Samedi 8 novembre 2014 6 08 /11 /Nov /2014 15:09

Zoonymie du nom de genre des Zygènes, Zygaena Fabricius.

 

La zoonymie (du grec ζῷον, zôon, animal et ónoma, ὄνομα, nom) est la science diachronique  qui étudie les noms d'animaux, ou zoonymes. Elle se propose de rechercher leur signification, leur étymologie, leur évolution et leur impact sur les sociétés (biohistoire). Avec l'anthroponymie (étude des noms de personnes), et la toponymie (étude des noms de lieux) elle appartient à l'onomastique (étude des noms propres).

 

Elle se distingue donc de la simple étymologie, recherche du « vrai sens », de l'origine formelle et sémantique d'une unité lexicale du nom.

 

Résumé. 

 

— Zygaena, Fabricius, 1775. Du grec zugon "joug" et par extension "balance", en raison de l'aspect des antennes de l'espèce-type Z. filipendulae en équilibre sur la tête comme deux balanciers. La même image (d'arbalète, de niveau de maçon ou de trébuchet) avait fait nommer du même nom dès 1555 le Requin-marteau Sphyrna zygaena, aussi surnommé "Libella" (petite balance) ou "Pesce Balestra" (Poisson-arbalète).

 

1. Rappel taxonomique (Dupont & al. 2013) des espèces françaises.

          

 

1°) Famille des Zygaenidae Latreille, 1809.

 

  • Sous-famille des Procridinae Boisduval, [1828]
  • Sous-famille des Chalcosiinae Walker, 1864 
  • Sous-famille des Zygaeninae Latreille, 1809

2°) Sous-famille des Zygaeninae Latreille, 1809

3°) Tribu des Aglaopini Alberti, 1954

  •  Genre Aglaope Latreille, 1809 
  • Genre Zygaena Fabricius, 1775 

 

 

 

2. Nom de genre : Zygaena Fabricius, 1775.

 

a) Description originale : 

 

— Zygaena Fabricius, 1775; Systema entomologiae : sistens insectorvm classes, ordines, genera, species, adiectis synonymis, locis, descriptionibvs, observationibvs / Io. Christ. Fabricii. Flensbvrgi et Lipsiae :In Officina Libraria Kortii,1775 page  550 

 Description :

Palpi reflexi Lingua exserta setacea Antennae saepius medio crassiores.

"Palpes repliées. Langue déroulée (exsertare linguam = tirer la langue) fine comme un cheveu (setacea). Antennes bien souvent plus épaisses au milieu"

28 espèces décrites. La première espèce décrite est Z. filipendulae.

Description reprise en 1781 avec 53 espèces (Species insectorum, exhibentes eorum differentias page 157, puis en 1807 avec 17 espèces seulement et une nouvelle description :

 

— 1807  "Nach Fabricii systema glossatorum" in Johann Karl Wilhelm Illiger, "Die Neueste Gattungs-Eintheilung der Schmetterlinge [...], Magazin für Insektenkunde , Braunschweig [Brunswick] (6)  page 289 :

Taster zweigliedrig ; zweites glied länger, auswërks stark behaart. Fühler in der mitte dicker. Zygaena filipendulae, scabiosae, quercus. 17 Art.

Parmi les 3 espèces citées ici , les deux premières (filipendulae et scabiosae) sont encore du genre Zygaena ce sont Z. filipendulae et Z. purpuralis Brünnich,1763, la troisième (quercus) appartient aux Arctidae : Amata phegea (ex Sphinx phegea Linnaeus,1758).

— Type spécifique: Sphinx filipendulae Linnaeus

— Ce genre renferme 3 sous-genres en France :

  • -Sous-genre Mesembrynus Hübner, [1819]
  • -Sous-genre Agrumenia Hübner, [1819] 
  • -Sous-genre Zygaena Fabricius, 1775  

 

 Origine et signification du nom 

—A. Maitland Emmet (1991) page 52  : 

Grec zugaina, the hammer-headed shark. Linnaeus divided Sphinx into four sections, listed under Sesia, q.v.  Zygaena was Fabricius'name for the fourth section, a family rather than a genus, embracing a large number of diversified species (72 are listed by Fabricius 1793). The first of them happened to be filipendulae and this accident may be the reason why, when the scope of Zygaena was reduced to that a genus, the name became associated with the burnets. It has puzzled authors and emendations have been proposed. Macleod was in part right when he derived it from zugon a yoke, but was wrong when he continued "perhaps from appareance of antennae with thick bent-over ends", because Fabricius did not erect the name to describe the burnets. He wanted a Greek word collateral with Sphinx and perhaps as enigmatic which hinted at the idea of adscitus or linkage and punningly chose Zygaena ; it has no direct application to the genus as now constituted.

Grec zugaina, le requin marteau à tête. Linné a divisé les Sphinx en quatre sections , cités sous Sesia, q.v. [quod vide = voir ce nom] Zygaena était le nom de Fabricius pour la quatrième section, une famille plutôt qu'un genre, embrassant un grand nombre d'espèces diversifiées (72 sont répertoriés par Fabricius 1793). Le premier d'entre eux est arrivé à filipendulae et cet accident peut être la raison pour laquelle, lorsque la portée de Zygaena a été réduit à celle d'un genre, le nom est devenu associé avec les "Burnets" (Zygènes). Ce nom a intrigué les auteurs et des corrections ont été proposées. Macleod avait en partie raison quand il faisait dériver ce nom du grec  zugon "un joug" mais avait tort en écrivant ensuite  "peut-être en raison de l'apparence des antennes aux épaisses extrémités repliées", parce que Fabricius n'a pas ériger le nom pour décrire les Zygènes. Il voulait un mot grec associé  avec celui de Sphinx et peut-être aussi de façon énigmatique par allusion à l'idée d' adscitus* ou accouplement et par plaisanterie a-t-il choisi Zygaena; il n'a pas d'application directe au genre dans sa composition actuelle.

 

*ascitus (adscitus) = tiré de loin, emprunté à (Gaffiot) : adopté, enrolé.


Discussion.

Comme Emmet nous y invite, il faut d'abord consulter, dans son ouvrage, le nom Sesia (Emmet, 1991 : 66). Linné avait dévisé dans le Systema Naturae de 1758 les Sphinx en quatre sections :

1. Legitimae alis angulatis,  Sphinx proprement dit aux ailes anguleuses.

2. Legitimae alis integris,  Sphinx proprement dit aux ailes "entières" : 

3. Legitimae alis integris, ano barbaro : Sphinx proprement dit aux ailes entières, mais avec une touffe anale. Ce groupe formera les Sesia de Fabricius.

4. Adscitae habitu & larva diversae : espèces adjointes [ajoutées], différentes par leur chenille et par leur apparence. C'est pour ce dernier groupe que Fabricius crée le genre Zygaena
 

On comprend donc bien son raisonnement : Fabricius n'a pas en tête, en prenant le nom Zygaena qui désignait alors, en zoologie, le requin-marteau, les Zygènes telles que nous les connaissons, mais tout un ensemble d'espèces très différentes, et c'est un contre-sens d'interprèter ce nom en pensant aux caractéristiques des Zygènes et notamment, comme le fait Macleod, à la forme de leurs antennes. Certes, Zygaena dérive bien du grec zugon, le joug, mais c'est un jeu de mots de Fabricius parce qu'il accouple son nouveau nom à celui de Sphinx (comme le joug accouplant les bœufs), tout en traduisant l'adjectif de Linné "adscitae", enrôlé. 

  Il se trouve que, tout au long de son ouvrage, Emmet a un problème avec les noms de genre créés par Fabricius qu'il considère comme un joyeux farceur dissimulant des mots d'esprits derrière des noms difficile à déchiffrer autrement. Or, dans de nombreux cas, des données qui ont échappé à Emmet permettent une interprétation simple des noms génériques, sans nécéssité de suspecter Fabricius de calembours. 

Son argument est que Fabricius n'a pas en tête la Zygène de la filipendule en créant son nom, et que ce n'est que par accident que cette espèce vient en tête d'une liste qui réunira jusqu'à 72 espèces très différentes. Pourtant, cet argument est discutable. Z. filipendula est en tête des 28 espèces décrites en 1775, des 53 espèces décrites en 1781, des 72 espèces de 1793, mais aussi elle est la première des trois espèces citées en 1807. C'est véritablement, et non par "accident", l'espèce-type. 

D'autre-part, Linné ne décrit pages 494-495 du Systema Naturae de 1758 dans sa sous-catégorie des adscitae habitu & larva diversae que sept espèces au total : filipendulae en premier, puis phegea , creusa, polymena, cassandra, pectinicornis et statices.  Parmi ces sept espèces, nous avons trois de nos Zygaenidae : outre filipendulae,  pectinicornis (espèce-type du genre Chalcosia) ; statices (adscita statices), les autres étant des Arctiidae (Amata phegea ; Euchromia creusa ; Euchromia polymena ; Saurita cassandra).

Le Sphinx filipendulae de Linné ou Zygaena filipendulae de Fabricius n'étant nullement perdu de manière indistincte parmi tant d'autres, mais tenant la première place de façon constante, on ne peut pas dire avec Emmet qu'elle se trouve sur la liste de ce genre "accidentellement" et qu'elle n'est pas emblématique du genre : aussi sa description mérite-t-elle d'être soigneusemnt considérée afin de rechercher si un indice pourrait éclairer le choix du nom Zygaena.

Si on s'en tient au texte des descriptions de Linné, on ne trouve aucune allusion directe ou indirecte au mot zugon "joug", et aucune comparaison entre cette espèce et le requin-marteau. La morphologie des antennes n'est pas soulignée par Linné (ou par Fabricius) comme évocatrice de comparaison allant dans ce sens.


Le "Sphinx filipendulae" a été décrit par Linné dans sa Fauna suecica dès 1746 page 250 n°814 sous le nom "vulgo" de LEOPARDUS qui reprend le nom de Leopardus sylvestris ou Wood Leopard attribué par Albin dans A natural history of English insects tableau 82 [page 177]. Ce nom est bien-sûr inspiré par la couleur des ailes "dark green spotted with red". Mais l'espèce avait été décrite d'abord par Thomas Muffet (1634), puis par Merian (1683), , Jonston, Goedart (1685), Lister (1685),  Petiver (1699), Ray (1710) et enfin par Réaumur (1734-1748).

En réalité, le nom de "Léopard" se trouve déjà chez Petiver (Musei page 36 n°30) sous la forme MOFFET'S GREEN LEOPARD WITH 5 SCARLET SPOT 

A moins de créer un lien entre le Léopard et le Requin-marteau comme deux exemples de bêtes terrifiantes, ces noms n'ont pas pu inspirer à Fabricius son choix.

Avant de poursuivre, consultons la liste des noms de genre créés par Fabricius en 1775 :Papilio, Hesperia, Sphinx, Sesia, Zygaena, Bombyx, Cossus, Hepialus, Noctua, Hyblaea, Phalaena, Pÿralis, Tinea, Alucita, Pterophorus. Beaucoup sont la reprise de noms qu'il n'a pas créé, et le NHM ne lui impute la création de trois noms : Sesia, Zygaena et Hepialus. Sesia vient d'un mot grec -sees- signifiant "chenille, papillon de nuit", et Hepialus vient du grec hepialos, "fièvre", pour qualifier le vol fébrile propre à ce genre. Cela ne nous éclaire pas sur la signification de Zygaena, mais souligne que Fabricius construit ces noms à partir de mots grecs.

Pour Cuvier (Dict. Sciences Nat.)p. 619, Fabricius avait "pris ce nom au hasard". Vraiment ?

Explorons maintenant deux pistes successives. Quel est le sens de Zygaena en Zoologie avant que Fabricius ne l'utilise en nom générique de Lépidoptère. Quel est la signification de la racine grecque zugon.

 


        Zygaena en Zoologie avant Fabricius : le Requin.  

Avant 1775, le mot Zygaena n'avait qu'une seule signification et désignait le requin-marteau. Linné l'avait désigné ainsi, et c'est encore aujourd'hui son nom d'espèce : Sphyrna zygaena Linnaeus, 1758. Sa description originale du Systema Naturae dans les Amphibianantes Squalus page 234  n°5 reprend en fait un nom utilisé, selon les références de Linné,  par :

  • Pierre Bellon, pisces:60 :  L'histoire naturelle des estranges poissons marins, avec la vraie peincture et description du daulphin, et de plusieurs autres de son espèce, 1551, La Nature et diversité des poissons, avec leurs pourtraicts représentez au plus près du naturel, 1555
  • Rondelet, pisces:389 : I, livret 13 : 1558, L'Histoire entière des poissons
  • Conrad Gessner, pisces: 1050
  • Canosa Salviani pisces:128 (tab.40)
  • Francis Willughby, 1687 icht :55 (de historia piscium. Tableau B1). Illustration copiée de Salviani
  • John Ray, pisces:20  n°7

 

Voir Lacépède :

 

1)  Bellon 1555 La Nature et diversité des poissons, avec leurs pourtraicts 

Bellon le nomme  Cagnole, Juif, Baratelle, Arbalestre, Zigena, Libella.

 http://www.museum.nantes.fr/pages/06-actumuseum/expo-illustrations/belon_v1/index1.html

Zygena-Pierre-Bellon-page-54.png

 


2) Rondelet 1558 . Du Marteau, ou poisson Juif. 

a) édition latine 1554: Gulielmi Rondeletii doctoris medici et medicinae …, Libri de piscibus marinis in quibus verae piscium effigies expressae sunt. Lugduni apud Matthiam Bonhomme, 

b) édition française 1558  :La Première [seconde] partie de l'Histoire entière des poissons, composée premièrement en latin par maistre Guillaume Rondelet,... maintenant traduites ["sic"] en françois... [par Laurent Joubert.] Avec leurs pourtraits au naïf, M. Bonhomme : Lyon. page 304 Gallica

 

"Zygaina, en latin Libella est nommé ce poisson de la figure qu'il a comme un instrument de masson é charpentiers, appelé en françois niveau, qui est fait d'un bois mis de travers au milieu duquel est dressé un autre, é d'icelui pend une petite chorde avec un plomb au bout. Telle est la figure de ce poisson aiant la teste de travers, le corps posé au milieu d'icelle, ou bien est nommé Ζὐγαινα pour la figure d'une balance ou la figure d'un joug, lequel on lie de travers aux testes de bœufs. Pour ceste mesme façon de teste, d'aucuns en Italie est nommé Balista, d'austres pesce martello car il est fait comme un marteau, à Marseille Peis Iouzio poisson juif de la similitude de l'accoustrement de teste lequel usoient le tems passé les Juifs en Provence, en Hespaigne Peis limo, Limada, Toilandalo." 

page 304 Numérisé par Gallica

 Zygaena-Rondelet-page-304.png

 

 

 3. Conrad Gessner 1558.

        Gessner 1558 Historiæ animalium, livre IIII (qui est de Piscium & aquatilium animantium natura    De Zygaena Chapitre IV page 1255 .

 

 

 Zygaena-Gessner-Livre-IIII-page-1256.png

 

 

  4°)Aldrovandi 1638.

 Ulyssis Aldrovandi 1638 De piscibus libri V, et De cetis lib. unus, Bologne, 1638 Livre III chapitre 43 page 407-409

Insolentis istiusmodi figurae pscem, cum haud pauca habeat cum galeis communia, non incongruem, iis subnectemus. Nomen invenit ab inusitata, ac monstruosa pene dixerim capitis figura, qua zygugos ? Imitatur, quo transversum librile significatur, ex quo lances dependent : item jugum quod ut transversum bovum cervicibus imponitur, ita hoc pisce caput ex transverso situm est : qua de causa alicubi in Italia pesce Balestra, & pesce martello appellatur, quod arcum malleumque itidelm imitetur : unde est quod Gillius hunc piscem veterum Sphyraenam esse, crediderit, quoniam???ra malleus est. Advertendum autem Aprum quoque Romae, pesce Blestra vocari. Theodorus zigainan apud Aristotelem Libellam interpretatur, sed haud appositem imo ignorara nominis libellae proprierate, ut Salvianus arbitratutr, cum sit, inquit, libella fabrile instrumentum ab Italias Arcopendolo vocatum, ad cuius similitudinem ne quaquam iste piscis accedit Etc. ,


 

                   zygaena-aldrovandi-III-chap.43.png

 

                                zygaena-seu-libella-alia--aldrovandi-III-chap.43.png



5°) Samuel Bochart, 1663  Johannes Leusden  Hierozoicon, sive Bipertitum opus de animalibus Sacræ Scripturæ, Londres, Thomas Roycroft, 1663. Chap. VII De Cetis & Cetaceis page 746

Image copiée de Rondelet.


 

 

 Zygaena-Samuel-Bochart-p.-746.png

 

6°) Francis Willughby1687 icht :55 (de historia piscium lib.3. Illustration copiée de Salviani  : The Balance-fish.

7°) Autres auteurs

—John Hill 1752 -An History of animals 1752 page 301 :  The Zygaena, or Ballance-Fish

Aristotle calls it Zygaena; fElian and Oppian, Zygainia 3 the Latin writers, as well antient as modern, have taken Aristotle's name, and called it Zygaena; Ambrosius calls it Zigena; and Gaza and Salvian, Libella. The Italians call it Ciambetta;  

—Erik Pontoppidan - 1755 - 

 

This confirms my former conjecture, namely, that it was this Fish which swallowed up the rophet Jonahr To this tribe also belongs the most surprizing and desormed Fish, called Kors-Haae, the Zygaena, or the Hammer-headed Shark; 

 

8°) Et Aristote alors ?

Aristote ne nomme ce poisson que dans le Livre II chapitre 11, pour dire qu'il avait la vésicule près du foie.

 

Traduction et note Barthélémy de Saint-Hilaire. remacle.org

II,11  11  Τῶν δὲ δεχομένων τὴν θάλατταν καὶ ἐχόντων πλεύμονα δελφὶς οὐκ ἔχει χολήν. Οἱ δ´ ὄρνιθες καὶ οἱ ἰχθύες πάντες ἔχουσι, καὶ τὰ ᾠοτόκα καὶ τετράποδα, καὶ ὡς ἐπίπαν εἰπεῖν ἢ πλείω ἢ ἐλάττω· ἀλλ´ οἱ μὲν πρὸς τῷ ἥπατιτῶν ἰχθύων, οἷον οἵ τε γαλεώδεις καὶ γλάνις καὶ ῥίνη καὶλειόβατος καὶ νάρκη καὶ τῶν μακρῶν ἔγχελυς καὶ βελόνηκαὶ ζύγαινα

 Parmi les animaux qui avalent l'eau de la mer et qui ont un poumon, le dauphin n'a pas de fiel ; mais les oiseaux et les poissons en ont tous, ainsi que les quadrupèdes ovipares; seulement ils en ont, comme on peut croire, en plus ou moins grande quantité. Quelques poissons ont cette vésicule dans le foie, comme les squales ou chiens de mer, le glanis, la rhina, la raie lisse, la torpille, et parmi les poissons allongés, l'anguille, l'aiguille et la zygène*. 

*Note : La zygène, ou Marteau. Il y a une espèce de sélaciens qui porte le nom de Zygœna. Leur téte a une ressemblance grossière avec la forme d'un joug à bœufs ; voir Cuvier, Règne animal, tome II, p. 393. Voir sur tous ces poissons le Catalogue de MM, Aubert et Wimmer, pp. 121 et suiv. — 

En conclusion, du XVIe siècle jusqu'à nos jours, Zygaena désigne en zoologie un squale, le Requin-marteau Sphyrna zygaena , sphyrna venant du grec  σφυρί signifiant "marteau". Les noms vernaculaires mentionnés par les auteurs renseignent sur le sens qui a été donné au mot zygaena : l'origine grecque est reconnue par tous, mais zugon est traduit soit par "joug", une barre de bois transversale qui unit et accouple deux animaux, soit (peut-être secondairement par comparaison des deux plateaux avec les deux bœufs accouplés) "balance". Ce dernier sens est attesté dans la Bible, Apocalypse 6:5.

Ces noms vernaculaires sont :

a) libella : en latin, c'est soit le diminutif de libra (livre, balance") soit libella le niveau de maçon. Dans les deux cas on trouve l'image d'un élément transversal dont les deux moitiés sont équilibrées ou symétriques.

b) Arbalestre ; balista ; balestra : l'image de l'arbalète (arcus ballistra, "arc à lancer") associe celle du joug et celle de la balance. (balista : Latin, du grec βαλλίστρα ballistra formé sur βάλλω ballō,  "lancer" : arbalète).

c) peis martello, poisson-marteau , image évidente de la tête du requin.

d) Juif, Peis Iouzio. : image d'un chapeau Juif en Provence que l'on imagine à deux prolongements latéraux symétriques, comme un bicorne.

e) baratelle ; cagnole: non expliqués;

  

             Le nom Zygaena de Fabricius.

Sachant que Linné et Fabricius, en bons naturalistes érudits, ne pouvaient ignorer les éléments précédents que, pour ma part, je ne fais que découvrir; que, d'autre part, nous avons vu que Fabricius avait fait appel au grec pour ses autres noms de genre, et qu'enfin il était légitime qu'il s'inspire de la Zygène de la filipendule pour baptiser le genre qu'il détachait des Sphinx de Linné, on peut raisonnablement penser qu'il a construit ce nom sur la racine grecque zugon, "joug, balance" pour décrire, comme ces prédécesseurs l'avaient fait pour le requin, la tête des zygènes avec leurs deux antennes volumineuses disposées comme deux plateaux en équilibre. L'explication restait insatisfaisante si on se contentait de la seule image du joug. En outre, les images données par Guillaume Rondelet d'un niveau de maçon en équilibre (comme un instrument de masson é charpentiers, appelé en françois niveau, qui est fait d'un bois mis de travers au milieu duquel est dressé un autre, é d'icelui pend une petite chorde avec un plomb au bout.)... ajoute un niveau supplémentaire de poésie et d'évocation au nom de ces papillons, image qui ne manquera plus de surgir lorsque je prononcerais ces noms charmants de Zygène de la Filipendule, Zygène du Panicaut-bleu ou Zygène diaphane. 


           DSCN4189

 

En réalité, lorsque nous passons de l'image du joug d'attelage à celle du joug de portage, le joug-fléau elle s'applique très bien à la tête des zygènes. 

 

  

 

 

 

 

             Bibliographie, liens et Sources.

 

 

— Funet : zygaena

 

Zoonymie des Rhopalocères : bibliographie.  

 

 

 

 

 

Par jean-yves cordier
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Mardi 14 octobre 2014 2 14 /10 /Oct /2014 14:52

La bannière Le Minor de la paroisse de Guidel.

 

 

Voir aussi : 

Les bannières, c'est comme les papillons. Le pardon de Kerdévot.

Les bannières Le Minor.

La bannière de Annaïg Le Berre à Ty Mamm Doué (29).

La bannière Le Minor de Sainte-Anne-la-Palud.

La bannière paroissiale de Saint-Nic (29).

Les deux bannières de St-Trémeur au Guilvinec.

Etc, etc...


             022c

 

                             012c 

 

 

Cette bannière, la 44ème crée par les Ateliers Le Minor, mesure 1 m 50 de haut et 1 m de large ; elle a été brodée à la main et à l’aiguille au point de chaînette par Jean-Michel Pérennec, le brodeur de chez Le Minor. Son carton a été dessiné par l'artiste Patrice Cudennec (galerie à Pont-Aven) sur le thème des sept chapelles de Guidel, à savoir :

  • Chapelle Saint-Mathieu (xve siècle )
  • Chapelle Notre-Dame de la Pitié (xixe siècle)

  • Chapelle Saint-Fiacre (xve siècle)

  • Chapelle Saint-Michel (xixe siècle)

  • Chapelle de Locmaria (xviie siècle) : N-D. de Bod-Roz.

  • Chapelle de la Madeleine (xixe siècle)

  • Chapelle Saint-Laurent (xvie siècle)

Ces chapelles sont animées sous l'impulsion de l'Association Sept chapelles en arts, commanditaire de la bannière et organisatrice du Festival des 7 chapelles en art  bâti autour d'une même trinité : concerts, expositions et promenades pédestres et culturelles. Cette Association est présidée par Mr Joël Bienvenue.

Patrice Cudennec a pu ainsi s'inspirer des statues polychromes des différents Saints.

De l’autre côté, la bannière honore  St Pierre et St Paul, les Saints Patrons de la Paroisse.

La bannière a été bénie le dimanche 17 août à Guidel lors du pardon de N.D le la Pitié.

 

 

 

                

Certificat d'authenticité.

 "Cette bannière dédiée aux sept chapelles de Guidel a été entièrement brodée à la main aux ateliers Le Minor de Pont-L'Abbé par J.M. Pérennec d'après le dessin de P. Cudennec. Cette bannière est réalisée à l'initiative de l'association "Sept chapelles en arts" . Monsieur l'Abbé Jean Ruaud étant recteur de la paroisse de Guidel. Patrice Cudennec Juillet 2014."


018c

Par jean-yves cordier
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Vendredi 10 octobre 2014 5 10 /10 /Oct /2014 23:50

La chapelle Notre-Dame-de Tréminou à Plomeur (29) : la bannière, les vitraux, etc.

 

 

 Cet article rend hommage à l'Association Les Amis de Tréminou ; j'emprunte quelques photos sur le net en espérant l'indulgence de Ouest-France et du Télégramme.

     

                                      

L'association « Les Amis de la Chapelle de Tréminou », présidée par Corentin Goudedranche, prépare activement le grand pardon du doyenné. Elle lance un appel aux bénévoles et organise ce mardi 11 septembre à 10 h une nouvelle réunion au presbytère.

 

 

 

  Jusqu'au XVIIIe siècle, le pardon d'Itron Varia Treminou fut le pardon le plus fréquenté du pays bigouden, un véritable lieu de pèlerinage pour les fidèles du Cap Sizun qui, par exemple s'y rendaient à pied. On venait ici vénérer la Vierge, notamment pour les jeunes enfants qui éprouvaient des difficultés à marcher ou à parler.


Notre-dame-de-Treminou 0712c

 


I. La bannière.

Voir :

Les bannières Le Minor.

Les deux bannières de St-Trémeur au Guilvinec.

La bannière de Annaïg Le Berre à Ty Mamm Doué (29).

Les bannières, c'est comme les papillons. Le pardon de Kerdévot.

La bannière paroissiale de Saint-Nic (29).

Les bannières de la paroisse d'Ergué-Gabéric (29) : Tonkin!

L'église Saint-Nonna à Penmarc'h : bannières et statues.

Église de Gouesnou : les statues zé les bannières.

Les inscriptions et les bannières de l'église de Saint-Jean-du-Doigt.

etc...

 Cette bannière est exceptionnelle non seulement par sa réussite esthétique, mais surtout parce qu'elle a été réalisée par les paroissiennes elles-mêmes. Quel travail ! Quelle réussite !

1. Face principale : La Vierge à l'Enfant; Inscription ITRON VARIA TREMINOU (Notre-Dame de Tréminou).


             banniere 0714c


      On reconnaît vite la statue en bois polychrome du XVe siècle de la Vierge à l'Enfant vénérée ici sous le nom de Notre-Dame de Tréminou : posée sur un piédestal de granit orné de feuilles d'acacias, la patronne du lieu est couronnée et voilée de son manteau  ; celui-ci, bleu aux étoiles et fleurs d'or, révèle son revers rouge en d'élégants plis autour des manches, et dans le retour d'un pan vers l'épaule gauche. Elle tient son Fils, qu'elle regarde avec attention, sur le bras gauche et lui présente ce qui est décrit comme une pomme de pin ; j'hésite pour ma part avec une grappe de raisin, symbole du sang qui sera versé, et donc symbole de l'avenir tracé pour l'Enfant rédempteur dans un tragique plan de Salut dont les souffrances  n'échappent pas à la maman. De même, la sphère dorée sur laquelle Jésus pose la main gauche est considérée comme une pomme, mais cela peut aussi être le globe du Monde. Le visage de l'enfant est particulièrement réussi, alliant la fraîche naïveté et le charme propre à son âge avec la gravité de son rôle.


                                 Notre-dame-de-Treminou-0756c.jpg

 

Une autre Vierge à l'Enfant, plus rustique mais non moins charmante, est conservée dans la chapelle. En bois polychrome, elle est datée du XVIe.  Cette fois-ci, les cheveux ne sont pas recouverts et retombent sur les épaules et le buste, le visage aux joues pleines et rouge est d'une simplicité désarmante ; le manteau bleu à revers rouge et à décors dorés est assez proche de la statue précédente, la robe est rouge et non plus dorée, et c'est ici le soulier gauche qui avance sa pointe noire sous les replis.  

  Elle porte le nom de Notre-Dame-de-la-Délivrance, et elle repose sur un socle de granit en forme de tête à chaperon bourguignon. 

D'où lui vient son nom ? (A l'église paroissiale, une Vierge enceinte porte le même titre). D'où vient qu'elle était vénérée par les femmes enceintes pour se protéger des dangers de la grossesse et de l'accouchement ? Très vraisemblablement de l'étrange aspect de l'Enfant-Jésus, inhabituellement placé en diagonale sur le bras droit, comme chétif et agité, la tête renversée dans l'amorce d'un opisthotonos ; il évoque un bébé qui vient de naître.

 

                       Notre-dame-de-Treminou 0755c

 

 

 L'autre face de la bannière porte une inscription et une broderie reprenant les thèmes bigoudens.

Vous pouvez lire PLOMEUR  MAMM DA ZOUE KLEVIT PEDEN HO PUGALE,

                    "Mère de Dieu Entendez la prière de vos enfants."

 


                   banniere 0716c

 

                        banniere 0775c

 

Mais si nous regardions en l'air ? Les sablières valent la peine d'être détaillées, accompagnées d'une inscription indiquant que "Ce bas d'église a été boisé lorsque Ian Le Bouller estait Fabrique l'an 1665".

 


 sablieres 0750c

 

sablieres 0744c

 

sablieres 0752c

 

 

Il serait temps désormais d'aller regarder de près les vitraux de l'atelier HSM, acronyme derrière lequel se cache Hubert Sainte-Marie, maître-verrier de Quintin. Ils portent la date de 1967.

Les quatre lancettes de la maîtresse-vitre sont consacrés, comme de juste, par une Passion, avec une utilisation exclusive des couleurs rouge, vert et jaune, le bleu étant réservé au fond. Dans ce fond, comme dans les vitraux anciens, un paysage architecturé est dessiné en grisaille au centre (Jérusalem), avec une petite chapelle et un bocage dans les coins supérieurs et des fleurs en rosette en parterre. Remarquez les deux lettres ML (Mauvais Larron ?) sur le panneau B5 et la lettre [B] L en B4, sur les titulus (ou plutôt tituli) des larrons. Cherchez aussi les soldats tirant au sort aux dès la tunique du Christ.. Au tympan des anges portent des écus armoriés que je n'ai pas détaillé, mais qui pourraient correspondre à ceux mi parti du Juch : Voir la description de l'ancienne verrière par Jean-Pierre Le Bihan 

 

                vitraux 0718c

 


En baie 1 (de mémoire), et donc au nord, la Vierge et les saints personnages en verre coloré se détachent dans la lumière d'un verre blanc, comme dans la technique ancienne des verrières en litre.

                           vitraux 0722c

 

La Pentecôte : la Vierge reçoit la colombe du Paraclet alors que les apôtres bénéficient de la langue de feu qui leur confère le don des langues et l'inspiration nécessaire au prêche de la Bonne Nouvelle. Là encore, l'économie des verres colorés sur fond bleu clair assure à l'ensemble une luminosité recueillie et paisible.

 


                    vitraux 0723c

 

 

 

 

                              vitraux 0724c

 

Que voyez-vous ici ? Pour moi, après avoir admiré les statues de Notre-Dame, je me dis que cela représente les paroissiens et paroissiennes (avec leurs coiffes stylisées) venant prier la Vierge et son Fils et leur présenter leurs enfants.

 

                        vitraux 0725c

 


Il y a encore beaucoup de choses à admirer ici, une Pietà, un Jean-Baptiste, un saint Herbot, une Marguerite issant de son dragon et tenant la palme du martyre. Mais j'ai profité des reflets dansants de la baie 2 pour photographier la belle statue de sainte Élisabeth dans ce qui peut être un fragment d'une Visitation :

 

                    Notre-dame-de-Treminou 0741c

 

 

                                   Notre-dame-de-Treminou 0762c

 

 

 Saint Roch pour terminer, et vous protéger de la peste, et de toutes les Pestes qui courent le Monde.

                           Notre-dame-de-Treminou-0757c.jpg

 

 

Sources et liens.

 

J'emprunte cette bibliographie à titre indicatif, mais, pour une fois, j'ai rédigé cet article sans consulter les sources.

Couffon R., « Notre-Dame de Roscudon et l’atelier de Pont-Croix », Mémoires de la Société d’histoire et d’archéologie de Bretagne, t. XXXI, 1951, pp. 5-36.

Couffon R., Le Bars A., Diocèse de Quimper et de Léon. Nouveau répertoire des églises et chapelles, Quimper, Association diocésaine de Quimper, 1988, p. 253.

Duigou S., Les Chapelles du pays Bigouden, Rennes, Ouest-France, 1976, pp. 23-27.

Duigou S., Guide du pays bigouden insolite, Quimper, Éditions Ressac, 1988, pp. 9-11, pp. 31-32.

Duigou S., La Révolte des Bonnets Rouges en pays bigouden, Quimper, Éditions Ressac, 1989, pp. 8?9.

Malo-Renault J., « La Chapelle Notre-Dame de Tréminou », Bulletin diocésain d’histoire et d’archéologie, t. XXVI, 1927, pp. 232-245.

Nédelec P.-J., Notre-Dame de Tréminou, la Torche, Beuzec en Plomeur, Châteaulin, Éditions d’Art J. Le Doaré, 1965, pp. 2-9.

Peyron P., « Églises et chapelles du diocèse de Quimper », Bulletin de la Société archéologique du Finistère, t. XXXI, 1904, pp. 18-41, p. 21.

 

Par jean-yves cordier
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Vendredi 10 octobre 2014 5 10 /10 /Oct /2014 09:08

Exposition de paramentique à Ty-Mamm-Doué : Laurent Bourlès, tailleur des chanoines de Quimper.

 


 

                                                  

N'en déplaise au Semi-tendinosus et au Gracilis le Sartorius estparmi les muscles de la cuisse, celui que je préfère. Non parce qu'il se targue d'être le muscle le plus long de notre corps dans son trajet (Rouvière, Anatomie humaine  III p. 353) de l'épine iliaque antéro-supérieure jusqu'à l'extrémité supérieure du tibia  où il s'épanouit pour prendre la forme tridactyle de la patte de l'oie, ni parce qu'il croise élégamment en écharpe la face antéro-interne de la cuisse ( Poirier & Charpy II page 217), mais seulement en raison de son nom latin : Sartorius, le Couturier. Et surtout  en raison de l'origine de ce nom, connu depuis 1698 : 

       " Si l'on appelle ce long muscle Couturier, c'est à cause qu'il fait croiser les jambes comme les tiennent les tailleurs quand ils sont sur l'établi à travailler à leur ouvrage." Jean Baptiste Philippe Verduc - 1698. En-effet, "ce muscle fléchit la jambe sur la cuisse et la porte en dedans ; ensuite, il fléchit la cuisse sur le bassin" (Rouvière, id.) : il croise la jambe en tailleur, sartorius en latin.

J'aime, en onomastique, que les noms se délivrent de leur assignation descriptive et se livrent à des métaphores menant l'esprit vers des divagations poétiques. J'aimais le temps où le muscle popliteus se nommait "la jarretière".

  Et je le vois très bien, le tailleur, assis jambes croisées devant son établi,  et le muscle tirant sa diagonale aplatie comme une sangle en travers de la cuisse : l'étoffe se tend sur ce chevalet et y glisse dans des crissements de soie ou de velours qui feraient le bonheur des héroïnes de Gaëtan de Clairambault. Bien visualiser un nom anatomique, c'est bien le retenir, et cela peut toujours servir. 

Si, lors d'une visite à Rome, vous découvrez rue Santa Chiesa la vitrine de l'illustre maison Gammarelli, la seule lecture de la mention SARTORIA PER ECCLESIASTICI vous permet ainsi de comprendre que vous avez affaire à un tailleur pour ecclésiastique. Pratique, non ?

 


      Gammarelli tailleur du pape

 

 

En vitrine, à gauche, des vêtements de cardinal avec de haut en bas : mozette rouge, croix apostolique, rochet de dentelle blanche, bas de la soutane rouge; au pied du mannequin de gauche à droite: barrette en miniature, calotte, mitre (mitra simplex) et étole.   

 

Eh bien, avec un peu d'imagination, vous pouvez reconstituer aussi ce que dut être la devanture du magasin de Laurent Bourlès, 24 rue du Frout à Quimper, un beau local actuellement occupé par FR3 Bretagne.

Laurent Bourlès s'était spécialisé en effet, comme Gammarelli, dans les vêtements ecclésiastiques et, s'il ne pouvait prétendre être le Tailleur du Pape ni compter sur la clientèle des quelques 120 à 200 cardinaux électeurs qui se fournissent en pourpre obligatoirement à Rome, il se déclarait "Tailleur du Grand Séminaire". D'abord installé au premier étage du 38 Place Saint-Corentin (juste devant la cathédrale, actuel café Le Vingt-et-unième entre le café Le Finistère et le Musée des Beaux-arts) dans les années 1927-1931, il déménagea en avertissant son aimable et pieuse clientèle par l'annonce de la Semaine Religieuse du diocèse de Quimper et Léon  de 1931 :


LAURENT BOURLÈS Tailleur du Grand Seminaire, 38, place Saint-Corentin, Quimper, a l'honneur de   prévenir MM. Les ecclésiastiques qu'il vient de transférer son commerce 24 rue du Frout, face à la sacristie.


Alors qu'il ne proposait jusqu'alors que "chapeaux, barrettes, rabats, ceintures et cols" pour un prix modéré et un travail soigné, ses nouvelles réclames proposaient "Soutanes, douillettes, manteaux et pèlerines, douillettes imperméables sur mesures" et des "culottes spéciales en jersey pour prêtres".

— chapeaux : c'est le chapeau rond dit "romain" : de couleur noire, en feutre ou en poil de castor (sorte de fourrure brillante très courte), il a généralement un bord rigide presque rond, avec une coiffe assez basse, également arrondie. Il ne doit pas être confondu avec  le chapeau noir dit Saturno à cordons et glands verts pour les évêques et rouges et or pour les cardinaux. 

Mais pour les chapeaux, la Maison Bourlès était concurrencée par la Maison A. Darcillon, ancienne Maison Malinjoud, 24 rue Kéréon à Quimper ...à deux  chapelelts de la cathédrale, même pas.


 barrettes : 

 Biretta.png

— rabats : Pièce d'étoffe empesée cachant l'échancrure du col de la soutane.

 

— soutanes : à 33 boutons, elle est en laine l'hiver ; aujourd'hui, elle est en polyester + laine en été. On distingue une soutane de cérémonie dite soutane filetée ou   abito piano en italien, (car créée par Pie IX vers 1850), noire avec une doublure, un liseré et des boutons de couleur cramoisie pour les évêques et rouge pour les cardinaux. Avec cette tenue, les évêques et les cardinaux portent le collaro et la ceinture, les bas et la calotte violette ou rouge. 

—douillettes : Vêtement (redingote, pardessus) ordinairement de drap ouaté, porté surtout par les ecclésiastiques, qui le mettent par-dessus les autres, en hiver. Un autre manteau de laine noire, est nommé  tabarro.

— pèlerines ; les pèlerines courtes couvrant les épaules et s'arrêtant un peu au-dessus des coudes sont nommées camails si un espace sépare les deux pans sur la poitrine, et  mozettes si elles se boutonnent à ce niveau. Le camail se porte au-dessus de la soutane. Contrairement à la mozette, qui se porte toujours avec le rochet (habit de chœur), le camail ne fait pas partie de l'habit liturgique. Le camail des cardinaux est noir, bordé d'un liseré pourpre, et celui des évêques est noir avec liseré violet. Quand les cardinaux sont en soutane rouge, ou les évêques en soutane violette, c'est la mozette qui fait alors office de camail, de même couleur que la soutane, et généralement portée sur le rochet. (Wikipédia).

Camails et mozettes sont en drap de laine noir, doublées de satin. comme les soutanes,  les mozettes peuvent être "filetées" de fil de soie rouge et dotées de boutons rouges.

 

Ici, un "camail" de l'Atelier de l'Ange Gardien (sic) :

 

 

— Culottes spéciales en jersey : consulter votre confesseur, je n'ai pas trouvé de commentaires.

Laurent-Bourles--tailleur-et-Darcillon-chapellerie-27-juil.png

Laurent-Bourles-publicite-1931.png


A l'ombre de la cathédrale ; le chapitre Saint-Corentin.

Dans sa clientèle, en plus du Séminaire, il pouvait compter sur le chapitre Saint-Corentin de la cathédrale : si celui-ci ne comprend aujourd'hui que 7 chanoines,  il comprenait jadis (avant la Révolution) quatre Dignités ( un grand archidiacre, un grand chantre, un trésorier, un second archidiacre) et seize chanoines, nommés alternativement par le pape et par l'évêque ; l'évêché jouissait alors de 21 000 francs de rente annuelle. En 1726, il était "composé de six dignités, dont la première est le Doyenné, & de douze chanoines ; l'abbé de Daoulas est premier chanoine de ce Chapitre ; & dans les cérémonies, ces religieux qui sont de l'ordre de Saint-Augustin vont à coté des chanoines, comme leur Abbé à coté de l'évêque." ( Claude-Marin Saugrain,Du Mouline Dictionnaire universel de la France ancienne et moderne). En 1828, on dénombrait 8 chanoines (MM. Péron Maudyuyt, La Clanche, de la Ruffie, Henry, Binard, Langrez et  Sauveur) et 6 chanoines honoraires (MM. Le Gac de Lausalut, Gourmelon, Daniel, Noirot, Sermensan et Dutoyat). En 1931, j'ignore la composition du chapitre cathédrale, mais l'évêque était Mgr Adolf Duparc (1908-1948).

Le Grand Séminaire. 

Le Grand Séminaire lors de l'expulsion en 1906 : soutanes, chapeaux, rabats (pièce de tissu noir bordée de blanc au dessus de l'encolure de soutane. De dos, un enseignant porte la mozette : Archives de Quimper.

 

La soutane et la mozette de la Maison Bourlès.

La paroisse de Kerfeunteun à Quimper exposait durant l'été 2014 parmi une belle collection de paramentique, une soutane filée noire fabriquée par L. Bourlès : cette soutane se ferme par des boutons bleu-violet et ses bords sont colorés d'un liseré violet également. Par dessus (mais les deux pièces étaient-elles accouplées initialement ?), une mozette aux boutons rose-pourpre et liseré de même couleur.

Est-ce la soutane de l'évêque, ou celle d'un chanoine de la cathédrale ?  

 

                        paramentique 0616c

 


 

paramentique 0618v

 

Pour m'aider, je regarde sur Wikipédia  la tenue d'un évêque : L'évêque Stefan Oster portant la soutane avec un liseré et des boutons de couleur cramoisie avec une calotte et une ceinture violettes et la croix pectorale :

                                   

 

 

Je compare à d'autres tenues : Evêque / "Monsignor" / Prêtre et séminariste :

http://it.wikipedia.org/wiki/Abito_talare : 

Vescovo.svg Cassock (Chaplain of His Holiness).svg Cassock (Priest).svg

Ou bien, toujours sur Wikipédia, la tenue des chanoines en habit de chœur: 

 

 

A quoi servent les chanoines d'une cathédrale ?

On pourrait dire avec méchanceté et fausseté que le canonicat sert surtout, pour les intéressés, à percevoir des bénéfices ; quand on connaît le travail réalisé par les chanoines Abgrall et Peyron au service de patrimoine artistique et foncier de leur diocèse, on sait bien qu'il faut penser autrement. 

Les chanoines sont tenus à l'office choral, qui comprend deux éléments : la psalmodie des heures canoniales et le chant de la messe conventuelle. Autrefois, cette obligation collective atteignait tous ceux qui, dans un chapitre, avaient un bénéfice choral. Ils étaient tenus de participer chaque jour à l'office entier, sous peine de ne pas percevoir leurs revenus. La messe capitulaire était chantée quotidiennement en forme solennelle, avec diacre et sous-diacre.

Certains chanoines de Quimper appartenaient à la Fabrique de la cathédrale.

Les chapitres capitulaires doivent se réunir pour délibérer de leurs affaires. Par le passé, on traitait notamment de l'administration des biens et des obligations à l'égard de l'église du chapitre.

 

Habit de chœur canonial

D'assez bonne heure, les clercs des églises cathédrales ont revêtu au chœur, pour l'office divin, un habit distinct de celui des autres membre du clergé. Cet habit comporte :

— une soutane (ou une soutanelle)

—recouverte d'un surplis,

— de la mosette, parfois fourrée ou doublée de soie (à Montpellier)

— parfois la cappa magna, la chape chorale noire (ou la chape de soie certains jours), la cappa magna absque cauda (à Avignon)

— l'anneau, parfois la croix pectorale (uniquement sur l'habit canonial complet) concédée  parfois par le pape et même la mitre. Ainsi, le chapitre de Quimper a aussi obtenu en1856  de porter sur l'habit de chœur une croix en or et émail, attachée à un ruban bleu, et portant d'un coté l'effigie de Pie IX et de l'autre celle de saint Corentin

 

 

 

 

 

Quelques autres pièces de l'exposition.

paramentique 0614c

 

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La plus belle pièce :

 

 

paramentique 0612c

 

paramentique 0611c

 

 

Sources 

Les réclames de Laurent Bourlès se trouvent dans :

—La Semaine religieuse du diocèse de Quimper et Léon 1931 page 111 et page 31

—La Semaine religieuse du diocèse de Quimper et Léon du vendredi 1er avril 1927

Olivier CHARLES Thèse.« Les nobles dignités, chanoines et chapitres » de Bretagne. Chanoines et chapitres cathédraux de Bretagne au siècle des Lumières, direction : Jean Quéniart, université Rennes 2, 2002, 4 volumes,868 p. (non consulté)

http://www.paroisse.com/t_dossier/ornements-liturgiques-14719.asp

Par jean-yves cordier
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Jeudi 9 octobre 2014 4 09 /10 /Oct /2014 22:51

  La Virgo paritura de l'église Sainte Thumette de Plomeur (29).

Je visitais la chapelle Notre-Dame-de-Tréminou à Plomeur, village voisin de Pont-l'Abbé en pays bigouden, quand une des saintes femmes qui animent ce sanctuaire me chuchota le tuyau : —vous n'avez pas été à l'église ? Nous avons une statue de la Vierge enceinte !

J'y courais, bien-sûr, aussi ardent à parcourir la lieue qui m'en séparait que les rois mages ou les bergers, et inquiet, non de devoir me défier de ma bonne étoile, non de ne plus trouver à mon arrivée qu'une simple Nativité ou l'une de ces Vierges allaitantes dont j'avais fait le tour en Finistère, que de trouver la porte fermée. Mais j'arrivais à temps. C'était encore l'Avent.

 Était-ce à dessein qu'elle était placée dans le contre-jour d'une grande baie triste, contre un mur ingratement peint de faux parpaings ? Voulait-on éviter une curiosité déplacée ? La statue culminait loin du regard, et, même grimpé sur le banc de messe, je ne pouvais la photographier qu'en une désagréable contre-plongée. Elle n'était pas à son avantage, la Bonne Mère. 

  C'était bien elle, indéniablement, et un indice m'en assurait : ce fameux bandeau de cheveux qui caractérise la plupart des Vierges allaitantes du Finistère, qui sert de voile facile à rabattre en arrière alors qu'un savant nouage passe derrière la nuque pour rassembler les longues mèches avant qu'elles ne s'épandent sur les épaules.

Vierges allaitantes : le bandeau de cheveu.


               eglise 0788c

 

Cette curiosité de l'iconographie mariale mérite la visite puisqu'on ne dénombre que vingt statues de Vierge parturiente en France, et 38 dans le Monde. En Bretagne, c'est la seule "Vierge enceinte". Le site Topic-Topos la nomme NOTRE-DAME-DE-LA-DELIVRANCE".

 

En sortant, j'eus une pieuse pensée POVR LES TRE SPASSEZ.

                    eglise 0800c


Par jean-yves cordier
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