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14 mars 2015 6 14 /03 /mars /2015 09:15

Les six premières planches du Salus Generis Humani (1590) d'Égide Sadeler d'après les études d'Hoefnagel, et la typologie biblique.

.Sur Hoefnagel, voir aussi sur ce blog :

Introduction.

L'œuvre de Joris Hoefnagel (Anvers,1542-Vienne,1601) comporte des travaux précoces de vues de villes en cartographie, puis, alors qu'il était attaché à la cour du duc Albert V de Bavière à Munich depuis 1578, l'ornementation de 1581 à 1590 d'un Missel Romain pour l'archiduc Ferdinand II de Tyrol, alors que celui-ci résidait en son château d'Ambias près d'Innsbruck. Comme il achevait ce travail, il obtint, le 1er avril 1590, de l'empereur germanique un privilège de 16 ans (E. Chmelarz p. 283) pour la publication de gravures joignant à la beauté des images une interprétation mystique "hieroglyphique", ou emblématique ( "pulchras quasdam imagines, quae praeter elegantiam picturac plerumque hieroglyphicam quandam ac mysticam interpretationem "). Il ne peut s'agir que des gravures dessinées par Hans von Aachen et connues sous le titre de Salus Generis Humani .

L'œuvre examinée ici sous le titre de "Salus generis humani" est une série de 12 gravures, réalisées en 1590 par le graveur Aegidius Sadeler II (1570-1629) d' après les dessins du peintre maniériste Johan von Achen (1552-1615) et pour les bordures emblématiques et le corpus d'inscription, d'après des dessins du miniaturiste flamand Joris Hoefnagel (1542-1601). Elle fit l'objet de quatre éditions, dont la première en 1590 (à Munich ?). Lorsque Hoefnagel quitta la cour du duc de Bavière en raison de sa foi religieuse, les planches furent reprises par l'imprimeur néerlandais Balthasar Caymox (1561-1635) à Nuremberg, surtout connu pour l'impression de cartes géographiques et dont l'oncle (?) Cornelis avait participé à l'impression du Civitates orbis terrarum qui contient des vues urbaines d'Hoefnagel. A la mort de Caymox, son imprimerie fut reprise par Paulus Fürst (1606-1666), qui édita le Salus Generis Humanae en 1652. (Rathgeber p. 146).

Mais ces deux éditions diffèrent par leurs images et leurs textes. Je dispose uniquement des images disponibles en ligne ou sur l'article de J. Jacoby, et je ne peux mener un travail d'analyse critique, mais Il me faut discerner :

a) les 12 planches de 1590 mise en ligne par l' Herzog Anton Ulrich-Museum, et les planches conservées par le British Museum, qui sont des tirages du même ensemble de plaques; la page de titre, si elle existe, n'est pas consultable en ligne. Quatre planches de cette série sont présentées en ligne par le British Museum ; les douze planches sont conservées au Cabinet des gravures sur cuivre du Musée Herzog Anton Ulrich de Brunswick en Allemagne. C'est auprès du Cabinet Virtuel de Gravures de ce musée que j'ai eu accès aux images numérisées des planches, dans des conditions remarquables d'examen et de grossissement.

b) Les planches postérieures, tirées par Caymox et par Füchs d'après des plaques différentes, dotées d'un titre, et avec des dessins et des textes différents de l'ensemble a). La page de titre (attestée vers 1600 et en 1652) porte les mentions respectives de :

  • Salus Generis Humani. A. Ω. Gratiae divinae in Iesu Christo servat . Generi Humano exhibitae Amoenissima specimina,elegantissima figuris ac emblematibus proposita a Georg. Hoefnaglio Belga Ioannes ab Ach Figurav : / Egidi Sadler sculps. [Mention page 2 : Can :Balthasar Caymox exo ; vers 1600] Houghton Library
  • Salus Generis Humani. A. Ω.Sereniss. Principi ac Domino. D. Jean Christo Archiduci Coelorum Duci Terrestium Victori Infernorum Domino suo Clementissimo Georgius Hoefnaglius Belga. Inventor Posuit. Extat apud Paulum Fürts Anno Salutatis MDCLII Joannes ab Ach figura ; Gillia : sadeler scalpa.

L'exemplaire de Caymox, dont un blog de la Houghton Libray donne des images , a la particularité d'avoir été habillé de morceaux de tissus colorés. Je n'ai pas eu accès à d'autres planches, mais l'article de J. Jacoby donne, avec la mention "two engravings which are very similar to, but do not belong to, the Salus cycle" deux planches de l'Adoration des Mages (par Sadeler d'après von Aachen), et du Repos lors de la Fuite en Égypte (de Sadeler d'après Spranger) , conservées au Kunstsammlungen de Veste Cobourg. Or, l'Adoration des Mages est identique à celle de Caymox de la Houghton Library. Ou presque identique, puisque celle de Veste-Coburg porte la mention Aurelius prudentius can. et celle de Houghton Aurelius prudentius can. Balthasar Caymox exp. La seconde partie de cette mention prend place dans un espace libre, et a donc été gravée secondairement.

Titre du recueil de la Houghton Library :

Le Salus Generis Humani d'après Hoefnagel, et la typologie biblique.I.

Une étude minutieuse des gravures de Sadeler a été publiée en 2012 par Joachim Jacoby : "Salus Generis Humani : some observations on Joris Hoefnagel's Christianity". J'y ai trouvé la réponse aux questions que je me posais sur l'origine des sources des inscriptions du Missale Romanum et du Livre de Modèle de Bocksay, ainsi qu'un relevé commenté des inscriptions du Salus Generis Humani. J'ai fait de larges emprunts à cet article et j'exprime ici mon admiration pour la qualité de ce travail.

Néanmoins, pour apporter ma minime contribution, et ne pas me contenter de copier cet article —en diffuser en ligne les précieuses informations serait pourtant un mérite suffisant— j'ai choisi un angle d'approche différent, celui de la typologie biblique.

En effet, J. Jacoby rapproche le titre de Hoefnagel de celui d'un livre du théologien espagnol Benito Arias Montano, publié par Christophe Plantin en 1571, l'Humanae Salutis Monumenta, mais il estime que " comme série, les images n'ont pas grand-chose à voir avec le cycle d'Hoefnagel". Il ébauche aussi un rapprochement avec les gravures sur bois du Salus animae, Nürnberg 1503 attribué à Dürer, pour souligner qu'il ne s'agit de rien d'autre que d'un Livre d'Heures. Mais le titre m'a évoqué celui du Speculum humanae salvationis , ouvrage en latin du premier quart du XIVe siècle et qui, comme la Biblia pauperum, a diffusé très largement pendant tout le Moyen-Âge la typologie biblique, "doctrine théologique fondée sur le rapprochement entre une personne ou un événement de l'Ancien Testament, le type et de leur antitype, personne ou événement du Nouveau Testament. Cette méthode d'interprétation de la Bible consiste à rechercher ce qui est annoncé dans l'Ancien Testament, et qui s'accomplit dans le Nouveau Testament selon le jeu des préfigurations." (Wikipédia). Plus qu'aux Biblia pauperum, les planches d'Hoefnagel s'apparenteraient d'ailleurs d'avantage à ce que Max Engammare nomme "Les Figures de la Bible" :

" Les Figures de la Bible sont des recueils de gravures sur bois, plus tard sur cuivre, qui représentent ou signifient l'Écriture à travers des cycles d'estampes couvrant toute la Bible, un seul Testament, voire un seul livre biblique - la Genèse et l'Apocalypse ayant alors la faveur des auteurs -, ou l'histoire d'un homme — David ou Joseph s'imposant en héros. Du texte fait corps avec l'image, puisque d'un point de vue graphique des énoncés divers accompagnent, enveloppent, sinon protègent la gravure. Au-dessus de la gravure, la page porte une inscriptio ou motto, à savoir un titre, un thème, le texte biblique concerné ou sa référence, parfois encore un sommaire ou ces différents éléments réunis. À la figura s'articule une paraphrase, une sentence morale, un distique historique, un huitain descriptif ou une autre pièce didactique, voire méditative : l'épigramme ou la subscriptio placée sous l'image. Une explication plus développée peut également commenter la gravure ou l'ensemble de la composition : il s'agit d'une annotatio qui tend à s'allonger, déjà au cours du XVIe siècle. Cette composition, triple ou quadruple, apparente les Figures de la Bible à d'autres genres littéraires en images, en vogue aux mêmes époques : les livres d'emblèmes et de devises. Comme eux, les Figures de la Bible associent étroitement texte et image - selon des articulations que nous définirons - ce qu'énonce le mot figures de leur titre, inscrivant leur double appartenance aux arts visuels et à la rhétorique.

"L'association conceptuelle entre Figures de la Bible et livres d'emblèmes est d'autant plus étroite que les mêmes hommes composent, gravent, commentent les uns et les autres. Lucas Cranach, Raphaël, Hans Holbein, Hans Sebald Beham, Virgil Solis, Tobias Stimmer, Rembrandt, Nicolas Poussin comptent au rang des maîtres qui ont inspiré ces œuvres, que les meilleures gouges et les burins les plus fins ont ensuite reproduites : Bernard Salomon, Pierre Eskrich (Vase), Philippe Galle, les frères Wierix, Théodore de Bry, Matthaeus Merian, Christoph Weigel, Sébastien Le Clerc, Jan Luyken, Bernard Picart, pour évoquer les plus célèbres. Les auteurs d'épigrammes et de commentaires, sans atteindre la renommée des hommes d'images ne sont nullement méconnus, puisqu'on compte dans leurs rangs Gilles Corrozet, Claude Paradin, Gabriele Simeoni, Benedito Arias Montano, Charles Fontaine et Le Maistre de Sacy, ou encore David Martin."

   Ce mode opératoire associe la pensée allégorique, dans laquelle Joris Hoefnagel excelle,avec l'art pictural. Il était donc tentant de lire les inscriptions avec cette clef de lecture, interrogeant le texte fourmillant dans les gravures pour savoir si il tenait la promesse du titre.

De ce fait, je suis amené à considérer avec plus d'attention la source possible que serait le bibliste et poète andalou Benito Arias Montano, que je vois qualifié de "fer de lance en Espagne de l’horatianisme néo-latin de la seconde moitié du XVIe siècle", qui devint en 1568 le directeur scientifique de la nouvelle Bible Polyglotte voulue par Philippe II, dite Bible d’Anvers : " Cette entreprise lui fait rencontrer les humanistes du Nord, tel l’imprimeur Christophe Plantin, et favorise des échanges intellectuels et poétiques fructueux. La majeure partie de son œuvre poétique, à thématique biblique, manifeste son choix du néo-latin à une époque où, en Espagne, la poésie même la plus savante s’écrit désormais en vernaculaire. Concernant la Humanae salutis monumenta, B. Ariae Montani studio constructa et decantata (cum figuris et annotationibus Christophori Plantini), Anvers, 1571, Il s’agit d’un recueil de poésie de dévotion, comprenant soixante-douze poèmes, qui évoquent chacun un épisode de l’Ancien et du Nouveau Testaments. Soixante-dix d’entre eux sont placés en regard d’une gravure raffinée – le graveur de l’édition princeps est Pieter Van Der Bocht – et s’inscrivent dans un système sémiologique qui emprunte également à l’épigraphie : inscriptio, subscriptio, dedicatio viennent encadrer l’image et en orienter le sens. Odes pour la plupart, ces poèmes suivent majoritairement des schémas métriques inventés par Horace, et, ponctuellement, le poète a recours aux formes plus convenues de l’élégie, de l’épigramme ou du poème en hexamètres dactyliques." Ce goût pour la poésie latine, ce lien avec Christopher Plantin et avec les humanistes du Nord, cette intrication de l'image et du texte créent de nombreux rapprochement avec Hoefnagel.

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Les trois mots SALUS GENERIS HUMANI figurent  aussi sur des monnaies romaines de l'époque impériale. Avant de balayer trop rapidement l' influence de cette inscription comme incongruë, il faut rappeler que Abraham Ortelius, ami de Hoefnagel, possédait l'une des collections de monnaies grecques et romaines les plus conséquentes de son temps. En 1573, il en avait donné une description dans un portfolio de 55 planches  avec des portraits en médaillon de dieux, déesses, et personnifications, sous le titre de Deorum dearumque capita : ex vetustis numismatibus in gratiam antiquitatis studiosorum effigiata et edita. Ex museo Abrahami Ortelii  . Il s'agit moins d'une description des monnaies de la collection que d'une représentation emblématique, copie de la présentation donnée par Ortelius à Gérard Mercator. La première édition a été publiée par Philips Galle à Anvers en 1573 (dans lequel les plaques apparaissent dans l'ordre alphabétique), avec des planches  conçues par Hans Vredeman de Vries (30 plaques) et Gerard van Groeningen (25 plaques) et  gravées par les frères Van Doetecum. L'ouvrage fut réédité en 1602 par François Sweerts chez Vrintius à Anvers.Aucune planche ne correspond au titre de Salus, mais l'une répond à celui de Salutis.

En outre, les deux amis avaient visités ensemble en 1578 la collection de Fugger à Augsbourg et celle de la Kunstkammer du duc de Bavière Albert V à Munich.

En numismatique, la formule Salus Generis Humani, qui n'est qu'une forme des "Salus", se trouve associée à des feuilles de chêne (infra, Sté Royale Numism. de Belgique). Selon Berrand de Monfaucon, "Lorsqu'un Prince sauva, par ses victoires, l'Empire des maux dont il était menacé, & lui procura de grands biens, on représenta cette idée par un emblème naturel & fort simple, dont la même légende, Salus Generis Humani, déterminait d'ailleurs le sens ; c'était une Victoire sur un globe, tenant une palme avec la couronne de laurier, sur certains revers, & une couronne seulement , sur d'autres, où  on voit aussi un bouclier votif attaché à une colonne , avec ces trois lettres initiales , C L. V. qui signifient, Clypeus votivus."

.Ajoutons aussi que, dans le Missale Romanum, Hoefnagel avait représenté la tête du Christ de profil dans un médaillon où couraient les mots Salus Generi Humani , dans une présentation très évocatrice dees anciennes monnaies. Selon J. Jacoby, la page de titre du cycle des gravures du Salus Generis Humani reprendrait cette figure du Christ de profil.

A la réflexion, il me semble fort probable que Hoefnagel ait converti délibéremment cette inscription d'empereur romain célébrant ses victoires guerrières pour en faire, dans un renversement radical des valeurs, une formule épithète du Christ au service de la paix. Ortelius, dans son portrait par Philippe Galle au début de son Theatrum Orbis Terrarum, figurait sous le monogramme PX de la Pax Christiana entouré de l'Alpha et de l'Oméga et des mots Vivae Scopus : "le but de ma vie, c'est la paix dans le Christ". Pour ces néerlandais victime des luttes de pouvoir et des guerres de religion, le Salut du genre Humain pourrait bien passer par l'amitié entre les peuples, favorisée par les réseaux européens d'amis et leurs Album amicorum, les Atlas géographiques pour découvrir les pays voisins et les routes qui y mènent, les sentences stoïciennes, les échanges de plantes et d'insectes, de livres et de planches, et de compétences, le développement du commerce,  les liens prudents avec la Famille de Charité, et l'union de la Science et de l'Art, de la chouette de Minerve et du caducée de Mercure. Tout en dissimulant ce programme révolutionnaire sous le masque de la Patience et de la stricte obédience au Pouvoir. Le vieux Salus est rendu à César, le nouveau Salus s'échange avec les amis qui taquinent les Muses, "omnibus philomusis amicé".

 

 

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1. ANNONCIATION.

http://www.virtuelles-kupferstichkabinett.de  Graph. 572 

Description et Inscriptions

— Scène centrale  : L'ange Gabriel et Marie agenouillée devant sa table de lecture. Une chaise ; un dévidoir et son écheveau.

— Dans les nuées : Tétragramme יהוה (en lettres hébraïques)  et VERBUM : lien de typologie biblique où le nom vétéro-testamentaire de Dieu est placè au dessus de Verbum, qui fait référence à l'incipit de l'évangile de Jean : in principio erat Verbum et Verbum erat apud Deum et Deus erat Verbum.

— Un ange à gauche descend d'une échelle, tenant un soleil et une branche d'aulne avec ses strobiles. L'ange de droite monte, tenant un roseau et une tête de mort.  Entre les degrés des échelles se lit le nom EMMA / NUEL 

— Entre les volutes du cartouche : PORTA COELI DOMUS DEI : citation de Genèse 28:17 qui s'applique à Jacob : pavensque quam terribilis inquit est locus iste non est hic aliud nisi domus Dei et porta caeli " : Il eut peur, et dit: Que ce lieu est redoutable ! C'est ici la maison de Dieu, c'est ici la porte des cieux !" (Louis Segond).

— Dans le cartouche, un homme allongé est endormi, dans un paysage désert et montagneux, alors que de l'eau (ou plutôt : un liquide) s'écoule d'une cruche derrière lui. Inscription Caro factum est  qui est une citation de l'évangile de Jean, 1:14 Et Verbum caro factum est, "Et le Verbe s'est fait chair".

L'association des échelles, des anges montants et descendants et de cette citation s'inscrit dans une lecture typologique de la vie du Christ préfigurée dans l'Ancien Testament. L'Alliance conclue par Yahvé à Beer Schéba et la promesse faite à Jacob sont mises en parallèles avec la Promesse faite à Marie. Ce parallèle est rare, puisqu'il n'est pas proposé dans le Speculum humanae salvationis. Pourtant, le lien entre l'évangile de Jean et le rêve de Jacob est clair dès Jean 1:51 : et dicit ei amen amen dico vobis videbitis caelum apertum et angelos Dei ascendentes et descendentes supra Filium hominis  "Et il lui dit: En vérité, en vérité, vous verrez désormais le ciel ouvert et les anges de Dieu monter et descendre sur le Fils de l'homme. "

Le Christ est vu comme l'échelle reliant le Ciel et la terre, étant à la fois le Fils de Dieu et le Fils de l'Homme.  

La présence de la cruche s'explique par la suite du texte de Genèse en  28:18 : surgens ergo mane tulit lapidem quem subposuerat capiti suo et erexit in titulum fundens oleum desuper  "Et Jacob se leva de bon matin; il prit la pierre dont il avait fait son chevet, il la dressa pour monument, et il versa de l'huile sur son sommet. Il donna à ce lieu le nom de Bethel" . Bethel signifie "Maison de Dieu".

— Inscription du cadre de gauche de la partie inférieure:

Virgo haec virga fuit, de qua flos Christus obortus*,

Cuius odor vivax membra sepulta levat

O uteri thalamus nova Junctio facta salutis

Qua Deus atque caro nupsit honore novo.

*abortus in Fabricius.

Source : les deux premiers vers sont tirés de Fortunatus De partu virginis Liber primis  que Hoefnagel a trouvé dans Georg Fabricius (1564) col. 686 . Les deux vers suivants se trouvent un peu plus loin dans le même poème, cités par Fabricius col. 687. (Voir Migne, P.L 88, 276) Dans le texte du Pseudo-Fortunat, ils sont précédés par Radicis florem Iessea virga daret : la réflexion typologique se poursuit donc avec la mise en relation de la virginité de Marie et la naissance d'un sauveur, et les versets d'Isaïe qui sont à l'origine du motif de l'Arbre de Jessé et du jeu de mot entre virgo la vierge et virga la tige. Les pères de l'Église y ont associés la prophétie d'isaïe 7:14 :14 propter hoc dabit Dominus ipse vobis signum ecce virgo concipiet et pariet filium et vocabitis nomen eius Emmanuhel , "C'est pourquoi le Seigneur lui-même vous donnera un signe, Voici, la jeune fille deviendra enceinte, elle enfantera un fils, Et elle lui donnera le nom d'Emmanuel.", ce qui est commenté sur l'image par les lettres du nom EMMANUEL.

Or, il existe une relation directe entre Jessé et Jacob : le Songe de Jacob est le prototype des grands rêves prémonitoires de descendance, et c'est sous son influence que la prophétie d'Isaïe 11:1-2 Egredietur virga de radice Jesse, et flos de radice eius ascendet. Et requiescet super eum Spiritus Domini. "Une tige sortira de la racine de Jessé, une fleur s’élèvera de ses racines. Et sur elle reposera l’Esprit du Seigneur.", qui ne stipule nullement un songe, a repris au compte de Jessé la notion d'un rêve prophétique et d'une promesse ou alliance conclue entre Dieu et les Hommes. Dans le cas de Jacob elle conduit à l'établissement de la Maison de Dieu, le temple de Jérusalem, et dans le Nouveau Testament et l'incipit de l'évangile de Matthieu précisant que Jésus est, par Joseph, de la Maison de David (fils de Jessé), la nouvelle alliance concerne l'humanité entière comme Maison de Dieu.

 

 

 

 

 

 

 

Comparaison avec B.A. Montano : In Somnium Iacob.

Humana Divinitas cur tanto genre humanum dignetur honore dicere , non nisi qui perficere ipse potest. Dei philantropiae

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Les  illustrations du Songe de Jacob abondent dans les Bibles Historiales, mais ce qui est, chez Hoefnagel, original (sous réserve de trouver des antécédents dans l'iconographie ou les documents scripturaires ) est ce rapprochement dans l'image et par l'image entre l'Annonciation, le Songe de Jacob, le Songe de Jessé et l'incipit de l'évangile de Jean.

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La gravure est à rapprocher avec l'ornementation que Hoefnagel avait conçu à la même époque pour le Missale Romanum de l'archiduc Ferdinand de Tyrol (Ms cod.1784, folio 440v,  Vienna, Österreichische Nationalbibliothek) et dont Théa Vignau-Willberg a donné une illustration noir-et-blanc. Elle en donne le commentaire suivant :

"Der Traum Jakobs.

"Die Geburt Christi von der Jungfrau Maria stellte die Verbindung zwischen Gott und den Menschen wieder her. Dieser Gedanke ist auf MR f.440v das Bindeglied zwischen dem Titel der Messe (« In festo Annunciationis beatae Mariae virginis ») und seiner Illustration, dem Traum Jakobs. Zwei Leitern verbinden Himmel und Erde ; im Himmel ist die Dreifaltigkeit von tetragramm, von dem Wort « Verbum » und von der Taube verbildlicht. Auf der Erde zwischen den Leitern schläft Jakob. Er hat den Kopf auf einen Stein gelegt, auf dem man « Caro factum est » liest ; öl ist über den Stein geflossen

Durch die Leitern, auf denen Engel heruntersteigen, ist der Kontakt zwischen dem Wort bei Gott « Verbum », im Himmel und dem fleischgewordenen Wort, « Caro factum est », auf der erde hergestellt worden. Von den Engeln trägt der linke die Sonne und einen Pinienzweig zu den worten « Immortalis Divinitas », der rechte einen Totenkopf und ein Schilfrohr zu « Mortalis humanitas ». Die beiden Leitern (die linke ist vielleicht vom Himmel zur Erde heruntergelassen, die rechte von der Erde zum Himmel errichtet) sind durch eine Kette mit dem Wort « E.M.A.N.U.E.L » verbunden ; Emanuel, der Name Christi, heißt « Gott mit uns ». Christus, der Gott und Mensch war und als Gott und Mensch unter den Menschen lebte, stellte die Verbindung zwischen Gott und den Menschen wieder her. Die Leitern stehen auf ädikula-artigen Postamenten, in denen eine brennende Muschel liegt. Sie sind mit « Domus Dei » (l), und « Porta coeli »(r) beschriftet. Die Muschel ist ein Sinnbild Mariae, das Feuer in der Muschel ist das Feuer des Hl Geistes. Auch das « Domus Dei -Porta coeli » ist das Sinnbild für Maria geläufig : in der Litanei von Loretto heißt sie u.a. « Porta coeli, sanctuarium Dei », in den Laudes Marianae wird sie « Porta coeli, civitas Dei » genannt.

Auf den Fundamenten der Postamente verehren Inschriften Maria als die Mutter des Gott-Menschen und als die Vermittlerin der Verbindung zwischen Gott und dem Menschen : 

Virgo haec virga fuit de qua flos Christus obortus...[etc.]

In Maria vereinten sich die « Immortalis Divinitas » und die « Mortalis humanitas » zur Gestalt Christi.

Es gibt in der Emblematik einen deutlichen Parallelfall zu diesem Bild in einem Emblem von Reusner, das ebenfalls den traum Jakobs zeigt, allerdings mit einer einzigen Leiter ; er erklärt das Lemna Scala ad coelum Christus, indem er den Traum Jakobs erzählt und fortfährt :

Scala notat te, Christe Deus : tu ianitor alti

Aetheris es, per quem coelica porta patet.

Tu coelum iungens terra : mortalia summo

Membra Deo : fratres nos facis esse tuos.

Tu pacem reddis, iustitiamque piis.

Per te, tu veri fons es, et alma salus.

Hoefnagels Illustration ist von dem gleichen Gedanken ausgegangen, den er noch weiter durchgeführt hat."

De plus, T. Vignau-Willberg consacre p. 273-275  trois pages de son étude à un "Catalogue des événements typologiques" (Verzeichnis der Typologischen Darstellungen ) en partant soit des personnages de l'Ancien Testament (Alttestamentarische Personen und Ereignisse), soit de ceux du Nouveau Testament (Neutestamentarische Personen und Ereignisse): 

"--Jakob : Himmelsleiter in JakobsTraum : Christus ; Maria.

-- Christus : Widder als Opfertier statt Isaac / Melchisedec / Himmelsleiter Jakobs.

--Maria : Eva / Himmelsleiter Jakobs"

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Dans la Patrologie, l'origine de ce lien typologique se trouve dans l'Homélie de la Nativité et l'Homélie sur la Dormition de  Jean Damascène :

« Aujourd'hui le Fils,... ayant aiguisé par l'Esprit la hache de la nature... s'est construit une échelle vivante [...] L'échelle spirituelle, la Vierge, est plantée en terre, car de la terre elle tient son origine, mais sa tête s'élève jusqu'au ciel. Le chef de toute femme, en effet, c'est l'homme ; mais pour elle qui n'a pas connu d'homme, Dieu le Père, a pris la place de son chef : par le saint-Esprit il a conclu une alliance, et, telle une semence divine et spirituelle, il a envoyé son Fils et son Verbe, cette force toute puissante. » [Homilia in Nativitatem, 5, PG 96,665 A ]

 

« De même que Jacob a vu l'échelle unir la terre au ciel et les anges monter et descendre sur elle, et Celui qui est vraiment le fort et l'invincible lutter symboliquement avec lui, de même toi aussi devenue médiatrice et échelle pour que descende vers nous ce Dieu qui a assumé la faiblesse de notre substance, en l'embrassant et l'en unissant à soi et a fait de l'homme un esprit qui voit Dieu, tu as réuni le ce qui était divisé. » [Homilia in Dormitionem 1,8, PG 96,713 A. ]

On peut citer aussi la sixième des dix-neuf Louanges de saint Bonaventure à la Vierge Marie, "Marie figurée par l'échelle que Jacob vit en songe".

 

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Missale Romanum folio 440v, image copiée de T. Vignau-Willberg, Die emblematische Werke 1969.

Missale Romanum folio 440v, image copiée de T. Vignau-Willberg, Die emblematische Werke 1969.

2. NATIVITÉ

Images :

a) http://www.virtuelles-kupferstichkabinett.de/?currentWerk=25601& (graph. 572 f ou 631 b)

b) http://blogs.law.harvard.edu/houghton/2014/02/28/what-the-well-dressed-print-is-wearing/

 

La scène centrale est celle d'une Nativité sans grandes particularités. Ce serait une scène domestique, si on ne voyait pas, par la porte ouverte, une montagne, et, sur sa pente, un homme frappé par une colonne de lumière venant d'une trouée du ciel, et, dans cette trouée, un ange.

La bordure est organisée symétriquement en deux figures principales, celles de globes terrestres irradiés par le feu ou la lumière se déversant de deux cornes.

L'inscription supérieure reprend le Tétragramme hébraïque  יהוה dans les nuées. Cette fois-ci, il domine les lettres grecques ΧΡΣ coiffées d'un tilde de lettres éludées: il faut lire ΧΡΙΣΤΟΣ , Christos. Ce mot est inscrit sur la face d'un autel qui est surmonté de deux chérubins dont les ailes se rejoignent sur la ligne médiane. L'autel porte les Table de la Loi de Moïse : elles sont arrosées par une pluie divine. De chaque coté, nous lisons Α Ω, l'Alpha et l'Oméga qui désignent le Christ,  ou Dieu dans l'Apocalypse 22:13 : "Je suis l'alpha et l'oméga, le premier et le dernier, le commencement et la fin."

— Des deux lettres grecques partent le serpentin des cornes d'abondances. L'une porte l'inscription Virtus Dei ad salutem et l'autre omni credenti. (lecture fautive creanti dans J. Jacoby). Il s'agit d'une citation de l'épitre aux Romains de saint Paul, Rm 1:16 :non enim erubesco evangelium virtus enim Dei est in salutem omni credenti Iudaeo primum et Graeco :"Car je n'ai point honte de l'Évangile: c'est une puissance de Dieu pour le salut de quiconque croit, du Juif premièrement, puis du Grec," (Louis Segond).

— Dans ce registre supérieur, deux anges tiennnent des rameaux d'olivier et se penchent vers la scène de Nativité pour la désigner ; ils encadrent l'inscription GLORIA IN EXCELSIS DEO, "Gloire à Dieu au plus haut des Cieux". La suite se trouve au bord inférieur, ET IN TERRA PAX HOMINIBVS "Et paix sur la terre aux hommes" (Évangile de saint Luc 2:14). 

— Sur le coté, des colonnes blanches se déversent sur les deux globes terrestres d'où se dressent des tiges de blé. Les inscriptions des globes sont LUX VERA IN TENEBRIS LVCENS (Évangile de saint Jean 1:5) " La lumière brille dans les ténèbres et les ténèbres ne l'ont pas étouffée "  et à droite ΑΛΕΞΙΚΑΚΟΣ ΗΩΣ  Ἀλεξίκακος  (Alexikakos) signifie "prévenir ou protéger du mal" du grec αλεξω (alexo) "protéger, aider" and κακη (kake) "mal". Ce fut une épithète d'Apollon ou de Zeus, d'Heracles ou d'Hermès.. Associée à Eos (nom de la déesse de l'Aurore), elle devient d'abord une désignation de la déesse comme protectrice chassant les ténèbres, mais aussi une désignation poètique du rôle bénéfique de la rosée : nous avons donc ici, grâce à la bonté divine, la lumière et la rosée qui permettent la croissance des plantes sur la Terre, et chassent les maléfices de l'obscurité et de l sécheresse.

Rabelais utilise l'adjectif alexikakos dans la préface du Quart-livre "A très illustre Prince et Révérendissime Mon Seigneur Odet, Cardinal de Chatillon"  : "C'est la cause, Monseigneur, pourquoy presentement, hors toute intimidation, je mectz la plume au vent, esperant que par vostre benigne faveur me serez contre les calumniateurs comme un second Hercules Gaulloys, en sçavoir, prudence et eloquence, alexicacos en vertuz, puissance et auctorité "

— Sous les globes terrestres, il se passe des drôles de choses. A gauche, dans un paysage montagneux, on voit au loin un homme crucifié, et au premier plan, entouré de son troupeau, un homme, un genou à terre,  qui se protège avec le bras droit. Effectivement, une pluie d'objets hétéroclites tombent du globe terrestre, parmi lesquels on identifie un crâne de bœuf, un arc, un couteau, et...une chouette. Or, j'ai étudié le motif de la chouette au caducée chez Hoefnagel, motif récurrent en relation avec Hermathena, l'union d'Hermès et d'Athéna c'est-à-dire, pour les humanistes,  de la Sagesse et de l'Éloquence.

Du coté droit, deux bergers tendent la main vers le ciel (le globe terrestre placé au dessus), d'où tombe une pluie de grenouilles, de serpents, de chauve-souris, et...un caducée. Au point où j'en suis de mon exploration, je n'ai aucun moyen d'interpréter cette énigme, où se mêle des références aux malédictions divines, et les emblèmes vénérées par Hoefnagel. Est-ce un reniement d'un attachement coupable pour le monde antique et païen ? L'artiste a-t-il renoncé aux joyeuses farces des ornementations grotesques dont il a embelli le Missale Romanum ? S'est-il converti aux mortifications dévotes ? 

Pour T. Vignau-Wilberg, chaque animal représente un pécheur fuyant la nouvelle puissance céleste.

— Inscription du rectangle inférieur gauche :

Rorarunt Coeli nubes Justumque pluerunt,

Quem salvatorem germine virgo dedit.

Accipis ut nescis : sic reddis, ut Jntegra constes,

Nec violata paris, nec pariendo doles.

Source des deux premiers vers : Fortunatus in Migne P.L 88:278 C  tiré du même poème que précédemment, In Laudem Sanctae Mariae Virginis et matris Domini I, 93-94. Hoefnagel a eu accès à Fabricius 1564, De partu Virginiscol. 688 . Le verbe latin roro, as, are , qui signifie "répandre la rosée", est en lien avec la mention alexikakos eos et l'image de l'eau arrosant la terre. Les deux vers suivants viennent du même poème de Fortunatus, Migne  P.L 88:288 A  ou Fabricius De partu Virginis col. 691 . 

— Inscription du rectangle inférieur droit :

Et tamen est genitus Deus et Homo verus et unus,

Spiritus atque caro Christus, utrum genus

Unde tuum mater generas natum atque parentem,

Hinc prolem Inde patrem : hoc Deus illud Humus.

Même poème de Fortunatus, Migne P.L 88 A  ou Fabricius 1564 , De partu Virginis col.692 .

Si un thème général peut se dégager, c'est celui de la comparaison entre la fertilité de la terre sous l'effet de la lumière et de l'eau venant du ciel, relations verticales entre ciel et terre, et la fécondité d'une Vierge par intervention divine : Marie, comparée dans les Louanges à la Fontaine et à l'Arbre de vie du Paradis, ou à l'Arc en Ciel adressé à Noé, possède la vertu de l'Eau et de la Lumière, médiatrices de la Vie.

 

 

La planche de la Houhgton Library est parfaitement comparable, elle est numérotée (2) de la même façon, et procède du tirage de la même plaque.

 

 

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Le Salus Generis Humani d'après Hoefnagel, et la typologie biblique.I.

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Alexikakos Eos : Comparaison et éclairage par le Missale Romanum folio 62v.

Cette gravure se rapproche fortement de l'enluminure réalisée par Hoefnagel pour le folio 62v du Missale Romanum pour le temps de Noël, et qui a été décrite par Théa Vignau-Wilberg (1969):

"Das Pauperes evangelisantur [Matthieu 11:15 ou Luc 7:22] lesen wir ebenfalls auf MR f.62v bei der Morgenröte-Messe der Weihnachtszeit. Es schallt dort aus einem Horn, das ein zweites Horn als gegenstück hat, aus dem die Worte « ΑΛΕΞΙΚΑΚΟΣ ΗΩΣ » tönen. Die Hörner selbst sind « Cornu-salutis » beschriftet ; das linke mit  « ΑΛΕΞΙΚΑΚΟΣ ΗΩΣ » schüttet Rosen auf die von zwei Vögeln flankierte Weltkugel aus. Hinter dieser sind Kornähren gekreuzt, um die Weltkugel herum liest mas ein Vergilzitat : Iam nova progenies coelo demittitur alto. [Virgile, Églogue IV:7]

Es wurde im Mittelalter mit der geburt Christi in Zusammenhang gebracht. Unter der Weltkugel stürzen ein Eule, Nattern, ein Maulwurf, Raupen, ein Muschel, eine Fledermaus, eine Kröte, eine Eidechse, Eiche- und Dornenzweige hinunter. Jedes Tier ist Sinnbild des sündigen Menschen, der vor dem neuen himmlischen Geschlecht fliehen muß.

Die Worte «ΑΛΕΞΙΚΑΚΟΣ ΗΩΣ » unheilabwehrende Morgenröte, verdienen besondere Beachtung. Sie unterscheiden sich von den meisten andern Motti Hoefnagels schon durch die griechische Sprache in der sie verfaßt sind. Tatsächlich hat dieses Motto eine treffende Parallele : wir finden die beiden Worte auf einem Stich aus dem jahre 1571, den F. Galle nach dem verlorengegangenen relief des Piedestals einer statue des Herzogs von Alba machte. (*)

 Es war das Motto zu der allegorischen darstellung eines Hirten : Op de rechte zijde van 't pedestael was guefigureert cenen herder, die nu met sijn schapen ter weyde met vrede gaet (J. Duverger et M.J. Onghena, 1938).

Der Hirt hat die Gesichtszüge Albas. Das Motto  « ΑΛΕΞΙΚΑΚΟΣ ΗΩΣ » bedeutet, daß das Böse von der Morgenröte vertrieben wird : bei der Statue Albas repräsentiert Alba als Hirt die Morgenröte, bei Hoefnagel aber repräsentiert sie Christus, die Morgenröte des Neuen Tages. Da diese allegorische Szene höchstwahrscheinlich von Benedictus Arias Montanus « inventierte" worden war  und Hoefnagel sich öfters bei seinen Motti und Epigrammen von ihm inspieren ließ , ist es leicht möglich, daßer dieses Motto entwerder direkt oder mittelbar durch das relief oder den Stich von ihm entlehnt hat.(**)  "

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(*) En effet, Ferdinand Alvare de Tolède, duc d'Albe avait fait construire à Anvers entre 1567 et 1572 une citadelle. Avec les canons pris à la bataille de Jemminghes, il y fit ériger en 1571 sa statue par Jacques Jonghelinck, en grandeur nature sur un piédestal de marbre bleu. Diverses inscriptions y étaient gravées.  D'un coté était représenté un autel avec ces mots : Deo patrum nostrorum Sur un coté du piédestal se voyait un berger qui conduisait son troupeau au pâturage et qui mettait en fuite les lions et les loups. Sur le coté, représentant l'aurore chassant les ténèbres de la nuit, se lisait cette inscription grecque : Alexikakos êôs. Diverses armes, faisant allusion aux dépouilles des vaincus, étaient aux pieds de la statue. Sur la base était gravé le mot Pietas. Ce monument causa une indignation générale, les Espagnols même la partagèrent, parce qu'ils pensaient qu'il n'était dû qu'au souverain. Les Anversois la détruisirent quelques temps après. (Élie Brun-Lavainne, 1835, 'Revue du Nord'., Volumes 3 à 4 page 218 ) Voir Wikipédia : 

 http://de.wikipedia.org/wiki/Standbild_Herzog_Albas_in_Antwerpen

 Le piédestal est attribué au travail du sculpteur Willem van den Broeck, dit Guillelmus Paludanus,  frère du peintre anversois Crispin van den Broeck qui a participé aux illustrations de l'Humanae Salutis Monumentum d'Arius Montano, et de Hendrick van den Broeck. 

Philippe Galle (1537-1612) en a donné la gravure suivante :  http://data.bnf.fr/12172887/philippe_galle/

 

(**) La conception du piédestal et de ses thèmes emblématiques est traditionnellement attribuée à Benito Arias Montano, qui avait été envoyé à Anvers entre 1575 et 1581 par Philippe II pour surveiller l'orthodoxie de l'édition de la Bible Polyglotte par Christophe Plantin d'Anvers. Mais à Anvers il fut en contact avec la Familia Charitatis, secte religieuse mystique fondée en 1540 par Henrick Niclaes, et qui placée la Charité (Amour) au dessus de la Foi. Les membres sympathisants appartenaient à une élite intellectuelle et artistique parmi lesquels on compte Christophe Plantin et Abraham Orrtelius.

La mention de l'épithète rare Alexikakos Eos par Hoefnagel à deux reprises (M.R f.62 et Salus Generis Humani) ne peut pas ne pas faire référence à l'utilisation de cette épithète sur le monument de duc d'Albe. Bien-sûr, Arius Montano en faisait une image d'Alvaro de Tolède en berger chassant, telle l'aurore, l'obscurité de l'hérésie alors que Hoefnagel l'applique, sur une toute autre échelle, au Christ chassant le Mal (le Péché), mais la réalité de l'allusion persiste et nous y sommes confrontés sous forme d'une énigme. Hoefnagel se contente-t-il d'emprunter techniquement le terme grec et la puissance de son image à son confrère en science emblématique (et peut-être ami) Montano, sans se soucier du contexte dans laquel elle a été employée, ce qui semble improbable vu le scandale que provoqua la statue ? Ou bien il récupère une épithète dévoyée pour la rendre à son juste usage, et il glisse une critique (très ténue) envers le duc d'Albe qui mit sa ville natale et son pays à feu et à sang ?

 

Voir à ce sujet :

- S.  Hänsel 1990, Benito Arias Montano y la estatua del duque de Alba.

- J. Garcia Arranz (2008-2009) El Castigo del "Cornudo Patiente"

 

3. CIRCONCISION.

http://www.virtuelles-kupferstichkabinett.de/zoomed.php?signatur=26145

— La scène centrale est, là encore, une représentation traditionnelle de la Circoncision, par le Mohel, de l'Enfant-Jésus tenu par le Grand-prêtre, devant Marie et Joseph. Parfaitement conventionnelle, elle n'apporte aucun sens et se contente de citer l'événement.

Le registre supérieur de la bordure comporte les mots latins IN CHRISTO dans un cartouche d'où pointent deux foudres. Au dessous, un médaillon inséré dans les deux ailes d'un chérubin portent les lettres IESV (Jesu). Deux cartouches à volutes présentent chacun un poème ; mais comme ils forment un ensemble avec les deux cartouches inférieurs, je les citerai en même temps :

Cultro secanda saxeo

Tenella Christus membra dat

Non venit, ut tollat sui,

Legem parentis filius.

/

Parendo legis vincula

Nobis IESV mitigas :

Datoque monstras nomine

Tuae favorem gratiae.

/

Hoc nomen est potentiae

Noveque signum gloriae,

Et per quod unum caelitus

Datur salus mortalibus.

/

Tu Christe non effabilis

Imago Caelestis patris

Da nil colatur, quam tuum

Nomen perenni seculo.

Source : Georg Fabricius Poemata sacra Liber XV page 230  , De circumcisione Christi.

Essai de traduction intuitive (!) " Le Christ a donné son membre intime (tenella : délicat, tendre) à couper par le couteau de pierre rituel ; il n'est pas venu la loi des pères ;Obéissant aux obligations de la loi, Jésus tu  nous apaises et donne la faveur de ta grâce. Ce nom est puissance, c'est le nouveau signe de la gloire par lequel le salut est apporté aux humains. Christ indicible, à l'image du Père céleste, Tu ne donnes rien d'autre ? que ton nom pour les siècles des siècles."

Les bordures latérales s'élèvent d'un papillon à un pavillon (les deux mots ont la même origine). Sur chaque pavillon brûle une lampe ou un brûle-encens. A gauche, la tente porte les mots CIRCVMCISIO nihil, et la tente de droite PRAEPUTIUM nihil  l'ensemble  étant une citation de l'épître de saint Paul aux Corinthiens 7:19. Je cite 1 Cor 7:18-19 :18 circumcisus aliquis vocatus est non adducat praeputium in praeputio aliquis vocatus est non circumcidatur 19 circumcisio nihil est et praeputium nihil est sed observatio mandatorum Dei : "Quelqu'un a-t-il été appelé étant circoncis, qu'il demeure circoncis; quelqu'un a-t-il été appelé étant incirconcis, qu'il ne se fasse pas circoncire. La circoncision n'est rien, et l'incirconcision n'est rien, mais l'observation des commandements de Dieu est tout."  (Littéralement : "La circoncision n'est rien, le prépuce n'est rien").

A gauche, une ancre (symbole d'espoir) sert de croix où le Christ est crucifié. Un cœur ailé s'avère être en réalité une corbeille contenant deux pains (?) et des épis de blés.

A droite, la même corbeille embrasée est  traversée par une flèche.

Contrairement à d'autres dispositions semblables, les deux papillons ne se font pas face mais se tourent le dos. Celui de gauche est un Nymphalidé peut-être Hipparchia semele l'Agreste, celui de droite peut être identifié plus spécifiquement comme Vanessa atalanta, le Vulcain (mais ces noms ne sont pas encore attribués). Ces deux papillons sont des leitmotiv de l'œuvre de Hoefnagel, sans que l'on puisse préciser s'ils sont ici comme des substituts naturels des anges, ou s'ils sont des motifs métonymiques de la Nature dans sa plénitude et son infini prodige.

Le registre inférieur est constitué par une console aux formes héritées du style Floris avec ses volutes et ses évidements. Un autel sur lequel brûle un brasier (on y distingue deux "pains" ou "cœurs") est figuré au centre, au dessus des mots Sed Nova CREATURA qui complète la citation de l'épitre aux Corinthiens en faisant appel à l'épître aux Galates 6:15 : in Christo enim Iesu neque circumcisio aliquid valet neque praeputium sed nova creatura "Car ce n'est rien que d'être circoncis ou incirconcis; ce qui est quelque chose, c'est d'être une nouvelle créature."

C'est peut-être en référence à la métamorphose à laquelle ce verset incite que quatre chenilles soulignent les courbes et contre-courbes du support dans sa partie basse.

Les deux citations pauliniennes et le poème de Fabricius vont dans le même sens : peu importe le rite, peu importe la loi, il faut respecter les règles et habitudes mais l'essentiel est l'obéissance aux commandements de Dieu dans une conversion du cœur. Les lampes, les foudres, la flêche embrasée, le brasier témoignent de la radicalité de ce renouveau.

Aucune démarche typologique ici.

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4. ADORATION DES MAGES.

 

http://diglib.hab.de/?grafik=graph-c-572b 

Desciption et inscriptions : 

Là encore, l'illustration centrale est conventionnelle : Marie, assise, tend son fils à l'admiration d'un des Mages, le plus âgé, qui est agenouillé et a posé une cassette d'or en présent. Deux autres rois, en turban se tiennent debout. Les éléments originaux sont le chameau en arrière-plan, et le rayon lumineux issu de l'étoile des bergers et qui pénètre en diagonale jusqu'à l'enfant.

 

Une inscription s'étage de haut en bas  QVI EST ISTE REX GLORIAE ... FILIVS DAVID ... FILIVS / ABRAHAM / FILIVS HOMINI: 

La première séquence est une citation du psaume de David 23(24) :

8 quis est iste rex gloriae Dominus fortis et potens Dominus potens in proelio

9 adtollite portas principes vestras et elevamini portae aeternales et introibit rex gloriae

10 quis est iste rex gloriae Dominus virtutum ipse est rex gloriae diapsalma

 "Qui est ce roi de gloire? -L'Éternel fort et puissant, L'Éternel puissant dans les combats.

Portes, élevez vos linteaux; Élevez-les, portes éternelles! Que le roi de gloire fasse son entrée! -

 

Qui donc est ce roi de gloire? -L'Éternel des armées: Voilà le roi de gloire!"

Les deux autres mentions rappellent la généalogie de Jésus selon l'incipit de l'évangile de Matthieu : Joseph, père légal de Jésus, est fils d'Abraham, fils de Jessé, fils de David et de la Maison de David sur le trône de Juda. L'accent est mis sur la royauté du Christ, auquel les rois de la Terre viennent faire allégeance.

La dernière mention, Filius Hominis, "Fils de l'Homme" reprend le terme par lequel le Christ se désigne lui-même en Matthieu 19:28 : "Je vous le dis en vérité, quand le Fils de l'homme, au renouvellement de toutes choses, sera assis sur le trône de sa gloire, vous qui m'avez suivi, vous serez de même assis sur douze trônes, et vous jugerez les douze tribus d'Israël."

Le registre supérieur montre des nuées et une tête de chérubin, des palmes terminent en volutes de style grotesque, des couronnes de laurier, des rayons lumineux, mais surtout, au centre, une montagne au sommet de laquelle se tient un agneau irradié de lumière. Cette montagne est ceinte de murailles, aux trois portes desquelles s'encadre un crucifié 

Les bordures latérales accueillent deux pavillons, dotés de pots à feu, aux tentures lestées de cloches, et dans l'ouverture desquelles se dresse une croix. A gauche, un feu allumé ; à droite un feu éteint. A la base, deux inscriptions, Sacerdos in Aeternam / Secundum ordinem Melchisedech citent le psaume 110 (109) Juravit Dominus et non poenitebit eum tu es sacerdos in aeternum secundum ordinem Melchisedech "L’Éternel l’a juré, et il ne s’en repentira point : Tu es sacrificateur pour toujours, à la manière de Melchisédek". Ici, la lecture typologique est claire, car, selon les commentateurs, ce psaume royal voire intronisateur n’est cité pas moins de huit fois dans le Nouveau Testament. Il sert pratiquement de fil conducteur à toute l'épître aux Hébreux. En effet, dans cette épître,pour paraphraser ou citer Wikipédia, sous l'Ancienne Alliance, contractée par Abraham (par l'acte de foi de la circoncision), l'homme vivait sous le régime de la Loi. Ce qui signifiait que pour mériter et gagner son salut, l'homme devait observer rigoureusement tous les commandements inscrits dans la Loi, avec sa multitude d'interdits et d'obligations contraignants. Sous la Nouvelle Alliance, l'homme vit désormais sous le régime de la grâce. Le sang de Jésus lave le pécheur repentant.Mais en ce qui concerne la foi, l'attente de Dieu,, est la même que celle démontrée par les hommes de l'Ancienne Alliance. La foi qui anima les patriarches et les grandes figures de l'Ancien Testament (Noé, Abraham, Sarah, Isaac, Jacob, Joseph, Moïse, etc.) constitue donc une référence à suivre pour le chrétien.

Melchisedech, roi de Salem, apparaît brièvement en Genèse 14, où il offre du pain et du vin à Abraham avant de le bénir "par le Dieu très-Haut qui créa le Ciel et la Terre" Cette bénédiction le place dont en fonction de grand-prêtre. Jésus, par l'offrande qu'il fit aux hommes de son sang et de sa vie, est devenu, au même titre que Melchisedech, grand prêtre,  "grand prêtre fidèle et compatissant", "grand prêtre pour l'éternité". Il n'a pas besoin d'offrir chaque jour des sacrifices car il l'a fait une fois pour toutes, en s'offrant lui-même.

 

Enfin, le registre inférieur comporte, comme dans les gravures précédentes, deux cadres rectangulaires accueillant des inscriptions :

Regem, Deumque annunciant

Thesaurus et fragrans odor

Thuris sabaei, ac Mÿrrheus

Pulvis sepulchrum  praedocet.

Hoc est sepulchrum quo Deus

Dum corpus extingui sinit

Atque id sepultum suscitat

Mortis refregit carcerem

Hoefnagel trouve ce poème d'Aurelius Prudentius dans le Poetarum veterum de Fabricius 1564 colonne 76 sous le titre CATHEMERINΩN, Hymnus XII, Epiphania.  (Le Cathemerinon, sorte de Livre d'Heures avant l'heure, regroupe les heures et fêtes de la vie chrétienne, et débute par l'Hymne au chant du coq)

"L’or annonce le roi, l’odeur suave de l’encens de Saba proclame le Dieu, la myrrhe présage le tombeau. 

Oui, le tombeau où ce Dieu, laissant périr son corps et le ressuscitant après la sépulture, brisera la prison de la mort. " (Trad. Abbé Bayle , 1860)

Thuris sabaei : l'encens du royaume de Saba, l'actuel Yemen, était réputé, et il était un honneur réservé à la divinité : voir Virgile, Énéide I 415, où cent autels brûlent à Paphos l'encens sabéen  en l'honneur de Vénus

Au centre,  un lion est couché sur une dalle , et l'inscription du cartouche commente cela ainsi :

Dormivit ut leo, 

et sicut catulus leonis

Quis suscitabit illum ?

 Il s'agit d'un verset de Genèse 49:9 :  catulus leonis Iuda a praeda fili mi ascendisti requiescens accubuisti ut leo et quasi leaena quis suscitabit eum : "Juda est un jeune lion. Tu reviens du carnage, mon fils! Il ploie les genoux, il se couche comme un lion, Comme une lionne: qui le fera lever?" C'est le patriarche Jacob qui parle ainsi à son fils Juda, mais les versets qui encadrent celui-ci précise que ce jeune lio est plein de puissance : O toi, Juda, tes frères te rendront hommage, ta main fera ployer la nuque de tes ennemis, et les fils de ton père se prosterneront devant toi. ... Le sceptre ne s'écartera pas de Juda, et l'insigne de chef ne sera pas ôté d'entre ses pieds jusqu'à la venue de celui auquel ils appartiennent et à qui tous les peuples rendront obéissance. Ce lion est un symbole de la royauté.

Mais dans la pensée typologique, le Lion de Juda, c'est le Christ, par référence au texte de l'Apocalypse : 5:5-6 :

"Et l`un des vieillards me dit : Ne pleure point; voici, le lion de la tribu de Juda, le rejeton de David, a vaincu pour ouvrir le livre et ses sept sceaux. 

 

Et je vis, au milieu du trône et des quatre êtres vivants et au milieu des vieillards, un agneau qui était là comme immolé."

Chez Hoefnagel, le lion couché et l'agneau immolé sont placés en parallèle dans de nombreuses peintures, la Royauté étant inséparable du Sacrifice, du Don de Soi qui fonde la Rédemption. 

Le titre Salus Generis Humanis affirme que le propos essentiel du cycle  se trouve dans la notion de rédemption.  
 

 

 Contrairement à celle de la Nativité, la planche de la Houghton Library est entièrement différente, et elle porte le n° 2 et non le n°4 : elle appartenait donc à une autre série.  Elle a été faite d'après un dessin préparatoire de Hans von Aachem conservé au Britih Museum. Son étude comparative est intéressante. Elle est enregistrée dans le Hollstein Dutch & Flemish engravings, Aegidius Sadeler sous le n°35. Une planche non colorée se trouve dans le catalogue de Spaightwood Galleries.

Dans la partie supérieure, deux putti couronnés l'un de laurier l'autre de houx (toujours vert) joignent les mains en prière, mais tiennnent l'un un bâton (sceptre ?) et l'autre un glaive. Ils entourent un soleil dans lequel s'inscrit un cercle contenant le monogramme  christique.XPE et une couronne : le dessin fonctionne comme un titre, "Christ roi", et les mots Dant Regi Aurum "Ils donnent de l'or au Roi", le confirme.

Il convient néanmoins de lire l'inscription supérieure dans l'ordre suivant THVRA DEO /  DANT REGI AVRVM / MYRRHA[M]QUE SEPVLCHRO. La source se trouve chez  Rusticus Helpidius, dans le Carmen de Christi Iesu beneficiis  vers 81-85 Gens chaldaea...Per speciem documenta forens das munera, regi divitias, das thura Deo, myrrhamque sepulchro. Hoefnagel l'a trouvé dans Fabricius 1564 Poetarum veterum col. 757  Mais cet extrait est associé à un passage de Juvencus Livre I Historiam Evangeliam Livre I , lui aussi disponible dans Fabricius col.547   :   Thus, aurum, myrrham, regique, hominique, Dona ferunt. Cet association est nécessaire pour justifier les trois présents des rois, l'encens (thura), l'or (aurum), la myrrhe (myrrha). L'emprunt peut venir aussi de Prudentius, Cathemerinon XII .61-64, toujours présent dans Fabricius col. 76 .  Videre quod postquam Magi Eoa promunt munera, Stratique votis offerunt Tus, myrrham,& aurum regium …. Regem Deumque adnuntiant Thesaurus & fragrans odor, Turis Sabaei : at myrrheus Pulvis sepulchrum praedoce. Enfin, il faut envisager l'influence de C. Sedulius  Carm. Pasch. De mirabili divinis, II, ver. 96-96, dans Fabricius col. 537   Aurea nascenti fuderunt munera Regi, Thura dedenre Deo, myrrham tribuere sepulto. 

La myrrhe est associée au qualificatif sepulchro car cette gomme aromatique était utilisée pour les embaumements. Son don par les rois mages, s'il est un hommage à la royauté de jésus, préfigure aussi sa mort, puisque dans Jean 19:39, lors de la mise au tombeau, Nicodème se présenta avec 30 kg de myrrhe et d'aloes, mélange constituant les "aromates" dont le corps du Christ est oint avant de l'entourer de bandelettes. Cette inscription figure déjà sur une gravure de Cornelis Cort, de 1566.

Le cadre sert de fixation fictive, selon un procédé habituel dans les Allégories de Hoefnagel, au cartouche de l'inscription supérieure, et à deux cornes d'abondance dont la trompe libère des palmes, et dont l'embouchure sert d'accroche à deux globes terrestres : dans la perspective de Salut du Genre Humain qui est celle d'Hoefnagel, l'échelle de réfléxion est de niveau cosmique.

Sous le globe de gauche, sur un autel, les cendres d'un sacrifice fument encore ; sous le globe de droite, un lion est allongé entre deux vases sacrés et sous une lampe d'encens. Hoefnagel reprend donc le Lion de Juda comme épithètes du Christ, comme dans la gravure 4 précédente. Dans le folio 85 de la Fête de l'Épiphanie du Missale Romanum, (cf. infra) qui reprend les mêmes inscriptions sur les trois cadeaux des rois et les triples aspects du Christ, le lion figure également, mais le Christ était représenté comme Agneau : la dualité Agneau / Lion correspond aux deux fonctions sacerdotale et royale : le Christ, Prètre comme Melchisedech, s'offre en sacrifice, et, roi comme David, fait de ce sacrifice une manifestation de toute puissance triomphale.

 

Flectatur omne genu :  Ces trois mots appellent la citation In nomine Domini omne genu flectatur, caelestium, terrestrium et infernorum : quia Dominus factus obediens usque ad mortem, mortem autem crucis "Au nom du Seigneur, que tout genou fléchisse, aux cieux, sur terre et aux enfers : car le Seigneur s'est fait obéissant jusqu'à la mort, et la mort de la croix : voilà pourquoi le Seigneur Jésus-Christ est en la gloire de Dieu le Père." Ce texte, qui fait partie de la liturgie ou des antiphonaires grégoriens, est issu de l'épître de Paul aux Philippiens 2:10-11 ut in nomine Iesu omne genu flectat caelestium et terrestrium et infernorum et omnis lingua confiteatur quia Dominus Iesus Christus in gloria est Dei Patris .  Il se rapporte donc au nom de Jésus, et donc à son monogramme.

 

 

QVOD REX QVODQUE DEUS / QVOD MO:RITVRVS ERAT

Voir : http://realbiblioteca.patrimonionacional.es/cgi-bin/koha/opac-detail.pl?biblionumber=188749

Théa Vignau-Wilberg (voir infra) explique le sens de ce texte en l'associant aux textes précédents  

Les cadeaux des Mages adorent les trois aspects différents de la royauté du Christ ("Regi dant aurum, quod rex"), sa divinité ("Thura Deo, quod Deus") et sa nature humaine mortelle ("Myrrhamque sepulchro, quod moriturus erat» ). L'or est ici comme un symbole de l'amour,  l'encens  comme symbole de  la prière ou de l'espace divin, et la myrrhe comme un symbole de la mort. Les trois aspects du Christ, "Rex -Deus- Moriturus" fusionnent dans les mystères de l'Incarnation et de la Rédemption.

—  O Nomen praedulce mihi, lux, et decus, et spes,

Praesidiumque meum, requies o certa laborum,

Blandus in ore sapor, fragrans odor, irriguus fons,

Castus amor, pulchra species, sincera voluptas :

Te colo, te veneror, te nunc reverenter adoro

Aurelius Prudentius Can.

Ligne 1-4 : Fabricius 1564, col. 173 : Aurelius Prudentius, Apotheosis : Contra iudaeos, Christi in carnem adventum non concedentes.Ligne 5 : Palingenus, 1537 page 254 La ligne finale appartient à la section sous le titre du Sagittaire, Sagittarius, Palingenius 1548 page 219.

 

http://www.spaightwoodgalleries.com/Pages/Aegidius_Sadeler.html

 


 

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Comparaison et éclairage par le Missale Romanum folio 85.

Hoefnagel a repris pour cette gravure de l'Adoration des Mages le corpus d'inscription qu'il avait utilisé pour orner, dans le Missale Romanum (MR) de l'archiduc Ferdinand II, le folio 85 de la Fête de l'Épiphanie. Je ne dispose pas de l'illustration de ce folio, mais Théa Vignau-Wilberg (1969) le décrit ainsi :

 

 

" Das Epiphaniasfest, das auf MR f.31, zum Monat Januar des Kalendariums, nur durch das Wort "Epiphania" angedeutet ist, war auf MR f.85 Ausganspunkt einer komplizierten Allegorie.

In der Mitte über dem text ist Christus als Lamm von zwei Engeln, die links und rechts von ihm knien, durch regi -flectatur omne genu angebetet. Links und rechts in den Ecken scheinen Sonne und Mond. Unter den beiden Himmelskörpern sind die worte « Dant -aurum » geschrieben, senkrecht folgt beiderseits die mit Blumen  geschmückte Weltkugel. Daran anschließend zeigt links ein weißes Tuch den österreichischen Bindenschild und die Aufschrift « Thura Deo », rechts ein schwarzes tuch einen Totenkopf, Totenknochen, und die Worte « Myrrhamque sepulchro ». Die drei Textteile müssen wir folgenderweise verbinden : "regi -dant-aurum-thura Deo-myrrhamque sepulchro". Dieser Satz wird unter der Seite von « Quod rex, quodque Deus quod moriturus erat » erklärt. So verehren die Geschenke der Drei Könige die drei verschiedenen Aspekte Christi : seine Königswürde (« Regi dant aurum, quod rex »), seine Göttlichkeit (« Thura Deo, quod Deus ») und seine menschliche Sterblichkeit (« Myrrhamque sepulchro, quod moriturus erat »). dazu war Gold als Symbol der Liebe, Weihrauch als das des Gebets und Myrrhe als das Sinnbild des Abtötens der fleischlichen Gelüste geläufig. Auch die Rederijkers wenden diese Symbolik an « Beminde, myn vrint ...ondhoudt."

Das Gold, die Liebe, wird durch Hoefnagel von der Sonne und der mond verbildlicht, der Weihrauch des gebets von brennenden Weihrauchkörnern auf einem Altar unten Links ; durch das österreichische Hauswappen auf dem weißen Tuch sind sie als Geschenk des kaiserhauses bezeichnet. Die « mirre des berous » ist von dem Totenkopf und den Totenknochen auf dem schwarzen Tuch dargestellt.

AncreAncre Die seitlich folgende Illustration hängt mit der obligen zusammen. Links steht auf denm Altar : « Sacerdos in aeternum secundum ordinem Melchisedech », rechts bezieht sich der Spruch auf einem zweiten Altar, « Recumbens dormisti ut leo et ut catulus leonis : Quis suscitabit eum ?" Auf den darauf liegenden Löwen. Durch den linken Altar ist Christus als ewiger Priester geehrt, der schlafende Löwe auf dem rechten Altar symbolisiert den Tod und die Auferstehung Christi. In dem Lamm, über dem das Wort « Regi » steht, in dem priester Melchisedec und in dem Löwen finden wir die drei Aspekte Christi, « Rex -Deus- Moriturus », noch einmal verkörpert. Für das königliche Lamm ist das fürstliche Gold, für den Priester Gottes der Weihrauch, des Gebets, fûr den Toten, der auferstehen wird, die Myrrhe des Todes."

 

 

 

 

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Le Salus Generis Humani d'après Hoefnagel, et la typologie biblique.I.

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Complément avec le folio 84 du Schriftmusterbuch de Hoefnagel et Bocksay. Le lion et l'agneau.

Dans ce folio, le texte qui avait été choisi par Bocksay pour témoigner de ses talents de calligraphe est un sermon attribué au pape et Père de l'Église Léon le Grand pour le dimanche des Rameaux : 

 "-.[Scripturam quidem Hebraici exitus, et verba mysterii, fratres charissimi, audistis, quomodo agnus immolatus est, et quomodo plebs salvata est, et quomodo Pharao permysterium verberatus est.  Intelligite, dilectissimi, quemadmodum sit novum ac vetus, temporale et aeternum, corruptibile et incorruptibile, mortale et immortale paschale mysterium. Vetus quidem secundum legem, novum autem secundum verbum:  temporale per exemplum, aeternum per gratiam; corruptibile per victimam pecudis, incorruptibile propter Domini  vitam:]

... mortale propter sepulturam, immortale propter resurrectionem. Vetus quidem est lex, novum autem est verbum; temporale exemplar, sed sempiterna est gratia; corruptibilis ovis, incorruptibilis Dominus: comminutus ut agnus, sed resuscitatus ut Deus. Etenim sicut ovis ad victimam ductus

[...est, sed non erat ovis; et sicut agnus sine voce, sed non erat agnus: illa enim in figura fiebant, haec verius reperiuntur. Pro agno et est Deus, factus est et pro pecude homo. Homo autem Christus, in quocapiuntur omnia. Isaias enim ait: Sicut ovis ad occisionem ductus est, et sicut agnus coram tondente se sine voce, sic non aperuit os suam.  In humilitate iudicium eiussublatum est: generationem eius quis enarrabit (Is. LIII, 7, 8) ?]"

Plutôt que de risquer une traduction hasardeuse, je citerais le Quatrième Sermon de Saint Augustin, qui me semble proche, et qui fait appel au même verset d'Isaïe :

« Selon cette vérité qu'ont fait retentir les Apôtres, et dont l'éclat s'est répandu sur toute "la terre, et les paroles jusqu'aux derniers rivages du monde (Ps XVIII, 5), le Christ, notre Pâque, a été immolé (Rm X, 18)". C'est de lui que le Prophète avait dit : "Il a été conduit à la mort comme une brebis, et comme l'agneau est sans voix devant celui qui le tond, ainsi il n'a point ouvert la bouche (Is LIII, 7)". Quel est cet homme ? Assurément celui dont il est dit ensuite : "Son jugement a été précipité au milieu de ses humiliations. Qui racontera sa génération (Ibid. 8) ?" C'est dans un Roi si puissant que je vois un tel exemple d'humilité. Car, celui qui n'ouvre la bouche, non plus que l'agneau devant celui qui le tond, est aussi "le lion de la tribu de Juda (Ap V, 5)". Quel est cet agneau et ce lion tout ensemble ? Agneau, il a subi la mort ; lion, il l'a donnée. Quel est cet agneau et ce lion tout ensemble ? Il est doux et fort, aimable et terrible, innocent et puissant, muet quand on le juge, frémissant quand il jugera. Quel est cet agneau et ce lion tout ensemble ? Agneau dans sa passion, lion dans sa résurrection ? Ou plutôt, ne serait-il point agneau et lion dans sa passion, agneau et lion dans sa résurrection ? Voyons l'agneau dans la passion. Nous l'avons dit tout à l'heure : "Il n'a pas ouvert sa bouche, non plus que l'agneau qui est sans voix devant celui qui le tond". Voyons le lion dans cette même passion. Jacob a dit : "Tu t'es élancé dans ton repos, tu as dormi comme le lion (Geti. XLIX, 9)". Voyons l'agneau dans la résurrection. Nous lisons dans l'Apocalypse, à propos de la gloire éternelle des vierges : "Elles suivent l'agneau partout où il va (Ap XXV, 4)". Voyons le lion dans la résurrection. L'Apocalypse nous dit encore cette parole déjà citée plus haut : "Voici que le lion de la tribu de Juda a vaincu et peut ouvrir le livre (Id. 5)". Comment agneau dans la passion ? Parce qu'il a reçu la mort, sans avoir d'iniquité. Comment lion dans la passion ? Parce qu'en mourant il a tué la mort. Comment agneau dans la résurrection ? Parce qu'il possède l'innocence éternelle. Comment lion dans la résurrection ? Parce qu'il a la puissance éternelle. Quel est cet agneau et ce lion tout ensemble ? Comment demander qui est-il ? Mais si je demande ce qu'il était ? "Au commencement, il était le Verbe". Où était-il ? "Et le Verbe était en Dieu". Quel était-il ? "Et le Verbe était Dieu". Quelle était sa puissance ? "Tout a été fait par lui". Et lui, qu'a-t-il été fait ? "Et le Verbe a été fait chair (Jn X, 1, 2, 14)". Comment est-il né d'un père et non d'une mère, d'une mère et non d'un père ? "Qui racontera sa génération ?" Engendré par l'un, il est coéternel à celui qui l'engendre. Il devient chair en demeurant Verbe. Il a créé tous les temps, a été créé au temps convenable ; proie de la mort, et faisant de la mort sa proie, exposé sans beauté, aux yeux des fils des hommes, sachant supporter l'infirmité, faisant ce qui est humble, dans sa grandeur, et ce qui est grand dans son humilité ; Dieu homme, et homme Dieu ; premier-né, et Créateur des premiers-nés ; unique, et auteur de toutes choses ; né de la substance du Père, et participant à la nature des fils adoptifs, Dieu de tous et serviteur d'un grand nombre. Tel est l'agneau "qui efface les péchés du monde (Id. I, 29)". Le lion qui triomphe des potentats du monde. Je demandais quel est-il ; cherchons plutôt quels sont ceux pour qui il est mort. Serait-ce pour les justes et les saints ? Ce n'est point ce que dit l'Apôtre ; mais bien : "Le Christ est mort pour les impies (Rm V, 6)". Non point assurément pour qu'ils demeurent dans leur impiété, mais afin que, par la mort du juste, le pécheur fût justifié et que la cédule du péché fût effacée par l'effusion d'un sang exempt de péché. »

Saint Augustin, Quatrième Sermon - Sur la Pâques, in Oeuvres complètes de Saint Augustin, (Suppl. II, Sec. I, Sermons édités par Michel Deny), traduites pour la première fois en français, sous la direction de M. Raulx, Bar-Le-Duc, L. Guérin et Cie Editeurs, 1868. 

 

 



 

J. Hoefnagel et G. Bocksay, Schriftmusterbuch, Kunsthistorisches Museum, Vienne, folio 84, image copiée sur Vignau-Willberg 1969

J. Hoefnagel et G. Bocksay, Schriftmusterbuch, Kunsthistorisches Museum, Vienne, folio 84, image copiée sur Vignau-Willberg 1969

5. BAPTÊME DU CHRIST.

Image :

a) http://www.virtuelles-kupferstichkabinett.de/zoomed.php?signatur=25892

 b) PESSCA / Fitzwilliam Museum of Art, Cambridge University  http://colonialart.org/artworks/1452A

Description et inscriptions:

— L'illustration centrale présente le Christ baptisé par Jean-Baptiste dans le Jourdain en présence de neuf spectateur, dont un centurion romain. La colombe de l'Esprit domine la scène dans un rayon lumineux. Une hache illustre Matthieu 3:10  "Déjà la cognée est mise à la racine des arbres: tout arbre donc qui ne produit pas de bons fruits sera coupé et jeté au feu." Enfin, minuscule détail, deux hommes font des signes du haut de la montagne de gauche.

— Le registre supérieur comporte des  nuées  autour d'un soleil  qui est le centre d'une figure à trois cercles et de trois pointes. Au dessus figure l'inscription Hic est filius meus dilectus in quo mihi complacui, verset de Matthieu 3:17, extrait du passage décrivant le Baptême :   "Dès que Jésus eut été baptisé, il sortit de l'eau. Et voici, les cieux s'ouvrirent, et il vit l'Esprit de Dieu descendre comme une colombe et venir sur lui. 17 Et voici, une voix fit entendre des cieux ces paroles: Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j'ai mis toute mon affection."

De ce symbole trinitaire partent deux trompes, qui isolent dans leurs boucles les monogrammes christiques IH~S et Χ~PΣ (Iesus en latin,  Christos en grec) avant de s'élargir en cornes d'abondances. Leurs corps acceuillent les inscriptions :Effundam super vos aquam mundam et mundabimini (Ezéchiel 36:25) et Effundam de spiritu meo omnem carnem (Actes 2:17).

Ces deux versets très semblables invitent aux rapprochements typologiques : je les cite maintenant dans leur contexte :

  •   Ézéchiel 36:24 Je vous retirerai d'entre les nations, je vous rassemblerai de tous les pays, et je vous ramènerai dans votre pays. 25 Je répandrai sur vous une eau pure, et vous serez purifiés; je vous purifierai de toutes vos souillures et de toutes vos idoles. 26 Je vous donnerai un coeur nouveau, et je mettrai en vous un esprit nouveau; j'ôterai de votre corps le coeur de pierre, et je vous donnerai un coeur de chair.27 Je mettrai mon esprit en vous, et je ferai en sorte que vous suiviez mes ordonnances, et que vous observiez et pratiquiez mes lois. 28 Vous habiterez le pays que j'ai donné à vos pères; vous serez mon peuple, et je serai votre Dieu.
  • Actes 2:16 Mais c'est ici ce qui a été dit par le prophète Joël: 17 Dans les derniers jours, dit Dieu, je répandrai de mon Esprit sur toute chair; Vos fils et vos filles prophétiseront, Vos jeunes gens auront des visions, Et vos vieillards auront des songes.18 Oui, sur mes serviteurs et sur mes servantes, Dans ces jours-là, je répandrai de mon Esprit; et ils prophétiseront."

​On peut s'étonner que Hoefnagel n'ait pas placé le texte de Joël auquel saint Pierre fait appel dans les Actes des Apôtres : Joël 3:29 sed et super servos et ancillas in diebus illis effundam spiritum meum "Même sur les serviteurs et sur les servantes, Dans ces jours-là, je répandrai mon esprit.". Dans les trois textes se trouve le mot effundam, du verbe effundo "répandre, verser, déverser, prodiguer"  . Mais dans les Biblia pauperum, le Baptême du Christ est mis en relation avec la Traversée de la Mer Rouge d'Exode 14, avec Nombre 13, avec Isaïe 12:3, avec Psaume 68:27, avec Zacharie 13:1, mais aussi avec Ezechiel 36:25.

Tapisseries de la Chaise-Dieu (1501-1518), Baptême du Christ : le prophète Ézéchiel tenant la citation 36:25

 

On en conclue que Hoefnagel connaît ces Bibles des Pauvres et suit en partie les parallèles théologiques qui y sont énoncés.

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La gravure est assez proche dans sa conception de celle de la Nativité déjà étudiée, avec les deux cornes déversant la lumière et la rosée sur les globes terrestres. Ici, elles répandent (effundere) à gauche de l'eau, et à droite des flammes. L'eau coule sur une composition florale où les branches d'un houx aux allures de bonzaï s'écartent pour recevoir un cœur, deux brins de digitale pourpre ("Gants de Notre-Dame") et une autre espèce botanique.

Un cartouche reçoit l'inscription :

Cor/ mundum / Crea / Jn me / DEVS

Psaume 50:12 : " Ô Dieu ! crée en moi un cœur pur"

Du coté droit, les langues de feu tombent sur un cœur coupé en deux dans un pot de cuisson. Une fleur (un lis ou plutôt un hémérocalle) y fleurit. En dessous, on lit la suite du verset du psaume 50:12 

Et spiritum / rectum / Jnnoua Jn / visceribus / meis  

" renouvelle en moi un esprit bien disposé."

Dans le registre inférieur, nous retrouvons les deux cadres habituels et leurs inscriptions :

a) Lavacra puri gurgitis

Coelestis agnus attigit:

Peccata, quae non detulit,

Nos abluendo sustulit

Ce texte de gauche nous permet de faire connaissance avec un poète du début du Ve siècle, Caelius Sedulius. Coelius ou Caelius Sedulius, qui, 'avoir consacré une bonne partie de sa vie à l'étude de la littérature païenne, peut-être comme professeur de rhétorique, se convertit au christianisme. Il est surtout connu pour son poème en cinq livres en hexamètres Carmen paschale basé sur les Évangiles, mais il  a aussi écrit deux hymnes, l'une utilisant l'épanalepse, l'autre l'acrostiche abécédaire. Des quatrains de cette dernière ont été intégrés à la liturgie catholique dans l'hymne de Noël A solis ortus cardine et l'hymne de l'Épiphanie Hostis Herodes impie. L'extrait cité ici provient de ce dernier: 

"(Dans) les flots du pur courant Le céleste agneau se place, Lui qui porte les péchés du monde, Nous soutient en les effaçant."

Les deux vers cités sont ceux qui appartiennent à la liturgie de l'Epiphanie.

 Hoefnagel a pu le trouver dans Fabricius 1564 col.568 : Caelii Sedulii, presbyteri Hymnus acrostichis, totam vitam Christi continens

 

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b)

Iordanis unda nobili

Dei lavatur filius :

Pacem, salutem, gaudium

Vitam ferens mortalibus.

Il s'agit ici de vers composés par Fabricius, Poemata sacra 1560, pp.232-233 De Baptismo Christi VIII. Idus Ian. Ou Fabricius 1567, I, pp.223-224, Christi Baptimus. VIII. Idus Ianuar, Hymnus VI. partie de De usitatis Ecclesiae diebus festis, Hymnum Liber III

"Dans les nobles eaux du Jourdain,le fils de Dieu est lavé : apportant Paix, salut, joie et vie aux mortels".

Au centre, sur une racine servant de support à la gravure, entre deux trompettes de gloire ailées, un coq dommine un pauvre serpent immobilisé dans un nœud de racine. Le coq qui chante dans la nuit pour annoncer la venue du jour est ici assimilé à Jean-Baptiste, qui annonce la venue d'un Sauveur "qui vous baptisera dans le Saint-Esprit et dans le feu", et qui compare les Sadducéens et les Pharisiens à des races de vipères, progenies viperarum.

La dernière inscription est encore un parallèle entre l'Ancien et le Nouveau Testament, puisque Jean-Baptiste est assimilé à celui que le prophète Isaïe a annoncé (Isaïe 40:3 ) : elle se réfère à l'évangile de ; Matthieu 3:3 ou de Marc 1:3.

VOX CLAMANTIS IN DESERTO : "Une voix clamant dans le désert"

"C'est Jean que le prophète Isaïe a annoncé lorsqu'il a dit : On entend la voix de quelqu'un qui crie dans le désert:  Préparez le chemin pour le Seigneur, faites-lui des sentiers droits."

 

 

 

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CONCLUSION PROVISOIRE.

Au terme de l'étude de ces six planches, nous mesurons à quel point l'apport d'Hoefnagel est considérable par rapport aux illustrations centrales de Hans von Aachen qui n'ont guère d'originalité. Si on compare ces dernières aux douze xylographies de la Grande Passion taillées par Dürer un siècle auparavant, (1497-1510), ou au trente-six xylographies de sa Petite Passion (1510), nous constatons vite la perte d'énergie et d'émotion de ces gravures sur cuivre. L'examen des douze gravures de la Passion de Martin Schongauer* (Musée Unterlinden de Colmar) conduit à la même conclusion. 

* Abraham Ortélius, ami d'Hoefnagel, possédait une collection de plus de 400 gravures de Dürer (aujourd'hui au Louvre pour les 345 gravures sur bois et au Rijksmuseum d'Amsterdam pour les 101 gravures sur cuivre). Surtout, il possédait la série des douze planches de la Passion de Schongauer,  la Passio Domini Nostri Ihesu Christi manu Martini Belli Colmaniensis depicta, Abrahami Ortelii Andoverpiensis. En 1598, cet album appartenait au neveu d'Ortelius, Jacob Cools (Jacobus Colius). Voir A.E. Popham, 1969. Il est donc quasi certain que Hoefnagel connaissait ces cycles, d'autant qu'il était lui-même collectionneur de dessins.

Par contre, aucun artiste n'a conduit sans-doute aussi loin qu'Hoefnagel la synthèse de l'art des Emblèmes, celui de la Poésie chrétienne et celui d'une profonde réflexion théologique reprenant à son compte la tradition de typologie biblique sans en répéter les associations systématiques. La complexité de cette pensée s'accroît si on cherche à l'intégrer dans l'œuvre globale du miniaturiste, avec ses composantes liées au Néo-stoïcisme (Patientia), liées à la pensée humaniste chrétienne d'Érasme (Quatre Eléments aux multiples citations de la Bible, des Adages d'Érasme, mais aussi du poète Ausone), à la pensée de Melanchton, au goût pour les auteurs pré-chrétiens romains ou grecs, et, bien-sûr, si on la place dans le contexte de la Réforme, des actions iconoclastes des Protestants, du sac d'Anvers par les Espagnols, de l'exil imposé à la communauté néerlandaise, etc.

Le titre des planches signale bien qu'il ne s'agit pas d'un cycle de la Passion ni des Scènes de la Vie de Jésus (dans une visée de devotio moderna et d'imitatio Christi). Le propos, c'est la sotériologie, l'inscription d'un plan divin de rédemption dans l'histoire de l'Humanité, et où la Grâce, sous la forme omniprésente des éléments Eau, Lumière et Feu, vient infuser l'Humanité. Parallélement à cette échelle du Temps de l'Histoire du salut, le temps est, à l'échelle de l'homme (mais c'est surtout le propos des Quatre Éléments, ou du moins de son volume Ignis), comparable à ce qu'il est pour les roses et les papillons : un facteur menant rapidement, après une vaine et éphémère manifestation de beauté et de puissance, au déclin et à la mort. C'est cette opposition binaire qui structure les planches, avec les flammes vives et les feux qui fument, avec le soleil radieux d'un ange et la tête de mort de l'autre, et, dans le Missale Romanum et les Livres de modèles calligraphiques,  de multiples sabliers. Enfin, la place de la Nature, capitale dans l'œuvre d'Hoefnagel à travers la virtuosité de la reproduction des spécimens d'histoire naturelle, est ici simplement citée par un couple de papillons et quelques silhouettes sommaires de fleurs, mais on sait qu'une réflexion est sous-jacente, concernant la petitesse de l'être humain face aux prodiges du moindre des insectes, et, inversement, sur le renversement de la destinée de l'artiste lorsqu'il parvient à imiter la Création et, par là, à vaincre la malédiction du caractère pérenne de l'existence. Comment le Genre Humain peut-il être sauvé ? Par l'observance de la Loi et des rites ? Par les œuvres ? Par la création artistique ? Par l'Amour ? par la Foi ? Par la Grâce que le sacrifice du Fils de l'Homme a prodigué aux humains ? 

A suivre...

 SOURCES ET LIENS. 

 

 

— Hollstein Dutch & Flemish, Vol. XXI/XXII, Nr. 18-30; 

 New Hollstein German, Vol.. Hans von Aachen, Nr. 2-14 

Tapisserie typologique de la Chaise-Dieuhttp://www.abbaye-chaise-dieu.com/-Premiere-tapisserie-le-mystere-de-.html

— Biblia Pauperum sur gallica : http://gallicalabs.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k850504w/f8.image

— Transcription du texte de la Biblia Pauperum : http://amasis.com/biblia/ibp/index.html

Biblia pauperum allemande, Nuremberg, 1471 :images en ligne : http://pudl.princeton.edu/viewer.php?obj=ht24wj49c#page/6/mode/2up

— ALCINA ROVIRA ( Juan.F.)  1998, « Los Humanae Salutis Monumenta de Benito Arias Montano », Anatomía del humanismo, Benito Arias Montano 1598-1998, Homenaje al Pr. Melquiades Andrés

BERJEAU (J.PH) 1861  Speculum humanae salvationis : le plus ancien monument de la xylographie et de la typographie réunies  Reproduit en fac-simile, avec introduction historique et bibliographique par J. Ph. Berjeau 1861https://archive.org/details/SpeculumHumanaeSalvationisBerjeau

Arlima : http://www.arlima.net/qt/speculum_humanae_salvationis.html

BAYLE (Abbé A.) 1860, Étude sur Prudence suivi du Cathemerinon traduit et annoté, A. Bray, Paris http://remacle.org/bloodwolf/eglise/prudence/cathemerinon.htm

 BOYCHUK (Joan), 2012  "Between Naturalia and Artificialia: Joris Hoefnagel and the Early Modern Court" , Hans von Aachen in Context . Proceedings of the International Conference. Prague 22-25 September 2010. Ludomir Konecny Stepan Vacha  Edité par Artefactum Praga 2012 pp. 232-237

— CHMELARZ (Édouard)  "Georg und Jacob Hoefnagel",  Jahrbuch der Kunsthistorischen Sammlungen des Allerhöchsten Kaiserhauses (ab 1919 Jahrbuch der Kunsthistorischen Sammlungen in Wien) — 17.1896 Adolf Holzhausen, 1896 - 16 pages 

http://digi.ub.uni-heidelberg.de/diglit/jbksak1896/0303

ENGAMMARE ( Max). "Les Figures de la Bible. Le destin oublié d'un genre littéraire en image (XVIe-XVIIe s.)". In: Mélanges de l'Ecole française de Rome. Italie et Méditerranée T. 106, N°2. 1994. pp. 549-591. url : /web/revues/home/prescript/article/mefr_1123-9891_1994_num_106_2_4339 

— FABRICIUS (Georg), 1560, Poemata sacra Libri XV, Basilae, Ioannes Oporinus :

http://reader.digitale-sammlungen.de/en/fs1/object/display/bsb10190230_00009.html

— FABRICIUS (Georg), 1564 Poetarum veterum ecclesiasticorum opera Christiana, & operum reliqiae atque fragmenta: thesaurus catholicae et ortodoxae ecclesiae, & antiquitatis religiosae, ... Collectus, emendatus, digestus, & commentario quoque expositus, diligentia & studio Georgii Fabricii Chemnicensis Balilae, Oporinum (1564) : https://archive.org/stream/ita-bnc-mag-00001279-001#page/n8/mode/2up

http://www.ub.unibas.ch/cmsdata/spezialkataloge/poeba/poeba-003654503.html

— FABRICIUS (Georg), 1567, Poemata sacra Libri XXV, 2 vol. Basilae, Ioannes Oporinus, 8°.

 : http://books.google.ie/books/about/Poemata_Sacra.html?id=8_U7AAAAcAAJ

 GARCÍA ARRANZ (José Julio) 2008-2009  El castigo del ‘cornudo paciente’: un detalle iconográfico en la vista de Sevilla de Joris Hoefnagel (1593) NORBA-ARTE, vol. XXVIII-XXIX (2008-2009) / 69-79

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— GUICHARD (Joseph Marie)  1840 Notice sur le Speculum Humanæ Salvationis, Paris http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5485052f/f7.zoom , ou Google books

—  HÄNSEL (Sylvaine) 1990, Benito Arias Montano y la estatua del duque de Alba.

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— HYMANS (Henri) 1885,  "Le livre des peintres de Carel van Mander : vie des peintres flamands, hollandais et allemands (1604)"Henri Hymans, Traduction, notes et commentaires par Henri Hymans, Paris, Jules Rouam, 1885, vol. II page 75-81 https://archive.org/stream/lelivredespeintr02mand#page/74/mode/2up

 JACOBY (Joachim), 2012 "Salus Generis Humani: Some Observations on Joris Hoefnagel’s Christianity", Hans von Aachen in Context . Proceedings of the International Conference. Prague 22-25 September 2010. Ludomir Konecny Stepan Vacha  Edité par Artefactum Praga 2012  pp. 102-125

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— MONTANO (Benito Arias), 1571 Humanae Salutis Monumenta, Christophe Plantin, Anvers, des gravures de Crispin van de Passe ,Hieronymus Wierix , Pieter van der Borcht , Pieter Huys etc.

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— NAGLER (Georg Kaspar) Neues allgemeines Künstler-Lexicon: oder Nachrichten von dem Leben ..., Volume 6 page 214 http://books.google.fr/books?id=1ITrAAAAMAAJ&printsec=frontcover&hl=fr#v=onepage&q&f=false

— PERDRIZET (Paul), 1908, Etude sur le Speculum humanae salvationis Champion, Paris. x + 178 pages     https://archive.org/stream/etudesurlespecul00perd#page/n7/mode/2up

« Le Speculum humanae saluationis expose, selon la méthode typologique, l'histoire de la Chute et de la Rédemption. L'histoire universelle, jusqu'à  la venue du Sauveur, n'aurait été qu'une préfiguration de la vie de Celui qui devait racheter le monde. Autrement dit, chaque fait de l'histoire évangélique aurait été annoncé dans l'histoire antérieure, aussi bien dans celle des Gentils que dans celle des Juifs. Soit, par exemple, la Mise au tombeau: cet événement aurait été préfiguré quand Abner fut enseveli, quand Joseph fut descendu dans le silo, quand Jonas fut jeté à la mer et avalé par la baleine. Chaque chapitre du Spéculum comprend ainsi quatre parties : le fait de l'histoire évangélique et trois préfigures de ce fait. A chaque partie, dans les exemplaires illustrés, correspond une miniature. Le texte d'un chapitre compte cent lignes rimées. Dans les exemplaires enluminés, un chapitre occupe deux pages, à  raison de deux colonnes de vingt-cinq lignes par page, chaque colonne étant surmontée d'une illustration. Outre ses quarante-deux chapitres, le Speculum comporte une préface (prologus) et une table (proemium). La préface ou prologue est composé de cent lignes rimées,exactement comme l'un des quarante-deux chapitres suivants. L'auteur y explique son propos et justifie la méthode figurative, moyennant une parabole qui, dans certains manuscrits, notamment dans ceux de la traduction de Miélot, est illustrée par une miniature. » (page 2)

La table est dénommée proemium parce que, dans la plupart des manuscrits, elle commence l'ouvrage. Elle se compose de 3oo lignes rimées. Dans la plupart des exemplaires du S.H.S, il y a de plus, après le chapitre XLII, trois chapitres d'une longueur double de celle des précédents (exactement 208 lignes chacun); dans les manuscrits illustrés, chacun de ces trois chapitres remplit quatre pages, à deux colonnes par page, de vingt-six lignes chacune, et comporte huit illustrations. Ces trois chapitres ne sont pas composés selon la méthode typologique : ce sont trois opuscules mystiques consacrés, le premier aux sept stations de la Passion, le second aux sept Douleurs, et le troisième aux sept Joies de la Vierge. Il est possible que ces trois chapitres soient une addition postérieure ; car, des deux résumés (summulae) que le Moyen Age possédait du S. II. S., le plus ancien s'arrête au chapitre XLII, et le plus récent comprend les quarante-cinq chapitres. Le plus récent est d'un moine allemand du quinzième siècle, Jean Schlipat ou Schlitpacher. (Note  : Du couvent bénédictin de Saint-Ulrich et Sainte-Aire, à Augsbourg, né en 1403 à  Schongau en Bavière, mort en 1482 au couvent de Melk (Keiblinger, Gesch. des Benediktinerstifts Melk, Vienne, 1851, p. 543). La summullae de Schlitpacher a été imprimée par Zainer d' Augsbourg, dans son édition du S. H. S. (vers 1471).

Le plus ancien date du milieu du quatorzième: il est dû au même auteur que les Concordantiae caritatis, Ulrich, abbé de Lilienfeld. Mais, comme les trois opuscules se trouvent déjà  dans des manuscrits aussi anciens que le manuscrit latin Sg.^ de l'Arsenal ou que celui des Johannites de Sélestat , l'addition doit remonter au moins à la deuxième moitiè, peut-être même au milieu du quatorzième siècle. Le Speculum complet, c'est-à-dire les quarante-deux chapitres à 100 lignes chacun, les trois opuscules additionnels, la préface, et la table (proemium), forme donc un ensemble de 4200+624+100+300, soit 5224 lignes, et de 192 miniatures.

2. C'est l'un des ouvrages de piété dont le Moyen Age, à son déclin, s'est le plus nourri. Dans les bibliothèques publiques et privées et dans les catalogues de vente, nous n'en avons pas relevé, M. Lutz et moi, moins de 224 manuscrits latins, et sans doute ce chiffre est destiné à s'accroître encore. II y faut joindre vingt-neuf manuscrits, qui contiennent une traduction allemande soit en prose, soit en vers, dix manuscrits qui donnent une traduction française, un manuscrit d'une traduction anglaise, un manuscrit d'une traduction tchèque. Il y faut encore ajouter les très nombreuses éditions imprimées du texte latin et des traductions. Ces additions se succédèrent depuis les débuts de la xylographie et de l'imprimerie jusque dans le deuxième quart du seizième siècle. ... la vogue du Spéculum, jusqu'au milieu du seizième siècle, a été immense. Nous tâcherons plus loin de mesurer l'importance de son action sur l'art religieux des pays transalpins; il nous suffit pour l'instant de noter combien, dans ces pays, il a dû être répandu, et combien il a a été lu. A la fin du Moyen Age, à  la veille de la Réformation, il n'y avait guère, en Allemagne et en Suisse, en Lorraine et en Bourgogne, aux Pays-Bas et dans la France du Nord, de bibliothèque monastique, de « librairie » princière, qui ne possédait un exemplaire, manuscrit ou imprimé, du Speculum."

— POPHAM (A.E.), 1936, "On a letter of Joris Hoefnagel", Oud Holland - Quarterly for Dutch Art History, Volume 53, Issue 1, pages 145 – 151

— VIGNAU-WILBERG (Thea), 2012 "Triumph für den Rudolf II.: Jacob Hoefnagel als „Cammermahler“ "Hans von Aachen in Context . Proceedings of the International Conference. Prague 22-25 September 2010. Ludomir Konecny Stepan Vacha  Edité par Artefactum Praga 2012 pp. 203-209

  VIGNAU-WILBERG (Thea) [ Wilberg Vignau-Schuurman (Theodora Alida Gerarda)] 1969, Die emblematischen Elemente im Werke Joris Hoefnagels Leyden 

—   VILLALBA  (Éléonore)  2013 Vestiges et usages du rituel lyrique horatien dans le recueil des Humanae Salutis Monumenta (1571) de Benito Arias Montano
 

 

 

 

Speculum humanae salvationis 1478 Attribué parfois à : Ludolf de Saxe (13..?-1378) Traduit en français par : Jean Miélot (14..-1472) :  Miroir du salut des hommes, Miroir de vie humaine , Miroir de l'humaine salvadore 

—  Cy commence le mirouer de la redemption de lumain , lignage translate de latin en francoys...(Lyon) 1478 Traducteur Julien Macho, (14..-1477?)

—  Cy commence le Mirouer de la redemption de l'umain lignage […]  1482, Traducteur Julien Macho, (14..-1477?) In-fol. Bnf Rés. A 1243 http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b73000011

—  Le miroir de la redemption humaine , imprime a paris A. Vérard (Paris) 1500 Traducteur Jean  Miélot,  221 f. : ill. ; in-fol.Bnf RES-A-1247 http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k110631p

— Der spiegel [...]... (Le miroir du Salut des hommes, avec de belles histoires et extraits de la Bible quant aux évangiles et aux épîtres, avec figures),1500 In-fol.

— Speculum humane saluationis 1503, Paris : Durand Gerlier : François Regnault : Jean Seurre , 1503

— Miroir de lhumaine redemption contenant plusieurs belles matieres de lAncien Testament, 1531 Paris : Philippe Le Noir , 1531

 

 MIGNE (Jacques Paul), 1862, Patrologiae latinae LXXXVIII,  Venantii Fortunati Operum pars prima, Miscellaneorum Libri undecim. Caput VII 

https://archive.org/stream/patrologiaecurs26unkngoog#page/n142/mode/2up

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Published by jean-yves cordier - dans histoire entomologie - Hoefnagel
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10 mars 2015 2 10 /03 /mars /2015 16:28

Les Hermathena d'Égide Sadeler (1595) de Nicolas Stopio (1566) et de Pietro Bembo (1555) . A propos d'une inscription de Joris Hoefnagel.

Cet article vient à la suite de :
Le Hibou au caducée chez Joris Hoefnagel : Hermathena, ou l'Art et le Savoir dans leur lutte contre l'Ignorance.

.Sur Hoefnagel, voir aussi :

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Résumé : la gravure bien connue de l'Hermathena (1597) d'Egidius Sadeler trouve sa source dans une autre gravure, réalisée dès 1550 pour Gualtero Scoto de Venise et son associé le poète et homme d'affaire Nicolas Stopio, tous les deux flamands. La description de cet emblème par Girolamo Ruscelli en 1566 permet d'explique d'une part la citation de vers de Térence dans la gravure de Sadeler, d'autre part un distique cité par Hoefnagel à trois reprises dans ses miniatures.

1. Cursus, ou Hermathena, par Égidius Sadeler d'après un dessin d'Hoefnagel. 1597.

Image : http://muvtor.btk.ppke.hu/Vizsgakepek_ujkor_Bekes/hermathena.JPG

Le flamand Egidius II Sadeler,(Anvers 1570-1629) peintre et graveur à la cour de Rodolphe II à Prague à partir de 1597, réalisa entre 1580 et 1600 cette gravure d'Hermathena. Sur un piedestal, Hermès et Athéna se tiennent fraternellement par les épaules. Le Coq, animal d'Hermès et le Hibou, animal d'Athéna, sont présents à leur coté. Leur réunion est celle de la sagesse et de la science, mais aussi de l'éloquence poétique, et donc du Savoir, du Savoir-faire et du Faire-Savoir. Dans l'arrière-plan à droite les Muses sur le mont Parnasse illustrent l'importance des Arts, tandis que Persée triomphe de la Méduse (L'Ignorance ? la Bêtise ?), son cheval ailé Pégase s'envole : à gauche, son sabot vient frapper le mont Hélicon et donne ainsi naissance à la source Hippocrène, lieu emblématique de la création artistique. Dans la partie supérieure, les éléments architecturaux baroques servent d'appui à duex Putti. L'un, du coté d'Athéna, écrit avec une plume, et il représente la Poésie, mais cette plume est un rameau d'olivier, car les arts participent à la Paix (pour T. Vignau-Willberg E.W page 196-197, c'est un rameau de laurier, symbole de la Gloire). L'autre, du coté d'Hermès, mesure avec son compas des distances sur un globe terrestre, représentant la Cartographie, mais il tient un caducée, car la Géographie favorise le commerce et les échanges entre les Hommes. Entre les deux se lit le mot CURSVS (Le Cours de l'existence ?) . Les inscriptions latérales indiquent Ornamentum in prosperis, ("ornement dans la prospérité) à gauche, et refugium in adversis (refuge dans l'adversité") à droite.

Athéna (Minerve) est armée d'une lance et porte son casque et son bouclier timbré de l'égide. Ce motif, souvent lié à la chèvre Amalthée, est néanmoins décrit par Homère au chant V comme la tête de Gorgo, la Méduse, et c'est sous cette forme qu'elle est ici dessinée, créant un lien avec la scène de l'arrière-plan.

Son Hibou est posé sur un livre qui porte l'inscription His sine vita nihil ("Sans cela la vie n'est rien").

Le coq d'Hermés prend appui sur deux dés à jouer présentant les faces du 6 et du 5.

L'inscription inférieure dit : me duce perficies tu modo progredere

'Sous ma direction tu vas réussir, va simplement en avant". C'est la reprise de deux vers de l'épigramme du Symbolon 102 de Bocchi.

ITA VITA EST HOMINVM, QVASI CVM LVDAS TESSERIS, SI LVDI ,QVOD EST MAXIMAE OPVS, FACTVS NON CADIT, ILLVD, QVOD CECIDIT FORTE, ID ARTE VT CORRICAE"

Traduction et Source : Térence, Les Adelphes IV:7, réplique de Misio à Déméa « Voyez-vous, dans la vie, il faut tenir la même conduite que dans le jeu de dès ; s'il arrive que vous n'ameniez pas le point qu'il vous faut, c'est à vous à corriger par votre adresse celui que le hasard vous a envoyé » Traduction de Mme Dacier, en 1767 avec un commentaire suggérant que Ménandre [auteur grec de la pièce dont Térence s'est inspiré] a pu s'inspirer de Platon, République Livre X, qui dit qu'il faut prendre conseil des accidents mêmes, et comme dans le jeu de dès, régler nos affaires sr ce que le hasard nous a envoyé, en nous servant de toutes les lumières de notre raison, et comme il nous semblera mieux.

http://susning.nu/buchmann/0403.html

La dernière inscription indique que cette gravure a été réalisée d'après un dessin de Hans van Aachen de Cologne, et d'après une conception de Hoefnagel .

Ioannes ab ach Coloniensis Fig : scalp : G. sadler Ex : Hoefnaglus auctor cum prae : ace: Mag

Hans van Aachen,né à Cologne en 1552, exerça, après un séjour à Florence puis à Venise, son art de portraitiste à Cologne auprès d'une clientèle liée à la cour ducale d'Albert V à Munich avant de devenir peintre de la cour impériale de Rodolphe II à Prague. En 1596, il épousa la fille du musicien Roland de Lassus (voir infra les liens entre Stopio et Lassus).

http://www.artforgers.com/art.cfm?id=25165534

.

Cette gravure de Sadeler n'a pas été inventé de novo par Hoefnagel, puis qu'on en trouve la source dans un ouvrage de Girolamo Ruscelli paru à Venise en 1566, Le imprese illustri con espositioni et discorsi, dédié à Philippe II.

https://archive.org/stream/leimpreseillustr00rusc#page/284/mode/2up

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2. L'Emblème d'Hermès et Athéna pour N. Stopio en 1566 .

A la page 284 est présenté un emblème d'Hermathena. L'emblème est dédié par Nicolas Stopio à son frère Guillaume. La devise (motto) en est HOC FAC, ET VIVES. On retrouve le Livre du coté d'Athéna, le dé à jouer du coté d'Hermès, mais chaque dieu pose le pied sur l'attribut de l'autre. Ruscelli dans son commentaire me confirme que les éléments que j'ai déjà exposé sur Hermathena étaient bien ceux qui étaient actifs au milieu du XVIe siècle, avec la réference à la statue de la Philosophie recherchée par Cicéron pour son Académie, avec Minerve considérée comme déesse de la sagesse et Mercure comme dieu de l'éloquence.

.

Le Figure di questa bellissima impresa, Nicolao Stopio, di cui ,in altri luoghi di questo libro abbiamo ancora ragionato, le fece gia fare, per metterle sopra le opere del famosissimo Pietro Bembo Cardinale. Le quali opere compro egli dalli eredi, & le fece stampare in compagnia di Gualtero Scotto qui, in venetia, come sopra i libri stampati col nome, di esso Scotto, si vede . Et essendo dapoi il detto Stopio pregato per lettere da un suo fratello Guglielmo, che sta nella citta di Alosto in Flandria, à volerli mandare qualche cosa, che potesse eccitare & inanimare un suo figliuolo alle virtu & alle buone lettere, gli mando questa Impresa, molto ingeniosamente da lui composta, & interpretata : che e una Pallade, o vero Minerva, com Mercurio, abbracciati insieme, che viene ad essere Hermathena. Le quali due statue gli antichi Filosofo solevano mettere & dedicacere alli Ginnasii loro, della qual cosa Cicerone in piu luoghi fa mentione, dicendo essere l'ornamento dell' Academia sua ; intendendo Pallade o ver Minerva per la sapientia, & Mercurio per la eloquenza. A tal che l'autore col Motto che dice HOC FAC ET VIVES, ha voluto ferire, che cogiungendo la sapientia con la eloquenza, come prime & principali virtu che adornano l'huomo, potra vivere eternamente, dicendo poi, HIS SINE VITA NIHIL. Perchioche coli si parte da questa vita senza lasciar di se alcun segno, o ver memoria di virtu, e come se mai al mondo non fosse stato ; come dice Silio Italico, et qui sim nesciat omnis, / Gens hominum, lethique : metu decora alta relinquam ? / Ecquid enim distant a morte, silentia vitae ?

Poi ha voluto qui ancora l'Autore non senza gran consideratione, servirsi di quelle parole, che disse Christo nell'Evangelio, al legislatore Fariseo, che lo tento, Hoc fac,&, et vives* ; per ricordare tacitamente al studioso, quelli due sacratissimi & principali precetti della legge santa, Diliges dominum Deum tuum ex toto corde tuo, & proximum tuum sicut te ipsum ; percioche senza quello tutte le operationi umane sono vane & senza frutto. E' qui ancora da considerare, che non senza gran misterio, e stato posto, alle due figure il dado nudo, & il libro serrato sotto i piedi, che ambi dua toccano, per denotare, come dice Platone, che la vita de l'huomo è simile al givoco del dado, sotto posta alla fortuna, che in molti luoghi anche da Cicerone vien nominata per il dado, ma il rimedio sta intrinse camente nella sapientia, che per il libro viene raffigurata, Impero disse il Poëta, Sapiens dominabitur astris. Et Terentio in Adelph : « Ita vita est hominum, quasi cum ludas tesseris, / Si illud, quod cecidit forte, id arte ut corrigas. ». Mando poi 'listesso autore al detto suo fratello, in confermatione che la virtu è quella, che sola fa l'huomo beato & immortale, quel bel Distico, che egli molto ingeniosamente fece sopra l'Arme della casa loro, che l'Imperator Ferdinando a richiesta del Dottore Martin Stopio, una fratelli, medico famosissimo nell'Austria, abitante in Lintz, per molti benemeriti suoi, confermo delli Nobili suoi, con amplissime faculta & preminentie principali, come nel privi legio sopra cio in Praga fatto, ho veduto, nel qual Distico esprime tuto il contenuto dell'Arme, cosi dicendo « Lilia agros virtusque ; viros coelum astra coronant / Ut leo, vir fortis, dulce & amara bibit. »

Ha poi voluto etiandio il medecimo, alludendo al cognome Stopio, & al nome suo proprio Nicolao con un altro Epigrammata, non meno dotto che bello, effortarli al vincere & superar se stessi, con la virtu della pieta, in questo modo dicendo « …. dicar, quod claro hoc nomine, no est / Quod populos subeat vincere, cura […]" Per le quali cose si vede evidentemente, quanto egli è sempre slato studioso di virtu, & inclinato à tutt i suoi parenti & amici di effortati parimente, à quel la. Nè altro vuol egli significare in questa sua Impresa HOC FAC, ET VIVES, se non Fate questo, cioè congiungete la Sapientia con l'Eloquentia ; percioche la Sapientia vien conoscuita per la Eloquentia, & per converso, so come dice Cicerone, Eloquentia nihil aliud est, nisi copiose loquens Sapientia

*Luc,10:28

Comme l'indique l'auteur, Nicolas Stopio est cité plusieurs fois dans son ouvrage, notamment page 21 où est cité un poème de "N. Stopius Alostensis Flander". En effet, sous le nom italien de Stopio se cache celui le nom flamand de De Stoop. Le texte de Ruscelli indique que Guillaume Stopio résidait en Flandre dans la ville d'Aalst ou Alost (Alosto en italien). L'écrivain Nicolas de Stoop actif entre 1558 et 1563 est notamment cité dans les pièces préliminaires de la fameuse Fabrique de Vesale dans l'extrait suivant :

À Ioannes Oporinus, professeur de littérature grecque à Bâle, à son très cher ami, salut.

Tu recevras bientôt, en même temps que cette lettre, par l’intermédiaire des Danoni, marchands milanais, les planches gravées pour mes livres de La fabrique du corps humain et pour leur Résumé. J’espère qu’elles arriveront à Bâle intactes et indemnes, telles que je les ai soigneusement disposées avec l’aide du graveur et de Nicolas de Stoop, qui gère ici en toute confiance les affaires des van Bomberghen et qui est un jeune homme remarquablement savant dans les études humanistes. (Trad. site BIU santé )

Nicolas Stopio était non seulement un poète auteur d'épigramme, mais (M. Infelise , 2007) un intermédiaire qui, par exemple, récoltait à Venise des informations auprès d'imprimeurs, de membres de la Chancellerie ou de sources romaines pour en adresser des comptes-rendus détaillés à ses correspondants Selon les Dialoghi de Massimo Troiano, qui était au service de la Maison de Wisselbach à Munich, Stopio a composé les paroles d'une oeuvre de Mme Caterina à la demande d'Anne d'Autriche, duchesse de Bavière, mais aussi le mottet Gratia sola dei pour Roland de Lassus, joué en 1568. Il a été aussi, avec Jacobo Strada, un agent d'Albert V de Bavière chargé d'approvisionner l'Antiquarium (galerie d'antiques) de la Résidence de Munich.

Dans la suite du commentaire en italien, l'auteur fait mention d'une œuvre du cardinal Pietro Bembo, imprimée par Scotto : il s'agit sans-doute de Le Rime di M. Pietro Bembo nuovamente ricorrette et ristampate, Vinegia [Venise] Gualtero Scotto, 1552.

.

3 L'Hermathena pour P. Bembo en 1555

Le frontispice de ce Rime di M. Pietro Bembo donne effectivement la gravure originale, mais inversée de cet Hermathena ; les faces du dès présentent le 5 et le 6, exactement comme dans les gravures précédentes (1566 et 1595). Les deux divinités sont placées au dessus de la tête d'un lion, comme dans l'Hermathena Bocchia de 1555. On sait que l'Arétin avait décrit la maison de Pietro Bembo à Padoue comme un publico e mondissimo tempio consegrata a Minerva, " un temple public et parfait dédié à Minerve".

Source image : http://www.liveauctioneers.com/item/26117970_poetry-renaissance-bembo-rime-1552

 

.

3. Les Hermathena de 1550-1555 (et ult.)  chez Gualtiero Scoto.

On trouve en ligne un Démosthènes de Jérôme Wolf  datant de 1550 mis en vente chez Alain Ferraton, et dont la gravure est exactement la même que celle utilisée pour P. Bembo. Or, l'imprimeur est le même, il s'agit de Gualtiero Scoto à Venise. La description donnée par le libraire-vendeur est la suivante :

DEMOSTHENES. - Oratorum graeciae principis opera, quae ad nostram aetatem per venerunt omnia. Per Hieronymum Vuolfium Oetingensem, é Graeco Latinum sermonem conversa. Venetiis, [Gualtiero Scoto ?], 1550, 3 tomes en 1 vol. 8°, 8 ffnch., 104, 214, 1 fnch., 172 p., 2 ffnch., plein parchemin d'époque à rabats (saliss.), signet en soie cramoisi, tranches de tête bleues. Cachet à sec d'appartenance. Perte de quelques caractères à plus. ff. Edition vénitienne peu courante donnée par Jérôme Wolf (Oettingen 1516 - Augsbourg 1580). Celui-ci est un des plus célèbres héllénistes du XVIe siècle et un des premiers à faire revivre l'étude du grec en Allemagne. Marque d'imprimeur au titre et initiales ornées (B.M. 11391. b. 13).  

http://www.ferraton.be/fr/lot/archive/1615106/detail/58/

- La poursuite de mes recherches permettent de découvrir chez Bonhams le titre suivant :

CARTARI, VINCENZO. Il Flavio intorno a i fasti volgari Venice: Gualtiero Scoto, 1553. (Un commentaire des fastes d'Ovide)

-Puis les titres suivants : http://www.internetculturale.it/opencms/ricercaMagExpansion.jsp?q=&searchType=avanzato&channel__creator=Scoto%2C+Gualtiero&channel__contributor=Scoto%2C+Gualtiero&opCha__contributor=OR&opCha__creator=OR

 

  • La vita di Cleopatra reina d'Egitto. Dell'illustre s. conte Giulio Landi. Con una oratione nel fine, recitata nell'Academia dell'Ignoranti; in lode dell'Ignoranza In Vinegia : [Gualtiero Scoto]. 1551
  • Dell'amore di Leucippe et di Clitophonte. Nuouamente tradotto dalla lingua greca / Achille Tatioalessandrino [Gualtiero Scoto]. 1551
  • Petri Bembi cardinalis Historiae Venetae libri 12 Venetiis : [Gualtiero Scoto]. 1551 
  • Petri Bembi card. Epistolarum familiarium, libri 6. Eiusdem, Leonis 10. pont. max. nomine scriptarum, lib. 16 Venetiis : [Gualtiero Scoto]. 1552
  • Lilii Gregorii Gyraldi Ferrarien. Suarum quarundam annotationum dialogismi 30. ... Item Laurentij Frizzolij Solianensis Dialogismus vnicus de ipsius Lilij vita & operibus Venetiis : apud Gualterum Scottum. 1553
  • Flauio intorno ai fasti volgari / [Vincenzo Cartari] In Vinegia : appresso Gualtero Scotto. 1553

-Puis je découvre que la Bibliothéque Nationale Italienne a recensé cette gravure sous le n° V 464 sous l'intitulé Minerva e Mercurio di fronte poggiano un piede su un libro e l'altro su un dado., et qu'elle donne la liste de 22 ouvrages qui la comporte dans les fonds qu'elle gère.

http://www.sbn.it/opacsbn/opaclib?db=solr_iccu&resultForward=opac/iccu/brief.jsp&from=1&nentries=10&searchForm=opac/iccu/error.jsp&do_cmd=search_show_cmd&item:8087:Marca::@frase@=IT\ICCU\BVEM\000101

- Enfin, je consulte la notice de cet imprimeur : "Dates de l'activité et dates de BD:Venise 1550 - 1575; Éditeur et imprimeur actif à Venise. Il était associé avec le marchand flamand et écrivain Nicolas De Stoop pour les travaux d'impression de Bembo; la société a utilisé la marque de Mercure et de Minerve (Z840). Par un acte notarié de 1552 (procureur Laurent Torrentinus Scot), étudiée par des fentes, nous apprenons que même Scot était d'origine flamande; il semble donc que nous pouvons exclure sa relation avec les autres Scot actifs à Venise et appartenant à une famille originaire de Monza. Nom d'éditions:Gualtero Scotto; Gualtiero Scotto; Gualterus Scottus; Gualterius Scot".

En résumé, Gualtero Scoto ou Scotto, d'origine flamande, fut l'imprimeur attitré des œuvres du cardinal Pietro Bembo de 1550 à 1553 environ, en association avec le poète et homme d'affaire flamand Nicolao Stopio, et les livres qui sortirent de son imprimerie portent la marque de typographe Z840 à Mercure et Minerve. Mais le Catalogue des éditions des Lettres de Bembo, comme d'autres documents, montrent que les œuvres du cardinal furent édités à partire de 1562 par Girolamo Scotto, libraire, imprimeur actif dés 1536, compositeur et homme d'affaire né à Milan, qui n'a pas de lien de parenté avec Gualtero, et dont la marque d'imprimeur est différente. Sa vie, et le développement de la Maison Scotto est parfaitement  connue (Jane A. Bernstein  Music Printing in Renaissance Venice: The Scotto Press (1539-1572). Girolamo Scotto a dirigé, depuis 1540, une maison d'édition de Venise spécialisé pour moitié dans l'édition de madrigaux et qui possédait, avec Guardano,  un monopole de fait sur ​​l'industrie de l'édition non seulement à Venise, mais dans toute l'Italie. Dans les 33 années de leur domination du marché italien, Scotto produisit plus de 800 publications . En 1571, il a été élu prieur à la Guilde vénitienne des imprimeurs et libraires. 

Parmi les madrigaux édités par G. Scotto figurent ceux de Roland de Lassus

Si je continue à dévider ce fil, c'est que je cherche des arguments pour étayer l'idée que Hans van Aachen auteur de l'Hermathena gravée par Sadeler, et gendre de Roland de Lassus, a pu avoir accès à la marque typographique des livres imprimés par Gualtero Scoto et Nicolao Stopio.

 

Poursuite de la lecture de Ruscelli. ! https://archive.org/stream/leimpreseillustr00rusc#page/284/mode/2up

Il est temps que je reprenne la lecture du texte de Ruscelli.

Dans la suite de son texte, Ruscelli commente la devise Hoc fac et vives, qui n'existait pas chez Bembo, et qui est donc un choix de Nicolas Stopio pour son frère. Puisqu'elle se traduit par "Fais cela, et tu vivras", elle incite le lecteur à réunir en lui la Sagesse d'Athéna et l'Éloquence d'Hermès, mais aussi l'Étude des livres et l'acceptation stoïque des aléas (les dès) de la Fortune. A cette occasion, Ruscelli cite les vers de Silius Italicus où Hannibal demande à son épouse Imilcé quelle est la différence entre le silence de la vie (une vie sans gloire) et la mort. Puis, il aborde le lien de cette devise avec le texte évangélique dont elle est tirée, non sans détournement. Mais au lieu d'en citer l'origine en Luc, chapitre X, il cite le passage dit "du plus grand commandement" de l'évangile de Matthieu Mat.22:37 Diliges dominum Deum tuum ex toto corde tuo, & proximum tuum sicut te ipsum. qui cite Deutéronome 6:5

Citons le passage entier :

"En apprenant que Jésus avait réduit au silence les sadducéens, les pharisiens se réunirent.

35 L'un d'entre eux, un enseignant de la Loi, voulut lui tendre un piège. Il lui demanda:

36 ---Maître, quel est, dans la Loi, le commandement le plus grand?

37 Jésus lui répondit:
---Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta pensée.

38 C'est là le commandement le plus grand et le plus important.

39 Et il y en a un second qui lui est semblable: Tu aimeras ton prochain comme toi-même.

40 Tout ce qu'enseignent la Loi et les prophètes est contenu dans ces deux commandements."

Comme l'a montré M.A Screech, L'injonction Hoc fac et vives a été utilisé comme un argument fort anti-luthérien pour affirmer la participation de l'homme à son salut.  

Ruscelli revient rapidement à un commentaire philosophique de l'image dans l'interprétation de l'association du livre et des dés, dans lesquels il voit l'illustration de l'homme stoïcien face aux coups du sort : selon Cicéron, le remède face au jeu de dès qu'est l'existence est la sagesse, et l'adage dit Sapiens dominabitur Astris, la Sagesse l'emporte sur les Astres. C'est alors qu'il fait appel à ce passage des Adelphes de Térence Ita vita est hominum, quasi cum ludas tesseris etc.. qui figure sur la gravure de Sadeler.

Puis, il mentionne le distique que — si j'interprète bien—  le frère de Nicolas Stopio, un médecin du nom Martin Scopius, avait fait figuré sur ses armoiries avec l'assentiment de Ferdinand Ier en raison de ses mérites. Je retrouve des éléments biographiques suivants :

 Après avoir étudié la médecine et la philosophie dans les universités italiennes, notamment de Padoue, le docteur Martin Scopius, exerça à Vienne puis  à Linz en Autriche où il devint vers 1552 Magister Sanitatis, en remplacement de François Vesale, frère de l'anatomiste. Il fut nommé doyen de la faculté de médecine en 1554 et 1581. Il est mort à Vienne le 21 décembre 1581. Voir Arnold Huttmann, 1958,  Ein flandrischer Arzt  des 16. Jahrhunderts page 47-67 . Dans la ville de Linz, il est mentionné comme" un célèbre botaniste".

Le distique est le suivant :

 « Lilia agros virtusque ; viros coelum astra coronant / Ut leo, vir fortis, dulce & amara bibit. »

"Les Lis ornent les champs, la vertu orne l'homme ; les astres  ornent le ciel : comme le lion, un homme vertueux boit à la fois l' amer et le suave"

Or — et tout l'intérêt est là — ces vers qui n'appartiennent pas à une œuvre connue et qui ont peut-être été composés pour l'usage privé du médecin, ont été cités à trois reprises par Joris Hoefnagel comme inscription de ses peintures : dans Archetypa studiaque, Pars I tab. 8 ; dans le Schriftmusterbuch de Vienne, folio 47 ;  et dans les Quatre éléments (National Gallery of art, Washington), Animalia quadrupedia et reptilia,Terra planche X. Cette dernière œuvre étant la plus précoce (1575-1585), elle indique que Hoefnagel a eu connaissance de ces deux vers avant l'année 1585.

 

 

 

 

Ces trois inscriptions de la même formule montre que Hoefnagel connaissait soit Martin Stopio ou son frère Nicolas, soit que le distique trouve sa source chez un auteur différent, soit qu'il ait à sa disposition le livre d'emblème de Girolamo Ruscelli. Cette hypothèse est la plus probable puisqu'elle permet aussi d'expliquer que la gravure d'Hermathena ait été copiée par Hans van Aachen sous la direction d'Hoefnagel, mais aussi que cette gravure comporte l'inscription des vers de la comédie de Térence, qui ne figure que dans le texte de Ruscelli mais non sur les gravures de marque typographique de l'imprimeur Scoto.

 

SOURCE ET LIENS.

-Site RKD : 

  • https://rkd.nl/nl/explore/images/121627
  • https://rkd.nl/nl/explore/images/121344
  • http://www.rdklabor.de/wiki/Eule

- article sur Mira calligraphiae http://www.strangescience.net/bockhoef.htm

— ANDRATSCHKE (Claudia) 2011  Vom Lukasbild zur Pictura-Allegorie Bd. II. (Anhang): Die Ikonografie und Theorie der Malerei in der niederländischen Kunst der frühen Neuzeit . From St. Luke to allegories of Pictura. The iconography and theory of painting in the Netherlandish art of the early modern period.  Sudwestdeutscher Verlag Fur Hochschulschriften AG (23 mars 2011) Voir Abstract.

 file:///C:/Users/Utilisateur/Downloads/andratschke%20Vom%20Lukasbild%20zur%20PicturaAllegorie%202011.pdf

— BOLLORÉ Marie , 2011, Le néo-stoïcisme : lecture du De Constantia de Juste Lipse et du Traité de la constance et consolation ès calamitez publiques de Guillaume Du Vair. Master de Littérature française « de la Renaissance aux Lumières »

http://www.lurens.ens.fr/IMG/pdf/Le_neo-stoicisme_-_lecture_du_De_Constantia_de_Juste_Lipse--.pdf 

 BRADLEY ( John William), 1891 The Life and Works of Giorgio Giulio Miniaturist. 1891. page 120-121.

CHMELARZ (Eduard) 1896  Georg und Jakob Hoefnagel Adolf Holzhausen, 16 pages 

Éditeur :Wien : Tempsky, 1896.Collection :Jahrbuch der kunsthistorischen Sammlungen des allerhöchsten Kaiserhauses, Bd. 17, Abh. 4

http://digi.ub.uni-heidelberg.de/diglit/jbksak1896/0302?sid=d84c4cf28bb2502bc6b7659afd0ec783

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— HENDRIX (Lee) VIGNAU-WILLBERG (Théa), 1997, The Art of the Pen , The J. Paul Getty Museum

— HENDRIX (Lee) VIGNAU-WILLBERG (Théa), 1997, An Abecedarium ,  The J. Paul Getty Museum

 HENDRIX (Lee) VIGNAU-WILLBERG (Théa), 1997, Mira calligraphiae Monumenta: – A Sixeenth-Century Calligraphic Manuscript inscribed by Georg Bocskay and Illuminated by Joris Hoefnagel, The J. Paul Getty Museum, Malibu 1992 .

 HENDRIX (Lee) VIGNAU-WILLBERG (Théa), 1992, Mira calligraphiae Monumenta: A Sixteenth-Century Calligraphic Manuscript Inscribed by Georg Bocksay and Illuminated by Joris Hoefnagel, Volume 1, Getty Publications, 13 Aug, 1992

— HENDRIX (Lee) The Fours Elements

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1528-1579 Duke of Bavaria Albrecht V 1542-1601 Joris Hoefnagel 1870- Sebastian Killermann

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— MIELICH (Hans) Livre des bijoux de la Duchesse de Bavière

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ROOSES (Max) 1909  Catalogue of the Plantin-Moretius Museum page XI :https://archive.org/stream/catalogueofplant00muserich#page/x/mode/2up

— TRIVELLATO (Francesca), 2007, "Merchants'letters across geographical and social boundaries", in Cultural Exchange in Early Modern Europe, Volume 3 publié par Robert Muchembled,William Monter , Cambridge University Press,  pp 80-104

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— ZANTA (Léontine) 1914, Renaissance du Stoicisme au XVIe siècle, Paris, Honoré Champion

https://archive.org/details/larenaissancedu00zant

 WILLBERG VIGNAU-SCHUURMAN (Thea) 1969 Die emblematische Elemente im Werke JorisHoefnagels (Leiden 1969) 

— French Emblems at Glasgow http://www.emblems.arts.gla.ac.uk/french/emblem.php?id=FALc118

 WITTSTOCK ( Antje) 2011 Melancholia translata Göttingen

https://books.google.fr/books?id=T208W4InDE4C&pg=PA205&lpg=PA205&dq=%22Nequeo+Compescere+Multos%22&source=bl&ots=fO2lVlBml3&sig=9T_1MtEi-mZla4vBT1ocro0sGhQ&hl=fr&sa=X&ei=qbn8VK3dIJPVaquNgsgM&ved=0CFMQ6AEwBg#v=onepage&q=%22Nequeo%20Compescere%20Multos%22&f=false

— Catalogue du Musée Plantin-Moretus (avec une biographie de Christophe Plantin); : https://archive.org/stream/cataloguedumuse00roosgoog#page/n5/mode/2up

 

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Published by jean-yves cordier
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3 mars 2015 2 03 /03 /mars /2015 17:29

Le Hibou au caducée chez Joris Hoefnagel : Hermathena, ou l'Art et le Savoir dans leur lutte contre l'Ignorance.

.Sur Hoefnagel, voir aussi :

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Le peintre miniaturiste flamand Joris Hoefnagel (Anvers,1542-Vienne, 1601) fut un grand amateur et créateur d'Emblemata, ces livres associant, sous l'inspiration des Hieroglyphica d'Horapollon traduits en 1505, un Titre (sentence, vers de la littérature antique ou de la Bible), une image à rôle mnémotechnique, et un bref épigramme versifié qui décrit l'image et en donne l'interprétation morale. S'il est connu aujourd'hui comme peintre, il brilla aussi par ses poèmes latins. Enfin, fils d'un riche marchand Néerlandais, exilé par les troubles politiques et religieux, il élabora une sagesse imprégnée du néo-stoïcisme propre au réseau de ses compatriotes rassemblés en Angleterre ou en Allemagne.

En 1593, il peignit une "Allégorie de l'amitié avec Abraham Ortelius" dans laquelle on voit, au centre, sur un globe terrestre, un hibou tenant un caducée. Dans un cartouche se lit le mot Hermathena. Avant d'étudier cette peinture, et afin de déchiffrer le sens de cette Allégorie, j'ai voulu rechercher dans l'œuvre du peintre l'occurrence de ce Hibou, de ce caducée, et de cette mention d'Hermathena. J'ai utilisé bien-sûr le livre de Théa Vignau-Willberg qui expose son travail de thèse, Die emblematische Elemente im Werke Joris Hoefnagels (Leiden, 1969). Cette étude concerne surtout le Missale romanum orné pour l'archiduc Ferdinand du Tyrol entre 1581 et 1590, et conservé à la Bibliothèque Nationale de Vienne ; et le Schriftmusterbuch ou livre de modèles de G. Bocksay, décoré entre 1591 et 1594, et conservé au Musée de l'Histoire de l'Art de Vienne. Ces œuvres sont peintes sur vélin. Dix miniatures en aquarelle sur papier composant une série de dix grotesques datant de 1594-1595 sont aussi conservées à Vienne, à l'Albertina. Ces œuvres n'étant pas accessibles en ligne, la plupart des illustrations seront tirés de cette publication de Théa Willberg-Vignau et seront en noir et blanc.

J'ai ainsi réalisé que Joris Hoefnagel avait adopté ces éléments dans des compositions qui sont de sortes d'autoportraits, et qu'en étudiant ce hibou au caducée, j'accédais à quelques confidences sur son état d'esprit.

Mon petit plan sera celui-ci :

I. Le caducée dans les Emblèmes d'Alciat : cela me permettra de savoir quelles valeurs étaient représentées par cet emblème au XVIe siècle.

II. Le hibou attaqué de Dürer. Car Hoefnagel s'en inspira.

III. L'Hermathena : sens de ce terme et valeur au XVIe siècle.

IV. Cinq peintures de Hoefnagel au Hibou et/ou au caducée:

  • Missale romanum folio 332, Deuxième Dimanche après Pâques, 39 x 28,5 cm. 1582-1590.
  • Missale romanum folio 637, Messe des Défunts, 1590
  • Schriftmusterbuch folio 20, 18 x 13,2 cm, "Hibou attaqué", 1594-1598
  • Grotesque inventaire n°1519, 17 x 13,2cm, sans date
  • Allégorie pour l'amitié d' Abraham Ortélius, 11,7 x 16,5 cm, 1593

V. Discussion.

VI. Annexe : description du Missale Romanum par Bradley en 1891.

Bibliographie

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I. LE CADUCÉE COMME EMBLÈME A LA RENAISSANCE.

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Le caducée, bâton où s'enroulent deux serpents, symbolise l'équilibre obtenu entre deux forces opposées. Le bâton d'Esculape maîtrise ainsi les deux puissances médicales, celle de donner la vie ou de causer la mort. Le nom, tiré du latin caduceus, « verge, attribut des envoyés, des hérauts » (Cicéron, De Oratore, apparait  au XVIe siècle.

 Comme emblème d'Hermès, il  devint au Moyen-Âge la marque des hérauts.  Hermés (Mercure) est le dieu du commerce, des voyages et  des messagers mais à la Renaissance, on reconnut surtout son lien avec le Logos et il devint le dieu de l'éloquence, comme en témoigne cette figuration de François Ier en déité multiple et la formule "A bien parler Mercure copieux "qui la commente :

.

Bnf. Attribué au Maître des Heures d'Henri II vers 1545

.

 

On sait que André Alciat est l'auteur du premier livre d'emblème, paru en 1531, Emblemata publié par Heinrich Steyner à Augsbourg. Parmi le nombre considérable des livres d'emblèmes du XVIe siècle, c'est à travers cet auteur que je vais découvrir le sens donné à cette époque à ce caducée : 

a) La première édition en français de 1536, le Livret des emblèmes donne le Titre  Virtuti fortuna comes Fortune est compaigne a vertus.  Ce Titre s'accompagne de l'épigramme :

"Le baston du dieu de eloquence
Avec ses serpentz & plumettes,
Entre les cornes de abundance
Monstre quelz (vous gens de plume) estes
Cest que voz dictiers & rimettes,
Dignes sont que bien on vous livre,
Ainsi que ouvriers par leurs limettes,
Font le gaing dont ilz peuvent vivre." (1536)

L'image représente un bâton planté en terre, coiffé du pétase ailé, et dôté de deux ailes à sa base. Deux serpents aux gueules de dragon se croisent. De chaque coté sont figurées deux cornes d'abondance, les "cornes d'Amalthée", du nom de la chèvre qui allaita Jupiter . Ces Cornucopia (voir Erasme, Adagia 502, copiae cornu) témoignent du succès financier assuré aux émules du dieu, les hommes de grande intelligence, et doués d'éloquence. Au sens où l'entendront les lettrés, ces protégés d'Hermes seront tous les artistes.

 

.

b) l'édition de 1549 introduit le terme de "Fortune" : A VERTU, FORTUNE COMPAIGNE 

L'épigramme est celui-ci :

"Mercure est Dieu des ars, & d’eloquence.Le

serpent est Sapience, le Caducée est eloquente

parolle. La corne est abondance. qui ne de-

fault en nul lieu, au sage bien parlant." (1549)

La formulation est ici plus claire : les bienfaits assurés par Mercure sont destinés aux Arts et à l'éloquence. Il ne faut pas entendre par "éloquence" des effets de manche et des talents d'esbroufe oratoire, mais la capacité de médiatiser le savoir, avec toutes les techniques du "faire savoir" et leurs liens avec l'éducation, et les vertus de conviction et de "commerce" ou de publicité. L'usage de l'imprimerie en fait partie, comme la pratique de l'illustration didactique, et, last but not least, celle des arts de la mémoire. L'auteur d'emblème réunit ces qualités, en joignant une formule lapidaire apte à s'inscrire dans la mémoire et à devenir proverbiale à une image — les techniques mnemotechniques sont fondées sur la mémoire visuelle— et une visée morale diffusant la sagesse antique et les vertus évangéliques.

.

c) En 1551, dans l'édition lyonnaise de Bonhomme, on voit dans l'Emblème 118 Mercure et Fortune avec la devise Ars Naturam adivuans, "l'Art aide la Nature". L'épigramme est :

Ut sphæræ, Fortuna, cubo sic insidet Hermes :
Artibus hic, variis casibus illa præest.
Adversus vim Fortunæ est ars facta : sed artis
Cum fortuna mala est, sæpe requirit opem.
Disce bonas artes igitur studiosa iuuentus,
Quæ certæ secum commoda sortis habent 

Dans cette allégorie de l'art, de la vertu et de la sagesse capable de contrecarrer les assauts de la Fortune capricieuse, ces vers comparent Fortune, posée sur une sphère instable et pris par les vents du moment, et Hermès, bien stable sur son socle carré. C'est sur lui que les jeunes artistes devront compter.

 

 

.

 

 

d) André Alciat ,édition de 1584: Virtutí fortuna comesFortune accompagne vertu .

Fortune accompagne vertu.

LE Caducee entre deux ailes droit,
Et deux serpens entortillez se voit,
Avec aussi le cornet d’abondance:
Monstrant icy que tous hommes bien nez,
Sçavans, diserts, sont tousjours fortunez,
Et faute n’ont de biens, ny de chevance.

.

e) Alciato, Andrea, 1615: Fortune est compagne à vertus. 

"C’est que vos proses & rimettes, 

Dignes sont que bien on vous livre, 
Ainsi qu’ouvriers, par leurs limettes, 
Font le gain dont ils peuvent vivre."

Commentaires:

"Mercure, fils de Jupiter & de Maia, Dieu des harangues & d’eloquence, est tenu pour le messager & trucheman des Dieux. Cestuy-cy receut d’Apollon en don une verge ou gaule, de laquelle il se servoit  pour appaiser les noises & differents. Allant en Arcadie, & tenant en main ceste verge, il vid deux dragons que se combattoyent: il jecta sa verge entre eux deux, & les separa avec icelle: si qu’ils quitterent incontinent leur combat, & furent amis. Aussi les Egyptiens figurerent ceste verge environnée de deux 

dragons, masle & femelle, & l’appellerent Caducee,  y adjoustans les aisles & chapeau dudit Mercure. 
est dressé ce caducee entre les cornes d’Amaltee, la fable de laquelle Amaltee est ainsi recitee par les poëtes: Quand Rhea eut enfanté Jupiter, à fin que son pere Saturne, ne s’en apperceust, elle cacha le petit enfant en l’Isle de Crete, où il fut nourri par deux Nymphes du laict d’une chevre qui s’appelloit Amaltee.  Jupiter estant venu en aage, pour reconnoistre le bienfaict receu, mit la chevre entre les estoiles, laquelle s’appelle encor, La chevre celeste: une des cornes de laquelle il bailla aux nymphes ses nourricieres, l’ayant douëe de telle faculté, que tout ce qu’elles desireroyent, & qui leur viendroit en fantasie, viendroit incontinent à sortir abondamment d’icelle corne. Ceste peincture donc nous enseigne, que les hommes diserts & ingenieux, (qui sont designés par le sceptre ou caducee de Mercure) jouïssent de ceste corne d’abondance: c’est à dire, qu’ils ne peuvent faillir d’avoir tousjours bonne & prospere fortune, & abondance de toutes choses."

.
.
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II. LE HIBOU PERSÉCUTÉ DE DÜRER.

Un dessin d' Albert Dürer daté vers 1515 et intitulé  Eule, von Vögeln angegriffen   conservé au Kunstsammlungen der Veste Coburg montre un hibou posé sur un rameau et attaqué par quatre oiseaux. L'inscription en lettres gothiques  Der Eülen seyndt alle Vögel neydig und gram  peut se traduire par "Le Hibou . tous les oiseaux envieux et tourmentés."

Cette gravure est suivi d'un poème :

"O neyd und hass in aller welt

O falsche trew –böses gelt

Zanck und haber dir nymmer faelt

Ob dich schon niemant scend noch schelt

/.../

Bedruckt durch Hans Blaser Briesmaler Nürnberg auff der Schmelczhüten."

Je n'ai pas trouvé d'analyse de ce dessin, où le Hibou pourrait être un symbole christique, ou bien la représentation du Sage confronté à l'intolérance agressive des méchants. Mais voyons la suite ; nous verrons que Hoefnagel va reprendre ce motif.  

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Le site RKDLabor  propose une étude exhaustive de la place du Hibou dans l'art, et fait une place au Hibou comme Image du Christ (chap. X) et comme oiseau injustement persécuté (Chap. XI) : il cite ainsi cet emblème de Gabriel Rollenhagen  Nucleus Emblematum selectissimorum  Cologne, 1611 Livre I, 51  avec la devise Nequeo Compescere Multos et l'épigramme Perfero; quid faciam? Nequeo compescere multos; / Si vis cedendo vincere, disce pati. "Je ne peux triompher d'ennemis supérieurs en nombre ; J'endure cela, que faire de plus ? Si vous voulez gagner en cédant, apprenez à subir. 

Selon une tradition ou une croyance ancienne, le hibou est représenté aveugle.

 

.

Il existe un indice fort pour considérer que dans la gravure de Dürer le hibou confronté aux attaques des oiseaux  est une figure du Christ confronté à l'hostilité des Pharisiens, et qu'il illustre la vertu de la Patience. Cet indice se trouve dans le tableau de 1493/94 intitulé le Christ de douleur, conservé au  Staatliche Kunsthalle de Karlsruhe. 

Toute l'attitude du Christ, qui fixe le spectateur, témoigne de sa souffrance et de son épuisement, mais aussi de la profonde sagesse de son acceptation dépourvue de haine à l'égard de ses bourreaux.

 

 

 

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Or, au dessus du Christ qui se tient dans une sorte de grotte, Dürer a gravé la partie dorée pour y représenter des chardons, emblème de sa Passion, mais aussi un hibou ailes déployées.

Voir : Johann Eckart von Borries, 1972  Albrecht Dürer : Christus als Schmerzensmann Karlsruhe, 1972, 40 p. : ill.  ; 21 cm. Bildhefte der Staatlichen Kunsthalle Karlsruhe Nr. 9.

Néanmoins, dans le Hibou persécuté de Dürer, il n'existe pas de référence directe au Christ, et l'animal est une figure emblématique de la Patience face à l'adversité. Bien que Justius Lipse ne publia son ouvrage De Constancia qu'en 1584, créant ainsi la synthèse philosophique et chrétienne du Néo-stoïcisme, on peut y placer cet Hibou dans le mouvement précurseur de cette pensée, nourrie des textes de Cicéron et de Sénèque : "Les sources stoïciennes de Lipse, sur le thème de la constance, sont les Tusculanes de Cicéron (particulièrement le livre IV), le De Constantia sapientis et le De tranquillitate animi de Sénèque. Cicéron opère le premier transfert des concepts grecs stoïciens dans le vocabulaire latin. Il traduit la karteria (la patience, la maîtrise de soi) par le verbe stare (se tenir debout, être ferme) et par conséquent, l’eupathéïaï (les bonnes affections) par la constantia (la fermeté des principes). Sénèque voit dans la constance la vertu qui exprime l’impassibilité du sage. Il s’agit d’une vertu qui s’exerce dans l’épreuve, celle de la fortune et des maux privés. Lipse, quant à lui, envisage la constance comme une consolation du particulier face aux maux publics. Les maux étant une épreuve nécessaire pour l’homme, il faut accepter les événements qui nous dépassent. A sa suite, Du Vair opère le glissement de la constance à la consolation dans le titre même de son ouvrage et considère la constance comme le fait de rester courageux et de prendre conscience de la consolation divine. L’homme vit alors avec l’espoir et la perspective du salut. D’autre part, les consolations cicéroniennes et sénéquiennes des Epistulae familiares ou des traités adressés à Marcia, Helvia et Polybe concernent une personne particulière à qui les auteurs demandent d’être stoïque et de supporter l’absence ou la mort d’un proche." (M. Bolloré)

Les textes que nous allons découvrir dans les inscriptions tracées par Hoefnagel 

 

 

Emblèmes d’Alciat, Lyon, Mathieu Bonhomme, 1551.

Dans l’édition de 1555 des Emblèmes d’Alciat, Emblème 118 Mercure apparaît en allégorie de l'art, de la vertu et de la sagesse capable de contrecarrer les assauts de la Fortune capricieuse14. Une gravure de Jacob Matham, d’après Goltzius (1597) le représente dans sa dimension planétaire, associé aux signes zodiacaux des gémeaux et de la vierge et au caractère féminin froid et humide, ainsi qu’en protecteur des arts et des lettres.

Ut sphæræ, Fortuna, cubo sic insidet Hermes :
Artibus hic, variis casibus illa præest.
Adversus vim Fortunæ est ars facta : sed artis
Cum fortuna mala est, sæpe requirit opem.
Disce bonas artes igitur studiosa iuuentus,
Quæ certæ secum commoda sortis habent.

Alciato, Andrea: Emblemata / Les emblemes (1584)  

Dürer,  Christus als Schmerzensmann (détail) Staatliche Kunsthalle Karlsruhe 1493/94.

Dürer, Christus als Schmerzensmann (détail) Staatliche Kunsthalle Karlsruhe 1493/94.

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III. L'HERMATHENA.

 

Le Caducée, et, à travers lui, Hermés, pouvait être l'emblème des artistes et des maîtres de l'éloquence. Mais une figure plus complexe est apparue parmi les lettrés du XVIe siècle, unissant Hermés à Athéna.

a) Les Hermathena antiques (d'après Wikipédia)

Les Hermathenae (Hermathene (en ancien grec: Ἑρμαθήνηde l'Antiquité étaient tantôt des piliers carrés (appelés hermès*) avec un buste d'Athéna, tantôt des piliers surmontés du buste d'Hermès et d'Athéna dos à dos.

*Un hermès (en grec ancien ἑρμῆς, au pluriel ἑρμαῖ) est un buste surmontant un bloc quadrangulaire, parfois sculpté de manière grossière, représentant souvent le dieu Hermès, et généralement orné d'un phallus. Ils avaient en Grèce antique la fonction de sanctifier et de marquer les limites : seuils, carrefours, etc.  Ils sont l'équivalent des Termes de la Rome antique.

Il était naturel de voir ces deux divinités unifiées ou fusionnées comme une seule divinité associant l'éloquence et le commerce (Hermès) avec la sagesse, l'artisanat et les sciences ( Athéna). Ainsi le revers de la médaille de l' empereur romain Hadrien , qui se piquait de sagesse et d'éloquence, représente Hermathena. Chaque dieu incarne le type d'intelligence pratique ou métis qui se manifeste dans la ruse habile et la stratégie gagnante. Pour Hermes cette qualité  penche vers le royaume nocturne de la furtivité et du vol, de la tromperie et dela ruse, tandis que pour Athena, elle  penche vers le royaume diurne d'un bon jugement, de la pensée rapide, et l'orientation du succès sur le champ de bataille.  Hermès et Athéna ont également été décrits comme des demi-frères et sœurs parce que Zeus était le père de deux dieux.

 Double buste d'Hermès et d'Athéna, provenant de Pompéi, IIe siècle ap. J.C, Musée du Capitole, inv. S.328  

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 b) Hermathena et Cicéron.

Les seules sources littéraires concernant Hermathéna se trouvent dans les lettres de Cicéron à Atticus où il remercie son ami de lui avoir envoyé une statue de l'Hermathéna pour son académie de Tusculum (Lettres à Atticus 1, 1, 5; 1, 4, 3)Cicéron possédait en Italie de nombreuses villas. Pour les décorer, il chargeait son ami Atticus, qui faisait de longs séjours en Grèce, de lui ramener des objets d'art. Atticus avait obtenu à Athènes un hermès rare d'Athéna en 67-65 av. J.C.  Cette lettre date du début de l'année 66 : Quod ad me de Hermathena scribis, per mihi gratum est. Est ornamentum Academiae proprium meae, quod et Hermes commune omnium et Minerva singulare est insigne eius gymnasii.  "Je suis ravi de ce que tu me dis de ma statue de l' Hermathena. Il n'y a d'ornement plus approprié pour mon académie car Mercure est l'ornement obligé de tous les gymnases, et Minerve doit figurer particulièrement dans le mien."  Un peu plus d'un an plus tard (le 17 juillet 65), Cicéron a écrit  Hermathena tua valde me delectat et posita ita belle est, ut totum gymnasium eius anathema esse videatur. Multum te amamus.  "Je suis très heureux de votre Hermathena, qui a trouvé son emplacement idéal dans l'endroit choisi, si bien que le gymnase entier semble un nouveau temenos (sanctuaire) à ses pieds. Merci beaucoup pour elle." Tous les jardins, et en particulier ceux des gymnasium étaient dédiés à des divinités. Les gymnasia étaient des porches de déambulation utilisés pour des discussions philosophiques :   Cicéron en avait aménagé deux dans sa villa de Tusculane, l'un au rez-de-chaussée nommé son Academia, et l'autre au premier étage nommé le Lyceum, pour honorer les deux principales écoles de philosophie, celle de Platon et celle d'Aristote. (Lazeretti, Cicero's collecting pratices). Dans une lettre préalable à Atticus, il nomme ces statues des Gymnasiodes.

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c) Hermathena à la Renaissance : les Académies.

 Pendant la Renaissance , un certain nombre d'artistes, par exemple Rubens et Vincenzo Cartari , peignirent Hermathena dans l'art soit comme deux dieux agissant conjointement, soit comme une seule divinité avec les attributs de l'autre, par exemple Athena tenant le caducée, symbole de Hermes. Sur le plafond du palais Farnèse à Rome  une fresque de la fin du 16ème siècle (>1566) de Hermathena, appelée le Gabinetto dell'Ermatena, a été peinte par Federico Zuccari sur le conseil vraisemblable d'Hannibale Caro ; La fresque représente une fusion androgyne des divinités. Les pieds (de qui ?) sont posés sur une tortue.

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Copyright : http://labottegadeisogni-elisabettarossi.blogspot.fr/2012/01/la-prossima-sala-meglio-saletta.html

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Le motif emblématique de l'Hermathena doit son succès dans le milieu lettré et artistique du XVe siècle à l'un des Symboles paru dans le livre d'emblème d'Achille Bocchi. Celui-ci étant lié à Alexandre Farnèse, le rapport s'établit avec Ortélius et Hoefnagel qui fréquentèrent le cardinal Farnèse en 1578.

 

 

 

d) L'Académie d'Achille Bocchi à Bologne : Accademia Bocchiana ou "Ermatena".

Achille Bocchi ( Achille Bocchius ) (1488- 1562), était un écrivain humaniste, administrateur et professeur de droit à l' Université de Bologne. Il est surtout connu pour son livre d'emblèmes Symbolicarum quaestionum de universo genere , Bologne,1555, avec des illustrations de Giulio Bonasoni.

 Bocchi était le chef de l' Accademia Bocchiana, sous la protection du cardinal Alexandre Farnese , neveu du pape Paul III. Constituée probablement dès 1526, elle n'acquit ses statuts officiels qu'en 1546, date à laquelle Giacomo Barozzi da Vignola, récemment revenu de Fontainebleau , a conçu à Bologne vers 1545 le Palazzo Bocchi, siège de l'Académie de Bocchi. Il plaça son Académie sous le signe de l'Hermathena avec la devise Sic monstra domantur et l'illustra par un "hermès" ou buste de Mercure et un autre de Minerve réunis (mariés) par un Cupidon qui, par le pouvoir réuni des dieux, maîtrise un lion dont la gueule est dotée d'un mors en forme de bague et de rênes. Une illustration de son Symbolaricum quaestionum (page 230 de l'édition de 1555, Livre IV emblème 102 ) présente l'Hermathena Bocchia comme si le groupe avait été sculpté à l'un des angles du Palais, mais celui-ci ne comporte en réalité que des têtes de lion tenant un anneau (ou un mors).

Sur la gravure, la devise Sic Monstra Domantur (C'est ainsi que l'on domine les monstres" ) est accompagnée des mentions  Sapientiam modesta, progressio eloquentiam, felicitatem haec perficit, et en dessous du lion, de Me duce perficies Tu modo progredere :

"La Sagesse est menée à son terme par la modération, l'Eloquence, par le progrès, la Félicité par l'ensemble" et "Sous ma conduite tu atteindras la perfection. Toi, contente-toi d'avancer" (la traduction de ces dytiques élégiaques vient d' Anne Rolet, p. 302).

 http://en.wikipedia.org/wiki/Achille_Bocchi

L'emblème Hermathena du Symbolicarum quaestionum d'Achille Bocchi (1574).

 

e) Postérité de l'Hermathena.

 

- Vers 1585, Bartholomée Sprangler a peint sur le plafond de la Tour Blanche du château des Hradčany à Prague un audacieux "Hermès et Athéna"

 

 

- En 1602, Erycius Putaneus (Hendrick van den Putte ou Eric Dupuy) choisit l'Hermathena comme emblème pour son académie, et l'avait fait graver sur une médaille offerte à l'archiduc Albert ( A. Rolet). Le Frontispice de son Palaestra bonae mentis  (Louvain, 1611) montre Hermès et Athéna utilisant l'un son caducée et l'autre sa lance pour combattre des personnages allégoriques de l'ignorance.

 

- A la mort de Philippe II d'Espagne, sa fille Isabelle et son gendre l'archiduc Albert héritèrent du gouvernement des Pays-Bas espagnols et se préoccupèrent d'y rétablir l'économie dans des régions dévastées par la guerre, notamment par une politique monétaire à l'atelier d'Anvers. Lors de leur entrée solennelle à Anvers en 1599, un arc fut dressé, surmonté de l'Hermathena comme symbole du commerce anversois. L'artiste, Pierre Van der Borcht  a pris modèle sur l'Hermathena Bocchia. 

 

Voir l'illustration du Schema fornicis Hermathenae tirée de Joannes Bochius, Historica narratio profectionis et inaugurationis Serenissimorum Belgii Principum Alberti et Isabellae, Austriae archiducum, Antwerp, 1602, p. 248:

http://warburg.sas.ac.uk/vpc/VPC_search/pdf_frame.php?image=00035357

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IV. CINQ OEUVRES DE HOEFNAGEL AU HIBOU ET AU CADUCÉE.

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1. Missale romanum folio 332 Dominica secunda  post Pascha. 1582-1590. Passion du Christ.

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— Description :

Dans la partie supérieure se voit au centre un temple dans lequel s'inscrit la Croix et le Christ crucifié. Au pied de la croix des agneaux paissent, et/puis s'écartent vers les deux collines figurées aux deux extrémités du dessin. Celle de gauche (le Sinaï) porte les Tables de la Loi, celle de droite (Jérusalem) un livre (Nouveau Testament). De ces monts partent deux clous ailés (emblème d'Hoefnagel, cf. infra) et deux lampes portant des oriflammes avec des inscriptions non déchiffrées. De crevasses de ces collines sortent deux Cornes d'abondance où est inscrit SINAÏ à gauche et SION à droite. Elles sont alimentées par le sang du Christ et sont reliées par une ligne courbe se transformant en deux mains réunies sur la ligne médiane, ces deux mains étant entourées par un anneau large portant le mot FIDI--

De ces cornes tombent, le long des bordures de la page, une pluie de rameaux fleuris. En bas, cette pluie tombe sur deux collines escarpées où paissent des moutons semblables à ceux du dessin supérieur. Ces montagnes délimitent une plaine centrale vers laquelle descendent divers animaux : on distingue un sanglier cerné par des chiens ; un bouquetin ; peut-être un singe et un ours. Des arbres morts, où des oiseaux sont perchés, et de hautes perches sont visibles dans cette plaine, mais, au premier plan, et sur la ligne médiane, l'une de ces perches a la forme d'un mât (d'un clou ?) terminé par un pommeau. Un hibou y est posé. De chaque coté, deux serpents aux queues entrelacées et aux gueules affrontées transforme ce clou en motif "caducéen".

— Inscription :

Vocabo non plebem meam, plebem meam, et non dilectam, dilectam.

Source : Osée 2,24 cité par Paul, Epître aux Romains : J'appellerai mon peuple, ceux qui n'était point mon peuple [Les Païens] ; ma bien-aimée, celle que je n'avais point aimée ; [et l'objet de ma miséricorde, celle à qui je n'avais point fait miséricorde ]»

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Missale Romanum, folio 332,  Vienne, Österreichische Nationalbibliothek,  image  in Vignau-Wilberg (1969).

Missale Romanum, folio 332, Vienne, Österreichische Nationalbibliothek, image in Vignau-Wilberg (1969).

Missale Romanum, folio 332 (détail) Vienne, Österreichische Nationalbibliothek,  image  in Vignau-Wilberg (1969).

Missale Romanum, folio 332 (détail) Vienne, Österreichische Nationalbibliothek, image in Vignau-Wilberg (1969).

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2. Missale Romanum folio 637 In Missis quotidianis defunctorum. (1582-1590)

C'est l'une des illustrations les plus étonnantes, les plus amusantes et les plus signifiantes de toutes celles que Hoefnagel composa. Alors qu'il était au service du duc de Bavière à Munich, l'archiduc Ferdinand du Tyrol, second fils de l'Empereur Ferdinand ler lui avait demandé d'enrichir  de ses enluminures un Missel Romain. Ce missel est, selon E. Schmelarz une copie à la main du  Missel conforme aux décrets du Concile de Trente que Christophe Plantin, d' Anvers imprima en 1570 (Il en avait le privilège royal de Philippe II) : Hoefnagel fut chargé de compléter par ses ornements le texte liturgique. Le codex contient 650 feuillets de vélin avec environ 500 miniatures exécutées entre 1582 et 1590. Il a été conservé au château d'Ambras (Innsbruck) où il collectionnait les armures et possédait un cabinet de curiosités, puis le château, d'abord vendu à  l'empereur Rodolphe II, fut laissé à l'abandon, et les œuvres et curiosités principales furent transférées par l'empereur Léopold Ier au Kunsthistorisches Museum  et à l' Österreichische Nationalbibliothek de Vienne. L'archiduc versa un salaire de 200 florins — 800 selon Bradley—  pendant toute la durée des huit années de travail, avec un premier versement le 25 mars 1582.  Quand le travail fut presque achevé, outre le salaire annuel de huit cents florins, l'archiduc lui donna deux mille écus d'or, et lui  remis une chaîne d'or qui  valait une centaine d'autres écus.

Il est désigné comme  le manuscrit n° 1784 Missale Romanum, ex decreto sacrosancti concilii Tridentini restitutum, Pii V. pontificis maximiiussu editum cum privilegüs Oenoponti. Il mesure 390 mm de haut et  285 mm de large, et comporte quatre parties. Voir en exemple un Missel  édité à Lyon en 1578.

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Description.

Arrivé presque à la fin de son travail, en fin 1590, Hoefnagel s'approprie en guise de signature la page dédiée à la messe des défunts (celle du Requiem et du Dies Irae) pour y mettre en scène son propre enterrement, et donner cours à ses méditations sur la mort en s'inspirant de poètes latins. 

La page "Aux Messes quotidiennes des défunts" peut être décrite selon deux registres.

Dans le registre supérieur, les prières  liturgiques organisées en deux colonnes sont encadrées et envahies par un décor aux courbes dont la fantaisie bouleverse et contredit  la stricte typographie et la sévérité funèbre de l'office. Le texte lui-même est celui de l'Antienne et de la Collecte de la Messe des défunts  : et lux perpétua lúceat eis.  Cum sanctis. Post communio. Praesta, quaesumus. Domine : ut animae famulorum famularumque tuarum, quorum anniversarium depositionis diem commemoramus : his purgatae sacrificiis, indulgentiam pariter & requiem capiant sempiternam. Per Dominum nostrum.

"Et que la lumière sans fin brille sur eux. Collecte : Nous te demandons, Seigneur, , accordes aux âmes de tes serviteurs et de tes servantes dont nous commémorons le jour anniversaire ... Par notre Seigneur".

Hoefnagel surmonte ce texte d'un cartouche, qui sert lui-même de support à deux lampes à huile d'où s'élèvent des fumées. A un anneau est attaché par un ruban cinq petites têtes de mort enfilées sur un lien terminé par un sablier dont l'ampoule haute est encore pleine. L'effet obtenu, loin d'être morbide, est comique. Sur le coté du cartouche, des anses latérales croisent cavalièrement un premier arc avant de descendre, s'évasant en une corne qui va bientôt servir d'attache d'une part à une banderole centrale, d'autre part à deux nouveaux cartouches noirs. Un sablier est suspendu à chacun d'eux, le niveau du sable déclinant progressivement.

Le tracé rapide et ample multiplie les courbes et contre-courbes quasi végétales, les volutes en coquille ponctuées de perles, dans un style qui est manifestement inspiré de l'art grotesque, expurgé de ses mascarons et de ses animaux fantastiques. La liberté fantasque et dansante voire capricante des envolées du trait est si franche qu'elle en est presque indécente et, du moins, irrévérencieuse à l'égard des prières dévotes. Hoefnagel s'amuse incontestablement avec son support, comme s'il venait jouer en plein office des Morts. Loin d'être le décor d'une Danse Macabre, ses guirlandes, ses rubans de fanfreluche et ses glands à pompons sont celui d'une chorégraphie vivace.
Je ne suis pas assez compétent pour préciser ce qui annonce le style au rouleau, le style "cartilage" et "oreille", (Rollwerks et Beschlagwerks, Knorpelwerk et Ohrmuschelstil), les influences d'un Arcimboldo ou d'un Cornelis Floris, mais  j'ai pris plaisir à imaginer que Hoefnagel s'était imprégné, lors de ses voyages en France et en Italie, des créations de Jacques Androuet Du Cerceau  (Livre des grotesques, 1550, rééd. 1562 et 1566) et de celles de Perino del Vaga. J'ai découvert ensuite le texte de Barcley (Annexe) qui insiste sur le rôle de Giulio Clovio, très proche de Perino del Vaga.

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Attribué à Perino del Vaga, Un panneau de décor grotesque , c.1545, plume et encre brune avec aquarelle et gouache, avec rehauts de blanc, 18,9 x 22,9cm. © Les fiduciaires du British Museum, Londres

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Livre de Grotesques  de Jacques Androuet du Cerceau, Paris 1566

 

Voir aussi Hans Mielich  Livre des bijours de la duchesse de Bavière.

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"Autoportrait de l'artiste en clou".

Dans le registre inférieur de la page, Hoefnagel passe de l'allusion comique à la mascarade. Au centre des deux colonnes de texte, entre les mots Requiem et Deus, il plante son clou : un clou de maréchal-ferrant, très long et à la tête large, qui est sa signature puisqu'elle renvoie à son nom Hof-nagel, Sabot-clou. C'est un leitmotiv retrouvé dans nombre de ses miniatures. Mais avec humour, il place les ailes d'Hermès sur la tête de ce clou, qu'il transforme ainsi en caducée, tandis que deux serpents entrecroisent leurs queues pour compléter le déguisement. Et, du sommet de sa tête, deux rameaux d'olivier, aux fruits noirs, achèvent de faire d'en faire un programme : la puissance de l'éloquence artistique au service de la pacification des mœurs.

La pointe est plantée au centre d'un blog rectangulaire qui ne peut être, vu le contexte, qu'une pierre tombale. Des armoiries y figurent, dans un cercle de lauriers. Le champ supérieur contient un aigle éployé, et le champ inférieur un chevron (une équerre ?) et trois fleurons (ou deux bourses?).

L'inscription sera déchiffrée ci-dessous. Mais deux chaque coté de la tombe, deux pelles sont plantées en terre. Celle de gauche sert de perchoir à un Hibou, et celle de droite à un perroquet. Si Hoefnagel fait appel à ces deux oiseaux lors de ses funérailles, c'est qu'il en revendique le parrainage. Le Hibou est, si on l'apparente à la Chouette d'Athéna, l'oiseau de la déesse de la sagesse, des artisans et des artistes. Le Hibou et le Caducée convoquent ici Hermathena. 

A droite, le Perroquet ne relève pas d'un psittacisme stérile, mais élève l'imitation comme une valeur essentielle. Le perroquet est le substitut de l'Artiste car le talent confirmé de ce dernier est d'imiter le réel jusqu'à l'illusion. Mieux qu'un autre, mais après avoir copié Dürer, Hoefnagel a poussé jusqu'à l'obsession l'imitation de la Nature. En outre, à la Renaissance, et notamment pour Érasme, l'imitation de l'exemple donné est une valeur essentielle, à la base du système éducatif. Pour les philosophes antiques, et sous le nom de Mimesis , l'imitation est à la base de l'art. 

Dans le folio 42 du Schriftmusterbuch de Georg Bocksay, Hoefnagel a encadré le modèle calligraphique de deux lances de tournois aux armes des Habsbourg ; de la base de ces deux manifestations guerrières et rectilignes partent des entrelacs et volutes d'où s'élancent de fins rinceaux ovales. Un perroquet s'y balance nonchalamment. De la pointe de la lance de droite flotte un oriflamme où s'inscrivent les deux vers d'une épigramme de Martial (Epigrammes Liber XIV: 73)

 Psittacus a vobis aliorum nomina discam:

Hoc didici per me dicere Caesar have.

"J'apprendrai de vous d'autres mots ; je n'ai appris que de moi-même à dire : César, salut !" .

Je peux y voir une image ironique de l'artiste en courtisan. (Voir aussi  l'article de Lubomír Konečný cité en bibliographie)

 

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Inscriptions de Hoefnagel.

1°) REGISTRE SUPÉRIEUR

— Inscription  en haut au centre : 

"Nos postquam passi sumus mala plurima, tandem

Angustam et miseram, et mortalem linguere – vitam

Cogimur, et putri deponere membra sepulchro 

Mox carne absumpta fieri sine nomine puluis

Certius est quam mors, quam mors incertius est nil."

Il s'agit d'une citation de Zodiaque de la vie ou Zodiacus Vitae du poète italien du XVe siècle Pier Angelo Manzolli dit Palingène, extrait du paragraphe correspondant au signe du Lion.

«Après avoir subi tant de mauvaises choses, nous sommes, enfin, obligés d'abandonner une vie courte et misérable et de confier nos membres à un sépulcre pourri, où nous sommes  changés en une vile poussière sans nom et sans mémoire. Il n'est rien de plus certain que la mort, mais rien n'est plus incertain que la mort." Voir la traduction de M. de la Monnerie, Le Zodiaque de la Vie La Haye 1581 page 157 , et le texte latin page 87. 

Hoefnagel a cité Palingène également dans les Quatre éléments, Ignis dans les paragraphes du Cancer et de la Vierge.

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— Suspendue en banderole sous un sablier et cinq têtes de mort :

VIVE HOMO VIVENS MORIENS VT VIVERE POSSIS.

Commentaire : Vive homo vivens moriens ut vivere possis.

A rapprocher du texte de St Augustin : Nam neque ullus moriens erit, si moriens et vivens simul esse nullus potest. Des formules proches sont mentionnées, comme celle de David Christoph Seybold:  Disce mori vivens, moriens ut vivere possis. (Seybold, 29 u. 129.

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— Inscription du cartouche de gauche (en or ou blanc sur fond noir):

Brachia non retrahunt fortes, neque purpura Reges,

Nam quicumque venit pulvere puluis erit.

Nascimur aequales, morimurque, aequaliter omnes,

Una ex Adam est mors, Christus et una salus.

 La source de cette inscription est un poème de Venance Fortunat, poète du VIe siècle : Livre IX, II. "A Chilpéric et à la reine Frédégonde ", transcription et traduction sur le site de Philippe Remacle.

Brachia non retrahunt fortes neque purpura reges: 
Vir quicumque venit pulvere, pulvis erit. 
Nascimur æquales, morimurque æqualiter omnes: 
Una ex Adam est mors, Christus et una salus. 
Diversa est merces, funus tamen omnibus unum, 
Infantes, juvenes, sic moriere senes. 
Ergo quid hinc facimus nunc te rogo, celsa potestas, 
Cum nihil auxilii possumus esse rei? 
Ploramus, gemimus, sed nec prodesse valemus: 
Luctus adest oculis, est neque fructus opis. 
Viscera torquentur, lacerantur corda tumultu, 
Sunt cari exstincti, flendo cadunt oculi.
 

Traduction : « Ni les bras des vaillants, ni la pourpre des rois ne sauraient les soustraire à cette fatalité. Qui vient de la poussière retournera en poussière. Nous naissons tous et mourons également. Une seule mort est d'Adam, du Christ un seul salut. La récompense diffère, mais la mort est une pour tous. Enfants, jeunes et vieux, tous y passent. Qu'avons-nous donc à faire, je vous le demande, grand roi, puisque nous ne pouvons absolument rien contre la loi commune? Nous pleurons, nous gémissons, et puis c'est tout. Nos larmes ne nous sont d'aucun fruit; nous n'avons à en attendre aucun secours.  Nos cœurs sont troublés, tourmentés, déchirés; nous perdons les êtres qui nous sont chers ; il ne nous reste qu'à les pleurer. »

Venance Fortunat, poète mérovingien qui ne fut évêque de Poitiers qu'à la fin de sa vie, fit les éloges de la reine Brunehaut et célébra son mariage avec Childebert Ier, roi de Metz, avant de louer les vertus de sa rivale, Frédégonde, concubine puis épouse de Chilpéric Ier. Ce dernier est mort assassiné en septembre 584, et Frédégonde est décédée en 597.  Le poème de Fortunat qui leur est dédié, composé de leur vivant, les exhorte à penser que l'homme n'est que poussière et fumée et leur adresse de pieuses recommandations. 

Hoefnagel a trouvé cette citation dans le florilège de poètes chrétiens publié par Fabricius chez Oporin en 1567, Venantius Fortunatus, De Vita Hominum,  De Communi omnium mortalite, ex Libro IX, col. 703-704, ce qui confirme la thèse de Joachim Jacoby 2010 exposée infra. Dans la version de Fabricius se trouve la leçon Nam quicumque différente de Vir quicumque du site de P. Remacle.

— Inscription du cartouche de droite (en or ou blanc sur fond noir) :

Je la déchiffre maladroitement ainsi :

Debemur terrae, sed corpora  Nostera ---

Nequaquam aeterna morte prememtur buno,

Vive memor mortis, sed cum spe divite vitae

Perpetis, illa pios post sua fata mane(n)t

La source de cette inscription est le volume intitulé Poematum sacrorum libri XV de Georg Fabricius, , Ioannes Oporinum, Basilae 1560. On y trouve deux livres des Militiae sacrae, et, dans le Livre I, qui se consacre à Adam, à Noé et à Abraham, un poème intitulé Sarae obitus. Ager emptus ab Hethitis in sepulchram page 395 Celui-ci renferme les vers suivants :

Debemur terrae ; sed corpora conditia terra,

Nequaquam aeterna nocte prementur humo

...dans lequels je reconnais le texte d'Hoefnagel. Mais les vers suivants du poème de Fabricius (Nam cadit in viridis flos sicut ianthinus aruo) ne correspondent plus, et je ne trouve pas la source de la suite de la citation d'Hoefnagel. (Vive memor mortis, ut sis memor et salutis se trouve dans Ausonius Ethica Chilonis Lacedaemonii. : "Vivez dans la pensée de la mort, si vous voulez penser à votre salut" ;  sua fata manent se trouve dans Virgile.

Cette citation est une nouvelle confirmation de l'importance de Fabricius comme source des inscriptions d' Hoefnagel.

 

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2°) REGISTRE INFÉRIEUR.

[Le texte lui-même est celui de la Messe des défunts 

Introitus. Requiem aeternam donaeis Domine : & lux perpetua luceat eis. Psalm. Te decet hymnus Deus in Sion, & tibi reddetur votum in Hierusalem : exaudi orationem meam, ad te omnis caro veniet. Requiem. M.N.R. Pro defunctis Episcopis seu Sacerdotibus. Oratio. Deus, qui inter apostolicos sacerdotes famulos tuos pontificali, seu sacerdotali fecisti dignitare vigere ; praesta, quaesumus : ut eorum quoque perpetuo aggregentur consortio. Per . Pro defunctis fratribus propinquis et benefactoribus. Oratio.]

 

— Sur les deux pelles entourant la tombe :

a)  Protinus ut moriar. 

b) Non ero terra, tuus.

Source : Ovide, Les Tristes, Livre IV Élégies 10 .

[4,10,130] protinus ut moriar, non ero, terra, tuus. 
siue fauore tuli, siue hanc ego carmine famam, 
iure tibi grates, candide lector, ago

[4,10,130]  « je dirai que, quand je mourrais à l'instant, je ne serais pas, ô terre, non, je ne serais pas ta proie. Que je doive ma réputation à la faveur ou au talent, reçois ici, lecteur bienveillant, le légitime hommage de ma reconnaissance. »

Il n'est pas inintéressant de comparer la situation de Hoefnagel, exilé par les événements religieux et politiques des pays-bas et d'Anvers, avec celle d'Ovide : les Tristes ont été écrits en 8 après J.-C., pendant son exil à Tomis, sur les bords du Pont-Euxin (aujourd'hui la mer Noire), dans l'actuelle Roumanie, après que le poète y ait été exilé par Auguste. Certes, Hoefnagel appartient au grand groupe des Néerlandais exilés, mais il est difficile de distinguer ce qui relève, dans cette famille de marchands, de la facilité à voyager et à utiliser un réseau de relations pour réussir, et de la réelle situation de son pays. Néanmoins, éloigné de sa ville natale, il devait entendre avec une singulière résonances les vers qui précèdent ceux qui figurent sur l'inscription et qui en expliquent le sens : 

"Si donc je vis encore, si je résiste à mes tortures, si je ne prends point en dégoût cette existence inquiète, c'est grâce à toi, ô ma muse, car c'est toi qui me consoles, qui calmes mon désespoir et qui soulages mes douleurs. Tu es mon guide, ma compagne fidèle ; tu m'arraches aux rives de l'Ister [4,10,120] pour m'élever jusqu'aux sommets heureux de l'Hélicon. C'est toi qui, par un rare privilège, m'as donné, pendant ma vie, cette célébrité que la renommée ne dispense qu'après la mort. L'envie, qui d'ordinaire se déchaîne contre les ouvrages contemporains, n'a encore déchiré de sa dent venimeuse aucun des miens ; car, dans ce siècle si fécond en grands poètes, la malignité publique ne m'a point encore dégradé du rang que je tiens parmi eux ; et quoique j'en reconnaisse plusieurs au-dessus de moi, on me dit pourtant leur égal, et je suis lu dans tout l'univers. Si les pressentiments des poètes ont quelque fondement, [4,10,130]  je dirai que, quand je mourrais à l'instant, je ne serais pas, ô terre, non, je ne serais pas ta proie."

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Inscription sur la "dalle tombale" :

GEORGIVS HOEFNAGLIVS ANTVERPIEN :
LIBRI HVIVS EXORNAT : / HIEROGLYPHICVS / INVENTOR ET FACTOR / GENIO MAGISTRO 

/ PRINCIPIO SINE PRINCIPIO / FAVENTE  OPVS INCEPTVM /  ANN  XXCII.

 FINE SINE FINE / IVVANT : FELIC : ABSOLVIT.

ANN : XC. 

 

Lecture de E. Chmelarz :

Georgius Hoefnaglius Antverpiensis, libri huius exornator hieroglyphicus, inventor et factor genio magistro, principio sine principio favente  opus inceptum anno XXCII  fine sine fine iuvante feliciter absolvit anno XC 

 

Traduction : "Joris Hoefnagel, décorateur de hiéroglyphe de ce livre, inventeur et créateur [genio magistro (1)] travail commencé sans début en [15]82 et terminé sans fin (2) en l'année [15]90" (3).

1) je ne sais comment traduire cela. La formule se retrouve dans l'Allégorie de l'amitié d'Abraham Ortelius et dans le titre de l'Archetypa studiaque : genius désigne en latin le génie propre à chaque homme, dieu particulier qui veillait sur lui (Gaffiot).

2) principio sine principio ...fine sine fine est une formule littéraire qui vaut moins par son sens que par le jeu de sonorités allitératives et d'allusions érudites qu'elle crée. Elle se retrouve ainsi sous la plume d'Orderic Vital  (XIe siècle), ou dans l'incipit de l'Apex Physicae , une encyclopédie latine du XIIe (Bnf lat. 15015) et alors intégrée dans une louange au Créateur : Gratio Deo primo sine principio, ultimo sine fine, qui fuit ante omnia et erit post omnia, eternus. Une version de la même œuvre (Londres, B.M. Harvey 4348 donne Gloria Deo principio sine principio, fine sine fine, qui fuit etc.. La formule finale était déjà utilisée par saint Augustin dans le dernier chapitre du livre XII de la Cité de Dieu, avec le même jeu de langage : "Ibi vacabimus et videbimus ; videbimus et amabimus ; amabimus et laudabimus ; ecce quod erit in fine sine fine"  (Là haut nous nous reposerons et nous verrons ; nous verrons et nous aimerons ; nous aimerons et nous louerons : et ainsi dans une fin sans fin ».

3) Sur le folio f.3 du Missale Romanum Hoefnagel a signé son travail par un monogramme où la lettre G est croisée par deux clous d'or sur les mots 1581 depingebatS. Killermann Die Miniaturen im Gebetbuche Albrechts V. von Bayern page 76 . Il signait et datait ainsi le début de son travail. Ici, avec la date 1590, il en signe la fin.

 

 

 

Inscription sur le bord de la dalle :

EX NOSTRIS ALIQUID SPIRET VOCALE SEPVLCHRIS / PRAESTITA PERPETVO QVOD SENEFACTA CANAT

Pour Bradley page 120 , ces vers seraient composés par Hoefnagel, mais le moteur de recherche semble les localiser dans les Poemata sacra, pars altera de Georg Fabricius publié à Bâle chez Oporin en 1567. Ils pourraient appartenir à cette séquence Te discant per nos etiam novisse nepotes, Et capiant studii praemia vistapii. E nostris aliquid spiret vocale sepulchris, Praestita perpetuo quod benefacta canat. Omnium in hoc uno versatur summa librorum, Caelestem toto corde timere patrem.

 Voir la discussion infra.

 

 

 

Missale Romanum, folio 637  Vienne, Österreichische Nationalbibliothek,  image  in Vignau-Wilberg (1969).

Missale Romanum, folio 637 Vienne, Österreichische Nationalbibliothek, image in Vignau-Wilberg (1969).

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3. Schriftmusterbuch de G. Bocksay folio 20. (1594-1598) Autoportrait de l'artiste en Hibou christique.

Description.

C'est dans cette miniature, composée par Hoefnagel autour d'un modèle de calligraphie tracé par Georg Bocksay, que nous retrouvons le Hibou confronté à la jalousie vindicative  de quatre autres oiseaux gravé par Dürer en 1506. Mais ici, le Hibou est clairement identifié à l'artiste, car il tient un caducée dont la verge est  un pinceau. C'est ce motif qui sera repris dans l'Allégorie de l'amitié entre Abraham Ortelius et Hoefnagel  avec la légende Ars neminem habet osorem nisi ignorantem, 

 

Ici, le hibou  est entouré directement par ce que j'identifie un peu rapidement comme une faisane et une perdrix, une huppe fasciée et une grue, ces quatre volatiles houspillant directement l'oiseau de nuit de leurs becs. Le hibou est posé sur le manche en T d'un perchoir (une pelle enfoncée dans la terre ?) au centre d'un arbre dont les branches servent d'appui aux autres oiseaux. Une couronne de lauriers est accroché au manche par un ruban, dont les longs brins terminés par des glands atteignent les branches environnantes ; il porte peut-être une inscription. Au pied de l'arbre, deux serpents gueule menaçante participent à la huée haineuse. A la périphérie, quatre autres oiseaux ont des attitudes plus neutres. Le Hibou semble ainsi un exemple de la victime innocente soumise en bouc émissaire au lynchage par un phénomène contagieux de consensus ou d'unanimité sacrificielle , comme dirait René Girard. 

https://archive.org/stream/secondrecensiono01cath#page/n7/mode/2up

https://archive.org/stream/secondrecensiono01cath#page/220/mode/2up

Le registre supérieur semble indépendant de la scène principale ; elle se résumerait à une ornementation dont l'évidemment central souligne une inscription, et dont les volutes latérales supportent deux compas enrubannés. Mais les bras de motif en joug passe en trompe-l'œil par de fausses fentes à travers la page, selon un procédé qu'affectionne Hoefnagel pour présenter, notamment, les tiges de ses spécimens botaniques. En outre, l'examen détaillé montre quatre joyaux, un fabuleux diamant serti en pointe, et trois pendentifs en goutte d'eau. Par les compas, instruments du dessinateur (et cartographe), Hoefnagel continue à signaler sa présence dans cette page.

Inscription.

Invidia virtute parta Gloria non invidia est.

- Traduction : « «La haine née de la vertu est la gloire, pas la haine »

-Source : Cicéron,  Premier Discours contre Catilina, XII.28. Cicéron, alors consul de Rome, a joué un rôle déterminant, lors de la Conjuration de Catilina, dans la condamnation à mort des conjurés. Il a exposé ses conceptions dans ses quatre Catilinaires. Ici, il se justifie de sa décision :   "A ces paroles sacrées de la patrie, et à ceux dont le sentiment les approuve, je réponds en peu de mots : Oui, si j'avais jugé, pères conscrits, que mettre à mort Catilina fût le meilleur parti prendre, je n'aurais pas laissé ce vil gladiateur vivre une heure de plus. Car si autrefois de grands hommes, d'illustres citoyens, bien loin de ternir leur gloire, se sont honorés par le meurtre de Saturninus, des Gracques, de Flaccus et de plusieurs autres, certes je ne devais pas craindre que le supplice de l'assassin impie de ses concitoyens attirât sur ma tête le ressentiment de la postérité. Et quand je serais certain de ne pas l'éviter, j'ai toujours pensé qu'une disgrâce méritée par le courage est moins une flétrissure qu'une gloire." http://www.mediterranees.net/histoire_romaine/catilina/ciceron/catilinaire1.html

Il est peu probable que Hoefnagel ait placé cette citation célèbre en raison de sa signification dans le contexte de la conjuration de Catilina. Il l'a plus volontiers choisie pour le sens qu'elle prend comme sentence isolée, conférant à la détermination face à l'adversité le statut d'une vertu.

Texte calligraphié par Bocksay.

 Le volume dit  "Schriftmusterbuch" ou "Livre de modèle de calligraphie" de 166 x 124 mm rassemble 127 folios sur vélin (dont 119 avec du texte),  qui ont d'abord reçu des textes calligraphiés par Georg Bocksay entre 1571 et 1573 pour l'empereur Maximilien II, puis qui ont été ornés à la gouache et aquarelle, or et argent par Joris Hoefnagel entre 1594 et 1598 pour l'empereur Rodolphe II. Chaque feuille est numérotée en haut à droite. Plusieurs  portentla signature et la datation par Bocskay et d'autres le monogramme et des datations par Hoefnagel , comme le folio 118 signé.opaque principalement avec l'argent et goudhogingen, parfois avec des traces d'un dessin à la plume d'argent comme pour le dessin. Hoefnagel également ajouté huit lames à qui toute sa main.

(Un autre Livre de modèle de même taille, le Mira calligraphiae, avait été  composé par Bocskay de 1561 à 1562 et décoré par Hoefnagel entre 1591 et 1596.)

Sur ce folio 20 se trouve le texte suivant :

Interrogavit Jesum unus ex Phariseis legis Doctor tentans eum. Magister quod est mandatum magnum in lege ? Magistrum vocat euius non vult esse discipulus Simplicissimus interrogator : et malignissimus insidiator : de magno mandato interrogat qui nec minimum observat. Ille enim debet et cet.

  Une recherche sur le net reconnaît partiellement le verset 22:35-36 de l'évangile selon Matthieu, mais la version de la Vulgate donne : et interrogavit eum unus ex eis legis doctor temptans eum 36 magister quod est mandatum magnum in lege La lecture Jesum unus ex Phariseis ne se trouve pas couramment et indique une source particulière.

La suite du texte est reconnue comme une citation de l'Homélie 42 de Jean Chrysostome . Jan Hus, théologien de Prague partisan de la Réforme, fait appel à cette citation dans l'un de ses sermons. Mais la version copiée par Bocksay ne permet pas d'étayer cette piste séduisante.

Pour trouver le texte exact, il faut ouvrir un Breviarum Romanum particulier : le Bréviaire du cardinal Quignon. La citation existe peut-être dans la première recension, mais le texte disponible en ligne, et qui la cite, est "The Second Recension of the Quignon's Breviary " édité par J.W. Legg en 1908 à Londres. Pour le 17ème Dimanche après la Pentecôte, le Bréviaire fait appel à l'Homélie selon saint Jean Chrysostome, Homelia Sancti Ioannis oris auri, et cite le texte que Bocksay a recopié (hormis Magistrum /Migistrum). L'édition que suit J.W. Legg est celle de Antoine Goin parue à Anvers en 1537, alors que cette seconde recension est parue en 1536. Mais la lecture Magistrum et non Migistrum indique que Bocksay a suivi une édition de 1538 (ou ult.), comme l'indique la note 7 de la page 221.

Jusqu'au  concile de Trente chaque diocèse avait ou pouvait avoir son propre Bréviaire. Dans un soucie de réforme et à la demande du pape Clément , l'espagnol franciscain Francisco Quiñones [ou Quignonez,  ou Quignon.], cardinal de Santa Croce in Gerusalemme a proposé une première recension du Bréviaire en 1535, suivi de la seconde en 1536 : approuvé par Clément VII et Paul III, et   principalement destiné à un usage privé, il a commencé à être utilisé dans de nombreuses maisons religieuses et plus de 100 éditions ont été imprimés entre 1536 et 1566 avant d'être aboli en 1568 par une Bulle de Pie V  et remplacé par le Breviarium Pianum. Néanmoins, il servit de forme le modèle pour la réforme encore plus approfondie faite en 1549 par l' Eglise d'Angleterre.

Dans ce Bréviaire,Quignon avait retranché le petit office de la Ste Vierge, les versets, répons et autres pièces de chant tardivement introduites, ainsi que les détails fabuleux ou hasardés des Vies de saints : ce bréviaire fut longtemps récité par les ecclésiastiques de France comme un véritable Bréviaire romain, malgré la critique qui en fut faite, en 1535, par la Faculté de théologie de Paris. Je note aussi dans mes lectures que Quiñones a toujours occupé une place de choix dans le Sacré Collège et a suivi de près le mouvement de la Réforme en Allemagne . Lorsque le pape Paul III a envisagé la réunion d'un Concile à Mantoue , il a envoyé (1536) le cardinal de la Sainte-Croix à l'empereur Ferdinand Ier , roi des Romains et de la Hongrie, pour promouvoir cette cause. 
On en déduit que Bocksay a suivi, en 1571-73, le Bréviaire Quignon dans une édition de 1538 ou postérieure, mais"interdit" depuis 1568.
Plus intéressant peut-être est le sens de ce texte : en effet, il montre le Christ confronté à l'hostilité des Pharisiens qui cherche à l'entraîner à la faute afin de le condamner. Les versets évangéliques sont ceux dits "du plus grand commandement" : "35 L'un d'entre eux, un enseignant de la Loi, voulut lui tendre un piège. Il lui demanda: 36 ---Maître, quel est, dans la Loi, le commandement le plus grand?"


On voit ainsi que Hoefnagel illustre le texte calligraphié en reprenant la gravure du Hibou de Dürer dans le sens d'une figure christique confronté à l'hostilité des Pharisiens. Mais, en se représentant lui-même en  Hibou Hermathena, il rend la lecture de l'image polysémique et énigmatique à la fois. On commence à bien s'amuser. Mais continuons la promenade.

 

 

 

 

 

 

 

Livre de Modèle, Vienne, folio 20, image copiée dans Emblematische Werke de T. Vignau-Willberg 1969

Livre de Modèle, Vienne, folio 20, image copiée dans Emblematische Werke de T. Vignau-Willberg 1969

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4. Grotesque inventaire n°1519.

 Le Département d'art graphique de l'Albertina de Vienne conserve une série de dix aquarelles sur papier brun préparé avec rehauts d'or de 17 x 13 cm environ (T. DaCosta Kaufmann 1985).

Cette peinture dépourvue d'inscription nous occupera moins, mais on y remarque non seulement le Hibou, mais aussi, malgré l'absence de  caducée, deux serpents affrontés enroulés autour de lances de tournois.

 

 

 

Hoefnagel, Grotesque, s.d. Albertina Vienne. Image copiée de l'Emblematische Werke de T. Vignau-Willberg.

Hoefnagel, Grotesque, s.d. Albertina Vienne. Image copiée de l'Emblematische Werke de T. Vignau-Willberg.

5. Allégorie de l'amitié envers Abraham Ortelius (1593).

Je consacre un article à cette Allégorie, qui date de 1593, mais elle reprend les motifs que nous venons d'étudier : Le Hibou ; le "caducée" autour d'un pinceau ; les branches d'olivier ; l'inscription Hermathena (dans le petit cartouche bleu central du bord inférieur) ; la formule G. Hoefnaglius D. genio duce ; les compas. Tout ce matériel est rassemblé pour ce qui s'avère, une nouvelle fois, être un autoportrait de l'artiste alors que son ami le cartographe Ortelius est présent par son livre (Theatrum orbis terrarum) et par le globe terrestre. 

 

https://rkd.nl/nl/explore/images/121325

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DISCUSSION.

Les cinq œuvres de Joris Hoefnagel comportant un Hibou et un caducée (ou équivalent) multiplient par leurs inscriptions, par leurs significations allégoriques, et par leurs références iconographiques, les possibilités d'interprétations, et les angles d'approches. Je dégagerai trois lignes de réflexion.

a) Hoefnagel, artiste jovial.

 . . La première réaction (et donc la bonne) face à ce hibou tenant son pinceau-caducée est l'amusement. Le détournement des sentencieux emblèmes et des attributs divins d'Hermès et d'Athéna en autoportrait d'un artiste-peintre relève autant de l'auto-dérision que du regard ironique porté sur la moraline des Emblemata. Le clou à tête large, doté des ailes d'Hermès comme un petit tutu et adopté en signature parlante du nom Hoef-Nagel relève aussi de l'esprit potache. La mise en scène de son propre enterrement en bordure du texte pieux de la Messe des défunts et de son Requiem  suppose une audace libertaire lorsque le Missel appartient à un Archiduc. De même, la formule genio duce retrouvé à deux reprises ici relève sans-doute de l'humour et se traduit par "sous la conduite de mon petit Génie". L'Amicitiae monumentum pour Ortelius associe son ami cartographe à ces jeux où se mêlent le rébus, l'énigme et l'allusion fine, mais autour du Hibou caducéophore, deux papillons prosternés ont remplacé les oiseaux hostiles et jaloux de Dürer.

  A cet humour des motifs répond la légèreté pétillante des formes, qui, inspirée par les Grotesques de la Maison Dorée, de Pompéi ou de ses collègues comme Clovio, dansent comme les pampres d'une vigne, tracent de larges sinuosités, multiplient les spirales d'un colimaçon  sans crainte du ridicule. L'artiste fait la fête, installe des guirlandes, des sabliers aux allures de lampions, accroche des pendeloques ou des perlouzes, de gros glands de passementerie. Comme quelqu'un l'a dit à propos de la musette, c'est "du champagne en intraveineuse", c'est viennois, c'est virtuose et rapide comme un violon tzigane, ou ample et délié comme la plume d'un calligraphe arabe. Hoefnagel a du engendrer Offenbach. Hoefnagel a du souffler à Niki de Saint Phalle les vers qu'on lui prête : "J’aime le rond. J’aime le rond, les courbes, l’ondulation, le monde est rond, le monde est un sein." 

 

b) Hoefnagel et la Patience stoïque face à l'adversité. 

L'une des premières œuvres d'Hoefnagel, faite à 27 ans, est un livre d'emblèmes de 24 dessins à la sanguine intitulées Traité de la Patience, Par Emblêmes Inventées et desinées par George Hoefnagel à Londres, L’an 1569. Il est conservé à la Bibliothèque Municipale de Rouen. Sur la page de titre est inscrit, en guise de devise, la formule NE SVTOR VLTRA CREPIDAM 1569. Selon Wikipédia, "D'après l'écrivain romain Pline l'Ancien (Histoire naturelle, 35-36), Apelle aurait dit : Sutor, ne supra crepidam (« Cordonnier, pas plus haut que la chaussure  ») ou Ne sutor ultra crepidam (« que le cordonnier ne juge pas au-delà de la chaussure ») à un cordonnier qui, après avoir critiqué dans un de ses tableaux une sandale, voulut juger du reste. Ce proverbe est à l'adresse de ceux qui veulent parler en connaisseurs de choses qui ne relèvent pas de leur compétence." On sait que le tableau (non conservé) le plus connu du peintre grec Apelle porte le titre de La Calomnie, et que Botticelli a peint La Calomnie d'Apelle en 1495 et Dürer en fit un dessin en 1521. 

En 1569, Hoefnagel était en Angleterre afin de s'éloigner d'Anvers, dont la situation politique et religieuse dans le cadre de la révolte contre la domination espagnole connaissait un regain de violence, notamment après la campagne iconoclaste des Protestants radicaux. Le jeune Hoefnagel, que ses parents destinaient au commerce, avait rejoint la communauté d'émigrés néerlandais, formée de marchands, d'artistes et de savants ; parmi ceux-ci, le négociant Johannes Radermacher, dont les sympathies avec la réforme étaient connues. Hoefnagel écrivit dans son Livre de l'Amitié un sonnet dont j'extrais ces deux vers : " Considérant le cours actuel de ces temps étonnants, la persévérance et la patience sont nécessaires de tous les côtés. Etant moi-même dans la même misère, j' ai pris cela aussi pour moi." Le titre du volume, Patientia, la devise d'Apelle, l'allusion indirecte à la Calomnie, et ces deux vers incitant à la Patience et la persévérance témoigne du fait que, dès sa jeunesse, face à une adversité qui le conduisit à l'exil, Hoefnagel adopta la philosophie néostoïcienne qui caractérisait les éléments modérés des éxilés néerlandais et prit le parti de subir les revers du sort patiemment, sans  désespérer des valeurs humanistes.

C'est dire que la figure du Christ confronté aux questions pièges des Pharisiens et, néanmoins, tendant la main au Docteur de la loi pour énoncer le plus grand Commandement, celui de l'Amour, et lui disant Fais ceci et tu vivras (Hoc fac et vives) pouvait le concerner. Ou qu'il pouvait s'émouvoir devant le Christ de douleur de Dürer, et devant le Hibou persécuté par les oiseaux, qui en était l'Allégorie. C'est dire aussi qu'il pouvait adhérer à l'espoir que la Sagesse, unie à l'Eloquence artistique, soit un instrument de pacification des esprits embrasés par les Guerres de Religion. C'est dire enfin que le vaste réseau de citations antiques ou de poètes latins chrétiens, d'emblèmes, de devises, d'épigrammes, que l'examen des cinq peintures au Hibou laisse deviner, derrière l'expression artistique claire et joyeuse d'Hoefnagel, une sagesse grave, armée de prudence, éprise de tolérance, et soucieuse de brassage des styles et des idées pour lutter contre le sectarisme de tout poil. Un état d'esprit qui l'amena à quitter la cour du duc de bavière Guillaume V et à se reconnaître dans "l'École de Prague" des artistes rudolfiniens de la trempe d'un Arcimboldo.

 

 

 

 

 

Joris Hoefnagel, page de titre de Patientia (1569), encre et aquarelle sur papier, copyright B.M. Rouen  , image scannée in Marissa Bass.

Joris Hoefnagel, page de titre de Patientia (1569), encre et aquarelle sur papier, copyright B.M. Rouen , image scannée in Marissa Bass.

c) Hoefnagel, amateur de poésie néolatine : humaniste ou religieux ?

Notre gai-luron se pique de poésie latine et place les vers de ses auteurs préférés comme une maîtresse de maison place des assiettes de petits fours dans son salon. On y déguste sur un cartouche Ovide, ou Venance Fortunat, ou Palingène, ou Fabricius qui pourtant ne lui ressemble guère. Ce dernier s'était donné comme règle d'expurger sa poésie sacrée de tout élément antique pré-chrétien. C'est bien le contraire pour Hoefnagel, qui, loin d'avoir ces scrupules, mêle en bon humaniste les deux cultures. Mais cette apparence est en partie trompeuse car J. Jacoby (2010) a montré que Hoefnagel a trouvé les citations de Fortunat dans un recueil de Fabricius. Je vais tenter de résumer son travail de détective :

d) Georg Fabricius, source scripturaire de Hoefnagel.

Georg Fabricius (ou Goldschmidt ; 1516-1571) était un poète, historien, et épigraphiste allemand protestant, surtout connu actuellement par son édition d'Horace (1555, 1571), ou par celle de  Terence (1548) et de Virgile (1551), ou encore pour son étude des inscriptions antiques romaines en 1549.  G. Fabricius fit ses études à Leipzig, il devint précepteur des frères Werthern et accompagna le plus âgé d'entre eux, Wolfgang, en Italie à partir de 1539 : ils séjournèrent d'abord à Padoue, puis à Ferrare, Bologne, Florence, Rome et Naples avant de revenir en Allemagne en 1543. Il publia en 1547 les différentes étapes de son voyage en Italie sous forme de lettres en vers, lettres datées de 1543-1544. Il publie aussi le résultat de son étude des antiquités de Rome en 1549, notamment une sélection d'inscriptions qui ont trait aux textes de loi ce qui constitue un moment important de l'histoire de l'épigraphie, mais aussi de la philologie juridique. Il devient en 1546 recteur du collège de St Afra à Meissen (Saxe), fonction qu'il occupe jusqu'à sa mort en 1571. Protestant, Fabricius connut Sturm et Melanchton. Sa confession protestante lui valut de voir son édition d'Horace mise à l'index à Rome en 1557, puis l'ensemble de son œuvre en 1559. Ses deux livres d'Hymnes parus en 1553, et réédités en 1560 et 1567 sous le titre Poematum sacrorum libri XV ou libri XXV, et son anthologie de la poésie latine chrétienne, Poëtarum veterum ecclesiasticorum opera Christiana , achevée à Bâle en 1562, ne sont plus cités que dans ses biographies. Il était né à Chemnitz en Saxe, d'où la mention chemniensis qui accompagne son nom. Selon son biographe, "il blâmait furieusement les poètes chrétiens qui avaient recours aux divinités du Parnasse" (Grand Dictionnaire Historique, 1740), et on imagine ce qu'il devait penser de l'Hermathena.

Dans son anthologie des poètes latins chrétiens, Fabricius propose 29 auteurs dont il donne la liste page 2, et dont il précise les dates pour 21 d'entre eux. Il s'agit d' Alcimus, Ambroisus, Amoenus, Arator, Columbanus, Cyprianus, Damasus, Dracontius, Drepanius, Venantius Fortunatus, Hilarius, Hymnographorum, Juvencius, Lactancius, Mamertus [erreur , Merobaudis, Paulinus consularis, Paulinus episcopi, Nolanus,  Prosperus, Prudentius, Rusticus, Sedulius, Tertullianus, Victorinus Afrus, Victorinus Pictaviensis, Victoris Massiliensis,

Fortunat y est désigné comme Venantii Honorii clementiani Fortunat, episcopi Pictaviensis, "Venance Honoré Clément Fortunat, évêque de Poitiers," avec la date de 570. Les poèmes qui lui sont attribués sont De partu virginis, De Christi Iesu beneficiia, De vita hominum, et De certaminibus et miraculis piorum.

 

Or, J.Jacoby a montré que, dans deux gravures de Sadeler dont le corpus des inscriptions a été conçu par Hoefnagel, celle de l'Adoration des Mages d'après Hans von Aachen et celle du Repos lors de la Fuite en Egypte d'après Bartholomaeus Sprangler (toutes les deux au Musée des Arts de Veste Coburg), les auteurs des inscriptions sont signalés : respectivement Aurelius Prudentius et Damasus. Commment Hoefnagel a-t-il eu accès à ces auteurs ? Par leurs manuscrits ? C'est peu probable. Les vers de Damasus choisi par Hoefnagel (In rebus tantis trina) ne figuraient, selon Maximilien Ihm qui a donné l'édition de Damasus en 1895,  que sur un seul manuscrit aujourd'hui perdu. Mais, selon Ihm,  l'édition princeps des poèmes de cet auteur a été donnée par Fabricius, dans son Poetarum veterum ecclesiasticorum de 1564 page 771-774. Effectivement, nous trouvons le poème De nomine Iesu page 774 : c'est un acrostiche et un téléstiche sur les lettres IESUS. En fait, Fabricius avait copié ce poème sur une copie de manuscrit que son imprimeur, Jean Oporin de Bâle, lui avait fourni. Ayant ainsi démontré que Hoefnagel avait pu avoir accès facilement à ce poème de Damasus, il restait à vérifier que celui de Aurelius Prudentius (O Nomen, praedulce mihi)  s'y trouvait également : c'était bien-sûr le cas, page (ou colonne) 173 sous le titre Apotheosis ; contra iudaeos, Christi in carnem adventum non concedentes.

Nota bene : le poème De nomine Iesu est attribué par M. Ihm au Pseudo-Damasus : Voir Carmina pseudodamasiana.

J. Jacoby a ensuite montré que les inscriptions de 12 gravures de Sadeler intitulées Salus Generis Humanis et dont les bordures ont été conçues par Hoefnagel, proviennent de citations des poèmes écrits soit par Fabricius en 1560 et 1567, soit par les auteurs que ce dernier a publié dans ses Poetarum veterum de 1564 : Prudentius, Tertullianus (Pseudo-Tertullien), Paulinus Nolanus (Paul de Nole)

J. Jacoby a retrouvé d'autres utilisations antérieures des publications de Fabricius par Hoefnagel, et en signale quelques exemples :

  •  La gravure Adoration des Bergers par Hans von Aachen (1558), citation Discite pauperiem...peregrina locum =  Fabricius 1560,p. 351.
  • Missale Romanum I, folio 310v, Crucifixion, citation Aspice caelorum dominum ...ad astram viam = Fabricius 1560 p. 537
  • Missale Romanum II, folio 318v : Evasit heros...benigno munere = Fabricius,1567,p.228 et De nostra victor...cecidit de Paulus de Nola, Fabricius 1564 col.821 

 

Autre exemple d'Hermathena, indirectement lié à Hofnagel : le Frontispice du Civitatis Orbis Terrarum

Le Civitatis Orbis Terrarum de Franz Hogenberg et Georg Braun contient une majorité de cartes et vues de villes qui ont été dressées par Hoefnagel ; participa-t-il à la conception des Frontispices ? la page de titre du volume I montrait Pallas Athena et sa chouette (un hibou) avec la mention ARCIUM INVENTRIX, "Fondatrice des Citadelles". Le frontispice du volume III montre sept personnages, Pax, Concordia, Opulencia, Iustitia, Securitas, Communitas et Obedientia. Pax emprunte ses attributs à Hermathena puisqu'elle est coiffée du hibou, et qu'elle tient le caducée ailé.

 

Civitatis Orbis Terrarum, vol. III, 1582,  http://digi.ub.uni-heidelberg.de/diglit/braun1582bd3/0002/image?sid=11160ced1a2fe7eae6831f77debfbf18

Civitatis Orbis Terrarum, vol. III, 1582, http://digi.ub.uni-heidelberg.de/diglit/braun1582bd3/0002/image?sid=11160ced1a2fe7eae6831f77debfbf18

 

 

ANNEXE :

 

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Selon Bradley, en 1578*, Hoefnagel rendit visite à Rome à l'enlumineur Giulio Clovio  (1478-1578), membre de la Maison du cardinal Alexandre Farnèse depuis 1530 et alors âgé de 80 ans. Il fut si séduit par le "Michel-Ange de l'enluminure" qu'il décida d'adopter son style. *Mais Clovio est décédé en janvier 1578.

Traduction libre du passage que Bradley consacre en 1891 au Missale Romanum :

https://archive.org/stream/cu31924008727020#page/n155/mode/2up

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"Il est, cependant, un contemporain de Giulio Clovio dont on peut dire qu'il a possédé toute la patience et la minutie ou  l'élaboration soignée du détail nécessaires pour faire de l'ombre à Clovio lui-même. Mais malheureusement, l'artiste en question est trop savant, trop plein de vanités pédantes d'être un peintre qui le dépasse. Il s'agit d'Hoefnagel. À la fois son nom et son  travail principal ont déjà été mentionnés plus tôt dans ce chapitre, et peut-être suffisamment  pour montrer son caractère en tant qu'artiste. L'histoire de sa vie est pleine d'intérêt et montre qu'il a été un homme tout à fait digne de l'amitié de ceux qui l'employait, qu'ils soient archiducs ou empereurs.

 " Son Missel, aussi, vaut un examen attentif et admiratif. Il s'agit d'un volume de taille extraordinaire. Son échelle peut être imaginée par le fait que le texte est copié pour une grande part de celui publié par Christophe Plantin à Anvers en 1570. Cette adoption du texte de Plantin était sans aucun doute un compliment à la fois à l'artiste et à l'imprimeur; car jusqu'à 1568 seul l'imprimeur du pape, Paolo Aldo Manuce, de Rome, avait le droit exclusif de publier le bréviaire et le missel autorisés par le Concile de Trente. Cette année là, Plantin avait passé un contrat avec lui par laquelle il s'engageait à lui céder le dixième des exemplaires de tous les bréviaires, etc., qu'il imprimait  afin de profiter aux Pays-Bas du privilège dont jouissent les Manuzio en Italie. Mais en 1570, Philippe II chargea Plantin de l'impression des livres liturgiques pour l'Espagne, et donc le libéra de l'obligation de verser la taxe  due à Manuzio. Philippe II avait déjà dépensé 21 200 florins pour les énormes dépenses de la grande Bible Polyglotte édité par Arias Montanus, et sur lequel ce savant travaillait de 1568 à 1572. Et ainsi  la commande pour ce Missel de 1570 jeta les bases de la prospérité future de la famille  Plantin-Moretus. Après 1572, des missels, des bréviaires, des calendriers, des psautiers, des Antiphonaires et des Offices de la Vierge, sous toutes leurs formes, sortirent par centaines de la célèbre imprimerie d'Anvers. Le texte de ce manuscrit de Vienne est par comparaison relativement pauvre. Il est composé de caractères latins gras, qui n'ont jamais moins d'un quart de pouce de hauteur, et chaque page est plus ou moins richement embellie avec des dessins de figures humaines, des animaux, des scènes de l'Écriture, et de volutes déroulées en ornementations complexes, le tout complété par la plus  microscopique précision.

   " Le lourd volume mesure 16 pouces par 11 [40 cm x 28 cm] , et est épais d'au moins 7 pouces [18 cm]. Le premier mot du titre est écrit en grosses lettres rouges rehaussées dor; la ligne suivante, un peu plus petite, est bleue. Vienne ensuite trois lignes en minuscules romaines d'environ un quart de pouce [0,6 cm] de couleur d'or et rouge. Les couleurs alternent à la fin, le dernier mot étant en capitales rouges. Il est écrit ceci: "Missale Romanum ex decreto sacrosancti Concilii Tridentini resti tutum Pii V. Pont. Max. Iussu editimi. Cum privilegio Oenoponti " . Les ornements se composent de volutes d'un genre mixte, avec quelques suggestions d'ordre architectural. Dans un cadre d'or en haut sont les mots "Patris Potentia." Le début de la Préface est entouré par des bordures très fantaisistes mais peu artistiques, exécutées un peu à la manière d'un amateur. L'ensemble de la conception, en effet, est dépourvue de toute idée d'unité.

 " Le motif est principalement pompéien, librement mêlé de Vanités modernes et tout son attirail, comme des filets de pêche et des lignes auxquelles des  poissons sont suspendus, poissons peints évidemment d'après le vivant; des agneaux gambadent sur de périlleuses corniches pompéiennes, et des bourses d'argent, ou des besaces de chasses, ornent les trophées merveilleuses dont les bordures sont composées. En haut est la tiare papale  dans une couronne de laurier, très finement dessinée et soigneusement finie. La tiare est admirablement exécutée, mais la coloration de la conception est, dans l'ensemble, timide et insatisfaisante. Des clefs et autres insignes traînent au milieu de feuilles de vigne, de branches de palmiers, des flûtes de Pan  et autres emblèmes de la Rome papale et païenne, avec un sublime mépris de toute congruence et avec un sens très libéral de la fonction de l'ornement symbolique. En avançant dans le liivre page après page, nous voyons que Hoefnagel améliore considérablement, tant en goût et habileté, mais nous sommes obligés de dire que son sens du dessin ornemental ou sa puissance en tant que coloriste n' atteint jamais ceux de Clovio.

   "Les décors sont souvent très jolis et de finition extrêmement délicate, mais ils sont si complètement incongrus que toute sympathie est souvent rendue impossible. Dans l'ensemble, peut-être, les ornements peuvent être décrits au mieux sur la base du style Pompéien, mais composés de toutes sortes d'objets appartenant à la vie moderne, des tasses, plats de service, livres, lampes, encensoirs, instruments de musique, bannières, de fumée ou de l'encens, des armes, des branches de laurier, des bijoux, des bouquets de légumes et plats de viandes, ou des groupes d'oiseaux et du gibier, des fusils, des pièges, bref tous les instruments ou objets concevables que la vie dans un château alpin au XVIe siècle pourraient présenter à l'acceptation infatigable et sans esprit critique de l'artiste complaisant. Le  goût enfantin d'Hoefnagel  pour peindre des objets familiers est pleinement encouragé. Ainsi le travail se développe et s'améliore à chaque étape. Les fruits sont délicieusement finis, et chaque objet délicat est finement et parfaitement exécuté. Les Ovales sont faits précisément dans la ligne et le contour, et sont lisses et soigné dans chaque touche. Les Lettrines et les encres sont bonnes, claires et magistrales. Avec les Rubriques apparaissent  des groupes d'insectes et d'animaux, qui sont de vrais études d'histoire naturelle. Avec  le calendrier, on trouve des pendentifs et des festons de diverses légumes de saison, mélangés avec des outils culinaires. Dans un endroit est une volaille prête à être rôtie, et un tas d'oignons  vraiment beaux attachés avec un nœud de soie violette. Le rose et le vert des oignons, pâle et tendre, sont suivis par la coloration plus brillante d'un bijou étincelant. Puis vient un douillet chat domestique  nous présentant son dos, mais en regardant au dessus de son épaule; puis des jouets , et, d'une exécution étonnamment polie, un gril en acier brillant avec sa  poignée dorée. La  bordure suivante a un plateau de backgammon, un collier de perles, un violon, et un singe dansant dans le costume de Polichinelle.

 "La qualité maîtresse de Hoefnagel est la propreté (neatness), mais son plus grand don est dans le symbolisme. De temps en temps ses connaissances classiques apparaissent dans les couplets latins ou dans la tournure d'une allégorie. Parmi d'autres objets décorant le calendrier de Mars se trouve un paon splendide, détaillé avec une adresse merveilleuse. En effet, dans ce travail  Hoefnagel forme un contraste parfait avec Mielich  - ce dernier étant aussi rapide et sommaire que le premier est scrupuleux et minutieux. Il est vrai que sa qualité primaire est l'aspect soigné. Mais au fur à mesure de l'avancement des travaux, la palette des couleurs devient plus douce et plus riche. Autour du titre du Proprium de Tempore sont peints de gros insectes et divers fruits. La première miniature orne le Dimanche de l'Avent, dans un ovale dans un cadre allongé noir.  Ici, les draperies sont faibles, mais la coloration assez bonne et les conseils acquis lors de la visite chez Clovio, sont sensiblement mis en pratique dans l'usage du pointillé pour le rendu des profondeurs et des  ombres.

"Le fol. 213 est celui du "Lion de la tribu de Juda," où deux figures - un homme et une femme - sont très doucement peints. Sur le  Fol. 329 se présente une des plus belles pages du volume. l'artiste a formé un pendentif formé d'une croix et camées pierreries, gris violet dans des cadres noirs et or. De chaque côté est un paon, dont l'un debout sur un château, des fenêtres duquel sort de la fumée. Une bannière qui flotte au-dessus porte le mot «vanitas». L'autre, où est une belle femme avec un carquois contenant des fruits, porte l'inscription «vanitas». Elle émerge à mi-taille, d'une coquille peinte pour représenter le monde. Les ailes de paon sont curieusement ocellées à l'extrémité. Toutes sortes de symboles de la vanité, - des masques, des bijoux, des colliers, des bulles, perles, - se déversent hors des deux mondes.

"Le Folio 538 v est occupé par une grande miniature de la Crucifixion, en dessous de laquelle est cette inscription:.. "Aspice coelorum Dominum et crucis aspice formam Et die jam meus est hic homo et ille deus. Crimina persolvit patiens mea fecit et alta. Verus homo atque Deus, rursus ad astra viam " Des textes de l'Écriture sur des tables ovales avec motifs noirs et des cadres dorés, sont placés de chaque côté de la miniature, comme «Foderunt manus meas, et pedes meos " (Ps. XXI.). Au dessus de l'image un cartouche bleu porte les mots "Sic Deus dilexit mundum." L'image elle-même semble avoir été inspirée par Clovio. Elle n' est pas seulement conçue dans son style, mais est exécutée dans sa manière. Dans son expression, elle lui est même supérieure. Un ange recueille le sang du flanc du Sauveur dans une coupe d'or ;  un autre prie. Un ange flottant dans l'air, de chaque côté, réconforte la victime. Saint Jean soutient la Vierge en pâmoison, tandis que Marie-Madeleine derrière, avec la main droite sur sa poitrine, enserre la croix avec la gauche. Des draperies sont finement pointillées, et, ici,  le drapé est satisfaisant.

  " Pour la «Missa contre paganos," fol. 136 v., se trouvent à gauche une fine statuette de marbre d'Apollon avec sa lyre , et à droite une autre de Diane avec son arc,  parfaite, impeccable et gracieuse. Dans l'élaboration intellectuelle (in the mental gifts)  Hoefnagel est supérieur à Clovio; dans l'utilisation de bon goût de l'architecture, il lui est inférieur, et inférieur à Mielich dans la conception, mais comme je l'ai dit, il le dépasse dans l'exécution minutieuse. Parfois, un grotesque, ou la sensualité de la conception fait objet d'une réaction de répulsion, comme dans le symbole de Sainte-Agathe, où l'exécution soignée et le réalisme horrible de les seins et le couteau trahissent le Néerlandais. Donc, dans la sainte Agnès - la pureté raffinée de la  jeune fille à la sainteté idéale est injuriée aux yeux du spectateur par le réalisme brute et délibéré  de la représentation.

  "Le fol. 27 de la quatrième partie représente un agneau immolé. Au pied, en assez petites lettres capitales ornementales : "Georgius Hoefnaglius Antwerpien. Libri huius exomat principio sine principio Hieroglyphicus, favet opus inceptii. Inventor et facteur. Ann. XXCII fine sine fine . Genio magistro iuvant. Felic. De absolvit. Ann. XC." Comme la plupart des inscriptions de Hoefnagel, il contient une certaine quantité de énigme. Sur le front de la dalle est un couplet, apparemment de sa propre composition: "Ex nostris aliquid spirat vocale sepulchris, Praestita perpetuo quod benefacta canat."

"La date de 1590 se trouve un  plus loin dans le volume, montrant que le travail, qui est progressivement daté à plusieurs autres endroits, a vraiment occupé les huit années de 1582 à 1590. Il constitue maintenant l'un des nombreux trésors précieux de la Bibliothèque impériale à Vienne. Alors qu'il l'achevait, outre le salaire annuel de huit cents florins, l'archiduc lui donna deux mille écus d'or, et lui a remis une chaîne d'or qui en vaut une centaine d'autres. Jamais sans-doute Clovio n'a reçu ces marques essentielles de satisfaction de quelque Farnèse que ce soit.

   "Hoefnagel a ensuite été employé par l'Empereur Rodolphe II, qui, comme lui, était un passionné d'histoire naturelle, et peu d' occupations pourraient être imaginées plus satisfaisantes que celle là pour un artiste chez qui l'observation quasi technique du réel était devenue une seconde nature. a mission était de rassembler systématiquement un ensemble de dessins de toutes sortes d'animaux, d' oiseaux, d'insectes, etc, dans chaque catégorie d'histoire naturelle. Cela a été accompli en quatre gros volumes, qui sont maintenant conservés dans la bibliothèque publique au Prague. La rémunération très libérale reçue par Hoefnagel pour ce travail lui a permis d'acheter une propriété dans ou près de Vienne, dans laquelle il prit sa retraite, et où il apparaît avoir passé le reste de sa vie à se consacrer à l'étude de la poésie latine. Il est mort en 1600. Comme rival de Clovio on ne peut guère lui attribuer plus qu'une position momentanée. Il est trop fantaisiste, trop plein de vanités allégoriques, trop soucieux de la signification spirituelle de ses créations. Sa connaissance imparfaite de l'architecture classique est gâchée par des importations dans le pire mauvais goût de la Renaissance. Ses volutes sont souvent moins supportables que les structures impossibles de grotesque pompéien, et les dessins de troisième ordre de modélisateurs du Cinquecento. Mais, autant que cela puisse être possible, tout est racheté par le trait patient, fidèle, et parfait du crayon, et par la délicatesse tendre et la pureté scrupuleuse de sa coloris. Il ne est pas toujours doux, mais il ne est jamais négligé. Hoefnagel peut très bien être considéré pour ses propres mérites sans avoir à le placer été en rivalité inutile et infructueuse avec tout autre miniaturiste."

 .

SOURCE ET LIENS.

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Published by jean-yves cordier - dans histoire entomologie - Hoefnagel
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26 février 2015 4 26 /02 /février /2015 15:06

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Rottemburg :

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Goettingen animalbase : base de donnée : http://www.animalbase.uni-goettingen.de/zooweb/servlet/AnimalBase/search

Butterflies of America : http://butterfliesofamerica.com/polyommatus_icarus.htm

Références Bibliographiques en taxonomie : http://butterfliesofamerica.com/US-Can-Cat.htm

Bestimmungshilfe für die in Europa nachgewiesenen Schmetterlingsarten :http://www.lepiforum.de/

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Published by jean-yves cordier - dans histoire entomologie
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22 février 2015 7 22 /02 /février /2015 09:27

Enquête sur le nom de la plante Belladonna (Atropa belladonna L.1753) et Belle-Dame.

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"Etymonline est un ouvre-boîte, un labyrinthe imaginaire avec de vrais minotaures à l'intérieur, mon roman jamais écrit, fragmenté en mots et disposé selon l'ordre alphabétique." (Douglas Harper)

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D'où vient le nom botanique latin belladonna ? Et notre nom Belladone ?

Jusqu'à présent, j'avais cru les nombreux auteurs qui affirmaient que ce nom venait de l'italien bella donna, "Belle-Dame", nom donné à la Renaissance parce que les Italiennes utilisaient un collyre de Belladone pour élargir leurs pupilles, ou une pommade pour embellir leur visage. J'avais d'autant plus de raison de le croire que le nom vernaculaire du papillon Vanessa cardui, la "Belle-Dame" (1762) provient de l'anglais The Painted-Lady ("La femme maquillée") attribué par Petiver en 1699 par traduction d'un nom latin plus ancien bella donna.

Or je constate aujourd'hui que cette étymologie n'est pas fondée. Le nom fut d'abord mentionné par Pierre André Matthioli en 1566, puis créé comme nom botanique par Charles de l'Escluse (Clusius) en 1583, mais l'explication de ce nom n'apparait qu'un siècle plus tard, rapportée, pour interpréter ce nom, par les botanistes anglais du XVIIe siècle (et J. Parkinson 1640 et J. Ray 1660). Ce sont ces derniers qui ont publié une étymologie orale et populaire plus ancienne, en la justifiant médicalement par un effet supposé de pâleur du visage, critère d'élégance féminine. C'est John Ray qui, le premier, constata l'effet de dilatation pupillaire de la plante, ce qui exclut que les Italiennes se soit servies de cette plante comme mydriatique au XV ou XVIe siècle.

Il est toujours pénible de déconstruire les mythes.

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I. L'ÉTYMOLOGIE TRADITIONNELLE ENCORE VIVANTE.

A. Le Littré 1880.

Dictionnaire de la Langue Française d'Émile Littré 1880 :

"— belladone (bèl-la-do-n') s. f. Plante vénéneuse de la famille des solanées, dont le nom spécifique est la belladone commune. ÉTYMOLOGIE Belladonna, de bella, belle, et donna, dame, les Italiens s'en servant pour faire du fard. "

B. Wikipédia 2015.

La plupart des auteurs d'encyclopédies ou d'ouvrages botaniques, homéopathiques (Hanhnemann a créé le remède Belladonna en 1799) ou généraux mentionnent l'étymologie du nom belladonna comme liée à la coquetterie des femmes italiennes, mais aucun ne cite ses sources. Il suffit de consulter (20 février 2015) l'encyclopédie Wikipédia pour trouver :


— Wikipédia (en) : « The name "belladonna" comes from the Italian language, meaning "beautiful lady"; originating either from its usage as cosmetic for the face or, more probably, from its usage to increase the pupil size in women. »

— Wikipédia (Fr.) : « Poison mortel, la belladone fut aussi utilisée pour parfaire la beauté des femmes de la Renaissance. Les Italiennes élégantes appliquaient sur leurs yeux une pommade à base de belladone qui avait pour effet de dilater leurs pupilles et de leur donner de profonds yeux noirs. D'où l'expression belladonne, c'est-à-dire « belle femme » en italien. La dilatation de la pupille est l'une des manifestations de l'excitation sexuelle et de l'admiration désirante [citation nécessaire]. La belladone faisait aussi légèrement loucher, ce qui, à l'époque, était caractéristique de la beauté (cf. l'expression « avoir une coquetterie dans l'œil »). »

.

II. L'ÉTYMOLOGIE SELON LES LEXICOGRAPHES.

A. Wiktionary.

http://en.wiktionary.org/wiki/belladonna

"From Italian bella donna (literally “beautiful lady”), altered by folk etymology from Medieval Latin bladona (“nightshade”), from Gaulish *blātōnā, blātunā, from Proto-Celtic *blātus (“flower”), from Proto-Indo-European*bʰḷh₃tus, from *bʰleh₃- (“blossom, flower”). The folk etymology was motivated by the cosmetic use of nightshade for dilating the eyes."

-Traduction : "De l'italien bella donna (littéralement " belle dame " ), modifié par l'étymologie populaire du latin médiéval bladona ( " morelle " ), du gaulois * blātōnā , blātunā , du Proto-celtique * blātus ( " fleur " ), du proto-indo- européenne * bʰḷh₃tus , de * bʰleh₃- ( " fleur, fleur " ). L'étymologie populaire a été motivée par l'utilisation cosmétique de la Belladone pour dilater les yeux."

.

B. Online Etymology Dictionary (© 2001-2014 Douglas Harper)

— belladonna (n.) 1590s, "deadly nightshade" (Atropa belladonna), from Italian, literally "fair lady;" the plant so called supposedly because women made cosmetic eye-drops from its juice (an 18c. explanation; atropic acid, found in the plant, has a well-known property of dilating the pupils) or because it was used to poison beautiful women. Perhaps a folk etymology alteration; Gamillscheg suggests ultimately of Gaulish origin.

— Traduction : belladone (n.) 1590, "belladone" ( Atropa belladonna ), de l'italien, littéralement «belle dame»; la plante dite supposément parce que les femmes ont fait collyres cosmétiques de son jus (une explication 18c;. l'acide atropique, a trouvé dans la plante, a la propriété bien connue de dilater les pupilles) ou parce qu'il a été utilisé pour empoisonner les jolies femmes. Peut-être une étymologie populaire altèrée; Gamillscheg suggère finalement une origine gauloise.

— Commentaire : La notice de Douglas Harper (un auteur qu'il faut saluer) est excellente. Ernst Gammilscheg (1887-1971) est un linguiste et romaniste de l'université de Tübingen auteur d'un Dictionnaire étymologique de la langue française , deux volumes, Heidelberg 1926-1929 (2e, édition révisée de 1966 à 1969), ce qui indique que la compréhension approfondie du terme est assez récente.

.

C. Dictionnaire Historique de la langue française Robert, 1992.

"BELLADONE n. f. est la francisation de belladonna (1602), emprunt à l’italien belladonna, attesté en botanique chez Mattioli (1500-1577) et peut- être de même origine que le latin médiéval bladonna (VIIIe-XIe s.), adapté en moyen français sous la forme bladone (XVe s) . Belladonna serait peut-être l’adaptation d’un mot gaulois venant des dialectes alpins qui maintiennent le groupe -bl-, et passé dans les dialectes du Nord qui l’évitent et ont créé la forme beladona ; celle-ci a été adaptée en belladonna « belle dame » (de bella, féminin de bello, correspondant à beau, et donna, correspondant à dame) peut-être en raison du fard que les Italiens en tiraient. Le mot désigne une espèce de plante de la famille des solanées, aussi appelée belle dame, dont toutes les parties contiennent un poison violent."

Cet article énonce clairement ce qui va être présenté par le CNRTL avec les abréviations, mais avec toutes les sources et précisions nécessaires.

.

D. Trésor de la Langue Française CNRTL.

http://www.cnrtl.fr/definition/belladone

« Prononc. et Orth. : [bεl(l)adɔn]. Passy 1914 et Warn. 1968 transcrivent le mot par [ll] géminées (cf. aussi Land. 1834,Fél. 1851, Littré et DG). Barbeau-Rodhe 1930 et Pt Lar. 1968 transcrivent [l] simple. Pt Rob. donne d'une part la possibilité de prononcer [l] et [e] fermé d'autre part de prononcer [ll] et [ε] ouvert à la 1re syll. Ac. 1798 enregistre bella-dona ou belle-dame; Ac. 1835 bella-dona ou plus ordinairement balladone; Ac. 1878 et 1932 belladone en soulignant : ,,on la nomme aussi belle-dame``. Cf. aussi Besch. 1845 qui donne parallèlement belladone, belladona ou belle-dame; Lar. 20e note s.v. belladone : ,,on l'appelle aussi belle-dame, morelle furieuse``; Rob. note s.v. belladone : ,,appelée vulgairement belle-dame``. Le reste des dict. emploie la vedette belladone (Lar. 19e et Nouv. Lar. ill. signalent : ,,on écrit aussi belladone``) et c'est s.v. belle-dame (terme d'entomol.) que la majorité d'entre eux ajoute : nom vulgaire de la belladone et de l'arroche des jardins. Étymol. et Hist. I. xves. bladone bot. « molène » (Le Grant Herbier, n°475, Camus dans Gdf. Compl. : Tapsus barbatus, tapse barbé ... Aucuns l'appellent queue de leu; l'en l'appelle flosmon et bladone). II. 1602 belladonna « espèce de solanée vénéneuse » (A. Colin, Hist. des drogues, trad. de l'Escluse, 540 [Lyon] dans Quem. : L'autre espèce de Nicotiane à [sic] les feuilles un peu plus petites, ressemblant fort au Solane, qu'on appelle communement Belladonna). I adaptation du lat. médiév. bladon(n)a, bot. « Verbascum Thapsus L.; molène commune » peut-être l'orig. gaul. (Gamillscheg dans Z. rom. Philol., t. 40, p. 136), la forme bladonna est attestée aux VIIIe-XIe s. (Glossae latino theodiscae, III, 105, 1, ibid., 1501, 2). II empr. à l'ital. belladonna (Kohlm, p. 32) attesté comme terme de bot. dep. av. 1577 (P. Mattioli [1500-1577] 2, 1131 dans Batt.), peut-être de même orig. que I, c.-à-d. adaptation du gaul. (Devoto; Migl.-Duro; Devoto-Oli) passé des dial. alpins qui maintiennent le groupe bl-, dans les dial. du Nord qui l'évitent et ont ainsi créé la forme *beladona adaptée par voie pop. en toscan en bella donna, littéralement « belle dame » peut-être en raison de l'espèce de fard que les Ital. en tiraient autrefois [La forme belladone ne se trouve pas dans la 1re éd. du Dict. des drogues simples,1698 (3e éd. 1733) de Nicolas Lemery comme l'indique le Lar. Lang. Fr., cf. Tolmer (ds Fr. mod., t. 14, p. 295) qui relève dans l'ouvrage de Lemery la forme belladona et non belladone; cf. aussi Trév. 1752, s.v. belle-dame, v. ce mot]."

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− Colonna (P.). Au jardin des plantes. Vie Lang. 1952, p. 372.

− Hope 1971, p. 356.

− Quem. 2es. t. 1 1970, p. 7 [Cr. Arveiller (R.). R. Ling. rom.1971, t. 35, p. 215].

− Quillet Méd. 1965."

La référence compléte de Gammillscheg est GAMMILSCHEG (Ernst), 1920, "belle-dame", "Französische Etymologien", Zeitschrift für romanische Philologie, t.40 p. 135-136; elle est consultable sur gallica :

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k15890c/f145.image.langEN

III. RECHERCHE BIBLIOGRAPHIQUE ET ICONOGRAPHIQUE DE LA BELLA DONNA DANS LES PREMIÈRES FLORES.

A) Une synthèse universitaire par Daunay et Laterrot 2007-2008

a) DAUNAY (Marie-Christine) LATERROT ( Henri), 2008, "Iconography and History of Solanaceae: Antiquity to the 17th Century" Horticultural Reviews, Volume 34,

http://www.hort.purdue.edu/newcrop/pdfs/c01.pdf

b) DAUNAY (Marie-Christine) LATERROT ( Henri) JANICK (Jules) , 2007,,"Iconography of the Solanaceae from Antiquity to the XVIIth Century: a Rich Source of Information on Genetic Diversity and Uses", VIth International Solanaceae Conference Eds.: D.M. Spooner et al. Acta Hort. 745, ISHS 2007

http://hort.purdue.edu/newcrop/actahort745.pdf

Traduction au péril de mon incompétence (on vérifiera la source) :

"L' espèce très toxique Atropa belladonna est souvent désignés comme '' la belladone ''. C' est une plante vivace, un arbuste herbacée qui est une source riche d'alcaloïdes. Les racines, les feuilles et les graines sont toxiques pour les humains.

1°) Premieres descriptions.

"— Théophraste décrit une plante nommée Morion qui aurait pu être Atropa belladonna, et la question a longtemps été débattue entre les herboristes plus tard. Selon Heiser (1969), la description de l'apparence et le comportement des ménades (les préposés de de nymphes) des orgies dionysiaques suggère que la belladone a été mélangée dans le vin lors des Bacchanales.

— La première image trouvée de Belladone est le folio 237 du précieux manuscrit Horae ad Usum Romanum, également connu comme Grandes Heures d'Anne de Bretagne (MSS Res. 9474 latine), daté de ca. 1503-1508.

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b52500984v/f482.item

Bien que la licence artistique produise des calices rougeâtres (et non vert) et seulement de globuleux fruits mûrs verts et plat (au lieu de fruits noirs mûrs caractéristique globulaires), la branche peinte est facilement reconnu comme la belladone (nommé Barsines dans le vieux français de l'époque) avec ses feuilles entières, ses fleurs rougeâtres en forme de cloche, et le grand calice étoilé encadrant le fruit."

 Belladonna in Horae ad Usum Romanum (Grandes Heures d’Anne de Bretagne), folio 237, 1503–1508. http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b52500984v/f482.item

Belladonna in Horae ad Usum Romanum (Grandes Heures d’Anne de Bretagne), folio 237, 1503–1508. http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b52500984v/f482.item

 

"— Une image plus botaniquement exacte est celle du  Codex Vienne 11 121   de Fuchs,  daté de 1536-1541 dans le  folio 535, qui affiche une plante nommée Mandragora Morion Dollkraut avec une grande feuille à la base avec, presque entre les nœuds, des fleurs en forme de cloche solitaires et rougeâtres, et de nombreux fruits verts ou noirs attachés à de longs pédoncules et encadrés par un grand calice.  La gravure sur bois de Fuchs 1543 (folio 395), nommé Dollkraut, est la même mais en sens inverse et sans grande feuille (Fig. 1.4). Elle a été utilisée par Dodoens (1553), à nouveau inversée.

— Des plantes du même type sont présentes dans l' Herbier (Herbal) de Oellinger (1553, folio 346) avec le nom de Solanum somniferum et léthale et dans Il Teatro della Natura d'Aldrovandi (seconde moitié du 16ème siècle, vol. 5-2, folio 195)  avec plusieurs noms, y compris Mandragora Theo, Solatron léthale, et Solanum manicum.

— Dodoens (1553, 1557) répète l'image 1543 de Fuchs (inversée), Lonicer (1587) affiche un dessin très brut et Matthioli (1579) illustre une plante assez raide portant les caractéristiques de la belladone. Cette gravure sur bois a été utilisé à nouveau par Bauhin (éd. 1707). Lobel (1576b), Clusius (1601), Dodoens (1608), Gérard (1633), et  Parkinson (1640) ont utilisé une autre gravure sur bois [cf. Parkinson infra] affichant les caractéristiques des fleurs et des fruits avec leur grand calice en forme d'étoile."

2°). Les noms.

"Les noms identifiant les dessins de la belladone aux 16ème et 17ème siècles sont extrêmement divers. Ils comprennent Solanum léthale, S. hypnoticon, S. soporiferum, S. furiosum, Solatrum mortale, Solatrum léthale, Mandragoras Theophrasti, Morion (latin); Seukraut, Dollwurtz, Dollkraut, Schlafbeeren (haut allemand); Groote nascaye, Dulcruyd, Dulle Besien, Schlaaffkraut, Dollkraut (bas allemand); Dwale, deadly nightshade , Greate Morelle (anglais); Solanum dormitif, Solanu mortel, Morelle marine  (français); Acarreadora de sueno, Yerva mora maire (espagnol); et Belladona Italorum, Solatro marino (italien). L'origine du mot belladone, maintenant utilisé comme épithète, est controversée. Une explication intéressante était la croyance que le jus, lorsqu'il est utilisé sous forme de gouttes placées dans les yeux des dames, a provoqué l'élargissement de la pupille, leur donnant un regard rêveur et hypnotique pensé pour être très attrayant pour les hommes. Le nom générique moderne, Atropa, se réfère au sort grecque Atropos qui a coupé le fil de la vie. En nommant la plante Atropa belladonna, Linnaeus capturé l'essentiel de la plante."

3°) utilisations.

"Fuchs (1543) met en garde sur la nature toxique de la plante. Selon Dodoens (1557), les feuilles et les fruits de la plante sont froids à la quatrième année et ont été utilisés en applications externes contre toute forme d'inflammation. Mais il contre-indique  l'usage par voie interne, parce qu'il induisait  le sommeil profond, la rage (colère), et même la mort, et  Dodoens met en garde contre le fait de la planter dans n' importe quel jardin étant donné ses fruits attractifs (en particulier aux enfants) et ses effets dangereux. Les utilisations de la belladone dans la sorcellerie ne sont pas évoqués dans les Flores médicales de la Renaissance, mais selon Hansen (1978), cette espèce entrait dans le cadre des préparations des sorcières. L'hyoscyamine, le principal alcaloïde présent dans la plante, avec quelques autres, comme l'hyoscine, l'atropine, et la belladonnine, sont responsables des propriétés pharmaceutique et psychotropes de la plante  (Evans, 1979). "

4°) Conclusion.

"Les images de  Belladonna  se trouvent dans les Flores médicinales beaucoup plus tard que celles de la mandragore et jusquiame, et cela peut éventuellement s'expliquer par la confusion avec d'autres solanacées  induisant le sommeil. Cet effet vraiment malveillant de la Solanacées est particulièrement dangereux pour les enfants en raison de ses fruits noirs et doux brillantes attrayants, qui sont mortels. Belladonna est également fatale à de nombreux animaux domestiques et le bétail, bien que les lapins, les oiseaux et les cerfs ne semblent pas être affectés. L'atropine est encore utilisée par les ophtalmologues pour dilater les yeux et est utilisée comme un antidote dans les intoxications aux organo-phosphorés et aux carbamates."

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B. Ma propre enquête : origine du nom et de l'étymologie populaire de la Belladone.

La plupart des auteurs mentionnent l'étymologie du nom belladona comme liée à la coquetterie des femmes italiennes, mais aucun ne cite ses sources.Je les ai donc recherché. En résumé, Matthioli en 1566 puis Clusius en 1583 citent ce nom en usage en Italie pour désigner leur Solanum maius ou Solanum lethale, mais il faut attendre J. Parkinson en 1640 pour rapporter ce nom à un usage esthétique, non pas comme mydriatique, mais comme vasoconstricteur pour conférer aux dames la paleur de teint qui était alors recherchée.

a) Fausse piste ? : la Blandone du Grant Herbier.

 Le Trésor de la Langue Française me renvoie à la consultation du Grant Herbier (1486-1488), dans lequel je finis par trouver le paragraphe  De Tapso Barbato ou Tapse barbé :

Tapsus barbatus taple barbe cest une herbe commune qui a les feuilles velues et porte une branche longue dont on fait ung brandon ardent quant on l'engrasse. Aulcuns l'appellent queue de louv. On l'appelle flosmon et blandone et argimon. Elle est froide et seiche et en est de deux manières la masle et femelle. La femelle est plus grant et a plus grant feuilles et aussi est la meilleure. Chaudiement fait de vin ou ceste herbe ara cuit vault contre les emorroides. A ce vault aussi a essuyer fondement de ces feuilles quant on lesuve hors. Petit baing fait en l'eaue ou elle a esté cuite valt contre esprainson et flux de ventre.

La pouldre de ces feuilles mise sus chancres il vault moult. Pour chasser les poissons d'ung lieu soient ses feuilles mises dedens l'eaue et pour l'amertume il s'en suiront. Celle qui a petites feuilles il vault aussi. Contre les petis et menus vers du ventre soient fais petis torteaux de farine avec les feuilles du petit tapse barbe et soient donnés a mengier.

Comme on le constate, on ne trouve ici aucune description d'effets mydriatiques et d'aucun usage esthétique ou cosmétique de cette Blandone. Normal, la plante qui est décrite ici est le Bouillon-Blanc ou Molène, et elle n'intervient ici que parce que son nom, passé en Italie et déformé de Bladone en Beladone puis appliqué à une Solanacée, va favoriser le développement de l'étymologie populaire.

En France, cette Solanacée est alors connue sous le nom de Barsin ou Barsines (bien que la seule mention de ce nom soit celle des Grandes Heures d'Anne de Bretagne, à ma connaissance), et/ ?/puis  sous le nom de Morelle (de maurella, de Maure, "noir"), mais en 1602 est mentionnée la belladonna « espèce de solanée vénéneuse » (A. Colin, Hist. des drogues, trad. de l'Escluse, 540 [Lyon].

 L'introduction du nom belladonna a été attribué au botaniste italien Petrus Andreas Matthioli (1500-1570) mais c'est dit-on le botaniste flamand Charles de l'Escluse, Carolus Clusius (1526-1609 qui l'utilisa le premier en nom de genre (?).

b) 1566 et 1572 : Matthiolus, Commentaires : Le Grand Solanum ou Herba Bella donna.

Pierandrea Mattioli, 1566 Commentarius : Ces Commentaires seront traduit en français en 1572 par Antoine du Pinet. Les commentaires sur les six livres des Simples de Pedacius Dioscoride Anazarbeen :

Chap. 69 page 401 : "Solanum quintum, sive Solatrum maius : François, Solatrum dormitif commun ; Italiens, Herba bella Donna.Le grand Solanum (ou Solatrum) pousse dans les montagnes, a les feuilles plus grandes que la morelle, ...de ces fleurs sortent des perles ...lesquelles sont encloses en petits boutons, qui sont détaillés à mode d'étoile. Ces perles deviennent noires à leur maturité,prenant la grosseur d'un grain de raisin & ayant leur peau de dessus luisante. Elles sont remplies d'un jus vineux, ensemble de force petite graine. Sa racine est longue, grosse, blanchâtre, et succulente.[...] Appliquée au dehors, elle est bonne aux érysipèles, et feu Sainct-Antoine. Ses feuilles broyées résolvent les apostumes chaudes de yeux & paupière, et apaisent la douleur."

On voit qu'aucun usage cosmétique n'est connu alors.

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c) Carolus Clusius 1583 et 1601 : Solanum lethale ou (vulgus) Bella donna. 

—Caroli Clusii ... Rariorum aliquot stirpium, per Pannoniam, Austriam page 503

 

— Carolus Clusius Plantarum Historia 1601 page 85-86

 

"Solani porro genu illud quod lethale vocant, & Theophrasti Mandragoras esse, a quibusdam non inepté forté censetur, apud vulgus Italorum Bella donna nomen obtinuit apud Germanos Dollwurtz & Dollkraut, apud Belgas grootenascape & Dulce besien : multis Pannoniae & Austriae silvolsis montibus sponte provenit : nusqueam vero frequentius unquam videre memini, quam in silva illa Zollonok III. Dn de Batthyan urbi vicina, rumulo quodam, qui ab urbe circiter germanicum miliare abest. "

Nota bene : Charles de l'Escluse avait traduit, avec une révision, en 1557 en français sous le titre Histoire des plantes le Cruydeboeck en flamand de son ami et collègue Rempert Dodoens paru en 1554. Dans cet ouvrage, paru avant celui de Matthioli, la notice sur Solanum lethale cite les noms en haut et bas allemand, le nom français Solanum mortel, mais ne comporte pas le nom italien Bella donna. Voir L'Histoire des plantes, Rembert Dodoens traduit par Charles de l'Escluse, de l'Imprimerie de Iean Loë, 1557 - 584 pages, Chap. XC Lib. 3 page 303 . Voir aussi le chapitre 87 du Cruyseboeck :folio 478 et folio 479 :

http://caliban.mpiz-koeln.mpg.de/dodoens_3/high/00471.jpg

http://caliban.mpiz-koeln.mpg.de/dodoens_3/high/00472.jpg

...et la transcription du texte de Dodoens:

http://leesmaar.nl/cruijdeboeck/deel3/capitel087.htm

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Figue. 1.5. Belladonna, Aldrovandi, Il Teatro della Natura, vol. 5-2, folio 195, 16ème siècle (de moitié 2d). Source: www.filosofia.unibo.it/aldrovandi. Copyright: Bologne, Bibliothèque de l'Université
 
Bella donna, Clusius page LXXXij https://archive.org/stream/mobot31753000810538#page/lxxxvi/mode/2up

Bella donna, Clusius page LXXXij https://archive.org/stream/mobot31753000810538#page/lxxxvi/mode/2up

d) Rempert Dodoens, 1583, Stirpium historiae pemptades sex.

Chapitre XXVIII De solano lethale : "...Italis ac Venetis Bella dona."

https://books.google.fr/books?id=YaJDAAAAcAAJ&pg=PA456&lpg=PA456&dq=%22solanum+lethale%22+%22+historiae+pemptades+sex%22&source=bl&ots=QGiJBOe3Qq&sig=poCXjIoN3u_Jw3DmZCMhHKMKMCw&hl=fr&sa=X&ei=ylbsVKH_Epbjaoy5gYAM&ved=0CCEQ6AEwAA#v=onepage&q=%22solanum%20lethale%22%20%22%20historiae%20pemptades%20sex%22&f=false

e) John Gérard  1597 Herball, Or General Historie of Plants.

The Herball est une traduction-adaptation en anglais du Stirpium historiae pemptades sex de Rempert Dodoens (1583) par John Gerard (1545-1612). Les 1800 (ou 2100) gravures sur bois sont prises dans leur majorité (à l'exception de 16 d'entre elles) du  Eicones plantarum (1590) de Jacob Theodorus Tabernaemontanus.

 

Chap. 51 page 259 . Of Sleepy Nightshade Solanum Lethale Dwale, or deadly Nightshade.

http://caliban.mpipz.mpg.de/gerarde/gerarde_herball.pdf

"The names

"It is called of Dioscorides, [illegible]: of Theophrastus, [illegible]: of the Latins, Solanum somniferum, or sleeping Nightshade; and Solanum lethale, or deadly Nightshade; and Solanum manicum, raging Nightshade; of some Apollinaris minor ulticana (?) and Herba Opsago: in English, Dwale, or sleeping Nightshade: the Venetians and Italians call it Bella donna: the Germans, Dollwurtz: the low Dutch Dulle besien: in French, Morellemorselle: it commeth very near until Theophrastus his Mandragoras (which differeth from Dioscorides his Mandragoras)

"the virtues

"This kind of Nightshade causeth sleep, troubleth the mind, bringeth madness if a few of the berries be inwardly taken, but if more be given the also kill and bring present death. Theophrastus in his sixth book doth likewise write of Mandrake in this manner; Mandrake causeth sleep, and it aslo much of it be taken it bringeth death.

"The green leaves of deadly Nightshade may be with great advice be used in such cases as Pettimorell: but if you will follow my cousil, deal not with the same in any case, and banish it from your gardens and the use of it also, being a plant so furious and deadly: for it bringeth such as have eaten thereof into a dead sleep wherein many have died, as hath been often seen and proved by experience both in England and elsewhere. But to give you an example hereof it shall not be amiss: it came to pass that three boys of Wisbich in the Isle of Ely did eat of the pleasant and beautiful fruit hereof, two whereof died in less than eight hours after that they had eaten of them. The third child had a quantity of honey and water mixed together given him to drink, causing him to vomit often: God bless this means and the child recovered. Banish therefore these pernicious plants out of your gardens, and all places near to your houses, where children or women with child to resort, which do oftentimes long and lust after things most vile and filthy; and much more after a berry of a bright shining black colour, and of such great beauty, as it were able to allure any such to eat thereof.

"The leaves hereof laid until the temples cause sleep, especially if they be imbibed or moistened in wine vinegar. It easeth the intolerable pains of the head-ache proceeding of heat in furious agues, causing rest being applied as aforesaid. "

 

 

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e) Caspar Bauhin, 1623, Pinax Theatri botanici.

page 166

IV Solanum μελανοκερασυς  [melanoceratus]

-Solanum hortense nigrum, Trag.

-Mandragora Theoph. Dod. Gal. Ang. Guiland. Morion. Fuch. Ico. Lon. Tertia species, Cord. In Dioscor.

-Solanum majus, Marth. Cast. Caef . Cam.

-Solanum somniferum Fuch. Tur. Ad. Lob. Lugd.

-Solanum lethale, Dod. Clus.hist.

-Solanum sylvatica Ges.hor.syl.sive lethale, Thal.

-Belladona Clus.pan.

Duum est generum : I. foliis amplioribus & flore majore. II. Foliis & floribus minoribus.

 


 

f) 1640 : John Parkinson, Theatrum : Solanum lethale : Dwale or Deadly Nightshade. "Italiens called Bella Donna"

Theatrum Botanicum: The Theater of Plants : Or, An Herball of Large Extent .Chap. 6 Tribe 3 page 348.

"Dames use the juice or distilled water thereof for a fucus, peradventure by the excessive cold quality, to take away their high colour, and make them loke paler." Cet auteur cite ces prédecesseurs : Matthiolus : Solanum majus ; Ceasalpinus : id ; Camerarius : Tragus Solanum hortense nigrum ; Fuchsius, Lobel ; Lugdunensis, Solanum somniferum ; Dodoens ; Clusius : Solanum lethale /Thalius ; Gessner Solanum sylvaticum

 

Source image :

http://babel.hathitrust.org/cgi/pt?id=ucm.5325114272;view=1up;seq=396

 
Parkinson, Teatrum Botanicum 6;3 page 346 http://babel.hathitrust.org/cgi/pt?id=ucm.5325114272;view=1up;seq=396

Parkinson, Teatrum Botanicum 6;3 page 346 http://babel.hathitrust.org/cgi/pt?id=ucm.5325114272;view=1up;seq=396

 

g) John Ray 1660 Catalogus plantarum circa Cantabrigiam nascentium

 

— page 157 Solanum lethale, Deadly Nightshade, Bella donna.

Solanum lethale Park. Ger. Dod. Clus. hist. Bacciferum IV, sive melanocerasos C.B. Bella Donna Clus. Pan italorum. Solanum manicum multis, sive Bella Donna J. B. Solan. Maniacum primum Dioscoridis & mandragora Theophrasti Ifo Bodae. In Theophr. Hist. Deadly Nighshade or Dwale. In the lanes about Fulborn plentifully. N. Né Haec quidem lethalis planta cochlearum terrestrium & limacum dentes fugit ; sed vere novo hujus etiam folia ab eisdem rotuntut. De animalcullis hisce obiter monere liceat, quod eorum singula de utroque sexu aeque participan & sunt androgyna : Vicissim enim agunt & ptiuntur, immittunt simul & recipiunt, ut cuilibet satis constabit qui vere coeuntes separaverit ; esti nec Aristoteles nec alii, quod scimus, rei naturalis Scriptores ejus rei meminerint. Hujus baccae esu mortiferae sunt. Vide Lob. In Adv. Bod. In Theophr. Hist. Lib. 6 cap.2 p. 586. Gerardum & alios.

— Page 43 : Italis & Venetis dicitur vel per Antiphrasin, quoniam baccae ejus minimé pulchrae sunt : vel potius quia ex ejus succo sive aquâ destillatâ sucum conficiunt foeminae quo faciem oblinunt, ex rubicunda pallidam efficiunt frigoris vehementiâ.

Traduction ou trahison ?  :" Il est dit par les Vénitiens et des Italiens , que ses baies minimales sont belles, ou plutôt à cause de son jus ou de l'eau pour faire le jus distillée dont les femmes font (usage) pour faire pâlir leur visage taché de rouge sous l'effet de vent froid. "

 

 

h) John Ray 1686 Historia plantarum 

Chap. XXIII page 679  : Venetis aliisque Italis dicitur, quia ex ejus succo vel aqua destillata fucum,   conficiunt mulieres quo faciem oblinunt,&  ex rubicunda pallidam efficiunt frigoris vehementiâ.

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Page 680, Ray rapporte une observation où, appliquant la feuille de la plante près de l'œil pour soigner un ulcère chancreux, il observa une remarquable relaxation de la pupille. Nobilis Domina mihi nota ulcusculo cuidam paulo infra oculum, dextrumne an sinistrum oblitus sura, nec multum refert, quod cancrosum esse suspicabatur, folii recentis particulam imposuit ; quae noctis unius spatio uveam oculi tunicam adeo relaxavit, ut omnem explicandi sese & pupillam contrahendi facultatem ei adimeret : siquidem pupilla clarissimo lumini onbversa vehementer dilatat perstitit, socio & pari suo plus quadruplo amplior ; donec amoto folio uvea musculosam vim suam & tonum paulatim recuperaret.

Ce n'est qu'après que Ray ait signalé cet effet de dilatation de la pupille provioqué par la plante que Reimarus, Grasmeyer, Himly et d'autres l'utilisèrent en préparation de l'opération de la cataracte. (Chaumeton, Flore médicale p. 12)

 

i) Nicolas Lémery, [1698] et 1716, Dictionnaire ou Traité des drogues simples.

Page 75 :" Les Italiens ont donné le nom de belladonna à cette plante, à cause que les Dames s'en servent, ou s'en servaient autrefaois pour l'embellisement de la peau : car belladonna signifie belle Dame."

 

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j) Carl Linné, 1753  Species Plantarum

Page 181  Création du genre Atropa et de l'espèce Atropa Bella donna (sic, une seule majuscule et deux mots). Linné donne en référence a) ses propres Hort. cliff et Hort. ups. b) John Ray, lugd. c) Caspar Bauhin Pinax, pour le nom Solanum melanocerasus d) Clusius pour le nom Solanum lethale

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k) A. Richard in Bory de Saint-Vincent 1822  Dictionnaire classique d'histoire naturelle, Volume 2

 page 275  "Le nom de Belladone, Bella dona , que porte cette plante, lui vient de l'usage où l'on était autrefois, en Italie, de préparer avec ses fruits une sorte de fard dont les  femmes se servaient pour rehausser l'éclat de leur teint".

Les propos de Parkinson et de Ray se déforment ici, et on passe de l'idée de provoquer par le remède la pâleur des Dames à celle de "rehausser l'éclat du teint". Mais nul mention n'est fait encore des yeux dilatés des Vénitiennes. 

Par contre, l'auteur décrit désormais parfaitement l'effet atropinique (le terme n'existe pas) de la belladone :  sur la pupille :

 

 

"L'un des effets les plus constants produits par cette substance , c'est la dilatation considérable de la pupille, dont l'ouverture reste fixe et immobile. Cette singulière propriété n'a pas manqué d'attirer l'attention des médecins qui ont eu la mettre à profit pour faciliter l'exécution de certaines opérations qui se pratiquent sur le globe de l'œil, en particulier la cataracte. Un cataplasme est arrosé avec la solution d'extrait de belladone, ou des compresses imbibées de cette solution, placées sur l'œil, peu de temps avant l'opération, déterminent la dilatation de la pupille et facilitent ainsi l'introduction des instruments destinés à abaisser ou à extraire le cristallin cataracté."

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C. Apparition du nom "Belle-dame" en botanique.

a) Cotgrave's dictionary : 1611

"belle-dame : Great Nightshade ; or ; a kind or Dwale, or sleeping Nightshade"

b) Antoine Oudin 1655 Recherches Italiennes Et Françoises Ou Dictionnaire Volume 2

 page 59 :  "Belle dame, plante, bella donna."

 

D. Un papillon nommé Bella donna, puis Painted-Lady, puis Belle-Dame.

Cette espèce est illustrée depuis la fin du XVIe siècle par Joris Hoefnagel, sans mention de nom, mais dans le cadre de Vanités ou d'Allégories de la fraglité de la beauté, la beauté du papillon aile étalées étant mis en parallèle avec celles de fleurs (roses, tulipes) placées dans un vaes.

— Première mention :James Petiver 1699; Musei petiveriani. n° 326 "The Painted-Lady Bella donna dicta" Cette précision "dite Bella donna" indique que Petiver a repris un nom pré-éxisatnt qu'il a adapté en anglais. Mais il n'a pas été possible de trouver trace de cet usage d'une appelation latine antérieure de cette espèce. Elle porte le nom scientifique de Vanessa cardui.

 — John Ray et John Lister, 1710, Historia insectorum  page 422

— Etienne-Louis Geoffroy, 1762, Histoire des insectes : création du nom français La Belle-Dame".

 

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Published by jean-yves cordier
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20 février 2015 5 20 /02 /février /2015 23:57

Hoefnagel et les entomologistes du XVIIIe siècle.

Voir aussi les autres articles consacrés à Hoefnagel:

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A la fin du XVIIe siècle, le père Filippo B[u]onanni, conservateur du Cabinet de curiosités d'Athanasius Kircher au Collegio Romane de Rome, plaçait Hoefnagel en tête de sa liste des naturalistes qui avaient observé les insectes au microscope. Le but de mon "travail" (et c'en fut un) est de savoir si les entomologistes du XVIIIe siècle reconnurent aussi la valeur de document scientifique des peintures de Joris Hoefnagel . Disons d'emblée que la réponse est largement positive, et que cela doit nous inciter, à notre tour, à reconnaître Hoefnagel comme l'un des premiers entomologistes européens, et même le premier de l'ère chrétienne. Parmi les espèces rassemblées dans l'ouvrage publié par son fils en 1592 (Archetypa) et en 1630 (Diversae insectarum), James Petiver en cite 13 dès 1699, Swammerdam en a donné un dénombrement par ordres (300 au total), Linné en cite 46 espèces en 1761, Geoffroy 23 en 1762. Engramelle et Fabricius ont mentionné aussi cet auteur. En 1840, Hagen y reconnaît 8 Libellules.

Un autre moyen d'étudier la réception d'Hoefnagel est de rechercher quels étaient, parmi les collectionneurs naturalistes, les propriétaires de ses gravures. C'est par exemple le cas du Président du Parlement de ​Bretagne Christophe-Paul De Robien (1698-1756), dont l'exemplaire de l'Archetypa studiaque, ainsi qu'un maigre reste des milliers de pièces de ses collections, sont encore conservés à Rennes.

Or, Hoefnagel, ce miniaturiste flamand (Anvers 1542-Vienne, 1601) n'est réellement étudié de manière approfondie que sur le plan artistique. Néanmoins, le critique d'art spécialiste de la cour impériale de Rodolphe II Thomas DaCosta Kaufmann a attiré l'attention sur le qualificatif de "naturalisme scientifique" créé pour qualifier l'art d'Hoefnagel par Ernst Kris.

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1. Ernst Kris, le naturalisme scientifique de Hoefnagel.

En effet, en 1927, un article d'Ernst Krist (un élève de Gombrich), “Georg Hoefnagel und der wissenschaftliche Naturalismus,” Festchrift für Julius Schlosser, Wien 1927,— traduit en 2005 en français par Christophe Jouanlanne sous le titre " Georg Hoefnagel et le naturalisme scientifique "( Paris, Macula, 2005) — a insisté sur le passage du naturalisme à la naturalistique : de la nature comme modèle à imiter, à une conception où cette même nature prend directement part à la création humaine, une évolution qui provoque aussi l'essor des sciences naturelles. Hoefnagel ne se contente pas d'orner les marges de missel de figures animales ou botanique, mais se livre à un inventaire de la faune et la flore connues, montrant la variété de la nature avec un double souci de précision et d'exhaustivité. Hoefnagel sera suivi par le hollandais Roelant Savery, ou bien par Jacopo Ligozzi, loué par Aldrovandi, dans ce triomphe de l'« illustration naturaliste », au sein d'un ensemble de phénomènes convergents vers la naissance de nouvelles disciplines. Pour Kris, la conjonction d'un procédé artistique et d'une méthode scientifique apparaît comme une preuve éclatante de l'interpénétration des courants de pensée, à l'image de sa propre démarche intellectuelle. Tout en accompagnant les écritures de livres de calligraphie ou d'Emblèmes, les êtres vivants, artificiellement isolés sur la feuille, semblent constituer un répertoire infini de formes et de motifs, déconnectés de toute symbolique, comme autant de signes autonomes rivalisant avec la multiplication de l'écriture. (divers emprunts sont faits au compte-rendu de Benjamin Couilleaux 2007).

Mais E. Kris était un critique d'art. Il fallu attendre d'avantage (1987) pour qu'un entomologiste s'interroge.

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2. Le questionnement de Jean Leclercq (1987) :

Dans un premier article, cet entomologiste spécialiste des Hyménoptères s'interrogeait : "Qui fut le premier entomologiste belge ? Je propose Joris Hoefnagel (1542-1600)". Le mode interrogatif, la formule prudente "je propose", la restriction à la Belgique du titre de "premier entomologiste " montre bien que l'auteur antre sur la pointe des pieds sur un terrain parfaitement vierge pour un scientifique. Découvrant au hasard d'une exposition présentée à Bruxelles une page du Schriftmusterbuch prêté par la Bibliothèque Nationale de Vienne, et y identifiant "un Géométride Abraxas grossulariata très bien peint", il s'est livré à une enquête sur ce peintre, avant d'affirmer (avec la même prudence) que les entomologistes belges ne doivent pas laisser indéfiniment aux historiens de l'art, la charge d'analyser, de situer les œuvres de ces pionniers. Ils devraient pour le moins s'occuper de l'identification aussi précise que possible des insectes figurés par les artistes de ces premiers siècles d'une nouvelle curiosité scientifique". En 1989, Jean Leclercq et Camille Thirion procédèrent à un premier inventaire des deux Allégories du Musée de Lille, y trouvant 21 insectes de 5 ordres différents et de 18 espèces différentes.

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3. Les inventaires du Mira calligraphiae et de l'Archetypa studiaque.

Les entomologistes n'ont pas suivi ce premier élan, et c'est à l'initiative de deux historiennes de l'art spécialistes de Hoefnagel, que des équipes de naturalistes tentèrent d'identifier les espèces botaniques et animales peintes (Mira calligraphiae) ou gravées (Archetypa studiaque) : La première œuvre, de Joris Hoefnagel a été analysée par Lee Hendrix et Théa Vignau-Wilberg, et la seconde, gravée par Jacob Hoefnagel sous la direction de son père, par Théa Vignau-Willberg en 1994.

4. Mais cette indifférence des entomologistes actuels était-elle aussi celle de leurs pairs lors de la création de leur discipline ?

Hoefnagel a été reconnu comme un entomologiste à part entière par Linné, et, avant lui, par James Petiver. Mais les naturalistes n'ont connu qu'un seul artiste, Jacob Hoefnagel, et n'ont eu accès à aucune miniature peinte, car ces œuvres très précieuses étaient conservées dans des cabinets privés. Ils avaient à leur disposition les livres imprimés, c'est-à-dire soit les 48 planches, éventuellement réunies en volume, de l'Archetypa studiaque, soit les 16 planches du Diversae insectorum, et leurs 302 insectes. Ce sont donc des illustrations en noir et blanc (bien que certaines planches de l'Archetypa aient été colorées) qui n'ont pas la diabolique précision des miniatures. D'autre part, ces 302 insectes ne couvrent (a priori) pas l'ensemble des espèces que l'on peut découvrir sur les dessins à l'aquarelle, dispersés dans les collections et les musées.

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I. LINNÉ ET HOEFNAGEL .

Fauna suecica 1761 : http://biodiversitylibrary.org/item/100333#page/191/mode/1up

Si il est possible d'affirmer que Linné a reconnu toute la valeur d' Hoefnagel comme précurseur, c'est qu'il a donné les références bibliographiques des espèces qu'il décrivait, soit dans les éditions du Systema naturae à partir de 1758, soit dans ses Fauna suecica de 1746 et 1761. Les deux ouvrages d'Hoefnagel sont cités sous la forme abrégée "Hoffn. ins.". ou (Animalbase) "Hoffn. pict.".

Or, mis à part au moins une citation de Pline (c. 77 ap. J.C), c'est l'auteur le plus ancien de tous les illustrateurs (Goedart, Merian, Roesel) et descripteurs naturalistes (Aldrovandi, Moffer, Johnston, Swammerdam, Petiver, Ray, Albin, Wilkes, Clerck, Scopoli ...) qu'il cite. Son rôle de précurseur est indirectement reconnu.

En dénombrant les citations de Hoefnagel dans les deux éditions du Fauna suecica, je totalise quarante-six mentions.

Sources des images :

  • Hoefnagel Jacob, 1592, Archetypa studiaque Patris :
  • Hoefnagel, D. I. 1630. Diversæ insectarum volatilium icones ad vivum accuratißime depictæ. - pp. [1], pl. 1-16. [Amsterdam]. (N. I. Vißcher). 32 pages, 16 planches.

Au début des Fauna suecica, Linné cite ses Auctores en les énumérant selon les six divisions du Règne animal, certains zoologistes étant ainsi cités plusieurs fois. Hoefnagel est cité uniquement pour les insectes :

"HOEFNAGEL Johann Pictor.

- Icones Insectorum volatilium.... 1630 Quart. obl. t.16.

- Francf. 1692 Quart. obl. vol. 4 singulo t.12. "

"Johann" (Jacob) Hoefnagel est donc cité a) d'abord pour Diversiae insect. de 1630, en format oblong in quarto de 16 planches et b) pour l'Archetypa paru à Francfort en 1692, quatre volumes de 12 planches. Or, Archetypa est paru en 1592 et non en 1692, mais avant de soupçonner Linné d'une erreur, il faut remarquer que d'autres entomologistes ont aussi cité cette date d'édition (comme Geoffroy, 1762 ou Hagen, 1840). Linné cite aussi Hoefnagel dans une autre édition, "edit. alt.

Les 46 espèces identifiées et citées par Linné.

Fn1 = Fauna suecica 1746. Fn2 = Fauna suecica 1761. Sn2 = Systema naturae 1767

http://biodiversitylibrary.org/item/129804#page/203/mode/1up

http://biodiversitylibrary.org/item/100333#page/330/mode/1up

COLEOPTÈRES. N=14

  • Lucanus cervus, Fn1 337 ; Fn2 405 : ins t.6 et 2.t1.
  • Scarabeus nasicornis, Fn1 340 et Fn2 378 : 13 fig. penult. et Edit. alt. 3 t.1.
  • Scarabeus Actéon Sn2 : I t1 in medio
  • Scarabeus fullo, Fn1 343 : pict. t.7 et 2 t.7.
  • Scarabeus viridis, Fn1 344 3t.6 fig. prior.
  • Scarabeus testaceus, Fn1 345 : t.1 fig.11
  • Attelabus formicarius, Fn1 477 et Fn 2 641 : ins. t.16 fig.13
  • Carabus ater, Fn1 511 : 2 t.3
  • Dytiscus cinereus, Fn1 566 : 2t.12
  • Meloe procarabeus, Fn1 : 2t.9
  • Gryllus talpa, Fn1 619 t.4 fig. ult. et Ed. alt. 3 t.6
  • Gryllus domesticus, Fn1 620 et Fn2 867: p.11 fig.4
  • Gryllus locusta, Fn1 621 t.5 fig. 16-17.
  • Notonecta grisea, Fn1 688 : t. 12 fig. 19

HEMIPTÈRES. N=3.

  • Nepa cinerea, Fn 691 pict. t.11 fig.2
  • Panorpa, Fn1 729 ; Fn2 1516 : t.2 fig.14
  • Phryganea nigra, : 2t.12 Ed. alt. 2 fig.13

NEUROPTÈRES. N=2

  • Hemerobius lutarius : Fn2 1513 : ins.2 t.12 juxta phalangia / edit. alt. t.2 fig. 13
  • Libellula virgo Fn1 759 et Fn2 1470 : ins. t.11 fig. ult.

LÉPIDOPTÈRES. N= 19.

  • Papilio machaon, Fn2 : 1031 Archetypa I. t12
  • Papilio crataegi, Fn2 1034 : Diversae t.10 fig.14
  • Papilio cardamines, Fn1 801, Fn2 1039 : 2t.9 fig.1 Archetypa
  • Papilio rhamni,Fn2 1042 : I t. aut 12 fig.8 t.2
  • Papilio io, Fn2 1048 : t12 fig.9 Diversae
  • Papilio semele, Fn1 784 et Fn2 1051 : 2 t8
  • Papilio jurtina, Fn2 1052 : I t1 fig.1 et Ed. alt. 4 t.10.
  • Papilio cardui Fn1 778 et Fn 2 1054 : t4 fig.3.
  • Papilio antiopa Fn1 772 et Fn2 1056 : t3 fig.2 et t6 fig.3 Diversae
  • Papilio urticae Fn1 774 et Fn2 1058 : I t4 Archetypa.
  • Papilio c album Fn1 775 et Fn2 1059 : 2 t7 Archetypa
  • Papilio atalanta Fn1 777 et Fn2 1060 : I t2 Archetypa
  • Papilio lathonia Fn1 781 et Fn2 1068 pict. t12 fig. 11 Diversae
  • Papilio betulae Fn21 792 et Fn2 1070 : T12 fig. 1 Diversae
  • Papilio argus, Fn1 803 et Fn2 1074 : I t4 Archetypa
  • Papilio malvae, Fn1 794 et Fn2 1081 : ins. 4 t2 fig. ult Archetypa
  • Phalaena caja, Fn1 820 et Fn2 1131 : T14 fig.11 Diversae
  • Phalaena glyphica, Fn1 847 et Fn2 1161 : 4 t11 fig.3 Archetypa.
  • Phalaena pronuba, Fn 870 et Fn2 1167 : 15 fig.18 Diversae.

DIPTÈRES. N=4.

  • Musca fusca, Fn1 1083 : 3t7
  • Culex lanigerus, Fn1 511 : t8 fig.5
  • Asilus cabroniformis Fn1 1031 et Fn2 1908 : t.16 fig. 10
  • Bombylius major Fn2 1918 : ins. t.8 fig.5

VERMES TESTACEA N=1

  • Lepas anatisera Fn1 1350 ; Fn2 2120 : 3t6 Concha anatisera vulgo Branta & Bernicula

APTÈRES. N=3

  • Acarus Fn1 1186 : 2t9
  • Phalangium opilio, Fn2 1992 : 2 t9 Archetypa
  • Aranea Fn1 1214 Fn2 1993 : t4 fig.6 + t8 fig. 16-17 + edit. alt. 4 t3 fig. penult;

TOTAL : 46 espèces.

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II. SWAMMERDAM ET HOEFNAGEL : Swammerdam 1685. 212 à 300 insectes.

Jan Swammerdam Historia insectorum generalis, trad. du néerlandais par Heinrich Christian von Hennin13, Leyde, 1685.

Cet auteur n'a pas rédigé un catalogue ou une faune mais un traité sur les métamorphoses. Il ne cite donc pas les noms des espèces qu'il a reconnu chez Hoefnagel mais il en a fait un examen approfondi, puisqu'il est le premier (et pour longtemps, le seul) à donner un décompte global, puis ordre par ordre des insectes représentés.

a) référence : pas d'ouvrage cité mais la pagination dans l'édition latine :

Index auctorum : Hoefnagel pages 63 ; 79 ; 82 ; 84;94 ; 95 ; 103 ; 104 ; 106 ; 112 ; 120.

b) décompte globale de 200 à 300 insectes.

Edition française : je transcris les fragments concernés :

Page 65 : Nous sommes encore fort obligés au sieur Jacob Hoefnagel, durant sa vie peintre célèbre de l'empereur Rodolphe, qui nous a peint au vif 35 sortes d'Araignées, avec encore plus de 300 espèces d'insectes dont les figures, qui ont été imprimées par privilège de l'empereur même, ne cèdent en rien à celles de Goedart.

p. 82 nous a dépeint 10 sortes de Demoiselles ...p. 85 :15 sortes de sauterelles...page 88 : 9 sortes de punaises...page 99 : 24 guêpes...page 100 : 5 sortes de bourdons...page 111 : 25 sortes de mouches ordinaires et 30 autres rares ….page 112 : 20 (latin : 35) sortes d'escarbots ordinaires et 7 plus rares ...page 122 50 sortes de papillons...page 130 16 sortes de tipules... latin 105 :Cervus volans

Soit le total de 212 à 227 insectes, indépendamment du chiffre de 300 donné dans la première citation.

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III. PETIVER ET HOEFNAGEL : James Petiver, 1699. 13 mentions.

Musei petiveriani Londres, 1699

https://books.google.fr/books?id=vp05AAAAcAAJ&printsec=frontcover&dq=James+petiver+musei&hl=fr&sa=X&ei=fr_tVKrBGYbkaLKmgng&ved=0CCAQ6AEwAA#v=onepage&q=hoefnagel&f=false

a) Références données :

"-Hoef. Insectarum volatil. Icon à D. J. Hoefnagel, 1630, fol.". Toutes les références se rapportent donc à Diversae ins.

b) Treize mentions.

  • 301. The White Butterfly with black veins [Aporia crataegi] : Hoefnagel, Tab.10 fig.14.
  • 305. The White marbled female Butterfly [Anthocaris cardamines]: Hoefnagel Tab. 6 fig.2.
  • 312. The Golden marbled Butterfly with blacks eyes [Lasiommata megera] : Hoef. Tab. 16 fig. 8 ?
  • 314. The Peacocks eye [Aglais io] : Hoef. Tab. 12 fig. opt. 9.
  • 316 . The Lesser Tortoise-shell Butterfly [Nymphalis urticae] : Hoef. Tab. 2 fig. opt. 16.
  • 317 . The small golden black spotted Meadow Butterfly [Lycaena phlaeas] : Hoeff. Tab. 13 fig. 15
  • 326 The Painted Lady [ Vanessa cardui] : Hoef. tab.7 fig.3.
  • 327. The Admiral. [Vanessa atalanta] : Hoef. Tab. 12 fig. 15.
  • 328 The Royal William [Papilio machaon ] Hoef. tab. 9 fig. 10.
  • 714 Libella anglica media Hoef. Tab. 9 fig. 8 ?
  • 715 Libella anglica media viridis Hof. tab. 11 fig. 18
  • 724 Papilio Lusitanicus [Hipparchia hermione ?] : Hoef. tab.8 fig. 13.
  • 818 Libella major : Hoef. tab. 11. fig. 8.

Total : 13

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IV. GEOFFROY ET HOEFNAGEL : Geoffroy 1762. 23 mentions.

Cet auteur n'a pas donné de nouvelles identifications mais a repris quelques unes de celles de Linné.

https://archive.org/stream/histoireabr02geof#page/n7/mode/2up

Etienne-Louis Geoffroy, Histoire abrégée des insectes, Paris 1762, 2 vol..

a) référence :

Geoffroy indique en référence : "Joannes Hoefnagel; icones insectorum volatilium. Francofurti, 1692."

b) Inventaire (partiel) des mentions de Hoefnagel.

— Tome 1 :

  • Le grillon Gryllus domesticus, Hoefnagel p.11 fig.4
  • Notonecta grisea : t.12 fig.19
  • Hepa = Nepa : t.11 fig. 2 ed. alt. 3 t.10

— Tome 2

  • Morio HI t3 f.2 et t.6 f.3
  • Paon-du-jour HI t.12 f.9
  • Petite tortue HII t.4
  • Vulcain HI I,t.2 et ed alt t.2 f.15
  • Belle-dame HI t.7 f.3, edit alt 4 t.5
  • Petit Nacré Lathonia HI t.12 f.11
  • (Jurtina) Corydon T.1,f.1 edit alt 4, t.10
  • Machaon HI I t.12 et edit alt t.9 f.10
  • Porte-queue fauve à deux bandes blanches Betula H.I t.12, f.1 Thécla du Bouleau
  • Gamma ou Robert-le-diable c-album H.I 2, t.7 Archetypae
  • Argus bleu = Linn p.152 argus = H.I I,t.4 Archetypae
  • Le Plein-chant = Pap. Malvae Linn = H.I 4, t.2, ult. Archetypae
  • Gazé HI t.10 f.14
  • L'Aurore HI, 2, t.9 f.1
  • Le Citron Rhamni HI , I, t.1 ou 12, f.8, t.2
  • L'Ecaille Marte ou Herissone Caja Hit.14 f.11 edit alt 3,4,9
  • Le Faucheur phalangium
  • La Louise Libellula virgo
  • L'Asile brun à ventre à deux couleurs Asilus ferr. : t.16 fig.10
  • La Mouche-scorpion Panorpa : t.2 fig.14.

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IV. Fabricius, Entomol. Syst. emed. 1793, 1 mention.

  • Papilio semele, Hoffn. ins. 2. tab. 3.

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VI La collection du Président de Robien, Rennes (1698-1756).

a) la collection de Robien 1740-1756.

A partir de 1740, Paul-Christophe de Robien (1698-1756), président du Parlement de Bretagne, a rassemblé une collection d' objets artistiques et scientifiques. Cette collection était exposée au Cabinet des curiosités, rue aux Foulons à Rennes (actuellement rue Le Bastard). A la Révolution en 1791 , elle fut saisie et par la suite, recueillie à l’ancien évêché situé à Saint-Melaine avec les confiscations révolutionnaires réalisées chez quelques nobles émigrés et dans les communautés religieuses. Après avoir été triées, classées et partiellement inventoriées dans le Palais abbatial de Saint-Melaine, Pierre Quéru-La-Coste ouvrit au public quelques jours (les 3e, 6e et 9e jours de chaque décade) le Muséum d'histoire naturelle et des arts. A la mort de P. Quéru-La-Coste, c’est la Ville de Rennes qui devint propriétaire de l’ensemble de la collection et la transfèra à l’Hôtel de Ville en 1815 où elle ne fut plus exposée, le muséum d'histoire naturelle restant pratiquement inaccessible de 1815 à 1874.

Le 16 mai 1831, Hyacinthe Pontallié établit un état sommaire des objets composant le muséum : sur les 12 585 objets recensés, il mentionne 3 460 minéraux et roches, 1 500 plantes en herbier, 2 560 coquilles vivantes et fossiles. En 1840, il choisit ce qui pouvait convenir à l'enseignement de la nouvelle faculté, soit 7 857 pièces dont la plus grande partie provient de la collection de Robien. Entre déménagements et explosions en 1944, les collections du musée d'histoire naturelle de Rennes resteront éparpillées.

b) De Robien propriétaire de l'Archetypa studiaque.

Le Musée des Beaux-Arts de Rennes conserve dans ses collections les 48 planches de l'Archetypa studiaque de Jacob Hoefnagel. Ces gravures proviennent de la Bibliothèque du Président de Robien.

Cela témoigne de l'importance de ce corpus pour un collectionneur naturaliste.

Sur les images mises en ligne sur le site www.culture.gouv.fr/public/mistral/joconde_fr, n°1749 à 1763 on constate que les planches ont été parfois découpées autour de quelques papillons. Pourquoi ?

:http://www.culture.gouv.fr/Wave/image/joconde/0698/m021102_0005025_p.jpg

http://www.culture.gouv.fr/Wave/image/joconde/0698/m021102_0004991_p.jpg

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VII Autres auteurs :

— Johann Andreas Benignus Bergsträsser 1779 Nomenclatur und Beschreibung der Insecten in der Graffschaft Hanau ..., Volume 2

 

— Conrad Christoph Jung 1791 Alphabetisches Verzeichnis Der Bisher Bekannten Schmetterlinge Aus ..., Volume 1

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VIII Les espèces de libellules identifiées par H.A. Hagen en c.1840.

Hagen, Hermann August, [1840] Synonymia libellularum europaearum Regimontii Prussorum :impressit E.J. Dalkowski, http://www.biodiversitylibrary.org/item/108085#page/29/mode/1up

a) Référence :

-J. Hoefnagel " Archetypa Insectorum. Frank. 1692. vol.4. fol.

- Idem " Icones insector. 1630. 4to.

b) Mentions.

  • Libellula depressa, Archetypa Pars III tab.5
  • Libellula cancellata, Archetypa Pars I tab. 10
  • Libellula Paedemontana allioni, Archetypa Pars IV tab.4 ?
  • Libellula flaveola, Archetypa Pars III tab.4?
  • Libellula vulgata, Archetypa Pars III tab.6 sinistr. ?
  • Aeschna mixtaArchetypa Pars III tab.2 mas.
  • Libellula juncea, Archetypa Pars II tab.3 mas.
  • Calopteryx virgoArchetypa Pars I tab. 2 et Archetypa Pars II tab.9

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REMARQUES.

1. Petiver, Linné, Geoffroy ou Fabricius, qui se fondent sur les publications de Jacob Hoefnagel qu'ils datent de 1630 ou 1692 ne pouvaient être conscients de l'antériorité des illustrations de Joris Hoefnagel (Ignis dès 1575-1582, Mira 1591-1596, les diverses Allégories et autres miniatures) et à leurs yeux Aldrovandi (1602) précédait Hoefnagel. Voir Fabricius, Philosophia entomologica page 2.

2. De même, ils ne pouvaient être sensible à la fabuleuse précision et reproduction du vivant dont Joris Hoefnagel s'est montré capable.

3. J'ignore comment ils ont procédé à l'examen des planches d'Hoefnagel, et s'ils ont recopiés un compilateur ; mais l'absence d'identification d'espèces bien caractéristiques (Abraxas grossulariata ) est étonnante ; d'autre part, certains insectes (rhopalocères) ont été mieux explorés que d'autres. Geoffroy ne signale même pas Cervus volans et Scarabeus nasicornis.

4. L'absence de couleur a été certainement préjudiciable. Les planches d'Archetypa ont été éditées par Fürst en couleur, en 1695, avec le monogramme F.M signalant peut-être Magdalena Fürst (1652-1717), fille de l'éditeur. 

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ARCHETYPA EN COULEUR.

Ainsi, le National History Museum détient trois exemplaires de l'Archetypae, dont l'un est colorié. On jugera sur la photographie plaçant cote à cote les deux versions que la libellule dont le corps est coloré en vert est plus explicite... à condition que les couleurs aient été placées sous la direction de l'auteur, ou en s'appuyant sur des modèles peints par Hoefnagel. (article de Sharon Touzel, 2013)

http://www.nhm.ac.uk/natureplus/community/library/blog/authors/shart2?fromGateway=true

 

 

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Autre exemple : Pars II, planche 3 Aeternum Florida Virtus.

http://www.georgeglazer.com/archives/prints/botanical/hoefnagel.html

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Autre exemple : Vente Christie's 2006, provenance Anselm de Boodt

Archetypa, Pars I Titre et Pars IV, 2 

Note de Christie's : Exemplaire ayant appartenu au gemmologue hollandais Anselm de Boodt, auteur de l'ouvrage Gemmarum et Lapidum historia (Hanau 1609). La traduction de l'inscription en flamand est la suivante: "Moi, Anselmus de Boodt, fils d'Anselm de Boodt, de passage à Frankfurt sur Main en 1594, j'ai payé 14 Ryksdahler pour cet ouvrage enluminé, qui est fort utile pour les peintres, brodeurs et pour ceux qui apprennent le dessin". Il est fort probable, qu'Anselm de Boodt ait lui-même enlevé les planches manquantes pour les utiliser comme modèle. LES EXEMPLAIRES EN COULEURS SONT DE TOUTE RARETÉ. Nissen BBI 1954; Brunet III, 244; Graesse III, 313 (donne 15 planches pour chaque partie tandis que Brunet n'en cite que 12). "

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Sur E-Bay (origine Leipzig) avec toute réserve :

 

 

Liens et sources.

B[u]onanni (Filippo), 1691, Observationes circa viventia, quae in Rebus non vivientibus reperiuntur. Cum Micrographia Curiosia ; sive Rerum Minutissimarum Observationibus...Rome, Dominici Antonij Herculis.

Google books

http://reader.digitale-sammlungen.de/en/fs1/object/display/bsb10231174_00007.html?contextType=ocr

HOEFNAGEL (Jacob), 1592,  Archetypa studiaque Patris Georgii hoefnagelii Iacobus fil : Genio Duce ab Ipso Sculpta, Omnibus Philomusis Amicé D : ac per Benigné communicat. Frankfurt am Main.

HOEFNAGEL (Jacob) 1630. Diversæ insectarum volatilium icones ad vivum accuratißime depictæ. - pp. [1], pl. 1-16. [Amsterdam]. (N. I. Vißcher). 32 pages, 16 planches.

HAGEN (Hermann August,) [1840] Synonymia libellularum europaearum Regimontii Prussorum :impressit E.J. Dalkowski, http://www.biodiversitylibrary.org/item/108085#page/29/mode/1up

HAGEN (Hermann August,) Bibliotheca entomologica. Die Literatur über das ganze Gebiet der Entomologie bis zum Jahr 1862. Leipzig 1862-63 (2 volumes)

 

Archetypa en ligne :

  • http://docnum.u-strasbg.fr/cdm/compoundobject/collection/coll13/id/73052/rec/4
  • https://www.rijksmuseum.nl/nl/zoeken?v=&s=&q=Hoefnagel&ii=0&p=1

Diversae ins. en ligne :

  • http://www.biodiversityheritagelibrary.org/item/86576#page/11/mode/1up
  • http://gdz.sub.uni-goettingen.de/dms/load/img/?PPN=PPN371059488&IDDOC=255062
  • http://www.mfa.org/collections/search?search_api_views_fulltext=&page=1&f[0]=field_artists%253Afield_artist%3A17973
  • https://rkd.nl/nl/explore/images/record?query=hoefnagel+diversae&start=1
  • http://www.britishmuseum.org/research/collection_online/collection_object_details.aspx?assetId=997777&objectId=3255858&partId=1

 

VII Autres auteurs :

— Johann Andreas Benignus Bergsträsser 1779 Nomenclatur und Beschreibung der Insecten in der Graffschaft Hanau ..., Volume 2

 

— Conrad Christoph Jung 1791 Alphabetisches Verzeichnis Der Bisher Bekannten Schmetterlinge Aus ..., Volume 1

 

VIII Les espèces de libellules identifiées par H.A. Hagen en c.1840.

Hagen, Hermann August, [1840] Synonymia libellularum europaearum Regimontii Prussorum :impressit E.J. Dalkowski, http://www.biodiversitylibrary.org/item/108085#page/29/mode/1up

a) Référence :

-J. Hoefnagel " Archetypa Insectorum. Frank. 1692. vol.4. fol.

- Idem " Icones insector. 1630. 4to.

b) Mentions.

  • Libellula depressa, Archetypa Pars III tab.5
  • Libellula cancellata, Archetypa Pars I tab. 10
  • Libellula Paedemontana allioni, Archetypa Pars IV tab.4 ?
  • Libellula flaveola, Archetypa Pars III tab.4?
  • Libellula vulgata, Archetypa Pars III tab.6 sinistr. ?
  • Aeschna mixtaArchetypa Pars III tab.2 mas.
  • Libellula juncea, Archetypa Pars II tab.3 mas.
  • Calopteryx virgoArchetypa Pars I tab. 2 et Archetypa Pars II tab.9

 

 

Liens et sources.

— HOEFNAGEL (Jacob) Archetypa studiaque Patris :

— HOEFNAGEL (Jacob) 1630. Diversæ insectarum volatilium icones ad vivum accuratißime depictæ. - pp. [1], pl. 1-16. [Amsterdam]. (N. I. Vißcher). 32 pages, 16 planches.

— HAGEN (Hermann August,) [1840] Synonymia libellularum europaearum Regimontii Prussorum :impressit E.J. Dalkowski, http://www.biodiversitylibrary.org/item/108085#page/29/mode/1up

— HAGEN (Hermann August,) Bibliotheca entomologica. Die Literatur über das ganze Gebiet der Entomologie bis zum Jahr 1862. Leipzig 1862-63 (2 volu

http://www.biodiversityheritagelibrary.org/item/86576#page/11/mode/1up

http://gdz.sub.uni-goettingen.de/dms/load/img/?PPN=PPN371059488&IDDOC=255062

http://www.mfa.org/collections/search?search_api_views_fulltext=&page=1&f[0]=field_artists%253Afield_artist%3A17973

https://rkd.nl/nl/explore/images/record?query=hoefnagel+diversae&start=1

http://www.britishmuseum.org/research/collection_online/collection_object_details.aspx?assetId=997777&objectId=3255858&partId=1

 

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Published by jean-yves cordier - dans histoire entomologie - Hoefnagel
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20 février 2015 5 20 /02 /février /2015 22:50

Deux miniatures (1597) de Joris Hoefnagel au Musée Bruckenthal de Sibiu (Roumanie). Le Jardin d'Eusèbe, ou comment l'imitatio du peintre dépasse la Nature qu'il prend en modèle.

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Source des images :

http://www.codart.nl/120/

https://rkd.nl/nl/explore/images/121332

https://rkd.nl/nl/explore/images/121988

Il s'agit de deux miniatures à l'aquarelle et la gouache sur vélin, formant une paire, de forme rectangulaire de 22 cm x 33 cm, inscrites au Musée Bruckensthal sous le n° d'inventaire cat. 1579 et 1510. Leurs titres peuvent se traduire par

  • Miniature avec Ancolie et insectes
  • Miniature avec Souci, tulipe rouge et insectes.

Bonne occasion de tenter d'en dresser l'inventaire.

I. VASE AU SOUCI (ou VASE AU PAON-DU-JOUR ET AU BOMBYX ZIG-ZAG).

https://rkd.nl/nl/explore/images/121332

— Inscriptions :

  • inscription en or sur un fond noir; dans un cartouche en bas au centre : Bis delectamur cum pictum florem cum/ vivo decertantem videmus, in altero miramur/ artificium naturae, in altero pictoris ingenium

  • 15 97 (1597) 

- Commentaire : cf. infra Vase à l'Ancolie et à l'Écaille Chinée.

-  Traduction: " nous éprouvons un double plaisir en voyant une fleur peinte rivaliser avec une fleur naturelle: nous admirons dans l'une l'habileté de la nature, dans l'autre le talent du peintre," 

— Description.

a) Le cadre et le vase :

Comme dans les Allégories du Louvre et de Lille, l'artiste a présenté ses éléments botaniques et zoologiques dans une petite scène théatrâle en composant un faux cadre de laiton appareillé de quatre faux anneaux de fixation. Deux de ces anneaux, sur le coté, servent à recevoir les tiges de fleurs, ici deux tulipes, et, dans la peinture jumelle, deux roses. Les anneaux inférieurs fixent un support en bois ou métal aux formes en courbes et contre-courbes, allégé de trois oculi, et dont les fines branches s'adossent au montants latéraux du cadre. Cette console est centré par le cartouche à fond noir.

Les ombres projetées par les spécimens, dans la moitié inférieure, créent l'illusion d'une armoire naturaliste sur le plancher duquel ces objets seraient posés, alors que, dans la partie supérieure, les objets semblent s'élever dans l'espace vertical de cette vitrine. La vraisemblance est respectée, puisque les fruits, les fleurs sans support et les insectes rampants sont posés, alors que les fleurs en vase ou en anneaux, les papillons butinant sont "en l'air", et qu'un escargot grimpe le long d'un montant.

Le vase bleu en forme de poire inversée est peu vraisemblable, tant il ne tient en équilibre que par une perle qui le fixe sur la console au bord étroit, et tant les deux poignées, guère fonctionnelles, viennent menacer par leur poids cet équilibre. Le papillon de nuit est posé au centre du ventre du vase comme un emblème sous son sens étymologique (CNRTL) :"Emprunté au lat. classique  emblēma, -atis « ornement en placage sur des vases » du grec ε ́ μ ϐ λ η μ α « ce qui est appliqué sur » de ε ̓ μ ϐ α ́ λ λ ω « jeter sur » .

Cette mise en scène place ces deux peintures au sein d'une série, correspondant chronologiquement à peine avant la période où Hoefnagel travaillait à la cour de Rodolphe II (depuis 1590) tout en résidant à Francfort (1590-1594), puis à Regensburg (1594-1596). Je placerais dans cette série :

  • 1589 Nature morte avec Escargot, Fleurs et Insectes, ou Amoris monumentum, Metropolitan Museum of Art, 

  • 1589 "Nature morte avec Fleurs, Insectes et Escargot", attribué à l'entourage de Joris Hoefnagel, en vente sur Arnet.com

ou à une oeuvre plus tardive de son fils Jacob :

Collection P et N. de Boer, 145 x 191 mm

 

 

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— inventaire.

a) Inventaire botanique .1°) les fleurs : au centre, le Souci  Calendula ; deux tulipes dans les fixations latérales ; tagète , oeillet, 2°) les fruits : Physalis alkekengi "Amour-en-cage", trochets de noisettes Corylus avellana et Corylus maxima , groseilles ,pomme , abricot entier, demi- abricot et son  noyau , 

Remarque : cas rare de syncarpie (?) ou de "pommes jumelles", déjà représenté de façon identique dans Archetypa studiaque (1592) pars III planche 10, et sur le folio 107 du Mira calligraphiae (1591-1596). http://www.dailymail.co.uk/news/article-2433619/Siamese-apples-Conjoined-fruit-discovered-lying-ground-mans-garden.html

b) Inventaire entomologique : 11 animaux ; 10 insectes.

  • Registre supérieur à gauche : Lepidoptera Nymphalidae
  • Registre supérieur à droite : Lepidoptera Nymphalidae [Lasiommata megera ?]
  • Registre moyen à gauche : Cerambycidae [Leptura sp.] : Lepture à suture noire (Leptura melanura alias Stenurella melanura) ?? Lepture cordigère ???
  • Registre moyen au centre : Lepidoptera Nymphalidae Inachis io "Paon-du-Jour".
  • Registre moyen à droite : Diptera Musca domesticus "Mouche commune" ??
  • Registre moyen à droite ; Mollusca
  • Registre moyen à droite : Orthoptera Gryllotalpa gryllotalpa "Courtilière".
  • Registre moyen à droite : chenille Lepidoptera 
  • Registre inférieur centre (sur le vase) Lepidoptera Lymantriidae Lymantria dispar "Bombyx disparate", "Zig-Zag", 
  • Registre inférieur à droite sur le cartouche ; Lepidoptera.
  • Registre inférieur droite : Coleoptera Scarabaeidae Oryctes nasicornis ♂ "Scarabée rhinoceros".

 

Si on tient compte du fait que Hoefnagel s'était présenté lui-même comme inventor hieroglyphicus et allegoricus, les associations de plantes et d'animaux peuvent être des hiéroglyphes, par allusion au bestiaire symbolique des Hieroglyphica d'Horus Apollon (Ve siècle), publiées d'abord par Manuce en 1505 et illustrées par Dürer. Ainsi, l'association d'un escargot et de papillons pourrait se référer à la devise Festina lente "Hâte-toi lentement (celle d'Alduce), par l'opposition de la lenteur de l'un et de la vivacité de l'autre. Le scarabée pourrait être un image du Christ. Chaque plante possède son symbolisme médiéval, puis de la Renaissance, puis de la période baroque. La tulipe, qui deviendra avec la tulipomania du XVIIe siècle symbole de richesses équivalentes aux bijoux les plus onéreux, n'est encore parfois qu'une illustration d'un calice tourné vers le ciel comme l'esprit de l'homme conforme aux idéaux moraux et religieux de l'époque.

Parallélement à ces sens cachés religieux mystiques ou allégoriques, la composition pourrait dissimuler des jeux de mots pour le simple plaisir du décryptage érudit.

De même, des correspondances pourraient être découvertes entre le texte d'Érasme cité dans l'inscription (la description d'un jardin)  et les plantes peintes ici.

 

 

http://www.codart.nl/images/Publications/Brukenthal/0566JorisHoefnagel.jpg

 

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II. VASE A L'ANCOLIE (ou VASE A L'ÉCAILLE CHINÉE ou CALLIMORPHE).

Première miniature : Joris Hoefnagel  : Vase avec ancolie, d'autres fleurs et des papillons, entouré par la flore et la faune. (1597)

aquarelle et gouache sur vélin  : rectangle horizontal de 22 x 32 cm 

— Inscriptions :

a) inscription en bas au centre : "In utroque benignitatem Dei, qui in usum/ nostrum largitur haec omnia, nulla in re non/ admirabilis pariter et amabilis."

en or sur un fond noir; dans un cartouche; Traduction: Dans les deux cas, nous admirons la miséricorde de Dieu qui nous donne richement tout cela à notre usage, susceptibles d'être miraculeuse propre que la présence aimante

b) Signé et daté en bas au centre :" ludeb G. Houf: 97".

Commentaire.

L'inscription trouve sa source dans les Colloques d'Érasme, dans  le colloque n° 16 intitulé Le Repas religieux (Convivium Religiosum).

"[16,67] (Eusebius) Non capiebat omnes herbarum species unus hortus. Praeterea bis delectamur, quum pictum florem cum uiuo decertantem uidemus; et in altero miramur artificium naturae, in altero pictoris ingenium: in utroque benignitatem Dei, qui in usum nostrum largitur haec omnia, nulla in re non mirabilis pariter et amabilis. Postremo non semper uiret hortus, non semper uiuunt flosculi. Hic hortus etiam media bruma uiret et adblanditur."

"[16,67] (Eusèbe) Un seul jardin ne pouvait pas contenir toutes les espèces de plantes. D'ailleurs, nous éprouvons un double plaisir en voyant une fleur peinte rivaliser avec une fleur naturelle: nous admirons dans l'une l'habileté de la nature, dans l'autre le talent du peintre, dans toutes deux la bonté de Dieu, qui nous accorde tout cela pour notre usage, et se montre dans les moindres choses aussi admirable qu'aimable. Enfin, les jardins ne sont pas toujours verts, les fleurs ne vivent pas toujours: ce jardin-là, même au coeur de l'hiver, est fleuri et riant. "

Itinera electronica http://agoraclass.fltr.ucl.ac.be/concordances/Erasme_colloque16/ligne05.cfm?numligne=68&mot=benignitatem

 

inscription en bas au centre : Dans benignitatem utroque Dei, qui in usum / nostrum largitur haec omnia, nulla in re non / admiration sensibilisation pariter et gracieux.

en or sur un fond noir; dans un cartouche;Traduction: Dans les deux cas, nous admirons la miséricorde de Dieu qui nous richement tout cela donne à notre usage, susceptibles d'être miraculeuse propre que la présence aimante

  • Signé et daté en bas au centre : ludeb G. Houf: 97

Vase avec ancolie, d'autres fleurs et les papillons, entouré par la flore et la faune

Mots clés 

nature morte , vase , ancolie , rose , oeillet , la pêche , le châtaignier (fruits) , de légumineuses , de haricots , de noisette , pomme , fleur de pommier , chenille , papillon

Inscription en or sur fond noir  en bas au centre dans le cartouche  In utroque benignitatem Dei, qui in usum/ nostrum largitur haec omnia, nulla in re non/ admirabilis pariter et amabilis.

in goud op een zwarte ondergrond; in een cartouche; vertaling: In beide gevallen bewonderen wij de weldadigheid van God die ons dit alles rijkelijk schenkt tot ons gebruik, die overal even wonderbaarlijk schoon als liefderijk aanwezig is

  • gesigneerd en gedateerd middenonder: ludeb: G. Houf: 97

 

Vaas met akelei, andere bloemen en vlinders, omringd door flora en fauna

Onderwerpstrefwoorden 

bloemstilleven, vaas, akelei, roos, anjer, perzik, kastanje (vrucht), peulvrucht, boon, hazelnoot, appel,appelbloesem, rups, vlinder

Herkomst

 

— Description :

Le cadre est  identique au précédent.

Le vase bleu qui, dans la première œuvre, avait une position ambiguë en équilibre sur la pointe de la console, est ici clairement posé sur le fond inférieur où son ombre s'inscrit. Sa couleur bleue aux teintes opalines est la même que celle du Vase de fleurs plus tardif (1629) de la collection de Boer par Jacob Hoefnagel.

— Inventaire

a) Inventaire botanique . 1°) Fleurs : Ancolie ; Rose ; Oeillet ; fleur de Pommier ; 2°) Fruits Chataîgnes dans leur bogue ; Physalis alkekengi   (Amour-en-cage) ;  gousse de haricot ; Fèves  ; trochet de deux Noisettes  Corylus maxima ;  Marron ; Pomme ; Abricot.

b) Inventaire entomologique : 

Un mollusque fixé en haut à gauche. 6 papillons et une chenille : 

successivement de gauche à droite dans les registres superieur ; moyen et inférieur

  • En haut à gauche Lepidoptera Nymphalidae
  • En haut à droite Lepidoptera Nymphalidae
  • Registre moyen à gauche Lepidoptera Nymphalidae Satyrini Melanargia galathea "Demi-Deuil"
  • Registre moyen au centre : Lepidoptera Arctiidae  Euplagia quadripunctaria (Poda, 1761)
  • Registre moyen à droite : Lepidoptera Nymphalidae Nymphalinae Vanessa cardui  "Belle-Dame". (?)
  • Registre inférieur, au centre : Lepidoptera Nymphalidae Vanessa atalanta "Vulcain".
  • Chenille : Lepidoptera Papilionidae Papilio machaon "Le Machaon".

 

Miniature avec insectes Sibiu, Romania

http://www.codart.nl/images/Publications/Brukenthal/0565JorisHoefnagel.jpg

 

 


.http://agoraclass.fltr.ucl.ac.be/concordances/Erasme_colloque16/lecture/1.htm
.
 

DISCUSSION.

L'inscription réunit les deux peintures dans une même méditation illustrée autour du texte des Colloques d'Érasme. Cette citation a une importance considérable dans la réflexion des artistes et humanistes de la cour impériale de Rodolphe II, comme l'a souligné Thomas DaCosta Kaufmann. L'artiste ne tente pas seulement d'imiter la nature, de donner l'illusion de vrais fleurs et de vrais insectes après les avoir observés sur le vif. Il revendique l'artifice du trompe-l'œil comme une re-création du monde, rivalisant avec le monde naturel en triomphant, car ce monde naturel éphémère, périssable et temporel (dont les beautés disparaissent en hiver) accède grâce à l'artiste à la gloire éternelle. 

C'est tout le sens de la revanche du poète sur la belle dédaigneuse, tout le sens du poème de Ronsard :

"Quand vous serez bien vieille, au soir, à la chandelle,

Assise auprès du feu, dévidant et filant,
Direz, chantant mes vers, en vous émerveillant :
« Ronsard me célébrait du temps que j’étais belle ! » "

Dans les deux corpus emblématiques de Joris et de Jacob Hoefnagel , le Mira calligraphiae et l'Archetypa studiaque, Érasme est l'auteur le plus cité, mais ce sont ses Adages (1536) qui procurent les sentences et proverbes dont le spectateur doit déchiffrer le lien avec l'image. Le thème le plus courant est celui de la vie éphémère, incitant à une admiration des Oeuvres du Créateur, au mépris des richesses illusoires, et à la conscience de la Mort, thème des Vanités futures.

Il en va tout autrement avec ce passage du Repas Religieux. Mais avant de considérer ce seizième colloque, il faut — ce fut du moins mon cas — découvrir les Colloques d'Érasme eux-mêmes.

Les Colloques d'Érasme.

Le titre du recueil, et son idée initiale, vient des "colloques scolaires" ou lexiques dialogués, sorte de "Méthode Assimil à l'usage des apprentis latinistes", selon Franz Berliaire. Dans le cadre du souci pédagogique de la fin du XVe siècle, les professeurs mirent en dialogues vivants et imagés les scènes de la vie familière de leurs élèves afin que ces discussions (latin colloquium = conférence, entretien, discussion) permettent aux élèves d'apprendre le latin de manière plaisante voire ludique. En 1518, Pierre Mosellanus publia Paedologia, et Erasme son Familiarum colloquiorum formulae . Mathurin Cordier, enseignant au Collège de la Marche puis au Collège de Navarre, avant d'enseigner à Lausanne, publia ses Colloquia (Colloquiorum Scholasticorum). Ces auteurs mettaient en scène ainsi leurs propres élèves avec beaucoup de naturel, mais dans un latin correct. Le recueil d'Érasme, conçu à Paris vers 1498 à l'intention du précepteur Augustin Caminade, fut imprimé à Bâle en 1526 d à l'insu de son auteur qui réprouva un livre rempli de faute. Il le ré-écrivit entièrement et publia en mars 1526 Familiarum colloquiorm formulae, mélangeant des formules toutes faites avec des saynètes où Érasme fait discuter ses personnages. L'ouvrage s'amplifia de nouveaux colloques à onze reprises, et ce livre-feuilleton connut sa dernière édition revue et augmentée en mars 1543. "En devenant Opus, le libellus s'est métamorphosé et a fait son entrée dans la grande littérature pour adultes" (F. Berliaire)

"Héritier des lexiques dialogués gréco-romains, de leurs succédanés médiévaux et des florilèges d’auteurs anciens constitués par les humanistes eux-mêmes, le colloque scolaire ne sert d’abord qu’à enseigner le latin de la manière la plus naturelle possible. Il faut attendre en effet l’année 1518 et la publication de la Paedologia de Pierre Mosellanus pour voir des préoccupations morales et religieuses se glisser dans cette littérature dont les héros et les utilisateurs sont des écolier

"Si les échanges de répliques toutes faites des Familiarium colloquiorum formulae font penser aux collections de phrases types chères aux prédécesseurs de Mosellanus, les saynètes qui font leur apparition en mars 1522, dans la première édition formellement reconnue de l’ouvrage, ressemblent davantage aux dialogues de la Paedologia. Contrairement aux personnages du formulaire proprement dit, les héros des Lusus pueriles, de Venatio, de Saltus et des deux scènes de la vie scolaire intitulées Euntes in ludum sont des enfants, qui parlent de leurs jeux, de leur professeur, des leçons à apprendre et des devoirs à faire. D’autres dialogues nous font toutefois quitter le monde de l’enfance. Ces scènes de la vie quotidienne mettent aux prises des hommes mûrs, souvent mariés et pères de famille, discutant de leurs problèmes, qui sont des problèmes d’adultes : les vœux imprudents et leurs conséquences, les pèlerinages, la guerre... Ces « autres modèles d’entretiens familiers », utiles pour l’amélioration du langage parlé et écrit, mais surtout pour la conduite de la vie, comme l’indique le titre du recueil, sont de la même veine que les colloquia familiaria qui seront publiés par la suite : ne sont-ils pas mentionnés dans le De utilitate Colloquiorum, où Érasme précise à quoi sert son livre, à quelle fin il a écrit tel ou tel colloque?

Comme toutes les œuvres d’Érasme, en effet, et peut-être même davantage, les Colloques sont un livre dont l’intention utilitaire est sans équivoque : « En publiant tous mes ouvrages, écrit l’humaniste, mon unique but a toujours été de faire par mon travail œuvre utile ; et, si je ne pouvais y parvenir, de ne pas faire du moins œuvre nuisible » Démontré longuement dans le De utilitate Colloquiorum, le caractère pratique desColloques est souligné dans le titre de toutes les éditions : les premières éditions reconnues sont plus utiles que les précédentes (accessit uberior utilitas), puisqu’elles peuvent même servir ad vitam instituendam ; celles qui suivront seront « très utiles à de nombreux titres » (multis nominibus utilissimum).

 

"Érasme n’a jamais perdu de vue l’objectif didactique de son livre, qui est de fournir à ses lecteurs le moyen d’améliorer leur connaissance de la langue latine et de devenir des hommes accomplis (et latiniores et meliores)

"Il n’est pas facile de déterminer avec précision le nombre de pièces qui composent le Familiarium colloquiorum opus. Aux quarante-huit colloques publiés entre mars 1522 et mars 1533, il faut en effet ajouter le Convivium profanum et sa suite, la Brevis de copia praeceptio, tous les entretiens groupés sous le titre d’Alia in congressu et même certaines brèves séquences qui précèdent ou qui suivent ces saynètes." (F. Berliaire)

Quelques titres de Colloques : Les Voeux imprudents. La Chasse aux bénéfices. La Confession du soldat. Avis d'un maître. Le Repas profane. Le Repas religieux (Colloque 16). L'Apothéose de Capnion. L'Amant et la Meftresse. La Fille ennemie du mariage. La Fille repentante. La Femme qui se plaint de son mari, ou le Mariage. Le Soldat et le Chartreux. Le Menteur et le Véridique. Le Naufrage.Les Hôtelleries. Le Jeune Homme et la Fille de joie. Les Franciscains (colloque n° 30) L'abbé et la femme érudite (colloque n° 31) L'Accouchée (Colloque n° 38) Le Pélérinage (colloque n° 39) L'Ichthyophagie (Colloque n° 40)L'Enterrement (colloque n° 41) La chose et le mot (colloque n° 44) Charon (colloque n° 45) L'Hymen funeste (colloque n° 47)Le Chevalier sans cheval (colloque n° 51) Le petit sénat ou l'assemblée des femmes (colloque n° 53) L'Opulence sordide (colloque n° 59) Les Obsèques séraphiques (colloque n° 60)L'Amitié (colloque n° 61) L'Épicurien (colloque n° 63)

Deux thèmes isolés de l'ouvrage Les Colloques d'Érasme de Franz Berliaire.

F. Berliaire : http://books.openedition.org/pulg/303

I. Les Colloques comme Théâtre.

J'ai montré comment Hoefnagel disposait ses spécimens naturels de façon théâtrale par un cadre fictif et par les ombres comme s'ils étaient présentés sur la scène d'une vitrine d'un Cabinet de curiosités. Je confronterai cette idée à ce que Berliaire écrit sur les Colloques, en créant un puzzle des motifs que j'y découperai : 

​"Ces dialogues sont en effet analogues par leur structure à un texte de théâtre, où toutes les répliques sont juxtaposées et constituent la trame de l’œuvre. Connus dès l’Antiquité, ces deux procédés de présentation d’un texte dialogué — le dialogue en récit et le dialogue juxtaposé ou scénique — sont mis en œuvre par Érasme avec un égal bonheur. La notion de dialogue peut être abordée de différentes manières. Nous laisserons de côté les classifications et les analyses visant les caractères intellectuels du dialogue, pour nous intéresser à des aspects plus concrets, et notamment à la manière dont Érasme plante le décor, bâtit le scénario, choisit et manipule les personnages de sa « Comédie humaine ». Car les Colloques sont une sorte de « Comédie humaine », avec des scènes de la vie privée, de la vie militaire, de la vie de campagne, de la vie urbaine, de la vie religieuse. Érasme met en scène des personnages des deux sexes, de tous les âges et de toutes les classes sociales : des hommes et des femmes ; des jeunes, des moins jeunes et des vieillards ; des nobliaux, des bourgeois et des gens du peuple ; des laïcs et des ecclésiastiques. C’est toute la société du xvie siècle qui défile devant nos yeux, vivante et bigarrée." "La plupart de ces conversations sont imaginaires, quelques-unes ont un fond de vérité, mais toutes portent l’empreinte de la vie et, par leur substance comme par leur mouvement, elles donnent l’impression de la réalité saisie sur le vif."  "Bien qu’il n’ait sans doute pas prévu que ses Colloques seraient joués un jour sur des tréteaux scolaires, Érasme a incontestablement donné une allure dramatique à ces petites scènes de la vie quotidienne. Outre les procédés scéniques dont nous venons de parler, il utilise en effet, comme les dramaturges, un système continu et méthodique d’initiales de personnages destiné à articuler le dialogue. D’autre part, il mentionne en tête de chaque colloque le nom des principaux protagonistes, donnant en quelque sorte la distribution de la pièce qui va être jouée."

Un théâtre comique ou ludique.

Érasme veut instruire ses lecteurs en les amusant et sans qu’ils s’en rendent compte : « Je ne sais, dit-il, s’il est des leçons plus fructueuses que celles qui sont prises en jouant. » Pour « s’insinuer en quelque sorte dans les âmes délicates », il utilise le procédé qu’il a déjà mis en œuvre dans l’Éloge de la Folie et qui consiste à dire la vérité en riant : « La vérité un peu austère par elle-même parée de l’attrait du plaisir pénètre plus facilement dans l’esprit des mortels. Le plaisir allèche le lecteur, et, après l’avoir alléché le retient. " "L’écrivain qui, à ses yeux, « recueille tous les suffrages », n’est autre, en effet, que Lucien : « Il possède une telle grâce d’expression, un tel bonheur d’invention, un tel charme dans la plaisanterie, dans l’attaque un tel mordant, ses badinages sont si agréables, il tempère le sérieux par les plaisanteries, les plaisanteries par le sérieux ; il dit des vérités en riant, il rit en disant des vérités ; il peint comme au pinceau les mœurs, les sentiments, les intérêts des hommes et les met sous les yeux, non comme une lecture mais comme un spectacle, si bien que nulle comédie, nulle satire, ne peut se comparer avec ses dialogues, ni si tu considères l’agrément, ni si tu considères l’utilité. »

"Les œuvres des poètes comiques constituent elles aussi une mine inépuisable d’exemples, puisque la comédie n’est rien d’autre que l’image de la vie : cum tota Comoedia nihil aliud sit quam humanae vitae simulacrum. Humanae vitae simulacrum, voilà une définition qui conviendrait parfaitement aux Colloques, miroir grossissant des ridicules et des tares d’une société malade, théâtre dont les spectateurs sont aussi les acteurs."

« Théâtre de la vie ou miroir du monde, c’était là le titre de tout langage, sa manière de s’annoncer et de formuler son droit à parler ». Cette réflexion de Michel Foucault s’applique particulièrement bien aux Colloques, spectacle en soixante tableaux illustrant « les folles passions du monde et ses opinions absurdes », spectacle édifiant de la « comédie de la vie », destiné à préparer à la vie : ad vitam instituendam. Le livre est le substitut de la vie, la lecture remplace l’expérience, qui est « la maîtresse des sots ». Peinture vivante des gens et du monde, les Colloques sont pour les adolescents et pour les adultes ce que les images étaient pour les petits enfants : une représentation de la réalité."

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Colloques d'Érasme et Emblemata.

Ces Colloques ont pu inspirer Hoefnagel également par leurs rapports avec les Livres d'Emblèmes assoçiant citation littéraire et peinture : Érasme cherche à dépeindre le vivant tout en tissant des liens constants avec les textes qu'il a lu  ; et, presque à l'inverse, Hoefnagel s'évertue à faire de ses peintures des textes plaisants à mémoriser :

 "Riches d’enseignements, ces colloques sont également riches en figures de style, en tournures, en proverbes, en fables, en exempla, en apophthegmes destinés à tous ceux qui veulent que leur discours « resplendisse d’idées et de mots comme un fleuve charriant des paillettes d’or ». Cette copia verborum ac rerum dont il fait profiter ses lecteurs, Érasme l’a acquise en étudiant, la plume à la main, tous les auteurs grecs et latins : « Celui qui veut être considéré comme un érudit doit tout lire, une fois au moins dans sa vie », dit-il dans ses Commentarii duo de duplici copia verborum ac rerumCe pollen butiné dans les jardins fleuris de la littérature ancienne est injecté à forte dose dans les Colloques, « produit fini », où Érasme a sans doute mis ce qu’il a récolté de plus remarquable au cours de ses lectures. Les Colloques fourmillent en effet d’emprunts aux auteurs anciens, emprunts souvent déguisés de vers ou de phrases qu’Érasme s’approprie, coupe, transforme au gré de sa fantaisie, mais surtout d’adages et de tours proverbiaux puisés aux mêmes sources. La moindre citation faite dans les Colloques se retrouve d’ailleurs dans les Adages, soit comme adage proprement dit, soit comme variante ou illustration d’un adage. Ceux qui ne verraient dans cette profusion de proverbes qu’une coquetterie d’humaniste se tromperaient lourdement : « Pour ajouter à un écrit la grâce d’un charme délicat, ou pour l’égayer par des jeux érudits, ou pour le relever du sel de l’urbanité, ou pour l’orner par quelques bijoux empruntés, ou pour l’éclairer de pensées lumineuses, ou pour lui apporter de la variété grâce aux fleurs des allégories et des allusions, ou pour répandre sur lui les enchantements de l’antiquité, qu’y a-t-il de mieux, demande Érasme, que d’avoir une riche et nombreuse provision de proverbes, et une sorte de réserve entassée, serrée chez soi ? Tu pourras y prendre à toutes fins de quoi charmer par une métaphore fine et bien placée, de quoi mordre par une railleuse plaisanterie, de quoi plaire par une pénétrante concision, de quoi charmer par une pointe rapide, de quoi attirer par la variété ou chatouiller par une allusion amusante celui qui la reconnaît au passage, de quoi enfin réveiller par une obscurité voulue le lecteur qui commence à s’endormir. Qui ne sait que les principales ressources, les principaux agréments des discours résident dans les sentences, les métaphores, les paraboles, les comparaisons, les exemples, les rapprochements, les images et autres figures de ce genre ? Non seulement elles relèvent grandement la diction, mais elles lui ajoutent plus d’ornements et de charme qu’on ne saurait le dire, chaque fois que, reçues par l’accord de tous, elles ont passé dans la langue communément parlée. En effet chacun écoute volontiers ce qu’il reconnaît, surtout s’il s’y ajoute la recommandation de l’antiquité, étant donné que les adages comme les vins doivent leur prix à leur âge. Ils n’apportent pas seulement une parure au style ; ils lui donnent aussi de la vigueur, c’est pourquoi Quintilien les range parmi les figures et estime d’autre part que, parmi des arguments, un proverbe peut avoir une grande force, soit que tu veuilles persuader, soit que tu réfutes l’adversaire par un dicton sarcastique, soit que tu défendes tes positions. Qu’y a-t-il en effet de plus probable que ce que tout le monde est d’accord pour répéter ? Qui ne serait frappé par le jugement identique d’époques et de pays si nombreux ? »

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II. L'écriture  et la peinture : l'ekphrasis et l'enargeia.

Dans la rencontre du peintre Hoefnagel et de l'écrivain Érasme, une attention particulière doit être apportée aux rapports entre le style littéraire, et la vision, le "donné à voir".

 

Rappelons d'abord que si la critique littéraire utilise le terme « ekphrasis » pour désigner  la description, au sein d’un texte, d’une œuvre d’art réelle ou imaginaire, cette définition est tardive. Le verbe « ekphrazô » signifie « exposer en détail », et l’ekphrasis consiste  à donner à voir avec « évidence » l’objet par le langage. Aélius Théon en donne cette définition : « la description (« ekphrasis ») est un discours qui présente en détail et met sous les yeux de façon évidente ce qu’il donne à connaître.". Dans l'Antiquité, l’ekphrasis ne se limite donc pas à l'évocation d'œuvres d'art, mais désigne toute évocation vivace propre à faire surgir des images dans l'esprit de l'auditeur ou du lecteur 

Selon Aristote (384 –322 av. J.-C.), et par suite pour les théoriciens antiques du discours, la fonction première de tout discours est l’« enargeia », que l’on peut traduire par « évidence » ou « visibilité », c’est-à-dire que le discours doit d’abord montrer. Avec les successeurs d’Aristote, le concept d’« enargeia » repose essentiellement sur le sens de la vue : pour Denys d’Halicarnasse, Cicéron (Ier siècle av. J.-C.) ou Quintilien (Ier siècle ap. J.-C.), l’« enargeia » ou l’« evidentia » doit transformer l’auditeur-lecteur en spectateur, lui donner à voir les faits.

Voir Ekphrasis ici et hypotypose dans Wikipédia.

Pour les peintres et les écrivains, deux citations  de l'Ars poetica d'Horace devenus des adages sont naturellement dans les esprits : Ut pictura poesis, et Pictoribus atque poetis (vers 10) : Rabelais traduit ainsi le dernier : Pictoribus atque poetis, « les peintres et poètes ont la liberté de peindre à leur plaisir ce qu'ils veulent".

C'est au XVIe siècle que la poésie ecphrastique prend son essor, et qu'on assiste à la naissance de la poésie emblématique qui, illustre à merveille l'adage horatien , en s'inspirant des concetti italiens, du Livre des hiéroglyphes d'Horapollon et du Songe de Poliphile de Francesco Colonna.

 

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Reprenons maintenant la lecture du texte de F. Berliaire :

 " Parmi les nombreuses rationes locupletandi sermonis passées en revue dans la partie du De copia consacrée aux « figures de pensée qui s’éloignent de la manière directe de présenter les idées », il en est une qui occupe une place de choix dans les Colloques : c’est celle que les Grecs appellent ένάργεια et les Latins evidentia. Connue également sous le nom d’hypotypose, cette figure, qui « expose les choses d’une manière telle que l’affaire semble se dérouler et la chose se passer sous nos yeux », transforme le lecteur ou l’auditeur en spectateur : id quod fit aut factum est, non summatim aut tenuiter exponemus, sed omnibus fucatum coloribus ob oculos ponemus, ut auditorem sive lectorem, iam extra se positum, velut in theatrum, avocet. dum ea referunt quae representari in theatro aut non possunt aut non convenitDe copia, LB I, col. 77 F-78 A.

[Erasme, Enargeia : Nous l'utilisons toutes les fois que, dans le but d'amplifier ou d'orner notre texte, ou de plaire au lecteur, nous n'exposons pas simplement la chose [rem], mais la donnons à voir comme si elle était exprimée en couleurs tans un tableau, de sorte que nous semblons l'avoir peinte plutôt que décrite et que le lecteur semble l'avoir vue plutôt que lue" : Erasme, «  De duplici copia verborum ac rerum. »]

" La description la plus riche est toutefois celle qui sert de prologue et même d’épilogue au Convivium religiosum. Cette visite guidée se transforme en leçon de choses, une leçon modèle qui semble illustrer cette page du De pueris où Érasme conseille au pédagogue d’utiliser des vignettes pour apprendre à son élève le nom et les caractéristiques essentielles des arbres, des plantes et des animaux. Cette connaissance, qui fait appel aux qualités d’observation de l’enfant, n’a rien d’expérimental : les murs de la maison d’Eusèbe sont comme les planches anatomiques d’un manuel d’histoire naturelle et tous les renseignements fournis par Érasme sont tirés de Pline, un de ces auteurs qui, « s’ils ne contribuent pas grandement à la beauté du style, offrent en abondance la réalité » (rerum copiam suppeditant). L’auteur des Colloques puise à pleine main dans les ouvrages de ces naturalistes anciens. Dans Problema et dans ’Aστραγαλισμό, sive talorum lusus, c’est Aristote qui est mis à contribution ; dans Amicitia, c’est encore Pline qui est exploité comme un « trésor », Pline qui « enseigne le monde » : Mundum docet Plinius. Si Érasme tient tant à faire connaître le monde physique, c’est bien sûr parce que « l’on ne peut voir de spectacle plus magnifique que celui de la nature », mais aussi parce que cette connaissance du monde animal, végétal ou même minéral permettra au candidat à l’abondance d’orner son discours au moyen d’allégories, d’images, d’apologues, d’exempla .  Ses Colloques sont nourris à la fois de suc antique et de moelle évangélique, mais aussi de sel attique. 

 

 

 

Le Convivium religiosum : Le jardin d’Eusebius.

Ce colloque du Repas religieux date d’août 1522. Portant le n°16, il suit le colloque 15 Le Repas Profane.

Pour le présenter et le commenter, je ferais mon miel d'un article de Simone de Reyff paru en  2009 et mis en ligne sur Persée. : 

 

 "Dans le Convivium religiosum, Érasme met en scène un petit groupe d’amis réunis autour de la table d’Eusebius pour partager un repas dont le menu, aussi sobre que savoureux, est enrichi de commentaires spontanés sur quelques passages de l’Écriture sainte. Le décor ne se limite pas à la demeure dans laquelle se retrouvent les amis d’Eusebius mais  inclut le jardin dont la visite abondamment circonstanciée constitue un prologue à la fête. Le maître de maison promène longuement ses hôtes avant de les inviter à passer à table: le jardin sera le lieu où la nature, dûment régentée par l’esprit humain, favorisera à la fois la méditation et la sociabilité. On traverse successivement un premier jardin dominé par la statue de saint Pierre et la chapelle dédiée au Christ médiateur, puis un jardin intérieur dont les richesses botaniques et artistiques comblent d’admiration les visiteurs enthousiastes, pour longer enfin trois promenoirs qui, avec le bâtiment principal, constituent un rappel implicite de la structure du cloître. Avant d’emmener ses compagnons à l’intérieur du logis, Eusebius leur signale encore les prolongements de son domaine qu’ils pourront admirer à l’issue du repas: derrière la maison trouvent place un jardin potager et un jardin des simples, que flanquent d’un côté un pré et de l’autre un verger, au fond duquel il élève des abeilles. À la ruche répond, dans la galerie supérieure du promenoir oriental, une volière.  Le jardin d’Eusebius se donne au premier chef comme une célébration de cette multiplicité dont procède l’allégresse du coeur et de l’esprit. Célébration multiple à son tour, puisqu’elle inclut des réalités très diverses: les inscriptions en latin, en grec et en hébreu qui dotent la statue de saint Pierre et l’image du Christ d’un discours polyglotte, et où se croisent les citations les plus hétérogènes de l’un et l’autre Testament; les connotations superposées du cours d’eau qui renvoie simultanément aux aspirations du cerf altéré (Ps 142 / 143) et à l’eau gratuitement octroyée à ceux qui ont soif (Isaïe 55, 1) ; enfin, la variété des plantes cultivées dans le jardin intérieur, et celle des oiseaux élevés dans la volière, dont les moeurs sont aussi contrastées que les ramages.

 Cependant, s’il demeure bien conscient des limites de toute collection, Eusebius ne tente pas moins de les repousser aussi loin que possible. Lorsque l’espace fait défaut à sa passion «curieuse», il le prolonge à travers les fresques qui ornent ses promenoirs, où il pourra contempler, en se délassant, tous les visages du monde que ne saurait contenir son petit domaine. Le décor en trompe-l’oeil qui sert à marquer les limites du jardin tout en l’ouvrant vers l’ailleurs pourrait être envisagé comme une disparate, sinon comme une concurrence déloyale par rapport aux efforts consentis pour aménager un site naturel. La diversité s’y déploie tout en harmonie, sans aucun obstacle, au bénéfice d’une stabilité assurée: les arbres peints, suggère malicieusement Eusebius, ont l’avantage d’être toujours verts. Le regard qu’il invite à poser sur ces produits de l’artifice humain demeure toutefois libre de toute suspicion. Ce n’est pas seulement parce qu’elles présentent l’avantage d’une certaine permanence sur la fragilité du monde réel que ces représentations sont louées. La peinture est source d’un plaisir plus grand que celui qui procéderait de la seule présence d’un objet naturel. En cet endroit, Érasme pourrait se souvenir d’Aristote qui, dans sa Poétique, établit l’imitation comme une valeur propre à l’homme en considérant qu’elle est dans son essence source de délectation. Loin d’être un pis-aller auquel on aurait recours pour pallier les insuffisances d’un domaine aux proportions modestes, l’imitation apparaît au contraire comme le signe d’une plus-value. C’est ce qu’ont immédiatement compris les visiteurs qui s’émerveillent en constatant que les arcades des promenoirs, tout comme le revêtement aux tons subtils du cours d’eau, sont en réalité du faux marbre. «Quod opibus deest arte sarcimus», remarque Eusebius: les carences du jardin sont amplement compensées par l’intervention humaine, dans la mesure précisément où la réponse de l’art à la nature porte la marque d’un génie supérieur. Le monde répertorié sur les parois des galeries ne se borne pas à compléter les expériences restreintes qu’offre l’espace ainsi délimité. Ce n’est pas seulement parce qu’elle rend présentes des variétés animales et végétales excédant les possibilités d’un petit jardin que la peinture des promenoirs suscite la jubilation des promeneurs. À travers la rivalité des figures peintes, «singulis ad nativam imaginem non pessime expressis», on est amené à prendre conscience de la nature essentiellement mimétique du jardin, qui n’est autre qu’une représentation du monde. À la différence notable, cependant, qu’au lieu d’assumer la variété des êtres dans une image inconsistante, le jardin demeure solidaire de la nature qu’il reproduit. La concurrence de l’art n’y équivaut pas à une négation de la nature, mais à une simple inflexion, qui la rend signifiante, ou mieux, qui en exprime la signification latente.

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À travers la double dimension de la varietas et de la mimèsis, on atteint ainsi ce qui constitue probablement la clef majeure du jardin d’Eusebius: la récapitulation du monde esquissée dans les parterres fleuris et les promenoirs historiés vise un projet pédagogique. Chaque détail du jardin correspond à la composante d’un vaste discours dont les implications morales se superposent aisément aux observations du savoir concret. Le maître du jardin se plaît du reste à traduire pour l’édification de ses amis le langage des plantes et des animaux: ainsi la marjolaine, dont le parfum, si l’on en croit les Anciens, est insupportable au porc, est une invite à la chasteté. De même, le double effet des poisons sur le scorpion qui succombe à la vue de l’aconit, mais qui trouve dans l’ellébore un antidote susceptible de le ramener à la vie, s’avère porteur d’un sens précieux: s’il ne donne pas lieu à un commentaire explicite, c’est qu’un tel prodige traduit avec éloquence les ressources insoupçonnées de la Providence. Sur le basilic au regard mortifère, sur le poulpe victime du coquillage dont il voulait faire sa proie, sur le chameau qui esquisse un pas de danse ou le singe jouant de la flûte, se greffent spontanément les reliques de la sagesse commune dont Érasme tient par ailleurs le registre dans ses Adages. Enfin, le petit drame figé dans l’image peinte du lièvre dévoré par un aigle sous l’oeil impuissant d’un scarabée et d’un roitelet, reproches vivants, et cependant impuissants face à la voracité du prédateur, en dit long sur les injustices cruelles du monde. On conçoit que, pour l’expérience avisée du sage, le domaine solitaire est en réalité un lieu «bruissant de paroles» «Domus loquacissima». Cependant la valeur symbolique des objets n’aboutit jamais à la négation de leur utilité fonctionnelle. La source qui traverse le jardin renvoie, comme nous l’avons vu, au Psalmiste et à Isaïe, mais elle sert tout aussi bien à évacuer les égouts. Et quand ses amis se récrient devant ce qu’ils considèrent comme un scandale, Eusebius n’a pas trop de peine à leur rappeler que la Providence a également destiné l’eau aux ablutions. En vérité, le jardin pédagogique d’Érasme ne fonctionne nullement comme une encyclopédie scientifique et morale dont il suffirait d’assimiler les rubriques. Il est le témoignage d’une expérience pénétrante et parfois paradoxale de la vie. C’est pourquoi, indépendamment de la chapelle et de la statue qui ornent son entrée, il présente une dimension profondément religieuse, dans la mesure où les agréments qu’il réunit parlent tous en faveur de l’homme."

 

 

SOURCES ET LIENS 

Simone de Reyff   2009  De la retraite à la présence au monde : jardins de la Renaissance  Seizième Siècle     Volume   5   pp. 169-192

 

 

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20 février 2015 5 20 /02 /février /2015 20:30

Vanitas et Vanessa . A propos de "Nature morte avec insectes" (1594) d'Oxford par Joris Hoefnagel, et du nom de genre Vanessa Fabricius, 1807.

Voir aussi les autres articles consacrés à Hoefnagel:

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I. Description.

Titre : "Nature morte avec insectes". Miniature en rectangle vertical de 161 x 120 mm peinte à l'aquarelle sur vélin par Joris Hoefnagel en 1594 et conservée à l'Ashmolean Museum of Art and Archeology d'Oxford (Angleterre).

Inscription :

L'artiste a placée en guise de signature au centre sur le vase un monogramme IG dans lequel le "I" est en réalité un clou placé verticalement au centre de la lettre G. Il s'agit d'un rébus analogue aux "armes parlantes" utilisées en héraldique et par lesquelles le titulaire donne à entendre son nom. Le clou se disant "nagel" en néerlandais, Hoefnagel, dont le nom provient sans-doute du surnom donné à un maréchal-ferrand Huf-nagel, "sabot-clou", a fait de l'image du clou son emblème. Le monogramme se lit donc G[eorgius] [Hof]nagel. De chaque coté, les chiffres 15 et 94 indiquent la date, 1594.

Chose exceptionnelle chez Hoefnagel, la scène peinte ne s'accompagne ici d'aucun titre, d'aucune citation biblique ou poétique : en un mot, elle échappe aux règles des Emblèmes. Elle se suffit à elle-même au lieu d'être l'illustration d'un argument littéraire. Serait-ce la première Nature morte ?

Considérée rapidement, on y voit un vase, des fleurs et des insectes. Mais en regardant plus attentivement, on constate que ce "vase" est bien étrange. D'une part, il est dépourvu de pied, et se tient en équilibre sur une grosse perle. A moins qu'il ne soit fixé au faux cadre en trompe-l'œil, qui se résume ici à quatre baguettes de bois ou de cuivre ? Et puis, nous ne comprenons pas comment se dispose son col, car celui-ci est masqué par un papillon aux ailes largement étalées. Or, les anses, volutes contournées de manière extravagante et guère fonctionnelle, ne viennent pas poser leur extrémité supérieure sur une partie du vase, mais sur les ailes du papillon. D'ailleurs, la pose de cet insecte n'est pas celle qu'il adopte dans la nature, lorsqu'il capte le soleil sur une fleur ; mais elle évoque plutôt un spécimen de collection, épinglé à cet endroit insolite en dessous des tiges des fleurs.

La comparaison avec une autre œuvre assez similaire au musée de Sibiu en Roumanie permet de découvrir le vase non masqué et de comprendre que ces anses sont, d'avantage, des poignées dont l'extrémité est libre. De même, le pied est maintenu par un support servant de cartouche avec inscription. Cette autre miniature est datée de 1597.

http://www.codart.nl/images/Publications/Brukenthal/0566JorisHoefnagel.jpg

L'une des façons de résoudre les étrangetés de construction de la miniature d'Oxford est de supposer qu'elle a été découpée, puis qu'un cadre a été dessiné secondairement. J'ignore si cela a été envisagé par les experts.

Étrange aussi est cet hanneton, à l'évidence mort, sur le dos, comme une momie égyptienne.

Curieux encore est l'attrait d'une Demoiselle et d'un Lycène pour les anses du vase, alors que les fleurs les indifférent.

Alertés par le monogramme parlant de l'artiste, par ces bizarreries, par les formes calligraphiques des 3 décors de lapis lazuli du vase et des 2 anses, nous pouvons, surtout en connaissant l'artiste qui se définit comme inventor hieroglyphicus, chercher à déchiffrer quelque sens secret.

Dressons d'abord l'inventaire botanique.

Au centre, une tulipe jaune. A droite et à gauche, deux roses en bouton (Rosa gallica), de couleur rose. Au dessus d'elles, deux ancolies, blanches ou décolorées par le temps. Et puis, sur le sol supposé, dont les ombres indiquent l'existence, une fleur coupée, sèche, celle d'un œillet.

Poursuivons avec l'inventaire entomologique des cinq insectes. Bien qu'à cette époque aucun n'ait reçu de nom, nous pouvons aujourd'hui les identifier. Le papillon du centre est la Vanesse du Chardon ou Belle-Dame Vanessa cardui. Le second papillon est sans-doute un Papilionidé, le Semi-Apollon, Parnassius mnemosyne. (Ou à défaut Aporia crataegi, le Gazé). La chenille qui ressemble le plus à celle qui trace une diagonale le long d'une tige est celle de la Cucullie du Bouillon-Blanc, Shargacucullia verbasci. Le hanneton doit être du type commun, Melolontha melolontha. Enfin la libellule posée à droite est vraisemblablement un Calopteryx femelle (C. virgo ou C. splendens).

 

 

On comparera avec intérêt cette miniature avec cette aquarelle plus tardive de Jacob Hoefnagel, qui appartient actuellement à la Fondation P & N de Boer à Amsterdam, mais qui fut exposée en 2104 à Paris  dans l'exposition Entre Goltzius et Van Gogh, à la Fondation Custodia.

Jacob Hoefnagel, Vase de fleurs entouré de fruits et d’insectes, 1629. Aquarelle sur vélin, 145 x 191 mm © Fondation P. et N. de Boer, Amsterdam

https://rkd.nl/nl/explore/images/record?query=hoefnagel+de+boer&start=0

 https://alaintruong2014.files.wordpress.com/2014/12/2149.jpg.

On y distingue 15 insectes, dont Vanessa atalanta, le "Vulcain", une chenille épineuse, une coccinelle à deux points, une libellule — corps de Libellulidae, mais yeux et pterostigmas rouges —, une sauterelle femelle, un Grand Bombyle Bombylis major, un Térébrant Gasteruption assectator, une Mouche à damiers Sarcophaga carnaria, deux fourmis transportant le couvain.

Parmi les fleurs, la Rose Rosa gallica, la Nigelle Nigella damascena, le Crocus, le Narcisse , l'oeillet , l'Ancolie , le Romarin, la Fritillaire, la Violette , une Giroflée (rose) , une pomme coupée, une fraise des bois, deux cerises, une demi noix.

La console qui donne appui au vase ne sert pas, comme dans toutes les miniatures de Joris, de cartouche pour une inscription sentencieuse ou poétique. Comme dans la miniature précédente, cette absence d'inscription en fait une Nature morte. Morte car silencieuse.

 

 

 

 

 

Jacob Hoefnagel, Vase de fleurs entouré de fruits et d’insectes, 1629. Aquarelle, 145 x 191 mm © Fondation P. et N. de Boer, Amsterdam

Jacob Hoefnagel, Vase de fleurs entouré de fruits et d’insectes, 1629. Aquarelle, 145 x 191 mm © Fondation P. et N. de Boer, Amsterdam

Vanitas et Vanessa.

Ces Natures mortes sont, au même titre que celles qui les suivront, et comme aussi une grande partie des peintures emblématiques précédentes de Hoefnagel, des illustrations de la vanité foncière de l'existence, dont témoignent la fanaison rapide des fleurs, le déperissement des fruits, la taille insignifiante des insectes et la briéveté de toutes les formes de vie, contrastant vivement avec la fraîcheur et la beauté de l'expression vitale en sa plénitude.

Or, il est singulier de constater qu'au centre de l'une des premières Natures mortes se trouve, ailes étendues, comme épinglée par la mort, un papillon qui porte en France depuis 1762 le nom de "Belle-Dame" et en Angleterre depuis 1699 celui de "Painted-Lady" ("femme fardée"). 

En effet, ces noms traduisent un nom latin, Bella dona, "Belle dame", par allusion à la beauté presque surfaite des ailes mêlant au noir et au blanc des dégradés d'orange, de chamois et de beige. Petiver, qui le mentionne en 1699, signale qu'il est connu sous ce nom ("bella donna dicta" mais ne dit pas depuis quand. En outre, ce nom évoque la plante Atropa belladonna L. 1753, dont le nom belladona a été pour la première fois attesté, sous la forme Herba bella donna ou Herbe des belles dames, dans les publications des botanistes Matthioli (1566) et Clusius (1602). Carolus Clusius, ou Charles de l'Escluse qui avait appartenu à la cour impériale à Vienne avant de s'installer en 1587 à Leyde et y fonder le Jardin botanique, est un ami de Hoefnagel. Il est possible que Hoefnagel ait connu le nom botanique bella donna. Il est par contre peu vraisemblable (ou non attesté)  que le papillon soit déjà désigné par ce nom à son époque.

Ce n'est donc qu'a posteriori, pour la jouissance intellectuelle du spectateur actuel, que ce nom vernaculaire de ce papillon vient entrer en profonde résonnance avec le sens tacite de la peinture de Joris Hoefnagel. 

Mais il y a plus. Le nom scientifique de la "Belle-Dame" est Vanessa cardui, ou Vanesse des chardons. Le Vulcain qui est figuré dans le Vase de fleurs entouré d'insectes de la collection de Boer se nomme Vanessa atalanta, Ces deux papillons appartiennent donc au genre Vanesse, un genre aux ailes fortement colorées de teintes noir, orange ou rouge, et qui, pendant la période médiévale, a servi de support d'un symbolisme négatif évoquant le Mal, les puissances diaboliques et l'Enfer notamment dans le Jugement Dernier  de Hans Memling et dans le jardin des délices de Jérome Bosch.

http://www.lavieb-aile.com/article-les-papillons-dans-un-tableau-de-hans-memling-125258718.html

Dans l'oeuvre de Hoefnagel, ce symbolisme péjoratif disparaît. Les ailes puissament colorées des Vanesses entrent en écho avec les pétales des fleurs, cette exubérance de la Nature incitant le spectateur à réfléchir au caractère périssable, vulnérable et éphémère de ces fastes, comme un miroir tendu à sa propre existence et à son attrait pour les richesses ou la beauté.

En un mot, ces Vanesses sont, à elles-seules, des Vanités au même titre qu'une Rose.

Or, le genre Vanessa, créé en 1807 par Fabricius, appartient à une série qui sont tous des noms féminins se rapportant  Vénus, déesse de la Beauté. Le nom Vanessa est emprunté à Swift, qui, dans son poème Vanessa and Cadenus (1713) avait fusionné le début et la fin du nom de son élève (et maîtresse) Esther Vanhomright. Ce poème oppose la vanité des relations courtoises des femmes et hommes de son temps (Vénus) et la passion pour les jeux intellectuels (Pallas) qui réunissait Swift et Esther. Dans le nom Vanessa est dissimulé à la fois Venus et Vanish, selon des techniques de manipulation et distorsion du langage qui sont au cœur de la création littéraire swiftienne.

Donc, là encore, comme pour le nom Belle-Dame, le nom Vanessa est en relation étroite avec Vanitas, mais cette relation ne devient évidente qu'après-coup, dans une lecture contemporaine. 

Rien n'interdit au zoonymiste de penser que ce sont précisément les miniatures emblématiques, puis les Allégories et enfin les Natures mortes de Joris Hoefnagel qui ont favorisé la dénomination de certaines espèces de lépidoptères sous l'égide de  la Vanité et de la Beauté périssable. 

Et rien n'interdit non plus au rêveur borgésien d'imaginer que Hoefnagel avait inscrit déjà ces noms dans son œuvre, comme dans ces images où le visage du chasseur est caché dans le feuillage d'un arbre.

J'ajouterais que Linné, créateur du nom papilio cardui et papilio atalanta, tout autant que Geoffroy, créateur du nom "Belle-Dame", connaissaient les représentations par Hoefnagel des papillons en question, et qu'il les citent en référence de leurs descriptions originales.

 

 

Le grant herbier Paris 1504

John Gerard The herball 1597

Pietro Andrea Mattioli  Pietro Andrea Mattioli 

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19 février 2015 4 19 /02 /février /2015 11:00

Zoonymie du papillon l'Azuré du Serpolet Maculinea arion (Linnaeus, 1758).

La zoonymie (du grec ζῷον, zôon, animal et ónoma, ὄνομα, nom) est la science diachronique qui étudie les noms d'animaux, ou zoonymes. Elle se propose de rechercher leur signification, leur étymologie, leur évolution et leur impact sur les sociétés (biohistoire). Avec l'anthroponymie (étude des noms de personnes), et la toponymie (étude des noms de lieux) elle appartient à l'onomastique (étude des noms propres).

Elle se distingue donc de la simple étymologie, recherche du « vrai sens », de l'origine formelle et sémantique d'une unité lexicale du nom.

Résumé.

— Maculinea Van Eecke, 1915, couplage de deux noms latins, macula et linea, pour décrire les points noirs "en forme de longs trémas" selon l'auteur, qui caractérisent les ailes antérieures des espèces du genre.

[— Synonyme du genre Maculinea : Phengalis Doherty, 1891 : du grec fengali, "la lune", peut-être en raison d'une tache noire ronde sur fond blanc de l'espèce-type.]

— arion (Linnaeus, 1758) : cette espèce appartenant à la phalange des Plébéiens ruraux de Linné, elle devrait recevoir le nom d'un homme ordinaire, mais ceux-ci n'ayant pas laissé leur nom dans l'Histoire, Linné choisit parmi les artistes grecs antiques, comme Arion de Méthymne, poète et joueur de cythare qui, condamné à être jeté à la mer par des marins, fut sauvé par un dauphin attiré par ses chants. A la Renaissance, il devint pour les humanistes et imprimeurs la figure de l'éloquence poétique, et Linné a vu, sous forme de marque de typographe, la vignette d'Arion au dauphin sur la page de titre du Pinax theatri botanici (1623) de C. Bauhin, livre princeps en Botanique.

— En France, l'espèce fut d'abord décrite par Engramelle en 1779 sous le nom d'"Argus Bleu à bandes brunes", puis par Godart en 1821 sous celui de "Polyommate Arion" avant d'être nommée par Gérard Luquet en 1986 "L'Azuré du Serpolet", du nom de l'une des plantes-hôtes des pelouses sèches, Thymum serpyllium ou plus généralement des Serpolets (Thymus praecox, T. pulegioides). La chenille se nourrit de leurs bourgeons floraux avant de tomber et d'être prise en charge par des fourmis (Myrmica sabuteli).

 

 

 

               I. NOM SCIENTIFIQUE.

 

1. Famille et sous-famille.

a) Famille des Lycaenidae, William Elford Leach, 1815. Les Lycènes. 

       Leach, William Elford, 1790-1836  "Insecta" pp. 329-336, "Entomology". pp 646-747 in D. Brewster éditeur, Brewster's Encyclopaedia Edinburgh, [Edinburgh, volume 9, 1, 04/1815 pp. 57-172  : selon Sedborn 1937] [Philadelphia, E. Parker,1816? selon BHL Library]  page 718. [ Article publié anonymement et attribué à Leach, qui avait annoté son propre manuscrit]

  

La famille des Lycaenidae Leach, [1815] tient son nom du genre Lycaena de Fabricius (1807). il comprend les Blues ou Azurés, les Coppers ou Cuivrés et les Hairstreaks ou Thécla, et nos Argus, soit les sous-familles des  Polyommatinae Swainson, 1827, Lycaeninae [Leach, 1815] et Theclinae Butler 1869.

 Ses 6000 espèces mondiales représentent un tiers des Papilionoidea. La majorité a développé des stratégies d'associations facultative ou obligatoire avec les fourmis, qui vont du parasitisme au mutualisme. Les chenilles et les chrysalides utilisent des signaux chimiques et acoustiques pour manipuler les fourmis dans le sens de la myrmécophylie. La présence d'une glande dorsale, située en général sur le 10ème segment exsudant un liquide sucré comparable au miellat des pucerons est un caractère largement partagé par les chenilles de lycénidés myrmécophiles et connu depuis 1894 . On parle alors de chenilles trophobiontes. Toutefois, certaines espèces ont mis au point des stratégies plus complexes pour inciter les fourmis à les adopter et à les transporter au sein de leurs fourmilières.

 

b) Sous-famille des  Polyommatinae Swainson, 1827.

Elle tient son nom du genre Polyommatus créé par  Latreille en 1804; "Tableau méthodique des Insectes" in Nouveau Dictionnaire d'Histoire naturelle appliqué aux arts, principalement à l'Agriculture et à l'Économie rurale et domestique, par une Société de naturalistes et d'agriculteurs ; avec des figures des trois Règnes de la Nature, Paris : Deterville, an XII [1804] 24 (6) p. 185 et page 200, espèce-type: Papilio icarus Rottemburg.

Polyommatus vient du grec polus "beaucoup", et omma, ommatos, "œil" : c'est un qualificatif du géant Argos qui disposait de cent yeux, dont cinquante étaient toujours ouverts. C'est lui que la jalouse Héra envoya surveiller Io, transformée en génisse après ses amours avec Zeus. Ce nom est en rapport avec les nombreux ocelles des ailes des papillons bleus. On le trouve déjà chez Aldrovandi sous la forme équivalente de  Papiliones polyophtalmi.

Cette sous-famille contient, en France, 18 genres :

 Tribu des Polyommatini Swainson, 1827 :

Genre Maculinea Eecke, 1915 

 


    

2. NOM DE GENRE : Maculinea van Eecke, 1915 .

 

a) Description originale : 

"Bijdrage tot de kennis der Nederlandsche lycaena-soorten, Door R. van Eecke (met Plaat I en II)",     Zoologische Mededeelinge s'Rijks Museum van naturlijke historie te Leiden E.J. Brill : Leiden 1(3):28,  

— Type spécifique: M. alcon

Description :

Nov. genus Maculinea.

De ogen over het algemeen niet behaard (arcas heeft nl. Zeer fijn behaarde ogen) ; de witgeringde antennen tamelijk kort en fijn, met duidelijke kolf ; de palpen met een lang eindlid. De voorpooten bij de sexen verschillend ; tibiae zonder sporen. Ader 6 ontspringt naast ader 7, die gevorkt is en waarvan de distale tak recht in de apex der voorvleugels eindigt. De discocellularis gebogen ; ader 2 der achtervleugels weinig verlengd. De uncus zwak gespleten met in waartsche buiging met enen tweeledig scaphium, dat nog met den uncus sterk verbonden is ; de valvae rechthoekig met een zeer sterken, vooruitstekenden, processus superior en een sterken, grooten rechthoekigen processus inferior. De penis basaal sterkt verdikt, met zeer ontwikkelden cuneus en afgestompte carina. Bij de wijfjes duidelijke sinusontwikkeling en lamina dentata in de bursa copulatrix.

 Het genus Maculinea omvat 4 inlandsche soorten, die alle onmiddellijk te onderkennen zijn aan hunne eigenaardige, lange trema-vormige  vlekken en aan de donsachtige blauwe kleur. Tot die genus behooren ook de uitlandsche soorten M. cyllarus Rott. En M. melanops B. De scheiding tusschen de genera Lycaena en Maculinea is zuiver te trekken. Inlandsch zijn : 

1. M. alcon F.

2. M. euphemus Hübn.

3. M. arion L. 

4. M. arcas Rott.

"Le genre Maculinea comprend quatre espèces indigènes, qui se reconnaissent toutes immédiatement à leurs taches particulières en forme de longs tréma à et leur couleur bleu-duveteux. À ce genre appartiennent également le genre Uitlandsche espèce M. cyllarus Rott. et M. melanops B. La séparation entre les genres Lycaena et Maculinea ........ Les espèces indigènes sont: (etc.)"

 

 

— Ce genre renferme quatre espèces en France :

  • Maculinea alcon ([Denis & Schiffermüller], 1775) . Azuré de la Pulmonaire (sous-espèce alcon), Azuré de la Croisette (sous-espèce rebeli).

  • Maculinea nausithous (Bergsträsser, 1779). Azuré des paluds.

  • Maculinea teleius (Bergsträsser, 1779) (157). Azuré de la Sanguisorbe.

  • Maculinea arion (Linnaeus, 1758). Azuré du Serpolet.

 Les larves sont soignées par des fourmis des genres Myrmica et Aphaenogaster.  

 — Auteur : Qui est l'auteur du genre Maculinea ?

 Rudolph van Eecke est un entomologiste néerlandais, (1886 -1975) qui devient en 1920 conservateur au Rijksmuseum van Natuurlijke Historie de Leyde. Il travailla alors sur les lépidoptères. Quelques-unes de ses publications :

  •  1914. Studien über Indo-Australische Lepidopteren, Fauna Simalurensis, Lepidoptera Rhopalocera, Fam. Lycaenidae. Notes Leyden Mus. 36(3): 193-258

  • 1915. Studies on Indo-Australian Lepidoptera II. The Lepidoptera collected by the third New Guinea axpedition. Nova Guinea Zool. 3, 13: 55-79, 3 pls

  • 1918. Studies on Indo-Australian Lepidoptera III. Some Rhopalocera and Netrocera from Simalur, Pulu Lasia, Pulu Babi and Sumatra. Zoöl. Meded. 4(2): 70-101, 2 pls., 3 text figs.

  • 1924. List of Lepidoptera collected by Mr. W. C. van Heurn during an exploration-expedition in Dutch North New Guinea. Nova Guinea 15: 33-56, 1 pl. r 

 

 

Genre Phengaris ou Maculinea ?

 Le genre Phengaris a été décrit par Doherty en 1891 :  J. Asiat. Soc. Bengal 60 Pt.II (1) : 36

1) Selon Dupont et al. 2013 : 

En 2007, les travaux de Fric & al., fondés sur le séquençage des gènes mitochondriaux CO1 et CO1I et du gène nucléaire EF-1α, montrent que les espèces des genres Phengaris Doherty, 1891, et Maculinea Eecke, 1915, appartiennent à une même lignée monophylétique. En 2011, les travaux d’Ugelvig & al., fondés sur le séquençage des gènes mitochondriaux CO1 et CO2 et de quatre gènes nucléaires (EF-1α, wigless, Histone-3 et la sous-unité ribosomale 28S), montrent que les deux genres sont très proches, mais que le genre Maculinea est monophylétique. Balleto & al. (2010) ont proposé de maintenir le nom générique Maculinea et ont requis à ce sujet l’avis de la Commission Internationale de Nomenclature Zoologique. Dans l’attente de cette décision, nous optons pour le maintien du nom générique Maculinea Eecke, 1915 comme cela est recommandé par le code de nomenclature.  

2) Selon Wikipédia (consulté le 8 01 2014) qui mentionne cette espèce comme Phengaris alcon:

 Les travaux de Zdenek et al. (2007) sur la phylogénie du clade (Phengaris+Maculinea) ont permis d'identifier l'ancien genre Maculinea comme un groupe à l'intérieur de Phengaris. Toutefois, ces études ne permettent toujours pas de placer Phengaris au sein d'une sous-famille particulière et se retrouve donc Incertae sedis. La liste des espèces comprend donc l'ensemble des espèces des deux genres.

3) cas 3508 : Paclt, J, Bulletin of Zoological Nomenclature mars 2013 70(1) : 52

This comment is in support of Case 3508 to conserve the junior synonym Maculinea Eecke, 1915 for the Large Blue butterfly. The historical use of the two synonyms, Maculinea Eecke, 1915 and Phengaris Doherty, 1891 is summarized by Paclt (2012), with Maculinea shown to be very widely used and Phengaris very little used, almost solely by, or following, the authors of the comment opposing the case. Article 23.2 of the Code (the Principle of Priority) is to be used to promote stability, and not to upset a long-accepted name in its accustomed usage by introducing a little-used senior synonym as was done by Fric et al. (2007). The genus Phengaris was introduced in 1891, and since then has been the subject of very few publications, while Maculinea was used in all catalogues, field guides and educational posters and has been the subject of numerous behavioural, ecological and conservation studies. The Commission is formally asked for a ruling in support of Case 3508 and for conservation of the junior synonym Maculinea, which is a classical case of common usage vs priority, as described in Article 23.9.3 of the Code.  

 

 

Le genre Phengaris, Doherty, 1891.

 

Selon Wikipédia : William Doherty est un naturaliste américain, né le 15 mai 1857 à Cincinnati et mort le 25 mai 1901 à Nairobi. Il voyagea en 1877 en Europe, en Turquie, en Palestine et en Égypte, en 1881 en Iran. Il commença à constituer une importante collection de papillon. De 1882 à 1883, il voyagea en Inde, en Birmanie et dans l’archipel malais et en 1887 il partit en Indonésie.

Doherty alla étudier les collections de papillons rassemblées par les frères Lionel Walter Rothschild (1868-1937) et Charles Rothschild (1877-1923) au Muséum de Tring. Lord Lionel Rothschild l’emploie alors comme récolteur d’oiseau, le meilleur qu’il n’a jamais employé d’après lui. Il meurt dans l’est de l’Afrique de dysenterie.

Ses collections entomologistes sont dispersées dans plusieurs institutions : le Natural History Museum de Londres, le Muséum Carnegie de Pittsburgh (en), le muséum de Brooklyn et le National Museum of Natural History de Washington.

Il est l'auteur de trois genres,  Araotes Doherty, 1889 ( Theclinae), Phengaris Doherty, 1891; Yoma Doherty, 1886 (Nymphalidae).

 Sa description originale est celle-ci : 

 W. Doherty 1891.III. "New and Rare Indian Lycaenidae", in Journal  of the Asiatic Society of Bengal. Vol. 60. Part II. 1892, pp 32-38 : page 36.

 Cette référence est d'accès difficile : La BHL Library conserve la seconde partie du numéro 60 du Journal , mais non la première partie. Néanmoins, cette seconde partie contient  l'Index signalant le nom de genre  J. Asiat. Soc. Bengal 60 Pt.II (2) 430 , mais aussi  la planche II présentant l'espèce-type, planche qui accompagne un second article de Doherty The Butterflies of Sumba and Sambaica, with some account of the Island of Sumba, by William Doherty, Cincinnati, U.S.A. Communicated by the Natural History Secretary (With Plate II).

  Je donne donc la copie de l'extrait concernant le nouveau genre Phengaris page 36 de la référence citée : 

"p.36 Subfamily Lycaeninae, genus Phengaris.

Subfamily Lycaeninae.

Genus Phengaris, novum. The splendid Chinese butterfly Lycaena atroguttata, Oberthür, deserves to be placed in a separate genus or subgenus, distinguished from Lycaena by the upper discocellular vein of the hindwing being short and angled outwardly, the lower discocellular meeting the median vein opposite its second forking.

 I was not able to detect any odour about it, but it has all the air of a protected species. I often saw in the meadows of the Kutxcha Naga country, Naga Hills, from 6000 to 8000 feets elevation, flying very slowly and visible from a great distance, so that I caught a good number, in spite of its rarity. The character of its marking, round black spots on a pure white ground, is very remarkable. It is hard to avoid thingingTajuria maculata, Hew. A mimic of this species, though it seems to live a lower elevation, and further to the westward. Taraka hamada is somewhat similary marked, and is obviously protected.

I have taken the name Phengaris, which means a daughter of  the moon, from the modern Greek."

 

 Étymologie de Phengaris.

L'étymologie du genre créé par Doherty est indiquée par son auteur dans l'extrait cité ; "J'ai pris le nom Phengaris, qui signifie "fille de la Lune", du grec moderne.". Peut-être ce nom est-il en lien avec la phrase "The character of its marking, round back spots on a pure white ground, is very remarkable.", " la caractéristique de sa marque, un rond noir sur un fond blanc très pur, est très remarquable". En grec, phengari ou fengári, φεγγάρι, ,signifie "la lune", et non "la fille de la lune".

 

Le Mont Phengari (mont de la Lune) est situé sur l'île de Samothrace, l'une des Sporades, et sa cîme enneigée est le point culminant de la mer Égée avec ses  1611 mètres. 

 

 

 

 

c) Étymologie de Maculinea.

L'étymologie de ce nom de genre est signalée par l'auteur lorsqu'il écrit "Le genre Maculinea comprend quatre espèces indigènes, qui se reconnaissent toutes immédiatement à leurs taches particulières en forme de longs tréma ...". En effet, ce nom est l'association de deux noms latins, macula, "tache" et linea, "ligne" : "taches en forme de ligne, de tiret".

— A.M. Emmet (1991)

macula, a spot ; linea : from the postdiscal series of somewhat elongate black spots on the forewing upperside, characteristic of the species in the genus."

 

— Hans A. Hürter (1998):

"Macula, -ae, "tache" [...] linum, -i, "ligne" [...] Eine Gattung, deren Arten "reich an linienförmigen Flecken oder Makeln" sind, die mit linien- oder strichförmigen Flecken oder Makeln versehen sind, die solche Zeichnungen auf den Flügeln tragen."

Un genre dont les espèces  "riches en taches ou des marques en forme de ligne" sont pourvus d'une ligne de taches ou de marques en forme de ligne, dessinée sur les ailes.

 

—Luquet in Doux et Gibeaux (2007) :

      du latin macula,"tache", et linea, "ligne", par allusion à la série post-discale de points noirs quelque peu allongés de l'avers de l'aile antérieure, caractéristique des espèces du genre.

— Perrein et al. (2012)

   du latin macula "tache" et linea, "ligne", allusion à la maculation des ailes antérieures de nombreuses espèces du genre.

 

 

  3.  NOM D'ESPÈCE : Maculinea arion (Linnaeus, 1758).

 

a) Description originale

Papilio arion Linnaeus, 1758 :  Linnaeus, C. 1758. Systema naturæ per regna tria naturæ, secundum classes, ordines, genera, species, cum characteribus, differentiis, synonymis, locis. Editio decima, reformata. Holmiæ. (Salvius). Tomus I: 1-824, : 483. [http://www.biodiversitylibrary.org/item/10277]

 

 

— Description :  "151  P[apilio] P[lebejus] Alis ecaudatis : supra fuscis disco caeruleo maculis atris : subtus canis punctis ocellaribus.

Statura sequentis, sed duplo major. Alae posticae subtus ocellis 10, praeter puncta marginalia."

— Habitat  in Europa.

— référence données par Linné :

  • Roes. ins. 3 Suppl. t.45  f.3,4.

​— Recherche de la référence : 

Roesel von Rosenhof (August Johann) , 1746,  Der monathlich herausgegebenen Insecten-Belustigung. Theil 3  Worinnen außer verschiedenen, zu den in den beyden ersten Theilen enthaltenen Classen, gehörigen Insecten, auch mancherley Arten von acht neuen Classen ... vorgestellet werden 4020 Mit vielen neuen Beobachtungen / Herrn August Johann Rosel von Rosenhof, Nürnberg [Nuremberg], 

numérisé par Göttingen  page 349 : 

http://gdz.sub.uni-goettingen.de/dms/load/img/?PPN=PPN369101308&DMDID=DMDLOG_0079

http://gdz.sub.uni-goettingen.de/content/PPN369101308/800/0/00000349.jpg

 

 

b) Description et localité-type 

 — Localité-type : Suède, désignée par Honey & Scoble (2001) (Honey, M. R. & Scoble, M. J. 2001. Linnaeus's butterflies (Lepidoptera: Papilionoidea and Hesperioidea). Zoological Journal of the Linnean Society, 132(3): 277-399 : 300.). Ou, (Perrein & al.) : " "in Europa" ; Nuremberg, Bavière, Allemagne, d'après Fruhstorfer qui prend en considération la citation linnéenne des figures de Rösel von Rosenhof en 1746 dans son Insecten-Belustigung."

— Selon Dupont & al. (2013) cette espèce a une répartition eurasiatique. Elle est présente de la péninsule Ibérique jusqu’au nord-est de la Chine. Elle est signalée de presque toute la France. Les chenilles se nourrissent principalement sur des Thyms du groupe serpyllum L. et Origanum vulgare L.

Description Wikipédia :

"La chenille, petite et trapue, possède une tête rétractile noire et un corps rose puis blanc rosé. Il vole en une génération, de fin mai à fin juillet. Il hiverne à l'état de chenille.

La chenille se nourrit des corolles du Serpolet puis tombe au sol et est transportée par les fourmis dans leur fourmilière, elle se nourrit, jusqu'à sa métamorphose, de larves de fourmis*. Les chenilles sont soignées par des fourmis, Myrmica sabuleti et Myrmica scabrinodis. La nymphose a lieu dans la fourmilière.

Ses plantes hôtes sont des thyms Thymus serpyllum, Thymus praecox, Thymus marschalliana, et origans Origanum vulgare.

Il est présent en Europe du nord de l'Espagne au sud de la Scandinavie, en Turquie, dans l'ouest de la Sibérie, le nord-ouest du Kazakhstan et dans l'Altaï. Il est éteint en Grande-Bretagne depuis 1979.

En France métropolitaine il est présent dans presque tous les départements, mais est absent ou n'a pas été trouvé depuis 1980 en Bretagne, en Basse-Normandie, dans le Nord-Pas-de-Calais et l'Île-de-France.

Il réside dans les clairières, les lieux herbus secs."

*"en échange de leur sécrétions sucrées, consommées par les fourmis adultes" (Chinery)

 

 

c) Synonymes  et sous-espèces.  INPN (Muséum) :

  • Glaucopsyche arion (Linnaeus, 1758)
  • Lycaena arion aglaophon Fruhstorfer, 1915 :Fruhstorfer, H. (von) 1915. Neue palaearktische Lycaeniden. Societas Entomologica, 30(12): 67-68 : 68. [http://www.biodiversitylibrary.org/page/33429311]
  • Lycaena arion ligurica Wagner, 1904
  • Lycaena arion (Linnaeus, 1758)
  • Lycaena arthurus Melvill, 1873 : Melvill, J. C. 1873. Description of Lycaena arthurus, a new european butterfly. The Entomologist's Monthly Magazine, 9: 263: 263. . [http://www.biodiversitylibrary.org/page/9271271]
  • Lycaena ligurica Wagner, 1904
  • Lycaena obscura Christ, 1877
  • Maculinea arion aglaophon (Fruhstorfer, 1915)
  • Maculinea arion arion (Linnaeus, 1758)
  • Maculinea arion arthurus (Melvill, 1873)
  • Maculinea arion ligurica (Wagner, 1904) : Wagner, F. 1904. Lycaena arion L. nov. var. Societas Entomologica, 19(1): 1. [http://www.biodiversitylibrary.org/page/9264504]
  • Maculinea arion obscura (Christ, 1877)
  • Maculinea arion pyrenaeafuscans Verity, 1948 :  Verity, R. 1947-1957. Les Variations Géographiques des Saisonnières des Papillons Diurnes en France. Editions Sciences Nat, Paris. Vol. 1: 199 pp. : 106.
  • Papilio arion Linnaeus, 1758
  • Phengaris arion (Linnaeus, 1758)

 

Sous-espèces : 

Leraut retient la présence de cinq sous-espèces en France :

-arion Linnaeus, 1758

- alconoides Keferstein, 1851. Localité-type : environs de Lyon, Rhône.

- arthurus Melvill, 1873. Localité-type : Chamonix, Haute-Savoie.

-aglaophon Fruhstorfer, 1905. Localité-type : Vernet-les-Bains, Pyrénées-Orientales, désigné par Verity (1951).

-ligurica Wagner, 1904. Localité-type : entre Bordighera et San Remo, Ligurie, Italie.

-pyrenaeafuscans Verity, 1948. Localité-type : Gèdre, Hautes-Pyrénées.

Selon Dupont & al. (2013) "Keferferstein attribue le nom d’alconoides aux figures 3 et 4 de la planche 26 dans Godart (1822). Dans cet ouvrage, les figures 3 et 4, respectivement en première et deuxième position dans la planche, représente Papilio optilete. Les figures 1 et 2, respectivement en troisième et quatrième position, représentent Papilio alconKerferstein considère ce taxon comme une variété de M. alcon. Leraut en 1997, à la différence de l’édition précédente en 1980, considère alconoides comme une sous-espèce d’arion visiblement à cause de la suffusion bleue très développée sur la figure 2 de Godart, montrant le dessous des ailes. Nous ne le suivons pas, certains individus d’alcon pouvant avoir une suffusion bleue importante. Godart indique comme localité les environs de Lyon. Les deux écotypes alcon et rebeli sont présents dans la région Rhône-Alpes et jusqu’à présent seul l’écotype alcon a été signalé du département du Rhône. Kerferstein et Godart ne donnant pas de description d’habitat, il n’est pas possible de mettre en relation alconoides avec l’un des deux écotypes de façon certaine. Wagner en 1904, travaillant sur des populations du sud des Alpes, met en avant les différences morphologiques des populations côtières situées entre Bordighera et San Remo qu’il nomme ligurica. Ce taxon caractérise les populations corses selon Leraut. Par ailleurs, les populations de plaine dans le sud de l’Europe ont une période de vol plus tardive que les populations du nord de l’Europe et celles d’altitude (Thomas & al., 1998). Le taxon ligurica Wagner, 1904 a souvent été gardé pour décrire ces populations (Varga, 2003). Les travaux de Bereczki & al. (2011), fondés sur l’électrophorèse enzymatique, montrent que les populations d’altitude et de plaine (ligurica selon les auteurs) des Carpates, ne sont pas différentes. De plus, chez les Maculinea, la période de vol des adultes semble varier non seulement en fonction de l’altitude et de la latitude, mais aussi localement en fonction de la période de floraison de la plante-hôte (Dupont, 2010). Par ailleurs, les travaux de phylogénie moléculaire réalisés par Ugelvig & al. (2011) (cf. la note sur le genre Maculinea) ne montrent pas de différences entre différents échantillons prélevés en Europe. Les populations de la localité type, de France et d’Italie, n’ont pas été intégrées. "

 

c)  Étude du nom arion (Zoonymie) :

 

— Arnold Spuler (1908)  page 69 :

"gr. Zitherspieler"

August Janssen (1980) p. 44 :

"Griekse lierdichter"

—  Gustav Ramann (1870-1876), page 46 :

"Der name Arion tritt uns in der Mythologie in zweierlei Gestalt entgegen. Immer ein Sohn des Neptun, einmal als Kind der in dein Pferd verwandelten Ceres, als wunderbares Pferd und dann als Sohn der Nymphe Oncäa als berühmter Lautenspieler, und dieser war es, von dem Schiller sagt : Arion war der Töne Meister, die Cither lebt in seiner Hand".

Ludwig Glaser (1887)  page 120 :

"Citherspieler von d. Insel Lesbos". 

Anton Spannert (1888) , page 31 :

"ein berühmter Dichter und Citherspieler aus methymna auf der Insel Lesbos.". 

 — Esper, page 267-268 :

In vorigen Zeiten ist der Arion ein Virtuos auf der Zitter gewesen. Er hat die Dithyramben erfunden ; er scheint als Schmetterling in der That noch, etwas von den Zeichen dieses Sylbenmaaßes, in der Einfassung seiner Unterflügel zu führen.

— A. Maitland Emmet, (1991)  page 151 :

"A Greek poet and Musicien of the 7th century B.C. When he has sailing home to Corinth after winning a music competition in Sicily, the sailors decided to murder him and steal his prize money, but he obtained their permission to play for the last time. His music attracted a school of dolphins and, when he jumped overboard, one of them transported him to safety on its back."

— Hans-A. Hürter (1998) :

"Deutung : Welchen Träger des Namens Arion v. Linné 1758 bei der Namensgebung -oder genauer  : bei der Veröffentlichung - im Sinn hatte, läßt sich nicht mehr ermitteln. Von dem Roß des Adrastos ist nur wenig überliefert, wahrend durch Herodot von dem Dithyrambendichter und Sänger doch einiges bekannt ist. So darf man sicher annehmen, daß Arion aus Methymna gemeint ist".

Doux et Gibeaux (2000) page 208 :

"Arion, musicien grec, (cithariste) du VIIe siècle avant Jésus-Christ. Alors qu'il naviguait vers Corinthe, retournant chez lui après un concours de musique en Sicile, les marins décidèrent de l'assassiner pour lui dérober l'argent de son prix. Toutefois, il obtint la permission de jouer une dernière fois. Sa musique attira une bande de dauphins, et, lorsqu'il sauta par dessus bord, l'un d'entre eux le rapatria sain et sauf en le transportant sur son dos."

Perrein et al. (2012) page 238 :

"Étymologie : Arion est un  poète et musicien, né dans l'île de Lesbos au VIIe siècle avant J.C., inventeur du dithyrambe et protégé d'Apollon dans la mythologie grecque".

William Bouguereau, Arion montant un hippocampe, 1855, Cleveland Museum of Art 

Discussion.

Sachant qu'à notre époque, chacun peut chercher sur son encyclopédie les renseignement les plus complets sur Arion de Méthymne ou cliquer sur ce lien, il est bien inutile de reprendre ici ce que chaque auteur a déjà dit. Mais la zoonymie ne consiste pas à produire des renseignements sur le nom cité, mais d'en comprendre les motivations de choix. Linné a, on le sait, répartit ses papillons diurnes en six phalanges reproduisant la société grecque et troyenne lors de la guerre de Troie. Les espèces les plus petites forment la phalange du Peuple, Plebeii, les Plébéiens. Elle est divisée en Plébéiens des villes (urbicoles)  et Plébéiens des champs (rurales). Papilio arion, un petit papillon bleu, en fait partie, et il a été affecté avec 16 autres camarades à la campagne. Linné doit encore leur trouver un uniforme, ou, plutôt, un nom matricule, mais hélas, les paysans grecs n'ont guère gravé leur noms dans le marbre et il ne dispose pas, à la différence des Chevaliers, des Muses, des Nymphes et des Danaïdes, d'une liste des centaines de  noms créés par Hésiode, Homère ou Apollodore. A défaut, il va faire une entorse à son principe de l'arbitraire des noms et il va nommer plusieurs de ses papillons ruraux, puisqu'ils aiment l'agriculture, du nom de leur plante nourricière. Sur les seize, en voilà six de nommés ! Soudain, Linné a une Idée : les artistes ! Les peintres, les poètes, les sculpteurs ! Il trouve ainsi les noms de Philoclès, Timantes, Lysippus, Athémon. Et puis trois musiciens, un joueur de flûte, Marsyas, et des joueurs de cythare , Thamyras et Arion. Sauvé ! 

 En fait, Linné a un secret : Pline et Hygin.   Il a gagné un temps fou en se contentant de lire le sommaire des 277 Fables de Caius Julius Hyginus : Chapitre 194 : Arion. C'est bon, même pas besoin de lire la fable. Chapitre 165 : Marsyas. Au suivant. Pour Thamyras, Lysippus et Philoclès il a ouvert l'Histoire Naturelle de Pline (35.14 / 34.61 / 35.15). Et moi, j'ai fait comment pour savoir cela ? J'ai consulté mon Heller, c'est tout.

Linné a peut-être simplement regretté de ne pas pouvoir placer le nom des artistes qui selon Pline brillèrent lors des 90e olympiades (35 :36) : Aglaophon, Céphisodorus, Herillus et Evénor. Ils auraient faits de beaux Papilio, mais il n'avait plus de spécimens dans ses boites !

— Comment dites-vous ? "Aglaophon" ? Mais c'est justement le nom que Fruhstorfer a donné à la sous-espèce d'Arion ! 

Voir :

http://www.lavieb-aile.com/article-noms-des-lepidopteres-crees-par-linne-dans-le-systema-naturae-de-1758-121691934.html

Linné a peut-être choisi Arion parmi d'autres noms cités par ses auteurs favoris car ce personnage était représenté sur la page de titre du Pinax theatri botanici de Caspar Bauhin, un ouvrage qui l'avait accompagné tout le long de la rédaction du Species plantarum de 1753. C'est l'objet du paragraphe suivant.

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ARION, marque typographique.

Le poète Arion jouant de la cithare assis ou debout sur un dauphin est la marque typographique de l'imprimeur Jean Oporin ou Ioannes Oporinus [Automne]  (Bâle 1501-Bâle 1568)  imprimeur, latiniste et humaniste suisse à qui on doit l'édition de nombreux travaux importants d'humanistes, de théologiens réformés et de scientifiques de son temps ainsi que celle de textes anciens. Il est notamment l'imprimeur de la première version latine du Coran (1542), de la première anatomie scientifique d'André Vésale (1543) et  des Centuries de Magdebourg qui proposent une version luthérienne de l'Histoire de l'Église. Son imprimerie  continuera  ses activités avec la même marque sous le nom d'« Officina Oporiniana ».  La devise de cet imprimeur était Invice virtuti nulla est via . "A la vertu, il n'est pas d'obstacle.". Son épitaphe faisait référence à Arion :

Frugifer Autumnus periit, Dis notus & orbi

Othion clapsus Nautis mediatur Arion.

Quantula sinit hominum corpuscula, disce Viator.

Magnus Oporinus conditur hoc Tumulo.

Exemple 1 :

BaTyR n° 2887

Exemple 2 : De humani corporis fabrica, Vesale, 1555

 http://www2.biusante.parisdescartes.fr/img/?refphot=00822

 

 

 

Exemple 3 : Marque de Jean Oporin, tirée d'un exemplaire des Centuries de Magdebourg, 1556 

 

Exemple 4 :

Caspar Bauhin fit d'abord imprimper son Phytopinax de 1596 chez Sébastien Henricpetri : 

  • Phytopinax seu enumeratio plantarum. Basel 1596.Basileae : per Sebastianum Henricpetri 1596 Marque typographique à l'enclume http://docnum.u-strasbg.fr/cdm/ref/collection/coll13/id/45827 

Puis il fit imprimer à Bâle son édition de 1623 du Pinax theatri  botanici : c'est cette édition qui comporte la marque d'Arion au dauphin de l'Officina oporiana.

  • Pinax Theatri Botanici Caspari Bauhini Basileens. Archiatri & Professoris Ordin. sive Index in Theophrasti, Dioscoridis[,] Plinii et Botanicorum qui a Seculo scripserunt : Opera: Plantarum circiter sex millium ab ipsis exhibitarum nomina cum earundem Synonymiis & differentiis : Methodice secundum earum & genera & species proponens : Opus XL. annorum Hactenus non editum summopere expetitum & ad auctores intelligendos plurimum faciens.

 

 

Honey, M. R. & Scoble, M. J. 2001. Linnaeus's butterflies (Lepidoptera: Papilionoidea and Hesperioidea). Zoological Journal of the Linnean Society, 132(3): 277-399 : 300..
Pinax, C. Bauhin, 1623 Marque typographique Officina oporiana Basilae helvet, http://docnum.u-strasbg.fr/cdm/compoundobject/collection/coll13/id/150152/rec/19.

Pinax, C. Bauhin, 1623 Marque typographique Officina oporiana Basilae helvet, http://docnum.u-strasbg.fr/cdm/compoundobject/collection/coll13/id/150152/rec/19.

Pendant la Renaissance, Arion sur son dauphin (Arion delphinum insidens) tenant une harpe  symbolisait l’éternité de l’art et la puissance de l'éloquence poétique, comme Orphée ou comme Hermés, dieu de l'éloquence. D'autres imprimeurs ont adopté à Genève Arion comme marque d'imprimerie : Pierre Chouët et Jean Arnaud. On constate le lien avec les milieux calvinistes, ou, plus généralement, avec l'humanisme plaçant l'éloquence poétique et l'expression artistique comme le complément de l'intelligence (Hermathena).

a) Pierre et Jacques Chouët :

français exilés à Genève. La devise qui accompagnait Arion au dauphin était Ars non sinit perire, "l'art ne périra point".

Geneva, 1635. https://bibliomab.wordpress.com/2013/08/26/diversite-des-marques-typographiques-dans-les-livres-anciens/

 

b) Jean Arnaud :exemple :Marque à l’Arion sur un dauphin avec la devise « Ars non sinit perire » et les initiales « I.A », 1586

c) Divers, cités mais non vus : 

  •  Hieronymus Gemusaeus, Bâle, 1596
  • Georgius Rhau, Wittemberg, 1533
  • Pernet, de Bâle
  • Louis Leroy, Bâle
  • Brylinger, Bâle

d) La marque typographique de Guillaume Vandive (1680-1706), imprimeur et libraire ordinaire de Monseigneur le Dauphin, faite en hommage au Grand Dauphin, consistait en trois dauphins nageant surmontés d’une couronne fermée fleurdelisée et de deux cornes d’abondance, avec au-dessus un listel contenant la devise inspirée de la légende du poète Arion : « hoc duce tuta salus » : "avec ce dauphin comme guide ton salut est assuré."

 

 

               II. NOMS VERNACULAIRES

 

 

I. Les Noms français. 

 

 

1.  Suite de "l'Argus bleu à bandes brunes",   Engramelle, 1779.

Jacques Louis Engramelle Papillons d'Europe, peints d'après nature, Volume 1 page 178 planche 41 fig. 86 d-f peinte   par  J.J Ernst gravée par  1779.  

 

 2. Le Polyommate arion, Latreille et Godart 1819

Latreille et Godart Encyclopédie méthodique, Paris : Vve Agasse tome 9, page 698.

Cet article permet de disposer de l'ensemble des références bibliographiques sur cette espèce, notamment par les auteurs germaniques, autrichiens ou suisses. ainsi :

 

  • Hesperia Arion. Fabricius Ent. Syst. 3. 293. 118.
  • Schaeff. Icon. tab. 98. fig. 5. 6.
  • Esper pap. 1. tab. 20. fig. 2.

 

 

3. Le Polyommate arion , Godart 1821,

      Jean-Baptiste Godart, Histoire naturelle des lépidoptères ou papillons d'Europe, Paris : Crevot 1821, page 219  planche 11 Quart  peinte par Vauthier et gravée par  Lanvin

"Le dessus des deux sexes est d'un bleu-violet pâle avec une bordure brune et de très légères taches de cette couleur sur la frange. Il y a en outre sur le dessus des ailes supérieures un groupe de sept à neuf points noirs inégaux. Le dessous est d'un cendré un peu luisant avec une lunule discoïdale, derrière laquelle sont trois rangées de points, dont les antérieurs plus prononcés et mieux arrondis. Ces points et cette lunule sont noirs, avec le contour blanchâtre. La base des secondes ailes est d'un bleu-verdâtre et chargée de quatre points semblables à ceux que nous venons de citer. Il y en a aussi un,  mais ordinairement plus petit, en avant de la lunule des premières ailes".

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Planche XI Quart fig. 1 : Arion mâle, vu en dessous: 

http://www.biodiversityheritagelibrary.org/item/38004#page/323/mode/1up

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4. La revue des noms vernaculaires par Gérard Luquet en 1986, et le nom vernaculaire actuel.

 

  Dans la révision des noms vernaculaires français des rhopalocères parue dans la revue Alexanor en 1986, Gérard Christian Luquet créait comme nom principal pour Maculinea arion "l'Azuré du Serpolet", mais acceptait  aussi "L'Azuré d'Arion" (qu'il avait utilisé dans sa traduction de l'Atlas des Papillons du Monde de H.L. Lewis, 1974 ; "l'Arion" (Papillons... Guggisberg et Hunzinger, 1948 et 1957)  ; et  "l'Argus Arion"  ( Papillons du Valais R. Rappaz 1979). mais il réprouve "L'Argus bleu à bandes brunes" (cf. Engramelle) et " l'Argus à bandes brunes".

L'Azuré du Serpolet s'inscrit dans une série de 62 noms créés par Luquet sur la structure "Azuré + Plante-hôte" ou "Azuré + nom ou qualificatif de lieu".

Le serpolet (Thymus serpyllum) ou thym serpolet, plante aromatique basse aux petites fleurs bleues mellifères pousse dans les zones ensoleillées, comme les broussailles, prés secs, rochers et dunes.

Il est également hôte des chenilles de  la Zyggène pourpre (Zygaena purpuralis) et de l'Eupithécie du Thym (Eupithecia distinctaria).

Son nom (serpoulet en 1500, puis serpolet) vient du moyen français serpol  « thym sauvage », du lat. serpullum « serpolet » (emprunté au grec ε ́ ρ π υ λ λ ο ν « id. », de ε ́ ρ π ε ι ν « se traîner péniblement », avec s- comme dans serpere « ramper » (gr. ε ́ ρ π ε ι ν)). (CNRTL).

Les Maculinea (Phengaris) ciblés par ce Plan National d’Actions occupent des habitats qu’il est difficile de décrire de manière exhaustive, car ils ont un cycle biologique complexe.

Selon le Plan National d'action en faveur des Maculinea, les milieux favorables à cette espèce sont les milieux herbacés mésoxérophiles à xérophiles. Les plantes hôtes sont  Thymus polytrichus polytrichus Borbas, Thymus polytrichus britannicus (Ronninger), Thymus praecox Opiz, Thymus pulegioides L.,Thymus serpyllum L., Origanum vulgare L. Pour leur alimentation, les adultes sont floricoles, près de 90% des visites concernent Onobrychis viciifolia Scop. et la plante hôte Thymus pulegioides L. Les fourmis hôtes sont principalement  Myrmica sabuleti Meinert, 1861.

http://www.developpement-durable.gouv.fr/IMG/pdf/DGALN_Maculinea_arion_faune_11.pdf

 

 

Directive Habitat http://www.developpement-durable.gouv.fr/IMG/pdf/DGALN_Maculinea_arion_faune_11.pdf

Directive Habitat http://www.developpement-durable.gouv.fr/IMG/pdf/DGALN_Maculinea_arion_faune_11.pdf

 

 

 

 

5. Noms vernaculaires contemporains :

 

  Charles Oberthür et Constant Houlbert , dans leur Faune armoricaine de 1912-1921, utilisent le nom scientifique de   Lycaena arion  pour présenter ce papillon et n'utilisent aucun nom vernaculaire.

 

Bellmann / Luquet 2008 : non représenté .

— Chinery / Leraut  1998  : "Azuré du Serpolet".

— Doux & Gibeaux 2007 : " l'Azuré du Serpolet".

— Lafranchis, 2000 : " L'Azuré du Serpolet " .

— Perrein et al. 2012 : "Azuré du Serpolet ".

— Tolman & Lewington / P. Leraut 2009 : "Azuré du Serpolet".

— Wikipédia : "L'Azuré du serpolet".

 

 

 

III. Les noms vernaculaires dans d'autres pays.

 

 

Langues celtiques  : 

1. langues gaéliques :  irlandais (gaeilge) ; écossais (Gàidhlig ) ; mannois ( gaelg :île de Man).

  •  en irlandais

  •  en mannois.

  • "" en gaélique écossais*

2. Langues brittoniques : breton (brezhoneg) ; cornique (kernevek); gallois (Welsh, cymraeg).

  •  nom en breton  : chercher Azuré du Serpolet ici :

http://www.brezhoneg21.com/resources/geriadur/skiantGB.pdf 

  • Glesyn mawr" en gallois.

 *Liste des noms gaéliques écossais pour les plantes, les animaux et les champignons. Compilé par Emily Edwards, Agente des communications gaélique, à partir de diverses sources.  http://www.nhm.ac.uk/research-curation/scientific-resources/biodiversity/uk-biodiversity/uk-species/checklists/NHMSYS0020791186/version1.html

 Voir aussi :http://www.lepidoptera.pl/show.php?ID=70&country=FR

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IV. Les noms vernaculaires en anglais d'après M. Salmon (2000) . 

1. Selon Ukbutterflies, http://www.ukbutterflies.co.uk/species.php?species=arion

"Ce papillon a été enregistrée comme une espèce britanniques en 1795 mais était déjà considéré comme un insecte rare. En raison de la perte d'un habitat convenable, les sous-espèces endémiques du Large Blue se sont éteintes dans les îles britanniques en 1979, le dernier site étant à Dartmoor dans le Devon.

Ce magnifique insecte a depuis été «ramené d'entre les morts" grâce au dévouement de plusieurs organisations de conservation et de nombreux particuliers. Après sa disparition dans les îles britanniques en 1979, le Large Blue est devenu l'objet d'un programme de réintroduction hautement organisée, utilisant les stocks de Suède. Le nombre estimé d'adultes volants en 2006 était de 10 000 sur 11 sites, ce qui est le nombre le plus élevé observé dans les îles britanniques depuis plus de 60 ans. C'est un magnifique exemple de la conservation en action.

La réintroduction réussie du Large Blue est d'autant plus remarquable si l'on considère son cycle de vie complexe. La larve est parasitaire en ce qu'elle se nourrit des larves d'une fourmi rouge, Myrmica sabuleti, dont son existence dépend. Bien que la dépendance sur les fourmis était connue depuis de nombreuses années, la dépendance sur une seule espèce de fourmi, afin de maintenir une population viable, était inconnue de défenseurs de l'environnement pendant de nombreuses années jusqu'à ce que Jeremy Thomas ait découvert l'association à la fin des années 1970. Malheureusement, la découverte est venu trop tard pour sauver la population indigène. Les efforts de réintroduction d'aujourd'hui se concentrent autant sur la population de fourmis présentes, comme ils le font sur le Large Blue lui-même.

Toute personne désireuse de voir cette espèce dans les îles britanniques devrait visiter le site ouvert au public de Collard Hill à Somerset. Une "Hotline Large Blue " est généralement mise en place chaque année,  fournissant un statut actuel de l'émergence de ce site. Les détails sont disponibles sur le site Web Butterfly Conservation. En outre, les membres de Butterfly Conservation et de Somerset Wildlife Trust ont l'occasion de visiter un site privé, chaque année, bien que les places sont limitées. La majorité des sites de réintroduction sont dans le sud-ouest de l'Angleterre, les colonies étant notables dans le Polden Hills dans le Somerset, Dartmoor et Gloucestershire."

 

2. Extrait de The Aurelian legacy, M. Salmon, 2000 :

 Première observation britannique [H. Seymer c.1775] ; Lewin, 1795.

  • "The Large Blue" : Lewin, 1795 ; Haworth, 1803 ; et la plupart des auteurs suivants.
  • " The Mazarine blue" : Donovan 1797 ; Brown, 1832 :
  • "The Arion" : Rennie, 1832

Concernant le zoonyme Mazarine Blue, cf. C. semiargus 

http://www.lavieb-aile.com/article-zoonymie-du-papillon-le-demi-argus-ou-azure-des-anthyllides-cyaniris-semiargus-124702268.html  : 

— "The Mazarine Blue" : dans la langue anglaise, Mazarine Blue  désigne un bleu foncé : il entre en 1675 dans le dictionnaire de Bailey, témoignant d'un usage déjà établi, avant même que la Duchesse de Mazarine ne s'établisse en Angleterre, et l'origine de ce nom de couleur ne peut pas être précisé. Il qualifie d'abord des vêtements (1761) puis est employé dans les Sciences Naturelles depuis 1773, notamment par Drury pour décrire les ailes des papillons. Utilisé par Haworth en 1803 comme nom du Papilio Plebejus cimon/cymon préalablement nommé "The Dark Blue" par Lewin en 1175, il fut repris par les auteurs anglo-saxons et est devenu le nom vernaculaire consensuel du Cyaniris semiargus. Les Gallois l'ont repris sous la forme "Glesyn masarin". " 

 

 

 LIENS ET SOURCES

— Funet :   Maculinea et Phengaris   

— Inventaire national du patrimoine naturel (Muséum) :  Maculinea arion  

— UK Butterflies :  Maculinea arion

— lepiforum : Maculinea arion

— jardinsauvage : Maculinea arion

— J.A. Thomas, 1998 : http://mike.hochberg.free.fr/MEHJic98Thomas.pdf

— THOMAS (J.A)  1995 The ecology and conservation of Maculinea arion and other European species of large blue butterfly Ecology and Conservation of Butterflies , pp 180-197

— European Journal of Entomology 2008 : http://www.eje.cz/artkey/eje-200804-0014_myrmica_sabuleti_hymenoptera_formicidae_not_necessary_for_the_survival_of_the_population_of_phengaris_macul.php#.VO9LIvmG-Cc

— LECOMPTE (Jacques), 2007, "La protection du genre Maculinea", Insectes 9 n°144, ORPI

http://www7.inra.fr/opie-insectes/pdf/i144lecomte.pdf

— Plan National d'action en faveur des Maculinea

 http://maculinea.pnaopie.fr/conservation/ecologie/

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Bibliographie commune à toutes ces zoonymies :

http://www.lavieb-aile.com/article-zoonymie-des-rhopaloceres-bibliographie-124969048.html

 

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Published by jean-yves cordier - dans Zoonymie des Rhopalocères.
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19 février 2015 4 19 /02 /février /2015 10:19

Zoonymie (étude du nom) du papillon le "Marbré vert oriental" Pontia edusa (Fabricius, 1777).

La zoonymie (du grec ζῷον, zôon, animal et ónoma, ὄνομα, nom) est la science diachronique qui étudie les noms d'animaux, ou zoonymes. Elle se propose de rechercher leur signification, leur étymologie, leur évolution et leur impact sur les sociétés (biohistoire). Avec l'anthroponymie (étude des noms de personnes), et la toponymie (étude des noms de lieux) elle appartient à l'onomastique (étude des noms propres).

Elle se distingue donc de la simple étymologie, recherche du « vrai sens », de l'origine formelle et sémantique d'une unité lexicale du nom.

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Résumé.

— Pontia Fabricius 1807 : parmi les 49 noms de genre créés par Fabricius, il s'agit d'un des 19 noms inspirés d'une épithète de la déesse Aphrodite (Vénus). Aphrodite Pontia ( "de la mer") était le nom par lequel elle était vénérée en ses temples du littoral méditerranéen depuis la période archaïque jusqu'à la période hellénistique comme protectrice du transport maritime et, par métaphore, des "transports" amoureux. La déesse de la beauté, née de l'écume de la mer avant d'aborder l'île de Cythère puis celle de Chypre, est liée au domaine maritime et a reçue aussi les épithètes d'Euploia ( de l'heureuse navigation) et de Limenia (gardienne des ports), qui ont donné nos noms de genre Euploea et Limenitis. Fabricius avait divisé nos Pieridae actuels en deux genres, Colias (autre épithète d'Aphrodite) pour les espèces à ailes jaunes, et Pontia, pour celles aux ailes blanches ou à extrémités orange.

edusa (Fabricius, 1777). En 1758, Linné avait donné à sept Nymphales des noms de di indigetes, divinités primitives romaines invoquées lors des actes de la vie quotidienne et du développement des enfants (voir rumina, levana, prorsa, lucina, maturna, cinxia, et, en 1761, dia). En 1766, Hufnagel avait ajouté le nom d'un dieu des premiers pas, Statilinus. Fabricius, disciple et ami de Linné, complète la série avec le nom de la déesse à laquelle les Romains offraient des sacrifices lorsque l'enfant, une fois sevré, absorbait des aliments solides. Edusa vient du latin edere, "manger". Le nom ne tente pas de décrire ou de qualifier l'espèce, mais de poursuivre une série onomastique, par hommage au maître.

— Cette espèce n'a pas été distinguée par un nom vernaculaire français jusqu'au XXI siècle, où elle est nommée, pour des raisons évidentes, "Le Marbré-de-vert oriental" et "Le Marbré de Fabricius".

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NOM SCIENTIFIQUE.

1. FAMILLE et TRIBU.

1°) Famille des Pieridae Swainson, 1820 : [Piérides ou Piéridides]

  • Sous-famille des Dismorphiinae Schatz, 1888 : [Dismorphiines : Piérides]

  • Sous-famille des Coliadinae Swainson, 1827 : [Coliadines : Coliades et Citrons].

  • Sous-famille des Pierinae Duponchel, 1835 : [Piérines : Piérides et Aurores].

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2°) Sous-famille des Pierinae Duponchel, 1835 : [Piérines : Piérides et Aurores].

  • Tribu des Anthocharini Scudder, 1889

  • Tribu des Pierini Duponchel, 1835.

3°) Tribu des Pierini Duponchel, 1835.

  • Sous-tribu des Pierina Duponchel, 1835
  • Sous-tribu des Aporiina Chapman, 1895

4°) Sous-tribu des Pierina Duponchel, 1835 :

  • Genre Pontia Fabricius, 1807
  • Genre Pieris, Schrank, 1801.

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2. NOM DE GENRE : Pontia, Fabricius, 1807.

— Description originale : 23. Pontia, "Systema glossatorium", in "Die Neueste Gattungs-Eintheilung der Schmetterlinge aus den Linneischen Gattungen Papilio und Sphinges", "Nach Fabricii systema glossatorum Tom 1" , in Johann Karl Wilhelm Illiger*, Magazin für Insektenkunde, Karl Reichard Braunschweig [Brunswick] (6) page 283.

Pour la zoonymie du nom de genre Pontia, voir Zoonymie du "Marbré-de-vert" Pontia daplidice.

 


3. NOM D'ESPECE :  Pontia edusa (Fabricius, 1777).

 C'est selon Funet une espèce non discernable extérieurement de P.daplidice. Le nom désigne les formes orientales de P. daplidice, en Europe centrale, voire à l'est de notre frontière, mais observable en France à l'occasion de migrations.

a) Description originale : 

 Papilio edusa, [1777], Joh. Christ. Fabricii ... Genera insectorum eorumque characteres naturales secundum numerum, figuram, situm et proportionem omnium partium oris, adiecta mantissa specierum nuper detectarum.1776 Litteris M. F. Bartschii in Chilonii , 310 pages, page 255.

Description :

Papilio D[anaus] C[andidi] alis rotundatis integerrimis albis fusco maculatis : posticis subtus virescentibus albo maculatis. Habitat Chilonii Dom. de Sehestedt.  Statura & Magnitudo P. Cardamines. Antenna fuscae clava apice alba. Alae anticae albae in medio maculis duabus nigris altera ad marginem crassiorem, altera ad tenuiorem  : apice albae nigro punctatae. Posticae supra albae margine nigro maculato. Subtus anticae concolores , ad maculis magis virescentibus, posticae late virides maculis tribus baseos, fascia media admarginem tenuiorem interrupta maculisque marginalibus albis. 

Localité-type : Chiloni. La ville de Sehestedt est située sur le canal de Kiel, dans le district de Rendsburg-Eckenförde en Allemagne. J'ai mis du temps à découvrir le sens de Chiloni. 

Fabricius était depuis 1776 professeur d'économie de l'université de Kiel, initialement nommée Christina Albertina puis  Academia Holsatorum Chiloniensis à sa fondation en 1665 par Christian-Albert, duc de Holstein-Gottorp. En effet, Chiloniensis signifie "de Kiel", le nom latin de la ville étant Kilonia ou Chilonium.

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c) Origine et signification du nom edusa (Zoonymie)

Gustav Ramann (1870-1876) page 21:

"Edusa ist der etwas veränderte Name von edulica, welcher von edulis, essbar, stammt und die Göttin bezeichnet, welche den Kindern Speise giebt."

L. Glaser (1887) page 116 :

"Eig. "Essende". "

Anton Spannert (1888) page 21 :

"eine römische Göttin, welche  die Aufsicht bei Ernhährung der Kinder führte".

Arnold Spuler (1901-1908) page 10:

"Grieschische Göttin"

August Janssen (1980) page 38:

"...is gewijd aan den romeinse godin Edusa ; van edere = eten, de godin is de beschermster van het zogen der kinderen."

Hans Hürter (1988) page 79-80

Cet auteur donne d'abord les origines grecques suivantes :

-ἒδω, ἒδειν : manger, consommer, gaspiller.

-το ἒδεσμα, ης : nourriture, plat.
ἠ ἐδηιὐς, ὐος  : nourriture
 -ἠ ἐδωδ ή, ῇσ : nourriture, alimentation
-
έδώδιμος, η, ὁυ : comestible

-edo, edi, esum, edere : manger

-edulis, -e : comestible.

Puis il cite Pauly  1905 et Rorscher 1890-1894 :  "Edusa (von edere, essen, ) Göttin der indigitamenta" (offizielle Sammlung von gebetsanrufungsformeln) " gehört in den Kreis der Mächte, die über die körperliche Entwicklung des Menschen von seiner Geburt an Wache halten ; im Verein mit Potina (röm. Schutzgöttin der Kinder, denen sie das Trinken gedeihen läßt) lehrt sie das Kind, wenn es entwöhnt ist, essen und trinken." (Pauly, 1905 ).

"Diese Namensgebung berührt eine schwierige und unter gelehrten umstrittene Frage der römischen Religionsgeschichte, die Indigitamenta (von indiges -einheimisch ; als Substantiv/Hauptwort- einheimischer Gott oder heros, der als Schutzgott des landes verehrt wird ; von Staats wegen angerufene Gottheit). Bei der ängstlichen Gewissenhaftigkeit, mit der die Römer, besonders ältester Zeit, den Göttern gegenüberstanden, war es eine wichtige Aufgabe der Pontifices, einer Art Priester, Leuten, die sich in Fragen des Gebets und der Götteranrufung an sie wandten. Rat zu erteilen. Die Pontifices sahen zu diesem Zweck natürlich ihre Bücher, die Libri pontificales, ein ; unter ihnen befindet sich eins, das, so unvollständig die daraus erhaltenen Notizen auch sind, Auskunft über den Charakter der Gebetsformen ältester Zeit gibt, die Indigitamenta. Die darin vorkommenden Gottheiten waren solche auf das Leben eines jeden Menschen in Wirksamkeit treten und als solche in Gegensatz zum Génius gestellt werden, der ihn das ganze Leben hindurch begleitet. Andererseits bezog  sich ein Teil dieser Gottheiten auf den Landbau. Die charakteristische Eigentümlichkeit der Indigitamentengottheiten bestand in der eng begrenzten Wirksamkeit in fest bestimmten Fällen. Nicht lebendiger Volksglaube an die Mächte des Himmels und der Erde, sondern eine von Priester erfundene und vorgenommene Vergöttlichung abstraker Begriffe liegt vor ; Indigetes wie Cinxia, Lucina usw.sind Erfindungen der Priester.

Edusa (auch educa, Edulia, Edula) war die Göttin, unter deren Schutz die Kinder das Essen lernten".


 


 

Discussion.

Linné avait débuté en 1758 dans son Systema naturae une série de noms puisés parmi les divinités primitives romaines ou  di-indigetes pour les attribuer à des Nymphales : 

  • rumina (Zerynthia rumina),  Déesse de l'allaitement.

  • levana (Araschnia levana,  Déesse antique romaine de la reconnaissance de l'enfant par le père.

  • prorsa (Araschnia levana), Déesse antique romaine  des accouchements. Parfois couplée à sa sœur Porrima.

  • lucina (Hamearis lucina), Déesse antique romaine de la naissance ; Épithète de Junon.

  • maturna (Hypodryas maturna), Déesse antique romaine présidant à la maturité du blé.

  • cinxia ( Melitaea cinxia), Déesse antique romaine de la "nuit de noce" où se dénoue la "ceinture" (cinxia) de la femme, puis épithète de Junon protectrice des mariages .

  • Venilia  (Pantoporia venilia), Déesse romaine des eaux douces.

En 1767, il y ajouta  dia (Bolora dia),  divinité de la jeunesse ou de la croissance agricole.

Hufnagel avait créé en 1766 statilinus (Hipparchia statilinus),  dieu protégeant l'enfant dans ses premiers pas.

Fabricius, en 1777, poursuit donc cette série avec Edusa (ou Edula, Edulia, Edulica), divinité veillant à l'alimentation du jeune enfant. On lui faisait des offrandes lorsqu'on sevrait l'enfant et qu'il commençait à absorber des aliments solides. De même, Potina présidait à la boisson de l'enfant.

Les divinités primitives romaines, noms de papillon attribués par Linné.

Di indiges ? Indigitamenta ? Je ne sais plus comment les nommer, mais cela n'importe pas. Ce qui compte, c'est que Linné, dans la dixième édition (fondatrice) du Systema Naturae de 1758, alors qu'il édifiait la première Onomastique (système de Noms Propres) des Lépidoptères en la fondant sur la mythologie gréco-romaine, et surtout grecque autour de l'Iliade et de la Guerre de Troie, a effectué un pas de coté à la page 480 de son ouvrage pour donner à six ou sept de ses Nymphales (aux noms de Nymphes a priori) des noms de déesses romaines primitives.  Linné honore ici ces divinités particulières de la première Rome, dans sa période italique, divinités étrangères à l'influence de la religion grecque, mais au contraire proche de concepts animistes, car elles sont des puissances tutélaires des actes de la vie plutôt que les habitantes de quelque Panthéon ou Olympe hiérarchisé. Elles sont, surtout, mal connues, car le nom de la plupart nous sont parvenus par les Pères de l'Église (Tertullien et Augustin en tête) au sein de diatribes soulignant l'absurdité apparente, face à leur proposition d'un Monothéisme Révélé, de cultes voués aux actes les plus prosaïques et les plus féminins de la vie quotidienne.  Ces Pères citaient Varron, ou plutôt les bribes que Nommius a recueilli des textes perdus de Varron :

 "La liste des indigitamenta est dressée par Varron. De cet ouvrage de Varron, nous ne savons rien qui ne nous soit transmis par des auteurs chrétiens, au premier rang (chronologique) desquels vient Tertullien (vers 150 - vers 230) , Ad Nationes, « Aux Nations » livre I  suivi d’Arnobe (vers 250 - 327) Adversus nationes, « Contre les Nations », et d’Augustin d'Hippone (354-430), De civitate Dei, qui y puisent pour railler la religion païenne et avancer leur propre programme de propagande religieuse en affirmant - le fait est loin d’être certain - que Varron a dressé une liste de divinités. Leur emboite le pas Macrobe (vers 370 - après 430) Les Saturnales, Livre I  et quelques autres scoliastes." (Wikipédia) 

Ancre    Ces divinités apparaissent souvent  comme la sacralisation d'un mot, et notamment d'un mot du corps et des fonctions corporelles, ce nom commun devenant leur Nom Propre dans une élévation du langage au statut de dieu : les invoquer (in-vocare), c'est prononcer le nom de la fonction dont on souhaite la protection. 

Comment Linné a-t-il eu connaissance de leur existence ? Lisait-il saint Augustin ou Tertullien ? John Heller (1983 -Studies in Linnaean Method and Nomenclature  ) s'est attaché à répondre à cette question, et, après avoir démontré que les Fables d'Hyginus suffisaient à expliquer la quasi totalité des autres noms attribués par le savant suédois, il a constaté que ces six noms prouvaient que Linné avait une autre source, les Syntagmata de Giraldi. Cet ouvrage de L. G. Giraldi est une somme colligeant tous les noms cités dans les textes de l'Antiquité. Les Di indiges sont énumérés dans le chapitre des Miscellani dei, Voici le passage consacré à Edusa :

 

"Edusa, & Potina, deae praesides existimatae eduliis & potionibus infantum, ut Nonnius ex Varrone legere videtur. Alii vero non Edusam, sed Edulicam deam hanc appellant, ut Augustinus, qui ait Edulicam deam vocatam, quae escam praeberet. Aelius vero Donatus in Terentiana Phormione, edulicam & poticam has deas vocavit. Ita enim scribit : Ubi initiabunt quidam cibo & potu, quidam sacris : ubi legitur apud Varronem initiari pueros Edulicae & Poticae et Cubae, divis edendi & potandi & cubandi, ubi primum a lacte & a cunis transferunt. Ut Vergilius : Nec deus hunc mensa, dea nec dignata cubili est. Hoc annotavit Probus. Sed Terentius Apollodorus sequitur, apud quem legitur, in insula Samothra cum a certo tempore pueros initiari, more Athenientium : quod ut in palliata, probandum est magis. Haec Donatus, sed Epulicam potius, & Potina, legit August. In quarto & sexto de Civita Dei . Sunt qui apud Donatum Educam legant, & potinam. Arnobius tamen libro tertio contra Gentes : Victuam & Potuam sanctissimas victui potuiq.. procurant . Ô egregia numinum, & singularis interpretatio potestaum : nisi postes virorum adipali unguine oblinerentur a sponsis, nisi virginalia vincula omnia feventes dissolverent, atque imminentes mariti nisi potarent & manderent, homines dei nomina non haberent. & haec quidem Arnobius, ut videas, quantum gentes infanierint."

En 1787, Fabricius nomma du même nom une autre espèce qu'il classera plus tard — en 1807— dans son genre Colias. Sa description dans  page 23 est proche, mais différente de la précédente : elle concerne aussi un Papilio Danai Candidi, mais "alis rotundatis integerrimis fulvis ; puncto margineque nigris subtus virescentibus ; anticis puncto nigro, posticis argenteo.". Il lui donne comme référence le Papilio hyale d'Esper, et comme habitat, l'Espagne. Le nom de Colias edusa, fut longtemps utilisé pour désigner Colias croceus, avant de constater que Geoffroy avair droit à l'antériorité par sa description de 1785, et que son nom avait priorité. Voir Hemming, The Generic names, page 168.

http://www.lavieb-aile.com/article-zoonymie-du-papillon-le-souci-colias-crocea-geoffroy-in-fourcroy-1785-121108095.html


 

II. NOMS VERNACULAIRES.

Je donne ici, pour le XVIIIe et le XIXe siècle, les noms vernaculaires de Pontia daplidice, qui ne pouvait être distinguée alors de l'espèce edusa sans étude des genitalia.

I. Les Noms français.

1."L'Aurore, variété ", Geoffroy (1762)

Geoffroy, E. L. 1762. Histoire abrégée des insectes qui se trouvent aux environs de Paris, dans laquelle ces animaux sont rangés suivant un ordre méthodique. Tome II. Durand, Paris. 690 pp. page 72.

2. " Le Papillon blanc marbré de vert", Engramelle, 1779.

Jacques Louis Engramelle 1779 Papillons d'Europe, peints d'après nature, Volume 1 page 216  Planche n° 50 fig. 106 a-c dessinée par J.J Ernst

 

3. La Piéride Daplidice,  Latreille et Godart 1819

Latreille et Godart Encyclopédie méthodique, Paris : Vve Agasse tome 9, page 128.

Cet article permet de disposer de l'ensemble des références bibliographiques sur cette espèce, notamment par les auteurs germaniques, autrichiens ou suisses.

Les auteurs classent Papilio edusa Fabricius Gen. ins. 1777 et Mantissa 1787 sous ce nom.

 

4. "Piéride Daplidice" , Godart 1821,

Jean-Baptiste Godart, Histoire naturelle des lépidoptères ou papillons d'Europe, Paris : Crevot 1821, page 48-15 n° XII. Planche 2 quart. peinte par Vauthier et gravée par Lanvin.

 

 

5. La revue des noms vernaculaires par Gérard Luquet en 1986, et le nom vernaculaire actuel.

Dans la révision des noms vernaculaires français des rhopalocères parue dans la revue Alexanor en 1986, Gérard Christian Luquet ne mentionnait pas Pontia edusa, mais seulement P. dapplidice.

Elle ne figure pas non plus en 2013 dans la Révison taxonomique et nomenclaturale de Dupont, Luquet, Demerges et Drouet, consacrée aux Rhopalocera et Zygaenidae de France métropolitaine. Malgré que ce ne soit pas une espèce autochtone, un nom vernaculaire lui a été attribué : "Le Marbré vert oriental" ou "Marbré de Fabricius" (Wikipédia 2015). De même, son nom anglais est The Eastern Bath White" qui ajoute au nom vernaculaire de Pontia daplidice la mention "eastern".

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Published by jean-yves cordier - dans Zoonymie des Rhopalocères.
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