Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
5 juin 2019 3 05 /06 /juin /2019 20:56

Le Noli me tangere et le Repas d'Emmaüs du Pénity de Locronan. Bas-relief en kersanton et traces de polychromie, soubassement de la Déploration.

Élément d'un cycle des Apparitions du Christ après sa Résurrection. XVIe siècle.

.

 

 

 

 

— Voir sur Locronan :

 

 

.

.

PRÉSENTATION.

La chapelle du Pénity ("ermitage") de l'église de Locronan a été construite sous le règne de François II (1458-1488) et de la duchesse Anne (1488-1514). Elle abrite le cénotaphe de saint Ronan, et le regard du visiteur est happé par cette œuvre monumentale d'un kersanton sombre et lustré. Pourtant, on prend le temps d'admirer la statue du saint (XVIe), dans sa niche à droite de la maîtresse-vitre, ou celle de saint Michel en archange pesant les âmes (XVe), et la Déploration à six personnages en pierre polychrome (v.1520) à gauche de l'autel.

C'est dire si on pardonnera le visiteur qui négligera un peu le soubassement de cette Déploration : ce fut mon cas lors de mes visites successives.

Et pourtant ! Aujourd'hui, alors que j'ai pris le temps de m'accroupir devant ce qui fut une contretable d'autel, je l'élève à la dignité de coup de cœur du mois  et je like frénétiquement ce chef d'œuvre de kersanton. 

Ah oui alors, cela vaut la peine de se pencher sur cette plaque de 118 cm de long et  54 cm de large (depuis mon inoubliable rencontre avec Louis Chauris, j'essaye de ne pas oublier mon mètre ruban) et de l'examiner de près.

L'encadrement d'abord : ce sont deux niches délimitées en haut par des arcatures liées (avec une sorte de poireau ou fenouil tronqué en fleuron à leur aisselle), sur le coté par des pilastres rectangulaires et en bas par un bandeau à losanges (mais non, ce ne sont pas des macles !). L'Hercule ... Poirot qui sommeille d'un seul œil en chacun de nous a tôt fait de remarquer à gauche le départ d'une autre arcade : nous n'avons ici qu'un fragment de la plaque originelle. 

À gauche, c'est l'Apparition du Christ à Marie-Madeleine juste après sa Résurrection. À droite, c'est le Repas d'Emmaüs. Donc, le sujet d'ensemble, qui se poursuivait certainement, c'est celui des Apparitions du Christ, auquel j'ai été initié dans ma visite des vitraux de Strasbourg puis de Louviers : il comprend jusqu'à huit épisodes, qui s'intègrent dans ce qui est parfois appelé la "Vie glorieuse du Christ". Les autres épisodes les plus représentés sont les apparitions à saint Thomas incrédule,  à saint Pierre sur les bords du lac, aux Apôtres lors d'un repas, ou aux Apôtres sur une montagne.

 

.

 

 

Le Noli me tangere et le Repas d'Emmaüs du Pénity de Locronan.

.

CLIQUEZ, CLIQUEZ, MAIS CLIQUEZ DONC !

 

 

.

Le Noli me tangere et le Repas d'Emmaüs du Pénity de Locronan.

.

.

1°) Noli me tangere : apparition du Christ-Jardinier à Marie-Madeleine .

Je ne reviens pas sur l'iconographie d'un thème qui m'a toujours séduit et qui est basée sur le texte évangélique de Jean XX :11-18. Voir les deux articles précédemment cités, ainsi que :

Marie-Madeleine est  agenouillée à gauche, cheveux défaits, tenant sur sa poitrine le flacon d'aromate qu'elle avait amené au tombeau. Une main au dessus du couvercle, une main soutenant le fond, l'artiste connaît bien la tradition. De son vêtement, nous ne voyons que le manteau qui l'enveloppe, mais aussi une robe plissée, et des manches non moins plissées, et bouffantes au poignets.

Cela est accessoire, car ce qui compte dans cette scène, c'est l'échange des regards : c'est, pour un sculpteur s'il ne veut pas faire appel à des inscriptions, le moyen de graver la fameuse phrase NOLI ME TANGERE, "ne me touche pas" ou "Ne me retiens pas" (Jn 20:17). L'intense envie de Madeleine de s'approcher de son Maître, et l'impérieuse nécessité du respect dû au corps glorieux de Jésus. La rencontre d'un homme et d'une femme, d'une marcheuse matutinale et d'un jardinier ... Et la fulgurance de la transcendance qui trace, entre eux, une démarcation irrévocable.

Mais auparavant, les deux cris du verset 16 se sont fait entendre, où Jésus appelle  : "MARIE!". Et la femme répond en hébreu : "RABOUNNI !", ce qui veut dire "Maître".

 

 

 

.

Le Noli me tangere et le Repas d'Emmaüs du Pénity de Locronan.
Le Noli me tangere et le Repas d'Emmaüs du Pénity de Locronan.

.

Le Christ, debout, tourné de trois-quart vers Madeleine, est vêtu d'une longue tunique qui tombe sur ses pieds nus. Il tient la bêche qui le caractérise comme jardinier (kepouros dans le texte grec, "gardien du jardin").

C'est son chapeau en cloche qui se remarque. C'est bien un chapeau de jardinier, si on veut, mais il évoque surtout le chapeau de pèlerin, celui que porte souvent le Christ dans l'épisode suivant à Emmaüs. 

.

Baie 32, cathédrale de Strasbourg. Photo lavieb-aile

 

.

Nous n'avons ici ni la posture de recul du Christ, si sa main droite paume en avant dans un geste de mise en garde. L'artiste a représenté ici un geste de bénédiction.

Les cheveux longs, la moustache et la barbe seront détaillés sur la scène suivante.

.

Le Noli me tangere et le Repas d'Emmaüs du Pénity de Locronan.

.

Le visage de Marie-Madeleine est peut-être l'un des plus beaux de la statuaire en kersanton. Les traces craquelées de la polychromie jaune et ocre font ressortir le grain gris-noir de la pierre de kersantite de façon hallucinante. Le corps de la sainte est comme aspiré par le visage, et tout ce visage est aspiré par le regard éperdu, comme dans la fascination amoureuse. Rien, dans la pureté de l'ovale, dans la ligne du nez, dans celle de la bouche, ne détourne de ce regard.

.

Le Noli me tangere et le Repas d'Emmaüs du Pénity de Locronan.

.

.

2°) Apparition du Christ aux Pèlerins d'Emmaüs.

.

L'artiste n'a pas représenté le moment de la rencontre des pèlerins mais celui de la fraction du pain lors du repas de Luc: 24:30-31 : Pendant qu'il était à table avec eux, il prit le pain et, après la bénédiction, ils le rompit et le leur donna. Alors, leurs yeux s'ouvrirent et ils le reconnurent, mais il disparut de devant eux.

C'est encore une histoire de regard : "leurs yeux s'ouvrirent". Le texte grec emploie les mots ophtalmos (œil) et dianoigo δι-ανοιγω - διανοίγω "ouvrir complètement (ce qui a été fermé)" (comme pour un enfant ouvrant la matrice, le premier-né ; ou ouvrir les yeux et les oreilles ; ou ouvrir l'esprit de quelqu'un, lui faire comprendre une chose, donner la faculté de comprendre ou le désir d'apprendre. Anoigo, c'est "ouvrir", donc dianoigo apporte une accentuation du verbe.

Mais ici, on ne peut pas dire que cette ouverture des yeux et des esprits soit bien représentés. Les trois personnages sont de face, les paupières à demi baissées, avec des visages presque endormis ou morose. Réveillez-vous, les gars!

Jésus tient entre ses mains les deux morceaux du pain : donc le moment crucial a eu lieu. Cléophas tient une cruche, tandis que Lucas est devant une assiette contenant un poisson. 

.

 

 

 

Le Noli me tangere et le Repas d'Emmaüs du Pénity de Locronan.

.

Les trois visages ont des caractères communs : frange médiane, yeux en amande à paupière supérieure basse, nez droit, bouche légèrement convexe dont la lèvre inférieure est la plus charnue. La moustache du Christ débute des narines et trace un V inversé dégageant la lèvre supérieur et le philtrum, tandis que la barbe s'épaissit au niveau du menton en cinq épaisses mèches bouclées.

.

Le Noli me tangere et le Repas d'Emmaüs du Pénity de Locronan.

.

ATTRIBUTION.

L'attribution à l'un des grands ateliers de sculpteurs sur pierre de Basse-Bretagne n'a pas été affirmée par les différents auteurs, notamment pas par Emmanuelle Le Seac'h qui ne mentionne pas cette œuvre.

Je remarque néanmoins les points de convergence avec l'atelier de Bastien et Henri Prigent , actif à partir de  Landerneau entre 1527 et 1577 dans le Léon et la Cornouaille. Le souci du détail réaliste propre à cet atelier, et notamment du bouton de tunique ou de robe sur la ligne en S de l'encolure, se retrouve ici.

Le rapprochement s'impose aussi avec le sculpteur anonyme qui réalisé le porche de l'abbaye de Daoulas en 1566 : on y retrouve les arcades nouées au dessus des niches, les moustaches en V, la barbe à 5 mèches bouclées, et le bouton de robe sur le rabat en S (apôtres, Christ Sauveur).

Quelques articles pour se forger une opinion :

 

 

.

.

.

SOURCES ET LIENS.

 

 

ABGRALL (Jean-Marie), PÉRÉNNES (Henri), 1925, Notice sur Locronan. Bull. dioc. Archit. Archéol. Quimper, pages 131-143.

http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/4a4d765983806659ef1eeb10debc7f76.pdf

— BOCCARD (Michèle), 2009, "Locronan, église Saint-Ronan", Congrès Archéologique de France, 165ème session (Finistère, 2007), Paris, Société Française d'archéologie pages 185-189.

https://www.academia.edu/26540787/_Locronan_%C3%A9glise_Saint-Ronan_Congr%C3%A8s_Arch%C3%A9ologique_de_France_165%C3%A8me_session_Finist%C3%A8re_2007_Paris_SFA_2009_p._185-189

— COUFFON (René), LE BRAS (Alfred), 1988,  Répertoire des églises : paroisse de LOCRONAN, Collections numérisées – Diocèse de Quimper et Léon, consulté le 2 novembre 2017, http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/items/show/920.

http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/55a0099976c148cb034b4323cf0497e5.pdf

— DEBIDOUR (V.H), 1953, La sculpture bretonne, Plihon, Rennes.

—  DILASSER (Maurice), 1979, M. Dilasser : Un pays de Cornouaille, Locronan et sa région (Paris, 1979) ;

—  DILASSER (Maurice), 1981,Locronan (Rennes, 1981)

DIVERRES (Henri) : 1886, Notice sur la chapelle du Pénity, Bull. SAF XIII p. 9-26.


— LE SEAC'H (Emmanuelle), 2014, Sculpteurs sur pierre en Basse-Bretagne, les ateliers du XVe au XVIIe siècle, 1 vol. (407 p.) - 1 disque optique numérique (CD-ROM) : ill. en coul. ; 29 cm ; coul. ; 12 cm; Note : Index. - Notes bibliogr., bibliogr. p. 373-395. Rennes : Presses universitaires de Rennes , 2014. Éditeur scientifique : Jean-Yves Éveillard, Dominique Le Page, François Roudaut

— PÉRÉNNES (Henri), 1933, "La maîtresse-vitre de l'église de Locronan". 7 pages.

https://diocese-quimper.fr/images/stories/bibliotheque/bdha/bdha1933.pdf

WAQUET (Henri), 1919, "Locronan", Congrès archéologique Brest-Vannes, p. 554-576.

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k35688p/f670.image

 

Partager cet article
Repost0
Published by jean-yves cordier - dans Chapelles bretonnes.
5 juin 2019 3 05 /06 /juin /2019 11:28

.

Voir sur les cloches :

.

.

 

 

PRÉSENTATION.

.

Selon le chanoine Pérénnès (1940),

"L'église paroissiale, de forme rectangulaire et de style flamboyant, est du XVIe siècle, Ses murs latéraux sont penchés et lézardés. Elle a subi divers remaniements. Sur le mur, côté Nord, se trouve l'inscription : 1634 Hémon fabricien. Un pilier à l'intérieur porte la date de 1574. La sacristie a été faite en 1680, par M. Moënan, recteur. Le clocher fut foudroyé en 1735. Brisée par la chute des pierres, la cloche fut refondue la même année chez de Larivière aîné, à Brest. Elle eut pour parrain Pierre Larour, pour marraine Marie Marzin.

Abattu une seconde fois par une tempête, le clocher fut reconstruit du temps de M. Souètre, recteur en l'an 1893, sous la direction de Mr le chanoine Abgrall, architecte."

Cette  cloche de 1735, refonte d'une cloche de 600 livres réalisée sans doute vers 1675 (à l'époque, le clocher avait été foudroyée et les cloches brisées), est vraisemblablement tombée lors de la nouvelle chute du clocher vers 1893, puisqu'elle est conservée à l'intérieur de l'église, dans la chapelle sud. Elle est donc facile à examiner, du moins pour la face principale (qui porte l'inscription et le calvaire, et qui devait être orientée vers l'ouest). En effet, l'autre coté est si proche du mur que les photographies sont presque impossibles ; c'est cette face qui est ornée d'un petit médaillon de la Vierge. Elle semble intacte, hormis le sommet de l'anse. 

Le clocher de l'église de Ploéven était, en 1735,  doté de trois cloches, l'une, "la grosse" de 600 livres, l'autre de 450 livres et la troisième, toute petite, de 30 livres.

Le Finistère n'a pas conservé beaucoup de cloches de l'Ancien Régime, en raison de la fréquence des accidents ( clocher brisé ou atteint par la foudre, fissure des cloches ), mais aussi parce que les paroisses furent obligées, à la Révolution, de les faire fondre pour soutenir l'effort de guerre par la fabrication de canons. Je peux citer :

 

  • Quimper 1312. Réinstallée sur la cathédrale.
  • Pencran, 1365. En place ?
  • Landévennec 1513, (cloche de l'abbaye, en place sur le clocher de l'église paroissiale)
  • Daoulas 1568 chapelle Sainte-Anne. (déposée et exposée dans la chapelle)
  • Lampaul-Guimiliau 1715 La cloche de 1715 a été réalisée par Jean Le Beurrier et Jean François Le Beurrier, fondeurs à Brest. Encore en place ?
  • Le Faou : Thomas Le Soueff 1714, toujours à son poste.
  • Roscanvel 1781, en place.

 

.

Cette rareté justifie à elle-seule l'intérêt qui peut être porté à la cloche de Ploéven. Sans compter que celle-ci est aussi une mine d'informations.

L'échantillon d'épigraphie campanaire qu'elle propose donne accès à des renseignements sur les tournures locales du français de l'époque, sur l'orthographe, sur les usages  (le nom de la cloche est omis), sur la ponctuation de séparation faisant appel aux manicules, fleurs de lys et hermines., tandis que l'iconographie campanaire renseigne sur les modèles transmis dans les ateliers .  L'inscription de dédicace fournit les noms du recteur, du parrain, de la marraine et du fabricien, précieux témoins de la vie de la paroisse lorsqu'ils sont rapprochés des données généalogiques. Enfin, la mention du nom du fondeur, I.B. B. de la Rivière, de sa localisation à Brest et de la date, permet de documenter un sujet d'étude important, celui des fondeurs de cloche dans le Finistère sous l'Ancien Régime.

Bref, elle permet un exercice de "campanographie", cette  "l'étude descriptive des cloches dans leur contexte géographique et historique. L'étude descriptive peut être menée par le biais d'une observation in situ de la cloche, elle peut s'appuyer et être complétée par une étude historique par le biais d'une exploitation des documents ou textes d'archives." (Eric Sutter). Cette discipline reste à développer en Finistère.

Quant à la "campanologie" ou étude de la dimension acoustique et musicale, des règles d'usage de cette cloche ouvrant à une dimension ethnographique, elle n' a pas pu être menée ici.

 Malgré son intérêt exceptionnel,  la cloche de Ploéven n'a pas fait l'objet de publication spécifique. Sur place, un panneau manuscrit donne diverses informations.

Elle ne semble pas avoir fait l'objet d'un classement M.H.

(Finalement, je trouve la notice de l'Inventaire général par Castel et Quillivic de 1971 IM 29001393)

Elle mesure 83 cm de diamètre à la pince et 70 cm de haut. Les lettrines ont 15 mm de haut.

 

.

 

Cloche de 1735 conservée en l'église de Ploéven. Photographie lavieb-aile 2 juin 2019.

Cloche de 1735 conservée en l'église de Ploéven. Photographie lavieb-aile 2 juin 2019.

.

 

Cloche de 1735 conservée en l'église de Ploéven. Photographie lavieb-aile 2 juin 2019.

Cloche de 1735 conservée en l'église de Ploéven. Photographie lavieb-aile 2 juin 2019.

.

 

Cloche de 1735 conservée en l'église de Ploéven. Photographie lavieb-aile 2 juin 2019.

Cloche de 1735 conservée en l'église de Ploéven. Photographie lavieb-aile 2 juin 2019.

.

.

 

L'INSCRIPTION DE DÉDICACE.

.

Elle apparaît en majuscules entre les cordons sous le cerveau . Une élégante manicule (petite main à l'index tendu) indique le début de chaque ligne (comme sur la cloche de 1823 fondue par Viel au Faou). Mais les manicules ne sont pas centrées les unes au dessous des autres, il y a un décalage entre le début des lignes.

.

Cloche de 1735 conservée en l'église de Ploéven. Photographie lavieb-aile 2 juin 2019.

Cloche de 1735 conservée en l'église de Ploéven. Photographie lavieb-aile 2 juin 2019.

Cloche de 1735 conservée en l'église de Ploéven. Photographie lavieb-aile 2 juin 2019.

Cloche de 1735 conservée en l'église de Ploéven. Photographie lavieb-aile 2 juin 2019.

.

.

Les mots sont séparés alternativement par une hermine (emblème de la Bretagne) et une fleur de lys (emblème du roi de France). Nous trouvions cette alternance sur les cloches de 1714 fondues par Thomas Le Soueff (Plouha et le Faou), et sur la cloche de Lampaul-Guimiliau de 1715 fondue par Jean et Jean-François Le Beurrier. Les deux ateliers sont apparentés (cf. infra).

.

 

.

(manicule) SANTE * MEVEN * ORA * PRONOBIS * IE * ESTE * FAITTES * POVR * SERVIR * A LEGLISE * PARROISSIEALLE * DE * PLOVEVEN * DV * TEMPS * DE *

 

(manicule) VENERABLE * DISCRET * MISSIRE * IACQVES * MAHEE * RECTEVR DV DIT PLOVEVEN * ET *MON * PARAIN * EST * HONORABLE * HOMME * PIERRE *

manicule) LA * ROUR * ET * MA  MARAINE * EST * MARIE * MARZIN * MON * NOMMEE * ET *EST  JEAN * BOVRVOS * FABRIQVE * [puis frise géométrique]

.

Soit :
 

.

SANTE s MEVEN s ORA s PRONOBIS s IE s ESTE s FAITTES s POVR sSERVIR s A  s LEGLISE s PARROISSIEALLE s DE s PLOVEVEN s DV s TEMPS s DE s VENERABLE s ET s DISCRET sMISSIRE s IACQVES s MAHEE s RECTEVR s DV  s DIT s PLOVEVEN s ET  s MON s PARAIN sEST s HONORABLE s HOMME s PIERRE s LA sROVR s ET  s MA s MARAINE s ESTs MARIE s MARZIN s & MON s NOMMEE sET s EST s JEAN s BOVRVOS s FABRIQVEs 

ss LE s B s DE s LA s RIVIERE s LAINEE s MA s FAIT s A s BREST s LAN s 1753  s

.

.

.

Transcription :

"Saint Meen ora pro nobis. J'ai été faite pour servir à l'église paroissiale de Ploéven du temps de vénérable et discret messire Jaques Mahéo recteur du dict Ploéven et mon parrain est honorable homme Pierre Larour et ma marraine est  Marie Marzin m'ont nommée et est [lors] Jean Bourvos fabrique. "

.

Elle débute donc par une invocation au saint patron de l'église, SANTE MEEN ORA PRO NOBIS , Saint Méen priez pour nous.

Elle est suivie par la mention de la destination de cette cloche pour l'église paroissiale. L'orthographe PARROISSIEALLE n'est pas attestée ailleurs en ligne, mais on trouve, au XVII et XVIIIe, l'orthographe "parroissialle". La graphie PLOVEVEN pour Ploéven (le plou de l'ermite Even) n'est pas signalée non plus ailleurs.

.

.

Cloche de 1735 conservée en l'église de Ploéven. Photographie lavieb-aile 2 juin 2019.

Cloche de 1735 conservée en l'église de Ploéven. Photographie lavieb-aile 2 juin 2019.

Cloche de 1735 conservée en l'église de Ploéven. Photographie lavieb-aile 2 juin 2019.

Cloche de 1735 conservée en l'église de Ploéven. Photographie lavieb-aile 2 juin 2019.

Cloche de 1735 conservée en l'église de Ploéven. Photographie lavieb-aile 2 juin 2019.

Cloche de 1735 conservée en l'église de Ploéven. Photographie lavieb-aile 2 juin 2019.

.

.

Vient ensuite le nom du recteur IACQUES MAHEE, c'est à dire Jacques Mahéo.

Jacques Mahéo a été recteur de Ploéven du 15 mars 1732 à décembre 1739, en succédant à Pierre Furic. On trouve son nom inscrit sur la sacristie de la chapelle Sainte-Barbe et sur celle de Saint-Nicodème. Son évêque était alors Hyacinthe de Plœuc du Timeur (1707-1739). La formule "vénérable et discret" , fréquente en épigraphie locale, est bien commentée  par les membres d'un forum des généalogistes du Finistère :

 

"L'historien Fanch Roudaut a expliqué l'expression "vénérable et discret messire" qui s'appliquait à tous les prêtres : 
- "vénérable" s'explique par le respect dont ils devaient faire l'objet. 
- "discret" : cet adjectif ne s'expliquait pas par leur obligation d'observer le secret de la confession (ils y entendaient tous les péchés de nos ancêtres !), mais signifie la sagesse comme le prouve le dictionnaire de Grégoire de Rostronen (fur, avised-mad, segred) 
- "messire" désignait un notable, appellation partagée avec les nobles. 

Informations tirées des actes du colloque "Elites et notables en Bretagne de l'Ancien Régime à nos jours", éd. CRBC et UBO, 1999.

-DISCRET : Titre honorifique donné aux prêtres et docteurs de l'Eglise. Ex : Vénérable et discrète personne ou Vénérable et discret Missire (voir Missire) 

-MISSIRE : Terme honorifique donné aux ecclésiastiques (voir aussi Messire de sens différent). Le recteur, qui est le responsable de la paroisse est souvent qualifié dans les actes de « Vénérable et discret Missire ». Quant au curé, qui en Bretagne est le second du recteur, il lui sera donné seulement le titre de « Missire ».

Pour le grade au dessus, (les chanoines, par exemple) on trouve "noble & circonspet missire...". "

http://www.cgf-forum.fr/phpBB2/viewtopic.php?t=1186

 

Sur l'inscription lapidaire mentionnant Jacques Mahéo à la chapelle Sainte Barbe de Ploéven :

http://www.lavieb-aile.com/2018/07/la-chapelle-sainte-barbe-de-ploeven.son-calvaire-son-vitrail-sa-statuaire-son-pardon.html

 

Jacques Mahéo occupa ce poste après avoir été débouté de celui de recteur de Mellionnec  ; il y avait été nommé par son évêque le 21 mars  1730 mais René-Louis Le Pen, prêtre du diocèse et chanoine de la collégiale de Guémené, y avait été pourvu par le Pape, le 31 août 1730, d'où un long procès jusqu'au  6 janvier 1732.

Le 4 février 1719, un certain Missire Jacques Mahéo, prêtre, (peut-être donc notre personnage) assiste au mariage de sa sœur Perrine Mahéo avec Jan Odic à Neuillac (56). Le 9 mars 1721, il assiste en tant que curé de Saint-Michel (trève de Guern,56) aux funérailles de René Odic, époux de Janne Mahéo. Il occupe cette cure tréviale en mai 1721.

.

.

Cloche de 1735 conservée en l'église de Ploéven. Photographie lavieb-aile 2 juin 2019.

Cloche de 1735 conservée en l'église de Ploéven. Photographie lavieb-aile 2 juin 2019.

.

.

Le parrain et la marraine sont ensuite mentionnés :  Pierre Larour et Marie Marzin.

.

Les données de généalogie sont nombreuses concernant ces deux noms. 

 

http://h2-online.heredis.com/fr/alaing44/genealogie_gautier/individus#66644

https://gw.geneanet.org/elagathu?lang=fr&n=marzin&oc=0&p=marie

 

Imprimer son arbre

Un certain Pierre Larour, "ménager", fils de Jean Larour 1607-30 mars 1691 et de Catherine Tudel  1620-1691,  né à Pouldergat , s'est marié le 5 juillet 1676, à Pouldergat, avec Marie MARZIN de Ploéven. Celle-ci est née en  1655 et est décédée en 1725. Ce couple Pierre Larour/Marie Marzin  ne peut être celui des parrain et marraine de cette cloche.

Mais ce couple eut  5 enfants dont Pierre LAROUR (ou LAROUR LAMOUR), né le 1er ou 2 mars 1683 à Plouergat et décédé le 25 novembre 1763 au manoir de Kergoulouarn à Ploéven. Il s'est marié le 25 novembre 1706 à Ploéven, avec Magdeleine Le PICLET  Saint-Nic,1681-/1752. Il aurait 52 ans en 1735. Dans l'inscription, il est qualifié d' honorable homme. Selon le Dictionnaire de Furetière (1690), c'est là "le titre que l'on donne dans les contrats à ceux qui n'en ont point d'autres, et qui n'ont ni charge ni Seigneurie qui leur donne une distinction particulière. C'est celle que prennent les petits bourgeois, les Marchands, et les Artisans. Ce titre est à présent avili, et est en quelque façon opposé à noblesse. Il se donnoit quelquefois à ceux qui avoient passé par les Magistratures, qu'on appelloit personnes honorables, de même que ceux dont il est fait mention dans le Code Theodosien, de comitibus vacantibus, qui sont maintenant nos Vétérans ou Conseillers honoraires." Il suppose néanmoins une certaine notoriété. Sa résidence (lors de son décès) au manoir de Keroulouarn peut en être un indice.

Il doit certainement se confondre avec Pierre Larour 1678-1763, mentionné sur le panneau dans l'église, et qui  est qualifié de chevalier  portenseigne, capitaine de garde-côte ; il est dit aussi capitaine de paroisse. 

Ce Pierre LAROUR 1683-1763 épousa le 25 novembre 1706 à Ploéven Magdeleine Le PICLET (Saint-Nic, 1681-av.1752) et   ils eurent six enfants. Ils baptisèrent l'aîné Pierre, bien-sûr. 

Ce 3ème Pierre Larour de notre série est né vers 1710 à Ploéven, au manoir de Keroulouarn et décéda le 2 novembre 1774 à Saint-Nic. Il fut lieutenant de la milice garde de côte au bataillon de Crozon. Marié le 26 novembre 1737, à Saint-Nic  avec Anne POLEZEC (LE) 1718-1772, ils  nommèrent également leur aîné  Pierre LAROUR LAMOUR 1738-1804, . Mais nous pouvons écarter la candidature de ce dernier 4ème Pierre Larour  comme parrain en 1735.

.

En résumé, le parrain de cette cloche est vraisemblablement Pierre LAROUR 1683-1763. Il est intéressant de pouvoir situer géographiquement son "manoir" à 2,3 km au nord-est de l'église, sur une hauteur ( 50 m) avec les toponymes Kegoulouarn Izella (du bas) et Huella (du haut) et son moulin. Les Larour quittèrent Kergoulouarn en 1738.

https://www.google.com/maps/dir/Plo%C3%A9ven,+29550/Kergoulouarn,+29550+Plo%C3%A9ven/@48.1658079,-4.215615,15.67z/data=!4m13!4m12!1m5!1m1!1s0x4816d2808cdb2459:0x3a46a16a875ecec4!2m2!1d-4.232907!2d48.1571659!1m5!1m1!1s0x4816cd5e05a9f8e7:0x6c16535b81e79da1!2m2!1d-4.214003!2d48.166796

plan cadastral 3 P 167/1/4 Section B 1 de Kergoulouarn. 

http://mnesys-portail.archives-finistere.fr/?label_v2_geogname=Lieu&form_search_v2_geogname=Plo%C3%A9ven&form_req_v2_geogname=%7B%3Ageogname%7D__VAL_&form_op_geogname=ET&label_genreform=Type+de+document&form_search_genreform=&form_op_genreform=ET&label_dao=Avec+document%28s%29+num%C3%A9ris%C3%A9%28s%29&form_search_dao=oui&btn_valid=Rechercher&action=search&id=recherche_cadastre

Il est possible de consulter la carte Cassini et la carte d'Etat-Major

https://remonterletemps.ign.fr/comparer/basic?x=-4.217907&y=48.162835&z=15&layer1=GEOGRAPHICALGRIDSYSTEMS.CASSINI&layer2=GEOGRAPHICALGRIDSYSTEMS.ETATMAJOR40&mode=doubleMap

.

MARIE MARZIN

Selon les travaux de Jean Le Bris (qui inspirent les panneaux affichés dans l'église, Marie Marzin épousa en 1730 Jean BOURVEAU, habitant Kerlasiou ou Kerlaziou, à l'est immédiat du bourg. Ils eurent 8 enfants. A partir de 1808, ils s'allient aux Le DROFF, Le NAM et ROIGNANT.

Je ne trouve ces informations en ligne :

https://gw.geneanet.org/fazery?lang=en&pz=kilian&nz=monsart&p=jean&n=bourveau&oc=7

https://gw.geneanet.org/aperson?lang=fr&iz=10449&p=joseph&n=le+bourveau&oc=2

JEAN LE BOURVEAU (1697-1769), Kerlasiou (Kerlaziou)

.

 

Cloche de 1735 conservée en l'église de Ploéven. Photographie lavieb-aile 2 juin 2019.

Cloche de 1735 conservée en l'église de Ploéven. Photographie lavieb-aile 2 juin 2019.

.

.

Enfin, c'est le fabricien de l'année en cours qui est nommé : JEAN BOURVOS.

Il est tentant d'y lire JEAN BOURVEAU, le mari ou le fils de Marie Marzin.

Par ailleurs, le clocher porte l'inscription I : BOVRVEAU : F juste au dessus de la galerie, coté sud. Juste au dessus, une date est inscrite, on aimerait y lire 1735, mais elle est érodée. 

.

.

Cloche de 1735 conservée en l'église de Ploéven. Photographie lavieb-aile 2 juin 2019.

Cloche de 1735 conservée en l'église de Ploéven. Photographie lavieb-aile 2 juin 2019.

Chambre des cloches de  l'église de Ploéven. Photographie lavieb-aile 2 juin 2019.

Chambre des cloches de l'église de Ploéven. Photographie lavieb-aile 2 juin 2019.

Chambre des cloches de  l'église de Ploéven. Photographie lavieb-aile 2 juin 2019.

Chambre des cloches de l'église de Ploéven. Photographie lavieb-aile 2 juin 2019.

.

.

L'INSCRIPTION DU  FONDEUR DE CLOCHE. Jean-Baptiste LE BEURRIEE DE LA RIVIERE.

.

Derrière l'inscription "I * B * LE * B * DE * LA * RIVIERE * LAINEE * MA * FAIT * A *BREST * EN L'AN * 1735", nous pouvons identifier un membre de la grande lignée de fondeurs de cloches, les Beurier (orthographié parfois Beurrié, parfois Beurrier ou Le Beurrié, ou encore Le Beurriée, le nom fut définitivement fixé par le tribunal civil de Brest, le 2 septembre 1824, sous la forme Le Beurriée. ) de la Rivière.  Les initiales I.B. peuvent correspondre à "Jean-Baptiste" . La mention "l'aîné" indique qu'un autre fondeur du même nom est actif en même temps : son frère.

La seule mention d'un "Jean-Baptiste Beurier de la Rivière" est signalée sur une cloche de la chapelle Saint-Roch de Daoulas, avec la date de 1732 et la qualification de Fondeur du roi à Brest. Mais je n'ai pu vérifier cette information. La cloche actuelle de cette chapelle  a été fondue par Alphonse Viel.

Je pense que nous pouvons assimiler ce "Jean-Baptiste" à "Jean Le Beurrier de la Rivière", frère aîné de Jean-François, également fondeur. Ils ont fondu en commun la cloche de Lampaul-Guimiliau en 1715, qui comporte le même type d'inscription (mais en latin). Ils signent JOANNES LARIVIERE LE BEVRIEE ET IOANNES FRANCISCVS LE BEVRIEE. C'est le bourdon, qui pèse 4000 livres et a 1,62 m de diamètre.

De même, ils co-signent les cloches suivantes :

  • Deux cloches à Milizac (dont une de 900 livres) le 18 avril 1717.
  • Une cloche à Plouguerneau en 1718 (pour 224 livres 5 sols puis 420 livres)
  • La cloche de Bodilis en 1719 JOANNES . LE .BEVRRIEE . DE . LA . RIVIERE JOANNES . FRANCISCVS . LE . BEVRRIEE . DE . LA . RIVIERE ME .FECERVNT 
  • la cloche de Guiclan en 1729

Jean[-Baptiste] et Jean-François sont qualifiés de fondeurs du Roi à Brest.

 Jean-Baptiste fondit seul :

  • Des cloches à Saint-Pierre-Quilbignon (Brest) en 1720,
  • à Saint-Thomas de Landerneau en 1822 : une cloche de  800 livres de poids, payée 600 livres, "d'un bon timbre sonnante,  d'un bon ton qu'elle s'accommode avec les deux autres cloches"
  • à la chapelle Notre-Dame-des-Anges à Landivisiau en 1725
  • à Plougastel-Daoulas en 1726 (refonte de la cloche de l'horloge, qui était fondue)
  • à Milizac le 9 octobre 1727  (poids 500 livres, payée 650 livres)
  • à Pleyber-Christ en 1727 (grosse cloche payée à 5 sols la livre de métal)
  • à la chapelle Sainte-Anne de Milizac, le 23 décembre 1727
  • à Bodilis en 1727 encore, une cloche payée 296 livres 8 sols, fondue à Landerneau 
  • à la chapelle Saint-Eloi de Plouarzel, en 1729
  • à Plouzévédé en 1730, payé 451 livres 25 sols "pour avoir fondu la grosse cloche, remis à sa place et le palan pour la monter)
  • à la chapelle Saint-Roch à Daoulas (cf supra) en 1732
  • à Sainte-Mélaine de Morlaix en 1732 (un timbre de 27 livres)
  • à Plougonvelin en 1742, une cloche payée 353 livres
  • à Camaret en 1754.

Castel et Thomas reproduisent sa signature, dont on constate qu'elle n'emploie que le prénom "Jean" :

.

Signature de Jean-Baptiste Le Beurriée de la Rivière (in Castel et Thomas 1987)

.

 

.

Ce sont tous les deux les fils de Jacques BEURRIER DE LA RIVIÈRE, né vers 1656 à La Colombe (Manche) tout près de Villedieu-les-Poêles, qui s'installa à Vannes où il épousa Jeanne Le Douarain (1665-1726). Il décéda à l'âge de 30 ans le 24 octobre 1686 , à Saint-Patern de Vannes.

.

Jacques I BEURIER DE LA RIVIÈRE (v.1656-1686), père de Jean-Baptiste et de Jean-François.

"Jacques BEURIER DE LA RIVIÈRE, (alias LE BEURIER). Fondeur à Brest [?], puis à Vannes, et époux de Jeanne Le Douarain. Il fit, en 1683, deux cloches pour l'abbaye de Lanténac, et mourut en 1686. Son fils posthume, Jean-François, né à Vannes le 15 novembre 1686, devint fondeur à Vannes. Quant à sa femme, Jeanne Le Douarain, elle se remaria au fondeur Le Soueff. Le frère de Jacques, Etienne Beurier, était également fondeur. "

Selon la généalogie de David Dousse, Jacques LE BEURIER DE LA RIVIERE, Maître fondeur de cloches, dindandier, et Jeanne Douarain eurent trois fils, Jean-Baptiste, Yves  et Jean-François :

 

  • ♀ Vincente LE BEURIER 1683-1685

  •  Jean Baptiste LE BEURRIER, Sieur de la Rivière ca 1684-/1754 marié avec ? ?

  • Yves LE BEURIER 1685-

  • Jean François BEURIER, Saint-Patern - Vannes 15 novembre 1686-Brest Saint-Louis, 20 octobre 1756, Maître fondeur, marié entre 1710 et 1728 avec Marie PILOT 1697-1759

     

 

 

.

L'installation à Brest de Jean [-Baptiste] Le Beurrier, sieur  de la Rivière.

Il avait 2 ans au décès de son père. Sa mère Jeanne Le Douarain épousa un autre fondeur de cloches venu de la région de Villedieu-les-Poêles, Thomas LE SOUEFF, et on peut penser que celui-ci lui fut un père adoptif (tout comme pour son frère Jean-François). En effet, on le retrouve à Brest, quartier des Sept-Saints, comme Thomas Le Soueff, et c'est comme maître-fondeur de cloche à Brest qu'il se fit connaître.  

Il épouse en 1718 Françoise Sandon, fille d'un maître tapissier. Neuf enfants naissent de cette union, dont Jacques [II].

Sous le prénom de Jean, il est mentionné dans un acte du  août 1718 à Brest : Liste et estimation des meubles et objets que veut mettre en loterie Marie-Jeanne Audinay, veuve de J.B Sandon, marchand-tapissier, et qui sont déposés chez son gendre, Jean Le Beurier de la Rivière, maître-fondeur du roi au port de Brest, six pièces de tapisserie de haute tisse, fine, à verdure, 600 ¹, un tourne-broche, 36 ¹, etc. 

On signale aussi que le 26 Novembre 1720, Jean Le Beurier, sieur de la Rivière, maître fondeur pour le Roy, demeurant à Brest paroisse des Sept-Saints, visite les quatre cloches du Creisker (Bulletin diocèsain d'Histoire et d'Archéologie).

 

.

Jacques [II] LE BEURRIER LA RIVIERE, fils de Jean-Baptiste.

Notre Jean-Baptiste LE BEURRIER LA RIVIERE, Sieur de la Rivière, né vers 1684, décédé avant 1754, Maître fondeur, marié avec Françoise Sandon, eut 6 (ou 9 ?) enfants :

  •  Marie Jeanne LE BEURRIER 1719-1734

  • Jeanne Barbe Thérèse LE BEURRIER 1720-1776

  • Jacques LE BEURRIER LA RIVIÈRE 1724-1797

  • Élie François LE BEURRIER 1726-

  • Michel Philippe LE BEURRIER 1728-

  • Jeanne Marie Françoise LE BEURRIER 1731-

Parmi ceux-ci, c'est Jacques qui reprit le métier familial :

 LE BEURRIER LA RIVIÈRE Jacques (Brest, 21 février 1724 - Brest, 1797), fondeur : Fils de Jean, maître fondeur, Jacques Le Beurrier épouse en août 1754 Marie-Josèphe La Test. Veuf, il se remarie avec Françoise Noëlle Ursule de La Mare qui lui donne un fils. Dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, il est fondeur du roi, fournisseur au port et partenaire de la marine, ayant obtenu le marché pour les clous de cuivre . En 1772, il est expert à Saint-Thégonnec pour une cloche de 3670 livres fondue par Guillaume de Morlaix, "cloche vissée [viciée] en son couronnement et défectueuse". et que des ouvriers maladroits ont fêlée en la hissant dans la tour. Il fond une cloche pour Saint-Thomas de Landerneau en 1776. Il est expert à Tréflez en 1777 et à Saint-Thomas de Landerneau en 1784 (il est dit alors "fondeur et fournisseur du roi"). En avril 1789, il participe à l'assemblée générale du tiers-état de la ville en tant que député de plusieurs habitants qui ne forment ni corps ni corporation.  Membre du conseil général révolutionnaire dès juillet 1789, il est élu notable du conseil général de la commune en mars 1790.  Mais en août 1790, il est promu officier municipal pour remplacer Gabriel Duplessis-Smith et il conserve cette fonction sans discontinuer jusqu'en janvier 1793. Au cours de cette période, il est notamment administrateur de l'hôpital de septembre 1790 à février 1792. Durant la Convention, il est détenteur du marché pour la fonte du cuivre de la marine et est un temps attaché à la fonderie des canons. Il meurt en thermidor an V (juillet 1797). 

.

Jean-Baptiste, présent à un baptême le 19 mars  1718 à Brest, quartier des Sept-Saints : 

Famille « le soueff de Montalembert

https://gw.geneanet.org/jmignon2?lang=fr&p=rene+francois+marie&n=soueff+le+de+montalembert

http://lemarois.free.fr/jlm/data/r32malherbe.html

1711 - Catherine-Jeanne (ou Jeanne-Catherine) SOUEFF x Louis ROBERT d'où

1. Louis-Thomas °21.7.1711 Brest les Sept Saints (parrain: Thomas LE SOUEFF sieur signr le SOUETT, Jean LE DOARIN signe LE DOUARIN)

2. Marie-Françoise °4.8.1712 Brest les Sept Saints (parrain: François RABBY marchand, Marie-Anne PERRIER veuv de DE BELOIS chirurgien major de la marine elle signe Perrier Beloy, signatures: Antoine Raby Le Soueff Jan La Rivier La Beurrié)

3. Marie-Louise °19.3.1718 Brest les Sept Saints (parrain: Louise Sébastien de LACRAMPE lieutenant dans le régiment de Louvigny, marraine: Marie-Perrine ROME, jeune fille, signatures : Jan La Beurriée de la Rivière Jean François Le Beurriée Janne Le Duc Josèphe Romé François Larivière Elisabeth Soueff Caum Lévesque)

 

.

Jean-François Le Beurrié de la Rivière, frère de Jean-Baptiste.

Né à Vannes le 15 novembre 1686 et mort à Brest le 27 octobre 1753. Il épouse à Brest Marie PILLOT, née à Londres, élevée en France depuis 1697 et à Brest depuis 1720, qui lui a donné 5 enfants entre 1723 et 1731. 

Il a fondu seul :

  • deux cloches à Tréflez en 1716
  • une à Bodilis en 1718 (acompte de 150 livres)
  • à Quimerc'h en 1720
  • à Saint-Pol-de-Léon en 1721 (il reçoit 164 livres puis 151 livres 15 sols)

.

Les autres fondeurs de cloche de la famille LE BEURRIÉE.

.

A. LES BEURIER de VANNES

Joseph Le Beurier, maître fondeur à Vannes, marié à Madeleine Chevrier, dont il a au moins cinq enfants entre 1715 et 1723. Fond deux cloches à Vannes en 1715, avec Etienne, qui suit. Décédé à Vannes, le 19 septembre 1733. Et fondeur de la cloche de Carmesse en Neuillac. 

Etienne Le Beurier, sieur des Jardins -dit Le Beurrier des Jardins-, maître-fondeur à Vannes,  demeurant au quartier du Méné à Vannes,  fils de Joseph et frère de Jacques I (et donc oncle de Jean-Baptiste) . Décédé le 2 avril 1719. Son épouse Suzanne Delabaye appartenait aussi à une famille de poêliers normands, en eut plusieurs enfants, une fille qui épousa un chirurgien, un fils qui entra dans les ordres et Joseph Le Beurier qui, après la disparition de son père en 1719, continua à fondre des cloches jusqu'à sa mort en 1734 (Le Pesant). Il fond deux cloches pour la paroisse de Bignan en 1695 et 1698, et deux autres pour Vannes avec Joseph.

A. D Morbihan. 6E 765 : 18 octobre 1694 : Bail de 7 ans passé entre Dlle Jeanne Gainche demeurant rue Saint Gwénaël paroisse Sainte Croix et Etienne Le Beurier Me fondeur.

Archives départementales du Morbihan : 6E 765 http://patrimoine.bzh/gertrude-diffusion/dossier/immeuble-6-place-cabello-vannes/49dddd7c-90ba-4007-8bb5-8fa0aac60f48#historique

 

 

Jeanne Le Beurier épouse en 1718 Julien Huet, fils de Guillaume Huet, fondeur établi à Sainte-Melaine à Morlaix. Paroisse du Méné à Vannes

Il fond en 1721 les cloches de Neuillac et de Mûr ; en 1728 celle de Saint-Jean de Mûr ; en 1732 de Sainte-Suzanne de Mûr ; le 16 mai 1745 celle de la chapelle du Pont-d'Ars en Saint-Jacut ; en 1763 celle de Saint-Eloi en Ploudaniel (29) ; le 13 janvier 1765 une cloche pesant 1377 livres pour Noyal-Pontivy ; le 26 octobre 1766 une cloche pour Mohon ; in 1773, il refond la cloche de la chapelle de Saint-Cado en Nostang.

 Jeanne Le. Beurrier, supposée soeur de Joseph deuxième du nom, épouse un de ses voisins de la paroisse du Mené, nommé Julien Huet, né à Morlaix, évêché de Tréguier. Guillaume Huet, établi maître fondeur à Morlaix est présumé d'origine normande. Il n'est pas possible de dénombrer les cloches sorties des mains de Julien Huet, car durant une soixantaine d ' années, il exerça son art à travers nos campagnes, faisant étape à Missiriac,- Plouhinec, Saint-Jacut, Noyal-Pontivy, Saint- Goustan, Nostang, Inizio... et beaucoup d'autres-paroisses. Après une si longue et noble tâche, il s'éteignit, en 1777, rue des Douves du Mené à Vannes, laissant après lui au moins une fille. Renée, cette fille, avait contracté mariage avec un normand du diocèse de Coutances, Joachim-François Châtel, en résidence à Lorient (1774). - Hervé du Halgouet

.

.

B. LES LE BEURRIÉE de BREST.

.

Cette famille venue de Vannes passa du quartier des Sept-Saints (au pied du château, contre la Penfeld) à celui de Saint-Louis, l'église des Sept-Saints ayant été désaffectée en 1702 au profit de celle de Saint-Louis.

René-Claude LE BEURRIÉE (Brest 15 décembre 1731-1774), fils de Jean-François. Il épouse à Brest (Saint-Louis) le 26 novembre 1756 Hélène Jeanne GILBERT originaire de Paramé, dont il eut 2 enfants en 1759 (Julien, qui suit)et 1763. Il a fondu 2 cloches pour Ploumoguer, en 1760 et en 1765.

— Julien François Marie LE BEURRIÉE (24 septembre 1759 Saint Louis - Brest, décédé le 20 Mars 1818 à Brest), fils de rené-Claude,  Fondeur; Conseiller Municipal de Brest (1809-1818), Membre de La Fabrique de St Louis (1810-1818). Il épousa Marie-Olive Pincemin (1760-1828), fille de Noël Pincemin, maître pilote, baptisé aux Sept-Saints en 1712 et décédé à Saint-Louis de Brest en 1770. Il a 7 enfants entre 1784 et 1798. En 1789, il habite rue d'Aiguillon et paie 36 livres de capitation. En 1790, est commissaire des pauvres à Brest. Lors de la fête de la déesse Raison, célébrée à l'église Saint-Louis le 30 novembre 1793, de nombreux objets religieux étant mis en vente, il acquiert les chandeliers du maître-autel, deux grands candélabres et le lutrin, qu'il cache soigneusement dans sa cave. Le 14 janvier 1804, il les restitue à la fabrique au prix qu'il les avait achetés. En 1793, il reçoit 57 livres 3 sols pour supprimer les armes, écussons au pupitre et à un chandelier ainsi qu'à la grosse lampe de cuivre. Le 6 janvier 1794 (décret du 17 nivôse an II), il est chargé avec un autre fondeur, Neveu (nommé officier municipal après Thermidor), de fondre toutes les cloches du Finistère, du Morbihan, d'Ille-et-Vilaine, des Côtes du Nord et de la Manche. Ces cloches devaient, à la demande de Jean Bon Saint-André, qui voulait développer la fonderie de canon du port de Brest, être transformées en 50 canonnades et en canons. Toutes les cloches, sauf une par paroisse, avaient été descendues. Brest reçut les cloches du district de Pont-Croix, 146 de celui de Châteaulin, 100 de celui d'Auray. Celles du Haut-Léon furent rassemblées sur le quai de Léon à Landerneau. Au début de l'Empire, 100 cloches avaient échappé à la fonte. Elles furent restituées à leur paroisse ... ou à d'autres.

https://gw.geneanet.org/garric?lang=en&p=julien+francois+m&n=le+beurriee  

— Julien Marie Le BEURRIÉE (Brest 1790 -), fondeur, 

etc.

 

.

 

 

 

Cloche de 1735 conservée en l'église de Ploéven. Photographie lavieb-aile 2 juin 2019.

Cloche de 1735 conservée en l'église de Ploéven. Photographie lavieb-aile 2 juin 2019.

Cloche de 1735 conservée en l'église de Ploéven. Photographie lavieb-aile 2 juin 2019.

Cloche de 1735 conservée en l'église de Ploéven. Photographie lavieb-aile 2 juin 2019.

Cloche de 1735 conservée en l'église de Ploéven. Photographie lavieb-aile 2 juin 2019.

Cloche de 1735 conservée en l'église de Ploéven. Photographie lavieb-aile 2 juin 2019.

.

.

LES FIGURES : CROIX ET MÉDAILLON DE LA VIERGE À L'ENFANT.

.

La croix en calvaire , sur trois degrés, et décorée de rinceaux est commune à la plupart des fondeurs de cloche du XVIII et XIXe siècle en Finistère.

.

Cloche de 1735 conservée en l'église de Ploéven. Photographie lavieb-aile 2 juin 2019.

Cloche de 1735 conservée en l'église de Ploéven. Photographie lavieb-aile 2 juin 2019.

.

.

Le médaillon rectangulaire de la face opposée représente une Vierge à l'Enfant, au dessus de rinceaux.

.

Cloche de 1735 conservée en l'église de Ploéven. Photographie lavieb-aile 2 juin 2019.

Cloche de 1735 conservée en l'église de Ploéven. Photographie lavieb-aile 2 juin 2019.

.

.

La couronne.

Elle est à six anses, ornées de  têtes. Le nombre habituel d'anses est de 4, le nombre de 6 tient compte du poids de la cloche.

 

.

Cloche de 1735 conservée en l'église de Ploéven. Photographie lavieb-aile 2 juin 2019.

Cloche de 1735 conservée en l'église de Ploéven. Photographie lavieb-aile 2 juin 2019.

.

.

LES CLOCHES ACTUELLES.

Elles sont au nombre de deux. Leur inscription est difficilement lisible du sol. Je peux dire que pour l'une  l'inscription est :

 

St MEEN PATRON DE PLOEVEN

PRIEZ POUR NOUS

PARRAIN  C. PHILIPPOT

MARRAINE  M. DOARÉ.

.

L'autre porte le nom de MARIE JEAN au dessus d'une Vierge à l'Enfant couronnée.

.

Sur la face exposée à l'est, je lis sur "Marie Jean" :

JADIS COMME DEMAIN

PLOEVEN

[crucifix]

MARIE-THERESE QUINNIOU, MARRAINE

JEAN MARZIN  PARRAIN

ANNA DENNIEL

JEAN FOREY MAIRE

FRANÇOIS SAVINA, RECTEUR

ETS ----------------------

Jean Forey fut maire de 1989 à 2001.

.

Sur la voisine, je lis :

MARIE-THERESE FOREY, MARRAINE

ANDRÉ BRESOT PARRAIN

MARIANNE ----

RENE ----

.

On notera enfin que la Liste des recteurs affichée dans l'église signale qu'après la tempête de 1735,  la plus grosse des cloches de Ploéven "a été refondue chez BRIENS LOUVIERE, à Morlaix en 1735". Cette erreur témoigne néanmoins peut-être d'une cloche qui provenait de cette fonderie active au XIXe siècle.

.

Ploéven.  I. Église de Ploéven, la cloche de 1735.

;

ANNEXE.

extrait des archives : la chute de la cloche en 1735.

 

"Le neuf février mil sept cent trente cinq il y eut une si grande tempête pendant 24 heures que la curie et la pierre triangulaire vinrent à bas vers les trois heures après midy et les deux images qui sont st Pierre et st Jean placés du coté gauche sur la croix dans le cymetière et vers les quatre heures trois quart la grande cloche de la tour, pesant environ six cent livres fut levée en l'air et jettée sur les tombes des MARZIN du coté du reliquaire [ossuaire] et les deux autres dans le reliquaire dont l'une pesait environ quatre cent cinquante et l'autre environ trente et la tour sur les cloches depuis la plateforme et environ 1700 [17 heures?] la pointe de la tour avoit esté encore jetté sur l'église d'un coup de tonner et les bannières dans l'église après avoir esté tirées de leur armoires mais les cloches n'eurent point de mal. Voilà pourquoi il n'est pas à propose de relever la tour aussi haute comme auparavant. Il y a encore environ 60 ans au dire des anciens que la tour fut encore jettée a bas au gros temps et les cloches furent encore toutes brisées comme cette année cy."

.

.

.

SOURCES ET LIENS.

.

— CASTEL (Yves-Pascal), 1987, Artistes en Bretagne, dictionnaire des artistes artisans et ingénieurs en Cornouaille et en Léon sous l'Ancien-Régime. avec Tanguy Daniel et Georges-Michel Thomas. 

 

— LE BRIS (Jean), CGF 797 : panneaux explicatifs généalogiques dans l'église

— PÉRENNÈS (Henri), 1940, Ploéven, Notices sur les paroisses du diocèse de Quimper et du Léon, Bulletin Diocésain d'Histoire et d' Archéologie  de Quimper ( BDHA) 

https://diocese-quimper.fr/images/stories/bibliotheque/bdha/bdha1940.pdf

— SUTTER (Eric) 2006, La campanographie française

http://campanologie.free.fr/pdf/La_Campanographie_francaise.pdf

— TCHORSKI, épigraphie campanaire

http://tchorski.morkitu.org/1/epigraphie-01.htm

Hervé du Halgouet 1949, Vieux sons de cloches

https://broceliande.brecilien.org/IMG/pdf/spm_1949_cloches.pdf

.

Partager cet article
Repost0
Published by jean-yves cordier - dans cloches Ploéven
1 juin 2019 6 01 /06 /juin /2019 21:21

.

Pour  l'Ensemble vocal de Catherine, Warum bëtrust du dich fait partie du répertoire. Mais moi, qui suis débutant, je me retrouve à ânonner et à tâtonner de la voix  sans progresser. 

Comme tous les cancres, je contourne la difficulté en cherchant à comprendre les paroles, puis à chercher pourquoi elles sont arrivées sur la partition à laquelle je suis soumis.

Première découverte : ce Warum appartenait au "Petit livre d'Anna Magdalena Bach". Enquêtons.

.

.

Jean-Sébastien Bach est arrivé à la cour de Köthen en 1717. Trois ans plus tard, le 17 juillet 1720, sa première épouse, Maria Barbara, décéda, le laissant veuf avec 4 enfants de 6 à 13 ans. La même année, la jeune soprano Anna Magdalena Wilcke est engagée, à 19 ans, à la cour du prince Léopold d'Anhalt-Köthen et elle chante, comme prima-donna sous la direction du maître de chapelle du prince, qui la remarque : elle devient madame Bach le 3 décembre 1721. Ils auront ensemble 13 enfants entre 1723 et 1742.

.

En 1722, Jean-Sébastien offre à son épouse un cahier de musique (klavierbüchlein) afin qu'ils y copient la musique qu'elle affectionne. C'est le premier de ses deux Notenbüchlein. 25 pages sont perdus mais on y trouve aujourd'hui les cinq premières Suites françaises pour clavecin. Toutes les pièces sauf 2 sont de la main du compositeur.

Le 22 mai 1723, la famille s'installe à Leipzig. Naissance de Christiana Sophia Henrietta, qui décédera 3 ans plus tard. En février 1724, naissance de Gottfried Heinrich, le premier fils du couple. Bien que doué pour la musique, il s'avère "arriéré mental".

.

En 1725, Jean-Sébastien arrive à la maison avec un cadeau . Anna-Magdalena l'ouvre  et découvre un livre, à la couverture verte avec deux rubans jaunes pour marquer les pages. 

.

L'aria Warum betrüst du dich  BWV 516 : étude de texte.

.

.

Sur la couverture, ses trois initiales A M B (*) , ont été gravées  au fer en lettres d'or. L'année 1725 est aussi gravée en dessous en chiffres très gais, le 1 a la forme d'un petit bonhomme . Un cadeau d'anniversaire de mariage ? On ne sait pas. Mais Anna-Mag saute au cou de Jean-Seb :  Danke Schatz, merci chéri !

(*) complétées plus tard à l'encre A nna M agdal. B ach.

.

L'aria Warum betrüst du dich  BWV 516 : étude de texte.

.

.

Plus grand que le livre de 1722, il renferme 67 feuillets, dorés sur tranches et tous vierges. La soprano a compris, ce sera son deuxième Notenbüchlein. Le premier était peut-être déjà terminé ?

J-S.B n'attend pas, il l'inaugure le jour même en inscrivant à la première page sa partita en fa mineur  (première version de la Partita n°3 BWV 827).  Puis viendra en page 2 la sixième partita, puis — on n'est pas sectaire —les compositions d'autres musiciens, comme les menuets de Petzold, le rondeau "Les Bergeries" de Couperin avant que le petit livre ne devienne l'album familial où les enfants (Johann Christian, né en 1735, Carl Philipp Emmanuel, né en 1714 du premier mariage) n'y placent leurs essais de composition (CPE pages 18 à 21). C'est le plus souvent Anna-Magdalena qui tient la plume, elle copie très bien la musique, puisque c'est elle qui trace déjà les partitions de toutes les compositions de son mari. Mais d'autres pages  sont écrites par la main de Jean Sebastien, certaines par les fils Johann Christian et Carl Philipp Emanuel, et d'autres par quelques amis de la famille tels que Johann Gottfried Bernhard et Johann Gottfried Heinrich. 

.

.

Hormis les pièces pour clavecin, le Petit Livre contient 9 airs à chanter BWV 508 à 518

Ainsi, l''air So oft ich meine Tobackspfeife, la "chanson de la pipe à tabac", BWV 515 est anonyme, mais c'est peut-être une composition ou une copie de Gottfried Heinrich, car l'écriture est enfantine ou maladroite .

Et, j'y viens, c'est à la page 102 que se trouve l'aria Warum betrüst du dich,  BWV 516.

Comme c'est émouvant de le découvrir ainsi !
.

 

 

 

L'aria Warum betrüst du dich  BWV 516 : étude de texte.

.

.

La partie de dessus ne correspond pas à ma partition, mais la partie pour basse continue, c'est exactement ma partie de basse ! 

Je crois ressentir un vague frémissement de motivation pour en reprendre l'étude. 

Presque.

.

.

L'aria Warum betrüst du dich  BWV 516 : étude de texte.

.

.

C'est un air composé pour soprano ( pour Anna-Magdalena ) et basse continue. On parvient à déchiffrer les paroles, mais les voici avec la traduction en français.

.

Warum betrübst du dich und beugest dich zur Erden,
Pourquoi es-tu si triste et penchée vers la terre,
Mein sehr geplagter Geist, mein abgematter Sinn?
Mon âme si torturée, mon cœur si fatigué ?
Du sorgst, wie will es doch noch endlich mit dir werden,
Tu t'inquiètes de ce qui finalement t'arrivera,
Und fährest über Welt und über Himmel hin.
Et tu vas à travers le monde et le ciel.
Wirst du dich nicht recht fest in Gottes Willen gründen,
Si sur la volonté de Dieu tu ne t'appuies pas fermement,
Kannst du in Ewigkeit nicht wahre Ruhe finden.
Tu ne pourras pas trouver le repos dans l'éternité.

.

.

Je ne me vois pas du tout apprendre ça par cœur. Déjà  l'Erlkönig en classe d'allemand avait fait l'objet d'une impasse...

Voyons voyons comment amadouer ce texte. Six vers, c'est un sizain. Douze ou treize syllabes. Et des rimes ABABAA, en -en et -in.

Et des sons qui scandent les vers : Be- dans le premier vers, Ge- et -Ter dans le deuxième, Or- dans le troisième, ü dans le quatrième.

Des mots qui se répètent comme dich dans le premier, mein dans le deuxième, 

Ou un rappel entre Wirst du et Kannst du.

Et le chiasme "in Gottes Willen" / "in Ewigkeit".

.

Warum betrübst du dich / und beugest dich zur Erden, D

Mein sehr geplagter Geist, / mein abgematter Sinn? E. couple Geist/Sinn

Du sorgst, wie will es doch / noch endlich mit dir werden, O -I

Und fährest über Welt / und über Himmel hin. U -Ü

Wirst du dich nicht recht fest / in Gottes Willen gründen,

                                  Kannst du in Ewigkeit / nicht wahre Ruhe finden.

.

Mais tous les spécialistes sont formels : l'auteur de ce texte est inconnu.

Je retrouve pourtant des sizains avec cette structure ABABAA dans les six strophes d'octosyllabes de Meinen Jesum laß' ich nicht de Christian Keimann, repris dans les cantates BWV 70 et 70a, 124, 154 et 157 de Bach . Voici la première strophe et ses rimes -icht et -en.

Meinen Jesum laß' ich nicht.
Weil er sich für mich gegeben,
So erfordert meine Pflicht,
Klettenweis' an ihm zu kleben;
Er ist meines Lebens Licht;
Meinen Jesum laß' ich nicht.

Les rimes -icht et -en  seront encore celles des strophes 2 , 3, et 6,tandis que les strophes 4 et 5 seront en -icht et -et.

Qui est ce Christian Keimann ou Keymann (1607-1662)  ? Il fut en 1634 directeur-adjoint du lycée de Zittau, en Saxe (et recteur en 1638). Ses hymnes, au nombre de 13, passent pour les meilleurs de son temps : "ils respirent une ferme conviction de foi religieuse, et se caractérisent par une exceptionnelle beauté poétique : "They rank high among those of the 17th century, being of genuine poetic ring, fresh, strong, full of faith under manifold and heavy trials, and deeply spiritual."

Je remarque aussi que Bach lui emprunta la 1ere et 6eme strophes de son poème de 1658 pour sa cantate BWV 124 en 1725, à Leipzig, pour le 1er dimanche après l'Epiphanie, le 7 janvier 1725. L'année où il offrit à son épouse son carnet de chant. Quoique ses emprunts débutent en 1716 (BWV 70a) et se poursuivent jusqu'en 1727 (BWV 157).

Outre ce Meinen Jesum laß' ich nicht, Jean-Sébastien Bach a aussi utilisé son Freuet euch, ihr Christen alle  pour son BWV 40 ,mvt 8, 1723 et  son Sei gegrüßet, Jesu gütig (des sizains là encore, au nombre de 7) pour le BWV 410 et 499. Dans ce dernier poème, la structure des rimes est principalement  AABBBB ou AAAAAA, mais sur 42 vers, 28 se terminent en -en : une véritable manie! Que dis-je ? Une signature !

Conclusion : j'ai l'intime conviction que l'auteur anonyme de Warum betrüst du dich  avec ses rimes ABABAA est bel et bien  sorti aujourd'hui grâce à moi de son anonymat.

.

Et le sens profond du poème ? Pourquoi es-tu si triste et penchée vers la terre, Mon âme si torturée, mon cœur si fatigué ? On ignore à quelle date Anna Magdalena a copié sur son Notenbüchlein cet Aria, mais cette date peut correspondre à une période d'abattement après les décès en bas âge de sept des enfants des époux Bach. Ou relever de la posture religieuse calviniste ou luthérienne qui incitait les gens à chanter  Komm, süßer Tod, komm selge Ruh (Viens douce mort, viens bienheureux repos) BWV 478 plutôt que des chansons d'amour.

 

 

Bon, ma récréation est terminée, je reprends ma leçon avec courage. WA-A-RUM, etc... Ça va rentrer.

.

 

 

.

.

SOURCES ET LIENS.

https://imslp.org/wiki/Category:Keymann%2C_Christian

https://www.bach-digital.de/receive/BachDigitalSource_source_00001136

https://digital.staatsbibliothek-berlin.de/werkansicht?PPN=PPN862771390&PHYSID=PHYS_0102&DMDID=DMDLOG_0038

http://www.bach-cantatas.com/Texts/Chorale054-Eng3.htm

.

Partager cet article
Repost0
Published by jean-yves cordier - dans musique
1 juin 2019 6 01 /06 /juin /2019 09:21

.

.

LA BANNIÈRE LE MINOR 1989 DE SAINTE-ANNE-LA-PALUD.

.

1°) La bannière principale : sainte Anne éducatrice.

.

Bannière Le Minor 1989 de Sainte-Anne-La-Palud. Photographie lavieb-aile 31 mai 2019.

Bannière Le Minor 1989 de Sainte-Anne-La-Palud. Photographie lavieb-aile 31 mai 2019.

Bannière Le Minor 1989 de Sainte-Anne-La-Palud. Photographie lavieb-aile 31 mai 2019.

Bannière Le Minor 1989 de Sainte-Anne-La-Palud. Photographie lavieb-aile 31 mai 2019.

Bannière Le Minor 1989 de Sainte-Anne-La-Palud. Photographie lavieb-aile 31 mai 2019.

Bannière Le Minor 1989 de Sainte-Anne-La-Palud. Photographie lavieb-aile 31 mai 2019.

.

2°) La bannière de revers.

.

 

.

Bannière Le Minor 1989 de Sainte-Anne-La-Palud. Photographie lavieb-aile 31 mai 2019.

Bannière Le Minor 1989 de Sainte-Anne-La-Palud. Photographie lavieb-aile 31 mai 2019.

Bannière Le Minor 1989 de Sainte-Anne-La-Palud. Photographie lavieb-aile 31 mai 2019.

Bannière Le Minor 1989 de Sainte-Anne-La-Palud. Photographie lavieb-aile 31 mai 2019.

.

3°) Le bolduc.

.

EN ENNOR DA SANTA ANNA AR BANIEL MANA ZO

BET NEUDET E TI AR MINOR ER BLOAVEZ 1989

.

 

Bannière Le Minor 1989 de Sainte-Anne-La-Palud. Photographie lavieb-aile 31 mai 2019.

Bannière Le Minor 1989 de Sainte-Anne-La-Palud. Photographie lavieb-aile 31 mai 2019.

.

.

LES AUTRES BANNIÈRES EXPOSÉES À SAINTE-ANNE-LA-PALUD.

.

I.Bannière du couronnement 31 août 1913.

Brodée par les religieuses du Carmel.

.

.

Bannière de Sainte-Anne-La-Palud. Photographie lavieb-aile 31 mai 2019.

Bannière de Sainte-Anne-La-Palud. Photographie lavieb-aile 31 mai 2019.

Bannière de Sainte-Anne-La-Palud. Photographie lavieb-aile 31 mai 2019.

Bannière de Sainte-Anne-La-Palud. Photographie lavieb-aile 31 mai 2019.

.

.

II. Bannière de Plonévez-Porzay (vers 1900-1903).

.

SANT MILLIAU HOR PATRON

PLONEVEZ-PORZAY

Blason de la Bretagne en haut.

Armoiries épiscopales de Mgr Dubillard évêque de Quimper de 1900 à 1907 et sa devise DEUS ADJUVA ME

Armoiries pontificales  de Léon XIII (1878-1903) et sa devise LUMEN IN COELO.

Ces armoiries permettes de dater la bannière entre 1900 et 1903.

 

Bannières exposées à Sainte-Anne-La-Palud. Photographie lavieb-aile 31 mai 2019.

Bannières exposées à Sainte-Anne-La-Palud. Photographie lavieb-aile 31 mai 2019.

Bannières exposées à Sainte-Anne-La-Palud. Photographie lavieb-aile 31 mai 2019.

Bannières exposées à Sainte-Anne-La-Palud. Photographie lavieb-aile 31 mai 2019.

.

.

 

 

III. Saint Hervé / saint Michel.

1°) Saint Hervé, son guide et son loup.

Velours vert brodé, soie brodée.

.

Bannières exposées à Sainte-Anne-La-Palud. Photographie lavieb-aile 31 mai 2019.

Bannières exposées à Sainte-Anne-La-Palud. Photographie lavieb-aile 31 mai 2019.

Bannières exposées à Sainte-Anne-La-Palud. Photographie lavieb-aile 31 mai 2019.

Bannières exposées à Sainte-Anne-La-Palud. Photographie lavieb-aile 31 mai 2019.

.

2°) Saint Michel archange terrassant le dragon : QUIS UT DEUS.

Velours bordeaux brodé, soie brodée.

.

Bannières exposées à Sainte-Anne-La-Palud. Photographie lavieb-aile 31 mai 2019.

Bannières exposées à Sainte-Anne-La-Palud. Photographie lavieb-aile 31 mai 2019.

.

IV. Bannière de saint Corentin 1913-1938.

.

Bannières exposées à Sainte-Anne-La-Palud. Photographie lavieb-aile 31 mai 2019.

Bannières exposées à Sainte-Anne-La-Palud. Photographie lavieb-aile 31 mai 2019.

.

V. Bannière de saint Mélar.

SANT MELAR PEDIT EVIDOMP.

.

 

Bannières exposées à Sainte-Anne-La-Palud. Photographie lavieb-aile 31 mai 2019.

Bannières exposées à Sainte-Anne-La-Palud. Photographie lavieb-aile 31 mai 2019.

.

.

VI. Bannière de sainte Monique.

.

Bannières exposées à Sainte-Anne-La-Palud. Photographie lavieb-aile 31 mai 2019.

Bannières exposées à Sainte-Anne-La-Palud. Photographie lavieb-aile 31 mai 2019.

.

.

VII. Bannière de sainte Thérèse de Lisieux.

JE FERAI TOMBER UNE PLUIE DE ROSES.

.

Bannières exposées à Sainte-Anne-La-Palud. Photographie lavieb-aile 31 mai 2019.

Bannières exposées à Sainte-Anne-La-Palud. Photographie lavieb-aile 31 mai 2019.

.

.

VIII. Bannière de la Vierge de l'Immaculée-Conception.

.

Bannières exposées à Sainte-Anne-La-Palud. Photographie lavieb-aile 31 mai 2019.

Bannières exposées à Sainte-Anne-La-Palud. Photographie lavieb-aile 31 mai 2019.

.

IX. Bannière de Jeanne d'Arc à Domrémy 1431-1920.

.

Soie brodée, soie peinte.

.

Bannières exposées à Sainte-Anne-La-Palud. Photographie lavieb-aile 31 mai 2019.

Bannières exposées à Sainte-Anne-La-Palud. Photographie lavieb-aile 31 mai 2019.

.

 

Partager cet article
Repost0
Published by jean-yves cordier - dans Bannières.
31 mai 2019 5 31 /05 /mai /2019 11:26

.

Le porche aux apôtres.

.

Photographie lavieb-aile 18 mai 2019.

Photographie lavieb-aile 18 mai 2019.

Photographie lavieb-aile 18 mai 2019.

Photographie lavieb-aile 18 mai 2019.

Photographie lavieb-aile 18 mai 2019.

Photographie lavieb-aile 18 mai 2019.

Photographie lavieb-aile 18 mai 2019.

Photographie lavieb-aile 18 mai 2019.

Photographie lavieb-aile 18 mai 2019.

Photographie lavieb-aile 18 mai 2019.

Photographie lavieb-aile 18 mai 2019.

Photographie lavieb-aile 18 mai 2019.

.

L'ancien porche gothique sud.

.

Photographie lavieb-aile 18 mai 2019.

Photographie lavieb-aile 18 mai 2019.

Photographie lavieb-aile 18 mai 2019.

Photographie lavieb-aile 18 mai 2019.

Photographie lavieb-aile 18 mai 2019.

Photographie lavieb-aile 18 mai 2019.

Photographie lavieb-aile 18 mai 2019.

Photographie lavieb-aile 18 mai 2019.

Partager cet article
Repost0
Published by jean-yves cordier
30 mai 2019 4 30 /05 /mai /2019 20:45

L'église de Goulven V. La peinture sur lambris (XVIIe ?) de la rencontre de saint Goulven et du comte Even.

.

 

.

Voir  sur l'église de Goulven :

.

 

 

Sur les lambris peints figurés, voir dans ce blog :

.

Et on pourra visiter aussi des lambris peints figurés à :


 

  • Mûr-de-Bretagne : chapelle Sainte-Suzanne. Accusation et condamnation de sainte Suzanne (chœur) et Passion (nef).

  • Saint-Barthélémy : chapelle Saint-Adrien. Martyre de saint Adrien (chœur)

  • Douarnenez : chapelle Saint-Michel. Voûte peinte de 56 panneaux inspirés par les taolennou de Michel de Nobletz. 1667.

  • Carnac, église Saint-Cornély. Vie de saint Corneille (nef) par Jean-Baptiste Le Corre v. 1716.

  • Ploerdut :  peintures par Jean-Baptiste Le Corre v. 1716

  • Plougrescant : chapelle Saint-Gonery

  • Ploéven, église Saint-Méen . Passion

 

.

PRÉSENTATION.

.

L'église de Goulven abrite, sur le lambris est de son transept nord, une peinture sur bois de grande taille. Jean-Marie Abgrall la dédaigne un peu lorsqu'il la décrit (BDHA de 1911) comme "une peinture naïve" mais il en interprète bien le sujet, " l'entrevue du comte Even et de saint Goulven".

 

Le site  https://www.pop.culture.gouv.fr/notice/merimee/PA00089981  du Ministère de la Culture reproduit une fiche qui la qualifie de "peinture murale" (!) et la date du "XVIIIe-début XIXe" (?) . La fiche est accompagnée d'une photo de Ph. A. Neury de 1974 pour les collections des Monuments historiques. Pour seul commentaire, hormis la mention "Restaurée" (mais quand ?), elle cite partiellement  Abgrall (dans son Architecture bretonne de 1904). La citation exacte est : " Peinture très naïve du XVIIe siècle représentant l'entrevue de saint Goulven et du comte Even, après la victoire de ce dernier sur les pirates du Nord."

Déjà, en 1850, Guillaume Lejean, dans La Bretagne, son histoire et ses historiens, 1850, s'en moquait : " Il est vrai qu'il est souvent peu fort de couleur locale, et qu'il a de ces anachronismes qui me rappellent le tableau d'une église du Bas-Léon, où le Tiern Even vient visiter Saint-Goulven en grosses bottes et en chapeau à la mousquetaire, le costume complet du temps de Louis XIII." Mais la remarque est précieuse, car si l'anachronisme consiste à peindre le comte Even (Xe siècle ?) en costume Louis XIII, il permet de dater la peinture du XVIIe siècle.

L'ouvrage de Maud Hamoury La peinture religieuse en Bretagne aux XVIIe et XVIIIe siècles (PUR 2010) ne la décrit pas : l'auteur estime-t-elle que cette peinture est antérieure ou postérieure à son champ d'étude?

L'association Goulven-découverte n'en parle pas.

Pourtant, elle ne manque pas d'intérêt, d'une part par son ancienneté, d'autre part par son sujet, — la fondation du territoire de Goulven par circumduction effectuée par l'ermite (sujet crucial pour la paroisse) —, et enfin pour son  appartenance, en histoire de l'art, à l'ensemble  Lambris peints figuratifs anciens de Bretagne (avec quelques autres en Finistère, à Dirinon et Saint-Divy)

.

DESCRIPTION.

.

La scène se passe sur une côte ( a priori bretonne) avec une falaise à droite, une terre plane au centre, une crique à gauche, et la mer en arrière-plan.

Une troupe de cavaliers en habits rouges  vient de la droite, dirigée par son chef qui a mis pied à terre. Il salue un homme en soutane qui se tient près d'une croix. La crique est jonchée de cadavres, des barques font rame vers des navires qui s'éloignent, poussés par le vent. Le navire le plus proche porte un pavillon rouge à croix blanche.

Les historiens ont reconnu dans cette scène, je l'ai dit, la rencontre de  saint Goulven et du comte Even.  En un mot, le seigneur du Léon, Even, face à l'attaque de pirates et pillards étrangers, demanda à Goulven de lui assurer son soutien spirituel, repoussa les soldats vers la mer, puis vint remercier le saint. Il lui offrit, pour fonder son monastère, autant de terre qu'il pourrait délimiter en marchant durant une journée.

L'histoire est légendaire (le mythique Goulven, venu de Bretagne insulaire au VIe siècle et évêque du Léon en 602, ne pouvant rencontrer le non moins légendaire comte Éven, censé avoir livré ce combat au Xe siècle), mais elle est racontée comme cela par le dominicain Albert le Grand, dans   La vie des saints de la Bretagne Armorique, parue en 1636.

Dans ce récit, les agresseurs sont  "Danois & Normands", et c'est bien un pavillon du Danemark qui est peint avec sa croix blanche sur fond rouge. 

Puisque l'hypothèse se dessine que le peintre ait pu suivre de près la Vie de saint Goulven d'Albert le Grand, et comme cela fournit un premier élément de datation (après 1636), voici le texte en question, avec, surligné en gras, le moment peint par notre artiste :





VII . Cependant que saint Goulven ravissoit un chacun en admiration de sa Sainteté, les Danois & Normands qui tenoient la Mer, pillans & écumans l'Ocean, aborderent à la coste de Leon, mirent leurs vaisseaux à couvert dans les Havres & jetterent plusieurs Soldats à terre pour courir & fourager le Pays. Le Seigneur de Leon (la Chronique Latine l'apelle Even), qui lors estoit en la Ville de Lesneven, fit armer ses sujets pour resister aux Barbares ; mais, avant que les aller rencontrer, il fut en poste vers saint Goulven, lequel il trouva à genoux devant une Croix, à l'une de ses Stations ; il le salua humblement, disant : "Dieu vous garde, Serviteur de Dieu ; nous avons icy prés une Armée d'Infideles à combattre ; je vous supplie de prier Dieu pour moy & mes Soldats, afin que nous puissions garentir ce Pays de leurs ravages". Le Saint luy répondit : "Monseigneur, allez hardiment ; &, quand vous aurez vaincu les ennemis, venz-moy trouver en ce lieu". Le Comte crût aux paroles du Saint, &, ayant receu sa Benediction, monta à cheval & s'en retourna en sa Ville de Lesneven, où ayant fait monter son Armée, il mena, le lendemain, ses trouppes droit vers les ennemis, les suivant à la fumée des maisons brûlées, son de toczain & clameur des Paysans. Enfin, il les rencontra tous en desordre, s'en retournans par bandes, chargez de butin & pillage, pour devoir gagner leurs Navires ; mais le Comte Even, bien servy d'espions, ayant découvert la route qu'ils tenoient, leur couppa chemin & se jetta avec une moitié de son Armée, les chargeant par derriere, de sorte qu'estans attrapez & enveloppez de l'Armée, ne pouvans ny avancer ny reculler, ils furent défaits & la pluspart tuez sur le champ, peu s'en estans fuis, qui, s'estans jettez dans les Esquifs & Chalouppes qu'ils tenoient amarez au rivage, gagnerent leurs vaisseaux, &, levans les voiles & ancres, prirent la fuite, sans envie de plus prendre terre en cette coste. Tout le butin demeura à Even, & la pluspart de leurs Navires, lesquels, à faute d'hommes, ils ne purent amener. 

VIII . Le Comte Even s'en retourna, le même jour, victorieux & triomphant à Lesneven (Ville qu'il avoit fortifiée d'un beau Chasteau & ceint de murailles &, de son nom, apellée Les-Even, qui signifie Cour d'Even), où, aprés avoir rendu graces à Dieu & départy le butin à ses Soldats, il convia les Chefs & principaux Officiers de son Armée à venir souper avec luy au Chasteau, on couvrit les tables, & tout estant disposé, comme il lavoit ses mains, il se souvint des paroles que saint Goulven luy avoit dites à son départ : "Quand Dieu vous aura donné victoire de vos ennemis, venez-moy trouver en ce lieu".

Il s'excusa vers la compagnie, la pria de faire bonne chere, nonobstant son absence, prit la poste, avec peu de train, & se rendit, en peu de temps, au mesme lieu où il avoit trouvé, le jour précedant, saint Goulven ; & d'aussi loin qu'il pût découvrir le Saint, qui estoit lors en Oraison au pied d'une Croix, il mist pied à terre, le chapeau au poing, courut vers luy ; puis, se jettant à genoux, luy baisa reveremment la main (car il estoit Prestre) & luy dit : "Mon Pere, levez-vous, car par la grace de Dieu & le merite de vos prieres, nous avons vaincu nos ennemis". Alors, le Saint qui, prosterné à terre, les bras estendus en forme de Croix, n'avoit bougé de là, priant Dieu pour le bon succés des Armes Chrestiennes, se leva sur bout &, prenant le Seigneur de Leon par la main, luy dist : "Monseigneur, rendez graces à Dieu qui vous a donné cette vistoire de vos ennemis ; observez ses Commandemens, & gardez-vous d'y contrevenir". 

IX . Even le remercia de ses bonnes instructions & luy dist qu'il demandast ce qu'il voudroit & qu'il luy octroyroit de bon cœur : "Non, (dit-il), je n'ay besoin d'aucune chose temporelle ; mais si vous voulez faire quelque aumône en action de graces & reconnoissance de cette Victoire que Dieu vous a donnée, je vous conseille de bastir un Monastere icy prés de mon Hermitage & luy donner cette forest pour y sustanter & entretenir de bons Religieux, qui, nuit & jour, y prieront Dieu pour vous & pour vos sujets". Even le luy accorda de bon cœur, & donna autant de terres au futur Monastere,qu'il en pourroit cernoyer, un jour, en marchant, &, prenant congé du Saint, se retira à Lesneven.

Au jour nommé, saint Goulven alla prendre possession de la terre qui devoit estre donnée audit Monastere, & (chose étrange) à mesure qu'il marchoit, la terre s'élevoit à ses talons comme un fossé, distinguant cette nouvelle donaison du reste des terres du Seigneur de Leon ; & ce cerne ou circuit est tenu en si grande reverence, que personne n'oseroit en avoir rien pris, Dieu ayant souvent rigoureusement puny ceux qui avoient violé ce saint pourpris, nommé communément par nos Bretons, Menehi Sant Goulven, c'est à dire, la franchise ou azile de saint Goulven, lequel terroir est encore, en ce temps, tenu pour un des plus fertiles de tout Leon. "Albert le Grand LA VIE DE SAINT GOULVEN Evesque de Leon, Confesseur, le premier de Juillet. 
 

Les détails sont bien représentés : Goulven se tient au pied d'une croix, et il était en oraison comme en témoigne son bréviaire posé sur le soubassement à coté de sa barrette. Even tient son chapeau à la main. Le saint qui était à plat-ventre vient de se relever, tout comme Even qui était à genoux, et ils s'échangent la poignée de main qui scelle l'engagement mutuel : Even lui fait donation d'une terre et d'une forêt pour fonder un monastère, et Goulven va entreprendre de circonscrire (miraculeusement) le territoire de Menehi Sant Goulven (dont on conserve le Penity).

.

 

 

 

 

 

 

 

La rencontre de saint Goulven et du comte Even, peinture sur lambris (XVIIe siècle), église de Goulven. Photographie lavieb-aile 18 mai 2019.

La rencontre de saint Goulven et du comte Even, peinture sur lambris (XVIIe siècle), église de Goulven. Photographie lavieb-aile 18 mai 2019.

.

.

ÉTUDE DE DÉTAILS.

1°) Saint Goulven

Il est vêtu d'une soutane noire dont nous pourrions compter les boutons ronds ( 33, comme l'âge du Christ) au dessus d'une chemise blanche à col pointu; il est chaussé de souliers noirs. L'apparition ou la généralisation de la soutane après le Concile de Trente est trop imprécis pour aider à la datation. Le nom français apparait en 1553-1557 chez Du Bellay. Selon M. Baulant, dans les inventaires de Meaux, la soutane existe dans les garde-robe d'ecclésiastiques, en concurrence avec les robes.

.

Nous ne voyons pas de tonsure. La  barrette est plutôt un chapeau rond à trois pointes, cerné d'un lacet perlé. Le livre (missel ou bréviaire) est ouvert, ses 3 ou 4 signets ne sont pas oubliés. Le bréviaire romain date de 1568, 1602 et 1632.

2°) Le comte Even.

Il est barbu. Il porte un habit rouge qui associe un pourpoint à crevés à boutonnage frontal, basques courtes et manches à crevés, et des hauts-de-chausse, les deux pièces sont taillées dans une étoffe fine à reflets soyeux. Les jambes sont couvertes par des bottes vert-bouteille munies d'éperons à molette.

La fraise blanche est de longueur et de hauteur moyennes.

Le chapeau rouge, sans doute de feutre, est en partie caché par une plume blanche.

Even porte l'épée au coté gauche. C'est là la tenue d'un seigneur, mais elle s'inspire de celle des officiers nobles de la Maison Royale, dite Maison rouge à laquelle appartiennent les chevau-légers et les gendarmes.

Tous ces éléments sont cohérents avec une datation dans la première moitié du XVIIe siècle.

La barbe apparue avec François Ier et encore portée en 1600 disparaît dans la noblesse vers 1630 sous Louis XIII.

Les crevés ou taillades sont abandonnés après les premières décennies du XVIIe (plus tardivement chez les femmes).

.

.

La rencontre de saint Goulven et du comte Even, peinture sur lambris (XVIIe siècle), église de Goulven. Photographie lavieb-aile 18 mai 2019.

La rencontre de saint Goulven et du comte Even, peinture sur lambris (XVIIe siècle), église de Goulven. Photographie lavieb-aile 18 mai 2019.

.

.

 

3°) Les autres cavaliers.

Ils portent aussi l'habit rouge, mais avec un pourpoint à basques longues, manches rabattues à boutons dorés. L'un porte une moustache "Louis XIII", l'autre une moustache et une barbiche, le troisième une barbiche, et les cheveux sont longs et bouclés comme avec une perruque. Tous portent le chapeau de feutre, conique, à plumet.

Tous ces détails nous rapprochent de cette gravure de Louis XIII par Pelletier (sauf la selle ; la culotte bouffante ; les bas et chaussures etc) :

.

.

4°) Les chevaux et leur harnachement.

Alors que les chevaux des compagnies de Mousquetaires étaient tous de la même robe, les chevaux représentés ici sont de robe différente : deux sont blancs (gris) et les autres sont bais. Le cheval d'Even est bai, sans balzane.

Ils sont montés sans selle, mais avec un tapis de selle (schabraque) rouge (Even), bleu ou vert frangé d'or et frappé aux coins d'emblèmes. Ces derniers sont difficiles à préciser ; on s'attendrait à trouver le lion des armoiries du Léon mais ce sont plutôt des motifs floraux ornementaux.

Ces schabraques sont complétés, en avant, de fontes,  tous occupés par le pistolet de cavalerie.

Nous trouvons aussi les étriers, la sangle ventrale, un poitrail orné d'une pierre précieuse, la martingale, le licol orné de plaques de métal doré en soleil.

Un élément remarquable est le mors à branches longues en S. Ce type de mors est visible sur les calvaires bretons monumentaux qui comportent les deux cavaliers traditionnels : ces calvaires datent du XVIe ou XVIIe siècles. On trouve un cliché sur le site de Jean-Louis Libourel d'un mors classé MH, daté du XVIIe, qualifié de "à la Connétable" en raison du Connétable de Montmorency, et qui ressemble à ceux de cette peinture. (Collection du château d'Espeyran)

 

.

.

.

5°) Les navires.

Ils sont gréés de deux mâts très apiqués avec voiles carrées (et/ou une voile latine à l'arrière) et fort château-arrière ce qui correspond à des caraques plutôt qu'à des galions ou à des flûtes du XVIIe (qui ont trois mâts) ; mais il est difficile d'être précis sur le nombre exact de mâts, et ce critère n'a rien de discriminant.

.

.

La rencontre de saint Goulven et du comte Even, peinture sur lambris (XVIIe siècle), église de Goulven. Photographie lavieb-aile 18 mai 2019.

La rencontre de saint Goulven et du comte Even, peinture sur lambris (XVIIe siècle), église de Goulven. Photographie lavieb-aile 18 mai 2019.

.

.

CONCLUSION.

Au terme de cette étude, j'ai le sentiment d'avoir réuni suffisamment d'argument pour affirmer que nous avons ici affaire à une peinture de la première moitié du XVIIe  siècle, et qu'elle n'est pas aussi "naïve" qu'il a pu le sembler. Mais n'étant qu'un touriste passant par Goulven (attiré par les bannières et les crossettes de l'église), je ne peux que suggérer que les spécialistes chevronnés ne négligent pas cette œuvre, et que les visiteurs trouvent plaisir à en découvrir les richesses.

.

 

.

ANNEXE. DOCUMENTS.

 

Quant au comte Withur, il mourut probablement vers 560. Après sa mort, le comté de Léon fut incorporé au royaume de Domnonée qui avait alors Judual pour souverain. D'après plusieurs auteurs, Withur eut pour successeur son fils Even, qui était père d'Azénor, femme de Judual. Le comte Even transporta le siège du gouvernement de Gastel-Paol à Les-Even par euphonie Lez-n-Even, Lesneven, ville fondée par lui et à laquelle il donna son nom (en français Cour d'Even).

A cette époque les côtes de Léon furent ravagées par des bandes de Saxons ou de Frisons que les belles campagnes d'Armorique continuaient à attirer, malgré le peu de succès des entreprises de ces pirates sur ce vaillant pays. Le comte Even, auquel saint Goulven avait prédit la victoire, rassembla en toute hâte son armée, attaqua les barbares au moment où chargés de butin ils allaient gagner leurs navires, et les défit complètement, « la pluspart tuez sur le champ, peu s'en estant fuis, qui, s'estant jettez dans les esquifs et chalouppes qu'ils tenoient amarez au rivage, gagnèrent leurs vaisseaux, et, levant les voiles et ancres, prirent la fuite, sans envie de plus prendre terre en ceste cote. Tout le butin demeura à Even, et la pluspart de leurs navires, lesquels, à faute d'hommes, ils ne purent amener. » (Albert le Grand, Vie de saint Goulven.)

Après sa victoire, le comte Even se rendit immédiatement auprès de saint Goulven qu'il remercia « de ses bonnes instructions » et auquel il donna pour fonder un monastère, « autant de terres qu'il en pourrait cernoyer, un jour, en marchant (I)».

(I) Les avis sont partagés au sujet de l'époque à laquelle vécut le comte Even. Comme nous l'avons vu, quelques-uns le font fils de Withur, contemporain de saint Goulven et vainqueur des Danois ou Saxons. D'autres, au nombre desquels Dom Lobineau et M. de la Borderie, mettent son existence au Xe siècle et ajoutent qu'il chassa les Normands.

Nos lecteurs liront sans doute volontiers, sur ce point intéressant d'histoire bretonne le passage suivant extrait de la Vie de saint Pol-Aurélien et ses premiers successeurs (p. 185, I8fi), par l'abbé Alexandre Thomas, aumônier du lycée de Quimper: « Mais Dom Lobineau appuie son opinion sur l'autorité du cartulaire de l'abbaye de Landévénec, qui d'après lui ferait vivre le comte Even au Xe siècle. Le feuillet 156 du cartulaire porte un acte de donation qui a pour titre: De tribu Lanriworoe. Voici la traduction des premières lignes de cet acte : « Il est déclaré dans cette description que saint Morbret eut un entretien avec saint Guennolé auquel il donna à perpétuité et sa personne et le bénéfice qu'il avait reçu du comte Even surnommé le Grand, et enfin tout ce qu'il possédait »

Donc bien loin de trouver un argument dans le cartulaire, Dom Lobineau aurait dû y constater que le comte Even était contemporain de saint Morbret qui connaissait saint Guennolé, c'est-à-dire qu'il remonterait au moins au VIe siècle. Il est vrai qu'on lit au verso du même feuillet dans le cartulaire: « Ce bénéfice avec ses revenus et ses dîmes comprend Languenoc, héritage de saint Guenaël, premier successeur de saint Guennolé, Lan-Decheue, Caer-Tan, Ran-Maes, Caer-Galueu sur la rivière d'Elovn. « L'an neuf cent cinquante et un de l'Incarnation de Notre-Seigneur Jésus Christ. »

Qui ne voit que cette date rejetée au bas de la pièce transcrite ne se rapporte nullement à l'acte même de donation ? Elle ne peut qu'indiquer à quelle époque les possessions de l'abbaye de Lanriworoe furent inscrites au cartulaire. Nous rappelons donc ce que nous avons déjà dit, que les Normands combattus par Even ne doivent pas être confondus avec les compagnons de Kollon, mais que ce sont simplement ces barbares du Nord, Danois, Saxons, Alains. etc., contre lesquels avait déjà eu à lutter Oalpurnius, père de saint Patrice, et notre roi Grallon qui les vainquit. Ceci ressort encore du Cartulaire de Landévénec où Gurdestin appelle le prince breton Gloriosus ultor Normanorum.

Nous croyons qu'après tout ce qui vient d'être dit, le doute n'est guère possible sur l'époque du comte Even et de notre saint Goulven. « (Abbé Alexandre Thomas) ».(A suivre). Albert Travers. Revue de Bretagne de Vendée & d'Anjou, Volumes 45 à 46


 

Le premier vicomte de Léon  :  Le mythique comte Even (ou Neven), souvent surnommé "Even le Grand" en raison de ses victoires contre les Normands, en particulier à Runeven en Plouider en 936, serait né vers 900 ; la tradition en fait le fondateur de Lesneven. Dom Morice en fait le père de Guyomarch Ier, comte de Léon et de Hamon, vicomte de Léon, au début du xie siècle et le cartulaire de Landévennec le cite comme donateur dans deux actes concernant les paroisses de Lanrivoaré et Lanneuffret. (Un certain Alain est aussi juste cité comme père de Guyomarch Ier de Léon.) Il serait aussi le père de Morvan, vicomte de Léon, qui aurait vécu vers 1050 et serait le père d'Ehuarn. le comte Even tient sa cour au château de Brest. Sa fille, Azénor, fera l’objet d’une légende qui, bien plus tard, fera qu’on donne son nom à l’une des tours du château.

La tradition désigne le mythique comte Even (ou Neven), parfois surnommé Even le Grand en raison de ses victoires contre les Normands, qui aurait vécu vers 900, comme étant le bâtisseur de la cité de Lesneven. La légende dit que le comte Even aurait vaincu les envahisseurs normands en 875, avec l'aide de saint Goulven.

Selon Arthur de La Borderie la Vita (récit de la vie) de Saint Goulven serait tardive (rédigée au xie ou xiie siècle) et la date fixée pour la mort du Saint le 1er juillet vers 600 serait incompatible avec l'époque du comte Even de Léon attesté dans une notice du Cartulaire de Landévennec datée du 31 mars 955. (Wikipédia)

 

 


 

.

.

SOURCES ET LIENS.

— ABGRALL (Jean-Marie), 1904, Architecture bretonne : étude des monuments du diocèse de Quimper cours d'archéologie professé au grand séminaire, Quimper, Arsène de Kerangal éditeur, page 361.  Collections numérisées – Diocèse de Quimper et Léon, consulté le 29 mai 2019,

 https://diocese-quimper.fr/bibliotheque/items/show/3196.

http://www.archive.org/stream/architecturebre00abgrgoog#page/n9/mode/2up

— ALBERT LE GRAND , 1636,  La vie des saints de la Bretagne Armorique", J. Salaun, Quimper, première édition xviie siècle, 5ème réédition 1901.

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5038760.image.hl.r=pleyben.f324.langFR

BARRALT I ALTET (Javier), 1987,  Décor peint et iconographie des voûtes lambrissées de la fin du Moyen-Âge en Bretagne

http://rcppm.org/download/biblio/Barralt_voutes-lambrissees.pdf

HAMOURY (Maud), 2010, La peinture religieuse en Bretagne aux XVIIe et XVIIIe siècles, Presses Universitaires de Rennes.

— LA BORDERIE ( Arthur de ) 1905-1914, Histoire de Bretagne", tome 1, Plihon, Honnay et Vatar, Rennes, 1905-1914 (6 vol.). Réédition Joseph Floch, Imprimeur Éditeur à Mayenne, 1975

— LA VILLEMARQUÉ  (Théodore Claude Henri Hersart de ), 1867, Bran ou le prisonnier de guerre.   Barzaz Breiz 1867, Paris, Didier et Cie

 

https://fr.wikisource.org/wiki/Page:Barzaz_Breiz,_huiti%C3%A8me_%C3%A9dition.djvu/217

— LIBOUREL (Jean-Louis) Objets de sellerie du Château d’Espeyran classés Monuments Historiques

 

— TERANA (Christian), 1996, Les uniformes de la cavalerie de la Maison du roi vers 1691, Histoire, économie & société  Année 1996  15-1  pp. 141-145

https://www.persee.fr/doc/hes_0752-5702_1996_num_15_1_1861

.

ALIF

http://portail.atilf.fr/cgi-bin/getobject_?a.139:11./var/artfla/encyclopedie/textdata/IMAGE/

 

Partager cet article
Repost0
Published by jean-yves cordier
28 mai 2019 2 28 /05 /mai /2019 13:01

.

PRÉSENTATION.

.

Lorsqu'au XVIe siècle, après la réforme liturgique entraînée par le Concile de Trente, les églises et chapelles bretonnes durent se débarrasser de leur jubé, —cette tribune transversale qui séparait la nef du chœur—, la fabrique de Goulven eut la bonne idée de ne pas brûler leur belle construction en bois, créée après 1505 [fondation de l'église, selon l'inscription lapidaire], mais de la récupérer pour monter une tribune d'orgue. [L'orgue actuel date de 1754]

Tout le jubé n'a vraisemblablement pas été ré-utilisé, et nous ne voyons aucune scène religieuses, aucun apôtre, aucun ange déroulant des phylactères, comme sur le jubé de la chapelle Saint-Fiacre du Faouët. 

Le jubé de la chapelle Saint-Fiacre du Faouët. I. Le coté de la nef (Ouest). A. La clôture.

Le jubé de la chapelle Saint-Fiacre du Faouët. I. Le coté de la nef (Ouest). B. La tribune.

Le jubé de la chapelle Saint-Fiacre du Faouët. II. Le coté du chœur (coté est).
.

.

Mais le coté jubilatoire et populaire est bien là, avec une série de masques grimaçant ou obscènes, au sein d'un décor Renaissance.

Le style Renaissance en Bretagne.

On sait que ce style a été introduit en Bretagne en 1507 avec le tombeau de Thomas James à Dol-de-Bretagne : c'est là l'origine des couples de dauphins, dragons ou oiseaux affrontés et liés autour d'un vase, que nous allons découvrir ici. La même année, Claude de Rohan fit élever à Quimper dans le même style, la tour de son palais épiscopal. On l'observe aussi sur la façade du château de Josselin (vers 1510). En Finistère, il est plus tardif, et s'observe au château de Kerjean vers 1550-1580 sous l'influence de Philibert Delorme.

Porche de Lanhouarneau 1582,

Ossuaire de Pleyben, Bodilis, Lampaul-Guimiliau et Saint-Thégonnec (1676-1682), Landivisiau, La Roche-Maurice (1640), avec leurs bustes gainés, cariatides, médaillons, pilastres aux colonnes cannelées

Porche de Saint-Houardon à Landerneau en 1604

Commana 1620-1650

À Goulven, c'est entre 1593 et 1639 que s'élève la tour-clocher de tradition encore médiévale, mais basée sur un portail Renaissance aux colonnes baguées.

.

.

Photographie lavieb-aile

.

.

En sculpture sur bois, les huchiers, menuisiers et sculpteurs tels que le Maître de Pleyben introduisent les figures des ornemanistes Renaissance dans les sablières aux cartouches à enroulements (Kerjean, Pleyben, Saint-Divy, etc), ou dans les stalles (Saint-Herbot 1550-1570), et  dans les jubés (La Roche-Maurice).

 

.

.

DESCRIPTION.

.

La balustrade de 6 mètres de long et de 80 cm de haut est divisée en dix compartiments ornés de jours de fond, surmontés d'une double arcature flamboyante et séparés par des contreforts à pinacles. Une frise de feuillages verts court en partie basse.

Les compartiments seront présentés de droite à gauche.

.

.

 

Tribune d'orgue de l'église de Goulven. Photographie lavieb-aile 18 mai 2019.

Tribune d'orgue de l'église de Goulven. Photographie lavieb-aile 18 mai 2019.

.

Compartiment n°1. Décor géométrique bleu, jaune et rouge à  roses rouge. 

N.b : des armoiries à trois roses  sont sculptées sur le mur diaphragme. Ce sont selon M. Mauguin celles d'Hervé Maucazre, d'or à trois roses de gueules. Il n'y a sans doute aucun rapport avec ce décor.

.

Armoiries d'Hervé Maucazre, d'or à trois roses de gueules. Photographie lavieb-aile

.

.

L'église de Goulven IV : la tribune d'orgue, ancien jubé du XVIe siècle.

.

.

 

Compartiment n°2. Masque. Deux griffons autour d'un vase.

Tous les masques ont des faces humaines joufflues mais des oreilles de cochon. Le restaurateur leur a donné de belles joues rouges, des lèvres vermillons et de hauts sourcils bien noirs. Celui-ci montre sa langue entre ses dents.

 

.

Tribune d'orgue de l'église de Goulven. Photographie lavieb-aile 18 mai 2019.

Tribune d'orgue de l'église de Goulven. Photographie lavieb-aile 18 mai 2019.

.

 

Tribune d'orgue de l'église de Goulven. Photographie lavieb-aile 18 mai 2019.

Tribune d'orgue de l'église de Goulven. Photographie lavieb-aile 18 mai 2019.

.

.

Compartiment n°3. Masques et roses.

.

Tribune d'orgue de l'église de Goulven. Photographie lavieb-aile 18 mai 2019.

Tribune d'orgue de l'église de Goulven. Photographie lavieb-aile 18 mai 2019.

.

 

.

Tribune d'orgue de l'église de Goulven. Photographie lavieb-aile 18 mai 2019.

Tribune d'orgue de l'église de Goulven. Photographie lavieb-aile 18 mai 2019.

.

.

Compartiment n°4. Tête de nègre / deux griffons autour d'un vase.

Les animaux ont des faces humaines et des queues qui s'échappent de cornes d'abondances ; deux autres animaux ont des têtes de dauphins

 

.

Tribune d'orgue de l'église de Goulven. Photographie lavieb-aile 18 mai 2019.

Tribune d'orgue de l'église de Goulven. Photographie lavieb-aile 18 mai 2019.

.

 

Tribune d'orgue de l'église de Goulven. Photographie lavieb-aile 18 mai 2019.

Tribune d'orgue de l'église de Goulven. Photographie lavieb-aile 18 mai 2019.

.

.

Compartiment n°5. Acrobate nu obscène. Fond géométrique et floral.

Le sexe dressé et provoquant a été bûché.

.

 

 

Tribune d'orgue de l'église de Goulven. Photographie lavieb-aile 18 mai 2019.

Tribune d'orgue de l'église de Goulven. Photographie lavieb-aile 18 mai 2019.

Tribune d'orgue de l'église de Goulven. Photographie lavieb-aile 18 mai 2019.

Tribune d'orgue de l'église de Goulven. Photographie lavieb-aile 18 mai 2019.

.

.

Compartiment n°6. Masque. Deux griffons ou dragons tenant un ruban autour d'un vase.

.

Tribune d'orgue de l'église de Goulven. Photographie lavieb-aile 18 mai 2019.

Tribune d'orgue de l'église de Goulven. Photographie lavieb-aile 18 mai 2019.

.

 

Tribune d'orgue de l'église de Goulven. Photographie lavieb-aile 18 mai 2019.

Tribune d'orgue de l'église de Goulven. Photographie lavieb-aile 18 mai 2019.

.

 

Tribune d'orgue de l'église de Goulven. Photographie lavieb-aile 18 mai 2019.

Tribune d'orgue de l'église de Goulven. Photographie lavieb-aile 18 mai 2019.

.

.

Compartiment n°7. Masque. Deux dauphins autour d'un vase.

.

 

 

Tribune d'orgue de l'église de Goulven. Photographie lavieb-aile 18 mai 2019.

Tribune d'orgue de l'église de Goulven. Photographie lavieb-aile 18 mai 2019.

.

 

Tribune d'orgue de l'église de Goulven. Photographie lavieb-aile 18 mai 2019.

Tribune d'orgue de l'église de Goulven. Photographie lavieb-aile 18 mai 2019.

.

.

Compartiment n°8. Masques. Eléments géométriques.

.

 

 

Tribune d'orgue de l'église de Goulven. Photographie lavieb-aile 18 mai 2019.

Tribune d'orgue de l'église de Goulven. Photographie lavieb-aile 18 mai 2019.

.

 

Tribune d'orgue de l'église de Goulven. Photographie lavieb-aile 18 mai 2019.

Tribune d'orgue de l'église de Goulven. Photographie lavieb-aile 18 mai 2019.

.

.

Compartiment n°9. Deux griffons affrontés.

.

 

Tribune d'orgue de l'église de Goulven. Photographie lavieb-aile 18 mai 2019.

Tribune d'orgue de l'église de Goulven. Photographie lavieb-aile 18 mai 2019.

.

.

Compartiment n° 10. Masque et éléments géométriques

.

 

Tribune d'orgue de l'église de Goulven. Photographie lavieb-aile 18 mai 2019.

Tribune d'orgue de l'église de Goulven. Photographie lavieb-aile 18 mai 2019.

Tribune d'orgue de l'église de Goulven. Photographie lavieb-aile 18 mai 2019.

Tribune d'orgue de l'église de Goulven. Photographie lavieb-aile 18 mai 2019.

Partager cet article
Repost0
Published by jean-yves cordier
27 mai 2019 1 27 /05 /mai /2019 22:02

L'église de Goulven III : ses deux bannières de procession du XVIIIe siècle.

 

Voir sur l'église de Goulven :

.

Sur les bannières, voir :

 

 

.

.

.

Ces deux bannières de procession de taille et de facture identiques occupent le chœur de l'église. Elles mesurent chacune 1,60 m de haut et 1,15 m de large, elles sont en velours rouge coupé et soie brodée, et les visages sont peints sur étoffe. Les lambrequins à 5 festons sont enrichis de franges de cannetilles , la bande supérieure forment gousset reçoit la traverse en bois. 

.

L'église de Goulven III : ses bannières anciennes.

.

.

I. LA BANNIÈRE DE SAINT GOULVEN / VIERGE AU SCEPTRE n°1.

.

H = 160 ; la = 115. Velours rouge et soie brodée. Classé au titre objet 1991/12/04 . Base Mérimée PA00089981. Base Palissy PM29001370.

 

 

1°) La bannière de saint Goulven en évêque.

inscription St GOULVEN.

Le fond est en velours rouge uni semé de rondelles d'argent . Il est brodée au fil d'argent de fleurs à huit pétales et huit sépales, avec rehaut par cannetille dorée, reliées par un rinceau.

La bordure est un simple et étroit galon doré.

Le motif central est celui de "l'évêque de la Réforme", nimbé, mitré,  dans l'attitude de la prédication, main droite expressive, tête tournée vers sa gauche et crosse écartée en diagonale . Il est sans doute  "réalisé en broderie de rapport, c'est-à-dire brodé sur toile de lin ou de soie puis appliqués sur fond de velours brodé au préalable" (Guillou), mais la trame n'est pas visible. Le visage et les mains sont peintes sur toile, sans doute — comme à Tréflez— par remplacement de broderies trop usées.

La partie inférieure est la plus colorée, avec les rayures violettes du surplis mais surtout le tapis de fleurs avec une variété de verts de bleus en dégradés et des fleurs en fils rose, abricot et jaune.

 

Les lambrequins sont à cinq festons ronds frangés de cannetilles et brodées au fil d'argent de fleurs à huit pétales et huit sépales, avec rehaut par cannetille dorée.

La présence de clochettes sous les lambrequins n'a pas été recherchée.

La traverse est en bois (?) à pommeaux en forme de fleurons, et d'aspect métallique.

Le gousset à bandes dorées porte le nom de la paroisse : ST GOULVEN écrit en rondelles d'or cousues.

La croix est en métal doré (ou en a l'aspect).

 

.

 

 

Bannière du XVIIIe siècle, église de Goulven. Photographie lavieb-aile 18 mai 2019.

Bannière du XVIIIe siècle, église de Goulven. Photographie lavieb-aile 18 mai 2019.

.

 

Bannière du XVIIIe siècle, église de Goulven. Photographie lavieb-aile 18 mai 2019.

Bannière du XVIIIe siècle, église de Goulven. Photographie lavieb-aile 18 mai 2019.

.

 

Bannière du XVIIIe siècle, église de Goulven. Photographie lavieb-aile 18 mai 2019.

Bannière du XVIIIe siècle, église de Goulven. Photographie lavieb-aile 18 mai 2019.

.

.

2°) La Vierge à l'Enfant au spectre (1).

.

Le fond, la bordure et les lambrequins sont identiques à la bannière de St Goulven, mais les fleurs sont plus simples, à cinq pétales.

Le motif central est une Vierge à l'Enfant, debout sur un croissant de lune au sein d'une mandorle de nuée à 4 séraphins (c'est donc une Vierge de l'Apocalypse) dont la particularité est qu'elle tient dans sa main droite un fuseau terminé par une fleur de lys (symbole de virginité dans le cadre du culte de l'Immaculée Conception).

 

Cet attribut est qualifié de "sceptre" par  Christiane Guillou 2010 :

"Ce mode de représentation de la Vierge portant un sceptre est courant en statuaire, on en connaît dans nombre d'églises bas-bretonnes, préfiguration de l'image de la Reine du Monde. La Vierge debout sur le croissant de lune annonce les représentations de l'Immaculée Conception. On a ici une double voire triple image avec celle de la Vierge à l'Enfant. Cette triple image en une seule bannière est à mettre à l'actif des artistes concepteurs. Mais ce n'est ni une Vierge consolatrice ni une Vierge protectrice.

Le mode de représentation choisi pour les Vierges de l'Assomption de Locquénolé et Hengoat n'est sans doute pas le plus ancien. Si l'on se fie à la base Joconde, qui répertorie les tableaux conservés dans les différents musées de France, de telles images de la montée au ciel de la Madone apparaissent, comme ici, au XVIIe et XVIIIe siècles, la Vierge au sceptre étant plus ancienne. Cette vision très enlevée d'une Vierge au bord de l'extase apparaît à cette époque de la Réforme tridentine, alors que les siècles précédents, la montée au ciel, sous la conduite du Christ, se fait d'une façon plus calme à en croire la position assise de Marie, de surcroît souvent présentée dans une mandorle. Religion de la splendeur, c'est l'image de Marie en gloire, fort loin de l'humilité de l' Annonciation ou de la Nativité qui ne sont pas présentes en bannière, à cette époque, dans ces lieux."

On trouve ce motif, deux fois représenté à Goulven, également à Lampaul-Guimiliau, à Plougonven et à Trédrez.

La Vierge est voilée et nimbée mais non couronnée. L'Enfant, également nimbé, tient le globus cruciger et trace une bénédiction .

Les fils sont blancs, argent, marron, jaune pâle, bleu clair, bleu plus soutenu pour le globe, brodés au point de Bayeux avec, pour les nuées, des spirales concentriques.

.

 

 

 

Bannière du XVIIIe siècle, église de Goulven. Photographie lavieb-aile 18 mai 2019.

Bannière du XVIIIe siècle, église de Goulven. Photographie lavieb-aile 18 mai 2019.

.

 

Bannière du XVIIIe siècle, église de Goulven. Photographie lavieb-aile 18 mai 2019.

Bannière du XVIIIe siècle, église de Goulven. Photographie lavieb-aile 18 mai 2019.

.

 

Bannière du XVIIIe siècle, église de Goulven. Photographie lavieb-aile 18 mai 2019.

Bannière du XVIIIe siècle, église de Goulven. Photographie lavieb-aile 18 mai 2019.

.

 

Bannière du XVIIIe siècle, église de Goulven. Photographie lavieb-aile 18 mai 2019.

Bannière du XVIIIe siècle, église de Goulven. Photographie lavieb-aile 18 mai 2019.

.

.

II. LA BANNIÈRE DE L'ADORATION DU SAINT-SACREMENT / VIERGE AU SCEPTRE n°2.

 

Saint-Sacrement, Vierge à l'Enfant H = 160 ; la = 115. 1991/12/04 : classé au titre objet  Soie brodée. Base Palissy PM29001371

.

1°) La bannière de l'Adoration du Saint-Sacrement.

.

Le fond est en velours rouge uni semé de lignes de  pastilles d'argent . Il est brodée au fil d'argent de fleurs à cinq pétales .

La bordure est une bande serpentine gris-argent frangée de cannetilles.

Le motif central est consacré à l'Adoration du Saint-Sacrement par deux anges agenouillés, comme à Lampaul-Guimiliau en 1667 où il témoigne de l'existence d'une confrérie, au Musée départemental breton, à Locquémeau, Plougonven, Guimiliau et Saint-Méen. Les visages et les bras sont peints sur toile.

 

"Bannière de la confrérie du Sacre, elle est aussi répandue que celle du Rosaire, à laquelle elle est souvent jumelée : deux confréries qui ont des autels spécifiques dans la plupart des églises. Ici aussi l'image est définie. Ce sont deux anges adorateurs, de chaque côté de l'hostie, flottant au-dessus d'un calice : blanc argent de l'hostie dans un rayonnement d'or, or sur or du calice, qui contient le vin devenu Sang du Christ, dans une nuée d'où émergent quelques têtes d'angelots. On n'ose, pour de simples travaux d'aiguille, évoquer le rôle du cercle dans l'iconographie et dans l'art en général, on ne saurait cependant exclure que ces théories ont influencé les concepteurs des dessins préliminaires. L'interprétation, répandue, des anges adorant l'ostensoir semble relever d'une lecture rapide. La lunule contenant l'hostie, destinée à l'ostension et proposée à l'adoration des fidèles, a pris sa forme actuelle de « soleil » au-dessus d'un piédestal au XVIe siècle. Quoiqu'il en soit, hostie au-dessus du calice ou bien hostie dans l'ostensoir, les « images » offertes aux fidèles par bannière interposées renforcent cette vision de splendeur et de lumière, quelque chose comme le buisson ardent évoqué par Moïse. [...] l'image est tellement sobre qu'elle serait de peu d'intérêt si elle n'était brodée, fastueusement, pour représenter les ailes des anges, et les rayons de l'hostie au-dessus du calice " (C. Guillou 2010)

.

 

Les lambrequins sont à cinq festons ronds frangés de cannetilles et brodées au fil d'argent de fleurs à trois pétales et gros cœur entre deux tiges en boutons.

​​​​​​​La présence de clochettes sous les lambrequins n'a pas été recherchée.

La traverse et la hampe avec sa croix sont  en bois.

.

 

Bannière du XVIIIe siècle, église de Goulven. Photographie lavieb-aile 18 mai 2019.

Bannière du XVIIIe siècle, église de Goulven. Photographie lavieb-aile 18 mai 2019.

.

 

Bannière du XVIIIe siècle, église de Goulven. Photographie lavieb-aile 18 mai 2019.

Bannière du XVIIIe siècle, église de Goulven. Photographie lavieb-aile 18 mai 2019.

.

 

Bannière du XVIIIe siècle, église de Goulven. Photographie lavieb-aile 18 mai 2019.

Bannière du XVIIIe siècle, église de Goulven. Photographie lavieb-aile 18 mai 2019.

.

.

2°) La bannière de la Vierge à l'Enfant au spectre (2).

.

Elle est identique à la précédente, mais la nuée ne forme pas une mandorle, mais un tapis, dont les angelots sont absents.

.

Bannière du XVIIIe siècle, église de Goulven. Photographie lavieb-aile 18 mai 2019.

Bannière du XVIIIe siècle, église de Goulven. Photographie lavieb-aile 18 mai 2019.

.

Bannière du XVIIIe siècle, église de Goulven. Photographie lavieb-aile 18 mai 2019.

Bannière du XVIIIe siècle, église de Goulven. Photographie lavieb-aile 18 mai 2019.

.

 

Bannière du XVIIIe siècle, église de Goulven. Photographie lavieb-aile 18 mai 2019.

Bannière du XVIIIe siècle, église de Goulven. Photographie lavieb-aile 18 mai 2019.

.

Qui a fabriqué ces deux bannières ?

.

Nous n'avons aucune certitude sur l'attribution de ces deux bannières, issues certainement du même atelier, à des brodeuses ou brodeurs particuliers. 

La fabrique s'est-elle adressée, loin du Léon, aux religieuses des Ursulines d'Amiens, ou  de la « Communauté de Saint-Joseph, développée par Madame de Montespan dans les années 1680, ou encore de la Maison et Communauté de Saint-Louis de Saint-Cyr, fondée par Madame de Maintenon en 1686 ? Ou plutôt aux Carmélites de Guingamp, de Tréguier, de Morlaix,  aux  Ursulines de Morlaix, de Tréguier, ou bien, dans leur sphère de proximilté et d'influence, à celles de Saint-Pol de Léon ou de Lesneven ?

Ou enfin aux grandes dynasties de brodeurs comme les  Tuberville ou les Landais de Lannion, ou encore les Keranfors de  Morlaix ? Ou à Ollivier Rachet, Sieur Du Pré à Landerneau ?

Un seul indice peut nous aider, et je propose d'envisager l'hypothèse qu'il suggère. En 1761, la fabrique de Tréflez achète, pour 800 livres, deux bannières de procession à Jean et Gabriel Landais, brodeurs à Lannion. Or, Tréflez est le village immédiatement voisin de Goulven. Heureusement, ces bannières anciennes ont également été conservées, et nous pouvons les comparer avec celles de Goulven. D'autant que, à la différence de ces dernières, elles font l'objet d'une notice en ligne par l'Inventaire général sur le site Gertrude :

http://patrimoine.bzh/gertrude-diffusion/dossier/banniere-de-procession-de-confrerie-don-du-rosaire-christ-en-croix-eglise-paroissiale-sainte-ediltrude-treflez/247e9a65-3f2d-49e0-8438-8edcb7ae5ec8

Certes le sujet est différent : la première est dédiée à sainte Etheldrède avec le Calvaire au verso, et la seconde au Don du Rosaire avec la Crucifixion au verso.

Certes, si  les dimensions sont très proches (1,70 x 1,15 et 1,53 x 1,05) de celles de Goulven, c'est peu significatif car toutes les bannières de procession ont le même format peu ou prou.

Mais on retrouve le fond de velours coupé, la soie brodée centrale, le gousset, et surtout les cinq festons arrondis des lambrequins. Et les fleurs brodées similaires.

Bien entendu, il faudrait étudier les techniques de broderies plus précisément, mais il me semble que si la fabrique de Tréflez s'est adressée aux Landais, la présomption est forte que celle de Goulven en avait fait autant.

Je propose donc de rassembler quelques informations sur cet atelier de Lannion.

 

"La dynastie des Landais est attestée dès 1679 et pendant tout le XVIIIe siècle. Ils vendent, entre autres, des bannières aux paroisses du Léon et du Trégor, à partir de Lannion. En 1767 la vente des bannières de Tréflez est réputée réalisée par une Demoiselle Kerpuns-Landais. Car contrairement à certaines idées reçues « les femmes occupent une place importante au sein de la communauté des brodeurs chasubliers et l'étude des statuts de cette dernière le confirme. Dès 1292 une femme est présente parmi les jurés de la corporation et en 1316, dans la liste des maîtres, figurent autant d'hommes que de femmes. Celles-ci sont reçues maîtres brodeuses aux mêmes conditions d'apprentissage et de chefs d'oeuvre que leurs collègues masculins.» C. Guillou 2010

 

On leur doit, parmi les 48 bannières étudiées par Christiane Guillou :

 

1679 Tréduder brodée par les religieuses du couvent Jean Landais Lannion B neuve, 170 livres 7 livres à un sculpteur pr promonettes, neufves et dorées Couffon p 670, notice église, PP/ Crucifixion Marie Madeleine

  • 1688 Saint Jean Trévoazan Jean Landais Lannion
  • 1715 bannière de Pédernec par Jean Landais Lannion B 
  • 1714 Plouzané Landais Lannion B 246 livres
  • 1715 Pédernec Jean Landais Lannion B Couffon 
  • 1736 St Servais Charles Landais Carhaix ou Lannion B pour 240 livres 
  • 1719 Pédernec Gabriel Landais Lannion B 
  • 1719 Plounévez-Moëdec Gabriel Landais B 230 l 
  • 1725 Plouzané Landais Lannion B 270 livres
  • 1734 Bodilis Landais Lann 100 Accommode 
  • 1736 Bodilis Landais L B neuve 800 livres

Par ailleurs, on distingue dans cette dynastie  :

  • LANDAIS, Charles. Brodeur à Lannion, il fournit une chape pour Pleudaniel en 1735.
  • LANDAIS, François. Brodeur à Tréguier, il fit une étole, un manipule, une bourse et un voile de ciboire pour Pleudaniel en 1727.
  • LANDAIS, Gabriel. Brodeur à Lannion, il fit des ornements pour Pédernec en 1718, une bannière pour la même église en 1719, une bannière pour Plounévez-Moëdec en 1719 moyennant 230 livres, deux étoles pour Pédernec en 1726, un ornement pour Saint-Jean-Trévoazan en 1727.
  • LANDAIS, Jean. Brodeur à Lannion, époux d'Anne de Coëtlosquet. Il fit une bannière pour Tréduder en 1679, une bannière pour Saint-Jean-Trévoazan en 1688, un drap mortuaire pour la même chapelle en 1689, un devant d'autel pour Notre-Dame de l'Isle à Goudelin en 1690, deux chasubles et une étole pour Saint-Jean-Trévoazan en 1695, divers ornements pour Pédernec en 1695, des parements de dais en 1698 et une chasuble en 1700 pour la même église, une chape, une chasuble et un devant d'autel pour Pleudaniel en 1703, divers ornements pour Bulat en 1712, 1716 et 1719, une bannière pour Pédernec en 1715 et divers ornements pour cette dernière église en 1725.
  • LANDAIS, N... Brodeur à Guingamp, il fit une chasuble pour Pédernec en 1638.

.

.

 

.

SOURCES ET LIENS.

Les bannières de Tréflez.

http://patrimoine.bzh/gertrude-diffusion/dossier/banniere-de-procession-de-confrerie-don-du-rosaire-christ-en-croix-eglise-paroissiale-sainte-ediltrude-treflez/247e9a65-3f2d-49e0-8438-8edcb7ae5ec8

.

https://www.pop.culture.gouv.fr/notice/palissy/PM29001370

https://www.pop.culture.gouv.fr/notice/palissy/PM29001371

 

https://hal.univ-brest.fr/hal-00546728/document

GUILLOU HEMELIN (Christiane) 2010. Les bannières religieuses en Basse-Bretagne aux XIXe et XXe siècles : Les ”vieilles” bannières. 79 pages + 38 illustrations hors texte Ceci est le chapitre d’une thèse en cours. 2010.

https://halshs.archives-ouvertes.fr/hal-00546728/document

 

L'ASSOMPTION, À DEUX ANGES et un angelot de Dirinon, a les bras ouverts et moins d'élan. (inspirée du Titien ?). Mais la rénovation lui a fait, sans nul doute, perdre de son caractère et de son charme."

GUILLOU HEMELIN (Christiane) 2013. Les bannières religieuses , une approche du catholicisme bas-breton. Thèse de doctorat d'histoire de l'art sous la direction d'Yvon Tranvouez. UBO Brest / CRBC.

www.theses.fr/2013BRES0070.pdf

GUILLOU HEMELIN (Christiane) 2016, Les bannières de Basse-Bretagne, Société des Amis de Louis Le Guennec.

Partager cet article
Repost0
Published by jean-yves cordier - dans Bannières.
27 mai 2019 1 27 /05 /mai /2019 17:22

L'église de Goulven et  sa maison du XVIe. II. Ses inscriptions lapidaires du XVIe siècle (1505 et 1560).

.

Voir sur l'église de Goulven :

 

 

 

 

 

Cet article s'intègre dans une série sur les inscriptions lapidaires (épigraphie) parmi laquelle on trouve :

.

 

.

L'INSCRIPTION DE L'ÉGLISE.

.

1°) Pierre de fondation (1505)   sur les trois faces du contrefort sud-ouest de l'ancienne chapelle de transept sud, devenue maintenant sacristie.

.

 

Inscription lapidaire de l'église de Goulven. Photographie lavieb-aile.

Inscription lapidaire de l'église de Goulven. Photographie lavieb-aile.

.

— matériau : kersantite.

— Description.

Il faut débuter par la face droite du contrefort. La pierre y est sculptée en cartouche à enroulement (en surépaisseur de 1 cm environ) et les signes (ici un G puis un deux-points) taillés en réserve sont en lettres gothiques aux fûts droits, à léger empattement triangulaire, et, notamment pour ce G, ornées d'un long panache à double volutes.

Rien que pour ce pan de la pierre, c'est un régal de découvrir les raffinements de l'enroulement en cornet du pseudo-parchemin, plus large en partie basse (évasée), et parfaitement arrondi,  de l'envol plein d'allant du jambage, ou de l'alacrité du deux-points.

Je rappelle que ce deux-points aux losanges réunis par une boucle en S est de règle dans les inscriptions lapidaires jusqu'au XVIe siècle.

.

Inscription lapidaire de l'église de Goulven. Photographie lavieb-aile.

Inscription lapidaire de l'église de Goulven. Photographie lavieb-aile.

Inscription lapidaire de l'église de Goulven. Photographie lavieb-aile.

Inscription lapidaire de l'église de Goulven. Photographie lavieb-aile.

.

La face principale.

.

 

 

 

Inscription lapidaire de l'église de Goulven. Photographie lavieb-aile.

Inscription lapidaire de l'église de Goulven. Photographie lavieb-aile.

Inscription lapidaire de l'église de Goulven. Photographie lavieb-aile.

Inscription lapidaire de l'église de Goulven. Photographie lavieb-aile.

.

la face latérale droite.

.

Inscription lapidaire de l'église de Goulven. Photographie lavieb-aile.

Inscription lapidaire de l'église de Goulven. Photographie lavieb-aile.

.

Je lis sur la face principale: 

: LAN :  M : Vc : V :

 : CLECH : Y : PERGUEN : F :

.

La troisième face (supra) poursuit le cartouche en forme de parchemin enroulé, mais sans inscription.

Au total, la leçon complète est :

: LAN :  M : Vc : V :

G : CLECH : Y : PERGUEN : F :

 

La transcription est la suivante : L'an mil cinq cent cinq (1505) / G. Clech et Y. Perguen f(abriciens).

Ma lecture diffère donc de celle du chanoine Abgrall  "Lan MVcV (1505) G . Clec'h, gou­verneur. Per Guen Fabrique". , et de celle de Couffon qui rapporte deux inscriptions (sans doute une confusion) :  "LAN. M. VcV / CLECH. G (ou Y ?). PILGUEN. F." et  "AN MIL Vc XVII (1517)".

Un Yvon Clec'h est cité parmi ceux qui accompagnent Alain de Penmar'ch en 1420

http://www.laperenne-zine.com/blogs.php?lng=fr&sel=jour&datej=20090603

Le deuxième patronyme doit-il être compris comme une forme de PENGUERN ? ou pour PENGUEN ?

La forme PERGUEN n'est pas attestée comme patronyme, mais elle l'est comme mot breton (mystère de la Passion, mystère de sainte Barbe).

 

.

.

Autres inscriptions :

 

Le chanoine Abgrall a relevé également en 1915 sur la fenêtre Sud: 1720 . G . M . CARO: ET : M : LE : GOFF. F. 
. Et sur la base de la croix du cimetière: LAN MIL : CC CC IIII XX (1480) Y. PINVIDIC.

On notera un mariage Yves PINVIDIC x Marie CLEC'H  en 1540 ; les généalogistes localisent les Pinvidic à Goulven et Tréflez.

 

Abgrall 1915.

Abgrall 1915.

.

.

L'INSCRIPTION DE LA MAISON DE 1560.

Cette inscription est bien connue, mais elle n'a pas été étudiée sur le plan épigraphique. Le tilde n'est pas toujours compris et transcrit.

Elle se répartit sur deux blocs de kersanton, sur une façade entièrement en pierre de taille, à coté d'une minuscule fenêtre. Le texte occupe  deux lignes sur le premier bloc et trois sur le second. Il est écrit en français, en chiffres romains et en capitales romaines à empattement carrés avec trois particularités :

a) quatre petites croix jouent un rôle ambigu,  soit entre deux lignes soit autour d'une lettre.

b) certains fûts sont perlés par de petits traits.

c) les -A- sont d'allure ancienne, avec une traverse en V et une barre au dessus de la pointe du A.

 

.

 

Inscription lapidaire de la maison de 1560 à Goulven. Photographie lavieb-aile.

Inscription lapidaire de la maison de 1560 à Goulven. Photographie lavieb-aile.

Inscription lapidaire de la maison de 1560 à Goulven. Photographie lavieb-aile.

Inscription lapidaire de la maison de 1560 à Goulven. Photographie lavieb-aile.

Inscription lapidaire de la maison de 1560 à Goulven. Photographie lavieb-aile.

Inscription lapidaire de la maison de 1560 à Goulven. Photographie lavieb-aile.

.

Le premier bloc.

.

CESTE MAISON ESTA +S+GOLV~E 

Le dernier E étant surmonté d'un tilde (abrégeant un N), il faut lire GOLVEN

CESTE MAISON EST A ST GOLVEN,   soit :" Cette maison est à St Goulven".

On peut comprendre qu'elle appartient à saint Goulven, donc à la paroisse (ou plutôt à la trève).

.

Inscription lapidaire de la maison de 1560 à Goulven. Photographie lavieb-aile.

Inscription lapidaire de la maison de 1560 à Goulven. Photographie lavieb-aile.

.

Le second bloc.

.

ET FUT

FAICTE

LAN 1560

.

Soit : CESTE MAISON EST A ST GOLVEN ET FUT FAICTE LAN 1560,   soit :" Cette maison est à St Goulven ET FUT FAITE EN L'AN 1560"

.

En 1544, le duc de Bretagne (futur roi Henri 1er) octroya à Jacques du Parc érection de foire à Goulven. Alain V de Penmarc'h épousa en 1539, à 14 ans, Françoise du Parc, fille dudict Jacques.

 

En 1575, le roi Henri III octroya à Claude de Penmarc'h (fils d'Alain V) la création à Goulven d'une foire par an le 1er jour de juillet. En 15786, il octroya au même seigneur l'établissement d'un marché par semaine et de deux foires annuelles (le 1er juillet et le 29 août).

On estime que cette maison de 1560 servait d'auberge, notamment lors des foires et marchés.

https://www.goulven-decouverte.fr/maison-st-goulven

.

Inscription lapidaire de la maison de 1560 à Goulven. Photographie lavieb-aile.

Inscription lapidaire de la maison de 1560 à Goulven. Photographie lavieb-aile.

 

.

 

 

SOURCES ET LIENS.

ABGRALL (Jean-Marie), 1911,  Notice sur Goulven, Notices sur les paroisses du diocèse de Quimper et de Léon par MM. PEYRON et ABGRALL Bulletin diocésain d'histoire et d'Archéologie  -XIè année - 1911 - (BDHA) Quimper page 89-99

http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/0c1765e6b1fad56d05c77ab4d6cc032c.pdf

— ABGRALL (Jean-Marie), 1915, Inscriptions gravées et sculptées sur les églises et monuments du Finistère, Société Archéologique du Finistère - SAF 1915 tome 42 - Pages 189 à 216

ASSOCIATION GOULVEN-DECOUVERTE ET PATRIMOINE

https://www.goulven-decouverte.fr/maison-st-goulven

.

Dossier de l'Inventaire Général.

http://patrimoine.bzh/gertrude-diffusion/dossier/maison-du-16e-siecle-goulven/09a988eb-6f70-46ef-b266-bd5da6844ae1

Base Mistral Monuments historiques.

http://www2.culture.gouv.fr/public/mistral/merimee_fr?ACTION=CHERCHER&FIELD_98=LOCA&VALUE_98=%20Goulven&DOM=Tous&REL_SPECIFIC=3

http://www2.culture.gouv.fr/public/mistral/merimee_fr?ACTION=RETROUVER&FIELD_98=LOCA&VALUE_98=%20Goulven&NUMBER=2&GRP=0&REQ=%28%28Goulven%29%20%3aLOCA%20%29&USRNAME=nobody&USRPWD=4%24%2534P&SPEC=3&SYN=1&IMLY=&MAX1=1&MAX2=100&MAX3=100&DOM=Tous

COUFFON (René), LE BARS (Alfred), 1988,  “Couffon, Répertoire des églises : paroisse de GOULVEN,” Collections numérisées – Diocèse de Quimper et Léon, consulté le 27 mai 2019, http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/items/show/841.

http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/f4d00a89648ff4b403083cceff41c131.pdf

 

Infobretagne

http://www.infobretagne.com/goulven-eglise.htm

ALBERT LE GRAND : la famille de Penmarc'h :

https://books.google.fr/books?id=YSvBi_0z3gsC&pg=PA104&dq=penmarc%27h+goulven&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwjE6ZCTnLviAhVk5eAKHW9gCE8Q6AEIOjAD#v=onepage&q=penmarc'h%20goulven&f=false

 

— LE SEAC'H (Emmanuelle), 2014, Sculpteurs sur pierre en Basse-Bretagne. Les ateliers du XVe au XVIe siècle. Presses Universitaires de Rennes.

http://www.pur-editions.fr/couvertures/1409573610_doc.pdf

 

— MATTE (Jean-Luc), Iconographie de la cornemuse

http://jeanluc.matte.free.fr/fichdk/goulven.htm

MAUGUIN (Michel) 2014 et 2018, Goulven, patrimoine héraldique

http://michel.mauguin.pagesperso-orange.fr/GOULVEN.pdf

— TUDCHENTIL : Penmarc'h

https://www.tudchentil.org/spip.php?article620

http://tudchentil.org/spip/spip.php?article171

Wikipédia

https://fr.wikipedia.org/wiki/Goulven_(Finist%C3%A8re)

https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89glise_Saint-Goulven_de_Goulven

 

— LE SEAC'H (Emmanuelle), 1997, Les crossettes et les gargouilles dans quatre cantons du Finistère : Landerneau, Landivisiau, Ploudiry, Sizun, mémoire de maîtrise, 2 vol.

— LE SEAC'H (Emmanuelle), 2014, Sculpteurs sur pierre en Basse-Bretagne. Les ateliers du XVe au XVIe siècle. Presses Universitaires de Rennes.

http://www.pur-editions.fr/couvertures/1409573610_doc.pdf

— LE SEAC'H (Emmanuelle), 1997, Les crossettes et les gargouilles dans quatre cantons du Finistère : Landerneau, Landivisiau, Ploudiry, Sizun. Mémoire de maîtrise d’histoire,  2 vol. 359 p. + 135 p. : ill. ; 30 cm.

 

Partager cet article
Repost0
Published by jean-yves cordier - dans Inscriptions épigraphie
27 mai 2019 1 27 /05 /mai /2019 07:52

L'église de Goulven, son ossuaire, sa maison du XVIe. I. Les crossettes.

.

.

Voir sur l'église de Goulven :

.

 

 

— Sur les crossettes, voir :

Cet article appartient à une étude des crossettes du Finistère destinée à permettre des comparaisons et à dégager des constantes stylistiques et thématiques. On consultera sur ce blog :

.

.

 

.

L'église : 5 crossettes et un crochet étudiés

rampant droit de la chapelle sud : lion se saisissant d'une sorcière ?

angle sud-est de l'élévation sud : lion assis.

un crochet : dragon ailé

clocheton central, coté sud : homme tenant un phylactère

clocheton central, coté nord : acrobate armé d'un bâton.

clocheton central, coté nord : lion ?

L'ossuaire : 2 crossettes

rampant droit du pignon ouest : dragon ailé

rampant du pignon est : lion

maison-auberge : 2 crossettes.

 

.

I. LES CROSSETTES DE L'ÉGLISE (début XVIe).

 

— Situation : géoportail remonterletemps

https://remonterletemps.ign.fr/comparer/basic?x=-4.308615&y=48.633986&z=14&layer1=ORTHOIMAGERY.ORTHOPHOTOS&layer2=GEOGRAPHICALGRIDSYSTEMS.MAPS.SCAN-EXPRESS.STANDARD&mode=doubleMap

— Datation : indices:  

  • l'inscription lapidaire du contrefort de la chapelle : 1505.
  • L'inscription de la "maison" (auberge?) : 1560. 
  • Création d'une foire (octroi par Henri III à Claude de Penmarc'h) : 1575
  • Héraldique : clocher : écusson à trois merlettes = Penmarc'h après 1431 et avant 1630
  • Couffon : "L'édifice actuel, à l'exception de la tour édifiée sur son flanc sud, date des dernières années du XVe siècle et des premières années du XVIe siècle,"
  • stylistique architecturale ou sculpturaire : études non effectuées. Le porche est franchement Renaissance, avec ses colonnettes baguées "Philibert Delorme"
  • Le clocher de 1593 est plus tardif.

 

— Matériau : kersantite ? ( altération par lichens  incrustants et foliacés).

.

.

1°) les rampants des élévations.

.

 

a) Lion se saisissant d'une sorcière.

.

C'est la crossette la plus spectaculaire et la plus intéressante. L'animal est un lion, d'un type très représenté dans les crossettes de Basse-Bretagne, avec sa tête frisée, ses yeux globuleux, sa langue pendante, sa crinière méchée de la partie antérieure précédant un corps fin (aux côtes marquées) et un arrière-train dont la queue fait retour entre les pattes pour étaler son fouet sur le dos.

Il tient entre ces pattes une créature, ce qui n'est pas rare (Landerneau Saint-Houardon, Dinéault, etc), mais ce qui est propre à cette crossette, c'est que la créature est figurée avec précision, qu'on devine qu'il s'agit d'une femme (cheveux longs bouclés), et que c'est une femme sauvage, au corps couvert de longs poils (comme dans la tradition iconographique de "l'homme sauvage"). Plus singulier encore, elle tient un objet longiligne qu'elle chevauche, comme le font les sorcières avec leur balai.

 

.

Crossette de l'église de Goulven. Photographie lavieb-aile.

Crossette de l'église de Goulven. Photographie lavieb-aile.

.

 

Crossettes de l'église de Goulven. Photographie lavieb-aile.

Crossettes de l'église de Goulven. Photographie lavieb-aile.

.

 

Crossettes de l'église de Goulven. Photographie lavieb-aile.

Crossettes de l'église de Goulven. Photographie lavieb-aile.

.

 

Géoportail IGN, photo aérienne.

Géoportail IGN, photo aérienne.

.

b) L'angle sud-est de l'élévation sud : un lion assis.

.

 

Crossette de l'église de Goulven. Photographie lavieb-aile.

Crossette de l'église de Goulven. Photographie lavieb-aile.

.

c) En guise de crochet : un dragon ailé.

.

église de Goulven. Photographie lavieb-aile.

église de Goulven. Photographie lavieb-aile.

.

.

2°) Le clocheton.

Je n'ai pas trouvé de description de ce clocher central, qui semble émerger de la toiture d'ardoise comme un vestige d'une construction gothique ancienne et composite, avec ces pilastres, ses rampants à crochets,  sa frise de rinceaux, sa chambre des cloches à deux lucarnes, ses masques et surtout sa tourelle de guet. C'est lui qui porte les armoiries à trois merlettes des seigneurs de Penmarc'h.

Ce clocheton est cantonné de crossettes.

 

.

Crossettes du clocheton de l'église de Goulven. Photographie lavieb-aile.

Crossettes du clocheton de l'église de Goulven. Photographie lavieb-aile.

.

La crossette du nord apparaît sur mon cliché d'ensemble : c'est un lion.

La crossette d'angle est un homme vêtu d'une cape, d'une tunique et d'un pantalon ;  jambes écartées et horizontales, il tient un phylactère. Il aurait mérité un cliché plus détaillé.

.

Crossettes du clocheton de l'église de Goulven. Photographie lavieb-aile.

Crossettes du clocheton de l'église de Goulven. Photographie lavieb-aile.

.

 

C'est la crossette nord qui retient mon attention. Il s'agit d'un homme nu, tenant un bâton. Jambes écartées, reins cambrés, c'est peut-être un acrobate, mais  il évoque, avec ses cheveux longs, son nez épaté et son sourire, un homme sauvage, mais ici, sa pilosité ne peut être précisé en raison des lichens.

.

.

Crossettes du clocheton de l'église de Goulven. Photographie lavieb-aile.

Crossettes du clocheton de l'église de Goulven. Photographie lavieb-aile.

Crossettes du clocheton de l'église de Goulven. Photographie lavieb-aile.

Crossettes du clocheton de l'église de Goulven. Photographie lavieb-aile.

.

.

L'ossuaire (1709).

.

L'ossuaire porte l'inscription : "M. R. BRETON. R. 1709". Au-dessous existait une crypte dont l'escalier fut maçonné vers 1880. Une porte du XVIe siècle y a été remployée (Couffon).

Il est entièrement en pierre de taille. Les crossettes pourraient être plus ancienne : la crossette du pignon sud supporte un arc-boutant énigmatique, consécutif peut-être à un réemploi.

.

 

.

Crossettes de l'ossuaire de 1709 à Goulven. Photographie lavieb-aile.

Crossettes de l'ossuaire de 1709 à Goulven. Photographie lavieb-aile.

.

 

Crossettes de l'ossuaire de 1709 à Goulven. Photographie lavieb-aile.

Crossettes de l'ossuaire de 1709 à Goulven. Photographie lavieb-aile.

.

a). Rampant droit du pignon sud : un dragon ailé.

.

 

 

Crossettes de l'ossuaire de 1709 à Goulven. Photographie lavieb-aile.

Crossettes de l'ossuaire de 1709 à Goulven. Photographie lavieb-aile.

.

.

b). Le rampant gauche du pignon nord : un lion.

.

Crossettes de l'ossuaire de 1709 à Goulven. Photographie lavieb-aile.

Crossettes de l'ossuaire de 1709 à Goulven. Photographie lavieb-aile.

.

 

Crossettes de l'ossuaire de 1709 à Goulven. Photographie lavieb-aile.

Crossettes de l'ossuaire de 1709 à Goulven. Photographie lavieb-aile.

.

.

La maison de 1560.

.

Voir les clichés de Bernard Bègne : http://patrimoine.bzh/gertrude-diffusion/dossier/maison-du-16e-siecle-goulven/09a988eb-6f70-46ef-b266-bd5da6844ae1

.

a) Un lion, pattes posées sur une console horizontale.

.

Crossettes de la maison de 1560 à Goulven. Photographie lavieb-aile.

Crossettes de la maison de 1560 à Goulven. Photographie lavieb-aile.

.

.

b)  Un lion, pattes posées sur une console horizontale (figurée ?).

Cette console pourrait-être figurer une âme pécheresse emportée par le lion ?

.

Crossettes de la maison de 1560 à Goulven. Photographie lavieb-aile.

Crossettes de la maison de 1560 à Goulven. Photographie lavieb-aile.

.

.

SOURCES ET LIENS.

— ABGRALL (Jean-Marie), 1911,  Notice sur Goulven, Notices sur les paroisses du diocèse de Quimper et de Léon par MM. PEYRON et ABGRALL Bulletin diocésain d'histoire et d'Archéologie  -XIè année - 1911 - (BDHA) Quimper page 89-99

http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/0c1765e6b1fad56d05c77ab4d6cc032c.pdf

— ASSOCIATION GOULVEN-DECOUVERTE ET PATRIMOINE

https://www.goulven-decouverte.fr/maison-st-goulven

lettres octroyées par Henry troisiesme Roy de France audict Claude seigneur de Penmarch, portant establissement et creation au lieu et chapelle de Goulven d’une foire par chasque an pour s’y tenir le premier jour de juillet qu’on solemnise la feste de ladicte chapelle, dattées du moys de novembre mil cinq cent soixante et quinze.

— Dossier de l'Inventaire Général.

http://patrimoine.bzh/gertrude-diffusion/dossier/maison-du-16e-siecle-goulven/09a988eb-6f70-46ef-b266-bd5da6844ae1

— Base Mistral Monuments historiques.

http://www2.culture.gouv.fr/public/mistral/merimee_fr?ACTION=CHERCHER&FIELD_98=LOCA&VALUE_98=%20Goulven&DOM=Tous&REL_SPECIFIC=3

http://www2.culture.gouv.fr/public/mistral/merimee_fr?ACTION=RETROUVER&FIELD_98=LOCA&VALUE_98=%20Goulven&NUMBER=2&GRP=0&REQ=%28%28Goulven%29%20%3aLOCA%20%29&USRNAME=nobody&USRPWD=4%24%2534P&SPEC=3&SYN=1&IMLY=&MAX1=1&MAX2=100&MAX3=100&DOM=Tous

— COUFFON (René), LE BARS (Alfred), 1988,  “Couffon, Répertoire des églises : paroisse de GOULVEN,” Collections numérisées – Diocèse de Quimper et Léon, consulté le 27 mai 2019, http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/items/show/841.

http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/f4d00a89648ff4b403083cceff41c131.pdf

 

— Infobretagne

http://www.infobretagne.com/goulven-eglise.htm

— ALBERT LE GRAND : la famille de Penmarc'h :

https://books.google.fr/books?id=YSvBi_0z3gsC&pg=PA104&dq=penmarc%27h+goulven&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwjE6ZCTnLviAhVk5eAKHW9gCE8Q6AEIOjAD#v=onepage&q=penmarc'h%20goulven&f=false

— Musée de Bretagne

http://www.collections.musee-bretagne.fr/ark:/83011/FLMo6886

MATTE (Jean-Luc), Iconographie de la cornemuse

http://jeanluc.matte.free.fr/fichdk/goulven.htm

— MAUGUIN (Michel) 2014 et 2018, Goulven, patrimoine héraldique

http://michel.mauguin.pagesperso-orange.fr/GOULVEN.pdf

— Wikipédia

https://fr.wikipedia.org/wiki/Goulven_(Finist%C3%A8re)

https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89glise_Saint-Goulven_de_Goulven

Partager cet article
Repost0
Published by jean-yves cordier - dans Gargouilles et crossettes

Présentation

  • : Le blog de jean-yves cordier
  • : 1) Une étude détaillée des monuments et œuvres artistiques et culturels, en Bretagne particulièrement, par le biais de mes photographies. Je privilégie les vitraux et la statuaire. 2) Une étude des noms de papillons et libellules (Zoonymie) observés en Bretagne.
  • Contact

Profil

  • jean-yves cordier
  • "Il faudrait voir sur chaque objet que tout détail est aventure" ( Guillevic, Terrraqué).  "Les vraies richesses, plus elles sont  grandes, plus on a de joie à les donner." (Giono ) "Délaisse les grandes routes, prends les sentiers !" (Pythagore)
  • "Il faudrait voir sur chaque objet que tout détail est aventure" ( Guillevic, Terrraqué). "Les vraies richesses, plus elles sont grandes, plus on a de joie à les donner." (Giono ) "Délaisse les grandes routes, prends les sentiers !" (Pythagore)

Recherche