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9 janvier 2014 4 09 /01 /janvier /2014 23:36

La Vierge allaitante de la petite rose des vitraux de Chartres.

 

Le déambulatoire qui circule, à Chartres, autour du chœur est éclairé par 37 baies en forme de lancettes et 6 petites roses. La baie sommitale est consacrée aux apôtres, et 18 lancettes se succèdent de part et d'autres. 

 Du coté sud, les quatre premières lorsqu'on vient de l'entrée sont consacrées successivement à Saint Antoine et Paul ermite (30a); Notre-Dame de la Belle Verrière (30b), dont il est superflu de préciser qu'elle est fort réputée ; la Vie de la Vierge ; le Zodiaque et les travaux du mois. La rose de la Vierge allaitante (30c) se trouve au dessus des deux premières baies, et vient comme en ponctuation de la Vierge à l'Enfant de la Belle Verrière.


 

Elle est placée dans l'oculus, ou, plus correctement la petite rose qui surplombe les baies 30a et 30b du déambulatoire sud deux lancettes ; cette rose porte donc le numéro 30c. Elle date du XIIIe siècle (1215-1220) et a été restaurée (élimination du dépôt noir).

 Elle se compose de neuf panneaux : un oculus central dont le centre correspond au bassin de la Vierge, et la partie supérieure, au sein et au jeu des deux mains de l'Enfant et de celles de sa Mère. Quatre portions de cercle dessinent une croix ; en haut se trouvent le visage couronné de Marie, et celui, au nimbe crucifère, de Jésus. Le cercle inférieur reçoit les pieds de Marie, qui y prend appui comme sur le croissant de lune de l'Apocalypse ; un rocher,vert,  une étendue liquide, et un rameau rouge évoquant Jessé, sont disposés de chaque coté. Enfin, deux anges thuriféraires  balancent d'une main élégante et sûre un  encensoir capiteux, tout en retenant de l'autre main un objet, ou leur ceinture.

Des tesselles de verre rouge soulignent comme par une mosaïque les cercles de plomb ou de métal noir, et crée une unité sacrée pour ce vitrail. 

  La Vierge, hanchée, longue tunique blanche, robe verte, manteau vieux rose, les cheveux dissimulés entièrement par un voile blanc, se penche vers l'Enfant qu'elle tient sur le bras droit, et lui présente un sein généreux. Mais le Fils, vêtu de bleu et de blanc, déjà préoccupé par sa Mission reste indifférent à cette offrande: il bénit le Monde.

Le jeu des couleurs est simple : le bleu "de Chartres" et le rouge, les deux couleurs les plus intenses, sont placées dans le fond, comme l'or d'une icône. Le jaune est rare, limité aux accessoires, à la couronne gemmée et au nimbe. Les vêtements sont traités par des teintes adoucies, pastel. La carnation est rose pâle.

 Le trait est admirable de sobriété, un seul trait dessinant le nez et les sourcils.

 Le thème de la Vierge allaitante est rare au début du XIIIe siècle, mais il est considéré comme un équivalent symbolique de l'Eucharistie, Marie dispensant le lait comme Jésus donne son Sang. Un autre vitrail lui est consacré à Chartres, dans les verrières hautes.

   Claudine Lautier a souligné combien les vitraux de Chartres pouvaient être reliés aux reliques que possédait la cathédrale, et elle rappele que Chartres possédait une relique du Lait de la Vierge :

Le lait de la Vierge, relique mariale importante, est sans doute parvenu dans le trésor au  début du XIe siècle, puisque, d'après la légende, il guérit l'évêque Fulbert du mal des Ardents. Cette vertu attira les pèlerins souffrant de ce mal, auxquels une partie de la crypte était réservée.

 

Fulbert fit également réaliser la statue de Notre-Dame-sous-Terre qui était certainement une statue-reliquaire et attirait la dévotion exaltée des pèlerins. Le culte qui lui était voué prit une grande ampleur, car se développa à partir du XIVe siècle la légende de la virgo paritura qui, dans l'Antiquité gallo-romaine, aurait préfiguré la Vierge et aurait été vénérée par les druides. On remania la chapelle de la crypte où elle était présentée au milieu du XVIIe siècle pour donner plus de somptuosité à sa présentation.  

 

 

 

 

      cliquer pour agrandir :

Vierge-allaitante 6743 vierge allaitante oculus

 

      J'ai trouvé interessant de comparer cette Vierge à celle qui occupe le centre de la grande rosace occidentale de Notre-Dame de Paris. http://cathedrale.gothique.free.fr/Notre-Dame_de_paris.htm  Elle date aussi du XIIIe siècle, et on découvre de nombreux points communs : même cerclage de tesselles rouges ; même couleur de l'auréole et du nimbe ; mêmes couleurs des vêtements de Marie ; mêmes étoiles rouges dans le ciel bleu ; même radix Iesse, même geste de bénédiction du Christ. Mais, revenu à l'image que j'ai photographié à Chartres, je suis frappé par le charme de l'inclinaison du visage de tendresse et par la grâce de la courbe du bras et de l'épaule, que cette confrontation m'a révélé.

A son sujet, Colette Manhes-Deremble écrivait en 1993 (Corpus vitrearum, Les vitraux narratifs de la cathédrale de Chartres, Ed. Le Léopard d'or, Paris, page 65):

  Une petite rose parfait le programme d'exaltation mariale auquel s'applique le versant méridional de la cathédrale : la Vierge debout allaite de Christ. Les rares exemples que l'on trouve de ce thème avant le milieu du XIIIe siècle relèvent d'une tradition orientale où la Vierge Marie siège en majesté et donne le sein à l'enfant, en des scènes souvent associées à la Nativité ; à partir du début du XIIIe siècle on la représente de préférence allongée, allaitant le Christ après sa naissance. Dans la verrière chartraine la Vierge est debout, couronnée, dans les nuées et environnée d'étoiles, tandis que des anges l'encensent : l'image se réfère clairement à l'Apocalypse (12,1). Dans les verrières hautes on voit aussi la Vierge couronnée, debout, et comme en marche, donnant le sein à l'enfant, au dessus d'une image de Marie-Madeleine (138b). La référence à l'Apocalypse dans la verrière basse, l'association avec la pécheresse dans celle de l'étage supérieur, contribuent à l'inscription de l'image mariale dans une perspective rédemptrice. La créature nourrit le créateur : c'est l'ultime réponse donnée au problème de la Création corrompue par Éve. Marie la restaure par l'Incarnation.

 

 Voir sur le même thème :

Virgo lactans ou miss Néné ? Les candidates du Finistère. Les Vierges allaitantes.

Vierges allaitantes I : N.D de Tréguron à Gouezec, la chapelle et ses saints.

Vierges allaitantes I : Notre-Dame de Tréguron à Gouezec: les Vierges.

Vierges allaitantes II : Kergoat à Quéméneven, la Vierge.

Vierges allaitantes III : Chapelle de Quillidoaré à Cast, la Vierge..

Vierges allaitantes IV : Kerlaz, la Vierge.

Vierges allaitantes V : Saint-Venec à Briec. Notre-Dame de Tréguron et les autres statues.

Vierges allaitantes V : Saint-Venec à Briec : sainte Gwen Trois-mamelles et ses fils

Vierges allaitantes VII : Chapelle de Lannelec à Pleyben, la Vierge.

Vierges allaitantes VII : Lannelec à Pleyben, les vitraux

Vierges allaitantes VIII : Pleyben, la statue enterrée.

Vierges allaitantes IX : Chapelle de Bonne-Nouvelle à Locronan.

Vierges allaitantes X : La chapelle St-Denis de Seznec à Plogonnec.

Chapelle Sainte-Marine à Combrit : la Vierge allaitante et la bannière Le Minor.

Vierge allaitante : Notre-Dame de Kergornec à La Forest-Fouesnant.

Vierges allaitantes : Nostre-Dame de Joye à Guern (56).

La Vierge allaitante de la chapelle de la Présentation, cathédrale de Burgos.

 

Voir sur Chartres :

Vierges couchées (6) : la cathédrale de Chartres.

Le vitrail de l'arbre de Jessé de la cathédrale de Chartres.

 

Site utile :

http://www.vitraux-chartres.fr/vitraux/rose_vitrail_30/index.htm

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Published by jean-yves cordier
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