La Tour Carrée est classée monument historique par décret du 7 février 1916. Elle témoigne de l'existence jadis ici de l'église tréviale de Saint-Guénolé dont la construction s'achève en 1489, et qui comportait, à l'ouest de cette Tour, une nef de 38 m de long à l'est avec un seul bas-côté. Comme les autres églises des paroisses du Cap Sizun, elle est contemporaine alors de cette époque de grande prospérité économique où les capitaines marchands et amateurs participaient largement à leur financement, et le signalaient en faisant sculpter sur les porches les silhouettes de leurs navires hauturiers (les carvelles) et des poissons, source de leur richesse. C'est en effet depuis le XIIIe siècle mais surtout aux XVe et XVIe siècle que fleurit l’industrie des pêcheries, des sécheries et fumures de poissons exportés (sardines, maquereaux, congres, juliennes et surtout merlus) et que se développa le commerce maritime.
L'église était en ruine dès 1700. Elle est réunie à Penmarc'h en 1802. Une petite chapelle accolée à la tour date de 1845.
La ressemblance de cette tour, surmontée de guérites en pierre, et ornées de clochetons gothiques avec celui de Saint-Nonna en Penmarc'h a été soulignée. Le porche, entre deux solides contreforts, est le même, avec ses deux portes, la baie à trois lancettes qui le surmonte est identique. Le porche sud de la tour, hélas, a été démantelé pour la construction d’une chapelle, dans la propriété d' Armand de Chatellier, le château de Kernuz, près de Pont-l'Abbé. Nous ne pouvons donc le comparer avec celui de Saint-Nonna, mais nous allons voir qu'on retrouve à la Tour Carrée des éléments sculptés propre aux porches de l'église Saint-Nonna, notamment ses poissons. La comparaison des deux monuments va nous permettre d'identifier ou de rapprocher leurs divers éléments sculptés
Voici d'abord trois vues permettant de comparer les deux tours.
Le porche ouest de la Tour Carrée de Penmarc'h. Cliché lavieb-aile.
Tour-clocher de l'église Saint-Nonna de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.
Vue du porche ouest de l'église Saint-Nonna vers le milieu du XIXe siècle (Isidore Taylor et Charles Nodier, Voyages pittoresques et romantques dans l'ancienne France)Le porche sud de l'église Saint-Nonna à Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.
I. LE PORCHE OUEST DE LA TOUR CARRÉE.
Ses portes cintrées géminées sont séparées par un trumeau, les voussures de l'archivolte sont sommés d'un gable qui s'appuie sur deux pinacles. Dans le tympan, une niche est soutenue par un culot figuré. Plus haut, une fenêtre à réseau flamboyant de trois lancettes cintrées est soulignée par un arc en accolade.
La Tour Carrée, Penmarc'h. Cliché lavieb-aile.
La Tour Carrée, Penmarc'h. Cliché lavieb-aile.
1. Au centre du tympan au dessus du trumeau. L'écuyer de bienvenue.
Il est très érodée, et ce n'est qu'en le comparant avec la figure occupant le même emplacement sur les porches ouest et sud de l'église Saint-Nonna de Penmarc'h que je l'identifie : cet écuyer porte la main à son bonnet en guise de salutation, et il tient un phylactère. C'est un personnage très fréquent sur les édifices de la région, où on peut lire encore sur son phylactère les mots PAX VOBIS.
J'en ai recensé quelques-uns dans mon article sur Ty Mamm Doué de Quimper. On le trouve 3 fois à Saint-Nonna de Penmarc'h (sur les deux porches surtout le portail sud, mais aussi en crossette), mais aussi du côté droit du portail Saint-Herbot en Plonévez-Porzay (page saluant en touchant son bonnet du haut d'un rempart), puis à Saint-Tugen en Primelin (page saluant en touchant son bonnet du haut d'un rempart) ou à Plogoff (page saluant en touchant son bonnet), sur le porche sud de Lampaul-Guimiliau (vers 1533 sur le culot d'un apôtre, et présenté par un page la main sur son bonnet à l'entrée) et sous le porche de Landivisiau, tenue par un ange, et enfin à Ty Mamm Doué, ou le page en habit noble salue le visiteur de l'inscription de bienvenue de sa banderole et faisant le geste de courtoisie de se préparer à ôter son bonnet.
Exemples :
Le page du porche sud (1508-1509) de l'église Saint-Nonna de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.Crossette de l'église Saint-Nonna de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.
Porche ouest de Ty Mamm Doué à Quimper. Cliché lavieb-aile.
3. Culot de la niche gauche du porche : une femme nue .
Elle est représentée de face, la généreuse poitrine projetée en avant, les deux jambes écartées proche de l'accroupissement. Son entrejambe est gonflé et percé d'un orifice, et cette vulve dilaté la classe parmi les Sheela na gig. Mais ses deux bras tendus en arrière tiennent des objets. Dans sa main droite, la forme m'évoque un oiseau au ventre plein. La forme triangulaire à quatre cavités du côté de la main gauche est moins évocateur, il pourrait s'agir d'une feuille (en comparaison avec le culot n°4 à droite). On peut penser à une Maîtresse des animaux. Voir la dernière image de mon article sur Châtelaudren
Ce n'est en tous cas ni une sirène ni une femme serpent.
On la comparera au trumeau du porche sud de Saint-Nonna :
Trumeau du porche sud (1508-1509) de l'église Saint-Nonna de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.
La Tour Carrée, Penmarc'h. Cliché lavieb-aile.
La Tour Carrée, Penmarc'h. Cliché lavieb-aile.
La Tour Carrée, Penmarc'h. Cliché lavieb-aile.
4. Culot de la niche de droite. Un acrobate ? Un page ?
Ce que je vois le mieux, c'est, outre la tête, le plissement d'une tunique. Une ceinture peut-être. Et des bras écartés.
Voir :
Culot d'une niche du porche sud (1508-1509) de l'église Saint-Nonna de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.
La Tour Carrée, Penmarc'h. Cliché lavieb-aile.
La Tour Carrée, Penmarc'h. Cliché lavieb-aile.
La Tour Carrée, Penmarc'h. Cliché lavieb-aile.
La Tour Carrée, Penmarc'h. Cliché lavieb-aile.
5. Autre culot à droite : un masque crachant les tiges des rinceaux ?
La Tour Carrée, Penmarc'h. Cliché lavieb-aile.
6. Les deux carvelles du côté droit du porche.
Leurs images sont souvent publiées mais elles ont été peu décrites. Certains ne portent qu'un mât central, avec une hune pour le gabier ou veilleur, un seul bras de hunier (dont on distingue les étais), les autres ont également deux autres mâts. On voit souvent bien le château avant et le château arrière, et, dans ces deux carvelles du côté droit, deux espars obliques (dont un beaupré très apiqué, comme ailleurs), et à l' étrave et à la proue, de solides avancées .
La Tour Carrée, Penmarc'h. Cliché lavieb-aile.
La Tour Carrée, Penmarc'h. Cliché lavieb-aile.
La Tour Carrée, Penmarc'h. Cliché lavieb-aile.
7. Les deux carvelles et les poissons du côté gauche.
La première est la mieux conservée de l'érosion, et c'est le bâtiment le plus imposant, avec un rang de batteries, doublée sur les deux châteaux. La poupe tombe tout droit sous la légère avancée du château arrière, mais on ne voit pas de gouvernail. Les trois mâts sont très épais, disproportionnés. L'étrave nous échappe en partie.
Comparez avec la carvelle de l'ossuaire de Roscoof :
La carvelle de l'ossuaire de l' église Notre-Dame de Croas-Batz. Photographie lavieb-aile juillet 2017.
La Tour Carrée, Penmarc'h. Cliché lavieb-aile.
La Tour Carrée, Penmarc'h. Cliché lavieb-aile.
La Tour Carrée, Penmarc'h. Cliché lavieb-aile.
La Tour Carrée, Penmarc'h. Cliché lavieb-aile.
Sous le navire, on peut se demander si les trois animaux, au corps très fuselés, sont bien des poissons, ou si ce ne sont pas des cétacés... pour ne pas dire des cachalots. À débattre !
La Tour Carrée, Penmarc'h. Cliché lavieb-aile.
Sur ce troisième exemple, on retrouve une forme en sabot avec poupe verticale, un grand-mât et son hunier, mais aussi un mât de misaine également pourvu d'un hunier. La superstructure de l'étrave se prolonge en une sorte de curieux bec de canard.
La Tour Carrée, Penmarc'h. Cliché lavieb-aile.
La Tour Carrée, Penmarc'h. Cliché lavieb-aile.
La Tour Carrée, Penmarc'h. Cliché lavieb-aile.
LA FRISE À MI-HAUTEUR ET SES CROSSETTES .
Partant de la base de la baie ouest, une corniche à frise de motifs végétaux fait le tour de l'édifice (elle s'interrompt à l'est) et s'orne de crossettes.
Les deux premières crossettes représentent des femmes nues les bras rejetés en arrière pour se retenir à la corniche.
La Tour Carrée, Penmarc'h. Cliché lavieb-aile.
La Tour Carrée, Penmarc'h. Cliché lavieb-aile.
8. La première crossette, une femme nue.
La Tour Carrée, Penmarc'h. Cliché lavieb-aile.
La Tour Carrée, Penmarc'h. Cliché lavieb-aile.
9. La deuxième crossette, une femme nue.
La Tour Carrée, Penmarc'h. Cliché lavieb-aile.
La Tour Carrée, Penmarc'h. Cliché lavieb-aile.
La Tour Carrée, Penmarc'h. Cliché lavieb-aile.
10. La troisième crossette.
Un homme portant un animal ??
La Tour Carrée, Penmarc'h. Cliché lavieb-aile.
11. La quatrième crossette, un homme nu.
Du côté nord-est, la frise reprend, et la première crossette représente un homme (?)nu aux bras écartés vers la corniche, aux jambes écartés et au pubis dilaté. Il adopte une posture d'acrobate avec les genoux hyper fléchis, et ses pieds sont liés avec ses poignets.
La Tour Carrée, Penmarc'h. Cliché lavieb-aile.
La Tour Carrée, Penmarc'h. Cliché lavieb-aile.
La Tour Carrée, Penmarc'h. Cliché lavieb-aile.
12. La cinquième crossette, une tête de cheval ?.
Cette crossette à la forme singulière n'est pas aisée à interpréter, et je ne propose d'y voir une tête et l'encolure d'un cheval que par comparaison avec les deux têtes de la tour de Saint-Nonna. Et en imaginant le même animal emblématique de Penmarc'h dépourvu de ses oreilles, et de ses pattes.
Les crossettes de la Tour-clocher de l'église Saint-Nonna de Penmarc'h. Photographie lavieb-aile septembre 2017.
La Tour Carrée, Penmarc'h. Cliché lavieb-aile.
La Tour Carrée, Penmarc'h. Cliché lavieb-aile.
La Tour Carrée, Penmarc'h. Cliché lavieb-aile.
13. La dernière crossette, un homme aux mains jointes.
Il semble se pencher du dessus de la corniche.
La Tour Carrée, Penmarc'h. Cliché lavieb-aile.
La Tour Carrée, Penmarc'h. Cliché lavieb-aile.
13. masque d'un pinacle.
La Tour Carrée, Penmarc'h. Cliché lavieb-aile.
14. les armoiries du côté est.
Les armes en bannière (forme rectangulaire) sont un fascé de six pièces qu'on attribue à la famille Tanguy du Chastel (fascé d'or et de gueules). Mais mon cliché me montre trois "jumelles". Ne s'agit-il pas plutôt des armes de la famille de Lespervez, Seigneurs dudit lieu, paroisse de Plonéour, portant de sable à trois jumelles d'or ?
Les armes des Lespervez sont deux fois à la cathédrale de Quimper, soit dans le blason épiscopal de Jean de Lespervez, évêque de Quimper de 1451 à 1472, soit sur la baie 120.
L'écu en bannière est couronné d'un casque (ce n'est pas un heaume) ceint d'un tortil de baron et sommé d'un lionceau (ou d'un chien?). En guise de lambrequin, un cordon à glands espacés se termine par un gland de passementerie.
La Tour Carrée, Penmarc'h. Cliché lavieb-aile.
La Tour Carrée, Penmarc'h. Cliché lavieb-aile.
15. le calvaire devant le porche ouest.
Il porte le n°1403 de l'Atlas des croix et calvaires du Finistère. et est décrit ainsi : granite, 5 m. XVIè, XXè s. Soubassement, corniche. Socle à deux étages, cubique et octogonal. Vierge de Pitié, anges, encadrée par autre ange et saint Guénolé. Fût, croix récente de section carrée en marbre. [Yves-Pascal Castel 1980]
Une Vierge à l'Enfant est sulptée au revers du Christ en croix. Le saint identifié comme saint Guénolé (patron de la paroisse d'origine de la Tour) tient une canne coudée en main droite plutôt qu'une vraie crosse d'abbé.
À l'opposé, un homme vêtu d'une tunique longue présente un écu muet.
Calvaire de la Tour Carrée. Cliché lavieb-aile.
Calvaire de la Tour Carrée. Cliché lavieb-aile.
Calvaire de la Tour Carrée. Cliché lavieb-aile.
Calvaire de la Tour Carrée. Cliché lavieb-aile.
Calvaire de la Tour Carrée. Cliché lavieb-aile.
Calvaire de la Tour Carrée. Cliché lavieb-aile.
Calvaire de la Tour Carrée. Cliché lavieb-aile.
FIN
La Tour Carrée, Penmarc'h. Cliché lavieb-aile.
SOURCES ET LIENS.
—COUFFON (René), 1988, “Couffon, Répertoire des églises : paroisse de PENMARCH,” Collections numérisées Diocèse de Quimper et Léon
Le tumulus de Mané Lud à Locmariaquer : une visite guidée sur les traces d'un cachalot.
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PRÉSENTATION GÉNÉRALE PAR COPIER-COLLER.
Document n°1.
"En 1863, alors qu'il dirige les fouilles du tumulus du Mané er Hroek, René Galles décide de fouiller un autre tumulus de la commune de Locmariaquer : le Mané Lud. Celui-ci fait 90m de long pour 50m de large et environs 6m de hauteur. Aujourd'hui, le tumulus est bien conservé, presque complet, bien qu'ayant été coupé sur ses côtés, là par des maisons, là par une route.
La fouille a révélé une petite chambre funéraire, constituée de moellons, sans couloir d’accès, qui renfermait des ossements peu conservés, de la poterie et des objets de silex.
Le tumulus renferme aussi un dolmen, à l'ouest de la masse tumulaire, qui semble avoir été ajouté postérieurement et dont certaines des dalles sont gravées. Ces gravures ont été identifiées comme des haches, des bateaux, mais aussi un cachalot sur la stèle du fond de la chambre. Un escalier aménagé après la fouille permet de descendre dans le dolmen.
Le tumulus de Mané Lud et son dolmen, se trouvent à moins de 100 m du tumulus d'Er Grah et du site de la table des marchands. A pied, il faudra faire un petit détour pour relier les deux sites, mais il est aussi possible de rejoindre le tumulus de Mané Lud depuis la zone de stationnement aménagée à 150m à l'ouest, par un sentier piéton." (Paysages de mégalithes)
Document n°2.
"Le tertre du Mané-Lud est le premier grand monument de Locmariaquer que l'on aperçoit en arrivant d'Auray. Pratiquement installé au point culminant de la commune, c'est le seul dont le nom nous ait été transmis par le président de Robien, sous la forme déjà francisée au 18e siècle de Mont-Helleu, ce que l'on peut rapprocher du breton Uhelan (d'en haut) et qui n'a rien à voir avec les "cendres" ludu (humaines bien sûr !) invoquées à partir de déformations tardives par des esprits en mal de nécrophilie.
Il s'agit d'un grand "tumulus carnacéen" de 80m de long, 50m de large et 5m de haut. Au centre, un cairn circulaire abritait un caveau grossièrement maçonné de 2,25x1,25m recouvert en encorbellement. Il contenait les restes de deux personnes accompagnées simplement de quelques silex et fragments de poteries.
Vers l'est, ce cairn central se prolongeait par une nappe de pierres limitée par une curieuse structure : de deux mètres en deux mètres, six grandes pierres dressées dessinaient un arc faiblement concave vers l'ouest, portant des ossements déterminés comme étant des crânes de chevaux. Le tout était noyé dans une masse de "vase" atteignant 4m d'épaisseur et formant l'essentiel du tumulus.
L'extrémité occidentale du monument est engagée entre les maisons du village. Un grand dolmen à couloir y est enserré dans un second cairn dont les pierres affleurent en surface. Sa couverture comporte une énorme dalle d'orthogneiss (8,3m de long, 4m de large et 0,5m d'épaisseur), brisée sans doute par suite d'un porte-à-faux et anciennement amputée de son extrémité.
La chambre en a toujours été connue ouverte (elle fut jadis utilisée comme étable) et son couloir a été amputé par les constructions attenantes. La structure est strictement mégalithique, à dalles jointives (voire se recouvrant en écailles pour assurer l'étanchéité).
Le sol de la chambre est formé d'une seule grande dalle d'orthogneiss taillée en ogive, probable stèle anthropomorphe réutilisée. Plusieurs piliers de la chambre et du couloir sont ornés." (Mégalithes du Morbihan http://www2.culture.gouv.fr/culture/arcnat/megalithes/)
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PRÉSENTATION PERSONNELLE.
La lecture s'apparente à une marche, tantôt flaneuse, tantôt hasardeuse, tantôt emportée par le rythme haletant de l'aventure.
Ma découverte des articles de l'archéologue Serge Cassen (directeur de recherche CNRS à Nantes) sur les mégalithes de Carnac et du Golfe du Morbihan m'a entrainé dans un périple fabuleux. Marchais-je encore, ou rêvais-je déjà ?
Trois articles sur le tumulus de Mané Lud, très voisin de la célèbrissime table des Marchands de Locmariaquer, (successivement Mané Lud en sauvetage ; en images ; et en mouvement) m'ont appris que je trouverai là les gravures d'un cachalot, de bateaux, et d'oiseaux. Et non quelque déesse-Mère ou autre Hache-charrue.
J'ai deux amours : les cétacés (et les bateaux, et les oiseaux...) et le Golfe du Morbihan (et les îles du Ponant).
J'ai donc suivi Serge Cassen page après page à Mané Lud, je me suis laissé entrainer entre les allées de pierres dressées, j'ai appris à les qualifier d'orthostates et à en traquer les traces, j'ai baissé la tête sous les dalles de couverture, je me suis habitué à l'obscurité, j'ai été presque à ses côtés lorsqu'il menait son enquête et s'enthousiasmait de ses découvertes et qu'il criait "There she blows ! There ! There !".
Et puis j'ai posé ces centaines de page si bien illustrées, j'ai quitté ce monde virtuel et numérique (l'auteur a montré tout l'intêret de sa méthode d'acquisition et de traitement numérique des photographies superposées sous incidences lumineuses complémentaires, du scanner laser et de la photogrammétrie), pour aller, comme un grand, voir moi-même Mané Lud, tel celui qui, ayant trop lu Moitessier et les Damiens, part franchir le Cap Horn et toucher les glaces antarctiques.
J'embarquais, en guise d'Instructions nautiques, la précieuse littérature savante.
C'est ce voyage que je décris ici, par mes photos. Car pour le texte, je laisse la parole à Serge Cassen. Toutes les citations sont en retrait et entre guillemets avec la source. Toutes les figures sont extraites, avec sa permission, de ses articles mis en ligne.
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Au nord de la Table des Marchands .Google maps
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L'arrivée : la vue extérieure.
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Depuis la Table des Marchands, on suit brièvement la route jusqu'aux panneaux indiquant le site (à moins de prendre un étroit raccourci depuis le parquing) et on craint de s'être égaré car on ne repère l'endroit qu'au dernier moment : . Et dès lors, il va falloir se perdre, ou du moins perdre son temps, son XXIe siècle, pour atteindre le Néolithique : c'était il y a quelques 6000 ans.
Ce que nous découvrons, au sommet d'une légère élévation, c'est une belle pierre plate : la dalle de couverture de la tombe à couloir. La Rivière d'Auray est visible au nord-est (CPA)
Après l'avoir contourné, nous constatons la présence de quelques marches menant à un petit dédale longeant une habitation : nous y sommes.
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Le tumulus de Mané Lud à Locmariaquer. Photographie lavieb-aile avril 2023.
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Et le couloir est fort étroit ; on descend quelques marches, on évite l'angle de la maison, on se faufile, on joue déjà à l'indien, car Indiana Jones est sans doute devant nous : la grande aventure.
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Le tumulus de Mané Lud à Locmariaquer. Photographie lavieb-aile avril 2023.
Le tumulus de Mané Lud à Locmariaquer. Photographie lavieb-aile avril 2023.
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La bouche du royaume des morts est ouverte, j'invoque Ulysse lors de sa Nekyia.
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Le tumulus de Mané Lud à Locmariaquer. Photographie lavieb-aile avril 2023.
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L'entrée dans le couloir. Les orthostates.
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Note personnelle : j'ai trouvé à mon arrivée les motifs des gravures surlignés (à la craie ou la peinture), un procédé qui semble utile au néophyte mais dont la nuisance, aggravée par leur nettoyage par détergent, a été soulignée par Serge Cassen 2005 p.337.
Le monument se compose de 5 dalles de couverture, de 21 orthostates et d'une dalle sur le sol de la chambre.
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Neuf orthostates conservent des gravures : trois dans le couloir (n° 16,17, et 6), cinq dans la chambre (n°19, 21, 1, 1A et 2) dont 1 en grande partie occulté. Deux orthostates sont en orthogneiss (n° 20 et 5) à la lointaine origine (bassin oriental du Golfe, à 10 km de là), tandis que le n° 4 est en migmatite dont la source la moins éloignée se trouve à la pointe de Kerpenhir sur la même commune de Locmariaquer.
Le sol de la chambre (dalle 25) est une grande stèle d’orthogneiss de forme vaguement anthropomorphe et sculptée d’une bande en relief surmontée de deux éléments circulaires aux extrémités. Fouillée en 1912, il fut découvert sous cette stèle des objets en or attribués au néolithique et au campaniforme (Z. Le Rouzic 1912).
Il s'agit de dalles de ré-emploi (on ignore si la face non visible est gravée), et le couloir initialement court aurait été allongé ensuite : "Les stèles gravées du Mané Lud, réemployées dans la construction d’une tombe à couloir au début du IVe millénaire, parlent d’un ouvrage de monolithes édifié bien plus tôt, probablement au contact d’un tumulus de pierres et de limons recouvrant une ciste [tombe] à deux individus destinée (Galles & Mauricet 1864, p. 15)." (Cassen 2011)
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Cassen Fig. 1 – Plan de la tombe à couloir du Mané Lud à Locmariaquer, Morbihan (d’après Cassen et al., 2005), et extraction des stèles gravées suivant un ordre croissant arbitraire de leurs tailles.
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Les interprétations de Serge Cassen.
Cet auteur déconstruit les interprétations anciennes des gravures de Mané Lud et propose les changements sémiologiques suivants :
• la "Grande Déesse" devient un cachalot soufflant ;
• l"’herminette" devient un homme bras en croix ;
• la "hache du bûcheron" devient une arme guerrière ;
• la "houlette du berger" devient un bâton de jet (crosse);
• le "cornu" se transforme en un oiseau volant ;
• le "peigne-graffiti" est un bateau monté ;
• et "l’idole en écusson" est considéré comme un monde en miniature.
Bref, ça va souffler !
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Liste des orthostates réinterprétés (dans l'ordre de leur succession sur le site) :
L'orthostate n°16. Une arme de jet ; une embarcation surmontée d’un oiseau ; un autre oiseau survole la représentation d’une terre (carré).
L'orthostate n°17. Un vol de 12 oiseaux.
L'orthostate n°6. Un voyage : l'homme-croix, l'oiseau, la hache emmanchée, le quadrilatère-monde.
La stèle 2. Une lame de hache ; deux crosses ; trois oiseaux ; une embarcation sans équipage ?.
L'orthostate n°19. Une crosse (arme de jet) au dessus d'un oiseau. Le quadrilatère "monde divisé".
La stèle 1. Le cachalot.
L'orthostate n°1A : signes en U superposés : vol groupé de 4 oiseaux.
La stèle 2. Une lame de hache ; deux crosses ; trois oiseaux ; une embarcation sans équipage ?.
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Le tumulus de Mané Lud à Locmariaquer. Photographie lavieb-aile avril 2023.
Le tumulus de Mané Lud à Locmariaquer. Photographie lavieb-aile avril 2023.
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L'orthostate n°16. Une arme de jet ; une embarcation surmontée d’un oiseau ; un autre oiseau survole la représentation d’une terre (carré).
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En jaune : une embarcation à 6 personnages survolée par un oiseau. Et une crosse : une figure de proue ?
En rouge : un oiseau au dessus du carré représentant la Terre.
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Serge Cassen, «Le Mané Lud en mouvement. Déroulé de signes dans un ouvrage néolithique de pierres dressées à Locmariaquer (Morbihan)»
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"Les gravures seront partagées en deux sous-ensembles.
En haut et à gauche (en jaune), trois signes bien distincts sont disposés à égale distance l’un de l’autre suivant un axe oblique et se partagent entre crosse, bateau et oiseau (fig. 12) :
- sur la gauche de la dalle, l’instrument dirige l’extrémité du crosseron vers la gauche ;
- l’embarcation est à peu près orientée parallèlement au sol actuel, mais en réalité contrainte par un ressaut naturel dans la pierre sur lequel elle semble reposer et qui impose une légère obliquité ; elle contient six personnages, à l’image des embarcations de la stèle n° 6, mais le personnage dominant les autres par la taille est ici placé au centre du motif ; une crosse, extrémité distale dirigée vers l’extérieur, prolonge la pointe gauche du bateau ;
- l’oiseau est en plein vol et surmonte le bateau.
Un autre groupement de deux signes (en rouge) s’inscrit plus bas entre deux failles altérées :
- tout d’abord un oiseau, deux fois plus petit que le précédent, signifie lui aussi un plein vol ;
- en dessous, un petit quadrilatère assez peu marqué mais indéniable est orienté parallèlement au sol.
Il est évident que nous retrouvons des éléments de la structure sous-jacente au Mané Lud, déjà révélée sur les dalles 2, 6 et 21 : d’une part un oiseau surmonte une surface terrestre, d’autre part un oiseau surmonte une embarcation et donc une surface d’eau. Pour cette dernière composition, la proue pourrait être signalée par une forme en crosse, l’avant du bateau étant en règle générale valorisé dans les représentations et les miniatures, à l’image des têtes animales (cervidés, bovins, oiseaux) révélées par les gravures et les modèles réduits de l’âge du Bronze pour ne s’en tenir qu’à la Russie d’Europe, la Scandinavie et la Sardaigne (Lahelma 2005 ; Coles 2006 ; Guerrero Ayuso 2004). Au Mané Lud, une certaine ambiguïté persiste sur cette forme en crosse ; elle pourrait en effet représenter l’arme que nous connaissons, mais également une tête animale simplifiée, et les précédents exemples européens contenant plusieurs figurations gravées très semblables peuvent nous permettre d’abonder dans ce sens (voir par exemple à Begby Ic, Østfold, Norvège - Coles 2005, fig. 248). Mais dans la mesure où une autre crosse à la morphologie assez proche est disposée en avant du motif en question, nous retenons temporairement l’arme de jet comme figure de proue du navire. Par conséquent, une direction au déplacement peut être proposée, de la droite vers la gauche."
En somme, une crosse verticale dirige une embarcation surmontée d’un oiseau, tandis que plus loin et plus bas sur la stèle, contraint par un jeu de deux failles parallèles, un autre oiseau, plus petit ou plus lointain, survole la représentation d’une terre également réduite en proportion. " (Cassen 2011)
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—À propos du signe quadrilatère, Serge Cassen :
"En somme, cet espace délimité à la marge océane, nous l’acceptons au Mané Lud comme une surface abstraite qui serait une terre, un monde, un jardin des délices, une habitation, une arche, une île fortunée ; peu importe." (Cassen 2011)
—La signification de la crosse a été longuement étudiée par Serge Cassen: en s'appuyant sur la comparaison avec le lituus au manche courbe étrusque (ancienne arme de jet qui, progressivement, est passée au rang de symbole, tout d’abord comme insigne royal dans la première royauté romaine, puis objet de divination aux mains des augures), et avec le sceptre heqat égyptien en « point d’interrogation » . Ce sceptre étaient remis au roi lors de son intronisation avec le fléau à grain, celui-ci rappelant sa fonction de pourvoyeur de nourriture pour le peuple tandis que la crosse marquait son rôle de berger, de guide.
En outre, il signale les bâtons de jets égyptiens âmâat utilisé pour la chasse aux oiseaux dans les marais . Les auteurs s’accordent à reconnaître dans ces bâtons de jets, trouvés le plus souvent dans des tombes, un double usage, cynégétique et talismanique.
Pour Cassen, le signe néolithique « crosse » n'est pas un bâton de pâtre, mais une arme de jet à fonction assomante, un peu comme un boomerang : il est opposé systématiquement, sur les stèles morbihannaises, avec des animaux (oiseaux, cachalots) qu'il vise.
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— Le signe "bateau".
D'abord rangé parmi les « pectiniformes » par G. de Closmadeuc (Closmadeuc (de) 1873), ce signe "en forme de peigne" sera identifier par A. de Mortillet en 1894 comme un bateau à proue relevée portant des hommes, à l’image de représentations semblables amplement documentées en Scandinavie dès cette époque. Mais les auteurs modernes rejetteront cette image. Serge Cassen la reprend en soulignant sa cohérence :
-ce signe est uniquement réparti sur la zone côtière sud-armoricaine ;
- une composante importante du procès d’apparition du Néolithique en France méditerranéenne, puis atlantique, passe par des déplacements par voie maritime (*);
- le cachalot est représenté sur ces stèles contemporaines.
Sa coque peut varier d’une morphologie en « croissant de lune » ou disque tronqué, à celle souvent dite «corniforme » qui est une variante aplatie ou allongée de la figure géométrique précédente ; elle peut être isolée, vide, ou bien surmontée de traits verticaux parallèles figurant des personnages embarqués, systématiquement conduit par un personnage plus haut que les autres.
"Trois sortes d’embarcations résonnent sur les dalles de Mané Lud, trois formes également connues en Bretagne :
- la première est montée de personnages dont l’alignement est toujours dominé par un individu-tige plus grand que les autres, bien souvent vertical à la proue ;
- la seconde soutient un homme seul ouvrant ses bras en croix, encore placé à la proue ;
- la troisième forme de navire est une coque non montée, épurée, dont on ne sait ce qu’elle contient car aucune verticalité ne l’anime et ne lui donne vie."
(*)La découverte, dans les tombes, de pendeloques et perles en variscite, dont l'analyse a prouvé l'origine espagnole, renforce l'idée d'une population maîtrisant la navigation maritime ; de même, le ré-emploi de dalles lourdes d'un site à un autre du Golfe de Morbihan et de la Rivière d'Auray suppose la capacité de transporter des embarcations plus ambitieuses que des pirogues monoxyles.
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Le signe en U ou signe-oiseau.
Un très riche argumentaire permet à Serge Cassen de justifier qu'il remette en cause l'interprétation habituelle (un signe en joug ou la représentation de "cornus" renvoyant à des bovins et caprins) au profit d'oiseaux ; l'association très fréquente de ces oiseaux avec des embarcations est remarquable.
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Ma photo montre cet orthostate n°16, où on reconnaît l'oiseau et l'embarcation, mais elle montre aussi combien on peut passer assez rapidement devant lui sans en détailler les gravures si on attend un motif spectaculaire. Il aurait fallu être très attentif, ralentir, scruter la pierre en variant l'éclairage : il aurait fallu avant de s'engoufrer ici avoir appris à regarder : comme face à tout art, c'est un long apprentissage, et rien n'est donné au naïf.
Un peu plus loin, on discerne les oiseaux de l'orthostate n°17.
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Le tumulus de Mané Lud à Locmariaquer. Photographie lavieb-aile avril 2023.
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L'arrivée dans la chambre : à gauche, l'orthostate n°17, et à droite, l'orthostate n°6.
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Le tumulus de Mané Lud à Locmariaquer. Photographie lavieb-aile avril 2023.
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L'orthostate n°17. Un vol de 12 oiseaux.
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Serge Cassen, «Le Mané Lud en mouvement. Déroulé de signes dans un ouvrage néolithique de pierres dressées à Locmariaquer (Morbihan)»L’ancienne stèle a été penchée pour mieux « jointoyer » le bord de l’orthostate voisin n°18 à l’entrée de la chambre ; le haut de la stèle a par conséquent été partiellement retaillé
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" Douze signes clairement établis, et deux autres moins assurés, se partagent une surface grossièrement triangulaire sur la partie gauche de la stèle. Ces deux derniers tracés incertains pourraient être identiques aux tracés voisins mais, dans les deux cas, seule la branche gauche est bien marquée, donnant l’image d’une crosse sur la gauche, d’un arc-de-cercle sur l’individu plus à droite, sans qu’il soit permis de trancher définitivement.
Loin de représenter le bétail domestique présumant un quelconque état socio-économique de la société étudiée, ces cornus sans tête sont à nos yeux la transcription la plus simple d’oiseaux en plein vol. Mais, ainsi que nous l’avions noté (Cassen et al. 2005, p. 365), cinq des sept signes gravés sur le côté gauche de la dalle débordent sur sa tranche [...].
Nous résumons par conséquent la scène à un vol d’oiseaux, peut-être en formation triangulaire, avec un individu en tout cas isolé à la pointe droite tandis qu’une série est alignée sur le bord gauche avec l’extrémité de chaque aile uniquement visible sur la tranche de la stèle, dans une autre de ses dimensions." (Cassen 2011)
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Le tumulus de Mané Lud à Locmariaquer. Photographie lavieb-aile avril 2023.
Le tumulus de Mané Lud à Locmariaquer. Photographie lavieb-aile avril 2023.
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L'orthostate n°6. Un voyage : l'homme-croix, l'oiseau, la hache emmanchée, le quadrilatère-monde.
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"Quatre zones peuvent être discernées dont trois couvertes de gravures. La
première, délimitée dans la partie inférieure droite par une brisure oblique naturelle dans la
roche, comporte cinq motifs aisément identifiables (hache, « bateaux », carré, « U ») ; la
seconde, dans la partie inférieure gauche, au-delà de la faille, est vide de gravures ; au-dessus
de celle-ci, un secteur est rempli de motifs géométriques traités en petites cupules (carré,
cercle, lignes) ; détaché de cet ensemble, un ultime secteur occupe l’espace restant, à nouveau
sous formes de tracés gravés où l’on reconnaît deux haches emmanchées, un « bateau »
et un motif quadrangulaire ouvert sur une série de traits verticaux." (Cassen 2005)
"Les gravures. Cinq signes fondamentaux sont reproduits : l’homme en croix, l’oiseau, la hache emmanchée, le bateau, le quadrilatère-monde. Ils se partagent la surface en évitant certains secteurs, et s’orientent différemment dans l’espace. Six groupements ont été arbitrairement distingués par des lettres, de A à F (fig. 10).
A - (en vert clair) Sous la ligne de ressaut déjà mentionnée sont réunis cinq signes inscrits dans un espace triangulaire :
- dans l’angle droit, au bas de la dalle, un signe quadrilatère (trapézoïdal) est exactement tangent à l’arête de la pierre ; si sa base rectiligne est bien parallèle à la ligne de sol (actuel), son côté opposé est en partie oblique tandis que les bords latéraux sont également divergents selon cette même dynamique ;
- deux bateaux bordent les deux côtés du signe précédent ; ils sont penchés, suivant en cela à la fois une partie du tracé supérieur du quadrilatère et une faille apparente sous la seconde embarcation du bas ; respectivement cinq et six segments verticaux figurent les deux équipages et un personnage s’y trouve systématiquement placé plus haut que les autres et bien posé à l’extrémité gauche, partie que nous reconnaissons en conséquence devant très certainement figurer une proue ;
juste en avant de la proue de l’une de ces embarcations, une hache polie sur manche crossé dirige son tranchant dans la même direction, c’est-à-dire vers la gauche ; - un signe oiseau surmonte l’ensemble, et tout comme l’embarcation qu’il survole, et à la différence du quadrilatère, l’extrémité de son tracé en creux déborde sur la tranche de la dalle (fig. 11).
- un signe oiseau surmonte l’ensemble, et tout comme l’embarcation qu’il survole, et à la différence du quadrilatère, l’extrémité de son tracé en creux déborde sur la tranche de la dalle (fig. 11).
Le hors-champ de l’oiseau et d’un bateau, la position des proues, l’orientation du tranchant de la hache, tout concourt à désigner un sens commun au déplacement des signes dont au moins deux sont par essence mobiles (l’oiseau, le bateau). Au surplus, la direction de ce déplacement peut être déduit de nos observations antérieures, notamment sur l’orthostate 17, dans la mesure où les mêmes oiseaux montrent là-bas un déploiement triangulaire avec un seul individu à l’une des extrémités ; il signifie, comme dans la réalité, la tête du groupement (l’oiseau suiveur récupérant la composante ascendante en bout d’aile de l’oiseau précédent, battements d’ailes alternés par rapport à l’oiseau qui précède). Si cette composition reproduit une formation d’oiseaux en vol, alors ils se dirigent de la gauche vers la droite, ils entrent littéralement dans le cadre. En sorte que sur la dalle 6 et suivant ce principe directeur, l’oiseau, les bateaux (et la hache ?) se meuvent de la droite vers la gauche, et par conséquent donnent une indication de « montée » par l’obliquité légère mais notable des représentations.
B- (en blanc) . Comme posé sur la ligne de ressaut, une gravure isolée en forme de croix latine occupe le « sommet » de cet accident naturel. Elle représente un humain dans une position statique universelle, bras tendus, jambes jointes, une station qui est néanmoins exceptionnelle, loin de signifier la vie courante.Si le tronc est vertical, les bras sont penchés l’un dans l’alignement de l’autre, et suivent la direction du signe sus-jacent, à moins bien sûr que ce ne soit l’inverse.
C- (en bleu clair) Ce grand signe quadrangulaire n’est pas fermé, mais ouvert sur le dessus. Il contient plusieurs traits parallèles dont deux sont inscrits dans une figure courbe, formant alors la ligne qui pourrait être rapportée à un bateau embarqué, mais alors très arqué ; cette dernière figure est comme posée sur une diaclase qui forme un ressaut dans la pierre, grossièrement horizontal. Une cupule est disposée à son côté, sur cette ligne naturelle.Comment interpréter cet ensemble, très perturbé par des tracés parasites provoqués par le nettoyage de graffitis ? Si nous admettons la représentation d’une surface terrestre par le biais du motif quadrangulaire (simple ou divisé, droit ou oblique), la figure « ouverte » de l’orthostate 6 ne laisse pas d’intriguer, et en dire davantage serait cette fois bien risqué.
D- (en jaune)Sont ici regroupées deux haches polies emmanchées, tranchants dirigés vers la gauche. Les lames semblent parallèles au sol, mais un des deux manches est oblique et suggère en conséquence une action portée par la plus grande lame régulière au talon pointu.
Fait exceptionnel, unique dans l’état actuel des connaissances, les manches ne sont non seulement pas crossés, comme en A et comme il est usuel de le produire en gravure en Bretagne, mais ils ne dépassent pas non plus le corps de la lame au point que ce type d’emmanchement inconnu dans notre corpus pose question.
- Est-ce un mode d’emmanchement réel, qui impliquerait une fixation directe par liens et colle, peu documentée en Europe à cette époque ?... Cette possibilité est admissible mais difficilement crédible, d’autant plus qu’aucune lame polie à gorge – une morphologie fonctionnelle en règle générale recherchée pour adopter cette configuration – n’est connue dans l’ouest de la France (voir Avias 1949, pour vérifier le rapport d’identité entre le « casse-tête » à gorge et la manière de le représenter par la gravure sur un rocher).
- Est-ce un mode d’emmanchement réel, qui supposerait une lame de hache perforée sans dépassement du manche ?... L’hypothèse est recevable (cf. Klassen et al. à paraître) mais nous ne connaissons pas d’instruments perforés, en pierre ou en métal, trouvés en contexte en Bretagne, datés de cette époque (milieu du Ve millénaire).
- Est-ce un emmanchement idéel dont le classique crosseron serait alors supprimé ?... En ce cas, un manche tronqué qui n’est plus opérationnel – comment, en effet, la lame polie pourrait-elle tenir ? – charge l’arme d’une autre signification ; et l’objet « crosse », privé de sa partie active, ne fournirait plus que la matière du « manche » de l’arme, au mépris de son ancienne efficacité dans le monde réel.
E- (en rouge) Dans ce même quadrant arbitrairement façonné par nos axes majeurs divisant la stèle, une série de petites cupules fut diversement appréciée par les observateurs et les commentateurs. Une figure quadrangulaire et une autre circulaire ont en tout cas systématiquement retenu leur attention, sans pour autant motiver une interprétation spécifique à leur propos. Reprenons l’énumération :
- un contour quadrangulaire est nettement dégagé dans le registre inférieur ; il est approximativement parallèle au sol actuel ;
un autre contour, cette fois plus circulaire, marque la partie supérieure, seulement interrompu par la coque d’un bateau ;
- depuis ces deux figures, d’autres petits segments formés de deux ou trois cupules partent vers le bas, ou vers la gauche tout en étant parallèles à la même ligne de sol ;
- comme « sortie » de la petite hache emmanchée, ou en tout cas rejoignant son tranchant, une ligne – toujours ponctuée au moyen de cupules – oblique légèrement vers le bas ; une autre lui semble parallèle, inscrite au-dessus ; les deux étant à leur tour parallèles à une ligne semblable émanant de l’angle supérieur gauche du signe quadrilatère, ces trois alignements étant peu ou prou dirigés vers le bord de l’orthostate ;
- un autre alignement, équivalent mais obliquant vers le haut, semble être orienté vers le tranchant de la grande lame emmanchée.
Il est intéressant de noter que les bordures droites des figures quadrangulaire et circulaire sont tangentes à un même axe vertical virtuel, et qu’aucune cupule ne dépasse cette limite (fig. 10) ; une limite qui coïncide de surcroît avec les tranchants superposés des deux haches emmanchées, ce qui ne peut être le fruit d’un hasard. Soulignons en aparté que S. Ferguson (Ferguson 1864) est le seul à avoir repéré deux lignes de cupules partant de la lame polie la plus basse, alors que notre figure n° 17 en 2005 ne rendait pas justice de cette bonne observation en ne rappelant que les levés, par ailleurs incomplets à cet égard, de Cussé, Closmadeuc, Le Rouzic/Péquart et Shee-Twohig.
F- (en violet)Le dernier sous-ensemble est placé à l’angle supérieur de l’orthostate ; il est ici le troisième motif (fait d’un croissant et de barres verticales) que nous interprétons comme la représentation d’une embarcation montée, dont un personnage plus grand que les autres pourrait indiquer la proue (en Scandinavie, A. Fredsjö dès 1948 traduisait cette distinction de taille d’un humain à la proue des navires de l’âge du Bronze comme la marque d’un statut particulier - Bengtsson & Bengtsson 2011, p. 38). Ce bateau n’est pas gravé parallèlement au sol actuel mais, à l’image des deux autres inscrits dans le registre inférieur, est placé en oblique par rapport à ce plan de référence. Deux particularités supplémentaires doivent être soulignées :
- la coque interrompt la ligne de cupules formant le signe circulaire sous-jacent, preuve d’un évitement volontaire dans une composition globale cohérente ; les personnages signifiés dans l’embarcation « débordent » sur la tranche supérieure de la stèle, ajoutant une troisième occurrence au sein du programme iconographique relevé sur cette même dalle, après les hors-champs notés sur l’oiseau et sur un autre bateau.[...]
Nous appellerons voyage ce déplacement suggéré des grands mobiles, réserves d’imaginaire qu’étaient en ce temps-là une embarcation et un oiseau, devant lesquels l’instrument hache crossée ouvre la voie. Nous opposons un univers révélé par des tracés continus à un autre monde signifié par des tracés discontinus, en sorte que ce jeu des interruptions nous ramène au principe fondamental du passage d’un état à un autre (Cassen 2009b, p. 65). (Cassen 2011)
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À propos du signe-croix, Serge Cassen précise :
"Le signe en croix inscrit sur les stèles du Mané Lud est la représentation d’un anthropomorphe de type statique, du type « crucifié », la représentation d’un personnage en position arrêtée, jambes fusionnées et bras écartés, dans l’attitude la moins « narrative » qui soit ; mais peut-être aussi, par là même, la plus exceptionnelle qui soit."
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Le tumulus de Mané Lud à Locmariaquer. Photographie lavieb-aile avril 2023.
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Le groupe A : un oiseau (mal compris par celui qui a surligné la gravure), l'embarcation à équipage, la hache, le signe-quadrilatère (la terre), et la deuxième embarcation.
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Le tumulus de Mané Lud à Locmariaquer. Photographie lavieb-aile avril 2023.
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Détail de l'orthostate n°6 partie A : le signe-quadrilatère (la terre), et la deuxième embarcation. Sur place, on comprend très peu ce que l'on voit.
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Le tumulus de Mané Lud à Locmariaquer. Photographie lavieb-aile avril 2023.
Le tumulus de Mané Lud à Locmariaquer. Photographie lavieb-aile avril 2023.
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Détail de l'orthostate n°6 partie C : le bateau du bas avec son équipage dont un personnage plus grand à la proue.
Le tumulus de Mané Lud à Locmariaquer. Photographie lavieb-aile avril 2023.
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Détail de l'orthostate n°6 partie D : les deux haches.
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Le tumulus de Mané Lud à Locmariaquer. Photographie lavieb-aile avril 2023.
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L'entrée dans la chambre.
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L'orthostate n°19. Une crosse (arme de jet) au dessus d'un oiseau. Le quadrilatère "monde divisé".
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"Les gravures sont partagées en deux zones séparées par un ressaut naturel dans la pierre, dans le tiers inférieur ; nous considérons cette partition comme pertinente.
Dans la partie basse, (en jaune) un signe quadrangulaire est placé à la verticale, marquant plutôt le secteur droit de la dalle si l’on s’en remet à l’axe longitudinal ici dessiné (fig. 9). La figure est à son tour exactement divisée en deux par un trait horizontal. Cette surface quadrangulaire séparée en deux moitiés est l’illustration même d’un concept mieux connu par l’expression philosophique du rapport à l’altérité ; en répétant l’opération, le monde se divise, presque à l’infini (le réticulé, la grille, le damier, etc. - cf. Cassen 2007a).
Au-dessus (en rouge), un signe oiseau très affaissé, « aplati » au point de ressembler aux embarcations gravées de Scandinavie, est inscrit sur le même côté droit mais de telle manière qu’une branche montante de l’aile mord sur l’arête de la stèle et se prolonge sur la tranche. Un schéma déjà entrevu avec les oiseaux gravés sur l’orthostate 17 mais débordant là-bas sur le côté gauche.
Enfin, plus haut encore sur la pierre (en rouge), une gravure courbe terminée par une dépression grossièrement circulaire n’avait pas subi le risque d’une interprétation dans le Mané Lud en sauvetage (2003), faute de connaître la suite du tracé tronqué par la taille et la mise en forme postérieure du sommet de la stèle. Mais après la découverte du Bronzo (Cassen 2005) où une crosse gigantesque semblait stopper l’envol d’un oiseau, il nous a semblé crucial de revenir aux clichés de notre campagne photographique pour vérifier si l’amorce d’un tracé rectiligne, pouvant suggérer le manche, ne serait pas encore visible, comme par « transparence » dans la matière enlevée. Et ce fut très opportunément le cas. En sorte qu’une campagne complémentaire de relevés fut programmée en 2010 (34 clichés) pour préciser le tracé. Il y a fort à parier maintenant, malgré cette impossibilité de discuter à partir d’un document complet qui, seul, permettrait d’être bien plus affirmatif, que ce prolongement rectiligne attesté est bel et bien le manche d’une crosse qui opposerait ainsi sa zone active au signe oiseau sous-jacent, individu provenant derechef d’un hors-champ, un oiseau déplacé de la gauche vers la droite et désormais directement concerné par cette plausible frappe." (Cassen 2011)
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Le tumulus de Mané Lud à Locmariaquer. Photographie lavieb-aile avril 2023.
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L'orthostate n°21.
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Serge Cassen
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"Les gravures. Quatorze signes ont été inventoriés. Ils sont assemblés en bas à gauche et vers le haut à droite, distribués en oblique en laissant ainsi la surface en bas à droite et le quadrant en haut à gauche entièrement vides d’inscriptions. Nul doute que ces évitements sont volontaires.
Le signe crosse, le plus fréquent, est reproduit à cinq exemplaires, dont un est clairement appuyé sur la ligne naturelle de démarcation à mi-hauteur de l’ancienne stèle, marquant le centre de la composition ainsi que le milieu de la dalle (fig. 4). Si les manches sont plutôt droits, l’individu au contact du motif quadrangulaire présente une courbure classique et par conséquent une longueur moins importante du manche, à l’image des crosses similaires dans le corpus de la France de l’ouest. Il est d’ailleurs le seul à être penché, à l’instar du signe carré adjacent et du signe en forme d’oiseau qui le surmontent. Tous les autres signes sont en position verticale et paraissent de la sorte stabilisés.
Deux signes haches sont gravés dans chaque « moitié » de la dalle, tranchants dirigés vers la gauche, de même tous les crosserons du signe précédent sont dirigés vers la gauche, sans exception. Les manches des haches sont aussi en forme de crosse, mais si l’exemplaire du bas de la stèle laisse ressortir le talon pointu de la lame, ce n’est pas le cas du spécimen positionné en haut.
Trois signes cruciformes sont enfin regroupés dans le bas de l’orthostate, deux sont isolés mais un est directement connecté au dernier signe de ce registre puisqu’il s’inscrit à l’extrémité d’un croissant que nous interprétons comme un bateau. Nous serions par conséquent en présence d’une embarcation contenant un seul personnage central traduit par une barre verticale (le mât semble moins crédible ; voir à ce propos la transformation du mât en croix – ou inversement – dans la représentation du bateau de Saint-Vincent gardé par deux corbeaux, fig. 5), mais présentant dans le même temps, vers la proue ou vers la poupe, un autre personnage debout les bras en croix. Une ligne horizontale tracée sous cette composition introduit un égal effet de support au second personnage les bras en croix, placé en bas et au centre de la stèle, et bien qu’il n’y ait pas contact avéré entre les tracés. Ce personnage est surmonté dans son axe vertical exact par un grand signe oiseau. Le troisième cruciforme est inscrit au-dessus de cet ensemble, mais sur le côté de l’oiseau. Ainsi, les deux oiseaux sur la stèle n’ont pas de signe les surmontant directement." (Cassen 2011)
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Le tumulus de Mané Lud à Locmariaquer. Photographie lavieb-aile avril 2023.
Le tumulus de Mané Lud à Locmariaquer. Photographie lavieb-aile avril 2023.
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La dalle 25 (plancher de la chambre).
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"Ce grand monolithe en orthogneiss est l’exemple type de la stèle en réemploi que Le Rouzic (1913) avait déjà identifié en ce sens dès 1913. Intensément piétinée par sa position en « plancher » qui lui fut dévolue dans la construction de la chambre, à l’instar de plusieurs tombeaux morbihannais (Kerlud, Petit Mont, etc.), on regrettera là encore que les passages innombrables effectués sur cette pierre aient abrasé, érodé, poli l’intéressante sculpture qui en marque sa partie médiane.
Un « bandeau » en relief, d’une quinzaine de centimètres de large sur 2 à 3 cm d’épaisseur partage la surface, à la hauteur des deux points d’inflexion notés sur les deux bords, les reliant en quelque sorte ; ce positionnement est certainement voulu et désigne le secteur en pointe, actuellement dirigé vers le couloir d’accès, comme une forme signifiante, que l’on doit rapprocher de la stèle de chevet de la Table des Marchand. Ce détachement en relief est le résultat d’un large enlèvement de matière en son pourtour. Aux deux extrémités supérieures de cette barre, deux motifs ou renflements circulaires se détachent nettement, et furent signalés en tant que tels par Le Rouzic.
En partie fouillée par son dessous par Z. Le Rouzic — lequel y trouva des objets en or — cette stèle mériterait d’être un jour soulevée afin que l’on puise en explorer sa face cachée, dont l’éventuelle composition gravée serait à même de compléter cette immense gravure en champlevé qui la partage en deux secteurs bien différenciés." (Cassen 2005)
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Cassen 2005
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Le tumulus de Mané Lud à Locmariaquer. Photographie lavieb-aile avril 2023.
Le tumulus de Mané Lud à Locmariaquer. Photographie lavieb-aile avril 2023.
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La stèle 1. Le cachalot.
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Serge Cassen, «Le Mané Lud en mouvement. Déroulé de signes dans un ouvrage néolithique de pierres dressées à Locmariaquer (Morbihan)»
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Ce motif était auparavant interprété comme une déesse antique ou une "hache-charrue".
"Loin d’une fantastique déesse, il s’agit là de la figuration d’un cétacé la plus réaliste que nous ayons pu trouver dans le corpus armoricain ; il s’agit enfin de la représentation d’un cachalot, espèce déjà pressentie (Cassen et Vaquero, 2000) mais que valide irréfutablement cette découverte (tête quadrangulaire, dégagée par flexion du corps de l’animal). On rapprochera cette image donnée par l’utilisation opportuniste du relief de la pierre, observée à l’extrémité de la tête, de la figuration au rendu semblable remarquée à l’extrémité céphalique d’un des cachalots du Mané Rutual." (Cassen 2005)
"Voici une forme nouvelle, sans doute peu éloignée des restitutions de nos prédécesseurs qui en avaient reproduit les lignes directrices, mais suffisamment distante pour qu’un regard neuf puisse cette fois déclencher un autre processus de reconnaissance, à vrai dire facilité par le réalisme de la figure.
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[...]Les unités graphiques identifiables peuvent être résumées ou décrites comme suit :
la tête est quadrangulaire ;
le souffle jaillit en « fontaine », à l’image des figurations familières de l’eau émergente (fig. 2) ;
la queue est profilée selon une vue latérale, en perspective ;
la tête et le tronc sont dans un égal rapport de proportions ; auxquels s’ajoutent :
la tête « carrée » dégagée par flexion du corps de l’animal ;
la flexibilité de l’appendice caudal si remarquée en mer lors du plongeon vertical qui laisse alors aisément entrevoir cet affaissement de la queue en une barre perpendiculaire au tronc ;
l’emprise étonnante de la tête qui occupe dans la réalité le tiers du corps de la bête, confirment notre diagnostic premier (Cassen, Vaquero, 2000) : le cétacé n’est pas une baleine, mais bien un cachalot.
[...]Remarquez la manière dont le « souffle » est rejeté vers l’avant, depuis un évent en position anatomique erronée mais suffisamment efficace à l’échelle de la représentation pour rendre compte d’un phénomène étonnant, visuel autant que sonore, qui domine l’animal émergeant au loin et sur lequel cette signature universelle est finalement centrée et abstraite.
C’est cette évacuation vers l’avant en une courbe terminée en deux traits rectilignes qui nous autorise à effectuer le rapprochement formel avec la « boucle » dégagée au-dessus de la Chose (the Thing) sur les stèles de Galice et du nord du Portugal (Cassen, Vaquero, 2000, fig. 174). Une dynamique particulière du tracé, commune aux deux contextes géographiques, qui ne peut procéder d’une simple convergence iconophile mais qui relève au contraire, à la même époque, d’une même idée graphique sous-jacente, d’une même solution partagée/adoptée pour un problème singulier de représentation, confortant l’intuition première reliant l’ouest ibérique et le sud de l’Armorique." (Cassen 2007)
"Cette gravure est la plus réaliste du corpus armoricain, et seuls un enregistrement insuffisant des surfaces et la croyance systématique en l’aspect anthropomorphe des menhirs ont détourné le regard et la reconnaissance (voir Cassen 2005, 2007a, pour un historique des recherches).
Le cachalot est fort bien restitué, puisque la tête occupe véritablement le tiers du corps, ce qui est exceptionnel ; le dessin rapporte bien cet allongement et la partie quadrangulaire de la tête. La rencontre des deux axes majeurs divisant la stèle se place à peu près là où devrait se trouver l’oeil de l’animal, ce qui n’est peut-être pas un accident. La nageoire caudale est également remarquable de vérité, tant sa souplesse naturelle ne laisse habituellement transparaître que cet état « plié », vu en profil, l’organe étant rabattu sous son propre poids lors de la plongée ; et dans la mesure où l’observateur n’est jamais vraiment dans l’axe exact de la bête plongeant mais plutôt placé sur un des côtés, cette dissymétrie est l’image parfaite qui peut en être donnée. Par contre, le dessin du souffle est une erreur anatomique manifeste quant à son placement sur la tête. L’évent du cachalot est en effet placé loin en avant de la tête, en son extrémité même, et l’on se demande pourquoi le graveur a fait cette erreur. Il est vrai que le souffle est le moins localisable des phénomènes observés, même depuis une embarcation, puisqu’il ne s’agit pas d’un jet mais d’un mélange gazeux et liquide largement diffusé au-dessus du corps de l’animal. Un animal difficile à voir, difficile à approcher. Aussi n’est-il pas impossible que sur ce détail précis du comportement du cachalot, le graveur ait réuni l’image générique du souffle renvoyant aux cétacés visibles à cette époque.
En définitive, ce réalisme de la figure n’est pas superposable aux gravures connues sur la même commune (Table des Marchands, Grand Menhir) et plaide probablement pour une date plus ancienne de la réalisation, avant que ne se poursuive le processus d’abstraction et de simplification des grandes unités graphiques (corps, tête, souffle, queue, pénis, melon) qui atteindra un extrême avec la stèle de Dissignac. Dissignac est également le seul signe à être représenté tête vers la gauche, car au Mané Lud le mouvement de l’animal est bien suggéré de la gauche vers la droite, à l’instar de tous les autres signes similaires du corpus." (Cassen 2011)
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Comme l'indique Serge Cassen, on retrouve des gravures de cachalots, jadis considérées comme des "haches-charrues" sur d'autres mégalithes du Morbihan (La forme d'une chose, S. Cassen, 2000) :
Le Grand Menhir brisé du site de la Table des Marchands (Locmariaquer)
La dalle de couverture du cairn de Gavrinis (Larmor-Baden), ré-emploi d'un fragment d'un menhir de 14 mètres voisin du Grand Menhir de Locmariaquer.
Le menhir de Kermaillard (Sarzeau), avec une embarcation heurtant un quadrilatère-monde.
L'orthostate n°6 de la tombe à couloir de Mané-Rutual (Locmariaquer), avec une scène interprétée comme un affrontement avec une embarcation.
L'orthostate de la tombe à couloir de Pen-Hap à l'Île-aux-Moines.
Le plafond de la tombe à couloir de Kercado à Carnac,
sur le site de Kerhan-Lann Porz Menec à Ploemeur.
On le trouve également à Dissignac (Saint-Nazaire, Loire-Atlantique)
Un processus d'abstraction du dessin progresse de Mané Lud à Gavrinis puis à Dissignac.
Le rapprochement est fait également avec des gravures des stèles de Galice et du nord du Portugal (Aboboreia, Dombate, Casa Dos Mouros).
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Le tumulus de Mané Lud à Locmariaquer. Photographie lavieb-aile avril 2023.
Le tumulus de Mané Lud à Locmariaquer. Photographie lavieb-aile avril 2023.
Le tumulus de Mané Lud à Locmariaquer. Photographie lavieb-aile avril 2023.
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L'orthostate n°1A : signes en U superposés : vol groupé de 4 oiseaux.
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Orthostate n°1A. Serge Cassen, «Le Mané Lud en mouvement. Déroulé de signes dans un ouvrage néolithique de pierres dressées à Locmariaquer (Morbihan)»
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"Le sommet de la stèle fut manifestement cassé. Trois trous percés sous les motifs néolithiques
rappellent une ancienne tentative de carrier pour débiter la roche." (Cassen 2005)
"En somme, la stèle présente un vol groupé d’oiseaux, dont la disposition ne suggère aucune direction de déplacement, ni d’un côté ni de l’autre, ou alors plutôt vers l’avant, ou bien vers l’arrière. À moins qu’il ne s’agisse que d’un procédé commun de rangement et d’ordination, par répétition d’un objet. Mais l’imbrication des sujets signifie probablement davantage que la seule action itérative ; c’est en tout cas un procédé retrouvé à l’identique à Gavrinis, par exemple sur le bloc en réemploi RS2 avec ses six oiseaux imbriqués et superposés (aujourd’hui peu visibles), contraints entre deux autres signes semblables mais trois plus grands." (Cassen 2011)
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Le tumulus de Mané Lud à Locmariaquer. Photographie lavieb-aile avril 2023.
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La stèle 2. Une lame de hache ; deux crosses ; trois oiseaux ; une embarcation sans équipage ?.
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"Une lame de hache triangulaire, tranchant dirigé vers le haut, est sans problème identifiée dans la partie basse, et se conforme à un modèle bien inventorié dans l’ouest de la France. Sa verticalité peut donc corroborer l’état actuel d’implantation du support, malgré son sommet fracturé qui peut en effet plaider en faveur d’une mise en forme à l’occasion du réemploi d’une stèle préexistante.
Au sommet du monolithe (le sommet actuel, que l’on sait tronqué), un premier signe quadrangulaire complet est disposé à peu près dans l’axe longitudinal, mais en réalité plutôt inscrit dans le quadrant droit. Il semble prolongé par des segments rectilignes et verticaux, qui confortent ainsi, avec le rectangle gravé, l’orientation donnée par la lame de hache et l’implantation de l’orthostate. Ces segments sont malheureusement difficiles à lire et seul le fragment supérieur paraît faire partie intégrante d’un second motif plus complet, grossièrement quadrangulaire, qui chevauche l’autre quadrilatère plus régulier, sans que l’on puisse connaître la chronologie relative des tracés. Une diaclase naturelle est mise à profit pour « poser » le segment de base de cette seconde figure. D’autres segments incertains marquent le quadrant supérieur gauche mais il est impossible d’y reconnaître une figure géométrique familière ou un motif déjà recensé.
Plus satisfaisante est l’interprétation des gravures sur le côté droit de la stèle. Quatre familles de signes se succèdent ; ainsi, du haut vers le bas, peut-on décrire :
- deux signes en crosse opposés par leur partie active ;
- trois signes oiseaux imbriqués, à l’image de l’orthostate 1A ;
- un signe rayonnant difficilement identifiable ;
- enfin un signe courbe – lui aussi, comme le précédent, très abîmé par le nettoyage des années 1990 – que nous sommes tentés d’interpréter comme le bateau du registre armoricain, mais une embarcation sans équipage. |...] en somme, un bateau est surmonté d’un signe non identifié, l’ensemble est surmonté de trois oiseaux en plein vol « stationnaire », et le tout est couronné par un couple de crosse qui, avec les oiseaux ainsi disposés, reproduisent un schéma structural déjà inventorié sur la commune de Locmariaquer, comme au Mané er Hroëck (Twohig 1981)." (Cassen 2011)
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Le tumulus de Mané Lud à Locmariaquer. Photographie lavieb-aile avril 2023.
Le tumulus de Mané Lud à Locmariaquer. Photographie lavieb-aile avril 2023.
Le tumulus de Mané Lud à Locmariaquer. Photographie lavieb-aile avril 2023.
Le tumulus de Mané Lud à Locmariaquer. Photographie lavieb-aile avril 2023.
Le tumulus de Mané Lud à Locmariaquer. Photographie lavieb-aile avril 2023.
Le tumulus de Mané Lud à Locmariaquer. Photographie lavieb-aile avril 2023.
Le tumulus de Mané Lud à Locmariaquer. Photographie lavieb-aile avril 2023.
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Le tumulus de Mané Lud à Locmariaquer. Photographie lavieb-aile avril 2023.
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Au total.
"Les orthostates enregistrés dans la tombe à couloir du Mané Lud sont très probablement les ultimes témoins d’un ouvrage de pierres dressées qui, peut-être, accompagnait la ciste enfouie sous le tumulus plus ancien à l’extrémité duquel s’est adossé le dolmen daté des débuts du IVe millénaire. Les dimensions homogènes des dalles et la réalisation technique comparable des gravures sur leurs faces visibles s’ajoutent à une remarquable convergence des signes permettant de conclure, sans risque majeur, à l’existence d’un ensemble architectural cohérent (barre rectiligne ou barre curviligne de stèles). Ainsi, les monolithes du Mané Lud auraient été placés à l’extrémité nord-ouest de la dorsale de Locmariaquer, fermant (ou débutant) la suite des ouvrages semblables édifiés à Kerpenhir, Men Letionnec, Mané er Hroëck et Grand Menhir, tous montant et barrant cette ligne topographique sur près de 3 km. "
Cette première barre de stèle serait contemporaine de la stèle en grès occupant le fond de la Table des Marchands, avec des datations vers 4600-4300. La réorganisation des stèles de Mané Lud I pour former le dolmen daterait du début du IVe millénaire (en même temps que la Table des Marchands).
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La visite solitaire et libre de ce site est une expérience très forte puisque le franchissement d'un seuil (jamais anodin) puis la progression dans un couloir voûté étroit et l'arrivée dans une chambre au silence lapidaire mais serein s'accompagne d'une part de l'aventure mentale de la confrontation troublante avec les traces d'humains des Ve et IVe millénaires; et surtout du face à face avec l'expression de leur pensée et de leur spiritualité. Que cette pensée nous échappe très largement n'évite en rien le choc de la rencontre avec une altérité fraternelle.
En outre, ou surtout, cette rencontre passe par la contemplation finale du Cachalot. Il ne s'agit surtout pas d'une scène de chasse, mais de la représentation d'un être mythique transcendantal, de l'archétype du Sauvage.
En des lignes magnifiques, Serge Cassen (Mané Lud en mouvement) explore toutes les dimensions philosophiques et anthropologiques de ses découvertes archéologiques et ouvre les perspectives d'un voyage vers la mort d'un Roi du "Royaume de Carnac", mené dans cette transition entre deux états par un navire sans équipage et accompagné des signes qui lui confèrent le pouvoir : armes de jet, haches, embarcation à équipages, oiseaux , et monde en miniature.
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Cette visite est terminée, mais vous pouvez la prolonger par la reconstruction 3D de Mané Lud sur sketchfab:
—CASSEN (Serge),VAQUERO LASTRES J., 2000, La Forme d’une chose, in: Eléments d’architecture : exploration d’un tertre funéraire à Lannec er Gadouer (Erdeven, Morbihan) : constructions et reconstructions dans le Néolithique morbihannais : propositions pour une lecture symbolique, Cassen S. (Dir.), Chauvigny, Association des Publications chauvinoises (A.P.C.), 2000, p. 611-656 (Mémoire ; 19).
—CASSEN (Serge), 2003, Cassen & Vaquero Lastres 2003a, CASSEN S., VAQUERO LASTRES J., Relevés de gravures pariétales. Le Mané Lud (Locmariaquer, Morbihan - 2002/2003). Propositions pour un nouveau corpus des signes gravés, Rennes : Rapport d’opération programmée sous convention de recherche, SRA/DRAC Bretagne et Laboratoire de Préhistoire, Université de Nantes s.l., s.n., 2003a, 32 p., 41 fig.
—CASSEN (Serge), 2005, CASSEN S., LEFÈBVRE B., VAQUERO LASTRES J., COLLIN C., Le Mané Lud en sauvetage (Locmariaquer, Morbihan) : enregistrement et restitution de signes gravés dans une tombe à couloir néolithique, L’Anthropologie (Paris), Paris, 109, 2, 2005, p. 325-384.
—CASSEN (Serge), 2007, Le Mané Lud en images : interprétations de signes gravés sur les parois de la tombe à couloir néolithique de Locmariaquer (Morbihan), Gallia Préhistoire, Paris, 49, 2007a, p. 197-258.
— CASSEN (Serge), 2011, «Le Mané Lud en mouvement. Déroulé de signes dans un ouvrage néolithique de pierres dressées à Locmariaquer (Morbihan)», Préhistoires Méditerranéennes[Online], 2 | 2011, online dal 26 mars 2012, consultato il 28 avril 2023. URL: http://journals.openedition.org/pm/582; DOI: https://doi.org/10.4000/pm.582
— Documentaire film, juin 2021 " CARNAC, Sur les traces du royaume disparu", 1h 35'
https://www.youtube.com/watch?v=_QR_ALrSLkE
— GALLES (René), 1864, "Étude sur le Mané-Lud de Locmariaquer," Revue Archéologique, Nouvelle Série, Vol. 10 (Juillet à Décembre 1864), pp. 355-364 (10 pages)
Les navires sculptés (leucogranite, v.1547) de l'église de Plogoff.
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« Les nombreuses églises et chapelles disséminées le long des côtes [du Cap Sizun] furent justement construites en ce 16e siècle qui vit fleurir intensément l’industrie des pêcheries, des sècheries et de la navigation. Pour bien marquer la part qui leur revenait dans ces bâtisses élevées de leurs deniers, les marins firent sculpter sur les tympans des portails et des porches des bateaux avec leur mât et leurs équipages navigant au milieu des poissons et des oiseaux de mer. » (Daniel Bernard)
Cet article appartient à une série d'articles sur les "carvelles" (navires de commerce) ou les embarcations de pêche sculptées sur pierre en Finistère (liste =/- chronologique):
Je l'emprunte au dossier de l'Inventaire Général (Ducouret, 1983) :
"La partie la plus ancienne de l’église paroissiale de Plogoff remonte au 16e siècle, ainsi que l’indique l’inscription en lettres gothiques sur le portail ouest déchiffrée ici par H. PERENNES : « Jour de Mae l’an mil V centz XLVII fust fonde le cllohe. »
Puis s’en est suivi, au cour des siècles suivants, une série de restaurations et modifications rappelées par plusieurs inscriptions datées sur différentes parties de l’édifice : 1649 et 1661 (à l’envers) sur le bras nord du transept, 1737 sur le clocher (date qui renvoie à l’époque où le clocher, qui se trouvait jusqu’alors au milieu de l’église, a été rebâti à son emplacement actuel), 1764 et 1777 au niveau du porche sud et 1853 au fond du sanctuaire.
On sait également que l’église a été rehaussée et lambrissée à l’intérieur en 1835.
La dernière grande restauration en date a débutée en 2008 et achevée en 2012. Les interventions ont eu lieu sur le clocher, la toiture, la voûte et les vitraux.
Voici les différentes inscriptions qui accompagnent les dates relevées sur le bâtiment :
Bras nord du transept : MRE : HENRY GUILLOU R : 1649
Chambre des cloches : A. PH. LICAVAN. R 1737 DOM JEAN PERCHERIN. Ptre CVRE. H. NORMANT FABRIQVE. H. ROSEN FABRIQVE
Mur sud, près du porche : VD : M : C : PRISER R : 1764 Porche sud : B.M.LORIENT Rr 1777 (précisons que ce nom orne également trois croix monumentales de la commune datées de 1773 à 1776)
Fond du sanctuaire : 1853, Yves recteur, Jean-Marie Carval, maire. J.-Y. Marzin, trésorier.
En forme de croix latine, l’église en pierres de taille [leucogranite] comprend une nef avec bas-côtés et deux chapelles formant transept. A l’intérieur, les arcades sont soit gothiques, soit en plein cintre.
Le clocher se trouve sur le pignon ouest et surplombe une porte du même style et de la même époque que celle de la chapelle Saint-Tugen en Primelin. On peut observer sur ce même pignon deux des trois « vaisseaux de pierre » sculptés sur les murs extérieurs de l’édifice, le troisième se trouvant sur la façade sud. D’autres sont sculptés sur certains piliers de la nef. Ce type de motif se rencontre régulièrement dans le Cap-Sizun. On en trouve un autre dans la commune sur le pignon est de la chapelle Saint-Yves."
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J'en retiens que les navires de pierre de l'église datent, au plus tôt, de sa fondation (ou de celle du clocher) en 1547. J'en présenterai quatre.
1. Au-dessus du porche ouest, à gauche du fleuron du gable. Chaloupe de pêche, 5 marins remontant les lignes chargées de poissons.
2. Au-dessus du porche ouest, à gauche du fleuron du gable. Chaloupe de pêche, 3 marins remontant les lignes chargées de poissons.
3. Sur la façade sud. Chaloupe de pêche, trois marins dont le maître de barque tenant la barre.
4. Sur un pilier sud de la nef. Nef avec deux marins.
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Je montrerai aussi, tant qu'à être là, :
-les inscriptions lapidaires que j'ai pu relever.
-les autres chapiteaux de la nef.
- les vitraux
-la Pietà
-la statue en kersanton par le Maître de Plougastel avec l'inscription I. BOCOV, que je commenterai.
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Église Saint-Collodan de Plogoff. Photographie lavieb-aile mars 2020.
Église Saint-Collodan de Plogoff. Photographie lavieb-aile mars 2020.
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L'inscription de fondation au dessus du porche ouest. Leucogranite érodé, 1547.
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En 1940, Pérennès lisait encore « Jour de Mae l’an mil V centz XLVII fust fonde le cllohe. ». En 1988, Couffon lisait " ... JOUR DE MA... / LAN MIL V...Z / XLVII FUST / FOND... LE CLO...", ce que nous pouvons encore deviner en partie en 2020. Donc, "un jour de mai 1547 fut fondé le clocher".
La construction du porche occidental avait dû, en toute logique, précédée celle du clocher de quelques années, mais la position de l'inscription de fondation en haut du gable du porche s'applique aux deux navires de pierre qui encadrent le fleuron.
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Église Saint-Collodan de Plogoff. Photographie lavieb-aile mars 2020.
Église Saint-Collodan de Plogoff. Photographie lavieb-aile mars 2020.
Église Saint-Collodan de Plogoff. Photographie lavieb-aile mars 2020.
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1. Au-dessus du porche ouest, à gauche du fleuron du gable. Chaloupe de pêche, 5 marins remontant les lignes chargées de poissons.
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Église Saint-Collodan de Plogoff. Photographie lavieb-aile mars 2020.
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2. Au-dessus du porche ouest, à gauche du fleuron du gable. Chaloupe de pêche avec 3 marins remontant les lignes chargées de poissons.
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Église Saint-Collodan de Plogoff. Photographie lavieb-aile mars 2020.
Église Saint-Collodan de Plogoff. Photographie lavieb-aile mars 2020.
Église Saint-Collodan de Plogoff. Photographie lavieb-aile mars 2020.
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LA FAÇADE SUD.
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Église Saint-Collodan de Plogoff. Photographie lavieb-aile mars 2020.
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Une porte cintrée est sévèrement encadrée, comme à la règle et à l'équerre, par deux pilastres barrés d' une corniche qui est la base du fronton ; et, au centre de ce dernier, une niche qui reproduit en miniature le même motif. La niche est vide,et l'œil s'oriente vers les austères majuscules d'une inscription surveillée par un masque. Le soleil et l'ombre nous aident à déchiffrer : B.M.LORIENT RR 1772.
Ce nom orne également trois croix monumentales de la commune datées de 1773 à 1776, à Trogor, Kervergar et à la chapelle Saint-André à Landrer. C'est celui de Bernard-Marie LORIENT, recteur de Plogoff de 1768 à son décès le 14 octobre 1782
J'ai omis de photographier l'inscription "SIMON. CARVAL. F. 1772." sur un contrefort de ce porche.
Simon CARVAL, né en 1714 à Goulien et décédé le 26 juin 1774 au manoir de Kerivoa à Audierne, marié à Hélaine LE BORGNE , d'où Simon CARVAL, né en 1744 à Kerivoas, Esquibien.
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Église Saint-Collodan de Plogoff. Photographie lavieb-aile mars 2020.
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Inscription de la façade sud, juste avant l'avancée du porche sud.
inscription du mur sud, dans un cartouche asymétrique en leucogranite près du porche :
VD : M : C : / PRISER RII : 1764
RII correspond à RR de l'inscription du porche : Recteur. Nous pouvons transcrire ainsi : Vénérable et Discret Messire C. PRISER, recteur en 1764. Il s'agit de Clet PRISER, né à Trogor (Plogoff) le 17 mai 1528 de Jean et de Marie Guillou, curé de Plogoff de 1747 à 1757 puis recteur de Plogoff de 1757 jusqu'à son décès le 11 novembre 1768 (BDHA 1940).
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Église Saint-Collodan de Plogoff. Photographie lavieb-aile mars 2020.
Église Saint-Collodan de Plogoff. Photographie lavieb-aile mars 2020.
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Nous étions sur le coté gauche du porche sud, mais nous voici de l'autre coté, à droite, dans le recoin qui précède la baie. C'est là que nous trouvons une inscription et un navire sculpté , dans un emplacement peu avantageux qui indique un ré-emploi.
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Église Saint-Collodan de Plogoff. Photographie lavieb-aile mars 2020.
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Inscription de la façade sud, juste après l'avancée du porche sud.
Lettres capitales romaines, de taille irrégulière. Pierre de réemploi, peut-être incomplète
H : GVILLOV.
Selon Couffon, L'aile nord du transept porte l'inscription : "Mre. HENRY. GVILLOV. R. 1649.", puis la date de 1661 à l'envers.
La chapelle Saint-Yves de Plogoff porte au fronton ouest l'inscription "Mre. H. GVILLOV. RECTEVR. 1648.".
Henry Guillou fut recteur de Plogoff de 1646 à 1667.
Les généalogistes mentionnent un Yvon GUILLOU, né à Audierne vers 1630, qui épousa Éléonore BOCOU (un nom sur lequel nous allons revenir), d'où 7 enfants, dont Henry GUILLOU, sieur de Kerversit, "noble homme" né à Audierne en 1659, marié à Marie Priol et décédé à Plogoff le 30 octobre 1713. Mais aucun de ses 7 enfants ne porte le prénom Henry.
Église Saint-Collodan de Plogoff. Photographie lavieb-aile mars 2020.
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3. Sur la façade sud. Chaloupe de pêche, trois marins dont le maître de barque tenant la barre.
La barque est à clins, en forme de sabot, avec une étrave convexe et un étambot incliné, et surtout un gouvernail assez large et dont la barre est finement représenté.
Le patron tient la barre de la main droite et se tient au plat-bord de la main gauche. Les deux matelots se tiennent par la taille. On ne voit aucun matériel de pêche et aucun mât.
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Église Saint-Collodan de Plogoff. Photographie lavieb-aile mars 2020.
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Le cliché de Fabien Serre pour l'Inventaire Général est bien meilleure et dégagée de l'ombre:
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Fabien Serre, copyright Région Bretagne.
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4. Sur un pilier sud de la nef. Nef avec deux marins.
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Pour continuer à suivre le fil thématique de mon article, je vous fais pénétrer dans l'église pour découvrir les chapiteaux sculptés de ses piliers. Le premier au sud montre, entre des feuillages, une barque de pêche. Je l'ai désigné prudemment comme une "nef" car le dessin est plus rudimentaire, (le pilier serait-il plus ancien ?) et montre une sorte de château arrière.
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Église Saint-Collodan de Plogoff. Photographie lavieb-aile mars 2020.
Église Saint-Collodan de Plogoff. Photographie lavieb-aile mars 2020.
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Quelques autres chapiteaux.
Les photos sont ce quelles sont, mais donneront une idée de ce décor :
Un couple bras dessus bras dessous.
Masque crachant des feuilles.
Armoiries des Rosmadec.
Barque et feuillages
Angelot
feuillages
Scène animalière : renard (?) goûtant une feuille.
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Église Saint-Collodan de Plogoff. Photographie lavieb-aile mars 2020.
Église Saint-Collodan de Plogoff. Photographie lavieb-aile mars 2020.
Église Saint-Collodan de Plogoff. Photographie lavieb-aile mars 2020.
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Les armoiries des Rosmadec : pallé d'argent et d'azur à sic pièces.
Elles se justifient par les droits prééminenciers des seigneurs du manoir de Kergaradec, à un kilomètres du bourg de Plogoff. Selon Pérennès, "la terre de Kergaradec, qui avait primitivement fait partie de la seigneurie de Tyvarlen en Landudec, fut baillée en partage le 26 Août 1474, par Riou de Rosmadec à sa sœur Marguerite de Rosmadec, épouse de François de Boiséon, baron de Kerouzeré." En 1628, Claude , comte de Boiséon, céda cette terre à Yves Autret.
Plus important pour mesurer le lien entre ces seigneurs et les barques de pêche, "Les propriétaires de Kergaradec avaient une rente sur les pêcheries du Cap-Sizun, garantie par des actes du 2 Juillet 1494 et 31 Janvier 1499."
Les armoiries pleines ou en alliance des Rosmadec se trouvaient sur une croix dite de Keroullant, ou sur le porche du cimetière, sur les fonts baptismaux, et sur la maîtresse-vitre.
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Église Saint-Collodan de Plogoff. Photographie lavieb-aile mars 2020.
Église Saint-Collodan de Plogoff. Photographie lavieb-aile mars 2020.
Église Saint-Collodan de Plogoff. Photographie lavieb-aile mars 2020.
Église Saint-Collodan de Plogoff. Photographie lavieb-aile mars 2020.
Église Saint-Collodan de Plogoff. Photographie lavieb-aile mars 2020.
Église Saint-Collodan de Plogoff. Photographie lavieb-aile mars 2020.
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Restons à l'intérieur pour examiner
QUELQUES VITRAUX.
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1. Comment Notre-Dame révéla à Dom Michel Le Nobletz qu'il devait donner des missions en Cornouailles. Signature E. Lobin à Tours, 1917. Coté nord.
Un autre vitrail montre au sud par le même verrier "Comment le R. P. Julien Maunoir par aide et assistance de Notre Dame put en huit jours apprendre la langue bretonne et faire le catéchisme à la chapelle de Ty-Mam-Doue."
Je photographié celui-ci pour la peinture de la famille bretonne en costume d'époque, devant l'église.
L'atelier Lobin de Tours a été créé en 1848 par Julien-Léopold Lobin (1814-1864), auquel a succédé Lucien-Léopold Lobin (1837-1892), époux de Louise-Anne Florence, puis son beau-frère Joseph-Prosper Florence (ou Jean-Prosper)jusqu'en 1905. L'affaire périclite sous le nom de "Lobin et Florence".
La signature "E. LOBIN TOURS 1917" pose alors problème : mais il s'agit d'Etienne Lobin, qui réalisa par exemple entre 1920 et 1922 quasiment l’ensemble des verrières de l’église Saint-Martin de Tournon. Il était à l’époque actif à Paris, mais avait encore comme adresse commerciale TOURS en Indre-et-Loire. Voir les 215 résultats de l'interrogation Pop.culture.gouv.fr :
Église Saint-Collodan de Plogoff. Photographie lavieb-aile mars 2020.
Église Saint-Collodan de Plogoff. Photographie lavieb-aile mars 2020.
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Comment le R. P. Julien Maunoir par l'aide et assistance de Notre Dame put en huit jours apprendre la langue bretonne et faire le catéchisme à la chapelle de Ty-Mam-Doue.
C'est le fameux et édifiant miracle de Ty-Mamm-Doué, mieux connu par la peinture de Yann d'Argent en la cathédrale de Quimper.
Ici, le peintre nous donne un tableau d'un groupe d'enfants en costume breton.
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Église Saint-Collodan de Plogoff. Photographie lavieb-aile mars 2020.
Église Saint-Collodan de Plogoff. Photographie lavieb-aile mars 2020.
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Comment S. Corentin montra intact et vivant au roi Grallon le poisson de sa fontaine. Signature J-P. Florence et Cie, Tours 1903. Coté sud.
Saint Guénolé, abbé fondateur de Landévennec et saint Corentin, évêque de Quimper mais auparavant ermite sur le Ménez-Hom (qui domine Landévennec) sont face au roi Gradlon, agenouillé.
Joseph-Prosper Florence est également intervenu à Quimper pour les vitraux de l'église Saint-Mathieu en 1896.
Église Saint-Collodan de Plogoff. Photographie lavieb-aile mars 2020.
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Comment S. Cotodoc venant de Grande-Bretagne en Armorique s'établit à Cléder. Signature J.P. Florence et Cie Tours 19--
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Église Saint-Collodan de Plogoff. Photographie lavieb-aile mars 2020.
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Comment S. Cotodoc assista dans ses derniers moments son ami S. Kerrien. Signature J.P. Florence et Cie Tours 19--
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Église Saint-Collodan de Plogoff. Photographie lavieb-aile mars 2020.
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Une Pietà.
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Église Saint-Collodan de Plogoff. Photographie lavieb-aile mars 2020.
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Le clocher, ses tours et ses inscriptions.
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"Le clocher, qui jadis se trouvait, dit-on, au milieu de l'église, fut rebâti, en 1733, à l'endroit où il est actuellement. On lit, en effet, au bas de la chambre des cloches : A. PH. LIGAVAN. RECTEUR. 1733.DON JEAN PERCHERIN. ptre CVRE. H. NORMANT FABRIQVE. H. ROSEN FABRIQVE : (Pérennès)
"Le clocher, qui, jusqu'au XVIIIe siècle, était au milieu de l'église, fut rebâti sur le pignon en 1733. On lit, sur la chambre des cloches : "A. PH. LIGAVAN. RECTEVR. 1733. DOM. IEAN. PERROSEN. FABRIQVE."
Sur le pignon, des bateaux en bas-relief indiquent la participation des pêcheurs. A la base de la flèche courte, tympans ajourés ; galerie à balustrade classique." (Couffon)
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Église Saint-Collodan de Plogoff. Photographie lavieb-aile mars 2020.
Église Saint-Collodan de Plogoff. Photographie lavieb-aile mars 2020.
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Je lis sur le coté gauche sur trois lignes dans un cartouche réglé:
V.V --A
LIGAVAN
RR 1733.
que je transcris comme [Vénérable ?] Alain Ligavan, recteur 1733.
Alain Ligavan fut recteur de Plogoff de 1686 à 1727.
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Église Saint-Collodan de Plogoff. Photographie lavieb-aile mars 2020.
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Je lis péniblement à droite l'inscription de 3 lignes:
V--- [peut-être V:D IAN]
PERCHIR
---C
La transcription s'inspire de la lecture de Pérennès DON JEAN PERCHERIN. ptre CURÉ. (le titre DON est très improbable et non confirmé). La leçon de Couffon DOM. IEAN. PERROSEN. FABRIQVE." n'est pas confirmée.
Le même auteur relève le nom de Jean PERHIRIN, curé de Plogoff de 1724 à 1746.
Je transcris Vénérable et discret(?) Jean Perchirin Prêtre Curé. Placée en symétrie à la suite de l'inscription précédente, celle-ci indique, après le nom du recteur LIGAVAN, celle de son curé.
Le nom est bien attesté à Plogoff (33 mentions), sous la forme PERCHERIN, mais aussi ailleurs avec les graphies PEHERIN , PEHIREN , PEHIRIN , PENCHIRIN , PENHIRIN , PER'HIRIN , PERCHEIN , PERCHIRIN , PERHERIN , PERHIRIN , PERHYRYN , PERIHIN , PESCHEIN , PIHERIN , PIHIRIN , PIRCHERIN , PIRCHIRIN , PIREHEN , PIREHIN , PIRHERIN , PIRHIRIN , PIRIHIN , PRIREHEN et PRIRHEN (Geneanet)
Les individus mariés sont mieux retenus dans les généalogies, et on trouve à Plogoff les prénoms de Paul, Jean François ou Hervé.
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Église Saint-Collodan de Plogoff. Photographie lavieb-aile mars 2020.
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En dessous : longue inscription de deux lignes.
La première ligne n'a pas été déchiffrée par les auteurs. Je comprends pourquoi. Je devine pourtant quelque chose comme :
-CI-H.H LENIEHCANT
La deuxième ligne a été lue H. NORMANT FABRIQVE. H. ROSEN FABRIQVE , mais je crois que le mot FABRIQVE est extrapolé de la simple initiale F.
NORMANT F. H. ROSEN F
Le patronyme Le NORMANT est attesté au XVIe siècle à Plogoff, de même que celui de ROSEN ou ROZEN ; ainsi, Henry Rosen sur geneanet
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Église Saint-Collodan de Plogoff. Photographie lavieb-aile mars 2020.
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Le clocher, coté nord, et sa tourelle.
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Église Saint-Collodan de Plogoff. Photographie lavieb-aile mars 2020.
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Masques et frise de la tourelle.
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Église Saint-Collodan de Plogoff. Photographie lavieb-aile mars 2020.
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Retour au porche ouest.
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Comparez avec celui de la chapelle Saint-Tugen, où le tympan est ajouré, et le gable découpé. :
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Porche sud de la chapelle Saint-Tugen à Primelin. Photo lavieb-aile
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Église Saint-Collodan de Plogoff. Photographie lavieb-aile mars 2020.
Église Saint-Collodan de Plogoff. Photographie lavieb-aile mars 2020.
Église Saint-Collodan de Plogoff. Photographie lavieb-aile mars 2020.
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La statue d'un apôtre, en kersanton d'une niche à dais du porche ouest.
Cet apôtre qui a perdu l'attribut qu'il portait en main droite est peut-être saint Pierre (calvitie et toupet frontal). Il s'apparente aux statues d'apôtres de la chapelle Saint-Tugen et de l'église de Confort-Meilars attribuée au Maître de Plougastel actif de 1570 à 1621 (E. Le Seac'h). On retrouve le noble hiératisme de cet atelier (dont Roland Doré est l'élève).
On retrouve aussi les mêmes détails vestimentaires, la tenue du livre ouvert, la même disposition du pan de manteau, des plis et du phylactère déroulé sous la main gauche.
Mon hypothèse se trouve confirmée en consultant l'ouvrage de Le Seac'h page 195 dans son chapitre consacré à ce Maître et page 336 : elle l'admet bien dans son Catalogue raisonné de ses œuvres .
Saint Pierre, kersanton, Maître de Plougastel; Porche sud de la chapelle Saint-Tugen. Photo lavieb-aile.
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Credo des Apôtres de la façade ouest de Confort-Meilars. Photographie lavieb-aile.
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Credo des Apôtres de la façade ouest de Confort-Meilars. Photographie lavieb-aile.
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Église Saint-Collodan de Plogoff. Photographie lavieb-aile mars 2020.
Église Saint-Collodan de Plogoff. Photographie lavieb-aile mars 2020.
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Le socle porte l'inscription I : BOCOV.
Faut-il transcrire "Ian Bocou", et se référer à Jean (ou Yves) ou "Iac Bocou" et se référer à Jacques ? Faut-il y voir le même individu que celui qui a inscrit son nom J. BOCOV avec le chronogramme 1626 sur le clocher de la chapelle Saint-André de Plogoff ?
Un Yves BOCOU est né en 1608 à Pont-Croix, de même qu'un Jacques Bocou. Un Jean Bocou est né le 25 février 1628 à Pont-Croix, et décédé le 29 juillet 1706 à Esquibien.
Comme il n'existe aucune mention d'un prêtre ou recteur correspondant à I. BOCOU ou J. BOCOU, il faut, et c'est assez logique à la base d'une statue, y voir le nom d'un fabricien.
La date gravée à la chapelle Saint-André est presque cohérente mais un peu tardive avec la période d'activité du Maître de Plougastel.
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Guillaume Bocou.
On connait mieux Guillaume Baucou, qui fut recteur de Cléden-Cap-Sizun entre 1644 et 1647 puis une seconde fois entre 1656 et 1660, car dont le nom apparait sur deux linteaux de'une maison de Lescoff en Plogoff. Elles se lisent M : G : BOCOU P CANONICUS CORISOP (?) ET REC DE CLEDEN ou « Monseigneur Guillaume Bocou chanoine de Quimper et recteur de Cléden » (linteau de la porte d’entrée), et M : G : BOCOU P CANONICUS LEONEN : 1661 ou « Monseigneur Guillaume Bocou chanoine de Léon » (linteau fenêtre est de l’étage).
Un Guillaume BOCOU chanoine de Quimper et pourvu de la prébende de Beuzec-Cap-Sizun, résilia celle-ci pour devenir recteur d'Elliant de 1674 à 1678. Il signe comme chanoine de Quimper en 1662.
— LE CARQUET (H.), 1899 : Les chapelles du Cap Sizun (Bull.S.A.F. 1899).
— LE SEAC'H (Emmanuelle), 2014, Sculpteurs sur pierre en Basse-Bretagne. Les ateliers du XVe au XVIe siècle. Presses Universitaires de Rennes.pages 189-191
— PÉRENNÈS (Chanoine Henri), 1940, Notices sur les paroisses du diocèse de Quimper et de Léon dans, Bulletin de la Commission diocésaine d'histoire et d'archéologie de Quimper. 1940 Archives diocésaines de Quimper
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1) Une étude détaillée des monuments et œuvres artistiques et culturels, en Bretagne particulièrement, par le biais de mes photographies. Je privilégie les vitraux et la statuaire. 2) Une étude des noms de papillons et libellules (Zoonymie) observés en Bretagne.
"Il faudrait voir sur chaque objet que tout détail est aventure" ( Guillevic, Terrraqué). "Les vraies richesses, plus elles sont grandes, plus on a de joie à les donner." (Giono ) "Délaisse les grandes routes, prends les sentiers !" (Pythagore)