes pour veoir et visiter le cours de la ripviere de Villaigne y passante, puis ceste ville jusques aux pontz et port de Messac et en faire rapport, description et procès verbal pour entendre le moyen de la rendre navigable si estre peult. A quoy ilsz auront vacqué en compaignie de Jullien Hindre, l'un des bourgeois de ladicte ville, Me Olivier Auleon son homme, et Symon Hubert, batelier. Et de ce ont presentement faict rapport et procès verbal qui est es mains ducict Auleon pour en faire portraict. Scavoir, pour une part, cinquante livres tant pour le service que paines et vacations desdictz Guillot et Lamyon et pour s'en retourner audict Laval. Item, la somme de 20 livres t. pour frayer et desbourser pour leurs despences d'aultres susnommez de leur compaignie audict voyaige qu'ilz ont faict par six jours sur  ladicte ripviere... tout la somme de 71 livres t... sauf à faire raison ausdicts Hindre, Auleon et son homme de leurs paines et vacations lorsque ledi et Auleon aura faict ledict pourtraict... "

La présence de ce Guillaume Lamyon à Rennes en 1567 pour inspecter le cours de la Vilaine jusqu'au port de Messac afin de le rendre navigable et de le réparer, et la mention de sa profession de maître-charpentier, incitent à s'interroger : s'agit-il du "G. Lamyon" mentionné à Loguivy-Plougras ?

On objectera que, sur la sablière, G. Lamyon est qualifié de "gouverneur", qualité qui, si on la comprend dans le sens de "fabricien", suppose qu'il s'agisse d'un membre de la paroisse, propriétaire terrien, agriculteur ou marchand mais non professionnel du bâtiment. Néanmoins, ce patronyme n'est pas attesté, pour ce que j'en sait, dans la paroisse. D'autre part, les travaux semblent avoir été commandités par Jeanne de Poulgras plutôt que par la fabrique. Peut-on envisager que "gouverneur", désigne ici "celui qui préside au bon fonctionnement de quelque chose", (CNRTL), "celui qui a en charge quelque chose" ?

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3. Une précision sur "GOUARNRE "

. Le substantif "gouarneur" n'est pas une forme de "gouverneur" en moyen français, comme je l'avais trop rapidement pensé, mais c'est le mot breton pour "gouverneur". Le dictionnaire françois-celtique (1732)  de Grégoire de Rostrenen donne :

GOUVERNEUR. Gouarneur. р.,gouarnearyen, gouarner. p. gouarneryen. Vannetais gouranour, p. gouarneryon,, gouarnouryan.

Il est attesté en 1499 dans le Catholicon de Jehan Lagadec :

http://www.catholicon.net/telechargement/catholicon_r_f_le_men_1867-rennes.pdf

Il est composé sur le verbe breton  gouarn (gouarnn, gouuarn) "gouverner", présent dans le Catholicon manuscrit de 1464.

Si les bretonnants valident ma lecture, il faudrait comprendre  l'usage d'un terme breton dans une inscription en français. Il faudrait souligner aussi  la rareté d'un terme breton dans une inscription de sablières. D''autre part il faudrait envisager la possibilité que d'autre mots, comme le mystérieux AUGTE (ou AUNTE) , soit aussi issus du breton. Mais "Augte" et Aunte" n'ont aucune signification en breton.

En définitive, la  graphie "GOUARNRE " me semble bien bretonne, mais cela ne me procure pas d'indice dans la compréhension de cette inscription, si ce n'est d'encourager l'idée que ce terme ne vienne pas renvoyer à la fonction de fabricien.

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4. Guillaume Lamyon et Pierre Guillot.

Dans le texte que j'ai extrait de la Bibliothèque d'Humanisme et de Renaissance, le maître-charpentier Guillaume Lamyon accompagne Pierre Guillot, "sculpteur", venant également de Laval. Les commentateurs estiment qu'il s'agit de Pierre Guillot, architecte à Laval  où il construisit en 1575 la voûte à caissons du transept sud, puis le portail sud de la Trinité de Laval. plus tard, en 1575, Pierre Guillot se dit encore « maître maçon » dans le marché par lequel il s'engage à voûter la chapelle neuve de la Trinité. Il est le frère de Jean Guillot, architecte à Angers dès 1550, et qualifié en 1595 de "maître voyeur et visiteur des œuvres de maçonnerie en le duché d'Anjou". ( Isidore Boullier Recherches historiques sur l'église et la paroisse de la Trinité de Laval pages 141-142)

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Il paraît fort hasardeux de proposer de lire dans les deux lettres G.P qui entoure l'herminette dans le médaillon de la sablière N5 de Loguivy-Plougras les initiales (alors inversées) de Pierre Guillot. Certes. 

Mais il est troublant de constater que René Couffon ait lu "Fet J. Guille" dans le voisinage de ces deux inscriptions de 1557.

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CONCLUSION.

Je souhaite donc proposer l'hypothèse que G. Lamyon, qui a pris en charge ("gouverner") la pose de la charpente de l'extrémité occidentale de la chapelle Saint-Émilion en 1557, peu avant la construction de la tour-clocher en 1561,  soit identifié comme Guillaume Lamyon, maître-charpentier présent à Rennes auprès de Pierre Guillot, "sculpteur", en 1567 dans des travaux sur le cours de la Vilaine. La rareté du patronyme plaide en faveur de ce rapprochement.

La seconde hypothèse se plait à imaginer que ce Pierre Guillot qui deviendra ensuite maître-maçon et architecte de l'église de la Trinité à Laval en  1575 est celui qui a placé son monogramme G.P et son emblème professionnelle à coté de l'inscription préservant la mémoire du rôle de G. Lamyon.

Ces propositions sont lancées ici, comme des bouteilles à la mer, sur le flux de la Toile pour susciter les travaux complémentaires qu'elles méritent certainement aux yeux des passionnés du patrimoine de Loguivy-Plougras.

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À propos de G. Lamyon, sur l' inscription de 1557 des sablières de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras.
À propos de G. Lamyon, sur l' inscription de 1557 des sablières de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras.

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SOURCES ET LIENS. 


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— COUFFON (René) 1939,  Répertoire des églises et chapelles du diocèse de Saint-Brieuc et Tréguier, extrait des Mémoires de la Société d'émulation des Côtes-du-Nord, Saint-Brieuc, Les presses bretonnes, 1939, p. 233-235.

 

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6562108b/f29.image

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6562108b/f46.image

— DUHEM (Sophie) 1998, « Quant li goupil happe les jélines... », ou les représentations de Renart dans la sculpture sur bois bretonne du XVe au XVIIe siècle,  Annales de Bretagne et des pays de l'Ouest  Année 1998  105-1  pp. 53-69

http://www.persee.fr/doc/abpo_0399-0826_1998_num_105_1_3972

— DUHEM (Sophie) 1997, Sablières sculptées de Bretagne : images, ouvriers du bois et culture paroissiale au temps de la prospérite bretonne (XVe-XVIIe s.). Thèse de doctorat en Histoire. Sous la direction de Alain Croix. Soutenue en 1997. à Rennes 2 .

— DUHEM (Sophie) 1998, Les Sablières sculptées de Bretagne, Presses Universitaires de Rennes, 390 pages. Pages  66-69-72-183-232-233-266-267-277-278 : 

— MILLET (Christian), CASTEL (Yves-Pascal), HUON (Michel), 1996, Jean Le Taillandier, architecte de la Renaissance", Bulletin de la Société archéologique du Finistère page 199-215.

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Published by jean-yves cordier - dans Sablières
14 mars 2018 3 14 /03 /mars /2018 23:24

Les sablières (1551) des bras du transept et des bas-cotés de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras.

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Cet article fait suite à :

Les sablières (1551-1557) de la nef de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras (22). I. Le coté nord.

Les sablières (1551-1557) de la nef de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras (22). II. Le coté sud.

 

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Vous pourrez lire aussi, sur le sujet des sablières de Bretagne, les articles suivants :

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Pour les autres articles sur les sablières, tapez ce mot sur l'onglet "Rechercher".

 

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Voir la présentation générale dans le premier article, qui a décrit les sablières du coté nord de l'église de Loguivy-Plougras. 

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Une partie des sablières du coté nord de la nef témoignait par ses cuirs découpés et ses médaillons du style Renaissance, et portait, pour "le bout du bois" ou extrémité (occidentale) de la charpente, la date de 1557,  la signature d'un gouverneur, G. Lamyon et celle d'un charpentier, "G.P". Le reste des sablières de la nef, hormis un apport récent venant de Lannion, multipliait les dragons, les grylles et les lions, mais aussi  une scène de chasse énigmatique, une scène de beuverie avec sirène, et autres drôleries, sous l' influence d'une verve médiévale auquel le Concile de Trente (1545-1563) mettra un terme. 

Les sablières des bras du  transept de ce qui était encore une chapelle rompt avec ces deux ensembles : les seigneurs de Plougras y manifestent leurs droits par leurs armoiries, par une oraison à la Vierge et par une inscription de fondation nous informant que la charpente a été posée en 1551.  Nous sommes alors sous Henri II. 

Les bas-cotés  renouent avec les thèmes ludiques, animaliers  et cynégétiques des sablières de la nef, avant de se conclure, à l'ouest, par une spectaculaire scène funéraire. 

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I. LE BRAS NORD DU TRANSEPT : LA MARQUE DES COMMANDITAIRES.

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1°) Le coté est. Tr 1 et Tr 2.

Ses deux pièces séparées par l'entrait montrent les armes des seigneurs de Trogorre entre des lions et des dragons, puis deux dragons affrontés.

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Sablières des bras du transept de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

Sablières des bras du transept de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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a) la pièce de droite : Tr 1.

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Tr 1. Sablières des bras du transept de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

Tr 1. Sablières des bras du transept de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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Deux lions et deux dragons encadrant les armoiries des Plougras, seigneurs de Trogorre.

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Au centre est figurée une croix  pattée peinte en rouge. Ce sont les armoiries de la famille de Poulgras seigneurs de Trogorre, certes semblables à celles des Templiers, mais se référant aussi à l'origine bretonne du nom Poulgras, "Ploe croes" ou "Ploe kroas", en latin "Plebe Crucis" la "paroisse de la croix".

La famille Plougras (seigneurs de Trogorre), aujourd'hui disparue et qui a donné son nom à la commune, existait dès le XIIIème siècle : Elle portait pour armes : d’argent à une croix pattée de gueules. On mentionne : 

  • Alanus de Plebe Crucis (en 1288),
  • Maurice de Plougras (vers 1330),
  • Guillaume de Plougras (en 1415 et en 1416),
  • Alain I de Plougras (décédé en 1459),
  • Alain II de Plougras (décédé en 1464),
  • Alain III de Plougras seigneur de Trogorre (décédé en 1490), mariée avec Marie Le Rouge (fille de Guy Le Rouge et de Catherine Le Rouge, dame de Bourouguel). Ce sont eux qui ont fait construire dans les années 1470  la chapelle Saint-Yves à Loguivy-Plougras, chapelle qui porte les armes des Plougras et des Le Rouge
  • François de Plougras (décédé en 1536), marié en décembre 1495 avec Gillette Kerouzy (d'or au lion de sable).
  • Claude de Plougras (décédé en 1555), marié avec Françoise Benerven, dame de Trédiec,
  • Jeanne de Plougras (ca 1520-1581) , dame de Trogorre. Elle épouse vers 1540  Hervé Le Rouge, seigneur de Kerdavid (1500-1571),  puis  vers 1560  Jean de Kermarquer (d'azur à la fasce d'or, chargé de trois molettes de sable)

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Voir ‎Jules Lamare, 1869, Archives départementales des Côtes-du-Nord, page 282

"— Aveux fournis, en 1540, à Claude de Ploëcroix, seigneur de Ploëcroix et de Trougor; en 1556, à Jean de Kerguesay, sieur de Guermorvan, propriétaire de la seigneurie de Trogorre; en 1566, à Pierre de Kerguesay, sieur de Coëtdisech et de Trogorre, pour des héritages situés dans les paroisses de Plougras, de Louargat et de Plounévez-Moëdec. 

— Aveu rendu à la seigneurie de Guingamp, en 1583, par Jean de Kermarquer et Jeanne de Poulgroix, son épouse, pour le manoir de Trogore, avec le château dudit lieu en ruines, le fonds où est bâtie l'église de Loguivi-Plougras [chapelle Saint-Ivy], la chapelle de saint Emilion, près du bourg et la chapelle de saint Yves près du manoir; la haute juridiction avec les patibulaires à quatre piliers, les bois de haute futaie, deux moulins blanderets, un moulin foulleret et un moulin à tan sur la rivière du Léguer ; le lieu noble du Trescouët, la métairie de Saint-Emilion, un grand nombre de convenants dans les paroisses de Plougras et Loguivy sa trève , de Plounévez et de Plougonnec ; le fief de la cour et seigneurie de Poulgroix et de Trogorre s'étendant aux paroisses mentionnées ci-après : le lieu noble de Kerrouëc, la métairie de Crauguen, en Loguivy et en Plougras ; la métairie noble du Marquez,. en Plounévez; le lieu noble de Lisle, en Louargat ; des pièces de terre en Plougonver. "

La construction de la chapelle Saint-Emilion a débuté, comme l'atteste l'inscription lapidaire du porche, en 1516, mais le chantier fut sans doute interrompu puisque la charpente n' est posée qu'en 1551, complétée en 1557 et que le clocher-tour ne fut bâti qu'en 1566. On y travaillait encore le 26 juin 1583, comme l'atteste une note dans les aveux rendus à la seigneurie de Guingamp par Jean de Kermarquer et Jeanne de Poulgroix-Trogorre :

"Item au métairie et  maison noble couverte d'ardoise appelée la métairie de Saint-Émilion que Jean Le Gal tient à titre de ferme porte jardin et courtil de jouxte avec deux petites maisons estants jouxte la rivière  et où à présent travaillent les picotteurs et maistres ouvriers pour l'édifice de la tour de Saint-Émilion".

Les ouvriers travaillent donc dans les locaux existant le long de la Rivière de Saint-Émilion, qui provient de l'étang de Beffou et se jette dans le Guic arrosant Loc-Envel. 

Cet aveu confirme le rôle de commanditaire du couple Jeanne de Plougras - Jean de Kermarquer. Ils firent appel en 1566 à l'architecte Jean Le Taillandier, actif dans la région de Morlaix dans la seconde moitié du XVIe siècle et qui a signé de son nom les tours-clochers  des églises de Ploubezre  (22) en 1577 et de Plougasnou (29) en 1582-1584 . Le style de ce dernier — dont le nom a été évoqué dans la réalisation du château de Kerjean, fortement inspiré par Philibert Delorme — est caractéristique de la Renaissance française, et se retrouve aussi dans le deuxième étage de la tour de Lampaul-Guimiliau et sur le bas de celle de Landivisiau (Millet 1996). En 1601, ce sera Fiacre de la Haye qui poursuivra la supervision des travaux.

 

 

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Tr 1.Sablières des bras du transept de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

Tr 1.Sablières des bras du transept de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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La pièce de bois débute à gauche par le buste d'un homme de profil, remarquable par la taille de sa barbe, en collier se terminant par un bouc en bataille. 

Puis vient un dragon, dont certains caractères rappellent ceux de la nef sud, comme des  sortes d'ailes et de cornes en forme de feuilles aux prolongements en spirales. 

Tr 1. Sablières des bras du transept de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

Tr 1. Sablières des bras du transept de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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Au centre, deux lions passants présentent les armoiries à croix pattée. Ils procèdent de la même exubérance que les dragons, avec une queue fleurie et des tiges et feuilles comblant les espaces vides.

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Tr 1. Sablières des bras du transept de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

Tr 1. Sablières des bras du transept de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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Nous retrouvons à droite le dragon et un buste d'homme, ici imberbe.

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Tr 1. Sablières des bras du transept de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

Tr 1. Sablières des bras du transept de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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b) la pièce de gauche : Tr 2. Deux dragons entourés par un couple d'humains.

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Tr2. Sablières des bras du transept de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

Tr2. Sablières des bras du transept de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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Au centre, l'artiste a sculpté deux dragons affrontés réunis par une navette.

Ces dragons sont de même style que ceux de la nef sud, avec des queues se terminant par une tête de serpent, et avec des excroissances foliaires  sur l'échine ou sur les pattes.

 

Tr 2 Sablières des bras du transept de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

Tr 2 Sablières des bras du transept de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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De chaque coté, deux personnages sont représentés. Faut-il y voir le couple des commanditaires ? À gauche, une femme en buste, de face. À droite, un homme de profil tient une épée. 

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Tr 2. Sablières des bras du transept de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

Tr 2. Sablières des bras du transept de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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2°) Le coté ouest. Tr 3 et Tr 4.

En face des pièces précédentes, et en symétrie avec elles, nous trouvons ici les armoiries des Poulgras entre deux cerfs, et deux dragons atour d'un médaillon.

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Sablières des bras du transept de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

Sablières des bras du transept de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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a) À droite : Tr 3.  deux dragons autour d'un médaillon.

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Tr 3. Sablières des bras du transept de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

Tr 3. Sablières des bras du transept de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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Deux dragons posent une patte sur la périphérie du médaillon, comme deux animaux héraldiques autour d'un blason. Le médaillon est élégant et habilement dessiné, reprenant la courbe des épaules pour tracer un cercle. Une femme au visage rond est représentée en buste, de face. Ses yeux sont ronds, sa bouche petite, dans le style de notre sculpteur. S'agit-il de Jeanne de Plougras ? 

Les deux dragons sont encadrés par un couple.

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Tr 3.Sablières des bras du transept de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

Tr 3.Sablières des bras du transept de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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À gauche, c'est un homme coiffé d'un casque. Sa barbe, qui est rasée sur les joues et forment un balai dru en dessous de la mandibule, évoque immédiatement celle du personnage de la sablière du coté est en Tr 1.

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Tr 3. Sablières des bras du transept de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

Tr 3. Sablières des bras du transept de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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b) Le coté gauche : Tr 4. Armoiries des Plougras entre deux cerfs.

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Oui, ce sont bien des cerfs comme l'attestent leurs bois, mais métissés avec des dragons ou traités de façon fantastique avec ces appendices foliaires poussant ici ou là, si caractéristiques du style de l'artiste Plougrasien (ou Loguivien). 

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Tr 4. Sablières des bras du transept de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

Tr 4. Sablières des bras du transept de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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Tr 4. Sablières des bras du transept de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

Tr 4. Sablières des bras du transept de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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Tr 4. Sablières des bras du transept de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

Tr 4. Sablières des bras du transept de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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II. LE BRAS SUD DU TRANSEPT : INSCRIPTIONS ET MARQUES DES COMMANDITAIRES.

 

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1°) Les deux pièces de sablières du mur ouest. Tr 5 et Tr 6. 

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Sablières des bras du transept de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

Sablières des bras du transept de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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a) La pièce du coté droit : Tr 5. Inscription datée, sur un phylactère encadrée par un couple.

Tr 5. Sablières des bras du transept de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

Tr 5. Sablières des bras du transept de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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L'inscription de fondation (1551).

 

LE XVI : IOUR : DAPRILL : LAN : MIL : [V]: CENTZ : CINCQUANTE : UNG : LE : BOIS : DE : CHAPELLE : A : ESTE : FAIT .

 "Le seizième jour d'avril de l'an mil [cinq] cent cinquante et un (1551) le bois de cette chapelle a été fait".

Nous retrouvons l'usage du terme de "bois" pour désigner la charpente, comme cela a été discuté pour l'inscription de N4 du coté nord de la nef. Par rapport à cette dernière ( "Le bois du bout d'en bas de céans fait [par] Augte  G. Lamyon Gouverneur à présent l'an mil cinq cent cinquante sept (1557)"), l'inscription concerne ici l'ensemble de la charpente. .

 

 

Tr 5. Sablières des bras du transept de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

Tr 5. Sablières des bras du transept de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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Tr 5. Sablières des bras du transept de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

Tr 5. Sablières des bras du transept de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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Tr 5. Sablières des bras du transept de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

Tr 5. Sablières des bras du transept de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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Tr 5. Sablières des bras du transept de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

Tr 5. Sablières des bras du transept de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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b) la pièce du coté gauche : Tr 6. Deux cerfs couchés encadrant les armoiries des Plougras.

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Tr 6. Sablières des bras du transept de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

Tr 6. Sablières des bras du transept de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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Tr 6. Sablières des bras du transept de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

Tr 6. Sablières des bras du transept de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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2°) Les sablières du coté est. Tr 7 et Tr 8. 

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Sablières des bras du transept de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

Sablières des bras du transept de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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a) la pièce de droite Tr 7 : deux cerfs couchés encadrant les armoiries des Plougras.

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Tr 7.  Sablières des bras du transept de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

Tr 7. Sablières des bras du transept de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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Tr 7. Sablières des bras du transept de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

Tr 7. Sablières des bras du transept de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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Tr 7. Sablières des bras du transept de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

Tr 7. Sablières des bras du transept de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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b) la pièce de gauche : Tr 8.  Inscription sacrée : oraisons (funèbres).  

 

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Tr 8. Sablières du bras sud du transept de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

Tr 8. Sablières du bras sud du transept de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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 . O MAT . DEI : MEM[E]NTO MEI : DOMINE : M : ISERE : SVPER : ISTO .

"Ô Mater Dei memento mei Domine misere[re] super isto"

Il s'agit de la succession de deux oraisons différentes.

L'une s'adresse à la Vierge et lui demande sa protection : Ô Mère de Dieu souvenez-vous de moi. R. de Belleval la trouve gravée sur des armures de la fin du XVe siècle. C'est la marque d'imprimeur de Guillaume Le Rouge à Paris.  Nicolas Gombert (1495-1556), compositeur franco-flamand  maître des enfants de chœur de Charles Quint, en composa un motet. L'invocation vient clore l'Ave Maria de Josquin des Prez datant de 1485. Plus tardivement, elle est récitée lors de l'Extrême-onction des Frères Mineurs. 

La seconde ne se rencontre que sous la forme "Domine miserere super isto peccatore (vel peccatrice)", "Seigneur prends pitié de ce pécheur (de cette pécheresse)". Elle se prononce lors de funérailles au cours de l'Office des Morts.

Sont-elles placées ici par les donateurs en prévision de leur heure dernière, ou à l'attention d'un défunt ?

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Tr 8.  Sablières des bras du transept de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

Tr 8. Sablières des bras du transept de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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Tr 8.  Sablières des bras du transept de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

Tr 8. Sablières des bras du transept de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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LES BAS-COTÉS.

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Je suis tenté d'opposer les sablières du transept, vouées à une  fonction honorifique et de demande de protection sur les commanditaires en retour de leurs dons,  avec celles des bas-cotés, dont le caractère populaire et dérivatif est évident. Mais ce n'est peut-être pas si simple. Les armoiries des Plougras y figurent aussi en bonne place.

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BAS-COTÉ SUD.

 

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. Sablières des bas-cotés de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

. Sablières des bas-cotés de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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Femme allongée, bras le long de la tête, seulement vêtue d'un pagne et coiffée d'un (?) diadème.

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BC 1. Sablières des bas-cotés de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

BC 1. Sablières des bas-cotés de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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Homme (?) allongé sur le dos, bras le long de la tête, à cheveux longs, vêtus d'une veste et de chausse à crevés. 

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Sablières des bas-cotés de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

Sablières des bas-cotés de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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Homme la main à l'oreille, désignant de l'index la scène située à sa droite.

Brochet : Homme à la houppe.

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Sablières des bas-cotés de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

Sablières des bas-cotés de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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Vue générale de l'extrémité du bas-coté sud.

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Sablières des bas-cotés de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

Sablières des bas-cotés de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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Blochet : homme barbu encapuchonné.

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Sablières des bas-cotés de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

Sablières des bas-cotés de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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La scène qui se présente maintenant est difficile à interpréter. Un homme souffle dans une trompe et porte sa main droite contre une volumineuse tuméfaction de sa joue (ou bien, il tient contre sa joue un objet rond, fruit ou pain). Ses épaules sont couvertes par un col festonné. Il est allongé, comme les buveurs des scènes d'ivrognerie, si bien que je dois reconsidérer ma lecture du motif et estimer qu'il boit  dans un hanap. Est-il le propriétaire de la main qui empoigne la corne ? Et, surtout, pourquoi une tête grimaçante montre-t-elle ses dents acérées?

À sa droite, un compagnons est coiffé d'un casque qui s'évase en corne ou en bonnet phrygien. Un oiseau vue de profil semble le regarder.

Le troisième homme est fort élégant avec sa tunique aux manches bouffantes à crevés, et son bonnet, mais pourquoi faut-il que la pointe de ce dernier se transforme en une tête tourné du coté opposé ?

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Sablières des bas-cotés de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

Sablières des bas-cotés de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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Sablières des bas-cotés de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

Sablières des bas-cotés de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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Sablières des bas-cotés de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

Sablières des bas-cotés de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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L'homme aux oreilles en feuille de saule.

Cet acrobate ou ce scatophile est peut-être un clerc si on remarque sa coupe de cheveux qui ressemble à une tonsure.

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Sablières des bas-cotés de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

Sablières des bas-cotés de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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Présentation des armoiries des Plougras par deux anges allongés.

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Sablières des bas-cotés de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

Sablières des bas-cotés de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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BAS-COTÉ SUD 2. CHASSE BURLESQUE.

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Vue générale. remarquez les armoiries à la croix pattée des entraits.

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Sablières des bas-cotés de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

Sablières des bas-cotés de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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Chasse burlesque. Trois chiens se précipitent vers un homme qui lève les bras. Un chasseur tente de retenir un mâtin par la queue, tandis qu'un autre chevauche son chien.

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Sablières des bas-cotés de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

Sablières des bas-cotés de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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Chasse burlesque au renard.

Un renard a attrapé une poule. Un veneur sonne de sa trompe. Un archer atteint de sa flèche un gibier (que je n'ai su identifier) tandis que son chien l'attrape par la patte.

La proie ressemble à un mouton. L'endroit où parvient la flèche relève bien-sûr de la recherche de renversement carnavalesque des valeurs. Les sablières jouent ici le rôle des marges dans les ouvrages pieux enluminés de drôleries.

Le sculpteur a utilisé pour le volume de ces quatre animaux et de ces deux chasseurs une technique de modelé par des traits de gouge parallèles.

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Sablières des bas-cotés de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

Sablières des bas-cotés de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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Sablières des bas-cotés de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

Sablières des bas-cotés de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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Sablières des bas-cotés de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

Sablières des bas-cotés de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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Sablières des bas-cotés de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

Sablières des bas-cotés de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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Sablières des bas-cotés de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

Sablières des bas-cotés de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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Sablières des bas-cotés de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

Sablières des bas-cotés de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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Sablières des bas-cotés de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

Sablières des bas-cotés de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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Sablières des bas-cotés de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

Sablières des bas-cotés de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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Chasse loufoque, suite.

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Sablières des bas-cotés de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

Sablières des bas-cotés de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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C'est une chaîne de motifs amusants. 

Un quadrupède pose une patte familière sur l'épaule d'un bipède. Ce dernier souffle dans une corne, qui pourrait être une trompe de chasse si son pavillon n'était pas dirigée sous la queue dressée d'un chien. Mettons, néanmoins, qu'il s'agit du maître veneur  menant une chasse à cor et à cri. 

Le chien, un solide  mâtin, porte un collier. Il flaire la piste d'une biche dont le postérieur se trouve sous sa truffe. Le petit de la biche (ou de la daine, le sais-je ?) n'en mène pas large. Le petit de la biche, c'est un faon.

À l'opposé, un autre molosse accourt. Bientôt, on donnera aux chiens le cœur et les entrailles,   ce sera la curée chaude ; et le forhu, et on sonnera les fanfares des plus fameux épisodes.  

La chasse à courre est un loisir de seigneur : l'influence des chatelains de Trogorre reste vive.

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Sablières des bas-cotés de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

Sablières des bas-cotés de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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Sablières des bas-cotés de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

Sablières des bas-cotés de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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Sablières des bas-cotés de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

Sablières des bas-cotés de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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Sablières des bas-cotés de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

Sablières des bas-cotés de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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Sablières des bas-cotés de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

Sablières des bas-cotés de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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Mais qui voici sous sa coiffe ? Jeanne de Poulgras ?

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Sablières des bas-cotés de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

Sablières des bas-cotés de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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Dans une autre scène cynégétique, un vigoureux veneur embouche sa trompe pour indiquer par sa fanfare l'action de chasse. Sans-doute souhaite-t-il signifier à Médor qu'il doit se retourner car il tourne le dos au gibier.

 

 

Sablières des bas-cotés de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

Sablières des bas-cotés de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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Notre Nemrod porte en bandoulière une trompette. Il a rasé sa barbe, pour ne garder qu'une barbichette que je trouve assez ridicule, mais que le sculpteur semble affectionner. Tout comme il affectionne les yeux en gros boutons de gendarmes,  comme découpés à l'emporte-pièce, les cheveux ras, et les oreilles patte d'éph. Enfin sa collerette fraisée serait fort seyante, si elle ne ressemblait pas à un collier de dents de requin.

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Sablières des bas-cotés de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

Sablières des bas-cotés de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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Sablières des bas-cotés de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

Sablières des bas-cotés de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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Puis vient un dragon ailé qui s'est trompé de sablière. À gauche, un gentilhomme porte la barbe et la fraise courte, deux accessoires de mode sous Henri II. Il tient en laisse un chien courant (à oreilles tombantes) à la queue en faucille, dont je ne peux certifier qu'il s'agisse d'un Briquet d'Artois. 

Le lapin qui le précède est en train de faire le clown en le singeant.

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Sablières des bas-cotés de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

Sablières des bas-cotés de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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Sablières des bas-cotés de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

Sablières des bas-cotés de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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BAS-COTÉ NORD.

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Sablières des bas-cotés de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

Sablières des bas-cotés de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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Encore un chien de chasse au solide collier. 

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Sablières des bas-cotés de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

Sablières des bas-cotés de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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PREMIER BAS-COTÉ NORD.

 

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Les premières pièces sculptées du coté extérieur ressemblent aux sablières N2 et S2 de la nef. L'élément remarquable est la troisième pièce, près de la baie.

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Sablières des bas-cotés de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

Sablières des bas-cotés de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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Sablières des bas-cotés de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

Sablières des bas-cotés de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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Cette troisième pièce sculptée représente un homme allongé, tandis que le blochet voisin montre un homme barbu, les bras pendants le log du corps, et la tête recouverte d'un capuchon.

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Sablières des bas-cotés de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

Sablières des bas-cotés de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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L'examen attentif de l'homme couché révèle qu'il s'agit d'un cadavre, aux yeux caves, au nez et à la bouche rongés, les organes génitaux dénudés. Ce qui ressemble aux plis des vêtements correspond sans doute à une tentative de dessiner les os de la jambe et les côtes du thorax.

Dans ce contexte, le blochet peut être interprété comme un personnage affligé par le deuil.

 

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Sablières des bas-cotés de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

Sablières des bas-cotés de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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C'est également ainsi que je comprends la pièce de bois montrant deux femmes désloées.

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Sablières des bas-cotés de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

Sablières des bas-cotés de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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De même, l'homme couché, portant tunique boutonnée, chausses et chaussures, une main sur la jambe et l'autre près du visage, doit témoigner de son désespoir, alors que les artistes se servent  le plus souvent  de la même posture pour représenter un buveur.

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Sablières des bas-cotés de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

Sablières des bas-cotés de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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La posture une main soutenant la tête est depuis longtemps celle du Mélancolique (ou du songeur, comme Jessé).

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Sablières des bas-cotés de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

Sablières des bas-cotés de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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Enfin, énigmatique et glaçant comme un tableau de Goya, une femme tient dans la main gauche une tête qu'elle nous désigne comme la préfiguration de sa propre mort, ou de la notre.

On notera aussi le blochet, où une femme, les mains sous les genoux, semblent accoucher, puisqu'une tête apparaît entre ses jambes.  

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Sablières des bas-cotés de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

Sablières des bas-cotés de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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Sablières des bas-cotés de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

Sablières des bas-cotés de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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Sablières des bas-cotés de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

Sablières des bas-cotés de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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Sablières des bas-cotés de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

Sablières des bas-cotés de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.


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SOURCES ET LIENS. 


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— COUFFON (René) 1939,  Répertoire des églises et chapelles du diocèse de Saint-Brieuc et Tréguier, extrait des Mémoires de la Société d'émulation des Côtes-du-Nord, Saint-Brieuc, Les presses bretonnes, 1939, p. 233-235.

 

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6562108b/f29.image

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6562108b/f46.image

— DUHEM (Sophie) 1998, « Quant li goupil happe les jélines... », ou les représentations de Renart dans la sculpture sur bois bretonne du XVe au XVIIe siècle,  Annales de Bretagne et des pays de l'Ouest  Année 1998  105-1  pp. 53-69

http://www.persee.fr/doc/abpo_0399-0826_1998_num_105_1_3972

— DUHEM (Sophie) 1997, Sablières sculptées de Bretagne : images, ouvriers du bois et culture paroissiale au temps de la prospérite bretonne (XVe-XVIIe s.). Thèse de doctorat en Histoire. Sous la direction de Alain Croix. Soutenue en 1997. à Rennes 2 .

— DUHEM (Sophie) 1998, Les Sablières sculptées de Bretagne, Presses Universitaires de Rennes, 390 pages. Pages  66-69-72-183-232-233-266-267-277-278 : 

— MILLET (Christian), CASTEL (Yves-Pascal), HUON (Michel), 1996, Jean Le Taillandier, architecte de la Renaissance", Bulletin de la Société archéologique du Finistère page 199-215.

 

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Published by jean-yves cordier - dans Sablières
11 mars 2018 7 11 /03 /mars /2018 19:10

Les sablières (1551-1557) de la nef de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras (22). II. Le coté sud.

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Cet article fait suite à :

Les sablières (1551-1557) de la nef de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras (22). I. Le coté nord.

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Vous pourrez lire aussi, sur le sujet des sablières de Bretagne, les articles suivants :

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Pour les autres articles sur les sablières, tapez ce mot sur l'onglet "Rechercher".

 

 

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Voir la présentation générale dans l'article précédent, qui a décrit les sablières du coté nord de l'église de Loguivy-Plougras. 

Poursuivant le tour des sablières de la nef et du chœur dans le sens horaire, je parviens à l'angle sud-est pour examiner les  segments de sablières du coté sud, séparés par les entraits. Je débute par S8. Touché ?

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S8. HUITIÈME SECTION DU COTÉ SUD DE LA NEF . Chaîne de cinq dragons et de deux hommes.

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Cliquez sur l'image. S8. Sablières du coté sud de la nef de l'église de Ploguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

Cliquez sur l'image. S8. Sablières du coté sud de la nef de l'église de Ploguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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À gauche, trois "dragons".

Ces dragons sont particulièrement fantasques, et s'éloignent du Drago drago Lavieb 2010 dont ils ne respectent pas les caractéristiques naturelles.
 

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S8. Sablières du coté sud de la nef de l'église de Ploguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

S8. Sablières du coté sud de la nef de l'église de Ploguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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Le premier, ailé et au bec de pélican, est d'ailleurs un grylle, puisqu'une tête supplémentaire se greffe sur sa patte antérieure. Et ces deux gueules aussi voraces l'une que l'autre se disputent un long morceau de tripes. Cru, à n'en point douter.

La lèvre supérieure du deuxième se déforme en une protubérance nasiforme, tandis que son aile, si tant est que c'en soit une plutôt qu'une crinière, s'agite en vains festons verruqueux. 

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S8. Sablières du coté sud de la nef de l'église de Ploguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

S8. Sablières du coté sud de la nef de l'église de Ploguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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Le troisième? Il dévore la queue du précédent, qui est son frère car il a hérité de la même tuméfaction labiale rétrograde. Sa crinière fait la révérence, repoussant en arrière l'implantation de l'aile. Ce dragonophage est puni de sa gourmandise car sa propre queue est attrapée par un sauvage. On est souvent puni par où on a péché, mais pas toujours. La Fontaine professait que : 

Toujours par quelques endroits fourbes se laissent prendre.

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S8. Sablières du coté sud de la nef de l'église de Ploguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

S8. Sablières du coté sud de la nef de l'église de Ploguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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Au centre, un petit bonhomme tout nu s'est coiffé d'un grand sombrero. Un tricorne ? 

Il a saisi la queue des deux dragons, peut-être pour en faire un nœud, et ce chenapan s'enfuit à toutes jambes. Nous prenons néanmoins le temps de remarquer ses yeux ronds, ses cheveux longs bouclés et sa toute petite bouche. La queue du dragon de droite est agrémentée d'une tête de serpent, comme c'est l'usage chez eux. 

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S8. Sablières du coté sud de la nef de l'église de Ploguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

S8. Sablières du coté sud de la nef de l'église de Ploguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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S8. Sablières du coté sud de la nef de l'église de Ploguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

S8. Sablières du coté sud de la nef de l'église de Ploguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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Comme sous l'effet d'une musique endiablée, cette queue-leu-leu se transforme en une ronde folle, où les bêtes se trémoussent et se déhanchent, font voler leurs jupons, crient de joie en éclatant de rire, emmenés par un galopin déguisé en ange. Et on chante !

"C'est la danse des dragons

Qui en sortant du lagon

Se tiennent par la barbichette

Et font pouet-pouet. "

 

Comme ils s'amusent !

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S8. Sablières du coté sud de la nef de l'église de Ploguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

S8. Sablières du coté sud de la nef de l'église de Ploguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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S8. Sablières du coté sud de la nef de l'église de Ploguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

S8. Sablières du coté sud de la nef de l'église de Ploguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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S7. SEPTIÈME SECTION DU COTÉ SUD DE LA NEF. FRISE À ENTRELACS ET PALMETTE.

Retour au calme et à l'ordre après cette soirée mémorable. 

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S7. Sablières du coté sud de la nef de l'église de Ploguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

S7. Sablières du coté sud de la nef de l'église de Ploguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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S7. Sablières du coté sud de la nef de l'église de Ploguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

S7. Sablières du coté sud de la nef de l'église de Ploguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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S6. SIXIÈME SECTION DU COTÉ SUD DE LA NEF. CROISÉE DU TRANSEPT. RINCEAUX, ENTRELACS, COUPLE DE DRAGONS ÉTREINTS, LION (TÊTE DE), FLEURETTES.

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S6. Sablières du coté sud de la nef de l'église de Ploguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

S6. Sablières du coté sud de la nef de l'église de Ploguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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S6. Sablières du coté sud de la nef de l'église de Ploguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

S6. Sablières du coté sud de la nef de l'église de Ploguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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Le couple de dragons étreints crachant du feu.

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S6. Sablières du coté sud de la nef de l'église de Ploguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

S6. Sablières du coté sud de la nef de l'église de Ploguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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S6. Sablières du coté sud de la nef de l'église de Ploguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

S6. Sablières du coté sud de la nef de l'église de Ploguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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La tête de lion.

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S6. Sablières du coté sud de la nef de l'église de Ploguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

S6. Sablières du coté sud de la nef de l'église de Ploguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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Les rinceaux de quintefeuilles.

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S6. Sablières du coté sud de la nef de l'église de Ploguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

S6. Sablières du coté sud de la nef de l'église de Ploguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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S5. CINQUIÈME SECTION DU COTÉ SUD DE LA NEF. HOMME ENTRE DEUX COUPLES DE DRAGONS STYLISÉS

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S5. Sablières du coté sud de la nef de l'église de Ploguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

S5. Sablières du coté sud de la nef de l'église de Ploguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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S5. Sablières du coté sud de la nef de l'église de Ploguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

S5. Sablières du coté sud de la nef de l'église de Ploguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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S4 . QUATRIÈME SECTION DU COTÉ SUD DE LA NEF. HOMMES SAUVAGES, ARCHER, CHIENS DE CHASSE, LETTRE A.

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S4. Sablières du coté sud de la nef de l'église de Ploguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

S4. Sablières du coté sud de la nef de l'église de Ploguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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Hommes sauvages tenant leur gourdin. Un chat ou dragon portant un escargot sur son dos. L'escargot est visé par un archer.

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S4. Sablières du coté sud de la nef de l'église de Ploguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

S4. Sablières du coté sud de la nef de l'église de Ploguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

L'interprétation est-elle juste ? Sont-ce bien des sortes d'Hercules à gourdin ? 

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S4. Sablières du coté sud de la nef de l'église de Ploguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

S4. Sablières du coté sud de la nef de l'église de Ploguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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Un archer ; deux chiens de chasse ; un homme nu tenant la lettre A.

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S4. Sablières du coté sud de la nef de l'église de Ploguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

S4. Sablières du coté sud de la nef de l'église de Ploguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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S4. Sablières du coté sud de la nef de l'église de Ploguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

S4. Sablières du coté sud de la nef de l'église de Ploguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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Quel peut être le sens de cet lettre A ? Est-ce un outil, une potence,? 

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S4. Sablières du coté sud de la nef de l'église de Ploguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

S4. Sablières du coté sud de la nef de l'église de Ploguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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S3 . TROISIÈME SECTION DU COTÉ SUD DE LA NEF. TROIS IVROGNES ET UNE SIRÈNE.

 

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S3. Sablières du coté sud de la nef de l'église de Ploguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

S3. Sablières du coté sud de la nef de l'église de Ploguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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Visage d'un homme de profil tirant la langue et portant un drôle de bonnet à pompon. Un Fou ?

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S3. Sablières du coté sud de la nef de l'église de Ploguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

S3. Sablières du coté sud de la nef de l'église de Ploguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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Une sirène allongée sur le coté droit, accoudée. Cheveux longs, corps mi-écailleux mi-végétal.

Note : cette sirène n'est pas répertoriée dans la thèse d'Hiroko Amemiya Vierge ou démone dans son chapitre "ornement de type sirène". 

On peut y voir l'allégorie de la Luxure, en contrepoint de l'Intempérance du buveur.

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S3. Sablières du coté sud de la nef de l'église de Ploguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

S3. Sablières du coté sud de la nef de l'église de Ploguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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S3. Sablières du coté sud de la nef de l'église de Ploguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

S3. Sablières du coté sud de la nef de l'église de Ploguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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Un ivrogne allongé de façon symétrique à la sirène, jambes sous sa queue (à la sirène), main droite sur l'aine près de la braguette, main gauche sous la tête. Il est appuyé sur un tonnelet.

Nous reconnaissons ici les personnages et le style de la scène de taverne des sablières de la nef sud et du bas-coté de l'église de Grâces-Guingamp (1508). Le petit tonneau (individuel ?) en forme de T inversé à goulot central, se retrouve comme le héros familier de ces mémorables "cuites" des sablières bretonnes.

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S3. Sablières du coté sud de la nef de l'église de Ploguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

S3. Sablières du coté sud de la nef de l'église de Ploguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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S3. Sablières du coté sud de la nef de l'église de Ploguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

S3. Sablières du coté sud de la nef de l'église de Ploguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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Deux ivrognes allongés nous regarde et nous font signe. L'un  montre son bol vide, et désigne du doigt  le flacon. Veut-il que nous le servions ?

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S3. Sablières du coté sud de la nef de l'église de Ploguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

S3. Sablières du coté sud de la nef de l'église de Ploguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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S2 . DEUXIÈME SECTION DU COTÉ SUD DE LA NEF. AU DESSUS DE LA TRIBUNE. FRISE À MOTIF CENTRAL PARTICULIER. DRAGONS A DROITE.

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S2. Sablières du coté sud de la nef de l'église de Ploguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

S2. Sablières du coté sud de la nef de l'église de Ploguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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Les sablières (1551-1557) de la nef de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras (22). II. Le coté sud.

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S2. Sablières du coté sud de la nef de l'église de Ploguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

S2. Sablières du coté sud de la nef de l'église de Ploguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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S1 . PREMIÈRE SECTION DU COTÉ SUD DE LA NEF. AU DESSUS DE LA TRIBUNE. TROIS HOMMES MENANT DU BÉTAIL. 

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Ils sont tous coiffés d'un chapeau, tiennent un fouet et portent une veste courte et des chausses.  Le premier fume une pipe en terre. 

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S1. Sablières du coté sud de la nef de l'église de Ploguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

S1. Sablières du coté sud de la nef de l'église de Ploguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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S1. Sablières du coté sud de la nef de l'église de Ploguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

S1. Sablières du coté sud de la nef de l'église de Ploguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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Le deuxième marche derrière une vache qu'il guide du bout de son bâton.

S1. Sablières du coté sud de la nef de l'église de Ploguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

S1. Sablières du coté sud de la nef de l'église de Ploguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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Le troisième mène fermement un taureau (je me raconte ce que je vois comme ça) par un collier frontal tandis qu'il pose son bâton contre le museau pour le diriger.

S1. Sablières du coté sud de la nef de l'église de Ploguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

S1. Sablières du coté sud de la nef de l'église de Ploguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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Blochet aux armes des Plougras. Distribution d'un objet rond. 

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Un homme placé devant un panier tend un objet rond (un pain ?) à un homme qui tient de la main gauche un outil cylindrique à poignée. Un autre homme s'éloigne en tenant cet objet qu'il vient de recevoir. Le chapeau, la veste, le pantalon court (chausses ou bagou braz en Basse Bretagne) sont les mêmes que ceux de S1. 

Ce blochet et la pièce S1 semblent être de facture assez récente (XIXe siècle ?).

 

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Blochet sud-ouest  de la nef de l'église de Ploguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

Blochet sud-ouest de la nef de l'église de Ploguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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SOURCES ET LIENS. 
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— COUFFON (René) 1939,  Répertoire des églises et chapelles du diocèse de Saint-Brieuc et Tréguier, extrait des Mémoires de la Société d'émulation des Côtes-du-Nord, Saint-Brieuc, Les presses bretonnes, 1939, p. 233-235.

 

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6562108b/f29.image

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6562108b/f46.image

— DUHEM (Sophie) 1998, « Quant li goupil happe les jélines... », ou les représentations de Renart dans la sculpture sur bois bretonne du XVe au XVIIe siècle,  Annales de Bretagne et des pays de l'Ouest  Année 1998  105-1  pp. 53-69

http://www.persee.fr/doc/abpo_0399-0826_1998_num_105_1_3972

— DUHEM (Sophie) 1997, Sablières sculptées de Bretagne : images, ouvriers du bois et culture paroissiale au temps de la prospérite bretonne (XVe-XVIIe s.). Thèse de doctorat en Histoire. Sous la direction de Alain Croix. Soutenue en 1997. à Rennes 2 .

— DUHEM (Sophie) 1998, Les Sablières sculptées de Bretagne, Presses Universitaires de Rennes, 390 pages. Pages  66-69-72-183-232-233-266-267-277-278 : 

 

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Published by jean-yves cordier - dans Sablières
11 mars 2018 7 11 /03 /mars /2018 12:09

Zoonymie des Odonates : le genre Boyeria, Mac Lachlan 1896.

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Voir aussi :

 

 

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Résumé :

— Boyeria, Mac Lachlan 1896. En 1883, de Sélys avait créé pour ce genre le nom de Fonscolombia en écrivant "J'ai dédié ce genre à feu Boyer de Fonscolombe, qui le premier en France (1837) a étudié sérieusement les Odonates, et découvert l'irene et d'autres espèces." L'entomologiste londonien Robert Mac Lachlan, président puis trésorier de la Société Entomologiste de Londres, à qui de Selys avait dédié l'espèce japonaise Fonscolombia maclachlania, a du modifier le nom générique, qui avait déjà été utilisé par Lichtenstein en 1877 pour une cochenille. Il utilisa alors la première partie, Boyer, du nom d'Étienne de Fonscolombe. Ce dernier avait décrit l'espèce-type du genre Aeschna irene en 1838.

C'est le seul nom de genre des Odonates de France qui se réfère à un nom propre ; pour les Odonates d'Europe, il est rejoint par Selysiothemis Ris, 1897.

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I. La publication originale. Mac Lachlan 1896.

Cette publication est parue  dans le  The Annals and magazine of natural history; zoology, botany, and geology, London,Taylor and Francis, Ltd.

Mc Lachlan (Robert), 1996, "On some Odonata of the subfamilies Aeshnius,"  Ann. Mag. nat. Hist., (6) 17 page 424 

https://www.biodiversitylibrary.org/item/61862#page/470/mode/1up

Cette "description" du genre Boyeria est très courte, car c'est en réalité une re-dénomination, presque une formalité taxinomique.

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https://www.biodiversitylibrary.org/item/61862#page/470/mode/1up

https://www.biodiversitylibrary.org/item/61862#page/470/mode/1up

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On y lit  : 

BOYERIA (new name). 

 

Fonscolombia, Selys (1883), preoccupied by Lichtenstein in Hemiptera (1877). 

The genus remains named in honour of E. L. J. H. Boyer de Fonscolombe. 

"Fonscolombia, Selys, nom attribué antérieurement par Lichtenstein en 1877 dans l'Ordre des Hémiptères. Le genre reste nommé en l'honneur d'E. L. H. Boyer de Fonscolombe.". Ce dernier est le descripteur de l'espèce-type Aeschna irene en 1838.

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a) La description du genre Fonscolombia par Jules Lichtenstein concerne une cochenille nuisible aux céréales :

En effet, Jules Lichtenstein (Montpellier 1816-Montpellier 1886) avait décrit (*) en 1877 un genre d'Hemiptères sous le nom de Fonscolombia. Lichtenstein est un entomologiste amateur qui a travaillé avec son beau-frère Jules-Émile Planchon sur la zoologie agricole après que ce dernier ait découvert le Phylloxera en juillet 1868.

(*) Lichtenstein, J. 1877. " M. J. Lichtenstein adresse la note qui suit:" Bulletin des séances de la Société entomologique A5 N12 du 27 juin page 148-149 . 

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5554163p/f4.item

 

"Les Pucerons des racines des céréales ayant attiré cette année-ci l'attention des agriculteurs, je me mets à les étudier. Le plus grand se rapporte au Coccus radicum-graminis Fonscolombe. Il a été confondu avec plusieurs autres, et M. V. Signorel n'a pu lui assigner exactement sa place dans son grand travail sur les Coccides. Ayant découvert le mâle, qui est aptère, chose très-rare chez les Cochenilles et que je ne connais que chez un seul genre, Gossyparia, je crois pouvoir créer avec 
lui le genre Fonscolombia, et je nomme l'espèce Fonscolombia graminis ; provisoirement son principal caractère sera : mâle aptère, à longs filets caudaux. Chez les Gossyparia le mâle, aptère aussi, n'a pas de filets ;  M. Signoret l'a figuré comme nymphe, trompé par l'absence des ailes.  Je suis, quant à moi, sûr de mon fait, j'ai vu l'accouplement. Le mâle de  la Cochenille de l'orme, dont Latreille a parlé, s'applique à un autre insecte "

Lichtenstein ne dit pas les raisons de son choix, mais on peut remarquer qu'Étienne Boyer de Fonscolombe, à part son intérêt pour les Odonates, se préoccupait des nuisances entraînés par les insectes sur les cultures : il avait publié en 1840 dans les Mémoires de l'Académie d'Aix  "Des insectes nuisibles à l'agriculture principalement dans les départements du Midi de la France ".

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b) Le belge Edmond de Selys-Longchamps avait décrit le genre Fonscolombia en 1883 en ignorant la publication de Lichtenstein.

SELYS, 1883 Bull. Acad. royal  Belg. (3) 5:736.

https://www.biodiversitylibrary.org/item/111256#page/759/mode/1up

"N.B. Se distinguent facilement des deux autres sous-genres à secteur sous-nodal non bifurqué (Gomphaeschna et Allopetalia) par le ptérostigma long et l'espace basilaire constamment réticulé, et de toutes les Aeschnines à espace basilaire réticulé par le secteur sous-nodal non bifurqué.

J'ai dédié ce genre à feu Boyer de Fonscolombe, qui le premier en France (1837) a étudié sérieusement les Odonates, et découvert l'irene et d'autres espèces."

Dans sa démarche de taxonomie des Aeschnines à espace basilaire réticulé, De Selys avait créé deux sous-genres, dont celui des Amphiaeschna reservé aux espèces de l'Ancien Monde. En 1883, il en retire une espèce, Aeshna irene,  pour laquelle il crée un genre propre, Fonscolombia, différant des Amphiaeschna par le secteur sous-nodal non bifurqué et le ptérostigma long. 

 

c) La même année 1883, Selys avait nommé Fonscolombia machlachlani une espèce japonaise de sa collection.

Annales de la Société entomologique de Belgique, SELYS, 1883, Les Odonates du Japon Ann. Soc. ent. Belg. ,27:126 

https://www.biodiversitylibrary.org/item/81196#page/490/mode/1up

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Une synthèse est publié dans le World Catalogue of Odonata 1997 :

Henrik Steinmann World Catalogue of Odonata, Numéro 110 Walter de Gruyter, 1997

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c). En 1896, pour respecter les règles de taxonomie , Robert Mac Lachlan remplace le nom Fonscolombia par celui de Boyeria.

Il reste ainsi fidèle à l'hommage rendu par de Selys au descripteur en 1838 de l'espèce-type du Genre, Aeschna irene : Etienne Laurent Joseph Hippolyte Boyer de Fonscolombe. 

 

McLachlan (1837 -1904) était le fils d'un shipchandler de Londres, Hugh Mac Lachlan. Il fait ses études principalement à Ilford et fait un héritage suffisant pour lui permettre de se consacrer à l’étude de l’histoire naturelle et de voyager. Il se consacre d’abord à la botanique avant de se spécialiser dans l’étude des neuroptères. Il est le premier éditeur de la revue Entomologists’ Monthly Magazine. Mac Lachlan devient membre de la Société entomologique de Londres en 1858, son secrétaire de 1868 à 1872, son trésorier de 1873 à 1875 et de 1891 à 1904 et son président de 1885 à 1886. Il est également membre de la Société linnéenne de Londres en 1862, de la Royal Society en 1877, de la Société zoologique de Londres en 1881 et de la Société royale d'horticulture en 1888. Il est également membre du conseil de la Ray Society et membre de diverses sociétés savantes britanniques et étrangères. (Wikipédia)

 

Parmi ses 150 publications, il faut citer :

  • Monograph of the British species of caddis-flies (1865).

  • Monograph of the British Neuroptera-Planipennia (1868).

  • Monograph British Psocidæ (1866-1867).

  • Catalogue of British Neuroptera (1870).

  • Monographic revision and synopsis of the Trichoptera of the European fauna (deux volumes, 1874 et 1880).

 

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Boyeria est un genre appartenant à la famille des  Aeshnidae. Il est nommé     Spectre ou Aeschne en français, Spotted Darners en anglais, Schemerlibellen en néerlandais, Geisterlibelle en allemand. 

Le genre contient huit espèces dont une seule est observée en France :

  • Boyeria cretensis Peters, 1991 – Spectre de Crète, Cretan spectre

  • Boyeria grafiana Williamson, 1907 – Ocellated darner

  • Boyeria irene (Fonscolombe, 1838) – l'Aeschne paisible, Spectre paisible, Aeschne Irène,  Western spectre, Westliche Geisterlibelle.

  • Boyeria jamjari Jung, 2011

  • Boyeria karubei Yokoi, 2002

  • Boyeria maclachlani Selys, 1883

  • Boyeria sinensis Asahina, 1978

  • Boyeria vinosa (Say, 1840) – Fawn darner

La caractéristique du genre est la présence de nervures transverses dans l'espace médian des ailes, entre la base et l'arculus.

 

 

"Le nom du genre honore Étienne Laurent Joseph Hippolyte Boyer de Fonscolombe (1772 - 1853), entomologiste et collectionneur, issu d'une vieille famille établie à Aix-en-Provence, qui fit la détermination de cette espèce en 1838 sous le nom d’Aeshna irene. Il avait choisi l’épithète spécifique d’après Irène, fille de Zeus et Thémis, l'une des trois Heures et qui incarne la Paix dans la mythologie grecque. (Εἰρήνη / Eirếnê) aux cotés d’Eunomie et Dicé, c'est-à-dire le Bon Ordre ou la Législation et la Justice. C’est sans doute le caractère peu craintif de cet odonate qui a orienté le scientifique vers ce choix. Outre Boyeria irene qui nous intéresse, Boyer de Fonscolombe (dont la famille est l'ancêtre, côté maternel, d'Antoine de Saint-Exupéry) aura laissé son nom associé à Orthetrum brunneumCoenagrion caerulescens... et, sous la plume de Selys, à Sympetrum fonscolombii."  Régis Krieg-Jacquier et Cyrille Deliry


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SOURCES ET LIENS :

— Toute ma bibliographie sur les Odonates: 

http://www.lavieb-aile.com/2018/01/la-bibliographie-de-mes-articles-de-zoonymie-des-odonates.html

— https://fr.geneawiki.com/index.php/Famille_de_Boyer_de_Fonscolombe

— Régis Krieg-Jacquier et Cyrille Deliry

https://www.biodiversite-savoie.org/ressources/article_2014-02

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Published by jean-yves cordier - dans Zoonymie des Odonates
10 mars 2018 6 10 /03 /mars /2018 22:50

Les sablières (1551-1557) de la nef de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras (22). I. Le coté nord.

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Pour les autres articles sur les sablières, tapez ce mot sur l'onglet "Rechercher".

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PRÉSENTATION.

Malgré deux inscriptions des sablières précisant la pose de la charpente en 1551 (bas-coté sud) et en 1557 (nef nord), les sablières de Loguivy-Plougras forment, selon Sophie Duhem, "un ensemble des plus hétéroclites" puisque "une charpente à la décoration imposante peut avoir été sculptée au cours des siècles par des hommes aux sensibilités artistiques éloignées". 

Effectivement, en 1902, les corniches d'origine et les sablières de l'église de Saint-Jean-du Bally à Lannion, — dont  le chœur est reconstruit  à la même époque, l'abside en arrondi étant remplacée par un chevet plat—,  ont été enlevées et cédées à l'église de Loguivy-Plougras . Elles occupent actuellement la dernière travée du chœur.

D'autre part, des travaux d'agrandissement ont eu lieu de 1885 à 1887.  Comme l'indique l'inscription lapidaire du porche ouest, la chapelle initiale de Loguivy-Plougras  a été commencée en 1516, et sa tour en 1566 ; elle  mesurait 28,5 mètres de longueur. Lorsque l'église de Saint-Yvi fit détruite et qu'en 1856 la chapelle Saint-Émilion fut élevée au rang d'église paroissiale, elle fut agrandie de 1885 à 1887 par le prolongement des bas-côtés au delà des bras du transept et la translation du chevet vers l'est. Le vaisseau central (nef + chœur) atteint 40 mètres de long entre deux séries de 6 arcades supportées par des colonnes cylindriques. Avec ses bas-cotés, l'église est large de 27 mètres hors-tout. 

Les sablières les plus anciennes entourent le transept et longent les bas-cotés. Elles semblent antérieures au monument actuel. Celles qui décorent la nef coté ouest datent de 1557.

 

 

Néanmoins, malgré cet apport exogène et cet agrandissement au XIXe siècle, j'éprouve pour ma part lors de ma visite un sentiment d' homogénéité, car ces corniches sculptées ont en commun un fond rouge bordeaux sur lequel se détachent des motifs figurés en moyen-relief tous peints de la même couleur gris-plomb. Des caractéristiques stylistiques se répètent, comme les yeux ronds et globuleux et le dessin des dragons et des grylles. Enfin, toute la charpente (y compris blochets et abouts de poinçon) porte les armoiries à croix pattée rouge des Poulgras, seigneurs du lieu.

Le développement linéaire de ces sablières, qui suivent comme une frise obstinée la nef,  le chœur, les bras du transept et les bas-cotés, est considérable. Même en divisant leur présentation en plusieurs articles, la visite sera longue, et on sera avisé de prévoir un casse-croûte.

Elles n'ont pas fait l'objet, à ma connaissance, d'une description particulière. La meilleure description générale de l'église est un texte anonyme, dont les trois pages sont  placardées dans l'église, et qui sont reproduites par le site Infobretagne. 

On sait que je ne suis pas photographe et que mes clichés servent de support à mon texte. Avec mon matériel d'amateur, mon dégoût pour la technique, mon éclairage d'appoint improvisé et l'éloignement de mes cibles, j'ai fait ce que j'ai pu ; j'implore qu'on veuille bien m'en excuser et se référer aux travaux de photographes patentés.

La visite .

Après un coup d'œil aux entraits engoulés, je débuterai par l'angle nord-ouest, au dessus d'une tribune qui compliqua encore mes prises de vues, je ferai le tour de  la nef dans le sens horaire, pour me retrouver au pied de la tribune, au sud.

Les inscriptions ont retenu tout mon intérêt. Elles mériteront sans doute un article particulier.

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Porche ouest de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Porche ouest de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Avant d'entrer, remarquons pour placer le cadre chronologique et stylistique,  sous le fronton du porche, l'inscription CESTE . CHAPPELE.  FVT .  COMMENCEE . 1516.  ET .  LA . TOVR . 1566.

Le texte de l'entablement est placé sur deux lignes  dans deux cartouches en réserve. La ponctuation fait appel à des points simples et losangiques. Les lettres sont des majuscules romaines (le Champfleury de Tory date de 1529)  et les chiffres sont arabes.  Les amateurs apprécieront le N rétrograde du verbe COMMENCEE. L'orthographe CHAPPELE reproduite par Couffon n'est pas respectée dans le texte mis en ligne par Infobretagne.

Ce proche est de style Renaissance, avec ses colonnes cannelées à chapiteaux corinthiens, son fronton triangulaire et sa clef de voûte sculpté d'un motif qui serait à définir.

La croix pattée des armoiries des chevaliers de Plougras occupe une place de choix à l'intérieur du fronton.

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Porche ouest de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Porche ouest de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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La même croix pattée occupe aussi la pointe du fleuron d'une porte latérale nord :

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Porte de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Porte de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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VUES GÉNÉRALES DU VAISSEAU CENTRAL.

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Vue de la nef de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Vue de la nef de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Vue de la nef de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Vue de la nef de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Vue de la nef de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Vue de la nef de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Proposition de plan (à vérifier) des entraits et sablières.

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Plan de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Plan de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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I. LES ENTRAITS DU VAISSEAU CENTRAL.

Je compte huit entraits engoulés. Les troisième et cinquième portent deux motifs sculptés au tiers de leur longueur. Les sixième, septième et huitième (au dessus du chœur)  portent un motif sculpté en leur milieu. Ce sont ces motifs qui m'ont intéressés. Ils font le tour de la poutre comme une virole, et leur examen supposerait d'en examiner les quatre faces.

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Troisième entrait . Un couple.

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Entrait n° 3 de la nef de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Entrait n° 3 de la nef de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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A gauche : une femme.

Le visage est peu gracieux. Il est coiffé d'un voile qui se prolonge en guimpe ; un autre élément barre la poitrine et se développe latéralement comme deux ailes. En dessous, les deux bras sont croisés devant le milieu d'une robe à gros bouton. Cela pourrait être la Vierge, dans une disposition analogue aux poutres de Gloire, avec Saint Jean à sa droite, mais aucun argument ne vient étayer cette hypothèse.

 

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Entrait n° 3 de la nef de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Entrait n° 3 de la nef de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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A droite, un homme.

Joufflu, les cheveux frisés, ne portant pas la barbe (pourtant à la mode au milieu du XVIe), il s'accroche à la poutre comme à une barre fixe. Il est vêtu d'une tunique à longues manches plissées, fendue au milieu et fermée par des boutons ronds. Son absence de barbe est le seul argument pour identifier ici saint Jean.

Entrait n° 3 de la nef de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Entrait n° 3 de la nef de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Le cinquième entrait : un homme et deux dragons.

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Entrait n° 5 de la nef de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Entrait n° 5 de la nef de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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A gauche, un homme.

Cet homme barbu (cela pourrai-être le Christ) passe la tête sous un dais ou une gloire. Il est vêtu d'un manteau ouvert sur une tunique ras-du-cou. Il tient dans ses bras un petit enfant. 

Entrait n° 5 de la nef de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Entrait n° 5 de la nef de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Entrait n° 5 de la nef de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Entrait n° 5 de la nef de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Si nous observons l'autre face de la poutre, nous découvrons que cet enfant — c'est peut-être un homme nu, ou une âme — est sauvé de l'atteinte d'un serpent qui passe entre ses jambes. L'homme barbu serait-il le Sauveur libérant l'Homme du Mal ?

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Entrait n° 5 de la nef de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Entrait n° 5 de la nef de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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A droite, deux dragons affrontés.

Des dragons, ils ont la gueule aux crocs acérés, les oreilles en feuille de figuier, l'échine épineuse, mais surtout la queue qui contourne leur arrière-trains pour se terminer en une petite tête ronde.

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Entrait n° 5 de la nef de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Entrait n° 5 de la nef de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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De la même façon, si nous cédons à la curiosité de découvrir la face orientale, nous y découvrons un homme qui tient les pattes des dragons. II est coiffé d'un casque ou d'un bonnet rond, il est vêtu d'une tunique et de hauts de chausse à crevés. Ce serait un damné. 

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Entrait n° 5 de la nef de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Entrait n° 5 de la nef de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Entrait n° 8 de la nef de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Entrait n° 8 de la nef de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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II. LES SABLIÈRES DU COTÉ NORD DE LA NEF.

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Je les désigne comme des sections séparés par les huit entraits; a priori, chaque section correspond à une "pièce" de sablière. J'en compte neuf de chaque coté. 

N1 : PREMIÈRE SECTION DU COTÉ NORD DE LA NEF.

C'est la pièce la plus difficile à voir car elle est masquée par la tribune. Elle est pourtant d'un grand intérêt. Elle débute par un blochet.

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Blochet nord-ouest. Un homme barbu portant un autre barbu sur son dos. Croix pattée des Plougras.

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Blochet nord-ouest de  la nef de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Blochet nord-ouest de la nef de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Du blochet jusqu'au premier entrait. Un animal fantastique.

J'en laisse la description à celui qui aura accès à la tribune.

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Sablière N1  de la nef de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Sablière N1 de la nef de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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N2. DEUXIÈME SECTION DU COTÉ NORD DE LA NEF. Spirale de vigne.

C'est une succession de huit boucles serpentines, sans caractère zoologique, la tige formant ces boucles contournant à chaque fois huit grappes de raisins. 

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Sablière N2  de la nef de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Sablière N2 de la nef de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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N3. TROISIÈME SECTION DU COTÉ NORD DE LA NEF. QUATRE DRAGONS

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Le même motif se répète trois fois, celui d' un dragon dont la queue se termine par une tête d'homme barbu. ·À droite, un dragon plus simple tourne sa tête vers nous.

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Sablière N3  de la nef de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Sablière N3 de la nef de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Sablière N3  de la nef de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Sablière N3 de la nef de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Sablière N3  de la nef de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Sablière N3 de la nef de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Sablière N3  de la nef de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Sablière N3 de la nef de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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N4. QUATRIÈME SECTION DU COTÉ NORD DE LA NEF. INSCRIPTION DE FONDATION (1557).

Elle est constituée d'une inscription en deux parties séparées par un médaillon, et inscrite sur une banderole factice tenue par deux personnages. 


 

Sablière N4  de la nef de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Sablière N4 de la nef de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Sablière N4  de la nef de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Sablière N4 de la nef de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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A gauche : un homme coiffé d'un bonnet et portant des binocles.

Le bonnet est (peut-être) replié sur le devant en triangle. Un bonnet carré de recteur ? Un bonnet de docteur ? L'encolure de sa tunique est élargie par une courte fente médiane.

On trouve des binocles représentés par les sculpteurs sur bois en Bretagne sur un retable de  Notre-Dame-du-Crann de Spézet (seconde moitié du XVIe siècle). On les trouve aussi, dans l'art du vitrail, sur une Circoncision de l'église Saint-Mériadec en Stival, et sur la Dormition de la chapelle Notre-Dame-du-Crann

Comme je l'ai déjà écrit,  les lunettes, qui avaient été inventées en Italie vers 1300, ont déjà plus de 200 ans d'existence, sous cette forme de deux lentilles convexes en cristal de roche montées sur un pince-nez. En 1434, Van Eyck avait déjà peint le chanoine Van der Paele  tenant ses binocles contre son bréviaire. Les branches de lunettes permettant leur fixation derrière les oreilles attendront le XVIIIe siècle pour être inventées.

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Sablière N4  de la nef de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Sablière N4 de la nef de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Au centre : un homme de profil dans un médaillon.

Au centre d'un cuir découpé, un médaillon renferme le profil d'un homme jeune, aux cheveux courts (ou portant une calotte), à la large bouche gourmande. Les cuirs découpés et les médaillons sont deux témoins de l'influence de l'art de la Renaissance.

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Sablière N4  de la nef de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Sablière N4 de la nef de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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L'inscription (1). 

Elle est formée de lettres minuscules gothiques aux jambages bifides, sans lettres conjointes. La ponctuation de séparation des mots est le deux-points. Le tilde est utilisé en élision de la lettre -N dans les mots a[n]bas et cea[n]s. Les lettres -S  sont ornées. Je lis du coté gauche ceci : 

 

LE : BOIS : DU : BOUT :

DA[N]BAS : DE : CEANS : FAICT

soit :

"Le bois du bout d'en bas de céans fait" ...

Le terme de "bois" pour désigner la charpente est attestée sur les inscriptions des sablières à Arz en 1554, à Belz en 1562, à Berric en 1554, Boquého en 1486, Canihuel en 1598, Le Croisty en 1553, Daoulas en 1529, Elven en 1536, Guestel en 1443, Grâces-Guingamp en 1508, Guégon en 1456, Guénin en 1577 et en 1604, Locoal-Mendon en 1621, Moréac en 1565, Ploérin en 1467, Plouhinec en 1519, Plumelec en 1554, Pluméliau en 1533, Sulniac en 1503, 1567 et 1565, Theix vers 1536, Tréffléan en 1524. (par consultation de l'inventaire de S. Duhem). On trouve aussi l'expression "a été boisée".

Comment comprendre "le bois du bout d'en bas" ? Si le "haut" de la chapelle est son chevet, et le "bas" sa nef (les deux parties étant alors séparés par un jubé ou une clôture), il est possible de l'interpréter comme "l'extrémité occidentale  de la nef ". 

Autrement dit: " la charpente de l'extrémité occidentale de la nef de cette chapelle a été faite " ....

 

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Sablière N4  de la nef de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Sablière N4 de la nef de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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L'inscription (2). 

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Elle débute par une clef où sont suspendus deux rubans (j'interprète ainsi les deux marques en X et Y).

Cette clef doit-elle être comprise comme un rébus, en remplacement d'un nom ou d'un mot, doit-elle être considérée comme une marque professionnelle (les clefs figurent parmi d'autres outils dans la liste des diverses marques), ou comme un ornement faisant allusion à une ré-ouverture du sanctuaire ??

 

Je lis pour cette partie :

AUGTE : G : LAMY ON

: GOUARN RES : A : P[RESE]NT : L : M : VCZ : LVII

On remarquera l'utilisation de lettres suscrites à trois reprises, et celle d'un M aux fûts perlés pour "MIL".

Ma leçon est :

""Le bois du bout d'en bas de céans fait [par] Augte  G. Lamyon Gouverneur à présent l'an mil cinq cent cinquante sept (1557)".

Le prénom Auguste, suggéré pour résoudre "Augte"  est douteux, puisqu'un tilde n'est pas placé pour signaler une élision.

Je propose d'identifier ce gouverneur comme étant Guillaume Lamyon, maître charpentier.

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Sablière N4  de la nef de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Sablière N4 de la nef de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Au total, nous avons : 

LE : BOIS : DU : BOUT : / AUGTE : G : LAMY ON

DA[N]BAS : DE : CEANS : FAICT / : GOUARN RES : A : P[RESE]NT : L : M : VCZ : LVII

"Le bois du bout d'en bas de céans fait [par ] Augte G. Lamyon Gouverneur à présent l'an mil cinq cent cinquante sept (1557)".

 

Elle est proche de celle de Sophie Duhem est exacte:

LE : BOIS : DU : BOUT : DA[N]BAS : DE : CEA[N]S : FAICT : P[AR] J. AVG[US] TE : G : LAMYON GOVARN[NEUR] : A : P[RESE]NT : L[AN] : M : VCZ LVII

Celle de René Couffon est, comme souvent, approximative, mais cet auteur est régulièrement copié aveuglément. 

 

"Enfin, la sablière de la longère nord de la nef porte : « Le bois du bout d'a bas de ceans faict (une tête puis une clef) Auguste Glamyon gouarner à p(rese)nt l'an M V cz L VII (1557) ; et au-dessous : fet J. Guille. "

Dans le même genre, je lis sur l'article Wikipédia :

"Le bout d'en bas de céans fait par Lamy Y. Gouarn à présent l'an 1557" 

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Sablière N4  de la nef de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Sablière N4 de la nef de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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N5.  CINQUIÈME SECTION DU COTÉ NORD DE LA NEF.  SIGNATURE G.F ET HUIT MÉDAILLONS.

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Huit médaillons de style Renaissance représentent des hommes placés en vis à vis, autour d'un médaillon central à monogramme G.P.

 

Commentaire de Sophie Duhem :

 

"Les sculpteurs italiens développent à la fin du Quattrocento le thème du buste en relief sur médaillon, une figure qui apparaît à plusieurs reprises dans l'ornementation des charpentes. Bien que nous n''ayons pas retrouvé dans les recueils de gravures d'équivalents iconographiques des modèles sculptés sur les sablières, l'origine italienne ne fait aucun doute. Au total, 82 pièces de charpente sont ornés de portraits sur médaillons, principalement regroupés dans les paroisses du Cap Sizun et dans le diocèse de Vannes. Le modèle le plus répandu présente une tête de face ou de profil, disposée au centre d'un médaillon cranté ou marqué d'encoches [Loguivy-Plougras] Cette dernière formule est utilisée par J. Brellivet à Cleder-Cap-Sizun (1554), Primelin, et Saint-Nic (1562). P. Poulichet à Lanonnet (1568) et Le Saint préfère sculpter en très haut relief une succession de personnages en bustes, qui ont manifestement inspiré l'artisan de la chapelle Saint-Sébastien au Faouët."

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Sablière N5  de la nef de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Sablière N5 de la nef de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Qui sont ces hommes ? Il est impossible de le dire. Le quatrième ressemble fortement au médaillon central de  N4. Barbus ou imberbe, coiffés de chapeaux ou nu-têtes, ils évoquent des personnages contemporains. 

Sablière N5  de la nef de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Sablière N5 de la nef de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Sablière N5  de la nef de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Sablière N5 de la nef de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Le médaillon central porte un cuir, sur lequel sont inscrites les lettres : G / P :

Je propose de lire dans ces initiales celles de Pierre Guillot.

Elles entourent une herminette, laissant penser qu'il s'agit du maître charpentier. 

 

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Sablière N5  de la nef de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Sablière N5 de la nef de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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N6.  SIXIÈME SECTION DU COTÉ NORD DE LA NEF. DRAGONS, LION, ANIMAUX ET ÊTRES FANTASTIQUES.

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Sablière N6  de la nef de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Sablière N6 de la nef de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Sablière N6  de la nef de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Sablière N6 de la nef de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Sablière N6  de la nef de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Sablière N6 de la nef de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Sablière N6  de la nef de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Sablière N6 de la nef de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Sablière N6  de la nef de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Sablière N6 de la nef de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Sablière N6  de la nef de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Sablière N6 de la nef de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Sablière N6  de la nef de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Sablière N6 de la nef de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Sablière N6  de la nef de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Sablière N6 de la nef de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Sablière N6  de la nef de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Sablière N6 de la nef de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Sablière N6  de la nef de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Sablière N6 de la nef de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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N7.  SEPTIÈME SECTION DU COTÉ NORD DE LA NEF. ENTRELACS ET PALMETTES.

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Sablière N7  de la nef de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Sablière N7 de la nef de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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N8.  HUITIÈME SECTION DU COTÉ NORD DE LA NEF. PORCS, SIRÈNE, DRAGON AILÉ, CENTAURE, ETC.

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Sablière N8  de la nef de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Sablière N8 de la nef de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Sablière N8  de la nef de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Sablière N8 de la nef de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Une sirène tenant un serpent, ou une femme sortant d'une conque. Un dragon ailé fantastique.

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Sablière N8  de la nef de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Sablière N8 de la nef de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Un centaure tenant un bâton est poursuivi par un dragon ailé et par un dragon.

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Sablière N8  de la nef de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Sablière N8 de la nef de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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N9. SIMPLE ARABESQUE.

C'est cette pièce qui viendrait de l'église Saint-Jean-de-Bally de Lannion.

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Sablière N8  de la nef de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Sablière N8 de la nef de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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SOURCES ET LIENS.

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COUFFON (René) 1939,  Répertoire des églises et chapelles du diocèse de Saint-Brieuc et Tréguier, extrait des Mémoires de la Société d'émulation des Côtes-du-Nord, Saint-Brieuc, Les presses bretonnes, 1939, p. 233-235.

 

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6562108b/f29.image

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6562108b/f46.image

— DUHEM (Sophie) 1998, « Quant li goupil happe les jélines... », ou les représentations de Renart dans la sculpture sur bois bretonne du XVe au XVIIe siècle,  Annales de Bretagne et des pays de l'Ouest  Année 1998  105-1  pp. 53-69

http://www.persee.fr/doc/abpo_0399-0826_1998_num_105_1_3972

— DUHEM (Sophie) 1997, Sablières sculptées de Bretagne : images, ouvriers du bois et culture paroissiale au temps de la prospérite bretonne (XVe-XVIIe s.). Thèse de doctorat en Histoire. Sous la direction de Alain Croix. Soutenue en 1997. à Rennes 2 .

— DUHEM (Sophie) 1998, Les Sablières sculptées de Bretagne, Presses Universitaires de Rennes, 390 pages. Pages  66-69-72-183-232-233-266-267-277-278 : 

 

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Published by jean-yves cordier - dans Sablières
5 mars 2018 1 05 /03 /mars /2018 21:50

Les crossettes et les gargouilles de l'église de Loc-Envel (22).

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— Sur les crossettes, voir :

Cet article appartient à une étude des crossettes du Finistère destinée à permettre des comparaisons et à dégager des constantes stylistiques et thématiques. On consultera sur ce blog :

Quelques crossettes sculptées de l'église Saint-Nonna de Penmarc'h. 

Les crossettes de l'église de Plougourvest (29).

L'église Sainte-Marie-Madeleine de Dinéault VII. La crossette.

 

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INTRODUCTION.

Loc-Envel, "lieu saint  (ermitage) de saint Envel", à l'extrémité ouest de la forêt de Coat-An-Hay, domine le Guic, principal affluent du Léguer qu'il rejoint à Belle-Île-en-Terre. Le Léguer poursuit ensuite son cours jusqu'à Lannion et le Yaudet. Loc-Envel cumulait donc jadis les avantages économiques des rivières (pêche, moulins) et des bois (chasse, abattage) ou de l'exploitation ferrifère (Chauris 1990). Voir Géoportail. C'est aujourd'hui, avec ses 69 habitants, la moins peuplée des 1250 communes bretonnes.

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 L'église, le site et ses revenus furent la propriété, en tant que prieuré-cure, de l'abbaye bénédictine de Saint-Jacut-sur-Mer (à l'ouest de Saint-Malo)  de 1163 jusqu'à la Révolution. 

L'église Saint-Envel de Loc-Envel, de style gothique flamboyant, est datée "du XVIe siècle". Puisque ce style s'est exprimé entre 1420 et 1550 au plus tard, nous pouvons préciser "Première moitié du XVIe siècle". Elle a été décrite par René Couffon en 1939, puis par Raymond Cornon en 1950 et par Pierre Barbier en 2005. Elle serait "le prototype des petits édifices religieux de la partie occidentale des Côtes-du-Nord". Son plan consiste en une nef de trois travées avec  collatéraux, un transept non saillant, et une petite abside à trois pans coupés. A une époque indéterminée, elle a été fâcheusement mutilée ; c'est ainsi que les trois fenêtres de l'abside ont été découronnées de leurs gâbles à crochets. Il en a été de même pour deux des lucarnes éclairant les bas-côtés.

Ses gargouilles et ses crossettes, désignées sous le terme de "chimères", font le bonheur des photographes, et d'excellents clichés, que nous devons à Kergoulay illustrent l'article Wikipédia . D'autres, par Gilbert Frey, illustrent l'article d'Infobretagne. C'est dire que la toile n'avait nul besoin que je lui confie mes médiocres clichés, pris au pas de chasseur entre deux averses d'une matinée de septembre, lors de cette Folle Journée du Patrimoine qui allait me conduire ensuite à visiter une dizaine de sites costarmoricains dont Ploguivy-Plougras, Locmaria en Belle-Île, Grâces-Guingamp, Châtelaudren et Lantic.

Mais ces sculptures méritaient, en plus de ces belles photographies, une étude réglée, considérant ces crossettes et gargouilles comme un ensemble stylistique et iconographique déterminé par un projet — non seulement ornemental, mais religieux — dont il fallait chercher la cohérence. Quitte à, plus tard, relier le corpus obtenu pour le comparer sur les modes diachroniques et synchroniques chers à nos universitaires, aux ensembles répertoriés dans les autres édifices religieux (ou civils) de Bretagne.

J'ai donc fait, sous mon parapluie, le tour de l'église en partant de l'angle nord-ouest dans le sens horaire, le nez en l'air, guettant au tombant de chaque rampant des pignons et lucarnes les animaux et personnages qui m'y attendaient. 

J'ai trouvé, hormis ceux qui cantonnent le clocher,  13 éléments sculptés figurés soit 9 crossettes et 4 gargouilles, répartis en 5 être humains et 8 animaux . Ce sont,  dans l'ordre d'apparition sur l'écran :

C1. Un dragon mordant sa queue.

C2 Un homme allongé se caressant la barbe,

C3 Une femme allongée, accoudée à la corniche,

G1, un lion,

G2, un jeune homme en aube (ange?),

G3, un homme barbu rieur en tunique plissée,

G4, une femme grimaçant,

C4, un dragon,

C5, un lion,

C6, un lionceau,

C7, un autre lionceau,

C8, un lion ou chien,

C9, un lion.

Cette prédominance des lions (6) et des dragons (2) est parfaitement en phase avec l'iconographie des crossettes et gargouilles en Bretagne, et notamment en Nord-Finistère où elle a été étudiée par Emmanuelle Le Séac'h. L'originalité, si on me suit dans mes identifications, est de trouver des lionceaux, que je n'ai pas trouvé sur d'autres sites. 

La taille des sculptures est  mixte, en ronde-bosse pour la partie qui fait amortissement en bas-relief ou moyen-relief pour la partie de la pierre engagée dans la construction.

La pierre me semble être du granite. Notez néanmoins que :

"Les orthogneiss de Guimiliau et de Plougonven (Finistère), ainsi que ceux de Loc-Envel (Côtes d’Armor) appartiennent à un complexe comparable aux gneiss de Brest...; Les chapelles de Saint-Eloi et de Luzivilly en Plouigneau présentent des moellons en gneiss de Plougonven. L’église de Loc-Envel montre des dalles gneissiques de provenance locale." Louis Chauris http://journals.openedition.org/rao/1482

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Cliquez sur les images pour une meilleure vision. Clocher-mur de l'église de Loc-Envel. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

Cliquez sur les images pour une meilleure vision. Clocher-mur de l'église de Loc-Envel. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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C1. CROSSETTE DE L'ANGLE NORD-OUEST. UN DRAGON MORDANT SA QUEUE.

Malgré l'érosion du granite et malgré les lichens, malgré le contre-jour, je propose cette interprétation en m'aidant de l'image de Kergoulay. La tête fine m'évoquait celle d'un lapin, j'ai pensé ensuite que celui-ci emportait dans sa gueule une âme humaine, puis j'ai cru qu'il mangeait un poisson, mais nous distinguons bien une longue queue qui développe des spires autour du corps avant de se terminer entre les dents de la bête. Cela ne peut correspondre qu'au dragon caudophage (je viens de créer sans fierté ce néologisme), qui s'affiche clairement à Landivisiau ou à Pencran, parmi d'autres exemples, la queue souvent terminée par une tête de serpent tenue dans la gueule.

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C1, dragon dévorant, granite, 1ère moitié XVIe siècle, angle nord-ouest de  l'église de Loc-Envel. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

C1, dragon dévorant, granite, 1ère moitié XVIe siècle, angle nord-ouest de l'église de Loc-Envel. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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C1, dragon dévorant, angle nord-ouest de  l'église de Loc-Envel. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

C1, dragon dévorant, angle nord-ouest de l'église de Loc-Envel. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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C2. RAMPANT DROIT DU PIGNON DU BRAS NORD DU TRANSEPT. HOMME ALLONGÉ CARESSANT SA BARBE.


Le rampant à crochets est amorti à droite par une longue crossette qui nous présente, en suivant notre trajet, une tête baissée. C'est celle d'un homme barbu, au front ridé, au crâne lisse ou coiffé d'un bonnet très ajusté. 

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C2, homme caressant sa barbe, granite, 1ère moitié XVIe siècle, rampant du pignon du transept nord de  l'église de Loc-Envel. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

C2, homme caressant sa barbe, granite, 1ère moitié XVIe siècle, rampant du pignon du transept nord de l'église de Loc-Envel. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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Cet homme au front soucieux a les yeux exorbités sous d'épaisses arcades sourcilières, un nez épaté aux narines en manche à air, des sillons naso-géniens en parenthèses, et une barbe bifide qu'il caresse affectueusement.

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C2, homme caressant sa barbe, granite, XVIe rampant du pignon du transept nord de  l'église de Loc-Envel. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

C2, homme caressant sa barbe, granite, XVIe rampant du pignon du transept nord de l'église de Loc-Envel. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

C2, homme caressant sa barbe, granite, XVIe rampant du pignon du transept nord de  l'église de Loc-Envel. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

C2, homme caressant sa barbe, granite, XVIe rampant du pignon du transept nord de l'église de Loc-Envel. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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Une fois que nous sommes sous la baie au remplage à fleur de lys, nous voyons que ce sosie de Socrate en Silène est allongé confortablement à plat ventre. Est-il nu ? Je crois distinguer la ligne transversale d'une manche courte et d'un haut de chausse, ainsi qu'une paire de solides souliers. Mais que ne suis-je Locenvellois pour aller scruter, par tous les éclairages, ces détails cruciaux !

Cette posture rappelle un peu celle des crossettes de Landerneau ou de Le Tréhou, qui sont des soldats. Je me demande si un objet allongé n'est pas discernable le long de la jambe. Son bonnet n'est-il pas un casque ?

Sous ses allures vénérables, cet homme qui nage sur la vague de ce toit n'est peut-être pas un exemple pour l'édification morale des bons chrétiens, car depuis les modillons romans, les hommes qui se caressent la barbe sont des figures d'une auto-sexualité lascive.

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C2, homme caressant sa barbe, granite,1ère partie  XVIe rampant du pignon du transept nord de  l'église de Loc-Envel. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

C2, homme caressant sa barbe, granite,1ère partie XVIe rampant du pignon du transept nord de l'église de Loc-Envel. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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Le bras nord du transept et le chevet  vus depuis l'angle nord-est . 

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Angle nord-est du pignon du transept nord de  l'église de Loc-Envel. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

Angle nord-est du pignon du transept nord de l'église de Loc-Envel. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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C3. RAMPANT GAUCHE DU PIGNON DU BRAS NORD DU TRANSEPT. FEMME ALLONGÉE BRAS CROISÉS.

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Elle est allongée de façon symétrique à son compagnon, et semble s'être installée à son balcon. Ses cheveux sont dénoués, ce qui préjuge de son jeune âge, ou de sa moralité élastique. Avec son large nez et sa bouche trop grande sur un menton effacé, elle ne peut prétendre à être élue Miss Loc-Envel. Mais le sculpteur ne l'a pas trop chargé non plus, aussi est-il difficile de la cataloguer clairement. Mais est-elle seulement habillée, au moins ? N'est-elle pas pieds-nus ? Encore une chose à aller examiner de très près.

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C3, femme les bras croisés, granite,1ère moitié  XVIe,  rampant gauche du pignon du transept nord de  l'église de Loc-Envel. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

C3, femme les bras croisés, granite,1ère moitié XVIe, rampant gauche du pignon du transept nord de l'église de Loc-Envel. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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C3, femme les bras croisés, granite,1ère moitié  XVIe,  rampant gauche du pignon du transept nord de  l'église de Loc-Envel. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

C3, femme les bras croisés, granite,1ère moitié XVIe, rampant gauche du pignon du transept nord de l'église de Loc-Envel. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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C3, femme les bras croisés, granite,1ère moitié  XVIe,  rampant gauche du pignon du transept nord de  l'église de Loc-Envel. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

C3, femme les bras croisés, granite,1ère moitié XVIe, rampant gauche du pignon du transept nord de l'église de Loc-Envel. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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LE CHEVET ET SES GARGOUILLES.

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Le chevet a trois pans, percés de trois fenêtres dont l'encadrement sert de pignon à trois petits toits. Ces trois petits toits ne couvrent pas la totalité de l'abside : chacun se raccorde à une classique couverture d'abside à trois pans. Le chevet est orné d'étranges chimères et d'impressionnantes gargouilles. Les gargouilles reposent directement sur les contreforts." (Wikipédia)

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Chevet de  l'église de Loc-Envel. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

Chevet de l'église de Loc-Envel. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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LE PAN NORD-EST ET SES DEUX GARGOUILLES.

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Pan nord du chevet  de  l'église de Loc-Envel. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

Pan nord du chevet de l'église de Loc-Envel. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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Les deux gargouilles G1 et G2 du pan nord du chevet de  l'église de Loc-Envel. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

Les deux gargouilles G1 et G2 du pan nord du chevet de l'église de Loc-Envel. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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G1. PREMIÈRE GARGOUILLE : UN LION.

C'est notre brave lion des crossettes et gargouilles de Basse-Bretagne, avec son front frisé, sa gueule débonnaire à la langue bien pendue, à la crinière bouclée, à l'arrière-train lisse, musclé et fin et, arborée comme sa signature, sa longue queue faufilée sous la patte antérieure droite  avant de faire retour sur le dos et se diviser en un fouet souvent à trois pointes. Il rugit volontiers mais n'a jamais fait de mal à personne.

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G1, lion de gargouille ( granite,1ère moitié  du XVIe, ) du pan nord du chevet de  l'église de Loc-Envel. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

G1, lion de gargouille ( granite,1ère moitié du XVIe, ) du pan nord du chevet de l'église de Loc-Envel. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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G2, DEUXIÈME GARGOUILLE. UN HOMME TENANT SON MENTON .

De face, avec sa bouche découvrant deux belles rangées de dents et ses yeux en amandes parfaites centrées par des pupilles creuses, il est impressionnant. La pierre, de couleur noire et de grain très fin, évoque le kersanton finistérien. 

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G2, homme grimaçant ( kersanton,1ère moitié  du XVIe, ) du pan nord du chevet de  l'église de Loc-Envel. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

G2, homme grimaçant ( kersanton,1ère moitié du XVIe, ) du pan nord du chevet de l'église de Loc-Envel. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

G2, homme grimaçant ( kersanton,1ère moitié  du XVIe, ) du pan nord du chevet de  l'église de Loc-Envel. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

G2, homme grimaçant ( kersanton,1ère moitié du XVIe, ) du pan nord du chevet de l'église de Loc-Envel. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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G2, homme grimaçant ( kersanton,1ère moitié  du XVIe, ) du pan nord du chevet de  l'église de Loc-Envel. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

G2, homme grimaçant ( kersanton,1ère moitié du XVIe, ) du pan nord du chevet de l'église de Loc-Envel. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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Mais en avançant un peu plus il révèle sous des cheveux délicieusement bouclés un profil pur et rieur, à la ligne de nez charmante. Il a placé sa main sous son menton afin de mieux discuter avec son léonin voisin. Il est sagement vêtu d'une aube aux manches lisses, et à l'étoffe aux plis tuyautés sous la ceinture. À ce jouvenceau aux traits angéliques, il  ne  manque que les ailes.

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G2, homme grimaçant ( kersanton,1ère moitié  du XVIe, ) du pan nord du chevet de  l'église de Loc-Envel. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

G2, homme grimaçant ( kersanton,1ère moitié du XVIe, ) du pan nord du chevet de l'église de Loc-Envel. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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Les deux gargouilles G1 et G2 du pan nord du chevet de  l'église de Loc-Envel. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

Les deux gargouilles G1 et G2 du pan nord du chevet de l'église de Loc-Envel. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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LE PAN SUD-EST ET SES DEUX GARGOUILLES.

On profitera pour noter la frise qui ceinture la partie basse des trois pans.

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Les deux gargouilles G3 et G4 du pan sud du chevet de  l'église de Loc-Envel. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

Les deux gargouilles G3 et G4 du pan sud du chevet de l'église de Loc-Envel. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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G3 TROISIÈME GARGOUILLE : HOMME BARBU RIANT.

Visage enjoué, cheveux bouclés, barbe méchée, cet homme jaillit en fût monolithique comme un skieur à l'épreuve de saut, bras collés le long du corps pour profiter de la meilleure aérodynamique. Il est passé trop vite devant moi, je n'ai pas eu le temps de voir si, contre son aube plissée, je pouvais distinguer ses bâtons.

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G3, homme monolithique mais rieur, gargouille du pan sud du chevet de  l'église de Loc-Envel. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

G3, homme monolithique mais rieur, gargouille du pan sud du chevet de l'église de Loc-Envel. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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Ce Gargantua n'est-il pas le père de G2 ? Même enthousiasme pour croquer la vie à pleine dents. 

G3, bonhomme monolithique mais rieur, gargouille du pan sud du chevet de  l'église de Loc-Envel. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

G3, bonhomme monolithique mais rieur, gargouille du pan sud du chevet de l'église de Loc-Envel. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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En passant dans le ciel au dessus de ma tête, il m'a crié : lavieb-aile ! lavieb-aile !

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G3, homme lithique mais heureux, gargouille du pan sud du chevet de  l'église de Loc-Envel. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

G3, homme lithique mais heureux, gargouille du pan sud du chevet de l'église de Loc-Envel. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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Et comme ça ?

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G3, homme lithique mais heureux, gargouille du pan sud du chevet de  l'église de Loc-Envel. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

G3, homme lithique mais heureux, gargouille du pan sud du chevet de l'église de Loc-Envel. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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G4 : QUATRIÈME GARGOUILLE . UNE FEMME...

Moi, le ϕιλογύνης , je me fais violence. Vais-je devoir flétrir le beau sexe en enrôlant dans ces rangs cette matrone ? Allons poète prends ton luth et me donne un baiser !

Ses yeux sont deux cerises, deux perles de jade ! Sa bouche est une fontaine d'où coule un vin excellent ! Ses narines, chacune a sa jumelle, aucune n'est solitaire. Ses pommettes sont les deux poignées d'un seau qui me revient plein de lait et de miel ! Ses dents ressemblent à un troupeau de brebis passées aux mains des bouchers, il n'en restent que deux. Son front est la montagne de myrrhe, bâti comme Sion il veille sur les sourcils ! La courbe de son bras est une gazelle, elle bondit vers la source !

Ses cheveux sont un fleuve de parfum, le henné avec le nard, le nard avec le safran et la cannelle odorante, le cinnamone et l'aloès.

Tu me fais perdre la boule, ô toi ma sœur, la boule tu me fais perdre.

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G4, femme couchée,  gargouille du pan sud du chevet de  l'église de Loc-Envel. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

G4, femme couchée, gargouille du pan sud du chevet de l'église de Loc-Envel. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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Ta natte noire comme le corbeau ? Flottante comme un rameau de palme, c'est un troupeau de chèvre aux flancs du mont Galaad.

 

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G4, femme couchée,  gargouille du pan sud du chevet de  l'église de Loc-Envel. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

G4, femme couchée, gargouille du pan sud du chevet de l'église de Loc-Envel. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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La ligne de ton nez, une colombe qui vole. Ton cri, un orage qui éclate sur le vallon.

Ton cri, dure grenade cédant à l'excès de ses grains.

 

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G4, femme couchée,  gargouille du pan sud du chevet de  l'église de Loc-Envel. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

G4, femme couchée, gargouille du pan sud du chevet de l'église de Loc-Envel. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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PIGNON DU BRAS SUD DU TRANSEPT. RAMPANT À FLEURON ET CROCHETS.

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Pignon du bras sud du transept, de  l'église de Loc-Envel. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

Pignon du bras sud du transept, de l'église de Loc-Envel. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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C4, CROSSETTE DU RAMPANT DROIT DU PIGNON DU BRAS SUD DU TRANSEPT. UN DRAGON.

Sur la photo de Kergoulay, bien préférable à celle-ci, nous voyons parfaitement les ailes nervurées et le contour hérissé d'aspérités du corps et de la queue de ce dragon. Il se livre ici à l'un de ses passe-temps favoris, celui qui consiste à faire des boucles et des nœuds avec sa queue. 

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C4, dragon (granite, 1ère moitié XVIe siècle) du rampant droit du bras sud du transept, de  l'église de Loc-Envel. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

C4, dragon (granite, 1ère moitié XVIe siècle) du rampant droit du bras sud du transept, de l'église de Loc-Envel. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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C4, dragon (granite, 1ère moitié XVIe siècle) du rampant droit du bras sud du transept, de  l'église de Loc-Envel. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

C4, dragon (granite, 1ère moitié XVIe siècle) du rampant droit du bras sud du transept, de l'église de Loc-Envel. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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C5. CROSSETTE DU RAMPANT GAUCHE DU PIGNON DU BRAS SUD DU TRANSEPT. UN LION.

Ce lion est un lion de crossette, mais qui fait ici la démonstration de la capacité de sa queue de quitter sa position de repli pour se déployer telle une arme de jet. Les sculpteur s'est amusé ici à la faire passer dessus et dessous la barre qui suit le rampant.

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C5, lion de crossette du rampant gauche du bras sud du transept de  l'église de Loc-Envel. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

C5, lion de crossette du rampant gauche du bras sud du transept de l'église de Loc-Envel. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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C6, RAMPANT DROIT DE LA DEUXIÈME LUCARNE SUD : UN LIONCEAU.

Un lionceau, c'est comme un lion en plus petit, mais sans crinière. Je l'identifie par sa queue, qui passe  sous la patte postérieure gauche comme chez papa. Cette queue est de longueur démesurée (plus de deux fois la longueur du corps), et cette espèce de lions propres à Loc-Envel semble s'en servir de lassos. Elle forme une boucle très loin en avant de l'animal.

 

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C6, lionceau, deuxième lucarne de  l'église de Loc-Envel. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

C6, lionceau, deuxième lucarne de l'église de Loc-Envel. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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Ce lionceau appartenait à la deuxième lucarne du bas-coté sud de la nef. Il en amortissait le tombant du coté droit. Voici maintenant  la lucarne :

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Deuxième lucarne du bas-coté sud de la nef de  l'église de Loc-Envel. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

Deuxième lucarne du bas-coté sud de la nef de l'église de Loc-Envel. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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C7. RAMPANT GAUCHE DE LA DEUXIÈME LUCARNE SUD : UN LIONCEAU.

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Il m'a fait un beau sourire lorsqu'il a vu que je le photographiai. C'est le petit frère du précédent, il ne parvient pas encore à faire des bulles avec sa queue, mais il s'entraîne.

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Lionceau, tombant gauche de la deuxième lucarne du bas-coté sud de la nef de  l'église de Loc-Envel. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

Lionceau, tombant gauche de la deuxième lucarne du bas-coté sud de la nef de l'église de Loc-Envel. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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Lionceau, tombant gauche de la deuxième lucarne du bas-coté sud de la nef de  l'église de Loc-Envel. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

Lionceau, tombant gauche de la deuxième lucarne du bas-coté sud de la nef de l'église de Loc-Envel. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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 LA PREMIÈRE  LUCARNE SUD.

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Première  lucarne du bas-coté sud de la nef de  l'église de Loc-Envel. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

Première lucarne du bas-coté sud de la nef de l'église de Loc-Envel. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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C8. RAMPANT DROIT DE LA PREMIÈRE LUCARNE SUD : UN CHIEN OU UN LION.

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Oui, je reconnais que j'ai pensé un moment à un phoque. Mon intime conviction, qui ne regarde que moi mais que je partage, est qu'il s'agit encore d'un lionceau. Je ne le crie pas sur les toits pour ne pas lasser les visiteurs, qui aiment la variété.

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Crossette C8 (granite, 1ère moitié XVIe siècle) de la première  lucarne du bas-coté sud de la nef de  l'église de Loc-Envel. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

Crossette C8 (granite, 1ère moitié XVIe siècle) de la première lucarne du bas-coté sud de la nef de l'église de Loc-Envel. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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C9. RAMPANT GAUCHE DE LA PREMIÈRE LUCARNE SUD : UN LION.

Malgré sa tête de Donald Duck essayant des lunettes, il appartient à cette sous-espèce de lions de crossette qu'un nomenclateur se plairait à qualifier de "xyphosure" tant leur queue est tendue comme un épée, quand elle ne se love pas, nous l'avons dit, en lasso.

Pour se coucher moins bête.

La Queue-de-lion, en botanique, est une Labiée dont le nom scientifique Leonotis leonurus signifie "oreille de lion - queue de lion". Son principe psycho-actif est la léonurine. Le suffixe-ure sert en zoologie  à composer des noms en relation avec la queue des animaux. Le Wallaby de Grey sautait avec sa queue, avant son extinction. 

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Crossette C9 (granite, 1ère moitié XVIe siècle) de la première  lucarne du bas-coté sud de la nef de  l'église de Loc-Envel. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

Crossette C9 (granite, 1ère moitié XVIe siècle) de la première lucarne du bas-coté sud de la nef de l'église de Loc-Envel. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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SOURCES ET LIENS.

—WIKIPEDIA

https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89glise_Saint-Envel_de_Loc-Envel

— CORNON (Raymond), 1950, , in Congrès archéologique de France : 107e session, Saint-Brieuc, Paris, Société française d'archéologie, 1950.

— BARBIER (Pierre), 1960,, Le Trégor historique et monumental : étude historique et archéologique de l'ancien évêché de Tréguier , Saint-Brieuc, Les presses bretonnes, p. 342-346.

— COUFFON (René) 1939,  Répertoire des églises et chapelles du diocèse de Saint-Brieuc et Tréguier, premier fascicule (Allineuc-Lantic), extrait des Mémoires de la Société d'émulation des Côtes-du-Nord, Saint-Brieuc, Les presses bretonnes, 1939, p. 231-232.

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6562108b/f43.image

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6562107x/f29.image

— INFOBRETAGNE.

http://www.infobretagne.com/loc-envel-eglise.htm

— LE GAC (Christian), 2015, Promenade entre Goelo et Trégor.

http://www.christianlegac.com/2015/09/promenade-entre-goelo-et-tregor.html

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Published by jean-yves cordier - dans Gargouilles et crossettes
1 mars 2018 4 01 /03 /mars /2018 21:29

Zoonymie des Odonates : l'épopée de Atra-Hasis (XVIIIe siècle av. J.C).

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Voir aussi :

 

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 I. PRÉSENTATION GÉNÉRALE.

L'épopée akkadienne d'Atrahasis ou Poème du Très Sage est, comme l'épopée de Gilgamesh, un récit de la mythologie mésopotamienne décrivant la Création puis la destruction de l'Humanité par les Dieux sous l'effet d'un Déluge, et la survie, grâce à la construction d'une arche, d'un élu (Atrahasis le "Très Sage" dans l'épopée éponyme, et Uta-Napishtim dans celle de Gilgamesh) qui repeuplera la Terre. 

Des parties de l'épopée d'Atra-Hasis sont citées dans la tablette XI de l' Épopée de Gilgamesh (1150 av. J.-C.), qui lui est donc postérieure ou relève d'une source commune et dans les écrits de Bérose (250 avant J.-C.).

 

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Ma présentation générale sera un copier-coller (en retrait) des informations en ligne.

Rédigée en langue sémitique akkadienne, elle date probablement du XVIIIe siècle av. J.-C.

— Recension Paleobabylonienne. (OB pour Old Babylonian) "Le conte d’Atra-Hasīs dont le titre originel, retenant les premiers mots du texte, était inūma ilū awīlum « Lorsque les dieux faisaient l’homme », nous est connu principalement par l’une de ses éditions, rédigée sur trois tablettes d’argile de huit colonnes (quatre au recto, quatre au verso), provenant vraisemblablement de la ville de Sippar sur l’Euphrate. Grâce à leur colophon, nous savons qu’elles furent copiées par un certain Kasap-aya ou Nūr-aya ou Ipiq-aya sous le règne du roi d’Ammisadūqa de Babylone (1646-1626 av. J.-C.), quatrième successeur du grand Hammurabi. Divers détails, nous encouragent cependant à supposer que le texte fut composé près d’un siècle auparavant. Ses caractéristiques rédactionnelles révèlent, en effet, une composition typique de l’époque, laissant peu de probabilités à l’existence d’un antécédent sumérien dont elle serait, du moins, sous cette forme, la traduction.

Ces tablettes ont été découvertes en 1876 à Sippar, en Irak. Les tablettes 1 et 3 se trouvent au British Museum, la tablette 2 à New-York

A cette édition paléobabylonienne, il convient, par ailleurs, de joindre trois autres copies réalisées à la même période. L’une d’entre elle, malgré quelques variantes orthographiques, appartient incontestablement à la même recension que les documents précédents. Les deux autres présentent, en revanche, des différences notables, relevant vraisemblablement d’une autre tradition textuelle.

— MB = Middle Babylonian : Sans lien évident avec la version paléobabylonienne, sont également à signaler deux autres fragments datant de la seconde moitié du IIe millénaire. Le premier, où ne surnage que le récit du Déluge, découvert sur le site de l’antique cité d’Ougarit en Syrie, le second, provenant, quant à lui, du site de Nippur en Iraq.

— Version assyrienne : Enfin, pour achever cet inventaire, il faut encore mentionner quatorze fragments de tablettes d’époque néoassyrienne, provenant tous de la bibliothèque dite d’Assurbanipal à Ninive. Ces documents ne constituent pas un ensemble homogène et peuvent être regroupés en trois familles. La première, comportant neuf fragments, issus d’une tradition très proche de la version paléobabylonienne dont ils se distinguent par quelques variantes dialectales propres à la langue assyrienne ainsi que par certaines amplifications ou simplifications du texte principal ; la seconde, sans grandes relations avec les sources précédentes, représentée seulement par deux bouts de tablette d’origines différentes ; la troisième, enfin, formant ce que nous appelons la recension assyrienne, regroupant trois ensembles de longueur respectable ayant probablement appartenus, à l’origine, à deux tablettes d’une même série. Quelques menus débris seraient encore à mentionner mais ils ne présentent que peu d’intérêt dans le cadre de cette présentation.

Dans l’ensemble, sur la base de cette documentation assez hétéroclite, seuls les deux tiers des quelques 1245 vers qui composaient, à l’origine, la version paléobabylonienne de ce texte, ont pu être restitués à ce jour. Cette version restituée du conte d’Atra-Hasīs se présente comme une composition poétique répondant à des critères esthétiques souvent bien éloignés des nôtres. Si chaque ligne correspond approximativement à ce que nous appelons un vers, la métrique akkadienne est, quant à elle, fondée sur des principes qui n’ont point d’équivalents chez nous. Le premier de ces principes est d’ordre sémantique : chaque vers peut être précisé par la répétition de la même idée sous une forme différente, voire, en lui opposant une expression plus ou moins antithétique. Le deuxième principe relève, quant à lui, de la rythmique et consiste en l’alternance de syllabes en nombre fixe, prononcées avec plus ou moins d’intensité."

 

Dans sa version la plus complète, l'épopée d'Atrahasis est écrite sur trois tablettes en akkadien , la langue de l'ancienne Babylone.

"Œuvre rédigée en langue akkadienne, qui comptait quelque 1 250 vers à l'origine et qui présente un réel effort de réflexion sur la création et sur le destin de l'homme (cf. traduction in R. Labat, Les Religions du Proche-Orient, Paris, 1970). Elle fut rédigée en Babylonie, peut-être au - XVIIe siècle ; mais, malgré le grand nombre de témoins qu'on en possède et dont les plus récents datent du - VIIe siècle, le texte en reste, encore aujourd'hui, lacunaire, d'autant que des remaniements importants sont intervenus entre ces deux dates.

À l'origine, Anu, Enlil et Enki se partageaient le monde ; les autres dieux, en revanche, étaient soumis à un travail harassant. Excédés, ils brûlèrent leurs outils et firent le siège du palais d'Enlil, le maître de la Terre. Pour apaiser les esprits, tous décidèrent de créer l'homme, pour qu'il prenne leur place. Aidée des conseils d'Enki, le dieu sage, une déesse mère le modèle avec de l'argile et du sang d'un dieu mis à mort. Mais l'humanité prospère tellement que son bruit importune Enlil. Par trois fois, celui-ci décide sa destruction, par la peste ou la famine. Par trois fois, Atra-hasis (l'Infiniment Sage), un roi humain, déjoue ses plans, avec la complicité d'Enki, resté favorable à sa création. C'est encore grâce à ce dernier qu'Atra-hasis échappe au déluge qui noie l'univers, avec sa famille et les bêtes qu'il a embarquées. Les dieux, reconnaissant leur erreur, décident alors de laisser renaître une nouvelle humanité.

Les sources écrites de ce poème sont inconnues ; tout au plus remarque-t-on la parenté étroite avec un récit du déluge en sumérien et le déluge de L'Épopée de Gilgamesh, qui s'en est peut-être inspirée. Les éléments qu'il met en œuvre paraissent appartenir plus simplement à une tradition du Proche-Orient, dont on trouve l'écho au début de l'Ancien Testament."

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Les traductions sont celles de :

— Lambert et Millard 1969, en anglais 

— Bottéro et Kramer, en français

— Wolfram von Soden, en allemand

— Forster (B.R) 2005, en anglais.

 

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Tablette British Museum 78941+78943, première tablette d'Atrahasis par le scribe Kasap-aya, vers 1635 av. J.C.

Tablette British Museum 78941+78943, première tablette d'Atrahasis par le scribe Kasap-aya, vers 1635 av. J.C.

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II. LA TROISIÈME TABLETTE / LE RÉCIT DU DÉLUGE.

 

C’est là que commence à proprement parler le récit du Déluge. Appartenant à la troisième tablette de la version paléobabylonienne du scribe Kasap-aya , rédigée sur huit colonnes, elle est enregistrée sous la cote BM 78942+78971+80385 au British Museum.

Atrahasis, averti par le dieu Enki de la décision de détruire l'Humanité par un déluge, a construit une arche et y a fait monter ses gens et un couple de chaque animal. Avant l'heure H, il organise un banquet pour "ses gens" et sa famille :

 

"Lui, (cependant), entrait et sortait, (jamais) il ne s’asseyait, ni ne (prenait le temps pour) s’accroupir, tant son cœur était brisé et son âme pleine d’amertume. (soudain, le temps changea, Adad tonna dans les nues. Lorsqu’il entendit les grondements d’Adad, Il se fit apporter du bitume pour obturer l’écoutille, puis il verrouilla sa porte. (Alors de nouveau) Adad tonna dans les cieux et en un instant le vent fut d’une telle violence  qu’il rompit les amarres et libéra le bateau." (Troisième tablette colonne 2)

Le déchaînement de la tempête se lit sur la colonne 3 :

"[...] la tempête [...] attelés [Anzû de] ses griffes déchirait les cieux [de ] ses [se]rres. [...] le pays. Soudain interrompant la rumeur comme on brise un pot, [...] le Déluge survint, et sa fureur, [dévastatrice comme la guerre], s’abattit sur les hommes. Les uns perdaient de vue les autres, l’on ne reconnaissait personne dans cette catastrophe.

Le Déluge mugissait pareil à un taureau,

le vent [hurlait] comme le cri de l’aigle,

et les ténèbres se firent profondes (lorsque le) soleil disparut.

[les gens ( ?) mourraient ( ?)] comme des mouches .

[...] du Déluge [...] [...] [...] le fracas du Déluge épouvantait ( ?) les dieux (eux-mêmes). "

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Le récit décrit ensuite l'indignation du dieu Enki , de la déesse-mère Nintu  et de la sage-femme  Mami face à la destruction des humains qu'ils ont créés :

 

 "Enki était effaré, voyant ses fils emportés sous ses yeux. Les lèvres de Nintu la Grande-Dame trahissaient son angoisse,  tandis que les Annunakū, les grands dieux étaient là, accablés par la soif et la faim. Lorsqu’elle vit cela la déesse pleura. Alors la sage-femme des dieux, l’experte Mami, (s’écria) : « puisse ce jour connaître (enfin) un soir  et soit englouti par les ténèbres. Au sein de l’assemblée des dieux comment ai-je pu (en accord) avec eux, ordonner une telle destruction ? Enlil n’est-il, pas las de ses ordres inconséquents,  pareil à cette Tiruru, (Chacun de ses) arrêts sont porteurs de malheurs. Et (maintenant) pour avoir accepté (cet ordre), ma blessure est d’avoir entendu leurs cris.

Impuissante, (j’ai laissé massacrer) comme une (simple) mouche,  ma progéniture. Quant à moi, pareille à l’habitante d’une maison en deuil, j’étouffe mes pleurs. Puisais-je (désormais) monter au ciel, ores, il m’est impossible de vivre en cette maison funeste.  Où s’en est donc allé Anu (nôtre) chef, aux ordres duquel les enfants divins obéissaient ? Lui qui sans réfléchir provoqua le Déluge et fut à l’origine de la destruction de l’humanité."  (Troisième tablette colonne 3)

 

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Nous constatons que l'auteur fait appel à de nombreuses métaphores animales que j'ai placé en caractères gras. D'une part, les expressions  "de ses serres", "pareil à un taureau", "comme le cri de l'aigle" témoignent de la puissance des Dieux mésopotamiens, assimilés aux animaux nobles comme l'Aigle et le Taureau. À l'opposé, les humains sont assimilés à  des insectes, et plus particulièrement  à des Mouches.

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III. LA COLONNE 4 DE LA TROISIÈME TABLETTE : LES LIGNES 6-9. 

" kima kulili im-la-a-nim näram

(ou, précédé du vers précédent) '"enuma elisch abumaan ulda gallata tiamata kima kulili imlaanin na- raam" .

Attention, je m'aventure sans aucune connaissance sur la toile, où je tente d'obtenir réponse à mes questions. Je copie ces phrases sans les comprendre, bien-sûr. Je reconnais néanmoins le nom kulili, proche du kulili de l'Épopée de Gilgamesh tablette X ligne 22 [ku-li-li i[q]-qé-lép-pa-a ina nari / So that dragonflies drift on the river, et traduit soit par "dragonfly", soit par "Éphémère". Ou la proximité des noms relevés dans l'Harra=Hubullu et traduits par Libelle ("libellule") par Landsberger. 

C'est la ligne 6 de cette colonne 3 qui concerne (ou concernerait ) les libellules. Tout dépend de la traduction. Les auteurs anglais comprennent "dragonfly", "libellules", là où les français entendent "moucherons". Cette ligne doit être comprise dans le contexte des lignes 7-9 qui suivent.

1°) Les traductions anglo-saxonnes.

— Lambert et Millard :

"covered the canal like dragonflies"

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— Tigay :

"Like dragonflies they [dead bodies] have filled the river. Like a raft they have moved in to the edge [of the boat]. Like a raft they have moved in to the riverbank." [«Comme les libellules, elles [les cadavres] ont rempli la rivière, comme un radeau qu'elles ont déplacé vers le bord [du bateau] Comme un radeau, ils se sont installés sur la berge.]

 Tigay a attaché une importance particulière à ces lignes, car pour lui, elles présentent le déluge comme le raz-de-marée d'une rivière mais non comme un Déluge de toute la Terre. Au contraire, il constate que, dans l'Épopée de Gilgamesh, elle est transformée en "Like the spawn of fishes, they fill the sea"  "Comme le frai des poissons, ils remplissent la mer."  Tigay soutient que nous pouvons voir ici le travail du mythe en cours ici, changeant une inondation locale de fleuve dans un déluge d'océan. La plupart des autres auteurs interprètent le déluge d'Atrahasis comme universel. AR George, et Lambert et Millard montrent clairement que l'intention des dieux dans Atrahasis est «d'éliminer l'humanité».  Le déluge détruit "toute la terre". L'utilisation d'une métaphore comparable dans l'épopée de Gilgamesh suggère que la référence aux "libellules [remplissant] la rivière" est simplement une image évocatrice de la mort plutôt qu'une description littérale du déluge  Cependant, l'inondation locale dans le récit d' Atrahasis pourrait accomplir la destruction de tous "l'humanité" et "toute la terre" si la portée de "l'humanité" est limitée à toutes les personnes vivant sur "toute la terre" des plaines inondables dans la vallée inférieure de fleuve connue par l'auteur d'Atrahasis. (d'après l'article Wikipédia en)

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— Benjamin R. Forster :

Nintu was wailing [

". .. gave birth to (?) .. .*

"As dragonflies a watercourse, they have filled the sea.*

"Like rafts they lie against the e[dg]e,

"Like rafts capsized they lie against the bank.

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Stephanie Dalley :  

 

   (3 lines missing at beginning of column)

"Nintu was wailing [

'Would a true father (?) have given birth to the [rolling (?)] sea

(So that) they could clog the river like dragonflies ?

They are washed up (?) like a raft on [a bank (?)], They are washed up like a raft on a bank in open country!

I have seen, and wept over them!

Shall I (ever) finish weeping for them?'

She wept, she gave vent to her feelings,

Nintu wept and fuelled her passions.

The gods wept with her for the country.

She was sated with grief, she longed for beer (in vain).

Where she sat weeping, (there the great gods) sat too,

But, like sheep, could only fill their windpipes (with bleating).

Thirsty as they were, their lips

Discharged only the rime of famine.

For seven days and seven nights

The torrent, storm and flood came on."

— Carlos Betoret (cf en Annexe son article en entier) :

They have filled up the river as a cloud of dragonflies
As a raft they have arrived to the limit as a raft, they have arrived to the edge
I have seen it and I have cried by their cause;  I have finished my deploration by them.

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2°) Les traductions françaises.

 

 

— Remo Lugnaioni :

 

"Ainsi se lamentait (encore) Nintu :

5. « Quoi ? Ont-ils donné naissance à ce raz-de-marée

pour que tels des moucherons, les hommes emplissent les rivières ?

Pareils à des morceaux de bois ils s’échouent sur les berges,

pareils à des épaves, ils couvrent les plages.

10. Lorsque je les vis (ainsi) les larmes me coulèrent

jusqu’à ce que pour eux, se tarissent mes pleurs.

Ainsi se lamenta-t-elle jusqu’à ce que son cœur fut apaisé.

Ainsi Nintu gémissait et manifestait sa douleur."

 

— Bottéro / Kramer

Qui a produit ce Déluge ? Les hommes remplissent la mer comme les mouches la rivière ! Tels des morceaux de bois, les voici entassés sur la plage ! En les voyant je verse des larmes, je ne finis pas de me lamenter sur eux !”, 

 .

Nous voyons donc, comme déjà pour  l'Epopée de Gilgamesh, des divergences de traduction entre auteurs anglais et français concernant le nom akkadien kulili ou kulilu, traduit systématiquement par "dragonfly" c'est à dire "libellule" en anglais alors que les français traduisent par "mouche" ou "moucheron". 

Il faut reconnaître que les Odonates ne "remplissent " pas les rivières. Et que, par rapport au contexte où à deux reprises les hommes étaient assimilés à des mouches par opposition aux dieux comparés à des taureaux ou des aigles, il est plus logique que cette métaphore des mouches, insectes méprisables, a plus de sens que s'il s'agit de libellules.

Une fois de plus, nous ne pouvons pas affirmer avec certitude que les Odonates ont été mentionnés dans les anciens textes mythologiques de l'époque amorrite, et qu'ils ont inspiré des images poétiques aux auteurs les plus anciens de l'Humanité.

 

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Note.

J'ai tenté de trouver comment s'écrit ce fameux  kulili en caractères cunéiformes. Je n'ai trouvé que ce qui suit, qui concerne les noms d'oiseaux  avec le commentaire kulilu (var. kulili), is expressed by the groups an exceedingly difficult word. Society of Biblical Archæology (London, England) - 1885 -

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Zoonymie des Odonates : l'épopée de Atra-Hasis.

 

 

 

 

 

 

 


ANNEXE : Two Odonata Citations in Ancient Mesopotamian Literature by Dr. Carlos Betoret, Bonet
Valencia, SPAIN

https://www.insects.orkin.com/ced/issue-1/ancient-mesopotamian-literature/

The greek word “Mesopotamia” (land between the rivers) names the territory between the Euphrates and Tigris River. Actually the Republic of Iraq and the eastern part of the Republic of Syria bore the site of the oldest historical civilization of Sumeria. Forming a foundation for the Babylonian and Assyrian civilizations, this area was occupied from approximately 3500 to 500 B.C. Mesopotamian civilizations are well known for their wonderful masterpieces of art; many of which can be seen in famous museums like the Louvre, the British Museum, and the Iraq Museum. Perhaps less well known is the extraordinary literary production of these people preserved on thousands of clay tablets discovered in archeological ruins including Uruk, Babylon, and Nineveh. Within this literature, citations of odonates (dragonflies) can be found in the Poem of Gilgamesh and the Poem of Atrahasis.

ancient mesopotamian tablet

The Poem of Gilgamesh is a summary of five older Sumerian poems compiled by Babylonian and Assyrian clerks. The Sumerian poems were named Gilgamesh and Agga of Kish, The Death of Gilgamesh, Gilgamesh and the land of the living ones, Gilgamesh and the celestial bull, and Gilgamesh Enkidu and the hell. This summary also includes a Babylonian version of an older Sumerian universal flood poem. The Poem of Gilgamesh tells of the hero Gilgamesh, ruling the Sumerian city of Uruk in the 28th century B.C. The poem describes Gilgamesh and the hero Enkidu befriending and traveling to the wood of the cedars, where they kill the monster Humbaba. Ishtar, the goddess of the love, takes vengeance by killing Enkidu, and Gilgamesh, in fear of death, travels in search of the immortality. Finding the sole survivor of the great food, Utnapishtim explains how to get immortality by eating a plant from the bottom of the sea. Gilgamesh fails when a snake eats the plant of immortality and the hero returns to the city of Uruk. The citation the Odonata is contained within the speech of Utnapishtim, when he explains to Gilgamesh how it is impossible to be immortal:

Do we build for ever our houses,
and forever do we steal of properties?
Perhaps the brothers do divide their part for ever.
Perhaps the hate does divide for ever
Perhaps does the river always grow and make inundations.
Does the dragonfly leave its skin?
And its face can only see the face of the sun?

In the original text of the Assyro-Babylonian language is written “ku- li- li- ki- lip- pa.” Modern specialists believe that this means skin of the dragonfly nymph, when it leaves its pupal case to become a flying adult insect.

The incomplete poem of Atrahasis is also a summary of ancient Sumerian poems made by the Assyrians and the Babylonians. The poems portray legends, gods, the origin of mankind, the flood, and other matters. The poem describes the gods fighting between themselves as they build the world, create men, and latter send a flood to destroy mankind. The poem tells of the hero Atrahasis struggling to save the men from destruction. The citation of the Odonata is in a speech by the Mother Goddess Nintu, deploring the sending of the flood. What? Do they give origin to the brave sea?

They have filled up the river as a cloud of dragonflies
As a raft they have arrived to the limit as a raft, they have arrived to the edge
I have seen it and I have cried by their cause;  I have finished my deploration by them.

Perhaps this part of the poem draws similarity between the river filling up with bodies and swarms of dragonflies, flying in the sky.

Both of these citations of ancient Mesopotamian literature, clearly shows that these people, regardless of their scientific awareness, were touched enough by the wonders of insects, including dragonflies, to reference them within the literature of their time."

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SOURCES ET LIENS.

—Le mythe du déluge c) les akkadiens.

http://mapetiteencyclopedie.skynetblogs.be/archive/2014/08/13/theme-1-le-mythe-du-deluge-c-les-akkadiens-8256763.html

— MUGNAIONI (Remo ), Université de Provence et IREMAM, Le Conte d’Atra-Hasīs et le mythe de la création des hommes en Mésopotamie

 

http://agap.mmsh.univ-aix.fr/04vie/doc/bulletin/2009/7.remo_mugnaioni.pdf

— BOTTÉRO (Jean ), KRAMER (Samuel Noah) 1989 Lorsque les dieux faisaient l'homme . Mythologie mésopotamienne. Avec une carte. Collection Bibliothèque des Histoires, Gallimard. Parution : 13-04-1989. pages 527-564.

— DALLEY (Stephanie), Myth from Mesopotamia

http://geha.paginas.ufsc.br/files/2017/04/Atrahasis.pdf

— FORSTER (Benjamin.R) 2005, Before the Muses. An anthology of akkadian literature; Bethesda, Maryland. 3ème édition.

https://docs.google.com/viewer?a=v&pid=sites&srcid=c3RmcmFuY2lzc2Nob29sLm9yZ3xiYWJ5bG9ufGd4OjI0YjE4YjlhYWRjOWE0YTg

— KVANVIG (Helge ) 2011,  Primeval History: Babylonian, Biblical, and Enochic: An Intertextual Reading BRILL,  - 610 pages page 27

https://books.google.fr/books?id=e1hnJYbShWMC&dq=W.G.+LAMBERT+MILLIARD+(A.R)+Atra-h%C3%A2sis,+.&hl=fr&source=gbs_navlinks_s

—LECLERCQ-NEVEU, 2006, La mythologie mésopotamienne et les récits du Déluge

http://www.normalesup.org/~pcuvelier/wwwmythes/Exposemythologiemesopotamienne.pdf

— LAMBERT (W. G.) MILLARD (A.R), 1969,  Atra- hasîs. The Babylonian Story of the Flood. With The Sumerian Flood Story, by M. Civil. Clarendon Press, Oxford, 1969. xn + 198 pages et 11 planches in-4°.

http://www.persee.fr/docAsPDF/syria_0039-7946_1971_num_48_1_8528_t1_0224_0000_3.pdf

— SMITH George, 1876 : The Chaldean Account of Genesis, New-York 

https://archive.org/stream/chaldeanaccounto00smit#page/n9/mode/2up

— SODEN (Wolfram von), 1990,  : Der altbabylonische Atramḫasis-Mythos In: Otto Kaiser u.a.: TUAT, Band III – Weisheitstexte, Mythen, Epen: 3.1 Weisheitstexte . Gütersloher Verlaghaus Mohn, Gütersloh 1990,

— Texte intégral en traduction anglaise:

http://www.noahs-ark.tv/noahs-ark-flood-creation-stories-myths-epic-of-atra-hasis-old-babylonian-akkadian-cuneiform-flood-creation-tablet-1635bc.htm#three

 

 

Pritchard James B.  Ancient Near Eastern Texts – Relating to the Old Testament

 

 

KRAMER (Samuel Noah) Kramer: Reflections on the Mesopotamian Flood 

www.penn.museum/sites/expedition/reflections-on-the-mesopotamian-flood/ 

Stephanie Dalley: Myths from Mesopotamia: Creation, the Flood, Gilgamesh, and Others.  (Atrahasis extract available at:www.gatewaystobabylon.com/myths/texts/enki/atraha1.htm )

www.bibliotecapleyades.net/serpents_dragons/boulay03e_a.htm

John A. Halloran: Sumerian Lexicon (Online version available at:www.sumerian.org/sumerlex.htm )

 

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1 mars 2018 4 01 /03 /mars /2018 21:07

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I. GÉNÉRALITÉS : HAR.RA=HUBULLU.

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Le lexique bilingue zoologique le plus important des périodes Sumériennes (2900-2334 B.C.) et Akkadienne (2334-2154 B.C.) se trouve dans une série de 24 tablettes  d'argile rédigées en écriture cunéiforme nommée Har.ra=Hubullu du nom de son incipit « prêt à intérêt », parce que la première ligne de son premier chapitre présente des termes juridiques et commerciaux. Le premier spécimen de cette série a été découvert à Ninive dans la Bibliothèque Royale  d'Assurbanipal  (668-627 B.C.) en Mésopotamie.

 

C'est, parmi les Listes lexicales, la liste de mots la plus importante thématiquement arrangée, environ 3300 lignes et comprenant six sous-listes thématiques et 9.700 entrées.

La tablette IV traite des véhicules navals, la V des véhicules terrestres, la XVI (un exemplaire est conservée au Louvre, photo infra) des pierres, la XVII des plantes et la XXII donne le nom des étoiles.

Les tablettes XIII à XV donnent le dénombrement systématique des noms d'animaux domestiques, d'animaux terrestres et d'oiseaux (y compris les chauves-souris).

La tablette XIV de cette série contient les noms de 396 à 410 (selon les auteurs) animaux terrestres. Elle est d'un grand intérêt entomologique alors que la table XIII comprend plutôt des animaux domestiques, et la tablette XV concerne les oiseaux.

 

La majeure partie de la collection a été compilée dans la période Paléo-babylonienne, ou Période Amorrite selon D. Charpin  (début du IIe millénaire av. J.-C entre 2000 et 1595), à partir de de la compilation d'anciens livres liturgiques et d'autres ouvrages Sumériens précédant le troisième millénaire. Comme d'autres glossaires canoniques, l'Harra = hubullu était souvent utilisé pour la pratique des scribes pour servir de base pour l'apprentissage du sumérien, désormais langue morte mal comprise par les akkadophones, ce qui nécessite la rédaction de listes bilingues, expliquant le sens des logogrammes sumériens.

Bien qu'ancienne dans ses origines, cette compilation a du être réalisée à une date assez tardive, car plusieurs noms Sumériens sont interprétés de manière erronée. La séquence des chapitres et des noms suit probablement une certaine tradition, mis à part celle qui est entrainée par les préfixes dénominatifs Sumériens.

 

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Musée du Louvre : 16e tablette ( sur les pierres et objets en pierre) de  l'Harra = hubullu, Lexique sumérien-akkadien, en 24 tablettes sur les pierres et les objets en pierre. Argile, milieu 1er millénaire avant JC (copie d'un original plus ancien). Provenance : Warka, l'ancien Uruk.

Musée du Louvre : 16e tablette ( sur les pierres et objets en pierre) de l'Harra = hubullu, Lexique sumérien-akkadien, en 24 tablettes sur les pierres et les objets en pierre. Argile, milieu 1er millénaire avant JC (copie d'un original plus ancien). Provenance : Warka, l'ancien Uruk.

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II. L'ENTOMOLOGIE ET L'HARRA=HUBULLU.

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La 14ème tablette de l'har.ra=hubullu vise à inclure tous les noms des mammifères sauvages terrestres. La plupart des animaux domestiques sont cités dans la 13ème tablette. Les oiseaux (y compris les chauves-souris) et les poissons (incluant probablement d'autres créatures des eaux douces ou salées) sont énumérées ensuite.

Elle contient 179 noms de Mammifères, 75 noms de reptiles et Amphibiens. (F.S. Bodenheimer), 32 noms d'invertébrés .

La liste de la tablette XIV donne aussi   111 noms d'insectes, répartis en 12 Coléoptères,  25 Orthoptères, 33 "pest" (Vermines des humains, des greniers et des produits agricoles), 8 Lépidoptères, 31 Diptères et  Hyménoptères , 4 Odonates et 8 Fourmis. Les noms de chaque insecte sont inscrits en Sumérien dans une colonne et en Akkadien dans l'autre. Les Sumériens font appel à un préfixe dénominatif que n'emploient pas les Akkadiens : buru pour la plupart des Orthoptères, mul pour les Mollusques, girish pour les Lépidoptères, za + ush pour les larves et chenilles, num pour les Diptères et Hyménoptères, et kuli pour les odonates.

Comme le remarque Landsberger 1934, l'identification de la plupart des insectes est très difficile. Par exemple, de nombreux insectes sont indiqués sous le nom de buru (Sumérien) ou e-ribu (Akkadien) pour les criquets (et/ou locustes). Tandis qu'en Sumérien buru est employé comme préfixe pour d'autres insectes comme les libellules, les criquets et les mantes, en Akkadien le nom apparaît comme spécifique. Notamment, dans cette langue, les criquets sont identifiés par deux noms différents. Pourtant, bien que pour une étude de la faune de la Mésopotamie ancienne le terme Akkadien soit en général le plus intéressant, l'étude des deux langages s'impose. En utilisant ces deux langues, on estime le nombre d'espèces d'insectes à une centaine. La mention des insectes utilisés en médecine, d'ailleurs, peut donner quelques indices ; ainsi le « zizanu » n°235, 236 

« Le criquet [ou la locuste] des champs a des pattes sauteuses (ou éventuellement des antennes) particulièrement plus longues que le criquet [ou la locuste] des forêts, et son cou est [plus] long. » Cela évoque à Bodenheimer un Tettigonidé.

Suivant l'étude de Langsberger 1934, les Sumériens [et Akkadiens] connaissaient les larves et les chenilles ainsi que leurs stades de développement.

L'étude critique de l'ensemble des tablettes a été menée par l'assyriologue germanophone Benno Landsberger, et son étude de la tablette XIV a été publiée à Leipzig en 1934. 

B. Landsberger, Die Fauna des alten Mesopotamien nach der 14. Tafel der Serie Har-ra hubullu (Leipzig: S. Hirzel, 1934).

La partie zoologique a été détaillée par F. Simon. Bodenheimer en 1972 dans Animal and Man in Bible Lands: Supplement :

"Les principes taxonomiques étaient plutôt simplistes et ressemblent à ceux utilisés par Pline. Ils sont beaucoup moins élaborés que ceux de la taxonomie de la Grèce ancienne, tels que présentés par Aristote. Les conceptions taxonomiques des Sumériens, tels qu'ils sont exposés ici, furent longtemps en suage en Moyen-Orient. La zoologie du Talmud est entièrement basée sur eux. Et selon une rapide analyse des auteurs médiévaux Arabes, il apparaît 'ils semblent encore accepter d'une manière générale la base de ces dispositions taxonomiques. Il est néanmoins possible que les connaissances des anciens Sumériens, des Babyloniens et des Assyriens étaient bien supérieures à l'impression donnée par l'analyse de cette simple liste de noms."

 

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III. LES ODONATES DANS LA TABLETTE XIV.

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Les libellules, "Libelle" dans la publication de Landsberger, sont mentionnées pour la Tablette XIV pour 3 termes sumériens, les n° 234, 347 et 348.

1°) n°234 page 19 Buru5.id.da (Sumérien) -->Ku-li-lum

Libelle.

 

Notez le suffixe buru- du nom Sumérien, utilisé pour les Mantes ,les Criquets et les Libellules.

 Pour Peter Landolt et  ‎Michel Sartori (Ephemeroptera & Plecoptera : biology, ecology, systematics - 1997 - 

"Landsberger's (1931) translation of the Akkadian name Ku-li-lum as a dragonfly seems to be obviously a mistake. Although some large dragonfly species correspond to locusts in body size, their body and wing colouration is quite different. Although some types of intraspecific associations have been described, they have never been observed in mass emergence or mating activity. Dragonflies mate individually and thanks to their extreme mobility in flight they easily escape our attention"

Bodenheimer note p.114 :

 No. 233a, 234 "river locust" (S) has, as Assyrian equivalent, "river locust" in the former, dragonfly  in the second case. The former may refer to the larvae of Odonata or to fresh water shrimps. Possibly they refer to the large Ephemerid Palingenia euphratica Mos.

Trad :"233a, 234 "buru5.id,   locuste de rivière"  en Sumérien a un équivalent Assyrien qui est "erib-na-a-ri, locuste de rivière" pour 233a, et ku-li-lum "Libellule" pour 234. Le premier pourrait correspondre aux larves d'Odonates ou de crevettes. Elles peuvent se référer aux grandes Éphémères Palingenia euphratica Mos., qui, en raison des énormes troupes qu'elles forment lorsqu'elles émergent sur le fleuve aurait bien pu  être insérer dans ce groupe ."

 

2°) n° 347 ku.li.la.an.na (Sumérien) -->ku-li-li-ti (Akkadien) [C: ku-li-li-tum. D : ki-li-li-u

Braut (Freunlich) des Himmels "Jeune épouse (Aimée) du ciel".Bräutchen (Libelle).

 Pelio Fronzaroli (Etymologies) remarque ceci : "De la même manière que d'autres noms d'insectes sont dérivés avec le suffixe d'appartenance -ī-, dans la forme au féminin -īt- comme ≠abubītu "abeille", "l'insecte qui bourdonne", de *≠bb "murmurer", la libellule kulilītu est une re-détermination à partir de kulīlu "libellule", "la petite épouse", diminutif de kallatu d Šamaš."

 

3°) n° 348. é.gi4.a. dUD (Sumérien) -->kal-lat ilSamas

Braut der Sonne "jeune épouse du Soleil" (Libelle)

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"1. kulilitu, « Bräutchen ». 2. kallat Samas, «Sonnenbraut » knüpft schon an die altsumerische Bezeichnung kuli.anna (SL 536,102 = kuliltu), « Genossin des Himmels » an, wobei der Namensgleichklang mit akk. Kuliltu oder kulilitu (Deminutiv zu kallatu) entscheidend ist.

Das Z.347 gegebene Ideogramm ist eine unter akkadischem Einfluss erflogte Abänderung des altsumerischen. Vgl. Auch Med. Komm v5 und variante D zu Zeile 347 killilû .

Als « flussheuschrecke » schon Z.234 in der form kulilu aufgeführt, vgl. Damit das Ideogramm von Z. 350 (auch K 4229 Rs.6 in RA 17,141).

Als mythische Gestalt s.§ 24b unter den Trophäen des Ningirsu.

Kulili wird durch üÜberschwemmungen ins Land gebracht : Gilgamesh Tafel X . Kol. VI 30 ; Virolleaud, Samas XIV 14 ; Istar II 51 ; (vgl Virolleaux , Babyl. 3, 207 Anm.4) ; Thompson Reports 243,3 ; CT 39, 19, 110-119 (dazu Nötscher, Orient. 51-54, 144) ; « Lippe eines kulilu » CT 28,14,3 ; Kommentar dazu « rechts und links sind [die Lippen] lang ». Als Pflanze : SAI 8022. Die Göttin Kilili hat kaum tewas mit der Libelle zu tun, vgl. Zimmern OLZ 1928, 2 ; issur kilili (CT 40, 49, 39) wohl = kililu (Vogel) (CT 14,7,8, mit ku-li-li erklärt)."

Trad : 

"1. kulilitu," petite épouse" 2. Kallat Samas," épouse du soleil " sont construits déjà sur le nom en Sumérien ancien de  kuli.anna (SL = 536,102 kuliltu)," amie du ciel",   à l'unisson de nom avec STH. Kuliltu ou kulilitu ( Diminutif de kallatu).

L'idéogramme donné en n°.347 est une altération de l'ancien-sumérien sous l'influence akkadienne. Voir aussi Med.  v5 [page 44] et la variante D à la ligne 347 killilû.

Comme "locuste ou sauterelle de rivière", la forme kulilu a été  listée déjà sous le n°.234 , cf. Ainsi l'idéogramme de n°. 350 (aussi K 4229 Rs.6 dans RA 17,141).

En tant que figure mythique voir § 24b  les trophées de Ningirsu.

Kulili est introduit dans le pays par les inondations: Gilgamesh Tablette X Col. VI 30; Virolleaud, Sam. XIV 14; Istar II 51; (cf Virolleaux , Babyl 3, 207 note 4); Thompson Reports 243.3; CT 39, 19, 110-119 (voir Nötscher, Orient 51-54, 144); «Lèvre d'un kulilu» CT 28,14,3; Kommentar à «droite et à gauche sont [les lèvres] longues».

En tant que plante: SAI 8022.

La déesse Kilili n'a presque rien à voir avec la libellule, cf. Zimmern OLZ 1928, 2; issur kilili (CT 40, 49, 39) bien = kililu (oiseau) (CT 14,7,8, avec ku-li-li expliqué). "

 

 

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Landsberger B. 1934. — Die Fauna des alten Mesopotamien nach der 14. Tafel der Serie Ḫar-ra = ḫubullu.

Landsberger B. 1934. — Die Fauna des alten Mesopotamien nach der 14. Tafel der Serie Ḫar-ra = ḫubullu.

Landsberger B. 1934. — Die Fauna des alten Mesopotamien nach der 14. Tafel der Serie Ḫar-ra = ḫubullu.

Landsberger B. 1934. — Die Fauna des alten Mesopotamien nach der 14. Tafel der Serie Ḫar-ra = ḫubullu.

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COMMENTAIRE.

Déterminer, fut-ce au niveau de la Famille ou de l'Ordre, l' insecte désigné par le seul mot écrit, à partir de tablettes cunéiformes du début du deuxième millénaire avant notre ère, comportant des termes Sumériens en vigueur au troisième millénaire, relève sans-doute de la gageure, tant que ce mot n'est pas associé à une illustration. L'Entomologiste soucieux de retrouver les traces les plus précoces des descriptions humaines de Libellules devra conserver une certaine réserve, mais il ne peut faire mieux que de se fier aux conclusions des  meilleurs spécialistes de l'étude de ces tablettes. 

L'Har.ra=hubullu  possède une valeur patrimoniale capitale dans l'étude du vocabulaire entomologique ancien. Nous considérerons donc que ku-li-lum, ku-li-li-ti, ku-li-li-tum ou Kallat Samas sont les noms données aux Odonates par les Akkadiens sur les rives du Tigre et de l'Euphrate entre 2000 et 1600 avant J.C. Avec leurs variantes kulilu,  kulliltu, killilu.   Précédés par le charmant ku.li.la.an.na sumérien "Ami du paradis".

Sur un plan purement poétique, il me plait de retrouver dans ces allitérations en -l une résonance, un écho rétrospectif du Libellula créé par Linné en 1758. Ou li.be.llu.la si vous voulez.

De même, il me plait de retrouver dans les "traductions" de ces noms Sumériens, telles que  Jeune épousée du Ciel, Jeune épousée du Soleil et Amie du Paradis la même pensée allégorique ou analogique humaine qui, de tout temps, voit dans ces insectes agitant gracieusement leur quatre ailes ou faisant miroiter les éclats de bronze de leurs corps des "Demoiselles". La même pensée qui leur donnera le nom de Fiancée (Lestes sponsa), de Jouvencelle (Coenagrion  puella) , de Nymphes (Pyrrhosoma nymphula), de Naïades (Erythromma najas)  de Vierges (Calopteryx virgo), et d'Élégantes (Ischnura elegans). 

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SOURCES ET LIENS.

— ABIVARDI (Cyrus) 2001  Iranian Entomology - An Introduction: Volume 1: Faunal Studies. Volume 2: Applied Entomology Springer Science & Business Media, 3 juil. 2001 - 1033 pages.

— BODENHEIMER, ( Friedrich Simon ) 1972,  Animal and Man in Bible Lands: Supplement. Brill Archive, 1972 - 232 pages 

— FOSSEY (Charles), 1901, Syllabaire cunéiforme, Paris, E. Welter ed. https://archive.org/details/syllabairecunif00fossgoog

— CIVIL (Miguel), 1973, THE ASSYRIAN DICTIONARY of the Oriental Institute of the University of Chicago

http://www.bulgari-istoria-2010.com/Rechnici/Assyrian%20dictyionary_9.pdf

 Fronzaroli (Pelio), Etymologies 

http://www.aulaorientalis.org/AuOr%20escaneado/AuOr%2023-2005/AuOr%2023%20PDF/5-Fronzaroli-def.pdf

— LANDOLT Peter et  ‎Michel Sartori (Ephemeroptera & Plecoptera : biology, ecology, systematics - 1997

-—Landsberger B. 1934. — Die Fauna des alten Mesopotamien nach der 14. Tafel der Serie Ḫar-ra = ḫubullu. Abhandlungen der philologisch-historischen Klasse der Sächsischen Akademie der Wissenschaften 42 (6), 144 p.

 

http://digital.slub-dresden.de/werkansicht/dlf/7517/14/

http://digital.slub-dresden.de/fileadmin/data/302433244/302433244_tif/jpegs/302433244.pdf

— Landsberger B. 1960. — The fauna of ancient Mesopotamia, first part, tablet XIII. Materialien Zum Sumerischen Lexicon VIII (1), 103 p.

— Landsberger B. 1962. — The fauna of ancient Mesopotamia, second part, HAR-ra = Hubullu tablets XIV and XVIII. Materialien Zum Sumerischen Lexicon VIII (2), 180 p

 — LANDSBERGER (Benno) (1957). The Series HAR-ra = hubullu. Tablets I-IV (MSL V). Pontificium Institutum Biblicum.

 — LANDSBERGER (Benno)(1958). The Series HAR-ra = hubullu. Tablets V-VII (MSL VI). Pontificium Institutum Biblicum.

 — LANDSBERGER (Benno), 1959. The Series HAR-ra = hubullu. Tablets VIII-XII (MSL VII). Pontificium Institutum Biblicum.

 — LANDSBERGER Benno ; Anne Draffkorn Kilmer; Edmund I. Gordon (1960). The Fauna of Ancient Mesopotamia. First Part: Tablet XIII (MSL VIII/1). Pontificium Institutum Biblicum.

 — LANDSBERGER (Benno), Anne Draffkorn Kilmer (1962). The Fauna of Ancient Mesopotamia. Second Part: HAR-ra = hubullu. Tablets XIV and XVIII (MSL VIII/2). Pontificium Institutum Biblicum.

 — LANDSBERGER (Benno), M. Civil (1967). The Series HAR-ra = hubullu. Tablet XV and Related Texts. Ugu-mu. List of Diseases. With Additions and Corrections to MSL II, III, V, and VII (MSL IX). Pontificium Institutum Biblicum.

 — LANDSBERGER (Benno); E. Reiner; M. Civil (1970). The Series HAR-ra = hubullu. Tablets XVI, XVII, XIX and Related Texts (MSL X). Pontificium Institutum Biblicum.

— 

Brigitte Lion, Cecile Michel. Criquets et autres insectes à Mari. J.-M. Durand et J.-C. Margueron. Mari Annales de Recherches Interndisciplinaires, ERC ADPF, pp.707-724, 1997, MARI 8. https://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-00821266/document

— REINER (E.) , M. Civil (1974). The Series HAR-ra = hubullu. Tablets XX-XXIV. Miscellaneous Geographical Lists (MSL XI). Pontificium Institutum Biblicum.

— LISTES LEXICALES.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Listes_lexicales

— LISTES DE NOMS D'ANIMAUX EN AKKADIEN.

http://oracc.museum.upenn.edu/dcclt/ebla/corpus

 Forme écrite :gu₂-li-lu-um. Forme normalisée ::kulīlum (gu₂-li-lu-um). : dragonfly

— Corpus numérique cunéiforme

http://oracc.museum.upenn.edu/dcclt/lexicalliststypology/index.html

http://oracc.museum.upenn.edu/dcclt/ebla/corpus

 

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Published by jean-yves cordier - dans Zoonymie des Odonates
28 février 2018 3 28 /02 /février /2018 08:50

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Si, depuis la thèse de Sophie Duhem en 1997, l'intérêt pour les sablières des charpentes sculptées des églises et chapelles bretonnes a connu un développement exponentiel, les abouts de poinçon, plus inaccessibles au regard car placés à plus de 15 mètres du sol, demeurent largement méconnus et n'ont bénéficié le plus souvent ni d'inventaire, ni d'étude iconographique réglée, ni de publication ou travail universitaire. Seul, le soin mis à les remplacer, à les repeindre et à les remettre en état lors des restaurations des charpentes par les Monuments historiques témoigne de leur importance.

Pourtant, elles sont réalisées lors du couvrement des édifices en même temps que les sablières, par les mêmes sculpteurs, et surtout dans le même esprit. Elles possèdent la même valeur patrimoniale. Il est possible d'affirmer que l'ensemble sablières + blochets + entraits + abouts de poinçon forment un ensemble coordonné qui devrait, dans l'idéal, être étudié comme un tout stylistique et iconographique. 

Une charpente moyenne comporte, au croisement des nervures et de la ligne médiane, une trentaine d'abouts de poinçon, tous sculptés. Tous ne suscitent pas le même  intérêt, car nous délaissons les motifs végétaux à feuilles d'acanthe et autres feuillages pour privilégier les motifs plus animés. Leur séquence débute souvent au dessus du chœur par des anges porteurs des blasons des prééminenciers, des anges tenant la Sainte Face ou les Instruments de la Passion,  ou des anges musiciens. Dans la nef, les motifs populaires, les acrobates aux postures parfois obscènes, les danseurs ou les animaux fantastiques trouvent leur place.

Lors de ma visite de l'église de Grâces, après avoir fait le tour des sablières, je n'ai eu ni le temps, ni la qualité d'éclairage, ni l'équipement photographique nécessaire pour réaliser l'inventaire et l'étude de ces singulières pièces sculptées, mais j'ai retrouvé l'acrobate montrant ses fesses, qui figurait plus bas sur un blochet. La continuité entre sablières et poinçons était manifeste, mais les particularités de ces derniers devait être soulignée. Parmi le lot de nombreuses photos floues, j'ai conservé celles qui, néanmoins, pouvait être susceptible d'encourager l'intérêt des paroissiens et visiteurs.

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LA SIGNATURE AU CENTRE DE L'ENTRAIT.

Les deux faces est et ouest de l'entrait maître de l'église portent, en son milieu, un cartouche où sont sculptés en réserve un mot en lettres gothiques.

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Entrait et voûte lambrissée de la nef de l'église de Grâces. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

Entrait et voûte lambrissée de la nef de l'église de Grâces. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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  Du coté ouest,

je lis:

ANEG-R .

Je n'ai pas trouvé de mention de cette inscription dans les publications des Amis du Patrimoine de Guingamp, disponibles en ligne. Et je ne trouve aucune possibilité d'y lire un patronyme, ou un terme liturgique.

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Entrait de la charpente de la nef de l'église de Grâces. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

Entrait de la charpente de la nef de l'église de Grâces. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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Du coté est.

La lecture n'est pas plus simple. Les quatre lettres MSIP n'ont pas de sens, et elles sont précédées par une petite boucle. 

aMSIP ??

Là encore, je ne trouve ni patronyme, ni mot latin. Si je considère que les deux dernières lettres sont conjointes, cela donne MSUP, tout aussi épineux.

Si les deux faces de l'entrait constituaient une suite, MSIPANEGR ou ANEGRaMSIP ne lèvent aucun voile.

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Entrait de la charpente de la nef de l'église de Grâces. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

Entrait de la charpente de la nef de l'église de Grâces. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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LES ANGES.

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1. Ange en tunique longue, présentant un écu muet.

Cet écu est traversé par une diagonale.

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About de poinçon de la voûte lambrissée de l'église de Grâces. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

About de poinçon de la voûte lambrissée de l'église de Grâces. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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2. Ange en aube tenant un objet rectangulaire.

Le style de cet ange diffère de celui du précédent, avec un visage plus fruste, des cheveux seulement frisés sur les épaules, un plissé de tunique tuyauté.

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About de poinçon de la voûte lambrissée de l'église de Grâces. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

About de poinçon de la voûte lambrissée de l'église de Grâces. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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3. Ange (ou garçon) tenant un phylactère.

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About de poinçon de la voûte lambrissée de l'église de Grâces. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

About de poinçon de la voûte lambrissée de l'église de Grâces. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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4. Ange (ou garçon) tenant un objet sur un phylactère.

L'objet est cylindrique, et sans-doute brisé. Cet ange est-il en train d'écrire ?

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About de poinçon de la voûte lambrissée de l'église de Grâces. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

About de poinçon de la voûte lambrissée de l'église de Grâces. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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5. Ange musicien ?

Cet ange a perdu l'objet qu'il tenait entre ses mains, hormis une sorte de crayon qui passe à travers sa manche droite. D'autre part, ses lèvres entourent un tuyau qui est brisé. Seul un instrument à vent semble pouvoir expliquer cela.

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About de poinçon (1508) de la voûte lambrissée de l'église de Grâces. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

About de poinçon (1508) de la voûte lambrissée de l'église de Grâces. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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II. LES ACROBATES.

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1. Acrobate à demi-nu tenant ses chevilles et exhibant ses parties génitales.

Il est à demi-nu puisqu'il est coiffé d'un capuchon retombant en scapulaire sur ses épaules. Il tient ses chevilles en contorsion avant dans une position anatomiquement impossible. Faites l'essai : devant un miroir, allongez-vous sur le dos et tirez vos chevilles vers vous : ce qui sera visible dans la glace, ce sera l'arrière de vos genoux, (et non les rotules), et les fesses (et non les choses plus obscènes encore). La seule solution pour réaliser cette contorsion arrière avec le visage de face est d'y associer une torsion à 180 ° de la tête. Pas facile ! Néanmoins, cette prouesse de contorsionniste extrême est fréquente en sculpture.

 

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About de poinçon (1508) de la voûte lambrissée de l'église de Grâces. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

About de poinçon (1508) de la voûte lambrissée de l'église de Grâces. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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2. Acrobate en contorsion arrière, jambes sur les épaules et tenant ses chevilles.

 Il porte un bonnet carré à renflure médiane, une tunique dont la partie thoracique est tissée (laine ou peau) et la partie inférieure ou les manches sont plissées. Une lanière passe sous la plante des pieds.

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About de poinçon (1508) de la voûte lambrissée de l'église de Grâces. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

About de poinçon (1508) de la voûte lambrissée de l'église de Grâces. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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3. Acrobate nu en contorsion arrière en pont.

Il tient un objet de la main droite : nous pouvons imaginer qu'il danse en s'accompagnant de sortes de maracas.

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About de poinçon (1508) de la voûte lambrissée de l'église de Grâces. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

About de poinçon (1508) de la voûte lambrissée de l'église de Grâces. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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4. Acrobate en contorsion arrière, en suspension entre quatre arceaux.

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About de poinçon (1508) de la voûte lambrissée de l'église de Grâces. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

About de poinçon (1508) de la voûte lambrissée de l'église de Grâces. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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About de poinçon (1508) de la voûte lambrissée de l'église de Grâces. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

About de poinçon (1508) de la voûte lambrissée de l'église de Grâces. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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5. Acrobate en contorsion arrière, tenant un couteau.

Il est barbu, son nez est épaté, il semble nu, sa poitrine est velue. Il porte un béret à bords larges. 

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About de poinçon (1508) de la voûte lambrissée de l'église de Grâces. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

About de poinçon (1508) de la voûte lambrissée de l'église de Grâces. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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6. Acrobate en pont en contorsion arrière, les pieds et les mains tenues par la gueule de dragons.

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About de poinçon (1508) de la voûte lambrissée de l'église de Grâces. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

About de poinçon (1508) de la voûte lambrissée de l'église de Grâces. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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About de poinçon (1508) de la voûte lambrissée de l'église de Grâces. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

About de poinçon (1508) de la voûte lambrissée de l'église de Grâces. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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7. Acrobate en pont en contorsion arrière, caricature d'homme d'arme ? 

avec sa petite épée, son petit  bouclier et son écu ? Il porte un pantalon obtenu par croisements de lais d'étoffe, et une veste courte laissant le ventre nu.

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About de poinçon (1508) de la voûte lambrissée de l'église de Grâces. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

About de poinçon (1508) de la voûte lambrissée de l'église de Grâces. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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8. Acrobate danseur ou sauteur, jambes croisées.

Dans la main droite, il tient une boite à rythme, ou une bouteille. Pieds nus, il est vpêtu de pantalon descendant jusqu'aux chevilles, d'une veste à manches longues et d'un bonnet.

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About de poinçon (1508) de la voûte lambrissée de l'église de Grâces. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

About de poinçon (1508) de la voûte lambrissée de l'église de Grâces. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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About de poinçon (1508) de la voûte lambrissée de l'église de Grâces. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

About de poinçon (1508) de la voûte lambrissée de l'église de Grâces. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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9. Acrobate au corps et au visage difformes.

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About de poinçon (1508) de la voûte lambrissée de l'église de Grâces. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.
About de poinçon (1508) de la voûte lambrissée de l'église de Grâces. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

About de poinçon (1508) de la voûte lambrissée de l'église de Grâces. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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10. Acrobate en pont en contorsion arrière, coiffé d'un bonnet à oreilles animales et vêtu d'une veste boutonnée.

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About de poinçon (1508) de la voûte lambrissée de l'église de Grâces. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

About de poinçon (1508) de la voûte lambrissée de l'église de Grâces. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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11. Acrobate en pont en contorsion arrière, mains sur les cuisses, vêtu d'une veste boutonnée dotée d'une capuche à oreilles animales. 

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About de poinçon (1508) de la voûte lambrissée de l'église de Grâces. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

About de poinçon (1508) de la voûte lambrissée de l'église de Grâces. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

About de poinçon (1508) de la voûte lambrissée de l'église de Grâces. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

About de poinçon (1508) de la voûte lambrissée de l'église de Grâces. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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12. Acrobate au visage simiesque, assis en tailleur. Il est vêtu d'un ample manteau à capuche et d'un pantalon informe.

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About de poinçon (1508) de la voûte lambrissée de l'église de Grâces. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

About de poinçon (1508) de la voûte lambrissée de l'église de Grâces. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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13. Femme tenant une quenouille ??

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About de poinçon (1508) de la voûte lambrissée de l'église de Grâces. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

About de poinçon (1508) de la voûte lambrissée de l'église de Grâces. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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14. Quatre masques grimaçants.

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About de poinçon (1508) de la voûte lambrissée de l'église de Grâces. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

About de poinçon (1508) de la voûte lambrissée de l'église de Grâces. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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DISCUSSION.

J'ai donc réuni un ensemble de 19 abouts de poinçons dont 5 anges et 12 acrobates. Je découvre que j'ai abordé un sujet passionnant que je ne soupçonnai pas, et qui me fait regretter de n'avoir pas consacré d'avantage de temps encore à ces photos : celui de l'art du contorsionnisme médiéval. 

Cet art est illustré en iconographie dans les modillons romans, dans les  enluminures (danse de Salomé), les miséricordes des stalles, sur les blochets (Saint-Thomas à Landerneau), sur les crossettes (Dirinon), sur les calvaires monumentaux des enclos, bref un peu partout dans les édifices religieux. J'ai d'abord considéré qu'ils étaient l'équivalent des "drôleries" des marges des manuscrits médiévaux, contrepoints ludiques des exercices liturgiques ou figures érotiques. Leur situation était bien marginale, tant sur les sablières et les blochets que dans les hauteurs des charpentes.

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Bateleur Miséricorde de Saint-Lucien de Beauvais Stalle provenant de l'église de Saint-Lucien de Beauvais (Oise), vers 1492-1500. Bois (chêne), 270 x 500 mm Paris, musée de Cluny - musée national du Moyen Âge, n° d'inventaire CL19624 Photo © RMN-Grand Palais (musée de Cluny - musée national du Moyen-Âge) / Michel Urtado

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D'autre part, je ne dissociais pas suffisamment les acrobates contorsionnistes des jongleurs, des musiciens et des figures exhibitionnistes. 

Mais la lecture du  site BNF/CNAC sur les contorsions m'incite à approfondir ma réflexion :

"Liés à des pratiques chamaniques, certains exercices acrobatiques s’apparentent à des rites primitifs. Ils remettent le sujet entre les mains de la divinité invoquée ou le déifient aux yeux de la communauté en lui accordant la maîtrise d’une virtuosité surhumaine.

Acrobates ou danseurs attendent de cet affranchissement de la pesanteur, poussé à l’extrême des possibilités humaines, qu’il les livre à la force d’un pouvoir tutélaire qui agira alors en eux et par leur intermédiaire, pour que leurs gestes s’identifient à ceux de la divinité créatrice et témoignent de sa présence. Au Cambodge par exemple, la désarticulation lente et précise de chacune des parties du corps, du dos aux doigts, permet à la danseuse de s’affranchir d’une gestuelle trop humaine et d’accomplir les mouvements qui l’associent à une incarnation mythique. Dans ces gestes, rien n’est anodin : chaque position fonctionne comme une imitation transcendée d’êtres surnaturels. Puissances de la rivière ou de la forêt sont invoquées et convoquées pour affirmer et soutenir le déroulement de la cérémonie. Dans ce contexte particulier, l’acrobatie symbolise l’accession à une condition surhumaine. Elle est une extase du corps. Et tout ce qui pare la chair – fard, huile, peau ou plumes – contribue à faire s’épanouir le mystère de l’élévation et de la transcendance. Aujourd’hui, les contorsionnistes asiatiques ou occidentales ne font rien d’autre, mais le registre n’est plus que profane et spectaculaire

Le phénomène de dislocation du corps est pour beaucoup dans la sensation de répulsion qu’éprouvent certains spectateurs en regardant un numéro de contorsion qui provoque inévitablement une impression dérangeante de corps maltraité.

Il y a sans doute également un amalgame facile et trop rapide avec la reptation du serpent, une impression parfois renforcée dans l’histoire de la discipline par la création de saynètes théâtralisées où les contorsionnistes sont vêtus d’un costume épousant les formes du corps et texturé comme une peau de serpent. " 

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Il serait intéressant de poursuivre cet inventaire de l'iconographie des contorsionnistes médiévaux, d'en étudier les différents exercices en les comparant aux figures pratiquées aujourd'hui, afin de se demander si ces représentations, loin d'être de ludiques et obscènes exutoires aux pratiques religieuses, ou l'expression d'une contre-culture carnavalesque, ne seraient pas des figures de la conversion, renversement spirituel sous l'effet de la Foi mais surtout de l'ascèse. Les acrobates seraient alors proposés comme des modèles, les prouesses de dépassement des limites corporelles devenant des  équivalents de la sainteté Mais cette interrogation ne préjuge pas de la réponse.

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SOURCES ET LIENS.

 — BNF / CNAC,  La contorsion.

http://cirque-cnac.bnf.fr/fr/acrobatie/au-sol/la-contorsion

— PRIGENT (Christiane), Sculptures de danseurs et de jongleurs dans les édifices religieux à l'époque romane et à l'époque gothique.

https://hicsa.univ-paris1.fr/documents/pdf/MondeRomainMedieval/Prigent.pdf

— Le monde des jongleurs.

http://jalladeauj.fr/musiciensetjongleurs/styled-4/

— TOULET (Simonne), 2010, L'église de Grâces et ses sablières, Bulletin des Amis du Patrimoine de Guingamp n°48.

http://bibliotheque.idbe-bzh.org/data/cle_89/Les_Amis_du_Patrimoine_de_Guingamp_nA_48.pdf

— ??, 1990, Les sablières de l'église de Grâces, Bulletin des Amis du Patrimoine de Guingamp n°8.

http://bibliotheque.idbe-bzh.org/data/cle_85/Les_Amis_du_Patrimoine_de_Guingamp_nA_8.pdf

— WIKIPEDIA, Iconographie des modillons romans.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Iconographie_des_modillons_romans

 

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Published by jean-yves cordier - dans Sablières

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  • : Le blog de jean-yves cordier
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  • "Il faudrait voir sur chaque objet que tout détail est aventure" ( Guillevic, Terrraqué).  "Les vraies richesses, plus elles sont  grandes, plus on a de joie à les donner." (Giono ) "Délaisse les grandes routes, prends les sentiers !" (Pythagore)
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