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16 février 2023 4 16 /02 /février /2023 21:45

 

Onomastique de Moby Dick. Onomastique et humour : Mes notes de lecture de Moby Dick.

. Où je re-publie, pour l'anniversaire de ses dix ans, mon article afin de  le dépoussiérer.

Voir aussi :

 

 

                                "Il aimait à épousseter ses vieilles grammaires ; d'une certaine manière, cela lui rappelait qu'il était mortel." Herman Melville, Moby Dick.

 

  Sur quel océan me suis-je embarqué ? Le fond de cet article ne pourrait jamais être sondé, fût-ce avec une ligne de 18 fils de 120 brasses. J'abandonne toute idée d'exhaustivité ; ce ne sera qu'une esquisse, que dis-je, même pas : l'esquisse d'une esquisse ; que Dieu me garde de jamais rien parfaire. Je publie en l'état.

 

I. ONOMASTIQUE.

   S'il est un livre qui s'attache avec humour à l'origine des noms, comment cela ne serait-il pas Moby Dick ? Melville n'a-t-il pas dressé Humour et Étymologie comme deux marraines qui président au lancement de l'ouvrage, deux fières cariatides soutenant l'édifice, lui qui débute par son Étymologie (fournie par un pion de collège qui mourut tuberculeux) et la fait suivre par un petit prologue de ses Extraits, autoportrait en bibliothécaire parcourant l'océan des rayonnages, naviguant sans fin sur la mer Vaticane qui est un des grands bonheurs de la littérature comique? [si réussi, si hilarant que je résiste difficilement à me payer le plaisir de le recopier ici].

  Comment Melville choisissait-il les noms de ses personnages et de ses navires ? Glissait-il au hasard la lame acérée de son vistemboir sur la tranche dorée de sa Bible et de ses Encyclopédies pour y trouver, désigné par le doigt de Dieu, le nom de baptême de ses héros ? Pour trouver la réponse à cette question, il suffit d'inscrire sur son moteur de recherche "Onomastique" et Moby-Dick". Las, aucune réponse réelle sur les 1870 propositions (seulement). Allons, il suffit de consulter la riche bibliographie de l'édition Pléiade de Melville ! Aucun ouvrage, aucun article ne s'y consacre. L'onomastique de Moby-Dick, avec ces centaines de noms d'auteur, serait-il un serpent-de-mer qu' aucun universitaire n'oserait se vanter d'avoir capturé ? Impossible. Je suis, seulement, un piètre explorateur des immensités textuelles, et, dans quelque réserve, les mémoires consacrés à ce sujet mythique attendent, jalousement gardés par un directeur de thèse attendant sa grande heure, une triomphale publication sous son nom. 

  Ou encore, la Bête onomastique trop pourchassée aurait-elle sondé ?

Croulant sous son propre poids, le Sujet en or aurait-il été détruit par quelque Moïse par ordre d'un Éditeur jaloux ?

Ce vase séphirotique trop riche des 777 noms propres de l'Œuvre se serait-il brisé en d'innombrables étincelles qui, désormais mêlées à des scories qélipothiques et éparpillées dans les foot-notes de milliards d'ouvrages, ne pourraient plus être rassemblées ?

 Qu'adviendra-t-il de ce misérable blog s'il se lance à la quête de ce Graal ? Est-ce ici le Lieu secrètement désigné depuis cent cinquante ans pour en voir, sonnez haut-bois, résonnez musettes, le joyeux avènement en l'humble étable dont je serai l'âne? Ah, avec quel enthousiasme alors viendrais-je alors réchauffer de mon museau le petit être et lui faire les marionnettes avec mes oreilles !

 Je m'embarque vers ces espaces infinis :

 

0) préliminaire : les Extraits.

  Après avoir placé ses cariatides, Melville nous fait parcourir un long couloir (p.5-20)* où sont suspendus les portraits des Auteurs Illustres ; où, si l'on veut, il nous fait visiter les in-folio et volumes empoussiérés de sa bibliothèque, histoire de dire que Moby Dick, placé sous leur patronage, en est nourri. A bon entendeur, à bon harponneur de clef pour une onomastique, salut !

* mes références renverront à la dernière édition française de Moby-Dick, traduction de Philippe Jaworski, Bibliothèque de la Pléiade, Gallimard, 2006.

 Or, cette théorie d'écrivain est ordonnée en une architecture savante :

  • d'abord, la Bible (  la Genèse, puis Job précédant Jonas, puis Isaïe et les Psaumes),
  • puis les auteurs latins (Plutarque, incontournable pour nos aïeux, Pline, même commentaire, puis Lucien, l'auteur satirique dénonçant les impostures religieuses ).
  •  Vient alors une citation de Le Périple d'Other ou Other, récit recueilli par le roi Alfred le Grand, AD 890. Il a été publié en latin par André Bussæus sous le titre Periplus Otheri et Wulfstani ab Alfredo, rege Angliae descriptus, Copenhague, 1744, in-8°. C'est, telle une saga, le récit de voyage de Other, norvégien de Halogaland (Nordland) qui avait visité la Mer Blanche. Cet auteur est cité par Bory de Saint-Vincent dans son Dictionnaire Classique d'Histoire Naturelle vol.3 p. 416.
  • Puis deux auteurs français, et non des moindres, Montaigne et Rabelais : c'est dire si le crible critique, le scepticisme et le renversement carnavalesque des valeurs vont être au rendez-vous. C'est l'Apologie de Raymond Sebond de Montaigne qui est citée ; et on sait qu'alors que Sebond confiait à l'homme une place centrale et sommitale au sein de la création, la dignité de l'homme se justifiant par le fait que l'homme occupe le sommet de la hiérarchie des êtres, que Dieu l'a façonné à son image de telle sorte qu'il soit capable, par l'exercice de la raison, de s'élever jusqu'au divin, Montaigne démontre bien l'inverse, critiquant le rationalisme et écrivant : " Est-il possible de rien imaginer si ridicule que cette misérable et chétive créature, qui n'est pas seulement maîtresse de soi, exposée aux offenses de toute chose, se dise maîtresse et emperière de l'univers, duquel il n'est pas en sa puissance de connaître la moindre partie, tant s'en faut de la commander." Allez chasser la baleine avec une telle philosophie à bord ! La citation que donne Melville est très peu explicite, et il semble avoir volontairement donné de chaque auteur des citations si brèves et si dénuées de sens quoique contenant le mot whale que cela ressemble, soit à une parodie insensée d'un catalogue médiéval (où la simple citation d'un ancien "autorise", valide le texte), soit aux citations d'un dictionnaires, simples exemples de l'usage d'un terme ne se préoccupant pas de leur sens. Ici, il donne l'extrait où Montaigne parle du Gayet de mer, poisson pilote qui accompagne les cétacés (mais aussi les squales) pour le guider sans se faire manger. Si on se rapporte à la source Livre II chapitre XII, on découvre qu'il s'agit d'une démonstration des qualités des sociétés animales, égales ou supérieures aux sociétés humaines comme en témoigne les manchettes: Le chien plus fidèle que l'homme...Noble gratitude d'un Lion...Société qui s'observe entre les animaux...entre la baleine et un petit poisson. A noter que ces exemples sont repris de Plutarque.
  •  Enfin, et enfin seulement, presque 70 citations d'auteurs plus ou moins anglais (où surnage le français Cuvier [Le régne animal Vol. 1 p. 174]: "Les cétacés sont les mammifères sans pieds de derrière"). Là encore, elles sont si brèves que le sérieux de leur référencement bibliographique est détruit par la corrosion de l'absurdité de leur succession ; certaines affirment savamment que l'on ne sait rien des cétacés ("Le savant Hosmannus dans son œuvre de trente années dit clairement : Nescio quid sit."). De ce salmigondis où se mêlent en une danse sarcastique Darwin, Hawthorne, Goethe, les chants de Baleiniers, Fenimore Cooper, les récits de mer, des coupures de journaux et fragments de dictionnaires, il ne ressort rien d'autre que l'image dérisoire des prétentions humaines au Savoir.

1. Le Titre : Moby-Dick.

 Il aurait fallu commencer par lui ; mais on trouve partout les explications nécessaires. Je rappelle que :

a) Le premier titre prévu était The Whale, Le Cachalot. Cela explique que les étymologies et les citations des Extraits viennent illustrer le mot whale.

b) Au dernier moment de l'édition, en septembre 1851 (le livre sera publié à Londres le 18 octobre), Melville change ce titre pour Moby-Dick.

c) L'édition anglaise est publiée sous le titre The Whale et, en sous-titre, or, Moby-Dick.

d) L'édition américaine sortira le 14 novembre 1851 sous le titre Moby-Dick ; or, The Whale.

e) Le nom de Moby-Dick ne réapparaît, après sa mention dans le titre qu'à la page 189 (de l'édition française) au chapitre 36, prononcé par Tashtego, et repris par Achab: — Moby Dick ? hurla Achab. Tu connais donc le cachalot blanc, Tash ? . Moby Dick est le nom de titre du chapitre 41.

Influence du nom Mocha Dick.

 On estime que Melville s'est inspiré du récit de Jeremiah N. Reynolds, "Mocha Dick ou le Cachalot blanc du Pacifique", publié dans le magazine populaire new-yorkais The Knickerbocker en mai 1839 très peu de temps avant l'embarquement de Melville, à vingt ans, sur un navire marchand vers Liverpool.

Le titre original est Mocha Dick, or The White Whale of the Pacific: A Leaf from a ManuscriptJournalThe Knickerbocker XII, 1839, pp. 377-392.

C'est le récit, par le second d'un baleinier de New York, de sa capture d'un cachalot , "blanc comme la laine", un vieux mâle solitaire, monstre célèbre parmi les marins pour être sorti victorieux de cent combats, et pour sa taille et sa force exceptionnelle. Ce redoutable animal surnommé aussi The Stout Gentleman, "le gros monsieur", était à cette époque si réputé que sa prise avait valu à l'officier la réputation la meilleure parmi les harponneurs de Nantucket Outre sa couleur, il se distinguait par son souffle qui, au lieu de se diriger vers l'avant selon une ligne oblique, accompagné de brefs hoquets, s'élevait par son nez en une haute fontaine verticale d'un vaste volume, à intervalles réguliers assez espacés les uns des autres, dans un grondement continu, "comme la soupape de sécurité d'une puissante machine à vapeur". Les balanes ou bernaches, qui salissent si facilement les carènes des navires mais se fixent rarement sur les cachalots, étaient si développées sur sa tête (il s'agit de whale barnacle, plus simplement corolunidae) qu'elles étaient agglomérées pour la couvrir entièrement.  Il aurait été vu pour la première fois avant 1810 près de l'île de Mocha qui donna son nom au vieux Dick.

 Cette île montagneuse des côtes chiliennes, de 49 km de long, est située à 38° 22′ Sud et  73° 54′ Ouest au large de la province Arauco. Selon Isidore Duperrey, qui y fit escale à bord de la corvette La Coquille, l'île avait été le point d'atterrissage favori des premiers navigateurs pénétrant dans les mers du sud et soucieux d'échapper aux tracasseries des espagnols : Francis Drake en 1578, Olivier Van Noord en 1600, l'amiral Spilbergen en 1615 et bien d'autres, y étaient accueillis par des Indiens de souche, qui voulaient bien leur offrir moutons, volailles ou fruits et les ennivrer de Chicha, mais leur refusaient, rigoureusement, l'entrée de leurs demeures et de leurs femmes. Le mouillage fréquentè par les baleiniers se trouvait, et se trouve peut-être encore, sur la côte nord. Ils y faisaient aiguade d'une eau pure, s'avitaillaient de cochons sauvages dont ils vantaient la délicatesse de la chair, des légumes et des fruits mais "l'imprévoyance de leur caractère prodigue et insouciant de l'avenir" fut telle que Duperrey trouva l'île déserte. Le souci onomastique exigerait de découvrir l'origine du toponyme Mocha, terme à l'évidence espagnol, mais cela supposerait quelque connaissance linguistique plus sérieuse que celle que procure la consultation du dictionnaire : Mocha adj.f. "émoussée", "étêtée". S'applique mal à un cachalot dont la tête, qui pèse seize tonnes, représente le tiers du cétacé.

  Je rappelle que si la plupart des cétacés portent sur la tête un melon, organe de tissu gras servant de régulateur de flottabilité, les cachalots s'enorgueillisent de porter en guise de coiffure/burette d'huile un spermaceti, qui détrône définitivement tous les bearskin , les bobs, bonnets, bibis, bérêts, bollenhuts, zé autres borsalinos.

                               Dessin d'un cachalot avec une vue du squelette en comparaison, au-dessous. (Wikipédia Cachalot)

 

 Comme les loups blancs et les merles blancs, les cachalots blancs ne sont pas des unicum, et si cet exemplaire d'in-folio portait un nom propre et se faisait reconnaître, c'est que, outre sa reliure en velin immaculé, il portait quelque ex-libris laissé par des humains qui avaient eu l'imprudence, ou l'audace, d'aller le consulter : en l'occurence, il s'agissait des fers de harpons qui hérissaient son dos, accompagnés, selon Reynolds, de 50 à 100 yards de ligne. Cent yards (ou verges) de trois bons pieds anglais, cela représente tout-de-même une traîne de 91,4 mètres, quoiqu'on puisse supposer que les mensurations données par Reynolds soient cumulatives des quantités de cordages qui, tels les paperoles de Proust, attachaient les Forget-me-not de chaque harponneur, par autant de fers, au corps tant recherché.

 

  — Dick, diminutif de Richard, renvoie à l'habitude des baleiniers d'attribuer des prénoms aux cachalots les plus combattifs ; dans le texte de Reynolds, Mocha Dick est nommé simplement Dick. Les cachalots sont aussi désignés sous le terme de "old bull" ou "old sog".

— Mocha : "originaire de l'île Mocha".

 

Influence de Bobby, Johny, etc...

  Si on oublie que , selon une note énigmatique n°27 de la page 166 de The Trying-out of Moby-Dick (1949) de Howard P. Vincent , "un auteur", qu'il ne cite pas, prétend que ce Mocha Dick était aussi nommé Moby Dick, si on se débarasse comme d'un scrupule (scrupulum, "petit caillou" de cette footnote,  on peut penser que Melville est le créateur de ce nom de Moby Dick, récupérant le nom Mocha Dick pour le rendre plus conforme à ses intuitions créatrices. Il a donc modifié Mocha en Moby , et donc -cha en -by, ce qui, à mes oreilles, sonne comme un diminutif affectueux de prénom rappelant Johny, issu de John, Bobby issu de Bob, ou Roby issu de Robert. Bref, Melville forgea, à partir de Mocha, une forme hypochorique rejoignant les Jacky et les Jakey, les Juddy et les Jerry, les Amy, les Nancy, les Barbie, les Davy et les Danny, les Gerry et les Franckie, les Sally, les Mary, les Molly et les Teddy, les Jimmy et les Betty, les Maggy et les Peggy, Stevie, Susy, Bobby, Billy, Wally, Willy, et les Micky, et les Kimmy, pour finir avec les Laury.

 

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Influence du Livre de Job et du Livre de Tobie.

Mais le mot m'évoque aussi la sonorité de Job, un nom qui hante tout le roman, et celui de Toby. Je me plais donc à penser que l'imaginaire de Melville a procédé à la fusion de Mocha, Job et Toby pour produire Moby. Il a conservé, pour honorer quelque vieux Richard, (the old Rick, Ritchie, Ritchie-Dickie) le Dick final qui claque comme un coup de fouet frappé par la queue du cachalot.

L'influence du nom Toby est bien probable. Toby est un prénom répandu dans le monde anglo-saxon. En France, il évoque d'abord le prénom biblique Tobie et le Livre de Tobie, (de l'hébreu Tobi, "mon bien" et Tobiah, "Dieu est mon bien") mais on doit se remémorer que le chapitre 6 de ce Livre mentionne "un énorme poisson" très comparable à celui, beaucoup plus connu, de Jonas :

  "Tobie partit, suivi du chien, et il fit sa première halte près du fleuve du Tigre. Comme il descendait sur la rive pour se laver les pieds, voici qu'un énorme poisson s'élança pour le dévorer. Effrayé, Tobie poussa un grand cri, en disant: " Seigneur, il se jette sur moi! " L'ange lui dit: " Prends-le par les ouïes et tire-le à toi. " Ce qu'ayant fait, il le tira sur la terre sèche, et le poisson se débattit à ses pieds. L'ange lui dit: " Vide ce poisson, et conserves-en le coeur, le fiel et le foie, car ils sont employés comme d'utiles remèdes. " Il obéit; puis il fit rôtir une partie de la chair, qu'ils emportèrent avec eux pour la route; ils salèrent le reste, qui devait leur suffire jusqu'à ce qu'ils arrivassent à Ragès, ville des Mèdes. Et Tobie interrogea l'ange, en disant: " Je te prie, Azarias mon frère, de me dire quelle vertu curative possèdent les parties de ce poisson que tu m'as commandé de garder. " L'ange lui répondit: " Si tu poses sur des charbons une petite partie du coeur, la fumée qui s'en exhale chasse toute espèce de démons, soit d'un homme, soit d'une femme, en sorte qu'ils ne peuvent plus s'en approcher. Et le fiel sert à oindre les yeux couverts d'une taie, et il les guérit. " Par ces remèdes, Tobie guérira Sarah, sa future épouse, de ses démons, puis il libérera son père Tobit de son aveuglement.

 Le Livre de Tobie, livre deutéronomique ou apocryphe, ne nous est parvenu que par sa traduction dans la Septante, quoiqu'il ait été écrit en langue sémite (hébreu ou araméen) vers le 3-2e siècle avant J.C. Le mot "poisson" traduit le grec ἰχθὺς, traduit en latin par piscus.  Ces mots sont les mêmes qui désignent dans le Livre de Jonas, le grand poisson que nous considérons comme une baleine, et rien ne s'oppose, à part la mention des ouïes, à ce que nous considérions, si tel est notre bon plaisir, cet "énorme poisson qui s'élance pour dévorer" Tobie comme une baleine...ou un cachalot.

 Il existe un autre motif pour que le nom de Tobie ait "contaminé" celui de Moby, motif bien connu par tous les lecteurs de Melville, c'est que ce dernier a surnommé Toby son compagnon Richard Tobbias Greene dans le récit qu'il donne dans Typee (Taïpi) de sa désertion du baleinier Acushnet et de ses aventures aux Îles Marquises.

 

Nommer les animaux pourchassés : une tradition.

 On ne s'étonnera pas que le cachalot blanc qui fréquentait les côtes de l'Arauco et l'île Mocha ait reçu un nom propre : Melville lui-même nous signale (Chapitre 45, p. 233-234) qu'un certain nombre de proies, particulièrement remarquables, recevaient des marins l'hommage d'un surnom. il nous donne les exemples suivants qui permettent l'étude onomastique d'une courte série :

  • Timor Tom  . Trad : Jack de Timor (P.J), Tom Timor (H. G-R)
  • New Zealand Jack . Trad : Tom de Nouvelle-Zélande (P.J), Jack de Nouvelle-Zélande (H. G-R)
  • Morquan (O, Morgan ! King of Japan
  • Don Miquel (O, Don Miquel, thou Chilian whale)

Je me permets de citer tout le passage, car c'est, dans une écriture flamboyante, un ode de l'onomastique :

  But not only did each of these famous whales enjoy great individual celebrity—nay, you may call it an oceanwide renown; not only was he famous in life and now is immortal in forecastle stories after death, but he was admitted into all the rights, privileges, and distinctions of a name; had as much a name indeed as Cambyses or Caesar.  Was it not so, O Timor Tom! thou famed leviathan, scarred like an iceberg, who so long did’st lurk in the Oriental straits of that name, whose spout was oft seen from the palmy beach of Ombay?  Was it not so, O New Zealand Jack! thou terror of all cruisers that crossed their wakes in the vicinity of the Tattoo Land?  Was it not so, O Morquan!  King of Japan, whose lofty jet they say at times assumed the semblance of a snow-white cross against the sky?  Was it not so, O Don Miguel! thou Chilian whale, marked like an old tortoise with mystic hieroglyphics upon the back!  In plain prose, here are four whales as well known to the students of Cetacean History as Marius or Sylla to the classic scholar.

But this is not all.  New Zealand Tom and Don Miguel, after at various times creating great havoc among the boats of different vessels, were finally gone in quest of, systematically hunted out, chased and killed by valiant whaling captains, who heaved up their anchors with that express object as much in view, as in setting out through the Narragansett Woods, Captain Butler of old had it in his mind to capture that notorious murderous savage Annawon, the headmost warrior of the Indian King Philip. (Source Wikisource)

 

       On constatera néanmoins une incongruïté : Le cachalot nommé New Zeland Jack dans sa première émergence réémerge la seconde fois du texte sous le nom de New Zealand Tom ; ce qui a incité Jaworski à inverser les deux premiers noms et à placer Tom en Nouvelle Zélande et Jack à Timor, conformément (Jaworski note 3 p. 1224) à la citation de ces zoonymes sous les plumes de Thomas Beale dans The Natural History of the Sperm Whale, p. 183, et de Frederick B. Bennet dans Narrative of a Whaling Voyage round the Globe, vol.II, p. 220. Ce dernier auteur signale que Tom de Nouvelle-Zélande se reconnaît à sa bosse blanche.

 

1'. Le baptême secret.

Le livre a été baptisé secrètement par Melville comme il l'écrit à Hawthorne le 29 juin 1851. (Le livre en cours d'être terminé se nomme encore The Whale) : "Voici la devise secrète du livre : "Ego non baptizo te in nomine —mais je vous laisse achever le reste". Ce "reste" est effectivement peu prononçable car diabolique et imprécatoire, c'est celui que, dans l'œuvre, le capitaine Achab prononce, ou plutôt hurle, dans le passage suivant :

«Non, non...ce n'est pas de l'eau qu'il faut ici. Je veux la vraie trempe de la mort. Ohé, vous là-bas ! Tashtego, Quiqueg, Daggou ! Qu'en dîtes-vous, païens ? Me donnerez-vous tout le sang qu'il faut pour y plonger ce dard ?» demanda-t-il en brandissant haut le fer. Trois sombres hochements de tête lui répondirent en chœur :« Oui. » Trois incisions furent faites dans les chairs païennes, et les barbelures du cachalot blanc furent trempées. «Ego non baptizo te in nomine patris, sed in nomine diaboli !» hurlait Achab frénétiquement, tandis que le fer incandescent étanchait sa soif maligne dans le sang baptismal."

 "Je ne te baptise pas au nom du père, mais au nom du diable !" Quelle violence ! Voilà la devise secrète du livre, son baptême noir, dont tous les points, le refus du Père, l'allégeance au diable, le caractère secret, le baptême par le sang, font frémir lorsqu'on pense que Melville, loin de prendre ses distances avec Achab, s'identifie à lui. Ce ne sera que trois mois plus tard que le nouveau nom de Moby-Dick sera trouvé ; et, quoique n'ayant aucun élément onomastique pour celui-ci que la proximité avec Mocha Dick, je ne serai pas surpris qu'une référence satanique y soit dissimulée. 

 Il semble que Melville soit passé (progressivement ou après le choc d'une rencontre avec Hawthorne) du projet d'écrire un roman documentaire humoristique sur le monde pittoresque des la chasse aux cétacés à celui de composer une tragédie shakespearienne proche du Roi Lear (Julian Markels King Lear and Moby-Dick) et qu'il en conserve, comme après un sacrifice, le sang sur les mains. Lorsqu'on lit dans sa correspondance après la parution "Je me demande si c'est mon art maléfique qui a suscité ce monstre" (p.1153), ou "J'ai écrit un livre malfaisant et je me sens [après les louanges de Hawthorne] innocent comme un agneau" (p. 1154), on suspecte l'auteur d'avoir été aussi loin que possible dans la mise à mort de son Cachalot et dans la recherche folle d'un Salut par l'échec afin d'atteindre l'apogée suprême du destin de Prométhée dans un autodafé satanique.  

  Si nous lisons plus en détail la lettre adressée à Hawthorne le 29 juin 1851, nous constatons que son Livre, qu'il nomme son Cachalot, dépecé,  brûle dans les feux de l'Enfer et qu'il propose à Hawthorne de partager le festin (je souligne):

    "Le Cachalot n'a passé qu'à moitié sous la presse ; car, las du long délai des imprimeurs et dégoûté de la chaleur et de la poussière du four à briques babylonien de New York, je suis retourné à la campagne pour sentir l'herbe et terminé le livre couché sur elle, si je le puis [...] Vous enverrai-je une nageoire du Cachalot pour y goûter ? La queue n'est pas encore cuite, bien que le feu d'enfer où flambe tout le livre ait déjà pu, raisonnablement, faire son œuvre. Voilà le devise (secrète) du livre", etc...

"Faire son œuvre", n'est-ce pas faire "l'œuvre au noir" dans quelque athanor, réussir la séparation et la dissolution qui mènera vers le Magnus Opus de la transmutation du livre en Œuvre, en Chef d'œuvre ?

 

2) noms bibliques.

   Au chapitre XVI, Melville nous signale que la coutume d'attribuer aux habitants des noms tirés des Écritures est très répandue sur l'île de Nantucket, île des Quakers. Est-ce vrai *? Est-ce un procédé justifiant ses choix onomastiques ?

* les patronymes anciens rencontrés sont Coffin, Starbuck, Folger, Gardner, Bulker, Hussey, Coleman, Macy, Pipe...

 

.

.

2a. Achab. 

C'est l'un de ces nom de rois de Juda que j'ai régulièrement rencontré sur les arbres de Jessé ; pourtant, ce n'est pas un roi de Juda, mais l'un des rois d'Israël, roi impie, prenant comme épouse Jezabel (qui tue les prophètes de Dieu) et adorant Baal et Astarté. Le prophète Élie tenta en vain de corriger la conduite.

 Achab, sur le conseil de Jezabel, s'empare de la vigne de Naboth en faisant lapider ce dernier. Élie prophétise sa mort : 

 "Tu lui diras : Ainsi parle l’Éternel : N’es-tu pas un assassin et un voleur ? Et tu lui diras : Ainsi parle l’Éternel : Au lieu même où les chiens ont léché le sang de Naboth, les chiens lécheront aussi ton propre sang.Achab dit à Élie : M’as-tu trouvé, mon ennemi ? Et il répondit : Je t’ai trouvé, parce que tu t’es vendu pour faire ce qui est mal aux yeux de l’Éternel.Voici, je vais faire venir le malheur sur toi ; je te balaierai, j’exterminerai quiconque appartient à Achab, celui qui est esclave et celui qui est libre en Israël, et je rendrai ta maison semblable à la maison de Jéroboam, fils de Nebath, et à la maison de Baescha, fils d’Achija, parce que tu m’as irrité et que tu as fait pécher Israël. L’Éternel parle aussi sur Jézabel, et il dit : Les chiens mangeront Jézabel près du rempart de Jizreel. Celui de la maison d’Achab qui mourra dans la ville sera mangé par les chiens, et celui qui mourra dans les champs sera mangé par les oiseaux du ciel." (Premier Livre des Rois, 21, 19-24). Et effectivement : "Alors un homme tira de son arc au hasard, et frappa le roi d’Israël au défaut de la cuirasse. Le roi dit à celui qui dirigeait son char : Tourne, et fais-moi sortir du champ de bataille, car je suis blessé.Le combat devint acharné ce jour-là. Le roi fut retenu dans son char en face des Syriens, et il mourut le soir. Le sang de la blessure coula dans l’intérieur du char. Au coucher du soleil, on cria par tout le camp : Chacun à sa ville et chacun dans son pays !Ainsi mourut le roi, qui fut ramené à Samarie ; et on enterra le roi à Samarie. Lorsqu’on lava le char à l’étang de Samarie, les chiens léchèrent le sang d’Achab, et les prostituées s’y baignèrent, selon la parole que l’Éternel avait prononcée." (Rois 1, 22, 34-38)

 Ce passage permet de comprendre ce passage du chapitre XVI de Moby Dick :

 

—Oh ! ce n’est pas un capitaine Bildad, non, ni un capitaine Peleg ; il est Achab, mon fils ; et l’Achab de l’histoire, tu le sais, était un roi couronné !

– Et un roi très infâme. Lorsque ce roi pervers fut assassiné, les chiens ne léchèrent-ils pas son sang ?

 

2b. Élie.

      Ayant fait connaissance avec le roi Achab, on ne s'étonne plus de voir apparaître Élie, sous le titre Un prophète du chapitre XIX, et comme oiseau de mauvaise augure élliptique et abscond du chapitre XXI. Nous aurions mieux connu notre Bible que nous aurions même attendu cette apparition dès la première mention du nom d'Achab, comme si, découvrant un héros de roman se nommant Tintin, nous aurions eu un plaisir complice en voyant arriver quelques pages plus loin un Haddock plus ou moins déguisé. 

 Élie, la mauvaise conscience d'Achab dans la Bible, est plutôt ici celle du héros Ismaël, qui est, qui va devenir un second Jonas.

2c. Jonas.

  C'est, d'abord, le surnom du barman de l'auberge Au souffle de la baleine, petit homme ratatiné officiant à l'intérieur de l' " immense voûte osseuse d'une mâchoire de baleine" ; son surnom est donc onomastiquement transparent, mais contribue à faire rentrer le lecteur dans ce livre saturé monomaniaquement de cétologie.

 Le héros biblique du Livre de Jonas, est par ailleurs le sujet dés le chapitre IX du sermon du père Mapple .

 

Moby Dick par John Huston, avec Orson Wells dans le rôle de Mapple:

orson welles as father mapple Voir le sermon du père Mapple sur You Tube

  Or il se trouve que le roman va suivre le fil rouge des aventures de Jonas à partir du moment où celui-ci cherche à s'embarquer sur un navire sur le port de Jaffa, fuyant l'ordre qu'il a reçu de Dieu d'aller annoncer aux habitants de Ninive la destruction de la ville en punition de leurs péchés. Comme le dit le père Mapple, "Il croit qu'un navire construit par des hommes l'emportera vers des pays où Dieu ne règne pas mais dont seuls sont maîtres à bord les capitaines de ce monde". C'est une condamnation directe de l'hubris humaine, des prétentions de l'homme à se dire "maître et possesseur de la nature" et seul maître à bord sur la planète terre.

   Or, le narrateur n'est-il pas un autre Jonas, qui nous dit qu'il embarque pour échapper à la dépression et à la tentation suicidaire ?

   Lorsque le narrateur salue, sur le navire qui l'emporte vers Nantucket, "l'océan magnanime qui ne garde nulle trace", ne comprenons-nous pas qu'il recherche, dans sa fuite de tous les livres de compte, la clémence "magnanime", le pardon de toute cette comptabilité des péchés, l'abandon de la logique de tous les Bildad (cf infra) qui pensent que toutes les fautes doivent être expiées ?   Sur la mer, les coupables ne laissent derrière eux aucune trace de leurs pas, ou de leurs crimes.

"Gaining the more open water, the bracing breeze waxed fresh; the little Moss tossed the quick foam from her bows, as a young colt his snortings.  How I snuffed that Tartar air!—how I spurned that turnpike earth!— that common highway all over dented with the marks of slavish heels and hoofs; and turned me to admire the magnanimity of the sea which will permit no records."  Nous gagnions le large, la brise vivifiante fraîchissait ; notre petit Goémon, tel un jeune poulain qui s'ébroue, faisait jaillir de son étrave des tourbillons d'écume. Ah ! Comme je humais ces souffles tartares. Foin de la terre et de ses barrières de péage ! foin de ces grands chemins où s'impriment les marques des talons et des sabots serviles! Comme je m'en détournais pour admirer l'océan magnanime qui ne garde nulle trace !" (Trad. P. Jaworski).

   Et comment ne pas penser aux éléments biographiques de Melville ? Il me suffit de consulter Wikipédia pour lire : "À la fin de 1840, déçu dans ses espoirs à l'ouest, Melville se rend à Nantucket, berceau américain de la chasse à la baleine, où il signe, le 26 décembre, son inscription sur le rôle de l’Acushnet, trois-mâts baleinier de 358 tonnes (il reçoit une avance de 84 dollars sur son salaire) et embarque à New Bedford le 31 décembre. Il parcourt ainsi le Pacifique, visitant les îles Galapagos et les Marquises où il déserte, le 9 juillet 1842, avec un de ses compagnons d'infortune, Richard Tobbias Greene, le « Toby » du livreTypee (Taïpi), qui relatera son aventure sur Nuku Hiva*.

Le 9 août 1842, il réussit à quitter la vallée de Taipivai sur le baleinier australien Lucy Ann alerté par Richard Tobbias Greene et part pour Tahiti. À l'arrivée à Tahiti, il est arrêté pour avoir participé à une mutinerie à bord du Lucy Ann et est emprisonné. Il s'échappe de Tahiti pour rejoindre Moorea, puis Hawaii. Il travaille un temps comme commis chez un marchand puis s'engage comme simple matelot dans l'équipage de la frégate USS United States de la marine de guerre américaine qui débarque à Boston en octobre 1844."

* Aux Marquises, s'étant enfoncé à l'intérieur des terres, il est fait prisonnier par des cannibales ; il ne sera délivré que par l'équipage du Lucy Ann.

 

 

  Concernant le patronyme Mapple, construit par fusion des mots anglais maple, érable, et apple, la pomme, je n'ai actuellement pas de commentaire à proposer.

 

2d. Peleg.

 Achab, Peleg et Bildag, les trois capitaines de baleinier de Nantucket, ont des noms bibliques selon l'usage des Quakers.  

Peleg est cité dans la Bible en Genèse 11, 16-19 : "Quand Éber eut trente-quatre ans, il engendra Péleg. Après la naissance de Péleg, Éber vécut quatre cent trente ans et il engendra des fils et des filles. Quand Péleg eut trente ans, il engendra Réu. Après la naissance de Réu, Péleg vécut deux cent neuf ans et il engendra des fils et des filles.

On trouve sur Wikipédia cette information :"Peleg is a common surname in Israel, also being the root lettering for sailing (lahaflig להפליג) and a military half-bivouac tent (peleg-ohel פלג אוהל). The meaning of Peleg in English is "brook", a little river."

 

 

 

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2e. Bildad.

      C'est le nom du deuxième propriètaire du Pequod, un Quaker  férocément avare tout en ne cessant de lire la Bible qui condamne l'appât du gain. Son nom vient directement de la Bible, du Livre de Job, où il apparaît au chapitre 8. Il signifie "longue amitié" (Jaworski) ou "Dieu a aimé" (discussion ici) Cet "ami" de Job vient le convaincre de se résigner à son triste sort, qui ne saurait être que la conséquence, la juste rétribution de ses péchés, de même que ses filles et fils ont péri par leurs fautes : Job,8,4 : "Si tes fils ont péchés contre Lui, il les a livrés à leur péché". C'est le donneur de bonnes leçons de morales, celui qui, après un accident, saura vous rappeller l'importance de la prudence, ou venir vous voir à l'hôpital pour vous expliquer gentiment les régles de bonne santé qu'il observe, ou, après un vol, vous expliquer avec tact qu'il ne faut jamais faire ceci, qu'il faut toujours faire cela... Si vous glissez il saura vous recommander de mettre, comme lui, de bonnes chaussures et de ne jamais laisser trainer vos savonnettes. Au chomeur, il saura faire valoir l'importance des démarches de recherche d'emploi, et, au pauvre, il fera preuve de pédagogie sur la valeur du travail et des économies. C'est le WASP, le self-made-man qui sait que s'il a réussi, il ne le doit qu'à lui-même, mais que l'échec est toujours la conséquence d'un laisser-aller d'individus trop faibles. Dieu voit tout cela et en sa grande Sagesse, il donne à ceux qui ont, et retire à ceux qui n'ont pas. "Non, Dieu ne rejette pas l'homme intégre, et il ne protège pas les méchants" (8, 20)

  Lorsque Job proteste de son innocence, Tsophar, qui appartient au même Club que Bildad, reprend le même discours (Livre de Job, 11) et reproche à Job de vouloir faire le raisonneur face à la Justice de Dieu. S'il est pauvre comme Job, c'est bien de sa faute, il n'a qu'à chercher un job.

Job rétorque "Au malheur le mépris ; c'est la devise des heureux. A celui dont le pied chancelle est réservé le mépris !".

 Cette insolence des pauvres est insupportable et Eliphaz saura lui rabattre le caquet : "Ton iniquité dirige ta bouche, et tu prends le langage des hommes rusés".

 

Bildad le capitaine baleinier a été "élevé selon les règles les plus strictes du quackerisme de la secte de Nantucket" mais "manquait passablement de simple logique" : "bien que refusant, par scrupules de conscience, de porter les armes contre de terrestres envahisseurs , lui-même avait envahi, sans que rien puisse le retenir, l'Atlantique et le Pacifique, et bien qu'ennemi juré du sang versé, il avait pourtant, dans son manteau étroit, répandu à flot celui du léviathan. Comment le vieux Bildad, au soir contemplatif de sa vie, réconciliait-il ces faits dans son souvenir, je ne sais ; mais cela ne semblait pas l'inquiéter outre-mesure, et il en était très probablement venu à la conclusion sage et raisonnable que la religion d'un homme est une chose, et que ce monde positif en est une autre. Ce monde paie des dividendes".

  Cet "Avare incorrigible" et "tyran implacable" est plongé, lorsque Ismaël vient discuter de son enrôlement et de sa part, dans la lecture de l'Évangile de Matthieu, chapitre 6 versets 19-21 : Ne vous amassez point de trésors sur la terre, où la mite et le ver consument, où les voleurs percent et cambriolent. Mais amassez-vous des trésors dans le ciel : là, point de mite ni de ver qui consument, point de voleurs qui perforent et cambriolent. Car où est ton trésor, là sera aussi ton cœur. Et, tout en lisant, il offre à Ismaël la part de 1/777e, c'est-à-dire une misère.

  Le chiffre de 777 semble, en propre, un chiffre biblique, et ce triple 7 n'est pas là par hasard : il appartient si ce n'est à l'onomastique, du moins aux chiffres choisis par l'auteur, non pour leur valeur comptable, mais pour une autre raison. Pourtant, ce chiffre ne correspond à rien d'autres qu'à l'âge atteint par Lamek, le père de Noé. C'est dans l'Évangile de Matthieu -encore- que Pierre interroge Jésus (Mat 18:21) :

  « Seigneur, quand mon frère commettra des fautes contre moi, combien de fois dois-je lui pardonner ? Jusqu'à sept fois ? »  Jésus lui répondit : « Je ne te dis pas jusqu'à sept fois, mais jusqu'à soixante-dix fois sept fois. 

  Ce chiffre symbolique du pardon inépuisable, de la clémence infinie apparaît, dans la bouche de Bildad l'ami de Job partisan de la punition éxacte des péchés comme dans celle de Bildad le capitaine avare et tyrannique comme le témoin du dévoiement de la religion, qui s'affiche et s'énonce extérieurement pour mieux en trahir les régles. Or ce chiffre 777 va s'inscrire sept fois sur la page de Moby Dick, sept fois de suite Bildad va trahir le livre saint qu'il tient dans la main, jusqu'à l'ignominie de l'argument " si nous rétribuons trop largement les services de ce jeune homme, nous enleverons peut-être le pain de la bouche à ces veuves et à ces orphelins" [qui détiennent quelques parts très minoritaires du navire].

 

2f. Ismaël.

  a) Ismaël (en anglais Ishmael) est, sans ambiguïté, un nom biblique, celui du premier fils d'Abraham, obtenu de sa servante égyptienne Agar, et dont Dieu a promis qu'il donnerait naissance à douze princes et une grande nation. Le nom signifie en hébreu "Dieu a entendu" [ma demande], et si, dans la bouche d'Abraham, cela signifie "Dieu m'a accordé une descendance", cela peut aussi signifier pour un écrivain dont l'attente principale est le succès de son œuvre, "Dieu m'a donné la notoriété". 

  C'est le fruit de l'alliance conclue entre Dieu et Abraham.

L'orthographe du nom peut avoir son importance : Giono traduit l'américain Ishmael par Ismaël, et Armel Guerne par Ismahel, introduisant un "h". Il se trouve que le nom d'Abraham était, à Ür et avant la promesse du Pays de Canaan pour ses 99 ans, Abram , et qu'il se transforme par introduction de la lettre hébraïque  : "On ne te nommera plus Abram, mais ton nom sera Abraham, car je te rends père d'une multitude de nations". (Genèse 17, 5).

 Dans l'incipit de Moby Dick "Call me Ishmael", ce "h" peut, tout comme le nom lui-même et la tournure de phrase, fonder l'alliance, le pacte fictionnel que tout romancier passe avec son lecteur, et réciproquement. Cette alliance entre Dieu et Abraham est matérialisé par la circoncision, autrement-dit le manque, la privation symbolique et rituellement organisée, la cèsure, la castration symboligène, le fragment ôté, la pause (au sens musical), l'élision.

  On retrouve ce h dans le nom Ahab (forme anglaise d'Achab)

 On lit alors autrement la toute première Étymologie, qui restait mystérieuse, celle de Hakluyt : Elle est tirée de Principals Navigations lors d'un passage ou Richard Hakluyt dénonce la croyance dans les îles-baleines si grandes qu'un navire y jetait l'ancre, que son équipage y débarquait avec les victuailles, avant de provoquer la colère du monstre en faisant du feu... Il signale que les marins —ou les auteurs de fables— nommaient ces îles Trollwal, (décrit par Brendan, Olaus Magnus, Gessner, et Sébastien Münster, La Cosmographie universelle contenant la situation de toutes les parties du monde, livre IV, s.l., s.d. (trad. française, édition de 1575), p. 1053-1056 ). Si je comprends bien ce passage, Hackluyt semble s'en prendre à Sébastien Munster (qui était cartographe, historien, mathématicien et professeur d'hébreu) en lui reprochant de prétendre enseigner à des élèves sans être capable soit même de faire la différence entre whale, la baleine, et Trollwal oubliant le "h" qui fait la différence entre whale et wal : " Go not farther then your skil, Munster, for I take it you cannot skill our tongue : and therefore iy may be a shame for a learned man to teach others that which he knoweth not himselfe : for such an attempt is subject to manifold errours, as we well shew by this your example. For while you take in hand to schoole others, & to teach them by what name a Whale-fish is to be called in our tongue, leaving out throughignorance the letter H, which almost alone maketh up the signification of the worlde, you deliver that which is not true : for val in our langage signifieth not a whale, but chusing or choise of the verg Eg vel, that is to say I chuse,or I make choise, for what val is derived, etc... " J'ai souligné la citation donnée par Melville. 

 Parmi d'autres interprétations, cette citation à l'intérieur du livre de Melville peut être comprise comme illustrant le rôle du H, de la lettre non prononcée, mais qui par l'élision, crée le sens. Sans espace entre les mots, l'écriture est incomprehensible; sans respecter le H, le H de Whale, c'est la Tour de Babel, le chaos, la porte ouverte aux affabulations et mystifications, le mensonge. Et il est significatif également que, dans les citations de Melville, c'est le contexte omis (mais auquel l'auteur renvoie) qui révèle le sens caché.

  A un autre niveau (le plus plaisant) ce H non prononcé mais essentiel, ce silence capital peut aussi être entendu comme le sens même de l'œuvre : that is true, ce qui est vrai ici est ce qui est écrit entre les lignes. Relisez celles qui décrivent Bildad lisant l'Évangile de Matthieu et proposant à Ismaël sa 1/777e part : rien n'est dit si clairement que d'être invisible. C'est la force de l'humour d'être impalpable, insaisissable, et Flaubert cherchait bien à écrire un texte où "le lecteur ne pourrait jamais savoir si l'auteur s'est foutu de lui". Ici, ce sont les personnages qui chercheraient en vain les mots qui les accusent ; si nous  les entendons si bien, c'est qu'ils ne sont pas prononcés.

 On peut voir une autre illustration de l'idée que la Vérité est dans l'élision dans la phrase : " Quiqueg était natif de Rokovoko, une île située très loin à l'Ouest et au Sud. Comme tous les endroits vrais , elle ne figure sur aucune carte." (p. 77)

 

  S'il est d'abord signe de l'alliance, il devient, dans Genèse 21, après que Sarah ait donné naissance à Isaac et qu'Abraham ait dû chasser Ismaël et sa mère Agar dans le désert, une figure du fils réprouvé, déshérité par le père au profit d'un frère concurrent,  solitaire, errant dans le désert, telle que la reprendra Fenimore Cooper dans La Prairie (1827) avec son personnage de Ismaël Bush : avec ce dernier prendra naissance la "thématique ismaëlienne" (Jaworski) faite d'exclusion sociale et de misanthropie.

 

 

 

 

3. Les noms de navire. 

 

3a). Devil-Dam, Tit-Bit et Pequod.

Chapitre 16 :  After much prolonged sauntering and many random inquiries, I learnt that there were three ships up for three-years' voyages—The Devil-dam, the Tit-bit, and the Pequod. DEVIL-DAM, I do not know the origin of; TIT-BIT is obvious; PEQUOD, you will no doubt remember, was the name of a celebrated tribe of Massachusetts Indians; now extinct as the ancient Medes. I peered and pryed about the Devil-dam; from her, hopped over to the Tit-bit; and finally, going on board the Pequod, looked around her for a moment, and then decided that this was the very ship for us.

 ...j’appris que trois navires étaient en partance pour des voyages de trois ans : le Diable-et-sa-mère, la Bonne-Bouche et le Péquod. J’ignore l’origine du nom du Diable-et-sa-mère, celle de Bonne Bouche est évidente, quant à Péquod, vous vous souvenez sans doute que c’était le nom d’une célèbre tribu d’Indiens du Massachussetts aussi éteinte à présent que les anciens Mèdes. Je jetai un regard inquisiteur et fureteur sur le Diable-et-sa-mère ; de là, je sautai dans la Bonne-Bouche et enfin, montant à bord du Péquod, je l’examinai un moment et décidai que c’était là le navire idéal pour nous.

  Le nom de Pequod fait sa première apparition en compagnie de deux autres noms de navire encore plus curieux, Devil-Dam et Tit-Bit (que j'estime préférable de ne pas traduire dans le texte français).

  — Melville se livre à un commentaire onomastique, profitons-en : "J'ignore l'origine du nom de Devil-Dam".

Pourtant, ce nom que l'on peut traduire par Le Diable et sa mère ou le Diable et sa femme est employé six fois par Shakespeare (Le roi Jean ; Titus Andr. IV,2,64 ; La Mégère apprivoisée I,1,105 et III, 2,155) par exemple dans cette dernière occurence : GREMIO :No, he’s a devil—a devil, I tell you! An utter fiend./TRANIO (as LUCENTIO) Why, she’s a devil, a devil, the devil’s dam. Traduction TRANIO.-Quoi ! plus bourru qu'elle ? Oh ! cela est impossible. GREMIO.-Bon ! c'est un diable, un vrai diable, un démon. TRANIO.-Eh bien !elle, c'est une diablesse, une diablesse, la femme du diable.  C'est (mais je ne suis pas compétent) cette dernière traduction, La Femme du diable qui me convient le mieux pour désigner un navire baleinier dont j'imagine déjà la figure de proue.

Armel Guerne a traduit par le féminin de Satan : "La Satane".

Henriette Guex-Roll a traduit par 'Le Diable -et-sa-mère".

Philippe Jaworski a traduit par "La Diablesse".

 

— Tit-Bit ou titbit, dont le sens est présenté comme "évident" par Melville, désigne en anglais ou plutôt en américain ou anglais canadien une friandise, ou, au sens figuré, quelque chose de savoureux voire de croquignolet (un passage de Sade par exemple). Le dictionnaire Harper Collins donne : 1. (Cookery) a tasty small piece of food; dainty. 2. a pleasing scrap of anything, such as scandal. [perhaps from dialect tid tender, of obscure origin]. Je n'apprècie la traduction par Bonne Bouche qu'après avoir fait ce détour par le dictionnaire, qui me permet d'entendre l'expression au second degré, "garder pour la bonne bouche", les connaisseurs  —et eux seulement— apprécieront.  Comme il ne viendrait à personne l'idée de nommer un baleinier "Friandise", ou Bonne Bouche, il faut chercher mieux.

  En 1881, un magazine britannique a porté le titre de Tit-Bits, raccourci du titre complet Tit-Bits from all the interesting Books, Periodicals, and Newspapers of the World, que je propose de traduire par Les Bonnes Pages [ ou  Les Perles, ou mieux les Bons Morceaux] de tous les livres, périodiques et journaux interessants du monde entier. Là encore, il faudrait mieux ne pas traduire ce nom de navire, mais le comprendre à la lumière de ces exemples. A défaut , j'aurais opté pour La Perle (au second degré), joli nom pour une goélette ou un trois-mâts-barque, ou plutôt pour Le Sot-l'y-laisse.

Henriette Guex-Roll a traduit par "Bonne-Bouche".

Armel Guerne a traduit par "La Friandise".

Philippe Jaworski a traduit par "Bonne-bouche".

 

— Venons-en au Pequod : Melville indique cette-fois clairement l'origine du nom : celui d’une célèbre tribu d’Indiens du Massachussetts aussi éteinte à présent que les anciens Mèdes.

 Les Pequots sont, selon l'encyclopédie Larousse, une nation indienne du Connecticut, "peuple d'agriculteurs et de pécheurs qui vivent dans des villages fortifiés faits de wigwams recouverts d’écorce. Leurs ennemis traditionnels sont les Narragansetts. 

 

Les Anglais établis au Massachusetts depuis 1620 cherchent à s’emparer du territoire pequot. De nombreux incidents opposent durant plusieurs mois les Pequots aux colons. Au début de l’année 1637, des Pequots tuent neufs colons.

LE MASSACRE DE MYSTIC RIVER (1637)

 Pour mettre fin aux attaques des Pequots sur les établissements anglais du Connecticut, les autorités britanniques décident de frapper un grand coup. Les Mohegans du chef Uncas se joignent aux troupes des capitaines John Underhill et John Mason. Le 26 mai 1637, ils se dirigent vers le village du chef Sassacus, l’un des deux grands villages fortifiés que possèdent les Pequots sur la Mystic River. Deux cents Narragansetts viennent grossir le nombre des assaillants.

Les Anglais et leurs alliés se heurtent à la solide palissade qui défend le village. Les Pequots résistent avec acharnement au feu des assaillants solidement armés de mousquets. Alors, le capitaine Mason fait lancer des torches enflammées sur les wigwams. Le village qui abrite six cents Pequots n’est bientôt plus qu’un immense brasier. Tous ceux qui tentent de fuir la fournaise sont abattus par les mousquets des Anglais. "C’était un spectacle terrible de les voir ainsi griller dans le feu que les flots de leur sang ne parvenait pas à éteindre", racontera l’un des officiers présents. Le capitaine Underhill fait remarquer que même les Narragansetts, pourtant rompus aux cruautés de la guerre indienne, sont épouvantés de la férocité des Anglais. 
En moins d’une heure, les habitants du village indien sont morts. Le capitaine Mason s’écrie : "Dieu est avec nous : il se moque de ses ennemis et il en fait un brasier !". Mais, alors que les vainqueurs quittent les lieux, ils sont assaillis par deux cents guerriers pequots ivres de vengeance, venant de l’autre village. Les Narragansetts les tiennent à distance jusqu’aux abords de la colonie. La résistance des Pequots est définitivement brisée. 
Terrifiés, les Pequots des autres villages se cachent dans les marais où les Anglais les assiègent. Ceux qui se rendent sont vendus comme esclaves. Les quelques survivants qui se cachent dans les forêts sont traqués par les Anglais et leurs alliés indiens. Les Mohegans capturent et assimilent certains d’entre eux. En 1640, la nation pequot a complètement disparu.
Quelques Pequots survivront pourtant. Ce sont les descendants des prisonniers esclaves

LE CASINO DE FOXWOODS

Dans les années 1970, des personnes d’ascendance pequot se font reconnaître par l’état fédéral un petit territoire sur la côte du Connecticut, près de Hanford. C’est là que les Pequots-Mastantuckets fondent, en 1992, le casino de Foxwoods, le plus grand casino indien des Etats-Unis. Maintenant, les Pequots sont riches. Ils vivent dans de belles maisons et donnent de l’argent au Musée des Indiens d’Amérique, ainsi qu’à de nombreuses fondations culturelles ou philanthropiques. Ils ont pu racheter une partie de leurs terres.

 Chaque année, en septembre, à l’occasion de la Fête du Maïs Vert, ils organisent le plus grand "pow-wow" des Etats-Unis."

Je trouve quelques précisions supplémentaires :

a) le mot algonquien pequot a été jugé dériveant de Pequttôog, ou Paquatauoq qui signifie "Les destructeurs", ce qui ne manque pas de sens sous la plume de Melville pour baptiser son  navire baleinier. C'était le sens admis au XIXe siècle, et ce n'est qu'au XXe siècle que Frank Speck, spécialiste du Pequot-Moheban (une langue actuellement éteinte), se prononça pour celui de "swallowness of a body of water (un plan d'eau de faible profondeur?)".

 A Vocabulary of Mohegan-Pequot

b) Il faut souligner que le Connecticut est voisin du Massachusetts, auquel appartient New-Bedford et Nantucket, et que la Colonie de Massachusetts Bay regroupait ces territoires . Le peuple pequot était, bien que le point soit discuté, indigène de cette région du Connecticut et comptait 16 000 personnes avant d'être décimés par une épidémie de variole (introduite par les colons) en 1633 qui réduisit leur nombre à 4000, puis par la guerre du Pequot de 1637. Le massacre du village de Missituck fut perpétué par les colons de Massachusetts Bay et de la colonie du Connecticut, et en 1638, les prisonniers pequots furent échangés par William Pierce contre une cargaison d'esclave de la Barbade

Voir : http://fr.wikipedia.org/wiki/Guerre_des_Pequots

      : http://en.wikipedia.org/wiki/Pequot_people#Etymology_of_.22Pequot.22

      : http://en.wikipedia.org/wiki/Pequot_War

 Ces éléments soulignent la virulence de l'ironie de Melville en choisissant comme nom de navire pour les baleiniers de Nantucket qui se sont tournés vers l'océan comme nouveau territoire de colonisation et d'extermination des cétacés, le nom de la tribu indienne que leurs ancêtres avaient contribué à faire disparaître, et un terme qui signifie Les Destructeurs..

 

 

 

 

      3b) The Moss.

  Une fois encore, fallait-il traduire le nom propre du "paquebot" qui fait le service entre New-Bedford et Nantucket ? Henriette Guex-Rolle traduit Moss par Varech, et Philippe Jaworski par Goémon, alors que la traduction litterale de Moss est "mousse, plante de l'embranchement des Bryophytes"  et que goémon se dit "seaweed". Varech (le goémon d'épave) et Goémon ont plus de gueule que Mousse comme nom de navire, mais si Melville avait placé là une intention onomastique, celle-ci serait perdue pour le lecteur français. De même, serait perdue une hypothétique allusion à l'essai publié anonymement par Melville en août 1850 alors qu'il écrivait Moby Dick, Hawthorne and his Mosses. Il s'agissait d'une recension du recueil de nouvelles  Mosses of the Old Manse (Les Mousses du Vieux Presbytère), écrit par Hawthorne. Melville, qui avait rencontré Hawthorne pour la première fois le 5 août lors d'un pique-nique  s'enthousiasma pour cet auteur et se précipita à le lire, faisant publier son compte-rendu de lecture dans New-York  World Literary magazin le 17 et 24 août.

 La demeure historique The Old Manse à Concord dans le Massachusetts est liée au mouvement romantique américain nommé Transcendantalisme car l'œuvre phare de ce mouvement, Nature, y a été écrite par Ralph Waldo Emerson en 1836. Hawthorne et son épouse louérent la maison en 1842 dans le voisinage d'Emerson et de Henri David Thoreau, autre transcendantaliste, qui conçut l'aménagement du jardin. On peut croire que la maison et son jardin, situés au bord de la rivière Concord, devaient être riches en sous-bois moussus.

  Mais ce mot de moss, qui revient trés souvent dans l'essai de Melville, (Hawthorne, "l'Homme des mousses") semble destiné à désigner métaphoriquement le tempérament sombre d'Hawthorne, si on en croit cet extrait : For spite of all the Indian-summer sunlight on the hither side of Hawthorne's soul, the other side—like the dark half of the physical sphere—is shrouded in a blackness, ten times black... You may be witched by his sunlight,—transported by the bright gildings in the skies he builds over you;—but there is the blackness of darkness beyond; and even his bright gildings but fringe, and play upon the edges of thunder-clouds.  " Car en dépit de tout le soleil d'été indien qui baigne ce coté-ci de l'âme de Hawthorne, l'autre coté,—comme la moitié obscure d'une sphère physique—est enlinceulée d'une noirceur dix fois plus noire... Vous pouvez être ensorcelé par son soleil, transporté par les brillantes dorures des cieux qu'il construit au-dessus de vous; mais par delà s'étend l'obscurité des ténèbres ; et même ses brillantes dorures ne font que se jouer sur la frange d'orageuses nuées" (trad. P. Leyris, in Edition Pléiade de Melville, Œuvres III).

 Cette obscurité de sous-bois, cette pénombre des mousses et des fougères n'est pas vantée pour elle-même, mais pour la faculté que l'écrivain y trouve de s'y cacher pour révéler la vérité : "Car dans ce monde de mensonges, la Vérité est forcée de fuir dans les bois comme un daim blanc éffarouché, et c'est seulement par d'habiles aperçus qu'elle se révèlera, comme chez Shakespeare et d'autres maîtres du grand Art d'énoncer la Vérité —même si c'est à mots couverts et par bribes." (Hawthorne and his Mosses, trad. P. Leyris). Nous retrouvons ici le théme de la vérité qui ne s'exprime qu'entre les lignes, sous le couvert des mots, cette Vérité qui rendait le "h" de Whale si important, de n'être qu'un effet de langue. (cf supra Ismahel)

  Edgar Poe dira d'Hawthorne "il traite tous les sujets sur le même mode, en demi-teinte, brumeux, rêveur..." : Hawthorne et ses mousses... Entre Ombragé et Ombrageux.

 Si, après avoir découvert ces éléments, je me remémore que le roman Moby Dick est dédié à Hawthorne, si je lis alors dans l'édition de la Pléiade que Moby Dick a été profondément remanié par Melville après qu'il ait écrit cet Hawthorne and his Mosses* , je deviens convaincu que le nom de ce bateau est un hommage littéraire crypté, auxquels seuls les lecteurs de la version originale auront accès, les autres risquant de glisser sur le Varech ou le Goémon et de passer outre. 

*Moby Dick traduit et commenté par Jaworski, Melville en Pleiade, Œuvres III p. 1345 : "...le roman [...] a subi, dans les mois qui ont suivi , une métamorphose ou simplement une expansion ou une forte accentuation épique et tragique".

 — J'avais commencé cette recherche sans même savoir le sens du mot Moss, mais je découvre que la rencontre avec Hawthorne, la lecture de Mosses of the Old Manse, et la rédaction de Hawthorne and his Mosses furent des éléments déterminants, bouleversants et féconds pour Melville, tant dans la fascination équivoque, presque érotique et du moins fraternelle exercée par Nathanael Hawthorne que dans la révélation de la puissance tragique, shakespearienne de l'œuvre à venir. Je cite Jaworski :

  " Ce que Melville reconnaît en Hawthorne, par une fascination immédiate, violente, passionnée, où l'affect a une placeessnetielle, c'est, soudain incarnée, une figure familière de sa mythologie intime, qui projette son ombre de manière obsédante dans tous ses livres depuis Taïpi : la figure complexe, —parfois distribuée entre plusieurs personnages —du compagnon d'aventure, ami et frère, (et amant rêvé, peut-être) avec lequel le narrateur entretient une relation presque gémellaire ou "siamoise", pour reprendre un terme que Melville affectionne. La différence d'âge confère en outre à Hawthorne, de quinze ans son aîné, une forme d'autorité quasi paternelle, non pas de celles qui écrasent, mais au contraire rassurent, légitimisent et permettent un dialogue libérateur avec l'autre, et surtout, dans pareil jeu de miroir, avec soi-même" (Pleiade, Notice, p. 1145).

3c. The Goney (Albatross). 

  Ce navire est mentionné au chapitre 52, dont le titre est The Albatross, "L'Albatros" (p. 267). Melville a eu auparavant, page 218, dans une note de bas de page, l'occasion de signaler que l'albatros est surnommé goney par les marins. Un site signale l'appellation conjointe de gooney-bird. Philippe Jaworski, dans sa note 3 de la page 218, explique que l'adjectif signifie "idiot", "sot", qualifiant sans-doute le manque d'expressivité de l'oiseau lorsqu'il escorte un navire en planant sans bouger la tête ni cligner des yeux ; il traduit l'adjectif par "benêt", en s'inspirant, écrit-il, "du nigaud, appellation familière du petit cormoran d'allure lourde et maladroite". Dés lors, il est amené à traduire le nom du navire par "Le Benêt", ce qui manque un peu d'allure marine. Dans sa description, Melville insiste surtout sur la couleur blanche du navire, et semble donc faire plutôt un lien avec le mot albatros et son étymologie fantaisiste issu du latin albus, "blanc" : "On eût dit le squelette d'un morse échoué, blanchi par les vagues comme par des foulons. Sur toute la hauteur de ses flancs, cette apparition spectrale était maculée de longues trainées de rouille aux reflets rougeâtres, tandis que ses espars et son gréement étaient pareils à d'épaisses branches enveloppées d'une fourrure de givre." Après que le capitaine, "penché sur le pavois blafard" , ait laissé tomber son porte-voix, l'Albatros va s'éloigner et disparaître, ombre fantômatique et de mauvaise augure.

 Henriette Guex-Rolle traduit par The Goney par "Le Diomède".

  3d) The Town-Ho (Chapitre 54).

De ce baleinier, seule l'histoire sera contée, à l'auberge The Golden Inn (l'Auberge Dorée) de Lima, mais une astérisque acollée au nom de Town-Ho! nous expliquera que "Tel est le cri que poussaient autrefois les vigies à la pomme de mât des baleiniers lorsqu'ils apercevaient les cétacés : il est encore en usage chez les baleiniers lorsqu'ils chassent les fameuses tortues des Galapagos". Il est fort peu probable que jamais navire baleinier de Nantucket ou d'ailleurs ne s'affubla d'un tel nom, et il faut plutôt voir là un effet de l'aimable effort de l'auteur pour plonger son lecteur, qu'il présume aussi peu salé qu'un fermier de l'Illinois, dans le bain linguistique des harponneurs de baleines. Lorsqu'il ne lance pas sa ligne onomastique dans la Bible du bon roi Jacques, il va ferrer ses prises dans ses meilleures encyclopédies sur la pêche baleinière.

Henriette Guex-Rolle traduit par "Le Town-Ho!", dans lequel l'oreille française entend mal à propos "le tonneau", alors que Jaworski traduit par "Holà, ho!"

3e) The Jeroboam. (chapitre 71)

      Traduction unanime : "Le Jéroboam". 

  Nous retrouvons ici le nom d'un roi d'Israël, un prédécesseur du rois Achab puisqu'il fut, de tous les rois d'Israël, le premier. Contestant au successeur désigné de Salomon la légitimité de son pouvoir, il prit la tête de dix tribus qui créèrent le royaume du Nord, laissant au sud le royaume de Juda avec deux tribus,sur lequel régnait Roboam. S'il est un trait commun entre le roi Achab et Jéroboam, c'est que tous les deux se rendirent désagréable à Yahvé : Jéroboam, soucieux de donner à son nouveau royaume son indépendance, alors que les tribus avaient perdu le lieu de culte de Jérusalem, appartenant au royaume de Juda, fonda deux nouveaux sanctuaires à Dan et à Bethel et y plaça deux veaux d'or. 

Jéroboam et Achab sont des rois impies adorateurs d'idoles, et qui repoussent les prophètes de Dieu leur envoie ; en baptisant de leur noms les baleiniers américains commandités par les quakers, Melville mène clairement la métaphore qui condamne, dans la chasse aux cétacés, une société avide de profit, adorant les veaux d'or et trahissant des alliances ancestrales.

Nous ne sommes pas étonnés que ce nom de navire soit attribué à un baleinier de Nantucket.

3f) The Virgin. (chapitre 81)

Ce navire de Brême porte un nom allemand, Jungfrau ("La Jeune Fille") que Melville traduit par The Virgin ("La Vierge"); Philippe Jaworski traduit Virgin par "La Pucelle" ; Henriette Guex-Rolle et Armel Guerne traduisent par "La Vierge". 

 Melville justifie son choix onomastique par une plaisanterie un peu lourde : comme ce baleinier allemand n'a pas réussi à pêcher la moindre baleine et qu'il n'a même plus d'huile pour sa propre consommation, l'auteur donne la parole à son capitaine, qui est monté à bord avec sa burette vide : " Son navire, dit-il en conclusion, était bel et bien ce qu'on appelle techniquement parmi les pêcheurs un navire "propre" (c'est-à-dire vide), qui méritait tout-à-fait son nom :le Jungfrau, ou la Pucelle." (p.389).

 Le nom du capitaine, Derick De Deer, mériterait peut-être une réflexion onomastique.

3g. The Rose-Bud. (Chapitre 91).

   Melville donne en anglais le nom de ce navire français, le Bouton-de-Rose, nom qu'il n'a inventé  qu'à la seule fin de se moquer de "this Crappoes of Frenchmen", ces "crapauds" ou grenouilles de Français qui, aussi piètres chasseurs que les allemands du Virgin, aussi incapables de se procurer même l'huile de leur propre éclairage, aggravent leur cas en chassant, dans une puanteur pestilentielle, les baleines mortes. C'est une scène de comédie où les américains roulent dans la farine le capitaine français, ancien fabricant d'eau de Cologne, par le truchement du second qui, étant de Guernesey, mérite d'être mieux traité et de se faire dépouillé seulement du précieux ambre gris de la baleine que Bouton-de-Rose a capturé.

  On voit que les Européens auraient de bonnes raisons de se plaindre de la façon dont ce roman les traite...si, en cette matière, la victime d'un mauvais tour ne rendait pas régulièrement la monnaie de la pièce au tour suivant.

 

2g. The Samuel Enderby. (Chapitre 100).

Traduction: Le Samuel Enderby.

  L'explication onomastique ne restera mystérieuse que jusqu'au chapitre 102, dont le début  est consacré à donner les renseignements nécessaires sur la société d'armement Samuel Enderby & Sons, très connue au XIXe siècle et à laquelle Edgar Poe fait allusion dans Les aventures d'Arthur Gordon Pym de Nantucket (1838). 

 Samuel Enderby (1717-1797) est le fondateur de cette société qu'il céda à ses trois fils Samuel, Georges et Charles.  Elle armait 17 baleiniers en 1785, 68 navires en 1791. Les informations données par Melville ( et qui'l a trouvé dans l'ouvrage de Thomas Beale The Natural History of the Sperm Whale) sont vérifiées :

  • Armement de l'Amelia, navire commandé par le Capitaine James Shields qui franchit le Cap Horn pour chasser la baleine dans l'Océan Austral. Le commandemant des navires d'Enderby était confié à des américains, qui composaient également l'équipage, et c'est un certain Archelus Hammond de Nantucket qui tua le premier cachalot il au large des côtes du Chili le 3 Mars 1789. Amelia est retourné à Londres le 12 Mars 1790 avec une cargaison de 139 tonnes de l'huile de baleine .
  • Le 3 Août 1819, le navire baleinier Syren , détenue par Samuel Enderby & Sons et commandé par le capitaine Frederick Coffin de Nantucket, dans le Massachusetts , a visité les lieux de chasse hors du Japon . Le navire est retourné à Londres le 21 Avril 1822 avec une cargaison de 346 tonnes d'huile de sperme.
  • La participation de l'armement Enterby aux campagnes d'exploration de l'Océan et des Terres Australes est également confirmé, comme l'atteste, par exemple, le nom de Terre Enderby donné, en territoire antarctique australien, à la terre  qui s'étend du glacier Shinnan à la Baie William Scoresby : Elle a été découverte en février 1831 par John Biscoe et fut nommée d'après les Frères Enderby de Londres, les propriétaires du navire utilisé, le Tula.

Melville ne se trompait pas lorsqu'il présumait, en 1851, que  "la maison existe encore aujourd'hui", mais la faillite fut prononcée en 1854.

  Le baleinier Samuel Enderby a réellement existé, Jaworski nous révélant par une note de la page 485 qu'il fut construit en 1834, et qu'il n'est pas impossible que Melville ait "gamé" avec lui lors de ses navigations.

  On trouve dans les Mémoires de l'Académie de médecine Volume 5,  un mémoire de M. Keraudren intitulé Des propriétés du Sublimé corrosif pour la conservation du bois (p. 41), où il présente les résultats des travaux sur l'intérêt du deutochlorure de mercure par une commission de cinq membres nommés par M. le Ministre de la Marine et des Colonies. J'ai déjà eu partiellement à traiter du délicat problème de la conservation des matières organiques dans mes articles consacrés à la taxidermie Taxidermie et collections ornithologiques au XVIIIème et XIXème sièces. (1) et à la conservation des collections naturalistes ramenés par les navires d'exploration au XVIII et XIXe siècle. Les mêmes difficultés se présentent aux marins qui veulent préserver la toile des voiles, le chanvre des cordages, ou le bois des structures. L'acide sulfurique fut proposé, avant de réalisé qu'il corrodait les pièces métalliques ; puis diverses huiles végétales et animales. Un méthode éprouvée depuis Duhamel du Monceau consiste à faire mariner les bois dans l'eau de mer et/ou de les enfouir dans la vase, en les soumettant à l'alternance des marées : c'est l'origine, par exemple à Brest, des Parcs à Bois du fond de la Penfeld, des anses de Rostellec et de Kerhuon, copié à Lorient à Keronou. Les anglais tentèrent d'appliquer sur les bois de la Reine Charlotte, vaisseau de cent canons lors d'un radoub à Plimouth, "une espèce de marcassite "riche en arsenic, avant de constater un tel "engorgement des glandes" des ouvriers que deux d'entre eux en moururent. Là où l'Arsenic avait échoué, il fallait essayer le Mercure, remède à tout faire de l'époque, qui faisait merveille dans la syphilis, remplissait les thermomètres et les dents cariées (depuis 1850), s'appréciait comme antiseptique cutané (mercurochrome®), etc... Notre auteur Keraudren  aborde donc cette riche idée dans une deuxième partie, "De l'emploi du sublimé corrosif pour prévenir la carie sèche ou pourriture du bois et de son influence sur la santé des ouvriers et des marins". C'est dans celle-ci qu'il écrit, page 61, les lignes suivantes : " Le navire baleinier Le Samuel Enderby de cinq cent cinquante tonneaux et de trente-trois hommes d'équipage a été construit à Cowes, dans les chantiers de Mr. Wite. Sa charpente est entièrement préparé au sublimé, ses voiles et ses cordages ont subi la même préparation ; néanmoins les hommes qui ont travaillé à sa construction et à son gréement n'ont éprouvé aucune espèce d'accident, et ceux qui se blessèrent fortuitement furent promptement guéris. Ce bâtiment alla terminer son équipement à Londres, et les marins qui avaient mangé et couché à bord pendant environ deux mois avant le départ pour la pêche à la baleine, restèrent en parfaite santé. Si l'équipage de l'Enderby est en aussi bon état à son retour, ce sera sans-doute une expérience bien concluante en faveur de l'innocuité du sublimé corrosif."

Oui, l'équipage de l'Enderby était en bonne santé, et au retour d'une aimable croisière de 29 mois dans les Mers du Sud (voisinant les degrés 1 à 5 de latitude Sud dans les Southern Fisheries) les différents témoignages du capitaine, de son second ou des armateurs étaient unanimes à chanter les mérites du "Procédé Kyan".

        On eut aussi l'idée d'utiliser les excellentes propriétés du mercure pour la conservation des graines de semence : voilà ce qu'en dit un rapport Piren-Seine de 2004:

Un grand nombre de composés de mercure ont été utilisés pour le traitement des graines, notamment celles des céréales, avant les semailles. Régulièrement des accidents liés à l'utilisation de ces graines pour la fabrication de farine et de pain a entraîné l'intoxication de populations (en Irak en 1956, 1960 et 1972, provoquant la mort de centaines de personnes et l'empoisonnement de plusieurs milliers d'autres. Des intoxications humaines similaires ont été enregistrées en 1961 au Pakistan, en 1963, 64 et 65 au Guatemala) (Bakir 1973). La Suède, qui utilisait à grande échelle des dérivés alkyl du mercure pour le traitement des graines, a par ailleurs montré comment la toxicité de ces graines avait provoqué la mort de nombreux oiseaux et de leurs prédateurs. Ces deux types d'événements ont participé au même titre que Minamata à la prise de conscience des dangers du mercure dans la deuxième moitié du XXe siècle. Au début du XXe siècle, le sublimé corrosif ou bichlorure de mercure était utilisé pour combattre les maladies cryptogamiques de la vigne et en particulier le black rot (Bouchonnet 1909, p.285). L'Angleterre a commencé à produire des dérivés organiques du mercure (essentiellement du diméthyl mercure) pour leur utilisation comme fongicide en 1914 (Hamilton 1949, p.113). Mais ce commerce ne s'est véritablement développé qu'à partir des années 1930 (Hunter 1975, p.315). A la suite des accidents des années 1960, l'utilisation des composés mercuriels pour traiter les semences a progressivement disparu. Les composés organo-mercuriques entraient également dans la composition de fongicides destinés à combattre les moisissures de la pâte à papier. La France a publié une circulaire le 5 janvier 1976 pour interdire tout usage de biocides mercuriels dans les papeteries, une directive européenne a prohibé l'utilisation d'anti-parasitaires mercuriels en 1979 (directive européenne 79/117) et la France a supprimé toutes les dérogations à cette directive en 1989.

On sait que les chapeliers qui utilisaient le mercure pour traiter les feutres, et qui respiraient les vapeurs mercurielles, "travaillaient du chapeau" et devenaient fous : c'est le modèle du chapelier d'Alice au Pays des Merveilles. Melville nous signale bien que le chirurgien du Samuel Enderby était atteint d'hydrophobie ; mais, renseignement pris, ce symptome est très courant dans la marine, notamment anglaise qui s'adonne...au thé. Il n'appartient pas à la sémiologie de l'intoxication mercurielle, tout au plus à celle de la Rage, dont il est un signe précoce, mais qui se transmet par les renards, assez rares sur les bâtiments de sa Majesté. Le sublimé corrosif n'est pour rien responsable, à notre connaissance, du comportement de Jack Labonde.

  N'est-il pas possible par contre que le Capitaine Achab ait navigué sur un navire soigneusement traité au sublimé ?

 Le Samuel Enderby a été construit par Thomas White à Cowes (île de Whight) en 1864 ; ce baleinier gréé en 1851-52 en trois-mâts barque, de 422 tonneaux en ancienne jauge, 395 tonneaux selon la jauge moderne, enregistré à Londres, avait une carène doublée de cuivre. Il avait été réparé et réaménagé pour ses suprastructures en 1847. Ses propriétaires furent la Société Enderby, puis en 1851 la compagnie South Sea Whaling, puis la Southern Whaling and Fishing Compagny. Il a été commandé par les capitaines suivants : William Lisle de 1836 à 1840 ; Watson de 1840 à 1844 ; Georges Gerre puis Charles Freeman en 1847 ; Joseph William Miller* en 1847-1849 ; Henderson de 1849 à 1852; Oliver de 1853 à 1854, date à laquelle il disparaît des registres de la Lloyds (Lloyds Register of Shipping). Il navigua sur la ligne Londres-Cowes, puis à l'île Maurice en 1851-52, puis dans les mers du Sud.

* second sur Samuel Enderby sous le commandement de W. Lisle.

  Melville navigua sur des baleiniers de 1840 à 1842 : s'il a rencontré le Samuel Enderby, celui-ci était sous le commandement du Capt. Watson; s'il en a entendu parler avant et pendant la composition de Moby-Dick, le navire était alors sous le commandement des capitaines suivants. En 1836, le chirurgien du  Samuel-Enderby se nommait Charles Penny : en 1867, il était signalé, à Hobarth, comme passager sur l'Alexander-Henry  (The Sydney Monitor Lundi 13 Février 1837). Je n'ai pas retrouvé les noms des autres chirurgiens.

  La South Sea Whaling Compagny a été créée par octroi à Charles Enderby d'une chartre royale l'autorisant à établir sur les îles Auckland une station baleinière permanente et une colonie. En effet, l'entreprise familiale Enderby était en déclin à la suite de pertes occasionnées par plusieurs expéditions ambitieuses dans l'Océan Austral, et surtout aprés l'incendie qui avait détruit en 1845 leur Corderie du quartier londonien de Greenwhich, Enderby's Hemp Rope Works. Pour sauver l'entreprise, Charles obtint une aide du gouvernement pour créer cette colonie, permettant aux baleiniers de caréner et de décharger leur cargaison. Charles Enderby fut nommé lieutenant-général des îles Auckland. En décembre 1849, il mena une expédition composée de trois navires transportant 150 colons, un chirurgien un ingénieur civil, des menuisiers de marine et divers animaux de fermes qui débarquèrent à Port Ross. Ils eurent la surprise d'y découvrir 70 maoris et leurs esclaves morioris. Les terres furent défrichées et la station baleinière montée, disposant de huit navires,  mais le climat froid, les précipitations excessives, la nature aride des sols, et l'absence de baleine capturée mena le projet à l'échec ; la colonie, baptisée Hardwicke, fut abandonnée en août 1852 par Charles Enderby, qui regagna Londres. L'entreprise familiale fut liquidée en 1854, et lui-même décéda dans la pauvreté le 31 août 1876. Quand aux îles Auckland, elles sont restées inhabitées. L'île la plus au nord de l'archipel porte le nom d'île Enderby.

  Dans cette aventure des îles Auckland, le Samuel Enderby, commandé par Henderson appartient, avec le Fanny et le Brisk à la liste des trois navires qui, partis de Plimouth le 17 août, appareillèrent de Nouvelle Zélande en décembre 1849 : Charles en personne était à bord du "Sammy",  avec 40 "mecanics" (mécanicien-monteur ?) et leur famille.

 

 quelques sources :

l'incendie de la corderie et Enderby House.

 

 

 

Geoges Glazer Gallery : THE SAMUEL ENDERBY, OF 422 TONS, WILLIAM LISLE, COMMANDER LEAVING COWES ROADS FOR LONDON, SEPT. 1834 par William Huggins

The Samuel Enderby

 

 Interessons-nous maintenant aux patronymes des officiers du Samuel-Enderby :

Le capitaine se nomme Boomer (Traduit par "Florissant" par Jaworski, ). Le second se nomme Mounttop ( "Duhaut-Dumont" par Jaworski,  ). Le ton débridé du capitaine et du chirurgien laisse présumé qu'une intention se cache derrière ces noms saugrenus, mais les patronymes choisis en traduction n'aident pas mon imagination à créer les associations libres nécessaires. Armel Guerne a choisi de conserver les noms de Boomer et de Mounttop. Henriette Guex-Rolle également, mais elle orthograpjhie "Mountop". Quelle astuce Melville y a-t-il caché ?  Mounttop, "Monte-la-d'sus" ? Boomer, "l'Explosif" ? ou bien "Et qu'ça saute?".

Le chirurgien se nomme Jack Bunger (Traduction "Jack Labonde" par Jaworski, "Bunger" par H.G.R). Son nom fait l'objet d'une note dans l'édition critique Norton de 2002 : " One who puts the bung (plug) into a cask of liquide, or (the case here), who pulls is out. The name signals the unreliability of the surgeon's claim to be a total abstinence man". "La bonde" se rapporte donc au tonneau, ou à la bouteille, que Bunger ne sait pas boucher ; néanmoins, comme d'autres noms de cette onomastique melvillienne, il semble que d'autres sens moins convenables pourraient être devinés, et que les trois noms de Boomer, Mounttop et Bunger soient de connivence. 

  Bunger pourtant un patronyme authentique, et si, en Antarctique, une chaîne cotière a été baptisée Bunger Hills, c'est pour avoir été photographiée par l'avion de reconnaissance de l'U.S Navy pilotée par David E. Bunger (en 1947).

  Armel Guerne a traduit par "Jack Bondon".

 

 

3h) The Bachelor. (Chapitre 115).

Traduction: "Le Célibataire", navire de Nantucket. Drôle de nom, que peut-il vouloir dire ici ? 

3i). The Rachel (Chapitre 128 Le Pequod rencontre la Rachel)

"La Rachel" est le nom d'un navire baleinier commandé par le capitaine Gardner, de Nantucket, un ami d'Achab. L'onomastique du nom du navire est claire, car lorsque le Pequod rencontre la Rachel, ce baleinier vient de perdre, la veille, une baleinière et son équipage, parmi lequel se trouve le propre fils de Gardner : ce dernier supplie donc Achab de participer aux recherches, mais Achab refuse avec d'autant plus de détermination qu'il vient d'apprendre que c'est Moby-Dick qui a entraîné la baleinière de la Rachel à sa perte. 

 En effet, "Rachel (hébreu רָחֵל (raḥel) : brebis),  personnage biblique de la Genèse, est la cousine et la seconde femme de Jacob : elle lui donne ses deux derniers enfants, Joseph et Benjamin, mais meurt des suites de cette dernière naissance. Sur son tombeau, à Béthlém, Jacob dresse une stèle (Genèse 35, 16-20) qui commémore autant la naissance inespérée du fils que la mort de la mère. Bien des siècles plus tard, Saül, descendant de Benjamin, reçoit l'onction de roi. Il est le premier messie royal d'Israël. Aussitôt le prophète Samuel l'envoie au tombeau de Rachel (1 Samuel 10, 1-2). Les premiers pas du premier messie le portent vers le tombeau qui rappelle qu'un fils est sorti vivant contre toute attente.

  On ne voit là aucun rapport avec le chapitre où la Rachel tire des bords dans le Pacifique à la recherche de l'équipage de la baleinière. C'est la citation de l'évangile de Matthieu, qui cite le prophète Jérémie, qui est explicite : "Alors Hérode, voyant qu'il avait été joué par les mages, se mit dans une grande colère, et il envoya tuer tous les enfants de deux ans et au-dessous qui étaient à Bethléhem et dans tout son territoire, selon la date dont il s'était soigneusement enquis auprès des mages. Alors s'accomplit ce qui avait été annoncé par Jérémie, le prophète: « On a entendu des cris à Rama, Des pleurs et de grandes lamentations: Rachel pleure ses enfants, Et n'a pas voulu être consolée, Parce qu'ils ne sont plus. » " La citation de Jérémie 31:15, qui annonce la déportation des enfants d'Israël à Babylone, est la suivante :"Ainsi parle l'Eternel: On entend des cris à Rama, Des lamentations, des larmes amères; Rachel pleure ses enfants; Elle refuse d'être consolée sur ses enfants, Car ils ne sont plus."   (Ramah est une ville du territoire de la tribu de Benjamin, ville où est né Samuel ).

  C'est donc uniquement sur le plan métaphorique et prophétique lié au massacre des Innocents et à la destruction de Jérusalem que Rachel, qui mourut en réalité avant ses enfants, peut être décrite comme une mère pleurant ses enfants, et ne pouvant être consolée.

  Le thème de la mort des enfants a déjà été évoqué par la figure du forgeron Perth, qui, par sa faute, a conduit ses enfants à la mort. Lorsqu'il forge, les étincelles qui tourbillonnent autour de son front sont comparés à des pétrels tempête, âmes défuntes suivant inlassablement les navires. Les marins les surnomment Mother Carey's childrens, les enfants de la Mère Carey.

  La Rachel possède une place majeure dans le récit puisque le nom de ce navire apparaît à la dernière phrase de Moby-Dick, dans l'Épilogue : "Le second jour, une voile parut, s'approcha, et me recueillit enfin. C'était la Rachel à la course errante : ayant rebroussé chemin pour continuer de chercher ses enfants perdus, elle ne trouva qu'un autre orphelin."

  On voit combien est polyvalente la figure de Rachel dans la Bible et dans le roman : mère mourrant en donnant la vie ; mère pleurant ses enfants perdus : mère errant à leur recherche ; mère en dernier lieu salvatrice du héros Ismaël. Du deuil d'une mère, puis du deuil d'enfants, on termine par le mot "orphelin". Herman Melville avait perdu son père à l'âge de 12 ans.

 

 

 .

3j) The Delight.  (Chapitre 131)

Traduction "La  Joie." (Henriette Guex-Rolle), "Le Délice" (Armel Guerne), "Le Délices" (Jaworski). 

  Le nom du navire est commenté par le texte : "and another ship, most miserably misnamed The Delight, was descried", ce que Armel Guerne traduit littéralement et fidélement par  par "Un autre vaisseau, qui portait misérablement son nom de "Délice"", alors que Jaworski choisit : "L'on signala un autre navire, malencontreusement appelé Le Délices."

  Du point de vue du narrateur, le nom du navire est malencontreux, puisqu'après le Rachel et sa baleinière perdue, Le Pequod qui poursuit avec acharnement le cachalot blanc rencontre une autre navire baleinier victime de Moby-Dick, et qui s'apprête à immerger le cadavre d'un des six matelots tués la veille par le cétacé. Mais du point de vue de Melville, qui a précisément choisi ce nom parmi tant d'autres, il est parfaitement approprié à son dessein. Résoudre les raisons de ce choix permettrait de mieux comprendre le dessein, et, a contrario, connaissant par ailleurs le dessein melvillien, nous pouvons présentir les raisons du choix.

 J'ai consulté le dictionnaire (Online Etymology Dictionary) : "delight (n.) c.1200, delit, from Old French delit "pleasure, delight, sexual desire," from delitier "please greatly, charm," from Latin delectare "to allure, delight, charm, please," frequentative of delicere "entice" (see delicious). Spelled delite until 16c. when it changed under influence of light, flight, etc.  "

  On trouve donc la notion de jouissance, et de jouissance sexuelle (il ne serait pas diificile de souligner combien celle-ci sous-tend l'œuvre) , celle de charme (envoûtement d'Achab, qui s'accroît face aux prouesses combattives de son adversaire), et on y trouve souligné aussi la contamination du mot par light, "lumière" (l'une des clefs du roman étant l'opposition entre Bien et Mal, Lumière et Obscurité, Dieu et Satan, Naissance et Destruction, etc...) et surtout fight, "combattre". 

  L'interprétation la plus simple du nom de navire est d'y voir un effet d'oxymore, les 'délices" annoncées se révélant funèbres, et la chasse glorieuse du "Maître-et-comme-possesseur-de-la-nature" virant au piteux cauchemard, pour ceux que n'exaltent pas les fièvres d'un défi faustien ou prométhéen. Mais, sans que je puisse aller plus avant, il me semble que le nom ne vaut pas que par son contraire : de vrais délices, puissamment sexuels et puissamment jouissifs (les "suppliciantes délices" A. Gide), sont aussi en jeux, et lorsque Melville s'accuse d'avoir créé un nom "most miserably misnammed", il les dissimulent habilement, tout en les énonçant toutes voiles dehors.

  Qu'aurais-je choisi pour traduire Delight : "Ravissement", pour le double sens du mot "ravir" ? 

 

  

3. Autres noms.

 

Les officiers: 

Starbuck : " Nom d'une célèbre famille quaker de baleiniers établie à Nantucket au XVIIe siècle. Mary Starbuck, dont la jeune femme du seond porte le prénom, avait contribué à propager la foi quaker au début du XVIIIe siècle en créant la Société religieuse des Amis. Thomas Starbuck est l'un des personnages du roman de Joseph C. Hart Miriam Coffin." (P. Jarowski, op. cité p. 1204).

 La marque de café Starbucks a été créée en 1971 à Seattle par Jerry Baldwin,  professeur d'anglais, Zev Siegel, professeur d'histoire, et l'écrivain Gordon Bowker, tous trois passionnés de café et soucieux de témoigner du passé maritime du négoce du café. Gordon Bowder proposa de nommer la marque du nom du baleinier de Moby-Dick, mais Terry Heckler, créateur du logo, a rétorqué "Mais personne ne boira une tasse de Pee-quod !". Les associès remuèrent leurs méninges, et c'est le nom du premier lieutenant du bord qui en sorti, Starbuck. 

 

 Le premier logo se compose d’un cercle – rappelant un hublot – de couleur marron au centre duquel trône une sirène couronnée avec deux queues et la poitrine apparente Le choix de la sirène comme mascotte, et plus largement de toute l’imagerie maritime qui accompagne la société, s’explique par ses racines profondément ancrées dans la mer : « Nous voulions évoquer la tradition des voyages maritimes qui a accompagné l’histoire des premiers exportateurs de café, ajoute Steve Barrett. Cela a amené Terry Heckler à se tourner vers de vieux ouvrages de marine pour y puiser son inspiration. Ainsi il a basé son design sur une gravure scandinave datée du 16ème siècle représentant la figure d’une sirène. Pour ce qui est de la riche et profonde couleur brune du logo, elle fut choisie pour rappeler la nuance chaude des grains de café torréfiés. Et ces nuances de marron sont effectivement très vite devenues le symbole du café aux yeux des milliers de buveurs de café en Amérique du Nord. » Voir toute l'histoire du logo.

 

 

  

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Stubb :

"Stubbs (avec un s ) est un nom relativement courant dans les registres d'état-civil de Nantucket (Nantucket Vital Records) de l'époque ; le nom "Stubb", en revanche, n'y figure pas. Le mot stub en anglais signifie "souche", "chicot", "bout" : il peut donc suggérer le caractère direct, brusque et peu subtil du personnage. (P. Jaworski, op. cité, p. 1205).

Le dictionnaire propose aussi pour l'anglais stub le sens de "souche d'un arbre", "talon" (d'un ticket)", "mégot", "bout (de crayon, de chandelle)" ; il rentre dans la composition de pay stub, "fiche de paye". Comme verbe, il signifie "heurter" (son orteil), "écraser un mégot" (he stubbed out the cigarettes in the ashtray).

Flask.

  "Le second lieutenant incarne la médiocrité. L'assimilation de Flask à "une fiole vide" au chapitre 134 (p.604) fait référence à la signification du mot anglais flask, "fiasque", "flacon" ". (P. Jaworski, op. cité p. 1205).     On peut aussi le traduire par "gourde". 

Au chapitre 48, Flask est surnommé little King-post, traduit p. 247 par Jaworski par "le petit plançon" (le plançon est une tige d'osier, de saule ou de peuplier préparée pour servir de bouture), et par Henriette Guex-Rolle par "Le petit Cabrion", le cabrion étant un terme de marine désignant un madrier pour l'arrimage des caisses à eau, ou une pièce de bois servant à raffermir les affûts. King-post désigne à terre une pièce verticale de charpente, élément d'une ferme de toit. Le chapitre 27 nous explique que son surnom illustre son endurance :

"De même que l'on distingue dans les clous de charpentier les clous forgés et les clous découpés, de même l’humanité peut être divisée en deux catégories. Le petit Flask comptait au nombre des clous forgés faits pour river fermement et durer longtemps. A bord du Pequod on le surnommait Plançon,, parce que sa forme pouvait rappeller ces madriers courts et carrés connus des baleiniers de l’Arctique sous ce nom, qui, pourvus d’allonges latérales disposées en rayons, permettent de protéger le navire du heurt des glaces dans ces mers impétueuses." (p. 143)

 

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Les harponneurs:

 

a). Queequeg (et Yojo).

Queequeg dans le texte original, traduction : "Queequeg" ( Henriette Guex-Rolle), "Quiequeg" (Armel Guerne), "Quiqueg" (Jaworski).

L'article Whence come you, Queequeg? de Geoff Sanborn, paru dans" American Literature " Vol. 77 N°2, Juin 2005 révèle que ce personnage est né après la lecture par Melville de Les Néo-Zélandais (1830), de Georg Lilie Craig, sur le modèle du noble sauvage maori nommé Tupai Cupa. Quiqueg est le fils du roi de l'île de Kokovoko, toponyme inventé par Melville sur des sonorités polynésiennes évoquant entre-autre celles du mot Toi moko.

 

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Les Toi Moko.

Les têtes réduites de guerriers tatoués sont caractéristiques de Nouvelle-Zélande où elle portent le nom de Toi-Moko ou Moko-mokai (alors que le tatouage permanent du visage porte celui de Tā moko, moko signifiant "tatouage". Depuis  25 ans, le pays tente de récupérer quelques unes des  têtes répertoriées et dont certaines sont conservées dans des musées. Celle du Muséum d'histoire naturelle de Rouen a été restituée en 2011 ; puis l'ensemble des 20 têtes conservées dans les collections françaises ont été restituées en 2012.

Après leur première découverte de ce rite par le Capitaine Cook, l'intérêt de l'Europe pour ces têtes incita les Maories à en faire commerce, organisant des raids contre leurs ennemis ou capturant des esclaves pour les décapiter et tatouer leur tête post-mortem avant de les faire sécher pour les vendre.   Leur commerce a été interdit en Angleterre en 1831. On comprend que Queequeg ait-eu des difficultés à écouler sa lugubre marchandise ("le marché est saturé" (p.38).

  Les voyages français d'exploration ramenèrent dans les cales des navires quelques têtes : le Musée de Sens en conservait une ramenée du voyage de Dumont-Durville sur l'Astrolabe de 1827 ; celle du Musée de la Marine avait été rapportée de Nouvelle-Zélande le 5 avril 1824 par René-Primevére Lesson, chirurgien et botaniste de la corvette La Coquille lors de son tour du monde sous le commandement de Duperrey.

Celles des Museum de Rouen et de Nantes  et l'une de celles du Muséum National d'Histoire Naturelle ont un intérêt littéraire en rapport avec Gustave Flaubert : Celle du MNHN avait appartenu à Maxime du Camp, l'ami de Flaubert et son compagnon de voyage en Bretagne comme en Orient. Gustave Flaubert rapporte dans Par les champs et par les grèves de 1847 comment il avait découvert au Muséum de Nantes une Toi-Moko, celle donnée en 1826 par le chirurgien de marine François-Louis Busseuil qui l'avait recueillie en Nouvelle-Zélande lors de son tour du monde sur la Thétis de 1824-1826 :

  "La belle chose qu’une tête de sauvage ! Je me souviens de deux qui étaient là, noires et luisantes à force d’être boucanées, superbes en couleurs brunes, avec des teintes d’acier et de vieil argent. La première...On a mis prés d'elle une tête d'homme de la Nouvelle-Zélande, sans autre ornement que les tatouages qui l'ont engravée comme des hiéroglyphes et  que les soleils que l'on distingue encore sur le cuir brun des joues, sans autre coiffure que ses longs cheveux noirs, débouclés, pendants et qui semblent humides comme des branches de saule. Avec ses plumes vertes sur les tempes, ses longs cils abaissés, ses paupières demi-closes, elle a un air exquis de férocité, de volupté et de langueur. On comprend en la regardant toute la vie du sauvage, ses sensualités de viande crue, ses tendresses enfantines pour sa femme, ses hurlements à la guerre, son amour pour ses armes, ses soubresauts soudains, sa paresse subite et les mélancolies qui le surprennent sur les grèves en regardant la mer."

 

Quand au Museum d'Histoire Naturelle de Rouen, son rapport à Flaubert est moins direct : ce musée a été dirigé en 1828 à sa création  par un chirurgien élève de Cléophas-Achille Flaubert (le père de Flaubert) du nom de Felix -Archimède Pouchet ; le fils de ce dernier, Georges Pouchet (1833-1894) professeur d'anatomie comparée, compte parmi les amis proches de Flaubert. C'est à ce Musée que Flaubert emprunta le perroquet qui est le héros animal de Un cœur simple. Surtout, Felix-Archimède Pouchet avait rassemblé au Museum une collection de moulage de crânes (actuellement conservée au Musée Flaubert et d'Histoire de la médecine) qu'il avait commandé  auprès du musée de la Société phrénologique de Paris, inauguré en 1836 et principalement conçu par Pierre-Marie-Alexandre Dumoutier. Une correspondance conservée dans les archives du Muséum atteste d’une première commande de seize têtes et d’un moulage de cerveau auprès de madame Dumoutier. Son mari était alors à bord de l’un des navires commandés par Dumont d’Urville à l’occasion d’une expédition au pôle sud et en Océanie (source : http://criminocorpus.hypotheses.org/4330).

 Dumoutier avait été en effet embarqué sur l'Astrolabe comme "préparateur d'anatomie et phrénologiste" sur décision de Dumont-Durville, phrénologue également. (Source : Ackerknecht 1956). On voit le lien étroit qui réunit l'engouement de l'époque pour la phrénologie et la tendance à collectionner des crânes, dont des têtes maories.

 L'influence de la phrénologie est perceptible dans Moby-Dick à plusieurs reprises, sous forme directe.

Tout cela ne me donne pas de piste pour comprendre comment Melville a choisi Queequeg come patronyme de son "bon sauvage".

 A défaut, j'ai trouvé sur le net :

— cet extrait de la présentation de l'édition Pléiade par Philippe Jaworski : Au chapitre XVIII, Ismaël présente au capitaine Peleg, armateur du Pequod, son ami Quiqueg (Queequeg dans l’original), espérant le faire engager comme harponneur. Peleg, quaker bon teint de Nantucket, ne parvient pas à répéter correctement le nom du sauvage. 

Peut-être veut-il éviter d’avoir à prononcer un nom païen, peut-être ne l’a-t-il pas bien compris. Quoi qu’il en soit, il lui substitue un mot vaguement ressemblant, quohog, qui désigne en Nouvelle-Angleterre une grosse palourde, et glisse ensuite à un autre mot proche par le son du premier, hedgehog (« hérisson »). Partant d’une forme francisée du nom polynésien, Quiqueg, nous avons exploité quelques-uns des mots où se retrouve le couple de consonnes c / q ou q / c. Si les repères familiers de l’armateur ont disparu en français, les substituts du nom du sauvage qui viennent maintenant sur ses lèvres révèlent d’autres facettes du personnage : « Allons… dites à votre Qui… Quiconque… Quelconque ? comment l’appelez-vous ?… Dites-ce à ce Quiconque d’approcher. Par la grande ancre, quel harpon il porte ! […] Il nous faut absolument ce Quinconce… je veux dire Quiconque… dans l’une de nos pirogues. »

— Une discussion onomastique sur Queequeg : http://kn0l.wordpress.com/queequeg-le-maori-ou-kuikoe-le-marquisien/

L'auteur, Stéphane Jourdan, pense que le nom Queequeg aurait pu être inspiré à Melville par celui  d'une plante parasite qu'il aurait entendu aux Marquises : Kūiko’e, ce qui signifie "celui qui n’a pas de mère". Prononcé par un anglais, cela donnerait quelque chose comme Queequeg. Le nom scientifique de la plante est Decaisnina forsteriana (J.A. Schultes & J. Schultes)  et rend hommage au botaniste Johann Reinhold Forster, ou à son fils Georg, qui embarquèrent tout deux sur la Resolution durant le deuxième voyage de Cook de 1772 à 1775. Cette plante est nommée en anglais  Red Mistletoe, ("Gui rouge"). 

Un commentateur a fait remarquer, en faveur de la signification "sans mère" cryptée derrière Queequeg, que  le dernier mot du roman, était "orphelin", que la thématique du veuvage et des orphelins était importante dans le récit , et que dans le chapitre 12,  la mère de Queequeg n’est pas mentionnée. “His father was a High Chief, a King; his uncle a High Priest; and on the maternal side he boasted aunts who were the wives of unconquerable warriors.” 

Melville a séjourné aux Marquises après sa désertion du trois-mâts baleinier « Acushnet », le 8 juillet 1842, à Taiohae, île Nuku-Hiva . Avec un autre marin, il se réfugia dans la vallée de Taipivai où vivaient les tribus Hapaa et Taipi connus pour leur cannibalisme. Le 9 août,  il embarquait sur le baleinier Lucy Ann  qui l’emmènait à Tahiti. Son séjour forme la base des romans autobiographiques Taïpi et Omoo qui   décrivent notamment en détail les conditions de vie des tribus indigènes.  

 

b) Tashtego, "un Indien de race originaire de Gay-Head, le promontoire le plus occidental de Martha's Vineyard, où subsistent les derniers vestiges d'un village de Peaux-Rouges, qui donne depuis longtemps à l'île voisine de Nantucket nombre de ses plus hardis harponneurs" (p. 144).

 C'est à Gay-Head (actuellement Aquinnah) qu'est né Amos Smalley (1877-1961), le harponneur qui a tué en 1902 "Moby-Dick", ou, du moins, un cachalot blanc de 90 pieds de long. Gay-Head est l'un des plus anciens site de pêche des cétacés par les indiens Wampanoag, pêche pratiquée alors à partir du rivage puis à l'aide de petites embarcations. Gay-Head est l'une des trois réserves établies au XVIII et XIXe siècle sur  Martha's Vineyard, avec Chappaquiddick et Christiantown.  

Une compagnie de production de films de New York a pris le nom de Tashtego Films ; Tashtego Punta est le nom d'une pointe en Antarctique.

 Je ne peux m'empêcher d'en recopier la description par Melville : on verra comment s'y travaille, sous le signe du Noir, de l'étrangeté et de la pureté, et par le biais du thème de la chasse, celui de l'animalité, laquelle va glisser vers le satanisme :

" les longs et fins cheveux noirs de Tashtego, ses pommettes hautes, ses yeux de jais très ronds,— d'une dimension toute orientale pour un Indien, mais avec des scintillements polaires —, tous ces traits désiganient assez en lui l'héritier de ces fiers chasseurs guerriers au sang pur qui, lancés à la poursuite du grand élan de Nouvelle-Angleterre, avaient battu, l'arc à la main, les forêts primitives du continent. Tashtego, pourtant, ne suivait plus au flair  la trace des bêtes des bois, mais le sillage des formidables baleines de l'océan, l'infaillible harpon du fils remplaçant opportunément la flêche impeccable des pères. A voir son corps fauve, souple et musculeux aux lignes serpentines, vous eussiez été tenté d'accorder foi aux superstitions de certains des premiers puritains et de voir dans ce farouche Indien un rejeton du prince des Puissances de l'Air*. Tashtego était l'écuyer de Stubb, le premier lieutenant."

* "c'est-à-dire le diable (Voir Épitre de Paul aux Éphésiens, II,1-2) " (Jaworski, op. cité p. 1205)

 

c) Daggoo

           Traduction : Daggou (Jaworski) 

Melville a placé délibérement ses trois harponneurs sous le signe du sauvage et du paganisme, et on se rappelle que c'est par le sang de ces trois païens qu'est baptisé le harpon par lequel Achab va chasser Moby Dick.

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Autres :

Perth, le vieux forgeron du Pequod (chapitre 112).

 Je ne trouve pas d'autre signification du mot anglais Perth que de renvoyer à des noms de ville, dont en premier lieu la ville australienne, capitale de l'Australie Occidentale ; et je ne voyais là aucun rapport avec le forgeron du bord. Pourtant, la note 2 de la page 540 de Philippe Jaworski m'incite à considérer que Perth, ancienne capitale du royaume d' Écosse, (Peart / Pairt, dérivant d'un mot signifiant "bois") est proche des collines de Birnam et Dunsinane. On se souvient alors de la prophétie faite au roi, dans Macbeth de Shakespeare, "Macbeth jamais ne sera vaincu avant que le grand bois de Birnam n'atteigne la haute colline de Dunsinane et ne marrche contre lui." (Acte IV, scène 1). Outre que l'influence de Shakespeare est considérable sur la composition de Moby-Dick, cette prophétie est clairement reprise par celle faite par Fedallah à Achab : "Le chanvre seul peut te tuer". Le capitaine l'interprète en pensant que seul la condamnation à la pendaison, forcément à terre, peut l'atteindre, et il se considère comme invulnérable face au cachalot. Il occulte la matière dont est faite la ligne de son harpon, en bon chanvre américain.

 

 

Faut-il pousser l'érudition jusqu'à étudier la racine grecque πέρθω / pérthô, « détruire, mettre à sac, piller »,  le radical perth- étant issu de l'indo-européen bher-, « couper » (In étymologie de Persée) ?

  

  Par contre, pour rester dans la mythologie, la fonction du personnage, et sa boiterie, évoquent le dieu Héphaïstos. Il est évident que le portrait du forgeron cache une intention, une cryptographie, et l'hypothèse de la figure d'Héphaïstos, forgeron des flèches d'Apollon et d' Artemis ou de la foudre de Zeus, est assez tentante. Si on a en tête le tableau de Rubens au Prado Héphaïstos forgeant le foudre de Zeus, on lit autrement le passage où Perth forge le harpon d'Achab.

(Source : Wikipédia)

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  Il y aurait trop à dire sur la dimension mythique du personnage, directement et explicitement lié au mythe prométhéen qui embrase Achab : il faudrait alors analyser phrase après phrase 112 et 113. A celle-ci s'ajoute la dimension saturnienne, ou mélancolique, qui reprend le thème du chapitre 1 : ayant perdu par sa faute (son éthylisme) son travail, son foyer, sa charmante épouse et les têtes blondes de ses enfants, il choisit, plutôt que la Mort, ou, en guise de mort, l'embarquement sur un baleinier : 

  "mais la mort n'est qu'un départ pour les régions de l'étrange inexploré, le premier salut adressé aux possibilités de l'immense lointain, du monde illimité des eaux. C'est pourquoi aux yeux de ceux qui aspirent à la mort, mais que des scrupules retiennent encore devant le suicide, l'océan qui donne à tous et reçoit chacun — l'océan déploie les séductions de ses vastes plaines aux terreurs inimaginables, fascinantes, et les aventures merveilleuses d'une vie nouvellle. Mille sirène, du cœur de ses Pacifiques infinis, leur adressent leur chants: Viens à nous, cœur brisé ; tu connaîtras une autre vie, libre du péché de la mort qui est passage ; tu connaîtras ici, sans mourir, des prodiges d'un autre monde." (p. 529)

 C'est le génie littéraire qui permet, tout en s'inspirant d'un personnage mythologique, tout en suivant une métaphore, d'y fusionner d'autres éléments pour créer un personnage de roman unique. Perth, brûlé, comsumé par le remords ou la honte, erre sur les Océans, mi démiurge, mi-Caïn (hébreu קין qayin, "forger"). 

 Aussi puis-je regretter que la traduction ne rende pas entièrement compte de ce très beau passage où Perth, battant le fer sorti de l'enclume et environné d'étincelles, est interrogé par Achab : "Are-these thy Mother Carey's Childrens, Perth ?". Jaworski traduit, exactement, "Sont-ce là tes pétrels, Perth ? Ils ne quittent jamais ton sillage." On devine que ces pétrels-tempête (storm-petrels) qui suivent fidélement le sillage de Perth (Perth /Petrel) sont ses remords et ses hantises, mais la tradition anglo-saxonne qui les surnomment Mother Carey's Childrens, les enfants de la Mère Carey, dame Blanche féérique qui hante les mers souligne d'avantage que ces pétrels, où les marins voient l'âme des marins noyés, sont ici les enfants décédés de ce Père du Feu volants en incandescences autour de son front.

 

"Smut".

  Ce nom apparaît au chapitre 108 dans la bouche du charpentier : "Come, come, you old Smut, there, bear a hand, and let's have that ferule and buckle-screw" , "Allons, mon bon Noir-de-Fumée, aide-moi...et termine cette virole et cette boucle à vis, je vais en avoir besoin dans un instant." (Jaworski p. 511). Ce surnom est adressé au forgeron Perth, comme le confirme à la page suivante l'échange entre Achab et le charpentier : "Le forgeron, qu'est-il en train de faire ? — Il doit forger la boucle à vis, en ce moment".

Une note de l'édition critique Norton de 2002 précise (p. 358) : "Smut : sailor's name of the blacksmith (from the soot he works in)" : Smut : nom donné par les marins au forgeron ( qui travaille dans la suie)". Le dictionnaire Collins donne  deux significations Smut :"charbon", salissant comme la suie, mais aussi : smutty : "sale, indécent, pornographique, obscène". Il provient de l'allemand schmutzen, "salir".

  On comprend donc que la traduction "mon bon Noir-de-fumée" laisse peut-être de coté un sous-entendu gentiment injurieux. Henriette Guex-Rolle ne traduit pas et garde le nom Smut.

Pippin, ou Pip,

  le mousse, ou "cabin boy", garçon de cabine : son nom est un surnom venant de "pépin", témoignant sans-doute de ce qu'il est noir. Les cabin boy avaient habituellement 14 à 16 ans.

  Devenu fou après avoir été abandonné en pleine mer parce qu'il a sauté à deux reprises de la baleinière, il est comme adopté par Achab et installé dans sa cabine. Il joue alors un rôle analogue au "fou du roi", et notamment du fou qui accompagne le roi Lear.

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Fedallah :

  Le travail a déjà été fait, et il me suffit de recopier la note 1 de la page 247 de la traduction de Jaworski : " Selon Dorothee M. Fonkelstein (Melville's Orienda, New york, Octagon Books, 1971, p. 223-239), le nom Fedallah signifie en arabe " Le Sacrifice [ou la Rançon] de Dieu". Elle précise qu'à l'époque de Melville le terme fedai ("celui qui se dévoue" ou "celui qui sacrifie sa vie" désignait les "anges vengeurs" envoyés par le "vieil Homme de la Montagne" , chef de la secte des Assassins [Hashashin] mentionnée par les Croisés, Marco Polo, Samuel Purchas et autres voyageurs au Moyen-Orient. Fedallah, qui est décrit comme un vieillard, peut être rapproché du chef de cette confrérie secrète musulmane (VIII-XIVe siècle). C'est à l'époque de Melville que le sens du mot "Assassin " et les caractéristiques de cette secte commencèrent à être connus grace aux travaux de l'orientaliste Sylvestre de Sacy (1758-1838).  Mansfield et Vincent (Moby-Dick, p. 729-734) mentionnent entre autres sources possibles du nom Fedallah un article anonyme du Specta

 

tor (n°578 du 9 août 1714 [sic] ) sur le problème de "l'identité personnelle" qui cite abondamment John Locke et résume un conte persan mettant en scène un jeune roi vertueux, Fadlallah ("grâce de Dieu"), victime d'une possession démoniaque. La conception de fedallalh doit sans-doute beaucoup au passage des Confessions d'un mangeur d'opium anglais où de Quincey évoque un personnage qui apparaît mystérieusement sur le seuil d'un cottage anglais, portant un turban et des pantalons flottants ..."etc...

 

  Je voudrais pour ma part souligner que Fedallah est le harponneur d'Achab, et, comme les trois précédents harponneurs, il accumule dans sa description les traits ayant rapport avec la "race" étrangère et ceux  se rapportant avec l'inhumanité,  l'animalité et du satanisme. Dans ces derniers registres je souligne : entre ses lèvres d'acier saillait maléfiquement, une dent blanche. ...Mais curieusement un turban d'une blancheur éclatante couronnait cet ébène : sa crinière, tréssée et enroulée plusieurs fois sur sa tête. D'une complexion moins bistrée, ses compagnons de cet individu avaient le teint vif, jaune roux du tigre particulier aux indigènes de Manille, une race célèbre pour la subtilité diabolique de ses ressourceset que certains  honnêtes marins blancs jugent composée des espions à gage et des agents secrets du diable sur l'eau...Paré, Fedallah? Paré, lui fut-il répondu dans un sifflement.

 

Fleece :

  C'est le cuisinier noir, vieux et boiteux du bord.

Traduction  "Laine-de-mouton" (Jaworski), "Toison" (Henriette Guex-Rolle) : c'est l'un des noms de personnage les plus fascinants du roman. Le mot anglais fleece signifie :

— nom : fleece  : "toison" Sheep's fleece, "toison d'un mouton", donc" peau de mouton, laine de mouton", et par extension moderne pour un vêtement isolant du froid, "molleton", "polaire".  Dans l'expression the Golden Fleece, le terme désigne la Toison d'or que Jason et les Argonautes partent conquérir en Colchide.

— verbe : to fleece "tondre", "tondre la laine sur le dos de", "plumer, voler, escroquer".

  Une fois de plus (mais tout l'art onomastique est là), la polysémie du mot permet à Melville de jouer avec notre imagination : nous pourrons y voir une allusion aux cheveux crépus mais blancs du vieil homme, ou bien au contraire un sobriquet qualifiant par son contraire la couleur du" vieil ébène" (p.331), ou un lien entre la croisière du Pequod et la quête de cette Toison d'Or qu'est le cachalot blanc, ou y entendre à demi-mots une dénonciation de la façon dont les Blancs ont tondu, continuent à plumer les Indiens et les Noirs. Cette dernière interprétation se fera d'autant plus forte lque le cuisiner sera surtout en scène au chapitre 64, "Le Souper de Stubb". Dans cette scène, on voit l'officier se faire préparer un steack de baleine, à minuit, puis reprocher cruellement au cuisinier la cuisson excessive de la viande, et le contraindre, comme par brimade, à aller s'adresser aux requins qui dévorent la carcasse de la baleine avec la même avidité sanguinaire que celle de Stubb. C'est la proximité de ces requins, ces milliers de requins qui, "se vautrant", "se goinfrant goulûment", trouble le repas de Stubb par le claquement de leurs machoires ; et c'est la proximité de leur cruelle voracité avec celle des hommes qui fait écrire à Melville, après qu'il ait décrit les requins attirés par victimes des combats navals, ou par les esclaves nègres que les négriers jettent par dessus bord, " la chose n'en demeurerait pas moins ce qu'elle est —une sinistre et requineuse affaire, à queque bord qu'on appartienne".(p. 329)

  Fleece — appellons le Laine-de-mouton —, sur l'ordre de Stubb, se penche donc sur le bastinguage pour adresser aux squales ce morceau d'anthologie  qu'est son Sermon aux requins. Depuis ses premières pages, Melville a souligné de traits animaux ses portraits d'Indiens, de Noirs et des hommes d'équipage : il va montrer ici combien Laine-de-mouton, que nous voyions dans le regard de Stubb comme un être primitif ou demeuré, se révèle capable de communiquer avec les animaux. Et la parole de Laine-de-mouton, ce sabir qu'il est difficile de transcrire autrement qu'en reprenant les stéréotypes "petit-nègres" du colonialisme, va se révéler une Langue des oiseaux superbement cocasse et poétique et suprêmement sage.

 L'officier blanc (et sans-doute avec lui tout un pan de la société américaine, un large pan de la socièté européenne, une trés large partie de l'esprit de conquête de de domination, et, soyons généreux, tout l'ensemble de l'esprit de lucre de l'humanité) va se confondre avec les requins, et, en face de lui, Laine-de-mouton, dans sa sage innocence bafouée et humiliée, va se dresser comme une force animale d'une autre nature, intuitive, saine, mesurée et bon-enfant ; Stubb n'entendra pas ce Sermon aux requins qui s'adressait à lui, continuera à persécuter Laine-de-mouton, mais celui-ci aura, in petto, le dernier mot : "J'veux bien être pendu s'il n'est pas plus requin qu' Maître Requin lui-même!".

 La traduction française ajoute encore un grain de drôlerie à cette "requinade" et à cette "moutonnade" en qualifiant le cuisinier de "coq".

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Dough-Boy :

traduction Boulette-de-farine (Jaworski) ; Dough signifie "pâte", (dough-nut : "beignet", transposé en donut comme chaque émule d'Homer Simpson le sait). On pouvait aussi traduire par Bonne-Pâte.

Armel Guerne a traduit par "Mie-de-pain" ; Henriette Guex-Rolle par "Pâte-Molle".

C'est le maître d'hôtel (the steward), dont la pâleur est plusieurs fois soulignée : cette pâleur peut expliquer son surnom.

Archy :

homme d'équipage qui apparaît page 223.

Cabaco,

  homme d'équipage qui dialogue avec Archy à la même page 223 ; c'est un Cholo, metis d'espagnol et d'Indien péruvien.

 Les Instructions pour remonter la côte du Bresil pour la Côte méridionale du Brésil et le Rio de la Plata par Charles Philippe de Kerhalet (1841) décrivaient, de la Pointe nord de Sainte-Catherine au cap Santa-Marta-Grande, le Cap Quebra Cabaço ; Cabaços est aussi un toponyme portuguais (Ponte de Lima) ; et le mot cabaço signifie, en portuguais, "pucelage". 

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Bulkington

 ...devait être, dans un premier projet le compagnon de couchette d'Ismaël ; son sleeping-partner, qui partagera son lit. Aucune ambiguïté ici, mais il faut connaître le système des bordées, que nous présente Édouard Corbière dans Conte de Bord (1833):

   "Pour former ces bordées, on divise l'équipage en deux parties égales. Chaque partie de l'équipage, commandée par un officier et un maître, prend le quart à son tour, pendant que l'autre moitié dort ou se repose dans les cabanes ou les hamacs. La première bordée se nomme la bordée de tribord, et par dérivation, on désigne les marins qui la composent sous le nom de Tribordais. L'autre bordée est celle de babord, et elle se compose de Babordais. Uns cabane ou un hamac sert à deux hommes dont l'un est tribordais et l'autre babordais. Les deux hommes dont le hamac ets commun sont matelots l'un à l'autre ; aussi chacun d'eux appelle-t-il son camarade son matelot.[...] Presque toujours il arrive que les deux marins qui se conviennent assez pour désirer être amatelotés ensemble mettent en commun tout ce qui peut contribuer à solidariser les petites jouissances qu'ils peuvent se procurer à bord. La provision d'eau-de-vie se partage entre eux : le tabac qui doit servir dans la traversée est fumé ou chiqué en commun, et il est fort rare que le partage parfois inégal des objets mis en consommation pour l'usage des deux parties fasse naître entre les deux interessés d'égoïstes contestations. La paix et l'union règne presque constamment dans ces sortes de ménage d'hommes, d'où la passion et à coup sûr la jalousie sont exclues par la nature même de cette alliance toute fraternelle".

Supplanté par Queequeg, on le retrouve encore, tel un fossile de l'ère primaire de rédaction, dans le chapitre 23 qui lui est consacré en guise de stèle funéraire, puisqu'il ne réapparaîtra plus. Encore les pages qui sont consacrées à cet alter ego du narrateur ne laissent-elles pas d'intriguer. Selon la note 1 de la page 36 de la traduction de P. Jaworski, qui cite Harrison Hayford, il est "un doublon inutile" que Melville n'a pas eu le souhaît et le temps d'effacer. Mais cela n'explique pas ses caractéristiques mystérieuses.

 La première de celle-ci est qu'aussitôt débarqué d'une campagne de quatre ans sur l'Épaulard, il s'embarque sur le Pequod : la terre semblait lui brûler les pieds. Cette fuite vers l'Océan laisse suspecter que, coupable de quelque crime, il regagne au plus vite le No-man's-land maritime.

L'autre caractéristique est là dés la première phrase qui le présente : Je remarquai que l'un d'eux, pourtant, se tenait un peu à l'écart. Si bien à l'écart qu'il est discret jusqu'à l'effacement pour ce qui concerne cette histoire (p. 35), avant de s'éclipser subrepticement, et je ne le revis plus jusqu'au moment où, en mer, il devint mon camarade. Si, populaire parmi les marins de son bord, il est remarquable, c'est par son absence (p.36) qui les amènent à l'appeller Bulkington ! Bulkington ! Où est Bulkington ? 

Enfin, tout le chapitre La terre sous le vent qui lui est consacré reste difficile à déchiffrer. Ce serait "une stèle" sans épitaphe, car les plus profondes images de la mémoire jamais ne donnent lieu à des épitaphes ; une "tombe sans pierre". On pense que ce personnage va bientôt disparaître en mer, ce que confirmerait la dernière phrase Farouche soit ton combat, demi-dieu ! De l'écume soulevée par ta mort océane jaillit, verticale, ton apothéose ! Mais on perçoit bien que le sens est ailleurs, métaphorique et poétique, comme si l'éloge funèbre s'adressait à une part sauvage et ombrageuse du narrateur ou de l'auteur, jalouse de son indépendance, une part altière mais suicidaire fuyant la terre et ses compromissions, le confort et la sécurité, une part sacrificielle par laquelle Melville annonce tous ses refus de compromissions éditoriales et le naufrage en haute mer de sa carrière.

 J'ai idée que ce Bulkington que la terre insupporte, avce ces "écarts", ses absences, le caractère subreptice de ses éclipses, ne serait pas étranger à cette part de l'âme de Melville —la compagne de ses nuits, sa sleeping-partner — qui se concrétisera quatre ans plus tard en Bartleby.

 

  Bulkington est, avant d'être ce patronyme, un toponyme anglais, construit comme tel avec le suffixe -gton (ou -ton, -ghton) venant du vieil anglais -tun, hameau (  Claughton, Washington, Laughton, Houghton).

 

Peter Coffin 

est le propriétaire de l'auberge Au souffle de la baleine à New Bedford. Le mot signifiant "coufin", "cercueil", et cela permet au narrateur d'y voir un mauvais présage. Ce patronyme appartient, avec Gardner et Starbuck  aux plus anciens noms de famille de baleiniers de Nantucket : Tristram Coffin, qui était né à Plymouth en 1609, émigra en Amérique en 1642 et s'établit à Nantucket ; la famille se mit à la pêche à la baleine dès 1690, et possédait trois baleiniers en 1715; En 1763, on dénombre six capitaines de la famille naviguant sur les mers du globe du Groënland jusqu'en Amérique du Sud. En 1823, c'est à Java  qu'un James Coffin s'illustre puis dans le Pacifique en découvrant une des îles du groupe Phoenix ;  son collègue Joshua Coffin, inévitablement capitaine d'un baleinier, en découvrit une autre qu'il baptisa Île Gardner. J'ignore quel capitaine Gardner ou Starbuck lui rendit la pareille, mais deux îles portent le nom d'île Coffin, au confin du Canada (Nuvanut) et à l'Ouest de l'Australie. Un 1823, Reuben Coffin baptisa l'une des îles Bonin (au sud du Japon) du nom de la famille. Mais il serait vain de vouloir citer tous les Captain Coffin, tous leurs haut-faits, et aucun quai du monde ne serait assez long pour accueillir les centaines de milliers, le million peut-être de barils de sperm oil, de spermaceti. Pourtant, il faut mentionner, pour mieux imaginer les souffrances du capitaine Achab ce capitaine Coffin qui, grièvement blessé à la jambe lors d'une chasse à la baleine, ordonna à son second de lui couper la jambe avec un couteau, menaçant de le tuer s'il n'obeissait pas et braquant son arme sur lui pendant toute l'opération. Source Coffin (whaling family), Wikipédia.

 

 

The Spouter-Inn.

  Précédée par le nom de trois autres établissements (The Crossed Harpoons, The Sword-Fish Inn et The Trap, "Les Harpons Croisés", "L'Auberge de l'Espadon" et "Le Guet-Apens"), l'auberge The Spouter-Inn (traduit par "Au souffle de la baleine") amène à rechercher dans le dictionnaire le sens du mot Spouter : outre le sens du verbe (To gush forth in a rapid stream or in spurts / To discharge a liquid or other substance continuously or in spurts.), on donne, (The Free Dictionary) pour le nom, les sens suivants 

  • 1. A tube, mouth, or pipe through which liquid is released or discharged.

    2. A continuous stream of liquid.

    3. The burst of spray from the blowhole of a whale.

    4. Chiefly British A pawnshop (mont-de-piété).

    On peut suspecter Melville de jouer sur la polysemie du mot, qui n'est pas sans arrière-fond. Henriette Guex-Rolle ayant traduit avec audace par "Auberge du Souffleur Peter Coffin", je relis l'original. Effectivement, le nom de l'auberge  est " The Spouter-Inn—Peter Coffin". Il sera abrégé au chapitre 3 en The Spouter-Inn, l'Auberge du Souffleur (H. G-R), ou Au souffle de la baleine (P.J)

     

  • Mme.Hussey est la femme d'Osée Hussey, propriétaire de l'auberge le Tâtes-pots à Nantucket.
  • Osée Hussey est le cousin de Peter Coffin et le propriétaire de l'auberge le Tâtes-pots à Nantucket, il n'est que mentionné. Mais il porte le prénom d'un prophète de la Bible

 

 

Le mythe de l'Amérique : http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/ahess_0395-2649_1970_num_25_6_422299

 

 

II. Melville et l'humour.

           (PROJET)

   Philippe Jaworski op. cité: "Moby-Dick est, avec Huckleberry Finn, le plus grand roman comique américain du XIXe siècle" (p. 1167)  "Des passages de pure comédie viennent souvent faire contrepoint à la tragédie d’Achab. Moby-Dick est, avec les Aventures de Huckleberry Finn (1884) de Mark Twain, le plus grand roman comique américain du XIXe siècle. Cette dimension du livre a pourtant été souvent négligée par les traducteurs précédents. Melville exploite à peu près toutes les formes du genre, de l’humour le plus fin à la farce la plus facile – comme Rabelais dont il était un lecteur gourmand. Melville peut même être joyeusement grivois voire obscène."

         N.B :  Il me faudra étudier l'influence, évidente, de Laurence Sterne et de Swift.

 Diverses formes d'humour sont utilisées par Melville, mais je n'ai pas fréquenté les enseignements universitaires où de dignes Professeurs qui, comme Robert Provine (Maryland) ont fait progresser l'humanité dans son exploration de la Terra Incognita des mécanismes du rire : en la matière, je suis resté sur le gaillard d'avant, utilisant mes muscles (zygomatiques) plus que mes neurones. 

  Ainsi, lorsque Melville écrit dans son chapitre sur la couleur blanche que "la prééminence de la blancheur s'applique aussi à la race humaine, puisqu'elle consacre l'autorité suprême de l'homme blanc sur toutes les tribus basanées", il ne place aucun smiley explicite [ a parte : s'il est bien quelque-chose à classer parmi les tue-l'humour, c'est bien le smiley]. Aucun trait de son visage, aucun clignement de l'œil, aucune intonation amusée ne vient aider notre regard interrogateur qui, tel l'enfant face au grand-père facétieux, tente de deviner si c'est du lard ou du cachalot. L'auteur reste de marbre blanc ; faut-il rire jaune ?

  En fait, le vénérable Pr. R. Provine a constaté sur des milliers d'observations que ce qui nous faisait rire, ce qui déclenchait ce "reliquat vocalistique proche du cri ancestral" n'était absolument pas drôle en soi : pour rire, il faut appartenir au groupe qui rit, par mimétisme ou "pour lubrifier les relations".

  Sommes-nous encore, avec l'humour, dans le rire? Le rire de l'humour n'est-il pas, toujours, jaune ?

 Voici un trait d'humour du livre : " Why such a whale became thus marked was not altogether and originally owing to his bodily peculiarities as distinguished from other whales; for however peculiar in that respect any chance whale may be, they soon put an end to his peculiarities by killing him, and boiling him down into a peculiarly valuable oil. " Le rire naît de la répétition du mot, que je souligne. Jaworski traduit ainsi : "Qu'on ait pu en venir à distinguer ainsi un individu ne s'explique pas seulement, à l'origine, par ceux de ses traits physiques qui le différencient de ses congénères, car si singulier que soit l'aspect d'une baleine rencontrée par hasard, ses chasseurs ne tardent pas à réduire ses particularités à néant en tuant l'animal et en le faisant bouillir pour en extraire une huile particulièrement précieuse."

 C'est ici plutôt un jeu qu'un rire, un jeu de mots qui fait grincer ironiquement la bascule par laquelle la différence, l'individuation d'un animal doté d'un nom propre s'inverse dans son contraire, l'odieuse indifférentiation en un produit économiquement estimable. Ce renversement en son contraire n'est drôle que par dépit, ou par défense. 

  La survenue de ces traits d'humour mériterait d'être étudiée. Ils sont parfois émis en salves, dans des chapitres guillerets où l'auteur s'est assis devant son pupitre de belle humeur, et bien décidé à s'amuser, comme dans les premiers chapitres, ou dans ceux qui se consacrent à la cétologie (55 à 57) en mimant et minant le ton doctrinal. Mais les blagues "bréchent" parfois aussi, rompant la surface d'un récit lisse et disparaissant avant même que le lecteur ait réalisé qu'il y avait là matière à une bonne pêche. Ainsi au chapitre 53, La Game, Melville décrit les rencontres entre navires baleiniers en pleine mer, tradition qu'ignorent les autres navires, négriers trop pressés, navire marchand trop indifférents, navires de guerre trop protocolaires, et pirates qui méprisent les "bouilleurs de graisse" et les regardent de haut. C'est une écriture au long cours, portée par la houle d'un style régulier, et puis soudain, à propos de ces pirates  hautains : "Leur carrière peut s'achever sur une position exceptionnellement élevée, mais seulement à la corde d'une potence. En outre, celui qui touche à de si inhabituelles hauteurs ne saurait se prévaloir d'aucun véritable fondement. D'où je conclue que lorsque le pirate se flatte d'être supérieur au baleinier, il ne s'appuie sur rien de solide".

  Les chapitres 89 et 90 appartiennent à la grande tradition satirique. Le premier, en nous expliquant les régles par lesquelles les baleiniers affirment leurs droits sur leur prise ("un poisson amarré appartient à celui qui l'a amarré ; un poisson perdu est au premier qui l'attrape"), généralise ces régles comme réglant nos sociétés par le Droit du plus fort et donne l'occasion à Melville d'illustrer cette loi par de nombreux abus de pouvoir de l'Angleterre et de sa noblesse. L'autre, encore plus acerbe, se termine par cette phrase impeccable : "Il semblerait qu'il y ait une raison à tout, même aux lois" (And thus there seems a reason in all things, even in laws). Chute cynique de tout le chapitre, concise et laconique, au superbe conditionnel, et à la malignité délicieuse de l'inversion finale, même aux lois.

 

 

III. Par çi par là.    

 

     

1. Les deux prédations.

  Constatant comme chacun que Melville dénonçait, toujours entre les lignes, une civilisation d'asservissement, jusqu'à l'extinction, du Vivant et de l'Autre (dont les cétacés et les Indiens étaient les emblèmes), société policée puritaine esclavagiste et son christianisme de façade masquant les appétits de puissance et de possession de la colonisation, j'ai d'abord cru qu'il opposerait à cette attitude prédatrice délétère des valeurs opposées proche du Transcendentalisme, pacifique, "fleur bleue", édenique, végétarienne et contemplatrice. Il n'en n'est rien.

  A la prédation calculée du capitalisme ou de l'impérialisme, basée sur la domination de l'homme sur ce qu'il considère comme différent et inférieur à lui, Melville oppose la prédation sauvage de la chasse, violente, passionnelle, païenne mais basée sur le mimétisme, la capacité de vaincre l'autre à force d'en être devenu son alter ego.

  Achab, capitaine d'une usine quasi industrielle de production d'huile de baleine et de produits dérivés, bascule dans la seconde prédation, transforme son navire en l'équipant de dents de cachalots, constituant un équipage de chasseurs primitifs, et, déjà muté par sa prothèse de jambe en ivoire de cachalot, poursuit sa lente métamorphose jusqu'au combat final.

 Que le christianisme, ou sa caricature puritaine ou quaker, soit opposé au satanisme qui accompagne systématiquement l'animalité des chasseurs, ne signifie pas que nous ayons affaire à une lutte du Bien contre le Mal, de Dieu contre le Diable: deux volontés de puissance se développent, parallélement, sous des couleurs empruntées qui les théâtralisent. Elles ne s'opposent pas entre elles, mais toutes les deux répondent par le déploiement de leurs forces à un seul et même adversaire, la Mélancolie, celle-là même qui pousse Ismaël à s'embarquer. 

 

2. Les deux narrateurs.

Lorsqu'on débute le roman de Melville par la phrase "Appelez-moi Ismaël", on pense que le narrateur qui s'exprime à la première personne est bien défini ; ma is lorsque le Pequod a pris la mer et que le "je" narratif s'efface pour une description neutre, ou que les phrases prononcées à voix basse par Achab, et donc difficilement perceptible pour un homme du gaillard d'avant comme Ismaël ("On a l'impression de descendre dans sa tombe", se murmurait-il à lui-même (p. 151), on réalise qu'Ismaël a abandonné le pupitre de la narration au profit d'un omniscient, et que le point de vue narratif s'est modifié. On en trouve confirmation lorsqu'au chapitre 44 dans la cabine d'Achab, ce saint-des-saints où nous avons le privilège inouï de jeter un coup d'œil au dessus de l'épaule du capitaine pour le voir tracer sa route sur la carte. Mais cette duplicité devient franchement manifeste  au chapitre 42, La Blancheur du Cachalot, lorsqu'on surprend le narrateur parler (p.224) d'Ismaël comme d'un personnage exterieur. Les soutes du Pequod abritent des passagers clandestins ; de même le roman a-t-il embarqué, à notre insu, un -voire plusieurs-narrateurs clandestins.

 

 

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3. Les quatre niveaux d'écriture.

Les Écritures peuvent s'interpréter de quatre façon en herméneutique juive [Doctrine des quatre sens Peshat (litteral), Remez (allusif), Drash (littéralement :"sonder" :allégorique), Sod (secret, mystique)], ou selon l'enseignement d'Origène et des Pères de l'Église [historique, allégorique, tropologique, et anagogique]. Quels mots savants faut-il créer pour décrire comment l'écriture de Melville peut décrocher brutalement d'un "sens" à l'autre, ou bien faire courir un double sens que l'on devine sans qu'il ne fasse clairement surface ? 

  L'écriture de base est celle du récit : c'est l'écriture officielle d'un roman d'aventure maritime.

La seconde, je l'ai dit, est très vite apparente, c'est celle du récit franchement comique, type Three men in a Pequod, ou de l'humour complexe.

La troisième est celle de la tragédie.

La quatrième est celle de la métaphore philosophique. Comme pour l'humour, elle se révèle sans crier gare, amenant le lecteur à se demander soudain si elle ne le suivait pas entre les lignes depuis un bon moment. Il croyait lire (chap. 68) la description de la couenne des cétacés (description, Melville s'en est plaint, peu encline aux envols poétiques), et voilà que l'épaisse isolation qui permet à l'animal de fréquenter les milieux thermiquement hostiles sert de prétexte à vanter "la rare vertu d'une forte vitalité individuelle, la rare vertu de murs épais et d'un vaste espace intime". L'aimable Cicerone plaisantin qui guidait les touristes du Marinaland ou du "Parc Moby-Dick" s'est transformé en Assurancetourix coiffé de laurier qui brandit sa lyre et, les yeux levés au Cieux, entonne cette exortation : "Homme ! Admire et imite la baleine ! Comme elle, préserve ta chaleur parmi les glaces ! Comme elle, sache vivre dans ce monde et n'appartenir qu'à toi-même !" Etc..., puis "Combien peu d'hommes peuvent prétendre à la vastitude de la baleine ! "

 

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Étrange appel décrivant l'être humain comme devant affronter l'hostilité  de ses semblables, dans une conception romantique de l'Artiste. Cela vole très haut, il aurait fallu nous prévenir, nous aurions emmené une petite laine... mais un cri survient "Embraque les chaînes ! Largue la carcasse !" (p. 344), le récit nous ramène au zéro des cartes, derrière les Davy Crocket des mers du Sud, nous avons encore prés de 300 pages à parcourir vent arrière, trop tard pour rêver sur ce qui, derrière nous, s'est inscrit dans le sillage.

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4. Quiqueg en kilt : de qui se moque-t-on ?

  Si mes amis, qui me connaissent comme une personne policée et de mœurs empreintes de dignité, m'apercevaient soudain amorçant un truffle shuffle ou mangeant un goulbiboulga avec Casimir, ils ne seraient pas plus étonné que je le fus lorsque, parvenu au chapitre 72 de ma lecture de Moby-Dick, je lus la phrase suivante : "Quiqueg, à cette occasion, portait le costume écossais, kilt et chaussures montantes — dans lequel il était, à mes yeux du moins, tout à son avantage" (op. cité, p. 355) Le costume écossais ? Kilt et chaussures montantes ? Pour un harponneur maori tatoué sur tout le corps, qui se rase avec son harpon, fume le tomahawk, et qui ne possède dans toute sa lignée d'ancêtre aucun écossais, mais d'authentiques cannibales ? Kilt et chaussures montantes au moment où, envoyé sur le dos du cachalot amarré au flanc du Pequod pendant son dépècement, il tente de maintenir son équilibre en un rodéo périlleux, à demi-submergé par les vagues ? 

  Dans les cas difficiles, il convient de retrouver le texte original : voyons : " On the occasion in question, Queequed figured in the Highland costume — a shirk and socks — in which, to my eyes at least, he appeared to incommon advantages ; and on one had a better chance to observe him, as we presently be seen."

  Il s'agit de l'édition critique de H. Hayford, H. Parker et G. T. Tanselle, Norhwestern University Press & The Newberry Library, 1988, vol. 6. Cette édition commente en note le mot [shirk] : "NN emends the A and E reads "shirt" as a misreading for "skirt", since not a shirt but a skirt and sockes are the two articles of Scottish dress corresponds to "tartans" (i.e the kilt) and "leggins" in Melville description of the ship Highlander's painted figurehead with "bright tartans, bare knees, barred leggins and blue bonnet" in chapter 24 of Redburn. Whereas a skirt is a lower garment, a shirt is always an upper one (whether inner or outer, short or long). For more secure foothold, harponners customary stoods on the whale slippery back shoeless but in woolen sockes. To conserve their usual clothes during this wet and bloody job, they often donned old articles of dress, such as old trousers. While the idiom "in one's shirt" or "in one shirttails" may means "with one's pants off", it is unclear here what item of Queequeg's dress (or undress) — surely neither a short nor long short — would ressemble a skirt, but perhaps in effect a short wraparound "butcher's apron" leaving his bare knees visible. In any case, the way Queequeg appeared is suggested by a citation of Scott's Waverlay in the Oxford English Dictionary, sv  "kilt" :the short kilt, or petticoat, showed his sinewy and clean-made limbs".

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Ce que je comprends de cette note est que les exégètes américains ne s'étonnent pas de voir Quiqueg danser sur la baleine en kilt, ou en "tablier de boucher" quoiqu'ils signalent que l'expression "in one's shirt" signifie "nu, sans pantalon". 

  Henriette Guex-Rolle reste assez prudente dans sa traduction, mais, à la lire, on comprend clairement que Quiqueg, s'il porte une chemise et des chausettes, est, par ailleurs, parfaitement nu : "En l'occurence, Queequeg s’y trouvait vêtu à l’écossaise – en chemise et chaussettes – tenue qui, à mes yeux du moins, le faisait paraître particulièrement à son avantage, et personne plus que moi, on va le voir, n’était mieux placé pour l’observer."

Armel Guerne traduit de la même façon : " Cette fois-ci donc, Quiequeg s'y tenait, vêtu à l'écossaise — c'est-à-dire en pans de chemise et en chaussettes— costume qui, à mes yeux, lui seyait à ravir."

  D'ailleurs, Quiqueg a bien voulu prendre la pose en tenue écossaise pour le site classicrants : je découvre plus tard que cette image fait partie d'une lecture critique de Moby-Dick sur un site Ambrmerlinus.livejournal qui propose de nombreuses illustrations aussi réussies que celle-ci par un artiste signiant KVH: cette découverte sera la plus belle gratification de mes recherches.

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  Une autre édition critique des mêmes auteurs H. Hayford, H. Parker donne la note suivante en 2002:

  "Not an actual Scottish kilt but a something like a butcher’s skirtlke apron, no pants, and (for traction) coarse socks and no shoes. “Skirt” is [a Northwestern-Newberry edition] emendation for “shirt”; Melville was recalling a passage in Sir Walter Scott’s Waverly (1814) on a kilt’s showing off a mian’s sinewy limbs, with the additional joke that in his rolling and swaying on the whale and in Ishmael’s jerking him with the rope Queequeg shows off more than his legs to the appreciative Ishmael."  

  En conclusion, selon nos dernières informations (supra, 2002), Quiqueg était nu sur son cachalot, mis à part une chemise et une paire de chaussettes, se livrant à des acrobaties pour maintenir son équilibre, et on comprend qu'aux yeux d' Ismaël, qu'il n'est plus désormais possible de ne pas qualifier d'amant de son bel harponneur, il soit "tout à son avantage". Déjà nous avions lu, au chapitre IV, les phrases "En m’éveillant, au point du jour, le lendemain matin, je constatai que le bras de Queequeg m’entourait de la manière la plus tendre et la plus affectueuse. On aurait presque pu croire que j’étais sa femme. [...]; seule la sensation de poids et de pression me laissa deviner que Queequeg me tenait enlacé." (Trad H.G.R) Déjà le chapitre 10 se concluait sur ces phrases explicites : "Il n’y a pas de lieu plus favorable qu’un lit aux révélations confidentielles entre amis, je ne sais pourquoi. On dit que mari et femme s’y dévoilent l’un à l’autre le tréfonds de leur âme et il est des vieux couples qui, étendus, y parlent presque jusqu’au matin du bon vieux temps. Ainsi dans la lune de miel de nos cœurs, étais-je allongé auprès de Queequeg. Couple envahi de bien-être et de tendresse." (H.G.R).

  Mais nous laissions flotter l'ambiguïté.

Ce chapitre 72 nous présente donc Quiqueg sur sa baleine, ceinturé à la taille par un baudrier attaché à une sangle qu'Ismaël, du bord du navire, manie pour prévenir une chute malheureuse parmi les requins. Melville, pris de scrupule, précise que cette "laisse à singe" (The Monkey-Rope) n'est pas utilisé ainsi chez les baleiniers : autrement dit, elle est inventée ici par la seule, mais impérieuse nécessité de parfaite l'image géméllaire du couple des amants ; la "laisse à singe" n'est pas là pour se moquer de Quiqueg, même si Melville n'hésite pas à forcer le trait : "Vous avez assurément déjà vu ces jeunes italiens avec leur orgue de Barbarie et un petit singe qui fait des cabrioles au bout d'une longue laisse. De semblable manière, je tenais Quiqueg, du flanc abrupt du navire, au bout de ce que les pêcheurs appellent familièrement "une laisse à singe", attachée à une forte bande qui lui enserrait la taille". Non, elle est là pour mettre de l'animalité dans la scène. 

  La phrase suivante va plus loin encore dans l'image du couple uni pour le meilleur et pour le pire : "Car, avant d'aller plus loin, il faut dire que cette laisse était assujétie aux deux extrémités —à la large ceinture de toile de Quiqueg et au cuir étroit à la mienne. Ainsi, nous étions, provisoirement unis pour le meilleur et pour le pire ; et Quiqueg dût-il couler pour ne plus jamais remonter, l'usage et l'honneur voulaient que, loin de couper la corde, je me laissasse entraîner à sa suite. Un long lien siamois nous attachaît donc l'un à l'autre. Quiqueg était mon inséparable jumeau, et il m'était rigoureusement impossible de faire fi des dangereuses responsabilités que comportait cette ligature de chanvre" (P. Jaworski, p. 356)

  Viennent alors des considérations "métaphysiques" sur l'interdépendance des êtres humains entre eux, considérations qui tempèrent, voire contredisent celles que le narrateur développaient à propos de la nécessité de s'isoler au mieux des autres comme le cachalot s'isole du froid.

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5. Achab, une figure de Jacob luttant contre l'Ange.

  Le chapitre 106, La jambe d'Achab, est plein de mystère. Pour introduire les scènes pendant lesquelles le charpentier et le forgeron referont une nouvelle prothèse tibiale (nous savons que l'amputation s'est faite sous le genou) et sa virole, et pour justifier la necessité de cette nouvelle prothèse en ivoire de cachalot, il ne suffit pas à Melville de raconter qu'en quittant, de méchante humeur le Samuel Enderby, Achab a atterri si violemment dans sa baleinière que sa jambe de bois animal s'est "à demi-fendu" ; et que, plus tard, son pilon calé sur le trou de tarière, se retournant avec véhémence, il avait aggravé les choses. Non, négligeant ce prétexte au renouvellement d'appareillage qu'il vient de bâtir, Melville le réduit à néant en écrivant : certes, la jambe demeurait entière et gardait toutes les apparences de la solidité, mais Achab ne la jugea plus tout à fait digne de confiance. La violence de son comportement autoagressif (contre sa jambe) et heteroagressif (contre le cachalot dont l'ivoire provient) a créer une faille, mais qui reste interne, félure de la confiance en soi du capitaine.

  C'est alors que Melville raconte (p. 506) une histoire si invraisemblable, si manifestement cousue de toute pièce pour placer un emblème (qui s'avérera inutile sur le plan narratif et ne sera pas exploité autrement que par ce qu'il nomme allegoricalness) qu'il se justifie en permanence : "par un mystérieux accident, apparemment inexplicable et difficilement imaginable" , peu avant que le navire ne quitte Nantucket, "on l'avait trouvé une nuit gisant de tout son long sur le sol, sans connaissance.". "la jambe d'ivoire avait été si violemment déplacée que, tel un épieu, elle avait frappé l'aine, et même failli la transpercer ; et ce n'est qu'au prix d'extrèmes difficultés que la suppliciante blessure put être entièrement guérie". Pendant cette période précédant l'appareillage (du Pequod...) Achab "s'était tenu caché, menant une vie de réclusion digne du Grand Lama, et durant cet intervalle cherchant un muet refuge auprès du sénat marmoréen des morts". 

  L'aine est réellement le dernier endroit qu'une jambe de bois, fut-elle en ivoire, peut venir atteindre sur le corps de son propriétaire. Cette blessure n'est, à l'évidence, que symbolique, occasion pour Melville/Achab d'un monologue sur  cette souffrance, "suite directe d'un malheur plus ancien", "certaines coupables misères humaines procré[ant] pour l'éternité une race fertile de douleurs par delà la tombe", souffrance hissé au statut de Douleur de l'âme à la "signification mystique" et, chez certains, à la "grandeur archangélique".

  Je connais au moins trois blessures de l'aine célèbres :

1. Le Père méhaigné : Perceval le Gallois de Chrétien de Troye

  Comme la blessure du pied était une transmission trans-générationnelle dans la famille d'Oedipe (littéralement "pied gonflé) par Laïos "le gauche" et Labdacos-le-boiteux, la blessure invalidante des jambes est récurrente dans la famille de Perceval, atteignant son père  « votre père, si vous ne le savez, fut blessé cruellement aux jambes dans un combat. Il n’eut plus la force de défendre ses grandes terres » p.42, et son cousin le roi Pêcheur « en bataille fut blessé et mehaigné si tristement qu’il perdit l’usage des jambes. On dit que c’est un coup de javelot porté aux hanches qui lui a fait cette blessure » p. 96. Cette fatalité familiale entraine la stérilisation du patrimoine, les "terres gastes". L'aine, ici, désigne par métonymie la fécondité.

N.B : je constate qu'un auteur, Marie Blaise, a déjà souligné cette analogie : Job, Achab et le Roi-pêcheur.

  

2. Jacob luttant contre Dieu : La Genèse 32,23-28.

  C'est le fameux épisode du gué de Peniel où Jacob lutte toute la nuit contre un homme , qui ne parvient finalement à le vaincre qu'en lui portant un coup à l'articulation de la hanche, avant de lui révéler : "Désormais, reprit l'autre, tu ne t'appelleras plus Jacob mais Israël (Il lutte avec Dieu), car tu as lutté avec Dieu et avec les hommes et tu as vaincu.".

  Jacob (dont on se souviendra que c'est l'époux de Rachel), pour avoir lutté avec Dieu, va donner naissance aux douze tribus d'Israël. Sa blessure à la hanche est féconde, opposée de celle du Roi Pêcheur.

  Si on suit cette piste allégorique, la jambe d'ivoire frappant Achab à l'aine est l'ange, le cachalot blanc devenant un Dieu qui l'adoube par cette blessure inguinale mystique. Tout chasseur primitif ne combat sa proie que par défi de se dépasser soi-même et par volonté de recevoir par sa victoire ou par son seul combat l'hommage de son adversaire ; tout guerrier voit en les blessures reçues des marques d'affiliation.

 On peut, c'est le propre des grands romans, développer les considérations à l'infini ; on peut trouver d'autres blessures à l'aine dans la littérature. Mais ce qui est sûr, c'est qu'en écrivant ce chapitre, ce sont vers ces vastes espaces de réflexion que Melville a souhaité nous engager.

  Pourtant, je distingue, dans ce chapitre 106, dans ce roi méhaigné mais repartant au combat, un trou.

 Oui, un trou, une forme en creux, une absence. 

  Je cherche. 

Je trouve : la pièce du puzzle qui s'insère parfaitement, prouvant que le dessin du texte, sa texture, ne doit rien au hasard, c'est la phrase du chapitre 119 : Achab, en plein orage, a saisi la chaîne qui descend du mât et sert de paratonnerre. Achab le consummé, le cuit, le foudroyé tient tête aux puissances célestes et s'écrit "À présent, je te connais, clair esprit, et je sais que pour bien t'adorer il faut te défier.[...] Je reconnais ta puissance, qui est sans voix et sans lieu, mais refuserai la domination inconditionnelle et absolue qu'elle exerce en moi. Au milieu de l'impersonnel par toi personnifié se tient une personne.[...] Ô clair esprit, de ton feu je suis le fils, et ce vrai fils du feu souffle en retour sur toi sa flamme."

  Achab n'est pas de ceux qui adorent leur Dieu à genoux, mains jointes et les yeux baissés : "pour bien t'adorer il faut te défier", pour être digne de sa douloureuse filiation, du sceau fuligineux qu'il a reçu en venant à ce monde il doit affronter ce Dieu et refuser sa domination. C'est le geste fou du mortel face à l'immortel, c'est la prétention folle de l'imparfait face au grand Tout, son panache et son pied-de-nez. Aller jusqu'au bout de sa finitude, aller opiniatrement honorer en soi, non les qualités, non les aspirations au bonheur ou à la tranquillité, mais la faille, la blessure transmise de père en fils, la suppliciante nature humaine  et la jeter en défi, front contre front, machoire contre machoire, à la face de son Dieu. 

 

 

 

 

On peut lire sur la toile : 

 http://ahistoryofnewyork.com/2012/12/moby-dick-big-read-day-88/

http://transatlantica.revues.org/5009 : Sous l’empire de la folie : Moby-Dick, Shakespeare & compagnie , Michel Imbert

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Published by jean-yves cordier - dans Littérature Onomastique.
11 février 2023 6 11 /02 /février /2023 15:05

Les deux cheminées du Mans (Maison de la Cour Pôté, n°13 rue de la Grand-rue),  fin XIVe/début XVe siècle, exposées au Musée du Moyen-Âge de Cluny. (numéros d'inventaire Cl. 19092 et 19093)

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Voir sur le musée du Moyen-Âge de Cluny :


 

Voir aussi :


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PRÉSENTATION.

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Vers 1853, l'ancienne maison de la cour Pôté  au n° 13 de la Grand-Rue, au Mans (Sarthe), maison des Vasse et des Le Vayer (*), fut entièrement démolie et remplacée par une construction moderne. Les belles cheminées sculptées du XIVe siècle, démontées et reléguées dans un jardin, sont achetées en 1854 par le musée de Cluny, grâce à l'heureuse intervention de M. d'Espaulart et du peintre Denuelle.

(*)M° Jacques Le Vayer, maître des Requêtes de l'Hôtel de Sa Majesté, a conservé cette maison et ne l'a vendue qu'en 1723 à Mr Charles Emmanuel Posté, greffier de la maréchaussée. Ce dernier en cède une partie au sieur Louis Horeau, mais il garde pour lui jusqu'aux dernières années du XVIIIe siècle, la portion principale et la cour. De là vient évidemment à cette cour le nom de cour Pôté. (Roger Triger)

 

Le musée a  fait, en 1856, l’acquisition de deux cheminées médiévales qui provenaient de cette maison du Mans  et qui gisaient dans le jardin de l’hôtel de Ville. Ces deux cheminées, installées dans les salles 4 et 22, participaient du même mouvement de muséification de l’hôtel par adjonction d’éléments lapidaires détachés, tant à l’extérieur qu’à l’intérieur. Mais c’est surtout pour ce qu’elle révèle du réseau de la Commission des Monuments historiques que l’acquisition de ces cheminées vaut d’être mentionnée. Le musée a acheté ces deux éléments à leur propriétaire légitime, M. d’Espaulart, mais par l’intermédiaire d’un certain Denuelle, peintre attitré de la Commission des Monuments historiques, qui les avait signalées .

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La cheminée  à dix personnages, Cl. 19093 en salle 4, provenant de la salle basse de la maison dite de la cour Pôté au Mans.

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Cette cheminée avait été moulée  par Adolphe Singher, directeur des Mutuelles du Mans pour le rez-de-chaussée de son musée de la Reine Bérangère, ouvert en 1924 au n°11 de la Grand'rue au Mans, juste à côté de la cour Pôté.

https://www.ouest-france.fr/pays-de-la-loire/le-mans-72000/recit-musee-de-la-reine-berengere-au-mans-fin-de-l-histoire-37b41b76-6a57-11ec-9da5-9e0945e11e49

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Travail personnel Le Mans.

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Description générale.

Remarque : malgré sa célébrité, cette cheminée ne semble pas avoir été photographiée en détail. Elle mesure 2,25 mètres de large.

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" Tout à côté de la porte ogivale de la maison de la reine Bérengère (n°11) se trouve l'entrée d'une avant cour (cour Pôté) qui ne présente rien de remarquable. En face est une tour engagée à pans coupés, servant de cage d'escalier. Les fenêtres sont en arc surbaissé, et la porte d'entrée est une ogive, formée par un triple rang de nervures. Cette porte conduit dans une vaste salle basse, où nous avons remarqué une cheminée en pierre dont les montants sont couronnés de deux marmousets qui représentent un juge, et peut-être un huissier ou un sergent. Ces marmousets supportent eux-mêmes la traverse du manteau  chargée de dix figures en relief, en costume et pose de la fin du XVe siècle : deux de ces figures sont placées de  chaque côté du manteau, un homme et une femme un  faucon sur le poing ; huit sont en face, distribuées en  groupes : le groupe du milieu tient un écu dont nous  n'avons pu parvenir à découvrir les armoiries." (abbé J. Lochet 1847)

 

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"Sous la hotte, à la base du manteau de la cheminée, un linteau pourvu de deux retours est orné d’une frise de dix personnages en relief formant cinq couples. Sous un arc en accolade, le couple central se tient de part et d’autre d’un écu accroché à un arbre ; les autres couples s’échangent des présents, fleurs et couronne, selon les codes de l’amour courtois. Les consoles qui surmontent les piédroits sont ornées chacune d’un personnage accroupi. Toutes ces figures sont vêtues de houppelandes à larges manches, à la mode des années 1400."

https://www.musee-moyenage.fr/collection/oeuvre/cheminee-du-mans.html

 

 


 

 

 

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Cheminée à dix personnages du Mans, conservée au musée du Moyen-Âge de Cluny. Photographie lavieb-aile 2023.

Cheminée à dix personnages du Mans, conservée au musée du Moyen-Âge de Cluny. Photographie lavieb-aile 2023.

Cheminée à dix personnages du Mans, conservée au musée du Moyen-Âge de Cluny. Photographie lavieb-aile 2023.

Cheminée à dix personnages du Mans, conservée au musée du Moyen-Âge de Cluny. Photographie lavieb-aile 2023.

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1. Le couple central tenant un blason suspendu à un arbre.

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Cheminée à dix personnages du Mans, conservée au musée du Moyen-Âge de Cluny. Photographie lavieb-aile 2023.

Cheminée à dix personnages du Mans, conservée au musée du Moyen-Âge de Cluny. Photographie lavieb-aile 2023.

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L'écu. Celui de la famille Le Vayer ?

Nous voyons encore sur cet écu, qui était peint à l'origine, une grande croix gravée.

Les armes des propriétaires de la maison de la cour Pôté, les Le Vayer, étaient De gueules à la croix d'argent chargée de cinq tourteaux de gueules.

https://man8rove.com/fr/blason/1khek75-ferriere-le-vayer

Aucun tourteau n'est apparent. Mais ils pouvaient être peints.

À l'étage de la maison, là où se trouvait la seconde cheminée, J. Lochet a relevé, sur la traverse, des armoiries écartelées (que nous ne voyons plus, ce qui est étrange) qui pourraient être, comme le suggère Roger Triger, celles des Vasse.

 

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LE VAYER, éc, Sgrs de Boutigny, du Tronchet, Laubrière, la Chevalerie, Vandoeuvre, la Davière, Courcemont, Faverolles, etc., au Maine, portaient les armes ci-dessus, alias d'argent à la croix de sable, chargée de cinq-miroirs ronds d'argent bordés d'or. Cette famille originaire du Maine a été maintenue en 1668 et a justifié la possession du titre de noblesse depuis 1525.

De gueules à une croix d'argent, chargée de cinq tourteaux de gueules [Le Vayer], écartelé : d'azur à une fasce d'or, chargée d'une aigle de sable, et accomp. de trois étoiles d'or, 2 en chef, 1 en pointe [Vasse] (1).

(1) VASSE, éc, Sgrs de Courtoeuvre, à Villaines-la-Juhel, la Pèlerinière, Sables, Chères, etc., au Maine. Vieille famille de magistrature et d'échevinage du Mans, qui fut rétablie dans sa noblesse par lettres-patentes de Louis XIV du 3 août 1651 (Le Paige. Dict. du Maine, art. Villaines-la-Juhel).

Malgré ces « lettres de relief de dérogeance et autres lettres de noblesse » qu'il avait obtenues, Hubert Vasse, conseiller du Roi au Présidial du Mans, convoqué à la Recherche de Noblesse de 1666, fut condamné. 

Armorial de Charles d'Hozier, Revue historique du Maine 1932

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5613945b/texteBrut

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Cheminée à dix personnages du Mans, conservée au musée du Moyen-Âge de Cluny. Photographie lavieb-aile 2023.

Cheminée à dix personnages du Mans, conservée au musée du Moyen-Âge de Cluny. Photographie lavieb-aile 2023.

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L'homme tenant le blason.

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Il est coiffé du chaperon, mais celui-ci est fleuri au dessus du front (ou bien ce sont les bouillonnements des plis qui crée cet effet); il  porte une houppelande remontant haut sur la gorge autour de laquelle elle frise,  resserrée à la taille sans ceinture, et plissée. Les manches sont évasées, principalement en dessous du coude, et ornée d'un motif sinueux. 

Son épée, portée du côté droit, et dont il empoigne la poignée, est soutenue par un large baudrier, tout comme son aumônière (plutôt un fourreau, non?).

Les cheveux sont frisés et taillés assez court, dégageant les oreilles et la nuque.

Il porte des poulaines. Leur mode perdure jusqu'en 1480, nous indique Wikiwand. Ici, elles sont fines et pointues certes, mais sans ces longueurs de pointe exubérantes qui étaient le privilège des nobles les plus haut placés de la cour royale.

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"La houppelande, robe de dessus portée par l’homme comme par la femme, avec ou sans ceinture, apparaît autour de 1400. Elle est éventuellement fourrée. Les manches qui s’évasent dévoilent les poignets ajustés de la chemise sous-jacente. Courte ou longue, la houppelande peut être taillée dans des tissus précieux et se faire manteau d’apparat. "

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Cheminée à dix personnages du Mans, conservée au musée du Moyen-Âge de Cluny. Photographie lavieb-aile 2023.

Cheminée à dix personnages du Mans, conservée au musée du Moyen-Âge de Cluny. Photographie lavieb-aile 2023.

Cheminée à dix personnages du Mans, conservée au musée du Moyen-Âge de Cluny. Photographie lavieb-aile 2023.

Cheminée à dix personnages du Mans, conservée au musée du Moyen-Âge de Cluny. Photographie lavieb-aile 2023.

Cheminée à dix personnages du Mans, conservée au musée du Moyen-Âge de Cluny. Photographie lavieb-aile 2023.

Cheminée à dix personnages du Mans, conservée au musée du Moyen-Âge de Cluny. Photographie lavieb-aile 2023.

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La femme tenant le blason.

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La femme, qui est tête nue avec des mèches ébouriffées (non ;  les cheveux sont retenus par un bandeau centré par une fleur), porte  une robe à col arrondi, très ajustée sur le buste, à manches évasées,  et s'élargissant en un long plissé sous la taille, qui est dépourvue de ceinture. La robe tombe sur l'extrémité de chaussures à la poulaine.

Cette robe est désignée par Jules Quiterat p. 258 comme  "le surcot associé à la cotardie".

Sa pose est déhanchée, formant une ligne sinueuse, et le ventre est valorisé en le  projetant en avant.

"Les femmes revêtent  la cotte et le surcot. Ce dernier est souvent enrichi de parements de fourrure, écureuil, martre ou hermine. La coupe évolue : le surcot devient un vêtement d’apparat que l’on ne porte que pour les grandes occasions et les dames adoptent la cotte hardie qui présente un décolleté plus profond et dévoile parfois jusqu’à la naissance des épaules. Très ajustée, elle se boutonne souvent par-devant et parfois également sur le côté. Les manches peuvent être très longues et former des coudières à partir de l’avant-bras, comme sur la cheminée du Mans (Cl. 19093)." (Musée de Cluny).

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Cheminée à dix personnages du Mans, conservée au musée du Moyen-Âge de Cluny. Photographie lavieb-aile 2023.

Cheminée à dix personnages du Mans, conservée au musée du Moyen-Âge de Cluny. Photographie lavieb-aile 2023.

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2. Du côté droit : une femme présente une couronne à un homme.

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Cheminée à dix personnages du Mans, conservée au musée du Moyen-Âge de Cluny. Photographie lavieb-aile 2023.

Cheminée à dix personnages du Mans, conservée au musée du Moyen-Âge de Cluny. Photographie lavieb-aile 2023.

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L'homme : l'amant ?

L'homme, main droite sur sa dague, fait de la main gauche un geste, index et pouce dressé, les trois autres doigts repliés, juste devant la couronne qui lui est tendue. Est-ce un signe d'acceptation, ou d'avertissement ? La mine n'est guère avenante.

Pourtant, c'est peut-être aussi l'avancée d'une main tentant une caresse, celle du menton.

Chaperon, houppelande remontant sur le cou, poulaines.

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Cheminée à dix personnages du Mans, conservée au musée du Moyen-Âge de Cluny. Photographie lavieb-aile 2023.

Cheminée à dix personnages du Mans, conservée au musée du Moyen-Âge de Cluny. Photographie lavieb-aile 2023.

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La femme tendant la couronne.

La couronne n'est qu'un anneau, mais qui évoque néanmoins la tradition de l'offrande d'une couronne fleurie, ou de la couronne tressée, par les amants dans l'amour courtois. 

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—Voir ce thème iconographique au Louvre, à la seconde moitié du XIVe siècle.

" La jeune femme, qui porte une robe ajustée au décolleté carré et tient un faucon sur le poing gauche, remet une couronne de fleurs (« chapel de fleurs ») au jeune homme. Celui-ci, tourné vers la dame, est vêtu d’une tunique courte, ceinturée sur les hanches. 

 

https://collections.louvre.fr/en/ark:/53355/cl010096963

— Lire l'article dédié de Wikipedia, et les enluminures présentées :

"C'était aussi l'une des formes de « chapels » (chapeaux) très en vogue au Moyen Âge, faisant probablement suite à une tradition très ancienne de tressage de couronnes de végétaux (fleuris ou non, telle la couronne de laurier).

Des chapels ou « chapelets » de fleurs naturelles ou de verdure étaient fabriqués au Moyen Âge par des « herbiers » aussi appelés « chapeliers de fleurs », lesquels exerçaient un plein métier, cultivant dans des « courtils » (jardins) des fleurs qui à la belle saison, leur servaient à confectionner des coiffures délicates, appréciées tant par les hommes que par les femmes, selon les chroniqueurs médiévaux et les enluminures.Le métier de chapelier de fleurs bénéficiait de privilèges."

https://fr.wikipedia.org/wiki/Couronne_de_fleurs.

— Voir Philippe Le Bas, 1841, Encyclopédie.

— Voir le texte et l'iconographie de l'article de Bruno ROY, 2003, "Archéologie de l'amour courtois ; Note sur les miroirs." Presses universitaires de Rennes. https://books.openedition.org/pur/31896?lang=fr

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La femme porte une coiffe à pans cassés , et une robe aux manches extrêmement larges, et des mitaines. On retrouve la posture sinueuse et la projection du ventre.

La main est posée sur le cœur (ou le sein) en signe d'affection sincère... ou de protection.

 

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Cheminée à dix personnages du Mans, conservée au musée du Moyen-Âge de Cluny. Photographie lavieb-aile 2023.

Cheminée à dix personnages du Mans, conservée au musée du Moyen-Âge de Cluny. Photographie lavieb-aile 2023.

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3. De chaque côté de l'angle droit, un autre couple. L'homme tient un faucon.

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L'homme, coiffé du chaperon, chaussé de poulaines et vêtu d'une houppelande serrée par une ceinture, porte la main droite vers l'ouverture d'une aumônière, tandis qu'il tient dans la main un faucon (?) vers la femme qui, sur le côté, attend encore que je vienne la prendre en photo. Loupé.

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La qualité de mon cliché ne permet pas de dire si l'oiseau est lié, s'il est encapuchonné, mais la main du jeune homme ne semble pas gantée.

La chasse au faucon est un loisir très prisé par les nobles au Moyen-Âge, mais le faucon est aussi un symbole de l'amour courtois, et de la visée d'une proie du Désir montant très haut dans son exaltation :

Vers une amoureuse aventure
Et d’espérance non privé,
Vol si haut, si haut j’ai volé
Que de ma proie fis la capture.
Jean de la Croix.

Voir la tapisserie Départ pour la chasse conservée au musée de Cluny.

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J'imagine que l'homme est en train de prendre de la nourriture dans son sac, afin de nourrir l'oiseau.

La présence affrontée du faucon, qui est à l'homme, et  de la femme, résume tout le rapport encore débutant de la relation.

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Cheminée à dix personnages du Mans, conservée au musée du Moyen-Âge de Cluny. Photographie lavieb-aile 2023.

Cheminée à dix personnages du Mans, conservée au musée du Moyen-Âge de Cluny. Photographie lavieb-aile 2023.

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4. Du côté gauche : un couple . L'homme tend  une rose à son amante.

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L'homme tend l'index, dans ce geste d'élocution déjà noté à droite, tandis qu'il tend une rose, double et à cinq pétales. Cette rose est centrale dans l'amour courtois, et notamment dans le Roman de la Rose de Jean de Meung. La femme accepte le présent, sans ambiguïté et dans un geste rond et enveloppant.

La femme porte une robe, tandis que son manteau ou un long pan d'étoffe l'entoure, retenu par la main gauche dans un geste très codifié.

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Cheminée à dix personnages du Mans, conservée au musée du Moyen-Âge de Cluny. Photographie lavieb-aile 2023.

Cheminée à dix personnages du Mans, conservée au musée du Moyen-Âge de Cluny. Photographie lavieb-aile 2023.

Cheminée à dix personnages du Mans, conservée au musée du Moyen-Âge de Cluny. Photographie lavieb-aile 2023.

Cheminée à dix personnages du Mans, conservée au musée du Moyen-Âge de Cluny. Photographie lavieb-aile 2023.

Cheminée à dix personnages du Mans, conservée au musée du Moyen-Âge de Cluny. Photographie lavieb-aile 2023.

Cheminée à dix personnages du Mans, conservée au musée du Moyen-Âge de Cluny. Photographie lavieb-aile 2023.

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De part et d'autre de l'angle gauche, un autre couple : une femme offrant un présent à un damoiseau. 

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La femme tend un présent (une rose ?) vers l'amant, et conserve un autre objet dans la main gauche.

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Le jouvenceau, fringuant, porte un bonnet (ou un chaperon très ramassé), et un costume masculin très court et ajusté, un pourpoint à 14 boutons ronds, sur des chausses qui épousent la forme de ses jambes et se terminent par les fameuses poulaines qui allongent la silhouette. Les cheveux sont mi-longs, non bouclés, mais peignés pour dégager oreille et nuque.

Il garde la main droite à la ceinture, et n'est pas armé. La main gauche, enveloppée jusqu'à la paume par l'emmanchure, s'avance pour accepter l'offrande amoureuse.

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Les cheminées du Mans exposées au Musée du Moyen-Âge de Cluny.
Cheminée à dix personnages du Mans, conservée au musée du Moyen-Âge de Cluny. Photographie lavieb-aile 2023.

Cheminée à dix personnages du Mans, conservée au musée du Moyen-Âge de Cluny. Photographie lavieb-aile 2023.

Cheminée à dix personnages du Mans, conservée au musée du Moyen-Âge de Cluny. Photographie lavieb-aile 2023.

Cheminée à dix personnages du Mans, conservée au musée du Moyen-Âge de Cluny. Photographie lavieb-aile 2023.

Cheminée à dix personnages du Mans, conservée au musée du Moyen-Âge de Cluny. Photographie lavieb-aile 2023.

Cheminée à dix personnages du Mans, conservée au musée du Moyen-Âge de Cluny. Photographie lavieb-aile 2023.

Cheminée à dix personnages du Mans, conservée au musée du Moyen-Âge de Cluny. Photographie lavieb-aile 2023.

Cheminée à dix personnages du Mans, conservée au musée du Moyen-Âge de Cluny. Photographie lavieb-aile 2023.

Cheminée à dix personnages du Mans, conservée au musée du Moyen-Âge de Cluny. Photographie lavieb-aile 2023.

Cheminée à dix personnages du Mans, conservée au musée du Moyen-Âge de Cluny. Photographie lavieb-aile 2023.

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La console de gauche. Un riche personnage accroupi.

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J. Lochet avait cru y voir un juge, peut-être à cause de la coiffure carrée, mais celle-ci s'orne d'un cabochon peu en accord avec cette fonction.

Cet homme d'âge mûr, mais ne portant pas la barbe (alors presque proscrite ou réservée aux vieillards) est vêtu de la houppelande, à fente boutonnée sur le devant de la poitrine, et à manches très larges couvrant la moitié de la main. Il saisit les gros grains de son collier, signe ostentatoire de son rang et de sa richesse.

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Cheminée à dix personnages du Mans, conservée au musée du Moyen-Âge de Cluny. Photographie lavieb-aile 2023.

Cheminée à dix personnages du Mans, conservée au musée du Moyen-Âge de Cluny. Photographie lavieb-aile 2023.

Cheminée à dix personnages du Mans, conservée au musée du Moyen-Âge de Cluny. Photographie lavieb-aile 2023.

Cheminée à dix personnages du Mans, conservée au musée du Moyen-Âge de Cluny. Photographie lavieb-aile 2023.

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La console de droite. Un deuxième riche personnage accroupi.

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Il est coiffé d'un bandeau ou turban à cabochon ; sa posture est plus alerte ; il porte sa main gauche sur sa poitrine et avance le genou droit dans la posture de chevalier servant.

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Cheminée à dix personnages du Mans, conservée au musée du Moyen-Âge de Cluny. Photographie lavieb-aile 2023.

Cheminée à dix personnages du Mans, conservée au musée du Moyen-Âge de Cluny. Photographie lavieb-aile 2023.

Cheminée à dix personnages du Mans, conservée au musée du Moyen-Âge de Cluny. Photographie lavieb-aile 2023.

Cheminée à dix personnages du Mans, conservée au musée du Moyen-Âge de Cluny. Photographie lavieb-aile 2023.

Cheminée à dix personnages du Mans, conservée au musée du Moyen-Âge de Cluny. Photographie lavieb-aile 2023.

Cheminée à dix personnages du Mans, conservée au musée du Moyen-Âge de Cluny. Photographie lavieb-aile 2023.

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La cheminée  à huit personnages dite des Âges de la vie, Cl. 19092, en salle 22.

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Elle mesure 210 cm de large, 45 cm de profondeur et 323 cm de haut.

C'est Edmond du Sommerard qui a  donné ce titre des Âges de la vie à la succession  des quatre couples du manteau  de cette cheminée. Pour ma part, j'y vois plutôt une variation sur les temps de l'amour courtois.

"Le savant et regretté directeur de l'École des Chartes, M. J. Quicherat s'est beaucoup servi de la cheminée, dite des Âges de la Vie, au musée de Cluny, pour ses études sur le costume en France. Plusieurs des personnages lui ont révélé des détails nouveaux, et il les reproduit, à ce titre, dans son Histoire du Costume. A ses yeux, le jeune homme qui représente la Jeunesse est «un damoiseau à la mode de 1390», le groupe de l'Age mûr «un marchand et une dame en surcot de la même époque», le groupe de la Vieillesse «un homme de la campagne et une paysanne d'environ 1400». Dans ces dernières années les deux remarquables cheminées de l'ancienne maison de la cour Pôté, ont été reproduites maintes fois : elles sont classées au rang des objets les plus curieux du musée de Cluny, et considérées en quelque sorte comme des types classiques de cheminées du Moyen- Age" .

 

" D'après M. du Sommerard, les groupes de la face principale représentent les trois âges de la vie : la Jeunesse figurée par un chevalier vêtu d'un riche pourpoint et portant un faucon qu'il présente à sa dame ; l'Age mûr personnifié par deux autres figures dans la force de la vie ; la Vieillesse représentée par deux personnages plus simplement vêtus, portant une besace et s'appuyant sur des béquilles. Le manteau repose sur deux figures couchées formant consoles ( Du Sommerard. Catalogue et description des objets d'art exposés au Musée des Thermes et à l' hôtel de Cluny, Paris, 1881, in-8, p. 14.).

Cette cheminée, large de plus de deux mètres, avait conservé des traces de peintures assez apparentes pour permettre une exacte restitution, qui a été effectuée par M. Denuelle, sous la direction de M. A Lenoir : on a placé au contre de la hotte l'écusson de la ville du Mans" 

"Les sujets du bandeau exécutés en haut relief, comportent, sur la face, trois groupes de deux personnages chacun, et sur chaque joue un seul personnage, à droite un homme l'épée au côté, à gauche une femme tenant en main une pelote de laine, soit en tout huit personnages."

 

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"La salle du premier étage est en tout semblable à la salle inférieure. Néanmoins les groupes de la traverse  de la cheminée n'affectent pas exactement la même  pose, et les deux marmousets qui soutiennent le manteau, représentent à droite un juge, et à gauche une  femme. L'écusson placé sur le milieu de la traverse nous  a semblé difficile à comprendre ; cependant nous avons  essayé de le blasonner de la manière suivante : « Parti, le » premier de.... chargé de trois ancres (?) au chef de.... » chargé de trois étoiles ou comètes ; le second de... chargé » de trois étoiles ou comètes, à la bande de.... chargée d'un » oiseau »  Abbé Lochet, Le Palais de la Prévosté,  Archives historiques de la Sarthe, p. 124.

https://archive.org/details/revuehistoriquee32soci/page/192/mode/2up

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Cheminée à huit personnages du Mans, conservée au musée du Moyen-Âge de Cluny. Photographie lavieb-aile 2023.

Cheminée à huit personnages du Mans, conservée au musée du Moyen-Âge de Cluny. Photographie lavieb-aile 2023.

Cheminée à huit personnages du Mans, conservée au musée du Moyen-Âge de Cluny. Photographie lavieb-aile 2023.

Cheminée à huit personnages du Mans, conservée au musée du Moyen-Âge de Cluny. Photographie lavieb-aile 2023.

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Le couple de gauche. Un homme barbu et une femme joignant leurs mains.

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Le costume de l'homme est différent : ses épaules sont couvertes par un camail, au dessus d'une tunique boutonnée sur le devant,  qui ne descend pas sous les genoux. Il porte à la ceinture une sacoche à fermoir, dont il contrôle le contenu de la main droite : est-ce un riche marchand, ou un financier?

La femme porte la coiffe à pans rigides, la robe (surcot, si vous préférez) et le pan d'étoffe déjà observés.

Les deux mains se rapprochent en un signe d'union scellée.

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Cheminée à huit personnages du Mans, conservée au musée du Moyen-Âge de Cluny. Photographie lavieb-aile 2023.

Cheminée à huit personnages du Mans, conservée au musée du Moyen-Âge de Cluny. Photographie lavieb-aile 2023.

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Cheminée à huit personnages du Mans, conservée au musée du Moyen-Âge de Cluny. Photographie lavieb-aile 2023.

Cheminée à huit personnages du Mans, conservée au musée du Moyen-Âge de Cluny. Photographie lavieb-aile 2023.

Cheminée à huit personnages du Mans, conservée au musée du Moyen-Âge de Cluny. Photographie lavieb-aile 2023.

Cheminée à huit personnages du Mans, conservée au musée du Moyen-Âge de Cluny. Photographie lavieb-aile 2023.

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Le couple central : un vieillard (un mendiant, un pèlerin ou un paysan) s'appuyant sur une canne face à  une femme (une servante ?).

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https://www.photo.rmn.fr/CS.aspx?VP3=SearchResult&VBID=2CMFCIXID1DMGW#/SearchResult&VBID=2CMFCIXID1DNVX&PN=1

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La tête nue, l'homme a les cheveux et la barbe longue, il porte à l'épaule un bissac (ou un pan d'étoffe voire un chaperon sur le dessin de Quicherat p.326). Il est vêtu d'un sarrau ou sorquenie recouvrant ses braies. Ses houseaux ou gamaches, guêtres en fourreaux de toile de cuir ou de feutre sont glissés dans de solides chaussures. Il s'appuie sur une canne en T.

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La femme s'en apparente, par la simplicité de sa mise, bien que les éléments du costume soient à peu près identiques : car elle n'a pas le déhanché, la poitrine avantageuse ou le ventre rebondi des femmes plus élégantes, et ses traits sont plus grossiers. Elle porte une coiffe structurée, "en forme de capeline" (Quicherat p. 329). Elle n'est pas chaussée de poulaines, et ses chaussures, semblables à celles du paysan, ont presque la forme de sabots.

Cheminée à huit personnages du Mans, conservée au musée du Moyen-Âge de Cluny. Photographie lavieb-aile 2023.

Cheminée à huit personnages du Mans, conservée au musée du Moyen-Âge de Cluny. Photographie lavieb-aile 2023.

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Cheminée à huit personnages du Mans, conservée au musée du Moyen-Âge de Cluny. Photographie lavieb-aile 2023.

Cheminée à huit personnages du Mans, conservée au musée du Moyen-Âge de Cluny. Photographie lavieb-aile 2023.

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Le couple de droite : l'offrande du faucon.

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L'homme tenant un faucon.

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Il est vêtu d'un pourpoint court  boutonné par devant, de chausses ou collants, et coiffé d'un bandeau centré par une escarboucle. Sa ceinture glisse bas sur le bassin. Bref, c'est l'homologue du damoiseau de la première cheminée.

"L'habillement des hommes , sous Charles VI, fut à la fois court et long : court, parce que l'on conserva les justaucorps du règne précédent ; long , parce qu'on reconnut qu'il était bon parfois d'avoir le bas du corps à l'abri du vent, et (qu'à cette fin on adopta comme pardessus , sous le nom de houppelande, la plus disgracieuse et la plus incommode des robes qui eût été jamais portée.

Les jaquettes, après 1590, se distinguent par des manches larges comme les manches d'une simarre, par la ceinture qu'on a ramenée du bas des hanches à la taille, par un col étroit, festonné ou fraisé sur ses bords, qui monte jusqu'aux oreilles. Ce col est surtout remarquable. La tête sortant de là, ressemblait au bouchon posé sur le goulot d'une carafe. Après 1400, les manches, sans rien perdre de leur ampleur, furent le plus souvent fermées aux poignets. .

La jaquette eut plusieurs équivalents, distingués par les noms de haiselin, huque et robe, ce dernier terme perdant alors, pour s'appliquer à une façon particulière d'habit, le sens étendu qu'il avait eu jusque-là." (Quicherat p.250)


 

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Seuls sept rapaces diurnes sont utilisés pour la chasse au vol : l'autour, l'épervier et les faucons gerfaut, sacre, pèlerin, lanier et émerillon; accessoirement, on a recours au faucon hobereau et à l'aigle.  Les faucons percutent la proie après un vol piqué, tandis que les autours et éperviers, de la famille des accipitridés, « lient » ou agrippent la proie après un vol direct et flexible.

Les faucons  ou les éperviers n'étaient pas réservés aux hommes, ou à une action de chasse, et une offrande d'un oiseau de proie est tout à fait concevable, et bien attestée dans l'iconographie courtoise, au même titre que le cadeau d'un faucon par un vassal à son seigneur, avec la même idée d'hommage. Quicherat montre, p. 256 et 257, deux documents où une femme tient un tel oiseau. À la page 253 il montre un grand seigneur donnant à manger à son faucon.

Les oiseaux de proie sont souvent attachés par des jets, courtes lanières en cuir, auxquelles vient se fixer la longe, courroie plus longue, et portent des vervelles, anneaux plats au nom du propriétaire, et des sonnettes. Leur tête est souvent recouverte d'un chaperon. Le propriétaire se protège de leur bec et de leurs serres par un gant de cuir.

Documentation : 

— http://expositions.bnf.fr/bestiaire/arret/faucon/01.htm

—Aurell Martin. Baudouin Van den Abeele. — La fauconnerie au moyen âge. Connaissance, affaitage et médecine des oiseaux de chasse d'après les traités latins. Paris, Klincksieck, 1994.. In: Cahiers de civilisation médiévale, 39e année (n°155), Juillet septembre 1996. pp. 295-297; https://www.persee.fr/doc/ccmed_0007-9731_1996_num_39_155_2656_t1_0295_0000_4

 

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8454671t/f88.item

https://www.moyenagepassion.com/index.php/2022/08/19/manuscrit-de-bayeux-un-epervier-pour-un-loyal-amant/

 

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Cheminée à huit personnages du Mans, conservée au musée du Moyen-Âge de Cluny. Photographie lavieb-aile 2023.

Cheminée à huit personnages du Mans, conservée au musée du Moyen-Âge de Cluny. Photographie lavieb-aile 2023.

Cheminée à huit personnages du Mans, conservée au musée du Moyen-Âge de Cluny. Photographie lavieb-aile 2023.

Cheminée à huit personnages du Mans, conservée au musée du Moyen-Âge de Cluny. Photographie lavieb-aile 2023.

Cheminée à huit personnages du Mans, conservée au musée du Moyen-Âge de Cluny. Photographie lavieb-aile 2023.

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Cheminée à huit personnages du Mans, conservée au musée du Moyen-Âge de Cluny. Photographie lavieb-aile 2023.

Cheminée à huit personnages du Mans, conservée au musée du Moyen-Âge de Cluny. Photographie lavieb-aile 2023.

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La femme porte, au dessus de la robe ou surcot, plissé sous la taille, un manteau long et large, "une chape close de beaucoup d'ampleur" (Quicherat p. 259), fermé sous le menton, remontant haut et couvrant la gorge, et une coiffe en auvent à pans cassés.

Elle tient un chapelet à gros grain (qui a été buché) en signe de piété et de vertu et pose sa main gauche sur la poitrine, dans un geste où chacun verra à son gré soit de la surprise voire de l'offuscation ("oh, malotru !"), soit un remerciement pour l'oiseau offert ("ah, c'est trop gentil !") soit une bouffée d'émotion amoureuse.

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Cheminée à huit personnages du Mans, conservée au musée du Moyen-Âge de Cluny. Photographie lavieb-aile 2023.

Cheminée à huit personnages du Mans, conservée au musée du Moyen-Âge de Cluny. Photographie lavieb-aile 2023.

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Cheminée à huit personnages du Mans, conservée au musée du Moyen-Âge de Cluny. Photographie lavieb-aile 2023.

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Cheminée à huit personnages du Mans, conservée au musée du Moyen-Âge de Cluny. Photographie lavieb-aile 2023.

Cheminée à huit personnages du Mans, conservée au musée du Moyen-Âge de Cluny. Photographie lavieb-aile 2023.

Cheminée à huit personnages du Mans, conservée au musée du Moyen-Âge de Cluny. Photographie lavieb-aile 2023.

Cheminée à huit personnages du Mans, conservée au musée du Moyen-Âge de Cluny. Photographie lavieb-aile 2023.

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Un homme tendant la main.

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 Dans l'angle de la cheminée, on voit également ce personnage qualifié par Jules Quicherat d' officier de grande tenue .

C'est un seigneur, portant à senestre l'épée, et vêtu d'une tunique aux manches modestes, descendant à mi-jambe, sur une paire de poulaines des plus acérées. Sa ceinture lui est un baudrier. Tout en avançant la jambe droite, dont il fléchit imperceptiblement le genou, il tend l'index, avec cette répétition qui devient ici un leitmotiv, des trois doigts repliés dans la paume : désigne-t-il l'objet de son désir, ou tend-il la main à son destin ? Il lui sourit, mais d'une lèvre hésitante. Et qu'a-t-il fait, ce chef,  de son couvre-chef ?

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J'ai omis, lors de ma visite, de photographier la "femme tenant une pelote de laine (Sommerard p.14)",  le huitième personnage sur le retour d'angle opposé. . Afin qu'il y ait, pour chaque cheminée, un quidam sacrifié.

Mais je le regrette : j'aurai bien voulu vérifier l'existence de cette insolite pelote de laine. Et Quicherat l'a exclue de son ouvrage.

 

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Cheminée à huit personnages du Mans, conservée au musée du Moyen-Âge de Cluny. Photographie lavieb-aile 2023.

Cheminée à huit personnages du Mans, conservée au musée du Moyen-Âge de Cluny. Photographie lavieb-aile 2023.

Cheminée à huit personnages du Mans, conservée au musée du Moyen-Âge de Cluny. Photographie lavieb-aile 2023.

Cheminée à huit personnages du Mans, conservée au musée du Moyen-Âge de Cluny. Photographie lavieb-aile 2023.

 

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La console de gauche : une femme richement vêtue .

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C'est une femme tenant le collier à grosses perles dans une posture identique à l'homme (son mari ??) servant de console de gauche pour la première cheminée.

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Cheminée à huit personnages du Mans, conservée au musée du Moyen-Âge de Cluny. Photographie lavieb-aile 2023.

Cheminée à huit personnages du Mans, conservée au musée du Moyen-Âge de Cluny. Photographie lavieb-aile 2023.

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La console de droite. Un homme à barbiche, portant son chaperon, main posée sur la poitrine. 

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Cheminée à huit personnages du Mans, conservée au musée du Moyen-Âge de Cluny. Photographie lavieb-aile 2023.

Cheminée à huit personnages du Mans, conservée au musée du Moyen-Âge de Cluny. Photographie lavieb-aile 2023.

Cheminée à huit personnages du Mans, conservée au musée du Moyen-Âge de Cluny. Photographie lavieb-aile 2023.

Cheminée à huit personnages du Mans, conservée au musée du Moyen-Âge de Cluny. Photographie lavieb-aile 2023.

Cheminée à huit personnages du Mans, conservée au musée du Moyen-Âge de Cluny. Photographie lavieb-aile 2023.

Cheminée à huit personnages du Mans, conservée au musée du Moyen-Âge de Cluny. Photographie lavieb-aile 2023.

Cheminée à huit personnages du Mans, conservée au musée du Moyen-Âge de Cluny. Photographie lavieb-aile 2023.

Cheminée à huit personnages du Mans, conservée au musée du Moyen-Âge de Cluny. Photographie lavieb-aile 2023.

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SOURCES ET LIENS.

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—HUYNH ( Michel), 2013. Quelques éléments sur l’évolution de l’hôtel de Cluny au cours des 2e et 3e quarts du XIXe siècle. In: Bulletin de la Société Nationale des Antiquaires de France, 2013, 2015. pp. 199-209; doi : https://doi.org/10.3406/bsnaf.2015.12150 https://www.persee.fr/doc/bsnaf_0081-1181_2015_num_2013_1_12150

https://www.academia.edu/48871965/Quelques_%C3%A9l%C3%A9ments_sur_l_%C3%A9volution_de_l_h%C3%B4tel_de_Cluny_au_cours_des_2e_et_3e_quarts_du_XIXe_si%C3%A8cle

— LOCHET (abbé Jacques.) 1840, Le palais de la Prévosté, Archives historiques de la Sarthe.

https://books.google.fr/books?id=cV0yAQAAMAAJ&pg=PA121&lpg=PA121&dq=Abb%C3%A9+Lochet,+Le+Palais+de+la+Pr%C3%A9vost%C3%A9,+Archives+historiques+de+la+Sarthe&source=bl&ots=sDk2HNd3l2&sig=ACfU3U2XZVk_Y5RUVJloHaKTKpp0BJUh1w&hl=fr&sa=X&ved=2ahUKEwiH-bOm2Yr9AhWCUaQEHTFcCHIQ6AF6BAgdEAM#v=onepage&q=Abb%C3%A9%20Lochet%2C%20Le%20Palais%20de%20la%20Pr%C3%A9vost%C3%A9%2C%20Archives%20historiques%20de%20la%20Sarthe&f=false

—QUICHERAT (Jules), 1875,  Histoire du Costume en France, Paris, Hachette, 1875, p. 250, 251, 258, 250, 329. 

https://archive.org/details/histoireducostum00quic

— TRIGER (Roger),1876, La Maison dite de la reine Bérengère au Mans, Revue historique et archéologique du Maine, 

https://archive.org/details/revuehistoriquee32soci/page/n135/mode/2up

— VIOLLET-LE-DUC  Dict. d'arc/i. III. p. 2ln. _

—Musée de Cluny et RMN

https://www.musee-moyenage.fr/collection/oeuvre/cheminee-du-mans.html

Cheminée à huit personnages

https://www.photo.rmn.fr/archive/65-001051-2C6NU0A4EE44Y.html

https://www.photo.rmn.fr/CS.aspx?VP3=SearchResult&VBID=2CMFCIXIS9Q3FO#/SearchResult&VBID=2CMFCIXIS9XO5R

 

— Wikipedia : cliché Jean-Pol GRANDMONT

https://commons.wikimedia.org/wiki/File:0_Linteau_de_la_chemin%C3%A9e_du_Mans_-_Mus%C3%A9e_de_Cluny_%C3%A0_Paris_1.JPG

 

 

 

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Published by jean-yves cordier - dans Sculptures Héraldique
8 février 2023 3 08 /02 /février /2023 21:21

La chapelle construite avant 1500 par Jacques d'Amboise, abbé de Cluny, en son hôtel : Musée du Moyen-Âge de Cluny à Paris.

Relevé et analyse des inscriptions des phylactères.

Une mystique (franciscaine ?) du sang et des larmes.

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Sur ce musée, voir aussi :

Sur ce thème, voir :

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PRÉSENTATION GÉNÉRALE. QUELQUES COPIÉS-COLLÉS DE DOCUMENTATION.

 

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Théodore Henri Mansson, La chapelle de l'hôtel de Cluny, aquarelle sur papier cartonné, 1845, Musée national du Moyen-Âge.

Théodore Henri Mansson, La chapelle de l'hôtel de Cluny, aquarelle sur papier cartonné, 1845, Musée national du Moyen-Âge.

 

 

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Le collège de Cluny dépendant de l'Ordre de Cluny, très grand ordre bénédictin, fut fondé en 1269 par Yves de Vergy dit de Beaumont, abbé de Cluny, désireux d'établir un logement propre pour les novices de son ordre envoyés étudier à Paris. Un immeuble et un terrain appartenant à l'Hôtel-Dieu furent alors acquis pour implanter l'enclos destiné à abriter plusieurs nouveaux bâtiments.

La parcelle, située non loin de la partie méridionale de l'enceinte de Philippe-Auguste, au nord de la porte Gibard (ultérieurement nommée porte d'Enfer ou porte Saint-Michel) était contiguë à l'enclos du couvent des Jacobins de la Grand'rue (rue Saint-Jacques). Elle était alors délimitée au nord par la rue Thomas-d'Argenteuil (ultérieurement rue des Poirées, disparue), à l'ouest par le jardin des Jacobins, au sud par la rue des Grès et à l'est par les abords de la rue Saint-Côme-et-Saint-Damien (ultérieurement rue Saint-Côme puis réunie à la rue de la Harpe).

Yves de Vergy fit cerner le terrain d'une clôture de murailles et y fit construire un réfectoire, une cuisine, un dortoir et un cloître dont seul une moitié était achevée lorsqu'il mourut, en 1275. La construction se poursuivit sous son successeur et neveu Yves de Chasant (1275-1289), qui fit édifier la chapelle, la salle capitulaire, l'autre moitié du cloître2 et la bibliothèque. Construit d'une traite au cours de ces années, le bâtiment resta ensuite dans son état initial jusqu'au xixe siècle. Le site correspond à l'actuel côté sud de la place de la Sorbonne, entre cette place et la rue Cujas, il bordait le côté sud de la rue des Poirées aujourd'hui disparue.

Il devait y avoir dans ce collège vingt-huit boursiers, le prieur y compris. Vingt-quatre prieurés de l'ordre de Cluny étaient taxés pour financer ces bourses. Jacques d'Amboise, abbé de Cluny fit faire les réparations de ce collège. (Wikipedia)

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"La chapelle est située au premier étage du corps de logis, en retour d'équerre du corps principal. Elle est de plan allongé, presque carré, se terminant par une abside semi-circulaire. La petite abside de l'autel est construite hors œuvre, elle est portée par un cul-de-lampe sur pilier donnant sur le jardin.

Le mur Ouest et son pignon Nord prennent appui sur les maçonneries romaines appartenant aux thermes antiques de Lutèce.

L'accès à la chapelle se faisait soit, à l'étage, par un parcours en enfilade des salles d'apparat et par l'escalier d'honneur du corps de logis ; soit depuis le jardin par un escalier à vis : cette relation entre le jardin et la chapelle est significative, la chapelle conserve son autonomie par rapport au fonctionnement de l'hôtel, et le jardin, faisant office de cloître, prend une fonction symbolique et cultuelle.

La chapelle constitue un véritable chef d'œuvre du gothique flamboyant avec une voûte d'ogives enrichie de liernes et de tiercerons (on peut la comparer à celle de la Tour Jean sans Peur de l'hôtel de Bourgogne). Sur les murs, les douze consoles surmontées de dais qui sont de véritables dentelles, devaient abriter les membres influents de la famille de Jacques d'Amboise. Les trois têtes présentées sur l'autel sont les seuls vestiges de cet étonnante galerie familiale sculptée."

https://fr.geneawiki.com/index.php/H%C3%B4tel_de_Cluny#La_chapelle

 

Histoire de la chapelle

"La chapelle, contemporaine de l’hôtel médiéval, a été édifiée à la fin du 15e siècle.  Utilisée ponctuellement comme lieu de culte jusqu’à la Révolution, la chapelle a ensuite été transformée en amphithéâtre de médecine, en atelier d’imprimerie, puis intégrée au musée dès son origine en 1843.

Emplacement et accès

La chapelle occupe un emplacement particulier qui souligne son caractère privé, à l’extrémité nord de l’aile arrière en retour sur le jardin. Elle se déploie sur deux niveaux : la chapelle elle-même au premier étage de l’hôtel, et la loge sous la chapelle au rez-de-chaussée, en relation directe avec le jardin par deux arcades.

Au premier étage, on accédait à la chapelle par un parcours en enfilade depuis les différentes pièces d’apparat et l’escalier d’honneur du corps de logis. Au rez-de-chaussée et depuis le jardin, on y parvenait par l’intermédiaire d’un escalier en vis. Cette relation entre la chapelle et le jardin est significative : la chapelle conserve une autonomie par rapport au fonctionnement de l’hôtel grâce à cet accès, et le jardin prend une fonction symbolique et cultuelle, faisant office de cloître.

Un joyau de l’art médiéval

De plan presque carré, la chapelle déploie à partir de son unique pilier central un dense réseau de nervures, réparti en quatre voûtes d’ogives. Elle est de style gothique flamboyant : liernes et tiercerons moulurés, voûtains au décor de soufflets et mouchettes. L’abside semi-circulaire prend place dans une tourelle (en oriel) à encorbellement et est voûtée en cul-de-four.

L’espace de la chapelle présente un riche décor sculpté : culots ornés de feuilles de choux, consoles en forte saillie à ornements végétaux, sculptures sur la voûte en cul de four de l’abside (Dieu le Père au sommet de la voûte, le Christ en croix, et treize anges portant des phylactères ou des instruments de la Passion), douze niches surmontées de dais architecturés. Celles-ci abritaient, non pas des statues des apôtres comme attendu, mais celles de membres de la famille de Jacques d’Amboise, faisant de ce lieu de culte privé un manifeste de sa position personnelle par l’exaltation de son lignage.

Une partie des décors peints de cette chapelle médiévale a également été conservée, notamment deux peintures murales monumentales datant du début du 16e siècle et issues d’un atelier vraisemblablement italien de part et d’autre de l’abside. Il s’agit de deux saintes femmes, demi-sœurs de la Vierge, Marie Cléophas (ou Marie Jacobi) et Marie Salomé, qui pleurent le Christ mort.

Enfin, des vitraux illustrant la Passion garnissaient les hautes fenêtres et ont été démontés avant 1804. Seul l’élément représentant le portement de croix est encore visible dans les salles du musée.

Restaurations

Entre 1843 et 1861, l’architecte Albert Lenoir entreprend la restauration de la chapelle. C’est lui aussi qui recompose le pignon nord, avec l’utilisation de nombreux remplois suite à la démolition des édifices du quartier détruits lors de l’ouverture des boulevards. Les façades ont été ensuite restaurées par Jean Trouvelot (1949-1956). Ces opérations de restauration conduites au 19e et au 20e siècles n’ont pas modifié de manière significative le caractère de cette chapelle qui apparaît toujours dans son état médiéval.

Toutefois, même si elle ne présente pas de désordres structurels, l’état de ses parements en pierre est très dégradé. Les éléments en remploi disposés sur le pignon nord nécessitent également une restauration. À l’intérieur, le niveau d’encrassement des décors sculptés et peints est indigne d’un ouvrage de cette importante, le plus remarquable de la partie médiévale. Il en va de même pour l’état de conservation des verrières.

À l'automne 2015, le musée engage donc une nouvelle restauration de la chapelle pour lui permettre de retrouver un état général à la mesure de ce chef-d’œuvre de l’architecture gothique flamboyante et de mieux en apprécier le décor peint et sculpté.
Ces travaux ont permis de restaurer les façades est et nord (intégrant l’escalier à vis menant au jardin, toujours fermé au public pour le moment), consolider les tympans extérieurs par injection, procéder à un rejointement partiel et de réintégrer certains éléments sculptés manquants.
La couverture en ardoise a également été révisée et des gouttières ont été posées pour protéger les façades des ruissellements.
Un nettoyage a eu lieu sur les derniers fragments de vitraux colorés d’origine conservés dans les parties hautes, tandis qu'un vitrage losangé d'aspect traditionnel mais aux performances modernes (anti UV) a été posé dans les baies.
A l’intérieur, les sculptures et les décors muraux ont été nettoyés prudemment, révélant ainsi leur polychromie d’origine. Auparavant, sur les premières, on pouvait constater des couleurs très sombres presque noires, dues à un vernis qui s'était oxydé et assombri dans le temps. Les décors peints de très grande qualité, d’inspiration italienne, datent, comme les sculptures, des alentours de 1500.
Ils figurent parmi les rares exemples de peinture murale parisienne vers 1500 et cette restauration révèle toute leur valeur.
La porte sculptée en bois qui mène sous la chapelle, a elle aussi été nettoyée pour révéler une polychromie du 19e siècle, conforme à l'état que l’on connaissait par le biais des gravures colorées du 19ᵉ siècle, bien différente des polychromies du 15e siècle.
Cette restauration a été l’occasion d’une belle surprise lors du nettoyage des voûtes encrassées et badigeonnées. On y a découvert une polychromie bleu-vert sur le fond des voûtains, comme sur les décors du tambour qu’on croyait brun-noir tant ils étaient encrassés ! 
Ce travail de fond, qui a mobilisé une dizaine d’intervenants sous la houlette de l’architecte en chef des monuments historiques Paul Barnoud, pour redonner à la chapelle sa flamboyance, est enfin magnifié grâce à une nouvelle mise en lumière intérieure. La chapelle a réintégré le circuit de visite à l'automne 2016. 

https://musee-renaissance.fr/sites/renaissance/files/samnr_-_cr_chapelle_des_abbes_de_lhotel_de_cluny_-1.pdf

 

 

 

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Plan de la chapelle (K) au premier étage, donnant sur le jardin G, et son escalier S.

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La chapelle : son abside vue de l'extérieur.

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Miguel Hermoso Cuesta • CC BY-SA 3.0

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Vue générale de l'abside de la chapelle, avant restauration.

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Photo RMN

 

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L'ABSIDE DE LA CHAPELLE : SCULPTURES ET PEINTURES.

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"Le décor de l’abside est mi-sculpté, mi-peint en trompe l’œil, les éléments sculptés sont encore médiévaux alors que le décor peint est déjà Renaissance ; cependant la relation entre peinture et sculpture est connue au XVe siècle bien que rare (crucifixion sculptée associée à des paysages peints).

Des rinceaux à l’antique étaient peints sur le mur de l’abside.

Le cul de four de l’abside reprend un décor mixte : le Christ en croix, les anges  de la Passion, Dieu le Père sont sculptés alors que les phylactères tenus par les anges sont peints et évoquent ceux des Prophètes de l’Ancien Testament ; ainsi la formule typologique est-elle inventée sur le plan iconographique. Les arma Christi seront de plus en plus souvent représentées à la Renaissance."(Amis du Musée d'Ecouen)

 

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Chapelle (avant 1500) de l'hôtel de Cluny à Paris, musée du Moyen-Âge. Photographie lavieb-aile 2023.

Chapelle (avant 1500) de l'hôtel de Cluny à Paris, musée du Moyen-Âge. Photographie lavieb-aile 2023.

Chapelle (avant 1500) de l'hôtel de Cluny à Paris, musée du Moyen-Âge. Photographie lavieb-aile 2023.

Chapelle (avant 1500) de l'hôtel de Cluny à Paris, musée du Moyen-Âge. Photographie lavieb-aile 2023.

Chapelle (avant 1500) de l'hôtel de Cluny à Paris, musée du Moyen-Âge. Photographie lavieb-aile 2023.

Chapelle (avant 1500) de l'hôtel de Cluny à Paris, musée du Moyen-Âge. Photographie lavieb-aile 2023.

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Dieu le Père entouré de douze anges (il en manquerait deux), au dessus du Christ en Croix et de deux anges hématophores.

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Certaines de ces statues d'anges ont pu être attribuées par Christiane Prigent (*) à Antoine Le Moiturier, présent à Paris autour de 1500.

(*) C. Prigent, 1999, La Sculpture, in Art et société au XVe siècle.

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Chapelle (avant 1500) de l'hôtel de Cluny à Paris, musée du Moyen-Âge. Photographie lavieb-aile 2023.

Chapelle (avant 1500) de l'hôtel de Cluny à Paris, musée du Moyen-Âge. Photographie lavieb-aile 2023.

Chapelle (avant 1500) de l'hôtel de Cluny à Paris, musée du Moyen-Âge. Photographie lavieb-aile 2023.

Chapelle (avant 1500) de l'hôtel de Cluny à Paris, musée du Moyen-Âge. Photographie lavieb-aile 2023.

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L'ange présentant la lance portant l'éponge de vinaigre .

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Cet ange est représenté debout, vêtu sur une aube blanche d'une chape rouge à orfrois dorés.

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Inscription : ET IN SITI MEA POTASTIS MEO ACETO....

Traduction : "Et quand j'avais soif vous m'avez abreuvé de vinaigre".

Source : je la trouve dans une homélie franciscaine sur le Pater, attribué peut-être à saint François d'Assise ou Antoine de Padoue, BnF NAL 3245, et dont le manuscrit daterait des années 1230. Voir Gallica. Voir aussi Le manuscit franciscain retrouvé.

Ecce me, pendentem in cruce ; dedistis in escam meam fel, et in siti mea potastis me aceto. » Sic nobis dulcis et rectus Dominus. Quid aliud, mali nos, inpii et crudeles, dedimus tibi ?

"Me voici, pendant sur la croix : vous m’avez donné à manger du fiel, et quand j’avais soif vous m’avez abreuvé de vinaigre. » Ainsi parle le doux et droit Seigneur. Que d’autres t’avons-nous donné, nous mauvais, impies et cruels ?"

L'autre source, implicite,   est bien entendu le texte évangélique Matthieu 27:34 

Et dederunt ei vinum bibere cum felle mistum. Et cum gustasset, noluit bibere.  Postquam autem crucifixerunt eum, diviserunt vestimenta ejus, sortem mittentes: ut impleretur quod dictum est per prophetam dicentem: Diviserunt sibi vestimenta mea, et super vestem meam miserunt sortem.

"ils lui donnèrent à boire du vin mêlé de fiel; mais, quand il l'eut goûté, il ne voulut pas boire. Après l'avoir crucifié, ils se partagèrent ses vêtements, en tirant au sort, afin que s'accomplît ce qui avait été annoncé par le prophète: Ils se sont partagé mes vêtements, et ils ont tiré au sort ma tunique."

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L'intérêt de cette source franciscaine (bien que l'on puisse trouver d'autres sources si on n'exige plus une citation littérale) est de renvoyer à la tradition monastique de la contemplation du Crucifix et de la méditation sur les souffrances endurées lors de la Passion, dans une mystique du sang et des larmes, car c'est bien là la base spirituelle de l'iconographie de cette abside voulue par Jacques d'Amboise.

L'intérêt également est de constater que la porte d'entrée porte les bas-reliefs de saint François d'Assise, et d'un autre franciscain.

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Chapelle (avant 1500) de l'hôtel de Cluny à Paris, musée du Moyen-Âge. Photographie lavieb-aile 2023.

Chapelle (avant 1500) de l'hôtel de Cluny à Paris, musée du Moyen-Âge. Photographie lavieb-aile 2023.

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L'ange tenant la lance de Longin.

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Cet ange est représenté debout. Il est vêtu d'une tunique longue blanche.

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Inscription :  LANCEA MEUM LATUS PERFODISTIS

Le texte de ce phylactère est également retrouvé, textuellement,  dans l'homélie franciscaine :

« Vous m’avez cruellement donné des gifles au visage, et ce même visage vous l’avez honteusement aspergé de crachat ; vous avez voilé mes yeux et ma tête avec un tissu, et vous les avez frappés d’un roseau, me posant une couronne d’épine sur la tête ; et comme pour un brigand vous êtes sortis avec des épées et des bâtons pour m’arrêter. À la colonne vous m’avez étroitement ligoté comme un assassin, et contre moi vous avez suscité des témoins iniques, et l’iniquité s’est contredite dans ses mensonges. Et vous me demandez le pain éternel ? » Révèle-nous, Christ, si avec les juifs nous t’avons fait plus de tourments que les impies : « Mes mains et mes pieds, vous les avez transpercés avec des clous en fer, les enfonçant très durement sur la croix, et d’une lance cruelle vous m’avez transpercé le côté. ( Manus meas et pedes meos clavis ferreis perfodistis, in cruce durissime configentes, et dira lancea meum latus perfodistis.).  Vous avez tiré mes vêtements au sort et, pendant nu sur la croix pour vous je suis demeuré seul sur le champ, et vous m’avez laissé mort, et il n’y avait aucune place pour moi où reposer ma tête déchirée pour vous par les épines. Et vous me demandez le pain des anges ? Levez-vous donc, quand vous serez assis, vous qui mangez le pain de la douleur, si vous souhaitez vous rassasier de mon festin. Ces blessures que j’ai dites, vous me les faites chaque fois que vous succombez à la chute d’un crime, négligeant mes outrages et mes ulcères, que j’ai soufferts sur la croix pour vous. Chiens muets, incapables d’aboyer, et chiens très impudents, vous ne savez pas ce qu’est la santé ! » Ô Père très doux, puisque nous sommes des chiens et des affamés, sers-nous notre pain quotidien. Car même les petits chiens mangent des miettes qui tombent de la table de leurs maîtres.

« Alapas crudeliter in faciem meam dedistis, et eandem meam faciem sputo turpiter asperxistis ; oculos meos et caput cum panno velastis, et cum arundine percusixtis, coronam spineam ponentes capiti meo, et tanquam ad latronem existis cum gladiis et fustibus comprehendere me. Ad columpnam tanquam homicidam ligastis me stricte, et contra me testes provocastis iniquos, et mentita est iniquitas sibi. Et vos michi panem queritis eternalem ? » Revela nobis, Christe, si nos cum Iudeis plura inpiis fecimus tibi tormenta : « Manus meas et pedes meos clavis ferreis perfodistis, in cruce durissime configentes, et dira lancea meum latus perfodistis. In vestes meas misixstis sortes

et, nudus pendens in cruce pro vobis, solus remansi in campo, et vos mortuum reliquistis me, nec locus erat aliquis michi ubi caput meum dilaceratum a spinis pro vobis reclinasse in mortem. Et vos michi panem queritis angelorum ? Surgite ergo cum sederitis, qui manducatis panem do , si de meo convivio cupitis satiari. Hec michi vulnera supradicta facitis, quotiens in lapsum inciditis criminale, mea obprobria et ul-/45r/-cera neglige tes, que passus sum in cruce pro vobis. Canes muti non valentes latrare, et canes impudentissimi, nes itis sanitatem. » O dulcissime Pater, quia canes et famelici sumus, porrige nobis panem nostrum cotidianum. Nam et catelli edunt de micis que cadunt de mensa dominorum suorum

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Il renvoie à la méditation sur le coup de lance donné, dans les évangiles, lors de la Passion par un soldat , que la tradition nommera ensuite Longin, ou bien au cantique  Anima Christi composé au début du XIVe siècle , et qui cherche à obtenir une union mystique avec le Christ souffrant : "acqua lateris Christi lava me".

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Chapelle (avant 1500) de l'hôtel de Cluny à Paris, musée du Moyen-Âge. Photographie lavieb-aile 2023.

Chapelle (avant 1500) de l'hôtel de Cluny à Paris, musée du Moyen-Âge. Photographie lavieb-aile 2023.

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L'ange présentant l'échelle de la Déposition et celle de Jacob.

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Cet ange aux cheveux blonds et bouclés, saisi en plein vol, porte une aube blanche (pléonasme...) serrée par une ceinture bleue faisant bouffer l'étoffe.

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Inscription :[VI]DIT JACOB SCALAM SUPRA TERRAM ET CACUMEN ILIUS TANGENS CELUM...

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Il s'agit d'un verset de la Genèse, Genèse 28:12 appartenant au corpus des antiphonaires grégoriens. La citation complète  est : Vidit Iacob in somnis scalam stantem super terram, et cacumen illius tangens cælum, et angelos quoque dei ascendentes et descendentes per eam, et dominum innixum scalæ.

"Jacob vit une échelle, son sommet touchait les cieux, et il vit des Anges qui en descendaient, et il dit : Vraiment ce lieu est saint."

 

 

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L'ange présentant le fouet et les verges de la flagellation.

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Cet ange porte un manteau bleu doublé de (soie) rouge, identique par sa coupe et son décor à l'ange portant le marteau

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Inscription :  EGO IN FLAGELLA PARATUS SUM Psalm° 37

La citation du psaume 37 verset 18 est :  Quoniam ego in flagella paratus sum, et dolor meus in conspectu meo semper.

"Car je suis près de chanceler, et ma douleur est toujours devant moi ".(L. Segond)

https://www.biblegateway.com/passage/?search=Psalmi%2037&version=VULGATE

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Chapelle (avant 1500) de l'hôtel de Cluny à Paris, musée du Moyen-Âge. Photographie lavieb-aile 2023.

Chapelle (avant 1500) de l'hôtel de Cluny à Paris, musée du Moyen-Âge. Photographie lavieb-aile 2023.

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L'ange versant des larmes.

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L'ange blond aux yeux larmoyant vole, les genoux fléchis ; il s'enroule frileusement dans son phylactère. Le manteau doré  qu'il porte est long mais fendu le long des jambes, il est frangé de blanc.

Trois larmes s'écoulent sous chacun des yeux de l'ange dans une tradition qui sera reprise en Bretagne sur les calvaires de l'atelier Prigent (1527-1577).

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Inscription : ATTENDITE ET VIDETE  SI EST DOLOR SICUT DOLOR MEUS .

Source biblique  : les Lamentations  : "Vous tous qui passez par le chemin, regardez et voyez s’il est douleur comme ma douleur" Lamentation 1:12

https://www.biblegateway.com/passage/?search=Lamentationes%201&version=VULGATE

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Une fois de plus, cela confirme le thème général du décor : une invitation à l'union mystique du fidèle, et sensitive par les larmes, des souffrances du Christ en Croix et du sang versé.

 

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Chapelle (avant 1500) de l'hôtel de Cluny à Paris, musée du Moyen-Âge. Photographie lavieb-aile 2023.

Chapelle (avant 1500) de l'hôtel de Cluny à Paris, musée du Moyen-Âge. Photographie lavieb-aile 2023.

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L'ange présentant le marteau de la Crucifixion.

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L'ange blond saisi en vol porte sur son aube blanche une très riche et longue tunique rouge, à larges manches courtes , fendue sur les flancs, et bordée d'un galon doré à motifs de croisillon.

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Inscription :  PERCUSSERUNT ME ----------ME

La source serait le Cantique des cantiques 5:7 : Anima mea liquefacta est, ut dilectus locutus est. Quesivi et non inveni, illum vocavi et non respondit michi. Invenerunt me custodes civitatis, percusserunt me et vulneraverunt me, tulerunt pallium meum custodes murorum. Filie Iherusalem, nuntiate dilecto quia amore langueo.

Les gardes qui font la ronde dans la ville m’ont rencontrée ; Ils m’ont frappée, ils m’ont blessée ; Ils m’ont enlevé mon voile, les gardes des murs."

L'inscription fait aussi allusion bien-sûr  à Matthieu 27, 29-30 Et exspuentes in eum, acceperunt arundinem, et percutiebant caput ejus.

 

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Chapelle (avant 1500) de l'hôtel de Cluny à Paris, musée du Moyen-Âge. Photographie lavieb-aile 2023.

Chapelle (avant 1500) de l'hôtel de Cluny à Paris, musée du Moyen-Âge. Photographie lavieb-aile 2023.

Chapelle (avant 1500) de l'hôtel de Cluny à Paris, musée du Moyen-Âge. Photographie lavieb-aile 2023.

Chapelle (avant 1500) de l'hôtel de Cluny à Paris, musée du Moyen-Âge. Photographie lavieb-aile 2023.

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L'ange tenant le roseau de la dérision (Ecce Homo).

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L'ange blond au regard triste se tient debout (et non volant), il est vêtu d'une longue tunique à parement d'or sur les manches et l'encolure. Cette tunique se plisse au dessus de la ceinture.

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Inscription : MALEDIXISTI SCEPTRIS EIUS ABACUCH 3°

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La source est indiquée sur l'inscription : le Cantique d'Hababuc 3:21 : Maledixísti sceptris éius : capiti : " :Tu as maudit leur sceptre ; la tête".

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Chapelle (avant 1500) de l'hôtel de Cluny à Paris, musée du Moyen-Âge. Photographie lavieb-aile 2023.

Chapelle (avant 1500) de l'hôtel de Cluny à Paris, musée du Moyen-Âge. Photographie lavieb-aile 2023.

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L'ange tenant la couronne d'épines, et un maillet.

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L'ange blond aux ailes d'or est vêtu d'un manteau bleu d'où s'échappe ses pieds nus..

Inscription : ----POSUERUNT ----

Source probable : le texte évangélique de Matthieu 27:29 et plectentes coronam de spinis posuerunt super caput eius et harundinem in dextera eius et genu flexo ante eum inludebant dicentes have rex Iudaeorum  "Ils tressèrent une couronne d'épines, qu'ils posèrent sur sa tête, et ils lui mirent un roseau dans la main droite; puis, s'agenouillant devant lui, ils le raillaient, en disant: Salut, roi des Juifs!"

Ou encore Jean 19:1  : et milites plectentes coronam de spinis inposuerunt capiti eius et veste purpurea circumdederunt eum  "Les soldats tressèrent une couronne d'épines qu'ils posèrent sur sa tête, et ils le revêtirent d'un manteau de pourpre".

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Chapelle (avant 1500) de l'hôtel de Cluny à Paris, musée du Moyen-Âge. Photographie lavieb-aile 2023.

Chapelle (avant 1500) de l'hôtel de Cluny à Paris, musée du Moyen-Âge. Photographie lavieb-aile 2023.

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L'ange tenant les clous et le maillet de la Crucifixion.

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L'ange blond aux ailes d'or vole dans un bouillonnement de plis de son aube blanche ; il porte une tunique dorée à revers et à ceinture rouge cramoisi.

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Inscription : ---MANUS MEAA ET PEDES MEUS. Psal° 21

Source : elle est indiquée à la fin de la citation, il s'agit du psaume 21 : Foderuut manus meaa et pedes meus, dinumeraverunt omnia ossa mea, Psaume 21:17, "Ils ont percé mes mains et mes pieds". 

 

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Chapelle (avant 1500) de l'hôtel de Cluny à Paris, musée du Moyen-Âge. Photographie lavieb-aile 2023.

Chapelle (avant 1500) de l'hôtel de Cluny à Paris, musée du Moyen-Âge. Photographie lavieb-aile 2023.

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L'un des deux anges orants des côtés.

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Note : vers 1462, Jean de Bourbon, abbé de Cluny avant Jacques d'Amboise, fit exécuter par Antoine Le Moiturier (auteur de 1466 à 1469  des gisants et pleurants du tombeau de Jean Sans Peur duc de Bourgogne) des statues pour sa chapelle privée de l'abbatiale de Cluny

 

Comparer avec les statues conservées au Louvre :

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Ange attribué à Antoine Le Moiturier, Le Louvre.

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Ange volant par Antoine Le Moiturier, Le Louvre.

 

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Chapelle (avant 1500) de l'hôtel de Cluny à Paris, musée du Moyen-Âge. Photographie lavieb-aile 2023.

Chapelle (avant 1500) de l'hôtel de Cluny à Paris, musée du Moyen-Âge. Photographie lavieb-aile 2023.

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Le Christ en croix sous le titulus I.N.R.I, et les deux anges hématophores (recueillant dans des calices le sang des plaies des mains, et peut-être aussi l'eau de la plaie du thorax).

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Chapelle (avant 1500) de l'hôtel de Cluny à Paris, musée du Moyen-Âge. Photographie lavieb-aile 2023.

Chapelle (avant 1500) de l'hôtel de Cluny à Paris, musée du Moyen-Âge. Photographie lavieb-aile 2023.

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LES DEUX PEINTURES MURALES : LES SAINTES FEMMES MARIE JACOBÉ ET MARIE SALOMÉ.

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Deux peintures , pas même mentionnées dans les descriptions anciennes de Sauval et de Piganiol de la Force en 1765, furent retrouvées en 1834 sous un badigeon apposée à une date inconnue. Elles occupent les deux parois latérales de l'absidiole.

Elles représentent Marie Cléophas au nord et Marie Salomé au sud. Elle ont été attribuées à Guido Mazzoni, peintre et sculpteur originaire de Modène, actif à Naples, et qui vint en France à la suite de Charles VIII. Il travailla à la cour de Louis XII et surtout pour Georges d’Amboise. Mais on a aussi suggéré qu'elles pouvaient être d'un artiste proche de l'école de Ferrare, ou, selon Charles Sterling, d'un peintre flamand du début du XVIe siècle. Elles sont estimées du XVIe siècle, ou de la seconde moitié du XVIe siècle.

Les deux sainte femmes, Marie Cléophas et Marie Salomé, s'intégraient vraisemblablement à une description des Trois Marie qui ont assisté selon la tradition à la Crucifixion et à la mise au tombeau de Jésus : la troisième Marie étant la Vierge Marie, mère de Dieu, ou bien Marie-Madeleine. 

Or, une Pietà (ou plutôt une Déploration ou une Mise au Tombeau  à quatre figures) sculptée dont la tête s’emboitait dans le mur délardé, reposait jadis sur l’autel. Les deux femmes, se lamentant et ayant à leur pied un flacon d'aromates, s'intégreraient donc parfaitement dans ce programme iconographique.

Edmond du Sommerard écrivait en 1866 : "L'autel est placé contre le mur du jardin qui est  ouvert dans le milieu par une demi-tourelle en saillie,  formée par de grands vitraux, dont les vitres, assez  bien peintes, répandent beaucoup d'obscurité. En dedans de cette tourelle, devant l'autel, on voit un groupe de quatre figures, de grandeur naturelle, « où la Sainte-Vierge est représentée tenant le corps de Jésus-Christ détaché de la croix et couché sur ses genoux ; Ces figures sont d'une bonne main et fort bien « dessinées pour le temps."

Cette pietà ou  est visible, au dessus de l'autel, sur une vue de La chapelle  de l'hôtel des abbés de Cluny en 1781 de Beguyer de Chancourtois : la Vierge est debout, bras écartés, tandis que Jacques d'Arimathie et Nicodème portent le Christ mort.

 

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La chapelle  de l'hôtel des abbés de Cluny en 1781 de René Louis Maurice Beguyer de Chancourtois, Figure 7 du catalogue de l'exposition d'Écouen 2007

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Ce qui m'étonne, dans ce programme, c'est l'absence de Marie-Madeleine.

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Le thème de la pietà s’inscrit dans la piété personnelle du cardinal Georges d'Amboise (on la retrouve sur son sceau et sur les moulages des reliefs de la tribune d’orgue de la chapelle de Gaillon), mais aussi des autres membres de la famille . Sur ce dernier, Georges d’Amboise présenté, à genoux, par saint Jean-Baptiste et identifié par ses armes ornées d’une crosse fait face à une Vierge de pitié portant le Christ mort dans ses bras et surmontant les armes de l’archevêché normand. Le champ fleurdelisé du sceau, s’il renvoie sans doute à la Vierge, ne manque pas de donner une dimension royale au titulaire du sceau ! (L. Hablot 2013)

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Sceau de Georges d'Amboise en 1504-1505 : base Sigilla. Sous un dais gothique, le Christ nu sur les genoux de la vierge. A droite, le cardinal à genoux, de profil à gauche les mains jointes présenté par Saint-Jean Baptiste, debout à coté de lui. Au-dessous du Christ, écu à deux léopards l'un sur l'autre, accolé d'une croix. Devant le cardinal, un écu palé (Amboise) sommé d'un chapeau de cardinal

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Néanmoins, le sceau de Jacques d'Amboise n'inclut pas ce thème ( Dans une double niche gothique,  on y voit saint Pierre et saint Paul, et au-dessus, la Vierge vue à mi-corps. Dans une niche inférieure, un priant, entre deux écus, l'un aux armes d'Amboise (palé d'or et de gueules de six pièces), l'autre chargé de deux croix en sautoir posées sur une épée en pal. Le contre-sceau est un écu au palé d'Amboise.)

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Analyse des deux peintures par Cécile Scalleirez :

"Ces deux saintes femmes, grandeur nature, apparaissent de part et d’autre de l’autel dans des architectures feintes très sophistiquées (…). Malgré cette disposition, le caractère le plus évident de ce décor est sa dissymétrie (…) dissymétrie des attitudes, qui (…) se double d’une dissymétrie totale dans l’environnement architectural et ornemental. (…)

Marie Jacobi est encadrée de pilastres ornés de motifs de candélabres dorés sur fond rouge-brun, Marie Salomé de deux pilastres dépareillés dont le plus évident,  fait de croisillons claires, évoque plus la marqueterie que l’architecture véritable. Toutes deux sont placées sous des sortes de dais en tonnelle de bois dans lesquels s’agitent des angelots acrobates, les uns cueillant ce qui semble être des poires, tandis que les autres y suspendent des grappes de raisin, des poires et des pommes.

Enfin, Marie Jacobi apparaît dans une niche surmontée d’un oculus en perspective formant au-dessus d’elle comme un puits de lumière, et la façade de cette niche est surmontée d’une coquille, alors que celle de Marie Salomé est surmontée d’un fronton triangulaire où l’on peut reconnaître, extrêmement usée si ce n’est même laissée au stade de la sinopia, une Annonciation.

Tous ces éléments architecturaux sont peints soit en grisaille imitant la pierre soit dans un ton ocre qui évoque la dorure et sur lequel les motifs sont figurés de manière très linéaire, sans plasticité, ce qui laisse une impression grossière plutôt que d’œuvre complètement aboutie. Les fonds sont partout relevés de détails d’une polychromie variée qui confère à l’ensemble une note générale de fantaisie, voire de facétie dans les angelots, qui nous semble beaucoup moins renvoyer aux habitudes parisiennes qu’à l’Italie du Nord, et en effet à la culture ferraraise issue des inventions de Cosme Tura et du studiolo de Belfiore ou aux marqueteries exécutées à Ferrare par Pier Antonio degli Abati.

Il en va de même des figures elles-mêmes, très monumentales, enveloppées de draperies très plastiques, habitées d’un pathétisme évident dans leurs visages et leurs mains. On a quelque scrupule à les rapprocher,— étant donné la médiocrité de leur conservation et surtout le caractère sommaire de l’exécution de tout l’encadrement décoratif, —des panneaux cristallins et incisifs conservés de Francesco del Cossa ou d’Ercole de Roberti, comme des fresques si raffinées du Palazzo Schifanoia de Ferrare. Tel qu’il nous est parvenu, le décor peint de la chapelle de Cluny ne peut en apparaître que comme la menue descendance.

Mais son style en procède au point que Timothy Verdon a pu proposer l’attribution à Guido Mazzoni de l’ensemble du décor de l’autel, selon lui conçu comme une Lamentation mi-sculptée mi-peinte. Sans forcément souscrire à cette interprétation globale, qui implique que le groupe sculpté que documente la miniature du musée Carnavalet soit aussi son oeuvre, nous sommes frappés par les analogies que Verdon a relevées entre les deux saintes femmes de la chapelle de Cluny et les figures sculptées par Mazzoni en Italie entre 1485 et 1492. (…) La présence de Guido Mazzoni, natif de Modène, formé dans l’atelier de Cossa, au service du roi de France Charles VIII à Naples à partir de 1495, installé en France de 1497 à 1516, mentionné dans les documents français comme « painctre, enlumineur et ymagier », et qui plus est actif non seulement pour le roi mais aussi pour des seigneurs liés aux campagnes italiennes, tels qu’Antoine Bohier (à Fécamp) ou Georges d’Amboise, le propre frère de Jacques d’Amboise, abbé de Cluny (à Gaillon), invite naturellement à se tourner, pour trouver la paternité du décor de Cluny, vers cet artiste qui constitue objectivement un trait d’union entre la culture ferraraise et la France de 1500." https://www.musee-moyenage.fr/media/documents-pdf/dossiers-de-presse/dp_chapelles.pdf

 

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1. Marie Jacobé à gauche.

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Selon La Légende dorée, elle serait née du second mariage d'Anne, mère de Marie avec Cléophas, frère de Joseph. Elle aurait épousé Alphée et aurait donné naissance à quatre fils : Jacques le mineur, Joseph le juste, Simon le Zélote et Jude.

Son nom MR IACOBI apparait inscrit sur un cartelino glissé sous le flacon d'aromates.

La femme est voilée, nimbé d'un  simple cercle, et porte une robe satinée rouge, un manteau sombre damassé d'or à doublure de soie bleue. Elle est chaussée de sandales.

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Chapelle (avant 1500) de l'hôtel de Cluny à Paris, musée du Moyen-Âge. Photographie lavieb-aile janvier 2023.

Chapelle (avant 1500) de l'hôtel de Cluny à Paris, musée du Moyen-Âge. Photographie lavieb-aile janvier 2023.

Chapelle (avant 1500) de l'hôtel de Cluny à Paris, musée du Moyen-Âge. Photographie lavieb-aile 2023.

Chapelle (avant 1500) de l'hôtel de Cluny à Paris, musée du Moyen-Âge. Photographie lavieb-aile 2023.

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Mon cliché ne permet pas de préciser si la sainte femme verse des larmes, même si toute l'expression du visage le laisse penser. Ce sera la même chose pour Marie Salomé.

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Chapelle (avant 1500) de l'hôtel de Cluny à Paris, musée du Moyen-Âge. Photographie lavieb-aile 2023.

Chapelle (avant 1500) de l'hôtel de Cluny à Paris, musée du Moyen-Âge. Photographie lavieb-aile 2023.

Chapelle (avant 1500) de l'hôtel de Cluny à Paris, musée du Moyen-Âge. Photographie lavieb-aile 2023.

Chapelle (avant 1500) de l'hôtel de Cluny à Paris, musée du Moyen-Âge. Photographie lavieb-aile 2023.

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Les putti ailés jouent dans le feuillage d'une  couronne conique et y cueillent des fruits (olives?).

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Chapelle (avant 1500) de l'hôtel de Cluny à Paris, musée du Moyen-Âge. Photographie lavieb-aile 2023.

Chapelle (avant 1500) de l'hôtel de Cluny à Paris, musée du Moyen-Âge. Photographie lavieb-aile 2023.

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1. Marie Salomé à droite.

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Marie Salomé porte, sur ses cheveux blonds et dénoués, un voile de gaze translucide. Je suis presque sûr de voir des larmes couler de ses paupières, en gouttes prolongeant un fin filet. Par rapport à mon thème d'enquête sur l'importance de la mystique du sang et des larmes, ce détail est bien sûr capital.

Elle porte une chemise très fine, couvrant les poignets de gaze ; un long manteau rouge à orfrois d'or ; une robe verte piquetée d'or, serrée à la taille par une ceinture nouée, et aux manches nouées à mi-bras par des rubans dorés (comme le Printemps dans la Naissance de Vénus de Botticelli, 1485). Ses mains aux poignets fins portant des bracelets, se rejoignent et s'étreignent  devant le bassin.

Devant ses pieds, le flacon d'aromates en forme d'albarello porte le nom SALOME en lettres gothiques.

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Ma conviction, mon doute très fort, est qu'il s'agit en réalité de Marie-Madeleine, car la femme représenté ici en porte l'attribut (l'albarello), la chevelure dénouée et longue sur les épaules, l'élégance et les riches atours, et surtout peut-être les larmes. Le nom indiqué est-il un repeint dû à un restaurateur ?

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Chapelle (avant 1500) de l'hôtel de Cluny à Paris, musée du Moyen-Âge. Photographie lavieb-aile 2023.

Chapelle (avant 1500) de l'hôtel de Cluny à Paris, musée du Moyen-Âge. Photographie lavieb-aile 2023.

Chapelle (avant 1500) de l'hôtel de Cluny à Paris, musée du Moyen-Âge. Photographie lavieb-aile 2023.

Chapelle (avant 1500) de l'hôtel de Cluny à Paris, musée du Moyen-Âge. Photographie lavieb-aile 2023.

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La tonnelle suspendue accueille trois putti ailés cueillant des raisins, des poires et des pommes.

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Chapelle (avant 1500) de l'hôtel de Cluny à Paris, musée du Moyen-Âge. Photographie lavieb-aile 2023.

Chapelle (avant 1500) de l'hôtel de Cluny à Paris, musée du Moyen-Âge. Photographie lavieb-aile 2023.

Chapelle (avant 1500) de l'hôtel de Cluny à Paris, musée du Moyen-Âge. Photographie lavieb-aile 2023.

Chapelle (avant 1500) de l'hôtel de Cluny à Paris, musée du Moyen-Âge. Photographie lavieb-aile 2023.

Chapelle (avant 1500) de l'hôtel de Cluny à Paris, musée du Moyen-Âge. Photographie lavieb-aile 2023.

Chapelle (avant 1500) de l'hôtel de Cluny à Paris, musée du Moyen-Âge. Photographie lavieb-aile 2023.

Chapelle (avant 1500) de l'hôtel de Cluny à Paris, musée du Moyen-Âge. Photographie lavieb-aile 2023.

Chapelle (avant 1500) de l'hôtel de Cluny à Paris, musée du Moyen-Âge. Photographie lavieb-aile 2023.

Chapelle (avant 1500) de l'hôtel de Cluny à Paris, musée du Moyen-Âge. Photographie lavieb-aile 2023.

Chapelle (avant 1500) de l'hôtel de Cluny à Paris, musée du Moyen-Âge. Photographie lavieb-aile 2023.

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LES VITRAUX (DISPARUS) DE LA CHAPELLE.

https://www.musee-moyenage.fr/collection/oeuvre/le-portement-de-croix-vitrail.html

Le seul panneau figuré qui soit conservé au musée de Cluny, dans une autre salle, est un Portement de Croix, ce qui laisse imaginer que les autres panneaux figuraient aussi les autres épisodes de la Passion : tout le décor de l'abside était donc cohérent.

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Le Portement de Croix, vitrail de la chapelle de l'hôtel de Cluny, vers 1500. Coll. Musée de Cluny.

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Le musée indique :

"Ce panneau de vitrail représente un des épisodes de la Passion du Christ précédant la Crucifixion. Le vitrail se trouvait dans une baie de la chapelle de l’hôtel de Cluny vers 1500. Il est possible que Jacques d’Amboise, abbé de Cluny, ait commandé cette composition à l’un des ateliers les plus réputés de la capitale, à qui revient aussi le dessin de la Dame à la Licorne. Le peintre verrier fait preuve d’une technique virtuose. Il maîtrise parfaitement l’usage de la grisaille et du jaune d’argent. Il soigne les détails des personnages comme le révèlent le pourpoint clouté et l’épaulette du garde au premier plan. Entré dans les collections en 1834."

Remarquez  l'utilisation du verre rouge gravé pour le pourpoint et la manche à crevés longitudinaux du soldat. Le carton est attribué au Maître des Très petites Heures d'Anne de Bretagne (Jean d'Ypres ?).

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LA PORTE DU TAMBOUR D'ACCÈS À LA CHAPELLE.

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La chapelle de l'hôtel de Cluny a une fonction singulière et unique : l'accès au jardin par un escalier à vis, dont le tambour est traité en remplage ajouré. Cet escalier conduit, au rez-de-jardin, à un espace voûté de même surface que le jardin, reposant sur un piler unique, et ouvert vers l'est par deux arcades.

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Je n'ai pas trouvé de description détaillée de cette porte en bois permettant l'accès par l'escalier en colimaçon. Elle s'inscrit dans la dentelle de pierre du tambour , de style gothique flamboyant. Elle a été splendidement restaurée, selon les couleurs représentée sur une gravure ancienne de 1838.

Je n'ai donc pas trouvé de précision sur sa datation. Son style gothique flamboyant laisse présumer qu'elle date de la création de la chapelle elle-même, avant 1500. C'est un élément important pour notre discussion, en raison de l'importance donnée à saint François et aux franciscains.

Je n'ai pas trouvé non plus d'indication sur le moine martyr habillé en jaune.

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Voir :https://www.photo.rmn.fr/CS.aspx?VP3=SearchResult&VBID=2CMFCIXI2WZNO2#/SearchResult&VBID=2CMFCIXI2WZNO2&PN=3

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"Les Arts du Moyen Âge", chapitre 4, planche 5 du Sommerard. 1838. Graveur : Lemercier, imprimé par A.Godard

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Etat avant la restauration :

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Chapelle (avant 1500) de l'hôtel de Cluny à Paris, musée du Moyen-Âge. Photographie lavieb-aile 2023.

Chapelle (avant 1500) de l'hôtel de Cluny à Paris, musée du Moyen-Âge. Photographie lavieb-aile 2023.

Chapelle (avant 1500) de l'hôtel de Cluny à Paris, musée du Moyen-Âge. Photographie lavieb-aile 2023.

Chapelle (avant 1500) de l'hôtel de Cluny à Paris, musée du Moyen-Âge. Photographie lavieb-aile 2023.

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Saint François d'Assise recevant les stigmates alors qu'il contemple le crucifix.

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Dans un décor de grappes de raisins renvoyant à l'Eucharistie (et donc à la Passion), François, portant l'habit et la cordelière de son Ordre, présente ses deux mains aux paumes trouées des plaies des stigmates, qu'il a reçu tant l'intensité de sa compassion du Christ crucifié était grande.

À droite, un moine vêtu de blanc est assis, endormi. Il s'agit de frère Léon, seul témoin de la scène qui s'est déroulé en septembre 1224 pendant le Carème de la Saint-Michel, dans la solitude des monts de l'Alverne.

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Chapelle (avant 1500) de l'hôtel de Cluny à Paris, musée du Moyen-Âge. Photographie lavieb-aile 2023.

Chapelle (avant 1500) de l'hôtel de Cluny à Paris, musée du Moyen-Âge. Photographie lavieb-aile 2023.

Chapelle (avant 1500) de l'hôtel de Cluny à Paris, musée du Moyen-Âge. Photographie lavieb-aile 2023.

Chapelle (avant 1500) de l'hôtel de Cluny à Paris, musée du Moyen-Âge. Photographie lavieb-aile 2023.

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Un  martyr (palme), cordelier (cordon à nœuds) et probable fondateur d'un ordre (livre), en habit de bure jaune .

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La tonsure et la cordelière sont les mêmes que dans le panneau précédent : il s'agirait donc d'un franciscain. Il n'est pas nimbé 'François d'Assise non plus), mais la palme du martyre laisse penser qu'il s'agit d'un saint.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_de_saints_franciscains

Antoine de Padoue ? Bonaventure ? Bernardin de Sienne?

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Chapelle (avant 1500) de l'hôtel de Cluny à Paris, musée du Moyen-Âge. Photographie lavieb-aile 2023.

Chapelle (avant 1500) de l'hôtel de Cluny à Paris, musée du Moyen-Âge. Photographie lavieb-aile 2023.

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Saint Christophe et saint Pierre.

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Chapelle (avant 1500) de l'hôtel de Cluny à Paris, musée du Moyen-Âge. Photographie lavieb-aile 2023.

Chapelle (avant 1500) de l'hôtel de Cluny à Paris, musée du Moyen-Âge. Photographie lavieb-aile 2023.

Chapelle (avant 1500) de l'hôtel de Cluny à Paris, musée du Moyen-Âge. Photographie lavieb-aile 2023.

Chapelle (avant 1500) de l'hôtel de Cluny à Paris, musée du Moyen-Âge. Photographie lavieb-aile 2023.

Chapelle (avant 1500) de l'hôtel de Cluny à Paris, musée du Moyen-Âge. Photographie lavieb-aile 2023.

Chapelle (avant 1500) de l'hôtel de Cluny à Paris, musée du Moyen-Âge. Photographie lavieb-aile 2023.

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L'Annonciation.

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Le fait que l'ange tienne une sorte de cierge, et non le bâton enrubanné du phylactère de son message, est troublant. Les manches de l'ange sont bridées aux bras par des rubans comme sur la peinture de Marie Salomé.

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Chapelle (avant 1500) de l'hôtel de Cluny à Paris, musée du Moyen-Âge. Photographie lavieb-aile 2023.

Chapelle (avant 1500) de l'hôtel de Cluny à Paris, musée du Moyen-Âge. Photographie lavieb-aile 2023.

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DISCUSSION. 

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Cette "chapelle" n'a sans doute jamais eu de desservant ni d'autel perpétuel (A. Bos et T.X. Dectot p. 21), et sa fonction aurait été selon ces auteurs de permettre à l'abbé ou aux autres prêtres clunisiens séjournant dans l'hôtel de Cluny de satisfaire à leurs obligations liturgiques de célébration régulière de la messe, un autel étant alors posé sur la table d'autel, durant une très faible durée d'utilisation effective de l'hôtel par ces abbés, jusqu'en 1515. L'hôtel de Cluny servit ensuite de résidence à Marie d'Angleterre, puis sera utilisée comme maison de rapport à partir de 1590 au moins.

D'autre part, les figures sculptées des membres de la famille d'Amboise, agenouillés en prière devant la Pietà et le Crucifix, peuvent inciter à penser que cette chapelle était réservée à Jacques d'Amboise et ses proches. D'autant que ses armes étaient représentées à plusieurs endroits dans la chapelle.

Je me pose la question de savoir s'il ne faut pas y voir plutôt un "oratoire" voué à la pratique monastique dévotionnelle de contemplation participative du Christ en croix, des souffrances de sa Passion, de la réalité de ses plaies et du sang versé.

Cette pratique n'est pas propre à l'Ordre des Franciscains, et est retrouvé chez les Chartreux (Puits de Moïse de Champmol), les Dominicains (fresques de Fra Angelico au couvent San Marco) et chez les Bénédictins. Néanmoins, c'est bien François d'Assise, haute figure de cette dévotion mystique par ses stigmates, qui est figuré sur la porte, à côté d'un autre moine cordelier. Et (mais l'argument est faible), deux inscriptions des phylactères me renvoient vers le texte de la plus ancienne homélie franciscaine.

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J'ai dit que l'absence de Marie-Madeleine m'interroge : cette absence est invraisemblable dans cette cohérence iconographique  de la Passion et de la Déploration (alors qu'elle est compréhensible dans le thème des Trois Marie). Marie-Madeleine est la médiatrice de cette compassion et de ces larmes qui jaillissent devant le sang versé,  qui s'écoule au pied de la croix. 

Voir sur les Trois Marie à Louviers par Arnoult de Nimègue sous le mécénat de Georges II d'Amboise :

 

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Sophie Lagabrielle, dans son article sur Les vitraux de l'hôtel de Cluny (2007) croit  reconnaître Marie-Madeleine, précisément éplorée au pied de la Croix, dans la silhouette féminine de grande taille et au buste cintrée du bas de la lancette gauche, se détachant sur un fond neutre, dans la peinture de Beguyer de Chancourtois La chapelle de l'hôtel des abbés de Cluny en 1781, conservée au musée Carnavalet (cf. supra). Et cette auteure souligne que l'iconographie de Marie-Madeleine enlaçant la Croix aux pieds du Christ apparaît sur les livres d'Heures imprimés, et qu'elle a été retenue par Georges d'Amboise sur les vitres de la grande salle de l'archevêché de Rouen, tandis que la dévotion nouvelle portée à la sainte a suscité la création d'une baie complète à Saint-Gervais et à Saint-Merry. Néanmoins, les déductions sur l'examen de cette peinture de Beguyer de Chancourtois restent fragiles. 

Voir  la verrière de Marie-Madeleine de la baie 53 de  la cathédrale de Rouen :

 

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  Jacques d'Amboise né entre 1440 et 1450, et mort en 1516, est un bénédictin qui fut abbé de Jumièges, puis en 1485, abbé commendataire de Cluny jusqu'en 1510 (date imprécise : en 1514, Jacques d'Amboise a abdiqué de l'abbatiat de Cluny au profit de son neveu Geoffroy) . Il fait alors reconstruire l'hôtel parisien des abbés de Cluny, sa chapelle et le collège aujourd'hui disparu. Il devient ensuite évêque de Clermont, en 1505.

Je n'ai trouvé aucun renseignement sur ses pratiques dévotionnelles, et moins encore sur d'éventuels liens avec les franciscains.

Son emblématique renvoie à la figure de son saint patron saint Jacques de Compostelle : elle associe des coquilles, des bourdons de pèlerins et ses mots « timor dei initium sapientiae et servas mandata. Servire deo regnare est ». 

Si les armoiries de la chapelle ont disparu, on peut voir encore celles des murs et lucarnes de l'hôtel dans la cour.

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LES ARMOIRIES DE JACQUES D'AMBOISE DANS LA COUR DE L'HÔTEL.

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"Jacques d’Amboise († 1516), abbé de Cluny en 1485, impose davantage son originalité dans l’emblématique nouvelle. Il retient les armes pleines de la famille qu’il accoste souvent à celles de son abbaye de Cluny, ou écartèle parfois à celles de son évêché de Clermont (« d’azur à la croix de gueules cantonnée de quatre fleurs de lys d’or»). Comme son frère Louis, et bien que n’étant pas cardinal, il porte lui aussi chapeau, croix de procession ou crosse pour orner et timbrer ses armoiries et les fait occasionnellement supporter par des anges.  Ainsi que le fait remarquer G. Souchal, si ces ornements compliquent encore la tâche des historiens de l’art pour attribuer telle ou telle réalisation des frères d’Amboise ou de leurs neveux, leurs pratiques par Jacques, Jean ou Louis d’Amboise ne bouleverse pas les usages héraldiques du temps qui concèdent alors le chapeau – le galero – signe cardinalice s’il en est, à l’ensemble des prélats d’un certain rang. À côté de ce discours assez classique, Jacques d’Amboise adopte une panoplie d’emblèmes évocateurs de son prénom et de son patron, saint Jacques, qu’il déploie notamment sur l’escalier de la résidence parisienne des abbés de Cluny : des coquilles, des bourdons de pèlerins et ses mots « timor dei initium sapientiae et servas mandata. Servire deo regnare est ». Un hommage au roi, sous la forme d’une initiale K, s’ajoute encore au décor de Cluny." (L. Hablot)

"Cette emblématique allusive à son saint Patron, Jacques, se retrouve également sur une tapisserie qui lui associe les mots TIMOR DEI INITIUM SAPIENTIAE  SERVAS MANDATA SERVIRE DEO REGNARE EST  et le chiffre J D (Jacobus De Ambasia) (Voir les sculptures de l’hôtel de Cluny à Paris et le dessin d’un tapisserie relevée pour Gaignières autrefois au château de Gaillon, Paris, BN, Est. Pc. 18,f°32), (*)." (L. Hablot 2007)

(*) qui porte Initium sapientiae timor domini . Servas mandata tua.

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Initium sapientiae timor domini est une citation du psaume 111 verset 10 : La crainte de l'Eternel est le commencement de la sagesse.

Servas mandata dei est la marque typographie du libraire Jehan Palier. 

Servas mandata tua : "tu observes tes commandements" ?

 

 

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Emblématique de l'abbé Jacques d'Amboise dans son hôtel de Cluny à Paris, musée du Moyen-Âge. Photographie lavieb-aile 2023.

Emblématique de l'abbé Jacques d'Amboise dans son hôtel de Cluny à Paris, musée du Moyen-Âge. Photographie lavieb-aile 2023.

Emblématique de l'abbé Jacques d'Amboise dans son hôtel de Cluny à Paris, musée du Moyen-Âge. Photographie lavieb-aile 2023.

Emblématique de l'abbé Jacques d'Amboise dans son hôtel de Cluny à Paris, musée du Moyen-Âge. Photographie lavieb-aile 2023.

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Sur un semé de coquilles Saint-Jacques, et parmi des bourdons de pèlerins, la devise SERVIRE DEO REGNARE EST.

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Emblématique de l'abbé Jacques d'Amboise dans son hôtel de Cluny à Paris, musée du Moyen-Âge. Photographie lavieb-aile 2023.

Emblématique de l'abbé Jacques d'Amboise dans son hôtel de Cluny à Paris, musée du Moyen-Âge. Photographie lavieb-aile 2023.

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Sur un semé de coquilles Saint-Jacques, et parmi des bourdons de pèlerins, le mot DOMINVM, et en dessous SERVIRE REGNARE

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Emblématique de l'abbé Jacques d'Amboise dans son hôtel de Cluny à Paris, musée du Moyen-Âge. Photographie lavieb-aile 2023.

Emblématique de l'abbé Jacques d'Amboise dans son hôtel de Cluny à Paris, musée du Moyen-Âge. Photographie lavieb-aile 2023.

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Sur un semé de coquilles Saint-Jacques, et parmi des bourdons de pèlerins, la devise INITIVM SAPIENTIAE TIMOR DEI ET SERVAS MANDATA TUA.

 

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Emblématique de l'abbé Jacques d'Amboise dans son hôtel de Cluny à Paris, musée du Moyen-Âge. Photographie lavieb-aile 2023.

Emblématique de l'abbé Jacques d'Amboise dans son hôtel de Cluny à Paris, musée du Moyen-Âge. Photographie lavieb-aile 2023.

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Sur une lucarne : deux anges tiennent les armoiries de l'abbé Jacques d'Amboise.

Palé d'or et de gueules de six pièces sous un chapeau , traversé d'une crosse en pal

 

 

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Emblématique de l'abbé Jacques d'Amboise dans son hôtel de Cluny à Paris, musée du Moyen-Âge. Photographie lavieb-aile 2023.

Emblématique de l'abbé Jacques d'Amboise dans son hôtel de Cluny à Paris, musée du Moyen-Âge. Photographie lavieb-aile 2023.

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AUTRES DÉTAILS : ARCHITECTURE ET SCULPTURE DES CONSOLES.

 

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La voûte complexe à liernes et tiercerons dont les nervures retombent sur un pilier central.

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Chapelle (avant 1500) de l'hôtel de Cluny à Paris, musée du Moyen-Âge. Photographie lavieb-aile 2023.

Chapelle (avant 1500) de l'hôtel de Cluny à Paris, musée du Moyen-Âge. Photographie lavieb-aile 2023.

Chapelle (avant 1500) de l'hôtel de Cluny à Paris, musée du Moyen-Âge. Photographie lavieb-aile 2023.

Chapelle (avant 1500) de l'hôtel de Cluny à Paris, musée du Moyen-Âge. Photographie lavieb-aile 2023.

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Les dix  consoles développent un répertoire de feuilles de chou, vignes et épineux peuplées d'animaux naturalistes (escargot), et fantastiques (basilic, sirènes, autres animaux hybrides)

Huit inscriptions certainement très anciennes sont présentes sur les consoles et sont parfois lisibles, précisant l'identité des personnages qui occupaient, agenouillés et tournés vers l'abside, les places sous les dais gothiques : Jacques d'Amboise,   Louis d'Amboise évêque d'Albi,  Madeleine d'Armagnac,  Jehan d'Amboise,  Pierre d'Amboise évêque de Poitiers, Georges d'Amboise archevêque de Rouen, cardinal et légat, et principal ministre de Louis XII,  Charles d'Amboise grand maître de France Aimery d'Amboise grand maître de l'Ordre des Hospitaliers de Jérusalem, et Madeleine d'Amboise abbesse de Saint-Menoux. Trois autres personnages, dont les inscriptions manquent, portaient au nombre très symbolique de douze celui des membres réunis ici.

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Chapelle (avant 1500) de l'hôtel de Cluny à Paris, musée du Moyen-Âge. Photographie lavieb-aile 2023.

Chapelle (avant 1500) de l'hôtel de Cluny à Paris, musée du Moyen-Âge. Photographie lavieb-aile 2023.

Chapelle (avant 1500) de l'hôtel de Cluny à Paris, musée du Moyen-Âge. Photographie lavieb-aile 2023.

Chapelle (avant 1500) de l'hôtel de Cluny à Paris, musée du Moyen-Âge. Photographie lavieb-aile 2023.

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LES GRAFFITIS.

 

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Des inscriptions en lettres capitales gravées sur la pierre du mur en lettres capitales, mais évoquant des graffiti, sont présentes à gauche de la porte du tambour.

Edmond du Sommerard écrivait : "Sur les murs sont gravées plusieurs inscriptions, dont l'une, datée de l644, rappelle la visite d'un nonce du pape.".  À partir du XVIIe siècle, l'hôtel sert en effet  de nonciature aux légats du pape. Le nonce y réside alors avec sa maison qui se compose d'une vingtaine de personnes dont deux secrétaires. Entre 1634 et 1636, l'hôtel est habité par Mazarin alors nonce extraordinaire.

Je lis :

NICOLAV---COM-GV

---DEI-TRADI

MDCXLIV

M-CXXXXIV

 

 

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Chapelle de l'hôtel de Cluny à Paris, musée du Moyen-Âge. Photographie lavieb-aile 2023.

Chapelle de l'hôtel de Cluny à Paris, musée du Moyen-Âge. Photographie lavieb-aile 2023.

Chapelle  de l'hôtel de Cluny à Paris, musée du Moyen-Âge. Photographie lavieb-aile 2023.

Chapelle de l'hôtel de Cluny à Paris, musée du Moyen-Âge. Photographie lavieb-aile 2023.

Chapelle  de l'hôtel de Cluny à Paris, musée du Moyen-Âge. Photographie lavieb-aile 2023.

Chapelle de l'hôtel de Cluny à Paris, musée du Moyen-Âge. Photographie lavieb-aile 2023.

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UN DERNIER MOT : ET LA RENAISSANCE ?

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J'aurai pu cibler mes recherches et les détails de mes clichés sur l'influence de la Renaissance sur le décor de cette abside. On la trouve dans la coquille de la niche en trompe-l'œil de Marie Jacobé et dans la présence des putti, notamment ceux qui jouent au dessus de cette coquille. Dans les guirlandes et surtout les pilastres aux candélabres à l'antique de la même peinture ; et peut-être dans le choix du peintre italien, si on accepte l'attribution à Guido Mazzoni.

Mon enquête, si elle avait été plus attentive à ce sujet, aurait peut-être découvert d'autres témoignage de l'art italien de la Renaissance, mais, dans les dernières années du XVe siècle, la chapelle de Jacques d'Amboise reste peu marquée par cette influence, alors que celle-ci sera manifeste dans le décor extérieur du château de Gaillon et de sa chapelle (notamment ses boiseries), commandité par le cardinal Georges d'Amboise de 1506 à 1509, puis par son neveu.

Voir la fin de mon article :

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ANNEXE II. La Chapelle de l’hôtel des abbés de Cluny - Musée de Cluny – Paris Le 2 mai 2017 Société des amis du Musée National de la Renaissance.

https://musee-renaissance.fr/sites/renaissance/files/samnr_-_cr_chapelle_des_abbes_de_lhotel_de_cluny_-1.pdf

Nous sommes reçus par Monsieur Michel Huynh, conservateur en chef au musée de Cluny pour la visite de la chapelle de l’hôtel des abbés de Cluny récemment restaurée, la maîtrise d’œuvre ayant été assurée par Monsieur Paul Barnoud, architecte en chef des Monuments historiques.

Un court rappel de l’histoire de l’hôtel des abbés de Cluny : L’hôtel des abbés de Cluny est situé à proximité du collège de Cluny, dont les seuls vestiges se situent aujourd’hui dans un café de la place de la Sorbonne, l’Écritoire.

Il fut édifié pour Jacques d’Amboise (abbé de Cluny de 1485 à 1510), comme pied à terre parisien. Cluny détenait trois collèges dès le XIVe siècle, l’un à Paris où enseigna Jacques d’Amboise, un autre en Avignon, le dernier à Dôle [actuel département du Jura] alors en terre d’Empire, Cluny occupant le centre de ce triangle.

L’hôtel actuel est le second érigé à cet emplacement ; le premier fut édifié vers 1300 et celui-ci vers 1485 et dont l’architecte nous est inconnu. Au XVe siècle, les parcelles dans les villes étaient étroites et les bâtiments collectifs avaient plusieurs niveaux. Afin d’ériger un hôtel particulier (château de campagne en ville) à la convenance de la réputation de sa famille, Jacques d’Amboise acheta les parcelles avoisinantes pour obtenir une superficie de 2500 m2 (de forme trapézoïdale contraignante) et établir un bâtiment de faible hauteur destiné à un seul propriétaire. L’hôtel est ceint d’un mur plein ; la distance qui le sépare des autres bâtiments doit permettre le « tour d’échelle », servitude de 2 à 3 pieds de large, afin de procéder à des travaux de réfection éventuels. La cour accessible par une porte cochère et par une porte piétonne doit être suffisamment grande pour permettre la giration de la voiture attelée.

A la fin du XVe siècle, l’hôtel présente déjà les fonctions et les caractéristiques de l’hôtel particulier à la mode au XVIe siècle et développé au XVIIe siècle, entre cour et jardin. C’est le plus ancien hôtel particulier parisien conservé ; il comprend des cuisines, des écuries (ici dans les anciens thermes romains), un corps de garde surmonté d’une galerie dont l’accès est réservé au propriétaire qui porte la clef sur lui.

L’appartement de l’abbé est situé au premier étage, ainsi qu’une salle d’archives dans une pièce voutée et sans fenêtre et une chapelle, lieu de culte des abbés, pendant que les pièces d’apparat occupent le rez-de-chaussée. Les latrines, au premier étage, occupaient une tourelle à l’extrémité est du corps de logis, proche du mur d’enceinte. Les thermes gallo-romains furent conservés par Jacques d’Amboise, non par intérêt archéologique, inconnu alors, mais parce que leur destruction n’offrait aucun bénéfice pécuniaire : la récupération de moellons et de pierres de blocage était inexploitable pour de futures constructions. Deux jardins suspendus ont pu être crées au dessus d’une partie des thermes, l’un sur les voûtes du frigidarium, l’autre au-dessus d’une salle dont la nature nous est inconnue et effondrée en 1737. On peut remarquer à l’ouest que la toiture est interrompue au dessus de la galerie, ce qui permettait un passage pour accéder aux jardins par une couverture en terrasse. Deux hôtels particuliers parisiens avaient aussi des jardins suspendus, l’hôtel Lambert et l’hôtel de Beauvais. Un autre jardin fut créé à l’arrière de l’hôtel. La configuration du terrain ne permettait pas un accès axial depuis les pièces du rez-de-chaussée ; aussi une aile fut-elle créée perpendiculairement abritant à son extrémité la chapelle à l’étage fondée sur les maçonneries antiques (pignon nord et mur ouest). Pour bénéficier de toute la longueur du jardin, l’accès se faisait par la chapelle grâce à un escalier en vis placé dans un angle.

Dès le milieu du XVIe siècle, les abbés de Cluny quittent l’hôtel qui fut loué et les déprédations commencèrent, puis s’amplifièrent à la Révolution.

En 1832, Alexandre du Sommerard s’installe dans l’hôtel jusqu’à sa mort en 1842. L’état ayant acquis l’hôtel et ses collections en 1843 , Albert Lenoir, architecte, fils d’Alexandre Lenoir, créateur du musée des Monuments Français, participe à la création d’un musée de sculpture et d’art français en relation avec l’architecture dans l’hôtel de Cluny en 1844, dont la chapelle faisait partie.

 La restauration du XIXe siècle reprend l’aspect médiéval, mais crée un chemin de ronde sur le mur d’enceinte en supprimant la tourelle des latrines et en ouvrant par souci de symétrie une porte à partir d’une fenêtre côté est. Lorsqu’ultérieurement le chemin de ronde sera supprimé, les deux portes ouvriront sur le vide.

La chapelle.

Peu de documents subsistent pour étudier la chapelle. Elle fut construite entre 1485 et 1501 en style gothique flamboyant. La dendrochronologie de la charpente le confirme. Située à l’étage, dans l’aile en retour, de plan quasi carré, au dessus d’une loge, espace voûté séparé par deux arcades, elle présente une abside en encorbellement semicirculaire qui repose sur un pilier. Elle est éclairée par cinq baies toutes situées à l’est.

Deux accès en font la particularité : L’un par le jardin et par l’escalier en vis (actuellement muré), placé dans l’angle sud ouest et dont la porte en bois sculpté au décor polychrome est une création à partir d’un paravent du XVe siècle provenant d’un hôtel de Provins. L’autre par une suite d’enfilade de pièces au premier étage.

Un pilier central octogonal reçoit les nervures de quatre voûtes d’ogive dont les clefs pendantes ont disparu. Un abondant décor de mouchettes et de soufflets s’inscrit dans les voûtains, peints en bleu, découpés en liernes et tiercerons caractéristiques du gothique flamboyant.

La chapelle comporte dans la partie supérieure de la nef des dais qui abritaient, non pas un collège apostolique, mais douze statues agenouillées de la famille de Jacques d’Amboise (aujourd’hui disparues) dont les titulatures sont encore visibles ; des croix de consécration sont disposées sous les consoles des statues ; cependant aucune date et trace de consécration n’ont été trouvées dans les archives. Le décor des consoles, feuillagé, ponctué d’animaux réels ou fantastiques, des dais, des culs de lampe, est d’une grande finesse d’exécution.

Le décor de l’abside, quant à lui, est mi-sculpté, mi-peint en trompe l’œil, les éléments sculptés sont encore médiévaux alors que le décor peint est déjà Renaissance ; cependant la relation entre peinture et sculpture est connue au XVe siècle bien que rare (crucifixion sculptée associée à des paysages peints).

Une Pietà sculptée dont la tête s’emboitait dans le mur délardé, reposait sur l’autel ; des rinceaux à l’antique étaient peints sur le mur de l’abside. Deux peintures (redécouvertes au XIXe siècle, vers 1847) sur les parois latérales complètent ce groupe et représentent Marie Cléophas au nord et Marie Salomé au sud. Sont-elles de Guido Mazzoni qui travailla à la cour de Louis XII et surtout pour Georges d’Amboise ?

Le cul de four de l’abside reprend un décor mixte : le Christ en croix, les anges de la Passion, Dieu le Père sont sculptés alors que les phylactères tenus par les anges sont peints et évoquent ceux des Prophètes de l’Ancien Testament ; ainsi la formule typologique est-elle inventée sur le plan iconographique. Les arma Christi seront de plus en plus souvent représentées à la Renaissance.

La chapelle servit encore de lieu de culte jusqu’à la Révolution. Le mobilier (statuaire et boiseries) a disparu en 1793. Les vitraux, illustrant la Passion, démontés avant 1804, et dont il ne subsiste qu’un Portement de croix du maître Jean ( ?) d’Ypres (présenté dans une salle voisine) s’inspirent des Très Petites Heures d’Anne de Bretagne et dateraient des années 1490-1510.

La chapelle abrita vers 1800 une salle de dissection avec des gradins en amphithéâtre qui montaient jusqu’aux consoles, puis un atelier d’imprimerie l’occupa ; des baies furent ouvertes dans le mur est. Albert Lenoir restitua la chapelle telle qu’elle devait être, mais restaura le chapiteau du pilier central, le pavage en pierre noire de Tournai et créa un faux hagioscope dans le placard à burettes.

La restauration des dernières années a surtout consisté en un nettoyage non agressif, à la suppression du badigeon gris qui masquait les détails des décors sculptés et à la redécouverte des tons éclatants des peintures. Nous tenons à remercier vivement Michel Huynh qui nous a permis par sa vivante érudition une nouvelle lecture de la résidence parisienne des abbés de Cluny et de sa chapelle à nouveau ouverte au public à l’automne 2016.

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ANNEXE II : LA DESCRIPTION D'EDMOND DU SOMMERARD.

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6524967g/texteBrut

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6524967g/f33.item

 

Du Sommerard, Edmond, 1866, Musée des Thermes et de l'Hotel de Cluny. Catalogue et description des objets d'art... exposés au Musée, par E. du Sommerard,..

 

« Tout ce qui reste entier de remarquable dans l'Hôtel  de Cluny, et dont aucune des éditions précédentes n'a  parlé, c'est la chapelle qui est au premier étage, sur le  jardin. Le gothique de l'architecture et de la sculpture en  est très-bien travaillé quoique sans aucun goût pour le  dessin. Un pilier rond, élevé dans le milieu, en soutient toute la voûte très chargée de sculpture, et c'est  de ce pilier que naissent toutes les arêtes. Contre les  murs sont placées par groupes, en forme de mausolées, les figures de toute la famille de Jacques d'Amboise,  entre autres du cardinal ; la plupart sont à genoux avec les habillements de leur siècle, très singuliers et bien sculptés.

 L'autel est placé contre le mur du jardin qui est  ouvert dans le milieu par une demi-tourelle en saillie,  formée par de grands vitraux, dont les vitres, assez  bien peintes, répandent beaucoup d'obscurité.

« En dedans de cette tourelle, devant l'autel, on voit un groupe de quatre figures, de grandeur naturelle, « où la Sainte-Vierge est représentée tenant le corps de Jésus-Christ détaché de la croix et couché sur ses genoux ; Ces figures sont d'une bonne main et fort bien dessinées pour le temps. On y voit encore, comme dans tout cet hôtel, un nombre infini d'écussons avec les  armoiries de Clermont et beaucoup de coquilles et de bourdons, par une froide allusion au nom de Jacques. On montre dans la cour de cet hôtel le diamètre de la  cloche appelée Georges d'Amboise, qui est dans une  des tours de la cathédrale de Rouen, et qui est tracé  sur la muraille de cette cour, où l'on assure qu'elle a  été jetée en fonte. 

Plus tard, dans les premières années du XIXe siècle, les membres composant l'administration du département de la Seine aliénèrent la maison de Cluny, qui passa successivement en la possession du sieur Baudot, médecin, ex-législateur, puis enfin de M. Leprieur, l'un des doyens de la librairie moderne.

Ce fut à cette dernière époque, en 1833, qu'un amateur infatigable des monuments des siècles passés, M. Du Sommerard (Alexandre Du Sommerard, né à Bar-sur-Aube en 1779, est mort à Saint-CIoud, en août 1852, à l'âge de 63 ans. Il était alors consemer-maître à la Cour des comptes. Il a laissé de nombreux travaux sur les arts, entre autres le grand ouvrage des Arts au moyen âge.), fit choix de ce vieux manoir pour servir d'asile aux précieuses collections d'objets d'art du moyen âge et de la renaissance, réunies par ses soins pendant quarante années de recherches et d'études.

A la mort du célèbre antiquaire, et sur le vœu exprimé par la commission des monuments historiques, le ministre de l'intérieur, M. le comte Duchâtel, présenta un projet de loi pour l'acquisition de cette belle collection, destinée à devenir la première base d'un Musée d'antiquités nationales.

L'Hôtel de Cluny, le seul de tous les monuments civils du moyen âge qui restât encore debout sur le sol de l'ancien Paris, fut choisi pour servir d'abri au nouveau Musée; la ville, s'associant à cette noble création, offrit en pur don au gouvernement les ruines du Palais des Thermes, base et point de départ de l'art gallo-romain.

La collection Du Sommerard et l'Hôtel de Cluny furent acquis par l'État, en vertu de la loi du 24 juillet 1843, et le nouveau Musée fut immédiatement constitué sous le nom de Musée des Thermes et de l'Hôtel de Cluny.

Dès ce jour, la communication qui reliait jadis les ruines du Palais des Césars et la résidence des abbés de Cluny a été rétablie. Les galeries de l'Hôtel, défigurées depuis deux siècles et transformées en appartements modernes, ont été remises dans leur état primitif; les sculptures ont été dégagées et restaurées; les collections d'objets d'art, classées et disposées sous les voûtes du IVe siècle et dans l'édifice du XVe, ont pris dans les deux monuments la place que leur assignait leur âge, et le Musée a été ouvert au public pour la première fois le 16 mars 1844.

La façade principale de l'Hôtel de Cluny se compose d'un vaste corps de bâtiment flanqué de deux ailes qui s'avancent jusqu'à la rue des Mathurins. Sa porte d'entrée, ornée autrefois d'un couronnement gothique richement sculpté, conserve encore un large bandeau décoré d'ornements et de figures en relief. Au-dessus du mur régnait une série de créneaux, ainsi qu'on peut en juger par ceux qui ont pu être conservés; ces créneaux ont été rétablis et la porte d'entrée a repris en partie son premier aspect.

Les bâtiments de la façade principale sont surmontés d'une galerie à jour derrière laquelle s'élèvent de hautes lucarnes richement décorées de sculpture, et qui présentaient dans leurs tympans les écussons de la famille d'Amboise, écussons dont il reste encore des traces bien apparentes.

Vers le milieu du bâtiment principal s'élève une tourelle à pans coupés que couronne une galerie analogue à celle qui décore les autres parties de l'édifice. Sur les murs de cette tourelle, on trouve sculptés en relief les attributs de saint Jacques, les coquilles et les bourdons de pèlerins, allusions au nom du fondateur Jacques d'Amboise, L'aile droite est percée de quatre arcades ogivales qui donnent accès dans une salle communiquant directement avec les Thermes. Cette salle, dont les murs sont de construction romaine, était une dépendance du Palais.

Sa couverture antique n'a été renversée qu'en 1737, et a été remplacée dans ces dernières années.

Les bâtiments du rez-de-chaussée de l'aile gauche renfermaient les cuisines et les offices de l'hôtel. Auprès de cette partie de l'édifice, on aperçoit tracée sur le mur la circonférence de la fameuse cloche appelée Georges d'Amboise, destinée à la cathédrale de Rouen, et coulée en fonte dans la cour de l'Hôtel de Cluny, Du côté du jardin, la façade est d'une architecture plus sévère; les galeries à jour n'existent pas, les lucarnes sont richement travaillées et présentent, ainsi que l'extérieur de la chapelle, une grande variété d'ornementation.

La salle basse, construite au-dessous de la chapelle pour servir de communication directe avec le Palais 4es Thermes, est une des parties les plus curieuses de l'hôtel de Cluny. Un pilier soutient la voûte aux arcades ogivales ; il est surmonté d'un chapiteau sur lequel on remarque le K couronné du roi Charles VIII, date précise de la construction, puis les armes et écussons des d'Amboise, attributs des fondateurs.

De cette salle basse on arrive à la chapelle par un escalier travaillé à jour, et qui a été récemment découvert. L'architecture de cette chapelle est fort riche ; les voûtes aux nervures élancées retombent en faisceaux sur un pilier central isolé , et qui prend son appui sur celui de la salle basse ; les murs Sont décorés de niches en relief travaillées à jour et d'une grande finesse d'exécution; ces niches, au nombre de douze, renfermaient les statues de la famille d'Amboise, qui ont été jetées bas à la fin du XVIIIe siècle, puis brisées et employées comme matériaux de construction.

Les vitraux qui garnissent les fenêtres ont été détruits et remplacés par d'autres ; un seul existait encore et a été remis en place, c'est le portement de croix; il avait été recueilli par le chevalier Alexandre Lenoir.

Sur les murs sont gravées plusieurs inscriptions, dont l'une, datée de l644, rappelle la visite d'un nonce du pape.

La cage de l'escalier, travaillée à jour, a été dégagée en 1832, ainsi que les peintures du XVIe siècle que l'on voit de chaque côté de l'autel, et les sujets sculptés en pierre dans la voûte de l'hémicycle. Ces sujets représentent le Père Éternel entouré d'anges et le Christ en croix. Toutes les figures, les bas-reliefs, et même les choux sculptés et dorés, placés de chaque côté, étaient couverts d'une épaisse couche de plâtre à laquelle on doit leur conservation.

Cette chapelle était devenue, sous le régime révolutionnaire, une salle de séances pour la section du quartier, puis elle avait été convertie en amphithéâtre de dissection , puis enfin eu atelier d'imprimerie.

Les écussons armoriés, disposés au-dessous des niches, ont été grattés et effacés, et les croix de consécration que l'on retrouve encore aujourd'hui n'ont survécu que grâce à l'épaisse couche de badigeon qui couvrait les murs.

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SOURCES ET LIENS.

 

 

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CRÉPIN-LEBLOND (Thierry), BOS (Agnès), HUYN (Michel), DECTOT (Xavier) ....., 2007, L'art des frères d'Amboise. Les chapelles de l'hôtel de Cluny et du château de Gaillon; RMN éditions

— HABLOT (Laurent), 2013, L’emblématique de Georges d’Amboise, Expression plurielle du pouvoir, in Georges Ier d'Amboise (14 1510), une figure de la Renaissance

https://books.openedition.org/pur/112824?lang=fr

— HABLOT (Laurent), 2007 « Les cris écrits. L’apparition des cris, mots emblématiques et sentences dans l’héraldique médiévale, un regard sur la voix et l’écrit », Prisma, t. XXIII, n° 45-46, janvier décembre 2007, La voix et l’écrit, p. 22-52.

https://www.academia.edu/3270921/L_HABLOT_Les_cris_%C3%A9crits_L_apparition_des_cris_mots_embl%C3%A9matiques_et_sentences_dans_l_h%C3%A9raldique_m%C3%A9di%C3%A9vale_un_regard_sur_la_voix_et_l_%C3%A9crit_Pris_ma_t_XXIII_n_45_46_janvier_d%C3%A9cembre_2007_La_voix_et_l_%C3%A9crit_p_22_52

 


— HUYNH (Michel), 2015, Quelques éléments sur l’évolution de l’hôtel de Cluny au cours des 2e et 3e quarts du XIXe siècle Bulletin de la Société nationale des Antiquaires de France  Année 2015  2013  pp. 199-209

https://www.persee.fr/doc/bsnaf_0081-1181_2015_num_2013_1_12150

— LENOIR (Albert)

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k64728400/f15.item

— MANSSON (Théodore-Henri), 1845, La chapelle de l'hôtel de Cluny

https://art.rmngp.fr/fr/library/artworks/theodore-henri-mansson_la-chapelle-de-l-hotel-de-cluny_aquarelle_1845

SCAILLÉREZ (Cécile), 2007, Les peintures de la chapelle de l'hôtel de Cluny, in L'art des frères d'Amboise.

SOMMERARD (Alexandre Du ),1834, Notices sur l'Hôtel de Cluny et sur le palais des Thermes: ... - Page 150

https://www.google.fr/books/edition/Notices_sur_l_H%C3%B4tel_de_Cluny_et_sur_le/_u4TAAAAQAAJ?hl=fr&gbpv=1&dq=chapelle+de+l%27h%C3%B4tel+de+cluny+%22phylact%C3%A8res%22&pg=PA150&printsec=frontcover

https://fr.wikisource.org/wiki/Notices_sur_l%E2%80%99h%C3%B4tel_de_Cluny_et_le_palais_des_Thermes/Table_des_mati%C3%A8res

SITES :

Photos de la RMN:

https://www.photo.rmn.fr/CS.aspx?VP3=SearchResult&VBID=2CMFCIXI2IRW4X

https://www.musee-moyenage.fr/lieu/hotel-de-cluny/chapelle-hotel-de-cluny.html

https://www.youtube.com/watch?v=AudS6mL_0h4&embeds_euri=https%3A%2F%2Fwww.musee-moyenage.fr%2F&feature=emb_imp_woyt

 

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1 février 2023 3 01 /02 /février /2023 22:03

Les tsubas ou gardes de sabre du musée  Guimet.

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Voir :

 

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PRÉSENTATION:

Wikipédia :

https://fr.wikipedia.org/wiki/Tsuba

 Sur une arme japonaise, et notamment les katana, la garde s'appelle tsuba (?). Son rôle est de protéger la main et de l'empêcher de glisser de la poignée (tsuka) sur le tranchant de la lame, d'en assurer l'équilibre par contrepoids, et enfin de parfaire les techniques de défense d'un tantō.

Il existe deux catégories de tsuba, celui en fer (tetsu) et celui en métaux mous (kinko), composés d'une grande variété d'alliages. Le shakudo, de couleur bleu nuit en cuivre et or ; le sentoku, de couleur marron en cuivre, zinc et plomb ; le shibuichi, souvent gris, en cuivre et fer. Le tsuba est souvent de forme circulaire, mais peut également avoir une forme carrée, hexagonale ou rectangulaire. La surface est généralement sculptée, décorée ou ajourée (sukashi).

On distingue plusieurs trous sur le tsuba, chacune ayant une fonction précise :

  • le nagako-ana : ouverture centrale, de forme plus ou moins triangulaire, servant à passer la lame du sabre.

  • le kozuka-hitsu : trou dans lequel on glisse un kogatana, qui était une réplique de la lame du katana mais à petite échelle (pour des raisons pratiques). En effet, kogatana est composé de ko, qui signifie « court gatana », qui est une variante phonétique de katana. Il servait à tous les usages courants du samouraï ;

  • le kogai-hitsu : trou permettant le rangement du kogai, une paire de pointes ayant de nombreuses utilisations : arme blanche, baguettes, épingles à cheveux, grattoir pour nettoyer les sabots des chevaux ou encore outil pour les armures.


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Les données sont celles qu'indique le cartel de la vitrine du musée.

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Tête de grue et ornements géométriques, école Kyozukashi ?, XVIIe siècle, fer. EO 611.

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Les tsubas du musée Guimet. Photographie lavieb-aile 2023.

Les tsubas du musée Guimet. Photographie lavieb-aile 2023.

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Tortue de longévité, style de Setsu, époque de Muromachi (1336-1573), ère Tensho (1573-1591), fer partiellement doré.

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Les tsubas du musée Guimet. Photographie lavieb-aile 2023.

Les tsubas du musée Guimet. Photographie lavieb-aile 2023.

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Armoiries (mon) et motifs de Paulownia, Kyoto, début du XVIIe siècle, fer.

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https://art.rmngp.fr/fr/library/artworks/tsuba-a-decor-ajoure-d-armoiries-paulownia_paulownia-bois_fer-metal_ajoure

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Les tsubas du musée Guimet. Photographie lavieb-aile 2023.

Les tsubas du musée Guimet. Photographie lavieb-aile 2023.

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Treilles et fleurs, école Heianjo zogan, XVIIIe-XVIIe siècle, bronze.

Incrustation de Fu'shinni

https://art.rmngp.fr/fr/library/artworks/tsuba-garde-de-sabre-incrustation-de-fu-shinni_cuivre-metal_fer-metal

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Les tsubas du musée Guimet. Photographie lavieb-aile 2023.

Les tsubas du musée Guimet. Photographie lavieb-aile 2023.

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Imitation de vannerie, école Shingen, XVIe siècle, laiton.

 

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Les tsubas du musée Guimet. Photographie lavieb-aile 2023.

Les tsubas du musée Guimet. Photographie lavieb-aile 2023.

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Vol de papillons, signé Hazama, XVIIIe siècle, bronze émaillé et argenté.

Les tsubas du musée Guimet. Photographie lavieb-aile 2023.

Les tsubas du musée Guimet. Photographie lavieb-aile 2023.

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Papillon, signé Kinai Echizen ?, XVIIIe siècle, fer .

 

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https://art.rmngp.fr/fr/library/artworks/tsuba-en-forme-de-papillon_fer-metal

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Les tsubas du musée Guimet. Photographie lavieb-aile 2023.

Les tsubas du musée Guimet. Photographie lavieb-aile 2023.

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Carpe dans les vagues, école Shoami ? XVIIe siècle, bronze.

 

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Les tsubas du musée Guimet. Photographie lavieb-aile 2023.

Les tsubas du musée Guimet. Photographie lavieb-aile 2023.

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Phénix (fenghuang) et fleurs de Paulownia, fin du XVIIIe siècle/début XIXe siècle, argent.

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https://fr.wikipedia.org/wiki/Fenghuang

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 fenghuang - paulownia, argent, EO 2369 musée national des Arts asiatiques

 

 

 

 

Les tsubas du musée Guimet. Photographie lavieb-aile 2023.

Les tsubas du musée Guimet. Photographie lavieb-aile 2023.

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Ormeaux, signé Shigemichi, XVIIIe siècle, bronze.

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Les tsubas du musée Guimet. Photographie lavieb-aile 2023.

Les tsubas du musée Guimet. Photographie lavieb-aile 2023.

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Éventail, école Kaga zogan, XVIIIe siècle, fer incrusté.

 

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Les tsubas du musée Guimet. Photographie lavieb-aile 2023.

Les tsubas du musée Guimet. Photographie lavieb-aile 2023.

Les tsubas du musée Guimet. Photographie lavieb-aile 2023.

Les tsubas du musée Guimet. Photographie lavieb-aile 2023.

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Bateau, signé Hazama, XVIIIe siècle, bronze.

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Les tsubas du musée Guimet. Photographie lavieb-aile 2023.

Les tsubas du musée Guimet. Photographie lavieb-aile 2023.

Les tsubas du musée Guimet. Photographie lavieb-aile 2023.

Les tsubas du musée Guimet. Photographie lavieb-aile 2023.


 

Aubergines, symbole de réussite. Signé Komai Nobutsune, XIXe siècle, fer. MG 9334.

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Sur Wikipedia

 

 

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Les tsubas du musée Guimet. Photographie lavieb-aile 2023.

Les tsubas du musée Guimet. Photographie lavieb-aile 2023.

Les tsubas du musée Guimet. Photographie lavieb-aile 2023.

Les tsubas du musée Guimet. Photographie lavieb-aile 2023.

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Tsubas décrits dans le cartel et non photographiés ou non identifiés :

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Fleurs ajourées, école Onin, XVIe siècle, fer .

Chrysanthème stylisé, école Katchushi, époque de Muromachi (1336-1573), XVIe siècle, fer.

Lutin shojo buvant du saké, Kuwamura de Kanazawa, XVIIIe siècle, bronze.

Mauve, attribué à l'école de Shoami, signé Kunishige, XVIIIe siècle, fer incrusté.

 

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Les tsubas du musée Guimet. Photographie lavieb-aile 2023.

Les tsubas du musée Guimet. Photographie lavieb-aile 2023.

Les tsubas du musée Guimet. Photographie lavieb-aile 2023.

Les tsubas du musée Guimet. Photographie lavieb-aile 2023.

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Deuxième vitrine.

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4.Tsuba à décor de grue, époque Edo (1603-1868), XVIII:XIXe siècle, bronze 

5.Tsuba à décor de grue et de pin époque Edo (1603-1868), XVIIIe siècle, fer ajouré.

6. Tsuba à décor de grue aux ailes déployées, époque Edo (1603-1868), fer ajouré.

7.Tsuba à décor de grue

 

 

Les tsubas du musée Guimet. Photographie lavieb-aile 2023.

Les tsubas du musée Guimet. Photographie lavieb-aile 2023.

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Tsuba à décor ajouré d'une grue.

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https://art.rmngp.fr/fr/library/artworks/tsuba-a-decor-ajoure-d-une-cigogne_fer-metal_incruste_cuivre-metal

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Les tsubas du musée Guimet. Photographie lavieb-aile 2023.

Les tsubas du musée Guimet. Photographie lavieb-aile 2023.

Les tsubas du musée Guimet. Photographie lavieb-aile 2023.

Les tsubas du musée Guimet. Photographie lavieb-aile 2023.

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Published by jean-yves cordier - dans Sculptures
30 janvier 2023 1 30 /01 /janvier /2023 16:01

Les stalles (chêne, atelier picard, 1492-1500) de l'abbaye Saint-Lucien de Beauvais exposées au Musée de Cluny.

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Voir dans ce blog la description d'autres stalles :

 En Bretagne par ordre chronologique :

 

Hors Bretagne :

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PRÉSENTATION

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L'abbaye Saint-Lucien est une ancienne abbaye bénédictine située sur le territoire de la commune de Beauvais (Oise). Fondée à la fin du VIe siècle, plusieurs fois détruite (par les wikings) ou brûlée (Guerre de Cent ans), ou dévastée (en 1472), elle fut restaurée par son premier abbé commendataire Antoine du Bois, qui la dote, après 1492 d' un jubé sculpté en bois ainsi que de stalles et de nouveaux vitraux. Le 20 décembre 1790, l'abbaye est dissoute et les moines dispersés. Les biens de l'abbaye nationalisés sont mis en vente d'abord le 19 janvier 1791  L'abbaye est acquise par Michel de Boislisle, négociant à Beauvais. Les reliques de saint Lucien et de ses compagnons sont transférés à la cathédrale Saint-Pierre de Beauvais avant leur destruction en 1793. Dès 1791, la destruction de l'abbatiale est entamée. Les autres bâtiments conventuels sont détruits en 1810. Les bâtiments sont en grande partie ) détruits dans le courant du XIXe siècle.

 

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Cette longue rangée de sièges solidaires entre eux a été commandée par l’abbé Antoine du Bois (1492-1507) pour l’abbaye de Saint-Lucien de Beauvais.

"Un texte indique que ces stalles et le jubé furent commencés Ie 25 novembre 1492 et achevés en 1500. Ce texte fondamental est celui d'un moine de l'abbaye du XVIIe siècle, Dom Porcheron, et vaut la peine d'être reproduit puisque c'est pour l'instant notre seul élément de datation:

"des qu'il fut reconnu abbé de Saint-Lucien, il commença a travailler à la décoration de 1'abbaye. II n'y avait pas six mois que Jean de Villiers estoit mort lorsqu'il entreprit les chaises du chœur et le jubé. Cet ouvrage fut commence Ie 25 novembre de l'an 1492 et ne put estre achevé qu'en l'an 1500. Quiconque l'aura vu ne sera point surpris qu'il ait cousté huit ans. Le jubé surtout estonne tous les connoisseurs, quay qu'il ne soit que de bois.

 CIaire Fons note très justement que Dom Porcheron avait du lire des inscriptions apposées sur l'une ou 1'autre partie de l'ensemble. On peut supposer par exemple que les phylactères sculptes au bas de chaque jouée portaient de telles inscriptions; cependant, on doit se rappeler que 1'on ne pourrait entièrement se fier a ces inscriptions, même si elles existaient toujours, pour dater à coup sur l'ensemble, comme le montrent d'autres exemples. Dans Ie même temps (1492-1500), il fit donc réaliser un jubé de bois, dont il ne nous reste aucune trace, probablement parce qu'il avait été remplacé avant la Révolution par un nouveau jubé de marbre." (Le Pogam)

Elles ont été acquises par le Musée de Cluny en 1914 (N° Inventaire : Cl. 19601 à 19682 ; Cl. 19730 à 19732 ; Cl. 19755, Cl. 19756, Cl. 19776) : 

"L'abbaye fat détruite à partir de 1791, mais la démolition dut etre assez lente puisqu'en 1803, Ie préfet Cambry pouvait encore décrire les stalles. Ces demières furent d'ailleurs sauvées par 1'intervention de celui-ci. Originaire de Lorient, Cambry fut un des membres fondateurs de 1'Académie celtique (future Société des Antiquaires de France) avec Louis Millin et Alexandre Lenoir. Premier préfet de 1'Oise, il se signale par sa lutte contre le vandalisme et sauve de nombreux objets de la destruction.

II les décrit en 1803 (Description du département de I'Oise) et certains se trouvent aujourd'hui au musée du Moyen Age (les stalles de Saint-Lucien mais aussi une valve de miroir representant le Dieu d'amour) ou dans d'autres collection publiques (crosse d'Yves de Chartres dans la collection Carrand puis au Bargello à Florence). Cambry voulait fonder un musée à Beauvais pour exposer ces oeuvres, mais il dut finalement les emporter à Paris (dont les stalles?) ou il mourut en 1807.

Un compatriote injustement oublie aujourd'hui, Ie comte de Saint-Morys (1782-1817), acheta ces objets et bien d'autres, pour constituer une des premières collections d'objets médiévaux. Membre de 1'Academie celtique et ami des personnages mentionnés ci-dessus quoique leur cadet, il lança en particulier I'idee d'Antiquites nationales. II acheta les stalles de Saint-Lucien sur les conseils d'Hugues Barraud, ami de l'abbé Millin, conseiller de Mgr de La Rochefoucauld, 1'évêque de Beauvais, puis collectionneur pour lui-même après la Révolution.

Saint-Morys exposa les stalles dans le château qu'il se fit construire a Hondainville (vers Clermont-en-Beauvaisis) par Debret et Lebas a partir de 1814, dans le style néo-gothique, donc très en avance sur son temps. 

 

Les stalles sont alors vendues par sa veuve à son architecte et ami Debret en 1820 (apres une tentative infructueuse auprès d'un Anglais) pour la somme de 1900F (somme que Debret déclare inférieure au coût de stalles neuves... ) pour le choeur de Saint-Denis.

A Saint-Denis, les stalles de Saint-Lucien, ainsi que celles de Gaillon et les boiseries de la chapelle de Picardie, sont restaurées et remaniées probablement plusieurs fois par les architectes successifs de l'abbatiale, notamment Debret et Viollet-le-Duc. En particulier, on sait que Debret avait tendance à recomposer et découper les éléments anciens pour les réadapter, comme il 1'a fait pour les stalles et les boiseries de Gaillon. Plus respectueux du passé, Viollet-le-Duc déposa en 1873 dans les magasins de Saint-Denis de nombreux elements qui ne pouvaient prendre place parmi Ie mobilier de 1'abbaye, dont une grande partie des stalles de Saint-Lucien.

Tout ces éléments, sauf les stalles proprement dites de Gaillon, une rangée de stalles de Saint-Lucien et la chaire épiscopale composée à partir d'éléments de Saint-Lucien, sont attribués en bloc au musée de Cluny en 1889-1890 par la Commission des Monuments historiques (dont Ie musée dépendait alors comme la basilique). Ces pièces ne furent cependant pas exposées et furent déposées par Edmond Saglio, conservateur du musée de 1893 à 1903 au Louvre aupres de Molinier. Edmond Haraucourte les revendique cependant en 1907 et son successeur après de longs pourparlers, les oeuvres regagnent Cluny en 1913 et sont inventoriées progressivement.

Les 361 pièces appartenant aux trois ensembles sont inventoriées pêle-mêle (Cl. 19601 aCl. 19962), car on avait apparemment perdu toute connaissance sur leur provenance (1'inventaire remarque seulement que certaines oeuvres devaient provenir de Gaillon).

Une miséricorde, probablement volée ou égarée au cours du XIXe siècle et trouvée dans le commerce à Saint-Denis, est donnée au musée en 1919 (don Richter). D'autres éléments sont donc restés é Saint-Denis, incorporés dans la chaire épiscopale, qui est un bel exemple du processus de la création néo gothique, puisqu'elle comporte à la fois des morceaux des stalles de Saint-Lucien, des copies d'éléments authentiques et des créations originales. La miséricorde (un maréchal-ferrant) est ainsi la copie inversée et complétée de la miséricorde Cl. 16619. ; les deux appuie-mains (ange et personnage encapuchonné) sont des copies respectivement de Cl. 19659 (mais le décor de I'écoinçon est pris sur un autre motif) et de Cl. 19672. Les deux statuettes qui surmontent les montants, un prélat et un architecte, sont par contre des inventions du XIXe siecle, ce que traduit a la fois le choix des sujets et le style. II s' agit probablement de representer Antoine Du Bois et Ie maitre d'oeuvre des stalles, et à travers eux les figures emblématiques du commanditaire religieux et de 1'ouvrier laïque telles qu'elles se dessinent dans 1'oeuvre de Viollet-le-Duc." (Le Pogam)

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Les miséricordes mesurent au maximum 28 cm de haut,  les piliers des stalles au maximum 150 cm.

Elles ont été décrites par Pierre-Yves Le Pogam, dans un article auquel je ferai de fréquents emprunts.

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Rappel de quelques définitions générales .

Les stalles sont les sièges d'une communauté ecclésiastique (au Moyen Age, les cathédrales, les collégiales et les abbatiales sont dotées d'un clergé nombreux qui célèbre I'office sept fois par jour). On les rencontre généralement pour les grandes communautés, anciennes et riches, mais on connait aussi des exemples pour les institutions plus modestes. Disposées dans Ie chœur de 1'eglise, de chaque coté et se faisant face Ie long des murs nord et sud, elles sont Ie plus souvent réparties sur deux rangs dont le second domine le premier (stalles hautes et basses) et possèdent assez fréquemment un retour du coté de la nef Ie long du jubé. Normalement le siège de l'évêque ou de 1'abbé (qui se trouvait du côte de 1'evangile, donc a gauche au premier emplacement en haut, sur Ie retour) était plus solennel que les autres (chaire sculptée et ornée plus abondamment; dais proéminent).

Les stalles, souvent appelées "formes" ou "fourmes" dans les textes anciens, sont installées sur un bâti de bois ou charpente, lui-même normalement ancré dans le pavement de 1'eglise (mais les stalles étant rarement situées à leur emplacement originel, on ne peut guère l'observer, à moins de fouilles archéologiques).

Chaque stalle se compose d'un siège mobile, d'un dossier ou fond et est séparée des stalles voisines par une parclose qui comporte un appuie-mains, servant à se relever lorsqu'on est en position assise. Les parcloses supportent visuellement des accotoirs ou accoudoirs (ou encore museaux), qui prennent matériellement appui sur Ie bâti du fond, ou l'on s'appuie en position debout. Le dossier des stalles basses peut servir de prie-dieu aux stalles hautes. Le dossier de ces dernières monte plus haut pour former un dorsal, support privilégié du décor sculpté et peint.

Les miséricordes aussi pouvaient être peintes (cf. par exemple une miséricorde au Musée des Antiquités de la Seine-Maritime à Rouen). Les stalles hautes sont aussi pourvues de dais, au-dessus des dorsaux, qui ont souvent disparu. Aux extrémités latérales des stalles hautes et basses, ainsi qu'au milieu des stalles basses (car une interruption y est normalement ménagé pour faciliter l'accès aux stalles hautes), les parcloses font place à des jouées, panneaux de bois sculptées de scènes en bas-relief.

Le siège lui-même, lorsqu'il est relevé, permet une position presque assise, grâce a une tablette supportée par une console sculptée. Cet ensemble (tablette et console), parallèle au plan du siège, est nomme miséricorde ou patience, ce qui correspond bien à sa fonction. II faut savoir que la position assise pendant les offices, même temporaire, était déjà un tolérance de 1'Eglise, contre laquelle certaine prélats austères s'élevaient (Pierre Damien, XIe siècle). L'amélioration qui consiste à adjoindre au siège des stalles une miséricorde est par conséquent une tolérance supplémentaire. La miséricorde est donc un élément traditionnel des stalles des XIIIe-XVIe siècles, au point que la console est généralement pourvue d'un décor sculpté, lequel devait devenir a son tour la cible neuf que des critiques des réformateurs. Les stalles constituaient une richesse essentielle des églises et, parmi le mobilier, c'était sans doute un des éléments les plus soignes et les mieux entretenus.  Les stalles se rencontrent partout en Europe, de l'Italie à la Suède et du Portugal à la Pologne, mais les miséricordes sont normalement absentes  des stalles italiennes (sauf dans certains cas nordiques, Aoste qui se rattachent aux domaines des due de Savoie).

On a recense environ 3500 miséricordes en Angleterre et 4500 en France." (P.Y. Le Pogam)

 

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LE PREMIER RANG DE DOUZE STALLES. 

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1. L'orfèvre.

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Cette miséricorde montre un homme qualifié d'orfèvre, bien qu'on le voit frapper de la monnaie sur une enclume, à califourchon sur son établi. Il porte un bonnet à pans rabattus, un manteau à larges revers d'encolure et de manches, et des bottes à bout rond et tige évasée.

À Saint-Lô au Moyen-Âge, "La matière première : lingots, anciennes monnaies, vaisselle, orfèvrerie… est fondue dans des fours. Les feuilles ou lames sont ensuite martelées. On y découpe des flans (de la taille des pièces)  avec de grands ciseaux.  Les flans étaient ensuite frappés au marteau, à l’aide de coins. Un échantillon est envoyé à Paris pour le jugement ou vérification. Plusieurs femmes travaillaient dans ces ateliers de province : les tailleresses. Elles avaient un statut rare dans la société du Moyen-âge. Autour du maître de l’atelier, on trouvait aussi : l’essayeur ; le tailleur-graveur ; les recuiteurs(ses) qui recuisent les flans avant la frappe ; les ajusteurs, et les maîtres monnayeurs qui frappent les flans. Mais aussi des gardes (officiers de contrôle), un procureur du roi, un greffier et des sergents. Tous jouissent de privilèges, dont le port de l’épée."

Les ateliers monétaires de l'Oise sont connus.

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Les stalles de Saint-Lucien de Beauvais exposées au Musée de Cluny.

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2. L'albalétrier.

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Cet arbalétrier penché en avant bande son arme (appuyée contre sa ceinture) à l'aide d'un accessoire arciforme, crénelé au centre, l'étrier,  tiré des deux mains jusqu'à ce que la corde ne soit retenue par la "noix".

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Les stalles de Saint-Lucien de Beauvais exposées au Musée de Cluny.

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3. Un cavalier barbu à cheval.

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Les stalles de Saint-Lucien de Beauvais exposées au Musée de Cluny.

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4. Un couple enlacé, dans une voiture à bras,  tractée par un homme coiffé d'un chaperon.

 

Au centre, un arbre s'élève, peut-être non sans allusion à un arbre de vie, du bassin de la femme.

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Les stalles de Saint-Lucien de Beauvais exposées au Musée de Cluny.
Les stalles de Saint-Lucien de Beauvais exposées au Musée de Cluny.

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5. Un forgeron.

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Les stalles de Saint-Lucien de Beauvais exposées au Musée de Cluny.

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6. L'ivresse de Noé.

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On connaît l'histoire, souvent représentée dans les cycles de la Genèse des porches bretons, et vue par saint Augustin comme prophétique du Christ outragé tandis que la vigne préfigure l'Eucharistie : Noé (Gn 9 20:27) ayant goûté avec trop de zèle à la vigne qu'il avait planté, s'est endormi sous sa tente, exhibant ses humbles génitoires. Son fils Cham le voit, et s'en moque et appelle ses frères, Sem et Japhet. Ceux-ci,  au contraire,  le couvrent (hébreu kacah) d'un manteau (simlah en hébreu) en marchant à reculons pour ne pas s'exposer à la vue de la honteuse nudité paternelle, et à la déchéance de sa fonction paternelle  : "ils ne la virent point".

À son réveil, Noé maudit Canaan (fils de Cham) qu'il condamne à être l'esclave de Sem et Japhet.

On notera que le geste de (se) couvrir d'un manteau est associé dans la Bible à l'idée de pardonner, ou d'expier (Livre de Jonas : Yom Kippour).

On notera aussi que les jambes croisées de Noé se retrouvent sur la scène homologue des porches bretons, comme expression du verbe "chanceler" lié à l'ivresse.

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Les moulures (kersanton, atelier du Maître de Plougastel, 1606-1617) du porche sud de Guimiliau . Photographie lavieb-aile.

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Les stalles de Saint-Lucien de Beauvais exposées au Musée de Cluny.

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7. Femme ramenant son mari ivre dans une brouette.

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Les stalles préservent-elles la disposition d'origine ? Dans ce cas, cette scène doit être interprétée en tenant compte de son voisinage à l'Ivresse de Noé ; la femme protégerait son mari en le dissimulant à l'opprobre publique ; mais on ne constate, chez le bourgeois obèse, aucun signe d'ivresse, et pas d'avantage de signes de honte ou de remords.

Il ne faut pas se hâter à y voir la dénonciation du vice d'intempérance, mais plutôt une "drôlerie" semblable à celle que les chanoines souhaitent trouver sur leurs stalles, comme ils s'en égayaient sur les marches de leurs pieux manuscrits.

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Les stalles de Saint-Lucien de Beauvais exposées au Musée de Cluny.
Les stalles de Saint-Lucien de Beauvais exposées au Musée de Cluny.
Les stalles de Saint-Lucien de Beauvais exposées au Musée de Cluny.

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8. Le mari, armé d'un épieu, cherche l'amant de sa femme caché dans le four domestique. L'amant s'échappe vers la niche du chien, qui ronge son os.

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Sous le regard bien contrit de son épouse, un homme s'approche de la bouche d'un four, armé d'une pique. Il est d'usage de lire cette scène en considérant que le mari trompé découvre l'amant, et va se venger. Mais ce dernier est si bien dégagé de cette épineuse situation  à l'extérieur du four (par quel orifice ?) qu'il me semble qu'il va s'échapper, et que la morale vaudevillesque, qui rit au dépens des cocus, va être sauve.

L'amant est-il tonsuré, ou bien coiffé d'un bonnet? La tête en bas (par renversement des valeurs), il s'apprête à saisir un objet dans la niche du chien, laquelle sert de soubassement au four.

Quelle histoire !

https://www.photo.rmn.fr/C.aspx?VP3=SearchResult&IID=2C6NU0L0G4U6

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Les stalles de Saint-Lucien de Beauvais exposées au Musée de Cluny.
Les stalles de Saint-Lucien de Beauvais exposées au Musée de Cluny.
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9. Homme soufflant sur les ailes de son moulin.

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Le motif pourrait vouloir faire rire au dépens d'un meunier bien benêt se préoccupant de faire tourner par son souffle les ailes de son moulin à vent, mais Le Pogam évoque le vieux dicton picard destiné aux bavards qui sont des vrais moulins à parole : "ch'meulin i torn".

" Ainsi, l'homme soufflant sur les ailes d'un moulin pourrait être interprété comme une illustration de la folie; mais il n'illustre peut-être qu'une métaphore picarde: "Ch'meulin i'tourne",  ce qu'on peut rendre par "il fait tourner son moulin à paroles". Cette simple image populaire reste cependant étrange, précisément dans la mesure où elle visualise le jeu de mots, à la manière des Proverbes de Breughel."

https://www.photo.rmn.fr/C.aspx?VP3=SearchResult&IID=2C6NU05E6E6E

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10. La lutte au bâton à bouillie.

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Vue générale, en enfilade, des quatre stalles qui suivent :
 

https://www.photo.rmn.fr/C.aspx?VP3=SearchResult&IID=2C6NU0N493TK

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Photo RMN

 

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La lutte au bâton est fréquemment représentée, notamment en Bretagne sur les sablières.

Selon Fanch Peru, qui rappelle l'adage « Jeux de bâtons, jeux de Bretons » , les Celtes en général et les Bretons en particulier semblent avoir eu une sorte de prédilection pour les jeux de bâtons, notamment lors des pardons. On en décrit essentiellement deux, le bâton à bouillie (ar vazh-yod) et le bâton par le bout (ar vazh-a-benn).

 Le bâton à bouillie (ar vazh-yod)  met en présence deux concurrents assis par terre, face à face, les pieds calés contre une planche fixée à chant et tenant à deux mains par le travers un gros bâton. Pour gagner il faut amener l'adversaire de son côté ou l'obliger à lâcher le bâton.

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Les stalles de Saint-Lucien de Beauvais exposées au Musée de Cluny.

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11. Le mendiant à la jambe de bois frappant à une porte.

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Vue des trois stalles (RMN) :

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RMN

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Il ne s'agit pas à proprement parler d'une prothèse, et l'homme n'est peut-être pas amputé (ou alors seulement sous le tiers inférieur de jambe) mais par l'effet de quelque gangrène, de quelque mal perforant ou autre pied bot, il ne peut appuyer son pied au sol : il pare à cela en utilisant une "échasse" soigneusement ficelée à la jambe par des lanières : l'articulation du genou est pliée et c'est elle, avec le haut de la jambe, qui s'appuie sur la console en berceau surmontant un pilon. Cette orthèse était légère et maniable.

Il vient peut-être  dans cette maison pour mendier, à moins que ce soit une représentation du "Messager boiteux", "der Hinkende Bote" (Hinckende Bothe) décrit en 1589 par Georg Rollenhagen dans une satire, avant que le personnage, tenant en main une lettre ne vienne illustrer les almanachs éponymes.

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Les stalles de Saint-Lucien de Beauvais exposées au Musée de Cluny.

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12. Le Fou s'adressant à sa marotte.

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Ce Fou se reconnaît aux grelots placés aux extrémités des manches exagérément longues de son manteau. Il tient devant lui, comme s'il y contemplait son double, sa marotte, ce bâton singeant les sceptres, et surmonté d'une tête grotesque encapuchonnée comme lui.

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https://www.photo.rmn.fr/C.aspx?VP3=SearchResult&IID=2C6NU05E7ZW6

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Les stalles de Saint-Lucien de Beauvais exposées au Musée de Cluny.

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 Motifs hauts de la jouée.

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Un femme élégante devant sa maison. Sainte Anne ??

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L'emplacement au dessus des jouées est traditionnellement réservé aux thèmes religieux. Faut-il voir ici sainte Anne, devant sa maison (ou devant la Porte Dorée), attendant le retour de Joachim parti garder ses troupeaux ?

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Les stalles de Saint-Lucien de Beauvais exposées au Musée de Cluny.

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Paysage montagneux où paissent des troupeaux. Joachim ?

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Les stalles de Saint-Lucien de Beauvais exposées au Musée de Cluny.

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Vue générale du premier rang de stalles.

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 La jouée de ce rang de stalles. l'abbé Antoine du Bois en prière devant saint Antoine ermite. 

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L'abbé de Saint-Lucien, commanditaire de ces stalles, et qui ne porta jamais l'habit monastique, est représenté en jeune et riche seigneur agenouillé devant saint Antoine, qui lui prend les mains de sa main droite. Saint Antoine est identifiable par son ermitage (rochers et crucifix), par sa canne en tau et par son chapelet. En arrière-plan, une église, une chaumière et une forêt se rapportent sans-doute à l'abbaye.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Antoine_du_Bois

"Aux tentatives infructueuses d'accession d'Antoine du Bois à l'évêché de Beauvais (par opposition du chapitre) succéda celle de sa nomination comme premier abbé commendataire de Saint-Lucien de Beauvais, il devint ainsi le premier abbé séculier désigné par le roi et non pas élu par les moines.

Il deviendra évêque de Béziers de 1504 à 1537.

Antoine du Bois, né en 1471, meurt le 17 avril 1537, son cœur fut rapporté à l'abbaye Saint-Lucien de Beauvais, les religieux le firent solennellement inhumer au côté droit du grand autel de leur église et placèrent sur sa tombe un marbre blanc, taillé en cœur.

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Sur les jouées des stalles :

 "II existe six jouées conservées et deux attestées par la littérature. Ce nombre, plus le fait que deux d'entre elles possèdent un revers sculpté, atteste bien que les stalles formaient un ensemble important, à deux niveaux et probablement avec une ouverture au niveau des stalles basses. Ces jouées semblent avoir constitue deux cycles (repartis peut-être sur les deux cotes du chœur?), l'un consacre à saint Lucien, patron de l'abbaye, et ses compagnons et l'autre à saint Antoine, patron du commanditaire. Au musée se trouvent une jouée basse de chacun des deux cycles: envoi de saint Lucien et de ses compagnons par saint Pierre pour évangéliser les Bellovaques (la province gallo-romaine de Beauvais): Antoine Du Bois en prière devant son saint patron, Ie premier représenté sans supercherie comme un riche laïc. 

L'iconographie des jouées conservées a Saint-Denis comporte deux autres épisodes de chaque légende. Pour Ie cycle de saint Antoine: saint Antoine rencontre un centaure et l'ermite saint Paul (avec paysage au revers); saint Antoine voit 1'ame de saint Paul monter au ciel.

Dans la première de ces deux jouées, saint Paul est étrangement représenté comme un homme sauvage, ce qui vient probablement d'une contamination de cette iconographie courante à la fin du Moyen Âge.

Pour l'autre cycle: saint Lucien délivrant un possédé; exécution des saints Lucien, Maxien et Julien (avec paysage au revers).  Dans cette dernière jouée, on remarquera que, des deux compagnons de saint Lucien, l'un est représenté en prêtre, le second en diacre, contrairement à la chasse du musée, ou ils sont tous deux représentés en diacres. On a vu plus haut que cette hésitation iconographique, comme celle sur Ie nom des compagnons, correspond bien aux hésitations de 1'hagiographie. Par ailleurs, sur la jouée, le compagnon diacre est déjà en train de porter sa tête, ce qui montre que le miracle de "céphalophorie" est étendu de Lucien à ses deux compagnons, comme l'atteste aussi la chasse du musée.

D'après la description de 1803, il semble aussi qu'il existait au moins deux autres jouées: saint Antoine tente par une femme; saint Antoine agresse par deux démons. Les phylactères places au bas de chaque jouée devaient porter des explications peintes aujourd'hui disparues. Je reviendrai plus loin sur le sens de cette iconographie à propos des miséricordes. On peut par ailleurs se poser la question de savoir s'il existait aussi des dorsaux peints ou sculptes." (Le Pogam)

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Les stalles de Saint-Lucien de Beauvais exposées au Musée de Cluny.
Les stalles de Saint-Lucien de Beauvais exposées au Musée de Cluny.

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LE DEUXIÈME RANG DE ONZE STALLES.

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Photo de la salle dans l'ancienne disposition avant restauration du musée

RMN

 

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RMN

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 Deuxième jouée  : Envoi de saint Lucien et de ses compagnons Julien et Maxien par le pape pour évangéliser les Bellovaques (la province gallo-romaine de Beauvais).

 

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Le pape est assis sur une cathèdre et coiffé de la tiare. En arrière-plan, un paysage boisé et un pont. Saint Lucien est agenouillé sur un tapis, tête nue, l'aumônière à la ceinture, devant ses compagnons Lucien et Maxien. Ils portent la tonsure et une robe monastique à cordelière. Pour Y-P. Le Pogam, le pape serait saint Pierre lui-même.

Lucien de Beauvais, patron de l'abbaye qui en détenait les reliques, vécut au IIIe siècle et fut le premier évêque de Beauvais.

Originaire d’une famille romaine, il s’appelait Lucius comme son père mais changea en Lucien lors d’une prédication de saint Pierre. Il parcourt alors l’Italie pour prêcher. Vers 250, il est ordonné évêque par le pape qui l’envoie en Gaule : il s'installe à Beauvais et s'attache à évangéliser le Beauvaisis avec ses compagnons Julien et Maxien. Ses vertus, ses actions de chair et les miracles qu’il aurait accomplis dans la région auraient contribué à la conversion de près de 30 000 hommes.

 

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Les stalles de Saint-Lucien de Beauvais exposées au Musée de Cluny.
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13. Décembre : la tuée du cochon.

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Dans les calendriers des Livres d'Heures, ou des médaillons des cathédrales, le mois de décembre est illustré par l'abattage du cochon.

 

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14. Deux enfants nus jouant à s'affronter en tournois sur leur cheval-bâton.

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Ces deux enfants s'affrontent sur leur cheval-bâton dont plusieurs représentations sont disponibles au Moyen-Âge. Notamment sur une Présentation de Jésus au Temple exposée à Cluny.

 

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Heures d'Antoine le Bon, duc de Lorraine, exécutées en 1533.Folio 22v.

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https://www.photo.rmn.fr/C.aspx?VP3=SearchResult&IID=2C6NU05E7M2T

 

Les stalles de Saint-Lucien de Beauvais exposées au Musée de Cluny.

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15. Le joueur de cornemuse.

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Ce joueur est assis. Jean-Luc Matte indique : "un bourdon d'épaule au pavillon endommagé, hautbois conique et court implanté de manière inhabituelle, porte-vent brisé".

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https://www.photo.rmn.fr/C.aspx?VP3=SearchResult&IID=2C6NU05E7UJC

Les stalles de Saint-Lucien de Beauvais exposées au Musée de Cluny.
Les stalles de Saint-Lucien de Beauvais exposées au Musée de Cluny.

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Vue générale des trois premières stalles de cette rangée.

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16. Acrobate en renversement postérieur sur la pointe d'une épée.

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Il s'agit bien entendu d'un exercice particulièrement périlleux. 

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RMN

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RMN

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17. Homme faisant rouler le Monde (globe terrestre) .

 

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Photo RMN

 

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18. Jeune homme transportant une futaille dans une brouette .

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https://www.photo.rmn.fr/C.aspx?VP3=SearchResult&IID=2C6NU0L0G6NJ

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Les stalles de Saint-Lucien de Beauvais exposées au Musée de Cluny.

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19 . Homme soutirant du vin d'un tonneau.

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20. Moine découpant une pièce de viande.

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Les stalles de Saint-Lucien de Beauvais exposées au Musée de Cluny.

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21. Un rôtisseur devant ses broches.

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https://www.photo.rmn.fr/C.aspx?VP3=SearchResult&IID=2C6NU0L0GWB3

Photo RMN

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22. Moine barattant du beurre.

 

 

https://www.photo.rmn.fr/C.aspx?VP3=SearchResult&IID=2C6NU0L0G2K6

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Les stalles de Saint-Lucien de Beauvais exposées au Musée de Cluny.

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23. Un acrobate ou bateleur à la tunique feuillagée.

 

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Les stalles de Saint-Lucien de Beauvais exposées au Musée de Cluny.

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24.Un moine prêchant.

 

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Les stalles de Saint-Lucien de Beauvais exposées au Musée de Cluny.

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25. Un homme (chasseur ?) armé d'une pique.

https://www.photo.rmn.fr/C.aspx?VP3=SearchResult&IID=2C6NU0L04E1C

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Les stalles de Saint-Lucien de Beauvais exposées au Musée de Cluny.

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LES APPUIS-MAINS.

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"Les appuie-mains représentent soit des personnages normaux voire positifs (anges, femmes/sibylles, hommes/prophètes) tenant souvent des livres ou des phylactères, symboles d'enseignement et d'autorité; soit au contraire des êtres grotesques (monstres, personnages contournés, obscènes, etc.). " (Le Pogam)

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Les stalles de Saint-Lucien de Beauvais exposées au Musée de Cluny.
Les stalles de Saint-Lucien de Beauvais exposées au Musée de Cluny.
Les stalles de Saint-Lucien de Beauvais exposées au Musée de Cluny.
Les stalles de Saint-Lucien de Beauvais exposées au Musée de Cluny.
Les stalles de Saint-Lucien de Beauvais exposées au Musée de Cluny.
Les stalles de Saint-Lucien de Beauvais exposées au Musée de Cluny.
Les stalles de Saint-Lucien de Beauvais exposées au Musée de Cluny.
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Les stalles de Saint-Lucien de Beauvais exposées au Musée de Cluny.
Les stalles de Saint-Lucien de Beauvais exposées au Musée de Cluny.
Les stalles de Saint-Lucien de Beauvais exposées au Musée de Cluny.
Les stalles de Saint-Lucien de Beauvais exposées au Musée de Cluny.
Les stalles de Saint-Lucien de Beauvais exposées au Musée de Cluny.
Les stalles de Saint-Lucien de Beauvais exposées au Musée de Cluny.
Les stalles de Saint-Lucien de Beauvais exposées au Musée de Cluny.
Les stalles de Saint-Lucien de Beauvais exposées au Musée de Cluny.
Les stalles de Saint-Lucien de Beauvais exposées au Musée de Cluny.

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AUTRES MISÉRICORDES, NON EXPOSÉES : PHOTOS RMN.

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Deux ensembles de trois stalles étaient jadis exposés dans la chapelle de l'Hôtel de Cluny.

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Trois stalles  de Saint-Lucien de Beauvais, leurs quatre appui-mains et et leurs miséricordes : Truie et renard à l'orgue, porc jouant de l'orgue, feuillage.

https://art.rmngp.fr/fr/library/artworks/trois-stalles-porc-jouant-de-l-orgue-feuillage_bois-matiere

 

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Trois stalles exposées (quand?) à Cluny. Photo RMN

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Une truie, coiffée d'un chaperon joue d'un orgue positif, et un renard actionne le soufflet.

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https://www.musee-moyenage.fr/collection/oeuvre/misericorde-porcs-jouant-orgue.html

 

https://musicastallis.huma-num.fr/fiche.php?id=279

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Un porc ( ?) portant l'aumusse des chanoines joue de l'orgue positif. Personne n'actionne le soufflet.

L'orgue comporte 9 tuyaux. L'échine hérissée et le museau pointu me font douter de l'identification de l'animal.

https://art.rmngp.fr/fr/library/artworks/trois-stalles-porc-jouant-de-l-orgue-feuillage_bois-matiere

Cliché RMN Michel Urtado.

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Feuillage : deux feuilles (vigne ?, acanthe ?) séparées par une tige.

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https://art.rmngp.fr/fr/library/artworks/trois-stalles-porc-jouant-de-l-orgue-feuillage_bois-matiere

Photo RMN

 

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Trois stalles : Femme au miroir, homme...

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RMN

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Femme richement vêtue face au miroir, dénonciation de la coquetterie et du luxe.

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RMN

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Homme assis sur un coussin examinant un sac ou un vêtement (pantalon?).

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RMN

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Deux femmes discutant, l'une assise.

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RMN

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Une femme s'inclinant en écartant les mains, face à un homme portant un drapeau sur l'épaule droite.

https://www.photo.rmn.fr/C.aspx?VP3=SearchResult&IID=2C6NU05E66HH

 

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Photo RMN

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Acrobate prenant son pied droit dans sa main, et se tournant vers l'arrière.

https://www.photo.rmn.fr/C.aspx?VP3=SearchResult&IID=2C6NU05E9MOT

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Moine  implorant à genou un homme barbu (un seigneur) richement vêtu.

Ou bien sollicitant un prêt.

https://www.photo.rmn.fr/C.aspx?VP3=SearchResult&IID=2C6NU0L04DG3

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Photo RMN

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Deux miséricordes relevées : l'homme pousse le monde et un bateleur faisant le pont.
 

https://www.photo.rmn.fr/C.aspx?VP3=SearchResult&IID=2C6NU0N491PX

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Photo RMN

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Acrobate en renversement postérieur sur une épée.

 

https://www.photo.rmn.fr/C.aspx?VP3=SearchResult&IID=2C6NU05E7QTJ

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Photo RMN

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Un couple richement vêtu chevauchant , suivi d'un écuyer (?) ou homme portant un fouet.

 

 

https://www.photo.rmn.fr/C.aspx?VP3=SearchResult&IID=2C6NU05E621Y

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Photo RMN

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Saint Eustache traversant le torrent : à gauche et à droite, un lion et un loup enlèvent les deux enfants du saint.

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Voir sur ce thème hagiographique :

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https://www.photo.rmn.fr/C.aspx?VP3=SearchResult&IID=2C6NU0L04UNH

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Photo RMN

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Un barbier.

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RMN

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Un manœuvre remplissant sa manne

https://www.photo.rmn.fr/C.aspx?VP3=SearchResult&IID=2C6NU0L0GLCM

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Miséricorde des stalles provenant de l'église Saint-Lucien de Beauvais.
Vers 1492-1500.

Hauteur : 0.27 m

Rôtisseur

Mendiant

Un  homme tenant une pique

Le mari, la femme et l'amant caché dans le four

Moine débitant de la viande

manoeuvre remplissant sa manne

Moine prêchant : moine prêchant en chaire.

Moine implorant un homme barbu

Couple tiré en cariole ou voiture à bras

Acrobate en renversement postérieur sur une épée

 Saint Eustache traversant le torrent : à gauche et à droite, un lion et un loup enlèvent les deux enfants du saint.

Joueur de cornemuse

jeune homme poussant sa brouette chargée d'une futaille.

Lutte au bâton

Homme prenant un pied dans sa main.

L'abattage du cochon décembre

Fou et marotte

Femme promenant dans une brouette un gros homme qui boit

Une femme et un homme portant un drapeau sur l'épaule droite

couple chevauchant et ecuyer

Homme soufflant pour faire tourner les ailes d'un moulin

Enfants nus jouant au tournoi

 

 

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SOURCES ET LIENS.

.

— Site ICONO-STALLA Misericordia

https://www.ru.nl/rich/networks/misericordia-international/

https://www.ru.nl/rich/networks/misericordia-international/publications/profane-arts-middle-ages/vol-vi-1-1997/

— FONS (Claire), 1975, L'abbaye de Saint-Lucien de Beauvais : étude historique et archéologique . Non consulté

—HAMON (Etienne), 2016,« ‘Figurer et portraire pour passer le temps’. Dessin, homicide et rémission sur le chantier des stalles de Saint-Lucien de Beauvais » . La pensée du regard. Études d'histoire de l’art du Moyen Âge offertes à Christian Heck, Brepols, p. 201-212. non consulté.

— LE POGAM (Pierre-Yves), 1997,  Les stalles au musée national du Moyen-Age de l'hôtel de Cluny. The Profane Arts / les arts profanes, les stalles de Picardie, Misericordia International vol. VI n°1. 

https://www.ru.nl/rich/networks/misericordia-international/publications/profane-arts-middle-ages/vol-vi-1-1997/

— AUTRE LIENS.

https://www.musee-moyenage.fr/collection/oeuvre/stalles-saint-lucien-beauvais.html

https://art.rmngp.fr/fr/library/artworks/onze-stalles-provenant-de-l-eglise-saint-lucien-de-beauvais_bois-matiere

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Fichier:Stalles_st_LuCien_32476.jpg

https://commons.wikimedia.org/wiki/File:0_Le_sommelier_-_Stalles_de_St-Lucien._de_Beauvais_-_Mus%C3%A9e_de_Cluny_%C3%A0_Paris.JPG

 

https://www.facebook.com/watch/?v=1309809592419916

https://twitter.com/idnum/status/1533505843496460289?lang=ar

.

Sur les stalles en général :

 

— ALEXANDRE-BIDON (Danièle), 2001, « L’iconographie des stalles : partage et transmissions des modèles (enluminures, gravures...) », in K. Lemé-Hébuterne (dir.), Autour des stalles de Picardie et Normandie. Tradition iconographique au Moyen Âge, Amiens, Encrage, 2001, p. 149-166.

https://docplayer.fr/68588694-Les-motifs-des-stalles-tout-particulierement-des-misericordes-sont-pour-une.html

 

—  BILLIET (Frédéric) 2001, « Un mobilier pour le chant. La vie musicale dans les stalles d’Amiens », Autour des stalles de Picardie et de Normandie. Traditions iconographiques au Moyen Âge, (ed. K. LEME-HEBUTERNE), actes du 4e colloque international de Misericordia International, Amiens, septembre 1999, Amiens, Encrage, 2001, p. 29).

http://docplayer.fr/62357535-L-es-etudes-relatives-a-l-iconographie-des-stalles-de-choeur-ne-peuvent-ignorer.html

file:///F:/chapelles/Saint%20Pol%20de%20L%C3%A9on%20stalles/Stalles%20blog/05_billiet_frederic_un_mobilier_pour_le_chant_la_vie_musicale_dans_les_stalles_de_la_cathedrale_dami.pdf

 

—  BILLIET (Frédéric)  Le miroir des miséricordes: XIIIe-XVIIe siècle : actes du colloque Université de Toulouse-Le Mirail. Images et sociétés, Université de Toulouse-Le Mirail. Section d'histoire de l'art Centre européen d'art et de civilisation médiévale, 1996 - 262 pages

 

.—  BLOCK (Elaine C.), 2003,Corpus of medieval misericords. France. XIII - XVI  century, Turnhout, Brepols, 2003,444 p. 

— E. C. Block: 'Proverbs on Choir Stalls in the Rhineland', ProfaneA. Mid. Ages, v/1 (1996), pp. 25–45

.—  BLOCK (Elaine C.), BILLIET (Frédéric)  Stalles de la cathédrale de Rouen (Les)

https://books.google.fr/books?id=7tThdObk0qwC&pg=PA78&lpg=PA78&dq=stalles+saint-pol-de-l%C3%A9on&source=bl&ots=tth0hiC8_3&sig=zZ9bwe1_Qj7cICq9VvvVWu8EHyY&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwiMjJnC-IvYAhXDDcAKHcx-DRk4FBDoAQhEMAU#v=onepage&q=stalles%20saint-pol-de-l%C3%A9on&f=false

 

http://www.stalles-dg.info/Acc/durdescrip.htm

 

 — KRAUS (Dorothy et Henry), 1968, Le monde caché des miséricordes. Suivi du répertoire de 400 stalles d'églises de France. Paris, 263 p. Les éditions de l'amateur.

— MISERICORDIA INTERNATIONAL MEDIEVAL ICONOGRAPHY

http://misericordia-international.blogspot.fr/

— LANGLOIS (E.-H.) 1827, Notice sur les bas-reliefs des stalles de la cathédrale de Rouen et sur le Lay d'Aristote, E.-H. Langlois, Rev. de la ST. Lib. d'Em. de la S.-I., 1827, p.12.
— LANGLOIS (E.-H.)  1838, Stalles de la cathédrale de Rouen, E.-H. Langlois, 1838.

— LEMÉ (K.) 1994,  Stalles de Haute-Normandie, K. Lemé, Etudes Normandes, 1994/3, p. 21.
—  LEMÉ (Khristiane), 1993, Images de la société à travers les stalles du nord-ouest de la France, XIVe

 http://www.theses.fr/1993PA040260

— LEMÉ (Kristiane) : Le costume au début du XVI°siècle à travers les stalles de la cathédrale d'Amiens. Bulletin de la Société des Antiquaires de Picardie. 4° trimestre 1996

— LEME-HEBUTERNE, (Kristiane). Les Stalles de la cathédrale Notre-Dame d'Amiens. Mémoires de la Société des Antiquaires de Picardie. Paris : Picard, 2007, tome XXVI. p. 17-44 ; p. 57-114 ; p. 168-173

— PRIGENT (Christiane)   Sculptures de danseurs et de jongleurs dans les édifices religieux, à l’époque romane et à l’époque gothique. « Représentations sculptées de danseurs et de jongleurs comme manifestation de la culture laïque dans les édifices religieux à l'époque romane et à l'époque gothique », in M.S.H.B., tome LXXI, 1994, p. 279-313.

https://hicsa.univ-paris1.fr/documents/pdf/MondeRomainMedieval/Prigent.pdf

 

— TOURTIER, Guy (de), PRACHE, Georges. Les Stalles de la cathédrale d’Amiens, XVIème siècle. Lyon : Lescuyercz, 1970.

— JOURDAIN (Edouard) et DUVAL (Charles) : Les stalles de la cathédrale d'Amiens. Extrait des Mémoires de la Société des Antiquaires de Picardie. Amiens, Duval et Herment 1843.

 

— SOISSONS

https://inventaire.hautsdefrance.fr/dossier/serie-de-82-stalles/a873a336-a6d3-42a7-888e-e7f1a5ef3caa

 

 

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Published by jean-yves cordier - dans Stalles Miséricordes. Sculptures Beauvais
18 janvier 2023 3 18 /01 /janvier /2023 16:29

Le martyre de saint Sébastien, vitrail vers 1570 de l'église Saint-Idunet de Trégourez.

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Voir :

 

 

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PRÉSENTATION.

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L'église et les éléments de datation.

L'église paroissiale Saint-Idunet, dédiée à saint Idunet,  est en forme de croix latine. Sa  nef obscure à cinq travées avec bas-côté, complétée par un transept et un chevet rectangulaire, daterait des alentours de 1520, quoique ses sablières sous la charpente lambrissée portent le chronogramme 1544. Le porche latéral sud dont le toit est en forme de carène renversée date de 1687 et porte l'inscription "P. Bourchis cu(ré) 1687. F. Peronic. Fab. Gr. Peronic. Fab. Noble et discret Mi Michel de Kerguen R. Il Blanche". La sacristie date de 1675 et porte l'inscription "D. Mauricius. Gueguen. R. 1675 - M. P. Le Bourchis C. Mi. Le Bourchis P. M. G. Perennec. Cl. Le Gallou. Fa. Y. Le Cor. G. Queinnec F. A. Talidec Ma.".

Le clocher, dont les cloches datent de 1602 et de 1646, a été remonté et restauré vers la fin du 17e siècle, et la tour, à une galerie, porte la date de 1709.

La sacristie date de 1675 et porte l'inscription "D. Mauricius. Gueguen. R. 1675 - M. P. Le Bourchis C. Mi. Le Bourchis P. M. G. Perennec. Cl. Le Gallou. Fa. Y. Le Cor. G. Queinnec F. A. Talidec Ma.".

A l'intérieur, sur la maîtresse-vitre, ont été remontés d'importants fragments d'un vitrail de la Passion et d'un autre du Jugement Dernier, qui remontent aux alentours de 1550 .

 L'église abrite les statues de la Vierge-Mère, saint Idunet (datée de 1562), saint Hervé en pierre, saint Michel, saint Herbot, une Pietà et le Baptême de Notre-Seigneur (en pierre et datée de 1563). 

 

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Description.

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La baie n°2, celle du bas-côté sud, mesure 1,70 m de haut et 1,20 m. de large et comporte 2 lancettes et un tympan à un oculus et 2 écoinçons. 

F. Gatouillat et M. Hérold  datent le vitrail du troisième quart du XVIe siècle (et même "de 1570"), il serait donc plus tardif d'un quart de siècle que les deux verrières regroupées dans la baie n°0 

Dans le tympan, l'oculus présente les armes des Quenquis (ou du Plessis) de la Villeneuve.

Les lancettes montrent à gauche saint Sébastien attaché à une colonne, et à droite deux de ses soldats le visant de leurs flèches.

 

 

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Le martyre de saint Sébastien, vitrail vers 1570 de l'église Saint-Idouet de Trégourez. Photographie lavieb-aile 2022.

Le martyre de saint Sébastien, vitrail vers 1570 de l'église Saint-Idouet de Trégourez. Photographie lavieb-aile 2022.

Le martyre de saint Sébastien, vitrail vers 1570 de l'église Saint-Idouet de Trégourez. Photographie lavieb-aile 2022.

Le martyre de saint Sébastien, vitrail vers 1570 de l'église Saint-Idouet de Trégourez. Photographie lavieb-aile 2022.

Le martyre de saint Sébastien, vitrail vers 1570 de l'église Saint-Idouet de Trégourez. Photographie lavieb-aile 2022.

Le martyre de saint Sébastien, vitrail vers 1570 de l'église Saint-Idouet de Trégourez. Photographie lavieb-aile 2022.

Le martyre de saint Sébastien, vitrail vers 1570 de l'église Saint-Idouet de Trégourez. Photographie lavieb-aile 2022.

Le martyre de saint Sébastien, vitrail vers 1570 de l'église Saint-Idouet de Trégourez. Photographie lavieb-aile 2022.

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Le saint est lié par les mains, à une colonne (symbole du Christ) ; il est transpercé de huit flèches. Son visage est enlaidi par une bouche concave qui montre les dents dans une grimace qui témoigne peut-être de la douleur ressentie. Sous le pagne aux plis croisés, les jambes laissent imaginer, soit (jambe arrière) un fléchissement témoignant de la faiblesse du supplicié, soit au contraire un geste résolu d'avancée ou de défi face aux bourreaux.

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Le martyre de saint Sébastien, vitrail vers 1570 de l'église Saint-Idouet de Trégourez. Photographie lavieb-aile 2022.

Le martyre de saint Sébastien, vitrail vers 1570 de l'église Saint-Idouet de Trégourez. Photographie lavieb-aile 2022.

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Le cliché de détail montre la technique de peinture : usage du jaune d'argent plus ou moins concentré des cheveux où les traits en enlevé forment des mèches sur le fond de grisaille ; traits noirs pour les contours, et modulation des volumes par des ombrages et de la sanguine ; hachures.

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Le martyre de saint Sébastien, vitrail vers 1570 de l'église Saint-Idouet de Trégourez. Photographie lavieb-aile 2022.

Le martyre de saint Sébastien, vitrail vers 1570 de l'église Saint-Idouet de Trégourez. Photographie lavieb-aile 2022.

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Les deux archers sont parfaitement réussis et le dynamisme de l'effort exercé sur les arcs laisse imaginer la violence de la frappe des flèches. Les manches relevés et les chausses moulantes sont retrouvés, en stéréotype, sur les portraits des bourreaux de la Passion ; les braguettes et les hauts-de-chausse à crevés rappellent aussi ceux des Larrons des calvaires. Les visages sont grimaçants mais sans excès. Le dépareillement de la couleur des chaussures par rapport à celle des chausses relève de la préoccupation d'apparenter les soldats aux lansquenets ( à la tenue mi-parti) contemporains, soucieux d'afficher la voyante et provoquante marginalité de leur groupe. Tout comme les bonnets à plumets. 

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Le martyre de saint Sébastien, vitrail vers 1570 de l'église Saint-Idouet de Trégourez. Photographie lavieb-aile 2022.

Le martyre de saint Sébastien, vitrail vers 1570 de l'église Saint-Idouet de Trégourez. Photographie lavieb-aile 2022.

Le martyre de saint Sébastien, vitrail vers 1570 de l'église Saint-Idouet de Trégourez. Photographie lavieb-aile 2022.

Le martyre de saint Sébastien, vitrail vers 1570 de l'église Saint-Idouet de Trégourez. Photographie lavieb-aile 2022.

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Iconographie.

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Les représentations  de saint Sébastien, abondantes dans l'art européen de la Renaissance, sont assez fréquentes en Bretagne, en raison de son invocation contre la peste au même titre que saint Roch. Ce sont essentiellement des statues qui ont été conservées, où le saint est figuré lié à une colonne et transpercé de flèches, mais sans ses archers.

Il apparaît, en sculpture durant le XVIe siècle ou début du XVIIe, entre ses archers devenus ses bourreaux, à la chapelle Saint-Sébastien du Faouët (bois, sablière, v. 1608), à la chapelle Saint-Fiacre du Faouët (pierre, retable), en bas-relief sur l'arc de triomphe de la chapelle Saint-Sébastien de Saint-Ségal (pierre) ou sur le calvaire de la même chapelle. Dans ces trois cas, le saint est placé au centre entre les deux archers.

Enfin, parmi les vitraux de la même époque, les représentations qui ont été conservées sont très rares en Bretagne. Le saint est figuré isolé à Plogonnec, mais les archers sont figurés sur le soubassement. 

En l'église Saint-Gall de Langast, un vitrail du XVIe siècle montre le saint de face, à droite, visé par deux archers de profil à gauche. 

La chapelle Saint-Sébastien de Briec conservait, jusqu'au début du XIXe siècle, une verrière de saint Sébastien datant de 1575.

Hors Bretagne, on peut citer, toujours pour le XVIe-début XVIIe, les verrières  Saint Georges à Chevrières, la baie 55 de la cathédrale de Rouen, la baie n°7 datée de 1557 du Martyre de saint Sébastien de Triel, les vitres de l'église Saint-Pierre d'Auxerre (datée de 1624) ou de Saint-Gervais-et-saint-Protais de Gisors.

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En Bretagne, sur ce blog :

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Voir aussi la niche à volets  de Saint Sébastien entre quatre archers de la chapelle Saint-Sébastien de Guernilis à Briec.

La verrière de saint Sébastien à l'église Saint-Gall de Langast (22)

Ailleurs, autres liens :

  • http://eglisesduconfluent.fr/Pages/Pe-Sebastien.php
  • http://ndoduc.free.fr/vitraux/htm8601/StSebastien_3.php
  • Schongauer

—LEANDRI (Marie-Pierre), 1997,Représentations provençales et piémontaises de la vie de saint Sébastien : procédés narratifs et sources textuelles Mélanges de l'école française de Rome  Année 1997  109-2  pp. 569-601

https://www.persee.fr/doc/mefr_1123-9883_1997_num_109_2_3587

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Parmi toutes ces représentations bretonnes ou européennes, le vitrail de Trégourez est remarquable par sa singularité.

Il s'éloigne d'une part, par son style, des productions de l'atelier quimpérois dit de Le Sodec, alors fortement  implanté en Finistère. Et il diffère du style des deux verrières réunies dans la maîtresse-vitre.

Ce qui me frappe, c'est le dynamisme de la composition, et la clarté de lecture de la scène.

Le dynamisme, évident dans la posture des deux archers mais qui est plus évident encore si on la compare aux autres sculptures et peintures, est tout à fait notable sur la lancette de gauche, où Sébastien, loin d'être statique et impassible comme il l'est ailleurs,  semble saisi en plein mouvement ou en pleine foulée. Ce "mouvement", certes entravé, est réel. Et le visage ne montre pas du tout la sainte indifférence de l'athlète du Christ endurant ailleurs, non sans une certaine jouissance, et en tout cas une patience exemplaire, son mal. Tout au contraire, le saint grimace, montre les dents, et tend la tête vers ses bourreaux.

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Sans pouvoir justifier mon sentiment, le vitrail m'évoque une influence rhénane. Je retrouve l'élan de la composition du vitrail dans la peinture et les gravures du strasbourgeois Hans Haldung (1484-1545) et notamment dans son Martyre de saint Sébastien de 1507, élément central d'un tryptique conservé à Nuremberg.

Ou bien dans le retable d'un de ses disciples à Strasbourg en 1510, le Maître du Diptyque de saint Sébastien, conservé à la Gemäldegalerie de Berlin.

Dans les deux cas, Sébastien est placé à gauche (mais il est plus stoïque et détaché qu'à Trégourez), tandis que les archers en profil dédoublé ont la même posture, jambe en avant, et le même costume à chausses moulantes et à crevés, que sur notre vitrail.

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Hans Baldung 1507.

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Photo Flickr J.L. Mazières : Maitre du Diptyque du Saint Sébastien. Actif dans l'entourage de Hans Baldung Grien à Strasbourg vers 1510. Le martyr de St Sébastien. Berlin Gemäldegalerie.

 

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La statue de saint Sébastien dans l'église de Trégourez.

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Cette statue en bois polychrome s'écarte des modèles habituels du XVIe siècle représentant un bel éphèbe, un athleta Christi triomphant par sa  belle et sainte indifférence des blessures qui lui sont infligées : changement de siècle et de valeurs théologiques. Ici, le corps s'infléchit et les genoux se plient tandis que la tête, barbue comme celle du Christ, se penche sous l'arche du bras. 

Voir  en comparaison :

 

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LE TYMPAN.

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Un chapeau de triomphe avec emploi de sanguine en ton local contient un écu aux armes d'or à cinq macles de sable posées 3 et 2 qui seraient celles des Plessix de la Villeneuve. 

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La famille de Plessis à Trégourez.

Les « plessis », en breton kenkis, sont d'anciennes propriétés entourées de branches entrelacées délimitant une maison ou même toute une propriété, voire une forêt entière. Souvent, et c'est  le cas pour Laz, ces propriétés sont devenues des manoirs.

Dès le XIe siècle, Trégourez forme une paroisse de l'évêché de Cornouaille, englobant alors les hameaux de Gulvain et Lannarnec, qui dépendent désormais de la commune d'Edern. Les seigneuries de La Villeneuve, Crec'hanveil et Kerguiridic en Trégourez dépendaient de la baronnie de Laz, avant d'être rattachée par la suite au marquisat de La Roche-Helgomarc'h.

Le lieu-dit Plessis se trouve au nord-est de Trégourez et au sud-est de Laz.

Le manoir du Quenquis est attesté à Laz en 1426 et 1536, puis on trouve la forme Plessis en 1691, Manoir du Plessis x en 1700,et 1706, PLessis en 1723, Plessix en 1840, Le Plessis en 1846, Le Plessis en 1909.

 

Les Plessis (en breton Quinquis) représentent la noblesse de Trégourez à la "Montre" de l'Evêché de Cornouailles de l'an 1481, tenue à Carhaix les 4 et 5 septembre. Tous les nobles devaient participer à cette revue militaire, munis de l'équipement en rapport avec leur fortune : Hervé du Quinquis, archer en brigandine, était présent tout comme Guillaume de Kerguz, également archer en brigandine.

 

À la Réformation de 1536 en Cornouaille ce sont, pour Trégourez,  Ollivier du Plessix, sieur de Villeneuve. Ollivier de Kerguz, Sieur dudit lieu,  Jean Bodineau, Sieur de Kerfollozon de la Motte.

A la "Montre" de l'Evêché de Cornouailles  tenue à Quimper les 15 et 16 mai  1562 , on trouve pour représenter Trégourez  : Barthelemy le Quinquis, "présent, sous l'esdict" ; Louis de Kersulien, "sous l'esdict" ; et Charles le Corre, default.

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Liens.

https://www.tudchentil.org/IMG/pdf/reformation_de_1536_en_cornouaille_v2.2.pdf

https://man8rove.com/fr/blason/p5hw6r31-plessix

http://www.cgh-poher.org/telechargement/kaier46/10-LIEUX-DITS%20DE%20LAZ.pdf

https://man8rove.com/fr/blason/6sqi5gp-kergus-alias-kerguz

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Ces armes des Plessis s'observent aussi sur une vitre de la chapelle Notre-Dame de Ponthouar, au sud-ouest de Trégourez, sur la route allant vers Quimper. Sur le tympan de la baie n°1, datée (Gatouillat et Hérold) de la fin du XVe, l'écu d'or à cinq macles de sable des Quenquis/Plessis occupe l'ajour supérieur, tandis que l' ajour inférieur porte les armes de Quenquis en  mi-parti avec des armes au sanglier de sable.

https://www.sauvegardeartfrancais.fr/projets/tregourez-chapelle-de-ponthouar/

Dans la même chapelle se retrouvent en baie 4 (fin XVe ou début XVIe) les armes d'azur à la croix pattée alésée d'argent de la famille de Kerguz. Vers 1500, Yvon de Kerguz, époux de Catherine de Tréanna (d'argent à la macle d'azur.), offre ce vitrail à la chapelle Notre-Dame-de-Ponthouar. 

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 Marie de Kerguz , fille de Guillaume, écuyer avait épousé Pierre du Plessix, écuyer, seigneur du Plessix et  de La Villeneuve.

"La famille de Kerguz, seigneur du dit-lieu de Kerguz, est présente aux réformations et montres de l'évêché de Cornouaille entre 1426 et 1562. Pierre de Kerguz fut abbé de l'abbaye sainte-Croix de Quimperlé entre 1500 et 1520. Deux nobles, Guillaume de Kerguz et Hervé du Quinquis, tous deux archers en brigandine, sont cités à la montre de l'évêché de Cornouaille de 1481 et trois (Barthélémy Le Quinquis, Louis de Kersulien, Charles Le Corre) à celle de 1562."

"Dans la chapelle ND de Ponthouar  la baie 4, notamment, outre les blasons de Kerguz, de Tréanna et de Kergoët, présente encore une Transfiguration remontant au quatrième quart du XVe s., tandis qu’une sainte Véronique subsiste dans la baie 6 et une Annonciation dans la baie 8, ces deux dernières datant vraisemblablement de la fin du XVe s. ou du début du XVIe ."

"...les armoiries de la verrière sont celles d’Yvon (ou Even) de Kerguz et de Catherine de Tréanna (qui vivaient au milieu du XVe s.), celles de leur petit-fils, Olivier de Kerguz (docteur en droit, qui vivait dans le premier quart du XVIe s.), ainsi que celles de sa femme Jeanne de Kergoët, dame de Kerstang."

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Le martyre de saint Sébastien, vitrail vers 1570 de l'église Saint-Idouet de Trégourez. Photographie lavieb-aile 2022.

Le martyre de saint Sébastien, vitrail vers 1570 de l'église Saint-Idouet de Trégourez. Photographie lavieb-aile 2022.

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SOURCES ET LIENS.

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— ABGRALL (Jean-Marie), 1901, BDHA page 151 : statistique monumentale des vitraux peints.

https://bibliotheque.diocese-quimper.fr/files/original/9dfa6dac00e1a2ee864f8c28b17defea.pdf

— ABGRALL (Jean-Marie), 1914, Architecture bretonne. Etude des monuments du diocèse de Quimper, A. de Kerangal Quimper, page 343-344.

https://bibliotheque.diocese-quimper.fr/files/original/f20eb990fd763d232327db92aeeb6869.pdf

"Saint-Goazec.- Avant que l'église eût été reconstruite, la maîtresse-vitre renfermait un vitrail remarquable qui a été divisé pour être réparti dans !,es trois fenêtres absidales de la nouvelle église. Voici quelle en était la cornposition : 1. - Entrée à Jérusalem ; 2. - Cène; 3. - Prière au . jardin; 4. - Baiser de Judas; 5. Pilate se lavant les mains; 6. - Portement de croix ; 7. - Crucifiement i. 8. - Résurrection. Dans les 15 compartiments du tympan, anges condui~ sant les âmes des justes, démons emportant les âmes des réprouvés, anges et Saints, armoiries."

— ABGRALL (Jean-Marie), 190-, Notice sur Laz, BDHA

http://backup.diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/3f8d293143dbd7d909bb80295eb3545b.pdf

COUFFON (René), LE BARS (Alfred), 1988, Trégourez, Notice extraite de : Diocèse de Quimper et Léon, nouveau répertoire des églises et chapelles, Quimper, Association diocésaine.

https://bibliotheque.diocese-quimper.fr/files/original/11f67d5b790259d5e88147762dfe6e34.pdf

— COUFFON (René), 1945, La peinture sur verre en Bretagne, Société d'histoire et d'archéologie de Bretagne (SHAB) pages 27 à 64.

https://www.shabretagne.com/document/article/2531/La-peinture-sur-verre-en-Bretagne-Origine-de-quelques-verrieres-du-XVIe-siecle

— GATOUILLAT (Françoise), HÉROLD (Michel), 2005,  Les vitraux de Bretagne, Corpus Vitrearum, France VII, Presses Universitaires de Rennes, Rennes, p. 183

— INFOBRETAGNE

http://www.infobretagne.com/tregourez.htm

— INVENTAIRE GENERAL 1966

https://patrimoine.bzh/gertrude-diffusion/dossier/9a06828e-20a5-40a7-92c1-b8d45ff5397d

https://www.pop.culture.gouv.fr/notice/merimee/PA00090462

https://www.pop.culture.gouv.fr/notice/memoire/APMH0244707

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Published by jean-yves cordier - dans Vitraux Saint Sébastien Chapelles bretonnes Héraldique
7 janvier 2023 6 07 /01 /janvier /2023 00:13

La maîtresse-vitre (1593) de l'église de Saint-Goazec.

 

 

 

 

 

 

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 Voir les 29 Passions des verrières du Finistère au XVIe siècle  dont beaucoup  sont dues à l'atelier Le Sodec à Quimper. Le Corpus Vitrearum VII permet d'en dresser une chronologie :

et dans le Morbihan :

 

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 pour compléter l'une des lacunes On attribue aussi à l'atelier des Le Sodec les vitraux suivants :

 

Voir enfin :

 

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PRÉSENTATION.

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L'église Saint-Pierre de Saint-Goazec a été bâtie entre 1893 et 1896 par l'architecte de Châteaulin Armand Gassis, en ré-employant 8 scènes de la Passion de la maîtresse-vitre, datée de 1593 par inscription, de l'ancien édifice.

Cette verrière n'était pas intacte,  ses panneaux ayant été répartis en trois fenêtres lors d'une campagne de travaux non documentée.

Six des scènes antérieurement signalées furent réadaptées en 1895 par le Chartrain Charles Lorin dans l'axe du nouveau chœur au prix d'une importante restauration.

Dans la typologie des Passions finistériennes du XVIe siècle, celle de Saint-Goazec est la plus tardive, mais elle est archaïsante, car elle reprend la tradition des scènes successives de la Passion au lieu de réserver l'ensemble de la vitre, ou sa principale partie, à la Crucifixion. René Couffon la rapproche avec raison de celle de Notre-Dame-du-Crann à Spézet, qui date des environs de 1560. Ici, l'inscription de la date de 1593 ne doit-elle pas être analysée de façon critique (restauration?) ? La vitre de Spézet comporte 12 scènes, celle de Saint-Goazec seulement six, le style en est différent, mais les deux sites reprennent le schéma stéréotypé, presque archétypique, de ce récit, qui se retrouve sur les autres vitres comme il se retrouve sur les calvaires monumentaux bretons (et sur les enluminures contemporaines). 

Des détails comme les larmes de Marie, Jean et Marie-Madeleine au pied de la croix sont dans la filiation des vitraux de l'atelier quimpérois dit de Le Sodec, bien que le dessin en soit bien différent. Par contre, on remarque ici l'absence de verres rouges gravés; ou de cavaliers autour de la Croix.

L'emploi d'émail bleu (couronne du Christ) est un argument pour une datation tardive dans le XVIe siècle.

L'influence de la Renaissance se voit dans les arcs ornés de guirlandes, surmontés d'entablements à masques bleus de mufles de lions ou d'humains. Elle apparaît aussi dans les détails de costume comme les taillades.

Certains portraits de personnage, peints à la sanguine, sont remarquables sur les panneaux biens conservés.

 

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Description.

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Le vitrail a été restauré de juillet 2015 à avril 2016 par l'entreprise Vitrail-France, du Mans. "Chaque élément a été numéroté et soigneusement emballé pour une restauration dans les ateliers manceaux. Après le dépôt complet du vitrail de la Passion du chœur de l'église Saint-Pierre, les spécialistes ont adapté des protections translucides contre les intempéries et l'intrusion des oiseaux. "

Cette baie à deux lancettes est haute de 5,00 m et large de 1,50 m. Le décor des 2 lancettes est divisé en trois registres, soit six scènes, au dessus d'un soubassement armorié. Le tympan comporte 3 ajours et 3 écoinçons.

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La maîtresse-vitre (1593) de l'église de Saint-Goazec. Photographie lavieb-aile 2022.

La maîtresse-vitre (1593) de l'église de Saint-Goazec. Photographie lavieb-aile 2022.

La maîtresse-vitre (1593) de l'église de Saint-Goazec. Photographie lavieb-aile 2022.

La maîtresse-vitre (1593) de l'église de Saint-Goazec. Photographie lavieb-aile 2022.

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1.Entrée du Christ à Jérusalem.

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Panneau restauré pour la tête du Christ [ ?. Selon Gatouillat et Hérold], le cou de l'âne, la grand pièce du manteau rouge à droite, le bas de la tunique de saint Pierre et la tête en haut à gauche. Le portrait de Saint Pierre, et ceux des habitants de Jérusalem sont superbes, le modelé des visages, des cheveux et des barbes donnant une très belle illustration des techniques de hachurage, enlevé de grisaille, reliefs soulignés des pommettes et du front très clairs  s'opposant aux parties en retrait, rehaut de rouge 'sanguine?) sur les lèvres, etc.

Les iris sont cernées par un arc "cornéen" blanc, qui ne se substitue pas à la petite tache blanche du reflet pupillaire.

La tête de l'âne est parfaite de drôlerie tendre.

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La maîtresse-vitre (1593) de l'église de Saint-Goazec. Photographie lavieb-aile 2022.

La maîtresse-vitre (1593) de l'église de Saint-Goazec. Photographie lavieb-aile 2022.

La maîtresse-vitre (1593) de l'église de Saint-Goazec. Photographie lavieb-aile 2022.

La maîtresse-vitre (1593) de l'église de Saint-Goazec. Photographie lavieb-aile 2022.

La maîtresse-vitre (1593) de l'église de Saint-Goazec. Photographie lavieb-aile 2022.

La maîtresse-vitre (1593) de l'église de Saint-Goazec. Photographie lavieb-aile 2022.

La maîtresse-vitre (1593) de l'église de Saint-Goazec. Photographie lavieb-aile 2022.

La maîtresse-vitre (1593) de l'église de Saint-Goazec. Photographie lavieb-aile 2022.

La maîtresse-vitre (1593) de l'église de Saint-Goazec. Photographie lavieb-aile 2022.

La maîtresse-vitre (1593) de l'église de Saint-Goazec. Photographie lavieb-aile 2022.

La maîtresse-vitre (1593) de l'église de Saint-Goazec. Photographie lavieb-aile 2022.

La maîtresse-vitre (1593) de l'église de Saint-Goazec. Photographie lavieb-aile 2022.

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2. Arrestation du Christ ; Baiser de Judas ; Pierre tranche l'oreille du serviteur.

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Le serviteur du grand prêtre, Malchus est restauré, tout comme la partie centrale. La peinture des deux visages du Baiser est altéré.

Le "hublot" des casques des soldats romains est typique des Passions finistériennes.

Le mufle de lion, bleu de l'entablement tient un anneau avec rehaut de jaune dans ses dents.

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La maîtresse-vitre (1593) de l'église de Saint-Goazec. Photographie lavieb-aile 2022.

La maîtresse-vitre (1593) de l'église de Saint-Goazec. Photographie lavieb-aile 2022.

La maîtresse-vitre (1593) de l'église de Saint-Goazec. Photographie lavieb-aile 2022.

La maîtresse-vitre (1593) de l'église de Saint-Goazec. Photographie lavieb-aile 2022.

La maîtresse-vitre (1593) de l'église de Saint-Goazec. Photographie lavieb-aile 2022.

La maîtresse-vitre (1593) de l'église de Saint-Goazec. Photographie lavieb-aile 2022.

La maîtresse-vitre (1593) de l'église de Saint-Goazec. Photographie lavieb-aile 2022.

La maîtresse-vitre (1593) de l'église de Saint-Goazec. Photographie lavieb-aile 2022.

La maîtresse-vitre (1593) de l'église de Saint-Goazec. Photographie lavieb-aile 2022.

La maîtresse-vitre (1593) de l'église de Saint-Goazec. Photographie lavieb-aile 2022.

La maîtresse-vitre (1593) de l'église de Saint-Goazec. Photographie lavieb-aile 2022.

La maîtresse-vitre (1593) de l'église de Saint-Goazec. Photographie lavieb-aile 2022.

La maîtresse-vitre (1593) de l'église de Saint-Goazec. Photographie lavieb-aile 2022.

La maîtresse-vitre (1593) de l'église de Saint-Goazec. Photographie lavieb-aile 2022.

La maîtresse-vitre (1593) de l'église de Saint-Goazec. Photographie lavieb-aile 2022.

La maîtresse-vitre (1593) de l'église de Saint-Goazec. Photographie lavieb-aile 2022.

La maîtresse-vitre (1593) de l'église de Saint-Goazec. Photographie lavieb-aile 2022.

La maîtresse-vitre (1593) de l'église de Saint-Goazec. Photographie lavieb-aile 2022.

La maîtresse-vitre (1593) de l'église de Saint-Goazec. Photographie lavieb-aile 2022.

La maîtresse-vitre (1593) de l'église de Saint-Goazec. Photographie lavieb-aile 2022.

La maîtresse-vitre (1593) de l'église de Saint-Goazec. Photographie lavieb-aile 2022.

La maîtresse-vitre (1593) de l'église de Saint-Goazec. Photographie lavieb-aile 2022.

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3. Comparution du Christ devant Pilate.

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Panneau peu restauré à l'exception du bas de la tunique du Christ (Gatouillat et Hérold) mais sans doute aussi de son visage. Le visage de Pilate est rehaussé de sanguine.

L'eau qui s'écoule du pichet est un bel exemple de la technique de l'enlevé, comparable, dans son effet, à celui des larmes des personnages de la Crucifixion.

Bande ornementale Renaissance à masque humain bleu.

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La maîtresse-vitre (1593) de l'église de Saint-Goazec. Photographie lavieb-aile 2022.

La maîtresse-vitre (1593) de l'église de Saint-Goazec. Photographie lavieb-aile 2022.

La maîtresse-vitre (1593) de l'église de Saint-Goazec. Photographie lavieb-aile 2022.

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La maîtresse-vitre (1593) de l'église de Saint-Goazec. Photographie lavieb-aile 2022.

La maîtresse-vitre (1593) de l'église de Saint-Goazec. Photographie lavieb-aile 2022.

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La maîtresse-vitre (1593) de l'église de Saint-Goazec. Photographie lavieb-aile 2022.

La maîtresse-vitre (1593) de l'église de Saint-Goazec. Photographie lavieb-aile 2022.

La maîtresse-vitre (1593) de l'église de Saint-Goazec. Photographie lavieb-aile 2022.

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4.Portement de croix.

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Panneau peu restauré. La date de 1593 (lue 1573 par Couffon) est clairement visible.

Des lettres sont tracées en bordure de la manche de Simon de Cyrène (l'homme au chapeau rouge), mais elles différent beaucoup des lettres que portent les galons ou harnachements des vitraux de l'atelier Le Sodec.

La couronne d'épines fait appel à une peinture par émail bleu. Les gouttes de sang de son visage sont peints à la sanguine.

Bande ornementale Renaissance à masque humain bleu.

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La maîtresse-vitre (1593) de l'église de Saint-Goazec. Photographie lavieb-aile 2022.

La maîtresse-vitre (1593) de l'église de Saint-Goazec. Photographie lavieb-aile 2022.

La maîtresse-vitre (1593) de l'église de Saint-Goazec. Photographie lavieb-aile 2022.

La maîtresse-vitre (1593) de l'église de Saint-Goazec. Photographie lavieb-aile 2022.

La maîtresse-vitre (1593) de l'église de Saint-Goazec. Photographie lavieb-aile 2022.

La maîtresse-vitre (1593) de l'église de Saint-Goazec. Photographie lavieb-aile 2022.

La maîtresse-vitre (1593) de l'église de Saint-Goazec. Photographie lavieb-aile 2022.

La maîtresse-vitre (1593) de l'église de Saint-Goazec. Photographie lavieb-aile 2022.

La maîtresse-vitre (1593) de l'église de Saint-Goazec. Photographie lavieb-aile 2022.

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La maîtresse-vitre (1593) de l'église de Saint-Goazec. Photographie lavieb-aile 2022.

La maîtresse-vitre (1593) de l'église de Saint-Goazec. Photographie lavieb-aile 2022.

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Les casques "en hublot". Les traits épais du visage des soldats, aux sourcils très forts séparés par des rides marquées.

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Notez le rehaut des iris et des ailes du nez au jaune d'argent, comme, près de deux siècles auparavant, sur les vitraux de la cathédrale de Quimper.

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La maîtresse-vitre (1593) de l'église de Saint-Goazec. Photographie lavieb-aile 2022.

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5.Crucifixion.

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Sur le fond bleu ciel, chaque nuage est mis en plomb.

Le titulus INRI est posé à l'envers.

Comme dans le panneau précédent, la couronne d'épines bleu-vert est peinte à l'émail.

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La maîtresse-vitre (1593) de l'église de Saint-Goazec. Photographie lavieb-aile 2022.

La maîtresse-vitre (1593) de l'église de Saint-Goazec. Photographie lavieb-aile 2022.

La maîtresse-vitre (1593) de l'église de Saint-Goazec. Photographie lavieb-aile 2022.

La maîtresse-vitre (1593) de l'église de Saint-Goazec. Photographie lavieb-aile 2022.

La maîtresse-vitre (1593) de l'église de Saint-Goazec. Photographie lavieb-aile 2022.

La maîtresse-vitre (1593) de l'église de Saint-Goazec. Photographie lavieb-aile 2022.

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La partie inférieure est restituée. Marie-Madeleine n'est pas représentée, comme sur les autres Crucifixions, étreignant la croix et levant les yeux vers les pieds du Christ, mais agenouillée mains jointes et regard baissé.

Les saints personnages entourant Marie ne sont pas regroupés du côté droit de la Croix, mais sur une ligne verticale. Néanmoins, le peintre a soigneusement représenté leurs larmes sous forme de trois filets blancs (technique de l'enlevé sur grisaille) sous chaque paupière, et, l'une des saintes femmes essuie ses larmes de son mouchoir.

Et, comme ailleurs, l'écoulement de ces larmes fait écho à celui du sang, abondamment et précisément peint sous chacune des cinq plaies.

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La maîtresse-vitre (1593) de l'église de Saint-Goazec. Photographie lavieb-aile 2022.

La maîtresse-vitre (1593) de l'église de Saint-Goazec. Photographie lavieb-aile 2022.

La maîtresse-vitre (1593) de l'église de Saint-Goazec. Photographie lavieb-aile 2022.

La maîtresse-vitre (1593) de l'église de Saint-Goazec. Photographie lavieb-aile 2022.

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La maîtresse-vitre (1593) de l'église de Saint-Goazec. Photographie lavieb-aile 2022.

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6.Résurrection.

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La tête du soldat du premier plan, ainsi que plusieurs détails secondaires, ont été restaurés.

La mise en plomb, savante, réunit, dans le ciel autour du Christ ressuscité, les piques des lances, les nuages et l'étendard rouge, tandis que, par le même art, cette mise en plomb assemble plus bas les verres bleus du tombeau vu en perspective et le fer de hallebarde, l'arrière-plan de Jérusalem, et les verres blancs rehaussés de jaune d'argent des soldats endormis, en armure, sur la prairie verte.

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La maîtresse-vitre (1593) de l'église de Saint-Goazec. Photographie lavieb-aile 2022.

La maîtresse-vitre (1593) de l'église de Saint-Goazec. Photographie lavieb-aile 2022.

La maîtresse-vitre (1593) de l'église de Saint-Goazec. Photographie lavieb-aile 2022.

La maîtresse-vitre (1593) de l'église de Saint-Goazec. Photographie lavieb-aile 2022.

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La maîtresse-vitre (1593) de l'église de Saint-Goazec. Photographie lavieb-aile 2022.

La maîtresse-vitre (1593) de l'église de Saint-Goazec. Photographie lavieb-aile 2022.

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La maîtresse-vitre (1593) de l'église de Saint-Goazec. Photographie lavieb-aile 2022.

La maîtresse-vitre (1593) de l'église de Saint-Goazec. Photographie lavieb-aile 2022.

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LE SOUBASSEMENT ARMORIÉ (vers 1650?).

 

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Le panneau armorié de gauche : un écu entouré du collier de l'Ordre de Saint-Michel.

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L'écu est placé sous une couronne où se distinguent trois fleurons et des perles : marquis ?

On voit sur cet écartelé  les éléments suivants : en 1 d'azur au lion d'or  ; en 2 d'azur aux trois lys d'or (de France) ; en 3 d'azur au dextrochère ganté d'argent soutenant un épervier de même, longé et grilleté [grelots] d'or (La Roche) ; en 4 d'or à la croix de gueules chargée de 5 coquilles d'argent, cantonnée de seize alérions d'azur (Montmorency-Laval, mais affecté d' un lambel à trois pendants). Et, brochant sur le tout, un écu mi-parti d'or aux trois coquilles d'argent (de Kernezne), et d'azur à deux épées d'argent aux gardes d'or posées en sautoir (Coatarmoal ou de Marbeuf).

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Comment interpréter cet écartelé ?

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Rappelons que Saint-Goazec est un démembrement de la paroisse primitive de Laz. Saint-Goazec est, au moyen âge, une trève de la paroisse de Laz et dépend de l'ancien évêché de Cornouaille. Saint-Goazec est détaché de Laz sous le concordat et devient une paroisse à part entière.

1°) Les armoiries de La Roche incitent à penser à Troïlus de Mesgouez, gentilhomme de Bretagne, page à la cour de Catherine de Médicis en 1550, gouverneur de Morlaix en 1568, et en la faveur duquel le roi Henri III créa le marquisat de La Roche en Saint-Thois. Il décéda vers 1606 sans descendance, ni de Claude de Juch sa première épouse, ni de Marguerite de Tournemine sa seconde.

 

 

"Mesgouez, Sr de Trévarez et baron de Laz : d'or au chevron d'azur, accompagné de 3 trèfles de gueules ou écartelé au 1 et 4 d'azur au dextrochère ganté d'argent soutenant un épervier de même longé et guilleté d'or qui est la Roche, aux 2 et 3 d'azur à deux épées argent la pointe en bas qui est Coatarmoal, sur le tout du Mescouez ; devise. : Rien de trop." (Abgrall)

 

"En Laz, nous dit Ogée, « se trouvait la seigneurie de .Roche Laz », et, sans doute, cette dénomination de Laz ou glaz, provenait des abondants ouvriers d'ardoises qui enrichissaient le pays et notamment les seigneurs de la Roche et ceux de Laz, toutes deux réunies sous un même chef, dès le XVI* siècle. Les plus anciens dans le pays étaient naturellement Ies barons de Laz, car ceux de La Roche, originaires de Léon ne durent venir s'établir que plus tard dans cette partie de la Cornouaille. Le siège de cette seigneurie de La Roche était établi dans un vieux château bâti sur un roc escarpé, dans la paroisse de Saint-Thois, et qui n'était qu'une ruine lorsqu'on 1570, Henri III érigea la seigneurie de La Roche en marquisat, en faveur du fameux Troïlus de Mesgouez, comte de Joyeuse garde et gouverneur de Morlaix; en même temps le Roi annexa au marquisat de La Roche la baronnie de Laz, et depuis l'histoire de Laz se trouve mêlée à celle des marquis de La Roche et barons de Laz, qui résidaient dans le manoir de Trevarez (ou Trévarré), en Saint-Goazec paroisse de Laz ." (Abgrall)

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2°) L'écu central renvoie à un couple réunissant les familles de Kernezne et de Coatarmoal (ou de Marbeuf). Il faut rechercher, pour attribuer ces armoiries, au delà de la date de 1593 indiqué sur le vitrail : le soubassement armorié est plus tardif. 

Par défaut de descendance de Troïlus de Mesgouez, le marquisat de La Roche passe  de 1606 à 1624 à Anne de Coatanerze (1568-1646), sa petite nièce. (Je lis : "Le fief de Trévarez appartient en 1601 à Jean de Linloët. Cette terre est saisie sur cette famille par Anne de Coatanezre, marquise de la Roche-Helgomarc'h, le 19 octobre 1623."). Mais ses armoiries de gueules, à trois épées d'argent, garnies d'or les pointes en bas, rangées en bande, ne sont pas citées sur cet écartelé.

Anne de Coatanezre, marquise de La Roche-Helgomarc'h épouse en 1595 Charles de Kernezne (ca 1537-1605), chevalier,  vicomte de Curru. La famille de Kernezne habite Trévarez en 1660.

Abgrall indique : "Kernezne, Sr de Trévaré et baron de Laz : d'or à 3 coquilles de gueules, ou écartelé au 1er de la Roche, au 4 de Kernezne, au 2 de Kergoet, au 3 de Jouan, sur le tout un parti de Kernezne et de Coatarmoal."

3°) Le fils de Charles de Kernezne et d'Anne de Coatenezre,  Charles  de Kernezne, chevalier, marquis de La Roche-Helgomarc'h, gouverneur de Quimper, épousa une Robine de Marbeuf ( - 1675) et mourut en 1677,  épousa  Robine de Marbeuf . Les armoiries de Marbeuf sont les mêmes que celles de Coatarmoal, d'azur à deux épées d'argent montées d'or et posées en sautoir, les pointes en bas.

L'écu mi-parti qui occupe le centre de l'écartelé est compatible avec ce couple Charles de Kernezne/Robine de Marbeuf.

 

"Charles Robert de Kernezne de La Roche, chevalier marquis de La Roche-Helgomarc'h et de Coëtarmoal, 3e vicomte de Curru (1670 - 1679), Né le 7 janvier 1636 à Saint-Goazec, Baptisé le 7 février 1636 à Laz, Décédé le 18 octobre 1677 à Saint-Goazec, à l'âge de 41 ans, Sépulture le 21 janvier 1679 à Vannes. Marié le 29 novembre 1657 à Ploudaniel, avec Marie Barbier (1623 - ), dont Charles Victor (1658 - ) et Charles-Louis (1660 - 1687).

https://man8rove.com/fr/profile/o6ekd62jb-charles-de-kernezne-de-la-roche

https://man8rove.com/fr/profile/vt6omtezc-robine-de-marbeuf

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Il reste à expliquer les quartiers 2 et 4 : ils pourraient renvoyer à la descendance de Guy XV de Laval (1486-1501), seigneur de Laz .

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La maîtresse-vitre (1593) de l'église de Saint-Goazec. Photographie lavieb-aile 2022.

La maîtresse-vitre (1593) de l'église de Saint-Goazec. Photographie lavieb-aile 2022.

La maîtresse-vitre (1593) de l'église de Saint-Goazec. Photographie lavieb-aile 2022.

La maîtresse-vitre (1593) de l'église de Saint-Goazec. Photographie lavieb-aile 2022.

La maîtresse-vitre (1593) de l'église de Saint-Goazec. Photographie lavieb-aile 2022.

La maîtresse-vitre (1593) de l'église de Saint-Goazec. Photographie lavieb-aile 2022.

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Le panneau armorié de droite : un écu entouré du collier de l'Ordre de Saint-Michel.

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L'écartelé se lit en 1 et 4, d'or aux trois coquilles de gueules (de Kernezne) et en 2 et 3 de gueules au lion d'or chargé de trois annelets d'argent (Jouan de Kervénoaël ou de Pennanech).

Cette alliance pourrait renvoyer à Jean de Kernezne, grand-père de Charles II de Krenezne (-1677) précédemment évoqué, et à son épouse Marie Jouhan, dame de Pennanech (mariage en 1526).

Ces armoiries Jouan sont celles qui apparaissent citées par Abgrall pour l'écartelé de "Kernezne, Sr de Trévaré et baron de Laz : d'or à 3 coquilles de gueules, ou écartelé au 1er de la Roche au 4 de Kernezne, au 2 de Kergoet, au 3 de Jouan, sur le tout un parti de Kernezne et de Coatarmoal. 

 

https://man8rove.com/fr/blason/1fwx8w6-kernezne

https://man8rove.com/fr/blason/hdzg3v-jouan

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La maîtresse-vitre (1593) de l'église de Saint-Goazec. Photographie lavieb-aile 2022.

La maîtresse-vitre (1593) de l'église de Saint-Goazec. Photographie lavieb-aile 2022.

La maîtresse-vitre (1593) de l'église de Saint-Goazec. Photographie lavieb-aile 2022.

La maîtresse-vitre (1593) de l'église de Saint-Goazec. Photographie lavieb-aile 2022.

La maîtresse-vitre (1593) de l'église de Saint-Goazec. Photographie lavieb-aile 2022.

La maîtresse-vitre (1593) de l'église de Saint-Goazec. Photographie lavieb-aile 2022.

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LE TYMPAN

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Trois éléments d'une Résurrection des Morts provenant d'un autre vitrail ont été réunis, lourdement restaurés et complétés en 1895 par des verres colorés. Trois anges prennent par la main les élus encore drapés de leur linceul  et les guident vers les Cieux.

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La maîtresse-vitre (1593) de l'église de Saint-Goazec. Photographie lavieb-aile 2022.

La maîtresse-vitre (1593) de l'église de Saint-Goazec. Photographie lavieb-aile 2022.

La maîtresse-vitre (1593) de l'église de Saint-Goazec. Photographie lavieb-aile 2022.

La maîtresse-vitre (1593) de l'église de Saint-Goazec. Photographie lavieb-aile 2022.

La maîtresse-vitre (1593) de l'église de Saint-Goazec. Photographie lavieb-aile 2022.

La maîtresse-vitre (1593) de l'église de Saint-Goazec. Photographie lavieb-aile 2022.

La maîtresse-vitre (1593) de l'église de Saint-Goazec. Photographie lavieb-aile 2022.

La maîtresse-vitre (1593) de l'église de Saint-Goazec. Photographie lavieb-aile 2022.

La maîtresse-vitre (1593) de l'église de Saint-Goazec. Photographie lavieb-aile 2022.

La maîtresse-vitre (1593) de l'église de Saint-Goazec. Photographie lavieb-aile 2022.

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SOURCES ET LIENS.

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ABGRALL (Jean-Marie), 1901, BDHA page 151 : statistique monumentale des vitraux peints.

https://bibliotheque.diocese-quimper.fr/files/original/9dfa6dac00e1a2ee864f8c28b17defea.pdf

ABGRALL (Jean-Marie), 1914, Architecture bretonne. Etude des monuments du diocèse de Quimper, A. de Kerangal Quimper, page 343-344.

https://bibliotheque.diocese-quimper.fr/files/original/f20eb990fd763d232327db92aeeb6869.pdf

"Saint-Goazec.- Avant que l'église eût été reconstruite, la maîtresse-vitre renfermait un vitrail remarquable qui a été divisé pour être réparti dans !,es trois fenêtres absidales de la nouvelle église. Voici quelle en était la cornposition : 1. - Entrée à Jérusalem ; 2. - Cène; 3. - Prière au . jardin; 4. - Baiser de Judas; 5. Pilate se lavant les mains; 6. - Portement de croix ; 7. - Crucifiement i. 8. - Résurrection. Dans les 15 compartiments du tympan, anges condui~ sant les âmes des justes, démons emportant les âmes des réprouvés, anges et Saints, armoiries."

ABGRALL (Jean-Marie), 190-, Notice sur Laz, BDHA

http://backup.diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/3f8d293143dbd7d909bb80295eb3545b.pdf

— BARRIÉ (Roger), 1978, "Etude sur le vitrail en Cornouaille au 16e siècle, Plogonnec et un groupe d'églises de l'ancien diocèse de Quimper" ; sous la direction d' André Mussat / [S.l.] : [s.n.] ,  Thèse, Université de Haute Bretagne, Rennes. 

— BARRIÉ (Roger), 1977, "Un atelier de peinture sur verre en Cornouaille vers 1535", in Le vitrail breton. Arts de l'Ouest, numéro 3 (Centre de recherches sur les arts anciens et modernes de l'Ouest de la France, U. E. R. des arts, Université de Haute-Bretagne, Rennes)

— BARRIÉ (Roger), 1976 Les verres gravés et l'art du vitrail au XVIe siècle en Bretagne occidentale. In: Annales de Bretagne et des pays de l'Ouest. Tome 83, numéro 1, 1976. pp. 35-44.

http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/abpo_...

— BARRIÉ (Roger), 1989, "Le vitrail breton et les Flandres" in  Edité par Musée Départemental Breton

— BARRIÉ (Roger), 1977, Les vitraux disparus, page 110 in Le vitrail breton. Arts de l'Ouest, numéro 3, 1977, 26 X 18, 130 p., 40 phot. noir, croquis, 6 cartes (Centre de recherches sur les arts anciens et modernes de l'Ouest de la France, U. E. R. des arts, Université de Haute-Bretagne, Rennes).

https://pascal-francis.inist.fr/vibad/index.php?action=search&lang=fr&terms=%22Arts+de+l%27Ouest.+Etudes+et+Documents+Rennes%22&index=jo

— BRISAC (Catherine), 1978. Le vitrail breton. Arts de l'Ouest, numéro 3 (Centre de recherches sur les arts anciens et modernes de l'Ouest de la France, U. E. R. des arts, Université de Haute-Bretagne, Rennes). In: Bulletin Monumental, tome 136, n°4, année 1978. pp. 370-371;

https://www.persee.fr/doc/bulmo_0007-473x_1978_num_136_4_5758_t1_0370_0000_2

"Roger Barrié travaille depuis plusieurs années sur le vitrail de Cornouaille au xvie siècle. Il s'attache à définir l'originalité d'un atelier probablement quimpérois, actif dans les années 1530/1540, en dressant la monographie de trois de ses productions que sont la verrière de la chapelle Saint-Exupère à Loguispar en Dinéault, aujourd'hui conservée au Musée archéologique de Quimper, celle de l'église Saint-Hilaire en Clohars-Fouesnant et celle de la Transfiguration de la chapelle Sainte-Barbe au Faouet. La démonstration de Roger Barrié perd quelque peu de sa vigueur en raison de la conception monographique de son article.

 

Roger Barrié a fort bien fait de le souligner en conclusion de son catalogue des sources des vitraux disparus en Finistère. Une présentation cartographique complète utilement le numéro. Si les auteurs sont arrivés à dresser une seule carte pour localiser les vitraux antérieurs à 1520 conservés en Bretagne, ils ont été conduits, pour la période postérieure qui correspond à l'épanouissement de cet art, à en donner une par département. L'examen de ces documents permet d'affirmer qu'au xve comme au xvie siècle Quimper a dû être le centre de production le plus actif de Bretagne."

COUFFON (René), LE BARS (Alfred), 1988, Saint-Goazec, Notice extraite de : Diocèse de Quimper et Léon, nouveau répertoire des églises et chapelles, Quimper, Association diocésaine.

https://bibliotheque.diocese-quimper.fr/files/original/df130ba5215493f1f4f28cd070b73834.pdf

"Vitrail de 1573 [sic] consacré à la Passion, dans la maîtresse vitre ; le carton, rhénan, est le même que celui de la maîtresse vitre du Crann en Spézet."

— COUFFON (René), 1945, La peinture sur verre en Bretagne, Société d'histoire et d'archéologie de Bretagne (SHAB) pages 27 à 64.

https://www.shabretagne.com/document/article/2531/La-peinture-sur-verre-en-Bretagne-Origine-de-quelques-verrieres-du-XVIe-siecle

— GATOUILLAT (Françoise), HÉROLD (Michel), 2005,  Les vitraux de Bretagne, Corpus Vitrearum, France VII, Presses Universitaires de Rennes, Rennes, p. 183

— OTTIN (L.), Le Vitrail, son histoire, ses manifestations diverses à travers les âges et les peuples, Librairie Renouard, H. Laurens éditeur, Paris, s.d. [1896] In-4°, 376 pages,  4 planche en couleurs, 15 phototypies, 12 planches en teinte hors texte, 219 gravures, de signatures, marques et monogrammes. Page 250.

https://archive.org/details/levitrailsonhist00otti/page/250/mode/2up?view=theater

— OUEST-FRANCE. Juillet 2015 à Mai 2016.

 

https://www.ouest-france.fr/bretagne/saint-goazec-29520/le-vitrail-de-la-passion-depose-pour-restauration-3552791

https://www.ouest-france.fr/bretagne/saint-goazec-29520/conseil-retard-dans-la-restauration-du-vitrail-3927678

https://www.ouest-france.fr/bretagne/saint-goazec-29520/le-vitrail-de-la-passion-restaure-retrouve-sa-place-4224029

L'entreprise du Mans, spécialiste de la restauration de vitraux anciens, retenue après l'appel d'offres des organismes habilités, a procédé au démontage de l'intégralité du vitrail du XVIe siècle, représentant la passion du Christ. Chaque élément a été numéroté et soigneusement emballé pour une restauration dans les ateliers manceaux. Remontage prévu en novembre. Après le dépôt complet du vitrail de la Passion du choeur de l'église Saint-Pierre, les spécialistes ont adapté des protections translucides contre les intempéries et l'intrusion des oiseaux. Le financement de cette rénovation est assuré par des subventions DETR (dotation d'équipement des territoires ruraux), du conseil régional et départemental ainsi que par des dons à la Fondation du patrimoine. Il est possible de faire des dons jusqu'au 30 novembre (se renseigner en mairie), ils sont en partie déductibles des impôts, 60 % pour les entreprises et 66 % pour les particuliers.

 

—FAUCHILLE (Gwénaël), 2008, L'église Saint-Pierre de Saint-Goazec, Inventaire du patrimoine culturel

https://inventaire-patrimoine.region-bretagne.fr/gertrude-diffusion/dossier/eglise-paroissiale-saint-pierre-saint-goazec/645af713-36d3-4cfb-9cdb-235df44c39a5

— http://vitrail.ndoduc.com/vitraux/htm8/eg_StPierre@StGoazec.htm

http://www.saintgoazec.com/rubrique/28-eglise.html

https://www.letelegramme.fr/finistere/saint-goazec/patrimoine-le-vitrail-de-la-passion-en-restauration-12-07-2015-10702524.php

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Published by jean-yves cordier - dans Vitraux Renaissance. Chapelles bretonnes. Héraldique
2 janvier 2023 1 02 /01 /janvier /2023 11:21

Le calvaire (kersanton, premier atelier du Folgoët, entre 1433 et 1457) de l'église de Plomodiern.

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Voir, parmi les multiples calvaires décrits dans ce blog,

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PRÉSENTATION.

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Emmanuelle Le Seac'h, dans le Catalogue raisonné de Sculpteurs sur pierre de Basse-Bretagne (p. 317), attribue les calvaires de Rumengol et de Plomodiern au Premier atelier ducal du Folgoët (1423-1468), tout comme les vestiges du calvaire disparu du Folgoët (vers 1443), dont il ne reste que les statues du cardinal Alain de Coëtivy et de son saint patron.

Elle donne une description si précise de ce calvaire de Plomodiern que je ne peux que la reproduire.

"Le calvaire de Rumengol a inspiré celui qui se trouve à coté de l'église de Plomodiern dans l'évêché de Cornouailles. Il est à dater de la même période, soit entre 1433 et 1457. Le sculpteur du Folgoët produit ici un second calvaire très ressemblant du point de vue stylistique même s'il est dépourvu de larrons. Les deux structures, par contre, varient. L'emmarchement est constitué ici de trois degrés, soit un de plus qu'à Rumengol. Le socle cubique reçoit un fût rond alors qu'il est à pans coupés dans cette dernière paroisse. Il supporte un bloc monolithique avec une Crucifixion traditionnelle sur l'avers avec des fleurons carrés. Ils sont formés de végétaux à Rumengol. "

Malgré la présence au revers d'un Christ du Jugement assis sur un arc-en-ciel, sujet très rarement représenté sur les calvaires sauf à Argol et à Châteaulin, elle réfute l'attribution de ce calvaire à un "Maître de Châteaulin" (Castel 1980) auteur du calvaire du XVe siècle de la chapelle Notre-Dame de Châteaulin. Et elle date le calvaire d'Argol de 1593, plus d'un siècle plus tard.

L'existence d'un dais gothique, rectangulaire à accolade, coiffant le sommet de la croix se retrouve à Rumengol, à Châteaulin, à Argol, et à Plougoulm.

 

 

 

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I. LA FACE PRINCIPALE : LE CRUCIFIX, LA VIERGE ET SAINT JEAN. LA VIERGE DE PITIÉ.

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Le calvaire a été déplacé, car son emplacement actuel, au nord-est de l'église, dans un terre-plein quadrangulaire adossé à un hangar, est pour le moins inhabituel.

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Photo Geoportail

 

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De plus, il n'est plus orienté, au sens médiat du terme, "tourné vers l'orient" ou plutôt, avec la face principale portant le Christ mort sur la croix face à l'occident, au soleil couchant, tandis que la face opposée portant le Christ ressuscité revenant juger "les vivants et les morts" se tourne vers la direction du lever du soleil et du renouveau.

Des cartes-postales le montrent jadis sur un terre-plein plus vaste, la "place centrale", devant le chevet et situé dans l'axe O-E de l'église.

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Le calvaire (kersanton, premier atelier du Folgoët, entre 1433 et 1457) de l'église de Plomodiern.

Le calvaire (kersanton, premier atelier du Folgoët, entre 1433 et 1457) de l'église de Plomodiern.

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La face principale, orientée sud-est pour faire face au parking, et souvent ombragée, porte le Crucifié sous le dais gothique, entouré de sa mère Marie et de son disciple préféré Jean, Jean l'évangéliste.

On portera son attention au caractère monolithique du calvaire, au fait que la croix avec sa traverse ne forme qu'un seul bloc, où le Christ est sculpté sur le fût, et que les saints personnages ne sont pas des statues indépendantes placées sur les bras d'un croisillon, mais qu'elles sont ancrées sur un arc, celui qui, de l'autre côté, se révélera comme l'arc en ciel du Jugement.

Le pagne flottant du Crucifié, les cheveux tombants sur les épaules et la couronne tressée sont identiques à ce qu'on observe à Rumengol.

Le titulus n'est pas gravé, les lettres INRI devaient être peintes. Les fleurons de la traverse sont rapportés.

Le calvaire de Rumengol en comparaison :

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Calvaire de Rumengol, Le Faou.

 

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Le calvaire (kersanton, premier atelier du Folgoët, entre 1433 et 1457) de l'église de Plomodiern.

Le calvaire (kersanton, premier atelier du Folgoët, entre 1433 et 1457) de l'église de Plomodiern.

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La Vierge plongée dans le chagrin montre un visage souffrant sous le voile du manteau. Les mains sont croisées sur la poitrine. Elle ne porte pas cette élégante robe ajustée, ce travail des plis et les pans cassés du voile qui, à Rumengol, attirait le regard.

Le calvaire (kersanton, premier atelier du Folgoët, entre 1433 et 1457) de l'église de Plomodiern.

Le calvaire (kersanton, premier atelier du Folgoët, entre 1433 et 1457) de l'église de Plomodiern.

Le calvaire (kersanton, premier atelier du Folgoët, entre 1433 et 1457) de l'église de Plomodiern.

Le calvaire (kersanton, premier atelier du Folgoët, entre 1433 et 1457) de l'église de Plomodiern.

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De même, saint Jean n'a pas la finesse d'expression du visage, la posture souple et la recherche vestimentaire de Rumengol. La Vierge et Jean sont figés dans une posture hiératique. D'ailleurs, le grain du kersanton est moins fin et plus sombre. Globalement, c'est une œuvre de moins belle facture, et, ceci étant peut-être lié à cela,  on n'y trouve pas l'écu en bannière aux armes d'un haut officier ducal comme à Rumengol.

Saint Jean tient son Livre (Evangile selon saint Jean) et lève la main droite pour nous en présenter la paume : ce geste, qui n'est pas une bénédiction, témoigne de sa réaction d'émotion participative face au drame de la Crucifixion : on pourrait imaginer qu'il s'associe à un léger recul du corps, par stupéfaction et sentiment d'être dépassé par ce qui se noue et se dénoue par cette mort.

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Mais ce qui est intéressant, c'est le type de coiffure de Jean, qui forme, au dessus d'un front dégarni, une couronne de rayons semblable à un soleil stylisé. En observant mieux, ces rayons sont des cônes torsadés comme des macarons, exactement comme à Rumengol, reprenant là une des caractéristiques les plus frappantes du Maître du Folgoët pour la chevelure des anges, notamment au Folgoët, sur le portail sud de Quimper ou de Saint-Herbot.

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Le calvaire (kersanton, premier atelier du Folgoët, entre 1433 et 1457) de l'église de Plomodiern.

Le calvaire (kersanton, premier atelier du Folgoët, entre 1433 et 1457) de l'église de Plomodiern.

Le calvaire (kersanton, premier atelier du Folgoët, entre 1433 et 1457) de l'église de Plomodiern.

Le calvaire (kersanton, premier atelier du Folgoët, entre 1433 et 1457) de l'église de Plomodiern.

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L'un des motifs les plus singuliers, parmi l'ensemble des calvaires bretons, de celui de Plomodiern, c'est la Vierge de Pitié. En effet, le voile de Marie forme un dôme qui se prolonge à droite vers le socle de Jean et vers  la gauche pour couvrir dans un englobement tendre, l'épaule du Fils. Ce voile fait corps avec la Croix comme s'il en était une expansion mystique assurant protection de sollicitude à la Mère.

Là dessous, comme sous un pavillon, la tête et le corps de la Vierge dessine un petit personnage très fin. Une main se pose maternellement sur la cuisse , l'autre sur l'épaule du Crucifié. 

Celui-ci, étendu sur le socle en demi-sphère, ne montre pas clairement ses plaies. Mais, point remarquable, ses cheveux forme une longue tresse, mais pas exactement une couronne d'épines, en reprenant le style du sculpteur du Folgoët avec ses mèches torsadées.

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Le calvaire (kersanton, premier atelier du Folgoët, entre 1433 et 1457) de l'église de Plomodiern.

Le calvaire (kersanton, premier atelier du Folgoët, entre 1433 et 1457) de l'église de Plomodiern.

Le calvaire (kersanton, premier atelier du Folgoët, entre 1433 et 1457) de l'église de Plomodiern.

Le calvaire (kersanton, premier atelier du Folgoët, entre 1433 et 1457) de l'église de Plomodiern.

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II. LA FACE SECONDAIRE : LE CHRIST DU JUGEMENT.

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C'est une très belle figure, qui confère au calvaire toute sa valeur. Valeur thématique, nous l'avons vu, puisque ce Christ du Jugement vêtu du manteau glorieux et exposant les plaies de ses mains, de ses pieds et de son flanc en témoignage de sa victoire sur la Mort ne se retrouve pas ailleurs sauf à Argol et Châteaulin. 

Valeur esthétique puisque l'équilibre de la composition de sa station assise sur l'Arc-en-ciel (sa Parousie est un évènement cosmique) et les pieds sur la demi-sphère du Monde est parfaitement réussi.

"Au revers, le Christ du Jugement Dernier est assis en majesté sur un arc-en-ciel. Il est drapé d'un manteau fermé sous le cou, les plis formant tablier sur le devant : il laisse à découvert son ventre rond au nombril creux. Il lève les bras, les coudes collés au corps, montrant ses plaies. Son visage est carré, aux traits nets et francs, le nez droit, les yeux ourlés de doubles paupières. Les lèvres sont entrouvertes. Les cheveux sont méchés et ondulés, séparés en deux au milieu du crâne. Les grandes oreilles à l'anthélix très large ressemblent elles aussi à celles que réalisent ordinairement le maître du Folgoët. Le cou épais et les lèvres fines sont semblables à ceux de la Vierge à l'Enfant du calvaire de Rumengol. Ici aussi, l'œuvre parait inachevé. Le cou n'est pas complètement dégagé de sa gangue de pierre." (E. Le Seac'h p. 94)

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On remarque un trou, sur le socle, où un accessoire (orbe terrestre ?) devait être fixé.

 

 

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Le calvaire (kersanton, premier atelier du Folgoët, entre 1433 et 1457) de l'église de Plomodiern.

Le calvaire (kersanton, premier atelier du Folgoët, entre 1433 et 1457) de l'église de Plomodiern.

Le calvaire (kersanton, premier atelier du Folgoët, entre 1433 et 1457) de l'église de Plomodiern.

Le calvaire (kersanton, premier atelier du Folgoët, entre 1433 et 1457) de l'église de Plomodiern.

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Comparaison avec le Christ du Jugement de Châteaulin :

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Calvaire (kersantite, XVe siècle) de l'église Notre-Dame de Châteaulin. Photographie lavieb-aile.

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SOURCES ET LIENS.

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—CASTEL (Yves-Pascal), 1980, Atlas des croix et calvaires du Finistère.

https://societe-archeologique.du-finistere.org/croix/plomodiern.html

1606. Plomodiern, église no 1, g. k. 4,50 m. XVè s. Deux degrés. Socle octogonal. Fût rond, petites griffes en haut. Croix monolithe à branches rondes, fleurons carrés, dais, crucifix, Jean, la Vierge, Pietà sous les pieds du crucifix, Christ du Jugement. [YPC 1980]

—COUFFON (Renné), LE BARS (Alfred), 1988, notice sur Plomodiern, Nouveau répertoire des églises et chapelles du diocèse de Quimper

https://www.diocese-quimper.fr/wp-content/uploads/2021/01/PLOMODIE.pdf

"Au chevet de l'église, croix monolithe, kersanton : Vierge et saint Jean, Pietà sous le Crucifix"

—DILASSER (Maurice), 1979, Locronan et sa région.

— LE SEAC'H (Emmanuelle), 2014, Sculpteurs sur pierre en Basse-Bretagne. Les ateliers du XVe au XVIe siècle. Presses Universitaires de Rennes.

 

THOMAS (Jean), 1966, Plomodiern en Porzay (Quimper) 

https://bibliotheque.diocese-quimper.fr/files/original/e663f926be69f768695d88ad4add5213.pdf

". Près de l'église paroissiale, la croix qui rappelle l'ancien cimetière, est remarquable par la finesse du travail. Au haut d'un long fût elle présente un dais de couronnement comme celle de Kroaz Paol en Lampaul-Guimiliau. En avant le Christ en croix entre Saint Jean et une sainte femme ; à ses pieds une Pieta. En arrière un Ecce homo. Cette croix est du début du 19' siècle."

2. Au milieu du cimetière, la grande croix qui domine les tombes est du modèle ordinaire des ateliers de Landerneau il y a 70 ans. On y lit : 1875, Celton recteur, Balcon Maire, S. Colin Trésorier. Elle rappelle la bénédiction du nouveau cimetière."

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Published by jean-yves cordier - dans Calvaires Kersanton Sculptures Atelier ducal du Folgoët
22 décembre 2022 4 22 /12 /décembre /2022 22:36

Fragments d'un calvaire  (statue géminée de Jean et Pierre) et statue d'un évêque, sculptées par Roland Doré, kersantite, vers   1630-1650, restitués par les Douanes à la commune de  Crozon.

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Voir aussi :

 

 

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 Voir les œuvres de Roland Doré :

 

 

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PRÉSENTATION.

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En 2014, dans Sculpteurs sur pierre en Basse-Bretagne, Emmanuelle Le Seac'h publiait le catalogue raisonné du sculpteur du Roi Roland Doré, actif, exclusivement dans la taille du kersanton de 1618 à 1663 à Landerneau pour plus de 82 paroisses, principalement de Cornouailles et du Léon. Elle dénombrait 89 statues pour 25 paroisses, parmi lesquelles 54 apôtres sous les porches, et les personnages d'une petite centaine de croix et calvaires, mais aussi des fontaines, des fonts baptismaux et des gisants.

Pour les calvaires, elle prenait pour type celui de Seven-Léhart et ses 18 personnages. Je renvoie à ma description qui permettra de comparer les deux statues présentées ici.

Dans un paragraphe "Vestiges de croix et clavaires", elle écrivait : "Dans les presbytères (Cast, Châteaulin, Crozon, Douarnenez-Tréboul), ossuaires (Pleyben, Sizun), les vestiges de croix disparues ne manquent pas." Précisément, page 341, elle mentionnait:

Crozon. Presbytère. Vestige de calvaire, saint Pierre, kersanton.

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Néanmoins, cette statue de saint Pierre n'était pas mentionnée dans le remarquable Atlas des croix et calvaires du Finistère d'Yves-Pascal Castel, premier vulgarisateur (après R. Couffon, cf. bibliographie) enthousiaste  de l'œuvre de Roland Doré.

Lorsque j'ai dressé pour ce blog mon inventaire photographique commenté de ce corpus, à partir de 2017, je me suis rendu au presbytère de Crozon, mais celui-ci était en travaux pour une restauration approfondie, et je n'ai pas pu consacrer à ce patrimoine de Crozon un article sur ce saint Pierre, dont aucune description et aucune photographie n'était alors disponible.

Mais le 15 février 2022, les Douanes françaises restituaient à la commune deux statues de kersanton, dont l'une, géminée, était consacrée aux saints Jean et Pierre, et l'autre à un saint évêque. Voir ANNEXE.

Dés lors, cette statue "de saint Pierre" signalée par E. Le Seac'h se révélait appartenir à un calvaire (les statues géminées, sculptées d'un personnage différent sur chaque face, ne sont présentes que sur les calvaires), ce qui affirmait — donnée ignorée— l'existence d'un calvaire à Crozon, sans doute dressé au milieu du cimetière de l'église... Saint-Pierre.

Mais aucune trace de ce calvaire n'est conservée. Parmi les 13 croix et calvaires de la presqu'île, deux (croix de Saint-Gildas et croix de Run Leïdez) dateraient du XVe siècle. Le calvaire de Tal ar Groas est le mieux conservé, et j'ai attribué sa Vierge de Pitié en kersanton à l'atelier Prigent de Landerneau (1527-1577).

On peut parier que ce calvaire suivait les canons habituels : la statue géminée était placée, sur un croisillon, à gauche du Christ en croix, tournée pour présenter vers l'ouest la représentation de saint Jean tandis que la Vierge éplorée occupait le bras droit du croisillon. Vu du côté opposé qui était tourné vers l'est, on voyait saint Pierre sur la gauche tandis que, dans le dos de la Vierge, un autre personnage , sans doute Marie-Madeleine tenant le flacon d'aromate, était présent.

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Repère chronologique pour l'église de Crozon.

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L'église actuelle date de 1900, et le clocher de 1866. Elle succéda à un édifice du XVIe siècle dont elle conserve le porche sud. Sous la tour du clocher on lit une inscription de 1602 (A.P. KERAUDREN FABRIQUE / A. SENECHAL P. ANIBRAS R. GALLOU ) et sur le campanile une inscription de 1615 ( H. LE DU FABRIQUE . J : LE BRAZ . BE : GRENOU L'AN 1615).

L'objet  le plus ancien est le reliquaire des dix-mille martyrs, daté du premier quart du XVIe siècle (il a été fait faire par "Gouzien", et on sait que Hervé Gouzien était recteur de Crzozon en 1516). Sans doute à la même époque fut réalisé le retable des dix-mille martyrs.

Des missions du Père Maunoir ont été prêchées entre 1654 et 1683, et le père Julien Maunoir a alors composé un Cantiques des Dix-mille martyrs.

Le retable du Rosaire a été exécuté par Maurice Le Roux en 1664.

L'orgue a été réalisé à Quimper  par Thomas Dallam vers 1680-1690.

La chaire de 1679-1680, faite par Louis Bariou et son gendre, menuisiers à Quimper, est également conservée, avec ses panneaux dédiés à la vie de saint Pierre.

Les fonts baptismaux en granite porte la date de 1742.

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Un inventaire patrimonial de 1978 par Louis Calvez.

En 1978, le recteur Louis Calvez a dressé un inventaire des biens patrimoniaux de l'église et des chapelles de la presqu'île. Il n'y décrit ni calvaire, ni fragment de calvaire, ni statue de saint Pierre ou de saint Jean en kersanton... mais il signale un saint évêque en kersanton à la sacristie, mesurant 70 cm de haut.

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Présence des statues à l'Arc-en-Ciel ?

Certains se souviennent d'avoir vus ces statues dans le local de l'accueil paroissial L'Arc-en-Ciel, construit vers 1990 à côté du presbytère.

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Stockées pendant les travaux.

Pendant les travaux de restauration du presbytère, les statues ont été stockées dans un hangar adjacent au bâtiment. C'est là qu'elles furent dérobées, sans qu'on s'en aperçoive : le vol n'avait pas été ni constaté ni signalé lorsque les Douanes les retrouvèrent.

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VUE D'ENSEMBLE.

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Les deux statues sont photographiées ici placées, le temps de ces clichés, contre le mur nord de l'église.

La statue géminée porte les marques blanches en disques de lichens incrustants, qui témoignent d'un séjour à l'extérieur.

Le kersanton (kersantite, bien différent du granite qui s'altère avec le temps), gris sombre, est d'un faciès moyen ou fin.

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Statue géminée de Jean et Pierre et statue d'un évêque (Roland Doré, kersantite, vers   1630-1650) à l'église Saint-Pierre de  Crozon. Photographie lavieb-aile décembre 2022.

Statue géminée de Jean et Pierre et statue d'un évêque (Roland Doré, kersantite, vers   1630-1650) à l'église Saint-Pierre de  Crozon. Photographie lavieb-aile décembre 2022.

Statue géminée de Jean et Pierre et statue d'un évêque (Roland Doré, kersantite, vers   1630-1650) à l'église Saint-Pierre de  Crozon. Photographie lavieb-aile décembre 2022.

Statue géminée de Jean et Pierre et statue d'un évêque (Roland Doré, kersantite, vers   1630-1650) à l'église Saint-Pierre de  Crozon. Photographie lavieb-aile décembre 2022.

Statue géminée de Jean et Pierre et statue d'un évêque (Roland Doré, kersantite, vers   1630-1650) à l'église Saint-Pierre de  Crozon. Photographie lavieb-aile décembre 2022.

Statue géminée de Jean et Pierre et statue d'un évêque (Roland Doré, kersantite, vers   1630-1650) à l'église Saint-Pierre de  Crozon. Photographie lavieb-aile décembre 2022.

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I. LA STATUE GÉMINÉE D'UN CALVAIRE : SAINT JEAN (kersanton, Roland-Doré, milieu XVIIe siècle).

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Les personnages de Roland Doré se reconnaissent  à leurs yeux dont l' amande presque losangique est soulignée d'un trait creux et dont les   pupilles en drupe sont souvent creusées. Les visages sont ronds au dessus d'un étage inférieur triangulaire à petit menton rond. La bouche, très caractéristique, est fine, figée en demi-sourire énigmatique, avec des commissures creusées en fossettes.

 Saint Jean accompagne la Vierge sur les croix et calvaires. Sa gestuelle varie peu : soit les deux mains sont , comme ici, posées sur la poitrine, (Seznec à Plogonnec, N.D de Kerluan à Châteaulin, Commana, Saint-Nicodème à Ploéven (1637), Tinduff à Plougastel, Saint-Vendal à Douarnenez), soit  une seule main est sur la poitrine, l'autre étant cachée sous sa tunique (Sainte-Anne-la-Palud à Plonévez-Porzay). Plus rarement, il serre le pan de sa tunique et appuie un livre fermé contre sa poitrine (Coatnan à Irvillac) . Parfois il joint les mains, les doigts entrelacés (Plogonnec) ou il tient un livre dans le creux formé par sa main gauche (Cast, 1660). Sa physionomie est partout similaire. Le seul changement appréciable se voit dans sa chevelure qui est soit lisse (Seznec ou Saint-Pierre à Plogonnec, Commana, Tinduff à Plougastel, à l'ouest de l'église de Plounéour-Ménez en 1641, soit, comme ici,  bouclée (Saint-Nicodème à Ploéven en 1637, Coatnan à Irvillac en 1644, Saint-Vendal à Douarnenez (1655) , Sainte-Anne-la-Palud à Ploénevz-Porzay, Saint-Nic, Cast) comme elle l'est sur les gisants. Cette différence dans le traitement de la chevelure se fait  d'une manière aléatoire sans que l'on puisse repérer une évolution chronologique : on ne peut en déduire un élément pour dater la statue de Crozon.

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En tout cas, ce saint Jean de Crozon est tout à fait typique, et l'attribution à Roland Doré est évidente. Le creusement des pupilles est moins accentué que pour les deux autres statues, mais est réel.

 

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Statue géminée de saint Jean  (Roland Doré, kersantite, vers   1630-1650) à l'église Saint-Pierre de  Crozon. Photographie lavieb-aile décembre 2022.

Statue géminée de saint Jean (Roland Doré, kersantite, vers   1630-1650) à l'église Saint-Pierre de  Crozon. Photographie lavieb-aile décembre 2022.

Statue géminée de saint Jean  (Roland Doré, kersantite, vers   1630-1650) à l'église Saint-Pierre de  Crozon. Photographie lavieb-aile décembre 2022.

Statue géminée de saint Jean (Roland Doré, kersantite, vers   1630-1650) à l'église Saint-Pierre de  Crozon. Photographie lavieb-aile décembre 2022.

Statue géminée de saint Jean  (Roland Doré, kersantite, vers   1630-1650) à l'église Saint-Pierre de  Crozon. Photographie lavieb-aile décembre 2022.

Statue géminée de saint Jean (Roland Doré, kersantite, vers   1630-1650) à l'église Saint-Pierre de  Crozon. Photographie lavieb-aile décembre 2022.

Statue géminée de saint Jean  (Roland Doré, kersantite, vers   1630-1650) à l'église Saint-Pierre de  Crozon. Photographie lavieb-aile décembre 2022.

Statue géminée de saint Jean (Roland Doré, kersantite, vers   1630-1650) à l'église Saint-Pierre de  Crozon. Photographie lavieb-aile décembre 2022.

Statue géminée de saint Jean  (Roland Doré, kersantite, vers   1630-1650) à l'église Saint-Pierre de  Crozon. Photographie lavieb-aile décembre 2022.

Statue géminée de saint Jean (Roland Doré, kersantite, vers   1630-1650) à l'église Saint-Pierre de  Crozon. Photographie lavieb-aile décembre 2022.

Statue géminée de saint Jean  (Roland Doré, kersantite, vers   1630-1650) à l'église Saint-Pierre de  Crozon. Photographie lavieb-aile décembre 2022.

Statue géminée de saint Jean (Roland Doré, kersantite, vers   1630-1650) à l'église Saint-Pierre de  Crozon. Photographie lavieb-aile décembre 2022.

Statue géminée de saint Jean  (Roland Doré, kersantite, vers   1630-1650) à l'église Saint-Pierre de  Crozon. Photographie lavieb-aile décembre 2022.

Statue géminée de saint Jean (Roland Doré, kersantite, vers   1630-1650) à l'église Saint-Pierre de  Crozon. Photographie lavieb-aile décembre 2022.

Statue géminée de saint Jean  (Roland Doré, kersantite, vers   1630-1650) à l'église Saint-Pierre de  Crozon. Photographie lavieb-aile décembre 2022.

Statue géminée de saint Jean (Roland Doré, kersantite, vers   1630-1650) à l'église Saint-Pierre de  Crozon. Photographie lavieb-aile décembre 2022.

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II. LA STATUE GÉMINÉE D'UN CALVAIRE : SAINT PIERRE (kersanton, Roland-Doré, milieu XVIIe siècle).

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Saint Pierre s'identifie par sa clef et par la houppe de sa calvitie frontale, et, comme apôtre à son livre et à ses pieds nus.

Les pupilles sont très clairement creusées sur des globe en drupe.

Les boutons de la robe, ici au nombre de trois, sont parfois moins nombreux.

Pierre est le saint qui revient le plus souvent sous le ciseau de Doré. Il apparaît à Locmélar d'Irvillac, à Dinéault, sur les calvaires de la chapelle Saint-Guénolé et de la chapelle Saint-Claude (1630) de Plougastel,de la chapelle de Sainte-Anne-la-Palud, de celle de Saint-Nicodème en Ploéven et de celle de Landrevet à Esquibien.  Mais aussi à Crozon ; à Irvillac sur le calvaire (1644) avec deux bras courbes situé devant la chapelle Notre-Dame-de-Lorette au lieu-dit Coatnan ; à Plogonnec sur le calvaire (1644) de la chapelle Saint-Pierre ; à Plounéour-Ménez sur le calvaire (1641) de l'église ; et à Saint-Thégonnec, sur le calvaire de Bodéniry (1632). Ou encore à Dinéault sur le calvaire de Croaz-Moudennou.

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Statue géminée de saint Pierre  (Roland Doré, kersantite, vers   1630-1650) à l'église Saint-Pierre de  Crozon. Photographie lavieb-aile décembre 2022.

Statue géminée de saint Pierre (Roland Doré, kersantite, vers   1630-1650) à l'église Saint-Pierre de  Crozon. Photographie lavieb-aile décembre 2022.

Statue géminée de saint Pierre  (Roland Doré, kersantite, vers   1630-1650) à l'église Saint-Pierre de  Crozon. Photographie lavieb-aile décembre 2022.

Statue géminée de saint Pierre (Roland Doré, kersantite, vers   1630-1650) à l'église Saint-Pierre de  Crozon. Photographie lavieb-aile décembre 2022.

Statue géminée de saint Pierre  (Roland Doré, kersantite, vers   1630-1650) à l'église Saint-Pierre de  Crozon. Photographie lavieb-aile décembre 2022.

Statue géminée de saint Pierre (Roland Doré, kersantite, vers   1630-1650) à l'église Saint-Pierre de  Crozon. Photographie lavieb-aile décembre 2022.

Statue géminée de saint Pierre  (Roland Doré, kersantite, vers   1630-1650) à l'église Saint-Pierre de  Crozon. Photographie lavieb-aile décembre 2022.

Statue géminée de saint Pierre (Roland Doré, kersantite, vers   1630-1650) à l'église Saint-Pierre de  Crozon. Photographie lavieb-aile décembre 2022.

Statue géminée de saint Pierre  (Roland Doré, kersantite, vers   1630-1650) à l'église Saint-Pierre de  Crozon. Photographie lavieb-aile décembre 2022.

Statue géminée de saint Pierre (Roland Doré, kersantite, vers   1630-1650) à l'église Saint-Pierre de  Crozon. Photographie lavieb-aile décembre 2022.

Statue géminée de saint Pierre  (Roland Doré, kersantite, vers   1630-1650) à l'église Saint-Pierre de  Crozon. Photographie lavieb-aile décembre 2022.

Statue géminée de saint Pierre (Roland Doré, kersantite, vers   1630-1650) à l'église Saint-Pierre de  Crozon. Photographie lavieb-aile décembre 2022.

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III. LA STATUE DU SAINT ÉVÊQUE (kersanton, Roland-Doré, milieu XVIIe siècle)..

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Cette statue est de taille inférieure à la statue géminée précédente. Elle ne porte pas d'incrustations de lichens.

L'évêque porte les attributs épiscopaux, que sont la mitre, la crosse tenue à gauche, et le geste de bénédiction paume en avant. Aucun attribut ne permet de l'identifier parmi les nombreux saints évêques bretons.

Ses cheveux sont longs et tombent sur les épaules. Son visage est d'un ovale peu allongé. Les yeux aux pupilles creusées sont comme deux olives dénoyautées entre les paupières saillantes. L'arête du nez est fine. Le philtrum est à peine souligné.  Le sourire doréen, se reconnaît aux deux fossettes qui creusent les commissures, tandis que les deux lèvres sont avancées.

La chape, ou manteau, tombe jusqu'au sol, et ses pans sont réunis par un fermail comparable à une sangle, dont le mors est un cabochon prismatique. Il recouvre le surplis, un deuxième vêtement un peu plus long , et une cotte talaire également plissée. Le saint, en avançant à peine la jambe droite, fait apparaître en museau de souris la courbe arrondie d'une solide chaussure.

Les fanons de la mitre ne sont pas (ou pas clairement) détaillés.

La crosse est brisée au dessus du nœud, et des coulées de cire montre qu'on a jadis placé un cierge dans le creux du nœud.

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Là encore, l'attribution à l'atelier de Roland Doré ne se discute pas tant le style se reconnaît immédiatement.

On peut, pour s'en convaincre, le comparer aux saints évêques des statues géminées du cimetière de La Forest-Landerneau, de celui de Rosnoën,  du Passage à Plougastel, de Locmélar d'Irvillac, de Saint-Vendal à Pouldavid-Douarnenez (où un poisson permet d'identifie saint Corentin),  de Saint-Nicodème de Ploéven et de la chapelle Seznec de Plogonnec (voir liens supra).

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Statue géminée de saint Pierre  (Roland Doré, kersantite, vers   1630-1650) à l'église Saint-Pierre de  Crozon. Photographie lavieb-aile décembre 2022.

Statue géminée de saint Pierre (Roland Doré, kersantite, vers   1630-1650) à l'église Saint-Pierre de  Crozon. Photographie lavieb-aile décembre 2022.

Statue géminée de saint Pierre  (Roland Doré, kersantite, vers   1630-1650) à l'église Saint-Pierre de  Crozon. Photographie lavieb-aile décembre 2022.

Statue géminée de saint Pierre (Roland Doré, kersantite, vers   1630-1650) à l'église Saint-Pierre de  Crozon. Photographie lavieb-aile décembre 2022.

Statue géminée de saint Pierre  (Roland Doré, kersantite, vers   1630-1650) à l'église Saint-Pierre de  Crozon. Photographie lavieb-aile décembre 2022.

Statue géminée de saint Pierre (Roland Doré, kersantite, vers   1630-1650) à l'église Saint-Pierre de  Crozon. Photographie lavieb-aile décembre 2022.

Statue géminée de saint Pierre  (Roland Doré, kersantite, vers   1630-1650) à l'église Saint-Pierre de  Crozon. Photographie lavieb-aile décembre 2022.

Statue géminée de saint Pierre (Roland Doré, kersantite, vers   1630-1650) à l'église Saint-Pierre de  Crozon. Photographie lavieb-aile décembre 2022.

Statue géminée de saint Pierre  (Roland Doré, kersantite, vers   1630-1650) à l'église Saint-Pierre de  Crozon. Photographie lavieb-aile décembre 2022.

Statue géminée de saint Pierre (Roland Doré, kersantite, vers   1630-1650) à l'église Saint-Pierre de  Crozon. Photographie lavieb-aile décembre 2022.

Statue géminée de saint Pierre  (Roland Doré, kersantite, vers   1630-1650) à l'église Saint-Pierre de  Crozon. Photographie lavieb-aile décembre 2022.

Statue géminée de saint Pierre (Roland Doré, kersantite, vers   1630-1650) à l'église Saint-Pierre de  Crozon. Photographie lavieb-aile décembre 2022.

Statue géminée de saint Pierre  (Roland Doré, kersantite, vers   1630-1650) à l'église Saint-Pierre de  Crozon. Photographie lavieb-aile décembre 2022.

Statue géminée de saint Pierre (Roland Doré, kersantite, vers   1630-1650) à l'église Saint-Pierre de  Crozon. Photographie lavieb-aile décembre 2022.

Statue géminée de saint Pierre  (Roland Doré, kersantite, vers   1630-1650) à l'église Saint-Pierre de  Crozon. Photographie lavieb-aile décembre 2022.

Statue géminée de saint Pierre (Roland Doré, kersantite, vers   1630-1650) à l'église Saint-Pierre de  Crozon. Photographie lavieb-aile décembre 2022.

Statue géminée de saint Pierre  (Roland Doré, kersantite, vers   1630-1650) à l'église Saint-Pierre de  Crozon. Photographie lavieb-aile décembre 2022.

Statue géminée de saint Pierre (Roland Doré, kersantite, vers   1630-1650) à l'église Saint-Pierre de  Crozon. Photographie lavieb-aile décembre 2022.

Statue géminée de saint Pierre  (Roland Doré, kersantite, vers   1630-1650) à l'église Saint-Pierre de  Crozon. Photographie lavieb-aile décembre 2022.

Statue géminée de saint Pierre (Roland Doré, kersantite, vers   1630-1650) à l'église Saint-Pierre de  Crozon. Photographie lavieb-aile décembre 2022.

Statue géminée de saint Pierre  (Roland Doré, kersantite, vers   1630-1650) à l'église Saint-Pierre de  Crozon. Photographie lavieb-aile décembre 2022.

Statue géminée de saint Pierre (Roland Doré, kersantite, vers   1630-1650) à l'église Saint-Pierre de  Crozon. Photographie lavieb-aile décembre 2022.

Statue géminée de saint Pierre  (Roland Doré, kersantite, vers   1630-1650) à l'église Saint-Pierre de  Crozon. Photographie lavieb-aile décembre 2022.

Statue géminée de saint Pierre (Roland Doré, kersantite, vers   1630-1650) à l'église Saint-Pierre de  Crozon. Photographie lavieb-aile décembre 2022.

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LES TRACES D'UNE RESTAURATION AU CIMENT-PIERRE.

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De nombreuses marques claires témoignent de réparations à ce qui ressemble à du ciment-pierre, reconstituant la continuité des plis ou de la hampe de la crosse, ou restaurant la corne de la mitre, tandis que l'aspect plus sombre de certains endroits (main droite) trahit d'autres interventions.

Les clichés de détail montrent ces interventions.

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Statue géminée de saint Pierre  (Roland Doré, kersantite, vers   1630-1650) à l'église Saint-Pierre de  Crozon. Photographie lavieb-aile décembre 2022.

Statue géminée de saint Pierre (Roland Doré, kersantite, vers   1630-1650) à l'église Saint-Pierre de  Crozon. Photographie lavieb-aile décembre 2022.

Statue géminée de saint Pierre  (Roland Doré, kersantite, vers   1630-1650) à l'église Saint-Pierre de  Crozon. Photographie lavieb-aile décembre 2022.

Statue géminée de saint Pierre (Roland Doré, kersantite, vers   1630-1650) à l'église Saint-Pierre de  Crozon. Photographie lavieb-aile décembre 2022.

Statue géminée de saint Pierre  (Roland Doré, kersantite, vers   1630-1650) à l'église Saint-Pierre de  Crozon. Photographie lavieb-aile décembre 2022.

Statue géminée de saint Pierre (Roland Doré, kersantite, vers   1630-1650) à l'église Saint-Pierre de  Crozon. Photographie lavieb-aile décembre 2022.

Statue géminée de saint Pierre  (Roland Doré, kersantite, vers   1630-1650) à l'église Saint-Pierre de  Crozon. Photographie lavieb-aile décembre 2022.

Statue géminée de saint Pierre (Roland Doré, kersantite, vers   1630-1650) à l'église Saint-Pierre de  Crozon. Photographie lavieb-aile décembre 2022.

Statue géminée de saint Pierre  (Roland Doré, kersantite, vers   1630-1650) à l'église Saint-Pierre de  Crozon. Photographie lavieb-aile décembre 2022.

Statue géminée de saint Pierre (Roland Doré, kersantite, vers   1630-1650) à l'église Saint-Pierre de  Crozon. Photographie lavieb-aile décembre 2022.

Statue géminée de saint Pierre  (Roland Doré, kersantite, vers   1630-1650) à l'église Saint-Pierre de  Crozon. Photographie lavieb-aile décembre 2022.

Statue géminée de saint Pierre (Roland Doré, kersantite, vers   1630-1650) à l'église Saint-Pierre de  Crozon. Photographie lavieb-aile décembre 2022.

Statue géminée de saint Pierre  (Roland Doré, kersantite, vers   1630-1650) à l'église Saint-Pierre de  Crozon. Photographie lavieb-aile décembre 2022.

Statue géminée de saint Pierre (Roland Doré, kersantite, vers   1630-1650) à l'église Saint-Pierre de  Crozon. Photographie lavieb-aile décembre 2022.

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CONCLUSION.

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On mesure la valeur considérable des statues retrouvées, et on ne peut que louer et remercier les Douanes de leur vigilance. 

À mon sens, il est nécessaire de les classer au titre d'objet pour mieux les protéger.

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ANNEXE I. LA RÉCUPÉRATION PAR LA DOUANE DES STATUES VOLÉES.

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"La douane de Bretagne remet deux statues volées à la paroisse de Crozon

La douane de Bretagne a restitué le 14 décembre 2022, à la paroisse de Crozon, deux statues volées à l’occasion d’un chantier de rénovation du Presbytère ayant eu lieu en décembre 2018.

La cérémonie, s’est tenue en présence des agents de la brigade des douanes de Roscoff ayant bloqué la première statue à sa sortie de France et d’officiers de douane judiciaire du Service d’enquêtes judiciaires des finances (SEJF) ayant réalisé l’enquête qui a permis de retrouver la seconde. L’occasion de revenir sur les circonstances de cette heureuse issue.

Lors du contrôle des passagers à l’embarquement d’un ferry à destination de Plymouth, le 22 octobre 2019, les agents des douanes de Roscoff découvrent une statue sculptée en pierre. Le ressortissant britannique qui la détient, indique l’avoir achetée 1 500 € à un antiquaire de la région. Il ne peut présenter aucun document autorisant la sortie de France de cet objet, les douaniers bloquent donc la statue en attendant son expertise.

L’experte, conservatrice au ministère de la culture, confirme quelques jours plus tard qu’il s’agit d’une sculpture du XVIIème siècle, réalisée dans un bloc de kersantite, une roche proche du granit, provenant de la région de Brest. Cette pièce géminée représente Saint-Pierre et Saint-Jean l’Évangéliste. Elle a probablement été réalisée par le sculpteur Roland Doré (1618-1660) dont les œuvres sont très répandues dans les enclos paroissiaux bretons. Provenant d’un calvaire du XVIIème siècle, la statue correspond bien à la définition de « bien culturel » au sens du code du patrimoine. Pour quitter la France, elle est soumise à la présentation d’un certificat délivré par le ministère chargé de la culture.

Les faits sont dénoncés au parquet de Brest, qui saisit le SEJF pour mener l’enquête judiciaire. En effet, le non-respect des formalités relatives aux biens culturels constitue à la fois un délit douanier et un délit pénal.

L’enquête diligentée par le SEJF révèle que la statue a été volée à l’occasion d'un chantier de rénovation du presbytère de Crozon. Le voleur, qui a également dérobé une deuxième statue, est identifié. Un antiquaire de la région est mis en cause dans cette affaire. Il avait vendu la première statue à un autre antiquaire pour une exportation en Angleterre et la deuxième statue à un particulier français.

L’auteur du vol a été condamné par le tribunal judiciaire de Brest, le 4 juillet 2022 à une peine d’emprisonnement de 3 mois avec sursis et au paiement de dommages et intérêts au bénéfice de la paroisse de Crozon. L’antiquaire a également été condamné à une peine de 3 mois d’emprisonnement avec sursis et au paiement d’une amende douanière de 800 euros.

Fidèle à sa devise, « Agir pour protéger », la douane française lutte contre les trafics de biens culturels. En 2021, les services douaniers français ont réalisé 36 constatations en matière de trafics de biens culturels et saisi 6377 objets. Au terme des procédures, ces objets sont rendus à leurs légitimes propriétaires s’ils ont pu être identifiés, à des musées ou aux pays étrangers dont ils sont être originaires."

https://www.douane.gouv.fr/actualites/la-douane-de-bretagne-remet-deux-statues-volees-la-paroisse-de-crozon

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ANNEXE II. ROLAND DORÉ ET SES 50 CALVAIRES.

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Le sculpteur landernéen dont l'atelier de taille du kersanton est le plus renommé du XVIIe siècle a travaillé pour 82 paroisses (Finistère, Côtes d'Armor) essentiellement pour la sculpture religieuse (et 9 gisants). Il a réalisé les séries d'apôtres de 4 églises, partiellement de 4 autres et quantité de statues isolées. Selon E. Le Seac'h, il a réalisé 97 croix, calvaires ou vestiges dont 21 croix, 50 calvaires, 26 vestiges. Seuls 12 croix et 15 calvaires sont encore complets. 41 croix et calvaires sont datés, entre 1618 à Penmarc'h et 1662 à Saint-Thégonnec.

Voici une liste de 75 croix et calvaires  dont beaucoup décrits dans ce blog)

 

  • Brennilis : croix de calvaire du cimetière (vers 1625) . Ange, Crucifix, Pietà,

  • Briec de l'Odet, Croix de la chapelle de Trolez (Seul le crucifix est de Roland Doré)

  • Cast, calvaire de l'église Saint-Jérôme : (1660), GLINEC, recteur, Jacob CROISSANT, fabricien. Vierge, Madeleine, crucifix, Jean, saint au livre.

  • Châteaulin, calvaire (1639) de la chapelle de Kerluan : Vierge, crucifix, Jean (et sur le fût saint Sébastien et saint Roch, hors atelier).

  • Cléden-Cap-Sizun : calvaire (1630) de la chapelle Saint-They. Vierge, Jacques le Majeur en haut du fût .

  • Cleder, croix de Kerzuoc'h (1625), Messire PRISER, procureur

  • Commana : calvaire du cimetière (1624), signé. Vierge/saint Hervé et son guide ; crucifix ; moine au livre ; Jean/moine, écu martelé

  • Crozon, presbytère, vestige de calvaire, saint Pierre.

  • Dinéault, calvaire (1648 et 1650), A. LE BUILLER, L. GARO fabriciens. Crucifix, Christ aux liens.

  • Dirinon, calvaire de la Croix-Rouge, Jean/saint Roch ; crucifix, Vierge/Sébastien

  • Douarnenez, calvaire de la chapelle Saint-Vendal (1655), GAVRANT, recteur de Pouldregat, I. LE BIAN. Vierge/Corentin ; crucifix ; Vierge à l'enfant/Jean ; évêque

  • Douarnenez-Tréboul, vestige de calvaire, Jean/Corentin, Vierge/Nicolas

  • Esquibien : calvaire de Landrevet Jean/ saint indéterminé ; crucifix /Vierge à l'Enfant ; Pierre/Vierge

  • Le Folgoët, croix du Champ de Foire. Crucifix

  • Guiclan, croix de Kerizamel

  • Guiclan, calvaire de Kerlaviou (1622)

  • Guiclan, calvaire de Pen-ar-Feuteun (1642), [Jean/Yves par Yan Larhantec 1889] ; crucifix ; Vierge/Catherine.

  • Hanvec : croix de la forêt du Cranou (1627), vestige. Il appartenait à la chapelle Saint-Conval mais il ne subsiste que le fût portant l'inscription : « R. Dore : ma : faict : 1627 ».

  • Hanvec, Croas-ar-Huré (1621-1622) M. MICHEL, P. BRIS CVRE. Crucifix, écu au calice, anges à phylactères.

  • Hanvec, calvaire de Quillafel (1638), NICOLAS JACQUES, prêtre

  • Hanvec, croix de Lanvoy ; seul le crucifix /Vierge à l'enfant est de Roland Doré

  • L'Hôpital-Camfrout, Croix du Run (1627), Crucifix/Vierge à l'Enfant

  • L'Hôpital-Camfrout, Calvaire du Troan, vestiges : anges au calice

  • Irvillac : calvaire (1644) avec deux bras courbes situé devant la chapelle Notre-Dame-de-Lorette au lieu-dit Coatnan. Larrons, Vierge/Yves ; Jean/Pierre

  • Irvillac, calvaire de Clénunan (1640), Messire Jean LIDOU.

  • Irvillac, calvaire (1628) de la chapelle de Locmélar : Jean/Pierre ; Vierge/évêque

  • Kersaint-Plabennec, calvaire de Laven , crucifix. (En complément du travail du maître de Plougastel qui a réalisé les couples Vierge/Yves ; Jean/Etienne).

  • Lampaul-Guimiliau, calvaire (1621) de Cosquer-Bihan dit Croaz-Kernevez : crucifix/Vierge à l'enfant.

  • Lampaul-Guimiliau, calvaire de Kerjaffrès (1626), Mathieu LIVINEC fabricien, Y. KERBRAT, fabricien

  • Lannilis, calvaire de Kerosven. Vierge ; crucifix/Jean-Baptiste, Jean

  • Lantic, calvaire de l'église Notre-Dame-de-la-Cour. Crucifix/Vierge à l'enfant. Armoiries des Rosmadec et Gouarlot.

  • Loc-Éguiner-Saint-Thégonnec, calvaire du cimetière, crucifix (en complément du travail du Maître de Plougastel :Vierge/sainte Femme Pietà/Madeleine ;

  • Logonna-Daoulas, Croix de Cléménéhy (?), Salomon Pierre de Porsan . Crucifix/Vierge à l'enfant.

  • Logonna-Daoulas, calvaire de Rulivet. Crucifix. [Saint Nicodème sur le fût, saint Jean, blason des Rosmorduc, hors atelier.]

  • Loqueffret, calvaire de Bilirit (1625), Y. et Louis Belerit, fraires. Crucifix/Vierge à l'Enfant ; [et Yves ; Geneviève ; Edern, hors atelier].

  • La Martyre, vestige (fût) du calvaire de Kerlavarec (?), Béatrice CABOUN.

  • Penmarc'h, croix de Lescors (1618), crucifix.

  • Plabennec, calvaire de Scaven, crucifix.

  • Pleyber-Christ, calvaire de Kervern (1647), Yvon INISAN et Marie MADEC. Vierge/Marguerite

  • Ploéven, chapelle Saint-Nicodème : calvaire (1667) Messire S.H. MARTIN, recteur Yves QUEMENEUR, fabricien. Vierge/évêque ; Jean/Pierre

  • Plogonnec : calvaire (1644) de la chapelle Saint-Pierre. Vierge/Paul ; Jean/Pierre

  • Plogonnec : calvaire (1641) de la chapelle Seznec, Guillaume TOULGUENGAT, recteur de 1624 à 1642, René SEZNEC, recteur de 1643 à 1697.

  • Plomodiern calvaire de la chapelle Sainte-Marie-du Ménez-Hom, tête de la Vierge de la Pietà et Vierge à l'Enfant, tout le reste étant hors atelier.

  • Plonévez-Porzay : calvaire de la chapelle Sainte-Anne-la-Palud [1630-1656], Guillaume VERGOZ, recteur de 1630 à 1656, lucas BERNARD, fabricien ? Vierge/Pierre, Crucifix/Pietà ; Jean/Jacques

  • Ploubazlanec, calvaire de l'ancienne chapelle de Loguivy-de-la-Mer. Vierge et Jean

  • Ploudiry, calvaire (1633) de l'église : Crucifix et Marie-Madeleine

  • Plougastel-Daoulas, Le Passage, calvaire (1622), Jean GUIGORUS, fabricien. François d'Assise/Vierge ; crucifix/Pietà ; évêque/Jean.

  • Plougastel-Daoulas, calvaire (v.1630) de la chapelle Saint-Claude. Vierge/Yves, Pietà ; Jean/Pierre

  • Plougastel-Daoulas, calvaire (1654) de la chapelle Saint-Guénolé. Vierge/Guénolé, crucifix/Vierge à l'Enfant ; Jean/Pierre

  • Plougastel-Daoulas, calvaire (1639) du Tinduff : Le Seac'h p. 228. n. 78 et 79.

  • Ploumilliau (22), calvaire (1622) de Coz-Douar. Crucifix/Vierge à l'Enfant.

  • Plounéour-Ménez : le calvaire (1641) de l'église . Vierge/Pierre et Jean/Paul.

  • Plounéour-Ménez : croix de Kersimonnet. Vierge à l'Enfant

  • Plourin-les-Morlaix  Vestiges d'un calvaire sur le mur de l'enclos. 15 personnages dont Yves, Marie-Madeleine, les 4 évangélistes, saint Grégoire, une Piétà et une Fuite en Égypte

  • Port-Launay, calvaire (1651) de Lanvaïdic. Crucifix, culots vides.

  • Poullan-sur-Mer, calvaire (1640) de Kervignac vestiges

  • La Roche-Maurice, croix (1625) de Penmarc'h. Crucifix, macles des Rohan.

  • Rosnoën : calvaire (1648) de l'église Pierre/évêque ; Crucifix/Vierge à l'Enfant (hors atelier) ; Paul/évêque

  • Saint-Nic, calvaire de la chapelle Saint-Côme : crucifix.

  • Saint-Nic, calvaire de l'église Vierge/diacre ?; Crucifix ; Jean/diacre ?

  • Saint-Renan, croix de Quillimerrien ( ?), ADENOR AR COR et IVET AR COR, Vierge

  • Saint-Sauveur : croix de Kerbouzard Crucifix.

  • Saint-Ségal, calvaire du bourg : Vierge, Marie-Madeleine et Jean sur le socle

  • Saint-Servais, calvaire de l'église. Crucifix/Christ aux liens.

  • Saint-Servais, croix (1640) de Bréties dite Croas-Vossoc. Crucifix.

  • Saint-Thégonnec, grand calvaire de l'enclos paroissial ; Christ aux outrages

  • Saint-Thégonnec, calvaire de Bodéniry (1632), Anna BREST et Jean GUILLERM. Vierge/François d'Assise ; Jean/Yves

  • Saint-Thégonnec, croix du Broustou (1662); Crucifix

  • Saint-Thégonnec, croix de Coslen. Crucifix/Saint Joseph et l'Enfant

  • Saint-Thégonnec, croix de Hellin, 1638, Crucifix / Vierge à l'Enfant écu sur le nœud lion et calice

  • Saint-Thégonnec, croix (1629) de Pennalan. Crucifix/Vierge , écu au calice et M.H.C.P.

  • Saint-Thégonnec, croix du Keff, Vierge à l'Enfant de la niche.

  • Saint-Thégonnec, croix (1647) de Pennavern. Crucifix/Vierge à l'Enfant, écu avec fasces des Chastel en alliance avec des armoiries indéterminées.

  • Saint-Urbain : calvaire du Quinquis. Crucifix

  • Senven-Léhart : calvaire près de l'église Notre-Dame de Senven. 18 personnages.

  • Trézilidé, calvaire de l'église. Bon Larron, Pierre, Pietà, Mauvais Larron.

 

 

Mais aussi : Dinéault, croix de Ty-ar-Névez

http://www.lavieb-aile.com/2019/05/le-calvaire-de-ty-ar-nevez-ou-croaz-moudennou-a-dineault.html

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STYLISTIQUE DE ROLAND DORÉ (d'après E. Le Seac'h)

 Voir aussi infra Y.-C. Castel.

Roland Doré a sculpté uniquement dans le kersanton. Son style dépouillé, facilement reconnaissable et proche de l'épure, a contribué à établir sa réputation. Il se distingue par son souci de replacer la réalité des formes dans l'espace en allant à l'essentiel. Sa virtuosité à sculpter les visages doux de ses Vierges ou à donner un tempérament à ses œuvres profanes en fait un sculpteur d'exception. Il a débuté comme compagnon dans l'atelier du Maître de Plougastel (1585-1617) puis a entrepris une carrière prolifique à Landerneau.

— Le Christ :

Les représentations du Crucifié sont caractérisés par des corps allongés, aux longs bras noueux et aux torses presque rectangulaires avec les muscles de l'abdomen en forme de poire. Les veines du cou sont saillantes. Les Christ penchent la tête du coté droit, les yeux clos. Leurs pagnes plats sont noués sur le coté gauche. Les visages sont presque émaciés, les joues creuses mangées par une barbe et une moustache aux mèches fines. Les crucifix courts dont le canon est à cinq têtes se différencient des crucifix longs à sept têtes (Y-P. Castel).

La couronne d'épines est caractéristique, aux deux brins entrelacés en forme de carré.

 

— Les Vierges à l'Enfant : elles portent leur enfant sur le bras gauche, la main droite tenant une pomme. Elles ont le visage poupin , les yeux en amande au sillon palpébral bien dessiné. et arborent le fin sourire « doréen ». 

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SOURCES ET LIENS.
 

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—ABGRALL, (Jean-Marie). PEYRON, Paul. 1905, Notices sur les paroisses du diocèse de Quimper et de Léon. Quimper, vol. 2.

https://bibliotheque.diocese-quimper.fr/files/original/e90d8a403fd44e021397194aa434155d.pdf

 

— CALVEZ (Louis, curé doyen de Crozon), 1975, La presqu'île de Crozon, histoire, art, nature, Nouvelle Librairie de France, Paris. 

— CALVEZ (Louis), 1978, Etat de l'église et des chapelles de la presqu'île de Crozon aux environs de 1978, tapuscrit.

 

— CASTEL (Yves-Pascal), 1983,  La floraison des croix et calvaires dans le Léon sous l'influence de Mgr Roland de Neufville (1562-1613), Annales de Bretagne et des pays de l'Ouest  Année 1983  90-2  pp. 311-319

https://www.persee.fr/doc/abpo_0399-0826_1983_num_90_2_3130

— CASTEL (Yves-Pascal), 1985, Roland Doré, sculpteur du roi en Bretagne et architecte (première moitié du XVIIè siècle) , Bulletin de la Société archéologique du Finistère, Pages 97 à 156.

— CASTEL (Yves-Pascal), 1996, Du nouveau sur Roland Doré

http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/52e804fd7d01573ff17156ea10bcef19.jpg

 

 — CASTEL in DANIEL, (Françoise), 1988, Roland Doré et les enclos paroissiaux : [exposition, Morlaix, Musée des Jacobins, juillet 1988] / [exposition conçue et réalisée par Françoise Daniel] Jacobins, juillet 1988] 1 vol. (56 p.) : ill. en noir et en coul., couv. ill. en coul. ; 30 cm  D'après les travaux d'Yves-Pascal  CASTEL  .

http://bibliotheque.idbe-bzh.org/data/cle_233/roland__dore__et__les_enclos__paroissiaux.pdf

"Doré s'est forgé un style si reconnaissable que certains amateurs se refusent à y déceler ces variations, subtiles mais réelles, qui font d'un simple praticien un artiste véritable qui s'attache à renouveler sa manière.

Les anatomies des personnages se cachent sous des étoffes lourdes, les mains sont stylisées, les pieds nus dépassant la tombée des plis des tuniques se réduisent à un rang de billes inégales... Tout cela pourrait faire illusion sur le talent de l'artiste encore que nous le verrons, on repère des exceptions.

Mais il y a les visages !

Fronts bombés, lisses ou creusés de rides, selon l'âge ou le sexe des personnages, ligne des arcades sourcilières larges et franches, pommettes pleines et arrondies, un visage de Doré se reconnaît presque toujours.

Les yeux, où se réfugient la manière et les intentions de l'artiste, tout comme ses manies et ses tics, sont particulièrement typés. Les paupières en amande ont le sillon palpébral toujours indiqué. En ceci, Doré se démarque franchement du maître du calvaire de Plougastel-Daoulas, qui , supprimant tout sillon, donne toute l'importance au globe oculaire. Au contraire, dans une option naturaliste, Doré concentre l'intérêt sur l'iris. Il marque la pupille d'un creux expressif, dont la direction invite le regard de l'observateur à une mobilité qui participe à la vie de ces faces minérales.

Le sillon naso-labial est creusé, plus ou moins, s'articulant sur des lèvres relativement fines.

L'étonnant, dans ce traitement des visages, est qu'il contraste, mis à part les traits incisifs des chevelures et des barbes, avec l'agencement des drapés des vêtements et de leurs plis.

Des étoffes opaques qui masquent les corps, nous l'avons dit, dissimulant les anatomies, en quoi Doré s'engage dans un hiératisme qui l'éloigne du style de l'époque dans laquelle il s'insère. Encore que certaines grandes pièces, telle la Vierge de l'Annonciation de Saint-Thégonnec, invitent à tempérer ce jugement.

Les drapés, calmes et amples, se déploient en pans sculpturaux soulignant la majesté des volumes, tels ceux de la Madeleine du groupe de Notre-Dame-de Pitié si fascinant de Senven-Lehart.

Si les drapés sont stylisés, l'origine de leurs plis n'en demeure pas moins naturelle, structurant, en les animant tout à la fois, les silhouettes. Les plis, formés sur des étoffes épaisses et fermes, captent avec vigueur les ombres d'une sculpture destinée à vivre en plein vent, plus qu'à habiller des corps qui se font oublier.

Plis en becs caractéristiques sur les flancs des blocs sculptés. Plis en volutes, simples ou composés, aux lisières latérales. Plis en volutes simples à queue d'aronde, à étages et bouillonnants dans les pans des manteaux rebrassés. Plis couchés et repassés se chevauchant les uns les autres. Plis en accordéon, sur les manches ajustées. Plis en éventail sur les bras qui portent le manteau."

 

COUFFON (René), Le Bars (Alfred), 1988,  Nouveau répertoire des églises et chapelles, Quimper.p. 78-79.

http://backup.diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/93e1da38d77f57929b3e10b8b4f07a76.pdf

 

 — COUFFON, René, 1961, L'évolution de la statuaire en Bretagne après la guerre de succession du Duché - In: Mémoires. Société d'Emulation des Côtes-du-Nord vol. 97 (1961) p. 1-16

— DOUANES FRANÇAISES. 15 décembre 2022. "La douane remet deux statues volées à la paroisse de Crozon" – 14 décembre 2022

https://www.douane.gouv.fr/actualites/la-douane-de-bretagne-remet-deux-statues-volees-la-paroisse-de-crozon

philippe.bonnafous@douane.finances.gouv.fr

 

https://www.flickr.com/photos/douanefrance/sets/72177720304232348/

https://www.douane.gouv.fr/actualites/etiquette/biens-culturels

 

 

—DOUARD (Christel), 2010, dossier de l'Inventaire général

http://patrimoine.bzh/gertrude-diffusion/dossier/eglise-paroissiale-saint-pierre/d77c6ef9-5f66-423d-8a14-cfeef76de856

—DOUARD (Christel), 2010, Les croix et calvaires de Crozon, dossier de l'Inventaire général

https://patrimoine.bzh/gertrude-diffusion/dossier/les-croix-et-calvaires-de-la-commune-de-crozon/9fdc13b7-f5c9-4dcd-875e-8b08d212c03f

LE SEAC'H (Emmanuelle), 2014, Sculpteurs sur pierre de Basse-Bretagne. Les ateliers  du XVe au XVIIe siècle, PUR éditions, page 193.

— SITE

https://presqu-ile-de-crozon.com/crozon-morgat/cr-calvaires-crozon-001.php

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Published by jean-yves cordier - dans Sculptures Kersanton Roland Doré Calvaires Crozon
15 décembre 2022 4 15 /12 /décembre /2022 17:07

La maîtresse-vitre (Grande Crucifixion, Le Sodec, v. 1550) de l'église Saint-Cornely de Tourc'h.

 

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 Voir les 29 Passions des verrières du Finistère au XVIe siècle  dont beaucoup  sont dues à l'atelier Le Sodec à Quimper. Le Corpus Vitrearum VII permet d'en dresser une chronologie :

et dans le Morbihan :

 

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 pour commpléter l'une des lacunes On attribue aussi à l'atelier des Le Sodec les vitraux suivants :

 

Voir enfin :

Liste des 308 articles de mon blog décrivant des vitraux 

 

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PRÉSENTATION.

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Parmi ces Passions finistériennes, on peut distinguer les verrières comportant  des scènes de la Vie du Christ dont la Passion, ou bien des scènes successives de la Passion seule, ou bien de Grandes Crucifixions  occupant toute la vitre. La maîtresse-vitre de Tourc'h appartient au troisième groupe..

On peut aussi classer ces Crucifixions en deux catégories : celles où le ciel est rouge (Guimiliau, Guengat,.), et celles, comme ici, où le ciel est bleu.

Cette verrière est attribuée au meilleur atelier quimpérois de l'époque, peut-être celui de Gilles Le Sodec, dont certains croient déchiffrer la signature sur l'Arbre de Jessé de Kerfeunteun à Quimper. Quoiqu'il en soit de ces déchiffrages périlleux, et de la maigreur des renseignements sur une famille de peintres verriers  Le Sodec, ce nom sert de nom de convention pour désigner un atelier aux caractéristiques stylistiques  qui sont, elles, indiscutables. Et dont les cartons sont repris en de nombreux sites.

Ainsi, les cartons à grandeur d'exécution de La Roche-Maurice et de La Martyre sont repris à Tourc'h, à peine adaptés.

Et la composition de cette verrière a été rapprochée de celle de la maîtresse-vitre de Saint-Mathieu de Quimper. Elle a d'ailleurs servi de modèle en 1896 pour compléter une des lacunes que comportait cette dernière.

On retrouve à Tourc'h notamment les trois larmes sous les paupières de Marie, de Jean et de Marie-Madeleine éplorés. Les visages sont remarquablement peints, et je m'attarderai à les présenter en détail. On n'y trouve pas par contre les lettres peintes en pseudo inscriptions sur les galons et harnachement, pourtant très caractéristiques. Les verres gravés rouges ne manquent pas.

 

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"Le chœur de cette église construite au XVe siècle s'ornait de trois verrières du siècle suivant. Seule est aujourd'hui  conservée intégralement la grande Crucifixion de l'axe, datée de 1550 ou des années suivantes (le chronogramme portée sur l'œuvre est amputé de son dernier chiffre). Les deux autres n'ont plus que des écus armoriés dans la partie supérieure. " (F. Gatouillat et M. Hérold)

 

 

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DESCRIPTION.

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Cette baie à trois lancettes et un tympan à 3 ajours et 2 écoinçons mesure 3,50 m. de haut et 2 mètres de large. Sur un soubassement à trois socles convexes ornés de médaillons, les trois lancettes montrent la Crucifixion, avec le Christ au centre, et les deux larrons de chaque côté.

Mais la partie inférieure de chaque lancette est consacrée à peindre quatre soldats se disputant violemment la tunique sans couture du Christ. Je décrirai ce registre à part.

 

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La baie axiale (Le Sodec, v. 1550) de l'église de Tourc'h. Photographie lavieb-aile 2022.

La baie axiale (Le Sodec, v. 1550) de l'église de Tourc'h. Photographie lavieb-aile 2022.

La baie axiale (Le Sodec, v. 1550) de l'église de Tourc'h. Photographie lavieb-aile 2022.

La baie axiale (Le Sodec, v. 1550) de l'église de Tourc'h. Photographie lavieb-aile 2022.

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LA LANCETTE A. Le Bon Larron ; la pâmoison de la Vierge.

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Panneaux intacts.

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Lancette A de  la baie axiale (Le Sodec, v. 1550) de l'église de Tourc'h. Photographie lavieb-aile 2022.

Lancette A de la baie axiale (Le Sodec, v. 1550) de l'église de Tourc'h. Photographie lavieb-aile 2022.

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Le Bon Larron dont l'âme est emportée par un ange vers les cieux.

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Dismas, le Bon Larron, est vêtu (comme sur les calvaires de pierre de la même époque) de vêtements contemporains, à crevés sur le gilet (vert) et les hauts de chausses (rouges, à forte braguette), au dessus d'une chemise blanche plissée à dentelle (gorge et poignets). Il est barbu, et ses cheveux longs flottent au vent.

Il ne regarde pas le Christ, mais sa tête retombe sur le côté, et ses yeux partent vers le haut, pour signifier qu'il est mort : les soldats lui ont brisé les jambes pour achever son supplice. La bouche entrouverte a laissé échapper le dernier soupir. La représentation de l'âme emportée vers le Salut est donc cohérente.

Sur un verre peint en sanguine pâle, les traits sont peints à la grisaille, soulignés par des hachures (cou), et les volutes des cheveux et de la barbe sont accentués par la technique de l'enlevé du bout du manche du pinceau (ou d'un autre outil).

L'ange et l'âme figurée comme un petit personnage nu mains croisées sont finement rendus, principalement en verre blanc enrichis de jaune d'argent.

Le ciel en verre bleu est animé de grisailles et d'arcs de cercles en enlevé. Sur ce ciel se détachent les lances des soldats — les hasta plutôt que les pilum qui sont des javelots — dont le fer est emmanché sur la hampe de frêne par une virole couverte d'une passementerie colorée. 

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Lancette A de  la baie axiale (Le Sodec, v. 1550) de l'église de Tourc'h. Photographie lavieb-aile 2022.

Lancette A de la baie axiale (Le Sodec, v. 1550) de l'église de Tourc'h. Photographie lavieb-aile 2022.

Lancette A de  la baie axiale (Le Sodec, v. 1550) de l'église de Tourc'h. Photographie lavieb-aile 2022.

Lancette A de la baie axiale (Le Sodec, v. 1550) de l'église de Tourc'h. Photographie lavieb-aile 2022.

Lancette A de  la baie axiale (Le Sodec, v. 1550) de l'église de Tourc'h. Photographie lavieb-aile 2022.

Lancette A de la baie axiale (Le Sodec, v. 1550) de l'église de Tourc'h. Photographie lavieb-aile 2022.

Lancette A de  la baie axiale (Le Sodec, v. 1550) de l'église de Tourc'h. Photographie lavieb-aile 2022.

Lancette A de la baie axiale (Le Sodec, v. 1550) de l'église de Tourc'h. Photographie lavieb-aile 2022.

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Les cavaliers et soldats romains.

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Le cavalier de gauche est peut-être un officier, ou plutôt un notable à la barbe vénérable. Son chapeau jaune foncé à oreillettes peut laisser penser qu'il s'agit d'un membre du Sanhédrin.

À droite, le cavalier en armure porte un casque à plumet rouge  dont le "hublot" rectangulaire est caractéristique de ces verrières quimpéroises.

Les vues de détail des visages et du cheval montrent la qualité de ces peintures : les cils, les paupières sont rendus par de nombreux traits. Les modelés sont soulignés tant par les nuances de la couleur que par les traits de grisaille et d'enlevé ou que par les hachures. Le relief et les reflets des accessoires métalliques de l'harnachement (les phalères) sont indiqués par des modulations précises du jaune d'argent.

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Lancette A de  la baie axiale (Le Sodec, v. 1550) de l'église de Tourc'h. Photographie lavieb-aile 2022.

Lancette A de la baie axiale (Le Sodec, v. 1550) de l'église de Tourc'h. Photographie lavieb-aile 2022.

Lancette A de  la baie axiale (Le Sodec, v. 1550) de l'église de Tourc'h. Photographie lavieb-aile 2022.

Lancette A de la baie axiale (Le Sodec, v. 1550) de l'église de Tourc'h. Photographie lavieb-aile 2022.

Lancette A de  la baie axiale (Le Sodec, v. 1550) de l'église de Tourc'h. Photographie lavieb-aile 2022.

Lancette A de la baie axiale (Le Sodec, v. 1550) de l'église de Tourc'h. Photographie lavieb-aile 2022.

Lancette A de  la baie axiale (Le Sodec, v. 1550) de l'église de Tourc'h. Photographie lavieb-aile 2022.

Lancette A de la baie axiale (Le Sodec, v. 1550) de l'église de Tourc'h. Photographie lavieb-aile 2022.

Lancette A de  la baie axiale (Le Sodec, v. 1550) de l'église de Tourc'h. Photographie lavieb-aile 2022.

Lancette A de la baie axiale (Le Sodec, v. 1550) de l'église de Tourc'h. Photographie lavieb-aile 2022.

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La Vierge soutenue par saint Jean et une sainte femme (Marie-Madeleine probablement).

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Au pied de la croix où son fils se meurt, Marie s'effondre, ses genoux fléchissent et, quoiqu'elle élève ses mains jointes,  sa tête se baisse. Elle porte le manteau bleu habituel, une robe lie de vin, et un voile blanc ourlé. Le nimbe radié est rouge.

Jean, qui regarde encore le Sauveur, tend les bras pour la soutenir. Robe verte et manteau rouge.

Marie-Madeleine (que j'identifie par son turban orientalisant et l'agrafe d'or témoin de son élégance) la soutient également et pose sur elle un regard rempli de compassion.

Le damas des robes est remplacé par un réseau "en pièces de puzzle" (ou "en ocelle" pour Gatouillat et Hérold).

L'ensemble de la composition forme une voûte.

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Lancette A de  la baie axiale (Le Sodec, v. 1550) de l'église de Tourc'h. Photographie lavieb-aile 2022.

Lancette A de la baie axiale (Le Sodec, v. 1550) de l'église de Tourc'h. Photographie lavieb-aile 2022.

Lancette A de  la baie axiale (Le Sodec, v. 1550) de l'église de Tourc'h. Photographie lavieb-aile 2022.

Lancette A de la baie axiale (Le Sodec, v. 1550) de l'église de Tourc'h. Photographie lavieb-aile 2022.

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Je vais maintenant observer attentivement les visages. D'une part, comme précédemment, pour admirer, malgré l'altération des verres,  la maîtrise du peintre. Mais aussi pour vérifier la présence des trois larmes blanches (en enlevé) sous la paupière de chaque personnage, puisque ce détail est très souvent retrouvé dans les Crucifixions quimpéroises, en écho aux larmes que les sculpteurs sur pierre de kersanton (atelier Prigent de Landerneau) placent à la même époque sur les mêmes personnages de leurs calvaires.

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Lancette A de  la baie axiale (Le Sodec, v. 1550) de l'église de Tourc'h. Photographie lavieb-aile 2022.

Lancette A de la baie axiale (Le Sodec, v. 1550) de l'église de Tourc'h. Photographie lavieb-aile 2022.

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C'est sous l'œil gauche que se remarque le filet blanc de la larme, et l'ampoule finale. Je retrouve aussi ce détail déjà remarqué sur les autres verrière : la pointe de blanc du coin de l'œil, témoignant d'une larme qui se prépare.

La bouche est entrouverte, comme sur un instantanée d'une parole ou d'une exclamation prononcée. L'émotion est patente.

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Lancette A de  la baie axiale (Le Sodec, v. 1550) de l'église de Tourc'h. Photographie lavieb-aile 2022.

Lancette A de la baie axiale (Le Sodec, v. 1550) de l'église de Tourc'h. Photographie lavieb-aile 2022.

Lancette A de  la baie axiale (Le Sodec, v. 1550) de l'église de Tourc'h. Photographie lavieb-aile 2022.

Lancette A de la baie axiale (Le Sodec, v. 1550) de l'église de Tourc'h. Photographie lavieb-aile 2022.

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C'est sur le visage de la Vierge que les larmes sont le plus facilement observables. Trois sous l'œil droit, et au moins une sous l'œil gauche.

Les modelés sont rendus par un subtil emploi d'une sanguine plus sombre, sur la paupière supérieure, sur l'aile du nez, la lèvre ou la joue gauche.

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Lancette A de  la baie axiale (Le Sodec, v. 1550) de l'église de Tourc'h. Photographie lavieb-aile 2022.

Lancette A de la baie axiale (Le Sodec, v. 1550) de l'église de Tourc'h. Photographie lavieb-aile 2022.

Lancette A de  la baie axiale (Le Sodec, v. 1550) de l'église de Tourc'h. Photographie lavieb-aile 2022.

Lancette A de la baie axiale (Le Sodec, v. 1550) de l'église de Tourc'h. Photographie lavieb-aile 2022.

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Les larmes sont là également sur le visage de Marie-Madeleine. La grisaille noire trace les cils, l'iris et sa pupille, les rides des yeux, le nez, le philtrum et les lèvres.

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Lancette A de  la baie axiale (Le Sodec, v. 1550) de l'église de Tourc'h. Photographie lavieb-aile 2022.

Lancette A de la baie axiale (Le Sodec, v. 1550) de l'église de Tourc'h. Photographie lavieb-aile 2022.

Lancette A de  la baie axiale (Le Sodec, v. 1550) de l'église de Tourc'h. Photographie lavieb-aile 2022.

Lancette A de la baie axiale (Le Sodec, v. 1550) de l'église de Tourc'h. Photographie lavieb-aile 2022.

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LA LANCETTE B. Le Christ en croix ; Marie-Madeleine au pied de la Croix.

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Lancette B de  la baie axiale (Le Sodec, v. 1550) de l'église de Tourc'h. Photographie lavieb-aile 2022.

Lancette B de la baie axiale (Le Sodec, v. 1550) de l'église de Tourc'h. Photographie lavieb-aile 2022.

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Le Christ en croix.

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Il est représenté après sa mort, au moment où Longin transperce le flanc droit de sa lance et en libère l"aqua lateris" des cantiques (Anima Christi).

Sous le nimbe rouge à croix jaune (verre gravé), la tête, ensanglantée par les épines de la couronne, retombe sur la droite.

Le peintre insiste sur la réalité des écoulements des plaies.

De chaque côté, les oriflammes des soldats romains.

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Lancette B de  la baie axiale (Le Sodec, v. 1550) de l'église de Tourc'h. Photographie lavieb-aile 2022.

Lancette B de la baie axiale (Le Sodec, v. 1550) de l'église de Tourc'h. Photographie lavieb-aile 2022.

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Lancette B de la baie axiale (Le Sodec, v. 1550) de l'église de Tourc'h. Photographie lavieb-aile 2022.

Lancette B de  la baie axiale (Le Sodec, v. 1550) de l'église de Tourc'h. Photographie lavieb-aile 2022.

Lancette B de la baie axiale (Le Sodec, v. 1550) de l'église de Tourc'h. Photographie lavieb-aile 2022.

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L'écoulement du sang. Longin transperce le flanc du Christ. Un cavalier romain en armure (le Bon Centenier ?) .

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Longin est, comme c'est souvent le cas, représenté comme un dignitaire Juif. 

Son cheval est harnaché d'or ; on retrouve les mors à branches en S habituels à cet atelier. Des grelots sont fixés sur les lanières.

Ces grelots sont attestés sur l'harnachement des chevaux en parade, pour leur effet visuel mais surtout pour que leur son crée un effet, "joyeux ou rauque", de tumulte.

Ils étaient aussi porté par les nobles sur leur costume (ce sont alors des "branlants"), ou par les participants des carnavals et charivari, et sur les bonnets des fous. Voir Olivier Thuaudet  p.919

 

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La maîtresse-vitre de l'église de Tourc'h.
La maîtresse-vitre de l'église de Tourc'h.

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Le cheval de Longin et ses grelots.

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Lancette B de  la baie axiale (Le Sodec, v. 1550) de l'église de Tourc'h. Photographie lavieb-aile 2022.

Lancette B de la baie axiale (Le Sodec, v. 1550) de l'église de Tourc'h. Photographie lavieb-aile 2022.

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Cet officier en armure porte un collier en or. Sa monture est tenu par son écuyer, à bonnet rouge.

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Lancette B de  la baie axiale (Le Sodec, v. 1550) de l'église de Tourc'h. Photographie lavieb-aile 2022.

Lancette B de la baie axiale (Le Sodec, v. 1550) de l'église de Tourc'h. Photographie lavieb-aile 2022.

Lancette B de  la baie axiale (Le Sodec, v. 1550) de l'église de Tourc'h. Photographie lavieb-aile 2022.

Lancette B de la baie axiale (Le Sodec, v. 1550) de l'église de Tourc'h. Photographie lavieb-aile 2022.

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Marie-Madeleine est agenouillée, en larmes, mains écartées, devant le sang qui s'écoule des pieds du Christ le long de la croix.

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Son manteau rouge est rejeté en arrière de ses épaules; ses cheveux blonds s'échappent du bonnet de sa coiffe. Cette coiffe à trois rangs de perle et ses boucles d'oreille témoignent de son élégance, tout comme la fine chemise plissée ourlée d'or.

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Lancette B de  la baie axiale (Le Sodec, v. 1550) de l'église de Tourc'h. Photographie lavieb-aile 2022.

Lancette B de la baie axiale (Le Sodec, v. 1550) de l'église de Tourc'h. Photographie lavieb-aile 2022.

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Le sang qui ruisselle sur la croix devant les yeux de la sainte.

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Lancette B de  la baie axiale (Le Sodec, v. 1550) de l'église de Tourc'h. Photographie lavieb-aile 2022.

Lancette B de la baie axiale (Le Sodec, v. 1550) de l'église de Tourc'h. Photographie lavieb-aile 2022.

Lancette B de  la baie axiale (Le Sodec, v. 1550) de l'église de Tourc'h. Photographie lavieb-aile 2022.

Lancette B de la baie axiale (Le Sodec, v. 1550) de l'église de Tourc'h. Photographie lavieb-aile 2022.

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Lancette B de la baie axiale (Le Sodec, v. 1550) de l'église de Tourc'h. Photographie lavieb-aile 2022.

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Les larmes et les yeux noyés de pleurs.

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Lancette B de  la baie axiale (Le Sodec, v. 1550) de l'église de Tourc'h. Photographie lavieb-aile 2022.

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LA LANCETTE C : LE MAUVAIS LARRON ; LES QUATRE CAVALIERS.

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Lancette C de  la baie axiale (Le Sodec, v. 1550) de l'église de Tourc'h. Photographie lavieb-aile 2022.

Lancette C de la baie axiale (Le Sodec, v. 1550) de l'église de Tourc'h. Photographie lavieb-aile 2022.

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Le Mauvais Larron  aux jambes brisées, et son âme emportée par un diable.

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En grisaille sur le verre bleu, des éléments architecturaux (clochers) signalent la ville de Jérusalem en arrière plan. 

Ces vues sont plus rares dans l'atelier de Quimper que dans les verrières d'Engrand Le Prince, de Beauvais, actif en Normandie.

On remarquera aussi les nuages , déjà présents en lancette A, et qui sont mis en plombs.

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Lancette C de  la baie axiale (Le Sodec, v. 1550) de l'église de Tourc'h. Photographie lavieb-aile 2022.

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Les quatre cavaliers : des notables Juifs ou des officiers romains ?

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Le notable de gauche porte une mitre frappée d'un croissant d'or. Cette coiffure le désigne sans doute comme le grand prêtre, portant le turban ou Mitznefet et sa lame d'or ou Nezer. Son cheval est tenu par un écuyer.

Le notable de droite porte un turban rouge, mais associé à une cuirasse.

Celui qui, de trois-quarts, monte un cheval blanc (tous les chevaux de ces vitraux sont blancs) est sans doute également un Juif, car ses manches sont frangées. Il porte une boucle d'oreille.

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Lancette C de  la baie axiale (Le Sodec, v. 1550) de l'église de Tourc'h. Photographie lavieb-aile 2022.

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Lancette C de la baie axiale (Le Sodec, v. 1550) de l'église de Tourc'h. Photographie lavieb-aile 2022.

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Lancette C de la baie axiale (Le Sodec, v. 1550) de l'église de Tourc'h. Photographie lavieb-aile 2022.

Lancette C de  la baie axiale (Le Sodec, v. 1550) de l'église de Tourc'h. Photographie lavieb-aile 2022.

Lancette C de la baie axiale (Le Sodec, v. 1550) de l'église de Tourc'h. Photographie lavieb-aile 2022.

Lancette C de  la baie axiale (Le Sodec, v. 1550) de l'église de Tourc'h. Photographie lavieb-aile 2022.

Lancette C de la baie axiale (Le Sodec, v. 1550) de l'église de Tourc'h. Photographie lavieb-aile 2022.

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Troisième cavalier.

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Lancette C de  la baie axiale (Le Sodec, v. 1550) de l'église de Tourc'h. Photographie lavieb-aile 2022.

Lancette C de la baie axiale (Le Sodec, v. 1550) de l'église de Tourc'h. Photographie lavieb-aile 2022.

Lancette C de  la baie axiale (Le Sodec, v. 1550) de l'église de Tourc'h. Photographie lavieb-aile 2022.

Lancette C de la baie axiale (Le Sodec, v. 1550) de l'église de Tourc'h. Photographie lavieb-aile 2022.

Lancette C de  la baie axiale (Le Sodec, v. 1550) de l'église de Tourc'h. Photographie lavieb-aile 2022.

Lancette C de la baie axiale (Le Sodec, v. 1550) de l'église de Tourc'h. Photographie lavieb-aile 2022.

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Quatrième cavalier.

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Le quatrième cavalier est vu de dos, et nous voyons seulement la croupe du cheval, le manteau à ceinture en étoffe dorée, et le bonnet, anodin si on ne le rencontrait pas, identique, sur les autres verrières de l'atelier.

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Lancette C de  la baie axiale (Le Sodec, v. 1550) de l'église de Tourc'h. Photographie lavieb-aile 2022.

Lancette C de la baie axiale (Le Sodec, v. 1550) de l'église de Tourc'h. Photographie lavieb-aile 2022.

Lancette C de  la baie axiale (Le Sodec, v. 1550) de l'église de Tourc'h. Photographie lavieb-aile 2022.

Lancette C de la baie axiale (Le Sodec, v. 1550) de l'église de Tourc'h. Photographie lavieb-aile 2022.

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Le chien.

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Il est presque constant dans ces Crucifixions, rappelant que les nobles de la Renaissance se faisaient accompagner de leur animal domestique, très souvent un chien blanc.

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Lancette C de  la baie axiale (Le Sodec, v. 1550) de l'église de Tourc'h. Photographie lavieb-aile 2022.

Lancette C de la baie axiale (Le Sodec, v. 1550) de l'église de Tourc'h. Photographie lavieb-aile 2022.

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LE  REGISTRE INFÉRIEUR : LES SOLDATS SE DISPUTANT LA TUNIQUE DU CHRIST.

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Les trois Evangiles synoptiques mentionnent brièvement le partage des vêtements de Jésus, immédiatement après la crucifixion (Matt. 27 : 35 ; Marc 15 : 24 ; Luc 23 : 34b). Mais Jean décrit avec plus de précision cette scène :« Les soldats, quand ils eurent crucifié Jésus, prirent ses vêtements et en firent quatre parts, une part pour chaque soldat. Ils prirent aussi la tunique ! Or la tunique était sans couture, tissée tout d’une pièce depuis le haut. Ils dirent donc entre eux : Ne la déchirons pas, mais tirons au sort pour savoir à qui elle sera - afin que soit accomplie l’Ecriture : « Ils ont partagé entre eux mes vêtements, et sur ma robe ils ont jeté le sort ». Les soldats donc firent ces choses » (Jean 19 : 23-24 )  

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Cette scène de Tourc'h est également traitée, tout aussi violente, mais sur une seule lancette, à Guengat (Le Sodec, v. 1550),  Guimiliau (Le Sodec, v. 1550), Gouezec (Le Sodec v. 1550-1575).

Elle est traitée à Pleyben, mais sur un panneau du XIXe siècle, où les soldats jouent aux dès.

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Ici, comme à Guengat, Guimiliau et Gouézec, un soldat lève son épée vers un autre, qu'il tient par les cheveux et qu'il maintient au sol, tandis qu'à droite un troisième tire vers lui la tunique. Mais à Tourc'h, les cartons des paroisses précédentes  ne sont pas repris, les visages sont différents, et un quatrième soldat, à gauche, participe à l'échauffourée en commençant à tirer son épée.

La tunique est bleu-pourpre. Les soldats sont vêtus comme des seigneurs de la Renaissance, avec d'épaisses tuniques à crevés, des hauts de chausse à forte braguette et crevés, au dessus de pièces d'armures (aux avant-bras) et coiffés de bonnet à plumes.

Les visages sont magnifiquement peints.

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Registre inférieur de  la baie axiale (Le Sodec, v. 1550) de l'église de Tourc'h. Photographie lavieb-aile 2022.

Registre inférieur de la baie axiale (Le Sodec, v. 1550) de l'église de Tourc'h. Photographie lavieb-aile 2022.

Registre inférieur de  la baie axiale (Le Sodec, v. 1550) de l'église de Tourc'h. Photographie lavieb-aile 2022.

Registre inférieur de la baie axiale (Le Sodec, v. 1550) de l'église de Tourc'h. Photographie lavieb-aile 2022.

Registre inférieur de  la baie axiale (Le Sodec, v. 1550) de l'église de Tourc'h. Photographie lavieb-aile 2022.

Registre inférieur de la baie axiale (Le Sodec, v. 1550) de l'église de Tourc'h. Photographie lavieb-aile 2022.

Registre inférieur de  la baie axiale (Le Sodec, v. 1550) de l'église de Tourc'h. Photographie lavieb-aile 2022.

Registre inférieur de la baie axiale (Le Sodec, v. 1550) de l'église de Tourc'h. Photographie lavieb-aile 2022.

Registre inférieur de  la baie axiale (Le Sodec, v. 1550) de l'église de Tourc'h. Photographie lavieb-aile 2022.

Registre inférieur de la baie axiale (Le Sodec, v. 1550) de l'église de Tourc'h. Photographie lavieb-aile 2022.

Registre inférieur de  la baie axiale (Le Sodec, v. 1550) de l'église de Tourc'h. Photographie lavieb-aile 2022.

Registre inférieur de la baie axiale (Le Sodec, v. 1550) de l'église de Tourc'h. Photographie lavieb-aile 2022.

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Registre inférieur de  la baie axiale (Le Sodec, v. 1550) de l'église de Tourc'h. Photographie lavieb-aile 2022.

Registre inférieur de la baie axiale (Le Sodec, v. 1550) de l'église de Tourc'h. Photographie lavieb-aile 2022.

Registre inférieur de  la baie axiale (Le Sodec, v. 1550) de l'église de Tourc'h. Photographie lavieb-aile 2022.

Registre inférieur de la baie axiale (Le Sodec, v. 1550) de l'église de Tourc'h. Photographie lavieb-aile 2022.

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LE TYMPAN ARMORI.

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Dans l'ajour supérieur, le triangle rouge de Jéhovah portant le tétragramme date sans doute vers 1850

Les ajours latéraux portent des chapeaux de triomphe, liés par des cuirs ornés de masques de profils humains, traités en sanguine et jaune d'argent sur verre blanc. Ils sont présentés par deux anges ou putti : celui de gauche a été restauré, tandis qu'il ne reste de celui de droite qu'une grosse tête interpolée sur une paire d'ailes parmi des nuages.

Le putti de gauche, au visage rustre et qui tient un linge dans la main, est remarquable par sa collerette et son couvre-chef feuillagés.

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Tympan de la baie axiale (Le Sodec, v. 1550) de l'église de Tourc'h. Photographie lavieb-aile 2022.

Tympan de la baie axiale (Le Sodec, v. 1550) de l'église de Tourc'h. Photographie lavieb-aile 2022.

Tympan de la baie axiale (Le Sodec, v. 1550) de l'église de Tourc'h. Photographie lavieb-aile 2022.

Tympan de la baie axiale (Le Sodec, v. 1550) de l'église de Tourc'h. Photographie lavieb-aile 2022.

Tympan de la baie axiale (Le Sodec, v. 1550) de l'église de Tourc'h. Photographie lavieb-aile 2022.

Tympan de la baie axiale (Le Sodec, v. 1550) de l'église de Tourc'h. Photographie lavieb-aile 2022.

Tympan de la baie axiale (Le Sodec, v. 1550) de l'église de Tourc'h. Photographie lavieb-aile 2022.

Tympan de la baie axiale (Le Sodec, v. 1550) de l'église de Tourc'h. Photographie lavieb-aile 2022.

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Héraldique.

 

L'écu du côté gauche est un écartelé en 1  d'argent à trois molettes de gueules  (Kerminihy), en 2  d’argent au chêne arraché et tigé de sinople, englanté d’or, au franc quartier aussi d’argent, chargé de deux haches d’armes, adossées et posées en palle, de gueule, (Plessis-Nizon), en 3 parti du Plessis-Nizon et de gueules aux trois croissant d'argent (Kerflous), et en 4 d'or à la croix de gueules (?).

Les molettes du premier quartier font appel à la technique du verre gravé.

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 Les seigneurs de Kerminihy.

 "A la sortie de Rosporden, Kerminy se signale sur la route de Tourc’h par son bois de haute futaie. [...] Cette terre, jadis dans la paroisse d’Elliant, dont Rosporden était une trêve, fut érigée en seigneurie, avec droit de justice, moyenne et basse, rendue en audience le jeudi. Les documents nous révèlent, à partir de 1379, l’existence d’un seigneur de Kerminihy (Kaermenec’hy), Alain, écuyer dans la garnison du château de Cong (Concarneau) et l’on note ses descendants en 1426, 1444, 1481: Guézennec, Raoul, Henry. Quant a l’importance de leur fief, signalons qu’il tient sur vingt-six villages des paroisses d’Elliant et de Tourc’h principalement. Les armes de ces Kerminihy, inscrites dans les églises et chapelles de Tourc’h, de Rosporden..., sont "d’argent à trois mollettes de gueules" et leur devise: "Vive Dieu".
Le nom s’éteint avec Françoise qui, sur la fin du XVe siècle, épouse Alain du Plessis, sieur de Missirien, et les représentants de cette famille, héritiers directs ou collatéraux, conservent la seigneurie de Kerminihy tout au long du XVIe siècle: Laurent, époux de Blaisine Richard, Rolland, Jehan et Pierre. Celui-ci, époux de Barbe Toulanlan, habite en 1599 le manoir. Ils ont deux filles. L’aînée s’unit a René de La Marche, la cadette à Claude Autret et de ce mariage naît Guy Autret de Missirien, généalogiste et hagiographe. Pierre du Plessis meurt vers 1608, laissant Kerminihy à sa petite-fille Renée de La Marche qui, deux ans plus tard, contracte mariage avec Auffray du Chastel, fils de Francois du Chastel, Marquis de Mesle, seigneur de Chateaugal et de Landeleau, fort riche et opulent." 

"La branche de Missirien est connue à Kerfeunteun, à partir de Pierre du Plessis demeurant à Missirien en 1444.

En 1481, Jehan du Plessis est représenté par Guillaume, son fils, dans la montre de cette même paroisse. 

-Alain du Plessis, sr. de Missirien, n’est connu que par le fait de son mariage avec Françoise, héritière de Kerminihy, constaté par une généalogie manuscrite conservée à la Bibliothèque nationale. Cette pièce a été dressée très probablement par d'Hozier, en vue d’établir les quartiers de noblesse de son ami et correspondant Guy Autret.

-Laurent du Plessis. — Laurent, fils des précédents, sr. de Missirien et de Kerminihy, épousa Blaisine Richard. Ils eurent plusieurs fils, dont Henri qui continua la descendance, mais qui semble comme cadet n’avoir possédé aucune des terres de son père.

-Rolland du Plessis. — La Réformation des monstres de l’évêché de Cornouaille, faite en 1536, nous donne les trois noms suivants : Lorans du Plessis sr. de Missylien, en Kerfeunten, Rolland du Plessis, sr. de Lantron (?) de Kerminihy, de Penbua (Penbuel), en Rosporden et du manoir de Kervynedel (Kervidal), en Tourc'h et Louis du Plessis, sr. de Kerfors, en Ergué-Gabéric.

-Laurent du Plessis. — Quatre ans plus tard, un aveu de 1540 indique Laurent du Plessis comme seigneur de la terre de Kerminihy. Il avait donc hérité de son frère Rolland, mort sans laisser d’héritiers directs. D’après cet aveu, la superficie de la terre n’aurait pas été sensiblement modifiée depuis 50 ans ; il y a seulement une nouvelle acquisition, Scoulintin (?), en Erguel-Arffel (Armel).

[En 1542, Lorans du Plessis, époux de Marie de Coëtanezre (?), sieur de Kermihihy et de Messuryen, rend aveu pour le manoir et la métairie noble de Messuryen , maisons, bois, taillis, parcs, clôtures, feniers, frostages, issues et appartenances.]

-Jehan du Plessis. — Jehan, fils ou neveu des deux précédents, mais en tous cas petit-fils de Laurent du Plessis et de Blaisine Richard, figure dans les termes suivants dans la monstre générale de l’évêché de Cornouaille, de mai 1562 : « Jehan de Kerminihy dit faire arquebusier à cheval ». Il mourut vers 1568, d'après un aveu de son cousin germain, Pierre du Plessis, qui suit.

-Pierre du Plessis. — Cet aveu du 15 janvier 1576 nous apprend que Pierre du Plessis, fils d'Henry du Plessis et de Marie de Coetanezre [Note : Coetanezre, ancienne famille de Cornouaille, dont la branche de Lezergué s’est fondue au XVIème siècle dans Autret (armes de gueules aux trois épées d’argent la pointe en bas, placées en bande)] également petit-fils de Laurent du Plessis et de Blaisine Richard, avait hérité de son cousin-germain, Jehan du Plessis, mort depuis environ huit ans." (Source Château de Kerminy et M. du Villiers du Terrage)

 

La branche du Plessis-Nizon s’est fondue en 1690 en Feydeau et elle est aujourd’hui représentée par les Hersart de la Villemarqué, du Plessis-Nizon. Voir : Les vitraux armoriés de la chapelle de Trémalo à Pont-Aven.

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Tympan de la baie axiale (Le Sodec, v. 1550) de l'église de Tourc'h. Photographie lavieb-aile 2022.

Tympan de la baie axiale (Le Sodec, v. 1550) de l'église de Tourc'h. Photographie lavieb-aile 2022.

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À droite : les armes d'un du Plessis, seigneur de Kerfors .

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Selon Gatouillat et Hérold, "les armes qui figurent dans les trois baies 0, 1  et 2, d'argent au huchet d'azur, ont été identifiées comme celles de Laurent du Plessis-Nizon, seigneur de Kervidal et de Kerminihy de 1540 à 1562." 

Selon Potier de Courcy :

PLESSIX (DU), en breton QUENQUIS (DU), sr dudit lieu, par. de Nizon, - de Missirien, par, de Kerfeunteun, - de Kerfrez , par. d’Ergué-Gabéric, - de Kerminihy et de Penbuel, par. d’Elliant, - de Kervidal, par. de Tourc’h.

Anc. ext., réf. 1669, huit gén., réf. et montres de 1426 à 1562. dites par., év. de Cornouaille.

D’argent au chêne de sinople englanté d’or ; au franc canton de gueules, chargé de deux haches d’armes adossées d’argent en pal. Yves, vivant en 1427, épouse Marie de la Villeblanche. La branche aînée fondue en 1690 dans Feydeau, puis Hersart ; la branche de Missirien fondue dans Autret ; la dernière branche fondue dans la Marche. Le s r de Kerhouaz, paroisse de Lesbin-Pontscorff, débouté à la Réformation de 1671.

 

Les armes représentées ici, d’argent au greslier d’azur, enguiché et lié de même, sont les  armes de Kerfors en Ergué-Gabéric.

— Kerfors (de) sr dudit lieu. par. d’Ergué-Gaberic, — de Kerderff, par de Gouëzec. Réf. et montres de 1481 à 1562, par. d’Ergué, Saint-Mathieu de Quimper et Gouëzec, év. de Cornouaille. D’argent au greslier d’azur, enguiché et lié de même.

 

Le toponyme Kerfors est assimilé à Kerfers ou Kerferz (Tudchentil note 6). Ainsi ces armes peuvent pas directement correspondre  à celles de Louis du Plessis, lui qui apparaît, pour cette paroisse, sur la Réformation des monstres de l'évêché de Cornouaille de 1536 comme seigneur de Kerferz en Ergué-Gabéric, ou bien plutôt (au vu de la datation estimée duvitrail) à son fils Laurent. (Tudchentil). En 1536, est présent également Charles, sr de Kerfors [alias Kerfres] : Charles succéda à son père Canevet en 1493 (ADLA, B 2012/4). Charles décède vers 1537 et son fils Pierre de Kerfors rendit aveu le 23 mars 1539 (ADLA, B 2012/4).

"La famille du Plessix-Nizon, parfois mentionnée sous son nom breton Quinquis. , également seigneurs de Kerminy en Rosporden. Le manoir se nomme Kerfrez. Laurent du Plessix avait succédé à son père vers 1522 (ADF, 1 G 54/6) et mentionne Kerfrez lors de son aveu de 1540 pour Kerminy (ADLA, B 1235 et ADF, A 85, fol. 525). Voir également Villiers du Terrage (Vicomte de), Une seigneurie en Basse-Bretagne : Histoire de la terre et des seigneurs de Kerminihy, (1370-1790), Imprimerie R. Dangin, Baugé, 1904 [Qui reprend un article du même auteur intitulé « Essais sur la seigneurie de Kerminihy, en Rosporden », dans BSAF, t. XXX, 1903, p. 276-391]. " (Tudchentil)

 

 

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Voir la discussion de Villiers du Terrage :

 
 

"Antérieurement à 1600 je n'ai pu trouver aucun document relatif à la famille dont les armes figurent au sommet de
droite du grand vitrail de Tourc'h. Ces armes, d'argent au grêlier d'azur, répétées trois fois dans le chœur de l'église sont bien certainement celles du seigneur de Coatheloret. D'après le dictionnaire de M. Pol de Courcy, elles ne peuvent être attribuées qu'à deux familles, toutes deux de la Cor­nouaille, mais avec une légère différence dans la couleur du cordon, Le grêlier est pour les Kergrus, lié de gueules, et pour les Kerfors, lié de même, c'est-à-dire d'azur, ce qui tranche la question en faveur de cette dernière famille."

http://www.arkaevraz.net/wiki/index.php?title=Le_blason_au_greslier_d%27azur_des_chevaliers_de_Kerfors_et_la_Chanson_de_Roland

http://grandterrier.net/wiki/index.php?title=Les_Kerfors%2C_dudit_lieu%2C_nobles_du_15e_au_17e_si%C3%A8cle

 

Tympan de la baie axiale (Le Sodec, v. 1550) de l'église de Tourc'h. Photographie lavieb-aile 2022.

Tympan de la baie axiale (Le Sodec, v. 1550) de l'église de Tourc'h. Photographie lavieb-aile 2022.

Tympan de la baie axiale (Le Sodec, v. 1550) de l'église de Tourc'h. Photographie lavieb-aile 2022.

Tympan de la baie axiale (Le Sodec, v. 1550) de l'église de Tourc'h. Photographie lavieb-aile 2022.

Tympan de la baie axiale (Le Sodec, v. 1550) de l'église de Tourc'h. Photographie lavieb-aile 2022.

Tympan de la baie axiale (Le Sodec, v. 1550) de l'église de Tourc'h. Photographie lavieb-aile 2022.

Tympan de la baie axiale (Le Sodec, v. 1550) de l'église de Tourc'h. Photographie lavieb-aile 2022.

Tympan de la baie axiale (Le Sodec, v. 1550) de l'église de Tourc'h. Photographie lavieb-aile 2022.

 

 

ANNEXE. JEAN-PIEERE LE BIHAN : une famille de peintres vitriers cornouaillais au XVIe siècle.

 

 En 1978, Roger Barrié, dans sa thèse sur le Vitrail en Cornouaille, signale l’existence au XVIe siècle d’une famille ou  " dynastie de peintres verriers Quimpérois "

 

Dans le vitrail sur l’Arbre de Jessé (vers 1520-25) de l’église de la Sainte-Trinité de Kerfeunteun, en Quimper, il découvre dans les inscriptions, enrichissant les vêtements, les prénoms et le nom de trois Le Sodec :Olivier  [. Kerfeunteun, Arbre de Jessé :OLIERAN. Plogonnec, église Saint-Thurien, Passion, OL. SODEG. Transfiguration, néant.], Laurent [ Kerfeunteun 1514-1525  LORE..... SODE R..A.... SUDEC AL LORE...MEAD MEAPERIESET OS MOMANN LORAS AN SODEC LOR SODECOD. Plogonnec, église Saint-Thurien, Transfiguration LON REANS LORAS AN SODEC .rien trouvé dans la Passion], et Robin [ Kerfeunteun, Arbre de Jessé :ROBIIMMO. Plogonnec , église Saint-Thurien. : OVO ROBIN SOVO]. De même, à l’église Saint-Théleau de Plogonnec, il lit ces deux derniers prénoms dans le vitrail de la Transfiguration et celui d’Olivier dans la Passion de la baie du chevet.

Il signale à la même page qu’un Laurent Le Sodec est, en 1514, l’auteur des inscriptions qui ornaient les murs de l’ossuaire de la cathédrale Saint-Corentin de Quimper.[Laurent peint les lettres gravées sur la façade de l’ossuaire pour les faire ressortir. Item solvit laurencio Sodec pro .. et pictura impressa in scripturis parietis domus reliquiarum. Monographie de la cathédrale de Quimper, R.F. Le Men, p. 225 et 226].  Il rappelle de plus qu’un Gilles Le Sodec  signe à Braspart un marché en 1543 pour la fabrication d’un vitrail dont le sujet est le Credo des Apôtres. Vitrail malheureusement disparu probablement lors de l’agrandissement du choeur au XVIIIe siècle. :

 Gilles, 1539-1550, Braspart 1543, ne signe nulle part

Marché de Brasparts, 29, 60 l et 2 écus d'or.Acte notarié du 15 novembre, ref Peyron 1897, Abgrall 1945, p 35 et 36 BSAF. RBT.p.154, ref Terrage 1895

Le vingt cinquième jour de novembre l'an mil cinq cents quarante et troys, nobles hommmes Charles de la Marche,Sr su dit lieu et de Bodriec,d'une aprt, ei GilesLe Sodec, peintre et vitrier, de Quimper Corentin, d'aultre part, lesquels et chacun d'eulx ont fait marché et accord ensemble et par forme que le dit Le Sodec a promis et doibt faire et construire une vitre en l'église parrochiale de Braspers, devers le midy, en laquelle y aura mis et peint les douze appostles tennant chacun un rollet contenant les articles du Credo et aussy y sera le nom de chacun appostle avecques en haut d'icelle vitre les armes du dit Sr de Bodriec. Est le dit marché fait pour le prix et la somme de soixante livres monnaie et deux escuts d'or a le souleill; en outre d'être payé par le dit Sr de Bodriec au dit Le Sodec acceptant, scavoir : la moitié à la foare de Saint-Corentin prochain venant et l'aultre moitié au prochain sabmedi de la Chandeleur prochaine, d'illesques en suivant et oultre ce que sera le bon plaisir dudit Sr bailleur. Ordonner audit Le Sodec,après l'accomplissement de ladite vitre, laquelle vitre ledit Le Sodec trouvera preste dedans la feste de Nre dame en my mars prochain venant, gréé et jure par la court du Fou o toute renonciation, liaison, serment, soubmission et prorogation de juridiction, comdamnation, etc. En maire forme de contrat et sauff forme en la maison de Alain Heart, l' un des notaires et taballions, cy souscrits les jours, an que dessus. Heart AS la Somme de 60 livres monnaie et 2 écus d'or au soleil; ces deux écus d'or valent 90 sous, ou 4 livres 10 sous, soit un prix pour le vitrail de 64 livres 10 sous. Une seconde convention partage la dépense de moitié avec un Louys Ansquer, en échange pour ce dernier d'y apposer ses armoiries au dessous de celles de la Marche.

 

Dans cette même thèse, il note la présence d’un Le Sodec à Nantes " réparant en 1480 la vitre de Saint-Nicolas " et pense que cela " pourrait indiquer la provenance de cet atelier familial "

Il avance et peut-être avec raison qu’ " on accorderait volontiers les vitraux de Saint-Théleau ou le Jugement Dernier de Trégourez à Gilles vers 1550. "

 

Mais tout d’abord, revenons à cette ancêtre que fut ce Le Sodec de Nantes, si l’on penche dans le sens de Roger Barrié. Dans son fichier, Bourde de la Rogerie donne un " Le Soudet ou Soudec Bertrand, verrier, 1479, 1483, Nantes, 44 église Saint-Nicolas, réparations vitraux . 1486, prend le titre de vitrier du duc en vertu de lettres patentes de François II. " Il semble bien qu’il s’agisse chez ces deux historiens de la même personne.. Ce Bertrand est aussi signalé comme terminant en 1486 un vitrail pour l’église Saint-Similien toujours à Nantes. - Couffon René, MSHAB, Tome XXV – 1945, p. 43.

Quant à ce Laurent Le Sodec, de l’ossuaire de la Cathédrale, il est peut-être celui qui dans le premier quart du XVIe siècle, 1514-1525 ; signe l’Arbre de Jessé de Kerfeunteun. Est-ce encore lui, ou alors un fils du même prénom, dont le prénom apparaît avant 1539 dans la Transfiguration de Plogonnec. ? Quant aux initiales L.S8 de la Roche-Maurice, 1539, elles sont peut-être les siennes ou alors celles d’un membre de cette famille de peintres vitriers.

A Plogonnec, dans la Passion et à Kerfeunteun, dans l’Arbre de Jessé, on trouve deux autres prénoms qui peuvent porter à suspicion. Tout d’abord, il s’agit d’un Ramon ou R’hamon, relevé dans deux des quatre verrières XVIe de ces deux édifices. Il y a des chances qu’à Kerfeunteun, ce prénom ou nom correspond à celui du roi Amon de l’Arbre de Jessé. Mais pour Plogonnec le Ramon pose question.

Nous avons aussi trouvé le prénom Eve, présent dans le panneau de la Vierge à l’Enfant de la Passion de Plogonnec, et aussi à Kerfeunteun sur le saint Jean de l’Arbre de Jessé.

Quant à la filiation de tous ces prénoms, il est difficile de la définir. Nous n’avons que deux dates attestées et certaines : 1514, pour Laurent et 1543 pour Gilles. Les autres productions ne sont pas datées et ne nous permettent pas, malgré les estimations, de savoir s’ils sont tous des frères, ou l’un deux, Laurent : le père.

On peut encore citer en 1580, une Marie le Sodec que Le Men 10 donne comme ayant été enterrée dans la cathédrale et que d’autres disent épouse de peintre vitrier.

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Inventaire de leurs possibles autres oeuvres

Les études pour restaurations suivies ou pas d’interventions que nous avons été amenés à faire sur diverses verrières XVIe cornouaillaises et les comparaisons, qui en ont d’écoulées, aidées par des cartons semblables, nous ont permis, tout d’abord, de découvrir dans certaines œuvres la paternité possible d’un atelier Le Sodec.

Le relevé des inscriptions peut nous conforter dans la voie d’un inventaire plus complet de leurs œuvres. Une autre spécificité de cet atelier est une façon particulière d’appréhender à partir d’une certaine époque certains muscles comme celui au-dessus des sourcils ou les veines et muscles des dessus des pieds et des mains.

Tout d’abord, nous pensons que les œuvres les plus certaines, pour le moment, en dehors de celles signalées plus haut par Roger Barrié, sont :

—Les Passions des chapelles Sainte-Barbe et Saint-Fiacre du Faouët, 1516 dont certains cartons sont identiques à la Passion de l’église Saint-Nicaise de Saint-Nic. De plus cette dernière possède une Résurrection semblable à celle de l’église de Saint-Thuriau dans le Morbihan.

—Toujours à Sainte Barbe du Faouët, nous pensons à la Transfiguration, très proche de carton de Plogonnec, ce que signale Roger Barrié, tout en indiquant pour cette première une date plus avancée. La restauration de cette dernière nous a conforté dans ce choix.

—La Passion incomplète de l’église Saint-Ouen de Quéménéven, est une sœur jumelle, pour la partie Crucifixion, à beaucoup d’autres. C’est le même carton qui sert à Gouézec, Tréguennec et Guengat, avec des translations de quelques centimètres, voir parfois quelques millimètres, et cela pour certains personnages telles la Marie-Madeleine ou la Vierge en Pâmoison, ou même le chien. Pour les scènes de la Passion qui emplissent la partie inférieure, on peut relever le doublé de la même scène, celle où saint Pierre coupe l’oreille du Grand Prêtre. Elle est le témoin d’une seconde verrière du même atelier ayant peut être existé dans une des deux chapelles, qui ont été utilisées pour reconstruire l’église du bourg.

—Les restes de la Passion de l’église Saint-Salomon de La Martyre, 1535, où Couffon voit sur le galon de la manche de Joseph d’Arimathie le monogramme L.S.

—La Piéta de la chapelle Notre-Dame de Lanneleg en Pleyben, identique à Clohars-Fouesnant et sortant du même carton. Pour Lanneleg, si l’on retient les armoiries du recteur de Pleyben, Rolland de Berrien, on peut proposer une date plus proche de la fin XVe, Ce même recteur commandant un vitrail pour l’église de Brennilis juste après 1485. Ce qui ramènerait la présence de l’atelier des Le Sodec plus prêt du tout début XVIe.

—Le martyr de Saint-Sébastien de l’église Saint-Idunet de Trégourez, proche de 1550, le Jugement Dernier de Notre-Dame de Kergoat en Quéménéven, dont le même sujet, avec des cartons proches se retrouve dans différents édifices comme Guengat, baie 4, avec malheureusement plus que quelques éléments, Plogonnec, baie 2 , et à la chapelle Saint-Sébastien de Garnilis en Briec (1561). Pour la datation de ce Jugement Dernier de Kergoat, on peut proposer la datation de 1566 si l'on admet que le donateur est bien Henri de Quoëtsquiriou, recteur de cette paroisse à cette date. Il ne faut pas négliger que l’apport de ce chanoine dans ce vitrail peut être postérieur, comme le blason du prie-Dieu.

On peut continuer d’attribuer  à cet atelier

—La Passion de l’église de Lanvénégen où Roger Barrié  note des correspondances de cartons avec Ergué-Gabéric et Plogonnec

—La Passion de l’église Saint-Guinal d’Ergué Gabéric, qui est inspirée ou vice versa pour certains panneaux de Guengat Vers 1539,

—A l’église de Brasparts, où nous avons vu que Gilles Le Sodec est l’auteur d’un Credo des Apôtres, qui a disparu, il reste quelques panneaux d’une Passion déplacée au XVIIe ou XVIIIe siècle. Passion qui est bien de cet atelier et que l’on peut dater d’avant 1543 ou de 1566 15

—En Briec, la Dormition de la chapelle du Kreisker et la Passion disparue de la chapelle Saint-Sébastien de Garnilis.

—Les quelques panneaux de Saint-Nonna en Penmarch identiques à la baie 1 de Saint-Fiacre de Guengat, que signale Roger Barrie.

—Les Passion des églises Saint-Pierre de Gouézec et de Saint-Fiacre de Guengat qui ont des cartons semblables .

—Le Couronnement de la Vierge de l’église Saint-Divy en Saint-Divy,.

Les Passions des église Saint-Mathieu de Quimper et Saint-Cornély de Tourch, aux cartons identiques.. Celle de Pleyben, plus tardives vers 1570

On peut y ajouter, malgré l’hypothèse de Couffon voyant dans les lettres P et S la signature du verrier Quimpérois pierre Sortez, la Passion de l’église Saint-Paban de Lababan en Pouldreuzic,.1573.

Et dans l’ancienne Cornouaille : le Credo des Apôtres de Mael-Pestivien, 22,

 Les inscriptions, témoins de la paternité des le Sodec.

Au XVIe siècle, les peintres vitriers bretons ornent d’inscriptions les galons des vêtements des personnages et les phylactères de leurs vitraux.

Il s’agit, dans certaines verrières, d’une abondance de suites de consonnes et de voyelles, qui est venue probablement des Flandres avec la Renaissance et même antérieurement. Ces inscriptions sont dans la grande majorité des cas, d’une impossible compréhension et dont les auteurs gardent le secret.

Cependant, il est possible, ici et là, de relever des brides de psaumes, parfois très concis, amputés de lettres et même orthographiés phonétiquement. Très rapidement, par manque de place, ces inscriptions sont abrégées. Ainsi le N et le M se voient dédoublés et enlevés. Un tilde placé au-dessus, avertit cette suppression, qui peu à peu, dans le temps, disparaît.

La lecture peut être encore plus malaisée car elle est souvent un mélange de latin, de français et même de breton.

Parmi les inscriptions que nous ont laissés ces le Sodec, on peut être intrigué par certains assemblages de lettres qui reviennent comme un leitmotiv. Il y a entre autre un assemblage de trois lettres, deux consonnes et une voyelle, souvent incluses dans d’autres lettres qui, à Plogonnec, se répètent trois fois dans la Transfiguration et deux fois dans la Passion . Il s’agit de l’ensemble SVO.

Ce SVO 16 on le retrouve une fois à l’église Saint-Pierre de Gouézec dans la Passion et quatre fois à Guengat, aussi dans une Passion, celle du Chevet. Ces deux verrières sont très proches, leurs cartons identiques pour ne pas dire unique, elles sont de la même époque. Ce sigle SVO n’est qu’une preuve de plus sur la paternité de l’atelier Le Sodec sur ces deux Passions.

De plus, si l’on étudie les assemblages de lettres de la Passion de Guengat, un second sigle apparaît, formé des deux premières consonnes SV et où le O est devenu E. Ce SVE y est répété cinq fois. A Gouézec, où les inscriptions sont moins nombreuses, on le retrouve une fois.

Ce SVE décore le cheval de Nicodème dans la Passion de l’église Saint-Mathieu de Quimper. Il y est précédé de NO.

Ces SVO et SVE, après avoir examinées 24 verrières du XVIe siècle, nous ne les retrouvons nulle part ailleurs. Certes ces trois lettres ont pu nous échapper, ou ont disparu lors de possibles restaurations. Mais cela ne peut que nous pousser vers une confirmation de la paternité des Le Sodec pour les Passions des églises de Guengat, Gouézec et Saint Mathieu de Quimper.

 Avec d’autres sigles, tels que VOE, peut-on leur attribuer les Passions des églises d’Ergué-Gabéric et de la Martyre, ce groupe de trois lettres se trouvant aussi à Plogonnec ? Ergué-Gabéric offre de plus une double combinaison dans SVOE: SVO ET VOE .

Pour terminer, il reste une question qui se pose : pourquoi ont-ils été si bavards sur leur paternité à Plogonnec et Kerfeunteun, et pourquoi pas ailleurs ? Pourquoi cette exubérance de suite de lettres et de consommes ici et là, et pourquoi pas ailleurs ? Je ne trouve pas de réponse Ce décor donnait-il droit à une plus value ?

 

 NOTES

 

8. - La Roche-Maurice, Eglise Saint-Yves, le défenseur du pauvre, non paginé, imprimerie Lescuyer Lyon. " " EN LAN MIL VCCXXXIX / FUT FET CETTE VITRE. ET / ESTOET DE FABRICQUE POR / LORS ALLEN. L.S. " René Couffon dans le MSHAB de 1945 pense que ces initiales sont celles de Laurent Sodec. En 1959 dans le Répertoire des églises et chapelles du diocèse de Quimper et de Léon, il donne la paternité de la Passion de La Martyre à Jost de Negkaer.. Cela est de nouveau repris en 1988 dans le Nouveau Répertoire des Eglises et Chapelles. En réalité cette inscription cette inscription est introuvable ainsi que l’a constaté l’abbé jean Feuntreun ( le Télégramme de Brest, Février 1972) Roger Barrie a confirmé cette absence par un examen sur échafaudage ; il avance l’hypothèse soit d’une mauvaise lecture par Couffon qui, fasciné à juste titre par le rapprochement avec les gravures, aurait interprété des salissures, soit d’une restauration insouciante qui aurait fait disparaître l’inscription lors de la repose e après guerre, ce qui paraît plus qu’étonnant.

 

Inclure des initiales est une chose assez fréquente chez les verriers. A Rouen les frères Le Prince signant I L P¨ pour Jean, E L P pour Engrand, ou encore, plus près de chez nous, en plus des Le Sodec, VI. DI pour Vincent Desportes. Mais personne n'est à l'abri de l'erreur. Pour Notre Dame de Confort, en Meilars, monsieur René Couffon donnait De Loubes, comme auteur de l'Arbre de Jessé. Une restauration postérieure révéla Raimondi Lombes. Il nous livre aussi l’hypothèse de voir dans la Passion de Lababan les initiales du verrier Pierre Sortès ou Sortex dans NOPS MRZ PS. Tout cela est bien tentant

9. - EVE Kerfeunteun, Arbre de Jessé,EVE GRADORAP Plogonnec, église Saint-Thurien, Passion, VRA EVE MSOENR Le EVE ici est suivi après un M de SOE, possible abréviation de Le Sodec. Le Moyen Age a souvent comparé Marie à Eve. Il suffit de rappeler que le nom Eva retourné par l’ange lors de l’Annonciation s’est changé en Ave.

10. – Le Men, déjà cité, p. 119

11. - Dans sa thèse, Roger Barrié, se penchant sur les verrières de Plogonnec, relève que Joos Van Clève, dans ses Adorations des Mages, cela vers 1515, fait porter des inscriptions sur les galons des vêtements.

Pour ma part, j’ai relevé, au Musée de Cluny, des inscriptions sur les galons des vêtements des personnages d’une Crucifixion d’un retable du début XIVe. Ce retable était donné comme provenant de Sauvagnat, Puy-de-Dôme et son code CP3413.Un autre retable, dans le même musée, dont le sujet est la Messe de saint Grégoire, daté de 1513, porte des textes lui aussi sur les galons de ses vêtements. Il est donné comme provenant d’Anvers.

12. - Dans les œuvres de cet atelier le Sodec, certains visages d’hommes, très proches d’une réalité plutôt sévère, que ce soit les soldats casqués, ou le Christ, portent souvent le muscle au-dessus des sourcils d’une façon très protubérante et très marquée que nous avions appelé dans le temps "à la banane". Cette façon d’exprimer ce caractère, nous ne l’avons trouvée qu’une seule fois en dehors de la Bretagne. Il s’agit d’une Fuite en Egypte de 1545 de l’Ecole Troyenne où saint Joseph porte les mêmes sourcils protubérants. Ce procédé graphique était-il par la suite une mode attribuable à plusieurs ateliers finistériens? C’est très possible. Surtout à l’approche de la fin du siècle En plus des verrières déjà cité plus haut comme la Roche-Maurice 1939, on retrouve cette spécificité entre autres à : Braspart dans la Passion, à Notre-Dame de Confort en Meilars, dans l’Atelier de Nazareth, au Croisty, dans la vie de saint Jean-Baptiste, dans les Passions de : Gouézec, à la chapelle Notre-Dame de Tréguron , de Guimiliau, de Lannédern, de Melgven, de Ploudiry, de Pont Croix, de Notre Dame de Cuburien en Saint-Martin des Champs de Tourch. .

Quant à la façon particulière d’appréhender les veines et muscles des dessus des pieds et des mains, l’un des exemples peut-être l’église paroissiale de Gouézec pour les muscles du cou et des pieds. le graphisme losangé des veines des mains et des pieds. Ce procédé se retrouve à Peumerit et jusqu'à Maël Pestivien.

13. – JP. Le Bihan, BSAF 1989, tome CXVII, la Verrière de l’église Saint-Pierre de Gouézec. Et BSAF1991, tome CXX, la maîtresse-vitre de l’église Saint-Pierre de Ploudiry.

14. – R.Barrié, déjà cité p. 41 et suivantes.

15.- Pour donner à cette Passion une date qui tienne la route, nous pouvons nous pencher sur les Passions finistériennes. Leurs dates offrent 1510 pour Plogonnec, 1539,La Roche Maurice, idem Penmarc’h et plus tardivement, 1556 pour Saint Herbot , vers 1570 pour Pleyben, et 1573 pour celle de Notre-Dame du Crann en Spézet. Que choisir ? Avant 1543, date du marché d’une verrière dont le sujet, Credo des Apôtres, ne pouvait qu’être placé du côté sud, côté du Nouveau Testament, une Passion étant naturellement au chevet, ou 1566 , date gravée sur la pierre d’appui de la baie présentant actuellement cette Passion. Possible pierre de la baie du chevet réutilisée. Nous pensons qu’il vaut mieux s’en tenir à la seconde date.

16.

  • - Guengat: Passion SVORMOSCO, SVORN, SVOE, Gouezec: Passion SVOE IOSVECM
  • Plogonnec, église Saint-Thurien, Transfiguration: ASOSVO, SVOTRAVEL, SERMOSVO

  • Plogonnec, église Saint-Thurien, Passion: SVO, SVORN, SVE.

  • Guengat, Passion: SVEMCV, SVE, SVE, SVEMCUS, SVEIOSEI, IOSVEC, SOVO,

  • Quimper, Saint-Mathieu, Passion. NOSVE

  • Ergué-Gabéric, église, Passion, SVOEANRE

 

Jean Pierre le Bihan

 

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SOURCES ET LIENS.

— ABGRALL (Jean-Marie), 1901, BDHA page 293

https://archive.org/stream/bulletindiocsai02arcgoog/bulletindiocsai02arcgoog_djvu.txt

— BARRIÉ (Roger), 1978, "Etude sur le vitrail en Cornouaille au 16e siècle, Plogonnec et un groupe d'églises de l'ancien diocèse de Quimper" ; sous la direction d' André Mussat / [S.l.] : [s.n.] ,  Thèse, Université de Haute Bretagne, Rennes. 

— BARRIÉ (Roger), 1977, "Un atelier de peinture sur verre en Cornouaille vers 1535", in Le vitrail breton. Arts de l'Ouest, numéro 3 (Centre de recherches sur les arts anciens et modernes de l'Ouest de la France, U. E. R. des arts, Université de Haute-Bretagne, Rennes)

— BARRIÉ (Roger), 1976 Les verres gravés et l'art du vitrail au XVIe siècle en Bretagne occidentale. In: Annales de Bretagne et des pays de l'Ouest. Tome 83, numéro 1, 1976. pp. 35-44.

http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/abpo_...

— BARRIÉ (Roger), 1989, "Le vitrail breton et les Flandres" in  Edité par Musée Départemental Breton

—COUFFON (René), LE BARS (Alfred), 1988, Tourc'h, Notice extraite de : Diocèse de Quimper et Léon, nouveau répertoire des églises et chapelles, par René Couffon, Alfred Le Bars, Quimper, Association diocésaine, 1988.

https://bibliotheque.diocese-quimper.fr/files/original/7f1048f2b8448640499c5b61ad63de14.pdf

"Vitraux : Maîtresse vitre de la Crucifixion, du XVIe siècle (C.), suivant le carton de Jost de Negker [sic!!!], du même atelier que la verrière de Saint-Mathieu de Quimper.

- Couronnement de la Vierge (atelier Fournier, 1946) et quatre petites fenêtres de Pierre Toulhoat, 1954."

— COUFFON (René), 1945, La peinture sur verre en Bretagne, Société d'histoire et d'archéologie de Bretagne (SHAB) pages 27 à 64.

https://www.shabretagne.com/document/article/2531/La-peinture-sur-verre-en-Bretagne-Origine-de-quelques-verrieres-du-XVIe-siecle

— GATOUILLAT (Françoise), HÉROLD (Michel), 2005,  Les vitraux de Bretagne, Corpus Vitrearum, France VII, Presses Universitaires de Rennes, Rennes, p. 183.

 

LE BIHAN (Jean-Pierre), 2006, Une famille de peintres vitriers en Cornouaille  [Le Sodec].

http://jeanpierrelebihan.over-blog.com/article-3062028.html

— VILLIERS DU TERRAGE (E. de), 1893, Note sur la paroisse de Tourc'h, Bulletin de la Société archéologique du Finistère, 355-370, ill.

Vitrail. La maîtresse vitre de l'église paroissiale présente à sa partie supérieure trois sommets contenant des armoiries dont il sera question pIus loin.
La partie principale, bien que divisée elle-même par deux meneaux en trois parties ayant chacune 51 et 5? centimètres de largeur, représente dans son ensemble un sujet unique, le crucifiement de Notre-Seigneur. C'est ce même sujet qui est identiquement reproduit dans les trois parties centrales du vitrail de Saint-Mathieu qui en contient cinq. Aussi pour la décrire ne puis-je mieux faire que d'emprunter les termes dont s'est servi M. l'abbé Abgrall dans sa notice sur le vitrail de Saint-Mathieu (1). « Notre-Seigneur en croix, saint Longin à cheval lui perce le côté de sa lance; la Made­leine au pied de la croix. Sous le larron de droite on voit la Vierge éplorée, soutenue par saint Jean et par une sainte femme; à l'arrière plan deux juifs debout puis un soldat casqué et un pharisien à cheval. Sous le larron de gauche, un centurion au costume très riche monté sur un magnifique cheval, et au second plan un prince les prêtres  et un pharisien aussi à cheval. Le bon larron rend le denier soupir, et son âme, sous la forme d'un petit enfant nu,« est portée au ciel par un ange, tandis que celle du mauvais larron est emportée par un démon hideux. » Il faut ajouter que ce dernier vitrail présente de nombreuses lacunes: toute la partie inférieure n'existe plus, tandis qu'à Tourc'h l'ensemble de la composition est fort heureusement complété par plusieurs groupes de soldats se disputant les vêtements de Notre-Seigneur. Tous ces per­sonnages portent de riches costumes du 16 siècle aux bril­lantes couleurs.
Le vitrail est d'un bon style et intéressant à plusieurs points de vue. Il est en assez bon état, mais, pour en assurer la conservation, il serait indispensable d'exécuter quelques travaux urgents de consolidation que les ressources minimes de la fabrique ne lui permettraient pas d'entreprendre. La restauration du vitrail de Saint-Mathieu, qui se fera pro­chainement; ce serait une occasion favorable, si la Société pou­vait obtenir pour la paroisse de Tourc'h, ou lui accorder, elle-même, la subvention nécessaire.
Le vitrail ne présente pas de lacunes: quelques panneaux sembleraient, à première vue, être en verre blanc, mais, en les regardant avec attention, on trouve partout des traces de la composition primitive. La photographie l'indique très nettement. Il y a seulement une décoloration partielle qui a malheureusement atteint la partie basse du panneau de droite où une date se trouvait inscrite. On lit sans peine l'an, et avec une difficulté croissante un t', UI1 5 et un deuxième 5, ce qui ferait remonter le vitrail aux environs de l'année 

Cette date est du reste parfaitement d'accord avec le style du vitrail, et elle se trouve vérifiée par les indications conte­nues dans les soufflets où se voient les armes des deux seigneuries qui se partageaient le territoire de la paroisse de Tourc'h, c'est-à-dire, Kerminihy, paroisse d'Elliant, mainte­nant Rosporden, et Coatheloret, paroisse de Tourc'h.
Toutes deux relevaient directement des ducs de Bretagne, et plus tard des rois de France, dont les fleurs de lys devaient probablement figurer en supériorité dans le premier soumet.
Cette circonstance a pu en provoquer la destruction en 1703.
A cette place on voit maintenant une gloire analogue à cene qui existe à la grande vitre de l'église de Rosporden et qui date du commencement de nottre siècle.
Le soumet de gauche contient les armes suivantes. Ecartelé: au premier, d'argent à trois molettes de gueules (Ker­minihy) ; au deuxième, au chêne de sinople enqlanté d'or au franc canton de gueules chargé de deux haches d'armes d'argent  adossées (Plessis-Nizon); au troisième, parti de Plessis-Nizan et de gueules aux trois croissants d' argent (Kerflous) ; au quatrième, d'argent à la croix de sable (?) .
Je. n'ai pas trouvé l'explication de ce quatrième quartier, mais les trois premiers suffisent pour reconnaître les armes de Laurent du Plessis qui possédait la seigneurie de Kermi­nihy entre 1540 et 1562, Ces armes sont décrites dans les aveux de cette seigneurie, qui, à propos de la paroisse de Tourc'h, revendiquait entre plusieurs autres droits, celui d'avoir un écusson en la maitresse vitre du côté de l'Evangile, qui est d'argent à trois molettes de gueules, écartelées (sic) et contre écartelées des armes du Plessis et de Kerflous qui sont maisons alliées du Kerminihy » (1)
Au sommet de forme est caractéristique du 16e siècle. Les armes d'argent au grêlier d'azur figurent également aux soufflets supérieurs
li) La famille du Plessis-Nizon est représentée clans noLre Société pal' son pl'ésident. La famille de Kerflous, ramage cie Tl'émi ll ec, s'est fondue dans Billoarl de Tl'émillec et de Ken3ségan, famille dont un membre, le dernier gouverneur de la Louisiane est bien connu sous le nom du chevalier de Kerlérec, des deux petites fenêtres latérales du chœur, qui n'ont con­servé que ces fragments de leurs anciens vitraux, Ces armes doivent être celles de la famille à qui appartenait vers 1550 la seigneurie de Coatheloret, mais sur ce' point je n'ai pu recueillir aucun renseignement,

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Published by jean-yves cordier - dans Vitraux Renaissance. Chapelles bretonnes Héraldique

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  • "Il faudrait voir sur chaque objet que tout détail est aventure" ( Guillevic, Terrraqué).  "Les vraies richesses, plus elles sont  grandes, plus on a de joie à les donner." (Giono ) "Délaisse les grandes routes, prends les sentiers !" (Pythagore)
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