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26 septembre 2017 2 26 /09 /septembre /2017 15:59
Maîtresse-vitre ou baie 0 (G. Béart, 1402) de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Maîtresse-vitre ou baie 0 (G. Béart, 1402) de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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"Le vitrail proprement dit est divisé par les sept meneaux de la fenêtre en huit lancettes comprenant chacune sept panneaux, soit au total cinquante six panneaux. Les trois derniers de chaque lancette, soit vingt-quatre panneaux, forment une vaste tenture formée de petits losanges sur lesquels sont représentés en grisaille des chouettes et divers oiseaux. Sur les bordures des lancettes, l'on trouve des couronnes d'or surmontant un M gothique, lettre chère aux Rohan et aux Clisson, ou la lettre M seule, alternant avec des coquilles de saint Jacques." (Couffon)

Cette verrière de 8,50 m de haut environ et de 4,45 m de large comporte en effet, sous la rose de son tympan, huit lancettes trilobées organisés en trois registres. Au dessus du registre inférieur aux trois panneaux de grisailles décoratives, le registre médian est consacré à la vie de saint Jacques, patron de la chapelle, et le registre supérieur à la Passion du Christ. Une inscription indique que cette vitre a été faite en 1402 par G. Beart, en qui on reconnaît Guillaume Béart :


 

"La maîtresse vitre de Saint-Léon est très importante pour l'histoire des verrières bretonnes puisqu'elle est datée et signée. On lit en effet, au bas et à droite de la vitre, dans un cartouche, l'inscription suivante en lettres gothiques : G béart fist ceste vitre l'an M IIIIc e II (1402).

Ce nom de Béart est bien connu. Imagier et doreur à Rennes, Guillaume Béart travaillait en 1408 pour Saint-Pierre de Rennes. Il appartenait à une famille de peintres verriers rennais. En 1375, Perrot Béart et Raoul Béart travaillaient à la grande vitre de la cathédrale de Rennes ; et, en 1435, autre Perrot Béart travaillait au Rheu, en compagnie de son fils Jamet Béart qui n'était âgé que de 15 ans." (Couffon)

Restauration du remplage et de la verrière en 1860-1865. protection MH, 1908/12/01.

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Maîtresse-vitre ou baie 0 (G. Béart, 1402) de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Maîtresse-vitre ou baie 0 (G. Béart, 1402) de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Maîtresse-vitre ou baie 0 (G. Béart, 1402) de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Maîtresse-vitre ou baie 0 (G. Béart, 1402) de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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La Vie de saint Jacques.

Ce thème a fait l'objet de trois verrières prestigieuses antérieures à celle-ci :

—La verrière de la Vie de saint Jacques de la cathédrale de Chartres, 1215-1225, baie 5, à 30 médaillons dont 28 consacrés à saint Jacques. Les scènes 5 à 20 racontent les démêlés avec le magicien Hermogène.

https://www.vitraux-chartres.fr/vitraux/05_vitrail_vie_st_jacques_majeur/index.htm

— La verrière de la Vie de saint Jacques de la cathédrale de Bourges, vers 1210-1215, baie 22, à 20 panneaux dont 13 racontent les démêlés avec Hermogène.

http://www.lavieb-aile.com/2017/10/la-verriere-de-la-vie-de-saint-jacques-vers-1210-1215-de-la-cathedrale-de-bourges.html

http://www.xacobeo.fr/ZF2.02.b-a.vitr.Bourges.DoDuc.htm

http://www.xacobeo.fr/ZF2.02.b-a.vitr.Bourges.Montereau.htm

 

— La  verrière de la Vie de saint Jacques de la cathédrale de Tours, 1255-1275, en 24 médaillons  dont 10 consacrés à la légende du pendu dépendu.

http://www.lavieb-aile.com/2017/10/les-vitraux-du-xiiie-siecle-de-la-cathedrale-de-tours-la-baie-210-de-la-vie-de-saint-jacques-et-de-la-legende-du-pendu-dependu.html

 

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Le registre moyen de la verrière de Saint-Jacques de Merléac fait se succéder de gauche à droite huit scènes :

1.La Prédication de saint Jacques

2. La conversion d'Hermogène libéré des démons et le don du bâton.

3. L'Arrestation de saint Jacques et la comparution devant Hérode.

4. La Décollation de saint Jacques.

5. La translation du corps du saint sur une nef vers la Galice.

6. La translation du corps du saint vers le palais de la reine Louve.

7. Sept pèlerins en prière devant la statue du saint à Compostelle.

8. Le pendu dépendu.

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La Légende de saint Jacques, Maîtresse-vitre ou baie 0 (G. Béart, 1402) de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

La Légende de saint Jacques, Maîtresse-vitre ou baie 0 (G. Béart, 1402) de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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"Les panneaux supérieurs de la seconde rangée représentent huit scènes de la Passion surmontées de dais architecturaux qui constituent la première rangée des panneaux. Ces scènes reposent elles-mêmes sur des architectures qui les séparent des huit autres panneaux historiés à qui elles servent de dais, panneaux sur lesquels sont figurés huit scènes de la vie de saint Jacques d'après la légende dorée." (Couffon) 

 

Selon une légende, Jacques partit avec quelques disciples, pour l’Espagne pendant quatre années et plus particulièrement vers la cité de Gadès (l’actuelle Cadix), où le travail d’évangélisation rencontra de multiples obstacles et difficultés. Selon une tradition chrétienne transmise à partir des Catalogues apostoliques, textes apocryphes grecs rédigés vers le commencement du viie siècle et remaniés en latin dans le breviarium apostolorum ( « l’abrégé » ou « bréviaire des Apôtres »), il ne réussit à convertir que neuf disciples. Pour Bernard Gicquel, le thème de cette prédication en Espagne serait en fait une contamination ultérieure de cette tradition avec celle du voyage espagnol d'évangélisation de saint Paul alors que les catalogues ne mentionnent jamais l'Espagne.

Après un voyage de six mois à Rome où il fut brièvement emprisonné, il revint à Gadès. Le nombre de disciples y avait notablement augmenté à la suite d'une immigration. Jacques poursuivit son apostolat à Caesaraugusta (l’actuelle Saragosse), où il obtint des conversions massives. Il continua son évangélisation par la Galice se dirigeant vers Compostelle[

À la suite d'une nouvelle persécution à Jérusalem, Jacques retourna vers cette ville avec sept disciples pour soutenir la communauté de croyants. C'est à cette occasion, selon La Légende dorée, qu'il affronta et convertit le magicien Hermogène. Il fut tué « par l'épée » dans un endroit inconnu de Palestine et son exécution provoqua un soulèvement populaire. Ses dépouilles furent retenues par les persécuteurs. Selon la tradition des Catalogues Apostoliques, le lieu d'inhumation de saint Jacques fut l’Achaia Marmarica (expression grecque qu'on interprète comme la région égyptienne de Marmarique, confusion probable avec saint Jacques le Mineur dont la tradition mentionne qu'il est crucifié en Basse-Égypte) qui aurait été déformé dans la traduction latine en arca marmorica », signifiant « tombeau de marbre ». Or, la colline dominant Compostelle où fut trouvé dans une nécropole chrétienne le prétendu tombeau de Jacques par le moine Pélage vers 810 s'appelait Arcis marmoricis. (Wikipédia)

Les chemins de Saint-Jacques partent, en Bretagne, de cinq ports ou lieux : d'ouest en est la Pointe Saint-Mathieu, Moguériec, Locquirec, l'Abbaye de Beauport et le Mont Saint-Michel. Merléac est placé sur le chemin partant de l'abbaye de Beauport et atteignant Saint-Caradec. 

https://www.compostelle-bretagne.fr/index.php/guide-et-chemin

 

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Examinons maintenant plus en détail les panneaux en allant de gauche à droite.

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1. — Prédication de saint Jacques.

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Description de René Couffon : 

"Le saint, nimbé de rouge et portant une barbe jaune, prêche la foule. Il est vêtu d'une robe bleue avec aumônière d'or, et tient à la main le bourdon jaune de pèlerin avec la gourde. Au premier plan, personnage en bonnet et manteau rouge ; à droite, autre personnage en bonnet jaune et manteau rouge, derrière, personnage en manteau rouge." (Couffon)

Remarques sur Couffon :

 —Il convient de parler de la besace portée par saint Jacques plutôt que d'une aumônière.

L'objet placé en haut du bourdon  n'est pas une gourde, mais la coquille de Saint-Jacques

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Le sujet :

"Saint Jacques, apôtre, fils de Zébédée, après l'ascension du Seigneur, prêcha en Judée et dans le pays de Samarie ; il vint enfin en Espagne, pour y semer la parole de Dieu ; mais comme il voyait que ses paroles ne profitaient pas, et qu'il n'y avait gagné que neuf disciples, il en laissa deux seulement pour prêcher, dans le pays, et il revint avec les autres en Judée. Cependant maître Jean Beleth dit qu'il ne convertit qu'un seul homme en Espagne." (Jacques de Voragine, Légende Dorée)

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Le vitrail :

a) Les pieds nus appartiennent aux "attributs apostoliques" qui caractérisent Jacques comme apôtre, tout comme la barbe. 

b) L'apôtre est figuré avec ses attributs propres qui sont ceux des pèlerins de Compostelle : le bourdon ; la besace ; le chapeau (rejeté ici derrière la tête) ; et les coquilles (sur le bâton et sur la besace).  

Rappel : L'apôtre est souvent représenté de trois façons :

-en majesté, assis : c'est la figure  du saint qui trône au dessus du porche sud.

-en pèlerin, debout : à partir du XIIIe siècle, sous l’influence du Pèlerinage de pèlerinage de Compostelle, il porte la tenue traditionnelle du jacquet, avec le bourdon de pèlerin (le bâton), la besace, la calebasse (gourde), le mantelet (grande cape) et le chapeau de feutre à larges bords orné d'une coquille Saint-Jacques, souvenir de son martyre. C'est donc le cas ici.

-en tueur de Maures, armé d'une épée sur un cheval blanc. 

c) La Prédication est aussi représentée en peinture sur le lambris du bas-coté nord, mais de façon différente car on y voit un interlocuteur argumentant devant Jacques. Elle figure sur la verrière de Chartres, 

Comparaison iconographique : vitraux et enluminures.

La scène de la  Prédication de saint Jacques peut correspondre à son évangélisation de la Galice, ou bien à celle de la Judée et de la Samarie. Des indices plaident pour la seconde possibilité.  Sur le vitrail de Chartres, les auditeurs portent des bonnets pointus hébraïques. Et les enluminures de cette Prédication introduisent souvent un texte indiquant qu'il s'agit de la prédication devant les Juifs de Judée. 

L'iconographie est, aux détails près, fixée dès le XIIIe siècle dans les vitraux des cathédrales et dans les illustrations de la Légende dorée, du Miroir historial et dans les Vies de saints.

–– Voir le panneau 4 de la baie 5 de Chartres . Jacques, assis à droite, montre aux six Juifs un calice doré, comme pour affirmer la présence réelle du Christ dans l'Eucharistie. 

 https://www.vitraux-chartres.fr/vitraux/05_vitrail_vie_st_jacques_majeur/scene_04.php

–––Voir le panneau 2 de la baie 22 de Bourges : le saint, assis à droite de l'image, prêche à un groupe de sept personnes, dont une femme.

http://www.lavieb-aile.com/2017/10/la-verriere-de-la-vie-de-saint-jacques-vers-1210-1215-de-la-cathedrale-de-bourges.html

––– Voir le panneau 7 de la baie 210 de Tours. Jacques, debout à gauche, prêche devant six personnes, dont une femme.

http://www.lavieb-aile.com/2017/10/les-vitraux-du-xiiie-siecle-de-la-cathedrale-de-tours-la-baie-210-de-la-vie-de-saint-jacques-et-de-la-legende-du-pendu-dependu.html

— L'enluminure Bnf Français 412 Vie des saints (Hainaut, 1285) fol. 21v,   s. jacques le majeur prêchant. Saint Jacques, debout à gauche, prêche à deux Juifs (bonnet conIque hébraïque) en introduction du texte (rubrique) : Ici commenche comment monseigneur st jaqes parla as juif quant il fu revenus de la terre de Galisse en jherusalem

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b84259980/f52.image

 

— Paris Bnf Français 818 Vie des saints, France, XIIIe fol. 168v, lettrine.   Le saint debout à gauche prêche devant huit personnes séparés de lui par le jambage de la lettre M avant la rubrique  de la passion saint jaque lapostole.

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b9058906r/f171.image

— Paris Bnf Français 17229 Vie des saints, France, seconde moitié XIIIe fol. 38v. Jacques, à gauche, debout en tenue de pèlerin de Compostelle prêche à deux Juifs coiffés d'un bonnet conique, dans une lettrine qui introduit la rubrique     :  Ci commence comment messires [tenu] jacques parla aux juis qant il fu revenu de la terre de galice en jerusalem.

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b9061254h/f40.image

Bnf fr. 241  Légende des saints de Jacques de Voragine traduite par Jean de Vignay, date 1348  fol. 169v. Vignette carrée où Jacques, debout à droite derrière un pupitre, discute avec trois personnes. Ci commence la vie monseigneur saint jacque lapostre

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b84260044/f342.item.zoom

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Dans plusieurs de ces représentations, l'apôtre fait avec ses mains les gestes d'élocution et d'argumentation qui figurent sur le vitrail de Merléac.

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La Légende de saint Jacques, Maîtresse-vitre ou baie 0 (G. Béart, 1402) de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

La Légende de saint Jacques, Maîtresse-vitre ou baie 0 (G. Béart, 1402) de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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La Prédication de saint Jacques, Cathédrale de Bourges, photographie lavieb-aile juillet 2016

La Prédication de saint Jacques, Cathédrale de Bourges, photographie lavieb-aile juillet 2016

L'enluminure Français 412 Vie des saints (Hainaut, 1285) fol. 21v,   s. jacques le majeur prêchant

L'enluminure Français 412 Vie des saints (Hainaut, 1285) fol. 21v,   s. jacques le majeur prêchant

Légende des saints de Jacques de Voragine traduite par Jean de Vignay, date 1348 Bnf fr. 241  fol. 169v,   s. jacques le majeur prêchant

Légende des saints de Jacques de Voragine traduite par Jean de Vignay, date 1348 Bnf fr. 241  fol. 169v,   s. jacques le majeur prêchant

La Légende de saint Jacques, Maîtresse-vitre ou baie 0 (G. Béart, 1402) de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

La Légende de saint Jacques, Maîtresse-vitre ou baie 0 (G. Béart, 1402) de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Panneau de la Prédication de saint Jacques, Maîtresse-vitre ou baie 0 (G. Béart, 1402) de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Panneau de la Prédication de saint Jacques, Maîtresse-vitre ou baie 0 (G. Béart, 1402) de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Panneau de la Prédication de saint Jacques, Maîtresse-vitre ou baie 0 (G. Béart, 1402) de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Panneau de la Prédication de saint Jacques, Maîtresse-vitre ou baie 0 (G. Béart, 1402) de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Le fond damassé à perroquets.

Le fond damassé vert répète un motif au pochoir fait d'une croix de feuillage au centre, entouré par un médaillon de deux lignes circulaires et d'une dernière ligne à arcades pleines. Ce médaillon est coupé en quatre portions par les pointes de quatre feuilles lancéolées.

Mais ce motif, lorsqu'il est plus éclaté, prend l'apparence de quatre fleurs (les portions de médaillon) réunies par leurs tiges, et séparées par quatre feuilles de saule.

 

 Ce n'est qu'un examen attentif (je vous fais un dessin) qui permet de distinguer dans ces jeux de feuillage quatre perroquets,  l'un à droite de la main de Jacques, un autre encore au dessus des têtes des auditeurs, et deux  autres au dessus de la coquille de son bourdon. Ceux-ci sont accouplés, le tête et le bec tournés face à l'autre, et les queues à deux plumes se croisant en partie basse ; ils montrent le pochoir entier.

Ce damassé à perroquets (ou pour rester prudent, à oiseaux) ne se retrouve pas sur les autres panneaux de ce registre. Au registre supérieur, celui de la Passion, le fond bleu du panneau de la Flagellation et celui de la Crucifixion recèlent aussi le même couple de perroquets, affrontés et croisant leurs queues, associés à un second motif floral. 

Il crée un lien avec les damassés inspirés des soieries de Lucques à oiseaux sassanides  des vitraux mis en place autour de 1400 et dans le premier quart du XVe siècle, comme ceux de la cathédrale de Quimper (vers 1417), de la maîtresse-vitre de Runan, ceux des vitraux de la Sainte-Chapelle de Bourges (avant 1405), ceux des chapelles Trousseau et Aligret de la cathédrale de Bourges, ou en Normandie à  Notre-Dame de Saint-Lô, à Saint-Maclou de Rouen, à la cathédrale et à Saint-Taurin à Évreux.

http://art.rmngp.fr/fr/library/artworks/cathedrale-saint-etienne-de-bourges-vitrail-de-la-chapelle-aligret-bas-cote-sud-details_vitrail-technique

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Sur la même photo, on devine le rehaut au jaune d'argent des yeux de l'apôtre, mais aussi de ses disciples.

 

 

La Légende de saint Jacques, Maîtresse-vitre ou baie 0 (G. Béart, 1402) de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

La Légende de saint Jacques, Maîtresse-vitre ou baie 0 (G. Béart, 1402) de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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La Légende de saint Jacques, Maîtresse-vitre ou baie 0 (G. Béart, 1402) de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

La Légende de saint Jacques, Maîtresse-vitre ou baie 0 (G. Béart, 1402) de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Ces psittacidés méritent d'être considérés : rapprochons-nous.

Les deux perruches (la longueur de la queue, distinguant les perruches des perroquets,   m'autorise à cette précision)  sont, je l'ai dit, accouplées, le tête et le bec tournés face à l'autre, et les queues à deux plumes se croisant en partie basse. Ils portent un collier quadrillé en losange, mais je ne peux en faire des "perruches à collier", car ils affichent une huppe au sommet de leur tête, comme les callopsittes élégantes. Mais cette huppe est ici double. Je prends plaisir à ce jeu gratuit, car ces oiseaux sont des créations d'artistes, et non des portraits naturalistes.

Qu'en dire encore ? Souligner que l'œil est bien dessiné, pupille blanche en amande fendue dans un grain noir ? Mais surtout qu'il sont séparés par un plante à deux bulbes et deux pétales libérant une tige qui se divise en trois fleurs en forme de couronne. Le pochoir entier, dont le peintre s'est ingénié à modifier l'orientation, encadre nos oiseaux de quatre médaillons floraux.


 

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Panneau de la Prédication de saint Jacques, Maîtresse-vitre ou baie 0 (G. Béart, 1402) de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Panneau de la Prédication de saint Jacques, Maîtresse-vitre ou baie 0 (G. Béart, 1402) de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Damassé du panneau de la Prédication de saint Jacques, Maîtresse-vitre ou baie 0 (G. Béart, 1402) de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Damassé du panneau de la Prédication de saint Jacques, Maîtresse-vitre ou baie 0 (G. Béart, 1402) de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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2. — Saint Jacques exorcise Hermogène.

 

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Fond rouge, dessous du dais jaune.

Description par R. Couffon :

"Le saint, en chapeau blanc nimbé de vert et en robe bleue, exorcise Hermogène, à genoux devant lui et portant un manteau vert et un chapeau rouge sur le dos. Deux démons s'enfuient, l'un rose, l'autre bleu. Sur un phylactère, l'inscription « Accipe bac (ulum) » rappelle le don d'un bâton fait par saint Jacques à Hermogène pour le protéger de l'humeur vindicative des démons."(Couffon)

 

Commentaire sur Couffon :

Hermogène ne porte pas de chapeau rouge (c'est le fond damassé qui est rouge), mais une capuche bleue rabattue derrière la nuque. Le bâton, comme nous allons le voir, n'est pas là "pour le protéger de l'humeur vindicative des démons" mais en signe de conversion et d'affiliation, voire de mission d'évangélisation. On voit trois démons, et non deux seulement : l'un bleu clair à tache vertes (jaune d'argent), l'autre gris-rose et le troisième bleu foncé. Les livres de magie (que le magicien est amené à brûler sur  les vitraux de Chartres et Bourges) sont figurés derrière lui.   Le fond est damassé avec des rinceaux polycycliques à vrilles et des feuilles à sept folioles.

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Le sujet : 

"Pendant qu'il prêchait en Judée, la parole de Dieu, un magicien nommé Hermogène, d'accord avec les Pharisiens, envoya à saint Jacques un de ses disciples, nommé Philétus, pour prouver à l'apôtre que ce qu'il annonçait était faux. Mais l'apôtre l'ayant convaincu devant une foule de personnes par des preuves évidentes, et opéré en sa présence de nombreux miracles, Philétus revint trouver Hermogène, en justifiant la doctrine de saint Jacques : il raconta en outre les miracles opérés par le saint, déclara vouloir devenir son disciple et l'exhorta lui-même à l'imiter.

Mais Hermogène en colère, le rendit tellement immobile par sa magie qu'il ne pouvait remuer un seul membre : "Nous verrons, dit-il, si ton Jacques te déliera." Philétus informa Jacques de cela par son valet, l'apôtre lui envoya son suaire et dit : "Qu'il prenne ce suaire et qu'il dise : "Le Seigneur relève ceux qui sont abattus ; il délie ceux qui sont enchaînés (Ps. CXLV)." Et aussitôt qu'on eut touché Philétus avec le suaire, il fut délié de ses chaînes, se moqua des sortilèges d'Hermogène et se hâta d'aller trouver saint Jacques.

Hermogène irrité convoqua les démons, et leur ordonna de lui amener Jacques garrotté avec Philétus, afin de se venger d'eux et qu'à l'avenir les disciples de l'apôtre n'eussent plus l'audace de l'insulter. Or, les démons qui vinrent vers Jacques se mirent à hurler dans l'air en disant : "Jacques, apôtre, ayez pitié de nous ; car nous brûlons dès avant que notre temps soit venu." Saint-Jacques leur dit : "Pourquoi êtes-vous venus vers moi ?" Ils répondirent : "C'est Hermogène qui nous a envoyés pour vous amener à lui, avec Philétus ; mais à peine nous dirigions-nous vers vous que l'ange de Dieu nous a liés avec des chaînes de feu et nous a beaucoup tourmentés." "Que l'ange du Seigneur vous délie, reprit l'apôtre; retournez à Hermogène et amenez-le moi garrotté, mais sans lui faire de mal."

Ils s'en allèrent donc prendre Hermogène, lui lièrent les mains derrière le dos et l'amenèrent ainsi garrotté à saint Jacques, en disant : "Où tu nous as envoyés, nous avons été brûlés et horriblement tourmentés." Et les démons dirent à saint Jacques : " Mettez-le sous notre puissance, afin que nous nous vengions des injures que vous avez reçues et du feu qui nous a brûlés." Saint Jacques leur dit : "Voici Philétus devant vous, pourquoi ne le tenez-vous pas ?" Les démons répondirent : "Nous ne pouvons même pas toucher de la main une fourmi qui est dans vôtre chambre." Saint Jacques alors dit à Philétus . "Afin de rendre le bien pour le mal, selon que J. C. nous l'a enseigné, Hermogéne vous a liés; vous, déliez-le."

Hermogène libre resta confus et saint Jacques lui dit : "Va librement où tu voudras ; car nous n'avons pas pour principe de convertir quelqu'un malgré soi." Hermogène répondit : "Je connais trop la rage des démons : Si vous ne me donnez un objet que je porte avec moi, ils me tueront." Saint Jacques lui donna son bâton : alors Hermogène alla chercher tous ses livres de magie et les apporta à l'apôtre pour que celui-ci les brûlât. Mais saint Jacques, de peur que l'odeur de ce feu n'incommodât ceux qui n'étaient point sur leur garde, lui ordonna de jeter les livres dans la mer. Hermogène, à son retour, se prosterna aux pieds de l'apôtre et lui dit : "Libérateur des âmes, accueillez un pénitent que vous avez épargné jusqu'ici, quoique envieux et calomniateur." Dès, lors il vécut dans la crainte de Dieu, au point qu'il opéra une foule de prodiges." (Jacques de Voragine, Légende Dorée)

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L'inscription accipe baculum :

 

Accipe baculum pastoralem , "reçois le bâton pastoral" est la formule liturgique attestée dès le Xe siècle lors de la remise de la crosse à l'abbé lors de la consécration abbatiale (Rituel de Moissac du Xe siècle, Pontifical de Sens, de Saint-Rémi de Reims, de Cuença au XIIe siècle, de Besançon ou d'Arles)

Accipe baculum sustentationis uel ... appartient au formulaire de bénédiction des pèlerins du Pontifical romain du XIIe siècle : 

Quand le prêtre tend le bâton : « Accipe baculum sustentationis uel defensionis domini nostri Iesu Christi, quo sustentante gressus itineris tui, firmiter pergere ac fortiter resistere ualeas uenenosis impulsionibus serpantis antiqui  Traduction approximative par Humbert Jacomet  : « reçoit ce bâton soutenu et défendu par Notre Seigneur Jésus-Christ, qui soutiendra tes pas sur la route et fortifiera ta résistance aux désirs malsains et aux impulsions sataniques"

Pontifical Ely de la Cambridge University Library (XIIe s)

Le bâton (baculus) des pèlerins va de paire avec la besace (pera) et les deux objets, au delà de leur fonction pratique, acquièrent une fonction spirituelle. Ils sont bénis et remis au pèlerin lors d'une cérémonie qui les instituent.

Dès le XIIe siècle, la remise aux pèlerins de la besace et du bourdon pouvait donc  faire l’objet d’une remise solennelle suivant un cérémonial prévu dans les pontificaux,  la « Benedictio perae et baculi peregrinantium » du XIIe siècle se lit dans le « Pontificale Carnotense »  et aussi dans le pontifical de Sens. Elles sont toutes deux identiques au pontifical romain. Au moment de remettre le sac, le prêtre dit : « …Fit tibi iugum Christi mansuetum et leue ut, suae protectionis custioda te ubique comitante, ad portum salutiferae remissionis misericorditer mereatis attoli… (Le rituel compare la pera, passée au col, au joug du Seigneur qu’elle souhaite léger au pèlerin. La formule se durcit au XIIIe : «…accipe hanc peram, signum peregrinationis tue, ut bene castigatus et salvus et bene emandatus peruenire merearis ad limina sanctorum… »


Quand le prêtre tend le bâton : « Accipe baculum sustentationis uel defensionis domini nostri Iesu Christi, quo sustentante gressus itineris tui, firmiter pergere ac fortiter resistere ualeas uenenosis impulsionibus serpantisantiqui… »

Traduction approximative : « reçoit ce bâton soutenu et défendu par Notre Seigneur Jésus-Christ, qui soutiendra tes pas sur la route et fortifiera ta résistance aux désirs malsains et aux impulsions sataniques"

 «Accipe baculum sustentationis uel defensionis domini nostri Iesu Christi, quo sustentante ... qui in itinere Sancti Jacobi defunctus extitit, ecclesie nostre in elemosinam concessit, assistente Fulcherio abbate avunculo ...

Voir ici ma source : https://www.compostelle-bretagne.fr/images/PDF/Iconographie/icono-chap1-3.pdf

On notera que la formule a morsu serpentis antiqui figure dans les formules d'exorcisme ; qu'il y a une analogie/opposition entre le bâton et le serpent, comme pour la verge de Moïse et celle d'Aaron (Exode 7:8-13) ou pour le bâton d'Esculape, et que dans le vitrail, la rectitude du bâton s'oppose aux sinuosités des trois serpents/démons.

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Comparaison iconographique :

Le sujet est décrit, de façon plus détaillée qu'ici, sur les vitraux des cathédrales du XIIIe siècle, sur les enluminures de la Légende dorée, ou sur les peintures des lambris des bas-cotés de la chapelle Saint-Jacques de Merléac. 

Comparez avec le panneau 14 de la baie 5 de Chartres : https://www.vitraux-chartres.fr/vitraux/05_vitrail_vie_st_jacques_majeur/scene_14.php

 

« Le Mirouer historial » de Vincent de Beauvais, traduction de Jean de Vignay .Bnf  Français 50 folio 268r XVe siècle

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b52506638h/f545.image

Un document de 1198 : Amiens BM Ms.0108 f 207v Bible en image venant de Pampelune  Passio jacobi apostoli

http://www.enluminures.culture.fr/public/mistral/enlumine_fr?ACTION=RETROUVER&FIELD_2=SUJET&VALUE_2=%27SAINT%20JACQUES%20LE%20MAJEUR%20ET%20LES%20DEMONS%20ENVOYES%20PAR%20HERMOGENE%27&NUMBER=1&GRP=0&REQ=%28%28%27SAINT%20JACQUES%20LE%20MAJEUR%20ET%20LES%20DEMONS%20ENVOYES%20PAR%20HERMOGENE%27%29%20%3aSUJET%20%29&USRNAME=nobody&USRPWD=4%24%2534P&SPEC=9&SYN=1&IMLY=&MAX1=1&MAX2=100&MAX3=100&DOM=All

— Chateauroux BM ms 0002 folio 243v Bréviaire à l'usage de Paris, vers 1414 Saint Jacques le Majeur et Hermogène . attribuée au Maitre de Boucicaut pour Louis de Guyenne

Jacques convert le mage encore dans les griffes des diables. Fond de paysage avec villes ou châteaux

http://www.enluminures.culture.fr/public/mistral/enlumine_fr?ACTION=RETROUVER&FIELD_2=SUJET&VALUE_2=%27SAINT%20JACQUES%20LE%20MAJEUR%20ET%20HERMOGENE%27&NUMBER=1&GRP=0&REQ=%28%28%27SAINT%20JACQUES%20LE%20MAJEUR%20ET%20HERMOGENE%27%29%20%3aSUJET%20%29&USRNAME=nobody&USRPWD=4%24%2534P&SPEC=9&SYN=1&IMLY=&MAX1=1&MAX2=100&MAX3=100&DOM=All

La remise du bâton à Hermogène est clairement représentée sur le  folio 27r du Légendier du XIIIe siècle du Bnf NAF 23686 Ci commence la vie et la passion mon seignor St Jacq le grant que pelerins requerent

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8446925z/f55.image

 


 

 

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La Légende de saint Jacques, Maîtresse-vitre ou baie 0 (G. Béart, 1402) de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

La Légende de saint Jacques, Maîtresse-vitre ou baie 0 (G. Béart, 1402) de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

La Légende de saint Jacques, Maîtresse-vitre ou baie 0 (G. Béart, 1402) de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

La Légende de saint Jacques, Maîtresse-vitre ou baie 0 (G. Béart, 1402) de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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La Légende de saint Jacques, Maîtresse-vitre ou baie 0 (G. Béart, 1402) de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

La Légende de saint Jacques, Maîtresse-vitre ou baie 0 (G. Béart, 1402) de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

La Légende de saint Jacques, Maîtresse-vitre ou baie 0 (G. Béart, 1402) de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

La Légende de saint Jacques, Maîtresse-vitre ou baie 0 (G. Béart, 1402) de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

La Légende de saint Jacques, Maîtresse-vitre ou baie 0 (G. Béart, 1402) de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

La Légende de saint Jacques, Maîtresse-vitre ou baie 0 (G. Béart, 1402) de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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3. — Arrestation de saint Jacques et comparution devant Hérode Agrippa.

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Fond vert, dessous du dais jaune. Verre à filets rouges. tête refaite.

Description par R. Couffon :

"Saint Jacques est vêtu comme au panneau 2. Un homme d'armes, en armure avec camail, tabar rouge et or, et, épée, le tient ligoté et le conduit à Hérode Agrippa que l'on voit à droite, coiffé d'un turban blanc et or, vêtu d'une robe blanche et d'un manteau d'or, et chaussé de souliers bleus." (Couffon)

Le sujet :

"Alors les Juifs, transportés de colère en voyant Hermogène converti, vinrent trouver saint Jacques et lui reprochèrent de prêcher Jésus crucifié. Mais il leur prouva avec évidence par les Écritures la venue du Christ et sa passion, et plusieurs crurent. Or, Abiathar, qui était grand-prêtre cette année-là, excita une sédition parmi le peuple; il fit conduire à Hérode Agrippa l'apôtre, une corde au cou. Le prince ordonna de décapiter saint Jacques et un paralytique couché sur le chemin lui cria de le guérir. Saint Jacques lui dit : "Au nom de J. C. pour la foi duquel on va me couper la tête, lève-toi guéri, et bénis ton créateur." A l'instant il se leva guéri et bénit le Seigneur. Or, un scribe appelé Josias, qui avait mis la corde au cou de l'apôtre et qui le tirait, à la vue de ce miracle, se jeta à ses pieds, lui adressa des excuses et demanda à se faire chrétien. Abiathar à cette vue le fit empoigner et lui dit : "Si tu ne maudis le nom du Christ, tu seras décapité en même temps que Jacques." Josias reprit : "Maudit sois-tu toi-même, maudites soient tes années, mais que le nom du Seigneur J. C. soit béni dans les siècles." Alors Abiathar lui fit frapper la bouche à coups de poing et envoya demander à Hérode l'autorisation de le décapiter avec Jacques. Tous les deux allaient être décapités quand saint Jacques demanda au bourreau un vase plein d'eau, et baptisa Josias, immédiatement. L'un et l'autre consommèrent leur martyre, un instant après, en ayant la tête tranchée." (Jacques de Voragine, Légende Dorée)

 

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Arrestation de saint Jacques, Maîtresse-vitre ou baie 0 (G. Béart, 1402) de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Arrestation de saint Jacques, Maîtresse-vitre ou baie 0 (G. Béart, 1402) de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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L'Arrestation de saint Jacques, Maîtresse-vitre ou baie 0 (G. Béart, 1402) de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

L'Arrestation de saint Jacques, Maîtresse-vitre ou baie 0 (G. Béart, 1402) de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Description :

 

 

Tenue de saint Jacques : chapeau frappé d'une coquille, rabattu derrière la tête ; besace décorée d'une coquille, aux coins ornés de pompons de frange ; pieds nus ; barbe ; nimbe rouge perlé et polycyclique. Ses mains sont liées, et une corde entoure son cou. Il est saisi par les cheveux par un garde et est contraint à baisser la tête

Tenue du soldat : casque conique ou cervelière au dessus d'un camail de mailles ; tabard en verre rouge fouetté (jaspé, "à filets" cf Lagabrielle 2000). Le verre rouge fouetté est obtenu au moment du soufflage en "plateau", la force centrifuge disséminant le rouge dans la masse de verre incolore; les deux boules en fusion ayant été cueillies successivement sur la même canne par le verrier (XIIe, XIIIe, puis XIXe siècles). Voir Viollet-le-Duc T IX p. 377. Le verrier semble avoir réussi la prouesse d'orienter  et de maîtriser ces traînées blanches pour figurer une ceinture, sur lequel il a placé des ronds de grisaille en guise de perles.Le soldat est armé d'une épée, portée du coté gauche selon l'usage et engainée dans un fourreau portant une marque au jaune d'argent. Il porte des  chaussures  longues et pointues "à la poulaine", déjà commentées sur le panneau de la décollation de sainte Barbe sur la baie 2. Le nez épaté, "narines au vent", de cet homme n'est pas un hasard, nous  le retrouverons dans le registre de la Passion, sur le soldat qui vient arrêter Jésus à Gethsémani.

Il reste à remarquer les couleurs dépareillées des jambes des chausses de ce soldat : comme chez le bourreau du panneau de la Décollation de sainte Barbe de la baie 2 (chapelle latérale sud), il s'agit de stigmatiser les "méchants", ou bien de témoigner de la fréquence de cette mode des vêtements à mi-parti à la fin du XIVe siècle parmi les hommes de guerre (mode adoptée par les Lansquenets et les soldats Suisses) et dont témoignent les enluminures des Très Riches Heures du duc de Berry. On retrouvera ces pantalons mal assortis dans le panneau de l'Arrestation de Jésus dans le registre supérieur.

 Autres soldats : coiffés de cervelière, l'un porte une arme sur l'épaule.

Tenue d'Hérode en habit de grand prêtre : bonnet à corne, manteau à galons à orfrois sur une robe blanche, mais chaussures à la poulaine.

 

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L'Arrestation de saint Jacques, Maîtresse-vitre ou baie 0 (G. Béart, 1402) de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

L'Arrestation de saint Jacques, Maîtresse-vitre ou baie 0 (G. Béart, 1402) de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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L'Arrestation de saint Jacques, Maîtresse-vitre ou baie 0 (G. Béart, 1402) de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

L'Arrestation de saint Jacques, Maîtresse-vitre ou baie 0 (G. Béart, 1402) de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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L'Arrestation de saint Jacques, Maîtresse-vitre ou baie 0 (G. Béart, 1402) de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

L'Arrestation de saint Jacques, Maîtresse-vitre ou baie 0 (G. Béart, 1402) de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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L'Arrestation de saint Jacques, Maîtresse-vitre ou baie 0 (G. Béart, 1402) de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

L'Arrestation de saint Jacques, Maîtresse-vitre ou baie 0 (G. Béart, 1402) de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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L'Arrestation de saint Jacques, Maîtresse-vitre ou baie 0 (G. Béart, 1402) de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

L'Arrestation de saint Jacques, Maîtresse-vitre ou baie 0 (G. Béart, 1402) de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Fond damassé : à rinceaux dont les tiges s'épanouissent en bouquets floraux de trois fleurs à trois pétales, et libèrent des vrilles. 

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L'Arrestation de saint Jacques, Maîtresse-vitre ou baie 0 (G. Béart, 1402) de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

L'Arrestation de saint Jacques, Maîtresse-vitre ou baie 0 (G. Béart, 1402) de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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4. — Décollation de saint Jacques.

 

Fond rouge avec arbres verts. Tête du saint refaite.

Description de R. Couffon 

"Le saint, en robe bleue et nimbe vert, est à genoux, prêt à recevoir le coup fatal. Le bourreau est en bonnet rouge, robe verte et chausses rouges." (Couffon)

J'ajouterai les chaussures pointues "à la poulaine" déjà observées dans d'autres panneaux et d'autres baies de cette chapelle, mais surtout le fourreau très particulier de la dague. C'est une sorte d'aumônière, percée pour faire passer la lame, mais dotée d'un rabat.

Le fond rouge est à rinceaux à feuilles nervurées.

Le martyre de saint Jacques est attesté par les Actes des Apôtres 12:1-2 "Vers le même temps, le roi Hérode se mit à maltraiter quelques membres de l'Église, et il fit mourir par l'épée Jacques, frère de Jean."

https://www.biblegateway.com/passage/?search=Actes+12&version=LSG.

Comparaison : la scène est illustrée sur chacune des verrières des trois cathédarles de Bourges, Chartres et Tours, mais aussi sur de nombreuses enluminures.

Par exemple le panneau 29 de la baie 5 de Chartres :

https://www.vitraux-chartres.fr/vitraux/05_vitrail_vie_st_jacques_majeur/scene_29.php

Ou la lettrine A du  folio 27r du Légendier du XIIIe siècle du Bnf NAF 23686 Ci commence la vie et la passion mon seignor St Jacq le grant que pelerins requerent

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8446925z/f55.image

 

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La Légende de saint Jacques, Maîtresse-vitre ou baie 0 (G. Béart, 1402) de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

La Légende de saint Jacques, Maîtresse-vitre ou baie 0 (G. Béart, 1402) de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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La Légende de saint Jacques, Maîtresse-vitre ou baie 0 (G. Béart, 1402) de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

La Légende de saint Jacques, Maîtresse-vitre ou baie 0 (G. Béart, 1402) de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Bnf fr. 50 folio 268v

Bnf fr. 50 folio 268v

Légendier, XIIIe siècle, Bnf NAF 23686 folio 27

Légendier, XIIIe siècle, Bnf NAF 23686 folio 27

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5. —Translation en Galice par un navire des reliques du saint, contenues dans une  chasse .

 

 


 

Fond vert, dessous du dais jaune. Importantes restaurations, en particulier pour le dais.

Description par R. Couffon :

"Sur la mer bleue, dans laquelle sont représentés des poissons verts, vogue une nef brune portant la châsse du saint qu'entourent trois personnages en robes brunes dont l'un est coiffé d'un bonnet bleu. A l'arrière, un ange, en robe blanche et nimbé de rouge, tient le gouvernail." (Couffon)

 

 

Le sujet :

"Saint Jacques fut décollé le 8 des calendes d'avril (25 mars), le jour de l'Annonciation du Seigneur; son corps fut transporté à Compostelle, le 8 des calendes d'août (25 juillet) et enseveli le 3 des calendes de janvier (30 décembre), parce que la construction de son tombeau dura de août à janvier. L'Église établit qu'on célébrerait universellement sa fête au 8 des calendes d'août, qui est un temps plus convenable. Or, après que saint Jacques eut été décollé, ainsi que le rapporte Jean Beleth, qui a écrit avec soin l'histoire de cette translation, ses disciples enlevèrent son corps pendant la nuit par crainte des Juifs, le mirent sur un vaisseau et abandonnant à la divine Providence le soin de sa sépulture, ils montèrent sur ce navire dépourvu de gouvernail ; sous la conduite de l'ange de Dieu, ils abordèrent en Galice, au royaume de Louve." (Jacques de Voragine, Légende Dorée, 1261-1266)

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Le vitrail.

La nef, une galée ?, est bordée à clins rivetés et gréée d'un mât maintenu par un double étai et sept cordages amarrés à l'extérieur de la coque. Il porte la croix sur son  oriflamme . Outre les trois personnages dont l'un est nimbé de bleu, et la pierre moulée sur le corps du saint, on voit, comme le remarque Couffon, un ange, nimbé de rouge, et portant l'amict au pli si caractéristique des anges du tympan . Mais on ne peut, malgré son poste, dire qu'il tient le gouvernail, puisque le point important de cet épisode de la légende est que cette nef en est dépourvue. Disons que c'est lui qui veille à mer cette barque au gré de la Providence.

Le fonds bleu-vert est à rinceaux polycycliques.

Comparaisons iconographiques :

— Français 412 Vie des saints, Hainaut 1285 24v ici define la glorieuse passion mon seignor seint jaqe l'apostre. si vos dirons apres comment ses beneois cors en fu portees en la terre de galisse et de ses glorieus miracles qe nostre sires jesu cris a fez por lui vos reconterons nous une partie apres

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b84259980/f58.image

 

— Nouvelle acquisition française 13521 Grand recueil du château La Claytte, fin XIIIe :  [Pierre de Beauvais.] Translation et miracles de saint Jacques, en prose (37-42) ; Chronique du Pseudo-Turpin. Traduction en prose (42-56). daté de 1212. folio 37 et vient apres la translation mon seingneur saint jaque le grant

 http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b530121530/f79.image

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La Légende de saint Jacques, Maîtresse-vitre ou baie 0 (G. Béart, 1402) de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

La Légende de saint Jacques, Maîtresse-vitre ou baie 0 (G. Béart, 1402) de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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La Légende de saint Jacques, Maîtresse-vitre ou baie 0 (G. Béart, 1402) de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

La Légende de saint Jacques, Maîtresse-vitre ou baie 0 (G. Béart, 1402) de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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6. — Translation des reliques sur un char tiré par des bœufs.

Fond rouge à rinceaux polycycliques à feuilles trifoliées.

"A droite, un château bleu, sur la courtine duquel apparaît la reine Louve en corsage or à manches vertes. La châsse d'or est posée sur un chariot conduit par un personnage en robe brune et traîné par les taureaux indomptés de la reine, devenus doux comme des agneaux et portant le joug. Dans le fond une chapelle d'or." (Couffon).

Le sujet :

"Il y avait alors en Espagne une reine qui portait réellement ce nom et qui le méritait. Les disciples déchargèrent le corps, et le posèrent sur une pierre énorme, qui, en se fondant comme de la cire sous le corps, se façonna merveilleusement en sarcophage. Les disciples vinrent dire à Louve : "Le Seigneur J. C. t'envoie le corps de son disciple, afin que tu reçoives mort celui que tu n'as pas voulu recevoir vivant." Ils lui racontèrent alors le miracle par lequel il avait abordé en son pays sans gouvernail ; et lui demandèrent un lieu convenable pour sa sépulture. La reine entendant cela, toujours selon Jean Beleth [ théologien, liturgiste et sermonnaire français du XIIe], les adressa, par supercherie, à un homme très cruel, ou bien, d'après d'autres auteurs, au roi d'Espagne, afin d'obtenir là-dessus son consentement ; mais ce roi les fit mettre en prison. Or, pendant qu'il était à table, l'ange du Seigneur ouvrit la prison et les laissa s'en aller en liberté.

Quand le roi l'eut appris, il envoya à la hâte des soldats pour les ressaisir. Un pont sur lequel passaient les soldats vint à s'écrouler, et tous furent noyés dans le fleuve. A cette nouvelle, le roi, qui regrettait ce qu'il avait fait et qui craignait pour soi et pour les siens, envoya prier les disciples de revenir chez lui et leur permit de lui demander tout ce qu'ils voudraient. Ils revinrent donc et convertirent à la foi tout le peuple de la cité. Louve fut très chagrinée en apprenant ces faits ; et quand les disciples la vinrent trouver pour lui présenter l'autorisation du roi, elle répondit : "Prenez mes boeufs qui sont en tel endroit ou sur la montagne ; attelez-les à un char, portez le corps de votre maître, puis dans le lieu qu'il vous plaira, bâtissez à votre goût."

Or, elle parlait en louve, car elle savait que ces bœufs étaient des taureaux indomptés et sauvages ; c'est pour cela qu'elle pensa qu'on ne pourrait ni les réunir, ni les atteler, ou bien que si on pouvait les accoupler, ils courraient çà et là, briseraient le char, renverseraient le corps et tueraient les conducteurs eux-mêmes. Mais il n'y a point de sagesse contre Dieu (Prov., XXI). Ceux-ci, ne soupçonnant pas malice, gravissent la montagne, où ils rencontrent un dragon qui respirait du feu ; il allait arriver sur eux, quand ils firent le signe de la croix pour se défendre et coupèrent ce dragon par le milieu du ventre. Ils firent aussi le signe de la croix sur les taureaux qui, instantanément, deviennent doux comme des agneaux ;

on les attelle on met sur le char le corps de saint Jacques avec la pierre sur laquelle il avait été déposé. Les bœufs alors, sans que personne les dirigeât, amenèrent le corps au milieu du palais de Louve qui, à cette vue, resta stupéfaite. Elle crut et se fit chrétienne. Tout ce que les disciples demandèrent, elle le leur accorda ; elle dédia en l'honneur de saint Jacques son palais pour en faire une église qu'elle dota magnifiquement ; puis elle finit sa vie dans la pratique des bonnes œuvres." (Jacques de Voragine, Légende Dorée, 1261-1266).

 

 

Saint Jacques est étendu, près de son bâton pastoral, sur la pierre qui a fondu comme de la cire pour accueillir son corps. Mais il semble bien vivant, car il est tourné sur le coté et soutient sa tête avec la main gauche selon l'attitude du mélancolique ou du songeur (cf Jessé). Malgré la barlotière qui gêne l'inspection, on voit que Lupa, la reine, tend le bras vers lui du haut des remparts de son château.

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La Légende de saint Jacques, Maîtresse-vitre ou baie 0 (G. Béart, 1402) de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

La Légende de saint Jacques, Maîtresse-vitre ou baie 0 (G. Béart, 1402) de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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La Vie de saint Jacques, Maîtresse-vitre ou baie 0 (G. Béart, 1402) de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

La Vie de saint Jacques, Maîtresse-vitre ou baie 0 (G. Béart, 1402) de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

La Vie de saint Jacques, Maîtresse-vitre ou baie 0 (G. Béart, 1402) de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

La Vie de saint Jacques, Maîtresse-vitre ou baie 0 (G. Béart, 1402) de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

La Vie de saint Jacques, Maîtresse-vitre ou baie 0 (G. Béart, 1402) de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

La Vie de saint Jacques, Maîtresse-vitre ou baie 0 (G. Béart, 1402) de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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7. — Les pèlerins devant la statue de saint Jacques à Compostelle.

Fond bleu-vert à rinceaux polycycliques à feuilles nervurées et à petites feuilles trifoliées.

"Dans un oratoire, la statue du saint, Saint Jacques, en robe blanche et manteau bleu, est assis sur un trône d'or tel que les pèlerins le voyaient à Compostelle. Au premier plan, un pèlerin à genoux, vêtu d'une robe rouge, porte un phylactère avec l'invocation : « S. Iacobe (ora pro nobis) » Au second plan, à gauche, un pèlerin en bonnet rouge, robe rouge et manteau bleu ; à droite autre pèlerin en manteau bleu et derrière autre en manteau rouge.".(Couffon)

Remarques sur Couffon :  le phylactère est tenu par la statue de Jacques et non par un pèlerin.

Sept ou huit pèlerins (on compte huit bourdons) sont arrivés  devant la statue du saint. Le premier est agenouillé, il tient son bâton entre les mains jointes. Son chapeau est rejeté derrière la nuque.  Trois femmes se repèrent car leur tête est recouverte d'un voile qui entoure leur visage. 

Rien ne distingue que ce n'est pas saint Jacques en personne qui se tient assis devant eux. Le saint, ou sa statue, est vêtu d'une cape dont le fermail est une coquille. Il s'appuie sur une canne en T. Le visage, barbu, est nimbé. Le phylactère porte l'inscription S IACOBE ORA PTS

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La Légende de saint Jacques, Maîtresse-vitre ou baie 0 (G. Béart, 1402) de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

La Légende de saint Jacques, Maîtresse-vitre ou baie 0 (G. Béart, 1402) de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

La Vie de saint Jacques, Maîtresse-vitre ou baie 0 (G. Béart, 1402) de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

La Vie de saint Jacques, Maîtresse-vitre ou baie 0 (G. Béart, 1402) de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

La Vie de saint Jacques,  Maîtresse-vitre ou baie 0 (G. Béart, 1402) de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

La Vie de saint Jacques, Maîtresse-vitre ou baie 0 (G. Béart, 1402) de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

La Vie de saint Jacques, Maîtresse-vitre ou baie 0 (G. Béart, 1402) de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

La Vie de saint Jacques, Maîtresse-vitre ou baie 0 (G. Béart, 1402) de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

 

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8. — Miracle du pendu dépendu soutenu par saint Jacques.

Fond rouge, sol vert. Très restauré, notamment le dais.

"Saint Jacques, en manteau bleu et, nimbé de vert, soutient le pèlerin pendu en attendant le retour de ses parents qui avaient poursuivi leur pèlerinage à Compostelle. C'est l'illustration du miracle arrivé à Toulouse en 1020 et rapporté par la légende dorée [Note : Plusieurs des scènes de la légende de saint Jacques se voient également dans l'une des belles verrières du XVIème siècle de la chapelle de N.-D. du Cran en Spezet. Le miracle du pèlerin est raconté dans de nombreuses verrières françaises, notamment dans le vitrail de Saint Jacques de Lisieux (XVIème siècle)]." (Couffon)

http://www.bmlisieux.com/normandie/devill09.htm

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Le sujet :

"D'après le pape Calixte, un Allemand, allant avec son fils à Saint-Jacques, vers l'an du Seigneur 1090, s'arrêta pour loger à Toulouse chez un hôte qui l'enivra et cacha une coupe d'argent dans sa malle. Quand ils furent partis le lendemain, l'hôte les poursuivit comme des voleurs et leur reprocha d'avoir volé sa coupe d'argent. Comme ils lui disaient qu'il les fît punir s'il pouvait trouver la coupe sur eux, on ouvrit leur malle et on trouva l'objet : on les traîna de suite chez le juge. Il y eut un jugement qui prononçait que tout leur avoir fût adjugé à l'hôte, et que l'un des deux serait pendu. Mais comme le père voulait mourir à la place du fils et le fils à la place du père, le fils fut pendu et le père continua, tout chagrin, sa route vers Saint-Jacques. Or, vingt-six jours après, il revint, s'arrêta auprès du corps de son fils et il poussait des cris lamentables, quand voici que le fils attaché à la potence se mit à le consoler en disant : "Très doux père, ne pleure pas, car je n'ai jamais été si bien ; jusqu'à ce jour saint Jacques m'a sustenté, et il me restaure d'une douceur céleste." En entendant cela, le père courut à la ville, le peuple vint, détacha le fils du pèlerin qui était sain et sauf, et pendit l'hôte." (Jacques de Voragine, Légende Dorée)

 

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Le vitrail :

Son intérêt est limité, puisqu'il est composé pour plus des trois-quarts d'une mosaïque de pièces hétéroclites, non peintes, ou de pièces étrangères (fragment de couronne, de fleur de lys), découpés pour former les contours généraux compatibles avec le sujet : un gibet, un pendu, et le saint.

Du fond rouge, un seul fragment comporte le damas à rinceaux polycycliques et feuilles trifoliées sans doute originel. L'arbrisseau voisin de cette pièce est également ancien.

Les autres pièces peintes sont la main de Jacques, portant le livre (et dans laquelle se reconnaît le talent de G. Béart pour figurer les mains aux doigts longs et souples), et son visage, à la barbe peinte au jaune d'argent.

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L'intérêt de ce panneau se trouve donc dans son sujet, dont il est une représentation particulièrement précoce. En effet, comme l'écrit E. Delille,  "Si nous en croyons le témoignage de l’historien italien Luc de Marines, rapporté par les Bollandistes , cette légende aurait été peinte dans toutes les églises et chapelles dédiées à saint Jacques. Quoi qu’il en soit, cette représentation, sur des vitraux est aujourd’hui assez rare." J’en connais six, appartenant tous aux XVIe siècle, sans compter une peinture de Pisanello, citée par Vasari , qui aurait été exécutée dans la jeunesse de l’artiste, dans l’ancienne église del Tempio à Florence.

Le miracle du pendu-dépendu constitue le septième miracle du De miraculi sancti Jacobi, deuxième livre du Codex Calixtinus. Il en existe deux versions, l'une avec un aubergiste de Toulouse et l'autre avec une servante de Santo Domingo de la Calzada.

Après son illustration à la cathédrale de Tours en 1257-1270 et à Merléac en 1402,  le miracle du pendu-dépendu est représenté en 6 panneaux sur un vitrail de 1526 de Saint-Jacques de Lisieux et sur 15 des 18 panneaux d'un vitrail de ca. 1530 de l'église Saint-Nicolas de Châtillon-sur-Seine.  Un autre vitrail daté de 1554, se voit dans l’église de Triel ; un autre encore, dans l’église Sainte Jeanne-d'Arc de Rouen et provenant de Saint-Vincent de Rouen  ; ou dans l’église de Courville (Eure-et-Loir) sans oublier celui, provenant de l’église de Villiers (Loir-et-Cher), aujourd’hui conservé au musée de Vendôme. Ou celui de Cour-sur-Loire.
 

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La Vie de saint Jacques, Maîtresse-vitre ou baie 0 (G. Béart, 1402) de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

La Vie de saint Jacques, Maîtresse-vitre ou baie 0 (G. Béart, 1402) de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Le pendu dépendu, lancette 8 du registre de la Légende de  saint Jacques, Maîtresse-vitre ou baie 0 (G. Béart, 1402) de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Le pendu dépendu, lancette 8 du registre de la Légende de saint Jacques, Maîtresse-vitre ou baie 0 (G. Béart, 1402) de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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SOURCES ET LIENS.

a) Baie de la cathédrale de Chartres, 1210-1225 :28 médaillons :

https://fr.wikipedia.org/wiki/Vitrail_de_saint_Jacques_le_Majeur_%C3%A0_Chartres

http://www.cathedrale-chartres.fr/vitraux/05_vitrail_vie_st_jacques_majeur/index.htm

b) Baie 22 de la cathédrale de Bourges, premier tiers du XIIIe siècle. 20 panneaux.

http://www.xacobeo.fr/ZF2.02.b-a.vitr.Bourges.Montereau.htm

— COUFFON (René), 1936, Contribution à l'étude des verrières anciennes du Département . ... Extrait des Mémoires de la société d'émulation des Cotes-du-Nord. 1936 n°67 pages 65-228, ill. Noir et blanc Sur Merléac : pp 95-101 (retranscrit sur Infobretagne)

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k441314t/f90.image

—DEVILLE (Étienne), 1928 , Les vitraux de l’église St-Jacques Lisieux. Étude descriptive. Lisieux : A la Rose de Lisieux, J. Monjour éditeur, 1928.

http://www.bmlisieux.com/normandie/devill09.htm

Planche VII : http://www.bmlisieux.com/images/vitro007.jpg

— GATOUILLLAT (Françoise), HÉROLD ( Michel), 2005,  Les vitraux de Bretagne, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2005, 365 p. (Corpus vitrearum France, série complémentaire. Recensement des vitraux anciens de la France, VII) pages 144-146.

GESLIN DE BOURGOGNE (Jules-Henri), "l'église Saint-Jacques à Saint-Léon de Merléac",Bull. et Mém. Soc. Émulation Côtes du Nord, t. II, 1865, p.1-17.

 

— JACQUES DE VORAGINE Saint Jacques le Majeur , la Légende dorée.

http://www.abbaye-saint-benoit.ch/voragine/tome02/100.htm

— JUREZ (Yann), 1992, Les vitraux de la chapelle Saint-Jacques à Merléac (Côtes d'Armor),  Mémoire de DEA, Paris-Sorbonne,. 1992 80 p 221 ill. (non consulté)

— LAGABRIELLE   (Sophie ), 2000. "La verrerie du XIIe à la fin du XVe siècle : évolution d'une technique". In: Médiévales, n°39, 2000. Techniques : les paris de l'innovation. pp. 57-78; doi : 10.3406/medi.2000.1494 http://www.persee.fr/doc/medi_0751-2708_2000_num_19_39_1494

 

"Dans le vitrail des XIIe et XIIIe siècles, la couleur apparaît comme une exigence et l'objet d'expérimentations. Selon les recettes de fabrication médiévales, le verre de couleur était fait par addition de colorants à un verre « blanc » ou « incolore » de base. Nous venons de voir que, pour obtenir un verre bleu, les verriers ont procédé par tâtonnements. Au centre des préoccupations, le verre rouge se présente comme un notable facteur d'évolution. Le procédé de façonnage décrit par le moine Théophile, au chapitre m, correspond à celui du manchon, soufflage du verre en cylindre, ouvert aux deux extrémités par des opérations délicates. L'auteur décrit la méthode qu'il observe dans les forêts allemandes (auxquelles s'intègrent alors la Lorraine et l'Alsace). Or, côté français, l'examen des vitraux, qui n'en est qu'à ses prémisses, ne révèle pas le même procédé. Les vitraux des XIIe-XIIIe siècles (Saint-Remi de Reims, Châlons-sur-Marne, la cathédrale de Reims, Chartres, la Sainte-Chapelle de Paris, Rouen, Amiens...) présentent un certain nombre d'ondes concentriques en relief, typiques des verres en plateaux où la paraison est soufflée en cloche, décalottée et tournée jusqu'à former un disque32. Une différence fondamentale de façonnage apparaît donc déjà entre les contrées allemandes et françaises.

Dans la problématique du façonnage, l'obtention de la couleur rouge apparaît comme cruciale. Le rouge est en effet une couleur particulièrement exigeante. De forte densité, le colorant doit être employé en couche très mince. En 1933, G. Chesneau a pu faire un certain nombre d'observations sous microscope. Sur les verres du XII siècle comme ceux de Saint-Remi de Reims et de la cathédrale de Châlons-sur-Marne, façonnés en plateaux, il s'est aperçu que le ton « rouge oriental très clair », pour reprendre ses mots, avait été obtenu par trois à cinq trempages successifs de la paraison de verre blanc dans celle de verre rouge. Le résultat est une teinte fouettée, faisant alterner le rouge et le blanc. Si les peintres- verriers ont su exploiter ce manque d'homogénéité colorée qui donne à la matière une teinte jaspée, les maîtres de verrerie, quant à eux, semblent avoir cherché à corriger ce défaut et à simplifier les étapes de fabrication. La vision par microscope des verres de la cathédrale de Reims ou d'Amiens, datés du xme siècle, donc plus tardifs, tend à le prouver. Les deux sites présentent des vitraux teintés par une seule épaisseur de verre rouge foncé sur verre blanc mais chacun révèle une méthode d'obtention différente. Le microscope fait apparaître pour Amiens (milieu du XIIIe siècle) une superposition d'un grand nombre de très minces pellicules - de l'ordre de 12 à 27 - de verre rouge, séparées par du verre blanc qui, à l'œil, ne forme qu'une seule couche de verre rouge. Plus simple à obtenir que le rouge clair de Saint-Remi ou de Châlons, la teinte rouge foncé nécessite toujours un système de cueillettes alternatives de verre blanc et de verre rouge. Les verriers, observe G. Chesneau, ont exploité, pour Amiens, la fusibilité de la matière vitreuse, alcaline et peu siliceuse. Inversement, pour la cathédrale de Reims (2e moitié du XIIIe siècle) le rouge a été obtenu par un seul trempage, avant soufflage, de la paraison blanche dans le verre rouge foncé. Unique et très mince, la couche rouge recouvre le verre de façon continue. C'est donc le façonnage qui, à Reims, a été simplifié. Les deux types de réponse observés sont l'indice d'expériences menées en parallèle dans les ateliers de verrerie du xnr siècle pour améliorer la couleur du verre. Elles préparent l'apparition du verre plaqué - verre de couleur, en une couche, sur verre blanc - qui connaîtra les siècles suivants une grande faveur, notamment auprès des peintres-verriers, à cause de ses potentialités en gravure. Spécialisés dans la fabrication de verre creux de type sodique, les verriers du sud de la France ont commencé à produire du verre plat à partir du XIVe siècle, mais ils ne se sont jamais lancés dans la fabrication des verres plaqués rouges. Ils ne semblent pas avoir découvert le principe du plaquage - dont la qualité est d'éviter au colorant, l'oxyde cuivrique, de s'oxyder -, ils ont préféré, pour cette couleur, faire appel au savoir des verreries continentales ».

— ROUDIER(Jean), 2005  : " Saint Jacques en Bretagne, culte et patrimoine " Editions Label LN, Ploudalmezeau, 

https://www.compostelle-bretagne.fr/

Planche C1 (Bas-reliefs en pierre) https://www.compostelle-bretagne.fr/images/PDF/Iconographie/icono-plancheC1-C8.pdf

Planche D1 (Peintures et vitraux) Vitraux anciens et saint Jacques avec l’instrument de son supplice

https://www.compostelle-bretagne.fr/images/PDF/Iconographie/icono-plancheD1-D9.pdf

https://www.compostelle-bretagne.fr/images/PDF/Iconographie/icono-plancheA1-A24.pdf

https://www.compostelle-bretagne.fr/images/PDF/Iconographie/icono-chap1-3.pdf

 

— VIOLLET-LE-DUC ,  Dictionnaire raisonné de l’architecture française du XIe au XVIe siècle, 1854-1868, tome 9.

https://fr.wikisource.org/wiki/Page:Viollet-le-Duc_-_Dictionnaire_raisonn%C3%A9_de_l%E2%80%99architecture_fran%C3%A7aise_du_XIe_au_XVIe_si%C3%A8cle,_1854-1868,_tome_9.djvu/380

"Mais dès cette époque on obtenait le verre rouge par un autre procédé. L’ouvrier souffleur avait deux creusets remplis de verre blanc verdâtre au four. Dans l’un des deux on jetait des raclures ou paillettes de cuivre rouge, et l’on remuait ; immédiatement le souffleur cueillait une boule de verre blanc dans l’un des creusets, et il la plongeait dans le second creuset tenant en suspension des lamelles de cuivre. Il égalisait la prise sur une pierre chaude, soufflait et opérait comme il est dit ci-dessus. Ainsi obtenait-on des verres doublés, dans la moitié, au plus, de l’épaisseur desquels la coloration rouge se présente comme fouettée. Si l’on casse un de ces morceaux de verre, la coloration rouge se montre par stries ou paillettes inégalement réparties dans cette doublure du verre blanc verdâtre, ainsi que l’indique la section (fig. 1). Ce procédé de coloration par paillettes s’entrecroisant inégalement donne au ton rouge un aspect jaspé, miroitant, d’une grande puissance. On comprendra, en effet, que la lumière passant à travers le verre et venant frapper les lamelles de rouge fouettées dans la pâle, se reflétant réciproquement, doive produire une coloration d’une intensité et d’une transparence sans égales. Chaque lamelle de pâte rouge produit l’effet d’un paillon, et l’on voit à la fois une coloration rouge translucide et un éclat rouge reflété des lamelles voisines. Plus tard, à dater du milieu du xive siècle, le verre rouge est obtenu au moyen d’une doublure extrêmement mince sur un verre blanc verdâtre ; le rouge n’est plus fouetté dans la pâte, mais apposé sur elle, en faisant la boudine.

 Aussi ce verre rouge donne-t-il une coloration plus égale et, de près, plus puissante que celle des verres des xii- siècle et xiiie siècles : mais, à distance, l’éclat de ces verres doublés est moins lumineux, moins fin ; il est souvent lourd, écrasant dans l’ensemble ; en un mot, l’effet décoratif est moins bon. Cependant l’opération de la doublure des boudines donnait encore certaines inégalités, des stries plus ou moins colorées, qui conservaient au ton une certaine transparence. Aujourd’hui, les verres rouges doublés sont parfaitement égaux de ton, et pour les employer, les peintres verriers sont obligés, s’ils veulent obtenir une coloration fine à distance, de les jasper par des moyens factices."

— Infobretagne : 

http://www.infobretagne.com/merleac-chapelle-saintjacques-vitraux.htm

— Actes et mort du saint apôtre Jacques, frère du saint apôtre et évangéliste Jean le Théologien , apocryphe.

http://lodel.irevues.inist.fr/saintjacquesinfo/index.php?id=1163

— Histoire de Jacques le Majeur, d'après l'Histoire Apostolique d'Abdias, livre iv , in Encyclopédie Théologique - T.24: dictionnaire des apocryphes - troisième partie, Abbé Migne, Migne éd., Paris 1858.

https://books.google.fr/books?id=sn8iDAAAQBAJ&pg=PA266#v=onepage&q&f=false

— Auteur inconnu «Actes et mort du saint apôtre Jacques, frère du saint apôtre et évangéliste Jean le Théologien.», SaintJacquesInfo [En ligne], Textes, Les textes de Jacques, mis à jour le : 09/02/2016,
URL : http://lodel.irevues.inist.fr/saintjacquesinfo/index.php?id=1163

 

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Published by jean-yves cordier - dans Vitraux
23 septembre 2017 6 23 /09 /septembre /2017 20:28

La chapelle Saint-Jacques de Merléac : les vitraux du 1er quart du XIVe et du début du XVe siècle des baies latérales. Baies 1, 2, 3, 5 et 7.

 

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Sur cette chapelle, voir :

 

Sur les vitraux, voir :

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Le visiteur qui se rend en la chapelle Saint-Jacques de Merléac voit son attention rapidement absorbée par l'architecture, par les peintures murales, par le lambris peint, par l'ensemble des statues en bois,  et par la prestigieuse maîtresse-vitre de 1402. IL aura facilement tendance à négliger les vitraux des baies latérales (une baie au sud, 4 baies au nord), d'autant qu'elles résultent d'une vaste et complexe recomposition associant des pièces de panneaux du début du XVe siècle (proche de la date de 1402 inscrite sur la maîtresse-vitre), de rares éléments plus anciens datant des origines de la chapelle (en cours d'achèvement en 1317) et de mosaïques de pièces modernes en "bouche-trous". Cette réorganisation a été finalisée par l'atelier Hubert de Sainte-Marie en 1990. 

S'il quittait la chapelle sans s'attarder sur ces vitraux, notre visiteur passerait à coté de la première manifestation de l'utilisation du jaune d'argent en Bretagne au premier quart du XIVe siècle. Et d'anges dont les phylactères portent des fragments d'oraisons rarement rencontrés.

C'est d'ailleurs l'erreur que j'ai commise, photographiant trop rapidement ces verrières que je croyais secondaires.

C'est en suivant pas à pas les explications données par Françoise Gatouillat et Michel Hérold que nous profiterons  de tous les trésors qui nous attendent. J'y ajouterais un  examen particulier des fonds damassés et de l'emploi du jaune d'argent.

Rappel 1 : le jaune d'argent (d'après Infovitrail)

Le jaune d’argent est une cémentation, coloration obtenue par des sels métalliques qui pénètrent dans la masse du verre pendant la cuisson. Il apporte une coloration pouvant aller du jaune très clair au brun orangé foncé.

Le jaune d'argent apparaît en Normandie et à Paris dès les premières années du XIVe siècle,
Le plus ancien exemple, en 1313, est visible dans les verrières de l'église paroissiale Saint-Pierre du Mesnil-Villeman.

Le jaune d'argent révolutionne la technique du vitrail et de la peinture sur verre car on peut désormais ajouter la couleur jaune sur une même pièce sans la séparer par un plomb.
On se sert du jaune d'argent pour colorer les chevelures, les bijoux, les couronnes, les sceptres et les éléments architecturaux, les vitreries ornementales de losanges et les fenêtres en grisaille décorative dont certains détails sont rehaussés de jaune d'argent. Il s'applique généralement au revers de la pièce.

Le jaune d'argent est un mélange de sels d'argent (sous forme de sulfure ou de chlorure ) et d'un cément (ocre ou argile calcinée) qui restera en surface après cuisson et sera retiré.

Il est important de savoir que lors de l'application, les ions argent sont encore incolores, car pour se colorer ils doivent se coaguler. Donc le peintre ne voit pas l'effet de ce qu'il fait lorsqu'il pose ce cément.
On obtient une cémentation plus foncée et plus colorée selon le sel employé, la concentration de sels, la durée et température de cuisson, la composition chimique du verre.
Comme le mélange se pose le plus souvent « à la goutte » (on l’étale à l'aide d'un pinceau mouilleur bien chargé), cela explique sans-doute qu'il forme, ici, des taches ou plages plus ou moins bien circonscrites. Après cuisson, l'aspect ressemble à une coloration dans la masse car aucune épaisseur n'est perceptible au touché.

Note 1 : le brunissement des verres anciens a rendu parfois aléatoire l'évaluation du jaune sur mes photographies.

Note 2 : dans les vitraux du XIVe siècle, (Lafond 1943, Lautier 2000) le jaune d'argent est parfois posé sur le coté interne du verre, du même coté que la grisaille. Il serait très intéressant de savoir si c'est le cas à Merléac.

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Rappel 2 : les vitraux les plus anciens conservés en Bretagne (Gatouillat).

  • 1265-1270 : Dol-de-Bretagne, cathédrale  : 3 figures d'évêques en pied

  • vers 1290-1300 :  Dol-de-Bretagne, cathédrale  : baie 100 du chœur et bras du transept.

  • vers 1317 : Merléac (35), chapelle Saint-Jacques  : panneaux des lancettes et tympan des  baies 2 et 3. Grisaille et  jaune d'argent  sur verre blanc et fond de couleur.

  • premier quart XIVe : Pléboulle (22), chapelle du Temple : fragments d'un Tétramorphe. Grisaille et jaune d'argent sur verre blanc.

  • vers 1340 : église de  Saint-Alban (22) : maîtresse-vitre, 9 scènes de la Passion. Présence en abondance du jaune d'argent.

  • 1380-1390 : Dol-de-Bretagne, cathédrale  : panneaux en bas de la maîtresse-vitre.

  • vers 1402 : Merléac (35), chapelle Saint-Jacques  : maîtresse-vitre et panneaux des baies latérales. 

  • vers 1400 : Saint-Servant-de-l'Oust (56), chapelle Saint-Gobrien : fenêtre majeure, quelques panneaux. Vitraux offerts par Olivier de Clisson et Marguerite de Rohan, présence de M couronnés. 

  • 1410-1415 : Quimper, cathédrale : baies du chœur.  Pupilles colorées au jaune d'argent.

  • vers 1423 : Runan, maîtresse-vitre. Pupilles colorées au jaune d'argent.

Ce rappel chronologique montre entre autre l'intérêt d'une comparaison des fonds damassés et de l'emploi du jaune entre Saint-Jacques de Merléac et la cathédrale de Quimper, à laquelle j'ai consacré de nombreux articles.

Vitraux du chœur II : Les fonds damassés des vitraux du chœur de la cathédrale de Quimper (vers 1417). Baie 100 et 109. ​

Les vitraux du chœur de la cathédrale de Quimper. III. L'usage du jaune d'argent sur les vitraux des baies 110 et 112 (vers 1417). Anne trinitaire à Quimper.

http://www.lavieb-aile.com/2016/03/les-fonds-damasses-des-vitraux-du-xve-siecle-de-la-cathedrale-de-quimper.html

http://www.lavieb-aile.com/2016/03/les-vitraux-des-baies-110-et-112-du-choeur-de-la-cathedrale-de-quimper.html

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La baie 1 éclaire l'autel de la chapelle du bas-coté nord. Début du XVe (v.1402) et 1990.

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 Haute de 2,60 m et large de 1,10 m, elle se compose de deux lancettes trilobées organisées en trois registres et d'un tympan à deux trilobes et un quadrilobe sommital. Rassemblant des panneaux composites du début du XVe siècle, sa composition actuelle en association avec des créations modernes date de 1990 (atelier HSM).

Quatre panneaux anciens de la baie 1 (Annonciation, Visitation, Adoration des Mages, Vierge à l'Enfant ) laissent supposer qu'à coté de la Passion et de la Vie de saint Jacques de la verrière d'axe, une ou plusieurs baies traitaient de la Vie de la Vierge et de l'Enfance du Christ. D'autres panneaux de la baie 2 (Circoncision, Présentation au Temple) entrent aussi dans cette série. Néanmoins, Gatouillat et Hérold signalent qu'aucune baie de l'édifice actuel ne semble correspondre à leurs dimensions, mais que la majorité des éléments anciens montés dans les baies latérales sont d'une facture homogène comparable avec la maîtresse-vitre datée de 1402.

Ce culte marial se retrouve repris avec le thème de la Vierge couronnée et avec les inscriptions des phylactères, ce qui inciterait à penser que tout ou partie de la chapelle de Saint-Léon a été placé initialement sous le patronage de Marie en co-patronat avec saint Jacques. C'est dans ce sens que j'ai interprété d'abord le M couronné de la bordure de la vitre axiale comme se référant à Marie.


 

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La baie 1, bas-coté nord de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

La baie 1, bas-coté nord de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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La lancette A.

En bas : scène composée par l'atelier HSM de Quintin (Hubert de Sainte-Marie).

Au milieu : Annonciation.

En haut : Rois Mages.

 

 

La baie 1, bas-coté nord de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

La baie 1, bas-coté nord de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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a) Composition d'Hubert de Sainte-Marie 1990.

La scène composée par l'atelier HSM en 1990 reprend en l'inversant le schéma global de l'Adoration des Mages, et recopie avec soin le motif à rinceaux polycycliques de ce panneau des Rois (que je note R1 pour me repérer). 


 

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La baie 1, bas-coté nord de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

La baie 1, bas-coté nord de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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b) Annonciation vers 1402 , avec d'importantes restaurations de 1990.

Le phylactère porte des fragments de l'inscription AVE MARIA GRATIA PLENA ("Salut Marie pleine de grâces") , et les pages du livre ouvert des fragments de  ANCILLA DOMINI / FIAT MIHI SECUNDUM (Ecce ancila domini, fiat mihi secundum verbum tuum : "Je suis la servante du Seigneur, qu'il me soit fait selon ta parole").

La Vierge et Gabriel portent un bandeau perlé. Marie, est figurée de face, mais le visage de trois-quart, comme une jeune fille surprise dans sa lecture et qui se tourne subitement vers la droite. Sa posture est hanchée avec  l'abdomen projeté en avant, selon les critères de la mode de l'époque. Sa ceinture est ornée de motifs réguliers à six perles réunies en fleur.

Le fond damassé rouge porte des larges feuilles nervurées aux digitations profondes et arrondies. (je le repère sous le sigle F1)

Jaune d'argent : chevelure, bijoux (bandeau, collier, perles de la ceinture), lys, tranche du livre, bases, bagues et et chapiteaux des colonnes, cœur des fleurs de l'architrave. On voit, sur les perles de la ceinture par exemple, que la tache jaune déborde le contour de la perle centrale qu'elle souhaite colorer.


 

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La baie 1, bas-coté nord de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

La baie 1, bas-coté nord de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Les visages sont dessinés ainsi : une ligne trace un sourcil et le contour du nez avec sa narine. Un autre trait dessine le second sourcil et l'arête du nez. Les deux yeux bien ouverts  sont en amande plus effilée vers l'extérieur avec une pupille noire et une conjonctive en croissant blanc. Surtout, des cernes concentriques tracent les deux paupières et le pli palpébral supérieur.

Le philtrum n'est pas oublié, au dessus d'une bouche étroite en largeur mas aux lèvres pulpeuses, presque en cul-de-poule si je m'autorisais cette licence.

Trois lignes de composition : la diagonale pleine d'élan de l'ange, l'arc de cercle tout en retenue et en recul de Marie, et la verticale du vase, du lys et du phylactère, qui sépare et réunie les deux protagonistes.


 

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La baie 1, bas-coté nord de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

La baie 1, bas-coté nord de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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La baie 1, bas-coté nord de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

La baie 1, bas-coté nord de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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La baie 1, bas-coté nord de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

La baie 1, bas-coté nord de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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La baie 1, bas-coté nord de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

La baie 1, bas-coté nord de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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c) Les Rois mages.

Ces trois rois viennent d'une Adoration de l'Enfant-Jésus dans la crèche, selon le schéma habituel où le plus âgé, Melchior (barbe blanche, calvitie) est agenouillé devant l'enfant et a ôté sa couronne, suivi de Balthazar et Gaspard, debout en attendant leur tour La coupe remplie de pièces d'or (moderne ?) est bien visible dans les mains de Melchior qui en ouvre le couvercle. Les deux rois ne diffèrent pas entre eux (si ce n'est la fourrure d'hermine du dernier), mais on retrouve ici le motif présent sur les porches de Le Folgoët (vers 1423) et de Rumengol (vers 1468), celui où le deuxième roi lève la main vers l'étoile et se tourne vers le troisième roi pour la lui montrer.

Je retrouve sur les visages de Balthazar et Gaspard  les traits que je viens de décrire dans l'Annonciation, avec les cernes des yeux, mais pour ces portraits masculins la narine est plus développée et la bouche plus rare.

Le fond damassé R1 apparaît ici sous sa forme originale : rinceau dessinant des volutes tracés au compas et libérant des vrilles ou des feuilles à trois lobes.

Jaune d'argent : pièces d'architecture, couronnes, pièces d'armures, colliers, coupe et monnaie d'or, chevelures et barbes, ainsi que la robe entière de Melchior.


 

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La baie 1, bas-coté nord de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

La baie 1, bas-coté nord de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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La baie 1, bas-coté nord de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

La baie 1, bas-coté nord de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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La baie 1, bas-coté nord de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

La baie 1, bas-coté nord de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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La baie 1, bas-coté nord de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

La baie 1, bas-coté nord de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Sur la robe de Melchior, qui émerge du manteau au niveau de la manche droite, sont figurées deux lettres Y au jambage fleuronné, et dont le point est un losange. Cela reste pour moi une énigme que je soumets aux lecteurs.

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La baie 1, bas-coté nord de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

La baie 1, bas-coté nord de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

La baie 1, bas-coté nord de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

La baie 1, bas-coté nord de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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La lancette B (c'est celle de droite).

En bas: scène composée par l'atelier HSM de Quintin (Hubert de Sainte-Marie).

Au milieu : la Visitation.

En haut : la Vierge couronnée.

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a) Composition de Hubert de Sainte-Marie 1990.

Un personnage allongé, la tête sur un oreiller (allusion à Jessé ?). Fond R1 qui fournit ainsi un relevé idéal du pochoir du damassé ancien.


 

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La baie 1, bas-coté nord de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

La baie 1, bas-coté nord de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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b) La Visitation.

Le cadre architectural est le même que celui de l'Annonciation. La Vierge porte le même bandeau perlé que dans l'Annonciation, la même robe, serrée par une ceinture, etc. Le style des visages est le même (bouche d'Elisabeth en W avec lippe). Les nimbes sont en verres colorés (en croisant les couleurs rouge et bleue des robes).

Le corps de Marie, enceinte, est très mince ; il suit la forme d'un S très allongé verticalement. Celui de sa cousine vient se mouler dans les sinuosités en vis à vis, mais il est plus massif et plus bas, pour souligner le pieux respect d'Elisabeth devant le premier tressaillement, première manifestation de la divinité incarnée. 

Fond damassé R1 (moderne en haut à droite).

Jaune d'argent : chevelure, bijoux (bandeau, collier, perles de la ceinture), bases, bagues et et chapiteaux des colonnes, cœur des fleurs de l'architrave, manche de la robe d'Elisabeth.


 

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La baie 1, bas-coté nord de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

La baie 1, bas-coté nord de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

La baie 1, bas-coté nord de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

La baie 1, bas-coté nord de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

La baie 1, bas-coté nord de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

La baie 1, bas-coté nord de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

La baie 1, bas-coté nord de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

La baie 1, bas-coté nord de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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c) La Vierge à l'Enfant.  

La Vierge couronnée, est assise sur une cathèdre et porte son fils sur le bras droit. Le détail charmant réside dans la manière dont l'enfant au beau visage joufflu entoure le cou de sa mère du bras droit et caresse avec la main gauche, par jeu,  les anglaises dorées.

Fond damassé R1  : rinceau dessinant des volutes tracés au compas et libérant des vrilles, ou des feuilles à trois lobes.

Dais architectural : comparable à ceux de l'Annonciation et de la Visitation, prouvant que ce panneau appartenait à la même séquence.

Jaune d'argent : chevelure, bijoux (bandeau, collier, perles de la ceinture), couronne, cercle du nimbe, une sorte de nuée au dessus de ce nimbe,  bases, bagues et et chapiteaux des colonnes, cœur des fleurs de l'architrave, ornements du siège. Mais aussi une "coulée" plus terne sur la bouche et le coin des lèvres de Marie, qui, s'il s'avérait délibéré, témoignerait d'un désir de spiritualisation ou de divinisation.  


 

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La baie 1, bas-coté sud de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

La baie 1, bas-coté sud de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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La baie 1, bas-coté nord de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

La baie 1, bas-coté nord de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

La baie 1, bas-coté nord de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

La baie 1, bas-coté nord de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Le tympan de la baie 1.

Trilobe de gauche : une sainte.

Trilobe de droite : un saint en adoration

Quadrilobe : Le Christ crucifié .

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La baie 1, bas-coté nord de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

La baie 1, bas-coté nord de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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a) Le trilobe de gauche : une sainte.

La couleur bleue du manteau peut laisser penser qu'il s'agit de la Vierge.

Le fond damassé rouge évoque ici des feuilles d'érables que je code F2. Trois teintes de rouge et orange.

Jaune d'argent : collier.


 

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Tympan de la baie 1, bas-coté nord de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Tympan de la baie 1, bas-coté nord de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

La baie 1, bas-coté nord de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

La baie 1, bas-coté nord de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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b) Le trilobe de droite : un saint en adoration.

ou montrant les stigmates (François d'Assisie ?).

Le fond damassé rouge évoque ici des  groupes de feuilles d'érables F2.


 

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Tympan de la baie 1, bas-coté nord de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Tympan de la baie 1, bas-coté nord de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Tympan de la baie 1, bas-coté nord de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Tympan de la baie 1, bas-coté nord de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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c) Le quadrilobe : le Christ crucifié.

Le soleil et la lune renvoient à ce passage de l'évangile : Luc 23:44-45 : 

 Il était déjà environ la sixième heure, et il y eut des ténèbres sur toute la terre, jusqu'à la neuvième heure. Le soleil s'obscurcit, et le voile du temple se déchira par le milieu.

Il y a aussi "une esquisse de paysage" (Gatouillat).

Deux anges hématophores (qui recueillent le sang du Christ dans des calices), ont le front ceint d'un bandeau perlé.

Je remarque la position des doigts du Christ.

Fond damassé  bleu : feuilles aux indentations arrondies ou plus aigues. Disons F1.

Jaune d'argent : chevelures, nimbe, ailes,  croix, calices, soleil.


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Tympan de la baie 1, bas-coté nord de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Tympan de la baie 1, bas-coté nord de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Tympan de la baie 1, bas-coté nord de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.
Tympan de la baie 1, bas-coté nord de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Tympan de la baie 1, bas-coté nord de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Un carton de restauration "Forme A" collé sur le visage du Christ.

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La baie 1, bas-coté nord de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

La baie 1, bas-coté nord de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Un ange hématophore. Que porte-t-il dans la main droite ?

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La baie 1, bas-coté nord de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

La baie 1, bas-coté nord de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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La baie 2 (vers 1402 ; vers 1317 ; 1990)  éclaire l'autel du bas-coté sud.

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 Haute de 2,60 m et large de 1,10 m, elle se compose de deux lancettes trilobées organisées en deux registres et d'un tympan à deux trilobes et un quadrilobe sommital. Comme les autres, elle associe des panneaux composites du début du XVe siècle dans une disposition fixée en 1990.

 

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La baie 2, bas-coté sud de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

La baie 2, bas-coté sud de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

La baie 2, bas-coté sud de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

La baie 2, bas-coté sud de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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La lancette A (celle de gauche).

En bas : La Présentation au Temple .

En haut : Circoncision.

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a) La présentation au Temple.

Largement complétée par Hubert de Sainte-Marie, elle renferme néanmoins le groupe de Marie, Joseph et Jésus devant un livre portant des caractères hébraïques.

Fond : R1

Jaune d'argent : architecture, nimbe crucifère de Jésus, vêtements sacerdotaux, et peut-être d'autres rehauts plus difficile à étudier.


 

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La baie 2, bas-coté sud de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

La baie 2, bas-coté sud de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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La baie 2, bas-coté sud de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

La baie 2, bas-coté sud de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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b) La Présentation au Temple (qualifié de Circoncision par Gatouillat).

 

La présence d'une servante portant dans un panier les deux tourterelles de l'offrande rituelle me conduit à y voir une Présentation. Bras du prêtre récent.

Dais architectural à cul-de-four jaune.

Fond : R1 ??

Jaune d'argent : rayons du nimbe crucifère.

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La baie 2, bas-coté sud de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

La baie 2, bas-coté sud de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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La baie 2, bas-coté sud de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

La baie 2, bas-coté sud de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

La baie 2, bas-coté sud de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

La baie 2, bas-coté sud de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Lancette B.

En bas : panneau en macédoine contenant un buste de sainte.

En haut : décollation de sainte Barbe.

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a) Le panneau moderne.

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La baie 2, bas-coté sud de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

La baie 2, bas-coté sud de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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b) La Décollation de sainte Barbe.

 

Un roi portant sceptre et couronne donne l'ordre (index gauche) à un bourreau de trancher la tête de la sainte. Ce dernier a empoigné la chevelure pour dégager la nuque et lève son glaive. Barbe (ou Barbara) attend pieusement son martyre, les mains jointes.

Fonds : R1 .

Jaune d'argent : architecture, couronne et sceptre, chevelures.

 

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La baie 2, bas-coté sud de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

La baie 2, bas-coté sud de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

La baie 2, bas-coté sud de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

La baie 2, bas-coté sud de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

La baie 2, bas-coté sud de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

La baie 2, bas-coté sud de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

La baie 2, bas-coté sud de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

La baie 2, bas-coté sud de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Le panneau représentant le roi maintenant à genoux la vierge et future martyre Barbe pour la soumettre au glaive, tandis que le soldat dégage la chevelure afin de frapper la nuque, présente à nos esprits curieux deux détails  pour les satisfaire.

D'une part, les chaussures de l'homme sont "à la poulaine", avec leurs pointes fines, longues et pointues. Exactement comme sur les enluminures des manuscrits du duc de Berry ou de ses frères, réalisées à la fin du XIVe siècle ou au premier quart du XVe.

Voyez le mois de janvier des Très Riches Heures (1411-1416).

D'autre part, mais sans s'éloigner du thème vestimentaire, ces chaussures ainsi que les chausses gaînant les jambes sont dépareillées par leur couleur, "mi-parti" , selon un mode introduite à la moitié du XIVe siècle, mais dont l'enluminure de Janvier des Très Riches Heures offrent de très beaux exemples (voir aussi le fauconnier d'Août).  

J'ai montré que cette tenue bariolée était souvent employée, dans les représentations de la Passion, pour stigmatiser les bourreaux : voir ma description du retable de La Houssaye à Pontivy.  Sur ce vitrail, c'est aussi un bourreau qui porte ces chausses "parti-coloured". Mais on peut opposer à cela que, dans les Très Riches Heures, ce sont les seigneurs de l'entourage ducal qui portent ces tenues.

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La chapelle Saint-Jacques de Merléac : les vitraux des baies latérales.

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Le tympan. Premier quart du XIVe, recomposé. 

Dans les deux trilobes : animaux fantastiques dans des cages à mouches.

Quadrilobe : Vierge couronné et anges 

 

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Tympan de la baie 2, bas-coté sud de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Tympan de la baie 2, bas-coté sud de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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a) Les trilobes.

 Gatouillat et Hérold décrivent des "animaux fantastiques sur fond de cages à mouches, du 1er quart du XIVe siècle, (déplacés, bouche-trous)." Je cherche la définition de ce terme : "On nomme   Cage à mouches   les zones de vitrail  revêtues de très fines hachures  afin de leur donner un aspect grisé et qui, observées de près, ressemblent à des cages à insectes."

Les animaux ont des allures de lions ou de dragons. Puisque ce sont là nos verres les plus anciens, je les observe avec attention, en pivotant l'image pour mieux les comprendre. Le jaune d'argent semble utilisé largement, en plage uniforme pour colorer non seulement l'animal, mais aussi le fond hachuré.

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Le trilobe gauche.

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Tympan de la baie 2, bas-coté sud de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Tympan de la baie 2, bas-coté sud de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Sur ce panneau, il s'agit clairement d'un dragon, avec ses yeux proéminents, ses crocs, son museau plissé, son dos hérissé d'épines, ses pattes griffues et sa queue, tachetée de pustules, qu'il semble tenir entre ses pattes (comme sur les crossettes de Landivisiau ou de Pencran). Il retourne la tête vers l'arrière pour mugir.

 

Tympan de la baie 2, bas-coté sud de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Tympan de la baie 2, bas-coté sud de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Tympan de la baie 2, bas-coté sud de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Tympan de la baie 2, bas-coté sud de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Le trilobe droit.

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Tympan de la baie 2, bas-coté sud de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Tympan de la baie 2, bas-coté sud de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

 

 

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Le brunissement n'empêche pas de reconnaître ici le même animal dans la même posture.

Au total, on peut donc conclure à trois dragons identiques.

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Tympan de la baie 2, bas-coté sud de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Tympan de la baie 2, bas-coté sud de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Tympan de la baie 2, bas-coté sud de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Tympan de la baie 2, bas-coté sud de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Tympan de la baie 2, bas-coté sud de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Tympan de la baie 2, bas-coté sud de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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b) Le quadrilobe.

Quatre anges entourent la tête de la Vierge. Nous voyons vite que l'ange du lobe supérieur est très restauré de façon récente. Ce quadrilobe est le résultat d'une recomposition "récupérant" trois anges du premier quart du XIVe siècle et remontant dans l'œil de cette structure la tête de la Vierge couronnée. Nous avons donc ici, après les six animaux fantastiques, un nouvel exemple de ces vitraux posés peu après l'achèvement de la chapelle en 1317. 


 

Tympan de la baie 2, bas-coté sud de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Tympan de la baie 2, bas-coté sud de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Puisque ce sont de vrais reliques de l'art des verriers bretons, je zoome au maximum. Chaque ange trilobite (oui, je me permets) tient dans les mains un objet. C'est une couronne pour celui de la loge basse, un livre peut-être pour celui de droite. Ou bien une couronne pour chacun ? Le plus beau, quoiqu'un peu boudeur, est l'ange du bas. C'est lui qui porte les plus belles teintes, dorées ou aurore, du jaune d'argent.

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Tympan de la baie 2, bas-coté sud de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Tympan de la baie 2, bas-coté sud de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Tympan de la baie 2, bas-coté sud de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Tympan de la baie 2, bas-coté sud de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Tympan de la baie 2, bas-coté sud de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Tympan de la baie 2, bas-coté sud de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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La tête couronnée de la Vierge, quadrilobe du tympan de la baie 2.

Il faudra se souvenir de cette insistance sur le thème du couronnement de Marie, symbole de l'élection divine, lorsqu'il sera nécessaire d'effectuer une synthèse thématique. Je rappelle qu'il était déjà présent en baie 1, registre supérieur droit.

 

Tympan de la baie 2, bas-coté sud de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Tympan de la baie 2, bas-coté sud de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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La baie 3 (vers 1317 ; vers 1402 ; 1990) éclaire le coté gauche de la chapelle nord.

 Haute de 2,60 m et large de 1,10 m, elle se compose de deux lancettes trilobées organisées en quatre registres et d'un tympan à deux trilobes et un quadrilobe sommital. Comme les autres, elle associe des panneaux composites du début du XVe siècle dans une disposition fixée en 1990.

 

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La baie 3, bas-coté nord de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

La baie 3, bas-coté nord de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

La baie 3, bas-coté nord de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

La baie 3, bas-coté nord de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Lancette A.

 

Premier et deuxième registre : composition d'Hubert de Sainte-Marie (1990).

Troisième registre : tête  couronnée ou à bandeau (vers 1317).

Quatrième registre : Crucifixion (vers 1317).

Les parties figurées des troisièmes et quatrièmes registres sont intégrées dans un cadre architectural tronqué et sont serrées entre des bordures à fleurs de lys en partie anciennes.

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La baie 3, bas-coté nord de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

La baie 3, bas-coté nord de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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a et b) Premier et deuxième registre : composition d'Hubert de Sainte-Marie (1990) sur le thème de la Vierge.

 

La baie 3, bas-coté nord de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

La baie 3, bas-coté nord de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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La moitié supérieure de la lancette A.

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La chapelle Saint-Jacques de Merléac : les vitraux des baies latérales.

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c) Troisième registre : Panneau composite (1er quart XIVe ; vers 1402 ; 1990).

Il contient notamment une tête féminine couronnée ou portant un bandeau.

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La baie 3, bas-coté nord de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

La baie 3, bas-coté nord de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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La baie 3, bas-coté nord de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

La baie 3, bas-coté nord de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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d) Quatrième registre : Le Christ crucifié entre la Vierge et saint Jean (1er quart XIVe).

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La baie 3, bas-coté nord de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

La baie 3, bas-coté nord de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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La lancette B.

Premier et deuxième registre : composition d'Hubert de Sainte-Marie (1990).

Troisième registre : saint Jean-Baptiste (vers 1317).

Quatrième registre : Vierge à l'Enfant.

Les parties figurées des troisièmes et quatrièmes registres sont intégrées dans un cadre architectural tronqué et sont serrées entre des bordures à fleurs de lys en partie anciennes.

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La baie 3, bas-coté nord de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

La baie 3, bas-coté nord de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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a et b) Premier et deuxième registre : composition d'Hubert de Sainte-Marie (1990) sur le thème de la Vierge à l'Enfant.

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La baie 3, bas-coté nord de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

La baie 3, bas-coté nord de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Moitié supérieure de la lancette B.

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La chapelle Saint-Jacques de Merléac : les vitraux des baies latérales.

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c) Troisième registre : saint Jean-Baptiste (vers 1317).

 

C'est l'un des panneaux les plus précieux puisqu'il appartient aux éléments les  plus anciens.

A coté d'un grand arbre, le saint est vêtu de sa peau de chameau (de sa robe en poils de chameau) ; sa tête et son regard sont tournés vers sa gauche. Il était peut-être placé à gauche d'une scène centrale.  Il porte d'Agneau de Dieu sur l'avant-bras droit ; il le désigne de l'index gauche, pour illustrer son affirmation Ecce Agnus Dei.

On le comparera, plus de trois-quart de siècle plus tard,  au vitrail homologue de la chapelle Saint-Gobrien (Saint-Servant-de-l'Oust) datant de 1400 environ,  où le saint adopte, de façon moins hiératique, la même posture et la même latéralité, mais où l'arbre est remplacé par un fond damassé à longues lanières de feuillages. Voir aussi la baie 103 de la cathédrale de Quimper et la baie 107 (1417). Ou les statues de pierre (Daoulas, 1423).

Ce qui est remarquable, c'est que l'agneau, une patte levée, portant la croix  s'inscrit dans un cercle, qui pourrait symboliser l'hostie. J'ai tiré profit de sa comparaison avec le vitrail de la cathédrale  de Chartres (abside, 1210-1225 ) où se retrouve la même disposition, et où l'auteur de l'article Wikipédia se livre à une analyse intéressante.  

Le jaune d'argent est largement utilisé pour la peau du chameau, le nimbe, l'arbre, les fleurs de lys, etc.

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La baie 3, bas-coté nord de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

La baie 3, bas-coté nord de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

La baie 3, bas-coté nord de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

La baie 3, bas-coté nord de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

La baie 3, bas-coté nord de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

La baie 3, bas-coté nord de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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d) Quatrième registre : Vierge à l'Enfant .

F. Gatouillat indique "également du XIVe siècle". Mais très restaurée.

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La baie 3, bas-coté nord de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

La baie 3, bas-coté nord de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

La baie 3, bas-coté nord de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

La baie 3, bas-coté nord de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Le tympan de la baie 3.

Son étude s'avère passionnante.

Trilobe de gauche : personnage barbu porteur d'un phylactère

Trilobe de droite : ange porteur de phylactère.

Quadrilobe sommital : Vierge de l'Apocalypse.

Il s'agit de panneaux du début du XVe siècle conservés à leur emplacement initial, "sauf peut-être le personnage du trilobe de gauche". Ils sont donc contemporains de la maîtresse-vitre (1402).

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Tympan de la baie 3, bas-coté nord de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Tympan de la baie 3, bas-coté nord de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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a) Trilobe de gauche.

Un saint personnage (nimbe), barbu, vêtu d'une robe bleu et faisant un geste d'énonciation de la main droite, tient un phylactère où se lisent les mots

: EGO : ---S INDI MULIER AMICTA SOLIE.

Je discuterai des inscriptions après avoir examiné le second trilobe, mais disons tout de suite que le saint personnage représenté ici serait Dieu lui-même, et que ce serait lui qui prononce la phrase latine.

Fonds damassé : R1

Jaune d'argent : discret sur la chevelure et la barbe, et le col. Présent aussi sur les extrémités de la banderole.

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Tympan de la baie 3, bas-coté nord de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Tympan de la baie 3, bas-coté nord de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Tympan de la baie 3, bas-coté nord de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Tympan de la baie 3, bas-coté nord de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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b) trilobe de droite : ange à phylactère.

Cet ange, très beau, porte le bandeau perlé déjà noté (Annonciation, Visitation, etc.). Sa main entrouverte indique une énonciation, ce qui renforce le texte du phylactère. Le col est remarquable, il doit être interprété comme celui de l'amict qui est placé au dessus de l'aube. Il est brodé d'orfrois et sa pointe se termine par une broche de cinq perles. Il m'évoque le col des anges sculptés dans le kersanton à partir de 1423 par le Maître du Folgoët.

Fond : un feuillage vert de type F1.

Jaune d'argent : chevelure et amict.

Inscription :

: QUE EST ISA / : QUE : ASCENDIT : SICUT :

On notera le deux-points de séparation, aux points réunis par une fine ligne en S, caractéristique de nombreuses inscriptions gothiques lapidaires de Bretagne.

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Tympan de la baie 3, bas-coté nord de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Tympan de la baie 3, bas-coté nord de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Tympan de la baie 3, bas-coté nord de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Tympan de la baie 3, bas-coté nord de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Les inscriptions des deux phylactères : l'office de l'Assomption (15 août).

1°) Le texte présenté par Dieu, indi mulier amicta solie (sic) est une citation de l'Apocalypse de Jean chapitre 12

Signum magnum apparuit in caelo Mulier amicta sole et luna sub pedibus eius et in capite eius corona duodecim stellarum Apocalypse 12:1

"Un grand signe apparut dans le ciel.Une femme revêtue du soleil et la lune sous les pieds, et sur sa tête une couronne de douze étoiles."

Le personnage barbu et nimbé ne peut être saint Jean, qui est toujours représenté imberbe.

La Mulier amicta sole ou Femme de l'Apocalypse désigne couramment la Vierge après son assomption. 

Mais dans la liturgie, ce verset Ap.12:1 est repris dans l'Introït de l'office de la fête de l'Assomption Beatae Mariae Virginis Assumptio. Comme tel, il est recensé dans les chants grégoriens, et figure dans les bréviaires et antiphonaires.

2°) Le texte tenu par l'ange Que est isa que ascendit sicut est extrait du Cantique des Cantiques chapitre 6:

 

Quae est ista quae ascendit sicut aurora consurgens, pulchra ut luna, electa ut sol, terribilis ut castrorum acies ordinata? Le Cantique des Cantiques 6:9

Quelle est celle-ci qui s’élève, comme l’aurore à son lever, belle comme la lune, exquise comme le soleil, terrible comme une armée rangée en bataille ?

Mais c'est également un cantique grégorien , et un verset figurant dans l'office de l'Assomption. Il figure dans l'antiphonaire d'Hartker des moines de Saint-Gall (Suisse) daté vers 990-1000. Dans ce manuscrit, il occupe la page 105, dans un ensemble dont le titre, page 104, est In Mat[utina] Laudibus. Ant. Assumpta est Maria in caelum gaudent Angeli  V. : laudentes benedicent Dominum

https://books.google.fr/books?id=lo8tI1G-aNcC&pg=PA145&dq=que+ascendit+sicut&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwjGo6XakbfWAhUFQJoKHX3qCc0Q6AEIJzAA#v=onepage&q=que%20ascendit%20sicut&f=false

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c) Le quadrilobe : la Vierge de l'Apocalypse.

La Vierge est couronnée (c'est la troisième fois que nous en trouvons une représentation), les pieds sur un croissant de lune (et luna sub pedibus eius ), et entourée de rayons solaires divergents (amicta sole, revêtue du soleil). Sa tête est inclinée et tournée vers la gauche, son regard également dirigé vers la gauche.

Elle est une figure parfaitement conformes à la description de la Femme de l'Apocalypse du chapitre 12, et elle illustre par sa beauté ( belle comme la lune, exquise comme le soleil) les deux versets inscrits dans les trilobes. Le tympan tout entier est donc consacré à Marie en gloire après son Assomption, ce qui incite à se poser cette question : la verrière d'où proviennent tous ces panneaux n'était-elle pas toute entière dédiée à la Vierge de l'Assomption ? 
 

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Tympan de la baie 3, bas-coté nord de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Tympan de la baie 3, bas-coté nord de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Plus inattendue  est la palme (assez stylisée : est-elle ancienne ?) que Marie tient en sa main gauche. En réalité, il faut peut-être y voir le roseau du Christ de dérision

Car le plus étonnant est le Christ porté, comme un Enfant-Jésus, sur le bras droit. C'est un Christ de pitié ou Christ aux liens, représentation de Jésus attendant son supplice après la Comparution devant Pilate, après avoir été flagellé, couronné d'épines, revêtu d'un manteau  pourpre et que  ses bourreaux lui aient fait tenir un roseau en guise de sceptre.

Ici, le Christ au nimbe crucifère est assis, le corps penché, le visage triste, les mains liées croisées sur les genoux.

Si on considère que le thème principal de la verrière est la royauté de Marie, Regina cœli, l'association de sa représentation glorieuse à celle de son fils souffrant et  à la royauté bafouée peut relever d'une haute méditation spirituelle laissant comprendre qu'elle aurait acquis cette accès direct à la gloire de Dieu à travers les souffrances de son Fils. Sa couronne serait indissociable de la Couronne d'épines.

On remarquera que l'inclinaison du corps du Fils est reprise par celle de la tête de la Mère.

 

Tympan de la baie 3, bas-coté nord de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Tympan de la baie 3, bas-coté nord de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Tympan de la baie 3, bas-coté nord de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Tympan de la baie 3, bas-coté nord de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Tympan de la baie 3, bas-coté nord de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Tympan de la baie 3, bas-coté nord de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Tympan de la baie 3, bas-coté nord de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Tympan de la baie 3, bas-coté nord de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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La baie 5 (vers 1402 ;  1990)  éclaire la nef du bas-coté nord .
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La baie 5, bas-coté nord de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

La baie 5, bas-coté nord de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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 Haute de 2,60 m et large de 1,08 m, elle se compose de deux lancettes trilobées organisées en deux registres et d'un tympan à deux trilobes et un quadrilobe sommital. Comme les autres, elle associe des panneaux composites du début du XVe siècle dans une disposition fixée en 1990.

Selon Gatouillat et Hérold, les lancettes, consacrées à des grisailles décoratives à motifs végétaux et animaux en grisaille et jaune d'argent, rythmées de fermaillets de couleur et entourées de bordures alternant des pièces de couleur et des couronnes, associent trois panneaux entièrement modernes avec des pièces originales de grisaille très dégradées et pour les panneaux inférieurs, des éléments divers. Des parties des grisailles décoratives des lancettes se trouvaient auparavant dans les baies 1 et 2. Des compléments neufs importants ont été apportés.

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Nous retrouvons ici la décoration de la moitié inférieure de la maîtresse-vitre, qui comprend également les fermaillets polychromes et géométriques évoquant des fleurs, un quadrillage losangique en verre blanc peint de grisaille et de jaune d'argent à motifs naturalistes et une bordure  symbolique. 

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Lancette A, de bas en haut.

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La baie 5, bas-coté nord de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

La baie 5, bas-coté nord de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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a)  panneau inférieur (ancien).

Bordure à couronnes,  pièces de verre rouge et fleurs aux pétales alternativement blancs sur jaune et jaune sur blanc. Alternance de couronnes peintes par deux teintes, jaune clair et orangé, du jaune d'argent . Les couronnes alternent des fleurons et des perles soulevées sur tige. Pourtour de perles blanches.

Les losanges tous identiques reprennent deux motifs de la maîtresse-vitre, l'un à quatre feuilles de chêne à trois lobes s'inscrivant en svastika dextrogyre sur un cercle, et l'autre à oiseau de proie, bec sur la poitrine.

Le fermaillet  orange, de dessin  complexe,  associe un carré, deux  cercles concentriques, deux navettes formant une croix, dont il resterait à décrire le décor grillagé.

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La baie 5, bas-coté nord de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

La baie 5, bas-coté nord de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

La baie 5, bas-coté nord de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

La baie 5, bas-coté nord de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

La baie 5, bas-coté nord de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

La baie 5, bas-coté nord de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

La baie 5, bas-coté nord de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

La baie 5, bas-coté nord de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

La baie 5, bas-coté nord de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

La baie 5, bas-coté nord de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

La baie 5, bas-coté nord de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

La baie 5, bas-coté nord de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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b) panneau médian.

Bordure à couronnes et pièces de verre rouge. Alternance de couronnes peintes au jaune d'argent et de couronnes orange. Pourtour de perles blanches.

Les losanges tous identiques reprennent un motif de la maîtresse-vitre, à quatre feuilles de chêne à trois lobes s'inscrivant en svastika dextrogyre sur un cercle.

Le fermaillet rouge et orange, de dessin finalement assez complexe,  associe un carré, deux  cercles concentriques, deux boucles formant une croix, etc.

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La baie 5, bas-coté nord de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

La baie 5, bas-coté nord de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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c) Panneau supérieur.

Bordure à couronnes et pièces de verres rouge, bleu et vert. Les couronnes sont peintes au jaune d'argent. Cadre intérieur de perles blanches.

Les losanges tous identiques reprennent un motif de la maîtresse-vitre, à quatre feuilles de chêne à trois lobes s'inscrivant en svastika dextrogyre sur un cercle.

Le fermaillet est bleu et jaune, proche des précédents, mais l'élément central est quadrillé par des lignes blanches entrecroisées tracées par enlevage.

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La baie 5, bas-coté nord de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

La baie 5, bas-coté nord de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

La chapelle Saint-Jacques de Merléac : les vitraux des baies latérales.

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Lancette B, de bas en haut.

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a) panneau inférieur droit.

Bordure à couronnes (de taille supérieure au rectangle qui les accueille), décor géométrique et floral,  et pièces de verre bleu. Cadre intérieur de perles blanches.

Les losanges reprennent des motif de la maîtresse-vitre, associant celui "à svastika de feuilles", à deux oiseaux différents.  Dans un cas, c'est un oiseau à ailes arciformes, vu de face ailes déployées, et dans l'autre une sorte de pie vue de profil. Plusieurs losanges sont quadrillés d'un réseau tracé en enlevé au petit bois. Les feuilles des éléments de la rangée inférieure ne sont pas trifoliés, mais à cinq folioles.

 

Le fermaillet rouge,  orange et jaune, associe  deux carrés, deux  cercles concentriques, un cercle central dont l'intérieur est occupé par une fleur, ...

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La baie 5, bas-coté nord de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

La baie 5, bas-coté nord de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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La baie 5, bas-coté nord de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

La baie 5, bas-coté nord de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

La baie 5, bas-coté nord de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

La baie 5, bas-coté nord de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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b) panneau médian (moderne).

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Bordure à couronnes et pièces de verre bleu. Cadre de perles blanches.

Les losanges tous identiques reprennent un motif de la maîtresse-vitre, à quatre feuilles de chêne à trois lobes s'inscrivant en svastika dextrogyre sur un cercle.

Le fermaillet  est bleu et jaune.

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La baie 5, bas-coté nord de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

La baie 5, bas-coté nord de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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La baie 5, bas-coté nord de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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c) Panneau supérieur droit (ancien).

Bordure à couronnes (de taille supérieure au rectangle qui les accueille),   et pièces de verre bleu, vert et rouge. Cadre intérieur de perles blanches.

Les losanges reprennent des motif de la maîtresse-vitre, associant celui "à svastika de feuilles", à deux oiseaux différents.  Dans un cas, c'est l'oiseau de proie de profil et au bec sur la poitrine déjà observé, l'autre est un oiseau ailes déployées et tête tournée vers sa droite.

Trois losanges reçoivent un carroyage par traits enlevés au petit bois.

Le fermaillet diffère des précédents, c'est un cercle rouge où s'inscrivent les quatre feuilles vertes d'une fleur jaune centrale.

 

 

 

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La baie 5, bas-coté nord de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

La baie 5, bas-coté nord de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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La baie 5, bas-coté nord de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

La baie 5, bas-coté nord de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

La baie 5, bas-coté nord de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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La baie 5, bas-coté nord de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

La baie 5, bas-coté nord de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Le tympan de la baie 5.

Trilobes : anges thuriféraires et porteurs de phylactères;

Quadrilobe : ange portant une couronne et Vierge couronnée enlevée au ciel par deux anges (restaurations)

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Tympan de la baie 5, bas-coté nord de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Tympan de la baie 5, bas-coté nord de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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a) le trilobe gauche.

Inscription DIFUS-- DE[O] GRACIA U (sous réserve).

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Tympan de la baie 5, bas-coté nord de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Tympan de la baie 5, bas-coté nord de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Tympan de la baie 5, bas-coté nord de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Tympan de la baie 5, bas-coté nord de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Le fond damassé à larges feuilles aux indentations arrondies.

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Tympan de la baie 5, bas-coté nord de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Tympan de la baie 5, bas-coté nord de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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a) le trilobe droit.

 

Inscription VENI DILECTA  MEA  QUIA  IA[M] DISPOSUI P.

La recherche de cette inscription sur le moteur de recherche renvoie au texte suivant :

Veni dilecta mea quia iam disposui petitiones (peticiones) tuas consummari , "venez ma bien-aimée, parce que j'ai résolu d'accomplir toutes vos demandes"

Il appartient à un ensemble d'oraison sur la croix et sur la Passion du Christ, et plus particulièrement à l'Oraison des sept paroles du Christ en croix de Bède le Vénérable dont voici deux versions :

 veni, dilecta mea, quia iam disposui penurias tuas consummari; veni ut mecum ascendas cum angelis sanctis meis in ... 123 Ps.-Beda: Oratio de septem verbis Domini in cruce (Leroquais 1927, II, 342); 

Veni, amica mea, et dilecta [mea], quia iam disposui peticiones  tuas consummare  ; veni, mecum vt sedeas cum angelis meis, et sanctis in  regno

Cette oraison, Oratio venerabilis Bede de septem versibus Christi in Cruce pendentis  pouvait figurer dans des livres d'Heures du XVIe siècle, , comme les Heures de Notre-Dame à l'usage de Tours, d'après les répons des morts (fol. 113v),  Bibliothèque Sainte-Geneviève Ms 2709 ou comme le Livre de prières, à l'usage des Guillelmites,  Bibliothèque Sainte-Geneviève Ms 2721.

On trouve aussi notre citation dans des ouvrages plus contemporains de ce vitrail:

Dans les Horae ad usum Sarum, Rouen c.1430 folio 255-257.

dans le Psautier de Burnet (The Burnet Psalter) du XVe siècle au folio 70v sous la forme Veni amica mea <et> dilecta\ mea sponsa mea quia iam disposui peticiones\ 

Ou bien au folio 128 du livre d'Heures  MS Ff.6.8 de la Cambridge University Library,  provenant de Bruges, et datant du  1er quart du XVe siècle.

dans un incunable catalan , Horae secundum ordinem sancti Benedicti Barchinone Johannes Luschner 1498 (?) folio 17v-18r (Rosa Maria Subirana Rebull 1991,Els orígens de la litografia a Catalunya, 1815-1825)

dans un "orationnel manuscrit de la bibliothèque de séminaire d'Auch"

dans les suffrages des Horae Eboracences page 141 (Heures d'York imprimées en 1531)

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Il est nécessaire à mon propos de présenter les résultats des recherches que, détective du Net, j'ai mené avec passion et gourmandise pour apaiser ma curiosité d'autant plus  aiguisée que j'avais à l'esprit  les oratorio de Pergolèse (1730), de Haydn (1787), de Charles Gounod (1855) et de César Franck (1859), sans jamais avoir vu mentionné ce texte.  ​​​​​​Sans lire l'ouvrage que Timothy Radcliffe a consacré à ce thème en 2004, j'ai néanmoins appris que cette dévotion aux Sept paroles remonte  au XIIe siècle, et à un commentaire de  St Bonaventure ;  ce sont les franciscains qui ont popularisé ce type de méditation. L'oraison aux pouvoirs fabuleux jouera un grand rôle dans la piété médiévale,  rattachée au thème des 7 plaies du Christ.

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La prière attribuée à Bède le Vénérable sur les sept  paroles du Christ en croix.

a. En latin. (j'indique entre crochet les variantes (en italique), et  la source évangélique) avec une traduction en français qui fleure bon son XIXe siècle.

Oracio venerabilis Bede presbiteri de septem verbis Christi in cruce pendentis quam oracionem quicumque eam cotidie devote dixerit flexis genibus nec diabolus nec malus homo ei nocere poterit nec in fine morietur inconfessus. Et per triginta dies ante obitum suum videbit gloriosam virginem Mariam in auxilium sibi preparatam. Ista oracio bona et devota dicenda est de sancta cruce cum magna devotione sicut in sequenti folio pluribus bene patebit.

 

"La prière du Vénérable Bède, prêtre, concernant les sept mots que Christ a prononcé sur la croix. Celui qui le dit tous les jours, à genoux, ne peut être blessé ni par le diable ni par les hommes méchants, et ne mourra pas sans confession. Et dans les  trente jours avant sa mort, il verra la glorieuse Vierge Marie  lui venir en aide. Cette prière doit être dit avec une grande dévotion."

Venerable homme Beda prestre fit et composa l'oroison devote qui s'ensuit sur les sept paroles lesquelles nostre seigneur Jhesus Christ dit en l'arbre de la crois.

. Domine Jesu Christe, qui septem verba ultimo vitae tuae in cruce pendens dixisti, ut semper illa sacratissima verba in memoriam habeamus : Rogo te per virtutem illorum septem verborum, ut mihi parcas omnia peccata mea, quidquid peccavi aut commisi.

"Seigneur Jésus-Christ, qui avez prononcé sept paroles aux derniers moments de votre vie, suspendu à la Croix, pour que ces sept paroles sacrées restassent toujours dans notre mémoire, je vous prie, par la vertu de ces sept paroles, de me pardonner tous mes péchés, toutes les fautes que j'ai commises."

 

1. Domine Jesu Christe, sicut tu dixisti : Pater ignosce crucifigentibus me, fac ut amore tui ego parcam omnibus malefacientibus mihi.

"Seigneur Jésus-Christ, comme vous avez dit : Père, pardonnez à ceux qui me cruciflent, [Père, pardonne-leur car ils ne savent pas ce qu’ils font  : Lc 23,34], faites que je pardonne pour l'amour de vous à tous ceux qui me font du mal."

 

2. Domine Jesu Christe, sicut tu dixisti latroni : Hodie me cum eris in paradiso, fac me in hac vita ita vivere ut in hora mortis meae dicas mihi : Hodie mecum eris in coelo [in paradiso].

 

"Seigneur Jésus-Christ, comme vous avez dit au larron : Aujourd'hui, tu seras avec moi en Paradis, [Lc 23,43 ] faites que je me conduise de telle sorte en cette vie que vous me disiez à l'heure de ma mort : Tu seras avec moi aujourd'hui dans le Ciel."

 

3. Domine Jesu Christe, sicut tu dixisti matri tua; : Mulier, ecce filius tuus; deinde dixisti discipulo : Ecce mater tua, fac ut me societ amor tuus et caritas tua vera.  

"Seigneur Jésus-Christ, comme vous avez dit à votre mère : Femme, voilà votre fils, et ensuite au disciple : Voilà votre mère, [Jn 19,26-27] faites que votre amour et votre vraie charité m'associe à cette famille vénérée."

 

4. Domine Jesu Christe, sicut tu dixisti : Hely, Hely lamazabactani, quod significat : Deus meus, Deus meus, ut quid dereliquisti me? fac me ita vivere ut non derelinquas me in quacumque tribulatione aut angustia. [ Fac me dicere in omni tempore tribulacionis et angustie mee, Pater mi domine mi miserere michi peccatori adiuva me et dirige me rex meus et deus meus qui tuo proprio sanguine me redemisti.]

"Seigneur Jésus-Christ, comme vous avez dit: Eli, Eli, lamma sabacthani, c'est-à-dire : Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'avais-vous abandonné ? [Mt 27,46 / Mc 15 ;34], faites-moi la grâce de vivre de telle sorte que vous ne me délaissiez dans aucune tribulation ni dans aucune angoisse."

 

5. Domine Jesu Christe, sicut tu dixisti : Scicio, scilicet salutem animarum sanctarum que in limbo inferni fuerunt adventum expectantium, fac me [ ita vivere] ut ego [semper] sciciam te fontem aque viventis, et fontem aeterni luminis [toto cordis desiderio  ad amandum].

"Seigneur Jésus-Christ, comme vous avez dit : J'ai soif, [Jn 19,28 ] c'est-à-dire du salut des âmes saintes qui étaient dans les limbes, attendant votre arrivée, faites que je vive en ayant soif de vous, fontaine d'eau vive, foyer d'éternelle lumière."

6. Domine Jesu Christe, sicut tu dixisti : Pater, in manus tuas commendo spirilum meum, fac me ita vivere et sic omnia mandata tua custodire et adimplere, ut in obitu meo perfecte possim tibi dicere : Pater, in manus tuas commendo spiritum meum. [Fac me ut in obitumeo perfecte et licite tibi dicere possuim, In manus tuas domine commendo spiritum meum. Respice  me venientem ad te quia nunc constituisti ultimum tempus meum. ]

"Seigneur Jésus-Christ, comme vous avez dit : Père, entre vos mains je remets mon esprit, [Lc 23,46], faites moi la grâce de vivre de telle sorte de garder et accomplir si bien vos commandements, que je puisse à ma mort vous dire en toute vérité : Mon Père, entre vos mains je remets mon esprit. "

7. Domine Jesu Christe, sicut tu dixisti : Consummatum est, quod significat, labores et dolores quos pro nobis peccatoribus suscepisti  [sustinuistijam finisti, fac ut audire merear illam dulcissimam vocem tuam dicentem michi: Veni, amica mea  dilecta, quia disposui petitiones tuas consummari. [veni, mecum vt sedeas cum angelis meis, et sanctis in  regno meo epulari iocundari et commorari per infinita seculorum secula Burnet Psalter ]

"Seigneur Jésus-Christ, comme vous avez dit : Tout est consommé, [Jn 19,30c'est-à-dire que vous étiez à la fin des travaux et des douleurs que vous aviez embrassés pour nous pauvres pécheurs, faites que je mérite d'entendre de votre bouche cette parole si douce : Venez, mon amie,  ma bien-aimée, parce que j'ai résolu d'accomplir toutes vos demandes." [viens t'asseoir à mes cotés parmi mes anges pour festoyer, te réjouir et t'arrêter (séjourner) pour les siècles des siècles]

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b. En moyen français.

Rapportées par Jean Sonet ou Pierre Rézeau, les prières françaises des Sept paroles du Christ en croix constituent un exemple remarquable de la dévotion au Christ en croix à la fin du moyen âge.

Susan Boynton en a donné une version, basée sur les 10 manuscrits disponibles, pour la plupart du XVe siècle : M : Montbrison (Loire), Musée d'Allard, Ms. B, f. 131-137 ; Livre d'heures à l'usage de Lyon, XVe siècle. A : Avignon, Bibl. Mun., Ms. 210, f. 136v-140 v; Livre d'heures d'usage non déterminé, xve siècle. G : Gap, Bibl. de l'Évêché, Ms. sans cote, f. 211-218; Livre d'heures à l'usage de l'Abbaye d'Ambronay (ancien diocèse de Lyon, actuellement dans le diocèse de Belley), XVe siècle (version incomplète). GRj : Grenoble, Bibl. Mun., Ms. 160 (8803), f. 120-123 v ; Livre d'heures à l'usage de Rome, XVe siècle. GR2 : Grenoble, Bibl. Mun., Ms. 149 (6507) ; f. 182v-183; Livre d'heures d'usage non déterminé, xive siècle, avec des additions des xve et xvie siècles (dont les « Sept Paroles ») (version incomplète). O : Oxford, Bodleian Libr., Ms. lat. lit. F 15, f. 95 v-98 v ; Livre d'heures à l'usage de St-Pierre de Genève, xve siècle (version franco-provençale) . P.: Paris, Bibl. Nat., lat. 1191, f. 133v-137; Livre d'heures à l'usage de Paris, xve siècle. Rj : Rouen, Bibl. Mun. 362 (Y 143), f. 58-62 ; Livre d'heures à l'usage de Paris, xve siècle. R2 : Rouen, Bibl. Mun. 361 (A 579), f. 23 v-26 v ; Livre d'heures à l'usage de Paris, xve siècle.

Je ne citerai que la septième parole, qui est celle de notre inscription du vitrail :

Septième parole : "Jhesus, en qui trestout bien est, com disis : « Consummatum est », c'est-a-dire que les labours, les misères et les douleurs que pour nous a voluz souffrir en la croix a tresgrant mártir sont finees présentement, je te requier tres humblement que quant venra au jugement, je puisse [ouyr] ta doulce voix, disans a moy a haulte voix : « Vien t'en, m'ame, vien t'en, m'amie ; ta penitence est complie. Monte lassus en paradix avec mes anges et amys, quar je t'ay [fait] a ma semblance. Vien demourer en alegrance en mon royaulme delectable, [ou auras joie pardurable] », au quel royaulme parvenir nous doint Jhesus a son plaisir."

Boynton Susan. Les sept paroles du Christ en croix (Sonet 967). In: Romania, tome 111 n°441-442, 1990. pp. 266-273; doi : 10.3406/roma.1990.1655 http://www.persee.fr/doc/roma_0035-8029_1990_num_111_441_1655

Autre lien :

De septem verbis christi in cruce de Bède, dans la Patrologie de Migne. (PL 94 0561B)

Benedictum sit dulce nomen Domini Dei nostri Iesu Christi, et dulcissimae virginis Mariae matris eius in aeternum et ultra. Amen.

Domine Iesu Christe Fili Dei vivi, qui septem verba ultimo vitae tuae in cruce pendens dixisti, ut semper illa sanctissima verba in memoria habeamus, rogo te, per virtutemillorum septem verborum, ut mihi parcas et indulgeas, quidquid peccavi et commisi per septem peccata mortalia, vel ex eis procedentia, scilicet de superbia, avaritia, luxuria,invidia, ira, gula et acedia. (0561C) Domine Iesu Christe Fili Dei vivi, sicut tu dixisti, Pater, ignosce crucifigentibus me, fac ut ego amore tuo parcam cunctis mihi mala facientibus;et sicut tu dixisti matri tuae, Mulier, ecce filius tuus, deinde dixisti discipulo tuo, Ecce mater tua, fac ut matri tuae me societ amor tuus et charitas vera: et sicut tu dixisti latroni,Hodie mecum eris in paradiso, fac me ita vivum, ut in hora mortis dicas mihi, Hodie mecum eris in paradiso. Et sicut dixisti, Heli, Heli, Lamma Sabachtani, hoc est, Deusmeus, Deus meus, ut quid dereliquisti me, fac me dicere in omni tempore angustiae et tribulationis meae, Pater mi Domine, miserere mihi peccatori, rege me Rex meus et Deusmeus, qui tuo proprio sanguine me redemisti. Et sicut tu dixisti, sitio, scilicet salutem animarum sanctarum, quae in limbo erant, adventum tuum exspectantium, fac ut egosemper sitiam te diligere, fontem aquae viventis, fontem aeternae lucis, et ut toto corde desiderem te. Et sicut tu dixisti, Pater, in manus tuas commendo spiritum meum, fac utin hora mortis meae perfecte et libere possim dicere tibi, Pater, in manus tuas, commendo spiritum meum. Recipe me venientem ad te, quia non constituisti certumtempus vitae meae, et sicut tu dixisti, Consummatum est, quod significat et dolores, quos pro nobis miseris peccatoribus susceperas, iam finiri: fac ut in egressu animae meaeaudire valeam illam dulcissimam vocem tuam, Veni anima mea dilecta, quia iam disposui penurias tuas consummare: Veni ut mecum conscendas cum sanctis et electis meis in regno meo epulari, iocundari, et commorari per infinita saecula saeculorum. Amen.

Il me faut maintenant souligner que, dans le texte de la septième parole, le fragment qui est inscrit sur le vitrail, Veni, amica mea,  dilecta mea, quia disposui fait référence directe au Cantique des Cantiques, dans lequel les injonctions "amica mea", dilecta, et l'impératif Veni constelle le texte. Ainsi 4:1 quam pulchra es amica mea quam pulchra es oculi tui columbarum Que tu es belle, mon amie, que tu es belle! Tes yeux sont des colombes , 4:7 tota pulchra es amica mea et macula non est in te , ou 4:8 veni de Libano sponsa veni de Libano veni coronaberis de capite Amana Viens avec moi du Liban, ma fiancée, Viens avec moi du Liban ! Regarde du sommet de l'Amana. 

Dans la dernière strophe de la prière, le fidèle évoquant sa propre mort et le moment terrible de ses derniers instants en méditant sur le cri "Tout est consommé"  trace soudain un tableau très tendre de sa vie au Ciel. Il se voit devenir l'amante désirée par son Seigneur, qualifiée de bien-aimée (amica), de chérie (dilecta), et conviée à un banquet somptueux (epulari) et à des réjouissances (iocundari) dans un vocabulaire propre à la jouissance des sens, tout ceci parmi les anges dont on imagine la beauté lumineuse, les chants et la musique.

La citation des septem verbi, dans le contexte de cet ensemble de baies de Merléac.

Le premier contexte, c'est celui de la Vierge couronnée et de son Assomption. Le second con-texte, texte voisin, c'est celui d'une première référence au Cantique des Cantiques avec l'inscription de la baie 3  Quae est ista quae ascendit sicut aurora consurgens, pulchra ut luna, electa ut sol, terribilis ut castrorum acies ordinata? Le Cantique des Cantiques 6:9 pour rapporter les éloges amoureux de Salomon à sa belle à la Vierge de l'Apocalypse : Dieu est l'amant, et Marie sa bien-aimée.

C'est donc à Marie que l'ange thuriféraire — porte parole de Dieu —  adresse les mots Veni dilecta mea quia iam disposui petitiones en les détournant de l'oraison du Pseudo-Bède. 

Et le quadrilobe, qui montre Marie couronnée transportée par deux anges, complète ou "réalise" cette inscription.

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Tympan de la baie 5, bas-coté nord de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Tympan de la baie 5, bas-coté nord de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Tympan de la baie 5, bas-coté nord de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Tympan de la baie 5, bas-coté nord de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Tympan de la baie 5, bas-coté nord de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Tympan de la baie 5, bas-coté nord de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Le quadrilobe de la baie 5 : l'Assomption de la Vierge.

Comme pour nous persuader encore que ces verrières illustraient la fête, l'office ou le culte de l'Assomption, par l'assimilation de Marie à l'Épouse de Dieu qu'il rappelle en son royaume au terme de son existence ici-bas, le quadrilobe montre Marie couronnée élevée aux Cieux par deux anges qui la portent dans son linceul, tandis qu'un autre ange porte sa couronne.

L'assimilation entre l'Assomption et des Noces, mais aussi avec le Couronnement de la Vierge comme reine des Cieux et reine des anges est implicite, mais insistante.

C'est la raison pour laquelle j'interprète les couronnes des bordures (de ces baies et de la maîtresse-vitre) comme des couronnes de la Vierge, dans une signification spirituelle et liturgique, et non historique, héraldique, ou liée au "chiffre" d'Olivier de Clisson.

L'ange le plus bas porte l'amict, au col en U, déjà remarqué, ainsi que le bandeau perlé, et un nimbe crucifère. 

Les deux anges latéraux sont des chérubins, à deux paires d'ailes et le corps recouvert de plumes.

 

Jaune d'argent : chevelures, bandeaux, couronne, rémiges des ailes,.

Fond : uni.

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Tympan de la baie 5, bas-coté nord de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Tympan de la baie 5, bas-coté nord de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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La Vierge couronnée.

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Tympan de la baie 5, bas-coté nord de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Tympan de la baie 5, bas-coté nord de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Tympan de la baie 5, bas-coté nord de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Tympan de la baie 5, bas-coté nord de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Les chérubins tenant le linceul.

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Tympan de la baie 5, bas-coté nord de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Tympan de la baie 5, bas-coté nord de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Tympan de la baie 5, bas-coté nord de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Tympan de la baie 5, bas-coté nord de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Tympan de la baie 5, bas-coté nord de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Tympan de la baie 5, bas-coté nord de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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La baie 7 (vers 1402 ;  1990)  éclaire la nef du bas-coté nord .

 Haute de 2,60 m et large de 1,08 m, elle se compose de deux lancettes trilobées  et d'un tympan à deux trilobes et un quadrilobe sommital. Comme les autres, elle associe des panneaux composites du début du XVe siècle dans une disposition fixée en 1990.

Selon Gatouillat et Hérold, les lancettes renferment des grisailles décoratives modernes avec couronnement de dais architecturaux dans les têtes de lancettes. 


 

 

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La chapelle Saint-Jacques de Merléac : les vitraux des baies latérales.
La baie 7, bas-coté nord de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

La baie 7, bas-coté nord de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

La baie 7, bas-coté nord de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

La baie 7, bas-coté nord de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Les lancettes : tous les panneaux, modernes,  sont identiques.

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La baie 7, bas-coté nord de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

La baie 7, bas-coté nord de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Les têtes de lancette et leur fond damassé.

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La lancette A (de gauche) : sur le sommet d'une arcade à crochets (perdue hormis son fleuron) se dresse une tour crénelée coiffée d'un toit. Autour de ce beau travail en grisaille et jaune d'argent, je m'attarde à admirer les fonds damassés. Sur un verre rouge, la grisaille très noire car très concentrée est appliquée uniformément puis ôtée avec le manche d'un pinceau, "au petit bois", ou avec d'autres outils. Ce sont des rinceaux montant leurs tiges serpentines avant de libérer une fleur de cinq à sept folioles. De charmantes vrilles naissent à l'aisselle des tiges et aventurent hardiment leurs drôles de tortillons. Le peintre n'a tracé aucune hélice (les spires ne se croisent pas) en circumnutation, mais des segments discontinus en arc de cercle de concavité opposée. Le modèle botanique, s'il en est un, n'est pas la vigne ; est-ce la Bryone dioïque, dont les enroulements sont symétriques et alternés ?

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La baie 7, bas-coté nord de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

La baie 7, bas-coté nord de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Coté gauche de la tête de lancette A.

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La baie 7, bas-coté nord de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

La baie 7, bas-coté nord de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Coté droit de la tête de lancette A.

Le sommet des pinacles du dais architectural dresse ses extrémités,  en tiges d'asperge ou en grelot.

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La baie 7, bas-coté nord de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

La baie 7, bas-coté nord de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Tête de la lancette B.

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La baie 7, bas-coté nord de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

La baie 7, bas-coté nord de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Le tympan de la baie 7 : encore l'Assomption.

Trilobes : anges porteurs de phylactères et de couronnes (patrons retournés).

Quadrilobe : ange thuriféraire et 2 anges enveloppant le corps de la Vierge dans un linceul . (quelques bouches-trous).

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 Tympan de la baie 7, bas-coté nord de la nef de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Tympan de la baie 7, bas-coté nord de la nef de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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a) le trilobe de gauche. Ange portant un phylactère et une couronne.

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L'inscription indique : VENI SPONSA XXI [CHRISTI] ACCIPE CORONAM

Il s'agit de l'incipit du cantique grégorien :

Veni sponsa Christi, accipe coronam,

quam tibi Dominus preparavit in aeternum :
pro cuius amore sanguinem tuum fudisti.

Dilexisti iustitiam, et odisti iniquitatem :
propterea unxit te Deus, Deus tuus,
oleo laetitiae prae consortibus tuis.

Specie tua, et pulchritudine tua intende,
prospere procede, et regna.

"Viens, épouse du Christ, reçois la couronne
que le Seigneur t'a préparée pour l'éternité :
lui pour l'amour de qui tu as répandu ton sang.

Vous avez aimé la justice, et haï l’iniquité :
c’est pour cela que Dieu, votre Dieu, vous a oint de l’huile d’allégresse,
en préséance à ceux de votre condition.

Dans votre éclat et votre beauté,
avancez, marchez au succès et régnez."

Ce premier vers est une référence évidence au Cantique des Cantiques  4:8  veni de Libano sponsa veni de Libano veni coronaberis de capite Amana   "Viens avec moi du Liban, ma chérie, viens avec moi du Liban! Regarde du sommet de l'Amana,", dans lequel  coronaberis, 2 éme personne singulier futur indicatif passif de corono "couronner, assister à un festin la tête couronnée", mais qui traduit l'hébreu Ro'sh "tête, sommet, crête (de montagne)  et fidèlement traduit par Segond par  "regarde du sommet"  incite, dans cette forme latine, à passer au sens de  "reçois la couronne".

Le cantique figure dans l'Antiphonaire d'Hartker  Cod. Sang.391 de la bibliothèque de l'abbaye de Saint-Gall datant de 990-1000, issu de Comm. Virginum folio 189. Je rappelle que nous y avons déjà trouvé la source du cantique Que est isa que ascendit sicut  du trilobe de la baie 3.

La thématique de l'Épouse du Christ, appelée aux Cieux dans une Assomption qui est aussi un Couronnement, se trouve donc une fois encore affirmée, d'autant que l'ange qui présente ce phylactère tend une couronne.

Fond damassé bleu : R1, à vrilles et feuilles trifoliées regroupées.

Jaune d'argent : couronne, aile.

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 Tympan de la baie 7, bas-coté nord de la nef de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Tympan de la baie 7, bas-coté nord de la nef de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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 Tympan de la baie 7, bas-coté nord de la nef de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Tympan de la baie 7, bas-coté nord de la nef de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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b) Trilobe de droite du tympan de la baie 7. Ange portant un phylactère.

 

Le texte de l'inscription du phylactère est le même :  VENI SPONSA CHRISTI  ACCIPE CORONAM.

Comme son voisin, l'ange au front ceint d'un bandeau perlé  est vêtu d'une cape brodée d'or. Il porte l'amict au col en U ou en Oméga, bien visible ici.

Fond damassé bleu : R1 à vrilles et feuilles trifoliées regroupées..

Jaune d'argent : couronne, aile, cheveux, orfrois.

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Tympan de la baie 7, bas-coté nord de la nef de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Tympan de la baie 7, bas-coté nord de la nef de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Trilobe droit du  tympan de la baie 7, bas-coté nord de la nef de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Trilobe droit du tympan de la baie 7, bas-coté nord de la nef de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Tympan de la baie 7, bas-coté nord de la nef de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Tympan de la baie 7, bas-coté nord de la nef de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

La chapelle Saint-Jacques de Merléac : les vitraux des baies latérales.

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c) Quadrilobe de la baie 7 : l'Assomption.

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Comme dans une reprise du quadrilobe de la baie 5, le corps de la Vierge est soutenu par deux anges sur le linceul de sa Dormition, et accueilli par un ange thuriféraire. Les anges portent la même tenue que dans les trilobes.

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Tympan de la baie 7, bas-coté nord de la nef de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Tympan de la baie 7, bas-coté nord de la nef de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Tympan de la baie 7, bas-coté nord de la nef de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Tympan de la baie 7, bas-coté nord de la nef de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Tympan de la baie 7, bas-coté nord de la nef de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Tympan de la baie 7, bas-coté nord de la nef de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Tympan de la baie 7, bas-coté nord de la nef de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Tympan de la baie 7, bas-coté nord de la nef de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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L'ange thuriféraire ( qui se sert de l'encensoir ou thuribulum) est aussi un ange naviculaire, puisqu'il tient de la main droite la navette contenant les grains d'encens à brûler. L'encens (latin thus, du grec θύος ,thúos "parfum" mais aussi "victime") est extrait de Boswellia sacra.

Les trois chaînes sont peintes par un large trait de grisaille  noire, sur lequel des petits crochets en E alternativement inversés sont dessinés par enlevage au petit bois. Même technique d'enlevage pour le bandeau perlé.

La chevelure est rendue souple et dynamique par un mouvement emportant les mèches vers la gauche .

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Tympan de la baie 7, bas-coté nord de la nef de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Tympan de la baie 7, bas-coté nord de la nef de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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La baie 9 éclaire le fond ouest du bas-coté nord de la nef.

Je ne la décrirai pas.

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la baie 9, bas-coté nord de la nef de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

la baie 9, bas-coté nord de la nef de la chapelle Saint-Jacques à Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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CONCLUSION.

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La conclusion semble s'imposer : loin d'avoir affaire à cinq verrières d'intérêt secondaire, aux thèmes iconographiques dispersées par les recompositions et les compléments modernes, nous avons ici un ensemble d'intérêt majeur à tout point de vue.

Sur le plan de l'histoire des vitraux bretons et de la technique de la peinture sur verre, la présence de panneaux du premier quart du XIVe siècle est à elle seule très précieuse.

Sur le même plan, les panneaux plus nombreux qui datent du début du XVe siècle sont également parmi les plus anciens de notre patrimoine de vitraux de Bretagne.

Mon examen des fonds damassés ne m'a permis de retrouver que deux ou trois cartons ou pochoirs. Cela permet néanmoins de constituer une base qu'il faudra comparer aux fonds des verrières du XVe siècle. Quelques liens au passage :

Fond damassé F1 et F 2 :

baie 105 de Quimper http://www.lavieb-aile.com/2016/03/les-vitraux-du-choeur-de-la-cathedrale-de-quimper-ix-la-baie-n-105.html

baie 103 de Quimper : http://www.lavieb-aile.com/2016/03/les-vitraux-du-choeur-de-la-cathedrale-de-quimper-ix-la-baie-n-105.html

L'attention portée à l'emploi du jaune d'argent n'a pas été aussi fructueuse que je l'espérais, et je n'ai trouvé ici ni rehaut des pupilles (que j'ai cru remarquer sur la maîtresse-vitre), ni rehaut d'autres parties du visage comme je l'ai observé à la cathédrale de Quimper. 

Surtout, j'ai été récompensé, comme on l'aura compris,  par l'analyse thématique et scripturaire de cet ensemble, qui met en évidence l'expression d'une dévotion à la Vierge couronnée de l'Assomption. Á mes yeux, la mention sur ces verres du début du XVe siècle de citation de cantiques grégoriens liés à la Vierge de l'Apocalypse et à l'Assomption est passionnante, et l'application de l'oraison des Sept paroles du Christ du Pseudo-Bède  à Marie, Épouse accueillie et fêtée éclaire de manière fascinante la mystique mariale du XVe siècle.

Si je ne devais conserver que quelques images, je garderais l'Enfant caressant les cheveux de sa Mère de la baie 1, les visages des anges de la baie 3, et, par dessus tout, la Vierge du tympan de la baie 3, tenant dans ses bras le Christ de Pitié, bouleversante image de Pietà glorieuse,  peut-être unique en iconographie.

 

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SOURCES ET LIENS.

— COUFFON (René), 1935,

— FERRAND (Jessica) 2013, Le phénomène de brunissement des vitraux médiévaux : critères d’identification et nature de la phase d’altération.THÈSE DE DOCTORAT DE L’UNIVERSITÉ PARIS-EST ÉCOLE DOCTORALE SIE Laboratoire Géomatériaux et Environnement . Université Paris-Est, 2013. Français. ¡ NNT : 2013PEST1174 ¿.

https://hal.archives-ouvertes.fr/file/index/docid/962174/filename/TH2013PEST1174_complete.pdf

GATOUILLAT (Françoise), HÉROLD (Michel), 2005, Les vitraux de Bretagne, Corpus Vitrearum, France VII, Presses universitaires de Rennes, 2005, 365 p. pages 80-82

— GESLIN DE BOURGOGNE (Jules-Henri), "l'église Saint-Jacques à Saint-Léon de Merléac", Bull. et Mém. Soc. Émulation Côtes du Nord, t. II, 1865, p.1-17.

JUREZ (Yann), 1992, Les vitraux de la chapelle Saint-Jacques à Merléac (Côtes d'Armor),  Mémoire de DEA, Paris-Sorbonne,. 1992 80 p 221 ill. (non consulté)

— JOLLIVET (Benjamin-Philibert ) 1859 Les Côtes-du-Nord: histoire et géographie de toutes les villes et communes ...page 475

https://books.google.fr/books?id=EtOuBHQQ0z0C&pg=PA476&dq=Les+vitraux+de+la+chapelle+Saint-Jacques+%C3%A0+Merl%C3%A9ac&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwiHp8HW1r7WAhUlK8AKHZRpCNIQ6AEIPjAE#v=onepage&q=Les%20vitraux%20de%20la%20chapelle%20Saint-Jacques%20%C3%A0%20Merl%C3%A9ac&f=false

— LAFOND (Jean), 1943, Essai historique sur le jaune d'argent.

— LAUTIER (Claudine), 2000, "Les débuts du jaune d'argent dans l'art du vitrail ou le jaune d'argent à la manière d'Antoine de Pise",  Bulletin Monumental  Année 2000  Volume 158  Numéro 2  pp. 89-107

http://www.persee.fr/doc/bulmo_0007-473x_2000_num_158_2_2371

 

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http://chapelle-merleac.weebly.com/verriegraveres.html

 

http://www.vitrailfrance.com/nosrestaurations6.html

http://ndoduc.free.fr/vitraux/htm10101/eg_StJacques@Merleac.php

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Published by jean-yves cordier - dans Vitraux
19 septembre 2017 2 19 /09 /septembre /2017 20:43

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Le fruit d'une remarquable restauration.

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La chapelle Saint-Jacques, située dans le petit hameau de Saint-Léon à Merléac, est un joyau d'architecture religieuse parmi les plus remarquables de Bretagne. Datant du XIVe siècle, elle fut ornée le siècle suivant d'un ensemble exceptionnel de peintures murales, d'une voûte lambrissée peinte et d'une somptueuse maîtresse-vitre. 

 

En 1853, A. Marteville et P. Varin en donne une description  dans leur nouvelle édition du Dictionnaire d'Ogée page 30 : elle ne parle pas des peintures murales, mais signale la menace de ruine de la chapelle :

"La chapelle de Saint-Léon est un monument remarquable. Elle a environ 20 m . de longueur, sur 12 m de large ; sa plus grande hauteur sous voûte est de 12 mètre. Elle se partage en trois nefs régulières que séparent huit colonnes formées par un assemblage de quatre colonnettes, excepté l'une d'elles, qui en a douze, parce qu'elle soutient une partie de la tour. Chaque colonne a pour pendant une colonnette engagée dans le mur. Les arcades et les fenêtres sont à ogives : derrière le maître-autel est une rosace ornée de vitraux coloriés, ainsi que toutes les autres ouvertures. Cette chapelle est ornée de peintures sur bois dont quelques-unes sont remarquables et bien conservées : elle demande de grande réparations, et mérite à tous égards qu'on la sauve de la destruction qui la menace."

 

En 1859, Pol Potier de Courcy louait "dans la paroisse de Merléac, la belle chapelle qu'on y voit encore, si remarquable par ses vitraux et ses peintures sur bois," mais ne signalait pas les fresques de la nef.

Mais en 1861 et 1865, J. Geslin de Bourgogne, qui présida la Société d'émulation des Côtes-du-Nord, mentionne bien "les fresques de la Passion de S-Léon à Merléac" (Anciens évêchés de Bretagne vol.3 p. clxv). Dans  un rapport de 1860, il  avertit de l'état de dégradation des toitures, des charpentes et des lambris. Malgré ce rapport, expédié au Ministère, et sans attendre la visite de l'architecte Lambert, la commune commença la démolition des toitures mais, ne possédant pas les ressources nécessaires pour continuer les travaux, l'édifice resta sans protection jusqu'à ce que Geslin de Bourgogne fasse démonter d'urgence les vitraux et les lambris. D'après le devis de l'architecte Lambert les toitures de la nef furent refaites entre 1864 et 1865, et les lambris refixés sur des planches neuves. Lire : J. Geslin de Bourgogne, "Église Saint-Jacques à Saint-Léon, en Merléac", dans Bull, et mém. de la Soc. d'émul. des Côtes-du-Nord, II, 1865, p. 1-17.

Le classement de la chapelle intervint en 1908.

En 1987, Javier Barral I Altet déplorait encore la dégradation des peintures : 

Les vestiges d'un grand programme iconographique à Merléac .

"L'église Saint-Jacques, située dans le hameau de Saint-Léon, à 2 km de Merléac, était en construction en 1317 et en cours de décoration en 1402, date inscrite sur la grande verrière de l'église. Les sources ne mentionnent pas souvent cet édifice, avec lequel on met en relation l'évêque de Saint-Pol-de-Léon (1428) et de Vannes (1433), mort en 1448, Jean Validire, originaire de Saint-Léon. On lui attribue habituellement la commande du décor de l'église Saint-Jacques sans que l'on puisse apporter d'autres preuves à cette attribution que le lieu d'origine de cette personnalité.

La chapelle Saint-Jacques est un édifice de plus de 20 m de long qui forme un grand rectangle divisé dans le sens de la longueur en trois nefs, dont la centrale double la largeur des latérales. Une très grande baie vitrée ouvre le chevet plat à l'est. Les murs intérieurs de l'édifice et les arcades brisées qui séparent les nefs étaient ornés de peintures murales. Des lambris peints couvraient les trois voûtes, depuis le mur de façade jusqu'au chevet. Cet ensemble exceptionnel qui combine les peintures murales, les lambris peints et les vitraux, dans un édifice au plan régulier et homogène, dénote probablement une exécution rapide. [...] L'ensemble était complété par le décor peint de la nef principale, aujourd'hui pratiquement perdu, mais qui comportait un cycle de la Passion figurant au moins les épisodes compris entre l'entrée à Jérusalem et la Résurrection. Dans l'état actuel de conservation de ce décor, il est difficile de proposer une date précise." Barral I Altet, 1987

En 1996, les bas-cotés furent restaurés, mais malgré cela, jusqu'en 2010, le constat était bien triste : l' intérieur,  très humide, était recouvert d'une couleur verdâtre, la  voûte lambrissée se dégradait et les fameux vitraux de 1402 étaient  en piteux état. La chapelle a alors  bénéficié de 2010 à 2017 d'une restauration complète pour restaurer la voûte, les  peintures murales et les vitraux.  Le coût des deux tranches de travaux s'est élèvé  à 753.820 €, dont 150.764 € est à la charge de la commune. 

En juillet 2017, les travaux de restauration de la chapelle  ont été inaugurés en grande pompe en présence du Préfet  Yves Le Breton, du président du conseil départemental Alain Cadec, du député Marc Le Fur, de  Christine Jablonski, conservatrice des Monuments historiques à la direction régionale des affaires culturelles de Bretagne.  Le père Laurent Le Meilleur, curé de Loudéac a béni le sanctuaire. 

   Lors de cette restauration, les fresques ont été complètement dégagées et  se sont révélées d'un intérêt  exceptionnel. Aussi leur découverte lors des Journées du Patrimoine 2017 constitue un grand moment.

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Vue générale du chœur de la chapelle Saint-Jacques à Saint-Léon, Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Vue générale du chœur de la chapelle Saint-Jacques à Saint-Léon, Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Vue générale du chœur de la chapelle Saint-Jacques à Saint-Léon, Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Vue générale du chœur de la chapelle Saint-Jacques à Saint-Léon, Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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DESCRIPTION.

Les murs surmontant les cinq grandes arcades sont ornés de peintures consacrées à 11 scènes du cycle de la Passion du Christ. 

Plan :

1. Les Rohan en donateurs face à la Vierge. Dernière scène du coté nord.

2. Les six premières scènes de la Passion, coté nord de la nef, de l'ouest à l'est. 

  • L'Entrée à Jérusalem

  • La Cène.

  • L'agonie au Jardin des Oliviers

  • L'Arrestation du Christ et le Baiser de Judas

  • La Comparution devant Pilate

  • La Flagellation

3. Les cinq scènes de la Passion du  coté sud de la nef, d'est en ouest.

  • Le Portement de Croix.

  • La Crucifixion

  • La Mise au Tombeau

  • La Résurrection

  • Les Saintes Femmes au Tombeau

 

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    Peintures murales de la chapelle Saint-Jacques à Saint-Léon, Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    Peintures murales de la chapelle Saint-Jacques à Saint-Léon, Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

     

     

    1. LES ROHAN EN DONATEURS DEVANT LA VIERGE À L'ENFANT.

     

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    Attention, toutes les allégations d'identifications me sont personnelles, car je n'ai pas trouvé de documentation valide sur cette peinture à fresque, hormis l'identification d'Alain IX de Rohan. Or, je n'ai aucune compétence sur ces sujets. À vos pincettes !

    D'autre part, j'ai du, pour une meilleure lisibilité des images, les contraster au maximum, au dépens de la fidélité à l'aspect des peintures sur place, vues du sol.

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    Il faut remarquer d'abord que les intrados des arcs sont ornés des armoiries des Rohan : de gueules à neuf macles d'or, ce qui conforte l’appartenance médiévale de la paroisse au vicomté de Rohan et au diocèse de Quimper, associées aux hermines qui renvoient à l'alliance avec la Maison de Bretagne,  ou plus précisément au mariage d'Alain IX de Rohan avec Marguerite de Bretagne, en 1407. 

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    Intrados des arcades, aux armes de Rohan et de Bretagne,  chapelle Saint-Jacques à Saint-Léon, Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    Intrados des arcades, aux armes de Rohan et de Bretagne, chapelle Saint-Jacques à Saint-Léon, Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    Voici la scène des donateurs devant la Vierge. Elle occupe l'extrémité du mur nord de la nef, juste avant le pignon qui forme le chœur, c'est à dire la place d'honneur "du coté de l'évangile" et elle ferme, avec la maîtresse-vitre, le coin nord-est de ce chœur. Elle montre un couple et leurs deux enfants, chacun présentés par un saint ou une sainte, agenouillés devant la Vierge et son Fils, à l'intérieur d'une vaste pièce rythmée par trois fines colonnes soutenant des arcades en anse de paniers. Au dessus du plafond aux solives apparentes, on entrevoit à droite de possibles maisons. Nous pouvons imaginer être dans une chapelle seigneuriale.

     

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    Les Rohan en donateurs devant la Vierge à l'Enfant, peintures murales de la chapelle Saint-Jacques à Saint-Léon, Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    Les Rohan en donateurs devant la Vierge à l'Enfant, peintures murales de la chapelle Saint-Jacques à Saint-Léon, Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    La Vierge à l'Enfant.

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    Elle est assise, n'est pas couronnée mais nimbée, elle porte un voile sur ses cheveux et un manteau. Sa tête, vue de trois-quart, est penchée vers son fils.

    L'Enfant, cheveux bouclés, vêtu d'une longue robe,  porte un nimbe crucifère. Il lève la main droite en signe d'accueil ou de bénédiction du donateur et de sa famille. Je ne distingue pas clairement la main gauche.

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    la Vierge à l'Enfant, peintures murales de la chapelle Saint-Jacques à Saint-Léon, Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.
    la Vierge à l'Enfant, peintures murales de la chapelle Saint-Jacques à Saint-Léon, Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    la Vierge à l'Enfant, peintures murales de la chapelle Saint-Jacques à Saint-Léon, Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    Alain IX de Rohan devant la Vierge.

     L'identification de ce personnage aurait été affirmée par des travaux récents de la DRAC auxquels je n'ai pas accès.

    Alain IX de Rohan ( vers 1382- 1462 ), fils de Alain VIII de Rohan, portera à partir de 1429 le titre de vicomte de Rohan, et de seigneur de Léon. Il resserra les liens avec la Maison de Bretagne par son premier mariage en 1407 avec Marguerite de Bretagne (1392 -1428), fille du duc  Jean IV de Montfort. De cette union naissent un fils et quatre filles : Alain de Rohan (1408-1449 au siège de Fougères) ; Béatrix de Rohan (????-1418), morte jeune ; Marguerite de Rohan (vers 1412-1497) ; Jeanne de Rohan (1415 – après 1459) ; Catherine de Rohan (vers 1425 – après 1471).

    Puisqu'Alain IX est accompagné ici  de son épouse, d'un fils d'une dizaine d'année et d'une fille plus grande, j'en déduis que  la scène se passe vers 1418, mais la jeune fille me pose quelques difficultés.

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    Les Rohan en donateurs devant la Vierge à l'Enfant, peintures murales de la chapelle Saint-Jacques à Saint-Léon, Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    Les Rohan en donateurs devant la Vierge à l'Enfant, peintures murales de la chapelle Saint-Jacques à Saint-Léon, Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    Saint Georges (?) présentant Alain IX.

    Ce saint est ou semble barbu, il porte une armure recouverte d'un tabard à croix rouge. Il tient dans la main gauche le fanion aux armes des Rohan à neuf macles. J'ai cru que le nombre de macles des Rohan n'était passé de sept à neuf que dans la branche des Rohan-Gié, mais il semble que ce nombre n'est lié qu'à la forme des blasons, la pointe étroite initiale ne permettant d'en loger qu'une seule. Puisque les fanions sont ici rectangulaires, les neuf macles trouvent facilement place.

    A propos des macles des Rohan, voir :

    http://www.lavieb-aile.com/2017/08/la-chiastolite-une-andalousite-de-sainte-brigitte-56-a-l-origine-des-macles-des-rohan.html

    Voir aussi René Ier de Rohan donateur du vitrail de La Martyre.

    On pourrait s'attendre à voir Alain IX présenté par saint Alain ou Alan, un ermite devenu le quatrième évêque de Quimper au 6ème ou 7ème siècle, mais, à l'évidence, ce n'est pas ici un saint évêque .

    Dans la cathédrale de Quimper, la baie 109 (qui a été vitrée vers 1417, et qui est donc assez contemporaine de ces peintures de Merléac) montre deux saints en armure et tabard orné d'une croix : saint Georges, et peut-être saint Julien. 

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    Alain IX de Rohan en donateur devant la Vierge à l'Enfant, peintures murales de la chapelle Saint-Jacques à Saint-Léon, Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    Alain IX de Rohan en donateur devant la Vierge à l'Enfant, peintures murales de la chapelle Saint-Jacques à Saint-Léon, Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    Alain IX est agenouillé devant un coffre bas et rectangulaire sur lequel il a posé son casque. C'est un bassinet à visière articulée conique ("museau"), qui "resta en usage jusqu'à la fin du XVe siècle" (Wikipédia). Il dispose de pièces protégeant la gorge (gorgerin). Voir les casques des deux saints chevaliers de la baie 109 de Quimper, assez similaires.

    Il porte sur son armure un tabard à ses armes, puisque un, ou peut-être deux losanges sont visibles. Ses cheveux sont longs. 

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    Alain IX de Rohan en donateur devant la Vierge à l'Enfant, peintures murales de la chapelle Saint-Jacques à Saint-Léon, Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    Alain IX de Rohan en donateur devant la Vierge à l'Enfant, peintures murales de la chapelle Saint-Jacques à Saint-Léon, Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    Marguerite de Bretagne, épouse d'Alain IX, présentée par sainte Marguerite.

    L'identification de la sainte (nimbée, vêtue d'un corsage et d'une robe recouverts par une cape) ne repose que sur la fleur qu'elle tient ostensiblement comme son attribut. Certes, ce n'est pas là l'attribut officiel de Marguerite d'Antioche, mais je n'ai pas mieux dans mon jeu.

    L'identification de la femme découle de celle d'Alain IX, et de la présence sur les arcades des hermines de la Maison de Bretagne. Comme son époux, elle est agenouillée derrière un coffre, mains jointes. Elle porte un bustier à décolleté arrondi, sans ceinture, s'évasant sous la taille sur une robe rouge frappée de quatre macles bien visibles. Elle porte donc les armes des Rohan, mais le pan jaune dissimule peut-être une ou deux hermines.

    Sa coiffe à cornes est remarquable mais difficile à détailler.

     

    Marguerite de Bretagne, épouse d'Alain IX présentée par sainte Marguerite, peintures murales de la chapelle Saint-Jacques à Saint-Léon, Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    Marguerite de Bretagne, épouse d'Alain IX présentée par sainte Marguerite, peintures murales de la chapelle Saint-Jacques à Saint-Léon, Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    Marguerite de Bretagne, épouse d'Alain IX présentée par sainte Marguerite, peintures murales de la chapelle Saint-Jacques à Saint-Léon, Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    Marguerite de Bretagne, épouse d'Alain IX présentée par sainte Marguerite, peintures murales de la chapelle Saint-Jacques à Saint-Léon, Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    Dans la salle, un peu en arrière des parents, voici les deux enfants. Le premier est un garçon.

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    La famille de Rohan devant la Vierge, peintures murales de la chapelle Saint-Jacques à Saint-Léon, Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    La famille de Rohan devant la Vierge, peintures murales de la chapelle Saint-Jacques à Saint-Léon, Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    Alain de Rohan, fils d'Alain IX, en armure, présenté par un saint chevalier en armure (saint Georges ?).

    Le saint qui tient la bannière à neuf macles est bien revêtu d'une armure, et sa tunique est marquée d'une bande verticale jaune divisée en carrés, mais formant une croix avec la  bande rouge horizontale.Est-ce à nouveau saint Georges, comme pour le papa ?

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    Alain de Rohan présenté par un saint chevalier,  peintures murales de la chapelle Saint-Jacques à Saint-Léon, Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    Alain de Rohan présenté par un saint chevalier, peintures murales de la chapelle Saint-Jacques à Saint-Léon, Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    Le fiston, aux cheveux coupés court, "au bol", fait tout comme son père : même armure, même casque, même coffre en guise de prie-dieu, mêmes mains jointes, et même surcot rouge au dessus de l'armure. Les quatre macles sont bien visibles.

    Alain de Rohan , né en 1408, vicomte de Porhoët  épousera en 1443 sa cousine Yolande de Montfort-Laval , avant de mourir en 1449 au siège de Fougères. 

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    Alain de Rohan présenté par un saint chevalier,  peintures murales de la chapelle Saint-Jacques à Saint-Léon, Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    Alain de Rohan présenté par un saint chevalier, peintures murales de la chapelle Saint-Jacques à Saint-Léon, Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    Marguerite de Rohan présentée par sainte Marguerite d'Antioche.

     

    Derrière le jeune vicomte de Porhoët vient une sainte présentant un crucifix. C'est sans hésitation sainte Marguerite d'Antioche, qui usa de son crucifix comme d'un canif pour sortir du ventre du dragon qui en avait fait son souper. Et qui s'en repentit.

    En toute logique, la sainte présente sous son patronage non pas la fille aînée du couple de Rohan, prénommée Beatrix, et morte en 1418, mais la deuxième, qui porte le prénom de Marguerite. Cette Marguerite de Rohan, qu'on ne confondra pas avec ses homonymes, est née vers 1412. Elle est habillée exactement comme sa mère, et ce serait une erreur de se fonder sur cette représentation pour évaluer son âge à la date où fut peinte cette fresque. Je peux lui annoncer qu'elle épousera en 1449 Jean de Valois-Orléans dit « Jean II de Valois-Angoulême » (1399-1467), comte d'Angoulême et de Périgord. Le frère de notre grand poète Charles d'Orléans ! Mieux encore, je vais lui prédire qu'elle sera la grand-mère d'un roi de France, et lequel ! François Ier.  

    Son livre d'Heures est posé devant elle sur le banc. 

    Sa coiffure est mieux visible que celle de sa mère. Les  cheveux, ramenés en arrière du front, et emmaillotés dans une résille  forment deux lobes latéraux, au dessous d'un escoffion carré (une construction rembourrée d'étoupes, entourée de riches étoffe orné en son centre d'un bijou.

     

    La jeune Marguerite de Rohan présentée par sainte Marguerite,   peintures murales de la chapelle Saint-Jacques à Saint-Léon, Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    La jeune Marguerite de Rohan présentée par sainte Marguerite, peintures murales de la chapelle Saint-Jacques à Saint-Léon, Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    La jeune Marguerite de Rohan présentée par sainte Marguerite,   peintures murales de la chapelle Saint-Jacques à Saint-Léon, Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    La jeune Marguerite de Rohan présentée par sainte Marguerite, peintures murales de la chapelle Saint-Jacques à Saint-Léon, Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    2. LES SIX SCÈNES DE LA PASSION DU COTÉ NORD.

    Le  cycle de la Passion démarre immédiatement à gauche du portail d'entrée, sur le mur de gauche.

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    Premières scènes de la Passion, coté nord de la nef,   peintures murales de la chapelle Saint-Jacques à Saint-Léon, Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    Premières scènes de la Passion, coté nord de la nef, peintures murales de la chapelle Saint-Jacques à Saint-Léon, Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    1. L'Entrée du Christ à Jérusalem.

    Lorsqu'ils approchèrent de Jérusalem, et qu'ils furent arrivés à Bethphagé, vers la montagne des Oliviers, Jésus envoya deux disciples, en leur disant: Allez au village qui est devant vous; vous trouverez aussitôt une ânesse attachée, et un ânon avec elle; détachez-les, et amenez-les-moi. Si, quelqu'un vous dit quelque chose, vous répondrez: Le Seigneur en a besoin. Et à l'instant il les laissera aller.  Or, ceci arriva afin que s'accomplît ce qui avait été annoncé par le prophète: Dites à la fille de Sion: Voici, ton roi vient à toi, Plein de douceur, et monté sur un âne, Sur un ânon, le petit d'une ânesse. Les disciples allèrent, et firent ce que Jésus leur avait ordonné. Ils amenèrent l'ânesse et l'ânon, mirent sur eux leurs vêtements, et le firent asseoir dessus. La plupart des gens de la foule étendirent leurs vêtements sur le chemin; d'autres coupèrent des branches d'arbres, et en jonchèrent la route. Ceux qui précédaient et ceux qui suivaient Jésus criaient: Hosanna au Fils de David! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur! Hosanna dans les lieux très hauts!  Lorsqu'il entra dans Jérusalem, toute la ville fut émue, et l'on disait: Qui est celui-ci?  La foule répondait: C'est Jésus, le prophète, de Nazareth en Galilée. Mt 27:1-11

    Nous reconnaissons au centre le Christ sur son ânon ou son ânesse . Il porte un nimbe crucifère et il lève la main pour répondre aux acclamations de la foule. Derrière lui vient le moutonnement doré des nimbes des  apôtres. Les toits et fenêtres des maisons de Jérusalem se voient en arrière plan, ainsi que deux tours encadrant une porte.

    Plus en avant, et empiétant sur la scène suivante, deux hommes étendent leur vêtement sur le sol.

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    L'Entrée à Jérusalem, coté nord de la nef,   peintures murales de la chapelle Saint-Jacques à Saint-Léon, Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    L'Entrée à Jérusalem, coté nord de la nef, peintures murales de la chapelle Saint-Jacques à Saint-Léon, Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    L'Entrée à Jérusalem, coté nord de la nef,   peintures murales de la chapelle Saint-Jacques à Saint-Léon, Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    L'Entrée à Jérusalem, coté nord de la nef, peintures murales de la chapelle Saint-Jacques à Saint-Léon, Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    L'Entrée à Jérusalem, coté nord de la nef,   peintures murales de la chapelle Saint-Jacques à Saint-Léon, Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    L'Entrée à Jérusalem, coté nord de la nef, peintures murales de la chapelle Saint-Jacques à Saint-Léon, Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    2. La Cène.

    Nous sommes désormais passés à l'intérieur des murailles de Jérusalem, visibles au premier plan comme vues d'avion. Une grande pièce est représentée dans une tentative de perspective, avec ses deux murs latéraux  est ses arcades. Les apôtres ont pris place devant la longue nappe blanche autour du Christ qui se distingue par son nimbe crucifère et une barbe taillée en pointe. Sur la table, cinq plats ronds ont été servis, contenant chacun deux poissons, et accompagnés par des pains ronds (et sans levain a priori). On notera ce remplacement de l'agneau de Pessa'h par des poissons, symbole christique qui rappellent que les apôtres sont d'anciens pêcheurs. Ajoutons à notre description quelques couteaux.

    Si on n'oublie pas Jean, qui selon son habitude s'est endormi devant Jésus, il y a bien douze apôtres. Saint Pierre se reconnaît à gauche du Christ.

    Nous entrons dans la pièce au moment précis où Jésus vient d'annoncer que l'un des douze allai le trahir, et chacun exprime par sa gestuelle son étonnement désapprobateur. Jésus précise : c'est celui qui a mis la main dans le plat avec moi :

    Pendant qu'ils mangeaient, il dit: Je vous le dis en vérité, l'un de vous me livrera.  Ils furent profondément attristés, et chacun se mit à lui dire: Est-ce moi, Seigneur? Il répondit: Celui qui a mis avec moi la main dans le plat, c'est celui qui me livrera. [ ...]. Judas, qui le livrait, prit la parole et dit: Est-ce moi, Rabbi? Jésus lui répondit: Tu l'as dit. Mt 27 :21-25

     

    La Cène, coté nord de la nef,   peintures murales de la chapelle Saint-Jacques à Saint-Léon, Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    La Cène, coté nord de la nef, peintures murales de la chapelle Saint-Jacques à Saint-Léon, Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    La Cène, coté nord de la nef,   peintures murales de la chapelle Saint-Jacques à Saint-Léon, Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    La Cène, coté nord de la nef, peintures murales de la chapelle Saint-Jacques à Saint-Léon, Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    Connaissant l'histoire, il est tentant de zoomer sur le plat situé devant Jésus. Or, nous y voyons une main, au bout d' une manche... qui appartient à un treizième personnage placé de notre coté de la table : Judas ! 

    Ce positionnement de Judas isolé en face des autres disciples n'est pas rare, il se retrouve par exemple dans la Cène de Pietro Perugino. Mais la présence de treize apôtres est moins habituelle.

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    La Cène, coté nord de la nef,   peintures murales de la chapelle Saint-Jacques à Saint-Léon, Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    La Cène, coté nord de la nef, peintures murales de la chapelle Saint-Jacques à Saint-Léon, Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    Les scènes suivantes, vue générale.

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    Coté nord de la nef,   peintures murales de la chapelle Saint-Jacques à Saint-Léon, Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    Coté nord de la nef, peintures murales de la chapelle Saint-Jacques à Saint-Léon, Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    3. L'Agonie de Jésus au Jardin des Oliviers.

    Il s'agit de la nuit durant laquelle  Jésus prie dans l'oliveraie de Gethsémani tands que les trois apôtres à qui il a demandé de veiller avec lui, Pierre, Jean et Jacques le Mineur, s'endorment épuisés.

    Là-dessus, Jésus alla avec eux dans un lieu appelé Gethsémané, et il dit aux disciples: Asseyez-vous ici, pendant que je m'éloignerai pour prier. Il prit avec lui Pierre et les deux fils de Zébédée, et il commença à éprouver de la tristesse et des angoisses. Il leur dit alors: Mon âme est triste jusqu'à la mort; restez ici, et veillez avec moi.

    Puis, ayant fait quelques pas en avant, il se jeta sur sa face, et pria ainsi: Mon Père, s'il est possible, que cette coupe s'éloigne de moi! Toutefois, non pas ce que je veux, mais ce que tu veux.

    Et il vint vers les disciples, qu'il trouva endormis, et il dit à Pierre: Vous n'avez donc pu veiller une heure avec moi! Veillez et priez, afin que vous ne tombiez pas dans la tentation; l'esprit es bien disposé, mais la chair est faible. Il s'éloigna une seconde fois, et pria ainsi: Mon Père, s'il n'est pas possible que cette coupe s'éloigne sans que je la boive, que ta volonté soit faite! Il revint, et les trouva encore endormis; car leurs yeux étaient appesantis. Il les quitta, et, s'éloignant, il pria pour la troisième fois, répétant les mêmes paroles. Puis il alla vers ses disciples, et leur dit: Vous dormez maintenant, et vous vous reposez! Voici, l'heure est proche, et le Fils de l'homme est livré aux mains des pécheurs. (Mt 26:36-47)

    Le cadre urbain de Jérusalem est encore stylisé, et l'artiste a représenté au centre un monticule qu'il nous prie de considérer comme étant le Mont des Oliviers. Ce dernier est cerné de palissades schématisées par des lignes ondoyantes.  Et dans cette enceinte sont réunis quatre hommes, dont trois sont endormis. Notre artiste connaît bien son texte (bien que je crois voir une auréole supplémentaire).

     

    L'Agonie à Gethsémani, coté nord de la nef,   peintures murales de la chapelle Saint-Jacques à Saint-Léon, Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    L'Agonie à Gethsémani, coté nord de la nef, peintures murales de la chapelle Saint-Jacques à Saint-Léon, Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    Le Christ est à genoux devant un petit portique que je distingue mal et que j'interprète plus difficilement encore.

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    L'Agonie à Gethsémani, coté nord de la nef,   peintures murales de la chapelle Saint-Jacques à Saint-Léon, Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    L'Agonie à Gethsémani, coté nord de la nef, peintures murales de la chapelle Saint-Jacques à Saint-Léon, Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    L'Agonie à Gethsémani, coté nord de la nef,   peintures murales de la chapelle Saint-Jacques à Saint-Léon, Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    L'Agonie à Gethsémani, coté nord de la nef, peintures murales de la chapelle Saint-Jacques à Saint-Léon, Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    4. L'Arrestation de Jésus à Gethsémani : le Baiser de Judas et Pierre coupant l'oreille de Malchus, serviteur du principal sacrificateur (Caïphe).

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    Levez-vous, allons; voici, celui qui me livre s'approche. Comme il parlait encore, voici, Judas, l'un des douze, arriva, et avec lui une foule nombreuse armée d'épées et de bâtons, envoyée par les principaux sacrificateurs et par les anciens du peuple. Celui qui le livrait leur avait donné ce signe: Celui que je baiserai, c'est lui; saisissez-le. Aussitôt, s'approchant de Jésus, il dit: Salut, Rabbi! Et il le baisa. Jésus lui dit: Mon ami, ce que tu es venu faire, fais-le. Alors ces gens s'avancèrent, mirent la main sur Jésus, et le saisirent. Et voici, un de ceux qui étaient avec Jésus étendit la main, et tira son épée; il frappa le serviteur du souverain sacrificateur, et lui emporta l'oreille. Alors Jésus lui dit: Remets ton épée à sa place; car tous ceux qui prendront l'épée périront par l'épée. Penses-tu que je ne puisse pas invoquer mon Père, qui me donnerait à l'instant plus de douze légions d'anges? Mt 26:46-53

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    De gauche à droite : saint Pierre rengaine son épée ; un soldat en casque et armure ; Jésus reçoit le baiser de Judas ; un officier s'apprête à procéder à l'interpellation. On notera que le costume de ce gendarme est le même que ceux portés par les Rohan et leurs saints chevaliers, avec l'armure complète, solerets compris, le tabard taillé en longues pointes et le casque, dont la visière est relevée. Seule différence, le tabard est plissé au dessus d'une ceinture jolie dorée.

    Malchus, serviteur du souverain sacrificateur (alias Caïphe) est agenouillé et se tient l'oreille.

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    L'Arrestation de Jésus à Gethsémani , coté nord de la nef,   peintures murales de la chapelle Saint-Jacques à Saint-Léon, Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    L'Arrestation de Jésus à Gethsémani , coté nord de la nef, peintures murales de la chapelle Saint-Jacques à Saint-Léon, Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    L'Arrestation de Jésus à Gethsémani , coté nord de la nef,   peintures murales de la chapelle Saint-Jacques à Saint-Léon, Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    L'Arrestation de Jésus à Gethsémani , coté nord de la nef, peintures murales de la chapelle Saint-Jacques à Saint-Léon, Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    L'Arrestation de Jésus à Gethsémani , coté nord de la nef,   peintures murales de la chapelle Saint-Jacques à Saint-Léon, Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    L'Arrestation de Jésus à Gethsémani , coté nord de la nef, peintures murales de la chapelle Saint-Jacques à Saint-Léon, Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    Le mimétisme entre les deux visages de Jésus et de Judas, assez fréquente : 

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    L'Arrestation de Jésus à Gethsémani , coté nord de la nef,   peintures murales de la chapelle Saint-Jacques à Saint-Léon, Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    L'Arrestation de Jésus à Gethsémani , coté nord de la nef, peintures murales de la chapelle Saint-Jacques à Saint-Léon, Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    5. La Comparution devant Pilate.

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    Mt 27.32-44; Mc 15.16-20Lc 23.11Jn 19.2-3)

    Jésus comparut devant le gouverneur qui l’interrogea.

    – Es-tu le roi des Juifs? lui demanda-t-il.

    – Tu le dis toi-même, répondit Jésus.

    Mais ensuite, quand les chefs des prêtres et les responsables du peuple vinrent l’accuser, il ne répondit rien.

    Alors Pilate lui dit: Tu n’entends pas tout ce qu’ils disent contre toi?

    Mais, au grand étonnement du gouverneur, Jésus ne répondit pas même sur un seul point. (Mt 27:11-14)

     

    Le Christ est présenté à Pilate par deux soldats, et l'artiste peintre ne remarque pas plus qu'auparavant l'incongruité de représenter ces deux messieurs, bassinet à bec de passereaux sur la tête, tels Beaumanoir et Bemborough  lors du Combat des Trente (1351). 

     

     

    La Comparution devant Pilate, coté nord de la nef,   peintures murales de la chapelle Saint-Jacques à Saint-Léon, Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    La Comparution devant Pilate, coté nord de la nef, peintures murales de la chapelle Saint-Jacques à Saint-Léon, Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    La Comparution devant Pilate, coté nord de la nef,   peintures murales de la chapelle Saint-Jacques à Saint-Léon, Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    La Comparution devant Pilate, coté nord de la nef, peintures murales de la chapelle Saint-Jacques à Saint-Léon, Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    La Comparution devant Pilate, coté nord de la nef,   peintures murales de la chapelle Saint-Jacques à Saint-Léon, Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    La Comparution devant Pilate, coté nord de la nef, peintures murales de la chapelle Saint-Jacques à Saint-Léon, Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    Le Lavement des mains de Pilate.

    Pilate se tourne vers sa gauche et se lave ostensiblement les mains dans un bassin que lui présente un serviteur.

    Illustration de Matthieu 27:24.

    Mais alors, insista Pilate, que dois-je faire de Jésus, qu’on appelle le Messie?

    Et tous répondirent: Crucifie-le!

     – Mais enfin, reprit Pilate, qu’a-t-il fait de mal?

    Eux, cependant, criaient de plus en plus fort: Crucifie-le!

     Quand Pilate vit qu’il n’aboutissait à rien, mais qu’au contraire, l’agitation de la foule augmentait, il prit de l’eau et, devant la foule, se lava les mains en disant: Je ne suis pas responsable de la mort de cet homme. Cela vous regarde.

     Et tout le peuple répondit: Que la responsabilité de sa mort retombe sur nous et sur nos enfants! (Mt 27:22-25)

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    La Comparution devant Pilate, coté nord de la nef,   peintures murales de la chapelle Saint-Jacques à Saint-Léon, Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    La Comparution devant Pilate, coté nord de la nef, peintures murales de la chapelle Saint-Jacques à Saint-Léon, Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    6. La Flagellation de Jésus, ou Le Christ à la colonne.

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     Alors Pilate leur relâcha Barabbas. Quant à Jésus, après l’avoir fait battre à coups de fouet, il le livra pour qu’on le crucifie. Les soldats du gouverneur traînèrent Jésus vers l’intérieur du palais et rassemblèrent toute la cohorte autour de lui. Ils lui arrachèrent ses vêtements et le revêtirent d’un manteau écarlate. Ils lui posèrent sur la tête une couronne tressée de rameaux épineux; dans sa main droite, ils placèrent un roseau en guise de sceptre. Ils s’agenouillèrent devant lui en disant sur un ton sarcastique: Salut, roi des Juifs!  Ils crachaient sur lui et, prenant le roseau, ils le frappaient à la tête. Quand ils eurent fini de se moquer de lui, ils lui ôtèrent le manteau, lui remirent ses vêtements et l’emmenèrent pour le crucifier. (Mt 27:26-31)

     

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    Selon les traductions des évangiles, Jésus subit une fustigation avec des verges, un faisceau de badines souples, (Mt 27,26, Mc 15,15, Lc 23,16) ou une flagellation avec le flagellum ou le flagrum , un fouet à lanières plombées (Jn 19,1). La représentation de la flagellation (comme le Christ à la colonne qui précède et le Christ aux outrages qui suit ou qui précède suivant les textes)  prend un certain essor avec les enluminures et les petites tablettes d'ivoire, et surtout avec l'apparition en occident des Ordres mendiants. Les représentations de la Passion sur les parvis d'églises pendant la Semaine sainte et les processions de flagellants sont concomitantes avec la multiplication de ce thème dévotionnel et iconographique. (selon Wikipédia)

     

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    La Flagellation de Jésus, coté nord de la nef,   peintures murales de la chapelle Saint-Jacques à Saint-Léon, Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    La Flagellation de Jésus, coté nord de la nef, peintures murales de la chapelle Saint-Jacques à Saint-Léon, Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    La Flagellation de Jésus, coté nord de la nef,   peintures murales de la chapelle Saint-Jacques à Saint-Léon, Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    La Flagellation de Jésus, coté nord de la nef, peintures murales de la chapelle Saint-Jacques à Saint-Léon, Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    Un bourreau utilise un fouet à lanières (flagellum ou flagrum).

    Les bourreaux sont, dans l'iconographie, distingués des soldats : pas d'armure ici, mais une tunique courte, des hauts-de-chausses et des bottes. Pas de casque, mais un bonnet ou turban à plume. Il s'agit de montrer que la condition de ces hommes de main est plus vile que celle des soldats.

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    La Flagellation de Jésus, coté nord de la nef,   peintures murales de la chapelle Saint-Jacques à Saint-Léon, Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    La Flagellation de Jésus, coté nord de la nef, peintures murales de la chapelle Saint-Jacques à Saint-Léon, Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    Le second bourreau utilise une autre sorte de fouet.

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    La Flagellation de Jésus, coté nord de la nef,   peintures murales de la chapelle Saint-Jacques à Saint-Léon, Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    La Flagellation de Jésus, coté nord de la nef, peintures murales de la chapelle Saint-Jacques à Saint-Léon, Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    Le Christ est lié par les mains à la colonne centrale d'une pièce voûtée à nervures rayonnantes, éclairée par une baie à vitrail losangiques. 

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    La Flagellation de Jésus, coté nord de la nef,   peintures murales de la chapelle Saint-Jacques à Saint-Léon, Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    La Flagellation de Jésus, coté nord de la nef, peintures murales de la chapelle Saint-Jacques à Saint-Léon, Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    3. LES CINQ SCÈNES DE LA PASSION DU COTÉ SUD.

    Poursuivant notre progression, nous passons devant la maîtresse-vitre pour lever le nez à nouveau devant la dernière arcade sud.

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    Les scènes de la Passion, coté sud de la nef,   peintures murales de la chapelle Saint-Jacques à Saint-Léon, Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    Les scènes de la Passion, coté sud de la nef, peintures murales de la chapelle Saint-Jacques à Saint-Léon, Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    7. Le Portement de Croix.

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    Le Portement de croix,  coté sud de la nef, peintures murales de la chapelle Saint-Jacques à Saint-Léon, Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    Le Portement de croix, coté sud de la nef, peintures murales de la chapelle Saint-Jacques à Saint-Léon, Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    Ce Portement de croix présente trois particularités.

    D'une part, on voit un personnage en robe et nimbée (que j'interprète comme étant la Vierge) qui aide le Christ à porter la croix, derrière lui. J'ai déjà observé cela sur le retable de La Haussaye (Pontivy), donné par Jean II de Rohan en 1510.

    D'autre part, nous découvrons Simon de Cyrène, dans un portrait assez comique où il fléchit les genoux sous le poids de la poutre principale.

    A la sortie de la ville, ils rencontrèrent un nommé Simon, originaire de Cyrène. Ils lui firent porter la croix de Jésus. Mt 27:31

    Ils obligèrent un passant qui revenait des champs, Simon de Cyrène, le père d’Alexandre et de Rufus, à porter la croix de Jésus. Mc 15:21

     Pendant qu’ils l’emmenaient, ils se saisirent d’un certain Simon de Cyrène , qui revenait des champs, et l’obligèrent à porter la croix derrière Jésus. Une foule de gens du peuple le suivait. Il y avait aussi beaucoup de femmes en larmes, qui se lamentaient à cause de lui. Se tournant vers elles, il leur dit: Femmes de Jérusalem, ne pleurez pas à cause de moi! Pleurez plutôt à cause de vous-mêmes et de vos enfants car, sachez-le, des jours viennent où l’on dira: «Heureuses les femmes qui ne peuvent pas avoir d’enfant et celles qui n’en ont jamais eu et qui n’ont jamais allaité.» Alors on se mettra à dire aux montagnes: «Tombez sur nous!» et aux collines: «Recouvrez-nous !» Car si l’on traite ainsi le bois vert, qu’adviendra-t-il du bois mort?

    Avec Jésus, on emmena aussi deux autres hommes, des bandits qui devaient être exécutés en même temps que lui. Luc 23:26-32.

    Enfin, l'artiste a du s'inspirer de ce passage de Luc, car il a figuré juste derrière la croix deux hommes torse et jambes nus, les deux bandits ou larrons.

     

    Le Portement de croix,  coté sud de la nef, peintures murales de la chapelle Saint-Jacques à Saint-Léon, Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    Le Portement de croix, coté sud de la nef, peintures murales de la chapelle Saint-Jacques à Saint-Léon, Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    Le Portement de croix,  coté sud de la nef, peintures murales de la chapelle Saint-Jacques à Saint-Léon, Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    Le Portement de croix, coté sud de la nef, peintures murales de la chapelle Saint-Jacques à Saint-Léon, Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    Le Portement de croix,  coté sud de la nef, peintures murales de la chapelle Saint-Jacques à Saint-Léon, Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    Le Portement de croix, coté sud de la nef, peintures murales de la chapelle Saint-Jacques à Saint-Léon, Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    8. La Crucifixion.

    De cette large scène, la partie haute est partiellement effacée, et seul le bas du corps du Crucifié est conservé.

    La foule et les saints personnages rassemblés aux pieds des trois croix peuvent se décrire en deux groupes, à gauche et à droite.

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    La Crucifixion,  coté sud de la nef, peintures murales de la chapelle Saint-Jacques à Saint-Léon, Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    La Crucifixion, coté sud de la nef, peintures murales de la chapelle Saint-Jacques à Saint-Léon, Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    La Crucifixion,  coté sud de la nef, peintures murales de la chapelle Saint-Jacques à Saint-Léon, Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    La Crucifixion, coté sud de la nef, peintures murales de la chapelle Saint-Jacques à Saint-Léon, Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    La moitié gauche .

    La Crucifixion,  coté sud de la nef, peintures murales de la chapelle Saint-Jacques à Saint-Léon, Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    La Crucifixion, coté sud de la nef, peintures murales de la chapelle Saint-Jacques à Saint-Léon, Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    a) les cavaliers.

    Au second plan, sept cavaliers sont figurés, leur monture tournée vers la droite. Le peintre montre beaucoup de talent à dessiner les chevaux.

    Dans ce groupe, il faut repérer le cavalier qui, à l'extrême droite, lève la main et désigne de l'index le Crucifié. C'est le centenier dont parle les évangiles synoptiques et qui prononce le fameux Vere Dei Filius erat iste  :

    . Le centenier et ceux qui étaient avec lui pour garder Jésus, ayant vu le tremblement de terre et ce qui venait d'arriver, furent saisis d'une grande frayeur, et dirent: Assurément, cet homme était Fils de Dieu. Matthieu 24:54
    Le centenier, qui était en face de Jésus, voyant qu'il avait expiré de la sorte, dit: Assurément, cet homme était Fils de DieuMarc 15:39
    Le centenier, voyant ce qui était arrivé, glorifia Dieu, et dit: Certainement, cet homme était justeLuc 23:47

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    On le verra plus tard sur  les calvaires du Finistère où il formera un duo, de chaque coté de la croix,  à coté de Longin montrant son œil car il voit désormais clair.

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    La Crucifixion,  coté sud de la nef, peintures murales de la chapelle Saint-Jacques à Saint-Léon, Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    La Crucifixion, coté sud de la nef, peintures murales de la chapelle Saint-Jacques à Saint-Léon, Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    b) les deux personnages convertis.

    En dessous du Centenier, un soldat (en brigandine, épée au coté gauche) est tombé à genoux. Il tient un objet dans la main droite, mais je ne distingue pas le bras gauche. Il semble lever les yeux vers la Croix. Est-ce Longin ? Un doublon du Centenier ? 

    À ses cotés, un homme est resté debout ; il est vêtu d'une robe. Un dignitaire juif ? 

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    La Crucifixion,  coté sud de la nef, peintures murales de la chapelle Saint-Jacques à Saint-Léon, Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    La Crucifixion, coté sud de la nef, peintures murales de la chapelle Saint-Jacques à Saint-Léon, Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    c)  La Vierge en pâmoison.

    Ce groupe comporte quatre nimbes, ce qui incite à voir ici la Vierge au centre, entourée des "trois Marie", Marie-Madeleine, Marie-Salomé et Marie Jacobé : 

     

    Il y avait aussi là plusieurs femmes qui regardaient de loin; c’étaient celles qui avaient suivi Jésus depuis la Galilée, pour être à son service. Parmi elles, Marie de Magdala, Marie, la mère de Jacques et de Joseph et la mère des fils de Zébédée. Mt 27:55-56

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    La Crucifixion,  coté sud de la nef, peintures murales de la chapelle Saint-Jacques à Saint-Léon, Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    La Crucifixion, coté sud de la nef, peintures murales de la chapelle Saint-Jacques à Saint-Léon, Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    Le groupe de droite.

    Il associe un groupe de cavaliers observant le ciel et la Croix (après la survenue du tremblement de terre ?), avec un homme seul, à l'écart, assis mains jointes, que j'identifie comme saint Jean en raison de son nimbe et de son visage imberbe.

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    La Crucifixion,  coté sud de la nef, peintures murales de la chapelle Saint-Jacques à Saint-Léon, Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.
    La Crucifixion,  coté sud de la nef, peintures murales de la chapelle Saint-Jacques à Saint-Léon, Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    La Crucifixion, coté sud de la nef, peintures murales de la chapelle Saint-Jacques à Saint-Léon, Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    9. La Mise au Tombeau.

    Joseph d'Arimathie et Nicodème descendent le corps du Crucifié dans le tombeau de pierre, en le soutenant par un linceul, sous les regards et les pleurs de  Marie assistée d'une Sainte Femme. Toujours aussi bouleversante par l'intensité quasi passionnelle de sa dévotion, Marie-Madeleine baise le pied droit du Christ.

    Mais nous nous laissons distraire par les deux chapeaux des deux pharisiens et membres du Sanhédrin, notamment le bonnet conique de Joseph d'Arimathie, dont la forme veut témoigner de sa fonction.

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    –  Il y avait un homme, appelé Joseph, un membre du Grand-Conseil des Juifs. C’était un homme bon et droit qui n’avait pas approuvé la décision ni les actes des autres membres du Grand-Conseil. Il venait d’Arimathée, en Judée, et attendait le royaume de Dieu. Il alla demander à Pilate le corps de Jésus. Après l’avoir descendu de la croix, il l’enroula dans un drap de lin et le déposa dans un tombeau taillé en plein rocher, où personne n’avait encore été enseveli. C’était le soir de la préparation, avant le début du sabbat. Les femmes qui avaient accompagné Jésus depuis la Galilée suivirent Joseph, elles regardèrent le tombeau et observèrent comment le corps de Jésus y avait été déposé. Ensuite, elles retournèrent chez elles et préparèrent des huiles aromatiques et des parfums. Puis elles observèrent le repos du sabbat, comme la Loi le prescrit. Lc 23:50-56

    https://www.biblegateway.com/passage/?search=Luc+23&version=BDS

     –Le soir venu – c’était le jour de la préparation, c’est-à-dire la veille du sabbat – 43 Joseph d’Arimathée arriva. C’était un membre éminent du Grand-Conseil qui, lui aussi, vivait dans l’attente du royaume de Dieu. Il eut le courage de se rendre chez Pilate pour lui demander le corps de Jésus. Pilate fut surpris d’apprendre que Jésus était déjà mort. Il fit appeler l’officier de service et lui demanda s’il était mort depuis longtemps. Renseigné par le centurion, il autorisa Joseph à disposer du corps. Celui-ci, après avoir acheté un drap de lin, descendit le corps de la croix, l’enveloppa dans le drap et le déposa dans un tombeau taillé dans le roc. Puis il roula un bloc de pierre devant l’entrée du tombeau.Marie de Magdala et Marie, mère de Joses, regardaient où il le mettait. Mc 15:42-47

    https://www.biblegateway.com/passage/?search=Marc+15&version=BDS

    – Le soir venu, arriva un homme riche appelé Joseph, originaire de la ville d’Arimathée. Lui aussi était un disciple de Jésus. Il alla demander à Pilate le corps de Jésus. Alors Pilate donna l’ordre de le lui remettre. Joseph prit donc le corps, l’enroula dans un drap de lin pur et le déposa dans le tombeau tout neuf qu’il s’était fait tailler pour lui-même dans le roc. Puis il roula un grand bloc de pierre devant l’entrée du tombeau et s’en alla. Il y avait là Marie de Magdala et l’autre Marie, assises en face de la tombe.  Le lendemain, le jour qui suivait la préparation du sabbat, les chefs des prêtres et des pharisiens se rendirent ensemble chez Pilate pour lui dire: Excellence, nous nous souvenons que cet imposteur a dit, pendant qu’il était encore en vie: «Après trois jours, je ressusciterai.» Fais donc surveiller étroitement la tombe jusqu’à ce troisième jour: il faut à tout prix éviter que ses disciples viennent dérober le corps pour dire ensuite au peuple qu’il est ressuscité. Cette dernière supercherie serait encore pire que la première. Pilate leur déclara: D’accord! Prenez un corps de garde et assurez la protection de ce tombeau à votre guise. Ils se rendirent donc au tombeau et le firent surveiller après avoir apposé les scellés sur la pierre en présence de la garde. Mt 27:57-66

    https://www.biblegateway.com/passage/?search=Matthieu+27&version=BDS


     

     

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    La Mise au Tombeau,   coté sud de la nef, peintures murales de la chapelle Saint-Jacques à Saint-Léon, Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    La Mise au Tombeau, coté sud de la nef, peintures murales de la chapelle Saint-Jacques à Saint-Léon, Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    La Mise au Tombeau,   coté sud de la nef, peintures murales de la chapelle Saint-Jacques à Saint-Léon, Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    La Mise au Tombeau, coté sud de la nef, peintures murales de la chapelle Saint-Jacques à Saint-Léon, Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    Marie-Madeleine et Nicodème, La Mise au Tombeau,   peintures murales du  coté sud de la nef de la chapelle Saint-Jacques à Saint-Léon, Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    Marie-Madeleine et Nicodème, La Mise au Tombeau, peintures murales du coté sud de la nef de la chapelle Saint-Jacques à Saint-Léon, Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    Suite des scènes.

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    Les arcades médianes du coté sud de la nef, peintures murales de la chapelle Saint-Jacques à Saint-Léon, Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    Les arcades médianes du coté sud de la nef, peintures murales de la chapelle Saint-Jacques à Saint-Léon, Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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     La Résurrection,   coté sud de la nef, peintures murales de la chapelle Saint-Jacques à Saint-Léon, Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    La Résurrection, coté sud de la nef, peintures murales de la chapelle Saint-Jacques à Saint-Léon, Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    10. La Résurrection.

    Le Ressuscité franchit le bord du sépulcre , tenant en main droite la hampe de l'oriflamme à croix rouge témoignant de sa victoire sur la mort. Quatre lanciers endormis encadrent le tombeau.

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       La Résurrection,  peintures murales du  coté sud de la nef de la chapelle Saint-Jacques à Saint-Léon, Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    La Résurrection, peintures murales du coté sud de la nef de la chapelle Saint-Jacques à Saint-Léon, Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    11. Les Saintes Femmes face au Tombeau vide.

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     Après le sabbat, comme le jour commençait à poindre le dimanche matin, Marie de Magdala et l’autre Marie se mirent en chemin pour aller voir la tombe. Tout à coup, voici qu’il y eut un violent tremblement de terre: un ange du Seigneur descendit du ciel, s’approcha de la tombe, roula la pierre de côté et s’assit sur elle. Il avait l’apparence de l’éclair, et ses vêtements étaient aussi blancs que la neige. Les gardes furent saisis d’épouvante: ils se mirent à trembler et devinrent comme morts.Mais l’ange, s’adressant aux femmes, leur dit: Vous autres, n’ayez pas peur; je sais que vous cherchez Jésus, qui a été crucifié.  Il n’est plus ici, car il est ressuscité comme il l’avait dit. Venez voir l’endroit où il était couché.  Puis allez vite annoncer à ses disciples qu’il est ressuscité. Et voici: il vous précède en Galilée. Là vous le verrez. Voilà ce que j’avais à vous dire.Elles quittèrent le tombeau en hâte, tout effrayées, mais en même temps remplies d’une grande joie, et elles coururent porter la nouvelle aux disciples.  Et voici que, tout à coup, Jésus vint à leur rencontre et leur dit: Salut à vous.Elles s’approchèrent de lui, lui embrassèrent les pieds et l’adorèrent. Alors Jésus leur dit: N’ayez aucune crainte! Allez dire à mes frères qu’ils doivent se rendre en Galilée: c’est là qu’ils me verront. Mt 28:1-10 https://www.biblegateway.com/passage/?search=Matthieu+28&version=BDS

     

    Quand le sabbat fut passé, Marie de Magdala, Marie mère de Jacques, et Salomé achetèrent des huiles aromatiques pour aller embaumer le corps de Jésus. Il était encore très tôt, le dimanche matin, lorsqu’elles arrivèrent au tombeau. Le soleil se levait. En chemin, elles s’étaient demandé les unes aux autres: Qui nous roulera la pierre qui ferme l’entrée du tombeau? Or, en levant les yeux, elles s’aperçurent que la pierre avait été roulée sur le côté, et c’était un bloc énorme. Elles pénétrèrent dans le caveau et virent, assis du côté droit, un jeune homme vêtu d’une robe blanche. Elles furent saisies de frayeur. Mais le jeune homme leur dit: N’ayez pas peur! Vous cherchez Jésus de Nazareth, celui qui a été crucifié? Il est ressuscité, il n’est plus ici. Voyez l’endroit où on l’avait déposé. Et maintenant, allez annoncer à ses disciples, et aussi à Pierre, qu’il vous précède en Galilée; c’est là que vous le verrez, comme il vous l’a dit. Mc 16 1:17 https://www.biblegateway.com/passage/?search=Marc+16&version=BDS

     

    Le dimanche matin, très tôt, Marie de Magdala se rendit au tombeau. Il faisait encore très sombre. Elle vit que la pierre fermant l’entrée du sépulcre avait été ôtée de devant l’ouverture. Alors elle courut prévenir Simon Pierre et l’autre disciple, celui que Jésus aimait.

    – On a enlevé le Seigneur de la tombe, leur dit-elle, et nous n’avons aucune idée de l’endroit où on l’a mis. Jn 20:1-2 https://www.biblegateway.com/passage/?search=Jean+20&version=BDS

    Voir aussi Luc 24:1-12.

    L'Ange du Seigneur est superbement représenté, tenant l'oriflamme de la Résurrection. Les trois femmes tiennent chacune un flacon d'aromates. 

    Une forme vague est peinte sous un portique. J'imagine qu'il s'agit du Christ, tel qu'il est apparu à Marie-Madeleine, déguisé en jardinier : une scène du Noli me tangere qui est représentée à la fin du cycle de la Passion de la maîtresse-vitre.

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    D'une façon générale, il sera passionnant de comparer chacune des scènes de cette fresque avec son équivalent sur la verrière d'axe.

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    Les Saintes Femmes face au Tombeau vide, coté sud de la nef, peintures murales de la chapelle Saint-Jacques à Saint-Léon, Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    Les Saintes Femmes face au Tombeau vide, coté sud de la nef, peintures murales de la chapelle Saint-Jacques à Saint-Léon, Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    L'ange de la scène des Saintes Femmes face au Tombeau vide, coté sud de la nef, peintures murales de la chapelle Saint-Jacques à Saint-Léon, Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    L'ange de la scène des Saintes Femmes face au Tombeau vide, coté sud de la nef, peintures murales de la chapelle Saint-Jacques à Saint-Léon, Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    12. Peintures murales du bas-coté sud.

    On trouve sur le mur diaphragme du début du bas-coté sud un Christ (en gloire ?) et sur le mur séparant le bas-coté de la nef deux anges présentant l'écu aux sept macles des Rohan.

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    Peintures murales du bas-coté sud de la chapelle Saint-Jacques à Saint-Léon, Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    Peintures murales du bas-coté sud de la chapelle Saint-Jacques à Saint-Léon, Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    Peintures murales du bas-coté sud de la chapelle Saint-Jacques à Saint-Léon, Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    Peintures murales du bas-coté sud de la chapelle Saint-Jacques à Saint-Léon, Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    Peintures murales du bas-coté sud de la chapelle Saint-Jacques à Saint-Léon, Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    Peintures murales du bas-coté sud de la chapelle Saint-Jacques à Saint-Léon, Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    Peintures murales du bas-coté sud de la chapelle Saint-Jacques à Saint-Léon, Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    Peintures murales du bas-coté sud de la chapelle Saint-Jacques à Saint-Léon, Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    Peintures murales du bas-coté sud de la chapelle Saint-Jacques à Saint-Léon, Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    Peintures murales du bas-coté sud de la chapelle Saint-Jacques à Saint-Léon, Merléac. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    SOURCES ET LIENS.

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    — GESLIN DE BOURGOGNE

     https://archive.org/stream/anciensvchsdebr00bartgoog/anciensvchsdebr00bartgoog_djvu.txt

    — Barral I Altet, 1987Javier Décor peint et iconographie des voûtes lambrissées de la fin du Moyen Âge en Bretagne ,Comptes rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres  Année 1987  Volume 131 Numéro 3  pp. 524-567 http://www.persee.fr/doc/crai_0065-0536_1987_num_131_3_14524

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    Published by jean-yves cordier - dans Peintures murales
    14 septembre 2017 4 14 /09 /septembre /2017 19:59

    La maîtresse-vitre de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice : La Passion de 1539.

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    — Voir aussi sur le même sujet :

    Dernières images du Christ : le vitrail de la Passion à La Roche-Maurice (29).

    — Voir sur l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice :

     

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    — Voir les autres vitraux de Bretagne : La liste de mes articles sur les vitraux.

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    La verrière haute de 6,90 m  et large de 3,50 m  présente un cycle de la Passion en quinze scènes organisé autour de la Crucifixion figurée à plus grande échelle en haut des lancettes, est datée de 1539. Elle se lit de bas en haut et de gauche à droite. 

    Les 5 lancettes  sont divisées en  4 registres (bandes horizontales), nombre réduit à  3 dans les lancettes centrales de la Crucifixion. Les scènes sont  placées dans des niches à petits dais denticulés à grisaille et jaune d'argent avec des tentures damassées à motif de rosaces et de losanges. 

    Un tympan à 18 ajours comporte 14 écus  et 2 écoinçons latéraux.

    Restauration.

    "En 1715, la verrière avait fait l'objet d'une restauration complète par le Brestois Louis-François Bodolec : sur le registre paroissial, le recteur de l'époque en a dessiné le plan avec les armoiries, en précisant qu'elle avait été "descendue, lavée et réparée ...pour 95 livres" (Arc. dép. Finistère) . [ Louis-François Bodolec "accommode les vitres" de Plouguerneau en 1689-1690. Louis-François Bodolec, maître-vitrier à Brest, est né à Quimper le 17 août 1665 et mort à Brest Saint-Louis le 21 avril 1725.  Son frère Guillaume Le Bodolec, fils de Jean, vitrier, est né à Quimper Saint-Sauveur le 29 octobre 1655 et mort à Quimper le 20 décembre 1723. Le Men signale un Bodolec travaillant sur les vitraux de la cathédrale de Quimper.]

    Une autre restauration, pratiquée en 1849, est tout aussi exceptionnellement documentée (ACMH) : elle fut alors confiée à Mathieu Rosuel, peintre et vitrier de Brest qui, selon l'architecte de l'arrondissement Félix Ingeled, avait déjà l'expérience de tels travaux. On peut noter qu'un panneau signalé lacunaire en 1847, la Comparution devant Pilate, ne fut pas réparé lors de cette intervention, ce qui indique que Rosuel  n'a pu fournir de pièces peintes ; il est encore fait état des mêmes manques "qui offensent l'œil", de 1858 jusqu'en 1898, date du classement de l'œuvre. La restauration qui dut s'en suivre, à l'inverse, n'est pas documentée, bien que déterminante pour l'aspect actuel de l'œuvre (on lui doit les rares panneaux moderne des lancettes et ceux du tympan).

    En 1937, l'atelier Gruber procéda à une remise en plomb partielle de la baie et remania le tympan dont les meneaux s'étaient tassés. La verrière, mise à l'abri en 1942, retrouva sa place en 1950 après restauration par Labouret ; et nombre de plombs de casse furent alors ajoutés." (Gatouillat et Hérold 2004)

    Jean-Pierre Le Bihan ajoute : "1792, 1793, travaux de Maurice Cam, vitrier à Saint-Pol de Léon pour 16 livres 10 sols..."

     

     

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     La Passion de 1539 :  maîtresse-vitre de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

     La Passion de 1539 : maîtresse-vitre de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    Plan :

    L'inscription de création

    Les cinq lancettes de la Passion.

    Le tympan et ses 14 blasons.

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    L'INSCRIPTION DE 1539.

    Elle se lit au pied de la deuxième lancette en partant de la gauche (lancette B), sur le socle, peinte en lettres cursives   : 

    EN L'AN MIL VCC XXXIX

    FUT FET CESTE VITRE . ET

    ESTOET DE FABRICQUE POR

    LORS ALLEN JOCE * LS

     

    "En l'an 1539 fut fait cette vitre et étaient de fabrique pour lors Allen Joce. L.S" . Les deux lettres L.S , plus pâles et plus petites, ne sont peutêtre pas de la même main.

    Ces dernières lettres ont été interprétées "peut-être à juste titre" (Gatouillat & Hérold)  comme les initiales du peintre verrier Laurent Le Sodec. René Couffon est l'auteur de cette attribution dans un article de 1945. Dans un premier temps [page 9], Couffon écrit que "ces dernières  initiales sont sans doute celles du peintre verrier, car nous les retrouvons répétées sur le galon de la manche de Joseph d'Arimathie". Malheureusement, personne ne réussit à retrouver une inscription sur la manche de Joseph d'Arimathie. Après avoir développé la thèse que les cartons des vitraux de La Martyre ont été dessinés par le graveur flamand Negker de Jost , il suggère que celui de La Roche-Maurice  a été fabriqué par un verrier breton, et il avance le nom de Laurent Sodec "mentionné comme peintre en 1514 dans les comptes de la cathédrale de Quimper".

    Depuis, ces assertions de René Couffon concernant Jost de Negker  à La Martyre ont été critiquées l'abbé Jean Feutren, par Roger Barrié dans sa thèse de 1978, par l'abbé Yves-Pascal Castel et par le verrier quimpérois Jean-Pierre Le Bihan dans son article "Jost de Necker un mythe qui a la vie dure". Cette proposition est désormais abandonnée, y compris dans l'introduction du Nouveau répertoire des églises et chapelles du diocèse de Quimper de 1988 par Couffon et Le Bars. 

    Parallèlement, une meilleure connaissance de l'atelier Le Sodec, une  famille de verriers quimpérois, a permis de lui attribuer effectivement une grande partie des Passions finistériennes, sur des critères stylistiques et non plus sur de simples initiales. 

    Le texte de l'inscription indique le nom du maître d'ouvrage, un certain Allen Joce, alors fabricien ou "fabrique" de la Fabrique de La Roche-Maurice. Faut-il comprendre "Allen" comme une forme du prénom breton Alan ? Mais il resterait alors le patronyme, JOCE, qui n'est pas attesté en Bretagne. Pourtant, un fabricien est toujours recruté parmi les habitants les plus aisés de la paroisse.

    En somme, on prendra avec prudence toute interprétation de cette inscription, mais on conclura avec Gatouillat 2005 : ""Par le millésime qu'elle porte et par son bon état de conservation, l'œuvre constitue quoiqu'il en soit un repère fondamental pour l'étude de la production quimpéroise de la Renaissance. Ses points communs avec les maîtresses-vitres de Daoulas et de Trémaouezan, disparues mais connues par des dessins,  et celle de Saint-Mathieu de Quimper, conservée mais transférée et complétée, ont été relevées de longue date ; les cartons de la Crucifixion et de certaines des scènes annexes se retrouvent aussi très précisément dans la verrière démembrée de La Martyre, autre donation d'un Rohan".

     

     

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    Rappel : LES PASSIONS FINISTÉRIENNES.

     Beaucoup d'entre elles sont dues à l'atelier Le Sodec à Quimper. Le Corpus Vitrearum VII permet d'en dresser une chronologie  qui montre que la verrière de La Roche-Maurice (1539) date du milieu d'une période de très forte activité de création de vitraux dans le Finistère :

    et dans le Morbihan :

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    On attribue aussi à l 'atelier des Le Sodec les vitraux suivants :

     

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    Afin de permettre un étude comparative de ces Passions finistérienne, j'ai tenu, non seulement à leur consacrer le maximum d'articles dans ce blog, mais aussi à attirer l'attention, dans cet article, sur des détails stylistiques qui se retrouvent sur d'autres vitraux : fonds damassés exécutés par pochoirs ; casques "en masque de plongeur" ; mors des chevaux "à balanciers" ; nimbes ovales en suspension au dessus de la tête, etc.

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    Inscription de 1539 :  maîtresse-vitre de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    Inscription de 1539 : maîtresse-vitre de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    Inscription  de 1539 :  maîtresse-vitre de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    Inscription de 1539 : maîtresse-vitre de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

     

     

    LES CINQ LANCETTES DE LA PASSION.

     

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    LES CINQ SCÈNES DU REGISTRE INFÉRIEUR.

     

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     La Passion de 1539 :  maîtresse-vitre de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

     La Passion de 1539 : maîtresse-vitre de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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     La Passion de 1539 :  maîtresse-vitre de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

     La Passion de 1539 : maîtresse-vitre de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    1. L'Entrée à Jérusalem.

    Tête du Christ et groupe des apôtres restaurés. Fond (ciel) rouge uni. Nimbe ovale 

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    Entrée à Jérusalem,   maîtresse-vitre de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    Entrée à Jérusalem, maîtresse-vitre de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    L'Entrée à Jérusalem,  maîtresse-vitre de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    L'Entrée à Jérusalem, maîtresse-vitre de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    2. La Cène.

    Intact sauf une tête d'apôtre à gauche. Niche à coquille rouge et bandeau bleu. Fond : tenture verte damassée "à la rouelle". Robe bleu clair de l'apôtre de droite et robe verte de saint Jean (endormi)  à fleurs. 

    Le Christ  tend la main droite vers Judas et frôle le plat contenant la carcasse de l'agneau rituel des Pâques. Au premier plan, l'apôtre de gauche tient un couteau, et Judas, à droite, fait un geste de dénégation, alors que la bourse aux trente deniers est visible dans son dos, accrochée à sa ceinture.

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    La Cène,  maîtresse-vitre de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    La Cène, maîtresse-vitre de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    La Cène,  maîtresse-vitre de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    La Cène, maîtresse-vitre de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    3. Le Lavement des pieds.

    Peu restaurée. Niche à coquille verte. Tenture damassée à motif en losanges divisés en quatre. Robe damassée vert clair à motif hexagonal en nid d'abeilles ou navettes. Robe verte de saint Pierre (identifié par sa calvitie centrée par un toupet) à motif vermiculaire. 

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    Le Lavement des pieds,  1539, maîtresse-vitre de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    Le Lavement des pieds, 1539, maîtresse-vitre de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    Le Lavemenbt des pieds, 1539, maîtresse-vitre de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.
    Le Lavemenbt des pieds, 1539, maîtresse-vitre de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    Le Lavemenbt des pieds, 1539, maîtresse-vitre de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    4. L'Agonie au Jardin des Oliviers.

    Tête de saint Pierre : pièce interpolée.

    Fond bleu clair (ciel) uni où s'inscrivent les silhouettes des soldats et d'une montagne (Golgotha ?).

    Robes bleues des apôtres Jean et Pierre à motifs vermiculaires. Manteau blanc de Jean à motifs à fleurs à quatre pétales crénelés de couleur or (jaune d'argent).

    Les apôtres changent de couleur de vêtement d'une scène à l'autre. Ici, ils sont nimbés.

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    L'Agonie au jardin des Oliviers, 1539, maîtresse-vitre de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    L'Agonie au jardin des Oliviers, 1539, maîtresse-vitre de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    L'Agonie au jardin des Oliviers, 1539, maîtresse-vitre de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    L'Agonie au jardin des Oliviers, 1539, maîtresse-vitre de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    Les trois apôtres Jean, Jacques le mineur et Pierre au Jardin des Oliviers.

    Jean est endormi, comme le veut le texte évangélique, mais Pierre, dont la tête est bizarrement implantée, est éveillé : la pièce de verre a été placée ici par  interpolation d.

    Quant à Jacques, il faut lui attribuer la boule claire et bouclée au dessus de l'épaule de Pierre : ce serait le dessus de son crâne. 

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    L'Agonie au jardin des Oliviers, 1539, maîtresse-vitre de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    L'Agonie au jardin des Oliviers, 1539, maîtresse-vitre de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    5. L'Arrestation de Jésus à Gethsémani : le Baiser de Judas. Saint Pierre tranche l'oreille de Malchus  le serviteur de Caïphe.

    Quelques pièces de drapés et du socle sont restaurées.

    Fond : bleu uni (ciel).

    Les casques "en masque de plongée" ou intégraux englobant la mâchoire et le menton et ne dégageant qu'un hublot rectangulaire sont typiques de l'atelier des Sodec. Sont-ils inspirés des paragnathides des casques romains ?

    Les soldats portent aussi une cuirasse,  des cubitières, des canons d'avant-bras, des genouillères, des grèves, des solerets et des brigandines à lames rivetées.

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    L'Arrestation de Jésus à Gethsémani, 1539, maîtresse-vitre de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    L'Arrestation de Jésus à Gethsémani, 1539, maîtresse-vitre de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    Le Baiser de Judas, 1539, maîtresse-vitre de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    Le Baiser de Judas, 1539, maîtresse-vitre de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    Le serviteur de Caïphe, 1539, maîtresse-vitre de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    Le serviteur de Caïphe, 1539, maîtresse-vitre de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    LES CINQ SCÈNES DU DEUXIÈME REGISTRE.

    Très bien conservé.

    6. La comparution devant Caïphe.

    Niche à coquille pourpre et tenture damassée à motif "à la rouelle".

    Caïphe, barbu, aux épais sourcils, porte une tenue qui se veut inspirée des vêtements rituels des grands prêtres de Jérusalem  avec une robe à franges, un manteau à franges, doublé d'hermines et serré par une ceinture . Il est coiffé d'une mitre conique à deux cornes, et à oreillettes. 

    Le chien présent au prétoire vient des gravures de Martin Schongauer représentant la comparution devant Pilate.

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    La Comparution devant Caïphe, 1539, maîtresse-vitre de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    La Comparution devant Caïphe, 1539, maîtresse-vitre de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    La Comparution devant Caïphe, 1539, maîtresse-vitre de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    La Comparution devant Caïphe, 1539, maîtresse-vitre de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    La Comparution devant Caïphe, 1539, maîtresse-vitre de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    La Comparution devant Caïphe, 1539, maîtresse-vitre de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    7. La Dérision du Christ.

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    Niche à coquille verte et bandeau bleu soutenant une tenture rouge damassée "à la rouelle".

    Les soldats romains laissent la place aux trois bourreaux qui maintiennent Jésus par des liens. Leur coiffure et leur tenue vestimentaire témoignent de leur fonction marginale, notamment par l'abondance des crevés. En effet, l'aspect bariolé s'oppose alors à l'étoffe unie de la tunique pourpre de leur victime, dans une symbolique médiévale où le pur, l'uni et la monochromie relèvent du Bien et l'hétérogène, la polychromie rayée ou à carreaux relèvent du Mal.

     Deux d'entre eux le soufflettent tandis qu'un autre, à genoux, montre sa langue en une grimace expressive souvent représentée.

    Le bandeau (transparent) n'occulte pas les yeux fermés du Christ.

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    La Dérision du Christ,  1539, maîtresse-vitre de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    La Dérision du Christ, 1539, maîtresse-vitre de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    8.  La Flagellation.

    Sous la coquille rouge de la niche et son bandeau jaune est tendue une tenture bleue damassée "à la rouelle". Le sol, blanc, est jonché de fouets et de verges. Le Christ est lié à une colonne verte à chapiteau rouge, par des cordages maintenus par les deux bourreaux. Ceux-ci le fustigent avec des verges (un faisceau de badines souples), mais leur victime porte sur tout le corps les traces à quatre traits laissées par le flagrum, fouet court mentionné par Jean 19:1 dont les lanières sont munies de plombs en haltère, en balle ou en barbes de métal, ou bien d'osselets taillés en pointe

    Les bourreaux spécialisés (ils s'entraînaient à porter des coups précis dans le gymnasium flagri) portent ici soit des pièces d'armures (casque, spallières à rondelles en tête de lion, cubitières, canons d'avant-bras, brigandines, cuirasses, grèves et solerets), soit un bonnet à plumet, une tunique et des hauts-de-chausses  .

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    La Flagellation,  1539, maîtresse-vitre de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    La Flagellation, 1539, maîtresse-vitre de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    La Flagellation,  1539, maîtresse-vitre de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    La Flagellation, 1539, maîtresse-vitre de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    9. Le Couronnement d'épines.

    Tête du Christ douteuse.

    À la niche bleue est suspendue une tenture rouge damassée en losanges .On retrouve le même contraste entre la robe unie du Christ et les armures et vêtements surchargés de crevés, de rivets, de motifs à damiers ou à navettes des bourreaux. Ou entre le visage du Christ vu de face et celui des soldats vus de profil et trois-quart. Un soldat à genoux reproduit le geste d'outrage vu sur la Dérision.

    On notera les quatre chapeaux à plume, portés de travers et maintenus par un ruban sous le menton.

    Le Christ, assis, vêtu d'une tunique pourpre, tient le roseau qui ridiculise la Royauté.

    Les diagonales des bâtons par lesquels les bourreaux enfoncent la couronne d'épines se retrouvent sur toutes les gravures de cette scène.

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    Le Couronnement d'épines,  1539, maîtresse-vitre de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    Le Couronnement d'épines, 1539, maîtresse-vitre de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    Le Couronnement d'épines,  1539, maîtresse-vitre de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    Le Couronnement d'épines, 1539, maîtresse-vitre de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    10. Ecce Homo.

    Tenture damassée "à la rouelle". Inscription ECCE HOMO sur une banderole s'échappant des mains de Pilate vers la foule.

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    Ecce homo, 1539, maîtresse-vitre de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    Ecce homo, 1539, maîtresse-vitre de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    Ecce homo, 1539, maîtresse-vitre de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    Ecce homo, 1539, maîtresse-vitre de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    TROISIÈME ET QUATRIÈME REGISTRES.

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    11. Comparution devant Pilate.

    Moderne.

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    Comparution devant Pilate (moderne),  maîtresse-vitre de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    Comparution devant Pilate (moderne), maîtresse-vitre de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    12. Le Portement de Croix.
    Moderne.

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    Le Portement de croix, (moderne),  maîtresse-vitre de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    Le Portement de croix, (moderne), maîtresse-vitre de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    Le Portement de croix, (moderne),  maîtresse-vitre de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    Le Portement de croix, (moderne), maîtresse-vitre de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    La grande Crucifixion des trois lancettes médianes, à plus grande échelle.

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    Panneaux presque intacts. L'angle inférieur droit du panneau du bon larron a été restauré. 

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    La Crucifixion (1539), maîtresse-vitre de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    La Crucifixion (1539), maîtresse-vitre de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    La lancette de gauche : le Bon Larron en croix, et la Vierge éplorée soutenue par saint Jean et une Sainte Femme.

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    Le Bon Larron, in la Crucifixion (1539), maîtresse-vitre de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    Le Bon Larron, in la Crucifixion (1539), maîtresse-vitre de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    le Bon Larron (Dismas) .

    Il  est vêtu d'une veste courte à crevés et de hauts de chausse également à crevés, et à braguette rembourrée et lacée. Une chemise transparente est serrée par une fine ceinture. Selon les canons iconographiques, qui s'expriment notamment sur les calvaires bretons, il  tourne le visage vers le Christ et son âme, sauvée, est recueillie sous la forme d'un petit homme par un ange. Ici, seuls les yeux sont tournés vers le Rédempteur. Le genou fléchi à 90° appartient aussi aux normes de l'iconographie, tout comme la manière dont l'homme est lié à la croix, bras passés au dessus de la traverse.

    En arrière-plan, peint en grisaille sur le verre bleu, un paysage montagneux domine les édifices d'une ville : Jérusalem.

    Le ciel est zébré par les lances des soldats romains (notez la douille du fer de lance, et son verre pourpre) qui tracent des verticales et des diagonales contribuant à l'atmosphère dramatique. Les lanciers sont soit des fantassins, comme dans l'armée romaine, ou soit des  cavaliers, comme dans l'armée ducale du XVIe siècle, où un seigneur était armé en "homme d'armes" à cheval assisté d'écuyers, d'archets et de coutilliers . 

    L'un de ces cavaliers, en armure, porte un panache rouge sur son casque. Mais l'autre cavalier, également en cuirasse, est coiffé d'un chapeau conique à oreillettes, ce qui le désigne sans-doute comme un dignitaire juif.

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    Le Bon Larron, in la Crucifixion (1539), maîtresse-vitre de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    Le Bon Larron, in la Crucifixion (1539), maîtresse-vitre de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    Le Bon Larron, in la Crucifixion (1539), maîtresse-vitre de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    Le Bon Larron, in la Crucifixion (1539), maîtresse-vitre de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    Le Bon Larron, in la Crucifixion (1539), maîtresse-vitre de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    Le Bon Larron, in la Crucifixion (1539), maîtresse-vitre de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    Saint Jean et une Sainte Femme soutenant Marie.

     

    La robe de saint Jean est un damas "à la rouelle". Les galons des robes sont marqués  de points ou de tirets. Le voile de Marie n'est pas très différent de la coiffe que porte Anne de Bretagne sur ses portraits, mais sa voisine arbore sur son bonnet un bazlo  ou plutôt un bourrelet presque vertical. 

    Les robes des saints personnages sont unies, ou presque (damas "à la rouelle" pour saint Jean).

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    Saint Jean et la Vierge éplorée,  la Crucifixion (1539), maîtresse-vitre de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    Saint Jean et la Vierge éplorée, la Crucifixion (1539), maîtresse-vitre de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    Il est important de remarquer les larmes qui s'écoulent des yeux des trois personnages. On notera d'abord leur dessin qui reprend, hasard ou pas, celui des marques du flagrum sur le corps du Christ : un trait vertical (la paupière) et trois larmes de trajet divergent et dont la plus longue est au centre. Puis on constatera que ces larmes se retrouveront sur le visage de Marie-Madeleine au pied de la Croix.

    En effet, elles témoignent d'un courant naturaliste s'attachant à développer chez le fidèle un mouvement de participation mystique aux souffrances de la Passion.

    Surtout, elles sont également présentes en sculpture sur pierre dans les productions d'un atelier de Landerneau, celui des frères Bastien et Henri Prigent, actif de 1527 à 1577. Et donc contemporain de la réalisation de ce vitrail. 

    En voici un exemple, venant de la Pietà de Saint-Nic :

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    Saint Jean et la Vierge éplorée,  la Crucifixion (1539), maîtresse-vitre de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    Saint Jean et la Vierge éplorée, la Crucifixion (1539), maîtresse-vitre de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    Mais on peut retrouver ces trois larmes en virgules effilées divergentes sur les grands calvaires monumentaux de Pleyben et de Plougonven, dans des scènes de la Passion qui permettraient de développer ce parallèle entre peinture sur verre de l'atelier quimpérois et sculpture sur pierre de l'atelier de Landerneau. 

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    La lancette centrale : le Christ en croix ; Longin transperçant le flanc de sa lance ; sainte Marie-Madeleine au pied de la croix.

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    Toujours le ciel bleu à lignes de nuages (il y a en Finistère des Passions au ciel bleu et des Passions à ciel rouge). Le Christ en croix figure entouré de lances à oriflammes, tandis qu'un cavalier en tenue de dignitaire juif transperce le flanc droit du Christ de sa lance. On reconnaît ici le geste du soldat  qui recevra dans les textes apocryphes le nom de Longin, mais dont l'évangile de Jean dit :   "Les soldats vinrent donc et brisèrent les jambes au premier des criminels crucifiés avec Jésus, puis à l’autre. Quand ils arrivèrent à Jésus, ils constatèrent qu’il était déjà mort et ils ne lui brisèrent pas les jambes. L’un des soldats lui enfonça sa lance dans le côté, et aussitôt il en sortit du sang et de l’eau." (Jn 19:32-34).

    À droite, l'autre cavalier, en armure et casque à plumet, pourrait être un centurion, et même le Centurion qui s'exclama "Vraiment, celui là était vraiment le Fils de Dieu" . Mais aucun détail ne l'atteste.

     

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    La Crucifixion (1539), maîtresse-vitre de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    La Crucifixion (1539), maîtresse-vitre de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    La Crucifixion (1539), maîtresse-vitre de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    La Crucifixion (1539), maîtresse-vitre de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    La Crucifixion (1539), maîtresse-vitre de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    La Crucifixion (1539), maîtresse-vitre de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    Marie-Madeleine au pied de la Croix.

    Elle a posé son flacon de parfum ou d'aromates. Notez aussi le crâne, référence au nom Golgotha "le lieu du crâne", mais aussi à la Légende de la Vraie Croix et au crâne d'Adam.

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    La Crucifixion (1539), maîtresse-vitre de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    La Crucifixion (1539), maîtresse-vitre de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    Les larmes de la Madeleine.

    Ma photo en rend mal compte mais elles sont bien là.

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    Les larmes de Marie-Madeleine,  Crucifixion (1539), maîtresse-vitre de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    Les larmes de Marie-Madeleine, Crucifixion (1539), maîtresse-vitre de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    La lancette de droite : le Mauvais Larron et trois cavaliers.

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    Le Mauvais Larron, lancette droite de la Crucifixion (1539), maîtresse-vitre de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    Le Mauvais Larron, lancette droite de la Crucifixion (1539), maîtresse-vitre de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    L'âme du Mauvais Larron Gesmas est emportée par un diable, tandis qu'il se détourne violemment du Christ, et donc de son salut. Ses vêtements sont les mêmes que ceux du Bon Larron ; on retrouve la flexion de la jambe gauche, comme sous l'effet d'un spasme. Depuis le temps que je constate ce détail sur les calvaires et les Passions, je crois en comprendre subitement le sens en écrivant ces lignes : ce serait l'illustration de Jean 19:32 : "Les soldats vinrent donc et brisèrent les jambes au premier des criminels crucifiés avec Jésus, puis à l’autre. "

    On remarque en arrière plan Jérusalem en grisaille.

    Un détail important est l'emploi de la technique du verre rouge gravé pour représenter les crevés et lignes de la culotte du larron. À la différence des autres verres colorés, le verre rouge, trop sombre lorsqu'il est employé à la même épaisseur, doit être doublé, en un verre très fin, à un verre blanc. Dès lors, il suffit de graver avec un outil ou une fraise cette couche colorée rouge pour que le verre blanc réapparaissent, ce qui permet de représenter des détails autrement que par l'emploi de la grisaille. Le verre blanc peut ensuite être peint au jaune d'argent.

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    Le Mauvais Larron, lancette droite de la Crucifixion (1539), maîtresse-vitre de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    Le Mauvais Larron, lancette droite de la Crucifixion (1539), maîtresse-vitre de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    Le Mauvais Larron, lancette droite de la Crucifixion (1539), maîtresse-vitre de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    Le Mauvais Larron, lancette droite de la Crucifixion (1539), maîtresse-vitre de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    En dessous du Mauvais Larron, cinq personnages sont figurés, dont quatre cavaliers. L'un d'entre eux est armé d'une hallebarde (à moins que celle-ci ne soit en arrière-plan de lui, ce qui arrangerait mon interprétation) et fait un geste de la main gauche. Il porte la coiffure des grands prêtres du temple ce qui le désigne comme Caïphe.  Un deuxième est un fantassin, un lancier. Toujours du même coté, au premier plan mais vu de trois-quart arrière avec son cheval, un troisième homme tend la main droite vers celle de Caïphe avec lequel il est en discussion. J'y vois le centurion dont parle Marc 15:38-39 :  Le centurion qui était là en face de Jésus, voyant comment il avait expiré, déclara : « Vraiment, cet homme était Fils de Dieu ! »

    Mais ce geste de la main est le seul argument pour cette hypothèse, car le costume oriental n'est pas celui d'un centurion, telle que nous nous le représentons de nos jours. Remarquez son chapeau à turban, un bonnet conique (juif ?) traité en verre rouge gravé. Mais aussi sa boucle d'oreille, les franges de sa tunique (aux fleurs elles-aussi gravées), son cimetière dont le fourreau est pendu à sa ceinture (à gauche, c'est la règle), et le chien à l'arrière du cheval. Il pourrait s'agir de Pilate, venu donner ses ordres, et qui s'entretiendrait avec Caïphe. Il serait accompagné à sa droite par l'un de ses conseillers, richement vêtu et au col fourré d'hermines. 

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    Caïphe et Pilate ?,  lancette droite de la Crucifixion (1539), maîtresse-vitre de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    Caïphe et Pilate ?, lancette droite de la Crucifixion (1539), maîtresse-vitre de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    Pilate ?, lancette droite de la Crucifixion (1539), maîtresse-vitre de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    Pilate ?, lancette droite de la Crucifixion (1539), maîtresse-vitre de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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     Lancette droite de la Crucifixion (1539), maîtresse-vitre de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    Lancette droite de la Crucifixion (1539), maîtresse-vitre de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    Les chevaux.

    Quatre chevaux sont présents sur l'image suivante. Ils sont caractéristiques de l'atelier finistérien, avec leur gueules hilares et surtout leur mors à balancier crénelé. 

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     Lancette droite de la Crucifixion (1539), maîtresse-vitre de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    Lancette droite de la Crucifixion (1539), maîtresse-vitre de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    Les deux scènes de la lancette droite.

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    13. La Mise au tombeau.

    Restauré : la tête d'une Sainte Femme et le damas du fond .

    Joseph d'Arimathie, Nicodème, la Vierge et deux Saintes Femmes ainsi que Marie-Madeleine.

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    La mise au Tombeau (1539), maîtresse-vitre de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    La mise au Tombeau (1539), maîtresse-vitre de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    La mise au Tombeau (1539), maîtresse-vitre de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    La mise au Tombeau (1539), maîtresse-vitre de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    La mise au Tombeau (1539), maîtresse-vitre de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    La mise au Tombeau (1539), maîtresse-vitre de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    La Sortie du tombeau : le Christ ressuscité .

    Très bien conservé sauf un soldat à droite.

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    La Résurrection  (1539), maîtresse-vitre de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    La Résurrection (1539), maîtresse-vitre de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    La Résurrection  (1539), maîtresse-vitre de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    La Résurrection (1539), maîtresse-vitre de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    La Résurrection  (1539), maîtresse-vitre de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    La Résurrection (1539), maîtresse-vitre de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    LE TYMPAN ET SES BLASONS.

    le tympan  porte 14 écus modernes avec verres gravés, et sur le coté et 2 écoinçons latéraux aux  bustes anges avec les instruments de la Passion (1539) laissant supposer que d'autres ajours développaient cette iconographie.

    Les armoiries anciennes ont été refaites par les restaurateurs.

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    Tympan de la maîtresse-vitre de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    Tympan de la maîtresse-vitre de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    Les deux écoinçons.

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    Écoinçon droit du tympan de la maîtresse-vitre de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    Écoinçon droit du tympan de la maîtresse-vitre de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    Écoinçon gauche du tympan de la maîtresse-vitre de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    Écoinçon gauche du tympan de la maîtresse-vitre de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    LES QUATORZE BLASONS.

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    Je reprends ici, en les simplifiant beaucoup, les identifications et le blasonnement mis en ligne par André Croguennec, qui s'est lui-même inspiré d'un article de Paul-François Broucke et Michel Mauguin 2006. Mais l'interprétation la plus récente a été donnée en 2012 par P-F. Broucke : elle révèle l'existence d'une première verrière de 1443-1448, expliquant la présnece des blasons d'Alain IX de Rohan et de sa mère Beatrix de Clisson (de gueules au lion d'argentdont on ignore à peu près tout par ailleurs, mais qui était contemporaine de la maîtresse-vitre de l'abbatiale de Daoulas, posée entre 1442 et 1448 par Alain de Rohan et sa mère Beatrix de Clisson . 

     

    "Au tympan de la maîtresse-vitre, l’analyse des prééminences révèle la pose d’un premier vitrage dans les années 1440 par Alain IX de Rohan et sa mère, remplacé et réactualisé vers 1539, millésime écrit sur la baie75. Plusieurs écussons permettent de déduire la pose de la première verrière entre 1443 et 1448 : on relève les armes en alliance d’une tante et de deux enfants d’Alain IX, Alain de Rohan, époux en 1443 de Yolande de Laval dame de Vitré, et Marguerite, épouse de Jean d’Orléans (précédemment fiancé à sa sœur aînée). Tout porte à fixer le terminus de la commande vers 1450 au plus tard : la mort de Beatrix de Clisson en 1448, celle d’Alain de Rohan l’année suivante, et en 1450 de Marguerite de Bretagne, première épouse d’Alain IX, dont les deux alliances postérieures sont absentes, constituent des preuves suffisantes. La verrière n’aurait pu être posée avant 1443, année du mariage d’Alain de Rohan et Yolande de Laval, dont les armes sont en alliance. Un siècle plus tard, une nouvelle verrière fut commandée à l’atelier Le Sodec : on y restaura les prééminences qui figuraient dans l’ancienne baie, en ajoutant les armes des vicomtes de Rohan depuis Alain IX. On trouve ainsi les armes en alliance de Jean II de Rohan (+ 1516) et de ses trois épouses, de sa fille Anne et de son mari Pierre de Rohan-Gyé (+ 1525), à qui échut la vicomté de Rohan. Il y a enfin les armes des donateurs, René Ier de Rohan, fils des précédents, de son épouse Isabelle d’Albret, et du père de cette dernière, Jean II d’Albret. " (Paul-François Broucke 2012)

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    1. Le blason sommital : les neuf macles des Rohan.

    de gueules aux neuf macles d'or posées 3, 3, 3

    Les armes des Rohan étaient de gueules à sept macles d'or posées 3, 3, 1 jusqu'à ce que ceux-ci  n'adoptent ces armes modernes à neuf macles. Le passage des armes anciennes aux armes modernes s'explique  par la modification de la forme des écus à partir du XIVe siècle : la pointe s'aplatit, l'espace vide ainsi créé est comblé par deux nouvelles macles. Cf Marc de Vulson 1644.

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    Blason des Rohan, tympan de la maîtresse-vitre de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    Blason des Rohan, tympan de la maîtresse-vitre de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    Deuxième rang de gauche à droite. De gauche à droite.

    2.  Armoiries de René Ier (1516-1552), vicomte de Rohan, vicomte puis prince de Léon, marié à  Isabelle d'Albret.

    Parti, au 1 : de Rohan ; au 2 : de gueules à l'escarboucle de chaîne d'or qui est Navarre.

     

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    Blason du tympan de la maîtresse-vitre de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    Blason du tympan de la maîtresse-vitre de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    3. Armoiries  d'Alain IX, vicomte de Rohan et de Léon et de son épouse Marguerite de Bretagne, fille du duc Jean IV de Bretagne et de Jeanne de Navarre. 

    Parti, au 1 : de gueules au neuf macles d'or  ( Rohan) ; au 2 : d'hermines plein qui est de Bretagne.

     

    Blason du tympan de la maîtresse-vitre de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    Blason du tympan de la maîtresse-vitre de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    4. Armoiries  d'Alain IX de Rohan (1382-1462), et de sa mère Beatrix de Clisson (1356-1448).

    Parti, au 1 : de Rohan ; au 2 : écartelé aux 1 et 4 : de gueules à la tour d'or, aux 2 et 3 : de gueules au lion d'argent, armé, lampassé et couronné d'or.

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    Blason du tympan de la maîtresse-vitre de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    Blason du tympan de la maîtresse-vitre de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    5. Armoiries liées à l'épouse de Jean II de Rohan, Marie de Bretagne (1447-1507) et  à ses grands-parents maternels.

    Parti, au 1 : de Rohan ; au 2 : coupé de deux traits, formant trois quartiers, au 1 : d'azur semé de fleurs de lys d'or, au 2 : de gueules à trois léopards d'or, au 3 : de gueules à l'écusson d'or et à la bordure d'argent.

     

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    Blason du tympan de la maîtresse-vitre de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    Blason du tympan de la maîtresse-vitre de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    Troisième rangée de gauche à droite.

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    6 . Armoiries (?) de  Jeanne de Rohan, fille de Jean Ier de Rohan et de Jeanne de Léon, et de son premier époux Robert Ier d'Alençon. Les armes de Jeanne de Rohan auraient dû figurer au second quartier et non au premier, selon l'usage pour les femmes mariées.  

    Parti, au 1 : de Rohan ; au 2 : d'azur semé de fleurs de lys d'or, à la bordure cousue de gueules besantée d'argent de huit pièces.

     

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    Blason du tympan de la maîtresse-vitre de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    Blason du tympan de la maîtresse-vitre de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    7. Armoiries de la vicomtesse Anne de Rohan, fille et héritière de Jean II de Rohan et Marie de Bretagne, et de son époux Pierre de Rohan-Gyé (mort en 1525).

    Parti, au 1 : de Rohan ; au 2 : écartelé, aux 1 et 4 : de gueules à l'escarboucle de chaînes d'or (Navarre), aux 2 et 3 : d'azur à trois fleurs de lys d'or (France), à la bande d'argent brochante sur le second quartier du parti.
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    La maîtresse-vitre de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice.

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    8. Armoiries de Beatrix de Clisson.

    De gueules au lion d'argent. 

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    Blason du tympan de la maîtresse-vitre de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    Blason du tympan de la maîtresse-vitre de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    9. Armes du vicomte Jean II de Rohan (1452-1517),  et de sa femme Marie de Bretagne (1447-1507), fille du duc François Ier de Bretagne.

    Parti, au 1 : de Rohan ; au 2 : d'hermines plein.

    Blason des Rohan, tympan de la maîtresse-vitre de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    Blason des Rohan, tympan de la maîtresse-vitre de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    10. Armoiries de Jean II de Rohan, marié à Marie de Bretagne.

    Parti, au 1 : d'hermines plein (ce qui est Bretagne) ; au 2 : de Rohan. 

     

    Blason du tympan de la maîtresse-vitre de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    Blason du tympan de la maîtresse-vitre de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    Quatrième rangée de gauche à droite.

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    11. Armoiries qui font allusion à l'ascendance Albret-Navarre d' Isabelle d'Albret, de l'épouse de René Ier de Rohan,

    Parti, au 1 : écartelé, aux 1 et 4 : d'azur à trois fleurs de lys d'or (Albret) ; aux 2 et 3 : de gueules plein ; au 2 : d'argent au lion couronné de gueules (Armagnac).

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    Blason du tympan de la maîtresse-vitre de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    Blason du tympan de la maîtresse-vitre de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    12. Armoiries de  Yolande de Laval, épouse d' Alain de Rohan, mort en 1449.

    Parti, au 1 : de Rohan, au 2 : de gueules au lion contourné et couronné d'argent

    Blason du tympan de la maîtresse-vitre de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    Blason du tympan de la maîtresse-vitre de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    13. Armoiries de Jean II d'Orléans et de son épouse  Marguerite de Rohan. 

     Parti, au 1 : d'azur à trois fleurs de lys d'or brisées d'un lambel d'argent, au 2 : de Rohan. 

    Blason du tympan de la maîtresse-vitre de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    Blason du tympan de la maîtresse-vitre de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    14. Non attribué.

    Parti, au 1 : d'azur à trois fleurs de lys d'or, à la barre de gueules brochante chargée de trois besants d'argent ; au 2 : d'azur à trois fleurs de lys d'or, à la bordure cousue de gueules besantée d'argent de huit pièces

    Blason du tympan de la maîtresse-vitre de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    Blason du tympan de la maîtresse-vitre de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    La comparaison avec les vitraux de La Martyre montre une similitude frappante avec la Crucifixion  de La Roche-Maurice : je renvois à mon article précédent.

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    ÉTUDE TECHNIQUE SUR DES VUES DE DÉTAIL : STYLE DES VISAGES, SANGUINE, ENLEVÉS AU PETIT BOIS,  VERRES ROUGES GRAVÉS. 

    a) La sanguine.

    Les vues de détails qui suivent permettent d'étudier l'emploi, très riche, de la sanguine ou Jean Cousin par le peintre-verrier. 

    Il s'agit d'une couleur de cémentation d'aspect  mat et translucide, qui varie du rosé au brun chaud selon la dilution appliquée. Elle est obtenue à partir de dérivés du fer. On l'utilise pour les carnations des visages ou pour la teinte des chevelures. La sanguine est composée d'hématite (oxyde ferrique naturel Fe2 O3 ), minéral produisant une couleur rouge s'il est broyé en grains très fins et une couleur brune s'il est utilisé en grains plus gros.
    En utilisant l'hématite en couche très fine on obtient la possibilité de colorer en ton chair et de façon translucide un verre incolore
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    http://www.infovitrail.com/index.php/fr/la-sanguine-le-rouge-jean-cousin-ou-la-carnation?showall=&limitstart=

    Ici, le peintre l'utilise sur les chevelures et les barbes, sur les visages en carnation, mais aussi pour rendre les traces de sang s'écoulant le la tête du Christ autour de la couronne d'épines, ou sur les marques de flagellation de son corps.

    b) Les enlevés.

    Son emploi ne se sépare pas de l'utilisation de la technique de l'enlevage.  La technique consiste   à supprimer partiellement de la matière sur une peinture non cuite appliquée en lavis pour permettre le passage de la lumière. La partie supprimée peut être enlevée d’une façon franche à l’aide d’outils durs (plume d'oie, petit bois) ou alors de façon douce à l’aide de brosses d'enlevages plus ou moins souples.

    http://www.infovitrail.com/index.php/fr/decoration-sur-verre/278-les-techniques-de-peinture-sur-verre

    c) les  rehauts  accentuent l’effet d’un modelé en dessinant une série de hachures parallèles, inspiré des techniques des graveurs sur bois et sur cuivre.

    d) Le verre rouge gravé (et peint au jaune d'argent).

    e) les caractéristiques des  portraits.

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    La sanguine

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    Le Baiser de Judas.

    Sur ce détail du Baiser de Judas, on voit comment cette coloration rousse, différente du jaune d'argent des pièces d'armure, est appliquée sur les cheveux, les barbes mais aussi les visages et les gorges ("carnation") pour y rendre les modelés. Les boucles de la chevelure, déjà tracées en grisaille (peinture noire, pour simplifier) sont affinées par les traits blancs soustraits de la sanguine par le manche d'un pinceau ou par une plume. Le modelé des nez, des joues et pommettes dépend de l'endroit où est appliquée la sanguine, mais aussi du travail en enlevage, par le moyen d'un réseau très fin de stries blanches, imperceptibles à un spectateur éloigné, qui suivent l'arrondi des régions sous-orbitaires (manifestes chez Judas) ou partent en rayons centripètes sur le front, dynamisant le portait à notre insu. Sous le menton de Jésus, l'ombre est rendue par des hachures croisées dans la grisaille, mais la luminosité de la partie latérale du cou est rendue, par contraste, par des stries verticales en enlevage. 

    Je signale au passage l'une des caractéristiques stylistiques, la façon dont les boucles de la barbe et des cheveux forment des cônes spiralés semblable à ces Turritelles communes de nos plages, que nous nommions "touroutoutou". 

     

    Le baiser de Judas. Photographie lavieb-aile octobre 2017.

    Le baiser de Judas. Photographie lavieb-aile octobre 2017.

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    L'oreille sanguinolente de Malchus.

    Sur le même panneau de l'Arrestation du Christ, le serviteur Malchus est à terre, car l'apôtre Pierre vient de lui trancher l'oreille droite. Le peintre montre ce qui reste de cette oreille, sans son pavillon, le conduit auditif externe béant. Trois coulées de sang ruissellent de la plaie, parfaitement rendues par trois lignes hétérogènes et irrégulières, plus compliquées à peindre que trois traits de pinceau rectilignes.

    La sanguine est aussi employée pour souligner le relief du visage par des tonalités plus sombres en périphérie, ou pour les carnations des mains, mais aussi pour moduler l'aspect métallique de l'armure de tonalités brunes. Sur le canon d'avant-bras, les rivets sont indiqués par enlevage de petits cercles. Pour en revenir au visage, il est fascinant de voir comment les détails des narines, du philtrum, des lèvres, des dents par enlevage, et de la langue, sont rendus sur un verre blanc par le simple jeu des deux peintures, la grisaille et la sanguine.

    La cuirasse, avec ses volutes pectorales, reçoit aussi un long travail d'opposition de lumières par un travail du lavis de grisaille sur le verre rouge.

     

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    La tête de Malchus et son oreille tranchée. Photographie lavieb-aile octobre 2017.

    La tête de Malchus et son oreille tranchée. Photographie lavieb-aile octobre 2017.

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    La sueur de sang du Christ lors de l'Agonie à Gethsémani.

    Les touroutoutous de la chevelure sont typiques de notre Maître de la vitre de La Roche-Maurice (il faudra bien lui donner un nom, avant de démembrer par atelier la production finistèrienne plutôt que de tout attribuer aux Le Sodec), mais nous ne sommes pas là pour cela.

    La sueur de sang de l'Agonie du Christ ne doit pas être confondue au saignement entraîné par la couronne d'épines, puisque la scène représentée précède la Passion, et la pose de cette couronne. 

    L'hématidrose est un phénomène médical attribué à un stress très intense. Elle est signalée par Luc 22:43-44

    Alors un ange lui apparut du ciel pour le fortifier. Saisi d'angoisse, Jésus priait avec plus d'insistance, et sa sueur devint comme des caillots de sang qui tombaient par terre. 

    en latin : et factus est sudor eius sicut guttae sanguinis * decurrentis in terram

    (*) Dans le texte grec originel,  θρομβος - θρόμβος thrombos désigne  une grosse et épaisse goutte, spécialement de sang coagulé.

    L'artiste a représenté ce phénomène au moyen de la sanguine, par des traînées, là encore soigneusement irrégulières et s'achevant en goutte, du front des joues et du cou.

    La sanguine colore aussi le nimbe, avec les rayons concentriques dessinés en enlevé.

     

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     La sueur de sang du Christ lors de l'Agonie à Gethsémani. Photographie lavieb-aile octobre 2017.

    La sueur de sang du Christ lors de l'Agonie à Gethsémani. Photographie lavieb-aile octobre 2017.

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    La Flagellation.

    Les traces de sang sont maintenant celles des plombs à trois pointes du flagrum.

    La Flagellation,  1539, maîtresse-vitre de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    La Flagellation, 1539, maîtresse-vitre de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    Le saignement lié à la couronne d'épines.

    La sanguine est utilisée seule pour les écoulements de  sang engendrés par la couronne, les mains des bourreaux, le nimbe. Elle est utilisée en complément de la grisaille pour la chevelure et ses boucles coniques, la barbe, les ombrages et le modelé du visage, avec des hachures grises, ou rousses, ou en enlevage.

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    Le Couronnement d'épines, 1539, maîtresse-vitre de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    Le Couronnement d'épines, 1539, maîtresse-vitre de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    La Dérision.

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    Photographie lavieb-aile octobre 2017.

    Photographie lavieb-aile octobre 2017.

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    La plaie de la lance.

    Toutes les traces de sang sont réunies lors du coup de lance donné par le Centenier : plaie du thorax droit, plaies de flagellation, plaies de la couronne d'épines. Elles s'associent à la coloration rosée du mamelon et du nombril,  brunes de la chevelure ou de la barbe divisée en deux touroutoutou, et d'un lilas cadavérique des yeux clos.

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    Photographie lavieb-aile octobre 2017.

    Photographie lavieb-aile octobre 2017.

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    La sanguine est aussi utilisée pour figurer des pustules et taches maculant la face des "méchants" et les démons :

    Le bourreau de la Flagellation est ainsi affligé d'un honteux érythème du front, des joues et du crâne, qui atteint aussi par contamination son couvre-chef à plumet  .

    Flagellation, 1539, maîtresse-vitre de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    Flagellation, 1539, maîtresse-vitre de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    Cette rougeole est contagieuse, et affecte  aussi le bourreau qui, par outrage, montre sa langue au Christ qu'il insulte.

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    1539, maîtresse-vitre de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    1539, maîtresse-vitre de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    L'enlevage : les larmes.

    La technique de l'enlevage sert à rendre les larmes de saint Jean, de Marie, de la Sainte-Femme et de Marie-Madeleine, en effaçant le lavis de grisaille ou de sanguine.

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    Photographie lavieb-aile octobre 2017.

    Photographie lavieb-aile octobre 2017.

    Photographie lavieb-aile octobre 2017.

    Photographie lavieb-aile octobre 2017.

    Photographie lavieb-aile octobre 2017.

    Photographie lavieb-aile octobre 2017.

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    Le visage de Marie-Madeleine est un chef-d'œuvre de notre artiste, dans lequel la technique de l'enlevage est déployée avec virtuosité pour rendre les larmes, le frisottis d'une larme émergeant au bord de la paupière, les boucles des anglaises, les bijoux, la fronce de la chemise, etc.

    Si on détaille le réseau de traits indiquant, comme le moiré d'une carte topographique en courbes de niveau, le relief du visage et de la gorge, on constate la précision atteinte dans l'exécution de ce portrait. Mais on se plait ensuite à admirer l'application mesurée de la sanguine sur les lèvres, sur le rebord de la paupière supérieure, avant de succomber au charme de la fossette du menton.

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    Photographie lavieb-aile octobre 2017.

    Photographie lavieb-aile octobre 2017.

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    Enlevage : l'eau qui coule.

    L'eau qui coule lors du Lavement des pieds ou du Lavement des mains de Pilate est aussi figurée par des enlevés, tout comme l'eau qui dort dans un bassin et qui, réveillée par les gouttes, s'anime d'ondes.

     

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    Lavement de pieds, Photographie lavieb-aile octobre 2017.

    Lavement de pieds, Photographie lavieb-aile octobre 2017.

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    L'enlevage : le bandeau des yeux lors de la Flagellation.

    Un très bel exemple de la maîtrise technique du verrier est donné par la façon dont il rend le bandeau placés sur les yeux du Christ comme un tissu blanc suffisamment transparent pour lui permettre de montrer malgré tout l'expression souffrante du regard.

     

    Photographie lavieb-aile octobre 2017.

    Photographie lavieb-aile octobre 2017.

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    Les verres rouges gravés.

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    Roger Barrié a recensé en Basse-Bretagne onze verrières seulement faisant appel à cette technique, dont une majorité dans le Léon, à Cuburien, La Roche-Maurice, Ploudiry, La Martyre (Jessé) (Dormition)Saint-Pol, et Lampaul-Guimiliau .  Devenue courante en France à partir de la fin du XVe siècle, elle est utilisée à partir de 1530-1540 par  les ateliers bretons.

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    J'extrais de son article les indications suivantes :

     


    "Un rappel sur l'histoire de la technique du vitrail s'impose avant de considérer les œuvres. Il ne peut y avoir de verres gravés que si ces verres ont été préalablement doublés. Pourquoi ce placage, source de contraintes pour le verrier ? Pour obtenir le verre rouge qui a existé anciennement sous la forme de deux couches, au moins, l'une incolore et l'autre rouge. La feuille de verre incolore, en jouant le rôle de support translucide, permet d'avoir une feuille de verre rouge amincie, car l'oxyde cuivrique est un colorant si envahissant qu'il rendrait opaque une feuille d'épaisseur normale teinte dans la masse

    D'où l'idée d'user mécaniquement cette couche par endroits pour obtenir une ou deux couleurs de plus sur la même pièce de verre ; cela avait l'avantage d'épargner la coupe et d'affranchir le travail du peintre de la contrainte des plombs. Ainsi l'invention purement .technique du placage qui était une nécessité pour le verre rouge, donna naissance au procédé mécanique de la gravure si commode pour figurer la finesse et la légèreté de petits détails. Le peintre sur verre est redevable au verrier d'une facilité qui n'est pas sans prolongements esthétiques.

    La pellicule rouge était entamée par une molette montée sur un tour (gravure à la roue ou à l'archet), avec l'aide d'un mélange abrasif, émeri, eau ou huile. Quoique ce fût à partir de la fin du XVe siècle que la gravure devint d'un usage courant, les premiers exemples datés remontent vers le premier quart du XIVe siècle . Il faut remarquer que cette invention arrive après celle qui permettait de teindre en jaune le verre par application de sulfure d'argent. Cette évolution de la technologie du vitrail dans la première moitié du XIVe siècle a répondu au même désir et a concouru aux mêmes effets. Le peintre verrier du xve siècle se voit donc en possession de deux moyens qui élargissent sa palette et lui donnent une liberté qui rend sa création picturale plus personnelle.

    La coloration jaune des gravures est obtenue par l'application locale, à l'extérieur, de sulfure d'argent qui pénètre le verre à la cuisson ; mais les exemples ne manquent pas où cette teinture n'a pas pris. Le jaune d'argent possède un rayonnement qui respecte les limites de l'écran rouge qui le circonscrit : ainsi l'effet somptueux gagne en netteté. A la dextérité du graveur s'ajoute un maniement habile du jaune d'argent.

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    Gatouillat et Hérold ajoutent en 2005, pour l'ensemble de la Bretagne cette fois-ci :

    "Une constante de la production bretonne du XVIe – et du début du XVIIe si on pense à Locarn et à Lampaul-Guimiliau–  est l'habitude de graver les verres doublés, en particulier le rouge. Dès les premières années du siècle, à Lannéleg en Pleyben, les rayons lumineux qui entourent le Christ transfiguré teintés de jaune qui entourent le Christ transfiguré sont ainsi dégagés sur le fond écarlate, pratique reprise de manière extensive dans les verrières du même thème [... ] Il est probable que dans nombre de cas, ces gravures résultent de l'emploi d'acide." (p. 45)

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    A La Roche-Maurice, la gravure des verres rouges concerne les crevés des  braies du Mauvais Larron, les raies et stries du  bonnet conique du cavalier et  les quadrilobes de sa tunique, ainsi que les flammes du nimbe crucifère du Christ Ressuscité.

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    Photographie lavieb-aile octobre 2017.

    Photographie lavieb-aile octobre 2017.

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    Le bonnet du cavalier .

     

    Je rappelle la présence, jamais gratuite, d'une boucle à l'oreille de ce cavalier.

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    Photographie lavieb-aile octobre 2017.

    Photographie lavieb-aile octobre 2017.

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    Photographie lavieb-aile octobre 2017.

    Photographie lavieb-aile octobre 2017.

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    le nimbe crucifère du Christ ressuscité.

    La gravure du verre n'est plus rectiligne ou ponctuelle, mais affecte une plage large et arrondie.

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    Nimbe du Christ, 1539, maîtresse-vitre de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    Nimbe du Christ, 1539, maîtresse-vitre de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    LES PORTRAITS.

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    Saint Jean endormi lors de l'Agonie de Jésus à Gethsémani.

    L'artiste utilise un tracé épais, et donne à son personnage des traits forts, avec de larges sourcils, de grosses paupières, un nez un peu camus, une excroissance charnue entre les sourcils, des sillons naso-géniens soulignés, une bouche lippue et un menton en galoche. Ce tracé énergique est à peine estompé par le modelé en grisaille.

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    Saint Jean, 1539, maîtresse-vitre de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    Saint Jean, 1539, maîtresse-vitre de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    Saint Pierre.

    Au lieu de rendre le modelé par aplats de grisaille ou de sanguine sur le visage laissé en blanc, l'artiste procède essentiellement par enlevage du lavis de sanguine grisâtre, sur les sourcils, le nez, le V du front, la barbe, les boucles de cheveux et le trait blanc qui allume les pupilles.

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    1539, maîtresse-vitre de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    1539, maîtresse-vitre de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    1539, maîtresse-vitre de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    1539, maîtresse-vitre de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    1539, maîtresse-vitre de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    1539, maîtresse-vitre de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    La maîtresse-vitre de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice.
    1539, maîtresse-vitre de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    1539, maîtresse-vitre de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    Le Mauvais Larron.

    Comme pour le portrait de Marie-Madeleine, celui-ci mérite un examen détaillé de l'opposition de la grisaille et de la sanguine réservée aux ombrages, du jeu des hachures, alors que le trait lui-même n'est employé que pour les sourcils, la paupière supérieure, l'arrondi du nez et les narines.

    A la différence des autres portraits, où l'iris et la pupille des yeux sont représentés par le même élément noir, ici, les iris bruns (sanguine) sont distincts de la pupille noire.

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    Le Mauvais Larron, 1539, maîtresse-vitre de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

    Le Mauvais Larron, 1539, maîtresse-vitre de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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    SOURCES ET LIENS.

    — ABGRALL (Jean-Marie), 1904 p. 342-343.

    —BARRIÉ (Roger) 1976,  ". Les verres gravés et l'art du vitrail au XVIe siècle en Bretagne occidentale". In: Annales de Bretagne et des pays de l'Ouest. Tome 83, numéro 1, 1976. pp. 35-44 (et notamment page 37); doi : 10.3406/abpo.1976.2796

    http://www.persee.fr/doc/abpo_0399-0826_1976_num_83_1_2796 

    —BROUCKE (Paul-François), MAUGUIN (  Michel) ) 2006.  Les prééminences armoriées des Rohan au tympan de la maîtresse-vitre de l'église Saint-Yves, La Roche-Maurice (Finistère), Bulletin de la Société archéologique du Finistère.

    —BROUCKE (Paul-François), 2012, "L’emblématique de la maison de Léon aux XIIe-XIVe siècles et les prééminences de Daoulas et La Roche-Maurice aux XVe-XVIe siècles", Mémoires de la Société d'histoire et d'archéologie de Bretagne , Congrès de Brest SHAB pages 59-82. En ligne :

    http://www.shabretagne.com/scripts/files/58ac1051308735.01528915/2012_03.pdf

    "Les maîtresses-vitres de l’abbatiale de Daoulas et de l’église de La Roche-Maurice.

    La maîtresse-vitre disparue de l’ancien chevet gothique de l’abbatiale de Daoulas, connue par les dessins et la description de dom Pinson vers 1700, fut l’une des œuvres les plus importantes de l’histoire de l’art du vitrail en Finistère. Haute de vingt-quatre pieds (7,8 mètres) sur seize de large (5,2 mètres) et constituée de huit lancettes surmontées d’un tympan orné de trente ajours flamboyants, c’était « l’une des plus belles vitres que l’on puisse voir et sans contredit l’ouvrage le plus fini de toute l’abbaye ». Décorée d’un cycle de la Passion, elle fut probablement exécutée par l’atelier quimpérois Le Sodec dans les années 153069, comme l’attestait la représen - tation en priant de l’abbé Charles Jégou (1520-1535), ses armes et celles de son successeur Olivier du Chastel (1535-1550)70. Les trente flammes du tympan étaient toutes ornées d’écus, l’ensemble constituant un véritable florilège héraldique. On trouvait en éminence les armes du roi, puis celles des fondateurs de l’abbaye, les Léon et leurs successeurs les Rohan, celles des abbés de Daoulas, et enfin les armes de quelques familles locales. Au plus haut de la verrière, à l’égal des armes de Rohan, au-dessus de celles des seigneurs de Léon, était un écu « de gueules au lion d’argent » (pl., no 4), que coiffait tout juste celui du roi. Si haut placées, aurait-il pu s’agir des armes des vicomtes de Léon, en souvenir de leur fondation de l’abbaye entre 1167 et 1173 ? On pourrait le supposer, le même écu se retrouvant en bonne place dans la verrière de l’église de La Roche-Maurice, où les Léon avaient un puissant château. Le tout mérite un examen serré. Si la datation de la verrière ne fait pas mystère, non plus que l’ordonnance des prééminences, on reste en revanche dérouté en constatant que les écus appartenaient à des personnages ayant vécu sur une amplitude de plus de deux siècles. Les plus anciennes armes étaient celles de Hervé VII de Léon (+ 1344) et de sa seconde épouse Marguerite d’Avaugour, les plus récentes celles de l’abbé Olivier du Chastel (+ 1550). Comment expliquer un tel écart, et justifier l’énigmatique lion d’argent en champ de gueules ? La seule solution passe par une approche nouvelle : la maîtresse-vitre de Daoulas, posée vers 1530, reprend en filigrane les prééminences d’une verrière plus ancienne, datable de la décennie 1440, qu’elle a remplacée. Dès lors, tout devient clair. Dans une vitre des années 1440, à la place des armes de France, était l’écu d’hermines du duc François Ier (1442-1450), formellement identifié au-dessous par les armes de sa mère Jeanne de France (+ 1433) et surtout de sa femme Isabeau d’Écosse71, épousée l’année de son accession au trône. On comprend alors l’absence d’armes d’alliance pour les Rohan après la décennie 1440, sans cela incompréhensible sur une verrière des années 1530. On comprend également la multiplication envahissante des armes de l’abbé Guy Maufuric de Lezuzan (1441- 1468) et de sa parentèle. Dans cette première verrière, l’écu « de gueules au lion d’argent » (pl., no 4) ne pouvait appartenir qu’à une seule personne : Beatrix de Clisson, femme d’Alain VIII de Rohan (+ 1429 env.), mère d’Alain IX, décédée en 1448, dont les armes étaient représentées pleines et mi-parties de celles de son époux. Ces mêmes armes figuraient dans de nombreuses églises en Bretagne : outre Daoulas, on les trouvait aussi à la cathédrale de Saint-Brieuc72 et au couvent de Cuburien près de Morlaix. Elles existent toujours à La Roche-Maurice et dans la chapelle Saint-Gobrien à Saint-Servan-Sur-Oust73, dans le Morbihan. Ces écussons occupaient donc une verrière posée entre 1442 et 1448 par Alain IX de Rohan et sa mère Beatrix de Clisson. Les conséquences sont importantes pour dater la marche du chantier du chevet gothique disparu : l’accession à la chaire abbatiale pour Guy Maufuric, et au trône ducal pour François Ier, marquent le début d’une campagne de vitrage dans le chevet. On peut alors situer l’achèvement du gros œuvre dans la décennie précédente. On connaît par ailleurs l’installation des « menuiseries du chœur, stalles, clôtures, lambris par les soins de l’abbé Maufuric74. Le chevet de Daoulas témoignait alors de la vitalité artistique dans la région sous les règnes de Jean V et de ses fils, et mérite d’être cité parmi les autres grands chantiers du temps, la cathédrale et l’église du Kreisker en Saint-Pol-de-Léon, ou la basilique du Folgoët. On peut imaginer l’architecture de la première verrière, en citant en comparaison celle de la chapelle Notre-Dame de La Houssaye près de Pontivy, strictement contemporaine. Plus tard, dans la décennie 1530, à l’issue de travaux menés sous l’abbé Charles Jégou, on décida de remplacer la verrière, que l’on devait alors juger démodée. On détruisit l’ancienne baie, pour y reconstruire celle que dom Pinson a immortalisée. On se contenta de reprendre les prééminences antérieures, en les actualisant des armes du roi et de celles des derniers abbés. Comme une double page collée, la maîtresse-vitre de Daoulas superposait deux verrières distantes de près d’un siècle.

    Le scénario fut identique à l’église de La Roche-Maurice : au tympan de la maîtresse-vitre, l’analyse des prééminences révèle la pose d’un premier vitrage dans les années 1440 par Alain IX de Rohan et sa mère, remplacé et réactualisé vers 1539, millésime écrit sur la baie 75. Plusieurs écussons permettent de déduire la pose de la première verrière entre 1443 et 1448 : on relève les armes en alliance d’une tante et de deux enfants d’Alain IX, Alain de Rohan, époux en 1443 de Yolande de Laval dame de Vitré, et Marguerite, épouse de Jean d’Orléans (précédemment fiancé à sa sœur aînée). Tout porte à fixer le terminus de la commande vers 1450 au plus tard : la mort de Beatrix de Clisson en 1448, celle d’Alain de Rohan l’année suivante, et en 1450 de Marguerite de Bretagne, première épouse d’Alain IX, dont les deux alliances postérieures sont absentes, constituent des preuves suffisantes. La verrière n’aurait pu être posée avant 1443, année du mariage d’Alain de Rohan et Yolande de Laval, dont les armes sont en alliance.

    Un siècle plus tard, une nouvelle verrière fut commandée à l’atelier Le Sodec : on y restaura les prééminences qui figuraient dans l’ancienne baie, en ajoutant les armes des vicomtes de Rohan depuis Alain IX. On trouve ainsi les armes en alliance de Jean II de Rohan (+ 1516) et de ses trois épouses, de sa fille Anne et de son mari Pierre de Rohan-Gyé (+ 1525), à qui échut la vicomté de Rohan. Il y a enfin les armes des donateurs, René Ier de Rohan, fils des précédents, de son épouse Isabelle d’Albret, et du père de cette dernière, Jean II d’Albret. La première verrière vers 1443-1448 a le mérite de signaler une campagne de vitrage dans l’ancienne église de La Roche-Maurice, dont on ignore à peu près tout par ailleurs. Sachant que le château voisin fut partiellement reconstruit au XVe siècle, on se plaît à imaginer l’activité architecturale et artistique qui régnait à La Roche dans le deuxième quart du XVe siècle."

    Note 75 En collaboration avec notre ami Michel Mauguin, nous avons publié en 2006 un article sur le tympan héraldique de la maîtresse-vitre de l’église de La Roche-Maurice et ses quatorze écus. Nous supposions alors que les armes « de gueules au lion d’argent » avaient pu appartenir aux seigneurs de Léon en brisant par changement d’émaux. Nous pouvons maintenant affirmer que cette hypothèse est erronée. L’identification des autres prééminences des Rohan reste valable au demeurant, BROUCKE, Paul-François, MAUGUIN, Michel, « Les prééminences armoriées des Rohan au tympan de la maîtresse-vitre de l’église de La RocheMaurice », Bulletin de la Société archéologique du Finistère, t. CXXXV, 2006, p. 187-197.

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    — COUFFON (René), 1945, La peinture sur verre en Bretagne : origine de quelques verrières du XVIe siècle rennes, Oberthur imprimerie, 1 vol. (38 p.-[14] p. de pl.) : ill. ; 25 cm,  Tiré à part de : "Mémoires de la Société d'Histoire et d'Archéologie de Bretagne", (1945) tome XXV.

    http://www.shabretagne.com/scripts/files/51ebaffaede742.09604269/1945_02.pdf

    — COUFFON (René), LE BARS (Alfred), 1988, Nouveau répertoires des églises et chapelles du diocèse de Quimper

    http://diocese-quimper.fr/images/stories/bibliotheque/pdf/pdf-Couffon/ROCHEMAU.pdf

    — CROGUENNEC (André);Le vitrail de l'église Saint-Yves.

    http://andre.croguennec.pagesperso-orange.fr/lr/vitrail-lr.htm

    — GATOUILLAT (Françoise), HÉROLD (Michel), 2005, Le vitraux de Bretagne, Corpus Vitrearum VII, Rennes, Presses Universitaires de rennes, 385 p. pages 187-189.

    — LE BIHAN (Jean-Pierre), 2008, La Roche-Maurice, peintres vitriers Le Sodec et Fellep,  Maîtresse-vitre.

    http://jeanpierrelebihan2.over-blog.com/article-19386017.html

    — LE BIHAN (Jean-Pierre), 2008, les fonds damassés (de la cathédrale de Quimper)

    http://jeanpierrelebihan.over-blog.com/article-29447240.html

    — LECLERC (Guy), 2012, La Roche-Maurice, église Saint-Yves et ossuaire,  Mémoires de la Société d'histoire et d'archéologie de Bretagne , Congrès de Brest SHAB pages 699-711. En ligne :

    http://www.shabretagne.com/scripts/files/58e3e365148ef0.21808328/2012_31.pdf

     

    "La maîtresse-vitre Haute de 6,90 mètres et large de 3,50 mètres, la maîtresse-vitre fut réalisée en 1539, le fabrique de l’église étant Allen Joce comme l’indique l’inscription figurant au bas de la deuxième lancette sous la représentation de la Cène. Elle a été classée Monument historique en 1898. L’ensemble des lancettes est consacré à la Passion et à la Résurrection du Christ. Mis à part les panneaux supérieurs de la lancette de gauche représentant Jésus devant Pilate et le Portement de Croix refaits après 1898, les verres d’origine ont été bien conservés. Si les ornements sont italianisants, l’iconographie des scènes semble subir l’influence nordique diffusée par les estampes.

    La grande scène de la Crucifixion qui occupe les deux registres supérieurs des trois lancettes centrales, appartient à une famille de Crucifixions que l’on retrouve dans les églises Notre-Dame à La Martyre, Saint-Mathieu à Quimper, Saint-Cornély à Tourc’h et dans la chapelle de Labadan à Pouldreuzic.

    René Couffon, suite à une mauvaise lecture sur la Crucifixion de La Martyre, avait attribué la paternité du modèle à Joost de Necker, graveur anversois . Il y avait lu aussi la date de 1535 et le chiffre de l’artiste. Il en déduisait que le vitrail avait pu être directement importé des Flandres. Il n’en est rien, le modèle comme l’atelier nous sont inconnus. Les lettres L. S. inscrites à la fin de l’inscription du vitrail ont été parfois interprétées comme étant la signature de Laurent Le Sodec, maître verrier à Quimper. On conçoit mal que l’artiste signe son œuvre de cette façon.

    Parmi les petits panneaux, celui de la Cène est un des plus remarquables. Jésus, entourant de son bras droit le cou de saint Jean, présente un morceau de pain à Judas au visage caricaturé. Si la plupart des disciples semblent s’interroger à propos de la trahison de l’un d’entre eux, le disciple face à Judas, indifférent à l’événement, porte de sa main droite une coupe à ses lèvres et tient un couteau de cuisine dans l’autre main. Une mise en scène qui rappelle celle d’Albert Dürer dans sa Grande Passion. Les visages très modelés, les chevelures et les barbes fortement tressées apparaissent comme une signature stylistique que l’on retrouve dans le vitrail de la Passion à la chapelle Notre-Dame-du-Crann à Spézet.

    Le triomphe du vitrail est dans le grand tableau de la Crucifixion dans lequel Marie-Madeleine tend à focaliser l’attention. Écartant les bras de part et d’autre du fût de la croix, comme dans une attitude d’effroi, elle occupe presque tout le panneau inférieur central. L’ampleur de ses vêtements, sa coiffure de perles d’où s’échappe une longue chevelure blonde, ses yeux grand ouverts aux paupières lourdes, son vase de parfum posé au sol lui confèrent une place exceptionnelle dans cette mise en scène de la Crucifixion.

    Si l’iconographie semble se rattacher à la production artistique nordique, les dais qui surmontent presque toutes les petites scènes de la Passion apportent une note italianisante. D’un pendentif composé d’une coupe d’où s’échappe une composition florale partent, de part et d’autre, des rubans ornés de fleurs et de perles. Des guirlandes de fleurs s’accrochent à la courbure des rubans et au pendentif central. Le contraste est saisissant entre le drame des scènes, l’expression violente de visages et la richesse des dais. Au bas du vitrail court une plinthe architecturée ornée de petites fleurs, de perles et de guirlandes végétales.

    Dans quatorze des jours du tympan figurent les armoiries des Rohan « de gueules à neuf macles d’or » avec leurs alliances [Broucke 2006]. Elles sont l’œuvre d’une restauration en 1849 par le vitrier brestois Mathieu Rosuel [Gatouillat 2005]. La présence dans les écoinçons inférieurs d’anges portant des instruments de la Passion et qui sont d’origine, laisse supposer qu’une partie des jours où figurent des armoiries étaient à l’origine consacrés à la représentation d’autres anges.

    La maîtresse-vitre fut restaurée à plusieurs reprises. Avant la Révolution, on ne connaît que celle réalisée par le maître-verrier Louis-François Bodolec. En 1849, on restaura surtout le tympan. Au XXe siècle, on note en 1937 l’intervention de l’atelier Gruber ; mise à l’abri en 1942, la verrière fut remontée en 1950 par Labouret."

    Note : Paul-François Broucke pense que le tympan de la maîtresse-vitre a été totalement armorié à l’origine comme il se présente aujourd’hui. Le dessin réalisé en 1714 par le curé de La Roche-Maurice avant la restauration de Bodolec permettrait de lever le doute. Beaucoup d’auteurs en parlent mais aucun ne semble avoir vu le document qui serait conservé aux Archives nationales de France."  

    — Sur mon blog : mon article sur les fonds damassés du XVe siècle de la cathédrale de Quimper :

    http://www.lavieb-aile.com/2016/03/les-fonds-damasses-des-vitraux-du-xve-siecle-de-la-cathedrale-de-quimper.html

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    Published by jean-yves cordier - dans Vitraux
    13 septembre 2017 3 13 /09 /septembre /2017 13:02

    La charpente sculptée de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Les abouts de poinçon du chœur et de la nef (vers 1560).

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    Voir :

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      Les abouts de poinçons (ou clefs pendantes, ou culots de voûte..) de la voûte lambrissée de l'église Saint-Yves, restaurée en 2014-2017, sont pour la plupart à motifs végétaux. Sauf neuf d'entre eux, placés pour la plupart au dessus du chœur. Je les présente ici. On penserait volontiers qu'à ces hauteurs peu accessibles au regard, le sculpteur et le peintre laissent libre cours à leur fantaisie imaginative, mais au contraire, rien n'est plus codifié. Les règles de prééminence seigneuriale s'y exercent et on retrouve, comme sur le tympan de la maîtresse-vitre, les armes des seigneurs de Léon et des vicomtes de Rohan. 

      — Mais l'homme nu comme Adam, exhibant son anatomie ? L'acrobate  sauvage ? Les anges de tout poil ? Le masque tirant la langue ? Vous n'allez pas dire qu'ils répondent à la commande de la Fabrique de la paroisse !

      — Ils répondent en tout cas à des exigences auxquelles les artistes se soumettent, car on ne les trouveraient pas, sinon, dans une disposition similaire dans les autres églises et chapelles de la même époque ...

      — Mais de quelle époque, précisément !

      — Les sablières portent la date de 1559 et 1561. Mais on retrouve les mêmes agencements en l'ancienne abbatiale de Daoulas (1529)

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      1. L'Ange présentant la Couronne d'épines.

      Ce motif est très souvent placé en début de série, sur le premier poinçon adossé à un pignon.

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      About de poinçon du chœur de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

      About de poinçon du chœur de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

      Abouts de poinçon du chœur de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

      Abouts de poinçon du chœur de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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      2. Ange présentant le blason  des Rohan.

      de gueules à neuf macles d'or.

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      About de poinçon du chœur de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.
      About de poinçon du chœur de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

      About de poinçon du chœur de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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      3. Ange présentant le blason des seigneurs de Léon ?.

      Aie ! Une difficulté ! Cet écu se blasonne  d'argent au lion de sable, couronné et lampassé de gueules (ou d'or). Ce ne sont ni les armes du Léon d'or au lion morné de sable (morné : sans langue ni griffes), ni celles qui figurent sur le tympan de la maîtresse-vitre de gueules au lion d'argent qui sont celles de Beatrix de Clisson, mère d'Alain IX de Rohan .

      Je passe.

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      About de poinçon du chœur de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.
      About de poinçon du chœur de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

      About de poinçon du chœur de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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      4. Ange tenant un panneau vierge.

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      About de poinçon du chœur de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

      About de poinçon du chœur de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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      5. Homme sauvage en acrobate.

      Il y a une opposition entre la tête blonde et angélique et le corps, velu et contorsionné dans la posture de l'homme empoignant ses chevilles, très fréquente sur les modillons romans, les sablières et poinçons bretons.

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      About de poinçon du chœur de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

      About de poinçon du chœur de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

      Abouts de poinçon de la nef de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

      Abouts de poinçon de la nef de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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      Abouts de poinçon de la nef de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

      Abouts de poinçon de la nef de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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      6. Ange tenant un phylactère muet.

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      About de poinçon du chœur de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

      About de poinçon du chœur de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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      7. Masque tirant la langue.

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      About de poinçon de la nef de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

      About de poinçon de la nef de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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      8. Ange tenant un écu muet.

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      About de poinçon de la nef de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

      About de poinçon de la nef de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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      9. Le préféré des Rochois : l'Homme rose et nu : un exhibitionniste anal.

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      Du fond de la nef, nous voyons ceci :

       

      About de poinçon de la nef de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

      About de poinçon de la nef de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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      Mais depuis le jubé, nous voyons qu'il s'agit d'un contorsionniste se livrant à un exercice d'exhibitionnisme anal. Et génital.  Cela n'a rien de spécifique à la Roche-Maurice, et l'article Wikipédia sur l'Iconographie des modillons romans (ces modillons forment le réservoir thématique des sculpteurs d'église du XV et XVIe siècle) en fournit 7 exemples (en Gironde et dans le Calvados). L'auteur de cet article note que "L'anus est souvent visualisé par un orifice carré qui est soit un symbole platonique de la Terre, comme certains commentateurs l'ont suggéré, ou tout simplement dû à la forme du ciseau du maçon-sculpteur qui n'avait pas de foret ". Or, cet orifice est également carré à La Roche-Maurice.

       

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      About de poinçon de la nef de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

      About de poinçon de la nef de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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      Dans son ouvrage Le cul bénit. Amour sacré & passions profanes Coop Breizh 2013, Bernard Rio rapporte de multiples exemples de scènes analogues, comme à l'église de Guiscriff (56), à la chapelle Locmaria à Plouay (56), à l'église de Noyal à Noyal-Pontivy, à l'église de Saint-Thuriau. On connaâit aussi l'exhibitionniste anal et génital féminin du porche sud de la chapelle de Locmaria à Châtelaudren (22).

      Je ne me suis pas livré à un recensement de ce thème dans le Finistère, mais je peux retrouver le souvenir d'un about de poinçon de l'église de Roscoff :

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      Exhibitionniste-contorsionniste, église de Croas-Batz, Roscoff. Photographie lavieb-aile août 2017.

      Exhibitionniste-contorsionniste, église de Croas-Batz, Roscoff. Photographie lavieb-aile août 2017.

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      SOURCES ET LIENS.

      http://www.sprev.org/centre-sprev/la-roche-maurice-eglise-saint-yves/

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      Published by jean-yves cordier
      10 septembre 2017 7 10 /09 /septembre /2017 14:58

       

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      Yves Hélory de Kermartin, né probablement le 17 octobre 1253 au manoir de Kermartin, près de Tréguier , où il est décédé le 19 mai 1303, est un prêtre et official du diocèse de Tréguier, sous le règne de Jean Ier de Bretagne. Il consacra sa vie à la justice et aux pauvres, aussi fut-il canonisé le 19 mai 1347 par le pape Clément VI.

      L'église Saint-Yves, qui date du XVIème siècle, a été édifiée à l’emplacement de l’ancienne chapelle castrale, laquelle fut dédiée depuis 1363 à Saint Yves, 16 ans après la canonisation,  ce qui en fait  le plus ancien édifice mentionné, en Bretagne, comme placée sous son patronage. 
      En 1363, en effet, dans son testament, Hervé de Léon, fondait deux chapellenies , affectant à cette fondation une somme de cent livres. Il léguait la même somme à l’hôpital Saint-Yves du Bourg-Blanc. Dom H Morice , 
      Mémoires pour servir de preuves à l’Histoire ecclésiastique et civile de Bretagne, Paris, 1742, col. 1561-1562. 


       

      « item creo et fundo duas perpetuas  cappellanias  in capella beati Yvonis apud Rochammorvam per duos Capellanos in perpetuum obtinendas quorum electionem prima vice committo probitati & discretioni Domini Hamonis Taule Praesbyteri & ipsis primis duobus Capellanis cedentibus vel decedentibus presentationem futurorum & sequentium Capellanorum dictarum Capellaniarum & jus patronatus ipsarum in futurum michi & meis heredibus retineo & reservo ; collationem vero seu institutionem earumdem ad Dom. Episcopum Leonensem pro tempore pertinere & quemlibet dictorum Capellanorum onero de celebrando pro salute mea & praedecessorum meorum animarum in dicta capella unam Missam qualibet die in perpetuum : ad quorum Capellanorum sustentationem & dictarum Capellaniarum dotationem do, lego & concedo & realiter tradi volo centum libras, videlicet cuilibet ipsorim quinquaginta libras annui & perpetui reditus, levabiles lituandas in patrochis de Sizun, de Trenou & de Plebedin.

      "Il est difficile, faute d’attestations, de connaître le nombre d’édifices qui lui furent dédiés dès le XIVe siècle. Si on sait que les Bretons de Paris furent autorisés dès 1348 par l’évêque de la capitale à fonder une confrérie et à bâtir une chapelle en son honneur, on peut penser qu’en Bretagne, on ne fut pas en reste et qu’un certain nombre de lieux de culte furent aussi précocement placés sous sa protection. Nous avons recensé pour le XIVe siècle neuf mentions, dont la moitié proviennent de bulles d’indulgences papales : dans le diocèse de Léon, Le Bourg-Blanc (1363), La Roche-Maurice (1363), Saint-Renan (1388) et Saint-Pol-de-Léon (1387), dans celui de Rennes, Fougères (1380) et Vitré (1369), dans celui de Tréguier, Ploulec’h (1381), dans celui de Quimper, Plobannalec (1372), dans celui de Vannes, Vannes (fin XIVe siècle). La moitié de ces édifices (Bourg-Blanc, Saint-Renan, Saint-Pol-de-Léon, Fougères et Vitré) sont des chapelles d’hôpitaux. " (B. Tanguy).

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      L'église actuelle a été construite à partir des années 1520 et jusqu'en  1589 (sablières : vers 1520 et 1559/1561 ;  maîtresse vitre : 1539 ;  portail ouest 1589) c'est à dire alors que la paroisse dépendait des enfants et petits enfants de Jean II de  Rohan : Jacques de Rohan qui meurt en 1527, Anne de Rohan morte en 1529, mais surtout René Ier de Rohan qui meurt en 1552 et René II de Rohan ( de 1550 à 1586).

      Saint Yves est aussi honoré par une statue en kersanton au dessus du porche ouest, par l'un des médaillons de l'ossuaire (1640), par une bannière de procession . Une de ses reliques est conservée dans une chasse-reliquaire de la fin du XVe siècle.

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      Le retable.

      Il occupe le coté droit du chœur ; à gauche, en vis à vis, se trouve le retable de Notre-Dame-du-Bon-Secours, mais seulement depuis le XXe siècle puisque ce dernier provient de l'église de Pont-Christ.

      La datation précise du retable n'est pas connue, il serait "du XVIe siècle". Puisqu'il est placé à droite de la maîtresse-vitre, il n'est sans-doute pas antérieur à 1539. Mais la moustache et es détails vestimentaires du Riche peuvent orienter vers une datation au XVIIe siècle.

      Il était jadis fermé par des volets et n'était ouvert que lors des fêtes.

      Il s'agit d'un groupe à trois personnages selon le sujet bien connu de Saint Yves entre le Riche et le Pauvre, dans lequel l'artiste doit montrer que le Provincial (juge pour les affaires ecclésiastiques, mais dont les attributions sont larges) prête une oreille attentive au pauvre sans se laisser corrompre par l'argent du riche. Virginie Montarou a pu dénombrer 123 exemples de ce thème, dont 111 en Bretagne (y compris 22 disparus) sur tout support. Parmi ceux-ci, 12 retables sculptés. Ils prédominent au XVIe et XVIIe siècle,  non pas en Trégor (saint Yves est né près de Tréguier), mais dans le Léon et la Cornouaille. Sur les 98 groupes bretons conservés, 2 datent de 1400-1499 33 de 1500-1599 38 de 1600-1715 et 25 de 1716-1999.

      J'ai présenté dans ce blog le triptyque de l'église de Dinéault (XVIIe) et la niche à volets de Saint-Herbot. On peut aussi citer le retable de la chapelle de  Port-Blanc  de  Penvenan (22), celui d'Irvillac (29), les statues de l'église de Pleyben, etc.


       

      Un coffre en bois, hexagonal, contient les trois statues en ronde-bosse. La notice de l'Inventaire signale une hauteur (des statues ?) de 80 cm. 

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      Le retable de "Saint Yves entre le Riche et le Pauvre"  de l' église de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

      Le retable de "Saint Yves entre le Riche et le Pauvre"  de l' église de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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      Saint Yves.

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      Saint Yves porte sur la tête un bonnet (une barrette ?) rouge à crête médiane, recouvert par un capuchon ou chaperon rouge qui entoure le visage et retombe sur les épaules. Puis vient un surplis blanc frappé d'hermines au dessus d'une cotte, également rouge, qui descend jusqu'aux chaussures de cuir noir. Il tient dans la main droite un rouleau de parchemin (un placet , écrit adressé à une personne détenant le pouvoir pour plaider sa cause). Sa tête est légèrement incliné vers la droite et donc vers le pauvre, son regard est dirigé vers le sol, et il semble en train de réfléchir et de s'entretenir avec son interlocuteur, comme en témoignerait aussi la position de sa main gauche. Le pied droit est en ouverture vers la droite, alors que le pied gauche trace par son  axe une sorte de barrage à l'égard du Riche.

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      Le retable de "Saint Yves entre le Riche et le Pauvre"  de l' église de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

      Le retable de "Saint Yves entre le Riche et le Pauvre"  de l' église de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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      Le Pauvre.

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      Le Pauvre ne se contente pas d'être plus petit que les deux autres, ce qui lui impose de lever la tête d'un air benêt, mais il plie le genou gauche en signe de déférence, à moins que cela ne soit le signe du handicap qui lui impose le port d'une méchante canne, un morceau de bois mal écoté. Car sa jambe droite est beaucoup plus courte que l'autre.

      Il contraste aussi avec ses voisins par ses cheveux coupés ras, dégageant ainsi ses grandes oreilles.

      Il a suspendu les deux grands sacs contenant les pièces justificatives de sa cause à sa ceinture, mais il a appris à ses dépens qu'en matière de justice civile, la  validité de ses droits et la quantité des preuves qui les appuient ne valent rien face à l'argent. Il serre son chapeau rond contre son ventre vide.

      La différence de statut social s'affiche non seulement par la tenue vestimentaire (une tunique d'épaisse étoffe, des houseaux usés et de pauvres sandales), mais par cette sorte de loi somptuaire qui lui interdit de prétendre aux coûteuses couleurs : il ne se paye que du gris poussière, de l'écru et du brun. 

       

       

      Le Pauvre,  retable de "Saint Yves entre le Riche et le Pauvre"  de l' église de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

      Le Pauvre, retable de "Saint Yves entre le Riche et le Pauvre"  de l' église de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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      Le Riche.

      Tout le talent du sculpteur est de faire du Riche l'antithèse du Pauvre : il est de grande taille, il garde son chapeau sur sa tête, il affiche un habit vert ourlé d'or et à revers rouge, assorti à son couvre-chef, il porte à sa ceinture une aumônière plus efficace qu'une sacoche de placets, et il tend, argument suprême de son juste droit, une pièce d'or entre pouce et index.

      Il est chaussé de souliers noirs sur des bas de soie blancs.

      Enfin, sa fine moustache en forme de parenthèse me donne du souci, car elle n'est à la mode que sous Louis XIII, vers 1610 : ce retable serait donc du XVIIe siècle !

      Enfin son chapeau est si particulier qu'il devrait nous aider. Les avis seront les bienvenus.

       

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      Le Riche, retable de "Saint Yves entre le Riche et le Pauvre"  de l' église de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

      Le Riche, retable de "Saint Yves entre le Riche et le Pauvre"  de l' église de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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      Le Riche,  retable de "Saint Yves entre le Riche et le Pauvre"  de l' église de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

      Le Riche, retable de "Saint Yves entre le Riche et le Pauvre"  de l' église de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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      Retable de "Saint Yves entre le Riche et le Pauvre"  de l' église de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

      Retable de "Saint Yves entre le Riche et le Pauvre"  de l' église de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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      Le coffre  et son décor.

      Tout le pourtour du coffre est encadré par une frise faite d'un rinceau de vigne avec ses grappes de raisins. Le toit est soutenu par deux lions prenant appui sur une volute.

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      Retable de "Saint Yves entre le Riche et le Pauvre"  de l' église de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

      Retable de "Saint Yves entre le Riche et le Pauvre"  de l' église de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

       

       

       

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      SOURCES ET LIENS.

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      — MONTAROU (Virginie), 2003, "Saint Yves entre le riche et le pauvre", in Saint Yves et les Bretons, culte, images, mémoire (1303-2003), Presses Universitaires de Rennes

      https://books.openedition.org/pur/22412?lang=fr

      —  MONTAROU (Virginie), 1998, Saint Yves entre le riche et le pauvre. L’évolution de sa représentation iconographique en Bretagne aux xvie et xviie siècles, mémoire de maîtrise, 2 vol., université Rennes 2, 1998.

      — BASE PALISSY PM 29000955

      http://www.culture.gouv.fr/public/mistral/palissy_fr?ACTION=CHERCHER&FIELD_98=REF&VALUE_98=PM29000955

      http://www.culture.gouv.fr/public/mistral/memoire_fr?ACTION=CHERCHER&FIELD_5=LBASE&VALUE_5=PM29000955

      — CASTEL (Yves-Pascal), "Saint Yves et ses statues", in Saint Yves et les Bretons, Culte, images, mémoire (1303-2003) par Jean-Christophe Cassard et Georges Provost © Presses universitaires de Rennes, 2004 page 199-213

      http://books.openedition.org/pur/22411?lang=fr

      — CHOQUER (Jean-Yves), 2017, L'église de La Roche-Maurice. La traversée de cinq siècles. Histoire d'une restauration 2014-2017. Ed. Roc'h Morvan, 96 pages.

      — COUFFON

      http://diocese-quimper.fr/images/stories/bibliotheque/pdf/pdf-Couffon/ROCHEMAU.pdf

      — INFOBRETAGNE 

      http://www.infobretagne.com/roche-maurice.htm

      — MAIRIE :

      http://www.larochemaurice.fr/fr-fr/patrimoine/l-eglise-saint-yves-et-l-enclos-paroissial

      — SPREV :

      http://www.sprev.org/centre-sprev/la-roche-maurice-eglise-saint-yves/

      — TANGUY (Bernard) 2004, "Les lieux de culte à saint Yves", in Saint Yves et les Bretons, Culte, images, mémoire (1303-2003par Jean-Christophe Cassard et Georges Provost © Presses universitaires de Rennes, 2004 page 125-139

      http://books.openedition.org/pur/22404?lang=fr

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      Published by jean-yves cordier
      10 septembre 2017 7 10 /09 /septembre /2017 10:50

      Le retable de Notre-Dame-du-Bon-Secours de l' église de La Roche-Maurice (29), provenant de l'église de Pont-Christ.

       

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      Cet article fait suite à celui sur le Moulin de Brezal, et à celui sur les ruines de l'église de Pont-Christ :

       

       

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      La chapelle Notre-Dame-de-Bon-Secours a été fondée en 1533 par le seigneur Guillaume de Brezal et son épouse à  Pont-Christ, trève de Ploudiry,  il ne reste de celle-ci, depuis l'effondrement de la charpente à la fin du XIXe siècle,   que les murs et le clocher. Le retable de la Vierge patronne du sanctuaire a été mis à l'abri dans le chœur de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice, paroisse à laquelle Pont-Christ fut rattaché en 1791.

      L'église Saint-Yves vient d'ouvrir à nouveau en avril 2017 après une restauration de la charpente débutée en 2014 : elle forme un magnifique écrin au retable de Notre-Dame, placé à la place d'honneur à gauche du chœur tandis que le retable de saint Yves occupe la partie droite.

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      Il s'agit d'une niche en bois, trapézoïdale, au couronnement et à la base assez récente, au fond bleu, et seulement orné de deux demi-colonnes. On lit l'inscription récente NOTRE DAME DE BON SECOURS.  La Vierge et son Fils sont placés au centre d'une mandorle de rayons d'or, réalisée par une couronne ovale blanche à frise d'or.

      Ces rayons, ainsi que le croissant de lune sur lequel Marie pose ses pieds, font de cette statue une Vierge de l'Apocalypse, selon un courant iconographique très présent en Bretagne au XVIe siècle, notamment sous la forme des retables des Arbres de Jessé et des Vierges à la Démone, dont je me suis attaché à donner de nombreux exemples dans ce blog (onglet "recherche" en haut à droite). 

      Ici, la Vierge présente au Monde son Fils Sauveur, pieds nus, vêtu d'une tunique,  bénissant et  tenant l'orbe ou globus cruciger. Elle  porte une robe rouge très cintrée à la taille sous une ceinture dorée dont la boucle, l'aiguillon, le passant et le renfort sont soigneusement sculptés. Le haut de la robe sans bretelle est souligné par un galon doré et laisse apparaître une chemise remontant jusqu'au cou, sans col. La robe réapparaît aux manches, légèrement plissées aux avant-bras, serrées aux poignets, et ornées du même galon doré. Deux chaussures noires montrent leur museau, le pied droit se montrant le plus téméraire.

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      Retable de Notre-Dame-de-Bon-Secours,bois polychrome,  XVIe siècle, église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

      Retable de Notre-Dame-de-Bon-Secours,bois polychrome, XVIe siècle, église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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      Le manteau.

      Le manteau bleu, lui-même doté d'un galon doré, ne couvre que le bas des épaules. Le pan gauche contourne le bras, trace une large cuvette qui dévoile le revers blanc, et revient se fixer sous la taille, sans-doute à la ceinture bien que l'artifice soit caché par le coude droit. On reconnaît là les caractéristiques très habituelles des Vierges de Basse-Bretagne, explorées ici dans mes articles sur les "Vierges allaitantes" et "Vierges à la Démone".

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      Le chouchou.

      De même, je reconnais ce voile ou bandeau de cheveu que je m'obstine à désigner sous le sobriquet de "chouchou" pour le retrouver plus facilement sur mon moteur de recherche, tant il revient comme un leitmotiv de la sculpture sur bois ou sur pierre du milieu du XVIe siècle : dès 2012, j'avais commencé à lui consacrer un article en recensant les occurrences, puis je me suis contenté d'égrener ce terme onglet dans mes articles.

      http://www.lavieb-aile.com/article-vierges-allaitantes-le-bandeau-de-cheveu-101326653.html

      Mais ici, le peintre qui a restauré l'œuvre a peint de la même couleur le bandeau (habituellement blanc avec de fines rayures) et la chevelure. C'est un peu dommage, non ? Le rôle de ce morceau d'étoffe est de rassembler les cheveux au niveau de la nuque avant d'en libérer le flot de boucles en nattes sur les épaules.

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      Retable de Notre-Dame-de-Bon-Secours,bois polychrome,  XVIe siècle, église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

      Retable de Notre-Dame-de-Bon-Secours,bois polychrome, XVIe siècle, église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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      Le visage.

      Il est nettement triangulaire. Les sourcils sont fins car épilés, comme l'est aussi le front selon les canons de l'élégance féminine du temps. Les yeux sont ronds, sans aucune tendance à l'amande. Le nez est long, fin et étroit. La bouche est petite ; quand au menton, avec l'avancée décidée de sa pointe, c'est lui qui donne un peu de caractère à ce visage idéal et presque absent.

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      La poire.

      On connaît la Vierge à la poire de Dürer (Offizi, 1526), dont la date précède d'assez peu celle de la fondation de la chapelle. J'ai décrit ici la Vierge à la poire de l'Arbre de Jessé de Cléguerec, une Vierge du XVIe siècle  à "chouchou" aux pieds posés sur un croissant de lune ...

      http://www.lavieb-aile.com/article-l-arbre-de-jesse-de-la-chapelle-de-la-trinite-a-cleguerec-109853537.html

      L'Enfant de Notre-Dame-de-Bonne-Nouvelle à Quillidoaré (du XVIe siècle  à "chouchou" , ...) tient un fruit qui est peut-être une poire.

      http://www.lavieb-aile.com/article-vierge-allaitante-iii-chapelle-de-quillidoare-a-cast-96288345.html.

      Il existe une Vierge à la poire en l'église de Pont-Croix (29) datant du XVe siècle.

      Le don de la poire à l'Enfant par Marie peut être vue comme une allégorie du don de soi, tant les qualités de douceur, de suavité, de bonté et de vertu du fruit peuvent s'appliquer à la Mère du Christ. C'est aussi une façon de montrer, dans la grande métaphore chrétienne de l'arbre,  et de la Vierge comme médiatrice, un fruit, tout en évitant la pomme, symbole entaché par la notion de péché.

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      Retable de Notre-Dame-de-Bon-Secours,bois polychrome,  XVIe siècle, église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

      Retable de Notre-Dame-de-Bon-Secours,bois polychrome, XVIe siècle, église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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      Le culte de Notre-Dame-de-Bon-Secours.

      Par contre, je n'ai pu retrouver l'origine du culte de Notre-Dame-de-Bon-Secours .  Wikipédia en recense quelques sanctuaires notamment en France (une abbaye, quatre basilique, six églises, huit chapelles)   https://fr.wikipedia.org/wiki/Notre-Dame-de-Bon-Secours

      ... mais il faudrait explorer les graphies Notre-Dame de Bonsecours, de Secours, sans oublier Notre-Dame de Secore mentionnée sur l'inscription de Pont-Christ. Il faudrait découvrir quand la basilique de Guingamp a porté ce nom, ou retrouver la date de fondation des différents sanctuaires, et des pèlerinages qui s'y rapportent, pour comprendre ce qui a motivé le seigneur de Brezal.

      Un des éléments probants est la fondation de la chapelle Notre-Dame-de-Bonsecours de Nancy par le duc René II le Lorraine sur les lieux de sa victoire contre Charles le Téméraire en 1477 ; la statue du retable date de 1502. Sous son influence, de nombreuses Vierges de Miséricorde seront sculptées en Lorraine.

      Je note la présence d'une  Chapelle Notre-Dame-de-Bon-Secours  édifiée au XVIIème siècle au Conquet  (et liée à Dom Michel de Nobletz)

      Il faudrait aussi débrouiller les liens entre Notre-Dame-du Bon-Secours et Notre-Dame-de-Bonne-Nouvelle.

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      SOURCES ET LIENS.

       

      — ANDRÉ CROGUENNEC :

      http://andre.croguennec.pagesperso-orange.fr/eglise-PC.htm

      — COUFFON (René), LE BARS (Alfred), 1988, http://diocese-quimper.fr/images/stories/bibliotheque/pdf/pdf-Couffon/ROCHEMAU.pdf

       

      — LA SPREV:

      http://www.sprev.org/centre-sprev/la-roche-maurice-eglise-saint-yves/

      — Retable de l'église de Notre-Dame-du Bon-Secours, Les Sallelles,Lozère :

      https://inventaire-patrimoine-culturel.cr-languedocroussillon.fr/ark:/46855/PHOTO005246/v0001.simple.selectedTab=record

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      Published by jean-yves cordier
      3 septembre 2017 7 03 /09 /septembre /2017 15:24

      Les crossettes et l'inscription gothique (kersanton, 1533) de l'église de Pont-Christ à La Roche-Maurice.

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      Cet article fait suite à celui sur le Moulin de Brezal, situé juste en face de l'église, de l'autre coté de l'Elorn et de la départementale D 712.

      Les crossettes et l'inscription gothique du moulin de Brezal (Plounéventer / Pont-Christ).

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      Sur les inscriptions lapidaires en Bretagne, voir :

       

      — Sur les crossettes, voir :

      Cet article appartient à une étude des crossettes du Finistère destinée à permettre des comparaisons et à dégager des constantes stylistiques et thématiques. On consultera sur ce blog :

      Les crossettes de l'église de Plougourvest (29).

       

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      Ce matin, j'ai consulté à nouveau le site d'André Croguennec sur  Pont-Christ Brezal, et plus précisément sur l'église de Pont-Christ. La qualité des photos et le caractère exhaustif du texte rendent superflu tout complément. Peut-être vais-je placer ici quelques crossettes qui manquent à ses images ? Ou pinailler sur des peanuts ?  C'est petit, mesquin, et je vous oriente tout de suite vers la bonne direction ; ça vaut vraiment le coup :

      http://andre.croguennec.pagesperso-orange.fr/eglise-PC.htm

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      I. QUELQUES VUES GÉNÉRALES.

      S'approcher d'une église en ruine, dont la toiture s'est effondrée à la fin du XIXe siècle avant de voir ses arcades gothiques s'écrouler vers 1960, est toujours poignant. Loin d'être saisi par l'esthétique du sublime que goûtèrent les romantiques devant les ruines de Rome ou d'Athènes, ou d'être atteint par le "trouble de mémoire " de Freud sur l'Acropole,  c'est une grande tristesse qui m'étreint devant le gâchis,  la perte, l'incapacité à transmettre intact un patrimoine. 

      Je me promène sur le site (désert, bien-sûr) et je finis par atténuer le sens tragique du temps qui passe et qui m'emporte en retrouvant des formes familières, et en circulant dans des volumes que je m'approprie. Tout le vocabulaire architectural des chapelles du Finistère m'accueille avec douceur et les retrouvailles inopinées avec les anges porteurs de blason achèvent de m'apaiser.

      Mais il y a quelque chose de dérisoire à lire le panonceau placé à l'entrée : 

      "La chapelle a été consolidée et restaurée dans le cadre de l'Opération Intégrée de Développement (O.I.D) 1988-1992 : consolidation du pont et de l'enrochement de la berge, rejointoiement des maçonneries et du clocher, pavement du sol, installation du maître-autel, drainage périphérique de l'édifice et remise en forme de l'enclos paroissial. Financement : Direction Régionale de l'Action Culturelle, Fonds Européens, Conseil Régional, Conseil Général ; Commune..."

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      Vue de l'église de Pont-Christ à La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile août 2017.

      Vue de l'église de Pont-Christ à La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile août 2017.

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      Vue de l'église de Pont-Christ (XVIe siècle) à La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile août 2017.

      Vue de l'église de Pont-Christ (XVIe siècle) à La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile août 2017.

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      Vue de l'église de Pont-Christ (XVIe siècle) à La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile août 2017.

      Vue de l'église de Pont-Christ (XVIe siècle) à La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile août 2017.

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      Vue de l'église de Pont-Christ (XVIe siècle) à La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile août 2017.

      Vue de l'église de Pont-Christ (XVIe siècle) à La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile août 2017.

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      II. LES CROSSETTES.

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      1. La crossette du rampant droit du pignon est. Un homme (tenant un bâton ou une épée ?).

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      Crossette (Kersanton, vers 1533) du rampant droit du chevet de l'église de Pont-Christ à La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile août 2017.

      Crossette (Kersanton, vers 1533) du rampant droit du chevet de l'église de Pont-Christ à La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile août 2017.

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      Je mets un certain temps pour retrouver mes repères, mais il s'agit d'un homme aux jambes allongées et fléchies (l'une croisant l'autre), et dont la tête et les épaules sont tournés vers le spectateur : un motif de crossettes très courant. J'ai cru qu'il avait les mains réunis comme pour prier, mais l'examen récent des soldats dégainant leur épée (Landerneau, le Tréhou, Locmélar, Saint-Servais, Plougourvest, Notre-Dame-de-Berven ...) m'a incité à en retrouver les formes ici. Or, je discerne clairement un axe diagonal qui pourrait être un bâton ou une épée, même s'il est interrompu par une encoche (photo annotée).

      Enfin, je m'intéresse aux chaussures : ne sont-ce pas là des souliers "à la polonaise", ou "poulaines", comme au Tréhou ou à La Martyre ? Mais oui !

      Le Lion ou le Dragon ne devaient pas être très loin.

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      Crossette (Kersanton, vers 1533) du rampant droit du chevet de l'église de Pont-Christ  à La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile août 2017.
      Crossette (Kersanton, vers 1533) du rampant droit du chevet de l'église de Pont-Christ  à La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile août 2017.

      Crossette (Kersanton, vers 1533) du rampant droit du chevet de l'église de Pont-Christ à La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile août 2017.

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      2. La crossette du rampant gauche du pignon est : un ange (?).

      La tunique plissée longue et couvrant les pieds nus s'accorde avec mon hypothèse, mais je ne sais que faire de la trompe médiane en arc de cercle. En outre, je crois remarquer une chaussure. Ou un bras empoignant un genou. Qui a dit "le charme des crossettes tient à leur caractère énigmatique" ? 

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      Crossette (Kersanton, vers 1533) du rampant droit du chevet de l'église de Pont-Christ  à La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile août 2017.

      Crossette (Kersanton, vers 1533) du rampant droit du chevet de l'église de Pont-Christ à La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile août 2017.

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      3.La crossette de l'ossuaire :  Un ange portant un blason. 

      Un reliquaire est adossé à l'église, sur son coté sud, recouvert par une partie du toit de celui-ci. La crossette appartient au rampant de l'élévation ouest, ou à l'angle de l'ossuaire. Et là, pas de mystère ni de boule de gomme : c'est un ange et son blason. Chic, je vais pouvoir placer "scutifère", qui compte triple.

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      Ange scutifère, crossette (Kersanton, vers 1533)  de l'église de Pont-Christ  à La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile août 2017.

      Ange scutifère, crossette (Kersanton, vers 1533) de l'église de Pont-Christ à La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile août 2017.

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      Ange scutifère, crossette (Kersanton, vers 1533)  de l'église de Pont-Christ  à La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile août 2017.

      Ange scutifère, crossette (Kersanton, vers 1533) de l'église de Pont-Christ à La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile août 2017.

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      Ange scutifère, crossette (Kersanton, vers 1533)  de l'église de Pont-Christ  à La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile août 2017.

      Ange scutifère, crossette (Kersanton, vers 1533) de l'église de Pont-Christ à La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile août 2017.

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      III. AUTRES SCULPTURES.

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      Trois anges scutifères :

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      Ange scutifère, (Kersanton, vers 1533)  de l'église de Pont-Christ  à La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile août 2017.

      Ange scutifère, (Kersanton, vers 1533) de l'église de Pont-Christ à La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile août 2017.

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      Ange scutifère, (Kersanton, vers 1533)  de l'église de Pont-Christ  à La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile août 2017.

      Ange scutifère, (Kersanton, vers 1533) de l'église de Pont-Christ à La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile août 2017.

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      Ange scutifère, (Kersanton, vers 1533)  de l'église de Pont-Christ  à La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile août 2017.

      Ange scutifère, (Kersanton, vers 1533) de l'église de Pont-Christ à La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile août 2017.

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      La statue géminée du calvaire du placître : la Vierge et saint Pierre. Kersanton, XVIe.

      Décrit dans l'Atlas des Croix et Calvaires du Finistère.

      http://patrimoine.dufinistere.org/commune/index.php?groupe=croix&art=la_roche_maurice

       

      Note : sur les cartes postales anciennes proposées par André Croguennec et montrant le calvaire non mutilé, les statues étaient mal orientées. On y voit à l'est  le Christ en croix entouré de saint Pierre à gauche et d'un saint non identifié, et à l'ouest une Vierge à l'Enfant entourée à droite de la Vierge affligée et à gauche de sainte Marie-Madeleine tenant les aromates, mais dont le visage est tourné vers l'extérieur. Il est certain qu'initialement, le Crucifix était tourné vers l'ouest et entouré de la Vierge du pied de la Croix, et de Marie-Madeleine regardant le Christ. Du coté ouest, on trouvait autour de Notre-Dame-de-Bon-Secours saint Pierre à droite, et le saint non identifié à gauche. (saint Jean-Baptiste ??).

      a) la Vierge.

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      Statue géminée  (Kersanton, vers 1533) du calvaire de l'église de Pont-Christ  à La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile août 2017.

      Statue géminée (Kersanton, vers 1533) du calvaire de l'église de Pont-Christ à La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile août 2017.

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      b) Saint Pierre et sa clef.

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      Statue géminée  (Kersanton, vers 1533) du calvaire de l'église de Pont-Christ  à La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile août 2017.

      Statue géminée (Kersanton, vers 1533) du calvaire de l'église de Pont-Christ à La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile août 2017.

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      IV. L'INSCRIPTION DE FONDATION DE 1533.

      Treize ans après avoir fondé le Moulin de Brezal et avoir inscrit leurs noms sur la pierre de fondation, Guillaume,  seigneur de Brezal et Marguerite Le Sénéchal son épouse récidivent en fondant une chapelle en face de leur château ou manoir, de l'autre coté de la vallée de l'Élorn. 

      L'inscription est placée dans un cadre délimité par une moulure demi-jonc laissant à l'extérieur une marge occupée par 40 besants (meubles des armoiries des seigneurs de Brezal) et quatre fleurs à quatre pétales nervurés (allusion au prénom Marguerite ?).

      J'en donne le relevé suivant (différent de celui d'André Croguennec et de René Couffon), et je place entre crochet les lettres remplacées par un tilde :

      : EN LAN : MILL VCC : XXXIII :

      GUILLE[M] DE BRESAL & MARGARTE

      LE SENECHAL FIRENT FAIRE

      CESTE CHAPELLE EN LONEUR

      DE DIEU & N[OT]RE DAME DE SECORE

      "En lan Mill V Cent XXXIII Guillem de Bresal et Margarite Le Sénéchal firent faire ceste chapelle  en lhoneur de Dieu et Notre Dame de Secore".

      Le texte n'est pas très différent de la première inscription : "lan mill cinq cent XX Guillem de Bresal & Margarite Le Sénéchal seigneur & dame de Bresal, firent faire cest etanc & moulin au dyvys de Olivier Garric."

      Le deux-points entre les mots est encore fait de deux losanges, mais son recours est réservé à la première ligne.  La conjonction ET est encore abrégée en une sorte d'esperluete. 

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      Inscription de fondation (kersanton, 1533) de la chapelle Notre-Dame-de-Secours à Pont-Christ. Photographie lavieb-aile août 2017.

      Inscription de fondation (kersanton, 1533) de la chapelle Notre-Dame-de-Secours à Pont-Christ. Photographie lavieb-aile août 2017.

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      Les deux premières lignes.

      Malgré la présence de lichens blanchâtres qui revêtent l'inscription d' une tenue léopard pour en brouiller l'émission, la lecture ne pose pas de problèmes. Il faut bien remarquer le tilde sur le -e- de GUILLE qui donne la leçon GUILLEM proche des formes bretonnes Gwilherm ou Guillerme (dixit Wikipédia) . 

      Outre les lichens, ce sont les lettres conjointes (dont deux parties sont fusionnées) qui peuvent nous tendre des pièges : comme le BR de BRESAL.

      Le nom MARGARITE est écrit MARGARTE, avec élision du -i-. Le prénom est issu du latin Margarita. On trouve en breton Marc'harit. Dans son Histoire de Bretagne, Pierre Le Baud utilise couramment en 1638 cette forme Margarite.

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      Inscription de fondation (kersanton, 1533) de la chapelle Notre-Dame-de-Secours à Pont-Christ. Photographie lavieb-aile août 2017.

      Inscription de fondation (kersanton, 1533) de la chapelle Notre-Dame-de-Secours à Pont-Christ. Photographie lavieb-aile août 2017.

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      La comparaison entre les deux inscriptions : mill cinq cc XX versus  mill V cc XXXIII :

      Entre 1520 et 1533, le style de l'écriture a légèrement changé : les lettres sont moins raides, moins alignées en bâtonnets, elles sont très légèrement inclinées sur la gauche ce qui suffit à leur conférer un certain dynamisme. Leur fût est plus mince. La différence est spectaculaire, quoique ténue, en comparant le chiffre XX et le chiffre XXXIII. Le jambage des X s'était déjà départi de toute raideur dans la première inscription, mais sur la seconde, les lettres s'envolent comme de gracieuses hirondelles, qui s'élancent à la poursuite des trois -i-. Ceux-ci envoient gaiement leurs points comme trois ballons dans une cour de récréation.

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      Les deux inscriptions de 1520 et 1533.
      Les deux inscriptions de 1520 et 1533.

      Les deux inscriptions de 1520 et 1533.

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      Les deux lignes suivantes .

      LE SENECHAL FIRENT FAIRE

      CESTE CHAPELLE EN LONEUR

      Lettres conjointes IR de FIRENT, et UR de LONEUR.

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      Inscription de fondation (kersanton, 1533) de la chapelle Notre-Dame-de-Secours à Pont-Christ. Photographie lavieb-aile août 2017.

      Inscription de fondation (kersanton, 1533) de la chapelle Notre-Dame-de-Secours à Pont-Christ. Photographie lavieb-aile août 2017.

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      La dernière ligne.

      DE DIEU & N[OT]RE DAME DE SECORE.

      . Lettres conjointes DE et NR de NOTRE. Tilde remplaçant les lettres OT de NOTRE.

      Le travail le plus intéressant concernerait l'appellation "NOTRE DAME DE SECORE", qui est transformée en "Notre Dame du Bon Secours". Il faudrait savoir qui a institué ce culte (quel ordre religieux, quelle haute personnalité de la noblesse ou du clergé, ou quel événement) ou dressé la liste des sanctuaires bretons qui lui sont dédiés. 

      Quant à la forme SECORE, elle est citée par Godefroy et est habituelle en ancien et moyen français : de l'ancien verbe succurer, secorer "porter secours" . Godefroy donne le verbe Secorer, socurer "secourir", le nom secorse "secours" et secoreor "celui qui secourt". De même dans Chrétien de Troyes où secors signifie "secours".

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      Inscription de fondation (kersanton, 1533) de la chapelle Notre-Dame-de-Secours à Pont-Christ. Photographie lavieb-aile août 2017.

      Inscription de fondation (kersanton, 1533) de la chapelle Notre-Dame-de-Secours à Pont-Christ. Photographie lavieb-aile août 2017.

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      V. MARGINALIA.

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      Le blason de la porte cintrée du jardin en face de l'église : de Coroller ?

      Ce blason s'inscrit dans un cuir à enroulement de la seconde Renaissance. On y voit une couronne de comte, trois besants autour d'un cerf et d'une étoile.

      J'identifie ici les armoiries de la famille de Coroller, décrite ainsi par Potier de Courcy . Je souligne elur possession dans la paroisse de Ploudiry, dont Pont-Christ était une église tréviale : 

       Coroller (le), Sr de la Roche, par. de Saint-Martin des Champs, — de Kerdannot, — de *Kervescostou par. de Plougasnou, — de Kerosven, — de la Vieuxville, — de Keropartz, — de Pratalan, — du Maretz, — de Kerguélen, — de Coëtlez, par. de Ploudiry, — du Nec'hcoat, par. de Ploujean.

      Maint, au conseil en 1717 et par arrêt du parlement de 1773, neuf. gén.

      Réf. et montres de 1427 à 1543, par. de Garlan et Saint-Melaine de Morlaix, év. de Tréguier.

      De sable au cerf passant d'or, accomp. de trois besants de même.

       Eon, écuyer et son porte-targe, dans une montre de 1356, fut suivant la tradition, pendu à la Roche-Corroller avec 50 notables de Morlaix, en 1374 pour avoir exterminé la garnison anglaise que le duc Jean IV avait mise dans cette ville ; Pezron, épouse en 1540 Anne Gérault, dame de Kervescontou ; un gouverneur au château du Taureau en 1608.

      Voir aussi :

      https://histoiresdemorlaix.wordpress.com/2015/08/24/18-enfants-jacques-alain-et-marie-coroller-un-couple-du-grand-siecle/

      Je n'en sais pas plus.

       

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      Pont-Christ, La Roche-Maurice, photographie lavieb-aile août 2017.

      Pont-Christ, La Roche-Maurice, photographie lavieb-aile août 2017.

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      Blason de Coroller, Pont-Christ, La Roche-Maurice, photographie lavieb-aile août 2017.

      Blason de Coroller, Pont-Christ, La Roche-Maurice, photographie lavieb-aile août 2017.

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      SOURCES ET LIENS.

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      — ANDRÉ CROGUENNEC :

      http://andre.croguennec.pagesperso-orange.fr/eglise-PC.htm

      — COUFFON (René), LE BARS (Alfred), 1988, http://diocese-quimper.fr/images/stories/bibliotheque/pdf/pdf-Couffon/ROCHEMAU.pdf

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      Published by jean-yves cordier - dans Inscriptions Gargouilles et crossettes
      31 août 2017 4 31 /08 /août /2017 21:42

      Les crossettes et l'inscription gothique du Moulin de Brezal (Plounéventer / Pont-Christ).

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      — Sur Pont-Christ :

      — Sur les inscriptions lapidaires en Bretagne, voir :

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      — Sur les crossettes, voir :

      Cet article appartient à une étude des crossettes du Finistère destinée à permettre des comparaisons et à dégager des constantes stylistiques et thématiques. On consultera sur ce blog :

      Les crossettes de l'église de Plougourvest (29).

       

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      Aujourd'hui, le Moulin de Brezal est, sinon en ruine, du moins en piteux état, et on peut l'acquérir pour la modique somme de 216 000 € : faites-vous plaisir !

      "EXCLUSIF. Entre LANDERNEAU et LANDIVISIAU. En bord d'étang et dominant l'ELORN propriété comprenant sur un terrain de 3 hectares un ensemble de bâtiments du XVIème. Le bâtiment principal, ancien moulin à farine fut construit en 1520 par le Seigneur de BREZAL. Il est proposé avec une dépendance en pierres sur deux étages, un colombier de l'Ancien régime, un calvaire dénommé "La Croix de BREZAL" et un étang et une parcelle boisée. Anciennement consacré en un établissement hôtelier dédié à la restauration, le domaine nécessitera une restauration pour votre projet professionnel ou d'habitation. La surface des bâtis est d'environ 300 m2 et attendent une nouvelle vie !"

      .Il avait été restauré de 1959 à 1967, puis un beau restaurant avait été ouvert par Jean-Claude Thuilliez et Hélène Plos avant de céder la place en 1972 à  Michèle et Arsène Heliez, on faisait du pédalo sur l'étang. Jusqu'en 2007.

       

      Comme si une malédiction funeste pesait sur cet endroit, il suffit de passer le pont qui enjambe l'Elorn pour  découvrir les ruines assez sinistres de l'église de Pont-Christ classée en 1916 (base Mérimée), qui fut construite en 1533 par le seigneur de Brezal et dont la toiture se serait effondrée à la fin du XIXe siècle. 

      A contrario, pour un amateur de belles pierres et de témoignages sur le patrimoine breton, quel aubaine !  

      Le moulin, l'église, l'ensemble du site dominé par son château, tout cela a été décrit avec minutie, passion et photographies par André Croguennec : impossible de faire mieux.

      Néanmoins, j'ai succombé au charme des crossettes et des inscriptions, et je n'ai pas pu interdire à mon appareil photo de s'égayer sur la toiture et de revenir avec, dans la gueule, quelques belles proies pour enrichir ma gibecière iconographique sur les crossettes de Basse-Bretagne. Merci Fidèle, ici, au pied !

      Une chasse à partager avec les amis.

      PRÉSENTATION.

      Un coup d'œil sur la carte IGN permet de repérer l'axe est-ouest de la vallée de l'Élorn, entre Landivisiau et Landerneau, empruntée par la départementale D712 et par la voie ferrée Rennes-Brest. La rivière passe entre deux escarpements, culminant à 106 m du coté de Pont-Christ au sud, et à 93 m au nord sur le site occupé par le château de Brezal. Cette rivière vient de faire un coude à 90°, non sans agitation sans doute comme l'indiquerait les toponymes Le Frout, le Frout Vras et le Frout Bihan (où existait un moulin).  Ar Froud, c'est "le torrent" (absent du Catholicon, mais présent dans Le Gonidec page 324) , mais ar frouden, c'est l'impétuosité, la fougue. N'oublions pas que depuis la création du lac du Drennec en 1979, le caractère de l'Élorn a changé.

      Ce n'est pas sur le fougueux Élorn, mais sur le débouché de son affluent coulant dans un vallon étroit selon un axe nord-sud depuis Plounéventer, le Brezal (4 km), que le moulin est établi en 1520 par Guillaume, seigneur de Brezal et son épouse Marguerite Le Sénéchal. En amont, ils créent une retenue d'eau, l'étang de Brezal. Le moulin à farine va ainsi rapporter de beaux bénéfices puisque tous les habitants sont obligés de lui confier leur blé.

      La Carte de Cassini montre qu'à la fin du XVIIIe siècle, la seule route figurée, Landerneau-Landivisiau-Morlaix,  passe à 500 m. au nord. Mais une voie gauloise de direction nord-sud de Kerilien vers la Martyre, parfaitement présentée par A. Croguennec, passait par Pont-Christ où ele traversait l'Elorn, et une villa gallo-romaine a été retrouvée sur cet axe à Valy-Cloistre, au sud de Pont-Christ.

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      Vue ouest du Moulin de Brezal, Plounéventer. Photographie lavieb-aile août 2017.

      Vue ouest du Moulin de Brezal, Plounéventer. Photographie lavieb-aile août 2017.

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      En amont, à droite du raidillon qui relie l'étang et la route départementale, on voit le pigeonnier :

       

      Pigeonnier de Brezal, Plounéventer. Photographie lavieb-aile août 2017.

      Pigeonnier de Brezal, Plounéventer. Photographie lavieb-aile août 2017.

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      Tout en conservant mon équilibre sur le raidillon en question, j'aperçois la première crossette sur le rampant gauche du pignon ouest. C'est un chien, un mâtin montrant ses dents, sans collier, les pattes antérieures rejoignant les postérieures sur un support. Ses oreilles sont longues : un chien de chasse type Saint-Hubert ? Tourné vers le nord (vers l'étang), il garde l'édifice.

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      Un chien, crossette du pignon ouest du Moulin de Brezal, Plounéventer. Photographie lavieb-aile août 2017.

      Un chien, crossette du pignon ouest du Moulin de Brezal, Plounéventer. Photographie lavieb-aile août 2017.

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      Puis je découvre le bas du pignon ouest, où la partie gauche conserve son appareillage de pierres de taille et deux belles accolades gothiques.

      La plus haute est une arcature à deux crochets un fleuron et deux pinacles tronqués.

      Quatre pierres de kersanton aux formes caractéristiques témoignent de la présence de blason qui ont été martelés. Une autre, sous l'aisselle de l'arc, comportait-elle un blason complet, à cimier et lambrequins ?

      Ce qui m'attire avec gourmandise, c'est l'inscription centrale. Eh eh, zoomons, zoomons !

      Arcatures en accolade du pignon ouest du Moulin de Brezal, Plounéventer. Photographie lavieb-aile août 2017.

      Arcatures en accolade du pignon ouest du Moulin de Brezal, Plounéventer. Photographie lavieb-aile août 2017.

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      L'inscription de fondation (kersanton, 1520).

      Je la relève ainsi (les lettres entre crochets traduisent les élisions par tilde ; seul celui du A de MARGARITE n'a pas été remplacé) : 

      : LAN : MILL : CINQCC : XX : GUILLE[M] : DE : BRESAL

      & : M~ARGARITE : LE : SENECHAL : SER : & : DA[M]E : DE

      BRESAL : FIRE[N]T : FAIRE : CEST : ESTA[N]C : & : MOULI[N]

      AU : DYVYS : DE : OLIVIER : GARRIC :

       :

      "L'an mil cinq cent vingt, Guillaume de Bresal et Marguerite Le Senechal, seigneur et dame de Bresal, firent faire cet estanc et moulin au devis d'Olivier Garric."

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      La forme Dyvys : Godefroy atteste dans son Dictionnaire de l'ancien français du IXe au XVe siècle les formes divis, dyvis, avec le sens « division, partage, disposition, souhait, désir, intention, volonté". Mais le DMF ou Dictionnaire du Moyen Français (1330-1500) y ajoute l'acceptation "plan, projet" : "Devis 1, B : Disposition établie ; plan, projet, description détaillée d'une construction à exécuter ; disposition que l'on prend, intention projet, souhait". Ce sens de "plan, dessin"  est aussi mentionné avec trois exemples anciens dans le Dictionnaire Anglo-normand.

      Dés lors, on peut mieux rendre compte de l'inscription en la donnant comme "...firent faire cet étang et moulin sur les plans d'Olivier Garric". Ce dernier prend alors le rôle d'architecte, ou d'entrepreneur-concepteur.

       

       

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      Inscription de fondation (kersanton, 1520) du pignon ouest du Moulin de Brezal, Plounéventer. Photographie lavieb-aile août 2017.

      Inscription de fondation (kersanton, 1520) du pignon ouest du Moulin de Brezal, Plounéventer. Photographie lavieb-aile août 2017.

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      J'ai déjà rencontré Olivier Garric : c'était sur l'inscription de la sablière de l'ancienne abbatiale de Daoulas  : 

      "L'abbé Charles [Jégou] fit en son temps ce bois de céans l'an 1529 par O[livier] Garic et ses aidants".

      Dans le BSAF de 1995, l'abbé Castel écrivait : Après le moulin de Brezal, "neuf ans plus tard, en 1529, Garric se signale à Daoulas, cette fois comme charpentier, selon l'inscription de la sablière au nord de la nef de l'église abbatiale. Les chantiers de Brézal et de Daoulas révèlent donc un maître d'oeuvre qui déploie avec bonheur des talents divers. Homme du bois autant que de la pierre et de l'eau, polyvalent dans l'art de bâtir, Olivier Garric peut prendre légitimement place dans la galerie des artistes de Bretagne".

      Mais si on accepte de comprendre le mot dyvys comme "plan, dessin, projet", Olivier Garric doit être considéré non pas comme un "maître d'œuvre", ni comme un menuisier-charpentier polyvalent se doublant d'un maçon ou tailleur de pierre, bref un artiste ou artisan, mais bien comme un maître d'ouvrage. Ce que ne contredit pas l'inscription de Daoulas. Un point sur lequel je rejoins André Croguennec.

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      Garric étant un mot occitan signifiant "chêne kermes", et étant un patronyme du Languedoc, on peut penser que notre Olivier Garric n'est pas d'origine bretonne.

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      La pierre est sculptée en un rectangle creusé de 4 mm de profondeur environ dont seules les lettres et signes ne sont pas creusés, et restent en réserve. Mais une moulure souligne la dernière ligne, si près des jambages que ceux-ci (le G de GARRIC) empiète dessus. Cela montre le soin pris par l'artiste pour rendre hommage à son texte.

      Une vue rapprochée permet d'admirer la beauté de l'écriture. On peut la comparer à celle de l'inscription de fondation de l'hôpital Saint-Julien de Landerneau, sculptée l'année suivante, en 1521. Ou à celle de la chapelle de Rocamadour (1527).  Mais son modèle est sans-doute plutôt  celle du pont de Landerneau, réalisée dix ans avant celle-ci, en 1510 sur la commande du vicomte Jean de Rohan.

      Comme cette dernière, elle est encadrée par des motifs héraldiques : macles et A couronné à Landerneau, et besants (martelés) des armoiries du seigneur de Brezal ici . En effet, celles-ci se blasonnent de gueules à six besants d'or, 3, 2, 1 ( rouge à six boules jaunes). Je renvoie à l'article Tudchentil et à son illustration.

      Chaque besant est alterné avec un losange, qui n'est certainement pas un macle de Rohan (car c'est un losange évidé en son centre), mais une fusée, un losange étroit et vertical, bien connu par les armoiries de Bouteville. Mais qui appartient aussi aux armoiries de Marguerite Le Sénéchal, qui sont de sable, à cinq fusées d'argent, accolées en bande, assorties de six besants de même, trois de chaque coté. (de Genouillac).

      Les besants ont été bûchés sur la partie horizontale du cadre, mais non sur la partie verticale et latérale gauche, ce qui permet de les admirer intacts à coté des fusées. Quant à la partie droite, elle ne comporte pas cette marge. 

      Marguerite Le Sénéchal était la fille de Guion Le Sénéchal, sieur de Coettelan, décédé avant 1520, et d'Amette de Kergournadech. Elle épousa Guillaume de Brezal, décédé avant 1577, capitaine des francs-archers et élus du Léon. 

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      La ponctuation de séparation des mots repose sur le deux-points, mais ces derniers ne font pas appel à l'ornementation très courante qui relie chaque point par une ligne en S. Ces deux points ne sont pas ronds, mais en losange, sans qu'il faille y voir une allusion héraldique, car cette graphie est courante Les lettres sont serrées, très régulières, au fût vertical, à l'empattement en triangle pointe vers le bas. La répétition de ces triangles resserrés crée en bas de ligne un aspect en dents de scie dont la régularité est recherchée. Et comme le sommet des fûts est également triangulaire (c'est un rectangle incliné ), l'interligne est délimité par ces deux lignes en dents de scie. 

      Ce serait monotone si cet interligne n'était pas occupé par les hampes ( jambages supérieurs) des lettres l, d, etc. ou bien par les points des -i- (un tiret incliné), par les tildes remplaçant les -n- par abréviation, par les lettres ou chiffres suscrits (CC pour "cent"), mais aussi par le jambage inférieure des lettres concernées, ou du jambage ornemental du -n- (le premier mot : lan).

      La conjonction -et- est remplacée par une ligature équivalente à l'esperluète &.

      C'est tout ? Non bien-sûr : cette inscription s'offre à la curiosité de chacun. Le mot "moulin", par exemple, est écrit MOU~LI . Le tilde ne devrait-il pas être posé sur le i ? 

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      Inscription de fondation (kersanton, 1520) du pignon ouest du Moulin de Brezal, Plounéventer. Photographie lavieb-aile août 2017.

      Inscription de fondation (kersanton, 1520) du pignon ouest du Moulin de Brezal, Plounéventer. Photographie lavieb-aile août 2017.

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      Les crossettes et l'inscription gothique du moulin de Brezal (Plounéventer / Pont-Christ).

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      En progressant, je parviens en contrebas et je vois mieux le rampant droit, qui se casse d'ailleurs en passant au dessus d'une fenêtre. Et là, deux nouvelles crossettes qui m'attendent.

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      Vue  ouest du Moulin de Brezal, Plounéventer. Photographie lavieb-aile août 2017.

      Vue ouest du Moulin de Brezal, Plounéventer. Photographie lavieb-aile août 2017.

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      Les deux crossettes du rampant droit du pignon ouest du Moulin de Brezal, Plounéventer. Photographie lavieb-aile août 2017.

      Les deux crossettes du rampant droit du pignon ouest du Moulin de Brezal, Plounéventer. Photographie lavieb-aile août 2017.

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      La première est un homme empoignant sa cheville. Et bien malade.

      André Croguennec l'intitule "l'homme blessé", sans dire pourquoi. 

      L'homme est en position de chevalier servant, le genou droit à terre, et l'autre fléchi.

      Entre les deux cuisses, la partie saillante correspond bien-sûr à la mode des braguettes rembourrées et avantageuses en usage sous la Renaissance jusqu'aux années 1580.

      Il est vêtu d'un pourpoint aux manches plissées, serré par une ceinture, au dessus de chausses, et d'une paire de chaussures dont la semelle est distincte. Sa coiffure est globalement cylindrique.

      Il lève la tête et les yeux vers le ciel, et porte la main gauche sur sa joue.

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       L'Homme malade, crossette du rampant droit du pignon ouest du Moulin de Brezal, Plounéventer. Photographie lavieb-aile août 2017.

      L'Homme malade, crossette du rampant droit du pignon ouest du Moulin de Brezal, Plounéventer. Photographie lavieb-aile août 2017.

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      Une vue de profil stricte montre que la région cervicale antérieure est le siège d'un volumineux phlegmon sous l'angle de la mandibule. Un peu trop bas pour les oreillons. Mais pas pour l'adénopathie cervicale tuberculeuse chronique, ou scrofule ou écrouelle, que guérissait les rois de France (on pouvait aussi prendre une tisane de Scrofulaire Scrophularia nodosa, si on croyait à la théorie des signatures).

      En revenant au cliché précédent, on voit que cette intumescence est double : cet apostume se pique d'être bilatéral, ce bubon se rengorge de sa symétrie ; est-ce une parithymie ? Une étude de Rasmané Béogo sur 115 patients a montré que ces disgracieuses gorges chaudes étaient "multiples  chez 96,5% des patients et abcédés chez 30%" (Pan Afr Med J. 2013; 15: 131)

      Or, précisément, mon cliché (slide suivante ) montre au centre de l'adénite une zone ulcérée de 1,85 mm de diamètre qui ne peut correspondre qu'à l'abcédation du site.

      Ah mon dieu ! Le pauvre homme ! Tomber malade 450 ans avant la commercialisation de la Rifampicine !

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       L'Homme malade, crossette du rampant droit du pignon ouest du Moulin de Brezal, Plounéventer. Photographie lavieb-aile août 2017.

      L'Homme malade, crossette du rampant droit du pignon ouest du Moulin de Brezal, Plounéventer. Photographie lavieb-aile août 2017.

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      J'attire l'attention de mon auditoire sur le fait que la communication de ce cas singulier prend une certaine importance, car il s'agit de la première crossette représentant un homme souffrant d'écrouelles. Et même peut-être de la seule sculpture bretonne du XVIe siècle fournissant une donnée iconographique de cette atteinte : allez savoir. Bien-sûr, j'invite chacun  à se livrer maintenant à une revue de littérature la plus vaste exhaustive possible avant de procéder à une méta-analyse basée sur des preuves. 

      Par contre, le motif de "l'homme empoignant sa cheville" est d'une grande banalité en matière de crossette ; j'y voyais jusqu'à présent une posture à signification licencieuse, par son caractère un peu acrobatique intermédiaire entre une asana du Yoga-Sûtra et celle d'un Sûtra concurrent : une attitude irrévérencieuse, dont le code se serait perdu, mais qui placerait son adepte dans ce monde carnavalesque du renversement des valeurs et de la débandade des mœurs.

      Car il est temps de confier le fonds de ma pensée : ces crossettes sont, par leur caractère stéréotypé, similaires aux lames des tarots. De même que vous avez aux Tarots 22 arcanes, aux figures immuables, le Mat, le Bateleur, Le Pendu, la Roue de la Fortune, de même vous avez dans les crossettes, le Lion, le Dragon, le Chien, le Soldat dégainant l'épée, l'Homme empoignant sa cheville, l'Ange, la Femme nue, la Sirène, et quelques raretés. Chaque édifice religieux ou civil bat le jeu et dispose sa levée au su et au vu de chacun, laissant les amateurs interpréter à l'infini ce que cela peut signifier.  

      Mais un tuberculeux échappé de sana qui monte sur le toit d'un moulin pour se saisir de sa cheville droite et de sa joue gauche enflée, c'est... particulier .

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      Dés lors, je suis amené à m'intéresser à la petite crossette de rien du tout qui est placé devant notre impatient patient : à quoi sert cette oblongue capsule ? est-ce un canon arrimé à son affût par son allonge ? Un crachoir ?  Un pied pour parasol ?

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      L'improbable crossette du rampant droit du pignon ouest du Moulin de Brezal, Plounéventer. Photographie lavieb-aile août 2017.

      L'improbable crossette du rampant droit du pignon ouest du Moulin de Brezal, Plounéventer. Photographie lavieb-aile août 2017.

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      Vous aimez les énigmes ? En voici une :

      La crossette suivante se présente comme une chimère associant la queue d'un dragon avec le torse d'une sirène. 

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      La dernière  crossette du rampant droit du pignon ouest du Moulin de Brezal, Plounéventer. Photographie lavieb-aile août 2017.

      La dernière crossette du rampant droit du pignon ouest du Moulin de Brezal, Plounéventer. Photographie lavieb-aile août 2017.

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      Et si je vous le montre de l'autre coté, vous voyez mieux ?

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      La dernière  crossette du rampant droit du pignon ouest du Moulin de Brezal, Plounéventer. Photographie lavieb-aile août 2017.

      La dernière crossette du rampant droit du pignon ouest du Moulin de Brezal, Plounéventer. Photographie lavieb-aile août 2017.

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      Et nous voilà arrivé au pied de ce rampant droit, là où, après deux minuscules crossettes cuboïdes,  j'ai fait une belle prise, digne de Tartarin : un Lion.

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      Partie droite du  pignon ouest du Moulin de Brezal, Plounéventer. Photographie lavieb-aile août 2017.

      Partie droite du pignon ouest du Moulin de Brezal, Plounéventer. Photographie lavieb-aile août 2017.

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      Le Lion, quatrième crossette du pignon ouest.

      Ici, il n'y a plus d'énigme : c'est le Lion de crossette, cent fois décrit, sa gueule ouverte, sa crinière de mouton, sa queue faufilée entre les cuisses pour chasser les mouches de son dos, les pattes antérieures prenant obliquement appui sur une console (ou un os ?), les postérieures appuyées au sol pour rejoindre les antérieures. Tout est dit.

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      Le Lion, dernière crossette du  pignon ouest du Moulin de Brezal, Plounéventer. Photographie lavieb-aile août 2017.

      Le Lion, dernière crossette du pignon ouest du Moulin de Brezal, Plounéventer. Photographie lavieb-aile août 2017.

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      J'ai presque fini, il me reste à décrire la lucarne de la façade sud.

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      Vue de la façade sud du moulin de Brezal, Plounéventer. Photographie lavieb-aile août 2017.

      Vue de la façade sud du moulin de Brezal, Plounéventer. Photographie lavieb-aile août 2017.

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      Les deux crossettes encadrant le rampant de  la lucarne de la façade sud.

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      La lucarne de  la façade sud du moulin de Brezal, Plounéventer. Photographie lavieb-aile août 2017.

      La lucarne de la façade sud du moulin de Brezal, Plounéventer. Photographie lavieb-aile août 2017.

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      À gauche : l'homme accroupi.

      Il n'a pas l'air très heureux, avec ses coudes en appui sur les genoux et son menton projeté en avant. Il porte un chapeau. Sa joue gauche et son oreille homolatérale sont fort gonflées, à moins qu'il n'ait ses oreillettes. Je ne l'ausculte pas, ce n'est pas le moment de le déranger.

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      L'Homme accroupi, crossette du rampant gauche de lucarne de  la façade sud du moulin de Brezal, Plounéventer. Photographie lavieb-aile août 2017.

      L'Homme accroupi, crossette du rampant gauche de lucarne de la façade sud du moulin de Brezal, Plounéventer. Photographie lavieb-aile août 2017.

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      À droite : le Chien. 

      C'est le chien assis du chien-assis.

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      Le Chien, crossette du rampant gauche de lucarne de  la façade sud du moulin de Brezal, Plounéventer. Photographie lavieb-aile août 2017.

      Le Chien, crossette du rampant gauche de lucarne de la façade sud du moulin de Brezal, Plounéventer. Photographie lavieb-aile août 2017.

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      SOURCES ET LIENS.

      Une seule adresse : André Croguennec:

      http://andre.croguennec.pagesperso-orange.fr/moulin-brezal.htm

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      Published by jean-yves cordier - dans Gargouilles et crossettes Inscriptions
      31 août 2017 4 31 /08 /août /2017 21:26

      Les crossettes de l'église de Plougourvest (29).

       

      — Sur les crossettes, voir :

      Cet article appartient à une étude des crossettes du Finistère destinée à permettre des comparaisons et à dégager des constantes stylistiques et thématiques. On consultera sur ce blog :

       

       

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      L'église Saint-Pierre de Plougourvest date, si on prend comme critère la date inscrite sur le contrefort sud du clocher, de 1588, et de 1616, si on se réfère à celle du  porche latéral sud. Elle comporte, aux deux angles de la face nord, deux crossettes, représentant l'une un dragon ailé, et l'autre un soldat dégainant son épée. Ces deux figures, loin d'être originales , sont très représentatives des crossettes de Basse-Bretagne du XVI et XVIIe siècle. Mais l'une d'elle se distingue par sa beauté, la qualité de son état de conservation, et par des particularités stylistiques : le dragon.

      1. Le dragon ailé, rampant droit de l'extrémité est de la façade nord.
       

      Malgré sa manie de nous tirer la langue, atavisme fréquent de sa race, et en dépit de ses efforts pour rouler des yeux exorbités, dilater ses naseaux et exhiber des crocs énormes, ce monstre antédiluvien ne parvient guère à nous terrifier, tant ses ailes de chauve-souris semble avoir été choisies par un accessoiriste d'opérette et tant sa mise en plis conserve avec excès les traces de ses bigoudis. Et, au bout de son corps de crevette,  sa queue ne parvient pas à lacer correctement le nœud de jambe de chien — ou de carrick, ou de bouline, selon l'humeur — qui s'impose, exercice obligé de ses semblables en équilibre sur le toit des sanctuaires : elle avorte son entrelacs en frétillant.

      Quoiqu'il en soit, il est la représentation d' une force hors du commun, capable de tout détruire : celle de la mort.  En le plaçant en hauteur sur l'église, les fidèles pensaient peut-être en exorciser le pouvoir, et affirmer leur foi en la victoire du Christ ? Mais on remarquera que les crossettes ne sont jamais consacrées à des  représentations religieuses, à l'exception des anges. 

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      Le dragon ailé, crossette nord-est (kersanton, vers 1616) de l'église de Plougourvest. Photographie lavieb-aile août 2017.

      Le dragon ailé, crossette nord-est (kersanton, vers 1616) de l'église de Plougourvest. Photographie lavieb-aile août 2017.

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      2. Le soldat empoignant son épée.

      C'est lui qui motive ma visite à Plougourvest , sur l'introduction de ses confrères de Landerneau, Le Tréhou, de Locmélar, Notre-Dame-de-Berven  et de Saint-Servais avec lesquels il forme le groupe des six soldats "Je tire, je tue" de Basse-Bretagne. Tous, allongés la tête  tournée vers nous,  empoignent de la main gauche le fourreau de leur épée, et tirent sur la poignée dans un geste qu'il faut comprendre soit comme une menace, soit plutôt, j'en ai peur, comme l'ultime  seconde précédant le coup d'estoc. Et la mort.

      Mais je suis un peu déçu. L'érosion ne permet pas de voir clairement le visage, peut-être barbu, ou les vêtements. L'homme n'est pas allongé, mais à genoux. Bizarrement, le fourreau de l'épée se termine par une boule, incitant à une confusion avec un bâton ou une batte de soule.

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      Le soldat tirant son épée, crossette nord-ouest (kersanton, vers 1616)  de l'église de Plougourvest. Photographie lavieb-aile août 2017.

      Le soldat tirant son épée, crossette nord-ouest (kersanton, vers 1616) de l'église de Plougourvest. Photographie lavieb-aile août 2017.

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      SOURCES ET LIENS.

      — LE SEAC'H (Emmanuelle), 2014, Sculpteurs sur pierre en Basse-Bretagne. Les ateliers du XVe au XVIe siècle. Presses Universitaires de Rennes.

      http://www.pur-editions.fr/couvertures/1409573610_doc.pdf

      — LE SEAC'H (Emmanuelle), 1997, Les crossettes et les gargouilles dans quatre cantons du Finistère : Landerneau, Landivisiau, Ploudiry, Sizun. Mémoire de maîtrise d’histoire,  2 vol. 359 p. + 135 p. : ill. ; 30 cm.

       

       

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      Published by jean-yves cordier - dans Gargouilles et crossettes

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