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19 avril 2015 7 19 /04 /avril /2015 23:31

Les bannières de la chapelle de Sainte-Anne-La-Palud.

Voir : http://www.lavieb-aile.com/article-la-banniere-le-minor-de-sainte-anne-la-palud-124588868.html

Je décrirai :

  • la bannière de pardon de Sainte-Anne-La Palud de 2013.

  • la bannière de pardon de Sainte-Anne-La Palud de 1989.

  • la bannière de saint Hervé.

  • La bannière de saint Corentin 1913-1938

  • La bannière de saint Miliau.

I. La bannière de pardon de Sainte-Anne-La Palud de 2013.

Je l'ai déjà présenté sur ce blog en septembre 2014, flottant au vent de la ferveur d'une procession, mais j'en donne ici des images prises dans la chapelle de Saint-Anne-La-Palud le 19 avril 2015 ; en bonus, j'offre le bolduc (nom du Certificat pour les bannières Le Minor, qui ont, au même titre que les tapisseries d'art, le statut d'œuvre d'art).

Bannière 2013, bannière du centenaire du couronnement de la statue de Sainte-Anne. La procession de pardon.

Bannière 2013, bannière du centenaire du couronnement de la statue de Sainte-Anne. La procession de pardon.

Bannière 2013, bannière du centenaire du couronnement de la statue de Sainte-Anne. La statue, et le  texte  du cantique Itron Santez Anna.

Bannière 2013, bannière du centenaire du couronnement de la statue de Sainte-Anne. La statue, et le texte du cantique Itron Santez Anna.

Le bolduc :

"Certificat d'authenticité : cette bannière dédiée à sainte Anne a été entièrement brodée à la main aux ateliers Le Minor à Pont-L'Abbé par J.M. Pérennec d'après un dessin de Dominique Passat. Cette bannière est réalisée à l'initiative de l'Association des Amis de la chapelle Sainte-Anne. Monsieur l'Abbé Joseph Plouhinec étant recteur de la paroisse de Plounevez-Porzay. Le Gérant de la SARL Le Minor . Juillet 2013. Signature de Gildas Le Minor ; J.M. Pérennec ; Dominique Passat. .

 

Le bolduc

Le bolduc

La bannière de pardon de Sainte-Anne-La-Palud 1989.

a) Face principale: Sainte Anne éducatrice (apprenant à lire à sa fille Marie) avec l'inscription Santez Anna ar Palud. Bordure  de deux motifs des brodeurs bigoudens, le soleil, symbole de joie, et la plume de paon (pleon pavenn) ou la corne de bélier (kornou maout) symbole de force. Encadrement en dents de scie (symbole du travail) (Source ici).

Les bannières de la chapelle de Sainte-Anne-La-Palud.

b) Face seconde : 

RavoMeulet Santez Anna Patronez Vad Ar Vretoned. PP XII.

Cette inscription rappelle les termes par lesquels le pape Pie XII a consacré la Bretagne à sainte Anne et l'a ainsi placé sous son patronage par un message du 26 juillet 1954 : Voir la bannière Le Minor de Sainte-Anne d'Auray : 

http://www.lavieb-aile.com/article-sainte-anne-d-auray-les-bannieres-105514030.html.

 

Les bannières de la chapelle de Sainte-Anne-La-Palud.

Le Bolduc.

EN ENOR DA SANTEZ ANNA AR BANIEL MAN A ZO BET NEUDET E TI AR MINOR ER BLOAVEZ 1989.

"En l'honneur de sainte Anne la bannière...la maison Le Minor en l'année 1989" 

Bolduc de la bannière de pardon 1989 de Sainte-Anne-La-Palud

Bolduc de la bannière de pardon 1989 de Sainte-Anne-La-Palud

Bannière de saint Hervé.

Elle n'est pas datée, du moins sur la face exposée, mais est à l'évidence ancienne (début du XXe ?). Elle  porte l'inscription St HERVÉ PRIEZ POUR NOUS. Le saint aveugle et musicien,, le fils d'Hyvarnion, barde célèbre, et de Rivanone est accompagné de son guide, le jeune Guic'haran. Alors que celui-ci labourait un champ, un loup dévora l'âne (!) attelé à la charrue. Le bon saint Hervé (en breton, Mahouarn) obligea la bête féroce à prendre la place de l'âne devant la charrue.  

Le culte de saint Hervé est ancien dans le Porzay : une statue du trio accueille le fidèle à l'entrée du placître de la chapelle ; un groupe analogue existe à Sainte-Marie-du Menez-Hom.   Saint Hervé était le premier patron de l'église Saint-Mahouarn de Plomodiern. Un vitrail le représente à Kerlaz. 

Bannière de saint Hervé.

Bannière de saint Hervé.

Les bannières de la chapelle de Sainte-Anne-La-Palud.

Bannière de Saint Corentin.

Saint Corentin est  le patron du diocèse de Quimper et de la ville de Quimper-Corentin, mais, parce qu'il fut ermite dans les bois du versant sud du Menez-Hom (la "montagne" qui limite le pays de Porzay au nord), et que c'est là qu'il fut nourri miraculeusement d'un poisson renouvelé quotidiennement dans sa fontaine, il n'est pas une église ou une chapelle du Porzay qui ne lui voue un culte.  

Bannière de Saint Corentin.

Bannière de Saint Corentin.

Bannière de saint Milliau.

Inscription SANT MILLIAU HOR PATRON. PLONEVEZ-PORZAY. Il s'agit donc de la bannière paroissiale de Plonevez-Porzay. Elle porte les armoiries épiscopales et papales qui permettent de la dater. 

Les armoiries aux trois épis de blé avec la devise DEUS ADJUVA ME sont celles de Monseigneur François Dubillard "d"azur à trois épis de blés d'or, tigés et à la feuille ployée d'argent" . Son épiscopat sur le diocèse de Quimper et du Léon s'étend de 1900 à 1908. 

Les armoiries D'azur au cyprès de sinople planté sur une plaine de même accompagné au francs quartier d'une comète d'or et en pointe de deux fleurs de lys d'argent, à la fasce d'argent brochant sur le tout sont celles  de Léon XIII (Vincenzo Gioacchino Pecci), pape de 1878 à 1903.

La bannière peut donc être datée dans la fourchette 1900-1903.

 

Bannière de saint Milliau, Plonevez-Porzay, ca 1903.

Bannière de saint Milliau, Plonevez-Porzay, ca 1903.

Les bannières de la chapelle de Sainte-Anne-La-Palud.
Les bannières de la chapelle de Sainte-Anne-La-Palud.

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Published by jean-yves cordier - dans Bannières.
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16 avril 2015 4 16 /04 /avril /2015 21:08

Glané lors de ma promenade du soir. Merci Printemps !

Trop de texte ? Vite, une pause fleurette.
Trop de texte ? Vite, une pause fleurette.
Trop de texte ? Vite, une pause fleurette.
Trop de texte ? Vite, une pause fleurette.
Trop de texte ? Vite, une pause fleurette.
Trop de texte ? Vite, une pause fleurette.
Trop de texte ? Vite, une pause fleurette.
Trop de texte ? Vite, une pause fleurette.
Trop de texte ? Vite, une pause fleurette.

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14 avril 2015 2 14 /04 /avril /2015 19:55

Exposition “Poids plume” par Régis Pillet et Élisabeth Valembois,

à ne pas manquer

du 11 avril au 9 mai tous les jours de 14 h à 18 h à la Chapelle Sainte Barbe - Toul an Hery de Plestin-les-Grèves,
en partenariat avec l'Association pour le Don de Sang Bénévole de Plestin.

http://fr.geoview.info/chapelle_saintebarbe,564889372n

http://fr.geoview.info/chapelle_saintebarbe,564889372n

Les enfants des écoles ont participé.

Les enfants des écoles ont participé.

Quand Régis Pillet ne photographie pas les oiseaux de la Baie de Morlaix (l'été), il les sculpte (l'hiver).

Quand Régis Pillet ne photographie pas les oiseaux de la Baie de Morlaix (l'été), il les sculpte (l'hiver).

Il est tombé dedans quand il était tout petit et n'est jamais parvenu à en sortir.

Il est tombé dedans quand il était tout petit et n'est jamais parvenu à en sortir.

Une partie de sa collection depuis 20 ans est présentée.

Une partie de sa collection depuis 20 ans est présentée.

Selon Régis Pillet, Sainte Barbe est la patronne des coiffeurs ; elle tient ici salon, devant une frise de plumes.

Selon Régis Pillet, Sainte Barbe est la patronne des coiffeurs ; elle tient ici salon, devant une frise de plumes.

Saint Jean, dont l'attribut est l'Aigle, donne sa bénédiction à tous les volatiles.

Saint Jean, dont l'attribut est l'Aigle, donne sa bénédiction à tous les volatiles.

Saint Roch  aussi est venu voir cette expo.

Saint Roch aussi est venu voir cette expo.

Sainte Apolline, patronne des arracheurs de dents, attend que les poules en aient.

Sainte Apolline, patronne des arracheurs de dents, attend que les poules en aient.

Le Christ aux liens.

Le Christ aux liens.

La Poutre de gloire.

La Poutre de gloire.

Les Fous de Bassan près de la sortie.

Les Fous de Bassan près de la sortie.

Elisabeth Valembois et son frère Régis Pillet, les artistes exposants.

Elisabeth Valembois et son frère Régis Pillet, les artistes exposants.

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14 avril 2015 2 14 /04 /avril /2015 09:52

L'HOMME A LA TÊTE DE CLOU.

Plus contemporain que jamais, Hoefnagel à la Solfatare (1578) : autoportrait au clou martelé par Bêtise et Malfaisance. La devise DUM EXTENDAR, "Plus ils me frappent, plus je grandis".

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Sur Joris Hoefnagel, voir dans ce blog :

Joris Hoefnagel, 1578, Forum Vulcani (Détail), Civitates Orbis Terrarum III, 58.

Joris Hoefnagel, 1578, Forum Vulcani (Détail), Civitates Orbis Terrarum III, 58.

  Entre la fin  septembre 1577 et la fin mars 1578., Abraham Ortelius, le très célèbre cartographe ou éditeur du Theatrum Orbis Terrarum (1570), âgé de 50 ans, et le chorographe et peintre Joris Hoefnagel, principal auteur des vues de villes du Civitates Orbis Terrarum (vol. I, 1572), âgé de 35 ans, quittèrent leur ville d'Anvers, soit pour effectuer leur Grand Tour, soit pour établir une succursale à Venise, soit pour fuir les persécutions que les troupes espagnoles faisaient subir aux Protestants, et se rendirent en Italie. Ils choisirent la route qui passait par Francfort (20 septembre), Augsbourg (7 octobre) et Munich, et, dans cette ville, le duc de Bavière Albert V, impressionné par une miniature d'une Vue de Séville, embaucha Hoefnagel comme miniaturiste à sa cour. Poursuivant néanmoins leur trajet, les deux voyageurs se rendirent à Ferrare (30 octobre), Venise (20 décembre), Pessaro (24 décembre), Tivoli (1er février 1578),  Rome, puis, par la Via Appienne à Naples et  en Campanie, pour y visiter la Campania Felix des Romains, la "campagne fertile", car volcanique, proche de Naples. Ils se rendirent à à Pouzzoles pour voir les sources chaudes et soufrées de la Solfatare, étape incontournable du Grand Tour, et à Posillipo, et Hoefnagel fit des croquis préparatoires pour les volumes suivants du Civitates Orbis. Le 20 avril 1578, Hoefnagel était de retour à Munich. Leur visite de la région de Naples eut donc lieu en fin d'hiver.

La Vue de Posillipo fut publiée plus tard, dans le volume V, n°65, mais c'est la vue de la Solfatare qui nous intéresse ici. Publiée en 1581 dans le volume III, planche 58, elle porte la date de 1578.

Nous disposons de trois documents : l'esquisse préparatoire (1578) et la gravure monochrome du Civitates Orbis Terrarum (1581), mais aussi une miniature que Hoefnagel peint peu après son retour à Munich, donc vers 1579. Les trois œuvres sont bien différentes. Leur étude n'est pas le but, mais l'étape préalable de mon propos, qui est d'y considérer un cartouche emblématique et une devise, très révélatrice de la pensée de Joris Hoefnagel.


 

La Solfatare est la zone volcanique la plus impressionnante des Champs Phlégréens, lesquels correspondent à la caldeira d'une explosion datant de -35 000 ans. Des panaches de fumée s' élèvent de la terre tandis qu'on traverse le territoire nauséabond et étrange du dieu du feu Vulcain / Héphaïstos. Des thermes chauds libèrent des fumerolles de dioxyde de soufre, des piscines de boue bouillonnent, et de brefs geysers jaillissent hors de terre. Depuis l'Antiquité, la Bocca grande, ou Grande Bouche de la Solfatare est considérée comme le vestibule de l'enfer, menant vers le Styx, et le visiteur de ce paysage au sol brûlant blanchi comme de vieux ossements vit une expérience mystique oppressante et fascinante qui le confronte, sinon à la mort, du moins au caractère de son existence, dévalorisée par la solennité cosmique. Il aura, comme Hoefnagel, visité le site de Baïes, où l'ancienne station thermale romaine gît par dix mètres de fond sous l'effet du bradyséisme, montée ou affaissement du sol à qui on doit aussi l'apparition en quelques jours du Monte Nuovo en 1538, tandis que le sol s'élevait de six mètres. Nous sommes bien peu de chose. Mais on y tient.

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http://www.icampiflegrei.it/itinerario/inform_de.htm

http://fr.wikipedia.org/wiki/Solfatare_(Italie) 

. Le cratère elliptique du volcan mesure 770 x 580 m :

 

I. Le dessin préparatoire : Les Sources Chaudes de Pouzzoles

Joris Hoefnagel [1578], crayon et encre brune avec trace de craie noire, taille: 18.8 x 29.3 cm : National Gallery of Art Washington.

Cette esquisse ne comporte aucun élément emblématique, ni aucun titre, mais la forme générale du cratère, et les fumées  des vapeurs chaudes de soufre, ou la zone d'ébullition au centre, portant l'inscription siedende --dr  — Thea Vignau-Wilberg lit aarde—  "foyer d'ébullition". Une autre inscription en néerlandais échappe à ma compréhension. Six petits abris en V inversé se voient à l'arrière plan, dont nous apprendrons qu'ils servent à la fabrication du soufre blanc (cf. texte de la gravure). Le lieu est peu animé, malgré la présence de deux cavaliers (Ortelius et Hoefnagel ?) et de deux piétons.

Ce document permet de comprendre comment Hoefnagel procédait : ses carnets de dessin étaient annotés en flamand, et accompagnés sans-doute de textes dans la même langue dans un carnet séparé ; l'éditeur Georg Braun faisait traduire ces annotations et  les intégrait éventuellement à la gravure.

 

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II. La miniature.

 Cette œuvre réalisée dès le retour à Munich est conservée au Kupferstichkabinett du  Staatliche Museen de Berlin, et témoigne des talents d'enlumineur de Joris Hoefnagel. Elle  est peinte à la gouache et l'aquarelle sur vélin, rehaussée d'or. Mais la seule image que j'en ai trouvé est celle, en noir et blanc, de l'ouvrage In Europa zu Hause de Théa Vignau-Wilberg (2006). On fera donc confiance à celle-ci lorsqu'elle écrit que "les couleurs de la miniature sont brillantes, séduisantes, délicates et bien conservées: le ciel est bleu, la roche rouge et brun, le sol et brun verdâtre".

Cette minaiture en forme de Tondo est entourée d'une inscription en lettres capitales disant :  "Mirabilium Sulphureorum Montium apud Puteolos [Campos Flegreos Plinius, Vulcani Forum Strabo vulgo nunc Solphatariam vocant Napolitani] genuina accuratissimaque ad vivum depicta representatio" , soit "Les admirables monts sulfureux près de Pouzzoles — Puteolos—, [nommés Campos Flegreos ou Champs Flégréens par Pline, Vulcani Forum ou Agora de Vulcain par Strabon, et communément Solfatares par les Napolitains], représentés fidélement et précisément d'après une peinture sur le vif".

La Solfatare n'est qu'un des cratères des Champs Flégréens. Hoefnagel fait référence à deux auteurs de l'Antiquité qui  l'ont décrit  :

a) Le grec Strabon (-66 à -24) est l'auteur le plus ancien, et c'est lui qui, dans sa Géographie,  a utilisé le nom de Forum Vulcani :

Strabon Livre V chapitre IV : Traduction française : Amédée TARDIEU citée par P. Remacle

« ...Les campagnes environnantes de ces fameux champs Phlégréens*, dont la fable a fait le théâtre du combat des Géants**, en souvenir apparemment des luttes auxquelles avait donné lieu la possession de terres aussi fertiles. »[[...] «  elle vit changer son nom en celui de Puteoli , soit à cause des puits (putei), qui abondent dans les environs, soit, comme certains auteurs le pensent, à cause de la puanteur des eaux, tout le pays jusqu'à Baïes et au territoire de Cume étant rempli de soufrières, de fumaroles et de sources thermales. La même circonstance, suivant quelques géographes, aurait fait donner le nom de Phlegra à toute la campagne de Cume, et il faudrait reconnaître dans ce que nous dit la fable des blessures faites aux Géants par la foudre l'effet pur et simple de ces éruptions volcaniques d'eau et de feu[...] Juste au-dessus de la ville s'élève un plateau connu sous le nom de Forum Vulcani et entouré de toutes parts de collines volcaniques, d'où se dégagent, par de nombreux soupiraux, d'épaisses vapeurs extrêmement fétides: de plus, toute la surface de ce plateau est couverte de soufre en poudre, sublimé apparemment par l'action de ces feux souterrains. »

* (Phlégréens :du grec φλεγραῖος, « brûlant »),

**Diodore de Sicile (Bibliothèque historique, IV, 21, 5-7) place dans cette zone un combat entre Héraclès et les Géants. 

b) Pline l'Ancien Livre III chapitre IX,9 :

"Sur la côte sont : le fleuve Savon, le Vulturne avec la ville de même nom, Liternum, Cumes des Chalcidiens, Misène, le port de Baïes, Bauli, le lac Lucrin, le lac Averne, auprès duquel fut jadis une ville Cimmérienne; puis Putéoles, colonie, appelée jadis Dicéarchie, les champs Phlégréens [Phlegræi campi , le marais Achérusien, près de Cumes;"

Dans la partie basse de l'inscription, on lit :  Depingeb[at] Geor [ius] Hoefnagle ΑΥΤΟΔΙΔΑΚΤΟΣ Monaci A° MDLXXVIII. "Dépeint par Joris Hoefnagel [Georgius Hoefnagle] AUTODIDACTE à Munich l'année 1578". Les lettres M et D de la date sont calligraphiées de la même façon que sur la miniature de Séville (1573) par une élégante combinaison de demi-cercles et de droites, surmontés d'un tilde.

Outre l'indication précieuse de la date et du lieu d'exécution (juste après son arrivée à la cour d'Albert V), l'élément important est le qualificatif d'Autodidacte que Hoefnagel revendique, et qui a laissé supposer qu'il n'avait pas reçu de formation auprès d'un peintre, et, notamment, auprès de Hans Bol à Anvers, malgré l'affirmation contraire de son biographe van Mander. Il est intéressant de remarquer que dans notre langue, le mot apparaît comme adjectif exactement à la même époque que cette miniature, en 1557 pour  qualifier un objet inanimé, et en 1580 pour s'appliquer à une personne qui s'est instruit d'elle-même. Mais Hoefnagel utilise peut-être le grec ancien αὐτοδίδακτος, autodidaktos au sens de "qui est son seul maître", car cet emploi succède, dans la Vue de Séville de 1573 avec laquelle la Vue des Solfatare est en évidente filiation, à la devise Natura sola magistra "La Nature est mon seul maître". 

 

 

   Par rapport à son esquisse, Hoefnagel reprend les images (mieux dessinées) des deux cavaliers et des deux piétons et ajoute ici a) deux personnages en train de tremper un objet (poisson ?) dans l'eau bouillonnante ; b) deux ouvriers munis de piques et deux autres en arrière plan ; c) un chien ; d) un couple vêtu à la mode Renaissance, l'homme portant un collier de barbe, un bonnet, une fraise, une veste courte, des hauts de chausse ou plutôt une culotte bouffante sur des bas ; e) une femme en tenue princière dont la traîne est tenue par un page. Il obéit ainsi aux règles de la chorographie, qui est de décrire non seulement les paysages, mais les mœurs et les costumes des habitants (ou, ici, des touristes ou curistes). Surtout, la grande différence avec le croquis initial procède de l'inversion du sujet principal : le site paysager passe au second plan par rapport aux quatre élégants personnages. Je suggère d'y voir une mise en opposition entre la futilité de l'existence humaine (richesse des vêtements et bijoux, comportement de séduction et de paraître mondain, d'asservissement des domestiques etc..) et la lourde et sombre menace des fumées noires libérées par les bouches des enfers, qui laissent indifférents  ces visiteurs trop envahis par leur vécu pour accéder à cette leçon sur la Vanité de l'existence. Cette lecture se fonde sur les autres œuvres d'Hoefnagel, et notamment sur le corpus d'inscriptions du volume Ignis des Quatre Éléments. On sait que les peintures d'Hoefnagel ont ouvert la voie aux Natures mortes, dont le sens premier est ce contraste entre le caractère éphémère des fleurs et des papillons, mais aussi des bijoux, pièces de monnaie et autres biens précieux.

 

Le costume de l'homme évoque celui que porte le roi de France Charles IX peint par Hoefnagel entre 1582 et 1593 (illustr. infra), et qui est une copie de celui de François Clouet (Louvres, 1566, et Kunsthistorisches Museum de Vienne). On peut imaginer que sa compagne est la reine Elisabeth d'Autriche (1554-1592), qui revint à Vienne en 1576 après le décès de son mari. Si je ne peux affirmer l'identité de ces élégants visiteurs, je  peux par contre être convaincu que ce ne sont pas de riches marchands, mais des personnages princiers ; de même, je n'ai pas retrouvé de témoignage écrit sur une éventuelle visite de Charles IX, ou de quelque roi, reine ou princesse que ce soit à Pouzzoles, mais les bains de Pouzzoles sont vantés depuis le XIIIe siècle (De Balneis Puteolanis de  Pierre d’Eboli (circa 1212 ? ) et des miniatures médiévales de sources de Pouzzoles, de Cumes, et Baïes montrent les piscines et  les cabines de déshabillage. Hoefnagel a pu seulement, pour la cour ducale de Munich,  "coller" devant sa vue impressionnante des personnages de l'entourage du duc, dans une visée allégorique.

 

 

 Joris Hoefnagel, Visite à la Solfatare, Miniature,  Kupferstichkabinett du  Staatliche Museen de Berlin, image photographiée in Vignau-Wilberg 2006 page 253.

Joris Hoefnagel, Visite à la Solfatare, Miniature, Kupferstichkabinett du Staatliche Museen de Berlin, image photographiée in Vignau-Wilberg 2006 page 253.

 Joris Hoefnagel, Visite à la Solfatare, (détail), Miniature, Kupferstichkabinett , Staatliche Museen de Berlin, image photographiée in Vignau-Wilberg 2006 page 253.

Joris Hoefnagel, Visite à la Solfatare, (détail), Miniature, Kupferstichkabinett , Staatliche Museen de Berlin, image photographiée in Vignau-Wilberg 2006 page 253.

Joris Hoefnagel, Portrait de Charles IX, (1582-93) in T. Vignau-Wilberg (2006) page 278

Joris Hoefnagel, Portrait de Charles IX, (1582-93) in T. Vignau-Wilberg (2006) page 278

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III. La gravure du volume III du Civitates.

 Dans le volume III du Civitates Orbis Terrarum, publié en 1581, la gravure du Forum Vulcani (n° 58) vient après les vues de Vérone, de Pesaro (Marches), d'Orvieto (Ombrie), de Tivoli, de  Velitri et  de Terracina  (Latium), de Mola di Bari (Pouilles), et, en Campanie, de Puteoli (planche 56) et de Cumes (57). En parcourant le volume, nous nous sommes familiarisés à reconnaître les silhouettes inséparables d'Hoefnagel et de Ortelius, avec leurs hautes bottes, leur chapeau rond et noir, leur fraise, leur épée, leur manteau noir, leurs gestes expressifs et, pour Hoefnagel, son carnet de dessin. La planche 56, celle de Puteoli, est d'ailleurs consacrée à leur amitié, sous le titre Nullus in orbe locus praelucet aemonis, dans un poème émouvant (Occurebas tu solus, tu primus, tu postremus, mi orteli cui multis nominibus non solum conveniebant,...) : "Tu te présentes à ma pensée, toi le seul, le premier, mon Orteli en qui sont rassemblés non seulement tous ces noms ...".

Hoefnagel à la Solfatare (1578) : autoportrait au clou martelé par Bêtise et Malfaisance.
Hoefnagel à la Solfatare (1578) : autoportrait au clou martelé par Bêtise et Malfaisance.
Civitates, Verona

Civitates, Verona

 

a) Voici d'abord le texte accompagnant la gravure n°58 du Civitates :

"La Soulfriere nommée Forum Vulcani

Forum Vulcani est appelée par Leander Sulphararia est un lieu en la Champaigne, au bout des ruines qui se voient de Puzoli au chemin de Naples, ainsi nommé de la condition et nature du lieu : lequel Strabo appelle FORUM VULCANI, le disant être près de Puzzoli, et que c'est une plaine Champaigne close de tous cotés de collines de soufre, dont sortent à grand bruit fumées et exhalations comme d'une fournaise. Pline dit que les Anciens ont appelé la dite Champaigne CAMPI PHLEGRAEI. Ce que Solinus confirme, disent. Illic quos sulphure pingues Phlegraei legere sinus, etc.

Le naturel du lieu est du tout admirable premièrement il y a une grande place, assez en forme d'œuf mais plus longue, car elle a en longueur presque 1500 pieds, et n'est large que de 1000 pieds, environnée et enclose tellement de continuelles et hautes montagnes, comme si elles y fussent faites d'industrie qu'on n'y pouvait entrer que du coté de Puzoli. La terre de la dite place n'est que soufre, y produit de nature. Par quoi elle craquette et resonne quand on y passe, pour être pleine de cavernes : comme sont les chose creuses et caves, quand on les frappe et touche. Au bout il y a une fosse, large plutôt que d'anltre forme, pleine d'eau noire et épaisse, perpetuellement bouillante, et jetant hors à grande force fumées très épaisses, de laquelle on ne dit seulement, mais se trouve par expérience, qu'on en tire hors incontinent cuit et bouilli tout ce qu'on y plonge et met dedans, mais toujours amoindrie de quelque portion et partie : comme m'a rapporté Hieronymus Linus Bononiensis, qui y ayant mis dedans quatre œufs, affirma n'en avoir tiré que trois. L'eau n'est toujours en un lieu ni toujours de même hauteur, comme pouvons même témoigner. Car y passant pour la seconde fois dix ans après la première, la trouvâmes presque d'un tiers moindre que ne l'avions vu. Dont est cause l'épaisseur de l'eau : car comme elle amasse et endurcit le soufre aux bords, se diminue et change la dite eau. Près de la fosse se voyent à tous cotés cavernes en terre, desquelles sortent vapeurs de soufre très subtiz et très chaudes. En cette dite place il y a plusieurs ouvroirs, auxquels on fait du soufre blanc. Il fait [est] dangereux d'aller vers cette fosse à cheval, pour ce que tout y est plein de cavernes et de gouffres. Et racontent les voisins qu'il y eut un y allant à cheval, qui ne faisant compte de l'avertissement de ceux qui s'y connaissaient, fut avec son cheval abîmé en un instant, de sorte qu'on ne le vit plus. De ce soufre croissant, écrit en cette sorte Pline : En Italie, (dit-il) en la Champaigne de Naples aux montelets nommés Leucogabi se trouve soufre, lequel tiré hors des mines se parfait au feu. Ces dites collines semblent brûler de tous cotés, et jeter hors, grandes fumées avec senteur de soufre, portée des vents par toute la dite contrée, et jusques à Naples. Et combien que ladite odeur soit ennuyeuse, fâcheuse et laide, toutefois elle donne secours aux flux et cathares. L'eau de la fosse soufrière amollit les nerfs, rend la vue aigue, restreint les larmes et vomissements, conforte les douleurs de l'estomac, et rend fécondes les femmes stériles, chasse les fièvres froides, et purge les membres roigneux. Outre la colline au coté de l'Orient de cette place, est une allée où se fait l'alun en cette sorte. On cuit en fournaise les pierres de la dite montagne, puis on les mets par tas et monceaux, les arrosant par l'espace de quelques jours d'eau tirée de certains puits qui y sont, les trempant tellement qu'elles se ROsouldent en cendres : des dites cendres se fait lexiue [lessive?], laquelle on met en vaisseau de bois, où elle se congèle et solide aux bords à l'épaisseur d'une once comme cristal ou glace, d'où la faut tailler et séparer par instruments en fer ; autant en dit Leander*."

*Leandro Alberti (né le 12 décembre 1479 à Bologne et mort le 9 avril 1552 dans la même ville) est un religieux dominicain, un philosophe, un historien et un théologien italien du xvie siècle, qui fut provincial de son ordre, et un Inquisiteur. Il publia sa Description de l'Italie  en 1550, et celle-ci fut réédité 13 fois jusqu'en 1630 : Descrittione di tutta Italia, nella quale si contiene il sito di essa, l'origine et le Signorie delle Città et delle Castella, Bologna, 1550. Sa description de Terra di Lavoro, cinquième partie de son traité, débute à la page 159. La Solfatare est décrite page 181-182.

On trouvera la version originale en latin du texte ici (page 110)  : http://bdh-rd.bne.es/viewer.vm?id=0000000713.

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b) La gravure n°58.

On remarque immédiatement qu'elle comprend un faux-cadre, parfaitement extérieur à la scène paysagère, et fait de courbes et contre-courbes. Mettons-le en réserve, car c'est mon sujet principal, et j'y viendrai bien assez tôt. Précisons néanmoins que le contenu de deux cartouches : en haut à gauche, le texte reprend celui qui courait tout autour de la miniature : "Mirabilium Sulphureorum Montium apud Puteolos [Campos Flegreos Plin. Vulcani Forum Strabo vulgo nunc Solphatariam vocant Neapolitani] genuina accuratissimaque ad vivum depicta representatio" . Celui de droite sert de légende et va donc être utile pour examiner la gravure.

L'arrière-plan n'est guère modifié. La lettre A se dissimule dans les contreforts du cratère, et renvoie à ce commentaire :"A : Ex horum montium Terra ac lapidibus Sulphur conficitur  : " De ces montagnes de terre et de pierres est fabriqué le soufre". La Lettre C indique C. Aqua hic est perennis nigra aspectu et crassa ita fervida ut ovum crudum instinctum coctum [d]etrahatur : cum mare exestuat usque ad 24 palmos ebulliens sepe attollitur. : "L'eau est ici toujours noire d'aspect et épaisse et si chaude qu'un œuf y est immédiatement cuit et diminué ; avec (la mer) jusqu'à 24 palmes [=3 mètres] bouillant ..souvent apporterait ???" L'édition Taschen a traduit : "The water here is always black, muddy and so hot that if an egg is put in it, it will come out cooked; the water bubbles like the sea and often surges up to a height of 24 handbreadths"

nb : exestuat = exeduat ; exedo = manger, consumer, dévorer.

attolitur = adtolitur ; adtulo = apporter

Autour de cette étendue d'eau, quatre hommes s'affairent ; l' un trempe par une corde une volaille dans le liquide.

La lettre B indique un chemin en pente ; elle reçoit cette légende :Ex hisce albicantibus magna sit copia aluminis "De ce grand (endroit) blanc provient l'alun".

Un chariot bâché se dirige vers le fond, tiré par quatre chevaux : il emmène sans-doute des visiteurs.

Au premier plan à gauche, nous retrouvons, en image inversée, la "Princesse" ou Reine et son page, tenant son bonnet à plume à la main. Puis, au milieu, le couple royal qui figurait sur la miniature laisse la place à deux hommes, vêtus également d'un costume princier. Ce ne peut  sans-doute pas correspondre à Ortelius et Hoefnagel, qui ne portent jamais une telle tenue sur les autres planches. Enfin, une femme arrive, dans une litière à deux porteurs, et jette un regard curieux en écartant la tenture.

Enfin, la vue chorographique est orientée grâce à la mention ORIENS placée dans sa partie haute.

Voici comment  Édouard  Fétis décrit la gravure en 1857 :

"La Solfatare, mine de soufre, près de Pouzzoles, fournit à Hoefnagel le sujet d'une composition bizarre. L'eau thermale dont il existe une source en ce lieu passe pour donner la fécondité aux femmes. Le caustique artiste y fait arriver deux dames, l'une à pied, l'autre en litière. Deux jeunes gens paraissent les attendre. C'est évidemment une allusion à la vertu de la source, sinon à celle des Napolitains." 


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http://www.sanderusmaps.com/detail.cfm?c=9244 : cliquez sur ce lien pour une image de meilleure qualité.

 

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Deux gravures colorées viendront montrer que l'on ne peut tirer de conclusion formelle des couleurs des costumes, par exemple.

http://www.sanderusmaps.com/detail.cfm?c=4190

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http://bildsuche.digitale-sammlungen.de/index.html?c=viewer&lv=1&bandnummer=bsb00092844&pimage=00001&suchbegriff=&l=fr

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Voilà, les trois documents sont décrits, tirez les rideaux, allumez le projecteur, j'en arrive en fin à mon sujet : le cadre de la gravure et ses cartouches. Diapo !

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DUM EXTENDAR : LE CLOU EMBLÉMATIQUE DE HOEFNAGEL CLAIREMENT COMMENTÉ PAR L'ARTISTE.

Selon un procédé qui va devenir constant chez Hoefnagel notamment pour ses Allégories, la scène est placée, comme dans une vitrine, "derrière" un cadre doré en trompe-l'œil muni de faux rivets et de fausses clavettes. Deux étonnants fers à cheval y sont intégrés en partie haute ; d'amples courbes serpentines se rejoignent sur le mot ORIENS, tandis qu'en bas, les bras de "laiton", largement décorés de foudres et de flèches, dessinent  d'amples C avant de se terminer par deux figures de forgerons. Ils travaillent autour d'une forge qui est le centre inférieur du dispositif. Sur l'enclume, un clou est posé en diagonale, tête vers nous. Il porte l'inscription GEORGIUS. Sur le flanc de l'enclume est inscrit  DVM EXTENDAR.

La lecture de ce rébus est simple. Le nom Hoefnagel, ou Houfnagel, Hunagel, provient d'un nom de métier, celui de maréchal-ferrant. Il associe Huf, "sabot" et nagel, "clou". (ce métier est aussi désigné sous le nom de Hufschmitt, "sabot-forgeron"). Hoefnagel reprend à son compte ici cette étymologie pour faire du clou son emblème, le complétant de deux fer à cheval dotés chacun de trois clous.

 

Cela ne serait qu'une façon plaisante de s'inspirer des "armes parlantes" de l'héraldique pour remplacer sa signature, si, en réalité, cet artiste, fin lettré, fin humaniste et peintre éminemment intellectuel, ne transformait cette sorte de jeu de mot en un manifeste philosophique.

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L'Âne et le Chardon.

En effet, à gauche, le forgeron qui frappe hardiment le clou est un âne aux longues oreilles, mais c'est un âne humanisé aux bras et au tronc d'un humain : c'est l'allégorie de la Bêtise.  

Le chardon qu'il mange, et dont un plant encadre l'enclume, mérite qu'on s'y attarde ; c'est le Chardon aux ânes, ou Onopordon fausse-acanthe, dont le symbolisme est ambivalent. C'est l'emblème de l'Écosse et de la Lorraine, liée à la devise "qui s'y frotte s'y pique" du duc de Lorraine, mais c'est aussi, comme l'acanthe,  le témoin des épreuves traversées, de la malédiction biblique de Dieu à Adam en  Genèse 3:18 "Le sol produira pour toi épines et chardons", sublimée par l'aspect rédempteur des épreuves. C'est donc aussi un symbole christique. Un autoportrait célèbre de Dürer à 22 ans représente l'artiste tenant un chardon, avec l'inscription   "Les choses m'arrivent comme il est écrit là-haut". En un mot, c'est autant l'aliment de l'âne participant à la symbolique de la Bêtise, et la plante épineuse renvoyant à la Passion.

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Gorgo, le Serpent et la Ronce.

A droite, nous trouvons Gorgone, au tronc féminin, mais dont la chevelure est faite de serpents qui, gueule ouverte, semblent siffler avec colère. On la considère (Vignau-Wilberg, Fétis) comme l'allégorie de l'Envie, mais  dans la mythologie Méduse représente une puissance malfaisante bien plus radicale, infernale,  pétrifiant celui qui la voit par la terreur paralysante qu'elle provoque. Et, dans la tradition judéo-chrétienne, le Serpent est, bien-sûr, le Mal en personne, le Diable. Ces serpents sinueux et agressifs vont être omniprésents dans les miniatures d'Hoefnagel, tant dans le Missale Romanum que dans les deux Livres de modèles de G. Bocksay, ou dans ses allégories. Mais ils y figurent aussi sous une forme maîtrisée dans la même tradition de Persée tranchant la tête de Méduse : dans l'égide au gorgoneion de Minerve/Athéna (gravure d'Hermathena par Sadeler sur un concept de Hoefnagel) d'une part, et affrontés autour du bâton de Mercure dans l'emblème du caducée, d'autre part. Le Mal surmonté par l'Intelligence et par l'Art. On voit combien, déjà, dans le choix de ce motif de 1581, s'enracine toute l'emblématique personnelle de l'artiste, centrée sur la chouette d'Athéna et le caducée d'Hermés qui se réuniront dans la figure de l'Hermathena.

La Ronce (les mûres sont clairement dessinées) participe de la même symbolique : plante épineuse et envahissante, elle est la cause du mal, et évoque la Couronne d'épines de la Passion du Christ. Mais ses fleurs sont blanches, liées à la pureté, à la virginité ou à l'absence de péchés (pétales immaculés), et ses fruits sont rouges, témoins de la souffrance subie, du sang versé, mais aussi de la Vie. Encadrant l'enclume et son clou, elle contribue à la valence négative de la Méduse et du Serpent, mais aussi au message positif affirmé par la devise. La Ronce se divise ici en deux branches, et si l'une entoure la taille de la Gorgone, l'autre forme une sorte de couronne autour de la tête du clou.

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Le clou.

 C'est aussi un objet ambivalent puisqu'il tient son utilité de son caractère contondant, pour ne pas dire blessant. Il est fait d'une pointe, et d'un corps mais aussi d'une tête, qui reçoit les coups. C'est aussi l'un des Instruments de la Passion, mentionné par Jean 19:17.

Hoefnagel, qui dispose de cet emblème dans la structure de son nom, peut donc s'approprier tout ou partie des significations auxquelles il renvoie.

Ici, le clou ,"Georgius" étendu sur l'enclume et frappé tour à tour par la Bêtise et par le Mal, semble témoigner du fait que l'artiste a traversé de rudes épreuves et qu'il souffre encore d'être confronté à ces Vices. Il suffit, pour comprendre à quoi il fait allusion, de savoir que, depuis la répression par les Espagnols du mouvement lié à la Réforme Protestante dans les Pays-Bas et depuis le début de la Guerre de Quatre-Vingt Ans (1568-1609), son père qui était un riche diamantaire a été ruiné, sa ville d'Anvers a été mise à sac en 1576, et il a été obligé de s'exiler en Allemagne. Sa famille et ses amis ont été concernés. Il faut aussi se rappeler du déchaînement de violence qui ont accompagné, en France, les Guerres de Religion (la mise à sac de la cathédrale du Mans par les "Huguenots" date de 1562, le massacre de la Saint-Barthélémy date de 1572, pour ne choisir que deux exemples) pour comprendre ce qu' à l'époque, chacun peut deviner dans cette alliance de la Bêtise et du Mal.

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Dum extendar.

  Je n'ai pas trouvé, par le moteur de recherche, cette devise avant son emploi, et peut-être sa création, par Hoefnagel. Une traduction littérale donnerait "pourvu que je m'allonge" ou "Aussi longtemps que je m'étire" (dum signifie "tandis que, aussi longtemps que" , et extendo - étirer.) La traduction du verbe laisse le choix, selon Gaffiot, entre trois sens : 1 : étendre, allonger, élargir ; 2 : étendre à terre, coucher tout du long ;  3 : allonger, agrandir, augmenter. Ce sont notamment les emplois postérieurs à Hoefnagel qui vont permettre de confirmer que cette devise utilise le sens "grandir" et qu'il faut la traduire par "Pourvu que j'en soit aggrandi", "pourvu que je m'allonge" (pour le clou en train d'être martelé) ou "pourvu que j'en sorte grandi" (pour celui qui adopte cette devise). 

a) Hoefnagel a employé cette devise à deux reprises au minimum. On l'a trouve d'abord au dessus de son portrait de 1592  par Sadeler, accompagnée du clou et de l'enclume. 

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http://webapps.fitzmuseum.cam.ac.uk/explorer/index.php?qu=flemish%20painting&oid=145901

 

b) On la trouve aussi dans le cartouche de la carte de Cadix de la planche 31 du Teatrum Orbis Terrarum (1584) d'Abraham Ortelius. Ce cartouche porte l'indication  [Cadiz Vrbs] Hanc Insvlam perlvstrabat, et sva manv depingat Georgivs Hoefnaglivs Antverpian Belga. Dum Extendar. : " La ville de Cadiz. Cette île a été explorée et dessinée de la main de Joris Hoefnagel d'Anvers, Belgique. Dum extendar." Les autres cartouches indiquent la date de 1584 : Cum priuilegio Imp. et  Belgico, ad decennium". Carpetani Ae partis Descr. 1584. Vardulorum, sive Gvipuscoae Regionis Typus .

Pour voir la gravure avec précision, cliquez sur ce lien vers Gallica

 

 

 

c) Comme je l'ai signalé, cette devise n'apparaît pas avant que Hoefnagel ne la crée, mais a été reprise au XVIIe siècle, dans une acceptation religieuse que son premier auteur n'avait pas engagée. En effet, le poète néo-latin allemand Gabriel Rollenhagen a repris ce motif et cette devise (motto ou imprese) en 1611 dans son recueil d'emblèmes publié à Cologne  Nucleus emblematum. La planche XVII  montre, dans un médaillon cerclé par la devise DVM EXTENDAR, la main de Dieu sortant des nuages et frappant un clou posé sur une enclume. En arrière plan, un cavalier s'éloigne de ce qui doit être son pays natal, puisqu'il se retourne vers ses parents, qui le saluent. Cette vignette est  accompagnée de l'épigramme DVM EXTENDAR, duros ictus tot perfero, nomen / ob clarum cur quis ferre recuset idem? : "Pourvu que je grandisse, je supporte tous les coups ..." 

 Dans une édition de 1611 mise en ligne sur an openlibrary.org, , la devise est accompagnée de cet épigramme en français

L'accort ouvrier prenant une masse difforme,

Par maint coup de marteau luy va donnant sa forme.

Ainsi Dieu, grand ouvrier, de maux nous martelant,

Nous rend temples sacrés de l'Esprit consolant.

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Rollenhagen

Dum extendar, duros ictus tot perfero; nomen
ob clarum cur quis ferre recuset idem?

Till God hath wrought us to his Will,
The Hammer we shall suffer still.

Although Rollenhagen's epigram does not mention God, you can see the hand of God reaching out with the hammer!

Dum Extendar

Dum Extendar, duros ictus perfero morts; nom

si Clarum actu quis ferre recuset idem?

 

Jusqu'à ce que Dieu nous a forgé sa volonté,

Le marteau doivent nous souffrir en silence.

 

 

 

Voici le vocabulaire:

 

dum - tandis que, aussi longtemps que

extendo - étirer

durus - disque

ictus - coup

morts - tant

perfero - portent endurer,

nomen - nom

si - en raison de

clarus - claire, lumineuse, brillante, célèbre

cur - pourquoi

quis - qui, ne importe qui

fero - ours, effectuer

recuso - refuser

idem - le même

 

 

Rôle Hagen a visité l'école secondaire 1558-1560 à Prenzlau et Magdebourg. 1560, il se inscrit à Wittenberg, où il a obtenu son doctorat en 1567 pour le Maître de la Divinité. Il a ensuite travaillé à l'école Magdeburg. De 1575 il était recteur de l'école, dont il a conduit à une importance nationale. De 1573 à 1609 rôle Georg Hagen a également occupé le poste de prédicateur à l'église Saint-Sébastien à Magdebourg. 1583 était son fils, qui est né pas moins célèbres poètes et le rôle Emblematiker Gabriel Hagen. De ses environs immédiats presque inaperçue, Georg rôle Hagen est devenu un important écrivain et dramaturge de son école de temps. Sous le pseudonyme (Marcus Hüpfinsholz de Meusebach), il a publié plusieurs ouvrages. Le plus connu est le 1595 publié Froschmeuseler. Dans ce travail, civile et didactique, il illustre l'âge de la Réforme sous la forme d'un animal de poème épique dans laquelle Luther comme la grenouille "Elbmarx" apparaît. Le Froschmeuseler tourne anti-guerre satirique et soutenir une éthique civique.

Gabriel Rollenhagen, auch: Rollenhagius (* 22. März 1583 in Magdeburg; † 1619 ? in Magdeburg) war ein deutscher und lateinischer Dichter, Schriftsteller und Emblematiker.

Als Sohn des bekannten Magdeburger Predigers und Pädagogen Georg Rollenhagen erfuhr er eine ausgezeichnete Erziehung, zuerst an der vom Vater geleiteten Gelehrtenschule. Gabriel Rollenhagens hier 1602gehaltene lateinische Valediktionsrede Promulsis Magdeburgensis wurde 1620, offenbar kurz nach seinem frühen Tod, im Druck veröffentlicht. Im Jahre 1602 immatrikulierte er sich in Leipzig, wo er bis 1604juristische Studien verfolgte, die er ab 1605 an der Universität Leiden fortsetzte. Die Bekanntschaft mit Daniel Heinsius ermöglichte ihm den Zugang zu berühmten humanistischen Gelehrten wie Hugo Grotius undJoseph Scaliger.

Schon in Leipzig hatte Gabriel Rollenhagen seine oft aufgelegten, fiktiven Jndianischen Reysen veröffentlicht, die in allen Drucken von einem Anhang populärer Münchhausiaden unter dem Titel Warhaffte Lügenbegleitet sind. 1606 nach Magdeburg zurückgekehrt, gab er die wohl noch in Leiden entstandenen Juvenilia heraus. Mit einer ebenfalls oft gedruckten derben Liebeskomödie Amantes amentes, z. T. inplattdeutscher Sprache, erzielte er ebenfalls einen großen Erfolg, doch sein bleibender Nachruhm beruht auf dem Nucleus emblematum von 1611, dem prachtvollsten unter all den Tausenden von Emblembüchern der Barockzeit.

Werke (Auswahl)[Bearbeiten]

  • Amantes amentes, das ist ein sehr anmutiges Spiel von der blinden Liebe. Magdeburg 1609

  • Nucleus emblematum. Hildesheim 1985 (Ndr. d. lat. Erstausgabe v. 1611; 1613 von Crispin de Passe dem Älteren veröffentlicht in Utrecht). Dt. Übs. u.d.T. Sinn-Bilder, hrsg. Carsten-Peter Warncke. Dortmund 1983

  • Vier Bücher wunderbarlicher biss daher unerhörter und ungleublicher Jndianischer Reysen. Bötcher, Magdeburg 1603 (Digitalisat und Volltext im Deutschen Textarchiv)

Ndr. d. Ausg. 1605 hrsg. v. Gerhard Dünnhaupt. Stuttgart 1995. ISBN 3-7772-9424-1

 

Gabriel Gabriel Rollenhagen , y compris: Rollenhagius (* 22 Mars, 1583 à Magdebourg , † 1619  ? à Magdeburg ) était un Allemand et latins poètes , écrivains et Emblematiker .Comme le fils du célèbre prédicateur et enseignant Magdeburg rôle George Hagen il a appris une excellente éducation, d'abord à l'école de chercheurs dirigée par le père. Gabriel rôle Hagens ici en 1602 a tenu latine Valediktionsrede Promulsis Magdeburgensis était en 1620 , publié dans la presse, apparemment peu de temps après sa mort prématurée. En 1602 , il se inscrit à Leipzig, où il resta jusqu'en 1604 études juridiques poursuivi, il partir de 1605 à l' Université de Leiden continué. La connaissance avec Daniel Heinsius lui a permis d'accéder aux célèbres humanistes savants tels que Hugo Grotius et Joseph Scaliger .

Déjà à Leipzig Gabriel rôle Hagen avait son souvent émis fictive Jndianischen Reysen publié, dans tous les tirages en annexe populaire Münchhausiaden sous le titre mensonges Warhaffte sont accompagnés. 1606retourné à Magdebourg, il a probablement été causé plus de souffrance dans juvenilia sur. Avec un aussi souvent imprimés rugueuses comédie romantique amentes Amantes tels. T. bas allemand langue, il a également obtenu un grand succès, mais sa renommée durable est basé sur le noyau Emblematum de 1611 , la plus belle parmi tous les milliers de livres emblème de la période baroque.

Travaux (sélection) [ modifier ]

  • Amantes amentes, ce est un jeu très gracieuse de l'amour aveugle. Magdeburg 1609

  • Nucleus Emblematum . Hildesheim 1985 (d Ndr latine édition v 1611; .... En 1613 par Crispin de Passe l'Ancien publié dans Utrecht ). Dt. UBS. UDT sens-images , éd. Carsten-Peter Warncke. Dortmund 1983

  • Quatre livres wunderbarlicher donc mordaient scandaleux et ungleublicher Jndianischer Reysen. BOTCHER, Magdeburg 1603 ( texte numérisé et plein de Text Archive allemande )

Ndr. D. Ed. 1605 éd. v. Gerhard Dünnhaupt . Stuttgart 1995e ISBN 3-7772-9424-1

http://diglib.hab.de/drucke/21-2-eth-2/start.htm

 

Ortelius Map No. 31

 

Title: "Cum priuilegio Imp. et| Belgico, ad decennium". CAR:|PETANI:|Æ PARTIS | DESCR. | "1584" - "Vardulorum, sive" | GVI:|PVSCOAE | REGIONIS | TYPVS. - [Cadiz Vrbs] HANC INSVLAM | PERLVSTRABAT, | ET SVA MANV DE:|PINGAT GEOR:|GIVS HOEFNAGLI:|VS ANTVERPIAN. | BELGA. | "Dum extendar".

[With an Imperial and Belgian Privilege for ten years. Depiction of a part of Carpetani 1584 - A Map of the Varduli or the region of Guipuscoa - The City of Cadiz. This island has been explored and drawn in his own hand by Georgius Hoefnaglius of Antwerp, Belgium, as it presents itself.]

(Top left:) "Glycerisæ maximus | hic proventus" [Here is a great supply of glycerine.] Top left: "Leganes. Separum | hic magnus | prouentus". [Leganes. Here are many hedges.]

(Top left:) "Torejon. | Salsamentorum pis:|cium emporium". [Torejon, a market for salted fish.]

(Top left:) Esqujvias|nobiliß.hinc|vinum. [Esqujvias. The wine from here is excellent.]

(Top left:) "La mar. pis:|cina est". [La mar. This is a swimming pool.]

(Top left centre:) "Hic multa antiqua | monumenta effodiuntur". [Here many ancient monuments are dug up.]

(Lower left centre:) "Hic olim fuiße | vrbem, indicant|ruinæ ingentes". [Here was once a city, as extensive ruins indicate.]

(Centre:) "Ocaña. Olcades hic olim habitas:|se credit Nebrißensis". [Ocaña. Here lived the Olcades once, as Nebrißensis believes.]

(Centre:) "Puntal. Hic saburram exonerant | naues sal recepturæ". [Puntal. Here ships ballasted with sand load salt.]

(Bottom centre:) "Nobilißima Hispaniæ | vina hic nascuntur". [Here grow the most noble wines of Spain.]

(Bottom centre:) "Torres de | Hercules: Almedraua. Hic thynno:|rum captura a Calendis | Maij ad XVII. vsque|Calend. Iulij". [Almedrava near the pillars of Hercules. Here they catch tuna fish from the 17th of May until the beginning of July].

Plate size: 392 x 488 mm. For sizes of each map, see below. Three maps on one plate.

 

Cartographic sources: very accurate source of unknown nature. The names of Carolus Clusius and Georg Hoefnagel have been suggested (Meurer p. 89).

 

Rollenhagen

Dum extendar, duros ictus tot perfero; nomen
ob clarum cur quis ferre recuset idem?

Till God hath wrought us to his Will,
The Hammer we shall suffer still.

Although Rollenhagen's epigram does not mention God, you can see the hand of God reaching out with the hammer!

Dum Extendar

Dum Extendar, duros ictus perfero morts; nom

si Clarum actu quis ferre recuset idem?

 

Jusqu'à ce que Dieu nous a forgé sa volonté,

Le marteau doivent nous souffrir en silence.

 

 

 

Voici le vocabulaire:

 

dum - tandis que, aussi longtemps que

extendo - étirer

durus - disque

ictus - coup

morts - tant

perfero - portent endurer,

nomen - nom

si - en raison de

clarus - claire, lumineuse, brillante, célèbre

cur - pourquoi

quis - qui, ne importe qui

fero - ours, effectuer

recuso - refuser

idem - le même

 

 

Rôle Hagen a visité l'école secondaire 1558-1560 à Prenzlau et Magdebourg. 1560, il se inscrit à Wittenberg, où il a obtenu son doctorat en 1567 pour le Maître de la Divinité. Il a ensuite travaillé à l'école Magdeburg. De 1575 il était recteur de l'école, dont il a conduit à une importance nationale. De 1573 à 1609 rôle Georg Hagen a également occupé le poste de prédicateur à l'église Saint-Sébastien à Magdebourg. 1583 était son fils, qui est né pas moins célèbres poètes et le rôle Emblematiker Gabriel Hagen. De ses environs immédiats presque inaperçue, Georg rôle Hagen est devenu un important écrivain et dramaturge de son école de temps. Sous le pseudonyme (Marcus Hüpfinsholz de Meusebach), il a publié plusieurs ouvrages. Le plus connu est le 1595 publié Froschmeuseler. Dans ce travail, civile et didactique, il illustre l'âge de la Réforme sous la forme d'un animal de poème épique dans laquelle Luther comme la grenouille "Elbmarx" apparaît. Le Froschmeuseler tourne anti-guerre satirique et soutenir une éthique civique.

Gabriel Rollenhagen, auch: Rollenhagius (* 22. März 1583 in Magdeburg; † 1619 ? in Magdeburg) war ein deutscher und lateinischer Dichter, Schriftsteller und Emblematiker.

Als Sohn des bekannten Magdeburger Predigers und Pädagogen Georg Rollenhagen erfuhr er eine ausgezeichnete Erziehung, zuerst an der vom Vater geleiteten Gelehrtenschule. Gabriel Rollenhagens hier 1602gehaltene lateinische Valediktionsrede Promulsis Magdeburgensis wurde 1620, offenbar kurz nach seinem frühen Tod, im Druck veröffentlicht. Im Jahre 1602 immatrikulierte er sich in Leipzig, wo er bis 1604juristische Studien verfolgte, die er ab 1605 an der Universität Leiden fortsetzte. Die Bekanntschaft mit Daniel Heinsius ermöglichte ihm den Zugang zu berühmten humanistischen Gelehrten wie Hugo Grotius undJoseph Scaliger.

Schon in Leipzig hatte Gabriel Rollenhagen seine oft aufgelegten, fiktiven Jndianischen Reysen veröffentlicht, die in allen Drucken von einem Anhang populärer Münchhausiaden unter dem Titel Warhaffte Lügenbegleitet sind. 1606 nach Magdeburg zurückgekehrt, gab er die wohl noch in Leiden entstandenen Juvenilia heraus. Mit einer ebenfalls oft gedruckten derben Liebeskomödie Amantes amentes, z. T. inplattdeutscher Sprache, erzielte er ebenfalls einen großen Erfolg, doch sein bleibender Nachruhm beruht auf dem Nucleus emblematum von 1611, dem prachtvollsten unter all den Tausenden von Emblembüchern der Barockzeit.

Werke (Auswahl)[Bearbeiten]

  • Amantes amentes, das ist ein sehr anmutiges Spiel von der blinden Liebe. Magdeburg 1609

  • Nucleus emblematum. Hildesheim 1985 (Ndr. d. lat. Erstausgabe v. 1611; 1613 von Crispin de Passe dem Älteren veröffentlicht in Utrecht). Dt. Übs. u.d.T. Sinn-Bilder, hrsg. Carsten-Peter Warncke. Dortmund 1983

  • Vier Bücher wunderbarlicher biss daher unerhörter und ungleublicher Jndianischer Reysen. Bötcher, Magdeburg 1603 (Digitalisat und Volltext im Deutschen Textarchiv)

Ndr. d. Ausg. 1605 hrsg. v. Gerhard Dünnhaupt. Stuttgart 1995. ISBN 3-7772-9424-1

 

Gabriel Gabriel Rollenhagen , y compris: Rollenhagius (* 22 Mars, 1583 à Magdebourg , † 1619  ? à Magdeburg ) était un Allemand et latins poètes , écrivains et Emblematiker .Comme le fils du célèbre prédicateur et enseignant Magdeburg rôle George Hagen il a appris une excellente éducation, d'abord à l'école de chercheurs dirigée par le père. Gabriel rôle Hagens ici en 1602 a tenu latine Valediktionsrede Promulsis Magdeburgensis était en 1620 , publié dans la presse, apparemment peu de temps après sa mort prématurée. En 1602 , il se inscrit à Leipzig, où il resta jusqu'en 1604 études juridiques poursuivi, il partir de 1605 à l' Université de Leiden continué. La connaissance avec Daniel Heinsius lui a permis d'accéder aux célèbres humanistes savants tels que Hugo Grotius et Joseph Scaliger .

Déjà à Leipzig Gabriel rôle Hagen avait son souvent émis fictive Jndianischen Reysen publié, dans tous les tirages en annexe populaire Münchhausiaden sous le titre mensonges Warhaffte sont accompagnés. 1606retourné à Magdebourg, il a probablement été causé plus de souffrance dans juvenilia sur. Avec un aussi souvent imprimés rugueuses comédie romantique amentes Amantes tels. T. bas allemand langue, il a également obtenu un grand succès, mais sa renommée durable est basé sur le noyau Emblematum de 1611 , la plus belle parmi tous les milliers de livres emblème de la période baroque.

Travaux (sélection) [ modifier ]

  • Amantes amentes, ce est un jeu très gracieuse de l'amour aveugle. Magdeburg 1609

  • Nucleus Emblematum . Hildesheim 1985 (d Ndr latine édition v 1611; .... En 1613 par Crispin de Passe l'Ancien publié dans Utrecht ). Dt. UBS. UDT sens-images , éd. Carsten-Peter Warncke. Dortmund 1983

  • Quatre livres wunderbarlicher donc mordaient scandaleux et ungleublicher Jndianischer Reysen. BOTCHER, Magdeburg 1603 ( texte numérisé et plein de Text Archive allemande )

Ndr. D. Ed. 1605 éd. v. Gerhard Dünnhaupt . Stuttgart 1995e ISBN 3-7772-9424-1

http://diglib.hab.de/drucke/21-2-eth-2/start.htm

 

Ortelius Map No. 31

 

Title: "Cum priuilegio Imp. et| Belgico, ad decennium". CAR:|PETANI:|Æ PARTIS | DESCR. | "1584" - "Vardulorum, sive" | GVI:|PVSCOAE | REGIONIS | TYPVS. - [Cadiz Vrbs] HANC INSVLAM | PERLVSTRABAT, | ET SVA MANV DE:|PINGAT GEOR:|GIVS HOEFNAGLI:|VS ANTVERPIAN. | BELGA. | "Dum extendar".

[With an Imperial and Belgian Privilege for ten years. Depiction of a part of Carpetani 1584 - A Map of the Varduli or the region of Guipuscoa - The City of Cadiz. This island has been explored and drawn in his own hand by Georgius Hoefnaglius of Antwerp, Belgium, as it presents itself.]

(Top left:) "Glycerisæ maximus | hic proventus" [Here is a great supply of glycerine.] Top left: "Leganes. Separum | hic magnus | prouentus". [Leganes. Here are many hedges.]

(Top left:) "Torejon. | Salsamentorum pis:|cium emporium". [Torejon, a market for salted fish.]

(Top left:) Esqujvias|nobiliß.hinc|vinum. [Esqujvias. The wine from here is excellent.]

(Top left:) "La mar. pis:|cina est". [La mar. This is a swimming pool.]

(Top left centre:) "Hic multa antiqua | monumenta effodiuntur". [Here many ancient monuments are dug up.]

(Lower left centre:) "Hic olim fuiße | vrbem, indicant|ruinæ ingentes". [Here was once a city, as extensive ruins indicate.]

(Centre:) "Ocaña. Olcades hic olim habitas:|se credit Nebrißensis". [Ocaña. Here lived the Olcades once, as Nebrißensis believes.]

(Centre:) "Puntal. Hic saburram exonerant | naues sal recepturæ". [Puntal. Here ships ballasted with sand load salt.]

(Bottom centre:) "Nobilißima Hispaniæ | vina hic nascuntur". [Here grow the most noble wines of Spain.]

(Bottom centre:) "Torres de | Hercules: Almedraua. Hic thynno:|rum captura a Calendis | Maij ad XVII. vsque|Calend. Iulij". [Almedrava near the pillars of Hercules. Here they catch tuna fish from the 17th of May until the beginning of July].

Plate size: 392 x 488 mm. For sizes of each map, see below. Three maps on one plate.

 

Cartographic sources: very accurate source of unknown nature. The names of Carolus Clusius and Georg Hoefnagel have been suggested (Meurer p. 89).

 

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d) En 1635, Georges Wither compose des distiques en anglais pour les plaques gravées de Crispin van Passe et publie A collection of emblemes, ancient and moderne quickened with metricall illustrations, both morall and divine : and disposed into lotteries , Henry Taunton, London. Emblème Withers 1635 :

Till God hath wrought us to his Will

The Hammer we shall suffer still.

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https://archive.org/stream/collectionofembl00withe#page/16/mode/2up

 

 

.e) En 1675, Romano Müller intègre cette devise dans une prière de son Sympatheticae Orationes Christo Homini Deo, Salzbourg, page 126.

f) En 1683, on retrouve cette devise citée par le pére jésuite Claude-François Menestrier dans son Les Devises des princes,...ou La Philosophie des images, composée d'un ample recueil de devises , page 96 :   "Dum extendar : Pourvû que je m'étende, pour une personne résolue à souffrir pourvu qu'elle pût avancer". 

Dans ce recueil, les devises sont regroupées par thèmes, et celle-ci figure dans le chapitre " Les Forges, Fournaises, et le fer dans le feu, ou sur l'enclume". La figure de la lame de fer frappée sur l'enclume suscite les devise In melius vertet, "Il lui fera prendre une meilleure forme", Non sine fabro, "Rien sans le forgeron", Vis contuso major "Plus on le bat, plus il a de force", Quanto battuto piutanto piu indura "Il s'endurcit plus il est battu",  Rubigo consummitur "ainsi s'en va la rouille", et pour une barre de fer qu'on trempe toute ardente, Firmius ad opus " Elle sera plus forte pour agir.". Toutes ces devises illustre  l'endurance et la vertu renforcée par l'adversité. Mais la même figure peut être utilisée dans un sens presque inverse : Format vertis in omnes, "pour lui donner la forme qu'on veut".

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En définitive, la devise initiale de Hoefnagel possède bien plus de vigueur et d'à propos que les reprises qui en sont faites par Rollenhagen et de Wither dans un sens religieux différent. Chez Hoefnagel, les souffrances ne sont pas envoyées par Dieu pour éprouver le fidèle, mais elles sont affrontées par l'artiste et par le savant en butte avec l'ignorance, la bêtise et la méchanceté : selon la grande pensée humaniste depuis Érasme, c'est par l'éducation, par l'enseignement, par l'exemple et par la fonction pédagogique de l'image (par l'éloquence artistique à laquelle préside Mercure) que le Mal et la Bêtise seront combattus. Combattants de première ligne, les imprimeurs, les éditeurs, les cartographes et topographes, les poètes et les artistes, se serrent les coudes, dans une émulation et un encouragement mutuel. 

L'image dans laquelle il se peint lui-même comme un clou se fortifiant et se forgeant le caractère sous les coups reçus doit être placée dans un corpus morcelé dont les fragments, réunis, définissent une pensée humaniste et néo-stoïque associant la vertu (virtus romaine), l'endurance, l'opiniâtreté face aux adversités, aux valeurs évangéliques où le Christ confronté aux bourreaux sert de modèle.

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UN CORPUS ICONOGRAPHIQUE ET LE CONTOUR D'UNE PENSÉE.

J'ai déjà signalé ces indices, ces emblèmes dispersés dont l'assemblage fait sens. Ce sont :

-En 1563, à Séville, le dessin d'un mari cocu qui doit endurer la honte publique d'une punition exemplaire.

- Dans la même gravure, le dessin des taureaux de l'abattoir qui doivent affronter les dogues et les employés armés de piques.

-En Angleterre en 1569, le recueil Patientia destiné, non à la publication, mais à son ami Radermacher afin de l'aider à supporter l'exil et les difficultés que lui valent sa  confession calviniste. Son titre est "Traité de la Patience, Par Emblêmes Inventées et desinées par George Hoefnagel à Londres, L’an 1569". Ses 24 dessins accompagnés de poèmes en flamand  sont autant de situation, où les protagonistes doivent, avec patience, attendre des jours meilleurs et endurer leur sort avec confiance.

- Dans le Missale Romanum (1581-1590), le folio 332 du Second Dimanche après Pâques où le parallèle est établit entre, en haut, la Passion du Christ, et, en bas un clou fiché en terre servant de perchoir au Hibou d'Athena /Minerve tandis que deux serpents s'y enroulent pour former un caducée de Mercure.

- Dans le Missale Romanum,  la page de la Messe des défunts, où Hoefnagel représente sa propre tombe sur lequel un clou est planté, servant là encore d'axe à deux serpents affrontés, alors que le Hibou de la sagesse de Minerve est posé sur une pelle voisine.

- Dans le Schriftmusterbuch (1594-1598) folio 20, la reprise en autoportrait d'une gravure de Dürer où un hibou est confronté à l'agressivité de quatre autres oiseaux : Hoefnagel lui fait tenir un caducée, dont l'axe est un pinceau, et deux serpents ouvrent leur gueule en dessous. 

- l'Allégorie de l'amitié envers Abraham Ortelius, (1593), où est repris la figure en autoportrait du hibou tenant un pinceau-caducée aux deux serpents, avec l'inscription Ars neminem habet osorem nisi ignorantem "L'art n'a pas d'autre ennemi que l'ignorance". Cette devise exprime la même chose que la figure du clou Georgius frappé par l'Âne Bêtise et la Méduse Malfaisance.

En explorant son œuvre, je retrouve bien d'autres exemples dans lesquels Hoefnagel a placé des clous (barrant le monogramme G de Georgius par exemple), des serpents agressifs, des hiboux patients, ou des citations exhortant à l'endurance face aux épreuves. Le contexte est à chaque fois différents, comme chez un créateur sachant décliner son thème principal en mille facettes qui se renvoient leurs reflets et leurs résonances. Le but de cet article est de faire partager le plaisir éprouvé lorsque, comme Marcel reconnaissant la petite phrase de Vinteuil, on jubile de déceler ces clins d'œil à peine cachés par Hoefnagel.

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CONCLUSION.

  Partant de son esquisse dessinée lors de sa visite à la Solfatare, Hoefnagel crée d'abord une miniature où il anime le paysage, placé en arrière plan, par des personnages princiers qui n'ont pas l'air de prendre conscience de la leçon de Vanité que leur donne ce site, où pèse le risque d'un ébranlement sismique majeur et où l'histoire parle de temples engloutis. Puis, par sa gravure du Civitates Orbis Terrarum, il ajoute un cadre doré dont la visée dépasse celle d'une signature par jeu de mot sur Nagel, "clou". De manière plus ambitieuse et novatrice, il fabrique un réel appareil de vision où les fumerolles, la terre blanchie et l'eau brûlante et noire de l'Antre de Vulcain (Forum Vulcani) le dieu forgeron des volcans, du métal et du feu servent de décor aux marionnettes princières au luxe dérisoire, tandis qu'un cadre doré, comme l'enseigne d'un maréchal-ferrant, s'orne de fers à cheval. La cohérence vis-à-vis du thème principal qui est celui du Feu et du monde souterrain, est ici totale, et cette cohérence n'est pas brisée par le motif emblématique du clou allongé sur l'enclume. Au contraire, le spectateur déjà ébranlé par les sombres perspectives du lointain est conduit à partager la réflexion métaphorique de l'artiste qui se présente comme battu par la Bêtise et par le Mal, mais enrichi, endurci et grandi par les coups reçus. C'est le Monde qui devient une forge, c'est  l'existence qui devient un feu, ce sont les épreuves qui apparaissent comme des coups de marteau, et ce sont les Vices qui sont les forgerons. On passe ainsi d'un discours digne de l'Ecclésiaste ou de Bossuet sur la Vanité et la Mort à un discours stoïcien sur la nécessité de "sculpter sa propre statue"* (ici, "forger son clou"). La visite touristique d'un site réputé des Champs Phlégréens de Naple devient ainsi l'occasion de l'un de ces exercices spirituels dont Pierre Hadot (La Philosophie antique) a montré qu'ils étaient communs au stoïcisme, au néoplatonisme et à l'épicurisme.

*"Ne cesse pas de sculpter ta propre statue jusqu'à ce que l'éclat divin de la vertu se manifeste." Ennéades, I, 6, 9 Plotin.

Si l'observateur reste assez longtemps devant la gravure, s'il sépare mentalement les trois parties Cadre / Marionnettes /Décor comme si un éclairagiste les illuminait successivement, s'il imagine Vulcain au travail, s'il s'identifie au clou, s'il revient à la tête de l'âne pour constater qu'il a une gueule bien sympathique, s'il ré-examine Méduse et sa poitrine qui fait pitié, cette dispersion des idées lui permettra peut-être  de considérer la scène emblématique bien autrement  : 

L'Âne et la Vieille échevelée qui frappe l'artiste couché sur l'enclume sont-ils les Autres, ses ennemis, les Catholiques de l'Inquisition, les Espagnols, les Intransigeants de tout poil, ou bien ne sont-ils pas les représentants  de sa propre Bêtise et de sa propre tendance au Mal ? N'est-il pas pire épreuve que la reconnaissance de ces deux Bêtes en soi, et n'est-il pas plus amère mais plus grande victoire que cette reconnaissance? Si on partage cette lecture de l'emblème d'Hoefnagel, le Dum extendar prend un sens infiniment plus profond que dans les Emblemata confits de moraline. C'est en moi-même que le brave âne mange ses chardons, en moi encore qu'une part gorgonéenne que je ne peux fixer du regard  fait siffler ses serpents, mais chaque coup qu'ils me portent affine ma pointe, agrandit ma conscience et endurcit ma tête, pour peu que je les détecte. "Pourvu que j'en grandisse". Rien n'étant pire, bien-sûr, que d'ignorer leur présence.

 

Hoefnagel procède donc à une ré-élaboration du souvenir, et les gravures du Civitates ont un autre rôle que celui d'un guide géographique, touristique ou économique : elles acquiert un statut narratif et dramatique par lequel Hoefnagel dresse, planche après planche, les scènes d'un théâtre singulier dans lequel il révèle (tacitement) un travail psychique intérieur. Un bestiaire et un arsenal d'accessoires se mettent en place,  dont chaque animal, chaque article va devenir un Personnage qui sera reconnu plus tard. Neutre s'il est considéré sur une seule planche, il acquiert une identité propre par l'histoire qui se raconte au fil des planches. Dans la première enluminure connue, celle de Séville en 1573, la chouette, le caducée, le singe, l'escargot, la lampe (bougeoir), le brûle-parfum, la rose tiennent leur premier rôle à coté de Minerve et de Mercure. Dans l'enluminure de la vue de la Solfatare de 1578, le clou et le serpent font leur entrée, comme le chardon et la ronce. Le corpus d'inscription, toujours riche chez Hoefnagel, fait office de didascalie. 

  

SOURCES ET BOITE A LIENS.

 

— Sur Hoefnagel, voir : http://www.lavieb-aile.com/2015/03/ma-bibliographie-sur-joris-et-jacob-hoefnagel.html

 

CHMELARZ (Eduard)   :http://digi.ub.uni-heidelberg.de/diglit/jbksak1896/0304

FÉTIS (Édouard Louis François) 1857  Les Artistes belges à l'etranger: Etudes biographiques ..., Volume 1 page 109-110.

KROGT (Peter van der) Krogt, 2008 « Mapping the towns of Europe: The European towns in Braun & Hogenberg’s Town Atlas, 1572-1617 », http://belgeo.revues.org/11877  Belgeo, 3-4 | 2008, 371-398.

LEANDRO ALBERTI, Borgaruccio Borgarucci, Campania Felix Cumani, Terra di lavoro Descrittione di tutta l'Italia et +& isole pertinenti ad essa: nella quale ...

https://books.google.fr/books?id=tTRhAAAAcAAJ&pg=PA180-IA1&lpg=PA180-IA1&dq=leucogabi&source=bl&ots=og-EzXclGd&sig=JClS4Pr2xnF_sZKI1vPP_pCjH6s&hl=fr&sa=X&ei=DXwtVY28HIOY7gabjoFg&ved=0CCMQ6AEwAA#v=onepage&q=leucogabi&f=false

 VIGNAU-WILBERG (Thea), 2006, In Europa zu Hause, Niederländer in München um 1600 / Citizens of Europe, Dutch and flemish Artists in Munich c. 1600, Hirmer Verlag München, 455 pages, pages 252-254

— — SOURCE DES IMAGES :

—Theatrum Orbis Terrarum (1570), Abraham Ortelius :

- Gallica : édition de 1603 : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b550061290/f1.image

- Carte de Cadix 1584  : http://gallicalabs.bnf.fr/ark:/12148/btv1b550061290/f114.zoom

 

— Civitates Orbis Terrarum (1572-1617)

-- http://historic-cities.huji.ac.il/mapmakers/braun_hogenberg.html

-- Civitates vol. i : http://bdh-rd.bne.es/viewer.vm?id=0000001344

-- Civitates version allemande vol. 3 1582 Heidelberg http://digi.ub.uni-heidelberg.de/diglit/braun1582bd3/0002?sid=f345481cb53e9f4c9764c42ec96646b3

--Planche 56 Texte :Puteoli oder des Glückseligen ; Campaniae Wollust :http://digi.ub.uni-heidelberg.de/diglit/braun1582bd3/0126?sid=f345481cb53e9f4c9764c42ec96646b3

--Planche n°58 :Texte : Von den Schwefelbergen in Campania / auff Lateinisch Forum Vulcani gemeinglich aber Slofataria genandt. http://digi.ub.uni-heidelberg.de/diglit/braun1582bd3/0130?sid=f345481cb53e9f4c9764c42ec96646b3

--  Institut Cartogràfic de Catalunya

-- University of South Carolina. Irvin Department of Rare Books and Special Collection :

-- sanderusmaps : http://www.sanderusmaps.com/detail.cfm?c=9244

-- Internet Culturale: http://iccu01e.caspur.it/ms/internetCulturale.php?id=mag_GEO0000246&teca=GeoWeb+-+Marciana

-- Biblioteca Riccardiana Firenze  :http://www.istitutodatini.it/biblio/images/it/riccard/10939/dida/41-10a.htm

-- Edition française du Civitates Orbis Terrarum  : National Library of Spain Biblioteca Digital Hispanica

http://catalogo.bne.es/uhtbin/cgisirsi/0/x/0/05?searchdata1=binp0000281545{001}

t. 1. Théâtre des cités du monde. Premier volume 

http://catalogo.bne.es/uhtbin/cgisirsi/6tRit3lVyR/BNMADRID/132080028/18/X001/XTITLE/a4303555

-- t. 2. Théâtre des principales villes de tout l'univers. Second volume --

t. 3.Théâtre des cités du monde  Livre troisième des principales villes du monde 1581

http://bdh-rd.bne.es/viewer.vm?id=0000069196&page=1

-- t. 4.Théâtre des cités du monde Livre quatrième des principales villes du monde. 1583

http://bdh-rd.bne.es/viewer.vm?id=0000069194&page=1

-- Theatre des Principales Villes de tout L'Univers Material cartográfico : Cinquième Volume :

http://bdh-rd.bne.es/viewer.vm?id=0000068788&page=1

 --Theatre des Principales Villes de tout L'Univers Material cartográfico : Sixieme Volume http://bdh-rd.bne.es/viewer.vm?id=0000069188&page=1

 

 

-- La Bnf possède la version française à la bibliothèque de l'Arsenal : magasin
FOL- H- 165 

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Published by jean-yves cordier - dans Hoefnagel
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6 avril 2015 1 06 /04 /avril /2015 23:20

Autoportrait de Joris Hoefnagel devant Cabeças (Andalousie) en 1565. Enquête sur le pont romain de Las Alcantarillas (Utrera).

Le Volume V du Civitates Orbis Terrarum.

En 1598 paraît à Cologne, sous la direction de Georg Braun, le cinquième volume de son Civitates Orbis Terrarum, sous le titre cette fois-ci de Urbium Praecipuarum Mundi Theatrum Quintum. Cette édition latine est suivie de sa traduction en français, le Theatre des Principales Villes de Tout L'Univers : Cinquieme Volume. Le premier volume était paru en 1572 et mentionnait Frans Hogenberg, dans les feuillets liminaires, comme graveur, mais ce n'est plus le cas pour le volume V.

Dans l'édition française, cet atlas in folio de plans, vues et profils de villes débute par une page de titre à frontispice gravé, suivi d'une préface ( "George Le Brun, de Coloigne, au lecteur debonnaire, salut." ) et d' un poème de Guillaume Sallsmannus . Les cartes sont présentées sur une double page et accompagnées d'un texte explicatif au verso. Elles sont au nombre de 69, numérotées et répertoriées par un index de six folios à la fin du tome, avec des petites notices des lieux cités. Ce sont :

n°1 : Palatium regiumin Angliae regno, 2 : Lisbone, Olisipo, 3 : Bracarae Augustae, 4 : Conimbria, 5 : Gades ab occiduis Insulae partibus, 6 : Gades, 7 : Hispalis, 8 : S. Juan del Foratche, Jerenna, 9 : Archidona, 10 : Palacios, Alcantara, Cabecas, 11 : Hardales, Cartama, 12 : Bornes, Zahara, 13 : Granata, 14 : Castri Granatensis, 15 : Toletum, 16 : Mons et Crypta, 17 : Xaintes, 18 : Pictavium, 19 : Lugdunum, Vienna, 20 : Turonum, Angiers, 21 : Cameracum, 22 : Calesium, 23 : Luxemburgum, 24 : Cochmensis et monasterii, urbium Trevirensium, 25 : Berncastellum, Manderschet, 26 : Sarburum, Palatiolum, 27 : Antwerpia, 28 : Flissinga, 29 : Herder Wicia, 30 : Otonium, 31 : Ekelenforda, 32 : Coldinga, 33 : Helsingorum, Ripae, 34 : Tundera, Oitinum, 35 : Toninga, Frisiae, Husum, 36 : Plona, 37 : Thietmarsia, 38 : Heida, Meldorpium, 39 : Visbia Gothorum, 40 : Stada, 41 : Brema, 42 : Lunaeburga, 43 : Razeburgum, 44 : Bardowicum, 45 : Bardum Pomeraniae, 46 : Wismaria, 47 : Topographia urbis Rostochii, 48 : Halla Saxonum, Hildesheimium, 49 : Praga, 50 : Suibusium, 51 : Ratispona, 52 : Lintz, 53 : Gmunda, 54 : Jaurinum Raab, 55 : Comara, 56 : Owar, Vicegradum, 57 : Strigonium Grain, 58 : Oenipontis parte orientali, 59 : Prospectus... vallis oeniponticae, 60 : Augusti apud Venetos Templi D. Marci, 61 : Caprarola, 62 : Fundi, 63 : Tarvisium, Aquapendens, 64 : Nuceria, Castellum novum, 65 : Mare Tyrrhenum..., 66 : Calatia, 67 : Gallipolis, 68 : Novae Palmae civitas, 69 : Catana.

Parmi d'autres vues d'Espagne, notamment en n°7 celle de Séville déjà étudiée ici, la planche n° 10 présente trois vues superposées, portant les noms de PALACIOS (Los Palacios y Villafranca), ALCANERILLA ( Las Alcantarillas, de l'arabe el kantara, "le pont") , et CABEÇAS (Las Cabezas de San Juan) , deux villages et un pont au sud de Séville près de l'estuaire du Guadalquivil. La planche mesure 41.5 x 55 cm, et les trois gravures mesurent respectivement 10,5 x 49 cm ; 11 x 49,5 cm et 14 x 48,5 cm.

Ces gravures monochrome ne sont colorées secondairement que dans quelques cas, par un artiste différent de l'auteur du dessin original, et le choix des couleurs lui est laissé : on ne les considérera pas, notamment dans l'étude des costumes, comme des critères "pris sur le vif" et fidèle à la réalité observée. Quelques exemples d'images trouvées en ligne le montreront.

Voici l'image disponible en ligne grâce à Sanderus Antique Maps :

http://www.sanderusmaps.com/detail.cfm?c=7330

Art.value.com

Adina Sommer 

 

 

 

 

 


Bien que, dans les deux vues supérieures du premier document, nous remarquions deux cavaliers dont l'un porte un manteau bleu et l'autre un manteau jaune, et que nous pouvons penser que ces deux voyageurs sont Joris Hoefnagel et son compagnon Nicolas de Maleperte (un jeune marchand flamand à qui est dédicacé la vue de Séville de ce volume V), ce n'est que dans la vue inférieure que nous sommes certains d'avoir affaire à un autoportrait de l'artiste en train de dessiner sur son album de croquis le paysage. 

 

Il est vu de dos, vêtu d'un manteau bleu et d'un pourpoint jaune, le col ceint d'une fraise. On croit deviner une moustache, crée sans-doute par un artefact. Il porte l'épée, arme qui était bien visible lorqu'il la brandissait dans les vues supérieures. 

 

Le dessin préliminaire, de 1565, est conservé à l'Albertina de Vienne :

 

 

 

Cabecas est un bourg de l'espagne Baetique tout proche du pont d'Alcantara, siz sur la croupe des montagnes qui s'estendent du cosét de midy iusques a Malaga, les vestiges de ses ruines font paroistre que ça esté autresfois une grande ville, aujourd'huy que les habitants de ce lieu se nourrissent des terres qu'ils cultivent, & des fruicts que la terre leur produit, comme auiis des passants qui y passent en grand nombre, tirants par ce chemin depuis Seville a Calis & a sainct Luc. Et pource que Cabecas veut dire chef, les habitants de ce lieu se glorifient de ce commun dire Non se hase nada nel Conseio del rey sesnsa cabecas, qu'ils interpretent en ceste sorte a leur avantage comme s'ils disoient que le Roy ne tient jamais son conseil sans chefs, c'est à dire, sans prudence & iugement, lesquelles vertus sont contenues dans le chef.

 

3 vues : gravures, col. ; 10,5 x 49 cm ; 11 x 49,5 cm et 14 x 48,5 cm 

trois villes ou villages espagnols : 

 

 Pl. 10

L'alguazil, de l'espagnol alguacilillo1, diminutif de l'espagnol alguacil (officier de justice) dont l'origine du mot est arabe (āl-wazir) est le « policier » de l'arène pendant la corrida. Alguacil est le nom que portaient en Espagne les agents de police qui remplissaient à la fois les fonctions d'huissier, de sergent de ville et de gendarme.

Del análisis realizado en las vistas de las ciudades castellanas de Hoefnagel y Van den Wyngaerde, podemos extraer varias conclusiones de gran interés; por un lado debemos señalar cómo los diferentes criterios de elección del punto de vista en los dos autores, han producido imágenes urbanas radicalmente opuestas: en los casos de Valladolid y Toledo la intencionada elección de Wyngaerde le permite mostrar la nueva arquitectura del siglo XVI de la ciudad, y por ello la imagen urbana resultante es mucho más moderna, más acorde con los momentos de cambio edificatorio y transformación tipológica que las ciudades castellanas atraviesan en ese momento; en Toledo la fachada Norte, la que mira hacia Madrid, experimenta los grandes cambios representados por la Puerta de Bisagra y los nuevos palacios de formas renacentistas, en Valladolid los bordes del río Pisuerga son el escenario de importantes obras palaciegas. De igual modo en Burgos apreciamos esta sensibilidad de Wyngaerde hacia las nuevas arquitecturas, pues, pese a la coincidencia del punto de vista elegido con Hoefnagel, se ve un mayor esfuerzo en la representación de las nuevas arquitecturas del XVI, que aparecen perfectamente identificables. En acusado contraste, Hoefnagel demuestra un mayor interés en la descripción del ambiente urbano y paisajístico, con la introducción de escenas pintorescas y costumbristas, que se convirtieron en una de las señas de identidad de las vistas de ciudades del Civitates Orbis Terrarum; tal vez la diversa orientación de ambos autores deba relacionarse con los distintos intereses y experiencias de los dos artistas flamencos:

L'analyse dans la vue des villes castillanes de Hoefnagel et Van den Wyngaerde, nous pouvons tirer plusieurs conclusions de grand intérêt ; d'une part il faut noter comment les différents critères de la vue dans les deux auteurs sélection ont produit radicalement différentes images urbaines: en cas de Valladolid et Toledo choix délibéré de Wyngaerde vous permet d'afficher la nouvelle architecture du XVIe siècle ville, et donc l'image urbaine résultant est beaucoup plus moderne, plus en ligne avec les temps de edificatorio de changement et de transformation typologique traverser les villes castillanes à ce moment; Toledo Façade nord, face à Madrid, subit des changements majeurs représentés par la charnière de porte et de nouvelles formes de palais de la Renaissance à Valladolid Pisuerga bords de rivière sont la scène d'œuvres grandioses importants. De même à Burgos Wyngaerde apprécient cette sensibilité à de nouvelles architectures, parce que, malgré la coïncidence de vue choisi Hoefnagel, est un effort majeur dans la représentation de nouvelles architectures XVI, qui sont parfaitement identifiable. À l'opposé, Hoefnagel montre plus d'intérêt dans la description de l'environnement urbain et naturel, avec l'introduction de pittoresque et scènes, qui est devenu l'une des caractéristiques des paysages urbains de Civitates Orbis Terrarum; peut-être l'orientation différente des deux auteurs devrait porter sur les différents intérêts et les expériences des deux artistes flamands: si Hoefnagel, encore en formation, est attiré à la plus frappante et distinguer l'Espagne des aspects de temps, concentrant ses visites en Andalousie, Wyngaerde veulent réfléchir sur l'expérience de son âge avancé l'esprit de changement qui devrait certainement la couronne de Philippe II . Gauche et la note finale inexcusable la constatation de la nature différente du travail de deux auteurs qui est venu jusqu'à nous; dessins Wyngaerde ne est jamais venu à enregistrer, préserver toute la fraîcheur d'une œuvre manuscrite, évidente dans ses notes et études partielles; dans Hoefnagel cependant, seulement connaître les perspectives des villes castillanes travers gravures, ayant perdu cette partie de la fraîcheur primitive, sans être en mesure d'établir le degré de perte de détails dans le dessin original de l'étape de gravure . Cette réflexion sur la façon dont la ville et comment 500 artistes ont offert leur image ne est qu'une approche partielle à un sujet que, dans les villes espagnoles encore nous devons offrir des surprises intéressantes. Dans Burgos le processus de construction d'une image dans laquelle la ville est identifié est paradigmatique, atteindre le point d'identification se produisent entre ce point de vue de la ville depuis le Sud et le bouclier de la ville, reliant la tradition de Caput Castellae Chef de Castille, avec les images de toits de la ville du XVIe siècle ont été établis. Compte tenu Toledo de la ville du sud deviendront les périodes ultérieures les plus répandues, sans aucun doute le plus pittoresque; Greco cependant, leur obsessions ville autour de l'année 1610, sera toujours représenter la ville du nord; une analyse de ses interprétations très singuliers de la ville nous permet d'intéressantes réflexions sur l'image de la ville que l'expérience et l'interprétation de son sens ; pas de place ici, cependant, de développer ce sujet

— HAVERKAMP-BEGEMANN, (Egbert) Las vistas de España de Anton van den Wyngaerde en Ciudades del siglo de oro español, in Ciudades del Siglo de Oro : las vistas españolas de Anton Van den Wyngaerde, ed. Richard L. Kagan (Torrejon de Ardoz)Madrid 1986, pp. 65-67.

Hoefnagel was principally interested in composing a dramlatic landscape, illustrated by local customs and dress alors que Van den Wynngarerde était concentré sur la description de l'architecture urbaine.

Kagan, Cuidades del Siglo de oro, in Cuidades, : comparaison entre Van den Wyngaerde et Hoefnagel voir page 225

E. Haverkamp-Begemann, Master Drawings 7, nr. 4 (winter 1969), p. 375 e.v., afb. 5

A. Stix (red.), Beschreibender Katalog der Handzeichnungen in der Graphischen Sammlung Albertina, Band 2: O. Benesch, Die Zeichnungen der Niederländischen Schulen des XV. und XVI. Jahrhunderts, Wenen 1928, nr. 327, afb.

G. Braun en F. Hogenberg, Civitates Orbis Terrarum etc., 1572-1593, vol. 5, fol. 10 https://rkd.nl/en/explore/images/record?query=joris+hoefnagel+sevilla&start=1 signed and dated lower centre: Depingeb: Georgius Houfnaglius / Anno 1565 :

  • inscription lower centre: non se haze nada nel / consejo del Rey senza / CABEÇAS

    Opschrift staat vermeld op rotsblok

  • Entre 1562 et 1570 le peintre et illustrateur flamand Anton van den Wyngaerde réalisée, commandée par Philippe II, plusieurs voyages en Espagne pour augmenter la topographie de ses grandes villes et villes vues. Son but était refléter fidèlement tout ce qu'il a vu et, grâce à ses compétences en tant que "géomètre" et artiste, laissant obtenu des preuves tangibles d'une importance exceptionnelle. En outre, son souci du détail nous donne une reconstruction visuelle de nombreux monuments aujourd'hui disparus ou sensiblement modifiés uniques.

Ces dessins ont finalement été dispersés dans différents musées européens et oublié, sont reproduits dans ce volume complets premiers tests accompagnés par les historiens les plus prestigieux de notre or qui ont analysé de différents points de vue: Jonathan Brown et l'étude de Richard Kagan dans le cadre des activités de Philippe II que les clients intéressés par les arts et la géographie; Haverkamp-Begemann fournit des données sur l'artiste et son art; Kagan écrit sur les villes espagnoles de l'époque; et Fernando Marias donne une introduction à l'espagnol du XVIe siècle urbanisme.

En outre, chaque vue est accompagnée d'un commentaire détaillé qui aide à comprendre le caractère unique de chaque.L'édition, conscients de la valeur documentaire de ces dessins, reproduits en grand format présente, par pop up cinq corps, de sorte que le lecteur peut se permettre une observation attentive que le même artiste a voulu donner au roi.

Non, se, haze, nada, nel, con scio, del rey , senza CABEçASDepingebat Georgius Houfnaglius – Anno 1565.

Les habitans ont pour devise, Non se haze nada nel Consejo del Rei senza Cabeças : la pointe consiste en ce que le nom de leur ville signifie la tête ou la Caboche ; comme s'ils voulaient dire que , rien ne fait au conseil du roi sans Caboche. Les délices de l'Espagne et du Portugal où on voit une descrition exacte des Antiquitez, ..par Juan Alvarez de Colmenar 1715 page 457.

Theatre des Principales Villes de Tout L'Univers Cinquieme Volume 1 atlas ([2] h. , 57 h. de lam., [8] h., [1] h. en bl.) : 59 planos grab., col ; 44 cm

Théâtre des Cités du Monde, Cologne, G. Van Kempen, 1579, 2t. En 1 vol. Bnf Res. G. 639

: Les figures apparaiseent sur près des trois quarts des cartes environ, et généralement au premier plan, par couple, par trois, ou encore par groupes, plus féminines que masculines, comme dans le recueil d'habits.(p. 263). Le graveur Hoefnagel excelle dans la mise en scène de ces contrastes. L'élégance du caballero de Jerez de la Frontera, maintenu bien droit adsn son pourpoint, ses hauts-de-chausse et sa cape courte, contraste avec la chemise, les jambes nues et le dos voûté du paysan, sous le poids du porc qu'il mène à la ville.

Guillaume Blaeu (Atlas Novus) W Blaeu et J. Blaeu, Theatrum Orbis Terrarum, Amsterdam, 1635. Les Blaeu, père et fils, éditent un premier volume en 1635 et le 6e en 1655. Plus de 600 cartes. Edition en français des quatre premiers volumes : B.U Lille, Fonds patrimonia 908 : Le Théatre du Monde ou Nouvel Atlas contenant les chartes et descriptions de tous les pais de la Terre mis en luù!mière par Guillaume et Jean Blaeu, Amsterdam, 1649.

Edition augmentée = Atlas Maior

Deux types de mise en page des figures : soit en ornementation des cartouches, soit en bandeaux latéraux, d'apparition plus tardive vers 1610 (Petrus Kaerius), epmloyé pour les cartes de continents et de pays.

Restitution « au vif »

Figures définissant l'urbanité par leurs postures, témoins d'une sociabilité de la promenade, de la conversation, de la courtoisie (dames saluées en chemin, mains tendant des fleurs, chapeau bas, mais d'une femme tenue pour marcher) , de la tendresse amoureuse, ou de la sociabilité musicale.

Edition tardives du Civitates après 1598 s'intitulent : livre V : Urbium praecipiuarum Mundi Theatrum quintum

Volume 3 (1582) : http://digi.ub.uni-heidelberg.de/diglit/braun1582bd3?sid=29bc7f0a84104ab5e3c59bd1bb15d862


Antique map with three views by Braun and Hogenberg: 
Engraved after drawings by Georg Hoefnagel. 

LOS PALACIOS Y VILLAFRANCA 

COMMENTARY BY BRAUN: "Los Palacios, a small town in Hispania Baetica, lies beside an ancient castle five miles from Seville, on the road that you take to Cadiz or San Lucar. In summer this road is so dusty that you can hardly find your way, but you need a compass like a seafarer in order not to get lost and suffocate from the great heat." 

The view shows Los Palacios, situated south of Seville on the road to Jerez de la Frontera, with its fortress complex from the Moorish era. It was conquered by Ferdinand III of Castile (St Ferdinand) in the mid-13th century. One hundred years later Peter I of Castile, called the Cruel, built an new castle on the ruins of the fortress. In the 18th century Los Palacios merged with the neighbouring commune of Villafranca de la Marisma, hence its present name of Los Palacios y Villafranca. Hoefnagel and Maleparte can be seen riding past in the foreground. 

LAS ALCANTARILLAS 

COMMENTARY BY BRAUN: "Alcántara, in Spanish Las Alcantarillas, is a place with a bridge over the Palacios marshes. [...] This bridge was built by the Romans, to make it easier to cross the wet and boggy ground, and is famed for its height and wonderfully skilful construction. On one side of the bridge stands a mosque or an old heathen temple belonging to the Moors, which is now consecrated and always closed." 

Hoefnagel's travel sketch shows Las Alcantarillas amidst marshland (Marisma) created by the Guadalquivir. The mosque (Mesquita) is visible on the far left, while the centre of the picture is dominated by the Roman stone bridge. Beyond the inn on the right is a glimpse of the large lake then still in existence. The name Las Alcantarillas derives from the Arabic "al-Qantara", meaning "bridge". In the left-hand background lies the goal of Hoefnagel and Maleparte's journey, Las Cabezas. 

LAS CABEZAS DE SAN JUAN 

COMMENTARY BY BRAUN: "Las Cabezas de San Juan is a small town in Hispania Baetica and lies very near the above-named bridge of Las Alcantarillas at the foot of the mountains that run south towards Málaga. That it was formerly a large city is still amply demonstrated by its ruined walls." 

On a hill not far from Lebrija, between Seville and Jerez de la Frontera, lies the small town of Las Cabezas de San Juan. The mountain on the left, captioned Sierras de Ronda, in fact lies substantially further away. The ruins mentioned in the text may well represent remains from the Iberian period: Hannibal built a number of defensive towers in Las Cabezas in the 3rd century BC. The artist has immortalized himself at work, seated on a rock in the foreground. (Taschen) 

Signed and dated at bottom centre: Painted by Georg Hoefnagel in the year 1565. 

Date of the first edition: 1596 
Date of this map: 1623 

Copper engraving 
Size: 36.5 x 49cm (14.2 x 19.1 inches) 

Urbium praecipuarum mundi theatrum quintum. Auctore Georgio Braunio agrippinate planche 10

Hoefnagel, Dessin préliminaire de la planche 10, autoportrait de l'artiste devant Cabeças, Albertina, Vienne (sur le site NKD)

Hoefnagel, Dessin préliminaire de la planche 10, autoportrait de l'artiste devant Cabeças, Albertina, Vienne (sur le site NKD)

Joris Hoefnagel, 1565, Cabeças (détail) Cabeças University of South Carolina. Irvin Department of Rare Books and Special Collections.

Joris Hoefnagel, 1565, Cabeças (détail) Cabeças University of South Carolina. Irvin Department of Rare Books and Special Collections.

Bien que nous disposions d'un portrait de Hoefnagel par Sadeler, datant de 1592, et bien que le peintre ait signé plus tard ses œuvres non seulement de son nom, mais aussi de rébus ou de sortes d'armoiries parlantes faisant appel au clou (Nagel en flamand), ou d'emblèmes comme le Hibou associé au Caducée, je crois qu'il ne s'est jamais représenté lui-même physiquement ailleurs que dans cette planche (si on omet les voyageurs de ses diverses planches) . Ce choix, pour un volume qui paraît alors qu'il est proche de la fin de sa vie (il meurt en 1600 ou 1601), est certainement riche de sens.

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La Nature observée "sur le vif".

Si Hoefnagel se peint face à ce paysage, c'est certainement en rapport avec la devise qu'il avait adopté dans sa vue de Séville de 1573, Natura sola Magister. L'objectif (le terme est approprié) du peintre est de copier fidélement la nature, suivant la règle qu' Antoine du Pinet avait fixé aux chorographes (ceux qui dressent des vues de ville et non des cartes) : 

  "Mais la Chorographie sert à representer au vif les lieux particuliers, sans s’amuser à mesures, proportions, longitudes, latitudes, ny autres distances Cosmographiques : se contentant de montrer seulement à l’œil, le plus près du vif qu’elle peut, la forme, l’assiette, & les dependances du lieu qu’elle depeint : comme seroyent les Fortz, Cittadelles, Temples, Rues, Colysees, Arenes, Places, Canaux, Viviers, Havres, Moles, & autres bastimens de marque qui pourroyent estre en une ville, avec le païsage d’alentour, & les traffiques d’icelle. De sorte qu’on pourra prendre la Geographie pour celle qui represente un corps en general : & la Chorographie pour celle qui espluche toutes les parties du corps, iusques au moindre poil de barbe. Antoine du Pinet, Plantz, pourtraitz et descriptions de plusieurs villes et forteresses" (Lyon, 1564), pp. 13-14.

Copier le paysage "à l'œil, le plus prés du vif qu'il peut" ..."jusqu'au moindre poil de barbe", c'est ce que veut faire Hoefnagel, et il nous en donne la démonstration en se montrant face à son sujet, comme un artiste d'atelier face à son modèle.

Pourtant, rien n'est moins "naturel", rien n'est plus construit et plus pensé que ses Vues. Pour lui, comme pour Léonard de Vinci, la peinture est une affaire cérébrale, la pittura e cosa mentale. D'une part, ses dessins réunissent dans le même cadre plusieurs anecdotes, plusieurs observations qui n'ont certainement pas eu lieu au même moment, mais qu'il a regroupé. D'autre part, ces observations sont choisies, afin de ne retenir que celles qui témoignent soit des costumes, soit des techniques professionnelles, soit de la découverte d'antiquités. Enfin, ces regroupements sont stéréotypés, ils obéissent aux exigences des attentes du public ou de la pratique des collègues. 

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Une inscription significative ?

Sur la roche sur laquelle il s'est installé, notre dessinanteur a inscrit, en imitant une épitaphe ancienne, le texte suivant  :

Non, se, haze, nada, nel, con /seio, del Rey , senza CABEÇAS / Depingebat Georgius Houfnaglius / Anno 1565.

La deuxième moitié du texte se traduit bien-sûr par "peint par Georges (Joris) Hoefnagel, Année 1565". 

La première partie serait mystérieuse si elle n'était pas expliquée dans le texte qui accompagne le dessin en son verso :

 "Cabecas est un bourg de l'Espagne Baetique tout proche du pont d'Alcantara, siz sur la croupe des montagnes qui s'estendent du costé de midy iusques a Malaga, les vestiges de ses ruines font paroistre que ça esté autresfois une grande ville, aujourd'huy que les habitants de ce lieu se nourrissent des terres qu'ils cultivent, & des fruicts que la terre leur produit, comme aussi des passants qui y passent en grand nombre, tirants par ce chemin depuis Seville a Calis & a sainct Luc. Et pource que Cabecas veut dire chef, les habitants de ce lieu se glorifient de ce commun dire Non se hase nada nel Conseio del Rey sensa Cabecas, qu'ils interpretent en ceste sorte a leur avantage comme s'ils disoient que le Roy ne tient jamais son conseil sans chefs, c'est à dire, sans prudence & iugement, lesquelles vertus sont contenues dans le chef."

Cette devise est attestée (ou reprise) en 1715 par Juan Alvarez de Colmenar :

"Les habitans ont pour devise, Non se haze nada nel Consejo del Rei senza Cabeças : la pointe consiste en ce que le nom de leur ville signifie la tête ou la Caboche ; comme s'ils voulaient dire que, rien ne fait au conseil du roi sans Caboche." Les délices de l'Espagne et du Portugal où on voit une descrition exacte des Antiquitez, .. page 457.


 

 Si on accepte de considérer que Hoefnagel n'a pas accompagné par hasard son autoportrait et sa signature de cette devise, mais qu'en se peignant au dessus de cette phrase il se l' ait approprié, on m'accompagnera peut-être dans ma proposition de l'interprèter ainsi : "Rien ne se fait dans ma peinture sans Caboche", "Rien ne se fait chez moi qui ne soit pensé". Et s'il adopta plus tard le clou comme emblème-signature, c'est peut-être aussi parce que cette "petite pièce métallique pointue,  utilisée dans les métiers du bâtiment pour fixer ou décorer" (CNRTL) est "généralement pourvue d'une tête"  (idem).

Joris Hoefnagel est né à Anvers en 1542 : il a donc alors 23 ans. Fils d'un riche diamantaire converti au protestantisme, il a reçu la meilleure éducation inspirée de l'idéal de la Renaissance, notamment lors d'un séjour à Orléans et à Bourges entre 18 et 20 ans (de 1560 à 1562). A Poitiers, il peint en 1561 la Pierre Levée, sur la voie romaine Lemonum: Un an auparavant, Gérard Mercator, Abraham Ortelius, les graveurs  Philippe Gall et Franz Hogenberg y avaient gravé leur nom, et on peut imaginer que Hoefnagel connaissait leurs travaux de cartographie et s'y intéressait ( Carte du monde de Mercator en 1538 ; planisphère de l'Europe de Mercator en 1554 ; Ortelius est inscrit comme enlumineur de cartes à Anvers depuis 1547 et a publié sa première carte, Typus Orbis Terrarum en 1564, gravée par Franz Hogenberg), mais aussi qu'en y gravant son nom, il s'inscrivait dans leur filiation. En effet, quoique cela fut une tradition pour les "Bitards" (étudiants) de Poitiers de s'y rendre et d'y grimper, les noms correspondent soit à des cartographes (dont l'auteur du Civitates Orbis Terrarum) et graveurs, soit aux camarades flamands d'Hoefnagel et de leur précepteur : "Georgius Houfnaglius, Obertus Gyfanius Buranus paedagogus 1561 Guilhelmus Mostaert 1561, Robertus van Haften 1561, Ioannes A Blõmedael, Philippus Gallius A° 1560,  Henrius Goltzius.1577, Georgius Braun Coloñ 1580, Gerardus Mercat[or] A° 1560 Johannes Sadeler, Abrahameus Ortelius, Bartholomeus xx 1569."

 

Voir J. Jarry page 125

 

Voir Sanderusmaps : http://www.sanderusmaps.com/detail.cfm?c=7669.

 

 

Hoefnagel, Pierre Levée de Poitiers, Urbium Praeipuarum Mundi Theatrum Quintum Auctore Georgio Braunio Agrippinate. Part 5. Köln, 1598 (Sanderusmaps)

Hoefnagel, Pierre Levée de Poitiers, Urbium Praeipuarum Mundi Theatrum Quintum Auctore Georgio Braunio Agrippinate. Part 5. Köln, 1598 (Sanderusmaps)

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Destiné comme ses frères à poursuivre les affaires commerciales familiales, notamment par la création d'un réseau dans les grandes villes d'Europe (les membres de sa famille seront à Londres, Hambourg, Stade, Francfort, Nuremberg,  Vienne ou Prague), il a rejoint à Séville les marchands néerlandais comme Louis de Malaperte, et devint ami du jeune Nicolas de Malaperte, avec lequel on imagine qu'il voyage en Andalousie. Mais son intérêt le porte surtout vers le dessin et la peinture, et il s'exerce depuis son séjour en France à des vues de paysage et de ville. Sa manière de procéder montre qu'il ne suit pas son inspiration, mais qu'il obéit, comme nous l'avons vu, aux règles de la chorographie. Or, l'un des principaux théoriciens de cet art, Pierre Apian (Petrus Apianus, 1495-1552, astronome et imprimeur d'Ingolstadt), a publié sa Cosmographie à Anvers en 1544 ; le folio 4r définit la Chorographie ou Topographie en opposition avec la géographie (la cartographie) comme la science qui ...

...consydere ou regarde seulement aulcuns lieux ou places particulieres en soymesmes, sans avoir entre eulx quelque comparaison, ou samblance avecq lenvironnement de la terre. Car elle demonstre toutes les choses & a peu pres les moindres en iceulx lieux contenues, comme sont villes, portz de mer, peuples, pays, cours des rivieres, & plusieurs aultres choses samblables, comme edifice, maisons, touyrs, & aultres choses samblables, Et la fin d'icelle sera acomplie en faisant la similitude daulcuns lieux particuliers, comme si ung painctre vouldroit contrefaire ung seul oyel, ou une oreille. Pierre Apian, La Cosmographie, Anvers, Grégoire, Bonte, 1544, Ière Partie, chap. I : Géographie, Chorographie et la similitude d'icelles. Bnf http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6335840k/f17.image

Une image valant mieux qu'un long discours, Apian compare la Géographie à un visage (l'ensemble de la tête vue de profil), et la Chorographie au seul œil, ou à la seule oreille de cette tête.  

 

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En Espagne, Hoefnagel a pu aussi entre en relation ou apprécier les travaux d' Alonzo de Santa Cruz ( Séville , 1505 - Madrid , 1567 ),  fils d'un riche homme d'affaires de Séville, cosmographe de la Casa de la Contratacion de Séville en 1536, cosmographe de Charles Quint puis de Philippe II. Dans son  "Livre des Longitudes"  Libro de las longitudines y manera que hasta agora se ha tenido en el arte de navegar, con sus demostraciones y ejemplos rédigé en 1554, il précise les différences entre cosmographie et chorographie.

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En résumé, le jeune fils de diamantaire Joris Hoefnagel se dépeint en 1565 face à la ville andalouse de Cabéças en tant que chorographe attentif à tracer le portrait d'une ville dans son paysage et dans la réalité anthropologique de ses mœurs. En adoptant sa devise basée sur le jeu de mot Cabeças / Caboche, il réclame pour sa peinture le statut d'œuvre intellectuelle participant à l'inventaire du Monde menée par les scientifiques depuis la Renaissance. Forme de l'imitation, comme la cosmographie, elle s'impose le respect fidèle de son modèle, la Nature, mais elle la recrée et elle l'ordonne en y inscrivant un sens. Les mêmes principes ameneront Hoefnagel, devenu peintre de cour à Munich et Innsbruck, à devenir un précurseur du "naturalisme scientifique" ou représentation scrupuleuse quasi microscopique des objets de la Botanique et de la Zoologie (insectes notamment), tout en plaçant ces objets naturels au cœur d'un réseau d'inscriptions, d'emblèmes, d'épigrammes et de références religieuses ou ésotériques qui l'amèneront à se définir comme "inventor hieroglyphicus et allegoricus". 

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J'ai terminé ma réflexion sur cet autoportrait et son inscription, mais, puisque je suis là et vous aussi, examinons les deux autres vues pour les situer géographiquement, et retrouver des éléments d'histoire.

Les trois vues ne sont pas orientées de la même façon, mais le chorographe prend soin d'indiquer les points cardinaux. 

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PALACIOS.
La premiere, celle de Palacios, est orientée ("Occidens -Septentrion") selon un axe Sud-sud-ouest / Nord-nord-ouest, soit selon l'axe Palacios-Séville. Les voyageurs viennent du sud, et donc  de Cabeças, ou du moins de Cadix par Jerez de la Frontera   puisqu'une inscription indique Camino de Cadix para Sevilla. Ils sont accompagnés d'un écuyer (à pied, brandissant une épée) et d'un soldat portant une lance. Outre un berger, une haute maison (Meson), l'église et son clocher, une croix de calvaire, et Séville en arrière-plan (Sevilla), on remarque surtout un chateau entouré de remparts. La ville correspond à l'antique Searus puis Searotinus, sur l'ancienne route  reliant les villes romaines de Gades (Cadix) et d' Hispalis (Séville).  Les musulmans la nommaient Saracatin devenu Saracatino et y établir une foretersse maure appellée Al-mudeyns ("petit village"). Elle fut conquise par Ferdinand III de Castille  dans le milieu du 13e siècle. Cent ans plus tard Pierre Ier de Castille, dit le Cruel, construit un nouveau château  ("Al Atalayuela") sur les ruines de la forteresse pour disposer d'une résidence pendant les saisons de chasse. Ce palais (palacios) est à l'origine du nom de la ville. Au début du XVe siècle, la propriété appartient au Duc d' Arcos.  Au 18ème siècle, Los Palacios a fusionné avec la commune voisine de Villafranca de la Marisma (des Marais), d'où son nom actuel de Los Palacios y Villafranca. 

Hoefnagel en donne la description suivante :

PALACIOS : "Palentia vulgairement Palacios est une petite ville de l'Espagne baetique ou Andalouse, au costé de laquelle est un château fort antique situé à cinq lieues de Séville sur le chemin qui tire en l'isle de Calis* & à Sainct Lucar**, les habitants s'entretiennent & se nourrissent du labourage, & du passage qui est fort fréquenté de ceux qui veulent aller à Labissa***, par le bas chemin, à l'entour duquel ne sont que marécages, lieux humides et aquatiques qui durent cinq lieues, que les Espagnols appellent Marisma****, si que en hyver on n'y sauroit passer, & est-on contraint de prendre le haut chemin du costé d'Alcatara & de Lubecas. Au contraire en esté le chemin est si couvert de poussière que l'on n'y peut bonnement aller, mais tout de mesme les mariniers se munissent d'un compas : pour affin qu'ils puissent mieux tenir leur route, de mesme il faut aussi que ceux qui vueillent aller par ce chemin icy, s'ils ne vueillent mourir de soif (car ce n'est pas chose nouvelle d'y voir des passants gisants morts, estouffez de l'ardeur du soleil et de soif) de prendre du vin avec soy dans des bouteilles de cuir, & les pendre à l'arçon de la selle de leurs chevaux (les Espagnols appellent ces bouteilles Borateias*****) car sur le chemin qui dure cinq lieues on n'y trouve point d'ostelerie, ce lieu estant inhabitable, en hyver à cause de l'abondance des eaux, & en esté à cause de la trop grande ardeur du soleil, & partant de lieu est tout entier desert & enfusche, voire il n'y a pas un seul arbre soubs lequel on se puisse mettre à l'ombre pour se refraischir."

* Cadix. ** Sanlucar de Barrameda, à l'embouchure du Guadalquivir, escale des galères  au XVe siècle et point de départ de l'expédition de Magellan en 1519. *** Lebrija . ****actuel Marismillas. *****Boratejos au XVIIe siècle ; voir l'espagnol Borracho.

 

ALCANERILLA

Cette vue est orientée avec le sud (meridiens) à gauche et l'ouest (occidens) à droite : l'observateur dirige donc son regard vers le sud-ouest,  entre les hauteurs de Cabeças à gauche et les marécages de Marisma à droite. On lit aussi les indications Mesquita (Mosquée), Aestuarium vulgo Marisma. Les voyageurs sont sur la route de Palacios et de Séville, Camino para Palacios y Sevilla, et se dirigent vers Cabéças. La venta désigne l'auberge. Alcantara se situerait donc à peu de distance au nord-est de Cabéças. Cette fois-ci, les voyageurs accompagnent une Espagnole qui monte sa mule en amazone. La description est la suivante :

ALCANTARA

  "Alcantara que les Espagnols appellent Alcantarilla, est un pont qui est basty dessus ces marécages de Palacios quelque peu esloingnée de la rivière de Bætis du main gauche, vers le midy en un lieu qui est haut & un peu eslevé. La magnificence de sa structure monstre que les Romains l'ont faict bastir , l'on void encore des deux costez de la plus grosse tour, les bases & chapiteaux des piliers qui estoyent de iaspe vert, lesquels ont esté transportéz en l'Eglise cathedrale de Séville pour servir d'ornement au grand autel. Ce pont qui n'a esté à autre subject basty sinon pour pouvoir passer aisement ces marécages ensemble celuy de Segovie sont grandement louez par Lucius Marineus de Séville au livre I de Reb. Hisp. Au chap. des fleuves du Royaume , & ce à cause de sa hauteur, œuvre & artifice remarquable . De l'un des bouts de ce pont est une Mosquée (Mesquita) qui estoit autresfois un temple des Mores, maintenant dédié à la religion Chrestienne qui est tousiours fermé. De l'autre bout est Venta une hostelerie, selon qu'on en void plusieurs semblables dans toutes l'Espagne. Au Royaume de Castille l'on pourra voyager deux ou trois iours sans trouver ny ville ny village, mais seulement de telles ventas ou hosteleries, où on est contrainct de se retirer pour se reposer & refraischir. Les hostes de ces quartiers & des villages & bourgs d'alentours qu'ils appellent Messones ont une correspondance par ensemble qu'ils nomment hermandat : c'est que s'il y a quelques voleurs sur les chemins qui detroussent et volent les passants, tout aussi tost qu'ils en sont advertys ils montent à cheval & en font ensemble une diligente recherche. Estant ceste louable police exactement observée, si que quasi par toute l'Espagne on peut voyager seurement en tout temps."

 

C 'est la gravure la plus intéressante sur le plan historique. Débutons par la géographie, inséparable de l'Histoire. Nous sommes ici dans ce qui est devenu aujourd'hui  le Parc Naturel du Bras Est du Guadalquivir,  l'un des bras les plus anciens de la rivière Guadalquivir , qui se ramifie pour former un marais . Cette zone humide est formée par des sédiments quaternaires où se chevauchent alluvions de gravier, de sable, de limon et d'argile, avec une ceinture de végétation naturelle. Cette région est caractérisée par de vastes zones planes et basses, où  pousse une végétation palustre et méditerranéenne. Les espèces dominantes de la végétation sont les roseaux, les "Castañuela" (Bunium incrassatum) et les joncs.

Hoefnagel a parfaitement représenté les oiseaux des marécages : quatre canards prennent leur envol, eà coté de trois échassiers.  En plus de nombreux autres oiseaux aquatiques, les espèces les plus intéressantes aujourd'hui sont le  Héron cendré et le Héron pourpré, le Blongios , les poules sultanes, les  oies , et les cigognes blanches, qui trouvent ici un lieu de repos proche des rizières voisines de Los Palacios, Puebla del Rio et Isla Mayor. Les colonies d'ardeidae , principalement de Crabier chevelu Ardeola ralloides et de hérons s'y sont établis entre les roseaux et les phragmites.dans les années 2000  existaient encore dans cet écosystème d'importantes colonies de cigognes noires , qui ont maintenant presque complètement disparues. (Wikipédia)

Après cette Sortie nature, plongeons-nous dans les cartes et dans les livres, car Hoefnagel nous offre ici un témoignage unique d'un monument d'antiquité, le Pont Romain, situé sur la célèbre Via Augusta qui reliait Cadix à ...Rome, sur 1500 km. Prévoyez le casse-croûte, la route sera longue.

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II.  ENQUÊTE SUR LE PONT ROMAIN DE LAS ALCANTARILLAS (UTRERA).

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                                                        LA VIA AUGUSTA.

J'ai largement emprunté à l'article de Pierre Sillières.

L'Andalousie, peuplée d'Ibères, a été colonisée par les Phéniciens, qui y établirent le royaume de Tartessos, (13e-6e siècle av. J.C), puis par les Carthaginois. Aux Tartessiens succédèrent, dans la basse vallée du Guadalquivir,  les Turdétans ou Turdules.

La Via Heraclea 

a précédé la Via Augusta. C'était une route historique importante qui parcourait  la péninsule ibérique depuis le sixième siècle avant JC. Elle a été utilisée principalement pour le commerce entre les colonies grecques de l'est de l'Espagne, Carthage, et les territoires de Turdetani( Bétique , Andalousie ), basé sur l'exploitation des mines de plomb argentifères de la Sierra Morena, et des mines de cuivre (Huelva), la culture de la vigne, de l'olivier et des céréales, l'élevage d'ovins, de bovins et de chevaux, et la fabrication de garum. Lire  Strabon, Géographie,III,2,9.

 

http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/casa_0076-230x_1972_num_8_1_2780

 

 Pendant la première guerre punique des Romains contre Carthage, le général carthaginois Hamilcar Barca, pour prendre le contrôle des mines,  débarqua à Cadix et établit dans le sud de la péninsule sa base d'opérations contre les Romains de 237 à 228. Les chefs turdétans Istolacio et son frère Indortes furent vaincus, torturés et crucifiés. Lors de la deuxième guerre punique, menée par son fils Hannibal, celui-ci consolide ses possessions hispaniques,et, à cette occasion, il dote la ville de Las Cabezas (alors Cvnbaria, qui frappait sa monnaie) de nombreuses tours défensives : on pense que l'une d'entre elle apparaît sur la gravure de Hoefnagel. En 204 av. J.C, les Romains s'emparent de Cadix ; Scipion l'Africain crée près de Séville la ville d'Italica pour accueillir les anciens combattants de la bataille d'Ilypa, et la voie romaine passe donc par Italica (Santiponce). 

Sous Jules César est constituée la province de la Betica, placée sous le contrôle du Sénat.  Mais ce n'est qu'en 40 av. J.C sous l'empereur Auguste que débutera vraiment l'intégration de l'Hispanie.

La navigation sur le Guadalquivir.

Le Guadalquivir était navigable jusqu'à Hispalis ( Séville) pour des navires de haute mer, jusqu'à Illipa Magna (Alcala del Rio) pour des bateaux de charge moyenne, et jusqu'à Corduba (Cordoue) et Astigi (Ecija) pour de petites embarcations. En été, le régime des basses-eaux limite les possibilités.

La Via Augusta.

Pour favoriser le déplacement des troupes (la riche vallée du Guadalquivir continuait à attirer la convoitise des tribus celtibères de la Sierra Morena et de la Meseta) et le commerce avec la métropole (vins, métaux, huile et salaisons ou garum), il fallut transformer les pistes de l'Andalousie pré-romaine et la Via Heraclea en de véritables voies de communication. 

 

"La route qui paraît avoir reçu tous ses soins fut la grande artère interprovinciale reliant Rome à Cadix par la côte méditerranéenne et la vallée du Guadalquivir. Elle passait par les plus importantes cités de l'Occident romain, Narbonne, Tarragone, Cordoue, Cadix et reliait tous les centres administratifs de la province de Bétique, Cordoue la capitale, Ecija, Seville, Cadix, les chefs-lieux de conventus. Par elle venaient les fonctionnaires impériaux et les courriers apportant ordres et nouvelles. C'était l'axe de direction et de gestion de la Bétique." (P. Sillières)

Les sources de documentation :

a) Les quatre Gobelets de Vicarello : ces quatre gobelets d'argent du Ier siècle, en forme de bornes milliaires, énumèrent sur quatre colonnes les étapes (mansiones) et les distances d'un itinéraire allant de Gadès (l'actuelle Cadix, en Espagne) à Rome en passant par le sud de la Gaule et le col de Montgenèvre. Ainsi nous savons qu'à partir de Gades, les distances étaient Distance de Gades : Ad Portum 24 milles romains , Hastam 16 M, Ugiam 27 M., Orippum 24 M., Hispalim 9 M., Carmonem 22 M., Obuclam 20 M., Astigim 15 M., Ad Aras X12 M., Cordubam 23M. 

b) L'Itinéraire d'Antonin, rédigé sous Dioclétien (IVe siècle) donne les distances de 372 itinéraires des routes romaines, dont 37 en Hispania.

 

 

c) La carte de Peutinger est une copie d'une carte du monde datant du IVe siècle (mais basée sur celle de M.V. Agrippa, ami de l'empereur Auguste. Mais elle ne peut être utilisée ici, ma partie la plus occidentale étant perdue.

Les bornes milliaires. Le nom de Via Augusta est attestée sur un milliaire de Cordoue, et sur une stèle de marbre noire conservée au Musée archéologique de Séville, datées des Flaviens en 70-90 ap. J.C.. 

"Dans la Rome antique, les bornes milliaires étaient des bornes routières en pierre généralement en forme de colonne portant une inscription et destinées à marquer les distances sur le tracé des principales voies romaines d'Italie et des provinces romaines. Comme leur nom l'indique, les distances étaient mesurées en milles romains, soit environ 1 460 mètres.

Les milliaires, le plus souvent, se présentent comme des colonnes cylindriques ou ovalisées, parfois parallélépipédiques, de calcaire, de grès, de granit ou de basalte, dont la base est cubique et en saillie pour permettre un enracinement plus solide, et dont la hauteur varie de 2 à 4 m.

Contrairement à ce que leur nom pourrait laisser croire, les bornes milliaires étaient élevées non pas de mille en mille mais simplement pour rappeler les travaux d’entretien des voies romaines, ordonnés par l’Empereur ou par le fonctionnaire placé sous son autorité." (Wikipédia)

A l'entrée de la Bétique, un Arc du Janus Augustus (attesté déjà en -2 av. J.C), portait peut-être une dédicace à l'empereur. Il se trouvait  sans doute à l'entrée ou à la sortie d'un pont franchissant le Guadalquivir non loin de Mengibar . Les distances des bornes étaient complétées depuis le Janus jusqu'à l'Océan Atlantique , Les voies de communication antiques de l'Andalousie.

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Les relais. 

Des haltes étaient aménagées le long de cette voie. Les mansiones, étapes pour la nuit, étaient éloignées de 30 à 35 milles environ (45 km) , tandis que les mutationes, simples relais pour changer de monture, se trouvaient tous les 8 à 12 milles (15 km). Les étapes — Astigi-Carmo, 35 milles; Carmo-Hispalis, 22 milles; Hispalis-Ugia, 33 milles; Ugia-Hasta Regia, 27 milles —  correspondent au rythme de la marche dans l'Antiquité.

 1) Mansiones. Le tracé de la Via Augusta étant établi avec précision, il paraît possible de fixer le site des stations romaines : Cordoue, Astigi ou Ecija (Astigi),  Carmona, Séville, Las Mesas de Asta ("Hastia Regia"), Las Torres de Alocaz  ("Ugia"), et  Cadix.

2) Mutationes. Les itinéraires antiques en mentionnent très peu; seules ont été indiquées celles qui se trouvaient dans des agglomérations importantes. Mais les relais en rase campagne, avec le plus souvent un établissement sommaire, ont été oubliés. Alors que les positions d'Ad Aras, Obulcula, Orippo et Ad Pontem ne présentent guère de difficultés, l'emplacement de Portus Gaditanus est plus controversé.

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Les ponts. 

Voie romaine de première importance, la Via Augusta comportait certainement un grand nombre de ponts pour être praticable en toutes saisons. II devait en exister sur toutes les rivières et même sur de nombreux ruisseaux car le moindre ruisselet totalement sec les trois-quarts de l'année peut, en quelques heures, devenir un dangereux torrent et couper la route. Sur la portion Cordoue-Cadix, il ne persiste que les ponts de  Cordoue ; le «Puente Viejo à sept arches sur le Guadajoz ; le pont d'Ecija ; le pont de Carmona ; le pont d' Alcantarillas qui est celui qui nous intéresse ici ;  Le pont de Suazo ; Le pont sur le Guadalmazan ; le Pont sur le Guadalete à Puerto de Santa Maria. Le pont romain de Cordoue, édifié en 45 av. J.C, doté de seize arches, est particulièrement célèbre . On notera qu'il était encadré par une porte romaine, puis maure, et sur l'autre extrémité par la Tour de Calahorra édifiée par les Almohades au XIIe siècle et dont la porte est encadrée de deux tours carrées. Cela peut fournir un élément de comparaison avec le pont fortifié que représente Hoefnagel.

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La voie   La Via Augusta est le plus souvent une route de plaine avec un tracé rectiligne sur d'assez longs tronçons: par exemple, entre Carmona et Seville, il y a 20 km de ligne droite; de même de Seville au pont d'Alcantarillas, où les rares changements de direction se font par des tournants à grand rayon de courbure. Elle est  formée de cinq couches, et était installée sur un remblai dominant les champs de 0,60 à 1 m. Cet "agger" (levée de terre)  devient même la règle dans les zones basses de la Ribera du Guadalquivir ou des Marismas, où il servait à la fois à fonder plus fermement la route et à la mettre à l'abri des eaux.  Chaussée et remblai ont une épaisseur de 1,20 m.  La largeur de la voie, bas-côtés compris, variait de 8 à 10 m mais elle diminuait sensiblement au passage des ouvrages d'art ( pont d'Alcantarillas 4 m), sur lequel deux charrettes pouvaient cependant encore se croiser .

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© Sémhur / Wikimedia Commons 

http://es.wikipedia.org/wiki/V%C3%ADa_Augusta#/media/File:Via_Augusta_map-fr.svg

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Le parcours de Cadix à Cordoue, et les distances depuis Cadix:

 Gades (Cádis) - Porto Gaditano, 22 à 24 milles  -   - Úgia (Torre Alocaz, ), 36 milles - Hasta Regia (Las Mesas de Asta) , 42 milles - Óripo (Dos Hermanas) - Híspalis (Seville) - Carmo (Carmona ) - Óbucla ou Obúlcula (La Monclova, Fuentes de Andalucía) - Colônia Augusta Firma Ástigis (Écija ) - Córduba (Córdoba)

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Son devenir.

Avec l'installation des Arabes, la Via Augusta conserva une grande importance comme liaison entre les opulentes cités de Seville et de Cordoue et comme axe des possessions musulmanes à partir de la capitale d'Al-Andalus vers le Levant et la Catalogne. Mais elle perdit son nom, les Arabes l'appelant seulement al rasif, c'est-à-dire "la chaussée construite et surélevée" .

Après la Reconquête la route conserva son nom arabe, à peine transformé en arrecife  (ou Récifé).

"Par la suite, le Sud de l'Espagne connut deux grands bouleversements politiques, l'occupation arabe et la Reconquête, qui s'accompagnèrent de modifications du réseau urbain avec, en particulier, la disparition de quelques vieilles cités comme Hasta Regia ou Ugia. Aussi la voie antique qui était adaptée au réseau urbain romain fut-elle, sur certains tronçons, abandonnée ou doublée par des chemins nouveaux.

La première partie de la voie à être délaissée fut le trajet de la Venta del Cuervo à Puerto de Santa Maria, et ceci peut-être à la fin du Califat de Cordoue ; mais, déjà, elle n'était plus beaucoup fréquentée puisque aucune réparation arabe n'y a été faite . Cet abandon précoce peut s'expliquer par un déclin rapide de la colonie romaine Hasta Regia au profit de Jerez de la Frontera. Ce tronçon est également le seul pour lequel le nom d' arrecife n'apparaisse nulle part, ni dans des documents anciens ni dans la toponymie.

Mais c'est pendant la période moderne que la Via Augusta fut la moins utilisée: entre Cordoue et Seville, les voyageurs passaient par Alcazar, Ecija, Fuentes de Andalucia, et Carmona et l'ancienne voie romaine n'était empruntée qu'en temps de pluie ; au Sud de Seville, c'était la même chose, on suivait un chemin qui traversait toutes les petites villes, Dos Hermanas, Los Palacios, Las Cabezas de San Juan, Lebrija et continuait par Jerez vers Cadix . Le moment de l'abandon se place sans doute après la Reconquête." (P. Sillières)

On déduit de ce qui précède que Joris Hoefnagel dans son séjour en Andalousie en 1563-1565 n'a du emprunter la voie romaine que lorsqu'elle rejoignait le chemin (camino) reliant les villes contemporaines.

Sous Philippe II, un chemin reliant (entre autre) Utrera et Palacios et longeant le canal de Los Presos reçut le nom de Vereda La Armada, car il fut employé par les contingents militaires rejoignant les ports d'embarcation en venant du nord de la province. Il est aussi désigné sous le nom de Cañada Real de la Armada : voir le tracé sur Google.

On parle aussi du Camino del Romano, et de Camino Real.

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La reconstitution de la Via Augusta dans le secteur parcouru par Hoefnagel.

Si nous voulons suivre Joris Hoefnagel et Nicolas de Maleperte lors du trajet pendant lequel les trois vues de Palacios, Alcanerilla et Cabeças furent dressées, il est possible d'utiliser les travaux de Pierre Sillières qui lui permirent de reconstituer l'ancienne voie romaine, l'Arrecife médiévale. 

Pour cela, il a retrouvé à la Bibliothèque du Palais Royal à Madrid douze plans au 1/220.000 environ, levés lorsque Floridablanca était surintendant des chemins c'est-à-dire vers 1785. Trois routes y figurent : la route nouvelle construite à la fin du 18e s. représentée à trait continu (actuelle N.IV), le Camino Real (Chemin Royal)  en gris, et « l'arrecife antiguo» en tirets. Mais, lorsque le tracé de la route nouvelle reprend celui du Camino Real ou de l'arrecife, c'est seulement la première qui apparaît . 

 

"De Cordoue à Cadix, la Via Augusta était une route de plaine et jamais elle ne rencontrait de grand obstacle. Après avoir quitté la plaine alluviale du Guadalquivir immédiatement au Sud de Cordoue, elle s'installait sur les terrasses du fleuve jusqu'à Séville en touchant à peine l'extrémité septentrionale des Alcores à Carmona. Ensuite de Séville à Cadix, elle empruntait assez longtemps la Ribera du Guadalquivir avant de s'aventurer dans les Marismas.

 Au Sud de Séville, il n'y a plus de relief notable: la route antique parcourait d'abord la Ribera du Guadalquivir puis rejoignait les basses collines à l'Est du fleuve. Mais elle était obligée de les quitter pour atteindre Hasta Regia (Las Mesas de Asta), puis Gades et devait alors surmonter le seul obstacle naturel, l'eau et la marée, au franchissement des bras de la Marisma , puis du Guadalete et du Cafio Sancti Pétri."

 

Le plan levé par ordre de Floridablanca qui représente l' arrecife antiguo passant par Dos Hermanas, le pont d'Alcantarillas et se dirigeant vers Las Torres de Alocaz :  la voie antique ne passait pas par Las Cabezas de San Juan. La photographie aérienne permet de corriger une légère erreur du plan de Floridablanca : la voie antique ne passait pas par Los Palacios y Villafranca mais 1 km à l'Est de cette localité. Ensuite une ligne blanche parallèle à la route nationale IV rejoint le pont d'Alcantarillas . 

"La voie romaine est bien connue, puisque le Camino y arrecife viejo de Câdiz a Sevilla est appelé calzada romana sur la carte au 1/50.000 (feuille de Dos Hermanas, n° 1.002). Elle est en fort agger au-dessus de la plaine basse. Mais elle ne passe pas dans Los Palacios y Villafranca qu'elle laisse à l'Ouest , avant de se diriger vers le pont d'Alcantarillas en restant à peu près parallèle à la route nationale IV . Après ce pont antique, leurs tracés se rejoignent et la voie romaine, comme la route actuelle, se dirigeait vers Las Torres de Alocaz en s'installant sur les basses collines à l'Est des Marismas, puis obliquant vers le Sud-Ouest, elle atteignait la Venta del Cuervo. Là, elle s'orientait nettement vers l'Ouest, tandis que la route nationale IV continue droit vers le Sud, vers Jerez. A cet endroit, réapparaissent les traces de la voie antique à travers les collines de Montegilillo, d'Espartinas et dans la Marisma de Las Mesas de Asta. Passée l'antique Hasta Regia, la voie se dirigeait vers Tabajete, rejoignait les collines couvertes de vignobles au Cortijo de Barrosillo, continuait par la gare de Las Tablas (au kilomètre 11 de la voie ferrée San Lucar- Bonanza désaffectée aujourd'hui) pour suivre enfin le Camino de Los Romanos. Elle passait entre deux étangs, puis, par le Camino del Pinillo et la Vereda de la Cereria, elle arrivait à Puerto de Santa Maria. Après avoir franchi le Guadalete, elle s'engageait sur le cordon littoral entre Puerto de Santa Maria et Puerto Real. [...] Là elle faisait sa jonction avec une autre grande voie romaine, celle de la côte méridionale 8 et ensemble, elles atteignaient Cadix en longeant la plage face à l'océan.

 

Un des intérêts de ce plan est de nous permettre de mieux nous représenter les reliefs de cette région. Là où se tient le pont d'Alcantrillas, le cosmographe a indiqué deux bâtiments : l'un est nommé V. diesa L. Oran et l'autre V[en]ta de l'Alcantarilla, qui correspond la la venta de la gravure d'Hoefnagel. Le toponyme Oran est employé par J.F. Peyron en 1778, et par Santoago Lopez en 1809, dans les deux cas sous la dénomination de Venta de Oran, sur la Camino de Ruedas.

 

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Voies  Séville-Cadix, plan levé par Floridablanca, 1785 (in P. Sillières, 1976). En rouge, position possible de Hoefnagel lors des levées des croquis.

Voies Séville-Cadix, plan levé par Floridablanca, 1785 (in P. Sillières, 1976). En rouge, position possible de Hoefnagel lors des levées des croquis.

Puis, Pierre Sillières donne un plan de sa reconstitution de la Via Augusta dans l'est du Bas-Guadalquivir. Là encore, j'y ai pointé en jaune les trois sites qui donnent leur titres aux gravures du Civitates, et en rouge la position possible d'un observateur dessinant les gravures 

Les points d'observation possibles de Hoefnagel ajoutés à une carte de P. Sillières, "La via Augusta de Hispalis à Gades"

Les points d'observation possibles de Hoefnagel ajoutés à une carte de P. Sillières, "La via Augusta de Hispalis à Gades"

Puisque nous avons planté le décor, il est temps de s'intéresser au pont d'Alcanerilla. Est-il bien connu ? Sous quel nom ? Quelle est son histoire ? . 
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                                        LE PONT D'ALCANTARILLAS.
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I. Descriptions scientifiques.
— La première description est donné par Pierre Sillières :

 Le pont d' Alcantarillas .

"Voilà le mieux conservé de tous les ouvrages d'art de la Via Augusta malgré plusieurs restaurations, la plus maladroite l'ayant, récemment, encombré d'un parapet en ciment. Pont de deux arches identiques, légèrement surbaissées, il a conservé une partie de son parement à bossage, surtout aux voussoirs de l'arche de rive gauche, qui paraît avoir été moins touchée par la grande réparation de la deuxième moitié du 18e s.. La pile médiane est très forte, sans avant-bec, mais des photographies anciennes permettent de reconnaître un oeil-de-pont. L'intrados des voûtes est formé de claveaux en parpaings et boutisses régulièrement alternés. Le profil est en très léger dos d'âne et le tablier supportait une chaussée d'environ 4 m de largeur. Outre son assez bon état, ce pont présente un autre privilège essentiel, celui d'être daté par l'inscription qui se lit encore sur la face aval de la pile centrale : AVGVSTVS PONTEM AV ...OC"

 

— Une autre description est donnée par Bonneville & al. 1991 page 154 :

 

Alcantarillas (Pont)

"Au croisement de la Vereda de la Armada et de la Vereda Real de las Cabezas de san Juan, au nord de la ligne du chemin de Cordoue à Cadix, au P.K. 578,2 et à la hauteur du P.K 32,100 de la Nationale IV de Los Palacios à Cadix, se trouve un pont romain dénommé aussi Puente de san Rafael*. Il enjambe l'Arroyo del  Salado de Morón . C'est un pont à deux arches qui fut construit pour le passage de la Via Augustia entre Orippo et Ugia. Une inscription permet de dater sa construction de l'époque d'Auguste. Il est bâti en blocs de grand appareil, l'intrado des voûtes est formé de claveaux en parpaing et boutisse régulièrement alternées. Le profil est en très léger dos d'âne et le tablier supportait une chaussée d'environ quatre mètres de largeur. Outre son assez bon état, ce pont présente une autre particularité essentielle, celle d'être daté par une inscription qui se lit encore sur trois lignes, dont la première porte la mention AUGUSTUS PONTEM. Ce pont, dont l'historique a été établi par R. Thouvenot, est encore utilisé. C'est un point stratégique important qui n'a jamais cessé de l'être."

* C'est aussi le nom du pont romain de Cordoue.

Ces auteurs décrivent aussi, à l'est du pont, la Venta de san Rafael :

« zone importante de vestiges antiques, fragments de briques et de tuiles romaines sur plus d'un hectare, briques, céramique peinte de type ibérique, et, de l'ancienne venta encore en place, une longue salle principale présentant une poutre maîtresse, soutenue par une série de voûtes reposant sur des colonnes de pierre et des chapiteaux composites de type wisigothique. L'importance de ce site, à une croisée des chemins (Vereda de la Armada et de la Vereda Real de la Cabeza de San Juan), et le long de la Via Augusta, incite à penser à une mansio plutôt qu'à une villa, dont l'occupation se serait prolongée jusqu'à l'époque médiévale. »

Il est bien entendu très tentant de la rapprocher de la Venta figurée sur la gravure de Hoefnagel. Mais on constate que ni Sillières ni Bonneville ne font allusion aux tours qui encadrent le pont sur la gravure de Hoefnagel : j'en ai conclu, à tort, qu'elles n'étaient plus visibles, même sous forme de vestiges. Mais ces auteurs ne mentionnent pas non plus la gravure du Civitates. Est-ce possible qu'ils la méconnaissent ? 

 

Ce qui semble certain, c'est que ces fortifications du pont ne datent pas des Romains, mais qu'elles ont été construites lors de la conquête par les musulmans. Je poursuis mon enquête.

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II. Les descriptions des voyageurs du XVII-XVIIIe siècle.

a) Juan Alvarez de Colemar 1741 

"On trouve un assez beau chemin de Séville jusqu'à la Venta, qu'on appelle de Récifé, qui est à six lieues ; en y allant on passe par un Bois de palmiers qui est fort agréable. Prés de là est Alcantara, qu'on appelle autrement d'un nom diminutif Alcantarilla, pour la distinguer d'Alcantara, que nous avons vue dans l'Estramadoure, est un bourg un peu élevé, où les Romains ont bâti autrefois un pont d'une structure merveilleuse, pour passer les marais de Palacios, ou plutôt le Guadalquivir. On pouvait le fermer, par les deux bouts, & aux deux cotés, d'une vieille Tour, qu'ils y ont élevée, on voit encore les piedestaux et les chapiteaux de belles colonnes de jaspe vert, qu'ils y avaient mises, & qui ont été transportées dans l'Eglise cathédrale de Séville, pour l'ornement du grand autel. Ce pont est grand & fort élevé, mais il n'est pas néanmoins comparable à celui de Ségovie, comme l'a prétendu un Géographe d'ailleurs très habile. On voit aussi dans Alcantara une vieille mosquée bâtie par les Maures, qui aujourd'hui sert d'Eglise aux Chrétiens". page 234.(les illustrations page 232 sont copiées sur les gravures de Hoefnagel).

b) J.F. Peyron, 1777-1778.

– Route Utrera-Las Cabezas- Alcantarilla- Jerez de Frontera page 235-236 :

" D'Utrera jusques à Las Cabezas, mêmes plaines que la veille [D'Ossuna à la Puebla de Cazalla et El Harrahal], mais elles sont beaucoup plus dangereuses, surtout si on voyage en hiver, par les profonds marais dont elles sont couvertes. Sur le faux rapport d'un guide, j'ai été embourbé pendant trois heures, il a fallu décharger la voiture pour pouvoir la remettre en bon chemin. Les hommes qui travailloient à la dégager, avoient de la boue jusqu'à mi-cuisse ; comme le chemin n'est pas tracé, il arrive tous les jours qu'on donne dans un bourbier, sans avoir le temps de s'en apercevoir.

Cabezas est un assez grand village, bâti sur un côteau à l'entrée d'une chaîne de montagne peu élevées. On y voit plusieurs autres ruines qui attestent que c'étoit autrefois une grande ville. La devise de ce village est : non se hace nada nel consejo del rey senza Cabezas ; il ne se fait rien au conseill du roi sans de bonnes têtes, mot qui n'est pas toujours vrai, & qi fait allusion au nom que porte le village. Après en être sorti, on trouve un chemin assez agréable tracé dans un bois ; mais l'on revient bientôt dans une triste plaine, jusqu'à la Venta de Alcantarilla, auberge isolée où il faut s'arrêter. Aux environs de cette Venta, est un petit hameau qui lui donne son nom, où les Romains avoient bâti un pont qui existe encore, pour passer le marais que forme le Guadalquivir, il se fermoit aux deux extrémités. Les portes sont surmontées de deux tours élevées ; il étoit, dit-on, orné de superbes colonnes de jaspe verd, qui ont été transportées à Séville pour décorer le maître-autel de la cathédrale.

 

A deux lieues de Alcantarilla, on perd de vue les marais immenses, qu'on a traversés pendant toute cette route, & l'on voyage das un pays fertile et bien cultivé jusqu'à Xerès de la Frontera. »

 

– Route d'été : de Cadix à Séville : Cadix -pont de Suazo – Jerèz – Lebrija – Alcantarilla -Séville :

«  C'est la route que l'on suit en été, quoiqu'elle soit plus longue d'environ deux lieues"

– Route d'hiver Jerèz -Venta Viscagna- Cabezas - Venta de Oran- Séville.

 " ...en hiver, on va de Xerès à la Venta Viscagna [Viczaina], ensuite à Las Cabezas, de là à la Venta de Oran, & après à Séville, qui est à vingt lieues de Cadix » (p. 269)

– lire : F. J. Barragan de la Rosa, 2014, Camino antiguo entre Sevilla y Jerez (puente de la Pólvora y las ventas del Río Guadaira)

c) J.A. Taschereau, 1838

"Un vilain petit endroit, nommé Los Moralès, […] A six heures du soir, il nous fallut quitter cette maison, et après une route fatigante, à travers des marais en partie desséchés, nous arrivâmes à une venta, ou auberge, située à deux cents pas de Los Cantarilla, dont elle porte le nom. Pour entrer dans ce bourg, on passe sur un pont que les romains ont construit pour traverser les marais que forment les débordements du Guadalquivir. Cette bâtisse en ciment et cailloux amalgamés, qui forment une pierre factice très dure, . A l'extrémité de ce monument, du coté du village, sont deux vieilles portes surmontées de tours fort hautes. Au sommet de l'une d'elles est une cage en fer, renfermant les débris d'une tête humaine. J'appris que c'était celle d'un brigand qui habitait ces masures, où il se réfugiait avec sa proie, et qui fut pendu et traîné sur la claie à Séville. On dit aussi que le pont, du temps des Romains".

Le bandit en question se nomme Diego Corrientes Mateos (Utrera, 1757 - Séville, 30 mars 1781), surnommé El Bandito Generoso ou El señor del Gran Poder .  C'est une sorte de Robin des Bois andalou devenu légendaire car il restituait aux pauvres ce qu'il prélevait aux riches. Prototype du héros romantique, il fut, à partir de 1778, un chef de brigands d'une rare audace combinée à une force et une vivacité d'esprit remarquable au service des pauvres. Son activité principale, dans les provinces de Séville et de Badajoz, était le vol de chevaux et de jument qu'il vendait au Portugual   Sa rivalité avec  Francisco de Bruna et Ahumada  était célèbre. Francisco de Bruna et Ahumada (31 Juillet 1719, Granada- 27 Avril 1807, Séville), le Régent de Séville, était Oidor doyen de la Real Audiencia de Séville (Auditeur, ou Juge, du Tribunal de seconde instance), adjoint au maire de l'Alcazar de Séville, membre de l'Académie Royale des Lettres, membre du Conseil des Finances et le Conseil de Castille, collectionneur et bibliophile.

La rencontre d'Alcantarillas.

Cette rivalité devint une haine féroce lorsque Diego rencontra, au pont de Las Alcantarilla qui lui servait de refuge,  le Régent qui arrivait  dans son carrosse. Diego avait juré de ne tuer personne, et accepta de laisser passer son persécuteur à condition qu'il s'abaisse à lacer sa botte gauche  ; Francisco de Bruna fut bien contraint de  s'humilier ainsi.  Après cette histoire, il offrit en 1780 cent pièces d'or à quiconque le capturerait mort ou vif. Diego, déguisé, se présenta lui-même et réclama la récompense, sous la menace et la protection de son arme. Farouchement persécuté, il fut d'abord capturé  à Cobillán (Badajoz) après une dénonciation,, mais  les gardes portugais qui tenaient le laissèrent bientôt s'échapper. Enfin, il fut découvert par une femme dans une ferme d'Olivenza (Portugal), où le Régent envoya une centaine d'hommes dirigée par le capitaine Arias pour le faire faire prisonnier. Conduit à Séville, il fut jugé et condamné à mort par pendaison le 30 mars 1781, le Vendredi Saint, sur la Plaza san Francisco . Plus tard, son corps a été démembré à la Mesa Real, près de la Porte de Camona à Séville, où se trouvait la table de décement public des cadavres des condamnés. Ses bras et ses jambes ont été fixés par des crochets et exposés en avertissement exemplaire à la vue du public. La tête fut accrochée dans une cage à l'endroit même où il avait humilié Francisco de Bruna, au pont de l'Alcantarillas, dans la tour qui porta depuis le nom populaire de Torre de Diego Corrientes.. Le tronc  fut  enterré dans l'église de San Roque. La tête y  a été retrouvée  à la fin du XXe siècle, au cours  des opérations de restauration :  un crochet était enfoncé dans son crâne.

Cf Museo del Bandolero à Ronda.

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José María Gutiérrez de Alba (1822-1897): a écrit en 1848 une pièce de théâtre, Diego Corrientes o El bandido generoso, où il écrit  : "Aquel que en Andalucía/ Por los caminos andaba/ El que a los ricos robaba/ Y a los pobres socorría." "er que robaba a los ricos y a los probes se lo daba"/" Celui qui en Andalousie/ Sur la route marchait /celui qui volait les riches / et  donnait aux pauvres" 

 

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III. Les descriptions au XXe siècle.

 

Ce pont et sa tour font l'objet de nombreuses descriptions et photographies sur le net.  Il en découle que le pont romain fut fortifié par deux tours pendant l'occupation musulmane (art mudéjar ??). Celles-ci étaient en ruine, mais debout, au XVIIIe siècle et jusqu'au XXe siècle.La tour placée au Nord-est permettait le passage du pont par une arche ouverte à sa base. En 1857, la société des chemins de fer qui construisait la ligne entre Jerez et Séville a demandé l'autorisation de démolir la tour pour en utiliser les matériaux. Une  station de cette ligne Jerez-Séville a été construite à cet endroit. Sur le plan de la ligne, on constate qu'une station de télégraphe optique était installée sur la tour restante, mais ce système a été remplacé en 1557 par le télégraphe électrique.   Au XXe siècle, elle a disparu pour permettre le passage de gros véhicules. L'autre tour, située sur le côté opposé, et qui est aujourd'hui conservée, porte le nom de Castillo de la Alcantarilla, servait comme moyen de défense pour bloquer le passage du pont. Seul le premier des deux étages est maintenant préservé et on peut  voir le début de la voûte en brique. La tour a une superficie d'environ 155 m2. Une porte  est ouverte sur la face nord-ouest, .Sur le côté nord, on voit les restes d'un bâtiment rattaché , peut-être utilisé comme corps de garde pour contrôler le passage des personnes et des marchandises lors du paiement des péages. La tour restante a été construite sur une base de blocs de pierre bien taillées, qui renforcent également les coins. Le reste est fait de terre, de cailloux et de débris de céramique. Trois marques de maçon de conception différente sont visibles, ainsi qu' un curieux croquis sur le côté ouest, que certains identifient comme une représentation du Castillo de San Marcos, El Puerto de Santa María, tandis que d'autres croient que c' est un croquis fait par le maître d'œuvre qui a dirigé les travaux. Dans les coins se trouvent les emplacements  d'environ trois mètres de haut,  des colonnes signalées comme déjà absentes au XVIe siècle. Ce pont est déclaré "Bien d'intérêt culturel et Monument historique et artistique" depuis 1931.

http://www.sanderusmaps.com/detail.cfm?c=7330

Les différents sites :

–Il faut commencer par le blog de José Luis Gonzales :

http://www.palaeohispanica.hol.es/castillos/utrera/alcantarillas/alcant-puente.html

http://www.palaeohispanica.hol.es/castillos/utrera/alcantarillas/intro2-alcantarillas.html

– puis il faut lire le récit d'une randonnée cycliste par José Manuel Oneto Mariscal : ce dernier, qui a lu l'article de Pierre Sillières,  s'attache à retrouver les traces de la Via Augusta pour créer une piste cyclable Cadix-Séville. http://blogdruta.com/2010/08/08/via-augusta-puente-de-las-alcantarillas-torre-de-los-herberos/

— Sur la suggestion de ce dernier blog, on peut visiter l'exposition en ligne  : "Andalousie, la cartographie de l'Antiquité jusqu'à nos jours" et y examiner deux cartes de 1579 et de 1606 :

http://www.bibliotecavirtualdeandalucia.es/ 

  • Hispalensis conventus delineatio Jerónimo de Chaves, Amberes, 1579. http://www.bibliotecavirtualdeandalucia.es/catalogo/exposicion/expovirtual/2_02.htm
  • Andaluziæ nova descript. Jodocus Hondius, Ámsterdam, 1606. http://www.bibliotecavirtualdeandalucia.es/catalogo/exposicion/expovirtual/2_03.htm

Sur la première carte (1579) je remarque que les marécages sont désignés comme "Aestuarium, vulgo la Maresma", qui correspond exactement à ce que Hoefnagel a écrit sur sa Vue d'Alcenarilla.

 

— Quatre photographies ici : http://www.iaph.es/imagenes-patrimonio-cultural-andalucia/thumbnails.php?album=3545

— Carte de l'I.G.N. : Puente de las Alcantarillas :  à côté de la N-IV en direction de Cadix, à la jonction avec le SE-427 en direction de Utrera

— Image Google Maps  : cliquez.

— Torre de las Alcantarillas  :http://bandamoriscautrera.blogspot.fr/p/torre-de-las-alcantarillas.html 

— http://enbuscadelhadazul.blogspot.fr/search/label/%3BCastillo%20de%20la%20Alcantarilla%3B

— Photographie des vestiges de la Tour en 1930-1940 : http://www.alhambra-patronato.es/ria/handle/10514/8165

et http://www.alhambra-patronato.es/ria/bitstream/handle/10514/8165/F-%208033.jpg?sequence=1

—Castillo de la Alcantarilla : site Monumentalnet

http://www.monumentalnet.org/andalucia/sevilla/utrera/utrera/castillo_de_la_alcantarilla.php

 

Image : http://telegrafiaoptica.wikispaces.com/Venta+de+las+Alcantarillas

 

— http://www.artehistoria.com/v2/monumentos/173.htm

 

http://www.monumentalnet.org/andalucia/sevilla/utrera/utrera/castillo_de_la_alcantarilla.php

 

http://monumentales.blogspot.fr/2011_07_01_archive.html

 

 


 

 

Les ponts romains et les ponts fortifiés.

a) Les ponts romains sont nombreux en Espagne, et   Wikipédia  en donne une liste de onze sites : 

Liste des ponts romains : http://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_de_ponts_romains

Parmi ceux-ci, certains comportaient des arcs de triomphe, et certains des temples, ces deux éléments pouvant, pour le pont d'Alcantarillas qui nous concerne, être à l'origine partielle des deux tours. C'est le cas du Pont du Diable de Martorell, sur la Via Augusta ( arc de triomphe à l'entrée gauche),  du Pont Romain de Cordoue, du Pont d'Alcantara de Cáceres,(Estrémadure, sur le Tage :petit temple romain annexe), du Pont d'Alcantara de Tolède

D'autres datent de l'époque médiévale, mais peuvent servir de point de comparaison car ils sont fortifiés, comme le Pont San Martin de Tolède

Les Romains ne fortifiaient pas leurs pont, mais au Moyen Âge, un grand nombre de ponts étaient fortifiés soit à leurs extrémités, soit sur le pont lui-même et, en France, étaient communément appelés châtelets, comme les grand Châtelet et le petit Châtelet de Paris qui gardaient la Seine. En Espagne, les exemples les plus manifestes sont les ponts de Besalú  et de Cordoue.

http://cdn.ipernity.com/126/52/91/29155291.4276785e.240.jpg?r2

Le pont fortifié  de Besalú (Catalogne) fut érigé au XIIe siècle sur le fleuve Fluvià. Il servait de péage pour entrer dans la Garrotxa pyrénéenne. 

Le Pont romain de Cordoue fut doté durant la deuxième moitié du XIIe siècle par les Almohades d'une tour défensive, la tour de la Calahorra . Elle était constituée initialement d'une porte en forme d'arc outrepassé brisé encadrée de deux tours carrées.

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RETOUR SUR LE PONT.

  Après ce long détour, retour sur les deux tours et le pont d'Alcanerilla. Je comprends désormais mieux son fonctionnement (j'ai le cerveau lent). La Tour actuellement conservée en partie est celle de gauche sur la gravure, et j'y remarque bien maintenant , à chaque angle externe, les emplacements des colonnes de jaspe, en demi-niche. Il serait interessant de retrouver ailleurs cet usage (Arc de triomphe d'Auguste à Suse). La tour y est encore intacte, avec son couronnement crénelé, et un œil-de-bœuf éclairant l'étage. Elle ne permet pas l'accès au pont, et celui-ci se fait par un escalier ou une rampe (mieux visible sur la gravure du XVIIIe Puente Romano) qui en longe la façade. En effet, le tablier est considérablement  surélevé par rapport à la route ; deux soldats y déambulent, le bas du corps dissimulé par le parapet. A l'autre extrémité, la chaussée traverse (par une autre rampe vraisemblable) la seconde tour qui est percée d'une porte voûtée. Cette tour, elle aussi dotée d'un œil-de-bœuf, est déjà, en 1565, partiellement en ruine; elle est de taille inférieure. Les deux tours n'avaient donc pas la même fonction, la première étant un corps de garde, et la seconde un arc de passage, fortifié. De meilleures compétences permettraient sans-doute de préciser si ces tours relèvent bien du style mujédar et d'une construction par les Almohades (donc antérieure à 1248, prise de Séville par les catholiques, et 1236, prise de Cordoue). D'autres recherches permettraient peut-être aussi de savoir si elles étaient destinées à controler un point de passage stratégique (point de convergence des différentes voies antique et médiévale) ou, également, à percevoir un droit de passage ou un impot. La tour de gauche était peut-être initialement percée d'une porte, car les photographies intérieures montrent un arc de plein cintre en (briques), et le comblement de l'espace correspondant par un mélange de terre.

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Les colonnes de jade sont signalées, au nombre de 850, à l'intérieur de la cathédrale de Cordoue, qui est une ancienne mosquée (Mesquita) ; dans l'église de l'Escurial, sous le maître-autel ; accessoirement à Saint-Jacques —Pilar de Saragosse—.

 

   Quoiqu'il en soit, je constate que c'est cette vue dressée par un voyageur flamand en 1565 qui me donne la meilleure compréhension du pont, de sa fonction, de sa surélévation liée aux marées et aux crues hivernales du fleuve, de son environnement naturel (oiseaux aquatiques), de son rôle d'étape grâce à la Venta proche : une fois de plus, Hoefnagel a laissé un document d'une valeur documentaire inestimable et non dépassée. Un vrai boulot de chorographe : quelle Cabeças !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Hoefnagel, Civitates V,10 : Pont d'Alcanerilla (Alcantarillas), détail. http://www.sanderusmaps.com/detail.cfm?c=7330

Hoefnagel, Civitates V,10 : Pont d'Alcanerilla (Alcantarillas), détail. http://www.sanderusmaps.com/detail.cfm?c=7330

SOURCES ET LIENS.

 


 

 


 


Sur Hoefnagel, voir : http://www.lavieb-aile.com/2015/03/ma-bibliographie-sur-joris-et-jacob-hoefnagel.html

http://belgeo.revues.org/11877 Peter van der Krogt, « Mapping the towns of Europe: The European towns in Braun & Hogenberg’s Town Atlas, 1572-1617 », Belgeo, 3-4 | 2008, 371-398.

— http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/casa_0076-230x_1976_num_12_1_2218

Via Augusta Wikipédia http://fr.wikipedia.org/wiki/Via_Augusta

— http://fr.wikipedia.org/wiki/Voie_romaine

— ALVAREZ DE COLMENAR (Juan) 1741 "Description et délices de l'Espagne et du Portugual", Annales d ́Espagne et de Portugal,  Amsterdam, II Volume 5, page 251.

 — BONNEVILLE ( Jean-Noël ),DARDAINE ( Sylvie ), LE ROUX ( Patrick), 1991 ,Belo 5. L'épigraphie: Les inscriptions romaines de Baelo Claudia in Michel Ponsich, Implantation rurale antique sur le Bas-Guadalquivir, Madrid

 — BOTREL (J.F) "Diego Corrientes ou le bandit généreux : fonction et fonctionnement d'un mythe". In : Culturas populares. Diferencias, divergencias, conflictos, Madrid, Casa de Velázquez, Editorial Universidad Complutense, 1986, p. 241-266. (cf. J. Caro Baroja, Ensayo sobre la literatura de cordel, Madrid, Ed. Istmo, Madrid, 1991, p. 9 ; C.R. : Gaceta de Antropología, Granada, n° 3 (1984), 72).

  JARRY(Jacques) 2011, Corpus des inscriptions latines et étrangères du Poitou, période Renaissance (1453-1643) et Moderne (1643-1789) Ed. Adane

https://www.academia.edu/9887890/Corpus_des_inscriptions_latines_et_%C3%A9trang%C3%A8res_du_Poitou_p%C3%A9riode_Renaissance_1453-1643_et_Moderne_1643-1789_par_Jacques_Jarry

LE ROUX ( Patrick), DOMERGUE ( Claude), 1972,  "Rapport entre la zone minière de la Sierra Morena et la plaine agricole en Guadalquivir à l'époque romaine [Notes et hypothèse]", , Mélanges de la Casa de Velázquez, Volume   8 pp. 614-622

 — LESTRINGANT (Frank) 1988, "Chorographie et paysage", in Yves Giraud Le Paysage à la Renaissance, Editions Universitaires de Fribourg Suisse https://books.google.fr/books?id=zf7lsbdiIQQC&pg=PA14&lpg=PA14&dq=chorographie+antoine+pinet&source=bl&ots=w2Ph1EXkeS&sig=8_tHcQLmDszWgAGHc0iMVfSfVh0&hl=fr&sa=X&ei=mSkqVaWrMYPxUoX4gNAG&ved=0CD8Q6AEwBg#v=onepage&q=chorographie%20antoine%20pinet&f=false

 ONETO (José Manuel) 2010, "Via Augusta : Puente de las Alcantarillas – Torre de Los Herberos.", Blog druta.com 

http://blogdruta.com/2010/08/08/via-augusta-puente-de-las-alcantarillas-torre-de-los-herberos/

—  PEYRON (Jean-Franc̜ois), 1782,  Nouveau voyage en Espagne, fait en 1777 & 1778, Londres, Paris.

 https://books.google.fr/books?id=YCBnD7uKRhcC&pg=PA269&dq=Alcantarilla+s%C3%A9ville&hl=fr&sa=X&ei=nZklVZnRNMveUbjBgfgI&ved=0CCoQ6AEwAA#v=onepage&q=Alcantarilla%20s%C3%A9ville&f=false

 PINET (Antoine Du Pinet de Noroy), 1564, Plantz, pourtraitz et descriptions de plusieurs villes et forteresses,. https://books.google.fr/books?id=znYJ3pjvTIEC&pg=PR17&dq=chorographie+antoine+pinet&hl=fr&sa=X&ei=Ni0qVc7LGoGN7Qbw84GgBQ&ved=0CEYQ6AEwBg#v=onepage&q=chorographie%20antoine%20pinet&f=false

 

 

 QUAD ( Matthias),  1604, Deliciae Hispaniae et index viatorius indicans itinera ab urbe Toleto page 51  

https://books.google.fr/books?id=YB5YAAAAcAAJ&pg=PA50&lpg=PA50&dq=borateias&source=bl&ots=sHGuEPw4y2&sig=jRofZyqzfLLVJ_rSArKu7vbqT8c&hl=fr&sa=X&ei=5d4mVduXHpHaaLePgagM&ved=0CCMQ6AEwAA#v=onepage&q=borateias&f=false

 SILLIÉRES (Pierre) 1976,  "La Via Augusta de Cordoue à Cadix (Documents du XVIII s. et photographies aériennes pour une étude de topographie historique)" , Mélanges de la Casa de Velázquez Volume   12  pp. 27-67

 http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/casa_0076-230x_1976_num_12_1_2218

— SILLIÉRES (Pierre), 1977, Prospection le long de la voie Augustia.

file:///C:/Users/Utilisateur/Documents/Dialnet-ProspectionsLeLongDeLaViaAugusta-653552.pdf

— TASCHEREAU ( Jules Antoine), 1838,  Revue retrospective, ou bibliotheque historique contenant des memoires et ...page 68 

https://books.google.fr/books?id=TwdYAAAAcAAJ&pg=PA68&lpg=PA68&dq=colonne+de+jaspe+vert+s%C3%A9ville&source=bl&ots=C_m9w_c6z1&sig=uCNJ8DPz-PW5HDnTG2WTRfAzZBc&hl=fr&sa=X&ei=ZAkoVbiGNczgarCGgfAD&ved=0CCMQ6AEwAA#v=onepage&q=colonne%20de%20jaspe%20vert%20s%C3%A9ville&f=false

— R. Thouvenot, 1940, Essai sur la province romaine de Bétique, Paris, 1940 (non consulté)

http://blogdruta.com/2010/08/08/via-augusta-puente-de-las-alcantarillas-torre-de-los-herberos/

 

— — Source des images :

Civitates : http://historic-cities.huji.ac.il/mapmakers/braun_hogenberg.html

Dessin préparatoire : Albertina, Vienna : https://rkd.nl/en/explore/images/record?query=joris+hoefnagel+sevilla&start=1

Planche du Civitates III pars 5 (1582) :

--  Institut Cartogràfic de Catalunya : http://cartotecadigital.icc.cat/cdm/ref/collection/vistes/id/572

-- University of South Carolina. Irvin Department of Rare Books and Special Collection : http://digital.tcl.sc.edu/cdm/ref/collection/braunhogen/id/109

-- sanderusmaps : http://www.sanderusmaps.com/detail.cfm?c=9166

-- Internet Culturale: http://iccu01e.caspur.it/ms/internetCulturale.php?id=mag_GEO0000246&teca=GeoWeb+-+Marciana

-- Biblioteca Riccardiana Firenze  :http://www.istitutodatini.it/biblio/images/it/riccard/10939/dida/41-10a.htm

-- Version française : National Library of Spain : Biblioteca Digital Hispanica :

Theatre des Principales Villes de Tout l'Univers Cinquieme Volume : http://bdh-rd.bne.es/viewer.vm?id=0000068788&page=1

La planche 10 : http://bdh-rd.bne.es/viewer.vm?id=0000068788&page=1

-- La Bnf possède la version française à la bibliothèque de l'Arsenal : magasin
FOL- H- 165 

 


 

 

 

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Published by jean-yves cordier - dans Hoefnagel
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6 avril 2015 1 06 /04 /avril /2015 17:59

La Vue de Séville du volume V du Civitates orbis terrarum (1598) : généralités.

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Introduction.

La Vue de Séville de Joris Hoefnagel, planche 7 du cinquième volume (1598) du Civitates Orbis Terrarum de Georg Braun, retient surtout l'attention par la peine de justice affligée à un mari trop complaisant envers les infidélités de son épouse. Mais elle peut être considérée plus largement, comme le "contexte" ou le décor de cette scène du Cornudo patiente.

On pourra se reporter pour cette étude de l'image au site

http://bdh-rd.bne.es/viewer.vm?id=0000068788&page=1

pour la gravure monochrome, et au site

http://digi.ub.uni-heidelberg.de/diglit/braun1599bd5/0044?sid=999579e6819b6d3dcdf252e7cc3f7210

pour la gravure colorée.

J'indique d'emblée la conclusion de cet article, qui lui sert de fil rouge : Hoefnagel ne s'est-il pas placé à l'endroit le plus sordide de Séville et n'-t-il pas dépeint sa face cachée et vulgaire pour faire comprendre à ses amis ce qu'il ressentait face à cette scène d'humiliation d'un mari cocu, équivalent civil des jugements de l'Inquisition sur le plan religieux? Ou pour exprimer le sentiment d'oppression des néerlandais face au pouvoir espagnol ?

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DESCRIPTION.

Cette vue comporte la vue paysagère proprement dite, vue piétonnière (à hauteur d'homme) et un appareil descriptif .

L'appareil descriptif ou "paracarte".

Il correspondrait, en critique littéraire, au paratexte.   On peut y trouver la dédicace, la signature, la date, le titre, la légende, l'orientation (rose des vents), l'échelle (pour une carte géographique mais non pour une chorographie), une légende, divers éléments décoratifs et un corpus d'inscriptions. Ici, nous avons :

1. quatre indications cardinales placées aux quatre coins, et permettant l'orientation : l'ouest (occidens) est en haut à gauche, le sud (meridiens) en bas à droite : l'observateur, placé globalement à l'est de Séville, fait face à l'ouest, mais selon ses indications, sa visée suit un axe nord-ouest. Si on s'amuse, selon les techniques de navigation marine, à placer sur une carte l'amer de la Giralda entre San Juan de Aznafarache (lettre F de la vue) et Castilleja de la Cuesta (Lettre LL), dans un rapport 2/3-1/3 comme l'artiste l'indique, l'axe de visée correspond  à un cap ouest--sud-ouest de 250 °...environ, comme s'il était assis un peu au nord... de la station de métro de San Bernardo..

2. Une dédicace à Nicolas de Malepart,dans sa partie inférieure,  faisant office de signature et de datation. J'y consacre un article à part :

http://www.lavieb-aile.com/2015/03/nicolas-de-malepert-ami-de-joris-hoefnagel-a-seville-elements-biographiques-les-vues-de-seville-par-hoefnagel-volume-v-du-civitates

3. Un cadre formé par trois lignes rapprochées, incluant un cadre inférieur pour la dédicace, et supportant un cartouche supérieur où est inscrit le titre : SEVILLA. Le blason de Séville est suspendu à ce cartouche.

4. Deux arbres latéraux (appartenant au paysage), dont deux branches longent le bord supérieur du cadre et reçoivent chacun un cartouche qui y est suspendu par son anneau. Ces cartouches portent les légendes de l'illustration. A l'extrémité de chaque branche est nouée une banderole, qui va rejoindre le cartouche centrale et s'y suspendre par un de ses trous. Elles portent l'inscription Qui non ha visto , à gauche, et non a visto maravilla, à droite.

On voit là combien Hoefnagel ne respecte pas la convention de vraisemblance entre dessinateur et spectateur, mais qu'il mélange les éléments extérieurs au paysage (cadre, cartouches, légendes, inscriptions) aux éléments naturels, dans ce qui relève à la fois de l'art de l'illusion et du trompe-l'œil, et à la fois des réflexions baroques sur les frontières floues entre réalité et fiction, réalité et rêve, ou, sur une scène théâtrale, entre la pièce qui est jouée, les didascalies, et la présence de la salle.

La devise Qui non ha visto Sevilla non a visto maravilla ("qui n'a pas vu Séville n'a pas vu de merveille") est ainsi coupée entre ce qui est censé être suspendu sur la banderole entre les arbres, dans le paysage, et le cartouche qui est extérieur au paysage.

Cela relève, dès la fin du XVIe siècle, de ce que Laurence Sterne mettra plus tard en œuvre dans Tristram Shandy, brisant les codes narratifs et rompant l'illusion référentielle, ou de ce que Cervantes introduit dans la seconde partie du Don Quichotte en effaçant les frontières du songe (sueño), de l'artifice du conteur et de la fiction, ou encore de ces  limites troublées invention, rêve, croyance et réel dont s'amusera  Pedro Calderón dans La vida es sueño (1635). Hoefnagel se moque-t-il de nous ? Non, mais il joue plutôt en virtuose des ambiguïtés de son art, et de ses capacités.

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La vue paysagère : je la diviserai en quatre registres de l'arrière plan vers le premier plan :

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1. Un arrière-plan montagneux qui fait se succéder les courbes douces de collines aux pentes marquées de bosquets, de champs et de rares habitations. Séville est dessinée depuis un point-de-vue situé en hauteur à l'est de la ville. L'observateur voit donc le Rio Guadalquivir à sa gauche (Lettre E: "rio guadalquevir") qui coule sous les hauteurs de San Juan de Aznalfarache (lettre F : "St Juan del Foratce"), puis les reliefs des localités actuelles de Tomares, Camas, et de Castilleja de la Cuesta (Lettre LL). Le fleuve qui s'écoule du nord au sud, donc de la droite vers la gauche de l'image, dessinait juste après San Juan de Aznalfarache un méandre très marqué qui compliquait la navigation, après avoir reçu les eaux du Tagarete (Lettre CC : Rio Tagarette) au niveau de la Torre del Oro, puis celle du Tamarguillo (hors image).

http://personal.us.es/alporu/fabricatabaco/tagarete_fabrica.htm

 

Sur cette carte de Séville au XVIIe s; , emprunté au site ...

 http://personal.us.es/alporu/fabricatabaco/tagarete_fabrica.htm

...la position de Hoefnagel correspond au nord du faubourg San Bernardo "arrabales San Bernardo". On y repère aussi le Quemadero Inquisicion, ainsi que l'Alcantarilla San Bernardo, qui figure sur l'illustration de Hoefnagel..

 


 

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2. La ville elle-même, encadrée à gauche de la rive gauche du fleuve, où est établie (lettre A) la sinistre Quemadero de Tablada, lieu d'exécution des décisions de justice de l'Inquisition depuis 1481. A coté, (lettre B : "Nuestra Seignora de abondanza"). Puis serpentent les murailles ouest de Séville, rythmées par leurs tours, et par leurs portes fortifiées : Postigo del Carbon, Puerta de Jerez, Puerta de San Fernando, Puerta Osario, Puerta del Carne, et Puerta de Camora, correspondant à l'aqueduc (Lettre O : "Cannos de Carmona").

Intra-muros, Hoefnagel signale les points remarquables comme la Torre del Oro (lettre G),  l'Alcazar (lettre H : El Alcaçer Casa Real), la cathédrale et la Giralda (Lettre I : La yglesia maior), l'église Santa Cruz (Lettre L : Santa Crouz) qui était une ancienne mosquée et ancienne synagogue, l'église Saint Marcos, du XIVe siècle avec son clocher-minaret mudéjar (Lettre M : St Marcos), et le couvent San Agustin (Lettre N : St Augustin)   Le point extrême de la ville, à droite, est le Couvent de la Sainte-Trinité ou Convento de la Santissima Trinitad ( lettre Q :"Ste Trinitad"), qui deviendra un couvent de Carmes.

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3. En avant des murailles de Séville, la campagne s'étend de San Elmo, à gauche, jusqu'à l'aqueduc des Caños de Camora. Ce second-plan permet de découvrir successivement :

  • Les bâtiments du Quemadero

  • Les bâtiments de "St Elmo" (Lettre C), correspondant assez bien au futur emplacement du palais de San Telmo, bâti en 1682 sur des terrains appartenant au Tribunal de l'Inquisition.

  • le pont traversant le Tagarete : l'Alcantarilla San Bernardo

  • une tour ou une fortification sur la rive de cette rivière.

  • les lavandières battant le linge sur des tréteaux au bord de l'eau,

  • en arrière de celle-ci, des barrières correspondant à la Lettre KK : Quartos

  • une route menant à une porte (Puerta de San Fernando?)

  • Les Abattoirs (Lettre K : El Mattadero).

  • Une route, sur laquelle des taureaux sont confrontés à des dogues et à des lanciers.

  • Un ruisseau contournant une propriété entourée d'un jardin avec des palmiers et des plates-bandes (ou champs) ; deux personnes s'y trouvent.

  • Le Muladar (Lettre R), sur lequel nous allons revenir,

  • Les "Cannos de Carmona" et la Puerta de Camona.

  • La route de Grenade (Lettre P, Camino para Granada), correspondant au tracé de l'actuelle A92 vers Grenade.

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AncreAncre ​4. Le premier plan, où figurent 17 personnages. 12 s'entre eux sont les protagonistes de l'exécution de justice du mari cocu (Lettre S : Execution de justicia de los cornudos patientes), et du chatiment de l'entremetteuse publique (Lettre T : execution d'alcaguettas publicas). Un article sera consacré à cette scène, dont on peut dire qu'un officier de justice, à cheval, suivi de deux assesseurs, surveillent l'exécution d'un jugement condamnant un mari cocu à déambuler en public, affublé de branches en guise de cornes, et fouetté par l'épouse volage, tandis que l'entremetteuse, enduite de miel, subi les assauts des abeilles ; la foule se moquent d'eux et font le geste de la corne.

Les autres personnages sont :

  • Une femme porteuse d'eau,

  • Deux hommes élégants en qui on s'accorde  à reconnaître Hoefnagel et Nicolas de Maleperte,

  • Deux sevillanas à voile et cape noire, portant leur chapelet, l'une tenant une rose.

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Description complémentaire. San Bernardo et le Muladar.

Ancre ​Joris Hoefnagel nous montre Séville sous un angle très inhabituel, un peu comme si un publicitaire donnait une vue d'un grand hôtel en photographiant l'entrée de service, ou une présentation touristique de Paris en montrant La Villette ou la déchetterie, ou d'une autre cité en montrant sa zone industrielle . En effet, la visée choisie nous montre les commodités de la ville, le coté par lequel elle reçoit l'eau (aqueduc) et la viande (abattoir). Les rois faisaient leur entrée par la Porte de Macarena (au nord) sauf Philippe II qui pénétra par la Porte de Goles (au nord-ouest), mais le point-de-vue le plus avantageux de Séville et presque opposé à celui qui est choisi ici, il se situe à l'ouest face à la Torre del Oro et la Torre del Plata , là où toutes les richesses du Nouveau Monde débarquaient pour enrichir l'Espagne.

Le site http://personal.us.es/alporu/fabricatabaco/tagarete_fabrica.htm signale le coté insalubre du Tagarete 

 

Este riachuelo, del que ya Spannochi decía que "tiene tan poca agua que se queda casi seco, dexando a trechos unos charcos de agua podrida y hedionda, causa de corrupción de aire y mala salud para las casas que le están vecinas..."

"Ce cours d'eau, dont  Spannochi dit  quil " a si peu d'eau qui reste presque à sec, se réduisant par périodes à quelques flaques d'eau croupie et nauséabl=onde, cause de corruption de l'air et d'insalubrité pour les maisons du voisinage" ".

L'auteur de ce site ajoute : 

La insalubridad del arroyo se debía a que, desde hacía siglos, transportaba los residuos industriales que vertían el Matadero, las curtidurías y lavaderos de lana de los barrios de La Calzada y San Bernardo, varias tahonas y la misma fundición de Artillería. Para colmo, los numerosos mosquitos que crecían durante los meses calurosos extendían, en ocasiones, el paludismo. 

"L'insalubrité du cours d'eau était liée au fait que, pendant des siècles, il transportait des déchets industriels que déversait le Matadero,les tanneries et les quartiers de lavage de laine de La Calzada et San Bernardo,  de diverses minoteries et   la [même distribution de l'Artillerie]. Pour aggraver les choses, beaucoup de moustiques  y prospéraient  pendant les mois chauds et propageaient  parfois le paludisme."

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Une ville close par ses murailles n'était pas construite au hasard, mais, dès le Moyen-Âge ou surtout au Moyen-Âge,  selon des règles d'hygiène destinées à tenter d'éviter les épidémies : les vents dominants devaient emporter les miasmes, et l'eau devait être polluée par les industries en aval de la ville. La place des cimetières et des hôpitaux tenaient compte de ces impératifs. les flux de l'air et flux des eaux  faisaient l'objet de réflexions dans le choix des implantations des structures urbaines. Parmi les activités les plus polluantes pour l'eau, les auteurs citent la tannerie et la mégisserie ; la boucherie et la poissonnerie ; la blanchisserie ; sans compter les hôpitaux et les cimetières. Les bouchers intra-muros lorsqu'ils tuaient les bêtes, le faisaient en pleine rue, et le sang ou les déchets stagnaient.

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San Bernardo.

L'est de Séville est le coté où l'Abattoir a été implanté extra-muros. Juste à gauche, nous voyons les blanchisseuses lavant le linge (et polluant ainsi le Tagarete). Mais nous  avons vu aussi  que le faubourg San Bernado  était le siège des tanneries et du lavage de la laine.

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Le Muladar.

Il suffit d'examiner la partie de l'illustration correspondant à la lettre R, Muladar, pour y dénombrer cinq cadavres d'animaux et divers ossements, tandis qu'un homme déverse un panier d'immondices, et qu'un autre y mène son âne chargé, sans-doute, d'ordures. Le mot Muladar est défini ainsi  en 1737:  El lugar o sitio donde se echa el estiercol o basura que sale de las casas. Algunos le llaman Muradal, y aunque es más conforme a su origen, por estar regularmente fuera de los muros, ya más comúnmente se dice Muladar. (Dicc. RAE Autoridades 1734) : "L'endroit où sont jetés le fumier ou des déchets venant les maisons . Certains l'appellent Muradal,  plus conforme à son origine, étant régulièrement situé en dehors des murs, mais le plus souvent Muladar ".

 Le site suivant  http://personal.us.es/alporu/histsevilla/limpieza.htm#notas est consacré au thème de la saleté de Séville au XVIe siècle (La Limpieza de Sevilla en el siglo XVI ). Il signale que la saleté de Séville intra-muros était légendaire : les activités urbaines et artisanales généraient divers déchets. Les rejets des tanneurs, des teinturiers mais aussi des bouchers, des poissonniers... stagnaient dans les rues en attendant que la pluie les emporte. Les rues de la ville médiévale étaient étroites et ne recevaient pas le soleil. Certes, à la Renaissance, sont venues  d'italie des conceptions de rues larges et droites et de perspectives aérées. Le XVIe siècle ea été le siècle d'or pour les monuments de  Séville; et les bâtiments les plus importants du centre historique datent de cette période: la cathédrale (achevé en 1506), la Lonja / Archivo de Indias (1584-1598), la Giralda (clocher et Giraldillo: 1560-1568), Hôtel de ville (1527-1564), Hôpital des Cinq Plaies (1544-1601), l'église de l'Annonciation (1565-1578), l'Audiencia, (1595-1597), la Maison de la Monnaie (1585-1587) ... Les normes esthétiques d'une nouvelle architecture urbaine permirent des ouvertures plus larges dotées de balcon contribuant à lutter contre l'humidité et à introduire le soleil dans les artères urbaines. Mais les rues étroites de Séville étaient encore pleines de piétons, de chevaux, parmi les ordures, les débris, d'excréments, etc. Il était difficile de marcher dans les rues et des commerces, bordée d'échoppes, d'auvents et des sièges portatifs.

La propreté de la ville laissait beaucoup à désirer, tant par l'absence d'un service public de nettoyage que par le comportement des habitants.  Les gens avaient l'habitude de jeter des ordures dans la rue aussi bien que les tas de fumier et les cadavres d'animaux, laissant les restes de matériaux de construction, faisant des trous sans les combler, déversant des eaux usées, etc, et les marchands laissaient les aliments invendus, notamment le poisson, sur place. Les immondices qui ne pouvaient être laissées dans les rues étaient jetées de l'autre coté des murailles, sur des emplacements délimités par des poteaux, ce qui n'empêchait pas les décharges sauvages. et le volume en était si considérable, formant de véritables buttes. Le jardin de Fernando Colon, ainsi que sa maison, ont été construit sur une ancienne décharge près de la Puerta Goles, mais l'instabilité du terrain ont conduit à l'éffondrement du terrain.

A Séville,  les flaques en hiver laissaient place, en été, à la poussière et à la puanteur. Les habitants combattaient celle-ci, dans les maisons, avec une végétation luxuriante. Peraza, le célèbre chroniqueur du temps, a pu compter jusqu'à 210 vergers et jardins, dont ceux des palais et les couvents, occupant de grandes parcelles de la zone urbaine.Le village a un total de 12 000 maisons en briques, équipées de patios, des portails et des puits; dans les chantiers ne manquent pas de pots de fleurs odoriférantes ou dans les pergolas de jasmin, rose, citron, orange, plantes de myrte et d'autres et jardins fleuris. L'eau qui parvenait des Caños de Carmona et d' un certain nombre de sources à proximité alimentait de nombreuses fontaines.

DISCUSSION.

Le point de vue que Hoefnagel a choisi pour dépeindre Séville dans l'un des derniers volumes du Civitates, 26 ans après la première Vue du Volume I (1572) se révèle très étonnant, puis qu'il correspond au cours du Tagarete, ruisseau marécageux et malsain qui recevait les émanations d'un dépotoir public (Muladar), d'un abattoir (Matadero), de tanneries et de blanchisseries : le pire endroit, ou, du moins, peut-être le plus pittoresque pour l'amateur de senteurs locales, mais le plus déplaisant. Ce choix est singulier, puisqu'il n'a été précédé ou suivi par aucun des autres peintres de Séville*, et que, plus tard, c'est la vue urbaine surplombant le pont de Triana face à la Torre del Oro (donnée par Hoefnagel dans le volume III du Civitates) qui a été copiée et mise à jour par ses successeurs.

* parmi ces peintres :

a) Pedro de Medina, 1549 qui montre l'embouchure du Tagarete dans le Guadalquivir près de la Torre del Oro et de la Puerta de Jerez, deux ponts sur le Tagarete, et la machine à mâter (el Ingenio) :

http://www.lahojadelmonte.es/vistas/mesa_sevilla.GIF

b) Ambrosio Brambilla 1585 Biblioteca Nacional de España :

http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Sevilla_Ambrosio_Brambilla.jpg

c) Anonyme, longtemps attribué à Alonso Sánchez Coello : vue de la fin du XVIe siècle http://es.wikipedia.org/wiki/Flota_de_Indias#/media/File:La_sevilla_del_sigloXVI.jpg

d) Antoine van der Wyngaerde , 1567 : vue de Séville, National Bibliotheck de Viena: le point de vue est original, puisqu'il représente le quartier de Triana et le pont sur barques de Triana, depuis Séville.

 

 

 Le site suivant  http://personal.us.es/alporu/histsevilla/limpieza.htm#notas est consacré au thème de la saleté de Séville au XVIe siècle (La Limpieza de Sevilla en el siglo XVI ). Il donne des indications sur le Muladar.  
Antoine van der Wyngaerde, 1567, Vue de Triana depuis Séville, National Bibliotheck, Vienne., in Alcazar & Moreno, http://www.uclm.es/ab/humanidades/pdfs/1314/curso_carto/Las%20vistas%20de%20Wyngaerde%20versi%C3%B3n%20para%20pdf.pdf

Antoine van der Wyngaerde, 1567, Vue de Triana depuis Séville, National Bibliotheck, Vienne., in Alcazar & Moreno, http://www.uclm.es/ab/humanidades/pdfs/1314/curso_carto/Las%20vistas%20de%20Wyngaerde%20versi%C3%B3n%20para%20pdf.pdf

 e) Séville en 1740 : http://sites.cardenalcisneros.es/ciudadarte/2012/05/

 

 

 

Mon hypothèse est que ce choix témoigne d'une volonté d'exprimer tacitement un jugement moral sur la scène principale, celle du Cornuda Patientes, et éventuellement sur la scène de tauromachie. En outre, elle peut témoigner aussi d'un revirement des sentiments de Hoefnagel, en particulier, ou des Flamands, en général, à l'égard de la ville espagnole et à l'égard de Philippe II. Il est quasiment certain que le choix de cet angle de vue aussi peu aimable, et de cet ensemble de sujets, ne relève pas du goût pour les éléments ethnographiques pittoresques (goût néanmoins prononcé chez Hoefnagel) et qu'il témoigne d'une prise de position intellectuelle.

Si c'est le cas, la devise Qui non ha vista Sevilla : non ha vista maravilla pavoisée en couronnement de la gravure devient extrêmement ironique, la "merveille" consistant, sur le plan humain, en des mœurs judiciaires inhumains (cornuda patientes), en un rappel de la cruauté de l'Inquisition (lettre A : Quemadero) et accessoirement en l'exercice de la cruauté à l'égard des animaux (Matadero), et, sur le plan urbain, en une vue des bas-fonds où pourrissent des cadavres (Muladar).

Michel Boeglin et Vincent Parello semble partager mon avis dans leur article du Lexique de l'Espagne Moderne consacré à cette gravure : http://meticebeta.univ-montp3.fr/lexique/index.php?option=com_content&task=view&id=643

Mais — et c'est un trait constant d'Hoefnagel— cette ironie et cette dénonciation inscrite dans l'image n'est pas confirmée par des éléments de certitude : seule une lecture attentive les décèle, mais l'artiste s'abrite derrière le statut de "témoin visuel neutre et objectif". Cette ambiguïté solidement construite ne peut être levée, d'autant que le texte de présentation rédigé par Georg Braun est un éloge lisse et poli de la ville, patch-work de textes d'historiens espagnols, et semblable aux descriptions en forme de dithyrambe des autres villes. En voici un extrait :

 

"Nous ne voulons ici faire mention du havre de cette ville qui est grand et large et capable pour recevoir plusieurs vaisseaux, ni de la beauté de la rivière de Baetis, ni de l'étendue et longueur de ses aqueducs, ni quelles richesses et trésors perçoivent les habitants pour les navigations qui se font tous les ans aux Indes qu'on appelle le Nouveau Monde ni avec quelle somptuosité et dépense royale l'on y prépare et accommode les vaisseaux du Roi, ni quelles et combien de marchandises et d'autres riches et précieuses choses l'on amène tous les ans en cette ville qui viennent de pays étrangers des Indes, du Brésil, d'Ethiopie, d'Arabie et d'Afrique. Nous ne voulons disie [ici] faire aucune mention de tout cela, seulement nous sortirons un peu hors de la ville de Séville pour contempler les champs d'alentour ; auxquels on trouve tant de marques et de monuments antiques que l'on tire de dehors des entrailles de la terre, que c'est une merveille à raconter, le portrait desquelles nous t'avons ici représenté en une planche à part. Le terroir des faubourgs est fertile, où il y a des métairies, des jardins plaisants et de grand profit, des vergers plantés d'oliviers si épais et touffus que le soleil en plus ardente chaleur ne les saurait transpercer ; qui fait que l'on s'y va souvent promener à l'ombrage et s'y prendre toute sorte d'ébats et de récréation. En une place toute proche de la ville se voit une grande maison appelée El Mattadero, ou par bonne police l'on tue les bœufs, les moutons et autres bêtes, la chair desquels on rend aux habitants de Séville et à ceux alentour. Au devant de cette maison il y a du plaisir de voir s'entrebattre les taureaux qui sont forts et robustes qu'on engraisse là, contre lesquels on agace de gros chiens qui devant que les assommer les mettent tellement en furie (étant sans cela déjà assez furieux et farouches) jetant du feur par leurs narines, et frappant la terre du pied, faisant sauter de sablon en l'air, se ruent d'une grande impétuosité sur ces chiens, leur présentant toujours leur front, et les offensant de leurs cornes avec si grande rudeur qu'ils les jettent en l'air bien haut, et les reçoivent avec leur cornes quand ils retombent en bas.

Finalement on peut dire tant de choses de cette belle ville, que cela a donné l'occasion au vieux proverbe commun qui dit : « Qui non ha vista Sevilla : non ha vista maravilla. Il est écrit dans un livre intitulé le Renfort de la Foi, que Ferdinand II, huitième roi de Castille considérant que la ville de Séville était l(une des principales villes de tout le monde, pour autant que c'était le magasin de la terre et de la mer, et que pour ce il souhaitait grandement qu'elle fut remise sous l'obéissance des chrétiens. Ayant donc appelé à soi Raymond Boniface qui pour lors était amiral Lui fit commandement d'accommoder des vaisseaux pour aller par mer contre ceux de Séville, lui les assaillit par terre avec une grande armée, et ainsi la ville fut faite en état de siège par mer et par terre dix sept mois durant et finalement les Sarrazins qui étaient dedans ayant été défaits fut prise l'an 1.90 le jour de S . Clément et plusieurs villes d'Espagne alentour. Le curieux lecteur trouvera une plus ample description de cette ville de Séville en l'indice de ce livre.."

 

 

SOURCES ET BOITE A LIENS.

 http://personal.us.es/alporu/histsevilla/sevillasiglo16.htm

Muladar Sevilla : http://personal.us.es/alporu/histsevilla/limpieza.htm

 http://www.sevilladesaparecida.com/2012/12/la-huerta-de-hernando-colon-y-el-zapote.html

IMAGES :

Civitates orbis terrarum :

http://fondosdigitales.us.es/fondos/libros/3415/11/civitates-orbis-terrarum-liber-primus/

Carte de Séville :

http://www.oshermaps.org/search/zoom.php?no=32.0001#img0

http://meticebeta.univ-montp3.fr/lexique/images/stories/demoimage/zoom/hoefnagel_sevilla_color_recadre.jpg

Patientia :

http://www.spamula.net/blog/i32/hoefnagel12.jpg

Ortelius, Le Théatre de l'Univers, 1587 http://www.wdl.org/en/item/8978/view/1/1/

— Civitates Orbis Terrarum (1572-1617): 

— Les six volumes (images) numérisées :

http://www.istitutodatini.it/biblio/images/it/riccard/10939/htm/elenco.htm

— Civitates orbis terrarrum, G. Braun Cologne 1572-1617 : une centaine de vues de villes sont dues à Hoefnagel. 

http://historic-cities.huji.ac.il/mapmakers/braun_hogenberg.html

——  Civitates orbis terrarum :

– Volume I (1572) : Civitates Orbis Terrarvm Köln, 1593

http://digi.ub.uni-heidelberg.de/diglit/braun1593bd1?sid=76019c283bf2f282186232215e3ae3de

ou bien vol. i : http://bdh-rd.bne.es/viewer.vm?id=0000001344

– Volume II (1575?) : Civitates orbis terrarvm (2): De Praecipvis, Totivs Vniversi Vrbibvs Liber … Köln, [1575?]

http://digi.ub.uni-heidelberg.de/diglit/braun1593bd2?sid=76019c283bf2f282186232215e3ae3de

— Volume III (1593) : Biblioteca Hispanica digitalica :http://bdh.bne.es/bnesearch/CompleteSearch.do?lengua=&text=&field2Op=AND&field1val=braun&showYearItems=&numfields=3&fechaHdesde=&field3Op=AND&completeText=off&fechaHhasta=&field3val=&field3=todos&fechaHsearchtype=0&field2=todos&field1Op=AND&fechaHen=&exact=on&advanced=true&textH=&field1=todos&field2val=1593&pageSize=1&pageSizeAbrv=10&pageNumber=2

— Volume III : version allemande vol. 3 1582 Heidelberg http://digi.ub.uni-heidelberg.de/diglit/braun1582bd3/0002?sid=f345481cb53e9f4c9764c42ec96646b3

Volume V : Civitates orbis terrarvm (5): Vrbivm Praecipvarvm Mundi Theatrvm Qvintvm: [Coloni[a]e Agrippin[a]e. 20. die Septemb. Anno M.DC.XVII.][Coloniae Agrippinae], [1599?]

http://digi.ub.uni-heidelberg.de/diglit/braun1599bd5?sid=76019c283bf2f282186232215e3ae3de

– Volume VI : Civitates orbis terrarvm (6): Theatri Praecipvarvm Totivs Mvndi Vrbivm Liber Sextvs: [Coloni[a]e Agrippin[a]e. 20. die Septemb. Anno M.DC.XVII.] [Coloniae Agrippinae], 1618

http://digi.ub.uni-heidelberg.de/diglit/braun1618bd6?sid=76019c283bf2f282186232215e3ae3de

 

 

-- Biblioteca Riccardiana Firenze  :http://www.istitutodatini.it/biblio/images/it/riccard/10939/dida/41-10a.htm

-- Edition française du Civitates Orbis Terrarum  : National Library of Spain Biblioteca Digital Hispanica

http://catalogo.bne.es/uhtbin/cgisirsi/0/x/0/05?searchdata1=binp0000281545{001}

t. 1. Théâtre des cités du monde. Premier volume 

http://catalogo.bne.es/uhtbin/cgisirsi/6tRit3lVyR/BNMADRID/132080028/18/X001/XTITLE/a4303555

-- t. 2. Théâtre des principales villes de tout l'univers. Second volume --

t. 3.Théâtre des cités du monde  Livre troisième des principales villes du monde 1581

http://bdh-rd.bne.es/viewer.vm?id=0000069196&page=1

-- t. 4.Théâtre des cités du monde Livre quatrième des principales villes du monde. 1583

http://bdh-rd.bne.es/viewer.vm?id=0000069194&page=1

-- Theatre des Principales Villes de tout L'Univers Material cartográfico : Cinquième Volume :

http://bdh-rd.bne.es/viewer.vm?id=0000068788&page=1

 --Theatre des Principales Villes de tout L'Univers Material cartográfico : Sixieme Volume http://bdh-rd.bne.es/viewer.vm?id=0000069188&page=1

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Published by jean-yves cordier - dans Hoefnagel
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4 avril 2015 6 04 /04 /avril /2015 21:06

La Vue de Séville de 1598 dans le volume V du Civitates orbis terrarum.

La Vue de Séville que Georg Braun publia dans le volume V du Civitates orbis terrarum (Cologne, 1598) est bien connue en raison de la scène que son auteur, le chorographe et miniaturiste flamand Joris Hoefnagel, avait placé au premier plan, et qui représentait la punition infligé à un mari cocu, coupable de ne pas surveiller la conduite de son épouse. C'est la scène fameuse de L'Execution de Justicia de los cornudos Pacientes.

Mais à l'arrière de cette scène, un petit détail procure aux historiens la première représentation des Abattoirs (Matadero) de Séville en 1563 et le premier témoignage sur les luttes organisées entre taureaux, dogues et porteurs de lances, soit la donnée la plus précoce sur l'histoire de la tauromachie.

Cet article s'appuie sur la carte proposée en ligne ici :

http://historic-cities.huji.ac.il/spain/seville/maps/braun_hogenberg_V_7_b.jpg

Les détails donnés en illustration proviennent de cette image.

La vue de Séville de ce volume publié en 1598 porte une dédicace qui porte la date de 1593, mais on sait qu'elle a été dessinée en 1563. Le dessin sur lequel est basé la gravure est conservé à Vienne et disponible en ligne, ce qui permet de s'assurer que les détails décrits ici y sont déjà présents, et que leur interprétation doit tenir compte de cette datation de 1563.

uromachieVVVVVVVV

http://historic-cities.huji.ac.il/spain/seville/maps/braun_hogenberg_V_7_b.jpg

 

La vue correspond à celle que pouvait avoir un observateur placé sur les hauteurs  du quartier de San Bernardo, au nord-est de la ville. Il voit au loin la Giralda et la haute et massive cathédrale ; à sa droite l'aqueduc des Cannos de Carmona ainsi que la décharge publique. A peine à sa gauche, un grand bâtiment est vu en enfilade : les abattoirs de Séville ou Matadero. Ce sont eux qui nous intéressent.

En-effet, dans la Vue de Séville du volume IV, qui est une vue d'oiseau,  Hoefnagel avait représenté à mi-pente de la colline de San Bernardo, au nord-est de la ville, un groupe de bâtiments dont la légende indiquait sous le n°10 Mattadero (sic), et j'avais alors donné le commentaire suivant :

Mattadero...(de verbe matar, tuer): il s'agit des abattoirs (Matadero), judicieusement placés en dehors de la ville : une route mène à la Porte de la Viande, Puerta de la Carne, puis à la Carnecerias (Boucherie) (cf. Morgado page 158). En 1757, Antoine Bruzen de la Martinière signale qu'on y égorgeait chaque jour soixante-dix bœufs non sans les avoir fait combattre au préalable contre le Dogues, "afin que leur viande en soit plus tendre". La tauromachie trouve ici ses origines, le puntillero chargé de donner le coup fatal dans une corrida étant initialement un employé du macelo (boucher)   « Les premiers et les plus anciens toreros à pied dont on ait des données documentaires proviennent dans leur immense majorité de l'abattoir sévillan. » 

Ce n'est qu'en examinant la planche du volume V que j'ai constaté que cette scène du combat des taureaux et des dogues décrite en 1757 était déjà illustrée par Hoefnagel et donc déjà observée en 1563. Cela fait de ce document le témoignage historiquement le plus précoce de cette pratique. En 1587, l'historien de Séville Alonso Morgado y consacre une allusion dans sa description des abattoirs, puis Cervantes en témoigne à son tour dans sa nouvelle du Colloque des chiens publiée en 1613. Ce sont ces documents que je vais présenter, dans cet ordre.

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I.   La première observation de tauromachie par Joris Hoefnagel en 1563.

L'illustration montre un bâtiment vue en biais, tout en longueur, où une porte donne accès à un couloir extérieur et à une douzaine de boxes : il s'agit donc du corral. A son extrémité se voient une tour haute et une tour hexagonale plus basse.

 

 

  Carte V :

 

http://personal.us.es/alporu/histsevilla/sevillasiglo16.htm

Muladar Sevilla : http://personal.us.es/alporu/histsevilla/limpieza.htm

Ancre http://www.sevilladesaparecida.com/2012/12/la-huerta-de-hernando-colon-y-el-zapote.html

 

On sait que « los jiferos » étaient la gent la plus vile de l'abattoir de Séville. 

http://losmitosdeltoro.com/el-perro-en-los-toros/

 

XII Le Colloque des Chiens.

 

El colloquios de los perros : Las Novelas ejemplares écrit entre 1590 et 1612 et publié en 1613 à Madrid par Juan de la Cuesta (Novela y coloquio que paso entre Cipion y Berganza, perros del hospital de la Resurrección que está en la ciudad de Valladolid, fuera de la puerta del Campo, á quien comúnmente llaman los perros de Mahudes.)

 

[Deux chiens de garde à l'hôpital de la Résurrection de Valladolid dialoguent, entendus par l'alférez Gampuzano, pendant deux nuits consécutives : Berganza dans la première, et Scipion dans la seconde. Mais, en dépit de la promesse faite dans la nouvelle du « Mariage qui trompe » nous ne possédons pas la réponse de Scipion.

 

 

 

1. L'abattoir de Séville.

Berganza :

Il me semble que la première fois que j'ai vu le soleil, ce fut à Séville, et à l'abattoir, qui est hors de la porte de la Viande, d'où j'imaginerais, n'était ce que je dirai plus tard, que mes parents durent être des dogues, de ceux qu'élèvent les éxécuteurs de ce lieu de confusion, auxquels on donne le nom de boouchers [Jiseros. Ce n'est pas précisément le mot de bouchers, mais un nom de mépris qu'on applique aux gens de cette profession, et qui n'a point de corrélatif en français.N.d.T.] Le premier que je connus pour maître fut un certain Nicolas le camus, garçon robuste, trapu et colérique, comme le sont tous ceux qui exercent la boucherie. Ce Nicolas m'apprenait, à moi et à d'autres jeunes chiens, à attaquer les taureaux, en compagnie de vieux dogues, et à les saisir par les oreilles. Je devins, avec une facilité singulière, un aigle dans ce métier.

Scipion.

Je ne m'en étonne point, Berganza. Comme faire le mal vient de notre fond naturel, on apprend sans peine à mal faire. [Trad. Louis Viardot 1838]

Berganza.

https://books.google.fr/books?id=JdANAAAAQAAJ&pg=RA1-PA260&lpg=RA1-PA260&dq=cervantes+berganza+nicolas+abattoirs&source=bl&ots=7iFsjxJ9_m&sig=t_thI84IS625871RpRA1AUkN-OI&hl=fr&sa=X&ei=YEQgVdP7CMjtaOr1gKAL&ved=0CCkQ6AEwAQ#v=onepage&q=cervantes%20berganza%20nicolas%20abattoirs&f=false

Que te dirais-je, Scipion mon frère, de ce que j'ai vu dans cet abattoir et des choses exorbitantes qui s'y passent? Sache d'abord que tous ceux qui y travaillent, du plus petit au plus grand, sont gens à conscience large, sans âme, sans crainte du roi ni de sa justice, et vivant pour la plupart en marge du mariage. Ce sont des oiseaux de proie carnassiers, se nourrissant, eux et leurs amies, de ce qu'ils volent. Chaque matin des jours de viande, avant l'aube, se réunissent à l'abattoir une grande quantité de filles et de gars, tous avec des sacs qui, venus vides, repartent pleins de morceaux de viande, et les filles avec les filets et les lombes presque entiers[las criadas

con criadillas]. Il n'est point de bête tuée dont ces gens ne prélèvent la dîme et les prémices dans la partie la plus savoureuse et la mieux parée; et comme à Séville il n'y a point de fournisseur municipal de la viande, chacun peut apporter la bête qu'il veut, et celle que l'on tue d'abord est taxée de la première ou de la dernière qualité. De cette façon, il y a toujours grande abondance de chair. Les maîtres se recommandent à ces bonnes gens dont j'ai parlé, non pour n'en être pas volés (car cela est impossible), mais pour qu'elles se modèrent dans les coupes et subtilisations qu'elles opèrent dans les bêtes mortes, qu'elles émondent et taillent comme si c'étaient des saules ou des treilles. Mais rien ne me surprenait tant et ne me paraissait pire que de voir que ces bouchers vous tuent avec la même facilité un homme qu'une vache; en un clin d'oeil et en un tour de main, ils plongent un coutelas à manche jaune dans la bedaine d'une personne comme s'ils saignaient un taureau. C'est miracle si un jour passe sans rixes ni blessures, et, parfois, sans meurtres. Tous se piquent d'être vaillants et même ont leur grain de rufiénisme, nul ne manque d'avoir son ange gardien sur la place de Saint-François, qu'il achète avec des filets et des langues de bœuf.[C'est-à-dire un protecteur parmi les bas-officiers de justice, escribanos, alguaziles et corchetes, note de L. Viardot] Finalement, j'ai ouï-dire d'un homme avisé que le roi avait trois choses à gagner à Séville : la rue de la Caza, la Costanilla et l'Abattoir. [Trad. Henri Collet] https://archive.org/stream/oeuvreschoisies00cerv#page/100/mode/2up

 

[Il en échappe un jour et devient chien de bergers, non plus de ces pâtres charmants que Cervantes nous fit connaître dans sa Galathée mais de vrais bergers que l'auteur maintenant nous peint de son pinceau réaliste, et qui sont plus voleurs que les loups. Berganza, outré, s'enfuità Séville où il sert un riche marchand, puis un alguizil.]

 

 

3. Il y avait la Caza Grande et la Caza Chica, deux rues grouillantes qui se succédaient entre Confiteri­as et la plaza de San Isidro. — La Costanilla était une petite place montante près de l'église de San Isidro.

 

 

«Paréceme que la primera vez que vi el sol fue en Sevilla y en su Matadero, que está fuera de la Puerta de la Carne; por donde imaginara (si no fuera por lo que después te diré) que mis padres debieron de ser alanos de aquellos que crían los ministros (encargado) de aquella confusión, a quien llaman jiferos (matarife). El primero que conocí por amo fue uno llamado Nicolás el Romo, mozo robusto, doblado (recio, fuerte) y colérico, como lo son todos aquellos que ejercitan la jifería. Este tal Nicolás me enseñaba a mí y a otros cachorros a que, en compañía de alanos viejos, arremetiésemos a los toros y les hiciésemos presa de las orejas. Con mucha facilidad salí un águila en esto“.

Il est vrai que la sensibilisation et la formation de ces chiens, destinés à lutter contre les taureaux, ont eu lieu principalement dans la viande de l'abattoir municipal. À cet égard Alonso Morgado, dans son " Histoire de Séville "(1587), décrit le massacre de Séville:" Lors de cette même partie du sud, en dehors de la ville, la Puerta de la Carne, l'abattoir est aussi grande la chasse avec leurs stylos, et des navires, et toutes les dépendances. Et certains points de vue pour trouver un bon endroit où vous êtes et Spear taureaux de combat et les chiens, généralement l'été ". Alonso Morgado, en su “Historia de Sevilla” (1587), nos describe el matadero hispalense: “Por aquella misma parte del Mediodía, fuera de la ciudad, a la Puerta de la Carne, está el matadero en forma de gran casería con sus corrales, y naves, y todas dependencias. Y unos miradores que descubren una buena plaza donde se corren y alancean y luchan toros con perros, de verano ordinariamente”.

Dans ce enregistré une vue panoramique de Séville extra-muros montré du sud-est, en soulignant dans le centre de l'image de l'abattoir, une arcade nef allongée. À côté du bâtiment attire Hoefnagel une scène dans laquelle plusieurs hommes armés de lances et aidés par des chiens, se préparent à chasser certains taureaux lâches. Attachés à la feuille étaient certains commentaires de l'auteur lui-même: " A côté de ce bâtiment, vient un spectacle hilarant, chasse taureaux, qui sont extrêmement robustes; Ils y sont engraissement et sont remarquables par la force de leurs tête et la poitrine; contre eux des chiens grands et courageux attisent ce, déjà si farouche et terrible, prennent habituellement avant d'être tué, donc se précipiter contre les chiens avec une grande férocité, la respiration du nez le feu, touchant le sol avec sabots et sauter le sable dans l'air, montrent toujours les leurs fronts et blessé ennemis avec ses cornes et de les attaquer si fortement que ses cornes blessantes sont jetés en l'air et de recueillir les conseils des cornes quand tomber ".

Historia de Sevilla: La ciudad del Quinientos

 publié par Francisco Morales Padrón

De los campos tabladeños el ganado pasaba al Matadero, edificio integrado por un caserio con naves, corrales, miradores y una plaza donde se corrian y alanceaban toros en verano. El conocido grabado de Jorge Hoefnagel constituye un plastico testimonio de la grandiosidad de este conjunto, –con oratorio proprio–, donde vivian un alcaide, un casero y un fiel encargados, respectivamente, de mantenerlo limpio e impedir la presencia de gente ajena al negocio, cuidar del corral y registrar el numero de cabezas ingresadas y el nombre de sus duenos. Un caballero veinticuatro, un Jurado y un Fiel ejecutor iban diariamente al matadero a partir de las tres de la tarde con el fin de presenciar la matanza, fijar los precios y controlar la entrada y salida de las recuas.

 

Des champs, le bétail passe à l'abattoir, composé d'une ferme avec des corrals, des chantiers, des miradors et un endroit où les taureaux courent et sont tués dans la courant de l'été. La célèbre gravure de Joris Hoefnagel est un témoignage iconographique de la grandeur de cet ensemble — avec un oratoire — , où vivent un alcade (gouverneur), une maison et un fidèle chargés,, respectivement, pour le garder propre et d'interdire la présence de personnes en dehors de l'entreprise, d'entretenir les corrals, et d'enregistrer le nombre de tête de bétail entrées et le nom de leur propriétaire Un homme de vingt ans, un juré, et un exécuteur sont présents chaque jour à partir de trois heures du soir pour abbattre les bêtes, fixer les prix et contrôler l'entrée et la sortie des troupeaux.

 
Vue de Séville, Joris Hoefnagel, Civitates orbis terrarum V,7 1598, détail: les Abattoirs (Matadero).

Vue de Séville, Joris Hoefnagel, Civitates orbis terrarum V,7 1598, détail: les Abattoirs (Matadero).

Sur la route qui mène vers Séville, deux taureaux se défendent contre les attaques de trois gros chiens, stimulés ou aidés par quatre hommes armés de piques (les varilarguero (« porteur de longue lance »), ancêtres des picaros qui sont à cheval.). Un autre homme les rejoint avec deux chiens qu'il lance à leur tour dans la bagarre. 

La planche du Civitates est accompagnée d'un texte descriptif écrit par G. Braun, mais sans-doute inspiré en réalité par Hoefnagel : le voici dans l'édition en français parue en 1610

"Le terroir des faubourgs est fertile, où il y a des métairies, des jardins, plaisants & de grand profit, des vergers emplantés d'oliviers si épais et touffus que le soleil en sa plus ardente chaleur ne les sauroit transpercer, qui faict que l'on sy va souvent promener à l'ombrage & s'y prendre toute sorte d'esbat & récréation."

 "En une place toute proche de la ville se void une grande maison appellée Al Mattadero, où par bonne police l'on tue les bœufs, les moutons & autres bestes, la chair desquels on rend aux habitans de Séville et ceux d'alentour. Au devant de ceste maison, il y a du plaisir à voir s'entrebattre les Taureaux qui sont fort robustes qu'on engraisse la, contre lesquels on agacent (sic) de gros chiens, qui devant que les assomer les mettent tellement en furie (estant sans cela assez furieux & farrouches) iettants du feu par leurs narines, & frappants la terre du pied, faisants saulter de sablon en l'air, se ruent d'une grande impetuosité sur ces chiens, leur presentant toujours leur front, & les offençant de leurs cornes avec si grande rudeur qu'ils les jettent en l'air bien haut, & les recoivent avec leur cornes quand ils retombent en bas. ". 

 

 

Vue de Séville, Joris Hoefnagel, Civitates orbis terrarum V,7 1598, détail: tauromachie. http://historic-cities.huji.ac.il/spain/seville/maps/braun_hogenberg_V_7_b.jpg

Vue de Séville, Joris Hoefnagel, Civitates orbis terrarum V,7 1598, détail: tauromachie. http://historic-cities.huji.ac.il/spain/seville/maps/braun_hogenberg_V_7_b.jpg

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II. Description des abattoirs par  Alonso Morgado.

Alonso Morgado,  “Historia de Sevilla” (1587) :

--" p.135 : Al Matadero, y Arrabal Collacion de San Bernardo" : "L'Abattoir, et le quartier  paroissial de San Bernardo".

--Chapitre 12 page 158-165

page 159 :  “Por aquella misma parte del Mediodía, fuera de la ciudad, a la Puerta de la Carne, está el matadero en forma de gran casería con sus corrales, y naves, y todas dependencias. Y unos miradores que descubren una buena plaza donde se corren y alancean y luchan toros con perros, de verano ordinariamente.. Bive dentro un Alcayde con cargo...y tenerlos siempre limpio, y al tanto sus corredores, donde ay una Altar, y Oratorio con una devota Imagen de nuestra Señora...// Ay en los Corredores unos asientos para los juezes del jusgado, que hazen presencia, a ver repértir el ganado, que esta ya junto, y que se ha de matar para el dia siguiente, en un corral sobre que caen los tales corredores »"

Traduction à améliorer : "Lors de cette même partie du sud*, en dehors de la ville, et de la Porte de la Viande, l'abattoir est une grande métairie  avec son corral, et des [nefs] ..., et toutes les dépendances. Et des points de vue [tribunes ? ]  pour disposer d'un bon endroit pour assister à  la course des taureaux  affrontant les lances et  les chiens, généralement en été ".

*Sur la carte, les abattoirs, et la Puerta de la Carne, me semblent être situés au nord-est, et non au sud.

 

 

 

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III. La description de Cervantes dans Le Colloque des Chiens (1613).

—  Je débuterai par deux emprunts à Wikipédia :

"Nommé commissaire aux vivres par le roi Philippe II lors de la préparation de l'attaque espagnole de l'Invincible Armada contre l'Angleterre, Cervantès séjourna à Séville entre 1585 et 1589. Mais, en 1589, il fut accusé d'exactions, arrêté et excommunié. L'affaire le mettait aux prises avec le doyen et le chapitre de Séville. Au cours de ses réquisitions à Écija, Cervantès aurait détourné des biens de l'Église. Un peu plus tard, en 1592, le commissaire aux vivres fut arrêté de nouveau à Castro del Río, dans la province de Cordoue pour vente illicite de blé. Il fut de nouveau emprisonné pour une courte période et accepta un emploi à Madrid : il fut affecté au recensement des impôts dans la région de Grenade. C'est vers cette époque qu'il commença à rédiger Don Quichotte. Il eut l'idée du personnage probablement dans la prison de Séville, peut-être dans celle de Castro del Río. Cervantès se retrouva de nouveau en prison à Séville de septembre à décembre 1597 où il retourna encore en 1602 et 1603. En 1601, le roi Philippe III s'établit avec sa cour à Valladolid qui devint pour un temps la capitale de l'Espagne. Cervantès s'y installa en 1604 dans une maison près de l'hôpital de la Résurrection qui lui inspira le décor du Colloque des chiens, et de Scipion et Berganza."

On comprend que les fonctions de Commissaire des vivres ont amené Cervantes à fréquenter l'Abattoir de Séville.

"Le Colloque des chiens (El coloquio de los perros) est une des 12 nouvelles des Nouvelles exemplaires de Miguel de Cervantes. L'examen de cette pièce comme récit autonome au sein des Nouvelles Exemplaires est problématique car le colloque est en fait la suite d'une histoire intitulée El casamiento engañoso (Le Mariage trompeur) qui représente un prétendant dépouillé de ses biens par sa jeune épouse. Cette affaire mène le prétendant à l'hôpital où, vraisemblablement dans un délire, il voit et entend deux chiens qui commencent à parler sur le coup de minuit. C'est l'occasion pour Cervantès de faire avec humour la satire de la société dans laquelle il vit et pour les chiens de discuter de leurs expériences avec leurs maîtres et autres considérations. Scipion et Berganza qui gardent l'hôpital de la résurrection à Valladolid se sont aperçus pendant la soirée qu'ils ont acquis la capacité de parler. Berganza décide de raconter à Scipion ses expériences avec différents maîtres en visitant des lieux tels que Séville, Montilla, Cordoba et Grenade."

— Voici maintenant l'extrait du Colloque des Chiens" :

«Paréceme que la primera vez que vi el sol fue en Sevilla y en su Matadero, que está fuera de la Puerta de la Carne; por donde imaginara (si no fuera por lo que después te diré) que mis padres debieron de ser alanos de aquellos que crían los ministros (encargado) de aquella confusión, a quien llaman jiferos (matarife). El primero que conocí por amo fue uno llamado Nicolás el Romo, mozo robusto, doblado (recio, fuerte) y colérico, como lo son todos aquellos que ejercitan la jifería. Este tal Nicolás me enseñaba a mí y a otros cachorros a que, en compañía de alanos viejos, arremetiésemos a los toros y les hiciésemos presa de las orejas. Con mucha facilidad salí un águila en esto“. etc...

(Je réunis deux traductions pour m'économiser le travail de copie...)

"1. L'abattoir de Séville.

–Berganza :

Il me semble que la première fois que j'ai vu le soleil, ce fut à Séville, et à l'abattoir, qui est hors de la porte de la Viande, d'où j'imaginerais, n'était ce que je dirai plus tard, que mes parents durent être des dogues, de ceux qu'élèvent les exécuteurs de ce lieu de confusion, auxquels on donne le nom de bouchers [Jiseros. Ce n'est pas précisément le mot de bouchers, mais un nom de mépris qu'on applique aux gens de cette profession, et qui n'a point de corrélatif en français. On sait que « los jiferos » étaient la gent la plus vile de l'abattoir de Séville. N.des T.] Le premier que je connus pour maître fut un certain Nicolas le camus, garçon robuste, trapu et colérique, comme le sont tous ceux qui exercent la boucherie. Ce Nicolas m'apprenait, à moi et à d'autres jeunes chiens, à attaquer les taureaux, en compagnie de vieux dogues, et à les saisir par les oreilles. Je devins, avec une facilité singulière, un aigle dans ce métier.

–Scipion.

Je ne m'en étonne point, Berganza. Comme faire le mal vient de notre fond naturel, on apprend sans peine à mal faire. [Trad. Louis Viardot 1838]

–Berganza.

Que te dirais-je, Scipion mon frère, de ce que j'ai vu dans cet abattoir et des choses exorbitantes qui s'y passent? Sache d'abord que tous ceux qui y travaillent, du plus petit au plus grand, sont gens à conscience large, sans âme, sans crainte du roi ni de sa justice, et vivant pour la plupart en marge du mariage. Ce sont des oiseaux de proie carnassiers, se nourrissant, eux et leurs amies, de ce qu'ils volent. Chaque matin des jours de viande, avant l'aube, se réunissent à l'abattoir une grande quantité de filles et de gars, tous avec des sacs qui, venus vides, repartent pleins de morceaux de viande, et les filles avec les filets et les lombes presque entiers[las criadas con criadillas]. Il n'est point de bête tuée dont ces gens ne prélèvent la dîme et les prémices dans la partie la plus savoureuse et la mieux parée; et comme à Séville il n'y a point de fournisseur municipal de la viande, chacun peut apporter la bête qu'il veut, et celle que l'on tue d'abord est taxée de la première ou de la dernière qualité. De cette façon, il y a toujours grande abondance de chair. Les maîtres se recommandent à ces bonnes gens dont j'ai parlé, non pour n'en être pas volés (car cela est impossible), mais pour qu'elles se modèrent dans les coupes et subtilisations qu'elles opèrent dans les bêtes mortes, qu'elles émondent et taillent comme si c'étaient des saules ou des treilles. Mais rien ne me surprenait tant et ne me paraissait pire que de voir que ces bouchers vous tuent avec la même facilité un homme qu'une vache; en un clin d'oeil et en un tour de main, ils plongent un coutelas à manche jaune dans la bedaine d'une personne comme s'ils saignaient un taureau. C'est miracle si un jour passe sans rixes ni blessures, et, parfois, sans meurtres. Tous se piquent d'être vaillants et même ont leur grain de rufiénisme, nul ne manque d'avoir son ange gardien sur la place de Saint-François, qu'il achète avec des filets et des langues de bœuf. [C'est-à-dire un protecteur parmi les bas-officiers de justice, escribanos, alguaziles et corchetes, note de L. Viardot]. Finalement, j'ai ouï-dire d'un homme avisé que le roi avait trois choses à gagner à Séville : la rue de la Caza, la Costanilla et l'Abattoir. [Trad. Henri Collet

[Il en échappe un jour et devient chien de bergers, non plus de ces pâtres charmants que Cervantes nous fit connaître dans sa Galathée mais de vrais bergers que l'auteur maintenant nous peint de son pinceau réaliste, et qui sont plus voleurs que les loups. Berganza, outré, s'enfuità Séville où il sert un riche marchand, puis un alguizil.]

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IV. Les chiens en tauromachie :  un témoignage de Goya.

Goya créa en 1815-1816 une série de gravures intitulées  Tauromachia : la gravure 25 est cionsacrée à l'attaque par les chiens lors d'une corrida :

http://www.torolibre.fr/122823252 : « C'était une coutume quelque peu barbare, à laquelle on avait recours pour les taureaux couards. On dit que les Maures de Grenade la pratiquait déjà. D.Jose de la Tixera dit que ce procédé était de mise lorsque les taureaux avaient déjà été "courus", ce qui non seulement évitait aux acteurs d'exposer leur vie, mais amusait le public, le réjouissait du spectacle d'une lutte fort plaisante et qui, de temps immémorial, est tenu pour annexe et inséparable des fêtes de taureaux. » (selon les explications de M. Conde de la Viňaza, dans son catalogue de l'œuvre de Goya ).

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COMMENTAIRES.

   La description de l'Abattoir de Séville par Cervantes s'accompagne d'un jugement dissimulé et par procuration — ce sont les propos de chiens, et non ceux de l'auteur— des mœurs des bouchers, mais aussi de la cruauté infligée aux taureaux soumis à l' attaque des chiens : comme le dit Scipion, "Comme faire le mal vient de notre fond naturel, on apprend sans peine à mal faire". Bien que le but de l'auteur ne soit pas de juger les chiens, mais plutôt les habitants des bas-fonds de Séville, il exprime clairement son sentiment vis-à-vis de cette scène, dont il a été certainement un témoin oculaire.

Par contre, Alonso Morgado se contente, en historien, de livrer une information sur la lutte des taureaux et des chiens, sous le contrôle des porteurs de lance.

 

Alors que Georg Braun devrait lui-aussi rapporter, en bon chorographe, des éléments d'observation visuelle avec la même neutralité de géographe que celle de l'historien, son texte fait état du plaisir éprouvé devant le coté spectaculaire du combat. L'accent y est mis, non bien-entendu sur le ressenti des animaux, mais sur les éléments qui crée l'excitation du spectateur : les nasaux qui fument, le sable qui vole sous les sabots, et, clou du spectacle, les chiens — des dogues ! — qui sont projetés en l'air et retombent sur les cornes

 

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Du plaisir éprouvé à voir un chien sauter en l'air, ou de berner autrui.

Ce moment plein de vérité a été saisi  en 1835 par l'artiste Pharamond Blanchard dans sa série Tauromachie (Prado) :

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Cette scène évoque celle où, dans El Pelele, un tableau de Goya (1791, Prado), quatre jeunes-filles font valser "pour jouer" un pantin masculin.

 

https://www.museodelprado.es/goya-en-el-prado/obras/ficha/goya/el-pelele/

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Or, le plaisir cruel consistant à faire sauter un individu dans une couverture porte un nom en français, c'est l'action de berner. "Berner", c'est selon le Trésor de la Langue Française,  "Molester quelqu'un", le faire sauter dans une "berne" c'est-à-dire une "grande pièce d'étoffe et particulièrement de laine". Deux personnes ou personnages ont témoigné de ce châtiment agrémenté de moqueries. Le premier est Vincent Voiture dans sa Lettre n° IX à Mademoiselle de Bourbon (1668). Je ne résisterais pas au plaisir de faire découvrir de brefs extraits de cette fiction :

Je fus berné vendredi après diner, pour ce que je ne vous avais pas fait rire dans le temps que l'on m'avait donné pour cela. [...]J’eus beau crier et me défendre, la couverture fut apportée, et quatre des plus forts hommes du monde furent choisis pour cela.[...] A tous coups ils me perdoient de vue et m’envoyoient plus haut que les aigles ne peuvent monter. Je vis les montagnes abaissées au-dessous de moi, je vis les vents et les nuées cheminer dessous mes pieds, je découvris des pays que je n’avois point imaginés[...] Ce que je vous puis dire, mademoiselle, c’est que jamais personne ne fût si haut que moi, et que je ne croyois pas que la fortune me dût jamais tant élever. Voiture, 1630.

L'autre personnage n'est autre que Sancho Panza, écuyer de Don Quichotte (I, XVII, Trad. et Note de Louis Viardot) :

"La mauvaise étoile de l’infortuné Sancho voulut que, parmi les gens qui avaient couché dans l’hôtellerie, se trouvassent quatre drapiers de Ségovie, trois merciers de Cordoue et deux marchands forains de Séville, tous bons diables et bons vivants, aimant les niches et la plaisanterie. Ces neuf gaillards, comme poussés d’un même esprit, s’approchèrent de Sancho, le firent descendre de son âne, et, l’un d’eux ayant couru chercher la couverture du lit de l’hôtesse, on jeta dedans le pauvre écuyer. Mais, en levant les yeux, ils s’aperçurent que le plancher du portail était trop bas pour leur besogne. Ils résolurent donc de sortir dans la basse-cour, qui n’avait d’autre toit que le ciel ; et là, ayant bien étendu Sancho sur la couverture, ils commencèrent à l’envoyer voltiger dans les airs, se jouant de lui comme on fait d’un chien dans le temps du carnaval *"

"*Note : Le supplice de Sancho était dès longtemps connu. Suétone rapporte que l’empereur Othon, lorsqu’il rencontrait, pendant ses rondes de nuit, quelques ivrognes dans les rues de Rome, les faisait berner… distento sagulo in sublime jactare. Et Martial, parlant à son livre, lui dit de ne pas trop se fier aux louanges : « Car, par derrière, ajoute-t-il : Ibis ab excusso missus in astra sago. ». Les étudiants des universités espagnoles s’amusaient, au temps du carnaval, à faire aux chiens qu’ils trouvaient dans les rues ce que l’empereur Othon faisait aux ivrognes."

http://www.gutenberg.org/files/39405/39405-h/39405-h.htm

 

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On voit ce que cette amusante plaisanterie infligée à la vedette de son choix doit aux chiens, qui en furent les premières victimes.

Voici maintenant l'argument de mon exposé. J'ignore qui est l'auteur du texte de 1598 (Hoefnagel, à 56 ans, allait mourir en 1600), mais je sais qui est l'auteur du dessin préparatoire de la gravure du volume V du Civitates : c'est bien Joris Hoefnagel. Or, il a choisi un angle de vue parfaitement insolite pour représenter Séville, et que ne reprendront pas ses successeurs. Un point de vue non seulement ingrat , mais aussi défavorable puisqu'il donne à voir le dépotoir (on voit à droite de la planche des cadavres d'animaux, et un homme déchargeant des immondices). Ce "Muladar" est indiqué dans la Légende par la lettre R. En outre, le sujet de premier plan n'est pas, comme c'est alors la coutume chez les topographes, consacré à montrer des habitants de Séville dans leur costume traditionnels faisant montre de leur civilité en se saluant, en se promenant main dans la main ou en se livrant à la dans et à la musique, mais il est réservé à une scène de dérision, l'Exécution par un officier de justice de la peine infligée à un mari cocu (Légende, lettre S). Ce mari a été encorné de branchages, et il est promené sur un âne, fouétté par l'épouse infidèles, alors que les passants, avertis par le son d'une trompette et par les cloches suspendues aux "cornes", lui lancent de la boue et lui font le signe des cornes (le "cabrón", le bouc de fornication). Cette scène d'humiliation est doublée de "l'Execution d'alquaguettas publicas" (lettre T) où l'entremetteuse, sans-doute enduite de miel, est assaillie par les abeilles.

Enfin, on sait que cette scène du Cornudos pacientes est reprise sur le mode emblématique en 1569 dans un recueil, le Patientia, destiné à exhorter son ami Radermacher à la patience face à l'exil et aux épreuves que connaissaient alors les néerlandais partisans de la Réforme.

On peut donc penser que le choix de ce point de vue n'est pas fortuit, pas plus que l'association sur une planche d'une vue morbide sur une décharge de cadavres animaux, de l'exécution de deux sentences humiliantes du tribunal Civil, et d'une scène de violences envers des animaux, présentée comme un spectacle ludique.

Le Quemadero de Seville.

La liste des lieux indexés dans la Légende va de A à T, de Quemadero à Execution d'alcaguettas publicasQuemadero, dont la consonnance se rapproche de celle de Matadero, vient de l'espagnol quemado participe passé de quemar "brûler". Quemadero signifie donc, comme adjectif, "qui doit être brûlé" , et comme nom, "bûcher",  "incinérateur", "four crématoire". Le Quemadero de Séville, installé à Tablada (et détruit en 1809) fut le lieu d'exécution des hérétiques et des sorcières construit par les premiers inquisiteurs en 1481. On en décrit surtout ses quatre statues représentant les prophètes. C'est lui dont Victor Hugo a écrit « Ce "quemadero" démesuré a couvert le Monde, sa fumée a été pendant trois siècles le nuage hideux de la civilisation, et, le supplice fini, le brûlement achevé, on a pu dire : cette cendre, c'est le peuple.» Selon l'historienne Maria Lara –"Au total, entre 1481 et 1524, il y avait 5 000 et 20 000 convertis brûlés dans la ville.Dans la Séville du XVIe siècle, en Espagne, il y avait un immense intérêt pour tout ce spectacle macabre, les auto da fé ont été suivies massivement et ont réveillé une passion. Aller voir les exécutions était quelque chose de similaire à aller assister à une farce théâtrale. ...Le Castillo de San Jorge à Triana, a accueilli le Tribunal Espagnol de l'Inquisition, certainement le premier en Espagne." 

 

Rappel (Wikipédia) 

I  En Espagne, dans le contexte de la reconquête des territoires musulmans par les chrétiens espagnols et la construction d'une identité nationale fondée sur la foi catholique, les nouveaux chrétiens faisaient l'objet, depuis le début du xive siècle, de persécutions soutenues par les autorités. Ce sont au premier chef les « marranes » (« porcs » en espagnol), c'est-à-dire les juifs convertis au christianisme, dont le nombre fut particulièrement élevé après les répressions anti-juives de 1391, qui furent suspectés de ne pas être sincères dans leur nouvelle foi chrétienne .

Comme les évêques demandaient aux souverains de pouvoir prouver la vigueur de leur engagement en pourchassant les « nouveaux chrétiens », les ambassadeurs espagnols à Rome firent pression pour obtenir l'Inquisition. Le Pape accéda à leur requête à contrecœur, ne pouvant contrôler cette institution.

Le 17 septembre 1480, les premiers inquisiteurs dominicains, Miguel de Morillo et Juan de San Martín, sont nommés par l'État. Ils prennent leurs fonctions à Séville où la communauté marrane menacée échoue dans une tentative d'insurrection. Le siège de l'Inquisition est établi au Château de San Jorge, qui lui servira également de prison. Six personnes sont brûlées vives. L'Inquisition commence ainsi sa longue carrière.

II. De 1483 à 1498, l'Inquisiteur Général Torquemada donna à l'Inquisition espagnole une importance et une puissance sans précédent. Particulièrement dirigée, à cette époque, contre les juifs et musulmans convertis (marranes et morisques), elle laissa un souvenir terrifiant (d'une source à l'autre les chiffres sont très variables, les plus conservatrices estiment à environ 2 000 le nombre de personnes brûlées sous le gouvernement de Torquemada). La répression qui eut lieu entre 1480 et 1500, sous l'impulsion de Torquemada, fut si efficace que la traque aux judaïsants devint par la suite moins fructueuse et plus difficile.

Les successeurs de Torquemada et de Deza furent, pour la plupart, plus modérés. 

Est mise en place, en Espagne puis au Portugal, une structure de surveillance systématique et de délation généralisée, non seulement à l'encontre des convertis, mais aussi de leurs descendants, et de tous les chrétiens d'ascendance même très partiellement juive, baptisés « nouveaux chrétiens ».

III. À partir de 1525, les tribunaux se tournent vers les morisques, c'est-à-dire les Maures pratiquant l'islam en secret.

IV. Puis ils s'intéressent aux protestants, et à partir de 1530, aux délits divers tels que la bigamie, la fornication ou le blasphème.

Un tour de vis est donné par le carriériste Fernando de Valdés y Salas, inquisiteur général de 1547 à 1566 et archevêque de Séville, avec l'intensification de la persécution contre les foyers luthériens et le terrible autodafé de 1559. La même année, il publie le premier index espagnol des livres interdits, où figurent plusieurs centaines de titres. C'est aussi durant son mandat que l'Inquisition commence à délivrer des « limpiezas de sangre » (« certificat de propreté du sang ») aux personnes ne possédant pas d'ancêtre juif ou musulman. Ces certificats sont non seulement exigés pour l'accès à l'armée, aux charges du Saint Office, pour l'entrée aux universités, mais également réclamés par les familles à la veille des mariages.

Le séjour de Joris Hoefnagel , dont le père est protestant, a lieu entre 1563 et 1565 et correspond à cette focalisation de l'Inquisition contre les protestants. 

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CONCLUSION.

Dans l'ensemble de son œuvre Joris Hoefnagel s'est montré très prudent et rien ne permet de connaître ses sentiments. Dans cette Vue de Séville, rien n'indique que le choix de ses sujets "pittoresques" en premier plan de sa présentation de la grande ville commerciale de l'Espagne ne témoigne d'un jugement de valeur sur ce qu'il dépeint. Rien n'indique qu'il éprouve une compassion pour les trois victimes de la condamnation contre leur inconduite morale alléguée ; rien n'indique non plus qu'il ne considère pas la lutte des taureaux contre les chiens comme un spectacle attrayant. Nul n'est  censé, face aux cadavres des animaux sur le dépotoir du Muladar, développer des considérations sur le caractère éphémère de la vie. Et personne n'est fondé à établir un lien entre le Quemadero de l'Inquisition, et le Matadero de Séville.

 

 

 

 

 

SOURCES ET LIENS 

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Bibliographie générale sur Hoefnagel , voir :  http://www.lavieb-aile.com/2015/03/ma-bibliographie-sur-joris-et-jacob-hoefnagel.html.

 

 BESSE (Jean-Marc) 2005 . « Vues de ville et géographie au XVIe si`ecle : concepts, démarches cognitives, fonctions ». F. Pousin. Figures de la ville et construction des savoirs. Architecture, urbanisme, géographie, CNRS Editions, pp.19-30, 2005.

 BUCHER (Bernadette J. ),1992, America: Bride of the Sun : 500 Years Latin America and the Low Countries : Royal Museum of Fine Arts, Antwerp

— DESPREZ (François) 1562 Recueil de la diversité des habits, Paris, Richard Breton, (1562) copiée par :

— SILVIUS (A. Bosch, dit) et SLUPERIUS, Anvers 1572 Omnium fere gentium nostraeque aetatis nationum habitus et effigies, Anvers, J. Bellerus, 1572

--La Tondue d'Espagne : http://www.bvh.univ-tours.fr/Consult/consult.asp?numfiche=65&numtable=B372616101_3540_1&ecran=0&mode=3&offset=76

-- L'espagnolle et l'espaignol : http://www.bvh.univ-tours.fr/Consult/consult.asp?numfiche=65&numtable=B372616101_3540_1&ecran=0&mode=3&offset=82

--L'Espaignole rustique : http://www.bvh.univ-tours.fr/Consult/consult.asp?numfiche=65&numtable=B372616101_3540_1&ecran=0&mode=3&offset=86

 

— FREIRE (Antonio Albardonedo) - ‎2005 -La génesis de la tauromaquia moderna : la presidencia de la autoridad y la construccion de tribyunas -Laboratorio del Arte http://institucional.us.es/revistas/arte/18/33%20albardonero%20freire.pdf

 

NERLICH (Michael), 2005, Le Persiles décodé ou la "Divine comédie" de Cervantes , Presses Universitaires Blaise pascal, 743 pages, page 324

https://books.google.fr/books?id=D2J2a_ANq_8C&dq=%22civitates+orbis+terrarum%22+%C3%A9dition+en+fran%C3%A7ais&hl=fr&source=gbs_navlinks_s

ORTELIUS (Abraham), 1570, Theatrum orbis terrarum, Anvers

:https://archive.org/stream/theatrumorbister00orte#page/n3/mode/2up

 — Iconografía de Sevilla Tomo primero, 1400-1650 / María Dolores Cabra Loredo ; con la collab. de Elena María Santiago Páez / Madrid : Ediciones El Viso , 1988 page 66

— PADRON (  Francisco Morales) : Historia de Sevilla: La ciudad del Quinientos

PARESY (Isabelle),  2008, Apparences vestimentaires et cartographie de l'espace en Europe occidentale aux XVIe et XVIIe siècles, in Paraître et apparences en Europe occidentale: du Moyen Âge à nos jours pp. 253-270, Septentrion (Presses Universitaires du), 397 pages, https://books.google.fr/books?id=stMX3ujLEQoC&dq=%22civitates+orbis+terrarum%22+%C3%A9dition+en+fran%C3%A7ais&hl=fr&source=gbs_navlinks_s

— Catalogue des manuscrits de la Bibliothèque royale des ducs de Bourgogne, Bruxelles et Leipzig, 1842 ..., Volume 1 page CXIX : numérisé par Google.

— Gravures de Séville dans  la Cartoteca digital : 

http://cartotecadigital.icc.cat/cdm/search/collection/vistes/searchterm/sevilla/order/nosort

Sites sur la Tauromachie :

--   http://www.elcotodecaza.com/blog/eduardodebenito/perros-caza-del-toro-cinegetica-tauromaquia-120412

--  http://losmitosdeltoro.com/el-perro-en-los-toros/

— La Justice en Espagne lors de l'Inquisition :

http://meticebeta.univ-montp3.fr/lexique/index.php?option=com_content&task=view&id=582&Itemid=31

— Sur les crimes de l'Inquisition au Quemadero:

http://personal.us.es/alporu/histsevilla/inquisicion.htm

http://elcorreoweb.es/tablada-fue-el-quemadero-principal-de-brujas-de-sevilla-CDEC413256

—Le Civitates orbis terrarum dans son édition française :

-- Livre quatriesme des principales villes du monde : 

 http://bdh-rd.bne.es/viewer.vm?id=0000069194&page=1

--Theatre des Principales Villes de Tout L'Univers Cinquieme Volume, 1610 :

http://www.sanderusmaps.com/detail.cfm?c=10024

— La carte de la province de Séville dans le Theatrum Orbis Terrarum d'Ortelius (1570) et son texte :

http://www.orteliusmaps.com/book/ort_text28.html

 

 

Sources des images :

— http://cartotecadigital.icc.cat/cdm/ref/collection/vistes/id/591

http://cartotecadigital.icc.cat/cdm/singleitem/collection/vistes/id/1115/rec/4

Séville 1573

 http://www.presscenter.org/fr/pressrelease/20141126/des-dessins-de-maitres-anciens-montres-pour-la-premiere-fois-a-l-expo-entre--0

Séville1572   Civitates I,2 :

http://historic-cities.huji.ac.il/spain/seville/maps/braun_hogenberg_I_2_1_b.jpg

Séville 1588 IV,2 

-- http://historic-cities.huji.ac.il/spain/seville/maps/braun_hogenberg_IV_2_b.jpg

-- http://www.sanderusmaps.com/en/our-catalogue/detail/165353/%20antique-map-of-sevilla-by-braun-and-hogenberg/

-- en français (avec le texte) : © Biblioteca Nacional de España  http://bdh-rd.bne.es/viewer.vm?id=0000069194&page=1

Séville 1598 Civitates V,7 :

--  http://historic-cities.huji.ac.il/spain/seville/maps/braun_hogenberg_V_7_b.jpg

-- http://digital.tcl.sc.edu/cdm/singleitem/collection/braunhogen/id/247/rec/4

Edition en français :

-- © Biblioteca Nacional de España  http://bdh-rd.bne.es/viewer.vm?id=0000068788&page=1

-- http://www.sanderusmaps.com/en/our-catalogue/detail/166496/antique-map-panoramic-view-of-seville-by-braun-and-hogenberg/shoppingcartadded/ (avec le texte en français)

--Texte Hispalis vol. V  : http://www.oshermaps.org/search/zoom.php?no=32#img1

— Aux environs de Séville 1598 Civitates V,8 , et la Giralda :

-- http://www.sanderusmaps.com/detail.cfm?c=5779

Edition française, © Biblioteca Nacional de España : http://bdh-rd.bne.es/viewer.vm?id=0000068788&page=1



 

 

 

 

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30 mars 2015 1 30 /03 /mars /2015 09:17

NICOLAS DE MALAPERT, AMI DE JORIS HOEFNAGEL A SÉVILLE. ÉLÉMENTS BIOGRAPHIQUES.

A propos de la Vue de Séville du Civitates Orbis Terrarum vol. V planche 7 (1598).

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Introduction.

Dans le cinquième volume du Civitates Orbis Terrarum (1598), la Vue de Séville porte dans sa partie inférieure, en splendides majuscules et lettres enlacées, la dédicace suivante :

D.NICOLAO MALEPART AMICO VETERI ET CONGERRONI HISPALENSI LEPIDISSIMO GEORGIVS HOVFNAGLIVS AMICITIE MONVME[N]TVM D. A[NN]O MDXCIII. FRANCOF. AD MOENVM

Ou, sous une autre forme, D. Nicolao Malepart amico veteri et congerroni hispalensi lepidissimo Georgivs Hovfnaglius amicite monvme[n]tv[m] D. a[nn]o 1593. Francof. ad ...

On peut la traduire par : "A Nicolas Malepart, vieil ami, joyeux et brillant compagnon à Séville, ce témoignage d'amitié de Georges Hoefnagel, , en l'an 1593 à Francfort-sur-le-Main."

La question qui se pose donc est de savoir qui est ce Nicolas Malepart.

La dédicace est déjà présente sur le dessin préparatoire actuellement conservé à l'Albertina de Vienne . Ce dessin date des séjours effectués par Hoefnagel entre 1563 et 1567, et la dédicace y a donc été ajoutée, dans un cadre créé par un double trait, sur cette esquisse. Nous avons donc trois temps et trois lieux, celui de la création du dessin (Séville, 1563-1567), celui de la dédicace du dessin (Francfort, 1593) et celui de la gravure du dessin et de sa publication (Cologne, 1598). Selon toute vraisemblance, Hoefnagel s'est lié d'amitié avec Nicolas Malepart à Séville, et l'a retrouvé près de trente ans plus tard à Francfort.

Dans les années 1563-1567, le jeune Joris Hoefnagel a effectué plusieurs séjours prolongés en Espagne pour se former au commerce et poursuivre l'activité de son père, fréquentant presque exclusivement durant cette période des villes d' Andalousie. Séville, porte d'entrée de tous les produits du Nouveau Monde était la plus importante d'entre elles. Il réalisa un certain nombre de villes en vues d'oiseau, deux vues de Séville publiée dans les volume I et Iv du Civitates, mais aussi un dessin où Séville est montrée sous un angle plus ingrat; c'est ce dessin qui servit de modèle de page pour la gravure du volume V de la Civitates Orbis Terrarum. Dans ce dernier, la planche est accompagnée d'une page de texte explicatif, surtout basé sur les notes d' Hoefnagel, et qui souligne que Séville, d' origine romaine, est alors la ville portuaire la plus importante en Espagne et le port d'entrée de tous les biens importés du Nouveau Monde. Le Guadalquivir était alors navigable à Séville, mais son ensablement progressif entraîna un transfert sur Cadix d'une partie du trafic. Entre 1550 et 1570, Séville est devenue un centre important d'implantation de marchands flamands provenant d'Anvers , comme Antoine de Venduylla, Juan Jacarte, Hendrick Aparte, Michel Herbaut, Jean Cambier, André Plamont, Melchior de Haze, et... Louis et Nicolas Malapert.

C'est précisément à Nicolas Malapert (ou Malepart, Malaparte, Malpaert) qui est amico veteri et congerroni hispalensi lepidissimo, le "vieil ami et compagnon de Séville si plein de charmes et d'agréments". J'utiliserais la forme "de Malapert" qui m'est apparue la plus fréquente, ou la plus efficace dans les recherches.

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Nicolas de Malapert et sa famille.

La famille Malapert est originaire de Mons (Hainaut) mais ses membres, des marchands spécialisés notamment dans le commerce de la soie, se sont établis au XVIe siècle dans de nombreux centres commerciaux importants, y compris Cologne, Londres, Venise, Livourne et Séville et Francfort. A Anvers, centre nord-ouest du commerce de la soie, ils étaient susceptibles d'être inquiétés pendant la période de l'oppression du duc d'Albe, et Philippe d'Auxy les signala comme calvinistes.

La famille est décrite par Félix-Victor Goethals dans le Miroir des notabilités nobiliaires de Belgique, des Pays-Bas , Volume 1

La description de cette famille peut débuter par Michel Le Bouvier dit Malapert, écuyer, apothicaire, échevin de Mons en 1501, 1503 et 1507 : il eut 4 fils, (Jean, Michel, Philippe, Christophe) :

a) Jean de Malapert, épousa 1) Catherine Hoston, d'où François qui épousa à Bruxelles en 1530 Jacqueline de la Verderue, dont Nicolas Malapert qui épousa Françoise de Lange ; 2) Barbe de Glarges, d'où Louis Sieur de Maurage qui épousa Jeanne de Heldewier, d'où Nicolas (mort en 1618) qui épousa Marie de Courcelles, d'où Abraham et Isaac.

b) Michel de Malapert, seigneur de Buquant, épousa Grégoirine de Béhault, d'où Nicolas Malapert, [né le 18 octobre 1564 , décédé le 6 novembre 1615 à Justphaas, qui épousa à Anvers Jossine de Kethel, dame de Justphaas, d'où Nicolas Malapert.] et Louis Malapert Seigneur du Vieux-Gembloux.

Comme on le voit, j'ai cité trois Nicolas de Malapert, d'où des hésitations dans l'identification de l'ami de Hoefnagel, et des risques de confusion. Je part de l'hypothèse que notre homme est le fils de Louis. Mais les prénoms Louis et Nicolas se succèdent dans les différentes branches...

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Louis (Lodewijk, Ludwig) de Malapert Seigneur de Maurage 1520-

Parmi ces membres, revenons donc sur Louis de Malapert, Seigneur de Maurage, car c'est lui qui vint établir une succursale à Séville, avec [son frère] Nicolas. Les informations qui les concernent viennent du fait qu'ils sont tous les deux dénoncés pour leurs opinions religieuses.

En 1567, Philippe d'Auxy cite Nicolas, Antoine et Louis Malapert, de Mons, dans une Notule sur les calvinistes les plus envenimés. Mais dans une Note sur les moyens de remédier à Anvers, Philippe D'Auxy dénonce aussi comme calvinistes Marco Perez, Corneille Van Bomberghe de Cambrai […] Jacques Hoefnagel « marchant de pierreries » et père de Joris, Robert van Haesten, Pierre Harnouts, Jean Damman, « tous trois forts riches, traictant sur Séville ».

En 1566, un rapport secret avait été communiqué par Geronimo de Curiel, facteur (agent d'affaire) du roi d'Espagne à la gouvernante Marguerite de Parme, et, par là au roi Philippe II, sur les marchands d'Anvers hérétiques ou suspects. S'intéressant particulièrement à ceux qui sont installés en Espagne, il signale les biens ou les affaires qu'ils y possèdent : outre Gilles Hooftman et Pierre Van Vye, Marco Perez, ou Jean de la Faille, on trouve Louis et Nicolas Malapert qui sont décrits comme "montois, calvinistes, favorisent les sectaires, Ils ont une succursale à Séville et de nombreuses hacienda. Ils sont de la secte calbeniste". «Luis et Nicolas Malaparte e conpania son rresidentes en Anveres e naturales de Mons en Anaot, y son de la setta calbenista, y an echo arto daño e rruynes ofizios en conpania de los hijos, de Mos de Tolossa, que son muy amigos y tienen grand quenta con los meniettos e con los prenzipales erejes y esto de muchos dias attas. Tienen casa en Sevilla y mucha hazienda en poder de uno dellos del mesmo nonbre o criado suyo

En 1602, Louis de Malapert est inscrit comme bourgeois de Francfort.

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Nicolas de Malapert, 1542-1618.

Le Nicolao Malapert de la dédicace de Hoefnagel est donc le fils de Louis de Malapert et de Jeanne de Heldewier, né en 1542, et qui épousa en 1575 Marie de Courcelles, veuve de Diederick (Thierry) Badouere qui avait péri lors du massacre de la Saint-Barthélémy le 25 août 1572. Nicolas "de Malpart" fit des démarches auprès de Henri IV par l'intermédiaire de Louise de Coligny, de la comtesse Palatine et de Buzanval pour que son épouse soit partiellement dédommagée, car la boutique de Thierry Badouer, riche lapidaire, avait été pillée par les gardes de Charles IX. Lorsque Hoefnagel séjourna, entre 21 et 26 ans, à Séville, Nicolas Malepert avait donc 21 ans. Plus tard, il revint à Anvers où il acquit une maison, puis se fixa à Francfort.

Avec son frère David de Malapert, il était, lors de la dédicace de Hoefnagel, installé à Francfort-sur-le-Main. Son rôle en tant que commerçant, et son importance pour le développement de l'économie pan-européenne est évidente du fait qu'ils furent, avec Noë du Fay, Bastien de Neufville, Jean et Louis de Bary, parmi les grands marchands qui , en plus de Welser, Tuchern et Imhof , conclurent un accord à Francfort en 1585 sur la valeur de l'unité pour les lieux de l'argent, la fixation des taux de change et qui ont ainsi été à l'origine de la Bourse de Francfort. Un document décrit Nicolas Malapert refusant une lettre de change, ce qui témoigne d'une activité de banquier parallèle à celle de marchand.

Nicolas de Malapert eut deux fils, Abraham et Isaac. Abraham (1580-† 1632), a multiplié sa fortune en épousant en 1609 Marie du Fayt, fille du marchand de soie et banquier de Francfort Johann du Fayt, († 1617) . Il eut trois enfants, David, François, et Suzanne qui épousa Abraham de Neuville.

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Son frère David de Malapert 1545-1589.

David épousa Marie Badouer, la fille de Marie de Courcelle et de Thierry Badouer. Leur fille aînée, Marie de Malapert (1583-1646) épousa en 1602 l'architecte protestant Jacques II Androuët du Cerceau (1550-1614), valet de chambre et architecte de monseigneur frère du roi en 1581, architecte de la Grade galerie du Louvre et du Pavillon de Flore aux Tuileries, et qui fit les plans du temple réformé de Paris, le Temple de Charenton, en 1607.

Il ne faut pas le confondre ce Nicolas avec son cousin Nicolaas ou Nicolaes de Malapert, né à Anvers en 1564, décédé le 11 juin 1615, fils lui-même de Nicolas de Malapert et de Jossine de Kethel, et qui épousa en 1592 Margaretha van Panhuys. Ce marchand et partenaire d'affaires d'André et Daniel van der Muelen était aussi le beau-frère d'André van der Muelen (1549-1611), qui s'est marié en 1583 avec sa sœur Susanna de Malapert. Après la chute d'Anvers en 1585, il a quitté sa ville natale et s'est installé à Brême.

On signale un Nicolas Malapert (1533- 21 juin 1581) comme frère de Louis de Malapert, d'après une lettre manuscrite à Hugues Doneau de Hubert Languais qui résidait chez Louis.

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Joannes Vivianus était un riche marchand, humaniste, collectionneur (en particulier les pièces de monnaie) et poète néo-latine. Il est né à Valenciennes (1543-1546), fils de l'écuyer Nicolas Vivien et de Barbe Malapert. Il est mort à Aachen le 12 Septembre, 1598, donc il n'a pas connu le passage de la ville au camp catholique en 1599. Autour de 1571, il s'est établi comme marchand à Anvers. Pendant la période calviniste de la ville entre 1581 et1583, il a occupé le poste de chapelain (chargé de récolter le coût de l'assistance aux pauvres). Cela prouve qu'il était très riche. Le 24 mai 1580, il épousa sa cousine, Catherine de Malapert d' Anvers (1562-1620), avec qui il a eu huit enfants. Le 11 Août, 1585, il est allé à Aachen, où il est resté jusqu'à sa mort en 1598. En 1594, il a fondé avec le marchand de Leyde Daniel van der Meulen et son frère André, avec Jean Vivien et Nicolas de Malapert, la Nieuwe Napelse Compagnie. Dans les archives de Daniel van der Meulen, conservé dans les archives municipales Leiden, se trouve est un fichier contenant 45 lettres. Or, Johannes Vivianus (Jean Vivien) apparaît à de très nombreuses reprises dans l'Album amicorum de Johannes Radermacher, ami de Hoefnagel. Ce dernier a composé aussi un poème pour cet Album amicorum. Vivianus voyagea ave Ortelius en 1575 dans le Brabant .

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SOURCE ET LIENS :

RKD : https://rkd.nl/en/explore/images/22114

— VIGNAU-WILBERG (Thea) : catalogue de l'Albertina de Vienne :

http://sammlungenonline.albertina.at/?id=tms_32377#13f292ee-09c1-4808-ab15-cddd4657c62b

— LE CARPENTIER (Jean) 1664 Païs-Bas ou histoire de Cambray et du ..., Volume 1 page 188

— LERNER ( Franz), 1987, "Malapert" in Nouvelle Biographie allemande, p 723 f [version en ligne]. URL: http://www.deutsche-biographie.de/ppn139774939.html

— EBRARD (F.C), 1906, Die Französisch-reformierte Gemende im Francfurt-am-Main, 1594-1904

https://archive.org/stream/diefranzsischre00ebragoog#page/n129/mode/2up

— Sites généalogiques :

  • https://www.genealogieonline.nl/genealogie-peeters-rouneau/I29460.php

  • http://de-sejournet3.skynetblogs.be/

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28 mars 2015 6 28 /03 /mars /2015 19:32

LA VUE DE SÉVILLE DE 1573.

Voir :

Vue de Séville par Hoefnagel dans le volume I du Civitates orbis terrarum (1572)

Vue de Séville par Hoefnagel dans le volume IV du Civitates orbis terrarum (1588)

Vue de Séville par Hoefnagel dans le volume V du Civitates orbis terrarum (1598).

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Introduction : le contexte biographique et historique.

Contexte général.

(d'après Le monde de Brueghel, Wikipédia )

Hoefnagel est né à une époque de profonds changements en Europe occidentale. Les idéaux humanistes du siècle précédent avaient influencé artistes et chercheurs en Europe, comme Érasme (1467-1537) à Rotterdam. L' Italie était à la fin de Renaissance des arts et de la culture ; Hoefnagel avait 22 ans à la mort de Michel-Ange (1475-1564). En 1517, Martin Luther a publié ses Quatre-vingt-quinze thèses et la Réforme protestante a débuté dans l'Allemagne voisine. En réaction, le Concile de Trente , qui a pris fin en 1563, a déterminé ce qui était approprié dans le domaine artistique dans les Etats catholiques.

A cette époque, les Pays-Bas a été divisée en dix-sept provinces, dont certains voulaient la séparation de l'Église catholique, qui contrôlait les provinces de leur bastion en Espagne. Les Pays-Bas a été influencé par la nouvelle Allemagne luthérienne à l'est et par l'Angleterre anglicane à l'ouest, comme en témoigne la montée du protestantisme. Les Habsbourg, monarques de l'Espagne ont été les responsables de l'application de la Contre-Réforme en Europe occidentale, et le protestantisme aux Pays-Bas fut lourdement réprimé.

Le monarque espagnol, Charles Quint , publia l'édit de sang en 1550, punissant de la peine de mort le crime d' hérésie envers l'Église catholique; cependant, Charles n'a pas fait respecter cet édit. Par contre, son fils, Philippe II d'Espagne , dont les agissements radicaux sont devenus une source de grande inquiétude aux Pays-Bas au cours des années 1560, a fait appliquer cet l'édit de sang. Le calvinisme est devenu de plus en plus populaire aux Pays-Bas, malgré la menace de mort. La révolte iconoclaste de 1566 a conduit a envoyé l'année suivante aux Pays-Bas le haï Fernando Álvarez de Toledo, 3e duc d'Albe. Ce dernier institua un Conseil des Troubles (Raad von Beroerten) chargé de punir cruellement tous les factueux. L'exécution capitale à Bruxelles des comtes d'Egmont et de Horne qui avaient pris la tête de l'opposition de la noblesse et du peuple, intensifie l'insurrection et amenant à la guerre de Quatre-Vingts Ans (1568-1648) entre les Pays-Bas (dirigé par Guillaume d'Orange) et l' Espagne. Sept provinces ont fait sécession (Acte de La Haye, 1581) et sont devenues protestantes (les Provinces-Unies), tandis que les dix autres sont restées sous le contrôle catholique à la fin de la guerre. En 1588, Philippe II envoya sa Grande Armada pour tenter d'envahir l'Angleterre, mais l'expédition fut un échec pitoyable.

Anvers .

Sur le plan commercial, la découverte de l'Amérique en 1492 et l'arrivée aux Indes de Vasco de Gama en 1498 entraîna un gigantesque afflux de richesses vers l'Espagne et le Portugual. La Feitoria (le Comptoir) de Flandres, fondée en 1508 à Anvers, était alors la principale tête de pont de l'empire commercial portugais, la Casa da India, à l'intersection des colonies du Brésil de l'Afrique et des Indes. Animée par des négociants qui relient l'Inde à l'Amérique, la première bourse des valeurs a été fondée à Anvers en 1531.

Au milieu du XVIe siècle, les Pays-Bas du sud profitèrent du rôle dominant de la ville, qui était alors une des plus grandes villes d'Europe et qui resta pendant longtemps un très grand centre culturel et artistique, jusqu'au début de la guerre de Quatre-Vingts Ans .

Entre le 4 novembre et le 7 novembre 1576, une partie des soldats espagnols mutinés ont mis à sac la ville. Au cours de cet épisode, sont morts plusieurs milliers d'habitants et ce drame a été l'élément déclenchant du soulèvement des provinces du sud des Pays-Bas espagnols qui restaient encore loyales à la couronne espagnole. La république d'Anvers exista entre 1577 et 1585, lorsque la ville d'Anvers fut gouvernée par les révoltés calvinistes, de sorte qu'elle participa à la révolte des gueux . En 1585, la ville tombe aux mains de Philippe II à l'issue d'un siège de treize mois, la ville étant défendue par Philippe de Marnix de Sainte Aldegonde. En conséquence, les Provinces-Unies du nord ferment l’accès à l’Escaut dans le but de priver les Espagnols des avantages de leur victoire, ce qui a naturellement des conséquences catastrophiques sur l’économie de la ville. Abandonnée par les protestants, que Philippe II visait plus particulièrement et qui constituaient une très large part de l’élite commerciale et intellectuelle, Anvers voit sa population se réduire de moitié en moins de 20 ans.

— Joris Hoefnagel.

Après avoir voyagé pour sa formation humaniste de jeune et riche marchand lapidaire en France à Tours, Poitiers, Bourges et Orléans en 1561-1562 et être revenu précipitamment à Anvers en août 1562 en raison des guerres de religion, Joris Hoefnagel, né en 1542, séjourna en Espagne de 1563 à 1567 et notamment en Andalousie. Dans ces deux pays, son intérêt pour le dessin et la peinture l'amena à accumuler sur ses carnets des croquis de scènes de vie, d'habitants dans leurs costumes traditionnels, et, la cartographie étant alors une science naissante, des vues et plans de villes et de paysages. La fin de son séjour correspond au début de la révolte des Pays-Bas contre la domination espagnole (Guerre de Quatre-Vingt ans), à la révolte iconoclaste soulevée par les pasteurs calvinistes (1566), et, en réponse, l'entrée à Bruxelles du Gouverneur des Pays-Bas Fernando Alvaro de Tolède, le Duc d'Albe, avec 10 000 hommes. A Anvers, ce dernier fit construire la Citadelle, de 1567 à 1572, point de départ de la mise à sac de la ville, la "Furie Espagnole", en octobre 1576. Selon Carel van Mander II,76, le père de Joris fut alors ruiné, les milliers de florins cachés dans un puits ayant été découvert.

De 1568 à 1569, Hoefnagel se rendit en Angleterre et y fréquenta la communauté de marchand et de savants néerlandais, se liant d'amitié avec le protestant Jean Rachermacher, et dessinant pour lui le recueil emblématique Patientia, qui illustrait la nécessité pour les flamands en butte aux persécutions de l'occupant espagnol, dune capacité stoïque d'endurer les épreuves. On peut donc penser que ses sympathies n'allaient ni vers l'Espagne, ni vers les Catholiques radicaux. De cette période, on connaît aussi de lui une peinture à l'huile plus anecdotique, la Fête à Bermondsey.

Son retour à Anvers de 1570 à 1576 fut marqué par son mariage avec Suzanne van Oncken (1571) et par la naissance de son fils Jacob (1573), mais aussi par la publication en 1572 à Cologne du premier volume du Civitates orbis terrarum de Braun et Hogenberg. Ce recueil de gravures colorées reprenait de nombreux dessins de villes de France et d'Espagne par Hoefnagel, dont sa première Vue de Séville. Pendant cette période, Hoefnagel se serait aussi formé auprès du miniaturiste Hans Bol (1534-1593). Ce dernier, originaire de Mâlines, quitta cette ville lorsqu'elle fut occupée par les troupes espagnoles et vint en 1572 à Anvers, où il fut membre de la guilde de Saint-Luc en 1574, et citoyen en 1575. "Ce fut pendant son séjour à Anvers que, voyant que l'on achetait ses œuvres pour les copier et vendre les copies sous son nom, renonça pour jamais à la peinture sur toile. Il s'adonna dès lors, d'une manière exclusive, à la peinture de paysages et de petites compositions en miniatures". (Van Mandel, II p.54). En 1582, il enlumina le Livre de prières de François de France, duc d'Anjou [BNF Ms Latin 10564]. Mais rattrapé en 1584 par la guerre, il entreprit une série de voyages qui le conduisirent successivement à Berg-op-Zoom, Dordrecht et Delft. Il ne se fixera définitivement à Amsterdam qu’en 1586.

Hoefnagel avait pu découvrir l'art de la miniature en Angleterre auprès des portraitistes comme Hans Holbein le Jeune, ou les flamands Hans Ewout, Levina Teerlink,et Marcus Gheeraerts.

En tout cas, pendant cette période anversoise que Joris Hoefnagel réalisa la première miniature sur vélin de sa carrière, une Vue de Séville. Elle fait actuellement partie des collections du Cabinet des Estampes de la Bibliothèque Royale Albert 1er de Bruxelles, sous le numéro d' inventaire SI 23.045, et a été exposée en 2041 dans l'exposition " Entre les lignes. Dessins de maîtres anciens du Cabinet des Estampes de la Bibliothèque royale de Belgique ". Selon Edouard Fétis, ancien conservateur en chef de la Bibliothèque royale, celle-ci est entrée en possession de cette feuille exceptionnelle « par hasard ». Un Anglais résidant à Bruxelles au début des années 1830 ne pouvant payer sa note d’hôtel, dut se résoudre à la régler en nature.

C'est une œuvre à la gouache et l'aquarelle sur vélin mesurant 21.6 x 32.3 cm, signée et datée 1570 et 1573. On réalise mal, face à la reproduction photographique de ce tableau, qu'il est à peine plus grand qu'une page 21 x 27 cm !

Selon la note de Hymans dans sa traduction du Schilder-Boeck de Carel van Mander (1604), les deux dates correspondent l'une à la vue de Séville elle-même (1570), et l'autre au "merveilleux encadrement d'attributs", de 1573.

Lorsque Hoefnagel quitta Anvers pour se rendre en Italie avec Abraham Ortelius, il passa à Munich où le duc de Bavière lui demanda de lui montrer sa peinture. Il ne disposait que d'un autoportrait et d'un portrait de sa première femme (Van Mandel), mais aussi "d'une miniature sur vélin avec des animaux et des arbres" que le duc lui acheta cent couronnes d'or. Selon Hendrix et Vignau-Wilberg 1992 p. 19 et note 19, cette miniature n'est autre que la Vue de Séville.

Hoefnagel à Séville.

— Lorsque Hoefnagel était en Espagne, un autre peintre flamand probablement né à Anvers s'y trouvait aussi : Antoine van den Wyngaerde, grand artiste topographique, avait en effet été chargé par Philippe II de procéder au relevé des principales villes du royaume. Installé avec sa famille à Madrid en 1562, il réalisa pas moins de soixante-deux vues de villes et villages, dont Barcelone, Valence, Saragosse, Grenade, Coroba, Séville (1567), Tolède, Burgos et Madrid. Leur précision quasi photographique fait qu'elles ne sont pas seulement de magnifiques œuvres d'art, mais qu'elles constituent des documents graphiques d'une importance considérable pour la compréhension de divers aspects (urbain, économique, sociale) des villes représentées. Mais son travail, à la différence de celui d'Hoefnagel, n'a pas été publié et les planches ont été dispersées. Il est possible que Hoefnagel ait voyagé de conserve avec van den Wyngaerde ; certaines de leurs vues sont complémentaires, quoique celles de Hoefnagel soient jugées moins méticuleuses mais plus spectaculaires et pittoresques. Richard Kagan propose qu'elles ont été influencées par ceux de Wyngaerde.

— Pendant son séjour en Espagne, Hoefnagel a rencontré (a été reçu par) les marchands d'Anvers installés à Séville, comme Louis et Nicolas de Malapert : il dédicacera sa vue de Séville de 1598 à ce dernier.

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ÉTUDE DE LA VUE DE SÉVILLE DE 1573.

La miniature comporte deux parties distinctes : au centre, la vue de la ville proprement dite, dans un cartouche horizontal, et tout autour, une large bordure à grotesques dont la surface est supérieure à celle du paysage, et qui comporte de nombreuses inscriptions.

 

I. LA VUE DE SÉVILLE proprement dite.

Elle est observée du même point que la Vue de Séville du volume I du Civitates de 1572, et elle partage avec celle-ci de nombreux points communs : nul doute que les deux vues sont liées aux mêmes croquis. Le point d'observation se trouve à l'ouest-nord-ouest de la ville, sur la rive droite, près du Monastère de la Cartuja, face à la Casa de Colon.  Dans un format tout en longueur (plus de trois fois plus long que large), la ville elle-même est réduite à une bande où s'alignent les maisons, les murailles et la rive, entre le ciel où les nuages l'emportent sur le bleu, et, en bas, la rive droite du Guadalquivir. A l'extrême droite, le quartier de Triana et le Castillo San Jorge, siège de l'Inquisition, relié à Séville par le pont de barques de Triana. Derrière le pont, sur les deux rives, la flotte de commerce est amarrée, déchargeant les richesses venant du Nouveau-Monde. De la ligne des toits émergent successivement de droite à gauche les deux tours de l'Or et de l'Argent Torre del Oro et Torre dela Plata, le massif de la cathédrale accolé à la haute Giralda, le clocher de San Paulo, et celui de San Laurente.

Mais l'identification des édifices urbains n'est sans-doute pas le souci de l'artiste, qui s'intéresse plus à ce qui se passe sur le fleuve, et sur la route qui en longe la rive. Si on y retrouve, sur le fleuve, la même scène de baignade ou de noyade qu'en 1572, les mêmes barques pêchant à l'épervier, les mêmes groupes de danseurs, le même îlot ou bras de sable, le premier plan est bien différent et au lieu d'un pêcheur ramenant sa pêche sur son mulet, et une bougresse gesticulant sur un âne aux allures de chèvre, nous voyons de nobles personnages se saluant : un couple s'éloigne à l'extrême droite, deux femmes se dissimulent sous des voiles noirs, un piéton en tunique rouge les regarde, un couple richement vêtu et monté sur un cheval les salue. Devant eux, un homme au visage noir ne peut être un esclave, car il porte l'épée et porte chapeau, fraise, tunique blanche et chausses blanches. Devant eux, un cavalier frappe de sa cravache son cheval blanc.

Deux remarques :

-- Le cavalier au cheval blanc ne serait-il pas un messager au service du roi ? Son chapeau porte un panache blanc. Sur la vue de Grenade, Hoefnagel a peint un cavalier très semblable. 

 -- Carmen Fracchia (2012) suggère que l'élégant personnage noir est un ladino, africain assimilé, appartenant peut-être au couple derrière lui. Les ladinos étaient des esclaves noirs importés en Espagne par la traite arabe, qui se sont ensuite christianisés et ont appris l'espagnol. Il y avait 50 000 ladinos Noir en Espagne au 15ème siècle. 

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 Incluons dans cette vue urbaine le cartouche peint à la poudre de lapis-lazuli et portant le titre HISPALIS et la date 1570. Hispalis, le nom latin de Séville, est une romanisation du toponyme berbère I-Spal, devenu Isbaliya / Isbiliya / Ishbalyia / Isbilyia au VIIIe siècle. 

 



 

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Joris Hoefnagel, "Vue de Séville", 1573, (Détail)  Bibliothèque Royale Albert Ier, Cabinet des Estampes,  Bruxelles

Joris Hoefnagel, "Vue de Séville", 1573, (Détail) Bibliothèque Royale Albert Ier, Cabinet des Estampes, Bruxelles

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II. LA BORDURE.

La complexité de cette décoration de bordure nécessite d'en ordonner la description. Je propose d'abord d'y reconnaître un procédé que Hoefnagel utilisera dans ses Allégories des années 1590 de façon systématique : le cadre de l'image centrale, que nous pourrions comparer à un hublot, ou, de façon moins anachronique, à un "regard" ou à la fenêtre d'une armoire de curiosité dans laquelle l'artiste nous invite à regarder, est fixée, comme si elle était réelle, au cadre rectangulaire (la "porte" de l'armoire) par deux patères latérales (en or, laiton ou bois doré) et suspendu en haut par un volumineux appareil doré, guirlandé et enrubanné qui se révèle être le blason de la ville. Ces trois points de fixation de la fenêtre centrale servent d'armature à la composition, en ses points cardinaux ; ils sont complétés en bas par une sorte de lustre qui forme le cartouche de la signature. Dans cette armoire, il fonctionne comme une véritable clef, et je l'adopte, malgré mon embarras, comme point d'entrée.

J'examinerai donc successivement :

  • La signature de l'artiste, et l'autel de Minerve.

  • Le quart inférieur gauche : Les Indes.

  • Le quart inférieur droit : l'Espagne

  • Le blason de Séville (partie supérieure, au centre)

  • le coin supérieur gauche

  • Le coin supérieur droit

 

N.B : pour une meilleure lisibilité, j'ai modifié l'image donnée en Source, en accentuant la netteté, la vivacité et la saturation des couleurs, le contraste et l'éclairage. Pour une fidélité à l'œuvre :

 http://www.presscenter.org/fr/pressrelease/20141126/des-dessins-de-maitres-anciens-montres-pour-la-premiere-fois-a-l-expo-entre--0

 

Joris Hoefnagel, "Vue de Séville", 1573, Bibliothèque Royale Albert Ier, Cabinet des Estampes,  Bruxelles ; voir source des images supra.

Joris Hoefnagel, "Vue de Séville", 1573, Bibliothèque Royale Albert Ier, Cabinet des Estampes, Bruxelles ; voir source des images supra.

 

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L'Autel de Minerve, et la signature.

a) L'inscription de signature :

GEORGIVS HOEFNAGLE ANTVERPIANVS INVENTOR FACIERAT ANNO MDLXXIII. NATURA SOLA MAGISTRA.

Plusieurs remarques :

— La forme "Georgius Hoefnagle" est attestée dans une vue de Grenade (Granada) datée de 1563 dans le Civitates orbis terrarum, (depingebat Georgius Hoefnagle antverpianus), comme dans les autres vues de villes d'Espagne (Loja, Malaga, Burgos et San Sebastian, Antequera). Plus tard, il utilisera la forme Georgius Houfnaglius.

— Dès sa première miniature, Hoefnagel se donne le titre d'Inventor, que l'on retrouve plus tard dans son ornementation-signature pour la Messe des défunts du Missale Romanum complétée par la mention inventor hieroglyphicus et allegoricus. Avant de se présenter comme peintre, il se définit comme inventeur d'emblèmes, mettant en avant son acte intellectuel de déchiffreur du monde et de concepteur d'images à lire. 

— Immédiatement après, il donne sa devise, Natura sola magistra, "La Nature comme seul maître", qui a été interprétée comme une affirmation de son statut d'autodidacte  : "En effet, à l'entendre, il ne connaît d'autre maître que la nature ou son propre génie : Natura sola magistra, s'écrie-t-il fièrement ! " — Ann. Academ. Arch. Belg. 1899— ou bien "car c'était sa grande prétention , de s'être formé sans maître, et d'avoir un talent en quelque sorte de révélation" — Hennebert 1855 et E. Fétis, 1857—, ou encore "L'auteur se glorifiait avec raison de n'avoir été instruit par personne, car son nom ne figure pas sur les registres de Saint-Luc." — A. Michiels, 1868— . Mais l'ambition de cette devise est certainement plus vaste, et relève aussi de la fascination de l'auteur (et de ses contemporains)  pour l'histoire naturelle et de sa détermination à pratiquer un naturalisme scientifique débarrassé des fabulations médiévales. Surtout, Hoefnagel s'attribue l'aphorisme d' Aristote dans sa Physique : ars imitatur naturae "l'art imite la nature", ou plutôt son interprétation par Thomas d'Aquin (Physique 14, n°168). Pour celui-ci, La nature n'est rien d'autre que l'expression d'un certain art, nommé art divin, instillé à l'intime des choses, qui les porte vers leur fin déterminée, comme le charpentier de marine, construisant un bateau, peut, par son travail du bois, lui donner la capacité de naviguer par lui-même. (nihil aliud quam ratio cuiusdam artis, scilicet divinae, indita rebus, qua ipsae res moventur ad finem determinatum -  sicut si artifex factor navis posset lignis tribuere, quod ex se ipsios moverentur ad navis formam inducendam). Prendre la nature comme maître, c'est apprendre à y admirer l'œuvre du Créateur, à y lire au niveau du  microcosme l'ordonnancement du macrocosme, mais c'est aussi, comme elle, participer activement à la Création en suivant son propre moteur interne, que, à plusieurs reprises, Hoefnagel désignera comme son "génie".  Pour relier les deux termes de sa signature, sa devise et son titre d'inventor, Hoefnagel considère la nature comme un livre où s'écrit une pièce de théâtre : il doit à la fois la lire, y tenir son rôle, et y ajouter, sous forme d'images cryptées, les didascalies et notes commentant sa propre lecture.

— on remarquera la manière dont la date est inscrite : au lieu de l'inscription MDLXXIII (1573), Hoefnagel écrit le M et le D avec des demi-cercles (lettre C) et des traits verticaux , dans un souci de raffinement.

Natura sola Magistra : Hoefnagel, le chorographe.

Jean Marc Besse  (2005)  a souligné la différence entre vue géographique, destinée a montrer la surface du globe terrestre dans sa globalité et dans sa continuité, et la vue de ville, chorographique (ou topographique) qui donne à voir de manière séparée, le lieux en les  considèrant de près,  en détail, le plus près du vif qu’elle peut. Le géographe mesure, et le chorographe peint le panorama, comme si on y était. Il cite alors Antoine Du Pinet : 

"[Il] faut noter, écrit-il, que la fin de [la] Geographie est de consyderer, & mesmes representer, par certaines mesures & proportions, toute la Terre habitable, selon son naturel, & assiette : & [de] parler en general, des parties d’icelle, & des Climatz, graduations, & assiettes, tant en longitude, qu’en latitude, des Provinces, & Regions, & des choses plus notables en icelles, comme sont Isles, Golfes, Montaignes, Rivieres, Havres, & autres villes de renom […]. Mais, sur tout, elle s’employe à faire entendre aux hommes les assiettes des lieux : & combien un lieu est eloïgné de l’autre[…]. Mais la Chorographie sert à representer au vif les lieux particuliers, sans s’amuser à mesures, proportions, longitudes, latitudes, ny autres distances Cosmographiques : se contentant de montrer seulement à l’œil, le plus près du vif qu’elle peut, la forme, l’assiette, & les dependances du lieu qu’elle depeint : comme seroyent les Fortz, Cittadelles, Temples, Rues, Colysees, Arenes, Places, Canaux, Viviers, Havres, Moles, & autres bastimens de marque qui pourroyent estre en une ville, avec le païsage d’alentour, & les traffiques d’icelle. De sorte qu’on pourra prendre la Geographie pour celle qui represente un corps en general : & la Chorographie pour celle qui espluche toutes les parties du corps, iusques au moindre poil de barbe. Antoine du Pinet, Plantz, pourtraitz et descriptions de plusieurs villes et forteresses (Lyon, 1564), pp. 13-14.

 

On comprend immédiatement que cette peinture iusques au moindre poil de barbe va convenir à un miniaturiste, et combien l'allégeance de l'artiste à l'égard de la nature, du réel, peut être pour lui une règle si absolue de fidélité qu'il l'adopte comme devise. Cette exigence du chorographe est aussi celle du peintre en histoire naturelle, comme Dürer l'avait montré en peignant un lièvre poil par poil. C'est l'exemple que suivra désormais Hoefnagel.

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b) Minerve.

Au dessus de la signature d'Hoefnagel, la frise d'encadrement s'interrompt pour faire place à un ouvrage doré de formes très contournées voire serpentines qui associe :

  • deux cartouches portant en lettres d'or sur fond noir les mots *ARTIS LARGITORI et DEO OPT. MAX.*
  • deux luminaires portant chacun deux bougies encadrant un brûle-parfum.
  • une arche faite de deux cornes d'abondance entourant un paysage (une baie montagneuse) et dont les piliers courbes portent l'inscription E CEREBRO IOVIS  DIVA  MINERVA. Le sommet de l'arche est effacé par des nuées.  Selon J.A Bucher, qui a sans-doute examiné la peinture elle-même, le tétragramme hébreu de Dieu est inscrit dans le paysage irradié par la lumière du soleil.
  • Minerve, toute armée (casque attique à cimier et aigrette et lance), tenant l'égide frappé de la tête de Gorgone,
  • à sa gauche, un hibou,  animal qui est son attribut et qui symbolise son intelligence vigilante. (Un hibou se distingue d'une chouette par la présence d'oreilles, mais la valeur des deux animaux est identique sur le plan symbolique)
  • peut-être, en homologue de l'autre coté, un autre animal
  • un ruban blanc dont les orbes flottent pour réunir la déesse aux extrémités du luminaire.

La déesse romaine Minerva est assimilée à la déesse grecque Pallas Athéna et reprend les fonctions, épithètes et attributs de celle-ci : elle est née toute armée de la tête de Zeus (Jupiter Jovis pour les Romains), ce qui explique l'inscription [nata] E cerebro Iovis diva Minerva, "Déesse Minerve, née du cerveau de Jupiter". Son nom viendrait de mens, mentis, "pensée" et elle est une déesse très cérébrale, présidant à la Sagesse que symbolise la Chouette. Par son équipement guerrier, mais aussi par son intelligence, elle préside aussi à la stratégie guerrière. De fait, elle est protectrice de Rome, et est custos urbis, "gardienne de la cité.

Mais elle est aussi la déesse des artistes et des artisans : ce qui justifie l'inscription Artis largitoricelle qui fait des largesses, bienfaitrice des arts". C'est le plus souvent son père Jupiter qui est désigné par la formule de dédicace romaine DEO OPTIMO MAXIMO (le plus grand et le meilleur des dieux), souvent abrégé en  D.O.M.  Il correspondait à un autre sigle I.O.M. (Iovi Optimo Maximo) de même signification. Par la suite il a été repris sans changement dans l'épigraphie chrétienne, souvent funéraire, qui lui a donné un sens différent. A noter son usage en 1584 sur une pièce de deux florins à Bruxelles sous la forme, Deo optimo maximo , Bruxella confirmata ( Grâce à Dieu le plus grand et le meilleur, Bruxelles a été affermie).

Enfin les bougies et les lampes d'encens délimitent un espace sacré autour de Minerve, mais participent aussi de la symbolique de la clarté de l'esprit et de l'élévation des pensées.

Il est difficile de dire si Hoefnagel place Minerve comme la déesse qu'il invoque pour son propre compte, en tant qu'artiste et en tant que lettré humaniste, ou s'il en fait la déesse tutélaire de Séville comme nouvelle Rome. La réponse est certainement double, mais, si Minerve sert de clef d'interprétation à cette Vue urbaine, c'est bien pour conférer à Séville les épithètes qui en font une capitale de l'intelligence, de la puissance guerrière  et des arts.

 

Minerve et sa "chouette" : Joris Hoefnagel, "Vue de Séville", 1573, Bibliothèque Royale Albert Ier, Cabinet des Estampes,  Bruxelles ; voir source des images supra.

Minerve et sa "chouette" : Joris Hoefnagel, "Vue de Séville", 1573, Bibliothèque Royale Albert Ier, Cabinet des Estampes, Bruxelles ; voir source des images supra.

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LA MOITIÉ INFÉRIEURE (suite).

Dans la large moitié inférieure de la miniature, Hoefnagel a peint autour de Minerve une somptueuse allégorie dans laquelle le vaisseau du Nouveau Monde, à gauche, arrive dans toute sa luxuriance  à la rencontre du vaisseau du Commerce Espagnol, à droite. La scène est si colorée, si vivante qu'on croit entendre  les Sauvages  des Indes Galantes de Rameau, ou assister à l'une de ces folles fêtes costumées dont les artistes (cf. Arcimboldo) étaient chargés d'inventer les décors.

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Le quart inférieur gauche : Les vaisseau des "Indes".

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Dans le coin, le mot INDIA en lettres bifides blanches sur fond bleu indique le titre : venant de l'Ouest, les Indes découvertes par Christophe Colomb traversent l'Atlantique et amènent en occident leurs richesses. Ce nom prend place dans un cadre exubérant, où les formes serpentines d'un colimaçon se poursuivent avec celles d'un griffon, alors que du brûle-parfum sort la spirale d'un être fantastique. 

Les formes du vaisseau des Indes relève de l'onirisme exotique, associant divers animaux comme des langoustes, des pieuvres, avec des éléments végétaux. Son équipage est fait de singes, d'hommes-boucs, d'un sauvage péruvien en coiffure de cérémonie. A bord, India, une femme au large chapeau de plumes, vide son tablier de pièces d'or et d'argent dans un sac marqué OPULENCIA. Des écussons d'or portent les inscriptions HISPANIA NOVA, AMERICA et DOMINICA. A la proue, un iguane, et un perroquet.

Un cartouche inclus dans la frise d'encadrement porte en lettres d'or sur fond noir les deux mots DIVES OPVM. Il s'intègre dans un ensemble de huit cartouches semblables, dont les deux premiers autour de Minerve ont déjà été déchiffrés (Artis Largitori et Deo Opt. Max.) comme des qualificatifs de Minerve et de Jupiter détournés pour s'appliquer à Séville. Pour interpréter Dives Opum, il est nécessaire de lire l'Incipit de l'Énéide de Virgile, dans lequel le poète latin dérit Carthage, où règne Didon :

Enéide AncreI,Ancre12-18 

Urbs antiqua fuit, Tyrii tenuere coloni,

Karthago, Italiam contra Tiberinaque longe

ostia, dives opum studiisque asperrima belli; 

quam Iuno fertur terris magis omnibus unam 

posthabita coluisse Samo ; hic illius arma,

hic currus fuit; hoc regnum dea gentibus esse,

si qua fata sinant, iam tum tenditque fovetque.

"Jadis il y avait une ville (ancienne colonie tyrienne),/ Carthage : elle faisait face à l'Italie et aux lointaines bouches du Tibre;/ elle était riche et passionnément âpre à la guerre./ Junon, dit-on, la chérissait plus que toute autre cité,/ plus même que Samos. Là étaient ses armes, et là son char./ Cette ville régnerait sur les nations, si les destins y consentaient "

Litteralement, Dives opum se trauit par "riche en ressources".

 

Après avoir cité deux binômes renvoyant aux dieux romains et, indirectement, à Rome, Hoefnagel prélève dans l'œuvre de Virgile un autre binôme d'un passage que chaque lettré contemporain connaît par cœur et peut comprendre comme une comparaison entre Séville et Carthage ; mais chacun peut aussi penser aux guerres Puniques et à la façon dont Carthage fut détruite par Rome, ou aux mots de Caton selon lesquels Carthago delenda, "il faut détruire Carthage". L'art masqué de Hoefnagel déjoue toute certitude de lecture.

 

Hoefnagel, Vue de Séville, 1573, quart inférieur gauche, Bibliothèque Royale de Bruxelles.

Hoefnagel, Vue de Séville, 1573, quart inférieur gauche, Bibliothèque Royale de Bruxelles.

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Le quart inférieur droit : le vaisseau du Commerce espagnol.

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La frise d'encadrement enchasse un cartouche à fond noir portant les mots MERCATVRA CELEBRIS. Ce binôme n'est pas emprunté à la poésie latine, mais est utilisé fréquemment pour qualifier une ville au commerce florissant : urbs mercatura celebris, ville renommée par son négoce.

Dans le coin inférieur droit, le mot HISPANIA (ESPAGNE) en lettres blanches sur fond bleu indique que le navire imaginaire qui va à la rencontre du navire des Indes est une allégorie de l'Espagne, où plus précisément de son commerce, car le maître à bord n'est plus une reine d'Amérique mais Mercure (Hermès pour les Grecs), dieu du commerce et des voyages, que l'on reconnaît à son caducée et à son chapeau rond, le pétase ailé.

Ce coin est appareillé par un ouvrage jumeau de celui de gauche, et qui est digne d'un orfèvre ; mais l'examen de l'escargot étalant l'ondulation de son corps et dressant d'excessives cornes devenues  des antennes, l'examen de la feuille d'acanthe animalisée par une série d'épines, celui du griffon à la queue exagérément  longue et tortillée, conduisent à découvrir comment l'artiste a ridiculisé ce dernier en nouant autour de sa tête le ruban blanc gaufré comme un cuisinier le ferait par des papillottes d'une volaille. Un tel excès indique que l'artiste ne se contente pas d'orner richement son allégorie, et qu'il le fait avec une belle pétulance, mais qu'il adopte le ton de la moquerie. L'humaniste inventeur de messages cryptés se révèle ici proche du ton et de la stratégie de Rabelais.

Quoi, par ce simple nœud transformant un griffon en une cocotte de Pâques ? N'y voyez qu'une de ces marginalia dont les enlumineurs ont l'art, une drôlerie qui ne remet nullement en cause le respect de l'artiste pour son sujet principal !

J'y vois plutôt le clin d'œil que le comédien adresse à son public pour l'éveiller à la duplicité de son discours. Ce public, lorsqu'il reçoit ce signe, se met à écouter et à voir autrement ; or, dans cette miniature, nous constatons dés lors que cette mise en scène emplumée, cette naumachie dans une cuvette accumule trop de clinquants, de dorures, d'invraisemblances et d'anachronismes pour être présentée réellement par l'artiste comme une louange envers Séville. Trop d'encens tue l'encens, trop d'emphases dans l'éloge vous font verser dans le dithyrambe. 

Noter aussi, sur le corps du griffon, l'étendard aux armes des Habsbourg.


Ce vaisseau de Mercure comporte un château arrière où flotte un pavillon vert et or . Il est poussé sous l'effet d'une voile portant les armoiries de Philippe II, avec la couronne royale et le collier de la Toison d'Or. Ce sont ses armoiries comme Roi d'Espagne, qui sont aussi —avant 1580 où il ajouta les armes du Portugual— celles de son père Charles Quint. Seul détail, Hoefnagel a inversé la place des armes du Léon (le lion du gueules) et de Castille (le château d'or).  

 

 

 

Mais cet emblème est contaminé par l'épidémie serpentine qui affecte toute la scène, puisque elle est cernée par un pampre dionysiaque.

La marque de Philippe II est aussi frappée sur toute la coque, sous forme d'une succession de lettres P.

Sur le château avant est juché un enfant nu mais coiffé de palmes exotiques ; il tient une banderole portant le mot BETICA, nom latin du fleuve Guadalquivir, que le navire descend vers l'Océan s'il sort de Séville. Devant lui, assis sur une coquille de Saint-Jacques, se tient un Verseau nu (pourtant, Philippe II, né le 21 mai 1527, est du signe des Gémeaux). Devant encore, un homme barbu couronné d'une tour tient un globe de verre. Puis vient un Neptune, nu, armé d'un trident. Puis des chevaux de mer (griffons) chevauchés par deux sauvages, soufflant dans une conque et armés d'une massue ou d'une masse d'arme.

En avant encore, se trouve le pavillon portant la devise de Charles Quint PLUS ULTRA entre les deux colonnes d'Hercule qui y sont associées. Sur le vaisseau, on lit aussi les inscriptions CASTELLA et LEGIO,   formes latines de la Castille et du Léon.

Il me semble possible de proposer que Hoefnagel assimile ce départ des Espagnols avec celui d'Enée dans le Livre V de l'Énéide de Virgile.  Le héros part alors de Sicile pour atteindre Hesperia (le royaume de l'Ouest), c'est à dire le Latium où il va fonder son nouveau royaume après la chute de Troie. Vénus, qui le guide, a obtenu la protection de Neptune.

Énéide V, 816-828

his ubi laeta deae permulsit pectora dictis,

iungit equos auro genitor, spumantiaque additf

rena feris manibusque omnis effundit habenas.

caeruleo per summa leuis uolat aequora curru;

subsidunt undae tumidumque sub axe tonanti

sternitur aequor aquis, fugiunt uasto aethere nimbi.

Tum uariae comitum facies, immania cete,

et senior Glauci chorus Inousque Palaemon

Tritonesque citi Phorcique exercitus omnis 

laeua tenet Thetis et Melite Panopeaque uirgo,

Nisaee Spioque Thaliaque Cymodoceque.

"Dès qu'il eut par ces paroles apaisé et réjoui le cœur de la déesse,

le père des flots attelle ses chevaux avec un joug d'or, impose à leur fougue

des mors écumants tandis que ses mains relâchent complètement les rênes.

Sur son char bleu sombre il vole légèrement sur la crête des vagues ;

les ondes retombent, la mer gonflée au passage tonitruant du char

se fait étale et les nuages fuient dans l'immensité de l'éther.

AncreAlors apparaissent diverses figures de sa suite : baleines immenses,

vieillards du choeur de Glaucus, Palémon, le fils d'Ino,

Tritons rapides et toute l'armée de Phorcus ;"

 


 

Hoefnagel, Vue de Séville, 1573, quart inférieur droit, Bibliothèque Royale de Bruxelles.

Hoefnagel, Vue de Séville, 1573, quart inférieur droit, Bibliothèque Royale de Bruxelles.

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La partie supérieure : le quart supérieur gauche.

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Dans la frise d'encadrement se lisent cette fois les binômes FRVCTIB[VS]. ABVNDANS. et  .PACE FLORENS. Je ne rencontre le premier couple que sous la plume de Pomponius Mela, Géographie Livre III, à propos de Talgé, en mer Caspienne, qui "abonde en fruits de toutes sortes". Sous ce cartouche, toute sortes de fruits sont effectivement représentés, poires, pommes, amandes, tomates et groseilles, ainsi que des fleurs (lis), autour d'un masque typiquement grotesque qui semble sorti de la Pourtraicture ingenieuse de plusieurs façon de Masques. Fort utile aulx painctres, orseures, Taillieurs de pierres, voirriers et Taillieurs d'images de Cornelis Floris (Anvers, 1555).

 

En dessous de Pace Florens "paix florissante", ou Florissant par la paix" se trouvent rassemblés des objets symbolisant les plaisirs, les richesses et les agréments. Au centre, un luth. Cet instrument d'origine arabe possédait quatre cordes, puis dès le XIIe siècle cinq cordes, ou plus exactement quatre chœurs de deux cordes à l'unisson, et une neuvième corde plus haute. Hoefnagel était connaisseur de musique, comme toute sa famille, ainsi qu'en témoigne le tableau de Pourbus Les noces du peintre Hoefnagel. On y voit, outre un virginal, deux luths.

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http://www.fine-arts-museum.be/uploads/vubisartworks/images/fransipourbus-4435-l.jpg

 

 Sur ce luth ou à coté de lui se voient les accessoires de mode et de beauté comme un collier de perles, un collier en chaînons d'or et un collier de perles en gouttes,  un miroir, un éventail, un peigne sur une chevelure, un masque, des roses, des œillets, peut-être du jasmin, et enfin les chalumeaux d'un instrument à vent. En bref, tout ce qui composera plus tard les Vanités des Natures mortes. 

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Hoefnagel, Vue de Séville, 1573, quart supérieur gauche, Bibliothèque Royale de Bruxelles.

Hoefnagel, Vue de Séville, 1573, quart supérieur gauche, Bibliothèque Royale de Bruxelles.

Le blason de Séville. 

Au centre de la bordure supérieure, malgré l'accumulation de petits personnages, de tentures rouges, de ferronnerie dorée, d'anneaux, de corbeille de fruits, de pavillons (dont celui de Charles Quint), de putti, de voiles, de rubans, fioritures et falbalas, entre deux créatures ailées, on reconnaît le blason de Séville, qui représente le roi Ferdinand III de Castille, conquérant de la ville en 1248, entouré de saint Isidore et de son frère saint Léandre qui furent tous deux archevêques de Séville aux VI et VIIe siècles.  

Hoefnagel, Vue de Séville, 1573, Blason de Séville, Bibliothèque Royale de Bruxelles.

Hoefnagel, Vue de Séville, 1573, Blason de Séville, Bibliothèque Royale de Bruxelles.

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​Le quart supérieur droit.

Alors que le coté gauche était consacré aux arts et aux plaisirs des sens, le coté droit est voué aux Armes : un trophée rassemble bouclier, carquois, lances, masses d'armes, plumet rouge et blanc de chef d'armée, bannière romaine frappée du sigle S.P.Q.R du Sénat, de la République puis de l'Empire (Senatus Populusque Romanus), faisceau de licteur romain, éperons à molettes et leur courroie , flammes rouges et blanches d'un tir d'artillerie, etc...

Dans la frise, l'inscription correspondante .INCLYTA BELLO. signifie "Illustre par la guerre". Une nouvelle fois, c'est une citation de l'Énéide de Virgile : Enéide II, 240-241

 O patria , o Divùm domus Ilium , et inclyta bello

 Mœnia Dardanidùm ! quater ipso in limine portæ 

Substitit , atque utero sonitum quater arma dedere.

"Ô patrie, ô Ilion, demeure des dieux ! Et vous,remparts des Dardaniens illustrés par la guerre ! Quatre fois, au seuil même de la porte,  la machine est stoppée et quatre fois  les armes résonnent en son ventre ";

C'est ici non plus Rome, non plus Carthage, mais Troie qui est (Ilion) qui est invoquée pour comparer Séville aux villes les plus illustres de l'Antiquité.

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La scène voisine est plus champêtre et présente, dans une armature de cerceaux concentriques, des fleurs et des épis de blés. C'est dire qu'elle illustre un nouveau binôme qualificatif, .FERTILIS AGRIS. (aux champs fertiles).  Il faut maintenant ouvrir les Métamorphoses d'Ovide livre VI vers 317 pour le trouver, décrivant la Lycie : 

... 'Lyciae quoque fertilis agris 

non inpune deam ueteres spreuere coloni. 


"[Par cet exemple, tous les mortels apprirent à redouter le courroux de Latone. Tous rendirent un culte plus religieux à la mère de Diane et d'Apollon. Et comme il arrive qu'un événement récent en rappelle de plus anciens, un vieillard raconta celui-ci :] "Les habitants de la fertile Lycie ne méprisèrent pas impunément cette grande déesse.  "

Il s'agit de l'épisode fameux (Bassin de Latone à Versailles) où la déesse Latone, ayant accouché de ses jumeaux Diane et Apollon, fuit à travers la Lycie et, s'approchant d'une mare pour s'y désaltérer, maudit les paysans qui l'en empèchent en troublant l'eau.

 

 

Hoefnagel, Vue de Séville, 1573, Quart supérieur droit, Bibliothèque Royale de Bruxelles.

Hoefnagel, Vue de Séville, 1573, Quart supérieur droit, Bibliothèque Royale de Bruxelles.

 

Joris Hoefnagel joailler tailleur-sertisseur ou roi du copier coller.

Pour sa Vue de Séville, qu'il a peut-être conçue comme son chef-d'œuvre Hoefnagel a déployé une vaste panoplie de motifs et s'est créé ainsi une palette dans laquelle ill puisera toute sa vie. Ainsi, c'est dès cette œuvre inaugurale qu'il introduit le hibou de Minerve et le caducée de Mercure qu'il réunira bientôt dans un duo emblématique de l'intelligence conjuguée à l'éloquence artistique.

Voir : Le Hibou et le Caducée chez Hoefnagel.

C'est aussi là que se trouvent pour la première fois les lampes de parfum qui sont un leitmotiv de sa peinture ; c'est là qu'apparaît le motif de la lumière (les bougies) qui sera déclinée plus tard en opposition binaire avec le cierge éteint, associé à l'opposition tête d'ange / tête de mort.

C'est là qu'il débute son bestiaire, fait de singes et de perroquets, d'escargots, de serpents, et d'oiseaux, avant de le compléter par les insectes, et, parmi ceux-ci les papillons et les scarabées.

C'est surtout là qu'il exprime pour la première fois ce qui est l'une de ses marques de fabrique, et qui le définit comme "inventeur", je veux parler de sa façon de puiser dans le corpus scripturaire poétique classique (et, plus tard, néolatin) pour y extraire des bribes qu'il insère dans sa peinture : les lieux de ces sertissages,  la calligraphie choisie, le sens de ces fragments de texte, le rapport de ce sens avec l'image, créant, au sein d'une œuvre ou dans la succession des planches ou folio d'un volume ou d'une série, finit par dessiner un "motif dans la tapisserie" qui n'est pas perceptible lorsque l'inscription est considérée isolément. Si ces préciosités littéraires latines (ailleurs, parfois en  hébreu, en grec et même en français) prennent leur sens dans l'étude de l'ensemble de l'œuvre du peintre, elles s'intégrent aussi aux travaux réalisés par les contemporains, et par les prédécesseurs, notamment dans les livres d'emblèmes, et elles acquierent alors le statut de motto, de devises et d'épigrammes.

 Meyer Schapiro, dans son analyse de la structure d'encadrement,  compare le cadre continu à une "clôture homogène pareille à la muraille d'une cité". Mais ici, tel le rempart de fortifications arabes qui inscrivait Séville dans un cercle, cette muraille  est dotée de six portes, six binômes laudatifs : en partant du mot INDIA inférieur gauche, nous trouvons DIVES OPVM, FRVCTIBVS ABVNDANS, PACE FLORENS, INCLYTA BELLO, FERTILIS AGRIS et MERCATVRA CELEBRIS, avant de parvenir au mot HISPANIA du coin inférieur droit, et de conclure par ARTIS LARGITORI et DEO OPT. MAX. Ces murailles deviennent ainsi une couronne florale empruntant aux villes les plus prestigieuses ou les plus mythiques comme Troie, Rome, Carthage, aux poètes les plus illustres comme Virgile et Ovide et aux divinités romaines les plus hautes comme Jupiter, Minerve et Mercure la litanie des épithètes de "Riche en ressources, Abondante en fruits, Florissante dans la Paix, Illustre dans la guerre, Aux champs fertiles, Célèbre par son négoce, Protectrice des arts, Divinité la meilleure et la plus grande". Séville devient l'archétype de l'Urbs, la Ville dans le superlatif de ses fonctions nourricières, militaires et politiques, la Civitas Primordiale des origines. Elle rejoint toute cité qui se pare et se théatralise lors de l'entrée triomphale de son Prince, se prenant pour son diamant parangon, et cette guirlande poétique relève toute entière de la rhétorique de l'éloge (Besse, 2005). Curieusement, cet excès encomiastique contraste avec la vue paysagère centrale, dont l'étroite et lontaine ligne de toits et de clochers est écrasée entre la bande du ciel, le fleuve dans son étalement marécageux, et la rive aux passants pressés. L'erga (la vue chorographique) fait pâle figure à coté de la parerga (l'ornementation ) qui la déborde.

Car la suprématie de Séville au XVIe siècle n'est pas due à sa fonction de ville, mais à son rôle portuaire. Ce n'est pas tant la ville circonscrite par des murs (urbs vient de urbare = enclore)  qui brille de tant de feu que le Fleuve, porte de l'Occident ouverte vers le Nouveau Monde. C'est le sens de la partie principale de la peinture, qui tient dans la rencontre des deux vaisseaux du Commerce, à droite, et de l'or et de l'Argent, à gauche. Toute l'énergie, toute l'ivresse, tout le débordement onirique se trouve dans cette bacchanale exotique.

Après avoir découpé ses livres de latin, Hoefnagel va, telle une jeune fille cherchant des modèles à broder sur son canevas, découper des images. A priori, il fera son miel des livres imprimés à Anvers, et, puisqu'après tout ils sont fait pour cela, des livres de modèles (pour les sculpteurs sur bois, maître-maçons, orfèvres et ornemanistes) initiant au style des grotesques. Abraham Ortelius avait déjà utilisé pour les cartouches de son Theatrum orbis terrarum les "compertementen"  de Jacob Floris et de Hans Vredeman de Vries. Pour le cartouche de sa carte de l'Asie (Asiae nova descriptio, 1570), Ortelius avait emprunté tout le cartouche trouvé dans le Veelderhande cierlycke compertementen (Anvers, 1564) de Jacob Floris (1524-1581)  Hoefnagel va être plus discret et n'y découper que les ailes à tête d'aigle et à oreilles de hibou.  [Cette régle de n'effectuer que des petits fragments d'une œuvre sera constante chez lui, et dans ses citations de la poésie latine de Fabricius pour le Salus Generis Humani, il prendra à l'emporte-pièce deux vers ici, et un autre là.]. 

 

Mais on voit combien Hoefnagel a soin de se réapproprier, en vrai artiste, le dessin et de le compléter.

 

 

Abraham Ortelius, 1570, cartouche de la carte de l'Asie,  https://archive.org/stream/theatrumorbister00orte#page/n29/mode/2up

Abraham Ortelius, 1570, cartouche de la carte de l'Asie, https://archive.org/stream/theatrumorbister00orte#page/n29/mode/2up

Hoefnagel, Vue de Séville, 1573, Blason, Bibliothèque Royale de Bruxelles.

Hoefnagel, Vue de Séville, 1573, Blason, Bibliothèque Royale de Bruxelles.

Hoefnagel ne prend pas son modèle de la carte d'Ortelius, mais bien du cartouche initial proposé par Jacob Floris, car il y prélève aussi un casque grotesque, et un bouclier. J'ai cru qu'il avait modifié le bouclier en le dotant d'une tête d'oiseau et d'une étoile, mais il a simplement pris ce bouclier sur une autre gravure du même volume . Le fanion S.P.Q.R vient aussi de Floris, de même que le carquois, et les lampes brûle-parfum.

 

On voit bien qu'il faudrait passer en revue ces gravures pour retrouver la source des différents détails.

 

Jacob Floris, 1564 Veelderhande cierlycke compertementen, in J.A. Welu 1987, (Metropolitan Museum of Art)

Jacob Floris, 1564 Veelderhande cierlycke compertementen, in J.A. Welu 1987, (Metropolitan Museum of Art)

Jacob Floris, 1564 Veelderhande cierlycke compertementen, https://www.rijksmuseum.nl/en/search/objecten?q=jacob+floris&p=4&ps=12&ii=6#/RP-P-1952-397P,42

Jacob Floris, 1564 Veelderhande cierlycke compertementen, https://www.rijksmuseum.nl/en/search/objecten?q=jacob+floris&p=4&ps=12&ii=6#/RP-P-1952-397P,42

Jacob Floris, 1564 Veelderhande cierlycke compertementen, https://www.rijksmuseum.nl/en/search/objecten?q=jacob+floris&p=7&ps=12&ii=1#/RP-P-1952-397M,63

Jacob Floris, 1564 Veelderhande cierlycke compertementen, https://www.rijksmuseum.nl/en/search/objecten?q=jacob+floris&p=7&ps=12&ii=1#/RP-P-1952-397M,63

Hoefnagel, Vue de Séville, 1573, trophée, détail, Bibliothèque Royale de Bruxelles.

Hoefnagel, Vue de Séville, 1573, trophée, détail, Bibliothèque Royale de Bruxelles.

Conclusion : un usage particulier.
Après avoir donné une vue de Séville à graver pour le CivitatesOrbis terrarum de G. Braun, donc un document destiné à être publié et diffusé dans un but d'information, Hoefnagel reprend cette même vue, en modifie le premier plan pour l'ennoblir, et lui donne un encadrement allégorique plus important en surface que la vue elle-même ; et, cette-fois, il la peint en miniature, dans une œuvre unique et non copiable. La question se pose alors de savoir à quelle fin il destine cette peinture, si elle répond à la demande d'un commanditaire ou si elle devance les propositions d'un acquéreur. Bref, de savoir quelle réception et quelle attenteHoefnagel anticipe ainsi. Un tel travail — c'est vrai de toute œuvre d'art— ne peut exister sans une complicité imaginée avec le regard et l'esprit d'un récipiendaire.
Surtout, il reste à comprendre comment Joris Hoefnagel, flamand d'Anvers, dont le père était considéré comme "calviniste" ou du moins partisan des thèses de la Réforme, put concevoir ce dithyrambe en l'honneur de la très catholique et très espagnole Séville. Double jeu ? Simple exercice de style ? Convictions qu'une entente pacifique était possible ? Ou, sans-doute, sincère admiration pour la grande ville qui a pu symboliser pour lui, à 23-28 ans, cette alliance de l'intelligence humaniste des lettrés (Minerve et sa chouette) et de l'éloquence artistique de sa famille de marchands de luxe (Mercure et son caducée) qui sera sa vraie ligne de conduite pendant toute sa vie.

SOURCES ET LIENS 

— Bibliographie générale , voir :  http://www.lavieb-aile.com/2015/03/ma-bibliographie-sur-joris-et-jacob-hoefnagel.html.

— ALBUS (Anita), 2002 Paradies und Paradox, Wunderwerke auf fünf Jahrhunderten - Francfort-sur-le-Main Eichborn Verlag,"Die Andere Bibliothek", pp.159-200.

 BESSE (Jean-Marc) 2005 . « Vues de ville et géographie au XVIe si`ecle : concepts, démarches cognitives, fonctions ». F. Pousin. Figures de la ville et construction des savoirs. Architecture, urbanisme, géographie, CNRS Editions, pp.19-30, 2005.

 BUCHER (Bernadette J. ),1992, America: Bride of the Sun : 500 Years Latin America and the Low Countries : Royal Museum of Fine Arts, Antwerp

DUVOSQUEL (Jean-Marie) & VANDEVIVERE ( Ignace),1985,  "Splendeurs d'Espagne et les villes belges 1500-1700: Aperçus historiques et artistiques sur l'Espagne et les Pays-Bas méridionaux aux XVIe et XVIIe siècles" Crédit communal, 1985 - 695 pages

— FÉTIS  (Édouard), 1857,   Les artistes belges à l'étranger: études biographiques ...,Bruxelles Volumes 1 à 2 page 118.

— FLORIS (Jacob) 1564, Veelderhande cierlijcke Compartementen profitelijck voor Schilders goutsmeden beeltsnijders ende ander constenaren. [Nombreux cartouches délicats..pour peintres, joaillers et sculpteurs.] par Jacob Floris l'Ancien (Flamand, 1524–1581). 17  ornementations gravées par  Herman Müller, édité par Hans Liefrinck (Augsburg (?) 1518?–1573 Antwerp)

http://www.metmuseum.org/collection/the-collection-online/search/344112?rpp=30&pg=1&ft=floris&pos=20

http://www.metmuseum.org/collection/the-collection-online/search/344211

— FLORIS (Jacob) Floris l'Ancien (Flamand 1524–1581) 1567 Compertimenta pictoriis Flosculis Manubissq. Bellicis variegata gravé par Pieter van der Heyden (Néerlandais, ca. 1525–1569) édité par Hieronymus Cock (Anvers ca. 1510–1570 Anvers)

 

FLORIS (Cornelis II ??), 1556 , Veelderleij veranderinghe van grotissen ende compertimenten ghemaeckt tot dienste van alle die de conste beminne ende ghebruiken. [Nombreuses variétés de grotesques et de cartouches] / Libro primo [Antwerpen] : Ghedruckt bij Hieronimus Cock,.

http://collections.vam.ac.uk/item/O119352/veelderleij-veranderinghe-van-grotissen-ende-print-floris-cornelis-ii/

 

— FRACCHIA (Carmen), 2012, "The Urban Slave in Spain and New Spain in The Slave in European Art", in  From Renaissance Trophy to Abolitionist Emblem Edited by Elizabeth McGrath and Jean Michel Massing, The Warburg Institute – Nino Aragno Editore (London and Turin, 2012) : page 198 et 206

https://www.academia.edu/5108393/CFracchia_The_Urban_Slave_in_Spain_and_New_Spain

— GEEST (Joost De) 2006, 500 chefs-d'oeuvre de l'art belge ed. Racine, page 219

— HENDRIX (Lee), VIGNAU-WILBERG (Thea), 1992, "Joris Hoefnagel, the illuminator", in Mira calligraphiae monumenta: A Sixteenth-Century Calligraphic Manuscript Inscribed by Georg Bocskay and Illuminated by Joris Hoefnagel, Paul Getty Museum, 424 pages, pp.15-28, http://books.google.fr/books?id=drlDAgAAQBAJ&printsec=frontcover&redir_esc=y#v=onepage&q&f=false

 

MICHIELS (Alfred) 1868 Histoire de la peinture flamande dupuis ses débuts jusqu'en 1864, Volume 6 page 243 https://books.google.fr/books?id=w84MAQAAIAAJ&pg=PA242&dq=%22Natura+sola+magistra%22&hl=fr&sa=X&ei=iwEbVb_ONoL7UNfzgagE&ved=0CD8Q6AEwAg#v=onepage&q=%22Natura%20sola%20magistra%22&f=false

— ORTELIUS (Abraham), 1570, Theatrum orbis terrarum, Anvers

:https://archive.org/stream/theatrumorbister00orte#page/n3/mode/2up

— VREDEMAN DE VRIES  Jan (1527-1609) Cartouche met rolwerk dat onderaan uitloopt in hermen, Nicolaes de Bruyn, Hans Vredeman de Vries, Assuerus van Londerseel, 1581 - 1635

WELU (James A.), 1987,  "The source and development of cartographic ornementation in the Netherlands", in Art and Cartography: Six Historical Essays publié par David Woodward pp.147-175: 

https://books.google.fr/books?id=W34-yRa8ksUC&pg=PA149&lpg=PA149&dq=cartouche+floris&source=bl&ots=KVQRECFws4&sig=fU7hcnkmN-60HaqaNqC1kKKOxQI&hl=fr&sa=X&ei=JJweVb7lJovzUJ-gg_gD&ved=0CDoQ6AEwBA#v=onepage&q=cartouche%20floris&f=false

Catalogue des manuscrits de la Bibliothèque royale des ducs de Bourgogne, Bruxelles et Leipzig, 1842 ..., Volume 1 page CXIX : numérisé par Google.

 

—  Splendeurs d'Espagne et des villes belges 1500-1100, exp. cat. (Palais des Beaux-Arts , Bruxelles, 1985), vol. 2, p. 373, no. A6.

http://d2aohiyo3d3idm.cloudfront.net/publications/virtuallibrary/089236212X.pdf

— Gravures de Séville dans  la Cartoteca digital : 

http://cartotecadigital.icc.cat/cdm/search/collection/vistes/searchterm/sevilla/order/nosort

— Catalogue des manuscrits de la Bibliothèque royale de Belgique .. (1919) page 38 : 

https://archive.org/stream/cataloguedesmanu10brusuoft#page/38/mode/2up

 

— Comparer avec Hans Bol, Paysage avec Vénus et Adonis, 1589 http://www.getty.edu/art/collection/objects/345/hans-bol-landscape-with-the-story-of-venus-and-adonis-flemish-1589/

Sources des images :

— http://cartotecadigital.icc.cat/cdm/ref/collection/vistes/id/591

— Séville 1573

 http://www.presscenter.org/fr/pressrelease/20141126/des-dessins-de-maitres-anciens-montres-pour-la-premiere-fois-a-l-expo-entre--0

—Séville1572   Civitates I,2 :

http://historic-cities.huji.ac.il/spain/seville/maps/braun_hogenberg_I_2_1_b.jpg

— Séville 1588 IV,2 

http://historic-cities.huji.ac.il/spain/seville/maps/braun_hogenberg_IV_2_b.jpg

— Séville 1598 Civitates V,7 :

 http://historic-cities.huji.ac.il/spain/seville/maps/braun_hogenberg_V_7_b.jpg

 

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Published by jean-yves cordier - dans Hoefnagel
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27 mars 2015 5 27 /03 /mars /2015 23:55

Une visite guidée de Séville par Joris Hoefnagel dans le Civitates orbis terrarum (1572).

I. La Planche du volume I .

Introduction.

De 1561 à 1569, Joris Hoefnagel, fils d'un riche diamantaire d'Anvers, a voyagé en France et en Espagne puis en Grande-Bretagne. Lors de ces voyages, il emporta des carnets où il nota tout ce qui lui semblait intéressant : des panoramas de villes, des monuments, les musiciens, les costumes régionaux, les fêtes des régions traversées, les techniques de pêche, etc... Son séjour en Espagne, a duré plus de quatre ans, de 1563 à 1567, mais il est resté au moins deux ans en Andalousie, de 1563-1565, ce qui indique une préférence claire pour cette région, qui le séduisit certainement par son charme, mais aussi par la présence à Séville de plusieurs commerçants néerlandais, et notamment d'Anvers. En 1572, ces dessins et croquis furent utilisés dans un ouvrage topographique de Georg Braun et F. Hogenberg, le Civitates orbis Terrarum.

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A. Le Civitates orbis terrarum.

Après la parution en 1570 du Theatrum orbis terrarum, atlas des cartes de pays du monde d'Abraham Ortelius, , un atlas complémentaire des cartes et vues des villes européennes fut publié en 1572 à Cologne par le théologien allemand Georg Braun (1541-1622), avec l'étroite collaboration du peintre, graveur et éditeur flamand Franz Hogenberg (1535-1590). Les six volumes du Civitates orbis terrarum sortirent entre 1752 et 1617; Franz Hogenberg, de Mâlines, avait gravé la plupart des plaques pour le Theatrum d' Ortelius et peut être considéré comme le responsable de l'origine du projet.

Ce grand atlas contenait 546 cartes vues en perspectives et vues à vol d'oiseau. Braun, chanoine de la cathédrale de Cologne, a été grandement aidé par la proximité, et l' intérêt permanent d'Abraham Ortelius. Le Civitates, en effet, a été conçu comme un compagnon pour le Theatrum, comme l'indique la similitude des titres et les références contemporaines concernant la nature complémentaire des deux œuvres. Néanmoins, le Civitates était d'une conception d'approche plus commerciale , sans doute parce que la nouveauté d'une collection de plans de la ville et des vues représente une entreprise financière plus dangereuse que celle d' un atlas du monde.

Plus d'une centaine d'artistes différents et cartographes y participèrent, mais le plus important d'entre eux était artiste d'Anvers Georg (Joris) Hoefnagel (1542-1600), qui grava les plaques de cuivre de la Civitates à partir de ses dessins, contribuant non seulement à la plupart des vues originales des villes espagnoles et italiennes mais retravaillant et modifiant aussi celles des autres contributeurs. Après sa mort, son fils Jakob Hoefnagel poursuivit son travail.

Les plans sont accompagnés chacun par une brève présentation de l'origine du nom, de l'histoire, de la situation géographique et du commerce de la ville.

La ville de Séville (Hispalis), l'une des plus grandes du monde, est représentée trois fois dans le Civitates, dans le volume I (Texte folio 3, planche n°2 folio 3v), le volume 4 (Pl. 2) et dans le volume 5 (Pl. 7 ).

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B. La vue de Séville dans le volume I (1572).

Cette planche offre trois vues superposées de Séville (en haut), de Cadix et de Malaga.

Pour étudier correctement la vue de Séville, ouvrir ce lien et cliquer sur Haute Résolution :

http://historic-cities.huji.ac.il/spain/seville/maps/braun_hogenberg_I_2_1.html

Ou bien, avec une résolution moins précise : http://digi.ub.uni-heidelberg.de/diglit/braun1582bd1/0014/scroll?sid=3a78803bf3a0daf44cabf1bfeeff58f3

-- COMMENTAIRE par Georg Braun: "Séville est la ville commerciale la plus importante de toute l'Espagne, en mesure de récolter des gains incroyables des endroits les plus divers dans le monde, mais principalement de l'Inde, qui se trouve vers l'ouest. En outre, cette ville bénéficie d'une position plus favorable que les autres villes espagnoles, car ses champs fertiles produisent de l'huile et des olives et des arbres très productifs en dattes et citrons, donnant raison à l'adage: ". A ceux que Dieu aime, Il donne une maison et un séjour à Séville"

--Ce point de vue de Séville présente la ville vue du nord-ouest : l'observateur est placé à peu près sur l'emplacement de l'actuel Monasterio de la Cartuja, face à la Puerte Real, à une certaine distance de l'autre rive du Guadalquivir, des terrains occupés actuellement par le quartier de Triana. On voit sur le côté droit de la ville est le Castillo de San Jorge, en feu : la forteresse avec ses nombreuses tours était alors le siège de l'Inquisition. Sur la rive gauche du fleuve, en face du Castillo, se trouve la Torre del Oro, plus à gauche est l'Alcazar, dont l'architecture à l'origine almohade a été rénovée dans le style mudéjar au 14ème siècle. S'élevant au-dessus du centre-ville se trouve la cathédrale gothique (Yglesia maior), qui abrite le tombeau de Christophe Colomb. Le grand clocher, appelé le "Giralda", était autrefois un minaret.

-- Texte du cartouche : Hispalis : Sevilla Taraphae, Celebre et pervetustum in Hispania, Baeticae provinciae, emporium, quod Gaditani maris littus amaenissimo situ illustrat

Traduction : "Hispalis, la Séville de Tarapha* , célèbre et très ancienne en Espagne, , de la province de Bétique, qui embellit le golfe de Cadix par sa position la plus délicieuse."

*Francisco Tarapha, Chanoine de Barcelone, est l'auteur de de origine ac rebus gestis Regum Hispaniae "De l'origine et des gestes des rois d'Espagne", Anvers 1553 et, avec Jean Vasaeus ou Jan Waes, de Bruges, le Rerum Hispaniae memorabilium annales, 1577.

-- Sites indiquées en légende : San Geronimo ; San Laurente ; La Puerta de Goles ; la Casa de Colon ; la Magdalena ; San Paulo ; Rio Guadalquevir ; Yglesia maior ; La Casa de la contractation de los Indias ; El Alcarzel ; Puerta del arenal ; arenal ; la Puerta de Xeres ; Torre de la platta ; Las attarrassanas ; Torre del Oro ; El Estante ; El Moille ; San Elmo ; las Sierras de Ronda ; Puente de Triana ; Camino P. Rio abraxo ; Castillo ; Tessareria [alfareria] ; Xavoneria.

Chacun de ces sites possède son intérêt, mais je m'arrêterai sur certains d'entre eux, allant consulter Wikipédia ou Florence Bauchard des Echos et revenant coudre mon patchwork : je découvre la ville grâce à cette carte.

  • Ceinte de ses cent soixante six tours Almohades (rempart arabes), la ville était au XVIe siècle peu commode en raison des rues étroites non pavées, de l’absence d’éclairage et de l’adduction d’eau insuffisante. Dix-neuf portes (puerta) et guichets (postidos) en permettait l'accès. La Puerta de Goles (d'Hercule), située à l'ouest de l'enceinte fortifiée de la ville avait été créée sous les almohades ; elle fut rebaptisée Puerta Reale (Porte Royale) après que Philippe II l'ait choisi pour son entrée dans la ville en 1570, alors que les souverains utilisaient traditionnellement la Puerta Macarena (située au nord).

  • Proche de la Puerta de Goles, la Casa de Colon était, au milieu d'un parc, la spacieuse demeure de Ferdinand Colomb (Hernando Colon), second fils de Christophe Colomb, né à Cordou en 1488 et mort à Séville en 1539. (Au nord de la Plaza Puerto Real). Cosmographe, mais aussi grand humaniste, il a rassemblé depuis 1525 non seulement une grande collection de gravures, mais surtout l'une des plus belles bibliothèques de la Renaissance, riche de plus de 15370 ouvrages et manuscrits, et qui sera léguée malgré les termes de son testament au monastère San Pablo et/ou à la cathédrale de Séville. Ce qui en subsiste constitue de nos jours la "Biblioteca Colombina" . Un tel profil ne pouvait qu'intéresser le cartographe, graveur et humaniste Hoefnagel, qui pouvait aussi être attiré par les descriptions que donnèrent les écrivains du riche jardin de la propriété, le Huerta de Colon, d'une superficie de sept hectares, et planté de quelques 5000 arbres provenant pour la plupart du Nouveau Monde (Juan de Mal-Lara, Recibimiento, 1572). Mais en 1563, la Casa avait été vendue aux enchères puis partagée avec la confrérie de Santo Entierro.

  • La Torre del Oro "Tour de l'Or" est une tour d'observation militaire qui fut construite au début du XIIIe siècle, durant la domination almohade, afin de contrôler l'accès à la ville depuis le Guadalquivir. Elle faisait partie des fortifications érigées autour du centre historique de la ville et de l'Alcazar par les Almoravides et les Almohades entre les xie et xiiie siècle. Durant la Courses aux Indes, La tour fut utilisée comme lieu de stockage sécurisé pour protéger les métaux précieux régulièrement apportés par la flotte espagnole.

  • La Torre del Plata "Tour de l'Argent" a été construite au début du XIIIe siècle par les Almohades sur une muraille entourant l'Alcazar avant de rejoindre la Torre del Oro.

  • L'Alcázar de Séville est un palais fortifié (alcázar) construit par les Omeyyades pour le gouverneur, et modifié plusieurs fois, notamment au XVIe siècle par Charles Quint.

  • La Casa de la Contratación de los Indias a été créée à Séville le 20 janvier 1503 durant la colonisation espagnole en Amérique. Elle contrôlait tout le commerce des Indes espagnoles. Avant chaque voyage pour le Nouveau Continent, il était obligatoire de passer par cet établissement, où l'on devait payer un impôt de 20 %, le quinto real, à la Couronne espagnole sur toutes les marchandises d'Amérique espagnole qui arrivaient en Espagne. Cet établissement fonctionnait aussi comme un organisme scientifique et d'enseignement (où l'on formait les pilotes pour les voyages en Amérique sous l'autorité du Pilote Majeur). Il faut alors compter en moyenne un an pour relier Séville aux Antilles et au continent américain, puis revenir. De 1504 à 1650, ce ne sont pas moins de 25 000 vaisseaux qui empruntent cette route maritime, le plus souvent en convoi, pour affronter les dangers de la mer et les pirates attirés par la précieuse cargaison. Chaque découverte de terre devait être signalée et explorée pour préciser les cartes. On y renseignait par ailleurs sur les peuples amérindiens et leurs langues. La Casa de Contratación avait aussi pour rôle de contrôler les équipages et les passagers des bateaux, notamment pour empêcher les juifs et les musulmans de fuir la péninsule vers l'Amérique et garantir un peuplement catholique des colonies. L'institution délivrait donc des licences d'embarquement (licencias de embarque), ce qui n'empêchait toutefois pas totalement la contrebande, la corruption et les départs clandestins. La Casa de Contratación possède une immense quantité de documents qui constituent une part importante des Archives générales des Indes, situées dans le palais de la Casa Lonja — du nom du consulat des marchands créé sous Philippe II au XVIe siècle —, construit en 1580.

Cette agence royale ​pouvait apparaître aux yeux des néerlandais comme le symbole de l'explosion commerciale de la ville lors de la Course aux Indes. Au XVIème siècle, pendant plus de cent ans, Séville, surnommée la Grande Babylone de l'Espagne, ou, par Cervantes, la Cité joyeuse, vit sa population passer de 60 000 habitants vers 1550, à 160 000 âmes un siècle plus tard. A la fin du XVIe siècle, c'est la quatrième ville d’Europe par sa population après Paris, Londres et Naples. Mais l’année 1649, la grande peste, emporte la moitié des citadins. eut le monopole de l’importation de métal précieux en provenance des colonies d'Amérique latine. "Sobre et austère, l’édifice témoigne du style architectural caractéristique des palais qui se multiplièrent dans une ville brusquement enrichie par l’exploitation commerciale des mines du Mexique et du Haut-Pérou. Un véritable « fleuve d’argent » se déverse alors sur le port choisi par la couronne d’Espagne comme seul point de départ et d’arrivée de la route des Indes occidentales défrichée par Christophe Colomb. En cent cinquante ans, près de 17 000 tonnes d’argent seront comptabilisées par la Casa de Contratación. A lui seul, l’argent, et dans une moindre mesure, l’or, représente 90% du commerce- à destination de l’Europe, en valeur. Car si l’afflux de métaux précieux frappe les esprits, en volume ce sont les cuirs qui représentent le gros de la cargaison ainsi que la cochenille et l’indigo appréciés pour la teinture. Toutes ces richesses sont soumises dès le début du XVIe siècle à une réglementation très stricte et centralisée pour faire respecter le monopole espagnol.. Nulle marchandise – à commencer par les perles, les métaux et pierres précieuses – ne peut être remise à son propriétaire sans avoir été au préalable déposée à la Casa, qui prélève pour le compte de la couronne le quinto real. On comprend mieux l’essor de la contrebande, surtout dans la seconde moitié du XVIe siècle. Les étrangers sont délibérément exclus : seuls les citoyens espagnols peuvent exercer ce commerce.

Le commerce transatlantique profite à Séville, au royaume espagnol et à toute l’Europe. La majeure partie de l’argent importé ne fait que transiter par l’Andalousie. Celui-ci est redirigé vers Anvers dans la première moitié du XVIe siècle, pour financer les échanges avec l’océan Indien et l’Extrême-Orient, puis vers Gênes. Séville attire une multitude de commerçants de Catalogne ou de Burgos, tout comme des Flandres, d’Angleterre, de France et d’Allemagne. Les financiers génois, milanais et florentins ne sont pas les derniers à faire le voyage. Ils font construire, achètent de quoi affréter de nouvelles caravelles et dépensent, faisant vivre ainsi une multitude d’artisans et de commerçants. La population sévillane – 45 000 habitants à la fin du XVe siècle – triple pour atteindre 130 000 personnes au XVIe siècle. C’est l’une des métropoles les plus peuplées de l’époque.

"Séville se trouvant à l'intérieur des terres, au bout d'une voie fluviale de 80 km rendant toute attaque impossible, elle n'eut pas de mal à asseoir son rôle dans le commerce avec l'Amérique. Débuta alors pour la ville une période de richesse qui ne devait cesser que le siècle suivant. Des quais sévillans partirent quasiment toutes les expéditions d'exploration de la première moitié du xvie siècle, notamment celles de Diego de Lepe, Alonso de Ojeda, Diego de Nicuesa et Pedrarias Dávila. En 1564 fut établie officiellement l'organisation navale qui domina la course aux Indes durant la fin du xvie siècle et une grande partie du xviie siècle. Séville devint le point de départ et d'arrivée officiel des expéditions annuelles pour la Nouvelle-Espagne et la Tierra Firme. En 1569 fut ouverte, après approbation royale, l'Université et Confrérie des Navigants et Pilotes de la route des Indes. Association des professions de la mer, elle avait en outre un rôle d'assistance et s'occupait des affaires techniques et professionnelles de la route des Indes. Elle demeura à Triana jusqu'à ce que fut inauguré en 1681 le Collège Séminaire de l'Université des Navigants, dans le Palais de San Telmo, sur l'autre rive du fleuve" (Wikipedia)

  • "Las attarassanas" ou, actuellement las ataraxanas (les Arsenaux) de Séville sont des bâtiments en pierre et brique de 100 m de long, 10 m de large et 10 m de haut. Leur construction débuta à partir de 1184 et se poursuivit jusqu'au XIIIe siècle. Destiné à la construction des bateaux ainsi qu’à l’entrée et à la sortie de ceux-ci par le Guadalquivi, cet édifice gothico-mudéjar, comprenant dix-sept nefs séparées par des arcades ogivales et couvertes par des voûtes gothiques en brique, est disposé perpendiculairement au fleuve. Ses plafonds étaient probablement en bois et ses toitures couvertes de tuiles accusaient une forme analogue à celles de la mosquée de Séville. Au XVIe siècle, une partie de l’édifice fut modifiée pour accueillir la Grande Douane, où étaient contrôlées toutes les marchandises en provenance d’Amérique et où étaient encaissés les tributs correspondant.

  • Sur la rive droite du fleuve se situe le quartier de Triana. Il se caractérise par son indépendance économique en raison de la production de céramique et de la présence des équipages des marins qui y résident. On remarque ainsi une savonnerie ( Xavoneria) et une fabrique de céramique artistique, Alfareria, spécialisée dans les poteries et les azulejos. (L'emplacement de la Calle Alfareria de Séville correspond à la mention Telfareria de la vue d'Hoefnagel). Ce sont dans ces quartiers pauvres que sévissent les épidémies de peste de 1568 (2300 morts en juin) et 1569. Ancien quartier des gitans, Triana est considéré comme le foyer ou est né le flamenco. Durant l'époque de splendeur de la ville, la totalité de l'activité portuaire de Séville était concentrée à l'Arenal, (l'arène, le banc de sable) un terrain se trouvant sur la rive gauche du fleuve entre la Torre del Oro et la porte de Triana. Peu à peu se développa dans les quartiers du port, sur les deux rives du fleuve, une activité artisanale en relation avec le port et la marine : on trouvait à Triana des bateliers, des pêcheurs, quarante fours de potiers et de céramistes, des couteliers, des alfatiers et des charretiers. On y trouvait en outre des poudreries et des savonneries. Les fours de Triana fabriquaient alors le bizcocho, pâte cuite représentant l'aliment de base des marins lors de leurs traversées. De plus, la plupart des marins s'installèrent dans le quartier." (Wikipédia). On peut penser que la proximité de poudreries et des fours de bizcoto est à l'origine des incendies que Hoefnagel décrit dans sa peinture.

  • En-effet, le Moulin à Poudre (Molinos del Polvora) de Triana explosa, faisant 200 victimes, brisant les vitres de la cathédrale et détruisant de nombreuses maisons et le Couvent de Los Remedios ...mais cet incendie eut lieu le lundi 18 mai 1579, dont après la parution de cette carte. Les autres incendies signalés à Séville datent de 1533, mais il concerne le domaine de Tablada, et de 1562, où un certain nombre de navire brûlèrent.

  • le Puente de Triana relie la ville au quartier de Triana. . Aucun pont de pierre n’a été construit jusqu'en 1600 en raison du manque d’argent.

    "Le pont flottant de Triana est un ancien pont, actuellement disparu, qui permettait de traverser le Guadalquivir au nord de la ville. Construit en 1171 par le calife Abu Yaqub Yusuf, il se situait approximativement à l'emplacement de l'actuel pont Isabelle II, entre le centre historique et le quartier de Triana. Sa construction dura 36 jours. À chaque extrémité furent installés des quais flottants disposés sur des bouées en peau de chèvres, gonflées d'air. Il était originellement composé de 13 barques de 31 coudées de long (environ 14 m) attachées entre elles et ancrées au fond du fleuve. Elles servaient d'appui à des planches de chêne d'une largeur de 50 paumes (environ 3,75 m). Le pont permettait le passage des piétons, des chevaux, des mules et des troupeaux. Au cours du temps, il connut de nombreuses modifications en raison du trafic croissant et, endommagé voire détruit par les crues régulières du fleuve, il fut reconstruit à plusieurs occasions. Sur la rive droite du fleuve, le pont fut fixé au château de San Jorge par le maestro Benvenuto Tortello en 1571. Il fut de plus arrimé à la rive gauche à proximité de la porte de Triana." (Wikipédia). On compte parfaitement les barques sur le dessin du futur miniaturiste Hoefnagel. Les navires (caravelles) sont amarrés en aval du pont. En amont, la où se trouve le dessinateur, les rives sont restées sauvages, mais il représente avec détail une dizaine de barques, maniées à la rame, et dont deux sont couvertes par une bâche ou une voile tendue entre des branches à l'aspect de roseaux. Un homme semble se noyer face à un autre qui lève les bras en signe d'impuissance. Au premier plan à droite, deux femmes en robes longues dansent au son d'une guitare et d'un tambourin, tandis qu'un panier et une nappe annoncent qu'une collation va suivre. Au centre, un homme guide son âne chargé d'une nasse en osier. Une femme en monte d'amazone sur son âne lève les bras. Derrière elle, sur l'îlot, un autre groupe danse et joue du tambourin.

N.B. Dans la province de Séville se trouvaient les mines de mercure (cinabre) d'Almaden . Le mercure est devenu très précieux pour son utilisation aux Amériques dans les mines d'argent. En 1555, on remplace le procédé primitif d'exploitation – la fonte du minerai d'argent – par la technique de l'amalgame au mercure qui accroît le rendement. On a d'abord utilisé le mercure d'Almadén, dans la péninsule Ibérique, jusqu'à ce qu'on découvre du mercure dans les Andes, à 4 700 m d'altitude, à Huancavelica. La plus grande partie du mercure produit à cette époque à Almaden a été envoyé à Séville, puis aux Amériques pour les mines de galène argentifère du Cerro rico de Potosí dans le Haut Pérou (découvert en 1542), et de Guanajuato, Zacatecas et Real del Monte au Méxique. Les Fugger d’Augsbourg, deux banquiers allemands, ont administré les mines d'Almaden au cours XVIe et XVIIe siècles, en contrepartie de prêts accordés au gouvernement espagnol.

L’argent qui arrivait à Séville, passa de 177 000 kg en 1541-1550 à 942 000 kg en 1561-1570, pour atteindre plus de deux millions de kilos au cours des dernières décennies du XVIe siècle. Ce qui permet de comprendre pourquoi le peso de plata (la piastre d’argent) commença à s’imposer comme l’instrument dominant de la circulation commerciale, d’abord dans l’Amérique espagnole puis, ensuite, au niveau international. (Carlos Marichal, 2007) L'argent, sous forme de lingots, était transporté dans les magasins du roi, puis descendu jusqu'à la mer pour être livré, sous forme de monnaie ou de lingots, à Séville, via Panama. À tous les stades, la fraude était considérable ; on calcule qu'elle était au moins égale aux quantités officiellement déclarées.

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Au total, nous constatons que Hoefnagel a su associer à un premier plan très pittoresque, où il a reproduit des scènes observées lors de ses promenades et croquées sur un carnet, avec une vue extrêmement précise de Séville, parfaitement capable de fournir à un négociant étranger les éléments descriptifs nécessaires au décryptage du fonctionnement économique de la ville, ou à la compréhension de rapports adressés par des agents locaux.

ANNEXE La description de la ville par Georg Braun folio 3r :

J'ai transcris comme j'ai pu, ne trouvant pas ce texte sur la toile : d'autres viendront pour en corriger les fautes. Sibilia est l'ancien nom en catalan.

"SEVILIA. Hispalis so nun Sibilia, wirt ins gemein Sevilia genennet. Diser nam und anfang wirt zuge schriben Hispalt eim von Herculis dernfelbiaen ernewerung aber und erweiterung, dem Keiser Julio : das sie aber von den Moren eriette unnd gefrenet. Ranmiro und nach langer zeit Ferdinando. Dise statt ist in der Provins Betica am Gaditanischen Meer gelegen hat eine runde form/ ist mit einer grossen anzal schöner heuter /iuff das herlichste verzier / ist die namhasstige kauffstadt des ganzen Hispaniene. Welch auß verschneidenen örern der Welt / vornemlich aber auß Indien so gegen nidergang gelegen ein unglaublichen gewin und nus bekompt. Denn diser statt einwouer sein zu solchem hohen ansehen des gewerbs kommen / daß sie allein solchs privilegium und frenheit haben das keiherlen schiff in Indien fehrt, so nit zworn alhte mit allerley wahr geladen, auch mit Büschen, Proviand, Kriegsrustung und knechten, unn aucim was zu solcher schiffart nötig ist, im namen des Allerdurchseuchtigstem Konias von Hispanien verscheu und gerüstet werde.Welche im Aprillen mit eim gewaltigen schiffzeuge, so mit grossen hauffen aller kösilicher dingen erfüller, in Indien segeln, und wie vies schiff widerumb mit gluckseligem windt und grossen schäzen auß Indien zuruck kommen, müssen sie in dieser stadt anländen und ire kauffmanschäs außlegen, weiche mit grosser anzal alle jar im Augusto oder Septembri gewaltige schwinde und unglaubliche reichthumb zusüren. Es ist daselbts ein weit und hervich gebew, in welchem ein verwalter und XII. Burgermeister behausen welches deren Indischen sachen halben, so drinnen gehandelt. La cassa de la contraction de las indias, genennt wirt. Dise stadt ubersteiget ires legers halben alle andere hispanische stett hat einen seisten und lustigen aeker, bringt fort allerlei uberflüssigen, ösi unn Diiwen. Ist mir früchtbaren bäumen begabet am meisetn aber mit Palmen fruchten und Citronen, (welche die Spanier Narangios heissen) durch plantzet, das ja das gemeine sprichwort wahr seye. Welche Gott liebet, den gibt er zu Sevilen hauß und under haltung. Es keust bey dieser statt her, der namhafft flutz Betis, so ies Gadalquevir genennet wirdt : soll der provincien Betica wie Plinius und Strabo besestigen, den namen geben haben. Ist fürweffentlich und nützlich, auch zu beiden seitten mit uber auß schönen stetten, bauivet. Daher derselbige fluß von Statio, Martiali Sillio und Senica höchlich gerhümbt wirt. Ist einer hülßen brucken halben so aunen kleinen schiffelein welche mit ketten zusammen gehenckt druber geleitet garlustig, leufft mit grosser geschwindigkeyt in das Atlmantische Meer. Gegen Mittag bey Sevilien in einer vorstadt, auff ire sprach El tablado, genennet, werden viel alte mönumenten auß der Erden gearbeitet, als grabsercke, steinen und gläsern ampeln ? Krögen,pfennigen unnd beßgieichen mehr, darauß ist abzunemmen, das der heiden begrebnuß vorzeiten daselbst gewesen sey. Zur andern seiten eine meil von der Stadt, sihet man ruinen einer alten zerfassenen stadt une eines Theatri, das ist ein schawplaß. Ditz ort wirt von den hispanien Sevilla la vicia, daß ist, die alte Sibilia geheissen. Es macht aber dise gar lobwirdige Stadt eine herrliche wasserleitte, welche von den Moren mit undglaublichen unkosten mit kleiner bächlein zu norurfftigkeiten der statt außfliessen. Ist wunder zu fagen, das die brunquellen so einen weitten weg, als nemlich sechs meilen, durch die blinden adern der erden, von der stadt Carmora, biß zu derselbigen wasser leite, gefurt werden. Daher sie bey den Spanischen sisen namen hat Los cannos de Carmora. Die enge diß spaciums kan nit leiden, das ich von diser statt lobwirdiger Kirchen, und von den berhümmbten Bisthumen, und von allen andern zierden möge schreiben. Von welchem allem besche Marineum Siculum, Vasaum, und die andere Spanische Chronickschreiber .

http://www.wikigallery.org/wiki/painting_210232/(after)-Hoefnagel,-Joris/Map-of-Seville-Cadiz-and-Malaga-from-Civitates-Orbis-Terrarum : 

 

 

http://historic-cities.huji.ac.il/spain/seville/maps/braun_hogenberg_I_2_1_b.jpg


SOURCES ET LIENS.

 

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https://archive.org/stream/lelivrerevuedumo01uzanuoft#page/232/mode/2up

 BAUCHARD (Florence), 2014, Quand Séville organisait la première mondialisation, Les Échos, 28 mai 2014,

http://www.lesechos.fr/enjeux/business-stories/globalisation/0202852068583-quand-seville-organisait-la-premiere-mondialisation-582212.php?vLAccPHGtZOCAe61.99 

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http://books.google.fr/books/about/Les_grandeurs_de_la_terre.html?id=RYs7jrwsSFwC

 

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https://www.academia.edu/5539299/El_castigo_del_cornudo_paciente_un_detalle_iconogr%C3%A1fico_en_la_vista_de_Sevilla_de_Joris_Hoefnagel_1593_

 

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— NUTI (Lucia) 1988, 'The Urban Imagery of Georg Hoefnagel », Prague um 1600, Essen, 1988, pp.63-71.

— PALMISTE (Clara) L'Organisation du commerce du livre à Séville au XVIIIe siècle (1680-1755 ...

 SETA (Cesare de), STROFFOLINO (Daniela), 2001, L'Europa moderna: Cartografia urbana e vedutismo, ed. Naples: Electa Napoli.

— VIGNAU-WILBERG ( Théa), 1985, "Joris Hoefnagels Tätigkeit in München" ,Jahrbuch der Kunsthistorischen Sammlungen in Wien 81 (1985) 103–167.

— Bulletin de la Commission royale d'histoire = 1914 page 358-359

https://archive.org/stream/bulletindelacomm80acaduoft#page/358/mode/2up

IMAGES :

— http://historic-cities.huji.ac.il/spain/seville/maps/braun_hogenberg_I_2_1_b.jpg

— Civitates vol.1 avec te texte 

http://www.sanderusmaps.com/en/our-catalogue/detail/164276/%20antique-map-of-seville-(sevilla)-cadiz-malaga-by-braun--hogenberg/

Civitates orbis terrarum :

http://fondosdigitales.us.es/fondos/libros/3415/11/civitates-orbis-terrarum-liber-primus/

Carte de Séville :

Planche IV : http://www.oshermaps.org/search/zoom.php?no=32.0001#img0

http://meticebeta.univ-montp3.fr/lexique/images/stories/demoimage/zoom/hoefnagel_sevilla_color_recadre.jpg

Patientia :

http://www.spamula.net/blog/i32/hoefnagel12.jpg

Ortelius, Le Théatre de l'Univers, 1587 http://www.wdl.org/en/item/8978/view/1/1/

Exposition :

Exposition du 23 au 29 janvier 2015, commissaire « Joris Hoefnagel, un viajero de Amberes en la Sevilla del XVI »  Museo de Alcalá de Guadaíra Precio 

 

 

 

 

 — KAGAN (Richard L.), 2000, Urban Images of the Hispanic World, 1493-1793 https://books.google.fr/books?id=EDMBMPc863oC&pg=PA227&lpg=PA227&dq=hoefnagel+guzman&source=bl&ots=YHUWcYScVg&sig=0fCEWgD_8DAIySf7UIimh26RG3o&hl=fr&sa=X&ei=-NIXVb7fDcm3Uc7ggpAN&ved=0CEYQ6AEwBg#v=onepage&q=hoefnagel%20guzman&f=false

— NUTI (Lucia), « The Mapped Views by Goerg Hoefnagel : the merchant's eye, the humanist eyes. » World & Image 2 (1988) : 545-570.

— NUTI (Lucia) 1988, 'The Urban Imagery of Georg Hoefnagel », Prague um 1600, Essen, 1988, pp.63-71.

— MORGADO ( Alonso),1587 Historia de Sevilla en la qval se contienen svs antigvedades, grandezas,

 — MORALES PADRON (Francisco)  : Historia de Sevilla: La ciudad del Quinientos page 114 : 

— PALMISTE (Clara) L'Organisation du commerce du livre à Séville au XVIIIe siècle (1680-1755 ...

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  • "Il faudrait voir sur chaque objet que tout détail est aventure" Guillevic, Théraqué.  "Un peu de Pantagruélisme (vous entendez que c'est certaine gayeté d'esprit conficte en mespris des choses fortuites)" (Rabelais )"prends les sentiers". Pytha
  • "Il faudrait voir sur chaque objet que tout détail est aventure" Guillevic, Théraqué. "Un peu de Pantagruélisme (vous entendez que c'est certaine gayeté d'esprit conficte en mespris des choses fortuites)" (Rabelais )"prends les sentiers". Pytha

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