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1 mars 2018 4 01 /03 /mars /2018 21:29

Zoonymie des Odonates : l'épopée de Atra-Hasis (XVIIIe siècle av. J.C).

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Voir aussi :

 

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 I. PRÉSENTATION GÉNÉRALE.

L'épopée akkadienne d'Atrahasis ou Poème du Très Sage est, comme l'épopée de Gilgamesh, un récit de la mythologie mésopotamienne décrivant la Création puis la destruction de l'Humanité par les Dieux sous l'effet d'un Déluge, et la survie, grâce à la construction d'une arche, d'un élu (Atrahasis le "Très Sage" dans l'épopée éponyme, et Uta-Napishtim dans celle de Gilgamesh) qui repeuplera la Terre. 

Des parties de l'épopée d'Atra-Hasis sont citées dans la tablette XI de l' Épopée de Gilgamesh (1150 av. J.-C.), qui lui est donc postérieure ou relève d'une source commune et dans les écrits de Bérose (250 avant J.-C.).

 

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Ma présentation générale sera un copier-coller (en retrait) des informations en ligne.

Rédigée en langue sémitique akkadienne, elle date probablement du XVIIIe siècle av. J.-C.

— Recension Paleobabylonienne. (OB pour Old Babylonian) "Le conte d’Atra-Hasīs dont le titre originel, retenant les premiers mots du texte, était inūma ilū awīlum « Lorsque les dieux faisaient l’homme », nous est connu principalement par l’une de ses éditions, rédigée sur trois tablettes d’argile de huit colonnes (quatre au recto, quatre au verso), provenant vraisemblablement de la ville de Sippar sur l’Euphrate. Grâce à leur colophon, nous savons qu’elles furent copiées par un certain Kasap-aya ou Nūr-aya ou Ipiq-aya sous le règne du roi d’Ammisadūqa de Babylone (1646-1626 av. J.-C.), quatrième successeur du grand Hammurabi. Divers détails, nous encouragent cependant à supposer que le texte fut composé près d’un siècle auparavant. Ses caractéristiques rédactionnelles révèlent, en effet, une composition typique de l’époque, laissant peu de probabilités à l’existence d’un antécédent sumérien dont elle serait, du moins, sous cette forme, la traduction.

Ces tablettes ont été découvertes en 1876 à Sippar, en Irak. Les tablettes 1 et 3 se trouvent au British Museum, la tablette 2 à New-York

A cette édition paléobabylonienne, il convient, par ailleurs, de joindre trois autres copies réalisées à la même période. L’une d’entre elle, malgré quelques variantes orthographiques, appartient incontestablement à la même recension que les documents précédents. Les deux autres présentent, en revanche, des différences notables, relevant vraisemblablement d’une autre tradition textuelle.

— MB = Middle Babylonian : Sans lien évident avec la version paléobabylonienne, sont également à signaler deux autres fragments datant de la seconde moitié du IIe millénaire. Le premier, où ne surnage que le récit du Déluge, découvert sur le site de l’antique cité d’Ougarit en Syrie, le second, provenant, quant à lui, du site de Nippur en Iraq.

— Version assyrienne : Enfin, pour achever cet inventaire, il faut encore mentionner quatorze fragments de tablettes d’époque néoassyrienne, provenant tous de la bibliothèque dite d’Assurbanipal à Ninive. Ces documents ne constituent pas un ensemble homogène et peuvent être regroupés en trois familles. La première, comportant neuf fragments, issus d’une tradition très proche de la version paléobabylonienne dont ils se distinguent par quelques variantes dialectales propres à la langue assyrienne ainsi que par certaines amplifications ou simplifications du texte principal ; la seconde, sans grandes relations avec les sources précédentes, représentée seulement par deux bouts de tablette d’origines différentes ; la troisième, enfin, formant ce que nous appelons la recension assyrienne, regroupant trois ensembles de longueur respectable ayant probablement appartenus, à l’origine, à deux tablettes d’une même série. Quelques menus débris seraient encore à mentionner mais ils ne présentent que peu d’intérêt dans le cadre de cette présentation.

Dans l’ensemble, sur la base de cette documentation assez hétéroclite, seuls les deux tiers des quelques 1245 vers qui composaient, à l’origine, la version paléobabylonienne de ce texte, ont pu être restitués à ce jour. Cette version restituée du conte d’Atra-Hasīs se présente comme une composition poétique répondant à des critères esthétiques souvent bien éloignés des nôtres. Si chaque ligne correspond approximativement à ce que nous appelons un vers, la métrique akkadienne est, quant à elle, fondée sur des principes qui n’ont point d’équivalents chez nous. Le premier de ces principes est d’ordre sémantique : chaque vers peut être précisé par la répétition de la même idée sous une forme différente, voire, en lui opposant une expression plus ou moins antithétique. Le deuxième principe relève, quant à lui, de la rythmique et consiste en l’alternance de syllabes en nombre fixe, prononcées avec plus ou moins d’intensité."

 

Dans sa version la plus complète, l'épopée d'Atrahasis est écrite sur trois tablettes en akkadien , la langue de l'ancienne Babylone.

"Œuvre rédigée en langue akkadienne, qui comptait quelque 1 250 vers à l'origine et qui présente un réel effort de réflexion sur la création et sur le destin de l'homme (cf. traduction in R. Labat, Les Religions du Proche-Orient, Paris, 1970). Elle fut rédigée en Babylonie, peut-être au - XVIIe siècle ; mais, malgré le grand nombre de témoins qu'on en possède et dont les plus récents datent du - VIIe siècle, le texte en reste, encore aujourd'hui, lacunaire, d'autant que des remaniements importants sont intervenus entre ces deux dates.

À l'origine, Anu, Enlil et Enki se partageaient le monde ; les autres dieux, en revanche, étaient soumis à un travail harassant. Excédés, ils brûlèrent leurs outils et firent le siège du palais d'Enlil, le maître de la Terre. Pour apaiser les esprits, tous décidèrent de créer l'homme, pour qu'il prenne leur place. Aidée des conseils d'Enki, le dieu sage, une déesse mère le modèle avec de l'argile et du sang d'un dieu mis à mort. Mais l'humanité prospère tellement que son bruit importune Enlil. Par trois fois, celui-ci décide sa destruction, par la peste ou la famine. Par trois fois, Atra-hasis (l'Infiniment Sage), un roi humain, déjoue ses plans, avec la complicité d'Enki, resté favorable à sa création. C'est encore grâce à ce dernier qu'Atra-hasis échappe au déluge qui noie l'univers, avec sa famille et les bêtes qu'il a embarquées. Les dieux, reconnaissant leur erreur, décident alors de laisser renaître une nouvelle humanité.

Les sources écrites de ce poème sont inconnues ; tout au plus remarque-t-on la parenté étroite avec un récit du déluge en sumérien et le déluge de L'Épopée de Gilgamesh, qui s'en est peut-être inspirée. Les éléments qu'il met en œuvre paraissent appartenir plus simplement à une tradition du Proche-Orient, dont on trouve l'écho au début de l'Ancien Testament."

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Les traductions sont celles de :

— Lambert et Millard 1969, en anglais 

— Bottéro et Kramer, en français

— Wolfram von Soden, en allemand

— Forster (B.R) 2005, en anglais.

 

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Tablette British Museum 78941+78943, première tablette d'Atrahasis par le scribe Kasap-aya, vers 1635 av. J.C.

Tablette British Museum 78941+78943, première tablette d'Atrahasis par le scribe Kasap-aya, vers 1635 av. J.C.

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II. LA TROISIÈME TABLETTE / LE RÉCIT DU DÉLUGE.

 

C’est là que commence à proprement parler le récit du Déluge. Appartenant à la troisième tablette de la version paléobabylonienne du scribe Kasap-aya , rédigée sur huit colonnes, elle est enregistrée sous la cote BM 78942+78971+80385 au British Museum.

Atrahasis, averti par le dieu Enki de la décision de détruire l'Humanité par un déluge, a construit une arche et y a fait monter ses gens et un couple de chaque animal. Avant l'heure H, il organise un banquet pour "ses gens" et sa famille :

 

"Lui, (cependant), entrait et sortait, (jamais) il ne s’asseyait, ni ne (prenait le temps pour) s’accroupir, tant son cœur était brisé et son âme pleine d’amertume. (soudain, le temps changea, Adad tonna dans les nues. Lorsqu’il entendit les grondements d’Adad, Il se fit apporter du bitume pour obturer l’écoutille, puis il verrouilla sa porte. (Alors de nouveau) Adad tonna dans les cieux et en un instant le vent fut d’une telle violence  qu’il rompit les amarres et libéra le bateau." (Troisième tablette colonne 2)

Le déchaînement de la tempête se lit sur la colonne 3 :

"[...] la tempête [...] attelés [Anzû de] ses griffes déchirait les cieux [de ] ses [se]rres. [...] le pays. Soudain interrompant la rumeur comme on brise un pot, [...] le Déluge survint, et sa fureur, [dévastatrice comme la guerre], s’abattit sur les hommes. Les uns perdaient de vue les autres, l’on ne reconnaissait personne dans cette catastrophe.

Le Déluge mugissait pareil à un taureau,

le vent [hurlait] comme le cri de l’aigle,

et les ténèbres se firent profondes (lorsque le) soleil disparut.

[les gens ( ?) mourraient ( ?)] comme des mouches .

[...] du Déluge [...] [...] [...] le fracas du Déluge épouvantait ( ?) les dieux (eux-mêmes). "

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Le récit décrit ensuite l'indignation du dieu Enki , de la déesse-mère Nintu  et de la sage-femme  Mami face à la destruction des humains qu'ils ont créés :

 

 "Enki était effaré, voyant ses fils emportés sous ses yeux. Les lèvres de Nintu la Grande-Dame trahissaient son angoisse,  tandis que les Annunakū, les grands dieux étaient là, accablés par la soif et la faim. Lorsqu’elle vit cela la déesse pleura. Alors la sage-femme des dieux, l’experte Mami, (s’écria) : « puisse ce jour connaître (enfin) un soir  et soit englouti par les ténèbres. Au sein de l’assemblée des dieux comment ai-je pu (en accord) avec eux, ordonner une telle destruction ? Enlil n’est-il, pas las de ses ordres inconséquents,  pareil à cette Tiruru, (Chacun de ses) arrêts sont porteurs de malheurs. Et (maintenant) pour avoir accepté (cet ordre), ma blessure est d’avoir entendu leurs cris.

Impuissante, (j’ai laissé massacrer) comme une (simple) mouche,  ma progéniture. Quant à moi, pareille à l’habitante d’une maison en deuil, j’étouffe mes pleurs. Puisais-je (désormais) monter au ciel, ores, il m’est impossible de vivre en cette maison funeste.  Où s’en est donc allé Anu (nôtre) chef, aux ordres duquel les enfants divins obéissaient ? Lui qui sans réfléchir provoqua le Déluge et fut à l’origine de la destruction de l’humanité."  (Troisième tablette colonne 3)

 

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Nous constatons que l'auteur fait appel à de nombreuses métaphores animales que j'ai placé en caractères gras. D'une part, les expressions  "de ses serres", "pareil à un taureau", "comme le cri de l'aigle" témoignent de la puissance des Dieux mésopotamiens, assimilés aux animaux nobles comme l'Aigle et le Taureau. À l'opposé, les humains sont assimilés à  des insectes, et plus particulièrement  à des Mouches.

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III. LA COLONNE 4 DE LA TROISIÈME TABLETTE : LES LIGNES 6-9. 

" kima kulili im-la-a-nim näram

(ou, précédé du vers précédent) '"enuma elisch abumaan ulda gallata tiamata kima kulili imlaanin na- raam" .

Attention, je m'aventure sans aucune connaissance sur la toile, où je tente d'obtenir réponse à mes questions. Je copie ces phrases sans les comprendre, bien-sûr. Je reconnais néanmoins le nom kulili, proche du kulili de l'Épopée de Gilgamesh tablette X ligne 22 [ku-li-li i[q]-qé-lép-pa-a ina nari / So that dragonflies drift on the river, et traduit soit par "dragonfly", soit par "Éphémère". Ou la proximité des noms relevés dans l'Harra=Hubullu et traduits par Libelle ("libellule") par Landsberger. 

C'est la ligne 6 de cette colonne 3 qui concerne (ou concernerait ) les libellules. Tout dépend de la traduction. Les auteurs anglais comprennent "dragonfly", "libellules", là où les français entendent "moucherons". Cette ligne doit être comprise dans le contexte des lignes 7-9 qui suivent.

1°) Les traductions anglo-saxonnes.

— Lambert et Millard :

"covered the canal like dragonflies"

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— Tigay :

"Like dragonflies they [dead bodies] have filled the river. Like a raft they have moved in to the edge [of the boat]. Like a raft they have moved in to the riverbank." [«Comme les libellules, elles [les cadavres] ont rempli la rivière, comme un radeau qu'elles ont déplacé vers le bord [du bateau] Comme un radeau, ils se sont installés sur la berge.]

 Tigay a attaché une importance particulière à ces lignes, car pour lui, elles présentent le déluge comme le raz-de-marée d'une rivière mais non comme un Déluge de toute la Terre. Au contraire, il constate que, dans l'Épopée de Gilgamesh, elle est transformée en "Like the spawn of fishes, they fill the sea"  "Comme le frai des poissons, ils remplissent la mer."  Tigay soutient que nous pouvons voir ici le travail du mythe en cours ici, changeant une inondation locale de fleuve dans un déluge d'océan. La plupart des autres auteurs interprètent le déluge d'Atrahasis comme universel. AR George, et Lambert et Millard montrent clairement que l'intention des dieux dans Atrahasis est «d'éliminer l'humanité».  Le déluge détruit "toute la terre". L'utilisation d'une métaphore comparable dans l'épopée de Gilgamesh suggère que la référence aux "libellules [remplissant] la rivière" est simplement une image évocatrice de la mort plutôt qu'une description littérale du déluge  Cependant, l'inondation locale dans le récit d' Atrahasis pourrait accomplir la destruction de tous "l'humanité" et "toute la terre" si la portée de "l'humanité" est limitée à toutes les personnes vivant sur "toute la terre" des plaines inondables dans la vallée inférieure de fleuve connue par l'auteur d'Atrahasis. (d'après l'article Wikipédia en)

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— Benjamin R. Forster :

Nintu was wailing [

". .. gave birth to (?) .. .*

"As dragonflies a watercourse, they have filled the sea.*

"Like rafts they lie against the e[dg]e,

"Like rafts capsized they lie against the bank.

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Stephanie Dalley :  

 

   (3 lines missing at beginning of column)

"Nintu was wailing [

'Would a true father (?) have given birth to the [rolling (?)] sea

(So that) they could clog the river like dragonflies ?

They are washed up (?) like a raft on [a bank (?)], They are washed up like a raft on a bank in open country!

I have seen, and wept over them!

Shall I (ever) finish weeping for them?'

She wept, she gave vent to her feelings,

Nintu wept and fuelled her passions.

The gods wept with her for the country.

She was sated with grief, she longed for beer (in vain).

Where she sat weeping, (there the great gods) sat too,

But, like sheep, could only fill their windpipes (with bleating).

Thirsty as they were, their lips

Discharged only the rime of famine.

For seven days and seven nights

The torrent, storm and flood came on."

— Carlos Betoret (cf en Annexe son article en entier) :

They have filled up the river as a cloud of dragonflies
As a raft they have arrived to the limit as a raft, they have arrived to the edge
I have seen it and I have cried by their cause;  I have finished my deploration by them.

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2°) Les traductions françaises.

 

 

— Remo Lugnaioni :

 

"Ainsi se lamentait (encore) Nintu :

5. « Quoi ? Ont-ils donné naissance à ce raz-de-marée

pour que tels des moucherons, les hommes emplissent les rivières ?

Pareils à des morceaux de bois ils s’échouent sur les berges,

pareils à des épaves, ils couvrent les plages.

10. Lorsque je les vis (ainsi) les larmes me coulèrent

jusqu’à ce que pour eux, se tarissent mes pleurs.

Ainsi se lamenta-t-elle jusqu’à ce que son cœur fut apaisé.

Ainsi Nintu gémissait et manifestait sa douleur."

 

— Bottéro / Kramer

Qui a produit ce Déluge ? Les hommes remplissent la mer comme les mouches la rivière ! Tels des morceaux de bois, les voici entassés sur la plage ! En les voyant je verse des larmes, je ne finis pas de me lamenter sur eux !”, 

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Nous voyons donc, comme déjà pour  l'Epopée de Gilgamesh, des divergences de traduction entre auteurs anglais et français concernant le nom akkadien kulili ou kulilu, traduit systématiquement par "dragonfly" c'est à dire "libellule" en anglais alors que les français traduisent par "mouche" ou "moucheron". 

Il faut reconnaître que les Odonates ne "remplissent " pas les rivières. Et que, par rapport au contexte où à deux reprises les hommes étaient assimilés à des mouches par opposition aux dieux comparés à des taureaux ou des aigles, il est plus logique que cette métaphore des mouches, insectes méprisables, a plus de sens que s'il s'agit de libellules.

Une fois de plus, nous ne pouvons pas affirmer avec certitude que les Odonates ont été mentionnés dans les anciens textes mythologiques de l'époque amorrite, et qu'ils ont inspiré des images poétiques aux auteurs les plus anciens de l'Humanité.

 

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Note.

J'ai tenté de trouver comment s'écrit ce fameux  kulili en caractères cunéiformes. Je n'ai trouvé que ce qui suit, qui concerne les noms d'oiseaux  avec le commentaire kulilu (var. kulili), is expressed by the groups an exceedingly difficult word. Society of Biblical Archæology (London, England) - 1885 -

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Zoonymie des Odonates : l'épopée de Atra-Hasis.

 

 

 

 

 

 

 


ANNEXE : Two Odonata Citations in Ancient Mesopotamian Literature by Dr. Carlos Betoret, Bonet
Valencia, SPAIN

https://www.insects.orkin.com/ced/issue-1/ancient-mesopotamian-literature/

The greek word “Mesopotamia” (land between the rivers) names the territory between the Euphrates and Tigris River. Actually the Republic of Iraq and the eastern part of the Republic of Syria bore the site of the oldest historical civilization of Sumeria. Forming a foundation for the Babylonian and Assyrian civilizations, this area was occupied from approximately 3500 to 500 B.C. Mesopotamian civilizations are well known for their wonderful masterpieces of art; many of which can be seen in famous museums like the Louvre, the British Museum, and the Iraq Museum. Perhaps less well known is the extraordinary literary production of these people preserved on thousands of clay tablets discovered in archeological ruins including Uruk, Babylon, and Nineveh. Within this literature, citations of odonates (dragonflies) can be found in the Poem of Gilgamesh and the Poem of Atrahasis.

ancient mesopotamian tablet

The Poem of Gilgamesh is a summary of five older Sumerian poems compiled by Babylonian and Assyrian clerks. The Sumerian poems were named Gilgamesh and Agga of Kish, The Death of Gilgamesh, Gilgamesh and the land of the living ones, Gilgamesh and the celestial bull, and Gilgamesh Enkidu and the hell. This summary also includes a Babylonian version of an older Sumerian universal flood poem. The Poem of Gilgamesh tells of the hero Gilgamesh, ruling the Sumerian city of Uruk in the 28th century B.C. The poem describes Gilgamesh and the hero Enkidu befriending and traveling to the wood of the cedars, where they kill the monster Humbaba. Ishtar, the goddess of the love, takes vengeance by killing Enkidu, and Gilgamesh, in fear of death, travels in search of the immortality. Finding the sole survivor of the great food, Utnapishtim explains how to get immortality by eating a plant from the bottom of the sea. Gilgamesh fails when a snake eats the plant of immortality and the hero returns to the city of Uruk. The citation the Odonata is contained within the speech of Utnapishtim, when he explains to Gilgamesh how it is impossible to be immortal:

Do we build for ever our houses,
and forever do we steal of properties?
Perhaps the brothers do divide their part for ever.
Perhaps the hate does divide for ever
Perhaps does the river always grow and make inundations.
Does the dragonfly leave its skin?
And its face can only see the face of the sun?

In the original text of the Assyro-Babylonian language is written “ku- li- li- ki- lip- pa.” Modern specialists believe that this means skin of the dragonfly nymph, when it leaves its pupal case to become a flying adult insect.

The incomplete poem of Atrahasis is also a summary of ancient Sumerian poems made by the Assyrians and the Babylonians. The poems portray legends, gods, the origin of mankind, the flood, and other matters. The poem describes the gods fighting between themselves as they build the world, create men, and latter send a flood to destroy mankind. The poem tells of the hero Atrahasis struggling to save the men from destruction. The citation of the Odonata is in a speech by the Mother Goddess Nintu, deploring the sending of the flood. What? Do they give origin to the brave sea?

They have filled up the river as a cloud of dragonflies
As a raft they have arrived to the limit as a raft, they have arrived to the edge
I have seen it and I have cried by their cause;  I have finished my deploration by them.

Perhaps this part of the poem draws similarity between the river filling up with bodies and swarms of dragonflies, flying in the sky.

Both of these citations of ancient Mesopotamian literature, clearly shows that these people, regardless of their scientific awareness, were touched enough by the wonders of insects, including dragonflies, to reference them within the literature of their time."

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SOURCES ET LIENS.

—Le mythe du déluge c) les akkadiens.

http://mapetiteencyclopedie.skynetblogs.be/archive/2014/08/13/theme-1-le-mythe-du-deluge-c-les-akkadiens-8256763.html

— MUGNAIONI (Remo ), Université de Provence et IREMAM, Le Conte d’Atra-Hasīs et le mythe de la création des hommes en Mésopotamie

 

http://agap.mmsh.univ-aix.fr/04vie/doc/bulletin/2009/7.remo_mugnaioni.pdf

— BOTTÉRO (Jean ), KRAMER (Samuel Noah) 1989 Lorsque les dieux faisaient l'homme . Mythologie mésopotamienne. Avec une carte. Collection Bibliothèque des Histoires, Gallimard. Parution : 13-04-1989. pages 527-564.

— DALLEY (Stephanie), Myth from Mesopotamia

http://geha.paginas.ufsc.br/files/2017/04/Atrahasis.pdf

— FORSTER (Benjamin.R) 2005, Before the Muses. An anthology of akkadian literature; Bethesda, Maryland. 3ème édition.

https://docs.google.com/viewer?a=v&pid=sites&srcid=c3RmcmFuY2lzc2Nob29sLm9yZ3xiYWJ5bG9ufGd4OjI0YjE4YjlhYWRjOWE0YTg

— KVANVIG (Helge ) 2011,  Primeval History: Babylonian, Biblical, and Enochic: An Intertextual Reading BRILL,  - 610 pages page 27

https://books.google.fr/books?id=e1hnJYbShWMC&dq=W.G.+LAMBERT+MILLIARD+(A.R)+Atra-h%C3%A2sis,+.&hl=fr&source=gbs_navlinks_s

—LECLERCQ-NEVEU, 2006, La mythologie mésopotamienne et les récits du Déluge

http://www.normalesup.org/~pcuvelier/wwwmythes/Exposemythologiemesopotamienne.pdf

— LAMBERT (W. G.) MILLARD (A.R), 1969,  Atra- hasîs. The Babylonian Story of the Flood. With The Sumerian Flood Story, by M. Civil. Clarendon Press, Oxford, 1969. xn + 198 pages et 11 planches in-4°.

http://www.persee.fr/docAsPDF/syria_0039-7946_1971_num_48_1_8528_t1_0224_0000_3.pdf

— SMITH George, 1876 : The Chaldean Account of Genesis, New-York 

https://archive.org/stream/chaldeanaccounto00smit#page/n9/mode/2up

— SODEN (Wolfram von), 1990,  : Der altbabylonische Atramḫasis-Mythos In: Otto Kaiser u.a.: TUAT, Band III – Weisheitstexte, Mythen, Epen: 3.1 Weisheitstexte . Gütersloher Verlaghaus Mohn, Gütersloh 1990,

— Texte intégral en traduction anglaise:

http://www.noahs-ark.tv/noahs-ark-flood-creation-stories-myths-epic-of-atra-hasis-old-babylonian-akkadian-cuneiform-flood-creation-tablet-1635bc.htm#three

 

 

Pritchard James B.  Ancient Near Eastern Texts – Relating to the Old Testament

 

 

KRAMER (Samuel Noah) Kramer: Reflections on the Mesopotamian Flood 

www.penn.museum/sites/expedition/reflections-on-the-mesopotamian-flood/ 

Stephanie Dalley: Myths from Mesopotamia: Creation, the Flood, Gilgamesh, and Others.  (Atrahasis extract available at:www.gatewaystobabylon.com/myths/texts/enki/atraha1.htm )

www.bibliotecapleyades.net/serpents_dragons/boulay03e_a.htm

John A. Halloran: Sumerian Lexicon (Online version available at:www.sumerian.org/sumerlex.htm )

 

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Published by jean-yves cordier - dans Zoonymie des Odonates
1 mars 2018 4 01 /03 /mars /2018 21:07

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I. GÉNÉRALITÉS : HAR.RA=HUBULLU.

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Le lexique bilingue zoologique le plus important des périodes Sumériennes (2900-2334 B.C.) et Akkadienne (2334-2154 B.C.) se trouve dans une série de 24 tablettes  d'argile rédigées en écriture cunéiforme nommée Har.ra=Hubullu du nom de son incipit « prêt à intérêt », parce que la première ligne de son premier chapitre présente des termes juridiques et commerciaux. Le premier spécimen de cette série a été découvert à Ninive dans la Bibliothèque Royale  d'Assurbanipal  (668-627 B.C.) en Mésopotamie.

 

C'est, parmi les Listes lexicales, la liste de mots la plus importante thématiquement arrangée, environ 3300 lignes et comprenant six sous-listes thématiques et 9.700 entrées.

La tablette IV traite des véhicules navals, la V des véhicules terrestres, la XVI (un exemplaire est conservée au Louvre, photo infra) des pierres, la XVII des plantes et la XXII donne le nom des étoiles.

Les tablettes XIII à XV donnent le dénombrement systématique des noms d'animaux domestiques, d'animaux terrestres et d'oiseaux (y compris les chauves-souris).

La tablette XIV de cette série contient les noms de 396 à 410 (selon les auteurs) animaux terrestres. Elle est d'un grand intérêt entomologique alors que la table XIII comprend plutôt des animaux domestiques, et la tablette XV concerne les oiseaux.

 

La majeure partie de la collection a été compilée dans la période Paléo-babylonienne, ou Période Amorrite selon D. Charpin  (début du IIe millénaire av. J.-C entre 2000 et 1595), à partir de de la compilation d'anciens livres liturgiques et d'autres ouvrages Sumériens précédant le troisième millénaire. Comme d'autres glossaires canoniques, l'Harra = hubullu était souvent utilisé pour la pratique des scribes pour servir de base pour l'apprentissage du sumérien, désormais langue morte mal comprise par les akkadophones, ce qui nécessite la rédaction de listes bilingues, expliquant le sens des logogrammes sumériens.

Bien qu'ancienne dans ses origines, cette compilation a du être réalisée à une date assez tardive, car plusieurs noms Sumériens sont interprétés de manière erronée. La séquence des chapitres et des noms suit probablement une certaine tradition, mis à part celle qui est entrainée par les préfixes dénominatifs Sumériens.

 

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Musée du Louvre : 16e tablette ( sur les pierres et objets en pierre) de  l'Harra = hubullu, Lexique sumérien-akkadien, en 24 tablettes sur les pierres et les objets en pierre. Argile, milieu 1er millénaire avant JC (copie d'un original plus ancien). Provenance : Warka, l'ancien Uruk.

Musée du Louvre : 16e tablette ( sur les pierres et objets en pierre) de l'Harra = hubullu, Lexique sumérien-akkadien, en 24 tablettes sur les pierres et les objets en pierre. Argile, milieu 1er millénaire avant JC (copie d'un original plus ancien). Provenance : Warka, l'ancien Uruk.

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II. L'ENTOMOLOGIE ET L'HARRA=HUBULLU.

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La 14ème tablette de l'har.ra=hubullu vise à inclure tous les noms des mammifères sauvages terrestres. La plupart des animaux domestiques sont cités dans la 13ème tablette. Les oiseaux (y compris les chauves-souris) et les poissons (incluant probablement d'autres créatures des eaux douces ou salées) sont énumérées ensuite.

Elle contient 179 noms de Mammifères, 75 noms de reptiles et Amphibiens. (F.S. Bodenheimer), 32 noms d'invertébrés .

La liste de la tablette XIV donne aussi   111 noms d'insectes, répartis en 12 Coléoptères,  25 Orthoptères, 33 "pest" (Vermines des humains, des greniers et des produits agricoles), 8 Lépidoptères, 31 Diptères et  Hyménoptères , 4 Odonates et 8 Fourmis. Les noms de chaque insecte sont inscrits en Sumérien dans une colonne et en Akkadien dans l'autre. Les Sumériens font appel à un préfixe dénominatif que n'emploient pas les Akkadiens : buru pour la plupart des Orthoptères, mul pour les Mollusques, girish pour les Lépidoptères, za + ush pour les larves et chenilles, num pour les Diptères et Hyménoptères, et kuli pour les odonates.

Comme le remarque Landsberger 1934, l'identification de la plupart des insectes est très difficile. Par exemple, de nombreux insectes sont indiqués sous le nom de buru (Sumérien) ou e-ribu (Akkadien) pour les criquets (et/ou locustes). Tandis qu'en Sumérien buru est employé comme préfixe pour d'autres insectes comme les libellules, les criquets et les mantes, en Akkadien le nom apparaît comme spécifique. Notamment, dans cette langue, les criquets sont identifiés par deux noms différents. Pourtant, bien que pour une étude de la faune de la Mésopotamie ancienne le terme Akkadien soit en général le plus intéressant, l'étude des deux langages s'impose. En utilisant ces deux langues, on estime le nombre d'espèces d'insectes à une centaine. La mention des insectes utilisés en médecine, d'ailleurs, peut donner quelques indices ; ainsi le « zizanu » n°235, 236 

« Le criquet [ou la locuste] des champs a des pattes sauteuses (ou éventuellement des antennes) particulièrement plus longues que le criquet [ou la locuste] des forêts, et son cou est [plus] long. » Cela évoque à Bodenheimer un Tettigonidé.

Suivant l'étude de Langsberger 1934, les Sumériens [et Akkadiens] connaissaient les larves et les chenilles ainsi que leurs stades de développement.

L'étude critique de l'ensemble des tablettes a été menée par l'assyriologue germanophone Benno Landsberger, et son étude de la tablette XIV a été publiée à Leipzig en 1934. 

B. Landsberger, Die Fauna des alten Mesopotamien nach der 14. Tafel der Serie Har-ra hubullu (Leipzig: S. Hirzel, 1934).

La partie zoologique a été détaillée par F. Simon. Bodenheimer en 1972 dans Animal and Man in Bible Lands: Supplement :

"Les principes taxonomiques étaient plutôt simplistes et ressemblent à ceux utilisés par Pline. Ils sont beaucoup moins élaborés que ceux de la taxonomie de la Grèce ancienne, tels que présentés par Aristote. Les conceptions taxonomiques des Sumériens, tels qu'ils sont exposés ici, furent longtemps en suage en Moyen-Orient. La zoologie du Talmud est entièrement basée sur eux. Et selon une rapide analyse des auteurs médiévaux Arabes, il apparaît 'ils semblent encore accepter d'une manière générale la base de ces dispositions taxonomiques. Il est néanmoins possible que les connaissances des anciens Sumériens, des Babyloniens et des Assyriens étaient bien supérieures à l'impression donnée par l'analyse de cette simple liste de noms."

 

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III. LES ODONATES DANS LA TABLETTE XIV.

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Les libellules, "Libelle" dans la publication de Landsberger, sont mentionnées pour la Tablette XIV pour 3 termes sumériens, les n° 234, 347 et 348.

1°) n°234 page 19 Buru5.id.da (Sumérien) -->Ku-li-lum

Libelle.

 

Notez le suffixe buru- du nom Sumérien, utilisé pour les Mantes ,les Criquets et les Libellules.

 Pour Peter Landolt et  ‎Michel Sartori (Ephemeroptera & Plecoptera : biology, ecology, systematics - 1997 - 

"Landsberger's (1931) translation of the Akkadian name Ku-li-lum as a dragonfly seems to be obviously a mistake. Although some large dragonfly species correspond to locusts in body size, their body and wing colouration is quite different. Although some types of intraspecific associations have been described, they have never been observed in mass emergence or mating activity. Dragonflies mate individually and thanks to their extreme mobility in flight they easily escape our attention"

Bodenheimer note p.114 :

 No. 233a, 234 "river locust" (S) has, as Assyrian equivalent, "river locust" in the former, dragonfly  in the second case. The former may refer to the larvae of Odonata or to fresh water shrimps. Possibly they refer to the large Ephemerid Palingenia euphratica Mos.

Trad :"233a, 234 "buru5.id,   locuste de rivière"  en Sumérien a un équivalent Assyrien qui est "erib-na-a-ri, locuste de rivière" pour 233a, et ku-li-lum "Libellule" pour 234. Le premier pourrait correspondre aux larves d'Odonates ou de crevettes. Elles peuvent se référer aux grandes Éphémères Palingenia euphratica Mos., qui, en raison des énormes troupes qu'elles forment lorsqu'elles émergent sur le fleuve aurait bien pu  être insérer dans ce groupe ."

 

2°) n° 347 ku.li.la.an.na (Sumérien) -->ku-li-li-ti (Akkadien) [C: ku-li-li-tum. D : ki-li-li-u

Braut (Freunlich) des Himmels "Jeune épouse (Aimée) du ciel".Bräutchen (Libelle).

 Pelio Fronzaroli (Etymologies) remarque ceci : "De la même manière que d'autres noms d'insectes sont dérivés avec le suffixe d'appartenance -ī-, dans la forme au féminin -īt- comme ≠abubītu "abeille", "l'insecte qui bourdonne", de *≠bb "murmurer", la libellule kulilītu est une re-détermination à partir de kulīlu "libellule", "la petite épouse", diminutif de kallatu d Šamaš."

 

3°) n° 348. é.gi4.a. dUD (Sumérien) -->kal-lat ilSamas

Braut der Sonne "jeune épouse du Soleil" (Libelle)

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"1. kulilitu, « Bräutchen ». 2. kallat Samas, «Sonnenbraut » knüpft schon an die altsumerische Bezeichnung kuli.anna (SL 536,102 = kuliltu), « Genossin des Himmels » an, wobei der Namensgleichklang mit akk. Kuliltu oder kulilitu (Deminutiv zu kallatu) entscheidend ist.

Das Z.347 gegebene Ideogramm ist eine unter akkadischem Einfluss erflogte Abänderung des altsumerischen. Vgl. Auch Med. Komm v5 und variante D zu Zeile 347 killilû .

Als « flussheuschrecke » schon Z.234 in der form kulilu aufgeführt, vgl. Damit das Ideogramm von Z. 350 (auch K 4229 Rs.6 in RA 17,141).

Als mythische Gestalt s.§ 24b unter den Trophäen des Ningirsu.

Kulili wird durch üÜberschwemmungen ins Land gebracht : Gilgamesh Tafel X . Kol. VI 30 ; Virolleaud, Samas XIV 14 ; Istar II 51 ; (vgl Virolleaux , Babyl. 3, 207 Anm.4) ; Thompson Reports 243,3 ; CT 39, 19, 110-119 (dazu Nötscher, Orient. 51-54, 144) ; « Lippe eines kulilu » CT 28,14,3 ; Kommentar dazu « rechts und links sind [die Lippen] lang ». Als Pflanze : SAI 8022. Die Göttin Kilili hat kaum tewas mit der Libelle zu tun, vgl. Zimmern OLZ 1928, 2 ; issur kilili (CT 40, 49, 39) wohl = kililu (Vogel) (CT 14,7,8, mit ku-li-li erklärt)."

Trad : 

"1. kulilitu," petite épouse" 2. Kallat Samas," épouse du soleil " sont construits déjà sur le nom en Sumérien ancien de  kuli.anna (SL = 536,102 kuliltu)," amie du ciel",   à l'unisson de nom avec STH. Kuliltu ou kulilitu ( Diminutif de kallatu).

L'idéogramme donné en n°.347 est une altération de l'ancien-sumérien sous l'influence akkadienne. Voir aussi Med.  v5 [page 44] et la variante D à la ligne 347 killilû.

Comme "locuste ou sauterelle de rivière", la forme kulilu a été  listée déjà sous le n°.234 , cf. Ainsi l'idéogramme de n°. 350 (aussi K 4229 Rs.6 dans RA 17,141).

En tant que figure mythique voir § 24b  les trophées de Ningirsu.

Kulili est introduit dans le pays par les inondations: Gilgamesh Tablette X Col. VI 30; Virolleaud, Sam. XIV 14; Istar II 51; (cf Virolleaux , Babyl 3, 207 note 4); Thompson Reports 243.3; CT 39, 19, 110-119 (voir Nötscher, Orient 51-54, 144); «Lèvre d'un kulilu» CT 28,14,3; Kommentar à «droite et à gauche sont [les lèvres] longues».

En tant que plante: SAI 8022.

La déesse Kilili n'a presque rien à voir avec la libellule, cf. Zimmern OLZ 1928, 2; issur kilili (CT 40, 49, 39) bien = kililu (oiseau) (CT 14,7,8, avec ku-li-li expliqué). "

 

 

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Landsberger B. 1934. — Die Fauna des alten Mesopotamien nach der 14. Tafel der Serie Ḫar-ra = ḫubullu.

Landsberger B. 1934. — Die Fauna des alten Mesopotamien nach der 14. Tafel der Serie Ḫar-ra = ḫubullu.

Landsberger B. 1934. — Die Fauna des alten Mesopotamien nach der 14. Tafel der Serie Ḫar-ra = ḫubullu.

Landsberger B. 1934. — Die Fauna des alten Mesopotamien nach der 14. Tafel der Serie Ḫar-ra = ḫubullu.

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COMMENTAIRE.

Déterminer, fut-ce au niveau de la Famille ou de l'Ordre, l' insecte désigné par le seul mot écrit, à partir de tablettes cunéiformes du début du deuxième millénaire avant notre ère, comportant des termes Sumériens en vigueur au troisième millénaire, relève sans-doute de la gageure, tant que ce mot n'est pas associé à une illustration. L'Entomologiste soucieux de retrouver les traces les plus précoces des descriptions humaines de Libellules devra conserver une certaine réserve, mais il ne peut faire mieux que de se fier aux conclusions des  meilleurs spécialistes de l'étude de ces tablettes. 

L'Har.ra=hubullu  possède une valeur patrimoniale capitale dans l'étude du vocabulaire entomologique ancien. Nous considérerons donc que ku-li-lum, ku-li-li-ti, ku-li-li-tum ou Kallat Samas sont les noms données aux Odonates par les Akkadiens sur les rives du Tigre et de l'Euphrate entre 2000 et 1600 avant J.C. Avec leurs variantes kulilu,  kulliltu, killilu.   Précédés par le charmant ku.li.la.an.na sumérien "Ami du paradis".

Sur un plan purement poétique, il me plait de retrouver dans ces allitérations en -l une résonance, un écho rétrospectif du Libellula créé par Linné en 1758. Ou li.be.llu.la si vous voulez.

De même, il me plait de retrouver dans les "traductions" de ces noms Sumériens, telles que  Jeune épousée du Ciel, Jeune épousée du Soleil et Amie du Paradis la même pensée allégorique ou analogique humaine qui, de tout temps, voit dans ces insectes agitant gracieusement leur quatre ailes ou faisant miroiter les éclats de bronze de leurs corps des "Demoiselles". La même pensée qui leur donnera le nom de Fiancée (Lestes sponsa), de Jouvencelle (Coenagrion  puella) , de Nymphes (Pyrrhosoma nymphula), de Naïades (Erythromma najas)  de Vierges (Calopteryx virgo), et d'Élégantes (Ischnura elegans). 

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SOURCES ET LIENS.

— ABIVARDI (Cyrus) 2001  Iranian Entomology - An Introduction: Volume 1: Faunal Studies. Volume 2: Applied Entomology Springer Science & Business Media, 3 juil. 2001 - 1033 pages.

— BODENHEIMER, ( Friedrich Simon ) 1972,  Animal and Man in Bible Lands: Supplement. Brill Archive, 1972 - 232 pages 

— FOSSEY (Charles), 1901, Syllabaire cunéiforme, Paris, E. Welter ed. https://archive.org/details/syllabairecunif00fossgoog

— CIVIL (Miguel), 1973, THE ASSYRIAN DICTIONARY of the Oriental Institute of the University of Chicago

http://www.bulgari-istoria-2010.com/Rechnici/Assyrian%20dictyionary_9.pdf

 Fronzaroli (Pelio), Etymologies 

http://www.aulaorientalis.org/AuOr%20escaneado/AuOr%2023-2005/AuOr%2023%20PDF/5-Fronzaroli-def.pdf

— LANDOLT Peter et  ‎Michel Sartori (Ephemeroptera & Plecoptera : biology, ecology, systematics - 1997

-—Landsberger B. 1934. — Die Fauna des alten Mesopotamien nach der 14. Tafel der Serie Ḫar-ra = ḫubullu. Abhandlungen der philologisch-historischen Klasse der Sächsischen Akademie der Wissenschaften 42 (6), 144 p.

 

http://digital.slub-dresden.de/werkansicht/dlf/7517/14/

http://digital.slub-dresden.de/fileadmin/data/302433244/302433244_tif/jpegs/302433244.pdf

— Landsberger B. 1960. — The fauna of ancient Mesopotamia, first part, tablet XIII. Materialien Zum Sumerischen Lexicon VIII (1), 103 p.

— Landsberger B. 1962. — The fauna of ancient Mesopotamia, second part, HAR-ra = Hubullu tablets XIV and XVIII. Materialien Zum Sumerischen Lexicon VIII (2), 180 p

 — LANDSBERGER (Benno) (1957). The Series HAR-ra = hubullu. Tablets I-IV (MSL V). Pontificium Institutum Biblicum.

 — LANDSBERGER (Benno)(1958). The Series HAR-ra = hubullu. Tablets V-VII (MSL VI). Pontificium Institutum Biblicum.

 — LANDSBERGER (Benno), 1959. The Series HAR-ra = hubullu. Tablets VIII-XII (MSL VII). Pontificium Institutum Biblicum.

 — LANDSBERGER Benno ; Anne Draffkorn Kilmer; Edmund I. Gordon (1960). The Fauna of Ancient Mesopotamia. First Part: Tablet XIII (MSL VIII/1). Pontificium Institutum Biblicum.

 — LANDSBERGER (Benno), Anne Draffkorn Kilmer (1962). The Fauna of Ancient Mesopotamia. Second Part: HAR-ra = hubullu. Tablets XIV and XVIII (MSL VIII/2). Pontificium Institutum Biblicum.

 — LANDSBERGER (Benno), M. Civil (1967). The Series HAR-ra = hubullu. Tablet XV and Related Texts. Ugu-mu. List of Diseases. With Additions and Corrections to MSL II, III, V, and VII (MSL IX). Pontificium Institutum Biblicum.

 — LANDSBERGER (Benno); E. Reiner; M. Civil (1970). The Series HAR-ra = hubullu. Tablets XVI, XVII, XIX and Related Texts (MSL X). Pontificium Institutum Biblicum.

— 

Brigitte Lion, Cecile Michel. Criquets et autres insectes à Mari. J.-M. Durand et J.-C. Margueron. Mari Annales de Recherches Interndisciplinaires, ERC ADPF, pp.707-724, 1997, MARI 8. https://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-00821266/document

— REINER (E.) , M. Civil (1974). The Series HAR-ra = hubullu. Tablets XX-XXIV. Miscellaneous Geographical Lists (MSL XI). Pontificium Institutum Biblicum.

— LISTES LEXICALES.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Listes_lexicales

— LISTES DE NOMS D'ANIMAUX EN AKKADIEN.

http://oracc.museum.upenn.edu/dcclt/ebla/corpus

 Forme écrite :gu₂-li-lu-um. Forme normalisée ::kulīlum (gu₂-li-lu-um). : dragonfly

— Corpus numérique cunéiforme

http://oracc.museum.upenn.edu/dcclt/lexicalliststypology/index.html

http://oracc.museum.upenn.edu/dcclt/ebla/corpus

 

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Published by jean-yves cordier - dans Zoonymie des Odonates
28 février 2018 3 28 /02 /février /2018 08:50

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Si, depuis la thèse de Sophie Duhem en 1997, l'intérêt pour les sablières des charpentes sculptées des églises et chapelles bretonnes a connu un développement exponentiel, les abouts de poinçon, plus inaccessibles au regard car placés à plus de 15 mètres du sol, demeurent largement méconnus et n'ont bénéficié le plus souvent ni d'inventaire, ni d'étude iconographique réglée, ni de publication ou travail universitaire. Seul, le soin mis à les remplacer, à les repeindre et à les remettre en état lors des restaurations des charpentes par les Monuments historiques témoigne de leur importance.

Pourtant, elles sont réalisées lors du couvrement des édifices en même temps que les sablières, par les mêmes sculpteurs, et surtout dans le même esprit. Elles possèdent la même valeur patrimoniale. Il est possible d'affirmer que l'ensemble sablières + blochets + entraits + abouts de poinçon forment un ensemble coordonné qui devrait, dans l'idéal, être étudié comme un tout stylistique et iconographique. 

Une charpente moyenne comporte, au croisement des nervures et de la ligne médiane, une trentaine d'abouts de poinçon, tous sculptés. Tous ne suscitent pas le même  intérêt, car nous délaissons les motifs végétaux à feuilles d'acanthe et autres feuillages pour privilégier les motifs plus animés. Leur séquence débute souvent au dessus du chœur par des anges porteurs des blasons des prééminenciers, des anges tenant la Sainte Face ou les Instruments de la Passion,  ou des anges musiciens. Dans la nef, les motifs populaires, les acrobates aux postures parfois obscènes, les danseurs ou les animaux fantastiques trouvent leur place.

Lors de ma visite de l'église de Grâces, après avoir fait le tour des sablières, je n'ai eu ni le temps, ni la qualité d'éclairage, ni l'équipement photographique nécessaire pour réaliser l'inventaire et l'étude de ces singulières pièces sculptées, mais j'ai retrouvé l'acrobate montrant ses fesses, qui figurait plus bas sur un blochet. La continuité entre sablières et poinçons était manifeste, mais les particularités de ces derniers devait être soulignée. Parmi le lot de nombreuses photos floues, j'ai conservé celles qui, néanmoins, pouvait être susceptible d'encourager l'intérêt des paroissiens et visiteurs.

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LA SIGNATURE AU CENTRE DE L'ENTRAIT.

Les deux faces est et ouest de l'entrait maître de l'église portent, en son milieu, un cartouche où sont sculptés en réserve un mot en lettres gothiques.

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Entrait et voûte lambrissée de la nef de l'église de Grâces. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

Entrait et voûte lambrissée de la nef de l'église de Grâces. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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  Du coté ouest,

je lis:

ANEG-R .

Je n'ai pas trouvé de mention de cette inscription dans les publications des Amis du Patrimoine de Guingamp, disponibles en ligne. Et je ne trouve aucune possibilité d'y lire un patronyme, ou un terme liturgique.

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Entrait de la charpente de la nef de l'église de Grâces. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

Entrait de la charpente de la nef de l'église de Grâces. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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Du coté est.

La lecture n'est pas plus simple. Les quatre lettres MSIP n'ont pas de sens, et elles sont précédées par une petite boucle. 

aMSIP ??

Là encore, je ne trouve ni patronyme, ni mot latin. Si je considère que les deux dernières lettres sont conjointes, cela donne MSUP, tout aussi épineux.

Si les deux faces de l'entrait constituaient une suite, MSIPANEGR ou ANEGRaMSIP ne lèvent aucun voile.

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Entrait de la charpente de la nef de l'église de Grâces. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

Entrait de la charpente de la nef de l'église de Grâces. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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LES ANGES.

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1. Ange en tunique longue, présentant un écu muet.

Cet écu est traversé par une diagonale.

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About de poinçon de la voûte lambrissée de l'église de Grâces. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

About de poinçon de la voûte lambrissée de l'église de Grâces. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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2. Ange en aube tenant un objet rectangulaire.

Le style de cet ange diffère de celui du précédent, avec un visage plus fruste, des cheveux seulement frisés sur les épaules, un plissé de tunique tuyauté.

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About de poinçon de la voûte lambrissée de l'église de Grâces. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

About de poinçon de la voûte lambrissée de l'église de Grâces. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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3. Ange (ou garçon) tenant un phylactère.

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About de poinçon de la voûte lambrissée de l'église de Grâces. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

About de poinçon de la voûte lambrissée de l'église de Grâces. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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4. Ange (ou garçon) tenant un objet sur un phylactère.

L'objet est cylindrique, et sans-doute brisé. Cet ange est-il en train d'écrire ?

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About de poinçon de la voûte lambrissée de l'église de Grâces. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

About de poinçon de la voûte lambrissée de l'église de Grâces. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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5. Ange musicien ?

Cet ange a perdu l'objet qu'il tenait entre ses mains, hormis une sorte de crayon qui passe à travers sa manche droite. D'autre part, ses lèvres entourent un tuyau qui est brisé. Seul un instrument à vent semble pouvoir expliquer cela.

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About de poinçon (1508) de la voûte lambrissée de l'église de Grâces. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

About de poinçon (1508) de la voûte lambrissée de l'église de Grâces. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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II. LES ACROBATES.

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1. Acrobate à demi-nu tenant ses chevilles et exhibant ses parties génitales.

Il est à demi-nu puisqu'il est coiffé d'un capuchon retombant en scapulaire sur ses épaules. Il tient ses chevilles en contorsion avant dans une position anatomiquement impossible. Faites l'essai : devant un miroir, allongez-vous sur le dos et tirez vos chevilles vers vous : ce qui sera visible dans la glace, ce sera l'arrière de vos genoux, (et non les rotules), et les fesses (et non les choses plus obscènes encore). La seule solution pour réaliser cette contorsion arrière avec le visage de face est d'y associer une torsion à 180 ° de la tête. Pas facile ! Néanmoins, cette prouesse de contorsionniste extrême est fréquente en sculpture.

 

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About de poinçon (1508) de la voûte lambrissée de l'église de Grâces. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

About de poinçon (1508) de la voûte lambrissée de l'église de Grâces. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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2. Acrobate en contorsion arrière, jambes sur les épaules et tenant ses chevilles.

 Il porte un bonnet carré à renflure médiane, une tunique dont la partie thoracique est tissée (laine ou peau) et la partie inférieure ou les manches sont plissées. Une lanière passe sous la plante des pieds.

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About de poinçon (1508) de la voûte lambrissée de l'église de Grâces. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

About de poinçon (1508) de la voûte lambrissée de l'église de Grâces. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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3. Acrobate nu en contorsion arrière en pont.

Il tient un objet de la main droite : nous pouvons imaginer qu'il danse en s'accompagnant de sortes de maracas.

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About de poinçon (1508) de la voûte lambrissée de l'église de Grâces. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

About de poinçon (1508) de la voûte lambrissée de l'église de Grâces. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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4. Acrobate en contorsion arrière, en suspension entre quatre arceaux.

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About de poinçon (1508) de la voûte lambrissée de l'église de Grâces. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

About de poinçon (1508) de la voûte lambrissée de l'église de Grâces. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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About de poinçon (1508) de la voûte lambrissée de l'église de Grâces. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

About de poinçon (1508) de la voûte lambrissée de l'église de Grâces. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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5. Acrobate en contorsion arrière, tenant un couteau.

Il est barbu, son nez est épaté, il semble nu, sa poitrine est velue. Il porte un béret à bords larges. 

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About de poinçon (1508) de la voûte lambrissée de l'église de Grâces. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

About de poinçon (1508) de la voûte lambrissée de l'église de Grâces. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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6. Acrobate en pont en contorsion arrière, les pieds et les mains tenues par la gueule de dragons.

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About de poinçon (1508) de la voûte lambrissée de l'église de Grâces. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

About de poinçon (1508) de la voûte lambrissée de l'église de Grâces. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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About de poinçon (1508) de la voûte lambrissée de l'église de Grâces. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

About de poinçon (1508) de la voûte lambrissée de l'église de Grâces. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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7. Acrobate en pont en contorsion arrière, caricature d'homme d'arme ? 

avec sa petite épée, son petit  bouclier et son écu ? Il porte un pantalon obtenu par croisements de lais d'étoffe, et une veste courte laissant le ventre nu.

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About de poinçon (1508) de la voûte lambrissée de l'église de Grâces. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

About de poinçon (1508) de la voûte lambrissée de l'église de Grâces. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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8. Acrobate danseur ou sauteur, jambes croisées.

Dans la main droite, il tient une boite à rythme, ou une bouteille. Pieds nus, il est vpêtu de pantalon descendant jusqu'aux chevilles, d'une veste à manches longues et d'un bonnet.

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About de poinçon (1508) de la voûte lambrissée de l'église de Grâces. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

About de poinçon (1508) de la voûte lambrissée de l'église de Grâces. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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About de poinçon (1508) de la voûte lambrissée de l'église de Grâces. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

About de poinçon (1508) de la voûte lambrissée de l'église de Grâces. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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9. Acrobate au corps et au visage difformes.

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About de poinçon (1508) de la voûte lambrissée de l'église de Grâces. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.
About de poinçon (1508) de la voûte lambrissée de l'église de Grâces. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

About de poinçon (1508) de la voûte lambrissée de l'église de Grâces. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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10. Acrobate en pont en contorsion arrière, coiffé d'un bonnet à oreilles animales et vêtu d'une veste boutonnée.

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About de poinçon (1508) de la voûte lambrissée de l'église de Grâces. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

About de poinçon (1508) de la voûte lambrissée de l'église de Grâces. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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11. Acrobate en pont en contorsion arrière, mains sur les cuisses, vêtu d'une veste boutonnée dotée d'une capuche à oreilles animales. 

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About de poinçon (1508) de la voûte lambrissée de l'église de Grâces. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

About de poinçon (1508) de la voûte lambrissée de l'église de Grâces. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

About de poinçon (1508) de la voûte lambrissée de l'église de Grâces. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

About de poinçon (1508) de la voûte lambrissée de l'église de Grâces. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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12. Acrobate au visage simiesque, assis en tailleur. Il est vêtu d'un ample manteau à capuche et d'un pantalon informe.

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About de poinçon (1508) de la voûte lambrissée de l'église de Grâces. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

About de poinçon (1508) de la voûte lambrissée de l'église de Grâces. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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13. Femme tenant une quenouille ??

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About de poinçon (1508) de la voûte lambrissée de l'église de Grâces. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

About de poinçon (1508) de la voûte lambrissée de l'église de Grâces. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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14. Quatre masques grimaçants.

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About de poinçon (1508) de la voûte lambrissée de l'église de Grâces. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

About de poinçon (1508) de la voûte lambrissée de l'église de Grâces. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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DISCUSSION.

J'ai donc réuni un ensemble de 19 abouts de poinçons dont 5 anges et 12 acrobates. Je découvre que j'ai abordé un sujet passionnant que je ne soupçonnai pas, et qui me fait regretter de n'avoir pas consacré d'avantage de temps encore à ces photos : celui de l'art du contorsionnisme médiéval. 

Cet art est illustré en iconographie dans les modillons romans, dans les  enluminures (danse de Salomé), les miséricordes des stalles, sur les blochets (Saint-Thomas à Landerneau), sur les crossettes (Dirinon), sur les calvaires monumentaux des enclos, bref un peu partout dans les édifices religieux. J'ai d'abord considéré qu'ils étaient l'équivalent des "drôleries" des marges des manuscrits médiévaux, contrepoints ludiques des exercices liturgiques ou figures érotiques. Leur situation était bien marginale, tant sur les sablières et les blochets que dans les hauteurs des charpentes.

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Bateleur Miséricorde de Saint-Lucien de Beauvais Stalle provenant de l'église de Saint-Lucien de Beauvais (Oise), vers 1492-1500. Bois (chêne), 270 x 500 mm Paris, musée de Cluny - musée national du Moyen Âge, n° d'inventaire CL19624 Photo © RMN-Grand Palais (musée de Cluny - musée national du Moyen-Âge) / Michel Urtado

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D'autre part, je ne dissociais pas suffisamment les acrobates contorsionnistes des jongleurs, des musiciens et des figures exhibitionnistes. 

Mais la lecture du  site BNF/CNAC sur les contorsions m'incite à approfondir ma réflexion :

"Liés à des pratiques chamaniques, certains exercices acrobatiques s’apparentent à des rites primitifs. Ils remettent le sujet entre les mains de la divinité invoquée ou le déifient aux yeux de la communauté en lui accordant la maîtrise d’une virtuosité surhumaine.

Acrobates ou danseurs attendent de cet affranchissement de la pesanteur, poussé à l’extrême des possibilités humaines, qu’il les livre à la force d’un pouvoir tutélaire qui agira alors en eux et par leur intermédiaire, pour que leurs gestes s’identifient à ceux de la divinité créatrice et témoignent de sa présence. Au Cambodge par exemple, la désarticulation lente et précise de chacune des parties du corps, du dos aux doigts, permet à la danseuse de s’affranchir d’une gestuelle trop humaine et d’accomplir les mouvements qui l’associent à une incarnation mythique. Dans ces gestes, rien n’est anodin : chaque position fonctionne comme une imitation transcendée d’êtres surnaturels. Puissances de la rivière ou de la forêt sont invoquées et convoquées pour affirmer et soutenir le déroulement de la cérémonie. Dans ce contexte particulier, l’acrobatie symbolise l’accession à une condition surhumaine. Elle est une extase du corps. Et tout ce qui pare la chair – fard, huile, peau ou plumes – contribue à faire s’épanouir le mystère de l’élévation et de la transcendance. Aujourd’hui, les contorsionnistes asiatiques ou occidentales ne font rien d’autre, mais le registre n’est plus que profane et spectaculaire

Le phénomène de dislocation du corps est pour beaucoup dans la sensation de répulsion qu’éprouvent certains spectateurs en regardant un numéro de contorsion qui provoque inévitablement une impression dérangeante de corps maltraité.

Il y a sans doute également un amalgame facile et trop rapide avec la reptation du serpent, une impression parfois renforcée dans l’histoire de la discipline par la création de saynètes théâtralisées où les contorsionnistes sont vêtus d’un costume épousant les formes du corps et texturé comme une peau de serpent. " 

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Il serait intéressant de poursuivre cet inventaire de l'iconographie des contorsionnistes médiévaux, d'en étudier les différents exercices en les comparant aux figures pratiquées aujourd'hui, afin de se demander si ces représentations, loin d'être de ludiques et obscènes exutoires aux pratiques religieuses, ou l'expression d'une contre-culture carnavalesque, ne seraient pas des figures de la conversion, renversement spirituel sous l'effet de la Foi mais surtout de l'ascèse. Les acrobates seraient alors proposés comme des modèles, les prouesses de dépassement des limites corporelles devenant des  équivalents de la sainteté Mais cette interrogation ne préjuge pas de la réponse.

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SOURCES ET LIENS.

 — BNF / CNAC,  La contorsion.

http://cirque-cnac.bnf.fr/fr/acrobatie/au-sol/la-contorsion

— PRIGENT (Christiane), Sculptures de danseurs et de jongleurs dans les édifices religieux à l'époque romane et à l'époque gothique.

https://hicsa.univ-paris1.fr/documents/pdf/MondeRomainMedieval/Prigent.pdf

— Le monde des jongleurs.

http://jalladeauj.fr/musiciensetjongleurs/styled-4/

— TOULET (Simonne), 2010, L'église de Grâces et ses sablières, Bulletin des Amis du Patrimoine de Guingamp n°48.

http://bibliotheque.idbe-bzh.org/data/cle_89/Les_Amis_du_Patrimoine_de_Guingamp_nA_48.pdf

— ??, 1990, Les sablières de l'église de Grâces, Bulletin des Amis du Patrimoine de Guingamp n°8.

http://bibliotheque.idbe-bzh.org/data/cle_85/Les_Amis_du_Patrimoine_de_Guingamp_nA_8.pdf

— WIKIPEDIA, Iconographie des modillons romans.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Iconographie_des_modillons_romans

 

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Published by jean-yves cordier - dans Sablières
27 février 2018 2 27 /02 /février /2018 17:22

Zoonymie du nom de genre Onychogomphus, Selys 1854.

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Dans cette série Zoonymie des Odonates, voir : 

 

 

 

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I. LA PUBLICATION ORIGINALE

 

SELYS-LONGCHAMPS (Edmond de), 1854, Synopsis des Gomphines, Bulletins de l'Académie royale des sciences, des lettres et des beaux-arts de Belgique. t.XXI(2) pp 23-112 page 33

https://www.biodiversitylibrary.org/page/36937548#page/605/mode/1up

 

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Genre 2. — ONYCHOGOMPHUS, De Selys. 
Gomphus, Leach, Ramb., De Selys. 
Diastatoma, Burm. 
Appendices anals supérieurs des mâles ayant à peu près la  longueur des deux derniers segments; l'inférieur très-fourchu , à branches contiguës. 
Patrie : Europe, Asie, Afrique. 

Edmond de Sélys divise son genre en trois sous-genres, O. Uncatus, O. forcipatus et O. cognatus. Il écrira en 1758 : "Pour la subdivision des Onychogomphus en groupes , je me suis servi d'abord, comme on le voit dans le tableau synoptique, de la forme des appendices anals des mâles, ainsi de que celle de l'occiput des femelles. J'ai tenu compte , en seconde ligne, du dessin du thorax et du dessin de l'abdomen."

. Les noms qu'il a créé sont fondés sur la forme des appendices des mâles. Mais à aucun moment de ses descriptions, il ne se livre à des descriptions imagées qui viendraient fonder l'étymologie de  ses noms. 

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II. ÉTUDE DU NOM SCIENTIFIQUE.

 Onychogomphus vient du grec ὄνυξ, ónyx  (onux, onukhos)  "ongle, serre, griffe" , associé à  -gomphus. Il signifie donc   :  "gomphus à ongle, gomphus à crochet " du fait de la forme des appendices anaux des mâles . (Je rappelle que gomphus vient du grec  gomphos = "clou, coin, cheville" du fait de la forme en massue de l'abdomen des mâles). 

Le radical "onycho" sert à la construction de nombreux termes médicaux concernant les ongles : onychophagie, onychoptose, onychomycose, onychodysplasie, onyxis, perionyxis,  etc.

La distinction entre O. uncatus et O.  forcipatus poursuit cette idée en précisant dans l'épithète spécifique la forme de "l'ongle" soit en crochet (uncatus), soit en pince (forcipatus).

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III. ETUDE DES NOMS VERNACULAIRES DU GENRE ONYCHOGOMPHUS.

Le nom vernaculaire français Onychogomphe est affligeant en se contentant de  transcrire  le latin sans le rendre compréhensible.  

Les anglais ont su créer le nom de Pincertail, "queue en pince", directement évocateur à ceux qui ne possèdent pas la maîtrise des racines grecques et latines. Il le déclinent en Large Pincertail pour O. uncatus, Small Pincertail pour O. Forcipatus, Dark Pincertail pour O. assimilis, Faded Pincertail pour O. costae  etc.

Les Néerlandais ont créés Tanglibellen "libellule à pince", avec le même bénéfice. La famille des Gomphidae porte le nom de Rombouten.

Les Catalan ont le nom très intéressant de Tallanassos "Coupe-nez" [ou Nez court] déjà attesté en 1911 par Eugène Rolland dans sa Faune populaire de la France tome XIII. Tallanassos gros est O. uncatus, Tallanassos petit est O. forcipatus, et Tallanassos d'Areny est O. costae.

 

 

IV. DESCRIPTION.

"Les mâles se reconnaissent facilement à leurs appendices anaux en pinces à sucre" (K.-D. B. Dijkstra).

Comme les Dalton : À l'exception d'O. costae, toutes les espèces ont un abdomen annelé de noir et de jaune  (alors que les Gomphus ont sur l'abdomen une ligne quasi continue jaune) et un thorax jaune rayé de bandes noires .

  • Corps atteignant 80 mm de long.
  • Yeux largement séparés : ce sont des Gomphidés

  • Abdomen dilaté à l'extrémité et muni chez les mâles, de trois crochets (pince anale) de taille imposante. Ces crochets sont recourbés à angle droit vers l'intérieur.

  • Base de l'aile postérieure anguleuse chez les mâles et arrondie chez les femelles. (Wikipédia)

V.Bibliographie : voir ici

http://www.lavieb-aile.com/2018/01/la-bibliographie-de-mes-articles-de-zoonymie-des-odonates.html

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Published by jean-yves cordier - dans Zoonymie des Odonates
27 février 2018 2 27 /02 /février /2018 12:46

Les sablières (1508) du bas-coté de l'église Notre-Dame de Grâces (22).

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Pour la première partie, voir :

Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces (22).

 

Sur  les sculptures en rapport  avec celles-ci, voir :

 

Pour les autres articles sur les sablières, tapez ce mot sur l'onglet "Rechercher".

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La chapelle Notre-Dame de Grâces, dont la première pierre de l'édifice fut posée le 12 mars 1506 suit le plan  d' un rectangle formé de deux nefs de largeur inégale. La charpente ayant été achevée en 1508, j'adopte cette date pour les sablières sculptées des deux parties. J'ai décrit dans l'article précédent les sablières de la nef principale, aux 16 pièces divisées en deux ensembles qui se font face, au nord et au sud.

 Le bas-coté sud  comprend , sans compter la sacristie du XVIIe siècle, quatre travées, et cette division se retrouve, à l'extérieur, dans la séquence des quatre baies coiffées de lucarnes à rampants à crochets .

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Cliché GO69 sur Wikipédia Façade méridionale de l'église Notre-Dame à Grâces (22).

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Chacune de ces travées détermine autant de chapelles ou d'espaces quadrangulaires intérieurs, qui sont dotés, sur trois cotés, de sablières. Je devrais donc décrire douze pièces sculptées, groupées par trois. 

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I. 1 : Affrontement de dragons. L'Ivrogne et sa femme. Blochet.

I. 2 . Frise de vigne entre deux hommes.

I. 3 : Rinceau craché par un dragon.

II.1   : perdu ou absent

II. 2 : inscription de fondation 1506 et 1508.

II. 3 : Trois moines dans une brouette conduits par des esprits.

III.1. Scène d'exorcisme par un moine. L'Annonciation.

III.2 : Renart et les poules.

III.3 : Rinceau . deux anges présentant un panneau.

IV.1 : Sainte Face présentée par deux anges. Rinceau craché par un dragon. Blochet.

IV.2 : Blason du duché de Bretagne présenté par deux anges.

IV. 3 : fragments. Lion affrontant une licorne, entre deux chiens.

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I. PREMIÈRE TRAVÉE.

 

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Cliquez : Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Cliquez : Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Cliquez : Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église  Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Cliquez : Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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I.1. Le coté est. 

I.1a. Deux dragons affrontés.

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Deux dragons s'affrontent : gueules ouvertes, ils semblent rire ou faire fonctionner leur langue. Celui de droite, au corps ramassé, couvert de pustules creuses, porte des ailes nervurées. Sa queue, passant entre ses cuisses,  est courte. Son vis-à-vis, tout aussi jovial,  a le corps couvert de nodosités et le dos déformé par une longue ligne d'épines. Son aile, moins visible, est marquée par des écailles. Il est plus long, comme étiré, sa queue remonte plus haut. Une sorte de tentacule verruqueuse, sortie  de je ne sais où, lui sert d'écharpe.

Qu'est-ce qu'ils se racontent ? Des histoires de dragonnes. 

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Cliquez : Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église  Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Cliquez : Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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 Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église  Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

I.1b. Ivrogne rappelé par son épouse.

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Au centre, Monsieur, main sur la tête car il  a mal aux cheveux,  refuse de lâcher son tonnelet . Pris de nausée, il se penche pour se soulager. 

A droite, un compagnon de beuverie est à genoux, le corps renversé en arrière, l' œil torve et la bouche tordue. Il porte un harnachement sans-doute militaire. 

Comme sur les sablières sud de la nef, l'artiste n'a pas son pareil pour accentuer la promiscuité des occupants de l'espace exigu de la corniche en la soulignant, ici, par la semelle de la chaussure de l'ivrogne tordue sous la pression qu'elle exerce sur la cuisse du soldat.

Madame, à gauche, fait des efforts surhumains pour parvenir à sortir son mari hors de l'auberge. Elle s'est assise par terre et, penchée de tout son long, elle tire, elle tire, et nous prend à témoin ou nous appelle à l'aide. Tous les détails des vêtements ou du chaussage sont reproduits, nous procurant des documents passionnants.

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 Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église  Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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 Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église  Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église  Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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 Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église  Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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 Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église  Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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I.2. Le coté nord. Homme et frise de vigne.

C'est une authentique vigne, avec feuilles, vrilles et grappe, mais dans laquelle poussent des glands saugrenus.

 Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église  Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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 Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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I.3. Le coté ouest. Dragon et feuillages.

C'est un dragon un peu simplet, sans beaucoup de relief, qui libère cette frise de roses aux longues épines.

 Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église  Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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DEUXIÈME TRAVÉE.

La porte dite de l'Annonciation en raison de son bas-relief donne accès, de l'extérieur, à cet espace. 

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Porte de l'Annonciation , église de Grâces, photographie lavieb-aile septembre 2017.
Porte de l'Annonciation , église de Grâces, photographie lavieb-aile septembre 2017.

Porte de l'Annonciation , église de Grâces, photographie lavieb-aile septembre 2017.

 

 

II 1. Le coté est.

Pas d'image !! Un oubli ?

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II.2 Coté nord : Deux inscriptions de fondation présentée par trois anges.

Cette sablière monumentale se présente d'emblée à la vue du fidèle qui entre par la porte de l'Annonciation : elle occupe donc un emplacement important, celui d'un seuil (aucune des deux portes sud n'ont de porche voûté). 

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 Sablières (1508) du bas-coté sud de la chapelle Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Sablières (1508) du bas-coté sud de la chapelle Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Sur l'inscription de gauche, on peut lire :

LE DOZIESME JOUR DE MARS LAN DE GRÂCE MIL CINQ CENTZ

ET SEIX FUT LA PREMIERE PIERRE DE CESTE CHAPPELLE ASSYS.

"Le douzième jour de l'an de grâce 1506 fut la première pierre de cette chapelle assise."

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 Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église  Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

 

 

 

 Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église  Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Je déchiffre la seconde inscription ainsi :

LE CINQIES[M]E JO[UR] DE JAFFRUER LA[N] MIL  VC ET VIII FUT LE BOIES DE CESTE CHAPPEL[L]E ASSIS : AU Q[U]EL TE[M]PS ESTOIT MAISTRE JEHA[N] LE D[O]RNEC RECT[EU]R DE LA P[A]ROISSE DE PLOEIZY ET GO[U]VE[R]N[R]S DE LA DI[C]TE CHAPELLE JEHA[N] ET AULT[R]E JEH[AN] BELLES.

Seule le mot "JAFFRUEUR" est sujet à caution.

Ma transcription est : "Le cinquième jour de janvier l'an 1508 fut le bois (la charpente) de cette chapelle assis : auquel temps était maître Jean Le Dornec recteur de la paroisse de Plouisy et gouverneurs de la dite chapelle Jean et autre Jean Bellec."

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1°) Le nom du recteur Jehan Le Dornec.

Le nom du recteur n'a pas été respecté par René Couffon qui lit 

"Le cinquiesme jour de Janvier l'an mil Vcc  et VIII fut le boies de cette chappelle assys auquel temz estoit Maistre Jehan Le Dirvec recteur de la paroisse de Plouisy et gouverneurs de la dicte chapelle Jehan et autre Jehan Le Bellec." (R. Couffon)

Pourtant, il est attesté par un document produit par Simonne Toulet : 

"Nous avons des renseignements très précis. D’abord, en 1507, la nomination par le recteur de Plouisy des gouverneurs de Notre-Dame-de-Grâces :  « Maistre Jehan Le Dornec recteur de la parroesse de Ploeizi et treff de Saint Michel près de Guingamp certifie et relatte à touz présentz et à venir que paravant cestes heures moy dit recteur pour mon intérêt et les treffvians dudit treff de Saint Michel pour leur avoir mis et institué Jehan Baelec et aultre Jehan Baelec du village du Beusit près dudict Guingamp et chacun d’eulx à gouverneurs et administrateurs des biens et aulmosnes escheuz et que escherront le temps futur en la chapelle Nostre Dame de Grace nouvellement encommanzée audit treff audit village du Beusit. « Témoign cestes signées de ma main et de Yvon Guezou notaire à ma requeste le traezième jour de septembre lan mill cinq centz sept. »

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Mais Simonne Toulet  donne néanmoins au recteur (par lapsus) le nom de Jehan Le Bellec" lorsqu'elle lit  l'inscription ainsi :

"Quand on entre par la porte de l’Annonciation, on repère un texte écrit sur une sablière, l’avant-dernière de la série du bas-côté : « Le douzième jour du mois de mars mille cinq cents et seix fut la première pierre de cette chapelle assise . Le cinquième jour de febvrier de l’an mille VC et huit fut le bois 7 de cette chapelle assis auxquels temps étaient maistre Jehan Le Bellec recteur de la paroisse de Plouisy et gouverneurs de la dite chapelle Jehan et autre Jehan Le Bellec. » "(S. Toullet 2010)

À la monstre de Tréguier de 1481, un Jean Le Dornec est présent à pour la paroisse de Plouegat, un peu à l'ouest de Guingamp. Un autre Jehan Le Dornec, ainsi que Charles Le Dornec, comparaissent tous les deux en archers pour  la paroisse de Quemper-Guezennec. On peut penser que le recteur est issu de cette famille noble des environs de Guingamp. 

Voir aussi : Jean le Dornec  sieur de la Villeneuve  †/1577 

https://gw.geneanet.org/quellec?lang=fr&iz=3014&p=jan&n=le+dornec

Et sa fille Péronelle Le Dornec, Ploézal (22) 1564-1637

https://gw.geneanet.org/quellec?lang=fr&p=perronelle&n=le+dornec

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2°) Le nom de la paroisse, Ploeisy.

 

PLOEISY est la forme de l'actuelle commune de PLOUISY, Ploe de saint Isy. 

On rencontre les appellations suivantes : Ploegi (vers 1330), Ploeizi (en 1369), Ploeyzy (à la fin du XIVème siècle), Ploizy (en 1461), Ploeizy (en 1481), Plouisy (en 1581). (Infobretagne)

 

A Plouisy, jusqu'au XVIème siècle, l'église Saint-Michel, aujourd'hui détruite, était la paroisse-mère et Saint-Pierre, la chapelle tréviale. Après le XVIème siècle, s'est l'inverse jusqu'à la Révolution, mais Saint-Michel qui comprend Grâces en est distraite.

Grâces (anciennement Saint-Michel) est en effet un démembrement de l'ancienne paroisse primitive de Plouisy. Selon la tradition, les origines de Notre-Dame de Grâces sont dues à un mendiant franciscain, qui aurait construit, au lieu-dit la Boissière, un petit oratoire en terre, dédié à saint Michel.

La trève de Saint-Michel est citée en 1261. Saint-Michel est mentionnée comme paroisse dès 1380. La paroisse de Saint-Michel est alors une succursale de la paroisse de Plouisy. En 1506, une chapelle dite Notre-Dame de Grâce est construite, au village de la Boissière (en Saint-Michel). Cette chapelle devient le siège d'une paroisse en 1803. (Infobretagne)

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3°) Les noms des gouverneurs : Jehan et Jehan Bellec.

L'un des deux était surnommé "l'ermite de Saint-Michel"  Le 20 mai 1 506, l'évêque de Tréguier accorde son consentement à «Jehan Bellec et autre Jehan Bellec dit l'ermitte du village du Beuzit » pour « construire et édifier de nouveau la dite chapelle en l'honneur de ND de Grâces et de Saint-Bertholomé [. . .] parce que les dits Bellec faisant le dit décret avoient promis et s'estoient obligé o touz leurs biens maintenir la chapelle à jamais en cas que les aulmônes et esmolluments d'icelle chapelle eussent été insuffisants " ( H. Le Goff 2004)

 

 

Le 17 mars courant, l'agrément, pour l'édification de la chapelle Notre-Dame de Grâces, était accordé par le pape JULES II.

« 21 may 1506, Guingamp sénéchaussée de Plouisis. Consentement des habitants de la trêve de St-Michel et du recteur de la paroisse à ce que Jehan BELLEC et aultre Jean BELLEC, appelé l'hermite de St-Michel, eussent fait construire au milieu du village de La Boissière en la dite trêve une chapelle en l'honneur de Notre-Dame de Grâces » Le même acte renferme le consentement de Pierre de KERISAC qui « y est reconnu le fondateur de la dite chapelle attendu que le terrain où on voulait construire était son propre domaine et on consentit qu'il fut mis les armes au lieu le plus éminent. »

 La pierre nécessaire à la construction provenait de la carrière de La Boissière (Ar Veuzit).

Acte constituant les frères Jehan LE BELLEC gouverneurs de Notre-Dame De Grâces le 13 septembre 1507.

« Maitre Jehan LE DORNEC, recteur de la paroisse de Ploëzi et treff de Saint-Michel près Guingamp certiffie et relatte a tous présentz et a venir que paravant cestes heures moy dit recteur pour mon interest et les tréffians dudit treff de Saint-Michel pour le leur avoir mis et institué Jehan BAELEC et aultre Jehan BAELEC du villaige du Beusit près dudi Guingamp et chacun d'eulx à gouverneurs et administrateurs des biens et aulmosnes escheuz et que escherront le temps futur en la chapelle Notre-Dame de Grâce nouvellement encommanzée audit treff audit village du Beusit. Temoign cestes signées de ma main et de Yvon GUEZOU notaire a ma requeste le traezième jour de septembre l'an mil cinq centz sept. »

Plusieurs procès et requêtes opposèrent les gouverneurs LE BELLEC à Pierre RENAULT DE KERISAC.

« request présentée au parlement de la part de Jean BELLEC dit lermite gouverneur de la chapelle de Notre-Dame de Grâce contre Maitre Yves FELUZON curateur de Pierre REGNAULT au sujet de l'opposition que ce dernier avait formé lors de la construction de la chapelle parce qu'il prétendait en être fondateur comme propriétaire du fond. »

et aussi le 7 novembre 1536 :

« procédure relative à l'opposition formée par le sieur de KERISAC contre les gouverneurs de la chapelle de Notre-Dame de Grâce touchant des galleries et appentis qu 'ils prétendaient faire construire au poignant de la dite chapelle. »

8 octobre 1559, sénéchaussée de Guingamp - Plouisy :

« transaction passée entre Mgr le Duc D'ETAMPES et écuyer Pierre RENAULT sieur de KERIZAC qui permet à ce dernier de faire apposer ses armes et escussons sur toutes les vitres de la chapelle de Notre-Dame de Grâces en dessous de celle du duc et de bâtir une halle pour la dite chapelle. »

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Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église  Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église  Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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II 3 . Coté ouest. Trois moines conduits dans une brouette par des démons grimaçants.

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" D'autres influences se sont sans doute exercées : la fameuse «brouette» existait aussi sur une fresque (disparue) du Mont-Dol. A l'origine, c'était un petit tombereau à 2 roues (bi rota), la brouette moderne à une roue date du XVIIe siècle." (sans nom, APG 1990)

"L'esprit satirique n'est nullement absent et plusieurs personnages sont des moines dans des attitudes parfois peu édifiantes. A tel point que le diable les entasse dans un véhicule (brouette ?) pour les conduire vers l'enfer (Illa). N'oublions pas que sur la façade sud de l'église quelques vues de gargouilles sont aussi des moines vomissant l'eau à pleine bouche (les Franciscains et les Dominicains étaient installés à Guingamp dès la fin du XIIle siècle et c'est un Cordelier qui fit les plans de la chapelle de Grâces)." (sans nom, APG 1990)

 

"Après la tentation, le châtiment… la descente en enfer.— Deux démons encadrent une brouette (sans pieds) dans laquelle se trouvent trois personnages – une femme, un homme et un autre qui tient un livre, peut être un moine. Ces diables sont particulièrement effrayants, certains ont plusieurs têtes." (S. Toulet)

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"A la différence des autres figures, les grylles ne présentent pas de « type iconographique «  défini, de par la nature insolite de leur aspect. Ils sont cependant aisément reconnaissable à leurs bustes humains et à leurs bas-corps zoomorphes. L'existence de quelques créatures particulières, les grylles « gastrocéphales », doit être signalée. Ces êtres dont les traits du visage sont reportés sur la poitrine, sur les articulations et sur le sexe, se distinguent des premiers à leur nature maléfique. Ils sont fréquent dans les peintures du bas Moyen-Âge, en particulier dans les scènes illustrant le Jugement Dernier ou l'Apocalypse, où ils infligent des supplices aux damnés." (S. Duhem p. 167-168)

 

"Trois moines tremblants sont assis dans une brouette poussée par un diable vers les Enfers. Ce thème apparaît sur une gravure d'Erhard Schoen actif à Nuremberg au début du XVIe siècle. (The Illustrated Bartsch)" (S. Duhem)

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Là où des moines ont été reconnus, je vois trois hommes sans tonsure, avec des chevelures bouclées, levant le visage vers le ciel. L'un a les mains jointes, l'autre se tient les mains, le troisième tient un livre. Ils sont placés dans une brouette dont la roue est tenue  par un personnage à genoux et au corps projeté en avant, vêtu d'une robe boutonné sur le devant, qui lève le bras droit au dessus de sa tête. Ses yeux, ses narines, ses oreilles  et sa bouche crénelée sont creusés, un peu comme on le fait dans une citrouille d'Halloween. 

A droite, c'est clairement un grylle qui est accroupi entre les bras de la brouette. Ses pieds ressemblent à des racines griffues, son ventre est une bouche à la mâchoire ouverte sur un thorax, l'épaule est une tête complète, le coude est une tête de serpent dardant trois lames en guise de doigts. La tête est grimaçante, dotée de deux antennes au dessus d'yeux excités. Tout cet ensemble est si hétéroclite que notre raison est désarçonnée. 

Cette sablière est exceptionnelle par son originalité et par l'effet saisissant qu'elle suscite. Mais son étude iconographique, et son interprétation, doivent être développées. C' est aussi le cas de la pièce suivante.

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Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église  Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église  Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église  Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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TROISIÈME TRAVÉE.

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III.1. Coté est :

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III.1a .Scène d'exorcisme par un moine après échec de trépanation. Fuite du démon.

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La trépanation.

Deux scènes centrales sont est encadrées par deux grylles, tels que nous venons d'apprendre à les découvrir sur la pièce précédente. Là encore, la multitude mélangée en désordre de doigts et de pieds, de becs ou d'yeux, crèe ce trouble de la pensée qui est recherché par l'artiste. 

A gauche, après ce premier grylle vient un personnage de face, dans une robe lacée par devant par un ruban en zig-zag. Cet homme écarte les deux bras, ses yeux sont levés vers le ciel, et nous pouvons penser, au vu du contexte, qu'il est en pleine crise d'épilepsie, ou de démence. 

À sa droite, un homme dont les longs cheveux bouclés sont coiffés d'un bonnet est peut-être un médecin. Il tient des deux mains le manche d'un outil dont la lame est dirigée vers le crâne du malade. J'y vois un trépan. Comparez à L'extraction de la pierre de folie, par Jérôme Bosch, un tableau datant de 1488-1516 et donc  à peu près contemporain de ces sablières. J'y retrouve la posture bras écartés du dément, ses yeux hagards, et  le laçage en zig-zag d'une camisole. L'instrument utilisé sur la sablière pourrait être comparé à ce trépan des années 1950.

Pourtant, je ne retrouve pas d'indication en ligne d'un auteur ayant identifié ici une trépanation. Ni, plus généralement, d'indication sur une scène de trépanation sur une sablière médiévale.

La folie de cette intervention est peut-être dénoncée par les pieds-nus du chirurgien-barbier. Ou par sa bouche ouverte et creuse, qui répond à celle des grylles-citrouilles.

L'exorcisme.

Un autre groupe de trois sujets occupe la partie droite. C'est d'abord un moine (cheveux taillés courts en couronne et recouverts de la coule) qui impose ses mains sur le crâne d'un (vraisemblable) malade ou possédé. Il est difficile de dire si le regard  du moine, tourné vers le ciel, est celui d'un clerc implorant Dieu ou celui d'un illuminé. S'il s'agit d'un exorcisme, celui-ci semble efficace, car un grylle s'enfuit en tirant la langue.

http://www.lavieb-aile.com/2015/09/sablieres-inscriptions-et-pardon-de-la-chapelle-saint-sebastien-au-faouet-56.html

Discussion.

La description de ces deux scènes par Simonne Toulet est la suivante :

"L’exorcisme.— Un moine pose la main sur le front d’un homme. Il semble prier – les yeux fermés pour ce pauvre « possédé » – et l’on voit effectivement un démon qui s’enfuit.

Sur l’autre partie, un diable est niché à l’extrémité gauche ; devant lui, un buste de femme et un homme qui porte un outil : est-ce un sculpteur ? Rêve-t-il de « créer » une femme ? Quel péché d’orgueil ! Le diable le guette ; mais participe-t-il à l’ouvrage ? il tient un maillet dans sa main droite… La « possession » par le démon est fréquemment évoquée au Moyen Âge : elle a d’ailleurs des références bibliques."

 

J'ai déjà décrit une autre scène d'exorcisme sur les sablières du bras nord du transept de la chapelle Saint-Sébastien du Faouët.

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Mais elle est plus tardive de près d'un siècle (1600) et l'aspect cérémoniel y est accentué : deux moines, le premier tenant un livre (le rituel liturgique sans-doute) et l'autre imposant les mains, font face à un homme à genoux, mains jointes, se prosterne devant l'exorciste (dans lequel on a proposé de reconnaître saint Martin). Un animal à la gueule féroce s'enfuit sur la droite. Tout cela est sage, pieux, univoque, alors que le sculpteur de Grâces a dressé un tableau tronqué (le moine et son possédé sont montrés en buste), expressionniste, fébrile, aux postures outrées, emporté par de grands mouvements des plis des vêtements, qui ne permet pas de s'arrêter à une interprétation cléricale où les sablières forment "un livre d’images saintes destinées à un public en partie illettré, le prêtre les utilisant comme support de ses prédications" (S. Toulet). Bien au contraire, ces sablières sont peuplées de personnages non bibliques et d'animaux fantastiques d'un imaginaire païen  que le prédicateur devait combattre. Et les tableaux des vices et dépravations sont joyeux, rabelaisiens et complices plutôt que frappés du discours moralisateur des Taolennou du père Maunoir. Enfin, ces grylles n'ont aucun des caractères des diables de l'Enfer chrétien. Sans écarter la possibilité d'une scène religieuse où un malade, après avoir fait la tentative infructueuse de soins médicaux ou chirurgicaux, soit enfin sauvé par les pouvoirs d'un clerc, il est possible aussi de penser que l'artiste a voulu donner à voir ce monde de la folie et de la possession, et la théâtralisation des "remèdes" qui y étaient apportés.  Les sablières appartiendraient toutes entières  à l'hybris,  à la démesure de l'animalité des corps sous l'effet des passions et des pulsions, des violences,  dans un espace marginal entre les bancs de la nef et la voûte charpentée, entre l'ici-bas terrestre soumis à la retenue et aux conventions, et la sainteté céleste.

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J'ai décrit  une scène analogue, dans la chapelle Saint-Fiacre du Faouët (56), sur la clôture du jubé (Olivier Le Loergant, 1480-1492), mais elle est interprétée comme représentant "le baptême d'un catéchumène.  Cette lecture pourrait être revue à la lumière de l'exorcisme de Grâces-Guingamp, d'autant qu'à Saint-Fiacre, le dragon qui s'enfuit sur la droite trouverait alors une bonne justification.

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Clôture du jubé de Saint-Fiacre au Faouët.

 

 

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Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église  Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église  Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église  Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église  Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église  Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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III.1.b.  Annonciation.

La compréhension de cette pièce est beaucoup plus simple. En contradiction avec ce que je viens d'écrire, c'est une scène évangélique, celle de l'Annonce faite à Marie.

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À gauche et à droite, deux anges arrivent en volant et présentent des phylactères (deux à gauche et une à droite. Hélas, elles ont perdu le texte qui devait y être peint. Nous imaginons pourtant facilement qu'il s'agissait d'Ave Maria gracia plena dominus tecum et de Ecce ancilla domini fiat mihi  secundum verbum tuum.

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Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église  Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Au centre, l'archange Gabriel à genoux, tient dans la main gauche un objet cylindrique brisé : un lys ? Le rouleau d'une banderole ? 

Il est séparé de la Vierge par un vase, qui, comme le veut la tradition, contient des lys. La fleur est une allégorie de la pureté virginale, et le vase aux flancs arrondis, manifeste le ventre intact selon la prophétie d'Ezéchiel sur la Porte close : Porta clausa, et non est aperta Ezech 44:1.

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Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église  Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Il faut rappeler que cette pièce est placé dans la chapelle-vestibule dans laquelle le fidèle pénètre après avoir franchi la porte où est sculpté une première Annonciation.

Marie est dans sa chambre, surprise par l'irruption du messager divin alors qu'elle lisait les Sainte Écritures sur son pupitre. La reliure du livre  montre ses fermoirs ronds articulés. Elle lève les bras, par signe d'acceptation (Fiat). Sa main gauche est brisée. Elle est vêtue d'une robe à l'encolure ronde très peu décolletée, aux larges et longues manches plissées.  Sous un corsage lisse, la ceinture libère les plis de la jupe.

Les cheveux sont longs, bouclés et libres, et le front est élargi par l'épilation alors de règle chez les élégantes du XVIe siècle.

Les quatre visages possèdent des traits stylistiques communs, qui s'observaient déjà sur les autres pièces : des joues rondes, des lèvres charnues avec une lèvre inférieure plus avancée que la supérieure, un petit menton bien affirmé, des sourcils effacés, des paupières supérieures descendant bas et donnant, de loin, l'impression que les yeux sont clos.  La fente palpébrale de l'ange de droite est très particulière par sa forme de petite fiole à ventre un peu bombé et à goulot étiré. C'est sans doute cette forme, sous la large paupière, qui, associée à l'attitude de tous ces visages tournés vers le haut, génère cette impression d'étrangeté et de mystère. Lorsqu'il s'agit d'une scène sacrée, elle participe à sa spiritualité, mais lorsque ces visages impénétrables sont ceux des possédés ou de leurs thérapeutes, ou des trois passagers de la brouette infernale, elle suscite ce trouble interprétatif si particulier.

 

Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église  Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Sablières (1508) du bas-coté sud de  l'église  Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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III.2. Coté nord. Renart prêchant, Renart attaqué (écorché) par les poules, Renart attaquant les poules.

 

http://www.lavieb-aile.com/2017/12/la-frise-nord-des-stalles-du-choeur-de-la-cathedrale-de-saint-pol-de-leon.html

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"La figure caricaturale de l'animal travesti en moine doit être rattachée aux écrits satiriques inspirés du roman ; —Ysengrimus, un manuscrit réalisé en Flandres vers 1150 évoque déjà la figure de l 'animal travesti en moine — ici le loup Ysengrin — qui annonce celle plus tardive de Renart camouflé, jouant sournoisement de cet artifice pour tromper son entourage. Ébauché dans l'épopée du Roman de Renart, le thème n'acquiert de réelle autonomie qu'avec la diffusion aux XIIIe et XIVe siècles des écrits polémiques de Rutebeuf (Renart le Destourné, 1261), de Jacquemart Gelée (Renart Le Nouvel, 1289), ou du Clerc de Troyes (Renart le Contrefait, v. 1319-1342) , qui présentent la figure caricaturale du goupil prédicateur monté en chaire. Le message que délivre ces écrits n'a pas pour objet de dénoncer une vulgaire imposture : s'il s'agit bien d'une moquerie grotesque visant l'Église, ces assauts sont plus spécifiquement dirigés vers les ecclésiastiques et surtout vers les moines que Rutebcuf égratigne avec la plus grande virulence . La querelle opposant, à partir de 1253, les défenseurs de l'Université aux frères mendiants, allait transformer Renart, malgré lui, en une créature malfaisante, un instrument de la plume destiné à dénoncer les écarts des réguliers. En effet, Goupil déguisé se singularise surtout par sa fourberie, « (...) Ypocrisie la Renarde, qui dehors oins et dedanz larde (...) » colporte Rutebeuf, reprenant ici un poncif de la satire contre les frères prêcheurs. L'apparition du terme renardie dans la littérature, définie comme un art du langage , met en relief l'association qui est désormais faite entre le renard et la félonie. Il paraît donc logique que la chaire à prêcher, accessoire de ce vice, d'ailleurs tant convoitée par les mendiants au moment de cette querelle, ait été illustrée si fréquemment dans l'iconographie, les gélines ajoutant à l'effet comique et soulignant surtout la crédulité des fidèles." (S. Duhem)

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Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église  Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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En commençant la description par la gauche, nous voyons Renart, devant ces deux renardaux, monté en chaire, habillé en moine franciscain ou cordelier (robe de bure à larges manches et capuchon), la capuche rabattue. Il lève en l'air un doigt sentencieux et captive son auditoire de trois poules de bénitier.

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Le thème de Renart prêchant aux poules (ou "prêchant les poules" ) n'appartient pas au Roman de Renart, et il est attesté dans les enluminures puis dans la sculpture plutôt que dans les écrits.  On trouve dans les variantes du Roman de Renart le Contrefait l'histoire de Renart apercevant des oiseaux et cherchant à les attendrir en manifestant un grand repentir de ses fautes passées. Les oiseaux s'approchent, et Renart leur fait un sermon sur l'obéissance et la patience. Mais le prêche s'arrête sans que Renart ne s'empare des oiseaux. Cette scène est illustrée par deux enluminures du Bnf fr. 1630 :

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Bnf Fr 1630 folio 193 Mandragore

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Par contre, le thème s'inspire de l'assimilation de Renart au clergé, qui est le propre des écrits postérieurs au Roman. Mais s'il a été toléré, et même commandité par les recteurs ou les chanoines, c'est peut-être avec l'idée que ce qui était dénoncé, c'étaient les faux pasteurs, ceux dont parle l'Évangile en disant "Défiez-vous des faux prophètes, ils viennent à vous en vêtements de brebis, mais au dedans ce sont des loups ravisseurs" (Matthieu 7:15).

 

 

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a) "Renart prêchant aux poules" ou "prêchant aux oies" dans les enluminures.

Jean Wirth et Isabelle Engamarre en découvre la première manifestation vers 1260 dans le Psautier de Rutland Londres British Library Add. 62925 folio 98v : coiffé d'une mitre épiscopale, il prêche devant deux poules et un coq. Le proverbe Als de vos de passie preekt, boer pas op uw ganzen , "Quand le renard prêche la Passion, veille sur tes oies, paysan" n'est pas attesté à cette date.

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Le Psautier de Tutland vers 1260, Londres British Library, ms. Add. 62925

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Dans les manuscrits anglais, Renart est le plus souvent déguisé en évêque et il prêche à des oies.  Par exemple :

— dans les Heures Harley 6563 (1320-1330) folio 53,

— dans le Psautier de la reine Mary Royal 2B. VII, fol. 157v,

— Et dans le Psautier Gorleston Add 49622 folio 47, 49, 128 et 143v,

—  Ou dans le cycle renardien des Décrétales de Smithfield Royal 10 E.IV fol. 49v et 175.

 

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Renart prêche en ermite dans les Heures de Mastricht Stowe 17 fol. 84 et 

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Book of Hours, Use of Maastricht , 1er quart XIVe siècle, British Library Stowe 17 folio 84

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b) "Renart prêchant aux poules" dans la sculpture sur bois.

J'ai décrit dans mon article sur la chapelle Saint-Fiacre du Faouët la sculpture de la clôture du jubé, réalisée en 1480 par Olivier Le Loergant : Renart déguisé en moine prêche à un coq et à trois poules tandis que l'un de ses renardeaux se précipite sur les volailles fascinées.

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Le sujet est aussi traité sur les appuie-mains ou miséricordes des stalles, à Amiens, à Evreux ou à Beauvais par exemple :

 

— Amiens : appuie-main

"Affublé de la coule monacale , l'orateur est établi dans une tribune carrée. D'une patte il s'appuie sur le bord , de l'autre il fait un geste énergique. Sa tête allongée et pourvue d'assez larges oreilles , dérobe à la vue du peuple qui l'écoute les trois ou quatre 'volatiles qu'il porte dans son capuchon et qui sont, à coup sur, des conquêtes dues à son éloquence. D'autres bêtes de même espèce et non moins crédules se groupent autour de la chaire" . 

" Dans une chaire à prêcher carrée, sans dossier ni abat-voix, affublé d'une chape de Jacobin dans le capuce de laquelle il a déjà emmagasiné trois pièces de volaille, maître Renard prononce « ung bel et solempnel sermon » devant un auditoire de gallinacées, quatre coqs et deux poules. Le rusé mangeur de poulets singe le geste d'un prédicateur d'une façon vraiment comique : une patte sur l'appui de la chaire; il accompagne de l'autre, qui est levée, une pénétrante et persuasive démonstration. Son fin museau a été altéré par l'usure et présente aujourd'hui l'aspect d'un bec de corbeau .  Le même détail se retrouve dans le renard prêchant aux poules de l'église de Cuiseau, Saône-et-Loire (MONNIER, Bullet. archéol. du comité, t. II, 1842, p. 636)".

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Cathédrale d'Amiens, accoudoir des stalles.

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— Evreux, église Saint-Taurin, miséricorde de stalle : Le Renard prêchant les poules, 15e siècle. 

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Miséricorde d'une stalle de l'église Saint-Taurin à Evreux, in Champfleury 1875.

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— Lausanne, stalles.

Champfleury, cite aussi  les stalles de Cuiseau (Saône-et- 
Loire), de Sirod (Jura), de Bletteraus (Jura), de Saint-Léonard le Koblac (Haute-Vienne), etc. 

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— Beauvais, miséricorde de l'église Saint-Lucien-de-Beauvais, Musée de Cluny.

 

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Saint-Lucien de Beauvais, miséricorde, vers 1492-1500 . Copyright RMN Thierry Ollivier-

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Sur la sablière de Grâces, Renart est dans une chaire hexagonale très comparable à celle de Saint-Lucien de Beauvais. Mais deux renardeaux aux yeux gourmands sont cachés derrière lui. Comme à la cathédrale d'Amiens, il lève une main droite éloquente, tandis que sa main gauche est posée sur la rambarde de la cuve, comme prête à saisir les volatiles. Les trois poules, sagement placées en rang devant lui, semblent être captivées par le prédicateur. 

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"C'est dans un même contexte de commande seigneuriale, mais sur des supports sculptés plus tardifs, que l'on retrouve Renart prêchant les poules. Les sablières de Grâces-Guingamp, datées de 1506-1508, présentent une mise en scène qui rappelle celle du Faouët : à gauche, Goupil déguisé est assis dans sa chaire devant trois poules attentives. Deux renardeaux sont cachés à l 'arrière-plan. Le prêche est suivit du dépeçage de l'animal, qui apparaît ressuscité à l'extrémité de la poutre, dévorant une poule. Que veut dire ce bouleversement ? Est-il du à une incompréhension du modèle recopié ou s'agit-il de l'association de séquences mettant en scène plusieurs renards, ce que semble indiquer la présence d'un goupil tapi dans les feuillages à l'extrémité droite.

Comme au Faouët, des sablières placées à proximité autorisent des rapprochements intéressants. Sur un tronçon voisin, un moine reconnaissable à sa robe et a son capuchon, pratique un exorcisme ; plus loin, trois moines tremblants sont assis dans une brouette poussée par un diable vers les Enfers. Considérant ce contexte, il semble que la scène du renart prêchant puisse être perçue comme une allusion ironique visant les moines et leurs mesures de « purification ». Mais si cette explication paraît satisfaisante, la fondation du lieu la rend plus discutable, l'un des promoteurs de la construction étant un cordelier. À moins que cette petite moquerie ne soit l'illustration des querelles intestines qui opposent à cette époque les conventuels aux cordeliers réformés. Du reste, l'édification du bâtiment est sous la responsabilité de deux gouverneurs de la chapelle et il est donc finalement probable que le sculpteur ait joui d'une certaine liberté. Il est aussi possible que la moquerie n'ait pas été destinée aux cordeliers, mais aux dominicains, particulièrement actifs dans le domaine de la prédication et de la lutte contre les pratiques hérétiques dans le diocèse de Tréguier à cette époque [H. Martin a montre la densité du réseau des mendiants entre Brest et Guingamp, aux XVe et XVIe siècles. Cf. Les ordres mendiants en Bretagne, p. 316 sq. ]. H. Martin a souligné l'importance des prédications, organisées à l'intérieur ou à l'extérieur des bâtiments dans des chaires prévues à cet effet, par des moines qui n'hésitent pas à impressionner les fidèles en jouant sur des effets oratoires spectaculaires. Que les artisans aient choisi de s'en moquer, ce dont témoigne clairement les poutres de Grâces-Guingamp, ne paraît donc guère surprenant." (S. Duhem)

Ce texte montre bien l'embarras interprétatif. Une première hypothèse, la caricature des franciscains cordeliers et la dénonciation de leur duplicité, se heurte au fait que la construction de la chapelle ait été dirigée par un frère cordelier, Pierre Bilsic, qui mourut en 1518. Ou que les armes d'Anne de Bretagne, sur la façade sud, soit accompagnée de pas moins de sept cordelières, rappelant la dévotion de François II qui appartenait à l'Ordre mineur, ou celle de la duchesse Anne qui créa l'ordre de la Cordelière.

L'autre hypothèse se fonde sur une moquerie à l'égard des Dominicains. Alors que l'engouement des bretons, après les grandes prédications de Vincent Ferrier, est rappelé, Renart prêchant serait une "moquerie" des gouverneurs (les deux Jehan Bellec, particulièrement dévots puisque l'un est surnommé l'ermite de l'ermitage à fontaine qui justifie la fondation de la chapelle) envers ces prédicateurs. Enfin, l'auteur glisse pour attribuer le choix de cette moquerie, non plus aux gouverneurs, mais aux artisans. 

Enfin, toute explication locale se heurte au fait que la sablière est inspirée, pour ne pas dire copiée, de celle du Faouët, dans un autre diocèse et un autre contexte. Et que Renart prêt à bondir derrière sa chaire reprend les stalles d'Amiens, de Lucien-de-Beauvais ou d'Evreux. 

Il est plus probable que les commanditaires  se contentent (comme l'attestent les contrats retrouvés, pour les stalles de Tréguier par exemple) de demander aux sculpteurs des "grimaces" et drôleries, en lui suggérant des modèles de tel ou tel site mais laissant à l'artisan le choix de puiser dans le répertoire propre à sa profession, répertoire fondé sur une culture populaire.

 

Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église  Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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2°) Renart attaqué mordu et dépecé par les poules.

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Ledict Duflot, a décrit en 1845 dans l'église Saint-Fiacre de Quimperlé "quatre bas-reliefs représentant 1.° le renard prêchant les poules; 2.° le renard poursuivant les poules; 3.° le renard poursuivi par les poules; 4.° le renard terrassé et dévoré par elles. Au-dessous, on lit Calvin. Evidemment , dit M. Ledict Duflot, c'est le triomphe de la foi sur l'hérésie. La lecture du mémoire sur les stalles d'Amiens, où le renard prêchant les poules est considéré comme une satyre du ministère de la prédication, lui a rappelé ce sujet des bas-reliefs de Quimperlé."

Dominique Chancel, dans une enquête approfondie sur le Renart qui prêche les poules du château de l'Arthaudière, confirme que la scène de Renart prêchant les poules, même si elle est isolée, s'inscrit dans un cycle à quatre temps : 

"Acte 1 : Renart déguisé prêche des volailles naïves. C’est le plus représenté et le plus immédiatement explicite, centré sur le beau parleur qui se travestit pour mieux séduire ;

Acte 2 : Renart s’empare d’une proie, qu’il peut tenir dans sa gueule ou cacher dans son capuchon voire sous sa robe de bure ;

Acte 3 : Renart est attaqué à son tour : soit les volailles se révoltent, soit une fermière armée d’une quenouille ou d’un battoir le poursuit, ou bien un chasseur le vise avec son arc… ;

Acte 4 : Renart subit le châtiment réservé aux fourbes : dépecé par les volailles, pendu par elles, par un singe ou un chat, transpercé par une flèche…

Nota : La représentation de l’acte 1 anticipe souvent sur l’acte 2 (volatiles déjà capturés avant la fin du prêche) et les actes 2 et 3 sont souvent représentés ensemble."

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C'est bien l'ensemble du cycle qui figure sur la sablière de Grâces. Dans ce deuxième tableau, Renart, allongé sur le dos et est maintenu immobile par quatre poules qui l'ont saisi par les pieds et par les pattes antérieures. L'une d'entre elles lui pince l'oreille. Un oiseau à longue queue est posé sur son thorax. 

Cette composition est très proche de celle de la corniche de clôture du jubé de la chapelle Saint-Fiacre du Faouët, si proche qu'on peut affirmer une filiation directe.

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Renart dépecé par les poules, Chapelle Saint-Fiacre, Le Faouët, sculpté par Olivier Le Loergant, vers 1480. Photo lavieb-aile.

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Renart dépecé par les poules, jubé de Saint-Fiacre à Le Faouët. Copyright Dominique Chancel.

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On y retrouve les cinq oiseaux, dans les mêmes positions, mais à Saint-Fiacre, il est parfaitement clair que Renart est dépecé : la peau de sa queue et de la partie inférieure du corps est retroussée comme un gant jusqu'à la taille. C'est en reprenant alors l'examen de la pièce de bois de Grâces que nous constatons que, là aussi, les deux poules placées à la tête lui ôtent, comme un chandail, la peau qui fait un replis à la taille. Et que l'oiseau à longue queue se montre très intéressé par les organes génitaux mis à nu (moins qu' à Saint-Fiacre, où il les mord). Pourtant, la sculpture reste ambigüe : est-ce le pelage de l'animal qui est ôtée, ou seulement son vêtement de moine, son froc ? Le but des poules est-il de  dénuder Renart pour révéler sa supercherie, de le "dépouiller" ou de le punir par un martyre ? 

Une fois admis qu'il s'agit d'un dépeçage, il reste à en trouver l'origine. Or, l'explication la plus évidente ne trouve aucune confirmation. Non, il n'existe pas de récit de Renart dépouillé de sa peau par des poules ; ni par un coq, et ni par  des oiseaux. Non, il n'existe pas, hormis au Faouët, d'autre image peinte ou sculptée de cet épisode. Non, la séquence prêche/capture d'une proie/capture du goupil / punition n'est pas respectée, et nous ne pouvons pas évoquer une inversion lors d'un remontage, puisque la pièce de bois est unique. 

Il faut donc élargir l'interprétation et considérer que ce qui est illustré, c'est une description amusée du couple du Trompeur et du Crédule. Si le Roman de Renart nous séduit, ce n'est pas parce qu'il condamne la duplicité de l'animal roux, mais qu'il expose comment son art de tromperie n'est efficace qu'en raison de la bêtise des victimes. Loin d'être révoltés par les agissements du goupil, nous jubilons devant ses tours qui révèlent si bien la tendance de nos semblables à la soumission volontaire, à l'aveuglement, à la naïveté, et à la crédulité. Ce n'est pas un discours moralisateur dénonçant les prédicateurs et les prédateurs, les voleurs, les menteurs ou les violeurs, mais un théâtre anthropologique.

Dans ce cadre, la peau du renard, dont il est dépouillé ici, n'est pas charnelle, elle est allégorique : sa peau, c'est son moi, et après avoir endossé la peau d'autrui (la bure des moines), il est mis à nu désanimalisé de ce qui fait son  identité : sa pelisse rousse.

Nous avons donc sous les yeux les deux temps de la tromperie : le leurre efficace avec la victime bernée, puis le retournement de situation (comme le retournement de cette peau). La plupart du temps, dans le Roman, la victime ne comprend que trop tard le subterfuge, alors que Renart s'enfuit, "sauve sa peau", mais le spectateur jouit aussi lorsqu'il est enfin attrapé, confondu et défait de son Moi foncièrement Malin.

Au renversement carnavalesque des valeurs que met en scène la dérision d'une fausse prédication succède le renversement /retournement du mécanisme de séduction.

Voir "Les valeurs métaphoriques de la peau dans le Roman de Renart." de Pierre Bureau.

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Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église  Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Dans le troisième tableau, Renart n'est pas "ressuscité", mais il a survécu à son dévoilement identitaire et a repris son rôle : le retour du refoulé. Il surgit d'un buisson et s'empare d'une poule sous les yeux de sa congénère.

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Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église  Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Derrière lui, ses renardeaux s'empressent de venir profiter de la leçon. 

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Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église  Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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À l'extrémité droite, sous des feuilles de figuier, un grylle (avec sa cuisse  céphalique) tient un bâton, et tire le coin de sa bouche avec son doigt.

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Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église  Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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III. 3. Coté ouest. 

III.3 a : rinceau.

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Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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III.3b. Deux anges tenant un objet carré (blason ?).

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Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église  Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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QUATRIÈME TRAVÉE.

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IV.1. Coté est.

IV.1a. Quatre anges dont l'un présente le  voile de la Sainte Face.

C'est, avec l'Annonciation, ou les divers anges,  l'un des rares thèmes religieux de ces sablières.

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Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église  Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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IV.1b. Dragon libérant des feuillages où jouent deux lapins. Blochet.

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Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église  Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église  Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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IV. 2. Coté nord. Deux anges présentant le blason du duché de Bretagne.

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De juin à septembre 1505, durant la maladie de son mari Louis XII, Anne de Bretagne se rendit en Bretagne, notamment en "pèlerinage" à Locronan, ou au Folgoët . La construction de l'église de Grâces fut entreprise juste après sur l'ancienne chapelle.

La porte de la façade sud porte ses armoiries  surmontant les ogives et leur fleuron et soutenu par deux lions debout (armoiries des Montfort) . Au-dessus, un heaume sommé d'un lion en cimier, et orné de  lambrequins. Le tout encadré des sept  cordelières passant dans des annelets . C'est le même choix de sous le porche de la Collégiale du Folgoët. Les armes du roi de France sont absentes.

Les armes d'hermines plain,  se retrouvent aussi au dessus de la porte de l'Annonciation, mais dans un blason losangique, donc féminin.

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Portail de la façade  sud de l'église Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Portail de la façade sud de l'église Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église  Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Les deux anges et leur écu sont entourés d'un lion à gauche et d'un bœuf à droite. N'attribuons pas trop vite ce lion aux Montfort, ou ce lion et ce bœuf aux évangélistes Marc et Luc.

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Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église  Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église  Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église  Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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En effet, à gauche, un sanglier sort d'un fourré et charge. Puis vient un bœuf endormi.

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Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église  Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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A droite, nous découvrons un singe, et à l'extrémité, un homme, de face, les mains sur les genoux.

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Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église  Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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IV.3. Coté ouest.

IV.3a Fragments disparates.

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Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église  Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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IV.3.b.  Lion et  licorne affrontés, entre deux lionceaux.

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Le thème du lion affrontant une licorne et aussi présent sur les sablières du porche de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre de Châtelaudren, datant de la fin XVe/début XVIe, et donc contemporaines de celles-ci.

Mais ici, les deux animaux sont séparés par un arbre et semblent pas se combattre directement.

 

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Porche sud de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre.

 

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Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église  Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église  Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église  Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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SOURCES ET LIENS.

— BARTHELEMY (Anatole de) et GUIMART (Charles), 1849, Notice sur quelques Monuments du département des Côtes-du-Nord Bulletin monumental publié sous les auspices de la Société française pour la conservation et la description des monuments historiques ; et dirigé par M. de Caumont, Société française d'archéologie pages 5-54.

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k310344/f42.item.texteImage

 

"Notre-Dame-de-Grâce. Non loin de Guingamp, est  l'église Notre-Dame-de-Grâce qui contient des reliques de  saint Charles de Blois. C'est un édifice qui fut commencé en  1506 ainsi qu'il résulte de deux inscriptions gravées l'une  sur une charmante frise en bois qui court tout le long de la  nef principale et du collatéral de droite l'autre sur le pilier à gauche du portail, extérieurement. L'inscription de la frise et du pilier portent le doziesme jour de mars lan de grace mil cinq centz et seix fut la première pierre de ceste chappelle assys. A côté on lit Le cinq ...lan mil V et VIII fut le une de ceste chappelle assis ou quel  estoit maigre Jehan le D. nece recteur de la paroisse de  Plouisy, et gouverneurs de Jehan Telles

La frise en question admirablement travaillée représente des chasses au cerf et au lièvre des vignes, des vendangeurs, des dragons, des dessins un peu lestes, des diables un lion combattant une licorne etc. "

 

L'inscription de la frise et du pilier portent : le doziesme jour de mars lan de grâce mil cinq centz et seix fut la première pierre de ceste chap- pelle assys. A côté on lit : Le cinqusejoe de Jaffins lan mil Ve. et VIII fut le Unes ? de ceste chappelle assis ou quel (1) Tout près de cette chapelle est le manoir de Kermathanan. Le fondateur appartenait peut-être à la famille de Vieuxchastel qui possédait le fief de Faou, et qui portait d'azur au léopard d'or. Les Barach portait de gueules à une ...

—  BAKHTINE M. 1970, L'oeuvre de François Rabelais et la culture populaire au Moyen Age et sons la Renaissance, Paris. 

 

—  BULTHE (Stéphanie), 2014,  Figurations renardiennes et moralités dans les épigones du Roman de Renart , Mosaïque, revue de jeunes chercheurs en SHS – Lille Nord de France – Belgique – n° 13, septembre 2014

https://revuemosaique.files.wordpress.com/2016/10/m13_9_bulthe.pdf

— BUREAU (Pierre), 1992, "Les valeurs métaphoriques de la peau dans le Roman de Renart". Sens et fonctions , Médiévales  Année 1992  22-23  pp. 129-148.

http://www.persee.fr/doc/medi_0751-2708_1992_num_11_22_1244

— CHAMPFLEURY, 1875, Histoire de la caricature au Moyen-Âge et sous la Renaissance, 2ème édition.

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k205843r/f50.item.r=renart

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k205843r/f51.item.r=renart

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k205843r/f155.item.r=taurin

— CHANCEL (Dominique), Les fourberies de renart, château de l'Arthaudière

 

http://sa83aed69b8e10aca.jimcontent.com/download/version/1456197172/module/13173735922/name/les%20fourberies%20de%20%20Renart%202016-2-12.pdf.

https://www.chateau-arthaudiere.com/ch%C3%A2teau-de-l-arthaudi%C3%A8re/renart-%C3%A0-l-arthaudi%C3%A8re/

— COUFFON (René), 1939, Répertoire des églises et chapelles du diocèse de Saint-Brieuc et Tréguier. Saint-Brieuc, Les Presses Bretonnes, 1939, p. 139.

 "L'église Notre-Dame et Saint-Barthélémy est un édifice rectangulaire avec bas côté sud de quatre travées, précédé d'un clocher remarquable. La première pierre de l'édifice fut posée le 12 mars 1506 ainsi que l'indique, sur un contrefort de la tour, l'inscription suivante : « Le Dozième Jour de mars l'an de grâce mil cinq Cent et seix fut la première pierre de cette chapelle assise ». Sur une sablière de la nef, une seconde inscription renseigne sur la marche des travaux : « Le cinquiesme jour de Janvier l'an mil Vcc  et VIII fut le boies de cette chappelle assys auquel temz estoit Maistre Jehan Le Dirvec recteur de la paroisse de Plouisy et gouverneurs de la dicte chapelle Jehan et autre Jehan Le Bellec ». Donnée en 1605 aux Cordeliers de Guingamp, qui avaient été chassés de leur couvent de la Terre Sainte, l'église fut dédiée le 13 août 1607, par Mgr. Adrien d'Ambroise, à Notre-Dame et à saint Barthélémy. "(R. Couffon).

— DUHEM (Sophie) 1997, Sablières sculptées de Bretagne : images, ouvriers du bois et culture paroissiale au temps de la prospérite bretonne (XVe-XVIIe s.). Thèse de doctorat en Histoire. Sous la direction de Alain Croix. Soutenue en 1997. à Rennes 2 .

— DUHEM (Sophie) 1998, Les Sablières sculptées de Bretagne, Presses Universitaires de Rennes, 390 pages. Pages 

2 ;4 ; 12 ; 19 ; 31 ; 36 ; 66 ; 69 ; 71 ; 95 ; 99 ; 148 ; 167 (Grylles); 169 ; 171 ; 172 (Renart) ; 174 (Chasse); 176 ; 177 ; 178 ; 179 ; 180 ; 193 ; 212 ; 213 ; 217 ; 226 ; 228 ; 229 ; 233 ; 272 ; 273 ; 291 ; 303.

DUHEM (Sophie) 1998, « Quant li goupil happe les jélines... », ou les représentations de Renart dans la sculpture sur bois bretonne du XVe au XVIIe siècle Annales de Bretagne et des pays de l'Ouest  Année 1998  105-1  pp. 53-69

http://www.persee.fr/doc/abpo_0399-0826_1998_num_105_1_3972

 

Images de Renart dans la sculpture sur bois bretonne

Représentations de Renart prêchant aux poules et de Renart écorché :

Le Faouët (Ch. St-Fiacre, v. 1480), Jubé, clôture est.

Le Faouët (Ch. Ste-Barbe, XVIe s.), 

Grâces-Guingamp (1506-1512),

Plumelec (Ch. St-Aubin, 1513),

Saint-Gilles-Pligeaux (XVe-XVIe s.),

Tréflévenez (XVIe s.).

[en pierre : Sizun frise extérieure]

Représentations de Renart et la fermière et variantes :

Cléguérec (Ch. de laTrinilc, milieu XVIe s.),

Guilligomarc'h (Ch. St-Éloi, XVIe s.),

Meslan (1527),

Ploërdut (Ch. de Crénenan, 1652),

Plougras (Ch. du Cimetière, XVIe s.),

Plourac'h (XVIe s.), sablière, 

Pont-Aven (Ch. de Trémalo, XVIe s.),

Saint-Nicolas-du-Pélem (Ch. St-Éloi, milieu XVIe s.),

Séglien (Ch. St-Jean, XVIe s.)

 

Renart et les poules :

Callac (Ch. St-Treffrin, XVe/XVIe s.), sablière,  Renart attaquant une poule

Châtelaudren (Ch. Notre-Dame-du-Tertre, XVIe s.),

Edern (Ch. du Niver, XIXe-XXe s.?),

Le Faouet (Ch. St-Sebastien, 1600-1608), sablières : Renart attaquant les poules.

Gourin (XVIe s.), sablière, Renart embroché.

Guern (Ch. de Quelven, XVe-XVIc),

Guimiliau (lere moitié du XVIIe s.),

Landemeau (Ég. St-Thomas, XVIe s., représentation disparue),

Landudal (XVIe-XVIP s.),

Langast (Ch. St-Jean, XVIe s.),

Lanvénégen ( XVIe s.),

Magoar (XVIe s.),

Neuillac (Ch. de Carmes, XVIe s.),

Plévin (Ch. St-Abibon, XVIIe s.),

Plouay (Ch. de Locmaria, XVIe s.),

Plourac'h (XVIe s.), sablière, Renart attaquant une poule

Le Quillio (Ch. St-Maurice, XVIe s.),

Séglien (Ch. de Locmaria (XVIe s.),

Suscinio (Château, fragment provenant de l'église de la Roche-Bernard, XVIe s.),

Trémeur (milieu XVIe s.)

 

— — Autres images de Renart :

Daoulas (Abbaye, XVe s.),

Hôpital-Camfrout (XVIe s.),

Loqueffret (XVIe s.).

 

— LE GOFF (Hervé), 2004 , Les riches heures de Guingamp, Plomée,- 766 pages

 

— LE ROUX (Gilbert), 1989, Plouisy Bulletin des Amis du Patrimoine de Guingamp n°6.

http://bibliotheque.idbe-bzh.org/data/cle_85/Les_Amis_du_Patrimoine_de_Guingamp_nA_6.pdf

—  MERLET,(François) 1949,. « Notre-Dame de Grâces », dans Congrès archéologique de France, CVIIe session, Saint-Brieuc, 1949.

—  MESNARD, (Maurice), 1981,. « L′église Notre-Dame de Grâces-Guingamp », dans MSECDN, t. CX, 1981.  

— ROPARTZ (Sigismond), 1851, Guingamp et le pélerinage de Notre Dame de Bon-Secours, Périssé, 1851 - 408 pages page 95

https://books.google.fr/books?id=yo3IIXTsyPIC&dq=gr%C3%A2ces+guingamp+rabelaisien&hl=fr&source=gbs_navlinks_s

 

Les bornes de cet ouvrage ne me permettent pas d'entrer dans l'étude détaillée de cette admirable chapelle, monument complet, sorti tout entier de la pensée du même artiste, dernière fleur du style ogival éclose sur le sol breton.

Ce qu'il y a de très-remarquable, c'est que les sculptures de Grâces ne sont autre chose qu'un long poème où sont stigmatisés tous les vices, sous la figure de Franciscains paresseux, avares et gourmands. Etait-ce une leçon de morale, était-ce une sanglante satire ? Quoi qu'il en soit, ces sculptures sont magnifiques de verve grotesque, et, pierres ou bois, dénotent certainement un très-habile ciseau et une luxuriante imagination. Voyez cette gargouille, c'est un gros Cordelier qui presse de ses deux mains son ventre trop plein, et dont la bouche grimace pour vomir ; étudiez l'une après l'autre les scènes rabelaisiennes, ciselées comme dessinait Callot, le long de la corniche du lambris : ici, c'est un moine ivre qui roule sous une tonne immense et se noie dans une mer de vin ; là, c'est un moine encore dont la sordide avarice se livre à un métier que ma plume ne peut décrire ; ailleurs, un diablotin lubrique brouette en enfer une charretée de nones ; tout cela est encadré dans un merveilleux fouillis de feuillage et d'arabesques, qu'animent des chasses fantastiques et que peuplent tout un monde d'animaux bizarres. La conclusion de ce poème étrange, c'est un bas-relief isolé où deux anges en pleurs montrent au peuple la sainte face du Christ, sanglante, meurtrie et couronnée d'épines, expiation éternelle de tous les désordres et de tous les scandales dont l'artiste vient de vous offrir la représentation cynique.

La pensée franciscaine, on le voit, remplit chaque détail de cette curieuse chapelle, et pourtant Grâces n'appartint aux Frères-Mineurs que cent ans après sa fondation ; mais on n'a pas oublié qu'un Franciscain, en bâtissant en ce même lieu un oratoire de mottes et de feuillage, avait été la première cause de la dévotion à Notre-Dame, et de la construction du monument.

— ROMAN DE RENART.

BnF Français 12583

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8447178n/f5.item

— ROPARTZ (Sigismond), 1859, Guingamp: études pour servir a l'histoire du tiers-état en Bretagne, Prud'homme, Volume 1 page 115

https://books.google.fr/books?id=o-oYAAAAYAAJ&dq=gr%C3%A2ces+guingamp+rabelaisien&hl=fr&source=gbs_navlinks_s

 

— TOULET (Simonne), 2010, L'église de Grâces et ses sablières, Bulletin des Amis du Patrimoine de Guingamp n°48.

http://bibliotheque.idbe-bzh.org/data/cle_89/Les_Amis_du_Patrimoine_de_Guingamp_nA_48.pdf

— ??, 1990, Les sablières de l'église de Grâces, Bulletin des Amis du Patrimoine de Guingamp n°8.

http://bibliotheque.idbe-bzh.org/data/cle_85/Les_Amis_du_Patrimoine_de_Guingamp_nA_8.pdf

— VARTY (Kenneth), 1967 Reynard the Fox : A Study of the Fox in Medieval English Art, Leicester university press.

 

— VARTY (Kenneth), 1999, Reynard, Renart, Reinaert and Other Foxes in Medieval England, The Iconographic Evidence, Amsterdam University Press, 359 pp., 269 illustrations.

 

Compte-rendu par A. Strubel, Cahiers de Civilisation Médiévale  Année 2002  45-180  pp. 409-410

http://www.persee.fr/doc/ccmed_0007-9731_2002_num_45_180_2841_t1_0409_0000_2

— WIRTH (Jean), ENGAMMARE (Isabelle), 2008, Les marges à drôleries des manuscrits gothiques, 1250-1350 Librairie Droz, 2008 - 413 pages

https://books.google.fr/books?id=jRgE3GtrT_UC&dq=renart+pr%C3%AAchant+aux+poules&hl=fr&source=gbs_navlinks_s

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Published by jean-yves cordier - dans Sablières
23 février 2018 5 23 /02 /février /2018 14:57

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Le 11 juillet 1898, lors des travaux de réfection du pavage de l'église Saint-Louis de Brest, des ouvriers découvrirent derrière le maître-autel une pierre tumulaire dont la face avait été renversée contre le sol. La dalle de kersanton retournée laissa voir un sujet sculptural parfaitement conservé. Un chevalier, tête nue, le visage rasé, était couché, les mains jointes sur la poitrine; deux anges  soutenant un voile sur lequel repose sa tête, tandis que ses pieds s'appuyaient sur un lion tenant un écu. L'examen de l'écu, qui est seulement chargé d'un chef plein sur un champ plein, et les détails précis du costume, permirent à M. Jourdan de la Passardière d'identifier le personnage ainsi représenté. Ce serait, d'après lui, Gilles de Texue, gouverneur de Brest en 1500, et dont la famille s'est éteinte au XVIe siècle. Comme l'église Saint-Louis n'a été crée et construite que dans la deuxième moitié du XVIIe siècle, et ne pouvait être la première résidence de cette tombe, on en déduisit qu'elle venait de la chapelle du château qu'il avait occupé lors de ses fonctions de gouverneur. Cette chapelle ayant été détruite lorsque l'in édifiait Saint-Louis, on y aurait transporté la dalle en même temps que beaucoup d'autres 

Gilles de Texue (1478 - 1514) fut capitaine et gardien du château de Brest de 1499 jusqu'au moins 1508. 

Il fut écuyer de la reine Anne de Bretagne et  fut choisi par la reine pour devenir capitaine et gardien du château de Brest en 1499. Le château est alors un site stratégique majeur. Il y recevra d'ailleurs  Anne de Bretagne, durant l'été 1505, à l'occasion de son pèlerinage. Il fut remplacé dans cette charge par le voyer de Trégomar, entre 158 et 1516, probablement en 1516.

 

LA FAMILLE DE TEXUE

Texue, aujourd'hui grosse métairie dans la paroisse de Pacé, était au moyen-âge un manoir qui donna son nom à une noble famille portant pour armoiries : d'argent au chef de sinople. Le premier auteur connu de cette maison fut Guillaume de Texue, mentionné par Dom Morice I.1517 dans un sauf-conduit délivré en 1357 par le roi d'Angleterre à certains écuyers de la suite de Charles de Blois. Il épousa, selon du Paz, Marie de la Roche-Épine. Robert de Texue, fils de ce Guillaume et son héritier, figure comme écuyer dans quatre monstres de Du Guesclin, une montre d'Eon de Baulon à Dinan, et une montre de Robert de Guitté à Paris. (Dom Morice).

 En 1414, Alain, écuyer, avec 13 autres écuyers de sa compagnie, fait partie du corps de 3000 hommes d'armes et 1500 hommes de trait sous Richement.

En 1419, Geoffroy, écuyer de la retenue du maréchal de Dinan, a sous ses ordres Bonabes et Bertrand de Texue, aussi écuyers, et accompagne avec eux le comte de Richement à Angers.

– Bertrand, qui avait suivi le duc Jean dans son voyage à Paris en avril 1418, aux gages de 12 livres pour un mois, et qui servait aussi dans le retenue de Bertrand de Dinan, s'arme en 1420 pour le recouvrement du duc, et figure encore en 1426 dans une monstre de Guy, sire du Gâvres.

 Bonabes prête serment au duc en 1437.

 En 1457, on trouve Noël; chevalier, l'un des gens d'armes du Maréchal de Malestroit. En 1471, il est lieutenant de Bertrand du Parc. En 1474 et 1477, il préside en cette qualité les monstres de Dinan. De 1480 à 1488, il est capitaine de Hédé.

GILLES DE TEXUE 

Quant à Gilles de Texüe, il déute en 1480 comme coustilleur dans la compagnie de 20 lances et 30 archers commandée par Thomas de Kerazret, qui devint plus tard, en 1489, capitaine de Brest.

En 1486, il reçoit mandement de rassembler la noblesse et de la conduire à Clisson pour résister aux ennemis du duc.

En 1488, il est envoyé en mission près du roi de France, et il est compris dans le béguin du duc François II pour 6 aunes de noir, pour faire robe et chaperon.

En 1489, il est capitaine de 20 hommes d'armes.

En 1495, il fallait se procurer de l'argent pour subvenir à la conquête du royaume de Naples : on fit des réductions de solde et de gages. Un état dressé à Lyon porte une réduction de 100 livres sur ceux de Texüe.

En 1489, il est compris au béguin de Charles VIII pur quatre aunes de drap noir. Il fait paryie de la maison de la Reine aux gages de 300 livres et figure au nombre des 50 hommes d'armes de sa garde, sous la charge du seigneur de Maillé.

Cette même année, il est capitaine de 20 hommes d'armes et 40 archers à la petite paye, et pourvu de la capitainerie de Brest, en remplacement de Guillaume Carrel ou Carreau.

En 1501, Gilles du Texue avait 800 livres de gages.

En 1506, il figure dans les comptes du duché comme écuyer d'écurie de la Reine Anne.

En 1508, il avait comme lieutenant à Brest Jehan de Saint-Hilaire.

Son décès se place probablement entre cette dernière date et 1516, époque à laquelle Bertrand Le Vayer de Trégomar, seigneur de la cour, est désigné comme capitaine de Brest aux gages de 700 livres. D'après Guillotin de Corson (Grandes seigneuries de Bretagne); Gille de Texüe mourut le 12 juillet 1514. Sa veuve Louise de Bintin lui survécut jusqu'en 1518.

 

La famille de Texüe s'est éteinte au XVIe siècle, et la terre de Texüe est entrée dans la famille de Brüllon en 1570 à la suite du mariage de Bonne de Texüe avec Pierre, chevalier de l'ordre du roi, veuf de Françoise de Sangay. Sébastien Brüllon, siuer de Texüe, issu de ce mariage, épousa en 1587 Claude du Chastel, et mourut sans postérité.

Son gisant en pierre noire de Kersanton, remarquablement conservé, est désormais exposé au musée naval du château de Brest ; il se trouve dans l’oratoire où Anne de Bretagne se recueillit lors de sa visite de 1505.

Au XVe siècle, la tour Duchesse Anne du château de Brest abritait le logis réservé à la résidence du duc ou de son représentant. On y trouvait, du rez-de-chaussée au deuxième étage, des celliers abritant les vivres, une vaste cuisine et deux salles de réception. Le troisième étage abritait les espaces privés de l'occupant des lieux, des chambres et un lieu de culte, l'oratoire.

Dans cette pièce à l'ornementation très simple, les arcs nervurés soutenant la voûte reposent sur des consoles sculptées qui représentent les symboles des quatre évangélistes, le lion de saint Marc, l'aigle de saint Jean, le bœuf de saint Luc et l'homme de saint Matthieu. Les baies ont gardé leur disposition d'origine, notamment celle située à l'est, pourvue de bancs occupant chacun de ses ébrasements. L'ensemble est en kersanton, une pierre extraite aux environs de Brest que l'on retrouve dans de nombreux calvaires.

Je reprends la description qu'en a donnée en 1898 Abel Chabal, président de la Société des architectes de l'arrondissement de Brest (et bien connu, avec son fils Gaston, comme architecte exclusif de la S.A de la Plage de Morgat).

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Oratoire du troisième étage de la Tour Duchesse Anne du château de Brest. Photographie lavieb-aile février 2018.

Oratoire du troisième étage de la Tour Duchesse Anne du château de Brest. Photographie lavieb-aile février 2018.

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Oratoire du troisième étage de la Tour Duchesse Anne du château de Brest. Photographie lavieb-aile février 2018.

Oratoire du troisième étage de la Tour Duchesse Anne du château de Brest. Photographie lavieb-aile février 2018.

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Oratoire du troisième étage de la Tour Duchesse Anne du château de Brest. Photographie lavieb-aile février 2018.

Oratoire du troisième étage de la Tour Duchesse Anne du château de Brest. Photographie lavieb-aile février 2018.

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Gisant (kersanton, vers 1512) de Gilles de la Texue, oratoire de la Tour Duchesse Anne du château de Brest. Photographie lavieb-aile février 2018.

Gisant (kersanton, vers 1512) de Gilles de la Texue, oratoire de la Tour Duchesse Anne du château de Brest. Photographie lavieb-aile février 2018.

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Gisant (kersanton, vers 1512) de Gilles de la Texue, oratoire de la Tour Duchesse Anne du château de Brest. Photographie lavieb-aile février 2018.

Gisant (kersanton, vers 1512) de Gilles de la Texue, oratoire de la Tour Duchesse Anne du château de Brest. Photographie lavieb-aile février 2018.

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 La dalle est en kersanton. La tête est nue. Les cheveux  sont longs.  La large chevelure bouclée, à frange, était à la mode sous Louis XI et Charles VIII, alors que les hommes d'armes portaient jusqu'au milieu du XVe siècle les cheveux courts.

Le visage est rasé. Deux anges soutiennent  un voile, sur lequel repose la tête. L'armure se compose d'un haubergeon dont les mailles apparaissent au cou et entre les tassettes.

 

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Gisant (kersanton, vers 1512) de Gilles de la Texue, oratoire de la Tour Duchesse Anne du château de Brest. Photographie lavieb-aile février 2018.

Gisant (kersanton, vers 1512) de Gilles de la Texue, oratoire de la Tour Duchesse Anne du château de Brest. Photographie lavieb-aile février 2018.

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Les jambes sont recouvertes par les cuissards, avec genouillères articulées, et les grèves en deux pièces. Les cuissards sont forgés d'une seule pièce au lieu d'être à lamelles articulées .  La chaussure est celle dite "pieds d'ours", courte et large à l'extrémité : ces solerets furent à la mode de 1500 à 1530 (Wikipédia) ou entre 1485 et la fin du XVe siècle, préférées aux "poulaines " car elle n'empêchaient pas de marcher. 

Les pieds sont posés sur un lion, qui tient entre ses pattes de devant un écu retourné vers la tête du chevalier. Cet  écu est rattaché au cou du lion par une courroie bouclée.
 . Toute la sculpture est assez bien exécutée et, à part quelques cassures, dans un bel état de conservation. 

Au côté gauche une épée, droite, large, très forte et de section losangée, soutenue par deux bélières.

Gilles de la Texue serait mort dans son lit, si on en juge par la position de son casque. Certains auteurs rapportent en effet que les chevaliers qui perdaient la vie sur un champ de bataille étaient représentés le casque en tête et l'épée à la main.

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Gisant (kersanton, vers 1512) de Gilles de la Texue, oratoire de la Tour Duchesse Anne du château de Brest. Photographie lavieb-aile février 2018.

Gisant (kersanton, vers 1512) de Gilles de la Texue, oratoire de la Tour Duchesse Anne du château de Brest. Photographie lavieb-aile février 2018.

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Sur la cuirasse, une cotte d'armes rembourrée et  courte, avec pèlerine (abandonnée sous Charles VII, elle fut reprise sous Louis XI). Un pli de cette cotte agrafé par un bouton forme la manche. Les mains sont jointes. Au côté droit de la figure sont posés, un casque du genre armet, et des gantelets articulés.

 

 

 

 

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Gisant (kersanton, vers 1512) de Gilles de la Texue, oratoire de la Tour Duchesse Anne du château de Brest. Photographie lavieb-aile février 2018.

Gisant (kersanton, vers 1512) de Gilles de la Texue, oratoire de la Tour Duchesse Anne du château de Brest. Photographie lavieb-aile février 2018.

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Le lion présente l'écu d'argent, au chef de sinople (blanc, avec la partie haute verte) de la famille de Texue.

Pour Pol de Courcy (Nobiliaire et armorial de Bretagne, 1890)

https://fr.wikisource.org/wiki/Nobiliaire_et_armorial_de_Bretagne/T

Texue (de). sr dudit lieu, par. de Pacé, — de la Rivière, par. de Noyal-sur-Vilaine, - de Launay-Milon et de la Gouzée, par. de Gévezé, — de Sèvedavy et de’la Gérardière, par. de Saints, — de Glairefontaine, par. de Vignoc, — de Lesnen, — de Trénault. Réf. et montres de 1427 à 1513, dites par., év. de Rennes et Dol. D’argent au chef de sinople.

Qeoffroi, épouse vers 1417 Jeanne de Saint-Pern ; Gilles, capitaine de Brest en 1500. La branche ainée fondue dans la Ferrière ; la branche de la Rivière fondue dans Brullon.

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Gisant (kersanton, vers 1512) de Gilles de la Texue, oratoire de la Tour Duchesse Anne du château de Brest. Photographie lavieb-aile février 2018.

Gisant (kersanton, vers 1512) de Gilles de la Texue, oratoire de la Tour Duchesse Anne du château de Brest. Photographie lavieb-aile février 2018.

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Gisant (kersanton, vers 1512) de Gilles de la Texue, oratoire de la Tour Duchesse Anne du château de Brest. Photographie lavieb-aile février 2018.

Gisant (kersanton, vers 1512) de Gilles de la Texue, oratoire de la Tour Duchesse Anne du château de Brest. Photographie lavieb-aile février 2018.

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Le capitaine de Brest contemple fixement le plafond. 

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Gisant (kersanton, vers 1512) de Gilles de la Texue, oratoire de la Tour Duchesse Anne du château de Brest. Photographie lavieb-aile février 2018.

Gisant (kersanton, vers 1512) de Gilles de la Texue, oratoire de la Tour Duchesse Anne du château de Brest. Photographie lavieb-aile février 2018.

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Effectivement, au croisement des nervures de l'oratoire s'est suspendu un hurluberlu nu et saugrenu qui montre son cul pour hanter le dernier sommeil d'un vieux soldat.

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Gisant (kersanton, vers 1512) de Gilles de la Texue, oratoire de la Tour Duchesse Anne du château de Brest. Photographie lavieb-aile février 2018.

Gisant (kersanton, vers 1512) de Gilles de la Texue, oratoire de la Tour Duchesse Anne du château de Brest. Photographie lavieb-aile février 2018.

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Juste au dessus du gisant (kersanton, vers 1512) de Gilles de la Texue, oratoire de la Tour Duchesse Anne du château de Brest. Photographie lavieb-aile février 2018.

Juste au dessus du gisant (kersanton, vers 1512) de Gilles de la Texue, oratoire de la Tour Duchesse Anne du château de Brest. Photographie lavieb-aile février 2018.

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Notre défunt appellera sur lui la protection du Lion de saint Marc...

Oratoire de la Tour Duchesse Anne du château de Brest. Photographie lavieb-aile février 2018.

Oratoire de la Tour Duchesse Anne du château de Brest. Photographie lavieb-aile février 2018.

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... et de l'Homme (ici chenu et barbu et aux oreilles velues) que les spécialistes considèrent paraît-il comme l'attribut de l'évangéliste Matthieu. 

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Oratoire de la Tour Duchesse Anne du château de Brest. Photographie lavieb-aile février 2018.

Oratoire de la Tour Duchesse Anne du château de Brest. Photographie lavieb-aile février 2018.

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SOURCES ET LIENS.

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DUCREST DE VILLENEUVE (M.E.), 1898,  "Pierre tombale découverte à Saint-Louis de Brest", Bulletin de la Société archéologique du Finistère T.XXV pages 248-254.

— L'ORME (M.A. de) 1911, "Le Tombeau de Gilles de la Texue", in "L'église saint Louis de 1870 à 1911", in "Histoire de l'église Saint-Louis",  Bulletin de la Société académique de Brest,  Imp. Kaigre, Brest, page 79

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k207703m/f79.image

 

—JANNIC DE KERVIZAL (H. Le ), 1898-1899, « Une explication de la pierre tombale de l'église Saint-Louis de Brest », Bulletin de la Société académique de Brest, XXIV, 1898-1899, p. 171-192.

Cet auteur décrit le gisant, donne des informations sur Gilles de Texue, mais ne croit pas que le gisant soit le sien . C'est cependant l'identification le plus souvent retenue.

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k2076476/f169.image

—Lobineau Mémoires : La Texue  Archier en 1498

https://books.google.fr/books?id=53nLJ6X1NykC&pg=PA1597&lpg=PA1597&dq=gilles+de+texue&source=bl&ots=M0XcPJmYs2&sig=H7CisMYliuvfiyRLg86mQDnuk4U&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwiKvbmxtrrZAhWD8RQKHWWzArkQ6AEIRDAF#v=onepage&q=gilles%20de%20texue&f=false

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Published by jean-yves cordier - dans Gisants
19 février 2018 1 19 /02 /février /2018 14:33

Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces (22).

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Je les décrirai en partant de l'angle nord-est, à gauche du chœur, et en faisant le tour, comme n'importe quel visiteur, je terminerai à l'angle sud-est, à droite du chœur.

Les photographies ont été prises avec les moyens du bord, sans bénéficier de l'éclairage dont les sablières sont équipées, mais qui n'était pas allumé pour les Journées européennes du Patrimoine de septembre 2017. La voûte est assez élevée (6,50 m),  les sculptures sont badigeonnées d'une peinture café-au-lait sur un fond lie-de-vin, avec des reste de peinture bleue, et j'ai fait ce que j'ai pu. J'suis pas photographe, mais touriste.

Les arches ogivales des quatre travées de la nef principale (je décrirai dans un autre article la nef du bas-coté droit) créent dans le vaisseau central une première partition, à laquelle s'ajoute celle que déterminent les nervures de la charpente lambrissée et les entraits à engoulants. Ceux-ci, au nombre de six, déterminent sur la voûte huit  espaces à trois nervures, ce qui fait qu' entre ces engoulants,  les pièces de bois placées en corniche et désignées sous le nom usuel de "sablières" sont donc au nombre de huit de chaque coté. Si je calcule bien, cela fait seize sablières à décrire, bon courage.

Mais leur description au fil du parcours d'un coté à l'autre ne fait pas apparaître la correspondance des thèmes entre les deux cotés. Je commence donc par une liste des thèmes iconographiques qui souligne cet accord fréquent entre nord et sud.

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Blochet Nord-est : lion ......................................... Blochet sud : ange.

N1. Combat contre des dragons.......................... S1 : Feuillage entre une femme et un dragon.

N2.  Chasse au cerf. .............................................S2 : Chasse au lièvre.

N3. Course de renards dans une pampre...........S3 : Ivrognerie

N4. Tête de bélier. ................................................S4 : Rinceau tenus par un dragon

N5. Hommes, chiens et os........................... .......S5 . Fest-noz scatologique.

N6. Feuilles sortant d'un dragon.........................S6 : Feuilles sortant d'un dragon.

N7. Hommes sauvages attaquant des dragons. S7 : Lutte d'hommes contre des dragons

N8. Anges tenant un blason................................S8 : Anges tenant des phylactères.

Blochet N-O : contorsionniste exhibant son cul. Blochet sud : absent.

 

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I. LES SABLIÈRES DU COTÉ NORD.

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Première travée.

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Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Cela commence mal, j'ai oublié de photographier le blochet nord-est : c'est un lion rugissant .

N1. Première pièce. Combat de dragons avec une licorne et un chien.

Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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La sablière débute (si on adopte ce point de départ) par la face en pleine lune d'un homme agrippé à un os (un fémur). Comme nous allons retrouver ces traits stylistiques, notons les yeux en amande (ou en pruneaux), largement ouverts, aux pupilles sculptées, et enfoncés dans deux vastes cratères ovales. Avant de lui attribuer la trop grande oreille gauche, il faudrait avoir écarté la possibilité que cela soit le repli de son bonnet. Mais ce qui nous marque le plus, c'est la double rangée de dents de son sourire. Une pub pour un dentifrice ? À d'autres !  Car l'homme semble plutôt en proie à la plus vive terreur, claquant des incisives  en manipulant cet ossement. Est-il seulement encore humain, ou surgit-il d'entre les morts ? 

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Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Puis vient le premier affrontement, entre un chien et un dragon (désolé, l'autofocus s'est intéressé au lampadaire, comme l'imbécile qui regarde le doigt et non la lune).

Le chien a les traits massifs, les larges oreilles, l'accentuation de la bosse occipitale,  la queue fournie dressée en sabre, mais son poil lisse est interrompu, sur les antérieures, par une véritable crinière, une particularité que je ne retrouve dans aucun des chiens courants d'une chasse à courre, à corps et à cri comme l'Artois, le Poitevin, les français blanc-et-noir ou tricolore, pour ne rien dire du Porcelaine ou du Billy. La truffe haute, les babines retroussées, il expose toute la puissance de  ses 42 dents.

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Le dragon a tous les traits de sa race : les yeux proéminents, l' haleine fétide (je la sens encore), l'infecte salive, la vilaine manie de tirer la langue, la peau écailleuse pendant en plis successifs sur les purulentes scrofules, les pattes à ergots crochus, et les ailes nervurées héritées d'une grand-mère ptérosaure.

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Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Ce dragon s'est placé dos-à-dos avec son congénère, pour ne pas être attaqué par l'arrière, et il a renforcé cette défense en nouant sa queue avec celle de son jumeau. Cette queue n'est plus à présenter, et chacun sait qu'elle se dote d'une petite tête, plus  pratique encore que vos caméras et radars de recul. Ici, elle bifurque en se greffant sur un épineux appendice caudal.

Sous l'effet d'un très vieil atavisme, et au mépris des liens du sang, les deux têtes s'aboient dessus mutuellement,  comme un lion qui attaquerait son image spéculaire.

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Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Son voisin de palier a fort à faire pour esquiver l'attaque d'une méchante licorne qui lui a enfoncé la corne dans le gosier. Aïe aïe aïe ! 

 Dame licorne a plutôt l'aspect d'un hippopotame. Elle possède une paire d'ailes plissées rabattue en courte pèlerine.

Ce duel dragon-licorne évoque d'autres sablières, comme celle de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre de Châtelaudren (16 km à l'est de Guingamp) avec un combat licorne-lion (et un couple de dragons, et une chasse à courre). Ou bien celle de Le Tréhou, où un homme tient les cornes de deux licornes. 

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Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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N2. Chasse au cerf par trois chiens et un veneur soufflant dans sa trompe.

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À gauche, un veneur souffle dans une curieuse trompe de chasse, peu évasée mais dotée d'une embouchure. Il est vêtu d'une tunique plissée, à manches longues, et il est coiffé selon la mode des cheveux mi-longs formant deux épaisses masses de chaque coté. Comme Charles VIII.

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Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Il mène trois chiens à l'assaut : Taïaut ! Le premier n'a pas de collier, ses oreilles sont pendantes. Tout le contraire des deux suivants, aux larges colliers et aux oreilles dressées. Le cerf n'en mène pas large, d'autant qu'il est acculé dans le fond de la sablière.

À Notre-Dame-du-Tertre, le chasseur mène son chien à l'assaut d'un sanglier, mais le principe est le même.

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Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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N3. Renards traversant un pampre de vigne tendu entre deux dragons.

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Une pampre (grappes de raisins, feuilles de vigne et vrilles) forme des spires que deux animaux s'amusent à traverser. 

Cette pampre est tendue par deux dragons. À droite, il est facile à déterminer, mais celui de gauche ne propose que son échine dentelée pour l'identifier avec certitude. Comment sont les femelles des dragons ? 

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Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Les deux petites bêtes qui courent dans les tunnels végétaux comme dans une aire de jeu sont pour moi des renardeaux, mais je ne peux exclure que ce soient des hermines, car cette espèce affectionne beaucoup, dans le matériel héraldique des ducs de Bretagne, de se faufiler en criant "chat" dans des spirales de phylactères.

Hop ! Hop! Rehop!

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Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Ici, la tête caudale du dragon adopte la forme de celle d'un serpent.

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Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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N4. Tête de bélier et feuille d'eau.

Je passe.

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Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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N5. Homme et os, chiens et os.

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Le blochet reprend tous les caractères de notre homme archétypal de la pièce N, mais dans la version Joyeux Drille car  il est hilare. Il trouve son homologue exact en face de lui, sur la rive sud.

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Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Au centre, un homme sous son chapeau breton tient un os (toujours un fémur) dans la main gauche, ce qui entraîne la sortie immédiate de son chien hors du bosquet où il songeait (car que faire en un bosquet, à moins que l'on ne songe ?). De la main droite, il tend une bande d'étoffe, qui ressemble plus à sa serviette qu'à un muet phylactère. 

Son second chien (il n'en n'a que deux) s'enfuit vers la gauche, un os entre les dents (*)

(*) J'ignore si vous connaissez cette expression de la bonne vieille marine à voile qualifiant un voilier toute voile dehors qui fait naître joyeusement de chaque coté de l'étrave deux vagues d'écumes :  she's got a bone in her theeth.  Elle eut son heure de gloire, en français, pour qualifier les performances jouissives du Libberdade de Joshua  Slocum, ou celle du navire de Moitessier par Gérard Janichon ou celles de Pen Duick VI, ou sous la plume des journalistes de Voiles et Voiliers.

Cette débonnaire histoire de nonos à chien-chien  serait assez banale si elle n'avait pas débuté en N1 par la funèbre représentation de l'homme au fémur, et si elle ne se prolongeait pas ensuite par d'autres épisodes troublants.

L'artiste ne manque pas d'humour, lorsqu'il joue de la ressemblance entre l'épiphyse fémorale supérieure ( c'est le fameux "col du fémur" !) et la tête des chiens, entre l'extrémité céphalique et la truffe ou le museau, entre le col fémoral et l'angulation entre front et chanfrein canin, et surtout entre le grand trochanter (dont il accentue à dessein la saillie) et les oreilles dressées. Irrésistible, non ? Un dessin ?

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Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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N6. Feuillages sortant de la gueule d'un dragon et tenus par un homme.

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Le dragon est couché, hilare, sous une couverture de feuilles, mais il pointe ses yeux de grenouilles et le diastasis médian et paramédian de ses quenottes pour regarder, de l'autre coté, un humain complètement submergé par cette production végétale.

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Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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N7. Hommes sauvages combattants des dragons.

Nous retrouvons ici trois dragons (j'aurais dû les compter depuis le début) aux prises avec trois hommes sauvages armés de gourdins.

Le thème de l'Homme sauvage (wild man) est trop vaste pour épuiser le contenu d'une exposition au Cloisters du Metropolitan de New-York en 1980-81, (Husband, The Wild Man, medieval myth and symbolism) ou des travaux de l'Université de Toulouse sous l'égide de Sophie Duhem. 

Ici, ces hommes sont velus hormis le visage, les mains et  pieds. Leur nez épaté et leurs dents divergents en éventail et largement exposées, leurs grimaces simiesques, l'agilité de leurs gesticulations altèrent l'humanité de leurs traits. Ils ne sont pas si éloignés des dragons qu'ils combattent, ou des animaux qui les ont précédés sur les pièces précédentes, et s'ils sont sauvages, ils sont aussi sylvestres : ces hommes verts, ou hommes des bois, appartiennent à ce monde frontière entre humanité et animalité, civilité et sauvagerie qui est précisément celui qu'explore le Chasseur. Dans tous les mythes, le chasseur est exposé à des rencontres féeriques en raison de cette frontière entre deux mondes, et de ses dangers.

Ces êtres primitifs, pré-humains, sont à l'Homme ce que les Titans étaient aux Dieux grecs. Ils livrent de terribles combats de dimension cosmiques contre des Puissances déchaînées. Et ils le font ici avec un enthousiasme pétulant, enfonçant à qui-mieux-mieux leur pieu écoté dans la gueule des monstres, dans une variante de la licorne enfonçant sa corne.

Ces règlements de compte ne nous concerneraient pas, si nous n'adoptions pas spontanément le camp des Joyeux Drilles pour qu'ils nous débarrassent des vilaines bêtes qui nous font peur.

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Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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N8. Deux anges tenant un blason ; Homme extrayant un os ; dragon dévorant un petit homme.

. Nous ne sommes pas débarrassés des Dragons, puisque la pièce commence, à droite, par une scène de dévoration d'un de nos congénères par un de ces Dangers Publics. L'artiste développe donc au fil des motifs un propos assez cohérent où il déploie sur l'encadrement des voûtes un vaste tableau de ce qui menace les fidèles réunis pour les offices : la Mort et ses ossements,  le Mal, la violence d'un Autre Monde, les enjeux cosmiques passant bien au dessus des cheveux de monsieur et madame Tout-le-Monde. Très habilement (mais aussi très fidèlement aux traditions des ymagiers et huchiers), il ne se livre pas à un prêche dicté par le recteur, il ne fait aucune référence à Dieu ou à ses saints, aux Enfers ou au Paradis, à la lutte des Archanges contre les Diables, à une scène biblique ou Christique, mais il met en œuvre un bestiaire des personnages plaçant le pouvoir d'évocation ailleurs. Les  personnages de son petit théâtre sont-ils celtiques, pré-chrétiens, ou archétypaux, chacun répondra à sa convenance, mais ce qui est certain, c'est que ces fémurs, ces chasseurs, ces bêtes féroces, ces dragons et ces hommes sauvages racontent, sur les huit pièces que nous venons d'examiner, une seule histoire.

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Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Puis viennent deux anges tenant un blason. Comme celui-ci a perdu les meubles et les couleurs qui devaient y être peints, nous ne pouvons rien en dire.

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Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Le personnage qui ferme le cycle des huit sablières est allongé, une jambe droite repliée, et le visage grimaçant. Il tient (encore !) un fémur, mais seuls les 3/4 de l'os est visible ( les condyles fémoraux, le fût et  le grand trochanter, encore attaché à un fragment du tendon)  sont visibles, tandis que le col et la tête disparaissent...précisément à l'endroit de leur emplacement anatomique sur notre homme. Faut-il imaginer qu'il est en train de l'extraire de son propre corps, ou, au contraire, de tenter de le remettre en place ? Ses grimages de douleurs seraient bien justifiées.

Il est pieds nus,mais le sculpteur a représenté avec soins sa tunique à gros plis, et surtout sa manche, dont le soufflet est fermé par deux langeuttes à boutons.

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Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Blochet Nord-ouest : acrobate exhibitionniste anal.

Le blochet annonce la veine dévergondée qui nous attend désormais du coté sud. C'est un acrobate ou contorsionniste qui réussit à fléchir ses hanches suffisamment pour mettre ses pieds – chaussés – contre ses oreilles. Or, il a pris soin de remonter sa tunique et de baisser ses chausses afin de présenter au public le spectacle obscène de son cul. Un "pète-en-gueule", comme il est courant d'en trouver sur les sculptures des sablières et autres pièces de charpente, sur les stalles, etc. Exemple à La Roche-Maurice.

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Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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II. LES SABLIÈRES DU COTÉ SUD DE LA NEF.

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S8. Trois anges tenant des phylactères.

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Ces trois anges manquent un peu de grâce, et ressemblent plutôt, dans leur lourde robe plissée, à des magistrats en perruque. Le texte de leurs phylactère s'est effacé, et nous passerons à la sablière suivante après les avoir salués.

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Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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S7. Hommes combattants des dragons.

Cette sablière est faite de la réunion de deux pièces un peu différente. À droite, elle débute par un dragon ailé renversé sur le dos sous l'effet du choc d'un coup d'épieu. Le responsable, à la différence des sauvages qui lui font face en N7, est habillé et coiffé d'un bonnet, mais son rictus à pleines dents, ses sillons naso-géniens en parenthèses,  ses larges narines  et ses yeux  abrités sou le vaste préau des sourcils le trahissent : une partie de son arbre généalogique servi à tailler les sablières nord.

Son voisin , dont le chaperon se termine par une tête de chat, s'apprête à lancer une pierre sur le premier qui approche.

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Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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La pièce voisine montre un homme portant une chevelure frisée à gros rouleaux (les perruques ne seront à la mode que bien plus tard) ; il a l'air fort satisfait de lui, et il croise ses huit doigts sur son ventre bedonnant. 

C'est tout le contraire, embonpoint et frisettes à part, avec l'homme nu qui bondit, gourdin en main, à l'attaque du dragon qui pointe sa gueule gourmande du coté gauche. C'est le retour de l'Homme sauvage coté sud.

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Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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S6. Feuillages sortant de la gueule d'un dragon.

Cet Intermède végétal dont les feuilles en raquette ou râpe à parmesan  nous ont déjà été présentés en N6 sort de la gueule d'un nouveau dragon.

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Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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S 5. Une orgie : scène scatologique, buveurs, fou et sa marotte, joueur de cornemuse. 

 

Enfin ! c'est maintenant qu'on s'amuse ! Et qu'on s'interroge.

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Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Nous avons ici six personnages. Le premier, renversé en arrière, tient un bâton dirigé devant lui vers le sol.  Il porte un accessoire rond à la ceinture. Il n'est vêtu que d'une tunique, mais ses jambes et ses cuisses sont nues.

Devant lui, un homme jeune (ou un garçon) entièrement nu tend un récipient sous le cul du suivant ; dans ce récipient, des "boulettes" qui ont sans aucun doute des crottes. Aussi se détourne-t-il en grimaçant, tandis que, de la main droite, il se gratte la fesse, à moins qu'il ne jette quelque chose derrière lui. 

Le troisième sire a la tête et le haut du corps recouvert d'un vêtement à capuche, dont il a relevé le bas  : fesses et jambes nues, il se soulage, comme nous l'avons vu. mais concommitament, il se nourrit ou, du moins, il penche son menton vers une assiette contenant ... ce que je lui souhaite être deux pommes bien mûres.

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Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Nous voici maintenant face à un Fou. Un vrai, en habit de travail, qui inclut la cagoule à oreillettes et grelots, cagoule qui appartient à une tunique fendue sous la ceinture en pans triangulaires – avec leurs grelots– et dont les manches à crevés doivent dissimuler aussi quelques clochettes. Sous cette tunique, comme tous les convives, il est nu. Pour ce que j'en vois.

Comme tout Fou, il tient sa marotte, cette marionnette montée sur un manche de bois, et  qui le regarde en lui renvoyant sa propre image.

De l'autre main, il tient ou tenait un autre objet.

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Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Après le Fou, l'Ivrogne. 

À plat ventre, les pieds nus repliés vers les fesses, complètement ivre, il tente de porter, les yeux clos, une chope à ses lèvres, mais il n'atteint que son menton. Il ne lâcherait son pichet pour rien au monde. Ses beaux cheveux bouclés sont coiffés d'un béret aux bords repliés.

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Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Le joueur de cornemuse est le seul  qui soit resté chaussé. Un genou à terre, il écrase la semelle de sa bottine. C'est vraiment la mode des longs cheveux en boucles, car, comme les anges de S8, comme le Monsieur important de S6, ou comme les quatre co-locataire de sa sablière, c'est un vrai flot de belles anglaises qui ruissellent sous son chapeau breton. Les yeux presque fermés, il joue, les deux mains posées sur le chalumeau conique de son instrument tout en pressant le sac entre poitrine et bras droit.  Le porte-vent frôle ses lèvres, non sans créer un effet comique en rappelant la posture du buveur. Le bourdon d’épaule est bagué d'une moulure à mi-corps et à l'attache du pavillon.

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Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Le blochet adossé à  S5. 

C'est le même que du coté nord : un Gargantua barbu, avec un orifice dans la bouche comme pour les gargouilles.

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Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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S4. Dragon tenant la tige de feuilles et de grappes.

Comme en N3, où des renardeaux couraient à travers les spires, c'est un pampre de vignes à vrilles, feuilles et grappes, et c'est un dragon, vu d'avion, et reconnaissable de manière infaillible grâce à son échine épineuse.

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Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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S3. Ivrognerie à sept buveurs.

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Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Les sept hommes de cette confrérie des joyeux buveurs portent la même tenue, une tunique à cagoule très ajustée descendant à mi cuisses, des chausses, et des bottines. Ils sont si semblables qu'on pourrait penser à sept temps successifs de l'histoire du même héros, mais non. Le comique vient du fait que chacun est courbé comme  dans un tunnel, dans une étroite promiscuité.

Le premier des sept est assis et boit, avec un gobelet énorme, le contenu d'une bouteille. Ou plutôt d'un tonnelet à bec verseur central et aux flancs cerclés. Il appuie son genou sur la fesse du suivant.

 

 

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Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Le deuxième et le troisième sont tournés l'un vers l'autre. Le premier enserre fermement le goulot d' une bouteille aux flancs bombés, aux faces plates et dotée d'un large pied. La main droite posée sur son crâne tant il a mal aux cheveux, il supplie (c'est mon interprétation) le tavernier de  remplir sa sacrée bouteille, mais celui-ci, un bras sur le tonneau dont il a la garde, n'en manifeste pas l'intention. 

Ce face à face en chien de faïence de part et d'autre d'un flacon ne manque pas d'humour.

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Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Pendant que le tenancier est occupé par le client précédent, un autre s'approche subrepticement du fameux tonneau et remplit son pichet (en terre vernissé ou en étain) au robinet de soutirage placé de son coté.

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Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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L'image suivante nous apprend que ce pilier de taverne est poussé par la main bien placé d'un collègue qui s'apprête à lui tendre une bouteille. L'artiste a pris plaisir à faire épouser la courbe des fesses du premier avec celle du ventre ballonné du second, et à souligner la tension qui s'exerce sur les boutons de la robe sous l'effet de cette pléthore à la Falstaff.

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Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Hélas, dans cette suite de duos conflictuels, le quidam ne parvient pas à se saisir du flacon, à laquelle se cramponne avec l'énergie du désespoir assoiffé un avant-dernier convive : front contre front, trogne contre trogne, le regard chaviré, ils forment un couple truculent qui semble venir du Repas de Noces de Pieter Brueghel pourtant peint 50 ans plus tard, ou des danseurs d'une Kermesse flamande.

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Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Enfin la série des sept buveurs se termine, toujours dans l'alternance tête à tête et cul à cul, par Dormeur, qui rêve de barriques en étreignant sa cruche. C'est très émouvant.

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Les sablières  (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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S2. Une chasse au lièvre.

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Les sablières  (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Les sablières  (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Les sablières de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces (22).

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Les sablières de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces (22).
Les sablières de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces (22).
Les sablières de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces (22).
Les sablières de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces (22).
Les sablières de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces (22).

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S1. Frise de feuillage issue de la gueule d'un dragon et s'achevant vers une femme allongée.

Nous retrouvons ici les feuilles allongées et râpeuses, sortes de croisement de lambeaux de peau de saurien et de frondes de Fucus spiralis, dont les bordures détachent des replis spiralés. Du monstre qui les produit, nous ne voyons que la tête  au chanfrein verruqueux et aux oreilles en feuille de muguet (Convallaria majalis).

Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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En suivant les circonvolutions de la longue lanière, nous parvenons à la figure inattendue d'une femme en coiffe , couchée sur le coté, jambes croisées avec une désinvolture frisant le sans-gêne, et qui nous désigne de l'index son sein droit après s'être dépoitraillée. Que vient faire ici cette lascive femme de mauvaise vie  et son geste d'invite, si ce n'est de clore la longue galerie des Vices et des Débauches, mise en parallèle avec le tableau de notre transformation en un sac d'os, dévoré par les Puissances chtoniennes ?

Rien n'incite à y voir la Grande Prostituée de l'Apocalypse 17, et les références bibliques sont absentes ici.

 

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Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Blochet sud-est : un ange.

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Pour boucler la boucle de notre circumduction le nez en l'air, le point final sera, avec une photo plus médiocre encore que les autres, le blochet sud-est .

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Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Un prochain article examinera les sablières du bas-coté sud (il n'y en n'a qu'un, on ne peut pas se tromper).

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SOURCES ET LIENS.

BARTHELEMY (Anatole de) et GUIMART (Charles), 1849, Notice sur quelques Monuments du département des Côtes-du-Nord Bulletin monumental / publié sous les auspices de la Société française pour la conservation et la description des monuments historiques ; et dirigé par M. de Caumont, Société française d'archéologie pages 5-54.

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k310344/f42.item.texteImage

 

Notre-Dame-de-Grâce. Non loin de Guingamp, est  l'église Notre-Dame-de-Grâce qui contient des reliques de  saint Charles de Blois. C'est un édifice qui fut commencé en  1506 ainsi qu'il résulte de deux inscriptions gravées l'une  sur une charmante frise en bois qui court tout le long de la  nef principale et du collatéral de droite l'autre sur le pilier à gauche du portail, extérieurement. L'inscription de la frise et du pilier portent le doziesme jour de mars /CK de grace mil cinq centz et seix fut la première pierre de ceste chappelle assys. A côté on lit Le r". et ~fZ fut le lines ? de ceste chappelle assis ou quel  estoit maigre Jehan le D. nece recteur de la paroisse de  Plouisy, et gouverneurs de Jehan Telles. 

La frise en question admirablement travaillée représente des chasses au cerf et au lièvre des vignes, des vendangeurs, des dragons, des dessins un peu lestes, des diables un lion combattant une licorne etc. 

—  BAKHTINE M., L'oeuvre de François Rabelais et la culture populaire au Moyen Age et sons la Renaissance, Paris. 1970. 

DUHEM (Sophie) 1997, Sablières sculptées de Bretagne : images, ouvriers du bois et culture paroissiale au temps de la prospérite bretonne (XVe-XVIIe s.). Thèse de doctorat en Histoire. Sous la direction de Alain Croix. Soutenue en 1997. à Rennes 2 .

DUHEM (Sophie) 1998, Les Sablières sculptées de Bretagne, Presses Universitaires de Rennes, 390 pages.

— MATTE (Jean-Luc), Iconographie de la cornemuse.

http://jeanluc.matte.free.fr/invg.htm

"Cornemuseux en buste à l’extrémité d’une section de sablière, à sa gauche un buveur puis un fou reconnaissable à son bonnet et à sa marotte

Début XVIème

1 bourdon d’épaule à moulure presque médiane et pavillon mouluré, chalumeau conique

Cité par Edmond Rebillé dans le n°89 de la revue "Musique bretonne"
S. Duhem, op.cit. (dessin p.357 et photo.N.B. p. 228)
Cat. expo. Dastum, "Instruments du diable, musique des anges" op. cit. (photo.)"

ROPARTZ (Sigismond), 1851, Guingamp et le pélerinage de Notre Dame de Bon-Secours, Périssé, 1851 - 408 pages page 95

https://books.google.fr/books?id=yo3IIXTsyPIC&dq=gr%C3%A2ces+guingamp+rabelaisien&hl=fr&source=gbs_navlinks_s

 

Les bornes de cet ouvrage ne me permettent pas d'entrer dans l'étude détaillée de cette admirable chapelle, monument complet, sorti tout entier de la pensée du même artiste, dernière fleur du style ogival éclose sur le sol breton.

Ce qu'il y a de très-remarquable, c'est que les sculptures de Grâces ne sont autre chose qu'un long poème où sont stigmatisés tous les vices, sous la figure de Franciscains paresseux, avares et gourmands. Etait-ce une leçon de morale, était-ce une sanglante satire ? Quoi qu'il en soit, ces sculptures sont magnifiques de verve grotesque, et, pierres ou bois, dénotent certainement un très-habile ciseau et une luxuriante imagination. Voyez cette gargouille, c'est un gros Cordelier qui presse de ses deux mains son ventre trop plein, et dont la bouche grimace pour vomir ; étudiez l'une après l'autre les scènes rabelaisiennes, ciselées comme dessinait Callot, le long de la corniche du lambris : ici, c'est un moine ivre qui roule sous une tonne immense et se noie dans une mer de vin ; là, c'est un moine encore dont la sordide avarice se livre à un métier que ma plume ne peut décrire ; ailleurs, un diablotin lubrique brouette en enfer une charretée de nones ; tout cela est encadré dans un merveilleux fouillis de feuillage et d'arabesques, qu'animent des chasses fantastiques et que peuplent tout un monde d'animaux bizarres. La conclusion de ce poème étrange, c'est un bas-relief isolé où deux anges en pleurs montrent au peuple la sainte face du Christ, sanglante, meurtrie et couronnée d'épines, expiation éternelle de tous les désordres et de tous les scandales dont l'artiste vient de vous offrir la représentation cynique.

La pensée franciscaine, on le voit, remplit chaque détail de cette curieuse chapelle, et pourtant Grâces n'appartint aux Frères-Mineurs que cent ans après sa fondation ; mais on n'a pas oublié qu'un Franciscain, en bâtissant en ce même lieu un oratoire de mottes et de feuillage, avait été la première cause de la dévotion à Notre-Dame, et de la construction du monument.

ROPARTZ (Sigismond), 1859, Guingamp: études pour servir a l'histoire du tiers-état en Bretagne, Prud'homme, Volume 1 page 115

https://books.google.fr/books?id=o-oYAAAAYAAJ&dq=gr%C3%A2ces+guingamp+rabelaisien&hl=fr&source=gbs_navlinks_s

 

TOULET (Simonne), 2010, L'église de Grâces et ses sablières, Bulletin des Amis du Patrimoine de Guingamp n°48.

http://bibliotheque.idbe-bzh.org/data/cle_89/Les_Amis_du_Patrimoine_de_Guingamp_nA_48.pdf

 

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Published by jean-yves cordier - dans Sablières
18 février 2018 7 18 /02 /février /2018 21:12

Zoonymie des  Odonates. Kulilu dans l'Épopée de Gilgamesh .

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Voir aussi :

 

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En 1991, dans son excellent article A brief history of Odonatology, Philip S. Corbet écrivait :

" ‎As early pictorial and written records become available, we obtain tantalising glimpses of dragonflies in literature and art. Thus adult dragonflies feature in prehistoric art of the Late Bronze Age from the Aegean region (Younger, 1983) and of the American Indians in British Columbia (Cannings & Stuart, 1977) whereas larvae are portrayed on Incan or pre-Incan pottery from Chile and Peru (Kennedy, 1947).

If the word ‘dragonfly’ is translated correctly we read in The epic of Gilgamesh –a renowned Mesopotamian king. (ca 3,000-2,000 B.C.)  that adult dragonflies emerge from aquatic larvae (Sandars, 1972).

Dragonflies are among the insects referred to in the oldest known book on zoology — the Sumerian and Akadian (Babylonian) Hubulla tablets from the 18th Century B.C. (Harpaz, 1973);"

Il signalait ainsi avec concision à la fois la présence de la mention des Libellules dans l'Épopée de Gilgamesh, mais aussi les incertitudes sur la traduction par "libellule" du mot inscrit en caractères cunéiformes sur les tablettes d'argile.

Pour l'étude de la Zoonymie (étude des noms) des Odonates, il est important de rechercher d'une part quel est le nom utilisé en akkadien dans l'un des textes les plus anciens de l'Humanité, et d'autre part dans quel contexte il apparaît, et enfin quelles sont les discussions sur sa traduction.

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I. Le nom "libellule dans l'Épopée de Gilgamesh.

Cette épopée est relatée dans douze chapitres, dont la majorité furent découverts au XIXe siècle à Ninive dans les ruines du temple de Nabou, et dans la bibliothèque du palais d'Assourbanipal.

C'est dans la tablette X qu'il serait question de libellules.  Hanté par la mort de son ami Enkidu, le roi Gilgamesh s'est rendu auprès d'Outa Napishtim  pour obtenir l'immortalité.  Il apprend de ce dernier (qui a survécu au Déluge) que la mort est inévitable : 

 

 

"OutaNapishtim dit à Gilgamesh : « Gilgamesh pourquoi cette douleur dans ton cœur toi qui portes en toi la chair des dieux ? La mort est cruelle et sans merci. Qui de nous bâtit des maisons indestructibles ? Qui de nous scelle des contrats éternels ? Les frères héritent, partagent. Quel héritage est perpétuel ? La haine, même la haine existera-t-elle dans le pays pour toujours ? Est-ce que le fleuve monte et amène la crue pour toujours ? 

"La libellule à peine sortie de la lumière, entrevoit le soleil et atteint à son terme.

"Depuis les temps les plus anciens, hélas ! rien ne dure, le dormeur et le mort se ressemblent, les deux n'ont-ils pas l'aspect de la mort ? Qui, la mort venue, peut distinguer entre le serf et le maître ?. Les Anounnaki, les grands dieux tiennent conseil avec eux, Mammitoum la “créatrice des destins” pour décider ensemble des destins, ils répartissent la vie et la mort ils révèlent les jours de la vie mais de la mort ils ne révèlent pas le jour." (Trad. Abed Azrié)

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Onzième tablette de l'Epopée de Gilgamesh, British Museum, provenant de la bibliothèque du palais d'Ashurbanipal à Ninive, 7eme siècle avant notre ère.

 

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Selon W.G. Lambert , le relevé de la tablette X pour les lignes qui nous concernent (avec la traduction littérale) serait :

 

21 im-ma-ti-ma naru is-sà-am-ma mi-la ub-lu  For how long has the river risen and brought the flood?

22 ku-li-li i[q]-qé-lép-pa-a ina nari / So that dragonflies drift on the river

23 pa-nu-sâ i-na-at-ta-lu pa-an samsti / Their faces staring into the face of the sun god?

24 ul-tu ul-la-nu-um-ma ul i-ba-às-si mim-ma /  Suddenly there is nothing.

 

25 sal-lu u mi-tum ki-i pi a-ha-mes-ma / The prisoner and the dead are alike,

26 sà mu-ti ul is-si-ru sa-lam-su / Death itself cannot be depicted,

Le terme traduit par Libellule est celui de ku-li-li ou kulili .

Lambert indique en note concernant la traduction des lignes 23 et 24 :

 

"The rendering given presumes that kulilu is feminine. There seems to be no clear evidence elsewhere on this point. Then the lesson from the dragonfly is continued: they drift down the river with their big eyes looking upwards, but suddenly they disappear beneath the surface and exist no more. Without this continuation lines 21-22 seem to have no purpose. For ultu ullanumma with the idea of suddenness, note Descent of lstar 63 (R. Borger, BAL II 90): iS-tu ul-la-nu-um-ma *is-tar a-na erset la tari li-ri-du "As soon as Istar had gone down to the underworld." Most translators have taken lines 22 and 23 together, whatever the details of their renderings. V.S., however, takes 23 and 24 together: "Ein Antlitz, das in die Sonne sehen konnte, Gibt es se.it jeher nicht." This is excellent grammar, but seems to give no meaning." .

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Dans un article concernant les Odonates, Carlos Bonet Betoret  présente en 1993 ce passage ainsi :

"The citation the Odonata is contained within the speech of Utnapishtim, when he explains to Gilgamesh how it is impossible to be immortal:

Do we build for ever our houses,
and forever do we steal of properties?
Perhaps the brothers do divide their part for ever.
Perhaps the hate does divide for ever
Perhaps does the river always grow and make inundations.
Does the dragonfly leave its skin?
And its face can only see the face of the sun?

In the original text of the Assyro-Babylonian language is written “ku- li- li- ki- lip- pa.” Modern specialists believe that this means skin of the dragonfly nymph, when it leaves its pupal case to become a flying adult insect."

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II. LES CHOIX DE TRADUCTION.

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La traduction de ce passage de L'Épopée de Gilgamesh peut tout changer pour Libellule, qui cherche ses racines mésopotamiennes.

En anglais, la publication qui faisait référence était celle de N.K Sandars, parue en 1960 chez Penguin's. Elle a le défaut de transformer en prose la versification de l'Épopée. Il y a aussi Classic Myths from Mesopotamia, de Stephanie Dailey, (1989, révisée en 2000), en vers, qui a pris le parti de "moderniser" le texte en le débarrassant de ces détails et tournures désuètes.

Et enfin, il y a celle d'Andrew George The Epic of Gilgamesh : a new translation, parue chez Penguin Classics en 1999 et révisée en 2003. La version babylonienne est connue depuis plus d'un siècle, mais les linguistes déchiffrent encore de nouveaux fragments en akkadien et sumérien. La "nouvelle traduction magistrale" d'Andrew George ( The Times ) combine brillamment ces derniers dans un récit fluide et sera longtemps comme le Gilgamesh anglais définitif. 

 Andrew R. George (né en 1955) est un universitaire britannique connu pour son édition et sa traduction de l' épopée de Gilgamesh . Andrew George est professeur de Babylonien dans le Département des langues et des cultures du Proche et du Moyen-Orient à l' École des études orientales et africaines SOAS de l' Université de Londres. Dans le domaine de la recherche sur Gilgamesh, ses travaux ont révolutionné les choses autant que la parution de The Evolution of  the Gilgamesh Epic de J.H. Tigay en 1982.

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1°) Andrew George 2003.

La plupart des  traducteurs anglo-saxons et  français donnent la leçon "libellule" pour ce passage, mais Andrew R. George préfère traduire le terme kulili  par "éphémère" (Ephemera Linnaeus 1758, Mayfly, Mouche de mai) :

The ephemeral nature of the mayfly is proverbial, and for this reason (as well as the Arabic cognate) I prefer to take kililu as "mayfly" rather than the customary "dragonfly". As Dalley notes (Afw/w,p. 133, n. 121), the image evokes a passage of Atra-hasis in which the mother goddess likens those  drowned in the Deluge to mayflies borne along by a river: ki-ma ku-li-li im-la-a-nim na-ra-am, 'they fill the river like mayflies' (OB Atram-hasTs in iv 6) A. R. George, The Babylonian Gilgamesh Epic: Introduction, Critical Edition and Cuneiform ... 2003

Voir sa traduction des vers 311-315 de The Babylonian Gilgamesh Epic, vol. I page 697 .

311 At some time feuds arise in the lands.

312 At some time the river rose (and) brought the flood,

313 the mayfly floating on the river

314 Its countenance was gazing on the face of the sun,

315 then all of a sudden nothing was there.

Trad littérale :"A un moment donné, des querelles surgissent dans les terres.
À un certain moment la rivière s'est levée (et) a apporté le déluge,
l'éphémère flottant sur la rivière
Son visage contemplait le visage du soleil,
puis tout d'un coup rien n'était là."

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2°) Les traducteurs français postérieurs à Andrew George.

En 1979, Abed Azrié a publié L’épopée de Gilgamesh : texte établi d’après les fragments sumériens, babyloniens, assyriens, hittites et hourites, traduit de l’arabe et adapté par Abed Azrié, éd. Berg international, 1979 . J'ai cité plus haut son texte : 

Est-ce que le fleuve monte et amène la crue pour toujours ? La libellule à peine sortie de la lumière, entrevoit le soleil et atteint à son terme. Depuis les temps les plus anciens, hélas ! rien ne dure, le dormeur et le mort se ressemblent, les deux n'ont-ils pas l'aspect de la mort ? 

 

En 1982, Jean Bottéro a publié L'Epopée de Gilgamesh chez Gallimard. Je ne l'ai pas consulté. En 2009, M. Laffon a publié Gilgamesh chez Bellin d'après la traduction de Bottéro. Voici la traduction du passage qui nous intéresse :

« Nous sommes tous comme des éphémères emportés par le courant : de nos visages qui voyaient le soleil, brusquement il ne reste plus rien. Endormi, mort, c’est la même chose ! Personne n’a jamais pu représenter la mort. Pourtant, depuis ses origines, l’homme en est prisonnier. Depuis que les grands dieux, et Mammitu, la grande déesse mère, la faiseuse des destins, ont arrêté ensemble les destinées des hommes, ils nous ont imposé la mort comme la vie, nous laissant seulement ignorer le moment de notre mort » (M. Laffon pp. 74-75)

 On trouve aussi en ligne : "Tels des éphémères [insectes] emportés par le courant, des visages qui voyaient le soleil, tout à coup il ne reste plus rien. Endormi et mort, c'est tout un" (Gilgamesh X, VI, 6-25)

La thèse argumentée d'A. George semble donc avoir été convaincante. Les Odonatologistes ont-ils pris la mesure de ce bouleversement , qui les priveraient d'une glorieuse entrée en matière dans le récit de l'histoire des relations entre les hommes et les Odonates ?

 

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III. LE MOT KULILU .

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1°) Dans le Lexique sumérien-français (textes traduits dans Attinger, ), 2017

 

gu5-li-an-na-k s. litt. "compagnon d'An", un insecte (souvent traduit par "libellule") vaincu par Ninµirsu/Ninurta Gud. Cyl. A 26:10, Angim 36, 58, Lugale 129; non-st. ku6-li-an-na Angim 58 aA (mA) gu5-ul = gu-ul

2°) Dans l' Assyrian Dictionary anglais-assyrienAssyrian -English -Assyrian Dictionary je lis :

kuliltu nf fish-woman; dragonfly; mermaid*

kulilu n. 1 fish-man, merman; mayfly; ---->. - * dragonfly

— Samas n. sun-god; -->. kaIlat -* dragonfly;

 

 

3°) Je trouve sur Wikipédia :

 

 In Babylonian mythology, Kulilu is a destructive spirit, half man, half fish.[1][2]

 

4°) Le Manuel d'Épigraphie Akkadienne de  R. Labat et F. Malbran-Labat, le manuel de signes cunéiformes le plus utilisé par les étudiants, donne : 

kallat Samas libellule 324 (E-Gi 4 -A- d UTU).

 

4°) Le Sumerian Compound -Sign Words donne :

ku-li-an-na: friend of heaven; dragonfly ('friend' + 'sky' + genitive).

5°) Dans A Concise Dictionary of Akkadian, de Jeremy A. Black,Andrew George,J. N. Postgate, 2000

je lis :

Kulilu I, kulilû, "dragonfly" JB [Akkadien néobabylonien, Ier millénaire], mil k."flood bearing dragonfly (corpses)"

 

 

6°) Le Dictionnaire Assyrien de CIVIL (Miguel) GELB (I.J) The Assyrian dictionary 1971 indique 

Buru-Gal-Edin-Na : Dragonfly

http://www.aina.org/cad/cad_k.pdf

7°) En Sumérien, le terme est connu grâce au plus ancien dictionnaire bilingue Sumérien-Akkadien, l'Harra-Hubulu datant de l'époque Paléo-babylonienne. Voir mon précédent article, et voir Landsberger n° 234, 347 et 348.

 n° 234 burus5-id-da), en Sumérien, ku-lîl-um en Akkadien, Il est traduit en allemand par Landsberger par  Libelle,  « libellule ».

n° 347 : ku.li.la.an.na en Sumérien, ku-li-li-ti en Akkadien. Il est également traduit en allemand par Landsberger par  Libelle,  « libellule ».

n° 348 e.gi4.a.dUD, Sumérien, kal.lat ilSamat  en Akkadien. Il est traduit en allemand par Landsberger par  Libelle,  « libellule ».

 

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DISCUSSION.

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Il semble que le même mot, ou un mot homonyme, qui désigne une femme-poisson ou un homme-poisson soient aussi traduit comme "une libellule" . Pour Michael Ford

 A “Ku-li-li” is a “Fish Woman” and “Kulilu is “dragonfly”. This god seems associated with the Ku-li-an-na or “Kililtu” which is “friend of Anu”. The Kulilitu is an insect or “little bride” which according to Wiggerman in “Mesopotamian Protective Spirits” may have been blended in translations. (in Maskim Hul: Babylonian Magick)

Le seigneur Ku-li-an-na ou Kulinanna, "ami d'An" désigne par épithète  Dumuzi (Tammuz), roi-berger après son mariage sacré avec la déesse Innana Ishtar.

La complexité de ces proxémies est illustrée par cet extrait (j'ai laissé passer quelques erreurs de graphie) de  Mesopotamian Protective Spirits: The Ritual Texts de F. A. M. Wiggermann page 182

— Kulullû, « Fish-Man ». a Word : that KU6.LU.ULU -lu is to read kulullû appears from the Göttertypentext where the word is spelles ku-lu-ul-lu (MIO 1 80:12). A long -û is demanded by Sumerian lù-ùluu, from which lullû is borrowed, but none of the lullù words is spelled with an additionnal vowel indicating length, and thus, counter to etymology, actiual usage indicates a short vowel (the dictionary assume a short vowel). A by-form kulil(l)u is attested in KAR 162 Rev.4. (Ee, spelled ku-li-li). This kulil(l)u is to kept distinct from

a) Ku-li-li, variant of dKi-li-li (Landsberger Fauna 136, Frankena Takultu 97, CAD K 357a), a female figure, possibiy apotropaic as well (III.B.13=n)

b) kulilu (Sum.: burus(-id-da), "dragonfly ".

 

c) ku-li-an-na= kuliltu. The SB bilingual text of Angim 58 trans* lates ku-li-an-na, "friend of heaven/ An", denoting one of the trophies of Ninurta/Ningirsu, with ku-lil-ta. What ku-li-an-na denotes in the OB text is not known; it was hardly Dumuzi, who is sometimes called "friend of An". Etc..

Ou encore :

F. A. M. Wiggermann - 1992 - ‎History

The SB text apparently associates "friend of An" with the Akkadian loanword ku-li-li-an-na, "little bride of An" = Akkadian kulil(l)tu, an insect since it appears among other insects ... "little bride" (an insect) and kuliltu, "fish-woman" are not related linguistically, they may have been fused in the mind of the late translator of Angim

De même on peut lire les propos de Jerrold S. Cooper et Eugen Bergman 1978 concernant KU-LI-AN-NA .

 Wilcke, ZA 59 99107 distinguishes between k u — li — a n — n a : “dragonfly”, and the k u — li— a n — n a  under discussion here, but since both appear as kuliltu in Akkadian, the reason for this distinction is unclear, unless Wilcke considers the Akkadian translation to be erroneous for the ku-li-an-na trophy. If one could be certain that ku-li-an-na did indeed mean « dragonfly », (cf CAD s.v kulilitu « an insect »), there would be no reason to hesitate in so translating the word here, since a dragonfly would be no more bizarre than several other of Ninurta's trophies... The habitat of ku—li—an—na, according to 1. 36, is an— 5 a r k i — s a r “the limits of the universe, everywhere”, which might, with some imagination, be used to support an insect identification, but in reality tells us little. The spelling k u6 — 1 i — a n — n a in aA is unique, probably derived from confusion with k 1.16 — 1 1'1 — ll x — 1 u : kulilu/kulullu “fish-man”. There is no apparent relationship between this k u — li — a n — n a and the homonymous epithet of Dumuzi (“friend of An”; ...; see Wilcke, ZA 59 69).

CAD = The Assyrian Dictionary of the Oriental Institute of the University of Chicago

 

 

 

 

Datation.

On suppose que le règne historique supposé de Gilgamesh a été approximativement 2700 BCE . Les premiers poèmes sumériens de Gilgamesh datent de la troisième dynastie d'Ur (2100-2000 avant notre ère). Les premières versions akkadiennes de l'épopée unifiée datent de ca. 2000-1500 avant notre ère .  En raison de la nature fragmentaire de ces versions Old Babylonian, il n'est pas clair qu' elles aient inclus un compte rendu élargi du mythe de l'inondation; bien qu'un fragment inclut  l'histoire du voyage de Gilgamesh pour rencontrer Utnapishtim . La version "standard" akkadienne, débutant par  a été compilée par Sin-liqe-unninni entre 1300 et 1000 avant notre ère. C'est elle qui a été retrouvée par Hormuzd Rassam en 1853 sur les 11 tablettes en akkadien de la bibliothèque du palais d'Ashurbanipal datant du VIIe siècle. Traduite en anglais par George Smith en 1872,  porte le nom de son incipit "Celui qui a vu la profondeur" (ša naqba īmuru). Seuls les 2/3 des 3600 vers de l'épopée nous sont connus.

La mention d'une "libellule" dans la tablette X doit donc être datée entre 1300 et 1000 avant notre ère. 

Valeur allégorique.

Dans ce texte, la libellule est donnée en exemple à Gilgamesh pour qu'il réalise la finitude de toute chose : elle émerge, elle contemple le soleil, puis elle disparaît, emportée par les flots. Ce courant qui entraîne la libellule avec lui, pour l'Homme, c'est le Temps qui le mène à la mort.

C'est exactement le même souci rhétorique qui amènera les peintres flamands à peindre des Vanités avec des fleurs, des papillons, des libellules, des bougies qui fument et des crânes parmi les bijoux. Tout passe ici bas.

Mais si Kulilu est traduit par Ephémère, la démonstration est encore plus forte, puisque ces insectes ont une vie adulte très brève, au cours de laquelle ils se reproduisent, puis meurent. Ephemerida signifie "qui ne vit qu'un seul jour".

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CONCLUSION.

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Au terme de cette enquête, je peux dire que le nom par lequel les Babyloniens (les Néo-bab et les Paléo-bab) désignaient les Odonates était quelque chose comme KULILU, malgré les difficultés de transcription des caractères cunéiformes. Je peux aussi dire que ce mot figure sur la Xeme tablette d'argile retrouvée dans le palais d'Ashurbanipal à Ninive, dans cette partie du récit  de l'Epopée de Gilgamesh écrite entre 1300 et 1000 avant notre ère, qui raconte comment le roi Gilgamesh avide d'éternité reçoit de l'immortel Outa Napishtim cet exemple : l'homme est destiné à mourir tout comme les libellules sont emportées par les flots sur lesquels ils viennent d'émerger.

Mais je suis convaincu que cette méditation sur la brièveté et l'insignifiance de la vie des insectes s'applique mieux encore si le terme akkadien est traduit par "mayfly", l'Éphémère.

Philip S. Corbet avait été fort prudent d'écrire : If the word ‘dragonfly’ is translated correctly we read in The epic of Gilgamesh –a renowned Mesopotamian king. (ca 3,000-2,000 B.C.)  that adult dragonflies emerge from aquatic larvae (Sandars, 1972). Si le mot "libellule" en est la traduction correcte, nous pouvons lire dans l'Epopée de Gilgamesh que les libellules adultes émergent de larves aquatiques.

Finalement, je sais que je ne suis plus sûr de rien, et j'en suis bien instruit. J'en garde quelques traductions lapidaires comme des silex :

Pour combien de temps le fleuve monte-t-il pour amener la crue? Une libellule glisse sur le fleuve, Sa face faisant face au soleil, À la fin, il n'y a rien ! 

Ou bien :

 Le fleuve s'élève-t-il sans cesse pour amener sa crue ? La libellule ne sort de son cocon Que pour voir un moment la face du soleil.

Ou , dans la BD de Jens Harder :

Un jour, le fleuve monte en crue. Seule la libellule qui sort de son cocon, elle seule reverra le soleil après la catastrophe"

Tout et son contraire, telle est la vérité sous le soleil.

 

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SOURCES ET LIENS.

—LABAT (René), 1976,  Manuel d'Épigraphie Akkadienne de  R. Labat et F. Malbran-Labat, 5º édition; Paris 1976

https://archive.org/details/LabatR.ManuelDEpigraphieAkkadienne5Ed1976

— GEORGE Andew Gilgamesh

http://eprints.soas.ac.uk/1603/1/George%20Babylonian%20Gilgamesh%201.pdf

— BETORET (Carlos Bonet), 1993, Two Odonata Citations in ancient Mesopotamia literature

https://www.insects.orkin.com/ced/issue-1/ancient-mesopotamian-literature/

https://www.insects.orkin.com/ced/

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Published by jean-yves cordier - dans Zoonymie des Odonates
16 février 2018 5 16 /02 /février /2018 22:46

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Zoonymie des Odonates : avant l'ère des noms, celle des enluminures. Quatre libellules du Bréviaire Grimani (1510-1520) à la Bibliothèque Marciana de Venise.

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Voir aussi :

 

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INTRODUCTION.

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Le Bréviaire Grimani est un bréviaire à usage franciscain  actuellement conservé à la Biblioteca Marciana à Venise.  Ce  manuscrit enluminé  réalisé en Flandres entre 1510 et 1514 est l'un des plus célèbres manuscrits de l'école ganto-brugeoise. Il est décrit de façon détaillé sur l'article Wikipédia  Breviarium-Grimani en néerlandais, et par Kren  & Mckendrick sous leur n°126 page 420 . Son premier propriétaire a été Antonio Siciliano, ambassadeur du duc de Milan Maximilien Sforza à la cour de Marguerite d'Autriche à Malines en 1514. Il le vendit pour 500 ducas d'or au cardinal Dominico Grimani.

 

Le manuscrit contient parmi ses 832 folios les 12 miniatures pleines pages et les 12 miniatures de bas de page du calendrier, mais aussi 50 miniatures en pleine page et 18 miniatures de grande taille et 18 autres de plus petite taille ainsi que de nombreuses bordures historiées.

Le style des enluminures est typique du style de l'école ganto-brugeoise du XVIe siècle. Plusieurs mains sont distinguées. Les miniatures les plus archaïsantes sont attribuées au peintre Alexandre Bening. La plupart des autres sont attribuées à son fils Simon Bening et à son atelier. Quelques miniatures— celles du Calendrier—  ont été toutefois attribuées au Maître de Jacques IV d'Écosse (depuis identifié à Gerard Horenbout) et d'autre à Gérard David et au « Maître des scènes de David du Bréviaire Grimani ».

Il comporte 

— Un calendrier. Les enluminures en diptyque attribuées aujourd'hui au Maître de Jacques  IV d'Ecosse sont inspirées de celles des frères Limbourg pour les Très Riches Heures de Jean de Berry. Ce modèle était à cette époque à Malines, dans la bibliothèque de Marguerite d'Autriche  et était donc probablement accessible au peintre.

le Temporal : 14v-174v. 

Des Rubriques

Un Psautier :  ff 286v-400v : 8 enluminures par le «Maître des scènes de David dans le bréviaire de Grimani», élève du Maître de Jacques IV d'Ecosse. Elles   débutent par la Chute d'Adam et Éve et se poursuivent en illustrantle Psaumes 1, 26, 38, 68, 80 et 97.  

le Commun des saints Commune sanctorum ff 401-448.

L'Office des Morts et les Heures de la Vierge ff.449v-476v.

Le Propre des saints Propium sanctorum ff. ou Sanctoral ff 468v-831v.

L'encadrement des enluminures sont de trois types.

1.Soit les miniatures pleine page se passent d encadrement.

2.Soit elles ressemblent à un retable en bois, dans un cadre ayant une couleur de bois doré.

3.Soit il s'agit de la bordure propre au style ganto-brugeois, soucieux de naturalisme et de réalisme, d'illusion de relief avec des ombres portées, et d' une disposition aérée éloignée de la saturation médiévale par horror vacui. Trois sous-types sont distingués : 

  • Une marge colorée en jaune avec des fleurs éparpillées, des oiseaux et des insectes : c'est là que nous trouverons nos libellules. C'est le type 3a de l'auteur de l'article Wikipédia

  • Une marge colorée décorée de rinceaux de feuilles d'acanthes séparés par des insectes et des oiseaux. Les libellules y seront aussi recherchées

  • Une marge colorée ornée de bijoux et de perles.

    Comme pour la plupart des manuscrits, les opinions des historiens de l'art divergent sur les miniaturistes qui ont contribué au bréviaire. Tout d'abord, il y a ceux qui attribuent l'illumination à Gérard Horenbout  et à Alexander Bening  et à son fils Simon Bening . D'autres parlent de maître de Jacques IV d'Ecosse, identifié dans les œuvres plus anciennes avec Gérard Horenbout et le maître Maximilien qui à son tour est identifié comme Alexander Bening. Certaines miniatures sont attribuées à Gerard David . 

    De nos jours, en 2013, la plupart des historiens d'art s'accordent sur les interventions du  maître de Jacques IV d'Ecosse, Alexander Bening, les scènes de Maître de David dans le Bréviaire Brimani , Gerard David et Simon Bening.

    En 1977 Erik Drigsdahl a cru reconnaître dans une inscription de bordure du folio 339v les lettres   A  . BE . NI . 7I.  Il a pensé y voir la signature d'Alexander Bening suivi de son âge de 71 ans , et suggère que cet artiste avait 71 ans en 1515. A. BE + NC + 71 [A.(lexander) BE(ni)NC 71] . Thomas Kren a fait l'éloge de cette observation, pourtant bien audacieuse.

    .

    LE BRÉVIAIRE GRIMANI ET LES ODONATES (LIBELLULES).

     

    Ce bréviaire est célèbre parmi les entomologistes et notamment les odonatologistes car il renferme au folio 781v (donc, dans le Propre des saints) une miniature comportant dans son coin inférieur droit une magnifique libellule. Elle a été signalée dans la revue Odonatologica en 1991 par R. Rudolph — un spécialiste qui a publié notamment en 1973 sur l'histologie de la larve de Aeshna cyanea — qui y a reconnu le genre Aeshna , en s'appuyant sur les travaux de Pichetti 1949 sans en donner les références bibliographiques :

    "An Aeshna is illustrated in the Italian "Breviario Grimani" dating from 1495-1500 (PICHETTI, 1949)."

    La même année et dans la même revue Odonatologica, Philip S. Corbet, éminent spécialiste des Libellules, signale aussi ce Bréviaire.

     

    "Much later, we find dragonflies beautifully depicted in the Gutenberg Bible of 1453 (Rudolph, 1991) and in certain medieval breviaries, for example the Breviario Grimani (Conci & Neilsen, 1956), the Belleville Breviary from the workshop of Jean Pucelle in Paris (Hutchinson, 1978) and the Livre d’Heures d’Anne de Bretagne illustrated by Jean Bourdichon (Frain, 1989)."

    Dans l'ouvrage de C. Conci et C. Neilsen cité en référence,  Fauna d’Italia, Vol. 1. Odonata. Calderini, Bologna,  1956, on peut lire l'identification d'un "Escnide" sans-doute pour "Aeshnidae ".:

    "Nessuna notizia riguardante gli Odonati ci è pervenuta dall'antichità. Il primo documento su questi Insetti, a quanto ci è noto, è un fregio miniato rappresentante, in grandezza naturale e con sorprendente efficacia, un Escnide, riportato nel foglio 181 v. del Breviario Grimani (Venezia, Biblioteca di S. Marco), databile fra gli anni 1490 e 1500 (PICCHETTI, 1949). Abbiamo riprodotto nella tavola fuori testo tale preziosa miniatura. Il primo naturalista che scrisse sulle fu Ulisse Aldrovandi."

    La publication initiale est donc celle d'Enricho PICCHETTI, "Libella-ula,  Atti Ist. Veneto Sc. Lett. E Arti, CVII, II, pp.269-279, 1949", dont je parviens à retrouver le texte. C'est lui qui, dans un article passionnant de Zoonymie, donne la meilleure description(seule la foliation est inexacte) et prend parti pour le genre Aeshna :

    "Esistono pero documentazioni iconografische anteriori. Al foglio 181v del Breviario Grimani (Venezia, Biblioteca di S. Marco), che con sufficente esattezza collocare fra gli anni 1490-1500, si puo vedere raffigurato, nell' angolo destro inferiore del fregio miniato marginale, un bell'esemplare di « Aeschna », in grandezza naturrale, screziato di azzurro, verde, giallo, ritratto con sorprendente efficacia veristica."

    "Mais il y a des images iconographiques antérieures. Sur la feuille 181v du bréviaire de Grimani (Venise, Biblioteca di S. Marco), qui avec une précision suffisante peut être daté entre les années 1490-1500, un bel exemple de "Aeschna" peut être vu dans le coin inférieur droit de la frise marginale de la miniature. », en grandeur nature, marbré de bleu, vert, jaune, et  dépeint avec une efficacité réaliste surprenante."

    Enfin, dans la partie historique (chapitre 4) de leur publication Les Libellules de France, Belgique et Luxembourg, Daniel Grand et Jean-Pierre Boudot ont fait figurer la reproduction du folio 781v du Bréviaire Grimani, sans la décrire.

    En définitive, cette libellule n'a pas été décrite sauf par Picchetti, et pas davantage le folio qui la contient. 

    En outre, le Bréviaire contient au moins trois autres Libellules. Comme il n'est pas numérisé et consultable en ligne, ce décompte dépend du hasard des pages accessibles. 

    C'est à leur description que je vais me consacrer maintenant.


     

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    Venise, Biblioteca Nazionale Marciana, Ms lat. I 99. Bréviaire du cardinal Domenico Grimani, Flandres, vers 1510-1520. folio 781v. Saint Luc faisant le portrait de la Vierge.

     

    Cette enluminure du Propre des Saints est attribuée soit à Simon Bening, soit à son père Alexander Bening " ou Maître du Premier Livre de Prière de Maximilien (Alexander Bening ?) " selon E. Morrison et T. Kren en 2007. 

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     — Alexander Bening appelé aussi Sanders Bening est un peintre enlumineur actif entre 1469 et 1519 en Flandre.

    Originaire de la ville de Gand, il est actif dans cette ville ainsi qu'à Bruges et Anvers. La première mention dans les archives à son propos est son inscription à la guilde de Saint-Luc en 1469, cautionné par Hugo van der Goes et Joos van Wassenhove.

    — Simon Bening est généralement considéré comme le dernier grand miniaturiste flamand avant Joris Hoefnagel, d'Anvers.

    Il naît vers 1483, à Gand ou à Bruges. Il est fils d'Alexandre Bening  et de Catherine van der Goes (probablement une nièce ou la soeur du peintre Hugo van der Goes). Il fait son apprentissage dans l'atelier d'enluminure de son père, à Gand puis s'installe ensuite (vers 1500) à Bruges, où il acquiert rapidement une grande renommée. Il devient membre de la Guilde de Saint Luc de Bruges  en 1508 . Il connut un succès rapide et fut au moins trois fois doyen des calligraphes, libraires, enlumineurs et relieurs de la Guilde de  Saint Luc. Selon Smeyers son nom apparaît régulièrement depuis 1517 en charge de la confrérie.

    En 1519, Simon Bening devint citoyen de Bruges, où il s'installa apparemment à l'époque de la mort de son père. En 1555, il payait toujours sa contribution annuelle à la confrérie de Bruges, il avait donc une longue carrière et était aussi un artiste célèbre de son vivant. Francisco da Hollanda , le critique d'art portugais, l'a appelé le plus grand miniaturiste en Europe et Vasari l' appelle aussi un excellent enlumineur. Il meurt à Bruges le 6 novembre 1561.

    Dans l'art de la miniature flamande, il a été un innovateur de la représentation de la nature et du paysage dans la continuation du Maître de Jacques IV d'Écosse et d' autres membres de l' école de Gand-Bruges .

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    La miniature principale et le texte.

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    La miniature centrale montre saint Luc, identifiable par son Taureau, dans sa chambre (lit, cheminée, meubles) devant un chevalet où il peint le portrait de la Vierge, puisque la Tradition voulait que ce soit lui qui ait été l'auteur du premier portrait de Marie. C'est cette tradition qui fait de Luc le patron des peintres, et qui explique que les Guildes des imagiers flamands aient pris son nom. Le sujet a été peint par Rogier van der Weyden en 1435 pour la Guilde de Bruxelles, par Jean Fouquet pour les Heures de Jean Robertet vers 1460, par Bourdichon au folio 19v des Grandes Heures d'Anne de Bretagne vers 1503, etc...

    (On notera que Jean Fouquet a peint, pour montrer l'excellence de son talent à rendre l'illusion du réel, des fioles en verre sur une étagère).

    La rubrique qui indique IN : FES : S : LUCE : EUUANGELISTE :  ORATIO. précède l'Oraison :

    In festo sancti luce Euangeliste : oratio.  Interueniat pro nobis quesumus domine sanctus tuus lucas euangelista qui crucis mortificationem iugiter in suo corpore pro tui nominis honore portauit. (voir Bréviaire)

    La rubrique suivante se lit HIERONYMUS IN LIBRO ILLUSTRIUM VIRORUM : LECTIO : PRIMA.

     

    La Lecture qui suit  est extraite du chapitre 17 du De viri illustribus de Saint Jérôme, texte qui appartient bien au Propre du Bréviaire pour la saint Luc le 18 octobre (2ème Nocturne de l'Office  de nuit)  :

     

     Lucas, medicus Antiochensis, ut eius scripta indicant Graeci sermonis non ignarus fuit. sectator apostoli Pauli et omnis eius peregrinationis comes, scripsit evangelium de quo idem Paulus: Misimus, inquit, cum illo fratrem cuius laus est in evangelio per omnes ecclesias, et ad Colossenes: Salutat vos Lucas medicus carissimus, et ad Timotheum: Lucas est mecum solus. aliud quoque edidit volumen egregium quod titulo apostolicorum πραξεων praenotatur, cuius historia usque ad biennium Romae commorantis Pauli pervenit, id est, usque ad quartum Neronis annum, ex quo intelligimus in eadem urbe librum esse compositum. 

     

    Lucas d'Antioche médecin de profession, et savant dans la langue grecque, comme il paraît par ses écrits, fut disciple de l'Apôtre saint Paul, et le compagnon de tous ses voyages. Il a écrit l'Évangile, et c'est de lui que le même Apôtre dit : Nous avons envoyé avec lui un des frères qui est devenu célèbre par l'Évangile dans toutes les Églises. Et dans la Lettre aux Colossiens : Notre très cher Luc Médecin vous salue. Et dans celle à Timothée : Luc est seul avec moi. Il a composé un autre excellent Livre, intitulé les Actes des Apôtres, dont l'histoire s'étend jusques aux deux ans que saint Paul demeura à Rome, c'est à dire jusqu'à la quatrième année de Néron. Ce qui nous a fait juger que c'est dans cette ville que ce Livre a été composé.

     

    Au bas de la seconde colonne débute  la Leçon 5:

    Igitur de laudibus  pauli & tecle, & totam baptizati leonis fabulam, inter apocryphas scripturas computamus. Quale enim est, ut individuus comes Ap[osto]li, inter ce[teras ejus res hoc solum ignoraverit ?]

    Nous mettons donc au nombre des écritures apocryphes les voyages de Paul et de Thècle et toute la fable du baptême d'un lion. Car quelle apparence y a-t-il que le compagnon inséparable de l'Apôtre ait ignoré cette seule chose de toutes celles qui sont arrivées ?

    Note : on trouve habituellement Igitur  periodos  [περιοδους] Pauli et Theclae (ici)

     

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    Les bordures.

    On y voit deux sortes de violettes (la violette bleue Viola odorata ? et la violette blanche V. alba ?), disposées soigneusement, soit en boutons, soit épanouies alignées ou en sens croisé le long des marges.  Un papillon diurne appartenant aux Nymphalidés et sans-doute aux Satyrines  n'est pas éloigné du Fadet commun, par exemple. Je ne tenterai pas d'identifier la mouche qui descend la marge extérieure. Outre la présence des ombres des objets naturels sur le fond jaune, l'impression de réalité est rendue par un verre d'eau posé sur une surface en coin, comme celui d'une table, et par les reflets du verre, par le niveau de l'eau et par les tiges des violettes qui y ont été placées.   Mais l'effet de trompe-l'œil est surtout rendu par la position en diagonale de la libellule du coin inférieur, vue du dessus, et dont tout concoure à nous faire croire qu'elle s'est posée là, attirée par les fleurs, pendant que le peintre faisait sècher ses derniers coups de pinceaux. Car non seulement la transparence de ses ailes laisse voir les spécimens botaniques, non seulement les ailes gauches sortent de la fiction picturale et débordent la marge blanche extérieure en franchissant allègrement la double ligne du fin encadrement,  non seulement la queue croise le cadre de la colonne droite du texte, non seulement les pattes sont posées, non pas au hasard, mais sur les pétales ou le calice, mais enfin les ailes droites, croisant les deux colonnes du texte, laissent voir les caractères de l'écriture liturgique

    Cet exemple de trompe-l'œil est le seul type d'illusionnisme trouvé dans le Bréviaire Grimani (Morrison et Kren 2007 p. 176 note 459-89) :  « Voyez aussi un petit livre d'heures illustré par Simon Bening et ses associés à Francfort, dans lequel une libellule est peinte de manière similaire avec ses ailes transparentes s'étendant hors au dessus du texte dans la bordure et dans une partie de la marge extérieure. (Francfort , Museum für Kuntsthandwerk, Ms LM 56 fol. 17) ».

    "459–89. Elizabeth Moodey reminds me that this striking example of trompe l’oeil on the page with a portrayal of Saint Luke is the only instance of this kind of illusionism found in the Grimani Breviary. See also a small book of hours illustrated by Simon Bening and associates in Frankfurt, in which a dragonfly is similarly portrayed with transparent wings extending over text, decorated panel borders, and part of the outer margin (Frankfurt, Museum für Kunsthandwerk, Ms. LM 56, fol. 17).

    Significantly, this occurs once again on a page with a miniature of Saint Luke, and it is again the only instance of this kind of bravura trompe l’oeil involving text, decorated border, and margin in the manuscript in which it appears; see color reproduction in the catalogue of the exhibition at the Städelsches Kunstinstitut und Städtische Galerie, Frankfurt am Main: Jochen Sander, Die Entdeckung der Kunst: Niederländische Kunst des 15. und 16. Jahrhunderts in Frankfurt (Mainz: P. von Zabern, 1995), 172, fig. 164, 198, no. 25. 17. See the discussion of related notions by Robert G. Calkins, “Sacred Image and Illusion in Late Flemish Manuscripts,” in Essays in Medieval Studies: Proceedings of the Illinois Medieval A"

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    Pourtant, on retrouve ce procédé utilisé en 1503-1508 par Jean Bourdichon, exclusivement avec des libellules, dans les Grandes Heures d'Anne de Bretagne : les ailes débordent soit sur la marge blanche extérieure, soit sur le texte placé à l'intérieur. Deux à sept ans avant la date estimée de ce Bréviaire.

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    Il est certainement significatif que Simon Bening réalise ici quelque chose d'exceptionnel : en tant que membre et doyen de la Guilde de Saint-Luc, et plusieurs fois doyen, il se devait de créer pour ce folio consacré au patron des peintres quelque chose comme un chef d'œuvre, une démonstration de son savoir-faire. 

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    Venise, Biblioteca Nazionale Marciana, Ms lat. I 99. Bréviaire du cardinal Domenico Grimani, Flandres, vers 1510-1520. folio 781v. Saint Luc faisant le portrait de la Vierge.

    Venise, Biblioteca Nazionale Marciana, Ms lat. I 99. Bréviaire du cardinal Domenico Grimani, Flandres, vers 1510-1520. folio 781v. Saint Luc faisant le portrait de la Vierge.

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    La libellule.

    Sa description est limitée par la résolution assez limitée des images qui nous sont proposées. Les entomologistes ont-ils pu voir l'original, ou le fac-similé paru chez Salerno Editrice ? Les critères concernant la nervuration des ailes ne sont pas utilisables, et d'autres critères vont également devoir être écartés.

    Ses ailes sont étendues  sur le coté, comme les Anisoptères, mais les ptérostigmas ne sont pas visibles sur ces clichés. Les yeux, bleus, sont en contact par leur partie interne sur une certaine longueur, ce qui définit les Aesnidae (clef de détermination  Grand et Boudot p. 154). L'angle anal des ailes postérieures est très marqué, comme dans le genre Aeshna. L'abdomen est noir à marques bleues, j'écarte donc A. isoceles (corps brun à roux) et A. grandis (couleur générale brune, ailes très enfumées). Le thorax est sphérique, noir avec des taches en mosaïque : j'écarte A. caerulea, au thorax brun, aux marques bleues de l'abdomen laissant peu de noir entre elles, et qui n'est pas observée (aujourd'hui) dans les Flandres et dans la moitié nord de la  France. 

    On voit très bien, sur le deuxième segment S2 de l'abdomen, une marque jaune "en clou" (la tête du clou vers le thorax). Cette marque est présente chez A. mixta et chez A. Cyanea. J'écarte ainsi l'Aeschne printanière, qui, de toute façon,  est du genre Brachytron et non Aeshna. J'observe aussi que S1 est bleu, que l'abdomen s'étrangle un peu sous S2, et que les dernières taches bleues, lorsqu'elles croisent le montant du cadre factice, sont réunies en une seule. 

    Or, voici ce que je lis sur l'Aeschne bleue A. cyanea :

    "Le mâle et la femelle aeschne bleue (Aeshna cyanea) sont aisément reconnaissables à leurs deux grosses taches claires sur le dessus du thorax et aux deux derniers segments de leur abdomen dont les taches confluent pour former un bandeau clair caractéristique. 

    Les ailes postérieures du mâle adulte sont anguleuses à leur base, le deuxième segment de son abdomen présente un étranglement important." (Odonates costarmoricains)


    "Un des critères infaillibles de reconnaissance de l'espèce est facilement visible quand l'insecte est posé : la disposition des points bleus au bout de l'abdomen : les deux taches présentes sur chaque segment abdominal tendent à se rapprocher au fur et à mesure que l'on s'éloigne du thorax, puis fusionnent et forment une unique tache sur chacun des trois derniers segments.
    Seul le mâle est vert-noir-bleu, la femelle n'a pas de bleu." (Wikipédia)

    Aeshna mixta Wikipédia et Costarmoricain

    Aeshna juncea Wikipedia et Costarmoricain

    Aeshna cyanea Wikipedia et Costarmoricain

    Un moyen très utile est de comparer ces clichés du Brévaire à la Comparaison des Aeschnes sur Odonates costarmoricains

     

    Au total, je proposerai volontiers de reconnaître dans cette libellule de Simon Bening, non seulement le genre Aeshna, mais aussi l'espèce A. cyanea. Mais je ne suis pas docteur. Je laisse le micro aux spécialistes.

    Dans tous les cas, le miniaturiste a bien réussi son coup, et a réalisé un chef-d'œuvre qui va marquer l'histoire de l'odonatologie.

    Trois-quart de siècle plus tard, le miniaturiste Joris Hoefnagel va effectuer la même performance.

     

     

    Venise, Biblioteca Nazionale Marciana, Ms lat. I 99. Bréviaire du cardinal Domenico Grimani, Flandres, vers 1510-1520. folio 781v. Saint Luc faisant le portrait de la Vierge.

    Venise, Biblioteca Nazionale Marciana, Ms lat. I 99. Bréviaire du cardinal Domenico Grimani, Flandres, vers 1510-1520. folio 781v. Saint Luc faisant le portrait de la Vierge.

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    Venise, Biblioteca Nazionale Marciana, Ms lat. I 99. Bréviaire du cardinal Domenico Grimani, Flandres, vers 1510-1520. folio 781v. Saint Luc peignant la Vierge.

    Venise, Biblioteca Nazionale Marciana, Ms lat. I 99. Bréviaire du cardinal Domenico Grimani, Flandres, vers 1510-1520. folio 781v. Saint Luc peignant la Vierge.

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    Venise, Biblioteca Nazionale Marciana, Ms lat. I 99. Bréviaire du cardinal Domenico Grimani, Flandres, vers 1510-1520. folio 167v.

    Image : Tiziana Plebani 

    Ce folio 167v appartient au Temporal, mais je ne dispose pas de l'illustration de la page entière. J'imagine qu'elle est disposée comme celle-ci, que Salerno Editrice propose dans la présentation de son Fac-Similé de 2009 : deux colonnes de texte énumèrent les saints et les oraisons, et une bordure verticale sur fond jaune comporte des fleurs et un insecte avec un soin particulier donné à la vraisemblance naturaliste .

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    http://www.salernoeditrice.it/grimani/pagine/15.html

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    Le PowerPoint mis en ligne par Tiziana Plebani  ne reproduit que la bordure du folio 167v. de La fleur centrale est peinte avec beaucoup de précision. Les botanistes y reconnaitront-ils l' Iris germanica Iris violet, Iris bleu d'Allemagne, Iris flambe ? .

    La libellule a les yeux séparés et les ailes dressées, comme les Zygoptères. Les ptérostigmas ne sont pas peints.  Les yeux sont translucides.  Le thorax est jaune crème, dilaté et trapézoïdal. L'abdomen de couleur verte, fin, sans dilatation, est divisé en segments réguliers ; six sont visibles sur l'illustration. Il ne porte aucune marque. L'artiste s'est peut-être inspiré d'un membre de la famille des Lestidae  (du genre Lestes), sans fidélité entomologique exacte.

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    Libellule (Zygoptère) sur un Iris, Venise, Biblioteca Nazionale Marciana, Ms lat. I 99. Bréviaire du cardinal Domenico Grimani, Flandres, vers 1510-1520. folio 167v.

    Libellule (Zygoptère) sur un Iris, Venise, Biblioteca Nazionale Marciana, Ms lat. I 99. Bréviaire du cardinal Domenico Grimani, Flandres, vers 1510-1520. folio 167v.

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    Venise, Biblioteca Nazionale Marciana, Ms lat. I 99. Bréviaire du cardinal Domenico Grimani, Flandres, vers 1510-1520. folio 478v : sainte Anne entre David et Salomon.

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    Je puise ce cliché dans le fac-similé publié par F. Ongania. Le folio 478v appartient au Sanctoral, et il est consacré à sainte Anne. Elle est assise sous un dais gothique devant une tenture portant des inscriptions (NOMEN ..) et elle tient un livre sur ses genoux.  Marie est montrée dans son ventre comme un petit enfant, indiquant qu'Anne est enceinte de sa fille, comme sur le vitrail de l'église de Brennilis (29) . Elle est entourée de David et Salomon, les deux rois de Juda, comme un abrégé de l'Arbre de Jessé, tandis que dans les nuées en haut à droite, Dieu le Père bénit cette conception miraculeuse.

    Cette peinture est décrite par l'abbé Delaunay en 1864 (Les Evangiles.., L. Curmer, page 195), ce qui donne accès aux inscriptions : celle qui sort de la bouche d'Anne et se dirige vers Dieu dit FRVCTVS MEVS HONORIS E HONESTATIS "Mon fruit est un fruit d'honneur et d'honnêteté" et celle qui provient de Marie in utero dit QVI ILLUCIDANT PER VITAM ETERNAM HABEBVNT, "Ceux qui me glorifient auront la vie éternelle" (Ecclésiaste 29:31). David s'écrit QVERITUR PECCATVM ILLIUS ET NON INVENIETVR "on cherchera son péché et on ne le ntrouvera point" (Ps. 9:36). Enfin l'inscription qui sort de la bouche de Salomon est rédigé de façon rétrograde et dit : PROGREDITVR QVASI AVRORA CONSVRGENS, "Elle s'avance comme l'aurore à son lever" , reprenant le Cantique des Cantiques 6:9. Dieu, vêtu d'une robe rose, tenant le globus cruciger, répond par un autre verset du Cantique des Cantiques (attribué à Salomon) : TOTA PVLCHRA EST, AMICA MEA NON EST IN TE "Tu es toute belle, ma bien-aimée, et il n'y a pas de tache en toi" (Cantique 4:7). 

    On voit que cette miniature reprend les arguments chers aux franciscains en faveur de l'Immaculée Conception, comme dans ce vitrail de la Collégiale de Moulins datant vers 1486.

    Cette  miniature est entourée d'une marge dans le style Gent-Bruges avec des fleurs alignées, des oiseaux et des insectes, objets naturels dont le relief est rendu par les ombres portées. Les fleurs sont des roses blanches, symbole de virginité, en bouton, semi ouvertes ou épanouies, alternant avec d'autres roses probablement rouges (la Chair ou l'Incarnation). Deux oiseaux ne sont pas identifiables, ils accompagnent un escargot, trois chenilles (qui renvoient aux mystères des métamorphoses), six papillons blancs à ocelles noirs, et une libellule.

    La qualité et le caractère monochrome de l'image ne permet pas de nous étendre sur la description de cet Odonate, malgré une apparence très prometteuse. Les ailes sont semi-dressées, l'abdomen incurvé (comme dans la posture de ponte) est assez épais et porte une ligne latérale de marques blanches et noires. Le thorax porte trois bandes blanches obliques assez caractéristiques. La position des ailes n'est pas incompatible avec un Anisoptère (une Aeschne ??) en train de pondre, mais je n'irai pas jusqu'à penser que l'artiste ait déliberemment choisi cette posture en relation avec la situation de sainte Anne portant sa Fille.

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    Image : https://archive.org/stream/lebreviairegrima00meir#page/n153/mode/2up

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    Venise, Biblioteca Nazionale Marciana, Ms lat. I 99. Bréviaire du cardinal Domenico Grimani, Flandres, vers 1510-1520. folio 478v : sainte Anne entre David et Salomon.

    Venise, Biblioteca Nazionale Marciana, Ms lat. I 99. Bréviaire du cardinal Domenico Grimani, Flandres, vers 1510-1520. folio 478v : sainte Anne entre David et Salomon.

    Venise, Biblioteca Nazionale Marciana, Ms lat. I 99. Bréviaire du cardinal Domenico Grimani, Flandres, vers 1510-1520. folio 478v : sainte Anne entre David et Salomon.

    Venise, Biblioteca Nazionale Marciana, Ms lat. I 99. Bréviaire du cardinal Domenico Grimani, Flandres, vers 1510-1520. folio 478v : sainte Anne entre David et Salomon.

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    Venise, Biblioteca Nazionale Marciana, Ms lat. I 99. Bréviaire du cardinal Domenico Grimani, Flandres, vers 1510-1520. folio 646b :  Saint Pierre délivré de prison par un ange. 

    Dans le même Sanctoral du Bréviaire, une grande enluminure montre saint Pierre dans sa prison du Carcer Tullianum ou Mamertine de Rome. L'Apôtre y aurait baptisé ses geôliers et 47 prisonniers avec l'eau d'un puits. Puis, il aurait été délivré par un ange, qui apparaît ici en grande cape (cappa magna). Le galon de cette cape damassée est brodée de perles traçant une inscription illisible (NEC ---RVES). À l'arrière-plan, nous voyons Pierre et l'ange s'éloigner.

    Comme dans le cas du folio précédent, la miniature est encadrée d'une bordure dans le style Gent-Bruges. Mais les roses blanches ou rouges, épanouies ou en bouton sont fixées au parchemin  par douze épingles en trompe-l'œil. Là encore, je ne me précipiterai pas à y voir un rapport avec les douze Apôtres, ou avec les fers par lesquels Pierre est incarcéré, mais j'y verrai un procédé supplémentaire de la panoplie d'illusionniste de Simon Bening pour convaincre le propriétaire de ce Bréviaire que le texte liturgique est placé dans l'herbier d'un humaniste soucieux de l'exploration encyclopédiste des petits objets de la Création.

    Outre ces 18 roses épinglées, nous trouvons aussi sept papillons (Lepidoptera), un criquet (Orthoptera) et une libellule (Odonata).

    Cet Odonate vu de haut et de 3/4 a les ailes réunies et dressées. Son abdomen qui s'affine vers son extrémité est clair dans sa partie dorsale, avec des marques triangulaires effilées noires. Les yeux semblent se toucher an leur bord interne.

     

    Image : https://archive.org/stream/lebreviairegrima00meir#page/n195/mode/2up

    Venise, Biblioteca Nazionale Marciana, Ms lat. I 99. Bréviaire du cardinal Domenico Grimani, Flandres, vers 1510-1520. folio 646b :  Saint Pierre délivré de prison par un ange. 

    Venise, Biblioteca Nazionale Marciana, Ms lat. I 99. Bréviaire du cardinal Domenico Grimani, Flandres, vers 1510-1520. folio 646b :  Saint Pierre délivré de prison par un ange. 

    Venise, Biblioteca Nazionale Marciana, Ms lat. I 99. Bréviaire du cardinal Domenico Grimani, Flandres, vers 1510-1520. folio 646b :  Saint Pierre délivré de prison par un ange. 

    Venise, Biblioteca Nazionale Marciana, Ms lat. I 99. Bréviaire du cardinal Domenico Grimani, Flandres, vers 1510-1520. folio 646b :  Saint Pierre délivré de prison par un ange. 

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    CONCLUSION.

    Après les Grandes Heures d'Anne de Bretagne enluminées par Jean Bourdichon entre 1503 et 1508 avec 377 plantes individuelles légendées et 91 libellules, dont l'une au moins semble identifiable, le Bréviaire Grimani enluminé vers 1510 offre de nouveaux exemples de représentations au naturel de plantes, de papillons et de libellules. À la différence des Grandes Heures, le manuscrit de la Biblioteca Nazionale de Venise n'est pas (encore) numérisé et consultable in extenso, et l'inventaire entomologique n'est pas possible.  À ma connaissance, aucun entomologiste italien ou autre ne s'est rendu sur place pour se livrer à cet exercice. 

    L'exemple naturaliste le plus connu et le mieux reproduit est la libellule du folio 781v, impressionnante par le réalisme accentué par des procédés de trompe-l'œil uniques dans ce manuscrit. Dès 1949, Enrico Picchetti l'a identifié comma appartenant au genre du genre Aeshna, ce qui n'a pas été démenti par les plus fins spécialistes des Odonates. Personne n'a osé s'aventurer néanmoins dans la détermination  de l'espèce, et c'est avec beaucoup de vergogne et en toute incompétence que je suggère d'y voir une Aeschne bleue. Ce qui est intéressant, c'est de voir cette espèce splendidement  reprise (et dûment déterminée récemment comme A. cyanea ) par Joris Hoefnagel, dernier héritier de la tradition d'enluminure flamande, vers 1575, alors que la période intermédiaire 1510-1575 ne donne aucune illustration convaincante d'un Odonate, et qu'ensuite, après la diffusion de l'imprimerie, les gravures des ouvrages d'Aldrovandi en 1602 puis de Mouffet en 1634  n'égaleront pas, tant s'en faut,  cette enluminure de 1510.

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    Aeshna cyanea, miniature de Joris Hoefnagel dans le volume Ignis (feu) des Quatre Éléments, vers 1575.

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    Les trois autres Odonates sont placés ici afin de les signaler à l'attention des entomologistes, ou de ceux qui pourraient en donner des images plus précises, car il n'est pas encore établi qu'une détermination de famille ou de genre soit impossible, ou que d'autres considérations ne naissent d'un examen des peintures en couleur.

    Même si l'Aeshne de Simon Bening ait été la première  à avoir été connue, pour le XVIe siècle,  des entomologistes préoccupés de l'histoire de leur science, ces libellules du Bréviaire Grimani ne sont pas les seules qui soient issues des peintures sur velin de l'École des miniaturistes de Bruges et de Gand : mes recherches en révèlent un certain nombre, et un inventaire plus approfondi des productions de cette École en trouvera bien d'avantage, maintenant que la numérisation sort peu à peu les manuscrits de la confidentialité des réserves des Musées et des Collections. L'avenir dira si l'une d'entre elles peut rivaliser, dans cette période 1475-1561 des miniaturistes d'influence flamande, avec  celle du folio 781v.

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    SOURCES ET LIENS.

    http://manuscripts.org.uk/chd.dk/misc/ABGrim.html

    — La signature d'Alexander Bening 

    http://manuscripts.org.uk/chd.dk/misc/AB1515.html

    — CORBET (Philip S.)  1991, A brief history of odonatology , Adv. Odonatol. 5 : 21-44

    http://natuurtijdschriften.nl/download?type=document;docid=593082

     

    — MELY (de) : Les inscriptions du manuscrit Grimani, Revue de l'art

    http://www.tpsalomonreinach.mom.fr/Reinach/MOM_TP_071800/MOM_TP_071800_0003/PDF/MOM_TP_071800_0003.pdf

    — PICCHETTI, (Enrico), 1949,  "Libella-ula,  Atti Ist. Veneto Sc. Lett. E Arti, CVII, II, pp.269-279, 1949"

    http://www.beic.it/it/articoli/periodici-istituto-veneto-di-scienze-lettere-ed-arti

    http://gutenberg.beic.it/view/action/nmets.do?DOCCHOICE=7895663.xml&dvs=1519053491494~816&locale=fr&search_terms=&show_metadata=true&adjacency=&VIEWER_URL=/view/action/nmets.do?&DELIVERY_RULE_ID=7&divType=&usePid1=true&usePid2=true

    — PICCHETTI, Enrico. (1960-63): Le denominazioni della libellula nel dominio linguistico italiano, in «Atti dell’Istituto Veneto di Scienze, Lettere ed Arti», Classe di Scienze Morali e Lettere, CXIX (1960-1), pp. 745-788; CXXI (1962-3), pp. 513-560.

    http://www.beic.it/it/articoli/periodici-istituto-veneto-di-scienze-lettere-ed-arti

    http://gutenberg.beic.it/view/action/nmets.do?DOCCHOICE=9224878.xml&dvs=1518640134260~418&locale=fr&search_terms=&show_metadata=true&adjacency=&VIEWER_URL=/view/action/nmets.do?&DELIVERY_RULE_ID=7&divType=&usePid1=true&usePid2=true

    — RUDOLPH (R.)  (1991) Paintings of Zygoptera in the Gutenberg Bible of 1453 Odonatologica 20(1): 75-78

    http://natuurtijdschriften.nl/download?type=document;docid=591936

    "An Aeshna is illustrated in the Italian "Breviario Grimani"dating from 1495-1500 (PICHETTI, 1949)."

    RATTU, ( Roberto), 2009, Le denominazioni popolari della libellula nelle varieta sarde meridionali https://dialnet.unirioja.es/descarga/articulo/3623166.pdf

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    — SIEGERT (Bernhart), Cultural techniques : Grids, Filters, Doord and other articulations of the real.

    Sources Google

     

     

     

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    Published by jean-yves cordier - dans Zoonymie des Odonates
    10 février 2018 6 10 /02 /février /2018 23:40

    Zoonymie des Odonates. Avant l'ère des noms, celle des enluminures. Les manuscrits français de la BnF (base Mandragore).

     

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    Voir aussi :

     

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    Résumé : une quarantaine de libellules, peintes dans 19 manuscrits enluminés des collections de la Bibliothèque nationale de France entre le 13e et le 17e siècle, sont étudiées pour enrichir l'histoire des Illustrations en Entomologie d'une part , et de l'Odonatologie d'autre part. Ou comment les insectes sont devenus objets du regard artiste, puis objets de connaissance scientifique.

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     LES LIBELLULES DU SITE MANDRAGORE DE LA BNF.

    Toutes les images sont soumises à l'obligation d'identification de leur origine :

     Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France.

     

    Les enluminures sont classées par ordre chronologique comme faire ce peut, et accompagnées d'extraits des Notices de la BnF.

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    LE TREIZIÈME SIÈCLE.

    2 manuscrits, 2 enluminures..

     

    —  Français 19093,  Album de Villard de Honnecourt (vers 1230-1240)  fol. 7v.

       

    Notice : http://archivesetmanuscrits.bnf.fr/ark:/12148/cc482952

    Image : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b10509412z/f16.image

    http://expositions.bnf.fr/utopie/pistes/grand/vill.htm

     

    Villard de Honnecourt est un maître d'œuvre né près de Cambrai vers l'an 1200, est célèbre par son Album. Le manuscrit de Villard de Honnecourt, un carnet de format réduit, d'environ 14 cm sur 22,  est composé de feuilles de parchemin portant des dessins sur les deux faces et réunies en cahiers. 66 pages persistent de la centaine de feuilles initiales. La Faune y tient une place importante, à coté de personnages, de croquis d'architectures et de dessins géométriques : on trouve un aigle et un lion, un porc-épic ou un pélican. Leur représentation est étonnamment précise.
     

    Sur le folio 7v figurent à coté d'un labyrinthe deux chats, une écrevisse, une mouche et un Orthoptère (doté d'oreilles !).   La libellule dessinée est un Anisoptère (ailes étendues horizontalement) aux yeux contigus en une zone étroite, aux ailes postérieures plus larges, à leur base, que les antérieures, et à l'abdomen légèrement dilaté à son extrémité ; les appendices anaux sont figurés. Les annelures de l'abdomen ne correspondent pas aux dix segments des Odonates. La précision du contour est remarquable eu égard à la date, et aux autres images qui vont suivre. 

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     Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

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    —  Latin 10483 Breviarium ad usum fratrum praedicatorum Bréviaire de Belleville, enluminure par  Jean Pucelle vers 1323-1326 fol. 24v, 

      Notice : http://archivesetmanuscrits.bnf.fr/ark:/12148/cc785374/ca59930198497994

     

    Le peintre et enlumineur  Jean Pucelle est actif entre 1319 et 1334. .

    "Jean Pucelle a introduit dans l'art de l'enluminure parisienne, jusqu'alors routinier, une nouvelle conception de l'espace dans la peinture venue d'Italie. Inspiré de l'art siennois et notamment de Duccio di Buoninsegna, il en reprend aussi le sens plastique. Cette inspiration italienne est tellement prégnante que certains historiens ont même avancé l'hypothèse qu'il pourrait s'agir d'un artiste italien (Giovanni Pucelli) venu s'installer à Paris. Il insuffle en tout cas un nouvel élan dans l'enluminure parisienne qui se perpétue dans de nombreux suiveur jusqu'à la fin du xive siècle dont le plus célèbre est Jean le Noir. D'après les rares manuscrits qui lui sont directement attribués, son style semble cependant très hétérogène et la part des collaborateurs est difficile à déterminer, si bien que l'on préfère parler d'un style pucellien" Wikipédia : https://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_Pucelle

    Image :image : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8451634m/f50.image

    La libellule appartient à l'encadrement d'une page consacrée au Psaume 38 et illustrée par le roi Saul menaçant le jeune  David de sa lance. La marge proche montre un démon jouant de la flûte traversière, et une femme voilée tenant un miroir ou n instrument à archet. Plas bas se trouve un faisan, un singe tenant un papillon identifiable (Aglais urticae), un escargot et un autre papillon. Les fleurs bleues sont des Ancolies du Genre Aquilegia.  Cette précision dans les représentations naturalistes peuvent nous inciter à penser que la libellule n'est pas imaginaire, mais basée sur l'observation. Ses ailes sont étendues latéralement comme celles d'un Anisoptère, ses deux yeux en perle sont légèrement écartés comme ceux des Gomphes, le thorax est ovoïde et l'abdomen est annelé et peut-être velu. Le corps est bleu-vert. Les ailes sont translucides avec  le tiers distal noir, comme  celles du Calopteryx splendens. Finalement, aucune détermination, fut-ce de Famille, n'est possible pour moi.

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    Source BnF Gallica

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    Source BnF Gallica

     

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    LE QUATORZIÈME SIÈCLE.

    1 manuscrit, 1 enluminure.

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    —  Français 13096 Apocalypse de saint Jean, bible nt ap glos. Par Colin Chadewe Belgique 1313,  fol. 80.

    Wikipédia Apocalypse de 1313 :

     

    " L'ouvrage a été achevé en octobre 1313 par un enlumineur du nom de Colin Chadewe ou Chadelve, un peintre mosan actif à Liège à l'époque. Il s'agit de l'un des plus anciens manuscrits signés exécutés par un laïc.

    Le manuscrit pourrait avoir été réalisé pour Isabelle de France, fille de Philippe le Bel et épouse d'Édouard II d'Angleterre. 

    Les miniatures, très nombreuses (162), insistent particulièrement, et ce pour une des premières fois, sur la représentation de l'Enfer. Plusieurs images sont consacrées au supplice des différents métiers de l'artisanat, chacun étant supplicié avec les outils traditionnel de son activité."

     

    Notice : http://archivesetmanuscrits.bnf.fr/ark:/12148/cc439794

     

    A la fin (f. 167), on lit : « L'an de l'Incarnation M.CCC. et XIII, le semedi après le sain Donis fut parfais cis Apokapse. Colins Chadewe l'ordinat et l'enluminat. » — Très nombreuses miniatures dans la première partie du volume.

    Image : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b10533304x/f167.image

    L'enluminure représente un ange tendant une baguette vers un édifice dans lequel les 12 apôtres, reconnaissables par leurs attributs, occupent  des loges individuelles :  sans-doute une représentation de l'Église placée en haut de dix degrés.

     Dans l'encadrement, quatre libellules occupent les coins de l'enluminure, comme si elles la portaient dans les airs tels des anges. Elles diffèrent toutes par les couleurs (associant le rouge, le vert pâle et le brun)  du corps et des ailes. celles du haut à gauche porte un plumet et deux petits cercles à l'extrémité de l'abdomen. Ici, à la différence du travail de Jean Pucelle, le but est majoritairement décoratif sans aucune autre inspiration naturaliste que de pouvoir se dire : "tiens, ce sont des libellules".

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     Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

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    LE QUINZIÈME SIÈCLE.

    12 manuscrits, 30 enluminures.

     

    Français 263, Titus Livius, ab urbe condita (trad. Pierre Bersuire), Les Décades de Tite-Live Paris, 1400-1405, fol. 356.

    L'illustration est due au peintre appelée par Millard Meiss le Maître du Virgile, d'après le manuscrit Med. Pal. 69 de la Bibliothèque Laurentienne , daté de 1403.

    https://fr.wikipedia.org/wiki/Ma%C3%AEtre_de_Virgile

    Le manuscrit contient rois grandes peintures au début de chaque Décade : f. 10 ( 150 x 180 mm.; f. 198 (140 x 180 mm.); f. 356 (165 x 180 mm.), et 26 miniatures (80 x 80 mm) en tête de chaque Livre.

     

     

    Notice : http://archivesetmanuscrits.bnf.fr/ark:/12148/cc78552b

    Le folio 356 comporte un titre LE PREMIER LIVRE DE LA TIERCE DECADE, au dessus d'une enluminure divisée en quadrants représentant  Les envoyés athéniens à Rome; les Romains en prière; une bataille; le triomphe de Cornelius Lentulus. Une frise à fleurs de lys libère un rinceau d'encadrement, où nous pouvons découvrir dans les marges inférieure et droite 5 oiseaux, une perruche, trois papillons, et une libellule. 

    Cette libellule de corps et de tête bleus et aux ailes grises possède deux très longues antennes dignes d'une sauterelle. Les yeux sont déportés sur le coté de la tête. Les ailes sont étendues mais ne sont pas perpendiculaires au corps. Le fin abdomen se termine par deux fins appendices. Au total, toute détermination est impossible.

    Image :http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8451118s/f713.image

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    Source gallica.bnf.fr / BnF 
    Source gallica.bnf.fr / BnF 

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    —  Latin 1156 B horae ad usum romanum, Heures de Marguerite d'Orléans,  Rennes vers 1430,  fol. 160.

    Notice : http://archivesetmanuscrits.bnf.fr/ark:/12148/cc590877

    Les enluminures sont attribuées au Maître de Marguerite d'Orléans, actif à Bourges, Rennes, Angers et Poitiers entre 1428 et 1465. C'est vers 1430 qu'il réalise son chef-d'œuvre pour Marguerite d'Orléans, l'épouse de Richard d'Étampes, le fils du duc de Bretagne. 

    Le maître anonyme est particulièrement doué pour ses décorations marginales dans lesquelles il fait preuve d'une grande originalité. Pour le reste, il réemprunte des modèles du Maître de Boucicaut, aux Limbourg ainsi que ses propres modèles qu'il réutilise dans un style de plus en plus lourd jusqu'à la fin de sa carrière

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    Le folio 160 montre le Christ-Roi  Sauveur assis sur un trône et entouré de chérubins bleus.  Cette ilage sacrée est encadrée une première fois par une scène où un couple royal (siège azur fleurdelisé) et leurs enfants reçoivent deux archers tenant leurs flèches et des bilboquets. Un couple d'oiseaux et un couple de papillons sont placés dans la colonne droite de ce premier encadrement. Le second encadrement accueille une scène de tournoi entre deux hérauts, deux cavaliers et autres personnages, des oiseaux au nid,  et enfin un couple de libellules, parmi de nombreuses fleurs.

    Les libellules sont bleues, aux ailes grises étendues latéralement, au thorax dilaté et à l'abdomen fin. Aucune suggestion naturaliste n'est possible.

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    Image : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b52502614h/f331.image

    Source gallica.bnf.fr / BnF 

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    Source gallica.bnf.fr / BnF 

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    —  Latin 1156 B horae ad usum romanum, Heures de Marguerite d'Orléans,  Rennes vers 1430,   fol. 172,  

    Le folio 172v montre le miracle de saint Nicolas. L'encadrement est occupé par cinq femmes évoluant parmi des fleurs et entourées d'abeilles et de quatre papillons.

     

    Les libellules sont les mêmes que pour le folio 160, mais placées l'une derrière l'autre et non en position spéculaire. Leurs ailes sont désormais dressées verticalement.

    Image : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b52502614h/f355.image.

    Source gallica.bnf.fr / BnF 

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    —  Latin 1156 B horae ad usum romanum,  Heures de Marguerite d'Orléans,  Rennes vers 1430 fol. 177.

    Le folio 177 qui appartient aux Suffrages montre les Apôtres avec saint Paul face à saint Pierre, au dessus du texte Salvator Mundi, Salva nos omnes. L' encadrement floral (fleurs bleues et fleurs blanches donnant des fruits verts et bruns en forme de courges ou concombre) abrite cinq papillons et quatre oiseaux.

    Une seule libellule est représentée, de même type que les précédentes, aux ailes dressées, buvant au calice d'une fleur de Liseron, au mépris de toute réalité naturelle.

    Image : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b52502614h/f365.image

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    Source gallica.bnf.fr / BnF 

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    Source gallica.bnf.fr / BnF 

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    Français 130 Boccace, de casibus virorum illustrium  (traduction en 1409 par Laurent de Premierfait, clerc du diocèse de Troyes), Paris, 3eme quart XVe (1450-1475) fol. 278v, 

     

    Notice http://archivesetmanuscrits.bnf.fr/ark:/12148/cc43933v

    Le folio 278v débute le 7ème Livre et montre un homme poursuivi par des assaillants et prenant refuge au pied d'une statue. L'encadrement de rinceaux ( baie, campanule, chardon, fraisier, giroflée,  mouron, pâquerette, pervenche, sainfoin, véronique ) contient un serin  et une libellule.

    Cette libellule est bleue aux ailes blanc-gris dressées verticalement. L'abdomen fin, cylindrique, est divisé en dix segments. Le sous-ordre des Zygoptères pourrait être évoqué, mais les yeux sont ici contigus, et non séparés. 

    Image : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b10532640k/f562.image

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    Source gallica.bnf.fr / BnF 

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    Français 328, Le Livre des hystoires du Mirouer du monde, 3eme quart XVe  (1450-1475) Français fol. 23r 

    Le folio 23r et le folio 23v relatent la guerre de Troie. Les rubriques indiquent   : Comment le roy priant [Priam] fut doulant quant on luy porta la nouvelle que troye estoit destruite et son pere occis,  et Comment le roy priant de troye tint conseil comment il se pourroit venger des grecz

    Les encadrements des enluminures, construits selon un schéma constant, associent des rinceaux à fleurs et baies avec une scène allégorique en bas et une scène cocasse en haut entre un motif central et un motif périphérique. Les deux folio 23r et 23v répètent dans l'encadrement supérieur la même scène où un archer en buste sur le calice d'une fleur vise une libellule anthropomorphe. Seules les quatre ailes en croix autour du buste permettent de parler ici d'une "libellule".

     

    Notice : http://archivesetmanuscrits.bnf.fr/ark:/12148/cc497362

    Image : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b52000962r/f51.item.zoom

     

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    Source BnF gallica

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    Français 328, Le Livre des hystoires du Mirouer du monde, 3eme quart XVe  (1450-1475) Français fol. 23v

     

    Notice : http://archivesetmanuscrits.bnf.fr/ark:/12148/cc497362

    Image http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b52000962r/f52.image

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    Source gallica.bnf.fr / BnF 

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    Source gallica.bnf.fr / BnF 

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    Français 995, Dit des trois vifs et des trois morts, XVe siècle folio 22v

     

    Martial d'auvergne 1430 — Mort à Paris le 13 mai 1508

    dragons, papillons, mouches, escargots

    Folio 22v encadrement inférieur

    http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b9059983v/f24.item.zoom

    http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b9059983v/f38.item.zoom

    https://www.arlima.net/mss/france/paris/bibliotheque_nationale_de_france/francais/00995.html

    http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b9059983v/f23.image

    Cette libellule,et celles des pages qui vont suivre, sont dotées de quatre ailes en forme de feuille, d'un thorax en ballon de rugby et d'une tête de lapin. Leurs abdomen est tronçonné en chapelet. 

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    Source gallica.bnf.fr / BnF 

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    Français 995, Dit des trois vifs et des trois morts, XVe siècle folio 25

    Folio 25 encadrement inférieur http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b9059983v/f27.image

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    Source gallica.bnf.fr / BnF 

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    Français 995, Dit des trois vifs et des trois morts, XVe siècle folio 31

    http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b9059983v/f32.image

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    Source gallica.bnf.fr / BnF 

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    Français 995, Dit des trois vifs et des trois morts, XVe siècle folio 33

    http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b9059983v/f34.image

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    Source gallica.bnf.fr / BnF 

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    Français 995, Dit des trois vifs et des trois morts, XVe siècle folio 36v

    Folio fol. 36v, Encadrement inférieur .

    http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b9059983v/f37.image

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    Source gallica.bnf.fr / BnF 

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    —  Nouvelle acquisition latine 3115 horae ad usum parisiensem XVe, fol. 4, 

      encadrement

    Notice : http://archivesetmanuscrits.bnf.fr/ark:/12148/cc70997z

    Image : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b550008032/f19.image

     

    Peintures à mi-page, avec encadrements ornés de fleurs, fruits, personnages et animaux ; calendrier avec encadrement du même type orné de médaillons peints. Grandes initiales peintes, trois historiées ; petites initiales d'or sur fond bleu ou bleu sur fond rouge à filigranes. Bouts de ligne peints. Rubriques.

    Là encore, comme dans Français 995, nous avons une représentation médiévale, presque archaïque de l'insecte, juste suffisante pour reconnaître qu'il s'agit d'une libellule, mais sans aucun souci de réalité. Une autre époque, avant l'arrivée des artistes de Bruges.

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    Source gallica.bnf.fr / BnF 

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    —  Nouvelle acquisition latine 3115 horae ad usum parisiensem XVe, fol. 8r

    http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b550008032/f27.image

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    Source gallica.bnf.fr / BnF 

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    —  Nouvelle acquisition latine 3115 horae ad usum parisiensem XVe, fol. 33.

    http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b550008032/f77.image

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    Source gallica.bnf.fr / BnF 

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    —  Nouvelle acquisition latine 3115 horae ad usum parisiensem XVe, fol. 58v

    http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b550008032/f128.image

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    Source gallica.bnf.fr / BnF 

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    —  Nouvelle acquisition latine 3115 horae ad usum parisiensem XVe, fol. 71.

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    http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b550008032/f153.image

     

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    Source gallica.bnf.fr / BnF 

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    —  Nouvelle acquisition latine 3115 horae ad usum parisiensem XVe, fol. 76r.

    http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b550008032/f163.image

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    Source gallica.bnf.fr / BnF 

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    —  Nouvelle acquisition latine 3115 horae ad usum parisiensem XVe, fol. 81.

    http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b550008032/f173.image

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    Source gallica.bnf.fr / BnF 

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    —  Nouvelle acquisition latine 3115 horae ad usum parisiensem XVe, fol. 122

    http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b550008032/f255.image

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    Source gallica.bnf.fr / BnF 

     

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    —   Rothschild 2973, Chansonnier cordiforme de Montchenu. Recueil de Chansons italiennes et françaises. Savoie, Vers 1475. Fol 7.

    Notice : http://archivesetmanuscrits.bnf.fr/ark:/12148/cc37421r

     

    Provenance : Jean de Montchenu, évêque d’Agen puis de Viviers ; ex-libris Giuseppe Orazio Pucci, chevalier de Malte (1782-1838) ; anciennes collections Chédeau, notaire de Saumur (Cat. 1865, n°587), baron Jérôme Pichon (1812-1896, Cat., 1869, n° 636 ; 1897, n° 900) et baron James de Rothschild (1844-1849) ; legs du baron Henri de Rothschild (1872-1947) à la Bibliothèque nationale (1949). 

    Joyau de la collection Rothschild, ce célèbre manuscrit cordiforme a été exécuté dans les années 1470-1475 pour Jean de Montchenu, ecclésiastique savoyard de souche noble au caractère belliqueux et à la réputation sulfureuse. Après avoir débuté sa carrière comme Frère de l’ordre hospitalier de Saint-Antoine et protonotaire apostolique, celui-ci fut successivement conseiller de l’évêque de Genève Jean-Louis de Savoie, commandeur du prieuré de Saint-Antoine de Ranverso en Piémont, évêque d’Agen en 1477, puis de Viviers de 1478 à 1497. Très engagé dans la vie politique de son époque, il eut de nombreux démêlés avec l’évêque de Genève et prit un temps le parti de Charles le Téméraire, avant de se ranger aux côtés de Louis XI qui le récompensa en lui donnant l’évêché d’Agen. Surmontées d’un chapeau de protonotaire, les armes qui ornent le frontispice de ce recueil de chansons, écartelé, aux 1er et 4e de gueules à la bande engrêlée d’argent chargée d’une aigle d’azur, et accompagné en chef d’un tau d’or, aux 2e et 3e pallé d’or et d’azur, indiquent que Montchenu en fut le commanditaire. L’aspect et la couleur du chapeau, qui est celui d’un protonotaire et non d’un évêque, permettent de situer l’exécution du manuscrit entre 1460 et 1477, époque où Jean de Montchenu était protonotaire, et non évêque. Le contenu du répertoire musical et la comparaison avec d’autres chansonniers contemporains permettent d’affiner cette datation dans les années 1475.

    Cet étonnant volume se distingue par sa sa forme : un cœur en position fermée, deux cœurs accolés en position ouverte, une forme rarissime dont nous ne connaissons pas d’autre témoignages matériels, à l’exception d’un livre d’heures à l’usage d’Amiens (Paris, BnF latin 10536), du XVe siècle, et de deux recueils poétiques italiens du XVIe siècle à Pesaro (Biblioteca Oliveriana, ms. 1144 et 1145). 
    Ce manuscrit renferme une remarquable sélection de 43 chansons amoureuses issues des répertoires français et italien, les unes signées par de grands compositeurs de l’époque, tels Dufay, Ockeghem, Busnois, Binchois, van Ghizeghem, les autres anonymes. A l’image de la Savoie, véritable creuset d’influences nordiques et méridionales de par sa position charnière entre la France et l’Italie, le contenu du chansonnier se répartit entre 13 chansons italiennes, placées en tête, et 30 chansons françaises. La qualité et la diversité des pièces, qui offrent un échantillonnage équilibré et représentatif de la production musicale de l’époque, et la présence de chansons parodiques, un genre très en vogue dans les années 1460-1470, font de ce chansonnier un recueil unique.

    image :http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b525044884/f23.image

    C'est sans-doute la peinture, peu soucieuse de réalisme, d'un Zygoptère, aux ailes redressées, aux ailes vertes semblables à des feuilles, à l'abdomen incurvé vert et blanc-crème, au thorax brun et aux antennes exagérées.

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    Source gallica.bnf.fr / BnF 

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    —   Rothschild 2973, Chansonnier cordiforme de Montchenu. Recueil de Chansons italiennes et françaises. Savoie, Vers 1475, fol. 7v.

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    Ce nouvel exemple est semblable au précédent.

    http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b525044884/f24.image

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    Source gallica.bnf.fr / BnF 

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    —   Rothschild 2973, Chansonnier cordiforme de Montchenu. Recueil de Chansons italiennes et françaises. Savoie, Vers 1475 fol. 30.

    Les ailes sont bleues, les yeux contigus, le thorax indistinct, l'abdomen vert et blanc effilé dans la moitié distale, avec une paire d'antennes qui ressemblent à une quatrième paire de pattes.

    image : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b525044884/f69.image

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    Source gallica.bnf.fr / BnF 

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    —   Rothschild 2973, Chansonnier cordiforme de Montchenu. Recueil de Chansons italiennes et françaises. Savoie, Vers 1475, fol. 30v.

     

    Ce spécimen n'est pas plus convaincant que les précédents, avce ses ailes brunes.

    Image : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b525044884/f70.image

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    Source gallica.bnf.fr / BnF 

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    Français 2643, Chroniques de Jean Froissart, Bruges, vers 1470-1475, fol. 207. 

    Notices :

    http://archivesetmanuscrits.bnf.fr/ark:/12148/cc491411

    http://archivesetmanuscrits.bnf.fr/ark:/12148/cc491411/ca19799287

    "Le manuscrit de Gruuthuse est un manuscrit illuminé richement illustré en quatre volumes et contenant un texte français issu des Chroniques de Jean Froissart. Ces manuscrits sont actuellement conservés à la Bibliothèque nationale de France sous les cotes Français 2643 à 2646.

    Le texte de Jean Froissart qu’il contient a été recopié de manière manuscrite en plus de 100 exemplaires. Le manuscrit de Gruuthuse en est un des mieux illustrés, commandé par Louis de Gruuthuse, un noble flamand passionné de livres, dans la première moitié des années 1470. Les quatre volumes contiennent 112 miniatures de tailles variées peintes par certains des meilleurs artistes brugeois de l’époque. 

    Loyset Liédet réalisa les soixante miniatures des deux premiers volumes. Il était un brillant réalisateur d’enluminures, travaillant principalement sur les manuscrits pour Philippe III de Bourgogne et sa cour. Il avait probablement des assistants, même s’il est difficile de l’affirmer en observant ses travaux.

    Les deux derniers volumes [dont celui-ci, Fr. 2643], plus fins, furent illustrés par des artistes anonymes désignés sous le nom de Maître d'Antoine de Bourgogne, du Maître de Marguerite d'York, et de Maître du Livre de prières de Dresde, assistant du premier."

     https://fr.wikipedia.org/wiki/Chroniques_de_Froissart_(manuscrits_Gruuthuse)

    Le Maître du Livre de prières de Dresde (actif à Bruges entre ca 1465 et 1515) : Nommé à partir d'un Livre d'heures conservé à Dresde (Dresden, Sächsische Landesbib., A311 ; plus 2 miniatures détachées à présent au Louvre (Paris), inv. 20694 et bis), cet enlumineur prolifique  a travaillé sur une cinquantaine de manuscrits, surtout apprécié pour ses vignettes illustrant les marges des calendriers, où son art s'est pleinement épanoui.  On lui doit entre autres :

     Livre d'heures du Fitzwilliam Museum ; 

    Heures de Jean Carpentin, seigneur de Graville vers1470 (Coll. part.);

    Les Heures Salting (vers 1470-1475), ou Marmion Hours, Londres, Victoria and Albert Museum 

    Heures Crohin-La Fontaine Ms 23 (1480-1485), Jean Paul Getty Museum ;

    Bréviaire de la reine Isabelle de Castille,1480, London, BL, Add. 18851 ;

    Les Heures Huth (1485-1490), London, British Library Add MS 38126 

    Heures Emerson White Van Sinderen (calendrier), Université Harvard, bibliothèque Houghton, Typ. 443-443-1.

    Pierpont Morgan Library M 1077 (1475-1485) [Images ici]; Pour ce qu'en montrent les images présentées, les bordures fleuries n'utilisent pas le procédé de trompe-l'œil par ombrage, et ne contiennent que peu ou pas d'insectes. 

    Livre d'heures de la British Library, Egerton 1147;

    "Avec plus de cinquante manuscrits conservés, ce peintre compte parmi les enlumineurs flamands les plus productifs et les plus originaux du Moyen Âge tardif. Formé peut-être à Utrecht, il apparaît à Bruges à la fin des années 1460. Ses premiers travaux pourraient être quelques miniatures dans deux volumes d'un Froissart pour Louis de Bruges, seigneur de Gruuthuse, enluminés par l'atelier du Maître d'Antoine de Bourgogne (Paris, BnF, Fr. 2645-2646). Le Maître du Livre de prières de Dresde connaissait parfaitement le style de ce dernier ; dans un livre d'heures extrêmement original réalisé pour un noble normand, Jean de Carpentin (collection privée anglaise), il en imite même la facture picturale particulière, avec des pigments d'or et d'argent sur fond noir. En collaboration avec d'autres enlumineurs, le Maître du Livre de prières de Dresde copie, également pour Louis de Bruges, le fameux Livre des tournois de René d'Anjou (Paris, BnF, Fr. 2693). Enfin, il enlumine deux Valère Maxime, respectivement pour Jean de Gros, secrétaire du duc de Bourgogne, et pour Jean Crabbe, abbé de l'abbaye des Dunes à Bruges (Leipzig, Universitätsbibliothek, ms. Rep. I. 11.b, et Bruges, Groot Seminarie, ms. 157/188-159/190). [...] Probablement à la demande de Maximilien Ier d'Autriche, il enlumine jusqu'en 1487-1488 un somptueux bréviaire destiné à Isabelle la Catholique (Londres, British Library, Add. ms. 18851), qui demeurera inachevé. En effet, le soulèvement en Flandres incite le peintre à se rendre d'abord dans l'évêché de Tournai (bibliothèque de la Ville, Cod. 4.A : cartulaire de l'hospice Saint-Jacques), puis à Amiens, où il peint quatre livres d'heures ainsi qu'un évangéliaire pour le maïeur de la ville Antoine Clabault (Paris, bibliothèque de l'Arsenal, ms. 661). Après la pacification des Flandres, il retourne à Bruges avant 1500 et reste en activité pendant deux décennies encore, alors que sa vue semble baisser. Pourtant, on lui confie encore deux doubles pages dans les superbes Heures Spinola enluminées vers 1515-1520 par des artistes plus jeunes, probablement pour Marguerite d'Autriche (Los Angeles, The J. Paul Getty Museum, ms. Ludwig IX 18).' .http://arts-graphiques.louvre.fr/detail/artistes/0/2988-MAITRE-DU-LIVRE-DHEURES-DE-DRESDE

    "Ce  peintre témoigne d'une extraordinaire originalité. À une époque où les artistes privilégiaient les costumes élaborés et les postures artificielles, cet enlumineur donnait à ses personnages une qualité plus douce et plus innocente. Il avait une  capacité particulière pour introduire de l'humour ou de l'ironie dans une scène familière, et il montre une sympathie particulière pour les personnages grossiers ou simples. La nouveauté de ses couleurs - incluant l'orange éclatant, le bleu canard et le rouge bourgogne, les bleus riches et parfois le noir , souvent arrangées dans des combinaisons surprenantes, témoigne encore plus de l'originalité rafraîchissante de son art." Adaptation-traduction de la notice du Paul Getty Museum, site sur lequel on trouvera de nombreuses enluminures de cet artiste.

    http://www.getty.edu/art/collection/artists/1160/master-of-the-dresden-prayer-book-flemish-active-about-1480-1515/ 

     

    "C'est un maître anonyme enlumineur actif en Flandre des années 1460 à 1520. Les plus anciennes miniatures qui lui sont attribuées appartiennent à deux manuscrits de Froissart, réalisés pour Louis de Gruuthuse par le Maître d'Antoine de Bourgogne. Il fait sans doute partie de cet atelier, où il participe à la réalisation de plusieurs manuscrits pour la cour des ducs de Bourgogne. Il illustre le Livre des tournois de René d'Anjou pour le même Louis de Gruuthuse, et deux manuscrits de Valère Maxime, l'un pour Jean de Gros, secrétaire du duc, l'autre pour Jean Crabbe, abbé de l'abbaye des Dunes. Il collabore alors fréquemment avec les plus grands enlumineurs flamands de la période : Simon Marmion, le Maître viennois de Marie de Bourgogne, Gerard Horenbout, Alexander Bening. Il est aussi amené à diriger la réalisation de plusieurs manuscrits avec leur collaboration.

    Dans les années 1470, il réalise plusieurs manuscrits comportant des miniatures dont le décor marginal sur fond coloré, aux ornements en trompe-l'œil, contribuent à forger le style de l'école ganto-brugeoise." (Wikipédia)

     

    Image : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b84386043/f437.image

    Le folio 207 est précédé de la rubrique Ci parle de la bataille de poitiers entre les prince de galles et le roy jehan de france. La bataille de Poitiers a eu lieu en 1356. L'enluminure la met en scène dans une fenêtre au dessus des deux colonnes du texte. L'  encadrement occupe les deux cotés et la partie inférieure de la page. En bas, un cerf poursuivi par un piqueur sonnant de la trompe et harcelé par quatre chines se dirige vers une femme, parmi des fleurs d'ancolie. La marge gauche est occupée par un oiseau parmi   des pâquerettes, des véroniques, du houx aux baies rouges. La libellule occupe la marge droite, sous un enfant nu tenant un chapeau, accompagnée d'un singe présentant les armoiries de France, d'un oiseau parmi les roses, les bleuets des violettes et les fraises des bois.

    On pouvait espérer trouver ici une bordure en trompe-l'œil avec des effets d'ombres et de lumière propre au style ganto-brugeois, mais ce n'est pas le cas. Néanmoins, la libellule possède certains traits témoignant des préoccupations naturalistes de cette école. Nous pouvons préciser qu'il s'agit d'un Zygoptère, dont les deux yeux en perle sont séparés et écartés. Les ailes, étroites,  sont dressées verticalement. Elles sont brunes, sans ptérostigmas, sans détail des nervures. L'abdomen fin et cylindrique est divisé en 9 segments par des traits noirs. Le thorax trapézoïdal est nettement distinct de l'abdomen. La tête, les yeux, le thorax et l'abdomen sont verts. Les six pattes sont noires, ciliées de soies ou de barbes. Une fleur cache les appendices anaux. Tout cela permet d'affirmer le sous-ordre des Zygoptera sans aller au delà de cette précision.

    Par contre, si nous considérons la saynète composée par l'enfant et l'insecte, il est possible de suggérer que nous sommes devant une peinture, assez rare, de chasse entomologique au chapeau, bien attestée pour les papillons.

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    Source gallica.bnf.fr / BnF 

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    Source gallica.bnf.fr / BnF 

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    Source gallica.bnf.fr / BnF 

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    — Arsenal  638 Livre d'Heures, en latin, Manuscrit dit du "Maître-aux-fleurs", fin XVe siècle (entre 1465 et 1515), folio 4v. 

    N.B : le second volume Arsenal ms 639 complètement exploré ne montre pas de libellule.

    Ce manuscrit, qui se poursuit par l'Arsenal Ms 639, a peut-être été commandité par un breton, car on y trouve des saints bretons dans le calendrier, comme Gildas, Salomon, Yves Donatien, Corentin ou Malo.  Il tient son surnom (Heures du Maître-aux-fleurs) de son décor de fleurs et d'insectes dans le style "ganto-brugeois", qui  serait dû en réalité à trois grands maîtres de l'enluminure flamande,  le "Maître du livre d'heures de Dresde", le le Maître des Livres de prières, et enfin un disciple de Simon Marmion.    Mais le folio 4v, comme les enluminures du Calendrier de ce manuscrit sont attribuées au Maître du Livre de prière de Dresde, actif à Bruges entre ca 1465 et 1515. C'est à dire l'auteur du folio 207 du Français 2643 que nous venons d'examiner. 

    Le calendrier est disposé en douze doubles pages décorées de façon identique : le calendrier proprement dit est placé dans un encart qui occupe la moitié de la surface, tandis que l'autre moitié est celle des bordures à rinceaux et insectes. 

    Le calendrier proprement dit comporte dans une ornementation végétalisée signe de la croissance du temps,  les deux lettres KL pour Kalendae. Puis vient le nombre de jours solaires et lunaires (Aprilis habet dies XXXI et luna XXX). Les sept lettres dominicales sont énumérées verticalement selon le décompte, comme ici  G, A, B, C, D, E, F, G, A, B, C etc. Devant la plupart des lettres est indiquée la fête liturgique, à l'encre noire, ou, dans certains cas, en couleur bleue.

    Pour le mois d'Avril, ces saints sont : 

    –Au folio 4v,  Marie egypciace (9 avril) , Ambrosii episcopi (Saint Ambroise évêque), Vincenti (Vincent Ferrier, 5 avril), Sixte pape (6 avril), Perpetui episc. (Saint Perpétue, évêque 8 avril)  Prothex dyacre, Ézéchiel prophète, Leonis pape (11 avril), Jule pape (12 avril), Tyburcii [Valeriani et Maximi martyrum ] (14 avril). Les jours des fêtes sont indiquées par moi selon Pétin 1850

    Saint Vincent Ferrier ayant été canonisé en 1455, c'est une indication supplémentaire pour la date de ce manuscrit.

    –Au folio 5r, nous trouvons : petri diaconi,  Victoris pape, Jan pape, Georgi martyris (Saint Georges, martyr 23 avril), alexandre, martyr (24 avril), Marc, évangéliste, (25 avril), Cleti pape (Saint Clet, 26 avril), Anastacy pape (Anastase Ier, patriarche, 21 avril) puis les mentions Pet[rus] de ordis p[re]dic[atorum] (*), Vigilia. (* on trouve aussi  Petri martyri de ordine sancti domini ; il s'agit de Pierre de Vérone, martyr, fêté le 28 ou 29 avril sur les missels et bréviaires du XVIe siècle, ou fin XVe)

    Enfin, le calendrier est bordé par une vignette consacrée à une seule fleur, selon un procédé qui rappelle celui employé par Bourdichon dans les Grandes heures d'Anne de Bretagne. Février reçoit la Rose de Provins et la Pervenche, Mars bénéficie du Compagnon rouge et de la Gesse,  et  Avril  de la Rose blanche et de la Bourrache, Mai se réserve l'Ancolie. (sous réserve)

    Les bordures renferment quatre à six médaillons délimités par des tronçons de tiges, et  renfermant pour chaque mois : -le signe du Zodiaque (ici, un taureau f.5r) ;- l'activité du mois (janvier, se chauffer au feu ; février couper du bois ; ici, planter des arbres) ; -et les fêtes principales avec leur saint. Les deux saints représentés ici sont saint Georges (dont la fête tombe le 23 avril) et saint Marc (qui tombe le 25 avril). Ces fêtes sont importantes pour la vie paysanne car ces deux saints appartiennent aux  « cavaliers du froid » qui arrivent entre le 23 avril et le 3 mai, avec l’équinoxe de printemps et les gelées blanches : Saint Georges (23 avril), saint Marc(25 avril), Saint Eutrope (30 avril). Ils marquent   dans certaines régions  les dernières gelées ont lieu en avril et s'étendent sur une quinzaine de jours. Ailleurs ils déterminent les semailles : "A la saint Georges , bon homme, sème ton orge ; à la saint Marc , il est trop tard". C'est peut-être en fonction de ces considérations que le médaillon de l'activité du mois d'avril montre un homme coiffé d'un bonnet rouge dans un champ cultivé, entre deux arbres, tenant sur son épaule un arbrisseau et dans la main gauche le manche d'un outil (bêche ?) ou de son épée. Cet homme n'a pas la tenue d'un paysan, et le médaillon homologue des Huth Hours montre, sur une route, un seigneur aux interminables poulaines, accompagné de son épouse en robe, collier, hennin et voile, et de leur garçon. Les deux hommes tiennent un arbrisseau sur l'épaule, ils vont manifestement participer à un rite de plantation plutôt que de se livrer à des travaux agricoles. Ce serait ici une représentation de la tradition de planter un arbre le 1er mai, ou le dimanche précédent le 1er mai, ou dans la nuit entre le 30 avril et le 1er mai. Ce rite ancestral, "patrimoine immémorial de l'humanité", célèbre dans le monde celte la fin des calendes d'hiver Kala-Goañv et le début des calendes d'été Kala-Hanv  selon la partition du calendrier breton. Il  y est moins question de plantation que d'offrande d'une branche reverdie à la femme aimée, dans un culte de la fécondité et la célébration du désir amoureux, et la branche d'arbre était soit accrochée sur une porte, soit promenée comme par procession, ce qui éclaire mieux les deux médaillons d'Ars. 638 et de BL add 38126.

    Les bordures se déploient sur un fond uni, couleur beige ponctué de points d'or simili cuir, sauf mai et novembre qui bénéficient d'un très beau bleu.  Ce sont soit les arabesques de rinceaux de tiges distribuant leurs fleurs et leurs feuilles, soit des fleurs coupées, comme jetées ou posées sur le parchemin. C'est le cas pour le mois d'avril, et on identifie facilement sur le folio 4v la Rose, la Pensée sauvage Viola tricolor et la Violette blanche Viola alba, la Pervenche, la Véronique, le Lys orange, une feuille de fraisier,  ainsi que deux papillons. 

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    Pour apprécier ce calendrier, il faut le comparer à celui du livre d'Heures Arsenal Ms 290 : attribué au même enlumineur, on y trouve deux médaillons, celui du Taureau zodiacal et celui de l'homme plantant un arbrisseau, très comparables comme sujets mais beaucoup plus fruste comme qualité. Le fond est blanc, le  calendrier est pauvre (5 fêtes), les bordures (uniquement pour le recto) occupées par  des rinceaux répétitifs à une seule sorte de fleur et sans effet de trompe-l'œil, et sans insectes. La structure globale est la même, mais sans aucun souci de réalisme dans la représentation de la Nature.

    On le comparera aussi, comme nous venons de le faire pour le médaillon, avec le calendrier de  BL. add 38126 . Les saints  sont Quinciani martiris, Ambrosii episcopi, Marie egypciace, Leonis papae, Tyburcii Valeriam,  Eleutherii confessor, Georgii martyris, Marci euvangeli, Petri martyris. Les deux médaillons s'inscrivent dans un cercle d'or ; j'ai décrit le premier, où le couple galant promène l'arbre de mai, et le second représente un berger jouant un air de flûte à son chien, sous le signe du Zodiaque. Au folio 4v, un rinceau d'acanthes produit des fleurs aux improbables combinaisons de bleu, de rouge et de blanc, mas ces plantes peu naturelles bénéficient d'un effet d'ombrage en trompe-l'œil. Le folio 5r s'enrichit d'un papillon brun à ocelle noir dont il est possible de préciser, si ce n'est le genre, du moins la famille, celle des Nymphalidae, et la sous-famille, celle  des Satyrinae. Et un esprit peu pointilleux pourrait souffler le nom du Grand Nègre des Bois. Enfin, dans le même folio 5r sont figurées la Véronique (Petit-chêne ?) et la Pensée sauvage Viola  tricolor . Ce manuscrit présente donc des similitudes importantes avec l'Arsenal 638, mais ne comporte pas ses fleurs jetées au naturel sur la page qui  a donné à ce dernier le nom de Manuscrit du Maître-aux-fleurs".

    Un troisième manuscrit s'offre à la comparaison, Houghton Typ 433.

    https://iiif.lib.harvard.edu/manifests/view/drs:49314349$1i

    Le calendrier occupe là encore la moitié de la surface du folio, mais n'est pas orné d'une vignette monoflorale comme Arsenal 638. Le fond de la bordure varie de couleur à chaque page, il est mauve pour le folio 4v d'Avril. L'artiste place dans ses bordures soit des rinceaux entrecroisés où des fleurs et insectes sont insérés, soit le "jeté" de fleurs au naturel comma dans le folio 4r de mars. On trouve un seul médaillon par page. Pour la première page d'Avril, le jeune homme se promène avec sa bien-aimée sur une route traversant des vergers aux arbres en fleurs. Il s'appuie sur une canne, mais ne porte aucun arbre ou ne tient aucune branche. Il est toujours très élégant, avec un beau bonnet à plume. Les fleurs de cette page sont des roses blanches, des Véroniques, des Bourraches, des Violettes, à coté d'une fraise des bois. Sur le médaillon de la page suivante, le même galant, parvenu au village, tend une fleur à sa belle, sous le signe du Taureau. On remarque parmi les fleurs sont l'œillet rouge et l'Ancolie. Aucun insecte, mais un passereau à gauche. Les ombres portées des tiges ou des fleurs ne sont pas oubliées. Ce manuscrit est daté entre 1485 et 1490. Si on admet, avec le temps, une préoccupation accrue de cet artiste pour rendre fidèlement les objets naturels comme les fleurs et les animaux, et une meilleure maîtrise de sa peinture, cela suggérerait qu'Arsenal 638 est plus tardif qu' Arsenal 290, que BL. add 38126 et peut-être même que Houghton Typ. 433, dont il est le plus proche. Or, je découvre, au folio 7 de celui-ci, pour le mois de juin, une libellule bleue, une Demoiselle dont les ptérostigmas n'ont pas été oubliés.

    Enfin (parce que c'est l'ordre de mes recherches, mais il aurait fallu commencer par cela), on consultera le calendrier du Livre d'Heures éponymes à l'usage de Rome Dresde SLUB A 311. Ce manuscrit est daté vers 1470, et pour le calendrier, une enluminure représentant à la fois le signe du zodiaque et l'activité du mois, sans texte, alterne avec la page des renseignements calendaires. Le mois d'avril occupe les folio 4v et 5. L 'enluminure en pleine page représente un couple élégant, l'homme tenant la branche fleurie sur l'épaule droite, et une lance dans la main gauche (ce chasseur est accompagné de son lévrier). Une jeune femme, en coiffe à hennin, lui donne le bras.L'arrière-plan montre des arbres à fleurs blanches témoignant du renouveau printanier, une église et un château à poivrières. En bordure, ce sont des rinceaux stylisés bleus, verts et or, de rares plantes au naturel (pâquerette et fraisier), et des chimères issus des drôleries médiévales. Les saints sont les mêmes que ceux des autres calendriers, sans Vincent Ferrier. Je ne vois aucun insecte dans ces bordures. Il figurerait volontiers parmi les plus précoces de notre ensemble.

    Après ce long préambule, étudions la libellule d'Arsenal 638. Elle est brune sur l'ensemble du corps, ses yeux sont écartés autour d'une sorte de bec, elle n'a que deux ailes, transparentes sans ptérostigmas. L'abdomen est segmenté, cylindrique sans marques notables (peut-être des triangles noirs en périphérie). Elle projette son ombre sur le papier. Il s'agit sans-doute d'un Zygoptère, mais il est décevant de constater que l'artiste ne place ici aucun indice qui témoignerait de l'acuité de son observation d'un spécimen naturel. 

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    Notice : http://archivesetmanuscrits.bnf.fr/ark:/12148/cc798470

     

     

     

     

     

    Image : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b55008559f/f13.item.zoom

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     Arsenal  638 Livre d'Heures, en latin, Manuscrit du "Maître-aux-fleurs", XVe siècle (après 1465) , folio 4v et 5r. Source gallica .bnf.fr/BnF

    Arsenal  638 Livre d'Heures, en latin, Manuscrit du "Maître-aux-fleurs", XVe siècle (après 1465) , folio 4v et 5r. Source gallica .bnf.fr/BnF

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    http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b55008559f/f12.image

    http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b55008564m

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    Source gallica.bnf.fr / BnF 

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    Source gallica.bnf.fr / BnF 

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    Français 9197, Évrard de Conty, « Libvre des eschés amoureux, ou des eschés d'amours » Hainaut, vers 1490, enluminé par le Maître d'Antoine Rolin : Pluton et Proserpine,  164v.

    Commentaire en prose, composé vers 1400 par Évrard de Conty, , du poème "Les Échecs amoureux" composé à Paris par le même auteur vers 1370.

     

    " La trame narrative du poème des Eschés amoureux et de son commentaire moralisé est empruntée au Roman de la Rose  mais on comprend vite qu’il s’agit ici d’enseigner à un jeune homme, appelé à devenir prince, les préceptes qu’il faut suivre pour bien gouverner et bien se comporter dans la vie amoureuse. Pour faciliter l’apprentissage de cette science délicate qu’est l’amour, ses règles sont allégorisées et moralisées grâce au recours à une vraie partie d’échecs, d’où l’œuvre tire son titre. En réalité, nous avons affaire, dans les deux versions – en vers et en prose – à une véritable encyclopédie, qui offre au lecteur des chapitres entiers consacrés, entre autres, aux arts libéraux et à l’astronomie. Par rapport au poème, le commentaire moralisé est certes plus encyclopédique que didactique. À preuve, l’ajout d’un traité de mythographie qui donne lieu à un cycle iconographique important consacré aux seize dieux et déesses du panthéon grec, dans les deux exemplaires enluminés parvenus jusqu’à nous."

     [Le manuscrit Paris, BnF, fr. 9197 a été réalisé à Valenciennes, ou en tout cas en Hainaut, par le Maître d’Antoine Rolin, un artiste qui se pose comme le continuateur de Simon Marmion et dont le nom de convention évoque l’un des meilleurs clients de l’artiste en la personne du fils même du grand chancelier Nicolas Rolin. C’est bien Antoine Rolin, grand bailli et grand veneur du Hainaut, et son épouse Marie d’Ailly qui furent, sinon les commanditaires, en tout cas les possesseurs de l’exemplaire bourguignon des Eschez amoureux moralisés dont la Bibliothèque nationale de France a proposé un fac-similé en 1991.

    [C']est celui qui a appartenu au fils même du chancelier Rolin, le grand bailli du Hainaut Antoine Rolin, et à son épouse Marie d’Ailly, un exemplaire luxueux doté de vingt-quatre miniatures – vingt-huit à l’origine – réalisées par le Maître d’Antoine Rolin autour de 1490. Tout dans ce manuscrit rappelle ses possesseurs, jusqu’à la miniature consacrée à la déesse de la chasse Diane qui sert de prétexte à souligner le titre de grand veneur du Hainaut que portait aussi Antoine Rolin depuis qu’il l’avait acheté à Guillaume de Lalaing en 1454 . "(Légaré 2007)

     

     Le folio 164v qui nous occupe appartient au traité de mythographie, et plus précisément à la présentation de Pluton, dieu des Enfers et de Proserpine. Le dieu trône, assis sur le chien à trois têtes Cerbère, au séjour des morts, ce qui explique la couleur noir qui est choisie pour le fond.  L'enluminure narrative occupe le coin supérieur gauche et le texte  est encadré par une bordure fleurie où sont placés, éparses, des fleurs ( fraisier, groseillier, pâquerettes, pensées, rosiers, œillets rouges) et des rinceaux,  trois corbeaux, un escargot, et deux libellules.

    C'est peut-être le seul exemple où la libellule est peut-être choisie, en complément des trois corbeaux, en raison de sa réputation néfaste : on connaît ses noms vernaculaires anglais  (adder-fly ou dragon-fly — mouche-vipère ou mouche-dragon —), mais elle est aussi nommée “ pou de serpent ” dans l’Est de la France et la Suisse romande, “ épouille de serpent ” en Languedoc, “ valet de serpent ” dans les Pyrénées, et en Bretagne, Paul Sébillot l’a trouvée sous les noms d’“ agent du diable ”, “ cheval du diable ”, “ aiguille ” ou “ aiguille-serpent ” ; en Basse-Normandie, où elle était réputée aussi venimeuse que la salamandre, elle portait le même nom que celle-ci : “ mouron ”, qui désigne aussi le lézard vert et le triton. En Wallonie où les lézards, les salamandres et les serpents étaient indifféremment appelés “ scorpions ”, Eugène Rolland notait à leur propos cette croyance selon laquelle ils se transformaient en libellule, laquelle était réputée mortelle et appelée aussi “ scorpion ” ou encore “ marteau du diable ” : on craignait, là, d’en être frappé au front. La libellule était, à Lyon, réputée jeter une liqueur aux yeux de ses agresseurs.  Un peu partout, elle est réputée mordre et son nom “ d’aiguille ” associe, comme pour le frelon, la dent et le dard. (Corinne Boujot 2001).

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    Voir les 27 photos (de résolution médiocre) de la RMN :

    https://www.photo.rmn.fr/CS.aspx?VP3=SearchResult&VBID=2CO5PC6BM87FS

    Notice : http://archivesetmanuscrits.bnf.fr/ark:/12148/cc570218 

    Image : http://visualiseur.bnf.fr/Visualiseur?Destination=Mandragore&O=08015188&E=1&I=45643&M=imageseule

    Ces deux libellules, à gauche et en bas de l'encadrement, sont semblables, mais l'une est bleue et l'autre brune. Leurs ailes transparentes sont dressées comme celles des Zygoptères, et leurs ptérostigmas noirs sont visibles. L'abdomen porte des marques blanches médianes.

    L'ombre qu' elles portent est réelle mais mal perceptible sur l'image proposée par la RMN, néanmoins les autres enluminures sur fonds clairs en rendent bien compte : ces peintures sont bien dans la tradition ganto-brugeoise. Les autres enluminures abritent quelques papillons, mais aucun ne semble identifiable, à la différence des plantes. Voir par exemple l'Iris sur le folio 187v consacré au dieu Pan.

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    Source gallica.bnf.fr / BnF 

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    —   Néerlandais 1  Boèce, De Consolatione Philosophiae, 1491,  texte latin avec traduction et commentaires en flamand. Enluminures par le Maître du Boèce flamand fol. 12v,  

    Ecole ganto-brugeoise. Ce manuscrit appartient à la très riche collection de la bibliothèque de Louis de Gruuthuse, comme les Chroniques de Jean Froissart du  Français 2643 enluminé par le Maître du Livre de prières de Dresde (supra). Louis de Bruges joua un rôle politique de premier plan jusqu'à la fin de sa vie. Il fut à la cour de Bourgogne - après Philippe le Bon - le plus remarquable bibliophile du XVe siècle et, après sa mort, survenue en 1492, sa bibliothèque revint à Louis XII. La plupart des volumes sont profanes et de langue française ; abondamment illustrés et de très grand format, ils se rapportent souvent à l'histoire antique et aux chroniques. Ce sont soixante-quinze titres répartis en plus de cent dix volumes. Ces manuscrits forment un corpus artistique homogène, puisqu'ils sont principalement produits à Bruges, plus rarement à Anvers ou à Gand, par des artistes choisis. Si certains sont identifiés (Guillaume Vrelant, Loyset Liédet, Jean Hennecart ou Lieven van Lathem), beaucoup restent anonymes malgré la qualité de leur art. 

    Notice : http://archivesetmanuscrits.bnf.fr/ark:/12148/cc89761w

    Le Maître du Boèce flamand (actif 1478-1490) désigne par convention un enlumineur actif entre 1478 et 1492 à Gand et Bruges. Il doit son nom à manuscrit de la Consolation de Philosophie de Boèce traduite en néerlandais pour Louis de Gruuthuse (1422-1492). (Wikipédia)

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    Le corpus de cet enlumineur a été défini à partir d'un manuscrit de Boèce, la Consolation de Philosophie, qui a été traduit en néerlandais. Paul Durrieu a proposé de l'identifier à Alexander Bening mais cette hypothèse a été rejetée. L'historien de l'art allemand Friedrich Winckler l'a désigné sous le nom de pseudo-Alexander Bening. Son nom de convention actuel est utilisé pour la première fois en 19811 et couramment utilisé depuis.

     Il travaille à la décoration de manuscrits pour de grands commanditaires : Édouard IV d'Angleterre, Philippe II de Bourgogne, Philippe de Clèves, Louis de Gruuthuse ou encore Wolfert VI van Borssele. Il semble se spécialiser pour les ouvrages laïcs plutôt que religieux, avec une prédilection pour les manuels pratiques. Installé probablement à Gand où il travaille avec les scribes David Aubert et Jan Kriekenborch, il collabore à plusieurs avec différents enlumineurs de cette période installés à Bruges tels que Philippe de Mazerolles, le Maître aux inscriptions blanches ou le Maître d'Édouard IV.

    Son style est proche d'artistes comme Alexander Bening, ce qui explique les confusions avec ce dernier, et montre une influence d'Hugo van der Goes et de Hans Memling dont il reprend des motifs. Il mêle une monumentalité dans la composition de ses miniatures, avec des personnages longilignes et souvent dans une attitude solennelle. Il s'attache à représenter des décors réalistes et utilisant les débuts de la perspectives, se plaçant à la jonction avec les primitifs flamands. Il adopte d'ailleurs au cours de sa carrière les marges fleuries en trompe-l'œil comme ses collègues de l'école dite ganto-brugeoise. Il fait preuve, avec ses collaborateurs, d'originalité dans les décorations des lettrines ornées, les signes des paragraphes ou des bouts-de-ligne en y introduisant de petits détails symboliques comme des devises ou des symboles héraldiques. À l'inverse, il répond aussi à des commandes de copies strictes de manuscrits reprenant fidèlement les miniatures de ses prédécesseurs." (Wikipédia)

    Le Maître du Boèce flamand est (https://d-nb.info/997762705/04) l'enlumineur des ouvrage de Louis de Bruges suivant :

    • Français 11-16 : Flavius Josèphe, les Antiquités judaïques et la Guerre des Juifs
    • Français 38 : Jules César, Commentaires
    • Français 181 : Ludolphe de Saxe, Vie de Jésus-Christ; La Vengeance de la mort de notre Seigneur
    • Français 190: Jean Gerson, Le Secret parlement de l'homme contemplatif à son âme; Jean Gerson, Livre de contemplation; Saint Bonaventure, Livre de dévotions; etc.
    • Français 9136: Matthieu Platearius, Livre des simples médecines; Jean de Mandeville, Lapidaire; Recettes
    • Latin 8733 A : Nicole Oresme, Tractatus de origine et natura, iure et mutationibus monetarum

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    Le folio 12v.

    La Consolation de Philosophie (latin : De consolatione philosophiae ) est un dialogue philosophique écrit par Boèce vers 524. Il s'agit de l'une des dernières grandes œuvres de l'Antiquité et parmi les plus influentes au Moyen Âge. 

    Les manuscrits de Louis de Gruuthuse portent sa "devise", c'est à dire son mot "PLVS EST EN VOUS et son image, la bombarde et son boulet. Le folio 12v correspond à l'incipit du texte de Boéce. La bombarde est présente dans la lettrine C initiale du texte.   La devise est inscrite cinq fois en lettres d'or sur les murs gris.

    Le texte latin dit :

    Carmina qui quondam studio florete peregi: Flebilis heu mestis cogor inire modos . Ecce michi lacere dictat scribeda Camene. Et ueris elegi fletibus ora rigant. [Has saltem nullus potuit peruincere terror]

    Ce qui peut se traduire en moyen français par :

    Je, qui sueil dicter et escripre

    Les livres de haulte matire

    et d'estude avoye la fleur

    Faiz or dis  de dueil  et de pleur (Trad. par Jean de Meun)

    Ou bien

    Le bonheur, qui jadis inspirait mes accents

    A fait place aux sombres alarmes ;

    C'est une Muse en deuil qui me dicte ces chants,

    Aujourd'hui trempés de mes larmes (Trad. Judicis 1861)

     

    Ces vers sont illustrés par les deux cotés de la peinture, où Boèce, à gauche rédige ses ouvrages chez lui, dans son bureau d'études, et, à droite, désormais en prison, allongé sur son lit de douleurs, pleure tandis que Philosophie le console par la lecture qu'elle lui propose.

    Voir Mazarine 3859 f 001 et Rouen Leber 817

    Le panneau central montre deux hommes autour d'une femme couronnée. Les sept degrés conduisant à la chambre portent les mots Grammatica, Logica, Retorica, Musica, Arismetrica, Geometria et Astronomica. Ce sont les sept  Arts qui mènent à la Philosophie.  Un examen attentif montre que la robe de la femme porte une lettre  P qui la désigne comme Philosophie. Sa poitrine est nue, et les vieillards tendent leurs lèvres vers ses seins.

    Cela correspond au texte Livre I chap. II où il est écrit "Sur le bord inférieur de sa robe était brodé un Π  ; sur le bord supérieur un Φ. "  Un peu plus loin dans le texte se trouvent ces passages : "Est-ce bien toi, toi qui, jadis abreuvé de mon lait, nourri de mon pain, avait puisé dans ce régime une vigueur d'âme toute virile ? […] Je ne l'eus pas plus tôt examinée que je reconnus ma nourrice, dont le toit m'avait abrité dès mon adolescence : la Philosophie."

     

     

     

    Le fonds de l'encadrement est de cette couleur beige ou crème destinée à rendre l'aspect de cuir du parchemin. Des rinceaux d'acanthes gris argentés courent,avec des glands, laissant la place à des fleurs au naturel comme des roses de Provins, des Ancolies, des Vesces Vicia sativa, peut-être la Giroflée Erysimum cheiri. Parmi les animaux, citons d'abord la Chouette, et le Geai, la Faisane (?) Passons sur les deux escargots ou   la chenille hérissée de pustules bleues et noires, et dénombrons les Papillons : quatre sont blancs à ocelles comme les Piérides du Navet, deux ont les ailes brunes à ocelles, l'un est un Hétérocère aux ailes blanches à lignes ondées brunes  et un dernier est entièrement sombre. Terminons avec les deux mouches en haut à gauche. Tous ces objets naturels sont en trompe-l'œil avec ombre projetée.

    La libellule est brune, ses yeux en perle contigus sont comiquement dotés d'une pupille bleue, ses deux  ailes sont dressées verticalement l'une contre l'autre. L'abdomen, divisé en une quinzaine de segments, est parcouru par une double ligne de triangles effilés les uns bleus les autres noirs. Le thorax, saillant, est zébré de marques noires. 

    Image : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b84511055/f28.item.r=Flamand.langFR

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    Source gallica.bnf.fr / BnF 

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    Source gallica.bnf.fr / BnF 

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    —  Français 6440, Histoires d'Alexandre, traduites en français Quinte-Curce. Hainaut, fin du XVe siècle,  fol 163.

     Exemplaire enluminé aux armes de la famille de Vere, en Zélande. Typique des manuscrits flamands de la fin du XVe siècle, la bordure marginale dorée de ce manuscrit présente un monde délicatement éphémère d'oiseaux, de papillons et même de chenilles et d'escargots qui fait un contraste saisissant avec la miniature centrale et son combat de la flotte macédonienne débarquant en Asie mineure. 

    Notice :  http://archivesetmanuscrits.bnf.fr/ark:/12148/cc56181j

    Les images disponibles sont en noir et blanc, et de mauvaise qualité. Les libellules ne sont pas passionnantes.

     

    Image : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b90604270/f391.image

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    Source gallica.bnf.fr / BnF 

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    —  Français 6440, Quinte-Curce, Histoires d'Alexandre, traduites en français . Hainaut, fin du XVe siècle  fol. 173.

    Notice : http://archivesetmanuscrits.bnf.fr/ark:/12148/cc56181j

    Encadrement 

    Image :http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b90604270/f415.image

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    Source gallica.bnf.fr / BnF 

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    Source gallica.bnf.fr / BnF 

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    SEIZIÈME SIÈCLE.

    2 manuscrits, 4 enluminures.

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     — Latin 8880 Psalterium Pauli III, 1542,   folio  159v,  et folio  185v,

    lettre ornée

    http://archivesetmanuscrits.bnf.fr/ark:/12148/cc62410x

    Signalement dans la base Mandragore, sans images

     

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    —   Latin 10564, Heures de François de France, duc de Brabant, peintes en 1582 par "Joannes Bol." Preces Anvers 1582 Hans Bol fol. 5v

    La libellule est à coup sûr un Zygoptère ; elle est perchée au dessus de l'abdomen de la sauterelle. 

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    Source gallica.bnf.fr / BnF 

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    —   Latin 10564, Heures de François de France, duc de Brabant, peintes en 1582 par "Joannes Bol." Preces Anvers 1582 Hans Bol fol. 16v.

    Notice :http://archivesetmanuscrits.bnf.fr/ark:/12148/cc72282m

    C'est toujours une Demoiselle ou Zygoptère, bleue.

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    Source gallica.bnf.fr / BnF 

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    —   Latin 10564, Heures de François de France, duc de Brabant, peintes en 1582 par "Joannes Bol." Preces Anvers 1582 Hans Bol fol. 21v.
     

    Cette fois-ci, la libellule (noire et blanche ?) est posée sur la queue du paon. Cherchez aussi la  mouche, l'oiseau, le papillon.

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    Source gallica.bnf.fr / BnF 

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    —  Français 712, « L'Istoire des successeurs d'Alixandre, extraicte de Dyodore Sicilien (liv. XVIII, XIX et XX) et quelque peu de Plutarque », traduction de  Claude de Seyssel, évêque de Marseille. Bourges, 4ème quart 16e siècle (1575-1599),  fol. 298v.

    Malgré la date de ce manuscrit la libellule de l' encadrement est très fantaisiste, avec ses deux antennes, ses deux pattes, les ocelles des ailes.

     Notice http://archivesetmanuscrits.bnf.fr/ark:/12148/cc50966w

    Image : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b9058121p/f335.item

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    Source gallica.bnf.fr / BnF 

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    DIX-SEPTIÈME SIÈCLE.

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    — Latin 8828 Graduale et antiphonale ad usum S.Ludovici domus regiae Versaliensis.  1684-1686 folio Bv.

     

     

    http://archivesetmanuscrits.bnf.fr/ark:/12148/cc62360s

    Décoration à pleine page : bouquets de fleurs dans un vase, dans différents tons : bleu et vert, avec papillons et libellule (f.Bv), jaune (106), bleu, avec libellule (126), au naturel (138, 154), bleu, avec la fleur dite «couronne impériale» (174), au naturel (180), rouge (188), au naturel (196, 204), en camaïeu ocre (212), au naturel (222).

    • Je la cite pour être complet.

    http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b550073187/f8.image

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    Source gallica.bnf.fr / BnF 

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    Source gallica.bnf.fr / BnF 

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    RÉSULTATS.

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    J'obtiens un corpus de 19 manuscrits du 13e au 17e siècle, soit de 37 enluminures et 1 dessin, soit 40 libellules au total. Le 15e siècle est le plus représenté avec 12 manuscrits et 30 enluminures. Deux groupes se distinguent immédiatement : ceux de la période ou de la tradition médiévale, où ces petits personnages ailés animent les marges de leurs silhouettes sans aucun souci de respect de l'échelle, et surtout de la réalité zoologique, puis, après avoir franchi la borne temporelle des années 1470-1475, les peintures inspirées de l'école de Bruges et de Gant, caractérisée par la représentation d'espèces botaniques fidèlement rendues, par la présence de nombreux insectes (mouches, papillons et libellules, plus rarement Orthoptères) associés à des escargots et des oiseaux, en trompe-l'œil.

    Je place dans le premier groupe 15 manuscrits. 

    Le second groupe, le plus intéressant sur le plan de l'iconographie en entomologie, est fait des quatre manuscrits  suivants :

    • Français 2643, Bruges, par le Maître du Livre de prière de Dresde. Vers 1470-1475.
    • Arsenal 638, Bruges par le le Maître du Livre de prière de Dresde. Fin XVe-début XVIe
    • Français 9197, Hainaut, par le Maître d'Antoine Rolin. Vers 1490-1495.
    • Néerlandais 1, Bruges/Gand, par le Maître du Boèce flamand. 1491.

    Cette production est donc limitée dans le temps et dans l'espace. Elle était pleine de promesses, puisque les espèces botaniques sont souvent parfaitement déterminables et que certains papillons sont proches d'espèces ou de genre reconnaissables. Mais hélas, les cinq libellules peintes de façon très convaincantes de leur naturalisme ont résisté à mes tentatives de détermination. 

    J'ai omis de placer ici, parce que je l'ai traité à part,  la pièce principale de ces manuscrits, le BnF Latin 9474 des Grandes Heures d'Anne de Bretagne par Jean Bourdichon enluminé entre 1503 et 1508, et ses 91 libellules. C'est bien-sûr dans un jeu de mise en relation réciproque que ces quatre manuscrits doivent être placées face à ces Grandes Heures, afin d'évaluer le tour de force de Bourdichon, mais aussi les influences dont il relève.

    C'est donc une lente maturation et évolution de la représentation des  objets naturels, et notamment des insectes que nous voyons se dérouler, pendant laquelle ces objets servent d'abord d'ornements périphériques ludiques et participent à des saynètes avec les singes, les chimères et les archers, puis participent à une mise en scène de l'image narrative en la plongeant dans un décor d'allure naturelle, décor recréant l'illusion d'un Jardin idéalisé ou de Nature primordiale avec ses valeurs d'innocence, de beauté et d'harmonie. Mais ce sont d'abord les plantes, et particulièrement les fleurs, qui sont les vedettes de cette mise en scène pour lesquelles "l'exactitude de l'illusion naturelle" est recherchée. Cette exigence s'étend en tâche d'huile aux Lépidoptères. Et enfin aux Odonates, précisément entre le dernier quart du XVe siècle et le premier quart du XVIe, mais sans encore parvenir, dans le corpus de la BnF excepté le Latin 9474, à reproduire un modèle naturel qui ne soit pas contaminé par des siècles d'habitudes et par une incapacité à s'assujettir à l'observation. L'imprimerie, qui va mettre un terme à la production des miniaturistes, va nous imposer de rechercher la suite de cette aventure ailleurs que dans les collections de la Bibliothèque nationale de France. 

     

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    SOURCES ET LIENS.

     MÉLY, (Fernand de), 1913 Les primitifs et leurs signatures. [Tome 1] Les miniaturistes Paris P. Geuthner

    https://archive.org/details/lesprimitifsetle00mluoft

    https://archive.org/stream/lesprimitifsetle00mluoft#page/94/mode/2up/search/Chadewe

    2007-2008, Simon Bening als landschapsminiaturist. Eigen stijl & evolutie binnen het oeuvre en zijn invloed op de ontwikkeling van het landschap in de schilderkunst van de zestiende eeuw.

    https://lib.ugent.be/fulltxt/RUG01/001/414/918/RUG01-001414918_2010_0001_AC.pdf

    — DURRIEU (Paul), 1910, L’enlumineur flamand Simon Bening, In: Comptes rendus des séances de L’Académie des inscriptions et Belles lettres, Parijs,  54ᵉ année, N. 3,1910, p. 162-170

    DOI : 10.3406/crai.1910.72606

     www.persee.fr/doc/crai_0065-0536_1910_num_54_3_72606

     

    — KREN Thomas (e.a), Illuminating the Renaissance: the triumph of Flemish manuscript painting, LA: J. Paul Getty Museum / London: Royal Academy, Getty Trust Publications, 2003

    — KREN Thomas, Landscape as leitmotif: a reintegrated Book of Hours illuminated by Simon Bening, in: Illuminating the book: makers and interpreters: essays in honour of Janet Backhouse, London, British library, 1998, p. 209-232

    — KREN Thomas, Simon Bening and the development of landscape in Flemish Calendar illumination, in: Flämischer kalender: Clm 23638, Bayer. Staatsbibliothek, München, 1988, p. 204-273

    — KREN Thomas, Simon Bening, Juan Luis Vives, and the observation of nature, in: Tributes in honor of James H. Marrow: studies in painting and manuscript illumination of the late Middle Ages and Northern Renaissance, Londen, 2006, p. 311-322

    — LEGARÉ (Anne-Marie), La réception du poème des Eschés amoureux et du Livre des Eschez amoureux moralisésdans les États bourguignons au XVe siècle,  in Le Moyen Age, Revue d'histoire et de philologie 2007/3 (Tome CXIII) Pages 591-611.

    https://www.cairn.info/revue-le-moyen-age-2007-3-page-591.htm#re7no6

    — MARTIN (Henri), 1885, Catalogue des manuscrits de la bibliothèque de l'Arsenal , Plon, Paris, tome I.

    https://archive.org/details/cataloguedesman01bibl

    Initiale puzzle à filigranes : apparaissant vers les années 1 140, ce type d'initiale dont le cadre est découpé comme un puzzle, est peint en deux couleurs (normalement rouge etbleu) séparées par un filet de parchemin réservé, le tout agrémenté de filigranes. Lettre champie : cette invention du dernier tiers du xne siècle consiste en une lettre dorée surfond peint rouge et bleu, rehaussé de filets blancs. Les plus anciens exemples ont souvent un chromatisme plus riche et varié.

    https://fr.wikipedia.org/wiki/Ma%C3%AEtre_du_Bo%C3%A8ce_flamand

    http://bvmm.irht.cnrs.fr/consult/consult.php?mode=ecran&panier=false&reproductionId=15213&VUE_ID=1389388&carouselThere=false&nbVignettes=4x3&page=6&angle=0&zoom=moyen&tailleReelle=

    — PETIN, 1850, Dictionnaire hagiographique: ou, Vies des saints et des bienheureux, honorés en tout temps et en tous lieux depuis la naissance du christianisme jusqua̓̀ nos jours, avec un supplément pour les saints personnages de lA̓ncien et du Nouveau Testament, et des divers ages de le̓́glise, auxquels on ne rend aucun culte public, ou dont le jour de fête est inconnu, Volume 2 https://books.google.fr/books?id=tmYAAAAAMAAJ&dq=saint+pierre+diacre+avril&hl=fr&source=gbs_navlinks_s

    — USUARIUM,  a digital Library and  database for the study of latin liturgical history in the Middle Ages and Early Modern Period

    http://usuarium.elte.hu/calendarlabels/1087

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    Published by jean-yves cordier - dans Zoonymie des Odonates

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