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13 septembre 2018 4 13 /09 /septembre /2018 09:43

Les vitraux de la chapelle Notre-Dame de la Grande île de l'archipel de Chausey (Manche) par Yves Saint-Front et frère Hugues Rettel de l' atelier monastique de Saint-Benoit-sur-Loire, 1967.

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Voir :

la liste des 160 descriptions de vitraux sur ce blog.

et particulièrement :

Les vitraux de l'église de Hoedic (dalle de verre, Denis Hubert, abbaye d'En Calcat 1993).

Quelques images d'un séjour à la Grande Île de Chausey.

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La chapelle Notre-Dame est bâtie sur un point éminent de la Grande île de l'archipel de Chausey, entre la cale de débarquement des vedettes venant de Granville et le port des Blainvillais, au sud du Sound qu'elle surplombe. 

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Chapelle Notre-Dame, Grande-Île, Chausey. Photographie lavieb-aile septembre 2018.

Chapelle Notre-Dame, Grande-Île, Chausey. Photographie lavieb-aile septembre 2018.

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Chapelle Notre-Dame, Grande-Île, Chausey. Photographie lavieb-aile septembre 2018.

Chapelle Notre-Dame, Grande-Île, Chausey. Photographie lavieb-aile septembre 2018.

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Chapelle Notre-Dame, Grande-Île, Chausey. Photographie lavieb-aile septembre 2018.

Chapelle Notre-Dame, Grande-Île, Chausey. Photographie lavieb-aile septembre 2018.

Chapelle Notre-Dame, Grande-Île, Chausey. Photographie lavieb-aile septembre 2018.

Chapelle Notre-Dame, Grande-Île, Chausey. Photographie lavieb-aile septembre 2018.

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Le bâtiment, datant de 1848, est de plan très simple, un seul vaisseau de forme rectangulaire s'achevant à l'est par un chevet à trois pans.

À l'intérieur, sous la voûte lambrissée, se disposent, outre l'autel du chœur,  deux autels adossés aux murs nord et sud, et ceux-ci, lieux très animés des dévotions et des ex-voto, divisent l'espace de la nef en deux parties. Le chœur, plus froid et plus sombre, reste à l'écart.

C'est donc tout naturellement que les six baies sont disposés dans la nef de part et d'autre de ces autels, et dans le chœur sur les pans coupés latéraux, le pan médian restant borgne.

Par facilité, je leur attribuerai dans ma description une numérotation débutant par le premier vitrail visible pour le visiteur à gauche, et suivant ensuite une progression dans le sens des aiguilles d'une montre. Le numéro 7 sera donné à l'oculus occidental, au dessus de la porte d'entrée.

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Chapelle Notre-Dame, Grande-Île, Chausey. Photographie lavieb-aile septembre 2018.

Chapelle Notre-Dame, Grande-Île, Chausey. Photographie lavieb-aile septembre 2018.

Les vitraux de la chapelle de la Grande île de l'archipel de Chausey (Manche) par Yves Saint-Front, 1967.
Chapelle Notre-Dame, Grande-Île, Chausey. Photographie lavieb-aile septembre 2018.

Chapelle Notre-Dame, Grande-Île, Chausey. Photographie lavieb-aile septembre 2018.

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DESCRIPTION DES SEPT VITRAUX.

Six baies formées d'une seule lancette ogivale de 2,7 m2, et un oculus.

LA COHÉRENCE THÉMATIQUE.

Le peintre-verrier Yves Saint-Front marie ici une profonde et ancienne connaissance de l'archipel de Chausey, qu'il avait fréquenté depuis l'enfance, du milieu marin (son père est le peintre de marine et navigateur Marin-Marie) et de la pêche, avec une foi religieuse déterminée par la rencontre avec un missionnaire de Tahiti et par une retraite à l'abbaye de Saint-Benoît-sur-Loire. C'est très logiquement que pour cette archipel de pêcheurs de bouquets et de homards, il sélectionne les textes évangéliques qui font mention du métier de pêcheurs sur le lac de Tibériade de quatre apôtres, du baptême du Christ dans les eaux du Jourdain (rapproché de la tradition du baptême de leurs navires par les marins),  de la multiplication des poissons par le Christ pour nourrir la foule attirée par ses prédications, de la pêche miraculeuse, ou de Pierre marchant sur les eaux. Le lac de Tibériade (ou Mer de Galilée, 160 km2) et le Jourdain qui le traverse donne donc une solide unité à cinq des six vitraux principaux, le sixième étant consacré à la Vierge qui est la patronne de la chapelle. "

"Le lac a une grande importance pour les chrétiens. C'est sur ses rives dont les collines boisées et les petites plaines fertiles abritaient de nombreux villages de pêcheurs et d'agriculteurs que de nombreux épisodes de la vie de Jésus, rapportés dans les Évangiles, ont eu lieu (La tempête apaisée (Lc 8, 12,25), la pêche miraculeuse (Lc 5, 4-6), la dernière apparition aux disciples alors qu'il était ressuscité (Jn 21, 1s))." (Wikipédia)

C'est André, frère de Simon (saint Pierre) qui fut le premier à décider de suivre Jésus, juste après le baptême par Jean-Baptiste à Bethanie (Bathanée, au nord-est du lac ?), et, aussitôt, il alla trouver son frère pour le convaincre qu'il avait trouvé le Messie. Ils étaient tout deux nés à Bethsaïde, sur les bords du lac, où ils avaient leur barque. Mais c'est Simon ("qui écoute") qui prit l'ascendant sur son frangin, et reçut du Christ son nouveau nom de Pierre, avant de recevoir, dans la tradition, les clefs de l'Église.

Mais nous retrouvons André lors de l’épisode de la multiplication, puisque c'est lui qui amena le jeune garçon portant les cinq pains et les deux poissons.

 

 

"Jean leur répondit: Moi, je baptise d'eau, mais au milieu de vous il y a quelqu'un que vous ne connaissez pas, qui vient après moi;  je ne suis pas digne de délier la courroie de ses souliers. Ces choses se passèrent à Béthanie, au delà du Jourdain, où Jean baptisait. Le lendemain, il vit Jésus venant à lui, et il dit: Voici l'Agneau de Dieu, qui ôte le péché du monde. C'est celui dont j'ai dit: Après moi vient un homme qui m'a précédé, car il était avant moi. Je ne le connaissais pas, mais c'est afin qu'il fût manifesté à Israël que je suis venu baptiser d'eau. Jean rendit ce témoignage: J'ai vu l'Esprit descendre du ciel comme une colombe et s'arrêter sur lui.  Je ne le connaissais pas, mais celui qui m'a envoyé baptiser d'eau, celui-là m'a dit: Celui sur qui tu verras l'Esprit descendre et s'arrêter, c'est celui qui baptise du Saint Esprit. Et j'ai vu, et j'ai rendu témoignage qu'il est le Fils de Dieu. Le lendemain, Jean était encore là, avec deux de ses disciples; et, ayant regardé Jésus qui passait, il dit: Voilà l'Agneau de Dieu.

 Les deux disciples l'entendirent prononcer ces paroles, et ils suivirent Jésus. Jésus se retourna, et voyant qu'ils le suivaient, il leur dit: Que cherchez-vous? Ils lui répondirent: Rabbi (ce qui signifie Maître), où demeures-tu? Venez, leur dit-il, et voyez. Ils allèrent, et ils virent où il demeurait; et ils restèrent auprès de lui ce jour-là. C'était environ la dixième heure.

André, frère de Simon Pierre, était l'un des deux qui avaient entendu les paroles de Jean, et qui avaient suivi Jésus. Ce fut lui qui rencontra le premier son frère Simon, et il lui dit: Nous avons trouvé le Messie (ce qui signifie Christ). Et il le conduisit vers Jésus.

Jésus, l'ayant regardé, dit: Tu es Simon, fils de Jonas; tu seras appelé Céphas (ce qui signifie Pierre)." Jean 1:27-42

 

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Les vitraux sont répartis chacun en deux registres thématiques. Nous allons découvrir :

Baie n°1 : les quatre apôtres pêcheurs de Tibériade : André et Pierre, Jean et Jacques.

Baie n°2 : la Multiplication des poissons. Prédication à Tibériade.

Baie n°3 : Vierge à l'Enfant. Retour de pêche à Chausey.

Baie n°4 : Baptême du Christ ; baptême d'un navire à Chausey.

Baie n°5 : Pierre tentant de marcher sur le lac ; la Pêche miraculeuse.

Baie n°6 : Le Christ en gloire parmi 24 rois. Prédication dans une barque. 

Oculus : symbole eucharistique et trois oiseaux marins.

 

Note :  ces interprétations des vitraux sont personnelles : je n'ai pas eu accès à d'éventuelles archives du peintre ou à d'autres documents.

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Vue de l'élévation nord et des baies 1 et 2. Chapelle de la Grande Île, Chausey. Photographie lavieb-aile septembre 1018.

Vue de l'élévation nord et des baies 1 et 2. Chapelle de la Grande Île, Chausey. Photographie lavieb-aile septembre 1018.

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Vitrail n°1. Les quatre apôtres pêcheurs sur le lac de Tibériade : Pierre et André, Jean et Jacques.

(Mur nord. Numérotation baie 5 selon le Corpus Vitrearum).

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https://www.biblegateway.com/passage/?search=Luc%205&version=LSG;VULGATE

Comme Jésus se trouvait auprès du lac de Génésareth, et que la foule se pressait autour de lui pour entendre la parole de Dieu, il vit au bord du lac deux barques, d'où les pêcheurs étaient descendus pour laver leurs filets. Il monta dans l'une de ces barques, qui était à Simon, et il le pria de s'éloigner un peu de terre. Puis il s'assit, et de la barque il enseignait la foule. Lorsqu'il eut cessé de parler, il dit à Simon : Avance en pleine eau, et jetez vos filets pour pêcher." [  ici, dans Luc,  le texte se poursuit par le récit de la miracle de la Pêche miraculeuse]

" Il en était de même de Jacques et de Jean, fils de Zébédée, les associés de Simon. Alors Jésus dit à Simon: Ne crains point; désormais tu seras pêcheur d'hommes. Et, ayant ramené les barques à terre, ils laissèrent tout, et le suivirent." Luc 5:1-11

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Vitrail des quatre apôtres pêcheurs, Yves Saint-Front 1967, dalle de verre sur ciment. Chapelle de la Grande Île, Chausey. Photographie lavieb-aile septembre 1018.

Vitrail des quatre apôtres pêcheurs, Yves Saint-Front 1967, dalle de verre sur ciment. Chapelle de la Grande Île, Chausey. Photographie lavieb-aile septembre 1018.

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Vitrail des quatre apôtres pêcheurs, Yves Saint-Front 1967, dalle de verre sur ciment. Chapelle de la Grande Île, Chausey. Photographie lavieb-aile septembre 1018.

Vitrail des quatre apôtres pêcheurs, Yves Saint-Front 1967, dalle de verre sur ciment. Chapelle de la Grande Île, Chausey. Photographie lavieb-aile septembre 1018.

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1a. Registre supérieur : les apôtres Pierre et André.

Saint Pierre se reconnaît à sa clef et à son geste de bénédiction (il fut le premier évêque de Rome), saint André à la croix en X, rouge sur sa robe verte. Ils sont représentés montés dans leur barque de pêche, dont l'étrave haute, mais surtout le tableau arrière en cœur,  légèrement incliné, et le gouvernail, sont ceux des canots de Chausey plutôt que des embarcations de la mer de Galilée.

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Vitrail des quatre apôtres pêcheurs, Yves Saint-Front 1967, dalle de verre sur ciment. Chapelle de la Grande Île, Chausey. Photographie lavieb-aile septembre 1018.

Vitrail des quatre apôtres pêcheurs, Yves Saint-Front 1967, dalle de verre sur ciment. Chapelle de la Grande Île, Chausey. Photographie lavieb-aile septembre 1018.

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1b. Registre inférieur. Les apôtres Jean et Jacques.

 

Jean, à gauche, s'identifie par son absence de barbe et par le livre qu'il porte : il est l'auteur d'un des quatre Évangiles et de l'Apocalypse.

Jacques porte le baudrier à coquilles de Saint-Jacques des pèlerins de Compostelle. L'objet qu'il tient en main droite reste à identifier et ne ressemble pas à un bourdon. Les coquilles Saint-Jacques sont familières aux pêcheurs de la Baie du Mont Saint-Michel : ce sont, avec les canots chausiais, un autre moyen d'ancrage de la scène dans l'environnement marin granvillais.

Ils sont montés dans une barque semblable à celle du registre supérieur. Les membrures du bordé sont fidèles à leur modèle.

Marc précise qu'ils réparaient leurs filets, détail éloquent pour les marins :

"Comme il passait le long de la mer de Galilée, il vit Simon et André, frère de Simon, qui jetaient un filet dans la mer; car ils étaient pêcheurs. Jésus leur dit: Suivez-moi, et je vous ferai pêcheurs d'hommes. Aussitôt, ils laissèrent leurs filets, et le suivirent. Étant allé un peu plus loin, il vit Jacques, fils de Zébédée, et Jean, son frère, qui, eux aussi, étaient dans une barque et réparaient les filets.  Aussitôt, il les appela; et, laissant leur père Zébédée dans la barque avec les ouvriers, ils le suivirent. " Mc 1:16-20

Le jeu de mot pêcheurs / pêcheurs d'hommes est  basé sur le mot latin piscatores de la Vulgate suivi de piscatores hominum, traduction du  grec original,  halieus, dérivé de hals, "sel". Ces "hommes du sel" vont être chargés d'assaisonner la vie spirituelle de leurs semblables.

Dans Mc 3:17, Jésus  donne aux deux fils de Zébédée le nom  de Boanergès, "fils du tonnerre" .

Ils sont présents, avec Pierre, lors de la Transfiguration. Mc 9:1-9.

Et ils sont encore là, avec Pierre, au jardin de Gethsémani lors de l'agonie du Christ. Matthieu 24:37.

La place donnée dans les Évangiles à ces apôtres marins-pêcheurs est troublante. Ces vitraux en soulignent l'importance.

Pierre et André, Jean et Jacques forment deux couples de frères. Les barques sont possédées par une communauté familiale. 

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Vitrail des quatre apôtres pêcheurs, Yves Saint-Front 1967, dalle de verre sur ciment. Chapelle de la Grande Île, Chausey. Photographie lavieb-aile septembre 1018.

Vitrail des quatre apôtres pêcheurs, Yves Saint-Front 1967, dalle de verre sur ciment. Chapelle de la Grande Île, Chausey. Photographie lavieb-aile septembre 1018.

Vitrail des quatre apôtres pêcheurs, Yves Saint-Front 1967, dalle de verre sur ciment. Chapelle de la Grande Île, Chausey. Photographie lavieb-aile septembre 1018.

Vitrail des quatre apôtres pêcheurs, Yves Saint-Front 1967, dalle de verre sur ciment. Chapelle de la Grande Île, Chausey. Photographie lavieb-aile septembre 1018.

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Vitrail des quatre apôtres pêcheurs, Yves Saint-Front 1967, dalle de verre sur ciment. Chapelle de la Grande Île, Chausey. Photographie lavieb-aile septembre 1018.

Vitrail des quatre apôtres pêcheurs, Yves Saint-Front 1967, dalle de verre sur ciment. Chapelle de la Grande Île, Chausey. Photographie lavieb-aile septembre 1018.

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Vitrail n°2 : le miracle de la Multiplication des poissons. Prédication du Christ sur le lac de Tibériade.

(Mur nord. Numérotation baie 3 selon le Corpus Vitrearum).

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Vitrail de la Multiplication des poissons, Yves Saint-Front 1967, dalle de verre sur ciment. Chapelle de la Grande Île, Chausey. Photographie lavieb-aile septembre 1018.

Vitrail de la Multiplication des poissons, Yves Saint-Front 1967, dalle de verre sur ciment. Chapelle de la Grande Île, Chausey. Photographie lavieb-aile septembre 1018.

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Vitrail de la Multiplication des poissons, Yves Saint-Front 1967, dalle de verre sur ciment. Chapelle de la Grande Île, Chausey. Photographie lavieb-aile septembre 1018.

Vitrail de la Multiplication des poissons, Yves Saint-Front 1967, dalle de verre sur ciment. Chapelle de la Grande Île, Chausey. Photographie lavieb-aile septembre 1018.

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2a. Registre supérieur. La Multiplication [des pains et] des poissons.

Multiplication des pains et des poissons.

Dans ce récit qui est souvent désigné par le titre La Multiplication des pains, le peintre insiste davantage sur les poissons, mais les dos ronds des pains bruns sont néanmoins visibles au fond des paniers.

Évangile de Jésus-Christ selon saint Luc chapitre 9, versets 12 à 17 :

« Comme le jour commençait à baisser, les douze s'approchèrent, et lui dirent : Renvoie la foule, afin qu'elle aille dans les villages et dans les campagnes des environs, pour se loger et pour trouver des vivres; car nous sommes ici dans un lieu désert. Jésus leur dit : Donnez-leur vous-mêmes à manger. Mais ils répondirent : Nous n'avons que cinq pains et deux poissons, à moins que nous n'allions nous-mêmes acheter des vivres pour tout ce peuple. Or, il y avait environ cinq mille hommes. Jésus dit à ses disciples : Faites-les asseoir par rangées de cinquante. Ils firent ainsi, ils les firent tous asseoir. Jésus prit les cinq pains et les deux poissons, et, levant les yeux vers le ciel, il les bénit. Puis, il les rompit, et les donna aux disciples, afin qu'ils les distribuassent à la foule. Tous mangèrent et furent rassasiés, et l'on emporta douze paniers pleins des morceaux qui restaient. »

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Vitrail de la Multiplication des poissons, Yves Saint-Front 1967, dalle de verre sur ciment. Chapelle de la Grande Île, Chausey. Photographie lavieb-aile septembre 1018.

Vitrail de la Multiplication des poissons, Yves Saint-Front 1967, dalle de verre sur ciment. Chapelle de la Grande Île, Chausey. Photographie lavieb-aile septembre 1018.

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2b. Registre inférieur : prédication du Christ à Tibériade.

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Le Christ est debout dans une barque, tandis qu'un apôtre, assis, le regarde. La barque est au milieu du lac, et, sur la rive, un public mêlé (homme, femme, enfant, vieillard) l'écoute.

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Vitrail de la Multiplication des poissons, Yves Saint-Front 1967, dalle de verre sur ciment. Chapelle de la Grande Île, Chausey. Photographie lavieb-aile septembre 1018.

Vitrail de la Multiplication des poissons, Yves Saint-Front 1967, dalle de verre sur ciment. Chapelle de la Grande Île, Chausey. Photographie lavieb-aile septembre 1018.

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Vitrail n°3. La Vierge à l'Enfant. Retour de pêche à Chausey.

(Pan nord du chevet. Numérotation baie 1 selon le Corpus Vitrearum).

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Vitrail de la Vierge, Yves Saint-Front 1967, dalle de verre sur ciment. Chapelle de la Grande Île, Chausey. Photographie lavieb-aile septembre 1018.

Vitrail de la Vierge, Yves Saint-Front 1967, dalle de verre sur ciment. Chapelle de la Grande Île, Chausey. Photographie lavieb-aile septembre 1018.

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3a. Registre supérieur. La Vierge à l'Enfant.

La Vierge est assise sur un trône, elle est nimbée, couronnée et voilée, porte son Fils sur le genou droit et tient un objet (globus cruciger ? On voit une croix rouge) dans la main gauche.

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Vitrail de la Vierge, Yves Saint-Front 1967, dalle de verre sur ciment. Chapelle de la Grande Île, Chausey. Photographie lavieb-aile septembre 1018.

Vitrail de la Vierge, Yves Saint-Front 1967, dalle de verre sur ciment. Chapelle de la Grande Île, Chausey. Photographie lavieb-aile septembre 1018.

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3b. Registre inférieur. Scène de Chausey : retour de deux pêcheurs attendus par une femme et son enfant. Aux Blainvillais ?

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Vitrail de la Vierge, Yves Saint-Front 1967, dalle de verre sur ciment. Chapelle de la Grande Île, Chausey. Photographie lavieb-aile septembre 1018.

Vitrail de la Vierge, Yves Saint-Front 1967, dalle de verre sur ciment. Chapelle de la Grande Île, Chausey. Photographie lavieb-aile septembre 1018.

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Vitrail n°4. Baptême du Christ. Baptême d'un bateau.

Pan sud du chevet. Baie 2 selon le Corpus Vitrearum.

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Vitrail du Baptême du Christ, Yves Saint-Front 1967, dalle de verre sur ciment. Chapelle de la Grande Île, Chausey. Photographie lavieb-aile septembre 1018.

Vitrail du Baptême du Christ, Yves Saint-Front 1967, dalle de verre sur ciment. Chapelle de la Grande Île, Chausey. Photographie lavieb-aile septembre 1018.

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4a registre supérieur. Baptême de Jésus dans le Jourdain par Jean-Baptiste.

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En haut, une main et une colombe signale la puissance divine. Jean-Baptise est à gauche, Jésus, vêtu d'un pagne,  est enveloppé par l'ondoiement des eaux lustrales. Un apôtre assiste à la scène. En bas, un enfant de chœur semble s'être échappé du registre inférieur.

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Vitrail du Baptême du Christ, Yves Saint-Front 1967, dalle de verre sur ciment. Chapelle de la Grande Île, Chausey. Photographie lavieb-aile septembre 1018.

Vitrail du Baptême du Christ, Yves Saint-Front 1967, dalle de verre sur ciment. Chapelle de la Grande Île, Chausey. Photographie lavieb-aile septembre 1018.

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Vitrail du Baptême du Christ, Yves Saint-Front 1967, dalle de verre sur ciment. Chapelle de la Grande Île, Chausey. Photographie lavieb-aile septembre 1018.

Vitrail du Baptême du Christ, Yves Saint-Front 1967, dalle de verre sur ciment. Chapelle de la Grande Île, Chausey. Photographie lavieb-aile septembre 1018.

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4b. Registre inférieur. Baptême d'un bateau de pêche.

Quatre personnages : la marraine , un enfant de chœur, le recteur traçant la bénédiction, et le marin-pêcheur.

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Vitrail du Baptême du Christ, Yves Saint-Front 1967, dalle de verre sur ciment. Chapelle de la Grande Île, Chausey. Photographie lavieb-aile septembre 1018.

Vitrail du Baptême du Christ, Yves Saint-Front 1967, dalle de verre sur ciment. Chapelle de la Grande Île, Chausey. Photographie lavieb-aile septembre 1018.

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Vitrail n°5. Saint Pierre marchant sur les eaux. La Pêche miraculeuse.

Mur sud. Baie n°4 selon le Corpus Vitrearum.

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Vitrail de Pierre marchant sur les eaux, Yves Saint-Front 1967, dalle de verre sur ciment. Chapelle de la Grande Île, Chausey. Photographie lavieb-aile septembre 1018.

Vitrail de Pierre marchant sur les eaux, Yves Saint-Front 1967, dalle de verre sur ciment. Chapelle de la Grande Île, Chausey. Photographie lavieb-aile septembre 1018.

Vitrail de Pierre marchant sur les eaux, Yves Saint-Front 1967, dalle de verre sur ciment. Chapelle de la Grande Île, Chausey. Photographie lavieb-aile septembre 1018.

Vitrail de Pierre marchant sur les eaux, Yves Saint-Front 1967, dalle de verre sur ciment. Chapelle de la Grande Île, Chausey. Photographie lavieb-aile septembre 1018.

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5a. Registre supérieur. Saint Pierre marchant sur les eaux.

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La Marche sur les eaux

" Les disciples de Jean vinrent prendre son corps, et l'ensevelirent. Et ils allèrent l'annoncer à Jésus.

 A cette nouvelle [la mort de Jean-Baptiste], Jésus partit de là dans une barque, pour se retirer à l'écart dans un lieu désert; et la foule, l'ayant su, sortit des villes et le suivit à pied. [Multiplication des pains et des poissons]

 Aussitôt après, il obligea les disciples à monter dans la barque et à passer avant lui de l'autre côté, pendant qu'il renverrait la foule. Quand il l'eut renvoyée, il monta sur la montagne, pour prier à l'écart; et, comme le soir était venu, il était là seul. La barque, déjà au milieu de la mer, était battue par les flots; car le vent était contraire. A la quatrième veille de la nuit, Jésus alla vers eux, marchant sur la mer. Quand les disciples le virent marcher sur la mer, ils furent troublés, et dirent: C'est un fantôme! Et, dans leur frayeur, ils poussèrent des cris. Jésus leur dit aussitôt: Rassurez-vous, c'est moi; n'ayez pas peur!

Pierre lui répondit: Seigneur, si c'est toi, ordonne que j'aille vers toi sur les eaux. Et il dit: Viens! Pierre sortit de la barque, et marcha sur les eaux, pour aller vers Jésus. Mais, voyant que le vent était fort, il eut peur; et, comme il commençait à enfoncer, il s'écria: Seigneur, sauve-moi!  Aussitôt Jésus étendit la main, le saisit, et lui dit: Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté?  Et ils montèrent dans la barque, et le vent cessa."

 

 

 

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Yves de Saint-Front n'a pas représenté la tempête ou le vent contraire, mais seulement le fléchissement de la foi de saint Pierre, et surtout la main tendue du Christ.

Jésus, au nimbe vert crucifère, est debout (sur les flots ? ou sur le bord ?) et tend la main à saint Pierre qui est enfoncé dans la mer jusqu'à mi-corps. Les deux mains se touchent par le bout des doigts, dans une diagonale qui est aussi celle des regards : le geste et l'échange visuel ont la même force. C'est, dans sa disposition graphique, la même composition que la scène du Noli me tangere entre le Christ et Marie-Madeleine, avec la même intensité de relation interpersonnelle,  quoique la signification soit inversée.

Le regard estomaqué d'André, de Jean et de Jacques  est incroyablement rendu, si on considère la simplicité des traits de peinture.

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Vitrail de Pierre marchant sur les eaux, Yves Saint-Front 1967, dalle de verre sur ciment. Chapelle de la Grande Île, Chausey. Photographie lavieb-aile septembre 1018.

Vitrail de Pierre marchant sur les eaux, Yves Saint-Front 1967, dalle de verre sur ciment. Chapelle de la Grande Île, Chausey. Photographie lavieb-aile septembre 1018.

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5b. Registre inférieur. La Pêche miraculeuse et la crainte de Dieu.

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"Simon lui répondit: Maître, nous avons travaillé toute la nuit sans rien prendre; mais, sur ta parole, je jetterai le filet. L'ayant jeté, ils prirent une grande quantité de poissons, et leur filet se rompait. Ils firent signe à leurs compagnons qui étaient dans l'autre barque de venir les aider. Ils vinrent et ils remplirent les deux barques, au point qu'elles enfonçaient. 

Quand il vit cela, Simon Pierre tomba aux genoux de Jésus, et dit: Seigneur, retire-toi de moi, parce que je suis un homme pécheur. Car l'épouvante l'avait saisi, lui et tous ceux qui étaient avec lui, à cause de la pêche qu'ils avaient faite." (Luc 5)

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Jésus (nimbe crucifère vert) est debout sur les eaux, devant l'étrave de la barque. Pierre est également debout (dans le bateau ?) et brandit un grand poisson plat. Je ne sais comment, le peintre laisse passer son désarroi dans son regard.

Deux autres apôtres se penchent par dessus le liston et remontent les filets remplis de poissons. À droite, le tableau arrière et le safran du gouvernail.

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Vitrail de Pierre marchant sur les eaux, Yves Saint-Front 1967, dalle de verre sur ciment. Chapelle de la Grande Île, Chausey. Photographie lavieb-aile septembre 1018.

Vitrail de Pierre marchant sur les eaux, Yves Saint-Front 1967, dalle de verre sur ciment. Chapelle de la Grande Île, Chausey. Photographie lavieb-aile septembre 1018.

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Vitrail de Pierre marchant sur les eaux, Yves Saint-Front 1967, dalle de verre sur ciment. Chapelle de la Grande Île, Chausey. Photographie lavieb-aile septembre 1018.

Vitrail de Pierre marchant sur les eaux, Yves Saint-Front 1967, dalle de verre sur ciment. Chapelle de la Grande Île, Chausey. Photographie lavieb-aile septembre 1018.

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L'éclairage, au moment de ce cliché, souligne remarquablement le pouvoir de la dalle de verre de faire miroiter la lumière et de la briser en une multitude de teintes : les bulles, l'irrégularité de la coupe et de la surface, les lignes et marques du matériau jouent mélodieusement avec le soleil d'une façon dynamique que l'instantané photographique ne peut rendre.

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Vitrail de Pierre marchant sur les eaux, Yves Saint-Front 1967, dalle de verre sur ciment. Chapelle de la Grande Île, Chausey. Photographie lavieb-aile septembre 1018.

Vitrail de Pierre marchant sur les eaux, Yves Saint-Front 1967, dalle de verre sur ciment. Chapelle de la Grande Île, Chausey. Photographie lavieb-aile septembre 1018.

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Vitrail n° 6. Le Christ en gloire.

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Vitrail du Christ ressuscité, Yves Saint-Front 1967, dalle de verre sur ciment. Chapelle de la Grande Île, Chausey. Photographie lavieb-aile septembre 1018.

Vitrail du Christ ressuscité, Yves Saint-Front 1967, dalle de verre sur ciment. Chapelle de la Grande Île, Chausey. Photographie lavieb-aile septembre 1018.

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Vitrail du Christ ressuscité, Yves Saint-Front 1967, dalle de verre sur ciment. Chapelle de la Grande Île, Chausey. Photographie lavieb-aile septembre 1018.

Vitrail du Christ ressuscité, Yves Saint-Front 1967, dalle de verre sur ciment. Chapelle de la Grande Île, Chausey. Photographie lavieb-aile septembre 1018.

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6a. Registre supérieur. Christ ressuscité ou en gloire. Transfiguration ?? Ascension??.

Le Christ, dans un nimbe crucifère,  vêtu du manteau rouge glorieux de la Résurrection, est assis sur un trône, en majesté, tenant le Livre des Écritures et traçant une bénédiction.

Ses pieds sont posés sur un dôme émergeant d'ondes ou de nuées.

Il est entouré de deux fois douze rois couronnés et barbus : certainement les rois de Juda de sa généalogie selon Matthieu et Luc. Ces rois tendent la main vers lui et indiquent ainsi qu'ils l'annonçaient. David tient en guise de harpe une sorte de guitare, deux autres rois brandissent un calice.   

Ce registre évoque en même temps l'Arbre de Jessé, le Christ en gloire, les 24 Anciens d'Apocalypse 5:8 tenant chacun une harpe et une coupe d'encens, et le verset d'Apocalypse 5:5  : "Voici, il a remporté la victoire, le lion de la tribu de Juda, le rejeton de la racine de David [ de Jessé], pour ouvrir le livre et ses sept sceaux."

.Ces éléments me conduisent à abandonner l' hypothèse de L'Ascension et celle de la Transfiguration, mais sans exclure un habile jeu de renvois internes et polysémiques du peintre pour intégrer les références précédentes aux Apôtres.

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Vitrail du Christ ressuscité, Yves Saint-Front 1967, dalle de verre sur ciment. Chapelle de la Grande Île, Chausey. Photographie lavieb-aile septembre 1018.

Vitrail du Christ ressuscité, Yves Saint-Front 1967, dalle de verre sur ciment. Chapelle de la Grande Île, Chausey. Photographie lavieb-aile septembre 1018.

Vitrail du Christ ressuscité, Yves Saint-Front 1967, dalle de verre sur ciment. Chapelle de la Grande Île, Chausey. Photographie lavieb-aile septembre 1018.

Vitrail du Christ ressuscité, Yves Saint-Front 1967, dalle de verre sur ciment. Chapelle de la Grande Île, Chausey. Photographie lavieb-aile septembre 1018.

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6b. Registre inférieur. Prédication du Christ dans une barque.

L'interprétation est incertaine. La scène se passe dans une barque, sous une arche blanche. Le personnage nimbé vêtu de blanc est très vraisemblablement le Christ, qui lève un index kérigmatique vers le ciel et le registre supérieur. Autour de lui, sept personnages, au lieu de le regarder, tournent vers nous des regards effarés. Ce ne sont pas les Apôtres, puisqu'ils ne sont pas nimbés : c'est "la foule" assistant aux prédications.

Cela pourrait être saint Jean à Patmos (mais pourquoi la barque plutôt que l'île ? Pourquoi la barbe ?).

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Vitrail du Christ ressuscité, Yves Saint-Front 1967, dalle de verre sur ciment. Chapelle de la Grande Île, Chausey. Photographie lavieb-aile septembre 1018.

Vitrail du Christ ressuscité, Yves Saint-Front 1967, dalle de verre sur ciment. Chapelle de la Grande Île, Chausey. Photographie lavieb-aile septembre 1018.

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Vitrail n° 7 : l'oculus occidental. Symbole eucharistique entouré de trois oiseaux marins.

Un calice est surmonté d'une hostie où s'inscrit une croix. Trois oiseaux circonscrivent le ciel bleu à nuages blancs en réunissant les ailes, et, avec leurs grandes ailes blanches à extrémité noire et leur fort bec jaune, ils évoquent des Fous de Bassan, oiseaux marins et pêcheurs par piqués audacieux en pleine mer. Ils n'ont rien d'une colombe du saint-Esprit mais l'artiste leur confère néanmoins la fonction d'intercession du Paraclet.

Tout reste donc délibérément marin, jusqu'à la traditionnelle bordure de tesselles blanches qui prend ici l'allure de deux cordages noués.

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Oculus occidental, Yves Saint-Front 1967, dalle de verre sur ciment. Chapelle de la Grande Île, Chausey. Photographie lavieb-aile septembre 1018.

Oculus occidental, Yves Saint-Front 1967, dalle de verre sur ciment. Chapelle de la Grande Île, Chausey. Photographie lavieb-aile septembre 1018.

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COMMENTAIRES ET DOCUMENTS (les textes copié-collés sont en retrait).

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Résumé : le peintre Yves de Saint-Front, fils du navigateur et peintre de marine Marin-Marie, a découvert la technique de fabrication des vitraux en dalle de verre sur ciment lors d'une retraite à Saint-Benoït-sur-Loire en 1958 auprès d'un Frère, Hugues Rettel. Cette technique avait été diffusée par le père Ephrem Soccart de l'abbaye d'En-Calcat. En 1959, il reçut la commande des vitraux de Chausey par le curé de l'ïle, l'abbé Delaby. Les thèmes ont été fixés par l'abbé Delaby, les maquettes ont été réalisées par Yves de Saint-Front à l'atelier monastique de Saint-Benoît-sur-Loire, la disposition iconographique a été mise au point avec le frère Hugues Rettel, et la fabrication des dalles a eu lieu à Saint-Benoît-sur-Loire par l'atelier, où Louis-René-Petit avait été embauché. Yves de Saint-Front a vraisemblablement participé aussi à la fabrication. Les vitraux ont été inaugurés en juillet 1967.

 

 

I. L'AUTEUR DES CARTONS : YVES DURAND DE SAINT-FRONT (1928-2011).

Extrait des biographies en ligne : 

a) Wikipédia.

"Yves de Saint-Front est un artiste peintre et vitrailliste français né le 23 mars 1928 à Paris et décédé le 14 octobre 2011 à Pleudihen-sur-Rance. Il est le fils du peintre de marine et navigateur solitaire normand Durand de Saint-Front, alias Marin-Marie.

Il reçoit l'enseignement du cubiste figuratif Jean Souverbie à l'école nationale supérieure de Paris dès 1949 et se lie d'amitié avec le peintre Romain Souverbie qui lui propose de rencontrer Picasso à Vallauris.

Habitant longtemps Tahiti, il y a notamment réalisé une importante série de tableaux ainsi que les vitraux de la façade Ouest de la cathédrale de Papeete et le chemin de croix de cette même cathédrale sous la forme d’une bande horizontale narrative.

Il a également exécuté de nombreuses toiles de l'ile de Chausey où il avait sa demeure familiale."

 b) Voir le site http://ysaintfront.com/

http://ysaintfront.com/artwork/index/search?q=chausey&definitionId=&periodId=&placeId=&search=Rechercher

c) Biographie du site http://ysaintfront.com/pages/biographie-2_3.html

J'ai sélectionné ce qui concerne Chausey d'une part, les vitraux d'autre part :

"Naissance à Paris le 23 mars 1928, d'Yves de Saint-Front, fils du peintre de marine et navigateur solitaire normand, Durand de Saint-Front, alias Marin Marie. Yves est l'aîné d'une famille de trois enfants. Dès sa plus jeune enfance, sa mère l'emmène au musée du Louvre où il est impressionné par Rembrandt, Goya, Ingres et par l'Homme au gant de Vélasquez. Il commence son apprentissage à l'aquarelle et à la gouache selon la méthode de son père ; en 1943, il lui emprunte des tubes d'huile et fait ses premiers essais de portraits et natures mortes à Saint-Hilaire-du-Harcouët, ainsi qu'à Chausey.

1945 - Il prépare les Beaux-Arts et fréquente l'atelier d'Yves Brayer à la Grande Chaumière où il fait la connaissance de Pierre Fustenberger et de Pierre Cabannes, massier à l'époque.

1947 - Il est admis aux Beaux-Arts dans l'atelier de M. Jean Souverbie qui enseigne l'art des maîtres contemporains (Braque, Picasso, Matisse) ainsi que les primitifs. Il visite les musées parisiens dont le Louvre, et les maîtres de la tradition chrétienne comme le maître de laPietà d'Avignon ; à l'occasion des grandes expositions montées après-guerre, il découvre Van Gogh, Gauguin, Degas, Toulouse-Lautrec, ainsi que les impressionnistes.

1948 - En novembre, voyage au Maroc effectué en famille au départ de Chausey, Lisbonne-Casablanca à bord de l'Ariel, voilier de 17 m conçu pour la compétition. Retour en juillet, août par Madère sur Chausey.

1951 - Après avoir fait son service militaire en 1950, il voyage en novembre et décembre 1951 de Casablanca à Monaco comme équipier de son père sur le Carola, goélette de 300 tonneaux

 

1954- il séjourne plusieurs mois à Chausey et lorsqu'il rentre fin octobre à Paris, il s'associe à une entreprise de peinture en bâtiment qui lui permet de gagner sa vie jusqu'en juin 1955. Il réalise cette année portraits, études, travaux de décoration et continue à peindre en hiver, dans la rue, les cafés de nuit. Il projette avec Gilles Artur d'effectuer une expédition aux Vanuatu. Nouvelles-Hébrides, en armant un ancien chalutier de Cancale. mais le principal mécène les abandonne.

1955  Invité à Tahiti par son oncle l'amiral Durand de Saint Front, il arrive à Papeete au début du mois de décembre 1955.

1956 - Il séjourne d'abord sur la côte ouest puis à la pointe Vénus chez le peintre Jean Masson : en juin, il expose au Cercle Polynésien situé à l'hôtel Stuart. Accueilli par la famille Teo Ananiaa, il vit trois mois et demi sur l'atoll d'Anaa où il fait la connaissance d'un vieux missionnaire, le Père Materne-Cevaëre — rencontre qui marquera sa vie spirituelle. De retour à Tahiti le 6 octobre, il s'installe à Papeete à l'hôtel Gabert jusqu'au 2 novembre, date à laquelle il embarque sur le Tahitien pour rejoindre la France. Après avoir retrouvé sa famille à Paris, il se rend fin décembre à Chausey. Ce séjour lui a permis de se confronter à la lumière extérieure, selon le principe des impressionnistes. Il peint à l'huile Paysages, portraits, vie quotidienne des habitants, ne faisant aucune concession à l'exotisme et la littérature. Attentif à sa recherche sur la couleur et la lumière, ses compositions restent classiques.

1958- En juin, à l'occasion d'une retraite à l'abbaye de Saint-Benoit-sur-Loire, il prend contact avec un frère qui a participé à la réalisation des verrières en dalles de verre du réfectoire moderne. En juillet, il revient aider le frère à réaliser des cartons (dessins grandeur nature des panneaux qui composent le vitrail), et mettre en place une rosace dans une église de la région. Il abandonne l'atelier de décoration parisien, fin décembre.

1959- Il accepte, à Pâques, le poste de surveillant et professeur de dessin au collège de Pontlevoy, près de Bloy, ce qui le rapproche de Saint-Benoit où il se rend régulièrement. Il y met au point un système de visionnage en même temps qu'il fabrique les panneaux de dalles de verre. Pendant les vacances scolaire le père Delaby [curé de Chausey]  lui propose de réaliser les vitraux pour la chapelle de Chausey dont les verrières ont été en grande partie détruite pendant la guerre.

1960- Il démissionne du collège de Pontlevoy et accepte en début d'année l'offre du monastère de Saint Benoît qui l'embauche à mi-temps comme conseiller artistique, magasinier, coupeur de verre ; il pourra ainsi entreprendre les maquettes des vitraux de Chausey. Peu après, Louis-René Petit, jeune maître verrier, sera embauché. Yves de Saint-Front y travaillera jusqu'en juin 1967. Inauguration en juillet des vitraux de la Chapelle de Chausey ; six fenêtres figuratives de 2,70 m² chacune. Les thèmes ont été décidés par le père Delaby et la disposition iconographique a été mise au point avec le frère Hugues Rettel.

 

1962 - Il se marie en avril à l'abbaye de Saint-Benoît. Parallèlement à son emploi, il est maquettiste d'un certain nombre de chantier. Amillis, Seine-et-Marne, église du XIIIe siècle, quatre fenêtres en dalles de verre, figuratives et non figuratives (100 m²)

1963 - Boffres, Ardèche, chapelle romane, vitrail en dalles de verre, non figuratif. 

1964 - Forari, aux Nouvelles-Hébrides, église œcuménique, vitraux en dalles de verre, semi-figuratifs, thèmes symboliques (200 m²).

1965 - Le Mans, église moderne Saint-Aldric, vitraux en dalles de verre, non figuratifs (200m²). .

1966 -. Pavillon-sous-Bois, banlieue est de Paris, vitraux en dalles de verre avec parties figuratives (400 m²). Vezins, Manche, vitraux plombs et grisailles pour le chœur et les transepts, thèmes figuratifs. Église moderne d'Alboussière, Ardèche, vitraux en dalles de verre, non figuratifs. Piace, Orne, vitraux en dalles de verre figuratifs et non figuratifs. Saint-Bernard Abbey, Alabama, USA, porche de l'église abbatiale, vitraux en dalles de verre et époxy, non figuratifs.

1967 - Cathédrale de Papeete, trois fenêtres en dalles de verre pour le porche d'entrée, non figuratifs, (30 m²). A la fin de l'année, il est sur place pour en diriger la pose.

 

[...]

1993 - Avec le frère Hugues Rettel, il met en œuvre et réalise sur place les vitraux de la chapelle du Prieuré de Saint-Benoît à Chérence ; huit fenêtres figuratives d'environ 1,60 m² chacune.

[...] A la fin de l’année 1991, il aménage un nouvel atelier dans la maison familiale de Chausey qui a été divisée par la succession.

En 1999, il quitte sa demeure du Vexin et s’installe à Pleudihen sur la Rance près de sa fille Marguerite Gaboriau. Avec l’aide de son gendre, charpentier de marine, il se lance une nouvelle fois dans la restauration d’une maison où il prévoit son atelier.

Yves de Saint-Front nous quitte le vendredi 14 octobre 2011 à l’âge de 83 ans ."

 

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COMMENT C'EST FAIT ?   LA DALLE DE VERRE SUR CIMENT.

https://www.journeesdesmetiersdart.fr/sites/default/files/plaquettes/plaquette_st_leu_v_01_05.pdf

"Mise au point au début des années 30 (Jean Godin, Jules Albertini), les réalisations en Dalles de Verre sont un élément architectural du patrimoine national (religieux et civil) et, néanmoins, un univers peu connu du grand public. Le Métier d’Art associé est une « niche » dans les Métiers d’Art du vitrail. Contemporaine, la Dalle de Verre offre un éventail élargi de visions et de formes où les signatures de peintres, de maîtres verriers et de mosaïstes se sont exercées, dont certaines reconnues sur la scène internationale : Jean Godin, Gabriel Loire, Fernand Léger, Henri Guérin, Max Ingrand, Louis Barillet, Jacques Le Chevallier, Joseph Guevel, Jean Lesquibe, Henri Martin Granel, Claude Idoux, Tristan Ruhlmann, Pierre Soulage, Frédérique Duran, et d’autres. Depuis la fin du XXème siècle, une nouvelle dimension artistique contemporaine est en voie de développement grâce à des créateurs de talent dont l’ambition est de redonner ses lettres de noblesse à cette matière et à son Métier d’Art oublié. "

Le Collectif « DALLE DE VERRE » www.collectifdalledeverre.com https://www.facebook.com/pages/Collectif-Cr%C3%A9ateur-de-vitraux-en-Dalle-de-Verre/1407682152804937 Le Collectif « Dalle de Verre » est un réseau informel de professionnels et d’amateurs éclairés dans le domaine très particulier de la Dalle de Verre. L’idée du collectif résulte d’une analyse du déclin de la Dalle de Verre depuis les années 80 et de sa disparition probable à moyen terme si rien n’est fait. Ce collectif s’est concrétisé fin 2012 sous l’impulsion de Charles Narçon, Victor-Loup Deniau, Thierry-Tristan Ruhlmann, Jacques Loire, Carlo Roccella, Gérard Albertini. Son évolution est permanente au fur et à mesure des nouveaux contacts (nationaux et internationaux). Finalité : l'idée fédératrice du collectif est de promouvoir la Dalle de Verre, de lui donner : "Un nouvel élan", de la mettre en lumière, d’explorer de nouvelles voies artistiques, de la remonter à la surface médiatique … bref, de la montrer et de faire parler d’Elle !

Fondée en 1925 par Jules Albertini, la société Albertini et Cie est aujourd’hui la seule entreprise artisanale et familiale en France spécialisée dans la fabrication de Dalles de verre et de mosaïques réputées pour leur qualité et leur palette colorée très étendue. 1, rue des Genêts - 95370 MONTIGNY-LÈS-CORMEILLES - 01 39 97 25 80 www.societe-albertini.fr - societe.albertini@orange.f

 

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LE MAÎTRE-VERRIER EPHREM SOCARD (PÈRE EPHREM) ET L'ATELIER MONASTIQUE DE SAINT-BENOÎT-SUR-LOIRE.

 

 

"Atelier monastique Saint-Benoît.

Cet atelier de réalisation de vitraux en dalles de verre a été fondé en 1958 à l’occasion de la reconstruction du monastère. Les verriers ont été formés par le père Ephrem, de l’abbaye d’En Calcat, qui fut également le maître du peintre verrier Henri Guérin. La technique de la dalle de verre était alors en perte de vitesse. Les vitraux en dalles de verre étaient réalisés en atelier puis posés. Les dalles provenaient de Saint-Gobain et de l’atelier G. Albertini à Montigny-les-Cormeilles (95). Les maquettes étaient réalisées par des artistes tel que Louis René Petit, salarié qui s’installera ensuite à son compte à Saint Aignant des Gués à proximité de St Benoit puis à Orléans. Il fut l’auteur d’un grand nombre des vitraux de l’Eglise de la Borie d’Arles de Brioude prenant ainsi la succession de Yves de Saint Front alors occupé à la réalisation et la pose des vitraux de la cathédrale de Papeete à Tahiti. Ce chantier fut suivi par l’architecte Guy Bion. Les artistes Bernard Foucher, Henri Guiro et Jean François Guerin-Laguette ont aussi travaillé pour cet atelier." Le vitrail contemporain en Haute-Loire, de 1945 à aujourd’hui .

 

"Le Père Ephrem Socard (+1985) était lui-même le fils d'un maître-verrier. Artiste puissant doté d'une solide formation, il créa vers 1950 l'atelier de dalles de verre d'En Calcat, technique encore assez nouvelle en France à cette époque.

À la fin des années cinquante, il fut le maître d'Henri Guérin, peintre-verrier toulousain dont l'œuvre monumentale est aujourd'hui reconnue, tant dans le monde religieux que par les architectes et les particuliers qui ont su comprendre les possibilités merveilleuses de la dalle de verre dans l'architecture civile.

A partir des années soixante, le Père Éphrem forme le Père Denis Hubert à cette technique. Celui-ci lui succédera à la tête de l'atelier jusqu'à sa mort prématurée en 1999, à l'âge de soixante-sept ans. Frère David reprend alors l'atelier jusqu'à son élection comme Père Abbé en 2009.

L'atelier d'En Calcat est fort d'une collection merveilleuse de plus de 1200 dalles de toutes nuances, pour la plupart venant des fourneaux de G. Albertini, à Montigny-les-Cormeilles (95). Le joint entre les verres, grâce aux progrès techniques du liant utilisé, peut se limiter à quelques millimètres, alliant transparence maximale et solidité ; mais la libre épaisseur du trait, qui est l'armature du dessin, offre au peintre une très grande souplesse." http://www.encalcat.com/l-atelier-des-vitraux_63.php

Les couleurs de la lumière. Le vitrail contemporain en région Centre 1945-2001

https://www.ressources-centre-vitrail.org/wp-content/uploads/2014/11/Couleurs_de_la_lumiere1.pdf

 

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L'inspection des vitraux par l'extérieur permet de voir combien cette technique diffère de celle des verres sertis au plomb.

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Vitrail n°5,  vue de l'extérieur. dalle de verre sur ciment. Chapelle de la Grande Île, Chausey. Photographie lavieb-aile septembre 1018.

Vitrail n°5, vue de l'extérieur. dalle de verre sur ciment. Chapelle de la Grande Île, Chausey. Photographie lavieb-aile septembre 1018.

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Vitrail n°5,  vue de l'extérieur. dalle de verre sur ciment. Chapelle de la Grande Île, Chausey. Photographie lavieb-aile septembre 1018.

Vitrail n°5, vue de l'extérieur. dalle de verre sur ciment. Chapelle de la Grande Île, Chausey. Photographie lavieb-aile septembre 1018.

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La comparaison avec le recto permet de découvrir avec quelle parcimonie le peintre a appliqué  les traits de peinture à la grisaille : sur le visage, ce sont seulement  les lignes des sourcils et des rides, les narines, la bouche et le menton. Nous sommes très loin des vitraux du XIV au XVIe siècle, avec leurs larges morceaux de verre fins, sertis au plomb, et peints de dégradés de grisaille, de lavis, d'application de jaune d'argent ou de sanguine.  Il y a avec cette technique une contrainte qui impose un art plus austère, et plus primitif rappelant les vitraux du XI et XIIe siècle. Ce qui n'est pas pour déplaire à celui qui a suivi les évolutions de la peinture du XXe siècle.

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Les vitraux de la chapelle de la Grande île de l'archipel de Chausey (Manche) par Yves Saint-Front, 1967.

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SOURCES ET LIENS.

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— JOURDAN (abbé Pierre) , 1953, Les îles Chausey ,  - 120 pages BnF

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k3344612x.texteImage

https://books.google.fr/books?id=lddYDwAAQBAJ&pg=PT91&dq=chapelle+chausey&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwiS0NWkvrfdAhUIx4UKHZwHDSwQ6AEIKDAA#v=onepage&q=chapelle%20chausey&f=false

— LE SITE ysaintfront.com

 

 

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Published by jean-yves cordier - dans Vitraux
30 août 2018 4 30 /08 /août /2018 21:22

La fondation d'un office anniversaire (obit) de la mort de Marie de Clère : une inscription de 1395 en l'église de Bourg-Achard (Eure).

 

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Obit : "service anniversaire pour un mort". tiré du latin obitus, "mort".

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Marie de Clère, dame des Authieux, fut l'épouse en second mariage (1376)  de Guy Chrétien, chevalier, bailli de Rouen et de Gisors, et conseiller du roi. Décédée le 5 octobre 1395, elle fut inhumée aux Cordeliers de Rouen, où se lisait son épitaphe, mais c'est à Bourg-Achard que se trouve cette plaque en pierre avec l'inscription datée du 15 novembre 1395 d'une fondation pour un service religieux à l'anniversaire de son décès, chaque année le 5 octobre, "éternellement".

Son mari est cité parmi les "Marmousets", conseillers de Charles VI issus de la bourgeoisie ou de la noblesse récemment nommée, et  dont le souci d'une gestion rigoureuse était vu d'un mauvais œil par le parti des princes tandis que le peuple les voyaient comme des profiteurs.  Aussi la carrière du nouveau général conseiller faillit être brusquement interrompue en 1392, lors de la chute de ces Marmousets et du rétablissement de la tutelle des oncles du roi. Il partagea le sort de Jean Le Mercier, au mois de septembre 1392 : " Et sire Jean Le Mercier et Mgr Guy Chrestien furent mis en garde comme en prison à la bastide Saint-Anthoine".

Le couple était  seigneurs de  Bosgouet, commune voisine de Bourg-Achard

Voir :

— Dictionnaire historique des communes de l'Eure :

https://archive.org/stream/bub_gb_MCVDAAAAcAAJ#page/n221/search/clere

— Duchemin ( Pierre-Polovic), 1890, Histoire de Bourg-Achard Impr. de Vve E. Dugas (Pont-Audemer), 1 vol. (404 p.) : pl. ; In-8° page 358-359

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k379765w/f364.image

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k379765w/f365.image

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A tous jours soit chose notable

Et a memoire pardurable [éternelle]

Que dame marie de clere

Fille du droit seigneur de clere

Fame dun homme renommé

Maistre guy chretien nommé

Conseiller du roy urexe [vous?]

A donne tant qui doit suffire

De ses bons [biens] venant de sa part

Au prieuré du bourachart

Au los et a lonneur de dieu

Que les religieux du lieu

Sont et seront tenus de faire

Son obit et anniversitaire

En leur eglise sans sejour [sans retard]

Dottobee le v jour [le cinquième jour d'octobre]

Chascun an pardurablement [chaque année à perpétuité]

Une fois lan tant seullement

Des mors o grant solempnite

De ce faire est en verité

Une chartre faite endonnée

Pour la dame ben ordonnée

Le xve jour de novembre

L'an mil ccc ben men remenbre [bien m'en souvient]

jjjjxx et xv eussement [quatre-vingt et quinze ensemble : 1395]

 

Et par ordre de testament

Aus cordeliers est enterree

A rouen la dame honorée

Ittecques gist la bonne dame

Dieu lui face pardon a lame Amen

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Cliquez sur l'image.

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Obit de Marie de Clère, 1395. Église de Bourg-Achard. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.

Obit de Marie de Clère, 1395. Église de Bourg-Achard. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.

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Published by jean-yves cordier - dans Inscriptions
29 août 2018 3 29 /08 /août /2018 21:31

L'église Saint-Paër de Hauville (Eure) : vitraux anciens, poutre de gloire et bannières.

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Voir la Liste des 160 articles sur les vitraux dans ce blog.

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L'amateur monomaniaque de vitraux anciens qui se mettrait au défi de visiter l'ensemble des 1400 verrières recensées dans le sixième volume du Corpus Vitrearum, — celui consacré aux vitraux de Haute-Normandie —, serait amené à découvrir quelques 230 édifices de la Seine-Maritime et de l'Eure. Dans ce dernier département  — sans-doute après avoir admiré les baies de Bourg-Achard  — il se ferait un devoir de passer à Hauville, dans cette boucle de la Seine occupée par la forêt de Brotonne. Les auteurs du Corpus (M. Callias Bay, V. Chaussée, F. Gatouillat et M. Hérold) décrivent en effet, page 174, "des reste de vitraux Renaissance" remontés dans les fenêtres  5 et  6 et mentionnent que Jean Lafond les rangeaient parmi les "œuvres rouennaises perpétuant les inventions d'Arnoult de Nimègue" . Oh la la !

 Il lirait, cet improbable monomane, que "cette église construite au XIIe siècle, est formée d'une nef romane aux piliers retaillés en colonnes au XVIe siècle, d'un collatéral sud et un transept du XVIe siècle,  d'un collatéral nord du XVIIe  siècle, et d'une sacristie bâtie vers 1658. Son portail  attire l'attention par ses décorations  en  quatre colonnes romanes surmontées de plusieurs bourrelets, d'un feston à dents de scie et d'une rangée d'étoiles. La tour qui menaçait ruine en 1858 fut démolie, puis fut menée la  construction du bras nord du transept et la modification du plan de toiture sous la direction de l'architecte Georges Simon de 1860 à 1864. La reconstruction du clocher au même emplacement fut entrepris en 1869 et 1870, suivie de celle du choeur, de la sacristie, de la tourelle de l'escalier du clocher, du grand portail occidental entre 1871 et 1878 sous la direction de l'architecte Barre. Édifice non classé en 1998."

 

Hauville (Hauville-en-Rumois, sans-doute de Harulfivilla) appartenait au XIe siècle au domaine ducal, et Richard II en attribua les bénéfices à Notre-Dame de Chartes, avant que le domaine ne soit partagé entre Pont-Audemer et l'abbaye de Jumièges. Les religieux de Jumièges étaient  seigneurs de la paroisse et y avaient droit de haute justice, ils eurent la main-mise sur la paroisse   pendant tout le Moyen-Âge , même si Saint-Wandrille y bénéficiait d'un droit de dîme, et Saint-Léger du Préaux y possédait un fief.

L'église est vouée à saint Paër, graphie locale de saint Paterne, évêque d'Avranches au VIe siècle (voir Saint-Pair et Saint-Poix dans la Manche, saint-Pern en Ille-et-Vilaine)


 

L'église de Hauville. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.

L'église de Hauville. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.

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La baie 5 . Bras nord du transept.Trois scènes de la Vie de saint Nicolas datant du XVIe siècle.

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Baie à 3 lancettes en plein cintre et tympan à 3 ajours de 2,20 m de haut et 1,40 m de large avec 3 médaillons datant vers 1540 dans une verrière ornementale signée par Théodore Bernard et Schwoob en 1847.

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Vitraux de l'église de Hauville. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.

Vitraux de l'église de Hauville. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.

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1. Lancette latérale gauche. Médaillon de 0,35 m. : saint Nicolas sauvant un navire du naufrage.

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Vitraux de l'église de Hauville. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.

Vitraux de l'église de Hauville. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.

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2. Lancette médiane. Médaillon de 0,35 m. : saint Nicolas  ressuscitant les trois enfants.

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Vitraux de l'église de Hauville. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.

Vitraux de l'église de Hauville. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.

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1. Lancette latérale droite. Médaillon de 0,35 m. : messe de saint Nicolas.

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Vitraux de l'église de Hauville. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.

Vitraux de l'église de Hauville. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.

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La baie 6. Bras sud du transept.

Baie à 3 lancettes en plein cintre et tympan à 3 ajours de 2,20 m de haut et 1,40 m de large avec 3 médaillons datant vers 1540 dans une verrière ornementale signée par Théodore Bernard et Schwoob en 1847. Dans les lancettes latérales, deux saints dans des niches ont été retaillés en médaillons.

1. Lancette gauche. Médaillon de saint Louis. diamètre 0,35m.

 

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Vitraux de l'église de Hauville. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.

Vitraux de l'église de Hauville. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.

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2. Lancette centrale : Vierge à l'Enfant (1847).

Vitraux de l'église de Hauville. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.

Vitraux de l'église de Hauville. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.

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3. Lancette droite : saint Guillaume d'Aquitaine (v. 1540).

inscription S. GUG.

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Vitraux de l'église de Hauville. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.

Vitraux de l'église de Hauville. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.

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N'osant s'avouer déçu de sa visite des vitraux, le visiteur cherchera d'autres sources de jouissance esthétique et examinera la Poutre de Gloire. Elle est remarquable notamment par la représentation d'un cadavre placé dans un cercueil, rappel du Golgotha mais aussi de la tradition qui veut — depuis sainte Hélène — que la croix ait été placée au dessus de la tombe d'Adam. Il échouera à déchiffrer l'inscription sous-jacente. CE CCC VI / XXIIII.

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Poutre de Gloire de l'église de Hauville. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.

Poutre de Gloire de l'église de Hauville. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.

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Poutre de Gloire de l'église de Hauville. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.

Poutre de Gloire de l'église de Hauville. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.

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Poutre de Gloire de l'église de Hauville. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.

Poutre de Gloire de l'église de Hauville. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.

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Poutre de Gloire de l'église de Hauville. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.

Poutre de Gloire de l'église de Hauville. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.

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Poutre de Gloire de l'église de Hauville. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.

Poutre de Gloire de l'église de Hauville. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.

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Poutre de Gloire de l'église de Hauville. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.

Poutre de Gloire de l'église de Hauville. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.

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Poutre de Gloire de l'église de Hauville. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.

Poutre de Gloire de l'église de Hauville. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.

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Les éléments sculptés de la bague des entraits et poinçons resteront également en partie mystérieux.  

 

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Charpente de l'église de Hauville. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.

Charpente de l'église de Hauville. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.

Charpente de l'église de Hauville. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.

Charpente de l'église de Hauville. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.

Charpente de l'église de Hauville. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.

Charpente de l'église de Hauville. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.

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Notez ici la poulie fixée à l'entrait, et le signe abréviatif à droite.

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Charpente de l'église de Hauville. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.

Charpente de l'église de Hauville. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.

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Après les étoiles, la lune  anthropomorphe.

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Charpente de l'église de Hauville. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.

Charpente de l'église de Hauville. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.

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Charpente de l'église de Hauville. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.

Charpente de l'église de Hauville. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.

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Charpente de l'église de Hauville. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.

Charpente de l'église de Hauville. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.

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Trois épées au dessus de trois fouets.

Charpente de l'église de Hauville. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.

Charpente de l'église de Hauville. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.

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Charpente de l'église de Hauville. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.

Charpente de l'église de Hauville. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.

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Si notre visiteur est vexillomaniaque, il ira jeter un coup d'œil aux bannières conservées ici.

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Celle de l'ASSOCIATION DES DAMES et sa Vierge à l'Enfant.

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Bannière de l'église de Hauville. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.

Bannière de l'église de Hauville. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.

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Celle, plus que centenaire,  de la CONFRÉRIE DE LA SAINTE ENFANCE 1907 HAUVILLE :

qu'il comparera à celle qui est conservée en Champagne-Ardennes

http://inventaire-patrimoine.cr-champagne-ardenne.fr/dossier/banniere-de-procession-de-la-confrerie-de-la-sainte-enfance/b268d36a-d496-4b68-84d7-8b2ffa77a22e

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Bannière de l'église de Hauville. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.

Bannière de l'église de Hauville. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.

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Celle de la CONFRERIE DE LA SAINTE VIERGE / HAUVILLE.

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Bannière de l'église de Hauville. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.

Bannière de l'église de Hauville. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.

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Celle de l'Immaculée-Conception O MARIE CONÇUE SANS PÉCHÉ PRIEZ POUR NOUS.

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Bannière de l'église de Hauville. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.

Bannière de l'église de Hauville. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.

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Enfin, il se dirigera vers la bannière CHARITÉ DE HAUVILLE 1308. où  saint  Paterne est représenté en évêque sur un fond de velours rouge. 

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Bannière de l'église de Hauville. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.

Bannière de l'église de Hauville. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.

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Intrigué, il recevra des explications de la part du bedeau : les Charités sont des confréries très anciennes (celle de Hauville daterait de 1308) qui prennent en charge l'inhumation des défunts. Les membres, nommés "charitons", sont au nombre de 20 — tous des hommes — dans la paroisse. Ils possèdent leur costume de cérémonie (le bedeau, un chariton, emploie le terme de "queue de pie") et la large étole brodée on "chaperon" qui caractérise leur fonction.

"Selon la tradition orale, elle aurait été fondée en 1308 sous le règne de Philippe le Bel et placée sous le patronage de saint Paterne. Les premiers documents officiels mentionnant la confrérie datent de 1410. Les statuts de la charité ont été renouvelés le 10 novembre 1619. En 1867, à la suite d'un différend avec le curé, hostile à la charité, cette dernière s'est mise à fonctionner civilement. Le retour à un fonctionnement religieux n'a pu reprendre qu'avec le successeur de l'opposant. Elle est érigée canoniquement le 5 avril 1881 ; un nouveau règlement est alors mis en place. Depuis 2001, la charité est une association loi de 1901." (Wikipédia)

 

Le pdf de la mairie de La Haye-de-Routot  (dont la Charité de La Haye-de-Routot date de 1494) , outre des images,  les renseignements suivants :

«La confrérie de charité est une association à laquelle des laïcs de confession catholique adhèrent volontairement afin de rendre aux morts les derniers honneurs et d’accompagner les familles lors des funérailles» (Cosset Fabienne, «Confréries de Charité de Normandie», Carnets d’ici, CRECET 1999).

Nées au 12e s., les Confréries de Charité se sont considérablement développées à la fin du Moyen Age, quand les grandes épidémies de peste et de choléra (14e-15e s.) nécessitaient de faire preuve de foi et de charité chrétienne pour braver la contagion en enterrant les victimes …

Le Frère de Charité ou Chariton. Ce fut tout d’abord un honneur réservé à l’élite : les chaperons, dalmatiques et autres ornements richement brodés le prouvent : seuls les gens aisés pouvaient se les offrir. A l’origine, c’était aussi une activité ‘’réservée’’ aux hommes : une sorte de club à l’anglaise.

L’entrée des femmes -les Sœurs- dans les Charités est très récente et n’est toujours pas admise dans certaines Confréries !

Le Frère entre en général dans la Confrérie pour douze années, mais peut ensuite ‘’faire le temps’’ de son épouse et de sa fille, s’il le souhaite. Une Confrérie est généralement composée de douze Frères (comme les apôtres), mais leur nombre est souvent supérieur, afin d’être toujours suffisamment nombreux pour assurer les enterrements.

Les Charités existaient bien avant les Pompes Funèbres ! Le rôle du Chariton est de porter le cercueil depuis la maison du défunt jusqu’à l’église, ensuite il participe activement à l’office religieux, enfin il déposera le cercueil à la place préparée dans le cimetière par le fossoyeur. Et tout ceci, gratuitement bien sûr !

Les Tintenelles, cloches pesant 1 à 2 kg. Tenues à la main, elles servaient à avertir les vivants de s’écarter du passage d’un convoi mortuaire, notamment quand on portait à sa dernière demeure une victime de la peste ou du choléra.… De nos jours, les Tintenelliers savent toujours faire sonner leurs tintenelles gaiement ou tristement, selon le type de cérémonie qu’ils accompagnent …

En plus d’assurer gratuitement les enterrements, nombre de Confréries de Charité ont à cœur d’aider moralement la famille affligée.

 

Le Chariton porte en signe distinctif sur l’épaule gauche le chaperon richement brodé, qui, parfois, recouvre un surplis blanc ou noir masquant la tenue civile du Frère.

La bannière brodée porte en général le nom du village et la date de fondation de la Confrérie, en plus de l’effigie de son Saint Patron et souvent aussi de la Vierge. Le Maître de Charité -l’équivalent du Président dans une Association- change régulièrement : chaque année ou tous les deux ans, de même que le Prévôt -chargé des comptes-.

Au cours des siècles, les Charités ont offert à leur église nombre de vitraux et d’ornements. Interdites à la Révolution, les Charités renaissent dès 1796-97.

Il existe actuellement dans l’Eure plus de 120 Confréries, 5 en Seine-Maritime, une trentaine dans le Calvados, autant dans l’Orne, sans oublier les Charitables de Béthune (62), portant une superbe dalmatique.

Le recrutement.  Actuellement difficile car il nécessite de se rendre libre pour tous les enterrements, ce qui peut occasionner des difficultés aux personnes salariées."

Un rassemblement quinquennal réunit  toutes les Confréries de Charité : en 2008 c’était à Hauville.

Voir aussi 

— Martine Segalen. 1975, Rituels funéraires en Normandie Archives de Sciences Sociales des Religions  Année 1975  39  pp. 79-88

— Michel Bée, 1996, Dans la Normandie entre Seine et Orne confrères et citoyens , Annales historiques de la Révolution française  Année 1996  306  pp. 601-615

https://www.persee.fr/doc/ahrf_0003-4436_1996_num_306_1_2007

"On trouve des registres qui, régulièrement, portent plusieurs centaines de noms et, dans celui de Charités rayonnant sur plusieurs paroisses, plusieurs milliers (3). On conçoit que, dans ces conditions, la confrérie rurale inclut une très large partie de la population de la paroisse, femmes et enfants compris. La Charité de Hauville (doyenné de Pont-Audemer) inscrit, en 1774, 4704 associés."

— http://perso.numericable.fr/cf40/articles/4849/4849287A.htm

 

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L'église de Hauville. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.

L'église de Hauville. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.

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L'église de Hauville. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.

L'église de Hauville. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.


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Complément. Les Charités normandes au Musée du Clocher de Sainte-Catherine à Honfleur.

Ce musée consacre une vidéo, une vitrine et plusieurs documents aux Charités de Normandie.

Droits réservés pour les images.

Quelques captures d'écran de la vidéo :

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Musée du clocher Sainte-Catherine à Honfleur.

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Musée du clocher Sainte-Catherine à Honfleur. Droits réservés.

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Musée du clocher Sainte-Catherine à Honfleur. Droits réservés.

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Musée du clocher Sainte-Catherine à Honfleur. Droits réservés.

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Torchères des charitons.

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Torchères de charitons, bois peint, XVIIIe s, Musée du clocher de Sainte-Catherine à Honfleur. Photographie lavieb-aile septembre 2018.

Torchères de charitons, bois peint, XVIIIe s, Musée du clocher de Sainte-Catherine à Honfleur. Photographie lavieb-aile septembre 2018.

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Chaperon de la confrérie du Bellou datant de 1771.

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 Musée du clocher de Sainte-Catherine à Honfleur. Photographie lavieb-aile septembre 2018.

Musée du clocher de Sainte-Catherine à Honfleur. Photographie lavieb-aile septembre 2018.

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Published by jean-yves cordier - dans Vitraux
20 août 2018 1 20 /08 /août /2018 18:54

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Le cénotaphe de Thomas James dans l'ancienne cathédrale de Dol-de-Bretagne par Jean et Antoine Juste en 1507.

Nouvelle version (21/09/18) avec de nouvelles photos et un éclairage d'appoint .

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L'évêque de Dol Thomas James est mort le 5 avril  1504. Dans son testament (*), il demandait que son corps "soit humblement enseveli dans la terre, sans pompes, comme pour un homme du peuple (non pempose, sed sicut unus de populo, volo humiliter sepeleri), dans la chapelle Notre-Dame de Pitié, en l'église Saint-Samson son épouse ( sponsa mea) ". Toutefois, ses neveux, Jean, abbé commendataire de Léhon, chanoine et trésorier du chapitre de Dol, et François, chanoine scholastique du même chapitre, lui firent élever un superbe tombeau, chef-d'œuvre de la Renaissance, par les frères florentins  Antoine (1479-1529) et Jean Juste, auxquels on doit également le tombeau de Louis XII et d'Anne de Bretagne de la basilique royale de Saint-Denis. 

Les dernières volontés du défunt ont-elles été trahies ? Sans-doute pas, car le monument qui reflète fidèlement les goûts de l'évêque pour l'art italien (découvert à Rome lorsqu'il était gouverneur du Château Saint-Ange entre 1479 et 1483), n'est pas une tombe, mais un cénotaphe. C'est le premier monument de style Renaissance en Bretagne, et l'un des premiers en France. Rien n'empêche l'évêque d'être inhumé en terre, et de satisfaire à sa passion pour la sculpture italienne.

(*) « .... Ego Thomas Dei gratiâ indignissimus minister et episcopus Dolensis Ecclesiæ.... Meam in hunc modum, declaro voluntatem ultimam : Et imprimis do animam meam Domino nostro Jesu Christo, etc. Corpus que meum seu cadaver terræ unde exivit, in Ecclesiâ Sancti Samsonis SPONSA MEA, in Capella quæ dicitur Sancta Maria de Pietate, non pempose, sed SICUT UNUS DE POPULO, VOLO HUMILITER SEPELIRI, jaxtâ considerationem executorum meorum… » (Testament de Th. James)

 

 

 

"Thomas JAMES, né à Saint-Aubin-du-Cormier, homme recommandable par sa piété, sa prudence et son érudition, . docteur en droit et archidiacre de Penthièvre dans l'église de Saint-Brieuc, fut pourvu en 1478 de l'évêché de Léon, d'où il fut transféré à Dol le 28 mars 1482. Il paya les droits de la chambre apostolique le 15 juillet suivant, et le 28 il envoya une procuration au trésorier Landais pour prêter en son nom le serment de fidélité au duc. Il était de retour de Rome en 1486, suivant un acte du Mont-Saint-Michel, et il ne pensa plus qu'à bien gouverner son troupeau. Le pape Alexandre VI lui rendit le privilège de faire porter la croix devant lui dans son diocèse, d'en timbrer ses armes et de s'en servir dans ses sceaux. Sa mort arriva le 5 avril 1504, après vingt et un ans et sept jours d'épiscopat. Il fut enterré dans la croisée de son église, du côté de l'Evangile, où l'on voit encore son magnifique tombeau ." Dom Lobineau, Vie des saints.

Voir la biographie actuelle dans Wikipédia. La famille noble James est attestée à Coëtmieux (Dol), Landéhen (Dol) et Plestan lors de la montre de l'évêché de Saint-Brieuc de 1479

 

 

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PRÉSENTATION.

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" Le monument le plus remarquable de tous ceux que possède la cathédrale est sans contredit le tombeau de l'évêque Thomas James (1482-1504), exécuté par les Juste, aux frais de son neveu. 

C'est, après le mausolée de Charles d'Anjou, à la cathédrale du Mans, la plus ancienne œuvre exclusivement inspirée des principes de la Renaissance classique qu'il soit possible de rencontrer dans l'ouest de la France. On serait en droit de s'étonner de voir, dés les premières années du XVIe siècle, ce style en usage dans une province aussi rebelle que la Bretagne aux innovations artistiques [sic], si on ne savait que la famille de l'évêque défunt entretenait avec l'Italie d'étroites relations. Thomas fut en effet chargé par le pape du gouvernement du château Saint-Ange, fonction que son père avait occupée avant lui nommé, en 1478, évêque de Léon et transféré à Dol en 1482, il n'en continua pas moins à résider à Rome jusqu'en 1486, où il vint définitivement habiter son diocèse. Il paraît avoir éprouvé un attrait marqué pour les nouvelles formules de l'art, car son missel [1483] était l'œuvre du célèbre enlumineur florentin Attavante et il possédait un sceau [1478] conçu dans le plus pur style italien. 


Une inscription en caractères gothiques, gravée sur le tombeau, en fixe l'exécution à l'année 1507, et l'attribue au sculpteur Jean Juste. On sait toute la place qu'occupe, dans l'histoire des origines de la Renaissance en notre pays, cet artiste, né en 1485 à San-Martino-a-Mensola. dans la banlieue de Florence  et qui devait être chargé, en 1519, d'élever dans l'abbaye de Saint-Denis le tombeau de Louis XII et d'Anne de Bretagne. En raison du jeune âge qu'aurait eu le maître en 1507, Léon Palustre a supposé que ce monument pourrait être attribué, avec plus de vraisemblance à Antoine Juste, de six ans plus âgé que son frère: l'inscription aurait alors été placée postérieurement pour rehausser le mérite de l'œuvre lorsque Jean Juste, en 1531, après avoir terminé le tombeau de Louis XII, fut arrivé au comble de la gloire. Pour soutenir cette hypothèse, l'éminent critique fait observer que la présence de caractères gothiques, à la place des lettres romaines qui figurent sur les autres parties du monument, accuse nettement une main différente. 

Mais. si l'on peut admettre sans difficulté qu'Antoine ait apporté à son frère le concours de son talent, ce serait, semble-t-il faire preuve de quelque témérité que de refuser, devant une objection aussi légère, toute créance à cette inscription, conçue du reste dans le style pompeux, habitue! à l'épigraphie italienne.Il faut en outre se souvenir que l'attribution du tombeau aux Juste ne repose que sur son témoignage; si on le repousse, rien ne permet de citer le nom d'Antoine plutôt que celui de Jean, et l'oeuvre devient en réalité anonyme. 

Anatole de Montaiglon, Léon Palustre et, en dernier lieu, M. Paul Vitry, ont montré, avec toute leur compétence, les mérites et les faiblesses du tombeau de Dol le défaut évident d'harmonie dans la conception générale, l'agencement souvent défectueux des éléments décoratifs, qui dénote, comme l'a remarqué M. Vitry, une certaine inexpérience, mais par ailleurs la véritable maîtrise que possédait l'auteur dans l'art de traiter les ornements de détail, modèles de ciselure délicate auxquels des rehaussements de peinture dans les tons vert et brun devaient donner autrefois un singulier relief. Ces qualités et ces défauts, dont on retrouvera du reste toujours le mélange dans ses œuvres, même les plus renommées, ne peuvent-ils pas se concilier fort bien avec le jeune âge de l'auteur qui arrivait d'Italie la mémoire toute imprégnée des modèles du quattrocento, mais ne se trouvait pas encore en possession de la plénitude du talent dont il sut donner plus tard toute la mesure? " (Rhein 1910)

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Cartel  pédagogique placé à coté du monument.

Cartel pédagogique placé à coté du monument.

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VUE GÉNÉRALE.

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"Le tombeau proprement dit se compose d'un petit édicule, en forme de ciborium, enfermé dans un enfeu dont l'arc d'ouverture est lui-même encadré d'un portique. Il fut, sans aucun doute, exécuté en France., comme le prouve la pierre tendre dont il est construit : mais on ne sait s'il fut apporté tout fait d'un atelier tourangeau ou si les Juste vinrent eux-mêmes travailler à Dol. Malgré la présence,dans un endroit peu visible des médaillons dont nous allons parler, on ne peut croire qu'il était, à l' origine, destiné à être isolé; l'absence de toute décoration sur les faces latérales et postérieure des pilastres montre bien au contraire que, suivant  l'habitude italienne. il devait être encastré dans la muraille." (Rhein 1910) 

"l est composé de deux parties: l'une extérieure formée d'un grand arc surmonté d'une frise que couronne une sorte de haut fronton arrondi, l'autre intérieure composée d'un enfoncement où le tombeau, avec ses quatre colonnes carrées entre lesquelles n'existe plus la statue de Thomas James, a l'air d'un autel ou plutôt de l'un de ces ciborium dont les églises toscanes de la fin du xve siècle offrent plus d'un exemple. Au-dessus de la corniche le double couronnement est assez peu agréable et le monument eût plutôt gagné que perdu à sa disparition. Cette coquille portant un vase surmonté d'un oiseau, le tout accosté d'anges et de dragons verts,—car toute cette partie était coloriée et le fonds nu garde encore des traces de. peintures, — n'est ni d'un goût pur, ni d'un heureux effet; mais le reste est merveilleux d'élégance et de finesse. Le devant de la base, dont la grande inscription occupait le milieu, offre de chaque côté une niche plate avec une Vertu brisée. Le plafond est composé de carrés avec une rosace centrale et aux angles quatre ornements, qui sont alternativement cinq rayons et une feuille de lierre très-lancéolée. Sur le mur du fond est, au centre, un bas-relief carré avec deux anges, d'un très-beau mouvement, qui supportent une armoirie brisée et florentine par la forme de l'écu. Les quatre colonnes carrées qui supportent ce plafond plat ne sont sculptées que de trois côtés et ont leur surface postérieure unie. Le seul défaut, c'estque ce ciborium n'est pas assez éloigné des murs latéraux; les côtés et en particulier les médaillons de Jean et de François qui sont sur ses petits côtés, à la tête et aux pieds de la caisse inférieure, ne se voient que mal et trèsdifficilement. Cela ne ferait-il pas supposer que le travail n'a pas été exécuté sur place, et que, comme plus tard le tombeau de Louis XII, il a été fait à Tours et porté ensuite à Dol pour y être monté et complété par l'arcature extérieure qui a pu être faite sur place? Ce qui est certain du reste pour le couronnement arrondi. Remarquons en même temps deux choses : la qualité profondément italienne de ce couronnement tout à fait courant à ce moment en Italie et dont la peinture devait à l'origine lui donner le même effet que s'il eût été en terre cuite émaillée, et aussi le parti même de l'ensemble du tombeau. Il fait partie de la muraille, et c'est le système italien, tandis qu'en France il y a au contraire prédominance des tombeaux isolés. Les deux choses s'accordent à merveille avec ce fait que le tombeau de Dol est une des plus anciennes œuvres d'un Juste en France, et par là l'une des plus voisines de leur arrivée en France, et avant qu'ils ne se soient modifiés sous l'influence d'un milieu nouveau." (A. de Montaiglon 1875)

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Bulmo, num. Gallica https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k311003/f555.item.texteImage

Bulmo, num. Gallica https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k311003/f555.item.texteImage

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Le cénotaphe de Thomas James dans l'ancienne cathédrale de Dol par Jean et Antoine Juste en 1507.

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Le monument est difficile à photographier de face, car un lustre a été placé devant lui, tandis qu'une légion de chaises en défend l'accès.

 J'ai suivi l'exemple de Carla Rebbeca Constabel, qui a judicieusement adopté un point de vue décalé.

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Le cénotaphe de Thomas James dans l'ancienne cathédrale de Dol par Jean et Antoine Juste en 1507.
Le cénotaphe de Thomas James dans l'ancienne cathédrale de Dol par Jean et Antoine Juste en 1507.

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Je me permets de souligner que l'allure générale du monument évoque les architectures peintes par Attavante pour le Missel de Thomas James (Lyon BM ms 5123 f.6)  et pour le Bréviaire de Matthias Corvin.

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Missel de Thomas James (1483) par Attavante, image IRHT http://initiale.irht.cnrs.fr/codex/2545

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https://fr.wikipedia.org/wiki/Missel_de_Thomas_James#/media/File:Missel_de_Thomas_James_-_BM_Lyon_Ms5123_f006v_(frontispice).jpg

Le fronton en demi-cercle du monument funéraire, qui ne se retrouve pas sur cette page du Missel, et le plafond à caisson, se trouvent sur la page correspondante du Bréviaire de Matthias Corvin, réalisé entre 1487 et 1492 par le même Attavante.

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Bréviaire de Matthias Corvin par Attavante , Bibliothèque apostolique vaticane Urb.lat.112. folio 7v

 

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I. LE FRONTON (ou "TYMPAN") SUPÉRIEUR.

 

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"L'entablement est couronné d'un fronton en plein cintre, assez disgracieux, dans lequel certains critiques ont cru découvrir, pour ce motif seul, une main française; Léon Palustre a fait bonne justice de cette prétention à ne reconnaître comme italiennes que les œuvres d'une sûreté de goût impeccable, et il ne serait du reste pas difficile de trouver à cet élément décoratif des prototypes nombreux dans les monuments de la Renaissance florentine, par exemple au revers des portes de San-Spirito. La décoration de ce fronton est des plus compliquées deux dragons, dont les queues forment rinceaux, s'appuient contre une coquille sur laquelle est posé un vase portant un phénix; de chaque côté, se trouvaient des écussons dont les armoiries ont été mutilées. Un vase garni de fleurs. placé sur le fronton, et deux statues, dont on ne voit plus que les socles, complétaient cette décoration. " (Rhein 1910)

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"Remplissant l'espace laissé libre entre l'entablement et l'arcade, se trouve une sorte de tympan, décoré d'une coquille que surmonte un vase garni de fleurs, au pied duquel sont fixées deux cornes d'abondance tenues par deux angelots.On y voit deux dauphins à feuillages, surmontés de deux dragons. Ces dauphins s'appuient contre une grande coquille sur laquelle est posé un vase portant un ange. De chaque côté se  trouvaient des écussons dont les armoiries ont été mutilées. Un vase garni de fleurs, placé sur le fronton, et deux statues agrémentaient cette partie haute du tombeau. " .(Amiot 1986)

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"Au-dessus du portail principal, un tympan représentant une scène de bêtes mythiques et un vase au-dessus du panneau ajoutent de la hauteur au monument. Au centre de la construction du tympan, une fontaine à coquille surmontée d'un phénix domine la scène. À gauche et à droite, une série de bêtes mythiques,— deux dauphins et deux griffons ailés —, y sont figurés. Deux sirènes (ou une méduse et une sirène) placées à gauche et à droite au-dessus des animaux complètent la scène. Contrairement à la plupart des monuments, cependant, le tympan est encore faiblement polychrome, peut-être en raison de sa hauteur extraordinaire qui a probablement découragé les iconoclastes révolutionnaires. Muratova a suggéré que les couleurs rouge, vert et bleu correspondent aux couleurs utilisées dans les manuscrits du XVe siècle, ce qui implique que ces couleurs sont fidèles à l’original." (Constabel)

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Ma description.

Cet arc au sommet en plein cintre peut être divisé en deux registres.

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Cénotaphe (tuffeau, Jean et Antoine Juste, 1507) de l'évêque de Dol Thomas James dans la cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile juillet 2018.

Cénotaphe (tuffeau, Jean et Antoine Juste, 1507) de l'évêque de Dol Thomas James dans la cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile juillet 2018.

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1. Le registre supérieur.

— Au centre, une colombe ou aigle déploie ses ailes (comme sur les tombes égyptiennes) qui soutiennent des rubans à glands de passementerie. 

— À gauche, une tête féminine se détache sur un fond de feuillage. Le sommet de son crâne est marqué par une croix et deux arceaux. Elle correspond sans-doute à une allégorie, laïque.

— Toujours à gauche, deux blasons bûchés se reconnaissent d'une part par leur forme globalement losangique polycyclique qui est celle du blason de Thomas James dans son Missel, et d'autre part par les rubans qui les entourent. Le "blason" le plus médian, qui forme comme un corps à la tête féminine, n'a pas une forme évocatrice, mais on y distingue une rose, élément clef des armoiries de l'évêque.

— À droite, la tête féminine, bouche ouverte, est coiffé d'une houppe. Elle a également les apparences d'une allégorie.

— Encore à droite, deux autres blasons, losangiques mais polycycliques et à rubans, ont été également martelés. Le plus grand reste néanmoins lisible. Il se divise en deux parties, avec une rose (dans un losange ?) en haut, et trois bandes diagonales ou fasces en bas.

 

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Cénotaphe (pierre calcaire, Jean  Juste, 1507) de l'évêque de Dol Thomas James dans la cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile juillet 2018.

Cénotaphe (pierre calcaire, Jean Juste, 1507) de l'évêque de Dol Thomas James dans la cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile juillet 2018.

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Les armoiries épiscopales de Thomas James figurent sur son sceau et sur le frontispice de son Missel.

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Sceau de Thomas James.

 

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Armoiries, Missel de Thomas James par Attavante, 1483, image IRHT

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On peut se demander si, parmi les quatre blasons de ce registre, on ne peut y trouver celles deux neveux commanditaires. Ou bien celles de sa nièce Marie James, dont il est attesté par le manuscrit des Blancs-Manteaux qu'elles figuraient sur le monument :

"Le tombeau de Thomas James peut bien n'avoir pas été la seule œuvre de Jean Just dans l'église de Dol. Le même manuscrit des Blancs-Manteaux nous donne un dessin grossier d'un bas-relief en hauteur, représentant jusqu'aux genoux, les bras croisés et les mains dans ses manches fourrées, une jeune fille, nièce de Thomas James. L'épitaphe transcrite est en latin; en voici la traduction:

« Ci-gît noble et très-honnête Marie James, qui en son vivant vénérait Dieu, était pitoyable aux pauvres du Christ qu'elle réchauffait et consolait. Elle a été enlevée pour le ciel l'an de l'incarnation de Notre-Seigneur, 1503, le 10 de mai. Elle a vécu ... ans, quatre-vingt-seize mois 1 et sept jours. Thomas, son oncle, prêtre et évêque de cette église, a fait élever ce monument l'année que dessus. » L'écrivain ajoute : « Au bas il y a un écusson, » et il l'indique par une sorte de dessin. On voit que le monument élevé en 1503 par Thomas, celui-même dont Just a fait le tombeau en 1507, peut ne pas être de notre sculpteur, mais il est nécessaire d'en parler à cause de cette armoirie.

Elle est en losange comme les armoiries de femme, et ce losange est tranché de trois traits et taillé de quatre, ce qui forme vingt losanges, chargés chacun d'une larme ; c'est une pièce peu commune en blason, mais nous savons par notre manuscrit que ces armes se retrouvaient sur le tombeau de l'évêque. On lit en effet à gauche de ce méchant dessin : « Aux deux coins de la corniche et sur les faces des pilastres du tombeau de l'oncle ces armes sont écartelées avec celles des James » et à droite : « Au tombeau de Thomas James, aux ornements des pilastres du dehors, deux petits anges tiennent ce mesme escusson en forme d'escu d'homme".

Nous n'avons pas à chercher ici à quel titre ces armes étaient écartelées avec celles de Thomas James, et si ce n'était pas celles de sa famille maternelle, mais nous avions dans tous les cas à parler de ce tombeau de Marie James, puisque, dans la note qui lui est consacrée, notre manuscrit ajoute à la description du tombeau de Thomas le détail, maintenant détruit, de ces armoiries jointes à celles de James, que le même manuscrit donne en marge de l'épitaphe de l'évêque : « Portoit d'or au chef d'azur chargé d'une rose d'or. »" (A. de Montaiglon 1875)

On sait ce qu'il faut entendre sous le terme de "neveu" et de "nièce" d'un prélat du XVIe siècle. 

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Cénotaphe (tuffeau, Jean et Antoine Juste, 1507) de l'évêque de Dol Thomas James dans la cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile 2018.

Cénotaphe (tuffeau, Jean et Antoine Juste, 1507) de l'évêque de Dol Thomas James dans la cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile 2018.

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Cénotaphe (tuffeau, Jean et Antoine Juste, 1507) de l'évêque de Dol Thomas James dans la cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile 2018.

Cénotaphe (tuffeau, Jean et Antoine Juste, 1507) de l'évêque de Dol Thomas James dans la cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile 2018.

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Cénotaphe (tuffeau, Jean et Antoine Juste, 1507) de l'évêque de Dol Thomas James dans la cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile 2018.

Cénotaphe (tuffeau, Jean et Antoine Juste, 1507) de l'évêque de Dol Thomas James dans la cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile 2018.

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2. Le registre inférieur.

Deux dauphins à queue baguée entourent une coquille. Ces éléments décoratifs sont très représentatifs du vocabulaire de l'Italie de la Renaissance.

Les dauphins non aucun caractère réaliste, mais leur corps écaillé est placé dans une peau végétale verte, leur queue en spirale libère des rinceaux, leur gueule rouge est armée de dents féroces, leur nature animale est, dans un processus de métamorphose et de confusion des genres, végétalisée et modifié par des exubérances artificielles purement décoratives.

Deux oiseaux ou dragons  ailés, au corps traité de la même manière, s'affrontent entre une coupe ou fontaine à rubans. Ces oiseaux à gueules carnassières sont dotés de cornes formant un cercle.

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Cénotaphe (tuffeau, Jean et Antoine Juste, 1507) de l'évêque de Dol Thomas James dans la cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile 2018.

Cénotaphe (tuffeau, Jean et Antoine Juste, 1507) de l'évêque de Dol Thomas James dans la cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile 2018.

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Cénotaphe (tuffeau, Jean et Antoine Juste, 1507) de l'évêque de Dol Thomas James dans la cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile 2018.

Cénotaphe (tuffeau, Jean et Antoine Juste, 1507) de l'évêque de Dol Thomas James dans la cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile 2018.

Cénotaphe (tuffeau, Jean et Antoine Juste, 1507) de l'évêque de Dol Thomas James dans la cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile 2018.

Cénotaphe (tuffeau, Jean et Antoine Juste, 1507) de l'évêque de Dol Thomas James dans la cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile 2018.

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Cénotaphe (tuffeau, Jean et Antoine Juste, 1507) de l'évêque de Dol Thomas James dans la cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile 2018.

Cénotaphe (tuffeau, Jean et Antoine Juste, 1507) de l'évêque de Dol Thomas James dans la cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile 2018.

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Au total, ce fronton servait de panneau indicateur identitaire (par son matériel héraldique) et de manifeste esthétique optant pour le nouvel art italien de la Renaissance. On remarquera, et on s'étonnera peut-être, de l'absence de toute sémiologie religieuse. Ni croix, ni référence christique ou mariale, ni ornement liturgique, pas une mitre ou crosse, pas un ange, même pas un putto qui pourrait passer pour un angelot. La référence à l'humanisme tourné vers l'étude de l'Antique est total.

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II. LE PORTIQUE.

 

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"L'arc encadrant l'enfeu est surmonté d'un portique, appliqué sur le nu du mur, et qui offre la répétition agrandie du ciborium intérieur. 

Les pilastres qui le soutiennent, décorés comme ceux que nous avons décrits sont portés sur de hauts stylobates ornés d'armoiries, aujourd'hui mutilées, de rubans et de vases, et dont la corniche est garnie d'un cordon de rais-de-cœur." (Rhein 1910)

Vu de face, on en décrirait idéalement l'entablement et les trois faces des pilastres droits et gauches. 

 La description de chaque détail de chaque face est un travail que chaque auteur a éludé. Je prendrai soin de ne pas être exhaustif pour ne pas leur faire ombrage, et ne donnerai qu'une représentation métonymique du corpus sculpté, mais je ne passerai pas à coté de l'occasion de montrer les trésors d'ornementation qu'on y trouve.

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1. Le pilastre droit.

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a) La base ou stylobate. Trophée d'armes.

Un cimeterre, un glaive et une flèche. 

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Cénotaphe (pierre calcaire, Jean  Juste, 1507) de l'évêque de Dol Thomas James dans la cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile septembre 2018.

Cénotaphe (pierre calcaire, Jean Juste, 1507) de l'évêque de Dol Thomas James dans la cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile septembre 2018.

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b) le pilastre droit.

Face antérieure.

 

Cénotaphe (pierre calcaire, Jean  Juste, 1507) de l'évêque de Dol Thomas James dans la cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile juillet 2018.

Cénotaphe (pierre calcaire, Jean Juste, 1507) de l'évêque de Dol Thomas James dans la cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile juillet 2018.

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Deux "faunesses ailées" affrontées tenant une croix.

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Cénotaphe (pierre calcaire, Jean  Juste, 1507) de l'évêque de Dol Thomas James dans la cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile septembre 2018.

Cénotaphe (pierre calcaire, Jean Juste, 1507) de l'évêque de Dol Thomas James dans la cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile septembre 2018.

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Deux "dauphins" accouplés par la queue.

Cénotaphe (pierre calcaire, Jean  Juste, 1507) de l'évêque de Dol Thomas James dans la cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile septembre 2018.

Cénotaphe (pierre calcaire, Jean Juste, 1507) de l'évêque de Dol Thomas James dans la cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile septembre 2018.

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Deux faunes sonnant de la trompe recourbée.

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Cénotaphe (pierre calcaire, Jean  Juste, 1507) de l'évêque de Dol Thomas James dans la cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile septembre 2018.

Cénotaphe (pierre calcaire, Jean Juste, 1507) de l'évêque de Dol Thomas James dans la cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile septembre 2018.

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Deux putti tenant une vasque.

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Cénotaphe (pierre calcaire, Jean  Juste, 1507) de l'évêque de Dol Thomas James dans la cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile septembre 2018.

Cénotaphe (pierre calcaire, Jean Juste, 1507) de l'évêque de Dol Thomas James dans la cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile septembre 2018.

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Deux "lions"  au corps de serpent affrontés autour d'une lampe.

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Cénotaphe (pierre calcaire, Jean  Juste, 1507) de l'évêque de Dol Thomas James dans la cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile septembre 2018.

Cénotaphe (pierre calcaire, Jean Juste, 1507) de l'évêque de Dol Thomas James dans la cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile septembre 2018.

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Tête de Méduse surmontée de deux dauphins et de deux lions.

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Cénotaphe (pierre calcaire, Jean  Juste, 1507) de l'évêque de Dol Thomas James dans la cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile juillet 2018.

Cénotaphe (pierre calcaire, Jean Juste, 1507) de l'évêque de Dol Thomas James dans la cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile juillet 2018.

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Cénotaphe (pierre calcaire, Jean  Juste, 1507) de l'évêque de Dol Thomas James dans la cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile septembre 2018.

Cénotaphe (pierre calcaire, Jean Juste, 1507) de l'évêque de Dol Thomas James dans la cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile septembre 2018.

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Chapiteau. Décor végétal.

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Cénotaphe (pierre calcaire, Jean  Juste, 1507) de l'évêque de Dol Thomas James dans la cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile juillet 2018.

Cénotaphe (pierre calcaire, Jean Juste, 1507) de l'évêque de Dol Thomas James dans la cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile juillet 2018.

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Le pilastre droit, face intérieure.

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Cénotaphe (pierre calcaire, Jean  Juste, 1507) de l'évêque de Dol Thomas James dans la cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile juillet 2018.

Cénotaphe (pierre calcaire, Jean Juste, 1507) de l'évêque de Dol Thomas James dans la cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile juillet 2018.

Le cénotaphe de Thomas James dans l'ancienne cathédrale de Dol par Jean et Antoine Juste en 1507.

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Faune au dessus d'un bassin.

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Vase à acanthes et collier de perle. Masque de faune. Vasque à têtes de lion affrontés.

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Cénotaphe (pierre calcaire, Jean Juste, 1507) de l'évêque de Dol Thomas James dans la cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile septembre 2018.

Cénotaphe (pierre calcaire, Jean Juste, 1507) de l'évêque de Dol Thomas James dans la cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile septembre 2018.

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Bucrane entre deux cornes d'abondance.

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Cénotaphe (pierre calcaire, Jean Juste, 1507) de l'évêque de Dol Thomas James dans la cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile septembre 2018.

Cénotaphe (pierre calcaire, Jean Juste, 1507) de l'évêque de Dol Thomas James dans la cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile septembre 2018.

Cénotaphe (pierre calcaire, Jean Juste, 1507) de l'évêque de Dol Thomas James dans la cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile septembre 2018.

Cénotaphe (pierre calcaire, Jean Juste, 1507) de l'évêque de Dol Thomas James dans la cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile septembre 2018.

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Cénotaphe (pierre calcaire, Jean Juste, 1507) de l'évêque de Dol Thomas James dans la cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile septembre 2018.

Cénotaphe (pierre calcaire, Jean Juste, 1507) de l'évêque de Dol Thomas James dans la cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile septembre 2018.

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Le pilastre droit, face extérieure.

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Cénotaphe (pierre calcaire, Jean  Juste, 1507) de l'évêque de Dol Thomas James dans la cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile juillet 2018.

Cénotaphe (pierre calcaire, Jean Juste, 1507) de l'évêque de Dol Thomas James dans la cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile juillet 2018.

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Le cénotaphe de Thomas James dans l'ancienne cathédrale de Dol par Jean et Antoine Juste en 1507.

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2. Le pilastre gauche.

a. la face intérieure.

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Cénotaphe (pierre calcaire, traces de polychromie, Jean  Juste, 1507) de l'évêque de Dol Thomas James dans la cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile juillet 2018.

Cénotaphe (pierre calcaire, traces de polychromie, Jean Juste, 1507) de l'évêque de Dol Thomas James dans la cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile juillet 2018.

Cénotaphe (pierre calcaire, Jean  Juste, 1507) de l'évêque de Dol Thomas James dans la cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile juillet 2018.

Cénotaphe (pierre calcaire, Jean Juste, 1507) de l'évêque de Dol Thomas James dans la cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile juillet 2018.

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Faune  au dessus d'un tambour ou bassin.

Sexe martelé.

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Cénotaphe (pierre calcaire, Jean  Juste, 1507) de l'évêque de Dol Thomas James dans la cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile juillet 2018.

Cénotaphe (pierre calcaire, Jean Juste, 1507) de l'évêque de Dol Thomas James dans la cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile juillet 2018.

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Deux animaux fabuleux (tête de lion, corps de sirène ou de poisson).

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Cénotaphe (pierre calcaire, Jean  Juste, 1507) de l'évêque de Dol Thomas James dans la cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile juillet 2018.

Cénotaphe (pierre calcaire, Jean Juste, 1507) de l'évêque de Dol Thomas James dans la cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile juillet 2018.

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Deux dauphins ; deux oiseaux buvant à la même vasque.

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Le cénotaphe de Thomas James dans l'ancienne cathédrale de Dol par Jean et Antoine Juste en 1507.

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Masque de faune grimaçant.

 

 

Cénotaphe (pierre calcaire, Jean  Juste, 1507) de l'évêque de Dol Thomas James dans la cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile juillet 2018.

Cénotaphe (pierre calcaire, Jean Juste, 1507) de l'évêque de Dol Thomas James dans la cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile juillet 2018.

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Têtes de faune ; cornes d'abondance.

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Cénotaphe (pierre calcaire, Jean  Juste, 1507) de l'évêque de Dol Thomas James dans la cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile juillet 2018.

Cénotaphe (pierre calcaire, Jean Juste, 1507) de l'évêque de Dol Thomas James dans la cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile juillet 2018.

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Faunes soutenant une coupe.

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Le cénotaphe de Thomas James dans l'ancienne cathédrale de Dol par Jean et Antoine Juste en 1507.

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b. Le pilastre gauche : face antérieure.

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Le médaillon et le cartouche à inscription soutenu par deux putti.

Un cartouche est placé sous un médaillon en couronne de lauriers entourant le profil d'un homme jeune : Jean James sans-doute.

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Cénotaphe (pierre calcaire, Jean  Juste, 1507) de l'évêque de Dol Thomas James dans la cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile juillet 2018.

Cénotaphe (pierre calcaire, Jean Juste, 1507) de l'évêque de Dol Thomas James dans la cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile juillet 2018.

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Cénotaphe (pierre calcaire, Jean  Juste, 1507) de l'évêque de Dol Thomas James dans la cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile juillet 2018.

Cénotaphe (pierre calcaire, Jean Juste, 1507) de l'évêque de Dol Thomas James dans la cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile juillet 2018.

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 "Un cartouche, appliqué contre le pilastre de gauche, porte la date du tombeau et le nom de celui qui le fit élever 

IOÃNIS . IAMEZ . IURI~U . LAUTI
LEHONII . CÕMENDAT DÕL 
THESAU ; ET . CANO . IMP~ESA 
ET .CURA . STRUCTUM . AC 
ORNAT~U. SEPULCR~U
M .Vcc. VII. " (Rhein 1910)

Transcription : Ioannis Jamez juris laureatus Lehonii commendatarius. Dol thesaur et canonicus . impensa et cura structum ac ornatum  sepulcrum 1507 .

Traduction : "Jean James, licencié es-droit, commendataire de l'abbaye du Léhon (près de Dinan), trésorier et chanoine de cette église de Dol fit construire à ses frais ce tombeau en 1507."

On notera la graphie Iamez, que je n'ai pas vérifiée ; la forme Jametz est attestée, comme Jamès, ou Jamet ensuite à Roscoff. (forum cgf)

 

Cénotaphe (pierre calcaire, Jean  Juste, 1507) de l'évêque de Dol Thomas James dans la cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile juillet 2018.

Cénotaphe (pierre calcaire, Jean Juste, 1507) de l'évêque de Dol Thomas James dans la cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile juillet 2018.

 

 

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L'inscription du stylobate du pilastre gauche, entre le piédestal et le fût.

SCELTE . STRUXIT .  OPUS . MAGISTER . ISTUD  

JOHES . CUJUS . COGNOM~E . EST . JUSTUS

ET FLORENTIN9

 Scelte struxit opus magister istud Johannes cujus cognomen  est Justus et Florentinus.

Le premier mot, scelte, assez rare, signifie : « avec le burin » (de sceltes ou celtis, is). Le verbe struxit vient de struo, ere, structum "bâtir, édifier". 

Comment traduire ?  "Cet ouvrage a été édifié par le ciseau de maître Jean, dont le nom de famille est Juste et Florentin (Juste le Florentin)" .

Antoine Juste, frère aîné de Jean Juste, est qualifié de florentin en guise de nom de famille en 1505 sous le terme de "Anthoine florentin".

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ANTOINE et JEAN JUSTE, sculpteurs florentins.

"La première occurrence française de Me Anthoine florentin remonte à 1505, date du paiement de la préparation d’une médaille offerte à Louis XII par la municipalité de Bourges lors de son entrée dans la ville. Au cours de l’année 1508, venant d’Amboise où il semble avoir fixé sa résidence, il travaille à Gaillon où il exécute le bas-relief de la prise de Gênes et d’autres statues en marbre et en terre cuite, notamment celles, célèbres, destinées à la chapelle haute du château. En 1510 il est au service du roi et modèle une biche en cire pour le jardin de Blois. Trois ans plus tard, il travaille pour François d’Angoulême et est naturalisé français l’année suivante avec sa nombreuse famille : ses frères Jean et André, sculpteurs comme lui, sa femme Élisabeth et ses enfants – Just, qui suivra les traces de son père, François, Aimée et Madeleine. Enfin, de 1516 jusqu’à sa mort en 1518, Antoine Juste travaille au tombeau monumental de Louis XII et Anne de Bretagne.

 

Son puîné Jean semble être l’auteur du tombeau de Thomas James à Dol autour de 1505-1507 , puis, dès 1516, il collabore avec Antoine au monument funéraire de Louis XII et devient le chef de l’atelier après la mort de son frère. Il est assisté, jusqu’en 1521, par le jeune Just, fils d’Antoine. Jean et Just auront encore une longue carrière en France.

 

"Leurs actes de baptême, conservés à Florence et jusqu’à aujourd’hui inédits, permettent en premier lieu de mettre de l’ordre dans les données divergentes des cadastres florentins et de la déclaration de naturalisation.Antoine est né le 15 avril 1481, Jean le 7 novembre 1483, André le 22 août 1487. Ces dates ne concordent pas avec celles que Milanesi avait déduites du cadastre et correspondent seulement partiellement à celles données en 1514 par les témoins Jérôme Pacherot et Barthélémy Guiet, bien informés en ce qui concerne Antoine mais plutôt approximatifs pour Jean, André et le reste de la famille des Juste."

"Sur la base de ces documents, il semble donc qu’au début, à partir de 1503, seul Antoine, au cours de deux voyages, ait sondé la possibilité de faire fortune en France. Et ce n’est qu’après s’en être assuré que, probablement à l’automne 1507, il décide de faire venir sa femme et son fils Just. Celui-ci est né en Italie, comme le prouvent à la fois la déclaration de naturalisation et son acte de baptême du 13 décembre 1501 à Florence.

 Jean pourrait avoir quitté assez tôt Florence, déjà au cours de l’année 1503. Il y revient une seule fois en 1510, probablement après la mort de Monna Lisabetta, lorsqu’il fallut réorganiser la gestion des biens familiaux. André, le puîné, arrive le dernier en France, peut-être au cours de l’année 1507, sans doute sans jamais retourner dans son pays natal.En 1503, Antoine est âgé de vingt-deux ans et Jean de vingt ans. Ils sont déjà des artistes formés depuis longtemps si l’on considère que le premier apprentis-sage, dans les carrières florentines, commence ordinairement à l’âge de sept ans. De même pour André qui avait au moins vingt ans au moment de son départ. Les affirmations selon lesquelles ils se seraient tous formés dans l’ombre de Michel Colombe sont donc tout à fait hasardeuses.Il est difficile de connaître la raison pour laquelle Antoine et Jean décidèrent de quitter Florence : les activités familiales étaient florissantes, la famille des Juste de San Martino était bien implantée. Ils avaient leur chapelle dans l’église où Giusto avait fait remanier un retable de Taddeo Gaddi pour y placer son portrait et celui de sa femme Lisabetta, en donateurs." (Bardati et Tommazzo)

Pour l'auteur de l'article Wikipédia, Antoine et Jean  se séparent après le chantier de Dol :

Antoine Juste a travaillé pour le cardinal d'Amboise au château de Gaillon. Les comptes de Gaillon indiquent qu'il est marié à Isabeau ou Isabelle de Pascha. Sous l'égide de l'archevêque de Rouen, il a sculpté pour la chapelle du château une série de douze apôtres en terre cuite, un buste du cardinal et un bas-relief représentant la bataille de Gênes pour la galerie.

Jean Juste Ier s'est installé à Tours où il a passé quelques années dans l'atelier de Michel Colombe. Ce dernier était célèbre pour la Mise au tombeau se trouvant dans l'abbaye de Solesmes. Michel Colombe avait été formé à Dijon, influencé par Claus Sluter et le réalisme flamand. Il a créé un style mélangeant le réalisme flamand et la douceur française transmis par Michel Colombe avec un charme venant de la flexibilité et de la complexité des formes. Jean Juste Ier a sculpté les tombeaux de Jean IV de Rieux, maréchal de Bretagne, à Ancenis, de Thomas Bohier, bâtisseur du château de Chenonceau, dans l'église Saint-Saturnin de Tours, et de l'abbé Louis de Crévent, abbé de la Trinité, à Vendôme. Il a exécuté le tombeau d'Artus Gouffier à la demande de sa veuve Hélène de Hangest, entre 1532 et 1537 pour la collégiale Saint-Maurice du château d'Oiron (Deux-Sèvres), ainsi que celui de sa belle-mère, Philippe de Montmorency

À la mort de Michel Colombe, vers 1514, les frères Juste se sont remis à travailler ensemble. François Ier leur a confié la réalisation du tombeau de Louis XII et d'Anne de Bretagne dans la basilique Saint-Denis. Sa réalisation a duré de 1516 à 1531. Antoine étant mort en 1519, le tombeau est donc essentiellement l'œuvre de Jean Juste Ier. Il est possible qu'André, le frère de Jean Juste Ier ait travaillé sur le projet. Juste de Juste a participé à la réalisation du tombeau."

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Cénotaphe (pierre calcaire, Jean  Juste, 1507) de l'évêque de Dol Thomas James dans la cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile juillet 2018.

Cénotaphe (pierre calcaire, Jean Juste, 1507) de l'évêque de Dol Thomas James dans la cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile juillet 2018.

Soubassement du pilastre extérieur gauche, cénotaphe (pierre calcaire, traces de polychromie, Jean Juste, 1507) de l'évêque de Dol Thomas James dans la cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile juillet 2018.
Soubassement du pilastre extérieur gauche, cénotaphe (pierre calcaire, traces de polychromie, Jean Juste, 1507) de l'évêque de Dol Thomas James dans la cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile juillet 2018.

Soubassement du pilastre extérieur gauche, cénotaphe (pierre calcaire, traces de polychromie, Jean Juste, 1507) de l'évêque de Dol Thomas James dans la cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile juillet 2018.

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Le pilastre gauche, suite.

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Cénotaphe (pierre calcaire, Jean  Juste, 1507) de l'évêque de Dol Thomas James dans la cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile juillet 2018.

Cénotaphe (pierre calcaire, Jean Juste, 1507) de l'évêque de Dol Thomas James dans la cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile juillet 2018.

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Cénotaphe (pierre calcaire, Jean  Juste, 1507) de l'évêque de Dol Thomas James dans la cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile juillet 2018.

Cénotaphe (pierre calcaire, Jean Juste, 1507) de l'évêque de Dol Thomas James dans la cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile juillet 2018.

Cénotaphe (pierre calcaire, Jean  Juste, 1507) de l'évêque de Dol Thomas James dans la cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile juillet 2018.

Cénotaphe (pierre calcaire, Jean Juste, 1507) de l'évêque de Dol Thomas James dans la cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile juillet 2018.

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Cénotaphe (pierre calcaire, Jean  Juste, 1507) de l'évêque de Dol Thomas James dans la cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile juillet 2018.

Cénotaphe (pierre calcaire, Jean Juste, 1507) de l'évêque de Dol Thomas James dans la cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile juillet 2018.

Le cénotaphe de Thomas James dans l'ancienne cathédrale de Dol par Jean et Antoine Juste en 1507.

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Pilastre gauche, face extérieure.

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Cénotaphe (pierre calcaire, Jean  Juste, 1507) de l'évêque de Dol Thomas James dans la cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile juillet 2018.

Cénotaphe (pierre calcaire, Jean Juste, 1507) de l'évêque de Dol Thomas James dans la cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile juillet 2018.

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Cénotaphe (pierre calcaire, Jean  Juste, 1507) de l'évêque de Dol Thomas James dans la cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile juillet 2018.

Cénotaphe (pierre calcaire, Jean Juste, 1507) de l'évêque de Dol Thomas James dans la cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile juillet 2018.

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III. LE CÉNOTAPHE INTÉRIEUR.
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Là encore, il faudrait décrire scrupuleusement le "tombeau" qui sert de base, les quatre colonnes, l'entablement, le fronton en demi-cercle et le fond.

"Aux angles, des stytobates font saillie. couverts de vases et de rinceaux et surmontés d'une moulure continuant celle qui couronne le tombeau. Ils portent de légères piles rectangulaires ornées, sur leur face antérieure, avec un art consommé, de ces gracieux motifs qu'aimaient à prodiguer !es décorateurs italiens du XV'' siècle griffons, satyres, amours, tètes de Méduse, vases, etc. Les chapiteaux sont garnis de feuilles d'acanthe qui. aux angles, se replient en volutes sous tes abaques concaves. 

L'entablement se compose d'une frise et d'une corniche: la première, ornée a sa base d un rang d'oves, présente, au-dessus. une décoration courante rappelant celle des pilastres. La corniche est formée de plusieurs cordons superposés de perles, d'olives, de rais-de-cœur, d'oves, de dés et de  feuillage. Le plafond du baldaquin est divisé en caissons ornés de rosaces; il abritait autrefois la statue de l'évêque, dont on ignore la position, mais qui ne pouvait être qu'accoudée ou agenouillée, par suite de l'espace restreint, qui lui était réservé. Sur le mur du fond, un demi-relief mutilé représente deux anges portant un petit personnage qui figurait l'âme du défunt. 

Remplissant l'espace laissé libre entre l'entablement et l'arcade, se trouve une sorte de tympan, décoré d'hippogriffes et d'une grande coquille que surmonte un vase garni de fleurs. au pied duquel sont fixées deux cornes d'abondance. " (Rhein, 1910)

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1°) TYMPAN OU FRONTON INTÉRIEUR.

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Cénotaphe (pierre calcaire, Jean  Juste, 1507) de l'évêque de Dol Thomas James dans la cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile juillet 2018.

Cénotaphe (pierre calcaire, Jean Juste, 1507) de l'évêque de Dol Thomas James dans la cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile juillet 2018.

Cénotaphe (pierre calcaire, Jean  Juste, 1507) de l'évêque de Dol Thomas James dans la cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile juillet 2018.

Cénotaphe (pierre calcaire, Jean Juste, 1507) de l'évêque de Dol Thomas James dans la cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile juillet 2018.

Cénotaphe (pierre calcaire, Jean  Juste, 1507) de l'évêque de Dol Thomas James dans la cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile septembre 2018.

Cénotaphe (pierre calcaire, Jean Juste, 1507) de l'évêque de Dol Thomas James dans la cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile septembre 2018.

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Dans le fronton, autour d'une coquille, deux "anges" plus antiques que  chrétiens évoquent plutôt des Vertus ou des Allégories. Ils sont accompagnés de cornes d'abondances, de vases et de vasques. Sans aucun élément religieux.

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Cénotaphe (pierre calcaire, Jean  Juste, 1507) de l'évêque de Dol Thomas James dans la cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile juillet 2018.

Cénotaphe (pierre calcaire, Jean Juste, 1507) de l'évêque de Dol Thomas James dans la cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile juillet 2018.

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L'entablement répète trois fois le même motif : l'affrontement de deux griffons et des rinceaux fleuris de roses.

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Cénotaphe (pierre calcaire, Jean  Juste, 1507) de l'évêque de Dol Thomas James dans la cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile juillet 2018.

Cénotaphe (pierre calcaire, Jean Juste, 1507) de l'évêque de Dol Thomas James dans la cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile juillet 2018.

Cénotaphe (pierre calcaire, Jean  Juste, 1507) de l'évêque de Dol Thomas James dans la cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile juillet 2018.

Cénotaphe (pierre calcaire, Jean Juste, 1507) de l'évêque de Dol Thomas James dans la cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile juillet 2018.

Cénotaphe (pierre calcaire, Jean  Juste, 1507) de l'évêque de Dol Thomas James dans la cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile juillet 2018.

Cénotaphe (pierre calcaire, Jean Juste, 1507) de l'évêque de Dol Thomas James dans la cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile juillet 2018.

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Les colonnes ou pilastres intérieurs : le coté droit.

Cénotaphe (pierre calcaire, Jean  Juste, 1507) de l'évêque de Dol Thomas James dans la cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile septembre 2018.

Cénotaphe (pierre calcaire, Jean Juste, 1507) de l'évêque de Dol Thomas James dans la cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile septembre 2018.

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Cénotaphe (pierre calcaire, Jean  Juste, 1507) de l'évêque de Dol Thomas James dans la cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile septembre 2018.

Cénotaphe (pierre calcaire, Jean Juste, 1507) de l'évêque de Dol Thomas James dans la cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile septembre 2018.

Cénotaphe (pierre calcaire, Jean Juste, 1507) de l'évêque de Dol Thomas James dans la cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile septembre 2018.

Cénotaphe (pierre calcaire, Jean Juste, 1507) de l'évêque de Dol Thomas James dans la cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile septembre 2018.

Cénotaphe (pierre calcaire, Jean Juste, 1507) de l'évêque de Dol Thomas James dans la cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile septembre 2018.

Cénotaphe (pierre calcaire, Jean Juste, 1507) de l'évêque de Dol Thomas James dans la cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile septembre 2018.

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Cénotaphe (pierre calcaire, Jean Juste, 1507) de l'évêque de Dol Thomas James dans la cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile septembre 2018.

Cénotaphe (pierre calcaire, Jean Juste, 1507) de l'évêque de Dol Thomas James dans la cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile septembre 2018.

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le pilastre droit du cénotaphe intérieur : la face intérieure.

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Cénotaphe (pierre calcaire, Jean Juste, 1507) de l'évêque de Dol Thomas James dans la cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile septembre 2018.

Cénotaphe (pierre calcaire, Jean Juste, 1507) de l'évêque de Dol Thomas James dans la cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile septembre 2018.

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Cénotaphe (pierre calcaire, Jean Juste, 1507) de l'évêque de Dol Thomas James dans la cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile septembre 2018.

Cénotaphe (pierre calcaire, Jean Juste, 1507) de l'évêque de Dol Thomas James dans la cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile septembre 2018.

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Le pilastre du fond, à droite, face intérieure.

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Le cénotaphe de Thomas James dans l'ancienne cathédrale de Dol par Jean et Antoine Juste en 1507.

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Le cénotaphe de Thomas James dans l'ancienne cathédrale de Dol par Jean et Antoine Juste en 1507.

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Cénotaphe (pierre calcaire, Jean Juste, 1507) de l'évêque de Dol Thomas James dans la cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile septembre 2018.

Cénotaphe (pierre calcaire, Jean Juste, 1507) de l'évêque de Dol Thomas James dans la cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile septembre 2018.

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Bucrane.

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Cénotaphe (pierre calcaire, Jean Juste, 1507) de l'évêque de Dol Thomas James dans la cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile septembre 2018.

Cénotaphe (pierre calcaire, Jean Juste, 1507) de l'évêque de Dol Thomas James dans la cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile septembre 2018.

Cénotaphe (pierre calcaire, Jean Juste, 1507) de l'évêque de Dol Thomas James dans la cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile septembre 2018.

Cénotaphe (pierre calcaire, Jean Juste, 1507) de l'évêque de Dol Thomas James dans la cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile septembre 2018.

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Sirène bifide.

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Cénotaphe (pierre calcaire, Jean Juste, 1507) de l'évêque de Dol Thomas James dans la cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile septembre 2018.

Cénotaphe (pierre calcaire, Jean Juste, 1507) de l'évêque de Dol Thomas James dans la cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile septembre 2018.

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Les colonnes ou pilastres intérieurs : le coté gauche.

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On y découvrira des épis de blés, des roses, des fruits et légumes, de fines tiges, et un masque de faune.

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Cénotaphe (pierre calcaire, Jean  Juste, 1507) de l'évêque de Dol Thomas James dans la cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile juillet 2018.

Cénotaphe (pierre calcaire, Jean Juste, 1507) de l'évêque de Dol Thomas James dans la cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile juillet 2018.

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Cénotaphe (pierre calcaire, Jean  Juste, 1507) de l'évêque de Dol Thomas James dans la cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile juillet 2018.

Cénotaphe (pierre calcaire, Jean Juste, 1507) de l'évêque de Dol Thomas James dans la cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile juillet 2018.

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Cénotaphe (pierre calcaire, Jean  Juste, 1507) de l'évêque de Dol Thomas James dans la cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile juillet 2018.

Cénotaphe (pierre calcaire, Jean Juste, 1507) de l'évêque de Dol Thomas James dans la cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile juillet 2018.

 

 

2°) LE BAS-RELIEF AUX DEUX ANGES.

Ces anges présentaient jadis les armoiries et la croix épiscopale de Thomas James au milieu d'une profusion de rubans.

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Emprunt à la figure 40 de la thèse de X. Constabel.

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Cénotaphe (pierre calcaire, Jean  Juste, 1507) de l'évêque de Dol Thomas James dans la cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile septembre 2018.

Cénotaphe (pierre calcaire, Jean Juste, 1507) de l'évêque de Dol Thomas James dans la cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile septembre 2018.

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On comparera ces anges gracieux  avec ceux du centre du monument du Frontispice du Missel de Thomas James : ceux-ci présentent le Christ Sauveur entouré de chérubins :

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Missel de Thomas James par Attavante, image IRHT-CNRS

 

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3°) LE PSEUDO-SARCOPHAGE.

Il est décrit ainsi dans le manuscrit des Blancs-Manteaux :

" Un tombeau de pierre blanche dorée sur filets, de figure quarrée oblongue, de quatre pilastres semblables de façon au grand, soutenant architrave, frise et fronton; sur la table duquel, qui est de quatre pieds de haut, est la figure de l'évesque James en habits sacerdotaux, mitre en teste, deux petits anges soutenant les oreillers, et derrière sont deux petits demi-piliers ou supports quarrez sur lesquels sont deux anges assis soutenant les armes, à la tête avec casque, des pieds avec mitre, et, au fond, deux grands anges en bas-relief, tenant les armes avec la simple croix; sur le devant, deux niches avec la figure de deux Vertus, et au milieu, une plaque de cuivre enchâssée. » (A. de Montaiglon p. 396)

Le "gisant" de l"évêque en habits sacerdotaux a disparu, de même que la plaque de cuivre avec son inscription, tandis que le bas-relief montre encore les deux anges mais non les armoiries et la croix.

Je n'ai pas lu que ce "tombeau" ait jamais contenu la dépouille de l'évêque. C'est pourquoi j'emploie le terme de cénotaphe.

"Le soubassement était orné de rinceaux au milieu desquels un cartouche, soutenu par des anges, portait l'épitaphe de l'évêque, inscrite sur une plaque de cuivre. Cette plaque a disparu au moment de la Révolution, mais le texte nous en a été conservé par les Bénédictins dans la collection des Blancs-Manteaux (BibI. nat., tr. 22321). Blancs-Manteaux, t. XLV, p. 85.) et par Dom Taillandier (Histoire  ecclésiastique et civile de Bretagne, t. Il,p. LXIV. :

 

D.Thomas James, Jurium doctor, patria Albinus de Cormierio, patre Petro, Sixti papae tempore, arcis santi (sic) Angeli Romae castellano et Francisci Britonum ducis oratore ac procuratore, Penthevriaeque archidiacono. Leonensis episcopus creatus et paulo post in Dolensem episcopatum transfertur. Vir quidem optimus et divini cultus cupidus et assiduus. In derelequintes clemens pauperum, pupillorum et viduarum causas et vitam propria manu ita tutatus est, ut ab omnibus merito pater pauperutn diceretur. In religiosos benignus, virgines egenas elam dotabat; cilicio utens, bis aut ter in hebdomada jejunans; familiares parentum loco habens post bellorum turbines inter Francorum regem Carolum VIII et Franciscum Britannia ducem, Dolensisque civitatis diruptionem et ecclesiae depredationem vi factam, quae fuit 11 octobris 1482, et urbis et nundinarum et halle et castrorum atque molendinarum 
factus est restaurator; ab Alexandro Papa VI, ob ejus eximias virtutes, crucis defendendae beneficum ante se per diocesim et sibi et successoribus obtinuit ut in armis ac sigillis ubique palla possent . Dolenses episcopi uti. Ecclesiam mirifice fundationibus dotavit, juraque ecclesiae et dignitatum semper tutatus est : ornamentisque ex auro et serico, vasisque argenteis et auratis decoravit. Obiit praesul nonas aprilis, die Veneris sancta, hora nona, 1503. Passionem devote nudiendo et hic collacrymantibus omnibus sepelitur. Sedit annis uno et vigenti, diebus septem. Cujus anima requiescat In pace. Amen ». 

"M(essire) Thomas James, docteur en Droit, de Saint-Aubin du Cormier, fils de  Pierre James,  [qui ?] était, sous le pape de Sixte IV, [gouverneur] au château Saint-Ange  porte-parole et représentant du duc de Bretagne François II et archidiacre de Penthièvre est devenu évêque de Léon, et peu après transféré à l'évêché de Dol. Ce fut un homme excellent qui servait Dieu avec zèle et assiduité. Il était indulgent envers les coupables. Il défendit personnellement la cause et la vie des pauvres, orphelins et veuves, si bien que tous le reconnaissaient fort justement comme le père des pauvres. Généreux pour les religieux, il dotait secrètement les jeunes filles sans ressources ; il portait un silice et jeûnait deux ou trois fois par semaine ; il considérait les gens de son entourage comme parents ; après les troubles des guerres entre le roi de France Charles VIII et le duc de Bretagne François, la destruction de la ville de Dol et la mise à sac de son église le 11 octobre 1482, il restaura la ville, le marché, la halle, les fortifications et les moulins ; à cause de ses vertus exemplaires, le Pape Alexandre VI lui concéda, ainsi qu'à ses successeurs, le privilège de faire porter devant lui la Croix à travers son diocèse, , de sorte que les évêques de Dol pouvaient utiliser le Pallium partout dans leurs armoiries d'or et de soie, de vases d'argent et d'or. On l'ensevelit ici en écoutant pieusement le récit de la Passion, au milieu des larmes de tous. Il avait occupé le siège épiscopal durant vingt et un ans et sept jours. Que son âme repose en paix !' Amen." (d'après une traduction de Patrick Amiot 1986)


 

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Cénotaphe (pierre calcaire, Jean  Juste, 1507) de l'évêque de Dol Thomas James dans la cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile juillet 2018.

Cénotaphe (pierre calcaire, Jean Juste, 1507) de l'évêque de Dol Thomas James dans la cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile juillet 2018.

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"De chaque côté, des nielles, encadrées de pilastres et garnies d'une coquille, renferment les statues mutilées de la Force et de la Justice. " (Rhein, 1910)

Cénotaphe (pierre calcaire, Jean  Juste, 1507) de l'évêque de Dol Thomas James dans la cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile septembre 2018.

Cénotaphe (pierre calcaire, Jean Juste, 1507) de l'évêque de Dol Thomas James dans la cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile septembre 2018.

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Cénotaphe (pierre calcaire, Jean  Juste, 1507) de l'évêque de Dol Thomas James dans la cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile septembre 2018.

Cénotaphe (pierre calcaire, Jean Juste, 1507) de l'évêque de Dol Thomas James dans la cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile septembre 2018.

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Cénotaphe (pierre calcaire, Jean  Juste, 1507) de l'évêque de Dol Thomas James dans la cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile septembre 2018.

Cénotaphe (pierre calcaire, Jean Juste, 1507) de l'évêque de Dol Thomas James dans la cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile septembre 2018.

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Cénotaphe (pierre calcaire, Jean  Juste, 1507) de l'évêque de Dol Thomas James dans la cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile septembre 2018.

Cénotaphe (pierre calcaire, Jean Juste, 1507) de l'évêque de Dol Thomas James dans la cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile septembre 2018.

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Cénotaphe (pierre calcaire, Jean  Juste, 1507) de l'évêque de Dol Thomas James dans la cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile septembre 2018.

Cénotaphe (pierre calcaire, Jean Juste, 1507) de l'évêque de Dol Thomas James dans la cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile septembre 2018.

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Cénotaphe (pierre calcaire, Jean  Juste, 1507) de l'évêque de Dol Thomas James dans la cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile septembre 2018.

Cénotaphe (pierre calcaire, Jean Juste, 1507) de l'évêque de Dol Thomas James dans la cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile septembre 2018.

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Cénotaphe (pierre calcaire, Jean  Juste, 1507) de l'évêque de Dol Thomas James dans la cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile septembre 2018.

Cénotaphe (pierre calcaire, Jean Juste, 1507) de l'évêque de Dol Thomas James dans la cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile septembre 2018.

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Le coté gauche.

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Cénotaphe (pierre calcaire, Jean  Juste, 1507) de l'évêque de Dol Thomas James dans la cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile septembre 2018.

Cénotaphe (pierre calcaire, Jean Juste, 1507) de l'évêque de Dol Thomas James dans la cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile septembre 2018.

Cénotaphe (pierre calcaire, Jean  Juste, 1507) de l'évêque de Dol Thomas James dans la cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile juillet 2018.
Cénotaphe (pierre calcaire, Jean  Juste, 1507) de l'évêque de Dol Thomas James dans la cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile juillet 2018.

Cénotaphe (pierre calcaire, Jean Juste, 1507) de l'évêque de Dol Thomas James dans la cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile juillet 2018.

Cénotaphe (pierre calcaire, Jean  Juste, 1507) de l'évêque de Dol Thomas James dans la cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile juillet 2018.

Cénotaphe (pierre calcaire, Jean Juste, 1507) de l'évêque de Dol Thomas James dans la cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile juillet 2018.

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Les médaillons des cotés du "tombeau".

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Sur les faces latérales,se trouvent les médaillons des deux neveux de l'évêque d'un type purement italien, exceptionnel en France pendant la première moitié du XVI siècle. 

1°) Le médaillon du coté gauche. hauteur 45 cm.

 

"A gauche, Jean James, qui fit élever le tombeau, est représenté coiffé d'un bonnet à gland [sic], au milieu d'une couronne de feuillage que contourne une banderole sur laquelle on lit SPES MEA IN DÑO. [Mon espoir dans le Seigneur].  Au-dessous, se trouve l'inscription suivante :



DO : JO : JAMES : JUR : LAUREATUS 

LEHONII : CO~MENDA : AC HUIUS 

ECCLIE : THESAU : ET CANO : ETAT 

XXXI ANNI : M : Vcc : VII. " (d'après Rhein 1910).

Je trancris maladroitement : Dominus ? Johannis James juris laureatus Lehonii commendatarius  ac huius ecclesiae thesaurus et canonicus aetat  31 anni 1507.

Et je traduis :

"Maître Jean James, licencié en droit, [prieur]  commendataire de [l'abbaye] de Léhon, et trésorier et chanoine de cette église [de Dol], âgé de 31 ans, 1507."

  Ces médaillons sont typiquement florentins par la forme du bonnet carré porté par le chanoine, par la coupe de cheveux, la chemise courte ; chanoine séculier dont rien ne laisserait deviner l'état ecclésiastique si l'inscription ne le précisait pas. 



 

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Cénotaphe (pierre calcaire, Jean  Juste, 1507) de l'évêque de Dol Thomas James dans la cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile juillet 2018.
Cénotaphe (pierre calcaire, Jean  Juste, 1507) de l'évêque de Dol Thomas James dans la cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile juillet 2018.

Cénotaphe (pierre calcaire, Jean Juste, 1507) de l'évêque de Dol Thomas James dans la cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile juillet 2018.

Cénotaphe (pierre calcaire, Jean  Juste, 1507) de l'évêque de Dol Thomas James dans la cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile septembre 2018.

Cénotaphe (pierre calcaire, Jean Juste, 1507) de l'évêque de Dol Thomas James dans la cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile septembre 2018.

2°) Médaillon du coté droit : François James.

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À droite, est placé  le médaillon représentant François James, frère du précédent, avec l'inscription lue par Rhein ainsi:



M: FRANCISCV[S].. 

JAMES : HVIVS : ECCL

SCOLASTICVS : AS : CA 

CONDITORIS FRATER 1507." (Rhein 1910)

Transcription : Magister ? Franciscus James huius ecclesiae scholasticus as canonicus conditoris frater 1507.

Traduction : Maître François James scholastique et chanoine de cette église et frère [du précédent] 1507.

Maistre François James est donné comme propriétaire de la métairie de Villemain à Bagué-Morvan dans la Réformation de la noblesse de l'évêché de Dol en 1513 (tandis que feu maistre Thomas James évesque de Dol possédait la métairie du Clos à Carfantein, métairie sur laquelle il fonda son obit).

Ce neveu est mentionné dans une lettre adressée à l'évêque de Dol par Attavante à propos de son missel : :« A questi di èpassalo di qui M. Francesco, nipote ..., con una vostra lettera. — Aujourd'hui est passé ici messire François, neveu de ..., avec une lettre de vous, » par laquelle on priait Attavante de remettre à ce neveu le missel de l'évêque breton. Les points de suspension de l'édition sont faciles à remplir, au moins comme sens. C'est François James qui est allé à Florence vers 1483, chez Attavante, et il faut lire: « Messire François, neveu de l'évêque Thomas James, » ou mieux encore « neveu de l'évêque de Dol ».

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Cénotaphe (pierre calcaire, Jean  Juste, 1507) de l'évêque de Dol Thomas James dans la cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile juillet 2018.

Cénotaphe (pierre calcaire, Jean Juste, 1507) de l'évêque de Dol Thomas James dans la cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile juillet 2018.

Le cénotaphe de Thomas James dans l'ancienne cathédrale de Dol par Jean et Antoine Juste en 1507.

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Cénotaphe (pierre calcaire, Jean  Juste, 1507) de l'évêque de Dol Thomas James dans la cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile juillet 2018.

Cénotaphe (pierre calcaire, Jean Juste, 1507) de l'évêque de Dol Thomas James dans la cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile juillet 2018.

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Conclusion.

Le monument funéraire de l'évêque Thomas James à Dol-de-Bretagne doit être replacé dans la succession des monuments de ce type en France au XVe et XVIe siècle, comme ceux, d'influence gothiques du duc Jean de Berry à Bourges ou ceux des ducs de Bourgogne à la Chartreuse de Champmol  pour  évaluer l'influence de l'art italien de la fin du XVIe

Xenia Constabel a mené cette comparaison dans sa thèse, et elle confronte le Cénotaphe de Dol avec un ensemble de sept autres monuments relevant de la même influence :

 

"La période comprise entre 1494 et 1512 montre une multitude d'éléments «anciens» en sculpture funéraire introduits dans toute la France, bien que la majorité de la Renaissance les monuments ne furent pas installés avant le début du nouveau siècle. Au lieu d'assumer un succès prédéterminé de l'art de la Renaissance italienne par rapport à son prédécesseur gothique, il est donc nécessaire d'examiner l'impact de l'opportunité historique et géographique de sculpture «antique» sur l'art funéraire français. Sur un échantillon de dix-sept monuments subsistants mis en service, construits ou achevés entre 1494 et 1512, seuls huit monuments peuvent être distingués directement sous l'influence de l'italien réfléchi et engagé avec le discours sociopolitique, c'est-à-dire construits en Italie, utilisant des matériaux italiens, des ornements «anciens» ou de l'artisanat italien. Les huit monuments antiques ont été commandés par des patrons du plus haut ordre social: trois ont été commandés par Louis XII ou son épouse Anne de Bretagne; deux étaient commandés par des nobles notables; et trois par des membres de la noblesse ou du clergé.

-Les monuments commandés par le couple royal étaient le tombeau des ducs d'Orléans ; le monument de François II duc de Bretagne et son épouse à Nantes; et le monument de Charles Orland et Charles de France (les enfants décédés de Charles VIII et Anne de Bretagne) à Tours.

-Les tombeaux de Raoul de Lannoy (décédé en 1513) et de son épouse à Folleville, et de Louis de Blanchefort à Ferrières-en-Gâtinais, commandés par de grands nobles.

-Dans la dernière catégorie, il y a les tombeaux de Mgr Thomas James à Dol-de-Bretagne et de Mgr Guillaume Guéguen à Nantes.

On peut aussi compter les restes de l'enfeu de Claude de Saint-Marcel à Montbrison dans cette catégorie.

En examinant des exemples spécifiques de ces trois catégories de patron, ce chapitre suggère que les expéditions italiennes ont ouvert une fenêtre d'opportunités politiques et artistiques à la fois à la royauté et à la noblesse. Il propose qu'entre 1494 et 1512 des éléments «antiques» de la sculpture funéraire aient été choisis de manière active et délibérée par leurs clients pour utiliser, représenter et renforcer leurs intérêts professionnels et politiques en Italie." (X. Constabel)

 

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SOURCES ET LIENS.

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— AMIOT Patrick, 1986 Dol-de-Bretagne d'hier à aujourd'hui.

 

— BARDATI (Flaminia)  &  MOZZATI (Tomasso), Des collines florentines à Tours: Antoine Juste et sa famille.

ttps://www.academia.edu/2433298/Des_collines_florentines_%C3%A0_Tours_Antoine_Juste_et_sa_famille

— BARDATI (Flaminia)  &  MOZZATI (Tomasso), Jérôme Pacherot et  Jean et Antoine Juste : artistes italiens à la cour de France, Studiolo 9, varia

— CONSTABEL (Carla Rebecca), 2014,  Northern French Tomb Monuments in a Period of Crisis, c. 1477-1589 Thesis submitted for the degree of Doctor of Philosophy, :Department of the History of Art and Film University of Leicester

https://ethos.bl.uk/OrderDetails.do;jsessionid=5FA05D63C97BF982D475C75A63F1FFB0?uin=uk.bl.ethos.631521

pdf en ligne

— COUFFON (René), La cathédrale de Dol.

http://bibliotheque.idbe-bzh.org/data/cle_42/La_CathAdrale_de_Dol__.pdf

— GAUTIER (Toussaint) 1860, Cathédrale de Dol. Histoire de sa fondation, son état ancien et son état ...

— KERBEUZEC (Henri de)  [abbé F. Duine] Le Tombeau de Thomas James dans la cathédrale de Dol, Rennes, Plihon et Hervé, 1895, In-18°, 40 pages. (non consulté)

https://books.google.fr/books/about/Henri_de_Kerbeuzec_abb%C3%A9_F_Duine_Le_Tomb.html?id=PkVyQwAACAAJ&redir_esc=y

— MONTAIGLON (Anatole de) 1875, La famille des Juste en Italie et en France [I], Gazette des beaux-arts, 12 (1875), pp. 385-404

https://archive.org/stream/gazettedesbeauxa37pari#page/394/search/james

— MONTAIGLON (Anatole de) 1875,  ‘La famille des Justes en France [II]’, Gazette des beaux-arts, 12 (1875), pp. 515-526 

— MONTAIGLON (Anatole de) 1876, --- ‘La famille des Justes en France [III]’, Gazette des beaux-arts, 13 (1876), pp. 552-568.

— MONTAIGLON (Anatole de) 1876, --- “La famille des Juste en France [IV].” Gazette des Beaux-Arts, 13 (1876), pp. 657-670.

— MURATORA ( Xenia), 2000 "The tomb of Bishop Thomas James in the cathedral of Dol: a monument of the Early Italian Renaissance in Gothic Brittany," England and the Continent in the Middle Ages: Studies in Memory of Andrew Martindale. Proceedings of the 1996 Harlaxton Symposium, Ed. John Mitchell and Matthew Moran, Stamford, 2000, pp 349-364

— Base Palissy

http://www2.culture.gouv.fr/public/mistral/palissy_fr?ACTION=CHERCHER&FIELD_1=REF&VALUE_1=IM35004610

— RHEIN (André), 1910, La cathédrale de Dol, par M. André Rhein Bulletin Monumental 1910 pages 369-433

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k311003/f552.item.texteImage

— VITRY (Paul), 1901, Michel Colombe et la sculpture française de son temps.Paris, Lib. centrale des beaux-arts. Pages 205-218.

https://archive.org/stream/michelcolombeetl00vitruoft#page/204/search/James

 

"Tombeau de Thomas James à Dol.

A quelle date les Juste arrivèrent-ils en France ? Il n'est pas très facile dire d'une façon exacte. Mais l'œuvre la plus ancienne à laquelle leur nom soit attaché est le tombeau de Thomas James, évêque de Dol.

Ce Thomas James était un de ces évoques dont nous avons parlé plus haut, que leurs fonctions avaient, dès le xve siècle, appelés au delà des monts, et qui avaient appris de bonne heure à connaître et à goûter l'art italien. Mais rien ne nous prouve que, relégué dans son évêché breton, il ait personnellement exercé une grande influence autour de lui sur le mouvement italianisant. [Note Nous savons qu'il avait commandé un missel au miniaturiste Altavante et qu'il l'envoya chercher par son neveu François James. (Cf. Leltere Pittoriclie, 1822, Milan, III, p. 328-9.) ]

Nous savons aussi qu'il se trouvait à Rome au moment où il fut nommé évêque de Léon, en 1478, et qu'il se fit faire à ce moment un sceau épiscopal par un artiste italien. Ce sceau représentait une Annonciation, sous un édicule de forme classique. (Cf. A- Ramé, Note sur le sceau de Thomas James, évêque de Léon et de Dol, Bull, archéol. du Comité des trav. historiques, 1882, p. 449-434, grav.) Il ne paraît même pas, ainsi que Commines, avoir songé lui- même à se préparer un tombeau selon ses goûts. Ce sont ses neveux, Jean et François James, les inscriptions du monument en font foi, qui se chargèrent de ce soin.

Ce tombeau de Dol a été signalé par Mérimée dès 1836 (Notes d'un voyage dans l'Ouest, 1836, p. 117). Il est très célèbre aujourd'hui et très souvent cité pour sa signification historique. Il est loin cependant d'être égal à sa réputation, au point de vue artistique.

Thomas James était mort en 1504 ; la date de 1507, plusieurs fois répétée sur le monument, fait supposer que le tombeau ne fut terminé qu'à cette époque. D'autre part, on lit sur le grand pilastre de gauche, entre le j^iédestal et le fût, cette inscription tracée en lettres gothiques très simplifiées : « Scelfe struxit opus magisler islud Jolies cujus cognomen est Justus et Florentinus. » Jean Juste serait donc, d'après cette inscription, l'auteur du tombeau de Dol. [1. D'après les dates citées tout à l'heure, celui-ci n'aurait eu que vingt ans en 1504 et l'on a supposé avec raison, semble-t-il, que cette inscription avait pu être ajoutée après coup lorsque Jean Juste eut atteint plus tard toute sa renommée. (Cf. Giraudet, Artistes tourangeaux, 229.) ]En réalité il avait dû être aidé par son frère aîné Antoine, arrivé sans doute en France en même temps que lui et que nous allons trouver immédiatement après occupé à des travaux importants à Gaillon.

C'est donc très vraisemblablement entre 1504 et 1507 qu'Antoine et Jean Juste apparurent pour la première fois en France, appelés par les neveux de Thomas James. Remarquons que cette date coïncide avec celle de presque toutes les grandes œuvres italiennes importées ou exécutées sur place, dix ou douze ans seulement, en général, après le retour de Charles VIII .

 Ce monument ne fut-il pas, comme bien d'autres, apporté tout fait d'Italie ? Cela ne parait pas probable, surtout à cause de la matière dans laquelle il est taillé, matière qui n'est pas le marbre, mais une pierre tendre comme celle de la vallée de la Loire.

La composition du monument est ici absolument différente du type du tombeau français : elle comprend un petit édicule en forme de tabernacle adossé à l'italienne, celui-ci est couronné par un fronton et emboîté lui-même dans un second édicule de forme analogue surmonté d'un autre fronton. Tous les éléments décoratifs, pilastres, entablements, tympan, écoinçons, en sont assez mal agencés, et leur ensemble incohérent dénote une certaine inexpérience. Le tout est couvert à profusion de ces ornements qui commencent à être si fréquents, même en France : arabesques, rinceaux, dauphins accouplés, etc. ; les pilastres de l'intérieur surtout sont d'une finesse de ciselure remarquable et d'une virtuosité que n'avaient pas encore atteinte et que n'atteindront même jamais nos français italianisés ; les deux pilastres de l'extérieur rappellent vaguement ceux de l'encadrement de Solesmes, mais ils sont beaucoup plus grêles et plus classiques avec leurs médaillons, leurs vases, leurs satyres, etc.

Quant à la statue du personnage qui devait figurer dans cette espèce d'enfeu, elle a complètement disparu, toutefois les dimensions très restreintes de la place qui lui étaient réservée nous font supposer qu'elle devait être ou bien ridiculement étriquée, ou bien à demi couchée dans une pose contournée que l'on n'avait pas encore pu voir en France et qui n'entrera dans les habitudes que vers le milieu du xvie siècle '. Notons enfin, sur le devant du soubassement, dans des niches à coquilles, les traces de deux figures de Vertus, la Force et la Justice. Au fond de l'enfeu, deux anges volants en demi-relief; enfin sur les côtés du sarcophage, deux médaillons représentant les profils des deux frères James. Ces médaillons, d'une exécution un peu molle, sont d'un type purement italien : les quattrocentistes avaient réalisé sous cette forme des chefs-d'œuvre incomparables ; mais nous ne la trouverons reprise que très tard dans l'art français du milieu et de la fin du xvie siècle : les médaillons de Dol sont des œuvres isolées et qui resteront sans influence immédiate.

Donc si l'on met de côté quelques éléments très spéciaux à l'art italien qui ne s'acclimateront jamais en France, ou seulement beaucoup plus tard, ce qu'il faut retenir de cette œuvre nouvelle, c'est encore sa partie décorative, qui allait simplement augmenter la masse des documents livrés à l'activité de nos ornemanistes avides de revêtir la livrée italienne, en admettant même que ce monument ait pu exercer quelque influence, perdu comme il l'était au fond de sa Bretagne.[sic !]"

— WIKIPEDIA

 Médaillon représentant Jean James, neveu de l'évêque Thomas James. Détail du tombeau de Thomas James en la cathédrale Saint-Samson de Dol-de-Bretagne (35).

https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Dol-de-Bretagne_(35)_Tombeau_de_Thomas_James_04.JPG

Médaillon représentant François James, neveu de l'évêque Thomas James. Détail du tombeau de Thomas James en la cathédrale Saint-Samson de Dol-de-Bretagne (35).

https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Dol-de-Bretagne_(35)_Tombeau_de_Thomas_James_05.JPG

Sceau de 1478 :

— RAMÉ (Alfred), Note sur le sceau de Thomas James, évêque de Dol.

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k856630c.image

— MISSEL REALISE PAR ATTAVANTE EN 1483

— DEUFFIC (Jean-Luc), 2007,   « Attavante degli Attavanti et le missel de Thomas James, évêque de Dol (+ 1504) » [archive], sur Pecia, le manuscrit médiéval.

http://blog.pecia.fr/post/2007/08/12/Attavente-et-le-missel-de-Thomas-James-eveque-de-Dol-1504

—DELISLE Léopold

https://www.persee.fr/doc/bec_0373-6237_1882_num_43_1_447089

—Images :

https://fr.wikipedia.org/wiki/Missel_de_Thomas_James

https://bvmm.irht.cnrs.fr/resultRecherche/resultRecherche.php?COMPOSITION_ID=7246

https://bvmm.irht.cnrs.fr/iiif/12483/canvas/canvas-1333478/view

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Published by jean-yves cordier
24 juillet 2018 2 24 /07 /juillet /2018 09:46

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PRÉSENTATION.

Voir Wikipédia

Les fenêtres hautes du transept.


 L'ensemble de la vitrerie de la cathédrale montre une réelle unité formelle. Alors que les fenêtres basses qui ont conservé leurs vitraux d'origine sont toutes narratives et racontent les vies du Christ, de la Vierge et des saints dont les cycles comprennent de nombreuses scènes disposées suivant des compositions géométriques variées, les fenêtres hautes sont occupées par de grandes figures de saints présentés debout au-dessus d'un ou deux épisodes de leur vie, ou bien par trois ou quatre scènes hagiographiques superposées, d'une échelle assez ample pour être bien lisibles depuis le sol. Les représentations des corporations de métiers, surtout dans les fenêtres basses, et des seigneurs et ecclésiastiques, surtout dans les baies hautes, attestent des nombreuses donations dont la cathédrale a bénéficié. (Grodecki 1981, C. Lautier 2003)

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Plan annoté d'après la figure publiée par Lautier 

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D'après Lautier , Bullmo, https://www.persee.fr/doc/bulmo_0007-473x_2003_num_161_1

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Un ensemble de 12 baies du transept datant de 1225-1235.

Voir  culture.gouv.

Parmi les fenêtres hautes de la cathédrale, se remarque l'ensemble des 12 verrières figurées du transept (baies 115 à 120, 123 à 128) qui entourent les deux grandes roses des baies 121 et 122. L'ensemble des verrières est daté entre 1225 et 1235, sauf la baie 123 du dernier quart du 13e siècle.


 

Dans cet ensemble, les baies du coté nord, autour de la rose glorifiant la Vierge-Reine des Cieux et Sainte Anne, sont vouées à la Vie de la Vierge (à l'ouest) et aux Apôtres présentés deux par deux au dessus de prêtres donateurs.

Les fenêtres du coté sud du transept, tentent de répondre également à l'exigence de placer des couples de personnages, qui sont soit les  apôtres Pierre et Paul, soit les prophètes (Osée et ?, Michée et Malachie), soit des saints associés car ils sont deux frères (Gervais et Protée, Côme et Damien, peut-être Crépin et Crépinien). Cette unité iconographique souffre d'exceptions, soit par notre incapacité à identifier les personnages, soit parce que d'autres principes s'appliquent, notamment la possession de reliques, et l'existence d'autels présents à proximité, comme l'a magistralement montré Claudine Lautier (figures 7 et 16).


 

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Les trois fenêtres hautes du coté oriental de la baie sud du transept : 116, 118 et 120.

Dans ce sous-ensemble du transept sud, découpons encore un groupe, dont l'unité vient de ce qu'il s'offre au regard du fidèle tourné vers le déambulatoire : les trois baies voisines 116, 118 et 120. Chaque baie renferme quatre grands personnages accouplés deux à deux, et deux donateurs plus petits.

La baie 116 montre, sous une rose où siège Jean-Baptiste, deux saints traditionnellement identifiés comme Christophe  et Nicaise , ainsi que saint Denis remettant l'oriflamme à Jean Clément du Metz. Les donateurs sont le prêtre Geoffroy, et Jean Clément du Metz par ses armoiries.

La baie 118 montre sous une rose consacrée à la Vierge à l'Enfant les saints Gervais et Protais et Côme et Damien, le donateur étant encore un prêtre du nom proche de Geoffroi.

La baie 120  montre sous une rose consacrée à la Vierge à l'Enfant deux prophètes dont Osée, et le donateur Pierre Mauclerc.

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La baie 116.

C'est une verrière à 2 lancettes et une rose à 8 lobes et 16 ajours ; les lancettes mesurent  6,67 m de haut  et 2,58 m de large, tandis que la rose mesure environ 4,50 m.

Réalisée en 1228-1231 (Grodecki) au moment même où le transept sud a été édifié, elle a été restaurée à la fin du 19e siècle, puis  en 1920-1921 par Gaudin  et enfin vers  2010 par l'atelier Peters à Paderborn (Allemagne).

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La baie 116 du transept sud de la cathédrale de Chartres. Photographie lavieb-aile juillet 2018.

La baie 116 du transept sud de la cathédrale de Chartres. Photographie lavieb-aile juillet 2018.

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La lancette a (à gauche): deux saints et un donateur, le prêtre Geoffroy.

Bordure bleue, rouge et blanche de losanges et de rosettes. Fond des dais rouge.

" Deux grandes figures : 1° Saint Christophe, en robe jaune foncé et en manteau bleu, tient un livre ; une inscription semi-grecque porte : s. XPOFOR ; 2° Saint Nicaise, en robe verte et manteau bleu, avec un livre ; on lit : S : NICHASIVS. Dans le bas, on voit le donateur du vitrail, le prêtre Geoffroi, Gaufridus, ou comme le porte l'inscription : IEFROI ; il est debout et joint les mains devant un autel chargé d'une grande croix bleue ; ses vêtements sacrés sont l’amict vert, l’aube blanche, la dalmatique jaune et la chasuble bleue."

 

 

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La demi-lancette gauche. Un saint prêtre ou moine nommé Christophore.

Ce personnage nimbé tient un livre dans la main gauche et tend un index d'argumentation avec son voisin. Il est tonsuré, la calotte rasée étant entourée d'une couronne de cheveux bruns.

Dans le sommet ogival du dais est inscrit en lettres capitales romaines les mots :

S+ P~FOR' 

La première lettre est l'abréviation de Saint ou  de Sanctus.

L'abbé Bulteau a lu S XP(tildé)OFOR

 Le tilde (la barre horizontale) placée au dessus du P et du O témoigne d'une ou de plusieurs lettres absentes.

L'apostrophe qui suit le R est très vraisemblablement l'abréviation de la terminaison latine -us.

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L'hypothèse de lire ici S. X[ist]poforus est judicieuse, car cette forme, y compris celle Xpoforus, est bien attestée en paléographie, et trouve toujours sa signification en Christophorus, "Christophe". L'inscription indique donc avec une quasi certitude SANCTUS CHRISTOPHORUS, "Saint Christophe".

C'est aussi la lecture d'APM Gilbert en 1824..

La difficulté vient du fait que le personnage ne correspond absolument pas à saint Christophe, dont l'iconographie a certes évolué, mais qui se caractérise par sa taille de géant, son bâton, et par l'enfant qu'il porte sur ses épaules. 

Au contraire, le personnage est un saint (nimbe) moine (tonsure), et peut-être abbé fondateur d'un Ordre (livre, la Règle ?), bien que ce livre soit placé assez systématiquement entre les mains des saints des autres lancettes (saint Nicaise ou saint Denis ici, saints Côme et Damien, Gervais et Protais en baie 118).

Cette discordance a été remarquée par l'abbé Yves Delaporte dans Les Vitraux de la cathédrale de Chartres, 1926, page 442-443, cité par James Bugslag en note de sa page 492 :

"As with some of the other inscriped names accompanying saints and prophets in the transept clerestory glass, these do not unproblematically signal the identity of these figures. Delaporte has pointed out that the attributes and dress of the two saints are at variance with the inscribed names and suggested that the images might be composite. The problem has yet to be adressed systematically."

C. Lautier cite aussi l'avis de ces deux auteurs. Le site Wikipedia dédiée aux vitraux de la cathédrale indique "Gauche : 2 saints inconnus" dans sa description de la baie 116. Toutes les autres descriptions, y compris celle de Bulteau, celle de Grodecki, ou celle des Amis de la cathédrale (mécènes de la restauration de la baie) identifient le personnage avec saint Christophe.

Ce n'est pas moi qui donnerait, bien-sûr, la solution. J'ai tenté de voir si l'inscription pouvait être lue différemment, (Carpoforus), mais j'ai écarté cette hypothèse. J'ai envisagé qu'il puisse exister plusieurs saints Christophe, puisque le plus connu porte le nom de "saint Christophe de Lycie". C'est peut-être ma meilleure suggestion, puisqu'il existe effectivement six autres saints Christophe : 

  • Christophe d'Antioche (iiie siècle), martyr à Antioche ; célébré localement le 9 mai.
  • Christophe de Nicomédie, († 303), compagnon de saint Georges ; célébré les 20 et 24 avril.

  • Christophe de Palestine (vie siècle), ou Christophe le Romain, moine ; célébré le 30 août.

  • Christophe de Saint-Sabas († 797), moine au Monastère Mar Saba, martyr ; célébré le 14 avril.

  • Christophe de Cordoue († 852), avec Léovigild, si désireux de connaître le martyre qu'ils allèrent volontairement trouver leur juge Maure ; célébrés localement le 20 août

  • Christophe de Collesano (xe siècle), moine au mont Mercure en Lucanie ; célébré le 17 décembre.

Pour valider cette hypothèse, il faudrait que l'un d'entre eux figure à l'Ordinaire de Chartres, ou que son culte soit attesté dans le diocèse. 

Saint Christophe de Romagnola présente l'intérêt d'avoir été franciscain ; il n'a pas le titre de saint, mais celui de bienheureux. Il mourut à Cahors où il avait été envoyé par saint François. Mais il est mort en 1272, après la date de réalisation du vitrail.

 

Par ailleurs, nous pouvons nous interroger sur la date de l'inscription. Elle occupe une place inhabituelle, puisque le nom des saint Nicaise, Côme et Damien figure en latin entre les pieds des grands personnages. A-t-elle été placée là à la suite d'une restauration, provient-elle d'une autre baie ?

Enfin, est-ce le personnage qui a été modifié ? Aucune modification minime ne pourrait transformé notre quidam en un gigantesque Christophe porteur du Christ. Néanmoins, la tête du moine aurait été modifiée.

Une information est donnée par l'atelier Peters, verrier qui a restauré la baie :

"La restauration de la fenêtre haute n° 116 de la cathédrale Notre-Dame de Chartres par les ateliers Peters à Paderborn La baie 116 a été datée de la première moitié du 13e siècle, entre 1228 et 1231. Il s’agit de deux baies géminées surmontées d’une rosace dans la claire-voie du transept sud. Chacune des deux baies représente deux personnages plus grands que nature, qui se font face. La rosace est composée d’un oculus central et de huit lobes entourés de douze quadrilobes plus petits. Dans la lancette A est représenté à gauche, un clerc tonsuré, et à droite, un personnage identifié comme saint Niçaise. Les deux personnages sont nimbés et portent un livre comme attribut. Au-dessus de la tête du clerc on peut lire l’inscription S.X[- IST]OFO- R[US], ce qui permet de l’identifier comme saint Christophore. Le lectionnaire de Chartres toutefois décrit ce personnage simplement comme un laïque barbu, de très grande taille, ce qui laisserait planer un doute."

 

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La baie 116 du transept sud de la cathédrale de Chartres. Photographie lavieb-aile juillet 2018.

La baie 116 du transept sud de la cathédrale de Chartres. Photographie lavieb-aile juillet 2018.

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La baie 116 du transept sud de la cathédrale de Chartres. Photographie lavieb-aile juillet 2018.

La baie 116 du transept sud de la cathédrale de Chartres. Photographie lavieb-aile juillet 2018.

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La demi-lancette droite. Saint Nicaise.

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"Saint Nicaise, en robe verte et manteau bleu, avec un livre ; on lit : S : NICHASIVS." (Bulteau"

"Le personnage à droite est identifié par l’inscription S.NICHASIVS sous ses pieds. Les deux personnages se caractérisent par un corps étiré plus grand que nature ainsi que par leur attitude figée et peu naturelle. La partie inférieure de la baie est consacrée au prétendu donateur, un religieux, debout, qui lève ses deux mains jointes dans un geste de prière. En face de lui, une croix et un tissu blanc avec des franges dorées, identifié, semble-t-il, comme drap de naissance du Christ." (Peters)

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Bien que les auteurs prennent, à la suite du chanoine Yves Delaporte,  l'identification de saint Nicaise avec des pincettes et des points d'interrogation, sa présence dans les vitraux de la cathédrale peut s'appuyer sur trois ordres de fait, d'ailleurs reliés : je cite ici Claudine Lautier.

a) La possession de reliques.

 

 "Le reliquaire dit « des Maries », haut de onze pouces, était composé d'un « petit donjon antique, d'orfèvrerie à jour », portant un cylindre de cristal empli de trois groupes de reliques. Dans le premier paquet, l'authentique désignait le lait de la Vierge, le bois de la croix de saint Pierre, les os de saint Paul et de saint Barthélémy, ceux de saint Luc et de saint Marc, et une relique de sainte Marguerite. Si la plupart d'entre elles pouvaient être d'origine byzantine, toutes coïncident avec des saints représentés dans les vitraux. Dans le second paquet étaient les reliques de sainte Cécile et des saints Vincent, Nicaise, Germain de Paris, Eloi évêque de Noyon, Euverte évêque.

Parmi les reliques contenues dans le second paquet conservé dans le reliquaire des Trois Maries, seules celle de saint Vincent et celle de saint Nicaise peuvent être mises en rapport avec des saints figurés dans les vitraux. Le côté hétéroclite du rassemblement de ces reliques, sans doute issues de plusieurs reliquaires disparus à une époque indéterminée, ne permet aucune supposition sur leur provenance pas plus que sur la date de leur arrivée respective dans le trésor.

Le cas de saint Nicaise est plus troublant. Dans la lancette gauche de la baie 116, il est aux côtés de saint Christophe, du moins c'est ainsi que les inscriptions nomment les deux saints. Le chanoine Delaporte conteste l'identification des deux personnages, car il refuse de reconnaître en Christophe la figure du jeune homme tonsuré et imberbe désigné par l'inscription, et en Nicaise le personnage qui ne porte aucun attribut pontifical . Mais peut-être faut-il reconnaître en saint Nicaise non pas l'illustre évêque rémois, mais l'évangélisateur du Vexin et du pays de Meulan au IVe siècle, dont le prieuré Saint-Nicaise de l'île-de-Meulan, du diocèse de Chartres, conservait le corps . Les deux saints, curieusement associés dans une même lancette, ne bénéficient pas d'un culte très important d'après les ordinaires; une chapelle de la crypte était cependant dédiée à saint Christophe."

b) les textes liturgiques.

"Le premier ordinaire, bien connu, a sans doute été rédigé vers 1225- 1235, c'est-à-dire peu après que les chanoines eurent pris possession de leurs stalles dans le chœur, à un moment où les cérémonies pouvaient prendre toute leur ampleur dans une église pratiquement achevée. Le texte liturgique est bien structuré, car le temporal et le sanctoral sont séparés, et le parcours et l'organisation des processions sont clairement décrits. Il permet donc d'analyser la solennité que l'on donnait aux fêtes de l'année liturgique ou à celles des saints du calendrier chartrain. L'importance relative de ces dernières est révélée par le nombre de « leçons » lues le jour de la fête du saint, racontant sa vie et ses mérites : une simple mémoire, trois leçons ou neuf leçons. L'autre texte est aussi un ordinaire rédigé entre 1152 et 1173, analysé par Delaporte dans la publication de l'ordinaire du XIIIe siècle, et dont il tire de son incipit le nom de Veridicus.

Saint Nicaise bénéficiait de trois leçons au jour de sa fête le 11 octobre, tandis que saint Christophe n'avait droit qu'à une simple mémoire le 25 juillet."

c) les possessions et dépendances.

 

"Aux nombreux établissements du diocèse de Chartres dédiés à la Vierge ou à la Trinité  s'ajoutaient des fondations dont les vocables trouvent en quelque sorte un relais dans le décor monumental de la cathédrale, en particulier dans les vitraux.

Parmi les prieurés bénédictins importants figurait Saint-Nicaise sur l'île de Meulan, qui dépendait du diocèse de Chartres, alors que la ville était du diocèse de Rouen. Donné en 1095-1098 à l'abbaye normande du Bec, le prieuré conservait le corps de Nicaise, évangélisateur du Vexin et du pays de Meulan. Il était favorisé par les évêques de Chartres, et c'est son saint patron qui est représenté dans la baie 116 du transept de la cathédrale . L'abbaye Saint-Denis de Nogent-le-Rotrou, fondée vers 1028- 103 par Geoffroy III, vicomte de Châteaudun, devint prieuré clunisien en 1090 et richement dotée, ce qui lui permit de fonder par la suite de nouveaux prieurés. Saint Denis, dont le trésor conservait une relique, était représenté plus d'une fois dans la vitrerie de la cathédrale." (C. Lautier)

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Nous aurions donc ici la représentation de saint Nicaise, apôtre et martyr du Vexin avec ses compagnons Quirin et Scuvicule, mais placé ensuite à la tête de la liste des évêques de Rouen et inscrit à ce titre dans tous les martyrologes et calendriers liturgiques normands.  Notons qu'il est présenté dans la Passio Nigasii comme un compagnon de saint Denis (Louis Violette).

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La baie 116 du transept sud de la cathédrale de Chartres. Photographie lavieb-aile juillet 2018.

La baie 116 du transept sud de la cathédrale de Chartres. Photographie lavieb-aile juillet 2018.

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Le registre inférieur : le donateur.

À droite, le donateur le prêtre Geoffroy.

La partie inférieure de la baie est consacrée au donateur, un prêtre, debout, qui lève ses deux mains jointes dans un geste de prière. La description de Bulteau est très précise : "Dans le bas, on voit le donateur du vitrail, le prêtre Geoffroi, Gaufridus, ou comme le porte l'inscription : IEFROI ; il est debout et joint les mains devant un autel chargé d'une grande croix bleue ; ses vêtements sacrés sont l’amict vert, l’aube blanche, la dalmatique jaune et la chasuble bleue." Ajoutons que ce prêtre en habit de célébrant est tonsuré. 

Bulteau assimile IEFR / OI à Gaufridus, un père de famille qui apparaît en donateur avec son épouse et ses enfants sur la baie 101 de l'abside du chœur, portant peut-être la besace des pèlerins de Compostelle.  Il s'agit du chevalier (miles) Geoffroy de Dillonvilliers de Gallardon, Eremburge, sa femme, et Raoul, leur fils aîné, qui apparaissent dans le capitulaire chartrain en 1210 et 1212 : Le cartulaire de Notre-Dame-de-Chartres de mars 1210 mentionne Gaufridus de Galardone : 

Geoffroy de Gallardon, Eremburge, sa femme, et Raoul, leur fils aîné, vendirent au Chapitre, pour 140 livres chartraines, tout ce qu'ils possédaient de cens et de surcens dans la Banlieue de Chartres. . ( cf. concernant le nom, l'abbaye de Bonneval à Gallardon, non loin de Chartres).

On trouve aussi cette famille, portant les coquilles de pèlerinage, comme donatrice de la baie 136 sous saint Jacques.

Néanmoins, Gaufridus est ici le prénom du donateur, et non un nom de famille. 

   Le manuscrit Chartres ms 330 de le 2ème moitié du XIIIe siècle provenant du chapitre de la cathédrale, mentionne Gaufridus de Trano, auteur de Summa super titulis Decretalium.

Cette assimilation ou ce rapprochement du prêtre [G]IEFROI avec le donateur Gaufridus des baies 101 et 136 n'est donc pas licite. Ce clerc ne peut être identifié. Mais c'est très vraisemblablement le donateur de la baie 118, très similaire et accompagné de l'inscription tronquée IEF / OI.

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La baie 116 du transept sud de la cathédrale de Chartres. Photographie lavieb-aile juillet 2018.

La baie 116 du transept sud de la cathédrale de Chartres. Photographie lavieb-aile juillet 2018.

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En face de lui, un autel  recouvert d'un drap blanc frangé supporte   une croix bleue pattée. Des médaillons à quatrefeuilles sont accrochés aux branches de la croix.

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La baie 116 du transept sud de la cathédrale de Chartres. Photographie lavieb-aile juillet 2018.

La baie 116 du transept sud de la cathédrale de Chartres. Photographie lavieb-aile juillet 2018.

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La restauration par l'atelier Peters de Paderborn (Allemagne).

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La baie a avant et après restauration, source et copyright Glasmalerei Peters GmbH Am Hilligenbusch 23 - 27 D - 33098 Paderborn

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La lancette b (à droite): saint Denis et Jean Clément du Mez et un donateur, le prêtre Geoffroy.

Comme la précédente, et les lancettes de  la baie 118, elle est divisée en deux registres, le plus grand accueillant deux personnages plus grands que nature, dans des dais, et, au dessous, le plus petit destiné à témoigner d'une donation. Mais ici, les deux personnages ne sont pas séparés mais  participent à une action commune : la remise d'un oriflamme. L'un des deux, seul à être nimbé, domine légèrement l'autre. De plus, le fond n'est pas homogène, mais bleu à gauche et rouge à droite : ils n'appartiennent pas au même espace coloré. 

" Deux grandes figures: 1° Saint Denis, en habits pontificaux, donne l’oriflamme à Henry Clément, dit le Petit-Maréchal ; 2° Henry Clément est vêtu d’une cotte de mailles d’or et d’un surtout bleu blasonné. Dans le bas, se voient les armoiries de Henry Clément entre deux chandeliers." (Bulteau)

"La lancette B montre deux personnages debout également, à gauche, saint Denis qui donne l’oriflamme à Jean Clément. L’inscription S. DIONISIVS ainsi que la mitre qu’il porte, le nimbe et le livre dans la main gauche permettent son identification. Le personnage à droite porte un vêtement militaire avec, sur la poitrine, le blason de la famille Clément. Cette figure héraldique est représentée de nouveau dans la partie inférieure de la lancette. Cette lancette se distingue par rapport à la lancette A en particulier par un léger déhanchement des personnages, ainsi que par une bordure à rinceaux floraux et une composition harmonieuse." (Peters)

 

La baie 116 du transept sud de la cathédrale de Chartres. Photographie lavieb-aile juillet 2018.

La baie 116 du transept sud de la cathédrale de Chartres. Photographie lavieb-aile juillet 2018.

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Roger de Gaignières avait fait relever le dessin de cette baie, ce qui en atteste la véracité au fil du temps :

 

Dessin de la baie 116 relevé par Robert de Gaignières au XVIIe siècle.

Dessin de la baie 116 relevé par Robert de Gaignières au XVIIe siècle.

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Hémi-lancette  à gauche : saint Denis remettant l'oriflamme.

Saint Denis, — identifié par l'inscription S. DIONISIVS ainsi que par la mitre qu’il porte, le nimbe et le livre dans la main gauche — , tient la hampe d'une lance où est fixé par trois rubans verts un drapeau. Celui-ci est rouge, à cinq bandes se terminant en pointes, et garnies de houppes blanches à forme d'olive : c'est l'Oriflamme de l'abbaye de Saint-Denis. Les pièces blanches figurent peut-être l'or de cet étendard (oriflamme = aureo flamma, flamme d'or). Ce vitrail donne la (l''une des) plus ancienne illustration de l'Oriflamme.

Or, cet Oriflamme, Vexillum beati Dionysii,  conservé à Saint-Denis était, au Moyen-Âge, l'étendard du roi de France en temps de guerre. Louis VII s'en était saisi en 1147 pour la Deuxième Croisade, et Philippe-Auguste  en 1190 pour la Troisième Croisade et en 1214 à Bouvines. On le nommait l'oriflamme du roi, l'oriflamme de France, et il témoignait de la protection divine dont bénéficiait le royaume.

L'étendard de Saint-Denis fait son apparition dans l'histoire en 1124. En juillet de cette année, l'empereur Henri V décide de faire la guerre au roi de France Louis VI. Celui-ci lève en hâte une armée. Rassemblée à Reims, l'armée française fait une telle impression qu'à la mi-août les troupes germaniques rebroussent chemin sans livrer bataille.

 C'est à ce moment, d'après Suger, que Louis VI apprend que « saint Denis est le patron spécial et, après Dieu, le protecteur sans pareil du royaume ». Le roi se rend donc à l'abbaye et prend sur l'autel l'étendard (vexillium), « appartenant au comté de Vexin, au titre duquel il se trouve feudataire de l'église ; il le prend conformément à son vœu comme de la main de son seigneur », puis part vers le point de ralliement de l'armée. Le nouvel étendard vient comme en remplacement de celui que Louis VI avait perdu, en même temps que son cheval, le 20 août 1119, lors de la défaite de Brémule infligée par les Normands.

C'est en tant que comte de Vexin que le roi lève l'étendard de Saint-Denis. Le roi possède ce comté depuis 1077, quand le dernier titulaire, Simon, pour se faire moine, l'a remis à son suzerain. (D'après Wikipédia)

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La baie 116 du transept sud de la cathédrale de Chartres. Photographie lavieb-aile juillet 2018.

La baie 116 du transept sud de la cathédrale de Chartres. Photographie lavieb-aile juillet 2018.

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La baie 116 du transept sud de la cathédrale de Chartres. Photographie lavieb-aile juillet 2018.

La baie 116 du transept sud de la cathédrale de Chartres. Photographie lavieb-aile juillet 2018.

Hémi-lancette de droite : Jean Clément du Mez.

Ce chevalier est identifié par les armoiries de son tabard : d'azur à la croix recercelée (ancrée avec étirement des extrémités) d'argent, à la cotice de gueules brochant en bande.

Ce sont les armes de la branche cadette de la famille Clément, seigneur du Mez (Dordives, Loiret) et d'Argentan (Orne). Cette famille obtint le titre de maréchal de France durant le XII et le XIIIe siècle.

James Bugslag identifie ce personnage comme étant Jean III Clément du Mez.

-Jean Clément III , seigneur du Mez et d’Argentan, croisé avec Louis IX et fait prisonnier avec lui en 1249, Maréchal de France à 17 ans, dès 1225, décéda le 17/03/1261

-Son père, Henri Ier Clément (1170-1214), avait été élevé au rang de maréchal vers 1204  par le roi Philippe-Auguste pour sa participation à la conquête de la Normandie, de l’Anjou, de la Touraine ; pour ses exploits militaires Henri Clément reçoit en récompense le château d’Argentan en 1207 (château royal des Plantagenets en France) puis le château de Parthenay en 1208.

Celui-ci, le "Petit Maréchal", s'était illustré à la bataille de Bouvines.

-Son grand-père  Robert III Clément + 1181/82 seigneur du Mez (77, Gâtinais), succède à son frère Aubri, désigné par Louis VII comme conseiller et Gouverneur du Prince Royal Philippe (futur Philippe II «Auguste» (~1168), quasi Régent pendant la jeunesse du Roi, conseiller et ministre.

-Son frère Eudes Clément du Mez mort le 05/05/1248 fut Abbé de Saint-Denis (1228) puis Archevêque de Rouen . Il reconstruit la vieille abbatiale de Suger dès 1231.

- Son troisième fils Jean Clément devint chanoine de Chartres.

L'identification du personnage comme étant Jean, et non Henri comme le propose Bulteau, est cohérente avec la présence de saint Jean-Baptiste dans l'oculus.

Jean du Mez ou ses ancêtres, ont-ils rempli la fonction de porte-oriflamme ? La bannière de Saint-Denis était présente à Bouvines, avec l'avant-garde qui avait franchi le pont de Bouvines le 27 juillet. Et on sait aussi de Henri Ier s'illustra dans cette bataille : "Henri Clément bloque l’armée du roi d’Angleterre à la Roche aux Moines avec le prince Louis, futur Louis VIII."

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Bugslag souligne que ce vitrail est le seul exemple du début du XIIIe siècle où un chevalier est peint dans le registre principal, au même niveau qu'un saint, et non dans le registre des donateurs. Les exemples de représentation de saint remettant une bannière à un chef  militaire sont rares dans l'art médiéval. Un dessin conservé au Vatican a recopié des mosaïques où saint Pierr remet la bannière de Rome à Charlemagne et son étole au pape Léon III. Un ducat d'or du doge Andreas Dandolo (1343-1354) montre saint Marc remettant son drapeau au doge.

 

Grodecki a remarqué la ressemblance entre cette figure de  Jean Clément de Mez et un chevalier sculpté sur le portail de gauche du porche du transept sud : ce dernier est vêtu d'un surcot sur une armure alors démodée, il porte une lance où un étendard est enroulé, il avance la jambe gauche.

 

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Figure accompagnant l'article de James Bugslag. Droits réservés.

 

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On remarquera aussi que le toit du dais est remplacé par un bâtiment, qui pourrait correspondre à l'abbaye de Saint-Denis.

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Enfin, puisque l'oriflamme est lié à l'origine aux comtes du Vexin, on se rappellera que, dans la baie a, saint Nicaise était évangélisateur du Véxin.

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En définitive, qu'il s'agisse ici de Henri Ier Clément ou de son fils Jean III, le vitrail montre la remise de l'oriflamme par Saint Denis au Maréchal du roi de France et rappelle le rôle illustre de Henri Ier à Bouvines. Il honore, de manière exceptionnelle, cette famille Clément du Mez, mais à travers elle, c'est sans-doute le pouvoir royal qui affirme son autorité et son élection divine, soit l'alliance de la monarchie et de la religion.

Si on accepte la datation proposée par Grodecki (1228-1231), elle correspond au règne de Saint Louis, couronné à 12 ans en 1226, et à la régence de Blanche de Castille jusqu'en 1235.

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La baie 116 du transept sud de la cathédrale de Chartres. Photographie lavieb-aile juillet 2018.

La baie 116 du transept sud de la cathédrale de Chartres. Photographie lavieb-aile juillet 2018.

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La restauration par l'atelier Peters de Paderborn.

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La lancette b avant et après restauration. Source et copyright Glasmalerei Peters GmbH Am Hilligenbusch 23 - 27 D - 33098 Paderborn

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La tête de Jean Clément avant restauration. Source et copyright Glasmalerei Peters GmbH Am Hilligenbusch 23 - 27 D - 33098 Paderborn

 

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Jean Clément après restauration.Source et copyright Glasmalerei Peters GmbH Am Hilligenbusch 23 - 27 D - 33098 Paderborn

 

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La rose sommitale à 8 lobes et 16 ajours.

"Dans la rose, saint Jean-Baptiste, en tunique de peau verte et en manteau bistré, tient l’Agneau divin, et dit : Ecce Agnus Dei. Un pétale contient les armes de Henry Clément, d’azur à la croix ancrée d’argent et à la bande de gueules brochant sur le tout." (Bulteau)

 

"La rosace est composée d’un oculus central et de huit lobes entourés de douze quadrilobes plus petits. 

 

"La rosace, placée au-dessus des deux lancettes au milieu de leur amortissement, montre un Jean-Baptiste barbu, nimbé de rouge, vêtu d’une peau de chameau et portant sur son bras gauche l’Agneau de Dieu. Il est entouré de différents éléments floraux, et dans le lobe inférieur, du blason de la famille Clément. Les motifs d‘ornementation utilisés dans cette partie de la baie se distinguent de nouveau par rapport aux deux lancettes, et semblent conçus comme le lien entre les deux. En particulier, on y retrouve les rinceaux de vigne, les fleurs quadrilobées et les hachures en croix, motifs déjà rencontrés dans les deux lancettes. On relève des parallélismes dans la représentation figurative des personnages, p.ex. en ce qui concerne les plis des vêtements, et les premières tentatives d’une individualisation des personnages. Au total, cette baie comporte 117 panneaux de dimensions les plus variées." (Peters)

Par ses armoiries, elle appartient au même programme que la lancette b.

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La baie 116 du transept sud de la cathédrale de Chartres. Photographie lavieb-aile juillet 2018.

La baie 116 du transept sud de la cathédrale de Chartres. Photographie lavieb-aile juillet 2018.

La baie 116 du transept sud de la cathédrale de Chartres. Photographie lavieb-aile juillet 2018.

La baie 116 du transept sud de la cathédrale de Chartres. Photographie lavieb-aile juillet 2018.

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La baie 116 du transept sud de la cathédrale de Chartres. Photographie lavieb-aile juillet 2018.

La baie 116 du transept sud de la cathédrale de Chartres. Photographie lavieb-aile juillet 2018.

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CONCLUSIONS.

Les satisfactions esthétiques et intellectuelles suscitées par l'étude de cette baie sont multiples, non sans réserver un bon nombre d'énigmes excitantes.

Etude de la technique de la peinture sur verre au XIIIe siècle : choix des couleurs, découpe, peinture à la grisaille.

Étude des techniques de restauration.

Réflexion sur le rôle des donateurs : simples payeurs, ou participant au choix du sujet ?

Identité des donateurs : ici, le prêtre Geoffroi (un chanoine de Chartres ?) et un chevalier.

Etude de l'héraldique dans la cathédrale. 

Présence de l'influence des Croisades.

Affirmation des pouvoirs religieux dans le choix iconographie. Saint Nicaise témoigne du pouvoir du chapitre cathédrale, possesseur de reliques et du prieuré de Saint-Nicaise dans le Véxin. 

Affirmation du pouvoir politique et royal par la représentation de saint Denis remettant l'Oriflamme au Maréchal de France, alors Jean Clément du Mez.

Etc..

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SOURCES ET LIENS.

https://art.rmngp.fr/fr/library/artworks/cathedrale-notre-dame-chartres-verriere-haute-du-transept-sud-baie-116-lancette-droite_vitrail-technique

https://www.vitraux-chartres.fr/verrieres_hautes/vh_118/lg_00.htm

https://archive.org/stream/MonographieDeLaCathedraleDeChartresV3#page/n243

http://www2.culture.gouv.fr/public/mistral/palissy_fr?ACTION=CHERCHER&FIELD_1=REF&VALUE_1=PM28000813

— BUGSLAG (James), 1998,  « Ideology and Iconography in Chartres Cathedral Jean Clément and the Oriflamme », Zeitschrifi fur Kunstgeschichte, 61/4, 1998, p. 491-508.

https://www.jstor.org/stable/1482940

BULTEAU (abbé Marcel Joseph) 1887 Monographie de la cathédrale de Chartres. Par l'abbé Bulteau ... Deuxième édition, revue et augmentée. Tome 3 par  Société Archéologique d'Eure-et-Loir (Chartres) page 236

https://archive.org/stream/MonographieDeLaCathedraleDeChartresV3#page/n243

GRODECKI (Louis), PERROT (Françoise), 1981, , Les vitraux du Centre et des Pays de la Loire, Corpus Vitrearum, II ed. du CNRS, page 39.

 

GRODECKI (Louis), 1958, Chronologie de la cathédrale de Chartres ,Bulletin Monumental  Année 1958  116-2  pp. 91-119

https://www.persee.fr/doc/bulmo_0007-473x_1958_num_116_2_3831

 

 

— KURMANN-SCHWARZ (Brigitte), 1996, Récits, programme, commanditaires, concepteurs, donateurs : publications récentes sur l'iconographie des vitraux de la cathédrale de Chartres Bulletin Monumental  Année 1996  154-1  pp. 55-71

https://www.persee.fr/doc/bulmo_0007-473x_1996_num_154_1_4515

LAUTIER (Claudine), 2003, . Les vitraux de la cathédrale de Chartres. Reliques et images. In: Bulletin Monumental, tome 161, n°1, année 2003. Les vitraux de la cathédrale de Chartres. Reliques et images. pp. 3-1; doi : https://doi.org/10.3406/bulmo.2003.1180 https://www.persee.fr/doc/bulmo_0007-473x_2003_num_161_1_1180

https://www.persee.fr/doc/bulmo_0007-473x_2003_num_161_1

 

— LAUTIER (Claudine ), 2011, Restaurations récentes à la cathédrale de Chartres et nouvelles recherches , Bulletin Monumental  Année 2011  169-1  pp. 3-11 Fait partie d'un numéro thématique : La cathédrale de Chartres. Restaurations récentes et nouvelles recherches.

https://www.persee.fr/doc/bulmo_0007-473x_2011_num_169_1_7891

 

La campagne de restaurations 2006-2010 La restauration récente a été répartie entre six ateliers, travaillant parfois en collaboration.

Atelier Vitrail-France (Le Mans) : baie 100, avec l’atelier I. Baudoin-Louw (2006) ; baies 103 et 105 (2008) ; baie 106 (2009-2010) ; baie 122, rose sud et 5 lancettes (2008-2009). Atelier Petit-Babet (Chenonville) : baie 101 (2006) ; baie 108 (2010) ; baies 111, 113 et 114, avec l’atelier Lorin (Chartres) (2009-2010). Atelier Lorin (Chartres) : baie 102 (2006). Atelier Pinto (Tusson) : baie 107 (2007- 2008), baie 109 (2009). Atelier Debitus (Tours), avec les ateliers Geronazzo (Paris) et Leliepvre (Domfronten-Champagne) : baies 110 et 112 (2009-2010).

."Ils ont effectué les nettoyages, la suppression des produits de corrosion, celle d’un certain nombre de plombs de casse et leur remplacement tantôt par des collages et tantôt par de fins rubans de cuivre (dits « Tiffany »), la consolidation des soudures, mais aussi la remise en plombs partielle de nombreux panneaux des lancettes sous la rose sud. Dans certaines baies, l’entourage des panneaux a été consolidé par de minces cadres en laiton soudés aux plombs d’entourage, ce qui limitera d’éventuelles déformations. Tous les vitraux ont également été protégés par des verrières de doublage. Celles-ci, réalisées selon un procédé de thermoformage de plaques de verres sur empreinte des panneaux anciens 22, ont été montées sur des armatures neuves posées à quelques centimètres à l’arrière des armatures anciennes portant les panneaux de vitraux. De minces aérations ont été ménagées pour permettre la circulation d’air, par l’intérieur du monument, entre le vitrail ancien et la verrière de doublage. L’efficacité de ces protections a été prouvée par maintes études menées dans le cadre de programmes européens auxquels a participé le Laboratoire de recherche des monuments .historiques. Elles isolent les vitraux anciens des pluies chargées de substances corrosives et empêchent la condensation sur la face interne. Or cette dernière fragilise la peinture à la grisaille et la rend pulvérulente ou lacunaire. Ainsi protégés, les vitraux conserveront longtemps leur luminosité et leur lisibilité, et leur peinture à la grisaille sera sauvegardée."

 

 

 

 

— PETERS (Atelier Peters à Paderborn, Allemagne) : La restauration de la fenêtre haute n° 116 de la cathédrale Notre-Dame de Chartres par les ateliers Peters à Paderborn 

www.culture.gouv.fr/Media/Thematiques/.../Document-de-l-Atelier-Peters_Chartres

" La baie 116 a été datée de la première moitié du 13e siècle, entre 1228 et 1231. Il s’agit de deux baies géminées surmontées d’une rosace dans la claire-voie du transept sud. Chacune des deux baies représente deux personnages plus grands que nature, qui se font face. La rosace est composée d’un oculus central et de huit lobes entourés de douze quadrilobes plus petits. Dans la lancette A est représenté à gauche, un clerc tonsuré, et à droite, un personnage identifié comme saint Niçaise. Les deux personnages sont nimbés et portent un livre comme attribut. Au-dessus de la tête du clerc on peut lire l’inscription S.X[- IST]OFO- R[US], ce qui permet de l’identifier comme saint Christophore. Le lectionnaire de Chartres toutefois décrit ce personnage simplement comme un laïque barbu, de très grande taille, ce qui laisserait planer un doute. Le personnage à droite est identifié par l’inscription S.NICHASIVS sous ses pieds. Les deux personnages se caractérisent par un corps étiré plus grand que nature ainsi que par leur attitude figée et peu naturelle. La partie inférieure de la baie est consacrée au prétendu donateur, un religieux, debout, qui lève ses deux mains jointes dans un geste de prière. En face de lui, une croix et un tissu blanc avec des franges dorées, identifié, semble-t-il, comme drap de naissance du Christ.

La lancette B montre deux personnages debout également, à gauche, saint Denis qui donne l’oriflamme à Jean Clément. L’inscription S. DIONISIVS ainsi que la mitre qu’il porte, le nimbe et le livre dans la main gauche permettent son identification. Le personnage à droite porte un vêtement militaire avec, sur la poitrine, le blason de la famille Clément. Cette figure héraldique est représentée de nouveau dans la partie inférieure de la lancette. Cette lancette se distingue par rapport à la lancette A en particulier par un léger déhanchement des personnages, ainsi que par une bordure à rinceaux floraux et une composition harmonieuse.

La rosace, placée au-dessus des deux lancettes au milieu de leur amortissement, montre un Jean-Baptiste barbu, nimbé de rouge, vêtu d’une peau de chameau et portant sur son bras gauche l’Agneau de Dieu. Il est entouré de différents éléments floraux, et dans le lobe inférieur, du blason de la famille Clément. Les motifs d‘ornementation utilisés dans cette partie de la baie se distinguent de nouveau par rapport aux deux lancettes, et semblent conçus comme le lien entre les deux. En particulier, on y retrouve les rinceaux de vigne, les fleurs quadrilobées et les hachures en croix, motifs déjà rencontrés dans les deux lancettes. On relève des parallélismes dans la représentation figurative des personnages, p.ex. en ce qui concerne les plis des vêtements, et les premières tentatives d’une individualisation des personnages. Au total, cette baie comporte 117 panneaux de dimensions les plus variées.

Après leur démontage et leur transport à Paderborn, les différents panneaux de la baie furent photographiés dans le studio des Ateliers Peters, en vue de leur documentation détaillée. Ces photographies servirent ensuite de base pour la cartographie digitale relevant les désordres constatés dans la plombure, dans la substance des verres et la peinture. Les Ateliers Peters utilisent des programmes d’ordinateurs spécifiques pour réaliser cette cartographie, afin d’assurer une précision maximale et afin de permettre une diffusion et une démultiplication de l’information sans perte de qualité. Sur un panneau fut réalisé, à titre de documentation, un scannage 3D à lumière blanche. C’est en coopération avec l’université de Bamberg que cet appareil a été testé pour réaliser des analyses topographiques des surfaces des verres, dans le but d’obtenir des informations détaillées concernant l’enlèvement des couches de salissures et de corrosion, et afin de rendre de nouveau visibles le cas échéant, des traces de peintures perdues. Lors du nettoyage des panneaux, le L.R.M.H. (Laboratoire de Recherche des Monuments Historiques) a accompagné l’analyse des différentes couches de corrosion et leur composition. A la suite des ces analyses, fut déterminée et soumise au propriétaire et à l’architecte en chef des Monuments historiques, une méthodologie de restauration. La surface intérieure fut traitée dans un premier temps par une aspersion partielle d’un mélange de 70% d’éthanol et d’eau. Cette aspersion fut répétée par deux fois, pour éliminer des micro-organismes encore actifs, ainsi que des spores qui pourraient le redevenir. Ensuite fut procédé à un nettoyage contrôlé au pinceau sous microscope. En parallèle, il importait de refixer des couches de peintures fragilisées au moyen d’un acrylate.Des couches de peintures qui se soulevaient furent légèrement chauffées et refixées au moyen d’une spatule thermique. Afin de traiter la surface extérieure très fortement corrodée et obscurcie par des produits de corrosion, les Ateliers Peters ont utilisé un procédé différent de ceux plus classiques et légèrement agressifs. C’est en raison de la composition des produits de corrosion que ce procédé de l’utilisation d’un échangeur d’ions CO2 fut rendu possible: il permet de transformer les couches de corrosion en un produit facilement soluble que l’on peut ensuite éliminer simplement avec des spatules en plastique. L’avantage de cette méthode réside dans le fait que l’échangeur d’ions ne laisse sur le verre historique aucune trace de produit agressif pour le verre et que le processus d’échange d’ions est stoppé directement après élimination des couches de salissures. Il s’agit d’une résine qui est appliquée sur la surface dans l’état solide et qui est ensuite activée par de l’eau distillée, ce qui permet un contrôle précis de l’opération, contrairement aux autres produits, comme l’E.D.T.A. dont l’utilisation peut laisser des traces sur le verre qui peuvent ensuite être réactivées par l’eau de condensation et devenir sources de nouveaux désordres. Ce procédé d’échange d’ions utilisé par les Ateliers Peters est dépourvu de tout risque et en ce sens offre les meilleures garanties dans le cadre des monuments historiques. Cette méthode s’est avérée au cours des tests comme la plus fiables entre toutes, et une dernière fine couche de corrosion, servant de protection, fut laissée sur le verre afin de ne pas attaquer la couche inférieure de gel. La réinstallation de la baie 116 a été réalisée entre le 19 et le 25 janvier 2013, en l’absence de masticage des panneaux, car le vitrail sera désormais placé devant un vitrage de protection extérieure, assurant l’étanchéité, avec prise d’air par l’intérieur de l’édifice, dans des conditions quasi identiques à une conservation en musée." Traduction : Félicité Schuler-Lagier

Glasmalerei Peters GmbH Am Hilligenbusch 23 - 27 D - 33098 Paderborn

 

 

 

 

 

— SAMZUN (Philippe), 2016, Tours protège les vitraux de Chartres, La Nouvelle République, article du

24 janvier 2016.

https://www.lanouvellerepublique.fr/indre-et-loire/tours-protege-les-vitraux-de-chartres

 

"Tours, rue de la Bourde. Sur la table de travail de l'atelier Debitus, une belle tête de clerc, reconnaissable à sa tonsure. Une tête « récente » car elle date vraisemblablement du XVI esiècle alors que le reste du vitrail remonte au XIII e.
Ce vitrail, il provient de la cathédrale de Chartres et se trouve depuis des mois entre les mains expertes de Laurence Cuzange et Nicolas Babouin.
L'un et l'autre ont repris, il y a deux ans, l'atelier d'Hervé Debitus. Un maître d'art qui – pour protéger les vitraux de la cathédrale de Tours – a mis au point un dispositif de protection des verrières particulièrement innovant.

Une protection ad vitam aeternam

« Un vitrail se salit de l'intérieur parce qu'autrefois, les cierges dégageaient beaucoup de suie. Il s'altère aussi de l'extérieur à cause des pluies acides et autres formes de pollution »,explique Laurence Cuzange.
En Angleterre, c'est dès la fin du XIX esiècle qu'on a pensé à mettre en place une structure métallique vitrée pour protéger ces fragiles livres d'histoire et de foi que sont les vitraux « mais ça se voyait, ça brillait, ça n'était pas esthétique ».
Le brevet déposé par Hervé Debitus s'appuie sur une technique différente : « Il s'agit d'une sorte de double vitrage qui n'adhère pas au vitrail pour permettre un flux d'air et éviter la condensation. Sur cette nouvelle surface vitrée, on reconstitue les dessins délimités par les plombs ainsi que les grandes tendances colorées.
« La cuisson donne une patine à ce verre neuf. Cela permet de disposer de " légères vibrations colorées ". La lumière continue de passer mais le vitrail est protégé. » 
Actuellement, la protection des vitraux constitue le gros de l'activité de l'atelier Debitus « mais la technique n'est mise en œuvre qu'au moment où le vitrail est dans l'atelier afin d'y être restauré ».
Une œuvre de longue haleine. Restaurer un vitrail, c'est un an de travail pour deux artisans : « On est à pied d'œuvre depuis deux ans sur la baie 116 de la cathédrale de Chartres. Auparavant, on a restauré la 110 mais nous sommes également intervenus sur Bourges, la Sainte-Chapelle et, actuellement, Reims. »
Un vitrail du XIII esiècle, c'est 45 m 2de verre coloré : « Il s'agit toujours de commandes d'État qui portent sur de grosses opérations réparties en lots. Ainsi, pour la commande actuelle, on partage le travail avec un atelier de la Sarthe. Au total, huit ont été mobilisés pour restaurer huit fenêtres »… avec la satisfaction de savoir qu'une fois la protection inventée par Hervé Debitus mise en place, l'œuvre sera éternellement protégée.


 

Philippe Samzun, La Nouvelle République, Indre-et-Loire, Publié le 24/01/2016 à 05:45 

 

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Published by jean-yves cordier - dans Vitraux
21 juillet 2018 6 21 /07 /juillet /2018 22:24
Les baies orientales de la cathédrale de Chartres. Photographie lavieb-aile 20 juillet 2018.

Les baies orientales de la cathédrale de Chartres. Photographie lavieb-aile 20 juillet 2018.

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La baie 118 de la cathédrale de Chartres. Photographie lavieb-aile 20 juillet 2018.

La baie 118 de la cathédrale de Chartres. Photographie lavieb-aile 20 juillet 2018.

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PRÉSENTATION.

Voir Wikipédia

Les fenêtres hautes du transept.


 

L'ensemble de la vitrerie de la cathédrale montre une réelle unité formelle. Alors que les fenêtres basses qui ont conservé leurs vitraux d'origine sont toutes narratives et racontent les vies du Christ, de la Vierge et des saints dont les cycles comprennent de nombreuses scènes disposées suivant des compositions géométriques variées, les fenêtres hautes sont occupées par de grandes figures de saints présentés debout au-dessus d'un ou deux épisodes de leur vie, ou bien par trois ou quatre scènes hagiographiques superposées, d'une échelle assez ample pour être bien lisibles depuis le sol. Les représentations des corporations de métiers, surtout dans les fenêtres basses, et des seigneurs et ecclésiastiques, surtout dans les baies hautes, attestent des nombreuses donations dont la cathédrale a bénéficié. (Grodecki 1981, C. Lautier 2003)

Un ensemble de 12 baies du transept datant de 1225-1235.

Voir culture.gouv.

Parmi les fenêtres hautes de la cathédrale, se remarque l'ensemble des 12 verrières figurées du transept (baies 115 à 120, 123 à 128) qui entourent les deux grandes roses des baies 121 et 122. L'ensemble des verrières est daté entre 1225 et 1235, sauf la baie 123 du dernier quart du 13e siècle.


 

Dans cet ensemble, les baies du coté nord, autour de la rose glorifiant la Vierge-Reine des Cieux et Sainte Anne, sont vouées à la Vie de la Vierge (à l'ouest) et aux Apôtres présentés deux par deux au dessus de prêtres donateurs.

Les fenêtres du coté sud du transept, tentent de répondre également à l'exigence de placer des couples de personnages, qui sont soit les  apôtres Pierre et Paul, soit les prophètes (Osée et ?, Michée et Malachie), soit des saints associés car ils sont deux frères (Gervais et Protée, Côme et Damien, peut-être Crépin et Crépinien). Cette unité iconographique souffre d'exception, soit par notre incapacité à identifier les personnages, soit parce que d'autres principes s'appliquent, notamment la possession de reliques, et l'existence d'autels présents à proximité, comme l'a magistralement montré Claudine Lautier (figures 7 et 16).


 

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Les trois fenêtres hautes du coté oriental de la baie sud du transept : 116, 118 et 120.

Dans ce sous-ensemble du transept sud, découpons encore un groupe, dont l'unité vient de ce qu'il s'offre au regard du fidèle tourné vers le déambulatoire : les trois baies voisines 116, 118 et 120. Chaque baie renferme quatre grands personnages accouplés deux à deux, et deux donateurs plus petits.

La baie 116 montre, sous une rose où siège Jean-Baptiste, deux saints traditionnellement identifiés comme Christophe (rien n'est moins fondé) et Nicaise , ainsi que saint Denis remettant l'oriflamme à Jean Clément du Metz. Les donateurs sont le prêtre Geoffroy, et Jean Clément du Metz par ses armoiries.

La baie 118 montre sous une rose consacrée à la Vierge à l'Enfant les saints Gervais et Protais et Côme et Damien, le donateur étant encore le prêtre Geoffroy.

La baie 120  montre sous une rose consacrée à la Vierge à l'Enfant deux prophètes dont Osée, et le donateur Pierre Mauclerc.

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La baie 118.

Mesurant 6,67 m en hauteur pour la lancette gauche et 6,66 m pour celle de droite, et 2,50 m en largeur, c'est une verrière à 2 lancettes et une rose à 8 lobes et 16 ajours

Réalisée en 1225-1230 au moment même où le transept sud a été édifié, elle a été restaurée à la fin du 19e siècle, puis  en 1920-1921 par Gaudin  et enfin en  2013 (nettoyage, suppression des plombs de casse, doublage par verre thermo-formé) après la baie 116 et en même temps que la baie 120. (Restauration par les maître-verriers Laurence Cuzange et Virginie  Leliepvre)

 

 



 

 

 

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La lancette a : Saint Protais, saint Gervais, et un donateur.

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"Deux grandes figures: 1° Saint Protais, en robe blanche et manteau bleu foncé, tient une épée et un livre, s. protàsivs ; 2° Saint Gervais vêtu de la robe jaune et du manteau vert, avec un livre ; s. gervasivs. Dans le bas, le même prêtre Geoffroi ; sur l’autel il y a une croix et un calice couvert du purificatoire. (Bulteau, Monographie 3:236)

Les deux saints sont présents ici non seulement parce qu'ils forment l'un des grands couples de saints fraternels, mais aussi parce que la cathédrale détenait leurs reliques, et que l'Ordinaire (*) de Chartres ou son Martyrologe attestent du culte qui y était rendu :

(*) Ordinaire du XIIe siècle de la cathédrale de Chartres, dit Veridicus commençant par les mots  Châteaudun, Archives hospitalières, ms C 13, Transcription par Yves Delaporte.

"La châsse de Tous les saints fut probablement réalisée au XVIIe siècle pour rassembler des reliques éparses, qui avaient perdu leur écrin primitif « pour des nécessités urgentes » selon le chanoine Estienne -"'. La plupart étaient rassemblées dans deux paquets, véritables « fourre-tout » de reliques où l'on trouve pêle-mêle des reliques christologiques et des reliques de nombreux saints, toutes vraisemblablement de petite taille. Les authentiques de nombreux restes étaient alors perdues, puisque « dans le second sac, il y a trois autres petits sacs attachés ensemble, pleins de reliques sans nom ». Mais la châsse contenait aussi des ossements, en particulier le chef de saint Gervais dont le chanoine nous dit qu'il est mentionné dans « les Cartulaires ». Le reliquaire en argent doré qui lui servait d'écrin fut saisi par le roi en 1562. Le chapitre ne put le désengager, et le chef fut placé directement dans la châsse de Tous les saints quelques décennies plus tard. L'acquisition de la relique elle-même devait être ancienne ; les deux saints frères Gervais et Protais sont en tout cas représentés dans la baie 118. "

 

 

"La fête de saint Grégoire passe d'une simple mémoire au XIIe siècle, à neuf leçons au XIIIe. Les fêtes de plusieurs saints passent de trois à neuf leçons : ce sont celles des saints Lubin, Piat, Matthieu, Gervais et Protais, Savinien et Potentien, Jacques le Majeur, Laurent, Barthélémy, Thomas, Denis, dont la cathédrale possédait les reliques, mais aussi saint Brice et sainte Lucie, dont le trésor ne conservait rien. " (Lautier).

La Vie des  deux saints est rédigée par Jacques de Voragine dans la Légende dorée entre 1261 et 1266, donc après la réalisation de ces vitraux. Tout comme Côme et Damien, ce sont des jumeaux dont le culte n'est jamais dissocié (par exemple, en la  cathédrale Saint-Gervais-Saint-Protais de Soissons) . Enfants de saint Vital et de sainte Valérie, ils furent martyrisés à Milan  sous Néron.

Ils sont identifiés ici par les inscriptions PROTASIVS et GERVASIVS, ainsi que par leurs attributs, un livre pour chacun, une épée pour Protais et un fouet à chaîne et plomb pour Gervais.

"On s'empare alors des deux frères et on les invite à sacrifier. Comme Gervais disait à Astase  que toutes les idoles étaient sourdes et muettes, et que le Dieu tout-puissant était seul capable de lui faire remporter la victoire, le comte le fit frapper avec des fouets garnis de plomb jusqu'à ce qu'il eût rendu l’esprit. Ensuite il fit comparaître Protais et lui dit : « Misérable, songe à vivre et ne cours pas, comme ton frère, à une mort violente. » Protais reprit : « Quel est ici le misérable ? Est-ce moi qui ne te crains point, ou bien toi qui donnes des preuves que tu me crains? » Astase lui dit : « Comment, misérable, ce serait moi qui te; craindrais, et comment? » « Tu prouves que tu crains quelque dommage de ma part, reprit Protais, si je ne sacrifie pas à tes dieux, car si tu ne craignais aucun préjudice, jamais tu ne me forcerais à sacrifier aux idoles. » Alors le général le fit suspendre au chevalet. «Je ne  m’irrite pas contre toi, général, lui dit Protais ; je sais que les yeux de ton coeur sont aveuglés ; bien au contraire, j'ai pitié de toi, car tu ne sais ce que tu, fais. » Achève ce que tu as commencé, afin que la bénignité du Sauveur daigne  m’accueillir avec mon frère. Astase ordonna alors de lui trancher la tête." (Légende dorée)

Ce fouet à chaîne et masse de plomb est visible sur l'enluminure de la Légende Dorée du BnF fr.185 folio 233v.

 

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La baie 118 de la cathédrale de Chartres. Photographie lavieb-aile 20 juillet 2018.

La baie 118 de la cathédrale de Chartres. Photographie lavieb-aile 20 juillet 2018.

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Parmi les multiples contraintes qui s'imposent à l'artiste, celui-ci respecte la règle de l'alternance des couleurs bleu et rouge du fond des vitraux, soit dans les lancettes au sein d'une baie, soit dans la succession des verrières (c'est la même règle qui est suivie pour les mêmes couleurs pour les lettrines des manuscrits contemporains). Le fond est rouge ici pour la lancette a,  il sera bleu pour la lancette b.

Ce "choix" impose, pour les nimbes et le sommet du dais, la couleur bleue.

L'artiste doit maintenant représenter les deux saints en associant la ressemblance, témoin de la gémellité qui est un attribut à part entière, — même barbe, même visage, même costume —  avec la différence qui les distingue : manteau et chaussures bleues et robe blanche pour Protais, manteau vert à chaussures assorties et robe jaune pour Gervais.

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La baie 118 de la cathédrale de Chartres. Photographie lavieb-aile 20 juillet 2018.

La baie 118 de la cathédrale de Chartres. Photographie lavieb-aile 20 juillet 2018.

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La baie 118 de la cathédrale de Chartres. Photographie lavieb-aile 20 juillet 2018.

La baie 118 de la cathédrale de Chartres. Photographie lavieb-aile 20 juillet 2018.

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Le registre inférieur : prêtre donateur devant un autel.

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La baie 116 montrait, en bas de la lancette a, le prêtre Geoffroy en posture de donateur en prière devant un autel. La baie 117 montrait également un prêtre donateur, non nommé. C'est encore le cas ici où le prêtre, en chasuble et étole, joint les mains et se tourne vers le calice et la croix posés sur un autel drapé.

Un autel dédié aux saints Gervais-et-Protais n'est pas attesté dans la cathédrale (Lautier).

Ce prêtre, forcément fortuné, est-il un chanoine du chapître ? Est-ce encore le dénommé Geoffroy?

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La baie 118 de la cathédrale de Chartres. Photographie lavieb-aile 20 juillet 2018.

La baie 118 de la cathédrale de Chartres. Photographie lavieb-aile 20 juillet 2018.

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La lancette b: Saint Côme et saint Damien et un donateur.

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Deux grandes figures : 1° Saint Côme qui a pour vêtements une robe verte et un manteau bistre ; un livre dans les mains ; s. cosma; 2° Saint Damien en robe rouge et en manteau bleu de ciel ; s. damianvs. Dans le bas, encore le même ecclésiastique avec cette inscription : iefoi."(Bulteau, Monographie 3:236)

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La baie 118 de la cathédrale de Chartres. Photographie lavieb-aile 20 juillet 2018.

La baie 118 de la cathédrale de Chartres. Photographie lavieb-aile 20 juillet 2018.

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Les deux saints.

 

Comme le précise Jacques de Voragine, ces deux frères sont également des jumeaux, 

"Côme et Damien étaient jumeaux ils naquirent dans la ville d'Egée, d'une sainte. mère nommée Théodote. Instruits dans l’art de la médecine, ils reçurent une telle abondance de grâces du Saint-Esprit qu'ils guérissaient toutes les maladies non seulement des hommes, mais encore des animaux ; et ils donnaient leurs soins sans exiger de salaire.

Une dame appelée Palladie, qui avait dépensé tout son bien en frais de médecins, s'adressa à eux et ils lui. rendirent une parfaite santé. Alors elle offrit un petit présent à saint Damien, et comme celui-ci ne voulait pas l’accepter, elle le conjura, avec les serments les plus terribles, de le recevoir. Ce à quoi il acquiesça, non que la cupidité le poussât à se procurer cette récompense, mais bien par complaisance pour cette dame qui lui offrait ce témoignage de sa reconnaissance, et pour ne paraître pas mépriser le nom du Seigneur par lequel elle l’avait conjuré. Dès que saint Côme sut cela, il commanda de ne pas mettre son corps avec celui de son frère. Mais la nuit suivante, le Seigneur apparut à Côme et disculpa Damien au sujet du don qu'il avait accepté.

Le proconsul Lysias, instruit de leur renommée; les fit appeler devant lui et commença par demander leur nom, leur patrie et quelle fortune ils possédaient. Les saints martyrs répondirent : « Nos noms sont Côme et Damien, nous avons trois autres frères qui s'appellent Antime, Léonce et Euprépius,  notre patrie, c'est l’Arabie : quant à la fortune, les chrétiens n'en connaissent point. » Le proconsul leur ordonna d'amener leurs frères pour immoler ensemble aux idoles : mais comme ils refusaient absolument d'immoler, il donna l’ordre qu'ils fussent, tourmentés aux mains et aux pieds.

Et comme ils tournaient ces tourments en dérision, Lysias les fit lier avec des chaînes et précipiter dans la mer : mais aussitôt un ange les sauva des flots et il les amena devant le président. Ayant vu cela : « Par la grandeur des dieux! dit-il, c'est à l’aide des maléfices que vous l’emportez, puisque vous méprisez les tourments et que vous calmez la mer. Enseignez-moi donc ces maléfices dont vous faites usage, et au nom du dieu d'Adrien, je vous suivrai. » A peine eut-il parlé ainsi que parurent deux démons qui le frappèrent très rudement an visage. Alors, il se mit à crier : « Je vous en conjure, ô hommes de bien, priez pour moi votre Seigneur. » Les saints se mirent en prières et de suite les démons se retirèrent. Alors le président leur dit : « Vous voyez comme les dieux sont indignés contre moi pour avoir pensé à les abandonner, aussi, ne souffrirai-je plus due vous blasphémiez mes divinités. » Aussitôt il les fit jeter dans un grand feu, ont ils n'eurent toutefois rien à souffrir. Bien au contraire, la flamme jaillit au loin et fit mourir une foule de ceux qui se trouvaient là. On les suspendit ensuite à un chevalet, mais ils furent protégés par un ange qui les amena devant le juge, sans qu'ils eussent été blessés, bien que les bourreaux se fussent épuisés à les battre, Alors Lysias fit emprisonner les trois frères et ordonna que Côme et Damien fussent crucifiés et lapidés par le peuple : mais les pierres retournaient sur ceux qui les lançaient et en blessaient un grand nombre. Le président rempli de fureur, après avoir fait venir les trois frères et les avoir fait placer vis-à-vis de la croix, ordonna de crucifier Côme et Damien, ensuite de les faire percer à coups de flèches par quatre soldats : mais les flèches revenant en arrière, blessaient beaucoup de personnes, sans faire aucun mal aux saints martyrs. Or, le président se voyant confus de toutes manières, en fut troublé comme s'il souffrait la mort, et le matin il fit décapiter les cinq frères ensemble. "

L'artiste a choisi de les identifier par leur nom S. COSMA et S. DAMIANVS, de souligner  leur gémellité par leur ressemblance (mais l'un est barbu et l'autre non), mais n'a nullement indiqué leur fonction de médecin, ni par les attributs qui leur furent confiés plus tard (l'urinal et le pot à onguent), ni par une tenue qui ne caractérisa leur profession que plus tardivement. 

Mais ils sont bien caractérisés par un attribut, celui que l'on trouve fréquemment dans les enluminures les plus précoces : celui des gestes élocutoires . Côme (celui qui reprocha d'abord à son frère d'avoir accepté l'offrande de Paladie) fait un geste de retenue, voire de désaccord, tandis que Damien tourne la main, posée sur le livre, comme pour chercher à convaincre son alter ego.

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La baie 118 de la cathédrale de Chartres. Photographie lavieb-aile 20 juillet 2018.

La baie 118 de la cathédrale de Chartres. Photographie lavieb-aile 20 juillet 2018.

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Si la cathédrale conservait le chef de saint Gervais dans la châsse « de Tous les saints » , car le reliquaire avait été saisi en 1562 , des petites reliques des saints Côme et Damien se trouvaient quant à elles au centre d'une rose d'or plantée sur le toit de la sainte châsse, et une relique de saint Côme avait pris place dans la châsse de sainte Thècle.

La fête des saints Côme et Damien , située le 7 septembre dans le calendrier chartrain ne bénéficiait que de trois leçons au XIIe comme au XIIIe siècle. Mais  un autel leur était consacré dans la nef au côté nord, contre le quatrième pilier.

 Une chapelle érigée dans la ville de Chartres, en son hôpital,  l'Hôtel-Dieu, reconstruit au début du XIIIe siècle à proximité de la façade occidentale de la cathédrale,  était dédiée à saint Côme, patron des médecins avec son frère Damien. (cf C. Lautier)

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La baie 118 de la cathédrale de Chartres. Photographie lavieb-aile 20 juillet 2018.

La baie 118 de la cathédrale de Chartres. Photographie lavieb-aile 20 juillet 2018.

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La baie 118 de la cathédrale de Chartres. Photographie lavieb-aile 20 juillet 2018.

La baie 118 de la cathédrale de Chartres. Photographie lavieb-aile 20 juillet 2018.

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Le registre inférieur : le clerc donateur devant l'autel.

C'est "exactement" comme au bas de la lancette a, mais au jeu des sept différences j'en retiendrais deux :

Le prêtre est tonsuré, c'est un moine.

L'inscription indique [G]E / FOI.

Il nous plaira d'y imaginer le nom de Geoffroi, mais nous ne pourrons aller plus loin.

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La baie 118 de la cathédrale de Chartres. Photographie lavieb-aile 20 juillet 2018.

La baie 118 de la cathédrale de Chartres. Photographie lavieb-aile 20 juillet 2018.

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La rose : Vierge à l'Enfant entre une donatrice et un ange.

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"La rose représente la très-sainte Vierge assise et tenant Jésus sur ses genoux ; derrière elle, un ange qui éclaire ; à sa droite une dame en robe bleue, barrette et voile blanc, et en manteau rouge doublé d’hermine, est en posture de suppliante ; Jésus la bénit." (Bulteau, Monographie 3:236)

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Nous remarquerons que "l'ange" est nimbé et agenouillé sur un coussin (il est de même taille que la donatrice de gauche). Ce très jeune homme forme alors avec cette dernière un couple de donation. D'autre part, la donatrice porte un manteau fourré d'hermines, indice de la dignité royale. Avant d'accepter l'interprétation de Bulteau, nous pouvons envisager l'hypothèse  que nous avons devant nous la reine Blanche de Castille, et son fils saint Louis. Certes ce dernier n'est pas couronné, mais la datation du vitrail (1225-1230) n'est pas incompatible avec une commande précédent le sacre de Luois IX en 1226. 

Rappelons que la Confrérie de Saint-Côme et de Saint-Damien, patrons des chirurgiens a été fondée par saint Louis le 25 février 1255 sur la suggestion de son chirurgien Jean Pitard, dans  une chapelle Saint-Côme édifiée vers 1212 par l'abbé de Saint-Germain-des-Prés,  et dont les reliques avaient été rapportées de Terre Sainte :

L'église et la confrérie Saint-Côme de Paris sont étroitement liées à un grand centre de diffusion du culte des deux anargyres en France, celui de Luzarches (département du Val-d'Oise), à 30 km au nord de Paris.  Au XIIe siècle, un seigneur de Luzarches, Jean de Beaumont, rapporta de la deuxième croisade des reliques des deux frères et en fit deux parties : l'une destinée à l'abbé de Saint-Germain-des-Prés et qui fut répartie entre Notre-Dame et l'église Saint-Côme-et-Damien de Paris ; l'autre destinée à Luzarches. Dès 1180, Jean de Beaumont entreprenait de construire, sur la hauteur de Luzarches et dans l'enceinte du château féodal, une collégiale dédiée à saint Côme.

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La baie 118 de la cathédrale de Chartres. Photographie lavieb-aile 20 juillet 2018.

La baie 118 de la cathédrale de Chartres. Photographie lavieb-aile 20 juillet 2018.

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La baie 118 de la cathédrale de Chartres. Photographie lavieb-aile 20 juillet 2018.

La baie 118 de la cathédrale de Chartres. Photographie lavieb-aile 20 juillet 2018.

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La baie 118 de la cathédrale de Chartres. Photographie lavieb-aile 20 juillet 2018.

La baie 118 de la cathédrale de Chartres. Photographie lavieb-aile 20 juillet 2018.

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SOURCES ET LIENS.

https://www.vitraux-chartres.fr/verrieres_hautes/vh_118/lg_00.htm

https://archive.org/stream/MonographieDeLaCathedraleDeChartresV3#page/n243

http://www2.culture.gouv.fr/public/mistral/palissy_fr?ACTION=CHERCHER&FIELD_1=REF&VALUE_1=PM28000813

 

— LAUTIER (Claudine), 2003, . Les vitraux de la cathédrale de Chartres. Reliques et images. In: Bulletin Monumental, tome 161, n°1, année 2003. Les vitraux de la cathédrale de Chartres. Reliques et images. pp. 3-1; doi : https://doi.org/10.3406/bulmo.2003.1180 https://www.persee.fr/doc/bulmo_0007-473x_2003_num_161_1_1180

https://www.persee.fr/doc/bulmo_0007-473x_2003_num_161_1

— BULTEAU (abbé Marcel Joseph) 1887 Monographie de la cathédrale de Chartres. Par l'abbé Bulteau ... Deuxième édition, revue et augmentée. Tome 3 par  Société Archéologique d'Eure-et-Loir (Chartres) page 236

https://archive.org/stream/MonographieDeLaCathedraleDeChartresV3#page/n243

— GRODECKI (Louis), PERROT (Françoise), 1981, , Les vitraux du Centre et des Pays de la Loire, Corpus Vitrearum, II ed. du CNRS, page 39.

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Published by jean-yves cordier - dans Vitraux
21 juillet 2018 6 21 /07 /juillet /2018 15:40

Les culots de la charpente de la nef (1641-1645) de la chapelle Saints Côme-et-Damien à Saint-Nic.

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Voir sur la commune de Saint-Nic :

— L'église :

 

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— La chapelle Saint-Côme et Saint-Damien :

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— La chapelle Saint-Jean :

 

— L'église de Trégarvan (sablières de 1670 par le Maître de Saint-Nic) :

 

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PRÉSENTATION GÉNÉRALE.

Voir article sur les sablières nord de la nef.

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CLIQUEZ sur l'image au besoin.

Une vue de la charpente de la nef à partir du chœur fait apparaître sa structure, dont l'étude axonométrique dépasse mes compétences. On y voit les trois rangées de culots (cercles), dont les  éléments médians que j'avais nommé "about de poinçon", à tort puisqu'il n'y a pas de poinçons.

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La majorité de ces 75 éléments sont sculptés de motifs géométriques et végétaux dont je ne donnerai que quelques exemples, pour présenter surtout les motifs figurés, principalement anthropomorphes.

 

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Culots de la charpente de la nef de la chapelle Saints Côme-et-Damien à Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

Culots de la charpente de la nef de la chapelle Saints Côme-et-Damien à Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

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Entraits engoulés : la bague renflée médiane.

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Entrait de la nef de la chapelle Saints Côme-et-Damien à Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

Entrait de la nef de la chapelle Saints Côme-et-Damien à Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

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LES CULOTS CENTRAUX.

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La partie orientale de la nef.

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Culots de la charpente de la nef de la chapelle Saints Côme-et-Damien à Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

Culots de la charpente de la nef de la chapelle Saints Côme-et-Damien à Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

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Ornementation végétale.

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Culots de la charpente de la nef de la chapelle Saints Côme-et-Damien à Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

Culots de la charpente de la nef de la chapelle Saints Côme-et-Damien à Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

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Homme moustachu  buvant.

. Ce personnage, dont je ne parviens pas à identifier toutes les détails, amène à ses lèvres une bouteille ou une outre à long col .

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Culots de la charpente de la nef de la chapelle Saints Côme-et-Damien à Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

Culots de la charpente de la nef de la chapelle Saints Côme-et-Damien à Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

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Culots de la charpente de la nef de la chapelle Saints Côme-et-Damien à Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

Culots de la charpente de la nef de la chapelle Saints Côme-et-Damien à Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

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Homme barbu tirant la langue.

 

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Culots de la charpente de la nef de la chapelle Saints Côme-et-Damien à Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

Culots de la charpente de la nef de la chapelle Saints Côme-et-Damien à Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

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Culot à deux faces.

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Culots de la charpente de la nef de la chapelle Saints Côme-et-Damien à Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

Culots de la charpente de la nef de la chapelle Saints Côme-et-Damien à Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

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LES CULOTS LATÉRAUX.

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A. Personnages présentant un objet.

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Homme tenant un calice.

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Culots de la charpente de la nef de la chapelle Saints Côme-et-Damien à Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

Culots de la charpente de la nef de la chapelle Saints Côme-et-Damien à Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

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Homme barbu, coiffé d'une couronne de feuilles, tenant un tonnelet autour du cou.

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Culots de la charpente de la nef de la chapelle Saints Côme-et-Damien à Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

Culots de la charpente de la nef de la chapelle Saints Côme-et-Damien à Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

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Personnage tenant une couronne.

La couronne d'épines ?

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Culots de la charpente de la nef de la chapelle Saints Côme-et-Damien à Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

Culots de la charpente de la nef de la chapelle Saints Côme-et-Damien à Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

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Homme tenant une boule (pain ? cœur ?).

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Culots de la charpente de la nef de la chapelle Saints Côme-et-Damien à Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

Culots de la charpente de la nef de la chapelle Saints Côme-et-Damien à Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

Culots de la charpente de la nef de la chapelle Saints Côme-et-Damien à Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

Culots de la charpente de la nef de la chapelle Saints Côme-et-Damien à Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

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Homme tenant un cœur.

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Culots de la charpente de la nef de la chapelle Saints Côme-et-Damien à Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

Culots de la charpente de la nef de la chapelle Saints Côme-et-Damien à Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

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Homme tenant un livre ouvert.

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Culots de la charpente de la nef de la chapelle Saints Côme-et-Damien à Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

Culots de la charpente de la nef de la chapelle Saints Côme-et-Damien à Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

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Homme tenant un objet.

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Culots de la charpente de la nef de la chapelle Saints Côme-et-Damien à Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

Culots de la charpente de la nef de la chapelle Saints Côme-et-Damien à Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

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Homme tenant un cartouche en forme de cuir ou peau.

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Culots de la charpente de la nef de la chapelle Saints Côme-et-Damien à Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

Culots de la charpente de la nef de la chapelle Saints Côme-et-Damien à Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

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B. TÊTES .

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Homme coiffé de feuilles, montrant ses dents.

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Culots de la charpente de la nef de la chapelle Saints Côme-et-Damien à Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

Culots de la charpente de la nef de la chapelle Saints Côme-et-Damien à Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

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Homme coiffé de feuilles, montrant ses dents.

Notez le menton "en godet", caractéristique du "Maître de Saint-Nic".

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Culots de la charpente de la nef de la chapelle Saints Côme-et-Damien à Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

Culots de la charpente de la nef de la chapelle Saints Côme-et-Damien à Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

Culots de la charpente de la nef de la chapelle Saints Côme-et-Damien à Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

Culots de la charpente de la nef de la chapelle Saints Côme-et-Damien à Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

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Homme barbu, montrant ses dents.

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Culots de la charpente de la nef de la chapelle Saints Côme-et-Damien à Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

Culots de la charpente de la nef de la chapelle Saints Côme-et-Damien à Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

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Homme coiffé de feuilles, barbu et souriant.

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Culots de la charpente de la nef de la chapelle Saints Côme-et-Damien à Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

Culots de la charpente de la nef de la chapelle Saints Côme-et-Damien à Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

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Homme barbu.

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Culots de la charpente de la nef de la chapelle Saints Côme-et-Damien à Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

Culots de la charpente de la nef de la chapelle Saints Côme-et-Damien à Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

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Homme barbu.

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Culots de la charpente de la nef de la chapelle Saints Côme-et-Damien à Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

Culots de la charpente de la nef de la chapelle Saints Côme-et-Damien à Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

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Homme à barbichette et moustache.

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Culots de la charpente de la nef de la chapelle Saints Côme-et-Damien à Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

Culots de la charpente de la nef de la chapelle Saints Côme-et-Damien à Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

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Homme barbu  coiffé d'une couronne.

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Culots de la charpente de la nef de la chapelle Saints Côme-et-Damien à Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

Culots de la charpente de la nef de la chapelle Saints Côme-et-Damien à Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

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Culots de la charpente de la nef de la chapelle Saints Côme-et-Damien à Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

Culots de la charpente de la nef de la chapelle Saints Côme-et-Damien à Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

Culots de la charpente de la nef de la chapelle Saints Côme-et-Damien à Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

Culots de la charpente de la nef de la chapelle Saints Côme-et-Damien à Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

Culots de la charpente de la nef de la chapelle Saints Côme-et-Damien à Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

Culots de la charpente de la nef de la chapelle Saints Côme-et-Damien à Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

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Feuillage.

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Culots de la charpente de la nef de la chapelle Saints Côme-et-Damien à Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

Culots de la charpente de la nef de la chapelle Saints Côme-et-Damien à Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

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Culots de la charpente de la nef de la chapelle Saints Côme-et-Damien à Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

Culots de la charpente de la nef de la chapelle Saints Côme-et-Damien à Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

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SOURCES ET LIENS.
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— BASE MERIMÉE, Notice :

http://www2.culture.gouv.fr/public/mistral/mersri_fr?ACTION=CHERCHER&FIELD_1=REF&VALUE_1=IA00005244

 

— COUFFON (René), 1988

http://diocese-quimper.fr/images/stories/bibliotheque/pdf/pdf-Couffon/SAINTNIC.pdf

CHAPELLE SAINT-COME ET SAINT-DAMIEN (C.)

En forme de croix latine, cet édifice, de construction soignée en pierres appareillées, comprend une nef de cinq travées avec bas-côtés, un transept et un choeur peu saillant à chevet plat. Elle remonte au XVIe siècle ou même fin XVe siècle mais dans son état actuel elle est en grande partie du XVIIe siècle ainsi que l'indiquent de très nombreuses inscriptions.

Sur la sablière nord de la nef : "DICI IVSQVES AV PREMIER PILIER A ESTE BOISE AVX FRAIS DE VENER PERESONE Mre GVIL PERFEZOV RECT DE St NIC 1641."

Plus loin : "DICI IVSQVES A LAVTRE ESCRITEAV A ESTE BOISE PAR IAC POLESEC ET OL GVILLOSSOV Mre GVILL PERFEZOV ESTANT RECTEVR DE St NIC ET I. BORGNE. FAB. DE CEANS."

Sur les sablières des bas-côtés : "M. G. PERFEZOV. R. G. MARZIN. F. 1661" (au sud),

 

"AL. ROIGNANT FAB. ET CHARP. 1670" (au nord).

Au-dessus de la porte nord : "AL. ROIGNANT. F. 1675 (ou 1673 ?)."

 

La magnifique charpente de la nef en forme de carène renversée, repose sur des sablières et des entraits engoulés. La charpente du transept a été détruite par les bombardements de l'été 1944. Le lambris a disparu ; il portait autrefois des peintures représentant la vie de saint Côme et saint Damien datées 1694 ; elles furent détruites en 1880.»

 

 

— DILASSER (Maurice), 1979, La chapelle Saint-Côme in Un pays de Cornouaille Locronan et sa région. Paris, Nouvelle Librairie de France. pages 632-636


— DUHEM (Sophie) 1998, Les sablières sculptées en Bretagne: images, ouvriers du bois et culture paroissiale au temps de la prospérité bretonne (XVe-XVIIe s.), Presses universitaires de Rennes,  390 pages. Saint-Nic pages 19, 24, 25, 29, 36, 95, 100, 113, 119, 143, 146 (les sculpteurs de Saint-Nic), 147, 183 (médaillons),  218, 242, 257 (les évangélistes de la chapelle Saint-Jean), 283 (chap. St-Jean), 299, 321 et 334.

http://www.pur-editions.fr/detail.php?idOuv=781

 

Les sculpteurs de Saint-Nic 1641-1670.

"L'étude stylistique des sablières de la chapelle des Saints Côme-et-Damien à Saint-Nic met en évidence la participation d'un atelier composé de trois sculpteurs, ayant exercé leur activité entre 1641 et 1670 sur la demande du recteur de la paroisse, Guillaume Perfezou. Les décors les plus anciens, localisés dans la nef, portent les signatures de deux artisans employés à l'édification de la charpente dans cette partie de l'édifice ; une première date précise qu'elle fut commencée en 1641 et terminée ... « l'an 1646 par Iac Bolesec et ol(ivier) Guillocsou ». les noms des deux sculpteurs sont donc connus : il s'agit de Jacques Bolésec et d'Olivier Guillosou. Le programme qu'ils élaborent est inventif, composé de thèmes variés où prédominent les images de dragons végétalisés, les frises de végétaux soutenus par des putti ailés, les mascarons et des grylles monstrueux. La réalisation est correcte comme le montre la taille en haut-relief des sculptures, mais l'étude de détails trahit une connaissance peu maîtrisée des règles de la composition, des proportions , du rendu des gestes et des expressions, que dissimule une abondante décoration de surface. Il est en réalité difficile de dissocier la participation respective des deux ouvriers à l'ouvrage car la facture de l'ensemble est très homogène et ne révèle pas de différence stylistique notable. La seule que nous voyons se résume à quelques points de détails qui tendent à distinguer d'un coté les reliefs sculptés des sablières et de l'autre les sculptures en ronde-bosse des faux culots de poinçons et des blochets."

Un autre compagnon se joint aux ouvriers une dizaine d'année plus tard, pour exécuter un ouvrage de même goût dans le bas-coté sud de l'église. Une poutre précise l'époque (nous sommes en 1661) et l'une des factures identifie le nouvel artisan : il s'agit d'Alain Roignant, qui reproduit fidèlement les thèmes sculptés par ses compagnons mais pour un résultat plus médiocre que tente de camoufler une excessive décoration de stries, d'encoches et de points. L'artisan a visiblement été formé aux « méthodes » des sculpteurs et familiarisé avec les images de l'atelier. Son activité ne débute pas en 1661 puisqu'il exerce déjà son métier en 1653. il réalise à cette époque les décors sculptés de la chapelle Saint-Jean, toujours pour le recteur Guillaume Perfezou. Ses déplacements le conduisent à quelques kilomètres de là, dans la paroisse de Trégarvan qui l'emploie à l'ornementation de la charpente. La date de réalisation de cet ensemble n'est pas connue ; elle est probablement contemporaine des travaux de Saint-Nic et de l'achèvement des reliefs du bas-coté nord en 1670."

 

 

— MUSSAT (André), 1957, Congrès archéologique de France vol. 115; A. Picard, page 133.

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— OLIVIER ( Corentin), 2014, Les charpentes armoricaines : inventaire, caractéristiques et mise en œuvre d’un type de charpente méconnu, Mémoire de master 2, Université Rennes 2, sous la direction de Pierre-Yves Laffont et Vincent Bernard, 2014, 410 p.

— OLIVIER ( Corentin), 2016, « L’archéologie des charpentes anciennes (xive -xvie siècles) au service de la connaissance des forêts du Massif armoricain », Mémoires de la Société d’Histoire et d’Archéologie de Bretagne, t XCIV, 2016, p. 109- 121.

— PARCHEMINOU ( Corentin), 1930  “Saint-Nic : une paroisse cornouaillaise pendant la Révolution : ses monuments religieux,” 

http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/3082c766c9392bec4684ec9de6920595.pdf

"Chapelle de Saint-Côme.

Située à un kilomètre environ au Sud du bourg, non loin de la Lieue-de-Grève, cette chapelle est l'une des plus intéressantes du diocèse de Quimper. Elle est  dédiée à Saint Côme et Saint Damien. L'édifice actuel, dont les plus vieilles parties remontent au xve siècle, a dù être bâti après une des épidémies de peste qui firent tant de ravage dans notre pays, au cours des XIVe et xve siècles, et il. est probable que la famille de Rosmadec, dont le château existait non loin de là, en Telgruc, n'a pas été étrangère à sa construction. En effet, on voit le blason de cette famille sur une vieille pierre en granit bleu, accôtée au mur du bas-côté gauche, vers le bas de l'édifice : palé d'argent et d'azur de six pièces. Timbrée d'une mitre et d'une crosse qui a sa volute tournée vers la gauche, elle offre, à n'en pas douter, les armoiries de Bertrand de Rosmadec, évêque de Quimper, de 1416 à 1445, qui contribua sans doute .à la construction. Une légende sans fondement veut aussi que la chapelle ait été bâtie par les Anglais. Les matériaux pour la construire seraient venus par mer ...

Saint-Côme fut autrefois un lieu de pèlerinage très fréquenté, ce qui explique les belles dimensions de la chapelle, plus grande que l'église paroissiale. Une petite porte au Sud et certains chapiteaux sont du début du XVI" siècle. Une autre porte, sur la face Ouest du croisillon Sud, a les caractères de vers 1540, avec arc en anse de panier et mouluration prismatique  continue. Les remplages sont tous du milieu du xvie siècle. Un très beau clocher à galerie, plus jeune que son entourage, complètè l'édifice.

A l'intérieur, cinq travées, un transept et un chœur rectangulaire en légère saillie, nef obscure. Le sol, de simple terre battue, est en légère pente de l'Est à l'Ouest. Ce qui frappe surtout dans cette chapelle, c'est la voûte de la nef qui est, dans le pays, à peu près unique en son genre.

On voit là toute une forêt de poutres sculptées. La charpente apparente est fortifiée par des tirants ou poutres en bois dont les extrémités sont mordues par des gueules monstrueuses. Les chevrons, les contre-fiches, les sablières, les entraits, tout est œuvré avec la plus curieuse fantaisie. Pas un mètre de bois qui ne soit ciselé et fouillé : chimères, monstres, bustes représentant toutes sortes de personnages. On a remarqué que tous ces personnages ont l'air dolents et se tiennent le ventre des deux mains, comme s'ils souffraient de maux d'entrailles. Certains croient qu'à Saint-Côme il y eut autrefois une maladrerie ou léproserie. Ceux qui ont commandé et exécuté ce travail l'ont signé, car on lit sur les frises du côté gauche : D'ici : iusques : au : premier : pilier a esté : boisé : aux frais : de : vénérable : personne  Guil : Perfézou : rect. de St Nic. 1641. Une autre inscription au bas de la nef dit : D'ici: iusques : à l'autre : escriteau : a: été: boisé: par : Alain : Polézec : et: OH : Guillosou : et : estait : recteur : M" : Guil; Perfézou. Sur la boiserie du bas-côté droit : M. G. Perfézou, R. G. Marzin F. 1661. - Ces : quatre: derniers: piliers : furent: bastis : 1649, lW" Grzill: Perfézou, R"~ Sur le mur Nord, à l'intérieur et à l'extérieur : Al: Roignant: Fab. en charg. 1675.

Le chœur était autrefois couvert d'une charpente encore plus ouvragée que celle de la nef. On a, malheureusement, dû la démolir, il y a une cinquantaine d'années, à cause de son mauvais état. C'est d'autant plus regrettable que des peintures la couvraient, qui représentaient plusieurs scènes de la vie de S. Côme et de S. Damien. Elles portaient la date: 1694."

 

 

 —TOSCER (Catherine), 1997, La chapelle Saint-Côme et Saint-Damien en Saint-Nic,Mémoires de la Société d'Histoire et d'archéologie de Bretagne vol. 75, pages 371-377.

http://www.shabretagne.com/scripts/files/54947131089936.59874395/1997_24.pdf

 

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19 juillet 2018 4 19 /07 /juillet /2018 21:00

Les sablières (1641-1675)  de la chapelle Saints Côme-et-Damien à Saint-Nic. III. Les sablières des bas-cotés, et leurs blochets.

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Voir sur la commune de Saint-Nic :

— L'église :

 

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— La chapelle Saint-Côme et Saint-Damien :

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— La chapelle Saint-Jean :

 

L'église de Trégarvan (sablières de 1570 par le Maître de Saint-Nic) :

 

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PRÉSENTATION GÉNÉRALE.

Voir article sur les sablières nord de la nef.

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CLIQUEZ sur l'image au besoin.
 

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Description du fond de la chapelle (ouest) vers le chœur (est).

 

LE BAS-COTÉ (ou COLLATÉRAL) SUD BCS (1661).

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La charpente des  bas-cotés n'est plus rythmée, comme la nef, par les entraits, mais les arbalétriers (les pièces obliques) forment des demi-fermes (Viollet-le-Duc). Leur appui sur le mur gouttereau est épaulé par des blochets.

Ces arbalétriers supportent  deux pannes (fortes poutres horizontales), et c'est sur ces pannes qu'est  chevillée la succession régulière des chevrons (obliques comme les arbalétriers). Je compte sur ma photo un arbalétrier pour dix chevrons. Les chevrons reçoivent eux-mêmes la couverture des liteaux ou voliges, qui reçoivent les ardoises. Si j'ai bien compris.

Je décrirai les pannes sablières découpées par les blochets, comme des entités successives. Les blochets sont numérotés depuis le premier  décrit, au coté sud de la nef. Les sablières sont numérotés d'ouest en est pour le bas-coté sud BCS, puis pour le bas-coté nord BCN.

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Sablières et blochets du bas-coté sud (1661) de la chapelle Saints Côme -et-Damien, à Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juillet 2018.

Sablières et blochets du bas-coté sud (1661) de la chapelle Saints Côme -et-Damien, à Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juillet 2018.

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Premier espace sud entre deux arbalétriers. Blochet B7, sablière BCS1 et blochet B8.

 

Blochet B7 : tête de dragon.

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La première sablière BCS 1 ; frise de rubans et perles enroulés.

Le motif est celui de la petite frise inférieure des sablières de la nef, avec des enroulements de  "rubans" concaves ponctués de deux étoiles, et de successions de  perles trois par trois.

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Blochet B8. Un oiseau.

Le corps, entièrement couvert de plumes, est ancien, alors que la tête relève d'une restauration récente. Deux blochets similaires se trouvent à l'extrémité orientale du bas-coté nord. 

 

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Sablières et blochets (1661) du bas-coté sud  de la chapelle Saints Côme -et-Damien, à Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juillet 2018.

Sablières et blochets (1661) du bas-coté sud de la chapelle Saints Côme -et-Damien, à Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juillet 2018.

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Deuxième espace entre les arbalétriers. Sablière BCS2.

Sablière BCS 2 : Deux dragons à tête humaine et queue végétalisée, de part et d'autre d'un masque humain.

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Sablières et blochets (1661) du bas-coté sud  de la chapelle Saints Côme -et-Damien, à Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juillet 2018.

Sablières et blochets (1661) du bas-coté sud de la chapelle Saints Côme -et-Damien, à Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juillet 2018.

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Sablières et blochets (1661) du bas-coté sud  de la chapelle Saints Côme -et-Damien, à Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juillet 2018.

Sablières et blochets (1661) du bas-coté sud de la chapelle Saints Côme -et-Damien, à Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juillet 2018.

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Blochet B9. Ange tenant un instrument de la Passion (la croix).

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L'un des traits stylistique de l'atelier du "Maître de Saint-Nic", la  déformation du menton "en godet", est ici caricaturale puis que le menton forme une tuméfaction sous la boule du visage.

À ce visage en coloquinte, le sculpteur  a donné, selon son habitude, des yeux en amande, des pupilles en cerise ou plutôt en olive dénoyautée, un nez bien aéré,  une bouche en croissant de lune taillée à la gouge  sans s'embarrasser des lèvres, et deux délicieuses oreilles en colimaçon.

  La collerette en pétale est un autre motif qui se répétera inlassablement. Ses dessins en plumes se poursuivent sur la robe stylisée, et sur les ailes bien-sûr. 

La coiffure est intéressante, car elle associe un bandeau frontal avec un bandeau postérieur semblable à celui auquel j'ai attribué dans ce blog  le surnom de "chouchou" car il rassemble les cheveux derrière la nuque.

Enfin, il faut noter les mains rassemblées sous le ventre, lequel est ballonné.  Cette particularité déjà notée en B3 de la nef sud se retrouvera peu ou prou sur cinq autres blochets, et il est de tradition à Saints Côme-et-Damien de dire qu'il s'agit de patients souffrants  de dysenterie, par allusion aux pouvoirs de thaumaturges des deux saints médecins.

Rien ne me semble moins sûr, puisque ce trait se retrouve ici sur cet ange, dont il serait très incongrue  de penser qu'il souffre de troubles digestifs.

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Sablières et blochets (1661) du bas-coté sud  de la chapelle Saints Côme -et-Damien, à Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juillet 2018.

Sablières et blochets (1661) du bas-coté sud de la chapelle Saints Côme -et-Damien, à Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juillet 2018.

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Sablières et blochets (1661) du bas-coté sud  de la chapelle Saints Côme -et-Damien, à Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juillet 2018.

Sablières et blochets (1661) du bas-coté sud de la chapelle Saints Côme -et-Damien, à Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juillet 2018.

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Troisième espace  : la sablière BCS3 : quatre dragons autour d'un ange central,  et un masque humain.

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Les dragons sont groupés par deux, queue contre queue. Il n'y a pas de frise en registre inférieur. Les dragons sont décorés selon la technique propre à l'atelier de Saint-Nic, avec des écailles rondes, des entailles en C, en S ou en V, et des perforations en lignes. Les encolures sont marquées de lignes en zig-zag, ou de perles. 

À droite, un jovial masque humain tient dans sa bouche la queue des deux monstres (dont l'un est ailé), sans être troublé par les longues flammes qu'ils crachent en sa direction.

À gauche, la langue des bestioles est enroulée, tandis que les queues tracent une boucle dont ils affrontent les courbes.

Détail : si vous suivez le parcours de la queue du dragon de gauche, vous constaterez qu'elle es termine par une  tête de dragon en réduction, tirant méchamment sa langue comme lui a appris son papa. Cette queue céphalisée est très couramment adoptée par les dragons de sablières.

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Sablières et blochets (1661) du bas-coté sud  de la chapelle Saints Côme -et-Damien, à Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juillet 2018.

Sablières et blochets (1661) du bas-coté sud de la chapelle Saints Côme -et-Damien, à Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juillet 2018.

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Sablières et blochets (1661) du bas-coté sud  de la chapelle Saints Côme -et-Damien, à Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juillet 2018.

Sablières et blochets (1661) du bas-coté sud de la chapelle Saints Côme -et-Damien, à Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juillet 2018.

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Le blochet B10. Homme échevelé, à bandeau, barbiche et collerette en pétales de marguerites.

Pour montrer l'étendu de ses talents, le sculpteur a ajouté aux amandes, aux olives et au croissant de lune de la coloquinte dix entailles : deux pour les sourcils, et huit pour la barbichette. Il reste fidèle au bandeau frontal, seul élément discipliné d'une coiffure exubérante.

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Sablières et blochets (1661) du bas-coté sud  de la chapelle Saints Côme -et-Damien, à Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juillet 2018.

Sablières et blochets (1661) du bas-coté sud de la chapelle Saints Côme -et-Damien, à Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juillet 2018.

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Quatrième espace : la sablière BCS4. Rinceau et monogramme IHS. Inscription 1661.

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La sablière est sculptée d'un rinceau distribuant des feuilles, des fleurs à épis crénelé et des grappes mûriformes. Au centre, le monogramme christique IHS s'inscrit dans un cartouche solaire, exactement comme sur les sablières S1 et S3 de la nef sud. Et, comme en S3, ce monogramme sacré est curieusement présenté par deux animaux apparentés aux dragons, mais dotés d'oreilles de lapins, de deux cornes, d'une queue s'enroulant en spirale sur leur dos, tandis que leur corps se prolonge en se confondant avec la tige du rinceau.

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Sablières et blochets (1661) du bas-coté sud  de la chapelle Saints Côme -et-Damien, à Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juillet 2018.

Sablières et blochets (1661) du bas-coté sud de la chapelle Saints Côme -et-Damien, à Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juillet 2018.

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L'inscription dans un cartouche, est écrite en lettres capitales romaines et chiffres arabes avec ponctuation de séparation (et d'abréviation des prénoms) par deux-points. Le positionnement de l'inscription sous la sablière figure, la graphie et la taille des lettres (quoique je ne l'ai pas mesurée) sont les mêmes que pour les inscriptions de la nef nord, et des sablières de Trégarvan. 

M : G : PERFEZOV : R  . G : MARZIN : F : 1661.

Messire Guillaume Perfezou recteur , G. Marzin fabricien 1661. 

 

Le recteur Guillaume Perfezou a déjà fait inscrire son nom dès 1638 sur la chaire de la chapelle, puis  sur deux sablières nord de la nef en 164[6] et 1641. Et aussi sur le calvaire de la chapelle Saint-Jean en 1645 et sur la charpente de la même chapelle en 1653. Le bas-coté sud reçoit donc sa charpente 20 ans après celle de la nef nord, par le même atelier puisque nous retrouvons la graphie des inscriptions et le style des sculptures, mais peut-être  pas   par Jacques Polesec et Olivier Guillocsou, les charpentiers de 164[6].

Le fabricien de l'année est G. Marzin, pour Guillaume  ou Guegen Marzin . Le patronyme est attesté à Saint-Nic, par exemple par Hervé Marzin, né le 8 décembre 1639, à Saint-Nic et décédé le 18 avril 1705 dans la même paroisse,  et qui épousa Françoise Gannat (mars 1633/ décembre 1713 Saint-Nic). Ou bien Pierre Marzin (Saint-Nic 1626-1691) qui épousa Françoise Guegueniat. 

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Sablières et blochets (1661) du bas-coté sud  de la chapelle Saints Côme -et-Damien, à Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juillet 2018.

Sablières et blochets (1661) du bas-coté sud de la chapelle Saints Côme -et-Damien, à Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juillet 2018.

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Blochet B11. Homme à barbiche, se tenant le ventre.

Ce jovial personnage vu en buste nous semble féminin par la rondeur de son visage et par sa coiffure, mais la présence de la barbichette m'impose d'y voir un homme. Il porte en guise de fraise un col en pétales de marguerites, comme les autres blochets, un vêtement stylisé, et des manches longues plissées. Ses mains sont posées sur son ventre.

Le bandeau repousse vers l'arrière l'amas vermiculaire que le coiffeur de ce monsieur lui a infligé.

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Sablières et blochets (1661) du bas-coté sud  de la chapelle Saints Côme -et-Damien, à Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juillet 2018.

Sablières et blochets (1661) du bas-coté sud de la chapelle Saints Côme -et-Damien, à Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juillet 2018.

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Blochet B12. Homme à barbiche, mains sur le ventre.

Et toujours la coloquinte (un peu de travers), les amandes percées, etc., le bandeau sous un parasol capillaire, et des mains-feuilles mal équarries.

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Sablières et blochets (1661) du bas-coté sud  de la chapelle Saints Côme -et-Damien, à Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juillet 2018.

Sablières et blochets (1661) du bas-coté sud de la chapelle Saints Côme -et-Damien, à Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juillet 2018.

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Sablière BCS 5. Entrelacs à dragons, deux personnages présentant un masque.

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Sablières et blochets (1661) du bas-coté sud  de la chapelle Saints Côme -et-Damien, à Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juillet 2018.

Sablières et blochets (1661) du bas-coté sud de la chapelle Saints Côme -et-Damien, à Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juillet 2018.

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Sablières et blochets (1661) du bas-coté sud  de la chapelle Saints Côme -et-Damien, à Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juillet 2018.

Sablières et blochets (1661) du bas-coté sud de la chapelle Saints Côme -et-Damien, à Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juillet 2018.

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Sablières et blochets (1661) du bas-coté sud  de la chapelle Saints Côme -et-Damien, à Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juillet 2018.

Sablières et blochets (1661) du bas-coté sud de la chapelle Saints Côme -et-Damien, à Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juillet 2018.

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Blochet B13. Homme à barbiche et moustache "Louis XIII", à collerette en pétales.

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Sablières et blochets (1661) du bas-coté sud  de la chapelle Saints Côme -et-Damien, à Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juillet 2018.

Sablières et blochets (1661) du bas-coté sud de la chapelle Saints Côme -et-Damien, à Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juillet 2018.

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Sablières BCS 6 et BCS 7. Trois têtes d'anges et monogramme marial. Blochet B14.

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Le monogramme MA de MARIA est inscrit, comme celui du Christ, dans un cartouche en soleil.

Les lettres M et A sont superposées dans un motif symétrique à trois losanges (comme c'est souvent le cas), mais les lettres manquantes pour écrire MARIA ne sont pas oubliées, leur présence est signalée par le tilde en crochet placé au dessus.

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Le blochet B14 est semblable aux autres (même collerette, mêmes manches, même tunique stylisée), mais ne porte pas de barbiche, et, surtout, ses mains tiennent un livre ouvert.

Sablières et blochets (1661) du bas-coté sud  de la chapelle Saints Côme -et-Damien, à Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juillet 2018.

Sablières et blochets (1661) du bas-coté sud de la chapelle Saints Côme -et-Damien, à Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juillet 2018.

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Le blochet B15. Une femme, se tournant les pouces mains croisées sur le ventre.

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Sous son collier de perle, une ceinture de feuilles peine à transformer cette Bonemine en danseuse tahitienne, mais quel sourire pourtant ! Quel regard tourné vers le ciel !  Quelle robe ondée digne d'une sirène !

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Sablières et blochets (1661) du bas-coté sud  de la chapelle Saints Côme -et-Damien, à Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juillet 2018.

Sablières et blochets (1661) du bas-coté sud de la chapelle Saints Côme -et-Damien, à Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juillet 2018.

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Cette charpente sculptée du bas-coté sud, datée de 1661 par inscription, associe des motifs fantastiques d'inspiration médiévale comme les dragons, et des thèmes liturgiques d'inspiration tridentine comme les monogrammes christiques et mariaux et les angelots, mais le plus singulier est la série des neuf blochets, dont six ont les mains sur le ventre. 
La continuité stylistique avec les sablières de la nef est évidente, comme l'illustrent les trois traits caractéristiques que j'ai identifiés : les inscriptions aux lettres droites, les ornementations par perforations, et le menton "en godet".

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LE BAS-COTÉ (ou COLLATÉRAL) NORD BCN (1675).

 

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Effectuées 14 ans plus tard, les sablières offrent de nombreux points communs avec celles du bas-coté sud. 

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Première sablière du bas-coté nord, BCN 1.

Le motif est le même qu'au sud, et nous retrouvons  ces enroulements de  "rubans" concaves ponctués de deux étoiles, et de successions de  perles trois par trois.

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Sablières et blochets (1675) du bas-coté nord  de la chapelle Saints Côme -et-Damien, à Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juillet 2018.

Sablières et blochets (1675) du bas-coté nord de la chapelle Saints Côme -et-Damien, à Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juillet 2018.

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Blochet B16. Ange tenant la croix, l'un des Instruments de la Passion.

C'est la reprise du blochet B9, mais qui a abandonné sa savante coiffure.

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Sablières et blochets (1675) du bas-coté nord  de la chapelle Saints Côme -et-Damien, à Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juillet 2018.

Sablières et blochets (1675) du bas-coté nord de la chapelle Saints Côme -et-Damien, à Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juillet 2018.

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Sablière BCN2 : rinceau à grosses fleurs et épis ou grappes.

La tige sort du bec d'un oiseau : même motif qu'à la chapelle Saint-Jean, ou à Trégarvan.

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Sablières et blochets (1675) du bas-coté nord  de la chapelle Saints Côme -et-Damien, à Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juillet 2018.

Sablières et blochets (1675) du bas-coté nord de la chapelle Saints Côme -et-Damien, à Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juillet 2018.

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Sablières et blochets (1675) du bas-coté nord  de la chapelle Saints Côme -et-Damien, à Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juillet 2018.

Sablières et blochets (1675) du bas-coté nord de la chapelle Saints Côme -et-Damien, à Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juillet 2018.

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Sablière B17. Un oiseau à tête (restaurée) de cygne.

Même oiseau qu'en B9 et B20 ; un irascible leur a tranché la tête.

Ou étaient-ce des anges ?

 

Sablières et blochets (1675) du bas-coté nord  de la chapelle Saints Côme -et-Damien, à Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juillet 2018.

Sablières et blochets (1675) du bas-coté nord de la chapelle Saints Côme -et-Damien, à Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juillet 2018.

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Sablière BCN3 : frise de pampre et lion goûtant aux raisins.

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Sablières et blochets (1675) du bas-coté nord  de la chapelle Saints Côme -et-Damien, à Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juillet 2018.

Sablières et blochets (1675) du bas-coté nord de la chapelle Saints Côme -et-Damien, à Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juillet 2018.

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C'est un lion qui se donne des allures de dragon mais qui se reconnaît à sa crinière et à son corps lisse, sans pelage. Il porte un collier.

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Sablières et blochets (1675) du bas-coté nord  de la chapelle Saints Côme -et-Damien, à Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juillet 2018.

Sablières et blochets (1675) du bas-coté nord de la chapelle Saints Côme -et-Damien, à Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juillet 2018.

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Blochet B18. Un ange 

Le sculpteur reprend son vocabulaire stylistique, mais l'agrémente d'une robe à gros plis. Ah, il ne fait pas dans la dentelle ! Voyez le cou de taureau !

Mais le gentil sourire et le costume en feuilles de bananier donne à son personnage un charme certain.

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Sablières et blochets (1675) du bas-coté nord  de la chapelle Saints Côme -et-Damien, à Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juillet 2018.

Sablières et blochets (1675) du bas-coté nord de la chapelle Saints Côme -et-Damien, à Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juillet 2018.

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La sablière BCN 4. Frise à pampre et oiseaux.

Ce motif déjà vu en BCN2 et BCN3  se retrouve à la chapelle Saint-Jean, ou à Trégarvan.

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Sablières et blochets (1675) du bas-coté nord  de la chapelle Saints Côme -et-Damien, à Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juillet 2018.

Sablières et blochets (1675) du bas-coté nord de la chapelle Saints Côme -et-Damien, à Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juillet 2018.

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L'inscription de 1675.

Elle est semblable aux inscriptions du nord de la nef ou de celle (1661) du bas-coté sud et, comme elles, elle court en dessous de la sablière figurée, et elle est écrite en lettres capitales romaines très droites et très régulières. La lettre R notamment, fort gaillarde, est bien identique à celles de l'inscription de 1661, et elle est tracée comme un P auquel est ajoutée une jambe levée comme pour donner un coup de pied. Quant aux lettres  A, elles adoptent la traverse brisée en V qui forme un losange en leur centre.

AL : ROIGNANT : FAB : ET CHARP : L'AN 167[5]

"Alain Roignant Fabricien et charpentier l'an 1675."

 La graphie de l'inscription est non seulement semblable à celle des sablières de Saints Côme-et-Damien, mais aussi à celle de la tribune de l'église de Saint-Nic ( A. ROIGNANT : CHARP, sans date) et à celle des sablières de Trégarvan, datée de 1676.

Surtout, elle se retrouve encore sur l'inscription lapidaire gravée à l'extérieur, à droite de la porte nord de la chapelle (cf photo infra). Le texte est alors :

AL : ROIGN

ANT : F : 1675

"Alain Roignant Fabricien 1675"

Puisqu'un paroissien est nommée au poste de fabricien durant une année, et puisque la lecture de la date 1675 est certaine sur l'inscription extérieure, cela permet de lever le doute sur le dernier chiffre de l'inscription de la sablière du bas-coté nord, où certains ont lu 1670 ou 1673. La date de la sablière est bien de 1675.

Alain Roignant est très probablement celui que les généalogistes décrivent ( généalogie D'Eric Lagathu) comme étant  marié avec Marie LE BIHAN (1629-St-Nic, 7 mai 1690) dont il eut une fille, Marguerite, née le 1er avril 1661 à Saint-Nic. Puisqu'il se désigne à deux reprises comme charpentier, nous pouvons lui attribuer la charpente du bas-coté nord, au même titre que Jacques Polesec et Olivier Guillocsou qui avaient réalisé celle de la nef nord en 164[6].

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Sablières et blochets (1675) du bas-coté nord  de la chapelle Saints Côme -et-Damien, à Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juillet 2018.

Sablières et blochets (1675) du bas-coté nord de la chapelle Saints Côme -et-Damien, à Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juillet 2018.

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Porte nord de la chapelle Saints Côme-et-Damien, à Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juillet 2018.

Porte nord de la chapelle Saints Côme-et-Damien, à Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juillet 2018.

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Porte nord de la chapelle Saints Côme-et-Damien, à Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juillet 2018.

Porte nord de la chapelle Saints Côme-et-Damien, à Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juillet 2018.

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Blochet B19. Ange mains sur le ventre.

menton en godet ; collerette en pétales ; corps de plumes qui m'incite à y voir un ange, malgré l'absence d'ailes caractérisées..

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Sablières et blochets (1675) du bas-coté nord  de la chapelle Saints Côme-et-Damien, à Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juillet 2018.

Sablières et blochets (1675) du bas-coté nord de la chapelle Saints Côme-et-Damien, à Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juillet 2018.

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Sablière BCN5 (pampre) et blochet B20 (oiseau).

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Sablières et blochets (1675) du bas-coté nord  de la chapelle Saints Côme-et-Damien, à Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juillet 2018.

Sablières et blochets (1675) du bas-coté nord de la chapelle Saints Côme-et-Damien, à Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juillet 2018.

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CONCLUSIONS.

De 1641 à 1675, les charpentes de la chapelle Saints Côme-et-Damien de Saint-Nic ont été réalisées, pendant la cure (et aux frais ) du recteur Guillaume Perfezou du moins jusqu'en 1661, et sous la direction des fabriciens en fonction aux années correspondantes. les inscriptions permettent de reconstituer cinq campagnes successives :

 

Les noms des charpentiers sont en rouge.

— Charpente et sablières de la nef nord :

1641, deux premières arcades, aux frais du recteur Guillaume Perfezou, .

164[6], quatrième et troisième arcades, par Jacques Polesec et Olivier Guillocsou, le recteur étant Guillaume Perfezou et le fabricien I. Borgne.

— Charpente et sablières de la nef sud :

1645 : quatre dernières arcades, sous le recteur Guillaume Perfezou.

— Charpente et sablières du bas-coté sud :

1661, le recteur étant toujours  Guillaume Perfezou et  le fabricien étant G. Marzin.

— Charpente et sablières du bas-coté nord :

1675, par le charpentier Alain Roignant, qui était également le fabricien pour cette année là.

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Ce chantier a été mené en même temps que celui de la charpente de la chapelle Saint-Jean, dans la même paroisse et sous le même recteur G. Perfezou, en 1653. Il a été associé,  en 1670, par celui de la charpente de l'église de Trégarvan. Les caractéristiques stylistiques des sablières figurées et des inscriptions permettent d'attribuer ces sculptures à un seul atelier, auquel je donne le nom de convention de Maître de Saint-Nic, même si l'activité de cet atelier durant 34 ans , de 1641 à 1675 suppose volontiers plusieurs artisans et donc plusieurs "mains".

 

Plan Nocquet in Toscer, complété lavieb-aile

Plan Nocquet in Toscer, complété lavieb-aile

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Les repères stylistiques sont par exemple :

-de façon générale, une  ornementation par motifs taillés en creux, stries, encoches, points, écailles, et ponctuations.

-pour les dragons :

  • les écailles du corps traités, selon les zones, par deux entailles différentes, soit en coup de biseau, soit en ligne irrégulière et sinueuse.

  • Les plages du corps lisses, dépourvues d'écailles, 

  • les langues dont le caractère épineux est figuré par un aspect foliaire.

  • Le fouet des queues traité comme des épis ou des grappes.

  • Les trous des pupille

 

-Pour les blochets

  • Yeux en amande délimités par un double contour autour d'une olive centrale évidée,
  • Petite bouche souriante en demi-lune,
  • Menton en galoche ou godet responsable d'un visage en coloquinte
  • Vêtement stylisé, non réaliste.
  • Trous d'ornementation pour les yeux, la collerette et la ceinture.
  • Collerette en larges pétales , comme celle d'un Pierrot Gourmand

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La question se pose de savoir s'il faut considérer que les trois charpentiers  (Polesec, Guillocsou et Roignant) dont les noms nous sont donnés par inscription sont aussi les auteurs des sculptures des sablières. Les charpentiers sont-ils aussi menuisiers et "ymagiers" et sculpteurs, mais aussi sculpteurs en lettres?

Cette question est discutée par Sophie Duhem dans le chapitre 5  de son ouvrage, "Les sculpteurs des charpentes, des artisans polyvalents" :

 

 

 

« Mais qui sont ces artisans qui signent les charpentes ? Lorsque l'ouvrier de Crénenan annonce « (…) faict par moy ian le bovrois (...) », comment devons-nous comprendre le message ? Avons-nous affaire au concepteur des plans, c'est-à-dire au charpentier, ou au décorateur des poutres, et dans ce cas au sculpteur ? Quelques inscriptions répondent partiellement à cette interrogation.

Le sens des formules est parfois explicite. Lorsque Jean Thébaud déclare à Ploéren « avoir fait la charpente », il est évident qu'il est à l'origine des plans et de la construction de l'ossature. De même, lorsque Olivo signale qu'il a « boisé » la chapelle de Pluvigner ou quand l'artisan anonyme de l'église de Merlevenez annonce qu'il « (…) fit (…) charpenterie », « faire le bois » a bien le sens premier de « concevoir » et de « construire » ; l'artisan d'Arz qui «  (…) come[n]ce le bouais de ce [chœur] l'an (...) » en 1553 et Thomas Magad à Locoal-Mendon qui « (…) faict (…) ce boy (...) » en l'an 1621 sont bien deux charpentiers au fait des techniques de boisage des bâtimùents. Quelques artisans d'ailleurs annoncent leur profession. Celui de la chapelle de Tréarvec à Brech emploie le mot « calve » qui désigne en breton le charpentier ;: « I. Pezron, Calve 1585 ». Celui de Canihuel, de son vrai nom « Calve » cette fois, se dit « cherpantier », ceux de la Roche-Maurice « sarpentiers », Philippe Cousin à la Selle-en-Luitré est « maistre charpe[n]tier » ainsi qu'Henri Le Meilleur à Pluméret, alors que B. Agesse à Mohon se dit « (…) mestre de le[u]vre (...) ».

Au total 22 artisans revendiquent le statut de charpentier, mais aucun ne fait valoir celui de sculpteur qui conviendrait davantage aux décorateurs des charpentes. À Canihuel en 1474, c'est pourtant un sculpteur que l'on emploie aux poutres. Il s'agit d'Olivier Le Loergan, aujourd'hui connu pour ses reliefs réalisés sur le jubé de la chapelle Saint-Fiacre au Faouët. L'épigraphe de la sablière qui l'identifie le désigne comme « ouvrier » , « (…) cest oupvre cy fist loupvrier nome Le Loergan : Olivier  (...) », un titre qu'il faut entendre ici au sens large de « créateur de l'œuvre », comme le souligne justement V . Breteau. Est-il aussi l'auteur des plans de la charpente ? Rien ne nous permet de l'affirmer. Un fait cependant demeure : l'ouvrier est souvent sollicité pour ce type de contrat et habitué à ornementer les sablières.

Devons-nous conclure que les paroissiens faisaient appel à des sculpteurs indépendants pour ce travail d'ornementation ? Si l'on suit cette interprétation, comment expliquer qu'aucun n'ait laissé son nom et l'indication de son statut sur une sablière ? Comment concevoir que certains aient même accepté que des compagnons charpentiers signent leur travail ? Cette hypothèse nous paraît d'autant moins probable que les sculpteurs jouissaient de plus de considération que les charpentiers dans la hiérarchie des corps de métiers. Nous croyons donc plus vraisemblable d'envisager une double formation des artisans des charpentes, aux techniques de construction d'une part, et à la pratique de l'ornementation d'autre part. 

[…] Le caractère multiforme de l'enseignement du charpentier se vérifie aux XVIe et XVIIe siècle. [ …]. Ces hommes n'exercent pas un métier, mais plusieurs, à l'image des paysans quin sont également marins-pêcheurs, artisans ou marchands de toiles. Et il semble finalement quelque peu absurde de chercher à distinguer les activités du « charpentier » , du "menuisier", ou de "l'imagier". Ces artisans sont plus simplement des « polytechniciens du bois », qui savent charpenter, boiser, décorer et mettre en valeur ce matériau dans l'environnement du sanctuaire. »

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On voit que " l'hypothèse" que les charpentiers nommés sur les sablières soient aussi les sculpteurs de celles-ci,  est adoptée par l'auteur. 

Appliquée à la paroisse de Saint-Nic, cette conviction l'a conduit à décrire ainsi les "sculpteurs de Saint-Nic" :

 

"Les sculpteurs de Saint-Nic 1641-1670.

L'étude stylistique des sablières de la chapelle des Saints Côme-et-Damien à Saint-Nic met en évidence la participation d'un atelier composé de trois sculpteurs, ayant exercé leur activité entre 1641 et 1670 sur la demande du recteur de la paroisse, Guillaume Perfezou. Les décors les plus anciens, localisés dans la nef, portent les signatures de deux artisans employés à l'édification de la charpente dans cette partie de l'édifice ; une première date précise qu'elle fut commencée en 1641 et terminée ... « l'an 1646 par Iac Bolesec et ol(ivier) Guillocsou ». les noms des deux sculpteurs sont donc connus : il s'agit de Jacques Bolésec et d'Olivier Guillosou. Le programme qu'ils élaborent est inventif, composé de thèmes variés où prédominent les images de dragons végétalisés, les frises de végétaux soutenus par des putti ailés, les mascarons et des grylles monstrueux. La réalisation est correcte comme le montre la taille en haut-relief des sculptures, mais l'étude de détails trahit une connaissance peu maîtrisée des règles de la composition, des proportions , du rendu des gestes et des expressions, que dissimule une abondante décoration de surface. Il est en réalité difficile de dissocier la participation respective des deux ouvriers à l'ouvrage car la facture de l'ensemble est très homogène et ne révèle pas de différence stylistique notable. La seule que nous voyons se résume à quelques points de détails qui tendent à distinguer d'un coté les reliefs sculptés des sablières et de l'autre les sculptures en ronde-bosse des faux culots de poinçons et des blochets." S. Duhem 1998 page 146.

 

Néanmoins, S. Duhem n'a pas examiné ici l'origine géographique des charpentiers-menuisiers-sculpteurs, telle qu'elle serait apparue en faisant appel aux données des généalogistes. À Saint-Nic, deux des trois noms peuvent être rattachés à des familles demeurant dans la paroisse. Leur nom n'apparaît pas ailleurs comme artisan (pour Polesec, voir à Sainte-Marie-du-Ménez-Hom la mention comme fabricien en 1573). Il est  certain  que Jacques Polesec est  charpentier, mais aussi  menuisier puisque son nom figure aussi comme auteur sur la chaire de 1638. C'est également attesté pour Alain Roignant, puisqu'il signe ici la charpente du bas-coté nord, mais aussi la tribune de l'église paroissiale. Mais s'ils avaient acquis également la compétence de sculpteurs d'images, et de sculpteurs en lettres (ce qui suppose une longue pratique), ils n'auraient pas exercé uniquement dans leur paroisse, où les occasions de réaliser de tels ouvrages restaient exceptionnels, et ils auraient été appelé sur les grands chantiers religieux ou seigneuriaux.

A contrario, le caractère local des réalisations du "maître de Saint-Nic" plaide en faveur d'un travail de sculpture exécuté par des artisans du pays, à la différence du Maître de Pleyben dont les sablières et blochets se reconnaissent à Pleyben, Kerjean, Saint-Divy, Sainte-Marie-du-Ménez-Hom, Bodilis ou Roscoff. De même, le caractère touchant mais grossier des sculptures, les ornementations par entailles et perforations, la répétition stéréotypée des modèles est compatible avec un travail de menuisier polyvalent, habile mais non spécialisé.

En conclusion, c'est par prudence et posture scientifique que je conserve ma proposition de désigner l'auteur des sablières de Saints Côme-et-Damien, de Saint-Jean et de Trégarvan sous le nom de Maître de Saint-Nic, même si le voile de l'anonymat peut être soulevé pour faire apparaître les noms de Jacques Polesec, d'Olivier Guilocsou et d'Alain Roignant.

 

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Ai-je fini ici mon travail ? Bien--sûr que non, car il reste à examiner, en levant la tête d'avantage encore, les culots et abouts de poinçon. Rappelez-vous : je les estimais au nombre de 75. Aie aie aie !

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SOURCES ET LIENS.
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— BASE MERIMÉE, Notice :

http://www2.culture.gouv.fr/public/mistral/mersri_fr?ACTION=CHERCHER&FIELD_1=REF&VALUE_1=IA00005244

— CASTEL (Yves-Pascal), DANIEL (Tanguy), THOMAS (C.M.), Dictionnaire des artistes, artisans et ingénieurs.

— COUFFON (René), 1988

http://diocese-quimper.fr/images/stories/bibliotheque/pdf/pdf-Couffon/SAINTNIC.pdf

CHAPELLE SAINT-COME ET SAINT-DAMIEN (C.)

En forme de croix latine, cet édifice, de construction soignée en pierres appareillées, comprend une nef de cinq travées avec bas-côtés, un transept et un choeur peu saillant à chevet plat. Elle remonte au XVIe siècle ou même fin XVe siècle mais dans son état actuel elle est en grande partie du XVIIe siècle ainsi que l'indiquent de très nombreuses inscriptions.

Sur la sablière nord de la nef : "DICI IVSQVES AV PREMIER PILIER A ESTE BOISE AVX FRAIS DE VENER PERESONE Mre GVIL PERFEZOV RECT DE St NIC 1641."

Plus loin : "DICI IVSQVES A LAVTRE ESCRITEAV A ESTE BOISE PAR IAC POLESEC ET OL GVILLOSSOV Mre GVILL PERFEZOV ESTANT RECTEVR DE St NIC ET I. BORGNE. FAB. DE CEANS."

Sur les sablières des bas-côtés : "M. G. PERFEZOV. R. G. MARZIN. F. 1661" (au sud),

 

"AL. ROIGNANT FAB. ET CHARP. 1670" (au nord).

Au-dessus de la porte nord : "AL. ROIGNANT. F. 1675 (ou 1673 ?)."

 

La magnifique charpente de la nef en forme de carène renversée, repose sur des sablières et des entraits engoulés. La charpente du transept a été détruite par les bombardements de l'été 1944. Le lambris a disparu ; il portait autrefois des peintures représentant la vie de saint Côme et saint Damien datées 1694 ; elles furent détruites en 1880.»

 

 

— DILASSER (Maurice), 1979, La chapelle Saint-Côme in Un pays de Cornouaille Locronan et sa région. Paris, Nouvelle Librairie de France. pages 632-636


— DUHEM (Sophie) 1998, Les sablières sculptées en Bretagne: images, ouvriers du bois et culture paroissiale au temps de la prospérité bretonne (XVe-XVIIe s.), Presses universitaires de Rennes,  390 pages. Saint-Nic pages 19, 24, 25, 29, 36, 95, 100, 113, 119, 143, 146 (les sculpteurs de Saint-Nic), 147, 183 (médaillons),  218, 242, 257 (les évangélistes de la chapelle Saint-Jean), 283 (chap. St-Jean), 299, 321 et 334.

http://www.pur-editions.fr/detail.php?idOuv=781

 

Les sculpteurs de Saint-Nic 1641-1670.

"L'étude stylistique des sablières de la chapelle des Saints Côme-et-Damien à Saint-Nic met en évidence la participation d'un atelier composé de trois sculpteurs, ayant exercé leur activité entre 1641 et 1670 sur la demande du recteur de la paroisse, Guillaume Perfezou. Les décors les plus anciens, localisés dans la nef, portent les signatures de deux artisans employés à l'édification de la charpente dans cette partie de l'édifice ; une première date précise qu'elle fut commencée en 1641 et terminée ... « l'an 1646 par Iac Bolesec et ol(ivier) Guillocsou ». les noms des deux sculpteurs sont donc connus : il s'agit de Jacques Bolésec et d'Olivier Guillosou. Le programme qu'ils élaborent est inventif, composé de thèmes variés où prédominent les images de dragons végétalisés, les frises de végétaux soutenus par des putti ailés, les mascarons et des grylles monstrueux. La réalisation est correcte comme le montre la taille en haut-relief des sculptures, mais l'étude de détails trahit une connaissance peu maîtrisée des règles de la composition, des proportions , du rendu des gestes et des expressions, que dissimule une abondante décoration de surface. Il est en réalité difficile de dissocier la participation respective des deux ouvriers à l'ouvrage car la facture de l'ensemble est très homogène et ne révèle pas de différence stylistique notable. La seule que nous voyons se résume à quelques points de détails qui tendent à distinguer d'un coté les reliefs sculptés des sablières et de l'autre les sculptures en ronde-bosse des faux culots de poinçons et des blochets."

Un autre compagnon se joint aux ouvriers une dizaine d'année plus tard, pour exécuter un ouvrage de même goût dans le bas-coté sud de l'église. Une poutre précise l'époque (nous sommes en 1661) et l'une des factures identifie le nouvel artisan : il s'agit d'Alain Roignant, qui reproduit fidèlement les thèmes sculptés par ses compagnons mais pour un résultat plus médiocre que tente de camoufler une excessive décoration de stries, d'encoches et de points. L'artisan a visiblement été formé aux « méthodes » des sculpteurs et familiarisé avec les images de l'atelier. Son activité ne débute pas en 1661 puisqu'il exerce déjà son métier en 1653. il réalise à cette époque les décors sculptés de la chapelle Saint-Jean, toujours pour le recteur Guillaume Perfezou. Ses déplacements le conduisent à quelques kilomètres de là, dans la paroisse de Trégarvan qui l'emploie à l'ornementation de la charpente. La date de réalisation de cet ensemble n'est pas connue ; elle est probablement contemporaine des travaux de Saint-Nic et de l'achèvement des reliefs du bas-coté nord en 1670."

 

 

MUSSAT (André), 1957, Congrès archéologique de France vol. 115; A. Picard, page 133..

 

— OLIVIER ( Corentin), 2014, Les charpentes armoricaines : inventaire, caractéristiques et mise en œuvre d’un type de charpente méconnu, Mémoire de master 2, Université Rennes 2, sous la direction de Pierre-Yves Laffont et Vincent Bernard, 2014, 410 p.

— OLIVIER ( Corentin), 2016, « L’archéologie des charpentes anciennes (xive -xvie siècles) au service de la connaissance des forêts du Massif armoricain », Mémoires de la Société d’Histoire et d’Archéologie de Bretagne, t XCIV, 2016, p. 109- 121.

— PARCHEMINOU ( Corentin), 1930  “Saint-Nic : une paroisse cornouaillaise pendant la Révolution : ses monuments religieux,” 

http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/3082c766c9392bec4684ec9de6920595.pdf

"Chapelle de Saint-Côme.

Située à un kilomètre environ au Sud du bourg, non loin de la Lieue-de-Grève, cette chapelle est l'une des plus intéressantes du diocèse de Quimper. Elle est  dédiée à Saint Côme et Saint Damien. L'édifice actuel, dont les plus vieilles parties remontent au xve siècle, a dù être bâti après une des épidémies de peste qui firent tant de ravage dans notre pays, au cours des XIVe et xve siècles, et il. est probable que la famille de Rosmadec, dont le château existait non loin de là, en Telgruc, n'a pas été étrangère à sa construction. En effet, on voit le blason de cette famille sur une vieille pierre en granit bleu, accôtée au mur du bas-côté gauche, vers le bas de l'édifice : palé d'argent et d'azur de six pièces. Timbrée d'une mitre et d'une crosse qui a sa volute tournée vers la gauche, elle offre, à n'en pas douter, les armoiries de Bertrand de Rosmadec, évêque de Quimper, de 1416 à 1445, qui contribua sans doute .à la construction. Une légende sans fondement veut aussi que la chapelle ait été bâtie par les Anglais. Les matériaux pour la construire seraient venus par mer ...

Saint-Côme fut autrefois un lieu de pèlerinage très fréquenté, ce qui explique les belles dimensions de la chapelle, plus grande que l'église paroissiale. Une petite porte au Sud et certains chapiteaux sont du début du XVI" siècle. Une autre porte, sur la face Ouest du croisillon Sud, a les caractères de vers 1540, avec arc en anse de panier et mouluration prismatique  continue. Les remplages sont tous du milieu du xvie siècle. Un très beau clocher à galerie, plus jeune que son entourage, complètè l'édifice.

A l'intérieur, cinq travées, un transept et un chœur rectangulaire en légère saillie, nef obscure. Le sol, de simple terre battue, est en légère pente de l'Est à l'Ouest. Ce qui frappe surtout dans cette chapelle, c'est la voûte de la nef qui est, dans le pays, à peu près unique en son genre.

On voit là toute une forêt de poutres sculptées. La charpente apparente est fortifiée par des tirants ou poutres en bois dont les extrémités sont mordues par des gueules monstrueuses. Les chevrons, les contre-fiches, les sablières, les entraits, tout est œuvré avec la plus curieuse fantaisie. Pas un mètre de bois qui ne soit ciselé et fouillé : chimères, monstres, bustes représentant toutes sortes de personnages. On a remarqué que tous ces personnages ont l'air dolents et se tiennent le ventre des deux mains, comme s'ils souffraient de maux d'entrailles. Certains croient qu'à Saint-Côme il y eut autrefois une maladrerie ou léproserie. Ceux qui ont commandé et exécuté ce travail l'ont signé, car on lit sur les frises du côté gauche : D'ici : iusques : au : premier : pilier a esté : boisé : aux frais : de : vénérable : personne  Guil : Perfézou : rect. de St Nic. 1641. Une autre inscription au bas de la nef dit : D'ici: iusques : à l'autre : escriteau : a: été: boisé: par : Alain : Polézec : et: OH : Guillosou : et : estait : recteur : M" : Guil; Perfézou. Sur la boiserie du bas-côté droit : M. G. Perfézou, R. G. Marzin F. 1661. - Ces : quatre: derniers: piliers : furent: bastis : 1649, lW" Grzill: Perfézou, R"~ Sur le mur Nord, à l'intérieur et à l'extérieur : Al: Roignant: Fab. en charg. 1675.

Le chœur était autrefois couvert d'une charpente.encore plus ouvragée que celle de la nef. On a, malheureusement, dû la démolir, il y a une cinquantaine d'années, à cause de son mauvais état. C'est d'autant plus regrettable que des peintures la couvraient, qui représentaient plusieurs scènes de la vie de S. Côme et de S. Damien. Elles portaient la date: 1694.

 

 

 —TOSCER (Catherine), 1997, La chapelle Saint-Côme et Saint-Damien en Saint-Nic,Mémoires de la Société d'Histoire et d'archéologie de Bretagne vol. 75, pages 371-377.

http://www.shabretagne.com/scripts/files/54947131089936.59874395/1997_24.pdf

 

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Published by jean-yves cordier
8 juillet 2018 7 08 /07 /juillet /2018 14:48

 

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Les sablières (1641-1675)  de la chapelle Saints Côme-et-Damien à Saint-Nic. II. Les sablières sud, et leurs blochets.


 

 

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Voir sur la commune de Saint-Nic :

— L'église :

 

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— La chapelle Saint-Côme et Saint-Damien :

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— La chapelle Saint-Jean :

 

L'église de Trégarvan (sablières de 1570 par le Maître de Saint-Nic) :

 

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PRÉSENTATION GÉNÉRALE.

Voir article sur les sablières nord de la nef.

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Plan Nocquet  in Toscer, annoté pour cet article.

Plan Nocquet in Toscer, annoté pour cet article.

Les sablières (1641-1675)  de la chapelle Saints Côme-et-Damien à Saint-Nic. II.

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Les sablières occupent les espaces entre deux entraits, mais du coté sud, certaines sont manquantes. Catherine Toscer nous donne l'explication de ces interruptions :

"Dans la nef, la lumière provient essentiellement de la fenêtre haute construite sur la deuxième pile sud de la nef ; son intention manifeste était d'éclairer la chaire située face à elle, et donc le prédicateur, en un principe cher à la Contre-Réforme. Deux autres fenêtres hautes devaient être ouvertes au niveau de la deuxième et de la quatrième arcades sud ; leur emplacement est signalé par l'existence dans la charpente de liens [sic] obliques amortis par des blochets, et par l'interruption des sablières."

Les sablières nord sont datées par inscription de 1641 et 164[6]. Les sablières sud ne portent pas de date, mais sur le mur coté collatéral des arcades sud de la nef, au dessus d'un trou de boulin, une inscription lapidaire dans un cartouche nous signale :

CES  : 4 :  DERNIERS PILIERS

FVRENT BASTIS 1645. MRE

GVIL. PERFEZOU. R[ecteur].

"Ces quatre derniers piliers furent bâtis en 1645, messire Guillaume Perfezou étant recteur".

La charpente a pu être posée vers 1646.

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 Chapelle Saints Côme-et-Damien, Saint-Nic. Photographie lavieb-aile avril 2019.

Chapelle Saints Côme-et-Damien, Saint-Nic. Photographie lavieb-aile avril 2019.

 Chapelle Saints Côme-et-Damien, Saint-Nic. Photographie lavieb-aile avril 2019.

Chapelle Saints Côme-et-Damien, Saint-Nic. Photographie lavieb-aile avril 2019.

 

 

Pour la commodité de ma description, je nommerai les sablières, ou les espaces manquant entre les entraits, de la nef S1 à S5 du fond vers le chœur.

CLIQUEZ sur les photos puis revenez au texte.

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La première sablière S1 du mur ouest jusqu'au premier entrait. Deux dragons, un homme en costume breton présentant le cartouche IHS, et un ange.

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Charpente du sud de la nef de la chapelle Saints Côme-et-Damien, Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

Charpente du sud de la nef de la chapelle Saints Côme-et-Damien, Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

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Un ange .

Nous voyons un visage réjoui, et ce qui correspond au buste couvert de plumes et à l'aile d'un ange.

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Charpente du sud de la nef de la chapelle Saints Côme-et-Damien, Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

Charpente du sud de la nef de la chapelle Saints Côme-et-Damien, Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

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Un homme en costume breton présentant le monogramme IHS dans un cartouche radié.

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L'homme est vêtu de bas en haut de chaussures, de bas, de braies plissées, bragou en breton, serrées par une ceinture, d'une chemise, d'un gilet boutonné, et d'un gilet court aux pans en pointe, boutonné également, et enfin de manches longues plissés. Il lève les bras de part et d'autre de sa tête, qui est inclinée pour nous faire face. 

C'est le costume — pas spécialement régional en vérité — d'un paysan endimanché.

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Charpente du sud de la nef de la chapelle Saints Côme-et-Damien, Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

Charpente du sud de la nef de la chapelle Saints Côme-et-Damien, Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

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Il tient le cartouche en forme de soleil rayonnant dans lequel s'inscrivent les trois lettres IHS du monogramme christique IEHUS. Les lettres manquantes sont compensées par un tilde (~) sur le H, mais, selon une habitude bien établie, ce tilde est transformée en la traverse d'une croix,  renforçant la valeur du monogramme.

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Charpente du sud de la nef de la chapelle Saints Côme-et-Damien, Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

Charpente du sud de la nef de la chapelle Saints Côme-et-Damien, Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

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Puis vient le motif largement exploité sur les sablières nord, des deux dragons liés par un anneau. Mais ici, la tête de l'un est reliée à la queue de l'autre. Et pourquoi pas ?

Le dragon de gauche avale sa queue, dans une sorte d'ouroboros.

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Charpente du sud de la nef de la chapelle Saints Côme-et-Damien, Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

Charpente du sud de la nef de la chapelle Saints Côme-et-Damien, Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

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Charpente du sud de la nef de la chapelle Saints Côme-et-Damien, Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

Charpente du sud de la nef de la chapelle Saints Côme-et-Damien, Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

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Deuxième espace S2 : entre premier et deuxième entrait. Deux blochets : anges tenant les instruments de la Passion.

 

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Blochet B1. Ange présentant le cœur et les clous de la Passion.

 

Un blochet étant l'extrémité d'une pièce de charpente recevant le pied de l'arbalétrier (Viollet-le-Duc), il possède donc avant la taille une forme proche de celle des entraits, et l'artiste doit faire entrer son sujet dans cette forme quadrangulaire. Les ailes de l'ange ne sont donc pas déployées, mais rognées en rectangle dans son dos comme un dosseret de vitrier ou d'ardoisier. 

Il est vêtu d'une aube plissée ; il tient un cœur dans la main gauche et deux clous dans la main droite.

Le motif iconographie des anges présentant quelques-uns des instruments de la Passion (et en premier la Couronne d'épines) abonde sur les sablières, un peu plus tardives, réalisées par le Maître de Pleyben entre 1570 et 1580 à Kerjean , Pleyben, Sainte-Marie-du Ménez-Hom, Saint-Divy, Bodilis ou Roscoff. Voir par exemple ici.

 

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Charpente du sud de la nef de la chapelle Saints Côme-et-Damien, Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

Charpente du sud de la nef de la chapelle Saints Côme-et-Damien, Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

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Blochet B2. Ange tenant le marteau et la couronne d'épines de la Passion.

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Les ailes ne sont bien visibles que de trois-quart. Le marteau est indiscutable, la Couronne se réduit à un cercle de cordage. L'ange, vêtu d'une aube plissée au col très serrée, a la bouche entrouverte sur un sourire. Nous retrouvons le trait stylistique du "menton en godet" déjà noté au nord (et à Trégarvan), et qui va s'exprimer mieux encore ici. 

Le "détail amusant" réside dans les deux anneaux qui retiennent les cheveux, avec cette coiffure à barrettes de fillette qui donne un accent de vérité tout à fait charmant à ce blochet.

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Charpente du sud de la nef de la chapelle Saints Côme-et-Damien, Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

Charpente du sud de la nef de la chapelle Saints Côme-et-Damien, Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

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Charpente du sud de la nef de la chapelle Saints Côme-et-Damien, Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

Charpente du sud de la nef de la chapelle Saints Côme-et-Damien, Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

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Troisième espace S3. Sablière S3. Rinceau et monogramme christique IHS.

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Charpente du sud de la nef de la chapelle Saints Côme-et-Damien, Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

Charpente du sud de la nef de la chapelle Saints Côme-et-Damien, Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

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Charpente du sud de la nef de la chapelle Saints Côme-et-Damien, Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

Charpente du sud de la nef de la chapelle Saints Côme-et-Damien, Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

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La sablière est sculptée d'un rinceau dont les tiges trouvent leur origine, au centre, dans la queue de deux animaux fantastiques. Issus du mariage du dragon et du lapin, ils tirent la langue, sont coiffés de plumes au dessus des longues oreilles, et leur corps est décoré de ces écailles à ponctuations typiques des dragons du coté nord. Leur queue s'épanouit en un  triple panache.

Le plus curieux, c'est qu'ils entourent avec beaucoup d'irrespect le monogramme christique, et qu'ils en atténuent ou conteste le caractère sacré.

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Charpente du sud de la nef de la chapelle Saints Côme-et-Damien, Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

Charpente du sud de la nef de la chapelle Saints Côme-et-Damien, Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

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Charpente du sud de la nef de la chapelle Saints Côme-et-Damien, Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

Charpente du sud de la nef de la chapelle Saints Côme-et-Damien, Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

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Le quatrième espace entre entrait S4. Sablière S4 et blochets B3 et B4.

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Sablière S4 : un dragon.

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Charpente du sud de la nef de la chapelle Saints Côme-et-Damien, Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

Charpente du sud de la nef de la chapelle Saints Côme-et-Damien, Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

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Blochet B3 : femme, bouche ouverte, mains sous la poitrine.

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Selon la tradition locale, ce personnage  avec d'autres blochets de la chapelle, se tiennent le ventre des deux mains car ils sont atteints de coliques. On y voit une relation avec le fait que les deux patrons de la chapelle, l'un médecin et l'autre chirurgien, pouvait faire des miracles face à ces dysenteries.

Certes ils ont la bouche entrouverte et se penchent en avant comme ces gargouilles vomisseuses qui dénoncent, dans leurs hautes sphères, les péchés de gloutonnerie et d'ivresse.

Mais ces mains pourraient être croisées par dévotion, et cette  bouche s'ouvrir pour prier. 

Rien, par ailleurs, sur les sablières et autres pièces sculptées de la charpente, ne se réfère au culte de Côme et Damien. C'est d'ailleurs un fait général pour les sculptures des charpentes de Basse-Bretagne, et à la différence des vitraux et de la statuaire,  de ne pas être consacrées à l'hagiographie. 

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Charpente du sud de la nef de la chapelle Saints Côme-et-Damien, Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

Charpente du sud de la nef de la chapelle Saints Côme-et-Damien, Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

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Blochet B4. 

Il garde également son mystère. Est-il coiffé d'une barrette de clerc ? Il porte la moustache et la barbichette, c'est là le premier exemple franc de la présence de la mode contemporaine, avec cet accessoire capillaire Louis XIII. Tiens, si c'était le cardinal Richelieu ? Mazarin ?

Mais sous Louis XIII, les hommes ne portent plus la fraise, mais un collet de dentelle, rectangulaire tombant sur les épaules. Et des cheveux longs et frisés qui font faire place aux perruques.

Mystère. Un de plus.

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Charpente du sud de la nef de la chapelle Saints Côme-et-Damien, Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

Charpente du sud de la nef de la chapelle Saints Côme-et-Damien, Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

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Le cinquième espace : blochet B5, blochet B6 et sablière B5 .

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Charpente du sud de la nef de la chapelle Saints Côme-et-Damien, Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

Charpente du sud de la nef de la chapelle Saints Côme-et-Damien, Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

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Charpente du sud de la nef de la chapelle Saints Côme-et-Damien, Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

Charpente du sud de la nef de la chapelle Saints Côme-et-Damien, Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

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Encadrement de la lucarne : deux blochets B5 et B6.

 

Le blochet B5. Visage d'un homme aux traits démoniaques.

Ce visage est coiffé de quatre oreilles, ou de deux oreilles et deux cornes ; il émerge d'une crinière et d'une collerette de plumes.

Le menton "en godet" est volontairement outré, trapézoïdal, cerné par le prolongement des sillons naso-géniens.

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Charpente du sud de la nef de la chapelle Saints Côme-et-Damien, Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

Charpente du sud de la nef de la chapelle Saints Côme-et-Damien, Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

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Le blochet B6. Visage d'un personnage aux traits démoniaques.

Nous pourrions décrire ce masque de façon similaire au précédent, mais les cornes appartiennent  plus lisiblement à une coiffe, ou un bonnet dans lequel le dessin des oreilles est dessiné. Des cheveux taillés courts au dessus du front laissent flotter une ambiguïté : une femme ? un moine ?

La collerette emplumée est mieux stylisée, et le menton n'est plus en godet, mais carrément en  bourses  scrotales, qu'aucune hypertrophie des faisceaux conoïdes du Musculus mentalis, aucune tuméfaction de la Houppe du menton, aucun déficit de fusion des deux hémi-mandibules fœtales formant la symphyse mentonnière, ne sauraient justifier. La caricature, l'hubris d'héritage médiéval sont délibérés.

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Charpente du sud de la nef de la chapelle Saints Côme-et-Damien, Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

Charpente du sud de la nef de la chapelle Saints Côme-et-Damien, Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

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La sablière S5 est identique — aux variations près —, aux pièces N4 et N5 qui lui fait face au nord. Nous y trouvons le même rinceau à fleurs larges, le même personnage central   ailé et nu (se présentant de face comme en N5), et deux "anges" ou putti, l'un de face et l'autre s'accrochant à une tige.

Charpente du sud de la nef de la chapelle Saints Côme-et-Damien, Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

Charpente du sud de la nef de la chapelle Saints Côme-et-Damien, Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

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Charpente du sud de la nef de la chapelle Saints Côme-et-Damien, Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

Charpente du sud de la nef de la chapelle Saints Côme-et-Damien, Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

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Conclusions.

Sur le plan thématique.

 Le décor de la charpente du coté sud se caractérise comme au nord :

  • par son organisation en deux registres, l'un figuré, d'une vingtaine de centimètres, et l'autre sous-jacent en frise ornementale étroite en spires à ruban et perles (comme au nord) puis en carrés pleins et creux.
  • par la reprise, partiellement en S1 et totalement en S5, mais aussi en S3, de motifs  symétriques au coté nord, avec trois dragons végétalisés dont deux liés par un anneau, quatre anges démoniaques, des rinceaux.

Il diffère du coté nord :

  • par son absence d'inscription, et donc de datation.
  • par deux motifs liturgiques christiques identiques, le monogramme IHS, 
  • par la présence de six blochets, deux clairement liturgiques et christiques — les anges portant les instruments de la Passion —, deux autres plus énigmatiques, et deux relevant (en plein milieu du XVIIe siècle) de la tradition médiévale  démoniaque et carnavalesque.

Sur le plan stylistique.

 Les critères d'unité par un même atelier, énumérés brièvement dans le premier article, se retrouvent ici, mais les blochets donnent l'occasion au sculpteur d'exacerber son goût pour le menton en godet, les cous larges, les collerettes en pétales de marguerite, tandis que la technique d'ornementation par perforation à la tarière est réservée aux animaux, ou aux pupilles.

Il nous reste à aller examiner les sablières des bas-cotés : y retrouverons-nous les mêmes motifs thématiques ? Les mêmes traits stylistiques ?  

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SOURCES ET LIENS.
 

— BASE MERIMÉE, Notice :

http://www2.culture.gouv.fr/public/mistral/mersri_fr?ACTION=CHERCHER&FIELD_1=REF&VALUE_1=IA00005244

— COUFFON (1988)

http://diocese-quimper.fr/images/stories/bibliotheque/pdf/pdf-Couffon/SAINTNIC.pdf

CHAPELLE SAINT-COME ET SAINT-DAMIEN (C.)

En forme de croix latine, cet édifice, de construction soignée en pierres appareillées, comprend une nef de cinq travées avec bas-côtés, un transept et un choeur peu saillant à chevet plat. Elle remonte au XVIe siècle ou même fin XVe siècle mais dans son état actuel elle est en grande partie du XVIIe siècle ainsi que l'indiquent de très nombreuses inscriptions.

Sur la sablière nord de la nef : "DICI IVSQVES AV PREMIER PILIER A ESTE BOISE AVX FRAIS DE VENER PERESONE Mre GVIL PERFEZOV RECT DE St NIC 1641."

Plus loin : "DICI IVSQVES A LAVTRE ESCRITEAV A ESTE BOISE PAR IAC POLESEC ET OL GVILLOSSOV Mre GVILL PERFEZOV ESTANT RECTEVR DE St NIC ET I. BORGNE. FAB. DE CEANS."

Sur les sablières des bas-côtés : "M. G. PERFEZOV. R. G. MARZIN. F. 1661" (au sud), "AL. ROIGNANT FAB. ET CHARP. 1670" (au nord).

Au-dessus de la porte nord : "AL. ROIGNANT. F. 1675 (ou 1673 ?)."

 

"La magnifique charpente de la nef en forme de carène renversée, repose sur des sablières et des entraits engoulés. La charpente du transept a été détruite par les bombardements de l'été 1944. Le lambris a disparu ; il portait autrefois des peintures représentant la vie de saint Côme et saint Damien datées 1694 ; elles furent détruites en 1880."

 

 

 

 

— DILASSER (Maurice), 1979, La chapelle Saint-Côme in Un pays de Cornouaille Locronan et sa région. Paris, Nouvelle Librairie de France. pages 632-636


— DUHEM (Sophie) 1998, Les sablières sculptées en Bretagne: images, ouvriers du bois et culture paroissiale au temps de la prospérité bretonne (XVe-XVIIe s.), Presses universitaires de Rennes,  390 pages. Saint-Nic pages 19, 24, 25, 29, 36, 95, 100, 113, 119, 143, 146 (les sculpteurs de Saint-Nic), 147, 183 (médaillons),  218, 242, 257 (les évangélistes de la chapelle Saint-Jean), 283 (chap. St-Jean), 299, 321 et 334.

http://www.pur-editions.fr/detail.php?idOuv=781

 

Les sculpteurs de Saint-Nic 1641-1670.

"L'étude stylistique des sablières de la chapelle des Saints Côme-et-Damien à Saint-Nic met en évidence la participation d'un atelier composé de trois sculpteurs, ayant exercé leur activité entre 1641 et 1670 sur la demande du recteur de la paroisse, Guillaume Perfezou. Les décors les plus anciens, localisés dans la nef, portent les signatures de deux artisans employés à l'édification de la charpente dans cette partie de l'édifice ; une première date précise qu'elle fut commencée en 1641 et terminée ... « l'an 1646 par Iac Bolesec et ol(ivier) Guillocsou ». les noms des deux sculpteurs sont donc connus : il s'agit de Jacques Bolésec et d'Olivier Guillosou. Le programme qu'ils élaborent est inventif, composé de thèmes variés où prédominent les images de dragons végétalisés, les frises de végétaux soutenus par des putti ailés, les mascarons et des grylles monstrueux. La réalisation est correcte comme le montre la taille en haut-relief des sculptures, mais l'étude de détails trahit une connaissance peu maîtrisée des règles de la composition, des proportions , du rendu des gestes et des expressions, que dissimule une abondante décoration de surface. Il est en réalité difficile de dissocier la participation respective des deux ouvriers à l'ouvrage car la facture de l'ensemble est très homogène et ne révèle pas de différence stylistique notable. La seule que nous voyons se résume à quelques points de détails qui tendent à distinguer d'un coté les reliefs sculptés des sablières et de l'autre les sculptures en ronde-bosse des faux culots de poinçons et des blochets."

Un autre compagnon se joint aux ouvriers une dizaine d'année plus tard, pour exécuter un ouvrage de même goût dans le bas-coté sud de l'église. Une poutre précise l'époque (nous sommes en 1661) et l'une des factures identifie le nouvel artisan : il s'agit d'Alain Roignant, qui reproduit fidèlement les thèmes sculptés par ses compagnons mais pour un résultat plus médiocre que tente de camoufler une excessive décoration de stries, d'encoches et de points. L'artisan a visiblement été formé aux « méthodes » des sculpteurs et familiarisé avec les images de l'atelier. Son activité ne débute pas en 1661 puisqu'il exerce déjà son métier en 1653. il réalise à cette époque les décors sculptés de la chapelle Saint-Jean, toujours pour le recteur Guillaume Perfezou. Ses déplacements le conduisent à quelques kilomètres de là, dans la paroisse de Trégarvan qui l'emploie à l'ornementation de la charpente. La date de réalisation de cet ensemble n'est pas connue ; elle est probablement contemporaine des travaux de Saint-Nic et de l'achèvement des reliefs du bas-coté nord en 1670.

 

 

MUSSAT (André), 1957, Congrès archéologique de France vol. 115; A. Picard, page 133..

 

— OLIVIER ( Corentin), 2014, Les charpentes armoricaines : inventaire, caractéristiques et mise en œuvre d’un type de charpente méconnu, Mémoire de master 2, Université Rennes 2, sous la direction de Pierre-Yves Laffont et Vincent Bernard, 2014, 410 p.

— OLIVIER ( Corentin), 2016, « L’archéologie des charpentes anciennes (xive -xvie siècles) au service de la connaissance des forêts du Massif armoricain », Mémoires de la Société d’Histoire et d’Archéologie de Bretagne, t XCIV, 2016, p. 109- 121.

— PARCHEMINOU ( Corentin), 1930  “Saint-Nic : une paroisse cornouaillaise pendant la Révolution : ses monuments religieux,” 

http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/3082c766c9392bec4684ec9de6920595.pdf

"Chapelle de Saint-Côme.

Située à un kilomètre environ au Sud du bourg, non loin de la Lieue-de-Grève, cette chapelle est l'une des plus intéressantes du diocèse de Quimper. Elle est  dédiée à Saint Côme et Saint Damien. L'édifice actuel, dont les plus vieilles parties remontent au xve siècle, a dù être bâti après une des épidémies de peste qui firent tant de ravage dans notre pays, au cours des XIVe et xve siècles, et il. est probable que la famille de Rosmadec, dont le château existait non loin de là, en Telgruc, n'a pas été étrangère à sa construction. [...]

Saint-Côme fut autrefois un lieu de pèlerinage très fréquenté, ce qui explique les belles dimensions de la chapelle, plus grande que l'église paroissiale. Une petite porte au Sud et certains chapiteaux sont du début du XVI" siècle. Une autre porte, sur la face Ouest du croisillon Sud, a les caractères de vers 1540, avec arc en anse de panier et mouluration prismatique  continue. Les remplages sont tous du milieu du xvie siècle. Un très beau clocher à galerie, plus jeune que son entourage, complètè l'édifice.

A l'intérieur, cinq travées, un transept et un chœur rectangulaire en légère saillie, nef obscure. Le sol, de simple terre battue, est en légère pente de l'Est à l'Ouest. Ce qui frappe surtout dans cette chapelle, c'est la voûte de la nef qui est, dans le pays, à peu près unique en son genre.

On voit là toute une forêt de poutres sculptées. La charpente apparente est fortifiée par des tirants ou poutres en bois dont les extrémités sont mordues par des gueules monstrueuses. Les chevrons, les contre-fiches, les sablières, les entraits, tout est œuvré avec la plus curieuse fantaisie. Pas un mètre de bois qui ne soit ciselé et fouillé : chimères, monstres, bustes représentant toutes sortes de personnages. On a remarqué que tous ces personnages ont l'air dolents et se tiennent le ventre des deux mains, comme s'ils souffraient de maux d'entrailles. Certains croient qu'à Saint-Côme il y eut autrefois une maladrerie ou léproserie. Ceux qui ont commandé et exécuté ce travail l'ont signé, car on lit sur les frises du côté gauche : D'ici : iusques : au : premier : pilier a esté : boisé : aux frais : de : vénérable : personne  Guil : Perfézou : rect. de St Nic. 1641. Une autre inscription au bas de la nef dit : D'ici: iusques : à l'autre : escriteau : a: été: boisé: par : Alain : Polézec : et: OH : Guillosou : et : estait : recteur : M" : Guil; Perfézou. Sur la boiserie du bas-côté droit : M. G. Perfézou, R. G. Marzin F. 1661. - Ces : quatre: derniers: piliers : furent: bastis : 1649, lW" Grzill: Perfézou, R"~ Sur le mur Nord, à l'intérieur et à l'extérieur : Al: Roignant: Fab. en charg. 1675.

Le chœur était autrefois couvert d'une charpente.encore plus ouvragée que celle de la nef. On a, malheureusement, dû la démolir, il y a une cinquantaine d'années [vers 1880], à cause de son mauvais état. C'est d'autant plus regrettable que des peintures la couvraient, qui représentaient plusieurs scènes de la vie de S. Côme et de S. Damien. Elles portaient la date: 1694. "

 

 —TOSCER (Catherine), 1997, La chapelle Saint-Côme et Saint-Damien en Saint-Nic,Mémoires de la Société d'Histoire et d'archéologie de Bretagne vol. 75, pages 371-377.

http://www.shabretagne.com/scripts/files/54947131089936.59874395/1997_24.pdf

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Published by jean-yves cordier
8 juillet 2018 7 08 /07 /juillet /2018 14:45

Les sablières (1641-1675)  de la chapelle Saints Côme-et-Damien à Saint-Nic. I.  Les sablières nord de la nef.

 

 

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Voir sur la commune de Saint-Nic :

— L'église :

 

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— La chapelle Saint-Côme et Saint-Damien :

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— La chapelle Saint-Jean :

 

— L'église de Trégarvan (sablières de 1570 par le Maître de Saint-Nic) :

 

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VUES GÉNÉRALES DE LA CHARPENTE DE LA NEF.

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La charpente de la nef diffère fondamentalement, dans sa structure, de celle du chœur et des transepts.

Rappel : 

Les charpentes armoricaines ont été étudiées par Corentin Olivier.

Glossaire ici.

On distingue :

 

- Les charpentes dites à chevrons formant fermes : les chevrons en vis-à-vis de chaque rampant sont reliés entre eux au niveau du faîtage et par un faux-entrait (pièce horizontale). Cet ensemble forme ainsi un « triangle indéformable » appelé ferme. Les fermes se répètent tous les 60 cm et servent de support à la fixation des liteaux permettant la pose des ardoises. 

http://inventaire-patrimoine.regioncentre.fr/files/live/sites/inventaire_patrimoine/files/contributed/images/Articles_actu/IVR24_20170000003NUDA.jpg
Les charpentes dites à fermes et à pannes : les fermes, beaucoup moins nombreuses mais plus robustes, supportent un ou plusieurs rangs de pannes soutenant elle(s)-même les chevrons dont la section peut alors être amoindrie. Ce principe constructif est bien moins consommateur en bois. 

Celle du chœur appartiendrait aux charpentes "à fermes et à pannes" (voir les explications dans mon article sur Landevant.

 

Au contraire, le maillage serré des fermes (autrement dit, des arbalétriers ) de la nef avec son aspect en carène de bateau renversé incite à y voir une charpente à chevrons formant fermes.

Je compte cinquante fermes au total dans le nef.

 

N.B La charpente serait récente et résulte d'une restauration complète. La charpente du transept a été détruite par les bombardements de l'été 1944

La nef est divisée sur le plan architectural par cinq piliers et cinq arcades, et, pour la charpente, par cinq entraits, ces poutres transversales. Ces entraits sont, tous les cinq, engoulés (comme sortant de la gueule d'un dragon de part et d'autre) et bagués au centre par deux têtes de dragons adossées. On trouve un entrait toutes les dix fermes.

Ces entraits découpent la panne sablière ou corniche en cinq pièces, — cinq "sablières" —, du moins du coté nord car les sablières sud sont interrompues à plusieurs niveaux.

D'autres éléments sculptés de la charpente sont à observer : les abouts de poinçon,, sur la ligne médiane du sommet de la nef, et les culots, sur les arbalétriers à mi-distance entre le sommet, et la base.

Comme ces abouts de poinçon et ces culots sont placés sur une ferme sur deux, cela ferait 25 abouts de poinçon et cinquante culots, soit 75 pièces sculptées à photographier et à décrire. Je n'ai pas vérifié sur place cette estimation...

Enfin, six blochets (pièce de bois oblique formant jambe de force avec le pied d'un arbalétrier)  sont présents sur le coté sud de la nef (et d'autres sont disposés sur les deux bas-cotés). Ce sont, avec les sablières, les éléments sculptés les plus importants.

 

 

Pour la commodité de ma description, je nommerai les sablières nord de la nef N1 à N5. 

CLIQUEZ sur l'image au besoin.

La nef vue de l'ouest.

 

Charpente sculptée de la chapelle Saints Côme-et-Damien, Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

Charpente sculptée de la chapelle Saints Côme-et-Damien, Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

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La nef vue de la croisée du transept.

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Charpente sculptée de la chapelle Saints Côme-et-Damien, Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

Charpente sculptée de la chapelle Saints Côme-et-Damien, Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

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Charpente sculptée de la chapelle Saints Côme-et-Damien, Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

Charpente sculptée de la chapelle Saints Côme-et-Damien, Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

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Charpente sculptée de la chapelle Saints Côme-et-Damien, Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

Charpente sculptée de la chapelle Saints Côme-et-Damien, Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

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Plan de la chapelle (in C. Toscer).

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Plan in Toscer http://www.shabretagne.com/scripts/files/54947131089936.59874395/1997_24.pdf

Plan in Toscer http://www.shabretagne.com/scripts/files/54947131089936.59874395/1997_24.pdf

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 LES SABLIÈRES DE LA NEF.

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I. LE COTÉ NORD.

Description de l'ouest (fond de l'église) vers l'est et le chœur.

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 Du mur jusqu'au premier entrait.

 

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Sablières nord de la chapelle Saints Côme-et-Damien, Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

Sablières nord de la chapelle Saints Côme-et-Damien, Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

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Sablières nord de la chapelle Saints Côme-et-Damien, Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

Sablières nord de la chapelle Saints Côme-et-Damien, Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

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Première sablière N 1. Quatre dragons liés deux à deux repoussés par des anges. 

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Cette sablière est construite en deux motifs symétriques autour d'un masque central dans lequel je propose de reconnaître Dieu dans ses nuées. En effet, c'est un visage barbu, souriant, encadré par des cheveux en U, au centre de deux demi cercles qui sont soit sa robe, soit le ciel ou des nuages.

Sous la pièce principale se déroule une frise faite de rangs obliques de trois perles alternant avec les spires d'un ruban. À l'extrême droite débute  un troisième registre, en dessous des autres, et portant une inscription, DICI IUSQV, qui sera décrit avec N 2.

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Sablières nord de la chapelle Saints Côme-et-Damien, Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

Sablières nord de la chapelle Saints Côme-et-Damien, Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

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Autour de Dieu le Père, deux anges  le présentent d'une main, et écartent l'autre bras. Leurs visages, ronds, identiques à celui du masque sans sa barbe, sont souriants. Les pupilles sont percées au foret. Le menton de l'ange de  gauche forme une boule formant avec les deux arcs de cercle des bajoues un dessin en brioche renversée. Ce "menton en godet" va s'avérer caractéristique du style du ou des menuisiers sculpteurs de la chapelle, et nous le retrouvons à Trégarvan (1676).

L'ange de gauche est bien lisible : nous distinguons parfaitement l'aile, le corps et les bras zébrés d'entailles comme pour figurer des plumes, et les mains possèdent cinq doigts.

L'ange de droite serait plus difficile à identifier si son collègue ne nous y aidait pas. L'aile ? Imaginons que c'est cette feuille nervurée près de la tête. Le bras ? Ce tube hachuré qui part sur le coté. Mais la main ? Elle est transformée en une vague fleur de lys, comme si l'apprenti n'avait pas bien compris le modèle qui lui avait été confié. Ça peut arriver.

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Sablières nord de la chapelle Saints Côme-et-Damien, Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

Sablières nord de la chapelle Saints Côme-et-Damien, Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

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De chaque coté, deux dragons sont représentés accouplés par un anneau autour d'un pilier évasé central. Leurs corps aux sinuosités de serpents sont parcourues d'une ligne de pustules et de scrofules. La gueule largement ouverte expose les dents acérées et la langue infecte.

La queue forme une boucle, qui étrangle la tête d'une malheureuse victime. C'est celle des âmes, captives des démons.

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Sablières nord de la chapelle Saints Côme-et-Damien, Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

Sablières nord de la chapelle Saints Côme-et-Damien, Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

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À gauche, le bois rongé par la vrillette oblige l'œil à un effort de repérage, où il se perd comme en un labyrinthe avant de retrouver le fil du dessin initial. L'ange, de sa main, renvoie vers les Ténèbres ces puissances animales , et la tête du dragon se démantibule et se démandibule. Ses deux yeux vides s'écarquillent en vain.

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Sablières nord de la chapelle Saints Côme-et-Damien, Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

Sablières nord de la chapelle Saints Côme-et-Damien, Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

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Sablières nord de la chapelle Saints Côme-et-Damien, Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

Sablières nord de la chapelle Saints Côme-et-Damien, Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

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Du coté droit, où la main de l'ange nous échappe, le contour des dragons est clairement accessible.

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Sablières nord de la chapelle Saints Côme-et-Damien, Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

Sablières nord de la chapelle Saints Côme-et-Damien, Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

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Sablières nord de la chapelle Saints Côme-et-Damien, Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

Sablières nord de la chapelle Saints Côme-et-Damien, Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

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En conclusion, sur la première pièce nord de la nef, nous trouvons le combat victorieux de la  puissance divine contre les forces démoniaque du Mal, menaçant les âmes des paroissiens. 

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La sablière N2, après le premier entrait. Quatre dragons, dont deux bicéphales. Début de la première inscription nord.

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1°) L'inscription de N2 et N3. 

Elle court sous les sablières N2 et N3, mais je l'étudie ici :

D'ICI IVSQVES A L'AVTRE ESCRITEAV A ESTE BOISE L'AN 164- PAR IAC : POLESEC ET OL : GVILLOCSOV MRE GVIL : PERFEZOV ESTANT RECTEVR DE SCT NIC ET I : BORGNE FAB : DE CEANS

Notes :

-Les inscriptions ont été déchiffrées par C. Parcheminou,  R. Couffon, A. Mussat, M. Dilasser,  C.Toscer et S.Duhem.  Aucun relevé n'est exact sur le plan épigraphique, le plus fidèle étant celui de Sophie Duhem. 

-Le quatrième chiffre de la date est peu ou pas lisible. 

-C. Parcheminou et R. Couffon ont omis "L'AN 164-".

-A. Mussat et C. Toscer ont lu "L'AN 1646" alors que S. Duhem écrit prudemment "164[6]", sans doute en se fondant sur les précédants.

L'inscription  se lit ainsi : "D'ici jusque à l'autre écriteau a été boisé l'an 164[6] par Jacques Polesec et Olivier Guillosou, Messire Guillaume Perfezou étant recteur de Saint-Nic et Jean Borgne fabricien de céans".

a) L'inscription, aérée et très lisible,  est en lettres capitales romaines très régulières, dignes d'un typographe, aux fûts droits et aux empattements constants. La ponctuation séparative par deux-points n'est utilisée qu'e pour signaler une abréviation (celle des prénoms et de "fabricien"). La lettre U est en forme de V. Les lettres suscrites des abréviations de Messire et de Sainct sont soulignés d'un point ou trait.

La qualité d'exécution des lettres suggère que ce travail a été sous-traité par les charpentiers à un artisan spécialisé, membre ou non de leur atelier.

Cette graphie se retrouve sur les autres inscriptions des sablières, mais aussi sur l'inscription des sablières de Trégarvan, ce qui suggère l'intervention du même atelier.

b) Nous pouvons penser que "l'écriteau" désigne l'inscription suivante, sous la sablière N4. En effet, ce mot est défini par le Dictionnaire de l'Académie de 1694 comme "Certaine inscription en grosse lettre que l'on met sur un papier, sur du bois, &c. pour faire connoistre quelque chose au public."

c) Le verbe "boiser" peut être traduit par "mis en charpente", nous le trouvons aussi sur l'inscription des sablières de Grâces à Guingamp ou celle de Pluvigner en 1603 et à Tréminou à Plomeur 1665. Il est plus souvent  remplacé, dans la même acceptation, par "faire le bois" de l'église (Ploéren 1467, Plourac 15--,Plouhinec 1519, Tréffléan 1524, Daoulas 1529, Pluméliau 1533, Elven 1536, Moréac 1545, Le Croisty 1553, Plumélec 1554 Guénin 1577,  Loguivy-Plougras 1551 et 1557, Sulniac 1547 et 1565, Theix sd.,  Canihuel 1595, ). Il est intéressant de noter, puisque cette charpente évoque celle des navires, que le verbe est aussi utilisé, dans cette acceptation,  dans le vocabulaire marin spécialisé dans un sens comparable, celui de dresser sur la quille les couples, ou membrures

BOISER, v. a. C'est composer la carcasse d'un bâtiment en montant sur la quille les couples, tous les membres; remplir par de nouveaux couples,appelés couples de remplissage, les espaces qui séparent ceux de levée, pour compléter la membrure ou carcasse d'un bâtiment en construction." Dictionnaire de marine par le vice-amiral Willaumez,  1831 page 84.

BOISAGE, s. m. Travail de boiser un bâtiment en élevant les couples sur sa quille.

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d) La date ne peut être celle de 1641, puisque cette inscription  comporte  le nom du fabricien, I. Borgne,alors que ceux de l'année 1641 étant mentionnée en N4-N5.  Elle ne peut être antérieure (1640), puisque "l'écriteau" de N4 est mentionné. Mon examen de la partie restante du dernier chiffre ne donne pas d'argument pour valider la date de 1646, qui supposerait que la charpente ait débuté par le centre et se soit poursuivie vers l'ouest. Du coté sud de la nef, une inscription donne la date de 1649 pour la partie en vis-à-vis de N1 à N4. Le bas-coté nord est plus tardif, en 1675.

e) Jacques Polesec et Olivier Guillocsou sont mentionnés comme charpentiers, puisqu'ils ont boisé cette partie de l'église, mais rien ne permet d'affirmer qu'ils sont aussi les sculpteurs ymagiers qui ont réalisés les sculptures des sablières, ou l'inscription.

Le patronyme  Polesec est déjà connu, puisque nous avons lu ce nom sur l'inscription de la chaire de la chapelle, en 1638, où "I. POLESEC" est l'un des trois artisans menuisiers : je me cite :  

"Avec ses compagnons, il est désigné (fecerunt) comme artisan et donc menuisier et non comme fabricien (commanditaire).

Un Jacques Polezec est mentionné par les généalogistes, né vers 1590 à Saint-Nic et décédé  à Saint-Nic le 16 avril 1684. Il est le parrain en 1630 de Catherine Guillamot.

Il est également mentionné comme charpentier ou menuisier sur les sablières de Saint-Côme, dans l'inscription non datée suivant celle de 1641.

Un Sébastien Polesec est mentionné comme fabricien sur le calvaire de la chapelle Saint-Jean avec la date de 1645. Et un Polesec laisse son nom comme fabricien à Ste-Marie-du-Ménez-Hom en 1573." (article sur la chaire de Saint-Côme)

Le patronyme GUILLOCSOU n'est pas attesté sous cette forme, et nous devons le rapprocher du nom GUILLOSSOU. Albert Deshayes (Chasse-Marée 1995 p. 284) le mentionne comme l'un des nombreux diminutifs de Guilloux, du breton guillous, guilloux, issu de l'ancien français guiler, "tromper", et guileor , guillor, guillour, etc "trompeur, menteur, charlatan, bateleur". Le Catholicon donne pour le breton guillous "ménestrier".

A. Deshayes atteste  les formes Guillozou à Quimper 1626, Guillossou à Quimper en 1629, Guillousou Quimper 1631, Guilouzou Meilars 1639, et Guillouzou Quimper 1696. Richard Guillousou avait ses armoiries sur la maîtresse-vitre de N-D. du Mûr à Morlaix en 1679.

La graphie GUILLOCSOU renvoie à GUILLOXOU, non attesté, et à GUILLOUXOU, mais ce patronyme n'est pas attesté dans le Finistère, mais dans le Morbihan à Lignol en 1513.

Je n'ai pu trouver un patronyme proche de celui-ci à Saint-Nic. 

f) Le Guillem ou Guillaume Perfouxou est bien connu pour sa grande activité comme recteur de Saint-Nic en 1638 (chaire de cette chapelle), 1645 et 1653 (chapelle Saint-Jean), 1641, 1645, 1646 et 1661 (sablières de saint-Côme). Je renvoie à mes articles précédents, mais sans oublier de noter le titre de Messire (MRE ne peut avoir d'autre sens dans ce contexte) qui précède son nom.

g) I. BORGNE est le fabricien de cette année, mais je n'ai pu lever l'incertitude sur son prénom (Ian, Jean, Iac et donc Jacques ?).

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Sablières nord de la chapelle Saints Côme-et-Damien, Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

Sablières nord de la chapelle Saints Côme-et-Damien, Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

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Sablières nord de la chapelle Saints Côme-et-Damien, Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

Sablières nord de la chapelle Saints Côme-et-Damien, Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

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2°) La sablière N2 montre quatre dragons — les deux du centre bicéphales — affrontés.

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Sablières nord de la chapelle Saints Côme-et-Damien, Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

Sablières nord de la chapelle Saints Côme-et-Damien, Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

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Sablières nord de la chapelle Saints Côme-et-Damien, Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

Sablières nord de la chapelle Saints Côme-et-Damien, Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

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Premier dragon de N2.

Le premier (à gauche) est ailé. Son museau est crénelé de pointes, il tire une longue langue, est doté d'oreilles d'âne, mais le reste du corps abandonne le souci de "réalisme" pour privilégier l'ornementation, à base de lignes droites ou sinueuses, d'appendices foliaires, en nous laissant libre d'y voir des pattes, des nageoires ou une queue, des nodules ou des épines, etc. 

Une attention sera portée par le décor par ponctuations régulières effectuées à la tarière en trous de diamètres constant. En effet, cette technique appartient aux caractères stylistiques de cet atelier d'artisans, et se retrouvera sur les autres sablières de Saint-Côme, mais aussi de la chapelle Saint-Jean et de l'église de Trégarvan. Ces trous étaient-ils peints d'une couleur différente ? Recevaient-ils des pierreries ou accessoires dorés ?

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Sablières nord de la chapelle Saints Côme-et-Damien, Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

Sablières nord de la chapelle Saints Côme-et-Damien, Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

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Le deuxième dragon de N2.

Il n'a pas d'aile, son corps est fuselé comme celui d'un poisson, son ornementation est plus sobre. Sa tête de gauche, baissée, s'affronte au dragon précédent. 

La tête de droite, relevée, proche de celle d'un chien avec ses oreilles en besace, est colletée. Elle s'affronte au suivant.

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Sablières nord de la chapelle Saints Côme-et-Damien, Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

Sablières nord de la chapelle Saints Côme-et-Damien, Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

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Le troisième dragon de N2.

Il est en miroir du précédent , avec sa tête de gauche qui est colletée, affrontée autour d'un objet rond.

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Sablières nord de la chapelle Saints Côme-et-Damien, Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

Sablières nord de la chapelle Saints Côme-et-Damien, Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

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L'autre tête du troisième dragon est intéressante, car elle est dotée d'une corne frontale torsadée qui l'apparente à une licorne. Bien-sûr, nous ne voyons qu'un petit tronçon, mais qui ne peut être expliqué autrement : ce n'est pas une corde, par exemple. cette corne pénètre  le dragon suivant, sans le transpercer, et sans l'affecter plus que cela.

 

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En quatrième position, nous retrouvons le dragon ailé du début.

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Sablières nord de la chapelle Saints Côme-et-Damien, Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

Sablières nord de la chapelle Saints Côme-et-Damien, Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

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Sablières nord de la chapelle Saints Côme-et-Damien, Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

Sablières nord de la chapelle Saints Côme-et-Damien, Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

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Sablières nord de la chapelle Saints Côme-et-Damien, Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

Sablières nord de la chapelle Saints Côme-et-Damien, Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

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La sablière N3. Deux dragons ailés et deux personnages démoniaques autour d'un masque.

Elle est construite sur le même schéma que N1, avec un masque central, mais qui est bien différent.

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Sablières nord de la chapelle Saints Côme-et-Damien, Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

Sablières nord de la chapelle Saints Côme-et-Damien, Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

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Ce masque mi-homme, mi-animal est cornu, et affublé de trois oreilles, de deux "langues de sorcières" sortant sous sa moustache, et d'yeux exorbités. C'est manifestement une figure diabolique.

Elle est vénérée par deux personnages, bien humains par leur profil, leurs mains à cinq doigts, leurs manches plissées ou leurs jambes, mais tout autant animalisés par une échine dentelée,des oreilles velues, une chevelure en crinière ou un pelage conséquent . 

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Sablières nord de la chapelle Saints Côme-et-Damien, Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

Sablières nord de la chapelle Saints Côme-et-Damien, Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

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Sablières nord de la chapelle Saints Côme-et-Damien, Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

Sablières nord de la chapelle Saints Côme-et-Damien, Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

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Sablières nord de la chapelle Saints Côme-et-Damien, Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

Sablières nord de la chapelle Saints Côme-et-Damien, Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

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Sablières nord de la chapelle Saints Côme-et-Damien, Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

Sablières nord de la chapelle Saints Côme-et-Damien, Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

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Les dragons sont remarquables par leurs ailes nervurées et leur longue queue.

Au total, la victoire des Forces du Bien, fièrement mise en scène en N1, semble ici remise en cause.

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Sablières nord de la chapelle Saints Côme-et-Damien, Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

Sablières nord de la chapelle Saints Côme-et-Damien, Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

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Sablières nord de la chapelle Saints Côme-et-Damien, Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

Sablières nord de la chapelle Saints Côme-et-Damien, Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

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Sablières nord de la chapelle Saints Côme-et-Damien, Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

Sablières nord de la chapelle Saints Côme-et-Damien, Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

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Une vue de détail permet d'apprécier la maîtrise de la technique de perçage décoratif, avec cette fois-ci deux diamètres de trous différents. Profitons en pour admirer aussi la frise, aux torves en bobines ornés de deux étoiles.

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Sablières nord de la chapelle Saints Côme-et-Damien, Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

Sablières nord de la chapelle Saints Côme-et-Damien, Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

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La sablière N4. L'inscription de 1641. Rinceaux à l'ange obscène et deux autres personnages.

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Sablières nord de la chapelle Saints Côme-et-Damien, Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

Sablières nord de la chapelle Saints Côme-et-Damien, Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

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1°) L'inscription de 1641.

Elle est rédigée sur deux lignes dans des cartouches moulurés.

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D'ICI IVSQVES AV PREMIER PILIER A ESTE BOISE AUX FRAIS DE VENER :

____| PERSONE M. RE GVIL : PERFEZOV RECT : DE S.CT NIC  1641 I_____

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Soit : "D'ici jusqu'au premier pilier a été boisé aux frais de Vénérable Personne Messire Guillaume Perzegou recteur de Saint-Nic 1641".

Que remarquer ? 

-la forme différente des A, puis la traverse du premier A est cassée, en V.

-L'usage des deux-points comme signal d'abréviation après VENER (pour Vénérable), GUIL (pour Guillem) et  RECT (recteur).

-Le titre du recteur, "Vénérable Personne Messire". C'est le titre en  usage, et on le trouve à Saint-Vougay ("vénérable personne missire Richard Miorcec, recteur de la paroisse" en 1635, ou "vénérable personne messire Hervé de Kermenguy, chapelain de la chapelle seigneuriale du manoir de saint-Jean dans la même paroisse, 1681), ou à N-D. du Folgoat ("vénérable personne messire Alain du Poulpry", 1591) , ou à Gouesnou en épitaphe ("noble et vénérable personne maitre Guillaume Touronce chanoine de Vannes et recteur de Saint-Gouesnou"), ou à N-D. de Recouvrance à Brest (vénérable personne feu missire de Denmat, prieur de Brest et gouverneur de la dite chapelle", pour ne glaner que quelques exemples dans la Vie des Saints d'Armorique d'Albert le Grand....

On a pu faire remarquer qu'en breton, le recteur est désigné par "ar person". Mais le titre "vénérable personne", ou "noble et vénérable personne"  n'est pas spécifiquement breton, et sert à désigner des membres du clergé dans toute la France.

-la mention "aux frais de", qui précise que le recteur Perzegou a financé lui-même les travaux, comme pour la chaire, où le premier mot latin de l'inscription, sumptibus, signifiait précisément "aux frais de".

-La date de 1641. Le roi est Louis XIII, et son principal ministre d'Etat est le cardinal  Richelieu qui se voue à assurer la centralisation monarchique contre les Protestants, et contre les Grands. Sur le plan artistique, c'est encore la période baroque, qui cédera la place au classicisme en 1660. Sur le plan religieux, c'est l'apogée de la Contre-Réforme, et, en Bretagne, ce sont  les missions menées par Michel Le Nobletz . Son successeur le père jésuite  Julien Maunoir, réalise sa première mission précisément en 1641, à Douarnenez. Ces prédications sont basées sur la conviction que les Bretons sont profondément ignorants quant aux préceptes de la foi catholique, et qu'ils se livrent à des pratiques païennes.  Les missions sont basées sur l'utilisation de tableaux pédagogiques peints, sur celle de cantiques, de processions, de mises en scène de la Passion par les paroissiens, de confessions massives, et enfin d'exposés dramatiques sur la mort, et sur l'Enfer.

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Sablières nord de la chapelle Saints Côme-et-Damien, Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

Sablières nord de la chapelle Saints Côme-et-Damien, Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

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La sablière N4 est occupée par un rinceau de plantes mal définies, aux fleurs larges. Parmi les trois personnages, le plus central, quoique décentré, attire l'attention. Il est nu, jambes écartées, et montre ses fesses. Sa tête est entourée d'une coiffe radiante, comme des plumes. Deux ailes étroites se referment en crosses. Il a une forme suffisamment humaine pour qu'on distingue ses jambes, ses bras et sa tête. Comme en N3, c'est une puissance maléfique.

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Sablières nord de la chapelle Saints Côme-et-Damien, Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

Sablières nord de la chapelle Saints Côme-et-Damien, Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

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Sablières nord de la chapelle Saints Côme-et-Damien, Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

Sablières nord de la chapelle Saints Côme-et-Damien, Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

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Sablières nord de la chapelle Saints Côme-et-Damien, Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

Sablières nord de la chapelle Saints Côme-et-Damien, Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

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À gauche un autre personnage glisse sur la tige d'une plante probablement vénéneuse. Malgré ses cheveux très longs, il a l'allure d'un paysan, vêtu d'un sarrau.

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Si ces sablières montrent aux paroissiens des démons, elles le font de manière peu pédagogique et didactique, et, disons-le, peu catholique. Rien à voir avec les tableaux édifiants des taolennou. Et, jusqu'à présent, nous n'avons rencontré aucune figure liturgique, aucun enseignement tiré du catéchisme, mais beaucoup de dragons et d'humains bestialisés qui n'expliquent pas vraiment ce qu'ils sont en train de faire dans cette charpente. Mystère, mystère, tout cela est mystère.

 

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Sablières nord de la chapelle Saints Côme-et-Damien, Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

Sablières nord de la chapelle Saints Côme-et-Damien, Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

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Sablières nord de la chapelle Saints Côme-et-Damien, Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

Sablières nord de la chapelle Saints Côme-et-Damien, Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

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La sablière N5. Rinceau à cinq personnages, dont trois anges (du Mal). Un dragon.

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Cette sablière est très proche de la N4, avec le même "ange" cette fois-ci bien positionné au centre. 

Mais cette fois-ci, il ne nous présente pas ses fesses, mais son ventre nu et ombiliqué et son sexe. Ses ailes sont plus fournies de plumes à leur implantation, avant de s'achever en crosse. Ses cheveux rayonnent en couronne. Il tient dans chaque main la tige des rinceaux qui partent de chaque coté.

La frise inférieure a changé, elle porte un pampre dépourvu de grappes.

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Sablières nord de la chapelle Saints Côme-et-Damien, Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

Sablières nord de la chapelle Saints Côme-et-Damien, Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

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Sablières nord de la chapelle Saints Côme-et-Damien, Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

Sablières nord de la chapelle Saints Côme-et-Damien, Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

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Sablières nord de la chapelle Saints Côme-et-Damien, Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

Sablières nord de la chapelle Saints Côme-et-Damien, Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

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Vers la gauche, nous trouvons un ange (ou du moins un personnage ailé), vêtu d'une tunique boutonnée à manches longues. Il tient la tige voisine comme s'il s'y accrochait.

Son homologue, moins vêtu, lui répond sur le coté droit. 

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Sablières nord de la chapelle Saints Côme-et-Damien, Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

Sablières nord de la chapelle Saints Côme-et-Damien, Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

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À l'extrême gauche, un homme ébahi  tient par sa main droite une feuille digitée, et dans sa main gauche un objet qui repose sur son épaule. Quel objet ? Un panier, un épi, une aile ? Aucune proposition ne me convient.

L'homme est vêtu d'une tunique boutonnée à manches longues bouffantes.

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Sablières nord de la chapelle Saints Côme-et-Damien, Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

Sablières nord de la chapelle Saints Côme-et-Damien, Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

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À l'extrême droite, un visage est sculpté, coiffé d'un bandeau, le cou serré par une fraise. Le menton "en godet" sous les deux joues bien pleines est caractéristique.

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Sablières nord de la chapelle Saints Côme-et-Damien, Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

Sablières nord de la chapelle Saints Côme-et-Damien, Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

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La pièce se termine par la moitié de la tête d'un dragon, animal qui trouve son prolongement sur une dernière pièce de bois, avec ses nageoires et sa queue en feuillage. 

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Sablières nord de la chapelle Saints Côme-et-Damien, Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

Sablières nord de la chapelle Saints Côme-et-Damien, Saint-Nic. Photographie lavieb-aile juin 2018.

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Le commentaire de Sophie Duhem.

"Les sculpteurs de Saint-Nic 1641-1670.

L'étude stylistique des sablières de la chapelle des Saints Côme-et-Damien à Saint-Nic met en évidence la participation d'un atelier composé de trois sculpteurs, ayant exercé leur activité entre 1641 et 1670 sur la demande du recteur de la paroisse, Guillaume Perfezou. Les décors les plus anciens, localisés dans la nef, portent les signatures de deux artisans employés à l'édification de la charpente dans cette partie de l'édifice ; une première date précise qu'elle fut commencée en 1641 et terminée ... « l'an 1646 par Iac Bolesec et ol(ivier) Guillocsou ». les noms des deux sculpteurs sont donc connus : il s'agit de Jacques Bolésec et d'Olivier Guillosou. Le programme qu'ils élaborent est inventif, composé de thèmes variés où prédominent les images de dragons végétalisés, les frises de végétaux soutenus par des putti ailés, les mascarons et des grylles monstrueux. La réalisation est correcte comme le montre la taille en haut-relief des sculptures, mais l'étude de détails trahit une connaissance peu maîtrisée des règles de la composition, des proportions , du rendu des gestes et des expressions, que dissimule une abondante décoration de surface. Il est en réalité difficile de dissocier la participation respective des deux ouvriers à l'ouvrage car la facture de l'ensemble est très homogène et ne révèle pas de différence stylistique notable. La seule que nous voyons se résume à quelques points de détails qui tendent à distinguer d'un coté les reliefs sculptés des sablières et de l'autre les sculptures en ronde-bosse des faux culots de poinçons et des blochets." S. Duhem 1998 page 146.

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Conclusion.

L'étude de ces sablières nord est passionnante à divers titres.

-Elles contiennent des documents épigraphiques très précieux par les attestations de vocabulaire, de graphies et de tournures expressives, ou par les renseignements sur deux noms d'artisans charpentiers ou sculpteurs, sur le rôle de mécène-commanditaire d'un recteur très actif à Saint-Nic, et sur celui d'un fabricien. Ce seul champ d'étude pourrait faire l'objet de recherches dans les archives afin de préciser ces relations entre artisans, clergé issu de familles influentes ( il faudrait approfondir la connaissance des Perfezou d'Argol), et fabriques paroissiales.

-Leur contenu thématique est riche :

N 1. Quatre dragons liés deux à deux repoussés par des anges.

N2.  Quatre dragons, dont deux bicéphales.

N3. Deux dragons ailés et deux personnages démoniaques autour d'un masque.

N4. Rinceaux à l'ange obscène et deux autres personnages.

N5. Rinceau à cinq personnages, dont trois anges (du Mal). Un dragon.

Les onze dragons ne surprennent pas, tant ils sont abondants sur les sablières, les crossettes et autres décors sculptés des sanctuaires bretons, mais aucun ne ressemble à l'autre. Le motif des dragons affrontés et liés ensemble par un anneau cervical est fréquent dans la sculpture sur pierre et sur bois en Basse-Bretagne, mais en est-il spécifique ? Où trouve-t-il sa source ? Quel sens lui donner ? De vastes études iconographiques sont nécessaires pour développer celles de la thèse de Sophie Duhem en 1997.

Pourquoi tant d'anges infâmes, obscènes ou délurés ? Le mystère de chaque personnage résiste (c'est tout son charme) aux tentatives d'interprétations.

- L'unité stylistique est soulignée par S. Duhem, et va conduire à tenter de définir un atelier actif à Saint-Côme, à Saint-Jean et à Trégarvan entre 1641 et 1676, atelier anonyme d'un "Maître de Saint-Nic", ou au contraire  atelier dont les artisans sont Jacques Polesec, Olivier Guillossou et Alain Roignant.

J'ai noté les éléments stylistiques suivants, faciles à reconnaître :

  • Utilisation de perforations à la tarière, en ornementation, et pour les pupilles.
  • Menton "en godet".

- Il faudra replacer ces sablières dans leur contexte historique et religieux (Contre-Réforme, Missions jésuites d'évangélisation des bretons considérés comme païens, parution d'un catéchisme en breton en 1659 par J. Maunoir), mais cette clef ne m'a pas semblé très opérante, et le décor, qui ne reprend même pas les motifs Renaissance, témoigne au contraire d'une mythologie chrétienne médiévale riche en animaux fabuleux et s'amusant sans censure à se faire peur ou à projeter le Ça d'un inconscient collectif dans cet espace intermédiaire entre l'espace liturgique au sol, et le clocher tendu vers les cieux.

-Et enfin les replacer dans le contexte ornemental de la chapelle, d'abord de sa charpente (sablières sud et des bas-cotés, entraits engoulés, blochets, culots et abouts-de-poinçons), mais ensuite de sa statuaire, de son mobilier, de son calvaire), et dans le projet de mécénat du recteur Perfezou.

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SOURCES ET LIENS.
 

— BASE MERIMÉE, Notice :

http://www2.culture.gouv.fr/public/mistral/mersri_fr?ACTION=CHERCHER&FIELD_1=REF&VALUE_1=IA00005244

— COUFFON (1988)

http://diocese-quimper.fr/images/stories/bibliotheque/pdf/pdf-Couffon/SAINTNIC.pdf

CHAPELLE SAINT-COME ET SAINT-DAMIEN (C.)

En forme de croix latine, cet édifice, de construction soignée en pierres appareillées, comprend une nef de cinq travées avec bas-côtés, un transept et un choeur peu saillant à chevet plat. Elle remonte au XVIe siècle ou même fin XVe siècle mais dans son état actuel elle est en grande partie du XVIIe siècle ainsi que l'indiquent de très nombreuses inscriptions.

Sur la sablière nord de la nef : "DICI IVSQVES AV PREMIER PILIER A ESTE BOISE AVX FRAIS DE VENER PERESONE Mre GVIL PERFEZOV RECT DE St NIC 1641."

Plus loin : "DICI IVSQVES A LAVTRE ESCRITEAV A ESTE BOISE PAR IAC POLESEC ET OL GVILLOSSOV Mre GVILL PERFEZOV ESTANT RECTEVR DE St NIC ET I. BORGNE. FAB. DE CEANS."

Sur les sablières des bas-côtés : "M. G. PERFEZOV. R. G. MARZIN. F. 1661" (au sud), "AL. ROIGNANT FAB. ET CHARP. 1670" (au nord).

Au-dessus de la porte nord : "AL. ROIGNANT. F. 1675 (ou 1673 ?)."

Une pierre aux armes des Rosmadec, sans doute celles de Bertrand de Rosmadec, évêque de Quimper (1416-1444), et provenant de l'ancien édifice a été conservée dans le nouveau ; l'inscription en caractères gothiques est très effacée. Les arcades en tiers-point de la nef pénètrent directement dans les piliers octogonaux ; à la base de ceux-ci, bancs de pierre.

La magnifique charpente de la nef en forme de carène renversée, repose sur des sablières et des entraits engoulés. La charpente du transept a été détruite par les bombardements de l'été 1944. Le lambris a disparu ; il portait autrefois des peintures représentant la vie de saint Côme et saint Damien datées 1694 ; elles furent détruites en 1880.

La tour avec contreforts aux angles porte une galerie en fort encorbellement ; à la base de la flèche octogonale à crochets, gables ajourés et lanternons sommés de pinacles aux angles. Au coin S.-E. du chevet, sacristie basse avec toiture à six pans. Une fenêtre flamboyante à quatre lancettes éclaire le maître-autel.

Mobilier : Maître-autel en pierre revêtu de boiseries peintes, en mauvais état ; on n'y voit plus l'écu aux armes de Tréanna : d'argent à la macle d'azur. Sur le retable bas et le tabernacle à triple étage, niches à cariatides. - Clôture de choeur à balustres et pendentifs. - Deux autels latéraux en pierre ; celui de l'aile nord a gardé ses gradins et son tabernacle ; deux piscines de la fin du XVe siècle.

Chaire à prêcher d'époque Louis XIII ; de forme octogonale, elle a des panneaux pleins surmontés d'une petite balustrade. La rampe de l'escalier est à grands balustres tournés. Longue inscription : "SVMPTIB. VENERAB. VIRI. D. D. GVILLEIL. PERFEZOV. SACERD. AC. RECTOR. HVIVS. ECCLESIAE. / ANNO. 1638. FECERVNT. I. POLESEC. IO. ET. OL. KMORGAN."

Petit coffre du XVIe siècle à la sacristie, il a gardé ses ferrures et sa serrure anciennes. Statues anciennes - en pierre : saint Côme, décapité, et saint non identifié, sur l'autel d'offrandes de la nef ; - en bois polychrome : Christ en croix (nef), Vierge à l'Enfant du XVe siècle, Notre Dame de Pitié, les saints patrons Côme et Damien (niches à colonnes corinthiennes aux angles du chevet), saint Sébastien, saint Herbot, saint Jean l'Ev., dont la niche, disparue en 1984, portait l'inscription : "M. FR. HVCHET. RE. DE. St NIC / CL. LE. DROF. F. 1689."

Vitrail du transept sud consacré à la vie des saints Côme et Damien, par H. de Sainte-Marie, 1955.

 Dans le placitre (site inscrit), petit calvaire mutilé (I.S.) : Christ de Roland Doré et, sur le socle triangulaire, statues en pierre de l'Apôtre saint Pierre et des saints Jean et Madeleine géminés, toutes décapitées. Fontaine en contrebas dans la prairie : voûte à fronton, statues des deux saints mutilées. L'eau passait pour guérir les maux de tête. »

 

 

DILASSER (Maurice), 1979, La chapelle Saint-Côme in Un pays de Cornouaille Locronan et sa région. Paris, Nouvelle Librairie de France. pages 632-636


DUHEM (Sophie) 1998, Les sablières sculptées en Bretagne: images, ouvriers du bois et culture paroissiale au temps de la prospérité bretonne (XVe-XVIIe s.), Presses universitaires de Rennes,  390 pages. Saint-Nic pages 19, 24, 25, 29, 36, 95, 100, 113, 119, 143, 146 (les sculpteurs de Saint-Nic), 147, 183 (médaillons),  218, 242, 257 (les évangélistes de la chapelle Saint-Jean), 283 (chap. St-Jean), 299, 321 et 334.

http://www.pur-editions.fr/detail.php?idOuv=781

 

Les sculpteurs de Saint-Nic 1641-1670.

"L'étude stylistique des sablières de la chapelle des Saints Côme-et-Damien à Saint-Nic met en évidence la participation d'un atelier composé de trois sculpteurs, ayant exercé leur activité entre 1641 et 1670 sur la demande du recteur de la paroisse, Guillaume Perfezou. Les décors les plus anciens, localisés dans la nef, portent les signatures de deux artisans employés à l'édification de la charpente dans cette partie de l'édifice ; une première date précise qu'elle fut commencée en 1641 et terminée ... « l'an 1646 par Iac Bolesec et ol(ivier) Guillocsou ». les noms des deux sculpteurs sont donc connus : il s'agit de Jacques Bolésec et d'Olivier Guillosou. Le programme qu'ils élaborent est inventif, composé de thèmes variés où prédominent les images de dragons végétalisés, les frises de végétaux soutenus par des putti ailés, les mascarons et des grylles monstrueux. La réalisation est correcte comme le montre la taille en haut-relief des sculptures, mais l'étude de détails trahit une connaissance peu maîtrisée des règles de la composition, des proportions , du rendu des gestes et des expressions, que dissimule une abondante décoration de surface. Il est en réalité difficile de dissocier la participation respective des deux ouvriers à l'ouvrage car la facture de l'ensemble est très homogène et ne révèle pas de différence stylistique notable. La seule que nous voyons se résume à quelques points de détails qui tendent à distinguer d'un coté les reliefs sculptés des sablières et de l'autre les sculptures en ronde-bosse des faux culots de poinçons et des blochets."

Un autre compagnon se joint aux ouvriers une dizaine d'année plus tard, pour exécuter un ouvrage de même goût dans le bas-coté sud de l'église. Une poutre précise l'époque (nous sommes en 1661) et l'une des factures identifie le nouvel artisan : il s'agit d'Alain Roignant, qui reproduit fidèlement les thèmes sculptés par ses compagnons mais pour un résultat plus médiocre que tente de camoufler une excessive décoration de stries, d'encoches et de points. L'artisan a visiblement été formé aux « méthodes » des sculpteurs et familiarisé avec les images de l'atelier. Son activité ne débute pas en 1661 puisqu'il exerce déjà son métier en 1653. il réalise à cette époque les décors sculptés de la chapelle Saint-Jean, toujours pour le recteur Guillaume Perfezou. Ses déplacements le conduisent à quelques kilomètres de là, dans la paroisse de Trégarvan qui l'emploie à l'ornementation de la charpente. La date de réalisation de cet ensemble n'est pas connue ; elle est probablement contemporaine des travaux de Saint-Nic et de l'achèvement des reliefs du bas-coté nord en 1670.

 

 

— MUSSAT (André), 1957, Congrès archéologique de France vol. 115; A. Picard, page 133..

 

— OLIVIER ( Corentin), 2014, Les charpentes armoricaines : inventaire, caractéristiques et mise en œuvre d’un type de charpente méconnu, Mémoire de master 2, Université Rennes 2, sous la direction de Pierre-Yves Laffont et Vincent Bernard, 2014, 410 p.

OLIVIER ( Corentin), 2016, « L’archéologie des charpentes anciennes (xive -xvie siècles) au service de la connaissance des forêts du Massif armoricain », Mémoires de la Société d’Histoire et d’Archéologie de Bretagne, t XCIV, 2016, p. 109- 121.

— PARCHEMINOU ( Corentin), 1930  “Saint-Nic : une paroisse cornouaillaise pendant la Révolution : ses monuments religieux,” 

http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/3082c766c9392bec4684ec9de6920595.pdf

"Chapelle de Saint-Côme.

Située à un kilomètre environ au Sud du bourg, non loin de la Lieue-de-Grève, cette chapelle est l'une des plus intéressantes du diocèse de Quimper. Elle est  dédiée à Saint Côme et Saint Damien. L'édifice actuel, dont les plus vieilles parties remontent au xve siècle, a dù être bâti après une des épidémies de peste qui firent tant de ravage dans notre pays, au cours des XIVe et xve siècles, et il. est probable que la famille de Rosmadec, dont le château existait non loin de là, en Telgruc, n'a pas été étrangère à sa construction. En effet, on voit le blason de cette famille sur une vieille pierre en granit bleu, accôtée au mur du bas-côté gauche, vers le bas de l'édifice : palé d'argent et d'azur de six pièces. Timbrée d'une mitre et d'une crosse qui a sa volute tournée vers la gauche, elle offre, à n'en pas douter, les armoiries de Bertrand de Rosmadec, évêque de Quimper, de 1416 à 1445, qui contribua sans doute .à la construction. Une légende sans fondement veut aussi que la chapelle ait été bâtie par les Anglais. Les matériaux pour la construire seraient venus par mer ...

Saint-Côme fut autrefois un lieu de pèlerinage très fréquenté, ce qui explique les belles dimensions de la chapelle, plus grande que l'église paroissiale. Une petite porte au Sud et certains chapiteaux sont du début du XVI" siècle. Une autre porte, sur la face Ouest du croisillon Sud, a les caractères de vers 1540, avec arc en anse de panier et mouluration prismatique  continue. Les remplages sont tous du milieu du xvie siècle. Un très beau clocher à galerie, plus jeune que son entourage, complètè l'édifice.

A l'intérieur, cinq travées, un transept et un chœur rectangulaire en légère saillie, nef obscure. Le sol, de simple terre battue, est en légère pente de l'Est à l'Ouest. Ce qui frappe surtout dans cette chapelle, c'est la voûte de la nef qui est, dans le pays, à peu près unique en son genre.

On voit là toute une forêt de poutres sculptées. La charpente apparente est fortifiée par des tirants ou poutres en bois dont les extrémités sont mordues par des gueules monstrueuses. Les chevrons, les contre-fiches, les sablières, les entraits, tout est œuvré avec la plus curieuse fantaisie. Pas un mètre de bois qui ne soit ciselé et fouillé : chimères, monstres, bustes représentant toutes sortes de personnages. On a remarqué que tous ces personnages ont l'air dolents et se tiennent le ventre des deux mains, comme s'ils souffraient de maux d'entrailles. Certains croient qu'à Saint-Côme il y eut autrefois une maladrerie ou léproserie. Ceux qui ont commandé et exécuté ce travail l'ont signé, car on lit sur les frises du côté gauche : D'ici : iusques : au : premier : pilier a esté : boisé : aux frais : de : vénérable : personne  Guil : Perfézou : rect. de St Nic. 1641. Une autre inscription au bas de la nef dit : D'ici: iusques : à l'autre : escriteau : a: été: boisé: par : Alain : Polézec : et: OH : Guillosou : et : estait : recteur : M" : Guil; Perfézou. Sur la boiserie du bas-côté droit : M. G. Perfézou, R. G. Marzin F. 1661. - Ces : quatre: derniers: piliers : furent: bastis : 1649, lW" Grzill: Perfézou, R"~ Sur le mur Nord, à l'intérieur et à l'extérieur : Al: Roignant: Fab. en charg. 1675.

Le chœur était autrefois couvert d'une charpente.encore plus ouvragée que celle de la nef. On a, malheureusement, dû la démolir, il y a une cinquantaine d'années, à cause de son mauvais état. C'est d'autant plus regrettable que des peintures la couvraient, qui représentaient plusieurs scènes de la vie de S. Côme et de S. Damien. Elles portaient la date: 1694. L'autel principal, très fouillé, possède quelques statuettes en bois finement ouvragées. Sur le tabernacle de l'autel latéral gauche, on voit un petit écusson aux: armes de Tréanna, d'argent à la macle d'azur.

Statues. - Les deux frères Côme et Damien, qui étaient médecins de profession et qui furent martyrisés à Eches, en Cilicie, vers la fin du m• siècle, occupent les côtés du chœur, coiffés tous deux du bqnnet de docteur et tenant, l'un une boîte à médicaments, l'autre une fiole à onguent. Au-dessous de chacun, il y a un écusson martelé ; celui qui est sous Saint Damien semble être celui des Hirgarz : d'or à trois pommes de pin d'azur.

Du côté de l'Evangile : statues de Sainte Barbe, de la Sainte Vierge avec l'Enfant-Jésus et de Saint Sébastien. Celle de Ia Sainte Vierge semble être du xve siècle. Du côté de l'Epître : Pieta extraordinairement douloureuse, Saint Herbot en moine franciscain, Sainte Marguerite. Certains guides signalent des peintures murales. Elles n'existent plus. Ont disparu également les armoiries des sieurs de Brénalen, du nom de Tyvarlen : d'azur au château d'or, qui timbraient encore un vitrail vers 1850. 

Ceux qui ont visité la chapelle de Saint-Côme ont dù être intrigués par une faucille - ou plutôt ce qui fut une faucille, car elle est en grande partie rongée par la rouille - suspendue au mur du chœur. En voici l'histoire : Un jour - il y a de cela bien longtemps, l'état de la faucille le montre - un paysan d'un village de Plomodiern, tout proche de la chapelle; esprit fort ou acharné travailleur, au lieu de venir au pardon de Saint-Côme, s'en alla travailler aux champs. La punition ne tarda guère. Pendant qu'il travaillait, il se fit avec sa faucille une blessure tellement profonde que· personne ne put arracher l'instrument de la plaie. Le paysan comprit sa faute et vint au plus vite prier les deux Saints médecins, Côme et Damien, de le prendre en pitié. Dès qu'il se fut agenouillé au pied de leurs statues, la faucille tomba d'elle-même et la blessure guérit aussitôt. Le paysan repentant, plein de reconnaissance, laissa sa faucille à la chapelle comme ex voto. Et chacun peut l'y voir encore aujourd'hui.

Devant la chapelle se dresse un petit calvaire mutilé, transporté à cet endroit, il y a quelques années, de derrière le chevet de l'église, où il gênait la circulation. C'est une vieille croix entourée de saints personnages et montée sur une base triangulaire. On reconnaît Saint Pierre tenant une clef, et Saint Côme broyant un remède dans un mortier. Un autre personnage tient une bourse dont il serre le col. Au pied de la croix est un écusson aux armes de Hirgarz en alliance avec celles d'une autre famille.

A une centaine de mètres de la chapelle coule une· jolie fontaine gothique contenant les statues de Saint Côme et de Saint Damien. L'une des statues n'a plus de tête. L'eau de cette fontaine passe pour guérir les maux de tête ; on l'emploie mélangée au suc d'une plante qui fleurît aux abords, en Juillet et Août.

 Le pardon a lieu chaque année, le lundi de la Pentecôte, pardon pieux et calme, inconnu des romanichels et des touristes, semblable à ces pardons chers à André Chevrillon. Pour ma part, je ne connais rien de touchant, rien de pittoresque comme la procession de Saint Côme s'avançant après vêpres, face à l'Océan, à travers les jeunes blés verts que fait onduler la brise marine aux senteurs de sel et de varech ..."

 

 —TOSCER (Catherine), 1997, La chapelle Saint-Côme et Saint-Damien en Saint-Nic,Mémoires de la Société d'Histoire et d'archéologie de Bretagne vol. 75, pages 371-377.

http://www.shabretagne.com/scripts/files/54947131089936.59874395/1997_24.pdf

 

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  • "Il faudrait voir sur chaque objet que tout détail est aventure" ( Guillevic, Terrraqué).  "Les vraies richesses, plus elles sont  grandes, plus on a de joie à les donner." (Giono ) "Délaisse les grandes routes, prends les sentiers !" (Pythagore)
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