Dimanche 23 novembre 2014 7 23 /11 /Nov /2014 20:17

Zoonymie du papillon l'Azuré de l'ajonc Plebejus argus Linnaeus, 1758.

 

La zoonymie (du grec ζῷον, zôon, animal et ónoma, ὄνομα, nom) est la science diachronique  qui étudie les noms d'animaux, ou zoonymes. Elle se propose de rechercher leur signification, leur étymologie, leur évolution et leur impact sur les sociétés (biohistoire). Avec l'anthroponymie (étude des noms de personnes), et la toponymie (étude des noms de lieux) elle appartient à l'onomastique (étude des noms propres).

 

Elle se distingue donc de la simple étymologie, recherche du « vrai sens », de l'origine formelle et sémantique d'une unité lexicale du nom.

 

 

 

Résumé. 

 — Plebejus Kluk, 1780 : du latin -plebeius, "plébéien, appartenant à la plèbe, le peuple romain". Les Plebeji étaient parmi les six phalanges dans lesquelles Linné a réparti les papillons, la cinquième, formé  des espèces plus petites et aux chenilles ramassées  par comparaison à la première phalange des Equites ou Chevaliers (nos Papilionides). Elle était alors divisée en Ruraux et urbains, Rurales et Urbicolae qui formeront par la suite respectivement les Lycènes et les Hespéries. Comme pour les  genres Nymphalis et Danaus, Kluk fut le premier à utiliser les noms de Linné d'une manière qui soit conforme aux règles de  la future ICZN  pour l'établissement des noms génériques et il en est donc considéré comme l'auteur (Emmet, 1991). 

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— l'emploi du nom Argus pour désigner un papillon a été d'abord suggéré par l'anglais Thomas Moffet en 1634, dans sa description d'un papillon aux ailes d'un bleu céleste parsemées d'ocelles, où il envisage que Mercure, au lieu d'avoir disséminé les yeux d'Argus après l'avoir tué sur la queue du paon, oiseau de Junon, avait bien pu en avait orné les ailes de cette espèce. Il a peut-être repris cette image du naturaliste zurichois Conrad Gessner,  dont il avait hérité de la collection entomologique, mais aussi auteur dans son Onomasticon de 1544 d'une des premières compilations sur le nom d'Argus. Gessner renvoie aux Métamorphoses d'Ovide, Livre I où le géant Argus, qui dispose de cent yeux, surveille pour le compte de Junon Io, maîtresse de Jupiter transformée en génisse. Tué par Mercure sur ordre de Zeus,  Si Thomas Moffet n'utilise pas le nom Argus lui-même mais le désigne par son épithète Panoptes, l'apothicaire londonien James Petiver crée le nom d'Argus en 1695 sous la forme The Little Blew-Argus ("le Petit Argus Bleu") avant de décliner ce nom en 4 espèces de sa collection dans son Gazophylacii de 1704, The Blue Argus, The pale Argus, the mixt' Argus et The edg'brown Argus. Le nom est repris par John Ray en 1710, puis surtout par Linné qui, dans sa Fauna suecica de 1746 crée sous la forme vernaculaire en latin les quatre Argus ocelatus ("couvert d'yeux"), fuscus ("brun"), myops ("aux yeux à demi-fermés") et caecus ("aveugle"). Dans son Systema Naturae de 1758, il ne donne le nom Argus qu'à une seule espèce Papilio Plebejus argus "au dessous des ailes postérieures à bordure brun-rouille et à ocelles bleu-argenté".  C'est l'espèce-type du Plebejus argus.

— Geoffroy utilisa en 1762 les noms d'"Argus brun" et d'"Argus myope" en reprenant ceux de Linné 1746. Latreille, Godart et Duponchel employèrent le seul nom de "Polyommate Argus" en suivant Linné qui faisait d'idas la forme femelle d'argus. La plus grande confusion régnant jusqu'au milieu du XXe siècle dans la détermination scientifique des noms argus, aegon, argyrognomon, aegus, etc., il est difficile d'être plus précis jusqu'à la création par Gérard Luquet en 1986 du nom d"'Azuré du Genêt"  qualifiant à la fois la couleur bleue des ailes des mâles des Azurés, et le genre de l'une des plantes-hôtes, Cytisus scoparius ou Genêt à balais.  Gibeaux   Du latin plebeius, "propre à la plebs", c'est-à-dire au bas-peuple romain. Le terme Plebejus est repris du mot Plebeji, créé par Linné en tant que phalange dans lequel il réunissait tous les papillons de petite taille, les "modestes" (d'où l'allusion au bas-peuple), par comparaison avec ceux, plus "nobles", des autres phalanges (Equites, "chevaliers" pour les papilionides, par exemple).

 

— Perrein

du latin plebeius, "commun, vulgaire", de plebs, plebis "peuple". Cinquième des six phalanges suivant lesquelles Linné subdivise les Papiliones ou papillons de jour, les Plebeji regroupent toutes les petites espèces dont les chenilles sont le plus souvent contractées, ("parvi : larva saepius contracta") : Rurales et Urbicolae qui deviendront par la suite respectivement les Lycènes et les Hespéries.

 


1. Famille et sous-famille.

a) Famille des Lycaenidae, William Elford Leach, 1815. Les Lycénides ou Lycènes.

 

       Leach, William Elford, 1790-1836  "Insecta" pp. 329-336."Entomology". pp 646-747 in D. Brewster éditeur, Brewster's Encyclopaedia Edinburgh, [Edinburgh, volume 9, 1, 04/1815 pp. 57-172  : selon Sedborn 1937] [Philadelphia, E. Parker,1816? selon BHL Library]  page 718. [ Article publié anonymement et attribué à Leach, qui avait annoté son propre manuscrit]

La famille Lycaenidae tient son nom du genre Lycaena de Fabricius (1807). Elle comprend les Blues ou Azurés, les Coppers ou Cuivrés et les Hairstreaks ou Thécla, et nos Argus :

  • Sous-famille des Theclinae Butler, 1869 : [Thiéclines : Théclas ou Thècles et Faux-Cuivrés].
  • Sous-famille des Lycaeninae [Leach, 1815] : [Lycénines : Cuivrés].
  • Sous-famille des Polyommatinae Swainson, 1827 : [Polyommatines : Azurés, Argus et Sablés].

b) Sous-famille des  Polyommatinae Swainson, 1827.

Elle tient son nom du genre Polyommatus créé par  Latreille en 1804; "Tableau méthodique des Insectes" in Nouveau Dictionnaire d'Histoire naturelle appliqué aux arts, principalement à l'Agriculture et à l'Économie rurale et domestique, par une Société de naturalistes et d'agriculteurs ; avec des figures des trois Règnes de la Nature, Paris : Deterville, an XII [1804] 24 (6) p. 185 et 200, espèce-type: Papilio icarus Rottemburg.

Polyommatus vient du grec polus "beaucoup", et omma, ommatos, "œil" : c'est un qualificatif du géant Argos qui disposait de cent yeux, dont cinquante étaient toujours ouverts. C'est lui que la jalouse Héra envoya surveiller Io, transformée en génisse après ses amours avec Zeus.

  Ce nom est en rapport avec les nombreux ocelles des ailes des papillons bleus.

Cette sous-famille contient, en France, 18 genres :

  •  Leptotes Scudder, 1876
  • Lampides Hübner, [1819]  
  • Cacyreus Butler, 1897
  • Cupido Schrank, 1801
  • Celastrina Tutt, 1906
  • Maculinea Eecke, 1915 
  • Pseudophilotes Beuret, 1958
  • Scolitantides Hübner, [1819]
  • Iolana Bethune-Baker, 1914
  • Glaucopsyche Scudder, 1872
  • Plebejus Kluk, 1780 
  • Aricia [Reichenbach], 1817
  • Plebejides Sauter, 1968
  • Eumedonia Forster, 1938
  • Cyaniris Dalman, 1816
  • Agriades Hübner, [1819]
  • Lysandra Hemming, 1933
  • Polyommatus Latreille, 1804.

 

    

2. Nom de genre : Plebejus, Kluk, 1780.

 

a) Description originale :

Plebejus [ou Plebeius Krzysztof Kluk :  Zwierząt domowych i dzikich osobliwie kraiowych historyi naturalnéj Potzatcki i gospodarstwo. Potrzebnych pozytecznych domowych chowanie...[...] Warszawa [Varsovie] J.K. Mosci i Rzeczypospolitey u XX Scholarum Piarum 1802,  4: 89.

 Jean Christophe Kluk est un naturaliste polonais, né le 13 septembre 1739 et mort le 2 juillet 1796, qui vivait à Ciechanowiec, ville de l'est de la Pologne, où il était prêtre. Sa curiosité était universelle, mais portait en premier lieu sur l'étude naturaliste des régions de Podlaskie et Masovia. Ses talents de dessinateur et de graveur lui ont permis d'assurer lui-même l'illustration de ses publications. La Princesse Anna Jabłonowska lui donna accès à la grande bibliothèque et aux collections de son palais de Siemiatycze. Il décrivit plusieurs  genres de Lépidoptères, comme le genre Nymphalis, le genre Sud-américain Heliconius, et le genre Danaus auquel appartient le Monarque. Le titre exact de sa publication en quatre volumes est  Zwierząt domowych i dzikich, osobliwie krajowych historii naturalnej początki i gospodarstwo que je traduis approximativement par "Histoire naturelle des animaux sauvages et domestiques, particulièrement au niveau national (Pologne)" ; le tome 4 de 1780 contient page 89 la description de ce genre Plebejus riche d'une liste de 79 espèces, réparties en 57 Rurales ou Wiesniaki (paysans) et 22 Urbicolae ou Mieszczanie (citadins).

 

  • Zwierząt domowych i dzikich, osobliwie krajowych, historii naturalnej początki i gospodarstwo. Potrzebnych i pożytecznych domowych chowanie, rozmnożenie, chorób leczenie, dzikich łowienie, oswojenie, zażycie, szkodliwych zaś wygubienie:

    • t. 1: O zwierzętach ssących, Warszawa 1779; wyd. następne: Warszawa 1795; Warszawa 1809

    • t. 2: O ptastwie, Warszawa 1779; wyd. następne: Warszawa 1797; Warszawa 1813

    • t. 3: O gadzie i rybach, Warszawa 1780; wyd. następne: Warszawa 1798; Warszawa 1816

    • t. 4: O owadzie i robakach, Warszawa 1780; wyd. następne: Warszawa 1802; Warszawa 1823

      • przekł. litewski: fragmenty t. 4 – rozdz. o pszczołach: K. Niezabitowski: Surinkimas dasekimu par Mokintus żmonias senowias amziose tikray daritu apey bytes... Wilno 1823; wydane pod nazwiskiem brata: C. J. Niezabitowskiego

 

 — Type spécifique: Papilio argus (Hemming 1933)

— Description : 

 Rodzay V. Pospolitek (Plebejus) zawiera naypospolitsze dzienne Motyle, ktore iak wszedzie widziec sie daia, tak od wszystkich poprzedzaiacych mnieysze sa. Kolory na nich sa slabe. Jedne maia plamy ledwie znaczne, u drugich przechodza az na dolna strone skrzydel : pierwsze zowia sie Rurales, albo Wiesniaki : drugie Urbicolae, albo Miesczanie. 

 (transcription ne respectant pas les caractères propre à la langue).

  Traduction approximative :"Le genre Pospolitek (Plebejus) réunit les papillons diurnes les plus courants, que chacun peut voir partout en été, aux couleurs discrètes avec quelques taches sur les ailes. Ceux du premier groupe sont appelés Rurales, ou paysans, et ceux du second Urbicolae, ou Citadins"

Jean-Christophe Kluk donne alors une liste de 57 Plebejus Rurales ("Pospolitek Wiesniaki") et de 22 Plebejus Urbicolae ("Pospolitek Miesczanie"). Plebejus argus ( "Srebnook") porte le n° 15.

 

 

 

 

 

 —Sous-genres 

 Ce genre renferme 2 sous-genres en France :

1°) Sous-genre Plebejus Kluk, 1780.

  • Plebejus argus (Linnaeus, 1758). Azuré de l’Ajonc.

 2°) Sous-genre Lycaeides Hübner, [1819]

  • Plebejus argyrognomon (Bergsträsser, 1779) (Azuré des Coronilles).
  • Plebejus bellieri (Oberthür, 1910) Azuré tyrrhénien.
  • Plebejus idas (Linnaeus, 1761) Azuré du Genêt.

b) caractéristiques.

 Selon les clefs de détermination, Plebejus se reconnaît parmi les Polyommatinae par :

  • Une série de lunules submarginales fauves ou orangées au revers des ailes 
  • ET : Pas de point cellulaire sous l'aile antérieure
  • ET : les points noirs marginaux du dessous de l'aile postérieure sont généralement pupillés de bleu-vert brillant (Lafranchis)

Voir aussi la clef d'identification bien illustrée de www.poitou-charentes.nature.asso.fr

 

 

Origine et signification du nom Plebejus .

 

— Spannert (1888) page 131 :

plebejus bürgerlich, niedrich.

 

— L. Glaser (1887) page 308 :

"Plebejer (plebs, -bis, gemeines Volk etc.,)" 

 

— August Janssen (1980) page 43 :

"plebejer (in tegenstelling tot Patriciër) " .

 —  A.M. Emmet (1991) page 150 :

"-plebeius, plebeian, belonging to the plebs, the Roman common people. The plebeji were the fifth of the six phalanges into wich Linnaeus divided the butterflies, a group including all the smaller species (blues and skippers). As with Nymphalis and Danaus, Kluk was the first to use the Linnean name in a way that complied  with future I.C.Z.N. rules for the establishment of generic names and is therefore deemed the author."

Trad : "plebeius, plébéien, appartenant à la plèbe, le peuple romain. Les Plebeji formaient la cinquième des six phalanges par lesquelles Linnaeus divisait les papillons, un groupe comprenant  les espèces les plus petites (les bleus et les skippers); Comme pour Nymphalis et Danaus, Kluk fut le premier à utiliser le nom de Linné d'une manière qui soit conforme avec les règles de la future Commission Internationale de Nomenclature Zoologique I.C.Z.N  pour la formation  des noms génériques et il est donc par conséquent considéré comme auteur de ce nom."

 

— Hans A. Hürter (1998) pages 355-357::

      Deuntung : Die Bedeutung des Wortes Plebejus ist vorstehend hinreichend dargelegt ; es wird heute jedoch anders benutzt als vor etwa 200 jahren.V.Linné teilte die Arten in 5 Gattungen, deren fünfte er Plebeji nannte. 200 Jahre Forschung schufen zusätzliche Einteilungsbegriffe im Tierreich, nach F-W I S.181, für die Schuppenflügler/Schmetterlinge folgendermaßen (hier nur für in F-W II vorkommende Familien) : [...] Die Familie Hesperiidae findet sich in der Unterkohorte Pyralidiformes unter der überfamilie Hesperioidea. Der ehedem alle damals bekannten Lycaeniden umfassende Name Plebejus/Plebeji ist heute Gattungsname für nur noch 2 mitteleuropaïsche Arten : argus und pylaon

      Trad : "Le sens du mot Plebejus est suffisamment expliqué ci-dessus: mais il est utilisé différemment aujourd'hui qu'il y a quelques années, environ 200 ans. ..."

 

—Luquet in Doux et Gibeaux (2007) page 224 :

     " Du latin plebeius, "propre à la plebs", c'est-à-dire au bas-peuple romain. Le termePlebejus est repris du mot Plebeji, créé par Linné en tant que phalange dans lequel il réunissait tous les papillons de petite taille, les "modestes" (d'où l'allusion au bas-peuple), par comparaison avec ceux, plus "nobles", des autres phalanges (Equites, "chevaliers" pour les papilionides, par exemple)."

 

— Perrein et al (2012) page 268. 

" Étymologie : du latin plebeius, "commun, vulgaire", de plebs, plebis "peuple". Cinquième des six phalanges suivant lesquelles Linné subdivise les Papiliones ou papillons de jour, lesPlebeji regroupent toutes les petites espèces dont les chenilles sont le plus souvent contractées, ("parvi : larva saepius contracta") : Rurales et Urbicolae qui deviendront par la suite respectivement les Lycènes et les Hespéries."

— Arizzabalaga & al. 2013 :  

    Plebejus A Roma, el poble, els que no són nobles Linné agrupa amb aquest nom les papallones petites  

 

Discussion.

 

     Vingt-huit ans après la parution de la dixième édition du Systema Naturae de Linné de 1758, Jean-Christophe Kluk reprend, pour en faire un nom de genre, le nom de la cinquième "phalange" des Papilio de Linné, où celui-ci avait classé les papillons les plus petits ou les moins spectaculaires dans sa partition organisée autour du thème de la société grecque de la Guerre de Troie : loin des nobles Chevaliers (Equites), des divinités et Muses du mont Hélicon (Heliconi), des filles de Danaus ou des fils d'Aegyptos (Danai), des divinités des sources ou des bois (Nymphales), les Plebejus, du latin plebeius, "propre à la plebs", de plebs, plebis "peuple" rassemble le petit peuple des Blues et des Skippers anglais, nos Lycènes et nos Hespéries. Ce grand genre de 79 espèces de Kluk a fondu au fur et à mesure de son démembrement en nouveaux genres, pour ne plus contenir actuellement que les quatre espèces françaises, et un nombre divers selon les classifications d'espèces étrangères.

 Voir le passionnant dossier La Plèbe romaine sur le site de Philippe Remacle : http://remacle.org/bloodwolf/institutions/plebs.htm


Les six phalanges crées par Linné pour ses Papiliones (rhopalocères) peuvent être considérés en deux groupes principaux : c'est ce que fera Hübner en 1819 dans son Verzeichniss en ne créant que deux Phalanges, Nymphales et Gentiles, c'est à dire Personnages mythologiques d'une part, et Personnages Humains de l'autre. Parmi ces derniers, se trouvent les Equites et les Plebeji, c'est à dire les deux grands éléments de la nation romaine depuis le VIe siècle av.J.C , les Praticiens issus des Patres, et les Plébéiens. Chez Linné, la phalange V des Plebeji s'oppose à la phalange I des Equites, les phalanges II, III, et IV relevant de la Mythologie surnaturelle, si je puis dire.

 Voir mon article  Noms des Papillons diurnes (rhopalocères) créés par Linné dans le Systema Naturae de 1758.

Les Plebejii sont eux-mêmes répartis chez Linné en deux sous-catégories, les Rurales et les Urbicolae, ce qui correspond à la Plèbe romaine, constituée de 90% d'agriculteurs, mais dont les membres des villes se répartissaient en proletarii, artisans (tisserands, cadreurs, tuiliers, boutiquires ou tabernarii), et Homines quasi-boni (riches financiers et négociants en gros).

Mais cette classe a laissé dans l'Histoire moins de personnages célèbres ou légendaires, et Linné, pour son onomastique, a souvent fait appel à une dénomination par la plante-hôte, ou aux noms d'artisans-artistes sculpteurs, peintres ou architectes.

 Le Dictionnaire latin en ligne de Gérard Jeanneau donne pour ce mot Plebejus :

plēbēius (plēbējus), a, um. [plebs] : - 1 - plébéien, de la plèbe, de la populace. - 2 - du commun. 
           - philosophus plebeius, Cic. Tusc. 1 : philosophe de bas étage. 
           - cassis plebeia, Luc. : casque de simple soldat. 
           - plebeium sapere, Petr. : avoir un goût peu relevé.
           - plebeius sermo, Cic. Fam. 9, 21, 1 : langage courant.  

 On remarque les connotations méprisantes du terme, que le mot français "la plèbe" possède aussi. Si on consulte le mot plebs, on découvre son étymologie latine, le verbe pleo, impleo, "remplir", du grec πίμπλημι : "remplir"; πλήρης : "plein"; cf. πλῆθος : "multitude". Ces racines sont aussi évoquées à l'origine du mot peuple.  Plebs, c'est à la fois la plèbe, opposée au patriciens ; le peuple ; la populace ; et la foule, la multitude.

Issu du radical indo-européen *pel- (« plein (de monde, de gens) » → voir plenus) qui a donné des noms tels que pléthore, folk (« peuple » → voir full) en anglais, Volk (« peuple » → voir voll) en allemand, le latin plebs, plebis est à l'origine dans notre vocabulaire des mots plébiscite, plébéiens, mais aussi à une quantité de toponymes commençant par Ple, Plo, Plou, au sens de "paroisse". Indirectement, les noms de communes bretonnes débutant par Plou- ont favorisé la survenue du qualificatif familier ou péjoratif "plouc" au sens de paysan rustre.

 

 

 3.  Nom d'espèce : Plebejus argus (Linnaeus, 1758).

 

a) Description originale

      Linnaeus, C. 1758. Systema naturæ per regna tria naturæ, secundum classes, ordines, genera, species, cum characteribus, differentiis, synonymis, locis. Holmiæ. (Salvius). Tomus I: 824 pp. page 483 .

 — habitat in Rhamno Europae, Africae

— Localité-type : sud de la Suède, selon Vérity qui se base sur le Fauna suecica. Suède désignée par Honey & Scoble (2001)

 

Selon Dupont et al. 2013, cette espèce est présente dans toute la région paléarctique, sauf en Afrique du Nord. Elle est signalée dans toute la France. Les chenilles se nourrissent principalement sur diverses espèces de Fabaceae.

 

— Description :

Argus n° 152.  P[apilio] P[lebejus] alis ecaudatis cæruleis ; posticis subtus limbo ferrugineo ocellis cæruleo argenteis.

-Trad. : "Papillon de jour de la phalange des Plébeiens, aux ailes bleues dépourvues de queue ; dessous des ailes postérieures à bordure brun-rouille et à ocelles bleu-argenté ".

— références données par Linné: (étudiées infra)

  • [Linné] Fauna suecica 803 804
  • De Geer ins. t.4 f.14, 15.
  • Wilkes pap. 63 t.1 a1
  • Roesel Insecten belustigung app. I. t.37 f.3-5.
  • Merian, Eur. t.163. 174.
  • Mouffet, ins. 106 f.1
  • Robert ic. t.17
  • Petiver gazophylacii t.35 f.1
  • Ray, Historia insectorum, page 131 n° 11, 12 
  • Jonston, ins. t.6 f. penult.

 

 

b) Synonymes et sous espèces.

Leraut retient la présence de neuf sous-espèces en France :

-1. argus Linnaeus, 1758.

-2.  aegiades Gerhard, 1852. Localité-type : Nord de l’Allemagne —Lycaena aegon aegiades Gerhardt, 1853 : Gerhard, B. [1850-1853]. Versuch einer Monographie der europaeischen Schmetterlingsarten Thecla, Polyomattus, Lycaena, Nemeobius. Als Beitrag zur Schmetterlingskunde. Hamburg. 21 pp. page 19.

-3. aegidion Meisner, 1918. Localité-type : Suisse. Meisner, F. 1818. "Verzeichniss der Schweizerischen Schmetterlinge (Zweite Fortsetzung.)". Naturwissenschaftlicher Anzeiger der allgemeinen Schweizerischen Gesellschaft für die gesammten Naturwissenschaften, 1818(11): 86-88. page 88.

-4. corsicus Bellier, 1862. Localité-type : Corse. — Lycaena aegon corsica Bellier, 1862 : Bellier de La Chavignerie, J.-B. E. 1862. "Variétés nouvelles de Lépidoptères observées en Corse et décrites". Annales de la société entomologique de France, 4(2): 615-616. [http://www.biodiversitylibrary.org/page/8239557] page 615. 

-5. gaillardi Beuret, 1950. Localité-type : Nîmes, Gard. — Plebejus argus gaillardi Beuret, 1950 : Beuret, H. 1950. "A propos de Plebejus argus L. [Lép. Lycaenidae] de la région de Nîmes (30)". Revue française de Lépidoptérologie, 12(13/14): 225-232.page 232.

-6. hypochionalpina Verity, 1931. Localité-type : Annot, Alpes de Haute-Provence.  Verity, R. 1931. "On the geographical variations and the evolution of Lycaeides argus L." Deutsche Entomologische Zeitschrift, Iris, 45: 30-69. page 52.

-7. hypochionoides Tutt, 1909. Localité-type : Gavarnie, Hautes-Alpes.

-8. lydiades Fruhstorfer, 1910. Localité-type : Moulinet, Alpes-Maritimes.

-9.  philomone Bergsträsser, 1779. Hanau, Hesse, Allemagne. —  Papilio philonome Bergsträsser, 1779 : Bergsträsser, J. A. B. 1779. Nomenclatur und Beschreibung der Insecten in der Graffschaft Hanau-Münzenberg wie auch der Wetterau und der angränzenden Nachbarschaft dies und jenseits des Mains mit erleuchteten Kupfern. Zweiter Jahrgang. Hanau. (Stürner). 79 pp. page 72.

     " Philonome : de Philonomé, fille de Tragasos, et seconde épouse de Cycnos, qui devint amoureuse de son beau-fils Ténès." (C. Perrein et al. 2012)

      On cite encore :

— Lycaena aegon plouharnelensis Oberthür, 1910 : Oberthür, C. 1910. Etudes de lépidoptérologie comparée. Fascicule IV. Imprimerie Oberthür, Rennes. 691 pp. page 186.

"Latinisation avec le suffixe -ensis pour "de Plouharnel" commune du Morbihan, du vieux-breton ploiv, ploev, "paroisse" — du brittonique emprunté au latin plebs "peuple" et du nom de saint : Armel." (C. Perrein et al. 2012)

Lycaena hypochiona Rambur, J. P. 1858-[1866]. Catalogue systématique des Lépidoptères de l'Andalousie. Paris. 1: 412 pp. page 35.

— Papilio aegon [Denis & Schiffermüller], 1775 : [Denis, J. N. C. M. & Schiffermüller, I.] 1775. Ankündung eines systematischen Werkes von den Schmetterlingen der Wienergegend, herausgegeben von einigen Lehrern am k. k. Theresianum.. Vienne. 322 pp. page 185. [http://gdz.sub.uni-goettingen.de/dms/load/img/?PPN=PPN574458115&DMDID=DMDLOG_0006&LOGID=LOG_0008&PHYSID=PHYS_0178]

 

c) Origine et histoire du nom argus. 

 

 — W. Dale 1890 p.

— Spuler (1903-1908) page  : 

— Emmet (1991) page 150 : 

 Zeus was in love with Io, and to indulge himself without arousing the jealousy of his wife Hera, he turned Io into a heifer. Hera, however, learnt of this and placed Io in the care of Argos who have a hundred eyes. Not to be outdone, Zeus enlisted the aid of Hermes who lulled Argus to sleep with the sound of his flute and then cut off his head ; the lascivious Zeus then had the opportunity he had sought. Hera consoled herself by transplanting the eyes of Argus into the tail of the peacock. The name, therefore, is apt and refers to the eye-spots on the underside of the butterfly's wings. Linnaeus here gives references to the descriptions and figures of Polyommatus icarus by Petiver, Ray and Wilkes, so it is not altogether certain to which species the name properly belongs; see also celastrina argiolus.



 

— Doux et Gibeaux (2007) page 194 :

      Argus : Héros de la mythologie grecque pourvu de cent yeux. Épris d'Io, Zeus, pour s'abandonner à son penchant amoureux pour attiser la jalousie de sa femme Héra, métamorphosa celle-là en génisse. Informée du subterfuge, Héra plaça Io sous la surveillance d'Argus. Afin de contourner la difficulté, Zeus s'assura l'aide d'Hermès qui, au son de sa flûte, plongea Argus dans un profond sommeil, puis lui trancha la tête. Zeus eut alors le champ libre pour mettre ses projets lascifs à exécution. Héra se consola en transplantant les yeux d'Argus sur la plume du paon. C'est à se récit que fait allusion le nom donné aux Lycènes dénommés "Argus" en référence aux nombreuses tâches ocellées dont est ornée le revers de leurs ailes.

 

— Perrein et al (2012) page 268.  

      Du nom du célèbre personnage de la mythologie grecque, Argos, descendant de Zeus, qui régna sur l'Argolide dans le Péloponnèse, doté d'une force prodigieuse et, selon certaines versions, d'une infinité d'yeux répartis sur tout le corps. Surnommé Panoptes  — qui voit tout —  ce prince argien exerçait une surveillance inégalable car ses yeux ne dormaient que par moitié : il en avait toujours autant d'ouverts que de fermés. C'est bien-sûr un clin d'œil de Linné à des espèces qui ont de très nombreux ocelles et points au revers des ailes.

 

Discussion sur le nom argus : reportée à la suite de l'Archéo-taxonomie.


                         Archéo-taxonomie de l'espèce.

 

1.  Les publications qui précèdent celle de Linné 1758 et que celui-ci donne en référence.

Placées dans l'ordre chronologique :

  • Mouffet, 1634 insectorum page 106 f.1
  • Johannes Jonston, Di insectis Liber I . t.6 f. penult. (reprise de Moffet)(ici page 43 et tableau V page 36)
  • Merian, 1683, Eur. t.163. 174.
  • Petiver 1704 gazophylacii page 55 t.35 f.1
  • Ray, 1710 Historia insectorum, page 131 n° 11, 12 
  • [Linné] Fauna suecica 1746  803 804
  • Roesel 1746 Insecten belustigung app. I. t.37 f. 3-5.
  • Wilkes 1747-49 pap. 63 t.1 a1
  • De Geer 1771  insectes. t.4 f.14, 15.
  • Robert ic. t.17

 

a) Thomas Moffet, 1634 Insectorum sive Minimorum Animalum theatrum page 106 f.1.

       

      Cette référence désigne la première figure (non numérotée) en haut de la page 106, mais le texte correspondant se situe au paragraphe 4 de la page 105 ; ce décalage du texte et de la figure est signalée par Petiver page 35 de son Musei (infra)  :

                                 Argus-Thomas-Moffet-page-106-fig.1-c.png

 

Diurnae papiliones minimae. Laetiore aspectu prodit, alis oculatis, cyanum coelestem atque incomparabilem spirantibus. Fecit illam D[a]edala rerum artifex natura totam oculeam, adeo ut πανοπτλω [Πανόπτης : panoptes]  illum in Mythologo Arctoris filium, non pavonis caudae insertum, sed in hujus alis habitantem haud inepte fingeres : quas quidem non minori superbia adverso sole expandit, atque illa avis Junonia, quam (prae coelesti quo excellit colore) fere in ruborem dat. 

 

En raison des longs développements nécessaires, j'ai reporté l'analyse de cette référence en Annexe. Pour la résumer, Moffet, en 1634, s'il n'a pas donné un nom propre à ce papillon (dont la grossière gravure sur bois et la description sommaire —ailes bleues ocellées— ne permettent pas une identification spécifique), est le premier à établir une comparaison entre ce papillon, et Argus aux cent yeux qui fut nommé par Junon gardien de lo (aimée par Jupiter qui l'avait transformé en génisse) puis qui fut tué par Mercure et dont les yeux sont venus orner la queue du paon. Moffet suggère que ces yeux d'argus sont plutôt venus orner les ailes incomparables du papillon. Mieux, cette comparaison, avec la dénomination qu'elle suscite, proviendrait peut-être du naturaliste de Zurich Conrad Gessner (1516-1565), dont Moffet a hérité des notes et des illustrations d'insectes,  ce qui ferait d'elle l'une des plus anciennes origines des noms de papillons. Car c'est Gessner qui a rédigé dans son Onomasticon de 1544 la première compilation complète sur le personnage d'Argus Panoptes dans l'antiquité.


 

b) James Petiver 1704 gazophylacii  page 55 planche 35 f.1 :

A1 : papiliunculus coeruleus vulgatissimus Mus.nost 318. The Blue Argus. Very common in Heath.

[A2 : The pale Blue Argus

A3 : the mixt' Argus.

A4 : The edg'd brown Argus.]

Dans son texte, l'auteur crée un renvoi vers son Musei, ce qui nous impose de le consulter :

b' James Petiver 1695 Musei petiveriani page 34 n°A318

Papiliunculus caeruleus ocellus plurimis subtus eleganter aspersis. The little Blew-Argus There are frequently met with about Autumn on Heaths.

Traduction :"Petit papillon dont le dessous des ailes est aspergé d'ocelles bleues de la plus haute élégance. Le petit Argus Bleu. ils sont fréquemment rencontrés dans les landes en automne."

n.b  : on remarquera la forme obsolète  Blew au lieu de Blue : en anglais moyen, blew ou plutôt blewe dérive partiellement de l'ancien anglais  et partiellement de l' Anglo-Normand blew, blef (“blue”).

Dans cette première publication de 1695, The little Blew-Argus est la seule espèce nommée Argus. Nous nous situons ici sur le lieu de naissance du terme "Argus" pour nommer un papillon. Il me paraissait évident que c'était le le terme ocellus qui avait déterminé ce choix : d'une part parce que cette espèce est la seule des trente papillons décrits où figure ce mot ocellus (on trouve ailleurs oculatus ou oculus pour qualifier les "yeux" des ailes) ; d'autre part que (Furetière 1690) les expressions "les cent yeux d'Argus" ou "Avoir des yeux d'Argus" étaient déjà proverbiales au XVIIe siècle. Mais je n'avais pas encore déchiffré le texte de Moffet. James Petiver a repris ici, sous forme d'un nom vernaculaire bien spécifié, la dénomination qui n'était que suggérée par son compatriote Thomas Moffet en 1634.

C'est donc à l'apothicaire londonien James Petiver que l'on doit la création du nom Argus pour désigner, sinon Plebejus argus, (le papillon décrit ici serait plutôt Polyommatus icarus) du moins un équivalent de nom de genre pour 4 papillons bleus à ocelles. 


c) John Ray 1710 Historia insectorum, page 131 n° 11, 12 :

 11. Papilio parva, alis superne purpureo-caeruleis, subtus cinereis, maculis nigris circulo purpurante cinctis, punctisque nigris pulchre depictis. The most common small blue Butterfly. Papiliunculus coeruleus, ocella plurimis, subtus eleganter aspersis. The little blue Argus, Mus. Pet. 318. Diurnarum minimarum quarta Mouffeti, 105.

12. Papilio parva, alis supinis pullis, cum linea seu ordine macularum lutearum ad imum marginem.

Traduction sous réserve : Petit papillon, au revers sans taches, avec une ligne ou une marque jaune à l'extrémité de la marge

Linné donne deux références de J. Ray pour le même papillon. Voir infra.   

 

f) Linné,  1746 Fauna suecica, page 246 n°803 et 804.

n° 803 : Argus oculatus. "Argus pourvu d'yeux*". Linné renvoie au n°11 de Ray.

n°804 : Argus fuscus. "Argus brun". Linné renvoie au n°12 de Ray.

Dans sa Fauna suecica, Linné avait tenté quelques noms "vulgaires" (précédés de la mention "vulgo"), dont quatre "argus (oculatus, fuscus, myops et caecus).  Dans le Systema Naturae de 1758, il réunit les deux premiers sous le même nom  d'Argus, peut-être parce qu'il considère qu'il s'agit des deux formes sexuées de la même espèce, la femelle ayant les ailes brunes (fuscus). 

La traduction du latin oculatus dans le Gaffiot est "pourvu d'yeux ; clairvoyant", mais Calepino dans son Dictionarium précise : occulatus : "couvert d'yeux", comme Argus centoculus.  Ce qui renforce l'image créée par le nom argus.


g) Johann August Roesel 1746 Insecten belustigung I. Classe II Supplément tableau p. 37 fig. 3-5 page 197 

De kleine buitengemeen schoone, hoogblaauwe Dagvlinder der tweede classe.

http://www.biodiversitylibrary.org/item/31188#page/269/mode/1up

 

 

      

 

 

h) Benjamin Wilkes 1747-1749  pap. 63 t.1 a1.

     Voir la Planche des Copper Plates and English Moths and Butterflies de B. Wilkes page 119 (?).


i) Geer, (Charles de), 1771 Mémoires pour servir à l'histoire des insectes , Stockholm : Hesselberg, .Tome 1 [1]-[15] 707 pages, 37 planches, Gallica .  Tome second première partie 616 pages,  ; Tome second deuxième partie pages 617 à 1175, 43 planches gravées par Bergquist. page 693 planche 4 fig.14 

Petit papillon à bouton et à six jambes, d'un bleu céleste, à taches en yeux au dessous des ailes.

 

 

 

 


 

 

 

 

Discussion sur le nom argus.

      ARGUS, Selon les Poëtes, estoit homme ayant cent yeux, desquels les quatre vingts et dix huit veilloient tousjours.   Jean Nicot: Le Thresor de la langue francoyse (1606)

Le nom Argus, Argos en grec, remonte à l'Antiquité où il désigne plusieurs personnages, un roi, une ville, et un chien. Le chien en question est celui d'Ulysse, qui le reconnait à son retour en son île d'Ithaque. La ville grecque est située en Argolide (qui en tire son nom) dans la péninsule du Péloponèse fut l'une des places-fortes de la civilisation mycénienne.  Son nom viendrait de la racine grecque arg-, qui signifie « quelque chose de brillant » (cf. argyros signifie « argent »). Le roi Argos fils de Zeus est le fondateur mythique de la ville précédente. 

Plus intéressant est l'argonaute Argos : fils d'Arestor, il passe (ou bien son homonyme Argos fils de Phrixos selon les sources) pour l'artisan qui construisit avec l'aide de la déesse Athéna le navire Argo et lui donna son nom. Il s'embarqua ensuite comme pilote avec les Argonautes, et notamment avec Idas (cf. Plebejus idas) et son frère Lyncée, sous la conduite de Jason pour obtenir la Toison d'or.

Mais le plus connu est le géant Argus, célèbre notamment par la légende d'Io racontée par Ovide dans le Livre I de ses Métamorphoses. La voici, résumée par le site Bibliotheca selecta classica :

Io est la fille du fleuve Inachus. Lorsque Jupiter l'aperçoit, il décide de la posséder malgré elle, l'empêche de fuir en couvrant la terre de ténèbres, et lui ravit son honneur. Junon soupçonnant que cette obscurité soudaine couvre une infidélité de son mari, descend sur terre, mais Jupiter, pour soustraire Io à la fureur de son épouse, la transforme en une génisse d'une beauté éclatante. Junon, jalouse et méfiante, obtient que la génisse lui soit offerte en cadeau et décide de la confier à la garde d'Argus, fils d'Arestor. Réduite à courir les pâturages et à ne plus émettre que des mugissements, la génisse Io, impitoyablement surveillée par Argus aux cent yeux, arrive au bord de l'Inachus et parvient, en traçant des signes sur le sol à l'aide de son sabot, à se faire reconnaître. Argus revient arracher Io à son père consterné, et l'emmène en un lieu où il pourra mieux la surveiller. 

Jupiter apitoyé par le sort de Io dépêche Mercure sur terre, avec mission de supprimer Argus. Se faisant passer pour un berger jouant sur une flûte de roseaux, Mercure s'approche d'Argus qui, séduit par ses récits et ses chants, cherche à résister à la torpeur qui le gagne en lui demandant l'origine de ce nouvel instrument. 

Mercure raconte à Argus l'histoire de Syrinx, naïade adepte de Diane et vouée à la virginité. Pour échapper aux poursuites de Pan, elle obtint d'être métamorphosée par les eaux du Ladon qui lui barrait la route, si bien que Pan ne put saisir que des roseaux. En découvrant que, lorsqu'il soupirait, l'air traversant les roseaux produisait une mélodie agréable, Pan songea à assembler des roseaux avec de la cire pour en faire la flûte de Pan, à qui il donna le nom de syrinx.

Mercure, dont les récits avaient triomphé de la vigilance d'Argus, endormit complètement le monstre à l'aide de sa baguette magique, puis le décapita d'un coup d'épée. Junon recueillit alors les yeux éteints d'Argus, pour en parer la queue du paon, son oiseau sacré.

La caractéristique d'Argus, ce sont ses yeux. Voici comment Ovide les décrit, en des vers qui seront à jamais associés au personnage :

Centum luminibus cinctum caput Argus habebat

inde suis uicibus capiebant bina quietem,

cetera seruabant atque in statione manebant.

Constiterat quocumque modo, spectabat ad Io,

ante oculos Io, quamuis auersus, habebat.

 

"Argus avait la tête entourée de cent yeux,

 qui, par deux, à tour de rôle, se reposaient ;

 les autres veillaient et restaient en faction.

 Quelle que soit la position adoptée, il regardait vers Io.

 Même le dos tourné, il avait Io sous les yeux."  (1, 713-724);


Ovide, auteur latin du Ier siècle av/Ier siècle ap. J.C. reprend ici la tradition des auteurs grecs qui avaient attribué à Argus  l'épithète de « Panoptès » (Πανόπτης / Panóptês, « celui qui voit tout ») en raison de ses yeux multiples.

 


 Le surnom panoptes (qui qualifie aussi Zeus) est mentionné dans Apollodore de Rhodes Livre 2,1 2-3 (I-IIe siècle ap. J.C)

"Ecbasos eut un fils, Agénor, et ce dernier eut Argos, appelé « Panoptès », parce qu'il avait des yeux sur tout le corps".

On  trouve aussi les yeux d'Argus mentionné sur un fragment n°5  de l'Aigimos, poème perdu attribué à Hésiode ou à Cercops de Millet, Scholiaste sur Euripides, Phoen. 1116  :  http://omacl.org/Hesiod/frag2.html :

"Et (Hera) plaça sur Io un surveillant, le grand et fort Argus, qui par ses quatre yeux regarde tans toutes les directions. La déesse se reposait sur sa force infatigable. Le sommeil ne tombait jamais sur ses yeux ; mais il restait toujours vigilant.".

Les autres sources grecques concernant Argos sont : Eschyle,  Prométhée enchaîné. (Ph. Remacle)  :

565-566 :

 " Ἆ ἆ, ἒ ἔ,"χρίει τις αὖ με τὰν τάλαιναν οἶστρος,

εἴδωλον Ἄργου γηγενοῦς, ἄλευ᾽ ἆ δᾶ· φοβοῦμαι
τὸν μυριωπὸν εἰσορῶσα βούταν  

Ah! ah! hélas! hélas! un taon me déchire encore de son dard.

— Malheureuse! c'est l'affreux fantôme d'Argus, du fils de la Terre  

677-681 "βουκόλος δὲ γηγενὴς
ἄκρατος ὀργὴν Ἄργος ὡμάρτει, πυκνοῖς
ὄσσοις δεδορκὼς τοὺς ἐμοὺς κατὰ στίβους "

Le bouvier fils de la Terre, l'impitoyable Argus me suivait,

attachant sur mes traces ses yeux innombrables

 Voir l'ensemble des sources sur le site theoi.com 

 http://www.theoi.com/Gigante/GiganteArgosPanoptes.html

 

N.b Hübner a nommé un papillon papilio panoptes : notre Pseudophilotes panoptes Hübner, 1813.

 L'autre passage important pour l'étude zoonymique est celui où les yeux d'Argus sont récupérés à sa mort par Junon pour orner le plumage du paon, puisque c'est ce passage qui associe les ocelles des ailes avec le personnage d'Argus.

Arge, iaces, quodque in tot lumina lumen habebas,

exstinctum est, centumque oculos nox occupat una.

Excipit hos uolucrisque suae Saturnia pennis

collocat et gemmis caudam stellantibus inplet.

 

"Argus, te voilà gisant ; la lumière de tes regards si nombreux

 s'est éteinte, et sur tes cent yeux règne une nuit sans fin.

La Saturnienne les recueille et les place sur le plumage de l'oiseau

qui est sien, lui couvrant la queue d'étincelantes pierres précieuses."  

 


Hermès et Argos Panoptès, vase attique à figures rouges Kunsthistorisches Museum, Vienne, Autriche theoi.com

Source image

 

 

Comme nous l'avons vu, l'emploi du nom Argus pour désigner un papillon a été d'abord suggéré par l'anglais Thomas Moffet en 1634, dans sa description d'un papillon aux ailes d'un bleu céleste parsemées d'ocelles, où il envisage que Mercure, au lieu d'avoir disséminé les yeux d'Argus après l'avoir tué sur la queue du paon, oiseau de Junon, avait bien pu en avoir orné les ailes de cette espèce. Il a peut-être repris cette image du naturaliste zurichois Conrad Gessner,  dont il avait hérité de la collection entomologique, mais qui était aussi auteur dans son Onomasticon de 1544 d'une des premières compilations sur le nom d'Argus panoptes.

 

   Si Thomas Moffet n'utilise pas le nom Argus lui-même mais le désigne par son épithète Panoptes, l'apothicaire londonien James Petiver crée le nom d'Argus en 1695 sous la forme The Little Blew-Argus ("le Petit Argus Bleu") avant de décliner ce nom en 4 espèces de sa collection dans son Gazophylacii de 1704, The Blue Argus, The pale Argus, the mixt' Argus et The edg'brown Argus. Le nom est repris par John Ray en 1710, puis surtout par Linné qui, dans sa Fauna suecica de 1746 crée sous une forme vernaculaire en latin les quatre Argus oculatus (Argus ocellé, "couvert d'yeux",subtus ocellus numerosis), fuscus ("brun" subtus ocellus numerosis , idem), myops ("aux yeux à demi-fermés" subtus punctis nigris quadraginta duobus : "42 points noirs à la face inférieure") et caecus ("aveugle", subtus viridis immaculatis : "dessous vert sans tache, sans yeux"). Dans son Systema Naturae de 1758, il ne donne le nom Argus qu'à une seule espèce Papilio Plebejus argus "au dessous des ailes postérieures à bordure brun-rouille et à ocelles bleu-argenté".  C'est l'espèce-type du Plebejus argus.

 

 

 

 

 

              II. Noms vernaculaires.

 

Rappel : je m'efforce de suivre ici l'origine du nom argus, et non pas de déterminer qui a décrit précisément notre Plebejus argus. Le voudrais-je, que je rencontrerais bien des déboires, connaissant l'imprécision des premières descriptions, puis la grande confusion qui régna dans l'esprit de Linné à propos des papillons qu'il nomma argus, puis celle que favorisa la multiplication des noms créés par les auteurs du XIX et du XXe siècle. 

 

 

I. Les Noms français. 

 

1. L'Argus bleu , Geoffroy, 1762.

  Étienne Louis Geoffroy Histoire abrégée des Insectes qui se trouvent aux environs de Paris, page 61-62 n°30 

Geoffroy, qui suit  Linné dans son Systema Naturae de 1758 (SN1) et la Fauna suecica de 1746 (Fn(1)), décrit son Argus bleu en lui donnant les références Argus bleu Geoffroy = Argus ocelatus Fn(1) n°803 = papilio plebeius argus SN1. Il complète ces références par toutes celles qu'a donné Linné dans le SN1 et que nous avons énuméré, (Moffet, Petiver, Ray, Jonston, Robert, de Geer, Roesel) en omettant Wilkes et en ajoutant le Pinax de Merret.

 

En  fidélité à l'esprit de la Fauna suecica,  Geoffroy a donné le nom générique d'ARGUS au troisième groupe de sa seconde famille des "Papillons à six pieds" (les hexapus de Linné).  Huit espèces figurent dans ce groupe, dont cinq portent le nom d'Argus : Argus bleu, brun, myope, vert et Demi-argus.

S'il ne rentre pas dans mes compétences de dire si les papillons décrits par Geoffroy correspondent bien à notre Plebejus argus (alors qu'aujourd'hui seule la recherche de l'absence de l'épine tibiale ou l'examen des genitalia permet un réel diagnostic entre P. argus et P. idas), il paraît bien établi qu'en matière de zoonymie l'Argus bleu correspond, dans la description de Geoffroy, à l'espèce décrite par Linné en 1758 et considéré comme l'espèce-type de Plebejus argus. Sur le plan de la dénomination, on peut dire : Argus bleu Geoffroy, 1762 = papilio argus Linné, 1758.

Dés 1803, Olivier et Latreille redistribuent les cartes (Nouveau dictionnaire d'Histoire naturelle vol. 17) et considèrent l'Argus Brun comme la femelle de l'Argus Bleu, le couple devenant le "Polyommate Alexis" de Godart 1821 avant de devenir notre Polyommatus icarus. L'Argus myope devient une espèce propre, leur "Papillon Argus myope" de leur genre Argus assimilé à l'Hesperia Xanthe et à l'Hesperia Gabbas de Fabricius, qui sera le "Polyommate Xanthé" de Godart 1821, puis notre Heodes tityrus


 2. L'Argus bleu,  Engramelle, 1779

 Engramelle (R.P. Jacques Louis Florentin), 1779, Papillons d'Europe peints d'après nature par M. Ernst  page 168 n°80  planche XXXVIII dessinée par Ernst et gravée par Juillet .

Par contre, le nom d'Argus brun n'est pas repris par Engramelle qui considère que Linné et Esper se sont trompés en affirmant que les mâles d'Argus sont bleus et les femelles brunes. C'est, selon lui, le contraire (il sera démenti par Latreille en 1803). Pour lui, le n° 30 Argus bleu de Geoffroy et l'Argus brun n°32 sont les deux formes sexuées de son Argus bleu (l'argus brun étant le mâle).  

 


3. Polyommate argus Latreille et Godart 1819

Latreille et Godart Encyclopédie méthodiqueParis : Vve Agasse tome 9, page 684 n°212 .

Les auteurs considèrent, conformément à Linné dans sa 12e édition du Systema Naturae,  le Papilio argus de Linné comme le mâle et P. idas comme la femelle.

Cet article permet de disposer de l'ensemble des références bibliographiques sur cette espèce, notamment par les auteurs germaniques, autrichiens ou suisses.

Latreille avait crée en 1804 le genre des Polyommates ("à plusieurs yeux", un équivalent d'Argus), défini par "des palpes inférieurs de longueur moyenne, ou courts". (Considérations générales sur l'ordre des insectes p. 355).

 

 

 

4. Le Polyommate argus , Godart 1821,

      Jean-Baptiste Godart, Histoire naturelle des lépidoptères ou papillons d'Europe, Paris : Crevot 1821/1823, page 215 n°78  planche 11 fig.1 (femelle) et pl. 11tert. fig.4 (mâle) peinte par Vauthier et gravée par Lanvin  . 

 Là encore, je suis le fil des références données (le papilio argus de Linné) plutôt que celui de l'exactitude des descriptions et des figures. Notamment, la figure 4 montre bien l'absence de point noir dans la cellule de l'aile antérieure, mais ne représente ni la bande blanche au dessus des lunules oranges, ni les pupilles bleu-vert des ocelles, caractéristiques des Plebejus.


      

13903

Source image :http://raf.dessins.free.fr/2bgal/blog.php?id_img=13902                    13902

 

 Ce nom a été repris  par Hippolyte Lucas (1834) .

 

 

5. Polyommate argus, La Chenille (Duponchel, 1849).

P.A.J. Duponchel, 1849 Iconographie et histoire naturelle des chenilles page 71 n°22  planche VI fig. 22 a-b  par Dumenil fig. 

 

        "Cette chenille vit sur le mélilot officinal (melilotus, officinalis) le genêt allemand (genista germanica), le Genêt à balais (Genista scoparia), le sainfoin (Hedysarum onobrychis) et autres légumineuses."


                        

 

6. La revue des noms vernaculaires par Gérard Luquet en 1986.

 

       Dans la révision des noms vernaculaires français des rhopalocères parue dans la revue Alexanor en 1986, Gérard Christian Luquet crée comme nom principal pour Plebejus argus "L'Azuré de l'Ajonc", mais réfute "l'Argus Bleu-violet",  "l' Argus satiné", "l'Argus" et l'Argus bleu", en commentant ces décisions par les notes 50, 43, 52 et 53.

 

[50] : L'emploi du nom « Argus bleu-violet » doit être prohibé, car il désigne, selon les auteurs, tantôt Glaucopsyche alexis, tantôt Plebejus argus, tantôt P. idas.

[43] Bien que le nom d' "Argus satiné " soit tout à fait consacré par l'usage pour désigner Heodes virgaureae, il y a lieu de l'éviter, car il a également été employé (manifestement par erreur) pour désigner Plebejus argus.

[52] Le nom d'Argus s'appliquant à une entité générique, et représentant même un groupe de rang supérieur (il sert de nom collectif pour désigner toutes les espèces de la famille des Lycénides) , il n'est gère conseillé de l'employer pour désigner Plebejus argus, d'autant que dans ce cas précis il n'est que la reprise du nom latin de l'espèce.

[53] C'est sans doute par erreur que le nom d' "Argus bleu" a été attribué par Rappaz à Plebejus argus, car, traditionnellement, ce nom s'applique exclusivement à Polyommatus icarus."


Parmi les 73 Polymmatinae ou Polyommatines français nommés par Luquet, on compte outre le Collier-de-Corail 62 Azurés, 5 Argus, et 14 Sablés, tous construits sur la structure habituelle à cet auteur, Nom de groupe + Plante-hôte ou Nom de groupe + adjectif géographique ou descriptif. Ainsi, il existe plus de 40 "Azuré + Plante-hôte".

  On se méfiera de prendre pour argent comptant les noms vernaculaires d'Azuré de l'Ajonc et d'Azuré du Genêt laissant croire que Plebejus argus pond sur l'Ajonc et non sur le Genêt, et inversement pour Plebejus Idas.  En Bretagne, où Donovan Maillard a procédé à une étude des deux espèces (avec pour argus les deux sous-espèces P. argus plouharnelensis et P. argus philonome), la plante-hôte de P. argus plouharnelensis est Helichrysum stoechas, (Immortelle communealors que pour P. argus philonome, aucune plante-hôte n'a pu être attestée faute d' y avoir observé des chenilles.  Des pontes de Plebejus argus philonome ont été observées  sur l’ajonc nain Ulex minor,  sur l’Astéracée Leontodon autumnalis , la Graminée Holcus mollis, la Rosacée Potentilla erecta ou le ligneux Betula pubescens. Tous les œufs ainsi pondus ont été déposés à quelques centimètres du sol seulement, à proximité de fourmilières de Lasius niger, la fourmi symbionte de cette sous-espèce.

 

 

7. Noms vernaculaires contemporains :

 

  Les confusions taxonomiques propres au XIX et première moitié du XXe siècle limitent peut-être l'intérêt d'apprendre que Charles Oberthür et Constant Houlbert , dans leur Faune armoricaine de 1912-1921, utilisent le nom scientifique de 

—Bellmann / Luquet 2008 : non cité.

— Chinery / Luquet 2012  : non cité

— Doux & Gibeaux 2007 : "L'Azuré d".

— Lafranchis, 2000 : "L'Azuré d" .

— Perrein et al., 2012 : "Azuré d".

— Tolman & Lewington / P. Leraut 2009 : "".

— Wikipédia : "L'Azuré ".

 

III. Les noms vernaculaires dans d'autres pays.

 

  • "Argus-Bläuling" en allemand.
  • "Silver-studded Blue" en anglais
  • "Mazais viršu zilenītis" en letton.
  • " Modráčik čiernoobrúbený" en slovaque
  • "Modrásek černolemý" en tchèque
  •  "Akiuotasis melsvys" en lithuanien. 
  • "Niña hocecillas" en espagnol
  • "El Blavet" en catalan
  • "Argusblåfugl"  en dannois.
  • "Ezüstös boglárka" en hongrois.
  • "Heideblauwtje" en néerlandais
  • "Ljungblåvinge" en suédois.
  • "Ogasäär-sinitiib" en estonien.
  • "Argusblåvinge" en norvégien.
  • "Gümüşlekeli Esmergöz" en turc.
  • "Kangassinisiipi" en finlandais
  •  "Modraszek argus" en polonais.

 

      HÜBNER, Jacob, 1761-1826 Das kleine Schmetterlingsbuch : die Tagfalter : kolorierte Stiche,  Insel-Bücherei ; Planche 19 Geisklee-Bläuling   Lycaena aegon 1-2 et Argus-Blaüling Lycaena argus figure 4,5, 6

http://www.biodiversitylibrary.org/item/138312#page/35/mode/1up

      

Langues celtiques  : 

1. langues gaéliques :  irlandais (gaeilge) ; écossais (Gàidhlig ) ; mannois ( gaelg :île de Man).

  •  en irlandais

  •  en mannois.
  • "" en gaélique écossais*

2. Langues brittoniques : breton (brezhoneg) ; cornique (kernevek); gallois (Welshcymraeg).

  •  pas encore de nom en breton ; 

  • " Glesyn serennog " en gallois.

 *Liste des noms gaéliques écossais pour les plantes, les animaux et les champignons. Compilé par Emily Edwards, Agente des communications gaélique, à partir de diverses sources.   http://www.nhm.ac.uk/research-curation/scientific-resources/biodiversity/uk-biodiversity/uk-species/checklists/NHMSYS0020791186/version1.html

 Voir aussi :http://www.lepidoptera.pl/show.php?ID=70&country=FR

 

 

       


IV. Les noms vernaculaires en anglais (M.A. Salmon, 2000).

 

      Moffet ? 1634 ; Harris, 1775.

  • "The Small Lead Argus" ? Petiver, 1717 ? Stephens, 1829.
  • "The Silver-studded Blue", Harris 1775 ; Lewin, 1795 ; Haworth, 1803 ; et la plupart des auteurs suivants.
  • "The Lead Blue" : Rennie, 1832.
  • The Lead Argus : Newman et Leeds, 1913.

Nom en usage : Silver-studded Blue, le "Bleu constellé d'argent", en raison de la rangée submarginale de taches bleu-argent de la face inférieure des ailes postérieures. Ces marques peuvent être néanmoins totalement absentes et sont très variables selon les individus. Mais le nom de Lead Argus, "l'Argus (couleur de) plomb", signale la teinte particulière, grisâtre "plombée" des ailes du mâle.

 

      ANNEXE : Argus, Thomas Moffet (1634) et Gessner. 


 

      Thomas Moffet, 1634 Insectorum sive Minimorum Animalum theatrum page 106 f.1.

                                        

      Cette référence désigne la première figure (non numérotée) en haut de la page 106, mais le texte correspondant se situe au paragraphe 4 de la page 105 ; ce décalage du texte et de la figure est signalée par Petiver page 35 de son Musei (infra)  :

                                 Argus-Thomas-Moffet-page-106-fig.1-c.png

 

Diurnae papiliones minimae. Laetiore aspectu prodit, alis oculatis, cyanum coelestem atque incomparabilem spirantibus. Fecit illam D[a]edala rerum artifex natura totam oculeam, adeo ut πανοπτλω [Πανόπτης : panoptes]  illum in Mythologo Arctoris filium, non pavonis caudae insertum, sed in hujus alis habitantem haud inepte fingeres : quas quidem non minori superbia adverso sole expandit, atque illa avis Junonia, quam (prae coelesti quo excellit colore) fere in ruborem dat.

 

 Traduction très hasardeuse (!) : Plus heureux apparaît l'aspect des  ailes ocellées [L'Aspect des ailes ocellées est des plus réjouissant], bleues d'inspiration céleste et incomparable. Dédale, ingénieur de toute chose de la nature fit des à tous des yeux cela (??), à tel point que Panoptes  .fils d'Arctoris dans la Mythologie, les a inséré non pas sur la queue du paon, mais  sur ces ailes et [...] elle oiseau de Junon, que donne environ la rougeur (qui est prééminente par rapport à la couleur du céleste).


   N.B : la formule papilio alis oculatis cyanum coelestem spirantibus  a été reprise par Christopher Merret dans son Pinax, Londres 1567 page 199 f.4.

Bien que je sois incapable de traduire ce texte correctement, j'ai obtenu quelques résultats dans mes tentatives de le déchiffrer. Ainsi,l'une des sources de ces lignes se trouve dans les dictionnaires des imprimeurs Estienne. Les deux fils du libraire-imprimeur parisien Henri Estienne, Robert Estienne (1502-1559) et Charles Estienne (1504?-1564) ont été des lexicographes reconnus. Le premier, latiniste et imprimeur royal pour l'hébreu, le latin et le grec, est l'auteur d'un Dictionarium seu latinae linguae thesaurus de 1532 et du plus ancien Dictionnaire latin-français existant (1539) ainsi que d'un Thesaurus lingua latinae de 1532.

Son frère Charles, docteur-Régent de la faculté de Paris, latiniste et imprimeur  est l'auteur, pour ce qui nous concerne, en 1512 d'un Dictionnaire des noms propres (Dictionarium propriorum nominum ), parfois attribué à Robert. Si on le consulte au nom "Argus", on trouve ceci :

 Argus filius Aristoris, de quo ait Ovidius

 Centum luminibus cinctum caput Argus habebat Inque suis vicibus capiebat bina quietem Caetera seuabant, atque in statione manebant. Huic Iuno custodiendam dedi Io Inachi filiam mutatam in vaccam.

Sed Mercurius à Ione missus duldecine cantus ilum sopitum occidit. Oculos tame[n] Argi Iuno indidit caudae Pavonis, quae dicitur avis Iunonia. Ovid. Metamorph.

 

Ce texte reproduit un passage du Livre I des Métamorphoses d'Ovide v 625-629; Le voici avec son contexte v.620-629 (Itinera Bibliotheca electronica):

Paelice donata non protinus exuit omnem 
diua metum timuitque Iouem et fuit anxia furti, 
donec Arestoridae seruandam tradidit Argo. 
centum luminibus cinctum caput Argus habebat 
inde suis uicibus capiebant bina quietem, 
cetera seruabant atque in statione manebant. 
constiterat quocumque modo, spectabat ad Io, 
ante oculos Io, quamuis auersus, habebat.   

1,620] mais Jupiter peut-il refuser un don si léger à sa sœur, à la compagne de son lit, sans qu'elle ne soupçonne que ce n'est pas une génisse qu'on lui refuse ? Junon, l'ayant obtenue, ne fut pas même entièrement rassurée; elle craignit Jupiter et ses artifices, jusqu'à ce qu'elle eût confié cette génisse aux soins vigilants d'Argus, fils d'Arestor. Ce monstre avait cent yeux, dont deux seulement se fermaient et sommeillaient, tandis que les autres restaient ouverts et comme en sentinelle. En quelque lieu qu'il se plaçât, il voyait toujours Io, et, quoique assis derrière elle, elle était devant ses yeux.  

 

Là se trouve l'origine de la mention Arctoris filium du texte de Moffet, par une coquille dans la traduction du nom Aristoris. Cela apporte la preuve que cette étrange mention de Arctoris filium, "fils d'Arctoris" mal compréhensible, désigne, une fois corrigée en Aristoris filium, le "fils d'Arestor", c'est-à dire Argus. Autrement dit, c'est Moffet qui a, pour la première fois, établit le lien entre Argus, le Géant aux cent yeux, et le papillon aux ailes ocellées. 

En 1553, Charles Estienne publia à Paris son  Dictionarium historicum, geographicum ac poeticum.  Cet ouvrage  devient immensément populaire durant un siècle et connaîtra plusieurs éditions successives, à Lyon 1579, à Genève ou à Paris (40 éditions en 163 ans!). En Angleterre, où le Dictionnaire est particulièrement apprécié des poètes et dramaturges du XVIe siècle, il est corrigé et augmenté par Nicolas Lloyd qui le publie à Oxford en 1670 et à Londres en 1686. Mais l'édition que Thomas Moffet a du consulter est sans-doute celle de Thomas Soubron et Moïse Desprez, imprimée à Lyon et datant de 1595, ou celle de Jacob Stoer de 1590. En effet, on y trouve à la page 67 la coquille Argus Arctoris filius qui n'existait pas dans la première édition de 1553 On y découvre surtout que le texte est différent de celui du Dictionnaire des Noms Propres. Ce texte mérite notre intérêt car il éclaire le texte de Thomas Moffet :

 

Argus, Arctoris filius, Πανόπτης  à Graecis cognominatus, quod totus oculis scateret. Hunc poetae fabulantur à Iuone constitutum fuisse custodem Ius Inachi fillae, à Iove in iuvencae formam commutatae : quam postea Mercurius Iovis iussu interfecit, oculis eius fistulae sono sopitis. Iuno autem oculos eius avi[s] suae, hoc est, pavonis caudae inseruit. Ovidius lib.I Metam. : Centum [....] manebant. Mythologii Argum interpretantur, sphaeram stelliferam, innumeris oculis, hoc est , stellis refulgentem : Mercurium autem solem esse volunt, qui tunc Argum dicitur occidere, cum diurno suo lumine stellarum lucem observat. Vide Macrobium primo Satur. Cap.19. unde & …. Mercurius cognominatus est, cp Argum peremerit.

 

"Argus, fils d'Arctoris, surnommé Panoptes [qui voit tout] par les Grecs, dont tous les yeux pullulent. Les poètes dans leurs légendes disent que Junon le nomma le gardien de Io, la fille d'Inachis transformée en génisse par Jupiter ; et qu'il fut tué plus tard sur ordre de Jupiter par Mercure qui endormit ses yeux grâce au son de la flûte. Mais ses yeux furent insérés plus tard sur la queue du paon, l'oiseau de Junon. Ovide, Met. livre I [Centum...manebant]. La mythologie interprètait Argus en disant que ses yeux innombrables étaient les étoiles qui brillent dans la sphère étoilée : Mercure fait la volonté du soleil,qui pour ainsi dire tue Argus et l'observation de la lumière des étoiles par sa lumière diurne...Voyez Macrobe, Saturnales livre I chap.19. ["Argus tué par Mercure signifie la voûte du ciel ornée d'étoiles, que le soleil tue, pour ainsi parler, en les obscurcissant, et en les dérobant par l'éclat de sa lumière aux yeux des mortels"]   "

La même erreur est présente dans l'édition de 1590 par Jacob Stoer à Genève. L'édition de Jacob Crispin la comporte toujours en 1633. Mais la première édition de 1553 BVH.univ.tours en est exempte. 

 Ce texte n'est pas de Charles Estienne, mais il trouve son origine dans l'Onomasticon (1544) de Conrad Gessner (1516-1565) page 40 . (Ou bien, les deux textes ont la même source, le Dictionarum poeticum ou Elucidarium carminum de Torrentinus (Van der Beeck) publié en 1498 et édité onze fois jusqu'en 1518) mais que je n'ai pu consulter.)

 

Partis de la description d'un papillon par Thomas Moffet en 1634, nous y avons reconnu l'influence du Dictionnaire de Charles Estienne dans son édition de 1590, qui se rapproche lui-même de l'Onomasticon de Conrad Gessner (1544). Cette découverte est intéressante puisque Thomas Moffet ne décrit pas dans son Theatrum insectorum sa propre collection d'insectes, mais celle de ...Gessner lui-même.

  Thomas Moffet, dit aussi Moufet ou Muffet, est un médecin et naturaliste anglais puritain, né vers 1552 à Londres et mort le 5 juin 1604 à Wilton dans le Wiltshire. Il est principalement connu pour l'étude des « insectes », en particulier les araignées, et leur impact en santé humaine. Après ses études à Cambridge, il se rendit à Bâle en 1578 pour y étudier la médecine, exerça à Francfort puis  voyagea en Italie (1580) où il s'intéressa au vers à soie, en Espagne et Allemagne avant de s'installer à Ipswich puis à Londres en 1584. Il entra ensuite au service de Henry Herbert, second comte de Pembroke, à Wilton. En 1599, il publia un long poème sur le vers à soie, The Silkworms and their flies.

Theatrum insectorum : On croit communément que Thomas Muffet est l'auteur de cet ouvrage, mais il en a simplement hérité, enrichi et mené jusqu'à la publication, qui ne se produira pas avant 30 après sa mort, malgré le fait qu'il fut près pour la presse dès 1589 ou 1590. La principale raison de cette publication posthume consiste en la faiblesse du marché anglais, à l'époque, pour les livres de sciences naturelles. La page de garde originale, inutilisée, est datée de 1589. Des négociations avec des imprimeurs de La Haye échouent en 1590. Les illustrations originales furent abandonnées car trop chères et remplacées par des gravures sur bois qui apparaissent dans l'édition de 1634.

 

il a bénéficié des contributions de grands assistants, comme Wotton, Gessner, de l’Écluse, Penny, Knivett, Bruer et d'autres." 

Moffet avait repris en réalité le travail du médecin botaniste et entomologiste Thomas Penny (1530-1588). Penny avait collectionné des plantes dont il avait envoyé des spécimens à Gessner (qui le cite pour 22 des 375 plantes de son Historia plantarum), collectionné, dessiné et étudié les insectes. Il avait fait plusieurs longs voyages sur le continent (France, Allemagne et Suisse durant 4 ans jusqu'en 1569)  et avait rencontré Conrad Gessner  en 1565 à Zurich, peu de temps avant la mort de ce dernier. Il obtint de lui, en échange de ses propres travaux botaniques, un certain nombre d’illustrations et de notes manuscrites sur les insectes. Il retourna en Angleterre où il commence à exercer la médecine à Londres et où devint un proche ami de Thomas Moffet (1553-1604) : ils avaient tous deux étudié au Trinity College de Cambridge et s’intéressaient aux insectes. Ayant obtenu la confiance et l'estime de Gessner, il fut intégré à l'équipe des naturalistes européens qui étaient ses correspondants, comme Carolus Clusius, Mathias de L'Obel,  Joachim Camerarius le Jeune, et Jean Bauhin. En même temps, T. Penny établit des contacts avec les naturalistes anglais, comme Sir Edmund Knyvet (1508-1551) qui possédait son propre musée et ses collections d'histoire naturelle à Ashwellthorpe. En tant que médecin, il bénéficiait aussi des relations du monde médical, et il reçut d'un chirurgien, Edward Elmer, un spécimen d'insecte aux ailes argentées venant de Moscou. 

Penny consacra ses quinze dernières années à accumuler des observations qui seront reprises dans le Theatrum Insectorum . Penny reçoit également diverses contributions et illustrations de ses correspondants en Europe comme Charles de l'Écluse (1525-1609) qui l’informe sur les abeilles, Jean Bauhin (1541-1613) qui explique l’origine des scorpions à la fois par la reproduction sexuelle et la génération spontanée, et Joachim Camerarius le Jeune (1534-1598) qui lui envoie une illustration de coléoptère. La mort l’empêche de mener à bien son projet d’écrire une Histoire naturelle des insectes et il laissa ses notes à Moffet. Celui-ci compléta le manuscrit en mars 1589, la page de titre datée de 1589 fut imprimée, mais la publication fut retardée. A la mort de Moffet, le texte fut recueilli par son pharmacien, un certain Mr. Darnell, mais un certain nombre de naturalistes semblent y avoir eu accès durant le temps où le manuscrit était en sa possession (B.L Sloane MS 4014.)

Il fut peut-être acquis par Théodore de Mayerne, un médecin huguenot établi à Londres en 1611 et qui le fit publier en 1634 sous le titre Insectorum, sive, Minimorum animalium theatrum. Il fut traduit en anglais par  J. Rowland sous le titre de The Theatre of Insects, or Lesser Living Creatures et placé en appendice de  History of Four-Footed Beasts and Serpents de Edward Topsell (1658).

L'ouvrage se compose ainsi :

  • Titre
  • Epistola de Théodore de Mayenne 10 pages
  • Index (une page) : deux Livres : Livre I, chapitre 1 à 29, pp. 1-174. Livre II  chapitre 1 à 42, pp. 175-324.
  • Preaefatio : De Argumenti hujus susceptione, atque ejusdem dignitate & usu, Praefatio
  • Texte.

Les papillons sont traités au Livre I, chapitre 14 De papilionibus pp.87. 41 Papillons nocturnes : Dix-huit papillons de nuit (89-93), puis dix-sept autres papillons (94-97), deux séries de trois petits papillons. 39 Papillons diurnes : première série de seize espèces, débutant par des Papilionides pp. 98-102, puis 13 espèces moyennes (pp. 103-105) puis 10 espèces de petite taille (pp. 103-106). Conclusion sur un chapitre intitulé Deusu papilionum (107-108).


 

 

 

 

 

L'erreur Arctoris pour Aristoris  prouve (à moins de la retrouver dans une édition antérieure) que Moffet est intervenu dans la rédaction des notes après la date de 1590 (édition du Dictionnaire d'Estienne par Stoer). C'est ce que lui-même déclarait  : "I have inserted intire Histories, and above a hundred and fifty pictures, which Gessner and Pennius knew not; I have mended the methods and language, and I have put above a thousand tautologies, trivial matters, and things unseasonably spoken".

 

      Au point où nous en sommes, nous pouvons chercher la racine de la racine de notre texte, en amont de l'Onomasticon de Gessner : le Dictionarium d'Ambrogio Calepino dans son édition de 1514 et surtout de 1550, plus proche de Estienne et de Gessner (l'Onomasticon de celui-ci fut publié dans une ré-édition de Calepino).

On y lira avec intérêt l'article -occulatus- avec la mention de la définition "modo dicitur qui per totum corpus  oculos habet ; qualis fuisse fertur Argus Argus ille centoculos. Ius custos, qui oculos habet vigilantes, et qui cuncta perspiciat

 

      Essai de traduction : "occulatus : se dit d'un corps couvert d'yeux ; ainsi fut Argus centoculos. Gardien d'Io, qui a un regard vigilant, et qui voit tout".  Car cette définition éclaire singulièrement le nom d'Argus oculatus donné par Linné en 1746 à l'espèce que nous étudions.

 

      Synthèse.

  Le début du XVIe siècle est marqué par la rédaction de vastes compilations mythologiques et de travaux de lexicographie en Italie, en Suisse, aux Pays-Bas ou en France. A coté de la Syntagmata de Giraldi (1548), le Dictionarium de Calepino et l'Onomasticon que Gessner place en annexe de sa publication de Calepino (1544) réunissent des informations sur les Noms Propres écumés dans les textes de l'antiquité grecque et latine, que ce soit les œuvres poétiques elles-mêmes, ou leurs commentaires anciens.

Parallelement,  l'intérêt porté à l'Histoire naturelle incite les savants à aller au delà de la constitution des Cabinets de curiosité dont les Princes paraient leurs châteaux, et à réaliser des collections en botanique (privilégiée en raison des retombées médicales) et en zoologie, tout en compilant les informations fournies par les Anciens. L'italien de Bologne Ulisse Aldrovandi (1522-1605) et le suisse de Zurich Conrad Gessner (1516-1565) sont les figures principales de ce nouvel intérêt. 

Gessner cumule donc les deux compétences (parmi beaucoup d'autres) de philologie et de zoologie, et donne, pour chaque espèce qu'il décrit  suivant huit chapitres,  son nom dans différentes langues (vivantes ou mortes), son habitat et son origine ainsi que sa description anatomique, sa physiologie, les qualités de son âme, les divers usages que l'on peut en tirer, son intérêt alimentaire et médicale, ainsi que son utilisation par les poètes et les philosophes...

Puisque sa description des différents sens du nom Argus figure dans son Onomasticon, il est probable que c'est lui qui, dans ses notes préparatoires au Livre de son Histoire Naturelle consacrée aux Insectes et qu'il ne put publier, eut l'idée, face aux ailes du papillon bleu à ocelles de sa collection, d'imaginer que les yeux d'Argus y avaient été jetés, plutôt que sur la queue du paon ou dans le ciel étoilé.

 Il est probable aussi que la note qu'il avait rédigé pour ce papillon ainsi que l'illustration qu'il prévoyait d'en donner ait été remises à Thomas Penny lorsque celui-ci lui rendit visite en 1565 avant de regagner Londres. A moins que Penny ait dessiné lui-même l'illustration, et qu'il ait prit en note des commentaires évoqués par oral par Gessner.

Il est certain par contre que le texte publié par Thomas Moffet dans son Theatrum insectorum n'est pas le texte original de Gessner mais qu'il a été amendé par Moffet après consultation du Dictionarium de Charles Estienne, comme en témoigne une erreur de copie sur le nom du père d'Argus, Arctoris au lieu d'Arestoris. La version fautive est présente dans l' édition de 1590 par Stoer et dans celle de Soubron 1595. La page de titre de son ouvrage ayant été imprimée en 1589, il est possible que le texte avait été rédigé auparavant, et que Moffet (ou Penny) ait consulté une édition de Paris 1561 ou 1575 ; de Genève 1579 ; ou de Lyon 1581 dont je n'ai pu vérifié l'article. 


 

 

 


             Bibliographie, liens et Sources.

 

 

— Funet :   Plebejus

— Inventaire national du patrimoine naturel (Muséum) : Plebejus argus.

— UK Butterflies : Silver-studded blues

— lepiforum : Plebejus argus.

— Le Dictionarum ...d'Estienne, in Janick Auberger (sous la direction de ), Quand les Jésuites veulent comprendre l'Autre: le témoignage de quelques livres anciens de la collection de l'UQAM Presses de l' Université Québec 2011. En ligne.

 — NERI (Janice) The Insect and the Image: Visualizing Nature in Early Modern Europe, 1500-1700 En ligne

— MAILLARD (Donovan) 2014  "Synthèse des connaissances relatives aux deux espècesPlebejus argus et Plebejus idas en Bretagne". Stage de Master 2 70 pp. En ligne. 

http://www.bretagne-vivante.org/images/stories/expertises/atlas/lepidoptere/les%20plebejus%20de%20bretagne%

20-%202014.pdf

 

 

 

 

 

 

 

 

                                          


Par jean-yves cordier
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Samedi 8 novembre 2014 6 08 /11 /Nov /2014 15:09

Zoonymie du nom de genre des Zygènes, Zygaena Fabricius.

 

La zoonymie (du grec ζῷον, zôon, animal et ónoma, ὄνομα, nom) est la science diachronique  qui étudie les noms d'animaux, ou zoonymes. Elle se propose de rechercher leur signification, leur étymologie, leur évolution et leur impact sur les sociétés (biohistoire). Avec l'anthroponymie (étude des noms de personnes), et la toponymie (étude des noms de lieux) elle appartient à l'onomastique (étude des noms propres).

 

Elle se distingue donc de la simple étymologie, recherche du « vrai sens », de l'origine formelle et sémantique d'une unité lexicale du nom.

 

Résumé. 

 

— Zygaena, Fabricius, 1775. Du grec zugon "joug" et par extension "balance", en raison de l'aspect des antennes de l'espèce-type Z. filipendulae en équilibre sur la tête comme deux balanciers. La même image (d'arbalète, de niveau de maçon ou de trébuchet) avait fait nommer du même nom dès 1555 le Requin-marteau Sphyrna zygaena, aussi surnommé "Libella" (petite balance) ou "Pesce Balestra" (Poisson-arbalète).

 

1. Rappel taxonomique (Dupont & al. 2013) des espèces françaises.

          

 

1°) Famille des Zygaenidae Latreille, 1809.

 

  • Sous-famille des Procridinae Boisduval, [1828]
  • Sous-famille des Chalcosiinae Walker, 1864 
  • Sous-famille des Zygaeninae Latreille, 1809

2°) Sous-famille des Zygaeninae Latreille, 1809

3°) Tribu des Aglaopini Alberti, 1954

  •  Genre Aglaope Latreille, 1809 
  • Genre Zygaena Fabricius, 1775 

 

 

 

2. Nom de genre : Zygaena Fabricius, 1775.

 

a) Description originale : 

 

— Zygaena Fabricius, 1775; Systema entomologiae : sistens insectorvm classes, ordines, genera, species, adiectis synonymis, locis, descriptionibvs, observationibvs / Io. Christ. Fabricii. Flensbvrgi et Lipsiae :In Officina Libraria Kortii,1775 page  550 

 Description :

Palpi reflexi Lingua exserta setacea Antennae saepius medio crassiores.

"Palpes repliées. Langue déroulée (exsertare linguam = tirer la langue) fine comme un cheveu (setacea). Antennes bien souvent plus épaisses au milieu"

28 espèces décrites. La première espèce décrite est Z. filipendulae.

Description reprise en 1781 avec 53 espèces (Species insectorum, exhibentes eorum differentias page 157, puis en 1807 avec 17 espèces seulement et une nouvelle description :

 

— 1807  "Nach Fabricii systema glossatorum" in Johann Karl Wilhelm Illiger, "Die Neueste Gattungs-Eintheilung der Schmetterlinge [...], Magazin für Insektenkunde , Braunschweig [Brunswick] (6)  page 289 :

Taster zweigliedrig ; zweites glied länger, auswërks stark behaart. Fühler in der mitte dicker. Zygaena filipendulae, scabiosae, quercus. 17 Art.

Parmi les 3 espèces citées ici , les deux premières (filipendulae et scabiosae) sont encore du genre Zygaena ce sont Z. filipendulae et Z. purpuralis Brünnich,1763, la troisième (quercus) appartient aux Arctidae : Amata phegea (ex Sphinx phegea Linnaeus,1758).

— Type spécifique: Sphinx filipendulae Linnaeus

— Ce genre renferme 3 sous-genres en France :

  • -Sous-genre Mesembrynus Hübner, [1819]
  • -Sous-genre Agrumenia Hübner, [1819] 
  • -Sous-genre Zygaena Fabricius, 1775  

 

 Origine et signification du nom 

—A. Maitland Emmet (1991) page 52  : 

Grec zugaina, the hammer-headed shark. Linnaeus divided Sphinx into four sections, listed under Sesia, q.v.  Zygaena was Fabricius'name for the fourth section, a family rather than a genus, embracing a large number of diversified species (72 are listed by Fabricius 1793). The first of them happened to be filipendulae and this accident may be the reason why, when the scope of Zygaena was reduced to that a genus, the name became associated with the burnets. It has puzzled authors and emendations have been proposed. Macleod was in part right when he derived it from zugon a yoke, but was wrong when he continued "perhaps from appareance of antennae with thick bent-over ends", because Fabricius did not erect the name to describe the burnets. He wanted a Greek word collateral with Sphinx and perhaps as enigmatic which hinted at the idea of adscitus or linkage and punningly chose Zygaena ; it has no direct application to the genus as now constituted.

Grec zugaina, le requin marteau à tête. Linné a divisé les Sphinx en quatre sections , cités sous Sesia, q.v. [quod vide = voir ce nom] Zygaena était le nom de Fabricius pour la quatrième section, une famille plutôt qu'un genre, embrassant un grand nombre d'espèces diversifiées (72 sont répertoriés par Fabricius 1793). Le premier d'entre eux est arrivé à filipendulae et cet accident peut être la raison pour laquelle, lorsque la portée de Zygaena a été réduit à celle d'un genre, le nom est devenu associé avec les "Burnets" (Zygènes). Ce nom a intrigué les auteurs et des corrections ont été proposées. Macleod avait en partie raison quand il faisait dériver ce nom du grec  zugon "un joug" mais avait tort en écrivant ensuite  "peut-être en raison de l'apparence des antennes aux épaisses extrémités repliées", parce que Fabricius n'a pas ériger le nom pour décrire les Zygènes. Il voulait un mot grec associé  avec celui de Sphinx et peut-être aussi de façon énigmatique par allusion à l'idée d' adscitus* ou accouplement et par plaisanterie a-t-il choisi Zygaena; il n'a pas d'application directe au genre dans sa composition actuelle.

 

*ascitus (adscitus) = tiré de loin, emprunté à (Gaffiot) : adopté, enrolé.


Discussion.

Comme Emmet nous y invite, il faut d'abord consulter, dans son ouvrage, le nom Sesia (Emmet, 1991 : 66). Linné avait dévisé dans le Systema Naturae de 1758 les Sphinx en quatre sections :

1. Legitimae alis angulatis,  Sphinx proprement dit aux ailes anguleuses.

2. Legitimae alis integris,  Sphinx proprement dit aux ailes "entières" : 

3. Legitimae alis integris, ano barbaro : Sphinx proprement dit aux ailes entières, mais avec une touffe anale. Ce groupe formera les Sesia de Fabricius.

4. Adscitae habitu & larva diversae : espèces adjointes [ajoutées], différentes par leur chenille et par leur apparence. C'est pour ce dernier groupe que Fabricius crée le genre Zygaena
 

On comprend donc bien son raisonnement : Fabricius n'a pas en tête, en prenant le nom Zygaena qui désignait alors, en zoologie, le requin-marteau, les Zygènes telles que nous les connaissons, mais tout un ensemble d'espèces très différentes, et c'est un contre-sens d'interprèter ce nom en pensant aux caractéristiques des Zygènes et notamment, comme le fait Macleod, à la forme de leurs antennes. Certes, Zygaena dérive bien du grec zugon, le joug, mais c'est un jeu de mots de Fabricius parce qu'il accouple son nouveau nom à celui de Sphinx (comme le joug accouplant les bœufs), tout en traduisant l'adjectif de Linné "adscitae", enrôlé. 

  Il se trouve que, tout au long de son ouvrage, Emmet a un problème avec les noms de genre créés par Fabricius qu'il considère comme un joyeux farceur dissimulant des mots d'esprits derrière des noms difficile à déchiffrer autrement. Or, dans de nombreux cas, des données qui ont échappé à Emmet permettent une interprétation simple des noms génériques, sans nécéssité de suspecter Fabricius de calembours. 

Son argument est que Fabricius n'a pas en tête la Zygène de la filipendule en créant son nom, et que ce n'est que par accident que cette espèce vient en tête d'une liste qui réunira jusqu'à 72 espèces très différentes. Pourtant, cet argument est discutable. Z. filipendula est en tête des 28 espèces décrites en 1775, des 53 espèces décrites en 1781, des 72 espèces de 1793, mais aussi elle est la première des trois espèces citées en 1807. C'est véritablement, et non par "accident", l'espèce-type. 

D'autre-part, Linné ne décrit pages 494-495 du Systema Naturae de 1758 dans sa sous-catégorie des adscitae habitu & larva diversae que sept espèces au total : filipendulae en premier, puis phegea , creusa, polymena, cassandra, pectinicornis et statices.  Parmi ces sept espèces, nous avons trois de nos Zygaenidae : outre filipendulae,  pectinicornis (espèce-type du genre Chalcosia) ; statices (adscita statices), les autres étant des Arctiidae (Amata phegea ; Euchromia creusa ; Euchromia polymena ; Saurita cassandra).

Le Sphinx filipendulae de Linné ou Zygaena filipendulae de Fabricius n'étant nullement perdu de manière indistincte parmi tant d'autres, mais tenant la première place de façon constante, on ne peut pas dire avec Emmet qu'elle se trouve sur la liste de ce genre "accidentellement" et qu'elle n'est pas emblématique du genre : aussi sa description mérite-t-elle d'être soigneusemnt considérée afin de rechercher si un indice pourrait éclairer le choix du nom Zygaena.

Si on s'en tient au texte des descriptions de Linné, on ne trouve aucune allusion directe ou indirecte au mot zugon "joug", et aucune comparaison entre cette espèce et le requin-marteau. La morphologie des antennes n'est pas soulignée par Linné (ou par Fabricius) comme évocatrice de comparaison allant dans ce sens.


Le "Sphinx filipendulae" a été décrit par Linné dans sa Fauna suecica dès 1746 page 250 n°814 sous le nom "vulgo" de LEOPARDUS qui reprend le nom de Leopardus sylvestris ou Wood Leopard attribué par Albin dans A natural history of English insects tableau 82 [page 177]. Ce nom est bien-sûr inspiré par la couleur des ailes "dark green spotted with red". Mais l'espèce avait été décrite d'abord par Thomas Muffet (1634), puis par Merian (1683), , Jonston, Goedart (1685), Lister (1685),  Petiver (1699), Ray (1710) et enfin par Réaumur (1734-1748).

En réalité, le nom de "Léopard" se trouve déjà chez Petiver (Musei page 36 n°30) sous la forme MOFFET'S GREEN LEOPARD WITH 5 SCARLET SPOT 

A moins de créer un lien entre le Léopard et le Requin-marteau comme deux exemples de bêtes terrifiantes, ces noms n'ont pas pu inspirer à Fabricius son choix.

Avant de poursuivre, consultons la liste des noms de genre créés par Fabricius en 1775 :Papilio, Hesperia, Sphinx, Sesia, Zygaena, Bombyx, Cossus, Hepialus, Noctua, Hyblaea, Phalaena, Pÿralis, Tinea, Alucita, Pterophorus. Beaucoup sont la reprise de noms qu'il n'a pas créé, et le NHM ne lui impute la création de trois noms : Sesia, Zygaena et Hepialus. Sesia vient d'un mot grec -sees- signifiant "chenille, papillon de nuit", et Hepialus vient du grec hepialos, "fièvre", pour qualifier le vol fébrile propre à ce genre. Cela ne nous éclaire pas sur la signification de Zygaena, mais souligne que Fabricius construit ces noms à partir de mots grecs.

Pour Cuvier (Dict. Sciences Nat.)p. 619, Fabricius avait "pris ce nom au hasard". Vraiment ?

Explorons maintenant deux pistes successives. Quel est le sens de Zygaena en Zoologie avant que Fabricius ne l'utilise en nom générique de Lépidoptère. Quel est la signification de la racine grecque zugon.

 


        Zygaena en Zoologie avant Fabricius : le Requin.  

Avant 1775, le mot Zygaena n'avait qu'une seule signification et désignait le requin-marteau. Linné l'avait désigné ainsi, et c'est encore aujourd'hui son nom d'espèce : Sphyrna zygaena Linnaeus, 1758. Sa description originale du Systema Naturae dans les Amphibianantes Squalus page 234  n°5 reprend en fait un nom utilisé, selon les références de Linné,  par :

  • Pierre Bellon, pisces:60 :  L'histoire naturelle des estranges poissons marins, avec la vraie peincture et description du daulphin, et de plusieurs autres de son espèce, 1551, La Nature et diversité des poissons, avec leurs pourtraicts représentez au plus près du naturel, 1555
  • Rondelet, pisces:389 : I, livret 13 : 1558, L'Histoire entière des poissons
  • Conrad Gessner, pisces: 1050
  • Canosa Salviani pisces:128 (tab.40)
  • Francis Willughby, 1687 icht :55 (de historia piscium. Tableau B1). Illustration copiée de Salviani
  • John Ray, pisces:20  n°7

 

Voir Lacépède :

 

1)  Bellon 1555 La Nature et diversité des poissons, avec leurs pourtraicts 

Bellon le nomme  Cagnole, Juif, Baratelle, Arbalestre, Zigena, Libella.

 http://www.museum.nantes.fr/pages/06-actumuseum/expo-illustrations/belon_v1/index1.html

Zygena-Pierre-Bellon-page-54.png

 


2) Rondelet 1558 . Du Marteau, ou poisson Juif. 

a) édition latine 1554: Gulielmi Rondeletii doctoris medici et medicinae …, Libri de piscibus marinis in quibus verae piscium effigies expressae sunt. Lugduni apud Matthiam Bonhomme, 

b) édition française 1558  :La Première [seconde] partie de l'Histoire entière des poissons, composée premièrement en latin par maistre Guillaume Rondelet,... maintenant traduites ["sic"] en françois... [par Laurent Joubert.] Avec leurs pourtraits au naïf, M. Bonhomme : Lyon. page 304 Gallica

 

"Zygaina, en latin Libella est nommé ce poisson de la figure qu'il a comme un instrument de masson é charpentiers, appelé en françois niveau, qui est fait d'un bois mis de travers au milieu duquel est dressé un autre, é d'icelui pend une petite chorde avec un plomb au bout. Telle est la figure de ce poisson aiant la teste de travers, le corps posé au milieu d'icelle, ou bien est nommé Ζὐγαινα pour la figure d'une balance ou la figure d'un joug, lequel on lie de travers aux testes de bœufs. Pour ceste mesme façon de teste, d'aucuns en Italie est nommé Balista, d'austres pesce martello car il est fait comme un marteau, à Marseille Peis Iouzio poisson juif de la similitude de l'accoustrement de teste lequel usoient le tems passé les Juifs en Provence, en Hespaigne Peis limo, Limada, Toilandalo." 

page 304 Numérisé par Gallica

 Zygaena-Rondelet-page-304.png

 

 

 3. Conrad Gessner 1558.

        Gessner 1558 Historiæ animalium, livre IIII (qui est de Piscium & aquatilium animantium natura    De Zygaena Chapitre IV page 1255 .

 

 

 Zygaena-Gessner-Livre-IIII-page-1256.png

 

 

  4°)Aldrovandi 1638.

 Ulyssis Aldrovandi 1638 De piscibus libri V, et De cetis lib. unus, Bologne, 1638 Livre III chapitre 43 page 407-409

Insolentis istiusmodi figurae pscem, cum haud pauca habeat cum galeis communia, non incongruem, iis subnectemus. Nomen invenit ab inusitata, ac monstruosa pene dixerim capitis figura, qua zygugos ? Imitatur, quo transversum librile significatur, ex quo lances dependent : item jugum quod ut transversum bovum cervicibus imponitur, ita hoc pisce caput ex transverso situm est : qua de causa alicubi in Italia pesce Balestra, & pesce martello appellatur, quod arcum malleumque itidelm imitetur : unde est quod Gillius hunc piscem veterum Sphyraenam esse, crediderit, quoniam???ra malleus est. Advertendum autem Aprum quoque Romae, pesce Blestra vocari. Theodorus zigainan apud Aristotelem Libellam interpretatur, sed haud appositem imo ignorara nominis libellae proprierate, ut Salvianus arbitratutr, cum sit, inquit, libella fabrile instrumentum ab Italias Arcopendolo vocatum, ad cuius similitudinem ne quaquam iste piscis accedit Etc. ,


 

                   zygaena-aldrovandi-III-chap.43.png

 

                                zygaena-seu-libella-alia--aldrovandi-III-chap.43.png



5°) Samuel Bochart, 1663  Johannes Leusden  Hierozoicon, sive Bipertitum opus de animalibus Sacræ Scripturæ, Londres, Thomas Roycroft, 1663. Chap. VII De Cetis & Cetaceis page 746

Image copiée de Rondelet.


 

 

 Zygaena-Samuel-Bochart-p.-746.png

 

6°) Francis Willughby1687 icht :55 (de historia piscium lib.3. Illustration copiée de Salviani  : The Balance-fish.

7°) Autres auteurs

—John Hill 1752 -An History of animals 1752 page 301 :  The Zygaena, or Ballance-Fish

Aristotle calls it Zygaena; fElian and Oppian, Zygainia 3 the Latin writers, as well antient as modern, have taken Aristotle's name, and called it Zygaena; Ambrosius calls it Zigena; and Gaza and Salvian, Libella. The Italians call it Ciambetta;  

—Erik Pontoppidan - 1755 - 

 

This confirms my former conjecture, namely, that it was this Fish which swallowed up the rophet Jonahr To this tribe also belongs the most surprizing and desormed Fish, called Kors-Haae, the Zygaena, or the Hammer-headed Shark; 

 

8°) Et Aristote alors ?

Aristote ne nomme ce poisson que dans le Livre II chapitre 11, pour dire qu'il avait la vésicule près du foie.

 

Traduction et note Barthélémy de Saint-Hilaire. remacle.org

II,11  11  Τῶν δὲ δεχομένων τὴν θάλατταν καὶ ἐχόντων πλεύμονα δελφὶς οὐκ ἔχει χολήν. Οἱ δ´ ὄρνιθες καὶ οἱ ἰχθύες πάντες ἔχουσι, καὶ τὰ ᾠοτόκα καὶ τετράποδα, καὶ ὡς ἐπίπαν εἰπεῖν ἢ πλείω ἢ ἐλάττω· ἀλλ´ οἱ μὲν πρὸς τῷ ἥπατιτῶν ἰχθύων, οἷον οἵ τε γαλεώδεις καὶ γλάνις καὶ ῥίνη καὶλειόβατος καὶ νάρκη καὶ τῶν μακρῶν ἔγχελυς καὶ βελόνηκαὶ ζύγαινα

 Parmi les animaux qui avalent l'eau de la mer et qui ont un poumon, le dauphin n'a pas de fiel ; mais les oiseaux et les poissons en ont tous, ainsi que les quadrupèdes ovipares; seulement ils en ont, comme on peut croire, en plus ou moins grande quantité. Quelques poissons ont cette vésicule dans le foie, comme les squales ou chiens de mer, le glanis, la rhina, la raie lisse, la torpille, et parmi les poissons allongés, l'anguille, l'aiguille et la zygène*. 

*Note : La zygène, ou Marteau. Il y a une espèce de sélaciens qui porte le nom de Zygœna. Leur téte a une ressemblance grossière avec la forme d'un joug à bœufs ; voir Cuvier, Règne animal, tome II, p. 393. Voir sur tous ces poissons le Catalogue de MM, Aubert et Wimmer, pp. 121 et suiv. — 

En conclusion, du XVIe siècle jusqu'à nos jours, Zygaena désigne en zoologie un squale, le Requin-marteau Sphyrna zygaena , sphyrna venant du grec  σφυρί signifiant "marteau". Les noms vernaculaires mentionnés par les auteurs renseignent sur le sens qui a été donné au mot zygaena : l'origine grecque est reconnue par tous, mais zugon est traduit soit par "joug", une barre de bois transversale qui unit et accouple deux animaux, soit (peut-être secondairement par comparaison des deux plateaux avec les deux bœufs accouplés) "balance". Ce dernier sens est attesté dans la Bible, Apocalypse 6:5.

Ces noms vernaculaires sont :

a) libella : en latin, c'est soit le diminutif de libra (livre, balance") soit libella le niveau de maçon. Dans les deux cas on trouve l'image d'un élément transversal dont les deux moitiés sont équilibrées ou symétriques.

b) Arbalestre ; balista ; balestra : l'image de l'arbalète (arcus ballistra, "arc à lancer") associe celle du joug et celle de la balance. (balista : Latin, du grec βαλλίστρα ballistra formé sur βάλλω ballō,  "lancer" : arbalète).

c) peis martello, poisson-marteau , image évidente de la tête du requin.

d) Juif, Peis Iouzio. : image d'un chapeau Juif en Provence que l'on imagine à deux prolongements latéraux symétriques, comme un bicorne.

e) baratelle ; cagnole: non expliqués;

  

             Le nom Zygaena de Fabricius.

Sachant que Linné et Fabricius, en bons naturalistes érudits, ne pouvaient ignorer les éléments précédents que, pour ma part, je ne fais que découvrir; que, d'autre part, nous avons vu que Fabricius avait fait appel au grec pour ses autres noms de genre, et qu'enfin il était légitime qu'il s'inspire de la Zygène de la filipendule pour baptiser le genre qu'il détachait des Sphinx de Linné, on peut raisonnablement penser qu'il a construit ce nom sur la racine grecque zugon, "joug, balance" pour décrire, comme ces prédécesseurs l'avaient fait pour le requin, la tête des zygènes avec leurs deux antennes volumineuses disposées comme deux plateaux en équilibre. L'explication restait insatisfaisante si on se contentait de la seule image du joug. En outre, les images données par Guillaume Rondelet d'un niveau de maçon en équilibre (comme un instrument de masson é charpentiers, appelé en françois niveau, qui est fait d'un bois mis de travers au milieu duquel est dressé un autre, é d'icelui pend une petite chorde avec un plomb au bout.)... ajoute un niveau supplémentaire de poésie et d'évocation au nom de ces papillons, image qui ne manquera plus de surgir lorsque je prononcerais ces noms charmants de Zygène de la Filipendule, Zygène du Panicaut-bleu ou Zygène diaphane. 


           DSCN4189

 

En réalité, lorsque nous passons de l'image du joug d'attelage à celle du joug de portage, le joug-fléau elle s'applique très bien à la tête des zygènes. 

 

  

 

 

 

 

             Bibliographie, liens et Sources.

 

 

— Funet : zygaena

 

Zoonymie des Rhopalocères : bibliographie.  

 

 

 

 

 

Par jean-yves cordier
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Mardi 14 octobre 2014 2 14 /10 /Oct /2014 14:52

La bannière Le Minor de la paroisse de Guidel.

 

 

Voir aussi : 

Les bannières, c'est comme les papillons. Le pardon de Kerdévot.

Les bannières Le Minor.

La bannière de Annaïg Le Berre à Ty Mamm Doué (29).

La bannière Le Minor de Sainte-Anne-la-Palud.

La bannière paroissiale de Saint-Nic (29).

Les deux bannières de St-Trémeur au Guilvinec.

Etc, etc...


             022c

 

                             012c 

 

 

Cette bannière, la 44ème crée par les Ateliers Le Minor, mesure 1 m 50 de haut et 1 m de large ; elle a été brodée à la main et à l’aiguille au point de chaînette par Jean-Michel Pérennec, le brodeur de chez Le Minor. Son carton a été dessiné par l'artiste Patrice Cudennec (galerie à Pont-Aven) sur le thème des sept chapelles de Guidel, à savoir :

  • Chapelle Saint-Mathieu (xve siècle )
  • Chapelle Notre-Dame de la Pitié (xixe siècle)

  • Chapelle Saint-Fiacre (xve siècle)

  • Chapelle Saint-Michel (xixe siècle)

  • Chapelle de Locmaria (xviie siècle) : N-D. de Bod-Roz.

  • Chapelle de la Madeleine (xixe siècle)

  • Chapelle Saint-Laurent (xvie siècle)

Ces chapelles sont animées sous l'impulsion de l'Association Sept chapelles en arts, commanditaire de la bannière et organisatrice du Festival des 7 chapelles en art  bâti autour d'une même trinité : concerts, expositions et promenades pédestres et culturelles. Cette Association est présidée par Mr Joël Bienvenue.

Patrice Cudennec a pu ainsi s'inspirer des statues polychromes des différents Saints.

De l’autre côté, la bannière honore  St Pierre et St Paul, les Saints Patrons de la Paroisse.

La bannière a été bénie le dimanche 17 août à Guidel lors du pardon de N.D le la Pitié.

 

 

 

                

Certificat d'authenticité.

 "Cette bannière dédiée aux sept chapelles de Guidel a été entièrement brodée à la main aux ateliers Le Minor de Pont-L'Abbé par J.M. Pérennec d'après le dessin de P. Cudennec. Cette bannière est réalisée à l'initiative de l'association "Sept chapelles en arts" . Monsieur l'Abbé Jean Ruaud étant recteur de la paroisse de Guidel. Patrice Cudennec Juillet 2014."


018c

Par jean-yves cordier
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Vendredi 10 octobre 2014 5 10 /10 /Oct /2014 23:50

La chapelle Notre-Dame-de Tréminou à Plomeur (29) : la bannière, les vitraux, etc.

 

 

 Cet article rend hommage à l'Association Les Amis de Tréminou ; j'emprunte quelques photos sur le net en espérant l'indulgence de Ouest-France et du Télégramme.

     

                                      

L'association « Les Amis de la Chapelle de Tréminou », présidée par Corentin Goudedranche, prépare activement le grand pardon du doyenné. Elle lance un appel aux bénévoles et organise ce mardi 11 septembre à 10 h une nouvelle réunion au presbytère.

 

 

 

  Jusqu'au XVIIIe siècle, le pardon d'Itron Varia Treminou fut le pardon le plus fréquenté du pays bigouden, un véritable lieu de pèlerinage pour les fidèles du Cap Sizun qui, par exemple s'y rendaient à pied. On venait ici vénérer la Vierge, notamment pour les jeunes enfants qui éprouvaient des difficultés à marcher ou à parler.


Notre-dame-de-Treminou 0712c

 


I. La bannière.

Voir :

Les bannières Le Minor.

Les deux bannières de St-Trémeur au Guilvinec.

La bannière de Annaïg Le Berre à Ty Mamm Doué (29).

Les bannières, c'est comme les papillons. Le pardon de Kerdévot.

La bannière paroissiale de Saint-Nic (29).

Les bannières de la paroisse d'Ergué-Gabéric (29) : Tonkin!

L'église Saint-Nonna à Penmarc'h : bannières et statues.

Église de Gouesnou : les statues zé les bannières.

Les inscriptions et les bannières de l'église de Saint-Jean-du-Doigt.

etc...

 Cette bannière est exceptionnelle non seulement par sa réussite esthétique, mais surtout parce qu'elle a été réalisée par les paroissiennes elles-mêmes. Quel travail ! Quelle réussite !

1. Face principale : La Vierge à l'Enfant; Inscription ITRON VARIA TREMINOU (Notre-Dame de Tréminou).


             banniere 0714c


      On reconnaît vite la statue en bois polychrome du XVe siècle de la Vierge à l'Enfant vénérée ici sous le nom de Notre-Dame de Tréminou : posée sur un piédestal de granit orné de feuilles d'acacias, la patronne du lieu est couronnée et voilée de son manteau  ; celui-ci, bleu aux étoiles et fleurs d'or, révèle son revers rouge en d'élégants plis autour des manches, et dans le retour d'un pan vers l'épaule gauche. Elle tient son Fils, qu'elle regarde avec attention, sur le bras gauche et lui présente ce qui est décrit comme une pomme de pin ; j'hésite pour ma part avec une grappe de raisin, symbole du sang qui sera versé, et donc symbole de l'avenir tracé pour l'Enfant rédempteur dans un tragique plan de Salut dont les souffrances  n'échappent pas à la maman. De même, la sphère dorée sur laquelle Jésus pose la main gauche est considérée comme une pomme, mais cela peut aussi être le globe du Monde. Le visage de l'enfant est particulièrement réussi, alliant la fraîche naïveté et le charme propre à son âge avec la gravité de son rôle.


                                 Notre-dame-de-Treminou-0756c.jpg

 

Une autre Vierge à l'Enfant, plus rustique mais non moins charmante, est conservée dans la chapelle. En bois polychrome, elle est datée du XVIe.  Cette fois-ci, les cheveux ne sont pas recouverts et retombent sur les épaules et le buste, le visage aux joues pleines et rouge est d'une simplicité désarmante ; le manteau bleu à revers rouge et à décors dorés est assez proche de la statue précédente, la robe est rouge et non plus dorée, et c'est ici le soulier gauche qui avance sa pointe noire sous les replis.  

  Elle porte le nom de Notre-Dame-de-la-Délivrance, et elle repose sur un socle de granit en forme de tête à chaperon bourguignon. 

D'où lui vient son nom ? (A l'église paroissiale, une Vierge enceinte porte le même titre). D'où vient qu'elle était vénérée par les femmes enceintes pour se protéger des dangers de la grossesse et de l'accouchement ? Très vraisemblablement de l'étrange aspect de l'Enfant-Jésus, inhabituellement placé en diagonale sur le bras droit, comme chétif et agité, la tête renversée dans l'amorce d'un opisthotonos ; il évoque un bébé qui vient de naître.

 

                       Notre-dame-de-Treminou 0755c

 

 

 L'autre face de la bannière porte une inscription et une broderie reprenant les thèmes bigoudens.

Vous pouvez lire PLOMEUR  MAMM DA ZOUE KLEVIT PEDEN HO PUGALE,

                    "Mère de Dieu Entendez la prière de vos enfants."

 


                   banniere 0716c

 

                        banniere 0775c

 

Mais si nous regardions en l'air ? Les sablières valent la peine d'être détaillées, accompagnées d'une inscription indiquant que "Ce bas d'église a été boisé lorsque Ian Le Bouller estait Fabrique l'an 1665".

 


 sablieres 0750c

 

sablieres 0744c

 

sablieres 0752c

 

 

Il serait temps désormais d'aller regarder de près les vitraux de l'atelier HSM, acronyme derrière lequel se cache Hubert Sainte-Marie, maître-verrier de Quintin. Ils portent la date de 1967.

Les quatre lancettes de la maîtresse-vitre sont consacrés, comme de juste, par une Passion, avec une utilisation exclusive des couleurs rouge, vert et jaune, le bleu étant réservé au fond. Dans ce fond, comme dans les vitraux anciens, un paysage architecturé est dessiné en grisaille au centre (Jérusalem), avec une petite chapelle et un bocage dans les coins supérieurs et des fleurs en rosette en parterre. Remarquez les deux lettres ML (Mauvais Larron ?) sur le panneau B5 et la lettre [B] L en B4, sur les titulus (ou plutôt tituli) des larrons. Cherchez aussi les soldats tirant au sort aux dès la tunique du Christ.. Au tympan des anges portent des écus armoriés que je n'ai pas détaillé, mais qui pourraient correspondre à ceux mi parti du Juch : Voir la description de l'ancienne verrière par Jean-Pierre Le Bihan 

 

                vitraux 0718c

 


En baie 1 (de mémoire), et donc au nord, la Vierge et les saints personnages en verre coloré se détachent dans la lumière d'un verre blanc, comme dans la technique ancienne des verrières en litre.

                           vitraux 0722c

 

La Pentecôte : la Vierge reçoit la colombe du Paraclet alors que les apôtres bénéficient de la langue de feu qui leur confère le don des langues et l'inspiration nécessaire au prêche de la Bonne Nouvelle. Là encore, l'économie des verres colorés sur fond bleu clair assure à l'ensemble une luminosité recueillie et paisible.

 


                    vitraux 0723c

 

 

 

 

                              vitraux 0724c

 

Que voyez-vous ici ? Pour moi, après avoir admiré les statues de Notre-Dame, je me dis que cela représente les paroissiens et paroissiennes (avec leurs coiffes stylisées) venant prier la Vierge et son Fils et leur présenter leurs enfants.

 

                        vitraux 0725c

 


Il y a encore beaucoup de choses à admirer ici, une Pietà, un Jean-Baptiste, un saint Herbot, une Marguerite issant de son dragon et tenant la palme du martyre. Mais j'ai profité des reflets dansants de la baie 2 pour photographier la belle statue de sainte Élisabeth dans ce qui peut être un fragment d'une Visitation :

 

                    Notre-dame-de-Treminou 0741c

 

 

                                   Notre-dame-de-Treminou 0762c

 

 

 Saint Roch pour terminer, et vous protéger de la peste, et de toutes les Pestes qui courent le Monde.

                           Notre-dame-de-Treminou-0757c.jpg

 

 

Sources et liens.

 

J'emprunte cette bibliographie à titre indicatif, mais, pour une fois, j'ai rédigé cet article sans consulter les sources.

Couffon R., « Notre-Dame de Roscudon et l’atelier de Pont-Croix », Mémoires de la Société d’histoire et d’archéologie de Bretagne, t. XXXI, 1951, pp. 5-36.

Couffon R., Le Bars A., Diocèse de Quimper et de Léon. Nouveau répertoire des églises et chapelles, Quimper, Association diocésaine de Quimper, 1988, p. 253.

Duigou S., Les Chapelles du pays Bigouden, Rennes, Ouest-France, 1976, pp. 23-27.

Duigou S., Guide du pays bigouden insolite, Quimper, Éditions Ressac, 1988, pp. 9-11, pp. 31-32.

Duigou S., La Révolte des Bonnets Rouges en pays bigouden, Quimper, Éditions Ressac, 1989, pp. 8?9.

Malo-Renault J., « La Chapelle Notre-Dame de Tréminou », Bulletin diocésain d’histoire et d’archéologie, t. XXVI, 1927, pp. 232-245.

Nédelec P.-J., Notre-Dame de Tréminou, la Torche, Beuzec en Plomeur, Châteaulin, Éditions d’Art J. Le Doaré, 1965, pp. 2-9.

Peyron P., « Églises et chapelles du diocèse de Quimper », Bulletin de la Société archéologique du Finistère, t. XXXI, 1904, pp. 18-41, p. 21.

 

Par jean-yves cordier
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Vendredi 10 octobre 2014 5 10 /10 /Oct /2014 09:08

Exposition de paramentique à Ty-Mamm-Doué : Laurent Bourlès, tailleur des chanoines de Quimper.

 


 

                                                  

N'en déplaise au Semi-tendinosus et au Gracilis le Sartorius estparmi les muscles de la cuisse, celui que je préfère. Non parce qu'il se targue d'être le muscle le plus long de notre corps dans son trajet (Rouvière, Anatomie humaine  III p. 353) de l'épine iliaque antéro-supérieure jusqu'à l'extrémité supérieure du tibia  où il s'épanouit pour prendre la forme tridactyle de la patte de l'oie, ni parce qu'il croise élégamment en écharpe la face antéro-interne de la cuisse ( Poirier & Charpy II page 217), mais seulement en raison de son nom latin : Sartorius, le Couturier. Et surtout  en raison de l'origine de ce nom, connu depuis 1698 : 

       " Si l'on appelle ce long muscle Couturier, c'est à cause qu'il fait croiser les jambes comme les tiennent les tailleurs quand ils sont sur l'établi à travailler à leur ouvrage." Jean Baptiste Philippe Verduc - 1698. En-effet, "ce muscle fléchit la jambe sur la cuisse et la porte en dedans ; ensuite, il fléchit la cuisse sur le bassin" (Rouvière, id.) : il croise la jambe en tailleur, sartorius en latin.

J'aime, en onomastique, que les noms se délivrent de leur assignation descriptive et se livrent à des métaphores menant l'esprit vers des divagations poétiques. J'aimais le temps où le muscle popliteus se nommait "la jarretière".

  Et je le vois très bien, le tailleur, assis jambes croisées devant son établi,  et le muscle tirant sa diagonale aplatie comme une sangle en travers de la cuisse : l'étoffe se tend sur ce chevalet et y glisse dans des crissements de soie ou de velours qui feraient le bonheur des héroïnes de Gaëtan de Clairambault. Bien visualiser un nom anatomique, c'est bien le retenir, et cela peut toujours servir. 

Si, lors d'une visite à Rome, vous découvrez rue Santa Chiesa la vitrine de l'illustre maison Gammarelli, la seule lecture de la mention SARTORIA PER ECCLESIASTICI vous permet ainsi de comprendre que vous avez affaire à un tailleur pour ecclésiastique. Pratique, non ?

 


      Gammarelli tailleur du pape

 

 

En vitrine, à gauche, des vêtements de cardinal avec de haut en bas : mozette rouge, croix apostolique, rochet de dentelle blanche, bas de la soutane rouge; au pied du mannequin de gauche à droite: barrette en miniature, calotte, mitre (mitra simplex) et étole.   

 

Eh bien, avec un peu d'imagination, vous pouvez reconstituer aussi ce que dut être la devanture du magasin de Laurent Bourlès, 24 rue du Frout à Quimper, un beau local actuellement occupé par FR3 Bretagne.

Laurent Bourlès s'était spécialisé en effet, comme Gammarelli, dans les vêtements ecclésiastiques et, s'il ne pouvait prétendre être le Tailleur du Pape ni compter sur la clientèle des quelques 120 à 200 cardinaux électeurs qui se fournissent en pourpre obligatoirement à Rome, il se déclarait "Tailleur du Grand Séminaire". D'abord installé au premier étage du 38 Place Saint-Corentin (juste devant la cathédrale, actuel café Le Vingt-et-unième entre le café Le Finistère et le Musée des Beaux-arts) dans les années 1927-1931, il déménagea en avertissant son aimable et pieuse clientèle par l'annonce de la Semaine Religieuse du diocèse de Quimper et Léon  de 1931 :


LAURENT BOURLÈS Tailleur du Grand Seminaire, 38, place Saint-Corentin, Quimper, a l'honneur de   prévenir MM. Les ecclésiastiques qu'il vient de transférer son commerce 24 rue du Frout, face à la sacristie.


Alors qu'il ne proposait jusqu'alors que "chapeaux, barrettes, rabats, ceintures et cols" pour un prix modéré et un travail soigné, ses nouvelles réclames proposaient "Soutanes, douillettes, manteaux et pèlerines, douillettes imperméables sur mesures" et des "culottes spéciales en jersey pour prêtres".

— chapeaux : c'est le chapeau rond dit "romain" : de couleur noire, en feutre ou en poil de castor (sorte de fourrure brillante très courte), il a généralement un bord rigide presque rond, avec une coiffe assez basse, également arrondie. Il ne doit pas être confondu avec  le chapeau noir dit Saturno à cordons et glands verts pour les évêques et rouges et or pour les cardinaux. 

Mais pour les chapeaux, la Maison Bourlès était concurrencée par la Maison A. Darcillon, ancienne Maison Malinjoud, 24 rue Kéréon à Quimper ...à deux  chapelelts de la cathédrale, même pas.


 barrettes : 

 Biretta.png

— rabats : Pièce d'étoffe empesée cachant l'échancrure du col de la soutane.

 

— soutanes : à 33 boutons, elle est en laine l'hiver ; aujourd'hui, elle est en polyester + laine en été. On distingue une soutane de cérémonie dite soutane filetée ou   abito piano en italien, (car créée par Pie IX vers 1850), noire avec une doublure, un liseré et des boutons de couleur cramoisie pour les évêques et rouge pour les cardinaux. Avec cette tenue, les évêques et les cardinaux portent le collaro et la ceinture, les bas et la calotte violette ou rouge. 

—douillettes : Vêtement (redingote, pardessus) ordinairement de drap ouaté, porté surtout par les ecclésiastiques, qui le mettent par-dessus les autres, en hiver. Un autre manteau de laine noire, est nommé  tabarro.

— pèlerines ; les pèlerines courtes couvrant les épaules et s'arrêtant un peu au-dessus des coudes sont nommées camails si un espace sépare les deux pans sur la poitrine, et  mozettes si elles se boutonnent à ce niveau. Le camail se porte au-dessus de la soutane. Contrairement à la mozette, qui se porte toujours avec le rochet (habit de chœur), le camail ne fait pas partie de l'habit liturgique. Le camail des cardinaux est noir, bordé d'un liseré pourpre, et celui des évêques est noir avec liseré violet. Quand les cardinaux sont en soutane rouge, ou les évêques en soutane violette, c'est la mozette qui fait alors office de camail, de même couleur que la soutane, et généralement portée sur le rochet. (Wikipédia).

Camails et mozettes sont en drap de laine noir, doublées de satin. comme les soutanes,  les mozettes peuvent être "filetées" de fil de soie rouge et dotées de boutons rouges.

 

Ici, un "camail" de l'Atelier de l'Ange Gardien (sic) :

 

 

— Culottes spéciales en jersey : consulter votre confesseur, je n'ai pas trouvé de commentaires.

Laurent-Bourles--tailleur-et-Darcillon-chapellerie-27-juil.png

Laurent-Bourles-publicite-1931.png


A l'ombre de la cathédrale ; le chapitre Saint-Corentin.

Dans sa clientèle, en plus du Séminaire, il pouvait compter sur le chapitre Saint-Corentin de la cathédrale : si celui-ci ne comprend aujourd'hui que 7 chanoines,  il comprenait jadis (avant la Révolution) quatre Dignités ( un grand archidiacre, un grand chantre, un trésorier, un second archidiacre) et seize chanoines, nommés alternativement par le pape et par l'évêque ; l'évêché jouissait alors de 21 000 francs de rente annuelle. En 1726, il était "composé de six dignités, dont la première est le Doyenné, & de douze chanoines ; l'abbé de Daoulas est premier chanoine de ce Chapitre ; & dans les cérémonies, ces religieux qui sont de l'ordre de Saint-Augustin vont à coté des chanoines, comme leur Abbé à coté de l'évêque." ( Claude-Marin Saugrain,Du Mouline Dictionnaire universel de la France ancienne et moderne). En 1828, on dénombrait 8 chanoines (MM. Péron Maudyuyt, La Clanche, de la Ruffie, Henry, Binard, Langrez et  Sauveur) et 6 chanoines honoraires (MM. Le Gac de Lausalut, Gourmelon, Daniel, Noirot, Sermensan et Dutoyat). En 1931, j'ignore la composition du chapitre cathédrale, mais l'évêque était Mgr Adolf Duparc (1908-1948).

Le Grand Séminaire. 

Le Grand Séminaire lors de l'expulsion en 1906 : soutanes, chapeaux, rabats (pièce de tissu noir bordée de blanc au dessus de l'encolure de soutane. De dos, un enseignant porte la mozette : Archives de Quimper.

 

La soutane et la mozette de la Maison Bourlès.

La paroisse de Kerfeunteun à Quimper exposait durant l'été 2014 parmi une belle collection de paramentique, une soutane filée noire fabriquée par L. Bourlès : cette soutane se ferme par des boutons bleu-violet et ses bords sont colorés d'un liseré violet également. Par dessus (mais les deux pièces étaient-elles accouplées initialement ?), une mozette aux boutons rose-pourpre et liseré de même couleur.

Est-ce la soutane de l'évêque, ou celle d'un chanoine de la cathédrale ?  

 

                        paramentique 0616c

 


 

paramentique 0618v

 

Pour m'aider, je regarde sur Wikipédia  la tenue d'un évêque : L'évêque Stefan Oster portant la soutane avec un liseré et des boutons de couleur cramoisie avec une calotte et une ceinture violettes et la croix pectorale :

                                   

 

 

Je compare à d'autres tenues : Evêque / "Monsignor" / Prêtre et séminariste :

http://it.wikipedia.org/wiki/Abito_talare : 

Vescovo.svg Cassock (Chaplain of His Holiness).svg Cassock (Priest).svg

Ou bien, toujours sur Wikipédia, la tenue des chanoines en habit de chœur: 

 

 

A quoi servent les chanoines d'une cathédrale ?

On pourrait dire avec méchanceté et fausseté que le canonicat sert surtout, pour les intéressés, à percevoir des bénéfices ; quand on connaît le travail réalisé par les chanoines Abgrall et Peyron au service de patrimoine artistique et foncier de leur diocèse, on sait bien qu'il faut penser autrement. 

Les chanoines sont tenus à l'office choral, qui comprend deux éléments : la psalmodie des heures canoniales et le chant de la messe conventuelle. Autrefois, cette obligation collective atteignait tous ceux qui, dans un chapitre, avaient un bénéfice choral. Ils étaient tenus de participer chaque jour à l'office entier, sous peine de ne pas percevoir leurs revenus. La messe capitulaire était chantée quotidiennement en forme solennelle, avec diacre et sous-diacre.

Certains chanoines de Quimper appartenaient à la Fabrique de la cathédrale.

Les chapitres capitulaires doivent se réunir pour délibérer de leurs affaires. Par le passé, on traitait notamment de l'administration des biens et des obligations à l'égard de l'église du chapitre.

 

Habit de chœur canonial

D'assez bonne heure, les clercs des églises cathédrales ont revêtu au chœur, pour l'office divin, un habit distinct de celui des autres membre du clergé. Cet habit comporte :

— une soutane (ou une soutanelle)

—recouverte d'un surplis,

— de la mosette, parfois fourrée ou doublée de soie (à Montpellier)

— parfois la cappa magna, la chape chorale noire (ou la chape de soie certains jours), la cappa magna absque cauda (à Avignon)

— l'anneau, parfois la croix pectorale (uniquement sur l'habit canonial complet) concédée  parfois par le pape et même la mitre. Ainsi, le chapitre de Quimper a aussi obtenu en1856  de porter sur l'habit de chœur une croix en or et émail, attachée à un ruban bleu, et portant d'un coté l'effigie de Pie IX et de l'autre celle de saint Corentin

 

 

 

 

 

Quelques autres pièces de l'exposition.

paramentique 0614c

 

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paramentique 0622v

 

La plus belle pièce :

 

 

paramentique 0612c

 

paramentique 0611c

 

 

Sources 

Les réclames de Laurent Bourlès se trouvent dans :

—La Semaine religieuse du diocèse de Quimper et Léon 1931 page 111 et page 31

—La Semaine religieuse du diocèse de Quimper et Léon du vendredi 1er avril 1927

Olivier CHARLES Thèse.« Les nobles dignités, chanoines et chapitres » de Bretagne. Chanoines et chapitres cathédraux de Bretagne au siècle des Lumières, direction : Jean Quéniart, université Rennes 2, 2002, 4 volumes,868 p. (non consulté)

http://www.paroisse.com/t_dossier/ornements-liturgiques-14719.asp

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