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12 décembre 2018 3 12 /12 /décembre /2018 14:56

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La cloche de Plouha (Côtes d'Armor) a été fondue par Thomas Le Soueff en 1712, la même année que la cloche du Prêcheur (La Martinique) dont elle est la sœur jumelle, et deux ans avant la cloche du Faou, dont elle est proche. Cette cloche de Plouha a disparue, mais elle a été décrite avec précision par Léon Germain de Maidy en 1896. 

Voici les photographies des cloches encore existantes, qui nous permettent de l'imaginer :

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La cloche du Prêcheur (Thomas Le Soueff, 1712) à La Martinique. Photographie Eric Brottier 2018.

La cloche du Prêcheur (Thomas Le Soueff, 1712) à La Martinique. Photographie Eric Brottier 2018.

La cloche du Faou (Thomas Le Soueff, 1714), dans le Finistère.

La cloche du Faou (Thomas Le Soueff, 1714), dans le Finistère.

 

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DESCRIPTION.

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MAIDY ( L. Germain de ), 1896, " Sept cloches anciennes des Côtes-du-Nord", Congrès archéologique de France : séances générales tenues par la  Société française d'archéologie. 1898 (63). Contient les Séances générales tenues à Morlaix et à Brest, en 1896. pages 294-297.

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k356651/f377.image

Numérisation Gallica, copie manuelle par mes soins.

"Deux cloches de 1712 appartenaient à l'église de Plouha.

1°) La plus petite, de 0,90 kilog (diam. 0,535 m ; haut. 0,59 m) offre en haut l'inscription suivante, commençant par une croisette et dont chaque mot est suivi alternativement d'un e fleur de lis et d'une moucheture d'hermine :

IESVS MARIA IOSEPH ANNA 1712.

Au dessous, six filets.

Sur la panse, une croix posée sur trois degrés, le tout formé de fragments de frises.

 

2°) L'autre de ces cloches, très belle et grande, pèse 557 kilog (diam. 1 m ; haut. 0,91 m.) Elle existe encore à la fonderie de M.L. Robert. L'inscription suivante, avec une fleur de lis entre chaque mot et à la fin, se développe sur trois lignes, qui débutent chacune par une tête d'ange ailée.

CETTE CLOCHE SAPELLE PIERRE MARIE FAITE EN LAN 1712 AU FRAIS DE LA FABRICE DE PLOVHA PAR LES SOINS DE N : ET DISCRET F. CORENTIN LE MILIN CHANOINE REGULIER DE PREMONTRE PRIEVR RECTEVR DU DIT PLOVHA 

C'est à dire "Cette cloche s'appelle Pierre-Marie ; faite en l'an 1712 aux frais de la fabrique de Plouha, par les soins de vénérable et discret frère Corentin Le Milin, chanoine régulier de Prémontré, prieur recteur dudit Plouha ».

 

Plus bas on lit, précédés d'une tête d'ange ailée, ces mots, séparés alternativement par une fleur de lis et une moucheture d'hermine :

IAI ETE FONDVE A BREST PAR THOMAS LE SOVEFF

La panse est décorée d'une grande croix sur trois degrés, le tout orné de feuillages en arabesque.

Cette croix est accostée de deux médailles ou plutôt des deux faces d'une même médaille, rectangulaire, à pans largement coupés, c'est-à-dire presque octogone.

La première représente le Christ, en buste, tourné à senestre, à longs cheveux et la tête encadrée par un nimbe.

Il est entouré de cette très curieuse légende en langue italienne : ALLEGREZA - DEL - CIELO - E - DELLA - TERRA.

La seconde, offrant la Vierge en buste, tournée à. dextre, la tète également encadrée par un nimbe, a pour légende: REFVGIVM PECCATORVM OR . PRO . N. Note : Refugium peccatorum, ora pro nobis, invocation des litanies laurétanes.

Il s'agit donc d'une médaille dont les deux faces, placées l'une à coté de l'autre, représente les effigies en regard du Christ et de la Vierge, figuration que commença d'être en vogue à la fin du XVIe siècle mais le fut surtout aux deux siècles derniers [XVII et XVIIIe]. Sur ce sujet, relativement auquel j'ai recueilli beaucoup de notes, on peut trouver quelques renseignements dans Jules Rouyer, Un rosaire lorrain du XVIIe siècle, dans les Mém. De la soc. D'archéol. Lorr. 1881.

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k33701k/f162.item

À l'opposé existe un assez grand médaillon ovale avec cadre rectangulaire, les écoinçons ornés de têtes d'anges ailées. On voit sur ce médaillon la Vierge debout, joignant les mains, ayant sept étoiles autour de la tête et le croissant sous les pieds ; elle est entourée d'une auréole rayonnante et d'un cordon ouvert en haut, terminé d'un coté en boucle, et ayant, régulièrement espacés, huit nœuds en forme de renflements cylindriques."

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DISCUSSION.

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Les trois médaillons se retrouvent à l'identique sur la cloche du Prêcheur, et j'ai montré que ceux du Christ et de la Vierge de profil venaient d'une médaille de dévotion . Voir :

La  cloche Corentin, de la cathédrale de Quimper. 1701 : 3901 livres (1909 kilos pour la livre de Paris), a été faite par "les sieurs Soüef et Le Moyne, fondeurs du roy à Brest" : certains l'attribuent à Jean Le Souef, mais elle pourrait être faite par Thomas Le Soueff, "fondeur du roi à Brest.

 

RAPPEL : Thomas Le Soueff.

Installé à Landerneau puis à Brest, Thomas Le Soueff fondit les cloches suivantes

1691 Briec  :

"La cloche du côté Nord a 25 pouces de hauteur sur 30 pouces de diamètre, elle ne porte aucun écusson, mais l'inscription suivante : ANNO : DNI : 1691 : LVDOVICO : MAGNO : XIV° : REGNANTE : ILLMO : DD :FRANCISCO : DE : COETLOGON : DIOECESIM : CORISOPITEN : GUBERNANTE : JOANNES : HVELVAN : SACR : FACULT : PARISIEN : BACCALAUREVS : THEOLOGVS : DOMVS : SORBONAE : NEC : NON : PAROCHIAE : BRIZIEC : RECTOR. Au bas est écrit : T. LE : SOUEFF : FONDEVR : Au milieu, côté du Nord : IHS. Côté du Midi, dans un médaillon circulaire de 4 pouces de diamètre, la Vierge avec l'Enfant-Jésus dans ses bras, assise sur des nuages.

Sur la seconde cloche, du côté du Midi, qui a 27 pouces de haut et 31 pouces de diamètre, est écrit : SIT : NOMEN : DOMINI : BENEDICTVM : 1702. Sans armoiries, mais elle porte une croix sous laquelle on lit FRANCOIS : LE : MOYNE : FONDEVR. De l'autre côté, est une Vierge en pied ayant les mains jointes. Cette cloche est éclatée." (Abgrall, 1904)


 

1699, Saint-Thomas de Landerneau, (perdue)

1699 Lochrist au Conquet (perdue)

1701, cathédrale de Quimper, 3901 livres (1909 kg ?) [fondeur Le Soueff sans précision de prénom]. (perdue)

1704,  Plouguerneau, en 1704. (perdue)

1706,  Plougourvest (perdue)

1707,  Lanhouarneau. (perdue)

1707 Plougastel-Daoulas (perdue)

1708, Bodilis, pesant 231 livres. (perdue)

1711,  Plouzané . (perdue)

1711,  Plougoulm, (perdue)

1712 « Le Prêcheur » à la Martinique. 560 kg, Diam. 99,5 cm. Note : Fa Sans nom. Croix entourée de deux médaillons de la Vierge et du Christ avec inscriptions allegreza del cielo et del tierra... et Refugium peccatorum . Anse  à têtes . Inscription débutant par une croix: Chaque mot est séparé par une petite fleur de lys.

1712, Plouha 757 kg, diam. 91 cm , nom Pierre-Marie. Croix entourée de deux médaillons de la Vierge et du Christ avec inscriptions allegreza del cielo et del tierra  et Refugium peccatorum ora pro nobis. Inscription débutant par une croix et dont  chaque mot est séparé par une petite fleur de lys et une moucheture d'hermine. Cloche perdue.

1714 Le Faou 1389 l (679 kg?) , diam. 101 cm, sans nom.  Croix entourée de deux médaillons de la Vierge et du Christ avec inscriptions  à déchiffrer.   Inscription débutant par une croix et dont  chaque mot est séparé par une petite fleur de lys et une moucheture d'hermine.

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Published by jean-yves cordier - dans cloches
12 décembre 2018 3 12 /12 /décembre /2018 14:27

La cloche du Prêcheur, (Thomas Le Soueff, 1712) offerte par Louis XIV à la demande de Madame de Maintenon, et atteinte par l'éruption de la Montagne Pelée en 1902.

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Voir :

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Un très grand merci à Eric Brottier, expert campanaire MCC, qui m'a autorisé à reprendre les données et les photographies de son expertise d'octobre 2018. 

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Il y a des cloches qui vont, par les airs, à Rome : c'est  économe.

Il en est d'autre qui prenne le bateau au port de Brest et qui débarquent, au début du XVIIIe siècle, sur l'Île de la Martinique : c'est plus chic.

La cloche du Faou, restée en Métropole, a communiqué à lavieb-aile le courrier qu'elle a reçu de sa sœur martiniquaise.

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La cloche du Prêcheur (Thomas le Soueff, 1712). Photographie Éric Brottier 2018.

La cloche du Prêcheur (Thomas le Soueff, 1712). Photographie Éric Brottier 2018.

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PRÉSENTATION.

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Chère petite sœur du Faou ! Comme je suis heureuse de pouvoir te donner de mes nouvelles, plus de 300 ans après la séparation de notre famille !

Depuis que j'ai découvert ta description sur internet grâce à lavieb-aile, je sais combien nous nous ressemblons, et j'étais impatiente de te le montrer avec de belles photos.

Je ne te raconte pas comment j'ai été fondue par notre père Thomas Le Soueff, "fondeur du Roi" à Brest, puisque tu as connu cela. Lorsqu'un des vaisseaux des escadres royales m'a chargée à son bord  au port de Brest et m'a débarquée à Fort-de-France (ou à Saint-Pierre ?), en l'île de Martinique, j'ai été  transportée par un navire jusqu'au  village du Prêcheur, tout au nord de l'Île,  8 kilomètres au dessus de Saint-Pierre, sous la sombre masse de la Montagne Pelée nous dominant de ses 1397 m. Depuis l'embarcadère, il a fallu me conduire au sommet du Morne Danty, où, sous l'impulsion du fameux père Du Tertre, qui fut en 1647 curé de cette paroisse érigée en 1644, avait été construite la première église du village. Il n'en reste aujourd'hui que le clocher, haut de 12 m. où j'ai vécu pendant près de trois siècles. Je te joins un copier-coller :

"Ses murs épais, en moellons andésites ramassés dans la rivière voisine sont établis sur un plan carré de 6m de côté et n’ont d’ailleurs que 7m de hauteur, de sorte que l’édifice se rapproche plus d’un cube que d’une flèche et prend un aspect massif et fortifié.
Inscrit à l’inventaire des monuments historiques depuis 1979, il est certainement le plus ancien monument français de la Martinique."

 

Ce qui est plaisant, pour une cloche, c'est d'avoir élu domicile dans un lieu nommé "Le Prêcheur" (en raison de la forme d'un rocher, selon J-B. du Tertre, ) , car on nous a toujours expliqué que notre sainte mission était une sorte de prédication, et que déjà  l'évêque Guillaume V Durand (1230-1296), dans son  Le Rationale divinorum officiorum associait la dureté du métal de la cloche à la force du prêcheur.

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Fiche Mérimée PA 105946

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Le clocher de l'église Saint-Joseph , Le Prêcheur.

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En 1870, je fus rejointe par deux collègues, issues de la fonderie parisienne Dubuisson-Gallois (comme celles de la flèche de Notre-Dame !).

En 1902 survint la terrible éruption de la Montagne-Pelée .

Nous fûmes touchées dans notre chair d'airain  par ce déchaînement de feu, et nous en avons gardé les plaies. Pour nous permettre de remplir à nouveau nos fonctions, un emplâtre de métal fut appliqué, tant bien que mal.

En 1930, nous fûmes installées dans le clocher de la nouvelle église, mais nous en fûmes déposées cinq ans plus tard sous prétexte que nous étions trop lourdes. On nous a installées en présentation  sous un petit abri  sur le devant de l'église. C'est encore là que chacun peut nous rendre visite, mais l'inactivité nous pèse.

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J'ai gardé une vieille photo,prise par le curé du Prêcheur, Jean-Baptiste Delaware, en 1936, avec  la nouvelle église, le presbytère et l'ancien clocher au fond  :

 

 

http://www.patrimoines-martinique.org/ark:/35569/a011273060641w3KTJP/1/1

http://www.patrimoines-martinique.org/ark:/35569/a011273060641w3KTJP/1/1

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Et maintenant, voici une photo de 2018 (E. Brottier), sur laquelle je t'indique notre emplacement :

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 Photographie Éric Brottier 2018.

Photographie Éric Brottier 2018.

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Sur ce bref document, je suis celle du milieu, incarcérée dans notre cage de fer à béton.

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https://www.youtube.com/watch?v=JwCThgAe5rw

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Je t'envoie ma photo, mais aussi celles de mes moindres grains de beauté pour que tu puisse vérifier les marques que nous a choisi  notre père commun. Tout le monde rend hommage à ma grande beauté.

Par contre, je ne peux pas te faire connaître mon nom, car, — comme toi d'ailleurs — je ne porte pas l'inscription de mon nom de baptême. Vu la durée du voyage, le paternel ignorait sans doute qui allait être choisie comme marraine. 

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La cloche du Prêcheur (Thomas le Soueff, 1712). Photographie Éric Brottier 2018.

La cloche du Prêcheur (Thomas le Soueff, 1712). Photographie Éric Brottier 2018.

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Si tu veux, voici d'abord mon poids : 560 Kg. Mon diamètre (mesuré comme d'habitude à l'extérieur de la pince) est de 995 mm. Je suis donc plus légère et plus fine que toi, puisque tes mensurations sont divulguées ( près de  680 kg et un diamètre de 1010 mm). Je sonne en Fa, et je forme ainsi un carillon avec mes deux voisines qui jouent le sol et le la. 

Je porte, sur deux lignes au cerveau,  en lettres capitales antiques, l'inscription :

IAY ESTE FAITTE POVR SERVIR A LEGLIZE PAROISSE DE St IOSEPH LISLE DE / LAMARTVNIQUE MONSr RENAVDOL MARGVILLIER

L'inscription débute par un angelot (une tête entre deux ailes), comme celui que tu as sous tes filets, puis par une croix pattée, comme toi également. Les lettres proviennent certainement du même moule d'alphabet de l'atelier.  Chaque mot est séparé par une belle fleur de lis.

Papa a utilisé pour toi la même formule "Iai este faitte pour servir à l'église ---" .  Même sous la graphie "J'ai été faite pour servir à l'église de --", elle est fort rare (1688, Saint-Sauveur de Cressé, Charente-Maritime ; Notre-Dame du Pariset,  Isère ).

Tout le monde me charrie pour mes belles fautes d'orthographe, celle de EGLIZE et surtout celle de MARTVNIQVE. Martunique, moi, j'en suis fière, je suis unique !

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Chacun me demande qui est ce  monsieur "RENAVDOL" mais  il s'agit certainement encore d'une coquille et il faut peut-être lire RENAUDOT. C'est un nom attesté sur l'île :  Christophe Renaudot, riche planteur-sucrier, fut directeur de l'hôpital de Saint-Pierre en 1665. Mon marguillier serait-il son fils ? Ou bien faut-il lire RENAUDIN ? Ce nom figure dans la Liste des habitants propriétaires de La Martinique en 1671 (Dessales, Hist. gen. des Antilles p. 565), précisément pour Le Prêcheur, tandis que le curé est Jacques Hébert. Un Michel Renaudin figure dans la liste des habitants sucriers de l'Île en 1720. 

Les limites de la paroisse du Prêcheur furent fixées en 1680, et la paroisse fut confiée au Jésuites. En 1687, le curé est le R.P Bernard, et les notables de la paroisse s'adresse au roi pour demander une aide financière pour diverses réparations. Le marguillier est alors Jean Roy, riche habitant du quartier, évergète du village, capitaine de sa milice (1680), conseiller du Conseil souverain de Martinique, propriétaire d'une habitation et concession de 72 ha à Anse Couleuvre et principal mécène de l'église. Mais parmi les quatre autres signataires de la demande figure un certain RENAUDIN.  (Rennard, Origine des paroisses et des quartiers de la Martinique, page 18) .

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Un autre point commun avec ton inscription est l'utilisation de lettres suscrites entre deux filets. C'est le cas pour le T de ST IOSEPH, placé au dessous de deux points.

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La cloche du Prêcheur (Thomas le Soueff, 1712). Photographie Éric Brottier 2018.

La cloche du Prêcheur (Thomas le Soueff, 1712). Photographie Éric Brottier 2018.

La cloche du Prêcheur (Thomas le Soueff, 1712). Photographie Éric Brottier 2018.

La cloche du Prêcheur (Thomas le Soueff, 1712). Photographie Éric Brottier 2018.

La cloche du Prêcheur (Thomas le Soueff, 1712). Photographie Éric Brottier 2018.

La cloche du Prêcheur (Thomas le Soueff, 1712). Photographie Éric Brottier 2018.

La cloche du Prêcheur (Thomas le Soueff, 1712). Photographie Éric Brottier 2018.

La cloche du Prêcheur (Thomas le Soueff, 1712). Photographie Éric Brottier 2018.

La cloche du Prêcheur (Thomas le Soueff, 1712). Photographie Éric Brottier 2018.

La cloche du Prêcheur (Thomas le Soueff, 1712). Photographie Éric Brottier 2018.

La cloche du Prêcheur (Thomas le Soueff, 1712). Photographie Éric Brottier 2018.

La cloche du Prêcheur (Thomas le Soueff, 1712). Photographie Éric Brottier 2018.

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Comme toi, je porte  la signature de celui qui nous a mis au monde, sur une ligne sur la partie basse du profil : Chaque mot est séparé par une petite fleur de lys (remplacé ici par un point) : 

. IAI . ESTE . FONDVE . A BREST . PAR . THOMAS . LE . SOVEFF .  EN .  LAN .  1712.

Mon inscription est donc un peu plus explicite que celle que tu portes et qui dit TH. LE SOVEF ME FECIT. Mais dans les deux cas, nous sommes sûres toutes les deux de son identité, puisque le prénom Thomas est indiqué.

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La cloche du Prêcheur (Thomas le Soueff, 1712). Photographie Éric Brottier 2018.

La cloche du Prêcheur (Thomas le Soueff, 1712). Photographie Éric Brottier 2018.

Ce qui m'amuse beaucoup, c'est de retrouver sur toi le décor que je porte au dessus de la signature paternelle : une croix remplie de rinceaux, posée sur trois  ou cinq degrés, et entourée de deux médaillons. Les tiens sont ronds et les miens octogonaux, mais dans les deux cas ils sont sculptés du profil de la Vierge et du Christ, et comportent une inscription.

Le médaillon de la Vierge porte les mots REFUGIUM PECCATORUM, une  locution signifiant "refuge du pêcheur " qui  fait référence à la Vierge dans les litanies de Lorette, dans la mesure où elle intercède en faveur des pécheurs vis à vis de Dieu. 

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La cloche du Prêcheur (Thomas le Soueff, 1712). Photographie Éric Brottier 2018.

La cloche du Prêcheur (Thomas le Soueff, 1712). Photographie Éric Brottier 2018.

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Le médaillon du Christ porte les mots ALLEGREZA DEL CIELO E DELLA TIERRA, une formule en italien qui qualifie, nous allons le voir, le Christ comme Sauveur du Monde. Il est représenté nimbé, avec des cheveux longs et bouclés, une barbe courte et pointue, et le buste de trois-quart.

 

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La cloche du Prêcheur (Thomas le Soueff, 1712). Photographie Éric Brottier 2018.

La cloche du Prêcheur (Thomas le Soueff, 1712). Photographie Éric Brottier 2018.

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Tu avais déjà remarqué que la locution ALLEGREZA DEL CIELO E DELLA TIERRA figure dans un ouvrage italien de Trattenimenti spirituali per chi desidera d'avanzarsi nella servitu, e nell'amore della santissima Vergine, Volume 1 p. 42 de Alessandro Diotallevi della Compagnia di Gesù, 1716.

Mais j'ai découvert mieux : Thomas Le Soueff s'est contenté d'utiliser les deux faces d'une médaille de dévotion comme d'un sceau dans un bloc de cire pour réaliser les deux médaillons, ce qui lui a permis d'en placer le moule en cire perdue  sur la fausse cloche (voir les détails de fabrication d'une cloche ici). 

Des exemplaires de cette médaille octogonale existent encore :  ils portent bien au recto la formule ALLEGREZA DEL CIELO E DELLA TIERRA (avec la graphie "allegreza" avec un seul Z) autour du profil du Christ, mais aussi  verso la formule REFUGIUM PECCATORUM ORA P.N. autour du profil de la Vierge.

Cette médaille est recensée sous le numéro 83  dans le catalogue d'un ouvrage spécialisé espagnol, "La Medalla de Devoción en Europa entre los siglos XVI y XIX" de Fernando Sainz Varona (2008), et elle est présentée sur un forum web consacré à l'étude des collections de médailles religieuses, Cruces y medallas http://www.cruces-medallas.com/ . Copyright ©2008-2018 Todos los derechos reservados. Registro de la Propiedad Intelectual Nº 1210202542553 .

Elle est décrite ainsi :

 

 XVIIe siècle. BRONZE DORÉ médaille octogonale de 44 x 39 mm. Avec poignée perpendiculaire sur la tranche.

recto :  Buste de Jésus-Christ tourné vers la droite, aux cheveux longs et nimbe circulaire Autour de la légende: ALLEGREZA. DEL. CIELO .E. DELLA. TERRA. sur le bord inférieur gauche de la médaille.

verso : Buste de la Vierge tourné vers la gauche, avec voile de drap et nimbe circulaire. Autour de la légende: REFVGIVM. PECCATORVM. ORA. P. N.
 

On y apprend que les médailles de dévotion représentant au verso les profils de Jésus-Christ et de la Vierge, de profil,  ont été officiellement diffusées par l’Église à l’occasion de l’année jubilaire de 1650.

Parmi les médailles de dévotion après le Concile de Trente (milieu du XVIe au XIXe siècles), se distingue par la fréquence de sa représentation, celle représentant  Jésus-Christ comme Sauveur du monde (Christ Rédempteur); par conséquent, de son action rédemptrice de l'humanité devant le Dieu-Père, à travers sa passion et sa mort sur la croix. Les artistes de la Renaissance et du Baroque représentent un portrait du Christ de profil (à droite ou à gauche), avec une barbe et de longs cheveux éparpillés et parfois une couronne d'épines et sa tête, magnifiée par un halo ou un rayon de rayons . Une telle image est diffusée en la couplant avec le visage de la Vierge sur son verso, avec les variantes suivantes de légende qui, nous le croyons, changent dans son énonciation au fil des siècles, probablement en suivant les directives doctrinales et cultuelles proclamées par la hiérarchie des sociétés.  Pour le Christ : ECCE HOMO ; GESU CRISTO ; LVX MVNDI ;  EGO SVM LVX MVNDI ; EGO SVM VIA VERITAS E VITA ; IES. CHRISTVS ; IESVS CRISTVS FILI DEI VIVI ;  IESVS CHRISTI MIS NOBIS ;  QVI. SEQVITVR. ME. NON. AMEVLAT. IN. TENEBRIS ;  SPECIOSVS FORMA PRAN FILIS HOMINVM ; IN ME SPECVLENTVR OMNIA ; SOLE CLARIOR ; ALLEGREZA DEL CIELO E TERRA ; CREATORE DEL CIELO E DELLA TIERRA ; SALVATOR MVNDI ; SALVATOR MUNDI ; SALVATOR MVNDI MISERERE NOBIS ; SALVATOR. MVNDI. SALVA. NOS ; JESUS TENED PIEDAD DE NOSOTROS.

Pour la Vierge :  SPECVLVM SINE MACVLA ; TV ES SPECVLVM MACVLA ;  REFVGIVM. PECCATORVM. ORA. P.N ; TV. SOLA. SVPERGRESSA. ES. VNIVERSAS ; MATER IESV CHRISTI ORA P.N ; MATER CAELI ; REGI. CAELI ; REGINA CAELI ; MATER. CHRISTI. ORA. PRO. NOB ; MATER DIVINAE GRATIAE ; MATER SALVATORIS ; MATER. SAVATORIS. ORA. PRO. NOB ; MATER SALVATORIS SALVA NOS ; HE AQUÍ VUESTRA MADRE.

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http://www.cruces-medallas.com/t8313-salvator-mvndi-mater-salvatoris-83

http://www.cruces-medallas.com/t8313-salvator-mvndi-mater-salvatoris-83

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Une autre version de cette médaille est proposée en vente, cette fois-ci circulaire et avec un nimbe ovale, mais avec la même inscription :

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Je porte encore un autre médaillon, rectangulaire, représentant la Vierge de l'Immaculé-Conception, voilée, mains jointes, les pieds sur un croissant, dans une mandorle de rayons lumineux circonscrite par une cordelière et cantonnée de quatre têtes d'anges (?).

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La cloche du Prêcheur (Thomas le Soueff, 1712). Photographie Éric Brottier 2018.

La cloche du Prêcheur (Thomas le Soueff, 1712). Photographie Éric Brottier 2018.

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Enfin, je terminerai la comparaison de nos anatomies respectives par celle de nos anses : dans les deux cas, il s'agit de têtes masculines composant une couronne à six anses ; mais dans ton cas, tu as eu droit à six beaux gaulois à moustache impressionnante !

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La cloche du Prêcheur (Thomas le Soueff, 1712). Photographie Éric Brottier 2018.

La cloche du Prêcheur (Thomas le Soueff, 1712). Photographie Éric Brottier 2018.

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Maintenant que je me suis mise à nue devant toi, ma chère sœur cadette, je dois t'annoncer une grande nouvelle. Dans le même temps où je faisais des recherches pour renouer le contact avec mes racines brestoises, j'ai découvert avec stupéfaction dans les archives que j'avais une sœur jumelle.

Oui, tu as bien lu, j'ai une jumelle, née comme moi en 1712, et donc te voilà avec deux sœurs aînées à présent !

Mais hélas, j'ai le regret de t'annoncer en même temps que cette sœur n'est plus là. Elle a occupé pendant des siècles le clocher de Plouha, dans les Côtes d'Armor. Si je connais son nom de baptême, PIERRE-MARIE,  je n'ai même pas une seule de ses photos, mais j'ai, par contre, sa description, suffisamment précise pour m'avoir fait pleurer d'émotion : elle me ressemble trait pour trait.

Elle portait exactement les mêmes vignettes octogonales de la Vierge et du Christ, et la même vignette de la Vierge de l'Immaculée-Conception ! Mais comme j'ai encore beaucoup de choses à te dire, et que je dois te laisser le temps de te remettre de tes émotions, je te la décrirai dans un autre courrier.

La cloche de Plouha fondue par Thomas Le Soueff en 1712 : une sœur aînée de la cloche du Faou (Thomas Le Soueff 1714) !

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Mes blessures, stigmates de l'éruption de la Montagne-Pelée en 1902.

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En 1902 le Prêcheur fut sévèrement touché par l'éruption volcanique de la Montagne-Pelée.

5e cliché d’une série de six de la nuée ardente du 16 décembre 1902 par Lacroix, dans La montagne Pelée et ses éruptions.

Si l'éruption est connue  avoir détruit la ville de Saint-Pierre le 8 mai, ainsi que ses habitants, l'activité de la Pelée s'est tout d'abord fait ressentir au Prêcheur pendant toute la période de signes avant-coureurs précédant la nuée ardente paroxystique. Une partie habitants fut contrainte de se déplacer à Saint-Pierre moins exposée au danger à ce moment. Dans la nuit du 7 au 8 mai, résultat de pluies torrentielles et d'orage volcanique mélangés à des débris volcaniques, une énorme coulée de boue provoque la mort de 400 personnes.

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Nous trois les cloches du Prêcheur , (moi, et mes consœurs de 9870 LEONIE ADÈLE PIERRE , et ANTOINETTE JOSEPH) ,  conservons les traces de ce drame. Voici comment l'expert Eric Brottier décrit cela :

 

"Les cloches portent les stigmates des nuées ardentes et leur analyse fait entrevoir quelques détails intéressants sur la façon dont ils sont apparus.

La cloche N°1 de 1712 est la plus atteinte. Cette cloche est de belle facture : la définition des décors et inscriptions est relativement fine et démontre que le fondeur n’est pas un débutant et qu’il devrait maîtriser parfaitement sa technique. D’autres cloches en Bretagne comme celle du Faou, coulée en 1714 sont également là pour en témoigner.

Pourtant, sur le profil extérieur de la cloche apparaissent des accidents de surface que l’on pourrait dans un premier temps interpréter comme des défauts de fonderie grossiers, résultant d’une décohésion des matériaux du moule extérieur ou de la fausse cloche. Mais on ne peut en même temps qu’être surpris qu’un fondeur de ce niveau ait pu se résoudre à livrer une cloche aussi défectueuse alors qu’elle aurait été commandée par Louis XIV, et ce d’autant plus que la cloche a été fabriquée à Brest pour être expédiée en Martinique. Ce que l’on observe, notamment en partie basse n’est pas exceptionnel et j’ai pu observer de diverses cloches anciennes présentant des défauts de fonderie dont l’aspect est très similaire. On constate que ces défauts sont alignés sensiblement sur une verticale et ce de façon discontinue tandis qu’au bas du profil les défauts sont moins marqués mais s’étalent sur une plus grande surface.

C’est en examinant le profil intérieur de la cloche dans la même zone qu’un début d’explication peut être apporté : On constate sur la même hauteur une « cicatrice » verticale qui s’élargit également en partie basse. Rappelons également que du haut vers le bas, l’épaisseur du profil d’une cloche augmente progressivement jusque sur l’anneau de frappe puis s’amincit à nouveau dans la partie de la pince. Ce type d’aspect fait également penser que l’on aurait pu essayer de pratiquer une restauration de la cloche par soudage, ce qui aurait pu se justifier en cas de félure. Cependant c’est improbable car dans cette hypothèse la cloche aurait du être soudée autant sur l’intérieur que l’extérieur alors que sur l’extérieur dans la zone concernée il existe des parties saines où n’existe aucune fêlure.

En revanche on peut constater que la partie basse est recouverte d’une couche grise qui semble bien révéler une tentative de restauration plus locale : il semble, sous réserve d’analyse, qu’il s’agisse d’un mastic époxy de type « sintofer » qui a été appliqué sur la partie basse ce type de produit étant présenté par le fabricant comme une véritable « soudure à froid ». Cette consolidation de surface est d’ailleurs recouverte au niveau de l’anneau de frappe d’une couche rougeâtre pouvant être de l’oxyde de fer, ce qui met en évidence qu’après la catastrophe on a effectivement remis cette cloche en usage à la volée lors de la construction de la nouvelle église en 1930. C’est un peu plus tard en 1935 que l’on redescend ces cloches du clocher au prétexte de leur poids était trop important.

La partie haute est d’aspect irrégulier et fait apparaître une surface rugueuse avec des inclusions colorées semblant contenir des traces d’oxyde de fer, sans doute des scories de produits d’origine volcanique.

Mon analyse est donc la suivante : dans la mesure où, contrairement à la surface extérieure où les stigmates sont discontinus, une surchauffe s’est produite à l’intérieur peut-être par projection de scories ou de lave ou sous le fait d’un contact avec un élément incandescent lors d’un incendie consécutif à l’éruption. La cloche devait être encore en position verticale puisque ces projections sont localisées sur une verticale. La progression de l’échauffement a agi de l’intérieur vers l’extérieur, et les effets s’en sont fait sentir en premier lieu vers le haut de la zone affectée là où le profil de la cloche est le plus mince. Il en a résulté un début de fusion sur la partie haute du profil extérieur de la cloche. Cette fusion localisée d’un élément de bronze, se trouvant sans doute encore dans un état plus ou moins pâteux, a produit un début d’écoulement qui a marqué dans sa chute le profil en milieu de zone, pour s’échouer sur la partie où le profil est le plus épais. Il en découle à cet endroit une dégradation plus forte affectant l’inscription (nom du fondeur) et les filets. Le bronze fondu s’est ensuite réparti sur une surface plus grande au niveau de la pince donc en marquant moins la surface le liquide étant mieux réparti : effacement des filets inférieurs, modification de l’état de surface.

Et ric Brottier ajoute :

Voici donc comment ces cloches gardent à jamais marquées dans leur profil, pour ne pas dire dans leur chair, l’événement tragique de l’éruption de la Montagne Pelée du 8 mai 1902. Ne valent-elles pas à ce titre d’être aujourd’hui protégées au titre des monuments historiques ?

Eric Brottier. 17/11/2018.

Voici les images de mes cicatrices :

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La cloche du Prêcheur (Thomas le Soueff, 1712). Photographie Éric Brottier 2018.

La cloche du Prêcheur (Thomas le Soueff, 1712). Photographie Éric Brottier 2018.

La cloche du Prêcheur (Thomas le Soueff, 1712). Photographie Éric Brottier 2018.

La cloche du Prêcheur (Thomas le Soueff, 1712). Photographie Éric Brottier 2018.

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Ces lésions font de nous de véritables lieux de mémoire du drame de 1902 et des 30 000 victimes de l'éruption péléenne.

Mais le bourdon de la cathédrale de Saint-Pierre témoigne elle aussi de ce destin :

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photo Jean-Louis Lascoux. https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89ruption_de_la_montagne_Pel%C3%A9e_en_1902#/media/File:Le_bourdon_de_saint-Pierre,_Martinique.JPG

photo Jean-Louis Lascoux. https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89ruption_de_la_montagne_Pel%C3%A9e_en_1902#/media/File:Le_bourdon_de_saint-Pierre,_Martinique.JPG

Il est temps de te parler de ma mère, ou de ma marraine, celle qui est à l'origine de ma présence ici : François d'Aubigné. C'est grâce à elle que je fus offerte par Louis XIV, au temps où elle était devenue, sous le titre de Madame de Maintenon,  épouse "secrète", (non officielle) du roi.  C'est là encore une histoire très émouvante.

La vie de cette femme est remplie de mystères ou de dissimulations.

Une ascendance calviniste ; un père débauché ; une enfance rocambolesque.

Françoise d'Aubigné (27 novembre 1635-15 avril 1719) est la petite-fille d'Agrippa d'Aubigné, poète ami de Henri Iv et calviniste intransigeant. 

Son père, Constant d'Aubigné (1585-1647), abjure le protestantisme en 1618 pour mener une vie de débauche dans le château paternel de Maillezais, avant de tuer en 1619 sa première femme, qu'il surprend en flagrant délit d’adultère dans une auberge, puis de se remarier en décembre 1627, à Bordeaux, avec  Jeanne de Cardilhac, la fille du capitaine de la prison où il était enfermé, le château Trompette à Bordeaux. Ils ont d'abord deux fils enfants : Constant (1628-1647), Charles, comte d'Aubigné (1634-1703), — dont la fille deviendra duchesse de Noailles. Constant dilapide la dot de son épouse. Enfermé pour dettes  à la prison de Niort, avec son épouse enceinte, ce serait en prison que serait née la future madame de Maintenon ; mais nous ne disposons que de la date de son baptême, le 27 novembre 1635.

La jeune Françoise passe les premiers mois de sa petite enfance chez Madame de Villette, sa tante huguenote, au château de Mursay, au nord de Niort.

Arrivée au Prêcheur à l'âge de 1 an.

 Puis elle passe les six années suivantes avec ses parents à la Martinique qui y arrivent en 1636.  Françoise vit avec ses parents dans le village du Prêcheur,  à Grand-Case, à l’Anse Belleville. 

Voir Grand-Case sur la carte Geoportail.

Grand-Case sur le diagramme du DEAL de la Martinique :  

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Étude pluridisciplinaire Versants Nord Ouest de la Montagne Pelée / Volet historique / DEAL de la Martinique /

 

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Une vie de pauvreté avec sa mère au Prêcheur jusqu'à ses 12 ans (?).

"Officiellement, son père est gouverneur de la toute petite île de Marie-Galante, toute proche. Mais ce titre ne lui est pas reconnu et il n'a pas les moyens de le valoriser. L'île est alors vierge et doit en principe gouverner la Martinique, elle-même couverte aux neuf dixièmes de forêts, où Indiens et boucaniers font la loi. La famille de Françoise survit en fait dans la pauvreté, alors que la Barbade anglaise, non loin accède bientôt à la richesse. Ce séjour de six ans lui vaudra le surnom de « Belle Indienne ». Il s'achève à l'époque où les Martiniquais tentent sans succès d'introduire la culture de la canne à sucre, qui s'avère très rentable à la Barbade dès les années 1640, et entraîne l'éviction des planteurs de tabac. À son retour en France, en 1647, Françoise apprend la mort de son père, parti en 1645 chercher à faire reconnaître son titre de gouverneur." (Wikipédia)

Élevée dans la foi calviniste qu'elle renie ensuite. 

"Françoise perd aussi très vite sa mère qui vivait dans la quasi-misère. Elle doit faire des procès à la famille de son père pour essayer de récupérer ses biens, puis est à nouveau prise en charge par sa tante de Niort, Mme de Villette, fervente protestante. Sa marraine, Madame de Neuillant, fervente catholique, obtient de la reine-mère Anne d'Autriche une lettre de cachet pour récupérer Françoise et lui permettre de pratiquer le catholicisme (en effet à sa naissance Madame d'Aubigné l'avait fait baptiser dans la religion catholique) et renier sa foi calviniste. Elle la place contre sa volonté au couvent des Ursulines de Niort, puis chez les Ursulines de la rue Saint-Jacques à Paris où, grâce à la douceur et l'affection d'une religieuse, sœur Céleste, la jeune fille renonce définitivement au calvinisme, condition indispensable pour pouvoir accompagner Mme de Neuillant dans les salons parisiens. C'est à l'une de ces réunions mondaines qu'elle rencontre le chevalier de Méré qui se prend d'affection pour celle qu'il nomme « la belle Indienne » et s'offre de l'instruire convenablement.

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Épouse de Scarron, elle n'oublie pas son Île.

Quatre ans après son retour en France, en avril 1652, à l'âge de seize ans, Françoise d'Aubigné, sans le sou mais jolie et sage, épouse le poète burlesque Paul Scarron, de vingt-cinq ans son aîné et gravement handicapé. Le salon de ce lettré amateur de fêtes et ami de nombreux artistes est fréquenté par les plus prestigieux noms de la capitale, Scarron est partiellement paralysé depuis un malencontreux bain nocturne dans l’Huisne (une rivière de la Sarthe) en hiver. Il propose à une Françoise orpheline, très pauvre (elle ne possède absolument rien) et fragilisée, de la doter pour qu'elle puisse entrer au couvent, ou de l'épouser lui-même. Le contrat de mariage conclu le 4 août 1652 lui reconnaît ainsi vingt-quatre mille livres de pension.

« La belle Indienne » influence la deuxième partie de l'œuvre de Paul Scarron, qui fera ensuite fréquemment référence à la nécessité d'aller aux Indes et à la Martinique. Le poète a très sérieusement investi 3 000 livres dans une société commerçant avec la Martinique. Pour faire plaisir à sa jeune épouse, Scarron accepte aussi d'enlever de son œuvre des répliques trop grivoises.

Madame Scarron devient l’animatrice du salon ouvert par son mari, très fréquenté par les écrivains de l'époque. Dès lors, elle se tisse un solide réseau de relations avec les beaux esprits du Marais parmi lesquels se trouvent Françoise-Athénaïs de Montespan et Bonne d'Heudicourt, nièces du maréchal d'Albret, Madame de La Fayette, Madame de Sévigné, Ninon de Lenclos, et bien d'autres.

En 1660, alors qu'elle a vingt-cinq ans, Paul Scarron, qui lui avait transmis une grande culture, meurt en ne lui léguant que des dettes. Elle se forge dès lors une image de femme pieuse et dévote, comme en atteste sa correspondance avec l'abbé Gobelin, son confesseur depuis 1666.

Gouvernante des enfants bâtards  du roi ; richesse .

Madame de Montespan l'invite à la cour de France en 1668. En 1669, elle accepte la charge de gouvernante des enfants illégitimes du roi et de Mme de Montespan. Elle s’installe donc à proximité de la capitale dans un grand hôtel du village de Vaugirard y vit dans la plus grande discrétion et y rencontre pour la première fois le roi qui s’y aventurait pour voir ses enfants.

Elle réapparaît à la cour en 1673 lors de la légitimation des bâtards royaux. Mais la gouvernante doit affronter la jalousie de plus en plus grande de Madame de Montespan, si bien qu'elle menace de démissionner. Le roi lui fait don d'une gratification extraordinaire de 100 000 écus pour qu'elle reste.

Une préoccupation opiniâtre : la Martinique. Elle prend le titre de Madame de Maintenon

Madame de Maintenon acquiert en 1674, l'année de la dissolution de la Compagnie française des Indes occidentales, la nouvelle ferme du tabac, un monopole fiscal sur les 2,5 millions de livres produites annuellement à Saint-Domingue, qu'elle revend rapidement à un consortium de financiers mené par le banquier Antoine Crozat, futur entrepreneur de la Louisiane.

Selon le P. Labat, elle possédait une raffinerie de sucre à Saint-Pierre.

 

Le 27 décembre 1674, elle achète pour 150 000 livres, avec l'argent de sa revente, le château et le titre de Maintenon à Françoise d’Angennes, épouse d'Odet de Riantz marquis de Villeroy, et héritière de Charles François d’Angennes, marquis de Maintenon, qui fut gouverneur de Marie-Galante (le titre qu'avait convoité le père de Françoise) et qui devient l'année suivante l'un des chefs des flibustiers aux Antilles pendant deux ans, avant de pourchasser ces mêmes flibustiers pour le compte du roi, puis devenir le plus riche planteur de la Martinique, dans le village même où avait habité Françoise, au nord de Saint-Pierre de la Martinique.

"Charles François d’Angennes, marquis de Maintenon est une autre illustration des corsaires qui ont fait prospérer l’île : au départ enseigne de vaisseau à Toulon, il arrive aux Antilles en 1670 et il guerroie avec ses navires en qualité de corsaire du Roi au large de Saint-Domingue et de la Jamaïque. Revenu en France en 1673, il vend son château et son titre à Françoise d’Aubigné ; en 1675, il quitte Nantes au commandement d’un navire de guerre partant à nouveau combattre d’autres flibustiers au nom du Roi. En 1679, il sert de pilote à l’escadre du comte d’Estrées et il repasse ensuite en France. Gouverneur de Marie-Galante, il signe un contrat avec la compagnie du Sénégal ; figurant alors parmi les protagonistes modernes de la Traite des Noirs, il s’engage à livrer 1 600 esclaves africains en 4 ans. Possédant environ 200 esclaves en 1685, il est alors devenu le plus riche planteur de canne à sucre de la Martinique."

 

 

"Les enfants bâtards du roi, d'abord élevés à Vaugirard, le sont ensuite aussi dans le château de Maintenon. L'un d'eux accompagnera en 1691 Cavelier de la Salle dans l'expédition de trois navires en Louisiane, qui se terminera par un fiasco.

Même s'ils se sont rencontrés dès 1669, le roi ne parut pas apprécier la Veuve Scarron dans un premier temps. En 1675, tout s'accéléra, sa faveur grandit, Louis XIV lui conféra la charge de seconde « dame d’atours » de la dauphine Marie-Anne de Bavière le 8 janvier 1680, et elle forma aussitôt avec le roi le vrai couple parental des bâtards."

Elle épouse "secrètement" (pour ne pas avoir le titre de reine de France) le roi Louis XIV le 10 octobre 1683, moins de trois mois après la mort de la reine Marie-Thérèse d'Autriche. Son "règne" va durer 32 ans.

Mme de Maintenon fait planer sur la cour à la fin du règne de Louis XIV une ère de dévotion et d'austérité. On lui prête une grande influence sur le roi et sur la Cour, mais cette influence, notamment sur la répression du protestantisme, est très discutée.

Féministe ? Soucieuse de venger son enfance pauvre ? Elle crée la Maison royale de Saint-Cyr en 1686, un pensionnat 'une école destinée aux jeunes filles de la noblesse pauvre.

" L'origine de la Maison Royale de Saint-Louis est fortement liée à la jeunesse de Madame de Maintenon. Issue elle-même d'une famille noble, mais ruinée, elle ne connut dans sa jeunesse qu'une instruction limitée, celle dispensée par les couvents qui assuraient l'instruction des jeunes filles nobles. On n'y enseignait qu'un minimum de connaissances en français, latin, calcul et travaux ménagers, l'accent était mis principalement sur la religion et la liturgie, et on n'y donnait aucune ouverture sur le monde réel.  Elle fréquenta par la suite les milieux intellectuels grâce à son premier mari Scarron, puis devint gouvernante des enfants de Madame de Montespan, ce qui lui donna une expérience et une vocation d'éducatrice. Une fois aux côtés du roi Louis XIV, Madame de Maintenon eut à cœur d'améliorer l'instruction des jeunes filles de la noblesse pauvre, de plus en plus nombreuses dans le pays, car beaucoup de gentilshommes de province se faisaient tuer lors des guerres ou se ruinaient au service de l'État."

En 1712, elle obtient du roi le don d'une cloche pour son village du Prêcheur. La cloche est fondue à Brest par Thomas le Soueff  fondeur du roi"

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À la mort du roi en 1715, elle  se retire à Saint-Cyr .

Je découvre que la litanie refugium peccatorum figure dans un ouvrage pieux (Le Cours du jour chrétien)  dédié à madame de Maintenon et datant de 1714. 

Ces litanies étaient chantées par les Demoiselles de Saint-Cyr, puisqu'on les retrouvent sur un recueil de Chants et motets à l'usage de l'église et communauté des dames de la Royale Maison de St-Loüis à St-Cyr, composés par Nivers, organiste du Roy, mort en 1714. https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b53059257t/f165.image

 

Elle y  meurt le 15 avril 1719.

Une plaque à la mémoire de Madame de Maintenon a été apposée près de l'église du Prêcheur.

 

 

 

Voilà ma chère sœur tout ce que je peux t'apprendre sur mon sort, et, quand je retrace mon parcours, je réalise quel roman s'est écrit à travers mon existence   : un temps glorieux, un temps  heureux, un temps tragique mais toujours palpitant.

Comme je ne te rendrai jamais visite dans ta guérite surveillant la rivière du Faou, dans ce Finistère que j'ai quitté en 1712 mais auquel mon cœur reste aussi fidèle que celui de Françoise d'Aubigné à l'égard de son village du Prêcheur, et comme je suis désormais muette (à moins que ?), je te dis : Kenavo kalonig !

Ta grande sœur créole.

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LES DEUX CLOCHES DE 1870.

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1°) Cloche n°2 : LEONIE ADELE PIERRE, Dubuisson-Gallois, 1870 441 kg, diam 918 cm, Note : Sol.

 

inscription : sur la robe (côté mairie) sur 6 lignes :

JESUS MARIE JOSEPH / VIVE PIE IX PONTIFE ROI / PAROISSE DE St JOSEPH DU PRECHEUR / DON DES PAROISSIENS 1870 / LEONIE ADELE PIERRE

Sur la robe (côté église) sur 7 lignes :  

LEON ALBERT MAIRE CHEVALIER / DE LA LEGION DHONNEUR / LUCOTTE PRESIDENT DU CONSEIL / DE FABRIQUE / LETANG TRESORIER MARGUILLIER / THOUIN CURE /

DUBUISSON -GALLOIS FONDEUR A PARIS

Ces inscriptions sont encadrées dans une guirlande type cordon.

Cette cloche du 19ème siècle de belle facture a subi, comme la cloche de 1712, les méfaits de l'éruption de 1902, mais à un niveau d'intensité cependant. Surchauffée, le seuil de fusion n'a pas été atteint et les stigmates sur la face extérieure se limitent à de légères déformations en surface, ainsi qu'une dégradation plus importante à la base de la pince sur une partie de la circonférence. Les cloches devaient avoir chuté au sol et été envahies par l'intérieur de scories provoquant une progression de l'échauffement sur la génératrice du profil intérieur au point le plus bas de l'intérieur vers l'extérieur, comme pour la cloche de 1712. 

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La cloche  LEONIE ADELE PIERRE, (Dubuisson-Gallois, 1870) du Prêcheur. Photographie Éric Brottier 2018.

La cloche LEONIE ADELE PIERRE, (Dubuisson-Gallois, 1870) du Prêcheur. Photographie Éric Brottier 2018.

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Cloche n°3 : ANTOINETTE JOSEPH, Dubuisson-Gallois, 1870,  diam 798, note la.

Inscriptions :

JESUS MARIE JOSEPH / VIVE PIE IX PONTIFE ROI / PAROISSE DE St JOSEPH DU PRECHEUR / DON DES PAROISSIENS 1870 /ANTOINETTE JOSEPH

LEON ALBERT MAIRE CHEVALIER / DE LA LEGION DHONNEUR / LUCOTTE PRESIDENT DU CONSEIL / DE FABRIQUE / LETANG TRESORIER MARGUILLIER / THOUIN CURE /

DUBUISSON -GALLOIS FONDEUR / PARIS

Cette cloche du 19ème siècle de belle facture a subi, comme la cloche de 1712, les méfaits de l'éruption de 1902, mais à un niveau d'intensité cependant. Surchauffée, le seuil de fusion n'a pas été atteint et les stigmates sur la face extérieure se limitent à de légères déformations en surface. Les cloches devaient avoir chuté au sol et été envahies par l'intérieur de scories provoquant une progression de l'échauffement sur la génératrice du profil intérieur au point le plus bas de l'intérieur vers l'extérieur, comme pour la cloche de 1712.

 

 

La cloche ANTOINETTE JOSEPH   (Dubuisson-Gallois, 1870) du Prêcheur. Photographie Éric Brottier 2018.

La cloche ANTOINETTE JOSEPH (Dubuisson-Gallois, 1870) du Prêcheur. Photographie Éric Brottier 2018.

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ANNEXE.

EXPERTISE DES EFFETS DE L'ERUPTION DE 1902 SUR LES TROIS CLOCHES. ERIC BROTTIER 2018.

"Les cloches portent les stigmates des nuées ardentes et leur analyse fait entrevoir quelques détails intéressants sur la façon dont ils sont apparus.

La cloche N°1 de 1712 est la plus atteinte. Cette cloche est de belle facture : la définition des décors et inscriptions est relativement fine et démontre que le fondeur n’est pas un débutant et qu’il devrait maîtriser parfaitement sa technique. D’autres cloches en Bretagne comme celle du Faou, coulée en 1714 sont également là pour en témoigner.

Pourtant, sur le profil extérieur de la cloche apparaissent des accidents de surface que l’on pourrait dans un premier temps interpréter comme des défauts de fonderie grossiers, résultant d’une décohésion des matériaux du moule extérieur ou de la fausse cloche. Mais on ne peut en même temps qu’être surpris qu’un fondeur de ce niveau ait pu se résoudre à livrer une cloche aussi défectueuse alors qu’elle aurait été commandée par Louis XIV, et ce d’autant plus que la cloche a été fabriquée à Brest pour être expédiée en Martinique. Ce que l’on observe, notamment en partie basse n’est pas exceptionnel et j’ai pu observer de diverses cloches anciennes présentant des défauts de fonderie dont l’aspect est très similaire. On constate que ces défauts sont alignés sensiblement sur une verticale et ce de façon discontinue tandis qu’au bas du profil les défauts sont moins marqués mais s’étalent sur une plus grande surface.

C’est en examinant le profil intérieur de la cloche dans la même zone qu’un début d’explication peut être apporté : On constate sur la même hauteur une « cicatrice » verticale qui s’élargit également en partie basse. Rappelons également que du haut vers le bas, l’épaisseur du profil d’une cloche augmente progressivement jusque sur l’anneau de frappe puis s’amincit à nouveau dans la partie de la pince. Ce type d’aspect fait également penser que l’on aurait pu essayer de pratiquer une restauration de la cloche par soudage, ce qui aurait pu se justifier en cas de félure. Cependant c’est improbable car dans cette hypothèse la cloche aurait du être soudée autant sur l’intérieur que l’extérieur alors que sur l’extérieur dans la zone concernée il existe des parties saines où n’existe aucune fêlure.

En revanche on peut constater que la partie basse est recouverte d’une couche grise qui semble bien révéler une tentative de restauration plus locale : il semble, sous réserve d’analyse, qu’il s’agisse d’un mastic époxy de type « sintofer » qui a été appliqué sur la partie basse ce type de produit étant présenté par le fabricant comme une véritable « soudure à froid ». Cette consolidation de surface est d’ailleurs recouverte au niveau de l’anneau de frappe d’une couche rougeâtre pouvant être de l’oxyde de fer, ce qui met en évidence qu’après la catastrophe on a effectivement remis cette cloche en usage à la volée lors de la construction de la nouvelle église en 1930. C’est un peu plus tard en 1935 que l’on redescend ces cloches du clocher au prétexte de leur poids était trop important.

La partie haute est d’aspect irrégulier et fait apparaître une surface rugueuse avec des inclusions colorées semblant contenir des traces d’oxyde de fer, sans doute des scories de produits d’origine volcanique.

Évidemment, cet examen serait à consolider avec une analyse chimique des composants observés.

Mon analyse est donc la suivante : dans la mesure où, contrairement à la surface extérieure où les stigmates sont discontinus, une surchauffe s’est produite à l’intérieur peut-être par projection de scories ou de lave ou sous le fait d’un contact avec un élément incandescent lors d’un incendie consécutif à l’éruption. La cloche devait être encore en position verticale puisque ces projections sont localisées sur une verticale. La progression de l’échauffement a agi de l’intérieur vers l’extérieur, et les effets s’en sont fait sentir en premier lieu vers le haut de la zone affectée là où le profil de la cloche est le plus mince. Il en a résulté un début de fusion sur la partie haute du profil extérieur de la cloche. Cette fusion localisée d’un élément de bronze, se trouvant sans doute encore dans un état plus ou moins pâteux, a produit un début d’écoulement qui a marqué dans sa chute le profil en milieu de zone, pour s’échouer sur la partie où le profil est le plus épais. Il en découle à cet endroit une dégradation plus forte affectant l’inscription (nom du fondeur) et les filets. Le bronze fondu s’est ensuite réparti sur une surface plus grande au niveau de la pince donc en marquant moins la surface le liquide étant mieux réparti : effacement des filets inférieurs, modification de l’état de surface.

Cette description du processus peut être sujette à caution, car il est étonnant que les autres parties de la cloche soient si bien conservées par rapport à cette zone surchauffée. Une autre hypothèse que je ne peux totalement exclure serait que l’on aurait tenté de souder les cloches par l’intérieur en des zones fragilisées. Mais cela reste très douteux car cette intervention qui aurait fait plus de mal que de bien aurait porté sur des cloches dont le profil externe aurait été jusque là épargné et la maladresse du soudeur aurait conduit à surchauffer le profil par l’intérieur pour provoquer une fusion superficielle sur le profil extérieur, cela reste assez difficile à croire.

Or l’examen des deux autres cloches apporte un éclairage complémentaire . En effet si l’on examine le profil extérieur de la cloche N°3 de 1870, l’attention est attirée par un élément particulier qui pourrait être également sujet à une interprétation erronée :Vu de loin, les motifs situés sur une verticale à droite du portique abritant la Vierge pourraient évoquer des étoiles faisant partie du décor de la cloche. Si tel est le cas, on peut d’emblée s’étonner du fait qu’un tel décor ne soit pas symétrique par rapport à l’ensemble du décor. S’agit-il alors d’un défaut de fonderie affectant la surface ? On note que l’état de surface de ces sortes « d’efflorescences » est peu rugueux, leur relief est peu marqué, alors qu’en général ce n’est pas le cas lorsque des particules se détachent d’un moule de cloche qui a mal séché ou qui ne résiste pas au flux du métal en fusion lors de la coulée de la cloche. Il faut noter également un écart plus important entre l’efflorescence supérieure par rapport aux deux autres. C’est également en observant le faciès du profil intérieur au même endroit que l’on note une dégradation de surface très similaire à celle remarquée dans la cloche de 1712 :Une fusion localisée peut être remarquée en deux plages superposées dont la forme pourrait évoquer une carte de la Corse et de la Sardaigne. Ces deux plages correspondent aux défauts de surface du profil extérieur. La plage haute se décompose d’ailleurs en deux zones superposées :

- Une zone supérieure légèrement en creux conséquence d’une perte de métal qui s’est écoulé par fusion (flèche rouge),

- Une zone inférieure où le métal issu de la zone supérieure a coulé par gravité sur une surface encore solide, ce qui a refroidi cette coulure de métal qui s’est collée ou ressoudée sur la surface de ce fait devenue légèrement saillante (flèche bleue).

Ce processus de dégradation explique notamment pourquoi le faciès extérieur présente une distance plus marquée entre les deux plages affectées telles qu’on les observe côté inférieur.

Ce que l’on peut déduire de cette observation - La progression du flux thermique n’a pu se faire que de l’intérieur vers l’extérieur et en aucun cas l’inverse, sinon la fusion aurait été intégrale à l’extérieur et la cloche serait transpercée.

- Le phénomène s’est figé en se limitant à une seule déformation de surface du profil extérieur passant d’un état solide à un état à un état viscoplastique, juste avant apparition d’une fusion.

On en déduit que ce qui s’est passé sur la cloche de 1712 est l’illustration du même phénomène qui a progressé jusqu’à un stade un peu plus avancé puisque qu’un début de fusion a bien eu lieu sur le profil extérieur.

De toute évidence ces cloches auraient pu être considérablement plus endommagées si la température du milieu ambiant avait continué à se maintenir.

On peut noter un phénomène similaire sur la phase opposée de la cloche N°3 qui présente sur son profil une zone d’aspect similaire.

La cloche N°2 quant à elle a été fortement surchauffée sur une partie de la base du profil (au niveau de la pince) mais ne comporte pas de stigmates plus haut sur le profil. Sur deux parties de la base, l’état pâteux du bronze a été atteint sans fusion massive, détruisant les filets décoratifs :

La zone en creux désignée par la flèche correspond à une fusion localisée, peut-être due à l’impact d’un élément incandescent.

Voici donc comment ces cloches gardent à jamais marquées dans leur profil, pour ne pas dire dans leur chair, l’événement tragique de l’éruption de la Montagne Pelée du 8 mai 1902. Ne valent-elles pas à ce titre d’être aujourd’hui protégées au titre des monuments historiques ?

Eric Brottier. 17/11/2018.

 

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RAPPEL : Thomas Le Soueff.

Installé à Landerneau puis à Brest, Thomas Le Soueff fondit les cloches suivantes

1691 Briec  :

"La cloche du côté Nord a 25 pouces de hauteur sur 30 pouces de diamètre, elle ne porte aucun écusson, mais l'inscription suivante : ANNO : DNI : 1691 : LVDOVICO : MAGNO : XIV° : REGNANTE : ILLMO : DD :FRANCISCO : DE : COETLOGON : DIOECESIM : CORISOPITEN : GUBERNANTE : JOANNES : HVELVAN : SACR : FACULT : PARISIEN : BACCALAUREVS : THEOLOGVS : DOMVS : SORBONAE : NEC : NON : PAROCHIAE : BRIZIEC : RECTOR. Au bas est écrit : T. LE : SOUEFF : FONDEVR : Au milieu, côté du Nord : IHS. Côté du Midi, dans un médaillon circulaire de 4 pouces de diamètre, la Vierge avec l'Enfant-Jésus dans ses bras, assise sur des nuages.

Sur la seconde cloche, du côté du Midi, qui a 27 pouces de haut et 31 pouces de diamètre, est écrit : SIT : NOMEN : DOMINI : BENEDICTVM : 1702. Sans armoiries, mais elle porte une croix sous laquelle on lit FRANCOIS : LE : MOYNE : FONDEVR. De l'autre côté, est une Vierge en pied ayant les mains jointes. Cette cloche est éclatée." (Abgrall, 1904)


 

1699, Saint-Thomas de Landerneau, (perdue)

1699 Lochrist au Conquet (perdue)

1701, cathédrale de Quimper, 3901 livres (1909 kg ?) [fondeur Le Soueff sans précision de prénom]. (perdue)

1704,  Plouguerneau, en 1704. (perdue)

1706,  Plougourvest (perdue)

1707,  Lanhouarneau. (perdue)

1707 Plougastel-Daoulas (perdue)

1708, Bodilis, pesant 231 livres. (perdue)

1711,  Plouzané . (perdue)

1711,  Plougoulm, (perdue)

1712 « Le Prêcheur » à la Martinique. 560 kg, Diam. 99,5 cm. Note : Fa Sans nom. Croix entourée de deux médaillons de la Vierge et du Christ avec inscriptions allegreza del cielo et del tierra... et Refugium peccatorum . Anse  à têtes . Inscription débutant par une croix: Chaque mot est séparé par une petite fleur de lys.

1712, Plouha 757 kg, diam. 91 cm , nom Pierre-Marie. Croix entourée de deux médaillons de la Vierge et du Christ avec inscriptions allegreza del cielo et del tierra  et Refugium peccatorum ora pro nobis. Inscription débutant par une croix et dont  chaque mot est séparé par une petite fleur de lys et une moucheture d'hermine. Cloche perdue.

1714 Le Faou 1389 l (679 kg?) , diam. 101 cm, sans nom.  Croix entourée de deux médaillons de la Vierge et du Christ avec inscriptions  à déchiffrer.   Inscription débutant par une croix et dont  chaque mot est séparé par une petite fleur de lys et une moucheture d'hermine.

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SOURCES ET LIENS.

— BROTTIER (Eric), 29-10-2018, rapport d'expertise des cloches de l'église Saint-Joseph, Le Prêcheur, Martinique, Patrimoine campanaire de Martinique, dir. des Affaires Culturelles de Martinique, Ministère de la Culture. Non publié, mais communiqué aimablement.

 

— DURAND (Pierre, 1954, Première description en France de la cloche du Prêcheur : Bull. SAF 1954 page VII

http://bibliotheque.idbe-bzh.org/data/cle_135/SociAtA_archAologique_du_FinistAre_1954_tome_130_.pdf

 

 

— Vincent Huygues Belrose _ historien ; Geneviève Nouhaud _ muséographe _ urbaniste ; Alise Meuris _ paysagiste Jean-Pierre Fiard _ botaniste Léa Dubreuilh _ géographe _ urbaniste Alexandre Moisset _ paysagiste Thierry L’Étang _ anthropologue Coordination et mise en forme Geneviève Nouhaud Alise Meuris Étude pluridisciplinaire d’approfondissement des connaissances sur les versants nord-ouest de la Montagne Pelée [03] Volet Histoire Ecriture et données Maîtrise d’ouvrage DEAL de la Martinique

http://www.martinique.developpement-durable.gouv.fr/IMG/pdf/Pages_de_03_Histoire_13-03-29-_normal1partief-red_cle0d1112.pdf

http://www.martinique.developpement-durable.gouv.fr/IMG/pdf/Pages_de_03_Histoire_13-03-29-_normal-22partief-red_cle6f8bf9.pdf

 

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Published by jean-yves cordier - dans cloches
8 décembre 2018 6 08 /12 /décembre /2018 18:52

La verrière des Miracles de l'Eucharistie (1500-1525) ou baie 9 de l'église de Nogent-le-Roi sur des cartons du Maître d'Anne de Bretagne (Jean d'Ypres) .

 

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Voir :

 

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Verrière des miracles de l'Eucharistie (1500-1525), baie 9 de l'église de Nogent-Le-Roi. Photographie lavieb-aile.

Verrière des miracles de l'Eucharistie (1500-1525), baie 9 de l'église de Nogent-Le-Roi. Photographie lavieb-aile.

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PRÉSENTATION.

La baie 9 occupe le coté nord du déambulatoire construit, comme l'ensemble du chœur, dans la dernière décennie du XVe siècle (v.1494), et vitré au début du XVIe siècle. Elle mesure 3,20 m de haut et 2,40 m de large et comporte 3 lancettes trilobées à deux registres et un tympan à 7 ajours.

Sa description vient compléter celle de la baie 20 de Pont-Audemer, puisqu'elle est consacrée, comme celle-ci, aux Miracles de l'Eucharistie, selon des cartons originaux attribués à l'atelier parisien du Maître d'Anne de Bretagne — Jean D'Ypres— tout comme la tenture de l'abbaye de Ronceray. Avec ses 9 scènes (6 dans les lancettes et 3 au tympan),  elle partage avec Pont-Audemer trois Miracles, tandis que chacune trouve sur la tapisserie de Ronceray  son homologue parmi les 22 pièces, ainsi que les inscriptions versifiées.  Néanmoins, ces cartons originaux ont été modernisés par un autre atelier parisien, celui du Maître de Montmorency, pour les adapter aux dimensions de chaque support.

Elle a été fort bien décrite, quant à son sujet, par Yves Delaporte : j'en donne ici la transcription (en retrait). Quelques éléments techniques ont été précisés par les auteurs du Recensement II du Corpus vitrearum en 1981. 

"  Ce vitrail est un des plus intéressants et des mieux conservés. Comme ceux des autres fenêtres du déambulatoire, il comprend six tableaux principaux, deux dans chacune des trois grandes ouvertures, et trois autres plus petits dans les soufflets du tympan. 
Le sujet est la glorification de l'eucharistie. Travaillant pour un public sans doute plus curieux d'histoires que de 
théologie, l'artiste a représenté divers miracles souvent mentionnés dans les recueils d'exemples de la fin du moyen âge. Les six grands tableaux étaient accompagnés de légendes en forme de quatrains, dont trois ont disparu. Ce vitrail est à rapprocher d'une œuvre d'art où les mêmes sujets sont traités : l'ensemble de tapisseries, malheureusement dispersé en 1888, qui avait été exécuté, entre 1505 et 1518, pour l'abbaye du Ronceray à Angers. Cette tenture, qui se déployait sur plus de vingt-quatre mètres de longueur, comprenait vingt-deux tableaux, dont treize représentaient des miracles au nombre desquels sont les sept de notre vitrail. 
Pour les six grandes compositions, ce sont les mêmes sujets expliqués par les mêmes quatrains. Et à cela ne se borne pas la similitude : la composition est à peu près identique : mêmes personnages dans les mêmes attitudes. Il est invraisemblable que le tapissier, probablement flamand, qui a fait la tenture du Ronceray ait copié une partie de ses compositions sur le vitrail de Nogent ; il est plus croyable que le vitrail imite, directement ou indirectement, la tenture. 
Mais il est possible, et cette hypothèse est sans doute la plus probable, que les deux œuvres d'art reproduisent un 
même original, peut-être un livre à gravures. Quoiqu'il en soit, la tenture donne le texte des inscriptions qui ont 
disparu du vitrail et précise ainsi le sens des scènes qu'elles accompagnaient. Nous indiquons brièvement les sujets, en allant de gauche à droite et de bas en haut." 

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Situation de la baie 9 fléchée sur le plan Delaporte 1958.

Situation de la baie 9 fléchée sur le plan Delaporte 1958.

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I. LE REGISTRE INFÉRIEUR.

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1. Le cheval, l'âne et le bœuf agenouillés devant le Saint-Sacrement.

 

 

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Description d'Y Delaporte.




"1. En présence d'un incrédule, des animaux s'agenouillent devant le Saint-Sacrement. L'inscription a presque totalement disparu, mais la tenture du Ronceray la fait connaître : 

Ung cheval ung bœuf et ung asne 
Adorèrent leur créateur 
Dont un héréticque prophane 
Fut gecté hors de son erreur. "

 

Ma description.

fragment d'inscription.

En arrière plan, dans la verdure, sont peints des murailles, des tours, une église et des maisons. Une foule (une procession ?) arrive de la droite : trois hommes portant un bonnet, puis un clerc en soutane violette et voile rouge sur les épaules. Ensuite, un évêque, mitré, à chirothèques, mais sans sa crosse. Sa chape en étoffe rouge à damas d'or est réalisée par un verre rouge sur lequel les rinceaux de damas ont été gravés puis peints au jaune d'argent (ce procédé se retrouve aussi dans cet emploi  à Louviers baie 11, chape de Saint Nicolas). 

Un prêtre vêtu d'une aube blanche est agenouillé. Il porte une étole rouge. Cette étole marquée de la croix est portée par tout prêtre qui célèbre la messe, ou encore qui administre les sacrements : ici, elle désigne le prêtre comme portant l'eucharistie qu'il s'apprêtait à administrer. Effectivement, il porte un panier tressé contenant une grande hostie blanche (et plusieurs plus petites).

Là encore, le verrier a utilisé la technique du verre rouge gravé pour tracer, sur la même pièce de verre, les croix d'or  et les perles blanches de cette étole. 

Nous allons la retrouver quatre autre fois, comme un leitmotiv témoignant de l'eucharistie.

Les trois animaux sont agenouillés dans l'herbe du coté gauche.

Le cheval est harnaché avec des brides et des guides ornées de pierreries ou de pièces d'or. C'est le troisième exemple de verre rouge gravé.

L'âne porte une longe ; le bœuf a les cornes liées.

J'ai gardé pour la fin le personnage barbu coiffé d'un bonnet vert : c'est "l'hérétique profane" du quatrain (infra), et il écarte les bras en signe d'émerveillement et de conversion.

L'élément remarquable vient de l'utilisation de verre "vénitien" pour rendre sa tunique rayée. Ce verre est obtenu par fusion de baguettes rouges sur un verre blanc. Il a été rehaussé de jaune d'argent ensuite.

Cet emploi n'est pas fortuit. Dans le code des couleurs médiévales, où le vert et surtout le jaune sont suspectes, les rayures servent à indiquer les personnages marginaux ou malsains (cf. encore les matelots, les prisonniers). 

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La pièce de tenture de Ronceray est la suivante :

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Tenture de l'abbaye de Ronceray. Museum of Fine Arts of Boston

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Verrière des miracles de l'Eucharistie (1500-1525), baie 9 de l'église de Nogent-Le-Roi. Photographie lavieb-aile.

Verrière des miracles de l'Eucharistie (1500-1525), baie 9 de l'église de Nogent-Le-Roi. Photographie lavieb-aile.

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Verrière des miracles de l'Eucharistie (1500-1525), baie 9 de l'église de Nogent-Le-Roi. Photographie lavieb-aile.

Verrière des miracles de l'Eucharistie (1500-1525), baie 9 de l'église de Nogent-Le-Roi. Photographie lavieb-aile.

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2. Le miracle des abeilles.

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Description d'Yves Delaporte :

"Pour guérir ses abeilles malades, une femme leur avait donné en pâture une hostie consacrée. Les abeilles élevèrent une chapelle de cire pour abriter le corps du Sauveur. Voici le texte de la tapisserie : 

Une femme au pays de pourvence 
Jecta ès monches l'hostie sacrée 
Lesquelles lors en grande révérence 
Luy firent une chapelle ornée.  "

"Au bas de la deuxième scène, celle des abeilles, est un écusson au champ d'azur chargé de trois annelets de gueules dont le milieu est incolore. Nous ne savons de qui sont ces armoiries, d'ailleurs non conformes aux règles du blason." 

Ma description.

La scène semble se passer en dehors de la ville, dont on aperçoit les murailles  Une femme et deux voisins écartent les bras en signe d'émerveillement face à une chapelle miniature renfermant un ciboire. Il s'agit de l'œuvre des abeilles  qui se distingue (avec une bonne vue, on en trouve une dizaine) devant l'entrée de la "ruche". Au support est accrochée la guiche d'un écu armoirié. 

Verre rouge gravé  utilisé pour la guiche et le centre des annelets des armoiries.

Les fleurettes rouges, jaunes, jaunes et blanches, ou blanches et jaunes correspondent à celles de la tapisserie. Elles sont rendues par des  pièces rondes de verre de couleur serties de leur plomb, ce qui ne doit pas être facile à faire.

La pièce correspondante de la tenture de Ronceray permet de voir la  correspondance assez stricte entre  les cartons :

 

 

 

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Le miracle des abeilles, tenture de Ronceray.

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Verrière des miracles de l'Eucharistie (1500-1525), baie 9 de l'église de Nogent-Le-Roi. Photographie lavieb-aile.

Verrière des miracles de l'Eucharistie (1500-1525), baie 9 de l'église de Nogent-Le-Roi. Photographie lavieb-aile.

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3. Guérison miraculeuse d'un "démoniaque".

 

Description d'Yves Delaporte :

" Un homme tenant des verges amène un possédé à un prêtre. Dès que celui-ci a présenté la sainte hostie au possédé, le démon s'enfuit. La scène est ainsi commentée sur la tapisserie : 

Pas la vertu du sacrement 
Fut desmontré un grant miracle 
Car le dyable visiblement 
Sortit hors d'ung démoniacle. " 


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Ma description.

Le tiers inférieur, brisé, a été remplacé par une "macédoine". Nous sommes ici dans une église, dont la porte cintrée donne sur la campagne et les murailles de la ville. Ce cadre crée une continuité entre les différentes scènes. La composition se fait selon un triangle à sommet au milieu du bord droit, qui englobe les personnages, mais les lignes de perspective convergent vers un point supérieur droit, qui est la direction de la fuite du démon vers le ciel.

 

Le "démoniaque" est vêtu de vert, ce qui n'est plus un détail si on s'avise que cette couleur est réservée, dans cette verrière, aux adversaires de la Foi (et au diablotin). Les  spectateurs ébahis  sont vêtus ou coiffés de bleu et de rouge, voire de violet, et le prêtre conserve son surplis blanc et son étole rouge à croix et perles (verre gravé).

Voir la scène correspondante de la baie 20 de Pont-Audemer ici.

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La comparaison avec la pièce homologue de la tenture  de Ronceray montre que la composition y est semblable. Elle nous donne accès aux détails perdus à Nogent-le-Roi. Le mauvais esprit qui avait élu domicile dans le corps du possédé est un animalcule intermédiaire entre le rat et le kangourou.

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Guérison d'un démoniaque, tenture de Ronceray, Museum of Fine Arts, Boston.

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Verrière des miracles de l'Eucharistie (1500-1525), baie 9 de l'église de Nogent-Le-Roi. Photographie lavieb-aile.

Verrière des miracles de l'Eucharistie (1500-1525), baie 9 de l'église de Nogent-Le-Roi. Photographie lavieb-aile.

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Verrière des miracles de l'Eucharistie (1500-1525), baie 9 de l'église de Nogent-Le-Roi. Photographie lavieb-aile.

Verrière des miracles de l'Eucharistie (1500-1525), baie 9 de l'église de Nogent-Le-Roi. Photographie lavieb-aile.

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LE REGISTRE SUPÉRIEUR.

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4. La Conversion d'un païen dont le cheval s'incline devant le Saint-Sacrement.

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La description du chanoine Delaporte.

 

 

 "Un païen à cheval rencontre un prêtre portant le viatique à un malade ; le cheval fléchit les genoux. Le vitrail 
a conservé l'inscription, identique à celle de la tapisserie : 

Ung payen sans honneur passa 
Par devant le saint sacrement 
Mais son cheval se humilia 
Puys creut le payan fermement. "

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Ma description.

La scène se passe devant une architecture de ville, dont les remparts et la porte cintrée nous deviennent familiers. Nous retrouvons aussi la construction triangulaire englobant les personnages, dont la pointe se trouve au centre du bord gauche ; la foule sort sans doute de l'église en procession, guidée par deux clercs porteurs de torchères (les "céroféraires"). Autre retrouvaille, le prêtre vêtu de son surplis (sur une robe rouge) et portant son étole (mais ici, le verre n'est pas gravé, mais peint). Ce prêtre présente un ciboire à un cavalier, mais celui-là n'en a cure et donne force coups de bâton à son cheval pour passer son chemin. Las, le cheval fléchit les antérieurs et s'incline devant le vase sacré avec un regard obstiné

Un  trait de virtuosité du verrier doit être remarqué, c'est l'insertion de pièces en chef d'œuvre sur le verre vert du gazon pour représenter les fleurs jaunes .

Pas de verre gravé ? Si fait, la flamme de la deuxième torche.

 

 

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Miracle du cheval qui salue le Saint-Sacrement, tenture de Ronceray. Museum of Fine Arts , Boston.

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Verrière des miracles de l'Eucharistie (1500-1525), baie 9 de l'église de Nogent-Le-Roi. Photographie lavieb-aile.

Verrière des miracles de l'Eucharistie (1500-1525), baie 9 de l'église de Nogent-Le-Roi. Photographie lavieb-aile.

Verrière des miracles de l'Eucharistie (1500-1525), baie 9 de l'église de Nogent-Le-Roi. Photographie lavieb-aile.

Verrière des miracles de l'Eucharistie (1500-1525), baie 9 de l'église de Nogent-Le-Roi. Photographie lavieb-aile.

Verrière des miracles de l'Eucharistie (1500-1525), baie 9 de l'église de Nogent-Le-Roi. Photographie lavieb-aile.

Verrière des miracles de l'Eucharistie (1500-1525), baie 9 de l'église de Nogent-Le-Roi. Photographie lavieb-aile.

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5. Après une communion sacrilège un pécheur est puni de mort subite, et l'hostie sort par sa gorge ouverte.

 

La description d'Yves Delaporte.

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 Après une communion sacrilège un pécheur est puni de mort subite, et l'hostie sort par sa gorge ouverte.

L'inscription, la même que celle de la tapisserie, est intacte :

Ung pécheur qui indignement 
Receut la très sacrée hostie 
Mourut tost et visiblement 
Par la gorge fist sa sortie. 

 

Il est à noter que si la composition est la même que celle de la  tapisserie, le dessin est retourné. Cependant, aussi bien dans le vitrail que dans la tenture, le dessinateur a eu soin , par respect de la vraisemblance, de mettre le ciboire dans la main gauche du prêtre. On ne saurait donc dire  laquelle des deux images est plus proche de l'original." (Yves Delaporte)

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Ma description.

Les personnages forment deux triangles inversé, celui du prêtre et des fidèles derrière lui, et, accentué par la diagonale de la table blanche, les communiants agenouillés à la table de communion. La partie haute (retable au crucifix, autel sous le dais dans une abside, devant d'autel damassé, prêtre, ciboire et foule) s'oppose par sa disposition frontale et statique à la violence du premier plan, où le sacrilège (un pêcheur qui n'a pas reçu absolution par la confession, ou un excommunié) tombe à la renverse, la face convulsionnée, tandis que l'hostie sort de sa gorge. Comment est-il vêtu ? D'une robe lie-de-vin au revers diaboliquement vert...

Deux verres rouge gravés : l'un, superbe, pour le devant d'autel, et l'autre, minuscule, pour la flamme du cierge porté (c'est un pléonasme) par le clerc céroféraire. Qui n'a point d'acolytes.

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La scène est inversée sur la pièce de tenture de Ronceray mais les éments s'y retrouvent ; l'aspect dramatique est ici rendu par les plis cassés du pécheur  et de la femme qui se penche vers lui. Les thuriféraires sont deux, comme cela devrait toujours être le cas.

 

Le miracle du communiant sacrilège, tenture de Ronceray.



 

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Verrière des miracles de l'Eucharistie (1500-1525), baie 9 de l'église de Nogent-Le-Roi. Photographie lavieb-aile.

Verrière des miracles de l'Eucharistie (1500-1525), baie 9 de l'église de Nogent-Le-Roi. Photographie lavieb-aile.

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6. Deux hérétiques qui, avec l'aide du démon, marchaient sur l'eau, s'y enfoncent par la vertu du Saint-Sacrement qu'un prêtre a laissé tomber dans la rivière et que des anges recueillent.

Description d'Yves Delaporte.

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"Deux hérétiques qui, avec l'aide du démon, marchaient sur l'eau, s'y enfoncent par la vertu du Saint-Sacrement qu'un prêtre a laissé tomber dans la rivière et que des anges recueillent.

L'inscription est incomplète, mais la tapisserie nous fait connaître les mots disparus :

Nayés furent deux héréticques 
Par la vertu du sacrement 
Lesquels devant par ars magicques 
Marcheoient sur l'eau franchement. "

 

 

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Ma description.

Même composition en triangle, soulignée par le cours de la rivière. Verre rouge  gravé pour l'étole et pour la robe du magicien. 

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Voir la scène correspondante à Pont-Audemer.

La tenture de Ronceray :

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Miracles des magiciens hérétiques, tenture de Roncheray. Museum of Fine Arts, Boston.

 

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Verrière des miracles de l'Eucharistie (1500-1525), baie 9 de l'église de Nogent-Le-Roi. Photographie lavieb-aile.

Verrière des miracles de l'Eucharistie (1500-1525), baie 9 de l'église de Nogent-Le-Roi. Photographie lavieb-aile.

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LE TYMPAN.

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Verrière des miracles de l'Eucharistie (1500-1525), baie 9 de l'église de Nogent-Le-Roi. Photographie lavieb-aile.

Verrière des miracles de l'Eucharistie (1500-1525), baie 9 de l'église de Nogent-Le-Roi. Photographie lavieb-aile.

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"Les compositions des trois soufflets illustrent l'histoire bien connue du « miracle des Billettes ». Un Juif s'est procuré une hostie consacrée ; il la perce à l'aide d'un canif, et il en sort du sang ; il la fait bouillir dans une chaudière, mais elle s'élève au-dessus de l'eau bouillante, tandis qu'apparaît une image de crucifix. L'hostie est recueillie par une pieuse voisine qui la porte à l'église. Le Juif expie son impiété par le supplice du feu ; il est conduit au bûcher sur une charrette. " (Yves Delaporte)

Camille Salatko Petryszcze a consacré un mémoire sur ce Miracle des Billettes et ses rapports avec l'antisémitisme, tandis que Laurence Riviale  l'étudie, dans les vitraux de Normandie, dans plusieurs paragraphes de son ouvrage Le Vitrail de Normandie entre Renaissance et Réforme en y voyant le Juif comme un prête-nom des Protestants. 

Il figure en une seule scène (celle du chaudron) dans la tenture de Ronceray, mais il est plus développé dans six lancettes de l'église Saint-Eloi de Rouen (aujourd'hui au Musée des Antiquités de la Seine-Maritime. Neuf verrières de Champagne lui sont également consacrées.

Des trois scènes présentes à Nogent-le-Roi, seule celle du chaudron peut trouver sa source dans les cartons communs avec la tenture de Ronceray, et il reste à identifier les sources de deux autres mouchettes.

 

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Verrière des miracles de l'Eucharistie (1500-1525), baie 9 de l'église de Nogent-Le-Roi. Photographie lavieb-aile.

Verrière des miracles de l'Eucharistie (1500-1525), baie 9 de l'église de Nogent-Le-Roi. Photographie lavieb-aile.

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7. Le miracle "des Billettes" (1) : Un Juif voit une hostie qu'il avait coupée se mettre à saigner.

 

Description.

Intérieur de la maison du Juif, juste en face d'une fenêtre : l'homme, vêtu d'une robe verte et portant l'aumônière à la ceinture, plante son canif dans l'hostie posée sur sa table. Sa main gauche levée témoigne de sa surprise, surprise partagée par son épouse (aux manches vertes, et au turban orientalisant) et par les deux enfants (la fillette : coiffe à rayure).

"Une fois en possession de l’hostie, le Juif place celle-ci sur un coffre et la perce à l’aide d’un canif. Soudain du sang se met à jaillir. Surpris, il appelle sa femme, son fils et sa fille. Très vite horrifiés par ce spectacle, ils l’implorent de ne pas continuer. Mais leurs plaintes ne font qu’accentuer la fureur du bourreau. A partir de là vont se succéder, accompagnées par les pleurs et les cris de sa famille, une multitude de tortures sur l’hostie sanglante, rappelant la Passion du Christ. Il lui enfonce un clou à coups de marteau, elle saigne. Il la flagelle, elle reste entière. Il la jette dans le feu, intacte, elle se met à voler dans toute la pièce. Muni d’un grand couteau de cuisine, c’est en vain qu’il tente de la découper puisqu’elle reste toujours entière. Hors de lui, il la fixe contre le mur et la transperce, le sang jaillit de plus belle." Camille Salatko Petryszcze

 

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Verrière des miracles de l'Eucharistie (1500-1525), baie 9 de l'église de Nogent-Le-Roi. Photographie lavieb-aile.

Verrière des miracles de l'Eucharistie (1500-1525), baie 9 de l'église de Nogent-Le-Roi. Photographie lavieb-aile.

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8. Le miracle "des Billettes" (2) : le Juif  fait bouillir l'hostie dans une chaudière, mais elle s'élève au-dessus de l'eau bouillante, tandis qu'apparaît une image de crucifix.

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Quatrain :

« Ung Juif ayant à Paris pans achet(és)

l’hostie au sang la ferrit d’ung coute(au)

puys la mettant bouillir saillant hor(s)

ung crucifix sest dedans présenté. »

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Nous reconnaissons les personnages à la couleur de leurs vêtements et à leurs accessoires (aumônière ; turban) ; la femme en bleu est une voisine qui découvre la scène.

La tenture de Ronceray. L'illustration proposée par Camille Salatko Petryszcze est tronquée et ne montre pas le crucifix s'élevant de la marmite. Voir en complément www.gettyimages.fr.

 

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Miracle "des Billettes", tenture de Ronceray.

 

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Verrière des miracles de l'Eucharistie (1500-1525), baie 9 de l'église de Nogent-Le-Roi. Photographie lavieb-aile.

Verrière des miracles de l'Eucharistie (1500-1525), baie 9 de l'église de Nogent-Le-Roi. Photographie lavieb-aile.

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9. L'hostie est recueillie par une pieuse voisine qui la porte à l'église. Le Juif expie son impiété par le supplice du feu ; il est conduit au bûcher sur une charrette.

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La scène figure aussi dans la baie 2 de l'église d'Aumale (L. Riviale planche XXXIX) , et on y retrouve le détail des flammes s'échappant en langues de feu entre les rayons des roues.

Le vitrail sembla avoir été remanié et la tête du Juif  se confond avec les cuisses du personnage en manteau rouge et vert. Néanmoins, ce sont ces couleurs verte et rouge qui occupent aussi  le centre de la charrette. Notez le livre, que le profanateur tient dans ses bras, et qui joue un rôle important dans la Légende : il s'agirait du Talmud :

"L’évêque de Paris, Simon Matifas, prévenu par le curé, réunit les personnalités ecclésiastiques les plus réputées pour faire comparaître le Juif et sa famille. Alors que toute sa famille se déclare convertie, le Juif ne se repent pas et raconte ses actes dans le détail. Après un long procès, il est condamné à la peine du feu sur la place de Grève pour sacrilège obstiné et déicide, et se retrouve livré au prévôt.

Lié sur le bûcher le Juif réclame un livre grâce auquel il prétend ne craindre ni le feu, ni le Dieu des Chrétiens. Intrigué, le prévôt envoie chercher ce livre. Mais cela ne changea en rien le devenir du Juif. Lui et son livre, dit la relation, brûlèrent avec une rapidité incroyable." (C. Salatko Petryszcze)

Verre bleu gravé : Le livre .

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Verrière des miracles de l'Eucharistie (1500-1525), baie 9 de l'église de Nogent-Le-Roi. Photographie lavieb-aile.

Verrière des miracles de l'Eucharistie (1500-1525), baie 9 de l'église de Nogent-Le-Roi. Photographie lavieb-aile.

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"Nous devons à notre savant ami, M. Jean Lafond, particulièrement compétent en tout ce qui concerne l'histoire 
de la peinture sur verre, la connaissance d'un vitrail de Pont-Audemer où figurent plusieurs miracles eucharistiques traités au Ronceray et à Nogent-le-Roi : le tabernacle bâti par les abeilles, les hérétiques marchant sur l'eau, la libération du possédé, la communion sacrilège. Les deux dernières scènes, la dernière surtout, présentent des ressemblances indéniables avec notre vitrail, ce qui laisse supposer que les deux œuvres ont été exécutées dans un atelier normand, rouennais probablement, mais dont l'origine paraît parisienne."  
(Yves Delaporte, 1958) 

La comparaison des trois œuvres (Nogent-le-roi, Ronceray et Pont-Audemer a été poursuivie par F. Gatouillat et par Guy-Michel Leproux :

..."Seuls trois miracles peuvent utilement être comparés : la Mort du pêcheur qui communie, les Hérétiques noyés et la Guérison d'un démoniaque . Dans le premier, c'est le vitrail de Pont-Audemer qui reste le plus fidèle aux modèles originaux, tels qu'ils apparaissent à Nogent-le-Roi. La composition est seulement resserrée pour occuper une lancette plus étroite, alors que dans la tenture du Ronceray, elle est inversée, et que deux figures ont été rajoutées au premier plan. Pour l'épisode suivant, c'est le contraire : les attitudes des deux hérétiques sont modifiées dans le vitrail et non dans la tapisserie. On pourrait donc penser à des adaptations indépendantes à partir des mêmes maquettes, mais la troisième scène s'oppose à cette interprétation. Dans la Guérison d'un démoniaque, en effet, certaines libertés prises avec les anciens cartons sont identiques : le bras du gardien, par exemple, est dans les deux cas, ramené sur la poitrine, alors qu'il ne l'était pas initialement. Une certaine parenté stylistique, qui transparait malgré la médiocrité du tissage, confirme cette observation : c'est bien le même atelier qui a produit les deux séries de cartons modifiés, et il s'agit encore du Maître de Montmorency. On retrouve en effet le même gardien, le bras tenant les verges replié, dans l'épisode de saint Rémi guérissant un possédé de la tenture de Robert de Lenoncourt, où l'on voit aussi un diable rappelant les démons de Pont-Audemer et, tout à fait à l'arrière-plan, des assistants comparables à ceux de Ronceray. De plus , le schéma de la scène est repris dans une autre pièce, au centre de laquelle est représentée la dernière messe célébrée par le saint. Ce ne sont d'ailleurs pas les seuls liens que l'on peut établir avec les tapisseries attribuées au Maître de Montmorency : le Melchisédech se penchant vers Abraham est, par exemple, le jumeau du Grand Prêtre des scènes de la Présentation de Jésus au Temple des tentures de Reims et de Saint-Bertrand-de-Comminges.

Le Maître de Montmorency, auteur des cartons de la Vie de la Vierge de Saint-Gervais, possédait dans son atelier des modèles et des cartons issus d'un atelier parisien actif à la fin du XVe siècle, celui du Maître d'Anne de Bretagne. Lui-même était à Paris depuis le début du XVIe siècle puisqu'on a pu lui attribuer les plus anciens vitraux de Ferrières-en-Gâtinais et la tenture de Saint-Etienne offerte avant 1505 par Jean Baillet à la cathédrale d'Auxerre. Enfin, il était sans contexte le fournisseur de cartons le plus prolifique de son époque, aussi bien pour les lissiers que pour les verriers, et qu'une production suppose des collaborateurs ou, à défaut, de multiples associations de confrères."

Le Maître de Montmorency est identifié comme étant Gauthier de Campes actif à Paris jusque vers 1530 et dont le nom est lié à la Tenture de l'Histoire de saint Etienne (Musée de Cluny).

 

 

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SOURCES ET LIENS.

— ARMINJON (Catherine), 2004, Saints de chœurs: tapisseries du moyen âge et de la renaissance : [Toulouse, Ensemble conventuel des jacobins, 24 avril-31 août 2004; Aix-en-Provence, Musée des tapisseries, septembre 2003-décembre 2004; Caen, Musée de Normandie, janvier-mai 2005, 5 continents, 2004 - 191 pages

— DELAPORTE, Yves). 1958- L'église Saint-Sulpice de Nogent-le-Roi, In: Bulletin de la Société Archéologique d'Eure-et-Loir vol. 21 (1958/61) p.33-80.

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k97712770/f47.item.r=eglise%20saint%20sulpice%20nogent%20le%20roi

— GRODECKI (Louis), PERROT (Françoise), CHAUSSÉ (Véronique), 1981, Les vitraux du Centre et des pays de la Loire, Recensement II, Corpus Vitrearum, edition du CNRS, Paris page 75.

LAFOND, (Jean), 1969, Les vitraux de l'arrondissement de Pont-Audemer, Nouvelles de l'Eure, n°36, 1969 ;

—  LEPROUX Guy-Michel, 2001,  La peinture à Paris sous le règne de François Ier, Presses Paris Sorbonne, 223 pages, p.39-85

https://books.google.fr/books?id=Qj3gePI5adsC&dq=%22leproux%22+%22pont-audemer%22&hl=fr&source=gbs_navlinks_s

MARILLIER (H. C.), The Ronceray Tapestries of the Sacraments, The Burlington Magazine for Connoisseurs , Vol. 59, No. 344 (Nov., 1931), pp. 232-235+238-239

https://www.jstor.org/stable/864915

MUSEUM OF FINE ARTS OF BOSTON : Tapestry, the story of Holy Sacrament

https://www.mfa.org/collections/object/tapestry-the-sacreligious-jew-from-the-series-the-story-of-the-holy-sacrament-123736

NASSIEU MAUPAS ( Audrey), 2000,

« Peinture, vitrail et tapisserie au début du XVIe siècle : l’exemple du Maître de Montmorency », Cahiers de la Rotonde, n° 22, 2000, p. 45-60.

SALATKO PETRYSZCZE (Camille), Le Mistere de la Saincte Hostie, introduction, édition du texte et notes , mémoire de Master sous la direction de D. Hüe, , préparé pour la mise en ligne par Camille Salatko Petryszcze

https://www.sites.univ-rennes2.fr/celam/cetm/Edition%20Hostie/ostie.html

 

TERVARENT (Guy de ), 1938, Les énigmes de l'art du Moyen Âge, Volumes 1 à 2 “Les” Éditions d'Art et d'Histoire, 1938 - 137 pages

—  Le Mistere de la Saincte Hostie Première édition connue et conservée imprimée à Paris chez la veuve Trepperel (1512-1519)

Paris B.N.F. Réserve p Yf 564

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6355669x/f8.image

Le Mistere de la Saincte Hostie nouvellement imprimé à Paris Seconde édition connue et conservée imprimée chez Alain Lotrian ou Jean II Trepperel (1530-1537)

Aix-en-Provence Bibliothèque Méjanes Rés. S. 60.

Le Jeu et Mystere de la Saincte Hostie par personnages Troisième et dernière édition connue et conservée imprimée à Paris chez Jean Bonfons (1547-1566)

Paris B.N.F. Réserve Yf 2915

https://data.bnf.fr/16648387/mystere_de_la_sainte_hostie/

 

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Published by jean-yves cordier - dans Vitraux
6 décembre 2018 4 06 /12 /décembre /2018 23:41

La verrière des Miracles de  l'Eucharistie (vers 1515) ou baie 20 de l'église de Pont-Audemer.

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PRÉSENTATION.

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La baie 20 éclaire la première chapelle du bas-coté sud de l'église.

Son sujet est très intéressant : c'est celui des "Miracles de l'Eucharistie" commandé par la Confrérie du Saint-Sacrement de Pont-Audemer.  L'intérêt est historique d'une part, et iconographique d'autre part.

I. Sur le plan historique.

a) Les confréries du Saint-Sacrement.

Les confréries étaient  nombreuses au XV et XVIe siècle, et plus nombreuses encore aux XVIIe et XVIIIe : on comptait 80 confréries à Rouen au XV-XVIe, dont 19 dans les paroisses, et 267 confréries à Rouen, (contre 337 à Paris) en 1621 . Elles étaient souvent, en Normandie, désignées sous le nom de « Charités ». La moitié des paroisses de Rouen avaient leur confrérie du Saint-Sacrement. 

Les données concernent surtout les XVIIe et XVIIIe siècle, après la réforme tridentine et après leur multiplication dans le cadre de la lutte contre les hérésies.  On distingue les confréries professionnelles (de corporation) et les confréries de dévotion. Ces dernières peuvent être réparties en confréries d'agonisants, mariales (du Rosaire), christologique (du Saint-Sacrement), et de saints.  Elles associent un culte privé — récitation régulière d'oraison, adoration et autres exercices de piété,— et un culte public. Ce dernier repose sur la création d'une chapelle propre et d'un autel où seront allumés des flambeaux, ainsi que sur l'organisation de processions. Des Indulgences sont accordées aux participants. Les confréries du Saint-Sacrement réunissent une  élite paroissiale et sociale. 

Le but des confréries du Saint-Sacrement est la diffusion du culte eucharistique, c'est à dire de la lutte contre le doute à l'égard de la présence réelle du corps du Christ dans l'hostie consacrée : c'est le dogme de la transsubstantiation, promulgué par Innocent III en 1215, et officialisé par Jean XXII en 1317. Ce dernier officialisa la fête du Corps du Christ, ou Fête-Dieu, 60 jours après Pâques, fondée par Urbain IV et la bulle Transiturus.  L’Eucharistie y est présenté dans un ostensoir sous un dais porté par quatre notables au milieu des rues et des places qui étaient  richement pavoisées.

Afin de convaincre les fidèles de la réalité de cette présence réelle, les prédicateurs avaient recours à un certain nombre de miracles de l'Eucharistie

b) Le contexte de la Réforme.

Cinq ans après ce vitrail, en 1520, Luther opposa à ce dogme  la doctrine de la consubstantiation (la présence réelle du corps du Christ ne modifie pas la substance de l'hostie ou du vin). À la même époque,  le suisse Zwingli ne voit dans la communion qu'une commémoration et dans les espèces eucharistiques qu'un symbole. Pour Calvin la rémanence du Christ dans l'hostie est d'ordre spirituelle, et il ne peut y avoir de sacrilège concernant les espèces eucharistiques.

Dès 1525, la remise en cause de la transsubstantiation permet de distinguer les hérétiques. En 1551, le Concile de Trente réaffirme ce dogme.

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II. Sur le plan iconographique

a) La procession du Saint-Sacrement lors de processions des charitons et/ou lors de la Fête-Dieu.

Elle est représentée dans huit vitraux de Haute-Normandie au XVIe siècle dont :

  •  Louviers baie 26, 1480-1500 et baie 9, disparue
  • Montchaux-Soreng (disparu)
  • Offranville, baie 17
  • Gisors (baie détruite), en 1571
  • Caudebec-en-Caux  (baie 28) en 1530 : 
  • Rouen, Saint -Nicolas-le-Painteur après 1520

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b) Les Miracles eucharistiques.

Ces miracles forment le sujet de quelques verrières de Haute-Normandie

  • Rouen, église Saint-Vincent, baie 7, 1520-1530 : génuflexion d'une mule devant une hostie.

  • Rouen, Saint-Nicolas-le-Painteur 1542, disparue

  • Nonancourt, baie 107, 1525 : Messe de saint Grégoire 

  • Pont-Audemer

Un miracle particulier, celui des Hosties profanées dit "des Billetttes" est représenté dans 3 verrières de Haute-Normandie, la principale étant :

  • Rouen, église saint-Eloi (Musée des antiquités de la Seine-Maritime) vers 1540-1550

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Mais surtout, trois des scènes des Miracles de la baie 20 de Pont-Audemer trouvent leurs équivalents  sur une tenture de l'abbaye de Ronceray (1505-1520 ) et dans une verrière de l'église saint-Sulpice  de Nogent-le Roy (1510-1515) . Ces trois œuvres (Pont-Audemer, Nogent-le-Roy et Ronceray) partagent des cartons communs provenant d'un même peintre parisien,  Gauthier de Gampes , alias le Maître de Montmorency,  le Maître des Privilèges de Tournai, le maître de saint Gilles : le  peintre le plus fécond à Paris sous François Ier.

Les scènes du tympan sont attribuées à un autre peintre, rouennais, auteur de la baie 18.

La tapisserie de la grande et riche abbaye du Ronceray, située dans un faubourg d’Angers, était exposée lors de la célèbre procession du Saint-Sacrement. Ses 22 pièces  sont aujourd'hui dispersées au Louvre, au Château de Langeais, au Museum de Boston, au château de Leeds, etc. A chaque tableau correspond un quatrain en vers français de dix pieds, expliquant la scène. Ces inscriptions sont tissées en lettres gothiques blanches sur fond rouge dans la partie inférieure de la tapisserie.

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DESCRIPTION.

Haute de 5 m et large de 1,70 m, cette baie a vu sa troisième lancette, à droite, être obstruée par un mur de séparation. 

— Registre inférieur: la procession du Saint-Sacrement. (suite en baie 18).

— Registre moyen et supérieur, et tympan : 6 scènes des Miracles eucharistiques :

1. Mort d'un pêcheur qui a communié sans avoir reçu l'absolution. L'hostie le blesse en sortant de sa gorge.

2. Guérison par la communion d'un possédé que son gardien tient enchaîné dans l'église.

3. Le Saint-Sacrement jeté à la rivière par un prêtre provoque la noyade de 2 magiciens qui marchaient sur l'eau, tandis que deux anges récupèrent le ciboire.

4. La communion miraculeuse d'Archambaud de Bourbon à son lit de mort.

. Mouchette gauche : un Juif est mordu par un chien à qui il avait jeté une hostie.

6. Mouchette  droite : miracle des abeilles qui construisent une ruche-tabernacle pour protéger une hostie.

— Sommet du tympan : la Cène.

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Verrière des Miracles de l'Eucharistie, vers 1515. Baie 20 de l'église de Pont-Audemer. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.

Verrière des Miracles de l'Eucharistie, vers 1515. Baie 20 de l'église de Pont-Audemer. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.

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Le registre inférieur : la procession du Saint-Sacrement.

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Lancette gauche : le prêtre portant l'ostensoir marche en procession sous un dais porté par quatre notables de la Confrérie.

Lancette droite : la foule des fidèles et des bourgeois de la ville suit la procession derrière quatre notables, portant bonnet.

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Inscription : elle a été déchiffrée par Montier, qui signale  que la vitre a été donnée pendant que Leroy était prévost et Jehan Lepetit eschevin de cette confrérie.    Je lis

[o]ST JEHAN LE PETIT D~ CE LIEUE ES LI 

MAISTER MAIL---CESTE ---

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Voir la suite sur la baie 18.

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Verrière des Miracles de l'Eucharistie, vers 1515. Baie 20 de l'église de Pont-Audemer. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.

Verrière des Miracles de l'Eucharistie, vers 1515. Baie 20 de l'église de Pont-Audemer. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.

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Registre intermédiaire.

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Verrière des Miracles de l'Eucharistie, vers 1515. Baie 20 de l'église de Pont-Audemer. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.

Verrière des Miracles de l'Eucharistie, vers 1515. Baie 20 de l'église de Pont-Audemer. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.

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1. Mort d'un pêcheur qui a communié sans avoir reçu l'absolution. L'hostie le blesse en sortant de sa gorge.

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Quatrain de la tenture de Ronceray :

UNG PECHEUR QUI INDIGNEMENT RECEUT LA TRES SACREE HOSTIE MORUT TOST ET VISIBLEMENT PAR LA GORGE FIST LA SORTIE.

Le vitrail de Pont-Audemer est le plus fidèle aux modèles originaux (les cartons du Maître de Montmorency), tels qu'ils apparaissent à Nogent-le-Roi. La composition est seulement resserrée pour occuper une lancette plus étroite, alors que dans la tenture du Ronceray, elle est inversée, et  deux figures y ont été rajoutées au premier plan. (G. Leproux)

 

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Verrière de Nogent-le-Roy. Photographie lavieb-aile.

 

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tenture de l'abbaye de Ronceray.

 

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Verrière des Miracles de l'Eucharistie, vers 1515. Baie 20 de l'église de Pont-Audemer. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.

Verrière des Miracles de l'Eucharistie, vers 1515. Baie 20 de l'église de Pont-Audemer. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.

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2. Guérison par la communion d'un possédé que son gardien tient enchaîné dans l'église.

Devant le possédé, un garde tenant une lance porte le trousseau de clés d'une probable prison.

Inscriptions (lettres en désordres et parfois à l'envers) sur le bas de la robe du "démoniaque".

 

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Quatrain de la tenture de Ronceray :

PAR LA VERTU DU SACRAMENT FUT DEMONSTRE UNG GRAND MIRACLE CAR LE DYABLE VISIBLEMENT SORTIT HORS DUNG DEMONIACLE.

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Verrière de Nogent-le-Roy. Photographie lavieb-aile.

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Verrière des Miracles de l'Eucharistie, vers 1515. Baie 20 de l'église de Pont-Audemer. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.

Verrière des Miracles de l'Eucharistie, vers 1515. Baie 20 de l'église de Pont-Audemer. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.

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Registre supérieur.

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Verrière des Miracles de l'Eucharistie, vers 1515. Baie 20 de l'église de Pont-Audemer. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.

Verrière des Miracles de l'Eucharistie, vers 1515. Baie 20 de l'église de Pont-Audemer. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.

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3. Le Saint-Sacrement jeté à la rivière par un prêtre provoque la noyade de 2 magiciens qui marchaient sur l'eau, tandis que deux anges récupèrent le ciboire.

Inscriptions en lettres capitales romaines dépourvues de sens sur la bordure du manteau bleu du seigneur placé à gauche ; verre rouge gravé pour sa toque.

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Quatrain de la tenture de Ronceray :

NOYES FURENT DEUX HERETIQUES PAR LA VERTU DU SACREMENT LESQUELZ DEVANT PAR ARS MAGIQUES MARCHOIENT SUR LEAU FRANCHEMENT.

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Verrière des Miracles de l'Eucharistie, baie 9, Nogent-le-Roy. Photographie lavieb-aile.

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Tenture de Roncheray

 

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Verrière des Miracles de l'Eucharistie, vers 1515. Baie 20 de l'église de Pont-Audemer. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.

Verrière des Miracles de l'Eucharistie, vers 1515. Baie 20 de l'église de Pont-Audemer. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.

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4. La communion miraculeuse d'Archambaud de Bourbon à son lit de mort.

La communion miraculeuse d'Archambaud de Bourbon ne figure ni à Nogent-le-Roy, ni sur la tenture de Ronceray, mais elle  est représenté dans la tenture bruxelloise de Trajan et Herkenbald, d'après Van der Weyden conservé au musée d'histoire de Berne. Un auteur en fait le commentaire suivant :

 

 "Le troisième sujet est la justice d'Herkinhal, plongeant un poignard dans le cœur de son neveu qui avait fait violence à une jeune fille. Herkinbal saisit de la main gauche par les cheveux son neveu agenouillé au pied de son lit, et de la main droite, lui enfonce un couteau dans la gorge.
4° Herkinbal se sentant près de mourir fait venir, un évêque pour l'administrer ; le prélat part en refusant de donner la sainte communion.  Herkinbal qui ne voulait pas se confesser, comme d'un crime, du meurtre de son neveu,  rappelle l'évêque et lui montre l'hostie sortie du ciboire qui est venue se placer d'elle-même dans sa bouche. Le prélat entonne les louanges du Seigneur."


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La Justice de Trajan et Herkinbald, tenture, vers 1450 d'après Van der Weyden Musée Historique de Bern.

 

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Verrière des Miracles de l'Eucharistie, vers 1515. Baie 20 de l'église de Pont-Audemer. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.

Verrière des Miracles de l'Eucharistie, vers 1515. Baie 20 de l'église de Pont-Audemer. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.

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LE TYMPAN.

 

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Verrière des Miracles de l'Eucharistie, vers 1515. Baie 20 de l'église de Pont-Audemer. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.

Verrière des Miracles de l'Eucharistie, vers 1515. Baie 20 de l'église de Pont-Audemer. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.

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5. Mouchette gauche : un Juif est mordu par un chien à qui il avait jeté une hostie.

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Au premier plan, le juif a jeté l'hostie à terre, pour que son chien la mange. Au lieu de cela, l'animal ploie les genoux et en même temps mord son maître à la main.

. ... Une xpiene vendit la saincte h(ostie)

 A ung faulx iuif cruel et inhum(ain) 

Qui a son chien iecta par mocque(rie)

Lequel ladore mort le iuif en la m(ain)

UNG XPRETRE VENDIT LA SAINTE HO [STIE] A UNG FAULX JUIF CRUEL ET INHUM [AIN] QUE A SON CHIEN JECTA PAR MOQUERIE LEQUEL LADORE MORT LE JUIF EN LA MAIN.

 

 L'histoire du juif sacrilège, mordu par son chien figure généralement parmi les « exemples moraux » de   Jean Mansel  : "le recueil d'exemples moraux", de Jean Mansel (1401-1500)  BnF fr. 911 f.276-277 :

 

"Un Juif acheta une fois le corps de notre seigneur d'une fausse chrétienne elle lui bailla. Sitôt comme le Juif le tint il le donna à son chien pour le manger. Mais le chien s'agenouilla et n'y toucha oncques. Lors le Juif par grand dépit voulut battre son chien . Il advint par vengeance que le chien prit son maître par un bras et le fit crier moult haut à grande angoisse et e le laissa aller jusqu'à ce que les chrétiens y accourent et le Juif qui était repentant de son péché leur dit toute la vérité de cette chose et fit baptiser lui et toute sa famille et la chrétienne fut punie qui lui avait baillé le corps de notre seigneur. »

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b10720727t/f296.item.zoom

 

 

 

 

 

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Le Juif mordu par son chien, tenture de l'abbaye de Roncheray, Boston Museum of Art

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Verrière des Miracles de l'Eucharistie, vers 1515. Baie 20 de l'église de Pont-Audemer. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.

Verrière des Miracles de l'Eucharistie, vers 1515. Baie 20 de l'église de Pont-Audemer. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.

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6. Mouchette  droite : miracle des abeilles qui construisent une ruche-tabernacle pour protéger une hostie.

Lettres inscrites sur le col du personnage barbu agenouillé.

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Quatrain de Roncevay  (les "mouches" désignent les abeilles)

 

« Une femme au pays de Pourvence

jecta es mouches l’hostie sacrée

Lesquelles lors en grande révére(n)ce

Luy firent une chapelle ornée. »

cf :  https://www.sites.univ-rennes2.fr/celam/cetm/Edition%20Hostie/ostie.html#DOCUMENT5

  

 L'histoire des abeilles figure également, comme la précédente, parmi les « exemples moraux » de   Jean Mansel  : "le recueil d'exemples moraux", de Jean Mansel (1401-1500)  BnF fr. 911 f.273 : La femme décide de nourrir ses abeilles, qui se mourraient, d'une hostie, mais celles-cu firent "une moult belle chapelle, et avait dedans un autel et sur l'autel était le corps de notre seigneur".

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b10720727t/f293.item.zoom

 

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Nogent-le Roy, baie 9 (1500-1525), Miracle des abeilles. Photographie lavieb-aile.

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  Le Miracle des Abeilles , tenture de l'  abbaye de Ronceray, 1505-1520,  laine et soie, Château de Langeais, Chambre des carreaux verts

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Verrière des Miracles de l'Eucharistie, vers 1515. Baie 20 de l'église de Pont-Audemer. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.

Verrière des Miracles de l'Eucharistie, vers 1515. Baie 20 de l'église de Pont-Audemer. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.

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7. Mouchette sommitale : la Cène, institution de l'Eucharistie.

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Quatrain de Roncevay :

DEVANT SA MORT SACRA SON SANG ET CORPS ET PRESBRES FAIT SES APOTRES A LHEURE DE FAIRE AINSI LEUR DIST ET SOIENT RECORS QUE SOUBS CE PAIN SON CORPS ENTIER DEMEURE.

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Verrière des Miracles de l'Eucharistie, vers 1515. Baie 20 de l'église de Pont-Audemer. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.

Verrière des Miracles de l'Eucharistie, vers 1515. Baie 20 de l'église de Pont-Audemer. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.

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Annexe I . La tenture de Roncheray.

"Quant au lieu de confection, plusieurs hypothèses ont été suggérées. Pour certains historiens, comme Guiffrey, Göbel ou Marillier (97), elle aurait été confectionnée dans la Vallée de la Loire. Pour d’autres, comme Barbier de Montault, de Coupigny, de Tervarent (98), il s’agirait d’un tissage flamand. Quoi qu’il en soit, on peut affirmer que ces tapisseries se rattachent, par leur format et par leur style, à un groupe de tapisseries commandées pour décorer les stalles d’églises. A ce jour, elle reste la seule suite de tapisseries conçue d’après ces cartons. Cependant, on sait, qu’en 1539, la cathédrale de Tours possédait une série de tapisseries comportant presque les mêmes sujets de l’Ancien Testament. « D’autre part, on sait que Jacques Fourré, évêque de Châlons, commanda deux grandes tapisseries (exécutées entre 1573 et 1578), pour le chœur de l’église, l’une représentait le symbole du Saint-Sacrement et l’autre la Vérité du Saint-Sacrement » (99). Reste à savoir ce que représentaient exactement ces tapisseries. La série à laquelle appartient la tapisserie des Miracles comprenait à l’origine un nombre inconnu de pièces longues et étroites divisées en quatre ou six grands tableaux qui étaient accrochés de part et d’autre du chœur. En 1888, onze fragments existaient, en 1941, le fragment de la Cène et de la Crucifixion avait été divisé en deux parties. Aujourd’hui, ne sont conservés au château de Langeais que deux pans de cette fresque, Les Miracles de la sainte Hostie et Abel, Melchisédech et la Pâque juive. Les dix autres fragments ont été dispersés en 1971 dans différentes collections ." SALATKO PETRYSZCZE (

 

1°Abel, Melchisédech et la Pâque juive, Château de Langeais.

2°Moïse frappant le rocher. / David et le passage de la mer rouge. Elie enlevé par les anges. New-York, The Century Association.

3°La Cène. Boston, Museum of Fine Arts.

4°La Crucifixion. Ohio, Allen Memorial Art Museum. Oberlin College.

5°L’idole renversée. Paris. Musée des Gobelins.

6°Saint Grégoire et la femme incrédule. / Doute et vision d’un prêtre. Leeds Castle.

7°Guérison d’un démoniaque./  Le cheval d’un païen rend hommage à l’Eucharistie. Boston. Museum of Fine Art.

8°Le Miracle des Abeilles. / Le Miracle des Billettes. Château de Langeais.

9°La mort d’un pêcheur qui communie./  Châtiment d’un prêtre coupable. Paris. Louvre.

10°Hérétiques noyés. /  Des animaux s’agenouillent devant l’hostie. Leeds Castle.

11°Le Miracle du Lendit. Musée des Gobelins.

12°Le Juif sacrilège mordu par son chien. Leeds Castle. 

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Description par le Museum of Arts de Boston :

I. Panel of 3 subjects, acquired by M. Siegfried, of the ChAteau de Langeais, and still there. [PLATE I, A].

(1) Adam and Eve. Cain and Abel. The scene shows Adam delving and Eve spinning, with the two boys at play beside an incongruous rustic cottage. On the left is a stone altar with Cain and Abel sacrificing and God appearing in a cloud. The foreground contains the murder of Abel. The verse along the bottom, in black letters on a red band, runs as follows :

CY COMANCE LYSTOIRE ET LA FIGURE DE' JHU CHRIST ET SON SAINCT SACREMENT DEPUIS ABEL ET LA LOY DE LA NATURE' JUSQUES A SON CRUEL CRUCIFIEMENT.

(2) Abraham and Melchizedek. The subject is divided from the last by a tree. Before the inscription below are the arms of Ysabelle de Jaille 3 and her initial Y twice. Abraham is dressed as a warrior of the period, in a jewelled helmet with red and white plumes. From his lance hangs a blue oriflamme. He is accompanied by a bravely clad suite. Melchizedek issues from an ornamental palace bearing bread and a gold wine-cup, and one of his staff carries an ewer. In the second plane are seen Abraham and the three angels, and the Sacrifice of Isaac. The verse runs:

MELCHISEDECH PBRE DU DIEU DIVIN OFFRIT AU BON PRIARCHE ABRAHAM ET LE RECONFORTANT DU PAIN ET VIN A SON RETOUR DE LARMEE DE SALAM.

(3) The Passover. This scene is divided from the last by the door from which Melchizedek appears. A pheasant is perched upon a balustrade. The Passover is represented by nine persons standing round a table with staves in their hands. One is adjusting his footgear. On the table is the paschal lamb and a dish of bitter herbs. In the background Moses is seen keeping his sheep, and God in the burning bush. The verse runs:

LE PEUPLE DISRAEL CHAUSSE ET CEINT TENANT ES MAIS BASTONS BLANS ET HONNESTES MANGEOIT IADIS P. MISTERE TRESAINCT LAIGNEL PASCHAL AUX LAICTUES AGRESTES. II. Panel of three subjects, acquired by M. Jumel, Avocat of Amiens. [PLATE I, B.]

(4) Moses striking the Rock. In the foreground a richly robed woman bends before Moses and offers him a wicker basket filled with manna. Half of the subject and the inscription is missing. The remainder of the latter is as follows: AU DIT PEUPLE QUI AUX DESERS ESTOI[ DESIROIT CELUI QUI EN GOUSTOIT.

(5) David and the Shew-bread. The High-priest wears a white brocaded robe edged with pearls and little bells, and has on his breast the ephod of twelve coloured stones representing the tribes. He offers the shew-bread on a linen cloth to David, who is dressed in a Burgundian costume of blue velvet beneath an ermine-trimmed cloak, and a hat adorned with crown and jewels. A subordinate scene shows the decapitation of Ahimelech, and in the distance is David dancing and playing before the Ark. The verse runs :

ACHIMELECH A DAVID DOULCEMENT DONNA DU PAIN DE PROPOSICION POURQUOI SAUL LE FIST CRUELLEMENT DECAPITER ET SANS DILACION.

(6) Elijah fed by an angel. A holly bush divides this scene from the last. Below, as in various other panels, are the arms on a lozenge of Dame Loyse le Roux. Elijah is reclining in the foreground tended by the angel. Behind, he is taken up in the chariot of fire, watched by Elisha. The verse runs: DE CHEMINER HELYAS SI TRES FORT FUT TRAVAILLE ET LAS QUIL ENDORMIT AUQUEL DIEU POUR LUY DONER RECONFORT PAR UNG ANGE PAIN ET EAU LUY TRANSMIT. III. Double panel, acquired by M. IUvy of Paris.

(7) The Last Supper. Christ, surrounded by the disciples, is seated beneath a canopy, holding the cup. In a subordinate scene, He is washing their feet. The quatrain runs:

DEVANT SA MORT SACRA SON SANG ET CORPS ET PRESBRES FAIT SES APOTRES A LHEURE DE FAIRE AINSI LEUR DIST ET SOIENT RECORS QUE SOUBS CE PAIN SON CORPS ENTIER DEMEURE.

(8) The Crucifixion. The Calvary, with the three crosses; St. John and the Virgin at the foot of the centre cross, and mounted men insulting the Saviour. The quatrain runs:

PUIS EN CALVAIRE IL FUT SACRIFIE AU SAINCT AUTEL DE LA CROIX PAR MISTERE QUANT DES JUIFS IL FUT CRUCIFIE POUR LES HUMAINS SOUFFRIT MORT TRES AUSTERE.

Below this inscription is the name of the donor, " Dame Loyse le Roux, doyenne et dame de chambre céans," who is depicted embracing the foot of the cross itself.

IV. Single subject, acquired by the Musée des Gobelins. (20)

A sacrilegious theft. The subject is the theft from St. Gervais of a Host, which floats miraculously above the head of the thief in the plain of St. Denis. The Bishop of Paris, the abbot of St. Denis, and the curb of St. Gervais bearing a communion cloth, come to seek it. The quatrain runs:

A SAINCT GERVAIS UNG LARRON PRINT LOSTIE QUE AU LENDICT MIST OU SEN ALLA LEVESQUE DE PARIS L ABBE SAINCT DENYS AVECQUE MAIS AU CURE DUDIT LIEU EST SORTIE.

V. Single subject, acquired by Comte de L'Estoile, of Château la Colletrie, Anjou. Now at Leeds Castle with Nos. VII and VIII. [PLATE I, C.] (21)

Punishment of a sacrilegious Jew. A Christian having sold the Host to a jew, the latter throws it to his dog, which bites him in the hand. The quatrain runs:

UNG XPRETRE VENDIT LA SAINTE HO [STIE] A UNG FAULX JUIF CRUEL ET INHUM [AIN] QUE A SON CHIEN JECTA PAR MOQUERIE LEQUEL LADORE MORT LE JUIF EN LA MAIN.

 

According to M. de Farcy, there was attached to this piece a fragment of No. 22, the Birth of Christ, which has disappeared. It showed God the Father overhead, with the words " Ab initio et ante secula creata sum." Below was a town with the seated Virgin, probably holding the Infant, and to her left a nun (possibly the donor) reading her Hours. The only words remaining of the inscription were de BETH . . . SAINCT . . . DONT. . . BROU . . .

VI. Single subjects, acquired by the Musbe des Gobelins.

(9) An Idol overthrown. A pagan stands beside an altar on which is an idol of a crowned King, which is overthrown from its pedestal on the arrival of the Host, borne by St. Antony. A franciscan in blue-grey habit accompanies him. The quatrain runs:

UNG IDOLATRE QUI LA FOI REGNIA AVOIT UNG FILZ SAINCT ANTHOINE CORDELIER DEVANT LYDOLE LOSTIE SACREE PORTA SOUDAINEMENT ON LA VIT TREBUCHER.

VII. Double panel, acquired by Comte de L'Estoile. Now at Leeds Castle. [PLATE II, A.]

(18) Two heretics drowned. It is recorded that in the era of the Albigenses, heretics walked on the water by the aid of Satan. Two of these are shown in the act, but a priest cast the Host upon the water and the heretics were drowned. Angels recovered the Host. The quatrain runs:

NOYES FURENT DEUX HERETIQUES PAR LA VERTU DU SACREMENT LESQUELZ DEVANT PAR ARS MAGIQUES MARCHOIENT SUR LEAU FRANCHEMENT.

(19) Conversion of a heretic. An ox, an ass, and a horse prostrate themselves before a priest bearing the Host. A heretic is converted by the sight. The quatrain runs:

UNG CHEVAL UNG B(EUF ET UNG ASNE ADORENT LEUR CREATEUR DONT UNG HERETIQUE PROPHANS FUT GECTE HORS DE SON ERREUR.

VIII. Double panel, acquired by Comte de L'Estoile. Now at Leeds Castle. [PLATE II, B.] (io)

St. Gregory converts the sacrament into flesh. The pope is communicating a man and a woman, assisted by a cardinal and a priest bearing the double cross, when the Host is transformed into a figure of Christ crucified. The quatrain runs:

SAINCT GREGOIRE COMMUNIOIT UNE FEMME MAL ADVERTIE DONT AINSI QUELLE SENS SOUBZRIOIT FUT LOSTIE EN CHAIR CONVERTIE.

(I I) A sceptical priest converted. Miracle of the transubstantiation; a vision of the Virgin and Child appearing to a doubting celebrant. The quatrain runs:

UNG PBTRE DOUBTA LA HOSTIE POUR QUOY ELLE SE DISPARUT MAIS LA SACREE VIERGE MARIE TENANT SON FILS LUY APPARUT.

 

IX. Double panel, acquired by M. Helft, Paris. Now at the Louvre. [PLATE II, C.] 

10. Death of an unworthy communicant. A priest in a blue chasuble with gold orphreys is preparing to communicate a sinner who has not received absolution, when the latter falls back dead. The quatrain runs:

UNG PECHEUR QUI INDIGNEMENT RECEUT LA TRES SACREE HOSTIE MORUT TOST ET VISIBLEMENT PAR LA GORGE FIST LA SORTIE.

(11) Punishment of a sinful priest. During the profane administration of the sacrament, a sinful priest is consumed by fire from heaven. The quatrain runs:

UNG PRESTRE IMMONDE CELEBRANT NON CRAIGNANT DIEU NI LES HUMAINS FUT DU FEU DU CIEL DESCENDANT EMBRASE' LES BRAS ET LES MAINS.

Double panel, acquired by M. Bailly, of Paris. This figured later in the Tollin sale of 1897, and is now in the possession of the Boston (Mass.) Museum of Fine Arts. [PLATE II, D.]

(I2) Deliverance of a demoniac. The possessed man is kneeling before a priest, who administers to him the sacred wafer, whereupon the devil escapes from his mouth in the shape of a small black goblin. A man provided with whips stands on the right, in case they should be required. The quatrain runs:

PAR LA VERTU DU SACRAMENT FUT DEMONSTRE UNG GRAND MIRACLE CAR LE DYABLE VISIBLEMENT SORTIT HORS DUNG DEMONIACLE.

(13) Conversion of an infidel. A priest bearing the Host, and accompanied by three acolytes carrying candles, meets a mounted pagan in the street. The pagan takes no notice, but his horse kneels down under him. The quatrain runs:

UNG PAYEN SANS HONNEUR PASSA PAR DEVANT LE SAINCT SACREMENT MAIS SON CHEVAL SE HUMILIA ET CREUT LE PAYEN FERMEMENT.

XI. Double panel, acquired by M. Siegfried, of Chateau de Langeais. [PLATE I, D.]

(14) The bees build a chapel. A wicked woman throws the sacred wafer into a hive of bees, and marvels when the bees build from it a tiny chapel. The quatrain runs:

UNE FEMME AU PAYS DE POURUECE JECTA ES MOUCHES LHOSTIE SACREE LESQUELLES LORS EN GRANDE REUERECE LUY FIRENT UNE CHAPELLE ORNEE.

(15) Story of the jew Jonathas. A jew pierces the holy wafer with a knife and blood gushes from it. He boils it in a pot and an image of the crucified Christ emerges. The quatrain runs:

UNG JUIF AYANT A PARIS PAINS ACHEPTE LHOSTIE AU SANG LA FERUT DUNG COUTEAU PUYS LA JECTANT BOUILLIR SAILLANT HO . . . UNG CRUCIFIX SEST DEDANS PRESENTE.

 

Boston Museum Bulletin, Volumes 72 à 74, Museum of Fine Arts, 1974.

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ANNEXE II.  Gauthier de Gampes , alias le Maître de Montmorency, le Maître des Privilèges de Tournai, le maître de saint Gilles. Peintre le plus fécond à Paris sous François Ier. Guy LEPROUX.

https://books.google.fr/books?id=Qj3gePI5adsC&pg=PA212&lpg=PA212&dq=%22leproux%22+%22pont-audemer%22&source=bl&ots=f64m_c2v7A&sig=EqvhRsUUQfXAP3rQYbN8tI5jO7E&hl=fr&sa=X&ved=2ahUKEwiC35r2pYjfAhXCaFAKHUIaBiYQ6AEwBnoECAIQAQ#v=onepage&q=%22pont-audemer%22&f=false

a) Notes de lecture : Le Maître de Montmorency est à l'origine des oeuvres suivantes

 

-six ou 7 verrières de la Collégiale Saint-Martin de Montmorency, 1524-1525

-Repas chez Simon de Triel

-Vie de la Vierge de la chapelle d'axe de Saint-Gervais à Paris

-Tenture de la Vie de la Vierge et de la Vie de saint Rémi de Reims (1530)

-Tenture de la Vie de saint Martin d'Angers

-Tenture de la Vie de saint Gervais et Protais le Mans

-Tenture de  saint Julien le Mans

-Tenture de la  Vie de saint Jean-Baptiste Angers

-Tenture de Ronceray près d'Angers

-Verrière Ferrières-en-Gâtinais, Vie de la Vierge et Vie de saint Aldric

-Verrières de HERBLAY

 

carton —>saint Merry, nef et Saint-Gervais tympan de la Vie de Sainte-Madeleine

- église Saint-Gervais de Paris : verrière où étaient figurés les Miracles de l'Eucharistie, avait été offerte en 15 10 par Marie Favart, veuve de Nicolas Lecler. Elle a disparu.

- Verrières de Nogent-le Roy église saint-Sulpice

"À Pont-Audemer, seules les quatre scènes des lancettes sont imputables à un artiste parisien. Elles ont été complétées, dans le tympan, par un peintre rouennais, auquel on doit aussi la verrière voisine ainsi que la procession du Saint-Sacrement qui occupe le soubassement des deux baies. Il apparaît donc que les cartons « modernisés » qui ont servi n'ont pas été créés pour l'édifice, mais que ce sont des remplois adaptés localement. La communion miraculeuse d'Archambaud de Bourbon n'existant ni dans les tapisseries de Ronceray ni à Nogent-le-Roy, seuls trois miracles peuvent utilement être comparés : la Mort du pêcheur qui communie, les Hérétiques noyés et la Guérison d'un démoniaque . Dans le premier, c'est le vitrail de Pont-Audemer qui reste le plus fidèle aux modèles originaux, tels qu'ils apparaissent à Nogent-le-Roi. La composition est seulement resserrée pour occuper une lancette plus étroite, alors que dans la tenture du Ronceray, elle est inversée, et que deux figures ont été rajoutées au premier plan. Pour l'épisode suivant, c'est le contraire : les attitudes des deux hérétiques sont modifiées dans le vitrail et non dans la tapisserie. On pourrait donc penser à des adaptations indépendantes à partir des mêmes maquettes, mais la troisième scène s'oppose à cette interprétation. Dans la Guérison d'un démoniaque, en effet, certaines libertés prises avec les anciens cartons sont identiques : le bras du gardien, par exemple, est dans les deux cas, ramené sur la poitrine, alors qu'il ne l'était pas initialement. Une certaine parenté stylistique, qui transparait malgré la médiocrité du tissage, confirme cette observation : c'est bien le même atelier qui a produit les deux séries de cartons modifiés, et il s'agit encore du Maître de Montmorency. On retrouve en effet le même gardien, le bras tenant les verges replié, dans l'épisode de saint Rémi guérissant un possédé de la tenture de Robert de Lenoncourt, où l'on voit aussi un diable rappelant les démons de Pont-Audemer et, tout à fait à l'arrière-plan, des assistants comparables à ceux de Ronceray. De plus , le schéma de la scène est repris dans une autre pièce, au centre de laquelle est représentée la dernière messe célébrée par le saint. Ce ne sont d'ailleurs pas les seuls liens que l'on peut établir avec les tapisseries attribuées au Maître de Montmorency : le Melchisédech se penchant vers Abraham est, par exemple, le jumeau du Grand Prêtre des scènes de la Présentation de Jésus au Temple des tentures de Reims et de Saint-Bertrand-de-Comminges.

Le Maître de Montmorency, auteur des cartons de la Vie de la Vierge de Saint-Gervais, possédait dans son atelier des modèles et des cartons issus d'un atelier parisien actif à la fin du XVe siècle, celui du Maître d'Anne de Bretagne. Lui-même était à Paris depuis le début du XVIe siècle puisqu'on a pu lui attribuer les plus anciens vitraux de Ferrières-en-Gâtinais et la tenture de Saint-Etienne offerte avant 1505 par Jean Baillet à la cathédrale d'Auxerre. Enfin, il était sans contexte le fournisseur de cartons le plus prolifique de son époque, aussi bien pour les lissiers que pour les verriers, et qu'une production suppose des collaborateurs ou, à défaut, de multiples associations de confrères."

Le Maître de Montmorency est identifié comme étant Gauthier de Campes actif à Paris jusque vers 1530 et dont le nom est lié à la Tenture de l'Histoire de saint Etienne (Musée de Cluny).

Note : j'ai pu commettre des erreurs : on se reportera au texte de Guy-Michel Leproux.

 

— LEPROUX (Guy-Michel) La peinture à Paris sous le règne de François Ier, Presses de l'Université Paris-Sorbonne (collection Corpus Vitrearum), Paris, 2001, chapitre II, Gauthier de Campes alias le Maître de Montmorency, alias le Maître des Privilèges de Tournai, alias le Maître de Saint-Gilles, p. 39-110

https://books.google.fr/books?id=Qj3gePI5adsC&pg=PA39#v=onepage&q&f=false

— NASSIEU MAUPAS ( Audrey), 2000,

« Peinture, vitrail et tapisserie au début du XVIe siècle : l’exemple du Maître de Montmorency », Cahiers de la Rotonde, n° 22, 2000, p. 45-60.

 

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— France ? entre 1505 et 1518 Deux Miracles de l'Hostie de la tenture L'Histoire du saint Sacrement aux armes d'Isabelle de La Jaille, abbesse de 1505 à 1518 de l'abbaye du Ronceray, près d'Angers  Tapisserie, laine

http://cartelfr.louvre.fr/cartelfr/visite?srv=car_not&idNotice=14640

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— tapisserie de Ronceray

https://www.abbaye-chaise-dieu.com/IMG/pdf_Le_patrimoine_francais.pdf

— GATOUILLAT ( Françoise) 2001, Eglise Saint-Ouen : Les Vitraux de Haute-Normandie, Corpus vitrearum / Recensement des vitraux anciens de la France, Paris, CNRS, 2001. p. 194-195.

 

— GATOUILLAT  (Françoise),, "L'utilisation de modèles graphiques dans le vitrail parisien au début du XVIe siècle", dans Michel Hérold et Claude Mignot (dir.), Vitrail et arts graphiques XVe-XVIe siècles, actes de la table ronde de Paris, Ecole nationale du patrimoine, 29-30 mai 1997, Paris, 1999, p. 159.
Michel Hérold, "A propos du "Maître de la Vie de saint Jean-Baptiste : recherches sur l'usage des patrons à grandeur au début du XVIe siècle", dans Michel Hérold et Claude Mignot (dir.), Vitrail et arts graphiques XVe-XVIe siècles, actes de la table ronde de Paris, Ecole nationale du patrimoine, 29-30 mai 1997, Paris, 1999, p. 182.

— GATOUILLAT  (Françoise), 1996, Eglise paroissiale Saint-Ouen, Pont-Audemer : les verrières, inventaire général des monuments et des richesses artistiques de la France, commission régionale Haute-Normandie, Rouen, Connaissance du patrimoine de Haute-Normandie, Itinéraires du patrimoine n°103, 1996 ;

— GATOUILLAT  Françoise,Notice © Monuments historiques, 2005,

http://www2.culture.gouv.fr/public/mistral/palissy_fr?ACTION=RETROUVER&FIELD_98=LOCA&VALUE_98=%20Pont-Audemer&NUMBER=4&GRP=0&REQ=((Pont-Audemer)%20%3ALOCA%20)&USRNAME=nobody&USRPWD=4%24%2534P&SPEC=3&SYN=1&IMLY=&MAX1=1&MAX2=200&MAX3=200&DOM=Tous

"L'ensemble est constitué de 14 verrières des 15e et 16e siècles : le Saint Sacrement, Légende de saint Ouen et procession de la Charité, l'Annonciation, Saint Pierre et Saint Paul, Saint Eustache, saint Léon, saint Nicolas et donateur de Freville et sa famille (vitrail allemand), Dormition de la Vierge, Vie de saint Jean-Baptiste, Saint Pierre, saint Yves, sainte Barbe, Saint Mathurin, saint Sébastien, saint Jacques le Majeur, saint Jean-Baptiste, l'Apparition du Christ aux Apôtres, Légende de saint Honoré, Martyre de saint Vincent, Légende de saint Nicolas, Histoire de la Rédemption.

Verrière consacrée à la vie de Saint Ouen (baie 18) offerte par la confrérie du Saint-Sacrement de Pont-Audemer. Le peintre verrier pourrait être un élève d'Arnoult de Nimègue, grand maître néerlandais.

Légende de saint Nicolas, Histoire de la Rédemption (1556).

Chaque baie de l'église Saint-Ouen est ornée d'un vitrail ancien ou moderne. Elles présentent une grande diversité du fait de leur chronologie, de leurs sujets et de leur facture. La plupart d'entre elles sont d'un haut niveau de qualité. Les deux verrières les plus anciennes de cet ensemble décoraient l'église précédente, l'une demeurée dans le choeur non rebâti, l'autre datée de 1475 ayant été réadaptée dans la première chapelle du bas-côté nord. Les douze autres ont été conçues pour le nouvel édifice, offertes principalement par la bourgeoisie locale et des confréries. Toutes ces oeuvres portent témoignage de la vitalité des ateliers de peinture sur verre implantées à Rouen et de l'influence de différents centres de production français. Par exemple, la vie de saint Jean-Baptiste (baie 8) est une réplique voulue par le donateur d'une des verrières des Le Prince à Saint-Vincent de Rouen (1525-1526) commandée au peintre verrier rouennais Mausse Hertault en 1535."

"Une autre (baie 13) reflète aussi par sa facture, l'influence d'un grand atelier de Beauvais. Du point de vue iconographique, les verrières ne comportent pas de programme d'ensemble. Les vitraux sont commandés pour orner les chapelles privatives. Le sujet est le choix du donateur. On peut noter toutefois plusieurs cycles hagiographiques rarement illustrés, ceux dédiés à saint Ouen (baie 18), à saint Mathurin (baie 12) et à saint Honoré (baie 13). [...] Après la seconde guerre mondiale, Max Ingrand (1908-1969) replace les verrières anciennes mises à l'abri en 1939, sans intervention notable car elles étaient en bon état, et complète les baies 9 et 11 ; ce peintre verrier crée aussi, pour remplacer des oeuvres du XIXe siècle détruites, un cycle marial et christique, pratiquement absent du programme iconographique ancien. Les nouvelles verrières ont pris place vers 1950 dans le choeur et dans les baies de la façade."

 

— LAFOND, (Jean), 1969, Les vitraux de l'arrondissement de Pont-Audemer, Nouvelles de l'Eure, n°36, 1969 ;

—  LEPROUX Guy-Michel, 2001,  La peinture à Paris sous le règne de François Ier, Presses Paris Sorbonne, 223 pages, p.39-85

https://books.google.fr/books?id=Qj3gePI5adsC&dq=%22leproux%22+%22pont-audemer%22&hl=fr&source=gbs_navlinks_s

— MARILLIER (H. C.), The Ronceray Tapestries of the Sacraments, The Burlington Magazine for Connoisseurs , Vol. 59, No. 344 (Nov., 1931), pp. 232-235+238-239

https://www.jstor.org/stable/864915

 

— MONTIER, (Armand), 1895,Les vitraux de Saint-Ouen de Pont-Audemer, Pont-Audemer, Impr. du Commerce, G. Hauchard, 1895 ;

— MONTIER, (Armand), 1896, "L'église Saint-Ouen à Pont-Audemer", Normandie monumentale et pittoresque p. 105.

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k62406567/f141.item.texteImage

— MUSEUM OF FINE ARTS OF BOSTON : Tapestry, the story of Holy Sacrament

https://www.mfa.org/collections/object/tapestry-the-sacreligious-jew-from-the-series-the-story-of-the-holy-sacrament-123736

— NASSIEU MAUPAS ( Audrey), 2000,

« Peinture, vitrail et tapisserie au début du XVIe siècle : l’exemple du Maître de Montmorency », Cahiers de la Rotonde, n° 22, 2000, p. 45-60.

 

— OTTIN, sd. 1896, p. 223

— PERROT (Françoise), 1972, M. Baudot et J. Lafond. Églises et vitraux de la région de Pont-Audemer, numéro spécial des Nouvelles de l'Eure, 3e trimestre 1969 , [compte-rendu], Bulletin Monumental  Année 1972  130-1  pp. 87-88

https://www.persee.fr/doc/bulmo_0007-473x_1972_num_130_1_5138_t1_0087_0000_3

— PHILIPPE-LEMAITRE (Delphine)  en 1853, non consulté

— REGNIER (Louis)  en 1899, non consulté

 

— SALATKO PETRYSZCZE (Camille), Le Mistere de la Saincte Hostie, introduction, édition du texte et notes , mémoire de Master sous la direction de D. Hüe, , préparé pour la mise en ligne par Camille Salatko Petryszcze

https://www.sites.univ-rennes2.fr/celam/cetm/Edition%20Hostie/ostie.html

 

Le Mistere de la Saincte Hostie fait partie des nombreux mystères français conservés dans une édition imprimée entre la fin du XVe et le début du XVIIe siècle. Ce mystère figure dans les principaux répertoires du théâtre médiéval français, mais jamais ne fit l’objet d’une édition critique moderne. Trois éditions datées du XVIe siècle sont aujourd’hui connues et conservées. Pour la seconde et la troisième, on parlera d’avantage de réimpression dans la mesure où chacun de ces deux textes ne sont qu’une recomposition quasi fac-similé de la première. C’est la raison pour laquelle on ne relèvera entre les trois textes que des variantes essentiellement de type graphique. En revanche, et ce sans grande surprise, les trois ouvrages présentent un format et une présentation identiques. Les 1581 vers du mystère sont à chaque fois imprimés sur les 36 feuillets non chiffrés d’un petit volume in-octavo. Sur chacun de ces feuillets figure une colonne de texte centrée de 27 octosyllabes à rimes plates rédigés en caractères gothiques.

 La première édition, intitulée Le Mistere de la Saincte Hostie, fut imprimée à Paris, chez la Veuve Trepperel, approximativement entre 1512 et 1519. Ces dates, qui correspondent bien à la période durant laquelle exerçait ce libraire, apparaissent dans une petite note manuscrite rédigée à l’intérieur de la couverture. Un exemplaire de cette édition est conservé à la B.N.F. sous la cote Réserve p Yf 564. 
    La seconde édition, intitulée Le Mistere de la Saincte Hostie nouvellement imprimé à Paris, fut publiée à Paris entre 1530 et 1537 par Jean II Trepperel ou Alain Lotrian (l’incertitude vient du fait qu’ils exerçaient tous deux à l’enseigne de l’écu de France rue Neuve-Notre-Dame). Dans son Inventaire Chronologique des Editions Parisiennes du XVIe siècle, B. Moreau date approximativement cette impression de 1531 d’après l’illustration. Un exemplaire de cette édition se trouve actuellement à la Bibliothèque Méjanes d’Aix-en-Provence sous la cote Rés. S. 60. 

    La troisième et dernière édition qui nous est parvenue se démarque des éditions antérieures par la prolixité de son titre : Le Jeu et Mystere de la Saincte Hostie par personnages. A Paris pour Jehan Bonfons, libraire demourant en la rue Neufve Nostre Dame a l’enseigne sainct Nicolas. Le nom de l’éditeur et du lieu de l’impression y sont mentionnés. En revanche, comme pour les précédentes la date fait défaut. La période durant laquelle exerçait le libraire définit tout de même une période, 1547-1566. Deux exemplaires sont aujourd’hui conservés. Le premier à la B.N.F. coté Réserve Yf 2915, le second à la bibliothèque du Musée Condé à Chantilly sous la cote IV.D.76.

— TERVARENT (Guy de ), 1938, Les énigmes de l'art du Moyen Âge, Volumes 1 à 2 “Les” Éditions d'Art et d'Histoire, 1938 - 137 pages

—  Le Mistere de la Saincte Hostie Première édition connue et conservée imprimée à Paris chez la veuve Trepperel (1512-1519)

Paris B.N.F. Réserve p Yf 564

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6355669x/f8.image

— Le Mistere de la Saincte Hostie nouvellement imprimé à Paris Seconde édition connue et conservée imprimée chez Alain Lotrian ou Jean II Trepperel (1530-1537)

Aix-en-Provence Bibliothèque Méjanes Rés. S. 60.

— Le Jeu et Mystere de la Saincte Hostie par personnages Troisième et dernière édition connue et conservée imprimée à Paris chez Jean Bonfons (1547-1566)

Paris B.N.F. Réserve Yf 2915

https://data.bnf.fr/16648387/mystere_de_la_sainte_hostie/

 

 

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Published by jean-yves cordier - dans Vitraux
6 décembre 2018 4 06 /12 /décembre /2018 13:19

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"Une œuvre d'homme n'est rien d'autre que ce long cheminement pour retrouver par les détours de l'art les deux ou trois images simples et grandes sur lesquelles le cœur, une première fois, s'est ouvert." Albert Camus, préface à la réédition de L'Envers et l'Endroit. Oeuvres complètes I, Pléiade p. 38

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J'ai rêvé d'une plage allongée à mes pieds,

Vibrant paisiblement au couteau qui la fend,

Ou égrenant ses plaintes en longs soupirs blancs,

J'ai rêvé d'une plage allongée à mes pieds,

.

J'ai rêvé d'une plage éveillée à mes pieds,

Vents, vents, cors assourdissants

Et la nuit déployée Oh cette nuit glacée,

J'ai rêvé d'une plage éveillée à mes pieds.

.

J'ai rêvé d'un ami qui s'y était noyé,

Cris, cris, appels désespérants

La réponse lugubre de l'obscurité,

J'ai rêvé d'un ami qui s'y était noyé.

.

J'ai rêvé d'une plage frissonnant à mes pieds,

Vagues, vagues, aux mouvements incessants,

déferlants en mon cœur en coups désordonnés,

J'ai rêvé d'une plage frissonnant à mes pieds.

.

J'ai rêvé d'un caillou que j'y ai ramassé,

Blanc, blanc, dans son questionnement,

Et le jour qui se lève, privé de lendemain,

J'ai rêvé d'un caillou que j'y ai ramassé,

.

Quand l'oiseau sur le sable  s'envole en gémissant

De cette plage en feu enfouie dans mon passé.

 

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Published by jean-yves cordier
4 décembre 2018 2 04 /12 /décembre /2018 10:01

Zoonymie des Odonates : les noms de Gomphus vulgatissimus (Linnaeus, 1758), le Gomphe vulgaire.

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Zoonymie ? L'étude des noms des animaux (zoo). Comme dans Toponymie, Oronymie, Hydronymie, ou Anthroponymie, mais pour les bêtes. 

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Zoonymie des Odonates.

GÉNÉRALITÉS

ANISOPTÈRES

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ZYGOPTÈRES

BIBLIO :

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Résumé.

— Genre Gomphus, Leach, 1815. Entomology, in Brewster's Edinb. Encycl. 9(1): 137. Il doit son nom au latin gomphus, issu de grec gomphos, "clou, coin, cheville", du fait de la forme en massue  de l'abdomen des mâles. (Fleidner, 2009 ; Endersby 2012). La racine gomph- se retrouve ailleurs, avec le même sens de "en forme de clou", en Zoologie, en Mycologie et en Botanique.

— espèce Gomphus vulgatissimus Linnaeus, 1758, Syst. nat. 12e  :544 . L'épithète vulgatissimus est la forme superlative de l'adjectif vulgatus, " répandu, connu partout". Il doit donc se comprendre, vu le contexte, comme "très répandu", ce qui était vrai du temps de Linné mais moins de nos jours où elle est menacée par la pollution et l’aménagement des cours d’eau.

— Nom en français : 1°) "la Justine", Geoffroy, 1762 ; 2°) "La Libellule très-commune", Latreille 1802 ; 3°) "Le Gomphus très-commun", Sélys 1850 ; 4°) "Le Gomphe vulgaire", Paul-André Robert 1936, puis tous les auteurs contemporains. Il s'agit malheureusement d'un contre-sens que les auteurs précédents avaient évité. 5°) "Le Gomphe à pattes noires", Jourde in Dijkstra, 2007, a le mérite d'éviter cette confusion et d'apporter une information utile au grand public.

 

— Noms communs en d'autres langues :

-Espagnol : La libélula vulgar

-Allemand : Die Gemeine Keiljungfer , Schiemenz, 1953

-Néerlandais :   Beekrombout

-Frison : Tongerbout ,Beektongerbout

-Suédois : Sandflodtrollslända

-Anglais : The common clubtail.

 

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NOM SCIENTIFIQUE.

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I. LE NOM DE GENRE GOMPHUS, (LEACH, 1815).

 Le genre Gomphus, Leach, 1815.

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B. LE NOM D'ESPÈCE GOMPHUS VULGATISSIMUS, LINNAEUS, 1758.  

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[Libellula vulgatissima],  Linnaeus, Carl. 1758. Systema naturæ per regna tria naturæ, secundum classes, ordines, genera, species, cum characteribus, differentiis, synonymis, locis. Editio decima, reformata. Holmiæ. (Salvius). Tomus I: 1-824 : 544.

https://www.biodiversitylibrary.org/page/25034355#page/554/mode/1up

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Description originale :

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6. vulgatissima. L. thorace strigis octo flavicantibus. 

-Fn. fvec. 767. 

-Swamm. quart. t. 8. f. 6.

-Roes. aquat. 2. t. 5. f. 3. 
Habitat in Europa. 

Traduction : "N°  6. Libellula vulgatissima. Thorax à 8 sillons jaunâtres. [références à trois auteurs] Habite en Europe."

Voir le Spécimen de la collection linnéenne : http://linnean-online.org/19713/

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Zoonymie des Odonates : les noms de Gomphus vulgatissimus (Linnaeus, 1758).

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LES RÉFÉRENCES DE LINNÉ POUR LIBELLULA VULGATISSIMA.

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1°) Fauna suecica 1746 n°767.

Il s'agit de la "Faune suédoise" rédigée par Linné, et dans laquelle la dénomination binominale n'est pas encore adoptée. On constate que les références y renvoient à John Ray (1710) alors que la référence à Roesel n'est pas mentionnée. La diagnose est différente : "Libellula aux cotés jaunes et aux ailes blanches". La description de l'habitat, ad aquas vulgaris  "commune dans les milieux aquatiques" est peut-être une indication pour le choix de l'épithète vulgatissimus dans le Systema natura de 1758.

https://www.biodiversitylibrary.org/item/129804#page/263/mode/1up

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767, LIBELLULA lateribus flava ; alis albis. 
-Raj. Ins. 50, n. 7. Libella major, praecedenti congener, 
-Swam. quart. t. 8 f. 6 
Habitat ad Aquas vulgaris
DESCR, Latera thoracis & abdominis flava; Ala albae, nullo modo flavescentes ut in Rajana ; a dorso longitudinaliter fusca. puncta marginalia alarum fusco-ferruginea

Traduction : côtés du corselet et de l’abdomen jaunes; ailes blanches, et point du tout jaunâtres, comme dans l’espèce de Ray  ; dos brun longitudinalement;, taches marginales des ailes d’un ferrugineux brun.

 

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2°) Swammerdam, 1738 

Swamm. quart. t. 8. f. 6.

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3°) Roesel , Insecten belustigung tome II planche V figure 3  (Roes. aquat. 2. t. 5. f. 3.) 

https://gdz.sub.uni-goettingen.de/id/PPN369099737?tify={%22pages%22:[275],%22panX%22:0.253,%22panY%22:0.529,%22view%22:%22thumbnails%22,%22zoom%22:1.05}

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Roesel, Insecten belustigung 2, planche V fig. 3

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ÉTUDE DU NOM : G. VULGATISSIMUS.

L'épithète vulgatissimus est la forme superlative de l'adjectif vulgatus, "a) habituel, ordinaire, b) répandu, divulgué, connu partout" (Gaffiot). Il doit donc se comprendre, vu le contexte, comme "très commun et très répandu", mais en aucun cas comme "vulgaire".  

Dijkstra 2007  présente effectivement ce gomphe comme "le plus commun et le plus réparti des gomphes de notre région" (France et Europe), justifiant  ainsi les deux acceptations de l'épithète spécifique.

Gomphus vulgatissimus est bien encore " l’espèce de gomphe la plus fréquente en Europe du Nord et centrale", mais pour l'auteur de l'article Wikipédia,  elle  est menacée de déclin par la pollution (produits phytosanitaires, polluants industriels ...) et l’aménagement des cours d’eau (empierrement des berges, suppression de la ripisylve, creusement et rectification du lit ...). Elle est inscrite sur la liste rouge régionale des odonates du Nord-Pas-de-Calais comme espèce en danger.

La forme superlative vulgatissima permet aussi à Linné de distinguer cette espèce de sa Libellula vulgata (notre Sympetrum vulgatum) décrite au numéro 3 de sa liste.

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LES AUTEURS PRÉCÉDENTS EN ZOONYMIE.

On appréciera l'analyse de Fliedner, qui ne se contente pas d'une traduction de l'adjectif, mais justifie son choix au XVIIIe siècle.

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POITOU-CHARENTE NATURE

http://www.poitou-charentes-nature.asso.fr/gomphe-vulgaire/

"Vulgatissimus = très commun ; l’essentiel d’une population se transforme en quelques jours et l’espèce devient alors très abondante."

 

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 DRAGONFLYPIX
http://www.dragonflypix.com/etymology.html

" Gomphus vulgatissimus (Linnaeus, 1758) from Lat. vulgatus, superl. vulgatissimus, -a, -um = most widespread, most familiar".


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D'ANTONIO & VEGLIANTE.
https://www.researchgate.net/publication/316791278_Derivatio_nominis_libellularum_europaearum

"vulgatissimus (Gomphus) - superlativo di vulgatus, a, um = comune, noto. Molto comune nella località tipica."

 

.
H. FLIEDNER, 2009
https://www.entomologie-mv.de/download/virgo-9/Virgo%200902%20Die%20wissenschaftlichen%20Namen%20der%20Libellen%20in%20Burmeisters.pdf
http://dominique.mouchene.free.fr/libs/docs/GENE_Burmeister_Fliedner.pdf

 

"- vulgatissimus (Linnaeus) [l. most ordinary, most common] is a statement no longer valid. But the sagacious hypothesis of SCHMIDT (1989), that this species name originally had been given to Sympetrum danae, the damaged type specimen of Linnaeus however had erroneously been replaced by the species bearing the name now, is not necessary to explain the denomination, because there is evidence that in earlier centuries the species was very common (BURMEISTER 1839: 854; FLIEDNER 1998b: 206)."

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VAN HIJUM, 2005.
http://natuurtijdschriften.nl/download?type=document&docid=555521

 "vulgatum =algemeen bekend, verspreid"

 

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NOMS VERNACULAIRES.

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II. NOMS COMMUNS EN FRANÇAIS. 

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1°) La Justine, Geoffroy 1762.

 

Étienne-Louis GEOFFROY, 1762, Histoire abrégée des insectes qui se trouvent aux environs de Paris ; dans laquelle ces animaux sont rangés suivant un ordre méthodique. Tome second,  A Paris, chez Durand, rue du Foin, le premiere porte cochere en entrant par la rue S. Jacques, au Griffon. M. DCC. LXII. Avec approbation et privilège du Roi. pages 227

https://www.biodiversitylibrary.org/item/51067#page/236/mode/1up

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1043241t/f238.item

 

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11. LIBELLULA lateribus flava , alis albis. Linn. 

faun. fuec. n. 767. 

Linn. syst . nat. edic. 10 , p. 744  n. 6. Libellula vulgatissima. 

Raj. ins. p. 50,n. 7. Libella major, praecedenti congener. 

Swammerd. 4n° . p. I71 T.8, f.6 

La justine. 

Longueur 17 lignes. 

Elle est brune , mais son front est jaune , ainsi que les côtés de sa poitrine & de son ventre. Ses ailes font très- diaphanes , & n'ont que la petite tache du bord extérieur, qui est oblongue , d'une couleur brune un peu cendrée , avec les bords noirs , ce qui fait le caractère spécifique de cette espèce , que l'on trouve avec les précédentes. 

 

Pour nommer en français ses 15 espèces de Libellules, Geoffroy a commencé par reprendre les noms données par Linné, dans Fauna suecica, à deux espèces rendant hommage à la reine Louise-Ulrique de Suède, puis il a poursuivi cette veine des prénoms féminins, avec des intentions parfois devinables. Ce n'est pas le cas ici.  Le plus probable est que Geoffroy reprend le prénom d'un personnage de théâtre  ou de roman.

Geoffroy latin par Fourcroy : https://archive.org/stream/entomologiaparis02four#page/n235/mode/2up

Le nom est repris par Charles de Villers 1789 : https://www.biodiversitylibrary.org/item/45855#page/19/mode/1up

 

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2°) "La Libellule très-commune", Latreille [1797] et 1802.

Pierre André Latreille, 1802, Histoire naturelle: générale et particulière des crustacés et des insectes, Volume 13, F. Dufart, an x-an xiii, page 10.

Précédé par les planches dessinées par Olivier en 1797 pour l'Encyclopédie méthodique page 30 et planche 94 : la libellule est copiée de l'illustration de Roesel. 

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Latreille et Olivier, Encyclopédie méthodique, 1797, numérisation Google

 

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Latreille, la plus haute autorité française en entomologie à l'aube du XIXe siècle, fait clairement le point sur la description de Linné, et sur l'embarras qu'elle suscite pour celui qui tient compte de la description (diagnose) confrontée aux 3  références proposée par l'auteur suédois. 

https://books.google.fr/books?id=9ZZTAAAAcAAJ&dq=%22Libellule+tr%C3%A8s-commune%22+latreille&hl=fr&source=gbs_navlinks_s

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"Linnæus , dans la première édition de sa Faune suédoise, l’avait ainsi caractérisée: côtés du corps jaunes; ailes blanches. C’est d’après cela que Geoffroy y a rapporté l’espèce qu’il nomme justine. Linnæus a ensuite changé sa phrase spécifique de cette autre manière : « corselet jaune à huit raies noires. » Il n’a point modifié la description, et il a cité de plus une figure de Rœsel, qui ne convient qu’à l’aeschne à tenailles. La figure de Swammerdam, que Linnæus a toujours citée , ne peut lever l'embarras qui naît de cette ambiguité ; le synonyme de [John] Ray ne peut s’appliquer à la libellule de Linnæus, puisque l’auteur anglais dit, en parlant de son espèce, que les ailes sont jaunâtres, et que le naturaliste suédois assure que celles de son insecte sont blanches, et qu’il contredit à cet égard Ray ; il s’ensuit que de tout cela il est presque impossible de savoir quelle est l’espèce que Linnæus nomme vulgatissima. Celle que Geoffroy prend pour telle pourrait bien être la libellule à treillis, cancellata. Voici, au reste la description donnée par Linnæus de sa libellule très-commune : côtés du corselet et de l’abdomen jaunes; ailes blanches, et point du tout jaunâtres, comme dans l’espèce de Ray (n° 7) ; dos brun longitudinalement;, taches marginales des ailes d’un ferrugineux brun."

 

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Zoonymie des Odonates : les noms de Gomphus vulgatissimus (Linnaeus, 1758).
Zoonymie des Odonates : les noms de Gomphus vulgatissimus (Linnaeus, 1758).

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3°) "Le Gomphus très-commun", de Sélys, 1850.

Selys-Longchamps, Edmond de (1813-1900), 1850, Revue des odonates ou libellules d'Europe / par Edmond de Selys-Longchamps,... ; avec la collaboration de M. le Dr H. A. Hagen,...ed C. Muquardt (Bruxelles), Roret (Leipzig), page 82.

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k26769q

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k26769q/f126.image

Comme nous l'avons déjà vu avec les autres espèces, Sélys, toujours soucieux de traduire-transcrire le nom scientifique dans une forme française qui lui est identique, s'autorise le barbarisme ou néologisme "Gomphus" , mais il traduit correctement l'épithète vulgatissimus par "très-commun". 

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4°) Le  Gomphe vulgaire, P.A. Robert 1936 et 1958 .

ROBERT (Paul André), 1936, Les Insectes, coléoptères, orthoptères, archiptères, nevroptères, Delachaux et Niestlé page 106.

https://books.google.fr/books?id=mp8eAQAAMAAJ&q=%22gomphe+vulgaire%22&dq=%22gomphe+vulgaire%22&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwjJgs-oh4bfAhVIxhoKHdkeDMkQ6AEINzAD

https://books.google.fr/books?hl=fr&id=NDOitQEACAAJ&dq=ROBERT+%28Paul+Andr%C3%A9%29+libellules+1958&focus=searchwithinvolume&q=vulgaire

 

Paul-André Robert (1901-1977) était un artiste et naturaliste suisse. Paul-André Robert est né en 1901, en Suisse, près d'Orvin, au «Jorat». D'une famille de peintres - Léopold, son grand-père ; Aurèle, son grand-oncle, Léo-Paul, son père - Paul-André Robert, neuvième enfant d'une famille de dix, commença très tôt à dessiner. Son père, non seulement l'initia à l'art mais l'encouragea aussi à l'observation des petites bêtes. Il avait aménagé dans sa maison une véritable «cité de cages à chenilles» qu'il présenta, avec son fils, à des expositions.  Dès l'âge de 16 ans il avait commencé à travailler sur une monographie monumentale sur les larves de libellules d’Europe . Très jeune, séduit par la lecture de Fabre, Paul-André observe avec passion les insectes et, en particulier, les libellules sur lesquelles il publiera un livre de qualité qui lui vaudra, en 1973, le titre de Docteur honoris causa de l'université de Neuchâtel.
En Europe, on le connaît principalement pour son ouvrage Les Libellules, paru en 1958.

C'est le premier auteur a se soucier de créer des noms vernaculaires d'insectes en langue française au XXe siècle, bien avant les efforts de H. SCHIEMENZ, en 1953, pour proposer des noms de libellules en allemands.

Hélas, c'est lui qui commet cette erreur de traduction du latin vulgatissimus par "vulgaire", tombant dans le piège de ce "faux-ami" de l'adjectif "vulgatus" que Latreille et Sélys avait brillamment évité. 

Ce nom est malheureusement repris actuellement par de nombreux auteurs contemporains, notamment Grand et Boudot 2006,  Boudot et Dommanget 2012 pour la SFO, et  pour l'INPN/ MHN ( site consulté ce jour).

 

— Boudot J.-P., Dommanget J.-L., 2012. Liste de référence des Odonates de France métropolitaine. Société française d’Odonatologie, Bois-d’Arcy (Yvelines), 4 pp.

http://www.libellules.org/fra/pdf/503_pagesdynadocs519e54424a6f7.pdf

— INPN

https://inpn.mnhn.fr/espece/cd_nom/65225/tab/taxo

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5°) Le Gomphe à pattes noires (Jourde in Dijkstra, 2007).

Jourde in Dijkstra 2007 p. 182 propose ce nom  et place "le gomphe vulgaire" en position de synonyme. Ce nom est astucieux puisqu'il répond au "Gomphe à pattes jaunes" (G. Flavipes) et place en évidence un caractère plus utile, pour la vulgarisation, que celui d'être "commun".

Jourde in Précigout et Prud'homme 2009 reprend ce nom mais le place en deuxième place, comme synonyme de "Gomphe vulgaire"

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LES NOMS COMMUNS EN D'AUTRES PAYS.

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-Espagnol : La libélula vulgar

-Allemand : Die Gemeine Keiljungfer , Schiemenz, 1953

-Néerlandais :   Beekrombout

-Frison : Tongerbout ,Beektongerbout

-Suédois : Sandflodtrollslända

-Anglais : The common clubtail.

 

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SOURCES ET LIENS.
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Bibliographie générale de ces articles de zoonymie des Odonates : voir ici :
http://www.lavieb-aile.com/2018/01/la-bibliographie-de-mes-articles-de-zoonymie-des-odonates.html
 
 
.
OUTILS DE  ZOONYMIE.
— http://www.dragonflypix.com/etymology.html
 — PRÉCIGOUT (Laurent), PRUD'HOMME (Eric), 2009, Libellules de Poitou-Charentes, Ed. Poitou-Charentes Nature, 255 pages, 
— POITOU-CHARENTE NATURE (Association) / Philippe JOURDE & Olivier ALLENOU
http://www.poitou-charentes-nature.asso.fr/leucorrhine-a-front-blanc/
— ANTONIO (Costantino D’), VEGLIANTE (Francesca ) "Derivatio nominis libellularum europæarum"(PDF) (en Italien) Étymologie de 197 noms de Libellules européennes.
https://www.researchgate.net/publication/316791278_Derivatio_nominis_libellularum_europaearum
 
— ENDERSBY (IAN D. ), 2012,  : Watson and Theischinger: the etymology of the dragonfly (Insecta: Odonata) names which they published  Journal and Proceedings of the Royal Society of New South Wales, vol. 145, nos. 443 & 444, pp. 34-53. ISSN 0035-9173/12/010034-20 34
https://royalsoc.org.au/images/pdf/journal/145_Endersby.pdf
— ENDERSBY (IAN D., FRS ), 2012, Etymology of the Dragonflies (Insecta: Odonata) named by R.J. Tillyard, F.R.S. Proceedings of the Linnean Society of New South Wales 134, 1-16.
https://openjournals.library.sydney.edu.au/index.php/LIN/article/viewFile/5941/6519
— ENDERSBY (IAN D., FRS ), 2012, The Naming of Victoria’s Dragonflies (Insecta: Odonata,  Proceedings of the Royal Society of Victoria 123(3): 155-178. 
https://www.academia.edu/28354624/The_Naming_of_Victoria_s_Dragonflies_Insecta_Odonata_
— ENDERSBY (IAN D. ), 2015, The naming's of Australia's dragonflies.
https://www.researchgate.net/publication/283318421_The_Naming_of_Australia%27s_Dragonflies
 http://dominique.mouchene.free.fr/libs/docs/GENE_origine_noms_odonates_Australie_Endersby_2015.pdf
— FLIEDNER (Heinrich), 2009, Die wissenschaftlichen Namen der Libellen in Burmeisters ‘Handbuch der Entomologie’ Virgo 9[5-23]
http://www.entomologie-mv.de/download/virgo-9/Virgo%200902%20Die%20wissenschaftlichen%20Namen%20der%20Libellen%20in%20Burmeisters.pdf
— FLIEDNER (Heinrich), "The scientific names of the Odonata in Burmeister’s ‘Handbuch der Entomologie".
http://dominique.mouchene.free.fr/libs/docs/GENE_Burmeister_Fliedner.pdf
— FLIEDNER (Heinrich),  1997. Die Bedeutung der wissenschaftlichen Namen Europaischer Libellen. Libellula, supplement I. Sonderband zur Zeitschrift der Gesellschaft deutschsprachiger Odonatologen (GdO) e.V. Fliedner, Bremen.

— FLIEDNER (Heinrich), (1998): Die Namengeber der europäischen Libellen. Ergänzungsheft zu Libellula - Supplement 1
— FLIEDNER (H.), 2012, Wie die Libelle zu ihrem Namen kam Virgo, Mitteilungsblatt des Entomologischen Vereins Mecklenburg 15. Jahrgang (2012).
https://www.entomologie-mv.de/download/virgo-15/virg%2015104%20Libelle_Namensherkunft.pdf
— HIJUM (Ep van ), 2005, Friese namen van libellen , TWIRRE natuur in Fryslan jaargang 16, nummer 4 page 142-147
http://natuurtijdschriften.nl/download?type=document&docid=555521
— STEINMANN (Henrik), World Catalogue of Odonata, Walter de Gruyter, 6 févr. 2013 - 650 pages . Numérisé Google.
https://books.google.fr/books?id=gLZvT_njEF4C&pg=PA173&dq=steinmann+onychogomphus+forcipatus&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwjJ6bqArLreAhVKExoKHb9cC34Q6AEILDAA#v=onepage&q&f=false
 
 — SITE Libellen - eine (kleine) Einführung . die Namensgebung

http://www.libelleninfo.de/07.html#buch

http://www.libelleninfo.de/071.html

SCHIEMENZ, H. (1953): Die Libellen unserer Heimat. Jena: Urania

— WENDLER (A)., A. Martens, L. Müller & F. Suhling (1995): Die deutschen Namen der europäischen Libellenarten (Insecta: Odonata).Entomologische Zeitschrift 105(6): 97-112


 
EXTRAIT DE LA BIBLIOGRAPHIE : 

 

— GEOFFROY (Étienne-Louis, Docteur en médecine) 1762. Histoire abrégée des insectes qui se trouvent aux environs de Paris: dans laquelle ces animaux sont rangés suivant un ordre méthodique ; Paris : Durand 1762 Tome second Planches XI à XXII colorées à la main par Prévost gravées par Defehrt. 744p. http://archive.org/stream/histoireabrg02geof#page/n9/mode/2up

— GEOFFROY [Étienne-Louis] 1798-99 Histoire abrégée des insectes dans laquelle ces animaux sont rangés suivant un ordre méthodique. Nouvelle édition, revue, corrigée, & augmentée d'un supplément considérable. / par M. Geoffroy, docteur en médecine. A Paris :Chez Calixte-Volland, libraire, quai des Augustins, no. 24 :An VII de la République françoise [1799]. http://www.biodiversitylibrary.org/bibliography/14595#/summary

— LINNÉ 1758 Linnaeus, C. 1758. Systema naturæ per regna tria naturæ, secundum classes, ordines, genera, species, cum characteribus, differentiis, synonymis, locis. Editio decima, reformata. Holmiæ. (Salvius). Tomus I: 1-824

http://www.biodiversitylibrary.org/page/727383#page/494/mode/1up

 

SELYS-LONGCHAMPS ( E.de),1850 - Revue des Odonates ou Libellules d'Europe. - Bruxelles, Paris.
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k26769q.texteImage

— VILLERS (Charles de) 1789 Caroli Linnaei Entomologia, faunae Suecicae descriptionibus aucta : DD. Scopoli, Geoffroy, de Geer, Fabricii, Schrank, &c., speciebus vel in systemate non enumeratis, vel nuperrime detectis, vel speciebus Galli australis locupletata, generum specierumque rariorum iconibus ornata; curante & augente Carolo de Villers .. Lyon : Pietre et Delamollière, (1789). 

https://www.biodiversitylibrary.org/item/45855#page/15/mode/1up

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Published by jean-yves cordier - dans Zoonymie des Odonates
3 décembre 2018 1 03 /12 /décembre /2018 12:13

Crucifixion entre la Vierge à l'Enfant et saint Nicolas  baie 17 de l'église de Louviers.

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Voir aussi  sur Louviers :

Voir aussi : Tous mes articles sur les vitraux.

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La baie 17 de l'église de Louviers. Photographie lavieb-aile 2018.

La baie 17 de l'église de Louviers. Photographie lavieb-aile 2018.

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La baie 17 de l'église de Louviers. Photographie lavieb-aile 2018.

La baie 17 de l'église de Louviers. Photographie lavieb-aile 2018.

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La baie 17 de l'église de Louviers. Photographie lavieb-aile 2018.

La baie 17 de l'église de Louviers. Photographie lavieb-aile 2018.

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3 décembre 2018 1 03 /12 /décembre /2018 12:09

La verrière de saint Nicolas, offerte par les mégissiers vers 1495, ou baie 11 de l'église de Louviers.

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Voir aussi  sur Louviers :

Voir aussi : Tous mes articles sur les vitraux.

 

 

 

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PRÉSENTATION.

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La baie 11 figure, avec les baies 13, 17 et 19, parmi celles qui ont été vitrées vers 1493-1495 lors de la campagne d'agrandissement et de remise au goût du jour de l'église qui a conduit à l'ouverture des chapelles nord de la nef dans une sorte de second bas-coté. 

Haute de 4,20 m et large de 2,40 m, elle comporte 3 lancettes trilobées et un tympan à 4 mouchettes et 3 écoinçons ; elle est consacrée à la légende de saint Nicolas .

Des confréries et de riches particuliers (où les Le Roux, famille de magistrats,  tiennent une place éminente) sont à l'origine de l'ensemble des vitraux anciens de l'édifice ; les drapiers figurent en procession sur la baie 26, tandis que cette baie 11 aurait été offerte par les mégissiers. Néanmoins, cette information présente dans Hérold 1995 mais , accompagnée dans "Les Vitraux de Haute-Normandie", d'un point d'interrogation (?), est effectivement à prendre avec prudence d'autant que je n'en ai pas retrouvé la source. Le patron des mégissiers était saint Roch, guérisseur de maladies de peau,,  ou parfois l'apôtre Barthélémy, dont la légende dit qu'il a été écorché vif :  c'était le cas pour les maîtres mégissiers de Chartres. Le vitrail comporte, sur le soubassement de la lancette médiane un écu rouge en bouche-trou, avec des armoiries qui on été interprétées comme celles des mégissiers (information accompagné d'un nouveau (?) dans la notice du Vitraux de Haute Normandie.

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Verrière de saint Nicolas (v.1495), baie 11, église de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Verrière de saint Nicolas (v.1495), baie 11, église de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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Emplacement.

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La baie 11 fléchée sur un plan photographié in Hérold 1995.

La baie 11 fléchée sur un plan photographié in Hérold 1995.

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Les trois lancettes.

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Une grande figure centrale de saint Nicolas est encadrée par quatre scènes narratives dans les lancettes latérales et d'autres vignettes narratives dans le tympan. La couleur prédominante est le bleu, associé au blanc et au jaune pour les éléments architecturaux.

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Verrière de saint Nicolas (v.1495), baie 11, église de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Verrière de saint Nicolas (v.1495), baie 11, église de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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Lancette centrale : Saint Nicolas bénissant les trois enfants sortant du saloir.

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La niche architecturale gothique est très riche, avec sa tenture bleue damassée de rinceaux et pommes de pins, son sol carrelé jaune et blanc, et surtout ses piédroits où six personnages tiennent des phylactères (inscriptions SANTE NICOLA) : sont-ce des prophètes, des apôtres, ou plutôt des pèlerins (plusieurs portent chapeaux et pèlerines) ?

Le saint est figuré en évêque de Myre, avec sa chape rouge à orfrois et à fermail en pierre précieuse sur une tunique dorée : il bénit les trois enfants qui ressuscitent dans leur saloir en joignant les mains (têtes des enfants restituées).

Le verre rouge gravé se remarque (discrètement) sous forme de perles sur le col du saint et de motifs de damas sur son épaule droite.

 

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Verrière de saint Nicolas (v.1495), baie 11, église de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Verrière de saint Nicolas (v.1495), baie 11, église de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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Verrière de saint Nicolas (v.1495), baie 11, église de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Verrière de saint Nicolas (v.1495), baie 11, église de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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Le visage est remarquable par ses yeux en étroite amande effilée, aux paupières inférieures bouffies.

Verrière de saint Nicolas (v.1495), baie 11, église de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Verrière de saint Nicolas (v.1495), baie 11, église de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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Les scènes narratives.

 

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Pour suivre l'ordre proposé par Hérold 1995, il faut grimper au tympan et débuter par la troisième mouchette gauche. 

Légende de la coupe.

Partie supérieure restituée.

Sujet : un enfant tenant une coupe d'or tombe à l'eau d'une nef, sous les yeux de deux passagers aux mains jointes.

Interprétation :

"Un noble avait prié saint Nicolas de lui faire obtenir un fils, promettant qu’en récompense il se rendrait avec son fils au tombeau du saint et lui offrirait un vase d’or. Le noble obtient un fils et fait faire un vase d’or. Mais ce vase lui plaît tant qu’il le garde pour lui-même et, pour le Saint, en fait faire un autre d’égale valeur. Puis il s’embarque avec son fils pour se rendre au tombeau du saint. En route le père ordonne à son fils d’aller lui prendre de l’eau dans le vase qui d’abord avait été destiné à saint Nicolas. Aussitôt le fils tombe dans la rivière et se noie. Mais le père, malgré toute sa douleur, n’en poursuit pas moins son voyage. Parvenu dans l’église de saint Nicolas, il pose sur l’autel le second vase ; au même instant une main invisible le repousse avec le vase, et le jette à terre : l’homme se relève, s’approche de nouveau de l’autel, est de nouveau renversé. Et voilà qu’apparaît, au grand étonnement de tous, l’enfant qu’on croyait noyé. Il tient en main le premier vase, et raconte que, dès qu’il est tombé à l’eau, saint Nicolas est venu le prendre, et l’a conservé sain et sauf. Sur quoi le père, ravi de joie, offre les deux vases à saint Nicolas." (Légende dorée)

Il s'agit d'un miracle posthume, et non d'un épisode de la vie du saint. Il mériterait en fait d'être placé plus tardivement.

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Verrière de saint Nicolas (v.1495), baie 11, église de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Verrière de saint Nicolas (v.1495), baie 11, église de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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Saint Nicolas dotant les trois pucelles pour leur éviter la prostitution. Tympan, deux mouchettes gauche .

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"À la mort de ses parents, devenu très riche, il chercha un moyen d’employer ses richesses, non pour l’éloge des hommes, mais pour la gloire de Dieu. Or un de ses voisins, homme d’assez noble maison, était sur le point, par pauvreté, de livrer ses trois jeunes filles à la prostitution, afin de vivre de ce que rapporterait leur débauche. Dès que Nicolas en fut informé, il eut horreur d’un tel crime, et, enveloppant dans un linge une masse d’or, il la jeta, la nuit, par la fenêtre, dans la maison de son voisin, après quoi il s’enfuit sans être vu. Et le lendemain l’homme, en se levant, trouva la masse d’or : il rendit grâces à Dieu, et s’occupa aussitôt de préparer les noces de l’aînée de ses filles. Quelque temps après, le serviteur de Dieu lui donna, de la même façon, une nouvelle masse d'or. Le voisin, en la trouvant, éclata en grandes louanges, et se promit à l’avenir de veiller pour découvrir qui c’était qui venait ainsi en aide à sa pauvreté. Et comme, peu de jours après, une masse d'or deux fois plus grande encore était lancée dans sa maison, il entendit le bruit qu’elle fit en tombant. Il se mit alors à poursuivre Nicolas, qui s’enfuyait, et à le supplier de s’arrêter, afin qu’il pût voir son visage. Il courait si fort qu’il finit par rejoindre le jeune homme, et put ainsi le reconnaître. Se prosternant devant lui, il voulait lui baiser les pieds ; mais Nicolas se refusa à ses remerciements, et exigea que, jusqu’à sa mort, cet homme gardât le secret sur le service qu’il lui avait rendu." (Légende dorée)

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Verrière de saint Nicolas (v.1495), baie 11, église de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Verrière de saint Nicolas (v.1495), baie 11, église de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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Autres mouchettes à droite du tympan. Saint Nicolas calmant la tempête ; le jugement de trois soldats innocents ; le saint suspendant leur exécution.

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Verrière de saint Nicolas (v.1495), baie 11, église de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Verrière de saint Nicolas (v.1495), baie 11, église de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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Lancette de gauche. Le débiteur parjure.

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Verrière de saint Nicolas (v.1495), baie 11, église de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Verrière de saint Nicolas (v.1495), baie 11, église de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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Lancette gauche, scène supérieure. Le débiteur parjure.

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Certain homme avait emprunté de l’argent à un Juif, en lui jurant, sur l’autel de saint Nicolas, de le lui rendre aussitôt que possible. Et comme il tardait à rendre l’argent, le Juif le lui réclama : mais l’homme lui affirma le lui avoir rendu. Il fut traîné devant le juge, qui lui enjoignit de jurer qu’il lui avait rendu l’argent. Or l’homme avait mis tout l’argent de sa dette dans un bâton creux, et, avant de jurer, il demanda au Juif de lui tenir son bâton. Après quoi il jura qu’il avait rendu son argent. Et, là-dessus, il reprit son bâton, que le Juif lui restitua sans le moindre soupçon de sa ruse. Mais voilà que le fraudeur, rentrant chez lui, s’endormit en chemin et fut écrasé par un chariot, qui brisa en même temps le bâton rempli d’or. Ce qu’apprenant, le Juif accourut : mais bien que tous les assistants l’engageassent à prendre l’argent, il dit qu’il ne le ferait que si, par les mérites de saint Nicolas, le mort était rendu à la vie : ajoutant que lui-même, en ce cas, recevrait le baptême et se convertirait à la foi du Christ. Aussitôt le mort revint à la vie ; et le Juif reçut le baptême." (Légende dorée)

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Verrière de saint Nicolas (v.1495), baie 11, église de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Verrière de saint Nicolas (v.1495), baie 11, église de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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Lancette gauche, scène inférieure. Le débiteur parjure (suite).

Verrière de saint Nicolas (v.1495), baie 11, église de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Verrière de saint Nicolas (v.1495), baie 11, église de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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La lancette droite a été restituée par M. Muraire, lequel y a placé quelques éléments de la tête de lancette et des bordures d'origine.

Lancette droite, scène supérieure.

Tandis qu'un roi donne un banquet, un enfant vêtu d'une robe verte  survient, tenant un vase et une coupe en or.

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Verrière de saint Nicolas (v.1495), baie 11, église de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Verrière de saint Nicolas (v.1495), baie 11, église de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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Lancette droite, scène inférieure.

Un couple et leurs enfants sont agenouillés devant une statue du saint, qui apparaît dans une nuée, accompagné de l'enfant en robe verte tenant la vaisselle d'or de la scène précédente.

 

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Verrière de saint Nicolas (v.1495), baie 11, église de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Verrière de saint Nicolas (v.1495), baie 11, église de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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SOURCES ET LIENS.

— CALLIAS BEY (Martine), CHAUSSÉ (Véronique), GATOUILLAT (Françoise), HÉROLD (Michel), 2001,"Les vitraux de Haute-Normandie", Corpus vitrearum Recensement VI, CNRS éditions, page 171

— FOSSEY (abbé Jules), 1896, L'église Notre-Dame à Louviers, La Normandie monumentale.

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k62406567/f7.image.texteImage

— HÉROLD (Michel), 1995,  Louviers, église Notre-Dame, les verrières, Rouen, 16p

— LAFOND Jean, 1963, Les vitraux de Notre-Dame de Louviers, par Jean Lafond . Louviers et Pont-de-l'Arche. Nouvelles de l'Eure, n° 15, Pâques 1963. (pp. 42-47). Non consulté.

— LE MERCIER (E.)  Monographie de l'église Notre-Dame de Louviers Ch. Hérissey et fils, 1906 - 212 pages 

Image Wikipédia : https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/3/37/Louviers_-_Eglise_Notre-Dame_-_Vitrail_de_la_l%C3%A9gende_de_saint_Nicolas_%28baie_n%C2%B011%29.jpg

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Published by jean-yves cordier - dans Vitraux
1 décembre 2018 6 01 /12 /décembre /2018 16:35

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1°) Kleier Kemper, un chant mis en musique en 1951 par Polig Monjarret. 

(sur des paroles de Per Jakez Hélias ?)

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LES CLOCHES DE QUIMPER (Kleier kemper), P. Monjarret 1951

 

Ce chant fait partie du répertoire du Chœur du Kador (dir. Christel Barbey).

Mouezh kleier meur Sant Kaourintin 
Ding, daing, dong (RÉ SI RÉ)
Pa sko ar mailh war an arem sklintin 
Ding, daing, dong (SI SOL SI)
Ivez a skei, a skei e donder hor c'halon 
Ding, daing, dong (SOL RÉ SOL)
Hag en o mouezh ar vro a son 
Ding, daing, dong (RÉ SOL RÉ)

Ma petite traduction (sous réserve de l'avis d'un bretonnant)  : 

Les voix des cloches du grand Saint-Corentin, Ding, Ding, Dong,

Quand les marteaux frappent sur l'airain éclatant, Ding, Ding, Dong,

frappent,frappent aussi profondément notre cœur, Ding, Ding, Dong,

Et alors résonne en nous la voix du Pays, Ding, Ding, Dong.

Mouezh = la voix ; kleier =cloche ; meur = grand ; pa = quand ; sko et ske (cf. sklentin) = frapper ; aremm = airain, métal ; sklentin = éclatant, perçant ; ivez = aussi ; donder = profond ; c'halon = cœur  ; Hag= et ; ar vro = le pays ; ar son = le son.

 

 

Source :

— Yaouankiz a gan 15 kanaouenn eiltoniet gant Polig Monjarret. (15 chants bretons harmonisés par Paul Monjarret) [A 1, 2, 3 et 4 v.]  Kemper : Ti-moulerezh Bro-C'hall-Breizh, Collection Kendalc'h  1951 

https://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb39724988x

— les paroles :  http://per.kentel.pagesperso-orange.fr/kleier_kemper1.htm

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2°) Les cloches de la cathédrale de Quimper.

Dans le passé :

  • En 1701, Thomas Le Soueff et Le Moyne ont fondu une cloche nommée Corentin : elle pesait 3901 livres.
  • En 1735; le lorrain Joly réalisa Renée Mauricette, un deuxième bourdon de 4200 livres.
  • En 1745, François Joly fit un nouveau bourdon, la Renée-Marguerite.
  • En 1823, Raynal, de Lorient, fondit Marie, un second bourdon conservé jusqu'en 1877.

 

La cathédrale Saint-Corentin de Quimper possède aujourd'hui deux jeux de cloches : le carillon de six cloches réparties dans les deux tours, et trois petites cloches utilisées pour sonner l'heure à l'extérieur derrière la statue de Gradlon entre les deux tours. 

L'électrification date de 1933, et elles sont actionnées de manière électronique depuis 1958

 

Les deux bourdons la tour sud : SI bémol et DO:

 

 

Les bourdons, sorte d'énormes cloches, sonnent les heures, par un simple tintement, et servent lors des célébrations des grandes fêtes religieuses : Pâques, l'Ascension, la Pentecôte, l'Assomption et la Noël.

 

Le premier bourdon donne le si bémol grave. Fondu une première fois en 1669, rompu par accident, il fut refondu en 1823. Même cause, même remède en 1837 par Briens Frères de Morlaix. . Poids 3000 kg. Diamètre 1,66 m.

Le deuxième bourdon, donne le do naturel grave. Béni en 1880 il répond au petit nom de Marie. Fondu au Mans par Bollée et Fils (Amédée et Ernest), il pèse 2,2 tonnes. Diamètre 1,55 m.Son parrain est Joseph de La Lande de Calan. Sa marraine est Ernestine de la Pallière.  Il sonne les heures.

Mis en branle ensemble, les deux bourdons développeraient 12 tonnes de poussée (un bourdon de trois tonnes triple son poids en poussée ).

Entendre les cinq premières cloches lors de la messe de 18h30 le soir de la Pentecôte :https://www.youtube.com/watch?v=MYZbeIAnPcQ

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Les quatre cloches de chant de la tour nord : MI bémol, FA, SOL, SI bémol.



Dans la tour nord, les cloches de chant ou de carillon, bénies en 1923, sont plus petites. 

Ces quatre cloches de chant sortent des ateliers de Cornille Havard, fondeur à Villedieu dans la Manche.

Marie-Joseph (mi bémol). Poids : 1.098 kg. Diamètre 1,25m .Parrain : M. du Feigna et Keranforêt. Marraine : Mme de Jacquelot du Bois Rouvray. 

Eugénie (fa naturel). 805 kg. Diamètre 1,11 m.Parrain Corentin Marzin. Marraine : Mlle Dumarnay. 

Marguerite-Marie (sol naturel). 564 kg. Diamètre :0,99 m. Parrain : Gustave Mauduit. Marraine Marie du Vergier de Kerhorlay.

Pia (si bémol aigu). Elle est à l'octave du premier bourdon. Poids 305 kg. Diamètre :0,81 m. Parrain : Arsène Le Gal de Kerangal (imprimeur de l'évêché). Marraine : Mme Manière, née Maria-Pia Le Pontois.

 

Les trois premières sont sonnées à la volée le dimanche à 10h45 lors du petit carillon (Mi bémol, Fa, Sol), la dernière se joint à elles lors du grand carillon des mariages et baptêmes (Mi bémol, Fa, Sol, Si bémol).

L'angélus de midi et de 19h est donné par Marguerite-Marie puis Pia (l'angélus se sonne  par trois fois trois coups avant le tintement horaire, suivis d'une « pleine volée » (Sol puis Si bémol aigu).

Entendre l'angélus de midi : https://www.youtube.com/watch?v=s236Vc4Adfw

Le glas est sonné en tintements lents par Marie, le bourdon n°2 et par Eugénie en Do naturel et Fa naturel.

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Les trois cloches de la plateforme derrière le roi Gradlon : MI bémol, LA bémol et SOL.

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—La cloche de l'ancienne chapelle du Guéodet, classée Monuments historiques en 1922 et datant de 1312, se prénomme Marie. Elle fut bénie par Mgr Morel. donne un Mi bémol ; son diamètre est de 0,97 m. Elle frappait l'heure jadis à l'horloge municipale.

 

— La cloche placée au sud, fondue par « Viel aîné fondeur à Quimper le 20 décembre 1830 », elle donne le La bémol.

— La cloche placée au nord ne porte aucune inscription ,mais sonne le Sol et mesure 0,48 m de diamètre.

Elles serviraient exclusivement au marquage des heures .

Présentation sur You Tube : https://www.youtube.com/watch?v=DnccKA-F1zk

 

SOURCES :

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— LE MEN 1877, Monographie :

http://www.infobretagne.com/quimper-fondeurs.htm

— CELTON (Yann), 2013, Les cloches, in Quimper, coll. La grâce d'une cathédrale, ed. La Nuée bleue

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3°) Conclusion : la mélodie de Kleier Kemper ne reprend pas un carillon de la cathédrale de Quimper, dont aucune cloche ne donne le RÉ !

 

CQFD

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Published by jean-yves cordier
29 novembre 2018 4 29 /11 /novembre /2018 11:30

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PRÉSENTATION.

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Les chapelles nord de la nef ont été ouvertes , selon le "Mémorial" de l'abbé Pelet, sous la direction du maître d'œuvre Jehan Gillot, à partir de 1493, formant ainsi une sorte de second bas-coté. Cette baie 13, qui est restée, comme sa voisine la baie 11, en place, doit donc être datée vers 1495.

Son auteur (rouennais ?) est resté anonyme, mais le carton à grandeur de la Vierge se retrouve utilisé dans la baie 6 de l'église de  Saint-Pierre-d'Autils, près de Vernon.

Cette baie de 4,20 m de haut et 2,35 m de large se compose de 3 lancettes trilobées et d'un tympan à 6 mouchettes et un soufflet supérieur. Trois personnages y figurent, la Vierge à l'Enfant au centre, entourée de deux apôtres, saint André à gauche et saint Barthélémy à droite.

"Les regards des saints convergent vers la Vierge, placée dans la niche la plus somptueuse sous le cortège des anges musiciens du tympan" (M. Hérold)

Ces trois personnages sont placés dans des niches d'architecture gothique, dont le soubassement est remarquable car il repose sur un gazon à petites fleurs.

Pour continuer à décrire ces niches, disons que leur sommité  se détache sur un fond alternativement rouge, bleu et rouge, qu'elle reçoivent une tenture damassée tombant sur un sol carrelé de motifs géométriques, et que les piédroits sont creusés de niches à pinacles à crochets, vides ou occupées.

Enfin, la photographie est compliquée par la présence d'un obstacle central ; et le photographe, dans son embarras,  a oublié de prendre le tympan, ses quatre musiciens et séraphins.

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Verrière de la Vierge entre deux apôtres, (vers 1495), baie13, église de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Verrière de la Vierge entre deux apôtres, (vers 1495), baie13, église de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Verrière de la Vierge entre deux apôtres, (vers 1495), baie13, église de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Verrière de la Vierge entre deux apôtres, (vers 1495), baie13, église de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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Lancette droite : saint André.

L'apôtre est vite identifié par sa croix en X. Il est en grande partie restitué par Maurice Muraire en 1903, pour la tête et le panneau inférieur. Les écritures coufiques de la bordure de la robe bleue sont sans doute d'origine.

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Verrière de la Vierge entre deux apôtres, (vers 1495), baie13, église de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Verrière de la Vierge entre deux apôtres, (vers 1495), baie13, église de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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Lancette centrale : la Vierge et son Fils tenant un œillet et un fruit.

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Cette lancette fait mon bonheur, tant j'aime partir à la recherche des petits détails. C'est d'abord le charmant œillet blanc tenu par l'Enfant comme s'il offrait la fleur à sa mère, c'est ensuite la pomme (ou quelque fruit qui pommelle) ; je ne m'attarde pas aux jambes un peu malingres tenues par une main maladroitement peinte, pour observer le verre rouge gravé du nimbe du Jésus. 

Mais l'amateur de verres gravés va s'émerveiller devant la robe damassée dont les grenades sont peintes au jaune d'argent sur les espaces gravés.

De part et d'autre du nimbe de Marie couronnée, la bordure de la tenture porte des lettres A entourées de croix.

Le visage incliné, pensif et doux, est admirable également dans son encadrement de cheveux blonds.

Verrière de la Vierge entre deux apôtres, (vers 1495), baie13, église de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Verrière de la Vierge entre deux apôtres, (vers 1495), baie13, église de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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Verrière de la Vierge entre deux apôtres, (vers 1495), baie13, église de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Verrière de la Vierge entre deux apôtres, (vers 1495), baie13, église de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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Verrière de la Vierge entre deux apôtres, (vers 1495), baie13, église de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Verrière de la Vierge entre deux apôtres, (vers 1495), baie13, église de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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Verrière de la Vierge entre deux apôtres, (vers 1495), baie13, église de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Verrière de la Vierge entre deux apôtres, (vers 1495), baie13, église de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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Les quatre personnages des niches des piédroits n'ont pas été identifiés par les auteurs de Vitraux de Haute-Normandie : libre à nous d'y voir deux soldats, dont un archer, et deux prophètes. À notre guise.

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Verrière de la Vierge entre deux apôtres, (vers 1495), baie13, église de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Verrière de la Vierge entre deux apôtres, (vers 1495), baie13, église de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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Verrière de la Vierge entre deux apôtres, (vers 1495), baie13, église de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Verrière de la Vierge entre deux apôtres, (vers 1495), baie13, église de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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Verrière de la Vierge entre deux apôtres, (vers 1495), baie13, église de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Verrière de la Vierge entre deux apôtres, (vers 1495), baie13, église de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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Verrière de la Vierge entre deux apôtres, (vers 1495), baie13, église de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Verrière de la Vierge entre deux apôtres, (vers 1495), baie13, église de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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Pour être complet, signalons le cartouche mentionnant la restauration de 1903 :

RESTAURATION OFFERTE PAR M. G. HUVEY

RECONNAISSANCE A MARIE.

G. Huvey, entrepreneur à Louviers, a été chargé de la restauration de l'église de Louviers, et aussi de celle de Saint-Etienne du Vauvray en 1855.

C'est l'occasion d'observer les petites fleurs du gazon.

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Verrière de la Vierge entre deux apôtres, (vers 1495), baie13, église de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Verrière de la Vierge entre deux apôtres, (vers 1495), baie13, église de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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Lancette de droite : saint Barthélémy.

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Je ne décrirai ici, pour le seul plaisir de placer ici un vocabulaire tout récemment découvert, que la mitre de tête et la mitre de pied frappée d'un rivet, tout deux peints au jaune d'argent, du coutelas du saint. 

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Verrière de la Vierge entre deux apôtres, (vers 1495), baie13, église de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Verrière de la Vierge entre deux apôtres, (vers 1495), baie13, église de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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SOURCES ET LIENS.

 

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— CALLIAS BEY (Martine), CHAUSSÉ (Véronique), GATOUILLAT (Françoise), HÉROLD (Michel), 2001,"Les vitraux de Haute-Normandie", Corpus vitrearum Recensement VI, CNRS éditions, page 171

— FOSSEY (abbé Jules), 1896, L'église Notre-Dame à Louviers, La Normandie monumentale.

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k62406567/f7.image.texteImage

— HÉROLD (Michel),1995,  Louviers, église Notre-Dame, les verrières, Rouen, 16p

— LAFOND Jean, 1963, Les vitraux de Notre-Dame de Louviers, par Jean Lafond . Louviers et Pont-de-l'Arche. Nouvelles de l'Eure, n° 15, Pâques 1963. (pp. 42-47). Non consulté.

— LE MERCIER (E.)  Monographie de l'église Notre-Dame de Louviers Ch. Hérissey et fils, 1906 - 212 pages 

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Published by jean-yves cordier - dans Vitraux

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  • : Le blog de jean-yves cordier
  • : 1) Une étude détaillée des monuments et œuvres artistiques et culturels, en Bretagne particulièrement, par le biais de mes photographies. Je privilégie les vitraux et la statuaire. 2) Une étude des noms de papillons et libellules (Zoonymie) observés en Bretagne.
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  • "Il faudrait voir sur chaque objet que tout détail est aventure" ( Guillevic, Terrraqué).  "Les vraies richesses, plus elles sont  grandes, plus on a de joie à les donner." (Giono ) "Délaisse les grandes routes, prends les sentiers !" (Pythagore)
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