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4 avril 2018 3 04 /04 /avril /2018 22:18

Les sablières de l'église de Bodilis. I. La scène des semailles et du labour (anonyme, 1567).

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Voir aussi les cinq autre scènes de labour à la charrue des sablières de Bretagne : celles de La Martyre, de La Roche-Maurice, celle du Tréhou, celle de Sainte-Marie-du Ménez-Hom et de Pleyben. 

 

 

 

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Vous pourrez lire aussi, sur le sujet des sablières de Bretagne, les articles suivants :

 

 

 

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PRÉSENTATION.

"Du type à nef obscure, l'édifice de 6 travées a ses grandes arcades pénétrant directement dans les piliers. A l'exception de la petite chapelle Notre-Dame, à gauche du choeur, voûtée sur ogives, il est entièrement couvert par un lambris dont les sablières, entraits et têtes des blochets, sont très finement sculptés. On retrouve notamment sur les premières une scène de labourage semblable à celle de Sainte-Marie du Menez-Hom et une scène d'ivrognerie également visible à Saint-Thomas de Landerneau." (Couffon & Le Bars)

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"Il y a encore dans l'église de Bodilis d'autres détails qui méritent l'attention des archéologues, ce sont les sculptures très riches et très variées qui couvrent les poutres apparentes et les sablières ou corniches ; elles reproduisent des motifs d'ornementation, des monstres, des serpents, des griffons, puis des scènes de la vie journalière à la campagne, des attelages traînant des charrettes, des labourages à la charrue, des convois funèbres, etc., tout cela sculpté avec verve et entrain. Une corniche à l'intérieur de la sacristie haute porte cette inscription : F : IURA HERGOVARCH : FABRIQUE : 1687 ." (J.M. Abgrall, 1903)

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La charpente a été restaurée entre 2000 et 2002, notamment par Thierry Laudren :

 "La restauration de la charpente (2000-2002) permet aujourd'hui de découvrir la richesse extraordinaire des multiples sculptures des sablières - " les plus remarquables par le nombre et la variété des sujets représentés " (3) - des entraits à engoulants, des blochets, des culots de poinçon (diverses pièces de bois constituant une charpente). Scènes mythologiques et bibliques, sujets profanes et sacrés s'y entremêlent étrangement. Licornes et lions tirent des attelages, des gueules béantes s'apprêtent à dévorer des hommes et des femmes aux pieds de bouc, des anges portent les instruments de la passion ou les plaies du Christ, la Vierge Marie, enceinte de Jésus, rend visite à Elisabeth, bientôt mère de Jean-Baptiste, etc…" (APEVE)

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"Cette Renaissance foisonnante se retrouve à l'intérieur de l'église, où les charpentiers se sont donnés à cœur joie sur plus de 100 mètres de sablières, 14 poutres et 20 blochets extraordinairement fouillés, dans une inspiration religieuse, mythologique et profane." Jacky Questel

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L'atelier du Maître de Pleyben ?

"Plusieurs sanctuaires semblent avoir été sensibles au rayonnement de Pleyben. Les sablières de l'église de Bodilis, décorées au XVI et et XVIIe siècle, se distinguent par la prédominance des thèmes religieux dont certains s'apparentent à ceux de notre sculpteur [le Maître de Pleyben, actif en ce lieu, mais aussi à Kerjean, Sainte-Marie-du-Ménez-Hom, Roscoff [?] et Saint-Divy vers 1570 et 1580]." (S. Duhem)

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VUE GÉNÉRALE.

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La nef est divisée par 8 entraits (ces poutres qui la traversent), et, entre le  4ème et le 5ème entrait, par deux blochets. Le 4ème entrait porte en son milieu la date 1567. J'ai numéroté les sablières (ces pièces de bois formant corniche, entre deux entraits ou un entrait et un blochet) de N1 à N10 au nord de la nef vers le chœur, et, bien-sûr, de S1 à S10 au sud de la nef, dans le même sens.

Selon ce procédé, la scène du labour occupe la sablière N5, au nord de la nef, entre le quatrième entrait et le blochet nord. C'est donc une place centrale. Observons d'emblée que la sablière S5, en vis à vis, est sculptée également d'un attelage à trois animaux, un décor énigmatique mais dont le labour de N5 ne peut être trop facilement séparé.

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Charpente de la nef de l'église de Bodilis. Photographie lavieb-aile  août 2017.

Charpente de la nef de l'église de Bodilis. Photographie lavieb-aile août 2017.

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Cette scène est composée par un laboureur, qui conduit une charrue à deux roues. La charrue est tractée par un attelage à trois chevaux (du moins à première vue) guidés par un homme qui tient les rênes de l'animal de tête.  Devant cet attelage, un paysan sème des graines. Un aimable mais vigoureux tableau campagnard, une Bucolique célébrant la vertu des travaux de la terre. Travaillez, prenez de la peine, le Royaume des Cieux est à vous !

À  première vue.

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Charpente de la nef de l'église de Bodilis. Photographie lavieb-aile  août 2017.

Charpente de la nef de l'église de Bodilis. Photographie lavieb-aile août 2017.

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I. LE SEMEUR.

Il est plié en deux (hauteur de la corniche oblige), les jambes progressant vers la gauche tandis que le tronc s'oriente de profil pour semer le grain de coté, et que la tête et les yeux se retournent en arrière et en haut pour observer ceux qui le suivent. C'est une très belle posture en torsion, souvent utilisée pour représenter saint Christophe. Il me semble être tête nue, et sa chevelure laisse échapper du capuchon deux rouleaux à hauteur des oreilles.  Il est barbu, ses pommettes sont saillantes, ses traits sont forts. Il porte une culotte  moulante, descendant jusqu'au dessus des genoux, et des chausses si serrées qu'on n'en voit pas les détails.  Une veste aux pans croisés complète cette tenue ; les manches en sont relevées.

Ses graines, de grosse taille, sont réunies dans une poche de tissu  tenue dans le poing gauche. 

La consultation des exemples iconographiques de semeurs sur le site Enluminures.fr fournit 68 réponses, la plupart pour illustrer le mois de septembre (parfois octobre ou novembre) des calendriers, d'Heures ou d'autres ouvrages entre le XIIIe siècle et la première moitié du XVIe siècle. Beaucoup de semeurs ont placé le grain dans la poche d'un tablier blanc noué autour du cou comme une grande serviette. Beaucoup, mais non tous, ont la tête couverte d'un chapeau. Beaucoup se tiennent bien droit, absorbés par leur tâche,  le regard dirigé vers l'avant. La stéréotypie du personnage le transforme en un équivalent de signe zodiacal de septembre-octobre. 

Aucun n'adopte la torsion à 180 ° de notre personnage, et aucun ne précède, dieu merci,  un attelage labourant la terre qui vient d'être semée, alors qu'il faudrait herser.

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On aura remarqué le crochetage du pied gauche par celui, également gauche et postérieur, du paysan placé derrière lui. À eux deux, se tournant le dos, ils forment un couple chorégraphique bien insolite parmi les sillons. 

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Sablière N5, charpente de la nef de l'église de Bodilis. Photographie lavieb-aile  août 2017.

Sablière N5, charpente de la nef de l'église de Bodilis. Photographie lavieb-aile août 2017.

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II. LE GUIDE D'ATTELAGE.

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Ce jeune et  robuste gaillard — peut-être le Grand Valet du maître laboureur, ou le chef d'attelage— tient la bride du cheval de tête.  Les guides  rejoignent  le mors,  les montants (sans œillères) et les frontales. 

Il y a deux façons de mener un attelage, soit le menage à la tête, comme ici, soit le menage aux guides et au fouet.  

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Le labour, sablière N5, charpente de la nef de l'église de Bodilis. Photographie lavieb-aile  août 2017.

Le labour, sablière N5, charpente de la nef de l'église de Bodilis. Photographie lavieb-aile août 2017.

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III. L'ATTELAGE À TROIS CHEVAUX.

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Le labour, sablière N5, charpente de la nef de l'église de Bodilis. Photographie lavieb-aile  août 2017.

Le labour, sablière N5, charpente de la nef de l'église de Bodilis. Photographie lavieb-aile août 2017.

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Le premier  cheval est équipé d'un collier d'épaule, de traction, relié à une sangle qui longe ses flancs jusqu'à son train. 

Il semble fort agité : il lève la tête, ses oreilles pointent et sa queue est dressée. Que se passe-t-il ?

Il ne semble pas solidaire de l'attelage, puisqu'aucune sangle ne l'y relie.

Plus intrigant encore, le cheval qui est en arrière-plan, à demi masqué, ne porte aucun harnachement. Il semble plus docile.

La logique que je m'étais construit, qu'un équipage de trois chevaux attelés à la même charrue, vient de voler en éclat. 

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Le labour, sablière N5, charpente de la nef de l'église de Bodilis. Photographie lavieb-aile  août 2017.

Le labour, sablière N5, charpente de la nef de l'église de Bodilis. Photographie lavieb-aile août 2017.

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Le dernier cheval reçoit le brancard de la charrue sous la forme de deux bâts (apparemment en fer forgé torsadé au milieu).

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Le labour, sablière N5, charpente de la nef de l'église de Bodilis. Photographie lavieb-aile  août 2017.

Le labour, sablière N5, charpente de la nef de l'église de Bodilis. Photographie lavieb-aile août 2017.

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IV. LA CHARRUE MENÉE PAR LE LABOUREUR.

 

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Je comparerai cette charrue à celle donnée en illustration par F. Bardoneschi selon Les Heures Rostchild (vers 1500) :

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Scène de labours avec une paire de chevaux. Reproduction d’après l’enluminure originale : Londres, BL, ms. add. 35313, f°5 v°. Heures à l’usage de Rome (The London Rothschild Hours ou Hours of Joanna I of Castile), Flandre, Gand/Bruges, maître de Jacques IV d’Écosse et son atelier (décoration), vers 1500. Calendrier, mois de septembre.

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Plan d'une charrue médiévale (Document INSHEA-SDADV-2006/2007)

 

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Le labour, sablière N5, charpente de la nef de l'église de Bodilis. Photographie lavieb-aile  août 2017.

Le labour, sablière N5, charpente de la nef de l'église de Bodilis. Photographie lavieb-aile août 2017.

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LE LABOUREUR.

Le paysan a fort à faire pour tenir les deux mancherons tout en maniant le manche du coutre, ou une autre poignée, de la main droite. 

Il est coiffé d'un chaperon, et vêtu comme les deux hommes précédents. Son regard est étrange, c'est un peu celui d'un aveugle. Est-il en train de perdre le contrôle de l'attelage ? 

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Le labour, sablière N5, charpente de la nef de l'église de Bodilis. Photographie lavieb-aile  août 2017.

Le labour, sablière N5, charpente de la nef de l'église de Bodilis. Photographie lavieb-aile août 2017.

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V. LE BLOCHET. SAINT JEAN ?.

Cet homme, imberbe, vêtu d'une longue robe, et tenant un phylactère, est-il saint Jean (l'évangéliste, bien-sûr), comme je le suggère ?.

Par la finesse de sa silhouette, ses longs doigts, son visage gracile, il m'évoque les blochets du Maître de Pleyben, ceux de Kerjean par exemple.

À Pleyben, le laboureur regarde franchement en arrière et en haut vers le blochet, faisant ainsi preuve d'une distraction coupable dans la conduite de l'attelage. Ce n'est pas tout a à fait le cas ici, mais lorsque je regarde le laboureur au pied du blochet, je m'interroge.

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Blochet nord, charpente de la nef de l'église de Bodilis. Photographie lavieb-aile  août 2017.

Blochet nord, charpente de la nef de l'église de Bodilis. Photographie lavieb-aile août 2017.

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DISCUSSION.

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La tendance spontanée est de voir ici un désir des membres de la fabrique paroissiale (le plus souvent choisis parmi les plus aisés et les plus généreux des propriétaires terriens de la trève) de mettre en valeur leur activité et leur profession agricole. Une scène naturaliste. 

"Les charpentiers semblent avoir été particulièrement sensibles aux activités agricoles et à l'image du paysan affairé dans son champ. Ce qui n'apparaît pas singulier si l'on considère la place de cette activité dans la vie des populations sous l'Ancien Régime. L'agriculture est la pierre d'angle de cette économie fondamentalement rurale. À la veille de la révolution, précise L. Élégoët, l'agriculture occupe plus de 75% de la population de la zone toilière. La culture des céréales – froment, avoine, seigle, mil et sarrasin – assure une place importante de la production vivrière. Les scènes de labours représentées sur quelques sablières attestent l'utilisation de la charrue à roue au XVIe siècle, un détail, selon A. Croix, qui « (…) place la Bretagne au premier rang des provinces développées ». Les sablières de La Martyre, de La Roche-Maurice, de Bodilis, de Pleyben, et du Tréhou donnent des indications précises sur la conception de ces instruments. Plusieurs sculpteurs ont réalisés ces images, dans des styles très différents, mais toutes sont représentées avec force précisions : la charrue du Tréhou est vue à la fois de profil et de face, par exemple.Ce détail est révélateur du souci des artisans d'être fidèle aux modèles reproduits, ce qui garantit une certaine authenticité des images.

Par delà ces clichés « photographiques » d'épisodes de la vie agricole courante, on mesure le poids d'une réalisation économique locale. Le Léon est une région agricole prospère, et plus encore une grande zone d'élevage et la première région exportatrice de chevaux, avec le Trégor, au XVIIe siècle. Les représentations de bœufs attelés et de chevaux sur les charpentes apparaissent à plusieurs reprises sur les sablières léonardes. Les animaux sont non seulement utilisés pour les labours, par deux, voire par quatre, ils conduisent également le chariot du cortège funèbre et participent au transport des fûts, à la Roche-Maurice et à Pencran." (S. Duhem)

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Pourtant, le rapprochement (incontournable) des cinq scènes de labour sculptées sur sablières, oblige à s'interroger, puisque trois de ces scènes montrent des accidents, peut-être par la faute du conducteur, peut-être par l'emballement des animaux de traits, concernant les guides de coté ou d'avant. 

La Roche-Maurice (vers 1560). Un laboureur, charrue à roues, quatre chevaux 2x2, un guide d'avant. Pas d'accident.

Pleyben (vers 1571) : un laboureur (regardant en arrière et en haut), un guide d'arrière, charrue à roues, 3 chevaux 2 puis 1 en pointe, une victime écrasée par la roue droite. 

http://www.lavieb-aile.com/2017/07/la-charpente-sculptee-de-l-eglise-de-pleyben-vers-1571-par-le-maitre-de-pleyben-le-choeur-et-la-fin-de-la-nef.sablieres-blochets-et

Sainte-Marie-du-Ménez-Hom (vers 1575) : Un laboureur, un guide d'arrière,  charrue à roues, quatre chevaux 2x2, un faucheur à l'avant, une victime entre les deux groupes de chevaux. Punition lors de la Fuite en Égypte , selon une hypothèse locale  qui me semble peu étayée.

http://www.lavieb-aile.com/2017/07/la-charpente-sculptee-du-collateral-nord-de-la-chapelle-sainte-marie-du-menez-hom-en-plomodiern-par-le-maitre-de-pleyben-vers-1575.h

— Le Tréhou (entre 1555 et 1610). Un semeur sur la pièce de bois voisine. Un laboureur, une charrue à roue, quatre bœufs 2x2, un animal monstrueux en pointe, écrasant ou renversant le guide d'avant.

— La Martyre (vers 1560). Un laboureur (regardant ailleurs), une charrue à roue, deux chevaux en couple, quatre bœufs accouplés deux à deux, un guide d'avant tenant les guides et levant son fouet. Pas d'accident (mais le guide d'avant est très incliné en arrière).

http://www.lavieb-aile.com/2016/12/l-eglise-saint-salomon-de-la-martyre-vi-les-sablieres.html

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D'autre part, l'analyse de la sablière N5 de Bodilis révèle de nombreuses incongruités : semeur précédant un labourage, et se retournant vers l'arrière. Cheval de pointe non relié à l'attelage. Deuxième cheval non harnaché. Regard bizarre et détourné du conducteur de la charrue.

Enfin, la sablière N5 est située en vis à vis de la sablière S5, qui est, quant à elle, d'un registre franchement fantastique avec son attelage tiré par une licorne, un lion, et une troisième bête qui ne vaut guère mieux.

Curieusement, cette énigme n'a pas stimulé les esprits, puisque depuis le travail de S. Duhem, qui date tout de même de plus de vingt ans, personne n'a exposé ses observations ou ses cogitations.

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Ma réflexion provisoire.

J'ai abandonné la piste naturaliste, champêtre et paysanne. Comme Dali  jadis devant l'Angélus de Millet, je subodore "le mythe tragique"  caché derrière ces saynètes rurales.

Les cinq Labours sont-elles les cinq versions d'une même histoire, d'un dramatique fait-divers ayant marqué les esprits dans les campagnes toilières du Léon ? À Bodilis et à La Roche-Maurice, l'artiste se serait dispensé de représenter le malheureux guide d'attelage écrasé sous la charrue, et aurait donné un tableau fonctionnant comme un rappel plus sobre.

Sont-ils l'illustration, par un exemple bien adapté à ces paroissiens, du danger de la mort accidentelle, pour les inciter à la vigilance? L'un des points communs semble être la distraction du conducteur. 

Ou ces cinq sablières finistériennes seraient-elles les images d'un proverbe, d'une expression proverbiale, d'un conte ou d'une gwerz (les gwerziou sont des chants bas-bretons tristes, parfois construits autour d'un événement local) qui n'auraient pas été collectés et ne nous seraient pas parvenus, tout en étant parfaitement compris à l'époque ?

 

Comme je suis convaincu qu'il ne faut pas considérer un fragment d' œuvre  (une pièce de sablière) isolément du programme iconographique total; il me reste à présenter les autres éléments sculptés de cette charpente, dont certains sont tout aussi passionnants que celui-ci. 

 

(J'ai encore à mettre en ligne mes images des "labours" de La Roche -Maurice et du Tréhou, pour disposer d'une série complète). 

À suivre. 

 

Sablière (1560)  du bas-coté nord , église de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Sablière (1560) du bas-coté nord , église de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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SOURCES ET LIENS.

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— ABGRALL (Chanoines Jean-Marie) et PEYRON (Paul), 1903,  "[Notices sur les paroisses] Bodilis", Bulletin de la commission diocésaine d'histoire et d'archéologie, Quimper, 3e année, 1903, p. 192-208.

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k109982z/f180.image

https://diocese-quimper.fr/images/stories/bibliotheque/bdha/bdha1903.pdf

http://diocese-quimper.fr/images/stories/bibliotheque/pdf/pdf_notices/bodilis.pdf

— APEVE, Association pour la promotion des enclos paroissiaux de la vallée de l'Elorn

http://www.bodilis.org/patrimoineetsites.php

— COUFFON (René), 1958,  Notre-Dame de Bodilis. In: Bulletin Monumental, tome 116, n°2, année 1958. pp. 121-133; doi : 10.3406/bulmo.1958.3832 http://www.persee.fr/doc/bulmo_0007-473x_1958_num_116_2_3832

http://www.persee.fr/docAsPDF/bulmo_0007-473x_1958_num_116_2_3832.pdf

— COUFFON  (René), LE BARS (Alfred)  1988,  Nouveau répertoire des églises et chapelles, : paroisse de Bodilis,” Collections numérisées – Diocèse de Quimper et Léon, 

http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/fdf52c93c4ad292cf14cbf5068677c87.pdf

— DUHEM (Sophie), 1997, Les sablières sculptées en Bretagne: images, ouvriers du bois et culture paroissiale au temps de la prospérité bretonne, XVe-XVIIe s. ; préf. d'Alain Croix, Rennes :Presses universitaires de Rennes, 1997 : thèse de doctorat en histoire sous la direction d'Alain Croix soutenue à Rennes2 en 1997. 

— BARDONESCHI (Floriana ),2015, « Les images du cheval attelé au travail dans les campagnes : réalités anatomique et morphologique et construction artistique à travers les enluminures (Europe, XIIe-XVIe siècle) », In Situ [En ligne], 27 | 2015, mis en ligne le 02 novembre 2015, consulté le 04 avril 2018. URL : http://journals.openedition.org/insitu/12073 ; DOI : 10.4000/insitu.12073

— LAUDREN (Thierry), dossier photo de son travail de restauration de la charpente

https://www.thierrylaudren.fr/pages/monuments-historiques.html

http://thierrylaudren.pagesperso-orange.fr/monumentshistoriq2.htm

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Published by jean-yves cordier - dans Sablières
31 mars 2018 6 31 /03 /mars /2018 21:28

Les vitraux de Moncontour. V. la verrière de la Vie de  saint Mathurin (vers 1500-1525).

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Sur les vitraux de Moncontour, voir :

 

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Sur les vitraux "du groupe rennais" du XVIe siècle, voir 

 

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Voir aussi :

  • La liste de mes 160 articles sur les vitraux.

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Pour tous les 1330 autres articles de ce blog utilisez l'onglet "rechercher".

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Pour la présentation générale de ces exceptionnels vitraux par un atelier rennais de cette période 1535-1540 pour l'église de Moncontour, voir  les articles sur la verrière de saint Yves (1537) et celle de sainte Barbe (1538).

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Plan de l'église : ses vitraux du XVIe siècle.

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Verrière de la Vie de saint Mathurin (vers 1520), église de Moncontour. Photographie lavieb-aile 17 septembre 2017.

Verrière de la Vie de saint Mathurin (vers 1520), église de Moncontour. Photographie lavieb-aile 17 septembre 2017.

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PRÉSENTATION GÉNÉRALE.

C'est une baie cintrée, divisée par un meneau en deux lancettes, et mesurant 4,20 m de haut et 1,40 m de large. Lors de la reconstruction du bas-coté nord, en 1891-1893, les panneaux anciens ont été photographiés puis déposés, restaurés et recomposés par l'atelier parisien d'Albert Bonnot. Ils ont été redistribués dans une baie nouvelle, dont le dessin est sans rapport avec celui de la baie originale et dans des encadrements d'architecture tous neufs" (d'après Gatouillat).

Son étude, d'abord un peu décevante car c'est la moins bien conservée des verrières anciennes, va s'avérer passionnante par la découverte de sa source : six bois gravés des éditions, entre 1500 et 1530, de la Vie historiée de saint Mathurin. Ce qui est rarissime.

 


"C'est le plus ancien vitrail de l'église. Si l'on s'en tenait au premier panneau, sur lequel le donateur Jacques de la Motte–Vauclerc paraît âgé de vingt à vingt cinq ans ; il pourrait être daté avec certitude des premières années du XVIème siècle. Malheureusement, la tête a été refaite et les costumes indiquent que c'est plutôt aux environs de 1520 qu'il faut en fixer l'exécution. Suivant M. Male, ce vitrail fut vraisemblablement inspiré par une image de piété populaire. De fait, si le trait en grisaille brune est assez net, le dessin est assez fruste et la composition grossière." (Couffon)

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Le vitrail ne comprend plus actuellement que huit panneaux dont les encadrements et les inscriptions sont modernes.  Les légendes modernes sont les suivantes : Lancette gauche : Saint Mathurin intercédez pour nous — Entendez nous — Soyez nous propice. Lancette droite : Saint Mathurin — Ecoutez nous — Priez pour nous — Suppliez pour nous.

 L'ordre primitif des panneaux a été modifié ; ils se lisent actuellement de haut en bas et de gauche à droite.

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 Saint Mathurin, patron de l'église, est invoqué à Moncontour contre la folie et comme protecteur des bêtes à cornes. Le remarquable site de Damien Jullemier recense 11 autres églises consacrées à ce saint en France, 1 basilique (à Larchant, Seine-et-Marne), 13 chapelles en Bretagne et 4 autres en France. Il ne faut pas oublier la statue conservée à Carolles (Manche), où le saint exorcise Théodora. C'est celle-ci qui m'appris que le saint exorciste était invoqué non seulement contre la folie, mais aussi contre le rabonnissement des mègères. Je relis ce que j'avais écrit lors de ma visite de l'église carollaise :

 

  "Ce "rabonnissement des mégères" a toujours fait notre bonheur. "Rabonir", c'est "bonifier, rendre meilleur", et le terme était plus souvent utilisé, comme par Balzac dans Eugénie Grandet, à propos du vin que les bonnes caves amélioraient, jusqu'à ce que Louis Réau, dans son Iconographie de l'art chrétien (1955) ne l'applique aux talents de saint Mathurin à l'égard des méchantes femmes. Quand aux "mégères", femmes acariâtres et méchantes, elles englobaient les mauvaises épouses, les belles-mères ou les belles-filles, ce qui laisse à penser que nombreux sont ceux qui souhaitaient invoquer le saint à l'intention d'une parente proche...

  On sait en général que Mathurin est natif de la commune de Larchant, et qu'après sa conversion au christianisme, il  fut ordonné prêtre par l'évêque Polycarpe. Il développa vite un don particulier pour chasser les démons des possédés et hystériques. Lorsqu'à Rome, tous les exorcistes s'avérèrent incapable de soigner  Théodora de sa folie, et que le démon lui-même, lors d'une séance, eut déclaré "Je ne sortirai point, si Mathurin le sénonais ne me chasse ; et c'est lui qui délivrera le peuple romain de la pestilence présente", on convoqua le saint. Il imposa les mains, fit avaler une cuillère d'huile, et Théodora fut guérie.

  Mais ce que l'on connaît moins, c'est Saint Pipe. Le compagnon de Mathurin, un simple diacre qui accéda à la sainteté après la mort du saint exorciste  pour avoir ramené le corps de son ami de Rome à Larchant. Lui-même mourût le 2 octobre 306. On ne le prie pas assez. "

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Verrière de la Vie de saint Mathurin (vers 1520), église de Moncontour. Photographie lavieb-aile 17 septembre 2017.

Verrière de la Vie de saint Mathurin (vers 1520), église de Moncontour. Photographie lavieb-aile 17 septembre 2017.

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Verrière de la Vie de saint Mathurin (vers 1520), église de Moncontour. Photographie lavieb-aile 17 septembre 2017.

Verrière de la Vie de saint Mathurin (vers 1520), église de Moncontour. Photographie lavieb-aile 17 septembre 2017.

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Premier panneau : Jacques de la Motte Vauclerc présenté par son patron saint Jacques le Majeur.

Composition très perturbée  et restaurée : tête du donateur restaurée, nombreux bouche-trous et pièces déplacées, partie droite "recousue".(Gatouillat)

" Sur un phylactère « Sancte Jacob deum pro me ora ». Panneau entièrement refait sauf la partie inférieure de l'armure du donateur." (Couffon
 

[Note : Jacques de la Motte était fils aîné de Jean de la Motte, sr. du Vauclerc et de Françoise du Perrier, fille de Jean du Perrier, sr. du Plessix Balisson, et de Jeanne de Quélen. Jean de la Motte, sr. du Vauclerc fut lui-même fils de Guyon de la Motte sr. de l'Orfeil puis du Vauclerc par héritage de son oncle Guy Bouetel, et de Louise de Montauban fille de Guillaume et de Bonne Visconti de Milan. Jacques de la Motte épousa Jeanne de Tréal, fille de Jean sr. de Tréal et de Marie des Rames. Il perd ses parents avant 1506 et fit le 17 septembre de cette dernière année partage de la succession de sa mère avec Jean de la Villeblanche. Acte dans lequel il est qualifié sr. de l'Orfeil et du Vauclerc. Il mourut le 9 avril 1531] (Couffon)

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Jacques de la Motte figure également comme donateur sur la maîtresse-vitre, ce qui témoigne de son importance. Mais, dans cette mosaïque confuse, la seule pièce signifiante est le verre rouge gravé de ses armoiries, de gueules engrêlée d'argent.

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Verrière de la Vie de saint Mathurin (vers 1520), église de Moncontour. Photographie lavieb-aile 17 septembre 2017.

Verrière de la Vie de saint Mathurin (vers 1520), église de Moncontour. Photographie lavieb-aile 17 septembre 2017.

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Deuxième panneau : Saint Mathurin convertit son père et sa mère.

"Au centre du panneau, le saint, nimbé, est vêtu d'une soutane violette. A gauche, son père, coiffé d'un casque d'or, porte une robe rouge à galons d'or et des chausses bleues. A droite, sa mère est en cotte verte, robe d'or et manteau rouge ; dans le fond débris épars." (Couffon)

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Détails.

1°) saint Mathurin tient un bâton incurvé en club, et élargi : tous ceux qui ont vu des enluminures ou peintures de l' Adoration des Bergers peuvent reconnaître l'outil des gardiens de troupeau, élargi en cuillère pour, dit-on, prendre des pelletées de terre et les lancer vers un animal. La tradition veut en effet que Mathurin, comme son ami Pipe, avait été berger. Sur ce vitrail, — et non sur les gravures — cette crosse pastorale va se retrouver, comme un véritable attribut du saint.

En réalité, notre Mathurin n'était pas plus gardien de troupeau que moi, mais cet attribut, comme la crosse épiscopale, est métaphorique de la fonction de berger des âmes à laquelle il fut appelé. C'est le père de Mazthurin, qui se prénommait Marin, qui eut un rêve prémonitoire, , comme le raconte la Légende Dorée de Jacques de Voragine : "Et laquelle le père dit ainsi "j'ai cette nuit vu en vision que notre fils Maturin était entré en une bergerie et lui bailla-t-on à garder grande multitude de brebis". 

2°) La cape de la mère du saint, surchargée de dorures, serrée par une ceinture d'étoffe bleue, courte et laissant dépasser une robe rouge, rappelle fortement la tenue vestimentaire de sainte Barbe de la baie 5, de la servante, ou de Salomé et d'Hérodiade de la baie 3, ce qui est un argument pour la contemporanéité de ces baies.

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Verrière de la Vie de saint Mathurin (vers 1520), église de Moncontour. Photographie lavieb-aile 17 septembre 2017.

Verrière de la Vie de saint Mathurin (vers 1520), église de Moncontour. Photographie lavieb-aile 17 septembre 2017.

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Verrière de la Vie de saint Mathurin (vers 1520), église de Moncontour. Photographie lavieb-aile 17 septembre 2017.

Verrière de la Vie de saint Mathurin (vers 1520), église de Moncontour. Photographie lavieb-aile 17 septembre 2017.

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Troisième panneau : Les envoyés de l'empereur romain viennent à Larchant prier saint Mathurin d'aller à Rome délivrer la fille de l'empereur qui est possédée du démon.

"Au premier plan, le saint, dont la tête a été refaite, est à genoux, en aube blanche et chasuble blanche et or. Derrière lui, saint Jacques, en robe bleue et manteau rouge, est coiffé d'un chapeau rouge et blanc orné de la coquille. Au milieu du panneau, devant saint Mathurin, l'un des envoyés, un prélat, en robe rouge et manteau violet et or. Il est accompagné d'un autre personnage en robe rouge. Il y a également dans ce panneau des débris épars. " (Couffon)

Nous pouvons commencer par corriger une première fois René Couffon : ce n'est pas saint Jacques qui est figuré derrière le saint, mais un ambassadeur, et son chapeau est orné d'un joyau perlé et non d'une coquille.

Mais je pense aussi qu'il ne s'agit pas ici de la rencontre de Mathurin avec les ambassadeurs de l'empereur. Nous voyons à droite un clerc, tonsuré, et son voisin qui porte une croix pastorale : ou à gauche, la moitié d'un visage féminin. Je suggérerai d'y voir l'évêque Polycarpe ordonnant prêtre  le jeune Mathurin entouré de ses parents. Tenons compte que ces panneaux sont très fortement recomposés. Mais mon "Polycarpe" est nimbé.

 

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Verrière de la Vie de saint Mathurin (vers 1520), église de Moncontour. Photographie lavieb-aile 17 septembre 2017.

Verrière de la Vie de saint Mathurin (vers 1520), église de Moncontour. Photographie lavieb-aile 17 septembre 2017.

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Comparez avec la gravure de la Vie historiée de Mathurin (1500-1530) :

 

http://www.larchant.com/pages/saint-mathurin/saint-mathurin-icone.html

http://www.larchant.com/pages/saint-mathurin/saint-mathurin-icone.html

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Quatrième panneau : Baptême par immersion du père et de la mère de saint Mathurin (ce panneau devrait être le troisième).

"A gauche, saint Mathurin, en soutane violette. Au centre, les fonts baptismaux verts avec les néophytes ; à droite l'évêque, mitre d'or en tête et vêtu d'une aube blanche, d'une dalmatique rouge et d'une chape bleue doublé de vert. L'intérieur de l'église est violet avec fenêtres vertes." (Couffon)

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C'est la réplique exacte de la gravure, mais Mathurin tient son bâton de berger.

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Verrière de la Vie de saint Mathurin (vers 1520), église de Moncontour. Photographie lavieb-aile 17 septembre 2017.

Verrière de la Vie de saint Mathurin (vers 1520), église de Moncontour. Photographie lavieb-aile 17 septembre 2017.

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Comparez avec la gravure sur bois de la Vie historiée de saint Mathurin.

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http://www.larchant.com/pages/saint-mathurin/saint-mathurin-icone.html

http://www.larchant.com/pages/saint-mathurin/saint-mathurin-icone.html

Idem, in Thoison 1888.

Idem, in Thoison 1888.

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Cinquième panneau : Saint Mathurin est reçu par l'empereur.

"A droite, l'empereur, portant une longue barbe blanche et coiffé d'une couronne d'or, est vêtu d'une robe violette et d'un grand manteau d'or damassé doublé en vert. Il porte des chaussures rouges. Derrière lui deux personnages en chaperons. Devant lui, à gauche du panneau, saint Mathurin, nimbé d'or, est à genoux. Il porte une soutane violette et un surplis blanc. Derrière lui se tient un premier seigneur, en robe bleue galonnée de vert et en chausses violettes, et un second, portant un bonnet vert à bords relevés. Au fond de la scène, tenture damassée rouge ; sur le sol, carrelage vert. " (Couffon)

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Les détails.

Là, Couffon a tout bon, mais il passe encore à coté de la crosse du bâton du saint.

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Le texte de la fin du XVe siècle.

"L'empereur Maximien envoie des soldats à la recherche de Mathurin. En arrivant aux frontières de la Gaule, cette ambassade ,se partage en trois troupes, afin de parcourir plus vite toute la contrée. 
A Larchant les ungs arrivèrent, 
Qui sainct Mathurin y trouvèrent, 
Le saluèrent humblement, 
Si fist-il eulx pareillement. 

Le saint, prévenu par un ange la nuit précédente, savait déjà ce que les soldats lui venaient demander. Il consent à les suivre. « Mais avant que de partir, il fit jurer à ces messieurs Romains que s'il avenoit qu'il trépassât à Rome, en allant ou en venant, ils reconduiroient son corps jusqu'au lieu même où ils l'avoient trouvé priant et résidant. »

 Ils partent pour Rome.

Ses dévotions faites en la chapelle de Saint-Honorat ou Honoré, il continue son voyage et arrive enfin à Rome où il est reçu avec acclamations. Mais, se mettant à genoux avec tout le peuple, il fit oraison pour eux à Dieu, Père de miséricorde, laquelle étant finie », Amen, répondent les Romains. 
Son oraison là accomplie, 
De la Grace de Dieu remplie, 
Fut la commune entièrement. 
De toute leur peine et tourment, 
De toutes maladies quelconques 
Furent sains et guaris adoncques. 
L'Empereur, prévenu de son arrivée, le fait amener en son palais, le reçoit avec de grands honneurs, ayant auprès de lui toute sa noblesse et lui dit « Si u peux délivrer ma fille du démon qui la tourmente, je te donnerai une grande somme d'argent. Le saint homme répond Non in me sed in Domino est virtus sanitatis, etc. » 

Cependant pour ne mécontenter pas l'Empereur, il accepte ses présents et distribue aussitôt cet argent aux pauvres. " (Eugène Thoison)

 

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Verrière de la Vie de saint Mathurin (vers 1520), église de Moncontour. Photographie lavieb-aile 17 septembre 2017.

Verrière de la Vie de saint Mathurin (vers 1520), église de Moncontour. Photographie lavieb-aile 17 septembre 2017.

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Verrière de la Vie de saint Mathurin (vers 1520), église de Moncontour. Photographie lavieb-aile 17 septembre 2017.

Verrière de la Vie de saint Mathurin (vers 1520), église de Moncontour. Photographie lavieb-aile 17 septembre 2017.

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Comparez avec le bois gravé de la Vie historiée (1489).

 

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Les vitraux de Moncontour.  V. la verrière de la Vie de  saint Mathurin (vers 1500-1525).

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Sixième panneau : Saint Mathurin exorcise la princesse. 

"Au premier plan, debout à gauche du panneau, le saint, nimbé d'or, en soutane violette, aube blanche et riche chape d'or doublée de rouge, exorcise la princesse, à genoux devant lui. Il est accompagné d'un personnage, coiffé d'un bonnet rouge et vêtu de chausses rouges et d'un manteau bleu. La princesse porte une riche couronne d'or sur sa coiffe blanche. Elle est vêtue d'une robe violette à manches rouges et vertes à crevés, et, par-dessus, d'une tunique d'or damassée, à ceinture bleue. Au–dessus d'elle, sur un fond violet, le démon s'enfuit. Sa tête, ses ailes et le haut de son corps sont rouges, tandis que le bas du corps et les jambes sont verts. Derrière la princesse, l'empereur, reconnaissable à sa couronne et à sa longue barbe blanche. Il porte une robe violette et un manteau de damas ou à grand col d'hermines." (Couffon)

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Nous retrouvons la tenue vestimentaire d'Euphémie, mère de Mathurin, dans le deuxième panneau, dorée avec la ceinture bleue nouée. En recopiant la gravure (ou plus tard, en restaurant le vitrail), la tonsure de Mathurin a été transformée en une couronne malencontreuse. 

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Le texte de la fin du XVe siècle.


"Lors fut la pucelle amenée. 
De l'huile tantost demanda; 
Et ainsi qu'il le commanda 
On luy en apporta à coup, 
Non pas qu'il en eut prins beaucoup 
Mais un peu, laquelle il bénit, 
Et dedans la bouche luy mit, 
Luy faisant la croix seulement, 
Fut délivrée de tourment. "

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Verrière de la Vie de saint Mathurin (vers 1520), église de Moncontour. Photographie lavieb-aile 17 septembre 2017.

Verrière de la Vie de saint Mathurin (vers 1520), église de Moncontour. Photographie lavieb-aile 17 septembre 2017.

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Verrière de la Vie de saint Mathurin (vers 1520), église de Moncontour. Photographie lavieb-aile 17 septembre 2017.

Verrière de la Vie de saint Mathurin (vers 1520), église de Moncontour. Photographie lavieb-aile 17 septembre 2017.

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Comparer avec le bois gravé de la Vie historiée (1489).

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Les vitraux de Moncontour.  V. la verrière de la Vie de  saint Mathurin (vers 1500-1525).

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Comparez avec diverses enluminures :

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Arsenal 5070 Gallica

Arsenal 5070 Gallica

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BnF Français 242 f 169v Gallica.

BnF Français 242 f 169v Gallica.

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Verrière de la Vie de saint Mathurin (vers 1520), église de Moncontour. Photographie lavieb-aile 17 septembre 2017.

Verrière de la Vie de saint Mathurin (vers 1520), église de Moncontour. Photographie lavieb-aile 17 septembre 2017.

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Verrière de la Vie de saint Mathurin (vers 1520), église de Moncontour. Photographie lavieb-aile 17 septembre 2017.

Verrière de la Vie de saint Mathurin (vers 1520), église de Moncontour. Photographie lavieb-aile 17 septembre 2017.

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Septième panneau : Saint Mathurin guérit, les malades et les infirmes.

"Au centre, le saint, nimbé d'or et vêtu d'une soutane violet rouge et d'un surplis blanc, se détache sur une tenture violette. A gauche et à droite de celle-ci, arbres verts sur ciel bleu. Derrière saint Mathurin, à gauche du panneau, sur un cheval harnaché d'or, se tient un seigneur portant une robe bleue avec collier d'or et coiffé d'un bonnet à bords relevés. A côté de lui, un homme d'armes en bleu est coiffé d'une salade verte sans visière. Devant le saint, des infirmes. L'un, au premier plan, est coiffé d'une toque violette et vêtu d'une robe rouge et de chausses bleues. Il porte une calebasse et un bâton d'or. Un second est vêtu d'une robe verte ; quant au troisième, l'on aperçoit seulement sa tête coiffée d'un béret bleu." (Couffon)

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On notera surtout l'appareillage de la jambe gauche, en pilon de "jambe de bois". Et bien-sûr le bâton du saint.

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Verrière de la Vie de saint Mathurin (vers 1520), église de Moncontour. Photographie lavieb-aile 17 septembre 2017.

Verrière de la Vie de saint Mathurin (vers 1520), église de Moncontour. Photographie lavieb-aile 17 septembre 2017.

Verrière de la Vie de saint Mathurin (vers 1520), église de Moncontour. Photographie lavieb-aile 17 septembre 2017.

Verrière de la Vie de saint Mathurin (vers 1520), église de Moncontour. Photographie lavieb-aile 17 septembre 2017.

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Comparez avec la gravure sur bois de la Vie historiée : on y retrouve le même infirme à la jambe de bois.

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http://www.larchant.com/pages/saint-mathurin/saint-mathurin-icone.html

http://www.larchant.com/pages/saint-mathurin/saint-mathurin-icone.html

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Huitième panneau : En route vers Rome, saint Mathurin s'endort dans le bateau et une tempête se lève. Il l' apaise et aborde à l'île St-Honorat (Lèrins) où deux anges le conduisent à la chapelle.

 

"En réalité, trois épisodes sont peints sur ce panneau. Au premier plan, la mer avec des poissons en grisaille. A droite, à l'avant d'une barque d'or à cordages blancs, le saint, en robe rouge, surplis blanc, bonnet carré et nimbe d'or, dort profondément. Un personnage barbu, en robe bleue bordée de rouge, s'approche de lui pour le réveiller, car un diable rouge est en train de briser le mât portant leur grande voile blanche. A gauche de ce premier épisode, le saint, en même costume, mais sans bonnet, est en prières à la proue du bateau, seule figurée. Enfin, à la gauche du panneau, le saint est reçu par les moines. Au fond, sur un ciel bleu, se détache au milieu d'une verte prairie une chapelle à toit bleu figurant l'abbaye de Lèrins." (Couffon)

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Le texte.

Le saint, se rendant de Larchant à Rome sur la demande de l'empereur (ou à son retour, comme le raconte Couffon pour respecter la chronologie des vitraux), décide de s'arrêter aux îles de Lèrins.

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Ils partent pour Rome, mais Mathurin ..;

Voulant aller voir la chapelle 
De Monseigneur sainct Honoré, 
Dans l'une des îles de Lérins, 
S'endormit dans le vaisseau. 

Il s'élève alors une violente tempête; une troupe de diables s'abattent sur le vaisseau qui est près de s'abîmer. Ses compagnons effrayés l'éveillent, le suppliant de les sauver. 

 

"Elevans oculos in cœlum, ingenuit et ait :  Deduc me Domine in vitâ tuâ et ambulabo in veritate  tuâ". 
Tout à coup cessa la tempête. En débarquant dans l'île de Saint-Honorat, Mathurin rencontre deux hommes qui le saluent Benedictus qui venit in nomine Domini, etc. et  disparaissent. 

Ses dévotions faites en la chapelle de Saint-Honorat ou Honoré, il continue son voyage et arrive enfin à Rome où il est reçu avec acclamations." (E. Thoison)

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Comparer la gravure sur bois de la Vie historiée (en ou après 1531) :

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Les vitraux de Moncontour.  V. la verrière de la Vie de  saint Mathurin (vers 1500-1525).
Verrière de la Vie de saint Mathurin (vers 1520), église de Moncontour. Photographie lavieb-aile 17 septembre 2017.

Verrière de la Vie de saint Mathurin (vers 1520), église de Moncontour. Photographie lavieb-aile 17 septembre 2017.

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Verrière de la Vie de saint Mathurin (vers 1520), église de Moncontour. Photographie lavieb-aile 17 septembre 2017.

Verrière de la Vie de saint Mathurin (vers 1520), église de Moncontour. Photographie lavieb-aile 17 septembre 2017.

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La fin de la Vie historiée.
 

 


"Depuis, saint Mathurin demeura dans Rome l'espace de trois ans continuels pendant lequel temps il visitoit les sépulchres et les châsses des saints apôtres et martyrs de Jésus-Christ, jeûnant, faisant aumônes sans cesse, secourant par compassion et charité chrétienne les malades, jettant les  diables hors des corps et faisant plusieurs autres miracles et bonnes œuvres en nombre infïny. Puis lui-même, atteint de fièvres, rendit son âme à Dieu le jour des kalendes de novembre. L'Empereur ordonna de l'enterrer avec honneurs et diligences 

Très grand service lui fist faire. 
Mais le lendemain, 
Il fust trouvé tout déterré 
Ensevely dessus la terre. 

Stupeur des assistants. Un des soldats qui l'avaient été chercher en Gaule se souvient du serment que le saint avait exigé. 
Ceci fust à l'Empereur dit, 
Lequel tost et sans contredit 
Commanda qu'il fust ramené. 

Et le fist à Larchant conduire 
Par des plus grands de son empire. 
Après qu'à Larchant il fut mis, 
Rendu au lieu de ses amys, 
Fut solennellement inhumé. 

Après cela chacun s'en retourna à Rome, excepté quatre bons catholiques venus avec ce corps bienheureux de Rome scavoir Antoine le Diacre, le damoiseau Félix, filleüil de saint Mathurin, qu'il avoit même baptisé à Rome avec deux jeunes filles vierges, très dévotes et religieuses, l'une nommée Anastasie et l'autre Grégoria ils avoient tous résolu par voeu irrévocable de demeurer le reste de leur vie à faire l'Office divin au sépulchre du saint. De fait ils y trépassèrent et leurs corps furent enterrez à Larchant, proche de son tombeau où alors et depuis aussi beaucoup de miracles furent faits dont tout le monde parle. " (Eugène Thoison 1888).

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DISCUSSION.

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C'est Eugène Thoison, en 1888, qui remarqua la similarité des panneaux du vitrail de Moncontour et des gravures de l'édition de 1489 par Jean Trepperel de la Vie Historiée de saint Mathurin. 

 "Le second vitrail, en date, que nous ayons à étudier est celui qui, dans l'église de Moncontour,  retrace en un certain nombre de médaillons les traits principaux de la vie de saint Mathurin. Or, chose remarquable, il y a entre cette verrière et les bois gravés pour la Vie hystoriée une ressemblance qui touche presque à la similitude. Grâce à l'extrême obligeance de M. Hamonic, de Moncontour, qui a bien voulu dessiner pour nous deux des scènes les plus caractéristiques de la verrière, nos lecteurs sont à même de juger de cette ressemblance; elle n'est pas d'ailleurs particulière à ces deux médaillons les scènes représentées par nos fig. 5 et 6  (t. IV, pages 14 et 15) se retrouvent dans la verrière de Moncontour. La question est celle-ci le peintre verrier a-t-il copié les bois, ou le graveur s'est-il inspiré du vitrail? Je ne crois pas qu'il soit possible de répondre d'une façon absolument décisive. En effet les bois et le vitrail sont à peu près de la même époque la fin du XVe siècle. Pour les bois  sauf pour un ce n'est pas douteux le livre du curé Jehan a été imprimé en novembre 1489, et rien n'autorise à penser que les bois aient déjà servi antérieurement à cette date, bien voisine de celle de l'introduction de l'imprimerie à Paris. Pour le vitrail, nous allons donner l'avis motivé de l'artiste verrier qui l'a restauré et qui a pu l'étudier à loisir, M. Laigneau. "

N.B : Si la mairie de Moncontour avait désigné l'atelier Laigneau de Saint-Brieuc pour procéder aux restaurations, l'État a imposé l'atelier parisien d'Albert Bonnot, vers 1893. Mais Laigneau a pu s'y intéresser et les examiner.
 

« Le vitrail de saint Mathurin est plus vieux que  ceux de saint Yves [1537 ], de saint Jean-Baptiste et de sainte Barbe [1538] (qui ornent aussi l'église de Moncontour). Il est de la transition entre le gothique de la troisième époque et la Renaissance. D'après le très mauvais état de ce vitrail, dont le verre est beaucoup plus abimé que celui des autres, on pourrait  même le considérer comme étant bien plus vieux;  mais son orientation peut expliquer sa détérioration plus grande. Dans la verrière de saint Yves et dans les deux autres, il y a des verres rouges gravés de la même manière, ce qui prouve que ces trois verrières sont à peu près de la même époque; dans celle de saint Mathurin il n'y a pas de gravure, et le dessin des personnages est plus gothique que Renaissance. »

 "M. Carlo complète cette appréciation par ce détail qui a son poids La verrière de saint Mathurin est absolument de la même époque qu'un arbre de Jessé qui dut être remis en plomb en 1597; et cette opération suppose au vitrail au moins un siècle d'existence ». 

Donc, le vitrail de Moncontour serait contemporain des bois de Paris et si, comme on peut le constater, les figures de la verrière sont moins barbares que celles du livre, il faut tenir compte de la différence du procédé. » Nous ajouterons tenir compte aussi de ce qu'avec son instinct d'artiste . Hamonic a pu avantager un peu ses dessins. 

Mais voici qui complique la difficulté notre bois déjà publié, reproduit ci-dessous (fig. B') et qui a son correspondant dans le vitrail (fig. B'), n'existe pas dans l'édition de 1489, et nous l'avons emprunté à une réimpression postérieure à 1530. Y eut- il, entre 1489 et 1531, très près de 1489, une réimpression aujourd'hui perdue et dans laquelle ce bois figurait? Ce n'est pas impossible.. L'éditeur de 1531 a-t-il utilisé un bois gravé en 1489 et négligé alors, peut-être faute de place? Notez que l'édition de 1531 est augmentée. Ce n'est pas invraisemblable, bien qu'il nous semble que ce bois ne soit pas du même burin que les autres. 

En somme, pour que le livre eût copié le vitrail, il faudrait qu'il s'y fût pris à deux fois pour y puiser des inspirations. On admettra que c'est bien douteux. " (E. Thoison)

Une fois écartée l'hypothèse que c'est le graveur parisien qui a copié les scènes du vitrai breton, l'absence de la gravure correspondant au 8ème panneau (la tempête et Lérins) dans l'édition de 1489 et sa présence dans celle de 1530 inciterait à dater cette verrière de la période postérieure à 1531, et donc d'affirmer que l'ensemble des baies anciennes avait été composé en une seule campagne, vers 1535-1540. Cette hypothèse est stylistiquement plausible, car la verrière de saint Mathurin est si dégradée qu'on ne peut mettre sur le compte de son antériorité sa pauvreté.  Néanmoins, il faudrait vérifier l'existence ou l'absence de la gravure de la tempête à Lérins dans les éditions antérieures à 1530, c'est à dire celles de 1489 (plutôt 1500), 1502-1505, et 1526. Je n'ai pas trouvé l'accès à ces éditions.

Quoiqu'il en soit, il est rare de pouvoir établir un parallèle aussi  étroit entre des gravures et une série de panneaux historiés de verrières du XVIe siècle. C'est un élément majeur de l'intérêt de cette baie malgré sa dégradation.

 

L'Association culturelle de Larchant  a mis en ligne le texte suivant.

http://www.larchant.com/pages/saint-mathurin/saint-mathurin-biblio.html

 

Larchant, Bibliographie de saint Mathurin

La « Vie de saint Mathurin de Larchant hystoriée », imprimée à plusieurs reprises au XVe siècle, est un de ces nombreux exemples de livrets hagiographiques que l’imprimerie diffusa dès la fin du XVe siècle et qui continuèrent à être édités jusqu’en plein XVIIe siècle et même au-delà. La première édition connue, « La vie et légende de saint Mathurin de Larchant », éditée par Jean Trepperel vers 1500, comprend 16 feuillets et 6 gravures sur bois (seul exemplaire connu à la B.N.).

— Vers 1502-1505 paraît « La vie de saint Mathurin de Larchant hystoriée »,  éditée par Marion de Malaunoy, veuve de Guillaume le Caron, comprenant 18 feuillets et 19 gravures sur bois (certaines inspirées de Trepperel), dont l’unique exemplaire connu se trouve à la bibliothèque d’Aix-en-Provence. 

—Une troisième édition de cette vie « hystoriée » est parue à Paris chez Jacques Nyverd vers 1526 (16 feuillets, 15 gravures) (Bibliothèque de l’Arsenal)

— et une quatrième édition, intitulée cette fois-ci « La vie de monseigneur sainct Mathurin » est parue, toujours à Paris, vers 1530 (24 feuillets, 15 gravures) (seul exemplaire connu à la bibliothèque Colombina de Séville).

— Vers la fin des années 1570, Claude de Monteuil publie une 5e édition « La vie, légende, miracle & messe de St. Mathurin de Larchant hystoriée » (40 feuillets, 19 gravures) (seul exemplaire connu à la bibliothèque nationale)

— et le même éditeur produit, dans les années 1585-90, une dernière édition (dont le seul exemplaire connu se trouve à la bibliothèque de l’Arsenal), « La Vie, légende, miracle et messe de monseigneur St Mathurin de Larchant. Avec les figures mises & adaptées en la fin de chacune histoire ».

— Le texte que véhiculent, avec quelques variantes, ces six éditions, est un poème de 914 vers octosyllabes, à rimes plates, composé par un mystérieux prêtre de Larchant, Jehan le Bestre. Jean Trepperel l’aurait acheté en 1489. En ce qui concerne l’illustration, une permanence éditoriale existe durant près d’un siècle, de la même série de 16 bois gravés qui devaient être légués ou rachetés avec la boutique.

— Signalons, pour en terminer, une édition de 42 pages, rédigée par un vicaire de Larchant, Etienne Boiteur, en 1640, « La Vie, mort et miracles de Sainct Mathurin », qui n’a aucun rapport avec la version en vers du XVIe siècle.

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ANNEXES

1°) Le texte français de Vincent de Beauvais : maladroite adaptation (!) 

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b55000813g/f561.item.zoom

"Saint Maturin fut né du diocèse de Sens et appelait-on son père Marin qui par le commandement de l'empereur Maximien persécutait moult fort les chrétiens. Mais le fils était occultement disciple de Notre-Seigneur et était dolent de la perdition de ses parents et dépriait Dieu pour leur conversion. Et il oy en dormant une voix disant Maturin mon servant viez ci que tu as loiaument requis tu las empetre e effet. Et si comme ils efforçant soi rendit grâces à Dieu sntere amonestéee par la devine violences eurunt la et li dist. Fil : que nous sera il de mieux se nous croyons en Dieu si comme tu requiers souvent. Ases dist il quant ton cors sera renouvelé de gloire de surrection et l'âme sera renouvelée par connaissance de vérité de grâce de baptême. Et si comme elles eut raconté à son mari le debonnaire amonnestement de son fils il lui dit. Et je me isine m en ceste mut en mision que notre filz était entre un tort et l'en li avait bailhe grant multitude douailles Et ainsi les 2 reçurent baptême de saint Policarpe évêque duquel icelui Maturin encore en son vingt ans fut ordonné en prêtre.

 

Et si comme l'en dit ce Mathurin était en France après la mort de saint Maurice et de ses compagnons le peuple de Rome était tourmenté par diverses pestilences et la fille de Maximilien empereur était tourmentée du malin esprit et son père s'efforçait de la délivrer par ses arts magiques. Le diable criait parmi la bouche de la pucelle. « Empereur délaisse tes maléfices tant que Mathurin servant de Jésus-Christ vienne de France qui par ses prières rétablira ton peuple et ta fille au salut. » Et il fut quis de l'empereur et mandé par ses chevaliers et alla avec eux à Rome. Et ils furent auparavant serment que toutes fois si il advenait qu'il trépassa en cette contrée, ils rapporteraient son corps à être enterré en son lieu.

Et il vint à Rome où il fut reçu à grande gloire des compagnies qui li allèrent encontre. Et donc il guérit la fille de l'empereur et la délivra du diable, et il guérit tous les autres malades qui lui furent amenés. Et après ce il rendit liessement l'esprit à Notre Seigneur. Duquel corps orne de précieux oignements fut enseveli et enterré. Et sitôt comme il retournait au matin ils retrouvaient le corps sus tréstout hors. Et iceulz ébahis ne savaient que faire. Adonc l'un des chevaliers qui l'avait amené de France remembrant du serment qu'il avait fait leur raconta la cause et du commandement de l'empereur le corps fut porté à son lieu honorablement là où Dieu fait moult de miracles au sépulcre de celui."

 

2°) Le texte de la Légende dorée transcrite à nouveau comme j'ai pu :

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8426005j/f636.item.zoom

"Saint Maturin fut né du diocèse de Sens et appelait-on son père Marin qui par le commandement de l'empereur Maximien persécutait moult fort les chrétiens. Mais Maturin son fils dés le temps de son enfance pernicieusement en cœur et en volonté était disciple de Jésus-Christ. Et était moult dolent de la perdition de son père et de sa mère pour tant qu'ils étaient mécréants. Diont maintes fois en priait Jésus-Christ que par la bénigne grâce il les voulut convertir. Si advint que une nuit ainsi qu'il dormait une voix lui dit "Maturin ta pétition est exaucée". Le quel tantôt se leva et en rendit grandes grâces à Notre-Seigneur. La mère de saint Maturin inspirée du Saint Esprit vint à lui tantôt. Ô mon enfant quelle rémunération aurons nous à ne quelles mérites si nous croyons en Jésus-Christ comme par plusieurs fois se nous as admonesté. Adonc saint Maturin lui répondit mère sachez que après la générale résurrection l'âme et le corps auront joie et gloire pardonnable sans fin et telle que cœur humain ne le saurait penser ni langue dire ni prononcer. Tantôt la mère saint Maturin s'en a son père lui dire ce que leur fils si lui avait dit. Et laquelle le père dit ainsi j'ai cette nuit vu en vision que notre fils Maturin était entré en une bergerie et lui bailla-t-on à garder grande multitude de brebis. Et donc tous deux reçurent ensemble de saint sacrement de baptême d'un saint évêque que l'on nommait Policarpe. Lequel ordonna et fit prêtre Maturin quant il eut vingt ans." etc..

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Le texte latin  du BnF latin 4897. Vincent de Beauvais, Miroir historial Livre XIII chapitre 158, folio 109v. (traduction supra)

 

Passio sancti Maturini martyris.

Ex gestis ejus Fuit etiam sanctus Maturinus diocesis Senonensis accola, cujus pater Marinus ex praecepto Maximiani Christianos persequebatur sed filius, a pueritia Christi disci- 
pulus, de parentum perditione dolens, pro eorum conversione Deum exorabat. Et audivit in somnis vocem dicentem sibi « Maturine famule meus, ecce quod fideliter petisti, efficaciter impetrasti. Qui consurgens' gratias egit et mater ejus divino instinctu admonita supervenit, dicens « O fili, quid nobis erat commodi si, ut frequenter postulas, credam in Christum? Magnum, inquit, cum et corpus innovatum' fuerit gloria resurrectionis, et anima per gratiam baptismatis. agnitione veritatisi » Cumque iila piam. suggestionem filii viro retulisset, ille ait vidi et ego hac nocte in visione, quod hic filius noster ovile quoddam ingressus esset, et multitudinis ovium grex ei traditus fuisset. Ambo itaque a quodam sancto Polycarpo episcopo susceperunt baptismum, a quo et ipse Maturinus XXm agens annum ordinatus est in presbyterum. Hic ut fertur, cum post
beati Mauritii sociorumque ejus martyrium, Romanus populus diversis cladibus afficeretur, filia quoque Maximiani immundo spiritu ageretur, et pater magicis artibus ageret', ut eam liberaret, clamante Dsemone per os puellae « O Imperator, deficient maleficia tua, donec ex partibus Gallise Maturinus servus Christi veniat, qui precibus suis populum et filiam tuam saluti restituat. Accersitus'ab Imperatore cum militibus Romam perrexit, prius tamen ab eis sacramento accepto, quod si in regionibus illis eum migrare contingeret, corpus ejus terrae humandum ad locum suum referrent. Romam igitur perveniens obvia turba cum gloria susceptus, Imperatoris filiam a dœmonio' liberavit, alios autem infirmos sibi oblatos curavit, et tandem ipso die kal. novembris laetus Domino spiritum reddidit. Cujus corpus aromatibus conditum cum sepelissent et humatum reliquissent, mane revertentes invenerunt illud super terram rejectum et stupefacti' nesciebant quid agerent. Tunc unus militum qui eum de Gallia adduxerunt, pacti sui reminiscens, causam retulit, et ad locum suum corpus cum honore relatum est jussu Imperatoris, ubi ad ejus sepulchrum Deus multa miracula declaravit. 

 

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SOURCES ET LIENS.

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— ASSOCIATION CULTURELLE DE LARCHANT.

http://www.larchant.com/pages/saint-mathurin/vie-saint-mathurin.html

 

— BANNIER (Chanoine Y.M.), 1929, Monographie de saint Mathurin, Saint-Brieuc

Arsenal 5090 folio 277v http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b55000813g/f560.image

— COUFFON (René), [1935]  Contribution à l'étude des verrières anciennes du département des Côtes-du-Nord, Mémoires de la Société d'émulation des Côtes-du-Nord. T. 67 1935, pages 167-171

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k441314t/f196.item

— GATOUILLAT (Françoise), HÉROLD (Michel), 2005, Les vitraux de Bretagne, Corpus Vitrearum vol. VII, Presses Universitaires de Rennes.

— MONCONTOUR (SITE DE L'OFFICE DU TOURISME DE) .

http://www.tourisme-moncontour.com/Vitrail-saint-yves_fiche_1796.html

— MONCONTOUR (SITE DE LA MAIRIE DE) .

http://moncontour.bzh/eglise-saint-mathurin/

— INFOBRETAGNE, Les vitraux de l'église de Moncontour..

http://www.infobretagne.com/moncontour-eglise-vitraux.htm

— Congrès archéologique de France 1950 vol.107

— DESCRIPTION DES VERRIERES DATANT DE 1874 : Mémoires de la Société archéologique et Historique des Côtes-du-Nord.

https://books.google.fr/books?id=dFdj-oEI7pMC&pg=PA164&dq=de+la+Motte++Vauclerc+armoiries&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwjBl7yrlIfaAhVRaVAKHX4IAuoQ6AEIODAD#v=onepage&q=de%20la%20Motte%20%20Vauclerc%20armoiries&f=false

— THOISON (Eugène), 1886 et 1888, Saint Mathurin, son culte dans les différents diocèses de France, ses souvenirs dans la littérature religieuse et profane Légend. Reliques, pèlerinages. Iconographie. Annales de la Société historique & archéologique du Gâtinais Société historique et archéologique du Gâtinais.

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k2206573/f7.image

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b84525491/f1132.item.zoom

— NDODUC

 

http://ndoduc.free.fr/vitraux/htm7601/eg_StMathurin@Moncontour.php

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Published by jean-yves cordier - dans Vitraux
29 mars 2018 4 29 /03 /mars /2018 20:09

Zoonymie des Odonates. Le nom de genre Orthetrum, Newman 1833.

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Voir aussi :

 

 

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Résumé .

Orthetrum Newman 1833 : Des deux suffixes grecs  orthos  "droit" et êtron "abdomen". En 1833, l'entomologiste britannique Edward Newman répartit les Libellulidae en  quatre genres selon la forme de leur abdomen (-etrum) : les Sympetrum " à l'abdomen latéralement comprimé"  comme S. vulgatum, les Orthetrum "à l'abdomen parallèle latéralement" comme O. cancellatum et O coerulescens, les Platetrum "à l'abdomen dilaté et aplati" comme L.depressa, et les Leptetrum "à l'abdomen conique et pointu" comme L. quadrimaculata. Seuls les deux premiers genres ont été conservés, mais la distinction par la morphologie de l'abdomen a perdu de sa pertinence.

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I. QUI ÊTES-VOUS EDWARD NEWMAN ?

 

"Edward Newman est un entomologiste, un botaniste et un écrivain britannique, né le 13 mai 1801 à Hampstead et mort le 12 juin 1876 à Peckham près de Londres.

Ses parents, des quakers passionnés d’histoire naturelle, l’encouragent dans son intérêt pour le monde naturel. Il quitte l’école de Painswick à seize ans pour rejoindre l’entreprise paternelle de Guildford. Il part à Deptford en 1826 pour prendre une affaire de cordonnerie. Là, il rencontre de nombreux entomologistes dont Edward Doubleday (1810-1849) et participe à la fondation de l’Entomological Club. En 1832, il est élu au poste d’éditeur du journal du club, The Entomological Magazine. L’année suivante, il devient membre de la Société linnéenne de Londres et l’un des fondateurs de la Société entomologique de Londres.

En 1840, Newman se marie et fait paraître la première édition d’A History of British Ferns and Allied Plants. Il devient un associé d’une entreprise d’impression de Londres, Luxford & Co. Il devient imprimeur et fait paraître des livres d’histoire naturelle et de sciences. Il devient l’un des plus importants éditeurs dans ce domaine avec la parution de The Field, de The Entomologist, il est coéditeur de The Zoologist. Parmi ses livres, il faut citer Birds-nesting (1861), New Edition of Montagu's Ornithological Dictionary (1866), Illustrated Natural History of British Moths (1869) et Illustrated Natural History of British Butterflies (1871).

Il définit, dans sa publication de 1834, “Attempted division of British Insects into natural orders”, de nombreuses familles d’insectes et marque une étape importante dans leur classification. (Wikipédia)

On lui doit, selon Animalbase, 3 noms de genre, Orthetrum 1833 et Sympetrum 1833 (Odonata), et Myrmecopsis 1850 (Lepidoptera), mais, il faut aussi citer un nom d'espèce, Athous campyloides, 1833 (Coleoptera)

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II. LA PUBLICATION ORIGINALE. ORTHETRUM NEWMAN 1833 ENT. MAG. , 1:511.

Newman, Entomological Magazine vol. 1, London, F. Westley & A.H. Davis, page 511.

En ligne.

Le genre est créé par une note en bas de page dans la description du genre SYMPETRUM.

 

Genus.—SYMPETRUM (d). Newman.

Caput metathorace latius: propodeon, podeonque in commisura incrassata: segmenta sequentia lateribus compressa: protelum ac adjacentia plus minusve incrassata: tetum minutum: teli appendices notas caeteris distinctas vix praebent: alarum stigma utrinque convexum.

The remaining species of Dr. Leach's genus, Libellula, widely differ from each other in the form of the posterior segments, and in the length of the superior caudal appendages of the male; but in none of them are these segments compressed as in the genus Sympetrum; they will, in all probability, resolve eventually into three distinct genera, and as such I had once prepared them for publication, together with Sympetrum, as below, (e) but a dislike to name-giving induced me to relinquish them.

............

(d) σύμπυκνος   comprimo, ἦτρον, abdomen.

(e) Sympetrum; abdomen laterally compressed. Ex. Vulgatum, Linn. &c.

 Orthetrum; abdomen laterally parallel. Ex. Caerulescens, Fab. Cancellatum, Linn. 

Platetrum; abdomen depressed and dilated. Ex. Depressum, Linn.Conspurcatum, Linn.

 Leptetrum; abdomen conical and pointed. Ex. Quadrimacutum, Linn. Praenubilum, Newman.

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Zoonymie des Odonates. Le nom de genre Orthetrum, Newman 1833.

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Voici la note en bas de page où apparaît le nom Orthetrum :

Zoonymie des Odonates. Le nom de genre Orthetrum, Newman 1833.

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II. ÉTUDE DU NOM.

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Newman commence par créer le nom Sympetrum, et il en donne l'étymologie : "σύμπυκνος   comprimo, ἦτρον, abdomen.", puis il donne le développement suivant :

Les espèces restantes du genre du Docteur Leach, Libellula, diffèrent largement l'une de l'autre par la forme des segments postérieurs et par la longueur des appendices caudaux supérieurs du mâle; mais dans aucun d'eux, ces segments ne sont comprimés comme dans le genre Sympetrum; ils se résoudront vraisemblablement en trois genres distincts, et à ce titre, je les avais préparés d'abord pour la publication, avec Sympetrum, comme ci-dessous (e), mais une aversion pour la création de noms m'engage à les abandonner.

Il ajoute ensuite en note :

(e) Sympetrum; abdomen comprimé latéralement : exemple Vulgatum Linn. &c.

 Orthetrum; abdomen aux bords latéraux parallèles: Ex. Caerulescens, Fab. Cancellatum, Linn. 

Platetrum; abdomen aplati et dilaté  . Ex Depressum, Linn. Conspurcatum, Linn.

 Leptetrum; abdomen conique et pointu. Ex. Quadrimaculum, Linn. Praenubilum, Newman.

Les quatre noms de genre, dont ne resteront que les deux premiers, sont tous composés sur le même suffixe grec  ἦτρον, êtron, abdomen.". Liddell et Scott 1889  indiquent pour êtron : ἦτρον, êtron : the part below the navel, the abdomen, Plat., Xen., etc.  ἦτρον, ου, τό,

En Zoologie, d'autres noms reprennent cette construction en -etrum comme Gymnetrum Agassiz 1846 (le Gymnètre), ou très récemment dans les Libellulidae le genre Trithetrum Dijkstra & Pilgrim 2007. Concernant ce nom, les auteurs précisent dans leur publication : 

Etymology The name Trithetrum (a neuter) is an analogy to the -hemis names derived from -etrum names (e.g. Orthemis from Orthetrum); the probable origin of the suffix themis, now frequent in Libellulidae (Fliedner 1997). The ‘reversed’ derivation from Trithemis to Trithetrum conveys the deceptive similarity of T. navasi and T. congoense to Trithemis Brauer, 1868 (red and dark species, respectively) in the field. Trithetrum is also an amalgamation of Trithemis and Sympetrum.


 

Dijkstra, K.-D.B.; Pilgrim, E.M. 2007: Trithetrum, a new genus of African dragonflies formerly placed in Sympetrum (Odonata, Libellulidae). Journal of Afrotropical zoology, 3: 77–81

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Connaissant le sens de la seconde moitié du nom Orthetrum, et la définition de Newman "abdomen aux bords latéraux parallèles, il est facile de trouver le premier suffixe grec, ortho, "droit".

Conclusion .

Orthetrum Newman 1833 : Des deux suffixes grecs ὀρθός,  orthos  "droit" et  ἦτρον, êtron "abdomen". En 1833, l'entomologiste britannique Edward Newman répartit les Libellulidés en  quatre genres selon la forme de leur abdomen (-etrum) : les Sympetrum " à l'abdomen latéralement comprimé"  comme S. vulgatum, les Orthetrum "à l'abdomen parallèle latéralement" comme O. cancellatum et O coerulescens, les Platetrum "à l'abdomen dilaté et aplati" comme L.depressa, et les Leptetrum "à l'abdomen conique et pointu" comme L. quadrimaculata. Seuls les deux premiers genres ont été conservés, mais la distinction par la morphologie de l'abdomen a perdu de sa pertinence.

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LES AUTEURS.

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FLIEDNER.

Orthetrum [gr. orthos - gerade; ētron - Unterleib~Abdomen] erhielt den Namen, weil das Abdomen gerade sei. Newman kannte keine Arten von anderer Gestalt.

 

PRECIGOUT ET PRUD'HOMME :

"Orthetrum de orthos (gr) = droit et êtron (gr) = abdomen : les orthétrums ont l’abdomen étroit, aux côtés plus ou moins parallèles (droits), ce qui les différencie du genre Libellula à l’abdomen large, dont les côtés sont courbés ."

DRAGONFLYPIX

 

Orthetrum: Newman, 1833 from Grk. ὀρθός = straight, parallel + ἦτρον = abdomen. Newman described Orthetrum species as having the 'abdomen laterally parallel' (as distinct from Sympetrumspecies, which have the 'abdomen laterally compressed')

ENDERSBY

 

Orthetrum Newman, 1833: 511 Gr. ὀρθός =straight + ἦτρον = abdomen. Newman (1833) wrote: “The remaining species of Dr. Leach’s genus, Libellula, widely differ from each other in the form of the posterior segments, and in the length of the superior caudal appendages of the male; … they will, in all probability, resolve eventually into three distinct genera, and as such I had prepared them for publication, together with Sympetrum as below, but a dislike to name-giving induced me to relinquish them

Sympetrum; abdomen laterally compressed.

Orthetrum; abdomen laterally parallel.

Platetrum; abdomen depressed and dilated.

Leptetrum; abdomen conical and pointed.” {Neuter}

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III. RÉCEPTION.

 https://books.google.fr/books?id=gLZvT_njEF4C&pg=PA408&lpg=PA408&dq=orthetrum+newman+1933&source=bl&ots=1APw6o5Ugm&sig=gr7zki7DnNLZg_vOK5ofV_ea3q0&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwju1tqen5LaAhWCcRQKHYUnBu0Q6AEIVzAI#v=onepage&q=orthetrum%20newman%201933&f=false

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Heinrik Steinmann, World Catalogue of Odonata n° 110 page 408

 

 

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IV. DESCRIPTION.

Aujourd'hui, la clef de détermination (Grand & Boudot) des Anisoptères n'attribue aucun intérêt à la forme de l'abdomen et s'appuie sur la couleur et la nervation des ailes, la couleur des ptérostigmas, etc .

Pour K.D. B Dijkstra, "quasiment tout odonate pruineux bleu gris dont la base des ailes est hyaline est un mâle d'Orthetrum".

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SOURCES ET LIENS.

— [Sympetrum sp.] Etymolotest pour odonatologiste

https://www.insecte.org/forum/viewtopic.php?t=106647

— http://www.dragonflypix.com/etymology.html

SOURCES ET LIENS.

— POITOU-CHARENTE NATURE (Association)

http://www.poitou-charentes-nature.asso.fr/cordulegastre-annele/

— ANTONIO (Costantino D’), VEGLIANTE (Francesca ) "Derivatio nominis libellularum europæarum"(PDF) (en Italien) Étymologie de 197 noms de Libellules européennes.

https://www.researchgate.net/publication/316791278_Derivatio_nominis_libellularum_europaearum

PRÉCIGOUT (Laurent), PRUD'HOMME (Eric), 2009, Libellules de Poitou-Charentes, Ed. Poitou-Charentes Nature, 255 pages, 

 

— ENDERSBY (IAN D. ), 2012,  : Watson and Theischinger: the etymology of the dragonfly (Insecta: Odonata) names which they published  Journal and Proceedings of the Royal Society of New South Wales, vol. 145, nos. 443 & 444, pp. 34-53. ISSN 0035-9173/12/010034-20 34

https://royalsoc.org.au/images/pdf/journal/145_Endersby.pdf

— ENDERSBY (IAN D., FRS ), 2012, Etymology of the Dragonflies (Insecta: Odonata) named by R.J. Tillyard, F.R.S. Proceedings of the Linnean Society of New South Wales 134, 1-16.

https://openjournals.library.sydney.edu.au/index.php/LIN/article/viewFile/5941/6519

— ENDERSBY (IAN D., FRS ), 2012, The Naming of Victoria’s Dragonflies (Insecta: Odonata,  Proceedings of the Royal Society of Victoria 123(3): 155-178. 

https://www.academia.edu/28354624/The_Naming_of_Victoria_s_Dragonflies_Insecta_Odonata_

— ENDERSBY (IAN D. ), 2015, The naming's of Australia's dragonflies.

https://www.researchgate.net/publication/283318421_The_Naming_of_Australia%27s_Dragonflies

 http://dominique.mouchene.free.fr/libs/docs/GENE_origine_noms_odonates_Australie_Endersby_2015.pdf

— FLIEDNER (Heinrich), 2009, Die wissenschaftlichen Namen der Libellen in Burmeisters ‘Handbuch der Entomologie’ Virgo 9[5-23]

http://www.entomologie-mv.de/download/virgo-9/Virgo%200902%20Die%20wissenschaftlichen%20Namen%20der%20Libellen%20in%20Burmeisters.pdf

Odonates costarmoricains.

http://www.nature22.com/odonates22/ordresystematique.html

INPN.MNHN

https://inpn.mnhn.fr/espece/cd_nom/199694/tab/taxo

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Published by jean-yves cordier - dans Zoonymie des Odonates
29 mars 2018 4 29 /03 /mars /2018 19:59

Les vitraux de Moncontour. IV. La verrière de la Vie de saint Jean-Baptiste ou baie 3 (vers 1535-1540).

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Sur les vitraux de Moncontour, voir :

 

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Sur les vitraux "du groupe rennais" du XVIe siècle, voir 

 

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Voir aussi :

  • La liste de mes 160 articles sur les vitraux.

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Pour tous les 1330 autres articles de ce blog utilisez l'onglet "rechercher".

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Pour la présentation générale de ces exceptionnels vitraux par un atelier rennais de cette période 1535-1540 pour l'église de Moncontour, voir  les articles sur la verrière de saint Yves (1537) et celle de sainte Barbe (1538).

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Verrière de la Vie de saint Jean-Baptiste (vers 1535-1540), baie 3, mur nord de l'église de Moncontour. Photographie lavieb-aile 17 septembre 2017.

Verrière de la Vie de saint Jean-Baptiste (vers 1535-1540), baie 3, mur nord de l'église de Moncontour. Photographie lavieb-aile 17 septembre 2017.

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Verrière de la Vie de saint Jean-Baptiste (vers 1535-1540), baie 3, mur nord de l'église de Moncontour. Photographie lavieb-aile 17 septembre 2017.

Verrière de la Vie de saint Jean-Baptiste (vers 1535-1540), baie 3, mur nord de l'église de Moncontour. Photographie lavieb-aile 17 septembre 2017.

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LE TYMPAN.

Trois anges (créations par Albert Bonnot 1891-1893).

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Verrière de la Vie de saint Jean-Baptiste (vers 1535-1540), baie 3, mur nord de l'église de Moncontour. Photographie lavieb-aile 17 septembre 2017.

Verrière de la Vie de saint Jean-Baptiste (vers 1535-1540), baie 3, mur nord de l'église de Moncontour. Photographie lavieb-aile 17 septembre 2017.

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"De même facture et certainement du même atelier que le précèdent [verrière de sainte Barbe], le troisième vitrail de la longère nord est consacré à l'histoire de saint Jean Baptiste." (Couffon)

La lecture se fait de haut en bas.

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PREMIER REGISTRE (EN HAUT).

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Verrière de la Vie de saint Jean-Baptiste (vers 1535-1540), baie 3, mur nord de l'église de Moncontour. Photographie lavieb-aile 17 septembre 2017.

Verrière de la Vie de saint Jean-Baptiste (vers 1535-1540), baie 3, mur nord de l'église de Moncontour. Photographie lavieb-aile 17 septembre 2017.

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Premier panneau : apparition de l'ange Gabriel à Zacharie. CO[MM]E[NT] LA[N]GE SAPARUT A ZACHARIE.

 

" L'ange Gabriel, en robe violette et ailes vertes, apparaît à saint Zacharie. Celui-ci, en robe violette, tunique d'or à riches perlages, aumônière rouge et chaussures rouge, encense l'autel qui porte plusieurs pièces d'orfèvrerie sur une nappe blanche ornée de glands et perlages. L'autel est surmonté d'un ciel or à perlages avec rideaux rouges. Le sol est recouvert d'un carrelage vert recouvert en partie d'un tapis rose." (Couffon)

 

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Détails.

Le bouton de l'aumônière est monté en chef d'œuvre.

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Texte évangélique. Luc 1: 5-23

 

 " Il y avait, à l’époque où Hérode était roi de Judée, un prêtre nommé Zacharie, qui appartenait à la classe sacerdotale d’Abiya. Sa femme était une descendante d’Aaron; elle s’appelait Elisabeth.  Tous deux étaient justes aux yeux de Dieu et observaient tous les commandements et toutes les lois du Seigneur de façon irréprochable.  Ils n’avaient pas d’enfant, car Elisabeth était stérile et tous deux étaient déjà très âgés.

  Un jour, Zacharie assurait son service devant Dieu: c’était le tour de sa classe sacerdotale.  Suivant la coutume des prêtres, il avait été désigné par le sort pour entrer dans le sanctuaire du Seigneur et y offrir l’encens.  A l’heure de l’offrande des parfums, toute la multitude du peuple se tenait en prière à l’extérieur.  Tout à coup, un ange du Seigneur lui apparut, debout à droite de l’autel des parfums.  Quand Zacharie le vit, il en fut bouleversé et la peur s’empara de lui.

 Mais l’ange lui dit: N’aie pas peur, Zacharie, car Dieu a entendu ta prière: ta femme Elisabeth te donnera un fils. Tu l’appelleras Jean.  Il sera pour toi le sujet d’une très grande joie, et beaucoup de gens se réjouiront de sa naissance.  Il sera grand aux yeux du Seigneur. Il ne boira ni vin, ni boisson alcoolisée. Il sera rempli de l’Esprit Saint dès le sein maternel. 16 Il ramènera beaucoup d’Israélites au Seigneur, leur Dieu.  Il accomplira sa mission sous le regard de Dieu, avec l’Esprit et la puissance qui résidaient en Elie, pour réconcilier les pères avec leurs enfants, pour amener ceux qui sont désobéissants à penser comme des hommes justes et former ainsi un peuple prêt pour le Seigneur.

 Zacharie demanda à l’ange: A quoi le reconnaîtrai-je? Car je suis moi-même déjà vieux et ma femme est très âgée.

  L’ange lui répondit: Je suis Gabriel. Je me tiens devant Dieu, qui m’a envoyé pour te parler et t’annoncer cette nouvelle.  Alors, voici: tu vas devenir muet et tu resteras incapable de parler jusqu’au jour où ce que je viens de t’annoncer se réalisera; il en sera ainsi parce que tu n’as pas cru à mes paroles, qui s’accompliront au temps prévu.

 Pendant ce temps, la foule attendait Zacharie; elle s’étonnait de le voir s’attarder dans le sanctuaire. Lorsqu’il sortit enfin, il était incapable de parler aux personnes rassemblées. Elles comprirent alors qu’il avait eu une vision dans le sanctuaire. Quant à lui, il leur faisait des signes et restait muet.  Lorsqu’il eut terminé son temps de service, il retourna chez lui."

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Verrière de la Vie de saint Jean-Baptiste (vers 1535-1540), baie 3, mur nord de l'église de Moncontour. Photographie lavieb-aile 17 septembre 2017.

Verrière de la Vie de saint Jean-Baptiste (vers 1535-1540), baie 3, mur nord de l'église de Moncontour. Photographie lavieb-aile 17 septembre 2017.

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Verrière de la Vie de saint Jean-Baptiste (vers 1535-1540), baie 3, mur nord de l'église de Moncontour. Photographie lavieb-aile 17 septembre 2017.

Verrière de la Vie de saint Jean-Baptiste (vers 1535-1540), baie 3, mur nord de l'église de Moncontour. Photographie lavieb-aile 17 septembre 2017.

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Verrière de la Vie de saint Jean-Baptiste (vers 1535-1540), baie 3, mur nord de l'église de Moncontour. Photographie lavieb-aile 17 septembre 2017.

Verrière de la Vie de saint Jean-Baptiste (vers 1535-1540), baie 3, mur nord de l'église de Moncontour. Photographie lavieb-aile 17 septembre 2017.

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 Deuxième panneau : La Visitation. CO[MM]E[NT] MARIE VISITA SAINCTE ELISABETH.

"  La Vierge est vêtue d'une robe rouge à manches or et d'un manteau bleu ; sainte Elisabeth d'une robe rouge à manches vertes et d'un manteau d'or damassé. Dans le fond, deux personnages : celui de gauche, se détachant sur le ciel bleu, est coiffé d'un turban et porte une robe verte à manches rouges et une tunique d'or à pierreries ; celui de droite, devant une architecture, est coiffé d'un turban or à fond rose, et porte une veste bleue." (Couffon)

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Détails.

Tête d'Elisabeth refaite.

Une première distinction est introduite dans les costumes féminins et les coiffures. Marie est nimbée, les cheveux non voilés sont soigneusement peignés, avec des anglaises le long des joues, une natte placée en arc, et une coiffe courte, blanche et rejetée très en arrière.  Ce n'est pas un turban, ce qui la différencie de l'ensemble des autres femmes de ce vitrail. Sa robe et son manteau sont d'une couleur pure, sans dessins ni accessoires. Elisabeth a la tête recouverte d'un voile enturbanné, ce qui souligne qu'elle est âgée, et mariée. Son manteau est damassé, sa robe est chargée en son bord inférieur d'un galon d'orfroi ; et les manches vertes introduisent une bigarrure des couleurs. Malgré l'empathie de leurs postures et de leurs regards, malgré leur cousinage, malgré qu'Elisabeth soit une sainte de l'Église catholique, (sainteté qui n'est pas indiquée par un nimbe), ces différences créent une distinction de statut entre les deux femmes : Marie est universelle et intemporelle, extraite de sa judéité, tandis qu'Élisabeth reste marquée par une certaine altérité et par son appartenance au temps passé. D'ailleurs, elle, qui est descendante d'Aaron, est appariée au prêtre juif Zacharie du panneau précédent, qui porte le même manteau damassé bordé de pierreries, et l'aumônière à frange.

Ces différences de représentation seraient discutables si elles n'allaient pas s'accentuer dans les panneaux suivantes où des femmes d'un monde païen vont apparaître.

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Verrière de la Vie de saint Jean-Baptiste (vers 1535-1540), baie 3, mur nord de l'église de Moncontour. Photographie lavieb-aile 17 septembre 2017.

Verrière de la Vie de saint Jean-Baptiste (vers 1535-1540), baie 3, mur nord de l'église de Moncontour. Photographie lavieb-aile 17 septembre 2017.

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Texte évangélique Luc 1:39-56

"Quelque temps après, sa femme Elisabeth devint enceinte et, pendant cinq mois, elle se tint cachée. Elle se disait: C’est l’œuvre du Seigneur en ma faveur: il a décidé d’effacer ce qui faisait ma honte aux yeux de tous! "[...]

 

"Peu après, Marie partit pour se rendre en hâte dans une ville de montagne du territoire de Judée.Elle entra chez Zacharie et salua Elisabeth. Au moment où celle-ci entendit la salutation de Marie, elle sentit son enfant remuer en elle. Elle fut remplie du Saint-Esprit et s’écria d’une voix forte: Tu es bénie plus que toutes les femmes et l’enfant que tu portes est béni.Comment ai-je mérité l’honneur que la mère de mon Seigneur vienne me voir? Car, vois-tu, au moment même où je t’ai entendu me saluer, mon enfant a bondi de joie au-dedans de moi. Tu es heureuse, toi qui as cru à l’accomplissement de ce que le Seigneur t’a annoncé.

Alors Marie dit:

Mon âme chante la grandeur du Seigneur et mon esprit se réjouit à cause de Dieu, mon Sauveur.
 Car il a bien voulu abaisser son regard sur son humble servante.
C’est pourquoi, désormais, à travers tous les temps, on m’appellera bienheureuse.
Car le Dieu tout-puissant a fait pour moi de grandes choses; lui, il est saint.
Et sa bonté s’étendra d’âge en âge sur ceux qui le craignent.
Il est intervenu de toute sa puissance et il a dispersé les hommes dont le cœur était rempli d’orgueil.
 Il a précipité les puissants de leurs trônes, et il a élevé les humbles.
Il a comblé de biens ceux qui sont affamés, et il a renvoyé les riches les mains vides.
Oui, il a pris en main la cause d’Israël, il a témoigné sa bonté au peuple qui le sert, comme il l’avait promis à nos ancêtres, à Abraham et à ses descendants pour tous les temps.

Marie resta environ trois mois avec Elisabeth, puis elle retourna chez elle."

 

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Verrière de la Vie de saint Jean-Baptiste (vers 1535-1540), baie 3, mur nord de l'église de Moncontour. Photographie lavieb-aile 17 septembre 2017.

Verrière de la Vie de saint Jean-Baptiste (vers 1535-1540), baie 3, mur nord de l'église de Moncontour. Photographie lavieb-aile 17 septembre 2017.

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DEUXIÈME REGISTRE.

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Verrière de la Vie de saint Jean-Baptiste (vers 1535-1540), baie 3, mur nord de l'église de Moncontour. Photographie lavieb-aile 17 septembre 2017.

Verrière de la Vie de saint Jean-Baptiste (vers 1535-1540), baie 3, mur nord de l'église de Moncontour. Photographie lavieb-aile 17 septembre 2017.

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Troisième panneau : Naissance de saint Jean. CO[MM]E[NT] S JEHAN  BAPTISTE FUT NE.

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"Au premier plan, une servante en robe rose à manches jaunes, tient l'enfant qu'elle va baigner. Une autre, en robe rouge galonnée d'or, porte une tunique violette avec manches à gigot or et argent à riche perlage et une coiffure rose à large galon d’or. Elle verse l'eau d'une aiguière d'or. Sainte Elisabeth, en bleu, appuyée sur les coussins d'or d'un lit à couverture rouge, reçoit un breuvage des mains d'une servante en corsage et coiffure or et argent. Au fond, tenture verte à bordure rouge." (Couffon)
 

 

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Détails.

Verre rouge gravé : la partie basse de la robe de la servante qui verse l'eau.

Si je tente de confirmer mon hypothèse sur la valeur des différences de costume, je constate que l'opposition robe de couleur unie /  vêtements bigarrés s'établit maintenant "en faveur" d'Élisabeth (qui ne porte néanmoins toujours pas de nimbe). Les deux servantes (ou amies) portent le turban franchement orientalisant. La femme accroupie est peut-être la sage-femme ou matrone, avec ses cheveux rassemblés par une natte nouée au sommet du crâne.

La robe de la femme qui tient l'aiguière est alourdie par une large bande de pierreries et de gemmes, où sont suspendues des franges ou breloques.  Ce n'est qu'un début.

 

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Texte évangélique Luc 1:57-58. 

 "Le moment arriva où Elisabeth devait accoucher. Elle donna naissance à un fils. Ses voisins et les membres de sa famille apprirent combien le Seigneur avait été bon pour elle, et ils se réjouissaient avec elle."

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Iconographie.

Le motif de la Naissance de saint Jean-Baptiste est, si j'ose dire, vieux comme Hérode : on le trouve enluminé précocement. Elisabeth est couchée et des servantes lui apportent le brouet de l'accouchée, un bouillon mélangé d'œufs et de lait. Sur d'autres miniatures, une servante donne le premier bain au nouveau-né, dans une cuvette, qu'une aide remplit d'eau chaude. Souvent, Zacharie est assis au pied du lit et écrit — puisqu'il a été frappé d'aphasie — le nom de son fils sur un papier. 

Le Bréviaire de Charles de Neufchâtel (Besançon BM 0069) a été peint pour l'archevêque de Besançon par l'atelier du  Maître de l'échevinage de Rouen avant 1498. Le folio 632 montre cette scène d'intérieur, avec le bain, mais non le brouet. Il est en train de cuire dans le chaudron du fond. Deux des femmes ou sages-femmes portent le turban.

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Naissance de saint Jean-Baptiste, Besançon - BM - ms. 0069 f.632

 

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Le manuscrit BnF Italien 115 Meditationes vitae christi , a été illustré à Sienne vers 1330-1340. Son  folio 14v montre que parmi les deux femmes servant le brouet à l'accouchée, l'une est Marie, nimbée. Un plat contenant un  poulet est posé sur le banc.  Au pied du lit, deux servantes donne le bain au petit Jean et une autre apporte le broc d'eau. Inscription maria / elizabet come ae parturito johanni battista.

 

Naissance de saint Jean-Baptiste, BnF Italien 115.

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Le Missale et horae ad usum Frates Minorum BnF latin 757 du XIVe siècle contient un Office de saint Jean-Baptiste dont le folio 337v est superbement enluminé. Trois femmes présentent à Élisabeth un brouet, précédé d'une toilette des mains, et suivi par un plat de viande. La servante agenouillé s'apprête à langer l'enfant, mais celui-ci est déjà vêtu de sa tunique en poils de chameau, et débute sa prédication.

Naissance de saint Jean-Baptiste, BnF Latin 757 folio 337v Gallica

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Le ms. 0412 Missel à l'usage de Paris de la  Bibl. Mazarine contient une Miniature pour la Nativité de saint Jean-Baptiste folio 298. Peinte par le Maître de Jacques de Besançon / Maître des Très petites Heures d'Anne de Bretagne, elle associe la présentation du brouet par une servante à turban et le bain donné à Jean par une autre servante. Zacharie écrit sur un phylactère "Johannes est nomen eius" ("Luc 01, 63").
Inscription sur le ciel de lit : "De ventre matris mee voc[avit]" (début de l'introït, cf. "Is 49, 01"). 

 

 

Paris - Bibl. Mazarine - ms. 0412 Missel à l'usage de Paris folio 298

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Voir aussi BnF fr.244 folio 174, Légende Dorée de Jacques de Voragine, XVe siècle.

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L'évangéliaire à l'usage de Sainte-Geneviève (Bibl. Sainte-Geneviève ms 0106) est, par sa date vers 1520-1530, le plus proche du vitrail de Moncontour. Pas de brouet ici, mais la scène du bain est proche de celle de la baie 3 notamment par la similarité des deux brocs à couvercle. Les coiffures diffèrent mais la permanence du turban (ou du bourrelet entouré de spires d'étoffes) est remarquable. L'enlumineur serait Etienne Collaud, documenté entre 1523 et 1541 à Paris.

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Paris, Bibliothèque Sainte-Geneviève ms. 0106 folio 201. Irht.cnrs

 

 

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Verrière de la Vie de saint Jean-Baptiste (vers 1535-1540), baie 3, mur nord de l'église de Moncontour. Photographie lavieb-aile 17 septembre 2017.

Verrière de la Vie de saint Jean-Baptiste (vers 1535-1540), baie 3, mur nord de l'église de Moncontour. Photographie lavieb-aile 17 septembre 2017.

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Verrière de la Vie de saint Jean-Baptiste (vers 1535-1540), baie 3, mur nord de l'église de Moncontour. Photographie lavieb-aile 17 septembre 2017.

Verrière de la Vie de saint Jean-Baptiste (vers 1535-1540), baie 3, mur nord de l'église de Moncontour. Photographie lavieb-aile 17 septembre 2017.

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Quatrième panneau : Inscription du nom. CO[MM]E[NT] LANBA[N]T FUT JEHAN APPELE.

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"Le greffier, en turban bleu, robe violette et riche manteau d'or damassé, est assis devant une table à tapis vert et ornements roses posée sur un sol vert clair. Zacharie est en robe bleue perlée à manche à crevés or et blancs avec aumônière d'or, chausses rouges, bottes jaunes, turban rouge à fond or. La femme qui l'accompagne porte une coiffure verte à ornement or, une robe violette, dont on ne voit que le bas, et un riche manteau rouge à perlages. La scène se détache sur un fond violet damassé." (Couffon)

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Détails.

Partie supérieure restaurée.

Le bouton de l'aumônière est monté en chef-d'œuvre.

Fonds damassé mauve pâle, aux motifs à couronne, oeillet, palmette.

Les coiffures à turbans et le bonnet conique, ou les  franges  des aumônières et de la robe de Zacharie,  indiquent que Zacharie et Elisabeth, tout comme le greffier, sont des Juifs et que la scène se passe dans le passé. Mais ces signes de double altérité temporelle et spatiale et d'exotisme orientalisant, parfaitement codés dans l'iconographie, sont tempérés par leur association à des pièces de costume parfaitement contemporains comme les taillades, les bottes montantes, la coiffe courte d'Élisabeth, etc.

Le scribe écrit avec un calame taillé qui prendra place avec le godet d'encre, dans l'écritoire dénoué posé sur la table .

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Texte évangélique Luc 1:69-80.

 

"Le huitième jour après sa naissance, ils vinrent pour la circoncision du nouveau-né. Tout le monde voulait l’appeler Zacharie comme son père,  mais sa mère intervint et dit: Non, il s’appellera Jean.

– Mais, lui fit-on remarquer, personne dans ta famille ne porte ce nom-là!

Alors ils interrogèrent le père, par des gestes, pour savoir quel nom il voulait donner à l’enfant. Zacharie se fit apporter une tablette et, au grand étonnement de tous, il y traça ces mots : Son nom est Jean.

A cet instant, sa bouche s’ouvrit et sa langue se délia: il parlait et louait Dieu.

Tous les gens du voisinage furent remplis de crainte, et l’on parlait de tous ces événements dans toutes les montagnes de Judée.Tous ceux qui les apprenaient en étaient profondément impressionnés et disaient: «Que sera donc cet enfant?» Car le Seigneur était avec lui.

 Zacharie, son père, fut rempli de l’Esprit Saint et prophétisa en ces termes:

Loué soit le Seigneur, Dieu d’Israël, car il est venu prendre soin de son peuple et il l’a délivré.
Pour nous, il a fait naître parmi les descendants du roi David, son serviteur, un Libérateur plein de force.
Il vient d’accomplir la promesse qu’il avait faite depuis les premiers temps par la voix de ses saints prophètes qu’il nous délivrerait de tous nos ennemis, et du pouvoir de ceux qui nous haïssent.
Il manifeste sa bonté à l’égard de nos pères et il agit conformément à son alliance sainte.
Il accomplit pour nous le serment qu’il a fait à notre ancêtre, Abraham, de nous accorder la faveur, après nous avoir délivrés de tous nos ennemis, de le servir sans crainte en étant saints et justes en sa présence tous les jours de la vie.
Et toi, petit enfant, tu seras appelé prophète du Très-Haut, car, devant le Seigneur, tu marcheras en précurseur pour préparer sa route, en faisant savoir à son peuple que Dieu lui donne le salut et qu’il pardonne ses péchés.
Car notre Dieu est plein de compassion et de bonté, et c’est pourquoi l’astre levant viendra pour nous d’en haut, pour éclairer tous ceux qui habitent dans les ténèbres et l’ombre de la mort[m],
et pour guider nos pas sur la voie de la paix.

Le petit enfant grandissait et son esprit se fortifiait. Plus tard, il vécut dans des lieux déserts jusqu’au jour où il se manifesta publiquement au peuple d’Israël."

 

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Verrière de la Vie de saint Jean-Baptiste (vers 1535-1540), baie 3, mur nord de l'église de Moncontour. Photographie lavieb-aile 17 septembre 2017.

Verrière de la Vie de saint Jean-Baptiste (vers 1535-1540), baie 3, mur nord de l'église de Moncontour. Photographie lavieb-aile 17 septembre 2017.

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TROISIÈME REGISTRE.

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Verrière de la Vie de saint Jean-Baptiste (vers 1535-1540), baie 3, mur nord de l'église de Moncontour. Photographie lavieb-aile 17 septembre 2017.

Verrière de la Vie de saint Jean-Baptiste (vers 1535-1540), baie 3, mur nord de l'église de Moncontour. Photographie lavieb-aile 17 septembre 2017.

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Cinquième panneau : Saint Jean reproche à Hérode Antipas d'avoir violé la loi en épousant la femme de son frère. CO[MM]E[NT]  S. JEHAN VINT A HERODE.

"Sous un ciel bleu et sur une prairie verte, saint Jean, vêtu d'une peau de bête au naturel, s'adresse à Hérode. Celui-ci, en turban violet surmonté d'une couronne d'or, porte une robe verte perlée à grand col d'hermines, un manteau damassé d'or et des bottes jaunes à crevés. Hérodiade porte une coiffure rouge et or, une robe rouge à points d'or, une tunique verte à grands perlages et manches rouges à crevés blancs, et un manteau violet garni de fourrure." (Couffon)

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Détails :

Le balzo d'Hérodiade, de même que ses manches et sa robe, sont rendus par un verre rouge gravé.  La robe à mouchetures ovales se retrouvent à l'identique dans la baie 7 de 1538 (robe de sainte Barbe)

Saint Jean et Hérodiade se livrent à une joute verbale qu'ils scandent par des gestes issus du comput digital scholastique. Leur opposition sous les yeux furibonds d'Hérode annonce le drame à venir. Elle est soulignée par le contraste entre le dénuement ascétique du Prophète du désert, le le luxe ostentatoire d'Hérodiade. 

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Texte évangélique.

 "En ce temps-là, Hérode le tétrarque, ayant entendu parler de Jésus, dit à ses serviteurs: C'est Jean Baptiste ! Il est ressuscité des morts, et c'est pour cela qu'il se fait par lui des miracles. Car Hérode, qui avait fait arrêter Jean, l'avait lié et mis en prison, à cause d'Hérodias, femme de Philippe, son frère, parce que Jean lui disait: Il ne t'est pas permis de l'avoir pour femme. Il voulait le faire mourir, mais il craignait la foule, parce qu'elle regardait Jean comme un prophète" Matthieu 14:1-5

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" Le roi Hérode[c] entendit parler de Jésus, car sa réputation se répandait partout. On disait de Jésus: C’est Jean-Baptiste qui est ressuscité! C’est pour cela qu’il détient le pouvoir de faire des miracles. D’autres disaient: C’est Elie. D’autres encore: C’est un prophète comme il y en avait autrefois. De son côté, Hérode, qui entendait tout cela, se disait: C’est celui que j’ai fait décapiter, c’est Jean, et il est ressuscité!

 En effet, Hérode avait fait arrêter Jean, l’avait fait enchaîner et jeter en prison, à cause d’Hérodiade, la femme de Philippe, son demi-frère, qu’il avait épousée[Hérode Philippe vivait à Rome. Antipas avait répudié sa femme pour épouser Hérodiade, femme de Philippe. ].Car Jean disait à Hérode: Tu n’as pas le droit de prendre la femme de ton frère. Hérodiade, furieuse contre lui, cherchait à le faire mourir, mais elle n’y parvenait pas, car Hérode craignait Jean. Il savait que c’était un homme juste et saint. Il le protégeait donc. Quand il l’entendait parler, il en restait fort perplexe. Et pourtant, il aimait l’entendre." Marc 6:14-20

 

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Verrière de la Vie de saint Jean-Baptiste (vers 1535-1540), baie 3, mur nord de l'église de Moncontour. Photographie lavieb-aile 17 septembre 2017.

Verrière de la Vie de saint Jean-Baptiste (vers 1535-1540), baie 3, mur nord de l'église de Moncontour. Photographie lavieb-aile 17 septembre 2017.

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Verrière de la Vie de saint Jean-Baptiste (vers 1535-1540), baie 3, mur nord de l'église de Moncontour. Photographie lavieb-aile 17 septembre 2017.

Verrière de la Vie de saint Jean-Baptiste (vers 1535-1540), baie 3, mur nord de l'église de Moncontour. Photographie lavieb-aile 17 septembre 2017.

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Sixième panneau : Saint Jean est mis en prison. CO[MM]E[NT]  S. JEHAN FUT MIS E[N PRISON.

"Le saint et Hérodiade sont vêtus comme dans le panneau précédent, mais Hérodiade a une tunique d'or. Le geôlier, en turban jaune, a une tunique également jaune et des chausses rouges, ses clefs sont gris bleu. Le second bourreau porte une veste verte sur sa chemise blanche, des chausses bleues à crevés et des bottes également bleues. Il a une dague or à attache rouge." (Couffon)

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Détails.

Verre rouge à nouveau sur la robe d'Hérodiate.

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Verrière de la Vie de saint Jean-Baptiste (vers 1535-1540), baie 3, mur nord de l'église de Moncontour. Photographie lavieb-aile 17 septembre 2017.

Verrière de la Vie de saint Jean-Baptiste (vers 1535-1540), baie 3, mur nord de l'église de Moncontour. Photographie lavieb-aile 17 septembre 2017.

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QUATRIÈME REGISTRE.

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Verrière de la Vie de saint Jean-Baptiste (vers 1535-1540), baie 3, mur nord de l'église de Moncontour. Photographie lavieb-aile 17 septembre 2017.

Verrière de la Vie de saint Jean-Baptiste (vers 1535-1540), baie 3, mur nord de l'église de Moncontour. Photographie lavieb-aile 17 septembre 2017.

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Septième panneau : Le festin d'Hérode et la danse de Salomé. LA DEMANDE DU CHEF DE ST JEHAN BA..

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"Devant une tenture de damas vert à galons d'or et perlages, Hérode est assis à table. Il est coiffé d'une toque rouge avec couronne d'or, et porte une robe violette, à broderies d'or et à grand col de fourrure, ainsi que des chausses bleues. A sa gauche, Hérodiade, en robe violette et coiffure rouge et or ; à sa droite, un personnage porte une robe bleue à perlages et bordure or, toque rouge et chausses rouges. Devant la table, près d'une levrette couchée, est Salomé. Elle porte une robe rouge et or, une tunique or à perlages et un surcot vert à manches rouges et crevés or. " (Couffon)

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Détails.

 

Tête d'Hérode refaite.

Les crevés des deux manches de Salomé sont des pièces montés en chef d'œuvre.

C'est avec Salomé que la robe à breloque devient une vraie expression métonymique de la lubricité de son comportement. Dans l'expression de la misogynie chrétienne, où Salomé et sa mère appartiennent au cortège des femmes qui, comme Ève, incitent au péché. Dans les enluminures que j'ai pu consulter, Salomé porte une robe longue et moulante, mais non une telle quincaillerie. Seule, la Salomé de Lucas Cranach l'Ancien, dans un tableau peint en 1530 et donc presque contemporain de ce vitrail, lui fait porter autant d'or et de perles.

Voir Benozzo Gozzoli, Danse de Salomé, 1461-1462.

Voir Mare historiarum, BnF Latin 4915 folio 174r.

Voir Le Mirouer historial de Vincent de Beauvais, BnF Français 50, folio 222v XVe siècle,

etc.

 

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Texte évangélique.

"Or, lorsqu'on célébra l'anniversaire de la naissance d'Hérode, la fille d'Hérodias dansa au milieu des convives, et plut à Hérode, de sorte qu'il promit avec serment de lui donner ce qu'elle demanderait. A l'instigation de sa mère, elle dit: Donne-moi ici, sur un plat, la tête de Jean Baptiste. Le roi fut attristé; mais, à cause de ses serments et des convives, il commanda qu'on la lui donne, et il envoya décapiter Jean dans la prison. Sa tête fut apportée sur un plat, et donnée à la jeune fille, qui la porta à sa mère. Les disciples de Jean vinrent prendre son corps, et l'ensevelirent. Et ils allèrent l'annoncer à Jésus."Matthieu 14:1-12.

 

"Un jour cependant, Hérodiade trouva une occasion favorable, lors de l’anniversaire d’Hérode. Celui-ci organisa ce jour-là une grande fête à laquelle il invita les hauts dignitaires de sa cour, les officiers supérieurs et les notables de la Galilée. Au cours du banquet, la fille d’Hérodiade entra dans la salle: elle dansa, Hérode et ses invités étaient sous son charme. Le roi dit alors à la jeune fille: Demande-moi ce que tu voudras et je te le donnerai. Il alla même jusqu’à lui faire ce serment: Tout ce que tu me demanderas, je te le donnerai, même si c’est la moitié de mon royaume. Elle sortit pour prendre conseil auprès de sa mère: Que vais-je lui demander?

 – La tête de Jean-Baptiste, lui répondit celle-ci.

Aussitôt la jeune fille se hâta de retourner auprès du roi pour lui exprimer son vœu en ces termes: Je veux que, tout de suite, tu me donnes sur un plat la tête de Jean-Baptiste.

Le roi en fut consterné, mais à cause de son serment et de ses invités, il ne voulut pas le lui refuser. Il envoya donc aussitôt un garde en lui ordonnant de rapporter la tête de Jean. Celui-ci s’en alla décapiter Jean dans la prison. Il apporta la tête sur un plat et la remit à la jeune fille, et celle-ci la donna à sa mère. Lorsque les disciples de Jean apprirent ce qui s’était passé, ils vinrent prendre son corps pour l’ensevelir dans un tombeau." (Marc 6:21-29)

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Les Pères de l'Église.

 

"les Pères de l’Église chrétienne vont exploiter les ellipses des trois récits fondateurs bibliques pour conférer à cet épisode une portée didactique moralisatrice et faire de Salomé un personnage au service d’un discours patricien misogyne. Dès les premiers siècles de l’Europe chrétienne, la femme est considérée comme une menace, une dangereuse tentatrice, voire une auxiliaire de Satan. La figure d’Ève s’impose comme l’archétype de cet imaginaire du féminin. Or, le Nouveau Testament ne contient pas de personnages féminins adéquats : Marie est la mère du Christ, la « Bienheureuse », l’élue choisie pour racheter la figure pécheresse d’Ève ; les femmes qui accompagnent Jésus dans les derniers moments du Calvaire et qui seront témoins de sa résurrection sont qualifiées de « saintes » ; quant à Marie-Madeleine, elle symbolise la femme repentie. Restent donc Hérodiade et sa fille, responsables de la condamnation à mort du prophète Jean-Baptiste."(Crdp-ac-paris)

 

Jean Chrysostome dans son Homélie sur l’Évangile de Marc précise son âge : « quinze ans ». Il en fait alors une « jeune fille » capable de raison, et donc responsable de ses actes et inévitablement consciente de leur portée. Il s’écarte ainsi du texte évangélique qui met seulement en évidence le caractère obéissant de Salomé, son rôle de simple adjuvante inconsciente dans le projet de vengeance de sa mère. Dans un autre de ses sermons, L’Homélie sur l’Évangile de Matthieu, Jean Chrysostome définit les deux crimes de Salomé : celle-ci est tout d’abord coupable par sa danse elle-même, parce qu’elle adopte une attitude impudique pour une jeune vierge qui, selon les critères des moralistes de l’époque, se doit d’être austère dans son vêtement, de rester voilée et de ne dégager aucun esprit de coquetterie ; mais surtout, en séduisant Hérode, elle obtient comme prix de sa prestation artistique un homicide. Salomé apparaît donc aux yeux de Jean Chrysostome comme une figure terriblement scandaleuse parce que l’érotisme qu’elle dégage en dansant se trouve finalement lié au sang et à la mort.

Augustin d’Hippone, dans son Quinzième Sermon pour la décollation de saint Jean-Baptiste, revient sur ce pouvoir terriblement séducteur et érotique de la danse qu’accomplit Salomé devant le tétrarque :

« Aussitôt elle se tord pour décrire des circuits insensés ; elle tourne avec la rapidité d’un tourbillon ; on la voit parfois se pencher d’un côté jusqu’à terre, et parfois renverser sa tête et se pencher en arrière, et, à l’aide de son léger vêtement, trahir ainsi ses formes voluptueuses. »

Le Seizième Sermon pour la décollation de Saint Jean-Baptiste est l’occasion de prolonger cette description de la chorégraphie de Salomé :

« Sous sa tunique légère, la jeune fille apparaît dans une sorte de nudité : car pour exécuter sa danse, elle s’est inspirée d’une pensée diabolique : elle a voulu que la couleur de son vêtement simulât parfaitement la teinte de ses chairs. Tantôt elle se courbe de côté et présente son flanc aux yeux des spectateurs ; tantôt, en présence de ces hommes, elle fait parade de ses seins que l’étreinte des embrassements qu’elle a reçus a fortement déprimés. »" (Crdp-ac-paris)

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Verrière de la Vie de saint Jean-Baptiste (vers 1535-1540), baie 3, mur nord de l'église de Moncontour. Photographie lavieb-aile 17 septembre 2017.

Verrière de la Vie de saint Jean-Baptiste (vers 1535-1540), baie 3, mur nord de l'église de Moncontour. Photographie lavieb-aile 17 septembre 2017.

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Verrière de la Vie de saint Jean-Baptiste (vers 1535-1540), baie 3, mur nord de l'église de Moncontour. Photographie lavieb-aile 17 septembre 2017.

Verrière de la Vie de saint Jean-Baptiste (vers 1535-1540), baie 3, mur nord de l'église de Moncontour. Photographie lavieb-aile 17 septembre 2017.

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Verrière de la Vie de saint Jean-Baptiste (vers 1535-1540), baie 3, mur nord de l'église de Moncontour. Photographie lavieb-aile 17 septembre 2017.

Verrière de la Vie de saint Jean-Baptiste (vers 1535-1540), baie 3, mur nord de l'église de Moncontour. Photographie lavieb-aile 17 septembre 2017.

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8°) Huitième panneau : Décollation de saint Jean. CO[MM]E[NT]  ST JEHAN FUT DECOLLE.

 

" Le saint est vêtu d'une peau de bête, le bourreau est en veste violette et chausses rouges à crevés blancs. Salomé porte une robe rouge à pois d'or et un surcot vert à perlage d'or. A côté d'elle, une compagne dont on n'aperçoit que la tête. Sur ce panneau, il est à remarquer un homme tenant une pique et une grande banderole, probablement la marque du verrier." (Couffon)

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Détails.

Tête du saint refaite.

Manches et robe de Salomé et hauts de chausse du bourreau : verres rouges gravés.

L'homme "tenant une pique et une grande banderole" remarqué par Couffon dans le fond bleu est intrigant.

La servante à coté de Salomé crée un rappel du motif de Judith et Holopherne.

La fontaine a double bassin ne peut avoir ici qu'une valeur allégorique : rappel de l'eau du baptême, ou de la fontaine eucharistique ?

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Verrière de la Vie de saint Jean-Baptiste (vers 1535-1540), baie 3, mur nord de l'église de Moncontour. Photographie lavieb-aile 17 septembre 2017.

Verrière de la Vie de saint Jean-Baptiste (vers 1535-1540), baie 3, mur nord de l'église de Moncontour. Photographie lavieb-aile 17 septembre 2017.

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Verrière de la Vie de saint Jean-Baptiste (vers 1535-1540), baie 3, mur nord de l'église de Moncontour. Photographie lavieb-aile 17 septembre 2017.

Verrière de la Vie de saint Jean-Baptiste (vers 1535-1540), baie 3, mur nord de l'église de Moncontour. Photographie lavieb-aile 17 septembre 2017.

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Verrière de la Vie de saint Jean-Baptiste (vers 1535-1540), baie 3, mur nord de l'église de Moncontour. Photographie lavieb-aile 17 septembre 2017.

Verrière de la Vie de saint Jean-Baptiste (vers 1535-1540), baie 3, mur nord de l'église de Moncontour. Photographie lavieb-aile 17 septembre 2017.

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DERNIER REGISTRE : LE COUPLE DE DONATEURS.

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Verrière de la Vie de saint Jean-Baptiste (vers 1535-1540), baie 3, mur nord de l'église de Moncontour. Photographie lavieb-aile 17 septembre 2017.

Verrière de la Vie de saint Jean-Baptiste (vers 1535-1540), baie 3, mur nord de l'église de Moncontour. Photographie lavieb-aile 17 septembre 2017.

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9°) Sainte Catherine présentant une donatrice.

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"Donatrice. Elle est à genoux sur un prie-Dieu recouvert de damas or. Derrière elle, se détachant sur un fond damassé vert et sur des fabriques analogues aux précédentes, sainte Catherine, en robe bleu pâle et manteau de damas or.
La donatrice porte un surcot violet à manches à crevés bleus à l'avant bras et riche garniture de fourrure. On a voulu reconnaître en elle Catherine du Couedro, dont on ne retrouve aucune trace. Les armoiries de sa robe, détruites en 1791, paraissent avoir été rétablies de façon fantaisiste en un écartelé Le Mintier et Millon et la Motte Vauclerc. Il faut voir là, croyons-nous, Marie Le Moine, dame de Kercouedro et femme de Jean Le Mintier sieur des Granges, comme le prouvent les deux actes suivants : Le 28 janvier 1555, Francois Le Mintier, sieur des Granges, assigne à Marguerite, sa soeur, six livres dix huit sols de rentes des droits lui appartenant de la succession de Marie, dame de Kercouédro, leur mère.
D'autre part, par acte du 28 juin 1575, nobles gens Pierre Le Mintier et François Le Mintier font accord avec Jean Le Mintier, leur frère aîné, de la succession d'Antoine Le Mintier, sieur de la Villeseon, leur père, et de la succession à échoir de Marguerite Le Mintier, dame de la Tour, leur mère. Mention est faite de ce qui était dû à Pierre Le Mintier sieur des Granges, et à la même Marguerite Le Mintier, de la succession de demoiselle Marie Le Moine, veuve de Jean Le Mintier sieur des Granges, père et mère de la dite dame de la Tour, leur mère, et de François Le Mintier sieur des Granges." (Couffon)

 

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Détails.

Composition refaite par Albert Bonnot avec remploi de parties originales.

Sainte Catherine était (avec sainte Marguerite et sainte Barbe) la sainte dont l'intercession était la plus demandée par les femmes de la noblesse. Rien n'impose que la donatrice se prénomme Catherine.

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Verrière de la Vie de saint Jean-Baptiste (vers 1535-1540), baie 3, mur nord de l'église de Moncontour. Photographie lavieb-aile 17 septembre 2017.

Verrière de la Vie de saint Jean-Baptiste (vers 1535-1540), baie 3, mur nord de l'église de Moncontour. Photographie lavieb-aile 17 septembre 2017.

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10°) Saint Jean présentant Jean Le Mintier.

" Saint Jean, en robe d'or relevée sur la jambe par une agrafe perlée, en manteau vert, et nimbé d'or, se détache sur un damas vert qui occupe la moitié du panneau, le reste du fond étant constitué par une fabrique flamande bleue avec touches de jaune d'argent. Il présente un donateur, en armure et à genoux sur un prie Dieu recouvert de damas vert. Ce personnage porte sur sa cotte les armes des Le Mintier et sans doute est ce là Jean Le Mintier, seigneur des Granges, fils de Pierre et de Jeanne Le Sénéchal." (Couffon)

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Détails.

En arrière-plan, un fleuve que descendent deux nefs.

Composition refaite par Bonnot avec remploi d'importantes parties originales, dont la tête et les armoiries du donateur.

Héraldique.

Pol de Courcy, dans son Nobiliaire et armorial de Bretagne, indique :

" Mintier (Le), sr des Granges, de la Villesion et de la Touche, par. d'Hénon, — de la Ville-Normé, par. De Plémy, — de la Ville-Morvan, par. de Ploufragan, — de Carméné, par. de Plessala, — de Beauchesne et de la Fontaine-Saint-Père, par. de Quessoy, — de la Motte-Basse, — du Bois de la Touche, — de Saint-André, — de la Motte-Gloret, par. d'Iffiniac, — de Léhélec, du Quenhouët et du Lestier, par. de Béganne, — du Boisgnorel, — du Bourgneuf, — du Chalonge, par. de Plédran, — de la Villeblanche, — de la Villeoser, — du Bignon, — de la Perrière, — de la Pommeraye, — des Aulnais-Caradreux, par. de la Nouée, — de la Grée-Saint-Laurent, par. de ce nom, — de la Villeauffray, — de Kerancloarec, par. de Plounévez-Quintin , — du Perret.

Anc. ext. chev., réf. 1668, dix gén., et maint. à l'intend. en 1699; réf. et montres de 1423 à 1535, par d'Hénon, Ploufragan, Plémy, Quessoy, Iffiniac et Plédran, év. de Saint-Brieuc.

De gueules a la croix engreslée d'argent. Devise: Deus meus.... omniasunt, et Tout ou rien.

Honoré et Olive Visdelou , sa compagne, vivants en 1330, père et mère de : 1° Guillaume, sénéchal de Chatelaudren en 1383, auteur de la branche des Granges; 2° Charles, auteur des branches de la Ville-Sion et de la Motte-Basse.

Cette famille a encore produit: Guillaume, commissaire pour la réformation des fouages en 1441; Pierre, qui obtint lettres d'abolition en 1485 pour sa participation a la mort du trésorier Landais; un chevalier de Saint-Michel en 1637; des pages du Roiet des filles à Saint-Cyr, de 1718 à 1787; un lieutenant des maréchaux de France en 1771, un abbé de Boquen en 1757; un abbé de Meilleray en 1776, évêque de Tréguier en 1780, t 1801 ; un écuyer cavaleadour du prince de Condé dans les guerres de l'émigration; un chef de division des armées royales en Bretagne et deux maréchaux de camp nommés par le Roi en 1797 et 1814."

Le château des Granges, à Hénon, au nord immédiat de Moncontour, est le berceau de la famille Le Mintier depuis le XIVe siècle..

Jean Le Mintier (v.1471 -?).

https://gw.geneanet.org/turnegouet?lang=fr&n=le+mintier&oc=4&p=jean

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Verrière de la Vie de saint Jean-Baptiste (vers 1535-1540), baie 3, mur nord de l'église de Moncontour. Photographie lavieb-aile 17 septembre 2017.

Verrière de la Vie de saint Jean-Baptiste (vers 1535-1540), baie 3, mur nord de l'église de Moncontour. Photographie lavieb-aile 17 septembre 2017.

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SOURCES ET LIENS.

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 — COUFFON (René), [1935]  Contribution à l'étude des verrières anciennes du département des Côtes-du-Nord, Mémoires de la Société d'émulation des Côtes-du-Nord. T. 67 1935, pages 167-171

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k441314t/f196.item

— GATOUILLAT (Françoise), HÉROLD (Michel), 2005, Les vitraux de Bretagne, Corpus Vitrearum vol. VII, Presses Universitaires de Rennes.

— MONCONTOUR (SITE DE L'OFFICE DU TOURISME DE) .

http://www.tourisme-moncontour.com/Vitrail-saint-yves_fiche_1796.html

— INFOBRETAGNE, Les vitraux de l'église de Moncontour..

http://www.infobretagne.com/moncontour-eglise-vitraux.htm

— Congrès archéologique de France 1950 vol.107

DESCRIPTION DES VERRIERES DATANT DE 1874 : Mémoires de la Société archéologique et Historique des Côtes-du-Nord.

https://books.google.fr/books?id=dFdj-oEI7pMC&pg=PA164&dq=de+la+Motte++Vauclerc+armoiries&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwjBl7yrlIfaAhVRaVAKHX4IAuoQ6AEIODAD#v=onepage&q=de%20la%20Motte%20%20Vauclerc%20armoiries&f=false

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Published by jean-yves cordier - dans Vitraux
26 mars 2018 1 26 /03 /mars /2018 11:11

Les vitraux de Moncontour (22). III. La maîtresse-vitre (vers 1538) de l'Enfance du Christ.

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Sur les vitraux de Moncontour, voir :

 

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Sur les vitraux "du groupe rennais" du XVIe siècle, voir 

 

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Sur les vitraux et œuvres  de la légende de sainte Barbe :

 

Voir aussi :

 

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Pour tous les 1330 autres articles de ce blog utilisez l'onglet "rechercher".

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Voir la présentation générale de ces exceptionnels vitraux de cette période 1535-1540 pour l'église de Moncontour par un atelier rennais dans les articles sur la verrière de saint Yves (1537) et celle de sainte Barbe (1538).

La baie 0, ou "maîtresse-vitre" selon la dénomination bretonne, était initialement à 4 lancettes organisées en 3 registres, et surmontées d'un tympan. Elle a été déposée et réparée en 1588 par Gilles Blaubo et Vincent Desportes, et reçut alors les armoiries du duc de Mercœur, —Gouverneur de Bretagne en 1582 avant de prendre la tête de la Ligue contre le roi —.

Le remplage a été supprimé à une date inconnue, et la baie a alors adopté sa forme cintrée actuelle. Non concernée par la restauration des autres baies entre 1891 et 1893, elle bénéficia en 1993 d'une intervention importante menée par l'atelier de Jean-Pierre Le Bihan de Quimper.

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Les vitraux de Moncontour. III. La maîtresse-vitre (vers 1538) de l'Enfance du Christ.

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Le jugement de Couffon est sévère ; le partagerez-vous ? :

 

 "C'est un vitrail extrêmement confus, où l'on trouve plusieurs scènes de l'enfance du Christ, non séparées les unes des autres ; c'est déjà la décadence au point de vue de la composition. Les coloris des verres demeurent par contre superbes, notamment le bleu, qui domine, ainsi que le rouge et le vert. L'on y trouve quelques touches de jaune d'argent. Le dessin n'est pas de premier ordre et souvent gauche. Il est, de plus, très inégal, ce qui tient, sans doute, aux multiples restaurations dont cette vitre a été l'objet. Dans le panneau représentant la fuite en Egypte, par exemple, la Vierge et saint Joseph sont d'un dessin acceptable, tandis que l'ange, juché dans l'arbre, et l'idole, tombant de sa colonne, sont d'une très mauvaise facture. Il y a lieu de remarquer, dans les fonds, des architectures classiques, dénotant déjà la Renaissance, et des fenêtres encore toutes gothiques. La verrière est d'inspiration nettement néerlandaise. En 1884 elle fut entourée d'une large bordure, pour l'augmenter ; et au sommet l'on y incorpora, assez malencontreusement d'ailleurs, un médaillon moderne représentant le Père Eternel." (Couffon)

 


 

 

Verrière de l'Enfance du Christ (vers 1538), Baie 0, église de Moncontour. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

Verrière de l'Enfance du Christ (vers 1538), Baie 0, église de Moncontour. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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I. LE REGISTRE INFÉRIEUR.

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Verrière de l'Enfance du Christ (vers 1538), Baie 0, église de Moncontour. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

Verrière de l'Enfance du Christ (vers 1538), Baie 0, église de Moncontour. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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À gauche : Claude de la Villeblanche, donateur, présenté par saint Claude.

 

Saint Claude est figuré en évêque, avec mitre et chape dont le fermail est en verre rouge gravé. Quelques lettres sont inscrites sur le coté droit de cette chape : [CL]AUDE PRIE PO[UR MOI]. Le saint porte sous la chape un manteau bleu, un surplis pourpre, et une aube.

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Verrière de l'Enfance du Christ (vers 1538), Baie 0, église de Moncontour. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

Verrière de l'Enfance du Christ (vers 1538), Baie 0, église de Moncontour. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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"Le donateur de gauche, Claude de la Villeblanche, porte sur sa cotte des armes écartelées au I et III de la Villeblanche, aux II et IV du Chastellier d'Eréac ["d'or, au chef de sable"], et, en abîme, sur la poitrine, un écu d'azur semé de fleurs de lys d'or, sans doute pour rappeler la charge de grand pannetier dont la reine Claude l'avait gratifié en 1522. Il avait reçu le collier [de l'Ordre de Saint-Michel] à Marignan."

"La verrière fut donc exécutée entre 1522 et 1531, date de la mort de Jacques de la Motte que l'on voit à droite, et sans doute non loin de cette dernière année, puisque Claude de la Villeblanche et Jacques de la Motte ont les cheveux grisonnants." (Couffon)

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Remarques

1°) L'écu placé en abîme est bien d'azur semé de fleurs de lys d'or, mais est semé aussi de dauphins de même — selon la description de 1874—  ou centré par un lion d'or passant  .

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2°) Le collier de l'Ordre de Saint-Michel a été remis à Claude de Villeblanche en 1538. Ce qui reculerait la datation de ce vitrail proposée par Couffon et reprise par Gatouillat et Hérold et le rendrait contemporain de la baie 5. 

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a) Pol de Courcy, Nobiliaire et armorial de Bretagne :

Villeblanche (de), sr dudit lieu, — du Plessis-Balissou, par. de ce nom, — de la Porte et de la Motte, par. de Maumusson, — de Broous, par. de ce nom, — de Bagalz. par de Guichen,—dn Mesnil, — de Martigné-Fercbaud, par. de ce nom, — de Brancien, — de Ploësquellec, par. de ce nom, — de TrogofF, par. de Plouégat-Moytan, — de Callac, par. de ce nom, — du Pontblanc, par. de Plouaret, — du Plessix-au-Noir, par. de Trédaniel.

Réf. de 1454 à 1543, par. de Maumusson, Broons, Ploësquellec, Plouégat et Plouaret, év. de Nantes, Saint-Malo, Cornouaille, Tréguier et Saint-Brieuc.

De gueules à la fasce d'argent, accomp. de trois hures de saumon de même (Sceau M20).

Pierre, capitaine de Rennes en 1440

 Henry, chevalier de Porc-Epic en 1448, grand-maître de Bretagne en 1451 ;

Guillaume, abbé Sainte-Croix de Quimperlé en 1453, + 1483;

 Claude, panetier de la reine Claude de France en 1522, chevalier de l'ordre en 1538.

Fondu dans Espinay.

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b) Les chevaliers de l'Ordre de Saint-Michel par Gaston de Carné (1884) page 421 :

 

VILLEBLANCHE (Claude de) , s. du Plessis-Balisson, de Broon, de Maumusson, de Bagaz, du Menil, de Martigné-Ferchaut, de la Porte, de Calac, du Châtelier d'Eréac, de Branxian, de Plusquellec, de Tourgouff, du Pontblanc, etc. , premier pannetier de la Reine Claude de France, par lettres du 3 avril 1522, fut fait chevalier. de l'Ordre Du Roi à cause de sa valeur, hardiesse et dextérité aux armes d'après A. du Paz en son Hist. des Maisons illustres de Bretagne. De plus, on lit qu'il fut chevalier de l'Ordre sous François 1er en 1538 dans le Recueil ms. des ch. de l'O. de S.-M. fait en 1620, par P. d'Hozier. (Bibl. du Roy.). Fils de Jean, s. du Plessis-Balisson, et de Catherine du Châtelier. [Jean, décédé en 1510, épousa Catherine du Châtelier le 18 août 1482]

Armes : De gueules à une fasce d'argent accomp. de trois hures de brochet de même, 2 en chef et 1 en pointe.

* Pierre de Villeblanche, aieul de Claude qui précède, fut ch. des O. du R. (ch, de l'O. du R.) en 1500, d'après Ogée. Dict. Géog. de Bret. art. Broons.) Mais le P. du Paz, qui a composé sur titres la généalogie des Villeblanche, ne mentionne nullement cette distinction.

*Claude de Villeblanche épousa Anne Vernon, fille de Raoul, s. de Montreuil-Bonin, Grand-Fauconnier de France, et d'Anne Gouffier. (P. Ans.)

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c)

Il  assista en sa qualité de premier panetier  à Rennes en 1532 au couronnement du dauphin Henri II, comme duc de Bretagne. Il portait alors le carreau de drap d'or sur lequel devait s'agenouiller le duc.

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d) Couffon n'a pas inventé la notion que Villeblanche a été fait chevalier par François Ier au soir de Marignan :

 

 

 " Ce messire Claude de Villeblanche,sieur de Bron, avoit esté aux batailles de Ravanne (Ravenne), la Bicoque et des Suysses ( L'auteur appelle ainsi la bataille de Marignan, livrée en 1515, parce que François Ier y défit les Suisses.); et à cette derniere le Roy le fit chevalier, seul de son rang, puis remit son épée au fourreau. Mais luy demandant le duc de Bourbon pourquoy il n'avoit fait chevaliers cinquante ou soixante autres qui estoient à genoux devant luy, Sa Majesté répondit qu'il ne vouloit pas que I'on dist du sieur de Bron qu'il estoit des chevaliers à la douzaine, et qu'il sçavoit bien, pour l'avoir vu, que son épée estoit tainte du sang des Suysses, et n'en estoit pas si certain des autres ; toutefois qu'il les feroit chevaliers le lendemain : et ajouta qu'il y avoit beaucoup de villes en son royaume, mais qu'il ne s'en trouvoit gueres de blanches, voulant inferer par-là ce mot de ville, et qu'il y en avoit bien peu qui luy fussent comparables : et n'en exceptoit Sa Majesté que huit ou dix, et trois ou quatre qu'il mettoit au-dessus." Mémoires de Vieilleville, 1541,, I, p. 138, cité  in Claude-Bernard Petitot, Collection complète des mémoires relatifs à l'histoire de France vol. 26

Il faut distinguer "être fait chevalier" et "être fait chevalier de l'Ordre de Saint-Michel".

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Détails.

Les trois bagues d'or du donateur sont portées aux trois derniers doigts de la main droite.

Claude de Villeblanche, agenouillé mains jointes devant son livre d'Heures posé sur un prie-dieu, porte une armure dont il a posé le casque à plumet et les gants devant lui. Le gorgeret du casque semble porter une inscription. (Je note à tout hasard la devise de Villeblanche : ATAO LEAL, "Toujours fidèle"). Il est à genoux sur un coussin de velours rouge à glands d'or.

 

 

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Verrière de l'Enfance du Christ (vers 1538), Baie 0, église de Moncontour. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

Verrière de l'Enfance du Christ (vers 1538), Baie 0, église de Moncontour. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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Au dessus de cette scène : "la Visitation".

 

"La Visitation. Sur un fond fait de morceaux épars, dans lesquels on distingue deux angelots blancs à ailes violettes, se détache sainte Elisabeth en robe verte et manteau rouge, la tête couverte d'une grande coiffe cachant ses cheveux. La Sainte Vierge, au contraire, porte deux longues nattes dépassant sa coiffe ; elle est vêtue d'une robe violette à galons d'or et d'un manteau bleu." (Couffon) 

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Devant une porte, comme dans la Visitation de Ghirlandaio (1491),  Elisabeth, la tête recouverte d'un voile et de la guimpe, est à genoux et pose la main sur le ventre de Marie. Deux anges volent en écartant les bras, comme pour reprendre l'exclamation : " Élisabeth fut remplie du Saint Esprit. Alors elle poussa un grand cri et dit : « Tu es bénie entre les femmes, et béni le fruit de son sein ! Et comment m'est-il donné que la mère de mon Seigneur vienne à moi ? Car, vois-tu, dès l'instant où ta salutation a frappé mes oreilles, l'enfant a tressailli d'allégresse en mon sein. Oui, bienheureuse celle qui a cru en l'accomplissement de ce qui lui a été dit de la part du Seigneur ! »" (Luc)

Je note aussi la guirlande , accessoire de la rRenaissance italienne, tendue sous le rempart,.

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Verrière de l'Enfance du Christ (vers 1538), Baie 0, église de Moncontour. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

Verrière de l'Enfance du Christ (vers 1538), Baie 0, église de Moncontour. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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Registre inférieur (suite) : les trois panneaux de l'Adoration des Bergers et des Mages.

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" L'adoration des anges, des bergers et des rois mages. Ce panneau est de surface triple de l'autre. Il est à rapprocher, comme composition, de la verrière de Pont-Croix. Au centre, la crèche ; à gauche, agenouillée devant l'Enfant, la Vierge, nimbée d'or, en manteau bleu. Elle est entourée d'angelots à ailes d'or en robes rouges et blanches. 
En face et lui faisant pendant, saint Joseph, également nimbé et vêtu d'une robe violette à manches vertes, tient une chandelle [Note : Rappelons que M. Male a montré qu'il fallait chercher l'origine de cette chandelle dans les mystères où elle était allumée pour montrer que c'était la nuit]. Il est entouré des rois mages. Agenouillé au premier plan, Gaspar, portant une barbe grise, et vêtu d'une robe bleue à manches violettes et d'un riche manteau rouge et or sur la bordure duquel on lit : AVE MARIA. GR.

Derrière lui, près de saint Joseph, le roi nègre porte une robe blanche et or à manches violettes et un manteau vert. [...]
Dans le fond du panneau, sous une arcature renaissance ornée de guirlandes vertes, des bergers, en pèlerines violettes, sont avertis de la naissance du Sauveur par deux anges en robes rouges, celui de gauche ayant des ailes vertes, celui de droite des ailes jaunes."(Couffon)

 

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Verrière de l'Enfance du Christ (vers 1538), Baie 0, église de Moncontour. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

Verrière de l'Enfance du Christ (vers 1538), Baie 0, église de Moncontour. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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Scènes centrales : Nativité, Bergers et Mages.

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La "Crèche" associe, comme dans les Nativités ou Adorations de Rogier van der Weyden, de Domenico Ghirlandaio de Boticelli (1476) ou d'Albrecht Altdorfer (1530) des architectures antiques témoignant de la ruine d'une époque déchue, des fortifications (les murailles de Béthléem ?), et la charpente sans couverture évoquant la pauvreté de l'étable où naît le Sauveur. Mais ces constructions sont hétéroclites, quoique structurées par trois arcs de plein cintre. Des guirlandes vertes y sont suspendues. 

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Au centre, dans la première arcade, deux anges jouent l'un de la viele et l'autre de la cornemuse.

Les arcades latérales sont occupées par des anges en adoration.

Le registre moyen est animé par sept bergers regardant soit les anges annonçant le Rédempteur, soit l'Enfant.

Ce dernier, dans un berceau de paille et d'osier, est honoré par deux anges qui tiennent un flambeau, métaphore de la Lumière donnée au Monde. On note bien-sûr le verre rouge gravé de la robe de l'ange.

La Vierge et Joseph, tous les deux nimbés, se font face. Marie a les mains jointes et la tête inclinée en recueillement face à son Fils, tandis que Joseph, appuyé sur un bâton, abrite de sa paume la flamme d'une bougie, comme dans la Nativité de Robert Campin (1420). Entre Marie et le berceau, trois personnages (bergers ?) se discernent.

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Verrière de l'Enfance du Christ (vers 1538), Baie 0, église de Moncontour. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

Verrière de l'Enfance du Christ (vers 1538), Baie 0, église de Moncontour. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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L'adoration des Bergers.

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Verrière de l'Enfance du Christ (vers 1538), Baie 0, église de Moncontour. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

Verrière de l'Enfance du Christ (vers 1538), Baie 0, église de Moncontour. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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Comparaison :

Les jeunes bergers émerveillés accoudés derrière l'enceinte de la Crèche, encapuchonnés, les mains écartés ou désignant  les anges qui leur apparaissent, rappellent instantanément ceux d'un fragment d'Adoration conservé à Plogonnec, dans le Finistère.

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Verrière de l'Enfance du Christ (vers 1538), Baie 0, église de Moncontour. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

Verrière de l'Enfance du Christ (vers 1538), Baie 0, église de Moncontour. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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Verrière de l'Enfance du Christ (vers 1538), Baie 0, église de Moncontour. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

Verrière de l'Enfance du Christ (vers 1538), Baie 0, église de Moncontour. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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L'Adoration des Rois et des Bergers de Plogonnec (baie 5, vers 1520-1525). Atelier de Quimper.

 

L'Adoration des Rois et des Bergers de Plogonnec (baie 5, vers 1520-1525). Atelier de Quimper. Photographie lavieb-aile

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L'Adoration des Rois et des Bergers de Plogonnec (baie 5, vers 1520-1525). Atelier de Quimper. photographie lavieb-aile

 

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L'Adoration des Rois et des Bergers de Plogonnec (baie 5, vers 1520-1525). Atelier de Quimper. Photographie lavieb-aile

 

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L'Adoration des Rois et des Bergers de Notre-Dame-du-Crann à Spézet (Baie 3, 1546).

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http://www.lavieb-aile.com/2016/06/les-vitraux-de-notre-dame-du-crann-a-spezet-l-adoration-des-mages-et-des-bergers.html

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Les deux premiers rois mages.

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Conformément à la tradition, le premier, et le plus âgé, Melchior, est agenouillé et présente son offrande, des pièces d'or. Il porte un manteau rouge sur lequel se détache le baudrier de son épée. Son bonnet sommé d'une couronne est posée au sol. Le manteau est un verre rouge gravé de petites lignes verticales. Le galon porte (en verre rouge gravé à nouveau)  l'inscription AVE. MARIA. G, incipit de l'oraison Ave Maria gratia plena, "Je vous salue Marie, pleine de grâces".

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Verrière de l'Enfance du Christ (vers 1538), Baie 0, église de Moncontour. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

Verrière de l'Enfance du Christ (vers 1538), Baie 0, église de Moncontour. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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Le visage et la main  du deuxième roi sont sombres, faits d'un verre bleu plombé. Est-ce Balthazar, ou bien Gaspard, "jeune encore, imberbe et rouge de peau", qui offre l'encens ?

Nous admirons son large chapeau (verre rouge gravé) orné de perles et d'un diamant, et de fleurs sous sa couronne.

Sur les tympans des porches de Rumengol (vers 1470), ou du Folgoët (1423), ce deuxième roi a la main levé et l'index tendu, mais c'est pour désigner à celui qui le suit, vers lequel il se retourne, l'étoile au dessus de Bethléem. Il est étrange qu'ici, ce roi se retourne également, qu'il tende l'index également, mais que cet index ne désigne que le vase d'encens. 

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Verrière de l'Enfance du Christ (vers 1538), Baie 0, église de Moncontour. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

Verrière de l'Enfance du Christ (vers 1538), Baie 0, église de Moncontour. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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Partie droite. Le troisième roi mage sous un pavillon ouvert par deux anges.

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"Le troisième roi, portant une grande barbe blanche, est vêtu d'une robe bleue et d'un manteau rouge. Au-dessus de lui, riche tente à pavillon, à courtines rouges et blanches doublées de vert et ornées de galons d’or. Ces courtines sont soutenues par deux angelots, à chevelure d'or et ailes rouges vêtus de blanc. C'est là un détail bien flamand, que l'on retrouve notamment, à cette époque, dans l'école de Tournai. " (Couffon).

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On a compris que, décidément, René Couffon verrait une influence flamande ou néerlandaise partout. Soit. Ces pavillons se retrouvent couramment dans les Arbres de Jessé ... français.

Il est difficile de dire si ce pavillon recouvre le roi, ou bien sert de dais pour le donateur et son saint patron.

Le troisième roi est, depuis Bède le Vénérable, nommé Balthazar, il porte la barbe, et il offre la myrrhe. Il a souvent la peau noire. Celui-ci, à la barbe blanche vénérable et au visage grisâtre, tient un calice d'or. Il est coiffé d'un large chapeau rehaussé de la couronne royale.

"Bien que le thème du « roi noir » apparaisse dès l'époque de Bède le Vénérable, les Rois mages représentés sur les fresques et les tableaux, presque toujours, ont tous trois la peau claire. Il faut attendre le XVe siècle et surtout le XVIe siècle pour que l'un des trois ait systématiquement la peau foncée. Certains tableaux de cette période montrent d'ailleurs des repeints où Balthazar a été initialement figuré en Européen, puis réinterprété en Africain. L'explication de cette évolution tiendrait au fait que, si Balthazar est noir au-delà de toute ambiguïté, il prouve par là même que le message de Jésus-Christ s'adresse aux hommes de tous les continents. Balthazar en tant que roi noir devient donc, à la Renaissance, le symbole de l'universalité du christianisme." (Wikipédia)

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Détails.

Le verre rouge gravé est ici évident, dans ces carreaux blancs à pois des tentures. 

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Verrière de l'Enfance du Christ (vers 1538), Baie 0, église de Moncontour. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

Verrière de l'Enfance du Christ (vers 1538), Baie 0, église de Moncontour. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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Partie droite. Le donateur présenté par saint Jacques.

" Le second donateur, Jacques de la Motte, Sr. du Vauclerc, présenté par saint Jacques en robe rouge et manteau bleu et portant son bourdon." (Couffon)

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Verrière de l'Enfance du Christ (vers 1538), Baie 0, église de Moncontour. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

Verrière de l'Enfance du Christ (vers 1538), Baie 0, église de Moncontour. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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Héraldique.

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Jacques de la Motte (1479- 9 avril 1531), seigneur de Vauclerc, également donateur de la verrière de saint Mathurin (baie 6), épousa Anne de Tréal en 1505, dont il eut une fille, Catherine de la Motte Vauclerc.

"Jacques de la Motte était fils aîné de Jean de la Motte, sr. du Vauclerc et de Françoise du Perrier, fille de Jean du Perrier, sr. du Plessix Balisson, et de Jeanne de Quélen.

Jean de la Motte, sr. du Vauclerc fut lui-même fils de Guyon de la Motte sr. de l'Orfeil puis du Vauclerc par héritage de son oncle Guy Bouetel, et de Louise de Montauban fille de Guillaume et de Bonne Visconti de Milan.

Jacques de la Motte épousa Jeanne de Tréal, fille de Jean sr. de Tréal et de Marie des Rames. Il perd ses parents avant 1506 et fit le 17 septembre de cette dernière année partage de la succession de sa mère avec Jean de la Villeblanche. Acte dans lequel il est qualifié sr. de l'Orfeil et du Vauclerc. Il mourut le 9 avril 1531." (Couffon)

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Son tabard porte les armes écartelées de gueules à trois bandes engrêlée d'argent au 1 et 3, d'argent à la guivre d'azur, annelé et bandé de gueules au 2 , et enfin au 3 de gueules à six macles d'or au lambel d'argent.

a) Les armes de gueules bandé engrêlé d'argent sont celles de La Motte, seigneur de Mauclerc, (rapportées comme "d'argent à trois barres de gueules engrelées" à Pléneuf, où Christophe de la Motte possédait dès 1536 le Manoir de Vauclerc, et où Guyon de la Motte avait bénéficié d'un droit de foire en la chapelle Saint-Jacques.).

 

b) les armes d'argent à la guivre d'azur, associées à celles aux macles d'or, renvoient à la famille de Montauban.

"Jean de Montauban fils de Guillaume, & de ceste Bonne de Milan, eut à femme Anne de Kaëranrais, & de ce mariage issit leur fille unique mariee à Louis de Rohan seigneur de Guemené, puisné de la maison de Rohan, lequel escartela ses armes qui sont de gueulles à neuf macles d'or, de celles de Milan (ainsi que les Princes de la maison d'Orleans) à cause de l'aieule de sa femme." (André Favyn, Histoire de Navarre

Il faut donc voir dans cette guivre d'azur celle des armoiries du duché de Milan d'argent à la guivre d'azur engoulant un enfant de gueules. "On dit qu'Otton, Bourggraf de Milan, ayant tué en 1100 un géant Sarasin, nommé Pollux, qui portoit sur son casque de serpens de cette sorte, appellés guivres, il en prit un pour ses armes".

Pol de Courcy donne dans son Nobiliaire :

MONTAUBAN (DE) (ramage de Rohan), sr dudit lieu, par. de ce nom, — vicomte du Bois-de-la-Roche, par. de Néant, — sr de Landal, par. de La Boussac, — de Binio, — du Boisbasset, — de Vauvert, — de Sens, par. de ce nom, — de Romilly, de Marigny, de Grenonville et de Queneville, en Normandie, — de Saint-Brice, par. de ce nom, — de la Sucraye, par. de Saint-Ouen, — du Goust, par. de Malville, — du Port-Durand et de la Verrière, par. de Saint-Donatien, — des Perrines, par. de Doulon, — de Rochefort-sur-Sèvre, par. de la Haie-Fouassière.

Réf. et montres de 1426 à 1544, par. de Néant, év. de Saint-Malo, Sens, Saint-Brice et Saint-Ouen-des-Alleux, év. de Rennes, et la Haie-Fouassière, év. de Nantes.

De gueules à sept macles d'or, 3. 3 et 1 , au lambel de quatre pendants d'argent( sceau 1314) ;

aliàs : écartelé : d'argent à la guivre d'azur en pal, dévorant un enfant issant de gueules, couronné de même, qui est Milan.

Alain de Rohan, sire de Montauban, vivant en 1150, père de Josselin, marié à Mabille de Monfort, dont :

1° Olivier, qui garda le nom de Montauban et qui a continué la filiation;

2° Josselin, évêque de Rennes, t 1234;

Jean, prit les armes en 1202, pour venger la mort du duc Artur;

Guillaume, l'un des écuyers du combat des Trente en 1350;

Artur, trempa dans le meurtre du prince Gilles de Bretagne en 1450, se fit moine pour éviter les poursuites du duc Pierre II, et mourut archevêque de Bordeaux en 1478;

Jean, maréchal de Bretagne, grand-maître des eaux et forêts, puis amiral de France sous Louis XI en 1461, i 1466, laissa d'Anne de Keranraiz :

Marie, dame de Montauban , mariée en 1443 à Louis de Rohan, sr de Guémené;

Philippe, chancelier de Bretagne, en 1516, père de

Catherine, dame du Bois-de-la-Roche,mariée à René de Volvire,baron de Ruffec, vers 1535. (Famille éteinte.)"

Conclusion : nous avons ici les armes de la famille de La Motte-Mauclerc et de celle de Montauban, renvoyant au couple Guyon  de La Motte / Louise de Montauban fille de Guillaume et de Bonne Visconti de Milan. C'est l'identité du saint patron, saint Jacques le Majeur, qui permet d'identifier Jacques de La Motte, petit-fils de ce couple.

 

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Détails.

Saint Jacques est clairement identifiable par son bourdon auquel est suspendu la besace, mais aussi par la coquille de Saint-Jacques ornant l'avant de son chapeau, rabattu sur son dos.

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Jacques de la Motte est représenté agenouillé sur un coussin de velours rouge à glands d'or à son prie-dieu exactement comme Claude de la Villeblanche, son tabard armorié recouvrant une armure identique dont nous voyons la cubitière, le canon d'avant-bras, les cuissots, les genouillères, les solerets en patte d'ours, et les molettes des éperons. De même, les gants et le casque à plumet sont posés devant lui.   Cette armure n'a rien d'anachronique en 1539, date de l'armure équestre de François Ier.

Il porte, comme son collègue, trois bagues d'or, à l'index, à l'annulaire et à l'auriculaire.

Le visage est également semblable à celui de Villeblanche : imberbe, avec des cheveux mi-longs dont les boucles recouvrent le haut des épaules. Comme sur les gisants, il n'est pas nécessaire d'y voir un portrait ressemblant, et encore moins un portrait contemporain de la date de réalisation du vitrail, mais plutôt, une représentation idéale du seigneur témoignant à la fois (par sa posture) de sa dévotion et à la fois (par son armure) de son attachement au service de son roi.

Ce panneau contient des verres rouges gravés (macles et des armoiries) mais aussi un verre bleu gravé pour le plumet du casque. Ce plumet est plein de panache, avec ses quatre couleurs blanc et or, or, rouge et bleu et or.  

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Verrière de l'Enfance du Christ (vers 1538), Baie 0, église de Moncontour. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

Verrière de l'Enfance du Christ (vers 1538), Baie 0, église de Moncontour. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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II. LE REGISTRE SUPÉRIEUR. 

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Verrière de l'Enfance du Christ (vers 1538), Baie 0, église de Moncontour. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

Verrière de l'Enfance du Christ (vers 1538), Baie 0, église de Moncontour. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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Le Massacre des innocents.

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" Au premier plan, à gauche, un soldat casqué transperce un enfant. Il porte une tunique rouge à manches bleues, des hauts de chausses violets à bandes rouges, et est nu pieds-dans des sandales. A droite, une femme en robe rouge et manteau bleu ; elle est coiffée d'une résille ornée de perles formant bonnet. Au second plan, autre soldat en tunique rouge, homme vêtu de vert et portant un court collier de barbe, et femme en robe bleue et corsage jaune. Sur le fond, fabriques gris-bleu et or." (Couffon)

 

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Verrière de l'Enfance du Christ (vers 1538), Baie 0, église de Moncontour. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

Verrière de l'Enfance du Christ (vers 1538), Baie 0, église de Moncontour. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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Verrière de l'Enfance du Christ (vers 1538), Baie 0, église de Moncontour. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

Verrière de l'Enfance du Christ (vers 1538), Baie 0, église de Moncontour. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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 La Circoncision.

"Cette scène occupe le centre du rang supérieur et est d'une largeur double des deux autres.
Devant l'autel supporté par des colonnes roses et recouvert d'une nappe blanche damassée avec broderie d'or, se tient à gauche le grand prêtre, coiffé d'une mitre d’or et vêtu d'une chape rouge à lourd fermoir. A côté de lui, un personnage en tunique jaune et manteau rouge. Devant la table, grand chandelier d'or et un personnage en violet et vert, sans doute le vieillard Siméon.
A droite de la table, la Vierge, nimbée d'or et en manteau bleu ; puis, appuyé sur une canne, saint Joseph en robe violette ; enfin une vieille femme en robe rouge et manteau vert, sans doute la prophétesse Anne. Ces trois derniers personnages se détachent sur une draperie rouge. Au-dessus, voûtes d'église à clefs pendantes de couleurs variées. Derrière le grand prêtre et le vieillard Siméon, fonds bleus et débris de vitraux." (Couffon)

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Les vitraux de Moncontour. III. La maîtresse-vitre (vers 1538) de l'Enfance du Christ.

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La Fuite en Égypte.

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"Sur un âne gris, bridé de jaune et portant un harnais de poitrail rouge, se tient la Vierge, en robe rose et grand manteau bleu qui lui recouvre la tête. Elle tient l'enfant dans ses bras. Saint Joseph conduit l'âne. Il est coiffé d'un chapeau rouge, vêtu d'une robe violette, de chausses rouges et d'un manteau rouge, et chaussé de sabots violets.
Un ange, juché dans un arbre vert et, portant des fruits jaunes et rouges, l'incline au passage. A droite, une colonne d'or d'où choit une idole d’or ; et, plus loin, un monument rose violacé. Dans le fond, fabriques en grisaille gris-bleu. " (Couffon).

Voir, sur la suggestion de Jean-Pierre Le Bihan, la gravure de La Fuite en Egypte d'Albrecht Dürer (1504), planche 14 de la série de la Vie de la Vierge. Et   La Fuite en Egypte d'Albrecht Dürer (1494-1497).

La chute de l'idole est difficilement visible, et il faut rendre compte de la perspicacité de René Couffon. Gwendoline de Mûelenaere   a donné une excellente revue iconographique de ce thème pour la revue Koregos. J'en retiens seulement un exemple, l'enluminure de la Fuite en Egypte par le Maître de Bedford, Heures de Bedford, Paris 1423. British Library Add. ms 1885.

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Verrière de l'Enfance du Christ (vers 1538), Baie 0, église de Moncontour. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

Verrière de l'Enfance du Christ (vers 1538), Baie 0, église de Moncontour. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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Sainte Barbe et sainte Catherine.

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"Au-dessous de ce médaillon, l'on trouve dans le tympan deux saintes. A gauche, sainte Barbe tenant de la main gauche la palme verte du martyre et de la droite la tour symbolique. Elle est vêtue d'une robe rouge semée de billettes d'or et porte un surcot argent et or à ceinture violette ; les manches sont bleues et vertes. A droite, sainte Catherine, avec épée et roue, est vêtue d'une robe violette, d'une tunique argent et or et d'un surcot rouge. Dans le fond, fabrique bleues et vertes." (Couffon)

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Couffon a presque tout dit. Je rajoute, pour sainte Barbe, le livre témoignant de sa connaissance de la pensée d'Origène d'Alexandrie, acquise grâce à son ami Valentin. La tenue qu'elle porte, associant un tablier à pierreries et perles et une robe en verre rouge gravé, est exactement la même que sur la verrière de la baie 5, datée de 1538. J'y vois un argument supplémentaire pour penser que la verrière d'axe a été réalisée en 1538 ou 1539 par le même atelier que les baies 3, 5 et 7.

Près du bord de la robe, un visage. Celui de Dioscore, terrassé par la foudre ?

Concernant sainte Catherine, elle tient également un livre ouvert, gainé d'une couverte à glands. Instruite dans tous les arts libéraux, elle était l'égale des philosophes d'Alexandrie. Elle porte la même tenue vestimentaire que sainte Barbe, avec ce tablier perlé noué d'aiguillettes. et cette tunique rouge serrée d'une ceinture d'étoffe. L'altération du verre ne permet pas de rendre compte de la beauté du visage de la sainte, à la coiffure très savante.

Surtout, Couffon a oublié de noter la présence de la tête, dûment couronnée,  du roi Costus, qui est presque un attribut de la sainte en plus de sa roue et de son épée dans la statuaire bretonne.

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Verrière de l'Enfance du Christ (vers 1538), Baie 0, église de Moncontour. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

Verrière de l'Enfance du Christ (vers 1538), Baie 0, église de Moncontour. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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Verrière de l'Enfance du Christ (vers 1538), Baie 0, église de Moncontour. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

Verrière de l'Enfance du Christ (vers 1538), Baie 0, église de Moncontour. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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Verrière de l'Enfance du Christ (vers 1538), Baie 0, église de Moncontour. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

Verrière de l'Enfance du Christ (vers 1538), Baie 0, église de Moncontour. Photographie lavieb-aile 16 septembre 2017.

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SOURCES ET LIENS.

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 — COUFFON (René), [1935]  Contribution à l'étude des verrières anciennes du département des Côtes-du-Nord, Mémoires de la Société d'émulation des Côtes-du-Nord. T. 67 1935, pages 167-171

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k441314t/f196.item

— GATOUILLAT (Françoise), HÉROLD (Michel), 2005, Les vitraux de Bretagne, Corpus Vitrearum vol. VII, Presses Universitaires de Rennes.

— MONCONTOUR (SITE DE L'OFFICE DU TOURISME DE) .

http://www.tourisme-moncontour.com/Vitrail-saint-yves_fiche_1796.html

— INFOBRETAGNE, Les vitraux de l'église de Moncontour..

http://www.infobretagne.com/moncontour-eglise-vitraux.htm

Congrès archéologique de France 1950 vol.107

— DESCRIPTION DES VERRIERES DATANT DE 1874 : Mémoires de la Société archéologique et Historique des Côtes-du-Nord.

https://books.google.fr/books?id=dFdj-oEI7pMC&pg=PA164&dq=de+la+Motte++Vauclerc+armoiries&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwjBl7yrlIfaAhVRaVAKHX4IAuoQ6AEIODAD#v=onepage&q=de%20la%20Motte%20%20Vauclerc%20armoiries&f=false

  — LE BIHAN (Jean-Pierre),2009, La Nativité dans le vitrail, blog 9 novembre 2009.

http://jeanpierrelebihan.over-blog.com/article-lanativite-dans-le-vitrail-39733349.html

Moncontour. Côte d'Armor, XVIe.

"Il s’agit ici d’une grande Nativité, où apparaît , ce qui est plutôt rare,le seigneur donateur de ce vitrail qui  serait un dénommé Claude de France, accompagné dans ce don d'un Jacques de la Motte. regroupant bergers, rois mages, anges, dans un décor de pilastres, de guirlandes, de porches renaissances, sur cinq panneaux. Tout cela avec une débauche de couleurs rouges , vertes jaunes et bleues. Dans tout cela, l’enfant Jésus disparaît, de plus très effacé, la grisaille ayant disparue.
Les deux premiers personnages en commençant par le bas et les moins importants pour l’histoire sont d’abord un ange, à genoux dans une robe rouge aux gravures en étoiles, en filets de perles et graphismes de courbes. Il porte de la main gauche un cierge allumé, la droite tombant le long du corps. En face de lui, un petit personnage à tête d’homme aux cheveux longs et roux, qui est en fin de compte un second ange vêtu de blanc aux ailes certes, portant de la main droite un bougeoir. Le tête  est une replique.

Le groupe des rois mages prend la partie droite et le deuxième panneau de l’extrême droite. Le premier est à genoux, un objet à la main, il porte un sabre et divers colliers. Sa robe en verre rouge est semée de gravures de perles. Dans la bas, entre deux filets, toujours en gravure, on peut lire:  A. VE.MTRIA.GR, possible Ave maria Gratia. Son chapeau couronne est posé par terre ? Il porte barbe grise à deux petites pointes, Ses cheveux sont distribués en grosses ondulations, l’œil est vif, le nez fin et  pointu. Tout cela est travaille à la grisaille grise et à la sanguine.…
Le second roi mage est noir de visage et porte un chapeau rouge au large rebord aux gravures perlées, sur lequel est posé une couronne et un nœud de tissu vert. Chemise ou robe jaune, manteau vert doublé de rouge, il offre un grand calice.  Le troisième sort d’une tente à pavillon dressée dont deux anges vêtus de blanc et aux ailes rouges soutiennent ou ouvrent les courtines d’étoffe de couleur rouge, doublée de verre et ornées de galons d’or  portant sur la face extérieure un graphisme de filets gravés composant des carrés au milieu desquels est gravée une grosse perle. Type de tente que l’on retrouve dans les Arbres de Jessé.  Grand chapeau avec couronne il porte de la main gauche un vase avec couvercle de grande taille, tandis que la droite est ouverte. Manteau rouge sur robe bleu, le bas de son corps passe derrière le donateur et son saint patron. Les autres personnages sont des bergers, au nombre de six. Certains regardent le ciel où voltigent des anges, d’autres sur la droite s’extasient.
Autre étape: la Circoncision suivi de la Fuite en Egypte avec les anges qui ici offriraient des fruits à l'enfant, action que l'on retrouve à Pont-Croix, ci-dessous.
Elle est une copie d'une gravure  de Durer avec un arbre fruitier à la place des palmiers - la seule dans la région aussi proche de la gravure et en rappel de la légende dorée.

Inventaire des nativités de Bretagne.
Brennilis XVe.  Concarneau,XVe. Ergué- Gabéric,, 29, église XVIe + Kerdevot 1489. Gouézec, 29, N.D. de Tréguron, XVIe. , Gouézec, 29 N.D.des trois Fontaines. XVIe.,+ Tréguron XVIe. Guengat,29, 1528 . Les Iffs, 35 VD ? Lantic, 22, XVe . ... Malestroit, 56, XVe. Moncontour, 56, XVIe Paule, 22, 1526 ; Ploubezre. 22, Ch. ND de Kerfaoues.1469. Pont-Croix, 29, XVIe.. Quéménéven, Kergoat.29, baie 8 XVe.   Remungol- N.D.des Fleurs. 56. VD ?. Rochefort en Terre, 56, ch. du Château. XVIe, emmailloté. Saint-Thuriau XVe Ch. du Gohazé. Spézet, 29,  N.D du Crann. XVIe.  Stival, 56 . VD.  Trégunc, 29,  Chapelle Notre-Dame.de Kerven.O% où dans la baie du chevet on trouve du XVI°siècle La fuite en Egypte et L'adorations des Mages."

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Published by jean-yves cordier - dans Vitraux
24 mars 2018 6 24 /03 /mars /2018 15:46

Zoonymie des Odonates : le nom de genre Cordulegaster Leach 1815.

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Voir aussi :

 

 

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Résumé.

Cordulegaster Leach 1815. Eding. Encycl.: 136-137. Cordulegaster vient de deux mots grecs κορδύλη, kordylē- "massue, renflement, bosse, gonflement"; et gastēr - "abdomen", du fait de l’épaississement en forme de massue de l’abdomen. Le genre Cordulie, également nommé par Leach, est construit sur le même suffixe kordylē-. 

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I. LA PUBLICATION ORIGINALE. LEACH 1815.

 

En 1813, William Elford Leach (1791-1836), diplomé en médecine de l'université St-Andrews (Ecosse) après avoir étudié à Edimbourg, devint responsable des collections zoologiques du British Museum. En 1815, il rédigea la première bibliographie, extraordinairement détaillée, de l'entomologie, dans la partie historique d'un article "Entomologie" de l'Edinburgh Encyclopaedia de D. Brewster. Il publia entre 1814 et 1817 ses Zoological Miscellany, mais en 1822, atteint de dépression et de surmenage, il démissionna de son poste pour voyager.

LEACH , W.E. (1815). "Entomology". In Brewster, David. Edinburgh Encyclopaedia. Vol. 9. Edinburgh: William Blackwood. pp. 57–172 [136-137] (in 1830 edition) – via Biodiversity Heritage Library.

https://www.biodiversitylibrary.org/page/17493627#page/145/mode/1up

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GENUS CCCCLXXXI. CORDULEGASTER. Leach's MSS. 

LIBELLULA. Linn. Donovan. 
AESHNA. Latreille. 
Hinder wings of the male angulated at their anal edge. Abdomen of the male clavate, of the female with an acuminated process. 

Sp. 1. Annulatus
Libellula forcipata. Harris. 
Aeshna annulata. Latreille. 
Libellula Boltonii. Donovan. 
Cordulegaster annulatus. Leach's MSS. 

Inhabits Yorkshire, Devonshire, Dorsetshire, Somersetshire, and Cornwall. It likewise occurs amongst the lakes, in the north of England ; amongst the Pentland hills, near Edinburgh ; and on Loch Lomond and Loch Katrine. 

 

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https://www.biodiversitylibrary.org/page/17493627#page/144/mode/1up

https://www.biodiversitylibrary.org/page/17493627#page/144/mode/1up

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Descriptions auxquelles Leach fait référence :

1°) Libellula forcipata Harris.

Moses Harris  fut le premier à illustrer et à décrire cette espèce, mais l'identifia à tort comme Libellula forcipata (maintenant Onychogomphys forcipatus), une espèce différente que Linné avait décrite en 1758 . Harris devina la couleur des yeux en bleu; les spécimens vivants ont les yeux verts, les spécimens séchés sont bruns.
Voir la Planche XXIII datée de 1779, dans  "An exposition of English insects ...minutely described, arranged, and named, according to the Linnaean system" London: 1782. Le mâle de   Cordulegaster boltonii est peint en haut, celui d'Aeshna cyanaea en dessous. Source de l'image Université de Glasgow.

 

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Moses HARRIS, "An exposition of English insects",Pl. XXIII,  https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/4/45/Moses_Harris01.jpg

Moses HARRIS, "An exposition of English insects",Pl. XXIII, https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/4/45/Moses_Harris01.jpg

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Moses HARRIS, "Libellula forcipata" (sic) "An exposition of English insects",Pl. XXIII,  https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/4/45/Moses_Harris01.jpg

Moses HARRIS, "Libellula forcipata" (sic) "An exposition of English insects",Pl. XXIII, https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/4/45/Moses_Harris01.jpg

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2°) Aeshna annulata. Latreille.


 Latreille, P. A. 1805. Histoire naturelle, générale et particulière des crustacés et des insectes. Ouvrage faisant suite a l'histoire naturelle générale et particulière, composée par Leclerc de Buffon, et redigée par C. S. Sonnini, membre de plusieurs sociétés savantes. Tome treizième. F. Dufart, Paris. 432 pp. page 6.
https://www.biodiversitylibrary.org/page/15701601#page/12/mode/1up

Latreille renvoie lui-même à la planche XXIII fig. 3 d'Harris.

Pierre André Latreille a décrit le premier en 1805 l'espèce-type du genre, notre Cordulegaster bolti=onii, sous le nom d'Aeshna annulata. cependant, ce nom était un homonyme invalide, puisque Johann Christian Fabricius l'avait déjà attribué à une espèce indienne du même genre en 1798. Le plus ancien des noms valides selon les règles de la nomenclature zoologique est celui de Libellula boltonii, à suivre.

 

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3°) Libellula Boltonii Donovan.

L'entomologiste Edward Donovan (1768-1837) a décrit en 1807 cette espèce dans le volume 12 de son  Histoire naturelle des insectes britanniques, The Natural History of British insects.

Le nom scientifique de l'espèce a été choisi par Donovan en l'honneur de William Bolton (1722-1778) de Halifax (West Yorkshire) . Comme son jeune frère James Bolton, il était un zoologiste amateur avide et un collectionneur naturaliste.

 

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II. ETUDE DU NOM.

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Leach ne justifie pas son nom de genre dans son texte, mais on peut trouver sa source dans la description qu'il en donne : Hinder wings of the male angulated at their anal edge. Abdomen of the male clavate, of the female with an acuminated process., "Le bord anal des ailes postérieures du mâle est anguleux. L'abdomen des mâles est en forme de massue, celui des femelles présente un élément pointu".

Or, le nom Cordulegaster se décompose en deux suffixes grecs,   kordylê qui signifie "massue" et gastêr qui signifie "ventre". Les auteurs de "Libellules de Poitou-Charente" (L. Précigout et al.) ont considéré que cela faisait allusion à   "l’épaississement en forme de massue de l’abdomen" du mâle. C. D'Antonio et H. Fliedner sont plus vagues en écrivant que ce nom se réfère "à la forme typique du corps" de ces Libellules. 

En effet, lorsque W.E. Leach écrit abdomen of the male clavate, et qu'il emploie le terme clavate, il reprend un terme souvent utilisé en entomologie pour qualifier le renflement distal des antennes (de coléoptères), une partie nommée en anglais  clavus, ou club (Glossaire) . Mais le mot latin clavus signifiait "clou", "cheville" [tout comme gomphus ]. Leach fait-il allusion à la "massue" de l'extrémité de l'abdomen, ou bien à la forme plus générale  de l'abdomen, qui évoque celle d' un clou par le rétrécissement qui suit l'ékargissement des oreillettes de S2 ?

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Voir les auteurs suivants : 

— POITOU-CHARENTE NATURE (Association)

http://www.poitou-charentes-nature.asso.fr/cordulegastre-annele/

 Cordulegaster : de kordylê (gr) = massue et gastêr (gr) = ventre : du fait de l’épaississement en forme de massue de l’abdomen ; boltonii en l’honneur de James Bolton (1733-1799), qui a découvert l’espèce dans le Yorkshire.

— ANTONIO (Costantino D’), VEGLIANTE (Francesca ) "Derivatio nominis libellularum europæarum"(PDF) (en Italien) Étymologie de 197 noms de Libellules européennes.

Cordulegaster - χορδυλε, εσ = clava + γαστερ = ventre; ventre a clava. Per la forma generale del corpo.

boltoni (Cordulegaster) – in onore del sig. Bolton che la scoprì per primo nello Yorkshire a inizio secolo XIX [… in compliment to Mr. Bolton, the gentleman to whom we are indebted for is discovery. (Donovan, 1807)].

Cordulia - χορδυλε, εσ = clava. Per la forma generale del corpo.

— FLIEDNER (Heinrich), 2009, Die wissenschaftlichen Namen der Libellen in Burmeisters ‘Handbuch der Entomologie’ Virgo 9[5-23]

http://www.entomologie-mv.de/download/virgo-9/Virgo%200902%20Die%20wissenschaftlichen%20Namen%20der%20Libellen%20in%20Burmeisters.pdf

Cordulegaster [gr. kordylē - Keule/ Beule, Geschwulst; gastēr - Bauch ~ Abdomen] beschreibt die typische Körperform dieser Libellen. - boltonii (Donovan) trägt ihren Namen zu Ehren des englischen Malers und Naturkundlers James Bolton († 1799), von dem das Exemplar in Drurys Sammlung stammte, nach dem die Art beschrieben wurde.

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III. RÉCEPTION DU GENRE.

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STEINMANN (Henrik), 1997,  World Catalogue of Odonata n° 110  Walter de Gruyter page 243

Genus Cordulegaster Leach 1815 Cordulegaster Leach, Edinb. Encycl.. 9: 136. Type-species: Aeschna annulata Latreille, 1805 (designated by Kirby. 1890, Syn. Cat. Neur.-Odon., London: 80).

- 1840 Aeschna (Thecaphora) Charpentier (nec Selys, 1854), Libell. Europe. Paris: 14. Type-species: Aeschna lunulata Charpentier, 1825 (monotypy).

- 1854 Cordulegaster - Selys. Synopsis des Gomphines: 82 (with subgenera: Anotogaster, Cordulegaster s.str.

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Steinmann, World Catalogue of Odonata p.243 https://books.google.fr/books?id=gLZvT_njEF4C&printsec=frontcover&hl=fr#v=onepage&q=cordulegaster&f=false

Steinmann, World Catalogue of Odonata p.243 https://books.google.fr/books?id=gLZvT_njEF4C&printsec=frontcover&hl=fr#v=onepage&q=cordulegaster&f=false

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IV. DESCRIPTION.

Parmi les Anisoptères, ce sont des individus de grande taille (70-100 mm), dont les yeux ne se touchent qu'en un seul point (ce qui les diffèrent des Gomphes et des Aeshnes), et de couleur noir et jaune.  L'angle anal des ailes postérieures des mâles est accentué et non arrondi.

Les mâles ont  des oreillettes latérales sur le deuxième segment de l'abdomen (caractère des  mâles de Cordulegastridae).

La lame vulvaire des femelles  est "acuminée" en forme de dague, dépassant nettement l'extrémité de l'abdomen. Elle sert d'ovipositeur  pour déposer les œufs dans les sédiments des ruisseaux ou dans les parties peu profondes des rivières lors de la ponte.

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SOURCES ET LIENS.

— POITOU-CHARENTE NATURE (Association)

http://www.poitou-charentes-nature.asso.fr/cordulegastre-annele/

— ANTONIO (Costantino D’), VEGLIANTE (Francesca ) "Derivatio nominis libellularum europæarum"(PDF) (en Italien) Étymologie de 197 noms de Libellules européennes.

https://www.researchgate.net/publication/316791278_Derivatio_nominis_libellularum_europaearum

— PRÉCIGOUT (Laurent), PRUD'HOMME (Eric), 2009, Libellules de Poitou-Charentes, Ed. Poitou-Charentes Nature, 255 pages, 

 

— ENDERSBY (IAN D. ), 2012,  : Watson and Theischinger: the etymology of the dragonfly (Insecta: Odonata) names which they published  Journal and Proceedings of the Royal Society of New South Wales, vol. 145, nos. 443 & 444, pp. 34-53. ISSN 0035-9173/12/010034-20 34

https://royalsoc.org.au/images/pdf/journal/145_Endersby.pdf

— ENDERSBY (IAN D., FRS ), 2012, Etymology of the Dragonflies (Insecta: Odonata) named by R.J. Tillyard, F.R.S. Proceedings of the Linnean Society of New South Wales 134, 1-16.

https://openjournals.library.sydney.edu.au/index.php/LIN/article/viewFile/5941/6519

— ENDERSBY (IAN D., FRS ), 2012, The Naming of Victoria’s Dragonflies (Insecta: Odonata,  Proceedings of the Royal Society of Victoria 123(3): 155-178. 

https://www.academia.edu/28354624/The_Naming_of_Victoria_s_Dragonflies_Insecta_Odonata_

— ENDERSBY (IAN D. ), 2015, The naming's of Australia's dragonflies.

https://www.researchgate.net/publication/283318421_The_Naming_of_Australia%27s_Dragonflies

 http://dominique.mouchene.free.fr/libs/docs/GENE_origine_noms_odonates_Australie_Endersby_2015.pdf

— FLIEDNER (Heinrich), 2009, Die wissenschaftlichen Namen der Libellen in Burmeisters ‘Handbuch der Entomologie’ Virgo 9[5-23]

http://www.entomologie-mv.de/download/virgo-9/Virgo%200902%20Die%20wissenschaftlichen%20Namen%20der%20Libellen%20in%20Burmeisters.pdf

— Odonates costarmoricains.

http://www.nature22.com/odonates22/ordresystematique.html

— INPN.MNHN

https://inpn.mnhn.fr/espece/cd_nom/199694/tab/taxo

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Published by jean-yves cordier - dans Zoonymie des Odonates
22 mars 2018 4 22 /03 /mars /2018 22:11

Les vitraux de l'église de Moncontour. II. La baie 5 de la Vie de sainte Barbe (1538).

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Sur les vitraux de Moncontour, voir :

 

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Sur les vitraux "du groupe rennais" du XVIe siècle, voir 

 

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Sur les vitraux et œuvres  de la légende de sainte Barbe :

 

Voir aussi :

 

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GÉNÉRALITÉS.

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"Les vitraux de l’église Saint-Mathurin de Moncontour sont parmi les plus remarquables de Bretagne par leur facture, mais aussi par leur histoire. À l’époque médiévale, Moncontour est une des places fortes du duché de Penthièvre. Elle dut ensuite sa prospérité à la vente des toiles de lin et de chanvre qui étaient exportées dans toute l’Europe et qui firent la richesse de la Bretagne. Mais les vitraux tels que nous les voyons aujourd’hui sont le fruit d’une longue histoire. Réalisées sans doute par un atelier rennais, à une époque où ceux-ci sont florissants , les verrières de l’église Saint-Mathurin sont datées de 1537 pour le vitrail de la vie de saint Yves, de 1538 pour celui de la vie de sainte Barbe. Les autres datent sans doute d’une époque légèrement antérieure, vers 1520-1530. On en connaît bien les donateurs : Claude de la Villeblanche, grand pannetier de la reine Claude en 1522 et châtelain du Plessis et Jacques de la Motte, seigneur du Vauclerc, possessionné dans la région et mort en 1531, pour la baie d’axe; Jean le Mintier et Marie le Moine pour la verrière de la vie de saint Jean Baptiste. Ces deux derniers figurent dans le registre inférieur de la baie, agenouillés et présentés par leurs patrons sainte Catherine d’Alexandrie et saint Jean l’Évangéliste. Ces baies n’ont pas traversé le temps sans restaurations ni modifications : on trouve mention de réparations dès la fin du 16e siècle. Lors de la construction au début du 17e siècle du bas-côté sud de l’église, les deux verrières des baies 4 et 6 y sont remployées. Après les épisodes révolutionnaires, l’église semble en mauvais état : une demande de crédits à cause de l’état alarmant de plusieurs verrières anciennes ne trouve pas d’écho. L’édifice est classé parmi les Monuments historiques en 1862. Cependant, et ce malgré la pose de tirants, il faut se décider à démolir une partie de l’édifice : l’église est alors déclassée sauf les vitraux et le clocher. En mai 1890, avant leur dépose, les vitraux sont photographiés en place par Eugène Durand : les clichés montrent certes des lacunes, mais la qualité picturale des verrières est évidente . Ils seront restaurés par l’atelier parisien de Bonnot, peintre-verrier et restaurateur. C’est alors que se fixe la disposition actuelle des verrières. Certains panneaux qui étaient absents ont fait l’objet de créations en accompagnement par l’atelier Laigneau. En 1942, elles sont mises à l’abri au donjon de Dinan, et reposées en 1948. Enfin, la baie 0 a été restaurée en 1993 par l’atelier Le Bihan ." Christine Jablonski et Céline Robert, in 100 ans d'objets historiques en Bretagne, DRAC

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"L'église Notre-Dame et Saint-Mathurin de Moncontour possède six vitraux anciens, qui forment l'un des les plus remarquables ensembles vitrés du XVIe siècle en Bretagne. Cet ensemble a été réalisé entre 1520 et 1540 environ en plusieurs temps et par plusieurs ateliers différents... Les trois verrières nord de l'église (baies 3, 5 et 7) se distinguent de toutes les autres par leur exceptionnelle qualité. Pour cette raison, et par leur caractère "très français", René Couffon comme Jean Lafond (*) proposent de les rattacher à la production rennaise contemporaine. D'eux d'entre elles sont datées, respectivement, de 1537 (baie 7, vie de saint Yves) et de 1538 (baie 5, vie de sainte Barbe) " (Gatouillat et Hérold 2005 p. 82).

(*) Dans Le vitrail français (1958, page 235), Jean Lafond souligne l'importance des peintres verriers de Rennes, auxquels il attribue les "œuvres très françaises" des Iffs, de La Guerche, de La Ferrière et de Moncontour".)

"René Couffon a attribué à Rennes les vitraux du mur nord de l'église de Moncontour,  peut-être les œuvres les plus séduisantes du XVIe siècle breton. Ces trois suites narratives, vies de saint Yves, de sainte Barbe et de saint Jean-Baptiste réalisées vers 1537, sont en effet d'une exceptionnelle richesse, d'une exécution et d'une ornementation brillante. Elles ont la qualité des verrières normandes du temps et pourraient puiser leur source dans la peinture flamande, anversoise peut-être. Antérieures à l'activité documentées de Michel Bayonne, elles ne doivent en aucun cas lui être attribuées, mais semblent être en mesure d'être reconnues comme une manifestation de la façon de rennes, dont seraient soulignées la diversité, aussi bien que les dénominateurs communs : le damas jaune des costumes de Moncontour ne se retrouve-t-il pas identique dans la verrière d'axe de Beignon ?". (Gatouillat et Hérold 2005 p. 40).

 

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Mon article précédent présentait avec admiration la baie 7 de la Vie de saint Yves. À mes yeux, la baie 5 de la vie de sainte Barbe, qui en reprend l'encadrement maniériste à chimères combattant des dauphins,  la dépasse encore sur le plan technique par la luxuriance du travail au jaune d'argent (robe de l'ange, cuirasse, arabesques), par l'emploi de verres rouges gravés et des pièces en chef-d'œuvre, par la finesse des arrière-plans en grisaille sur verre bleu.

L'intérêt pourrait aussi se porter sur les détails vestimentaires, rendus avec précision et mariant les pièces issues de la mode sous François Ier (crevés et taillades, chaussures en pattes d'ours, bonnet à plumet), culottes bouffantes au dessus de collants très ajustés, bottes lacées d'aiguillettes, etc.), rangs de perles à profusion et d'éléments traditionnellement utilisés par les artistes (enlumineurs du XVe siècle) pour signifier que les protagonistes sont "orientaux", comme, ici, les turbans. 

Enfin, le sujet lui-même, la vie et le martyre de sainte Barbe, parfaitement illustré ici, mériterait, pourquoi pas ?, trois denses volumes, ou un Colloque, ou une thèse d'Etat, quelque chose de très savant, de très documenté et de très barbant. Seul ce troisième point relève de mes compétences.

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Baie n°5, Vie de sainte Barbe, église de Moncontour. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Baie n°5, Vie de sainte Barbe, église de Moncontour. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Ce vitrail à deux lancettes trilobées divisées en quatre registre et au  tympan à 7 ajours mesure 7,00 m de haut et 1,187 m de large. 

"Il occupe la seconde fenêtre de la longère nord de la nef, entre vitrail de saint Yves et celui de saint Jean Baptiste.
La fenêtre, divisée en deux par un meneau, renferme huit panneaux historiés de la vie de sainte Barbe, dont les six supérieurs sont seuls anciens. Le tympan renferme cinq mouchettes, également relatives à l'histoire de la sainte. Il faut lire la verrière de bas en haut et de gauche à droite." (Couffon)

 

 Le culte de Sainte Barbe en Europe.

Sainte Barbe, ou Sainte Barbara, Santez Barba en Breton, est une sainte martyre qui aurait vécu au IIIe siècle en Bikini  Bithynie. À Nicomédie, l'actuelle Izmit, en Turquie.

Les premières versions du Mystère de sainte Barbe apparaissent au VIIe siècle en Orient, d'où des reliques sont rapportées en de nombreuses villes d'Europe (Burano à Venise, à Plaisance en Italie, Abbaye de Sainte-Barbe-en-Auge en 1050, cathédrale de Liège, aux Feuillants à Paris,  etc...) La fête catholique est instituée le 4 décembre  dès le XIIe siècle à Rome. Vincent de Beauvais mentionne la sainte dans son Speculum Historiale de 1258, Jacques de Voragine donne le récit de sa vie dans la Legenda aurea en 1261-1266 (traduction française en 1476) mais les principaux témoignages iconographiques de son culte datent du XVe siècle en Flandre puis en Italie : peintures de Jan Van Eyck en 1437 ( Musée royal des Beaux-Arts d'Anvers), de Robert Campin en 1438, de Cosimo Rosselli en 1468 (Musée des Offices, Florence), de Hans Memling en 1479 (Metropolitan Museum de New York), de Lorenzo Lotti en 1524.

Sainte Barbe est l'une des trois saintes de la liste des 14 Saints Auxiliateurs avec sainte Catherine et sainte Marguerite, et les statues de ces trois saintes sont presque constantes dans les églises et chapelles bretonnes (Les saintes étrangères y sont, par ordre décroissant, Barbe avec 29 figurations, Catherine 19, Marguerite 14, Appoline 3 et Madeleine 2 ; les bretonnes sont minoritaires, Brigitte 2, Gwenn et Tréphine 1 chacune. : Christiane Prigent, Pouvoir ducal, religion et production artistique en Basse-Bretagne (1350-1575), Paris, 1992, p. 402-403.)

Toutes les trois étaient invoquées pour les dangers de la grossesse et de la délivrance, et plus généralement contre les risques de mort subite en état de péché. Sainte Barbe était aussi sollicitée pour protéger de la foudre. Beaucoup de livres d'Heures les mentionnent parmi les Suffrages, comme dans les Heures dites de Henri IV, au folio 86v., celle de Pierre II, duc de Bretagne (BnF lat. 1159  folio 166v, tenant sa tour  et lors de sa décollation) Elle est absente des Grandes Heures d'Anne de Bretagne (qui au folio 3r s'entoure de trois reines, sainte Catherine, Ursule et Catherine) , mais elle est présente dans le Livre d'Heures de sa fille Claude de France, où elle est figurée soit portant sa tour, soit flagellée par les bourreaux (folio 44v) soit décapitée (f. 45).  

C'est en 1557 (à Paris mais pour Bernard de Léau demeurant à Morlaix) qu'est publié le texte en breton du BUHEZ SANTE BARBA, le  Mystère de Sainte Barbe, témoignant des représentations publiques  de ce drame. Ce texte breton  a été publié en 1647 à Morlaix chez Jean Hardouyn (In-8, 208 pages, BnF RES-YN-16).

Mais puisque Moncontour ne se situe pas en Basse-Bretagne, mais en pays gallo, il est peut-être préférable de mentionner les neuf éditions anciennes d'un Mystère de sainte Barbe en deux journées, pièce en vers qui se jouait à 38 personnages,  édité à Paris, Rouen, Lyon, Troyes entre 1512 et 1630 (cf BnF RES-YF 4688). Ou le Mystère de sainte Barbe en cinq journées, en vers également, et à cent personnages datant de la fin du XVe-début du XVIe siècle, et dont témoigne le manuscrit BnF fr. 976  retranscrit (et plus lisible) en cinq manuscrits BnF Français 24335-24339. Ces Mystères furent joués à Amiens dès 1448, à Compiègne en 1475 et 1476, à Angers en 1484, à Metz en 1485, à Laval pendant six jours en 1493, à Nancy en 1505, à Domalain (Ille-et-Vilaine) en 1509, à Limoges en 1533, à Péronne en 1534, à Saint-Nicolas-du-Port en 1537, à Tirepied près d'Avranches en 1539, avant d'être interdites par le Parlement de Paris, le Parlement de Bretagne puis le Concile de Trente.

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LE REGISTRE INFÉRIEUR.

Le registre inférieur a été créé par l'atelier parisien d'Albert Bonnot (beau-frère d'Adolphe Steinheil) en 1891-1893. Le maître-verrier  a pris le parti d'une fidélité au style de son prédécesseur. Restait-il quelque chose des panneaux anciens, ou une description des sujets jadis représentés sur les photos prises en 1890 ?

Les scènes figurées s'inscrivent dans un cadre de la Seconde  Renaissance, plutôt maniériste, peint au jaune d'argent.


Premier panneau moderne : "Co[mm]e[n]t son père lui fit veoir les idoles" :  Dioscore, père de sainte Barbe, l'exhorte à adorer les idoles. 

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Deuxième panneau moderne : "
"Co[mm]e[n]t Valentin vint à sainte Barbe" : Le prêtre Valentin, disciple d'Origène, expose à sainte Barbe la religion chrétienne.

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Baie n°5, Vie de sainte Barbe, église de Moncontour. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Baie n°5, Vie de sainte Barbe, église de Moncontour. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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LE DEUXIÈME REGISTRE.

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Baie n°5 (1538), Vie de sainte Barbe, église de Moncontour. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Baie n°5 (1538), Vie de sainte Barbe, église de Moncontour. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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"Troisième panneau : Légende : « Co[mm]e[n]t Ste Barbe fut baptissée après [comme]-- ».

"La sainte, entièrement nue, est dans l'eau jusqu'aux genoux près d'une source, tandis que le prêtre Valentin, vêtu d'une robe violette et d'un manteau rouge, lui verse l'eau sur la tête. Un ange, en robe jaune et ailes roses violacées, assiste au baptême. La robe de sainte Barbe, couverte de pierreries est déposée sur le bord de l'eau. Au fond, fabriques, en grisaille sur bleu avec traces de jaune d'argent, représentant une campagne avec un grand rocher surmonté d'un château féodal." (Couffon)

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Dans le Mystère en cinq journée, Barbe est baptisée par saint Jean-Baptiste, et dans le Mystère en deux journées, par un ermite. Le "prêtre Valentin" de Couffon n'est pas nommé comme tel sur le vitrail, mais  sa déduction est juste, car ce Valentin, émissaire du philosophe Origène d'Alexandrie est cité dans  le Mystère breton, qui semble avoir servi de modèle au vitrail.

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Le texte du Mystère breton :

 

— Valentin. Je certifie que vous le serez en peu de temps, si vous le voulez, et que vous comprendrez, sachez-le bien, les Évangiles, pour commencer; mais d'abord je veux vous bien disposer à recevoir le baptême. Jésus a constamment en sa vie ordonné à tous, expressément, de baptiser dans la foi. Voici les évangiles authentiques, qui nous parlent de sa vie dès le commencement. Je vous exposerai ses œuvres. […]

Valentin. Ma chère fille, vous dites vrai ; car quiconque aura bien soin de l'aimer parfaitement, croyez-moi, il ne manquera pas de le secourir de toute façon, pourvu qu'on le prie d'un cœur pur. (Sainte Barbe se met à genoux.)

 Maintenant, je vous baptiserai dans la foi, et de plus, avant de partir, je mettrai tous mes soins à votre service. Je vous baptise dans la foi, sachez-le, au nom du Père, et puis du Fils, et en même temps du Saint-Esprit.

 Sainte Barbe.  Je vous remercie vivement de ce bienfait et de votre peine ; Dieu, mon roi et créateur, bénisse l'heure où vous vîntes au monde et le temps qu'on vous a nourri !

Valentin. Croyez-le bien et de bon cœur, ce fut assurément le fils de Dieu le Père qui daigna, par un moyen surnaturel, venir prendre en ce monde une chair pure, et qui nous a rendus bienheureux en mourant avec un corps semblable aux nôtres.

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Baie n°5 (1538), Vie de sainte Barbe, église de Moncontour. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Baie n°5 (1538), Vie de sainte Barbe, église de Moncontour. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Notez :

a) le verre rouge gravé de la robe de Barbe, posée sur l'herbe. Ce fin verre rouge est plaqué sur un verre blanc. La couche rouge est "gravée", c'est à dire meulée afin de ne laisser qu'une succession de rectangles blancs.

b) le jaune d'argent, qui permet de "peindre" les cheveux blonds sur la pièce de verre blanc. Ce jaune est aussi utilisé pour la robe et les cheveux de l'ange, mais encore pour la mousse des rochers ou les fleurs sous la source.

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Baie n°5 (1538), Vie de sainte Barbe, église de Moncontour. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Baie n°5 (1538), Vie de sainte Barbe, église de Moncontour. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Quatrième panneau : Légende : « Co[mm]e[n]t Sainte Barbe devisse la tierce fenestre en la tour ».

"En l'absence de son père qui la contraignait à résider dans un château-fort n'ayant que deux fenêtres, sainte Barbe indique à l'architecte, qui se trouve à côté d'elle, le compas à la main, de percer une troisième fenêtre pour honorer la Sainte Trinité. La sainte porte le costume flamand : robe rouge perlée de jaune, tunique or à perles blanches et cabochons de couleurs, manches doublées de violet, ceinture bleue. Elle est coiffée d'un bonnet flamand à bandes violettes et or perlées. L'architecte porte des chausses bleues à crevés, avec braguette, et une veste rouge ; il tient à la main un bonnet rouge. Près d'eux, un maçon tenant un pic, travaille. Il est en chausses rouges, veste violette à crevés, et tablier jaune. Sa tête est coiffée d'un bonnet rouge orné d'une plume jaune." (Couffon) 

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Le texte du Mystère breton.

https://archive.org/stream/lemystredesain00erna#page/70/mode/2up

— Le Maître ouvrier parle à ses gens. Il faut, sans mentir, nous hâter de travailler de bon cœur; et sachez-le, nous aurons de l'argent et des biens, quand il reviendra à la maison, après avoir fait son affaire. Que chacun aille à ses outils !

Le second ouvrier. Quel était le secret dont vous parliez tout à l'heure avec tant d'animation vous et le prince ?

Le Maître ouvrier (An Mestr Mecherour) . Il m'a recommandé instamment de faire, sans faute, comme c'est son intention arrêtée, deux fenêtres raisonnables, au midi. Voilà, en toute franchise, ce qui s'est passé entre nous.

Le second ouvrier. S'il n'a ordonné que cela, ce sera vite fait. Vous n'avez rien qui vous arrête : puisque nous avons assez de matériaux, nous les mettrons en place avant trois jours d'ici.

Le premier ouvrier. Il faut vite, sans s'arrêter, les faire, et songer d'abord à nous y disposer : puisqu'il nous a recommandé expressément et, avant tout, de les faire, il n'y a pas à tarder, je l'atteste.

Sainte Barbe. Pourquoi ne feriez-vous pas ouvertement trois fenêtres côte à côte? Ce serait plus convenable, je vous l'assure. Je trouve que vous faites des bévues quand je vois que vous n'avez fait que deux fenêtres depuis que vous avez commencé. Vous avez commis là une grande faute, de ne pas faire le plan dès le premier mois ; croyez-moi, vous avez eu tort : dans une tour travaillée avec tant de soin, c'est un défaut, sachez-le, de ne voir que deux fenêtres.

Le premier ouvrier. C'est votre père, sans mentir, c'est notre maître qui nous a commandé de sa propre bouche de n'en point faire d'autre que les deux que nous avions commencées ; et nous n'oserions jamais en faire plus, puisque c'est son ordre.

Sainte Barbe. N'ayez point de peur pour votre vie; mettez-en trois, et dépêchez-vous ; ne tardez point à m'obéir, et je vous dégagerai de tout blâme, et je vous soutiendrai contre tous; je vous garantis que vous n'aurez point de mal.

Le maître ouvrier. Nous serions blâmés si nous en faisions trois : pardonnez-moi, je n'en ferai pas une de plus, car il nous a notifié sa volonté en termes très durs, et nous a défendu absolument la chose, sous peine du feu et de la tête.

Sainte Barbe. J'empêcherai que personne vous inquiète pour ce motif, sous peine d'être bien puni, je vous l'assure; et j'apaiserai certainement mon père, de sorte qu'il ne vous fera aucun reproche : je suis tout à fait sûre de mon fait.

Le Maître. Enfin, puisque vous nous exprimez ce désir, nous en ferons trois, bien mesurées, soyez-en certaine ; mais aussi si l'on nous blâme, si l'on nous fait des reproches et des scènes violentes, il faudra que vous me tiriez d'embarras.

[...] Dioscore est furieux et refuse de payer les ouvriers.

 

— Dioscore parle à sa fîlle. Or cà ! Dites-moi donc, mademoiselle, ce que vous aviez à vous mêler de ma tourelle, et quelle était votre intention, en faisant faire trois fenêtres ? Répondez-moi promptement ; il est manifeste que c'était par haine contre moi. Deux en dessous et une en haut, je ne sais pourquoi vous les avez mises, ni ce que vous songiez en faisant faire trois fenêtres au midi. Qu'est-ce que cela signifie ? Parle-moi franchement, du moins.

Sainte Barbe. Trois donnent plus de clarté que deux, le fait est certain ; c'est pourquoi j'ai ordonné à l'ouvrier d'en faire artistement trois ainsi, selon mon goût : c'est maintenant la mode.

 

Dioscore. Laisse donc ce vain et sot prétexte ; et dis-moi franchement pour quelle raison tu les as ainsi choisies.

Sainte Barbe. Je vais vous le dire tout de suite : trois fenêtres, c'est ce qu'il y a de plus convenable, pour éclairer le mieux, je le sais.

Dioscore. Dis-moi en un mot ce que tout cela signifie et en quoi cela éclaire mieux ; dis ta pensée franchement. Sainte Barbe. Je vais vous répondre à l'instant. Parce qu'il y a trois personnes dans le ciel brillant, qui ont une seule nature, une seule majesté, une seule pensée, une seule puissance, une seule dignité, un seul désir, une seule vertu, une seule volonté, une seule divinité.

Dioscore. Quel fatras me débites-tu là ? Il est bien impossible qu'il existe une pareille merveille.

Sainte Barbe. Je le dis et je le sais parfaitement ; dans le pouvoir divin de la Trinité sont intimement unis le Père et le Fils, sans mentir, avec la même dignité, et le Saint-Esprit, avec la même puissance, sans contredit. Ils sont absolument égaux, sans différence ; c'est une communauté bien unie, une alliance substantielle, une unité tout à fait complète, un seul esprit divin, une seule parole, une seule félicité, sans distinction.. Une seule substance, une seule essence, une seule vertu, une seule beauté, une seule sa- gesse, une seule unité, un seul bien, un seul état, une seule nature, une seule bonté, une seule activité, une seule immensité, une seule mesure infinie, une seule providence.

 Dioscore. Ceci n'est connu, je le sais fort bien, de personne au monde, que de loi ; et dans quel pays demeure cet être ? dis-moi jusqu'au bout ta pensée. Quelle sottise tu racontes là !

 

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Baie n°5 (1538), Vie de sainte Barbe, église de Moncontour. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Baie n°5 (1538), Vie de sainte Barbe, église de Moncontour. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Détails.

a) le verre rouge  gravé de la robe et des manches de Barbe.

b) les pièces en chef-d'œuvre, prouesse technique comme l'indique le nom : une pièce de verre coloré est serti à l'intérieur d'un autre verre, ce qui suppose une découpe circulaire . C'est le cas pour deux des pierres précieuses (émeraude et saphir) du tablier de la sainte. Les deux autres pierres étaient peut-être également serties, avant d'être rejoint par un trait de refend qui a bénéficié d'un "plomb de casse" : l'avis d'un professionnel est nécessaire.

c) le compas à pointes sèches tenu par le maître des ouvriers.

 

Baie n°5 (1538), Vie de sainte Barbe, église de Moncontour. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Baie n°5 (1538), Vie de sainte Barbe, église de Moncontour. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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LE  TROISIÈME REGISTRE.

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Baie n°5, Vie de sainte Barbe, église de Moncontour. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Baie n°5, Vie de sainte Barbe, église de Moncontour. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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"Cinquième panneau : "Co[mm]e[n]t son père la bailla au prevost".

Sainte Barbe est livrée au juge par son père.

Au premier plan, la sainte, vêtue du même costume que précédemment mais les mains liées, est tenue par un valet, vêtu de vert, dont l'une des mains est posée sur son épaule, tandis que l'autre tient l'extrémité de la corde. Dioscore, coiffé d'un turban rouge, porte une longue tunique rouge, garnie de galons d'or avec perles blanches et à manches bleues. Il est chaussé de botte violettes, et a à la ceinture une bourse d'or à glands bleus. Il livre sa fille au juge Marcien. Celui-ci, assis sous un dais d'or garni de perlages blancs, porte un turban rouge à rayures écossaises blanc-jaunâtres et fond brun rosé. Il est vêtu d'une tunique jaune à perlage blanc, d'un manteau violet, de chausses bleues et de bottes jaunes. 

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Le terme de Prévôt est cité dans la légende du panneau. Cela tend à prouver que c'est le Mystère breton qui a inspiré ce vitrail. [Un prévôt, à la tête d'une prévôté, était  un officier de justice subalterne (ses décisions peuvent être changées par les baillis et sénéchaux) qui jugeait notamment en appel les jugements civils seigneuriaux. L'édit de Crémieu de 1536 lui donne le droit de juger certaines affaires en première instance. Les prévôtés n'existaient pas en Bretagne, hormis brièvement celles de Rennes, de Morlaix et de Lannion.]

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Baie n°5 (1538), Vie de sainte Barbe, église de Moncontour. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Baie n°5 (1538), Vie de sainte Barbe, église de Moncontour. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Détails.

a) le verre rouge gravé de la robe (mais non plus des manches).

b) Deux pièces montées  en chef-d'œuvre se trouvent sur le manteau du père de Barbe. Les "diamants" ovales du tablier de la sainte sont simplement rendus par un enlevé du jaune d'argent. 

c) les pompons de l'aumônière, marqués d'orientalisme si ce n'est d'hébraïsme.

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Baie n°5 (1538), Vie de sainte Barbe, église de Moncontour. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Baie n°5 (1538), Vie de sainte Barbe, église de Moncontour. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Détails.

À gauche, le soldat qui tient ligotée la sainte porte un bonnet à plumet, parfaitement en usage lors du règne de François Ier chez les seigneurs. Un autre soldat porte un casque léonin. Mais les quatre autre hommes sont coiffés d'un turban pour indiquer leur altérité d'étrangers (par extension, ce sont les "méchants"). 

Barbe est également coiffée d'un turban, ou d'un bourrelet entouré d'une étoffe de soie et orné d'un gemme et de perles. Cela la désigne aussi Barbara comme une sainte étrangère, orientale, mais cela est atténué par le fait que cette coiffure, sous le nom de Balzo, était alors, notamment chez les belles italiennes, un accessoire fort à la mode.

Elisabeth de Requescens

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Le couvre-chef du prévôt est inspiré du bonnet conique hébraïque, non pas comme signe confessionnel, mais pour continuer à indiquer que ce juge est un turc, un oriental. Sa partie basse, en turban, est fait en verre rouge gravé pour rendre par les trois lignes blanches cette étoffe à rayures qui était utilisée pour entourer le boudin de bourre.

. Ces vies de martyre répondent à un principe constant, celui du parallèle entre leurs épisodes et ceux de la Passion du Christ. Baptême du Christ par Jean-Baptiste, Comparution devant Caïphe, Flagellation et Outrages trouvent ici leur correspondance, émaillée d'indices et de rappels.

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Baie n°5 (1538), Vie de sainte Barbe, église de Moncontour. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Baie n°5 (1538), Vie de sainte Barbe, église de Moncontour. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Sixième panneau : "Co[mm]e[n]t le prevost la faict battre de verges"

La sainte est battue de verges.

La sainte, entièrement nue et attachée à une colonne, est fustigée par deux bourreaux en présence du juge. Le bourreau de gauche, coiffé d'un béret rouge, porte des chausses bleues à crevés et une armure richement ciselée, blanche et or, sur un pourpoint dont on voit seules les manches à points d'or. Le bourreau de droite, casqué, porte des chausses rouges et une veste verte. Le prévôt est vêtu comme sur le tableau précédent, mais le bourrelet de son turban est rouge, sans rayures ; il porte une bourse rouge à glands bleus." (Couffon)

 

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Texte du Mystère breton.

 

— Le prévôt. En gens experts et habiles, promenez-la en la battant, qu'il ne reste mâchoire ni lèvre qui ne soit vigoureusement frappée; que son sang coule tout de suite, des sourcils à la plante des pieds. Procurez-vous de durs bâtons, et des nerfs de bœuf solides; et avec cela, commencez à la frapper cruellement, sans égard; qu'elle soit, je vous l'ordonne, bien battue, immédiatement et continuellement, tant que vous durerez

Allons ! commencez deux à deux, à présent, à la châtier ; n'y manquez pas, je vous prie; n'épargnez chair ni os, ni bras ni jambe, sans vous arrêter ; qu'elle soit brisée sans aucun repos. Faites-la renoncer absolument à son Dieu et reconnaître tout de suite nos dieux suprêmes; et si elle ne le fait pas, je le dis carrément, il ne restera veine dans son corps qui ne soit déchirée entièrement.

Agripant. Vous allez, sans tarder, la voir promener cruellement, à grands coups de bâton, croyez-le, et de durs nerfs de bœuf; son dos sera si bien battu, qu'il n'y aura pas de remède.

Le prévôt. Sois ferme et je te récompenserai.

Agripant. Vous verrez bien, quand je commencerai, que je la martyriserai cruellement, tant que je pourrai, je n'y manquerai pas ; allons, compagnons, faisons pleuvoir les coups sur ses côtes, qu'elle soit mise en pièces, sans mentir.

Claudin. Je suis bien déterminé, comme vous, sachez-le, à la battre violemment.

— Loupart. Je le jure, par ma foi, je lui en donnerai. Allons ! tenez, entendez-vous, en travers du nez et des lèvres

Glouton. Je veux la faire souffrir de toutes façons, et la tourmenter tant que je pourrai.

 Le Prévôt

Çà ! çà ! mes gens, tenez à l'honneur de la bien châtier ! Battez-la-moi bien dur et bien fort, sans faute, sans tarder et sans vous lasser ; frappez-la à coups redoublés de vos bâtons ; qu'il ne reste pas un coin de main ou de pied qui ne soit meurtri ; faites votre métier en gens consciencieux. Commencez, sans délai, avec les fléaux et les nerfs de bœuf, à l'accabler de plaies ; rendez-la déchirée, méconnaissable ; faites-la subir, sans égard et sans relâche, de cruelles douleurs, jusqu'à lui donner la mort à force de coups violents, si bien qu'on voie à nu les os de ses membres. Ne laissez pas en elle la moindre place qui ne soit déchirée. Hâtez-vous, à quoi pensez-vous donc? Déchargez sur elle une grêle de coups, pendant longtemps ; allez vite chercher de nouveaux fouets, aux nœuds durs, et avec eux, commencez à frapper sans faute. Car moi, je ne puis aucunement souffrir, je le jure, de voir injurier, par elle, nos dieux si purs, si souverainement parfaits ; aussi, à l'instant même, sans vous arrêter, frappez-la à coups redoublés, de la tête aux pieds ; maltraitez-la de votre mieux.

Ici ils se trouvent lassés et Agripant dit :

. Je suis si fatigué, que je n'en puis plus ; seigneur, regardez et voyez si elle n'est pas sérieusement châtiée.

Le prévôt. Faites-moi sa chair pleine de douleurs et sa peau en lambeaux ; frappez-la sans aucun égard.

Claudin. Ne voyez-vous pas les membres de son corps à nu, et aussi ses veines? N'est-elle pas mise en morceaux ?

Loupart. Du diable si une seule veine est restée sans qu'on la voie, tant elle est en effet cruellement martyrisée.

 Glouton. Je crois qu'à présent elle est prête, qu'on peut la montrer à tout homme vivant sans que personne la reconnaisse.

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Baie n°5 (1538), Vie de sainte Barbe, église de Moncontour. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Baie n°5 (1538), Vie de sainte Barbe, église de Moncontour. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Détails.

a) La pièce montée en chef-d'œuvre se trouve être ici le médaillon du turban de Dioscore.

b) la référence au Christ lié à la Colonne de Flagellation est évidente.

c) un nimbe est apparu au dessus de Barbe, comme si elle gagnait par ce supplice ses galons de sainteté.

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Baie n°5 (1538), Vie de sainte Barbe, église de Moncontour. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Baie n°5 (1538), Vie de sainte Barbe, église de Moncontour. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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LE QUATRIÈME REGISTRE.

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Baie n°5, Vie de sainte Barbe, église de Moncontour. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Baie n°5, Vie de sainte Barbe, église de Moncontour. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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"Septième panneau. Légende : "Co[mm]e[n]t les mamelles de tenailles décire[n]t ".

"La sainte, vêtue comme sur les quatrième et cinquième panneaux, est attachée à une colonne, sa robe défaite jusqu'à mi-corps ; deux bourreaux lui tenaillent les seins. Le bourreau de droite, nu pieds, porte des hauts de chausses rouges et une veste verte ; celui de gauche, caché en partie par le prévôt, est coiffé d'un casque d'or. Le prévôt est vêtu du même costume que sur le cinquième panneau, mais porte un manteau violet à manche doublées de jaune avec le bas rouge. Au dessus de ce panneau est un cartouche avec la date de 1538.

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http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1512211r/f155.image

Barbe est torturée par quatre bourreaux nommés Agripant, Claudin, Loupart et Glouton, sur ordre du Prévôt  afin de l’obliger à renoncer à sa foi chrétienne. Mais la martyre ne ressent rien, au grand désespoir des tortionnaires.  Voici le texte du Mystère breton :

 

Le PRÉVÔT. "Ah dea! frappez toujours, ne craignez rien : ce n'est qu'un passe-temps pour elle ! Il faut, maintenant, sur ma parole, qu'elle rende l'esprit pour de bon, au milieu des tourments et des souffrances en ce monde ; elle ne trouvera personne qui la guérisse,

Or çà, encore une volée de coups, sur son dos, son ventre et sa tête, car je voudrais la voir raide morte. Fustigez-la, sans aucun respect et sans honte, à grands coups; par ma foi, vous y allez mollement."

(Didascalie : Aman ez troucher he diu bronn  "Ici on coupe ses mamelles.")

Squegiet diff astriff he diu bronn  "Arrachez-moi violemment ses mamelles,"

Quen disacz un ha da un gonn  :  "sans plus de façon qu'à une truie"

Digoar he poull calon gronnet  : "tirez-les de sa poitrine,"

Mar guelher frost he hall costou

Gant trauell hac he bouzellou :  "qu'on voie toutes ses côtes à nu et ses entrailles"

Gruet hy entre dou badouet.  : "que la douleur la fasse défaillir."

 

 "Hâtez-vous, qu'elle soit livrée à une mort froide et douloureuse ; n'épargnez nulle partie de son corps, je vous prie ; car jamais je n'aurai de joie, soyez-en sûrs, tant qu'elle sera en vie et en santé. 595 J'ai grande hâte de voir mettre fin à sa vie en ma présence, avant que je parte d'ici ; maintenant, sur mes ordres, traitez-la le plus mal que vous pourrez, et expédiez-la sans égards.

AGRIPANT  ." Seigneur, j'ai un couteau, voyez, qui les mettrait en pièces devant vous : il vient d'être aiguisé, je crois."

LOUPART. "Mon couteau est de beaucoup le meilleur; vous le verrez les couper parfaitement, tranquillement et en un clin d'œil, sans rien craindre."

CLAUDIN . "Laissez-moi avec elle, sots que vous êtes, j'ai un braquemart, assurément, qui les tranchera très bien, je le sais, à l'instant, devant tout le monde ; elles seront coupées tout net et séparées, il n'y a point de doute."

 

N.B :Les nourrices invoquent parfois Sainte Barbe parce qu'elle eut les mamelles coupées; mais elles s'adressent surtout à Sainte Agathe qui subit le même supplice et dont on conserve encore aujourd'hui l'un des seins à Catane. 

Dans le Mystère en français et en cinq journées, le Prévôt se nomme Marcian et les bourreaux Contrefoy, Marinart, Marpault et Talifart.  Les répliques sont plus sobres qu'en breton :

 

CONTREFOY : Ah Marinart que tu es flasque Retourne , apporte des couteaux.

MARINART : Je leur fais des dents à monceaux Ainsi qu'on fait à une scie.

MARPAULT : Je te supplie et que je scie

Tout le premier cette mamelle

Gentille, imagere et formelle

En beauté parfaite et formée

Vous serez icy difformée

Puisqu'à nous êtes exposée.

TALIFART

Soyez vous faut à reposée

Après me faudra employer

A la scier un bien petit.

MARCIAN

Sciez, sciez, car elle ne dit

Mot ne demi, elle ne sent rien.

BARBARA.

Que dirai-je, trop félon chien

tiran cruel, très dépiteux.

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Baie n°5 (1538), Vie de sainte Barbe, église de Moncontour. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Baie n°5 (1538), Vie de sainte Barbe, église de Moncontour. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Détails.

Nous retrouvons comme de vieux amis  les verres rouges gravées du bonnet du Prévôt et de la robe de Barbe, et le chef-d'œuvre de l'émeraude de son tablier.

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Baie n°5 (1538), Vie de sainte Barbe, église de Moncontour. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Baie n°5 (1538), Vie de sainte Barbe, église de Moncontour. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Baie n°5 (1538), Vie de sainte Barbe, église de Moncontour. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Baie n°5 (1538), Vie de sainte Barbe, église de Moncontour. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Huitième panneau. Légende: "Co[mm]e[n]t elle fut guérie par les anges".

"Après sa torture, la sainte, les mains liées, est condamnée à être conduite nue à travers la ville. Un ange, à ailes d'or et robe violette, pose sur son corps un manteau de damas or, tandis qu'un autre, en robe rouge et ailes d'or, la touche pour la guérir. Le bourreau, tenant la corde lui liant les mains, a des bas jaunes, des chausses bouffantes violettes à crevés, un pourpoint rouge à manches jaunes à crevés ; il est coiffé d'un béret rouge. Un garde, casqué d'une bourguignotte à couvre-nuque et jugulaire, porte un pourpoint vert à col d'or. Dans le fond, le palais en grisaille bleue avec pointes de jaune d'argent." (Couffon)

 

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Baie n°5, Vie de sainte Barbe, église de Moncontour. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Baie n°5, Vie de sainte Barbe, église de Moncontour. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Baie n°5, Vie de sainte Barbe, église de Moncontour. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Baie n°5, Vie de sainte Barbe, église de Moncontour. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Baie n°5, Vie de sainte Barbe, église de Moncontour. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Baie n°5, Vie de sainte Barbe, église de Moncontour. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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LE TYMPAN.

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"Dans les deux mouchettes du bas du tympan, sainte Barbe a la tête tranchée par son père.

 Puis, dans les deux mouchettes au-dessus, Dioscore est foudroyé et emporté par un démon ; enfin, dans la mouchette supérieure, au haut du vitrail, sainte Barbe est conduite au ciel par deux anges. On a beaucoup discuté sur le carton de ce vitrail que plusieurs auteurs ont attribué à Jean Cousin. Il faut pour cela n'avoir jamais vu un vitrail de cet artiste au « rayé » si spécial, ni n'avoir étudié son oeuvre aux personnages allongés et aux fabriques à pyramides ou colonnades circulaires si caractéristiques. " (Couffon)

 

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Baie n°5, Vie de sainte Barbe, église de Moncontour. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Baie n°5, Vie de sainte Barbe, église de Moncontour. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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COMMENTAIRES.

 


"Ainsi que dans le vitrail voisin de saint Jean Baptiste, nous trouvons sur les costumes une profusion de damas et de perlages, spécifique de l'école des Pays-Bas, que l'on retrouve, par exemple, dans la célèbre parenté de la Vierge de Corneille Van Koninxloo.

"D'autre part, tant les académies que la figure de sainte Barbe dénotent l'influence de Lucas de Leyde. Est-ce à ce dernier artiste qu'il faut attribuer le carton des vitraux de Moncontour, comme plusieurs de ceux de Beauvais utilisés par Enguerrand le Prince, est-ce à l'un des nombreux artistes qui, à Anvers, hésitaient au debut du XVIème siècle entre les tendances de Dürer et celles de Jean Gossaert et de Lucas de Leyde, il est impossible de le dire en l'absence de documents.

"Ces vitraux furent-ils achetés directement en Flandre ou exécutés par un atelier breton ? L'énigme reste également entière. Toutefois, à quelques année de là, nous voyons à Rennes un atelier, dont la production fut très importante, exécuter des œuvres offrant de telles analogies avec les verrières de Moncontour qu'il n'est pas impossible de lui attribuer également ces dernières. Quoiqu'il en soit, l'influence de ces vitraux fut, ainsi que nous le verrons, considérable sur les ateliers régionaux voisins." (Couffon)

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Couffon, BnF Gallica http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k441314t/f270.item

Couffon, BnF Gallica http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k441314t/f270.item

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ANNEXE. PRÉSENTATION DES MYSTÈRES. ( PETIT DE JULLEVILLE)

 

https://ia601409.us.archive.org/9/items/lesmystres02petiuoft/lesmystres02petiuoft.pdf

I SAINTE BARBE (en cinq journées)

Manuscrit. l'Incipit liber béate barbare. Biblioth. nationale, Fr. 976 (anc. 7299,3. Cangé, 11.) Vol. in-4°, medioc. 376 ff, lignes longues. Papier xve siècle . Ce mystère est tout entier en vers français ; mais le titre, les rubriques et toutes les indications de mise en scène sont en latin. Il ne faut pas confondre cette Vie de sainte Barbe, manuscrite, en cinq journées, avec la. Vie de sainte Barbe, imprimée, en deux journées, dont il sera parlé plus loin. Le premier mystère est à cent personnages, le second à trente-huit.

2°. Bibl. nat. Fr. 24335 à 24339 (La Vall. 75, 1 à 5). Copie moderne du précédent. Chaque journée fait un volume. En tout 1 125 pages. Cette copie est intitulée : Vita vel tragaedia bealae Barbarae virginis et martyris, (ilia (sic) Uioscori régis Sisten in Palestina, sub Maximiano imperatore, in quinque dies divisa. Une autre copie, du xviii" siècle, est à la Bibliothèque de l'Arsenal, n"^ 3496 et 3497 (anc. 273).

Cent personnages (parlants) : Au paradis : Dieu ; la Vierge; Anges (Michel, Gabriel, Raphaël, Uriel, Chérubin, Séraphin) ; saint Jean-Bapliste, l'ame de Barbe. Sur la terre : Honorius, pape ; cl trois chapelains ; le roi de Chypre, ses chevaliers (Chanibelloys, Mousset, d'Argouze); son messager (Pontzonnet); son connestable,et les chevaliers du connestable (Jaspar de Ri- chefleur, Bertault, Bruysart); son amiral, et les chevaliers de l'amiral (Yvan de Vausac, le Bourg de la Raque, et Blandchaudin) ; Origene, docteur, evesque d'Alexandrie ; son clerc (Blondelet); Ysachar, prestre; saint Valenlin, prestre; Liepart, capitaine d'Alexandrie; Moradin et Yvroin, soldats; Norain et Maleteste, gardiens des portes d'Alexandrie; Jousquin, pèlerin; l'ymagier; Dioscorus, père de Barbe, roi de Sisten, en Palestine; Barbe, sa fille; Galathée, damoiselle de Barbe; Flori- mond, Laomedon, Adrascus, soldats de Dioscorus; Brandinas et Palaniides, ses chevaliers; Grongnard, Corniberl, Roullarl, bourreaux; Lancevent, messager; Marcien, prevost de Nicomedie; Alimodes, Pcrseus, ses chevaliers; Conlrefoy, Marinart, Marpault, Talifart, ses bourreaux; maistre Amphoras: maistre Alphons docteurs; Amphiteas, Jozas, prestres, payens; le maire de Nicomedie; ses gens (Fervault, Charlin) quatre femmes, Thamaris, Galathea, Cassandra, Athallenta ; ïhescus, Antheon, payens; Josset, orfèvre; Gandeloche, Murgalant, maçons; Gourlant, Bourle, pasteurs; Briffault, démoniaque, Mallepart, chartrannier; Maliverne, aveugle; Malnourry, boiteux; Linart, sourd; Clicquepate, et Malaisé, pauvres ; Dyogene, gouverneur d'Egypte sous Maximien ; Bruant, Frigolant et Gombault, ses chevaliers; Braconnet et Brisevant, ses messagers; Rifflemont, prince persan; Rigault et Brucher, ses chevaliers; l'ame de Dioscorus; Diables : Lucifer, Sathan, Astaroth, Leviathan, Berith, Belial, Belzebuth; le fou (Stultus).

Dans le manuscrit 976, la première journée occupe les feuillets 1-66. La seconde, les feuillets 67-158 (P" 159-160 sont blancs). La troisième les feuillets 161-235 (f» 236 est blanc). La quatrième les feuillets 237-291 (f° 292 est blanc). La cinquième les feuillets 293-376. Le nombre des vers est de vingt mille environ : 11 n'y a ni prologue ni épilogue.

–Premiers vers: 

  REX DYOSCORUS Ha Jupiter et Baratron, Caliu, mon souverain patron, Mercure, Mars, Dieux haullz clamez, Tcrvagaut. Plieton, Licaon, Oncques cueur humain ne m'a lioni Autant que je vous ay aimez.

– Derniers vers :

Or sus, grande révérence, Chappellains, portez ceste ymaige. l'RIMUS CAPPELLANUS Nous le ferons de bon conraige Pour l'onneur de la sainctc vierge. Chacun porte torche ou cierge Et allons sans séjourner plus, Chantant Te Deum laudamus.

Les marges du manuscrit sont remplies d'indications relatives à la mise en scène. La plupart du temps ces rubriques sont en latin. Ainsi, à l'entrevue de Barbe avec son père (folio 6 v") : Veniat Barbara ante patrem et salvet eum se inclinando, et Rex descendat de calefato et slet in ludo prope, super unum scamnum prœparalum, cum suis militibus. Quelques indications sont pourtant en français : « Nota que maistre Amphoras et maistre Alpbons doivent estre ou jeu auprès Nicomedie, et fault qu'ilz ayent une table couverte d'un tappiz et des livres dessus miz, et doivent estudier. » (folio 9).

Plusieurs de ces notes marginales offrent des renseignements curieux. On voit qu'à diverses reprises une véritable cavalcade traversait la scène : « Ascendat super equos Rifflemont cum suis militibus. » Ailleurs il se livre un petit combat de cavalerie.

Au reste l'auteur admettait que son œuvre ne fut pas représentée en tous lieux avec la même mise en scène (f" 136 r) : « Appropinquent Rifflemont, Rigault et Brucher civitatem secundiim exigenciam loci, et maneant ceteri loco pristitio. » La multiplicité des lieux où l'action se passe pour ainsi dire simultanément, rendrait tout à fait inexplicable la représentation de ce mystère, si l'on ne devait tenir compte de cette circonstance qu'il est en cinq journées. Certaines dispositions de la scène, utiles pendant une seule journée, disparaissaient pendant les autres. On lit ainsi (303 b) : Fiat motu in ludo ubi decolatio eril fada. De la même façon le cimetière de Saint-Galixte in medio ludo ne servait que dans la cinquième journée, et ne devait être disposé qu'après que la quatrième était finie, peut-être même pendant une des pauses de la cinquième journée.

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(Première journée.) Dioscorus, roi de Nicomédie, veuf depuis peu et fort affligé, fait pour se distraire, instruire sa fille Barbe par deux docteurs (dont l'un s'appelle maître Alphons et l'autre maître Amphoras). Ces maîtres font lire à la jeune fille cent auteurs, dont Boccace, qui vécut au XIVe siècle. Ils lui exposent toute la mythologie. A la fin Barbe s'endort; et pendant son sommeil la sainte Vierge prie Dieu d'éclairer cette jeune âme. La leçon reprend ; mais cette fois Barbe fait de terribles objections à l'existence des dieux païens et réduit les docteurs au silence.

Peu après le roi célèbre un sacrifice solennel ; pendant la cérémonie, Barbe s'entretient avec un chrétien obscur dont les paroles jettent dans son âme les premiers germes de la foi.

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(Seconde journée.) Rifflemont, prince de Perse, est devenu amoureux de Barbe pendant la cérémonie ; il la demande en mariage; la princesse le refuse, Comme elle demeure dans une sorte de tour que son père lui a fait construire, elle y reçoit en secret un chrétien qui lui est envoyé d'Alexandrie par Origène. Lucifer pour se venger inspire à Dioscorus l'idée de persécuter les chrétiens. Il vient les assiéger dans Alexandrie, qui est presque toute chrétienne ; mais il est repoussé avec perte par Origène.

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(Troisième journée.) Saint Jean-Baptiste en personne vient baptiser Barbe. Dioscorus est de retour, et en fureur contre les chrétiens ; c'est à ce moment que sa fille lui avoue sa foi. Il veut la percer de son épée, elle lui échappe miraculeusement; mais bientôt on la retrouve et on la jette en prison. Le roi la livre au prévôt Marcian, qui la fait cruellement fouetter.

(Quatrième journée.) Barbe, attachée nue à unpoteau, loue Dieu pendant que les bourreaux se fatiguent à la battre. Puis on la ramène en prison, où Dieu et les Anges viennent la visiter. Tirée de sa prison une seconde fois, elle voit son corps déchiré par des peignes de fer, brûlé par des torches ardentes ; on veut écraser sa têle sous des maillets d'acier, mais on n'y peut parvenir ; on lui arrache les seins; on la condamne à être promenée nue par la ville ; au moment où on va la dépouiller, une tunique est jetée sur elle par un ange et ses bourreaux deviennent aveugles. Barbe leur rend la vue par ses prières. Le prévôt déconcerté la renvoie à Dioscorus.

(Cinquième journée.) Dioscorus fait rouler sa fille dans un tonneau armé de clous, sans réussir à la blesser. Alors, la traînant par les cheveux sur une montagne, il lui coupe la tête. Aussitôt il est foudroyé ; son âme est emportée aux enfers pendant que celle de sa fille est conduite au ciel  par les anges. Scène infernale; les diables bafouent Dioscorus en chantant et en dansant un branle. Puis saint Valentin ensevelit le corps de sainte Barbe, et sur son tombeau un aveugle, un boiteux, un sourd, un démoniaque, sont miraculeusement guéris. Un singulier épisode termine la pièce.

Une armée chrétienne vient de Chypre et d'Alexandrie mettre le siège devant Nicomédie ; la ville est prise et tous les païens tués. Deux chrétiens qui ont péri ressuscitent sur le tombeau de Barbe. Le corps de cette sainte est emporté pompeusement à Rome et déposé au cimetière Saint-Galixte en présence du pape Honorius.

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Il y a dans cette pièce un rôle important, mais qui n'est pas mêlé au drame ; c'est celui du stultus ou fou. A différents intervalles, et jusqu'au milieu du martyre de la sainte, il s'avançait en scène, chargé de distraire et d'égayer les spectateurs par les folies qu'il leur débitait, et qu'on lui laissait improviser et varier à son gré ; dans d'autres mystères le rôle du fou est écrit tout entier. Ici, le texte porte seulement plusieurs fois : Stultus loquitur ; mais nous ignorons ce qu'il disait, et s'il improvisait en vers ou en prose.

Notons quelques particularités du texte. Au sacrifice de la première journée, les païens disent quinze prières en vers rétrogrades; c'est-à-dire disposés de telle sorte qu'on peut les lire dans l'ordre inverse, et trouver un sens : nous citerons la plus curieuse de ces prières ; c'est une femme, nommée Athallenta, qui parle.

Dieux infiniz par la vostre puissance,

Bessez ung pou des femmes le langaige.

A leurs mariz mainteffoiz font nuisance

Par trop parler, par fierté de couraige.

Se parloient pou ce seroit avantaige ;

Bon leur seroit avoir humilité.

Les mariz ont deshonneur et dommaige,

Quant femmes ont par foiz auctorité.

Une autre femme, nommée Galatea, répétait ce couplet, en commençant par le dernier vers. Il y a dans ce mystère un grand abus de tirades théologiques, par exemple dans la lettre d'Origène à Barbe, dans les discours d'Ysachar à la jeune fille, et en général dans tous les rôles des personnages chrétiens. La partie pathétique et tragique est presque partout très faible, de style et de pensée. La partie comique ou simplement familière est beaucoup meilleure. Nous citerons un morceau de ce genre. Quand Barbe est demandée en mariage, Dioscorus consulte ses conseillers :

Chacun de vous peult bien scavoir

Que Barbe est encor trop jeunette

Pour marier, et bien tendrette.

Dioscorus, qui aime sa fille pour lui-même plus que pour elle, voudrait la garder auprès de lui, et ne s'en cache point :

C'est toute ma prospérité,

C'est mon solas, c'est mon reffuge

Et pour ceste cause, conclu-je...,. De mon gré ne la mariray.

Les conseillers du roi osent n'être pas de son avis, et blâment assez franchement cet égoïsme paternel. Dioscorus doit sacrifier sa tendresse à l'intérêt de sa fille.

Prenez son bon eur quand il vient,

disent-ils assez heureusement. Le roi n'entend pas ce langage, et ne peut se résigner à se priver de son enfant.

C'est mon trésor, c'est ma richesse ;

C'est la fleur de ma gentillesse ;

C'est ce qui fait mes yeulx repaistre.

Par Apolin qui me fist naistre,

J'aimeroys trop mieulx par fortune

Perdre mes chevauix, ma pecune,

Voyre ma terre grant et lée,

Que d'avec moy s'en fust allée

Et j'en perdisse le regard.

 

Les conseillers reviennent à la charge avec des arguments curieux :

 

Fault-il donc qu'el perde son bien

Pour vostre plaisir seuliement ?

La cuidez vous donc longuement

Garder en une tour enclouse,

Et que jamais ne soit desclouse?

Cela n'est pas bien prouffitable ;

Et ce chemin est trop doubtable.

Quar par garson, ou par meschine,

El pouroit tantost estre incline

A faire mal, ou desraison.

Puis que l'on vous offre raison,

Je vous pry ne le reffuser.

La ferez-vous son temps user

En une tour, en solitude ?

Pensez que s'el mect son estude

A quelque maulvais pensement,

Tousjours continuellement

Y pensera, veuillez ou non....

Femme seulle en tour ou en salle,

Est toute divine, ou brutalle.

L'aventure en est bien doubteuse,

Bien dangereuse, et périlleuse.

Pensez que jeune, et fille, et tendre,

Peult souvent mal faire et mesprendre...

Chacun doibt le plus toust qu'il peult

Sa fille mettre en mariage ;

Qu'on cuydc garder longuement

Ce que l'on pert subitement.

Tel cuyde fille garder bien

A qui la garde n'en vault rien....

Les mêmes conseillers font un portrait peu flatté des filles de leur temps, c'est-à-dire des filles du xve siècle, puisque l'auteur, nous le savons, ne peint jamais que ses contemporains, la scène fut-elle en Nicomédie, et du temps de Maximien, comme il arrive ici. Les défauts qu'ils blâment en elles sont d'ailleurs ceux que de tout temps les moralistes un peu grondeurs aiment à reprendre chez les jeunes femmes.

Voyez les filles du présent.

Comme sont mal morigénées,

Les aulcunes sont inclinées

A joliveté, convoitise,

A jeuz, les quels rien je ne prise,

Aux regards sotz et dissolutz,

A maintiens mauditz et polluz...

Elles contrefont les maistresses,

Et parlent en maintes manières.

Et ont les langues si legieres

Qu'elles semblent estre avocatz,

Tant comptent hardiment ung cas;

Et si advient que père ou mère,

Oncle, tante, seur ou frère

Les reprennent par grant doulceur,

Ilz prennent tout ce par rigueur (folios 70-73)

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II. SAINTE BARBE. (En deux Journées.)

Editions.

— La vie et hystoire de madame saincte barbe par personnaiges avec plusieurs des miracles d'icelle et si est a trente et huit personnaiges dont les noms s'ensuivent. Paris, Vve Trepperel et Jehan Jehannot, in-4° goth. de 30 ff. à 2 col.

— La même, Rouen, Jehan Burges, sans date, pet. in-i" goth., 28 fl\ (vers 1520).

— La même, Paris, Pierre Sergent, pet. In-io goth., 28 ff.

— La même... à quarante personnages. Nouvellement revue et mise en son entier, et corrigée tant au sens que a ia rithrae. Paris, Simon Calvarin, in-4° goth., 30 iï. à 2 col.

— La même, Lyon, Olivier Arnoullet, 1542, pet. in-8» goth., 79 ff.

— La même, Lyon, Pierre Rigaud, 1602, in-16. de 79 ff.

— La même, Troyes, Nie. Oudot, sans date (commencement du XVii« siècle), in-16, 58 ff.

 

3500 vers environ, quarante personnages (la liste de l'édition originale a omis l'aveugle et le boiteux). Sathan; Leviathan; Astaroth ; Crochart; Reliai; Lucifer; la folle femme; le messaigier de Marcian ; le premier chevalier deiMarcian; Marcian empereur; le deuxiesme chevalier de Marcian; le messagier Dioscorus ; le premier chevalier Dioscorus; Dioscorus roy; le deuxiesme chevalier Dioscorus; la royne; Rarbe ; la première, la seconde, la tierce pucelle; le premier, le second, le tiers, le quart tirant; le chartrenier; le premier chevalier du prevost ; le prevost ; le deuxiesme chevalier du prevost; l'evesque de la loy; le prestre de la loy; le premier, le second masson; le premier, le second pastour; Therniite; Dieu; Gabriel; Michel; l'aveugle ; le boiteux. « L'acteur » fait, selon l'ordinaire, la désignation des divers person nages et résume d'avance la pièce. Il paraît y avoir eu onze échafauds dis tincts : le paradis ; l'échafaud de Marcian et de ses gens; celui de Dioscorus; la chambre de Barbe; l'échafaud des quatre tirants; peut-être une place distincte pour les messagers ; la chartre de l'empereur : On n'y voit clarté ne lueur Au parfond quant on y regarde. L'échafaud du prevost ; celui des pauvres ; le gibet ; la chambre où Barbe sera enfermée avec une femme de mauvaise vie; enfin l'enfer.

Devant vous ay tout publié.

Il n'y a plus que cest hermite

Que j'avoys icy oublié.

Puis l'acteur demande le silence, et prend ses précautions contre la censure :

Si nous disons riens contre droit

Et contre la saincte escripture

Nous le revocon cy endroit.

« Ouo finito, meretrix cantet quamdara cantilenam voluntariam etfaciet signa araoris illicite. » Ce que l'édition Caluarin traduit : « Icy la folle femme se présente et commence en chantant la chanson suyvante ou autre, avec gestes d'amour dissoluz et lubriques. »

Voicy la chanson (édition Caluarin) beaucoup plus décente que la note :

Tant que vivray en aage florissant

Je serviray amour, le dieu puissant,

Eu faictz, en ditz, en chansons et accords.

Par plusieurs jours m'a tenu languissant,

Mais puis après m'a fait réjouissant

Car j'ay l'amour de la belle au gent corps.

L'action commence après cette chanson. Dans la première journée l'empereur décrète la persécution contre les chrétiens. Le roi Dioscorus et sa femme s'en vont en voyage, laissant Barbe leur fille enfermée dans une tour très forte ; ce qui n'empêche Barbe, mal gardée par deux pucelles qui s'oublient à jouer au trente et un, d'être convertie et baptisée par un ermite. Les démons pour la perdre sont déchaînés sur la terre.

Dans la seconde journée, Dioscorus revient, apprend que sa fille est chrétienne et tout d'abord veut la tuer ; puis la livre à Marcien qui , après l'avoir torturée d'une horrible façon, la livre à une femme perdue chargée de corrompre la jeune vierge. Mais c'est Barbe qui exorcise et convertit la tentatrice, puis bat le diable, dont elle la délivre.

Alors Marcien renvoie Barbe à Dioscorus, qui décapite lui-même sa fille. L'âme de la sainte est portée au Ciel; des miracles accomplissent sur sa tombe. Les démons emportent ses bourreaux.

L'ermite termine la pièce en disant ces vers :

Or est morte la vraye martire !

Dont je requier Dieu, nostre sire,

Qui luy face pardon a l'ame.

Helas ! c'estoit tant bonne dame !

Je luy donné crestienté,

Et la mis dehors d'orphenté ;

Dont en paradis est saulvée. Elle fut en bonne heure née.

En louant le Dieu de lassus

Chanton Te Deum laudamus.

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SOURCES ET LIENS.

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— CASSARD (Jean-Christophe), En Bretagne au Moyen Âge, l'impensable sainteté féminine ? In Luc Capdevila, Sophie Cassagnes, Martine Cocaud,  et al.Le genre face aux mutations, p. 55-69

 

COUFFON (René), [1935]  Contribution à l'étude des verrières anciennes du département des Côtes-du-Nord, Mémoires de la Société d'émulation des Côtes-du-Nord. T. 67 1935, pages 167-171

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k441314t/f196.item

— ERNAULT (Emile), 1885, Le Mystère de Sainte Barbe, tragédie bretonne, texte de 1557, publié avec traduction française, introduction  et dictionnaire étymologique du breton moyen, Société de Bibliophiles bretons et de l'histoire de Bretagne, Nantes 1885 404 p, in 4°

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k736792/f11.image.r=Ernault+barbe.langFR

https://archive.org/details/lemystredesain00erna

—  Mystère de sainte Barbe en breton Aman+ ez dezraou buhez santes Barba dre rym , eues maz custumer he hoary en goelet Breiz. Gant euriou an itron sanctes Barba hac he Offic̜ou amplamant, éditeur E Montroulez, gant Ian Hardouyn, MDCXLVII (1647) BnF RES-YN-16

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1512211r

— LE MYSTERE DE SAINTE BARBE en cinq journées BnF Fr 24335-24339

http://archivesetmanuscrits.bnf.fr/ark:/12148/cc53179v

GATOUILLAT (Françoise), HÉROLD (Michel), 2005, Les vitraux de Bretagne, Corpus Vitrearum vol. VII, Presses Universitaires de Rennes.

 

 

MONCONTOUR (SITE DE L'OFFICE DU TOURISME DE) .

http://www.tourisme-moncontour.com/Vitrail-saint-yves_fiche_1796.html

 

MONTAROU (Virginie), Saint Yves entre le Riche et le Pauvre, in Saint Yves et les Bretons, Culte, image et mémoire (1203-2003).pages 215-228.

http://books.openedition.org/pur/22412?lang=fr

 

— PETIT DE JULLEVILLE (Louis), 1880,     Les Mystères, in Histoire du Théâtre en France, Paris, Hachette.

https://archive.org/stream/lesmystres02petiuoft#page/488/mode/2up/search/barbe

INFOBRETAGNE, Les vitraux de l'église de Moncontour..

http://www.infobretagne.com/moncontour-eglise-vitraux.htm

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Published by jean-yves cordier - dans Vitraux
20 mars 2018 2 20 /03 /mars /2018 20:05

Zoonymie des Odonates. Le nom de genre Brachytron Evans, 1845.

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Voir aussi :

 

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Résumé.

— Brachytron Evans, Brit. Libell.: 22, 1845. Le nom est expliqué par l'auteur dans sa description : "Nommé à partir du grec brachynô = "court" et êtron= "abdomen"  par allusion à son corps court et trapu" ; ce qui, associé à la forme distincte des ailes et au caractère pileux du corps, m'a conduit à le séparer du genre Aeshna".

Ce genre est monotypique (il ne contient qu'une seule espèce, B. pratense). Evans renvoie à la description d'Aeshna  vernalis de Vanderlinden (Opusc. scient. 4: 159, mais l'espèce avait été décrite sous le nom de Libellula pratensis (Libellule des près) par Müller en 1764 dans Faun. Insect Fridr.:62.  Evans renvoie aussi à Aeshna pilosa ou Aeschne velue de Charpentier ( Hor. ent. 37), et pour une variante, à Libellula aspis de la figure 3 de la  planche XVII de Exposition of English Insect

 

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I. LA PUBLICATION ORIGINALE.

 

Evans, W. F. (William Frederick), British libellulinae, or, Dragon flies : illustrated in a series of lithograph drawings, with a brief description of the insects, times of appearance, &c., printed for private circulation, London : Printed by J.C. Bridgewater 1845

 

https://archive.org/stream/britishlibelluli00evan#page/22/mode/2up

Named from ---, to abbreviate,---- , abdomen, in allusion  to its being short and stout ; which, together with the different shape of its wings, and the pilose body, has induced me to separate it from AEshna. 


BRACHYTRON vernalis. Vander Lin. plate 13, Jig. 1. mâle 
Figured as pilosa. Charp. Tab. 2L 
Ann. de la Soc. Ent. tome VII., Tab. 5,f. 2. femelle
var, as aspis. Harr. Exp. Eng. Ins. pl. 27,f. 3. 

Length of body, 2 inches to 2 inches 3 lines. 
Expanse of wings, 2 inches 8 lines to 3 inches. 
This species is found in the neighbourhood of London, at Hertford, and near Heme, Kent, during the month of June. 
It appears to be rather variable as regards the brightness of the markings on the body. 
The female has the wings yellow, and the thorax brown, and without the green marks thereon, which characterize the male. 

"Nommé à partir du grec brachynô = "court" et êtron= "abdomen, bas-ventre" [chez Rufus d'Éphèse]    par allusion à son corps court et trapu ; ce qui, associé à la forme distincte des ailes et au caractère pileux du corps, m'a conduit à le séparer du genre Aeshna"

Ce genre est monotypique (il ne contient qu'une seule espèce). Evans renvoie à la description d'Aeshna  vernalis de Vanderlinden (Opusc. scient. 4: 159, mais l'espèce avait été décrite sous le nom de Libellula pratensis  ou Libellule des près  par Müller en 1764 dans Faun. Insect Fridr.:62.  Evans renvoie aussi à Aeshna pilosa ou Aeschne velue de Charpentier ( Hor. ent. 37), et pour une variante, à Libellula aspis de la figure 3 de la  planche XVII de Exposition of English Insect

.Longueur du corps 2 inches à 2 inches 3 lignes

envergure des ailes 2 inches 8 lignes à 3 inches. Cette espèce se trouve dans le voisinage de Londres à Hertford et près de Herne (Kent) durant le mois de juin.

Elle semble être assez variable quand à l'éclat des marques de son corps.

La femelle a les ailes jaunes, et le thorax brun, et sans les marques vertes au dessus, qui caractérisent les mâles.

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Evans accompagne sa description d'une illustration (lithographie par l'auteur) d'un mâle  en planche 13 -1 :


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https://www.biodiversitylibrary.org/item/53510#page/57/mode/1up

https://www.biodiversitylibrary.org/item/53510#page/57/mode/1up

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Voici la Libellula aspis de la figure 3 de la planche XVII de Harris :aujourd'hui considérée en synonymie :

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 HARRIS, M. 1776-[1780]. An exposition of English insects, planche XVII fig 3, GDZ.

HARRIS, M. 1776-[1780]. An exposition of English insects, planche XVII fig 3, GDZ.

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II. RÉCEPTION DU GENRE :

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Steinmann 1997 :

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World Catalogue of Odonata, Numéro 110 par Henrik Steinmann 1997 page 68

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III. DESCRIPTION.

La plus petite des Aeshnidés d'Europe.

Période de vol printanier, plus précoce que les autres Aeschnes.

Abdomen massif non étranglé au niveau du troisième segment, mais au contraire cylindrique.

Dessin caractéristique du thorax : cotés verts barrés de deux lignes noires complètes (et non une).

Angle anal des ailes postérieures des mâles à peine marqué.

Corps velu, thorax  particulièrement velu.

Nervation : une ou deux rangées de cellules entre les nervures IR3 et Rspl d'une part, M et Mspl d'autre part

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IV. NOMS VERNACULAIRES.

Nom vernaculaire : pour l'espèce, Aeschne-velue, Aeschne-velue printanière (Diskstra), Aeschne printanière (Grand et Boudot). Voir plutôt  la zoonymie de B. pratense

Néerlandais : Glassnijder

Anglais : Hairy dragonfly, Hairy hawker, Spring hawker

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SOURCES ET LIENS.

 

 

ZOONYMIE :

— http://www.dragonflypix.com/etymology.html

— POITOU-CHARENTE NATURE (Association) / Philippe JOURDE & Olivier ALLENOU

http://www.poitou-charentes-nature.asso.fr/leucorrhine-a-front-blanc/

— ANTONIO (Costantino D’), VEGLIANTE (Francesca ) "Derivatio nominis libellularum europæarum"(PDF) (en Italien) Étymologie de 197 noms de Libellules européennes.

https://www.researchgate.net/publication/316791278_Derivatio_nominis_libellularum_europaearum

— PRÉCIGOUT (Laurent), PRUD'HOMME (Eric), 2009, Libellules de Poitou-Charentes, Ed. Poitou-Charentes Nature, 255 pages, 

— ENDERSBY (IAN D. ), 2012,  : Watson and Theischinger: the etymology of the dragonfly (Insecta: Odonata) names which they published  Journal and Proceedings of the Royal Society of New South Wales, vol. 145, nos. 443 & 444, pp. 34-53. ISSN 0035-9173/12/010034-20 34

https://royalsoc.org.au/images/pdf/journal/145_Endersby.pdf

— ENDERSBY (IAN D., FRS ), 2012, Etymology of the Dragonflies (Insecta: Odonata) named by R.J. Tillyard, F.R.S. Proceedings of the Linnean Society of New South Wales 134, 1-16.

https://openjournals.library.sydney.edu.au/index.php/LIN/article/viewFile/5941/6519

— ENDERSBY (IAN D., FRS ), 2012, The Naming of Victoria’s Dragonflies (Insecta: Odonata,  Proceedings of the Royal Society of Victoria 123(3): 155-178. 

https://www.academia.edu/28354624/The_Naming_of_Victoria_s_Dragonflies_Insecta_Odonata_

— ENDERSBY (IAN D. ), 2015, The naming's of Australia's dragonflies.

https://www.researchgate.net/publication/283318421_The_Naming_of_Australia%27s_Dragonflies

 http://dominique.mouchene.free.fr/libs/docs/GENE_origine_noms_odonates_Australie_Endersby_2015.pdf

— FLIEDNER (Heinrich), 2009, Die wissenschaftlichen Namen der Libellen in Burmeisters ‘Handbuch der Entomologie’ Virgo 9[5-23]

http://www.entomologie-mv.de/download/virgo-9/Virgo%200902%20Die%20wissenschaftlichen%20Namen%20der%20Libellen%20in%20Burmeisters.pdf

— FLIEDNER (Heinrich), "The scientific names of the Odonata in Burmeister’s ‘Handbuch der Entomologie".

http://dominique.mouchene.free.fr/libs/docs/GENE_Burmeister_Fliedner.pdf

— FLIEDNER (Heinrich),  1997. Die Bedeutung der wissenschaftlichen Namen Europaischer Libellen. Libellula, supplement I. Sonderband zur Zeitschrift der Gesellschaft deutschsprachiger Odonatologen (GdO) e.V. Fliedner, Bremen.

— HIJUM (Ep van ), 2005, Friese namen van libellen , TWIRRE natuur in Fryslan jaargang 16, nummer 4 page 142-147

http://natuurtijdschriften.nl/download?type=document&docid=555521

 

STEINMANN (Henrik), World Catalogue of Odonata, Walter de Gruyter, 6 févr. 2013 - 650 pages . Numérisé Google.

https://books.google.fr/books?id=IaEgAAAAQBAJ&dq=world+catalogue+odonata&hl=fr&source=gbs_navlinks_s

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EXTRAIT de BIBLIOGRAPHIE DES ODONATES.

CHARPENTIER (Toussaint de), 1825 - De Libellulinis europaeis In Horae entomologicae. - Wratislaviae. -

https://www.biodiversitylibrary.org/item/25890#page/7/mode/1up

DELIRY (Cyrille) : Bibliothèque des Odonates

http://www.deliry.com/index.php?title=Biblioth%C3%A8que_Odonatologique

DELIRY (Cyrille)  Monographie Brachytron pratense :http://www.deliry.com/index.php?title=Brachytron_pratense

— GEER, (Charles de), 1771 Mémoires pour servir à l'histoire des insectes , Stockholm : Hesselberg, .Tome 1 [1]-[15] 707 pages, 37 planches, Gallica . Tome second première partie 616 pages, ; Tome second deuxième partie pages 617 à 1175, 43 planches gravées par Bergquist. Gallica.

— GEOFFROY (Étienne-Louis, Docteur en médecine) 1762. Histoire abrégée des insectes qui se trouvent aux environs de Paris: dans laquelle ces animaux sont rangés suivant un ordre méthodique ; Paris : Durand 1762 Tome second Planches XI à XXII colorées à la main par Prévost gravées par Defehrt. 744p. http://archive.org/stream/histoireabrg02geof#page/n9/mode/2up

HARRIS, M. 1776-[1780]. An exposition of English insects. Including the several classes of Neuroptera, Hymenoptera & Diptera, or bees, flies & Libellulæ. Exhibiting on 51 copper plates near 500 figures, accurately drawn & highly finished in colours, from nature. The whole minutely described, arranged & named, according to the Linnean-system, with remarks. The figures of a great number of moths, not in the Aurelian collection, formerly published by the same author, and a plate with an explanation of colours, are likewise given in the work.  White & Robson, London. - [Rééd. complète en 1782 ]. 166 pp.

 

https://gdz.sub.uni-goettingen.de/id/PPN624677753?tify={%22pages%22:[152],%22panX%22:0.515,%22panY%22:0.796,%22view%22:%22thumbnails%22,%22zoom%22:1.541}

 

"Parallel English and French texts printed in two columns.
Digitized in 2010 from SUB Göttingen RMAG <4 ZOOL VI, 3423>. In the Göttingen volume, "plate with explanation of colours" is not present. In the Göttingen volume the title page carries the date 1782.
All taxa listed by Sherborn for 1776. Names of taxa established in this work are often associated with the date 1782, but it seems that the work was first published in 1776. "Text sheets were reissued in 1781; the 1782 edition is reset. With an additional engraved titlepage, dated 1782." (Source: National Library of Australia Catalogue, http://catalogue.nla.gov.au/Record/4848612 [04/2011]).
The 1782 edition of this work was obviously a reprint with probably identical content. We did not see the 1776 edition. It seems that the pages in both editions were either cut differently, or that Sherborn 1902 overlooked a generic name on p. 160 where the 1782 edition says "Tipulae continued", because Sherborn combined the new specific names with the genus Sylvicola from p. 159, and not with the genus Tipula with which we have combined the involved new specific names following the arrangement in the digitised copy.
Sherborn's 1902 extract of taxon names contained many corrections or subsequent misspellings (examples: Musca semulater -> M. semulator, coeo -> coco, ludeus -> ludens, compunctus -> compunctor, Apis vereor -> A. vereror, tacitus -> tasitus, etc.). It is possible that Sherborn had the 1776 edition and that the names were spelled differently there. It is also possible (and seems likely to us) that Sherborn tried to correct errors which we would not correct today under Art. 32.5 because these were not inadvertent errors. If the names were misspelled in the original source because the author did not know correct Latin, the original spelling (in the uncommon or incorrect orthography) must stand, so these putative errors are not to be interpreted as inadvertent errors under Art. 32.5. Only Art. 32.5 allows to correct errors in original spellings.
Species listed in the index were often spelled differently from the names that were established in the text before. This occurs especially with names that were described in the genus Musca. Taxa were entered following the spelling of their first occurrence in the text. Different spelling in the index were mentioned in the comments' field." (Animalbase)

https://www.gla.ac.uk/myglasgow/specialcollections/virtualexhibitions/birdsbeesandblooms/bees/mosesharrisanexpositionofenglishinsects/

https://gdz.sub.uni-goettingen.de/id/PPN624677753?tify={%22pages%22:[5],%22view%22:%22info%22}

https://gdz.sub.uni-goettingen.de/id/PPN624677753?tify={%22pages%22:[80],%22view%22:%22thumbnails%22}

MÜLLER  O.F. 1764 - Fauna insectorum Fridrichsdalina. - Hafnia & Lipsia. -

SELYS-LONGCHAMPS ( E.de) 1840 - Monographie des Libellulidées d'Europe. - Roret, Paris ; Muquardt, Bruxelles. http://www.deliry.com/selys1840.pdf
— SELYS-LONGCHAMPS ( E.de), 1840b - Enumération des Libellulidées de Belgique. - Bull. Ac. r. Bruxelles, Sér. 1 (7) : 31-43. -
— SELYS-LONGCHAMPS ( E.de),1850 - Revue des Odonates ou Libellules d'Europe. - Bruxelles, Paris. http://www.deliry.com/selys1850.pdf

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Published by jean-yves cordier - dans Zoonymie des Odonates
20 mars 2018 2 20 /03 /mars /2018 18:41

Les vitraux de l'église de Moncontour (22). I. La baie 7 : la verrière de la vie de saint Yves (1537). 

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Voir aussi  sur les groupes de Saint Yves entre le Riche et le Pauvre :


 

 

 

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Sur les vitraux de Moncontour, voir :

 

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Sur les vitraux "du groupe rennais" du XVIe siècle, voir 

 

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Sur les vitraux de Moncontour, voir :

Le vitrail de l'Arbre de Jessé ou baie 6 de l'église de Moncontour, vers 1538.

. Pour tous les 1330 autres articles de ce blog utilisez l'onglet "rechercher".

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"L'église Notre-Dame et Saint-Mathurin de Moncontour possède six vitraux anciens, qui forment l'un des les plus remarquables ensembles vitrés du XVIe siècle en Bretagne. Cet ensemble a été réalisé entre 1520 et 1540 environ en plusieurs temps et par plusieurs ateliers différents... Les trois verrières nord de l'église (baies 3, 5 et 7) se distinguent de toutes les autres par leur exceptionnelle qualité. Pour cette raison, et par leur caractère "très français", René Couffon comme Jean Lafond (*) proposent de les rattacher à la production rennaise contemporaine. D'eux d'entre elles sont datées, respectivement, de 1537 (baie 7, vie de saint Yves) et de 1538 (baie 5, vie de sainte Barbe) " (Gatouillat et Hérold 2005 p. 82).

(*) Dans Le vitrail français (1958, page 235), Jean Lafond souligne l'importance des peintres verriers de rennes, auxquels il attribue les "œuvres très françaises" des Iffs, de La Guerche, de La Ferrière et de Moncontour".)

"Peut-être les œuvres les plus séduisantes du XVIe siècle breton. Ces trois suites narratives, vies de saint Yves, de sainte Barbe et de saint Jean-Baptiste réalisées vers 1537, sont en effet d'une exceptionnelle richesse, d'une exécution et d'une ornementation brillante. Elles ont la qualité des verrières normandes du temps et pourraient puiser leur source dans la peinture flamande, anversoise peut-être. Antérieures à l'activité documentées de Michel Bayonne, elles ne doivent en aucun cas lui être attribuées, mais semblent être en mesure d'être reconnues comme une manifestation de la façon de rennes, dont seraient soulignées la diversité, aussi bien que les dénominateurs communs : le damas jaune des costumes de Moncontour ne se retrouve-t-il pas identique dans la verrière d'axe de Beignon ?".Gatouillat et Hérold 2005 ).

 

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"Il est remarquer que les architectures sont très trapues et même lourdes, telles que l'on en trouve dans certains vitraux d'Ille-et-Vilaine, d'ailleurs excellents, à la Baussaine, Champeaux, etc.
Nous croyons donc que c'est peut-être à un atelier de Rennes qu'il faut attribuer ce beau vitrail, sans toutefois en avoir la moindre certitude.
Ce vitrail a beaucoup d'analogie avec les vitraux voisins de sainte Barbe et de saint Jean, notamment dans la facture des décors des architectures renaissance, où le jaune d'argent est répandu à profusion. Les tons des verres sont également les mêmes, les fabriques des fonds également, peintes en bleu foncé avec touches de jaune d'argent. Il y a cependant, dans certaines parties, de grandes différences d'exécution, peut-être à cause des restaurations, peut-être aussi parce que le maître verrier n'avait dans le premier cas aucun carton et pour les deux autres des cartons flamands.
Par exemple, si l'on compare l'ange assistant saint Yves à sa mort et l'ange du baptême de sainte Barbe, l'on voit aux deux la même robe jaune tandis que la facture des figures et des chevelures diffère profondément." (Couffon)

 

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Ainsi, cette baie 7 offre-t-elle deux sources d'intérêt : l'une, iconographique, est de découvrir des scènes de la Vie de saint Yves complétant le très fréquent tableau d'Yves entre le Riche et le Pauvre. L'autre, stylistique, est d'étudier l'activité de cette production "rennaise" du deuxième quart du XVIe siècle.

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Haute de 7 mètres et large de 1,90 m, la baie 7 comporte 3 lancettes — celles de droite et de gauche cintrées) de 21 panneaux, divisés en trois registres, et un tympan à 5 ajours et 2 écoinçons. Elle a été restaurée et complétée en 1891-1893 par l'atelier parisien d'Albert Bonnot.

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"Ce vitrail, qui orne la dernière fenêtre de la longère nord, près du pignon ouest, est consacré aux oeuvres de miséricorde accomplies par saint Yves.

La fenêtre est divisée verticalement par deux meneaux en trois lancettes. Chacune des lancettes renferme six panneaux de verre peint, réunis deux à deux pour représenter un tableau. Chaque lancette comporte ainsi trois tableaux, séparés entre eux par de lourdes architectures renaissances sur lesquelles s'étale toute la grammaire décorative : arabesques, puttis, bustes de faunes, petits bustes de femmes, dauphins affrontés, coquilles, etc., etc. Des colonnes torses et cannelées supportent ces architectures.
Notons que, dans toutes les scènes à l'exception de la troisième, saint Yves porte le costume d'official, cotte et camail rouge, housse blanche parsemée d'hermines, chaussons violets, et qu'il est coiffé d'un béret rouge. " (Couffon)

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REGISTRE INFÉRIEUR. SAINT YVES ENTRE LE RICHE ET LE PAUVRE.

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Elle est disposée sous une travée d'architecture dont les  supports portent chacun un cartouche  avec la date de 1537. 

"Toute la partie inférieure de ce tableau a été refaite.
Au centre, devant un damas vert bordé d'un galon d'or perlé et frangé de bleu et or, le saint tient à la main le rouleau du procès. A gauche, le pauvre, en souliers blancs, chausses trouées et rapiécées, manteau gris à ceinture rouge, et portant à la main son bonnet jaune.


A droite, le riche, en toque rouge à ornements jaunes, houppelande violette doublée de fourrure, tunique de damas or s'ouvrant sur une fine chemise, ceinture verte, bourse bleue, bas des manches et chausses rouges, fourreau d'épée violet.

A gauche et à droite des deux derniers personnages, fabriques analogues aux précédentes. Les deux colonnes portent chacune un cartouche avec la date de 1537.


L'on a voulu reconnaître dans les lointains des paysages des environs de Tréguier et faire honneur de ce vitrail aux verriers de cette école. Or, si l'on examine attentivement les fabriques, l'on voit qu'il n'en est rien et qu'elles sont semblables à celles des graveurs flamands, qui, comme l'on sait, les avaient eux-mêmes empruntées aux Lombards . D'autre part, les riches perlages des costumes, les angelots, les petits bustes des architectures, dénotent également une influence flamande très caractéristique, influence de Flamands imbus de la Renaissance italienne." (Couffon)

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Baie 7 ou verrière de saint Yves (1537), église de Moncontour. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Baie 7 ou verrière de saint Yves (1537), église de Moncontour. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Baie 7 ou verrière de saint Yves (1537), église de Moncontour. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Baie 7 ou verrière de saint Yves (1537), église de Moncontour. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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La scène se déroule sur une tribune  de style Renaissance inspirée par les monuments romains. Une longue architrave de marbre blanc est ornée d'entrelacs contournés dorés, et porte un appareil où alternent les pots à feu, les putti, ou des candélabres. Une tenture verte  y est suspendue, bordée d'orfrois à perles et gemmes, ourlée de franges, et frappée de décors damassés de grenades. Le sol est dallé de marbre bicolore  bleu clair et gris. Le point de fuite de la perspective correspond à la tête du saint. 

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Baie 7 ou verrière de saint Yves (1537), église de Moncontour. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Baie 7 ou verrière de saint Yves (1537), église de Moncontour. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Source BnF Gallica http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k4541886/f440.item

Source BnF Gallica http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k4541886/f440.item

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Mathurin Méheut, "Vive la Saint-Yves", crayon gouache, papier, 17 mai 1936. Musée Mathurin Méheut de Lamballe

Mathurin Méheut, "Vive la Saint-Yves", crayon gouache, papier, 17 mai 1936. Musée Mathurin Méheut de Lamballe

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En 1537, l'artiste pouvait avoir accès à l'une des quatre éditions successives des Grandes Croniques de Bretaigne d'Alain Bouchart rédigées à la demande d'Anne de Bretagne et éditées pour la première fois en 1514 par Jehan de la Roche pour Galliot des Près. Le chapitre XX du quatrième livre est consacré à saint Yves, avec une gravure montrant Saint Yves et le Pauvre.

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Il pouvait y lire :

"Et neautmaintz qu'il feust official de Treguer, si fut il advocat des pouvres et miserables personnes, et s'emploioit bien voluntiers à pacifier les parties et à les mectre d'acord ; car par tout où il congnoissoit pouvres gens qui pleidoient, il prenoit la charge de leurs causes, et, s'il les congnoissoit desraisonnables, il les mectoit d'acord et ne les soustenoit en procès ; et où il veoit que les pouvres gens avoient bon droit et n'avoient de quoy poursuivir leurs procès, il  conduisoit à ses dépens les appellations des sentences donnees es bons procès des pouvres jucques à Rennes et à Paris, tellement qu'il en venoit à bon chef, car il avoit tousjours Dieu avceques luy". (Grandes croniques, folio 147)

 

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Saint Yves et le Pauvre, Grandes croniques de Bretaigne d'Alain Bouchart, 1514.

Saint Yves et le Pauvre, Grandes croniques de Bretaigne d'Alain Bouchart, 1514.

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Le Pauvre.

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Déguenillé comme il se doit, il tient respectueusement son chapeau de feutre à la main. Il est vêtu d'une chemise boutonnée sur le devant et serrée par une ceinture rouge, d'une veste bleue, de chausses rapiécetées, et de méchantes chaussures dont les pièces de cuir ne protègent pas les orteils. 

Les deux genoux du Pauvre sont fléchis, ce qui contribue, comme le fait qu'il soit en marche vers la droite et représenté de profil, à s'opposer au Riche, campé de face, jambes écartés, parfaitement d'aplomb. Le pauvre homme est le plus petit des trois protagonistes. Il est voûté, ses cheveux sont blancs et mal peignés, ses lèvres crispées par l'amertume et la peur.

En arrière plan, une montagne domine une vallée où coule un fleuve.

Comparez avec Le Vagabond de Jérôme Bosch (entre 1490 et 1510)

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Baie 7 ou verrière de saint Yves (1537), église de Moncontour. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Baie 7 ou verrière de saint Yves (1537), église de Moncontour. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Baie 7 ou verrière de saint Yves (1537), église de Moncontour. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Baie 7 ou verrière de saint Yves (1537), église de Moncontour. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Saint Yves.

La partie inférieure de la figure du saint refaite.

Le saint  porte le costume d'official, c'est à dire de Juge des affaires ecclésiastiques :  la cotte et le camail rouge, le surplis blanc parsemée d'hermines, les chaussures violettes. Il est coiffé d'un bonnet rouge proche de la barrette. Il est tourné vers le Pauvre et il lit avec un sourire bienveillant sa défense (son placet), qui tient sur une feuille de parchemin. 

 

« Les vitraux de Moncontour et ceux des Iffs présentent ainsi de nombreux points communs, sans que l’on puisse parler de copies : tunique rouge et surplis blanc orné d’hermines pour saint Yves, tenue et posture assez proches pour le riche.

Une autre grande qualité demandée aux prêtres est d’afficher un caractère calme et pacifique. Le visage d’Yves Hélori apparaît ici serein et accueillant, n’exprimant aucune passion mais seulement une certaine béatitude. Enfin, le bon prêtre doit posséder certaines vertus. Les deux premières grandes qualités, particulièrement mises en valeur dans l’iconographie du groupe, sont l’équité et l’incorruptibilité de l’homme de Dieu. Il faut rappeler que le clergé avait des compétences judiciaires et qu’Yves Hélori avait exercé la charge d’official ou juge ecclésiastique. Dans tous les groupes, des plus anciens aux plus récents, saint Yves refuse l’argent du riche ou repousse ses propositions indécentes d’un geste de la main. Le message ainsi illustré est le suivant : la justice divine, matérialisée parfois par la présence de la colombe, symbole du Saint-Esprit, n’est pas accessible à la corruption, par opposition à la justice humaine. Écartant le riche, saint Yves est souvent représenté penché ou simplement tourné vers le pauvre pour mieux l’écouter, pour prendre les éléments de son sac à procès voire pour le protéger des attaques du puissant plaideur. Sur le vitrail des Iffs, le saint tend la main pour prendre le placet du pauvre et sur celui de Moncontour, il lit les plaintes du malheureux. Les hommes sont donc égaux devant la justice divine, même si saint Yves semble s’intéresser prioritairement au pauvre. En fait, le saint homme rééquilibre l’inégalité entre les deux plaideurs et met en confiance le pauvre plus qu’il ne le favorise." (V. Montarou)

 

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Baie 7 ou verrière de saint Yves (1537), église de Moncontour. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Baie 7 ou verrière de saint Yves (1537), église de Moncontour. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Le Riche.

Son portrait évoque celui de François Ier par Jean Clouet vers 1530, tel qu'il est décrypté par Anne Sophie Lambert (BnF). On y retrouve la posture de face au visage de trois-quart, la toque de velours rouge, ornée de médailles et barrettes d'or, et d'où émerge des plumes bleue et rouge, les cheveux non bouclés et couvrant l'oreille, la barbe taillée courte, la fine chemise blanche à bordure de dentelle, sans col. Nous admirons aussi la richesse du  pourpoint de drap damassé d'or  et dont deux boutons encadrent une fente médiane formant une taillade, et la jupe doublée d'hermine,qui doit être le prolongement d'une saie. Comme tout seigneur, notre Riche pose la main sur le pommeau de son épée, dont le fourreau est bleu.

Une autre parallèle peut être établi avec le portrait de Henri VIII par Hans Holbein le Jeune, peint en 1537. Nous y trouverons les bas rouges et les chaussures au bout élargies "en pattes d'ours" et à crevés. C'est aussi sur ce portrait que nous observerons la pelisse de drap bleu entièrement doublée de fourrure, aux manches larges et courtes fendues par des taillades aux bords brodés et à l'ouverture resserrée par un bouton. Par ces manches passent les bras d'une tunique rouge, là encore tailladée de crevés en soufflets et issant de dentelle aux poignets. De même, la taille de notre gentilhomme est entourée, un peu comme sur le portrait d'Henri VIII, d'une ceinture, de couleur verte, serrée par un nœud gansée.

L'élément important est la bourse de velours bleu, bien pleine, et dans laquelle le seigneur vient sans doute de prendre une pièce d'or qu'il tend au saint. Je ne distingue pas cette pièce, mais la position des doigts, et la proximité de la main et de la bourse me suffise pour me convaincre qu'elle est bien présente.

En somme, ce Riche n'est pas un nanti local, un marchand qui a réussi, c'est la figure des droits de la Noblesse et du Pouvoir Royal. 

 

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Baie 7 ou verrière de saint Yves (1537), église de Moncontour. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Baie 7 ou verrière de saint Yves (1537), église de Moncontour. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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REGISTRE MOYEN. YVES ET LES PAUVRES.

 

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Baie 7 ou verrière de saint Yves (1537), église de Moncontour. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Baie 7 ou verrière de saint Yves (1537), église de Moncontour. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Source BnF gallica

Source BnF gallica

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"4ème tableau. Au premier plan, saint Yves verse avec une aiguière jaune de l'eau sur les mains d'un infirme, appuyé sur une béquille et vêtu de haillons bleus. Au fond, saint Yves recueille des pauvres à sa table. Le saint est assis à table avec cinq convives. A sa droite, l'un en jaune rouge, à sa gauche, un autre en bleu. Du troisième l'on ne voit que la tête ; un quatrième, de dos, est vêtu de vert, avec bras gauche et épaule nus. Enfin, à côté et de dos également, le cinquième vêtu de bleu. Un serviteur, en bonnet de feutre rouge et veste verte, apporte un plat." (Couffon)

 

"Dans la deuxième travée, la vie toute de charité du saint est figurée. Il lave lui-même les plaies d'un infirme. Puis il admet les mendiants à sa table. Ceux-ci, loin de s'en montrer reconnaissants, se comportent mal. L'un crache dans le plat qu'on lui présente. Un autre a accaparé un pichet qu'il cache derrière son dos, etc. Saint- Yves, qui n'attend pas sa récompense ici-bas, voit tout, ne s'en offense pas, offre à Dieu ces humiliations et garde un visage doux et aimable." (Lorin)

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"Saint Yves partage le repas des pauvres. au premier plan, il leur lave les mains, au second plan il est à table avec eux, l'un crache dans le plat qu'on lui présente, l'autre accapare un pichet et le cache derrière lui." (Gatouillat et Hérold). 

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Un pauvre qui crache dans le plat ? À d'autres ! Je vois plutôt une allusion à la Cène — par la disposition des personnages — , mais aussi un affamé qui ronge un os, je vois une bourse pleine posée sur la table, je vois un démuni à l'épaule nue, "etc."

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"Jamais, dit Yves Catoïc, on ne l’a vu refuser l’aumône. Quand il n’avait plus d’argent, il distribuait le pain de sa maison, souvent la fournée tout entière. Lorsque le pain était distribué, il donnait ses vêtements, et plus d’une fois on l’a vu se dépouiller lui-même pour habiller les pauvres nécessiteux. Comme sa maison ne suffisait pas pour loger tous les malheureux qui s’y pressaient, il fit bâtir, tout auprès, un hôpital pour les recevoir, et là, dit Geffroy, son ancien vicaire, il leur donnait tout le bien qu’il avait reçu du bon Dieu. Avant de dîner lui-même, il distribuait, de ses propres mains, du pain aux pauvres qui se trouvaient à sa porte. S’il n’y en avait pas assez, il allait les chercher et en invitait même un certain nombre à manger avec lui. Il les faisait asseoir à sa table, partageait avec eux son morceau de pain d’orge, les légumes et les fèves de ses champs, et comme il n’y avait chez lui que de l’eau pour toute boisson, il en faisait boire à ses convives improvisés et buvait ensuite dans la même écuelle. Quand j’ai dit qu’il les faisait asseoir à sa table, c’est une manière de parler, car sa table, à lui, c’était la terre nue sur laquelle il s’asseyait avec ses amis, les pauvres, qu’il regardait aussi comme les amis du bon Dieu. Après le repas, il mettait discrètement dans le bissac de chacun un gros morceau de pain pour leur souper.

Si les hôtes de Kermartin étaient des malades ou des infirmes, le saint prêtre savait varier son menu : une soupe au lard, une écuellée de cidre, parfois un peu de vin et d’autres délicatesses, qu’il se refusait impitoyablement à lui-même. Quand la nuit était proche, il les retenait à coucher, leur lavait lui-même les mains, les seules fois sans doute où l’eau touchait à leur épiderme endurci, leur servait tout ce qu’il y avait de friandise dans sa pauvre demeure ; puis après avoir préparé, de ses propres mains, un lit pour les coucher, il leur aidait à s’y mettre. Pour lui, il prolongeait longuement dans la nuit son travail et ses prières, jusqu’à ce que la fatigue ne l’obligeât à s’étendre sur la terre humide, dans un coin quelconque de sa chambre. Un jour, lisons-nous dans son office, un pauvre arriva un peu tard à Kermartin, et de crainte d’importuner la maison, il se coucha sur une pierre qu’on montre encore non loin de la porte. Yves, en sortant le matin de bonne heure, heurta ce pauvre tout glacé et presque mort de faim et de misère. Aussitôt il le fait entrer, le couche dans son lit, le recouvre de ses propres vêtements, et pour se punir de cette faute bien involontaire pourtant, se met lui-même, la nuit suivante, à la place du pauvre et prend son sommeil sur cette pierre dure, sans aucune couverture,  pendant un hiver très rigoureux." (Abbé France, 1893)

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Baie 7 ou verrière de saint Yves (1537), église de Moncontour. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Baie 7 ou verrière de saint Yves (1537), église de Moncontour. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Baie 7 ou verrière de saint Yves (1537), église de Moncontour. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Baie 7 ou verrière de saint Yves (1537), église de Moncontour. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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"5ème tableau. Au premier plan, saint Yves fait l'aumône à deux pauvres. Le premier, en chemise et chausses violettes, porte à son côté une gourde ; l'autre, derrière lui, est vêtu de bleu. Dans le fond, sous un édifice à arcades carrelé en brun et blanc, un malade, le torse nu et la tête bandée, occupe un lit avec draps et couverture verte. A son chevet, banc et récipient jaune. Saint Yves est près de lui et le soigne. A côté, dans une scène coupée, le saint ensevelit un mort." (Couffon )
 

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"Dans le tableau suivant, saint Yves fait l'aumône à deux pauvres. Dans le fond, à gauche, il visite et soigne lui-même les malades, tandis qu'à droite il ensevelit et enterre les morts, avec l'aide d'un frère pénitent." (Lorin)

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"Au premier plan, Yves fait l'aumône à des estropiés. Au second plan, il est au chevet d'un malade" (Gatouillat et Hérold).

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Baie 7 ou verrière de saint Yves (1537), église de Moncontour. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Baie 7 ou verrière de saint Yves (1537), église de Moncontour. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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La mort de saint Yves sur une claie, entre deux anges,  et son apothéose où son âme est conduite au ciel par deux anges.

 

"6ème tableau. Mort de saint Yves. Le saint, nu-tête, est couché sur une claie bleue, posée sur un carrelage vert, et veillé par deux anges, l'un en robe jaune avec ailes violettes, l'autre en robe violacée avec ailes rouges. Dans le fond, fabriques en grisaille avec pointes de jaune d'argent. En haut du tableau, l'âme du saint, sous la forme d'un petit personnage nu, est portée au ciel par deux anges, vêtus comme les précédents. " (Couffon)

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Baie 7 ou verrière de saint Yves (1537), église de Moncontour. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Baie 7 ou verrière de saint Yves (1537), église de Moncontour. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Baie 7 ou verrière de saint Yves (1537), église de Moncontour. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Baie 7 ou verrière de saint Yves (1537), église de Moncontour. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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TROISIÈME REGISTRE.

 

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Baie 7 ou verrière de saint Yves (1537), église de Moncontour. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Baie 7 ou verrière de saint Yves (1537), église de Moncontour. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Source BnF Gallica http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k4541886/f432.item.zoom

Source BnF Gallica http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k4541886/f432.item.zoom

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"1er tableau. Saint Yves, au premier plan, écoute les leçons d'un cordelier de Rennes et prend des notes tandis que ses camarades paraissent s'ennuyer [Note : Témoignage 29 du Procès de canonisation de saint Yves : « J'allais au couvent des Frères Mineurs de Rennes entendre expliquer le quatrième livre des Sentences et la sainte Ecriture. Alors, sous l'influence des divines paroles, je me pris à mépriser le monde et à désirer ardemment les biens célestes »].

A côté du saint, un vieillard à barbe blanche, en toque verte et vêtement jaune, puis un jeune homme coiffé d'un chapeau de feutre à fond plat violet et vêtu d'un habit rose violacé à col jaune ; enfin, à droite, un vieillard barbe blanche, en chapeau bleu, robe bleue, pourpoint rouge à bouffants jaunes et manches pendantes vertes. Le cordelier, en froc gris-brun, enseigne dans une chaire brune. Dans le fond de ce tableau, saint Yves sert la messe dans une église aux murailles violettes. L'officiant porte une chasuble bénédictine blanche et or et une aube à parement. L’autel, sans tabernacle, avec retable blanc et or, est surmonté d'un dais rouge. Dans ce panneau, l'emploi abondant du jaune d'argent est à remarquer, la tête de saint Yves et celle du cordelier ont été refaites à l'époque moderne." (Couffon)
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"Dans la perspective, saint Yves, enfant, répond la messe. Il porte déjà le costume qu'il ne quittera plus : la robe et le béret écarlate, fourrés d'hermine, avec le nimbe d'or. — Le saint devenu écolier assiste à un cours fait par un religieux. Assis au pied du maître, il écoute attentivement, prend des notes, tandis que ses condisciples rient, causent, dorment." (Lorin)

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"Au premier plan, saint Yves écoute l'enseignement d'un moine franciscain, au second plan, il sert  la messe, images de saint Jean-Baptiste et de saint Jean l'Évangéliste sur le retable de l'autel." (Gatouillat et Hérold)

 

Ces quelques citations illustrent la liberté imaginative des commentateurs, puisqu'il est évident que saint Yves tourne le dos au prédicateur, qu'il lit mais ne prend aucune note, et qu'il détourne à son profit l'attention d'un jeune garçon. L'homme âgé qui est devant lui porte un habit à franges rituelles. En réalité, je pense que l'artiste a illustré ce passage des Grandes croniques de Bretaigne d'Alain Bouchart  :

 

"Après que le bon sainct Yves eut esté instruyt et parfait es sciences de grammoire, des ars, des droitz canon et civil, et aussi qu'il fut principié en la science de théologie, il se retyra en la ville de rennes et fut official de l'archidiacre de rennes par quelque temps. Et ce pendant qu'il estoit official, il frequentoit les lectures d'un religieulx théologien ou couvent des Freres mineurs de Rennes, soubz lequel il ouyt le quart livre de Sentences et grant partie de la Bible et aprint et retint moult de vertueuse doctrine, car le lecteur estoit sainct homme ; et oncques puis ne fut curieulx sainct Yves des plaisances mondaines ensuyvir."  Bouchart Alain, Grandes croniques de Bretaigne, Paris, 1986, t. 2, ch. XX, p. 14.

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Saint Yves suit sur son livre le commentaire donné  en chaire par le franciscain. J'accède ainsi à une meilleure compréhension du vitrail, ce qui m'amène à lire avec intérêt le passage suivant : 

 

"Ce séjour rennais est également marqué par un événement personnel de grande importance. Yves profite de l'existence d'un studium franciscain dans la ville pour aller y écouter les leçons qu'on y donne. C'est en suivant cet enseignement, comme il le confiera plus tard avec réluctance au frère Guyomar Morel, qu'il commence à envisager de changer radicalement le cours de sa vie. « Il entendait expliquer le quatrième livre des Sentences (de Pierre Lombard) et la Bible, et les divines paroles qu'il écoutait le portèrent à mépriser les choses de ce monde et à désirer passionnément les biens du Ciel. Un studium assure la formation avancée des frères : ce n'est pas une simple école conventuelle à l'intention des novices, mais un centre d'études plus complet où l'on enseigne à la fois la philosophie, la théologie, le droit canon et les Saintes Écritures, éventuellement préparatoires à l'envoi à l'Université des esprits les plus brillants qui seront alors hébergés dans des couvents proches de ses murs et bien équipés . [..]L'enseignement dispensé demeure des plus classiques pour l'époque : les Sentences de Pierre Lombard (mort en 1164) tiennent lieu, pour les universitaires comme pour les professeurs de l'ordre des frères Mineurs, de manuel de base dans les études religieuses, car l'intégralité de la doctrine chrétienne s'y trouve exposée de façon accessible et canonique. Le quart livre des Sentences porte sur l'Église et les Fins dernières : il procure un commentaire ordonné du devenir de l'âme après la mort en étroite relation avec la sacramentaire ecclésiale. L'idée directrice était que c'est dans la mesure où l'homme vit en Jésus-Christ grâce aux sacrements offerts par l'Église qu'il parvient , avec la communauté des croyants, à l'éternelle béatitude. Nous ignorons l'esprit et la teneur exacte des commentaires faits sur cet ouvrage vénérable et sur les Écritures devant l'official Yves Hélori : ils le bouleversèrent en tout cas cette fois car il avait certainement entendu d'autres gloses sur le même livre à Paris. Peut-être est-il plus réceptif à l'argumentation sensible d'un maître franciscain qu'à la rigueur raisonnante d'un scolastique." Yves de Tréguier : un saint du XIIIe siècle. Jean-Christophe Cassard - 1992

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En arrière-plan, Yves  est figuré tenant la chasuble d'un prêtre célébrant la messe, mais son costume et son nimbe s'accorde difficilement à l'hypothèse que cela se réfère à son enfance. Sur le retable, les deux saint Jean encadrent un saint évêque.

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Baie 7 ou verrière de saint Yves (1537), église de Moncontour. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Baie 7 ou verrière de saint Yves (1537), église de Moncontour. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Baie 7 ou verrière de saint Yves (1537), église de Moncontour. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Baie 7 ou verrière de saint Yves (1537), église de Moncontour. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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"2ème tableau.

Saint Yves, assis dans la chaire de l'official de Tours, interroge une jeune fille du diocèse de Tréguier qui niait obstinément son mariage à tout autre qu'à saint Yves [Note : On a voulu voir dans ce tableau le procès de l'hôtesse de saint Yves à Tours où celui-ci prononça sa célèbre plaidoirie mais De La Borderie a fait très justement remarquer que dans ce procès il n'était qu'avocat tandis que dans l'autre affaire il était juge, comme représenté sur le vitrail].

Le vêtement de la jeune fille est fort riche. Sa coiffe de drap d’or est brodée de perles, ses manches sont de brocart d'or, sa tunique verte et sa robe rouge sont également garnies de larges rubans d'or à perlages.
Au premier plan, le greffier, vêtu de chausses violettes et d'une robe bleue foncée à col jaune et guimpe blanche, inscrit la déposition. Il est coiffé d'un béret violet. Dans le fond, sur un damas vert bordé d'un riche galon d'or perlé, se détachent deux témoins en robes et bérets respectivement bleus et violets." (Couffon)

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"Cette scène rappelle le miracle de Tours. Official, il siège sur son tribunal. La veuve tient en main la sacoche à elle confiée par deux marchands qui l'avaient assurée pleine d'or, alors qu'elle ne contenait que des pierres. Ils se réjouissent de leur supercherie, mais le saint, qui la reconnue, dicte à son greffier la sentence qui les déboute de leurs exigences." (Lorin)

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"Saint Yves, official, interroge une jeune femme qui tient en main la sacoche qui lui avait été confiée par deux marchands comme étant pleine d'or, alors qu'elle contenait seulement des pierres. (Gatouillat et Hérold).

N.B : la jeune femme ne tient pas "une sacoche", mais un sac à procès. 

 

"Il s’est passé, vers le même temps, un fait extraordinaire dont a parlé Jean de Coëtfrec, et l’abbé de Bégard s’en est fait l’écho durant la procédure. Il s’agissait d’un jeune homme de Louannec qui avait épousé une fille de sa paroisse. Celle-ci se refusant à suivre son mari, en appela aux tribunaux pour faire invalider son mariage. Yves fut encore appelé pour plaider cette affaire et défendre le jeune homme. En sa présence, la fille de Louannec affirmait que réellement elle avait épousé ce jeune homme et qu’elle ne voulait pas d’autre mari que lui. Devant le tribunal, au contraire, elle le niait obstinément. La même scène s’étant répétée plusieurs fois, la cause fut portée jusqu’à Tours. L’official qui était chargé de la juger fut fortement étonné en présence d’un fait qui lui révélait la sainteté de l’avocat. Ne sachant comment en venir à bout, il descendit de son siège et chargea Yves de porter le jugement, ce qu’il fit pour le plus grand bien des deux contestants." (Abbé France)

 

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Baie 7 ou verrière de saint Yves (1537), église de Moncontour. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Baie 7 ou verrière de saint Yves (1537), église de Moncontour. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

"3ème tableau. Miracle de la messe de saint Yves. Au premier plan, saint Yves, revêtu d'une riche chasuble bleue avec croix brodée d'or portant l'écu de Bretagne, célèbre la messe. Au moment de l'Elévation, la colombe blanche du Saint Esprit apparaît et remplit l'église d'une lueur éblouissante, figurée par des rayons d'or. Un assistant, vêtu de rouge, tient un cierge de la main gauche, et de la droite relève la chasuble . Au second plan l'on aperçoit les têtes de trois personnages.
Dans le fond, saint Yves distribue son blé aux pauvres. Le saint regarde un homme, en cotte bleue et chausses vertes, remplir avec une pelle un sac que lui tient un autre personnage vêtu de jaune. Un troisième emporte sur son dos un sac plein. La scène se passe dans un grenier aux murs violets avec oculus bleu." (Couffon)

" Il disoit, tous les jours, fort devotieusement son service & celebroit la Sainte Messe, avant que de se vétir des ornemens Sacerdotaux, il se mettoit à genoux devant ou à costé de l’Autel auquel il devoir dire la Messe, le visage couvert de son chapperon, les mains jointes, le coeur élevé en Dieu, se recolligeoit, &, après la Messe, en faisoit de mesme ; & une fois, en la grande Eglise de Treguer, pendant qu’il faisoit ses Actions de grâces après la Messe, une belle Colombe, environnée d’une grande clarté, s’estant reposée sur son chef, s’envola sur le grand Autel & y demeura quelque temps, puis disparut. "  (Albert le Grand)

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Baie 7 ou verrière de saint Yves (1537), église de Moncontour. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Baie 7 ou verrière de saint Yves (1537), église de Moncontour. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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LE TYMPAN.

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Le tympan renferme cinq mouchettes. 

Dans l'ajour sommital, Dieu le Père bénissant (presque entièrement refait).

En dessous, séraphins et chérubins, chœur d'anges dans les nuées, aux patrons retournés.

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Baie 7 ou verrière de saint Yves (1537), église de Moncontour. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Baie 7 ou verrière de saint Yves (1537), église de Moncontour. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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DISCUSSION.

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Guidée par d'illustres auteurs, notre découverte de cette verrière s'est laissée happée par le sujet hagiographique, par la description des scènes figurées et par leur interprétation. Rien n'a été dit de la technique, et rien n'a été dit non plus du décor, et rien de l'intégration de cette verrière dans un programme  général des vitraux de Moncontour.

Un programme général.

— La verrière d'axe a été réalisée vers 1520-1530, offerte par Claude de la Villeblanche, grand panetier de la reine Claude de France en 1522, et par Jacques de la Motte, seigneur du Vauclerc. Elle représente l'Enfance du Christ.

— Entre 1500 et 1525 la baie 6 a reçue la verrière de la Vie de saint Mathurin, patron de l'église, offerte par Jacques de la Motte.

— Vers 1530-1540 est posée la baie 4 ou verrière de l'Arbre de Jessé, thème dont on connait la valeur comme défense du dogme de l'Immaculée-Conception.

— Vers 1535-1540 a été vitrée la baie 3, ou Verrière de la vie de saint Jean-Baptiste, offerte par Jean Le Mintier et Marie Le Moine.

— En 1537 la baie 7 reçoit la vitre de la Vie de saint Yves.

— En 1538 la baie 5 reçoit celle de la Vie de sainte Barbe.

Nous constatons donc l'importance des représentants de la noblesse (et le lien avec la cour royale) comme commanditaire ou donateurs pour 3 des 6 vitraux, et l'importance du culte des saints pour 4 des 6 vitraux.

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Un programme théologique ?

Les thèses de Luther ont été placardées sur la porte de l'église de Wittemberg en 1517. Elles condamnent le recours aux Indulgences pour financer la construction de la Basilique Saint-Pierre de Rome.

Entre 1520 et 1538, dates de la réalisation des vitraux de Moncontour, la présence du protestantisme n'est pas attestée en Haute-Bretagne avant les années 1530, puis sera extrêmement discrète jusque en 1550 où un noyau calviniste se forme à Rennes. Mais les thèses calvinistes sont influentes à la cour auprès de François Ier, de Marguerite de Navarre et de Renée de France, sœur de la reine Claude de France. 

La place donnée au culte des saints, et la défense de l'Immaculée-Conception, témoignent-elles pourtant déjà d'un soutien aux idées réformistes ?

En particulier, dans la verrière de la Vie de saint Yves, le miracle de la Messe de saint Yves, véritable équivalent de la Messe de saint Grégoire, défend sans doute le dogme de la Présence Réelle du Christ dans l'Eucharistie.

A contrario, l'insistance sur la valeur de la pauvreté, reprenant les valeurs évangéliques défendues par saint François et par les Franciscains ne témoigne-t-elle pas d'une remise en cause des richesses de l'Église ?

En premier lieu, le triptyque d'Yves entre le Riche et le Pauvre n'est-elle pas une dénonciation des abus du Pouvoir, et de l'injustice fondée sur le pouvoir de l'argent ?

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Saint Yves entre le Riche et le Pauvre : un thème récent et d'influence italienne.

Le groupe à trois personnages d'Yves entre le Riche et le Pauvre est représenté 89 fois en Bretagne, d'après l'inventaire de Virginie Montarou. Mais aucuns sont antérieurs au XVe siècle, seuls 2 d'entre eux datent du XVe siècle, et 33 datent du XVIe siècle. 

Parmi les 13 vitraux de ce Groupe, seuls 6 sont datés et 3 datent du XVIe siècle. Celui de Moncontour est  le plus ancien. Celui de Saint-Herbot date de 1556, et celui des Iffs est daté vers 1587 par les auteurs du Corpus.

[Le Fonds Saint-Yves dénombre en Finistère et Côtes d'Armor  7 vitraux dédiés à saint Yves, dont trois seulement du XV et XVIe siècle  : Boquého (22) Chapelle N-D de la Pitié, fragment, 1460 ;  Moncontour, (22), église N-D et Saint-Mathurin, 1537 ; Saint-Herbot , 1556 ; et Tréméven (29), église Saint-Méen, 1550. Mais seuls ceux de Moncontour et de Saint-Herbot sont des groupes de saint-Yves. J'ajoute à cette liste, pour le Morbihan, le vitrail des Iffs, église Saint-Ouen, de 1587. ]

 

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"Le groupe de saint Yves semble apparaître à la fin du XVe siècle ou au début du xvie siècle dans l’art religieux breton. Ainsi, les vitraux de Moncontour sont datés de 1537 d’après une inscription dans un cartouche. Malheureusement, peu de groupes sont datés avec certitude : on peut s’appuyer alors sur l’étude du costume qui peut donner quelques indices, ainsi que sur les datations stylistiques proposées par les spécialistes de la DRAC. L’examen des œuvres les plus anciennes laisse supposer que la création du groupe a été progressive. Il est intéressant de remarquer que des enluminures de la fin du Moyen Âge et du xvie siècle représentent saint Yves accompagné d’un malheureux, mais sans le riche : ainsi des gravures extraites des Chroniques d’Alain Bouchart datant de 1514 ou encore de l’incunable de la bibliothèque de Solesmes . Le groupe n’est sans doute pas apparu en Bretagne. Les œuvres les plus anciennes semblent être originaires d’Italie. Le thème de saint Yves entre le riche et le pauvre est en effet présent sur des tableaux italiens comme celui qui figurait au centre du retable de Saint-Yves conservé désormais au musée de la cathédrale de Florence (seconde moitié du XVe siècle) ou encore la fresque du Sodoma à l’entrée du palais communal de San Gimignano (1507). Cette présence à l’étranger peut paraître surprenante : une influence franciscaine peut être suggérée. En effet, dans la seconde moitié du XVe siècle, saint Yves se trouva lié aux Franciscains car il incarnait une image du saint prêtre ami des pauvres et zélateur de la justice. De plus, les Franciscains semblent être à l’origine de l’exportation du culte de saint Yves, entre autres au Mexique par le biais de l’évangélisation.

Malgré la reprise d’un certain nombre de stéréotypes, les images du groupe étaient loin d’être anodines aux yeux des fidèles et du clergé. Deux thèmes principaux peuvent être repris : d’un côté celui de l’influence du concile de Trente, de l’autre celui des différences sociales.

Les XVIe et XVIIe siècles sont marqués par le concile de Trente. Le groupe porte la trace de cette grande mutation, au service de laquelle l’iconographie est mobilisée. Les personnages du groupe, surtout saint Yves, sont en adéquation avec le message de la Réforme catholique : ce dernier entend de plus en plus montrer l’image du bon prêtre." (V. Montarou)

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Une nouvelle disposition spatiale des vitraux, assez timide.

Alors que les verrières médiévales sont divisées en panneaux recevant chacun un médaillon, puis que ces panneaux abandonnant les médaillons restent consacrés à un sujet iconographique distinct, le XVIe siècle inaugure l'usage de grands sujets répartis sur un registre entier, voire sur la verrière entière. C'est ici le cas avec le registre inférieur, alors que les autres registres restent cloisonnés dans des unités de temps et de lieux différents.

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Un nouveau décor.

Prenons maintenant le temps de revenir sur le décor peint au jaune d'argent sur verre blanc, décor qui  reprend le vocabulaire inspiré  de l'Antiquité classique et de la Renaissance italienne : rinceaux habités de chimères, mascarons de satyres grimaçants, arabesques, longues tiges d'acanthe ou de vigne à l'enroulement infini abritant une faune inattendue, masques, putti, pots à feu, pilastres. Ce vitrail  est fortement influencée par le répertoire de l’école de Fontainebleau élaboré par le Primatice et ses disciples pour les décors en stuc du château de Fontainebleau, et dont les estampes (Étienne Delaune), les travaux d'orfèvrerie, les armures décorées par les ornemanistes du XVIe siècle ou les volumes de Philibert Delorme assurèrent une large diffusion de l’art raffiné maniériste dans toute l’Europe  . 

rinceaux habités, à échelle variable

Comment ne pas évoquer la citation de Vasari sur l'art grotesque né de la Domus Aurea, palais de Néron à Rome :

 "Les grotesques sont une catégorie de peinture libre et cocasse inventée dans l'Antiquité pour orner des surfaces murales où seules des formes en suspension dans l'air pouvaient trouver place. Les artistes y représentaient des difformités monstrueuses créées du caprice de la nature ou de la fantaisie extravagante d'artiste : ils inventaient ces formes en dehors de toute règle, suspendaient à un fil très fin un poids qu'il ne pouvait supporter, transformaient les pattes d'un cheval en feuillage, les jambes d'un homme en pattes de grue et peignaient ainsi une foule d'espiègleries et d'extravagances. Celui qui avait l'imagination la plus folle passait pour le plus doué " 
Giorgio VASARI, De la peinture, Introduction technique, chapitre XIV, vers 1550

Comment ne pas évoquer aussi le charme léger des Loges Vaticanes peintes par Raphaël !. Ou un peu plus tard la folie des structures molles d'un Cornelis Floris (1514-1575)  à Anvers !

Et comment ne pas retrouver ici les principes de la grottesque, la négation de l'espace, l'apesanteur des formes et la prolifération des hybrides ?

 

« D'abord un monde vertical entièrement défini par le jeu graphique, sans épaisseur ni poids, mélange de rigueur et d'inconsistance qui faisait penser au rêve. Dans ce vide linéaire merveilleusement articulé, des formes mi-végétales, mi-animales, des « figures sans nom » surgissent et se confondent selon le mouvement gracieux ou tourmenté de l'ornement. [...] Un produit pur de l'imaginaire où se condensent les fantaisies, d'une vitalité à la fois trouble et fuyante, nettement érotisée dans le détail » Chastel, André. La Grottesque. Paris : Le Promeneur/Quai Voltaire, 1988.

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Baie 7 ou verrière de saint Yves (1537), église de Moncontour. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Baie 7 ou verrière de saint Yves (1537), église de Moncontour. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Baie 7 ou verrière de saint Yves (1537), église de Moncontour. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Baie 7 ou verrière de saint Yves (1537), église de Moncontour. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Baie 7 ou verrière de saint Yves (1537), église de Moncontour. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Baie 7 ou verrière de saint Yves (1537), église de Moncontour. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Baie 7 ou verrière de saint Yves (1537), église de Moncontour. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Baie 7 ou verrière de saint Yves (1537), église de Moncontour. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Baie 7 ou verrière de saint Yves (1537), église de Moncontour. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Baie 7 ou verrière de saint Yves (1537), église de Moncontour. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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SOURCES ET LIENS.

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— ALBERT LE GRAND La vie des saints de la Bretagne Armorique 1901 (pp. 163-191).

https://fr.wikisource.org/wiki/La_Vie_de_saint_Yves

— CASSARD (Jean-Christophe), 1992, Yves de Tréguier : un saint du XIIIe siècle. Edition Beauchesne, 150 pages, page 58.

https://books.google.fr/books/about/Saint_Yves_de_Tr%C3%A9guier.html?id=oIBsqkM1EbUC&redir_esc=y

— COUFFON (René), [1935]  Contribution à l'étude des verrières anciennes du département des Côtes-du-Nord, Mémoires de la Société d'émulation des Côtes-du-Nord. T. 67 1935, pages 167-171

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k441314t/f192.item

 

— FONDS SAINT-YVES. (attribution erronée à Michel Bayonne)

http://fonds-saintyves.fr/Vitrail-de-saint-Yves-eglise-de

 

FONDS SAINT-YVES Les représentations de saint Yves.

http://fonds-saintyves.fr/Les-representations-de-saint-Yves

— FRANCE (Abbé), 1893,  Saint Yves, ed. René Prud'homme,  (pp. 34-352).

https://fr.wikisource.org/wiki/Saint_Yves/II

 

— GATOUILLAT (Françoise), HÉROLD (Michel), 2005, Les vitraux de Bretagne, Corpus Vitrearum vol. VII, Presses Universitaires de Rennes.

 

HAMON ( Thierry), 2003, "Saint Yves et les Juristes" Revue « Armorik », Editions Anagrammes, Perros-Guirec, 2003, n° 1, pp. 120-139.

http://partages.univ-rennes1.fr/files/partages/Recherche/Recherche%20Droit/Laboratoires/CHD/Membres/Hamon/Saint%20Yves%20et%20les%20Juristes.pdf

 

LE GUILLOU (J-P.) 1989, "Saint Yves : ceux qui l'ont connu témoignent, ceux qu'il a guéris racontent (enquête de canonisation)", Henry, Pédernec, 1989

http://fonds-saintyves.fr/IMG/pdf/enquete_canonisation_avec_illust.pdf

 

— LORIN (F. ), 1908, La légende de saint Yves et les peintres verriers. Mémoires de la Société archéologique de Rambouillet, T. XX pages 425-440, 3 planches.

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k4541886/f430.image

— SITE DE L'OFFICE DU TOURISME DE MONCONTOUR.

http://www.tourisme-moncontour.com/Vitrail-saint-yves_fiche_1796.html

 

— MONTAROU (Virginie), Saint Yves entre le Riche et le Pauvre, in Saint Yves et les Bretons, Culte, image et mémoire (1203-2003).pages 215-228.

http://books.openedition.org/pur/22412?lang=fr

— INFOBRETAGNE, Les vitraux de l'église de Moncontour..

http://www.infobretagne.com/moncontour-eglise-vitraux.htm

— Thierry Hamon. L’adjuration à ”Saint Yves de Vérité” : persistance tardive d’une ordalie populaire bretonne. Mémoires de la Société d’Histoire et d’Archéologie de Bretagne, Société d’histoire et d’archéologie de Bretagne, 2008, 86, pp.41 - 88.

https://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-00853408/document.

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Published by jean-yves cordier - dans Vitraux
17 mars 2018 6 17 /03 /mars /2018 15:40

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Rappel. 

1°) Une première inscription figure sous le fronton du porche de l'église et indique "CESTE . CHAPPELE.  FVT .  COMMENCEE . 1516.  ET .  LA . TOVR . 1566.". Pour Millet, Castel et Huon 1996, l'architecte responsable de la construction du clocher-tour est Jean Le Tallandier, bien qu'il n'ait pas signé ici son travail comme à Plougasnou et à Ploubezre. Ce sont les caractères stylistiques de la construction qui incitent les auteurs à attribuer le clocher et le porche ouest a cet architecte morlaisien. D'autres documents auxquels je n'ai pas eu accès attesteraient que Fiacre de la Haye a travaillé sur Saint-Émilion en 1601. 

2°) Sur la sablière du transept sud figure l'inscription "LE XVI : IOUR : DAPRILL : LAN : MIL : [V]: CENTZ : CINCQUANTE : UNG : LE : BOIS : DE : CHAPELLE : A : ESTE : FAIT ." ("Le seizième jour d'avril de l'an mil [cinq] cent cinquante et un (1551) le bois de cette chapelle a été fait".). Cette inscription encadrée par les bustes d'un homme (portant un casque) et d'une femme voisine les armoiries des Poulgras seigneurs de Trogorre, c'est à dire, en cette année 1551, de Jeanne de Poulgras et de son époux Hervé Le Rouge (ou de son second époux Jean de Kermarquer vers 1560).

3°) Dans la partie occidentale de la nef, au nord, une sablière N4 indique : LE : BOIS : DU : BOUT :DA[N]BAS : DE : CEANS : FAICT / : / AUGTE : G : LAMY ON GOUARN RE : A : P[RESE]NT : L : M : VCZ : LVII ("Le bois du bout d'en bas de céans fait [par ] Augte G. Lamyon Gouverneur à présent l'an mil cinq cent cinquante sept (1557)"). Cette inscription est centrée par un médaillon Renaissance montrant un homme jeune, et est encadrée par deux hommes tenant un phylactère, celui de gauche portant des binocles. On en déduit que "G. Lamyon" (ou pour certains "Auguste G. Lamyon") était gouverneur de la fabrique de Saint-Émilion en 1557.

4°) René Couffon signale avoir lu "en dessous" de cette inscription celle-ci "fet J. Guille". La confiance en ce témoignage est altérée par la lecture défectueuse de Couffon pour le texte précédant où il donne "Auguste Glamyon" au lieu de G. Lamyon.

5°) La sablière nord suivante (N. 5) montre huit médaillons à personnages autour d'un médaillon portant le monogramme G.P autour d'une herminette, suggérant que ce sont là les initiales du maître-charpentier.

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En résumé, nous avons un édifice débuté en 1516, dont la construction a lieu  principalement entre 1551 et 1566 mais s'est poursuivie en 1583, et en 1601. En 1757, une sacristie fut construite, mais elle sera supprimée lors d'une agrandissement du chevet entre 1885 et 1887.

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Plan des localisations des inscriptions datées.

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À propos de G. Lamyon, sur l' inscription de 1557 des sablières de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras.

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J'ai recherché des renseignements sur ce "G. Lamyon", qui se désigne comme gouverneur en 1157 et qui fut donc le maître d'œuvre de la pose de la charpente "du bout d'en bas" de la chapelle, ce que j'interprète comme "de l'extrémité de la partie basse — occidentale— de la chapelle". 

Or, le patronyme "LAMYON" est rare. Il est donné comme disparu de nos jours. Une recherche sur le site FILAE donne neuf résultats, sur des départements divers mais éloignés de la Bretagne. 

Il faudrait se livrer à des recherches d'état-civil sur la commune et le département, mais cela ne relève pas de mes compétences. 

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1. Jehan Layon, relieur à Troyes en 1401-1402.

En ligne, une première mention est celle d'un relieur de livres de Troyes, messire Jehan Lamyon :

Les relieurs de livres à Troyes : Jean LAMYON (1400-1402). Messire Jean Lamyon, écrivain et relieur. 

Il figure sur la liste des écrivains et copistes au service des Ducs de Bourgogne dans l'ouvrage de Léon de Laborde - 1852 - ‎Les Ducs de Bourgogne: études sur les lettres, les arts  ..., Volume 3

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2. Guillaume Lamyon, de Laval, maître-charpentier en 1567.

Ce personnage est cité dans Bibliothèque d'humanisme et renaissance, Volumes 7 à 8,  1945

 https://fr.scribd.com/document/254726789/Bibliotheque-d-Humanisme-Et-Renaissance-Tome-Vii-1945

"Pour la période de 1567 à 1571, le même dossier C4986 contient de précieux renseignements sur un nouveau personnage ….Dès 1er février , les miseurs reçoivent l'ordre de payer l. t à un architecte « mandé et venu exprès pour le faict de navigaige et entreprise que l'on veult faire et entreprendre sur la rivière ». Le 3 février 1567, Pierre Guillot, ingénieur venu de Laval, défrayé de tous frais, parcourt la Vilaine en bateau et note les réparations les plus urgentes. Le 9 du même mois, les habitants, qui voudraient hâter les travaux, délibèrent :

"Il est ordonné et faict commandement à Jehan Cormeir et Guillaume Tual, à présent recepveurs et miseurs des deniers de cette ville de Rennes, bailler et delivrer content et sans delay à Pierre Guillot, sculteur, et Guillaume Lamyon, maistre charpentier, venuz et mandez exprès de la ville de Laval en ceste ville de Rennes pour veoir et visiter le cours de la ripviere de Villaigne y passante, puis ceste ville jusques aux pontz et port de Messac et en faire rapport, description et procès verbal pour entendre le moyen de la rendre navigable si estre peult. A quoy ilsz auront vacqué en compaignie de Jullien Hindre, l'un des bourgeois de ladicte ville, Me Olivier Auleon son homme, et Symon Hubert, batelier. Et de ce ont presentement faict rapport et procès verbal qui est es mains ducict Auleon pour en faire portraict. Scavoir, pour une part, cinquante livres tant pour le service que paines et vacations desdictz Guillot et Lamyon et pour s'en retourner audict Laval. Item, la somme de 20 livres t. pour frayer et desbourser pour leurs despences d'aultres susnommez de leur compaignie audict voyaige qu'ilz ont faict par six jours sur  ladicte ripviere... tout la somme de 71 livres t... sauf à faire raison ausdicts Hindre, Auleon et son homme de leurs paines et vacations lorsque ledi et Auleon aura faict ledict pourtraict... "

La présence de ce Guillaume Lamyon à Rennes en 1567 pour inspecter le cours de la Vilaine jusqu'au port de Messac afin de le rendre navigable et de le réparer, et la mention de sa profession de maître-charpentier, incitent à s'interroger : s'agit-il du "G. Lamyon" mentionné à Loguivy-Plougras ?

On objectera que, sur la sablière, G. Lamyon est qualifié de "gouverneur", qualité qui, si on la comprend dans le sens de "fabricien", suppose qu'il s'agisse d'un membre de la paroisse, propriétaire terrien, agriculteur ou marchand mais non professionnel du bâtiment. Néanmoins, ce patronyme n'est pas attesté, pour ce que j'en sait, dans la paroisse. D'autre part, les travaux semblent avoir été commandités par Jeanne de Poulgras plutôt que par la fabrique. Peut-on envisager que "gouverneur", désigne ici "celui qui préside au bon fonctionnement de quelque chose", (CNRTL), "celui qui a en charge quelque chose" ?

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3. Une précision sur "GOUARNRE "

. Le substantif "gouarneur" n'est pas une forme de "gouverneur" en moyen français, comme je l'avais trop rapidement pensé, mais c'est le mot breton pour "gouverneur". Le dictionnaire françois-celtique (1732)  de Grégoire de Rostrenen donne :

GOUVERNEUR. Gouarneur. р.,gouarnearyen, gouarner. p. gouarneryen. Vannetais gouranour, p. gouarneryon,, gouarnouryan.

Il est attesté en 1499 dans le Catholicon de Jehan Lagadec :

http://www.catholicon.net/telechargement/catholicon_r_f_le_men_1867-rennes.pdf

Il est composé sur le verbe breton  gouarn (gouarnn, gouuarn) "gouverner", présent dans le Catholicon manuscrit de 1464.

Si les bretonnants valident ma lecture, il faudrait comprendre  l'usage d'un terme breton dans une inscription en français. Il faudrait souligner aussi  la rareté d'un terme breton dans une inscription de sablières. D''autre part il faudrait envisager la possibilité que d'autre mots, comme le mystérieux AUGTE (ou AUNTE) , soit aussi issus du breton. Mais "Augte" et Aunte" n'ont aucune signification en breton.

En définitive, la  graphie "GOUARNRE " me semble bien bretonne, mais cela ne me procure pas d'indice dans la compréhension de cette inscription, si ce n'est d'encourager l'idée que ce terme ne vienne pas renvoyer à la fonction de fabricien.

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4. Guillaume Lamyon et Pierre Guillot.

Dans le texte que j'ai extrait de la Bibliothèque d'Humanisme et de Renaissance, le maître-charpentier Guillaume Lamyon accompagne Pierre Guillot, "sculpteur", venant également de Laval. Les commentateurs estiment qu'il s'agit de Pierre Guillot, architecte à Laval  où il construisit en 1575 la voûte à caissons du transept sud, puis le portail sud de la Trinité de Laval. plus tard, en 1575, Pierre Guillot se dit encore « maître maçon » dans le marché par lequel il s'engage à voûter la chapelle neuve de la Trinité. Il est le frère de Jean Guillot, architecte à Angers dès 1550, et qualifié en 1595 de "maître voyeur et visiteur des œuvres de maçonnerie en le duché d'Anjou". ( Isidore Boullier Recherches historiques sur l'église et la paroisse de la Trinité de Laval pages 141-142)

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Il paraît fort hasardeux de proposer de lire dans les deux lettres G.P qui entoure l'herminette dans le médaillon de la sablière N5 de Loguivy-Plougras les initiales (alors inversées) de Pierre Guillot. Certes. 

Mais il est troublant de constater que René Couffon ait lu "Fet J. Guille" dans le voisinage de ces deux inscriptions de 1557.

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CONCLUSION.

Je souhaite donc proposer l'hypothèse que G. Lamyon, qui a pris en charge ("gouverner") la pose de la charpente de l'extrémité occidentale de la chapelle Saint-Émilion en 1557, peu avant la construction de la tour-clocher en 1561,  soit identifié comme Guillaume Lamyon, maître-charpentier présent à Rennes auprès de Pierre Guillot, "sculpteur", en 1567 dans des travaux sur le cours de la Vilaine. La rareté du patronyme plaide en faveur de ce rapprochement.

La seconde hypothèse se plait à imaginer que ce Pierre Guillot qui deviendra ensuite maître-maçon et architecte de l'église de la Trinité à Laval en  1575 est celui qui a placé son monogramme G.P et son emblème professionnelle à coté de l'inscription préservant la mémoire du rôle de G. Lamyon.

Ces propositions sont lancées ici, comme des bouteilles à la mer, sur le flux de la Toile pour susciter les travaux complémentaires qu'elles méritent certainement aux yeux des passionnés du patrimoine de Loguivy-Plougras.

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À propos de G. Lamyon, sur l' inscription de 1557 des sablières de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras.
À propos de G. Lamyon, sur l' inscription de 1557 des sablières de l'église Saint-Émilion de Loguivy-Plougras.

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SOURCES ET LIENS. 


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— COUFFON (René) 1939,  Répertoire des églises et chapelles du diocèse de Saint-Brieuc et Tréguier, extrait des Mémoires de la Société d'émulation des Côtes-du-Nord, Saint-Brieuc, Les presses bretonnes, 1939, p. 233-235.

 

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6562108b/f29.image

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6562108b/f46.image

— DUHEM (Sophie) 1998, « Quant li goupil happe les jélines... », ou les représentations de Renart dans la sculpture sur bois bretonne du XVe au XVIIe siècle,  Annales de Bretagne et des pays de l'Ouest  Année 1998  105-1  pp. 53-69

http://www.persee.fr/doc/abpo_0399-0826_1998_num_105_1_3972

— DUHEM (Sophie) 1997, Sablières sculptées de Bretagne : images, ouvriers du bois et culture paroissiale au temps de la prospérite bretonne (XVe-XVIIe s.). Thèse de doctorat en Histoire. Sous la direction de Alain Croix. Soutenue en 1997. à Rennes 2 .

— DUHEM (Sophie) 1998, Les Sablières sculptées de Bretagne, Presses Universitaires de Rennes, 390 pages. Pages  66-69-72-183-232-233-266-267-277-278 : 

— MILLET (Christian), CASTEL (Yves-Pascal), HUON (Michel), 1996, Jean Le Taillandier, architecte de la Renaissance", Bulletin de la Société archéologique du Finistère page 199-215.

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Published by jean-yves cordier - dans Sablières

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  • "Il faudrait voir sur chaque objet que tout détail est aventure" ( Guillevic, Terrraqué).  "Les vraies richesses, plus elles sont  grandes, plus on a de joie à les donner." (Giono ) "Délaisse les grandes routes, prends les sentiers !" (Pythagore)
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