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14 juin 2016 2 14 /06 /juin /2016 08:41

Les vitraux de Notre-Dame-du-Crann (Intron Varia ar C'Hrann) à Spézet : l'oculus du Christ sortant du tombeau (XVe siècle).

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Voir aussi :

Les retables de la Vierge et de la Trinité (XVIe) de la chapelle Notre-Dame-du-Crann de Spézet (Finistère).

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Ce fragment d'un vitrail de la seconde moitié du XVe siècle, le plus ancien de la chapelle, a été remonté en 1912 par Albert Bonnot dans l'oculus du pignon occidental, de 0,60 m . Il provient soit de l'édifice précédent, soit de l'une des sept chapelles de Spézet, en ruine au début du XXe siècle. On y voit le Christ tenant l'étendard de la Victoire sur la Mort, nimbé de rouge, et bénissant. Il franchit la cuve du tombeau entre les lances des soldats endormis. Son manteau ou linceul blanc ourlé d'or (jaune d'argent) laisse voir la plaie de son flanc droit. La tête de l'un des soldats endormis a été restaurée.

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Oculus du Christ ressuscité, chapelle Notre-Dame du Crann, Spézet, photographie lavieb-aile.

Oculus du Christ ressuscité, chapelle Notre-Dame du Crann, Spézet, photographie lavieb-aile.

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Oculus du Christ ressuscité, chapelle Notre-Dame du Crann, Spézet, photographie lavieb-aile.

Oculus du Christ ressuscité, chapelle Notre-Dame du Crann, Spézet, photographie lavieb-aile.

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Oculus du Christ ressuscité, chapelle Notre-Dame du Crann, Spézet, photographie lavieb-aile.

Oculus du Christ ressuscité, chapelle Notre-Dame du Crann, Spézet, photographie lavieb-aile.

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SOURCES ET LIENS.

 —ABGRALL (chanoine Jean-Marie), 1909, Chapelle de N.-D. du Crann en Spézet, Quimper, Leprince, 1909,  et Société Archéologique du Finistère - 1909 tome 36 - Pages 244 à 254.

http://soc.archeo.dufinistere.org/bulletin/index.php?gr=1909&art=saf1909_0294_0304#

— COUFFON (René), LE BARS (Alfred), 1988, paroisse de SPEZET, Notice extraite de : Diocèse de Quimper et Léon, nouveau répertoire des églises et chapelles, Quimper, Association diocésaine, 1988.

http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/1f826f4f6843f882615f0b205d5a0d99.pdf

PERENNES (chanoine), 

http://www.saintgoazec.com/public/upload/file/bd129a3e102efe309069ffc860992d51.pdf

ARLAUX (Claire),  1991, 2006,  La chapelle de Notre-Dame du Krann à Spézet, Keltia graphic, Spézet, 46 p.

— Site infobretagne :

http://www.infobretagne.com/spezet-chapelle-notredameducrann.htm

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Published by jean-yves cordier - dans Chapelles bretonnes. Vitraux
13 juin 2016 1 13 /06 /juin /2016 12:23

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VUE GÉNÉRALE DU CHŒUR.

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Retables de la Vierge et de la Trinité, Notre-Dame du Crann (Spézet), photographie lavieb-aile.

Retables de la Vierge et de la Trinité, Notre-Dame du Crann (Spézet), photographie lavieb-aile.

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Retables de la Vierge et de la Trinité, Notre-Dame du Crann (Spézet), photographie lavieb-aile.

Retables de la Vierge et de la Trinité, Notre-Dame du Crann (Spézet), photographie lavieb-aile.

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LE RETABLE DE LA VIERGE.

 

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Retable de la Vierge, Notre-Dame du Crann (Spézet), photographie lavieb-aile.

Retable de la Vierge, Notre-Dame du Crann (Spézet), photographie lavieb-aile.

Retable de la Vierge, Notre-Dame du Crann (Spézet), photographie lavieb-aile.

Retable de la Vierge, Notre-Dame du Crann (Spézet), photographie lavieb-aile.

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Retable de la Vierge, Notre-Dame du Crann (Spézet), photographie lavieb-aile.

Retable de la Vierge, Notre-Dame du Crann (Spézet), photographie lavieb-aile.

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La Vierge et l'Enfant.

La Vierge est couronnée, ses cheveux châtain ruissellent en boucles sur ses épaules, elle porte une robe rouge à large encolure ronde, plissée à la taille, et un manteau d'or. Son front et ses sourcils sont épilés. Elle tient son Fils sur le bras droit, et un fruit (une figue ?) dans la main gauche. 

L'Enfant-Jésus  porte une robe d'or ; il bénit le monde de la main droite et tient l'orbe crucifère en insigne royal de la main gauche : c'est la figure du Salvator Mundi.

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La Vierge et l'Enfant, Retable de la Vierge, Notre-Dame du Crann (Spézet), photographie lavieb-aile.

La Vierge et l'Enfant, Retable de la Vierge, Notre-Dame du Crann (Spézet), photographie lavieb-aile.

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Les anges musiciens.

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En partant du haut à droite : 

Ange ...

Ange battant la mesure ? Ange dansant le rap ? A mon avis, ange tenant jadis un phylactère en l'honneur de la Vierge.

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Ange rappeur, Retable de la Vierge, Notre-Dame du Crann (Spézet), photographie lavieb-aile.

Ange rappeur, Retable de la Vierge, Notre-Dame du Crann (Spézet), photographie lavieb-aile.

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Ange tambourineur.

Il jouait peut-être en même temps de la flûte (pipeau).

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Ange tambourineur, Retable de la Vierge, Notre-Dame du Crann (Spézet), photographie lavieb-aile.

Ange tambourineur, Retable de la Vierge, Notre-Dame du Crann (Spézet), photographie lavieb-aile.

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Ange joueur de vièle à archet.

Un manche, quatre cordes, pas d'ouïes, des échancrures en C, pas de clefs visibles, un archet en arc. 

Ange joueur de vièle à archet,  Retable de la Vierge, Notre-Dame du Crann (Spézet), photographie lavieb-aile.

Ange joueur de vièle à archet, Retable de la Vierge, Notre-Dame du Crann (Spézet), photographie lavieb-aile.

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Ange (tenant jadis un phylactère ?)

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Ange,  Retable de la Vierge, Notre-Dame du Crann (Spézet), photographie lavieb-aile.

Ange, Retable de la Vierge, Notre-Dame du Crann (Spézet), photographie lavieb-aile.

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Du coté gauche, de haut en bas :

 

Ange hauboïste.

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Ange joueur de hautbois, Retable de la Vierge, Notre-Dame du Crann (Spézet), photographie lavieb-aile.

Ange joueur de hautbois, Retable de la Vierge, Notre-Dame du Crann (Spézet), photographie lavieb-aile.

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Ange cornemuseux.

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Ange sonneur, Retable de la Vierge, Notre-Dame du Crann (Spézet), photographie lavieb-aile.

Ange sonneur, Retable de la Vierge, Notre-Dame du Crann (Spézet), photographie lavieb-aile.

 

 

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Ange sonneur ("biniaouer"), Retable de la Vierge, Notre-Dame du Crann (Spézet), photographie lavieb-aile.

Ange sonneur ("biniaouer"), Retable de la Vierge, Notre-Dame du Crann (Spézet), photographie lavieb-aile.

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Les douze apôtres.

Ils sont placés dans des niches en plein cintre. On trouvede haut en bas :

 — à gauche, les apôtre Pierre, Thomas, Barthélémy, Philippe, Jacques le Majeur.

— à droite, les apôtres Paul, Jean, Simon, Mathias, Matthieu ou Jude, Jacques le Mineur.

Les vitraux de Notre-Dame-du-Crann à Spézet : l'Adoration des Mages et des Bergers ou Baie 3 (1546).

Les vitraux de la chapelle Notre-Dame-du-Crann à Spezet : la Dormition et le Couronnement de la Vierge, baie n°4 (vers 1535-1540).

Les vitraux de la chapelle Notre-Dame-du-Crann à Spézet: la verrière de saint Laurent (1548), baie n° 1. Le retable de saint Laurent.

Retable de la Vierge, Notre-Dame du Crann (Spézet), photographie lavieb-aile.

Retable de la Vierge, Notre-Dame du Crann (Spézet), photographie lavieb-aile.

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Les quatre évangélistes.

De gauche à droite Luc et son taureau, Marc et son lion, Jean et son aigle, et Matthieu et son ange.

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Les évangélistes, Retable de la Vierge, Notre-Dame du Crann (Spézet), photographie lavieb-aile.

Les évangélistes, Retable de la Vierge, Notre-Dame du Crann (Spézet), photographie lavieb-aile.

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Les prophètes Isaïe et Jérémie.

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Prophète Isaïe, Retable de la Vierge, Notre-Dame du Crann (Spézet), photographie lavieb-aile.

Prophète Isaïe, Retable de la Vierge, Notre-Dame du Crann (Spézet), photographie lavieb-aile.

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Le prophète Jérémie.

Rien ne permet de l'identifier comme tel, si ce ne sont les usages de représenter Isaïe et Jérémie, notamment dans les Arbres de Jessé.

 

Prophète Jérémie, Retable de la Vierge, Notre-Dame du Crann (Spézet), photographie lavieb-aile.

Prophète Jérémie, Retable de la Vierge, Notre-Dame du Crann (Spézet), photographie lavieb-aile.

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Les six panneaux des volets : la Vie de la Vierge.

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1. Rencontre d'Anne et de Joachim devant la Porte Dorée de Jérusalem. Conception de la Vierge.

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Baiser d'Anne et Joachim devant la Porte Dorée, Retable de la Vierge, Notre-Dame du Crann (Spézet), photographie lavieb-aile.

Baiser d'Anne et Joachim devant la Porte Dorée, Retable de la Vierge, Notre-Dame du Crann (Spézet), photographie lavieb-aile.

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2. Naissance de la Vierge.

Sainte Anne donne naissance à Marie en présence de son mari Joachim.

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Naissance de Marie, Retable de la Vierge, Notre-Dame du Crann (Spézet), photographie lavieb-aile.

Naissance de Marie, Retable de la Vierge, Notre-Dame du Crann (Spézet), photographie lavieb-aile.

 

 

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3. Présentation de Marie au Temple.

Anne et Joachim mène Marie au pied de l'escalier du Temple, où le grand prêtre va l'accueillir jusqu'à sa puberté.

La petite Marie a alors 3 ans. Sait-on quel était le nom du Grand prêtre du Temple de Jérusalem qui lui tend ainsi les bras?

Selon Wikipédia, il se nommait Simon, fils de Boethus d'Alexandrie, nommé par Hérode en -24 av. J.C et jusqu'à -5 av. J.C.  Ce Simon Ben Boëthus est le fondateur d'une véritable dynastie sacerdotale, et ses fils ou frère Yoazar et Eleazar lui succédèrent. C'est peut-être l'un d'entre eux qui lui sert d'assistant et qui se tient derrière lui sur ce panneau. Mais, mais ...

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¨Présentation de Marie au Temple, Retable de la Vierge, Notre-Dame du Crann (Spézet), photographie lavieb-aile.

¨Présentation de Marie au Temple, Retable de la Vierge, Notre-Dame du Crann (Spézet), photographie lavieb-aile.

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Surprise ! l'assistant du grand prêtre, au lieu de porter, comme son maître, des vêtements signalant son appartenance hébraïque (liée, pour les artistes de l'époque, à l'Ancien Testament), porte un surplis au dessus d'une robe noire, comme un prêtre du XVIe siècle. Mieux : il porte des binocles ! 

C'est la seconde paire de lunettes de la chapelle, car un apôtre de la verrière de la Dormition en arbore aussi une, et une belle !

Mais un Ben Boëthus portant bésicles, il n'y a qu'à Spézet que l'on voit cela ; à condition d'avoir bonne vue, car le détail est petit.

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¨Présentation de Marie au Temple (détail), Retable de la Vierge, Notre-Dame du Crann (Spézet), photographie lavieb-aile.

¨Présentation de Marie au Temple (détail), Retable de la Vierge, Notre-Dame du Crann (Spézet), photographie lavieb-aile.

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4. Le Mariage de la Vierge avec Joseph.

 

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Mariage de la Vierge et de Joseph, Retable de la Vierge, Notre-Dame du Crann (Spézet), photographie lavieb-aile.

Mariage de la Vierge et de Joseph, Retable de la Vierge, Notre-Dame du Crann (Spézet), photographie lavieb-aile.

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5. L'Annonciation.

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L'Annonciation, Retable de la Vierge, Notre-Dame du Crann (Spézet), photographie lavieb-aile.

L'Annonciation, Retable de la Vierge, Notre-Dame du Crann (Spézet), photographie lavieb-aile.

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6. La Visitation.

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La Visitation, Retable de la Vierge, Notre-Dame du Crann (Spézet), photographie lavieb-aile.

La Visitation, Retable de la Vierge, Notre-Dame du Crann (Spézet), photographie lavieb-aile.

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L' Adoration des Rois Mages.

 

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Melchior offrant l'or, Retable de la Vierge, Notre-Dame du Crann (Spézet), photographie lavieb-aile.

Melchior offrant l'or, Retable de la Vierge, Notre-Dame du Crann (Spézet), photographie lavieb-aile.

Joseph, Marie et le Mage Balthazar. Retable de la Vierge, Notre-Dame du Crann (Spézet), photographie lavieb-aile.

Joseph, Marie et le Mage Balthazar. Retable de la Vierge, Notre-Dame du Crann (Spézet), photographie lavieb-aile.

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Couronnement du retable : Dieu le Père ...

Au sommet du retable, on a placé Dieu le Père vêtu de la chape, coiffé de la tiare et tenant l'orbe.Il est entouré de deux personnages non identifiés.

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Les retables de la chapelle Notre-Dame-du-Crann de Spézet (Finistère).

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La prédelle : Prédication de saint Jean-Baptiste.

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Prédication de Jean-Baptiste, prédelle du Retable de la Vierge, Notre-Dame du Crann (Spézet), photographie lavieb-aile.

Prédication de Jean-Baptiste, prédelle du Retable de la Vierge, Notre-Dame du Crann (Spézet), photographie lavieb-aile.

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LE RETABLE DE LA TRINITÉ.

 Retable de la Trinité, Notre-Dame du Crann (Spézet), photographie lavieb-aile.

Retable de la Trinité, Notre-Dame du Crann (Spézet), photographie lavieb-aile.

 Retable de la Trinité, Notre-Dame du Crann (Spézet), photographie lavieb-aile.

Retable de la Trinité, Notre-Dame du Crann (Spézet), photographie lavieb-aile.

 Retable de la Trinité, Notre-Dame du Crann (Spézet), photographie lavieb-aile.

Retable de la Trinité, Notre-Dame du Crann (Spézet), photographie lavieb-aile.

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Les anges musiciens.

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L'Ange jouant du tambourin.

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Joueur de tambourin,  Retable de la Trinité, Notre-Dame du Crann (Spézet), photographie lavieb-aile.

Joueur de tambourin, Retable de la Trinité, Notre-Dame du Crann (Spézet), photographie lavieb-aile.

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Ange jouant de la viole.

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Joueur de viole,  Retable de la Trinité, Notre-Dame du Crann (Spézet), photographie lavieb-aile.

Joueur de viole, Retable de la Trinité, Notre-Dame du Crann (Spézet), photographie lavieb-aile.

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L'ange jouant du triangle.

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Ange joueur de triangle,  Retable de la Trinité, Notre-Dame du Crann (Spézet), photographie lavieb-aile.

Ange joueur de triangle, Retable de la Trinité, Notre-Dame du Crann (Spézet), photographie lavieb-aile.

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Le joueur de serpent.

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Ange serpentiste,  Retable de la Trinité, Notre-Dame du Crann (Spézet), photographie lavieb-aile.

Ange serpentiste, Retable de la Trinité, Notre-Dame du Crann (Spézet), photographie lavieb-aile.

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Ange jouant de la flûte traversière.

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Ange flûtiste,  Retable de la Trinité, Notre-Dame du Crann (Spézet), photographie lavieb-aile.

Ange flûtiste, Retable de la Trinité, Notre-Dame du Crann (Spézet), photographie lavieb-aile.

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Ange jouant de la harpe.

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Ange harpiste,  Retable de la Trinité, Notre-Dame du Crann (Spézet), photographie lavieb-aile.

Ange harpiste, Retable de la Trinité, Notre-Dame du Crann (Spézet), photographie lavieb-aile.

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Ange tenant l'échelle, l'un des instruments de la Passion.

Ange tenant l'échelle de la Passion,  Retable de la Trinité, Notre-Dame du Crann (Spézet), photographie lavieb-aile.

Ange tenant l'échelle de la Passion, Retable de la Trinité, Notre-Dame du Crann (Spézet), photographie lavieb-aile.

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Ange jouant de la viole.

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Ange violiste,  Retable de la Trinité, Notre-Dame du Crann (Spézet), photographie lavieb-aile.

Ange violiste, Retable de la Trinité, Notre-Dame du Crann (Spézet), photographie lavieb-aile.

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  Les six panneaux des volets : scènes  de la Vie de Jésus. 

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1. La Nativité ; l'Adoration des bergers.

 

La Nativité ; l'Adoration des bergers. Retable de la Trinité, Notre-Dame du Crann (Spézet), photographie lavieb-aile.

La Nativité ; l'Adoration des bergers. Retable de la Trinité, Notre-Dame du Crann (Spézet), photographie lavieb-aile.

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L'Adoration des mages.

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L'Adoration des Mages,  Retable de la Trinité, Notre-Dame du Crann (Spézet), photographie lavieb-aile.

L'Adoration des Mages, Retable de la Trinité, Notre-Dame du Crann (Spézet), photographie lavieb-aile.

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3. La Circoncision.

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La Circoncision,  Retable de la Trinité, Notre-Dame du Crann (Spézet), photographie lavieb-aile.

La Circoncision, Retable de la Trinité, Notre-Dame du Crann (Spézet), photographie lavieb-aile.

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4. La Fuite en Égypte.

 

 

La Fuite en Égypte,  Retable de la Trinité, Notre-Dame du Crann (Spézet), photographie lavieb-aile.

La Fuite en Égypte, Retable de la Trinité, Notre-Dame du Crann (Spézet), photographie lavieb-aile.

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5. Jésus parmi les docteurs de la Loi.

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Jésus parmi les docteurs,  Retable de la Trinité, Notre-Dame du Crann (Spézet), photographie lavieb-aile.

Jésus parmi les docteurs, Retable de la Trinité, Notre-Dame du Crann (Spézet), photographie lavieb-aile.

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6. La Dormition de la Vierge

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Dormition de la Vierge,  Retable de la Trinité, Notre-Dame du Crann (Spézet), photographie lavieb-aile.

Dormition de la Vierge, Retable de la Trinité, Notre-Dame du Crann (Spézet), photographie lavieb-aile.

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Les douze apôtres

Ils sont placés dans douze niches d'architectures différentes.

De haut en bas à gauche : saints Pierre (la clef), Jean (la coupe de poison), Philippe (la croix), Thomas (la lance), Mathias (la halebarde), Matthieu ou Jude (la hache).

De haut en bas à droite : saints Paul (l'épée), Jacques le Majeur (le bourdon),  André (la croix en X), Jacques le Mineur, Simon (la scie), et Barthélémy (la peau).

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Les douze apôtres,  Retable de la Trinité, Notre-Dame du Crann (Spézet), photographie lavieb-aile.
Les douze apôtres,  Retable de la Trinité, Notre-Dame du Crann (Spézet), photographie lavieb-aile.

Les douze apôtres, Retable de la Trinité, Notre-Dame du Crann (Spézet), photographie lavieb-aile.

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Les retables de la chapelle Notre-Dame-du-Crann de Spézet (Finistère).

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La Résurrection.

En haut : le Christ vainqueur de la Mort, vêtu du manteau rouge, entre un ange tenant la colonne de la Passion et un ange adorateur.

En bas : la Sortie du tombeau parmi 4 légionnaires romains frappés de stupeur.

La Résurrection,  Retable de la Trinité, Notre-Dame du Crann (Spézet), photographie lavieb-aile.

La Résurrection, Retable de la Trinité, Notre-Dame du Crann (Spézet), photographie lavieb-aile.

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La prédelle.

Le martyre de saint Jean l'Évangéliste.

Selon la tradition, saint Jean aurait été amené d'Éphèse à Rome, chargé de fers, sous l'empereur Domitien. Il fut condamné par le sénat à être jeté dans l'huile bouillante. Cette condamnation fut exécutée devant l'actuelle Porte Latine. Il en sortit plus frais et plus jeune qu'il n'y était entré. (Nominis)

Martyre de saint Jean, prédelle de l'autel, Notre-Dame du Crann (Spézet), photographie lavieb-aile.

Martyre de saint Jean, prédelle de l'autel, Notre-Dame du Crann (Spézet), photographie lavieb-aile.

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SOURCES ET LIENS.

 —ABGRALL (chanoine Jean-Marie), 1909, Chapelle de N.-D. du Crann en Spézet, •Quimper, Leprince, 1909, et Société Archéologique du Finistère  1909 tome 36 - Pages 244 à 254.

http://soc.archeo.dufinistere.org/bulletin/index.php?gr=1909&art=saf1909_0294_0304#

— COUFFON (René), LE BARS (Alfred), 1988, paroisse de SPEZET, Notice extraite de : Diocèse de Quimper et Léon, nouveau répertoire des églises et chapelles, Quimper, Association diocésaine, 1988.

http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/1f826f4f6843f882615f0b205d5a0d99.pdf

— PERENNES (chanoine), 

http://www.saintgoazec.com/public/upload/file/bd129a3e102efe309069ffc860992d51.pdf

— ARLAUX (Claire), 2006,  La chapelle de Notre-Dame du Krann à Spézet, Keltia graphic, Spézet, 46 p.

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Published by jean-yves cordier - dans Chapelles bretonnes
11 juin 2016 6 11 /06 /juin /2016 20:19

La verrière de l'Arbre de Jessé de la cathédrale Saint-Gatien de Tours, ou baie 202 (vers 1250-1275).

Voir sur ce thème :

Les sculptures :

Et les vitraux :

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Et en comparaison avec les œuvres bretonnes :

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Baie 202, Arbre de Jessé et Enfance du Christ, cathédrale Saint-Gatien de Tours, photographie lavieb-aile.

Baie 202, Arbre de Jessé et Enfance du Christ, cathédrale Saint-Gatien de Tours, photographie lavieb-aile.

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PRÉSENTATION.

La baie 202 appartient aux quinze baies hautes du chœur, (baies 200 à 214), et parmi celles-ci aux quatre baies du rond-point (201 à 204) qui entourent la Passion de la baie d'axe 200. Elles datent du 3e quart du XIIIe siécle, et leur réseau s'inspire des formes de la Sainte-Chapelle de Paris (1243-1248). Les baies sont conçues à  assez grande échelle, (six registres par lancettes) avec des personnages peu nombreux et ainsi adaptées à leur éloignement du sol, car la voûte du chœur culmine à 34 mètres. Trois baies donnent des indications temporelles par leur signatures. La baie 201 fut offerte par Geoffroy Freslon, évêque du Mans de 1258 à 1270. La baie 203 mentionne "Jacques évêque de Nantes",  or Jacques de Guérande , ancien doyen de Tours fut évêque de 1264 à 1267. La baie 213 porte les armoiries de Vincent de Pirmil, archevêque de Tours de 1257 à 1270. Cette fourchette de 1258 à 1270 correspond à la fin du règne de Louis IX (Saint Louis), une dizaine d'année après la septième croisade, lors de la reconstruction du chœur par Étienne de Mortagne entre 1236 et 1279 : le chevet est achevé en 1267, permettant alors que les reliques de Saint Maurice (la cathédrale portait alors son nom) y soient transférées. Les verrières sont peut-être dues à un certain "Richard le Vitrier" (Richardi Vitrarii), mentionné sur un rôle des cens payés pour l'occupation des maisons situées dans le cloitre. Il y est voisin de l'architecte Étienne de Mortagne et d'un certain Mathei le Cortepoinctier, que nous allons retrouver.

 Depuis l'exemple de Suger qui plaça, en 1244,  le vitrail de  l'Arbre de Jessé dans la chapelle axiale dédiée à la Vierge, à coté du vitrail de l'Enfance du Christ, toutes les cathédrales placèrent  Jessé sur l'axe médian de l'édifice, à la première ou seconde place à coté de  la Vierge ou du Christ : Chartres vers 1150, Soissons en 1212, Angers vers 1230,  le Mans en 1235, Beauvais en 1240,  Amiens en 1242. 

 

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A Tours, les cinq verrières du rond-point forment un ensemble honorant les personnages religieux de tout premier plan pour les chanoines de la cathédrale. Au centre, la baie 200 est consacrée à la Passion :  elle est encadrée à droite — au sud — par la verrière de Jessé, et à gauche, par la baie 201 consacrée à saint Maurice, premier patron de la cathédrale. Le rond-point s'achève à droite par la baie 204 de la Vie de saint Martin, et à gauche par la baie 203 de la Vie de saint Pierre.

La baie 202 dite Verrière de l'Arbre de Jessé et de l'Enfance du Christ, comporte trois lancettes trilobées et un tympan à 3 trilobes. Elle mesure 10,50 m de haut et 2,40 m de large. Au dessus d'un registre inférieur où sont présentés les drapiers donateurs, l 'Arbre de Jessé occupe la lancette centrale, et son tronc né de la poitrine du patriarche allongé s'élève en quatre mandorles occupées successivement par deux rois de Juda, la Vierge, et le Christ. Les deux lancettes comportent chacune six médaillons hexagonaux. Le fond général de toute la verrière est rouge,  mais le fond des médaillons et mandorles est bleu. Un trait blanc souligne le montage des formes géométriques hexagonales et ovales.

  La grande originalité de la verrière de Tours est de placer, latéralement à cette présentation de la royale généalogie de Jésus, non des prophètes développant des références avec l'Ancien Testament (Saint-Denis, Chartres, Soissons, Beauvais), mais des scènes de la Vie de Marie (Annonciation, Visitation, Annonce aux bergers, Nativité, trois scènes des Mages, Présentation au temple, Massacre des Innocents, Fuite en Égypte) montrant comment la Vision prophétique de Jessé se réalise  dans les épisodes trouveront leur accomplissement dans le Sacrifice du Christ. La seule référence franche à l'Ancien Testament se trouve dans le tympan, avec le Sacrifice d'Abraham, mais en réalité, dans l'Évangile de Matthieu et dans les évangiles apocryphes, les épisodes de la vie de Jésus et de Marie servent à renvoyer à des citations prophétiques, notamment d'Isaïe. La verrière a pu être considérée  comme un livre d'images pour illettrés, destiné aux fidèles, (quoique ceux-ci n'avaient pas accès au chœur), mais en réalité elle est bien trop haute pour leur être accessible. C'est plutôt un "power point" extrèmement savant, la synthèse d'une pensée théologique sur l'accomplissement des textes prophétiques par le Christ et sur la place de la Vierge ( par son Immaculée Conception) dans le plan du Salut, un exposé que l'on a voulu sacraliser en l'inscrivant sur le verre, traversé par la lumière solaire c'est à dire à l'irradiation divine.

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La baie 202, plan du chœur, cathédrale de Tours, annoté d'après plan Wikipédia.

La baie 202, plan du chœur, cathédrale de Tours, annoté d'après plan Wikipédia.

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REGISTRE INFÉRIEUR. LES DONATEURS.

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Baie 202, Arbre de Jessé et Enfance du Christ, cathédrale Saint-Gatien de Tours, photographie lavieb-aile.

Baie 202, Arbre de Jessé et Enfance du Christ, cathédrale Saint-Gatien de Tours, photographie lavieb-aile.

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Matthieu le Cortepoinctier, Donateur.

 

Cette verrière est signée : Matth. D. dat. ist. vit. m(l) .

Transcription : Matheus de..dat istam vitram, "Matthieu D. donna cette verrière".

Ce Matthieu est coiffé d'un court bonnet et vêtu d'un manteau à capuchon dont la manche, non enfilée, retombe en laissant apparaître sa doublure, peut-être fourrée. Il peut s'agir en fait d'un chaperon.

On a suggéré que ce donateur pouvait être Mathei le Cortepoinctier, qui occupait l'une des maisons situées dans le cloître de la cathédrale à coté de l'architecte Étienne de Mortagne et d'un verrier, Richard le Vitrier. Selon Salmon, "Bourassé et Manceau ont vu des marchands pelletiers dans les personnages du panneau placé entre les deux donataires : c*est cependant bien une étoffe rouge à raies jaunes, noires et blanches que les marchands mesurent. Le compartiment supérieur du panneau est moins explicite, mais on y reconnatt encore plutôt une étoffe blanche qu'une fourrure. Il en résulte que le donataire Mathieu appartenait plutôt à la corporation des courtepointiers, qui vendaient des étoffes piquées et brodées, qu'à celle des pelletiers, et qu'ainsi notre attribution offre la plus grande probabilité. "

Pour Godefroy, dans son Dictionnaire, le cou[r]tepointier est simplement « celui qui fabrique des coutepointes », celles-ci étant « des couvertures de lit ouatées et piquées » (nom composé de coute ""lit de plume, couette", mais le terme désignait aussi celui qui les vend. La communauté des Maître-Marchands Courtepointier, Neustrés et Coustiers fut réunis en 1636 à celle des tapissiers , et auparavant, le terme englobait les marchands de tapisserie, ou plus généralement les marchands de "meubles de tissus", le tissu d'ameublement.  Aujourd'hui, "le courtepointier ou la courtepointière coupent et cousent des tissus de différentes sortes pour confectionner des décorations d'intérieur: rideaux, tentures, couvre-lits, stores, nappes, ainsi que des duvets, des coussins ou des housses de matelas. Le courtepointier ou la courtepointière travaillent généralement assis ou debout pour la coupe de grandes pièces de tissus. Dans des ateliers de décoration, ils collaborent au sein de petites équipes composées d'un décorateur ou d'une décoratrice d'intérieurs et deux ou trois collègues." (Wikipédia)

https://archive.org/stream/achivesdelartfr00chengoog#page/n332/mode/2up/search/cortepoinctier

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le donateur Mathieu, Baie 202, Arbre de Jessé et Enfance du Christ, cathédrale Saint-Gatien de Tours, photographie lavieb-aile.

le donateur Mathieu, Baie 202, Arbre de Jessé et Enfance du Christ, cathédrale Saint-Gatien de Tours, photographie lavieb-aile.

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Les drapiers et pelletiers ou fourreurs.

1. Drapiers.

En bas, deux artisans mesurent une toile rouge à rayures bleu et jaune à l'aide d'une aune (une règle mesurant quatre pieds), tandis qu'un personnage ( une femme ?) vêtu d'une cape lui recouvant la tête semble diriger l'opération par un signe de la main.

Au Moyen Âge, cette profession était exercée entre autres par de riches bourgeois. Ceux-ci organisent la production du tissu en contrôlant plus ou moins toute la filière de production textile " (Wikipédia) 

Ces panneaux peuvent être comparés à ceux de Chartres  de la baie n°5 ou verrière de Jacques le Majeur qui sont si proches qu'ils semblent avoir servis de modèles. 

https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Chartres_-_Vitrail_de_l%27histoire_de_la_vie_de_saint_Jacques_le_Majeur_-_Drapiers.JPG?uselang=fr

http://www.vitraux-chartres.fr/vitraux/05_vitrail_vie_st_jacques_majeur/scene_02.php

2. Fourreurs.

En haut, un artisan présente une étoffe à un couple. La femme, au premier plan, est coiffée d'un touret. Elle tend ou palpe le tissu de la main gauche et semble donner son accord de la main droite. Les vêtements et coiffure du couple correspondent à ceux portés par les deux donateurs latéraux, ce sont donc eux qui sont représentés négociant dans les échopes d'un drapier puis d'un fourreur.

https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Chartres_-_Vitrail_de_l%27Histoire_de_saint_Jacques_le_Majeur_-_Fourreurs.JPG?uselang=fr

http://www.vitraux-chartres.fr/vitraux/05_vitrail_vie_st_jacques_majeur/scene_01.php

La pièce de fourrure est sans-doute une pièce de vair (écureuil petit-gris), et le motif qui  symbolise cette étoffe est proche du motif héraldique du "vair".

On peut penser qu'à coté du courtepointier Matheus et de son épouse Dionisia, les drapiers et les pelletiers  ont participé à la donation du vitrail.

 

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Baie 202, Arbre de Jessé et Enfance du Christ, cathédrale Saint-Gatien de Tours, photographie lavieb-aile.

Baie 202, Arbre de Jessé et Enfance du Christ, cathédrale Saint-Gatien de Tours, photographie lavieb-aile.

La donatrice Denise . 

Inscription  DIONISIA : UXOR :  SUA ; "Denise son épouse".

La femme est coiffée du touret, noué sous le menton. Comme son époux, elle lève vers l'axe central et le sommet de la verrière ses deux mains jointes qui se détachent en clair sur une masse sombre et ronde correspondant soit à un objet, soit à la mise en plomb.

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La donatrice Denise, baie 202, Arbre de Jessé et Enfance du Christ, cathédrale Saint-Gatien de Tours, photographie lavieb-aile.

La donatrice Denise, baie 202, Arbre de Jessé et Enfance du Christ, cathédrale Saint-Gatien de Tours, photographie lavieb-aile.

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DEUXIÈME REGISTRE ; JESSÉ.

  • Annonciation
  • Le Songe de Jessé
  • Visitation

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2e registre, baie 202, Arbre de Jessé et Enfance du Christ, cathédrale Saint-Gatien de Tours, photographie lavieb-aile.

2e registre, baie 202, Arbre de Jessé et Enfance du Christ, cathédrale Saint-Gatien de Tours, photographie lavieb-aile.

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L'Annonciation.

La scène se limite à l'essentiel : l'ange Gabriel tendant la main, un phylactère, la Vierge inclinant la tête. Dans le fond bleu, cinq couleurs : rouge, blanc, vert, jaune, vieux rose.

Source :

Verrière de l'Enfance de Jésus à Chartres :

http://www.vitraux-chartres.fr/vitraux/50_vitrail_incarnation_et_enfance_christ/scene_01.php

Verrière de la Vie de la Vierge à Chartres :

http://www.vitraux-chartres.fr/vitraux/28b_vitrail_vie_vierge/scene_13.php

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Annonciation, baie 202, Arbre de Jessé et Enfance du Christ, cathédrale Saint-Gatien de Tours, photographie lavieb-aile.

Annonciation, baie 202, Arbre de Jessé et Enfance du Christ, cathédrale Saint-Gatien de Tours, photographie lavieb-aile.

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Le Songe de Jessé.

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L'ancêtre de la lignée des rois de Juda est représenté selon un schéma constant depuis le vitrail de Suger à Saint-Denis : allongé ou plutôt adossé sur des coussins en décubitus latéral droit, enveloppé dans un manteau rouge, sous une lampe témoignant du fait qu'il ne dort pas, mais qu'il songe. Le tronc de l'Arbre qu'il voit dans ce songe s'élève, très droit, depuis ce qu'il est convenu d'appeler sa hanche.

Jessé à Chartres : http://a403.idata.over-blog.com/3/43/88/27/epigraphie-tilde/chartres/vitraux/arbre-de-Jesse/arbre-de-Jesse-6784c.jpg

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Jessé songeant, baie 202, Arbre de Jessé et Enfance du Christ, cathédrale Saint-Gatien de Tours, photographie lavieb-aile.

Jessé songeant, baie 202, Arbre de Jessé et Enfance du Christ, cathédrale Saint-Gatien de Tours, photographie lavieb-aile.

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Visitation.

Plus encore que dans l'Annonciation, le récit est réduit à l'essentiel, deux femmes nimbées dont l'une tient un livre sur son ventre et l'autre tend les bras pour étreindre sa voisine. Cela suffit, ces formes codées renvoient au récit de la Visitation dans l'Évangile de Luc Lc 1:39-45.

Notons que la fête liturgique de la Visitation fut établie  par saint Bonaventure pour les franciscains en 1263, dans les années où fut crée ce vitrail.

Source : Chartres, verrière de l'Enfance du Christ :

http://www.vitraux-chartres.fr/vitraux/50_vitrail_incarnation_et_enfance_christ/scene_02.php

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Visitation, baie 202, Arbre de Jessé et Enfance du Christ, cathédrale Saint-Gatien de Tours, photographie lavieb-aile.

Visitation, baie 202, Arbre de Jessé et Enfance du Christ, cathédrale Saint-Gatien de Tours, photographie lavieb-aile.

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TROISIÉME REGISTRE. 1er ROI DE JUDA.

  • Annonce aux bergers.
  • 1er Roi de Juda.
  • Nativité

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3e registre, baie 202, Arbre de Jessé et Enfance du Christ, cathédrale Saint-Gatien de Tours, photographie lavieb-aile.

3e registre, baie 202, Arbre de Jessé et Enfance du Christ, cathédrale Saint-Gatien de Tours, photographie lavieb-aile.

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Annonce faite aux bergers.

Un ange sort des nues et tend un phylactère à un berger coiffé d'un chaperon. Ses moutons et sa chêvre paisent à ses pieds. Un personnage chenu, appuyé à une canne correspondrait d'avantage à Joseph.

Le modèle semble être la verrière de la Vie de la Vierge de Chartres.

http://www.vitraux-chartres.fr/vitraux/28b_vitrail_vie_vierge/scene_16.php.

Voir aussi la verrière de l'Enfance du Christ de Chartres:

http://www.vitraux-chartres.fr/vitraux/50_vitrail_incarnation_et_enfance_christ/scene_04.php

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Annonce aux bergers, baie 202, Arbre de Jessé et Enfance du Christ, cathédrale Saint-Gatien de Tours, photographie lavieb-aile.

Annonce aux bergers, baie 202, Arbre de Jessé et Enfance du Christ, cathédrale Saint-Gatien de Tours, photographie lavieb-aile.

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Roi de Juda (David)

Rien n'indique ici qu'il s'agit de David fils de Jessé et premier roi de cette dynastie. Ce roi couronné et barbu se tient aux rameaux de l'Arbre, et ses pieds y prennent également appui. Manteau lie-de-vin à rever jaune, robe verte.

Comparer avec le 1er roi de l'Arbre de Jessé à Chartres :

http://a54.idata.over-blog.com/3/43/88/27/epigraphie-tilde/chartres/vitraux/arbre-de-Jesse/arbre-de-Jesse-6785c.jpg

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Roi de Juda, baie 202, Arbre de Jessé et Enfance du Christ, cathédrale Saint-Gatien de Tours, photographie lavieb-aile.

Roi de Juda, baie 202, Arbre de Jessé et Enfance du Christ, cathédrale Saint-Gatien de Tours, photographie lavieb-aile.

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Nativité.

Là encore, le modèle semble pris à la verrière de la Vie de la Vierge de Chartres, avec inversion du carton ou du dessin copié.

http://www.vitraux-chartres.fr/vitraux/28b_vitrail_vie_vierge/scene_15.php

La Vierge est allongé, mais lève le bras vers le berceau de son Fils. Celui-ci a été placé sur un support en arche ; il est réchauffé par le souffle du bœuf et de l'âne. Joseph est appuyé sur sa canne, mais il est plus dynamique que sur le modèle chartrain et berce aussi l'enfant. 

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Nativité, baie 202, Arbre de Jessé et Enfance du Christ, cathédrale Saint-Gatien de Tours, photographie lavieb-aile.

Nativité, baie 202, Arbre de Jessé et Enfance du Christ, cathédrale Saint-Gatien de Tours, photographie lavieb-aile.

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QUATRIÈME REGISTRE. 2e ROI.

  • Les Mages devant Hérode.
  • 2ème Roi de Juda.
  • Voyage des Mages.

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3e registre, baie 202, Arbre de Jessé et Enfance du Christ, cathédrale Saint-Gatien de Tours, photographie lavieb-aile.

3e registre, baie 202, Arbre de Jessé et Enfance du Christ, cathédrale Saint-Gatien de Tours, photographie lavieb-aile.

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Les Mages devant Hérode.

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Sources :

Verrière de l'Enfance du Christ à Chartres :

http://www.vitraux-chartres.fr/vitraux/50_vitrail_incarnation_et_enfance_christ/scene_05.php

Verrière de la Vie de la Vierge de Chartres :

http://www.vitraux-chartres.fr/vitraux/28b_vitrail_vie_vierge/scene_18.php

Saint-Denis :Grodecki page 41 : 

https://books.google.fr/books?id=N4gj5jFFAIgC&pg=PA151&lpg=PA151&dq=%22mages+%22+vitrail&source=bl&ots=XjSY-OYvbJ&sig=3dsIqWGWXJVsYWa3Tb3UwBgppC8&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwiRoOm_yaTNAhVHtBoKHRM7C4E4ChDoAQhBMAg#v=onepage&q=%22mages%20%22%20H%C3%A9rode&f=false

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Les mages devant Hérode, baie 202, Arbre de Jessé et Enfance du Christ, cathédrale Saint-Gatien de Tours, photographie lavieb-aile.

Les mages devant Hérode, baie 202, Arbre de Jessé et Enfance du Christ, cathédrale Saint-Gatien de Tours, photographie lavieb-aile.

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2ème Roi de Juda (Salomon).

Ce roi est identique au précédent, exception faite de la position du bras droit et des teintes des vêtements. On tend à y voir Salomon, fils de David, petit-fils de Jessé.

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Roi de Juda, baie 202, Arbre de Jessé et Enfance du Christ, cathédrale Saint-Gatien de Tours, photographie lavieb-aile.

Roi de Juda, baie 202, Arbre de Jessé et Enfance du Christ, cathédrale Saint-Gatien de Tours, photographie lavieb-aile.

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Voyage des Mages chevauchant.

Les trois mages se guident sur l'étoile (non figurée ici) dans leur chevauchée. 

A Saint-Denis (panneau perdu remplacée par une chevauchée de Gérente au XIXe), et à Chartres, ils sont représentés à pied :

http://www.vitraux-chartres.fr/vitraux/50_vitrail_incarnation_et_enfance_christ/scene_07.php

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Voyage des Mages, baie 202, Arbre de Jessé et Enfance du Christ, cathédrale Saint-Gatien de Tours, photographie lavieb-aile.

Voyage des Mages, baie 202, Arbre de Jessé et Enfance du Christ, cathédrale Saint-Gatien de Tours, photographie lavieb-aile.

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CINQUIÉME REGISTRE. LA VIERGE.

  • Adoration des Mages.
  • La Vierge.
  • Présentation au Temple.

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Cinquième registre, baie 202, Arbre de Jessé et Enfance du Christ, cathédrale Saint-Gatien de Tours, photographie lavieb-aile.

Cinquième registre, baie 202, Arbre de Jessé et Enfance du Christ, cathédrale Saint-Gatien de Tours, photographie lavieb-aile.

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Adoration des Mages.

Sources : Chartres :

http://www.vitraux-chartres.fr/verrieres_hautes/vh_114/lg_03.htm.

Adoration des mages, baie 202, Arbre de Jessé et Enfance du Christ, cathédrale Saint-Gatien de Tours, photographie lavieb-aile.

Adoration des mages, baie 202, Arbre de Jessé et Enfance du Christ, cathédrale Saint-Gatien de Tours, photographie lavieb-aile.

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La Vierge.

La Vierge, baie 202, Arbre de Jessé et Enfance du Christ, cathédrale Saint-Gatien de Tours, photographie lavieb-aile.

La Vierge, baie 202, Arbre de Jessé et Enfance du Christ, cathédrale Saint-Gatien de Tours, photographie lavieb-aile.

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Présentation de Jésus au temple.

Sources :

Verrière de l'Enfance du Christ de Chartres:

http://www.vitraux-chartres.fr/vitraux/50_vitrail_incarnation_et_enfance_christ/scene_09.php

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Présentation au Temple, baie 202, Arbre de Jessé et Enfance du Christ, cathédrale Saint-Gatien de Tours, photographie lavieb-aile.

Présentation au Temple, baie 202, Arbre de Jessé et Enfance du Christ, cathédrale Saint-Gatien de Tours, photographie lavieb-aile.

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SIXIÈME REGISTRE. LE CHRIST.

 

Sixième registre,  baie 202, Arbre de Jessé et Enfance du Christ, cathédrale Saint-Gatien de Tours, photographie lavieb-aile.

Sixième registre, baie 202, Arbre de Jessé et Enfance du Christ, cathédrale Saint-Gatien de Tours, photographie lavieb-aile.

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Le Massacre des Innocents.

Source : comme les précédents, cette scène   est ici simplifiée pour se réduire à une sorte d'emblème ou de signe de reconnaissance renvoyant le chanoine placé dans le chœur à un corpus scripturaire bien connu. On ne voit ici que deux soldats d'Hérode et deux enfants, sns décor architectural, et les mères ne sont pas figurées. Comparer avec :

Verrière de l'Enfance du Christ à Chartres :

http://www.vitraux-chartres.fr/vitraux/50_vitrail_incarnation_et_enfance_christ/scene_10.php

Verrière de la Vie de la Vierge à Chartres :

http://www.vitraux-chartres.fr/vitraux/28b_vitrail_vie_vierge/scene_20.php

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Massacre des Innocents,  baie 202, Arbre de Jessé et Enfance du Christ, cathédrale Saint-Gatien de Tours, photographie lavieb-aile.

Massacre des Innocents, baie 202, Arbre de Jessé et Enfance du Christ, cathédrale Saint-Gatien de Tours, photographie lavieb-aile.

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Le Christ.

La comparaison avec l'Arbre de Jessé de Chartres montre, là encore, une simplification, puisque l'artiste n'a conservé que trois des sept colombes symbolisant les Dons de l'Esprit renvoyant au verset d'Isaïe 11:2. Par contre, le Christ tient ici un livre dans la main gauche.

http://www.vitraux-chartres.fr/vitraux/49_vitrail_arbre_jesse/scene_06.php.

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Le Christ,  baie 202, Arbre de Jessé et Enfance du Christ, cathédrale Saint-Gatien de Tours, photographie lavieb-aile.

Le Christ, baie 202, Arbre de Jessé et Enfance du Christ, cathédrale Saint-Gatien de Tours, photographie lavieb-aile.

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La Fuite en Égypte.

Sources :

Verrière haute de Chartres :

http://www.vitraux-chartres.fr/verrieres_hautes/vh_114/ld_03.htm

Verrière de l'Enfance du Christ à Chartres:

http://www.vitraux-chartres.fr/vitraux/50_vitrail_incarnation_et_enfance_christ/scene_11.php.

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Fuite en Égypte, baie 202, Arbre de Jessé et Enfance du Christ, cathédrale Saint-Gatien de Tours, photographie lavieb-aile.

Fuite en Égypte, baie 202, Arbre de Jessé et Enfance du Christ, cathédrale Saint-Gatien de Tours, photographie lavieb-aile.

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LE TYMPAN.

Les trois médaillons montrent trois scènes du Sacrifice d'Abraham : Isaac, en haut, porte le bois de son propre sacrifice (comme Jésus portera la Croix). Abraham, à droite, lève l'épée sur son fils Isaac ligoté sur le bûcher. L'ange, à gauche, désigne au patriarche le bélier qui va se substituer à l'enfant.

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Tympan, Sacrifice d'Abraham,  baie 202, Arbre de Jessé et Enfance du Christ, cathédrale Saint-Gatien de Tours, photographie lavieb-aile.

Tympan, Sacrifice d'Abraham, baie 202, Arbre de Jessé et Enfance du Christ, cathédrale Saint-Gatien de Tours, photographie lavieb-aile.

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SOURCES ET LIENS.

http://ndoduc.free.fr/vitraux/htm4/eg_StGatien_c.htm

http://professor-moriarty.com/info/fr/sec/vitraux/p%C3%A9riode-avant-19%C3%A8me-si%C3%A8cle/cath%C3%A9drale-tours-arbre-jess%C3%A9-cath%C3%A9drale-tours

http://www.patrimoine-histoire.fr/Patrimoine/Tours/Tours-Saint-Gatien_v4.htm

https://fr.wikisource.org/wiki/Dictionnaire_raisonn%C3%A9_de_l%E2%80%99architecture_fran%C3%A7aise_du_XIe_au_XVIe_si%C3%A8cle/Cath%C3%A9drale

— BOURASSÉ (Abbé Jean Jacques ), 1849, Verrières du choeur de l'église métropolitaine de Tours : dessinées et publiées par J. Marchand,... Texte par MM. Bourassé et Manceau, Paris : Vve Didron ; et Tours : l'auteur, 1849.

SALMON, , "Documents sur quelques architectes et artistes de l'église cathédrale de Tours," Mémoires de la Société archéologique de Touraine: Série in 80, Volumes 3 à 4, 1847, pp. 130-135

ou Archives de l'art français, tome II par Philippe de Chennevières, 1852-1853, pages 322-323 ;

— GRODECKI (Louis), PERROT (Françoise), 1981,  Les Vitraux du Centre et des pays de la Loire, Corpus vitrearum. France. Série complémentaire, Recensement des vitraux anciens de la France II, Centre national de la recherche scientifique

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Published by jean-yves cordier - dans Arbre de Jessé
7 juin 2016 2 07 /06 /juin /2016 16:03

La peinture murale du calendrier liturgique circulaire médiéval (vers 1320) de l'église de Vieux-Thann (Haut-Rhin).

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Voir aussi :

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Il s'agit d'un cercle de 3,20 m de diamètre inscrit dans un carré. Un document donne toutes les informations souhaitées et je le recopie ici :

I. Le remarquable document explicatif placé dans l'église.

"C'est lors du percement d'une baie gothique, puis de l'élévation du clocher, que cette fresque a été recouverte d'une épaisse couche de plâtre, la cachant aux yeux de tous. En 1991, la restauration du monument a permis de mettre à jour dans l'avant-chœur ce calendrier liturgique.

Il s'agit de l'unique exemplaire connu d'un calendrier circulaire d'époque médiévale, sous forme d'ue fresque murale polychrome.

Un perpétuel recommencement.

La représentation du temps, sous forme d'ue cercles concentriques renvoie à l'idée que la vie est un perpétuel recommencement, dans le cycle des mois et des saisons. Dans l'espace central, on distingue en partie le visage d'un ange, fixant le centre de la fresque, où devait probablement se trouver le Christ, maître du temps et de l'histoire.

En partant du centre, on observe :6 anneaux concentriques :

l'anneau des travaux des mois.

L'anneau des jours du mois, leur nom et leur nombre, avec une représentation des principales fêtes patronales mensuelles.

L'anneau des lettres dominicales a, b, c, d, e, f et g, correspondant à chacun des jours de la semaine

L'anneau des saints du mois. 

— Enfin, l'anneau rassemblant le nom de ces saints.

Aux quatre coins de la fresque, on suppose que les quatre évangélistes étaient représentés. Seul saint Matthieu est reconnaissable en haut à droite.

Lecture du calendrier.

Chaque jour correspond à une lettre dominicale, qui change suivant l'année. Pour pouvoir lire le calendrier, il suffit de savoir à quelle lettre correspond le dimanche de l'année en cours."

Un système de représentation des jours consiste à leur attribuer une lettre au lieu des traditionnels appellations lundi, mardi, etc.. Elles sont attribuées pour une année donnée. On fait correspondre successivement chacune des sept premières lettres (, B, C, D, E, F, et G) à chacun des jours de l'année. En commençant par A le p1er janvier et en répétant le cycle tous les sept jours. La lettre dominicale est dans ce système la lettre qui correspond aux dimanches (pour l'année considérée). Si l'année est commune, l'opération s'effectue en une fois et se termine par A le 31 décembre. En effet le 31 décembre est placé 364 jours plus tard que le 1er janvier. Or 364 est divisible par 7 (364 = 52 x 7). Premier et dernier jour de l'année ont donc la même lettre. Un jour de la semaine se voit affecter la même lettre tout au long d'une année donnée. La lettre dominicale est la lettre affectée au dimanches pour cette année. Si l'année est bissextile, l'opération s'effectue en deux temps. On procède normalement jusqu'au 29 février, auquel correspond toujours D. Ensuite on attribue la lettre D au premier mars epuis on remrend le cycle (E, F, etc.). Que l'année soit ou non bissextile, une date donnée se voit donc toujours attribuer la même lettre dans ce système."

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Calendrier circulaire médiéval de l'église Saint-Dominique, Vieux-Thann. Photographie lavieb-aile.

Calendrier circulaire médiéval de l'église Saint-Dominique, Vieux-Thann. Photographie lavieb-aile.

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Calendrier circulaire médiéval de l'église Saint-Dominique, Vieux-Thann. Document exposé dans l'église, Communauté de commune Pays de Thann.

Calendrier circulaire médiéval de l'église Saint-Dominique, Vieux-Thann. Document exposé dans l'église, Communauté de commune Pays de Thann.

Calendrier circulaire médiéval de l'église Saint-Dominique, Vieux-Thann. Document exposé dans l'église, Communauté de commune Pays de Thann.

Calendrier circulaire médiéval de l'église Saint-Dominique, Vieux-Thann. Document exposé dans l'église, Communauté de commune Pays de Thann.

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Mes photographies et mes efforts de décryptage.

L'ensemble de la fresque.

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Calendrier circulaire médiéval de l'église Saint-Dominique, Vieux-Thann. Photographie lavieb-aile.

Calendrier circulaire médiéval de l'église Saint-Dominique, Vieux-Thann. Photographie lavieb-aile.

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Le coin supérieur gauche.

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Calendrier circulaire médiéval de l'église Saint-Dominique, Vieux-Thann. Photographie lavieb-aile.

Calendrier circulaire médiéval de l'église Saint-Dominique, Vieux-Thann. Photographie lavieb-aile.

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Discussion.

 

Je n'ai pas trouvé d'autre source de documentation sur ce calendrier, et je dois donc tenter seul la poursuite de son analyse. 

Les éléments les plus identifiables sont pour moi le laboureur et sa charrue, pour les mois, et la scène de l'Annonciation, pour les Fêtes. Or, l'Annonciation correspond au 25 mars. Dans les Très Riches Heures du Duc de Berry, le mois de Mars est illustré par un paysan derrière sa charrue à versoir tirée par deux bœufs. De même dans le Calendrier des Bergers du XVe siècle.

Donc, le cône temporel le mieux visible de ce calendrier correspond à Mars.

 

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Annonciation (25 mars) et labourage, calendrier circulaire médiéval de l'église Saint-Dominique, Vieux-Thann. Photographie lavieb-aile.

Annonciation (25 mars) et labourage, calendrier circulaire médiéval de l'église Saint-Dominique, Vieux-Thann. Photographie lavieb-aile.

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Parmi les saints, je reconnais le nom de saint Benoît, S. Benedictus : c'est le 21 mars qu'était célébré l'anniversaire de sa mort. Je reconstitue la liste suivante :

Ste Migud ?? Cheveux longs . Tient une épée ou une lame sur l'épaule

S. Fridolin ?? : 5 ou 6 mars

S. Gregorius. Saint Grégoire le Grand, pape fêté le 12 mars et représenté avec la colombe du Saint-Esprit près de l'oreille.

S. ---rerus. Tient un outil à long manche

S. Longus ---  Saint Longin ? 15 mars

S. Rimi ou Riopidi in apt

Bref, le résultat est de piètre qualité.

 

 

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Mois de mars d'un Livre d'Heures :

 

Mois de Mars, Calendrier circulaire médiéval de l'église Saint-Dominique, Vieux-Thann. Photographie lavieb-aile.

Mois de Mars, Calendrier circulaire médiéval de l'église Saint-Dominique, Vieux-Thann. Photographie lavieb-aile.

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Le mois précédent : Février.

 

Mois de Février, Calendrier circulaire médiéval de l'église Saint-Dominique, Vieux-Thann. Photographie lavieb-aile.

Mois de Février, Calendrier circulaire médiéval de l'église Saint-Dominique, Vieux-Thann. Photographie lavieb-aile.

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Le  mois d' Avril.

Je lis "Avrell". Le dictionnaire Godefroy atteste avrill, averill ; je trouve sur le net, en patois, avrell  .

 

Le mois d'Avril, Calendrier circulaire médiéval de l'église Saint-Dominique, Vieux-Thann. Photographie lavieb-aile.

Le mois d'Avril, Calendrier circulaire médiéval de l'église Saint-Dominique, Vieux-Thann. Photographie lavieb-aile.

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LES CALENDRIERS LITURGIQUES ; LES CALENDRIERS CIRCULAIRES.

Selon G. Comet, "Il y a quelques rares antécédents à cette forme circulaire du calendrier :

  • la mosaïque moyen-orientale de Beisan, au VIe siècle;
  • le manuscrit grec n° 1291 à la bibliothèque du Vatican à Rome (ixe siècle)
  • et, seule image occidentale de ce type, la mosaïque de pavement de la cathédrale d'Aoste, XIIe siècle,
  • Mais en Allemange au XIIe siècle, un manuscrit présente toute l'année sur une seule page avec une disposition qui a eu grand succès par la suite, au XVe siècle: les mois sont placés en cercle, autour de l'année qui occupe le centre du dessin. le Computus, qui vient à la suite des Annales Zwifaltenses minores, Stuttgart, Wùrttembergischen Landesbibliothek, Cod. Hist. 20 415. Cf. Borries-Schulten. : Janvier chasse encore le lièvre, juin évoque le labour de jachère. Janvier est à l'horizontale à gauche et la lecture se fait dans le sens des aiguilles d'une montre . Comput, Cod. hist. 20415, Zwiefalten, ca. 1162, Württembergische Landesbibliothek, Stuttgart.
  • Sur un Calendrier circulaire en 1485, janvier est en bas à gauche (le bifrons), la lecture se fait dans le sens des aiguilles d'une montre. Février est un vieillard qui cahuffe ses pieds à un feu, mars est représenté par un vigneron bêchant sa vigne, avril est consacré à la taille des vignes, alors que la charrue de labour correspond à juin. Barthélémy de Glanville, Le propriétaire des choses, Lyon, 1485. Bibliothèque de Besançon, xvie siècle, in Duby [1975], t. 2, p. 184. 65. Voir ici page 33.

 

Calendrier circulaire de Zwiefalten, Comput, Cod. hist. 20415, Zwiefalten, ca. 1162, Württembergische Landesbibliothek, Stuttgart., in Comet 1992, Le Paysan...

Calendrier circulaire de Zwiefalten, Comput, Cod. hist. 20415, Zwiefalten, ca. 1162, Württembergische Landesbibliothek, Stuttgart., in Comet 1992, Le Paysan...

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Calendrier circulaire de 1485, Barthélémy de Glanville, Le propriétaire des choses, Lyon, 1485 in Georges Comet 1992, Le Paysan...

Calendrier circulaire de 1485, Barthélémy de Glanville, Le propriétaire des choses, Lyon, 1485 in Georges Comet 1992, Le Paysan...

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SOURCES ET LIENS.

— COMET (Georges), 1992, Les calendriers médiévaux, une représentation du monde in Journal des savants  Année 1992  Volume 1  Numéro 1  pp. 35-98

http://www.persee.fr/docAsPDF/jds_0021-8103_1992_num_1_1_1552.pdf

 

— COMET (Georges), 1992, Le Paysan et son outil. Essai d'histoire technique des céréales (France, VIIIe - XVe siècle), Publications de l'École française de Rome  Année 1992  Volume 165 http://www.persee.fr/doc/efr_0000-0000_1992_mon_165_1

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Published by jean-yves cordier
6 juin 2016 1 06 /06 /juin /2016 07:55

Le vitrail de la Vigne de Jessé et la Vie de Marie (1466) à l'église Saint-Dominique de Vieux-Thann (Haut-Rhin).

Voir aussi :

La peinture murale du calendrier liturgique circulaire médiéval (vers 1320) de l'église de Vieux-Thann (Haut-Rhin).

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J'ai étudié dans ce blog 36 Arbres de Jessé, mais jamais je n'en n'avais rencontré un semblable à celui de Vieux-Thann, dans lequel les rois de Juda et les prophètes cèdent la place à six scènes de la Vie de la Vierge, et où les tiges et branches de l'arbre sont remplacées, au cœur du vignoble de Rangen, par des sarments de vigne.

Les sculptures :

Et les vitraux :

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Et en comparaison avec les œuvres bretonnes :

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INTRODUCTION.

Adossée à Thann, située à la sortie de la vallée de la Thur au niveau de son débouché sur la plaine d'Alsace par le cône de déjection de l'Ochsenfeld, Vieux-Thann se situe dans le vignoble de Rangen. Le Rangen est le plus méridional des grands crus d'Alsace. Montaigne en faisait déjà l'éloge :

  « Vinsmes souper à Tane, quatre lieues, première ville d’Allemagne, sujette à l’empereur, très belle. Lendemain au matin, trouvâmes une belle et grande plene, flanquée à main gauche de coutaux pleins de vignes, les belles et les mieux cultivées, et en telle estendue que les Guascons qui estoient la disoint n’en avoir jamais veu tant de suite. ».

"L'église Saint-Dominique de Vieux-Thann est l'un des plus anciens sanctuaires mariaux d'Alsace, fondée en 991 par l'évêque de Strasbourg. Elle était réputée en tant que lieu de pèlerinage de la confrérie des Ménétriers, des tisserands et des vignerons de Haute Alsace. L'édifice dispose de deux vitraux remarquables : celui de la baie axiale du chœur, dont la partie haute représente la Passion du Christ sous les armes d'Autriche, des Ferrette et de Bourgogne et celui de la Vierge ou de l'Arbre de Jessé (1466), sans doute le plus beau d'Alsace. Le chœur abrite une custode murale du XVe siècle servant de tabernacle. Mais le Saint-Sépulcre, en grès jaune, l'un des plus beaux d'Alsace, est le joyau de l'édifice.

Un plan daté peut être consulté dans l'église. "

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DESCRIPTION .

 

 

La verrière de 4,00 m de haut et 1,20 m de large a été offerte en 1466 en l'honneur de la Vierge Marie par Jean Müller, prévôt du chapitre de Thann et par Nicolas Wolffach, curé de Thann, après l'achèvement de la seconde reconstruction de l'église en 1444-1445. La baie, initialement à deux formes séparées par un meneau et sommées d'un trilobe a été transformée au 19e siècle (?) en une fenêtre à une forme et au sommet en arc brisé; La verrière a été restaurée en 1873 par Petit-Gérard, réparée  en 1924 par Ott Frères, déposée pendant la Seconde Guerre Mondiale et restaurée en 1945. La bordure à fleur d'églantier est moderne. C. Block a publié le schéma de l'état de conservation, globalement excellent des verres, signalant ceux qui ont été remplacés, comme le visage de saint Étienne.

 Elle se présente dans l'église de Saint-Dominique sous l'aspect de huit panneaux rectangulaires et de deux panneaux terminés en forme.  Au-dessus des donateurs, six scènes de la Vie de la Vierge s'inscrivent dans l'enroulement des sarments de vigne, jaillis de la poitrine de Jessé : Naissance de la Vierge et Annonciation ; Nativité et Adoration des Mages ; Dormition de la Vierge et Couronnement 

 

Baie n°7 , Arbre de Jessé et Vie de la Vierge (1466), église Saint-Dominique, Saint-Thann. Photographie lavieb-aile.

Baie n°7 , Arbre de Jessé et Vie de la Vierge (1466), église Saint-Dominique, Saint-Thann. Photographie lavieb-aile.

 Baie n°7 , Arbre de Jessé et Vie de la Vierge (1466), église Saint-Dominique, Saint-Thann. Photographie lavieb-aile.

Baie n°7 , Arbre de Jessé et Vie de la Vierge (1466), église Saint-Dominique, Saint-Thann. Photographie lavieb-aile.

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PARTIE INFÉRIEURE : LES DONATEURS.

Les deux donateurs et leur patron sont tous tournés vers  l'extérieur, ce qui est incohérent et fait supposer que ces deux bases des lancettes ont été interverties (celle de droite était à gauche et réciproquement). C. Block a reconstitué sur le papier la verrière logique, et a constaté que cette disposition satisfaisait alors aussi d'autres exigences, comme celles des points de fuite qui sont doubles et divergents actuellement, alors qu'ils se confondraient en un seul, central, sur l'axe médian. 

 

 

 Baie n°7 , Arbre de Jessé et Vie de la Vierge (1466), église Saint-Dominique, Saint-Thann. Photographie lavieb-aile.

Baie n°7 , Arbre de Jessé et Vie de la Vierge (1466), église Saint-Dominique, Saint-Thann. Photographie lavieb-aile.

1. Panneau de gauche. Jean Müller présenté par saint Étienne.
 Jean Müller, prévôt de la collégiale de Saint-Thiébaut à Thann, est présenté par saint Étienne, premier martyr.

Un prévôt est un titre hiérarchique équivalent au terme de doyen : il s'agit  de la première dignité dans le cas du chapitre d'une cathédrale ou d'une collégiale.


Un phylactère porte l'inscription suivante en lettres gothiques et avec abréviations par tildes :


Maria.ma~r. gr~e. Mater.

misericor~ie

–Transcription : Mater maria gratiae Mater misericordiae

–Traduction : "Marie Mère de grâce Mère de Miséricorde.

La bande inférieure porte le texte suivant : 

M.Johañes müller. Ppsit9. Ecc[l]e s~ti theobaldi . Año . Dñi. Lxvi /

Transcription :Johannes Müller praepositus ecclesia sancti theobaldi . Anno 1466. 

Traduction : "Jean Müller prévôt de l'église Saint Thiébault 1466."

Jean Müller avait été le dernier prévôt du chapitre de Saint-Amarin (Haut-Rhin), que le concile de Bâle transféra à Thann, le 30 juin 1442 ; il fut le premier de Saint-Thiébaut et présida celui-ci l’espace de vingt-sept ans . En tête de son nom se trouve un petit écusson d’argent, timbré de sa lettre initiale M de sable en caractère majuscule gothique. 

Les deux chanoines se partagent les versets du Maria, mater gratiae, l'est l'hymne traditionnel pour le petit office de la Sainte Vierge Marie pour les Petites Heures  des Heures canoniales : les deux chanoines devaient les réciter régulièrement.

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Jean Müller présenté par saint Étienne, baie n°7 , Arbre de Jessé et Vie de la Vierge (1466), église Saint-Dominique, Saint-Thann. Photographie lavieb-aile.

Jean Müller présenté par saint Étienne, baie n°7 , Arbre de Jessé et Vie de la Vierge (1466), église Saint-Dominique, Saint-Thann. Photographie lavieb-aile.

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Nous avons ici une belle illustration de la douillette  aumusse canoniale :  

Originairement, elle est une coiffure-capuchon de fourrure descendant de la tête sur les épaules. Supplantée comme coiffure par la barrette, elle se mettait généralement sur les épaules quand on pouvait se couvrir de la barrette ; on l'ôtait des épaules et on la mettait sur le bras gauche quand on devait se lever. Presque disparue, elle était très répandue jusqu'à la fin du xviiie siècle. Elle se portait avec le surplis, soit toute l'année, soit l'été seulement, au lieu de la chape choraled'hiver.

Elle se porte encore en hiver, dans certains chapitres cathédraux, au nord des Alpes, où elle a pris la forme d'une courte pèlerine de fourrure, analogue à la mosette ou au camail, agrafée sous le menton et munie d'un petit capuchon.

 

L'aumusse est seulement en vair - blanc nuancé de gris -, en petit-gris, ou en fourrure noire ou brune, l'hermine ou les autres fourrures blanches n'étant pas admises car considérées comme marques des dignités supérieures. De son bord inférieur pendaient souvent de petites queues de la même fourrure. (Wikipédia)

Par contre, j'ignore la signification du cordon à deux brins pendants par devant, deux fois noués ensemble avant de retomber et de se terminer par des glands .

Saint Étienne porte, comme il se doit comme premier diacre de l'Église, la dalmatique (damassée bleue) sur le surplis, et l'étole . Les deux marrons posés sur sa tête tentent de représenter des pierres, celles qu'il a reçu lors de sa lapidation. C'est le premier martyr de la Chrétienté, un protomartyr. Il en porte la palme.

"L'application de grisaille au revers [à l'extérieur] des pièces est très limitée : comme au XIIIe et XIVe siècle, elle permet parfois de tracer les motifs décoratifs des étoffes, ce qu'on fit dans le damas de la dalmatique de saint Étienne."

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Jean Müller, baie n°7 , Arbre de Jessé et Vie de la Vierge (1466), église Saint-Dominique, Saint-Thann. Photographie lavieb-aile.

Jean Müller, baie n°7 , Arbre de Jessé et Vie de la Vierge (1466), église Saint-Dominique, Saint-Thann. Photographie lavieb-aile.

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2. Nicolas Wolfach, curé de Vieux-Thann, présenté par saint Jérome.

Nicolas Wolfach est présenté par le docteur de l’Église, saint Jérôme, portant le costume des cardinaux et accompagné d’un lion. 

Nicolas WOLFACH , originaire du pays de Bade, et précédemment chanoine de Saint-Amarin, était curé (Vicarius perpetuus) de Vieux-Thann et de son annexe de Thann en 1443, il devint le premier curé-chanoine de Thann en 1457, et  Prévot du chapitre à partir de 1471. C’est le chanoine Wolfach qui aurait, selon Lempfrid, constitué l'Historia et Légendea St. I Thobaldi, rassemblé et écrit la suite des  Tomus miraculorum Sancti Theobaldi, relatant, à partir de 1405, 215 miracles attribués à Saint-Thiébaut. Il est mort le 12 mars 1488 (Inventaire de 1682, p. 8 ; 1573, p. 25, 37 ; archives départementales Colmar, Stift Thann, boîte 15, Gr. Thanner 668), ou le 22 mars 1486 selon M. Tschamser cité par C. Block. Il est accompagné de ses  armes d’azur au loup ravissant d’argent, tenant entre les dents un oison  de même

 

 

L'inscription indique : 

Tu nos. ab. Hoste ptege. i.

hora . Mortis. Suspice

 

–Transcription : Tu nos ab hoste protege et hora mortis suspice

– Traduction : "Protège moi de l'ennemi et reçois moi à l'heure de ma mort. "

La bande inférieure porte le texte suivant : 

Nicola9 wolfach plbñus et canon/cus hui eccle . Año. Dñi lxvi

–Transcription : Nicolaus Wolfach plebanus et canonicus hui ecclesia. Anno Domini 1466.

–Traduction : "Nicolas Wolfach plébane et chanoine de l'égise. Année du Seigneur 1466.."

Le terme Plebanus "pléban" issu de plebs "peuple" et signifiant d'abord "paroissial" désigne un chanoine en charge d'un clergé paroissial vivant en communauté selon la même règle, en tant que prêtre séculier.

Note : Il apparait aussi sur un vitrail du bas-coté nord de Saint-Thiébaut à Thann, antérieur d'une dizaine d'années à celui-ci (vers 1455). Présenté également par saint Jérôme, Nicolas Wolfach tient un phylactère où est inscrit O Mater Dei Mis-- (ou pour les experts du Patrimoine O Maler der mich). Il est accompagné par l'inscription [Wolf]ach plebanus huius ecclesie . Il était placé agenouillé à droite du vitrail de la Vierge à l'enfant sur lequel se trouve le début de l'inscription : ANNO DM mccccl (V) NICC (I) AUS, ce qui donne pour le texte complet Anno domini 1450 ou 1455 Nicolaus Wolfach plebanus huius ecclesiae , "[offert en ] l'année du Seigneur 145[5] par Nicolas Wolfach, pléban de cette église".

 

 
 
Nicolas Wolfach présenté par saint Jérôme,, baie n°7 , Arbre de Jessé et Vie de la Vierge (1466), église Saint-Dominique, Saint-Thann. Photographie lavieb-aile.

Nicolas Wolfach présenté par saint Jérôme,, baie n°7 , Arbre de Jessé et Vie de la Vierge (1466), église Saint-Dominique, Saint-Thann. Photographie lavieb-aile.

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Les visages masculins de saint Jérome et des deux donateurs contrastent avec les visages féminins qui seront décrits plus bas :

"Ces visages, aux traits vigoureux, sont fortement expressifs et individualisés ; leur contour est ondulé de manière à suggérer les pommettes, le creux de la joue, l'enflure du pli qui se forme autour de la bouche. Le visage est modelé par des lumières "enlevées", et les ombres sont posées en hachures fines, très souvent verticales. enfin on n'hésite pas à tracer par des lignes les traits du visage : plis des paupières et de la bouche. Les cous sont inexistants, les chevelures assez libres" (C. Block)

Les nuances du verre sont obtenues par une application de grisaille :

"...une application de grisaille sur la face interne du verre, application sûre sans jamais être sêche. C'est une grisaille au ton chaud de gris-brun, plus opaque dans les traits pleins ; elle prend quelquefois un ton presque rosé, comme il apparaît dans la cape de Nicolas Wolffach. Son application se distingue nettement de celle de la seconde moitié du XIVe ou du début du XVe siècle en Alsace ; elle sert ici de demi-teinte raffinée, posée au blaireau et enlevée au putois, ce qui ne permet plus de cerner, ou de tracer au trait, des poches d'ombre délimitées. Les traits nécessaires sont fins  dans les grandes lignes, doublés par d'autres traits fins si besoin est, qui se multiplient et se rapprochent pour former une ombre . Les ombres modelantes sont rarement couvrantes : elles sont obtenues par des hachures parallèles très souvent verticales à la manière de la technique du dessin (visage de saint Jérôme).". (C. Block)

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Nicolas Wolfach , baie n°7 , Arbre de Jessé et Vie de la Vierge (1466), église Saint-Dominique, Saint-Thann. Photographie lavieb-aile.

Nicolas Wolfach , baie n°7 , Arbre de Jessé et Vie de la Vierge (1466), église Saint-Dominique, Saint-Thann. Photographie lavieb-aile.

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Nicolas Wolfach, église Saint-Thiebaut de  Thann :

 

Nicolas Wolfach , église Saint-Thiebaut, Thann. Photographie lavieb-aile.

Nicolas Wolfach , église Saint-Thiebaut, Thann. Photographie lavieb-aile.

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REGISTE INFÉRIEUR. JESSÉ ET SA VIGNE ; NAISSANCE DE LA VIERGE ET ANNONCIATION.

"La fenêtre est consacrée à la sainte Vierge et présente l’arbre de Jessé, mais d’une manière toute différente de celle que l’iconographie sacrée a adoptée depuis le douzième siècle. Au lieu de porter les ancêtres du Christ et de terminer par la fleur traditionnelle qui s’épanouit dans la figure de Marie avec l’Enfant, l’arbre, qui est ici un cep de vigne, issant de la poitrine du vieillard Jessé, forme avec ses ramifications le cadre des principaux événements de la vie de la Vierge. Se détachant du pied,
les sarments chargés de fruits et riches en feuillages viennent entourer comme autant de médaillons la naissance de Marie, l’annonciation faite par l’ange, la naissance du Verbe, l’adoration des mages, la mort ou la dormition de la Vierge et son couronnement dans le ciel. Dans les rinceaux supérieurs, on aperçoit des anges qui agitent des encensoirs." (Straub, 1876)

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La Vigne de Jessé , baie n°7 , Arbre de Jessé et Vie de la Vierge (1466), église Saint-Dominique, Saint-Thann. Photographie lavieb-aile.

La Vigne de Jessé , baie n°7 , Arbre de Jessé et Vie de la Vierge (1466), église Saint-Dominique, Saint-Thann. Photographie lavieb-aile.

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Jessé, le Riesling et le Gewurtzstraminer ? Ou le Pressoir Mystique ?

  Jessé est figuré avec une couronne, alors que le propriétaire de troupeaux de brebis à  Béthléem n'est nullement roi : c'est son fils David, puis son petit-fils Salomon, son arriere-petit-fils Roboam et une dynastie de quinze rois de Juda qui accédèrent au trône, jusqu'à la déportation à Babylone. Cette couronne est ici metonymique de cette royale descendance qui, dans les Arbres de Jessé, placent trois, six ou douze de leurs membre sur les branches de l'arbre généalogique qui mène à Joseph "de la maison de David" et à Jésus, ou, par une approximation théologiquement louable, à la Vierge portant son Fils. 

Car c'est à cette aventure spirituelle qui va donner au monde, à partir de sa semence, de son ventre, un Sauveur, que pense Jessé allongé sur son coude droit, à demi endormi, laissant filer les développements de son songe comme les  surgeons de ses nombreux rejetons. 

Fils d'Obaz, lui-même fils de Boaz (celui de Booz endormi !) et de Ruth la Moabite (l'émigrée, l'étrangère), il est le contemporain du prophète Samuel, mais il est sans-doute dotée d'une solide préscience puisqu'il devine ce qu'un autre prophète dira à l'un de ses lointains descendants, le bon roi de Juda Ezechias (-716/-687) , 13e du rang, et à son fils le vilain, impie et impénitent Manassé. Ce prophète se nomme Isaïe  et, c'est drôle, il porte le même nom que lui (Jessé ou Iessé = en hébreu יִשַׁי = Išaï), et ce qui est encore plus drôle, c'est qu'il annoncera dans ses prophéties exactement ce qu'il est en train de voir en songe : 

 

"Puis un rameau sortira du tronc d'Isaï [c'est lui, Jessé], Et un rejeton naîtra de ses racines.  L'Esprit de l'Éternel reposera sur lui: Esprit de sagesse et d'intelligence, Esprit de conseil et de force, Esprit de connaissance et de crainte de l'Éternel.  Il respirera la crainte de l'Éternel; Il ne jugera point sur l'apparence, Il ne prononcera point sur un ouï-dire.  Mais il jugera les pauvres avec équité, Et il prononcera avec droiture sur les malheureux de la terre; Il frappera la terre de sa parole comme d'une verge, Et du souffle de ses lèvres il fera mourir le méchant. La justice sera la ceinture de ses flancs, Et la fidélité la ceinture de ses reins. Le loup habitera avec l'agneau, Et la panthère se couchera avec le chevreau; Le veau, le lionceau, et le bétail qu'on engraisse, seront ensemble, Et un petit enfant les conduira. La vache et l'ourse auront un même pâturage, Leurs petits un même gîte; Et le lion, comme le boeuf, mangera de la paille. Le nourrisson s'ébattra sur l'antre de la vipère, Et l'enfant sevré mettra sa main dans la caverne du basilic. Il ne se fera ni tort ni dommage Sur toute ma montagne sainte; Car la terre sera remplie de la connaissance de l'Éternel, Comme le fond de la mer par les eaux qui le couvrent.  En ce jour, le rejeton d'Isaï Sera là comme une bannière pour les peuples; Les nations se tourneront vers lui, Et la gloire sera sa demeure. Dans ce même temps, le Seigneur étendra une seconde fois sa main, Pour racheter le reste de son peuple, Dispersé en Assyrie et en Égypte, A Pathros et en Éthiopie, A Élam, à Schinear et à Hamath, Et dans les îles de la mer. Il élèvera une bannière pour les nations, Il rassemblera les exilés d'Israël, Et il recueillera les dispersés de Juda, Des quatre extrémités de la terre."

Wouah, que du bon, il va engendrer un Sauveur, mieux, LE Messie, et il se forge déjà une félicité qui lui fait voir le loup embrassant l'agneau, la panthère couché avec le chevreau, et tout ça. 

A-t-il abusé du Silvaner ? Nous allons le voir. 

 

 

 

 

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La Vigne de Jessé, baie n°7, Arbre de Jessé et Vie de la Vierge (1466), église Saint-Dominique, Saint-Thann. Photographie lavieb-aile.

La Vigne de Jessé, baie n°7, Arbre de Jessé et Vie de la Vierge (1466), église Saint-Dominique, Saint-Thann. Photographie lavieb-aile.

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En effet, l'artiste a représenté Jessé entouré de feuilles de vigne, de pampres et de juteuses grappes de raisin. Ce réseau des sarments crée des médaillons réguliers, symétriques, qui se réunissent sur l'axe médian en deux parenthèses ou mandorles, dans une ordonnance opposant le fond bleu des médaillons et le rouge de la vigne. 

Première solution : ce vitrail est offert par le syndicat des vignerons de la vallée de Thur pour assurer la promotion de leurs crus. Chacun sait que les vins d'Alsace portent les noms des sept cépages : le Silvaner aux grains jaune d'or, le Riesling blanc aux reflets verts, le Muscat blanc ou rose, le Pinot blanc aux baies blanches, le Pinot gris aux baies brun-violacé ( avec des reflets gris, si on veut), le Gewurtzstraminer aux fruits roses ou rouges, et le Pinot Noir dont les grains violets presque noirs se voilent de pruine.

Effectivement, du bas en haut du vitrail, les sarments (d'ivrogne ?) produisent des grappes blanches, jaunes, rouges ou noires.

Objection : les donateurs, nous les connaissons. Pas plus portés sur la bouteille que tous les autres chanoines, mais, par contre, éminents par leurs pieuses qualités spirituelles et par leur dévotion à la Vierge et à son Fils.

Deuxième solution, qu'il faut adopter sans barguinage. La vigne représente l'Eucharistie, et même, le Christ, qui a dit "Je suis la vigne, et vous les sarments" (Jn 15:5), ou "Je suis la vraie vigne, et mon Père le Vigneron" (Jn 15:1). 

Ah, mais le vitrail prend alors une ampleur extraordinaire ! Cette sève qui s'élève et nourrit les six épisodes de la Vie de Marie, Jean Müller et Nicolas Wolfach l'assimileraient au sang du Christ versé lors de la Passion, mais aussi au vin de l'Eucharistie qui par transubstantiation devient le sang du Rédempteur. La pensée théologique sous-jacente est foisonnante, dites-moi ! Cela rejoint le grand thème du Pressoir Mystique, celui de l'Agneau Mystique du polyptyque de Gand, celui de la Fontaine de Vie ! C'est le Torculus  Christi dans sa version dyonysiaque ! 

 

Le quoi ?

 Le Torculus Christi, la Croix comme Pressoir ! Voyez ici :

 

–Le vitrail du Pressoir Mystique, baie n°14 de l'église Sainte-Foy de Conches-en-Ouche (Eure).

http://www.lavieb-aile.com/2016/04/le-vitrail-du-pressoir-mystique-baie-n-14-de-l-eglise-sainte-foy-de-conches-en-ouche-eure.html

– Ou bien le vitrail de la Fontaine de la Déïté souveraine de Beauvais :

http://www.lavieb-aile.com/2016/04/les-vitraux-anciens-de-l-eglise-saint-etienne-de-beauvais-baie-n-12-la-fontaine-de-vie.html

— Allo, allo, ici, c'est le prophète Isaïe. Vous ne pouvez omettre de parler ici de mes versets Is. 63:2-3. Car lorsque j'interroge ": Pourquoi donc vos vêtements sont-ils rouges, comme les habits de ceux qui foulent le vin dans le pressoir au temps de la vendange ? (Is 63, 2), le Seigneur répond : « J'ai été seul à fouler le vin; aucune homme ne s'est trouvé avec moi » (Is 63, 3).

— Si vous voulez, Isaïe, mais je vais conclure par ce vers de Venance Fortunat, mieux approprié à notre vitrail :

« Entre tes bras s'enlace la vigne, d'où coule pour nous en abondance le doux vin qui a la rougeur du sang » (Venance Fortunat,Poèmes II, 1)

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Retour à nos moutons.

La tête de Jessé est posée sur un coussin bleu au beaux damas, damas à rinceaux et feuillages qui se retrouvent sur son manteau mauve. Son manteau se referme sur une confortable fourrure. 

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La Vigne de Jessé, baie n°7 , Arbre de Jessé et Vie de la Vierge (1466), église Saint-Dominique, Saint-Thann. Photographie lavieb-aile.

La Vigne de Jessé, baie n°7 , Arbre de Jessé et Vie de la Vierge (1466), église Saint-Dominique, Saint-Thann. Photographie lavieb-aile.

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La Vigne de Jessé, baie n°7 , Arbre de Jessé et Vie de la Vierge (1466), église Saint-Dominique, Saint-Thann. Photographie lavieb-aile.

La Vigne de Jessé, baie n°7 , Arbre de Jessé et Vie de la Vierge (1466), église Saint-Dominique, Saint-Thann. Photographie lavieb-aile.

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La Naissance de la Vierge.

 La Vierge, virgo en latin, se rapproche de virga "rameau" et appelle la citation d'Isaïe 11:1 : Egredietur virga de radice Iesse, et flos de radice ejus ascendet : "Puis un rameau sortira du tronc d'Isaï [Jessé], Et un rejeton naîtra de ses racines.". Cela n'a pas échappé à Fulbert, chanoine puis évêque de Chartres dans son poème pour la Nativité : Stirps Iesse virgam produxit, virgaque florem ; et super hunc florem requiescit Spiritus almus. Virgo Dei Genitrix virga est, flos Filius eius. Gloria Patri, et Filio, et Spiritui Sancto. : "La souche de Jessé a poussé une tige, et la tige une fleur, et sur la fleur l’Esprit fécond s’est reposé ! La tige, c’est la Vierge, la Mère de Dieu, et la fleur, c’est son Fils. Gloire au Père, et au Fils, et au Saint-Esprit. "

Comment ces vers pourraient-ils ne pas s'imposer dans l'esprit des deux chanoines de Thann alors qu'ils sont intégrés, sous forme de repons, à la liturgie de la Nativité et à celle de l'Assomption, lorsqu'ils regardent ces panneaux où toutes les scènes sont entourés — comme dans des lettrines d'enluminures— par l'orbe parfait d'un sarment, d'une tige, d'un rameau vert, en un mot une verge :  virga

 Pour l'anecdote, virga "verge" a donné virgula, notre virgule, "petite verge".

"La scène de la naissance de Marie offre quelques gracieux costumes et des particularités à remarquer pour la literie, le mobilier, etc." "L"artiste s'est beaucoup attaché aux petits détails décrivant les galons dorés des coussins, les fibres du bois de lit, les carreaux du sol, les belles nuances dans le rouge de la couverture (C. Block).

Le fond bleu est découpé par un damas foliaire. Le point de fuite du sol carrelé est, très approximativement, centré par la Vierge. Sainte Anne porte la guimpe (elle est âgée, la naissance de Marie tient du miracle). Sa voisine est la matrone, qui a aidé à l'accouchement. Elle porte ses longs cheveux blonds ramassés dans la couronne d'un coquet touret noué sous le menton. Une troisième, en mauve et qui porte un voile, prie (ou s'émerveille). La petite Marie, nimbée, riche déjà de sa chevelure d'or,  les mains jointes, prie.

Verre rouge : trop dense pour être utilisé dans les mêmes épaisseurs que les autres verres colorés (il ne laissserait plus passer la lumière et semblerait noir), il doit être très fin, mais doublé d'un verre blanc pour assurer sa solidité :

"Les verres rouges sont généralement utilisés doublés, la pellicule colorée tantôt tournée vers l'intérieur (auquel cas le verre blanc présente une forte attaque de l'extérieur), tantôt vers l'estérieur (la péllicule rouge est alors très bien conservée ; cf. la cape de Dieu le Père dans le Couronnement, la couverture dans cette Naissance). "

 

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Naissance de la Vierge, baie n°7 , Vigne de Jessé et Vie de la Vierge (1466), église Saint-Dominique, Saint-Thann. Photographie lavieb-aile.

Naissance de la Vierge, baie n°7 , Vigne de Jessé et Vie de la Vierge (1466), église Saint-Dominique, Saint-Thann. Photographie lavieb-aile.

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"Le type de visage le plus caractéristique dans cette verrière est celui des faces féminines et poupines, aux joues bien rondes et tirées au dessus de l'œil avec un petit menton rond pointant au bout, saillant et bien dessiné ; les yeux ronds, mais non globuleux, sont vus dans leur plastique avec une paupière inférieure toujours marquée d'une lisière de lumière ; la distance entre la bouche et le nez est généralement grande ; la bouche, souriante par les deux fossettes latérales, offre une lèvre supérieure qui mord avec un petit V au mileiu d'une lèvre inférieure bien arrondie et dessinée. Le cou est généralement très fin, rond et modelé, avec une fossette centrale. Le nimbe est rond. Ce type de visage est traité à la grisaille douce, éclaircie au putois pour arrondir les volumes ; quelques traits marquent les sourcils fins, la paupière supérieure, le nez, la bouche. Les ombres, données par de toutes petites hachures parallèles, se situent au dessus de la paupière supérieure et sous l'inférieure, le long du nez, de la bouche et du cou. Les lumières ourlent la paupière inférieure, les deux lignes entre nez et bouche, un peu le contour de la bouche." (C. Block) 

"Les coloris choisis, s'ils sont denses et contrastés, apparaissent rarement à l'état pur. Les surfaces du verre sont soigneusement choisies de manière à faire correspondre les nuances claires, ou les hasards d'un verre doublé, par exemple, avec les parties saillantes des images. C'est ainsi que l'on a obtenu un effet de grande subtilité dans les dégradés de la couverture de sainte Anne" (id.)

"Le plus souvent, la grisaille est appliquée en fonction des "enlevés" par lesquels on désire faire vibrer la lumière des images. Dans la grisaille opaque, ils servent à décrire les rinceaux du fond, les damas des coussins ; dans les couvertes plus fines, les enlevés à l'aiguille rappellent les recherches d'effets de la gravure pour le tracé des carreaux au sol, des fleurs, des fibres du bois, ; ces enlevés deviennent, quand le sujet s'y prête, plus libre (pour les barbes et les chevelures par exemple), voire nerveux (pour le sol et les bergers de la Nativité)" (ibid.)

 

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Naissance de la Vierge, baie n°7 , Vigne de Jessé et Vie de la Vierge (1466), église Saint-Dominique, Saint-Thann. Photographie lavieb-aile.

Naissance de la Vierge, baie n°7 , Vigne de Jessé et Vie de la Vierge (1466), église Saint-Dominique, Saint-Thann. Photographie lavieb-aile.

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L'Annonciation.

Nous ne sommes plus dans une chambre, mais devant un gazon égayé de rosettes d'ancolies. Le fond bleu reste le même que dans la chambre de sainte Anne. L'archange Gabriel, au front ceint et orné d'une gemme,  porté par ses ailes aux ocelles de paon, s'est agenouillé devant Marie. Tenant un bâton fleurdelysé (la pureté du lys, l'attestation du pouvoir divin, mais aussi un rappel de la racine de Jessé qui fleurit en Marie), et lui tend  un parchemin muni de trois sceaux. Cette façon de s'exprimer est très rare pour Dieu, qui préfère la parole (fécondation par l'oreille), ou les phylactères, ou les lettres gothiques allant en pont ou en volute de l'ange à la Vierge, mais il doit avoir ses raisons impénétrables (allusion aux sept sceaux de l'Apocalypse ??). Comme d'habitude, Marie est à la fois surprise dans sa lecture pieuse, ravie par l'apparition du beau messager, et très émue par le rayon lumineux qui la frappe ou par la colombe de l'Esprit qui lui vient. Elle s'exclame : "je suis la servante du Seigneur". Entre les deux protagonistes, le vase, saturé de symboles sur la conception immaculée et la naissance sans blessure, et le lys, dans sa blancheur immaculée. 

C. Block a retrouvé le motif du parchemin muni de sceaux "dans les régions plus orientales du Tyrol, ou de la Bavière" : retable de Schloss, Tyrol, vers 1370 ; Innsbruck, Fernandeum ; Annonciation du Maître de Saint-Sigmund (Jakob Sunter) vers 1420, où l'ange agenouillé tient un pli fermé à trois sceaux ; Annonciation du Maître de l'autel de la Vierge d'Unterlimpurg à Saint-Urban, vers 1460, Stuttgart, Landesmuseum.

 

 

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L'Annonciation, baie n°7 , Vigne de Jessé et Vie de la Vierge (1466), église Saint-Dominique, Saint-Thann. Photographie lavieb-aile.

L'Annonciation, baie n°7 , Vigne de Jessé et Vie de la Vierge (1466), église Saint-Dominique, Saint-Thann. Photographie lavieb-aile.

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L'Annonciation, baie n°7 , Vigne de Jessé et Vie de la Vierge (1466), église Saint-Dominique, Saint-Thann. Photographie lavieb-aile.
L'Annonciation, baie n°7 , Vigne de Jessé et Vie de la Vierge (1466), église Saint-Dominique, Saint-Thann. Photographie lavieb-aile.

L'Annonciation, baie n°7 , Vigne de Jessé et Vie de la Vierge (1466), église Saint-Dominique, Saint-Thann. Photographie lavieb-aile.

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REGISTRE MOYEN. NATIVITÉ ET ADORATION DES MAGES.

"Pour le technicien, il peut être intéressant de savoir qu’une tête, mais une seule dans tout le vitrail, celle de saint Joseph dans la scène de la nativité du Sauveur, accuse le passage de la pierre ponce, avec laquelle l’artiste a enlevé l’émail du verre rouge, pour pouvoir supprimer un plomb." (Straub, 1876)

Le verre doublé permet des effets de gravure : le visage de Joseph ressort en clair sur la pièce de verre doublé dont le rouge a été conservé pour le capuchon.

 

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Nativité et Adoration des Mages, baie n°7 , Vigne de Jessé et Vie de la Vierge (1466), église Saint-Dominique, Saint-Thann. Photographie lavieb-aile.

Nativité et Adoration des Mages, baie n°7 , Vigne de Jessé et Vie de la Vierge (1466), église Saint-Dominique, Saint-Thann. Photographie lavieb-aile.

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La Nativité 

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Nativité, baie n°7 , Vigne de Jessé et Vie de la Vierge (1466), église Saint-Dominique, Saint-Thann. Photographie lavieb-aile.

Nativité, baie n°7 , Vigne de Jessé et Vie de la Vierge (1466), église Saint-Dominique, Saint-Thann. Photographie lavieb-aile.

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Nativité, baie n°7 , Vigne de Jessé et Vie de la Vierge (1466), église Saint-Dominique, Saint-Thann. Photographie lavieb-aile.

Nativité, baie n°7 , Vigne de Jessé et Vie de la Vierge (1466), église Saint-Dominique, Saint-Thann. Photographie lavieb-aile.

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Les bergers jouant à la "soûle à la crosse" ("choule" en Normandie).

https://fr.wikipedia.org/wiki/Soule_(sport)#cite_note-7

Ce motif est fréquent parmi les bergers de la Nativité dans les enluminures. On le trouve aussi en sculpture sur le tympan de La Martyre, dans le Finistère. Les  crosses sont souvent confondues avec des houlettes, dont la tenue serait fort bizarre. Ce jeu, le soûle à la crosse, est à l'origine du golf, du croquet ou du  criket. Le Ancreroman de Renart en fait état au XIIe siècle : Li vilein qui sont à la çoule...

N.B : à la réflexion, des bâtons et houlettes sont représentées ainsi avec un partie inférieure élargie et arrondie (par exemple le bâton d'un berger sur le vitrail de la Nativité de Spézet (29)) .

 

 

Bergers jouant à la soûle, Nativité, baie n°7 , Vigne de Jessé et Vie de la Vierge (1466), église Saint-Dominique, Saint-Thann. Photographie lavieb-aile.

Bergers jouant à la soûle, Nativité, baie n°7 , Vigne de Jessé et Vie de la Vierge (1466), église Saint-Dominique, Saint-Thann. Photographie lavieb-aile.

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L'Adoration des Mages.

 

 

Adoration des Mages, baie n°7 , Vigne de Jessé et Vie de la Vierge (1466), église Saint-Dominique, Saint-Thann. Photographie lavieb-aile.

Adoration des Mages, baie n°7 , Vigne de Jessé et Vie de la Vierge (1466), église Saint-Dominique, Saint-Thann. Photographie lavieb-aile.

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Parmi les trois mages, Melchior, le plus âgé, est vêtu de vert ; agenouillé, sa couronne posée dans l'herbe, il offre une cassette pleine d'or, vers lequel  l'Enfant tend les bras. Ce présent symbolise la puissance royale.

Gaspard attend, debout, son tour tout en désignant du doigt l'étoile. Il tient un objet d'orfevrerie semblable à un vase, mais auquel est suspendue une corne. Je suggère d'y voir une lampe à encens, un encensoir. L'encens honore la divinité de l'Enfant. Le visage, la couronne posée sur un turban et surtout la barbe mal taillée et drue du mage et sa chevelure en crinière de lion accentue l'aspect exotique du roi venu d'Arabie.

 

Balthasar est un jeune poupin vêtu d'une tunique au dessus d'une pelisse. Il n'a pas ni le visage noir ni la boucle d'oreille habituelle au roi d'Asie ou d'Afrique. Il tient un vase rempli de myrrhe, qui honore le Christ comme Rédempteur victorieux de la mort.

"On emploie beaucoup le jaune d'argent, au revers des pièces, pour ponctuer d'or les surfaces très blanches des vêtements, ou de l'architecture, pour colorer les cheveux et barbes, détailler les objets (cordelettes des coussins, orfèvrerie, livres), pour fixer une couleur supplémentaire sur les supports bleus (gazons fleuris d'ancolies et de violettes, cordelettes des coussins) ou mauves (boutons du costume de Jessé). Le degré d'intensité du jaune d'argent varie de manière à offrir trois variantes de tons." (C. Block)

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Adoration des Mages, baie n°7 , Vigne de Jessé et Vie de la Vierge (1466), église Saint-Dominique, Saint-Thann. Photographie lavieb-aile.

Adoration des Mages, baie n°7 , Vigne de Jessé et Vie de la Vierge (1466), église Saint-Dominique, Saint-Thann. Photographie lavieb-aile.

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Adoration des Mages, baie n°7 , Vigne de Jessé et Vie de la Vierge (1466), église Saint-Dominique, Saint-Thann. Photographie lavieb-aile.

Adoration des Mages, baie n°7 , Vigne de Jessé et Vie de la Vierge (1466), église Saint-Dominique, Saint-Thann. Photographie lavieb-aile.

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REGISTRE SUPÉRIEUR. DORMITION ET COURONNEMENT. 

 

Dormition et Couronnement de la Vierge, baie n°7 , Vigne de Jessé et Vie de la Vierge (1466), église Saint-Dominique, Saint-Thann. Photographie lavieb-aile.

Dormition et Couronnement de la Vierge, baie n°7 , Vigne de Jessé et Vie de la Vierge (1466), église Saint-Dominique, Saint-Thann. Photographie lavieb-aile.

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Dormition 

A la mort de la sainte Vierge, les douze apôtres sont présents; saint Pierre asperge le corps d’eau bénite, saint Jean tient la palme .

La conservation particulièrement mauvaise de la cape mauve de l'apôtre laiise penser que ce verre a été doublé, le verre blanc tourné vers l'extérieur. (C. Block)

 

 

 

 

 Couronnement de la Vierge, Au couronnement, Dieu le Père et Dieu le Fils reposent les pieds, chacun sur un globe transparent comme du cristal, dans lequel on distingue des rochers émergeant de la mer. 
Dormition de la Vierge, baie n°7 , Vigne de Jessé et Vie de la Vierge (1466), église Saint-Dominique, Saint-Thann. Photographie lavieb-aile.

Dormition de la Vierge, baie n°7 , Vigne de Jessé et Vie de la Vierge (1466), église Saint-Dominique, Saint-Thann. Photographie lavieb-aile.

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Dormition de la Vierge, baie n°7 , Vigne de Jessé et Vie de la Vierge (1466), église Saint-Dominique, Saint-Thann. Photographie lavieb-aile.

Dormition de la Vierge, baie n°7 , Vigne de Jessé et Vie de la Vierge (1466), église Saint-Dominique, Saint-Thann. Photographie lavieb-aile.

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Christiane Block tente de décrire un style propre à un "Maître de la Dormition de Vieux-Thann" :

"Visage, cou, auréole étirée vers le haut, sont généralement décrits sur la même pièce de verre et détaillés par la seule grisaille ou le jaune d'argent. Les traits féminins sont plus durs que ceux du groupe précédent (Naissance de la Vierge) ; l'ensemble est moins rond, les yeux moins saillants ; la bouche, aux lèvres bien séparées par une ligne horizontale, prend une expression plus virile. Les ombres sont principalement indiquées par des hachures verticales. L'artiste qui exécute ces visages séduit surtout  par la diversité des expressions qu'il prête aux Apôtres, l'observation de leurs gestes : les Douze sont tous différents, avec des visages familiers comme ceux de Jean et de Pierre, mais d'autres aussi, inattendus et intrigants, comme celui de l'apôtre dont on ne voit plus guère qu'une paire de sourcil, celui de l'extrême droite aux yeux d'ascète et à la bouche immense, celui enfin qui enfouit son visage dans ses mains. L'artiste révèle son goût pour les profils. Sans aucun doute exécuta-t-il aussi le groupe des rois mages : on y retrouve son penchant pour la description fine d'un ensemble d'éléments importants réunis sur une même pièce de verre, son attirance aussi pour les gestes inhabituels, (profils comme dans la Dormition), ou intimes, voire même son goût pour l'insolite peut-être, si l'on veut bien se laisser aller à contempler l'étrange visage du mage montrant l'étoile."  

 

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Dormition de la Vierge, baie n°7 , Vigne de Jessé et Vie de la Vierge (1466), église Saint-Dominique, Saint-Thann. Photographie lavieb-aile.

Dormition de la Vierge, baie n°7 , Vigne de Jessé et Vie de la Vierge (1466), église Saint-Dominique, Saint-Thann. Photographie lavieb-aile.

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 Couronnement de la Vierge.

 "Au couronnement, Dieu le Père et Dieu le Fils reposent les pieds, chacun sur un globe transparent comme du cristal, dans lequel on distingue des rochers émergeant de la mer. " (Staub

 Couronnement de la Vierge, baie n°7, Vigne de Jessé et Vie de la Vierge (1466), église Saint-Dominique, Saint-Thann. Photographie lavieb-aile.

Couronnement de la Vierge, baie n°7, Vigne de Jessé et Vie de la Vierge (1466), église Saint-Dominique, Saint-Thann. Photographie lavieb-aile.

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Couronnement de la Vierge, baie n°7 , Vigne de Jessé et Vie de la Vierge (1466), église Saint-Dominique, Saint-Thann. Photographie lavieb-aile.

Couronnement de la Vierge, baie n°7 , Vigne de Jessé et Vie de la Vierge (1466), église Saint-Dominique, Saint-Thann. Photographie lavieb-aile.

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SOMMET DE LA LANCETTE.

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Sommet de la  baie n°7 , Vigne de Jessé et Vie de la Vierge (1466), église Saint-Dominique, Saint-Thann. Photographie lavieb-aile.

Sommet de la baie n°7 , Vigne de Jessé et Vie de la Vierge (1466), église Saint-Dominique, Saint-Thann. Photographie lavieb-aile.

Anges thuriféraires, sommet de la  baie n°7 , Vigne de Jessé et Vie de la Vierge (1466), église Saint-Dominique, Saint-Thann. Photographie lavieb-aile.

Anges thuriféraires, sommet de la baie n°7 , Vigne de Jessé et Vie de la Vierge (1466), église Saint-Dominique, Saint-Thann. Photographie lavieb-aile.

Ange thuriféraire, sommet de la  baie n°7 , Vigne de Jessé et Vie de la Vierge (1466), église Saint-Dominique, Saint-Thann. Photographie lavieb-aile.

Ange thuriféraire, sommet de la baie n°7 , Vigne de Jessé et Vie de la Vierge (1466), église Saint-Dominique, Saint-Thann. Photographie lavieb-aile.

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ÉTUDE ICONOGRAPHIQUE (C. BLOCK).

1. Recherche des Sources  :

a.Le vitrail du chœur de la Collégiale de Berne (1448- 1451)...

https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/6/67/Berne_cath%C3%A9drale_verri%C3%A8re_du_choeur.jpg

... est comparable à celui de Vieux-Thann par le fait que les sarments d'une vigne de Jessé entourent des épisodes de la Vie de Jésus (et, par la même, certains épisodes de la Vie de Marie). Mais il en diffère par un traitement typologique qui les mets en parallèle, de chaque coté de chaque médaillon, à des scènes de l'Ancien Testament.

b. La vigne de Jessé se retrouve au XIIIe :

  • dans les vitraux des Dominicains de Strasbourg replacés dans la chapelle Saint-Laurent de la cathédrale.

  • dans la fenêtre axiale de Saint-Dionys d'Esslingen.

c. Enluminures représentant Jessé : 

http://www.enluminures.culture.fr/public/mistral/enlumine_fr?ACTION=CHERCHER&FIELD_2=SUJET&VALUE_2=JESSE

d. Pour la Dormition :

  • Retable Lösel à Mulhouse.

  • Dormition de Bourguillon, vers 1466.

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Note personnelle :

Cette originalité du vitrail de Vieux-Thann, qui consiste à remplacer, au dessus de Jessé endormi, les rois de Juda,  et latéralement, les prophètes, par des scènes de la vie de la Vierge trouve une origine précoce (troisième quart du XIIe siècle) dans la verrière de l'Arbre de Jessé de la cathédrale de Tours, qui associe aux rois David et Salomon dix scènes de la Vie de Jésus et de Marie. 

http://www.lavieb-aile.com/2016/06/la-verriere-de-l-arbre-de-jesse-de-la-cathedrale-de-tours.html

 

 

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2. L'analyse technique et stylistique de Christiane Block.

 

 Le style de cette verrière n'est pas homogène. Christiane Block y a reconnu le style de deux artistes :

—De l'un  dépendent la conception générale de l'œuvre et donc probablement les cartons. Sa composition reste archaïque et traditionnelle et son style se situe dans la lignée de certaines peintures sur bois du milieu du xve siècle, marquées par l'influence de Conrad Witz. Elle le désigne comme le "Maître principal de la Vie de la Vierge du Vieux-Thann".

— De l'autre, relève principalement l'expression d'un style plus affirmé et plus original, dans lequel nle dessin tient une place importante pour tout ce qui touche aux contours, aux attitudes, à la technique  Collaborateur du Maître principal, il lui fut réservé, en raison de son habileté supérieure, les personnages aux attitudes plus tourmentées et les portraits. On pourrait l'appeler le « Maître de la Dormition ».

Le style de cette verrière développe les tendances apparues en 1455 dans les vitraux du bas-côté nord de la collégiale de Thann. En fait les parentés stylistiques les plus évidentes s'établissent avec un vitrail typologique de la collégiale de Berne (1448- 1451) et celui de la Genèse, à Zetting (1434-1447). Le « Maître principal » est très proche de l'artiste qui exécuta le retable Lösel (Musée historique de Mulhouse) : la scène de la Dormition de la Vierge en est une transposition si fidèle que Christiane Block se demande si le peintre du Retable n'a pas conçu le vitrail de Thann. Quant au « Maître de la Dormition », il s'identifie peut-être avec l'artiste qui exécuta la Dormition de la Vierge entre 1464 et 1466 pour l'église de Bourguillon (aujourd'hui au Musée historique de Bâle).

Ainsi "le peintre du retable Lösel a conçu tout le vitrail de la Vie de la Vierge qu'il exécuta en grande partie. Il fut aidé dans sa tâche par le « Maître de la Dormition » qui travaillait à la même époque aux vitraux de Bourguillon, que l'on a souvent attribués à Michel Glaser"

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La Dormition du Retable Lösel (Musée historique, Mulhouse) volet droit Photo Claude Menninger:

 

 

 

 

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SOURCES ET LIENS.

BLOCK (Christiane), 1970, "Le vitrail de la Vie de la Vierge de Vieux-Thann et sa place dans la peinture du Rhin supérieur, au XVe siècle", Revue de l'art, 1970, n°10, p. 15-29, 19 fig.

— ERLANDE-BRANDENBURG (Alain), 1971, . "Le vitrail de la Vie de la Vierge de Vieux-Thann". In: Bulletin Monumental, tome 129, n°3, année 1971. pp. 209-210; http://www.persee.fr/doc/bulmo_0007-473x_1971_num_129_3_7145

— ROUGE (Charles), Vitrail à Vieux Thann 1466 -- 1909 -- images. ... Image; Vitrail à Vieux Thann 1466 Rouge, Charles. Illustrateur 

STRAUB (A), 1876, "L'église du Vieux-Thann et ses vitraux". Bulletin de la Société pour la Conservation des Monuments Historiques d'Alsace — 2.Sér. 9.1874/75(1876) 

 http://digi.ub.uni-heidelberg.de/diglit/bmha1874_1875/0243?sid=34baebc67984a814e45186a9fe9c5b33

— Base Palissy : http://www.culture.gouv.fr/public/mistral/palsri_fr?ACTION=CHERCHER&FIELD_1=REF&VALUE_1=IM68001346

— 

http://www.ville-thann.fr/Culture-Tourisme-Patrimoine/Histoire/Personnalites-illustres/WOLFACH-Nicolas/(language)/fre-FR

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Published by jean-yves cordier - dans Arbre de Jessé
5 juin 2016 7 05 /06 /juin /2016 19:17

Les peintures murales de la chapelle Saint-Léger de la collégiale Notre-Dame de Beaune.

Voir aussi:

La tenture de la Vie de la Vierge de l'église Notre-Dame de Beaune.

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Dans l'été de 1901, un membre du conseil de fabrique de la collégiale Notre-Dame, F. Mathieu, découvrit sous le badigeon de la chapelle Saint-Léger  des traces de peintures murales. 

"La chapelle Saint-Léger avait été décorée au quinzième siècle par le cardinal Jean Rolin, évêque d'Autun, fils du célèbre chancelier, et archidiacre de Notre-Dame. En 1470, au moment où se rallumait la guerre entre Louis XI et Charles le Téméraire, il avait fui sa ville épiscopale menacée par les troupes royales, et s'était retiré à Beaune; le chapitre reconnaissant d'une fondation de 800 écus d'or faite à l'église, l'accueillit avec honneur, mit à sa disposition le logement qui avait été celui de Guigone de Salins, la deuxième femme du chancelier, et lui concéda l'usage de la chapelle Saint-Léger. Le cardinal la fit décorer de peintures où il mit son portrait, de vitraux à ses armes et annonça même qu'il la destinait à sa sépulture, ce qui ne se devait pas exécuter. Sa munificence ne s'arrêta pas là ; il contribua à la peinture renouvelée de la riche imagerie du portail exterminée à la Révolution, et fit élever le jubé qui n'existe plus. Enfin, il chargea le chapitre de faire exécuter à ses frais une tenture en tapisserie, la Vie de la Vierge, destinée aux grandes solennités à orner le pourtour du sanctuaire. Cette tenture existe encore, toutefois elle ne devait pas être exécutée du vivant du cardinal ; plus tard le projet fut repris par l'archidiacre Hugues Le Coq, qui se servit manifestement des patrons — nous dirions aujourd'hui des cartons, mais les modèles de ce temps étaient peints sur toile — commandés pour être traduits en tapisserie." (H. Chabeuf) 

 

 En 1474, le chapitre commande au peintre dijonnais Pierre Spicre "les patrons des histoires de Notre Dame" destinées au choeur. Les termes du marché stipulent que le cardinal Rolin y sera représenté "ainsi qu'il est au tableau de la chapelle Saint-Ligier à Beaune que a fait ledit maistre". L'attribution à Spicre repose sur ce texte, dont l'interprétation suscite des objections, le mot tableau évoquant un panneau peint plutôt qu'une peinture murale. Voir A. Erlande-Brandenburg, 1976.

 « Sera aussy paint mains jointes » mondit seigneur le cardinal, ainsy qu'il est au tableau de la chapelle  Saint Legier, à Beaune, qui a fait ledit maislre feu... emprès  de luy et  son chapeau de cardinal devant luy », lit-on dans le marché fait au nom du chapitre, le 13 septembre 1474, entre Antoine de Salins, doyen, Antoine Grignard et A. de Salins, chanoines, et Pierre Spicker , peintre à Dijon, pour les patrons des futures tapisseries."

Ces peintures ont été restaurées en 1975-1976 par l'ARCOA (Atelier régional de Conservation Restauration d'Oeuvres d'Art) et Hiso Takahashi.

On décrit trois ensembles : 

  • Mur ouest de la chapelle : la Résurrection de Lazare.
  • Mur : sainte Marthe et sainte Marie-Madeleine.
  • Mur est : la Lapidation de saint Étienne.

​.

I. La Résurrection de Lazare.

 Sur le mur ouest de la chapelle : la Résurrection de Lazare, évoque le saint patron du diocèse d'Autun dont le cardinal Rolin était l'évêque. Il illustre le miracle relaté dans l'Évangile de Jean Jn 11:1-45 :

 

 

Il y avait un homme malade, Lazare, de Béthanie, village de Marie et de Marthe, sa soeur. C'était cette Marie qui oignit de parfum le Seigneur et qui lui essuya les pieds avec ses cheveux, et c'était son frère Lazare qui était malade. Les soeurs envoyèrent dire à Jésus: Seigneur, voici, celui que tu aimes est malade. [...]  Jésus, étant arrivé, trouva que Lazare était déjà depuis quatre jours dans le sépulcre et, comme Béthanie était près de Jérusalem, à quinze stades environ,  beaucoup de Juifs étaient venus vers Marthe et Marie, pour les consoler de la mort de leur frère. Lorsque Marthe apprit que Jésus arrivait, elle alla au-devant de lui, tandis que Marie se tenait assise à la maison. [...] Jésus frémissant de nouveau en lui-même, se rendit au sépulcre. C'était une grotte, et une pierre était placée devant. Jésus dit: Otez la pierre. Marthe, la soeur du mort, lui dit: Seigneur, il sent déjà, car il y a quatre jours qu'il est là. Jésus lui dit: Ne t'ai-je pas dit que, si tu crois, tu verras la gloire de Dieu? Ils ôtèrent donc la pierre. Et Jésus leva les yeux en haut, et dit: Père, je te rends grâces de ce que tu m'as exaucé.  Pour moi, je savais que tu m'exauces toujours; mais j'ai parlé à cause de la foule qui m'entoure, afin qu'ils croient que c'est toi qui m'as envoyé. Ayant dit cela, il cria d'une voix forte: Lazare, sors! Et le mort sortit, les pieds et les mains liés de bandes, et le visage enveloppé d'un linge. Jésus leur dit: Déliez-le, et laissez-le aller. Plusieurs des Juifs qui étaient venus vers Marie, et qui virent ce que fit Jésus, crurent en lui."

Voici la description qu'en a laissé Henri Chabeuf en 1903 : 

 

 "La composition remplit ou plutôt remplissait l'espace entier inscrit dans l'arc brisé, et descend même un peu plus bas que les consoles d'où jaillissent les nervures. Mais le quart, environ, du sujet manque à gauche du spectateur ; une réfection ancienne de la maçonnerie a aboli toute trace de peinture en cette partie qu'une ligne verticale et nette sépare de ce qui a été conservé. Sur le devant, au centre à peu près de la composition, Lazare, rappelé à la vie et tourné à gauche, se soulève d'un sarcophage ouvert en marbre rougeàtre. La figure a malheureusement disparu presqu'en entier, on voit seulement la partie médiane et nue du corps enveloppé par le bas dans un linceul blanc dont un pan retombe en dehors ; le ressuscité a les mains jointes, et penché sur lui, saint Pierre enlève les dernières bandelettes de l'ensevelissement.

Derrière le Christ devait se tenir debout un groupe d'apôtres, mais cette partie a entièrement disparu, et c'est une perte des plus regrettables. D'abord parce que la lacune détruit l'équilibre de l'ensemble et atteint même en arrière le contour du Christ; ensuite parce que si nous en jugeons par les cinq apôtres subsistant à droite, les figures effacées devaient être de la plus grande beauté. Celui qui, conformément à la tradition iconographique, est au premier rang, saint Jean, me paraît de tous points admirable ; imberbe, et seul des apôtres, même dans l'extrême vieillesse, il sera toujours représenté ainsi, la tête chargée d'une épaisse chevelure, le disciple bien-aimé incline son noble visage attentif, non au miracle qui s'accomplit, sa foi n'a pas besoin de voir, mais au geste du maître, tandis que, ses mains s'enlacent distraites, à la hauteur de la ceinture. La justesse de l'attiiude, la vérité de la draperie qui, à demi retenue par le bras droit, se brise en plis d'une noblesse digne des maîtres ombriens, enfin, par-dessus tout, la grâce sereine du visage, appartiennent au plus grand art flamand, au plus grand art tout court. Le surplus de la paroi, les deux tiers environ, est rempli de la foule des spectateurs."(H. Chabeuf) 

 

Résurrection de Lazare,  chapelle Saint-Léger, Collégiale Notre-Dame de Beaune. Photographie lavieb-aile.

Résurrection de Lazare, chapelle Saint-Léger, Collégiale Notre-Dame de Beaune. Photographie lavieb-aile.

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Douze personnages, dix hommes et deux femmes, dispersés paisiblement sur deux rangs, ceux du second dominant de beaucoup ceux du premier, assistent au miracle. La plupart dans une attitude assez indifférente, quelques-uns ne regardent pas ou même détournent la tête. Le peintre a bien cherché à leur faire prendre quelqu'intérét à l'événement, mais sans réussir à les grouper dans un sentiment commun et actif. Ainsi à droite un gros Turc imberbe, à turban, fait placidement face au spectateur ; la main gauche passée dans sa ceinture, il esquisse de la droite un geste imprécis ; en un mot, l'idée générale t'ait absolument défaut. Du reste, toutes ces figures semblent étudiées sur la vie môme, ce sont des portraits où nous retrouvons les types familiers à l'art septentrional du temps, mais le peintre les a pris tels qu'ils s'offraient à lui et sans arriver à les incorporer à l'action. Tout de, même, cette naïveté, cette gaucherie, si l'on veut, valent encore mieux que le pathétique conventionnel et gesticulant de l'âge dit classique. Les costumes ne sont pas moins intéressants que les types; voici des bonnets de feutre coniques comme on en voit dans certains portraits du quinzième siècle, le prétendu Charles le Téméraire de Bruxelles, par exemple, qui est plutôt Antoine, le grand Bâtard de Bourgogne, un peu plus jeune que dans le panneau de Chantilly.

Un personnage du second rang, il regarde celui-là, porte le chapeau à grands bords retroussés, la coiffure des Juifs, du prophète Zacharie dans la statue du monument dit le Puits de Moïse ou des Prophètes, à l'ancienne Chartreuse de Dijon. Seuls, au premier plan, un homme et deux femmes ont un rôle de spectateurs actifs dans le drame divin; une grosse commère vue de face, à coiffure faite de linges compliqués, suppute sur ses doigts la durée, de l'ensevelissement :  Plus rapprochée du sépulcre, une autre femme vêtue d'un riche damas à grands dessins comme on les aimait alors, la tête abritée sous un capuchon faisant pèlerine, se détourne, la main étendue, comme pour écarter la vision du mort, et se bouche le nez. C'est la traduction du : Dicit et Martha soror ejus qui mortuus fuerat : Domine, jam fœtet, quatriduanus est enim. JOAMNES, cap. xi, f. 39.

Un personnage en longue dalmatique de drap d'or ramagée de fleurs bleues et coiffé d'amples linges faisant couvre-nuque, la rassure en lui montrant le miracle déjà accompli. Ces femmes sont certainement Marthe et Marie, les deux sœurs du ressuscité, mais le peintre s'est montré ici plus réaliste qu'il ne convenait. Comme dans les tapisseries dn temps, le terrain est fait de gazon semé de fleurettes; selon une coutume très ordinairement suivie chez les Juifs, le tombeau de Lazare se trouvait dans un jardin, mais c'était une grotte creusée dans le roc et fermée par une énorme pierre s'encadrant exactement dans la feuillure de la porte, non un sarcophage à la mode païenne. Ainsi sera le sépulcre neuf où, bien peu de semaiues après- la scène de Béthanie, Joseph d'Arimathie déposera le corps du Christ. En arrière et en haut, sans le moindre souci de la perspective, se profile une ville toute hérissée de tours et de hautes toitures ; le chemin qui y conduit passe par une coupure de la première enceinte crénelée, la fausse braie, et ondule vers la seconde porte ouverte entre deux tours rondes à faîtes aigus. 

Quelle est cette ville représentée, bien entendu, comme une forteresse du quinzième siècle? Serait-ce Jérusalem? C'est possible."

 

Résurrection de Lazare,  chapelle Saint-Léger, Collégiale Notre-Dame de Beaune. Photographie lavieb-aile.

Résurrection de Lazare, chapelle Saint-Léger, Collégiale Notre-Dame de Beaune. Photographie lavieb-aile.

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Résurrection de Lazare,  chapelle Saint-Léger, Collégiale Notre-Dame de Beaune. Photographie lavieb-aile.

Résurrection de Lazare, chapelle Saint-Léger, Collégiale Notre-Dame de Beaune. Photographie lavieb-aile.

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Résurrection de Lazare,  chapelle Saint-Léger, Collégiale Notre-Dame de Beaune. Photographie lavieb-aile.

Résurrection de Lazare, chapelle Saint-Léger, Collégiale Notre-Dame de Beaune. Photographie lavieb-aile.

Résurrection de Lazare,  chapelle Saint-Léger, Collégiale Notre-Dame de Beaune. Photographie lavieb-aile.

Résurrection de Lazare, chapelle Saint-Léger, Collégiale Notre-Dame de Beaune. Photographie lavieb-aile.

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II. Sainte Marthe et sainte Marie Madeleine.

 

"La sainte Marthe est très dégradée et ne présente plus que des traces, suffisantes toutefois, à nous en faire reconnaître la beauté à demi ruinée. On distingue cependant, la tête à la coiffure de linges plissés, les mains qui tiennent un bénitier et une palme, la tarasque enfin qu'elle foule aux pieds; le fond est de montagnes aux formes bizarres. " (H. Chabeuf)

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Sainte Marthe,  chapelle Saint-Léger, Collégiale Notre-Dame de Beaune. Photographie lavieb-aile.

Sainte Marthe, chapelle Saint-Léger, Collégiale Notre-Dame de Beaune. Photographie lavieb-aile.

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"Mieux conservée est la sainte Madeleine, et de l'avis de tous elle doit être tenue pour une des plus belles choses que l'art médiéval ait laissées en Bourgogne; le vêtement est fort riche, un manteau bleu brodé d'or, recouvre une robe à fleurs d'or qui tombe cannelée pour s'amonceler en beaux plis cassés autour des pieds, la main droite tient le vase à parfums, la gauche, le livre ouvert qui sont les caractéristiques de la sainte. La tête un peu penchée — les deux figures sont tournées vers la fenêtre où était sans doute peint un Christ ou une Vierge — montre sous une abondante chevelure crespelée ruisselant sur les épaules un pur et doux visage plus français, semble-t-il, que flamand. On remarquera que la robe ouverte en carré laisse voir le cou et même un peu de la poitrine ; dans le fond, une montagne abrupte portant un château à quatre tours. Cette figure, la perle de tout cette décoration, peut soutenir la comparaison avec n'importe quelle autre du même temps et du même art. La triple moulure creuse qui enserre la fenêtre est peinte dans le style des bordures prodiguées par les enlumineurs du temps aux pages des manuscrits ornés. Dans la première gorge au fond de pourpre à la fois sombre et chaud, ce beau ton de rouge rabattu de violet, qui est propre au quinzième siècle, montent de souples rinceaux entremêlés de phylactères où se lit la devise du cardinal : Deum time. Dans l'azur de la seconde ce sont des plantes à feuilles de chêne d'un vert éclatant et doux, à grosses fleurs retombantes. Ces fresques, d'un éclat merveilleux, nous montrent ce qu'étaient dans leur jeunesse les grandes pages décoratives qui couvrent les murailles des édifices italiens." (H. Chabeuf) 

 

Sainte Madeleine,  chapelle Saint-Léger, Collégiale Notre-Dame de Beaune. Photographie lavieb-aile.

Sainte Madeleine, chapelle Saint-Léger, Collégiale Notre-Dame de Beaune. Photographie lavieb-aile.

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Sainte Madeleine,  chapelle Saint-Léger, Collégiale Notre-Dame de Beaune. Photographie lavieb-aile.

Sainte Madeleine, chapelle Saint-Léger, Collégiale Notre-Dame de Beaune. Photographie lavieb-aile.

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III. La Lapidation de Saint Étienne.

Sur le mur est de la chapelle, le martyre de saint Etienne, fait allusion au fait que le cardinal Rolin était titulaire de l'église romaine de San Stefano in Monte Celio. Le personnage agenouillé à gauche serait le doyen du chapitre, Henri de Salins, en pendant à la figure très lacunaire du cardinal Rolin.

"Richement velu en diacre, agenouillé, les mains jointes, la tète nimbée rejetée en arrière, le jeune saint a déjà reçu une pierre, mais prie toujours ; c'est le moment suprême où les cieux s'ouvrent visibles pour le recevoir. [...]. Malheureusement l'enduit est tombé ou a été détruit clans toute la partie de droite, supprimant l'apparition de la gloire divine, et même la ligne verticale de séparation entre ce qui est et ce qui n'est plus, coupe environ un sixième de la scène terrestre. Derrière le martyr — dans toutes les représentations de cette scèrië, les bourreaux frappent le jeune diacre par derrière — se voit debout un des bourreaux improvisés, il porte un turban, un vêtement collant mi-partie rouge et bleu brodé d'or, et se prépare à lancer une grosse pierre ; la physionomie est féroce, l'attitude et le geste parfaitement exprimés sont bien ceux de l'homme qui veut porter un coup avec le maximum de sa force. Même précision dans le mouvement d'un personnage du premier plan et vêtu comme le premier, qui ramasse une pierre; mais tout en étant reconnaissable dans son ensemble, cette figure est fort dégradée. La composition, simple et d'un beau caractère, ne remplit en hauteur que les deux tiers de l'arc ; au-dessous s'étend un riche parement figuré, un dossier, comme on disait alors, en drap d'or damassé avec une bordure feinte d'orfèvrerie gemmée de pierres précieuses. Il était tenu par deux anges debout, à longues ailes et en robes blanches, dont il subsiste un entier au côté de l'évangile ; malgré un défaut de régularité dans les traits, il est fort beau. Enfin, au-dessous, agenouillé et les mains jointes, voici, peint en petites proportions, un homme d'église vêtu d'un manteau noir avec capuchon, doublé de rouge, et que recouvre une aube blanche ; cette figure a malheureusement beaucoup souffert dans la partie inférieure. Il est manifeste que nous avons là, mis à la place d'honneur, un personnage important; serait-ce le cardinal? On l'a cru d'abord   [mais] il se pourrait que Jean Rolin, se considérant dans la chapelle de la collégiale comme un simple dignitaire du chapitre, eût cédé la préséance au doyen, ce serait alors Antoine de Salins dont nous aurions l'image agenouillée. "(H. Chabeuf)

 

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Lapidation de saint Étienne, chapelle Saint-Léger, Collégiale Notre-Dame de Beaune. Photographie lavieb-aile.

Lapidation de saint Étienne, chapelle Saint-Léger, Collégiale Notre-Dame de Beaune. Photographie lavieb-aile.

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SOURCES ET LIENS.

— CHABEUF (Henri) 1903, Les peintures de la chapelle Saint-Léger à Notre-Dame de Beaune. Mémoires de la Commission des Antiquités du département de la Côte-d'Or, Dijon, 22 pages  

http://www.bm-dijon.fr/documents/MEMOIRES%20CACO/1832-2001/1901-1905-014-08-113-134-1385947.pdf

— Base Palissy : http://www.culture.gouv.fr/public/mistral/palsri_fr?ACTION=CHERCHER&FIELD_1=REF&VALUE_1=PM21000185

 — ERLANDE- BRANDENBURG (  Alain), 1976, "La tenture de la Vie de la Vierge à Notre-Dame de Beaune". In: Bulletin Monumental, tome 134, n°1, année 1976. pp. 37-48; doi : 10.3406/bulmo.1976.2659 http://www.persee.fr/doc/bulmo_0007-473x_1976_num_134_1_2659

— La collégiale Notre-Dame de Beaune: Côte-d'or, Éditions du patrimoine, 1997 - 63 pages.

Peintures murales de la chapelle Bolin (chapelle Saint-Léger) à l'église collégiale de Deaunc, par F. Mathieu, membre de la Société d'Histoire et d'Archéologie. Extrait des mémoires de la Société d'Histoire et d'Archéologie de Beaune i901. Beaune, imprimerie Arthur Batault, i902, in 8° de 12 pages, avec 2 planches héliographiques et 2 lithographies.'

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Published by jean-yves cordier - dans Beaune
25 mai 2016 3 25 /05 /mai /2016 17:20

Le vitrail des cent visages (2015) de Véronique Ellena et Pierre-Alain Parot à la chapelle Sainte-Catherine de la cathédrale de Strasbourg. Baies 22 et 24.

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Lors de ma visite de la cathédrale de Strasbourg et de ses vitraux anciens (XIIe au XIVe siècle) ou contemporains (la Vierge de l'Apocalypse de Max Ingrand de 1956), je faillis passer à coté d'une verrière qui venait, pourtant, d'être tout juste installée, en septembre 2015, pour le Millénaire de la fondation (1015).

En effet, celle-ci éclaire, sur le mur ouest du transept sud, la chapelle Sainte-Catherine, mais cette étroite chapelle, en retrait, largement fermée par des grilles, ne propose pas un angle de vue avantageux à celui qui, après avoir admiré l'horloge astronomique, regagne rapidement le bas-coté de la nef.

Néanmoins, ayant deviné par une vue latérale derrière des barreaux de fer forgé les hautes verrières,  et attiré par leur modernité, je trouvais l'entrée, l'accès à l'autel et au retable. Je me retournais : deux lancettes trilobées de taille inégale (la baie 22 mesure 9 m de haut et la baie 24 seulement 8,70 m) s'offraient à ma contemplation avec une sorte de grand papillon rouge, une main dressée, et un flot de lumière à travers du verre blanc.

Le "papillon" était en fait la tunique d'un Christ dont se distinguait surtout le visage barbu au regard grave, la main droite levée en bénédiction, et la main gauche posée comme sur le rebord de la baie.

Je trouvais cela frais, charmant, aéré, juvénile. J'allais ressortir après avoir pris de rapides clichés, lorsque j'observai par le mode zoom de mon appareil une particularité singulière : les modulations chamois ou sépia des volumes du visage étaient en réalité composées par la réunion d'une centaine de photographies de visages d'hommes et de femmes.

Aussitôt, la force de l'œuvre me frappa par son évidence : l'humanité du Christ s'enraçinait dans le visage de chaque humain. Le visage et le regard surtout rayonnaient  de la vie de cent visages, de cent regards, de cent histoires individuelles, d'un tissu de relations humaines et  de paroles échangées. 

J'eu aussitôt envie d'en apprendre plus sur cette œuvre ; cela tombait bien, un dossier de presse et de nombreux documents et sites étaient accessibles en ligne.

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Vitrail des cent visages (2015), Véronique Ellena et Pierre-Alain Parot, chapelle Sainte-Catherine, cathédrale de Strasbourg. Photographie lavieb-aile.

Vitrail des cent visages (2015), Véronique Ellena et Pierre-Alain Parot, chapelle Sainte-Catherine, cathédrale de Strasbourg. Photographie lavieb-aile.

Plan des vitraux de la cathédrale et localisation des baies 22 et 24 dans la chapelle Sainte-Catherine.

Plan des vitraux de la cathédrale et localisation des baies 22 et 24 dans la chapelle Sainte-Catherine.

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I. LA LANCETTE DE DROITE.

Après avoir découvert le nom de l'auteur des cartons — la photographe et plasticienne Véronique Ellena (Bourg-en-Bresse, 1966) — et celui du maître-verrier —Pierre-Alain Parot (Dijon, 1950) dont l'atelier est installé au château d'Aiserey près de Dijon—, la première information qui m'occupa fut d'apprendre que le visage du Christ était copié (photographié ?) d'après un tableau de Hans Memling, le Christ bénissant de 1481 conservé à Boston. Vite, j'en cherchai la reproduction en ligne. Le peintre de Bruges avait privilégié l'humanité de Jésus, en reprenant le cadrage , le fond noir, l'appui d'une des mains en trompe-l'œil sur le cadre, de ses portraits individuels réalisés pour les membres de la société civile entre 1465 et 1496, mais au lieu d'une pose de 3/4, il avait choisi un portrait parfaitement frontal, comme si l'exacte rectitude et symétrie du visage participait de la divinité du personnage. Seule la main droite saisie dans l'exquise élégance d'une bénédiction donnait un élément d'identification. Malgré tout, à une époque où tous les hommes ont le menton strictement rasés (cela changera dès 1500, voir l'Autoportrait en Christ de Dürer), la courte, bifide, et timide barbe rousse peut être aussi considérée comme un indice. En réalité, nous n'hésitons pas une seconde à identifier le portrait.

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Bref, ce Christ bénissant de Memling a pu être choisi en raison de la profonde humanité qui s'en dégage, comme support idéal pour le projet conçu par la plasticienne. Celle-ci ne conserve que le regard profond et empathique, le nez, les lèvres charnues et le doux sourire, le menton et le V de l'encolure de la tunique. La main gauche est placée sur la ligne centrale, et la main droite transférée sur la lancette voisine. Tous ces éléments picturaux conservent la couleur blanc crème et la patine de l'ancienne peinture à l'huile, et ce n'est qu'à lexamen aux jumelles  que les photographies de visages, réellement incorporées aux traits christiques, se révèlent.

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Vitrail des cent visages (2015), Véronique Ellena et Pierre-Alain Parot, chapelle Sainte-Catherine, cathédrale de Strasbourg. Photographie lavieb-aile.

À l’occasion du Millénaire de la fondation de la Cathédrale de Strasbourg, l’État – ministère de la Culture et de la Communication, propriétaire du monument, a engagé une procédure de commande publique artistique pour la création d’un vitrail contemporain. Deux baies non ouvragées située dans la chapelle Sainte-Catherine, sur le mur ouest du transept sud, ont été retenues pour accueillir l’œuvre. Outre les services du patrimoine et de la création du ministère de la culture et de la communication, un comité de pilotage réunissait des représentants de la ville de Strasbourg, du musée de l'Oeuvre NotreDame, de l’Archevêché ainsi que l’architecte en chef des monuments historiques en charge de la cathédrale. A l’issue d’un appel public à candidature, le comité a retenu le projet de Véronique ELLENA, artiste française née en 1966, présenté en association avec le maître verrier, Pierre-Alain PAROT. L’artiste a été pensionnaire de l’Académie de France à Rome - Villa Médicis. Son projet, original et novateur, s’inscrit dans un patrimoine millénaire et côtoie des vitraux du XIVème siècle. Cet environnement a été le point de départ de son élaboration et la structure du vitrail contemporain, tant sur la forme que sur le fond, répond à celle des vitraux anciens. La proposition de Véronique ELLENA repose sur une continuité visuelle entre les deux baies. Composé de plusieurs centaines de petites photographies, le vitrail évoque pour une part la beauté et la diversité du monde, en référence à sainte-Catherine d’Alexandrie. La jeune érudite, née selon La légende dorée à Alexandrie à la fin du IIIème siècle, aurait tenu tête à de grands philosophes et affirmé devant l’empereur Maxence : “… tu admires des ornements précieux que le vent envolera comme de la poussière. Admire plutôt le ciel et la terre, la mer et tout ce qu’ils renferment, admire les ornements du ciel, comme le soleil, la lune et les étoiles : puis quand tu auras compris qui est leur maître adore-le, glorifie-le : car il est le Dieu des dieux et le Seigneur des seigneurs”. Dans l’autre partie de la baie, le même principe est retenu. Mais aux beautés de la nature succèdent des portraits de femmes et d’hommes d’aujourd’hui, de tous âges et de toutes conditions, photographiés en début d’année à Strasbourg. Ils forment ensemble le visage unique du Christ recomposant un tableau de Hans Memling. On peut les découvrir de près, mais c’est lorsqu’on s’en éloigne qu’ils apparaissent dans leur plénitude. En quittant la chapelle, la figure monumentale du Christ, n’étant plus visible que d’un seul axe, évoque une apparition, comme un appel. La réalisation de ce projet fait appel à une technique innovante d’impression d’émaux sur verre. Le travail de création s'est poursuivi ensuite avec les techniques traditionnelles du vitrail, de mises en plomb et de rehausse avec des verres antiques, composant ainsi une seconde peau sur le vitrail primitif.  

Vitrail des cent visages (2015), Véronique Ellena et Pierre-Alain Parot, chapelle Sainte-Catherine, cathédrale de Strasbourg. Photographie lavieb-aile.
Vitrail des cent visages (2015), Véronique Ellena et Pierre-Alain Parot, chapelle Sainte-Catherine, cathédrale de Strasbourg. Photographie lavieb-aile.

Vitrail des cent visages (2015), Véronique Ellena et Pierre-Alain Parot, chapelle Sainte-Catherine, cathédrale de Strasbourg. Photographie lavieb-aile.

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https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Memling_Christ_giving_blessing.jpg

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Hans Memling, Le Christ bénissant (détail), 1481, Fine Museum of arts, Boston, https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Memling_Christ_giving_blessing.jpg

Hans Memling, Le Christ bénissant (détail), 1481, Fine Museum of arts, Boston, https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Memling_Christ_giving_blessing.jpg

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Ce qui se révèle aussi, c'est l'utilisation des barlotières maintenant les panneaux et des plombs unissant les pièces de verre : cela devient ici un réseau réctiligne, en large encadrement noir et fines lignes semblables à des cordages d'instrument de musique. Rien n'est du au hasard puisque deux des cadres (ceux des avant-derniers panneaux) sont plus larges. On pourrait discuter sans relache sur l'effet produit. Effet de grille ? De barreaux de prison ? De structure rythmique pour la mélodie des formes ? Mise à distance de la divinité, ou au contraire médiation ? Le Tout reste pour nous Néant s'il n'est pas délimité, Pour consulter le ciel à la recherche de présage, l'augure romain (successeur de l'haruspice étrusque) prenait  un bâton recourbé ne présentant aucun nœud, son lituus, et traçait dans le ciel un périmètre sacré à l'intérieur duquel il entrerait en relation avec la divinité : le templum. Daniel Arasse a rappelé jadis que la contemplation trouvait dans ce périmètre, ce templum, son étymologie. En latin, contemplari signifie "regarder attentivement, déchiffrer par la pensée".

Le vitrail est un art original, bien distinct de la peinture puisque la lumière divine (deus sive natura n'y est pas réfléchie, mais que celle-ci traverse le verre et révèle l'œuvre ; c'est le verre et le réseau de plomb qui font  de cette lumière un message (un signe) que nous recevons. 

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Vitrail des cent visages (2015), Véronique Ellena et Pierre-Alain Parot, chapelle Sainte-Catherine, cathédrale de Strasbourg. Photographie lavieb-aile.

Vitrail des cent visages (2015), Véronique Ellena et Pierre-Alain Parot, chapelle Sainte-Catherine, cathédrale de Strasbourg. Photographie lavieb-aile.

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Il reste ensuit au spectateur à contempler cette incorporation des photographies traitées sur le mode sépia. Véronique Ellena a fait poser 250 Stasbourgeois et Strasbourgeoises en début de l'année  2015. "Toutes classes confondues, y compris des sans-abri, des patissiers et des chanoines, des enfants ". Les photographies sont, paraît-il, mieux visibles si on regarde le vitrail de l'extérieur, où le rendu du verre est mat. Une technologie novatrice d'impression à partir de poudre d'émail a permis d'utiliser les clichés photographiques. En passant par l'imprimante géante à émail d'une filiale bavaroise de Saint-Gobain (Glassolution à Deggendorf), la matrice informatique est revenue sur une dalle de verre chez le maître-verrier qui a créé une sorte de seconde peau avec cet émaillage, mais aussi des mises en plomb, ajouts de grisailles colorées, des rehausses avec du verre antique soufflé à la bouche (verrerie de Saint-Just-sur-Loire). 

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Vitrail des cent visages (2015), Véronique Ellena et Pierre-Alain Parot, chapelle Sainte-Catherine, cathédrale de Strasbourg. Photographie lavieb-aile.

Vitrail des cent visages (2015), Véronique Ellena et Pierre-Alain Parot, chapelle Sainte-Catherine, cathédrale de Strasbourg. Photographie lavieb-aile.

Vitrail des cent visages (2015), Véronique Ellena et Pierre-Alain Parot, chapelle Sainte-Catherine, cathédrale de Strasbourg. Photographie lavieb-aile.

Vitrail des cent visages (2015), Véronique Ellena et Pierre-Alain Parot, chapelle Sainte-Catherine, cathédrale de Strasbourg. Photographie lavieb-aile.

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Vitrail des cent visages (2015), Véronique Ellena et Pierre-Alain Parot, chapelle Sainte-Catherine, cathédrale de Strasbourg. Photographie lavieb-aile.

Vitrail des cent visages (2015), Véronique Ellena et Pierre-Alain Parot, chapelle Sainte-Catherine, cathédrale de Strasbourg. Photographie lavieb-aile.

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II. LA LANCETTE DE GAUCHE.  L'Hymne au paysage, une référence à sainte Catherine.

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Dans la lancette A (celle de gauche), l'artiste a repris dans le registre inférieur l'épaule droite et la main droite du Christ traçant sa bénédiction dans le tableau de Memling, créant ainsi une continuité avec la lancette B, mais les onze panneaux supérieurs figurent, de loin, un ciel. L'examen rapproché montre que ce "ciel" est une mosaïque présentant la Nature et ses animaux occupant les Airs, les Eaux et la Terre. 

"La proposition de Véronique Ellena repose sur une continuité visuelle entre les deux baies actuellement non ouvragées de la chapelle Sainte-Catherine. Composé de plusieurs centaines de petites photographies, le vitrail évoque pour une part la beauté et la diversité du monde, en référence à sainte-Catherine d’Alexandrie. La jeune érudite, née selon La légende dorée à Alexandrie à la fin du IIIème siècle, aurait tenu tête à de grands philosophes et affirmé devant l’empereur Maxence :

“… tu admires des ornements précieux que le vent envolera comme de la poussière. Admire plutôt le ciel et la terre, la mer et tout ce qu’ils renferment, admire les ornements du ciel, comme le soleil, la lune et les étoiles : puis quand tu auras compris qui est leur maître adore-le, glorifie-le : car il est le Dieu des dieux et le Seigneur des seigneurs”.

Dans les vitraux historiques de la chapelle figurent les Apôtres et deux femmes, Marie-Madeleine et Marthe. Sainte-Catherine est présente par sa parole dans le vitrail contemporain"

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Vitrail des cent visages (2015), Véronique Ellena et Pierre-Alain Parot, chapelle Sainte-Catherine, cathédrale de Strasbourg. Photographie lavieb-aile.

Vitrail des cent visages (2015), Véronique Ellena et Pierre-Alain Parot, chapelle Sainte-Catherine, cathédrale de Strasbourg. Photographie lavieb-aile.

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Vitrail des cent visages (2015), Véronique Ellena et Pierre-Alain Parot, chapelle Sainte-Catherine, cathédrale de Strasbourg. Photographie lavieb-aile.

Vitrail des cent visages (2015), Véronique Ellena et Pierre-Alain Parot, chapelle Sainte-Catherine, cathédrale de Strasbourg. Photographie lavieb-aile.

Vitrail des cent visages (2015), Véronique Ellena et Pierre-Alain Parot, chapelle Sainte-Catherine, cathédrale de Strasbourg. Photographie lavieb-aile.

Vitrail des cent visages (2015), Véronique Ellena et Pierre-Alain Parot, chapelle Sainte-Catherine, cathédrale de Strasbourg. Photographie lavieb-aile.

Vitrail des cent visages (2015), Véronique Ellena et Pierre-Alain Parot, chapelle Sainte-Catherine, cathédrale de Strasbourg. Photographie lavieb-aile.

Vitrail des cent visages (2015), Véronique Ellena et Pierre-Alain Parot, chapelle Sainte-Catherine, cathédrale de Strasbourg. Photographie lavieb-aile.

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Vitrail des cent visages (2015), Véronique Ellena et Pierre-Alain Parot, chapelle Sainte-Catherine, cathédrale de Strasbourg. Photographie lavieb-aile.

Vitrail des cent visages (2015), Véronique Ellena et Pierre-Alain Parot, chapelle Sainte-Catherine, cathédrale de Strasbourg. Photographie lavieb-aile.

Vitrail des cent visages (2015), Véronique Ellena et Pierre-Alain Parot, chapelle Sainte-Catherine, cathédrale de Strasbourg. Photographie lavieb-aile.

Vitrail des cent visages (2015), Véronique Ellena et Pierre-Alain Parot, chapelle Sainte-Catherine, cathédrale de Strasbourg. Photographie lavieb-aile.

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Vitrail des cent visages (2015), Véronique Ellena et Pierre-Alain Parot, chapelle Sainte-Catherine, cathédrale de Strasbourg. Photographie lavieb-aile.
Vitrail des cent visages (2015), Véronique Ellena et Pierre-Alain Parot, chapelle Sainte-Catherine, cathédrale de Strasbourg. Photographie lavieb-aile.

Vitrail des cent visages (2015), Véronique Ellena et Pierre-Alain Parot, chapelle Sainte-Catherine, cathédrale de Strasbourg. Photographie lavieb-aile.

Vitrail des cent visages (2015), Véronique Ellena et Pierre-Alain Parot, chapelle Sainte-Catherine, cathédrale de Strasbourg. Photographie lavieb-aile.
Vitrail des cent visages (2015), Véronique Ellena et Pierre-Alain Parot, chapelle Sainte-Catherine, cathédrale de Strasbourg. Photographie lavieb-aile.

Vitrail des cent visages (2015), Véronique Ellena et Pierre-Alain Parot, chapelle Sainte-Catherine, cathédrale de Strasbourg. Photographie lavieb-aile.

Vitrail des cent visages (2015), Véronique Ellena et Pierre-Alain Parot, chapelle Sainte-Catherine, cathédrale de Strasbourg. Photographie lavieb-aile.
Vitrail des cent visages (2015), Véronique Ellena et Pierre-Alain Parot, chapelle Sainte-Catherine, cathédrale de Strasbourg. Photographie lavieb-aile.

Vitrail des cent visages (2015), Véronique Ellena et Pierre-Alain Parot, chapelle Sainte-Catherine, cathédrale de Strasbourg. Photographie lavieb-aile.

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Vitrail des cent visages (2015), Véronique Ellena et Pierre-Alain Parot, chapelle Sainte-Catherine, cathédrale de Strasbourg. Photographie lavieb-aile.

Vitrail des cent visages (2015), Véronique Ellena et Pierre-Alain Parot, chapelle Sainte-Catherine, cathédrale de Strasbourg. Photographie lavieb-aile.

 

 

 

Christ bénissant, Hans Memling, 1481, Museum of Fine Arts, Boston

L’oeuvre a été insérée dans la chapelle Sainte-Catherine, située dans le bras sud du transept. Érigée entre 1340 et 1371 sur l’ordre de l’évêque Berthold de Bucheck (évêque de 1328 à 1353) par le maître d’œuvre Gerlach (1339-1371), petit-fils de l’architecte Erwin, elle est structurée comme une châsse et se compose de deux travées ouvertes par de grandes baies. Elle est ornée d’un programme de vitraux hagiographiques représentant les apôtres et les saintes Marie-Madeleine et Marthe; ces verrières ont été réalisées au XIVe siècle par le peintre verrier Johann de Kirchheim. Seules les baies ouest, déposées au XVIIe siècle, manquent à l’appel. La chapelle Sainte-Catherine constitue aujourd’hui un ensemble cohérent dans l’architecture et l’histoire de la cathédrale, modifié au XVIe siècle au niveau des voûtes, puis par la destruction d’un sépulcre et de deux baies au XVIIe siècle.

 

À l’occasion du Millénaire de la fondation de la Cathédrale de Strasbourg, l’État – ministère de la Culture et de la Communication, propriétaire du monument, a engagé une procédure de commande publique artistique pour la création d’un vitrail contemporain. Deux baies non ouvragées située dans la chapelle Sainte-Catherine, sur le mur ouest du transept sud, ont été retenues pour accueillir l’œuvre. Outre les services du patrimoine et de la création du ministère de la culture et de la communication, un comité de pilotage réunissait des représentants de la ville de Strasbourg, du musée de l'Oeuvre NotreDame, de l’Archevêché ainsi que l’architecte en chef des monuments historiques en charge de la cathédrale. A l’issue d’un appel public à candidature, le comité a retenu le projet de Véronique ELLENA, artiste française née en 1966, présenté en association avec le maître verrier, Pierre-Alain PAROT. L’artiste a été pensionnaire de l’Académie de France à Rome - Villa Médicis. Son projet, original et novateur, s’inscrit dans un patrimoine millénaire et côtoie des vitraux du XIVème siècle. Cet environnement a été le point de départ de son élaboration et la structure du vitrail contemporain, tant sur la forme que sur le fond, répond à celle des vitraux anciens. La proposition de Véronique ELLENA repose sur une continuité visuelle entre les deux baies.

Composé de plusieurs centaines de petites photographies, le vitrail évoque pour une part la beauté et la diversité du monde, en référence à sainte-Catherine d’Alexandrie. La jeune érudite, née selon La légende dorée à Alexandrie à la fin du IIIème siècle, aurait tenu tête à de grands philosophes et affirmé devant l’empereur Maxence : “… tu admires des ornements précieux que le vent envolera comme de la poussière. Admire plutôt le ciel et la terre, la mer et tout ce qu’ils renferment, admire les ornements du ciel, comme le soleil, la lune et les étoiles : puis quand tu auras compris qui est leur maître adore-le, glorifie-le : car il est le Dieu des dieux et le Seigneur des seigneurs”. Dans l’autre partie de la baie, le même principe est retenu. Mais aux beautés de la nature succèdent des portraits de femmes et d’hommes d’aujourd’hui, de tous âges et de toutes conditions, photographiés en début d’année à Strasbourg. Ils forment ensemble le visage unique du Christ recomposant un tableau de Hans Memling. On peut les découvrir de près, mais c’est lorsqu’on s’en éloigne qu’ils apparaissent dans leur plénitude. En quittant la chapelle, la figure monumentale du Christ, n’étant plus visible que d’un seul axe, évoque une apparition, comme un appel. La réalisation de ce projet fait appel à une technique innovante d’impression d’émaux sur verre. Le travail de création s'est poursuivi ensuite avec les techniques traditionnelles du vitrail, de mises en plomb et de rehausse avec des verres antiques, composant ainsi une seconde peau sur le vitrail primitif.  

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SOURCES ET LIENS.

 

— DRAC Alsace : http://www.culturecommunication.gouv.fr/Regions/Drac-Alsace-Champagne-Ardenne-Lorraine/Actualites/Actualites-archivees/Monuments-historiques/Un-vitrail-contemporain-pour-le-millenaire

—Dossier de presse du vitrail du Millénaire :

 

http://www.culturecommunication.gouv.fr/Regions/Drac-Alsace-Champagne-Ardenne-Lorraine/Actualites/Actualites-archivees/Monuments-historiques/Un-vitrail-contemporain-pour-le-millenaire

—article du Pèlerin :

http://www.pelerin.com/Histoire-Patrimoine/Strasbourg-le-vitrail-aux-cent-visages

— Site de Caroline Blondeau-Morizot  onditmedieval :

http://onditmedievalpasmoyenageux.fr/nouvelle-querelle-des-anciens-et-des-modernes-le-vitrail-aux-cent-visages/

— Site de Pierre-Alain Parot : http://www.atelier-parot.fr/album-photos/veronique-ellena/

— Site de Véronique Ellena : http://veronique-ellena.net http://veronique-ellena.net/portfolio/
— Site du millénaire de la cathédrale de Strasbourg : http://www.1000cathedrale.strasbourg.eu

— http://www.glassismore.com/core/content.php?&option=viewitem&id=42&rd=1249&le=120

 

 

 

 

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Published by jean-yves cordier - dans Cathédrale de Strasbourg
23 mai 2016 1 23 /05 /mai /2016 11:07

La tenture de la Vie de la Vierge de la collégiale Notre-Dame de Beaune.

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Voir aussi :

Les peintures murales de la chapelle Saint-Léger de la collégiale Notre-Dame de Beaune.

La tapisserie de saint Antoine aux Hospices de Beaune. Les volets du Polyptyque du Jugement Dernier.

La tapisserie de l'Agneau mystique des Hospices de Beaune.

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PRESENTATION.

Vers 1300, les chapitres des cathédrales, et des commanditaires dans les églises et collégiales se préoccupèrent de tendre le chœur de leurs sanctuaires non plus de tentures de soies et autres étoffes, mais de tapisseries tissées pour raconter des histoires : Vie de la Vierge souvent,  Vie du Christ, Vie du saint patron, etc. Il s'agissait de bandes de deux mètres de haut environ, formées de plusieurs pièces de quatre à cinq mètres accrochées bout à bout et faisant ainsi le tour complet du chœur, lequel était, à l'époque, fermé du coté de la nef par un jubé. Cette mode perdura jusqu'aux années 1530. Les tentures usées furent ensuite parfois retissées, mais lorsque les jubés et les clotures disparurent pour permettre aux fidèles de la nef de suivre les offices, à la suite des réformes du Concile de Trente, ces ensembles furent souvent démembrées, dispersées ou vendues. Très rares sont les églises qui ont conservé, en bon état, l'intégralité du cycle de la tenture, et plus rares encore sont celles qui peuvent les présenter in situ, dans un chœur au jubé intact : la Vie de la Vierge de l'église Notre-Dame de Beaune en est l'exemple le plus fameux, à coté de la Vie de Saint-Martin de la Collégiale de Montpezat-en-Quercy (entre 1517 et 1539) et de la Vie de Jésus de l'Abbaye de la Chaise-Dieu (en restauration actuellement). Les tentures étaient suspendues et visibles lors de certaines fêtes liturgiques. 

 La majorité des tentures de chœur sont d'origine flamande et furent tissées à Arras, Lille, Tournai, Bruges et Bruxelles. Outre les trois exemples précédents, parmi celles dont des pièces nous sont parvenues, citons : 

 

Tenture de la Vie de la Vierge ( palais du Thau pour la cathédrale de Reims), 1531.  Cet ensemble  encore visible comporte dix-sept pièces inspirées des gravures typologiques  de la Biblia Pauperum à partir des cartons du flamand Gauthier de Campes.

Tenture de la Vie de la Vierge, Saint-Bertrand-de-Comminges. 1530.  2 pièces conservées sur 9. 

Tenture de la Vie de la Vierge et du Christ,  (cathédrale d'Aix-en-Provence) 

Tenture de saint Maurille d’Angers 1460 ( cathédrale d’Angers)

Tenture de la Vie de saint Pierre de Beauvais (cathédrale de Beauvais).

Tenture de la Vie de saint Gervais et de saint Protais ( cathédrale du Mans) vers1509

Tapisserie de saint Julien du Mans, ( cathédrale du Mans) 1509.

Tapisserie de Saint-Saturnin (église Saint-Saturnin de Tours), 1527

Tenture de la Vie de saint Adelphe à Neuwiller-lès-Saverne, près de Saverne. 17 mètres conservées  sur une longueur initiale de 30 m.

Tenture de la Vie de saint Rémi de Reims ( musée Saint-Rémi, dans l’ancienne abbaye Saint-Rémi de Reims). Conservée dans sa totalité avec ses dix pièces

Tenture des Miracles de l’Eucharistie et du Saint-Sacrement (château de Langeais)

Tenture de Saint-Etienne, cathédrale d'Auxerre. Conservée au Musée de Cluny : 23 scènes en 12 tapisseries.

 

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La tenture de la Vie de la Vierge de Beaune.

La tenture de la Vie de la Vierge de l'église Notre-Dame de Beaune est une tenture de chœur de la fin du 15e siècle  formée de cinq pièces, mesurant chacune environ six mètres de long sur 1,90 m de haut. La tapisserie de 5 fils au cm² est faite de laine écrue pour la chaine et  de laine et soie teintées pour la trame ; les fils sont torsadés en S. La doublure est en lin.

Elle a été offerte "l'an de grace 1500" par Hugues Le Coq, représenté à deux reprises avec ses armoiries. On a pensé que les cartons étaient dus au peintre Pierre Sicre, qui a réalisé en 1470-1471 les peintures murales de l'église Notre-Dame, et en 1474 des patrons (ou toiles peintes) de la Vie de la Vierge pour la même église ; mais Alain Erlande-Brandenburg a battu en brêche cette hypothèse,  soulignant les différences stylistiques entre Sicre et l'auteur de cette tenture, et proposant d'y voir le travail d'un atelier flamand.

 

Le cycle déroule dix-neuf scènes séparées par des colonnades supportant une arcade en anse de panier.

Disposition dans l'espace architectural à fonction capitulaire.

Pour bien comprendre la disposition de la tenture, il faut savoir que l'église Notre-Dame était depuis le 10e siècle une collégiale, c'est à dire  qu'elle était confiée à des chanoines rassemblés en un chapitre collégial, se tenant ailleurs qu'au siège épiscopal d'Autun. Au 13e siècle, on comptait une trentaine de chanoines, demeurant dans des maisons canoniales entourant l'église, et pour lesquels furent alors construits, flanquant l'église au sud, une salle capitulaire, un cloitre, et un grand batiment. Ces chanoines avaient le devoir de se réunir quotidiennement et lors des fêtes dans le chœur pour y chanter les offices, et s'installaient dans les stalles autour du lutrin de chœur. Les fidèles et les pèlerins n'avaient pas accès à cet espace et restaient dans la nef (séparée du chœur par un jubé) ou circulaient dans le déambulatoire donnant accès aux chapelles rayonnantes. Le chapitre collégial décidait des travaux et dépenses, et était le commanditaire d'œuvre d'art, comme les peintures murales et toiles peintes commandées à Pierre Sicre. Les chanoines étaient souvent fort riches, car ils percevaient des prébendes, et pouvaient cumuler les bénéfices de plusieurs titres. A leur tête était un doyen ; la seconde place revenanit à l'Archidiacre de Beaune (*). En 1482, par exemple, les principaux chanoines de Beaune étaient Antoine de Salins, doyen ; Hugues Charinsaul ; Antine et Jean Grignard frères; Girard Martin ; Jean Décologne; Pierre de Villers; Guillaume Arbaleste. En 1477, le doyen était l'official et maistre Girard Martin.

(*) Le diocèse d'Autun était divisé en quatre archidiaconés, ceux d'Autun, de Beaune, de Flavigny et d'Avalon. L'archidiaconé de Beaune comporte quatre Archiprêtrés : Beaune, Nuits, Couches et Arnay-le-Duc. L'Archidiacre était à la tête d'une juridiction religieuse (discipline et contentieux, mariages, adultères, incestes, sacrilèges, legs pieux, etc...) contraignante et disposait d'un Official, d'un Promoteur et d'un Greffier. En 1445, Hugues I Lecoq  était archidiacre de Beaune, en 1478 c'était Hugues II Lecoq.

Parmi les chanoines, deux sont remarquables :

 

—  Jean V Rolin, qui sera évêque d'Autun puis cardinal. De 1461 à 1468, il assura le patronage de l'Hôtel-Dieu de Beaune ; en 1474, chanoine de Beaune .  À la collégiale de Beaune, il fonda un office solennel de saint Lazare et celui de saint Vincent le 22 janvier.  Il offit à la collégiale Notre-Dame les peintures murales de la chapelle Saint-Léger (actuelle chapelle du Cardinal Rolin) réalisées en 1470-1471 (la Résurrection de Lazare et la Lapidation de saint Étienne) , et une tenture de chœur de la Vie de la Vierge à 21 pièces dont les cartons sur toile furent commandés en 1474 au peintre Antoine Spire. 

  —Jean Rolin VI (1450-1501), fils (par liaison de son père avec une religieuse) du cardinal Jean V Rolin et petit-fils du chancelier Nicolas Rolin, et filleul de Jean Sans Peur. Héritier du goût du lucre et de l'apreté au gain de ses parents, il obtint  en 1482 une prébende de chanoine à la Collégiale Notre-Dame de Beaune et le décanat (poste de doyen) de la collégiale Notre-Dame de Semur-en-Auxois, puis le décanat de l'église cathédrale Saint-Lazare d'Autun en 1484Les États de Bourgogne le désigne comme ambassadeur auprès de Charles VIII de France dont il devint rapidement le conseiller. Il entra au Parlement de Paris et y gravit tous les échelons. Il fut évêque d'Autun du 8 juin 1500 à la date de sa mort le 4 avril 1501. 

Les Rolin furent de très grands mécènes artistiques, et on considère parfois  que la tenture de la Vie de la Vierge avait été commandée par Jean V Rolin.

Les stalles de Beaune sont particulières, car elles n'adoptent pas la disposition courante en deux (doubles) séries de sièges parallèles se faisant face de part et d'autre de la partie occidentale et rectiligne du chœur : ici, les stalles, en un seul rang, ferment en hémicycle l'abside orientale. Cette rotonde fait face au jubé, qui la ferme. Chaque bras latéral  compte d'abord une travée droite de 4 sièges (sellettes mobiles  avec leur miséricorde), puis un banc convexe à la manière d' une chaire, à 3 places, puis un rond point débutant par 8 sièges semblables séparées du voisin par un accoudoir et disposant d'un prie dieu à agenouilloir,  pupitre et tablette à mi-hauteur, puis  une place permettant l'accès, une place centrale, avant de reprendre la même succession pour le bras opposé. Au total, 19 sièges dans le rond-point et 8 dans les travées soit 27 sellettes. [Les stalles actuelles date du 4e quart du XVIIIe siècle. D'après le receveur de la fabrique, ces stalles auraient été faites aux frais de M. Esmonin de Dampierre, demeurant à Dijon, héritier de Claude Esmonin, archidiacre de Beaune de 1750 à 1786 (délibération du 25 janvier 1811). Une série de vingt-sept stalles fut exécutée en 1818 par le sieur Douche,menuisier à Beaune (Arch. dép. Côte-d'Or, 4 VI, nc 3). ]

Dimensions des stalles : .h = 127 ; la = 2109 ; pr = 75,5 (dimensions totales) ; stalle : h siège = 44, la = 69,5, pr = 36 ; pupitre : h = 111. Ornementation (volute, feuille, rosette, rameau d'olivier, pot à feu). Eléments rapportés manquants : 2 miséricordes, 2 culots de miséricorde, 3 culots de parclose et 9 rosettes.

Le pavement en D suit le dessin à rond-point et à travées des stalles. L'aigle-lutrin date de la 2e moitiè du XVIIIe siècle.

Un jubé fut construit en 1477 entre les 4e et 5e travées de la nef par le sculpteur Le Moiturier sur commande du cardinal Jean Rolin, évêque d'Autun ; puis ce jubé fut détruit à la demande du chapitre en 1766 : c'est sans-doute alors que la tenture fut déposée et remisée.

 

Il n'y a ni dais ni baldaquin, mais une grille en demi-cercle, et c'est précisément pour habiller cette grille qu'est suspendue, devant un drap rouge, la tenture avant qu'elle ne fasse retour sur le jubé. "Les tentures de chœur aidaient à la constitution d’une identité commune à chaque communauté de clercs. En suivant les limites des stalles, elles accentuaient une division de l’espace dans l’église soulignant et unifiant le chœur des chanoines ou des moines qu’elles ceinturaient. De cette manière, tous les membres du chapitre siégeant dans le chœur étaient visuellement réunis par la tenture qui parcourait l’ensemble des stalles. " (Laura Weigert)

La tenture était exposée trois fois durant l'année, à Noël, à Paques et à l'Assomption, ou lors de la visite de personnages éminents. En 1512, l'archidiacre Jean Briçonnet offrit  une tenture de la Passion , et les deux ensembles constituèrent le "Thresor" du chapitre, un corpus atteignant 22 à 24 pièces de tapisseries au XVIIe siècle.

Restauration. 

Les tentures, soigneusement entretenues par les marguillers sur injonction des chanoines, furent lavées en 1612, nettoyées en 1746, réparées en 1765.

En 1847, Albert Humbert, architecte à Dijon, amateur d'art et d'archéologie et collectionneur (il était le fils d'un orfèvre beaunois) retrouve la tenture dans les combles de la Collégiale. Il manque la 3e pièce, qu'il retrouve devant l'ancien hôtel Joursenvaux, où elle avait longtemps servie de tapis de pieds après avoir été coupée en deux et recousue. Dans une note manuscrite du 14 janvier 1853, il écrit :

"J'ai enfin obtenu en 1852 , la restauration que je sollicitais depuis longtemps, et que j'ai dirigé. Chaque pièce a été lavée, et retenue aveec soin, et elles ont retrouvéées tout l'éclat de leurs couleurs admirables, qui imitent les reflets chatoyant du velours. Les doublures en toile ont été entièrement remplacées par des neuves, numérotées, et marquées au nom de l'Église Notre-Dame ; j'ai fait peindre reddière la cinquième pièce une inscription qui indique l'origine de ces tapisseries et l'année de leur restauration. [...] Cette restauration d'est faite à l'hôpital : la maîtresse des sœurs en a pris tout l'embarras, pour conserver un droit d'avoir tous les ans ces tapisseries pour tendre une partie de la grande cour de cette maison, pendant la procession de la Fête-Dieu..." "Elles tendent maintenant le chœur de cette égloise, où elles font un effet magnifique. On les exposera aux principales fêtes [...] selon l'ancien usage."

 

La tenture fut présentée à l'Exposition Universelle de 1889 au Trocadéro à Paris.

Classement Monument Historique le 10 octobre 1891.

Une restauration a eu lieu d'avril 1936 à juin 1937 dans les Ateliers du Mobilier National : "réparation des clairs en soie et des laines têtes de nègre généralement détruites par le mordant. Repiquage général. Pas de parties tissées".

La tenture est installée dans le chœur, éclairée et munie d'une alarme depuis 1972.

 Les dernières interventions conservatoires ont été réalisées entre 1993 et 1995 par Martine Plantec, conservateur-restaurateur textile à LP3 Conservation de Sémur-en-Auxois. 

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Couleurs et pigments.

  • bleu : teints à la cuve d'indigo dont le colorant provient de la guède ou  pastel, la feuille d' Isatis tinctoria, principale source d'indigo en Europe avant le XVIIe.
  • rouge : garance ou racine de Rubia tinctoria et cochenille (rouge écarlate) apportée d'Amérique. 
  • jaune : gaude, feuille de Reseda luteola, riche en lutéoline.
  • bruns : gaude mélée à la garance
  • vert : gaude mélée à l'indigo.
  • Toutes ces nuances sont fixées par mordançage à l'aluminium (alun), mais pour certains bruns et rouges,   lutéoline et de garance sont fixés sur la laine avec un mordançage au sulfate de fer ("couperose"), résistant mal à la lumière. Cette technique est utilisée dans les ateliers de Tournai au XVe.

Les couleurs obtenues par mélange donnent le lie-de-vin ; le vert pistache, le vert tilleul ; et le vieux rose. Les dégradés sont obtenus par hachures.

 

 

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VUES GÉNÉRALES DE LA TENTURE.

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 Ali Hamadache a eu l'idée d'une vue panoramique du chœur : http://2.bp.blogspot.com/-qzznVyypA9w/UvdTigGA2bI/AAAAAAAABRE/2A5JaT09awQ/s1600/00.vuePanoramiq.jpg 

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Première pièce : quatre scènes.

  • 1. Le baiser d'Anne et Joachim à la Porte Dorée.

  •  2. Nativité de la Vierge

  •  3. Présentation de Marie au Temple.

  • 4. Élection de Joseph comme époux de Marie

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Première pièce, Tenture de la Vie de la Vierge, église Notre-Dame, Beaune. Photographie lavieb-aile.
Première pièce, Tenture de la Vie de la Vierge, église Notre-Dame, Beaune. Photographie lavieb-aile.

Première pièce, Tenture de la Vie de la Vierge, église Notre-Dame, Beaune. Photographie lavieb-aile.

Première pièce, Tenture de la Vie de la Vierge, église Notre-Dame, Beaune. Photographie lavieb-aile.

Première pièce, Tenture de la Vie de la Vierge, église Notre-Dame, Beaune. Photographie lavieb-aile.

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Deuxième Pièce : quatre scènes.

  • 5. Mariage de Marie et de Joseph

  • 6. Marie se rendant chez Joseph avec ses compagnes

  • 7. Annonciation

  • 8. Le donateur Hugues Lecoq présenté par saint Jean-Baptiste.

 

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Deuxième pièce, Tenture de la Vie de la Vierge, église Notre-Dame, Beaune. Photographie lavieb-aile.
Deuxième pièce, Tenture de la Vie de la Vierge, église Notre-Dame, Beaune. Photographie lavieb-aile.

Deuxième pièce, Tenture de la Vie de la Vierge, église Notre-Dame, Beaune. Photographie lavieb-aile.

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Troisième pièce : trois scènes.

 

  • 9. Visitation
  • 10. Nativité
  • 11. Circoncision.

Inscription au dos : RETROUVE EN 1847

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Troisième pièce, Tenture de la Vie de la Vierge, église Notre-Dame, Beaune. Photographie lavieb-aile.
Troisième pièce, Tenture de la Vie de la Vierge, église Notre-Dame, Beaune. Photographie lavieb-aile.

Troisième pièce, Tenture de la Vie de la Vierge, église Notre-Dame, Beaune. Photographie lavieb-aile.

Troisième pièce, Tenture de la Vie de la Vierge, église Notre-Dame, Beaune. Photographie lavieb-aile.

Troisième pièce, Tenture de la Vie de la Vierge, église Notre-Dame, Beaune. Photographie lavieb-aile.

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Quatrième pièce : quatre scènes.

  • 12. Adoration des Mages

  • 13. Présentation de Jésus au Temple.
  • 14. Fuite en Égypte
  • 15. Massacre des Innocents

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Quatrième pièce, Tenture de la Vie de la Vierge, église Notre-Dame, Beaune. Photographie lavieb-aile.
Quatrième pièce, Tenture de la Vie de la Vierge, église Notre-Dame, Beaune. Photographie lavieb-aile.

Quatrième pièce, Tenture de la Vie de la Vierge, église Notre-Dame, Beaune. Photographie lavieb-aile.

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Cinquième pièce contre le jubé : quatre scènes.

  • 16. Repos de la Sainte Famille en Égypte

  • 17. Dormition

  • 18. Couronnement de la Vierge.

  • 19. Hugues Lecoq présenté par saint Hugues.

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Cinquième pièce, Tenture de la Vie de la Vierge, église Notre-Dame, Beaune. Photographie lavieb-aile.

Cinquième pièce, Tenture de la Vie de la Vierge, église Notre-Dame, Beaune. Photographie lavieb-aile.

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LES DIX-NEUF SCÈNES.

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L'encadrement.

Chaque scène s'inscrit dans un cadre entre deux colonnes posées sur unsupport hexagonal. Ces colonnes sont ornées de losanges ocres imitant une taille en pointe de diamant et dont l'intérieur est peint d'un motif en feuille, assez complexe, bleu ou rouge. Elles supportent par l'intermédiaire de chapiteaux à décor de feuillage un arc surbaissé, doublé par des arcatures dont les fleurons pointant vers le bas se découpent au dessus des scènes. Les arcades sont ornées de gemmes bleues et rouges, ou de perles.

Dans cinq cas, une tenture bleue est tendue sur le fond de la scène, avec son étoffe à l'aspect de velours quadrillée par les marques du pliage et du repassage. 

Le battage, en tapisserie est l'interpénétration de deux couleurs, tissée dans le sens de la trame, par hachures de forme triangulaire plus ou moins longues.  On en trouve ici de multiples exemples, mais les plis de ce fond de velours en fournit de remarquables.

Le décor.

Le décor des scènes d'intérieur est fait d'éléments d'architectures, de carrelages, de murs appareillés sur chant, ou de meubles sommaires. Celui des scènes d'extérieur donne à voir quelques châteaux fantaisistes, des moulins à vent bien flamands, des prairies mamelonnées où sont dessinés des plantes stylisées.

 Les recherches de perspective sont encore maladroites. "Dans les scènes intérieures, elle est obtenue grâce à l'effet de fuite donné par le carrelage ; dans les scènes extérieures, par la montée du paysage ; enfin, dans la Présentation au Temple, par la disposition de l'escalier. " (C. Arminjon)

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1. Scène n° 1. La rencontre de la Porte Dorée, ou La Conception de la Vierge.

Fête liturgique : instituée depuis 1477, par décision de Sixte IV, fête del' [Immaculée] Conception de Marie,  le 8 décembre date « supposée » de la conception de Marie neuf mois avant sa naissance fêtée le 8 septembre.  

Source :  Protévangile de Jacques.

Anne et Joachim, longtemps stériles, se rencontrent sur l'injonction d'un ange devant la Porte Dorée de Jérusalem. Remarquez le moulin à vent en arrière plan ; le rosier et l'olivier ; le motif des nimbes ; mais surtout le rapprochement des corps et plus encore le contact des lèvres, illustration d'une conception ex osculo, "par le baiser".

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Scène n° 1, La rencontre de la Porte Dorée, Tenture de la Vie de la Vierge, église Notre-Dame, Beaune. Photographie lavieb-aile.

Scène n° 1, La rencontre de la Porte Dorée, Tenture de la Vie de la Vierge, église Notre-Dame, Beaune. Photographie lavieb-aile.

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Scène n° 1, La rencontre de la Porte dorée, Tenture de la Vie de la Vierge, église Notre-Dame, Beaune. Photographie lavieb-aile.

Scène n° 1, La rencontre de la Porte dorée, Tenture de la Vie de la Vierge, église Notre-Dame, Beaune. Photographie lavieb-aile.

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Dans la partie inférieure de chaque tapisserie, une longue bande de couleur foncé renferme une prodigieuse quantité de fleurs dans lesquelles évoluent quelques oiseaux. Ce décor fort à la mode à cette époque (tapisserie mille-fleurs ou verdures), notamment en Flandre (tapisserie de la Licorne), associe diverses fleurs en rosette parmi lesquelles je peine à reconnaître origan ou potentille, fleurs des champs, pervenches, anémones, ou primevères, pensées ou pâquerettes, renoncules, ancolies, campanules, scabieuses, crocus, colchiques, muguets ou fraisiers. 

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Scène n° 1, La rencontre de la Porte Dorée (détail), Tenture de la Vie de la Vierge, église Notre-Dame, Beaune. Photographie lavieb-aile.

Scène n° 1, La rencontre de la Porte Dorée (détail), Tenture de la Vie de la Vierge, église Notre-Dame, Beaune. Photographie lavieb-aile.

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Scène n° 1, La rencontre de la Porte dorée (détail), Tenture de la Vie de la Vierge, église Notre-Dame, Beaune. Photographie lavieb-aile.

Scène n° 1, La rencontre de la Porte dorée (détail), Tenture de la Vie de la Vierge, église Notre-Dame, Beaune. Photographie lavieb-aile.

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Scène n° 2. Nativité de la Vierge. 

Fête liturgique le 8 septembre.

Nous trouvons ici une représentation rare de l'allaitement de  Marie par sa mère Anne. De même, le berceau à bascule est un témoignage ethnographique intéressant.

Source :  Protévangile de Jacques, chap. V.

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Scène n° 2, Nativité de la Vierge, Tenture de la Vie de la Vierge, église Notre-Dame, Beaune. Photographie lavieb-aile.

Scène n° 2, Nativité de la Vierge, Tenture de la Vie de la Vierge, église Notre-Dame, Beaune. Photographie lavieb-aile.

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Allaitement de Marie par sainte Anne, scène n° 2, Nativité de la Vierge, Tenture de la Vie de la Vierge, église Notre-Dame, Beaune. Photographie lavieb-aile.

Allaitement de Marie par sainte Anne, scène n° 2, Nativité de la Vierge, Tenture de la Vie de la Vierge, église Notre-Dame, Beaune. Photographie lavieb-aile.

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Les mots "Grace . a dieu" sont présents tout au long de la tenture (dans les écoinçons des arcades qui encadrent chaque scène) : ils sont considérés par différents auteurs comme la devise du donateur.

 

"Grace . a dieu",  Tenture de la Vie de la Vierge, église Notre-Dame, Beaune. Photographie lavieb-aile.

"Grace . a dieu", Tenture de la Vie de la Vierge, église Notre-Dame, Beaune. Photographie lavieb-aile.

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Scène n° 3. Présentation de la Vierge au Temple. 

Fête liturgique le 21 novembre.

Source : Protévangile de Jacques chapitres 6-7.

 

« Quand Marie eut deux ans, Joachim dit à Anne, son épouse : « Conduisons la au temple de Dieu, afin d'accomplir le vœu que nous avons formé et de crainte que Dieu ne se courrouce contre nous et qu'il ne nous ôte cette enfant » Et Anne dit: « Attendons la troisième année, de crainte qu'elle ne redemande son père et sa mère» » Et Joachim dit : « Attendons. » El l'enfant atteignit l'âge de trois ans et Joachim dit : « Appelez les vierges sans tache des Hébreux et qu'elles prennent des lampes et qu'elles les allument» et que l'enfant ne se retourne pas en arrière et que son esprit ne s'éloigne pas de la maison de Dieu. » Et les vierges agirent ainsi et elles entrèrent dans le temple. Et le prince des prêtres reçut l'enfant et il l'embrassa et il dit : « Marie, le Seigneur a donné de la grandeur à ton nom dans toutes les générations, et, à la fin des jours, le Seigneur manifestera en toi le prix de la rédemption des fils d'Israël. » Et il la plaça sur le troisième degré de l'autel, et le Seigneur Dieu répandit sa grâce sur elle et elle tressaillit de joie en dansant avec ses pieds et toute la maison d'Israël la chérit.  » [ Protévangile de Jacques chap.6 ,  trad. Gustave Brumet, mis en ligne par Philippe Remacle]

 

Anne et Joachim conduisent Marie au temple alors qu'elle a trois ans. Sous leur regard ému, la Vierge guidée par deux anges gravit l'escalier sans se retourner. Mais le Temple est vide, alors que le grand prêtre est habituellement représenté au sommet de l'escalier.

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Scène n° 3, Présentation de la Vierge au Temple, Tenture de la Vie de la Vierge, église Notre-Dame, Beaune. Photographie lavieb-aile.

Scène n° 3, Présentation de la Vierge au Temple, Tenture de la Vie de la Vierge, église Notre-Dame, Beaune. Photographie lavieb-aile.

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Joachim et Anne, scène n° 3, Présentation de la Vierge au Temple, Tenture de la Vie de la Vierge, église Notre-Dame, Beaune. Photographie lavieb-aile.

Joachim et Anne, scène n° 3, Présentation de la Vierge au Temple, Tenture de la Vie de la Vierge, église Notre-Dame, Beaune. Photographie lavieb-aile.

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 Scène n° 3, Présentation de la Vierge au Temple, Tenture de la Vie de la Vierge, église Notre-Dame, Beaune. Photographie lavieb-aile.

Scène n° 3, Présentation de la Vierge au Temple, Tenture de la Vie de la Vierge, église Notre-Dame, Beaune. Photographie lavieb-aile.

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 Scène n° 3, Présentation de la Vierge au Temple, Tenture de la Vie de la Vierge, église Notre-Dame, Beaune. Photographie lavieb-aile.

Scène n° 3, Présentation de la Vierge au Temple, Tenture de la Vie de la Vierge, église Notre-Dame, Beaune. Photographie lavieb-aile.

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Scène n° 4.  La Vierge au Temple ; l'élection de Joseph comme époux, la verge fleurie.

Deux scènes sont juxtaposées sans partager le même point de vue dans le rendu de la perspective. A gauche, Marie est représentée durant son séjour au Temple, où elle s'adonne à la prière et au tissage.

 A droite,  le pontife lui choisit un époux parmi les descendants de la Maison de David. Joseph est désigné malgré lui par la floraison de son bâton. Un prétendant dépité brise le sien sur son genou.

Cette scène est intéressante par la recherche des sources scripturaires et iconographiques.
—Sur le plan scripturaire, si l'épisode de l'élection de Joseph comme époux trouve son origine dans le Protévangile de Jacques, néanmoins, dans ce texte, la baguette de Joseph ne fleurit pas, mais il en sort une colombe qui vient se poser sur sa tête. De même, dans la Légende Dorée de Jacques de Voragine, certes la verge de Joseph fleurit, mais une colombe vient s'y poser. Or, nous ne voyons pas de colombe sur cette tapisserie. La source n'est pas non plus l'Histoire de Joseph le Charpentier.

a) Protévangile de Jacques, chap. 8 :

 

Et ses parents descendirent, admirant et louant Dieu de ce que l'enfant ne s'était pas retournée vers eux. Marie était élevée comme une colombe dans le temple du Seigneur et elle recevait de la nourriture de la main des anges. Quand elle eut  douze ans, les prêtres se réunirent dans le temple du Seigneur et ils dirent : « Voici que Marie a passé dix ans dans le temple ; que ferons-nous à son égard, de peur que la sanctification du Seigneur notre Dieu n'éprouve quelque souillure? » Et les prêtres dirent au prince des prêtres : « Va devant l'autel du Seigneur et prie pour elle, et ce que Dieu t'aura manifesté, nous nous y conformerons. » Le prince des prêtres, ayant pris sa tunique garnie de douze clochettes entra donc dans le Saint des Saints et il pria pour Marie. Et voici que l'ange du Seigneur se montra à lui et lui dit : « Zacharie, Zacharie, sors et convoque ceux qui sont veufs parmi le peuple et qu'ils apportent chacun une baguette et celui que Dieu désignera par un signe sera l'époux donné à Marie pour la garder. » Des hérauts allèrent donc dans tout le pays de Judée, et la trompette du Seigneur sonna et tous accouraient.

chap.9 :

Joseph ayant jeté sa hache, vint avec les autres. Et s'étant réunis, ils allèrent vers le grand-prêtre, après avoir reçu des baguettes. Le grand-prêtre prit les baguettes de chacun, il entra dans le temple et il pria et il sortit ensuite et il rendit à chacun la baguette qu'il avait apportée, et aucun signe ne s'était manifesté, mais quand il rendit à Joseph sa baguette, il en sortit une colombe et elle alla se placer sur la tête de Joseph. Et le grand-prêtre dit à Joseph : « Tu es désigné par le choix de Dieu afin de recevoir cette vierge du Seigneur pour la garder auprès de toi. » Et Joseph fit des objections disant : « J'ai des enfants et je suis vieux, tandis qu'elle est fort jeune ; je crains d'être un sujet de moquerie pour les fils d'Israël. » Le grand-prêtre répondit à Joseph : « Crains le Seigneur ton Dieu et rappelle-toi comment Dieu agit à l'égard de Dathan, d'Abiron et de Coreh, comment la terre s'ouvrit et les engloutit, parce qu'ils avaient osé s'opposer aux ordres de Dieu. Crains donc, Joseph, qu'il n'en arrive autant à ta maison. » Joseph épouvanté reçut Marie et lui dit : « Je te reçois du temple du Seigneur et je te laisserai au logis, et j'irai exercer mon métier de charpentier et je retournerai vers toi. Et que le Seigneur te garde tous les jours. »Protévangile de Jacques chap.9 ,  trad. Gustave Brumet, mis en ligne par Philippe Remacle]

b) Légende Dorée de Jacques de Voragine, Nativité de la Bienheureuse Vierge Marie :

"Quand elle eut atteint l’âge de quatorze ans, le pontife annonça publiquement que les vierges élevées dans le temple, qui avaient accompli leur temps, eussent à retourner chez elles, afin de se marier selon la loi. Toutes ayant obéi, seule la sainte Vierge Marie répondit qu'elle ne pouvait le faire, d'abord parce que ses parents l’avaient consacrée au service du Seigneur, ensuite parce qu'elle lui avait voué sa virginité. Alors le Pontife fut incertain de ce qu'il avait à faire [...] Or, comme on était en prière et que le Pontife s'était approché pour connaître la volonté de Dieu, à l’instant du lieu de l’oratoire, tout le monde entendit une voix qui disait, que tous ceux de la maison de David qui étant disposés à se marier, ne l’étaient pas encore, apportassent chacun une verge à l’autel, et que celui dont la verge aurait donné des feuilles, et sur le sommet de laquelle, d'après la prophétie d'Isaïe, le Saint-Esprit se reposerait sous la forme d'une colombe, celui-là, sans aucun doute, devait se marier avec la Vierge. Parmi ceux de la maison de David, se trouvait Joseph, qui, jugeant hors de convenance qu'un homme d'un âge avancé comme lui épousât une personne si jeune, cacha, lui tout seul, sa verge, quand chacun avait apporté la sienne. Il en résulta que rien ne parut de ce qu'avait annoncé la voix divine; alors le pontife pensa qu'il fallait derechef consulter le Seigneur, lequel répondit que celui-là seul qui n'avait pas apporté sa verge, était celui auquel la Vierge devait être mariée . Joseph ainsi découvert apporta sa verge qui fleurit aussitôt, et, sur le sommet se reposa une colombe venue du ciel. Il parut évident à tous que Joseph devait être uni avec la sainte Vierge. Joseph s'étant donc marié, retourna dans sa ville de Bethléem afin de disposer sa maison et de se procurer ce qui lui était nécessaire pour ses noces. Quant à la Vierge Marie, elle revint chez ses parents à Nazareth avec sept vierges de son âge, nourries du même lait et qu'elle avait reçues de la part du prêtre pour témoigner du miracle. Or, en ce temps-là, l’ange Gabriel lui apparut pendant qu'elle était en prière et lui annonça que le Fils de Dieu devait naître d'elle."

 

 

Sur le plan iconographique, l'élément intéressant est le jeune prétendant qui, par colère d'être écarté, brise sa baguette sous son genou.  Ce personnage est semblable à celui peint par Raphaël dans son Mariage de la Vierge de 1504, (Musée de Bréra à Milan) alors qu'il diffère de celui de la toile concurrente peinte par Le Pérugin en 1500-1504.

 https://archive.org/stream/revuedelartchr1900lill#page/198/mode/2up

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Scène n° 4, élection de Joseph par la verge fleurie, Tenture de la Vie de la Vierge, église Notre-Dame, Beaune. Photographie lavieb-aile.

Scène n° 4, élection de Joseph par la verge fleurie, Tenture de la Vie de la Vierge, église Notre-Dame, Beaune. Photographie lavieb-aile.

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 Scène n° 4, élection de Joseph comme époux, Tenture de la Vie de la Vierge, église Notre-Dame, Beaune. Photographie lavieb-aile.

Scène n° 4, élection de Joseph comme époux, Tenture de la Vie de la Vierge, église Notre-Dame, Beaune. Photographie lavieb-aile.

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 Scène n° 4, élection de Joseph comme époux, Tenture de la Vie de la Vierge, église Notre-Dame, Beaune. Photographie lavieb-aile.

Scène n° 4, élection de Joseph comme époux, Tenture de la Vie de la Vierge, église Notre-Dame, Beaune. Photographie lavieb-aile.

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Scène n°  5. Le Mariage de la Vierge.

 Le grand prêtre bénit le couple. 

Les personnages portent une tenue analogue à celles de la scène précédente : le grand prêtre porte une toque de fourrure et de plumes évoquant à Catherine Arminjon  les coiffures des dignitaires byzantins. Sa robe de velours bleu se termine par une large bordure à pierreries où sont brodées les mots BEI (ou BEN) NATR. Cette tenue cherche à évoquer la tenue rituelle des grands prêtres du Temple de Jérusalem, tels qu'ils sont décrits en détail dans Exode 28, Exode 39 et Lévitique 8, avec ses huit vêtements sacrés dont quatre  étaient les mêmes que ceux que portaient tous les prêtres et quatre lui étaient réservés. 

 La Vierge porte la robe blanche damassée de palmettes rouges des scènes 3 et 4 mais enrichie d'un manteau bleu à fermail de pierreries, d'une ceinture basse soulignant la convexité de son ventre (très à la mode) sur laquelle se fixe une longue chaîne et son médaillon, et surtout d'une couronne à fleurons. On entrevoit son fin soulier lie-de-vin.

Joseph porte la même robe gris-brun que lors de sa sélection, le manteau rouge aux parements de gemmes, le chaperon ou scapulaire bleu, et le le bâton noueux qui souligne son grand âge. Il est nu-tête, et chenu.

 Les deux femmes qui suivent la Vierge portent des robes conformes à la mode vers 1470-1480 : un turban ou touret est posé sur un front épilé, la robe à encolure ronde possède des manches évasées (en soie ou en hermine).

Les deux hommes (témoins ou assistants) déploient aussi des trésors d'élégance et de richesse vestimentaire. 

 

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Scène n° 5, le Mariage de la Vierge et de Joseph,  Tenture de la Vie de la Vierge, église Notre-Dame, Beaune. Photographie lavieb-aile.

Scène n° 5, le Mariage de la Vierge et de Joseph, Tenture de la Vie de la Vierge, église Notre-Dame, Beaune. Photographie lavieb-aile.

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Scène n° 5, le Mariage de la Vierge et de Joseph,  Tenture de la Vie de la Vierge, église Notre-Dame, Beaune. Photographie lavieb-aile.

Scène n° 5, le Mariage de la Vierge et de Joseph, Tenture de la Vie de la Vierge, église Notre-Dame, Beaune. Photographie lavieb-aile.

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Scène n° 5, le Mariage de la Vierge et de Joseph,  Tenture de la Vie de la Vierge, église Notre-Dame, Beaune. Photographie lavieb-aile.

Scène n° 5, le Mariage de la Vierge et de Joseph, Tenture de la Vie de la Vierge, église Notre-Dame, Beaune. Photographie lavieb-aile.

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Scène n° 6. La Vierge se rend chez son époux. 

L'épouse est conduite solennellement chez son mari, escortée de deux femmes et d'une servante.

 " les coloris délicats du décor tranchent vigoureusement sur les couleurs beaucoup plus soutenues des vêtements." (C. Arminjon).

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Scène n° 6, Marie se rendant dans la maison de Joseph, Tenture de la Vie de la Vierge, église Notre-Dame, Beaune. Photographie lavieb-aile.

Scène n° 6, Marie se rendant dans la maison de Joseph, Tenture de la Vie de la Vierge, église Notre-Dame, Beaune. Photographie lavieb-aile.

Scène n° 6, Marie se rendant dans la maison de Joseph (détail), Tenture de la Vie de la Vierge, église Notre-Dame, Beaune. Photographie lavieb-aile.

Scène n° 6, Marie se rendant dans la maison de Joseph (détail), Tenture de la Vie de la Vierge, église Notre-Dame, Beaune. Photographie lavieb-aile.

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 Scène n° 6, Marie se rendant dans la maison de Joseph, Tenture de la Vie de la Vierge, église Notre-Dame, Beaune. Photographie lavieb-aile.

Scène n° 6, Marie se rendant dans la maison de Joseph, Tenture de la Vie de la Vierge, église Notre-Dame, Beaune. Photographie lavieb-aile.

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Scène n° 7. L'Annonciation. 

Fête liturgique le 25 mars (neuf mois avant Noël).

 "Marie était fiancée à Joseph. Avant qu'ils eussent habité, elle se trouva enceinte par la vertu du Saint esprit" (saint Mathieu). L'ange Gabriel porte un phylactère reprenant ses paroles : "AVE GRACIA PLENA DOMINUS TECUM ...". La Vierge répond : ECCE ANCILLA FIAT MIHI SECUMDUM". La colombe symbolise le Saint Esprit et le lys la pureté de Marie. 

Scène n° 7, Annonciation, Tenture de la Vie de la Vierge, église Notre-Dame, Beaune. Photographie lavieb-aile.
Scène n° 7, Annonciation, Tenture de la Vie de la Vierge, église Notre-Dame, Beaune. Photographie lavieb-aile.

Scène n° 7, Annonciation, Tenture de la Vie de la Vierge, église Notre-Dame, Beaune. Photographie lavieb-aile.

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Scène n° 7, Annonciation, Tenture de la Vie de la Vierge, église Notre-Dame, Beaune. Photographie lavieb-aile.
Scène n° 7, Annonciation, Tenture de la Vie de la Vierge, église Notre-Dame, Beaune. Photographie lavieb-aile.

Scène n° 7, Annonciation, Tenture de la Vie de la Vierge, église Notre-Dame, Beaune. Photographie lavieb-aile.

Source iconographique :

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k54141t/f27.image.r=pigouchet

 

 

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Scène n° 8. Saint Jean Baptiste présentant le donateur Hugues Le Coq.

Le chanoine Hugues Le Coq est présenté à la Vierge. 

Le donateur.

Il est présenté en costume de chœur, l'aumusse canoniale reposant sur le bras droit.

Je citerai Alain Erlande-Brandenburg (1976) :

"Les armoiries placées auprès de ce donateur (D'azur à trois coqs d'or) permettent d'y reconnaître un membre de la famille Le Coq. Comme, d'autre part, une inscription placée sur la dernière pièce à l'extrême droite date l'exécution de la tenture (« Ceste tapisserie fut faicte l'an de grâce mil Ve »), il est aisé d'identifier le donateur. Les Le Coq sont des notables parisiens bien connus, bien que leur généalogie ne soit pas toujours commode à établir. Il existe, en effet, deux Hugues Le Coq, l'un dit l'aîné, qui avait été chanoine de la cathédrale d'Autun et archidiacre de Notre-Dame de Beaune. Il ne peut s'agir de cet Hugues puisqu'il devait mourir en 1485. Ajoutons qu'il fut inhumé dans le chœur des Pères, dans l'église des Chartreux de Vauvert, à Paris. Son neveu, Hugues III Le Coq, devait lui succéder à Beaune avant de devenir en 1502 chanoine de Notre-Dame de Paris. Il était fils de Gérard II Le Coq, frère d'Hugues II Le Coq, tous deux fils, mais d'un lit différent, de Gérard I Le Coq. Ce Gérard I descendait de Jean, secrétaire et maître de la chambre aux deniers du Roi, qui fut annobli par lettres du mois d'octobre 1363. On ignore la date de la mort d'Hugues III, il vivait encore en 1521, date à laquelle il rédigea son testament. C'est à lui que revient le mérite de la commande de la tenture de Beaune qui fut achevée avant qu'il ne devienne chanoine de Notre-Dame de Paris, en 1502. Il s'y est fait représenter à deux reprises pour des raisons qui nous échappent, présenté par son véritable patron saint Hugues et par un autre qu'il s'était délibérément choisi, saint Jean-Baptiste. On a pu penser un moment que, sur la deuxième tapisserie, il s'agirait de l'oncle que Hugues III aurait pieusement associé. Le texte placé au-dessus pourrait le faire croire puisqu'il est question de la mort et de l'intercession de la Vierge pour les défunts. Je ne le pense pas et admettrais plus volontiers qu'il s'agit du même personnage étant donné les ressemblances frappantes entre les deux représentations. On voit enfin son mot répété régulièrement sur toute la longueur de la tenture.

Nous ignorons les raisons qui ont incité Hugues III Le Coq à faire un tel cadeau à Notre-Dame de Beaune, de même que nous ne savons pas à quel cartonnier il s'est adressé et à quel endroit il a fait exécuter la tenture. Ces deux derniers problèmes paraissent aujourd'hui les plus irritants de l'histoire de la tapisserie. Seuls des documents d'archives pourraient leur apporter une solution certaine. En attendant, on est réduit aux hypothèses les plus fragiles que la découverte d'un document risque de réduire à néant."

 

 

 

Selon C. Arminjon :

" Offerte par le chanoine Lecoq, chanoine du chapitre de Beaune à l’époque, il avait demandé à ce que son portrait soit représenté et tissé à l’intérieur sur le dernier tableau. Comme il était le commanditaire il devait être représenté à la fin de la tenture, mais il avait prévu que son protecteur, puisque les protecteurs avaient un rôle très important à l’époque, qui n’était autre que le cardinal Rolin soit présent et tissé également dans cette même tenture. Donc une des premières pièces devait représenter Rolin. Mais entre le temps de la commande et le temps de réalisation de la tapisserie il s’est passé une trentaine d’années et il n’était plus bien du tout avec son protecteur Rolin, on a donc décidé, purement et simplement, de mettre deux fois le portrait du donateur Lecoq en le retissant sur la tête du chancelier Rollin. Ce qui fait que cet ensemble présente le cas exceptionnel de deux figures du même donateur alors que ce n’était vraisemblablement pas prévu à l’origine."

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Puisque c'est par association des armes parlantes aux coqs et de la présence de saint Hugues présentant le chanoine dans la dernière pièce qu'on déduit que le donateur est Hugues Le Coq, ne serait-il pas logique d'identifier le chanoine de la scène 8, présenté par saint Jean, comme un certain Jean Le Coq ?  Cela expliquerait la présence de deux portraits de donateurs.

Certes Hugues I Le Coq est connu des généalogistes, comme fils de Gérard I Le Coq, mais  on trouve aussi dans cette famille Jean Le Coq, fils de Gérard III Le Coq, conseiller au Parlement de Paris, et lui-même chanoine de l'église de Paris, curé de saint-Eustache, décédé en 1526.

Les avis sont donc partagés . Hugues Le Coq est-il Hugues II Le Coq, archidiacre de Beaune de 1478 à 1502, ou Hugues III comme le pense A. Erlande-Brandenburg ?  La tenture actuelle a-t-elle un rapport avec les 21  toiles peintes commandées en 1474 au peintre Antoine Spire ? Celle-ci devait comporter en ses quatre coins les armes (tenues par deux hommes sauvages sous son chapeau) et la devise Time Deum du cardinal Rolin ? Mais elle devait comporter le portrait de Jean V Rolin "  priant, mains joinctes, mondit seigneur le Cardinal ainsi qu'il est au tableaul de la chapelle Saint Ligier a Beaune que a fait ledit maistre, son chienot empres luy et son chapeaul de cardinal devant luy", et chaque scène devait être légendée : "et dessoubz ou dessus chacune histoire sera escript le nom d'icelle ".

La réponse est apportée par Fromaget 1994 p.6 :

"Or on sait par les archives capitulaires qu'en janvier 1478 eut lieu la réception et le serment par procuration d'Hugues Le Coq le jeune, institué archiiacre de Beaune par l' cardinal Rolin, évêque d'Autun, avec le canonicat et la prébende attachée à cette charge ; il échangeait cette fonction avec son oncle Hugues Le Coq l'ancien (mort en 1485) contre un canonicat de Reims. En 1502, il abandonnait cet office à Jean Briçonnet, chanoine de Paris et d'Autun, contre un canonicat de Paris. Le donateur de cette tenture datée 1500 est donc l'archidiacre Hugues Le Coq le jeune".

 

 

Ce qui est confirmé par un document d'archive du 4 juin 1501 dans laquelle le chapitre de la collégiale de Beaune donne quittance à Hugues Le Coq, archidiacre de Beaune, de la somme de 400 francs qu'il leur devait pour la fondation d'un anniversaire de 4 francs, d'un double office en l'honneur de saint Hugues, et en raison de la livraison des nouvelles tapisseries de l'église qu'il a fait faire pour la dite somme. (Fromaget, 1994, p.12)

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Sources iconographiques.

Comparer avec Robert Campin, Saint Jean-Baptiste et le maître franciscain Henri de Werl , 1438:

https://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_des_%C5%93uvres_de_Robert_Campin#/media/File:Robert_Campin_014.jpg

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Scène n° 8, Hugues Lecoq présenté par Jean-Baptiste, Tenture de la Vie de la Vierge, église Notre-Dame, Beaune. Photographie lavieb-aile.

Scène n° 8, Hugues Lecoq présenté par Jean-Baptiste, Tenture de la Vie de la Vierge, église Notre-Dame, Beaune. Photographie lavieb-aile.

Scène n° 8, Jean-Baptiste et le chanoine Hugues Lecoq, Tenture de la Vie de la Vierge, église Notre-Dame, Beaune. Photographie lavieb-aile.

Scène n° 8, Jean-Baptiste et le chanoine Hugues Lecoq, Tenture de la Vie de la Vierge, église Notre-Dame, Beaune. Photographie lavieb-aile.

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Sur un cartouche rouge sont inscrits en lettres gothiques les vers tirés d'une hymne du petit office de la Sainte Vierge : 

Maria Mater gracie.

mater, misericorde

tu nos ab hoste protege

hora mortis suscipe

et pro deffunctis intercede.

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Scène n° 8, oraison, Tenture de la Vie de la Vierge, église Notre-Dame, Beaune. Photographie lavieb-aile.

Scène n° 8, oraison, Tenture de la Vie de la Vierge, église Notre-Dame, Beaune. Photographie lavieb-aile.

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Armoiries du cardinal Jean Rolin d'azur à trois clefs d'or en pal.

Armoiries d'Hugues ou Jean Le Coq d'azur à trois coqs d'or en pal .

Ces armoiries parlantes ont-elles une validité héraldique ou sont-elles une allusion au cardinal Rolin ?

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Armoiries de Hugues Lecoq, Scène n° 8, Tenture de la Vie de la Vierge, église Notre-Dame, Beaune. Photographie lavieb-aile.

Armoiries de Hugues Lecoq, Scène n° 8, Tenture de la Vie de la Vierge, église Notre-Dame, Beaune. Photographie lavieb-aile.

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Scène n° 9. La Visitation.

Fête liturgique le 31 mai

Texte : Luc 1:39-45.

 Elisabeth, femme du prêtre Zacharie,enceinte de Jean Baptiste, reçoit la visite de la Vierge, enceinte elle aussi. Elisabeth sent son enfant tressaillir au salut de Marie et se trouve remplie de l'Esprit Saint. 

"Un soin très particulier a été apporté au traitement de la nature. La Visitation se situe dans un cadre magnifique légèrement montueux où l'herbe verte de la prairie tranche violemment sur les pentes abruptes des collines. Des monuments plus ou moins imaginaires ferment la scène en se détachant sur un ciel d'un bleu merveilleux. Les scènes de la Vierge se rendant à la maison de son époux et de la Fuite en Egypte ne le cèdent en rien ; " (C. Arminjon).

Le petit nuage en forme de chapeau a été considéré par certains comme une allusion à la fidélité de Beaune envers le cardinal Rolin (!).

Sources :

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k54141t/f36.image.r=pigouchet

 

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Scène n° 9, Visitation, Tenture de la Vie de la Vierge, église Notre-Dame, Beaune. Photographie lavieb-aile.
Scène n° 9, Visitation, Tenture de la Vie de la Vierge, église Notre-Dame, Beaune. Photographie lavieb-aile.

Scène n° 9, Visitation, Tenture de la Vie de la Vierge, église Notre-Dame, Beaune. Photographie lavieb-aile.

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Scène n° 9, Visitation, Tenture de la Vie de la Vierge, église Notre-Dame, Beaune. Photographie lavieb-aile.

Scène n° 9, Visitation, Tenture de la Vie de la Vierge, église Notre-Dame, Beaune. Photographie lavieb-aile.

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Bordure fleurie, Scène n° 9, Visitation, Tenture de la Vie de la Vierge, église Notre-Dame, Beaune. Photographie lavieb-aile.

Bordure fleurie, Scène n° 9, Visitation, Tenture de la Vie de la Vierge, église Notre-Dame, Beaune. Photographie lavieb-aile.

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Scène n° 10. La Nativité.

Fête liturgique : Noël, le 25 décembre.

 Joseph et Marie se rendent à Bethléem pour le recensement ordonné par César Auguste. "Marie accouche dans une crèche, parce qu'il n'y avait pas de place pour eux à l'auberge". (St Luc).

Apocryphe : Pseudo-Matthieu XIV.

Cette scène avait été coupée en deux morceaux et recousue en en amputant un morceau.  On suit la ligne du raccord le long du capuchon de Joseph  et de son manteau, mais surtout près des maisons à gauche du berger.

Gravure proposée comme source :

Heures à l'usage de Romme, Paris, Philippe Pigouchet pour Simon Vostre, 1496 (et 1501)

 

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k54141t/f46.image.r=pigouchet

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Scène n° 10, Nativité, Tenture de la Vie de la Vierge, église Notre-Dame, Beaune. Photographie lavieb-aile.

Scène n° 10, Nativité, Tenture de la Vie de la Vierge, église Notre-Dame, Beaune. Photographie lavieb-aile.

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Scène n° 10, Nativité, Tenture de la Vie de la Vierge, église Notre-Dame, Beaune. Photographie lavieb-aile.

Scène n° 10, Nativité, Tenture de la Vie de la Vierge, église Notre-Dame, Beaune. Photographie lavieb-aile.

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Le bœuf et l'âne renvoient à Isaïe 1:3  cognovit bos possessorem suum et asinus praesepe domini sui Israhel non cognovit populus meus non intellexit "Le boeuf connaît son possesseur, Et l'âne la crèche de son maître: Israël ne connaît rien, Mon peuple n'a point d'intelligence. "

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Scène n° 10, Nativité, Tenture de la Vie de la Vierge, église Notre-Dame, Beaune. Photographie lavieb-aile.

Scène n° 10, Nativité, Tenture de la Vie de la Vierge, église Notre-Dame, Beaune. Photographie lavieb-aile.

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Scène n° 10, Nativité, Tenture de la Vie de la Vierge, église Notre-Dame, Beaune. Photographie lavieb-aile.

Scène n° 10, Nativité, Tenture de la Vie de la Vierge, église Notre-Dame, Beaune. Photographie lavieb-aile.

 

 

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Scène n° 11. La Circoncision. 

Fête liturgique le 1er janvier.

Texte : Luc 2:11

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Scène n° 11, Circoncision, Tenture de la Vie de la Vierge, église Notre-Dame, Beaune. Photographie lavieb-aile.
Scène n° 11, Circoncision, Tenture de la Vie de la Vierge, église Notre-Dame, Beaune. Photographie lavieb-aile.

Scène n° 11, Circoncision, Tenture de la Vie de la Vierge, église Notre-Dame, Beaune. Photographie lavieb-aile.

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Scène n° 12. L'Adoration des Mages.

 Source : Évangile de Matthieu 2:11-12 :

 

Jésus étant né à Bethléhem en Judée, au temps du roi Hérode, voici des mages d'Orient arrivèrent à Jérusalem, et dirent: Où est le roi des Juifs qui vient de naître? car nous avons vu son étoile en Orient, et nous sommes venus pour l'adorer. Le roi Hérode, ayant appris cela, fut troublé, et tout Jérusalem avec lui. Il assembla tous les principaux sacrificateurs et les scribes du peuple, et il s'informa auprès d'eux où devait naître le Christ. Ils lui dirent: A Bethléhem en Judée; car voici ce qui a été écrit par le prophète: et toi, Bethléhem, terre de Juda, Tu n'es certes pas la moindre entre les principales villes de Juda, Car de toi sortira un chef Qui paîtra Israël, mon peuple. Alors Hérode fit appeler en secret les mages, et s'enquit soigneusement auprès d'eux depuis combien de temps l'étoile brillait. Puis il les envoya à Bethléhem, en disant: Allez, et prenez des informations exactes sur le petit enfant; quand vous l'aurez trouvé, faites-le-moi savoir, afin que j'aille aussi moi-même l'adorer.  Après avoir entendu le roi, ils partirent. Et voici, l'étoile qu'ils avaient vue en Orient marchait devant eux jusqu'à ce qu'étant arrivée au-dessus du lieu où était le petit enfant, elle s'arrêta. Quand ils aperçurent l'étoile, ils furent saisis d'une très grande joie.  Ils entrèrent dans la maison, virent le petit enfant avec Marie, sa mère, se prosternèrent et l'adorèrent; ils ouvrirent ensuite leurs trésors, et lui offrirent en présent de l'or, de l'encens et de la myrrhe. Puis, divinement avertis en songe de ne pas retourner vers Hérode, ils regagnèrent leur pays par un autre chemin.

Des relations typologiques renvoyant à l'Ancien Testament.

L'étoile renvoie tacitement à la prophétie  de Balaam dans Nombre 24:17 

 Les rois renvoient à Isaïe 60:1-6.

 

Les cadeaux apportés par les Mages peuvent s’expliquer par référence au Livre d’Isaïe: « Debout (…) elle est venue, ta lumière (…) Les nations marcheront vers ta lumière, et les rois, vers la clarté de ton aurore. (…) Tous les gens de Saba viendront, apportant l’or et l’encens; ils annonceront les exploits du Seigneur » (Is 60, 1-6). Matthieu, sans reprendre la citation, signie que Jésus est bien ce nouveau Messie attendu, et l’orande des parfums est celle de toutes les nations à ce « roi » nouveau-né.

Les Pères de l’Église, comme Irénée de Lyon (IIe siècle), voyaient dans l’or la reconnaissance de la royauté de Jésus, dans l’encens celle de sa divinité, dans la myrrhe sa mort sur la croix, donc son humanité. L’or, l’encens et la myrrhe disaient donc la véritable identité et la grandeur encore cachée de l’enfant nouveau-né, Fils de Dieu. Au VI e siècle, saint Grégoire le Grand, dans son Homélie X sur l’Épiphanie, écrit à son tour:

« Les mages proclament, par leurs présents symboliques, qui est celui qu’ils adorent. Voici l’or: c’est un roi; voici l’encens: c’est un Dieu; voici la myrrhe : c’est un mortel. » Mais il ajoute : « On peut aussi comprendre différemment l’or, l’encens et la myrrhe. L’or symbolise la sagesse, comme l’atteste Salomon : “Un trésor désirable repose dans la bouche du sage.” L’encens brûlé en l’honneur de Dieu désigne la puissance de la prière, ainsi qu’en témoigne le psalmiste : “Que ma prière s’élève devant ta face comme l’encens.” Quant à la myrrhe, elle gure la mortication de notre chair; aussi la sainte Église dit-elle, à propos de ses serviteurs combattant pour Dieu jusqu’à la mort : “Mes mains ont distillé la myrrhe.” »

Melchior, le roi le plus âgé, offre l'or ; c'est toujours lui  qui est agenouillé devant Jésus. Inaltérable, l'or symbolise, depuis l’Antiquité, la puissance et le règne.

Gaspard vient ensuite, offrant l'encens. Incensum, en latin, signie « ce qui est brûlé ». L’encens est une résine aromatique qui brûle en dégageant une fumée odoriférante.

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— Gravure proposée comme source : Heures à l'usage de Romme, Paris, Philippe Pigouchet pour Simon Vostre, 1496 (et 1501)

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k54141t/f55.image.r=pigouchet

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Scène n° 12, Adoration des Mages, Tenture de la Vie de la Vierge, église Notre-Dame, Beaune. Photographie lavieb-aile.
Scène n° 12, Adoration des Mages, Tenture de la Vie de la Vierge, église Notre-Dame, Beaune. Photographie lavieb-aile.

Scène n° 12, Adoration des Mages, Tenture de la Vie de la Vierge, église Notre-Dame, Beaune. Photographie lavieb-aile.

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Je m'amuse à chercher devant toute Adoration des Mages la boucle d'oreille de Balthazar — le roi noir qui offre la myrrhe — . Et, bien-sûr, je la trouve. Elle stigmatise les "races" réprouvées, ou, du moins, elle en signale l'écart ou la marginalité par rapport à la "normalité".  Elle adopte ici la forme d'un grelot, accessoire des marottes des fous et des bonnets des drôles, dont le bruit est à l'antithèse des sons harmonieux, mais encadre le passage vers un monde à l'envers. 

Baume précieux produit à partir d'une résine rouge importée d'Arabie, la myrrhe était utilisée pour les noces et des ensevelissements. Dans l'Ancien Testament où elle est citée douze fois dont sept dans le Cantique des Cantiques, elle est liée à l'amour de Dieu. Elle entre dans la composition de l'huile d'onction sainte pour l'Arche d'Alliance et les prêtres (Ex 30, 22-38), pour parfumer le vêtement du Roi Messie (Ps 44, 9) ou pour décrire la Sagesse, parole du Très-Haut (Si 24, 15).(Article dans La Croix, 4 janvier 2014 . Elle est utilisée, selon Jean 19:39-40, pour l'embaumement du corps du Christ : 

"Nicodème, qui auparavant était allé de nuit vers Jésus, vint aussi, apportant un mélange d'environ cent livres de myrrhe et d'aloès. Ils prirent donc le corps de Jésus, et l'enveloppèrent de bandes, avec les aromates, comme c'est la coutume d'ensevelir chez les Juifs."

Le visage noir de Balthasar, sa boucle d'oreille et ce grelot ne sont donc pas tant des signes de mépris, que des éléments iconographiques visant à signaliser le domaine de la Mort.

 

Scène n° 12, Adoration des Mages, Tenture de la Vie de la Vierge, église Notre-Dame, Beaune. Photographie lavieb-aile.

Scène n° 12, Adoration des Mages, Tenture de la Vie de la Vierge, église Notre-Dame, Beaune. Photographie lavieb-aile.

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Scène n° 13. La présentation de Jésus au Temple.

–Fête liturgique le 2 février, 40 jours après la Nativité.

–Texte : Luc 2:22-38 : « Et lorsque furent accomplis les jours pour leur purification, selon la loi de Moïse, ils l'emmenèrent à Jérusalem pour le présenter au Seigneur. »

Marie présente Jésus au grand prêtre, et Joseph porte le couple de tourterelles offert pour le sacrifice. Une servante ou amie porte un cierge.  Siméon ne semble pas représenté ici.

 

— Gravure proposée comme source : Heures à l'usage de Romme, Paris, Philippe Pigouchet pour Simon Vostre, 1496 (et 1501)

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k54141t/f59.image.r=pigouchet

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Scène n° 13, Présentation de Jésus au Temple, Tenture de la Vie de la Vierge, église Notre-Dame, Beaune. Photographie lavieb-aile.

Scène n° 13, Présentation de Jésus au Temple, Tenture de la Vie de la Vierge, église Notre-Dame, Beaune. Photographie lavieb-aile.

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Scène n° 13, Présentation de Jésus au Temple, Tenture de la Vie de la Vierge, église Notre-Dame, Beaune. Photographie lavieb-aile.

Scène n° 13, Présentation de Jésus au Temple, Tenture de la Vie de la Vierge, église Notre-Dame, Beaune. Photographie lavieb-aile.

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Scène n° 14. La fuite en Égypte.

 Alarmé par la prédiction des mages, Hérode fait rechercher Jésus. Joseph reçoit en songe l'ordre de fuir en Égypte. Les statues des idoles s'écroulent sur leur passage.

Source : Matthieu 2:12-15

" Lorsqu'ils furent partis, voici, un ange du Seigneur apparut en songe à Joseph, et dit: Lève-toi, prends le petit enfant et sa mère, fuis en Égypte, et restes-y jusqu'à ce que je te parle; car Hérode cherchera le petit enfant pour le faire périr. Joseph se leva, prit de nuit le petit enfant et sa mère, et se retira en Égypte. Il y resta jusqu'à la mort d'Hérode, afin que s'accomplît ce que le Seigneur avait annoncé par le prophète: J'ai appelé mon fils hors d'Égypte."

Matthieu ne cite pas le nom du prophète; il s'agit d'Osée Os.11:1 :

"Quand Israël était jeune, je l'aimais, Et j'appelai mon fils hors d'Egypte. Mais ils se sont éloignés de ceux qui les appelaient; Ils ont sacrifié aux Baals, Et offert de l'encens aux idoles" 

Il s'agit encore d'une lecture typologique de la vie de Jésus tendant à prouver que le Christ accomplit les Écritures. 

« Le thème de l’accomplissement (plêroô) est essentiel à Mt, comme à Jn ; le verbe signifie révéler la plénitude de sens” que prend un événement ou une parole d’Écriture à la lumière de la vie et des paroles de Jésus. [...] Il ne s’agit donc pas d’abord d’une “prévision” qui se trouverait réalisée ou d’une “démonstration” de la cohérence du dessein divin. Il n’y a pas deux Alliances, l’une périmée et l’autre prenant sa place ; il n’y en a qu’une, qui manifeste son absolue nouveauté dans la révélation de Jésus, portée par toutes les attentes et les figures qui l’ont annoncé. "J. RADERMAKERS, Exposé « Le livre d’Isaïe et l’Évangile de Matthieu », IÉT, 4 juin 1991, cité par Marie-David WEILL, I.E.T. - Séminaire « Le Prophétisme » 2015-2016/2 3 juin 2016.

Aussi peut-on voir cette tenture, non pas comme un livre mural de belles images pieuses, mais comme le support d'une méditation théologique sur cet accomplissement christique.

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— Gravure proposée comme source : Heures à l'usage de Romme, Paris, Philippe Pigouchet pour Simon Vostre, 1496 (et 1501).

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k54141t/f63.item.r=pigouchet

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Scène n° 14, Fuite en Égypte , Tenture de la Vie de la Vierge, église Notre-Dame, Beaune. Photographie lavieb-aile.

Scène n° 14, Fuite en Égypte , Tenture de la Vie de la Vierge, église Notre-Dame, Beaune. Photographie lavieb-aile.

Bordure fleurie , rapace et faisan, Scène n° 14, Fuite en Égypte , Tenture de la Vie de la Vierge, église Notre-Dame, Beaune. Photographie lavieb-aile.

Bordure fleurie , rapace et faisan, Scène n° 14, Fuite en Égypte , Tenture de la Vie de la Vierge, église Notre-Dame, Beaune. Photographie lavieb-aile.

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Scène n° 14, Fuite en Égypte , Tenture de la Vie de la Vierge, église Notre-Dame, Beaune. Photographie lavieb-aile.

Scène n° 14, Fuite en Égypte , Tenture de la Vie de la Vierge, église Notre-Dame, Beaune. Photographie lavieb-aile.

Scène n° 14, Fuite en Égypte , Tenture de la Vie de la Vierge, église Notre-Dame, Beaune. Photographie lavieb-aile.
Scène n° 14, Fuite en Égypte , Tenture de la Vie de la Vierge, église Notre-Dame, Beaune. Photographie lavieb-aile.

Scène n° 14, Fuite en Égypte , Tenture de la Vie de la Vierge, église Notre-Dame, Beaune. Photographie lavieb-aile.

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La chute des idoles.

Plusieurs idoles païennes tombent de leur piédestal et se brisent au passage du Christ enfant. Ce détail iconographique, fréquemment repris par les artistes du Moyen Âge, s’inspire d’un épisode de l’Évangile du Pseudo-Matthieu, texte apocryphe qui décrit le voyage de la sainte Famille en l’agrémentant de nombreuses légendes. Le thème de la chute de l’idole lors de la Fuite en Égypte est lié à une riche tradition orale de l’Orient, et a été diffusé principalement par les apocryphes relatifs à l’Enfance de Jésus. Sa représentation apparaît dès le VIIIe siècle, et est répandue tant en Occident qu’en Orient.  L’épisode est d’abord figuré dans les peintures murales, les vitraux et les bas-reliefs d’églises, où il constitue un sujet indépendant. À partir du XIe siècle, il est massivement utilisé dans le domaine de l’enluminure, puis prend fréquemment place dans la peinture flamande des XVe et XVIe siècles. Ensuite, il est représenté de manière ponctuelle en peinture et en gravure jusqu’au XVIIIe siècle, époque à laquelle il tend à disparaître.

Sources :

 Le texte d’origine est l’Évangile du Pseudo-Matthieu, daté de la fin du VIe siècle au plus tôt, mais on ne dispose pas de manuscrit avant le XIe siècle. Il est connu notamment à travers le manuscrit du Livre de la Naissance de la Bienheureuse Marie et de l’Enfance du Sauveur, qui consacre huit chapitres à la Fuite en Égypte. Les chapitres 22 à 24 de l’Évangile du Pseudo-Matthieu décrivent la chute des idoles :

XXII. Joyeux et exultants, ils [la Sainte Famille] parvinrent dans la région d’Hermopolis et entrèrent dans une ville d’Égypte appelée Sotinen. N’y connaissant personne dont ils pussent recevoir l’hospitalité, ils entrèrent dans un temple appelé le « Capitole d’Égypte ». Dans ce temple se trouvaient 365 idoles auxquelles chaque jour on rendait des honneurs divins en des cérémonies sacrilèges. 

XXIII. Or il advint que lorsque la bienheureuse Vierge Marie entra dans le temple avec l’Enfant, toutes les idoles furent jetées à terre, si bien que toutes gisaient en morceaux, la face brisée, et ainsi leur néant fut prouvé. Ainsi fut accompli ce qui avait été dit par le prophète Isaïe : « Voici que le Seigneur viendra sur une nuée de lumière et entrera en Égypte, et tous les ouvrages faits de la main des Égyptiens trembleront à son aspect. » 

Le chapitre XXIII de l'Histoire de la Nativité de Marie et de l'Enfance du Sauveur est plus concis :

"Et il advint que lorsque la bienheureuse Marie avec son enfant entra dans le Temple, toutes les idoles tombèrent par terre sur leur face, et elles restèrent détruites et brisées (22). Ainsi fut accompli ce qu'avait dit le prophète Isaïe : « Voici que le Seigneur vient sur une nuée, et tous les ouvrages de la main des Égyptiens trembleront à son aspect. » 

Comme le souligne Gwendoline de Mûelenaere, "la scène de la chute des idoles au passage du Christ relève du même procédé [exégétique]: elle est née d’un texte prophétique de l’Ancienne Loi qu’il fallait justifier. L’exégèse médiévale explique cette scène comme la réalisation des prophéties d’Isaïe 19, 1 : « L’Éternel entrera en Égypte et les idoles crouleront devant sa face », et de Jérémie 43, 13 : « Il brisera les stèles de la maison du soleil qui est dans le pays d’Égypte et il brûlera les maisons des dieux d’Égypte ».

Cette relation avec les prophéties d'Isaïe est mentionnée dès 1173 par Pierre Le Mangeur dans son

 Historia scholastica, une compilation présentant toute l'histoire biblique depuis le paradis terrestre jusqu'à l'Ascension, et qui sera adaptée  en français vers la fin du XIIIe siècle, par Guiart des Moulins sous le nom de "Bible historiale" :

 "De fuga Dominii in Aegyptum : [...] Cumque ingrederetur Dominus in Aegyptum, corruerunt idola Aegypti, secundum Isaiam, qui ait: Ascendet Dominus nubem levem, et ingredietur Aegyptum, et movebuntur simulacra Aegypti (Isa. XIX) : "Oracle sur l'Egypte. Voici, l'Eternel est monté sur une nuée rapide, il vient en Egypte; Et les idoles de l'Egypte tremblent devant lui, Et le coeur des Egyptiens tombe en défaillance".  ."

 Entre le XIIe et le XIVe siècle, ces textes sont compilés avec des vies de saints et d’autres récits légendaires. Les plus connus sont le Miroir historial de Vincent de Beauvais (VI, chap. 93 ; vers 1230-1250) et la Légende Dorée  de Jacques de Voragine (chap. 10 ; vers 1260).

 "...ainsi la chute de différentes statues qui tombèrent en plusieurs autres lieux. Voici ce qu'on lit dans l’Histoire scholastique (ch. III, Tobie) : « Le prophète Jérémie venant en Egypte, après la mort de Godolias, apprit aux rois du pays que leurs idoles crouleraient quand une vierge enfanterait un fils." (Légende Dorée)  .

Dans l'exposition poétique de la 11e strophe de l'Acathiste à la Mère de Dieu on chante :

Projetant sur l’Égypte l’éclat de la vérité tu chassas les ténèbres de l’erreur.
Les idoles de ce pays, ô Sauveur, ne pouvant supporter ta puissance, tombèrent.
Et ceux qui en furent délivrés s’écrièrent à la mère de Dieu.

Quoique liée au culte orthodoxe —et acathiste fut chanté la première fois pour célébrer la protection que la Mère de Dieu offrit à la ville de Constantinople , lors de son siège en 626 — il est remarquable par son ancienneté, et par le fait qu'il est considéré comme un chef-d’œuvre littéraire et théologique  présentant la foi commune et universelle de l’Église des premiers siècles au sujet de la Vierge Marie. 

 

Il n'est pas indifférent de voir que les idoles soient nues, anthropomorphes, tiennent en main des lances –brisées– munis de fanions, qu'elles sont placées au sommet de colonnes, et qu'elles chutent par section du tronc à mi-corps, car ces différents éléments sont constitutifs de l'habitus iconographique.

Dans la scène n°14, la place principale est réservée à la figure attendrissante de Marie enlaçant son Fils emmitouflé, à Joseph portant sa poële à frire et à l'âne au regard amusé : une image pleine de familiarité qui a une fonction narrative (rappellant au fidèle ou au chanoine le récit évangélique et apocryphe) et une fonction émotionnelle et dévotionnelle  susceptible de faire naitre des sentiments de piété et d'identification. Au contraire, la chute des idoles, placée presque en arrière plan, est utilisée dans le cadre de la typologie, principe exégétique considérant les épisodes du Nouveau Testament comme des accomplissements de ce qu’annonce l’Ancienne Loi. Dans la tenture de la Vie de la Vierge de Reims, comme dans celle de la Chaise-dieu, cette fonction typologique est première, car chaque scène associe un épisode néo-testamentaire et sa préfiguration vétéro-testamentaire, reprenant les gravures de la  Biblia Pauperum.  L’effondrement des idoles égyptiennes y est mis en relation avec des représentations de la destruction du Veau d’or et la démolition de Dagon, le dieu-idole des Philistins, au passage de l’Arche d’Alliance (I Samuel 5, 2-4). Ou bien, dans le Speculum humanae salvationis, la Fuite en Égypte est combinée avec l’épisode de Moïse détruisant la couronne de Pharaon (tiré d’un midrash, méthode d’exégèse du texte biblique), et celui du songe de Nabuchodonosor, raconté par Daniel (1, 1-44). La pierre qui brise la statue composite dans le rêve du roi de Babylone préfigure le Christ détruisant les idoles, et le fait qu’elle tombe de la montagne « sans que main l’eut touchée » annonce la conception virginale de Marie. Ici, ces relations sont supposées être maîtrisées par les chanoines réunis dans le chœur, la fonction dévotionnelle est valorisée, et l'image des idoles n'est qu'un bref rappel typologique.

 

 

 

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Chute des idoles, Scène n° 14, Fuite en Égypte , Tenture de la Vie de la Vierge, église Notre-Dame, Beaune. Photographie lavieb-aile.

Chute des idoles, Scène n° 14, Fuite en Égypte , Tenture de la Vie de la Vierge, église Notre-Dame, Beaune. Photographie lavieb-aile.

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Scène n° 15. Le massacre des innocents.

– Fête le 28 décembre.

– texte : Matthieu 2:16-18 : « Alors Hérode, voyant qu'il avait été joué par les mages, se mit dans une grande colère, et il envoya tuer tous les enfants de deux ans et au-dessous qui étaient à Bethléem et dans tout son territoire, selon la date dont il s'était soigneusement enquis auprès des mages. "

 

Cette scène est peut-être marquée par l'influence du mystère du roi Hérode que les chanoines jouaient à Beaune, dans la nef de l'église, la veille de l'Epiphanie : chaque année, un chanoine était désigné pour jouer le rôle d'Hérode (en 1475, ce fut Jean des Forges), la veille de la Fête des Fous.  Mais ce serait oublier qu'elle figure dans la plupart des cycles de la Vie de Marie en dehors de Beaune.

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Scène n° 15, Massacre des Innocents, Tenture de la Vie de la Vierge, église Notre-Dame, Beaune. Photographie lavieb-aile.

Scène n° 15, Massacre des Innocents, Tenture de la Vie de la Vierge, église Notre-Dame, Beaune. Photographie lavieb-aile.

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Scène n° 15, Massacre des Innocents, Tenture de la Vie de la Vierge, église Notre-Dame, Beaune. Photographie lavieb-aile.

Scène n° 15, Massacre des Innocents, Tenture de la Vie de la Vierge, église Notre-Dame, Beaune. Photographie lavieb-aile.

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Scène n° 16. La Sainte Famille en Égypte.

 A la mort d'Hérode, un ange avertit Joseph qu'il peut regagner la Judée. Marie réchauffe Jésus devant la cheminée.

Sources proposées : La Vierge à la cheminée, Robert Campin, 1433 ; comparer notamment le chenet en crosse: 

https://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_des_%C5%93uvres_de_Robert_Campin#/media/File:Robert_Campin_009.jpg.

 

Scène n° 16, le Repos de la Sainte Famille en Égypte,   Tenture de la Vie de la Vierge, église Notre-Dame, Beaune. Photographie lavieb-aile.

Scène n° 16, le Repos de la Sainte Famille en Égypte, Tenture de la Vie de la Vierge, église Notre-Dame, Beaune. Photographie lavieb-aile.

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Scène n° 16, le Repos de la Sainte Famille en Égypte,   Tenture de la Vie de la Vierge, église Notre-Dame, Beaune. Photographie lavieb-aile.

Scène n° 16, le Repos de la Sainte Famille en Égypte, Tenture de la Vie de la Vierge, église Notre-Dame, Beaune. Photographie lavieb-aile.

Scène n° 16, le Repos de la Sainte Famille en Égypte,Tenture de la Vie de la Vierge, église Notre-Dame, Beaune. Photographie lavieb-aile.

Scène n° 16, le Repos de la Sainte Famille en Égypte,Tenture de la Vie de la Vierge, église Notre-Dame, Beaune. Photographie lavieb-aile.

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Scène n° 16, le Repos de la Sainte Famille en Égypte,Tenture de la Vie de la Vierge, église Notre-Dame, Beaune. Photographie lavieb-aile.

Scène n° 16, le Repos de la Sainte Famille en Égypte,Tenture de la Vie de la Vierge, église Notre-Dame, Beaune. Photographie lavieb-aile.

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Scène n° 17. La Dormition de la Vierge.

– Fête liturgique : l'Assomption le 15 août.

– Texte : Ap 2:10 ;  la Patristique.

 

 

 La Vierge (qui a les yeux ouverts) est entourée des 12 apôtres, parmi lesquels on reconnaît Jean (imberbe, en robe rouge, tenant une palme) et Pierre (qui bénit et tient un cierge) . Marie porte la guimpe, d'habitude réservée à sainte Anne pour signifier son statut de femme âgée.

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Gravure proposée comme source : Heures à l'usage de Romme, Paris, Philippe Pigouchet pour Simon Vostre, 1496 (et 1501) 

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k54141t/f67.item.r=pigouchet

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 Dormition, Tenture de la Vie de la Vierge, église Notre-Dame, Beaune. Photographie lavieb-aile.
 Dormition, Tenture de la Vie de la Vierge, église Notre-Dame, Beaune. Photographie lavieb-aile.

Dormition, Tenture de la Vie de la Vierge, église Notre-Dame, Beaune. Photographie lavieb-aile.

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Scène n° 18. Le couronnement de la Vierge.

 La Vierge reçoit sa couronne de Reine des Cieux d'un ange tandis qu'. elle est bénie par la Trinité : le Père, le Fils Sauveur montrant ses plaies et le Saint Esprit. Ils  apparaissent dans une mandorle de nuées festonnées où s'échelonnent des anges prosternés. 

Source :  un texte apocryphe attribué à Méliton, évêque de Sardes ; la Légende Dorée.

 Couronnement de la Vierge, Tenture de la Vie de la Vierge, église Notre-Dame, Beaune. Photographie lavieb-aile.

Couronnement de la Vierge, Tenture de la Vie de la Vierge, église Notre-Dame, Beaune. Photographie lavieb-aile.

 Tenture de la Vie de la Vierge, église Notre-Dame, Beaune. Photographie lavieb-aile.

Tenture de la Vie de la Vierge, église Notre-Dame, Beaune. Photographie lavieb-aile.

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Scène n° 19. St Hugues et le donateur.

Hugues Lecocq est présenté par St Hugues, abbé de Cluny.

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Scène n° 19. St Hugues et le donateur,  Tenture de la Vie de la Vierge, église Notre-Dame, Beaune. Photographie lavieb-aile.

Scène n° 19. St Hugues et le donateur, Tenture de la Vie de la Vierge, église Notre-Dame, Beaune. Photographie lavieb-aile.

 '.

L'archidiacre ou chanoine Hugues Lecocq a revêtu le surplis au dessus d'une robe écrue et longue. Ce surplis mérite un examen attentif pour discerner les motifs de dentelle dont il est fait.

Scène n° 19. St Hugues et le donateur,  Tenture de la Vie de la Vierge, église Notre-Dame, Beaune. Photographie lavieb-aile.

Scène n° 19. St Hugues et le donateur, Tenture de la Vie de la Vierge, église Notre-Dame, Beaune. Photographie lavieb-aile.

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Saint Hugues le présente, en robe de bénédictin, tenant la crosse, volute tournée au dehors et sudarium noué au bouton, privilèges des abbés réguliers. Une inscription indique :

Se hugo / abbas cluniac~ecis

...soit Sancte Hugo, abbas cluniacencis, Saint Hugues, abbé de Cluny.

Saint Hugues de Cluny, né le 13 mai 1024 à Semur-en-Brionnais et mort le 28 avril 1109 à Cluny, parfois appelé Hugues le Grand ou Hugues de Semur est le sixième abbé de Cluny, de 1049 à 1109, aprèsOdilon et avant Pierre le Vénérable. C'est grâce à lui –et aux armoiries – que le donateur a été identifié, et on pense donc que sa présence se justifie comme saint patron du donateur. Mais par ailleurs, selon la Légende Dorée, "on lit ( Pierre le Vénérable, De miraculis, liv. I, ch. XV.) que saint Hugues, abbé de Cluny, la veille de la Nativité du Seigneur, vit la bienheureuse vierge tenant son fils dans ses bras : « C'est, dit-elle, aujourd'hui le jour où les oracles des prophètes sont renouvelés. Où est maintenant cet ennemi qui avant ce jour était maître dés hommes ? » A ces mots, le diable sortit de dessous terre, pour insulter aux paroles de la madone, mais l’iniquité s'est mentie à elle-même, parce que, comme il parcourait tous les appartements, des frères, la dévotion le rejeta hors de l’oratoire, la lecture hors du réfectoire, les couvertures de bas prix hors du dortoir, et la patience hors du chapitre.  On lit encore, dans le livre de Pierre de Cluny, que, la veille de Noël, la bienheureuse vierge apparut à saint Hugues, abbé de Cluny, portant son fils et jouant avec lui en disant: « Mère, vous savez avec quelle joie l’Église célèbre aujourd'hui le jour de ma naissance, or où est désormais la force du diable? que peut-il dire et faire? » Alors le diable semblait se lever de dessous terre et dire : « Si je ne puis entrer dans l’église où l’on célèbre vos louanges, j'entrerai cependant au chapitre, au dortoir et au réfectoire. » Et il tenta de le faire; mais la porte du chapitre était trop étroite pour sa grosseur, la porte du dortoir trop basse pour sa hauteur, et la porte du réfectoire avait des barrières formées par la charité des servants, par l’avidité apportée à écouter la lecture, par la sobriété dans le boire et le manger, et alors il s'évanouit tout confus. " Légende Dorée, Nativité

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Scène n° 19. St Hugues et le donateur,  Tenture de la Vie de la Vierge, église Notre-Dame, Beaune. Photographie lavieb-aile.

Scène n° 19. St Hugues et le donateur, Tenture de la Vie de la Vierge, église Notre-Dame, Beaune. Photographie lavieb-aile.

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Inscription de datation

cette tappisserie fut faicte lan de grace mil V. C.

 

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Scène n° 19. St Hugues et le donateur,  Tenture de la Vie de la Vierge, église Notre-Dame, Beaune. Photographie lavieb-aile.

Scène n° 19. St Hugues et le donateur, Tenture de la Vie de la Vierge, église Notre-Dame, Beaune. Photographie lavieb-aile.

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Scène n° 19. St Hugues et le donateur,  Tenture de la Vie de la Vierge, église Notre-Dame, Beaune. Photographie lavieb-aile.

Scène n° 19. St Hugues et le donateur, Tenture de la Vie de la Vierge, église Notre-Dame, Beaune. Photographie lavieb-aile.

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Jesu, Verbum sum[m]y Patris,

Serva servos tuæ matris,

Solve reos, salva gratis,

Et nos tue claritatis

Cuumfigura glorie

"Jésus, Verbe du Père Très Haut, sauve ceux qui sont au service de ta Mère. Absouds les accusés, délivre les par ta grâce, et conforme nous à la clarté de ta gloire."

Cette appel à l'intercession de la Vierge  est la dernière strophe d'une "prose" de Beata  d'Adam de Saint-Victor (XIIe siècle), le Salve mater salvatoris, dont Léon Gautier assure qu' "A St Victor on chantait cette prose pour la Nativité. A Paris on la chantait dans les trois solennités suivantes :1°) In Annunciatione, post Pascha ; 2°) In Oct. Assumptionis ; 3°) In Oct. Nativitatis." Dans la composition du Salve mater salvatoris   le poète, en panne d'inspiration  face à une rime qui lui manquait, obtint que la Vierge Marie vienne lui souffler la rime  nobile triclinium présentant Marie comme réceptacle de la Trinité divine qui, par elle, prodigue son amour aux hommes. 

Adam est premier chantre  de la Cathédrale Notre-Dame de Paris dès 1107 et jusque 1133-1134 environ. Il fait don de sa prébende à la proche abbaye de Saint-Victor, sur la montagne Sainte-Geneviève et s'y retire ensuite, vers 1140, avant d'y mourir. Le musicien-poète  conçevait ses poèmes pour le chant et porta le genre de la séquence au plus haut degré de perfection formelle.  Ces poésies qui unissent mysticisme et réflexion théologique, visions symboliques et allégoriques, sont influencées par le mysticisme de Hugues de Saint-Victor, abbé de 1125 à 1140. 

 

 

ANNEXE.

La tenture de Notre-Dame de Beaune, étude d'Alain Erlande-Brandenburg.

"Le cartonnier a prévu dans la partie inférieure de chaque tapisserie une longue bande de couleur foncé d'où s'échappe une prodigieuse quantité de fleurs dans lesquelles viennent se perdre quelques volatiles. Ce décor est trop à la mode à cette époque pour que l'on s'en étonne. Plus rare, en revanche, est le cadre dans lequel s'inscrit chaque scène. Les colonnes ornées de carrés posés sur la pointe dans laquelle s'inscrit un décor et l'arc surbaissé qu'elles supportent évoquent le portique de l'aile Louis XII, à Blois, alors en pleine construction. On y retrouve également ces hautes bases à la modénature identique. En revanche, les chapiteaux sur la tenture conservent sur la corbeille un décor de feuillages. Il ne pouvait être question d'adapter les motifs italianisants et laïcs dans une tenture d'inspiration religieuse.

Le décor intérieur, les paysages où se détachent quelques châteaux fantaisistes sont ceux que l'on trouve habituellement dans les tapisseries de l'époque. Il faut cependant souligner dans cinq cas l'existence d'un tissu bleu tendu sur le fond de la scène et qui forme un fond abstrait. Pour en rompre la monotonie, l'artiste a pris soin de souligner les pliures du repassage.

Il faut noter aussi les recherches de perspective, encore maladroites. Dans les scènes intérieures, elle est obtenue grâce à l'effet de fuite donné par le carrelage ; dans les scènes extérieures, par la montée du paysage ; enfin, dans la Présentation au Temple, par la disposition de l'escalier.

Un soin très particulier a été apporté au traitement de la nature. La Visitation se situe dans un cadre magnifique légèrement montueux où l'herbe verte de la prairie tranche violemment sur les pentes abruptes des collines. Des monuments plus ou moins imaginaires ferment la scène en se détachant sur un ciel d'un bleu merveilleux. Les scènes de la Vierge se rendant à la maison de son époux et de la Fuite en Egypte ne le cèdent en rien ; sur la première, les coloris délicats tranchent vigoureusement sur les couleurs beaucoup plus soutenues des vêtements.

Les défaillances du cartonnier se manifestent dans le traitement des personnages : proportions trapues, attitude maladroite, gestes engoncés, visages allongés et sans grande expression nous assurent qu'Hugues Le Coq ne s'était pas adressé à un artiste de premier plan ; quoi qu'il en soit, son art n'a rien de commun avec celui de Pierre Spiere.

Les vêtements aux plis cassés et lourds où les effets d'ombre sont fortement soulignés par des battages évoquent irrésistiblement l'art du Nord. Dans La Visitation, la robe de sainte Elisabeth est traitée comme une sculpture brabançonne avec ce bosselage si étonnant donné aux vêtements. D'ailleurs, le costume est celui que l'on trouve habituellement dans la peinture flamande. C'est à un peintre issu de ce milieu artistique qu'Hugues III Le Coq s'est adressé pour exécuter les cartons de la Vie de la Vierge.

Les maladresses soulignées ont été masquées en grande partie par le prodigieux coloris qui a conservé toute sa fraîcheur : les bleus sont rompus par des rouges tout aussi intenses. On remarque même l'emploi de couleurs assez rares comme dans l'Assomption, où un jaune légèrement passé, un vert olive et un bleu violacé créent une magnique harmonie. La palette apparaît assez riche pour une tapisserie d'aussi médiocres dimensions. On en tire la preuve que la tenture a été exécutée dans un atelier assez important pour offrir une telle variété de laines colorées. Cette remarque ne suffit cependant pas à se décider pour un centre quelconque que seul un document permettrait de préciser. On peut néanmoins affirmer qu'il devait se trouver situé dans une des villes des Pays-Bas du Sud dont on connaît la fébrile activité en ce domaine." (Alain Erlande-Brandenburg, 1976)

 

 

 

 

 

 

 

 

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SOURCES ET LIENS.

 

— ARMINJON (Catherine)  Les tapisseries de chœur : un patrimoine exceptionnel . Conférence 

http://www.abbaye-chaise-dieu.com/les-tapisseries-de-choeur-un.html?lang=en

— ARMINJON (Catherine), 2004,  Saints de chœurs: tapisseries du moyen âge et de la renaissance : [Toulouse, Ensemble conventuel des jacobins, 24 avril-31 août 2004; Aix-en-Provence, Musée des tapisseries, septembre 2003-décembre 2004; Caen, Musée de Normandie, janvier-mai 2005, 5 continents, 191 pages.

— BACRI (Jacques) La tenture de la vie de la Vierge de Notre-Dame de Beaune et son cartonnier Pierre Spiere: peintre bourguignon du XVe siècle 1958 - 3 pages

BRELAUD( J.-P. ), 1997, Les chanoines de la collégiale Notre-Dame de Beaune au XVe siècle, mémoire de Maîtrise d'histoire, Université de Bourgogne, 1997, t. II, p. 97, n° 232. ou  Recueil des travaux du Centre beaunois d’études historiques, 17 (1999), p. 9-77. 

— CHABEUF (Henri ), 1896, « Les Tapisseries de l'église Notre-Dame de Beaune ». Dijon : imprimerie Jobard, 1896 [extrait des Mémoires de la Commission des antiquités du département de la Côte-d'Or] OU Revue de l'Art Chrétien, 1900, t.II, p. 193-205.

https://archive.org/stream/revuedelartchr1900lill#page/192/mode/2up

 — ERLANDE- BRANDENBURG (  Alain), 1976, "La tenture de la Vie de la Vierge à Notre-Dame de Beaune". In: Bulletin Monumental, tome 134, n°1, année 1976. pp. 37-48; doi : 10.3406/bulmo.1976.2659 http://www.persee.fr/doc/bulmo_0007-473x_1976_num_134_1_2659

— FROMAGET (Brigitte), Judith Kagan, Martine Plantec, 1994, La Tenture de la vie de la Vierge: Collégiale de Beaune, Côte d'Or,  Inventaire général des monuments et des richesses artistiques de la France, [Service régional de Bourgogne]   Images du patrimoine, 48 pages ISSN 0299-1020

 

 

GANDELOT (L.), 1772, Histoire de la ville de Beaune et de ses antiquités

— HAMADACHE (Ali) 2014, blog Tapisserie de la Vierge à Beaune (Bourgogne) :

http://amidache72.blogspot.fr/2014/02/tapisserie-de-la-vierge-beaune-bourgogne.html

 

— MOINGEON-PERRET (Geneviève), Christiane PRELOT-LEVERT, 1988,

Les tapisseries de Notre-Dame de Beaune,
Recueil des travaux du Centre beaunois d'études historiques, tome 7, 1988, 149 pages, p. 15-59  

—MÛELENAERE (Gwendoline de  ), 2009, La chute des idoles lors de la fuite en Égypte . Analyse iconographique d'un récit apocryphe.

http://www.koregos.org/fr/gwendoline-de-muelenaere_la-chute-des-idoles-lors-de-la-fuite-en-egypte/2072/

— REVEILLON ( Élisabeth) 2002,. Un nouveau jalon pour la carrière d'Antoine Le Moiturier en Bourgogne : le jubé de Notre-Dame de Beaune. In: Bulletin Monumental, tome 160, n°3, année 2002. pp. 299-304; doi : 10.3406/bulmo.2002.1131

http://www.persee.fr/doc/bulmo_0007-473x_2002_num_160_3_1131 

— WEIGERT (Laura) Weaving Sacred Stories: French Choir Tapestries and the Performance of ...

 

— WEIGERT (Laura), Les tapisseries de La Chaise-Dieu, entre messe et mystères 

Conférence de madame Laura Weigert, Professeur, Rutgers University, Princeton (USA)

— La collégiale Notre-Dame de Beaune: Côte-d'or. Éditions du patrimoine, 1997 - 63 pages

— Sur l'église Notre-Dame : http://www.bourgogneromane.com/edifices/beaune.htm

— Base Palissy : 

http://www.culture.gouv.fr/public/mistral/palissy_fr?ACTION=CHERCHER&FIELD_98=WEB&VALUE_98=VISPAL-BEAUNE-COLLEGIALE-TAPISSERIE

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Published by jean-yves cordier - dans Tentures Beaune
21 mai 2016 6 21 /05 /mai /2016 08:02

Les vitraux (1954-1978) de Jacques Le Chevallier de l'église Notre-Dame du Cap Lihou de Granville. L'Arbre de Jessé (1954).

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— Dans la région granvillaise, voir aussi:

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Jacques Le Chevallier (1896-1987) est l'un de nos plus grands verriers français vitraillistes du 20e siècle dans son atelier de Fontenay-aux-Roses. On lui doit "les vitraux d'églises (Notre-Dame-des-Otages, Église Sainte-Jeanne-d'Arc du Touquet-Paris-Plage) et de chapelles en France, en Belgique et en Suisse (Doullens, La Roche-Posay, Condé-sur-Noireau, Saint-Hilaire-du-Harcouët, Bourg-en-Bresse, Notre-Dame du Cap Lihou de Granville) et des cathédrales (Notre-Dame de Paris, Saint-Maurice d'Angers, Saint-Pierre de Beauvais, Saint-Jean de Besançon,Saint-Étienne de Toulouse, Cathédrale Notre-Dame de Laon, Cathédrale Saint-Gervais-et-Saint-Protais de Soissons). Il travaille également à l'étranger dans le cadre de la seconde Reconstruction. Peuvent être ainsi citées les verrières de la basilique d'Echternach, celles de la tribune de la cathédrale Notre-Dame de Luxembourg (où il a déjà travaillé en 1937 avec l'atelier Barillet) et l'ensemble des verrières de Notre-Dame de Trèves (Liebenfraukirche), comparé à une "véritable tapisserie" (commission d'art sacré et de reconstruction en Rhénanie-Palatinat)"(Wikipédia).

J'ai déjà présenté dans ce blog les vitraux de l'église de Gouesnou par Le Chevallier:

Je poursuis mon tour de France des Arbres de Jessé à Granville. Je présenterai des vues générales de l'église Notre-Dame du Cap Lihou, l'ensemble des vitraux de Le Chevallier, et enfin l'orgue.

Voir aussi dans ce blog lavieb-aile les articles consacrés aux Arbres de Jessé de Bretagne:

Les sculptures :

Et les vitraux :

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Et en comparaison avec les œuvres bretonnes :

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I. Présentation.

En septembre 1944, deux obus sont tombés sur le parvis de l'église et ont fait exploser les vitraux anciens. De nouveaux vitraux ont été réalisés de 1954 à 1978, composant le plus grand ensemble de verrières contemporaines de la Manche. Jacques Le Chevallier en a réalisé les cartons ET les vitraux. On en souligne les influences du cubisme et du fauvisme.

En 2012, "Sur les cinquante-deux vitraux, 11 baies sont à rénover d'urgence, 19 sont dans un état médiocre et 14 dans un état passable. Deux vitraux en baie ont été refaits en septembre 2011. " Certains ont été restaurés en 2011 sous la direction de  François Pougheol, Architecte du Patrimoine par Henri Helmbold, Maître verrier à CORPS-NUDS (35) et jusqu'en 2015. Les vitraux des chapelles du transept sont en cours de restauration (2016). 

Le plan est emprunté à la plaquette proposée par le site officiel de Granville :

http://www.ville-granville.fr/iso_album/eglise_panneau_leger.pdf

 

 

Plan de l'église, source : http://www.ville-granville.fr/iso_album/eglise_panneau_leger.pdf

Plan de l'église, source : http://www.ville-granville.fr/iso_album/eglise_panneau_leger.pdf

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1. Le chœur.

La construction du chœur a débuté en 1628 pour s'achever en 1641, année d'édification du déambulatoire. 

 

Chœur de l'église Notre-Dame du Cap Lihou, Granville, photographie lavieb-aile.

Chœur de l'église Notre-Dame du Cap Lihou, Granville, photographie lavieb-aile.

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Chœur de l'église Notre-Dame du Cap Lihou, Granville, photographie lavieb-aile.

Chœur de l'église Notre-Dame du Cap Lihou, Granville, photographie lavieb-aile.

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Vue du chœur vers la nef ; église Notre-Dame du Cap Lihou, Granville, photographie lavieb-aile.

Vue du chœur vers la nef ; église Notre-Dame du Cap Lihou, Granville, photographie lavieb-aile.

Les dix vitraux du déambulatoire  sont consacrés à la Vie de Marie et à saint Jean-Baptiste et furent réalisés entre 1954 et 1959 à la demande du chanoine Hyernard, curé de l'église. Ce sont des baies de forme ogivale, divisées en deux lancettes cintrées (de 4 panneaux chacun) et un tympan de deux mouchettes. On les parcourt, depuis la porte d'entrée au nord, dans une suite qui est hétéroclite sur le plan théologique et débute par l' Annonce à Zacharie pour passer à l'Assomption.

Il me semble donc nécessaire d'adopter un autre ordre et de débuter par la baie axiale.

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L'arbre de Jessé.

La Baie axiale n°0 est consacrée, comme dans la cathédrale de Saint-Denis et les grandes cathédrales médiévales, à l'Arbre de Jessé, proclamant de manière kérigmatique que la naissance du Christ Sauveur et Rédempteur et la virginité de Marie  accomplissent les Écritures, en l'occurence le verset d'Isaïe inscrit sur le vitrail : "UN REJETON SORT DU TRONC DE JESSÉ. UNE FLEUR POUSSE DE SES RACINES. ET L'ESPRIT DU SEIGNEUR Y REPOSE. ISAÏE 11:1.

Inscription de la lancette de droite : J. Chevallier 1954. Don des pélerins de Chartres. 9 mai 1954.

Inscription de la lancette de gauche : Don des Granvillais de Paris.

 

 
Arbre de Jessé, Jacques Le Chevallier, vitrail du déambulatoire, chœur de l'église Notre-Dame du Cap Lihou, Granville, photographie lavieb-aile.

Arbre de Jessé, Jacques Le Chevallier, vitrail du déambulatoire, chœur de l'église Notre-Dame du Cap Lihou, Granville, photographie lavieb-aile.

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Jessé est allongé, accoudé, main droite sous la joue dans la posture du songeur. Le tronc vert d'un arbre prend naissance de son ventre.

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Jessé, in Arbre de Jessé, Jacques Le Chevallier, vitrail du déambulatoire, chœur de l'église Notre-Dame du Cap Lihou, Granville, photographie lavieb-aile.

Jessé, in Arbre de Jessé, Jacques Le Chevallier, vitrail du déambulatoire, chœur de l'église Notre-Dame du Cap Lihou, Granville, photographie lavieb-aile.

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Puis viennent, installés dans les branches, trois des rois de Juda cités par Matthieu et par Luc dans la Généalogie de Jésus (Mt 1:1-17 et Lc 3:23-28). Seul David, fils de Jessé, à droite, est identifiable par sa harpe de psalmiste. Les deux autres peuvent être Salomon et Roboam.

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Arbre de Jessé, Jacques Le Chevallier, vitrail du déambulatoire, chœur de l'église Notre-Dame du Cap Lihou, Granville, photographie lavieb-aile.

Arbre de Jessé, Jacques Le Chevallier, vitrail du déambulatoire, chœur de l'église Notre-Dame du Cap Lihou, Granville, photographie lavieb-aile.

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A gauche, deux autres rois de Juda, couronnés, tenant un sceptre : imaginons-les comme Abia et Asa, successeur des rois précédents. Au dessus de leur tête, l'étoile de David.

A droite, la Vierge dans une mandorle, nimbée mais non couronnée, la tête couverte du voile bleu de son manteau, et tenant dans ses bras l'Enfant. Celui-ci porte le nimbe rouge crucifère, il fait face au fidèle, et le bénit.

Arbre de Jessé, Jacques Le Chevallier, vitrail du déambulatoire, chœur de l'église Notre-Dame du Cap Lihou, Granville, photographie lavieb-aile.

Arbre de Jessé, Jacques Le Chevallier, vitrail du déambulatoire, chœur de l'église Notre-Dame du Cap Lihou, Granville, photographie lavieb-aile.

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Le tympan comporte les Tables de la Loi (l'Ancienne Alliance) à gauche, avec ses dix commandements du Décalogue et à droite le chandelier dont les sept branches font brûler un feu orange et jaune.

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Arbre de Jessé, Jacques Le Chevallier, vitrail du déambulatoire, chœur de l'église Notre-Dame du Cap Lihou, Granville, photographie lavieb-aile.

Arbre de Jessé, Jacques Le Chevallier, vitrail du déambulatoire, chœur de l'église Notre-Dame du Cap Lihou, Granville, photographie lavieb-aile.

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Pour poursuivre en toute logique notre visite, il faut passer alternativement à droite et à gauche de cette baie centrale ; si on suit la numérotation des baies adoptée par le Corpus Vitrearum (n°pair au sud, impair au nord), cela se fait en toute logique de la baie n°1 à la baie n° 8. Sur place, c'est plus compliqué.

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Baie n°1. Annonciation.

 

JE VOUS SALUE MARIE PLEINE DE GRACE / LE SEIGNEUR EST AVEC VOUS.

Inscription commémorative : En souvenir des familles  Lefebvre,  Letourneur-Hugon, et Guérard"

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Annonciation, Jacques Le Chevallier, vitrail du déambulatoire, chœur de l'église Notre-Dame du Cap Lihou, Granville, photographie lavieb-aile.

Annonciation, Jacques Le Chevallier, vitrail du déambulatoire, chœur de l'église Notre-Dame du Cap Lihou, Granville, photographie lavieb-aile.

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Baie n°2.   Présentation de Marie au Temple.

 Ce jour là, un confessionnal venait masquer en partie le vitrail. 

 

 

Présentation de Marie au Temple, Jacques Le Chevallier, vitrail du déambulatoire, chœur de l'église Notre-Dame du Cap Lihou, Granville, photographie lavieb-aile.

Présentation de Marie au Temple, Jacques Le Chevallier, vitrail du déambulatoire, chœur de l'église Notre-Dame du Cap Lihou, Granville, photographie lavieb-aile.

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Baie n°3. Nativité.

QUE LA NAISSANCE DE VOTRE FILS NOUS LIBÈRE / NOUS QUE TIENT ASSERVIS LE PÉCHÉ.

Au tympan : couronne, corbeille de pain, cruche de vin.

Inscription de donation : Melles SIMON en souvenir de la famille Pigeon-Litan.

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Nativité, Jacques Le Chevallier, vitrail du déambulatoire, chœur de l'église Notre-Dame du Cap Lihou, Granville, photographie lavieb-aile.

Nativité, Jacques Le Chevallier, vitrail du déambulatoire, chœur de l'église Notre-Dame du Cap Lihou, Granville, photographie lavieb-aile.

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Baie n°4. Visitation.

MON ÂME GLORIFIE LE SEIGNEUR. / VOUS ÊTES BENIE ENTRE LES FEMMES.

Inscription de donation :En souvenir de la famille P. Gehin.

 

Visitation, Jacques Le Chevallier, vitrail du déambulatoire, chœur de l'église Notre-Dame du Cap Lihou, Granville, photographie lavieb-aile.

Visitation, Jacques Le Chevallier, vitrail du déambulatoire, chœur de l'église Notre-Dame du Cap Lihou, Granville, photographie lavieb-aile.

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Baie n°5. Assomption.

La Vierge est placée dans une mandorle, entourée de 12 étoiles (allusion à la Femme de l'Apocalypse Ap. 12, couronnée, surmontée dans le tympan par la colombe nimbée de l'Esprit Saint. Trois anges la vénèrent.

LES ANGES SE REJOUISSENT ET LOUENT DIEU. / MARIE A ETE ELEVEE AU CIEL.

Inscription de donation : En souvenir des familles Schmitz, Daguenet et Cambernon

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Assomption, Jacques Le Chevallier, vitrail du déambulatoire, chœur de l'église Notre-Dame du Cap Lihou, Granville, photographie lavieb-aile.

Assomption, Jacques Le Chevallier, vitrail du déambulatoire, chœur de l'église Notre-Dame du Cap Lihou, Granville, photographie lavieb-aile.

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Baie n° 6.  Cantique de Siméon. 

CAR MES YEUX ONT VU VOTRE SALUT / QUE VOUS AVEZ PREPARÉ A LA FACE DES PEUPLES.

— Inscription commémorative : à gauche : En souvenir de la famille JOLLIOT DE LA MORANDIERE. A droite : En souvenir de la famille P. LE TENNEUR.

Léon Julliot de La Morandière, né à Granville le 9 septembre 1885, décédé à Paris le 16 octobre 1968 a été doyen de la faculté de droit de Paris en 1944 et présida à la commission de réforme du Code civil en 1945. Pendant la Seconde Guerre mondiale, il devint résistant et intègra le réseau Combat.

Son frère Charles Julliot de La Morandière (1887-1971), est un historien de la Manche qui fut conservateur du musée du Vieux Granville et présida la Société d'archéologie de Granville. Il est l'auteur d' Histoire de Granville, Impr. Colas, 1947, réédition librairie Roquet, 1986, et de l'Histoire de la pêche française de la morue dans l'Amérique septentrionale des origines à 1789, 2 vol., éd. GP Maisonneuve, 1962

 

— Signature : J. LE CHEVALLIER 1956.

 

Selon un principe déjà remarqué, la représentation très habituelle des scènes de la Vie de Marie  (ici, la Présentation de Jésus au Temple) est remplacée par celle de cantiques ou de prières inspirées du passage des évangiles correspondant.

 

"Et voici, il y avait à Jérusalem un homme appelé Siméon. Cet homme était juste et pieux, il attendait la consolation d'Israël, et l'Esprit Saint était sur lui.  Il avait été divinement averti par le Saint Esprit qu'il ne mourrait point avant d'avoir vu le Christ du Seigneur.  Il vint au temple, poussé par l'Esprit. Et, comme les parents apportaient le petit enfant Jésus pour accomplir à son égard ce qu'ordonnait la loi, il le reçut dans ses bras, bénit Dieu, et dit: Maintenant, Seigneur, tu laisses ton serviteur S'en aller en paix, selon ta parole. Car mes yeux ont vu ton salut, Salut que tu as préparé devant tous les peuples, Lumière pour éclairer les nations, Et gloire d'Israël, ton peuple. Siméon les bénit, et dit à Marie, sa mère: Voici, cet enfant est destiné à amener la chute et le relèvement de plusieurs en Israël, et à devenir un signe qui provoquera la contradiction, et à toi-même une épée te transpercera l'âme, afin que les pensées de beaucoup de cœurs soient dévoilées  " Luc 2:22-35

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Cantique de Siméon, Jacques Le Chevallier, vitrail du déambulatoire, chœur de l'église Notre-Dame du Cap Lihou, Granville, photographie lavieb-aile.

Cantique de Siméon, Jacques Le Chevallier, vitrail du déambulatoire, chœur de l'église Notre-Dame du Cap Lihou, Granville, photographie lavieb-aile.

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Baie n°7. Annonce à Zacharie de la naissance de saint Jean-Baptiste, cousin de Jésus.

 L'inscription indique : Elisabeth enfantera un fils Tu l'appelleras Jean. Il ramènera de nombreux fils au Seigneur leur Dieu.

Citation de  Luc 1.13-64 « Alors un ange du Seigneur apparut à Zacharie, et se tint debout à droite de l'autel des parfums. Zacharie fut troublé en le voyant, et la frayeur s'empara de lui. Mais l'ange lui dit : Ne crains point, Zacharie, car ta prière a été exaucée. Ta femme Élisabeth t'enfantera un fils, et tu lui donneras le nom de Jean. Il sera pour toi un sujet de joie et d'allégresse, et plusieurs se réjouiront de sa naissance. Car il sera grand devant le Seigneur. Il ne boira ni vin, ni liqueur enivrante, et il sera rempli de l'Esprit Saint dès le sein de sa mère ; il ramènera plusieurs des fils d'Israël au Seigneur, leur Dieu ; il marchera devant Dieu avec l'esprit et la puissance d'Élie, pour ramener les cœurs des pères vers les enfants, et les rebelles à la sagesse des justes, afin de préparer au Seigneur un peuple bien disposé. » 

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Annonce à Zacharie , Jacques Le Chevallier, vitrail du déambulatoire, chœur de l'église Notre-Dame du Cap Lihou, Granville, photographie lavieb-aile.

Annonce à Zacharie , Jacques Le Chevallier, vitrail du déambulatoire, chœur de l'église Notre-Dame du Cap Lihou, Granville, photographie lavieb-aile.

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Baie n°8. Déposition. Saint Jean et la Vierge éplorée devant le Christ déposé de la Croix.

 

O COMBIEN DOULOUREUSE ET COMBIEN AFFLIGEE / CETTE MÈRE BENIE DU FILS DE DIEU.

Ce texte renvoie à la 3e strophe du Stabat Mater :

O quam tristis et afflicta
fuit illa benedicta
Mater Unigeniti.
 

Inscription de donation : Don des paroissiens 1955.

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Vierge de Pitié, Jacques Le Chevallier, vitrail du déambulatoire, chœur de l'église Notre-Dame du Cap Lihou, Granville, photographie lavieb-aile.

Vierge de Pitié, Jacques Le Chevallier, vitrail du déambulatoire, chœur de l'église Notre-Dame du Cap Lihou, Granville, photographie lavieb-aile.

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La baie du coté nord qui viendrait maintenant a été supprimée pour ouvrir la sacristie construite en 1771. Nous enchaînons au sud avec la dernière baie à deux lancettes :

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Baie n°10. Prédication de Jean-Baptiste.

VOICI CELUI QUI CRIE DANS LE DESERT : PREPAREZ LA VOIE DU SEIGNEUR.

Citation de l'évangile de Jean : Jn 1:23 : "Que dis-tu de toi-même? ---Moi? répondit-il, je suis cette voix dont parle le prophète Esaïe, la voix de quelqu'un qui crie dans le désert: Préparez le chemin pour le Seigneur".

 

Inscription commémorative : Souvenir des familles LE HUGEUR LECOCQ et Y.M. VESVAL.

Adeline Le Hugeur était la belle-mère du docteur  Vesval. Yves-Marie Vesval était le fils du docteur Vesval.

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Prédication de Jean-Baptiste, Jacques Le Chevallier, vitrail du déambulatoire, chœur de l'église Notre-Dame du Cap Lihou, Granville, photographie lavieb-aile.

Prédication de Jean-Baptiste, Jacques Le Chevallier, vitrail du déambulatoire, chœur de l'église Notre-Dame du Cap Lihou, Granville, photographie lavieb-aile.

 

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Baie n° 10. Le martyre de saint Jean-Baptiste.

NOUS VOUS OFFRONS CE PRESENT SEIGNEUR EN L'HONNEUR DE LA PASSION DE VOTRE MARTYR JEAN-BAPTISTE POUR OBTENIR LE SALUT PAR SON INTERCESSION.

On y voit la décollation de Jean-Baptiste, puis la tête du martyr présentée par Salomé à Hérode.

Inscription commémorative : A la mémoire des familles PONEE, GOSSE, BLONDEL.
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Martyre de Jean-Baptiste, Jacques Le Chevallier, vitrail du déambulatoire, chœur de l'église Notre-Dame du Cap Lihou, Granville, photographie lavieb-aile.

Martyre de Jean-Baptiste, Jacques Le Chevallier, vitrail du déambulatoire, chœur de l'église Notre-Dame du Cap Lihou, Granville, photographie lavieb-aile.

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Conclusion.

Il me semble que nous sommes ici très loin d'une "Bible d'image" ou d'une succession narrative d'images  illustrant la Vie de Marie et celle de saint Jean par des images d'Epinal stéréotypées. Le choix du peintre est le reflet vraisemblable de celui du commanditaire.

Que sait-on de ce dernier ? L'abbé Georges Hyernard, doyen de Granville et curé de Notre-Dame du Cap Lihou,  a été vicaire à la Basilique Sainte-Trinité de Cherbourg en 1929-1932, puis secrétaire particulier de l'évêque de Coutances en 1931. Il est alors particulièrement impliqué auprès de la jeunesse, et en 1940, c'est lui qui lance  le scoutisme dans la Manche. Il est l'auteur de :

  •  Notre-Dame du Voeu: une abbaye, une paroisse: VIII siècles d'histoire, 1145-1985 .
  •  « Monseigneur de Beauvais, évêque de Senez (1731-1790) » Mémoires Vol. 31 : Figures cherbourgeoises, Société nationale académique de Cherbourg, 1995
  • Vie de Barthélemy Picquerey (1609-1685), prêtre de Cherbourg, par le chanoine Georges Hyernard 
  •  Le Bienheureux Thomas Hélye. Prêtre de Biville. Vie et miracles. Presses de la Dépêche, Cherbourg 1985.

​L'Annonciation, la Nativité, la Présentation de Marie au Temple et la Visitation sont encore inspirés des poncifs, mais une place importante est donnée aux prières et affirmations chrétiennes. Les symboles placés dans le tympan commentent ces scènes, qui sont autant de fêtes du calendrier de l'Église. Par contre, l'Assomption développe un parallèle avec la Femme du Livre de l'Apocalypse ; la Présentation de Jéus au Temple est remplacé par le Cantique de Siméon, et en particulier par les versets prophétiques ; l'Annonce à Zacharie retient également la prophétie de la naissance de Jean ; la Déposition se concentre sur la citation du Stabat Mater ; la Prédication de Jean-Baptiste, sur "la voix qui crie dans le désert". En somme, la priorité n'est pas donnée à l'image, mais à l'illustration de la parole, dans ses fonctions prophétiques, proclamatives et exclamatives. C'est déjà par une prophétie, celle d'Isaïe sur le rejeton sortant du tronc de Jessé, que le cycle débute, puis il se développe en une arborescence à deux branches (les cotés nord et sud du déambulatoire) pour faire croître cette parole et en attester la réalisation par les témoignages oraux des saints protagonistes. 

Sur le plan stylistique, on notera que ces paroles des prières utilisent, pour s'adresser à Dieu ou à la Vierge le vouvoyement qui était en vigueur avant le concile Vatican II, et donc avant 1965.

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LES BAIES DES PROPHÈTES ET APÔTRES.

 

Elles éclairent la partie centrale du chœur entre le transept et l'abside. Je vais conserver ma description en zig-zag du nord au sud, la seule cohérente. On compte deux baies à deux lancettes au nord, et des baies à trois lancettes trilobées et réseaux. 

Baie n°9. Saint Marc, saint Pierre et saint Jean.

 

Saint Marc, saint Pierre et saint Jean, par Jacques Le Chevallier, vitrail du déambulatoire, chœur de l'église Notre-Dame du Cap Lihou, Granville, photographie lavieb-aile.

Saint Marc, saint Pierre et saint Jean, par Jacques Le Chevallier, vitrail du déambulatoire, chœur de l'église Notre-Dame du Cap Lihou, Granville, photographie lavieb-aile.

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Baie n°12. Saint Luc, saint Paul et saint Mathieu.

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Saint Luc, saint Paul et saint Mathieu, par Jacques Le Chevallier, vitrail du déambulatoire, chœur de l'église Notre-Dame du Cap Lihou, Granville, photographie lavieb-aile.

Saint Luc, saint Paul et saint Mathieu, par Jacques Le Chevallier, vitrail du déambulatoire, chœur de l'église Notre-Dame du Cap Lihou, Granville, photographie lavieb-aile.

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Baie n°11. David, Isaïe et Ezéchiel.

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David, Isaïe et Ezéchiel,  par Jacques Le Chevallier, vitrail du déambulatoire, chœur de l'église Notre-Dame du Cap Lihou, Granville, photographie lavieb-aile.

David, Isaïe et Ezéchiel, par Jacques Le Chevallier, vitrail du déambulatoire, chœur de l'église Notre-Dame du Cap Lihou, Granville, photographie lavieb-aile.

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Baie n°14. Daniel, Jérémie et Salomon.

Signature sous Isaïe : J. LE CHEVALLIER, PEINTRE-VERRIER, 1959.

 

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Daniel, Jérémie et Salomon, par Jacques Le Chevallier, vitrail du déambulatoire, chœur de l'église Notre-Dame du Cap Lihou, Granville, photographie lavieb-aile.

Daniel, Jérémie et Salomon, par Jacques Le Chevallier, vitrail du déambulatoire, chœur de l'église Notre-Dame du Cap Lihou, Granville, photographie lavieb-aile.

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Baie n°13. Abraham et Moïse.

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Abraham et Moïse par Jacques Le Chevallier, vitrail du déambulatoire, chœur de l'église Notre-Dame du Cap Lihou, Granville, photographie lavieb-aile.

Abraham et Moïse par Jacques Le Chevallier, vitrail du déambulatoire, chœur de l'église Notre-Dame du Cap Lihou, Granville, photographie lavieb-aile.

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Baie n°16. Élie et Jacob.

 

 

 

Élie et Jacob par Jacques Le Chevallier, vitrail du déambulatoire, chœur de l'église Notre-Dame du Cap Lihou, Granville, photographie lavieb-aile.

Élie et Jacob par Jacques Le Chevallier, vitrail du déambulatoire, chœur de l'église Notre-Dame du Cap Lihou, Granville, photographie lavieb-aile.

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2. La Nef.

La grande nef fut érigée entre 1643 et1655, puis les chapelles Saint-Clément (bras du transept sud)  et Notre-Dame du Cap-Lihou (bras du transept nord)  furent ajoutées respectivement en 1674 et 1676. 

Elle est éclairée par de petits vitraux réalisés entre 1972 et 1974 ; ceux-ci sont en verre clair centrés par une image biblique emblématique (Arche de Noé, Agneau pascal, Buisson ardent, etc.)

Nef et orgue de l'église Notre-Dame du Cap Lihou, Granville, photographie lavieb-aile.

Nef et orgue de l'église Notre-Dame du Cap Lihou, Granville, photographie lavieb-aile.

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Nef de l'église Notre-Dame du Cap Lihou, Granville, photographie lavieb-aile.

Nef de l'église Notre-Dame du Cap Lihou, Granville, photographie lavieb-aile.

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Nef de l'église Notre-Dame du Cap Lihou, Granville, photographie lavieb-aile.

Nef de l'église Notre-Dame du Cap Lihou, Granville, photographie lavieb-aile.

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Vitrail de Jacques Le Chevallier, Nef de l'église Notre-Dame du Cap Lihou, Granville, photographie lavieb-aile.

Vitrail de Jacques Le Chevallier, Nef de l'église Notre-Dame du Cap Lihou, Granville, photographie lavieb-aile.

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Vitrail de Jacques Le Chevallier, Nef de l'église Notre-Dame du Cap Lihou, Granville, photographie lavieb-aile.

Vitrail de Jacques Le Chevallier, Nef de l'église Notre-Dame du Cap Lihou, Granville, photographie lavieb-aile.

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Vitrail de Jacques Le Chevallier, Nef de l'église Notre-Dame du Cap Lihou, Granville, photographie lavieb-aile.

Vitrail de Jacques Le Chevallier, Nef de l'église Notre-Dame du Cap Lihou, Granville, photographie lavieb-aile.

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Vitrail de Jacques Le Chevallier, 1974,  Nef de l'église Notre-Dame du Cap Lihou, Granville, photographie lavieb-aile.

Vitrail de Jacques Le Chevallier, 1974, Nef de l'église Notre-Dame du Cap Lihou, Granville, photographie lavieb-aile.

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Vitrail de Jacques Le Chevallier, 1974,  Nef de l'église Notre-Dame du Cap Lihou, Granville, photographie lavieb-aile.

Vitrail de Jacques Le Chevallier, 1974, Nef de l'église Notre-Dame du Cap Lihou, Granville, photographie lavieb-aile.

Vitrail de Jacques Le Chevallier, 1974,  Nef de l'église Notre-Dame du Cap Lihou, Granville, photographie lavieb-aile.

Vitrail de Jacques Le Chevallier, 1974, Nef de l'église Notre-Dame du Cap Lihou, Granville, photographie lavieb-aile.

Vitrail de Jacques Le Chevallier, 1974,  Nef de l'église Notre-Dame du Cap Lihou, Granville, photographie lavieb-aile.

Vitrail de Jacques Le Chevallier, 1974, Nef de l'église Notre-Dame du Cap Lihou, Granville, photographie lavieb-aile.

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Vitrail de Jacques Le Chevallier, 1974,  Nef de l'église Notre-Dame du Cap Lihou, Granville, photographie lavieb-aile.

Vitrail de Jacques Le Chevallier, 1974, Nef de l'église Notre-Dame du Cap Lihou, Granville, photographie lavieb-aile.

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Je n'ai pas photographié :

  • les vitraux des chapelles Saint-Clément et Notre-Dame (en restauration)
  • les vitraux des fenêtres hautes.

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Le grand lutrin de chœur (Bois doré, XVIIe-XVIIIe siècle ; pied du XVIIIe).

Un aigle terrasse un serpent adossé à un globe. Restauré vers 2010.

Classé au titre d'objet 5 mai 1974 : voir notice Palissy

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Aigle lutrin, photographie lavieb-aile.

Aigle lutrin, photographie lavieb-aile.

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Les orgues.

 

Le Grand Orgue en tribune au fond de la nef est un buffet en deux corps. Créé en 1660-1662 par Robert Ingoult , il a été reconstruit par  Pierre Ménard en 1855, complété par  Louis Debierre en 1899 et  restauré par Claude Madigout en 1995. Le buffet d'orgue et la balustrade de tribune ont été classés au titre objet des monuments historiques par arrêté du 21 janvier 1981 ; la partie instrumentale de l'orgue a quant à elle été classée par arrêté du 20 juin 1989

Pour la composition de l'instrument, voir :

http://orgues-normandie.com/index.php?principal=fiche_orgue.php&id=344

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Grand Orgue de l'église Notre-Dame du Cap Lihou, Granville, photographie lavieb-aile.

Grand Orgue de l'église Notre-Dame du Cap Lihou, Granville, photographie lavieb-aile.

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Grand Orgue de l'église Notre-Dame du Cap Lihou, Granville, photographie lavieb-aile.

Grand Orgue de l'église Notre-Dame du Cap Lihou, Granville, photographie lavieb-aile.

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Grand Orgue de l'église Notre-Dame du Cap Lihou, Granville, photographie lavieb-aile.

Grand Orgue de l'église Notre-Dame du Cap Lihou, Granville, photographie lavieb-aile.

Grand Orgue de l'église Notre-Dame du Cap Lihou, Granville, photographie lavieb-aile.

Grand Orgue de l'église Notre-Dame du Cap Lihou, Granville, photographie lavieb-aile.

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Published by jean-yves cordier - dans Arbre de Jessé
9 mai 2016 1 09 /05 /mai /2016 11:32

À la chasse aux papillons sur la tenture des Mois Lucas du château de Chenonceau.

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Résumé :

Parmi les trois pièces de la tenture dite des "Mois Lucas" exposées au château de Chenonceau, et exécutées pour le Roi aux Gobelins en 1712-1714, celle du mois de Juillet présente, dans les médaillons de la bordure de pied, deux scènes de chasse ou de jeux avec des papillons : dans l'un des médaillons, un enfant a capturé un papillon, et dans l'autre, son camarade tient par un fil un papillon très coloré. Ces motifs iconographiques sont des témoignages rares des relations entre humains et rhopalocères (papillons diurnes) au XVIe siècle (les cartons de la tenture bruxelloise qui sert de modèle datent de 1530 environ).

Bien-sûr, ces détails, pour intéressants qu'ils soient pour l'histoire de l'entomologie, ne nous laisserons pas passer à coté de l'occasion de faire connaissance avec l'ensemble des tentures des Mois Lucas.

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INTRODUCTION.

La tenture des Douze mois  porte  l’appellation de Mois Lucas car elle était attribuée depuis le XVIIe au flamand Lucas de Leyde(1494-1533). L'ensemble des douze pièces originales a bien été exécuté à Bruxelles au XVIe siècle, mais des recherches récentes tendent en  attribuer la paternité à un artiste (le "Maître des Mois Lucas") de l’entourage de Barend (ou Bernard) Van Orley, lui-même créateur des modèles des Chasses de Maximilien (Louvre). Edith A. Standen (1971) a proposé de voir dans ce "Maître des Mois Lucas"  Jan Vermeyen, ou Luca Fiammingho, ou encore Lucas Van Nevele.  Tissée à Bruxelles vers 1530, cette œuvre a été redessinée et retissée à Bruges (G. Delmarcel, 1999) et pourvue d'une riche bordure florale. La série complète, conservée actuellement à Vienne (Kunsthistorisches museum KKTXXXVIII), fut livrée à l'occasion de mariage de Léopold Ier de Habsbourg  et de Marguerite-Thérèse en 1666.

 Les Mois Lucas connurent en France, auprès de l'aristocratie et du pouvoir royal un grand succès et aux XVIIe et XVIIIe siècles, les Gobelins ne produisirent pas moins de douze tentures d’après les Douze Mois originaux.

Rappel : on nomme "tenture" un ensemble de tapisseries (ou "pièces") constituant une série. 

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Les douze tentures des Mois Lucas tissées aux Gobelins.

a) Je n'ai pas trouvé facilement d'article de fond sur ces tentures, et la source principale d'information et d'images en ligne est provenue d'abord de la base Joconde et des tapisseries réunies au musée national du château de Pau. On  trouve à Pau  des pièces appartenant à trois de ces tentures des Gobelins : la deuxième (1688-1689) destinée à Louis XIV, la sixième (années 1730) à la princesse de Conti et la septième (1731-1735) au roi de Pologne, Stanislas Leczinski, dont les armes et le chiffre furent tissés dans la bordure. Seules les pièces des deux premières sont exposées, avec une prédominance d'images en ligne concernant la 2e tenture.

 La première tenture commandée par Colbert a été perdue. La "deuxième tenture sans or ", commencée en 1688 et achevée en 1689,  a été exécutée pour le Roi par la manufacture des Gobelins dans l'atelier de Jean-Baptiste Mozin. Elle a été livrée en 1690 au Mobilier de la Couronne. Elle s'inspire de la tenture originale tissée vers 1540-1550 à Bruxelles dans la manufacture de Guillaume de Pannemaker dont elle reproduit la bordure (fleurs, fruits, oiseaux avec médaillons) avec des interventions du peintre François Bonnemer.

b) J'ai trouvé plus tard la description complète datant de 1903-1923 par Maurice Fenaille et Fernand Calmettes dans leur Etat général des tapisseries de la Manufacture des Gobelins. C'est bien-sûr la publication de référence. Elle offre le tableau suivant :

Première tenture, haute lisse. 12 pièces et 4 entre-fenêtres. Avant 1682. Exécutée pour Colbert. Brûlée par ordre du 22 avril 1797 pour en récupérer l'or et l'argent.
– Deuxième tenture, basse lisse sans or. 12 pièces ; première bordure. 1688 à 1689. Tenture exécutée en contre-partie des tapisseries de Bruxelles, du Mobilier de la Couronne. Livrée en 1690 . Inventaire n°160 du Mobilier de la Couronne. 37 Aunes ¾.  Ateliers de Jean de la Croix et Jean-Baptiste Mozin. Conservée  à Pau (dix pièces)  et à Saint-Petersbourg 

– Troisième et quatrième tentures, basse lisse. Avant 1696. Atelier Lefebre. Deux tentures exécutées en dehors du travail officiel des Gobelins. 

 – Cinquième tenture, basse lisse, sans or.  12 pièces. 1712-1715. Atelier Jean Souet. 12 Mois. 36 Aunes 7.1. Données par ordre du roi Louis XV au baron Eric de Sparre, ambassadeur de Suède, en 1717.
– Sixième tenture, basse lisse, sans or. 3 pièces (Avril, Mai, Juin),  Aux armes de la princesse de Conti. 
Mme Marie-Anne de Bourbon-Conti, fille de Mlle de La Vallière, sous le nom de Mlle de Blois, veuve de Louis-Armand de Bourbon, prince de Conti, mourut le 

3 mai 1789 sans laisser d'héritiers. Deuxième bordure . Cette tenture a la même origine que les tentures des Enfants Jardiniers, des Mois arabesques et des Chasses de Maximilien, qui décoraient le château de Choisy-le-Roi. Le château de Choisy-le-Roi, qui lui appartenait, revint au duc de La Vallière, puis fit. retour à la Couronne. Château de Choisy-le-Roi puis Château de Pau. Inventaire de la Couronne n°62

– Septième tenture, haute lisse, sans or. 12 pièces. 1731-1735. Atelier Lefebvre. Inventaire n°255. A Pau et au Garde-Meuble, moins les mois de Juillet et Octobre. Nouvelle Bordure. Vendue en 1787 au roi Stanislas de Pologne et ayant fait retour à la Couronne en 1752.
– Huitième tenture, haute lisse, 12 pièces. Nouvelle (troisième) bordure. 1733 à 1743. Atelier Michel Audran (succcesseur de Jean-Jacques Jans décédé le 17 mars 1731). Inventaire Mob. Cour. N°243. Aux armes du Roi et avec la signature Audran.  
 3 pièces au Garde- Meuble en 1900, Juin, Novembre, Décembre.

– Neuvième tenture, haute lisse, sans or. 12 pièces ; quatrième bordure. 1737 à 1740. Atelier Audran et Monmerqué. Cette tenture, exécutée en remplacement de la tenture vendue au roi Stanislas, ne figure pas sur les états de fabrication des Gobelins.  Donnée en 1746 au Comte de Brühl, premier ministre à la cour du roi de Pologne électeur de Saxe à Dresde. Tenture achetée en 1768 par le domaine royal de Saxe au prix de 8,000 thalers. En 1909 était conservée complète (sauf Avril) au château royal de Dresde. Bordure de Dresde.

– Dixième tenture, haute lisse, sans or. 7 pièces.  Bordure de Dresde. 1747-1751.
 Décembre) . Atelier de Monmerqué et de Cozelle. Janvier Février Mars achetées par les Affaires Étrangères .  Quatre pièces données au cardinal des Lances en 1771. En 1909, figuraient dans les collections du Ministère des Affaires Étrangères à Paris.

 – Onzième tenture, haute lisse, sans or. 4 pièces. (Mai Juin Novembre Décembre). Bordure de Dresde. 1767 à 1770. Atelier Cozelle. pour remplacer les quatre pièces des Mois Lucas, données en présent au cardinal des Lances, grand aumônier du roi de Sardaigne, à l'occasion du mariage du comte de Provence.   Donnée en 1773 par l'archevêque de Turin aux Affaires Étrangères. En 1909, figuraient dans les collections du Ministère des Affaires Étrangères à Paris. 

– Douzième tenture, haute lisse, sans or. 3 pièces, Février, Juin, Octobre. Aux armes du comte de Toulouse.  Vers 1725 : atelier Audran. Dix pièces appartenant aujourd'hui  aux collections du Metropolitan Museum of Art, ont été décrites en 1985 par E. A  Standen en 1985 dans European Post-edieval tapestries page 331. 

 

Description des douze tapisseries des Mois Lucas :

—  Verseau - Janvier - Le Jour de l'An : Un cortège de trois couples, les hommes portant des torches et les dames tenant chacune une flèche, vient de la gauche. Au fond de la salle, sous un dais, un personnage à deux visages tient de la main droite un serpent se mordant la queue, symbole de l'Eternité; à sa droite, une femme endormie (l'année qui finit); à sa gauche, une femme apporte une corne d'abondance;

—   Poissons - Février - Le Jeu : A gauche, des personnages revêtus de lourds manteaux fourrés se chauffent à une grande cheminée richement ornée. Au fond, une femme apporte du bois. Un seigneur et une dame jouent au tric-trac sur la table; au premier plan à droite, une jeune femme assise à terre et un jeune homme assis sur un banc jouent aux cartes; 

http://art.rmngp.fr/fr/library/artworks/2e-tenture-des-mois-lucas-fevrier-les-jeux_soie-textile_basse-lisse_laine-textile

—   Bélier - Mars - Pêche et jardinage  : A gauche, au barrage d'un cours d'eau, deux hommes vident dans un grand baquet les poissons qu'ils pêchent dans un filet; à droite, dans un jardin, une dame assise fait ratisser les plates-bandes. Plus loin, un homme aide une femme à décharger le panier plein de pots de fleurs qu'elle porte sur la tête, au fond, cours d'eau, paysage et maisons.

http://art.rmngp.fr/fr/library/artworks/2e-tenture-des-mois-lucas-mars-peche-et-jardinage_soie-textile_laine-textile_basse-lisse

—   Taureau - Avril - Le Concert :   Une dame -richement vêtue- est assise sur l'herbe et tient une couronne, à côté d'elle, une autre femme joue de la cithare; derrière elle, un homme chante. Appuyée à un arbre, une femme joue de la mandoline. Au fond sur une pièce d'eau, un bateau transporte deux musiciens, un batelier et une femme.(6e tenture) Une femme adossée à un arbre joue de la cithare, elle est entourée de plusieurs femmes dont une agenouillée cueille des fleurs. au second plan, des personnages dans un bateau devant un grand bâtiment ; La bordure est composée de fleurs, fruits et instruments de musique, aux armes de la Princesse de Conti.

—  Gémeaux-Mai- le tir-à-l'arc : 

http://www.photo.rmn.fr/archive/07-504511-2C6NU0C0QSRF.html

 —   Cancer - Juin - La tonte des moutons :  Au premier plan, à droite, une femme tient un mouton sur ses genoux et met la laine dans un panier. Plus loin sur la gauche, une femme s'apprête à tondre un mouton. Au premier plan, à gauche, une homme tenant une cruche, une femme portant un panier. A l'arrière plan, des chars attelés de chevaux transportent la laine.

 —   Lion - Juillet - La chasse au faucon : Une dame vue de face à califourchon sur un cheval blanc tient un faucon; elle est acompagnée d'un cavalier et d'un écuyer à pied qui porte plusieurs oiseaux. Plus loin, des enfants se baignent (sur la droite) tandis que des paysans fauchent le foin

— La Vierge - Août- La paye des moissonneurs :  On achève au fond de rentrer les récoltes entassées sur des charrettes ; au premier plan, une vieille femme, installée sous un arbre, compte de l'argent aux moissonneurs ; à ses côtés, un homme inscrit les sommes sur un tableau. A gauche, un vieillard et une femme font leurs comptes sur un tronc d'arbre. 

—    Balance - Septembre - Le Bat l'eau : A gauche, une dame sur un cheval accompagnée d'un cavalier assiste à la capture du cerf dans un étang ; un veneur se tient près d'elle, tournant le dos. A droite, un valet de chiens tient deux chiens. Dans le fond, un château au bord de l'eau.

http://art.rmngp.fr/fr/library/artworks/2e-tenture-des-mois-lucas-septembre-le-bat-l-eau_basse-lisse_soie-textile_laine-textile

—   Scorpion - Octobre - Les vendanges :  Au premier plan à gauche, un seigneur- assis sur l'herbe en compagnie d'une dame- tient un pot d'étain sur le genou; derrière eux, une tête d'enfant (supprimée dans les modèles du XVIIIème siècle) et une servante apportant un plat de fruits./ Au premier plan, deux enfants mangent des raisins qu'ils prennent dans une corbeille ; au second plan, des vendangeurs versent des corbeilles de raisin dans une cuve où deux hommes foulent la vendange. Plus loin, une ronde de danseurs.

http://www.culture.gouv.fr/Wave/image/joconde/0329/m501703_03-007327_p.jpg

—  Sagittaire - Novembre - Les semailles : Au premier plan au pied d'un arbre, une femme prend du grain dans un sac pour en remplir la besace d'un semeur; à droite: un homme est assis au pied d'un arbre, une femme lui donne à manger.

http://www.culture.gouv.fr/Wave/image/joconde/0329/m501703_94-052023_p.jpg

—  Capricorne - Décembre - Patinage : Au premier plan à gauche, un personnage, l'épée au côté, se penche et met la main sur le corsage d'une jeune femme assise à terre avec un enfant, à ses côtés, un panier rempli de patins. Un peu plus loin, un jeune homme est assis à côté d'une jeune femme et d'une enfant. Au second plan, des patineurs glissent devant un grand bâtiment.

http://www.culture.gouv.fr/Wave/image/joconde/0329/m501703_03-007327_p.jpg

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Description des bordures.

Fenaille et Calmettes 1923 décrivent cinq bordures différentes : 

1. La première bordure, copiée sur la tenture originale de Bruxelles, est formée  de fleurs, fruits et oiseaux entre deux moulures, avec des médaillons au milieu des 
traverses et des montants et quatre médaillons aux angles. Le médaillon du milieu 
de la bordure du haut représente le signe du zodiaque du Mois; les autres médaillons 
représentent des têtes de femmes, de guerriers et, en bas, des scènes d'enfants. 

2. La deuxième bordure à fleurs et à fruits, exécutée pour la princesse de Conti, 
ne porte de médaillons qu'aux quatre angles, avec des jeux d'enfants. Au milieu de la 
bordure du haut, deux écussons aux armes de

 Bourbon-Conti. Au milieu de la bordure du bas, un écusson avec le  chiffre A. M. d'Anne-Marie de Bourbon, Au milieu des bordures latérales, des instruments de musique champêtre. 

3. La troisième bordure composée par Blain de Fontenay et Perrot, en 1780, est formée d'un quadrillé jaune sur fond bleu, interrompu aux angles par des écoinçons 
entourés de fleurs et, au milieu des bordures horizontales, en haut, par un écusson aux armes de France, et, en bas, parmi médaillon avec le signe du zodiaque. 

4. Une quatrième bordure similaire, avec quadrillé et écoinçons, porte au milieu 
de la bordure du haut un écusson entre deux grandes ailes et,au milieu des bordures 
latérales, un médaillon avec une tête entourée de rayons. Les écoinçons sont accompagnés de cornes d'abondance d'où sortent des fleurs et des fruits. 

5. La dernière bordure, semblable à la deuxième bordure des Sujets de la Fable, 
représente un cadre en bois sculpté doré, avec les écoinçons et médaillons du haut 
et du bas encadrés de fleurs peintes au naturel, 

Nous verrons que les bordures des tapisseries de Chenonceau appartiennent au premier type. Le fait qu'elles soient "copiées sur la tenture originale" indique donc que les jeux d'enfants avec les papillons, qui nous intéressent,  datent donc du XVIe siècle. La base Joconde décrit ainsi la bordure de la tapisserie de la Vierge conservée à Pau : "Bordure à fond rouge orangé, à guirlandes de fleurs et de fruits sur un bandeau accroché à des mufles de lion. Huit médaillons en camaïeu gris, trois en haut, deux sur le côté, trois en bas. Ceux du bas contiennent des sujets à personnages ; les deux des côtés et ceux des extrémités du haut, des têtes d'hommes casqués ou de femmes ; celui du milieu, le signe du zodiaque, avec le nom du mois écrit dessous en latin."  

 

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LES TAPISSERIES DU CHÂTEAU DE CHENONCEAU.

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Au deuxième étage du château de Chenonceau, trois pièces de tapisseries sont exposées dans la Chambre de Gabrielle d'Estrées, celles des mois de  juin, (le signe du Cancer et  la tonte des moutons), de juillet, (le signe du Lion et la chasse au faucon), et d'août, (le signe de la Vierge et la paie des moissonneurs),. Protégées au tiers inférieur par un panneau plastique, occupant les coins de la pièce, elles ne sont pas faciles à photographier dans leur intégralité. Je présenterai surtout le mois de Juillet avec les médaillons aux papillons. Ma curiosité se portera aussi sur la technique de la chasse au faucon.

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Mois de Juillet, le Lion, tenture des Mois Lucas, Laine et soie, basse lisse, Manufacture des Gobelins atelier Souet 1712-1714, in château de Chenonceau. Photographie lavieb-aile.

Mois de Juillet, le Lion, tenture des Mois Lucas, Laine et soie, basse lisse, Manufacture des Gobelins atelier Souet 1712-1714, in château de Chenonceau. Photographie lavieb-aile.

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Mois de Juillet, le Lion, tenture des Mois Lucas, Laine et soie, basse lisse, Manufacture des Gobelins atelier Souet 1712-1714, in château de Chenonceau. Photographie lavieb-aile.

Mois de Juillet, le Lion, tenture des Mois Lucas, Laine et soie, basse lisse, Manufacture des Gobelins atelier Souet 1712-1714, in château de Chenonceau. Photographie lavieb-aile.

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A laquelle des douze tentures des Gobelins appartiennent-elles ?

Si on les compare aux tapisseries du château de Pau photographiées par la Réunion des Musées Nationaux et présentées comme appartenant à la Deuxième tenture, on constate qu'elles ont une disposition inverse.  Concentrons-nous sur le mois de Juillet : à Pau, le cavalier porte l'épée à droite (alors qu'elle est portée  à gauche "dans la vraie vie"), et la cavalière monte "en amazone" sur le coté droit du cheval, alors que dans la monte en amazone les jambes prennent appui en réalité sur un seul étrier du coté gauche. La tenture de Pau a été copiée "en contre-partie", en inversion des Mois originaux.

 

 

 

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Château de Pau, 2e tenture des mois Lucas : le lion, juillet, la chasse au faucon, Dimensions : Hauteur: 3.03 m Largeur: 3.20 m. Photo (C) RMN-Grand Palais (Château de Pau) / René-Gabriel Ojéda: http://art.rmngp.fr/fr/library/artworks/2e-tenture-des-mois-lucas-le-lion-juillet-la-chasse-au-faucon_laine-textile_basse-lisse_soie-textile

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 Les tapisseries de Chenonceau appartiennent (c'est du moins ma déduction) à la  Cinquième Tenture des Gobelins, exécutée pour le Roi Louis XIV en 1712-1714 dans l'atelier  de Souet. Les pièces sont bien dans le sens des descriptions et dans le sens des originaux. 
Les personnages portent l'épée à gauche et les dames à cheval sont assises du côté 
montoir.  En effet, alors que la Deuxième tenture était tissée en contre-partie de la tenture originale, cette Cinquième tenture copiée sur la première tenture du Roi se trouve dans le sens  des originaux.

Elle fut donnée  par ordre de Louis XV du 4 mars 1717, au baron puis comte Eric-Magnus de Sparre de Sundby (1665-1726)  en échange de la tenture Triomphe des Dieux  des Arabesques qu'il avait rendu.  

 Le comte de Sparre a servi dans l'armée du roi de France depuis 1683 (ou 1688) et, en 1694, le roi l'a nommé colonel d'un régiment d'infanterie regroupant des fantassins allemands. En raison de ses liens étroits avec la maison royale française, il a été nommé ambassadeur en 1715, mais a été rappelé en 1717 en Suède. Il a alors été nommé chancelier en 1718 par la reine Ulrique-Éléonore, qui a gouverné la Suède trois mois entre décembre 1719 et février 1720 avant d'épouser le roi Frédéric Ier et d'abdiquer en sa faveur. Le comte de Sparre a ensuite offert la tenture à la reine. Les Mois Lucas sont restés dans la collection royale jusque (??)  1900, date à laquelle la tenture a été mise en vente. Certaines pièces ont été acquises à un particulier par Carl Robert Lamm (mort en 1938), membre d'une dynastie d'industriels suédois. Lamm était un collectionneur passionné et logeait ses vastes propriétés au château de Näsby, construit au 14ème siècle, et qu'il avait acquis en 1902 et reconstruit après un incendie de 1897. Une grande partie de sa collection a été vendue à New York en 1923 malgré les protestations des médias suédois. La pièce d'Octobre a été vendue  100000  dollards par Christie's le 20 mai 2014 au Nationalmuseum de Stockholm.

 

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 Selon M. Fenaille , en 1900, "plusieurs pièces des Mois Lucas, paraissant provenir de cette tenture [la cinquième],  et de la fabrication des Gobelins, existent dans des collections particulières (collection Gaston Menier pour Mai, Juin, Juillet et Août et Achille Leclercq pour Novembre) ". Or, Gaston Menier (1855-1934), frère d'Henri Menier et issu de la famille des Chocolats Menier,  est l'héritier du château de Chenonceau en 1913. J'ai donc la preuve définitive que les pièces exposées à Chenonceau appartiennent à la Cinquième tenture, et qu'elles sont entrées au château de Chenonceau entre 1913 et 1923 par acquisition de la famille Menier. Selon E.A. Standen 1985 p.344, la pièce de Mai a été vendue par la Galerie Jean Carpentier à Paris le 24 novembre 1936 (n°107, illust.).

Aujourd'hui, 7 des pièces de la Cinquième tenture sont connues (Standen 1985, pp. 333 ) : Janvier était la propriété en 1928 de la comtesse  Eva Trolle-Bonde. Mai, Juin, Juillet et Août appartenaient à Charles Menier, et ont été vendues à la  Galerie Jean Charpentier, Paris, en 1936 ; Juin, juillet et Août sont aujurd'hui à Chenonceau. Octobre appartient au Musée National de Stockholm. Novembre était la propriété d' Achille Leclerq à Paris. Décembre, a été exposé à San Francisco en 1922, puis détenu par  Wildenstein & Co.  

La bordure est la bordure flamande semblable à celle de la deuxième  tenture (n°160 du Mobilier de la Couronne), mais en contre-partie. 

Cette précision est utile car elle permet de dater ces pièces de Chenonceau, et d'affirmer que les scènes de genre aux papillons de la bordure ont été dessinées par le Maître des Mois Lucas : les petits patrons datent du XVIe siècle (1535) et sont d'origine flamande.

Fenaille et Calmettes 1923 donnent en illustration le mois de Juillet de cette 5e tenture : elle correspond bien à celle que j'ai photographiée à Chenonceau : 

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http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k55299316/f535.item.r=maurice+fenaille.langFR

 

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LES MÉDAILLONS AUX PAPILLONS DU JUILLET DES MOIS LUCAS.

 

Après ces longues présentations, il est temps de décrire les scènes des médaillons du coin inférieur de Juillet.

La première, dans le coin inférieur gauche, montre quatre enfants nus en train de jouer ; deux sont penchés vers le sol et tiennent chacun un insecte (criquet ?) pour les fiare se battre. Les deux autres s'amusent avec un papillon attaché par un fil.

Les ailes antérieures sont blanches, peut-être ponctuées de noir, et les ailes postérieures sont rouges, ponctuées et frangées de noir avec une marge blanche. Le corps de couleur crème porte trois points noirs. Il est illusoire de vouloir identifier une espèce, et il s'agit sans-doute, comme cela est habituel à l'époque, d'une papillon stylisé et fantaisiste. Ce n'est donc pas cette identification qui est intéressante pour l'histoire de l'entomologie, mais c'est le fait que, jusqu'à l'éveil de l'entomologie comme science (Joris Hoefnagel dans le dernier quart du XVIe siècle, Conrad Gessner,  Aldrovandi 1604, Theatrum insectorum de Moffet écrit vers 1590 et publié en 1634), les papillons sont plus souvent capturés par les enfants pour des jeux plus ou moins cruels, que collectionnés par les adultes.

L'artiste qui a créé les cartons s'est sans-doute inspiré des marges des enluminures des manuscrits médiévaux, dans lesquels les papillons sont nombreux, parfois visés par l'arc d'un chasseur. Ou plutôt (mais il faudrait procéder à un examen des 12 x 2 médaillons de la tenture), il s'est donné comme thème des coins de la bordure inférieure les Jeux d'Enfants.

— C'est le poète Jean Froissart qui a donné vers 1369 la première liste (vers 185-248) de 51 jeux d'enfants joués dans son Hainaut natal dans son Epinette amoureuse.  On y trouve la mention du papillon attaché par un fil : 

 Et pour chasser les papillons

Me voulais bien distingué

Et quand attraper les pouvais

D’un petit fil je les liais.

Et puis je les laissais aller

Ou je les faisais voler. 

— Les Jeux d'Enfants de Pieter Brueghel l'Ancien est un tableau qui date de 1560. On y trouve 91 jeux différents joués par 200 enfants, dont le jeu d'attraper des mouches, mais je n'y ai pas trouvé de papillons.

— La célèbre liste de Rabelais du chapitre XXII de Gargantua énumère 217 jeux : le jeune géant "couroyt voulontiers après les parpaillons" mais ne se préoccupe pas de les attacher.

— Au XIXe siècle, je trouve, en ligne, trois témoignages de cette pratique.

a) Dans le Journal des enfants: rédigé par toutes les sommités littéraires , Volume 1 de 1832, le fait y est donné comme un exemple de cruauté des enfants ; le fil est fixé à une épingle qui traverse le corps du papillon sans le tuer. 

b) Dansla Bibliographie de la France vol. 33 de 1845, page 481, on trouve la description d'une Estampe, gravure ou lithographie, sans date : "Le Papillon : un petit garçon, appuyé sur les genoux de sa mère pendant qu'il fait voler un papillon attaché à un fil." 

c) dans le catalogue du Musée Fol de 1856 est décrit un glyptique (ancien ?) :  "Amour adossé à une colonnette, il tient d'une main un papillon attaché à un fil. Le papillon en grec ψυχη (Psyché), a donné, par son double sens de papillon et d'âme, naissance à une foule de représentations allégoriques charmantes où le papillon représente l'âme de celle ou de celui que l'Amour a su toucher de ses flèches; le papillon lié au bout d'un fil est ainsi une sorte de gracieux rébus qui indique une âme prisonnière. Nicolo. L. 9. H. 10. Style romain. Intaille. Pâte."

— Au XXe siècle, l'écrivain et lépidoptérologiste Vladimir Nabokov rapporte ce jeu dans le dernier chapitre de son livre de Mémoires Speak, Memory : à Paris, en 1938 ou 1939, il est frappé par la rencontre d'une fillette d'une dizaine d'années qui tient par un fil un papillon vivant, un Vulcain (Vanessa atalanta):

 "Likewise, I can name a blooming garden in Paris as the place where I noticed, in 1938 or 1939, a quiet girl of ten or so, with a deadpan white face, looking, in her dark, shabby, unseasonable clothes, as if she had escaped from an orphanage (congruously, I was granted a later glimpse of her being swept away by two flowing nuns), who had deftly tied a live butterfly to a thread and was promenading the pretty, weakly fluttering, slightly crippled insect on that elfish leash (the by-product, perhaps, of a good deal of dainty needlework in that orphanage). You have often accused me of unnecessary callousness in my matter-of-fact entomological investigations on our trips to the Pyrenees or the Alps; so, if I diverted our child’s attention from that would-be Titania, it was not because I pitied her Red Admirable (Admiral, in vulgar parlance) but because there was some vaguely repulsive symbolism about her sullen sport." (Speak, Memory, chapitre XV)

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Mois de Juillet, le Lion, tenture des Mois Lucas, Laine et soie, basse lisse, Manufacture des Gobelins atelier Souet 1712-1714, in château de Chenonceau. Photographie lavieb-aile.

Mois de Juillet, le Lion, tenture des Mois Lucas, Laine et soie, basse lisse, Manufacture des Gobelins atelier Souet 1712-1714, in château de Chenonceau. Photographie lavieb-aile.

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Le médaillon du coin inférieur droit montre deux enfants. L'un est  penché à quatre pattes vers un insecte (un criquet ?) qu'il observe. Le second tient un rateau de la main droite, et semble en train de poser sur le dos de son camarade un papillon aux ailes blanches marquées de deux points bleus. Là encore, toute identification est illusoire, d'autant que la face dorsale de l'aile (antérieure) de droite est reprise à l'identique pour la face dorsale de l'aile de gauche. Un rateau de fenaison est posé sur le sol.

 

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Mois de Juillet, le Lion, tenture des Mois Lucas, Laine et soie, basse lisse, Manufacture des Gobelins atelier Souet 1712-1714, in château de Chenonceau. Photographie lavieb-aile.

Mois de Juillet, le Lion, tenture des Mois Lucas, Laine et soie, basse lisse, Manufacture des Gobelins atelier Souet 1712-1714, in château de Chenonceau. Photographie lavieb-aile.

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On peut conclure de ces deux médaillons, confrontés à mes autres études de l'iconographie des Lépidoptères,  qu'au début du XVIe siècle, les papillons ne sont pas considérés comme des sujets d'étude et d'identification, voire de collection, mais, sans distinction d'espèces et de genres, comme des insectes colorés faisant l'objet, pour les enfants, de jeux parfois cruels, alors qu'ils sont, pour les adultes, le support de considération allégoriques ou religieuses en relation soit avec la libération de l'âme hors du corps après la mort, soit le thème de l'inconstance, de la futilité, de l'inconscience des dangers (phalènes se brûlant à la flamme) ou des inquiétantes et suspectes métamorphoses.

Voir ici mes articles sur les papillons dans l'art et la littérature :

liste de mes articles sur les papillons. 

Les bordures à médaillons des Mois Lucas.

L'examen des autres pièces des tentures des Mois Lucas fidèles au premier modèle bruxellois montre que les médaillons à grisaille des bordures obéissent à une répartition constante : en haut et au centre, le signe du zodiaque et le nom du mois. Aux coins supérieurs et au milieu des bordures latérales, des profils à l'antique au style Renaissance. Dans la bordure inférieure, des jeux d'enfants (parfois, ces enfants portent des ailes) à chaque coin, et une scène un peu différente et fabuleuse au centre (pour Juillet, le médaillon du centre inférieur montre un lion portant sur son dos un homme (ou enfant) nu). Les images en ligne disponibles ne permettent pas de préciser quels sont les jeux d' enfants pour les autres mois ; pour le mois d'août, je présenterai plus bas les images prises à Chenonceau.

Auparavant, examinons la chasse au faucon du mois de Juillet. J'emprunte la photographie de la pièce du château de Pau (inversée par raport à la Cinquième tenture).

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La chasse au faucon.

 

http://www.photo.rmn.fr/archive/06-528307-2C6NU0PTIE4Z.html

 

notice : http://www.photo.rmn.fr/archive/06-528307-2C6NU0PTIE4Z.html

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Le personnage de premier plan est présenté par Fenaille comme un écuyer. Il porte l'épée, il est richement habillé avec des culottes et un pourpoint à crevé, un bonnet à plume, et des bas rouges. Il tient une longue baguette posée sur l'épaule gauche  et trois oiseaux, peut-être des perdrix . J'en ferai volontiers le fauconnier, tenant la hampe servant de perchoir aux faucons, portant la trompe de chasse, et guidant les deux chiens qui vont devant lui. Les deux liens qui se croisent sur sa ceinture sont-ils des lacs destinés aux faucons ? [Le roi dispose, au sein de sa Maison, d'un Fauconnier maître, puis en 1406 du Grand Fauconnier de France, mais à partir du règne de Louis XIV et de l'usage des armes à feu, la charge tend à devenir purement honorifique, les rois ayant cessé de chasser au vol. Les ducs emploient aussi un fauconnier ducal, et sans-doute les grands seigneurs en font-ils autant.]

 

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Mois de Juillet, le Lion, tenture des Mois Lucas, Laine et soie, basse lisse, Manufacture des Gobelins atelier Souet 1712-1714, in château de Chenonceau. Photographie lavieb-aile.

Mois de Juillet, le Lion, tenture des Mois Lucas, Laine et soie, basse lisse, Manufacture des Gobelins atelier Souet 1712-1714, in château de Chenonceau. Photographie lavieb-aile.

Mois de Juillet, le Lion, tenture des Mois Lucas, Laine et soie, basse lisse, Manufacture des Gobelins atelier Souet 1712-1714, in château de Chenonceau. Photographie lavieb-aile.

Mois de Juillet, le Lion, tenture des Mois Lucas, Laine et soie, basse lisse, Manufacture des Gobelins atelier Souet 1712-1714, in château de Chenonceau. Photographie lavieb-aile.

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La cavalière tient le faucon sur un gant épais (dont la manche est dotée d'un contrepoids) ; l'oiseau ne porte pas de chaperon, et on ne voit aucun des lacs qui pourraient le retenir. Il s'agit peut-être alors d'un autour, un oiseau de bas vol, plutôt qu'un oiseau de haut vol comme un faucon pèlerin ou émerillon, un lanier, un sacre, ou un gerfaut, dont la tête est encapuchonnée.  (Cosmovisions)

C'est le cavalier en pourpoint de soie rouge et bonnet à plume qui m'intéresse le plus : je ne comprenais pas ce qu'il faisait. Il vient de lancer en l'air le leurre, fait d' ailes d'oiseaux ficelées,  enveloppées dans l'étui rouge et blanc. Il s'agit peut-être d'un gibier vivant.  On le voit (sur la photo générale) dans le ciel. Notez que l'usage du leurre est propre aux oiseaux de haut vol. Est-ce là la dernière phase de dressage avant la chasse ? Non, puisque le fauconnier porte les perdrix déjà chassées. Le leurre est (?) plutôt destiné à déclencher l'envol du faucon, afin qu'il se saisisse d'une proie visible entre les deux branches des deux arbres. C'est le "vol à vue". La proie a pu être levée par les chiens juste auparavant. Sur un site, je lis que le leurre est utilisé en le faisant tournoyer pour rappeler le faucon qui s'est éloigné. Cela ne correspond pas à notre image.

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Mois de Juillet, le Lion, tenture des Mois Lucas, Laine et soie, basse lisse, Manufacture des Gobelins atelier Souet 1712-1714, in château de Chenonceau. Photographie lavieb-aile.

Mois de Juillet, le Lion, tenture des Mois Lucas, Laine et soie, basse lisse, Manufacture des Gobelins atelier Souet 1712-1714, in château de Chenonceau. Photographie lavieb-aile.

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Le choix de la chasse au faucon pour illustrer le mois de juillet et le signe du Lion est surprenant. Sur le zodiaque de la cathédrale de Chartres, cette chasse correspond au signe du Taureau et aux mois d'avril-mai. A Notre-Dame de Paris, elle est liée au signe des Gémeaux. A la cathédrale d'Amiens, c'est le mois d'avril. Dans les Très Riches Heures du Duc de Berry, elle correspond au mois d'août. Dans la tenture des Chasses de Maximilien, dont les cartons sont dues à Barend Van Orley, ce sont les mois de mars et avril qui présentent cette chasse, alors que la chasse au cerf occupe les mois de mai à octobre. En effet, la chasse au cerf est considérée comme la plus noble de toute, mais n'est possible que lorsque les animaux ont reconstitués, vers la mi-juin, leur ramure. La chasse au faucon est envisagée comme une activité de substitution. Inversement, on ne peut chasser au faucon au moment de leur mue, en mai. 

Voir : 

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Comparaison avec les Chasses de Maximilien, mois de Mars et Avril.

On remarque, derrière la femme tenant le faucon, son fauconnier tenant la hampe. La chasse au faucon était-elle préferenciellement l' activité des épouses des grands seigneurs ? 

 

Les chasses de Maximilien 1530 : Avril

http://www.culture.gouv.fr/Wave/image/joconde/0199/m503501_d0110330-000_p.jpg

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Le mois d'Août : a Vierge, la Paye des Moissonneurs. Cinquième tenture.

Notice et image de la base  Joconde pour la 2e tenture : http://www.culture.gouv.fr/Wave/image/joconde/0468/m505886_gmtt-46-002-3204_p.jpg

Le Mois d'Août représente, sur le devant, des fermiers qui payent des ouvriers; dans le lointain, 
plusieurs figures qui scient des bleds, d'autres qui le ramassent, et qui le chargent dans des 
charrettes, de 10 pieds de long sur 10 pieds de haut. 

La Paye des moissonneurs: — Au pied, d'un arbre qui occupe le milieu de la composition, une femme assise, tenant une bourse, paye de la.main droite un homme 
debout devant elle, du. côté gauche. A. côté de la femme, à droite, un jeune homme 
assis écrit sur un registre. Debout, à côté de la femme, un vieillard s'appuie sur 
un bâton. A droite, au premier plan, un homme compte sur un tronc d'arbre des 
pièces de monnaie qu'une femme prend dans un sac. A gauche, une femme assise, 
tenant un panier de la main droite, écarte de la main gauche un homme qui lui met 
la main sur l'épaule. Au fond, à gauche, moissonneurs; à droite, char chargé de 
gerbes et bâtiments d'une ferme.

 

Mois d'Août, la Vierge, tenture des Mois Lucas, Laine et soie, basse lisse, Manufacture des Gobelins atelier Souet 1712-1714, in château de Chenonceau. Photographie lavieb-aile.

Mois d'Août, la Vierge, tenture des Mois Lucas, Laine et soie, basse lisse, Manufacture des Gobelins atelier Souet 1712-1714, in château de Chenonceau. Photographie lavieb-aile.

Mois d'Août, la Vierge, tenture des Mois Lucas, Laine et soie, basse lisse, Manufacture des Gobelins atelier Souet 1712-1714, in château de Chenonceau. Photographie lavieb-aile.

Mois d'Août, la Vierge, tenture des Mois Lucas, Laine et soie, basse lisse, Manufacture des Gobelins atelier Souet 1712-1714, in château de Chenonceau. Photographie lavieb-aile.

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Médaillon de bordure, coin inférieur gauche. Les enfants dénicheurs et oiseleurs .

Trois enfants sont penchés ou accroupis devant des arbres en pots et tiennent l'un un oiseau, l'autre un nid avec trois poussins, le troisième des œufs.

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Mois d'Août, la Vierge, tenture des Mois Lucas, Laine et soie, basse lisse, Manufacture des Gobelins atelier Souet 1712-1714, in château de Chenonceau. Photographie lavieb-aile.

Mois d'Août, la Vierge, tenture des Mois Lucas, Laine et soie, basse lisse, Manufacture des Gobelins atelier Souet 1712-1714, in château de Chenonceau. Photographie lavieb-aile.

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Médaillon de bordure, coin inférieur droit. Jeux d'enfants.

Quatre enfants dont deux se disputent un objet : paire de ciseaux ? lame ou fer ?

 

 

Mois d'Août, la Vierge, tenture des Mois Lucas, Laine et soie, basse lisse, Manufacture des Gobelins atelier Souet 1712-1714, in château de Chenonceau. Photographie lavieb-aile.

Mois d'Août, la Vierge, tenture des Mois Lucas, Laine et soie, basse lisse, Manufacture des Gobelins atelier Souet 1712-1714, in château de Chenonceau. Photographie lavieb-aile.

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Le mois de Juin. Cancer. Tonte des moutons.

Carton ca 1535 : http://metmuseum.org/art/collection/search/347667

http://images.google.fr/imgres?imgurl=http%3A%2F%2Fimages.metmuseum.org%2FCRDImages%2Fes%2Fweb-large%2FDT4739.jpg&imgrefurl=http%3A%2F%2Fwww.metmuseum.org%2Fart%2Fcollection%2Fsearch%2F227027&h=459&w=600&tbnid=Q5a9_bx2eq05sM%3A&docid=IycQWqiovpAkRM&ei=W7tFV7-9G8G4abObtdAO&tbm=isch&iact=rc&uact=3&dur=526&page=1&start=0&ndsp=35&ved=0ahUKEwj_1uCwvPXMAhVBXBoKHbNNDeoQMwgfKAEwAQ&bih=775&biw=1600

Description.

Le Mois de Juin représente, sur le devant, plusieurs figures qui tondent des moutons; dans le 
lointain, plusieurs petites figures qui lavent la laine, d'autres qui étendent pour la faire sécher 
et qui la chargent dans des charrettes, de 10 pieds 1/2 de long sur 10 pieds de haut. 

La Tonte des moutons. — Au premier plan, à droite, une femme tient un mouton 
sur les genoux et met la laine dans un panier; deux enfants sont auprès d'elle Plus 
loin, une femme tenant des ciseaux s'apprête à tondre un mouton qu'un homme, au 
milieu, lui apporte. Au premier plan, à gauche, un homme tenant une cruche et une 
femme tenant un panier dans le bras et une corbeille sur la tête se dirigent vers les 
travailleurs. Au fond, de nombreux personnages, des femmes au milieu de la rivière 
lavant la laine, des chars attelés de chevaux et portant de la laine. Au fond à droite, 
plusieurs bâtiments. 

http://www.culture.gouv.fr/Wave/image/joconde/0330/m501703_03-007320_p.jpg

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Coin inférieur. Quatre enfants jouant avec de la paille.

L'un est allongé , un autre semble faucher du foin, un troisième tient de la paille ou de l'herbe (ou plutôt un écheveau de laine) au dessus de son camarade, et le dernier, à gauche, tient d'une main un pot et de l'autre une brosse (un goupillon ?). 

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Mois de juin, le Cancer, la tonte des moutons.  tenture des Mois Lucas, Laine et soie, basse lisse, Manufacture des Gobelins atelier Souet 1712-1714, in château de Chenonceau. photographie lavieb-aile

Mois de juin, le Cancer, la tonte des moutons. tenture des Mois Lucas, Laine et soie, basse lisse, Manufacture des Gobelins atelier Souet 1712-1714, in château de Chenonceau. photographie lavieb-aile

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Coin inférieur de la bordure. Enfants à la balançoire.

Un enfant est installé sur une balançoire (ou "escarpolette")  suspendue à un arbre ; il est poussé par deux camarades. Deux moutons paissent à leurs pieds.

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Mois de juin, le Cancer, la tonte des moutons.  tenture des Mois Lucas, Laine et soie, basse lisse, Manufacture des Gobelins atelier Souet 1712-1714, in château de Chenonceau. photographie lavieb-aile

Mois de juin, le Cancer, la tonte des moutons. tenture des Mois Lucas, Laine et soie, basse lisse, Manufacture des Gobelins atelier Souet 1712-1714, in château de Chenonceau. photographie lavieb-aile

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SOURCES ET LIENS.

—FENAILLE (Maurice), CALMETTES ( Fernand )  1903-1923 État général des tapisseries de la manufacture des Gobelins depuis son origine jusqu'à nos jours, 1600-1900. Hachette (Paris)  2. page 337

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k55299316/f521.image.r=maurice+fenaille.langFR

description des bordures page 344 :

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k55299316/f530.item.r=maurice+fenaille.langFR.zoom

— Art Bulletin of Nationalmuseum Volume 21, 2014 

http://nationalmuseum.diva-portal.org/smash/get/diva2:875648/FULLTEXT01.pdf

— Au château de Pau :

http://chateau-pau.fr/objet/les-mois-lucas-le-jeu-de-cartes-mois-de-fevrier

http://www.culture.gouv.fr/public/mistral/joconde_fr?ACTION=CHERCHER&FIELD_3=AUTR&VALUE_3=CORNELIS%20Lucas%20&DOM=All&REL_SPECIFIC=3

— La tapisserie flamande du XVe au XVIIIe siècle Par Guy Delmarcel Lannoo Uitgeverij, 1999 - 384 pages

https://books.google.fr/books?id=e5o8L-ckh_QC&dq=Guillaume+de+Pannemaker&hl=fr&source=gbs_navlinks_s

— Met museum : Months of Lucas :

http://www.metmuseum.org/art/collection/search/227024

http://metmuseum.org/art/collection/search/227023

— Drawings for the "Months of Lucas" Tapestry Series Edith A. Standen Master Drawings Vol. 9, No. 1 (Spring, 1971), pp. 3-14+73-80 Published by: Master Drawings Association Stable URL: http://www.jstor.org/stable/1553120 Page Count: 20

— Jerzy Wojciechowski : "May" and "August": Two Drawings by the Master of the Months of Lucas

Master Drawings Vol. 33, No. 4 (Winter, 1995), pp. 410-413 Published by: Master Drawings Association

Stable URL: http://www.jstor.org/stable/1554242 Page Count: 4

https://www.jstor.org/stable/1554242?seq=1#page_scan_tab_contents

— PLANCHE (Alice), 1980, Culture et contre-culture dans l'epinette amoureuse de Jean Froissart : les écoles et les jeux, Presses Universitaires de Provence. p. 389 à 403 http://books.openedition.org/pup/2730?lang=fr

— POMEL Fabienne), 2015, « Jean Froissart, L’Épinette amoureuse », Perspectives médiévales [En ligne], 36 | 2015, mis en ligne le 01 janvier 2015, consulté le 19 mai 2016. URL : http://peme.revues.org/9376 ; DOI : 10.4000/peme.9376 

— FROISSART (Jean) , L’Épinette amoureuse, édition de Nathalie Bragantini-Maillard, « Moyen Âge en traduction » 5, Classiques Garnier, Paris, 2014, 192 p.

— Idem, Bnf Ms fr. 830 et 831

— Tapestry in the Baroque: Threads of Splendor Par Thomas P. Campbell,Pascal-François Bertrand,Jeri Bapasola,Metropolitan Museum of Art (New York, N.Y.) Thomas P. Campbell, Pascal-François Bertrand, Jeri Bapasola, Metropolitan Museum of Art (New York, N.Y.) Metropolitan Museum of Art, 2007 - 563 pages page 206

https://books.google.fr/books?id=PmgcggIXlX8C&dq=the+lucas+months+tapestry&hl=fr&source=gbs_navlinks_s

https://books.google.fr/books?id=PmgcggIXlX8C&pg=PA206&lpg=PA206&dq=the+lucas+months+tapestry&source=bl&ots=G10J8CNfh6&sig=BvyQ35_N8XKhYQ_YBUX_D2DSSgk&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwjVu5D_zdLMAhXF0xoKHZgwAxIQ6AEIYzAO#v=onepage&q=the%20lucas%20months%20tapestry&f=false

Philadelphia Museum of Art : http://www.philamuseum.org/collections/permanent/50566.html?mulR=23872

— The Comte de Toulouse's "Months of Lucas" Gobelins Tapestries: Sixteenth-Century Designs with Eighteenth-Century Additions Edith A. Standen, and Janet Arnold 1996 Metropolitan Museum Journal, Volume 31 | 1996

— WIKIPEDIA he Months of Lucas, March', Flemish (Bruges) wool and silk tapestry, c. 1650, Dayton Art Institute: https://commons.wikimedia.org/wiki/File:%27The_Months_of_Lucas,_March%27,_Flemish_wool_and_silk_tapestry,_c._1650,_Dayton_Art_Institute.JPG

—  European Post-medieval Tapestries and Related Hangings in the ..., Metropolitan Museum of Art, 1 janv. 1985 - 848 pages Volume 2 page 45 Par Edith Appleton Standen 

 https://books.google.fr/books?id=GbW18KCGWgEC&dq=the+lucas+months+tapestry&hl=fr&source=gbs_navlinks_s

 
— Liste des jeux de la toile de Brueghel : http://kartavoir.blogspot.fr/2015/01/n133-les-jeux-denfants-1560-pieter.html

— 1845 Le Papillon : un petit garçon, appuyé sur les genoux de sa mère pendant qu'il fait voler un papillon attaché à un fil. Estampe, gravure ou lithographie, sans date mais signalé dns un catalogue de 1845 in Bibliographie de la France vol. 33 page 481 : 

https://books.google.fr/books?id=DrtZAAAAcAAJ&pg=PA481-IA7&lpg=PA481-IA7&dq=enfant+tenant+un+papillon+attach%C3%A9&source=bl&ots=Cc9pSMYAgd&sig=UGVe0EGurvEqhrFN3UbZnI1UzEc&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwjRnbWzyeDMAhVDOhoKHZwhC_QQ6AEIHDAA#v=onepage&q=enfant%20tenant%20un%20papillon%20attach%C3%A9&f=false

— 1856.  Catalogue du Musée Fol  : Glyptique  "Amour adossé à une colonnette, il tient d'une main un papillon attaché à un fil. Le papillon en grec ψυχη (Psyché), a donné, par son double sens de papillon et d'âme, naissance à une foule de représentations allégoriques char mantes où le papillon représente l'âme de celle ou de celui que l'Amour a su toucher de ses flèches; le papillon lié au bout d'un fil est ainsi une sorte de gracieux rébus qui indique une âme prisonnière. Nicolo. L. 9. H. 10. Style romain. Intaille. Pâte."

 

https://doc.rero.ch/record/12413/files/mf2.pdf

de W Fol - ‎1874 - ‎Cité 7 fois  - ‎Autres articles 

https://doc.rero.ch/record/12413/files/mf2.pdf

— Journal des enfants: rédigé par toutes les sommités littéraires et ..., Volume 1 1832

https://books.google.fr/books?id=Zw5MAAAAcAAJ&pg=PA75&dq=papillon+attach%C3%A9+fil+enfant&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwiZwPaM0ODMAhWGORoKHXSwBSsQ6AEISzAE#v=onepage&q=papillon%20attach%C3%A9%20fil%20enfant&f=false

 

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Published by jean-yves cordier - dans Zoonymie des Rhopalocères.

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  • : Le blog de jean-yves cordier
  • : 1) Une étude détaillée des monuments et œuvres artistiques et culturels, en Bretagne particulièrement, par le biais de mes photographies. Je privilégie les vitraux et la statuaire. 2) Une étude des noms de papillons et libellules (Zoonymie) observés en Bretagne.
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  • "Il faudrait voir sur chaque objet que tout détail est aventure" ( Guillevic, Terrraqué).  "Les vraies richesses, plus elles sont  grandes, plus on a de joie à les donner." (Giono ) "Délaisse les grandes routes, prends les sentiers !" (Pythagore)
  • "Il faudrait voir sur chaque objet que tout détail est aventure" ( Guillevic, Terrraqué). "Les vraies richesses, plus elles sont grandes, plus on a de joie à les donner." (Giono ) "Délaisse les grandes routes, prends les sentiers !" (Pythagore)

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