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20 mars 2020 5 20 /03 /mars /2020 19:24

 

Iconographie des saints Côme et Damien dans  les Heures dites d'Henri IV (enluminé par le Maître des Triomphes de Pétraque, v. 1580-1590) : BnF Lat. 1171 folio 81v .

 

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Cet article appartient à une série sur l'iconographie des saints Côme et Damien, les deux  frères jumeaux médecins qui soignaient gratuitement. Ils sont pourtant devenus les patrons des chirurgiens et, plus tardivement, des pharmaciens.

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PRÉSENTATION.

Ce Livre d'Heures à l'usage de Rome a certes appartenu à Henri IV, mais son premier propriétaire reste inconnu, malgré les lettres M brisées (ou intriquées à une M inversée en W), l'absence significative de la lettre M dans les alphabets d'ornements, trois petits blasons, la devise énigmatique CAR NON, des allusions aux cordeliers (cordes à nœud de capucins, cordes déchirées, ...)  et autres indices (plutôt défectifs) tirés des fêtes et saints du calendrier et des suffrages. C'est énervant. Est-ce un homme ou une femme ? Les deux hypothèses trouvent leurs arguments.

Un livre d'heures (Morgan Library, M.618)  du même artiste, contient un poème "Je porte une M partout à ma devise", et a appartenu très vraisemblablement au même propriétaire monomaniaque de M qui y affiche cette devise JE PORTE UNE M enrubannée, ses couleurs "gris et tanné" et ajoute la lettre A comme indice (AM MA etc.). 

On sait néanmoins que le cardinal Georges d'Amboise n'est pas loin. Il a racheté le manuscrit pour la bibliothèque de sa résidence de Gaillon.

On sait aussi que ce commanditaire avait des goûts de luxe, mais teinté d'austérité ("gris et tanné"... ) témoignant sans doute d'une spiritualité élevée.  Goûts de luxe, car ses précieuses Heures est le seul manuscrit occidental connu au monde à être entièrement couvert de feuille d'or même sous les enluminures.  Austérité, car il a délaissé les couleurs vives pour des  peintures en grisaille et des  dessins à la plume sur fond d'or.

 L'auteur des enluminures est, par contre, bien identifié : c'est celui qui a enluminé les Triomphes de Pétrarque  BnF Fr. 594 et les Remèdes de bonne fortune BnF fr. 225  commandés par Georges d'Amboise à Rouen pour Louis XII. Il serait proche de l'atelier parisien de Jean Pichore, mais semble plus âgé que ce dernier. Il a été influencé par les enlumineurs de la vallée de la Loire, comme Jean Colombe et Jean Poyer.

Le dispendieux dépouillement des peintures en grisaille et des vêtements blancs et or des Heures d' Henri IV,  se retrouve dans les Heures "Je porte une M", dans les Heures de Claude Molé et dans les Petites Heures d'Anne de Bretagne, tous du Maître des Triomphes de Pétrarque. L'enluminure de David observant Bethsabé au bain se retrouve de façon identique dans ces manuscrits.

 

—Heures de Claude Molé, 10 grandes miniatures et 14 petites, vers 1500, Morgan Library and Museum, New York, M.356

http://ica.themorgan.org/manuscript/thumbs/76860

— Heures à l'usage de Rome "Je porte une M", 8 grandes miniatures, vers 1505-1510, Morgan Library, M.618 http://ica.themorgan.org/manuscript/thumbs/76912

— Petites Heures d'Anne de Bretagne, commandées par Georges d'Amboise pour Anne de Bretagne (?), vers 1503, BNF, NAL. 3027

 

 

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Les saints Côme et Damien.

L'enluminure se détache sur un fond noir marbré orné de la lettre M brisée, selon un procédé propre au Maître des Triomphes de Pétrarque. Comme les 89 autres enluminures, elle est pauvre en couleurs, avec des camaïeu de gris et les personnages sont vêtus de blanc avec des galons de pseudo-écriture en filigrane or.

Le titre est DE SANCTORUM COSME ET DAMIANE. Ce titre est important, car il indique sans ambiguité le nom de chaque saint : saint Côme et à gauche, il tient le flacon de verre destiné à mirer les urines, tandis que Damien est à droite. Or, très souvent, dans les sculptures, l'identité des saints a été inversée lorsqu'on a ressenti le besoin de les nommer aux fidèles. D'autres documents iconographique l'attestent, les deux saints suivent dans leur disposition dans l'espace de gauche à droite celui de la formule "Côme et Damien" fixée dans la liturgie.

Les saints se détachent sur un paysage de désert, toutefois animé par un groupe d'arbres et par un parterre fleuri, en rosettes.

Ils portent tous deux l'habit et la coiffure propre à leur fonction de médecin. Mais, comme je tente de le prouver depuis le début de cette analyse iconographique, les deux médecins ne se distinguent pas par leur fonction, et Damien n'est pas plus pharmacien ou chirurgien que son frère. Mais Côme devient l'emblème de la partie diagnostique de l'art médical, tandis que Damien est l'emblème de sa partie thérapeutique, effectrice. La clinique, et la pratique ("praticien"). Les  deux parties sont aussi inséparables que les deux frères jumeaux, qui ne sont jamais peints séparément, mais toujours en binôme.

 

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@laBnF Gallica. Heures d'Henri IV BnF lat 1171 folio 81v.

@laBnF Gallica. Heures d'Henri IV BnF lat 1171 folio 81v.

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Titre dans un cartouche. Les lettres capitales, à l'or, sont perlées.

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@laBnF Gallica. Heures d'Henri IV BnF lat 1171 folio 81v.

@laBnF Gallica. Heures d'Henri IV BnF lat 1171 folio 81v.

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Côme tient la macula ou flacon d'urine : je renvoie aux articles précédents pour la présentation de l'uroscopie. Il lève le flacon vers la lumière, et il élève le regard. Il se tourne vers l'esprit, pour la partie intellectuelle de son art.

 

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@laBnF Gallica. Heures d'Henri IV BnF lat 1171 folio 81v.

@laBnF Gallica. Heures d'Henri IV BnF lat 1171 folio 81v.

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À l'opposé (et cette franche opposition est déterminée), Damien regarde vers le sol : vers la matière. Il tient suspendu au poignet droit un étui, sans doute en cuir, carré dans sa moitié supérieure, et pyramidale dans la partie basse.

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@laBnF Gallica. Heures d'Henri IV BnF lat 1171 folio 81v.

@laBnF Gallica. Heures d'Henri IV BnF lat 1171 folio 81v.

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L'étui est orné d'un bas-relief qui peut être identifié. C'est un saint évêque, mais le baquet aux trois personnages montre qu'il s'agit de saint Nicolas bénissant les trois clercs mis au saloir.

On peut deviner l'intention sous-jacente : Nicolas s'est montré capable de vaincre la mort et de ressusciter les victimes de l'aubergiste sans cœur en invoquant Dieu.  De même, l'artiste indique que  la prière est le remède principal, dont le médecin ne peut se passer.

Nous pouvons voir dans cet étui soit un flacon d'onguent (il n'en a guère la forme), soit une boîte à pilules (elles sont alors rectangulaires, plates et divisées en compartiments), ou un étui pour les instruments chirurgicaux, principalement la ou les lancettes de saignée ou d'incision. 

J'en trouve un exemple dans l'enluminure d'un livre d'Heures de la Librairie Royale de Copenhague (mais les 2 saints tiennent une lancette).

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GKS 1612 4°: Liber horarum

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@laBnF Gallica. Heures d'Henri IV BnF lat 1171 folio 81v.

@laBnF Gallica. Heures d'Henri IV BnF lat 1171 folio 81v.

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Le verset et l'oraison.

Le texte est écrit en littera antiqua ronde fondée sur la minuscule carolingienne  sur le fond d'or. Lettrines blanches ; rubriques ; bout-de-ligne on branche écotée.

 

De sanctorum martirum Cosme & Damiane

Isti sunt sancti qui pro dei amore minas hominum contempserunt  sancti martires in regnum celos exultent cum angelis. O quam preciosa est mors sanctorum qui assidue assistunt ante dominum et ab invicem non sunt separati .

Versu : lusti autem in perpetuum vivent. Oro Presta quesumus omnipotens deus ut qui sanctorum martirum tuorum cosme & damiani natalicia colimus a cunctis malis imminentibus eorum intercessionibus liberemur. Per xpni dmini nostrum Amen

"Ces saints qui, pour l'amour de Dieu méprisaient les menaces des hommes, saints martyrs dans le royaume des cieux se réjouissent avec les anges . Oh, combien chère est la mort de ces saints, qui se tenant constamment devant le Seigneur,  ne sont pas séparés l' un de l'autre."

"Nous te prions instamment, Dieu tout puissant, d'accorder ta protection contre tout mal imminent à ceux qui célèbrent par leur prières l'intercession de Côme et Damien lors de l'anniversaire de leur mort."

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Commentaires et liens :

 

https://gregorien.info/chant/id/4610/9/fr

La formule presta/liberemur per se retrouve déjà pour l'octave de Côme et Damien dans le Sacramentaire de Robert de Jumièges  Rouen. Bibliothèque municipale. MSS. (Y 6) f.153v, un  manuscrit datant vers 1020 donné à l'abbaye de Jumièges par son abbé Robert Champart, quand il était évêque de Londres entre 1044 et 1051.

http://initiale.irht.cnrs.fr/codex/3800

https://archive.org/details/missalrobertjum00wilsgoog/page/n295/mode/2up/search/cosme

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https://books.google.fr/books?id=hlB4rhWIr68C&pg=PA556&lpg=PA556&dq=ut+qui+sanctorum+martirum+tuorum+cosme+%26+damiani&source=bl&ots=jkOkdHvrPg&sig=ACfU3U0YbQWumwtMuNRYJ1qbC_BZm_Hayg&hl=fr&sa=X&ved=2ahUKEwivxJ6mpanoAhVW9IUKHWKgBc8Q6AEwAnoECAUQAQ#v=onepage&q=ut%20qui%20sanctorum%20martirum%20tuorum%20cosme%20%26%20damiani&f=false

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https://books.google.fr/books?id=EAARAAAAYAAJ&pg=PA549&lpg=PA549&dq=ut+qui+sanctorum+martirum+tuorum+cosme+%26+damiani&source=bl&ots=f7MEhsxKFz&sig=ACfU3U2Aj_ePna-007iOVhZ9eMCQkowd9g&hl=fr&sa=X&ved=2ahUKEwivxJ6mpanoAhVW9IUKHWKgBc8Q6AEwA3oECAoQAQ#v=onepage&q=ut%20qui%20sanctorum%20martirum%20tuorum%20cosme%20%26%20damiani&f=false

Voir aussi l'oraison du Livre d'heures à l'usage de Rome Cf Horæ ad usum Romanum, France c.1490-1500 Copenhagen - The Royal Library - Ms. GkS 1612 4° folio 20

http://www5.kb.dk/permalink/2006/manus/279/eng/20+recto/?var=2

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@laBnF Gallica. Heures d'Henri IV BnF lat 1171 folio 81v

@laBnF Gallica. Heures d'Henri IV BnF lat 1171 folio 81v

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SOURCES ET LIENS.

— ZÖLH (Caroline), 2018, Les Heures d'Henri IV, volume de commentaires du fac-similé du BnF lat. 1171 par les éditions Moleiro.

— BnF / Gallica, Horae ad usum romanum ou Heures de Henri IV, Fin du XVe -XVI e siècle

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8455949b/f164.item.zoom#

—WIKIPEDIA article Le maître des Triomphes de Pétrarque

https://fr.wikipedia.org/wiki/Ma%C3%AEtre_des_Triomphes_de_P%C3%A9trarque

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Published by jean-yves cordier - dans Côme et Damien.
17 mars 2020 2 17 /03 /mars /2020 22:51

L'église Saint-Clet de Cléden-Cap-Sizun. Ses sept navires sculptés (v.1561)  sur les murs.

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Cet article appartient à une série d'articles  sur les carvelles ou les embarcations de pêche sculptées sur pierre en Finistère : 

Voir les embarcations de pêche sculptées sur bois sur les sablières :

 

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PRÉSENTATION.

La paroisse.

"La commune de Cleden-Cap-Sizun occupe l'extrémité Nord de la presqu'île du Cap-Sizun; la partie Sud est formée par la commune de Plogoff. Sa configuration constitue un rectangle irrégulier dont la longueur mesure environ sept kilomètres et la largeur deux kilomètres et demi à trois kilomètres. Son territoire est borné au Nord et à l'Ouest par la mer, au Sud par le large vallon qui le sépare de Plogoff et de Primelin et à l'Est par la commune de Goulien. A l'Est, les frontières communales et paroissiales ne se confondent pas: une partie des terres des villages de Kerbellec et de Brézoulous dépend de la commune de Goulien. Les rivages Nord et Ouest offrent une ligne brisée de gigantesques falaises hautes de soixante à quatre-vingts mètres, coupées de caps et d'anses de dimensions variées.

Tandis que le versant Sud du sillon médian dévale en pente rapide des plateaux de Plogoff et de Primelin, le versant Nord, au contraire, s'élève par gradations insensibles jusqu'au bord même de la mer. Ce flanc 'est abrité par la ligne continue des falaises; il est exposé en plein Midi, ce qui procure à son sol une fertilité remarquable. On est étonné de rencontrer, dans ses dépressions, des sites merveilleux offrant une incomparable richesse de végétation, dans une région par ailleurs d'un aspect si rude et si aride.

De la vallée centrale se détachent, à des intervalles inégaux, plusieurs vallons latéraux qui s'enfoncent plus ou moins profondément dans les terres.

Le sous-sol des terres en culture ou des « mene » (collines incultes) est constitué de granulite ou granit décomposé englobé dans une terre jaunâtre.

Le patron actuel de l'église paroissiale est saint Clet, pape, substitué vers 1650 à saint Cleden. La paroisse est citée dans le cartulaire de Landévennec sous la forme Cletuen ou Cletven. En 1314, la forme est Cletguen-Cap-Sizun. Saint Cleden est le même que saint Clydwin du Pays de Galles. On peut présumer qu'à l'origine le nom de la paroisse devait être Lan-Cletguen ou Plou-Cletguen : les mots lan- ou plou- sont tombés en désuétude tout comme pour Cléder, Cast, Beuzec, Gouezec etc. Saint Cleden était donc probablement originaire du sud du Pays de Galles." (D. Bernard)

 

 

 

http://patrimoine.bzh/gertrude-diffusion/dossier/eglise-paroissiale-saint-clet-cleden-cap-sizun/dd3b899e-5aac-4d7a-8049-d54b6aad0d35

L'église.

"Située au cœur du bourg de Cleden-Cap-Sizun, l’église paroissiale, toute en pierre de taille  [leucogranite ou "granulite" (*)], trône dans un enclos qui n’est autre que l’ancien cimetière. Elle est composée d’une nef de trois travées avec bas-côtés dont l’une, plus grande, avec deux chapelles en ailes formant faux-transept. Le chevet de forme polygonale est flanqué de deux sacristies."

(*)"Même chez les géologues, le sens du terme « granite » a subi des aléas, liés essentiellement à la nature de son mica. Comme le rappelait A. de Lapparent en1906, les auteurs allemands (et certains auteurs français) réservaient alors le terme « granitite » au granite à biotite (mica noir), qualifié de « granite normal ». Le mot « granulite », longtemps employé pour granite clair à muscovite (mica blanc) est aujourd’hui remplacé par « leucogranite » et « granulite » a repris sa signification première, se rapportant à certaines roches métamorphiques. Les deux termes « granitite » et « granulite » étaient pourtant précis et commodes ; on ne peut que déplorer leur abandon." Chauris 2009 https://journals.openedition.org/rao/925

Placée sous le vocable primitif de saint Cleden jusqu’au milieu du 16e siècle, l’église paroissiale Saint-Clet de Cleden-Cap-Sizun « forme un ensemble harmonieux bien qu’elle ne soit ni d’une seule époque, ni d’un même style » (Bernard 1952).

Les deux premiers piliers du chœur, semblables à ceux de la collégiale de Pont-Croix, sont les éléments les plus anciens et remontent probablement au 13e siècle ou au début du 14e siècle. L’élévation ouest, le clocher, le transept ainsi que le porche sud revoient, quant à eux, au 16e siècle. (Notons que le clocher a été réparé en 1799 et consolidé en 1878).

Les dates portées relevées sur l’édifice montrent que les arcades de l’intérieur ainsi qu’une grande partie des murs extérieurs ont été refaits au 3eme quart du 18e siècle : 1751 sur une sacristie et sur l’une des piles du nord et l’inscription V : D : M : A : JANNIC : Rr : 1772 sur le linteau de l’une des portes latérales." (Ducouret)

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Les navires sculptés.

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On observe sept bateaux sculptés sur les murs de l’église. Ce type de bas-relief est fréquent sur les édifices religieux du Cap-Sizun (à Cleden-Cap-Sizun, l’un d’eux se trouve également sur la chapelle Saint-Tremeur). Pour Daniel Bernard, ils sont l’un des témoins d’une ère de grande prospérité du territoire où l’activité commerciale était florissante. « Les nombreuses églises et chapelles disséminées le long des côtes furent justement construites en ce 16e siècle qui vit fleurir intensément l’industrie des pêcheries, des sècheries et de la navigation. Pour bien marquer la part qui leur revenait dans ces bâtisses élevées de leurs deniers, les marins firent sculpter sur les tympans des portails et des porches des bateaux avec leur mât et leurs équipages navigant au milieu des poissons et des oiseaux de mer. ». Précisons qu’en plus de leur fonction clairement ostentatoire, ces bateaux pouvaient également permettre à leurs commanditaires se placer sous la protection divine." 

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VOIR EN ANNEXE L'ÉTUDE TRÈS COMPLÈTE DE DE DANIEL BERNARD.

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Datation de ces navires sculptés. 1550-1561.

Cette datation doit se déduire de celle de la construction des murs qui les portent. Nous disposons de deux indices.

a) D'une part, selon D. Bernard, en 1681, Jean de Tréanna, seigneur de Kerazan assure « qu'il se voit que dans lad. esglise de Cleden, au bas d'une grande vitre, au haut de laquelle sont les armes des seigneurs de Kerazan sont escripts en vieux caractères ces mots: « Ceste vitre fut faicte à la dilligence d'Hervé Archan, fabriq. de lad. église de Cleden en lan 1550. ».

Puisque la pose d'une vitrail dans le chœur est obligatoirement postérieure à l'édification des murs, l'église est donc antérieure à 1550. Mais la vérification de cette date n'est plus possible.

b) Selon P. Bonnet, la façade occidentale portait la date de 1561. Il est entendu que la source est plus fiable, mais là encore, elle ne peut être vérifiée.

Néanmoins, ces deux dates concordent avec les données économiques (prospérité de la pêche et du commerce), avec les éléments stylistiques d'architecture religieuse, avec la construction d'une église à Beuzec en 1548,  avec la présence de navires sculptés semblables à Confort (>1528), à Penmarc'h,  sur la façade ouest de Plogoff (datée de 1547), sur les sablières de N-D. de Roscudon à Pont-Croix (>1528) et à la chapelle Saint-Trémeur de Cléden-Cap-Sizun (1538), etc.

Nous pouvons affirmer que ces navires de pierre datent du milieu du XVIe siècle.

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Corpus.

Nous pouvons dénombrer sept navires sculptés sur cette église :

— Un sur la façade occidentale : barque de pêche à 3 marins en action de pêche.

 

— Deux sur le gable du portail sud :  2 carvelles à 3 mâts 

— Deux à l'intérieur du porche sud : 2 barques de pêche.

— Deux sur le gable de la première lucarne sud. 2 barques de pêche.

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I. LA FAÇADE OCCIDENTALE : INSCRIPTION, UNE BARQUE, UNE CROSSETTE.

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"La façade ouest est en bon style flamboyant des premières années du XVIe siècle. La porte est encadrée de guirlandes feuillagées ; au dessus, deux panneaux rectangulaires contiennent, l'un un bas-relief représentant un bateau de pêche monté par quelques personnes." (D. Bernard)

"Sur le pignon ouest se trouve l’une des deux portes principales. De style flamboyant et encadrée de guirlandes feuillagées, elle est surmontée de deux panneaux carrés dont l’un contient un bas-relief représentant un bateau de pêche et l’autre une inscription érodée et illisible. Ce même pignon soutient le clocher qui est une imitation en plus petit de celui de la collégiale de Pont-Croix. On y accède par un escalier tournant contenu dans une tourelle extérieure accolé au flanc nord de la base."

 

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Église Saint-Clet de Cléden-Cap-Sizun. Photographie lavieb-aile mars 2020.

Église Saint-Clet de Cléden-Cap-Sizun. Photographie lavieb-aile mars 2020.

Église Saint-Clet de Cléden-Cap-Sizun. Photographie lavieb-aile mars 2020.

Église Saint-Clet de Cléden-Cap-Sizun. Photographie lavieb-aile mars 2020.

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[ Le cartouche de droite] contient une vieille inscription dont Daniel Bernard a pu déchiffrer quelques  mots :

-------RECTOR

BENNOS DA DOR

AMEN

Le nom du recteur est complètement effacé. 

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Église Saint-Clet de Cléden-Cap-Sizun. Photographie lavieb-aile mars 2020.

Église Saint-Clet de Cléden-Cap-Sizun. Photographie lavieb-aile mars 2020.

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Navire n°1. Barque de pêche à trois marins.

La barque est semblable à celles de Notre-Dame de Confort, la poupe convexe et l'arrière droit lui donnant une forme générale en sabot. Le gouvernail est bien visible à la poupe.  Trois marins pêcheurs sont tournés vers nous, les mains au dessus du  du franc-bord tribord ; le patron tient la barre sous son aisselle. Ils sont en action de pêche, ramenant à bord les lignes chargées de poissons, mais ces détails ne sont pas visibles. Le matelot 'avant est vêtu d'un tricot rayé. Les trois sont coiffés de capuches qui forment un triangle avec deux masses rondes sur le coté : les ancêtres des suroîts ?

Il est intéressant de comparer ce bas-relief aux peintures murales de la chapelle Saint-Michel en Plogoff, datant de 1770 environ et montrant une barque de pêche au merlu. Elles sont publiées sur le site amedenosmarins.fr. La barque est au mouillage dans le courant, la mâture a été abattue  et couchée en long, elle dépasse à l'arrière. Chaque pêcheur tient une ligne, et certains ramènent le poisson à bord.. 

 

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Pêche aux merlus : peintures murales (v.1770) de la chapelle Saint-Michel de Plogoff.

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Pêche aux merlus vers 1770. Peinture murale, chapelle Saint-Michel de Plogoff.

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Église Saint-Clet de Cléden-Cap-Sizun. Photographie lavieb-aile mars 2020.

Église Saint-Clet de Cléden-Cap-Sizun. Photographie lavieb-aile mars 2020.

Église Saint-Clet de Cléden-Cap-Sizun. Photographie lavieb-aile mars 2020.

Église Saint-Clet de Cléden-Cap-Sizun. Photographie lavieb-aile mars 2020.

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LE COTÉ SUD .

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"La deuxième porte principale se trouve sur la façade sud et est précédée d’un portail semblable à celui de Saint-Tugen en Primelin. A l’intérieur de celui-ci se trouvent six niches soutenues par un bandeau mouluré de figures monstrueuses : lions accouplés, béliers, dragons, lapins, lézards, personnages au attitudes diverses… Au-dessus de la porte se trouvent deux autres bateaux de pêche sculptés."

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Église Saint-Clet de Cléden-Cap-Sizun. Photographie lavieb-aile mars 2020.

Église Saint-Clet de Cléden-Cap-Sizun. Photographie lavieb-aile mars 2020.

Église Saint-Clet de Cléden-Cap-Sizun. Photographie lavieb-aile mars 2020.

Église Saint-Clet de Cléden-Cap-Sizun. Photographie lavieb-aile mars 2020.

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LE PORCHE SUD : EXTÉRIEUR.

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"Ce qu'il y a de plus remarquable dans cette église, c'est le porche Midi. L'arcade principale a un petit tympan découpé à jour et est entourée de moulures et de feuilles sculptées. Un premier rampant appliqué, garni de crossettes, s'appuie sur deux anges cariatides qui déploient des banderolles où l'on lit : AVE MARIA — PAX VOBIS . Un second rampant ajouré en balustrade couronne le fronton sur lequel sont sculptés deux bateaux avec leurs mâts et leurs équipages. Les contreforts qui appuient les angles sont garnis de six niches et surmontés de clochetons, tout cela décoré, fouillé, dentelé avec un luxe extrême, à faire croire que le granit est friable et qu'il s'est laissé orner et découper sans opposer de résistance au ciseau du sculpteur."(D. Bernard)

 

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Église Saint-Clet de Cléden-Cap-Sizun. Photographie lavieb-aile mars 2020.

Église Saint-Clet de Cléden-Cap-Sizun. Photographie lavieb-aile mars 2020.

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Le cadran solaire de 1716.

Inventaire SAF n° 2902801-1.

​​​​​​C'est un cadran  méridional, circulaire, gravé sur ardoise, aux lignes chiffrées dans la couronne, doté d'un style moderne linéaire, étoilé. Le décor est un cheval fougueux (oreilles pointées), ce qui pourrait se référer aux deux noms locaux signifiant "tête de cheval", soit à Penmarc'h, soit au pays bigouden nommé Cap Caval (Caput caballi). Mais le Cap Sizun n'appartient pas au Cap Caval.

 

http://michel.lalos.free.fr/cadrans_solaires/autres_depts/finistere/cs_finistere_quimper.php

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Église Saint-Clet de Cléden-Cap-Sizun. Photographie lavieb-aile mars 2020.

Église Saint-Clet de Cléden-Cap-Sizun. Photographie lavieb-aile mars 2020.

Église Saint-Clet de Cléden-Cap-Sizun. Photographie lavieb-aile mars 2020.

Église Saint-Clet de Cléden-Cap-Sizun. Photographie lavieb-aile mars 2020.

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Au dessus du cadran, deux éléments sculptés font saillie. Faut-il y voir des poissons et des hameçons ?

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Église Saint-Clet de Cléden-Cap-Sizun. Photographie lavieb-aile mars 2020.

Église Saint-Clet de Cléden-Cap-Sizun. Photographie lavieb-aile mars 2020.

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Navire n° 2 : carvelle à 3 mâts.

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Le navire est doté d'un château-avant, d'une proue fortement défendue et plongée, et d'un château arrière. Les clins ne sont pas représentés, hormis un redan sous le franc-bord. Alors que l'arrière est fin est convexe, la quille se prolonge assez loin en arrière pour supporter  l'étambot, à peine oblique, et le gouvernail.

Trois mâts sont sculptés, dans un raccourci accentué, et ils sont coiffés d'un nid-de-pie. Les haubans sont représentés, de même qu'une vergue pour le mât arrière (d'artimon).

C'est donc un bâtiment d'assez fort tonnage, destiné au commerce atlantique (Portugal, Espagne, Bordeaux, Angleterre, Flandre).

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Église Saint-Clet de Cléden-Cap-Sizun. Photographie lavieb-aile mars 2020.

Église Saint-Clet de Cléden-Cap-Sizun. Photographie lavieb-aile mars 2020.

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Navire n° 3 : carvelle à 3 mâts.

 

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Église Saint-Clet de Cléden-Cap-Sizun. Photographie lavieb-aile mars 2020.

Église Saint-Clet de Cléden-Cap-Sizun. Photographie lavieb-aile mars 2020.

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Les deux anges aux phylactères (AVE MARIA — PAX VOBIS).

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Église Saint-Clet de Cléden-Cap-Sizun. Photographie lavieb-aile mars 2020.

Église Saint-Clet de Cléden-Cap-Sizun. Photographie lavieb-aile mars 2020.

Église Saint-Clet de Cléden-Cap-Sizun. Photographie lavieb-aile mars 2020.

Église Saint-Clet de Cléden-Cap-Sizun. Photographie lavieb-aile mars 2020.

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LE PORCHE SUD : INTÉRIEUR.

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"A l'intérieur du porche, six autres niches sont soutenues par un bandeau paré de monstres bizarres: lions accouplés, bélier, dragons,-lapins, lézards, bonshommes de toutes sortes aux physionomies et positions les plus fantaisistes. La voûte du porche est en pierre, la clef est à écusson dont les armes sont effacées . Au-dessus de la jolie porte d'entrée de l'église voguent encore quelques barques de pêche. " (D. Bernard)

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Église Saint-Clet de Cléden-Cap-Sizun. Photographie lavieb-aile mars 2020.

Église Saint-Clet de Cléden-Cap-Sizun. Photographie lavieb-aile mars 2020.

Église Saint-Clet de Cléden-Cap-Sizun. Photographie lavieb-aile mars 2020.

Église Saint-Clet de Cléden-Cap-Sizun. Photographie lavieb-aile mars 2020.

Église Saint-Clet de Cléden-Cap-Sizun. Photographie lavieb-aile mars 2020.

Église Saint-Clet de Cléden-Cap-Sizun. Photographie lavieb-aile mars 2020.

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Navire n°4. Barque de pêche à 4 marins.

Trois au moins des matelots nous font face, comme sur la barque n°1, et nous pouvons penser qu'ils sont en train de pêcher, même si leurs mains ne sont pas représentés.

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Église Saint-Clet de Cléden-Cap-Sizun. Photographie lavieb-aile mars 2020.

Église Saint-Clet de Cléden-Cap-Sizun. Photographie lavieb-aile mars 2020.

Église Saint-Clet de Cléden-Cap-Sizun. Photographie lavieb-aile mars 2020.

Église Saint-Clet de Cléden-Cap-Sizun. Photographie lavieb-aile mars 2020.

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Navire n°5. Barque de pêche à 4 marins en action de pêche.

La scène est plus précise : les marins sont encapuchonnés et enveloppés dans d'épais manteaux (en toile huilée probablement). Ils traversent un banc de poisson, et l'homme d'avant hisse sa prise au bout de la ligne. À l'arrière, l'homme de barre a aussi une belle touche. Les apparaux sont rangés, et le mât, les voiles ferlées et les haubans sont visibles à l'arrière.

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Église Saint-Clet de Cléden-Cap-Sizun. Photographie lavieb-aile mars 2020.

Église Saint-Clet de Cléden-Cap-Sizun. Photographie lavieb-aile mars 2020.

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Les niches prévues pour recevoir les Apôtres (mais seulement trois de chaque coté) sont vides. Elles dominent une corniche.

Église Saint-Clet de Cléden-Cap-Sizun. Photographie lavieb-aile mars 2020.

Église Saint-Clet de Cléden-Cap-Sizun. Photographie lavieb-aile mars 2020.

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À gauche, un couple enlacé, un lapin et une feuille.

Au centre, un ange chasse avec son bâton un dragon.

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Église Saint-Clet de Cléden-Cap-Sizun. Photographie lavieb-aile mars 2020.

Église Saint-Clet de Cléden-Cap-Sizun. Photographie lavieb-aile mars 2020.

Église Saint-Clet de Cléden-Cap-Sizun. Photographie lavieb-aile mars 2020.

Église Saint-Clet de Cléden-Cap-Sizun. Photographie lavieb-aile mars 2020.

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À droite, trois animaux (dont un bélier ?) ; le dernier, à longues oreilles, mord à pleine gueule la colonne.

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Église Saint-Clet de Cléden-Cap-Sizun. Photographie lavieb-aile mars 2020.

Église Saint-Clet de Cléden-Cap-Sizun. Photographie lavieb-aile mars 2020.

Église Saint-Clet de Cléden-Cap-Sizun. Photographie lavieb-aile mars 2020.

Église Saint-Clet de Cléden-Cap-Sizun. Photographie lavieb-aile mars 2020.

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Les trois niches vides du coté ouest.

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Église Saint-Clet de Cléden-Cap-Sizun. Photographie lavieb-aile mars 2020.

Église Saint-Clet de Cléden-Cap-Sizun. Photographie lavieb-aile mars 2020.

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Après l'animal mordant la colonne, voici deux animaux (lions ?) affrontés contre un écu effacé.

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Église Saint-Clet de Cléden-Cap-Sizun. Photographie lavieb-aile mars 2020.

Église Saint-Clet de Cléden-Cap-Sizun. Photographie lavieb-aile mars 2020.

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Un homme richement habillé et coiffé (seigneur ? marchand?) est encadré par deux lions.

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Église Saint-Clet de Cléden-Cap-Sizun. Photographie lavieb-aile mars 2020.

Église Saint-Clet de Cléden-Cap-Sizun. Photographie lavieb-aile mars 2020.

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Un ange, une feuille, puis un animal tendance cochon.

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Église Saint-Clet de Cléden-Cap-Sizun. Photographie lavieb-aile mars 2020.

Église Saint-Clet de Cléden-Cap-Sizun. Photographie lavieb-aile mars 2020.

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Un lion bien identifiable.

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Église Saint-Clet de Cléden-Cap-Sizun. Photographie lavieb-aile mars 2020.

Église Saint-Clet de Cléden-Cap-Sizun. Photographie lavieb-aile mars 2020.

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... et un être hybride tête en bas.

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Église Saint-Clet de Cléden-Cap-Sizun. Photographie lavieb-aile mars 2020.

Église Saint-Clet de Cléden-Cap-Sizun. Photographie lavieb-aile mars 2020.

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À la croisée des nervures, un ange présente un blason, muet.

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Église Saint-Clet de Cléden-Cap-Sizun. Photographie lavieb-aile mars 2020.

Église Saint-Clet de Cléden-Cap-Sizun. Photographie lavieb-aile mars 2020.

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LE PIGNON DE LA LUCARNE SUD.

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Deux contreforts reçoivent deux pinacles à clochetons à crochets, dont les bases servent de départ à une accolade à chou frisé. De part et d'autre du fleuron, deux navires sont sculptés.

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Église Saint-Clet de Cléden-Cap-Sizun. Photographie lavieb-aile mars 2020.

Église Saint-Clet de Cléden-Cap-Sizun. Photographie lavieb-aile mars 2020.

Église Saint-Clet de Cléden-Cap-Sizun. Photographie lavieb-aile mars 2020.

Église Saint-Clet de Cléden-Cap-Sizun. Photographie lavieb-aile mars 2020.

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Navire n° 6. Barque de pêche à trois marins.

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Église Saint-Clet de Cléden-Cap-Sizun. Photographie lavieb-aile mars 2020.

Église Saint-Clet de Cléden-Cap-Sizun. Photographie lavieb-aile mars 2020.

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Navire n°7. Barque de pêche à trois marins.

La forme "en sabot" de la barque n°1 est retrouvée à nouveau. Malgré l'érosion, on devine trois matelots. L'élément remarquable est la ligne qui part de l'étrave, mais qui revient en arrière, au lieu d'être tendue comme une ligne de mouillage. Imaginons qu'un beau merlu y est accroché.

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Église Saint-Clet de Cléden-Cap-Sizun. Photographie lavieb-aile mars 2020.

Église Saint-Clet de Cléden-Cap-Sizun. Photographie lavieb-aile mars 2020.

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LE CHEVET.

"L'abside, de forme hexagonale, un peu courte, flanquée de deux sacristies, porte à l'extérieur cette inscription : FAIT EN LAN 1751. Contre le mur extérieur se dressent trois statues de granit de grandeur naturelle : au centre, dans une niche, saint Clet avec la tiare ; à ses cotés sur des contreforts d'angle, saint Pierre avec sa clef, et saint Paul armé d'une longue épée." (Daniel Bernard)

 

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Église Saint-Clet de Cléden-Cap-Sizun. Photographie lavieb-aile mars 2020.

Église Saint-Clet de Cléden-Cap-Sizun. Photographie lavieb-aile mars 2020.

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Saint Clet en pape.

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Église Saint-Clet de Cléden-Cap-Sizun. Photographie lavieb-aile mars 2020.

Église Saint-Clet de Cléden-Cap-Sizun. Photographie lavieb-aile mars 2020.

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Saint Pierre.

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Église Saint-Clet de Cléden-Cap-Sizun. Photographie lavieb-aile mars 2020.

Église Saint-Clet de Cléden-Cap-Sizun. Photographie lavieb-aile mars 2020.

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Saint Paul et l'épée de sa décapitation.

De l'avantage d'être citoyen romain : on finit décapité et non crucifié.

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Église Saint-Clet de Cléden-Cap-Sizun. Photographie lavieb-aile mars 2020.

Église Saint-Clet de Cléden-Cap-Sizun. Photographie lavieb-aile mars 2020.

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Kézako ?

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Église Saint-Clet de Cléden-Cap-Sizun. Photographie lavieb-aile mars 2020.

Église Saint-Clet de Cléden-Cap-Sizun. Photographie lavieb-aile mars 2020.

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Le bon abbé Bocou (1656-1660)

Est-ce bien lui ? En manteau de chœur (rochet), surplis, soutane, large rabat,  aumusse au bras gauche, c'est ici un chanoine.

"Au sommet d'un contrefort, entre ce magnifique porche cet la sacristie, est représenté un prêtre en surplis et chape, qu'on dit être l'abbé Bocou, ancien recteur." (D. Bernard)

 

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Église Saint-Clet de Cléden-Cap-Sizun. Photographie lavieb-aile mars 2020.

Église Saint-Clet de Cléden-Cap-Sizun. Photographie lavieb-aile mars 2020.

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LE CLOCHER.

Le rayonnement des tours de la façade occidentale de la cathédrale de Quimper.

Les tours de Saint-Corentin, prises isolément, servirent de modèles et de référence  aux constructeurs du diocèse jusqu'à la fin du XVIe, soit pendant plus de 150 ans, au point de marquer profondément de leurs silhouettes, jusqu'à aujourd'hui, les paysages finistériens à  Locronan, Notre-Dame-de-Roscudon à Pont-Croix, Notre-Dame de Quimperlé, en l'église de Saint-Guénolé, l'église Saint-Nonna de Tréoultré à Penmarc'h, la chapelle Saint-Herbot à Plonévez-du-Faou, à Saint-Trémeur de Carhaix, ... Deux édifices mis en chantier dans le deuxième tiers du XVIe siècle se rattachent encore à la production de l'atelier de Saint-Herbot : la chapelle Saint-Tugen en Primelin commencée vers 1530, et la tour de l'église Saint-Herlé (1548) de Ploaré en Douarnenez.

   "Une version modeste du parti quimpérois est mis en œuvre dans deux églises du Cap Sizun, à Beuzec (1554) et à Cléden (1561). Dans les deux cas, la tour est aveugle, (sauf sur la face est à Beuzec), le décor étant concentré au registre  des deux galeries superposées ; la première — avec un encorbellement plus marqué à Cléden — , cantonnée par des pinacles d'angle, s'ouvre sur chaque face par quatre baies en anse de panier, et non plus tréflées, au dessus  d'une balustrade à quadrilobes ; la seconde, cantonnée de clochetons octogonaux, a sa balustrade ajourée de soufflets. Sur la plateforme s'élève la base octogonale de la flèche. Celle-ci a des arêtes ornées de crochets, ses pans sont ajourés de quatrefeuilles, et ses faces ouest, nord est et sud sont percées de hautes lucarnes amorties par des gables." (Philippe Bonnet 2013)

Description par Daniel Bernard :

 

"Le clocher, du XVIe siècle, auquel on accède par un escalier tournant contenu dans une tourelle extérieure accolée au flanc Nord de la base, est de construction très curieuse : on a voulu y imiter le clocher de Pont-Croix : au dessus d'une première galerie en quatrefeuilles est une galerie à baies allongées, entourant la chambre des cloches ; puis vient une autre balustrade flamboyante d'où s'élance une flèche puissante, admirablement proportionnée, accompagnée de quatre beaux clochetons gothiques.. Le clocher a été réparé en 1799 et consolidé en 1878.

Sur l'arête sud du pignon qui supporte le clocher, il existe une cheminée qui devait correspondre à un foyer placé au bas de l'église, comme on en voit encore à Saint-Tugen [Primelin] et dans plusieurs autres églises de la région. La destination de ces foyers est toujours controversée."

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Les cloches de Saint-Clet en Cléden-Cap-Sizun.

"Les deux cloches actuelles ont été placées en 1868. La plus grande porte l'inscription suivante:  JACQUES YVON. PARRAIN: JACQUES DONNART. MARRAINE: YVONNE PENNAMEN. 1868. DON DES PAROISSIENS.

Sur la petite on lit:  GUILLAUME ANNE. PARRAIN: JEAN-GUILLAUME DONNART.  MARRAINE: ANNE COQUET. M. NICOL, RECTEUR. JEAN DONNAT, MAIRE. CLET PELLERIN, TRÉSORIER. JEAN, FONDEUR A QUIMPER. 1868.

Les deux cloches qui ont précédé celles-ci pesaient, l'une 35.0 kilos , l'autre 200 kilos. La plus grande fut descendue pendant la Révolution et transportée à Brest pour être fondue. En 1785, René Le Bis, fabrique de l'église paroissiale, fit remarquer au général, ou corps politique, que les cloches avaient besoin de réparations « en boisage et ferraille ». Les délibérants lui donnèrent pouvoir pour les faire. descendre et les faire raccommoder par des ouvriers de son choix. Trois ans plus tard, le recteur Gloaguen bénit une nouvelle cloche. Il relate le fait en ces termes: « Le 24 juin 1788, j'ai fait par permission de Monseigneur Conen de Saint-Luc, Evêque de Quimper, la bénédiction d'une cloche sous l'invocation de saint Jean-Baptiste et saint Jacques; laquelle cloche est destinée principalement à servir de timbre à l'horloge de l'église paroissiale. Elle pèse 342 livres. »" (Daniel Bernard)

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Église Saint-Clet de Cléden-Cap-Sizun. Photographie lavieb-aile mars 2020.

Église Saint-Clet de Cléden-Cap-Sizun. Photographie lavieb-aile mars 2020.

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Gargouille de la galerie.

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Église Saint-Clet de Cléden-Cap-Sizun. Photographie lavieb-aile mars 2020.

Église Saint-Clet de Cléden-Cap-Sizun. Photographie lavieb-aile mars 2020.

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Crossette du rampant nord du gable : un lion (macrocéphale !) les pattes antérieures posées sur une petite tête.

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Église Saint-Clet de Cléden-Cap-Sizun. Photographie lavieb-aile mars 2020.

Église Saint-Clet de Cléden-Cap-Sizun. Photographie lavieb-aile mars 2020.

Église Saint-Clet de Cléden-Cap-Sizun. Photographie lavieb-aile mars 2020.

Église Saint-Clet de Cléden-Cap-Sizun. Photographie lavieb-aile mars 2020.

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ANNEXE. L'ARTICLE DE DANIEL BERNARD EN 1950-1951 POUR LA SAF.

(retranscription personnelle, des fautes sont possibles : on se reportera à l'original).

Les dangers de la navigation.

Boë an aon, « la baie de l'aven, de la rivière » est devenu par agglutination Boë an anaon, « la Baie des Trépassés ». Il n'en reste pas moins que le Raz de Sein est l'endroit le plus dangereux au monde, d'où le dicton :

Den n'en deuz tremenet ar Ras

Hep n'en defe bet aon pe c'hlaz.

« Jamais personne n'a passé le Raz

Sans avoir eu ou peur ou mal.

"LES PECHERIES ET LES SECHERIES DU CAP-SIZUN AU XVIe SIECLE

Le seizième siècle jusqu'aux désordres de la Ligue fut une période de prospérité extraordinaire pour toute la Basse-Cornouaille. Les populations riveraines de la mer, en particulier, parvinrent à une aisance remarquable grâce au développement intensif des pêcheries et des sécheries.

En Cornouaille, les centres de ces industries se trouvaient dans la région de Doélan, dans le Cap-Caval et dans le Cap-Sizun. La sécherie de Poulgoazec, près Audierne, est connue depuis le XIVe siècle; celle. de Feunteun-Od, en Plogoff, dite sécherie du Duc, fonctionnait au XVe siècle et devait annuellement au seigneur de Tyvarlen (Landudec) une redevance de quinze livres, quinze sous. A la fin de ce siècle, 1es sécherie;s de Cornouaille étaient affermées 4.500 livres tournois et 400 réaux. A Ja même époque, les pêcheurs de six paroisses du Cap-Sizun Cleden, Esquibien, Plogoff, Primelin, Goulien et Beuzec, versèrent au trésor ducal ,la somme de 267 livres, 10 sous par an. Cet impôt suppose évidemment un revenu considérable. Les seigneurs possédant des terres dans la même région exigeaient souvent, en guise de redevances, des merlus secs ou de l'huile de lieu: ainsi, les tenanciers de Kerhas, en Primelin, devaient 18 merlus secs au seigneur de Lezurec; les huit domaniers de Lamboban, en Cleden, devaient fournir 20 merlus secs, une pinte d'huile, les 2/ 3 d'une pinte, une chopine et le quart d'une livre d'huile, au seigneur de Trémenec. Cette huile était extraite du lieu et servait à l'éclairage, d'où son nom vulgaire de goulou malaouen. On la versait dans un petit creuset dont l'une des parois était allongée en forme de bec; la mèche était constituée par une moelle de sureau ou une torsade d'étoupe. L'appareil était suspendu à un clou au moyen d'une petite chaîne fixée à une sorte de potence rivée aux deux ,côtés du creuset. Ces mêmes domaniers de Lamboban devaient ,encore au propriétaire de leurs fonds une fourniture bizarre: neuf « poillctes à mer ». Nous pensons qu'il s'agit de tiges filetées destinées à être adaptées au fuseau de quenouille. Ces objets étaient probablement fabriqués par Jacques Poulhazan, maître armurier dans ce village au début du XVIIe siècle.

 

Les pêcheries et les sécheries du Cap-Sizun étaient comprises dans l'apanage des comtes de Penthièvre, issus de Ducs de Bretagne. Après des vicissitudes diverses, les dépendances de cet apanage furent rendues au comte de Penthièvre en 1536. Il se préoccupa aussitôt de faire faire un recensement minutieux de tous ses droits, y compris les pêcheries et sécheries du Cap-Sizun. Ses délégués, après avoir obtenu de la Chambre des Comptes de Bretagne des copies des anciens actes et des anciens comptes qui justifiaient des redevances dues par les pêcheurs, se rendent dans les divers endroits de la Bretagne, pour prendre possession, au nom du comte, des nombreux membres de l'apanage. Cette opération donna lieu à l'établissement d'un volumineux procès-verbal sur vélin qui est conservé aujourd'hui, ainsi que de nombreux documents annexes, aux Archives Départementales des Côtes-du-Nord, dans le riche fonds de Penthièvre. Les renseignements qui suivent sont extraits de ces dossiers. Rendus à Audierne en 1547, les délégataires firent comparaître devant eux tous les maîtres de barque des six paroisses du Cap-Sizun « qui nommèrent fidèlement et sans fraude, tous leurs compaignons et paiges (mousses) par noms et surnoms et ceux de leurs demeurances ». Les listes dressées à ce propos nous indiquent le nombre de bateaux par paroisse et la composition de leurs équipages.

Voici la statistique produite par ce dénombrement:  à Cleden : 24 bateaux et maîtres d'équipages, 215 compagnons, 131 mousses.

 

La population des six paroisses était alors beaucoup moins dense que de nos jours: on peut l'évaluer approximativement à 8.000. Les 1.400 individus se livrant à la pêche représentent donc 17,5 % du nombre total des habitants. En examinant la liste par viIlage de la paroisse de Cleden, on peut remarquer que des familles entières s'adonnaient à la pêche. Le règlement imposé par les mandataires du comte de Penthièvre spécifiait que les maîtres de barques ne pourraient « admettre en leurs bateaux que quatre pages pour ceux auxquels il n'y aura que neuf à douze compagnons; que cinq pages aux bateaux de douze à seize compagnons, et six pages aux bateaux de dix-huit à vingt compagnons ». En réalité, nous avons constaté que ces prescriptions n'étaient pas observées. Les équipages des bateaux du Cap-Sizun comprenaient en moyenne 9 compagnons et 5 mousses. A parti.r de 1547, les redevances dues par les pêcheurs furent fixées à 30 sous pour les maîtres de barques et les compagnons, et à 12 sous, 6 deniers, pour les mousses, après la première année. Auparavant, les maîtres et les compagnons devaient payer annuellement 60 sous et les mousses 25 sous. Cette diminution marque-t-elle une décroissance dans le produit de la Pêche? Nous ne saurions le dire.

Trois sortes de poissons faisaient particulièrement l'objet de la pêche: le congre, le merlus et le lieu. La capture était faite à la ligne, ce qui explique la nécessité d'un personnel nombreux. Les cargaisons étaient débarquées au moyen de petits canots dans les criques situées sur tout le pourtour de la presqu'île. On les hissait ensuite sur les falaises où s'opérait le séchage à l'air libre, dans des endroits appropriés. Les femmes et les enfants surtout étaient occupés à cette besogne. H. Le Carguet, clans un article sur La morue du Raz de Fontenoy, inséré dans le Bulletin de la Société archéologique du Finistère en 1910, a raconté, d'après des traditions recueillies principalement à Plogoff, comment se faisait le séchage des poissons. Selon lui, les merlus et. les lieux étaient étendus après désarêtage, sur les gaIets et les roches. Quant aux congres, on les suspendait à des traverses posées sur des chevalets. La préparation terminée, les stocks étaient transportés à Audierne pour être exportés.

 

D'après les fermiers du droit de pêcherie, au milieu du XVIe siècle, chaque bateau prenait chaque année trois ou quatre cents merlus qui se vendaient communément de 40 à 45 livres monnaie la pipe de 400 poissons. Pour les 90 bateaux du Cap-Sizun, l'apport était donc de 27 à 36.000, soit une moyenne de 31.500. Ce total représente. en chiffres ronds, 80 pipes, dont la valeur globale atteignait la somme de 3.200 à 3.600 livres annuellement. La part de chaque bateau était de 35 à 40 livres. Nous ignorons de quelle manière s'opérait la répartition entre les membres de l'équipage.

La modicité de la somme revenant à chaque bateau ne doit pas faire illusion: "il faut se souvenir que la livre, au milieu du XVIe siècle, valait au moins 25 à 30 francs de notre monnaie d'avant la guerre de 1914. Essayer d'en évaluer l'équivalence en monnaie actuelle serait une vraie chimère!

La campagne de pêche ne durait que trois mois et demi à quatre mois, pendant les huit autres mois de l'année, les capitaines frétaient leurs navires avec leurs équipages aux négociants pour le transport de marchandises. Ils se rendaient ainsi à Bordeaux et à La Rochelle, en Angleterre et en Flandre et dans les ports de la Normandie, de la Picardie et des côtes de Bretagne. Cette navigation leur rapportait, selon un document du temps « de gros loyers à grosse estimation ». De plus, ajoute le même document dans l'intervalle des voyages, les équipages « ont grands labourages fertilz de quoy ilz ont 1a plurpart de leurs victuailles et pourvisions et ne poyent nulz fouages ».

Ainsi les habitants du Cap-Sizun étaient à cette époque tantôt pêcheurs, tantôt marins de commerce et tantôt cultivateurs. Cette diversité de profession les rapproche beaucoup des modernes pêcheurs-laboureurs de quelques villages du pays.

Les fermiers du droit de pêcherie affirment, sans doute avec un peu d'exagération, qu'il sortait du port d'Audierne, à chaque marée « vingt navires grands à husne, vingt autres petits navires et cent escaffes et bateaux pour suyvir le trafficque de martchandise à vandange et autre ; quels navires, escaffes et bateaux et leurs marchandises, scavoir: poesson, olones, bledz, suyffis, toeI1es, bestes, or et argent, pour chercher les d. navires, valent plus de quatre vingt mille livres, pour lestandue de sept ou ouict parroesses et est ledit terrouer le plus riche des terrouers de toute la Basse Bretagne en l'oree de la mer ».

Cette activité commerciale fut cependant contrariée à diverses époques par les guerres et les pirates de la mer. En 1509, les pêcheurs cessèrent de sortir par crainte des ennemis et les fermiers ne purent lever les droits. En 1594, Guillaume Huet, sieur de la Villerouault, la malheureuse victime de La Fontenelle à Pont-Croix en 1595, avait pris à ferme les droits de pêcheries et de sécheries du Cap-Sizun. Les fermiers généraux durent renoncer à toute recherche, sa succession ayant été déclarée en « abandonnement ». Ils se retournèrent alors vers les pêcheurs. Le 16 septembre 1597, un accord fut conclu entre les délégués des six paroisses du Cap-Sizun et le receveur du comte de Penthièvre, par lequel les pêcheurs acceptèrent de verser une somme de 400 livres à répartir dans les conditions suivantes: Esquibien 112 livres; Cleden 112 livres; Plogoff 65; Primelin 65; Goulien 75 et Beuzec 50. L'accord fut signé au nom des Capistes par Alain de Clisson, Saludem, Rospiec , Claude Autret, Kerguelen et Rospiec.

La pêche et la navigation reprirent cependant un peu d'activité après la Ligue. Au début du XVIIe siècle, plusieurs bateaux se rendirent au banc de Terre-Neuve pour pêcher la morue, mais au retour, deux ou trois furent pris par les Rochellois, et les autres cessèrent de traverser l'Atlantique.

L'ère si florissante de la grande pêche et de la grande navigation était désormais close. Cependant des marins de l'île de Sein et de Plogoff se livraient encore, au commencement du XVIIIe siècle, à la capture du congre, si nous en croyons un document de la Chambre de commerce de Nantes de 1715: « Il se fait dans l'Ile des Saints et Bec du Raz, dans la commune de Plogoff, une pêche de congres que l'on fait sécher avant de les charger pour Bordeaux qui est le lieu où on les envoie ordinairement. Cette pêche se fait à la ligne, et on estime qu'on peut tirer chacun an de ces deux endroits là environ de soixante milliers pesant de ce poisson sec dont le cent pesant a esté vendu cette année 27 livres, et vaut communément 20 et 21 livres. » Le rapport annuel moyen de cette industrie se chiffrait donc à 1.200 livres, ce qui représentait encore un gain très appréciable.

Les navires.

Quel genre de bâtiments servaient aux marins du Cap Sizun pour la pêche et le cabotage? Nous n'avons malheureusement aucune précision à ce sujet. Il a été question plus haut de grands bateaux à hune, de navires plus petits et d'escaffes, sans indications sur leur tonnage. Nous pensons que leur capacité devait être comprise entre 50 et 200 tonneaux ( Antoine Dupuy, dans l'Histoire de la réunion de la Bretagne à la France, t. II, p. 352, dit bien : « en général, les marins bretons n'emploient que des navires de 25 à 250 tonneaux » ), peut-être davantage, si nous envisageons leur prix de revient. Des renseignements très précis nous sont fournis sur la valeur de certains navires, par le testament de sire Claude Pennamen, époux de Jeanne Le Bourdon, de Lesanquel, en Cleden, qui dicta ses dernières volontés le 4 juin 1617. Après. avoir légué 32 sols à l'église paroissiale, 16 sols à chacune des chapelles et 16 sols à l'église de « Monsieur Saint Jacques de Galice », il ordonne d'acheter une chasuble avec son étole pour aider à accroître les ornements, fait don de 20 rases de froment pour l'entretien du luminaire et d'une somme de 16 sols aux prêtres et chapelains de la paroisse pour célébrer un obit chaque année.

Il déclare ensuite qu'il possède « Un douzième du navire où est maître après Dieu siore Yves Kerloc'h de

Kerléau, valant 2.400 livres; un vingtième du navire où est maître après Dieu sire Pierre Evenou, valant 2.259 livres; un vingtième du navire où est maître après Dieu sire Cleden Ourcun, valant 1.900 livres; un dix-huitième de la barque commandée par Simon Floch, valant· 1.950 livres, et qu'il a avancé à sire Allain Le Bourdon la somme de 90 livres pour avoir une portion dans la barque qu'il fait faire à Plogastel » (Plougastel). Ainsi la somme nécessaire à la construction des navires était réunie par actions; les bâtiments devenaient donc une propriété collective. Les fonds étaient probablement fournis, non par les pêcheurs, mais par les marchands ou négociants qui devaient prélever une notable partie des bénéfices. Si nous considérons le montant de chacune des parts de Claude Pennamen, nous voyons que la valeur des navires - construction et armement compris évidemment - s'élevait entre 28.000 et 45.000 livres en chiffres ronds. Ces prix devaient représenter, croyons-nous, un tonnage supérieur à 200 tonneaux. Le Cap-Sizun ne fournissait pas seulement les capitaines et les équipages des bateaux, mais les marchands qui s'établirent à Audierne à la fin du XVIe siècle, en étaient également originaires. Les contribuables qui sont portés pour plus de 40 sous au rôle des fouages d'Audierne en 1616: les Le Gouil, Arhan, Deuffic, Hervichon, Le Priser, Michelet, sont tous venus de la presqu'île. Parmi les 165 imposés on remarque seulement deux ou trois étrangers à la région .

Ainsi, les marchands qui furent les pionniers du développements commercial d'Audierne étaient des Capistes Leurs descendants possédaient, au début du XVIIe siècle des fortunes considérables."

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SOURCES ET LIENS.

— BERNARD (Daniel), 1950 et 1951 , Cléden-Cap-Sizun, Bulletin de la Société archéologique du Finistère LXXVI pages 58-181., tome LXXVII pages 35 à 108. 

https://societe-archeologique.du-finistere.org/bulletin/annee_1950.html

 

— BONNET (Philippe), 2003, Quimper, la cathédrale . "La tour de Saint-Budoc à Beuzec-Cap-Sizun, datée de 1552 sur sa face sud, possède elle-aussi à la base de sa flèche une galerie ajourée à double balustrade imitée de Saint-Corentin de Quimper. à la À l'église voisine Saint-Clet de Cléden-Cap-Sizun, dont la façade ouest portait naguère la date 1561, on retrouve une galerie identique, mais en léger encorbellement, une flèche à hauts gables ajourés et clochetons d'angle ouvragés. "

— BONNET (Philippe), 2013, Saint-Corentin et le développement du style gothique en Bretagne, in Quimper, la grâce d'une cathédrale, ed. La Nuée Bleue, Strasbourg, pages 151-163.

 — DUCOURET (Jean-Pierre), SERRE (Fabien), 1983, Dossier IA00006164 de l'Inventaire Général.

http://patrimoine.bzh/gertrude-diffusion/dossier/eglise-paroissiale-saint-clet-cleden-cap-sizun/dd3b899e-5aac-4d7a-8049-d54b6aad0d35

 

 

 

— LEGRAND (René), 1957 Congrès archéologique de France pp 50-52.

— PETIT PATRIMOINE

https://www.petit-patrimoine.com/fiche-petit-patrimoine.php?id_pp=29028_2

"

L'église paroissiale est placée de l'église, au milieu du bourg. Jusqu'au milieu du 17e siècle elle était dédiée à Saint Cléden. Aujourd'hui c'est à Saint Clet dont la statue figure sur la façade ouest.
Sa construction s'est déroulée en plusieurs époques. Le porche sud, voûté sur croisée d'ogives, et le clocher sont du 16e siècle. Le clocher évoque celui de Pont-Croix avec sa galerie ajourée à 2 balustrades, sa flèche à hauts gables ajourés et ses 4 clochetons d'angle ouvragés. Il a été conforté en 1799 et en 1878.
La façade ouest montre un faux gâble très aigu et date de 1561. Les 6 niches du porche sud sont vides. La porte est en anse de panier.
L'édifice d'aujourd'hui se compose d'une nef de 3 travées avec bas-côtés et d'une travée plus grande avec des chapelles latérales formant un faux transept. Les 4 piliers quadrilobés soutenant ces grandes arcades datent du 14e siècle.

— PEYRON, Paul, ABGRALL, Jean-Marie. 1919 Diocèse de Quimper et de Léon. Notices sur les paroisses. Bulletin diocésain d'Histoire et d'Archéologie. Quimper, 1919.

https://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/499ce3755d44a6635b80b74b1a5aa81c.pdf

 

"Certaines parties de l'église sont de date très ancienne ; dans le chœur on voit deux piles romanes composées de quatre colonnettes, avec chapiteaux cubiques arrondis semblables à ceux de Pont-Croix, et par conséquent remontant au xii6 siècle. Les arcades de l'intérieur, ainsi qu'une grande partie des murs extérieurs, ont dû être refaites dans le cours du XVIII0 siècle ; l'une des piles du  Nord porte la date de 1751, et au-dessus de la porte latérale Nord on lit cette inscription : V : D : M ; A : JANNIC : RR : 1772 La façade Ouest est en bon style flamboyant des premières années du xvie siècle. La porte est encadrée de guirlandes feuillagées, et au dessus sont deux panneaux carrés dont l'un contient une sculpture représentant un bateau de pêche et l'autre une inscription en lettres romaines toute rongée. Le clocher est de construction très curieuse ; on a voulu y imiter en petit le clocher de Pont-Croix ; au-dessus d'une première balustrade en quatrefeuilles est une galerie à baies allongées, entourant la chambre des cloches; puis vient une autre balustrade flamboyante d'où émerge une flèche élégante accompagnée de quatre beaux clochetons gothiques. Mais ce qu'il y a de plus remarquable dans cette église c'est le porche Midi. L'arcade principale a un petit tympan découpé à jour et est entourée de moulures et de feuilles sculptées. Un premier rampant appliqué- garni de crossettes, est porté sur deux anges cariatides qui tiennent des banderoles sur lesquelles on lit : AVE . MARIA et PAX . VOBIS. Un second rampant ajouré en balustrade couronne le fronton sur lequel sont sculptés deux bateaux avec leurs mâts et leur équipage. Les contreforts qui appuient les angles sont garnis de six niches et couronnés de clochetons. A l'intérieur sont six autres niches soutenues par un bandeau formé de monstres bizarres : lions accouplés, bélier, dragons, lapins, lézards, bonshommes de toutes sortes. Le 27 Juin 1635, un procès-verbal est dressé à la demande de Nicolas de Ploeuc, des prééminences auxquelles il a droit dans l'église de Cléden, à cause de sa seigneurie de Kerharo. Il est constaté qu'au milieu du chœur se voit une tombe élevée d'un pied et demi avec « la représentation empreinte d'un gendarme portant sur l'estomac un écusson auquel est gravé la figure d'une rencontre de cerf avec une très ancienne inscription en caractères gothiques : HlC . JACET . ALLANVS . SALVDEM . MILES . DECESSIT , ANNO . DOMINI . 1274 , le parsus de la dite inscription malaisée à lire en raison de son antiquité ». Le même écusson se retrouve à la maîtresse-vitre et aux vitres des chapelles de Sainte-Barbe (côté Nord) et de Sainte-Katerine, et au pignon extérieur des fenêtres des dites chapelles, ainsi qu'au portail des, fonts baptismaux. En 1694, Jean de Tréanna rend aveu pour prééminences qu'il possède dans la chapelle Saint-Michel, au côté Midi de l'église de Cléden (E. 120)."

— SAMSON (Daniel), 1973, Les ex-voto marins de Cornouailles, Bulletin Société archéologique du Finistère pages 385-386.

 

—  TOSCER (C.), 1973, Dossier  de l'Inventaire Général.

http://inventaire-patrimoine.region-bretagne.fr/gertrude-diffusion/public/annexes/IA00006164_01.pdf

 

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Published by jean-yves cordier - dans Gargouilles et crossettes
17 mars 2020 2 17 /03 /mars /2020 20:32

Le calvaire (Roland Doré, 1655 ?) de la chapelle Saint-Vendal de Douarnenez : de nouvelles photos.

 

 

Suite de :

Le calvaire (Roland Doré, 1655) de la chapelle Saint-Vendal de Douarnenez (quartier de Pouldavid).

 

Dans mon article précédent, mes photos avaient été prises en été, sous la frondaison des arbres du placître, ombrant et teintant de vert la pierre du calvaire, une kersantite grise.

J'y retourne à la fin de l'hiver, le 16 mars, alors que les jeunes feuilles sont à peine naissantes. C'est une fin d'après-midi, et le beau soleil qui décline éclaire mieux la face occidentale du calvaire.

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Calvaire (kersantite, Roland Doré, 1655?), chapelle Saint-Vendal. Photo lavieb-aile mars 2020.

Calvaire (kersantite, Roland Doré, 1655?), chapelle Saint-Vendal. Photo lavieb-aile mars 2020.

Calvaire (kersantite, Roland Doré, 1655?), chapelle Saint-Vendal. Photo lavieb-aile mars 2020.

Calvaire (kersantite, Roland Doré, 1655?), chapelle Saint-Vendal. Photo lavieb-aile mars 2020.

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Mon premier souci est d'examiner les quatre faces du socle, certaines en lumière rasante. Je n'y trouve aucune trace de la datation de 1655 (Castel, schéma à l'appui) ou de 1665 (Couffon).

Mon attention se porte ensuite sur l'inscription du fût. Je lis bien "I LE BIAN", comme cela avait été rapporté.

Voici déjà ces photos.

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Calvaire (kersantite, Roland Doré, 1655?), chapelle Saint-Vendal. Photo lavieb-aile mars 2020.

Calvaire (kersantite, Roland Doré, 1655?), chapelle Saint-Vendal. Photo lavieb-aile mars 2020.

Calvaire (kersantite, Roland Doré, 1655?), chapelle Saint-Vendal. Photo lavieb-aile mars 2020.

Calvaire (kersantite, Roland Doré, 1655?), chapelle Saint-Vendal. Photo lavieb-aile mars 2020.

Calvaire (kersantite, Roland Doré, 1655?), chapelle Saint-Vendal. Photo lavieb-aile mars 2020.

Calvaire (kersantite, Roland Doré, 1655?), chapelle Saint-Vendal. Photo lavieb-aile mars 2020.

Calvaire (kersantite, Roland Doré, 1655?), chapelle Saint-Vendal. Photo lavieb-aile mars 2020.

Calvaire (kersantite, Roland Doré, 1655?), chapelle Saint-Vendal. Photo lavieb-aile mars 2020.

Calvaire (kersantite, Roland Doré, 1655?), chapelle Saint-Vendal. Photo lavieb-aile mars 2020.

Calvaire (kersantite, Roland Doré, 1655?), chapelle Saint-Vendal. Photo lavieb-aile mars 2020.

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Ces devoirs accomplis, je me fais plaisir en admirant le kersanton qui blondit sous les caresses du soleil. La face ouest se présente mieux qu'en été.

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Calvaire (kersantite, Roland Doré, 1655?), chapelle Saint-Vendal. Photo lavieb-aile mars 2020.

Calvaire (kersantite, Roland Doré, 1655?), chapelle Saint-Vendal. Photo lavieb-aile mars 2020.

Calvaire (kersantite, Roland Doré, 1655?), chapelle Saint-Vendal. Photo lavieb-aile mars 2020.

Calvaire (kersantite, Roland Doré, 1655?), chapelle Saint-Vendal. Photo lavieb-aile mars 2020.

Calvaire (kersantite, Roland Doré, 1655?), chapelle Saint-Vendal. Photo lavieb-aile mars 2020.

Calvaire (kersantite, Roland Doré, 1655?), chapelle Saint-Vendal. Photo lavieb-aile mars 2020.

Calvaire (kersantite, Roland Doré, 1655?), chapelle Saint-Vendal. Photo lavieb-aile mars 2020.

Calvaire (kersantite, Roland Doré, 1655?), chapelle Saint-Vendal. Photo lavieb-aile mars 2020.

Calvaire (kersantite, Roland Doré, 1655?), chapelle Saint-Vendal. Photo lavieb-aile mars 2020.

Calvaire (kersantite, Roland Doré, 1655?), chapelle Saint-Vendal. Photo lavieb-aile mars 2020.

Calvaire (kersantite, Roland Doré, 1655?), chapelle Saint-Vendal. Photo lavieb-aile mars 2020.

Calvaire (kersantite, Roland Doré, 1655?), chapelle Saint-Vendal. Photo lavieb-aile mars 2020.

Calvaire (kersantite, Roland Doré, 1655?), chapelle Saint-Vendal. Photo lavieb-aile mars 2020.

Calvaire (kersantite, Roland Doré, 1655?), chapelle Saint-Vendal. Photo lavieb-aile mars 2020.

Calvaire (kersantite, Roland Doré, 1655?), chapelle Saint-Vendal. Photo lavieb-aile mars 2020.

Calvaire (kersantite, Roland Doré, 1655?), chapelle Saint-Vendal. Photo lavieb-aile mars 2020.

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Saint Jean.

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Calvaire (kersantite, Roland Doré, 1655?), chapelle Saint-Vendal. Photo lavieb-aile mars 2020.

Calvaire (kersantite, Roland Doré, 1655?), chapelle Saint-Vendal. Photo lavieb-aile mars 2020.

Calvaire (kersantite, Roland Doré, 1655?), chapelle Saint-Vendal. Photo lavieb-aile mars 2020.

Calvaire (kersantite, Roland Doré, 1655?), chapelle Saint-Vendal. Photo lavieb-aile mars 2020.

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Ces dévotions faites, je passe ensuite du coté est, actuellement à l'ombre, car je veux vérifier que la forme visible au pied de "saint Corentin " est bien un poisson. Affirmatif. Cette fois, je le vois, et je le dessine.

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Calvaire (kersantite, Roland Doré, 1655?), chapelle Saint-Vendal. Photo lavieb-aile mars 2020.

Calvaire (kersantite, Roland Doré, 1655?), chapelle Saint-Vendal. Photo lavieb-aile mars 2020.

Calvaire (kersantite, Roland Doré, 1655?), chapelle Saint-Vendal. Photo lavieb-aile mars 2020.

Calvaire (kersantite, Roland Doré, 1655?), chapelle Saint-Vendal. Photo lavieb-aile mars 2020.

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Qu'avais-je d'autre à faire ? Ah oui, photographier la face nord de l'église, à l'ombre lors de ma visite à la méridienne. Incorrigible, je ne peux m'empêcher de photographier les inscriptions, notamment celle de la sacristie qui m'avait échappée.

Je complète ainsi l'article  La chapelle Saint-Vendal (1591-0604) de Douarnenez (quartier de Pouldavid) .

 

 

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Chapelle Saint-Vendal. Photo lavieb-aile mars 2020.

Chapelle Saint-Vendal. Photo lavieb-aile mars 2020.

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J'avais lu sur le bloc de gauche RE: CTOR ou plutôt LE/TOR et sur le bloc de droite : IAC : BERE/GAR :F : 1591, soit "Jacques Beregar, fabricien en 1591".

Le bloc de gauche est en fait brisé, nous n'avons que l'extrémité de l'inscription : HE (ou IE) et, en dessous : TOR.

Le bloc de droite porte bien IAC : BERE/GAR :F : 1591, mais j'apprécie mieux cette fois les fûts perlés, le A à traverse sur l'apex et le E à double demi-cercle.

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Chapelle Saint-Vendal. Photo lavieb-aile mars 2020.

Chapelle Saint-Vendal. Photo lavieb-aile mars 2020.

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Sur l'auvent, mais toujours peu distincte (au XIXe, on ne savait plus l'art des belles lettres lapidaires) : VR ?] FROMENTIN, RECTEUR.

 

Yves ou Yves-Bernard FROMENTIN,  recteur de Pouldergat de 1860 à 1896, originaire de Scaër et né en 1822, succède à Jean LE ROUX.

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Chapelle Saint-Vendal. Photo lavieb-aile mars 2020.

Chapelle Saint-Vendal. Photo lavieb-aile mars 2020.

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Sur la sacristie, l'inscription qui m'avait échappé dit M. QUIDEAU. TRÉR

Le nom est attesté à Pouldergat comme à Pouldavid.

Un QUIDEAU, sans doute le même, est trésorier en 1858 lors de délibération du Conseil municipal de Pouldergat contre la mendicité. En 1864, il est adjoint au maire Mr Gouzil.

Il s'agit d'Yves QUIDEAU, né en 1820, demeurant à Dinaou, bourg de Pouldergat.

Source : Jean-René PERROT :

https://douarou.com/wp-content/uploads/2020/01/Mendicit%C3%A9-Pouldergat-1858.pdf

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Chapelle Saint-Vendal. Photo lavieb-aile mars 2020.

Chapelle Saint-Vendal. Photo lavieb-aile mars 2020.

Chapelle Saint-Vendal. Photo lavieb-aile mars 2020.

Chapelle Saint-Vendal. Photo lavieb-aile mars 2020.

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Sur le chevet :

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Le calvaire de la chapelle Saint-Vendal de Douarnenez : de nouvelles photos.

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J'avais lu et écrit :

IO: BESCO/ND RECT:--

Soit "Joseph Bescond Recteur", suivi peut-être des chiffres 61. le mot RECT est incertain, (peut-être PRET), mais la lecture de René Couffon  "IO. BESCOND. FAB. 1591 (ou 1607 ?)" n'est pas confirmée.

Notez le N rétrograde.

Je ne trouve aucun recteur, aucun prêtre ni même aucun Joseph Bescond à Pouldergat au XVIe ou XVIIe. Vers 1681, selon les archives paroissiales de Pouldergat, Henry Bescond habitait le village de Kervarlé Creis,  Jean Le Bescond celui  de Lannogat et un autre  Jean Le Bescond occupait le village de Botcarn, Jacques Le Bescond celui de Lesneven 

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Aujourd'hui, malgré l'éclairage toujours inadéquat, je peux lire de manière fiable : IO : BESCOND : FAB : 1561.

Si cette date était confirmée par mes pairs, cela remettrait en question la datation de la chapelle en en avançant le début de 30 ans...

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Chapelle Saint-Vendal. Photo lavieb-aile mars 2020.

Chapelle Saint-Vendal. Photo lavieb-aile mars 2020.

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Puisque je passe devant l'élévation sud, je reprends les vues des inscriptions de la porte. Rien de nouveau.

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Chapelle Saint-Vendal. Photo lavieb-aile mars 2020.

Chapelle Saint-Vendal. Photo lavieb-aile mars 2020.

Chapelle Saint-Vendal. Photo lavieb-aile mars 2020.

Chapelle Saint-Vendal. Photo lavieb-aile mars 2020.

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Avant de partir, je veux revoir la pierre du pilier droit de l'entrée du placître. Il m'apparaît qu'elle a été posée à l'envers. Elle associe deux lignes, la première en lettres de grande taille. Je peux distinguer avec une quasi certitude la première lettre H suivie de deux-points, et la fin de cette ligne -RRE:T. Puis, sur la ligne suivante, FABR. C'est le nom d'un fabricien, ça c'est sûr. Et qui restera anonyme, même si c'était peut-être un LE BERRE.

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Chapelle Saint-Vendal. Photo lavieb-aile mars 2020.

Chapelle Saint-Vendal. Photo lavieb-aile mars 2020.

Chapelle Saint-Vendal. Photo lavieb-aile mars 2020.

Chapelle Saint-Vendal. Photo lavieb-aile mars 2020.

Chapelle Saint-Vendal. Photo lavieb-aile mars 2020.

Chapelle Saint-Vendal. Photo lavieb-aile mars 2020.

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Il est 18h 45. Le soleil va disparaître derrière la colline. C'est l'heure poignante : un dernier cliché.

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Calvaire (kersantite, Roland Doré, 1555?), chapelle Saint-Vendal. Photo lavieb-aile mars 2020.

Calvaire (kersantite, Roland Doré, 1555?), chapelle Saint-Vendal. Photo lavieb-aile mars 2020.

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Published by jean-yves cordier - dans Calvaires Chapelles bretonnes. Inscriptions
17 mars 2020 2 17 /03 /mars /2020 17:25

...

Les hommes avaient perdu le goût
De vivre, et se foutaient de tout
Leurs mères, leurs frangins, leurs nanas
Pour eux c´était qu´du cinéma
Le ciel redevenait sauvage,
Le béton bouffait l´paysage... d'alors

Les loups regardent vers Paris.
Et v´là qu´il fit un rude hiver
Cent congestions en fait divers
Volets clos, on claquait des dents
Même dans les beaux arrondissements
Et personne n´osait plus le soir
Affronter la neige des boulevards... alors
Des loups ououh! ououououh!
Des loups sont entrés dans Paris
..
Dans ce foutu pays de France
Jusqu´à c´que les hommes aient retrouvé
L´amour et la fraternité.... alors
...
J´aime ton rire, charmante Elvire
Les loups sont sortis de Paris
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Published by jean-yves cordier
17 mars 2020 2 17 /03 /mars /2020 11:22

J'ai prononcé, en 2009, les vœux suivants : butiner Beauté, et envoyer mes pots de miels à tous ceux qui en voudraient.

C'est ainsi que je me suis imposé une sévère et toute monastique réclusion.

Rien ne change donc, et mes ruches sont fructueuses, car Beauté n'est pas un amour de loing. Tant s'en faut : elle est toute proche pour ceux qui la courtisent...

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Alors, j'emprunte cette image à Alexane Trubert : ôter l'auréole, et vous avez mon autoportrait.

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Bibliothèque et archives du château de Chantilly, ms. 14 (1353)

Bibliothèque et archives du château de Chantilly, ms. 14 (1353)

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Published by jean-yves cordier
15 mars 2020 7 15 /03 /mars /2020 22:48

Les sablières (vers 1555) de l'église Sainte-Pitère de Le Tréhou . II. La scène de labour. Chapelle latérale sud.

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Voir sur l'église de Le Tréhou :

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—Sur  les sablières bretonnes : 

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Chapelle latérale sud de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou (29). Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Chapelle latérale sud de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou (29). Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Parmi les sept sablières sculptées de l'église Sainte-Pitère du Tréhou, datant de 1555 environ, se trouve, dans la chapelle latérale sud, en face du retable, une pièce de bois représentant une scène de labour.

Cette dernière nécessite d'être montrée (c'est mon premier but), d'être décrite et analysée (mon deuxième but) avant d'être interprétée ou même comprise. Mais dans cette triple démarche, il est nécessaire de savoir que quatre scènes similaires, mais non identiques, ont été sculptées vers la même époque sur les sablières de Sainte-Marie-du Ménez-Hom,  Bodilis, La Roche-Maurice, La Martyre et Pleyben. Les six paroisses se placent sur une ligne nord-sud de 60 km dans le Léon et la Cornouaille. 

Dans cette paroisse qui doit sa richesse au commerce de la toile de lin, il serait logique d'y voir une expression du désir des habitants de témoigner de leur activité agricole. Cela va s'avérer plus compliqué.

La scène elle même est encadrée à sa gauche par  un masque de profil avec des tiges de fleurs et feuillages partant de sa bouche, puis un blochet (un ange présentant un phylactère muet). À sa droite, elle se termine contre un blochet d'angle représentant saint Augustin évêque d'Hippone. Je pars du postulat que ces éléments restent étrangers  à cette scène du labour et je ne m'y attarde pas.

Voici la vue générale des deux pièces de bois de la sablière S1 :

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Sablière S1, mur ouest de la chapelle latérale sud de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou (29). Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Sablière S1, mur ouest de la chapelle latérale sud de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou (29). Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Sablière S1, mur ouest de la chapelle latérale sud de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou (29). Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Sablière S1, mur ouest de la chapelle latérale sud de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou (29). Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Le semeur.

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A gauche, contre le blochet, un homme — un paysan — se tient de face, bras écartés. La main droite est posée sur un sac aussi haut que lui, et la main gauche tient un panier muni d'une barre servant de poignée.

Sophie  Duhem y voit "un paysan [qui] sème des graines au Tréhou, derrière la charrue qu'entraîne le laboureur" (Duhem p.238) mais je ne retrouve pas ici le geste du semeur. 

Il est vêtu d'une tunique ou veste (chupenn) rouge plissée sous la ceinture de cuir et de chausses blanches; ses cheveux sont serrés par un bandeau (ou recouverts d'un bonnet court).

Faut-il l'intégrer à la scène du labour ? Sans-doute.

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Le geste du semeur de lin est présenté à Quintin  le 3 mai 2017 :

"Les semailles du lin, grand rendez-vous des amoureux de la petite graine, se sont déroulées samedi matin, au parc de Roz-Maria. Sur la parcelle au sol extrêmement bien travaillé, sur une terre la plus fine, la plus souple et la plus moelleuse possible, Maurice Le Dourneuf a multiplié les lancers de poignées de graines. L'ancien veille au grain et connaît la coutume qui dit que pour que « la plante se tienne bien droite, soit vigoureuse et soit dotée d'une belle filasse, il faut que neuf graines puissent tenir dans le sabot d'un cheval ». Le lin qui fait son lit dès la première nuit, est une plante à croissance rapide, reste trois mois en terre, grandit vite et a la taille d'un doigt au bout d'un mois. La future plante est exigeante et sera sans éclat si on ne l'installe pas entre le 25 et 30 avril. En cette période de lune rousse, de saints chevaliers et de dernières gelées printanières, la semaille a bénéficié d'une fenêtre météo idéale, le lopin sera séduisant après la Saint-Pierre, au moment de la floraison. "
© Le Télégrammehttp://www.letelegramme.fr/cotes-darmor/quintin/maurice-le-dourneuf-le-semeur-de-roz-maria-03-05-2017-11497530.php#7zeiuMyeU0tAvDDp.99

"Pour Maurice Le Dourneuf, un mode de semailles ancestral, le plus simple qui soit, non pas en ligne et à demeure, mais à la volée par passées parallèles en un long geste circulaire."
© Le Télégrammehttp://www.letelegramme.fr/cotes-darmor/quintin/maurice-le-dourneuf-le-semeur-de-roz-maria-03-05-2017-11497530.php#7zeiuMyeU0tAvDDp.99

 

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Sablière S1, mur ouest de la chapelle latérale sud de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou (29). Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Sablière S1, mur ouest de la chapelle latérale sud de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou (29). Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Sablière S1, mur ouest de la chapelle latérale sud de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou (29). Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Sablière S1, mur ouest de la chapelle latérale sud de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou (29). Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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La scène de labour.

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La culture des céréales se faisait au moyen d'instruments spécifiques préparant le sol avant d'y enfouir la graine . La première étape, celle de la préparation du sol, diffère peu selon la nature des cultures céréalières, seigle, épeautre , etc. , mais elle est fondamentale . Pour les petites surfaces cette préparation du sol s'effectuait avec des outils manuels, bêche , houe , et pour les autres avec des instruments aratoires tractés par l'animal, il s'agit alors de l'araire et de la charrue.

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Sablière S1, mur ouest de la chapelle latérale sud de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou (29). Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Sablière S1, mur ouest de la chapelle latérale sud de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou (29). Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Le laboureur et sa charrue.

Le laboureur est penché en avant, un genou fléchi ; cette posture évoque l'effort exercé sur les manches de l'outil mais répond aussi aux exigences techniques d'une figuration sur une poutre étroite.

Il est vêtu d'une tunique courte, peinte ici en rouge, plissée dans sa moitié inférieure au dessous d'une ceinture jaune .  Il porte un bonnet sans bords, très court au dessus de cheveux mi-longs. Ses jambes sont couverts par des bas-de-chausses, et le bas des jambes ainsi que les chaussures ne sont pas visibles puisque la partie basse de la sablière n'est pas conservée.

Il tient, par une prise manuelle inversée, les deux mancherons, dont l'écartement est maintenu par une traverse.

 

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Sablière S1, mur ouest de la chapelle latérale sud de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou (29). Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Sablière S1, mur ouest de la chapelle latérale sud de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou (29). Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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La charrue

 

 

 

 

Une charrue se distingue de l'araire par la présence d'un versoir, présence dont nous ne pouvons nous assurer ici. Le versoir est une pièce en bois, à l'origine placée d'un seul côté du soc, qui retourne la terre soulevée par celui-ci. Ce retournement ramène à la surface les couches profondes du sol et l'aère . Il enfouit en même temps la partie supérieure envahie de mauvaises herbes. C'est donc la présence ou non d'un versoir qui permet de distinguer les deux instruments et de connaître le degré de préparation du sol. Le coutre est pratiquement obligatoire dans le cas d'une charrue où sa fracture permet de bien séparer la partie du sol qui doit être retournée . La charrue est donc un instrument de travail dissymétrique , c'est la différence essentielle. Elle est généralement munie d'avant-train à roues car cela facilite le travail en donnant plus de possibilités, mais cela n'est pas obligatoire .

Il pourrait s'agir d'un "araire à avant-train à roues". La précision de la pièce sculptée est néanmoins suffisante pour reconnaître les mancherons et le timon.  Ce timon est percé de trous et, pour le raccourcir, on modifie l'emplacement de la cheville de traction dans ces trous. Sur cette cheville est accroché un cordage de traction qui est relié avec l'avant-train grâce à une chaîne.  La couleur bleu-métal indique   le soc ainsi que le coutre.

Rappel :

 

L'araire est composé de plusieurs éléments : le soc en métal qui ouvre le sol; le sep ou dental, pièce de bois sur laquelle est fixé le soc. Cette partie glisse généralement dans le sol;  le timon ou age , une longue tige de bois, droite ou courbe, qui assure la traction de l'ensemble , car il est relié soit au joug soit à l'avant-train; le ou les mancherons, parties en bois que le laboureur empoigne d'une ou de deux mains pour diriger l'instrument et modifier la profondeur du labour.  Il est  muni d'un coutre,  une pièce en métal en forme de couteau fixée sur le timon de telle façon que la partie coupante se trouve près du soc . Il fend la terre en deux quand celle-ci est soulevée par le soc et facilite ainsi le travail de l'araire pour certains sols;

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L'araire.

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 Le passage de l'araire à la charrue avec versoir et avant-train à roues s'est produit dans l'Europe du Sud-Est vers le VI-VIle siècle . Même si  deux instruments ont été utilisés concurremment et ensemble jusqu'au XXe siècle selon les régions et la nature des travaux, partons du postulat qu'il s'agit d'une charrue, vu l'ampleur de son attelage.

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http://histoire-geo-crecy.over-blog.com/article-la-vie-des-paysans-au-moyen-age-115255572.html

 

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Une araire : BnF Latin 14267, fol. 157, Décor marginal Petrus Lombardus (1095?-1160?). 1175-1200

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Sablière S1, mur ouest de la chapelle latérale sud de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou (29). Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Sablière S1, mur ouest de la chapelle latérale sud de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou (29). Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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La suite de la charrue : l'avant-train et son timon.

 

 

Le timon repose sur un avant-train à roues, sur lequel il pivote entre deux traverses verticales. L'effort de traction des animaux s'effectue sur cet avant-train. Un "timon d'avant-train" prend la suite, et se termine par une traverse en T permettant l'attelage de la première paire de bœufs grâce à des cordages.

Ces cordages arrivent de part et d'autre de la tête des bœufs, peut-être sur un collier, bien qu'un joug ait peut-être disparu.

Ensuite, le timon se poursuit, de façon moins analysable pour moi. Il passe, par l'intermédiaire sans doute d'un très gros câble dont nous voyons les brins torsadés et le sertissage bleu-métal. Il s'articule à un joug qui accouple la deuxième paire de bœufs.

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Sablière S1, mur ouest de la chapelle latérale sud de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou (29). Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Sablière S1, mur ouest de la chapelle latérale sud de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou (29). Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Il faut étudier la charrue, mais aussi les hommes qui l'utilisent, et, pour cela, nous devons passer en revue les divers documents iconographiques. Outre le conducteur, les mains appuyées sur les mancherons, nous voyons parfois un guide, placé à coté des animaux qu'il dirige d'un fouet.

 


 

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La charrue peinte dans les Très Riches Heures du duc de Berry (1440), miniature du mois de mars, musée Condé, Chantilly, ms.65, f.3 :

 

http://fardoise.eklablog.com/la-revolution-technologique-du-moyen-age-1-le-monde-rural-a114630558

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http://books.openedition.org/pup/3503?lang=fr

 

 

Nicolas de Lyra, Postilles sur la Genèse, Italie, entre 1395 et 1402, Paris, BN. Ms. lat. 364, f° 9.

 

 

http://mandragore.bnf.fr/jsp/classementThema.jsp

 

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-BnF Français 598, fol. 11, Cérès . 1403. Giovanni Boccaccio, (Boccace (1313-1375). ) De Claris mulieribus, traduction anonyme en français Livre des femmes nobles et renommees par le Maître des cleres femmes (13..-14..). Enlumineur Maître du Couronnement de la Vierge.

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L'attelage à deux paires de bœufs , + un bœuf de tête.

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Un attelage est tiré soit par des chevaux (qui nécessitent une plantation d'avoine), soit, comme ici,  par des bœufs.

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Sablière S1, mur ouest de la chapelle latérale sud de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou (29). Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Sablière S1, mur ouest de la chapelle latérale sud de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou (29). Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Sablière S1, mur ouest de la chapelle latérale sud de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou (29). Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Sablière S1, mur ouest de la chapelle latérale sud de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou (29). Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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La tête de l'attelage : l'accident.

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L'animal de tête (un bœuf a priori), attelé par un collier, est représenté incliné et comme soulevé tandis que ses pattes antérieures et son museau sont posés sur le bassin et le buste d'un personnage allongé, face tourné vers le haut.

Les bœufs tirent l'attelage en baisant la tête, ce qui justifie sans doute la présence d'un guide latéral ou de tête, et il est évident que celui (un valet de ferme) qui assure ce poste encoure de grands dangers. Ici, je pose l'hypothèse que l'homme a été renversé par le bœuf de tête, et qu'il a été grièvement blessé, ou qu'il a perdu la vie.

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Sablière S1, mur ouest de la chapelle latérale sud de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou (29). Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Sablière S1, mur ouest de la chapelle latérale sud de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou (29). Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Sablière S1, mur ouest de la chapelle latérale sud de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou (29). Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Sablière S1, mur ouest de la chapelle latérale sud de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou (29). Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Blochet : saint Augustin.

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Blochet de la chapelle latérale sud de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou (29). Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Blochet de la chapelle latérale sud de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou (29). Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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DISCUSSION.
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Nous constatons le regroupement spatial  et temporel de 6 scènes de labourage sculptées sur des sablières dans le Finistère entre 1555 et 1575. Les 3 dernières sont attribuables au même artiste anonyme, désigné sous le nom de "maître de Pleyben". Les 6 paroisses sont situées en Haute-Cornouaille ou Bas-Léon, dans un rayon de 60 kms. Maps. La période correspond à l'âge d'or des Enclos Paroissiaux, âge d'or lui-même en relation avec la prospérité économique liée à la production, au tissage et et au commerce du lin et du chanvre. Les charrues sont de même type (un type qui n'a d'ailleurs connu d'évolution notable entre le Moyen-Âge et le XIXe) mais les attelages sont différents dans les 6 cas, par les animaux (chevaux ou bœufs) de trait ou par leur montage, procurant ainsi de précieuses données d'ethnologie rurale.

La raison d'être de ces scènes est, vraisemblablement, le désir des paroissiens de faire figurer leur activité et source d'enrichissement, désir accru par une émulation mimétique entre clochers.

Mais dans 3 cas (Le Tréhou, Sainte-Marie du Ménez-Hom et Pleyben), c'est un accident qui est montré, par lequel un des guides de l'attelage est écrasé par les animaux. Nous ignorons comment interpréter cela. Nous pouvons écarter l'interprétation donnée à Sainte-Marie du Ménez-Hom, certainement tardivement, et qui y voyait un miracle en lien avec le motif adjacent de cette sablière, une Fuite en Égypte. Ces trois scènes sont-elles commémoratives, soit d'un événement dramatique, soit d'une répétition locale de ce type d'accident. 

Il serait précieux de s'assurer que ce thème n'a pas été représenté ailleurs en France, sur les sablières ou sur un autre support, ou décrit dans la littérature de l'époque. 

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Récapitulatif du corpus.

a) Église du Tréhou v.1555. charrue à avant-train à roues, attelage de 2 paires de bœufs et 1 bœuf de tête, conducteur + 1 guide de tête, renversé par le bœuf.

b) Église Saint-Salomon de La Martyre (1560?).Charrue à avant-train à roues, et attelage à 2 chevaux + 2 bœufs + 2 chevaux +un maître d'attelage en tête. Pas d'accident.

L'église Saint-Salomon de La Martyre VI : les sablières (1560?).

c) église de La Roche-Maurice (vers 1560). Charrue à avant-train à roues, et attelage à 2 paires de chevaux +un maître d'attelage en tête. Pas d'accident ?.

d) Église de Bodilis. I. (Maître de Pleyben?, 1567).

Charrue à avant-train à roues, attelage à 4 chevaux. Un conducteur,1 guide de tête et un semeur en avant. Pas d'accident.

Les sablières de l'église de Bodilis. I. La scène des semailles et du labour (anonyme, 1567).

 

e) Chapelle Sainte-Marie du Ménez-Hom (Maître de Pleyben v.1575). Charrue à avant-train à roue, attelage de 4 chevaux un conducteur, 2 guides et un 3ème écrasé par l'attelage.

La charpente sculptée du collatéral nord de la chapelle Sainte-Marie-du-Ménez-Hom en Plomodiern par le Maître de Pleyben (vers 1575).

f) Église de Pleyben ( Maître de Pleyben vers 1571) : haut de la nef coté sud. Charrue à avant-train à roue, attelage à 2 chevaux en couple + 1 cheval de tête. Un conducteur + un guide latéral. Accident (emballement du cheval de tête et écrasement du guide.

La charpente sculptée de l'église de Pleyben (vers 1571) par le Maître de Pleyben : le chœur et le haut de la nef. Sablières et  blochets.

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La Martyre.Photo lavieb-aile.

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église de La Roche-Maurice. Photo lavieb-aile

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Sablières (1567) de la nef de l'église de Bodilis. Photographie lavieb-aile août 2017.

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Sablières de Sainte-Marie du Ménez-Hom. Photo lavieb-aile.

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Sablière (vers 1571) du haut de nef, coté sud, de l'église de Pleyben.

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ANNEXE. 

Ma description de la sablières de Pleyben.

 La mort accidentelle du paysan écrasé par son propre attelage .

c) Le motif. Après avoir observé les sablières de la chapelle Sainte-Marie-du-Ménez-Hom (Plomodiern), il est facile de reconnaître l'épisode de la mort accidentelle du paysan écrase par son attelage, qui côtoyait, là-bas, la Fuite en Égypte.  Car la victime, étendue visage épouvanté tourné vers le ciel,  était plus facilement identifiable. Ici, c'est par analogie que l'on comprend que l'homme qui lève les bras juste derrière les chevaux a les jambes écrasées par la roue de la charrue, coincé entre le palonnier et la roue, et que son collègue assiste au drame en témoignant de son impuissance par ses bras écartés. Cet accident a peut-être été causé par l'étourderie du chef d'attelage, qui, au lieu de regarder ce qu'il fait, s'est retourné vers l'arrière pour observer dans le ciel quelque chose (mais certainement pas le blochet, qui n'appartient pas à ce récit).

L'attelage à trois chevaux  qui a été choisi associe deux chevaux de front, et le troisième devant les deux autres. Ce dernier, "qui marche dans la raie", et qui est trop éloigné pour être accessible au fouet du conducteur, n'est pas placé entre les deux chevaux noirs, mais sur le coté droit. 

Les chevaux sont attelés grâce à un collier d'épaule. Ils n'ont pas de mors.

La charrue à roue.

Les parties métalliques sont peintes en gris anthracite. La charrue se compose du "coultre tranchant" qui ouvre la terre et coupe verticalement la tranche à renverser, frayant le chemin au soc. La bande de terre est alors tranchée par l'aile du soc, qui casse les tiges, puis basculée vers la droite par le versoir. La charrue est guidée par deux mancherons (comme à Sainte-Marie-du-Ménez-Hom) ou par un seul (comme ici). Le laboureur appuie dessus pour faire pénétrer le soc. Coultre et soc sont réunis à l'age, ou perche. 

Le sillon, tranchée ouverte dans le sol par la charrue, se nomme "raie". Et on nomme "guéret" la partie non encore labourée.

 

On distingue dans l'avant-train des charrues la roue de raie et la roue de guéret . La première roulait dans la raie, la seconde sur la terre non encore fraîchement labourée, c'est-à-dire sur l'ancien guéret. 

 Il reste quelque chose à comprendre. Les trois chevaux ont au moins une patte posée sur un élément architectural polygonal grisâtre (qui n'existe pas à Plomodiern). Le cheval de tête, qui a franchi cet obstacle, s'est emballé. Le cheval noir redresse la tête et semble hennir. 

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Le chanoine Abgrall avait indiqué, dans son analyse de cette scène à Sainte-Marie-du Ménez-Hom,, placée à coté de la Fuite en Égypte,  "La tradition du pays dit que c'est la traduction d'une légende d'après laquelle ces gens, labourant leur champ, se seraient moqués de la Sainte Vierge et de saint Joseph fuyant en Égypte, et auraient été punis sur le coup et blessés par leur chevaux pris d'une terreur panique.". Mais cette explication, suscitée sans-doute a posteriori aux habitants par la proximité des deux motifs, ne tient plus à Pleyben, où la Fuite en Égypte n'est pas représentée. D'autre part, cette tradition locale n'a jamais été confirmée par une autre source. 

A défaut de comprendre avec exactitude à quel récit ou quelle fable morale fait allusion ces deux scènes, je propose d'y voir l'illustration de la "mort accidentelle", telle qu'elle peut survenir pour frapper n'importe qui, menaçant d'emporter en Enfer un paroissien  de Pleyben (en majorité des agriculteurs) s'il n'est en règle avec les exigences de l'Église. 

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SOURCES ET LIENS.

APEVE

Sablières et statues : http://www.apeve.net/spip/spip.php?article141

BASE PALISY :

http://www.culture.gouv.fr/public/mistral/palissy_fr?ACTION=CHERCHER&FIELD_98=LOCA&VALUE_98=%20Le%20Tr%e9hou&DOM=Tous&REL_SPECIFIC=3

— DUBY (Georges), 1954, La révolution agricole médiévale , Revue de géographie de Lyon  Année 1954  Volume 29  Numéro 4  pp. 361-366 

http://www.persee.fr/doc/geoca_0035-113x_1954_num_29_4_2010

"Le premier grand changement est apporté vers la fin du VIIIème siècle avec l'introduction de l'assolement triennal, en remplacement de l'assolement biennal pratiqué depuis l'Antiquité. Il fonctionne de manière collective avec l'aménagement d'un saltus – friche, terre non cultivée, réservée à l'élevage – en proximité des forêts. La terre se régénère sur une durée plus longue et est fertilisée par l'élevage. Associée à la charrue, qui apparaît vers la même période, le défrichement va connaître un essor sans précédant à la période carolingienne. Son usage est attesté dès le Ve siècle, mais c'est avec la révolution agraire qu'elle va vraiment se répandre dans toute l'Europe. Contrairement à l'araire qui ne fait que scarifier la terre, la charrue est munie d'un versoir latéral qui rejette la terre, la retournant et créant ainsi un sillon plus profond. Associée à l'utilisation du fumier, elle va permettre de réellement augmenter le rendement. Le joug réservé aux seules bêtes à cornes depuis l'Antiquité, va être adapté ainsi au cheval et l'attelage a évolué progressivement depuis la fin de l'Empire romain." (blog Les dits de Fardoise http://fardoise.eklablog.com/la-revolution-technologique-du-moyen-age-1-le-monde-rural-a114630558)

 

COUFFON (René) 1988, .

https://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/56a53f3ee05cfb4060f6a6fa70341225.pdf

DUHEM (Sophie), 1997, Les sablières sculptées en Bretagne: images, ouvriers du bois et culture paroissiale au temps de la prospérité bretonne (XVe-XVIIe s.), Presses universitaires de Rennes, 1997 - 385 pages, pages 169, 220, 231 à 236, etc.

 

"Le corpus rend compte du grand changement qui s'opère dans l'habillement autour du second quart du XVIe siècle. Jusqu'à cette époque, les vêtements portés sont conformes aux modèles de la garde-robe bas-médiévale européenne.

Le vêtement que porte l'homme du peuple à la fin du Moyen Âge est assez stéréotypé : il s'agit presque toujours d'une chemise ou jaque à manches longues, portée assez près du corps, fermé sur le devant par de gros boutons : ces derniers sont représentés avec précision par Jean Jouhaff à Trédrez, et remplacés à Grâces-Guingamp (1506) par un système de lacets croisés. Cette chemise, en général retenue à la taille par une ceinture (à La Martyre, Plougras, Le Quillio, Trémel (Ch. De Locquéméau), entre autres exemples) où sont parfois glissés des objets  (à Clohars-Fouesnant, La Roche-Maurice, Le Quilio), est portée sur une culotte serrée ou sur des collants « bas-de-chausses ».

Plusieurs modèles de chaussures apparaissent sur les décors. A Morlaix, un homme est chaussé de bootillons noués sur la cheville par des lacets, à Loc-Envel, un autre porte des souliers ouverts retenus par une bride passée sur le coup de pied, à Guimaëc, La Martyre et Ploërmel, les personnages ont des bottes hautes, dont l'usage était sans-doute plus fréquent chez les paysans aisés.

Chapeaux, bonnets, ceintures et chaussures sont les rares accessoires représentés sur les décors, en plus de deux exceptionnelles paires de lunettes sculptées sur les sablières conservées au Musée Dobrée à Nantes, et dans l'église de Loguivy-Plougras.

La plupart des individus sont coiffés de chapeaux à bords relevés, les autres de chaperons dont l'usage semble tardif comme en témoignent les petits pêcheurs des sablières de la chapelle Saint-Trémeur à Cléden-Cap-Sizun (1554) et le laboureur de l'église de Bodilis (1567). Nous n'avons d'ailleurs pas noté de changement notable dans cette tenue « de base » parfaitement adaptée aux travaux manuels et utilisée semble-t-il sans interruption jusqu'à la fin du XVIe siècle.

Un autre type de vêtement apparaît sur les frises, dont l'emploi paraît aussi répandu que celui de la précédente tenue. Plusieurs personnages portent une tunique longue, ou robe courte, serrée à la taille par une ceinture. Quelques exemples ont été relevés sur des reliefs bas-médiévaux, et sur plusieurs sablières datées du XVIe siècle, voire plus tardives : les hommes vêtus de la sorte sont des paysans ou des laboureurs sur les poutres de La oche-Maurice, du Tréhou, de Guengatet de Magoar, et des musiciens, à Callac, Pluméliau et Cléguérec.

Alors que le vêtement populaire, la « tenue de travail », ne semble pas connaître de grands changement d'aspect jusqu'à la fin du XVIe siècle, les vêtements portés par les représentants des classes privilégiées sont, au contraire, plus variés." S. Duhem 1997 Page 233-234 :

 

ENLUMINURES : labour à la charrue ; labour et semailles

a) Sur Mandragore :

-Français 138, fol. 13, Jason semant les dents du dragon

-Français 331, fol. 106v, Jason semant les dents du dragon

-BnF Français 598, fol. 11, Cérès . 1403. Giovanni Boccaccio, (Boccace (1313-1375). ) De Claris mulieribus, traduction anonyme en français Livre des femmes nobles et renommees par le Maître des cleres femmes (13..-14..). Enlumineur Maître du Couronnement de la Vierge.

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b84521932/f32.item.zoom

-Français 1630, fol. 42, Renart et le laboureur

-Français 1630, fol. 42v, Renart labourant

-Français 12420, fol. 12, Cérès

-Français 12420, fol. 12, Cérès

-BnF Latin 14267, fol. 157, Décor marginal Petrus Lombardus (1095?-1160?). 1175-1200

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8541007m/f315.image

-BnF Latin 15675, fol. 3v, Massacre des serviteurs de Job

-Néerlandais 1, fol. 116v, Boèce et les paysans

 

b) sur Enluminures :

http://www.enluminures.culture.fr/public/mistral/enlumine_fr?ACTION=RETROUVER_TITLE&LEVEL=1&GRP=0&REQ=%28%28LABOUR%20A%20LA%20CHARRUE%29%20%3aSUJET%20%29&USRNAME=nobody&USRPWD=4%24%2534P&SPEC=9&FIELD_2=SUJET&VALUE_2=LABOUR%20A%20LA%20CHARRUE&SYN=1&IMAGE_ONLY=&MAX1=1&MAX2=1&MAX3=100&DOM=All

http://www.enluminures.culture.fr/public/mistral/enlumine_fr?ACTION=CHERCHER&FIELD_2=SUJET&VALUE_2=%27LABOUR%20ET%20SEMAILLES%27

CORROZET (Gilles), (1510-1568) Ung laboureur son lin semoit.:

 http://www.ruedesfables.net/de-lhirondelle-des-autres-oiseaux/

— CAHIERS LORRAINS, 1994, no 1 Mars Cahiers lorrains Archéologie et ethnologie le soc d'araire gallo-romain de tarquimpol réexaminé. 

http://documents.irevues.inist.fr/bitstream/handle/2042/43284/CL_1994_1_3.pdf?sequence=1

 

— LALAUSE(de), 1784, Cours complet d’agriculture, Hôtel Serpente, 1784 (Tome troisième, p. 51-144).

https://fr.wikisource.org/wiki/Cours_d%E2%80%99agriculture_(Rozier)/CHARRUE

 

— LE LIN COTÉ NATURE :

https://www.lelin-cotenature.fr/FR/La-Bretagne-cultive-le-passe-et-prepare-l-avenir-110.html

 

—POLGE (Henri), 1967, L'amélioration de l'attelage a-t-elle réellement fait reculer le servage ? Journal des Savants  Année 1967  1  pp. 5-42 Fait partie d'un numéro thématique : Janvier-Mars 1967

https://www.persee.fr/doc/jds_0021-8103_1967_num_1_1_1144

"Tout charroi animal suppose en tout temps et en tout lieu :

1° une surface ou un périmètre de déplacement, exploitation agricole, carrière de marbre, cirque, rue, route x, etc. ;

2° une, deux ou plusieurs bêtes de trait, habituellement des solipèdes ou des bovidés, plus rarement des cervidés ou des caméliens, des chiens, etc. Animaux qui diffèrent entre eux par leurs aptitudes naturelles et aussi, le cas échéant, par l'idée que l'on s'en fait ;

3° un dispositif d'attelage (attache des animaux et attache du véhicule) ;

4° une, deux, trois ou quatre roues, exceptionnellement plus, et une charge plus ou moins bien disposée par rapport à elles ;

5° un, deux ou plusieurs véhicules (train) qui diffèrent de construction selon les époques et de conception selon les usages auxquels on les destine ;

6° un, deux ou plusieurs conducteurs qui ont pour mission de stimuler, de guider, de freiner et d'arrêter le véhicule, soit qu'ils marchent à côté (petites vitesses), soit qu'ils se fassent porter (plus grandes vitesses) ;

7° un dispositif de freinage permettant d'agir soit sur les bêtes de trait, soit sur la voiture, soit sur les deux à la fois ;

8° éventuellement des accessoires divers, actifs (comme un tortoir) ou passifs (comme un marche-pied, un porte-fainéant, un siège, etc.).

Pour tendre les traits, le bœuf baisse la tête ; s'il sent une résistance accrue, il appelle sur son avant-train la majeure partie de sa masse tandis que son train postérieur ne sert qu'à donner au corps l'impulsion progressive (en marche arrière il est mal à l'aise) ; au contraire le cheval emploie sa force musculaire à s'appuyer plus ou moins fortement sur la bricole ou le collier au point qu'il tombe en avant si les traits viennent à se rompre. Il s'appuie sur les pieds de devant, mais plus fortement encore sur ceux de derrière, si bien qu'à la limite de son effort les pieds de devant touchent à peine le sol et qu'il a tendance à se cabrer. Donc le joug pour le bœuf et le collier d'épaules pour le cheval semblent les instruments de tirage les mieux conditionnés.

En longueur un attelage trop étiré vire difficilement, surtout en montée, où les animaux intermédiaires, entre la tête et la queue, risquent d'être déportés sur la corde, tandis qu'en descente, sauf frein efficace agissant sur le véhicule, les bêtes de timon peuvent être amenées à bousculer les bêtes de volée "

 

TRÉPOS (Pierre), 1961, Enquêtes sur le vocabulaire breton de la ferme , Annales de Bretagne  Année 1961  Volume 68  Numéro 4  pp. 601-698

http://www.persee.fr/doc/abpo_0003-391x_1961_num_68_4_2141

 

— SOBRADO CORREA (Hortensio), 2004 " La fertilisation des terres dans la Galice de l’Ancien Régime (xviie-xixe siècle)"

https://www.cairn.info/revue-histoire-et-societes-rurales-2004-1-page-39.htm

—— WIKIPEDIA Le Tréhou

https://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Tr%C3%A9hou

 

https://en.wikipedia.org/wiki/Le_Tr%C3%A9hou_Parish_close

Le Tréhou est situé dans le centre nord du département du Finistère, à l'ouest des Monts d'Arrée ; les altitudes les plus élevées se trouvent dans la partie sud-est du finage communal, atteignant 172 mètres à l'est-nord-est de Bodénan, mais descendant jusqu'à 36 mètres dans la partie aval de la vallée du fleuve côtier la Mignonne (ce cours d'eau limite au nord la commune), à l'ouest de la commune ; le bourg est vers 97 mètres d'altitude. Les vallées de la Mignonne et de plusieurs de ses petits affluents de rive gauche, notamment le ruisseau du Moulin du Pont, qui ont leur source pour la plupart dans la commune, encaissées, échancrent assez profondément le territoire communal qui est très vallonné.

Le paysage rural est traditionnellement bocager avec un habitat dispersé en hameaux et fermes isolées.

Le nom de la commune apparaît au xive siècle. Le Tréhou est probablement issu du morcellement de la paroisse de Ploudiry. Le nom de la localité est attesté sous les formes Treffou vers 1330, Trevou en 1363, Treffvou en 1446, Treffou en 1467 et 1618, Treffuou en 1481 et Le Treffvou en 1521. Le Tréhou vient du breton trevou (« la paroisse »)

La paroisse du Tréhou faisait partie de l'archidiaconé de Léon relevant de l'évêché de Léon et était sous le vocable de Sainte-Pitère, sous le patronage de Sainte Piterre. Elle avait comme trèves Tréflévénez érigée en paroisse en 1801 et Tréveur (ou Trévéreur), qu'elle a absorbée.

La culture du lin a été pendant longtemps la richesse du pays. Ce sont les juloded, paysans-marchands, producteurs du lin, qui dirigeaient la commune. Le Tréhou était au XVIIIe siècle au cœur de la zone toilière du Léon consacrée à la culture et à la transformation du lin et du chanvre : 27 kanndi y ont été dénombrés à ce jour ; selon les inventaires après décès la fréquence des métiers à tisser y était de 141,3 pour 100 inventaires, même si le lin n'y était apparemment assez peu cultivé et devait être souvent acheté ailleurs. Parmi les paysans-marchands, Guillaume Le Sanquer, de Leslurun, dont la fortune s'élève lors de son décès en 1727 à 23 738 livres selon son inventaire après décès ; celle d'un homonyme, décédé en 1733, s'élève à 27 788 livres et il donnait du travail à plusieurs tisserands.

 Repérable dès le XVe siècle, cette zone connaît son apogée au début des années 1680. Aux XVIe et XVIIIe siècles, époque des grands commerces entre la Bretagne et l’Angleterre, la Hollande, l’Espagne et l’Amérique latine, alors que toutes les voiles des bateaux sont tissées en lin et en chanvre, les toiles crées, fabriquées dans le Haut-Léon, vont bénéficier d’un quasi-monopole sur le marché européen, créant ainsi une prospérité sans égale. Elle est le fait d’une petite caste de paysans-négociants, les juloded en breton, qui commercialisent leurs toiles essentiellement vers l’Angleterre via les ports de Morlaix principalement et de Landerneau. Par exemple en 1743, Morlaix reçoit 34 197 pièces de 100 aunes (soit 122 mètres) et Landerneau 10 027 ; en 1788, Morlaix en reçoit 18555 et Landerneau 2356.

Ils exploitent aussi des fermes dont la taille moyenne est de 15 à 40 ha alors que celle des autres paysans est alors, par exemple à Ploudiry, de 7 à 8 ha.

« La quasi-totalité de la production toilière est le fait de tisserands ruraux, et surtout de paysans-tisserands. Ceux-ci venaient prendre livraison du fil chez leur paysan-marchand, et ils revenaient quelques semaines plus tard rapporter leur pièce de toile. Il fallait environ un mois pour fabriquer une pièce de 122 mètres. En 1788, la zone toilière du Léon comptait un peu plus de 400 paysans-marchands et quelque 3 000 métiers à tisser (...) [Cette zone toilière] fabrique annuellement 80 000 pièces de toile de lin, soit près de 10 000 kilomètres. »

 Les marchands toiliers constituent alors l’élite sociale de la région : les "julots" (en breton juloded), à l’imitation des marchands hollandais de Morlaix, les "Julius". Implantés uniquement dans le Léon méridional ou Haut-Léon, proche des Monts d'Arrée, cette aristocratie paysanne (on parle parfois de "demi-nobles"), pratiquaient une véritable caste à très forte endogamie et jouèrent un rôle important lors de la « Renaissance bretonne », construisant églises avec un riche mobilier, calvaires et enclos paroissiaux, y compris à Plounéour-Ménez, même si ceux de certaines paroisses voisines sont plus célèbres. Ce sont ces juloded enrichis qui ont financé la construction et la réalisation des enclos paroissiaux du Léon, manifestation la plus visible de leur prospérité.

— WIKIPEDIA : article "Julod"

https://fr.wikipedia.org/wiki/Julod

"Le lin est en Bretagne une culture de printemps, semé traditionnellement aux alentours de la Saint-Georges (23 avril) ; il fleurit aux environs de la Saint-Pierre (sa fleur, couleur bleu lavande, ne dure guère plus d'une journée) et il est prêt à être récolté vers le 14 juillet. C'est une plante qui a besoin de beaucoup d'eau pour croître et qui aime des terres légèrement acides.

1ere année sarrazin semé en juin et récolté en septembre, 2ème année seigle ou froment semé en octobre ou novembre, 3ème année avoine

Dans le Léon, au Nord-Finistère, on peut toujours découvrir des maisons buanderies (ou kanndis) qui permettaient de blanchir les écheveaux de fils de lin. Il s'agissait de petites bâtisses en matériaux locaux, schistes ou granites. Elles comportaient un bassin alimenté en eau par un ruisseau et destiné à rincer le fil blanchi. Le blanchiment du fil de lin s'opérait avec de la cendre de hêtre, dans une cuve alimentée par de l'eau chauffée à la cheminée.
Environ 50 kanndis ont été retrouvés dans le pays de Landerneau- Daoulas et certains font l’objet d’un projet de restauration.

Dans les Côtes d'Armor, de nombreux villages recèlent encore des routoirs, bassins en pierre où l'on faisait rouir le lin. Ils étaient sur le trajet d'un cours d'eau et le rouissage avait lieu à ciel ouvert. Des pierres posées sur des planches permettaient de maintenir le lin immergé. Une quinzaine de jours suffisaient pour séparer les éléments fibreux et ligneux de la plante par dissolution de la pectine.
Au 19ème siècle, près de 3000 routoirs ont été dénombrés dans la région de Lannion. Depuis 2012, l'office de tourisme de la presqu'île de Lézardrieux propose des randonnées pédestres sur une boucle de 21 routoirs à lin.

Les musées présentent également de nombreux objets liés au lin: peignes à égrener le lin, brayes à lin pour broyer manuellement les tiges, broyeurs mécaniques ou moulins flamands, rouets, métiers à tisser, presses à lin, armoires à deux battants pour conserver les biens précieux de la maison dont certaines pièces de lin.
Un patrimoine bâti est toujours présent et témoigne d'un passé actif. On peut ainsi voir dans le Trégor des moulins à teiller le long des principaux cours d'eau: le Léguer, le Jaudy, le Trieux...
Enfin, le commerce des toiles a enrichi des négociants qui ont construit de belles demeures et  contribué à la richesse du patrimoine religieux: chapelles, églises, enclos paroissiaux."

 

WIKI-BREST : Histoire de la culture du lin dans le Pays de Landerneau

http://www.wiki-brest.net/index.php/Histoire_de_la_culture_du_lin_dans_le_Pays_de_Landerneau

 

 

 

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Published by jean-yves cordier - dans Sablières
13 mars 2020 5 13 /03 /mars /2020 11:30

L'actualité m'incite à vous reproposer la lecture de cet article  du 10 octobre 2019

 

 

 Le mystère de la "Chambre des Parfums" (1722-1860) de l'île de Tatihou. Les fumigations aromatiques  utilisés par les lazarets. 

 

 

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En face de Saint-Vaast-La-Hougue, à l'extrémité nord-est du Cotentin, la petite île de Tatihou, (longue de 700 m et large de 400 m) accueille le visiteur par son insolite bateau à roulettes, qui le transporte dans le monde de l'enfance, du rêve, et du passé, comme une attraction d'un Jardin d'acclimatation.

Or, c'est précisément un jardin d'acclimatation de toutes sortes de plantes et de pins d'essences diverses qu'il va découvrir dans le Musée Maritime. Et dans ce jardin riches de plantes odoriférantes, une passionnante énigme, celle de la Chambre des Parfums. Pris dans un étrange envoûtement, il partira en rêve dans les lazarets de Marseille et de Tatihou pour conclure finalement à un bel euphémisme. "Des "parfums" ? C'était, à défaut d'être aspergé de vinaigre,  un odieux enfumage empestant l'œuf pourri, où se mêlaient les effluves de tout ce qui sentait très fort et très mauvais, pour repousser les miasmes !"

En voiture !

 

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Le Mystère de la Chambre des Parfums (1722-1860) de l'île de Tatihou.

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De vastes panneaux  permettent au touriste de mieux connaître l'histoire de l'île.

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Le Mystère de la Chambre des Parfums (1722-1860) de l'île de Tatihou.
Le Mystère de la Chambre des Parfums (1722-1860) de l'île de Tatihou.

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Il en découvre les deux pôles, soigneusement éloignés l'un de l'autre : le pôle militaire défensif à l'est avec la Tour construite en 1694 par Benjamin de Combes (après la désastreuse Bataille de la Hougue, dont il va entendre beaucoup parler), et le pôle civil et maritime de l'ancien lazaret.

 

"Afin d’éviter de propager la peste de Marseille de 1720, le Roi décide de créer un lazaret à Tatihou pour protéger le nord-ouest du Royaume, et imposer aux navires venant de la  Méditerranée des quarantaines. Dans les années 1770, il est délaissé au profit de celui du Hoc, face au Havre, mais  en 1804, les risques de propagation de la Fièvre jaune sévissant en Espagne amènent l'administration à revoir l'architecture du l'établissement. Pour réduire les risques de contamination, on construit des petits pavillons cernés par une double enceinte et finalement un hôpital. Cet ensemble sanitaire fonctionnera jusque dans les années 1860."

S'il regarde attentivement le plan qui est affiché à l'entrée de l'ancien lazaret, il voit, en 1, "deux halles pour éventer les marchandises", et "deux petits logements pour les éventeurs et gardiens".

Des "éventeurs de marchandise" ? Qu'est-ce donc là ?

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Le Mystère de la Chambre des Parfums (1722-1860) de l'île de Tatihou.

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Ces deux halles étaient situées dans l'actuel cour du Musée Maritime : le touriste questionneur obtient sa réponse :


"Dans son premier état de 1722, la cour dite ”du musée” était dénommée ”le grand enclos”. Sous deux halles de 15 mètres de long et 6 mètres de large, ”toutes ouvertes”, on ”donnait de l’évent”, c’est-à-dire que l’on déballait les marchandises préalablement parfumées. Ce travail était effectué par des ”crocheteurs ou journaliers” qui étaient logés sur place dans deux petits bâtiments (encore visibles) situés dans les encoignures.
Lorsque le Muséum prend possession des lieux, les deux halles ne sont plus ouvertes mais closes de murs, montés entre les anciens piliers. Les chercheurs y installent une salle des collections où ils rassemblent le fruit de leurs 
découvertes. En 1922, ces collections seront vendues à des collectivités (la ville de Cherbourg par exemple) ou des institutions (Institut océanographique de Monaco). Les bâtiments ont été ensuite utilisés comme dortoirs pour les enfants de l’aérium et des colonies de vacances."

Le visiteur veut bien comprendre que les cargaisons des navires soumis à quarantaine (c'est la fonction d'un lazaret) puisse être débarquées et aérées. Mais pourquoi diable devait-on les parfumer au préalable ? Les cales étaient-elles donc si nauséabondes ?

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Le Mystère de la Chambre des Parfums (1722-1860) de l'île de Tatihou.

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Quand il franchit le portail, il accède au jardin, et, sous l'ombrage des grands pins, il aperçoit le  Laboratoire du Muséum, centre de culture scientifique qui occupe l'Hôpital du Lazaret construit vers 1825

 



"Pendant la Révolution, les cours du lazaret sont affectées à un régiment du génie qui y aménage un parc d’artillerie. Mais dès l’an XII (1804), la fonction sanitaire est rétablie. Le Conseil de santé de Cherbourg se préoccupe de l’état des lieux et les fait remettre en état. 
En 1822, la Fièvre jaune ravage l’Espagne. Le préfet de la Manche demande que l’on complète l’aménagement du lazaret de Tatihou en construisant un hôpital. En juin de la même année, l’appel d’offres est lancé pour la construction de ce nouveau ”pavillon du lazaret”, bâtiment carré de deux étages desservis par un escalier en colimaçon. Il restera affecté à cet usage jusqu’en 1880.
Lorsque le Muséum s’installe sur l’île en 1888, l’hôpital est aménagé pour accueillir une salle des aquariums et des laboratoires."

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Le Mystère de la Chambre des Parfums (1722-1860) de l'île de Tatihou.
Le Mystère de la Chambre des Parfums (1722-1860) de l'île de Tatihou.

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Un peu plus loin, il accède au bâtiment actuellement dévolu à l'accueil des séminaires et aux personnes qui y ont réservé une chambre. Le voilà à nouveau perplexe, car il apprend que ce bâtiment abritait le Logement des équipages, et une mystérieuse "Chambre à parfums".

Va-t-il y découvrir des alambics ou des vaporisateurs ? Un orgue à parfums cher à Huysmans ? Va-t-on lui proposer l' expérience sensorielle dont il rêve ?

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Le Mystère de la Chambre des Parfums (1722-1860) de l'île de Tatihou.
Le Mystère de la Chambre des Parfums (1722-1860) de l'île de Tatihou.

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Il faut se transformer en détective et consulter les archives. Et découvrir que cette Salle des parfums figure, à coté du logement des équipages, sur le projet de construction du lazaret daté de 1721.  Arch.Dép.14, AD50, AM Saint-Vaast-la-Hougue

La légende indique en C une porte, les annotations me sont illisibles.

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https://www.manche.fr/tatihou/histoire-tatihou-normandie-50-lazaret-museum.aspx

https://www.manche.fr/tatihou/histoire-tatihou-normandie-50-lazaret-museum.aspx

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Il est accompagné d'un courrier  établi par M. Le Petit,  commis à la Hougue le 14 août 1721 . Un premier projet envisageait de créer un lazaret aux îles Saint-Marcouf, plus éloigné de Saint-Vaast.

Le souci de parfumer les équipages est si important que la salle y est mentionnée au même titre que la chapelle :

"Je me donne l'honneur d'envoyer au Conseil de Marine au plan de l'isle de Tatihou sur lequel est marqué le lazaret que Monsieur Guynet a proposé d'y faire, au lieu des isles de Saint-Marcou, où il se trouve beaucoup de difficulté pour décharger les marchandises des vaisseaux soubsonnés de mal contagieux, qu'il est très difficile d'y donner les secours nécessaires aux équipages et ses isles estant à trois lieues de la Hougue, et mesme m'y bastir avec diligence, tous les transports des matériaux se faisant par mer.

J'y joins un plan partiel du lazaret sur lequel sont marquez les mesmes halles et logements que l'on destinoit pour les isles Saint-Marcou, n'y augmentant qu'une salle pour le parfum des équipages et une petite chapelle au-dessus du logement du gardien, ne bâtissant sur les isles Saint-Marcou que l'infirmerie. Tous ces logements estant en sûreté à l'isle de Tatihou, au lieu qu'aux isles de Saint-Marcou ils pourroient être détruits par les habitants des costes qui vont à la mer et estre brûlez en temps de guerre par les corsaires ennemis, on propose de les bastir en maçonnerie de chaux et de les couvrir d'ardoise, afin qu'il y ait moins d'entretien et qu'ils soient moins sujets aux accidents de feu et des vents qui pourroient enlever les couvertures de paille ." (in Hildesheimer , Gallica)

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Le Mystère de la Chambre des Parfums (1722-1860) de l'île de Tatihou.

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La consultation des plans de l'île dressés en 1743 et 1754 n'apportent pas plus de précision, car les légendes concernent la garnison et les fortifications. On peut noter l'importance du jardin, et l'accès direct du lazaret à la côte

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Plan 1743

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b84592888/f1.item.zoom

 

Plan 1754

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b55003183r

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Plan de l'isle de Tatihou 1754. BnF Gallica

 

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On consulte encore une fois l'un des panneaux explicatifs de l'île  : va-t-il  fournir les explications nécessaires ? Une première clef de notre énigme figure à la fin du texte.

 

"Les ravages causés dès le Moyen Âge par de nombreuses épidémies venues d'Orient ont conduit à s'interroger sur leurs conditions de propagation et à très vite suspecter équipages, navires et cargaisons d'être les principaux vecteurs des maladies.

Afin d'essayer d'endiguer ces contagions, l'administration royale crée en 1572 un embryon sanitaire sur sa façade maritime. Sur les côtes de Normandie, les quarantaines s'effectuent au Hoc près du Havre. On ne parle pas encore de lazaret à Tatihou. En 1722, le lazaret de Tatihou doit accueillir les équipages des vaisseaux qui entrent dans la Manche en provenance de l'Italie, d'Espagne, de Provence et de la Mer du Nord.

Des quarantaines.

Peste, choléra et fièvre jaune, des épidémies qui amènent une forte mortalité dans les populations touchées. Leurs origines sont, au XVIIIe siècle, inconnues (les micro-organismes ne sont pas encore découverts) et elles sont perçues comme un châtiment divin. La seule thérapie efficace est de ne pas être contaminé ! La mise à l'écart des équipages pendant 40 jours maximum est donc la seule façon de vérifier s'ils ne sont pas porteurs de la maladie.

Un nom mystérieux.

Deux théories pour expliquer l'usage de ce nom attribué à un lieu de quarantaine. Le terme de Lazaret serait apparu en 1423 sur un îlot dénommé Santa Marie du Nazareth. Ce lieu isolé aurait eu son nom de Nazareth transformé en Lazaret. Probablement, ce nom ferait référence à saint Lazare, patron des lépreux et des voyageurs.

Un plan d'isolement renfermé.

C'est en 1804 que les risques de propagation de la fièvre jaune qui ravagea l'Espagne amènent la commission sanitaire centrale à revoir l'architecture de cet établissement sanitaire. Un constat s'impose : les lazarets ne sont pas construits sur un plan méthodique et raisonné.  Les bâtiments doivent être dispersés pour assurer le renouvellement de l'air. Une double enceinte de petits pavillons et finalement un hôpital seront construits pour répondre à ces obligations."

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Enfin,  à coté d'une illustration d'Ase fétide, Ferula assa foetida, ou "Merde de diable" :

"Pendant les quarantaines, les marins étaient soumis à des fumigations de plante".

"Ase fétide, de Merde de diable" ? Drôle de parfum ! Mais l'explication est donnée (je l'indiquai déjà dans mon titre) : parfumer les équipages, c'est les exposer à des fumigations de plantes.

—Mais comment procédait-on à cet enfumage ? Pendant combien de temps ? Avec quels plantes ? Comment sélectionnait-on les équipages ? Les marins étaient-ils nus, ou habillés ?

—De quand date cette pratique ? Pendant combien de temps l'appliqua-t-on ?

— Et surtout, quelle théorie fumeuse la justifiait-elle ?

Mais déjà, des préposés du Conservatoire du Littoral, alarmés par cet exemple de touriste à la curiosité inopportune (TACI dans leur jargon), se saisirent du questionneur et le précipitèrent manu militari  dans la Chambre à Parfum. Bouclée à double tour. 

"Quand il aura lu toute la documentation, il nous suppliera de le délivrer, et il nous fichera la paix !"

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Le Mystère de la Chambre des Parfums (1722-1860) de l'île de Tatihou.

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Il discerna, plutôt en rêve qu'en réalité, et d'abord sous la forme d'un cauchemar, une kirielle de cartels indigestes  qui faillit entraîner, mais un peu tard, son repentir. Il voulait causer "parfum" ? Il allait être servi.

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On lui expliquait qu'en 1720, l'année précédant celle où le sieur Le Petit dressait son projet de lazaret, la Peste de Marseille débuta. On soupçonna vite qu'elle avait été introduite par la cargaison d'étoffes et de balles de coton d'un navire venant de Tripoli, le Grand-Saint-Antoine, dont 9 membres (dont le chirurgien de bord) était décédé. La patente . Marchandises et équipages furent placés en quarantaine allégée au lazaret, mais l'épidémie de peste se déclara dans la ville, s'y propagea, et fit 50 000 morts parmi ses 1000 000 habitants (et 100 000 sur  400 000 en Provence).

On l'incita à cliquer sur un lien vers l'article Wikipédia Peste de Marseille 1720. La soif dévorante de son esprit curieux le reprit, et il but l'article, cul sec, et demandant déjà un autre verre.

Nous sommes plus malin qu'autrefois, depuis que Yersin, médecin des Messageries maritimes, a découvert en 1894 que la peste est causée par le bacille qui porte son nom, Yersina pestis, et surtout que Paul-Louis Simond, médecin de la Marine, a découvert en 1898 le rôle de la puce du rat dans la transmission de la Peste bubonique.

Mais nous entrevoyons la multiplicité des "causes" des épidémies : un virus certes, mais aussi deux vecteurs, la puce Xenophylla cheopsis, (ou Nosopsyllus fasciatus en Europe), et le rat. On y ajoute des bateaux, pour faire voyager les rats.

Notre rat de bibliothèque devenu addict à la wikipédiolexie, vient pour sa part de descendre d'un seule gorgée l'article Peste, paragraphe Réservoirs et vecteurs. Il comprend que rien n'est simple et qu'il faut ajouter à cette chaîne de transmission, la contagion puce du rat/homme  (quand il manipule les rats infectés), puis la contagion homme/homme par la puce de l'homme Pulex irritans. Enfin, un mécanisme compliqué de la digestion des puces (hématophages, on ne le sait que trop), les rend plus on moins contagieuse.

Il comprend désormais que la peste fut transmise par les étoffes infestées de puces porteuses du bacille de Yersin. On pense que la Peste de Marseille eut une forme bubo-septicémique, mais non pulmonaire, transmise par la respiration et beaucoup plus contagieuse.

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Après cette formation à l'infectiologie, notre reclus doit prendre connaissance du régime de la quarantaine et des patentes de santé, document  délivré par le port d'origine que le capitaine d'un navire doit produire aux Intendants de santé à son arrivée dans un port La patente était délivrée par le port dont il provenait. Elles étaient de trois sortes :

 

Chaque navire faisant escale dans un port du Levant se voit délivrer une patente, certificat délivré par les consuls des ports orientaux aux capitaines des vaisseaux souhaitant rentrer en France, qui précise l'état sanitaire de la ville. Il doit le produire à l'Intendant de santé du port qu'il atteint. On distingue trois types de patentes :

  • la patente nette lorsque rien de suspect n'existe dans la région au moment du départ du vaisseau ;

  • la patente suspecte lorsque règne dans le pays une maladie soupçonnée pestilentielle ;

  • la patente brute lorsque la région est contaminée par la peste.

En cas de patente nette la durée de la quarantaine est ordinairement de dix-huit jours pour les personnes, vingt-huit pour le navire et trente-huit pour la cargaison. Ces périodes sont portées respectivement à vingt-cinq, trente et quarante si la patente est suspecte et trente-cinq, cinquante et soixante si la patente est brute

 

 

En 1720, la peste avait touché 8 navires sur les 212 venus du Levant (3,8 %). ​​​​De 1710 à 1792, à Marseille, 22 651 bâtiments accueillis venaient du Levant ou de Barbarie. Sur ce total, 140 navires arrivèrent contaminés (0,6 %).

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Le Grand-Saint-Antoine obtint du port de Tipoli , de Chypre et de Livourne en Italie une patente nette, bien que les autorités de Livourne mentionnent, au dos de la patente de Tripoli, qu'elles ont refusé l'entrée du navire dans le port à cause de la mortalité d'une partie de l'équipage en raison de cette fièvre. Mais le capitaine Chataud déclare les décès survenus à bord. Le voilier est envoyé à l'île de Pomègues, puis  le 29 mai le bureau de santé décide, fait inhabituel, de faire débarquer aux infirmeries les marchandises de valeur tandis que les balles de coton doivent être transférées à l'île de Jarre. " Le 3 juin, le bureau revient sur sa position et prend une décision encore plus favorable aux propriétaires de la cargaison : toutes les marchandises seront débarquées aux infirmeries. Si aucune preuve écrite n'existe, il est probable que des interventions ont eu lieu pour faire adopter la réglementation la moins contraignante ; il est impossible de connaître les personnes qui sont réellement intervenues, mais l'intrication des intérêts des familles de négociants et des autorités qui dirigeaient la ville suffisent à comprendre les raisons de ces nombreuses négligences. La déclaration du capitaine Chataud est falsifiée par addition d'un renvoi indiquant que les membres d'équipage décédés en mer sont morts de mauvais aliments. Les intendants de santé ont probablement voulu sauver la cargaison destinée en partie à la foire de Beaucaire, qui devait avoir lieu le 22 juillet 1720. Le 13 juin, veille du jour de sortie des 18 jours de quarantaine des passagers, le gardien de santé du vaisseau décède. Le chirurgien de service du port, Gueirard, examine le cadavre et conclut à une mort par vieillesse, sans observer des marques de peste."

Cet article de Wikipédia n'explique pas ce qu'il faut entendre par "les infirmeries" : ce sont celles du lazaret d'Arenc.

Mais il suffit au chercheur improvisé de cliquer sur un nouveau lien : Le Lazaret d'Arenc. Et hop !

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Le lazaret d'Arenc (1663-1850), un modèle du genre.

 

Situation sur un plan de Marseille : http://www.gombertois.fr/chateau-gombert_marseille.html

— LAGET (Pierre-Louis), 2002, « Les lazarets et l'émergence de nouvelles maladies pestilentielles au XIXe et au début du XXe siècle », In Situ [En ligne], 2 | 2002, mis en ligne le 23 avril 2012, consulté le 09 octobre 2019. URL : http://journals.openedition.org/insitu/1225 ; DOI : 10.4000/insitu.1225

Il fut construit au nord de la ville en 1663, avec 18 halles réparties entre le Grand enclos où sont logées les personnes et les marchandises sous patente nette, et le petit enclos réservé à ceux sou patente brute. Il est dirigé par un "capitaine des infirmeries". "Les bâtiments arrivant de lieux suspects ou susceptibles de présenter un danger vont d'abord mouiller dans le petit port de l'île de Pomègues située à 5 ou 6 milles de Marseille ; puis, la quarantaine peut s'effectuer au lazaret lui-même qui se trouve situé dans le quartier d'Arenc au nord du port. Si son existence est très ancienne, il n'est vraiment pourvu en bâtiments qu'à partir de 1663 et est aménagé à plusieurs reprises. Par exemple, les travaux de 1726-1729 coûtent près de 100000 livres tournois. Ils ne furent cependant pas suffisants et il fallut sans cesse procéder à de nouveaux aménagements." (Hildesheimer)

 

Par une brusque émotion, notre lecteur découvre la description d'une Chambre des parfums, destinée à la désinfection par fumigation des documents et du courrier. Difficile d'en savoir plus, sauf en lisant ceci :"La libération approche, précédée par un dernier rite de purification accompli au moyen du feu d'herbes puantes, appelé « parfum » qu'il faut respirer quelques minutes, tandis que l'on est enfermé dans une chambre obscure où la fumée manque de vous étouffer. Tout passager malade reste confiné dans la « caserne du petit enclos », soigné par le chirurgien qui trempera ses instruments dans le vinaigre , chaque fois qu'il l'aura touché. En cas de guérison, cette personne recevra « un parfum tout nu » et de nouveaux habits aux frais de l'armateur. Le traitement des marchandises dépend de la nature des cargaisons. Les grains, le riz, les légumes secs et l'huile en tonneaux  sont simplement déchargés à Pomègues, puis stockés quelques jours dans les huit halles de l'île avant d'entrer dans Marseille sur des allèges. Les denrées comme le café, les plantes tinctoriales et le tabac connaissent aussi une quarantaine très réduite, mais tous leurs emballages sont détruits et seront remplacés en fin de quarantaine par de nouveaux sacs. " '(André Zysberg, Marseille au temps du Roi-Soleil: la ville, les galères, l'arsenal, 1660 à 1715, Laffitte, 2007)

 

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La lumière de la salle s'éteint, tandis que s'alluma, dans la pièce voisine encore sombre, une seule vitrine. C'était des bouquins.

La couverture la plus attrayante était celle de la bande dessinée Les Pestiférésl'adaptation par Grand Angle du chapitre 9 du Temps des Amours de Pagnol. Un très beau récit , fort bien documenté,  sur la Peste de Marseille. Mais on n'y parlait pas des fumigations : seul l'usage du vinaigre était mis en avant comme moyen de prévention.

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Les Pestiférés, scénario Serge Scotto et Eric Stoffel, dessin Samuel Wambre, Grand Angle mars 2019, d'après Marcel Pagnol

 

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Puis était exposée la première édition de la Relation historique de la peste de Marseille en 1720 de J.B. Bertrand,, publiée  à Cologne chez Pierre Marteau en 1721.

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https://www.biusante.parisdescartes.fr/histoire/medica/resultats/index.php?cote=40239&do=chapitre

https://books.google.fr/books?id=HWIwk2DaLAYC&printsec=frontcover&dq=Relation%20historique%20de%20la%20peste%20%C3%A0%20Marseille%20en%201720&source=gbs_slider_thumb#v=onepage&q=parfum&f=false

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On pouvait consulter sur un écran une pdf de l'édition de 1723. L'auteur, médecin de Marseille,  précisait que le terme "infirmeries" désignait toujours "l'endroit où l'on met en quarantaine les personnes et les marchandises qui viennent du Levant, et d'autres pays suspects".  Car parmi les origines de la Peste, il écartait les causes générales, c'est à dire une altération de l'air (car il est ici très pur) ou des aliments : elle ne pouvait  "donc y avoir été aportée que par la contagion & par la communication de quelque personne, ou par des marchandises infectées". 

" il y a hors la ville des Infirmeries, où les Navires qui viennent du Levant, ou d'autres lieux suspects, débarquent leurs marchandises , & où elles font déballées , pour être exposées à l'air , jusqu'à ce qu'elles soient purgées de tout soupçon d'infection : pendant que les Navires se tirent au large en quarantaine, ceux qui veulent se débarquer dans ces infirmeries, y font aussi reçus en quarantaine

C'est un vaste enclos que ces Infirmeries, où il y a de petites Cazernes pour les particuliers , des apartemens propres pour les personnes distinguees , & de grandes hales pour les marchandises. 11 y a dans cet endroit des Officiers , pour veiller à,1'ordre que l'on doit garder dans la purge des marchandises, &c en tout ce qu'il convient de faire pour la sûreté de la santé publique. Messieurs les Echevins nomment tous les ans seize Intendans de la santé , qu'ils choisissent parmi les principaux Négocíans de la ville : ces Intendans reglent les quarantaines & les entrées , & ont route la direction de ces Infirmeries."

La page 39  fait allusion aux fameux "parfums, appliqués aux passagers du Grand-Saint-Antoine :

"Les passagers arrivés sur ces Vaisseaux suspects , ceux mêmes du Capitaine Chataud eurent l'entrée le 14 Juin, ainsi qu'il est marqué dans le Journal imprimé , tiré du Mémorial de l'Hôtel de Ville; c'est-à-dire, qu'à compter du jour de l'arrivée des Vaisseaux, ces passagers. n'ont fait qu'une quarantaine ordinaire de quinze à vingt jours et toute la précaution qu'on a prise, ça été de leur donner , et à leurs hardes quelques parfums de plus : car les passagers, sortant des Infirmeries emportent avec eux leurs hardes , et souvent leurs pacotilles (petits paquets de marchandises que les gens de mer apportent pour leur compte). Il faut avoir une grande foi à ces parfums, pour croire qu'ils puissent détruire un venin , qu'on a déja humé dans le corps , et corriger le vice d'une marchandise infectée , qui n'a pas été assez longtems à l'air. "

Lorsque l'un des premiers cas apparait dans la ville, "on ordonne à tous ceux qui l'ont fréquenté quelques jours de quarantaine chez eux, et les parfums ordinaires."

Début août, le caractère de l'épidémie de peste et sa sévérité  sont devenus évidents, mais on cesse de transférer les malades atteints et les cadavres vers les Infirmeries : ils restent dans les rues. Un médecin, Sicard, propose de faire brûler des parfums dans toute la ville :

"Ce Médecin proposa d' d'allumer un soir de grands feus dans toutes les Places publiques , et au tour de la Ville, qu'en même tems chaque particulier en faire un devant la porte de chaque maison, et qu'à commencer du même jour, et pendant trois jours consécutifs, chacun fit à la même heure,à cinq heures du soir, un parfum avec du soufre dans chaque apartement de sa maison ,où il déployeroit toutes ses hardes , et tous les habits qu'il avoir porté depuis que la contagion avoir paru. [...] on fait de grands amas de bois dans toutes les places, & dans tous les lieux désignés ; on

distribue dans toute la Ville du soufre pour les parfums , à tous ceux qui n'ont pas le moyen d'en achetenenfîn, le jour arrivé, & à l'hcute marquée, toute la Ville parut en feu , &c l'air se couvrit d'une noire & épaisse fumée , plus propre à retenir les vapeurs contagieuses qu'à les dissiper. " (p. 86)

Plus tard, les maisons infectées (marquées d'une croix noire) reçurent trois parfums successifs : "l'un  avec des herbes aromatiques, l'autre avec la poudre à canon, et le dernier avec le parfum fort et ordinaire de la Ville." Les meubles recevaient également ces parfums, puis on badigeonnait les pièces au lait de chaux. On les marque alors d'une croix blanche.

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Il y avait aussi des livres donnant les recettes de ces parfums ; et ils étaient précisément parus juste après la Peste de Marseille. 

Le livre du Père Léon.

Parfums et remèdes contre la peste dont s'est servi avec tout le succès possible le P. Léon Augustin déchaussé de France, lequel a été employé par le Roi pour guérir les personnes attaquées de la contagion qui régnait en plusieurs endroits du royaume en 1666, 1667, 1668 et 1669.., L.-D. Delatour (Paris), 1720 16 pages. https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8607849q/f1.item.zoom

L'ouvrage fut publié la même année à Lyon chez André Laurens, puis à Dijon en 1721 (3e édition).  Le Père Leon se ventait d'avoir été employé par ordre du Roi pour guérir ou préserver de la peste, dans plusieurs villes du Royaume surtout en Flandre où la peste regnait beaucoup les années 1666, 1667, 1668 1669. Il vivait encore en 1684

https://books.google.fr/books/about/Parfums_et_rem%C3%A8des_contre_la_peste_dont.html?id=aIkfE6t7rfQC&redir_esc=y

https://www.who.int/library/collections/WC_350_1720PA_HIST.pdf?ua=1

On trouve aussi de cet auteur une Composition d'un antidote contre la peste, qui est le plus excellent de tout remède, du Père Léon, augustin déchaussé. 4 pages https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8601546k.image

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BnF Gallica

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Le Mystère de la Chambre des Parfums (1722-1860) de l'île de Tatihou.
Parfums et remèdes..., BnF Gallica

Parfums et remèdes..., BnF Gallica

Le Mystère de la Chambre des Parfums (1722-1860) de l'île de Tatihou.

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On y trouvait un premier parfum pour traiter les pestiférés, et qui contenait du soufre, de la poix, de la poudre à canon, de l'arsenic de l'antimoine (plomb) et du cinabre (sulfure de mercure) : un mélange dont on imagine l'odeur très forte, voire pestilentielle, et le caractère nocif, mais qui, par son caractère répulsif, pouvait laisser croire aux médecins du temps qu'il allait repousser les "miasmes". C'était certainement le mélange utilisé par Marseille, et dont Chirac, un médecin, avait déconseillé l'usage au profits de plantes plus aimables.

C'est le parfum qu'on inflige aux personnes qui sont en quarantaine par provenance d'un lieu "soupçonné" ou infecté, avant le début de celle-ci. Mais le Père Léon ne précise pas la durée de cette exposition aux fumigations. Sans doute "autant qu'elle pourra le supporter", voire "le temps d'un Salve Regina", qui cumulait les recours.

"Si la peste est dans une grande partie des maisons, il faudra faire un parfum général du premier parfum, savoir dans celles des riches à leurs dépens, et dans celles des pauvres aux dépens de la bourse commune, en même temps, afin que la fumée purge la malignité de l'air."

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Le Mystère de la Chambre des Parfums (1722-1860) de l'île de Tatihou.

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Puis suivait un parfum "préservatif" (nous dirions "préventif") qui associait le benjoin au storax — des composants de certains encens — , aux baies de genièvre, de lierre, de laurier et aux clous de girofle, tout cela associé au salpêtre qui favorise la combustion. Le mélange est mis en poudre et brûlé sur du foin.

Geoffroy décrit les fumigations thérapeutiques de Benjoin et Storax dans sa Matière médicale de 1743. 

Était-il plus agréable à subir que le précédent ? À défaut d'avoir essayé, il est vraisemblable que l'exposition à cette fumaison n'avait rien de plaisant.

Les composants du "parfum pour aérer" sont pilés, pulvérisés, malaxés en pâte et moulés en boules, qu'on peut porter sur ses habits et perruques, sa chambre ou ses domestiques, ou brûler, "autant qu'on le peut souffrir" . Un peu comme ces "oiselets de Chypre" qu'on consumait dans des brûles-parfums.

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Le Mystère de la Chambre des Parfums (1722-1860) de l'île de Tatihou.
Le Mystère de la Chambre des Parfums (1722-1860) de l'île de Tatihou.
Le Mystère de la Chambre des Parfums (1722-1860) de l'île de Tatihou.
Le Mystère de la Chambre des Parfums (1722-1860) de l'île de Tatihou.

 

 

 

 

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Au mur, il trouva une note sur Jérôme Fracastor, médecin né à Vérone en 1478 et mort à Incaffi en 1553, qui après avoir étudié la syphilis, avait écrit De Contagione et Contagiosis Morbis, paru en 1546. Il y proposait une théorie sur la contagion, la théorie du contagium vivum, et distingue trois modes de transmission des maladies, par lesquels il se révèle un peu comme le créateur de l'épidémiologie : d'abord la contagion interhumaine directe entre individus où les individus infectés par les seminaria contigionis entrent en contact direct avec des personnes saines (gale, phtisie, lèpre), ensuite la contagion indirecte où les seminaria contigionis ont comme support l'air et divers objets qui entrent en contact avec les individus, comme c'est le cas de la tuberculose ; enfin la contagion à distance (peste, ophtalmie purulente égyptienne, variole), où les germes seraient comme attirés par les sujets dont les "humeurs" (des prédispositions) leur sont le plus propices.

Son Diascordium, longtemps au Codex sous le nom d'électuaire opiatique astringent, est, comme son nom l'indique, à base de Teucrium scordium,  ou Germandrée des marais, et de fleurs de roses. Il appartient bien à la longue liste des Alexipharmaques (antidotes de la peste), mais par voie interne (l'électuaire est une pâte molle qui s'ingère avec du miel). 

C'était là un détour, une voie sans issue dans le labyrinthe des "parfums".

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Il retrouva son chemin : c'était l'ouvrage de Jean-François Bresmal, Avis au public pour le préserver et le garantir de la peste et des autres maladies epydemiques et contagieuses F. Alexandre Barchon, 1721 - Il lut bien sûr le  Chapitre VIII Des parfums,car le livre présenté devant lui s'était ouvert page 43, et les pages se déroulaient comme par magie au rythme de sa lecture.

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Mais il s'attarda davantage devant le Traité de la peste recueilli des meilleurs auteurs anciens et modernes de Jean-Jacques MANGET , un médecin genevois, dont l'ouvrage sur la peste parut en 1721 l'année suivant la peste de Marseille, alors qu'elle sévit encore en Provence. Il comporte d’intéressantes précisions sur la prophylaxie de la peste, tout en restant évasif sur son origine. Il  y releva  315 fois le mot « parfum » .

 

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L'ouvrage était précédé d'un frontispice représentant cette image très connue, mais qui l'intéressa par sa légende  d'un médecin et autres personnes qui visitent les pestiférés : il est de maroquin de Levant, le masque a les yeux de cristal, et un long nez rempli de parfumsOn attribue cette tenue à Charles Delorme (1584-1678), médecin ordinaire de Louis XIII. Selon Le Généraliste du 17 juillet 2014, "Le masque porté sur le visage était constitué d’un nez en cuir ou en carton bouilli en forme de bec d’un demi-pied (16 cm) de long. « Le nez, rempli de parfums, n'a que deux trous, un de chaque côté à l'endroit des ouvertures du nez naturel ; mais cela peut suffire pour la respiration et pour porter avec l'air qu'on respire l'impression des herbes renfermées plus avant le bec.» Epices et herbes aromatiques (thym, camphre, mélisse, clous de girofles, myrrhe, pétales de rose, vinaigre des quatre voleurs) imprègnent, en effet, des éponges placées à l’intérieur du bec. Le médecin de peste porte aussi des bottines en maroquin, des culottes de peau unie qui s’attachent aux bottines et une chemisette de peau unie, elle aussi, dont on insère le bas dans la culotte. Ayant revêtu son costume de peste intégralement imprégné lui aussi d’herbes aromatiques, le médecin de peste peut ainsi partir accomplir son travail, toujours accompagné de sa baguette avec laquelle il soulève les vêtements des pestiférés."

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Il prit de longues notes. La peste était un venin  de l'air, empesté de vapeurs putrides. Le contre-venin était donc le bon air, passant par l'aération des lieux et marchandises (d'où le rôle des éventeurs) et par l'exposition aux "parfums". Et on comprend pourquoi il était si important de les désigner par ce terme de parfums — étymologiquement per fume, "par la fumée",  mais défini en 1528 comme une "odeur naturelle ou artificielle agréable" , et non par celui d'odeur, ou de fumigation : 

"Néanmoins pour en dire ce que j'en pense, je tiens avec les Medecins, que la Peste est un venin engendré en nos corps tant de la corruption des humeurs, que de celle de l'air : non simple & èlementaire, mais composé, & mêlé de certains atomes & corpuscules , qu'Hippocrate appelle souillures morbifiques, conceuës & procréèes des exhalaisons putrides de la terre, ou de la maligne influence des astres qui s'inſinuent avec l'air que nous respirons , et s'en vont gagner le cœur qui est la source de la vie, et comme le foyer où se nourrit la chaleur naturelle, que ce poison éteint et consume. Et pour parler plus clairement, que c'est une maladie épidémique , contagieuse , pernicieuse, et venimeuse."

 Premiérement , elle est épidemique, c'eſt à dire populaire & commune, [...]·Secondement , elle est contagieuse » , parce que cet air , ayant receu les vapeurs putrides et pestiférées, les transmet et transporte de corps en corps , et les communique diversement , selon la diverse diſposition qu'ils ont  soit par leur nature foible et debile; soit par la pourriture des humeurs."

 

La première cause était Dieu ; puis venaient les Planètes.

  "les malins aspects des Planetes, et surtout la conjonction de Saturne & de Mars, en Signes humains, comme sont Gemini & Virgo. Les Eclipses du Soleil & de la Lune , les Comètes, & autres impressions ignées.".

Puis venaient les causes particulières, externes, et internes : 

"Les causes particulières de la Peste sont de deux sortes, les unes externes, les autres internes.
--La cause principale externe , c'est l'air immodérement chaud & humide, aidé du vent du Midi, épais & sans pluye, précédé nêanmoins de grandes pluyes de l'hyver, & de la génération de plusieurs insectes engendrez de pourriture , raines , hannetons , & semblables : Les eaux stagnantes oü dormantes des étangs & marais, les corps morts, les cloaques, les herbes pourries, comme le chou, le chanvre & le lin. Les haleines des Pestiferez apportent une grande altération , & corruption dans l'air, & ainsi s'engendrent en luy ces miasmes morbifiques & semences de Peste, auxquelles Hippocrates rapporte la vraye cause & origine de ce mal commun."
 
--Les causes internes de la Peste, sont antecedentes où conjointes. Les antecedentes sont les humeurs vicieuses contenuës tant dedans que dehors les vaisseaux, qui venants à se pourrir, engendrent en nous fievres malignes, rougeoles, veroles, phlegmons, & semblables corruptions avant-coureuses de la Peste. Mais quand la  pourriture est parvenuë au degré capable de prendre , et concevoir la forme du venin de l'air empesté , lors commence à s'éclorre cette épouvantable & effroyable Peste : de la quelle la cause conjointe n'est autre, selon tous les Medecins , sinon le même - air corrompu , comme dit est.
Or il y a trois moyens par lesquels ce mauvais air , où ces germes de Peste, faisant partie de cet air, se communiquent & sont reçeus en nos corps.
a) Le Premier & le plus dangereux est celuy qui se fait par attouchement, sans interposition manifeste d'aucun air, & ſe ait un transport du venin immediate ment du corps malade dans le corps ſain; tout ainſi que de la morſure du chien enragé le venin eſt porté dans le corps de la perſonne morduë : où tout ainſi que d'une matiére pourrie, les ſemences de pourriture ſont portées par contagion en celle qui luy est contiguë : ce que nous voyons tous iés jours par experience ; car nous voyons communément, qu'une pomme pourrie, en pour rit une ſaine qui lui eſt contiguë, & un †de raiſin pourrit un autre grain ; a raiſon eſt que les matiéres pourries ont cela de propre, à cauſe de la chaleur putredinale qui eſt en elles, qu'elles exha lent de leur ſein certaines vapeurs dans lesquelles ſont contenuës les ſemences & germes de corruption, ce qui fait qu'étant transmiſes dans le sein d'une autre subſtance capable de les recevoir, elles y une pourriture pareille à celle dont elles ont été produites. Comme donc le propre effet du venin pestilentiel, eſt de toutes les humeurs dans le corps humain ; il n'y a point de doute que tout ce qui exhale de ce fond e pourriture, ne ſoit des germes & semences de la même pourriture, qui étant tranſmiſes dans le corps d'une perſonne ſaine ſoit par la reſpiration qu'elle en fait Par la bouche & les narines , soit par transpiration qui s'en fait par les yeux, les oreilles , les pores de la peau, & autres conduits , y produisent une corruption & pourriture ſemblable à celles dont elles ont été produites : ſi ce n'eſst qu'elles en soient empêchées où par la force des préservatifs que la personne auroit pris auparavant, où par quelque qualité contraire qu'elle auroit en elle, capable de resister à un tel effet.
 
b) Le ſecond moien de cette communication ou contagion est appelé per somitemquand cet air pestilent est porté par quelque corps propre à le conserver & fomenter longtems ; comme habits de laine, de linge , de peaux, les couvertures, matelas & semblables, où comme l'ordure s'attache, aussi fait ce venin, qui apres un jour, un mois, un an ou pluſieurs , vient à infecter l'air prochain, & s'insinuë, où glisse dans le cœur de celui qui n'y pense pas.
 
c) La troisième & plus commune contagion, c'est celle qui se fait ad distans, c'eſt à dire de loin , d'un corps en l'autre, par le moien de l'air infecté , tant de soi que des halènes & évaporations des corps malades, ou par le moien du même air, contenant en soi les principes de la Peste, porté de maison en maison, de ville en ville , & de région en région, ainſi que nous voions pour l'ordinaire."
 
Les lazarets
"Car après avoir fait décharger les marchandises du navire , & les avoir fait transporter au Lazaret, le Capitaine & les Matelots demeurent ordinairement dans le Navire avec tout leur bagage pour y faire la quarantaine en mer : & on leur donne un ou deux gardes, pour observer si leur santé est bonne, & pour faire exposer tous les jours à l'air & aux Vents le bagage des Matelots, & tout ce qu'ils ont dans leurs coffres ou caisses, lesquelles pour l'ordinaire sont remplies de toile & de coton , d'autres toi es qu'on appelle bourgs , & semblables autres choses qu'on a bien sujet d'appréhender qu'elles ne ſoient aussi bien pestiferées que les marchandises. Cét ordre est encore parfaitement bon, pour vû qu'il ſoit bien observé ; mais je me défie toûjours de la fidélité des gardes : soit que les Matelots , qui asse souvent ne veulent pas leur donner à connoître le petit trafic qu'ils font dans leurs voyages , leur cachent assez souvent une partie de ce qu'ils ont aporté : si bien qu'il me ſemble que c'est trop azarder, que de confier la vie de tout un peuple , à la discretion d'un ou de  deux gardes , qui peut être seront né à s'acquiter de leur devoir , in zéles dans leur raport , & corrompus par argent ou par presens : cependant il  ne faut qu'une méchante piéce d'étoffe ou de toile pestiférée , qui n'aura pas été exposée à l'air ni au vent , pour perdre une ville toute entiére."
 
Les quarantaines page 89
 La coûtume établié, & obſervée de tout tems durant la Contagion , eſt d'ordonner la Quarantaine aux personnes qui ſortent des Villes infectées : comme auſſi aux meubles, & aux marchandiſes que l'on transporte : & parfois  pour une plus grande aſſurance, l'on double les Quarantaines. La premiere pourtant est le terme ordinaire que l'on pratique , & neanmoins l'on en voit des scandales par la suitte, lors que l'on n'apporte pas le soin que l'on devroit . à éventer & à purger les meubles, veu que l'infection ſe peut conserver dans iceux, & dans les marchandises pliées & enfermées durant plusieurs mois, même pluſieurs années, si nous ajoûtons foi aux hiſtoires, que la raiſon ſemble approuver. A la verité le terme de quarante jours eſt ſuffiſant pour les ſimples infects (qui ne ſe ſont pas trouvez dans les maiſons pestiferées, ni au ſervice des malades ) pourveu toutesfois qu'ils ap poI de la Teſfe. 89 portent le ſoin néceſſaire durant leur tems à ſe bien purifier : & même ce tems ſe pourroit abréger , ſuivant ce qui ſera dit de la desinfection des corps. Mais pour les autres qui ont converſé avec les malades, ou qui ont été affiigez eux-mêmes, il y faudra apporter plus de précaution , ſoit en la prolongation du tems, ſoit en la préparation des personnes, des habits , & des meubles. Pour les perſonnes,l'air, les vents, & les feux les purgeront aſſez, ſi l'on ne ſe veut ſervir des autres moyens qui ſeront ropoſez au lieu allegué, pour abreger le tems. Et quant aux robes , & aux marchandiſes, les proprietaires ou leurs ſerviteurs , en la presence des Gardes que le Conſeil de la Santé leur aura baillé, & qui ſeront logez près du lieu qu'on leur aura deſtiné , les doivent expoſer durant le beau tems , à l'air, afin que le Soleil & les vents dissipent les semences de l'infection, en cas qu'il y en eût : & faudra reiterer la même choſe pluſieurs fois : & s'il étoit besoin, on les pourra parfumer avec la fumée du romarin,  de la sabine, de l'encens, de la poudre, ou autre bois ou drogue que l'on avisera.
 
Quelques plantes utiles Page 134
Les habitans seront exhortez de faire provision de geniévre, de rosmarin, de sabine, & autres bois, & herbes odorantes , pour purifier l'air des maisons & des ruës, le plus souvent qu'ils pourront; Si mieux ils n'aiment quelques parfums agréables, soit cassolettes , ou autres, faits avec le borax, & le benjoin. Que si l'on veut se servir de la poudre à Canon , ou de fumées, ils le pourront.
Comment parfumer sa maison Page 171
. Il seront soigneux de faire parfumer une fois le jour leur maison, avec le parfum de santé, dont il est parlé ci après au Traité des Parfums : comme aussi de la faire tenir bien nette ; & de faire arroser souvent leur Chambre avec du vinaigre: Et quand on apportera quelque chose de dehors en la maison, ils mettront ordre de ne le point recevoir qu'après les précautions marquées ci- après en son lieu. Ils feront fermer toutes les fenêtres une demi-heure avant le coucher du Soleil; afin que les vapeurs qu'il aura attirées, & n'aura pas dissipèes, n'entrent point dans l'interieur de la maison : & ne les feront point ouvrir que le lendemain matin, une demi-heure après son lever , & , lors que par sa chaleur il aura purifie l'air, & dissipé les mauvaises vapeurs de la nuit."
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Le Mystère de la Chambre des Parfums (1722-1860) de l'île de Tatihou.

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Il prit de longues notes. La peste était un venin  de l'air, empesté de vapeurs putrides. Le contre-venin était donc le bon air, passant par l'aération des lieux et marchandises (d'où le rôle des éventeurs) et par l'exposition aux "parfums". Et on comprend pourquoi il était si important de les désigner par ce terme de parfums — étymologiquement per fume, "par la fumée",  mais défini en 1528 comme une "odeur naturelle ou artificielle agréable" , et non par celui d'odeur, ou de fumigation : 

"Néanmoins pour en dire ce que j'en pense, je tiens avec les Médecins, que la Peste est un venin engendré en nos corps tant de la corruption des humeurs, que de celle de l'air : non simple & èlémentaire, mais composé, & mêlé de certains atomes & corpuscules , qu'Hippocrate appelle souillures morbifiques, conceuës & procréèes des exhalaisons putrides de la terre, ou de la maligne influence des astres qui s'inſinuent avec l'air que nous respirons , et s'en vont gagner le cœur qui est la source de la vie, et comme le foyer où se nourrit la chaleur naturelle, que ce poison éteint et consume. Et pour parler plus clairement, que c'est une maladie épidémique , contagieuse , pernicieuse, et venimeuse."

 Premiérement , elle est épidémique, c'eſt à dire populaire & commune, [...]·Secondement , elle est contagieuse » , parce que cet air , ayant receu les vapeurs putrides et pestiférées, les transmet et transporte de corps en corps , et les communique diversement , selon la diverse diſposition qu'ils ont  soit par leur nature foible et debile; soit par la pourriture des humeurs."

 

La première cause était Dieu ; puis venaient les Planètes.

  "les malins aspects des Planetes, et surtout la conjonction de Saturne & de Mars, en Signes humains, comme sont Gemini & Virgo. Les Eclipses du Soleil & de la Lune , les Comètes, & autres impressions ignées.".

Puis venaient les causes particulières, externes, et internes : 

"Les causes particulières de la Peste sont de deux sortes, les unes externes, les autres internes.
--La cause principale externe , c'est l'air immodérement chaud & humide, aidé du vent du Midi, épais & sans pluye, précédé néanmoins de grandes pluyes de l'hyver, & de la génération de plusieurs insectes engendrez de pourriture , raines , hannetons , & semblables : Les eaux stagnantes oü dormantes des étangs & marais, les corps morts, les cloaques, les herbes pourries, comme le chou, le chanvre & le lin. Les haleines des Pestiferez apportent une grande altération , & corruption dans l'air, & ainsi s'engendrent en luy ces miasmes morbifiques & semences de Peste, auxquelles Hippocrates rapporte la vraye cause & origine de ce mal commun."
 
--Les causes internes de la Peste, sont antécédentes où conjointes. Les antécédentes sont les humeurs vicieuses contenuës tant dedans que dehors les vaisseaux, qui venants à se pourrir, engendrent en nous fievres malignes, rougeoles, veroles, phlegmons, & semblables corruptions avant-coureuses de la Peste. Mais quand la  pourriture est parvenuë au degré capable de prendre , et concevoir la forme du venin de l'air empesté , lors commence à s'éclore cette épouvantable & effroyable Peste : de la quelle la cause conjointe n'est autre, selon tous les Medecins , sinon le même - air corrompu , comme dit est.
Or il y a trois moyens par lesquels ce mauvais air , où ces germes de Peste, faisant partie de cet air, se communiquent & sont reçeus en nos corps.
a) Le Premier & le plus dangereux est celui qui se fait par attouchement, sans interposition manifeste d'aucun air, & ſe ait un transport du venin immédiate ment du corps malade dans le corps ſain; tout ainſi que de la morſure du chien enragé le venin eſt porté dans le corps de la perſonne morduë : où tout ainſi que d'une matière pourrie, les ſemences de pourriture ſont portées par contagion en celle qui luy est contiguë : ce que nous voyons tous lés jours par experience ; car nous voyons communément, qu'une pomme pourrie, en pour rit une ſaine qui lui est contiguë, & un †de raiſin pourrit un autre grain ; a raiſon eſt que les matiéres pourries ont cela de propre, à cauſe de la chaleur putredinale qui eſt en elles, qu'elles exhalent de leur ſein certaines vapeurs dans leſquelles ſont contenuës les ſemences & germes de corruption, ce qui fait qu'étant transmiſes dans le sein d'une autre subſtance capable de les recevoir, elles y une pourriture pareille à celle dont elles ont été produites. Comme donc le propre effet du venin pestilentiel, eſt de toutes les humeurs dans le corps humain ; il n'y a point de doute que tout ce qui exhale de ce fond e pourriture, ne ſoit des germes & semences de la même pourriture, qui étant tranſmiſes dans le corps d'une perſonne ſaine ſoit par la reſpiration qu'elle en fait Par la bouche & les narines , soit par transpiration qui s'en fait par les yeux, les oreilles , les pores de la peau, & autres conduits , y produisent une corruption & pourriture ſemblable à celles dont elles ont été produites : ſi ce n'est qu'elles en soient empêchées où par la force des préservatifs que la personne auroit pris auparavant, où par quelque qualité contraire qu'elle auroit en elle, capable de resister à un tel effet.
 
b) Le ſecond moien de cette communication ou contagion est appelé per somitemquand cet air pestilent est porté par quelque corps propre à le conserver & fomenter longtems ; comme habits de laine, de linge , de peaux, les couvertures, matelas & semblables, où comme l'ordure s'attache, aussi fait ce venin, qui apres un jour, un mois, un an ou pluſieurs , vient à infecter l'air prochain, & s'insinuë, où glisse dans le cœur de celui qui n'y pense pas.
 
c) La troisième & plus commune contagion, c'est celle qui se fait ad distans, c'eſt à dire de loin , d'un corps en l'autre, par le moien de l'air infecté , tant de soi que des halènes & évaporations des corps malades, ou par le moien du même air, contenant en soi les principes de la Peste, porté de maison en maison, de ville en ville , & de région en région, ainſi que nous voions pour l'ordinaire."
 
Les lazarets
"Car après avoir fait décharger les marchandises du navire , & les avoir fait transporter au Lazaret, le Capitaine & les Matelots demeurent ordinairement dans le Navire avec tout leur bagage pour y faire la quarantaine en mer : & on leur donne un ou deux gardes, pour observer si leur santé est bonne, & pour faire exposer tous les jours à l'air & aux Vents le bagage des Matelots, & tout ce qu'ils ont dans leurs coffres ou caisses, lesquelles pour l'ordinaire sont remplies de toile & de coton , d'autres toi es qu'on appelle bourgs , & semblables autres choses qu'on a bien sujet d'appréhender qu'elles ne ſoient aussi bien pestiferées que les marchandises. Cét ordre est encore parfaitement bon, pour vû qu'il ſoit bien observé ; mais je me défie toûjours de la fidélité des gardes : soit que les Matelots , qui asse souvent ne veulent pas leur donner à connoître le petit trafic qu'ils font dans leurs voyages , leur cachent assez souvent une partie de ce qu'ils ont apporté : si bien qu'il me ſemble que c'est trop azarder, que de confier la vie de tout un peuple , à la discretion d'un ou de  deux gardes , qui peut être seront né à s'acquiter de leur devoir , in zéles dans leur rapport , & corrompus par argent ou par presens : cependant il  ne faut qu'une méchante pièce d'étoffe ou de toile pestiférée , qui n'aura pas été exposée à l'air ni au vent , pour perdre une ville toute entiére."
 
Les quarantaines page 89
 La coûtume établié, & observée de tout tems durant la Contagion , est d'ordonner la Quarantaine aux personnes qui sortent des Villes infectées : comme auſſi aux meubles, & aux marchandiſes que l'on transporte : & parfois  pour une plus grande assurance, l'on double les Quarantaines. La premiere pourtant est le terme ordinaire que l'on pratique , & neanmoins l'on en voit des scandales par la suitte, lorsque l'on n'apporte pas le soin que l'on devroit  à éventer & à purger les meubles, veu que l'infection se peut conserver dans iceux, & dans les marchandises pliées & enfermées durant plusieurs mois, même plusieurs années, si nous ajoûtons foi aux histoires, que la raison semble approuver. A la vérité le terme de quarante jours est suffisant pour les simples infects (qui ne se sont pas trouvez dans les maisons pestiferées, ni au service des malades ) pourveu toutesfois qu'ils apportent le soin nécessaire durant leur tems à se bien purifier : & même ce tems se pourroit abréger , suivant ce qui sera dit de la désinfection des corps. Mais pour les autres qui ont conversé avec les malades, ou qui ont été affligez eux-mêmes, il y faudra apporter plus de précaution , soit en la prolongation du tems, soit en la préparation des personnes, des habits , & des meubles. Pour les personnes,l'air, les vents, & les feux les purgeront assez, si l'on ne se veut servir des autres moyens qui seront reposez au lieu allegué, pour abreger le tems. Et quant aux robes , & aux marchandises, les proprietaires ou leurs serviteurs , en la présence des Gardes que le Conseil de la Santé leur aura baillé, & qui seront logez près du lieu qu'on leur aura destiné , les doivent exposer durant le beau tems , à l'air, afin que le Soleil & les vents dissipent les semences de l'infection, en cas qu'il y en eût : & faudra reiterer la même chose plusieurs fois : & s'il étoit besoin, on les pourra parfumer avec la fumée du romarin,  de la sabine, de l'encens, de la poudre, ou autre bois ou drogue que l'on avisera.
 
Quelques plantes utiles Page 134
Les habitans seront exhortez de faire provision de geniévre, de rosmarin, de sabine, & autres bois, & herbes odorantes , pour purifier l'air des maisons & des ruës, le plus souvent qu'ils pourront; Si mieux ils n'aiment quelques parfums agréables, soit cassolettes , ou autres, faits avec le borax, & le benjoin. Que si l'on veut se servir de la poudre à Canon , ou de fumées, ils le pourront.
Comment parfumer sa maison Page 171
. Il seront soigneux de faire parfumer une fois le jour leur maison, avec le parfum de santé, dont il est parlé ci après au Traité des Parfums : comme aussi de la faire tenir bien nette ; & de faire arroser souvent leur Chambre avec du vinaigre: Et quand on apportera quelque chose de dehors en la maison, ils mettront ordre de ne le point recevoir qu'après les précautions marquées ci- après en son lieu. Ils feront fermer toutes les fenêtres une demi-heure avant le coucher du Soleil; afin que les vapeurs qu'il aura attirées, & n'aura pas dissipées, n'entrent point dans l'intérieur de la maison : & ne les feront point ouvrir que le lendemain matin, une demi-heure après son lever , & , lors que par sa chaleur il aura purifie l'air, & dissipé les mauvaises vapeurs de la nuit."
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Il recopia les trois recettes de parfums :

"Drogues qui doivent entrer en la composition du Parfum violent.
Soufre.  Litarge. Poix-résine.  Assa fœtida. Antimoine.  Cumin.Orpiment. Euphorbe. Arsenic.  Poivre. Cinabre.  Gingembre. Sel-Ammoniac.  Son,
 
Drogues qui doivent entrer dans la composition du Parfum médiocre.
Soufre.  Encens.  Poix-résine.  Storax. Antimoine. Ladanum.  Orpiment. Poivre.  Mirrhe. Gingembre. . Cumin.  Ciperus rond. . Calamus aromaticus. . Aristoloche.. Euforbe. Cubébes.  Graine de Géniévre. Son.
 
Drogues qui doivent entrer en la composition du Parfum doux .
 Encens,  Girofles. Benjoin.  Anis. Storax.  Iris de Florence. Mirrhe. l Ladanum.  Canelle. Poivre. Muscade. Soufre. Son. "
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Mais, après plusieurs heures de lectures, où il avait cessé de prendre des notes, il comprit qu'il fallait renoncer à  rendre compte du contenu de ce texte, pour ses références aux parfums, tant elles étaient nombreuses et détaillées. Il ne conserva que ce passage : l'auteur, depuis sa retraite de Genève, plaçait une confiance sans borne dans les parfums, qu'il présentait comme une véritable armure contre les miasmes.


"Ce n'est donc pas merveille si les hommes faisant réflection sur ces choses, se sont avisez , pour assurer davantage leur vie contre les insultes de ce cruel ennemi, de chercher les drogues que l'expérience leur , a fait connoître avoir des qualitez les plus fortes , & les plus antipatiques au venin pestilentiel , & de  toutes ensemble en composer des parfums : afin qu'êtant brûlez dans les lieux & les maisons empestées , la fumée qui en exhaleroit, fût capable de les purifier, avec tout ce qui pourroit s'y rencontrer de meubles."
 
"Non seulement la fumèe des parfums a la vertu de purifier les choses inanimées du venin pestilentiel, mais aussi elle imprime une qualité si puissante à ces choses, n'en êtant pas encore infectées, qu'elle les rend capables de le repousser & de n'en recevoir aucune mauvaise impression. C'est pourquoi une personne qui ſe voit obligée d'aller & venir parmi le peuple en un tems de peste, aiant pris quelque préservatif pour se conserver le cœur contre ce venin , & s'étant fait parfumer avec lesdits parfums, ou bien aiant fait parfumer ses habits avant que de se revestir , peut s'asseurer qu'il ne s'attachera point dessus elle : il faut noter que les habits dont on est revêtu s'ils sont de laine, étant échauffez par la "chaleur naturelle du corps attirent , le venin pestilentiel , de même que l'aimant attire le fer, mais étant imbus de la qualité des parfums, qui lui est entièrement opposée, ils le répercutent & le repoussent , ainsi que le  répercute un air froid & humide qui l'environne , si bien qu'il ne peut s'y attacher."

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Alors que notre visiteur découvrait devant lui de longs couloirs où des livres, des thèses manuscrites ou dactylographiées, des rapports et des in-folio éclairés chacun d'une loupiote  brillaient comme des bougies , et qu'il allait s'élancer avec fougue, il se sentit saisi par les bras et les jambes, et fut éjecté dans le jardin où il fut laissé sans égard pour la science qu'il venait d'acquérir.

Il se redressa. Il se trouvait dans l'Allée des Fumigations installée par le Conservatoire du Littoral. 

Il vit un grand portail ouvert sur le large. Il se précipita. De l'air, de l'air !

 

 

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Le Mystère de la Chambre des Parfums (1722-1860) de l'île de Tatihou.

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Eut-il raison ? Voici ce qu'il aurait découvert dans l'Allée des Fumigations :

 

"Quelques plantes bien corsées!

Certaines plantes herbacées aromatiques étaient utilisées pour les fumigations. Parfois très communes et souvent venues de loin, la plupart d'entre elles étaient cultivées localement. Beaucoup rentraient dans la composition du fameux « vinaigre des quatre voleurs », remède supposé combattre la peste (grande absinthe, menthe, rue et sauge par exemple)."

 

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Assa foetida, l'Ase fétide. Originaire d'Iran, elle dégage une odeur d'œuf pourri, car elle contient du soufre.

Ferula gummosa, la Férule gommeuse ou galbanum : sa sève servait de base à la préparation d'encens.

Ocimum basilicum, le Basilic

Mentha pulevium ou Menthe pouliot et Mentha suaveolens ou Menthe à feuilles rondes.

Artemisia absinthium, la Grande Absinthe

Ruta graveolens ou Rue officinale.

Salvia officinalis ou Sauge officinale.

 

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Le Mystère de la Chambre des Parfums (1722-1860) de l'île de Tatihou.

 

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Des Plantes contre la Peste ?

"Au Moyen Âge, pour essayer de lutter contre la peste, au delà des prières adressées à saint Roch ou saint Sébastien et des traitements de choc (saignée, purge, utilisation de sang de vipère ou de bave de crapaud...), on utilisait souvent des préparations à base de plantes.

Citons la fameuse Thériaque associant plus de 50 plantes et ingrédients divers (anis, acacia, rue, iris, miel, opium), ou encore le vinaigre des quatre voleurs composé de vinaigre blanc, d'absinthe, de genièvre, de marjolaine, de sauge, de clous de girofle, de romarin et de camphre ...) La liste n'est pas close car de nombreuses variantes existaient, associant d'autres plantes."

Le Mystère de la Chambre des Parfums (1722-1860) de l'île de Tatihou.

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"À partir du XVIe siècle, les pratiques de fumigations d'habitations, de courriers et/ou de personnes, susceptibles d'abriter ou de transmettre la peste, vont s'amplifier. Les fumigations étaient obtenues en faisant brûler des mélanges de plantes pour en obtenir une fumes censée chasser les « miasmes ».

Dans les lazarets, qui vont se développer à partir du XVIIe siècle, la pratique des fumigations sera très répandue. Ainsi à Tatihou, le médecin en préconisait pour assainir équipages et cargaisons. Un petit appartement appelé « chambre des parfums » situé dans le bâtiment des équipages était dévolu à cet effet. La composition des parfums et la durée des fumigations étaient placées sous la direction de l'inspecteur sanitaire Melchior Viel.

Les fumigations et autres pseudo-remèdes contre la peste perdureront jusqu'à la découverte en 1894, par Alexandre Yersin de l'Institut Pasteur, du bacille de la peste et de son principal mode de transmission, à savoir la piqûre de puces de rongeurs (rats principalement)."

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Remarques prersonnelles :

La pratique des fumigations, bien attestée en Provence,  était-elle si généralisée sur les côtes atlantiques et de la Manche ? Je n'ai pu en trouver des témoignages sur l'île de Trébéron, le lazaret de Brest (hormis la désinfection des vaisseaux par des feux de genêt vert dans la soute après épidémie : voir Burel ).

Le sieur Melchior Vieil nous est ainsi présenté en septembre 1722 par M. de Rancé, major de la marine au Havre : "J'ay l'honneur d'informer le Conseil qu'il est arrivé depuis quelques jours en cette ville le sieur Vieil, porteur d'une lettre de M. le Contrôleur général, pour visiter les costes de Normandie en qualité d'inspecteur de la santé et y donner les instructions nécessaires pour prévenir la communication du mal contagieux."

Il n'est guère apprécié,

  "Ledit sieur appelle dérangement tout ce qui n'est pas conforme à ses idées et prétend faire exécuter dans nos mers ce qui se pratique dans la comme sy le climat et les raddes de Ponant, surtout celle-cy, estoient à celles du Levant.

.Il pense que la peste ne se communique point par l'air, mais au toucher et, sur ce principe qu'il veut nous persuader, il va au dedans du lazaret du Hoc pour y donner des ordres et il voudrait que les officiers municipaux y allassent avec luy, ce qui paroist bien contraire aux précautions que nous avons prises jusqu'à présent. Un petit navire nouvellement arrivé de la Martinique, ledit sieur Vieil qu'il n'ait l'entrée, parce que le capitaine n'a point de lettre de santé, quoy qu'on luy ait dit que les isles de l'Amérique ne noues estoient pas suspectes"..

 

II est  intéressant de noter les origines méditerranéennes de ce Melchior Vieil : il a été neuf ans intendant de la Santé à Toulon, sa ville natale, a voyagé au Levant avant d'être nommé inspecteur de la santé à la Hougue et d'assurer la construction du lazaret de l'île Tatihou ; dès 1713 il apparaît comme « commis pour veiller à la conservation de la santé sur la côte de Normandie » ; il meurt en 1742 et est remplacé par le sieur Ferrât. Pendant toute sa carrière normande, il aura cherché à faire les pratiques en usage en Provence.

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Le Mystère de la Chambre des Parfums (1722-1860) de l'île de Tatihou.

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Fumigation utilisée sur l'île de Tatihou au XIXe siècle.

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PARFUM

Trois bonnes poignées de son et :

Graines de genièvre, une livre

Soufre, une livre

Assa fatida, une livre

Encens, une livre

Mirrhe, une demie livre

Storax, une demie livre

Gerofle, une demie livre

Romarin, deux poignées

Sauge, deux poignées

Laurier, deux poignées

Thein, deux poignées

Ruë, deux poignées

Absinthe, deux poignées

Culegium, deux poignées

Baume, deux poignées

Basilique, deux poignées

Poix raisine de bourg, demie livre,

Therebantine, demie livre,

Galbanum

Aloès , demie livre,

Huile de petrole, demie livre,

Faut mettre le tout en poudre grossierement, en faire un mélange, ensuite vous en lettre trois, quatre cinq poignées suivant la quantité des personnes sur de la paille ou du foin humides auquel vous mettres le feu afin que le parfum en soie plus fort et fasse un plus grand effet.

Avant de parfumer les personnes qui sont en santé ou qui se disent saines, il faut faire donner une bonne prise de Thériaque avec du vin, qui ne manquera pas de faire sortir le venin s'il y en a.

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Le Mystère de la Chambre des Parfums (1722-1860) de l'île de Tatihou.
Le Mystère de la Chambre des Parfums (1722-1860) de l'île de Tatihou.
Le Mystère de la Chambre des Parfums (1722-1860) de l'île de Tatihou.

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Le "médecin de la peste" et les plantes.

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Le Mystère de la Chambre des Parfums (1722-1860) de l'île de Tatihou.

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CONCLUSION.

J'ai rédigé cet article car ma visite à Tatihou m'a permis de découvrir ces fumigations dont j'ignorai complètement l'usage en médecine des épidémies. J'ai été troublé par la dénomination de Chambre des Parfums car j'ai alors pensé que ces fumigations étaient très plaisantes. Les panneaux d'explication illustrées par de nombreuses plantes,  au cœur de jardins odoriférants me confirmaient un peu dans cette opinion. Les documents que j'ai consulté ensuite m'ont fait comprendre qu'à coté des plantes, on trouvait des produits chimiques beaucoup plus virulents.

J'ai voulu complété les allégations des panneaux d'informations du Conservatoire du Littoral par des documents.

Malgré la recette "utilisée à Tatihou au XIXe siècle", l'usage de fumigations aromatiques a été rapidement remplacée par des fumigations de chlore. Dans l'article Quarantaine du Dictionnaire de Médecine et de Chirurgie de 1835  on peut lire :

"Les individus bien portans ou malades transportés au lazaret, sont obligés d'y recevoir : ceux qui sont arrivés avec patente brute, trois parfums ; ceux qui sont arrivés avec patente suspecte, deux parfums; ceux qui sont arrivés avec patente nette, un seul parfum.

Pour les individus arrivés avec patente brute, le premier parfum a lieu à l'arrivée , le second à la moitié de la quarantaine , et le troisième , à l'instant où ils quittent le lazaret. Ce parfum consiste en un dégagement de chlore.

C'est substituer un moyen illusoire et dangereux à une cérémonie absurde conservée jusqu'à ces derniers temps et qui se pratiquait ainsi : on allumait du feu au milieu du plancher d'une chambre , en jetant la drogue ou parfum sur ce feu , et lorsque la fumée était devenue bien épaisse, on y faisait entrer les passagers , dont les bardes y étaient étalées ; on fermait exactement la porte , et après cinq ou six minutes , on ouvrait , et ils allaient occuper la chambre qui leur était assignée par le capitaine des infirmeries. La composition du soi-disant parfum était tout ce, qu'on peut imaginer de plus bizarre , et il est impossible de dire quel esprit avait présidé à la réunion de tant de substances sans aucune espèce d'utilité. On y trouvait le soufre, la poudre à canon, la poix résine, le grabeau de myrrhe , d'encens, le storax, le laudanum , le poivre noir, le gingembre, le cumin , le curcuma , le cardamomum, l'aristoloche, l'euphorbe, le cubèbe, les grains de genièvre, le son. Tout cela était jeté pèle-mêle sur un feu vif et ardent, et tout cela avec l'idée de détruire comme le dit Papon , l'ennemi le plus cruel du genre humain."

Déjà en 1804, Pedro Mario Gonzalez [Traité sur les maladies des gens de mer (1804)],  propose d’asperger le bateau de vinaigre , de poudre ou de souffre, mais il insiste particulièrement sur l’emploi de l’acide nitrique et du gaz muriatique oxygéné (ancien nom du chlorure d’hydrogène HCl) tandis qu'il condamne  les parfums aromatiques  car « ils ne produisent pas un air nouveau et ne font rien d’autre que le dissimuler ». 

En effet, Louis-Bernard Guyton de Morveau (1737-1816) publia en 1801  son Traité des moyens de désinfecter l’air, de prévenir la contagion et d’en arrêter le progrès, où il préconisait la désinfection de l'air par des vapeurs du gaz chlorhydrique. Les fumigations guytoniennes furent encouragées par l'Ecole de Médecine dès 1804  et utilisées par les armées de Napoléon.

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 SOURCES ET LIENS.

— Dossier de presse des Traversées de Tatihou

https://www.manche.fr/culture/imageProvider.aspx?private_resource=17096610&fn=Dossier%20Presse%20Tatihou%202019.pdf

—  https://www.wikimanche.fr/Tatihou

http://erwan.gil.free.fr/index.php?mod=freepages&pageid=110

https://www.persee.fr/doc/rhmc_0048-8003_1980_num_27_3_1108

— Hildesheimer Françoise. La protection sanitaire des côtes françaises au XVIIIe siècle. In: Revue d’histoire moderne et contemporaine, tome 27 N°3, Juillet-septembre 1980. pp. 443-467; doi : https://doi.org/10.3406/rhmc.1980.1108 https://www.persee.fr/doc/rhmc_0048-8003_1980_num_27_3_1108

Jean Noël Biraben, Les Hommes et la peste en France et dans les pays européens et méditerranéens, t. I et II, La Haye, Mouton ; Paris, École des hautes études en sciences sociales, 1975-1976 (ISBN 9782719309308).

— MANGET (Jean-Jacques), 1721, Traité de la peste recueilli des meilleurs auteurs anciens et modernes chez Philippe Planche, 1721 - 320 pages Geneva 1721

https://books.google.fr/books/about/Trait%C3%A9_de_la_peste.html?id=f68UAAAAQAAJ&redir_esc=y

— TALOUR Karen – Aspects dermatologiques des voyages maritimes au XVIIIème siècle – 130p., 1 annexe. Th. : Méd. : Brest 2012

https://dumas.ccsd.cnrs.fr/dumas-00984595/document

 

— BOUISSOU (Antoine), 2017, Evolution de la médecine occidentale à travers le prisme de la deuxième épidémie de peste de 1346 à 1898. De la médecine scolastique à la médecine expérimentale. Thèse de médecine générale soutenue à Toulouse. Directeur de thèse: Monsieur le Docteur Pierre BOYER

http://thesesante.ups-tlse.fr/1902/1/2017TOU31142.pdf

— BLANCOU (J), 1995, Les méthodes de désinfection de l'Antiquité à la fin du xviii e siècle Rev. sci. tech. Off. int. Epiz., 1995,14 (1), 21-30

https://www.oie.int/doc/ged/D8962.PDF

 

 

— Jean-Pierre Goubert, 1974, Environnement et épidémies : Brest au XVIIIe siècle,  Annales de Bretagne et des pays de l'Ouest  Année 1974  81-4  pp. 733-743

https://www.persee.fr/doc/abpo_0399-0826_1974_num_81_4_2753

 

 

—Arlette Higounet-Nadal, Hygiène, salubrité, pollutions au Moyen Age. L'exemple de Périgueux , Annales de Démographie Historique  Année 1975  1975  pp. 81-92 : On enfume les lépreux avec des rameaux verts vers 1320 à Périgueux

 

 

 

— L’aigle et le pou : le typhus dans la Grande Armée par Henri DUCOULOMBIER

https://www.biusante.parisdescartes.fr/sfhm/hsm/HSMx2014x048x003/HSMx2014x048x003x0351.pdf

— Pierre Bachoffner, Les fumigations de chlore contre le typhus à Strasbourg, en 1814 , Revue d'Histoire de la Pharmacie  Année 1977  235  pp. 285-287

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Published by jean-yves cordier
11 mars 2020 3 11 /03 /mars /2020 14:31

Le calvaire (Fayet, 1552 ou Prigent 1542?) de l'église de Lopérec.

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— Voir aussi d'autres œuvres de Bastien ou Henry Prigent:

 

et : La Déploration à 6 personnages de Plourin par les Prigent  Les 3 larmes.

Attribution personnelle hors catalogue Le Seac'h :

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PRÉSENTATION.

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L'église Saint-Pérec actuelle en forme de croix latine, date de 1894  mais, l'on a conservé de l'ancien édifice le clocher, la chapelle des fonts, le porche et la sacristie sud. Pour apprécier de quand datait le sanctuaire préexistant, on ne peut se fonder que la date de 1586 gravée sur la sablière du porche sud. L'une des statues d'apôtres du porche porte la date de 1615. On trouve aussi sur la porte, ainsi que dans ce porche le blason de la famille de Penguern, qui y avait prééminences. On sait qu'Yves de Penguern sieur du dit-lieu conclut un accord le 19 mai 1583 (fête de saint-Yves) avec les paroissiens de Lopérec. Et que ce dernier avait épousé Marie de Kermorial le 12 janvier 1576. Peut-on dire avec Couffon  que ce couple est "fondateur" de l'église, ou bien la construction de l'édifice avait-elle débutée plus tôt ? Leurs armoiries étaient d’or à la fleur de lys, en abîme, de gueules, accompagnée de trois pommes de pin de même, deux en chef et une en pointe. La fondation ne date t-elle pas de son père, Jean époux d'Annie de Kersauzon, ou de son grand-père Christophe époux de Marie de Kermodiern ? Car lorsque mourut Jean de Penguern en 1579, il fut inhumé dans l'église paroissiale de Lopérec : celle-ci existait donc déjà.

"La porte du porche donnant accès à l'église date de 1586, lisible dans une inscription sur le chapiteau, avec, au sommet de l'accolade, l'écu des Penguern, rappelant la fondation de l'ancien édifice par Yves de Penguern et Marie de Kermorial, sa femme. La porte extérieure est en anse de panier, comme à Pencran et à Rumengol." (Couffon)

En effet, la présence d'un calvaire portant la date communément  admise de 1552 suppose une église de la première moitié du XVIe siècle.

Les autres inscriptions sont plus tardives, sur la façade ouest "LAN 1666. MARC. FLOC'H F.", sur le clocher "C. QVEINNEC. F. 1669.", et au chevet "I. KDRAON. P. MIOSSEC. 1700." On retrouve le blason des Penguern, sculpté en kersanton, sur le chevet.

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Le fantomatique sculpteur "Fayet".

Depuis Yves-Pascal Castel, on attribue ce calvaire à un certain FAYET, dont le nom était paraît-il inscrit au sein d'une longue inscription martelée sur le croisillon. Mais le calvaire, abattu par une tempête, a été entièrement restauré en 1989, et les consoles et croisillons sont aujourd'hui vierges de toute inscription. Aucun document photographique ne permet d'étudier cette allégation (que je ne conteste pas, mais que je souhaite éprouver) et l'examen d'une carte-postale ancienne ne la confirme pas. Nous avons par contre le croquis dressé par Castel pour l'Atlas. Y.-P. Castel y a vu le nom d'un sculpteur du kersanton dont "les détails stylistiques, autant que la facture de ses visages permettent de suivre la diffusion de son talent à  Coray, 1553, Plounéour-Ménez, 1554, Lothey, croix de Kerabri, 1556, Laz, 1563, ainsi qu'à Landudal, Lanneuffret, Ploéven, Plozévet  et Trégourez.". Dans son Dictionnaire des artistes de Bretagne de 1987 il le décrit comme un "excellent artiste à qui l'on doit, semble-t-il la diffusion du type de calvaire aux anges porteurs de calice pour recueillir le précieux sang. Oeuvres du même type à Coray (1553), Plounéour-Ménez (1554), Laz (1563), Lanneufret, Ploéven, Trégourez."  

Pourtant, la confusion avec FAYTE (une graphie pour FAITE attestée sur le calvaire de Plougonven sous le ciseau des Prigent) semble possible, d'autant que le patronyme FAYET n'est pas attesté par les généalogistes en Bretagne (Geneanet), ni étudié par Deshayes dans son Dictionnaire des noms de famille bretons. Je trouve bien un boucher d'Ille-et-Vilaine du XIXe, le "Père Fayet" tuant son cochon ... La famille noble de Fayet est du diocèse de Mende. Ou selon de Magny, du Languedoc, de Guyenne et d'Île de France. Alain-Joseph de Fayet possédait le château de Thau, à Gauriac (33). La légende du seigneur de Fayet, qui fit manger à son épouse le cœur du sieur de Coucy, concerne la Picardie.

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Emmanuelle Le Seac'h reprend à son compte l'hypothèse de Castel, et présente Fayet (1552-1563) comme le second compagnon de l'atelier landernéen de Bastien et Henry Prigent (1527-1577), lui attribuant le calvaire de Lopérec, celui de Laz, de Coat-Nan en Irvillac, du Doyenné du Folgoët, de l'école du Tromeur à Landerneau, et l'introduction des anges aux ailes déployées portant un calice.

Pourtant, E. Le Seac'h indique que "son style est si proche de celui des sculptures des Prigent qu'il est parfois difficile de les différencier : il est imprégné de leur sévérité grave et plusieurs caractéristiques de l'atelier se retrouvent chez lui : comme les trois larmes, la forme en ovale des visages et la manière de disposer les cheveux [des Christ] avec un jour entre les mèches et les épaules."

En somme, l'individualisation d'un artiste différent des Prigent (bien attestés par des inscriptions complètes, datées et vérifiables) ne repose que sur un mot isolé dans une inscription martelée, dont rien n(atteste qu'il s'agisse d'un patronyme et encore moins d'une signature.

Pour étayer sa thèse Castel rapproche ce sculpteur d'un prétendu tombier dont il croit retrouver le nom sur une dalle funéraire de la cathédrale Saint-Pol de Léon. Dans une publication de 1982 (éditée en 1985), Castel rapproche Fayet d'un mot -faict- retrouvé sur une dalle funéraire de la cathédrale Saint-Pol-de Léon, et qu'il lit "faiet" . Elle avait été relevée par Théophile Peyron (*) ainsi : Cy est la chapelle de messire et noble homme Christophe Tuonelorn de Kerautret, recteur de Ploecolm, faict M. Vcc. http://infobretagne.com/cathedrale-saintpoldeleon.htm

Castel lit "A noble home me christofle tuonelorn sr de K(er)autret chanoine de leon recteur de ploecolm faiet LMVCC" et il ajoute :

"La lecture du nom d'un sculpteur était si peu attendue à cette place que Peyron corrige faiet en faict. Mais comme il a des hésitations pour ce qui est du reste de l'inscription, omettant une partie, transformant une autre eu égard à son caractère inhabituel, nous maintenons la lecture faiet."

Le tombier Faiet pourrait être un ascendant de notre Fayet de Lopérec. D'autant plus que le matériau de la dalle funéraire de Saint-Pol et celui du calvaire est le même kersanton que l'on extrait des carrières littorales au fond oriental de la rade de Brest."

Pourtant, et comme il le reconnaît, la position de -faiet ou -faict avant la date est en faveur d'une leçon "faict [en] 1500". Et le glissement de la lettre -c en -e est rapide. Cette étayage par un tombier FAIET soudain sorti de terre et assimilé à FAYET me semble fragiliser l'hypothèse plutôt que de la renforcer.

En résumé, je suggère de ne pas recopier dans toutes les publications ce nom d'artiste (comme la signature Jost de Necker que Couffon avait cru lire au bas d'un vitrail et qui se retrouve désormais partout malgré les démentis de ceux qui ont été regardé la vitre en question) tant que l'hypothèse de Castel n'a pas été renforcée par des preuves tangibles.

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Le style et les thèmes des PRIGENT.

Voir l'Annexe.

Bastien et Henry Prigent ont sculpté les calvaires monumentaux à deux croisillons de Plougonven en 1554 et de Pleyben en 1555, mais aussi des calvaires non monumentaux à 2 croisillons (Loc-Brévalaire, Lopérec  et Saint-Sébastien de Saint-Ségal) ou à un seul croisillon.

Sur les calvaires à deux croisillons,  deux cavaliers (Longin et le Centenier) sont présents en dessus ou en dessous de Jean et de la Vierge (sauf à Loc-Brévalaire où deux consoles sont inoccupées).

Sur ces calvaires, Marie-Madeleine est représentée agenouillée au pied de la croix (comme aussi à Sainte-Marie-du Ménez-Hom et à Pencran).

Les Larrons occupent une place indépendante sur deux croix adjacentes : c'était le cas à Lopérec, jusqu'à leur chute.

Contexte : les calvaires à deux croisillons ( à un ou trois fûts).

Le calvaire de Lopérec est édifié au cœur de la période pendant laquelle on voit éclore, en Finistère, notamment dans les enclos paroissiaux, des calvaires à deux croisillons, dont la majorité répondent à la même organisation  donnant place à deux statues géminées (avec la Vierge et Jean sur la face occidentale), les deux cavaliers de la Passion, une Pietà ou Déploration au centre et un Christ au lien sur l'autre face, et enfin Marie-Madeleine agenouillée au pied de la Croix . Il y a donc reprises par les ateliers de sculptures d'un modèle, jamais copié mais toujours développé.

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  • Pencran nord, (1521 par inscription). Trois fûts. Marie-Madeleine agenouillée au pied de la croix. Deux cavaliers, Madeleine/ Yves,  Jean/Pierre. Pietà, Vierge à l'Enfant . Marie-Madeleine agenouillée au pied de la croix.
  • Plomodiern, chapelle Sainte-Marie-du-Ménez-Hom (1544, Prigent). Jean/Pierre et Madeleine/Yves. Pietà, Christ aux liens, Vierge à l'Enfant. Ange aux calices. Marie-Madeleine agenouillée au pied de la croix.
  • Saint-Ségal, chapelle Saint-Sébastien (v.1541-1554, Prigent). Vierge et Jean  géminés avec des archers.
  • Lopérec (1552) par Fayet, compagnon des Prigent. Marie-Madeleine agenouillée au pied de la croix. Trois fûts . Deux cavaliers, Christ aux liens, Jean ?/Marie-Madeleine / et Vierge/Pierre, Christ ressuscité.
  • Plougonven, (1554), Henri et Bastien Prigent. Calvaire monumental.  Marie-Madeleine agenouillée au pied de la croix. les larrons sur des croix séparées (mais depuis le XIXe), saint Yves,  Vierge et Jean non géminés.
  • Pleyben (1555) par Henri et Bastien Prigent. Calvaire monumental. Marie-Madeleine agenouillée au pied de la croix.  Vierge et Jean non géminés.
  • Cléden-Poher (1575)
  • Loqueffret (1576?)
  • Plounéventer (1578)
  • Guimiliau (1581-1588)
  • Locmélar (vers 1600), par le Maître de Plougastel
  • Plougastel (1602-1604) par le Maître de Plougastel.
  • Saint-Thégonnec (1610). Trois fûts. Deux cavaliers, Pietà, Christ aux liens, Yves.

 

 

 

 

 

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DESCRIPTION.

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Ce calvaire de 6 m de haut, en kersanton, repose sur un soubassement architecturé à table d’offrande et un socle cubique orné de demi-reliefs: Jésus et Véronique, Madeleine au jardin de la Résurrection, Marc et Matthieu, Luc et Jean. Statue de Marie-Madeleine repose sur un socle portant l'inscription CESTE CROIX FUST FAYTE EN L’AN MVCLII. Fût à pans porte le premier croisillon aux  statues géminées: Vierge/Pierre, Jean/Madeleine avec, au centre, la Vierge de Pitié et au revers le Christ ressuscité. Sur le second croisillon, les deux cavaliers Longin et le Centenier. La croix, à fleurons-boules godronnés, porte le Christ crucifié dont le sang est recueilli par quatre anges aux calices. Un Christ aux lien est  au revers. Les vestiges des deux larrons, à l'origine fixés sur des fûts isolés encadrant le calvaire, ont été placés, sans leur fût, de chaque coté.

Lopérec était situé au croisement de routes et entourant un enclos formé par l'église, le cimetière, l'ossuaire, le calvaire et le presbytère. Cet ensemble a été démantelé au XIXe siècle le cimetière a été déplacé, avec le calvaire en 1883 avec reconstruction de la plupart des maisons, puis le calvaire a regagné sa place. Il a été classé le 15 mai 1930.

 

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Calvaire (kersantite, 1552, Prigent) de l'église de Lopérec. Photographie lavieb-aile 2020.

Calvaire (kersantite, 1552, Prigent) de l'église de Lopérec. Photographie lavieb-aile 2020.

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Relevé graphique par Y.-P. Castel en 1980. Le blason des Penguern et l'inscription 1580 ont été relevés sur l'église et ne concernent pas le calvaire. Pour l'inscription FAYET, voir supra.

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Calvaire (kersantite, 1552, Prigent) de l'église de Lopérec. Photographie lavieb-aile 2020.

Calvaire (kersantite, 1552, Prigent) de l'église de Lopérec. Photographie lavieb-aile 2020.

Calvaire (kersantite, 1552, Prigent) de l'église de Lopérec. Photographie lavieb-aile 2020.

Calvaire (kersantite, 1552, Prigent) de l'église de Lopérec. Photographie lavieb-aile 2020.

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Carte Postale ancienne in Delcampe.net

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CPA Delcampe.net

 

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Photo Bernard Bègne pour l'Inventaire Général. Copyright Région Bretagne.

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LE SOCLE.

Sur un soubassement et un premier socle chanfreiné doté du coté ouest d'une table d'offrande est posé un socle cubique orné de bas-reliefs sur ses 4 cotés : Jésus et Véronique, Madeleine au jardin de la Résurrection, Marc et Matthieu, Luc et Jean.

Note : j'aurai à cœur de rendre hommage aux photos de Bernard Bègne pour l'Inventaire Général et celles de Gilbert Lemoigne publiées pour l'Atlas : je les placerai en vignette avec un lien, avant mes médiocres clichés. On mesurera aussi ainsi l'importance de la progression des lichens sur nos monuments.

Ce socle, selon Emmanuelle Le Seac'h, la meilleure spécialiste de la sculpture bretonne sur pierre, n'est pas du même atelier que ce qui va suivre.

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Calvaire (kersantite, 1552, Prigent) de l'église de Lopérec. Photographie lavieb-aile 2020.

Calvaire (kersantite, 1552, Prigent) de l'église de Lopérec. Photographie lavieb-aile 2020.

Calvaire (kersantite, 1552, Prigent) de l'église de Lopérec. Photographie lavieb-aile 2020.

Calvaire (kersantite, 1552, Prigent) de l'église de Lopérec. Photographie lavieb-aile 2020.

Calvaire (kersantite, 1552, Prigent) de l'église de Lopérec. Photographie lavieb-aile 2020.

Calvaire (kersantite, 1552, Prigent) de l'église de Lopérec. Photographie lavieb-aile 2020.

Calvaire (kersantite, 1552, Prigent) de l'église de Lopérec. Photographie lavieb-aile 2020.

Calvaire (kersantite, 1552, Prigent) de l'église de Lopérec. Photographie lavieb-aile 2020.

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Face sud : Apparition du Christ à Marie-Madeleine.

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C'est la scène du Noli me tangere où Jésus ressuscité apparaît à Marie-Madeleine sous la forme d'un jardinier. La sainte, un genou à terre, tient son pot d'aromates. Ses cheveux sont retenus derrière la nuque par un bandeau occipital.

Comparer à la même scène à Locronan.

Marie-Madeleine a eu le privilège de la première apparition du Christ ressuscité à ses disciples. C'est pour les chrétiens le premier Témoin, avant même les Apôtres et avant les Témoins d'Emmaüs. 

Elle est représentée trois fois sur ce calvaire, ce qui ne peut que nous interroger. Au XVIe siècle, elle est encore la sainte, non pas de la pénitence et la repentance, mais de la participation émotionnelle avec le Christ souffrant, et avec l'effusion de son sang. La contemplation par la sainte du sang s'écoulant des plaies du Christ en croix et versé pour le Salut de l'Humanité engendre des larmes d'empathie et de reconnaissance. L'effusion des larmes répond à celle du sang. Dans sa position agenouillée au pied de la croix face au sang qui s'écoule jusqu'à terre, elle devient le modèle du chrétien appelé à "communier" spirituellement et dans un élan mystique aux souffrances de la Passion.

On remarquera qu'une fontaine de la commune porte le nom de Marie-Madeleine.

Sur le calvaire lui-même, deux détails participent à cette dévotion du sang: la représentation des larmes sur le visage de Jean, de la Vierge et de Marie-Madeleine. Et la présence des anges recueillant le Précieux Sang.

Cette mystique de la contemplation des plaies du Christ sur la croix, qui a pris précocement naissance chez les Chartreux et les Ordres monastiques, et qui s'exprime avec magnificence au Puits de Moïse de Champmol au début du XVe siècle, se traduit en Bretagne par la floraison des calvaires au XVIe siècle. Bastien et Henry Prigent se sont montrés particulièrement sensible à ce thème, et leurs sculptures sont précisément caractérisées par les trois larmes versées par les protagonistes de la Crucifixion.

Voir mon article

http://www.lavieb-aile.com/2019/09/le-puits-de-moise-de-la-chartreuse-de-champmol-a-dijon.html

Ce sera le fil rouge de notre visite de ce calvaire.

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Calvaire (kersantite, 1552, Prigent) de l'église de Lopérec. Photographie lavieb-aile 2020.

Calvaire (kersantite, 1552, Prigent) de l'église de Lopérec. Photographie lavieb-aile 2020.

Calvaire (kersantite, 1552, Prigent) de l'église de Lopérec. Photographie lavieb-aile 2020.

Calvaire (kersantite, 1552, Prigent) de l'église de Lopérec. Photographie lavieb-aile 2020.

Calvaire (kersantite, 1552, Prigent) de l'église de Lopérec. Photographie lavieb-aile 2020.

Calvaire (kersantite, 1552, Prigent) de l'église de Lopérec. Photographie lavieb-aile 2020.

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Face ouest : Jésus et Véronique.

Le voile de Véronique est pour le christianisme celui qui a gardé miraculeusement l'image vraie (vera icona =veronique) du Christ portant la croix. La femme est assimilée à la Bérénike des évangiles synoptiques, à Marthe de Béthanie (la sœur de Marie, alias Marie-Madeleine...) et on lui donne une origine orientale dans les enluminures (Jean Fouquet 1460) ou les peintures (Robert Campin en 1430, Hans Memling en 1480-1483) en la coiffant, comme ici, d'un turban.

Selon la tradition (et la 6ème station du Chemin de croix), c'est par compassion que la femme accompagnant le Christ dans sa montée au Gogotha lui a essuyé le visage. Elle est une figure emblématique de la compassion auquel le chrétien est appelé, par une invitation à contempler le visage du Christ souffrant, dans une pratique individuelle de dévotion par ressenti émotionnel.

Elle est ... la patronne des photographes. Puisse-t-elle m'aider à améliorer mes pauvres images !

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Photo G. Lemoigne pour l'Atlas des croix et calvaires du Finistère.

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Calvaire (kersantite, 1552, Prigent) de l'église de Lopérec. Photographie lavieb-aile 2020.

Calvaire (kersantite, 1552, Prigent) de l'église de Lopérec. Photographie lavieb-aile 2020.

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Face nord : les évangélistes Marc et Matthieu.

Chaque évangéliste accompagné de son attribut (l'un des quatre du tétramorphe) tient le livre dont il est l'auteur, et un phylactère (autrefois peut-être peint) se déroule vers le sol.

 Matthieu et l'ange. Marc et le lion.

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Photo Bernard Bègne copyright région Bretagne.

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Photo G. Lemoigne pour l'Atlas.

 

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Photo G. Lemoigne pour l'Atlas.

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Face est : Jean et Luc.

Luc, barbu est à gauche, rédige son évangile accompagné de son taureau.

Jean, imberbe, est face à son aigle, aussi grand que lui, et qui tient le phylactère dans son bec.

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Photo Bernard Bègne. Copyright Région Bretagne

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Calvaire (kersantite, 1552, Prigent) de l'église de Lopérec. Photographie lavieb-aile 2020.

Calvaire (kersantite, 1552, Prigent) de l'église de Lopérec. Photographie lavieb-aile 2020.

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Le socle de Marie-Madeleine : l'inscription.

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Photo Bernard Bègne copyright région Bretagne.

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On lit, en lettres minuscules en relief sur un cartouche, trois lignes disant : 

CESTE CROIX

FUST FAYTE EN

L'AN MVc XLII

Soit "Ceste croix fust fayte en l'an mil cinq cent quarante deux (1542)"

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Ma lecture n'est pas celle de mes prédécesseurs, car je lis après MIL V une lettre conjointe XL ; ou du moins, il est incontestable que le fût du L est enlacé en diagonale d'un autre fût avant les deux ii ; et je n'ose pas proposer MVcXII, ou MVcIIII.

Le Séac'h indique avec précision sa leçon "CESTE  CROIX FVST FAYTE EN L'AN MVCLII" (page 176 note 82),  tout comme Abgrall en 1902 "CESTE : CROIX : FVST : FAYTE : EN l'AN : MVCLII". Mais dans les deux cas, le V de FVST n'est pas fidèle (c'est un U); et pour Abgrall; la ponctuation par deux-points n'est pas fidèle non plus à l'original. Nous avons donc le droit de contester nos aînés les plus illustres., et, surtout, d'évaluer combien une diablerie semble frapper la transcription des inscriptions lapidaires, quelque soit le soin qui y est apporté. 

La transcription devrait s'accompagner systématiquement d'un document photographique. Mais celui-ci n'est pas d'une vérité imparable, car, selon l'angle de prise de vue, l'angle de l'éclairage, ou, comme je l'ai fait, la pratique d'un estompage humide, les détails signifiants apparaissent, ou disparaissent.

Ainsi, Henri Pérénnès a lu en 1927  la date de 1557 : "CESTE : CROIX : FUST ; FAYTE : EN : LAN : MVc LVII". (Il corrige Abgrall pour le U mais non pour les deux-points).

Peu importe, je suis prêt à admettre provisoirement, et comme base de travail, la date de 1552. Elle a l'avantage d'être accordée à celle des  autres réalisations des Prigent, 

Il y a un autre élément intéressant. La formulation de l'inscription est exactement  la même que le début de celle portée sur le calvaire monumental de Plougonvelin, réalisé par Bastien et Henry Prigent en 1554. Y.-P. Castel y a relevé :  CESTE CROIX FUST FAYTE EN LAN MIL VC LIIII A L’HONNEUR DE DIEU ET NTRE DAE DE PITIE ET MONSEIGNEUR SAINCT. YVES PRIES DIEU POUR LES TRESPASSES . Hélas, je n'ai pu voir moi-même cette inscription. Quoiqu'il en soit, c'est un argument pour attribuer ce calvaire de Lopérec aux frères Prigent.

Encore une fois, on remarque la proximité de FAYTE avec FAYET lu par Castel sur le calvaire.

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Détail du cliché de G. lemoigne pour l'Atlas

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diorama (cliquez). Calvaire (kersantite, 1552, Prigent) de l'église de Lopérec. Photographie lavieb-aile 2020.
diorama (cliquez). Calvaire (kersantite, 1552, Prigent) de l'église de Lopérec. Photographie lavieb-aile 2020.
diorama (cliquez). Calvaire (kersantite, 1552, Prigent) de l'église de Lopérec. Photographie lavieb-aile 2020.

diorama (cliquez). Calvaire (kersantite, 1552, Prigent) de l'église de Lopérec. Photographie lavieb-aile 2020.

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La statue de Marie-Madeleine agenouillée au pied de la croix.

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La statue est indépendante du socle et elle a pu être déplacée. Elle est aujourd'hui positionnée de telle sorte qu'elle tournée vers le sud, au lieu de regarder le fût et de lever les yeux vers la croix. Marie-Madeleine est agenouillée, le visage levée vers le Christ en croix. Les bras aux coudes fléchis sont légèrement écartés paumes tournés vers l'avant en geste d'adoration. Les cheveux longs sont dissimulés par le manteau, après avoir été réunis et recouvert par le bandeau occipital, ici particulièrement déployé . La sainte est vêtue d'un manteau serré par une ceinture large dont la boucle et le bout libre sont détaillés avec soin (comme c'est le cas pour tous les accessoires vestimentaires chez les Prigent).

Le manteau, aux manches évasées laissant s'épanouir les plis de la robe aux poignets, se relève à l'arrière en corolle  dans un mouvement ondé spectaculaire et opulent avant de recouvrir les pieds. Les trois plis en éventail, dont il est difficile de comprendre la relation avec le manteau, se retrouvent à Saint-Ségal et à Pencran.

Cette posture et ce manteau la rapprochent de la statue de Marie-Madeleine au pied du calvaire nord de Pencran, .

 

On retrouve en effet ce type de statues également à Pencran, par Bastien Prigent sur la pelouse du placître, à Sainte-Marie-du-Ménez-hom par les Prigent, au Tréhou, à Commana, et à Saint-Ségal au pied du calvaire du bourg et de celui de la chapelle Saint-Sébastien sans doute par les Prigent. Ou sur les calvaires monumentaux de Plougonven et de Pleyben également par les Prigent.

Leur modèle le plus ancien en sculpture est peut-être la statue (attestée mais perdue, seuls les bras croisés sont conservés) de la Grande Croix qui surplombait le Puits de Moïse à Dijon vers 1399, et en peinture le Polyptique Orsini de Simone Martini (vers 1333), précédent la fresque de Fra Angelico pour la cellule n°25 de San Marco (1437) .

Les verrières de la Passion des maîtresses-vitres des chapelles du Finistère au XVIe siècle ne l'omettent pas.

Jean Bourdichon la fait figurer — avec son foulard rayé — au folio 47v des Grandes Heures d'Anne de Bretagne .

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b52500984v/f103.item

Par contre, sur la Crucifixion de Rogier van der Weyden (1425-1430) à Berlin,c'est la Vierge qui enlace la Croix.

La place très particulière qui est réservée à Marie-Madeleine au pied de la Croix sur ces œuvres d'art dès le XIVe et XVe siècle  a été bien analysée par les historiens de l'art (qui sont de plus en plus des historiennes) et mise en rapport avec sa place privilégiée dans les évangiles, soit comme modèle de contemplation silencieuse de Jésus avec la fameuse phrase "elle a choisi la meilleure part" (Luc 10:42) face à l'activisme ménager de sa sœur Marthe, soit comme modèle de compassion lors de la Passion ou de la Mise au Tombeau, soit comme premier témoin du Christ ressuscité prenant l'apparence d'un jardinier. Pendant tout le Moyen-Âge, Marie de Magdala  a été assimilée à Marie de Bethanie, qui se livre à l'onction des pieds de Jésus par du parfum. Dans l'iconographie, elle est toujours placée aux pieds du Christ (Vermeer, 1655), notamment dans les Mises au Tombeau, où elle est souvent mise à part des autres saints personnages, agenouillée en avant du tombeau .

Ce simple lien avec les pieds du Christ pourrait justifier qu'elle embrasse le pied de la Croix, mais ce serait sous-estimer le culte qui lui fut rendue par les Ordres religieux qui en ont fait la figure du chagrin de compassion, de la contemplation silencieuse, du repentir et de l'humilité.

 

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Calvaire (kersantite, 1552, Prigent) de l'église de Lopérec. Photographie lavieb-aile 2020.

Calvaire (kersantite, 1552, Prigent) de l'église de Lopérec. Photographie lavieb-aile 2020.

Calvaire (kersantite, 1552, Prigent) de l'église de Lopérec. Photographie lavieb-aile 2020.

Calvaire (kersantite, 1552, Prigent) de l'église de Lopérec. Photographie lavieb-aile 2020.

Calvaire (kersantite, 1552, Prigent) de l'église de Lopérec. Photographie lavieb-aile 2020.

Calvaire (kersantite, 1552, Prigent) de l'église de Lopérec. Photographie lavieb-aile 2020.

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LA FACE OCCIDENTALE ET SES DEUX CROISILLONS.

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Calvaire (kersantite, 1552, Prigent) de l'église de Lopérec. Photographie lavieb-aile 2020.

Calvaire (kersantite, 1552, Prigent) de l'église de Lopérec. Photographie lavieb-aile 2020.

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Le croisillon inférieur : la Vierge et saint Jean en pleurs ; la Pietà.

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Calvaire (kersantite, 1552, Prigent) de l'église de Lopérec. Photographie lavieb-aile 2020.

Calvaire (kersantite, 1552, Prigent) de l'église de Lopérec. Photographie lavieb-aile 2020.

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La progression des lichens défigurant nos calvaires : trois photos.

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Photo Gérard Bègne pour l'Inventaire Général. Copyright Région Bretagne.

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Photo Gilbert Lemoigne pour l'Atlas. Copyright auteur.

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Calvaire (kersantite, 1552, Prigent) de l'église de Lopérec. Photographie lavieb-aile 2020.

Calvaire (kersantite, 1552, Prigent) de l'église de Lopérec. Photographie lavieb-aile 2020.

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La Vierge aux trois larmes.

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Ces larmes ne sont plus visibles sous l'atteinte lupique d"un lichen foliacé. La Vierge est voilée, porte la guimpe, et croise ses mains sur la poitrine. Le voile encadrant "en coque" aux coins carrés le visage est caractéristique des Prigent.

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Calvaire (kersantite, 1552, Prigent) de l'église de Lopérec. Photographie lavieb-aile 2020.

Calvaire (kersantite, 1552, Prigent) de l'église de Lopérec. Photographie lavieb-aile 2020.

Calvaire (kersantite, 1552, Prigent) de l'église de Lopérec. Photographie lavieb-aile 2020.

Calvaire (kersantite, 1552, Prigent) de l'église de Lopérec. Photographie lavieb-aile 2020.

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Saint Jean aux trois larmes.

Jean croise les mains sur son ventre et regarde vers le bas, de façon recueillie. Il porte un manteau aux manches très larges, fermé au col par un bouton passé dans une patte ronde, et le S ainsi formé est typique de cet atelier de sculpteurs. Le visage imberbe est encadré de cheveux bouclés. Les trois larmes des Prigent tels les pendants d'un lambel sous chaque œil, sont pour l'instant encore visibles.

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Calvaire (kersantite, 1552, Prigent) de l'église de Lopérec. Photographie lavieb-aile 2020.

Calvaire (kersantite, 1552, Prigent) de l'église de Lopérec. Photographie lavieb-aile 2020.

Calvaire (kersantite, 1552, Prigent) de l'église de Lopérec. Photographie lavieb-aile 2020.

Calvaire (kersantite, 1552, Prigent) de l'église de Lopérec. Photographie lavieb-aile 2020.

Calvaire (kersantite, 1552, Prigent) de l'église de Lopérec. Photographie lavieb-aile 2020.

Calvaire (kersantite, 1552, Prigent) de l'église de Lopérec. Photographie lavieb-aile 2020.

Calvaire (kersantite, 1552, Prigent) de l'église de Lopérec. Photographie lavieb-aile 2020.

Calvaire (kersantite, 1552, Prigent) de l'église de Lopérec. Photographie lavieb-aile 2020.

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La Pietà.

La Vierge au voile "en coque" et à la guimpe aux plis cassés témoigne de son chagrin par les trois larmes des Prigent. Les yeux sont en amande, le nez est fort, la bouche convexe et sévère, le menton petit et en avant.

Le corps du Christ allongé sur le genou droit de la Vierge forme une croix, le bras droit tombant verticalement et le bras gauche soutenu par sa Mère. Les jambes sont croisées. Comme sur la Déploration de Ploéven, datée ... de 1547.

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Calvaire (kersantite, 1552, Prigent) de l'église de Lopérec. Photographie lavieb-aile 2020.

Calvaire (kersantite, 1552, Prigent) de l'église de Lopérec. Photographie lavieb-aile 2020.

Calvaire (kersantite, 1552, Prigent) de l'église de Lopérec. Photographie lavieb-aile 2020.

Calvaire (kersantite, 1552, Prigent) de l'église de Lopérec. Photographie lavieb-aile 2020.

Calvaire (kersantite, 1552, Prigent) de l'église de Lopérec. Photographie lavieb-aile 2020.

Calvaire (kersantite, 1552, Prigent) de l'église de Lopérec. Photographie lavieb-aile 2020.

Calvaire (kersantite, 1552, Prigent) de l'église de Lopérec. Photographie lavieb-aile 2020.

Calvaire (kersantite, 1552, Prigent) de l'église de Lopérec. Photographie lavieb-aile 2020.

Calvaire (kersantite, 1552, Prigent) de l'église de Lopérec. Photographie lavieb-aile 2020.

Calvaire (kersantite, 1552, Prigent) de l'église de Lopérec. Photographie lavieb-aile 2020.

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Le croisillon supérieur : le Crucifié entre les deux cavaliers.

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Le croisillon inférieur était celui des larmes; celui-ci est celui du sang. Le message est clair : le sang versé pour le chrétien doit, par compassion, faire jaillir ses larmes, par imitation de la Vierge, de Jean et de Marie-Madeleine.

C'est bien sûr celui de la Crucifixion : le sang rédempteur assurant, pour le christianisme, le Salut de l'humanité.

Celui-ci est sublimé comme "Précieux Sang" puisqu'il est recueilli par quatre anges dans des calices. Ce simple motif ouvre sur l'immense champ conceptuel et légendaire du Saint-Grall. La Fête du Précieux Sang ne fut instituée, le 1er juillet qu'au XIXe siècle.

 

C'est encore lui qui justifie la présence de Longin, le cavalier qui transperça de sa lance le flanc droit du Christ. Et qui, surtout, fut guéri de son trouble de vue par une goutte du sang qui jaillit de cette plaie.

Le sang qui remplissait, par image, la Fontaine de Vie du "Puits de Moïse" de Champmol s'écoule ici comme une source de vie, bénéficie aux Cavaliers dont il entraîne la conversion, suscite les saintes larmes du croisillon inférieur, puis celle de Madeleine au pied de la croix, et atteint le sol pour faire renaître Adam des Limbes.

Je ne peux qu'insister lourdement, aussi lourdement que le fait le sculpteur.

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Calvaire (kersantite, 1552, Prigent) de l'église de Lopérec. Photographie lavieb-aile 2020.

Calvaire (kersantite, 1552, Prigent) de l'église de Lopérec. Photographie lavieb-aile 2020.

Calvaire (kersantite, 1552, Prigent) de l'église de Lopérec. Photographie lavieb-aile 2020.

Calvaire (kersantite, 1552, Prigent) de l'église de Lopérec. Photographie lavieb-aile 2020.

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Le Christ en croix.

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Calvaire (kersantite, 1552, Prigent) de l'église de Lopérec. Photographie lavieb-aile 2020.

Calvaire (kersantite, 1552, Prigent) de l'église de Lopérec. Photographie lavieb-aile 2020.

Calvaire (kersantite, 1552, Prigent) de l'église de Lopérec. Photographie lavieb-aile 2020.

Calvaire (kersantite, 1552, Prigent) de l'église de Lopérec. Photographie lavieb-aile 2020.

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Les anges au calice.

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Calvaire (kersantite, 1552, Prigent) de l'église de Lopérec. Photographie lavieb-aile 2020.

Calvaire (kersantite, 1552, Prigent) de l'église de Lopérec. Photographie lavieb-aile 2020.

Calvaire (kersantite, 1552, Prigent) de l'église de Lopérec. Photographie lavieb-aile 2020.

Calvaire (kersantite, 1552, Prigent) de l'église de Lopérec. Photographie lavieb-aile 2020.

Calvaire (kersantite, 1552, Prigent) de l'église de Lopérec. Photographie lavieb-aile 2020.

Calvaire (kersantite, 1552, Prigent) de l'église de Lopérec. Photographie lavieb-aile 2020.

Calvaire (kersantite, 1552, Prigent) de l'église de Lopérec. Photographie lavieb-aile 2020.

Calvaire (kersantite, 1552, Prigent) de l'église de Lopérec. Photographie lavieb-aile 2020.

Calvaire (kersantite, 1552, Prigent) de l'église de Lopérec. Photographie lavieb-aile 2020.

Calvaire (kersantite, 1552, Prigent) de l'église de Lopérec. Photographie lavieb-aile 2020.

Calvaire (kersantite, 1552, Prigent) de l'église de Lopérec. Photographie lavieb-aile 2020.

Calvaire (kersantite, 1552, Prigent) de l'église de Lopérec. Photographie lavieb-aile 2020.

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Les deux cavaliers.

J'ai détaillé leur identification, la tradition iconographique, notamment sur les vitraux bretons du XVIe ou l'harnachement des chevaux, dans mes articles sur les calvaires des chapelles Saint-Sébastien en Saint-Ségal et Sainte-Marie du Ménez-Hom.

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Calvaire (kersantite, 1552, Prigent) de l'église de Lopérec. Photographie lavieb-aile 2020.

Calvaire (kersantite, 1552, Prigent) de l'église de Lopérec. Photographie lavieb-aile 2020.

Calvaire (kersantite, 1552, Prigent) de l'église de Lopérec. Photographie lavieb-aile 2020.

Calvaire (kersantite, 1552, Prigent) de l'église de Lopérec. Photographie lavieb-aile 2020.

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Longin, le cavalier le doigt à la paupière.

Ce détail signifiant n'est bien visible qu'en multipliant les points de vue.

Longin, barbe pointée,  porte un bonnet conique très hébraïque avec son voile couvrant les oreilles et la nuque. La main droite, posée sur le genou, est celle qui tenait la lance. Celle-ci n'est-elle qu'évoquée, ou bien existait-il jadis une lance en bois qui se fixait dans la paume ? De l'autre coté, devant la selle, on voit un accessoire à forme ampullaire.

En plus des lichens, il y a de la mousse qui fait de beaux coussins verts aux poignets.

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Calvaire (kersantite, 1552, Prigent) de l'église de Lopérec. Photographie lavieb-aile 2020.

Calvaire (kersantite, 1552, Prigent) de l'église de Lopérec. Photographie lavieb-aile 2020.

Calvaire (kersantite, 1552, Prigent) de l'église de Lopérec. Photographie lavieb-aile 2020.

Calvaire (kersantite, 1552, Prigent) de l'église de Lopérec. Photographie lavieb-aile 2020.

Calvaire (kersantite, 1552, Prigent) de l'église de Lopérec. Photographie lavieb-aile 2020.

Calvaire (kersantite, 1552, Prigent) de l'église de Lopérec. Photographie lavieb-aile 2020.

Calvaire (kersantite, 1552, Prigent) de l'église de Lopérec. Photographie lavieb-aile 2020.

Calvaire (kersantite, 1552, Prigent) de l'église de Lopérec. Photographie lavieb-aile 2020.

Calvaire (kersantite, 1552, Prigent) de l'église de Lopérec. Photographie lavieb-aile 2020.

Calvaire (kersantite, 1552, Prigent) de l'église de Lopérec. Photographie lavieb-aile 2020.

Calvaire (kersantite, 1552, Prigent) de l'église de Lopérec. Photographie lavieb-aile 2020.

Calvaire (kersantite, 1552, Prigent) de l'église de Lopérec. Photographie lavieb-aile 2020.

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Le bon centenier.

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Son regard est tourné vers le Christ. Il est coiffé d'un turban d'où descend un voile couvrant la nuque. Il porte l'épée au coté gauche.

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Calvaire (kersantite, 1552, Prigent) de l'église de Lopérec. Photographie lavieb-aile 2020.

Calvaire (kersantite, 1552, Prigent) de l'église de Lopérec. Photographie lavieb-aile 2020.

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LA FACE ORIENTALE.

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Le croisillon inférieur : Marie-Madeleine et saint Pierre entourant le Christ sortant du tombeau.

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Photo Bernard Bègne pour l'Inventaire Général.

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Calvaire (kersantite, 1552, Prigent) de l'église de Lopérec. Photographie lavieb-aile 2020.

Calvaire (kersantite, 1552, Prigent) de l'église de Lopérec. Photographie lavieb-aile 2020.

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Marie-Madeleine.

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Je ne reviens pas sur les trois larmes.

Calvaire (kersantite, 1552, Prigent) de l'église de Lopérec. Photographie lavieb-aile 2020.

Calvaire (kersantite, 1552, Prigent) de l'église de Lopérec. Photographie lavieb-aile 2020.

Calvaire (kersantite, 1552, Prigent) de l'église de Lopérec. Photographie lavieb-aile 2020.

Calvaire (kersantite, 1552, Prigent) de l'église de Lopérec. Photographie lavieb-aile 2020.

Calvaire (kersantite, 1552, Prigent) de l'église de Lopérec. Photographie lavieb-aile 2020.

Calvaire (kersantite, 1552, Prigent) de l'église de Lopérec. Photographie lavieb-aile 2020.

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Saint Pierre.

Sa présence n'est pas justifiée par le saint patron de Lopérec, car saint Pérec (Sant Petroc), représenté en moine tenant une biche sur ses genoux, n'a rien n'a voir avec saint Pierre.

Il est présent ici, comme sur de nombreux calvaires de Basse-Bretagne, comme premier évêque de Rome, mais peut-être aussi comme premier des Apôtres et surtout, dans notre contexte, comme celui à qui le Christ ressuscité est apparu pour la troisième fois (Jean 21:14),  après l'apparition à Marie de Madeleine et celle aux Apôtres réunis. C'est lors de cette troisième apparition du Christ ressuscité que ce dernier s'adressa à Simon Pierre , lui dis trois fois Simon fils de Jonas m'aimes-tu ;  Pais mes brebis, puis enfin (Jn 21:19) "Suis moi".

Il y a donc une logique et une continuité entre les représentations du Calvaire, de la Sortie du Tombeau (Résurrection), de l'Apparition à Marie-Madeleine, et de celle à Pierre. 

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Calvaire (kersantite, 1552, Prigent) de l'église de Lopérec. Photographie lavieb-aile 2020.

Calvaire (kersantite, 1552, Prigent) de l'église de Lopérec. Photographie lavieb-aile 2020.

Calvaire (kersantite, 1552, Prigent) de l'église de Lopérec. Photographie lavieb-aile 2020.

Calvaire (kersantite, 1552, Prigent) de l'église de Lopérec. Photographie lavieb-aile 2020.

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La Sortie du tombeau.

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Calvaire (kersantite, 1552, Prigent) de l'église de Lopérec. Photographie lavieb-aile 2020.

Calvaire (kersantite, 1552, Prigent) de l'église de Lopérec. Photographie lavieb-aile 2020.

Calvaire (kersantite, 1552, Prigent) de l'église de Lopérec. Photographie lavieb-aile 2020.

Calvaire (kersantite, 1552, Prigent) de l'église de Lopérec. Photographie lavieb-aile 2020.

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Le croisillon supérieur. Le Christ aux liens.

C'est bien entendu, une fois encore une image destinée à susciter la compassion.

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Calvaire (kersantite, 1552, Prigent) de l'église de Lopérec. Photographie lavieb-aile 2020.

Calvaire (kersantite, 1552, Prigent) de l'église de Lopérec. Photographie lavieb-aile 2020.

Calvaire (kersantite, 1552, Prigent) de l'église de Lopérec. Photographie lavieb-aile 2020.

Calvaire (kersantite, 1552, Prigent) de l'église de Lopérec. Photographie lavieb-aile 2020.

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LES DEUX LARRONS.

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Une émouvante photo de Bernard Bègne les montre lorsqu'ils étaient en réserve avant leur montage autour du socle.

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Photo Bernard Bègne pour l'Inventaire Général.

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Le Bon Larron.

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Calvaire (kersantite, 1552, Prigent) de l'église de Lopérec. Photographie lavieb-aile 2020.

Calvaire (kersantite, 1552, Prigent) de l'église de Lopérec. Photographie lavieb-aile 2020.

Calvaire (kersantite, 1552, Prigent) de l'église de Lopérec. Photographie lavieb-aile 2020.

Calvaire (kersantite, 1552, Prigent) de l'église de Lopérec. Photographie lavieb-aile 2020.

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Et le mauvais qui tire la langue !

Y'a pas d'justice : c'est lui le mieux conservé.

Calvaire (kersantite, 1552, Prigent) de l'église de Lopérec. Photographie lavieb-aile 2020.

Calvaire (kersantite, 1552, Prigent) de l'église de Lopérec. Photographie lavieb-aile 2020.

Calvaire (kersantite, 1552, Prigent) de l'église de Lopérec. Photographie lavieb-aile 2020.

Calvaire (kersantite, 1552, Prigent) de l'église de Lopérec. Photographie lavieb-aile 2020.

Calvaire (kersantite, 1552, Prigent) de l'église de Lopérec. Photographie lavieb-aile 2020.

Calvaire (kersantite, 1552, Prigent) de l'église de Lopérec. Photographie lavieb-aile 2020.

 

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ANNEXE. L'ART DE SCULPTER LE KERSANTON DE L'ATELIER PRIGENT.

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Outre les porches de Pencran (1553),  de Landivisiau (1554-1565), de Guipavas (1563), outre les statues isolées de divers porches ou sanctuaires, outre le gisant de Laurent Richard à Plouvien , outre les calvaires monumentaux de Plougonven (1554) et de Pleyben (1555), on conserve de l'atelier des Prigent 6 croix et 23 calvaires dont 13 sont complets. Sur ces 29 œuvres, 23 sont dans le diocèse du Léon, 6 dans celui de Cornouaille et 1 seul dans celui de Tréguier.

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Les 10  croix et calvaires complets :

Les croix et calvaires peuvent être classés en :

1°) Croix à revers figuré. Le Crucifié avec la Vierge à l'Enfant au revers .

-Le Tréhou, croix de l'ouest du bourg 

-Guimiliau, croix de Laguen de 1572, signée des Prigent, avec  le Crucifié avec une pietà :

-Lanhouarneau, croix de Kerlaouérat, attrib. Henri Prigent.

 

2°) Calvaire à un croisillon et 3 personnages. Le Christ crucifié est entouré de la Vierge et Jean sur le croisillon.

- Saint-Servais, calvaire du sud du bourg.

3°) Calvaire à un croisillon et 5 personnages (statues géminées du croisillon) ou 6 personnages (toutes les statues sont géminées, y compris celles du centre ).

-Saint Derrien, 1557 ?, C, V, J, saint Georges et pietà.

-Lanhouarneau, Croas-ar-Chor, saint Hervé au revers du Crucifié, le guide et le loup géminé avec la Vierge. Saint Houarneau sous le Crucifié

-Pleyben, chapelle Saint-Laurent, 6 personnages : Crucifié/Christ ressuscité, Vierge / Laurent, Jean/évêque. On reconnaît ici le style de Bastien Prigent.

-Bourg-Blanc, calvaire du cimetière, Crucifié/Christ aux liens, et croisillon à 3 personnages Vierge, Jean et Marie-Madeleine géminées aux trois acteurs de saint Yves entre le Riche et le Pauvre.

-Saint-Divy, croisillon vide, le Crucifié/Christ aux liens et pietà en dessous., attribué à Henri Prigent.

4°) Calvaire à deux croisillons.

-Loc-Brévalaire, église : Jean/Yves et Madeleine / Brévalaire, Christ aux liens/ pietà, selon le style délié de Bastien Prigent.

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Les 17 vestiges de croix et calvaires :

 

-Brignogan : calvaire de la chapelle de Pol : le Crucifié et l'ange orant, attribués à Henry Prigent  Dans la chapelle elle-même, d'autres statues de Prigent, qui faisaient partie du calvaire, sont représentées dos à dos : cellesde Saint Paul Aurélien et d'un saint non identifié, ainsi que de saint Nicolas une pietà et un "Christ ressuscité" .

-Dinéault, Calvaire de l'église Sainte Marie Madeleine. les Prigent ont travaillé sur le piédestal supportant le calvaire, Bastien Prigent a sculpté Marie-Madeleine, la tête levée vers Jésus sur la croix et Jean-l'Évangéliste debout, la tête baissée et le front plissé, tandis que François d'Assise est représenté et, à l’avant du piédestal, un bas-relief représentant un moine tenant un tissu sur lequel est gravé un visage sacré. Ces œuvres datent de 1550. Les statues sur la traverse ne sont pas de l'atelier des Prigent, mais datent de 1696 et représentent géminées des statues de la Vierge jumelées à Saint Sébastien, un évêque soutenu par un pietà, Marie-Madeleine agenouillée soulève le couvercle de son pot à onguents et Jean l'évangéliste s'associe à Saint Pierre, tandis que la sculpture de Jésus crucifié renversé avec un "Christ aux liens" est attribuée à l'atelier de Roland Doré. Ce calvaire a une hauteur de 6,00 mètres. D'autres sculptures de Prigent peuvent être vues dans l'église Sainte Marie Madeleine elle-même

 

-Guiclan, calvaires de la Croix-Neuve et de Kersaingilly. Il y a deux calvaires dans la région de Guiclan. Parmi les sculptures impliquées dans le calvaire de la Croix-Neuve, seules la statue de Sainte Véronique et la Vierge Marie avec bébé sont de l'atelier Prigent. Le calvaire est simple et contient des statues de Sainte Véronique et de la Vierge Marie avec un enfant placé de chaque côté de la représentation du Christ crucifié. Le calvaire de Kersaingilly présente des représentations de Saint Yves, le Christ crucifié inversé avec la Vierge Marie avec son enfant et Saint Gilles. L'atelier des Prigent ne travaillait que sur la statue de Saint Yves. Bastien Prigent est attribué au travail. Saint Yves est représenté dans la robe d'un avocat. Cette statue venait de La Roche-Maurice et a été ajoutée au calvaire lors de sa restauration en 1889 par Yan Larhantec.

-Guissény calvaire du cimetière de l'église. Il est inscrit "J. Habasc gouver (neur) 1555" et les statues sont attribuées à Henry Prigent. Le calvaire était à l'origine situé à la chapelle Saint-Yves à Kervézennec, mais après le pèlerinage de 1920 ("mission"), il a été érigé à Guissény par le restaurateur Donnart. Le calvaire a une représentation de la Vierge Marie adossée à une représentation de saint Yves, du Christ crucifié inversé avec un "Christ lié" et de Jean l'évangéliste soutenu d'une représentation d'un évêque. La tête de Jean l'évangéliste a disparu et la tête de l'évêque n'est pas la tête d'origine.

-Kerlouan : Croix Saint-Sauveur : Trinité de Bastien Prigent.

-La Forest-Landerneau : cimetière haut statues géminées Jean/autre saint et Vierge/Madeleine et Pietà : présence des 3 larmes.

-La Forest-Landerneau : cimetière bas : Marie-Madeleine agenouillée au pied de la Croix.

-Landerneau : Le calvaire de la Croix-de-la-Vierge Il y a une pietà de Henry Prigent mélangée à d'autres statues qui datent de 1681.

-Lanneufret : Calvaire de l'église Des statues géminées de l'atelier Prigent de la Vierge, associées à un "Christ liė", une pietà et à Jean l'évangéliste, associées à un moine, sont associées à une crucifixion du XXe siècle. 

-Le Folgoët Calvaire de l'église Notre Dame La pietà de l'atelier Prigent sur la face ouest du calvaire est associé à une représentation du cardinal de Coëtivy par le maître du Folgoët et à une crucifixion attribuée à la Maître de Plougastel.

-Le Folgoët, musée  : vestige d'un Crucifié par Bastien Prigent.

-Plonevez-Porzay : Calvaire de l'église Le Crucifié et d'un ange portant un titulus est attribuée à l'atelier de Prigent. 

-Ploudaniel, calvaire de l'église : Dans la chapelle Saint-Éloi se trouvent les restes de deux calvaires. Il y a une statue géminée de Jean/un autre saint et un "Christ aux outrages". 

-Ploudaniel : calvaire de la chapelle Saint-Pétronille de attribué à l'atelier de Prigent avec les statues de Saint-Pétronille et de Jean l'évangéliste de Bastien Prigent et près du corps de la croix, une Marie-Madeleine attribuée à l'atelier.

-Quimper, jardin du cloître de l'église Notre-Dame de Locmaria de Quimper, restes d'un calvaire et l'atelier Prigent est attribué à une statue géminée de la Vierge/Saint-Pierre.

-Plouider, calvaire à Brondusval : Il ne reste plus grand chose du calvaire mais les statues de saint Yves, de saint Fiacre et d'un saint non identifié sont attribuées à l'atelier de Prigent. 

-Plouhinec, calvaire de la "Maison du sculpteur Quillivic" Il s’agit d’un calvaire contemporain où l’image du Christ crucifié est remplacée par la partie supérieure du cadre d’une fenêtre gothique. Le calvaire a des statues géminée de la Vierge /saint Yves et Jean

-Plouvorn, calvaire de la chapelle de Lambader : des statues de la Vierge Marie et de Marie Madeleine sont de l'atelier des Prigent qui ont également sculpté le blason d'Audren de Kerdrel et l'emblème des "Cinq-Plaies" .

 

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Les  croix et calvaires de "Fayet" :

Pour Le Seac'h, qui suit ici Castel, on peut ajouter à cette liste les calvaires de Fayet, un compagnon des Prigent au style « si proche de celui des sculptures des Prigent qu'il est parfois difficile de le différencier », s'il n'avait signé de son nom le calvaire de Lopérec avec la date de 1552.

Il rentre dans la liste des calvaires à deux croisillons avec la Vierge/Pierre et Jean/Marie-Madeleine en bas, les deux cavaliers de la Passion sur le 2ème croisillon et le Crucifié au dessus, avec le Christ aux liens au revers et deux anges au calice sous le Crucifié. Marie-Madeleine est au pied de la croix.

E. Le Seac'h lui attribue aussi :

-Le haut du calvaire du cimetière du calvaire de Laz : le Crucifié, les anges au calice, et l'Ecce Homo au revers.

-Le Christ mutilé de Coat-Nant en Irvillac.

-Le vestige du Crucifié du jardin du Doyenné au Folgoët.

-Le vestige du Crucifié du pignon de l'école Notre-Dame du Tromeur de Landerneau

 

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LA STYLISTIQUE « RÉALISTE » DE L'ATELIER PRIGENT.

Henri (frère ou fils de Bastien) est le moins habile. Bastien, par sa manières plus souple, qui produit un effet expressionniste, voire maniériste, contraste avec le hiératisme , la raideur des réalisations d' Henri.

a) Le Crucifié :

Les yeux en amande à l'arcade sourcilière cassée

Les mèches de cheveux qui ne sont pas collés au cou, laissant un vide = un espace ajouré entre les mèches de cheveu et le visage.

La couronne tressée 

Les yeux clos

Les grandes narines
La bouche charnue aux lèvres entrouvertes.

Une barbe étagée ou bifide

un torse étiré, aux côtes horizontales déployées en éventail ; le nombril en forme de bouton

Un pagne volant, noué sur le coté par une grande boucle

b) La Vierge

Elle porte une guimpe montant jusqu'au menton et un voile coqué.

Trois ou cinq larmes coulent sur la joue , en forme de patte d'oiseau avec une larme plus grande au milieu

Vierge de pietà : agenouillée, se tenant bien droite, le visage impassible, elle tient son Fils dans ses bras, le corps de celui-ci renversé en diagonale, en appui sur le genou de sa mère.

Marie-Madeleine agenouillée (Pleyben et Plougonven, Bastien Prigent) : tête inclinée en arrière, elle porte une robe aux plis lourds et harmonieux. Son voile a glissé sur son dos.

Par ailleurs

Visages rectangulaires ou ovales. Arcades sourcilières « aiguisées ». Les yeux sont taillés en un petit losange horizontal. Les drapés sont fluides.

 

« Fayet » se distinguerait par :

un style sévère avec des Crucifiés raides

l'association de la statuaire gothique et d'un décor renaissance, avec les fleurons godronnés entourés d'un galon décoratif, des consoles moulurées et des feuilles d'acanthe sur les culots.

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— ABGRALL (Chanoine Jean-Marie), 1902, Les croix et les calvaires du Finistère , Bulletin Monumental  Année 1902  66  pp. 176-209, page 205.

https://www.persee.fr/doc/bulmo_0007-473x_1902_num_66_1_11302

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k31081n/f255.item.texteImage#

"LOPÉREC. Tout près de l'église, dans l'ancien cimetière : CESTE : CRO!X : FVST : FAYTE : EN : LAN : MVc LII. Même disposition et mêmes personnages qu'à Locmélar. En plus, Ecce-Homo, .Résurrection., Saint Pierre et saint Jean. Saint François d'Assise à genoux montrant ses stigmates, la Madeleine aussi à genoux. Sur le socle, en bas-reliefs: Notre-Seigneur portant sa croix, sainte Véronique, les quatre évangélistes, apparition de Notre-Seigneur à la Madeleine sous la figure d'un jardinier portant une bêche."

— ABGRALL (Chanoine Jean-Marie), 1916, Inscriptions du Finistère, Bull. SAF 

https://societe-archeologique.du-finistere.org/bulletin_article/saf1916_0122_0159.html

— CPA 2939 E. Hamonic Cliché Le Douré.

https://www.delcampe.net/fr/collections/cartes-postales/france/autres-communes-29/loperec-le-calvaire-scan-recto-et-verso-608702446.html

 — CASTEL (Yves-Pascal), Dictionnaire des artistes

Fayet : Sculpteur et tombier. Nom relevé sur le calvaire de Lopérec (1552) Excellent artiste à qui l'on doit, semble-t-il la diffusion du type de calvaire aux anges porteurs de calice pour recueillir le précieux sang. Oeuvres du même type à Coray (1553), Plounéou-Ménez (1554), Laz (1563), Lanneufret, Ploéven, Trégourex  

 — CASTEL (Yves-Pascal), 1985, "L'anonymat des sculpteurs sur pierre bretons mis en question. Signatures d'artistes sur des calvaires de Bretagne occidentale au XVIe siècle" in Océan atlantique et péninsule armoricaine : études archéologiques : actes  du 107e Congrès national des sociétés savantes, Brest, 1982, Section d'archéologie et d'histoire de l'art, Paris, 350 p., p. 181-191.

Castel rapproche Fayet d'un mot -faict- retrouvé sur une dalle funéraire de la cathédrale Saint-Pol-de Léon, et qu'il lit "faiet" . 

Elle avait été relevée par Théophile Peyron (*) ainsi : Cy est la chapelle de messire et noble homme Christophe Tuonelorn de Kerautret, recteur de Ploecolm, faict M. Vcc. http://infobretagne.com/cathedrale-saintpoldeleon.htm

Castel lit "A noble home me christofle tuonelorn sr de K(er) autret chanoine de leon recteur de ploecolm faiet LMVCC" et il ajoute :

 

"La lecture du nom d'un sculpteur était si peu attendue à cette place que Peyron corrige faiet en faict. Mais comme il a des hésitations pour ce qui est du reste de l'inscription, omettant une partie, transformant une autre eu égard à son caractère inhabituel, nous maintenons la lecture faiet."

Le tombier Faiet pourrait être un ascendant de notre Fayet de Lopérec. D'autant plus que le matériau de la dalle funéraire de Saint-Pol et celui du calvaire est le même kersanton que l'on extrait des carrières littorales au fond oriental de la rade de Brest.

Les détails stylistiques, autant que la facture de ses visages permettent de suivre la diffusion de son talent à  Coray, 1553, Plounéour-Ménez, 1554, Lothey, croix de Kerabri, 1556, Laz, 1563, ainsi qu'à Landudal, Lanneuffret, Ploéven, Plozévet  et Trégourez."

(*) L'inscription a été lue  par Clech en 1907: "cy est la chapelle de messire et noble homme Christophe de Traonelorn de Kerautret, recteur de Ploecolm, faict M V."

 

— CASTEL (Yves-Pascal), 1980, Atlas des croix et calvaires du Finistère.

http://croix.du-finistere.org/commune/loperec.html

n° 1245. Lopérec, église, kersanton 6 m. 1552, par Fayet. Soubassement architecturé, table d’offrande. Socle cubique orné de bas-reliefs: Jésus et Véronique, Madeleine au jardin de la Résurrection, Marc et Matthieu, Luc et Jean. Statue de Marie-Madeleine: CESTE CROIX FUST FAYTE EN L’AN MVCLII. Fût à pans. Premier croisillon, large console où une longue inscription a été martelée, réservant le nom de Fayet sur la droite, statues géminées: Vierge-Pierre, Jean (?)Madeleine, au centre, Vierge de Pitié. Revers: Christ ressuscité. Second croisillon, cavaliers. Croix, fleurons-boules godronnés, crucifix, anges aux calices. Christ lié au revers. Nous pensons trouver dans le nom de Fayet celui d’un sculpteur de là première moitié du XVIè s. [YPC 1980]

 

—COUFFON

http://diocese-quimper.fr/images/stories/bibliotheque/pdf/pdf-Couffon/LOPEREC.pdf

"EGLISE SAINT-PEREC. L'édifice actuel, en forme de croix latine, a été bénit le 2 décembre 1894 ; il est dû aux plans de l'architecte Gassis, mais, de l'ancien édifice l'on a conservé le clocher, la chapelle des fonts, le porche et la sacristie sud. Il comprend une nef de trois travées avec bas-côtés, deux ailes formant faux transept et un choeur profond à chevet polygonal. Les bas-côtés sont doubles au droit de la troisième travée. Le vaisseau, du type à nef obscure, est lambrissé en berceau, sans entraits ni sablières. Les grandes arcades en tiers-point reposent sur les chapiteaux des piliers octogonaux. Des arcs diaphragmes séparent le transept des bas-côtés. La porte à la base du clocher, en plein cintre et encadrée de deux colonnes corinthiennes, porte sur sa clé la date de 1666, et la tour, sur sa face est, l'inscription : "C. QVEINNEC. F. 1669." Celle-ci fut reconstruite en 1764, mais une partie de la flèche ne fut pas achevée alors mais terminée seulement en 1860 par Le Naour. A l'intérieur de la première galerie, l'inscription : "RESTAURE EN 1860" rappelle ces travaux. A la naissance de la flèche, seconde balustrade, clochetons d'angle et gables ajourés. Au chevet, inscription : "I. KDRAON. P. MIOSSEC. 1700."

La porte du porche donnant accès à l'église date de 1586, lisible dans une inscription sur le chapiteau, avec, au sommet de l'accolade, l'écu des Penguern, rappelant la fondation de l'ancien édifice par Yves de Penguern et Marie de Kermorial, sa femme. La porte extérieure est en anse de panier, comme à Pencran et à Rumengol. A l'intérieur du porche, niches Renaissance abritant les statues des Apôtres en kersanton (C.) ; celle de saint Jude porte l'inscription : "LAN. 1615. CES. IMAGES. FVT. FAIT. /Y. CEVAER. FA..." Les niches sont séparées par des bandes méplates ornées de roses. Lambris avec sablières à mascarons et blochets ; l'une des sablières porte la date de 1586. Anomalie iconographique : saint Thomas porte un bâton de foulon et saint .Matthieu l'équerre. Mobilier : Transept sud, retable du Rosaire, fin XVIIe siècle ou début XVIIIe siècle (C.). Il avait été réalisé et offert gratuitement à la confrérie, ainsi que l'indique la mention suivante dans un acte "Yvo Cevaer fecit et dedit gratis pro Deo in honorem Beatae Mariae Virginis de Rosario." La confrérie avait été fondée le 19 septembre 1693. Sur l'entablement cintré, le Père Eternel entre deux anges posés sur les ailerons du fronton. Entre les deux colonnes torses, groupe du Rosaire (Vierge Marie en ronde bosse, saint Dominique et sainte Catherine en hautrelief), avec, tout autour, les médaillons des quinze Mystères. Sur les piédestaux des colonnes, saint Joseph et saint Joachim en bas-relief ; et, dans le soubassement, la Foi et l'Espérance en bas-relief polychrome. Transept nord, à l'autel Sainte-Anne, retable à deux colonnes torses et pilastres cannelés, fin du XVIIe siècle. Dans une niche posée sur l'entablement, le Père Eternel. Chaire de 1755, en chêne rehaussé de dorures aux angles : bas-reliefs des Docteurs d'Occident dans les panneaux de la cuve et du Baptiste sur le dossier, abat-voix hexagonal avec l'ange à la trompette. Fonts baptismaux : porte ajourée de bois peint sous un entablement classique porte par deux colonnes lisses. A l'intérieur, boiseries, confessionnal intégré, panneau central portant un Baptême du Christ non peint en bas-relief, XVIIIe et XIXe siècles. Deux confessionnaux à demi-dôme écaillé, de style fin XVIIIe siècle. - Stalles en place dans le choeur, sans agenouilloirs. - Le catafalque ancien a été détruit vers 1975. Statues anciennes - en bois polychrome :saint Michel terrassant le démon XVIIe (C), Christ en croix, groupe du Rosaire, autre Vierge à l'Enfant dite Notre Dame de Merci, XVIIe siècle, saint Jean-Baptiste, XVIIe siècle, saint Pierre et saint Joachim dans deux présentoirs à colonnettes torses et fronton à pots à feu (choeur) fin XVIIe siècle ; - en kersanton : les Apôtres du porche (C.), Notre Dame de Pitié, la Madeleine et une sainte Femme tenant des linges (porche), saint Pérec dans une niche au-dessus du portail ouest. Vitraux : Ensemble de Felep de Landerneau, 1840 : six saints dans les trois fenêtres du chevet ; - fenêtre à grisaille et fenêtre à saints, côté nord ; - Le Christ Juge entre la Vierge Marie et saint Joseph ("Souvenir de la Mission de 1922" - signé "Ch. Lorin Chartres 1922") et le Sacré-Coeur, côté sud ; - Le Bon Pasteur et l'Ange gardien, côté ouest. Orfèvrerie : Calice et patène en argent doré, poinçon G.D.P. de l'orfèvre Guillaume du Perron et l'inscription : "... PEREC... 1679." - Six chandeliers de cuivre argenté. Cloche portant l'inscription : "JACQVES DE PENGVERN... FAICT LAN 1681." A la sacristie : Bois : statues de saint Joseph (80 cm.), Vierge ( 40 cm.). Au presbytère, salle de catéchisme, grande statue de bois *

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"Sur la place, calvaire à double croisillon, en kersanton (C.) : Christ en croix entre deux cavaliers posés sur le croisillon supérieur, Ecce Homo au revers ; - sur le second croisillon, statues géminées encadrant une Pietà à l'ouest et Jésus ressuscité au revers, inscription martelée dont il reste un nom : "FAYET." Au bas du fût de la croix, inscription en caractère gothiques : "CESTE CROIX/ FUST FAYTE EN / LAN. M. VcLII." Sur les faces du socle carré, comme à Saint-Servais, bas-reliefs : à l'ouest, Véronique et Jésus tombé à terre ; - au sud, Jésus ressuscité apparaissant à Madeleine ; - à l'est, les Evangélistes Marc et Matthieu ; - au nord, Luc et Jean. Contre le fût, Madeleine à genoux, kersanton. Ce calvaire a été abattu par la tempête du 16 octobre 1987.

Fontaine de la Madeleine entre Lintarec et Penhoat-Saliou."

 

 

— DOUAR (Christel) TOSCER (Catherine), 1995,Calvaire de Lopérec,  Dossier IA29002206 réalisé en 1995  Inventaire général 

in 14e siècle  : mention de la paroisse.

1552  : Date portée sur le calvaire. La famille de Penguern (voir dossier PENGUERN, manoir) finance partiellement la construction de l'église. Mise en place probable de l'ossuaire (vestiges en forme de cariatides entreposés dans l'église).

1586 Construction du porche sud qui porte la date (sablière est) ainsi que les armoiries de Penguern (Yves de Penguern avait épousé Marie de Kermorial).

1615 Date portée sur une des 12 statues d'apôtres du porche exécutées par Yves Cevaër.

Entre 1666 et 1699 Grande campagne de reconstruction initiée par Jacques de Penguern.

Un procès-verbal de 1666 fait état du clocher qui " est si caduq et indigent de réparation qu'ils [les paroissiens] sont sont obligés de le dessandre [sic] pour le réediffier de neuf " . Le pignon ouest et la nef portent, à l'extérieur et à l'intérieur, des litres peintes aux armes des Penguern et des familles alliées.

Reconstruction du massif occidental ; la porte ouest porte la date de 1666 et la partie inférieure de la tour l'inscription : C : QVEINNEC. F : 1669.

En 1699-1700, prolongement de la nef, agrandissement du choeur, mise en place d'un chevet à pans coupés de type Beaumanoir et reconstruction de la sacristie sud. Destruction des anciennes baies du choeur portant les armoiries des Penguern et réaménagement de la partie est du transept. Construction probable de la chapelle des fonts. Cloche datée 1681 donnée par Jacques de Penguern.

Fin 17e siècle Après l'achèvement des travaux de gros oeuvre, mise en place des grands retables nord et sud.

1760-1766 Importante campagne de travaux pour laquelle on utilise le granite extrait de la perrière de Locronan . Doublement probable du bras sud, élargissement du pignon ouest laissant en légère saillie la partie initiale du 17e siècle, reconstruction de la chambre des cloches et de la partie inférieure de la flèche (elle ne sera achevée qu'en 1860).

 

— DOUAR (Christel) TOSCER (Catherine), 1995,Calvaire de Lopérec,  Dossier IA29002206 réalisé en 1995  Inventaire général 

http://patrimoine.bzh/gertrude-diffusion/dossier/calvaire-place-de-l-eglise-loperec/151aa8b8-91ad-4023-b253-c27dec9561be

kersantite h : 600.0

Le calvaire porte la date de 1552 ; il a conservé son emplacement d'origine au sud de l'église après le transfert du cimetière en 1883. Brisé par un ouragan en 1987, il fut entièrement remonté en 1989.

 Ce calvaire remarquable et unique dans le canton du Faou est probablement une création des sculpteurs et frères Bastien et Henry Prigent ; il se compare à une de leurs œuvres majeures, le calvaire de Plougonven (Finistère) avec lequel il partage structure, style et matériau. 

Calvaire à deux croisillons superposés et figurés. Base à compartiments enfermant des demi reliefs. Les vestiges de deux larrons, à l'origine fixés sur des fûts isolés encadrant le calvaire, sont entreposés dans l'église. Revers sculpté, calvaire à double face. Le programme iconographique qui se déroule sur les croisillons superposés et le socle est à la fois traditionnel, disert et exécuté avec une indéniable force évocatrice. Au Christ crucifié entouré de cavaliers et d´anges qui recueillent le précieux sang, à la Vierge de Pitié encadrée de saint Jean et de la Vierge correspondent, sur l´autre face, une Vierge à l´Enfant, un Christ souffrant et la Résurrection accompagnée de saint Pierre et de Marie-Madeleine. Sur les quatre faces du socle dominé par Marie-Madeleine pénitente, figurent, en bas reliefs, des scènes de la Passion, les quatre évangélistes, la sainte Face, saint Eloi (?) et Marie-Madeleine présentant le vase de parfum.

 

 

— FRÉAL (Jacques), 1981 Calvaires et enclos paroissiaux de Bretagne  Page 219

"Le premier croisillon soutient les statues géminées de la Vierge et de saint Pierre, de saint Jean et de Madeleine. ... Une inscription martelée, courant sur la face ouest du premier croisillon laisse apparaître le nom de Fayet, dans lequel certains voient l'auteur de ce monument."

— PERENNES (Henri) 1928 page 256

https://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/89d804ca12a441ca5235986c109d9238.pdf

https://diocese-quimper.fr/images/stories/bibliotheque/bdha/bdha1929.pdf

Tout près de l'église, dans l'ancien cimetière, un calvaire se dresse qui, par sa disposition et ses personnages, rappelle celui de Locmélar. En haut, Notre Seigneur en croix, avec quatre anges qui recueillent dans des calices le précieux sang. Dans Ies côtés, deux cavaliers, dont l'un, saint Longin, armé de la lance, perce le flanc de Jésus. Plus bas, Notre Dame de Pitié, la Sainte Vierge et saint Jean. Derrière, Ecce Homo, Résurrection, saint Pierre et saint Jean, saint François d'Assise à genoux, montrant ses stigmates, la Madeleine également à genoux, telle qu'on la voit reproduite à Saint-Ségal, à Saint- Sébastièn de la même paroisse, à Sainte-Marie-du Ménez-Hom et à Pencran An pied de la Croix, on lit : CESTE : CROIX : FUST ; FAYTE : EN : LAN : MV" LVII. Sur Ies quatre faces du piédestal qui rappelle la disposition de la croix de Saint-Servais, des bas-reliefs représentent : N. S. portant sa Croix, sainte Véronique avec l'image de Ia Sainte-Face, Ies quatre Evangélistes, le Sauveur apparaissant à Madeleine sous la forme d'un jardinier portant une bêche.

 

— ROYER (Eugène), 1991 -Calvaires bretons.

— WIKIPEDIA

 

https://fr.wikipedia.org/wiki/Lop%C3%A9rec

Cliché Henri Moreau du calvaire sur WIKIPEDIA:

https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/7/75/Lop%C3%A9rec_12_Calvaire_partie_sommitale.jpg

— WIKIPEDIA en.

https://en.wikipedia.org/wiki/Calvary_at_Lop%C3%A9rec

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Published by jean-yves cordier - dans Calvaires
11 mars 2020 3 11 /03 /mars /2020 14:13

Le calvaire (Roland Doré, 1639) de la chapelle Notre-Dame de Kerluan à Châteaulin. 

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—Voir sur cette chapelle :
 

 

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— Sur les œuvres de Roland Doré, voir : 

 

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PRÉSENTATION.

J'ai suffisamment présenté la chapelle de Kerluan dans mon article précédent pour ne pas y revenir. Et j'ai présenté Roland Doré dans chacun des 12 articles cités en référence pour ne pas reprendre, une fois encore, l'expression de "virtuose du kersanton" qui colle à ce sculpteur. Bon. Je pourrai d'ailleurs me dispenser de tout commentaire tant on retrouve à Kerluan la triade Vierge/Christ en croix/Jean si fréquent sur la centaine de croix et calvaires sortis de l'atelier landernéen. Et tant les traits stylistiques y sont constants.

Certes, il ne nous reste aujourd'hui que 15 calvaires complets, qui méritent donc toute notre attention, et, malgré la répétition, une "notice" détaillée. 

D'abord, ce calvaire-ci est daté, les chiffres 1639 étant gravés très lisiblement sur le nœud du croisillon. Nous sommes là au milieu de la période de production (1618-1663) de l'atelier. 

Mais ici, première particularité, le calvaire est composite. Seule la partie haute, en kersanton, est de Roland Doré. Ce "Crucifix" (Christ en croix entouré de la Vierge et de Jean) est implanté sur un fût de granite, un matériau que  Roland Doré ne taille pas. Il est très probable que ce fût, avec deux personnages en haut relief, soit antérieur à son couronnement. Il pourrait dater du XVIe siècle. Puisque la chapelle est considérée dater de 1550 (G. Leclerc), cette hypothèse d'un premier calvaire plus jeune serait logique.

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Le fût du XVIe siècle.

Ce fût de granite, cylindrique,  est remarquable par les deux saints, Sébastien et Roch, sculptés en haut-relief sur deux cotés opposés. J'ai écrit en 2012 que leur présence, associée à la date de 1639, s'expliquait par une épidémie de peste (maladie pour laquelle ils sont invoqués pour leur protection) de cette année là. Mais leur antériorité probable m'incite à remettre en cause cette allégation. L'épidémie de peste serait plus ancienne, comme à Saint-Sébastien en Saint-Ségal (vers 1541), ou Saint-Côme-et-Damien en Saint-Nic (début XVIe ?).

Ce type de personnage en haut-relief taillé sur le fût (et non scellé) est une vrai prouesse, car cela suppose pour le sculpteur de partir d'un bloc de pierre bien plus épais, et d'en éliminer une grande partie. On le retrouve assez fréquemment entre Châteaulin, le nord du Porzay et la Presqu'île de Crozon, comme à Plomodiern (saint Yves, XIXe), Argol (un saint Pierre), Roscanvel (saint Yves, XVIe), Dinéault (chapelle Saint-Exuper, un saint Marc, XVIe), Dinéault (Pennayeun, saint Marc, XVIe). Et surtout à Lopérec, la croix de Kergonan porte un saint Sébastien ET la date de 1580. 

Ici, ce fût est en granite, matériau moins résistant à l'érosion que le kersanton ; aussi les deux saints ont perdu une partie de leur lustre. Mais on voit bien la tête d'éphèbe de Sébastien (et ses cheveux bouclés en boule), ses mains liées dans le dos, son pagne et surtout les trois trous des flèches de son supplice. De l'autre coté, saint Roch, à la tête féminine par ses cheveux longs et bouclés, atypiques, s'identifie par l'ange qui vint l'assister et par ce qui est peut-être, près de la jambe droite, son Roquet.

L'orientation de ce fût n'est pas fixée ; en 2012 et 2013, saint Sébastien faisait face à l'ouest, aligné avec le crucifix, et saint Roch était tourné vers l'entrée du placître. Mais le calvaire a été remonté depuis (vandalisme de 2015) avec les deux saints sur un axe nord-sud.

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Plusieurs vicissitudes.

Dans sa description de 1980 dans son Atlas, Yves-Pascal Castel signalait que le calvaire venait d'être abattu par une tempête.

En 2015 , c'est par un acte de vandalisme que le calvaire a été à nouveau, et rudement, secoué : le fût a été brisé en plusieurs morceaux.

Ces deux épisodes en 30 ans donnent à imaginer combien ce que nous voyons aujourd'hui est le résultat de nombreuses interventions de restauration. 

C'est dire aussi l'importance des documentations photographiques ...

 René Couffon (avant 1988) décrivait  :"Sur le placitre, calvaire daté 1639, de l'atelier Roland Doré : plus de Christ, Marie géminée à un saint sur l'un des consoles ; adossées au fût, statues de saint Roch et de saint Sébastien. " Mais en 1993, Guy Leclerc publiait son article (que je n'ai pas pu lire) sur "La résurrection d'un calvaire" et donnait "l'Historique et la description du calvaire restauré de la chapelle Notre-Dame de Kerluan en Châteaulin".

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Une autre singularité.

Si j'ai souligné la description de Couffon, c'est que ce calvaire de Roland Doré n'a, c'est rare, qu'une seule face : les statues ne sont pas "géminées", à deux personnages adossés.

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Calvaire (Roland Doré, 1639) de la chapelle de Kerluan à Châteaulin. Photographie lavieb-aile.

Calvaire (Roland Doré, 1639) de la chapelle de Kerluan à Châteaulin. Photographie lavieb-aile.

Calvaire (Roland Doré, 1639) de la chapelle de Kerluan à Châteaulin. Photographie lavieb-aile.

Calvaire (Roland Doré, 1639) de la chapelle de Kerluan à Châteaulin. Photographie lavieb-aile.

Calvaire (Roland Doré, 1639) de la chapelle de Kerluan à Châteaulin. Photographie lavieb-aile.

Calvaire (Roland Doré, 1639) de la chapelle de Kerluan à Châteaulin. Photographie lavieb-aile.

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I. LA FACE ORIENTALE.

et l'absence de bigéminisme...

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Calvaire (Roland Doré, 1639) de la chapelle de Kerluan à Châteaulin. Photographie lavieb-aile.

Calvaire (Roland Doré, 1639) de la chapelle de Kerluan à Châteaulin. Photographie lavieb-aile.

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II. LE COTÉ OUEST. LE CRUCIFIÉ, LA VIERGE ET SAINT JEAN.
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Calvaire (Roland Doré, 1639) de la chapelle de Kerluan à Châteaulin. Photographie lavieb-aile.

Calvaire (Roland Doré, 1639) de la chapelle de Kerluan à Châteaulin. Photographie lavieb-aile.

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Calvaire (Roland Doré, 1639) de la chapelle de Kerluan à Châteaulin. Photographie lavieb-aile.

Calvaire (Roland Doré, 1639) de la chapelle de Kerluan à Châteaulin. Photographie lavieb-aile.

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LE CHRIST EN CROIX.

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Calvaire (Roland Doré, 1639) de la chapelle de Kerluan à Châteaulin. Photographie lavieb-aile.

Calvaire (Roland Doré, 1639) de la chapelle de Kerluan à Châteaulin. Photographie lavieb-aile.

Calvaire (Roland Doré, 1639) de la chapelle de Kerluan à Châteaulin. Photographie lavieb-aile.

Calvaire (Roland Doré, 1639) de la chapelle de Kerluan à Châteaulin. Photographie lavieb-aile.

Calvaire (Roland Doré, 1639) de la chapelle de Kerluan à Châteaulin. Photographie lavieb-aile.

Calvaire (Roland Doré, 1639) de la chapelle de Kerluan à Châteaulin. Photographie lavieb-aile.

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LA VIERGE.

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Calvaire (Roland Doré, 1639) de la chapelle de Kerluan à Châteaulin. Photographie lavieb-aile.

Calvaire (Roland Doré, 1639) de la chapelle de Kerluan à Châteaulin. Photographie lavieb-aile.

Calvaire (Roland Doré, 1639) de la chapelle de Kerluan à Châteaulin. Photographie lavieb-aile.

Calvaire (Roland Doré, 1639) de la chapelle de Kerluan à Châteaulin. Photographie lavieb-aile.

Calvaire (Roland Doré, 1639) de la chapelle de Kerluan à Châteaulin. Photographie lavieb-aile.

Calvaire (Roland Doré, 1639) de la chapelle de Kerluan à Châteaulin. Photographie lavieb-aile.

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SAINT JEAN.

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Calvaire (Roland Doré, 1639) de la chapelle de Kerluan à Châteaulin. Photographie lavieb-aile.

Calvaire (Roland Doré, 1639) de la chapelle de Kerluan à Châteaulin. Photographie lavieb-aile.

Calvaire (Roland Doré, 1639) de la chapelle de Kerluan à Châteaulin. Photographie lavieb-aile.

Calvaire (Roland Doré, 1639) de la chapelle de Kerluan à Châteaulin. Photographie lavieb-aile.

Calvaire (Roland Doré, 1639) de la chapelle de Kerluan à Châteaulin. Photographie lavieb-aile.

Calvaire (Roland Doré, 1639) de la chapelle de Kerluan à Châteaulin. Photographie lavieb-aile.

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III. LE FÛT EN GRANITE ET SES DEUX STATUES.

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Calvaire  de la chapelle de Kerluan à Châteaulin. Photographie lavieb-aile.

Calvaire de la chapelle de Kerluan à Châteaulin. Photographie lavieb-aile.

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Saint Sébastien.

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Calvaire  de la chapelle de Kerluan à Châteaulin. Photographie lavieb-aile.

Calvaire de la chapelle de Kerluan à Châteaulin. Photographie lavieb-aile.

Calvaire  de la chapelle de Kerluan à Châteaulin. Photographie lavieb-aile.

Calvaire de la chapelle de Kerluan à Châteaulin. Photographie lavieb-aile.

Calvaire  de la chapelle de Kerluan à Châteaulin. Photographie lavieb-aile.

Calvaire de la chapelle de Kerluan à Châteaulin. Photographie lavieb-aile.

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Saint Roch.

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Calvaire  de la chapelle de Kerluan à Châteaulin. Photographie lavieb-aile.

Calvaire de la chapelle de Kerluan à Châteaulin. Photographie lavieb-aile.

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Comparez avec la photo de Bernard Bègne prise (en 2013?) pour l'Inventaire Général :

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photo Bernard Bègne copyright région Bretagne

 

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Calvaire  de la chapelle de Kerluan à Châteaulin. Photographie lavieb-aile.

Calvaire de la chapelle de Kerluan à Châteaulin. Photographie lavieb-aile.

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ANNEXE.

ROLAND DORÉ ET SES 50 CALVAIRES.

Le sculpteur landernéen dont l'atelier de taille du kersanton est le plus renommé du XVIIe siècle a travaillé pour 82 paroisses (Finistère, Côtes d'Armor) essentiellement pour la sculpture religieuse (et 9 gisants). Il a réalisé les séries d'apôtres de 4 églises, partiellement de 4 autres et quantité de statues isolées. Selon E. Le Seac'h, il a réalisé 97 croix, calvaires ou vestiges dont 21 croix, 50 calvaires, 26 vestiges. Seuls 12 croix et 15 calvaires sont encore complets. 41 croix et calvaires sont datés, entre 1618 à Penmarc'h et 1662 à Saint-Thégonnec.

Voici une liste de 75 croix et calvaires  (en gras : décrits dans ce blog)


 

 

  • Brennilis : croix de calvaire du cimetière (vers 1625) . Ange, Crucifix, Pietà,

  • Briec de l'Odet, Croix de la chapelle de Trolez (Seul le crucifix est de Roland Doré)

  • Cast, calvaire de l'église Saint-Jérôme : (1660), GLINEC, recteur, Jacob CROISSANT, fabricien. Vierge, Madeleine, crucifix, Jean, saint au livre

  • Châteaulin, calvaire (1639) de la chapelle de Kerluan : Vierge, crucifix, Jean (et sur le fût saint Sébastien et saint Roch, hors atelier).

  • Cléden-Cap-Sizun : calvaire (1630) de la chapelle Saint-They. Vierge, Jacques le Majeur en haut du fût .

  • Cleder, croix de Kerzuoc'h (1625), Messire PRISER, procureur

  • Commana : calvaire du cimetière (1624), signé. Vierge/saint Hervé et son guide ; crucifix ; moine au livre ; Jean/moine, écu martelé

  • Crozon, presbytère, vestige de calvaire, saint Pierre.

  • Dinéault, calvaire (1648 et 1650), A. LE BUILLER, L. GARO,fabriciens. Crucifix, Christ aux liens.

  • Dirinon, calvaire de la Croix-Rouge, Jean/saint Roch ; crucifix, Vierge/Sébastien

  • Douarnenez, calvaire de la chapelle Saint-Vendal (1655), GAVRANT, recteur de Pouldregat, I. LE BIAN. Vierge/Corentin ; crucifix ; Vierge à l'enfant/Jean ; évêque

  • Douarnenez-Tréboul, vestige de calvaire, Jean/Corentin, Vierge/Nicolas

  • Esquibien : calvaire de Landrevet Jean/ saint indéterminé ; crucifix /Vierge à l'Enfant ; Pierre/Vierge

  • Le Folgoët, croix du Champ de Foire. Crucifix

  • Guiclan, croix de Kerizamel

  • Guiclan, calvaire de Kerlaviou (1622)

  • Guiclan, calvaire de Pen-ar-Feuteun (1642), [Jean/Yves par Yan Larhantec 1889] ; crucifix ; Vierge/Catherine.

  • Hanvec : croix de la forêt du Cranou (1627), vestige. Il appartenait à la chapelle Saint-Conval mais il ne subsiste que le fût portant l'inscription : « R. Dore : ma : faict : 1627 ».

  • Hanvec, Croas-ar-Huré (1621-1622) M. MICHEL, P. BRIS CVRE. Crucifix, écu au calice, anges à phylactères.

  • Hanvec, calvaire de Quillafel (1638), NICOLAS JACQUES, prêtre

  • Hanvec, croix de Lanvoy ; seul le crucifix /Vierge à l'enfant est de Roland Doré

  • L'Hôpital-Camfrout, Croix du Run (1627), Crucifix/Vierge à l'Enfant

  • L'Hôpital-Camfrout, Calvaire du Troan, vestiges : anges au calice

  • Irvillac : calvaire (1644) avec deux bras courbes situé devant la chapelle Notre-Dame-de-Lorette au lieu-dit Coatnan. Larrons, Vierge/Yves ; Jean/Pierre

  • Irvillac, calvaire de Clénunan (1640), Messire Jean LIDOU.

  • Irvillac, calvaire (1628) de la chapelle de Locmélar : Jean/Pierre ; Vierge/évêque

  • Kersaint-Plabennec, calvaire de Laven , crucifix. (En complément du travail du Maître de Plougastel qui a réalisé les couples Vierge/Yves ; Jean/Etienne).

  • Lampaul-Guimiliau, calvaire (1621) de Cosquer-Bihan dit Croaz-Kernevez : crucifix/Vierge à l'enfant.

  • Lampaul-Guimiliau, calvaire de Kerjaffrès (1626), Mathieu LIVINEC fabricien, Y. KERBRAT, fabricien

  • Lannilis, calvaire de Kerosven. Vierge ; crucifix/Jean-Baptiste, Jean

  • Lantic, calvaire de l'église Notre-Dame-de-la-Cour. Crucifix/Vierge à l'enfant. Armoiries des Rosmadec et Gouarlot.

  • Loc-Éguiner-Saint-Thégonnec, calvaire du cimetière , crucifix (en complément du travail du Maître de Plougastel :Vierge/sainte Femme Pietà/Madeleine ;

  • Logonna-Daoulas, Croix de Cléménéhy (?), SALOMON PIERRES DE PORS AN . Crucifix/Vierge à l'enfant.

  • Logonna-Daoulas, calvaire de Rulivet. Crucifix. [Saint Nicodème sur le fût, saint Jean, blason des Rosmorduc, hors atelier.]

  • Loqueffret, calvaire de Bilirit (1625), Y. et Louis BELERIT, fraires. Crucifix/Vierge à l'Enfant ; [et Yves ; Geneviève ; Edern, hors atelier].

  • La Martyre, vestige (fût) du calvaire de Kerlavarec (?), Béatrice CABOUN.

  • Penmarc'h, croix de Lescors (1618), crucifix.

  • Plabennec, calvaire de Scaven, crucifix.

  • Pleyber-Christ, calvaire de Kervern (1647), Yvon INISAN et Marie MADEC. Vierge/Marguerite

  • Ploéven, chapelle Saint-Nicodème : calvaire (1667) Messire S.H. MARTIN, recteur Yves QUEMENEUR, fabricien. Vierge/évêque ; Jean/Pierre

  • Plogonnec : calvaire (1644) de la chapelle Saint-Pierre. Vierge/Paul ; Jean/Pierre

  • Plogonnec : calvaire (1641) de la chapelle Seznec, Guillaume TOULGUENGAT, recteur de 1624 à 1642, René SEZNEC, recteur de 1643 à 1697.Christ et anges aux calices, Vierge/évêque, Jean/évêque, Christ aux liens, 

  • Plomodiern calvaire de la chapelle Sainte-Marie-du Ménez-Hom, tête de la Vierge de la Pietà et Vierge &a