Lors de l'exposition Mathurin Méheut arpenteur de la Bretagne présentée à Pont-Aven en juillet 2022, j'ai pu admirer une gouache sur papier de 27 cm sur 37 (cadre) signée du monogramme MM en bas à gauche et portant le titre "Après la tempête". Elle provient d'une collection particulière de la famille Le Minor et a été reproduite dans "Broderies en Bretagne" d'Auguste Dupuy, Ed. Le Minor.
Cette gouache non datée et non localisée montre deux bretonnes en costume, l'une plus jeune en coiffe bigoudène, l'autre âgée portant une coiffe de deuil jaune et blanche. Elles transportent sur une civière une lourde charge de goémon que la récente tempête a apporté sur la côte et que les habitants ont réunis en tas. Ces laminaires ont été arrachés sous l'effet de la violence de la tempête, comme en témoignent leurs crampons arrachés : ils n'ont pas été coupés à la serpe. On voit aussi deux hommes en costume glazik déplaçant un civière à barreaux. Au large, le temps est redevenu clément et des barques sardinières aux voiles cachou sont en pêche. Et au premier plan, une civière à cinq barreaux est dessinée avec ce souci de fidélité et d'observation propre à Mathurin Méheut.
À droite, l'épave d'un voilier de travail ne date pas du dernier coup de vent. Il sert de perchoir à des goélands gris.
En mer, les chaloupes sardinières aux voiles cachou ont repris la pêche.
Mais ce qui motive ma curiosité, ce sont six cétacés échoués dans les rochers.
L'intérêt de cet échouage massif comme témoignage ne semble pas avoir été remarqué, je n'ai trouvé aucune publication ou signalement sur ce fait de biologie des Grands Mammifères Marins peint par Mathurin Méheut.
De quel animal s'agit-il ? La grande taille, l'aileron dorsal, et le contraste entre le dos noir et le ventre argenté me font proposer d'y voir Tursiops truncatus, le Grand Dauphin, fréquent en Bretagne. Le profil du front montre la présence de cette bosse nommée "melon".
Un des dauphins saigne ; tous sont morts à l'évidence.
http://www.al-lark.org/article-1408053.html
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Mathurin Méheut (1882-1958) a peint la Bretagne depuis 1910. Le catalogue d'exposition publie la gouache sous le n° CAT 35 au chapitre "1910-1913. Premiers regards sur la Bretagne"" mais ne la commente pas.
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Des spécialistes du costume breton pourraient apporter des précisions complémentaires pour localiser la scène. Le port de ce costume et de la haute coiffe bigoudène est-il crédible pour aller travailler sur la côte, en plein vent, en portant des algues ruisselant d'eau salée ?
L'avis des experts du groupe Mammologique Breton ou de la biologie des cétacés locaux pourrait être précieux.
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Mathurin Méheut, Après la Tempête. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
Mathurin Méheut, Après la Tempête (détail). Photographie lavieb-aile juillet 2022.
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DISCUSSION.
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Gilles Baratte me signale qu'à l'occasion de l'exposition organisée à Roscoff en avril mai 2022 (« Mathurin Méheut - Roscoff, Ile de Batz : nature et scènes de vie »), étaient présentées deux photos de Méheut devant un cadavre de globicéphale, à l'île de Batz : elles sont reproduites dans le catalogue, p. 29. Il se demande si ce dessin n'est pas inspiré de cette épisode.
C'est précisément à des globicéphales que j'avais d'abord pensé en regardant ce dessin, mais les globicéphales n'ont pas le ventre entièrement blanc, ils n'ont qu'un écusson pectoral blanc qui se prolonge par un éperon.
Gille Baratte a la gentillesse de me communiquer ces photos, que voici :
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Mention "Île de Batz. Après la tempête" 1913.
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Je modifie le cliché pour préciser la couleur de la vaste zone blanche en cœur allongé (qui me préoccupe un peu pour mes conclusions).
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Il s'agit à l'évidence du même animal, sur le côté gauche d'abord, puis sur le ventre. L'aileron (nageoire dorsale) en forme de faux, les nageoires pectorales étroites et très longues, le melon très accentué à qui il doit son nom ("tête globuleuse"), et la marque blanche ventrale "en forme d'ancre" sont bien visibles. Seul difficulté : la nageoire dorsale n'est pas "deux fois plus longue que haute".
Il a des marques blanches sur le corps (comme les cicatrices du Dauphin de Risso), mais son corps est franchement noir. Ces cicatrices témoignent peut-être des blessures qui ont précédées et causées son échouage.
Quelque chose de bien intriguant encore, c'est que sa tête est blanche : rien n'est simple.
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Voir la description du Globicéphale noir du site DORIS
"Couleur noire parfois teintée de brun
Melon volumineux
Nageoire dorsale pratiquement deux fois plus longue que haute
Nageoires pectorales en forme de faux, étroites et très longues
Marque blanche en forme d'ancre, de W s'étendant de la gorge à la région génitale"
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Pour info : l'écusson pectoral blanc d'une photo Wikipédia : Il se prolonge jusqu'à la région génitale.
On peut ajouter que ce globicéphale n'est pas "échoué" stricto sensu, mais qu'il porte une blessure ventrale longitudinale d'où sortent des viscères.
La localisation de cette blessure est la même que sur le "dauphin" de la gouache.
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CONCLUSION PROVISOIRE.
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Ces deux photos sont prises dans la même journée, en 1913, et on voit clairement Mathurin Méheut prendre un croquis de cet animal, qui est un globicéphale. Le titre de la photo, "après la tempête", est le même que celui du dessin à la gouache.
Elles témoignent du souci bien connu de Mathurin Méheut d'observer directement sur la côte bretonne (ou au Laboratoire de biologie marine de Roscoff) les éléments de la flore et de la faune du littoral, au même titre que les activités, et les postures, des pêcheurs et des habitants.
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NOUVEAU REBONDISSEMENT.
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Le 8 septembre dernier, Michel Glémarec, créateur en 1972 du laboratoire d'océanographie biologique de l'Université de Bretagne Occidentale, Professeur honoraire et auteur de l'ouvrage La Biodiversité littorale vue par Mathurin Méheut (Le Télégramme 2010, Locus Solus 2015 et 2022), et membre de l'Association des Amis de Mathurin Méheut, a envoyé ce message à Gilles Baratte en commentaire de la gouache étudiée dans mon article :
"La tempête a arraché les laminaires ramassées par les goémonières et transportées à l'aide de leur civière. Les échouages de "globicéphales" ne sont pas toujours si exceptionnels cf. 80 "globi" à Callot en 59/60 évènement vécu personnellement!!! Méheut représente deux marsouins plocoena phocoena, bien que les pectorales ne sont que peu évidentes et le melon est bien net comme l'aileron dorsal. En arrière apparait un grand dauphin avec son bec caractéristique Tursiops truncata. Il n'y a pas d'autre commentaire à faire, tout cela est parfaitement observé et crédible. Pour confirmation le grand spécialiste de ces bestioles est Sami Hassani que l'on trouve en poste à Océanopolis."
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Ce message a été complété quelques jours plus tard par celui-ci , dans lequel l'identification des cétacés est modifié, après avis de Sami Hassani : au lieu d'un Grand dauphin Tursiops truncata, il faut identifier ici un Dauphin commun à bec court,Delphinus delphis Linnaeus, 1758.
"Quant à l’échouage simultané de cétacés c’est l’expression d’un tel évènement qui n’est pas aussi exceptionnel à une époque où les medias n’avaient pas l’importance qu’ils ont aujourd’hui. A Roscoff Méheut pouvait compter sur l’appui de scientifiques, ce n’est pas le cas en pays bigouden et l’artiste a bien représenté les caractères distinctifs des cétacés. C’est tout à l’honneur de cet artiste naturaliste, car il est possible de les identifier (forme et position des nageoires, couleur des flancs..). En accord avec Sami Hassani, spécialiste incontesté de ce groupe, nous avons ainsi pu identifier deux marsouins et un dauphin commun (avec sa bande latérale jaunâtre !). La juxtaposition proposée par l’artiste témoigne bien d’une réalité vécue." Michel Glémarec, septembre 2022
Bec fin
Dorsale falciforme
Caudale en forme d'accolade
Coloration formant un V sous la dorsale
Dessin croisé sur les flancs en forme de sablier ou de X
Dos gris foncé, brun foncé à noir
Ventre couleur crème de la tête à la région anale
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Si on se tient à l'avis du professeur Glémarec, Mathurin Méheut a peint ici un événement maritime réel, "parfaitement observé et crédible", dont on peut regretter d'ignorer la date et le lieu.
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Un nouveau commentaire le 20 octobre 2022 par Benjamin Guichard. Capture dans les filets ou échouage massif après tempête ?
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" Bonjour et félicitations pour votre formidable blog! J'apporte tardivement ma contribution à cet article, n'ayant visité l'expo Méheut à Pont-Aven que le w-e dernier, mais ayant également été frappé par cette représentation d'un échouage multiple de marsouins et dauphins communs. Je suis en effet en charge des mammifères marins à l'Office français de la biodiversité à Brest, et m'occupe plus particulièrement des échouages en lien avec le Réseau National Echouages, animé par l'Observatoire Pelagis à La Rochelle : www.observatoire-pelagis.cnrs.fr
L'identification des costumes bigoudens a son importance ici, car on pourrait donc très bien être vers Penhors (ne voit-on pas le Cap au loin?), or la baie d'Audierne est précisément l'endroit où ont lieu le plus d'échouages dans le Finistère, particulièrement entre Penhors et la Torche. En 2020, année record des échouages de mammifères marins en France (2425), près de 200 ont ainsi eut lieu en baie d'Audierne, dont plusieurs échouages multiples. Appelé en janvier 2016 pour identifier "un cachalot" à Plovan (en fait un gros morceau de chair informe), je suis tombé sur trois dauphins communs et 2 phoques gris non signalés sur 1 km de grève!
Les échouages actuels sont majoritairement dues aux captures accidentelles dans des engins de pêche (principalement les filets calés(*)), mais le tableau de Méheut soulève la question suivante : les captures accidentelles existaient-elles déjà au début du XXème siècle (et pourquoi pas : les filets étaient plus petits mais il y avait plus de pêcheurs), ou bien les populations de petits cétacés étaient-elles alors si importantes que chaque tempête pouvaient en ramener des dizaines voire des centaines à la côte (car il faut imaginer que la même scène se reproduisait de la frontière belge jusqu'à Hendaye)? Bonne journée, Benjamin Guichard."
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(*)Les filets maillants calés sont des filets rectangulaires tendus verticalement à l'aide de flotteurs et de lests, permettant une pêche passive (sans la présence des pêcheurs et de leur navire).
Morizur Yvon, Gaudou Olivier, Miossec Dominique, Toulhoat Lucile, Gamblin Caroline Captures accidentelles françaises de mammifères marins sur les filets calés en Manche-mer du Nord et en zones Ciem VII. Observations réalisées durant les deux années du projet FilManCet ainsi que dans le cadre d’Obsmer
https://archimer.ifremer.fr/doc/00035/14666/
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Benjamin Guichard ajoute :
"vous pouvez l’illustrer si vous voulez par l’une des photos ci-jointes, d’un dauphin commun échoué à Penhors en mai 2020 (en plein confinement… j’avais eu une dérogation pour y aller !).
Plus d’infos sur les échouages sur le site de l’OFB :
Mathurin Méheut (1882-1958), Goémoniers de l’île de Batz, 1913, caséine sur toile signée, monogrammée, titrée et datée, 60 x 92 cm. Photographie lavieb-aile 2022.
Mathurin Méheut (1882-1958), Goémoniers de l’île de Batz, 1913, caséine sur toile signée, monogrammée, titrée et datée, 60 x 92 cm. Photographie lavieb-aile 2022.
Mathurin Méheut (1882-1958), Goémoniers de l’île de Batz, 1913, caséine sur toile signée, monogrammée, titrée et datée, 60 x 92 cm. Photographie lavieb-aile 2022.
Mathurin Méheut, Goémoniers sur leurs drômes, Musée de Lamballe. Photographie lavieb-aile 2022.
N.b. Le peintre André Jolly a peint en 1908, sous le titre Les Goémoniers, et dans un style japonisant, une huile sur toile exposée au musée de Pont-Aven et décrivant la récolte du goémon d'épave en hiver sur la plage de Porz-Kercanic à Névez.
Trois statues de saint Yves à la chapelle Notre-Dame de Kerfons en Ploubezre : le livre de ceinture et le geste d'argumentation judiciaire de décompte des arguments.
Les sculptures de saint Yves sont légions en Bretagne. Outre les groupes de saint Yves entre le Riche et le Pauvre (25 recensés en Côtes d'Armor et Finistère), C. Berger dénombre 82 statues en bois pour les mêmes départements, et 15 statues en pierre, chiffre certainement sous-estimé.
L'iconographie de saint Yves a fait l'objet de belles études (par Yves-Pascal Castel et par Claude Berger notamment), mais la fréquence avec laquelle le saint est représenté, de façon presque stéréotypée, posant l'index sur le pouce dans un geste de rhétorique judiciaire, et, en même temps, portant par sa poignée ou accroché sous le bras, un livre enveloppé dans son sac de transport ( nommé "livre de ceinture"), doit être soulignée, d'une part parce que les exemples iconographiques les plus démonstratifs permettent de mieux identifier les exemples les plus détériorés ou moins clairs, et d'autre part parce que la reliure et l'attache du livre de droit, parfois qualifié à tort de "sac à procès", doit être bien comprise pour être observée correctement.
Je me suis déjà étendu sur ce sujet mais j'y revient car les trois statues (deux en pierre, une en bois) conservées en la chapelle de Kerfons s'éclairent mutuellement et procurent l'occasion idéale d'approfondir nos connaissances.
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— Saint Yves, le geste de l'argumentation et le livre de ceinture:
Yves de Kermartin pose la pulpe de l'index droit (le plus souvent) sur celle du pouce opposé, geste précis, qui est repris dans de nombreuses représentations du saint, si bien qu'il devient un véritable attribut, le symbole de ses compétences dans la défense juridique et de sa maîtrise de la rhétorique judiciaire et de l'éloquence.
Rappel :
La rhétorique classique catégorise trois genres discursifs : délibératif, judiciaire, épidictique. La source principale de l'enseignement de la rhétorique médiévale est l'Institution oratoire de Quintilien, et on y lit : "Rapprocher l'index du pouce, et en appuyer l'extrémité sur le milieu du côté droit de l'ongle du pouce, en relâchant les autres doigts, est un geste qui convient bien pour approuver, pour narrer, pour distinguer." Quintilien Institution oratoire Livre XI chapitre III, "de la prononciation".
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2. Le livre-ceinture.
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Un livre (l'ouvrage de droit qu'il doit posséder comme Official, c'est à dire comme juges aux affaires ecclésiastiques du diocèse de Tréguier) est suspendu à sa ceinture ou à son poignet gauche car il est enveloppé dans un étui de transport dont il est relié. L'étoffe ou le cuir de reliure se réunit en une tresse qui s'achève par un nœud ou une boule qui permet d'éviter le glissement lorsque le livre est tenu à la main, ou accroché à la ceinture ou, plus souvent ici, autour du poignet.
Cet accessoire est désigné aujourd'hui en histoire de l'art sous le terme de "livre de ceinture". Même s'il est souvent suspendu au poignet ou tenu dans le poing.
Voir mes commentaires et références sur celui-ci ici :
On trouve ce livre-ceinture parfois sur les statues de saint Jean (Mellac, Motreff, Quilinen), sur les figures des apôtres (saint Philippe sur le Calendrier des Bergers 1498).
On le voit porté par Yves, sur les exemples donnés en lien plus haut, mais aussi sur le calvaire de Pencran, sur celui de Saint-Thégonnec et sur des vestiges d'un calvaire de Guipavas.
I. La statue de saint Yves de l'angle sud-ouest de la "chapelle saint-Yves" ou bras sud du transept.
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Alors que la chapelle de Kerfons est placée sous le patronage de Notre-Dame, elle a été agrandie avec édification d'un bras sud du transept entre 1553 et 1559 dans un style Renaissance et ce bras sud a été vouée à saint Yves, d'où sa dénomination courante de "chapelle Saint-Yves". Ces travaux ont été commandités par Claudine de la Touche, fille de Renaud de la Touche-Limousinère et son épouse Marquise de Goulaine.
Deux contreforts enforme de tourelle encadrent le pignon sud, et la tourelle sud-ouest accueille une niche Renaissance à campanile : c'est elle qui abrite entre deux colonnes corinthiennes la statue de granite, grandeur nature, de saint Yves. Nous pouvons la considérer comme contemporaine de la chapelle et de la date inscrite sur le pilier servant de base à la tourelle, celle de 1559.
Saint Yves porte la "barrette" ou bonnet carré (de recteur ou de docteur), et ses épaules sont recouvertes d'un camail dont la capuche est rabattue, et d'une épaisse aumusse dont les plis en accordéon laissent imaginer une doublure fourrée chaude et douillette. Il porte ensuite un surplis au dessus de la cotte talaire.
Note : Claude Berger nomme épitoge et camail ce que je nomme, avec hésitation, camail et aumusse.
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Le geste rhétorique.
L'index droit du saint est posé sous la pulpe du pouce gauche. Le pouce droit est écarté pour ne pas caché ce geste. Les autres doigts sont saisis dans la paume gauche.
Bien que, dans d'autres exemples, la réunion de l'index et du pouce soit plus "éloquentes" par un écartement plus grand des deux mains, le geste est ici parfaitement lisible.
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Le livre de ceinture.
Il est relié et équipé de fermoirs, et la couverte est fixée sur la partie haute du livre : elle converge vers la paume gauche, où elle est fixée au poignet, comme le montre la sangle équipée d'une boule de retenue.
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Statue de saint Yves, granite, vers 1559. Chapelle de Kerfons en Ploubezre. Photographie lavieb-aile août 2022.
Statue de saint Yves, granite, vers 1559. Chapelle de Kerfons en Ploubezre. Photographie lavieb-aile août 2022.
Statue de saint Yves, granite, vers 1559. Chapelle de Kerfons en Ploubezre. Photographie lavieb-aile août 2022.
Statue de saint Yves, granite, vers 1559. Chapelle de Kerfons en Ploubezre. Photographie lavieb-aile août 2022.
Statue de saint Yves, granite, vers 1559. Chapelle de Kerfons en Ploubezre. Photographie lavieb-aile août 2022.
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II. LA STATUE EN BOIS POLYCHROME (XVIIe siècle) À L'INTÉRIEUR DE LA "CHAPELLE SAINT-YVES".
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Statue de saint Yves, bois, XVIIe siècle. Chapelle de Kerfons en Ploubezre. Photographie lavieb-aile août 2022.
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Le saint porte une bonnet carré noir, un camail noir, recouvrant l'aumusse de même couleur, et dont la partie inférieure plissée est identique à celle de la statue de pierre. Puis viennent le surplis blanc et la cotte talaire noire.
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Le geste rhétorique.
La détérioration du bois par la vrillette a amputé une partie des doigts longs de la main gauche.
On voit néanmoins l'index droit qui se tend vers la pulpe du pouce gauche.
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Le livre de ceinture.
G. Lécuillier le qualifie de "sac à procès" "dans lequel on plaçait les parchemins des actes. Mais ceux-ci se suspendaient dans la pièce d'audience, et ne se portait pas à la ceinture.
La convergence de l'étoffe de reliure est très bien visible, avant de se perdre vers le poignet gauche sous le pan de l'aumusse. On ne peut exclure que le livre soit fixé à une ceinture, mais le surplis n'est pas un vêtement qui dispose d'un tel accessoire.
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Statue de saint Yves, bois, XVIIe siècle. Chapelle de Kerfons en Ploubezre. Photographie lavieb-aile août 2022.
Statue de saint Yves, bois, XVIIe siècle. Chapelle de Kerfons en Ploubezre. Photographie lavieb-aile août 2022.
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III. Saint Yves sur la face orientale du calvaire. Granite, XVe siècle.
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Le croisillon gauche du calvaire, à droite de la Vierge, supporte une statue géminée dont la face orientale est sculptée d'un saint Yves.
C'est sans doute la sculpture la plus ancienne, puisque le calvaire porte le blason des Penhoët, famille qui s'est fondue en 1492 dans celle de La Touche-Limousinière.
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Nous retrouvons la même coiffure et le même costume que sur les statues précédentes. La tête du saint est légèrement inclinée vers la gauche.
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Le geste rhétorique.
Les deux mains sont bien séparés, ce qui rend mieux visible l'index droit, seul tendu vers le pouce opposé. Le poing gauche est fermé. Mais les lichens rouges et blancs camouflent la statue et troublent notre lecture.
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Le livre de ceinture.
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Le livre, presque carré, est suspendu sous le poing gauche. La boule de retenue n'est pas, ou pas bien, visible. Mais la convergence des plis de la couverte vers la paume est nette : c'est bien un "livre de ceinture".
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Statue de saint Yves, granite, XVe siècle. Calvaire de la chapelle de Kerfons en Ploubezre. Photographie lavieb-aile août 2022.
Statue de saint Yves, granite, XVe siècle. Calvaire de la chapelle de Kerfons en Ploubezre. Photographie lavieb-aile août 2022.
Statue de saint Yves, granite, XVe siècle. Calvaire de la chapelle de Kerfons en Ploubezre. Photographie lavieb-aile août 2022.
Statue de saint Yves, granite, XVe siècle. Calvaire de la chapelle de Kerfons en Ploubezre. Photographie lavieb-aile août 2022.
Statue de saint Yves, granite, XVe siècle. Calvaire de la chapelle de Kerfons en Ploubezre. Photographie lavieb-aile août 2022.
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ANNEXE I : LE CALVAIRE EN ENTIER.
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Face occidentale.
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Deux anges déroulent le phylactère portant jadis les lettres peintes INRI du titulus.
Le croisillon est une traverse droite, à l'équerre du fût.
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Calvaire (XVe siècle) de la chapelle de Kerfons en Ploubezre. Photographie lavieb-aile août 2022.
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La Vierge, bras croisés devant la poitrine.
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Calvaire (XVe siècle) de la chapelle de Kerfons en Ploubezre. Photographie lavieb-aile août 2022.
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Le Christ en croix.
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Calvaire (XVe siècle) de la chapelle de Kerfons en Ploubezre. Photographie lavieb-aile août 2022.
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Saint Jean, bras levés devant la poitrine montrant ses paumes .
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Calvaire (XVe siècle) de la chapelle de Kerfons en Ploubezre. Photographie lavieb-aile août 2022.
Calvaire (XVe siècle) de la chapelle de Kerfons en Ploubezre. Photographie lavieb-aile août 2022.
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Un ange présente le blason dont les armoiries sont celles de Penhoët, d'or à une fasce de gueule, les nouveaux seigneurs de Kerfons depuis le XVe siècle .D'après un texte de 1771 (A.D. 22 E 1644), elles figuraient aussi dans la verrière orientale de la chapelle Sud et sur le jubé. (Le Louarn)
Calvaire (XVe siècle) de la chapelle de Kerfons en Ploubezre. Photographie lavieb-aile août 2022.
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La face orientale.
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La Vierge à l'Enfant au centre.
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Calvaire (XVe siècle) de la chapelle de Kerfons en Ploubezre. Photographie lavieb-aile août 2022.
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Saint Pierre à droite.
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Calvaire (XVe siècle) de la chapelle de Kerfons en Ploubezre. Photographie lavieb-aile août 2022.
"Vers 1560, chapelle de Kerfons en Ploubezre. L’aile ouest de la chapelle latérale sud, dédiée à saint Yves, présente à l’extérieur, une jolie statue du saint en kersantite, sous un dais Renaissance bretonne. Hauteur de la statue, environ 130 cm. Robe, épitoge courte, camail, bonnet plat, sac à procès sur le bras gauche."
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CASTEL (Yves-Pascal), Saint Yves et ses statues p. 199-213
https://books.openedition.org/pur/22411?lang=fr
La gestuelle oratoire
"Quoi qu’il en soit des variétés évolutives du costume, et des accessoires plus ou moins nombreux, nos statues s’animent du langage des mains qui exprime de manière muette, les sentiments de l’homme voué aux subtilités de l’exercice de la parole. En dehors des mutilations qui laissent des mortaises creuses au musée de Brest, une manche vide à Guissény, un poignet cassé à Guipavas, ces mains offrent une gestuelle moins stéréotypée qu’on ne le penserait au premier abord.
En tout premier lieu, le geste de l’argumentateur qui, à considérer certains personnages de la Passion sur les grands calvaires, n’appartient pas en exclusivité à saint Yves. Les deux premiers doigts – pouce sur index, index sur index – appuyés l’un sur l’autre, s’apprêtent à faire le décompte des arguments que le locuteur va énumérer. Ainsi, au porche de Bodilis (1570), sur les petits calvaires de Saint-Yves à Landudal (1605), de Saint-Claude à Plougastel-Daoulas et de l’église de Plounéour-Ménez (vers 1630). Le geste de l’argumentation est, de même, évident dans la statue à l’intérieur de l’église de Sainte-Sève. Il s’inspire des gravures populaires comme celle qui rappelle l’image du portail de Saint-Yves : un édifice démoli en 1823, où se réunissait à Paris la confrérie fondée en 1348."
—COUFFON, René, 1939, « Répertoire des églises et chapelles de Saint-Brieuc et Tréguier. Second fascicule », Société d’émulation des Côtes-du-Nord. Bulletins et mémoires, 71, 1939, p. 141.
— COUFFON (René), 1948, l'architecture classique au pays de Léon, l'atelier de l'Elorn, l'atelier de Kerjean, Mémoires de la Société d'Histoire et d’Archéologie de Bretagne. 1948, 28.
— JOUBERT (Solen), 2003, Audace et renommée : un réseau de la noblesse bretonne, vecteur d'échanges culturels et artistiques pendant la Renaissance. SHAB pages 205-
— LE LOUARN, Geneviève. 1983 "La chapelle Notre-Dame de Kerfons". Rennes, Mémoires de la Société d'Histoire et d'Archéologie de Bretagne, t. 60, 1983, p. 301-305.
L'art de la Renaissance en Bretagne : les supports anthropomorphes et zoomorphes (vers 1559) du clocheton et de la charpente du bras sud (chapelle Saint-Yves) de la chapelle de Kerfons en Ploubezre.
2. Cet article appartient à une série sur les Termes gainés, cariatides et atlantes (ou "supports anthropomorphes") , et, plus généralement, sur l'introduction de la Seconde Renaissance en Bretagne:
Le bénitier du porche de Guimiliau. (kersanton, traces de polychromie, Maître de Plougastel, v.1606) du porche sud de Guimiliau, son ange aux goupillons et ses termes gainés.
. INTRODUCTION GÉNÉRALE : LES TERMES GAINÉS, INDICE DE LA SECONDE RENAISSANCE.
Les Termes, cariatides et atlantes peuvent peut-être caractériser la pénétration en Bretagne de l'art architectural classique (Seconde Renaissance), apparu en France à partir de 1540 sous l'influence des traités d'architecture de Vitruve , de Serlio, d'Androuet du Cerceau et de Philibert Delorme. Ce motif architectural peut servir de marqueur facile à repérer, et on le trouve dans la traduction de Vitruve par Giovanni Giocondo (Venise 1511), dans les modèles architecturaux de Serlio ou encore d'Androuet du Cerceau qui lui consacre en 1549 une série de 12 planches (36 types de termes).
Puis on trouve en 1559, mais en Côtes d'Armor, les 4 Termes du campanile de Kerfons à Ploubezre. Ils coiffent la chapelle sud ou chapelle Saint-Yves rebâtie en 1559 par Claude de La Touche et dans laquelle repose Marquise de Goulaine (1500-1531), épouse de Renaud de La Touche-Limousinière et surtout fille de Christophe II de Goulaine.
Cette introduction précoce de l'art classique trouve ses modèles dans la Porte Dorée de Fontainebleau datée de 1528 (pour la porte à encadrement de colonnes et agrafe à l'italienne en forme de S), dans les termes gainés du frontispice de Serlio (Venise 1537), dans les niches à la Philibert Delorme. Or, Marquise de Goulaine est la demi-sœur de Louise de Goulaine, toutes les deux étant les filles de Christophe II de Goulaine (1445-1530).
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On peut suivre la trace de l'influence de cette famille de Goulaine dans la pénétration de la Renaissance en Bretagne dans le château de Maillé à Plounevez-Lochrist, puisque deux cartouches issus des modèles d'Androuet du Cerceau y montrent les armes de Maurice Carman (ou Kermavan) et de Jeanne de Goulaine, mariés en 1541. Mais l'aile Renaissance de ce château construit sous l'influence de Philibert Delorme ne présente pas, à ma connaissance, de cariatides.
Il était important de souligner le rôle de cette famille de la noblesse, dont les attaches en Touraine et Val-de-Loire sont notables, dans l'importation en Bretagne de la Renaissance, puisque, dans le Finistère et en particulier dans le Léon, c'est l'atelier du château de Kerjean (vers 1571-1590) qui introduisit, dans l'architecture religieuse, les décors inspirés de Serlio, Delorme et Du Cerceau.
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Après la chapelle de Kerfons, ce motif se retrouve, dans une pénétration d'est en ouest, en Finistère à l'entrée du château de Kerjean (v.1570-1595), puis au fronton du porche de Lanhouarneau (1582), puis nous admirons les cariatides de la porte d'entrée du manoir de Trebodennic (1584) en Ploudaniel, les termes de l'ossuaire de Sizun (1585), les 14 cariatides et atlantes de l'intérieur du porche de Bodilis (1570-1601), le couple cariatide-atlante de l'intérieur du porche sud de Saint-Thégonnec (1599-1605), celui en kersantite surmontant le porche sud de Saint-Houardon à Landerneau (1604), avant de découvrir les six termes de l'ossuaire de Landivisiau (1610-1620), le couple de termes et la cariatide de l'ossuaire de La Martyre (1619), et enfin le couple de la porte de l'ossuaire (1676) de Saint-Thégonnec. Entourant, comme à La Martyre, une statue de saint Pol-de-Léon, ce dernier a tant de points communs avec ce site qu'il semble en être une copie, inférieure à l'original.
On les comparera aussi, pour la sculpture en bois aux 14 cariatides et atlantes du jubé de La Roche-Maurice, et à ceux du jubé de Saint-Nicolas en Priziac.
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Glossaire
— SUPPORT ANTHROPOMORPHE.
Parmi les décors figurés des supports verticaux (colonnes, piliers, pilastres, fût), ce vocable inscrit au thésaurus réunit les cariatides et les atlantes, canéphores ou non. Il reste à introduire le vocable de "support zoomorphe" lorsque les sujets sculptés sont animaux.
Dans l'antiquité, borne qui marquait la limite d'un terrain, d'un champ, qui matérialisait une frontière. Terminus est une divinité romaine qui est le gardien des bornes. Il fut d'abord représenté sous la figure d'une grosse pierre quadrangulaire ou d'une souche puis, plus tard, on lui donna une tête humaine placée sur une borne pyramidale (un terme) qui servait de limite aux particuliers ou à l'État. Il était toujours sans bras et sans pieds, afin qu'il ne pût changer de place.
Architecture. Statue représentant un buste d'homme ou de femme dont la partie inférieure se termine en gaine et qui sert d'ornement.
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— ATLANTE.
En architecture, figure d'homme soutenant un entablement.
—CARIATIDE
Une cariatide est une statue de femme drapée et debout, dont la tête sert de support à un entablement, une architrave ou une corniche.
Dans un ensemble architectural ou dans un meuble, elle s'emploie à la place d'une colonne ou d'un pilastre.
Parfois leurs bras ne sont figurés que par des tronçons : le bas du corps se termine souvent en gaine. Lorsque les cariatides portent sur la tête une corbeille formant un chapiteau, on les appelle canéphores.
Lorsque le personnage est représenté par un homme, la cariatide prend le nom d'Atlante ou de Télamon, sorte d'Hercule soutenant l'architrave sur ses épaules courbées.
Le nom, féminin, apparaît dans notre langue en 1546 (Caryatide) comme substantif ou comme adjectif qualifiant des colonnes dans l'Hypnerotomachie ou Discours du Songe de Poliphile de J. Martin, folio 14r (Caryatides canelees). Ces colonnes encadrent une porte dont l'architecture est minutieusement décrite.
1. Ma venue à la chapelle de Kerfons faisait suite à sa réouverture après son importante restauration. L'un de mes buts était, on l'a compris, d'étudier le décor sculpté Renaissance de la chapelle Saint-Yves construite sous le mécénat de la puissante famille Goulaine entre 1553 et 1559. ["première Renaissance bretonne" selon Lécuiller : on notera que cela correspond sur le plan chronologique à la Seconde Renaissance française, 1540-1564, sous l'influence de Serlio, et à l'apparition des cariatides et atlantes dans le décor architectural].
"Bâtie pour la puissante famille de Goulaine, la chapelle de Kerfons illustre dans la pierre un vocabulaire décoratif d’avant-garde : porte en plein cintre encadrée de colonnes surmontée d’un fronton triangulaire, modernité et simplicité du dessin des fenestrages, contreforts en forme de tourelle, niches à statues ou original campanile carré flanqué de quatre personnages."
"Les gouverneurs étaient responsables de l’entretien et de la réparation des chapelles. A Kerfons, la chapelle dédiée à Notre-Dame était gérée par un gouverneur unique au cours d'un mandat d'un an non renouvelable. Fiacre Le Bihan et Rolland de Trongoff, tous deux gouverneurs, ont organisé le chantier de construction de l'aile sud à partir de 1553 : "ils emploient des carriers, des tailleurs de pierre, des forgerons, des vitriers et des peintres. Ils mettent en place un important charroi et fournissent la nourriture des gens et des bêtes"." (Lécuiller)
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L'extérieur de cette chapelle, et notamment les quatre cariatides et atlantes de son campanile, fera l'objet de la première partie de cet article.
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2. Mais la visite de l'intérieur de la chapelle Saint-Yves révèle, non seulement un autel de style Renaissance à fronton triangulaire centré par un buste, mais aussi , dans la charpente, une série de 20 termes gainés, renforçant et ornant les nervures. Ce sont pour la moitié des supports zoomorphes à tête de lion et pour 4 d'entre eux, des supports anthropomorphes à type de cariatides.
Ces très belles sculptures en bois feront l'objet de ma deuxième partie.
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3. En clin d'œil, on remarquera les termes gainés en forme d'ange de l'autel du XVIIe siècle. D'où ma troisième partie.
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I. LES CARIATIDES ET ATLANTES DU CAMPANILE. LE DÉCOR RENAISSANCE.
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A. Préambule : Les Goulaine et la Renaissance.
1°) Louise de Goulaine (ca 1505-1567).
Si l'art de la Renaissance s'est introduit en Bretagne en 1507 avec le cénotaphe de Thomas James à Dol-de-Bretagne, puis en 1518-1535 à Guerche-de-Bretagne avec les stalles, suivi dans la même collégiale en 1536-1567 par les vitraux, sous l'influence de la famille d'Alençon, il faut ici donner toute son importance au chantier commandité à Champeaux (35) par Guy III d'Espinay et Louise de Goulaine.
En effet, Guy III d'Espinay épousa Le 17 septembre 1528 Louise de Goulaine, fille de Christophe II de Goulaine, gentilhomme ordinaire du roi Louis XII et de Renée Aménard. Le couple, qui éprouvait pour l'art nouveau de la Renaissance un véritable engouement (Christophe II de Goulaine a fait reconstruire l'aile de son château de Goulaine en Loire-Atlantique en style début Renaissance), s'attacha à embellir l'église de Champeaux de vitraux, d'un jubé, et vers 1530 de stalles, dont chaque dossier supérieur, chaque miséricorde étant sculptés avec goût et imagination . Louise commanda pour son mari un tombeau en 1553 dans le plus pur style Seconde Renaissance, et pour sa fille un monument de même style en 1554.
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Arbre Alain de Carné Geneanet
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Le même couple exerça son goût pour le style Renaissance à Louvigné-de-Bais (à 17 km au sud de Champeaux) entre 1536 et 1562.
2°) Marquise de Goulaine (vers 1500-1531) et sa fille Claude (ca 1525->1559.).
Marquise de Goulaine est la sœur aînée de Louise de Goulaine. Elle épousa en 1522 Renaud de la Touche-Louzinière, fils de François de la Touche et de Jeanne de Penhoët, dame héritière de Coëtfrec et Kerfons. Elle eut 2 filles Françoise et Claude ou Claudine
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Arbre Alain de Carné Geneanet
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Au XVe siècle, la chapelle de Kerfons appartenait à la famille de Penhoët.
"La branche des Penhoët-Coatfrec se fond en 1492 dans la famille de La Touche-Limousinière en Loire-Atlantique. Un des fils épouse en 1522 un membre d 'une des plus grandes familles bretonnes, Marquise de Goulaine qui meurt en 1531 et est enterrée dans la chapelle Saint-Yves de Kerfons, c'est-à-dire dans la chapelle sud du transept. En 1533, leur fille Françoise de La Touche est inhumée dans la même chapelle aux cotés de sa mère et leur deuxième fille Claude fera rebâtir en 1559 la chapelle funéraire de la famille. Ces travaux nécessitent la surélévation de la nef avec des modillons et l'aménagement d'une sacristie au bas de la nef.
Le rôle et la personnalité des fondateurs sont essentiels pour expliquer l'originalité de cette chapelle des Goulaine où repose Marquise, belle-sœur de Gui III d'Espinay, seigneur de Champeaux. On connaît depuis les travaux de René Couffon sur la collégiale de Champeaux le rôle primordial joué par les d'Espinay pour la diffusion des idées humanistes et des arts renaissants en Bretagne. Ils sont justement célèbres pour leur commande à l'architecte angevin Jean de l'Espine d'un tombeau érigé en 1553. Le goût pour la nouvelle expression artistique s'est ainsi répandu dans les parages de Coatfrec.
En effet la chapelle Saint-Yves n'a pas de parenté évidente avec d'autres monuments "Renaissance" de la région. Ici l'architecte a éliminé tout le décor si prisé à Notre-Dame de Guingamp ou à Notre-Dame de Bulat-Pestivien où s'épanouissent coquilles, rinceaux, arabesques, puni et candélabres, Kerfons est sans doute la première expression bretonne du classicisme naissant, affirmé par la pureté d'un style totalement épuré où seules apparaissent les grandes directrices architecturales. Le décor n'occupe en effet que les parties secondaires de l'ouvrage : un buste en costume Henry II, des angelots dans les écoinçons (réminiscences des bustes inscrits dans des médaillons), une niche d'inspiration florentine, des niches à coupoles sur les contreforts et un amortissement du pignon en forme de campanile orné de personnages à demi nus sur des termes imitant le tempietto italien.
Les références architecturales sont savantes et prestigieuses : Porte Dorée de Fontainebleau pour la porte à encadrement de colonnes et agrafe à l'italienne en forme d'S, gaines du frontispice de l'ouvrage de Serlio, niches à la Philibert de l'Orme, remplages comparables à ceux de Saint-Eustache de Paris de vingt ans son aînée. Cependant l'artiste n'a pas freiné sa fantaisie notamment dans les chapiteaux de la porte où l'inspiration corinthienne est totalement dépassée et recomposée. Seule note "locale" dans toutes ces références lointaines, les nervures rayonnantes de l'embrasure de la porte. Ces moulures qui n'ont aucune raison d'être architectonique, paraissent visualiser les sommiers de l'arc. Elles simulent un effet de perspective comme pour marquer une profondeur factice telle une voussure très profonde que l'on découvre sur les dessins d'arcs de triomphe des traités d'architecture de la deuxième moitié du 16e siècle. Cet artifice décoratif avait déjà été utilisé à Bulat-Pestivien dès 1522 et à Guingamp dès 1537. Plus au sud on les observe à Saint-Servais. En 1585, elles sont encore sculptées sur une porte de Saint-Jean-du-Baly à Lannion." (Le Louarn)
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B. La chapelle Saint-Yves (1553-1559).
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La date de 1559 sur un pilier de la chapelle Saint-Yves.
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Cliché Bernard Bègne Inventaire 2014.
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Le chronogramme est inscrit dans un cartouche à cuir découpé à enroulement, typique de la Seconde Renaissance bellifontaine.
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Contrefort du bras sud (chapelle Saint-Yves, 1559 ) de la chapelle de Kerfons en Ploubezre. Photographie lavieb-aile août 2022.
Le bras sud (chapelle Saint-Yves, 1559 ) de la chapelle de Kerfons en Ploubezre. Photographie lavieb-aile août 2012.
Le bras sud (chapelle Saint-Yves, 1559 ) de la chapelle de Kerfons en Ploubezre. Photographie lavieb-aile 2012.
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La porte et son fronton triangulaire centré par un personnage en buste.
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La porte elle-même, de plein-cintre, mais aux moulures baguées, est encadrée par deux colonnes soutenant un entablement et un fronton triangulaire, selon le modèle diffusé par le premier Livre de Serlio (1540) et repris par Androuet du Cerceau (1559-1561).
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La porte du bras sud (chapelle Saint-Yves, 1559 ) du transept de la chapelle de Kerfons en Ploubezre. Photographie lavieb-aile août 2022.
La porte du bras sud (chapelle Saint-Yves, 1559 ) du transept de la chapelle de Kerfons en Ploubezre. Photographie lavieb-aile août 2022.
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Le buste d'un seigneur en costume Henri II. On verra (en fin d'article) la correspondance avec l'autel-tombeau de l'intérieur de la chapelle, où c'est un homme âgé et nu qui est sculpté en buste sur un fronton analogue.
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La porte du bras sud (chapelle Saint-Yves, 1559 ) du transept de la chapelle de Kerfons en Ploubezre. Photographie lavieb-aile août 2022.
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Blason et collier de Saint-Michel de l'élévation est ; masque et inscription énigmatique.
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Pignon sud du bras sud (chapelle Saint-Yves, 1559 ) du transept de la chapelle de Kerfons en Ploubezre. Photographie lavieb-aile août 2022.
Pignon sud du bras sud (chapelle Saint-Yves, 1559 ) du transept de la chapelle de Kerfons en Ploubezre. Photographie lavieb-aile août 2022.
Pignon sud du bras sud (chapelle Saint-Yves, 1559 ) du transept de la chapelle de Kerfons en Ploubezre. Photographie lavieb-aile août 2022.
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Le campanile : ses deux atlantes et ses deux cariatides.
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Les termes soutiennent l'entablement entre deux colonnes corinthiennes. Les deux cariatides ont les bras croisés sous leur généreuse poitrine. Elles portent un turban. Les deux atlantes sont identiques, ont les bras croisés sur leur torse nu et portent la barbe pointue très fournie et bouclée, et une couronne. La base est tronquée, réalisée par un appareillage de pierres de granite.
On trouve des modèles de ces termes chez Agostino Veneziano (infra) dès 1536, ou chez Androuet du Cerceau.
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Agostino Veneziano,Maître de Die (graveur),deux hommes,série de Hermae,Budapest, Musée of Fine Arts, Inv 5215,figure à droite
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Le campanile du bras sud (chapelle Saint-Yves, 1559 ) du transept de la chapelle de Kerfons en Ploubezre. Photographie lavieb-aile août 2022.
Le campanile du bras sud (chapelle Saint-Yves, 1559 ) du transept de la chapelle de Kerfons en Ploubezre. Photographie lavieb-aile août 2022.
Le campanile du bras sud (chapelle Saint-Yves, 1559 ) du transept de la chapelle de Kerfons en Ploubezre. Photographie lavieb-aile août 2022.
Le campanile du bras sud (chapelle Saint-Yves, 1559 ) du transept de la chapelle de Kerfons en Ploubezre. Photographie lavieb-aile août 2022.
Le campanile du bras sud (chapelle Saint-Yves, 1559 ) du transept de la chapelle de Kerfons en Ploubezre. Photographie lavieb-aile août 2022.
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II. LES FIGURES ENGAINÉES DE LA CHARPENTE DE LA CHAPELLE SAINT-YVES. CARIATIDES, AMAZONES, ATLANTES ET LIONS.
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La charpente ancienne de la chapelle est remarquable par ses entraits à nœud central et engoulants, ses sablières, ses blochets sculptés, et ses nervures à "cerce" sculptés en termes gainés.
Note. On nomme Cerce ou cherche des "Courbe à plusieurs centres qui donne le profil de certaines parties cintrées d'une construction`` (Delorme, Archit., III, 4 ds Gdf.). Le terme est utilisé par Lécuiller en légende des figures correspondant à ces cariatides. Dans la littérature décrivant les charpentes anciennes, on trouve le terme "cerces moulurées" associé à celui de "liernes", ces nervures parallèles soutenant le lambris. Je n'ai trouvé aucun exemple de "cerces" à sculptures figuratives.
Un exemple de charpente. Celle de Kerfons est plus complexe, notamment pour la structure des liernes.
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Église de Mesnil-sous-Vienne. Charpente de la nef, XVIe s.
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Une vue générale de la charpente montre les deux poutres transversales ou entraits, les blochets des quatre angles, les dix arcs de nervures ("liernes" si on veut)... et les cariatides (au sens large). Sans compter les deux rangs d'abouts de poinçon.
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La charpente du bras sud (chapelle Saint-Yves, 1559 ) du transept de la chapelle de Kerfons en Ploubezre. Photographie lavieb-aile août 2022.
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Ici la partie nord en 2012, avant restauration.
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La charpente du bras sud (chapelle Saint-Yves, 1559 ) du transept de la chapelle de Kerfons en Ploubezre. Photographie lavieb-aile août 2012.
La charpente du bras sud (chapelle Saint-Yves, 1559 ) du transept de la chapelle de Kerfons en Ploubezre. Photographie lavieb-aile août 2022.
La charpente du bras sud (chapelle Saint-Yves, 1559 ) du transept de la chapelle de Kerfons en Ploubezre. Photographie lavieb-aile août 2022.
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Au milieu de la poutre surplombant les deux arcs permettant l'entrée depuis le chœur, une sculpture de Dieu le Père, en tiare et tenant l'orbe, préside à l'ensemble ornemental.
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La charpente du bras sud (chapelle Saint-Yves, 1559 ) du transept de la chapelle de Kerfons en Ploubezre. Photographie lavieb-aile août 2022.
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Une paire d'abouts de poinçon : le décor est géométrique et non figuratif.
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La charpente du bras sud (chapelle Saint-Yves, 1559 ) du transept de la chapelle de Kerfons en Ploubezre. Photographie lavieb-aile août 2022.
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IIA. LES DIX FIGURES DU CÔTÉ OUEST.
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A1. Support zoomorphe : un lion.
Débutons la description de ces fameuses figures engainées (on ne sait plus comment les nommer) en partant de l'angle nord-ouest. C'est un lion. Sa tête supporte, par l'intermédiaire d'une volute, la charpente. On constate des restes de polychromie, ici jaune ou blanche, ailleurs bleue ou rouge, qui laisse imaginer la splendeur initiale.
Seule la tête est animale, tout le reste du support forme une ample volute feuillagée.
On voit en dessous la tête de l'ange formant blochet.
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Les cerces de la charpente du bras sud (chapelle Saint-Yves, 1559 ) du transept de la chapelle de Kerfons en Ploubezre. Photographie lavieb-aile août 2022.
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A2. Support zoomorphe : un lion.
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On voit le talent du sculpteur pour varier son sujet, conservant une fidélité au modèle anatomique tout en l'intégrant aux formes géométriques d'une volute (en forme complexe de "perroquet" de traçage de courbes et contre-courbes) et d'un support à guirlande de fruits nouée d'un ruban et grille.
Le ruban sort d'un (faux) trou, comme dans les cartouches à cuir découpé alors en vogue.
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Les cerces de la charpente du bras sud (chapelle Saint-Yves, 1559 ) du transept de la chapelle de Kerfons en Ploubezre. Photographie lavieb-aile août 2022.
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A3. Support zoomorphe : une lionne.
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Ce motif est surprenant, puisque la tête de l'animal surplombe un sein, très généreux mais unique, qui coiffe le sommet de la courbe du support. Ce sein semble s'intégrer avec le buste de l'animal, et est clairement séparé de la partie sous-jacente, géométrique et feuillagée.
Comment l'interpréter ? Par volonté de symétrie avec les figures suivantes? Clin d'œil humoristique ?
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Les cerces de la charpente du bras sud (chapelle Saint-Yves, 1559 ) du transept de la chapelle de Kerfons en Ploubezre. Photographie lavieb-aile août 2022.
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A4. Support zoomorphe : un lion.
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Un lion royal, à la belle crinière qui se transforme en plumage puis en deux larges feuilles formant la volute du support.
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Les cerces de la charpente du bras sud (chapelle Saint-Yves, 1559 ) du transept de la chapelle de Kerfons en Ploubezre. Photographie lavieb-aile août 2022.
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A5. Support zoomorphe : un lion.
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Ce lion indiscutable est ailé. Il domine la feuille formant la volute.
Le principe que je relève dans l'ensemble de la sculpture Renaissance et dont les termes engainés sont un parfait exemple est celui de la confusion des "genres" ou "ordres", humain, animal, végétal et géométrique, comme pour introduire le spectateur dans un monde déstabilisé, renversé, non-naturel et, sans doute, enchanté. L'univers de l'artefact artistique.
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Les cerces de la charpente du bras sud (chapelle Saint-Yves, 1559 ) du transept de la chapelle de Kerfons en Ploubezre. Photographie lavieb-aile août 2022.
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A6. Support anthropomorphe : une cariatide.
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Je veux bien que cela soit une charmante cariatide, aux longs cheveux bouclés, à l'ovale parfait et à la petite bouche qui esquisse un baiser, mais elle n'a qu'un seul sein (ici buché). Je l'ai associé d'abord aux amazones, dont on dit qu'elle se coupaient le sein droit pour mieux tirer à l'arc.
https://journals.openedition.org/pallas/14209
En réalité, les deux seins sont réunis, comme on va le voir, dans le volume d'une seule poitrine et ne se distinguent que par la petite saillie mamelonnaire.
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Les cerces de la charpente du bras sud (chapelle Saint-Yves, 1559 ) du transept de la chapelle de Kerfons en Ploubezre. Photographie lavieb-aile août 2022.
Les cerces de la charpente du bras sud (chapelle Saint-Yves, 1559 ) du transept de la chapelle de Kerfons en Ploubezre. Photographie lavieb-aile août 2022.
Les cerces de la charpente du bras sud (chapelle Saint-Yves, 1559 ) du transept de la chapelle de Kerfons en Ploubezre. Photographie lavieb-aile août 2022.
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A7. Support anthropomorphe : une cariatide.
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La mono-mamelle peut-être bi-mamelonnée déborde ou dégorge d'une sangle qui délimite, comme les ceintures portées jadis très haut, le support feuillagé.
Les cheveux sont rassemblés par une perle.
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Les cerces de la charpente du bras sud (chapelle Saint-Yves, 1559 ) du transept de la chapelle de Kerfons en Ploubezre. Photographie lavieb-aile août 2022.
Les cerces de la charpente du bras sud (chapelle Saint-Yves, 1559 ) du transept de la chapelle de Kerfons en Ploubezre. Photographie lavieb-aile août 2022.
Les cerces de la charpente du bras sud (chapelle Saint-Yves, 1559 ) du transept de la chapelle de Kerfons en Ploubezre. Photographie lavieb-aile août 2022.
Les cerces de la charpente du bras sud (chapelle Saint-Yves, 1559 ) du transept de la chapelle de Kerfons en Ploubezre. Photographie lavieb-aile août 2022.
Les cerces de la charpente du bras sud (chapelle Saint-Yves, 1559 ) du transept de la chapelle de Kerfons en Ploubezre. Photographie lavieb-aile août 2022.
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Stop ou encore ? Au point où nous en sommes, je crois discerner un unanime "Encore !".
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A8. Support anthropomorphe : une cariatide.
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Amazone ou victime d'une malformation, arrangez-vous comme vous voudrez avec ces difficultés mammaires. Mais c'est une bien belle femme.
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Les cerces de la charpente du bras sud (chapelle Saint-Yves, 1559 ) du transept de la chapelle de Kerfons en Ploubezre. Photographie lavieb-aile août 2022.
Les cerces de la charpente du bras sud (chapelle Saint-Yves, 1559 ) du transept de la chapelle de Kerfons en Ploubezre. Photographie lavieb-aile août 2022.
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A9. Support anthropomorphe féminin (cariatide) très détérioré.
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Support feuillagé.
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Les cerces de la charpente du bras sud (chapelle Saint-Yves, 1559 ) du transept de la chapelle de Kerfons en Ploubezre. Photographie lavieb-aile août 2022.
Les cerces de la charpente du bras sud (chapelle Saint-Yves, 1559 ) du transept de la chapelle de Kerfons en Ploubezre. Photographie lavieb-aile août 2022.
Les cerces de la charpente du bras sud (chapelle Saint-Yves, 1559 ) du transept de la chapelle de Kerfons en Ploubezre. Photographie lavieb-aile août 2022.
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A10. Support anthropomorphe féminin très détérioré.
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L'ovale du visage, l'amorce d'une chevelure et le volume mammaire permettent de voir ici une cariatide.
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Les cerces de la charpente du bras sud (chapelle Saint-Yves, 1559 ) du transept de la chapelle de Kerfons en Ploubezre. Photographie lavieb-aile août 2022.
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IIB. LES DIX FIGURES DU CÔTÉ EST.
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B10. Support anthropomorphe féminin très détérioré.
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Les cerces de la charpente du bras sud (chapelle Saint-Yves, 1559 ) du transept de la chapelle de Kerfons en Ploubezre. Photographie lavieb-aile août 2022.
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B9. Support anthropomorphe : une cariatide.
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Le sculpteur semble avoir progressé dans sa connaissance de l'anatomie féminine, mais ce n'est pas encore tout à fait ça. Le volume mammaire est divisé en deux par une sangle verticale.
La chevelure soigneusement peignée est retenue par un médaillon frontal, d'où part un ruban qui se faufile sous des mèches, revient sur les côtés, passe derrière la nuque avant de se nouer : c'est une variante de "mon" "bandeau occipital".
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Les cerces de la charpente du bras sud (chapelle Saint-Yves, 1559 ) du transept de la chapelle de Kerfons en Ploubezre. Photographie lavieb-aile août 2022.
Les cerces de la charpente du bras sud (chapelle Saint-Yves, 1559 ) du transept de la chapelle de Kerfons en Ploubezre. Photographie lavieb-aile août 2022.
Les cerces de la charpente du bras sud (chapelle Saint-Yves, 1559 ) du transept de la chapelle de Kerfons en Ploubezre. Photographie lavieb-aile août 2022.
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B8. Support zoomorphe : un lion (ailé).
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Les cerces de la charpente du bras sud (chapelle Saint-Yves, 1559 ) du transept de la chapelle de Kerfons en Ploubezre. Photographie lavieb-aile août 2022.
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B7. Support zoo-anthropomorphe : tête d'homme moustachu dans la gueule d'un lion.
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Cet homme aux yeux bleus est encapuchonné par la tête de lion. Son buste se projette en avant, faisant saillir ses pectoraux (gynécomastiques) et le ventre.
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Les cerces de la charpente du bras sud (chapelle Saint-Yves, 1559 ) du transept de la chapelle de Kerfons en Ploubezre. Photographie lavieb-aile août 2022.
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B6. Support zoomorphe : un lion.
Les cerces de la charpente du bras sud (chapelle Saint-Yves, 1559 ) du transept de la chapelle de Kerfons en Ploubezre. Photographie lavieb-aile août 2022.
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B5. Support zoomorphe : un lion.
tête de lion sur un buste féminin à robe de feuillages ?
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Les cerces de la charpente du bras sud (chapelle Saint-Yves, 1559 ) du transept de la chapelle de Kerfons en Ploubezre. Photographie lavieb-aile août 2022.
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B5. Support anthropo-zoomorphe : la tête d'un homme barbu dans la gueule d'un lion.
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je m'y perds un peu. Est-ce un homme coiffé d'une tête de lion ? D'un homme croqué par un lion, mais où est la mandibule? Peut-être derrière?
Est-ce une lionne, à la poitrine humaine ? Ou bien ce relief bi-mamelonné est à attribuer à la lèvre inférieure de l'animal ?
Le but de l'artiste est clair : nous faire perdre la tête, et nos repères.
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Les cerces de la charpente du bras sud (chapelle Saint-Yves, 1559 ) du transept de la chapelle de Kerfons en Ploubezre. Photographie lavieb-aile août 2022.
Les cerces de la charpente du bras sud (chapelle Saint-Yves, 1559 ) du transept de la chapelle de Kerfons en Ploubezre. Photographie lavieb-aile août 2022.
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B4. Support zoomorphe : un lion .
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Les cerces de la charpente du bras sud (chapelle Saint-Yves, 1559 ) du transept de la chapelle de Kerfons en Ploubezre. Photographie lavieb-aile août 2022.
Les cerces de la charpente du bras sud (chapelle Saint-Yves, 1559 ) du transept de la chapelle de Kerfons en Ploubezre. Photographie lavieb-aile août 2022.
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B3. Support zoomorphe : un lion à barbiche pointue.
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Les cerces de la charpente du bras sud (chapelle Saint-Yves, 1559 ) du transept de la chapelle de Kerfons en Ploubezre. Photographie lavieb-aile août 2022.
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B2. Support zoomorphe : un lion à barbiche ronde.
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Sur le support, isolé de la tête animale par un "collier", une poitrine féminine, puis, à nouveau séparé par une sangle-ceinture, une feuille.
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Les cerces de la charpente du bras sud (chapelle Saint-Yves, 1559 ) du transept de la chapelle de Kerfons en Ploubezre. Photographie lavieb-aile août 2022.
Les cerces de la charpente du bras sud (chapelle Saint-Yves, 1559 ) du transept de la chapelle de Kerfons en Ploubezre. Photographie lavieb-aile août 2022.
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B1. Support anthropomorphe : une cariatide canéphore.
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Les cerces de la charpente du bras sud (chapelle Saint-Yves, 1559 ) du transept de la chapelle de Kerfons en Ploubezre. Photographie lavieb-aile août 2022.
Les cerces de la charpente du bras sud (chapelle Saint-Yves, 1559 ) du transept de la chapelle de Kerfons en Ploubezre. Photographie lavieb-aile août 2022.
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III. LES QUATRE BLOCHETS.
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Blochet n°1. Angle sud-est.
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Cliché Bernard Bègne 2014 pour l'Inventaire.
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Blochets de la charpente du bras sud (chapelle Saint-Yves, 1559 ) du transept de la chapelle de Kerfons en Ploubezre. Photographie lavieb-aile août 2022.
Blochets de la charpente du bras sud (chapelle Saint-Yves, 1559 ) du transept de la chapelle de Kerfons en Ploubezre. Photographie lavieb-aile août 2022.
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Blochet n°2. Angle sud-ouest.
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Blochets de la charpente du bras sud (chapelle Saint-Yves, 1559 ) du transept de la chapelle de Kerfons en Ploubezre. Photographie lavieb-aile août 2022.
Blochets de la charpente du bras sud (chapelle Saint-Yves, 1559 ) du transept de la chapelle de Kerfons en Ploubezre. Photographie lavieb-aile août 2022.
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Blochet n°3. Angle nord-ouest.
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Cliché Bernard Bègne pour Inventaire général.
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Blochet n°4. Angle nord-est.
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Cliché Bernard Bègne 2014 pour Inventaire général.
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Blochets de la charpente du bras sud (chapelle Saint-Yves, 1559 ) du transept de la chapelle de Kerfons en Ploubezre. Photographie lavieb-aile août 2022.
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Blochets de la chapelle latérale nord de la chapelle de Kerfons.
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Ils se caractérisent par des ailes multicolores.
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Blochet n°1.
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Blochets de la charpente du bras nord du transept de la chapelle de Kerfons en Ploubezre. Photographie lavieb-aile août 2022.
Blochets de la charpente du bras nord du transept de la chapelle de Kerfons en Ploubezre. Photographie lavieb-aile août 2022.
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Blochet n°2.
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Blochets de la charpente du bras nord du transept de la chapelle de Kerfons en Ploubezre. Photographie lavieb-aile août 2022.
Blochets de la charpente du bras nord du transept de la chapelle de Kerfons en Ploubezre. Photographie lavieb-aile août 2022.
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Blochet n°3.
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Blochets de la charpente du bras nord du transept de la chapelle de Kerfons en Ploubezre. Photographie lavieb-aile août 2022.
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Blochet n°4.
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Blochets de la charpente du bras nord du transept de la chapelle de Kerfons en Ploubezre. Photographie lavieb-aile août 2022.
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IV. QUELQUES SABLIÉRES.
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Sablières de la chapelle de Kerfons en Ploubezre. Photographie lavieb-aile août 2022.
Sablières de la chapelle de Kerfons en Ploubezre. Photographie lavieb-aile août 2022.
Sablières de la chapelle de Kerfons en Ploubezre. Photographie lavieb-aile août 2022.
Sablières de la chapelle de Kerfons en Ploubezre. Photographie lavieb-aile août 2022.
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V. LES NOEUDS DES ENTRAITS DE LA CHAPELLE SAINT-YVES. DEUX ANGES PRÉSENTANT UN BLASON ? UN CARTOUCHE ?
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Nœud d'un entrait de la chapelle Saint-Yves (1559) de la chapelle de Kerfons en Ploubezre. Photographie lavieb-aile août 2022.
Nœud d'un entrait de la chapelle Saint-Yves (1559) de la chapelle de Kerfons en Ploubezre. Photographie lavieb-aile août 2022.
Nœud d'un entrait de la chapelle Saint-Yves (1559) de la chapelle de Kerfons en Ploubezre. Photographie lavieb-aile août 2022.
Nœud d'un entrait de la chapelle Saint-Yves (1559) de la chapelle de Kerfons en Ploubezre. Photographie lavieb-aile août 2022.
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V. LES ANGES-CARIATIDES DE L'AUTEL DU XVIIe SIÈCLE.
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Autel (XVIIe) de la chapelle de Kerfons en Ploubezre. Photographie lavieb-aile août 2022.
Autel (XVIIe) de la chapelle de Kerfons en Ploubezre. Photographie lavieb-aile août 2022.
Autel (XVIIe) de la chapelle de Kerfons en Ploubezre. Photographie lavieb-aile août 2022.
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À L'INTÉRIEUR DE LA CHAPELLE SAINT-YVES (1559), L'AUTEL RENAISSANCE AU FRONTON TRIANGULAIRE.
Nous y trouvons de nombreux éléments du nouveau vocabulaire Renaissance : les colonnes à chapiteaux corinthiens, la niche à coquille et à masques, et le buste d'homme décharné et âgé sculpté au milieu du fronton.
Cet autel est-il un monument funéraire des Goulaine, avec son tombeau à godrons ?
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Autel-tombeau (?) de la chapelle Saint-Yves (1559) de la chapelle de Kerfons en Ploubezre. Photographie lavieb-aile août 2022.
Autel-tombeau (?) de la chapelle Saint-Yves (1559) de la chapelle de Kerfons en Ploubezre. Photographie lavieb-aile août 2022.
Autel-tombeau (?) de la chapelle Saint-Yves (1559) de la chapelle de Kerfons en Ploubezre. Photographie lavieb-aile août 2022.
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SOURCES ET LIENS.
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—COUFFON, René, 1939, « Répertoire des églises et chapelles de Saint-Brieuc et Tréguier. Second fascicule », Société d’émulation des Côtes-du-Nord. Bulletins et mémoires, 71, 1939, p. 141.
— COUFFON (René), 1948, l'architecture classique au pays de Léon, l'atelier de l'Elorn, l'atelier de Kerjean, Mémoires de la Société d'Histoire et d’Archéologie de Bretagne. 1948, 28.
— JOUBERT (Solen), 2003, Audace et renommée : un réseau de la noblesse bretonne, vecteur d'échanges culturels et artistiques pendant la Renaissance. SHAB pages 205-
— LE LOUARN, Geneviève. 1983 "La chapelle Notre-Dame de Kerfons". Rennes, Mémoires de la Société d'Histoire et d'Archéologie de Bretagne, t. 60, 1983, p. 301-305.
—ANDROUET DU CERCEAU (Jacques), 1559 Livre d’architectvre de Jaques Androvet du Cerceau, contenant les plans et dessaings de cinquante bastimens tous differens : pour instruire ceux qui desirent bastir, soient de petit, moyen, ou grand estat. Auec declaration des membres & commoditez, & nombre des toises, que contient chacun bastiment, dont l’eleuation des faces est figurée sur chacun plan..., Paris, s.n., 1559.
—ANDROUET DU CERCEAU (Jacques), Second Livre d’architecture, par Iaqves Androvet Du Cerceau. Contenant plusieurs et diverses ordonnances de cheminées, lucarnes, portes, fonteines, puis et pavillons, pour enrichir tant le dedans que le dehors de tous edifices. Avec les desseins de dix sepultures toutes differentes, Paris, André Wechel, 1561.
—ANDROUET DU CERCEAU (Jacques), 1582, Livre d’architecture de Jaques Androuet Du Cerceau, auquel sont contenues diverses ordonnances de plants et élévations de bastiments pour seigneurs, gentilshommes et autres qui voudront bastir aux champs ; mesmes en aucuns d’iceux sont desseignez les bassez courts... aussi les jardinages et vergiers..., Paris, pour Iaques Androuet du Cerceau, 1582. de l’Orme (Philibert), Le Premier tome de l’architecture, Paris, Frédéric Morel, 1567.
— DELORME (Philibert), 1567 Le premier tome de l'architecture de Philibert de L'Orme conseillier et aumosnier ordinaire du Roy, & abbé de S. Serge lez Angiers , Paris, Federic Morel
— DE GRANDE (Angelo), 2014, "De Fontainebleau vers la Lorraine: l’ordre anthropomorphe de la maison «des Sept Péchés capitaux» à Pont-à-Mousson" in Gravures d'architecture et d'ornement au début de l'époque moderne : processus de migration en Europe (sous la direction de S, Frommel et E. Leuschner), pp.205-218, 2014.
— FROMMEL (Sabine), 2018 Supports anthropomorphes peints de la Renaissance italienne, in Frommel, Sabine – Leuschner, Eckhard – Droguet, Vincent – Kirchner, Thomas (dir.) Construire avec le corps humain/ Bauen mit dem menschlichen Korper. Les ordres anthropomorphes et leurs avatars dans l'art europèen de l'antiquité à la fin du XVIe siècle/ Antropomorphe Stùtzen von der Antike bis zur Gegenwart, Campisano Editore 2 volumes pp 618, 40 ill.
"Rares sont les motifs architecturaux qui témoignent d'une persistance telle que les ordres anthropomorphes, depuis l'Antiquité jusqu'à la période actuelle, en passant par le Moyen Âge. Leur évolution s'articule par de subtiles interactions entre les domaines sculptural, architectural et pictural, alors qu'une fortune théorique durable a été instaurée par la description détaillée par Vitruve des "Perses" et des "Caryatides" dans son traité De architectura libri decem. Contrairement aux ordres architecturaux canoniques, ce " sixième ordre " invite à des interprétations et des variations plus souples et plus personnelles. Il put ainsi assimiler des traditions locales très diverses lors de son parcours triomphal dans toute l'Europe. Si la signification originelle de soumission et de châtiment de ces supports reste valable, les valeurs narratives ne cessèrent de s'enrichir et de s'amplifier, en faisant de ce motif un protagoniste abondamment présent dans de multiples genres artistiques, des meubles aux monuments les plus prestigieux, et qui révèle les mutations typologiques et stylistiques au fil du temps. Les contributions réunies dans ces deux volumes fournissent un large panorama européen de ces occurrences, offrant un large éventail de synergies et d'affinités révélatrices."
—SAMBIN ( Hugues), 1572 Oeuvre de la diversité des termes dont on use en architecture reduict en ordre : par Maistre Hugues Sambin, demeurant à Dijon, publié à Lyon par Jean Marcorelle ou par Jean Durant. Bibliothèque municipale de Lyon, Rés 126685.
—SERLIO (Sebastiano ), 1551 Liure extraordinaire de architecture, de Sebastien Serlio, architecte du roy treschrestien. Auquel sont demonstrees trente Portes Rustiques meslees de diuers ordres. Et vingt autres d’oeuvre delicate en diverses especes, Lyon, Jean de Tournes, 1551.
Le premier livre d’architecture et Le second livre de perspective de Sebastiano Serlio furent publiés par Jean Martin pour la première fois à Paris en 1545; le troisième livre, fut publié à Anvers, en 1550 chez Pieter Coecke qui en 1542 avait publié une version pirate du Quatrième livre. Le quinto libro d’architettura traduit en françois par Jean Martin fut édité à Paris en 1547 par Michel de Vascosan ; le Livre extraordinaire le fut àLyon par Jean de Tournes en 1551.
—SERLIO (Sebastiano ), 1540 Il terzo libro ... Venise F. Marcolini
La Regola delli cinque ordini d’architettura de Vignole sans cesse ré-éditée depuis 1562, fut publiée en édition quadrilingue in-folio (italien, néerlandais, français et allemand) en 1617 par Willem Jansz Blaeu à Amsterdam et, ensuite, en français en très nombreuses éditions parisiennes : Regles des cinq ordres d’architecture de Vignolle / Reveuee (sic) augmentees et reduites de grand en petit par le Muet , Paris, chez Melchior Tavernier, 1631-1632 ; chez Pierre Mariette en1644-55 ; 1702 ; chez Nicolas Langlois, s.d. ; Seconde édition, 1657,1658, 1684 ;Reigle de cinq ordres d’architecture éd.par Pierre Firens,s.d. [1620-1630] ; chez Pierre Mariette, 1662, 1665 ; chez Nicolas Bonnart, 1665 ; éd. Jean Le Pautre, chez Gérard Jollain, 1671, 1691,1694.
— VITRUVE, 1511, De architectura M. Vitruvius per Jocundum solito castigatior factus cum figuris et tabula, traduit par Fra Giovanni Giocondo en 1511 à Venise chez G. da Tridentino avec 136 gravures sur bois
Dans le chœur de l'église de Lézardrieux, de chaque coté (gauche et droit, soit nord et sud), des sablières sont ornées de scènes figurées.
Au nord, se voient trois cavaliers, parmi lesquelles se reconnaissent un seigneur et sa dame : ils partent à la chasse, puisqu'ils sont accompagnés d'un maître d'équipage (le valet qui mène la chasse ), à pied, casqué et tenant sa pique, et un autre valet armé d'un gourdin. Le troisième cavalier est casqué et porte une lance, ou une pique, c'est peut-être le piqueur, responsable de la meute. Un dernier personnage, en partie caché par l'avancée d'un retable posé ultérieurement, tient un cheval de rechange par la bride.
L'action de chasse proprement dite est décrite du côté sud : un veneur ou valet de chien , casqué et portant une dague à la ceinture, sonne dans sa trompe. Il retient, en réserve, un mâtin par une corde. Il a lancé la meute à la poursuite d'un cerf. Trois chiens de chasse sont sur le point de l'atteindre (c'est "l'hallali courant"), devant un chien bien plus petit. Tous les cinq portent un collier.
Les costumes sont ceux de la Renaissance, ce qui incite à dater ces pièces de la date de 1580 indiquée par inscription lapidaire du côté nord de la nef, près de la croisée du transept, comme étant celle de la réédification de l'église.
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Ces deux pièces de sablières de Lézardrieux ont été recensées et partiellement décrites dans la publication post-thèse de Sophie Duhem sur les sablières de Bretagne. Elle en signale l'intérêt, car il s'agirait de la seule illustration complète d'une scène de vènerie, associant la présentation de l'équipage et celle de la meute en action.
"La scène de chasse est l'une des distractions aristocratiques les plus illustrées dans l'art du Moyen-Âge. Sa représentation est fréquente, notamment dans les manuscrits des XIVe et XVe siècles : du reste, elles apparaissent dans deux ouvrages bretons du XVe, siècle, les Heures de Montauban et les Heures de Marguerite d'Orléans.
La représentation fidèle de la traditionnelle chasse à courre, composée d'un groupe de chasseurs à cheval, cernés d'une meute de chiens lancés à la poursuite d'un cerf ou d'un sanglier, ne concerne qu'un nombre restreint de sablières. À notre connaissance, seules les poutres de Lézardrieux présentent un groupe de cavaliers en chasse. Ce cas mis à part, les scènes de chasse sont habituellement constituées de figures d'hommes sonnant du cor, suivis des chiens et de l'animal pourchassé. Dans les chapelles de Kerlénat, à Locmalo, et Saint-Pierre-de-l'Isle à Callac, les chasseurs sont allongés, de manière à s'adapter au format étroit des sablières. D'ordinaire, les animaux représentés sont des cerfs, excepté dans l'église de Malestroit et dans la chapelle Saint-Sébastien du Faouët où apparaissent deux sangliers.
Les sculpteurs des charpentes manifestent de l'intérêt pour les scènes de chasse dès la fin du XVe siècle : les sablières anciennes de Callac, Locmalo, Grâces-Guingamp, Malestroit, Quimperlé, Guern, Saint-Nicolas-du-Pélem le confirment. Mais à la différence de certaines figures bas-médiévales qui tendent à disparaître aux siècles suivants, le sujet est toujours populaire aux XVIe et XVIIe siècle : les poutres de la chapelle Saint-Sébastien du Faouët, datées de 1608, et de la chapelle de Crénénan à Ploërdut, de 1652, attestent de la permanence du thème médiéval. Au total, 81 pièces de bois ornées de cette scène sont dénombrées ; elles représentent 1,6 % de la production et sont localisées au centre de la Bretagne." (Sophie Duhem)
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Les sablières (scène de chasse à courre, bois peint, anonyme, v.1580) de l'église de Lézardrieux. Photographie lavieb-aile août 2022.
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En premier vient le seigneur. Son cheval caracole, il a la crinière tressée, et la queue redressée par un accessoire. Le seigneur est en habit Renaissance et il est coiffé d'un bonnet. Il désigne, vers l'avant, l'action de chasse.
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Les sablières (scène de chasse à courre, bois peint, anonyme, v.1580) de l'église de Lézardrieux. Photographie lavieb-aile août 2022.
Les sablières (scène de chasse à courre, bois peint, anonyme, v.1580) de l'église de Lézardrieux. Photographie lavieb-aile août 2022.
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Puis vient le valet, casqué, armé d'une pique. Il porte des hauts de chausse plissées, des bas (plutôt que des guêtres), des chaussures à bouts ronds. Le justaucorps et ses manches plissées complètent ce costume.
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Les sablières (scène de chasse à courre, bois peint, anonyme, v.1580) de l'église de Lézardrieux. Photographie lavieb-aile août 2022.
Les sablières (scène de chasse à courre, bois peint, anonyme, v.1580) de l'église de Lézardrieux. Photographie lavieb-aile août 2022.
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La dame de Lézardrieux monte une mule (les oreilles sont longues), en amazone. Elle porte une cape plissée, à épais revers, une robe serrée à la taille par une ceinture, une chemise à encolure plissée en collerette, et une coiffe proche du bonnet d'Anne de Bretagne ou de la jeune Jeanne III d'Albret (1555-1572), ou de Marie Stuart, à 13 ans en 1555.
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Les sablières (scène de chasse à courre, bois peint, anonyme, v.1580) de l'église de Lézardrieux. Photographie lavieb-aile août 2022.
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« Toutes les pièces sculptées où apparaissent des robes renaissantes sont postérieures à la seconde moitié du XVIe siècle. À Plourac'h, Lézardrieux, Le Faouët (Ch. St Sébastien), les robes sont cintrées à la taille et présentent des décolletés échancrés portés sur des chemises plissées. Les encolures sont surmontées de petites fraise ou de cols pointus qui apparaissent sur ces exemples. Les épaulettes sont rembourrées et les manches bouffantes, retenues par des rubans, présentent des crevés qui devaient théoriquement laisser apparents les tissus colorés placés dessous.
La femme montée en amazone dans la chasse à courre qui est sculptées à Lézardrieux porte une cape qui indique significativement la noblesse de son rang. » (Sophie Duhem)
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Les sablières (scène de chasse à courre, bois peint, anonyme, v.1580) de l'église de Lézardrieux. Photographie lavieb-aile août 2022.
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Le veneur armé d'un gourdin est vêtu comme le piqueur de tête, mais étant montré de profil, nous voyons mieux sa coiffure.
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Les sablières (scène de chasse à courre, bois peint, anonyme, v.1580) de l'église de Lézardrieux. Photographie lavieb-aile août 2022.
Les sablières (scène de chasse à courre, bois peint, anonyme, v.1580) de l'église de Lézardrieux. Photographie lavieb-aile août 2022.
Les sablières (scène de chasse à courre, bois peint, anonyme, v.1580) de l'église de Lézardrieux. Photographie lavieb-aile août 2022.
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Qui est ce cavalier ? Le maître d'équipage, ou le fils du seigneur ? Son bonnet à crevé, très mode, me fait pencher vers cette hypothèse. Il tient un bâton (pique à l'extrémité brisée) sous l'aisselle gauche.
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Les sablières (scène de chasse à courre, bois peint, anonyme, v.1580) de l'église de Lézardrieux. Photographie lavieb-aile août 2022.
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Un valet, casqué, tient un cheval par la bride. Ma distinction entre chevaux et mules, basée sur la longueur des oreilles n'est pas très solide, mais les dames ne montaient-elles pas traditionnellement des mulets ?
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Les sablières (scène de chasse à courre, bois peint, anonyme, v.1580) de l'église de Lézardrieux. Photographie lavieb-aile août 2022.
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La pièce de sablière du côté sud. L'action de chasse au cerf.
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Les sablières (scène de chasse à courre, bois peint, anonyme, v.1580) de l'église de Lézardrieux. Photographie lavieb-aile août 2022.
Les sablières (scène de chasse à courre, bois peint, anonyme, v.1580) de l'église de Lézardrieux. Photographie lavieb-aile août 2022.
Les sablières (scène de chasse à courre, bois peint, anonyme, v.1580) de l'église de Lézardrieux. Photographie lavieb-aile août 2022.
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Le veneur souffle dans sa trompe et lance les chiens.
Il tient en laisse un mâtin, qui diffère des chiens courants qui vont suivre par des oreilles larges et longues, par un pelage fourni, et par une queue qui n'est pas redressée en fouet.
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Les sablières (scène de chasse à courre, bois peint, anonyme, v.1580) de l'église de Lézardrieux. Photographie lavieb-aile août 2022.
Les sablières (scène de chasse à courre, bois peint, anonyme, v.1580) de l'église de Lézardrieux. Photographie lavieb-aile août 2022.
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Les chiens courants sont à poils courts.
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Les sablières (scène de chasse à courre, bois peint, anonyme, v.1580) de l'église de Lézardrieux. Photographie lavieb-aile août 2022.
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Le cerf.
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Les sablières (scène de chasse à courre, bois peint, anonyme, v.1580) de l'église de Lézardrieux. Photographie lavieb-aile août 2022.
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DATATION. Vers 1580?
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L'inscription lapidaire indique, autour d'un blason martelé :
CESTE : EGLISE : FVST
:REEDEFFIEE :
: EN : LAN : 1580 :
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La charpente, et ses sablières, sont contemporaines de cette construction.
On trouve aussi aux coins du carré et sur les bras du transept, des blochets représentant des anges portant les instruments de la Passion. Ils ont été peints de couleur chocolat. Ils sont contemporains des sablières. Voir :
Le lambris de recouvrement de la croisée du transept, avec sa voûte d'ogive plate à huit quartiers brisés inclinés et sa clé de voûte à décor de modillons et quatre bouts fleuronnés de poinçons pendants, est daté du dernier quart du XVIe siècle, et donc de la même époque : tout cela est cohérent.
— COUFFON (René), 1940 Répertoire des Eglises et Chapelles du Diocèse de Saint-Brieuc et Tréguier Bulletins et mémoires / Société d'émulation des Côtes-du-Nord
— DUHEM (Sophie), 1997, Les sablières sculptées en Bretagne: images, ouvriers du bois et culture paroissiale au temps de la prospérité bretonne, XVe-XVIIe s. ... préface d'Alain Croix. , Rennes :Presses universitaires de Rennes, 1997 : thèse de doctorat en histoire sous la direction d'Alain Croix soutenue à Rennes2 en 1997pages 18, 173 figures 94 et 95 et 235.
L'enfeu le mieux conservé du bas-côté nord de l'église de La Martyre, ancienne trève de Ploudiry, a été parfaitement décrit, et les armoiries de ses trois écus ont été attribués à la famille de Botlavan en alliance avec Kergrist :
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"On voit dans l’église trois enfeus, l’un contre le mur du Midi, les deux autres contre le mur du Nord. Leurs arcades ont la même forme : elles sont en anse de panier. Le premier de ces tombeaux arqués est dépourvu d’ornementation ; les autres sont bien dotés de détails architectoniques de l’époque (XVIème siècle) et leur arc surbaissé est surmonté d’un arc en accolade. Les blasons qui indiquaient leurs propriétaires ont été martelés, excepté ceux qui encadrent l’enfeu situé au haut du collatéral Nord. L’écusson placé au sommet de cet enfeu porte les armes de Botlavan : d’argent à l’aigle de sable, accompagné en bande de trois coeurs d’azur. Sur ces écussons latéraux sont les armes mi-parti de Botlavan, et d’or à quatre tourteaux de sable, 3 et 1, au croissant de même en abyme, qui est de Kergrist." (Abbé Kerouanton, BDHA 1931)
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Les blasons ont été relevés par Fons de Kort :
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Relevé des armoiries par Fons de Kort.
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Son décor Renaissance incite à l'attribuer à un atelier actif dans la vallée de L'Elorn, établi à Landerneau et très habile à sculpter la pierre de kersanton. René Couffon le nomme atelier de Kerjean, mais l'atelier de Bastien et Henry Prigent (actif de 1527 à 1577) a produit de nombreuses œuvres (porches, bénitiers, calvaires) introduisant les rubans en volutes accolés par un lien torsadé que nous retrouvons ici sous l'influence de l'art de la Seconde Renaissance. Notamment à Pencran en 1553. Les Prigent ont réalisé pour Ploudiry une statue de saint Sébastien en kersanton.
Je l'attribue donc aux Prigent, mais je laisse le point d'interrogation de mon titre puisque cet enfeu ne figure pas dans le catalogue raisonné de cet atelier dressé par Emmanuelle Le Seac'h.
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"La décoration des enfeux de la longère nord de La Martyre est extrêmement curieuse. L'enfeu, surmonté d'un galon plat orné de crossettes déjà évolué, est orné d'autre part aux extrémités de l'accolade de deux angelots gothiques tenant des écus mi-parti au 1 de Botlavan et au 2 de Kergrist, et au sommet d'un écu portant de Botlavan plein.
Un autre enfeu, décoré d'une accolade encore toute gothique, a ses pinacles terminées par des boules godronnées et ses crochets terminés par deux spirales." (René Couffon 1948)
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C'est dire que cet enfeu remarquable peut être étudié sous deux biais : celui de l'héraldique, et celui de l'histoire de l'art ornemental Renaissance en Finistère.
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1. Héraldique.
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Le lieu-dit Botlavan (du breton Bod, "résidence, demeure" et Avan, ancien patronyme) se situe à 1 km au sud-est de Ploudiry et à la même distance à l'est de La Martyre. Il conserve aujourd'hui un kanndi, petit bâtiment servant à blanchir le lin, qui témoigne de l'importance de la production et du commerce de la toile. Et une croix en kersanton du XIXe siècle.
En 1534, François de Botlavan, présent parmi les nobles de Ploudiry à la montre de Saint-Pol-de-Léon, "archer en brigandine".
En 1645, la propriété appartenait à Jean de Tanouarn, écuyer et de son épouse Catherine Gac.
Sur la carte de Cassini de la fin du XVIIe siècle, Botlavan est un hameau de 8 maisons.
L'interrogation de la base Geneanet ne retrouve qu'une Sybille de Botlavan, dame de Kerouez en Plouzévédé, épouse de Jean Ier Le Boutouiller (1515-1558).
Je ne retrouve aucune trace de l'alliance Botlavan/Kergrist. Le château de Kergrist est situé sur la commune de Ploubezre, dans le département des Côtes-d'Armor. Pol Potier de Courcy signale sept générations sept générations, aux réformations et montres de 1426 à 1543. Au milieu du XVIe siècle, les généalogistes signalent François de Kergrist et son fils Alain.
L'enfeu armorié (Prigent ?, seconde moitié du XVIe siècle) des Botlavan en alliance avec Kergrist du bas-côté nord de l'église de La Martyre. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
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L'ANGE ET LE BLASON DU COTÉ GAUCHE.
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L'enfeu armorié (Prigent ?, seconde moitié du XVIe siècle) des Botlavan en alliance avec Kergrist du bas-côté nord de l'église de La Martyre. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
L'enfeu armorié (Prigent ?, seconde moitié du XVIe siècle) des Botlavan en alliance avec Kergrist du bas-côté nord de l'église de La Martyre. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
L'enfeu armorié (Prigent ?, seconde moitié du XVIe siècle) des Botlavan en alliance avec Kergrist du bas-côté nord de l'église de La Martyre. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
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L'ange présente les armes mi-parti en 1 d’argent à l’aigle de sable, accompagné en bande de trois coeurs d’azur qui est de Botlavan et en 2 d’or à quatre tourteaux de sable, 3 et 1, au croissant de même en abyme, qui est de Kergrist.
L'enfeu armorié (Prigent ?, seconde moitié du XVIe siècle) des Botlavan en alliance avec Kergrist du bas-côté nord de l'église de La Martyre. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
Décalque de l'image, colorié selon les émaux des armes des Botlagan et de Kergrist.
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L'ANGE ET LE BLASON DU COTÉ DROIT.
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Le blason est le même.
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L'enfeu armorié (Prigent ?, seconde moitié du XVIe siècle) des Botlavan en alliance avec Kergrist du bas-côté nord de l'église de La Martyre. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
L'enfeu armorié (Prigent ?, seconde moitié du XVIe siècle) des Botlavan en alliance avec Kergrist du bas-côté nord de l'église de La Martyre. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
L'enfeu armorié (Prigent ?, seconde moitié du XVIe siècle) des Botlavan en alliance avec Kergrist du bas-côté nord de l'église de La Martyre. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
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LE BLASON CENTRAL.
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Il porte les armes de Botlavan d’argent à l’aigle de sable, accompagné en bande de trois coeurs d’azur.
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L'enfeu armorié (Prigent ?, seconde moitié du XVIe siècle) des Botlavan en alliance avec Kergrist du bas-côté nord de l'église de La Martyre. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
L'enfeu armorié (Prigent ?, seconde moitié du XVIe siècle) des Botlavan en alliance avec Kergrist du bas-côté nord de l'église de La Martyre. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
Décalque de l'image, colorié selon les émaux des armes des Botlagan.
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2. LE DÉCOR RENAISSANCE.
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Il associe des masques de profil, casqués et feuillagés, des rubans formant accolade et dont les volutes sont liées par une torsade, un masque de face aux oreilles de faune au centre de rinceaux, diverses fleurs en rosace parfois géométriques, des crochets en feuilles se déroulant progressivement d'un bourgeon en boule, et des feuilles lancéolées.
Les anges sont remarquables par leur visage harmonieux et leur tunique au col roulé.
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L'enfeu armorié (Prigent ?, seconde moitié du XVIe siècle) des Botlavan en alliance avec Kergrist du bas-côté nord de l'église de La Martyre. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
L'enfeu armorié (Prigent ?, seconde moitié du XVIe siècle) des Botlavan en alliance avec Kergrist du bas-côté nord de l'église de La Martyre. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
L'enfeu armorié (Prigent ?, seconde moitié du XVIe siècle) des Botlavan en alliance avec Kergrist du bas-côté nord de l'église de La Martyre. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
L'enfeu armorié (Prigent ?, seconde moitié du XVIe siècle) des Botlavan en alliance avec Kergrist du bas-côté nord de l'église de La Martyre. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
L'enfeu armorié (Prigent ?, seconde moitié du XVIe siècle) des Botlavan en alliance avec Kergrist du bas-côté nord de l'église de La Martyre. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
L'enfeu armorié (Prigent ?, seconde moitié du XVIe siècle) des Botlavan en alliance avec Kergrist du bas-côté nord de l'église de La Martyre. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
L'enfeu armorié (Prigent ?, seconde moitié du XVIe siècle) des Botlavan en alliance avec Kergrist du bas-côté nord de l'église de La Martyre. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
L'enfeu armorié (Prigent ?, seconde moitié du XVIe siècle) des Botlavan en alliance avec Kergrist du bas-côté nord de l'église de La Martyre. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
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SOURCES ET LIENS.
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— COUFFON (René), LE BARS (Alfred) , 1988, La Martyre, Diocèse de Quimper et de Léon, nouveau répertoire des églises et chapelles, Quimper, Association diocésaine, 1988, 551 p.
La décoration des enfeux de la longère nord de La Martyre est extrêmement curieuse. L'enfeu, surmonté d'un galon plat orné de crossettes déjà évolué, est orné d'autre part aux extrémités de l'accolade de deux angelots gothiques tenant des écus mi-parti au 1 de Botlavan et au 2 de Kergrist, et au sommet d'un écu portant de Botlavan plein.
Un autre enfeu, décoré d'une accolade encore toute gothique, a ses pinacles terminées par des boules godronnées et ses crochets terminés par deux spirales.
— FONS DE KORT, s.d, [1975], La Martyre, l'église, la foire.
— LÉCUREUX (Lucien), 1919, "La Martyre", Congrès archéologique de France : séances générales tenues ... par la Société française pour la conservation des monuments historiques, Société française d'archéologie. Derache (Paris) A. Hardel (Caen) http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k35688p/f166.image
— Commission 1982, Ploudiry aux marches de l'Arrée. Son passé. Ses monuments.
—POTIER DE COURCY (Pol), Nobiliaire et armorial de Bretagne
—Botlavan (de), sr dudit lieu, paroisse de Ploudiri, — de Keraziou, paroisse de Plabennec, — de Mesnescop, paroisse de Plouvorn.
Réf. et montres de 1426 à 1534, dites paroisse, évêché de Léon.
D’argent à l’aigle de sable, accompagné en bande de trois cœurs d’azur.
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—Botlavan (de), Sr dudit lieu, par. de Ploudiry. D’argent à l’aigle impériale de sable et trois cœurs d’azur posés en bande.
Eguiner, entre les nobles de Ploudiry, Réf. 1443.
https://www.tudchentil.org/spip.php?article628
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—Kergrist (de), sr dudit lieu, de Kervern et du Vieux-Chastel, paroisse de Ploubezre, de Kerdual, paroisse de Ploumilliau, de Kermoal, de Keravel et de Kerlescant, paroisse de Plouec, de Kerthomas, de Kerambellec, paroisse de Plouaret, de Kergadiou, du Plessix et de Goazanarbant, paroisse de Plestin, de Kerarapuil et de Treuscoat, paroisse de Pleyber-Christ, de Ponthaer, du Chemin-Neuf, de Kerriou, de Kervégaa, de Treziguidy, paroisse de Pleyben.
Anc. ext., réf 1669, sept générations, réf. et montres de 1426 à 1543, paroisse de Ploubezre et Ploumilliau, évêché de Tréguier, et Pleyber-Christ, évêché de Léon. D’or a quatre tourteaux de sable, 3. 1, au croissant de même en abyme, comme Prigent. Devise : Sanctum nomen ejus.
Jean, juge des régaires de Léon en 1395 ; Alain, archer de la garde du duc en 1453 ; Jean, vivant en 1463, épouse Marie Salliou, de la maison de Lesmais ; Goulven, auditeur des comptes en 1558 ; deux sénéchaux de Morlaix au xvie siècle. La branche ainée fondue dans Kergariou, puis Barbier.
— RIOULT (Jean-Jacques), 2009, La Martyre, église Saint-Salomon Paris : Société française d'archéologie, 2009 , 7 p. : ill. en noir et blanc, couv. ill en coul. ; 27 cm. (Congrès archéologiques de France, ISSN 0069-8881) In : Congrès archéologique de France, 165e session, 2007 : Finistère / Société française d'archéologie, p. 143-149.
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http://www.infobretagne.com/martyre-eglise.htm
On voit dans l’église trois enfeus, l’un contre le mur du Midi, les deux autres contre le mur du Nord. Leurs arcades ont la même forme : elles sont en anse de panier. Le premier de ces tombeaux arqués est dépourvu d’ornementation ; les autres sont bien dotés de détails architectoniques de l’époque (XVIème siècle) et leur arc surbaissé est surmonté d’un arc en accolade. Les blasons qui indiquaient leurs propriétaires ont été martelés, excepté ceux qui encadrent l’enfeu situé au haut du collatéral Nord. L’écusson placé au sommet de cet enfeu porte les armes de Botlavan : d’argent à l’aigle de sable, accompagné en bande de trois coeurs d’azur. Sur ces écussons latéraux sont les armes mi-parti de Botlavan, et d’or à quatre tourteaux de sable, 3 et 1, au croissant de même en abyme, qui est de Kergrist.
Montre de l'Evêché de Léon en 1534 :
Ploudiry : "François Botlavan archer en brigandine"
Le château de Kergrist est situé sur la commune de Ploubezre, dans le département des Côtes-d'Armor
Botlavan (de)
Sr dudit lieu, par. de Ploudiry.
D’argent à l’aigle impériale de sable et trois cœurs d’azur posés en bande.
Eguiner, entre les nobles de Ploudiry, Réf. 1443.
BOTLAVAN , en Ploudiry , Evêché de NAUD , & trisayeul de JOSEPH DE SÉGUIRANT , Léon : d'argent , à une aigle éployée supportant trois coeurs d'azur , posés ... ++++
—LA CHESNAYE DU BOIS,1864,
BOTLAVAN en Ploudiry Evesché de Leon , d'argent à une Aigle esployée de sable supportant trois cœurs d'azur posez en bande , sçavoir l'vn du bec , l'autre sur la poictrine & le troisiéme du pied senestre .
Fondée entre les VIe et VIIe siècles, la paroisse primitive de Ploudiry comprend les trèves de La Martyre, La Roche-Maurice, Pencran et Saint-Julien-de-Landerneau. Ce vaste territoire, prieuré de Daoulas, relève alors du diocèse de Léon. Sur le plan civil, des manoirs sont érigés à Ti-Brid, Pors-Lazou, Kerangoarch et Botlavan. (Histoire de la commune de Ploudiry)
Voir les 29 Passions des verrières du Finistère au XVIe siècle dont beaucoup sont dues à l'atelier Le Sodec à Quimper. Le Corpus Vitrearum VII permet d'en dresser une chronologie :
3e quart XVIe siècle (vers 1560), Quéménéven église Saint-Ouen : Attribuable à l'atelier Le Sodec . Cartons communs (Le Bihan) avec Guengat, Gouezec et Guimiliau, ou La Martyre et La Roche-Maurice (Gatouillat).
3e quart XVIe siècle Tréguennec ; Attribuable à l'atelier Le Sodec. 5 lancettes dont une Grande Crucifixion centrale.
3e quart XVIe siècle : Ploudiry. 3 lancettes consacrées à une Grande Crucifixion, proche de celles de La Roche-Maurice, La Martyre, etc.
4e quart XVIe : Pont-Croix. Attribuable à l'atelier Le Sodec. 6 lancettes de la Vie du Christ à un couple de donateurs (Rosmadec).
Parmi les Passions finistériennes il faut distinguer les verrières comportant ou bien des scènes de la Vie du Christ dont la Passion, ou bien des scènes de la Passion, ou bien de Grandes Crucifixions soit centrales au centre d'autres scènes, soit occupant toute la vitre. La maîtresse-vitre du Juch appartient à ces dernières.
On la comparera donc avec intérêt aux verrières de La Roche-Maurice, La Martyre et Tourc'h — et Saint-Mathieu de Quimper qui en est la copie—, mais surtout avec celles de Guengat, Guimiliau, Gouezec, Quéménéven et Ploudiry.
Tous ces vitraux sont attribués à l'atelier Le Sodec de Quimper. Ils ont, outre cette composition, et leur proximité géographique, des points communs temporels (entre 1535 et 1560 environ) et stylistiques.
On notera en particulier la fréquence des inscriptions de lettres, souvent edépourvues de sens, sur les galons des vêtements et les harnachements, et d'autre part, la représentation de larmes sous les yeux de Marie, Jean et Marie-Madeleine au pied du calvaire, sur laquelle je m'attarderai.
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Cette seule appartenance à un ensemble thématique et stylistique suffirait à donner à la maîtresse-vitre du Juch une grande valeur, mais nous verrons que la maîtrise de la peinture sur verre s'y révèle remarquable.
Pourtant, René Couffon la décrivit comme "une œuvre exécutée à bon marché".
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René Couffon est celui qui, en 1945, dans son article "La peinture sur verre en Bretagne. Origine de quelques verrières au XVIe siècle", étudie et dénombre les Grandes Crucifixions du Finistère où la Crucifixion occupe une superficie six fois plus importante que celle des autres scènes.
Il en décrit un premier groupe qualifié de prototype, associant la maîtresse-vitre de La Martyre, choisit comme type, de La Roche-Maurice (1535), de Saint-Mathieu de Quimper et de Tourc'h. Auquel il ajoute les vitres aujourd'hui perdues, mais connues par description, de l'abbaye de Daoulas (vers 1530), et de Trémaouezan (v. 1555).
Il y reconnait l'influence des peintres des Pays-Bas et de Dürer, et prétend lire le nom de Jost à La Martyre, nom qu'il relit à Jost de Negker, qui travailla à Anvers et puis à Augsbourg.
Depuis, cette inscription n'a pas été retrouvée, mais l'attribution de cette verrière à ce Jost de Negker est encore reprise en copié-collé d'auteurs en auteurs. Au contraire, ces vitraux sont aujourd'hui attribués à un atelier quimpérois.
De même, il attribue la verrière de La Roche-Maurice à Laurent Sodec, verrier quimpérois, sur la simple constatation des "initiales" L.S sur un galon.
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À ce premier groupe il associe les vitres "aux costumes rajeunies" de Ploudiry, Le Juch et La Véronique à Bannalec [malgré sa date de 1622], puis celles de Gouezec (1571), Guengat (1571), Lababan en Pouldreuzic (1573), Langolen (1575), Pleyben, et Tréflénevez (vers 1590).
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Depuis cet article de 1945, aucune étude critique et approfondie de cette trentaine de Crucifixions n'a été conduite, et aucun travail de synthèse sur l'atelier quimpérois qu'on s'accorde à nommer Le Sodec n'a été publié.
L'ensemble des articles de ce blog souhaite y contribuer, mais chaque découverte d'un site pas encore visité, ou chacune des re-visites d'un site déjà étudié, montre combien il faut approfondir l'examen, et, a contrario, combien il faut se laisser saisir par l'enthousiasme admiratif. Revenir souvent. Varier les heures et condition d'éclairage, s'ouvrir à la surprise.
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La Passion (XVe siècle. Vers 1540) de la maîtresse-vitre de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
La Passion (XVe siècle. Vers 1540) de la maîtresse-vitre de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
La Passion (XVe siècle. Vers 1540) de la maîtresse-vitre de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
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LA LANCETTE A (PREMIÈRE À GAUCHE).
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La Passion (XVe siècle. Vers 1540) de la maîtresse-vitre de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
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Les dais.
Les dais des hauts des lancettes sont peints en grisaille sur verre blanc avec rehaut au jaune d'argent. Ils associent trois gables à crochets et fleuron, aérés d'un quatre-feuilles, et des pinacles, dans le style gothique.
Ils datent selon Gatouillat et Hérold de la fin du XVe siècle.
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La Passion (XVe siècle. Vers 1540) de la maîtresse-vitre de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
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Buste d'un saint diacre : saint Maudet ? Vers 1540.
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Il était autrefois placé à côté de la donatrice que décrit Abgrall en lancette B. Et c'est Abgrall qui l'assimile à saint Maudet "en dalmatique rouge".
Saint Maudez ou Maudet est le co-patron, après Notre-Dame, de l'église du Juch. Ce saint bien vénéré en Côte d'Armor serait venu d'Irlande au Ve siècle pour évangéliser la région et fonder un ermitage. Il est souvent représenté en évêque.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Saint_Maudez
Ici, rien ne permet de préciser son identité, mais il est tête nue, tonsuré, portant une étole sur sa dalmatique. La tête a été restaurée à la fin du XVIe siècle, en associant grisaille avec le jaune d'argent pour les ombres et les cheveux. Le visage est finement hachuré par le passage d'un pinceau large.
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La Passion (XVe siècle, et vers 1540) de la maîtresse-vitre de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
La Passion (XVe siècle, et vers 1540) de la maîtresse-vitre de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
La Passion (XVe siècle, et vers 1540) de la maîtresse-vitre de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
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Marie-Madeleine, la Vierge et Jean en pleurs au calvaire.
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C'est une scène culte qui se retrouve dans la plupart des Crucifixions, mais par inversion du carton, Jean se trouve soit à droite soit à gauche de la Vierge.
Les trois personnages sont nimbés d'un disque d'or rayonnant. La Vierge au centre, tête inclinée, voilée de son grand manteau bleu, portant la guimpe blanche, et vêtue d'une robe mauve, serrée par une ceinture nouée, croise les mains devant la poitrine.
Le galon de son manteau porte les lettres TCR et MOB---, en haut et NS/ONPRI/IN en bas
Le galon de la robe porte les lettres REOM.
On voit que ces lettres sont dépourvues de sens. Il est tentant pour certains esprits amateurs d'ésotérisme d'y rechercher un sens caché, ou uns signature, mais la répétition de ces lettres aléatoires sur l'ensemble du corpus de l'atelier quimpérois montre que le parti-pris est bien de créer une illusion d'inscriptions sacrées.
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La Passion (XVe siècle, et vers 1540) de la maîtresse-vitre de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
La Passion (XVe siècle, et vers 1540) de la maîtresse-vitre de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
La Passion (XVe siècle, et vers 1540) de la maîtresse-vitre de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
La Passion (XVe siècle, et vers 1540) de la maîtresse-vitre de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
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Sainte Marie-Madeleine essuyant ses larmes.
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Marie-Madeleine (ou du moins une sainte femme, car nous ne pouvons identifier le personnage par son attribut, le flacon d'aromates ; mais les larmes lui est un second attribut ) a ses beaux cheveux blonds recouverts d'un voile qui fait retour devant sa poitrine. Et c'est sans doute de ce voile qu'elle essuie son œil gauche.
Elle porte aussi un manteau rouge et une robe verte.
En fait, un examen attentif montre que le flacon d'aromates est bien présent, mais qu'il se confond avec la robe verte. C'est bien Marie-Madeleine.
Ce geste par lequel elle essuie ses pleurs avec un linge se retrouve sur beaucoup de Déplorations finistériennes, et certainement sur des enluminures et peintures de façon générale : ce geste est encore l'un de ses attributs.
Ce premier portrait (le vitrail en recèle un grand nombre) et de portrait en pleurs (quatre au total) mérite toute notre attention. Les clichés doivent être sous-exposés pour révéler les trésors de virtuosité. Nous avons affaire à une œuvre de peinture sur verre de première force.
Le premier cliché, trop clair, montre l'élégance du trait en grisaille sombre.
Le deuxième cliché permet de les nuances d'utilisation de la sanguine (ou Jean Cousin) pour les carnations. Les cheveux sont rendus par des lignes en enlevé sur une grisaille sombre, peinte ensuite au jaune d'argent.
Le modelé du visage tient au fond ocre rose de sanguine, affaibli par estompage au dessus des pommettes, ou rehaussé par hachurage sur les joues, le menton et les ailes du nez.
Des lignes ocres soulignent les rides du front, ou l'arête du nez.
Les yeux associent le trait (de grisaille et de sanguine), les ombrages, et l'enlevé.
C'est cette technique de l'enlevé, du bout du pinceau ou avec une autre pointe, du fond de sanguine qui est utilisée pour les larmes.
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Les trois larmes.
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Cette tradition se retrouve constamment sur les Crucifixions finistériennes, mais encore faut-il la rechercher avec soin, aux jumelles puissantes ou au zoom, en ne laissant pas la lumière dissimuler ces traits blancs.
Elle est contemporaine de l'attachement de l'atelier Prigent de Landerneau (1527-1577) de placer, sous les mêmes personnages (Jean, la Vierge, Marie-Madeleine, et aussi Marie-Madeleine agenouillée au pied de la Croix) de leurs calvaires en kersanton trois larmes de pierre, fines mais s'épaississant en une goutte terminale.
Les calvaires et Déplorations de l'atelier Prigent :
Les larmes de la peinture sur verre ont le même nombre, et la même forme que celles des sculpteurs sur pierre : un long filet s'achève par une gouttelette, tout cela en blanc par enlevé de la sanguine.
Mais le peintre ajoute un très discret détail que le sculpteur peine à rendre : il trace, toujours par enlevé, un petit lac lacrymal sur la paupière inférieure en blanchissant la conjonctive.
Notre premier exemple, celui de Marie-Madeleine, n'est pas typique car seules deux larmes sont visibles. Mais les exemples suivants confirmeront ma description.
Soue l'œil gauche, l'artiste a peint la paupière humide et le début de l'écoulement d'une larme avant que le mouchoir ne vienne la tamponner.
Pour peu qu'on veuille se donner la peine de les observer, ces détails sont là, intacts depuis 500 ans, et éminemment émouvants.
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J'ai déjà signalé dans ce blog combien cette effusion lacrymale relève, non pas seulement d'un souci de réalisme, mais d'une mystique de la participation aux souffrances du Christ, où la contemplation méditative du sang versé par le Rédempteur doit susciter, en retour, chez le fidèle, le versement des larmes. Et J'ai montré comment Marie-Madeleine était le modèle proposé à l'adepte de cette devotio moderna et d'abord, avant tout, aux moines des couvents franciscains pour l'initier à une Imitation à l'empathie et à la gratitude, non pas cérébrale, mais émotionnelle.
La Passion (XVe siècle, et vers 1540) de la maîtresse-vitre de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
La Passion (XVe siècle, et vers 1540) de la maîtresse-vitre de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
La Passion (XVe siècle, et vers 1540) de la maîtresse-vitre de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
La Passion (XVe siècle, et vers 1540) de la maîtresse-vitre de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
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La Vierge éplorée.
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Le dessin au trait à la grisaille.
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La Passion (XVe siècle, et vers 1540) de la maîtresse-vitre de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
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Les nuances à la sanguine.
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La Passion (XVe siècle, et vers 1540) de la maîtresse-vitre de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
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Les trois larmes, et la paupière inférieure noyée.
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Ces clichés peuvent aussi permettre d'étudier combien le peintre est attentif au reflet cornéen, jamais stéréotypé, mais s'adaptant à la direction du regard.
La Passion (XVe siècle, et vers 1540) de la maîtresse-vitre de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
La Passion (XVe siècle, et vers 1540) de la maîtresse-vitre de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
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Saint Jean.
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Le dessin au trait de grisaille.
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Notez aussi, parce que ce détail est presque constant en sculpture sur kersantite pour les apôtres, la fente de la robe, et son bouton.
Jean est vêtu d'un manteau rouge et d'une robe violette serrée par une ceinture. Il soutient la Vierge en enlaçant son épaule droite tandis que sa main gauche se tend, en symétrie avec le geste de Marie-Madeleine, vers le genou de Marie et le pan de son manteau.
Au dessus de son pied, on lit les lettres NORT.
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La Passion (XVe siècle, et vers 1540) de la maîtresse-vitre de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
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Le modelé à la sanguine. Les cheveux sont tracés par enlevé de grisaille.
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La Passion (XVe siècle, et vers 1540) de la maîtresse-vitre de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
La Passion (XVe siècle, et vers 1540) de la maîtresse-vitre de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
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Les trois larmes.
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Le regard, comme chaviré, est emporté par l'émotion vers le haut.
Le reflet cornéen forme un arc, renforcé (sublime souci du détail infime) par une virgule blanche.
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La Passion (XVe siècle, et vers 1540) de la maîtresse-vitre de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
Schéma lavieb-aile juillet 2022.
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Etude comparative de saint Jean dans quelques Crucifixions.
Les larmes sont plus ou moins bien visibles, mais sont toujours là. Le même carton, ou du moins le même modèle, est réutilisé par l'atelier, parfois en le retournant. La démonstration pourrait être étendue aux autres Crucifixions avec le même résultat.
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Guimiliau
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La Roche-Maurice
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Saint-Gouezec.
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Les inscriptions du galon du manteau bleu et de la robe vieux-rose de la Vierge.
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Sur le manteau (sous réserve) :
TOR ---AOB H
NS --IONPRI --NS
NORT
sur la robe :
RL---
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Au total, comme c'est si souvent le cas sur les vitraux de Le Sodec que cela ne peut être un hasard ou un mauvaise transcription, ces séquences de lettres sont dépourvues de sens et ont une visée ornementale de trompe-l'œil.
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La Passion (XVe siècle, et vers 1540) de la maîtresse-vitre de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
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La macédoine de la partie inférieure.
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La Passion (XVe siècle, et vers 1540) de la maîtresse-vitre de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
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LA LANCETTE B : LE BON LARRON.
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La Passion (vers 1540) de la maîtresse-vitre de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
La Passion (XVe siècle, et vers 1540) de la maîtresse-vitre de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
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Le Bon Larron tourne son visage vers le Christ pour témoigner de sa foi : un ange emporte son âme vers les Cieux.
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Là encore, la proximité avec les calvaires sculptés, notamment, par l'atelier Prigent est évidente, par la forme de la traverse, la façon de lier les larrons par les bras, mais de n'attacher qu'une seule jambe, l'autre étant brisée par les soldats. Ou encore par la culotte à crevés et par l' importante braguette nouée par des aiguillettes.
Un cavalier romain, en armure, assure la garde, la lance en main.
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La Passion (XVe siècle, et vers 1540) de la maîtresse-vitre de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
La Passion (XVe siècle, et vers 1540) de la maîtresse-vitre de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
La Passion (XVe siècle, et vers 1540) de la maîtresse-vitre de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
La Passion (XVe siècle, et vers 1540) de la maîtresse-vitre de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
La Passion (XVe siècle, et vers 1540) de la maîtresse-vitre de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
La Passion (XVe siècle, et vers 1540) de la maîtresse-vitre de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
La Passion (XVe siècle, et vers 1540) de la maîtresse-vitre de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
La Passion (XVe siècle, et vers 1540) de la maîtresse-vitre de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
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La Passion (XVe siècle, et vers 1540) de la maîtresse-vitre de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
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Tête de saint Pierre (détail isolé de la scène où Pierre tranche l'oreille du serviteur du grand prêtre).
La Passion (XVe siècle, et vers 1540) de la maîtresse-vitre de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
La Passion (XVe siècle, et vers 1540) de la maîtresse-vitre de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
La Passion (XVe siècle, et vers 1540) de la maîtresse-vitre de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
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LA LANCETTE C : LE CHRIST EN CROIX ET MARIE-MADELEINE EN PLEURS.
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La Passion (XVe siècle, et vers 1540) de la maîtresse-vitre de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
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Dans le dais de la fin du XVe siècle, un fragment d'inscription.
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ES NON HREI
IS TUI
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La Passion (XVe siècle, et vers 1540) de la maîtresse-vitre de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
La Passion (XVe siècle, et vers 1540) de la maîtresse-vitre de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
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Le Christ en croix sous le titulus INRI entre les lances, un oriflamme, et la hampe portant l'éponge de vinaigre.
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La Passion (XVe siècle, et vers 1540) de la maîtresse-vitre de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
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Les détails du visage (rides, cheveux, barbe ) sont traités en enlevé sur la grisaille et la sanguine.
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La Passion (XVe siècle, et vers 1540) de la maîtresse-vitre de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
La Passion (XVe siècle, et vers 1540) de la maîtresse-vitre de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
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Le sang des plaies est soigneusement représenté à la sanguine.
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L'importance de ces représentations est considérable, car ces Crucifixions ne se comprennent que dans une dévotion aux souffrances du Christ, à leur contemplation et leur participation mystique. Au sang versé doit répondre l'écoulement des larmes, écoulement dévotionnel dont Marie-Madeleine est l'initiatrice.
Chacun de personnages représenté ici est essentiel : ceux qui font verser le sang, celui qui saigne, et les quatre saints personnages qui pleurent.
Il existe des lignes de force qui parcourent la verrière : elle vont d'une part des instruments contendants et aux gestes blessants vers les plaies, des plaies vers le sang qui s'écoule le long de la croix, et de ce sang vers le visage en larmes de Marie-Madeleine. Elles vont aussi du visage des cavaliers (qui vont se convertir) vers celui du Christ.
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La Passion (XVe siècle, et vers 1540) de la maîtresse-vitre de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
La Passion (XVe siècle, et vers 1540) de la maîtresse-vitre de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
La Passion (XVe siècle, et vers 1540) de la maîtresse-vitre de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
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Sur son cheval au harnachement à inscriptions, l'officier romain Longin transperce le flanc droit du Christ de sa lance.
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Longin porte sur le galon de sa tunique les lettres NOSM.
Il semble coiffé d'un turban.
Sous son bras, un morceau de verre rouge gravé.
Un fois de plus, nous pouvons admirer la maîtrise du portrait, les pommettes et le dessus des sourcils clairs et brillants, les nuances de la carnation rendues par de fines hachures, les cils détaillés, et le reflet cornéen savant sans oublier la moustache et la barbe où deux "couches" de traits blancs se superposent.
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La Passion (XVe siècle, et vers 1540) de la maîtresse-vitre de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
La Passion (XVe siècle, et vers 1540) de la maîtresse-vitre de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
La Passion (XVe siècle, et vers 1540) de la maîtresse-vitre de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
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Détail du harnachement doté de grelots. René Couffon les signalaient sur les verrières prototypes.
La tête du cheval est perdue. Les bandes rouges portent les lettres FNROM, sans signification.
Noter un verre rouge gravé parmi les pièces en réemploi, et un visage.
La Passion (XVe siècle, et vers 1540) de la maîtresse-vitre de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
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Du côté droit, le deuxième cavalier lève les yeux vers le Christ. C'est le Centenier converti, celui qui s'écrit "Celui-ci était vraiment le fils de Dieu". Il porte l'armure et le casque des officiers romains.
Ces deux cavaliers sont très fréquemment représentés de part et d'autre de la croix sur le premier croisillon des calvaires bretons contemporains. Mais alors, Longin porte un doigt à la paupière, témoignant de la guérison d'un trouble de la vue, tandis que le Centenier lève la main de façon éloquente. Ces détails sont absents sur ces verrières. Ils forment un couple emblématique, tout comme leurs montures.
Le cheval porte l'inscription INS, sans signification.
Son mors crénelé et en C ou en S se retrouve sur tous les vitraux, mais aussi sur les calvaires. Tous les chevaux de l'atelier quimpérois donnent l'impression d'être hilares.
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Néanmoins, dans la lancette D, un autre cavalier fera peut-être un Centenier plus convaincant que ce personnage en grisaille sur verre bleu clair, avec rehaut de jaune d'argent.
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La Passion (XVe siècle, et vers 1540) de la maîtresse-vitre de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
La Passion (XVe siècle, et vers 1540) de la maîtresse-vitre de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
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Marie-Madeleine éplorée agenouillée au pied de la croix.
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Elle étreint la croix de ses bras et de ses jambes et lèvent les yeux vers les pieds du Christ et vers le sang qui s'en écoule.
Elle est somptueusement habillée et coiffée, même si l'état fragmentaire du vitrail exige de nous un peu d'attention.
On remarquera d'abord le manteau rouge rejeté en arrière, puisque ce manteau est si caractéristique sur les calvaires des Prigent où Marie-Madeleine reprend exactement la même posture : à Pencran, Sainte-Marie-du-Ménez-Hom, Saint-Sébastien de Saint-Ségal, Dinéault, Saint-Divy, etc, etc. Et ces verrières peuvent nous permettre d'imaginer l'état de ces calvaires lorsqu'ils conservaient leur polychromie.
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Calvaire de la chapelle Sainte-Marie-du-Ménez-Hom.
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Elle porte une robe voilette (réemploi) dont les galons des manches portent les inscriptions, pour une fois presque cohérentes NISERV MARIAM.
Puis viennent des manches vertes rapportées, à crevées, une chemise fine dont le col frise sous la dentelle, une broche perlée au centre du décolleté, et enfin une coiffe (rappelant le bonnet d'Anne de Bretagne), perlée également, mais qui ne retient pas entièrement la chevelure blonde dont l'exubérance est presque un attribut de la sainte.
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J'espère que vous distinguerez sur mon cliché que les yeux sont noyés de larmes, et que celles-ci s'écoulent, exactement comme sur les trois portraits de Marie, Marie-Madeleine et Jean , sous forme de trois traits blancs partant de chaque paupière, par la technique de l'enlevé sur fond du réseau de hachures de sanguine.
Enfin, et c'est essentiel, le regard de la sainte est dirigé, non vers le sommet de la Croix, mais vers les pieds du Christ, et surtout sur le sang qui coule le long du bois.
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La Passion (vers 1540) de la maîtresse-vitre de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
La Passion (vers 1540) de la maîtresse-vitre de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
La Passion (vers 1540) de la maîtresse-vitre de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
La Passion (vers 1540) de la maîtresse-vitre de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
La Passion (vers 1540) de la maîtresse-vitre de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
La Passion (vers 1540) de la maîtresse-vitre de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
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Comme pour les autres scènes, cette représentation de Marie-Madeleine est semblable à celle des autres Crucifixions, par reprise du même carton d'atelier ou du même modèle. Mais le hasard qui a présidé à la préservation ou à la détérioration des verrières, et à leurs restaurations plus ou moins invasives, nous donne une quantité de versions de la même scène. Ici, le bonnet perlé est moins visible.
Prenons l'exemple de la verrière de La Martyre :
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Marie-Madeleine au pied de la Croix, baie 0, chœur de l'église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.
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LA LANCETTE D : LE MAUVAIS LARRON.
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La Passion (vers 1540) de la maîtresse-vitre de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
La Passion (vers 1540) de la maîtresse-vitre de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
La Passion (vers 1540) de la maîtresse-vitre de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
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Un diable rouge aux ailes vertes emporte l'âme damnée (non conservée) du mauvais larron vers les Enfers.
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La Passion (vers 1540) de la maîtresse-vitre de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
La Passion (vers 1540) de la maîtresse-vitre de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
La Passion (vers 1540) de la maîtresse-vitre de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
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La braguette Renaissance sur les chausses à crevés, et le système d'attache de cette braguette.
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La Passion (vers 1540) de la maîtresse-vitre de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
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Au pied du gibet, un cavalier Juif (turban, oreillettes, barbe longue) tient une lance ; il esquisse un geste vers le deuxième cavalier.
À ses côtés, un autre Juif (turban et barbe), et trois soldats romains en armure.
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La Passion (vers 1540) de la maîtresse-vitre de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
La Passion (vers 1540) de la maîtresse-vitre de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
La Passion (vers 1540) de la maîtresse-vitre de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
La Passion (vers 1540) de la maîtresse-vitre de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
La Passion (vers 1540) de la maîtresse-vitre de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
La Passion (vers 1540) de la maîtresse-vitre de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
La Passion (vers 1540) de la maîtresse-vitre de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
La Passion (vers 1540) de la maîtresse-vitre de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
La Passion (vers 1540) de la maîtresse-vitre de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
La Passion (vers 1540) de la maîtresse-vitre de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
La Passion (vers 1540) de la maîtresse-vitre de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
La Passion (vers 1540) de la maîtresse-vitre de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
La Passion (vers 1540) de la maîtresse-vitre de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
La Passion (vers 1540) de la maîtresse-vitre de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
La Passion (vers 1540) de la maîtresse-vitre de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
La Passion (vers 1540) de la maîtresse-vitre de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
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Les chevaux.
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La Passion (vers 1540) de la maîtresse-vitre de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
La Passion (vers 1540) de la maîtresse-vitre de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
La Passion (vers 1540) de la maîtresse-vitre de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
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Les grelots des sangles.
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La Passion (vers 1540) de la maîtresse-vitre de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
La fenêtre absidale est garnie d'une maîtresse-vitre ancienne où les dais de couronnement sont de dessin gothique. La scène principale figure le Calvaire : Notre Seigneur en croix, les deux larrons, juifs, bourreaux, cavaliers. Dans la première baie, on voit la Sainte Vierge à moitié assise, saint Jean et.la Madeleine. Derrière se trouve saint Maudet en dalmatique rouge. Une donatrice à genoux est vêtue dune robe et d'un manteau armoriés : d' azur au lion d'argent, armé et lampassé de gueules, qui est Juch ; — d'or au lion passant de gueules-, Pont-l'Abbé
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Voici quel était l'état des armoiries dans cette église, en 1678 :
« Dans l'église tréviale du Juch, ès principale vitre, il y a en éminence et en supériorité, les armes de France et de Bretagne, et plus bas, joignant les dites armes, un écusson au franc canton d'azur et un lion rampant dargent armé et lampassé de gueules, qui sont les armes de la seigneurie du Juch, quoique la dite fenêtre soit à présent au seigneur marquis de Molac
« Le reste des vitres de la dite église sont armoyées des armes du dit Juch et de ses alliances sans qu'il y ait autres écussons ny armoiries, ès dites vitres.
« Du côté de l'Epitre, joignant le petit balustre, est le banc et accoudoir du dit Le Juch armoyé de ses armes.
« Au-dessus de la porte faisant l'entrée du chantouer et supportant le dôme, il y a un écusson du dit Juch en bosse.
« Au haut du dit dôme et au niveau de la poutre, il y a un écusson des armes de Rosmadec.
« ll y a aussi au-dessus de la fenêtre de la chambre de l'église, au second pignon du midy, un écusson des armes du Juch en bosse."
— CASTEL (Yves-Pascal), 1979, Les vases acoustiques.
"Vitraux : Verrière du chevet consacrée à la Crucifixion, XVIè siècle, oeuvre exécutée à bon marché, refaite en partie (C.) ; donatrice en vêtements armoriés (Juch et Pont-l'Abbé)."
— COUFFON (René), 1945, La peinture sur verre en Bretagne, Société d'histoire et d'archéologie de Bretagne (SHAB) pages 27 à 64.
"Ce vitrail atypique peut sembler désordonné de premier abord. Cette grande crucifixion des années 1540 a été déplacée dans le chœur lors de sa reconstruction en 1688. Son aspect particulier est dû à son installation dans un emplacement qui ne lui était pas destiné et à son ré-assemblage avec d’autres vitraux. Au XXe siècle l’ensemble a été démonté pendant l’occupation allemande pour le protéger et n’a pas été remonté correctement. Il a été restauré en 1950 par Jean-Jacques Gruber, célèbre verrier de l’École de Nancy.
Les parties les plus anciennes sont les éléments architecturaux en grisaille surplombant la scène de la crucifixion (dais). Au tympan se trouvaient autrefois les armoiries des seigneurs du Juch remplacées par des pièces de vitrail éparses. Auparavant la donatrice, aux armes de Pont-l’Abbé, apparaissait en bas des lancettes ; aujourd’hui ne subsistent que quelques fragments du portrait de son époux.
La scène centrale représente la Vierge accompagnée de saint Jean et d’une sainte femme aux pieds du Christ crucifié et des deux larrons."
— GATOUILLAT (Françoise), HÉROLD (Michel), 2005, Les vitraux de Bretagne, Corpus Vitrearum, France VII, Presses Universitaires de Rennes, Rennes, p. 183.
— INFOBRETAGNE, Ploaré :
http://www.infobretagne.com/ploare.htm
—INFOBRETAGNE, La Jaille :
http://www.infobretagne.com/famille-jaille.htm
— LE MOIGNE (Gérard),1997, « La baronnie du Juch » Bull. Société Archéologique du Finistère, Quimper, 1997, 27 p.
"L'église, dans sa présentation actuelle, a été édifiée sur l'emplacement d'une construction plus ancienne, vraisemblablement financée par les seigneurs du Juch, comme en témoignent de nombreux blasons des seigneurs du Juch visibles dans l'édifice. Cette simple chapelle de Ploaré, aujourd’hui rattachée à la commune de Douarnenez devint une église paroissiale en 1844.
L'église du Juch a pour patronne Notre Dame, invoquée par le baron du Juch, commandant les croisés bretons, à la bataille de Damiette en 1249 : «Nostre Dame du Juch, à nostre ayde ». Le second patron est saint Maudez.
Les différentes inscriptions sculptées sur les élévations extérieures et intérieures de l'église nous renseignent sur l'histoire de l'édifice ; elles permettent de dater ses différentes campagnes de construction. Aucun document précis n'a permis de connaître l’architecture de l’établissement primitif. Quelques éléments anciens sont encore en place, comme la date de 1586 gravée sur la base d'un pilier de la nef.
Le bâtiment des XVe et XVIe siècles a cependant été profondément remanié, transformé et agrandi aux XVIIe et XVIIIème siècle, avec notamment la construction de la tour-clocher. Vers le milieu du XIXe siècle, la sacristie octogonale a été accolée à l’édifice."
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Une verrière consacrée à une grande Crucifixion, datée vers 1540, a été replacée tant bien que mal en 1668, lorsque le chevet plat fut remplacé par un chevet polygonal.
Mais sur la maîtresse-vitre qui nous est parvenue, dénaturée et complétée, des dais en grisaille de la fin du XVe siècle (Gatouillat et Hérold) occupent les têtes de lancette : on les identifient facilement par leurs verres altérés, brun sépia.
Et, au tympan, les armes des seigneurs du Juch s'affichaient autrefois, et ont été décrits dans un écrit de 1678, sous les blasons de France et de Bretagne (postérieurs à la réunion de la France et de la Bretagne en 1532 ?). Mais en 1638, la baronnie du Juch devient la possession de Sébastien de Rosmadec. On trouvait aussi dans le reste des vitres de l'église les armes du Juch et de ses alliances, mais celles-ci ne sont pas détaillées dans le procès-verbal.
Ces verres du tympan n'ont pas été conservés, et le tympan actuel renferme une macédoine de fragments du XVe au XVIIe siècle. Parmi les fragments les plus anciens, en verre blanc et grisaille, nous ne trouvons aucune trace d'armoiries.
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Notons donc que les restes d'une verrière du XVe siècle appartenant à un édifice dont il ne reste aucun témoin architectural, sont bien conservés aujourd'hui, mais morcelés.
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En 1913, le chanoine Abgrall décrivit, sur la maîtresse-vitre, "une donatrice à genoux vêtue d'une robe et d'un manteau armoriés : d'azur au lion d'argent, armé et lampassé de gueules, qui est Juch ; et d'or au lion passant de gueules, qui est Pont-L'Abbé.
Mais cette description pose deux problèmes : 1. La donatrice n'est plus visible sur le vitrail. 2. Les armes de Pont-L'Abbé sont d'or au lion de gueules armé et lampassé d'azur, mais ce lion est rampant (dressé debout sur ses deux pattes postérieures) et non passant (marchant). Pourtant, René Couffon ( réed. 1988) n'hésite pas à recopier telle quelle la description d'Abgrall.
En 2005, Gatouillat et Hérold écrivent dans leur notice pour le Corpus vitrearum "Toute trace a disparu de la donatrice aux vêtements reprenant ces armes parti du Pont-L'Abbé, autrefois placées au bas des lancettes (Peyron et Abgrall) ; seuls se distinguent encore de menus fragments du portrait de son époux.
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Reprenant l'examen de cette verrière aujourd'hui, je constate :
1. Qu'un donateur en armure portant le tabard (tunique) aux armes du Juch est bien visible, bien au delà de "menus fragments", puisque son livre de prière, et son portrait quasi complet à l'exception de sa tête est conservé avec une excellente précision des détails de l'armure et des éperons.
2. Qu'en arrière de ce seigneur du Juch, des armoiries mi-parti sont bien conservées sur la jupe d'une donatrice dont il manque le buste.
3. Que cette partie, la plus intéressante, est masquée par les volutes hautes du retable et qu'elle est peu éclairée : les clichés que j'en obtiens sont médiocres.
4. Que cette donatrice tronquée correspond d'assez près à la description d'Abgrall, puisque les armoiries sont celles du Juch en alliance avec des armes d'un verre très altéré. Le fond jaune (or) est devenu orangé. On y voit un lion rouge (de gueules), marchant de droite à gauche avec la patte antérieure dressée (lion "passant" comme l'écrivait Abgrall), mais aussi six sphères bleues, parfaitement distinctes, ce qui exclut de fait l'hypothèse Pont-L'Abbé.
5. Que ces boules bleues ne sont pas des besants, car elles portent des indentations rondes, et des lignes concentriques : ce sont des coquilles.
6. La tête du lion est, pour ce que l'on peut en affirmer, de profil : c'est un lion léopardé (ou léopard lionné....). Quand à la queue, elle est horizontale, tournée vers l'extérieure. Une seule pièce de verre rouge correspond à la courbe en épingle à cheveux de la queue de ce type de figure.
Il nous faut donc résoudre l'attribution d'armes d'or au lion léopardé de gueules, à six coquilles d'azur.
Les érudits capables de répondre à ces devinettes se comptent sur les doigts d'une main, et encore.
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Paul-François Broucke, expert parmi les experts de l'héraldique bretonne, m'a répondu : ce sont les armes de la famille La Jaille, ou de La Jaille-Yvon, originaire d'Anjou.
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Schéma man8rove.
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Or, un seigneur du Juch, Jean IV, a bien épousé une demoiselle de La Jaille : Aliénor.
"Au premier quartier, c'est bien Le Juch, et au second, il faut reconnaître les armes de La Jaille, selon les versions un lion, un lion léopardé, un léopard ou un léopard lionné de gueules avec ou sans couronne accompagné d'une orle de coquilles d'azur en nombre variable jamais inférieur à cinq. Les coquilles sont ici reconnaissables dans leur forme un peu archaïsante, avec ses bords extérieurs très relevés jusqu'à presque encadrer le pied, ce dernier formant comme une protubérance au sommet. Cette représentation offre un document précieux pour les armoiries de La Jaille, en montrant ici clairement un léopard.
C'est la robe d'Aliénor de La Jaille, épouse de Jehan IV du Juch, celui de la baie 104 à Quimper, où très probablement elle figure auprès de son époux." (Paul-François Broucke, commun. pers.)
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Nous avons dont ici le portrait d'un couple de donateurs, Jehan IV du Juch, décédé en 1424, et Aliénor de la Jaille. Jehan IV est le fils de Jehan III (?-1387), chevalier, seigneur de Fouesnant et de Béatrice de Beaumanoir et le petit fils de Jehan II (?-1372), seigneur du Juch, et de Clémence de Quintin.
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Trois (ou au moins deux) seigneurs du Juch sont représentés avec leurs épouse dans les trois lancettes de la baie 104 de la cathédrale de Quimper, datée vers 1415. Leur identification est difficile et hypothétique car les personnages des lancettes ont pu être interverties, et que les pièces manquantes ont été reconstituées selon l'inspiration des restaurateurs : l'authenticité des armoiries des épouses, si précieuses pour identifier les seigneurs, n'est pas attestée.
Pourtant, le premier de ces trois personnages semble bien être Jean II, car les armoiries de son épouse Clémence de Quintin correspondent assez bien à celle des seigneurs de Quintin, d'argent au chef de gueules chargé d'un lambel d'or, identifié par Paul-François Broucke.
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Je vais présenter mes clichés avant de reprendre cette discussion.
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La lancette B de la maîtresse vitre du Juch.
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Lancette B de la maîtresse-vitre (fin XVe et v.1540) de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
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Partie inférieure de la lancette B :
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Lancette B de la maîtresse-vitre (fin XVe et v.1540) de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
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Partie inférieure de la lancette B : couple de donateurs, partiellement caché par la volute du retable.
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Lancette B de la maîtresse-vitre (fin XVe et v.1540) de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
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Le donateur Jehan IV du Juch agenouillé, en armure et tabard à ses armes, devant son livre de prières, mains jointes devant la poitrine.
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Jean IV DU JUCH, Chevalier banneret (1415), Seigneur du Juch, Chambellan du duc de Bretagne (1418), Conseiller au parlement du duc de Bretagne, Capitaine de Concarneau (1404-1406, 1407-1410), Capitaine du Croisic (octobre 1406-1407), Capitaine de Cesson et de Batz-sur-Mer, Conseiller du duc de Bretagne (1418), Ambassadeur du duc de Bretagne (1418), Chevalier (1383) ca 1365-1424
"Sa carrière exemplaire au sein des cours royales de France et ducale de Bretagne nous permet d'affirmer que nous sommes en présence du personnage le plus illustre de la maison du Juch. Jean du Juch serait armé chevalier en 1383. À la fin de son règne, le duc Jean IV a recouvré son duché sauf Brest qui devient la pomme de discorde avec ses anciens alliés anglais. De plus certains capitaines anglais continuent, même en temps de paix, d'exiger des rançons et de mettre les campagnes cornouaillaise et léonardes en coupe réglée. Ainsi de nombreux seigneurs, dont Jean du Juch, se plaignent-ils au duc qui, le 30 juin 1397, fait parvenir les doléances à Richard II d'Angleterre.
Chambellan ducal, Jean du Juch est envoyé en ambassade auprès de l'évêque de Tours afin de régler certains différends avec la régente du duché Jeanne de Navarre.
Capitaine de Concarneau depuis 1404, Jean IV du Juch est nommé au Croisic en octobre 1406 à la suite d'un regain de tension lié à la crise anglo-bretonne de 1406-1407. En effet, en 1407, les Anglais lancent deux attaques : la première dans le pays de Guérande en mai, la seconde du côté d'Auray en juin. La descente de Guérande est particulièrement désastreuse pour les envahisseurs, qui y laissent de nombreux prisonniers ainsi que du matériel.
Le sire du Juch regagne sa capitainerie de Concarneau en 1407 et cela jusqu'en 1410. Plus tard, il est capitaine à Cesson, près de Saint-Brieuc, puis à Batz-sur-Mer près de Guérande.
Honorant la confiance ducale à la suite des capitaineries successives, le sire du Juch se voit alors confier des missions politiques importantes. Considéré comme l'un des meilleurs diplomates du duché, il est nommé « commissaire principal des trèves » jusqu'en 1421. Il est régulièrement présent à la cour ducale et siège au conseil." Gérard Le Moigne.
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Jehan IV du Juch était un chevalier banneret : selon le CNRTL : "Celui qui, ayant un nombre suffisant de vassaux, a droit de lever bannière, c'est-à-dire de former avec eux une compagnie en vue du combat ".
1. Il [le duc] faisait payer très-ponctuellement la solde des chevaliers bannerets, des chevaliers bacheliers, qui n'avaient pas assez de vassaux ni d'argent, ou qui étaient trop jeunes encore pour lever bannière, ainsi que celle des écuyers, des archers et des arbalétriers;... Barante, Hist. des ducs de Bourgogne,t. 1, 1821-24, p. 122.
2. Les chevaliers bannerets se distinguaient par une bannière carrée des chevaliers pennonceaux, qui n'avaient qu'un petit drapeau triangulaire nommé pennon. Pour lever bannière, il fallait posséder un certain nombre de fiefs, et être suivi d'une troupe considérable de chevaliers et d'écuyers. Mérimée, La Jacquerie,1828, p. 100.
On voit très bien cette bannière carrée sur la baie 104 de Quimper, fièrement tenue devant lui par le seigneur du Juch. Et on parle d'écusson en bannière lorsque celui-ci est carré, comme à la voûte du porche sud de l'église du Juch.
?
Ou bien ;
"Les bannerets étaient des seigneurs puissants, possesseurs de terres auxquelles était attaché le droit de lever bannière. Ils devaient entretenir à leurs frais au moins vingt-cinq hommes d'armes avec leurs archers pour garder leur bannière qui était carrée, tandis que les simples chevaliers ne pouvaient porter à l'extrémité de leur lance qu'une flamme ou un drapeau triangulaire. Cette flamme ou drapeau s'appelait pennon ou pannon, du mot latin pannus, qui signifie étoffe. Au XIVème siècle, chaque homme d'armes possédait pour son service deux chevaux, et avait à sa suite deux archers à cheval et un coustiller, dont les fonctions étaient d'achever avec son coutelas les ennemis que l'homme d'armes avait jetés par terre. Ainsi, une compagnie de vingt-cinq hommes d'armes représentait un effectif de cent hommes et de cent chevaux. L'homme d'armes, avec ceux qui l'accompagnaient, formait ce que l'on appelait une lance fournie. Dans les compagnies d'ordonnance sous Charles VII, la lance fournie était composée de six hommes. On comprend qu'un pareil service nécessitait des dépenses considérables, et que celui qui y était astreint payait largement l'exemption d'impôts des terres nobles qu'il possédait, car les terres roturières appartenant aux nobles étaient imposées. L'exemption d'impôts pour les terres nobles était compensée par l'obligation du service militaire ; un manquement à ce service entraînait la confiscation du fief."
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Jean IV du Juch (-1424) et Alienor de la Jaille sur la maîtresse-vitre (fin XVe et v.1540). Photographie lavieb-aile juillet 2022.
Jean IV du Juch (-1424) et Alienor de la Jaille sur la maîtresse-vitre (fin XVe et v.1540). Photographie lavieb-aile juillet 2022.
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Divers détails des armoiries, et de l'armure : la cotte de maille, toutes les pièces articulées des jambières et leurs rivets, les solerets avec le détail de leurs pièces et de leurs fixations, et la forme complexe des éperons et de leur molette, sont visibles. Tout comme l'épée longue, les marques d'orfèvrerie de la lame, et la poignée.
La superposition, logique sur le plan graphique, des parties animales (pattes avec leurs griffes, fourrure, crinière) avec les pièces d'armure troublent parfois la compréhension.
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Jean IV du Juch (-1424) et Alienor de la Jaille sur la maîtresse-vitre (fin XVe et v.1540). Photographie lavieb-aile juillet 2022.
Jean IV du Juch (-1424) et Alienor de la Jaille sur la maîtresse-vitre (fin XVe et v.1540). Photographie lavieb-aile juillet 2022.
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Le couple de donateurs agenouillés l'un derrière l'autre, le buste de la donatrice manquant.
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Mon schéma est bien maladroit mais il est peut être précieux ; j'ai imaginé seulement le buste manquant de l'épouse, tout le reste est un calque exact du cliché.
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Jean IV du Juch (-1424) et Alienor de la Jaille sur la maîtresse-vitre (fin XVe et v.1540). Calque complété, lavieb-aile juillet 2022.
Jean IV du Juch (-1424) et Alienor de la Jaille sur la maîtresse-vitre (fin XVe et v.1540). Photographie lavieb-aile juillet 2022.
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La robe de la donatrice, mi-parti Le Juch d'azur au lion d'argent et La Jaille d'or au léopard lionné de gueules accompagné de six coquilles d'azur.
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Jean IV du Juch (-1424) et Alienor de la Jaille sur la maîtresse-vitre (fin XVe et v.1540). Photographie lavieb-aile juillet 2022.
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La partie gauche des armoiries mi-parti : les armes du Juch.
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Jean IV du Juch (-1424) et Alienor de la Jaille sur la maîtresse-vitre (fin XVe et v.1540). Photographie lavieb-aile juillet 2022.
Jean IV du Juch (-1424) et Alienor de la Jaille sur la maîtresse-vitre (fin XVe et v.1540). Photographie lavieb-aile juillet 2022.
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Les armes de La Jaille, famille de l'épouse, à droite de celle de l'époux.
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Jean IV du Juch (-1424) et Alienor de la Jaille sur la maîtresse-vitre (fin XVe et v.1540). Photographie lavieb-aile juillet 2022.
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Détail d'une des coquilles d'azur.
Ce détail est remarquable car nous voyons bien la coquille : le pied rectangulaire est marqué par deux (trois..) cercles noirs et les rayons et stries de croissantes sont peints à la grisaille de façon concentrique.
"Les coquilles sont ici reconnaissables dans leur forme un peu archaïsante, avec ses bords extérieurs très relevés jusqu'à presque encadrer le pied, ce dernier formant comme une protubérance au sommet." (Paul-François Broucke)
Mais surtout, il s'agit d'une pièce montée en chef-d'œuvre, ce qui est une prouesse technique que seuls les grands maître-verriers peuvent réussir : il faut découper le verre en son plein, comme à l'emporte-pièce, et insérer une pièce ronde, fixée par une baguette de plomb en H.
Les experts du Corpus vitrearum, qui s'attachent à signaler la présence de ces marques de virtuosité techniques, ne l'ont pas remarqué, mais rappelons que le panneau est bien caché.
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Jean IV du Juch (-1424) et Alienor de la Jaille sur la maîtresse-vitre (fin XVe et v.1540). Photographie lavieb-aile juillet 2022.
Jean IV du Juch (-1424) et Alienor de la Jaille sur la maîtresse-vitre (fin XVe et v.1540). Photographie lavieb-aile juillet 2022.
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COMPARAISON AVEC LES LANCETTES DE LA BAIE 104 DE QUIMPER.
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Le but de cette comparaison est de nous aider à l'interprétation de l'image du Juch, mais aussi de vérifier que l'on retrouve sur le vitrail de la cathédrale, vers 1415 tous les détails d'armure et d'armement présent sur la vitre du Juch. Si on estime que cette dernière est proche de la date du décès de Jehan IV en 1424, ces verrières sont presque contemporaines. Et on peut parier que les seigneurs du Juch ont choisi le même atelier pour réaliser les verrières à leur effigie sur les deux sites.
Mais selon Le Men (Monogr. cathédrale) deux panneaux (lancette B et C) ont été refaits en 1867 par Lusson, non sans fantaisie.
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Lancette A, baie n°104 du rond-point du chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.
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Lancette B, baie n°104 du rond-point du chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.
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DISCUSSION.
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L'identification des armes mi-parti n'est pas contestable, nous avons bien affaire ici au couple donateur de Jehan IV et d'Alienor de La Jaille.
Cette verrière procure un document iconographique précieux des armoiries de La Jaille, en montrant ici clairement un léopard.
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Mais nous ignorons si, comme à Quimper, d'autres générations de la famille étaient représentés (ce qui pourrait retarder la datation, un commanditaire ayant fait représenter ses ancêtres).
Si nous adoptons, par comparaison stylistique avec Quimper et en tenant compte de la date du décès de Jehan IV, une date proche de 1424, cela avance d'un demi ou de trois-quarts de siècle l'estimation la plus précoce donnée par le Corpus à la fin du XVe siècle. Ce que je ne peux me permettre de proposer sans leur caution.
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Quant à imaginer que le panneau puisse dater de 1540, date estimée de la Grande Crucifixion, cela est extravagant car on ne voit pas pourquoi un seigneur du Juch aurait fait représenter en donateur des ancêtres aussi éloignés. Et l'état très altéré de certaines pièces ne milite pas non plus en ce sens.
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Encore un détail. En baie A, un saint diacre, sous une niche souvent identifié comme saint Maudet patron de l'église, était à l'origine placé à coté de la donatrice. Il daterait (Corpus) de 1540. Sa tête a été restaurée à la fin du XVIe siècle. Pourrait-il être un saint présentant la donatrice, bien qu'il regarde dans la direction opposée ? C'est peu probable.
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Note.
Le sceau de Jean du Juch apparaît sur un acte de 1365. C'est un écu penché timbré d'un heaume cimé. Je n'ai la description ni de l'inscription (je lis une S), ni de l'animal du heaume, mais les plumes déployées pourraient correspondre à un aigle. Trois oiseaux à long cou et bec long et recourbé entourent l'écu.
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Sceau de Jean I du Juch, base SIGILLA. Acte Ad 44 - E 129 / 1
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Les armes du Juch sont présentes sur la voûte du porche sud de l'église du Juch, sur le tombeau de saint Ronan au Pénity de Locronan, au dessus du porche nord de la cathédrale de Quimper.
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Porche sud de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile.
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Le cénotaphe de saint Ronan (kersanton, vers 1423) dans la chapelle du Pénity, église de Locronan. Photographie lavieb-aile novembre 2017.
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Selon Gérard Le Moigne, les armes du Juch se voient au dessus du porche nord ; le cimier s'orne de cornes et d'un animal (lequel), tandis que la banderole portait le cri LA NON PAREILLE. Pol de Courcy
Porche nord de la cathédrale de Quimper. Photographie lavieb-aile.
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Porche nord de la cathédrale de Quimper. Photographie lavieb-aile.
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On les voit aussi sur la robe d'une donatrice de la baie 106 de la cathédrale de Quimper, en alliance avec La Forêt : Hervé du Juch, fils d’Henri, seigneur de Pratanroux (branche du Juch de Pratanroux) a épousé Béatrix dame de la Forêt en Plomeur (29). ( Merci à Hervé Torchet pour son tweet).
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Lancette B, baie 106, chœur de la cathédrale de Quimper, photographie lavieb-aile.
La fenêtre absidale est garnie d'une maîtresse-vitre ancienne où les dais de couronnement sont de dessin gothique. La scène principale figure le Calvaire : Notre Seigneur en croix, les deux larrons, juifs, bourreaux, cavaliers. Dans la première baie, on voit la Sainte Vierge à moitié assise, saint Jean et.la Madeleine. Derrière se trouve saint Maudet en dalmatique rouge. Une donatrice à genoux est vêtue dune robe et d'un manteau armoriés : d' azur au lion d'argent, armé et lampassé de gueules, qui est Juch ; — d'or au lion passant de gueules, Pont-l'Abbé
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Voici quel était l'état des armoiries dans cette église, en 1678 :
« Dans l'église tréviale du Juch, ès principale vitre, il y a en éminence et en supériorité, les armes de France et de Bretagne, et plus bas, joignant les dites armes, un écusson au franc canton d'azur et un lion rampant dargent armé et lampassé de gueules, qui sont les armes de la seigneurie du Juch, quoique la dite fenêtre soit à présent au seigneur marquis de Molac
« Le reste des vitres de la dite église sont armoyées des armes du dit Juch et de ses alliances sans qu'il y ait autres écussons ny armoiries, ès dites vitres.
« Du côté de l'Epitre, joignant le petit balustre, est le banc et accoudoir du dit Le Juch armoyé de ses armes.
« Au-dessus de la porte faisant l'entrée du chantouer et supportant le dôme, il y a un écusson du dit Juch en bosse.
« Au haut du dit dôme et au niveau de la poutre, il y a un écusson des armes de Rosmadec.
« ll y a aussi au-dessus de la fenêtre de la chambre de l'église, au second pignon du midy, un écusson des armes du Juch en bosse."
— CASTEL (Yves-Pascal), 1979, Les vases acoustiques.
"Vitraux : Verrière du chevet consacrée à la Crucifixion, XVIè siècle, oeuvre exécutée à bon marché, refaite en partie (C.) ; donatrice en vêtements armoriés (Juch et Pont-l'Abbé)."
— COUFFON (René), LE BARS (Alfred), 1959, Le Juch, in répertoire des églises et chapelles du diocèse de Quimper
"Ce vitrail atypique peut sembler désordonné de premier abord. Cette grande crucifixion des années 1540 a été déplacée dans le chœur lors de sa reconstruction en 1688. Son aspect particulier est dû à son installation dans un emplacement qui ne lui était pas destiné et à son ré-assemblage avec d’autres vitraux. Au XXe siècle l’ensemble a été démonté pendant l’occupation allemande pour le protéger et n’a pas été remonté correctement. Il a été restauré en 1950 par Jean-Jacques Gruber, célèbre verrier de l’École de Nancy.
Les parties les plus anciennes sont les éléments architecturaux en grisaille surplombant la scène de la crucifixion (dais). Au tympan se trouvaient autrefois les armoiries des seigneurs du Juch remplacées par des pièces de vitrail éparses. Auparavant la donatrice, aux armes de Pont-l’Abbé, apparaissait en bas des lancettes ; aujourd’hui ne subsistent que quelques fragments du portrait de son époux.
La scène centrale représente la Vierge accompagnée de saint Jean et d’une sainte femme aux pieds du Christ crucifié et des deux larrons."
— GATOUILLAT (Françoise), HÉROLD (Michel), 2005, Les vitraux de Bretagne, Corpus Vitrearum, France VII, Presses Universitaires de Rennes, Rennes, p. 183.
— INFOBRETAGNE, Ploaré :
http://www.infobretagne.com/ploare.htm
— INFOBRETAGNE, La Jaille :
http://www.infobretagne.com/famille-jaille.htm
— LAZ (Comtesse du), armoiries de Rostrenen, dont les armes de La Jaille
Cet ornement sculpté dans le granite n'est pas une gargouille, puisqu'elle ne se charge pas de l'écoulement des eaux pluviales. Elle occupe le sommet du rampant de la dernière lucarne, à sa jonction avec le chevet. Elle participe, par ses charmes, à la célébrité de l'église, et elle est décrite presque partout comme une sirène.
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1. Une sirène. Sophie Duhem, et tous les sites patrimoniaux sur le net.
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a) Sophie Duhem.
"L'infamie de la luxure a trouvé dans l'art breton un être à sa dimension —la femme— dont les nudités voluptueuses sont des gouffres de l'âme pour l'homme jouisseur taraudé par des pensées impures. Allégorie de la séduction, son corps paré aux ondulations dansantes a pris des aspects bien divers dans l'art. En Bretagne, par exemple, la sirène est l'emblème de sa vénusté et des sortilèges qui l'accompagnent."
Le Juch, église Notre-Dame, gargouilles, XVIe-XVIIe siècle. Le corps maudit, l'ensorcelante cambrure des sirènes.
La sirène sculptée parmi les gargouilles de l'église du Juch est d'une grande beauté : le visage a subi les injures du temps, cependant la finesse du portrait, le sourire timide, le traitement des cheveux délicatement posés sur les épaules donnent une idée de la qualité de la facture originelle. L'artiste voulait suggérer la beauté comme l'indique le buste incliné sur la corniche, la tête légèrement penchée de la femme séductrice, sans oublier la majestueuse poitrine qu'elle offre de ses deux mains en la projetant vers le monde des hommes. De toutes les ensorceleuses postées au sommet des églises dans l'attente de leur coupable forfait, c'est la plus convaincante. Son visage est si expressif qu'on l'entendrait presque chanter. » Sophie Duhem Avec 3 photos, p. 116 et 120.
Ce site est plus prudent, et, sous le titre "sirène", il décrit "une queue de reptile". Alors que Sophie Duhem reprend une interprétation moralisatrice par laquelle les sirènes et femmes sculptées sont des figures de la luxure et du péché incitant les fidèles à la conversion de leur conduite, ce site ouvre la porte à d'autres interprétations.
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"La sirène. Située au niveau de la toiture sur le flanc sud du sanctuaire, au pignon de la nef, la statue de sirène est une autre particularité de l’église. Sa chevelure est abondante et ondulée, ses seins généreux évoquent une mère allaitante. Le corps se prolonge ensuite en queue nouée, qui évoque une queue de reptile.
Cette statue a été soumise à nombre d’interprétations différentes.
Dans ses mémoires, Hervé Friant, habitant du Juch au début XXe siècle, la nomme « Gwrac’hic ar Zal », la femme redoutable, la sorcière malfaisante. Cela renvoie à une vieille légende du Juch, celui d’une déesse mère, la Gwarc’h, ou « vielle femme ». Cette légende est antérieure au christianisme et pourtant présente sur la statue d’un édifice chrétien.
Le serpent apparaît comme élément de la déesse, sirène aquatique ou créature reptilienne, gardienne des eaux souterraines. De par ses seins gonflés, elle symbolise la vie, comme déesse de la fécondité.
D’autres ont vu une référence à Eve et la Genèse : une figure féminine portant la marque du péché originel, et faisant référence au serpent de la tentation et de la chute.
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2. Une femme-serpent. Hiroko Amemiya.
Une observation plus attentive, et plus exigeante dans la nomenclature de ces "ornements à type de femmes semi-humaine" est celle que l'on trouve dans l'ouvrage de Hiroko Amemiya, "Vierge ou Démone", largement cité dans ce blog.
L'universitaire de Rennes 2 qui a consacré sa thèse de 1996 aux figures maritimes de la déesse-mère remarque que nous ne voyons pas (encore faut-il regarder) une femme-poisson, mais une femme serpent.
"Femme-serpent : couchée sur le ventre, tête à gauche. Visage joufflu encadré d'une longue chevelure en torsade. Seins proéminents. Le bras droit accoudé, le gauche tendu vers l'arrière. La partie inférieure du corps a la forme d'une queue de serpent nouée, l'extrémité pointue dirigée vers le bas." (H. Amemiya)
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Illustration par Hiroko Amemiya, Vierge ou Démone page 177.
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N.B. La femme-serpent est aussi décrite par B. Rio dans son ouvrage Le Cul-bénit p. 80, avec une illustration p. 82 sous le titre "sirène".
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Ces descriptions n'ont pas besoin d'être reprises. On remarquera seulement que la queue se termine par une flèche (un dard). Et que la main droite de la femme est posée sur le sein droit, dans un geste de caresse, mais qui rappelle celui des Démones tenant une pomme.
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Je crois qu'il faut garder ouverte l'interprétation de cette femme-serpent.
Certes, le père Julien Maunoir, grand moralisateur et évangélisateur de la Bretagne soucieux de conversion de ce qu'il considérait être une terre de paganisme, est venu au Juch en 1642, et, selon son biographe, en 1657 et en 1658 . IL effectua plusieurs guérisons avec l'huile de la lampe brulant devant saint- Michel :
« Les Pères [Maunoir et Bernard] partirent de Quimper Ie 21 Août 1642, et ils expérimentèrent l'efficace de la bénédiction du consolateur de Catherine [saint Corentin] pendant leur voyage. Pensant que ce saint directeur était l'Archange de Bretagne, ils brûlèrent en son honneur un peu d'huile, dans l'église de N.-D. du Juch, devant l'image de saint Michel, en faisant quelques prières. Dès le même jour, appliquant cette huile à Jeanne Le Cor, de Douarnenez, qui souffrait de la fièvre et de douleurs aiguës depuis quinze jours, elle fut guérie de ces deux infirmités. BDHA 1909 p.
Mais on comprend mal que l'utilisateur des Tableaux de missions ou Taolennou dans lesquels les "vices" étaient toujours accompagnés de symboles qui les condamnaient expressément (luxure ici, accompagné d'un bouc) et les menaçaient toujours des flammes et tortures de l'enfer, puisse juger opportun de placer, en un lieu particulièrement ostensible, une femme nue si bien avantagée et si séduisante que la regarder est déjà commettre un péché de chair.
Cette sirène est trop joliment humaine et féminine pour être le support d'un sermon
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Il faut peut-être accepter que les villageois aient pu souhaiter — comme ailleurs des chanoines pour leurs stalles— orner leur église de figures emblématiques de leurs pulsions, sans vouloir aussitôt les dénoncer. Et qu'ils n'aient pas eu la même conscience dévote d'une bienséance catholique propre à des siècles plus tardifs.
Les exemples abondent dans l'ornementation sculptée des églises et chapelles bretonnes, notamment sous l'influence de la Renaissance, de représentations anthropomorphes hybrides dont l'unique but est d'être décoratif. Chassons les censeurs et transmetteurs de moraline et préservons notre plaisir d'admirer les œuvres des sculpteurs bretons témoins sans les recouvrir d'une "interprétation" anachronique. Ils ont été le relais d'un imaginaire ancestral dont les clefs débordent largement les tribulations bas-bretonne de recteurs face à leurs ouailles mais explorent les frontières de l'animalité et de l'humanité.
L'assimilation d'éléments hybrides venant des modillons romans, des contacts orientaux et méditerranéens pour certains, germaniques pour d'autres, est d'abord un élément de vitalité plutôt qu'un agent de la diabolisation et du dénigrement.
Et Mélusine dont se réclame la famille de Lusignan, apporte la fécondité liée à l'élément aquatique qui permet à Raymondin de posséder des terres et des châteaux :
"Et voit Melusigne en la cuve, qui estoit jusques au nombril en figure de femme et pignoit ses cheveulx, et du nombril en aval estoit en forme de queue d'un serpent, aussi grosse comme une tonne où on met harenc, et longue durement [très longue], et debatoit de sa coue l'eaue tellement qu'elle la faisoit saillir [gicler] jusques à la voulte de la chambre. »
— Jean d'Arras, Le Roman de Mélusine (1393-1394) https://fr.wikipedia.org/wiki/M%C3%A9lusine_(f%C3%A9e)
— LECLERQ-MARX (Jacqueline) 2002, Du monstre androcéphale au monstre humanisé. À propos des sirènes et des centaures, et de leur famille, dans le haut Moyen Âge et à l'époque romane , Cahiers de Civilisation Médiévale Année 2002 45-177 pp. 55-67
— MAZET (Christian), 2019, La « sirène » d’Orient en Occident comme exemple de la sélection culturelle des hybrides féminins en Méditerranée orientalisante (viiie-vie siècle av. J.-C.), in L'Animal-symbole, CTHS Éditions du Comité des travaux historiques et scientifiques,
4. église Notre-Dame de Brasparts, porche sud, granite, 1592.
5. église Saint-Edern à Lannedern, crossette de l'ossuaire, 1662.
6. église de la Sainte-Trinité de Lennon, crossette du porche sud, XVIe siècle
7. chapelle Saint-Herbot de Plonévez-du-Faou, porche ouest, granite, 1516.
8. église Saint-Suliau à Sizun, crossette de l'ossuaire, kersanton.
9. église Saint-Suliau à Sizun, ornement d'une frise du chevet, granite.
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Mais la ressemblance avec la crossette de l'ossuaire de Lannédern doit être particulièrement soulignée. Bien que cette dernière n'ait pas la beauté de la dame du Juch, elle a la même posture, la même position des bras, la même torsion de la queue et surtout la même pointe, a priori venimeuse, de la queue.
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Crossette de l'ossuaire de l'enclos paroissial de Lannédern. Photographie lavieb-aile.
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Datation vers 1700 : éléments de discussion.
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a) les datations du plan de l'association patrimoniale locale : "XVIIIe siècle.
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Annotation (flèche) sur le plan M.G Lemoigne du site lejuch-patrimoine.fr
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b) Les auteurs.
Selon Henri Waquet et Jacques Charpy, "L'influence de Ploaré, paroisse-mère de Juch avant la Révolution apparaît sur le chevet du XVIIe siècle (vers 1668) à trois pans."
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c) Les inscriptions lapidaires datées.
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Sur le mur voisin de cette sirène (je conserve la dénomination d'usage), on lit sur le mur de l'abside du chevet l'inscription :
M.RE. P. PHILIPPE
La mention Mre, abréviation de Messire, désigne en règle le recteur. Mais la liste des noms des recteurs de Ploaré ne comprend aucun Philippe. Le patronyme PHILIPPE est attesté à Ploaré. "Messire" peut aussi précéder le nom d'un prêtre, d'un curé.
Ce nom se retrouve sur le fronton du porche ouest, avec la mention M.G. PHILIPPE DE KERDALEC, P.[rêtre]. L'inscription ne peut être datée (en 1725-1726) que si on déchiffre le nom du recteur comme étant celui de Charles-Pierre Huchet.
Geneanet signale la famille PHILIPPE de Keralec.
Puis viennent dans deux cartouches séparés les noms des fabriciens, suivi de la mention "F.", "fabricien (ou fabrique)", qui, comme les gendarmes, vont toujours par deux.
R : CORNIC : F .
A : PERENNOV : F
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Un hasard d'archives ou de recherche généalogique pourrait permettre par recoupement d'identifier ces individus et éventuellement de mieux dater le monument.
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Les figures sculptées sur les pignons et façades de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
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Le chanoine Abgrall a soigneusement relevé les inscriptions de l'ensemble de l'église, tant à l'extérieur qu'à l'intérieur.
A l'intérieur, le chœur est daté par inscription de 1668 du coté nord (avec le nom du recteur de Ploaré, Guillaume Paillart (de 1676 à 1706) et de ses prêtres et curés), et de 1702 du coté sud, où se situe la sirène, avec le nom du curé, [Noël?]Le Billon. Cette famille Le Billon est bien établie à Kerstrat.
-Dans le sanctuaire, du côté de l'Evangile :
RE : M : GVILLAVME : PAILLART : DOCTEVR : EN : SORBONNE : ET : RECT. — ME : P : M : PAILLART : R - P : M : Y : LOVBOVTIN : C — 1668 : M : A : MESCVZ0
-Au côté de l'Epître :
Mre NO: LE : BILLON: DE : KERSTRAT: PRE: CVRE: 1702
Sur le bas-côté Midi, plus haut que le porche, s'ouvre une chapelle dans laquelle est un autel en granit largement sculpté, agrémenté d'anges cariatides, de moulures, fleurons et d'un médaillon central encadrant un buste de la Sainte Vierge. Le soubassement porte cette inscription :
M : N : LE : BILLON : P : CVRE : MIC : LE : BILLON : F
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Au total, la date de 1702 me paraît la plus judicieuse à choisir pour dater par approximation cette sirène.
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LES AUTRES FIGURES (MASQUES ET GARGOUILLES) ORNANT LE PIGNON EST ET LA FAÇADE SUD.
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Cette femme-serpent ne doit pas être décrite seule, isolée de son contexte, mais accompagnée des autres éléments sculptés figuratifs.
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Les figures sculptées sur les pignons et façades de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
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Les gargouilles : deux lions.
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Les figures sculptées sur les pignons et façades de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
Les figures sculptées sur les pignons et façades de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
Les figures sculptées sur les pignons et façades de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
Les figures sculptées sur les pignons et façades de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
Les figures sculptées sur les pignons et façades de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
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Le masque sur un voile du chevet.
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Les figures sculptées sur les pignons et façades de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
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Les masques de la façade sud.
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Les figures sculptées sur les pignons et façades de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
Les figures sculptées sur les pignons et façades de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
Les figures sculptées sur les pignons et façades de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
Les figures sculptées sur les pignons et façades de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
Les figures sculptées sur les pignons et façades de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
Les figures sculptées sur les pignons et façades de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
Les figures sculptées sur les pignons et façades de l'église du Juch. Photographie lavieb-aile juillet 2022.
Ancienne trève de Ploaré érigée en paroisse le 16 août 1844. EGLISE NOTRE-DAME (C.)
Dédiée aussi à saint Maudez. Elle comprend une nef de six travées avec bas-côtés terminée par un chevet à trois pans. Accolée au porche, au sud, chapelle en aile. L'édifice a été profondément remanié au XVIIè siècle et au XVIIIè siècle ; les parties les plus anciennes, l'angle sud-ouest et le porche, remontent à la fin du XVè siècle ou au début du XVIè siècle.
— ABGRALL (Chanoine Jean-Marie) et Chanoine Peyron , 1914, Le Juch, "Bulletin diocésain d'histoire et d'archéologie", 1914, pages 151, 178, 217 et suivantes
"Léglise est bâtie sur le versant Ouest d'une colline qui est très escarpée du côté Est, et sur-laquelle on reconnaît les substructions du vieux château qui fut la résidence des barons du Juch.
Les parties les plus anciennes de cette église, l'angle Sud-Ouest et le porche, portent les caractères du commencement du xvie siècle, déclin de la période ogivale. Le porche est surmonté d'une chambre qui est de construction plus récente. Sur le reste de l'édifice sont réparties des dates diverses qui indiquent des remaniements et des agrandissements.. Le caractère général de l'édifice est le même que celui de l'église de Ploaré. L'abside est également dessinée en pans coupés, rehaussés de contreforts surmontés de clochetons et de lanternons, et ces petits couronnements, en se combinant et se mariant avec le clocher, donnent une très heureuse silhouette. A l'extérieur, sur le mur Sud de l'abside, on lit cette inscription : Mre PHILIPPE . R . CORNIC , F . A : PERENNOV : F
-Sur le côté Nord est une autre inscription plus longue, mais qui ne pourrait se lire qu'en montant à une échelle. Le clocher a été ajouté après coup, en 1700, et cela de fond en comble, en faisant une tranchée dans la façade Ouest.
La porte principale est accostée de deux colonnes à grandes volutes ioniques, portant un fronton courbe dont le tympan contient cette inscription :
Mre : P : CHARLES M :Mme : MAREC
I...OI : ET : LICENC DE : KISORE : P : C
IE : EN : LVNIVERSITE M : C : PHILIPPE DE : PARIS : ET : REC DE : KERDAEC : P
-Sur le pilastre ou contrefort Sud du clocher :
RENE : RENEVOT : P : 1700
-Et sur la porte en bois : 1720 : H : H : LE : BILLON : DE : KERSTRAT : FAB
-Le clocher, accompagné de deux tourelles octogonales, terminées en dômes, a sa base surmontée d'une chambre des cloches à deux baies, entourée d'une balustrade à forte saillie. Plus haut, une seconde balustrade encadre la naissance de la flèche. A l'intérieur, composé d'une nef principale et de deux bas-côtés, des piliers octogonaux très élevés, soutiennent des arcades à moulures prismatiques.
Sur le mur du bas-côté Nord on trouve :
i : BRVT : FA : 1600
et ailleurs :
G : IONCOVR : FA : DE : KERVELLOV : 1696
-Dans le sanctuaire, du côté de l'Evangile :
RE : M : GVILLAVME : PAILLART : DOCTEVR : EN : SORBONNE : ET : RECT. — ME : P : M : PAILLART : R - P : M : Y : LOVBOVTIN : C — 1668 : M : A : MESCVZ0
-Au côté de l'Epître :
Mre NO: LE : BILLON: DE : KERSTRAT: PRE: CVRE: 1702
Sur le bas-côté Midi, plus haut que le porche, s'ouvre une chapelle dans laquelle est un autel en granit largement sculpté, agrémenté d'anges cariatides, de moulures, fleurons et d'un médaillon central encadrant un buste de la Sainte Vierge. Le soubassement porte cette inscription :
M : N : LE : BILLON : P : CVRE : MIC : LE : BILLON : F
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Voici quel était l'état des armoiries dans cette église, en 1678 : « Dans l'église tréviale du Juch, ès principale vitre, il y a en éminence et en supériorité, les armes de France et de Bretagne, et plus bas, joignant les dites armes, un écusson au franc canton d'azur et un lion rampant dargent armé et lampassé de gueules, qui sont les armes de la seigneurie du Juch, quoique la dite fenêtre soit à présent au seigneur marquis de Molac « Le reste des vitres de la dite église sont armoyées des armes du dit Juch et de ses alliances sans qu'il y ait autres écussons ny armoiries, ès dites vitres. « Du côté de l'EpUre, joignant le petit balustre, est le banc et accoudoir du dit Le Juch armoyé de ses armes. « Au-dessus de la porte faisant l'entrée du chantouer et supportant le dôme, il y a un écusson du dit Juch en bosse. « Au haut du dit dôme et au niveau de la poutre, il y a un écusson des armes de Rosmadec. « ll y a aussi au-dessus de la fenêtre de la chambre de l'église, au second pignon du midy, un écusson des armes du Juch en bosse."
Le porche sud ( début XVIe) de l'église de Le Juch. Photographie lavieb-aile juillet .
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Le pignon du porche sud, en grand appareillage, s'appuie sur un contrefort oblique à gauche tandis qu'il se poursuit sans rupture à droite par la lucarne de la deuxième chapelle. Ses angles supérieurs sont dotées de deux crossettes non figurés. Le gable (refait ?) est droit, sans crochet, avec une croix au sommet.
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Le porche proprement dit est ogival à cinq ou six rangs de colonnes à chapiteaux sur les piédroits, les colonnettes internes se poursuivant par des moulures tandis que la colonne externe se poursuit , au dessus, d'une part par l'accolade à deux crochets d'acanthe et un fleuron, et d'autre part par deux pinacles prismatiques.
Un faux gable, part des pinacles mais est tronqué et s'interrompt pour encadrer d'une part le cadran solaire de 1652 et d'autre part une pierre rectangulaire, qui portait peut-être jadis une inscription (??).
Une particularité stylistique de l'atelier suscité par Quimper et Pont-Croix est la façon dont l'accolade se poursuit extérieurement comme un faux gable, en croisant les pinacles, avant de s'appuyer sur deux lions, dont la tête a été brisée. J'ai rencontré cette particularité en Cap Sizun (Primelin, Plogoff, Esquibien) mais dans ces cas, c'est le gable supérieur qui vient croiser le pinacle, et il s'achève par deux anges tenant des phylactères.
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Le porche sud ( début XVIe) de l'église de Le Juch. Photographie lavieb-aile juillet .
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À l'intérieur du porche, la voûte est structurée par huit nervures dont la clef porte le blason en bannière (en forme de rectangle et non d'écu) sculpté du lion des seigneurs du Juch dont les armoiries sont d'azur au lion d'argent armé et lampassé de gueules . La voûte était certainement jadis peinte, tout comme ce blason.
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La porte est en anse de panier, avec trois colonnettes et chapiteaux, puis moulures, arc en accolade portant crochets et fleuron, et enfin pinacles à décor gothique de gables aigus et bourgeons. Du classique.
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Le porche sud ( début XVIe) de l'église de Le Juch. Photographie lavieb-aile juillet .
Le porche sud ( début XVIe) de l'église de Le Juch. Photographie lavieb-aile juillet .
Le porche sud ( début XVIe) de l'église de Le Juch. Photographie lavieb-aile juillet .
Le porche sud ( début XVIe) de l'église de Le Juch. Photographie lavieb-aile juillet .
Le porche sud ( début XVIe) de l'église de Le Juch. Photographie lavieb-aile juillet .
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La tête de jeune homme au centre de l'accolade.
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L'aisselle de l'accolade renferme une tête qui nous est familière, puisque nous la trouvons aussi, entre autre, au même emplacement du porche de Guengat, et reprise dans les sablières sud de Guengat, encadrée par deux dragons. Je vous renvoie aux bons auteurs :
Il est certes remarquable par son bonnet crânement posé de travers, et par les masses en chou-fleur de sa chevelure, mais on ne sera pas insensible au charme de son sourire.
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Le porche sud ( début XVIe) de l'église de Le Juch. Photographie lavieb-aile juillet .
Le porche sud ( début XVIe) de l'église de Le Juch. Photographie lavieb-aile juillet .
Le porche sud ( début XVIe) de l'église de Le Juch. Photographie lavieb-aile juillet .
Le porche sud ( début XVIe) de l'église de Le Juch. Photographie lavieb-aile juillet .
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Le dragon à gauche de l'entrée.
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En général, le visiteur, s'il n'a pas déjà pénétré dans le sanctuaire, va remarquer le dragon qui orne le côté gauche de la porte.
Remarquera-t-il son aile nervurée ? Ses oreilles ? Sa queue hérissée d'épines en éventail ? La façon dont il lèche une tête ou un autre élément difficile à identifier ?
Il fait avoir vu beaucoup de dragons sur les crossettes et surtout sur les sablières pour savoir combien il est fréquent que les dragons, tous porteurs d'ailes de chiroptères, aient l'extrémité de la queue dotée d'une tête.
Mais en réalité la queue se prolonge en épingle à cheveux, et il peut s'agir aussi du motif du monstre tenant dans sa gueule la tête d'un pauvre humain, en mise en garde des fidèles. Dans mon expérience, ce sont plutôt des lions qui ont, sur les crossettes, ce rôle.
Ou encore une autre partie anatomique du dit dragon.
Il faut savoir éclairer la sculpture, confronter les points de vue, modifier plusieurs fois l'éclairage, changer les angles de prises de vue, puis prendre le risque d'un schéma faisant la synthèse de ses découvertes.
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Le porche sud ( début XVIe) de l'église de Le Juch. Photographie lavieb-aile juillet .
Le porche sud ( début XVIe) de l'église de Le Juch. Photographie lavieb-aile juillet .
Le porche sud ( début XVIe) de l'église de Le Juch. Photographie lavieb-aile juillet .
Le porche sud ( début XVIe) de l'église de Le Juch. Photographie lavieb-aile juillet .
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L'acrobate inconvenant et sa femme à droite de la porte d'entrée.
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Le groupe sculpté sur le côté droit ne livre pas non plus tous ses secrets et c'est très bien comme cela, car la plupart des visiteurs pensent sans doute à deux anges soucieux de l'édification de leurs âmes.
Celui qui prolonge son examen reconnaît ici la figure de l'acrobate contorsionniste, qui empoigne ses chevilles et place ses pieds derrière sa tête.
Un éclairage orienté, (d'aucuns diraient : mal orienté) montre entre les jambes un trou incontestable : ce saltimbanque est nu. On peut être contorsionniste et montrer ses fesses, et Bernard Rio, dans son ouvrage très spécialisé Le Cul bénit, en propose deux ou trois exemples qui complètent ma propre liste.
Mais si le sujet est habituel, il occupe le plus souvent les emplacements marginaux ou de transition que sont les sablières et abouts de poinçons des charpentes, ou les crossettes de pierre, toujours assez loin des regards. Ou bien les miséricordes des stalles, que personne ne vous demande de soulever.
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Ici, il siège sous un porche, seuil du sanctuaire, lieu de prédilection des statues des apôtres, du Christ et de la Vierge ; qui plus est, du côté droit.
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Mais le plus surprenant est ceci : depuis que je rencontre ce turlupin, il s'est toujours affiché comme un célibataire, un noceur, un esprit libre dégagé des liens pourtant sacrés du mariage.
Mais non, voici qu'il me présente sa femme, ou bien est-ce peut-être elle qui chaperonne notre drôle et veille à sa conduite. Car elle n'a a priori rien d'une délurée, avec ses cheveux soigneusement couverts d'une coiffe, et son décolleté carré ne laissant rien deviner de ses charmes.
Mon œil ! Ces deux là font la paire, et elle lance des regards égrillards à son boute-en-train.
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Le porche sud ( début XVIe) de l'église de Le Juch. Photographie lavieb-aile juillet .
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Le porche sud ( début XVIe) de l'église de Le Juch. Photographie lavieb-aile juillet .
Le porche sud ( début XVIe) de l'église de Le Juch. Photographie lavieb-aile juillet .
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Je vous offre le cadran solaire de 1652 en prime, puisqu'il domine le porche.
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C'est un cadran en ardoise, au style métallique en chevron , où on lit l'inscription :
M. H. GVEGVENOV. RECTEVR.
1652
F. P. M. IEAN. KSALE. P. CVRE. M. P. F.
(le relevé de Couffon est partiellement à corriger)
Soit : Messire E. Gueguenou, recteur, 1652, Jean Kersalé, prêtre curé. Je n'ai pas élucidé les abréviations (F.P.M. = fait par Messire ?? ).
Henri Guéguénou ou Guéguénnou figure parmi la liste des recteurs de Ploaré pour la période de 1640 à 1656.
Un blason aux armoiries partiellement martelées y figure, couronné et entouré du collier de Saint-Michel. Ce serait l'écusson des seigneurs de Rosmadec, palé d'argent et d'azur . En effet, en 1638, Le Juch est porté au rang de baronnie et devient la possession de la famille de Rosmadec.
On voit aussi le monogramme christique IHS et le monogramme marial MÃR, chacun placé au dessus d'un petit cœur.
"Les parties les plus anciennes de cette église, l'angle Sud-Ouest et le porche, portent les caractères du commencement du xvie siècle, déclin de la période ogivale. Le porche est surmonté d'une chambre qui est de construction plus récente. Sur le reste de l'édifice sont réparties des dates diverses qui indiquent des remaniements et des agrandissements."
Les seigneurs du Juch.
"M, de Courcy nous dit que les seigneurs du Juch, barons du dit lieu, étaient sieurs de Toulancoat et de Porzmarch, en Ploaré, de Pratanroux, à Penhars, du Mur, en SaintEvarzec, et de Troheir, en Kerfeunteun. Nous parlerons des devoirs auxquels ils étaient sujets en cette dernière qualité, vis-à-vis des Evêques de Cornouailles, lorsque nous donnerons la notice de Kerfeunteun. Ils avaient pour armes : d'azur au lion d'argent armé et lampassé de gueules ; devise : Bien sûr et La non pareille. Le sire du Juch figure à l'ost du duc à Ploërmel en 1294. M. de Courcy dit que la branche aînée a été fondue en 1501 dans du Chastel, et cette baronnie a appartenu depuis aux Gouyon de la Moussaye, Montboucher et Franquetot de Coigny. D'après le procès-verbal de prééminences cité plus haut, au xvii" siècle, la terre du Juch était possédée par le marquis de Molac et les Rosmadec Les seigneurs du Juch furent donc les fondateurs et bienfaiteurs de cette église, mais ils étaient aussi fort attachés aux Pères Cordeliers de Quimper et ils possédaient dans leur église une chapelle dite du Juch, puis du Chastel, dans laquelle ils demandaient le plus souvent à être inhumés. Le nécrologe du couvent publié par M. Trevedy (Soc. Archéol., 1888) nous apprend que les restes d'Hervé du Juch, illustre chevalier, mort en Espagne, furent transportés aux Cordeliers de Quimper en 1369. En 1429, Henri du Juch (bénéficus specialis ordinis) y fut également inhumé. De même, en 1462, le chevalier Hervé du Juch, et en 1468 Jean du Juchi écuyer, père de Henri du Juch qui, suivant le nécrologe «supra id quod dici potest — 483 — dilexit fratrum ordinem » ; ce dernier mourut en son château du Mur, à Saint-Evarzec Les derniers seigneurs de ce nom inhumés aux Cordeliers furent, en 1501, Hervé du Juch, seigneur de Pratanroux, capitaine de la ville de Quimper, qui mourut regretté de tous : « Sepultus cum planctu omnium », et en 1534, Raoul du Juch, qui demanda à être enseveli avec l'habit des Frères mineurs. On peut croire que les paroissiens du Juch n'eurent pas à se plaindre de seigneurs qui montraient de si beaux sentiments de piété"
Ancienne trève de Ploaré érigée en paroisse le 16 août 1844. EGLISE NOTRE-DAME (C.)
Dédiée aussi à saint Maudez. Elle comprend une nef de six travées avec bas-côtés terminée par un chevet à trois pans. Accolée au porche, au sud, chapelle en aile. L'édifice a été profondément remanié au XVIIè siècle et au XVIIIè siècle ; les parties les plus anciennes, l'angle sud-ouest et le porche, remontent à la fin du XVè siècle ou au début du XVIè siècle. Le porche, voûté sur croisée d'ogives avec le lion du Juch à la clef, est surmonté d'une chambre d'archives plus récente ; sa façade porte un cadran solaire et l'inscription : "M. E. GVEGVENOV. RECTEVR. 1652 / F. P. M. IEAN. KSALE. CVRE. M. P. F.".
L'église Notre-Dame du Juch (xvie - xviie siècle). cette église a été, en grande partie, reconstruite aux xviie et xviiie siècles.
La maîtresse-vitre date du xvie siècle, les autres vitraux sont du xixe siècle. De l'édifice précédent, il reste le porche sud en arc brisé qui remonte à la fin du xvie siècle. Les seigneurs du Juch furent les fondateurs et bienfaiteurs de cette église64. L'édifice est classé monument historique depuis 1916.
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1) Une étude détaillée des monuments et œuvres artistiques et culturels, en Bretagne particulièrement, par le biais de mes photographies. Je privilégie les vitraux et la statuaire. 2) Une étude des noms de papillons et libellules (Zoonymie) observés en Bretagne.
"Il faudrait voir sur chaque objet que tout détail est aventure" ( Guillevic, Terrraqué). "Les vraies richesses, plus elles sont grandes, plus on a de joie à les donner." (Giono ) "Délaisse les grandes routes, prends les sentiers !" (Pythagore)