Lundi 15 décembre 2014 1 15 /12 /Déc /2014 22:21

Onomastique vernaculaire des papillons de James Petiver.  

      "L'onomastique est la science qui étudie les noms propres."

Dans le cadre de l'étude des noms vernaculaires français qu'ont reçu les papillons diurnes (Lepidoptera, Rhopalocera), j'ai voulu m'intéresser à leurs précurseurs, les tout premiers noms donnés aux différentes espèces de papillons par James Petiver à la fin du XVIIe siècle. Avant que cet apothicaire londonien ne décrive ses collections de spécimens d'histoire naturelle de toute sorte (plantes, reptiles, serpents, œufs, insectes, coquillages, fossiles, roches, etc.), un botaniste (John Ray) avait déjà attribué aux plantes des noms en anglais, mais jamais les papillons n'avaient été décrits autrement que par une diagnose ou phrase descriptive en latin, jamais ils n'avaient porté de noms propres, fut-ce en latin*. Il s'agit donc maintenant de se rendre dans le premier laboratoire, les premiers textes de Petiver, pour voir comment ces noms ont été fabriqués.

* Je vais découvrir au fil de mon enquête de rares exceptions...

Les deux premières publications, qui sont des catalogues descriptifs des collections détenues dans l'officine de Petiver située à Londres, Aldersgate Street, sont son Musei (1695-1703) et son Gazophylacii (1702-1706), où se trouvent 48 noms de papillons diurnes de Grande-Bretagne.

 

                   MUSEI PETIVERIANI (1695-1703). 

Musei petiveriani centuria prima rariora naturae continens viz Animalia, Fossilia, Plantas, ex variis mundi plagis advecta, ordine digesta et nominibus propriis, signata a Jacobo Petiver, Pharmacop. londinens et Regiae societatis socio

Prima laus est humanae sapientae, valde similia posse distinguere. Aristot.

Londini, ex Officina S. Smith & B. Waldford, Reg. Societatis typograph ad insignia principis in Coemeterio D. Pauli M DCX CV.

Advertissement

This Century consisting of such Animals, Vegetables, Fossils, &c. as have been either observed by myself, or communicated to me not only from very Worthy and Learned Assistants at Home, but also brought me by my Kind Friends from divers parts of the World, or transmitted from such Curious persons as do me the Honour to Correspond with me from several parts Abroad : I thought myself highly obliged to acknowledg them as my Generous Benefactors : And designing to continue the Publishing of these Centuries as my Philosophical Acquaintance and Correspondents Abroad and at Home shall enrich me ; I do therefore most humbly beg the Communications and Assistance of all Curious Persons and Lovers of Natural History, the which shall be justly and faithfully acknowledged. And if ther be anything in this or the following Centuries which they shall desire to be farther inform'd, I shall endeavour to serve them in that or what else is in the Power of

Their most obliged Servant

November 30. 1695 From the White Cross in Aldersgate Street, London,

JAMES PETIVER.

 

Musei :  

http://books.google.fr/books/about/Musei_Petiveriani_centuria_prima.html?hl=fr&id=vp05AAAAcAAJ

 

Liste des noms vernaculaires (anglais)  de papillons, espèces autochtones. 

"A. signifies it to be a nativ of England."


— Centuria I. 1695

Pages 3 à 4

A.1. The Brimstone Butterfly.

A.2. The pale Brimstone Butterfly.

A.3. Our half Mourner.


— Centuria IV & V. 1698.

1.English Butterflies

A.301.The White Butterfly with black veins. Hoefn. Pl. X ; Merian 2 pl. XXXV p. 69

A.302. The common white veined-Butterfly. Merian 2 XXXIX p. 77.

A.303. The small white Butterfly.

A.304 The greenish marbled half-Mourner.

A. 305. The white marbled female Butterfly. Hoefn. pl. VI fig.2 ; Moffet p. 106 n°5

A. 306. The white marbled male Butterfly.

A.307. The black-ey'd marble Butterfly

A.308. The golden Meadow, ey'ed-Butterfly Moff 103n°4

A.309. The brown Meadow, ey'ed-Butterfly.

A.310. The lesser double-ey'd Butterfly.

A.311. The small Heath Butterfly.

A.312. The golden marbled Butterfly, with black eyes. Moff 104 n°9.

A.313. The brown ey'd-butterfly with yellow circles.

A.314. Oculus pavonis dict.  The Peacock's eye. Moff 99 f.4 Goed. Vol.1 p.23 fig.1;  Goed. éd. Lister fig.1 ; Merian 1 Pl 26 page 53  Hoef. Pl. 12 fig.9 . Jonst. Ins. 40 n°4

A.315. Papilio testudinarius major The greater Tortoise-shell Butterfly. Moff 100f.7

A. 316. Papilio testudinarius minor. The lesser Tortoise-shell Butterfly Moff 101 f.11

A. 317. The small golden black sported Meadow Butterfly.

A.318. The little Blew-Argus.

A.319. ---

A.320. The greater silver-spotted Fritillary. Mof. 101 f.10

A.321. The greater silver-streaked Fritillary.

A.322. The April fritillary.

A.323. The May fritillary.

A.324. Mr. Vernon's small fritillary.

A.325. Darbrown Marsh fritillary.

A.326. The Painted-Lady. Moff 101 f.9.

A.327. The Admiral. Moff 100 n°6

A.328. The Royal William. Moff. 99

A.329. Our green Meadow Butterfly.

A. 330. Moffet's greenish Leopard with 5 scarlet spots. Moff. 97

 

— Centuria VI & VII, 1699.

Papiliones Exotici page 49 n° 501 à 530

[505 Moffet's great yellow and black Virginia Butterfly.]

[511. The Guineahen Butterfly]

— Centuria VIII, 1700.

Page 68 n° 719 à 724, pas de nom ?

 

— Centuria IX & X, 1703.

page 85

A. 825. The Greater White Cabbage-Butterfly.

A.826. The Lesser White Cabbage-Butterfly

 

Auteurs cités en référence (mis selon l'ordre chronologique), selon la liste page 16:

 

  • Aldrovandi, insect
  • Johnston ou Jonston, Insect
  • J. Hoefnagel 1630 Insectarum Volatil. Icones
  • Moffet Thomas, 1636  Insectum Theatrum, London.
  • Moffet (Thomas), 1658 id. traduit en anglais par Edward Topsell, London
  • Joan Goedart  1662 Metamorph. Naturalis
  • Lister De Insects in J. Goedart
  • Merret D.  1667, Pinax rerum natural. brittanic. London
  • Mar. Sibyll. 1679 Graffin or Insects, Dutch V1 et V : il s'agit de Maria Sibylla Merian, qui avait d'abord épousé Johan Andreas Graff. Le premier volume de Der Raupen wunderbare Verwandelung est paru  en hollandais, à Nuremberg,en 1679 et le second en 1683,  sous le nom de Maria Sibylla Gräfinn. 

 

GAZOPHYLACII NATURAE ET ARTIS, 1702.

— Page 3-4

A.7 Vernon's half Mourner.

A.11 sans nom

— Tab.XI p. 18

A.9. The Hair-Streak

A.10. The Brown double Streak

Tab. XIV

A.9. The Tunbridge Grayling.

A.11 The Saffron Butterfly.

—tab. XVIII p. 28

A.10 The Lincolnshire Fritillary.

1Tab. XXIV p.38 :

A.2. Mr Dale's Purple Eye

—Tab XXXIV p.54 :

A.7. The Checkered Hogg.

A.8. The Checker-like Hogg.

A.9. The Streakt Golden Hogg.

A9a. The Spotles Hogg.

—Tab. XXXV. p. 55 :

Papiliunculus

A.1. The blue Argus.

A.2. The pale blue Argus

A.3. The mixt Argus.

A.4. The edg'd brown Argus.

— Tab. XXXVI p. 56.

A.3. Handleys brown Butterfly

A.6. Our brown Marsh Fritillary.

A.9. Mr Dandridges Marsh Fritillary

 

Analyse.

On compte 34 noms vernaculaires de papillons de Grande-Bretagne sont créés dans le Musei, et 14 dans le Gazophylacii (mon décompte a pu laisser passer quelques noms). Ce sont non seulement les premiers noms vernaculaires en anglais, mais les premiers noms vernaculaires attribués à des papillons.

Ces noms sont disséminés dans le catalogue parmi les descriptions de plantes, d'insectes, de serpents, et  on constate donc vite qu'ils ne sont pas le privilège des -papilio-, mais que les phalènes, les autres insectes, les chenilles (décrites pour leur compte propre sous le nom d' erica), les mollusques, les arbres, les plantes et les serpents sont également dénommés en anglais ; le nom propre est imprimé en caractère gras. Toutefois, ces noms ne sont pas mentionnés en général pour les spécimens exotiques, c'est à dire pour la grande majorité des plantes.

On constate aussi dès lors que c'est le même système onomastique qui est appliqué pour tous les spécimens quelque soit le Règne auquel ils appartiennent : un ou plusieurs adjectifs précèdent un nom de groupe. Pour les papillons, ce nom collectif peut être par exemple Butterfly (22 fois), Fritillary (9 fois), Argus (5 fois), et les adjectifs décrivent la couleur (33 fois), la présence d'ocelles (7 fois) ou la taille absolue ou relative (12 fois), etc. Des noms d'amis ou de correspondants sont accolés parfois au nom propre, comme celui de Mr Vernon, de Mr Dandridge ou de Mr Dale, tous trois bien connus pour appartenir au milieu des naturalistes londoniens. D'autres noms témoignent des lieux de découverte : Tunbridge, Lincolnshire. D'autres substantifs précisent la saison de vol (April, May). 

Parmi les noms surlesquels viennent se fixer ces adjectifs, certains sont des trouvailles d'imagination créant des images fertiles : Brimstone ("Soufre") Mourner ("Endeuillé"), Tortoise-shell (le matériau de placage issu des carapaces de tortues de mer), Argus, repris de Thomas Mouffet (Argus est un géant aux cent yeux, comparés aux ocelles des ailes), Fritillary (la table à damier,  support des jeu de dés ou de tric-trac), The Admiral —seul nom d'un seul mot— comparant les ailes au pavillon d'un chef d'escadre, etc... Mais Painted-Lady tente de traduire le nom Belladonna qui, selon Petiver, lui est antérieur ("Bella Donna dict.").  

Si c'est la première fois que de tels noms sont donnés à des papillons (et, je pense, aux autres insectes), les arbres sont désignés depuis bien longtemps par un nom spécifique et vernaculaire. Les plantes, qui intéressent au premier chef les apothicaires et les médecins, ont reçu une dénomination en langue anglaise dans les ouvrages de John Ray (1627-1705)  (à ne pas confondre avec le contemporain et ami de Petiver). 

John Ray et les premiers noms vernaculaires anglais en Botanique. Un exemple, Adantium aureum ou Goldilocks.

Petiver cite en référence 4 ouvrages de John Ray :

http://botany.edwardworthlibrary.ie/Naming-Plants/John-Ray/

 En 1675, pour les fils de Sir Willoughby dont il dirigeait l'éducation, Ray avait publié à Londres  un Dictionariolum trilingue, dont la quatrième édition de 1703 portera le titre de Nomenclator Classicus, sive Dictionariolum ; les noms d'animaux —notamment— y sont donné en grec, en latin et en anglais, ce qui témoigne de son intérêt pour les noms des choses ou pour les langues en général .

Dans les ouvrages de botanique, Ray propose systématiquement un nom en anglais. Prenons l'exemple de la moussse Adianthum, que nous pourrons ensuite comparer dans Petiver page 6 :

Ray (C.P.Ang) :

  • C.Adianthum aureum majus = "Great goldea Maiden-hair or Goldilocks"
  • C. Adianthum aureum minus = "Little Goldilocks or Golden Maiden-hair".
  • Adianthum aureum humilis = " Dwarf broad-leaved Goldilocks or Golden Maiden-hair"

Ce nom est imagé car Goldilocks ("Boucles d'Or") évoque pour nous le nom de l'héroïne du conte "Goldilocks and the Three Bears". Mais ce conte de Joseph Cundall date de 1849, et le nom exact de Goldilocks donné par F.A. Steel de 1918 ! "Golden maidenhair" est encore aujourd'hui le nom de la fougère Polypodium vulgare, alors que le nom de "Great Goldilocks" est encore attesté pour Polytrichum commune. Les feuilles de ces mousses ressemblent à des cheveux, et leur couleur approche un peu celle de l'or. 

 

En 1665, Robert Lovel cite les mêmes noms (ou bien, il en est la source).

James Petiver donne ceci : Musei 1695 page 6

A.22  Adiantum aureus minus = "Our small Heath Goldilocks".

A.23 Adiantum aureus medius = "The lesser Heath Goldilocks".

A.24. Adiantum aureus acaulon... = " Stalkless Goldilocks"

Nicolas Lémery lui donne, à peu près en même temps (Dictionnaire, 1716), le nom de "Perce-mousse". "On s'en sert dans les pleurésies".

Dans son Jacobi Petiveri Opera posthume de James Petiver de 1767 ,  on trouve d'autres formes :

A.85 Muscus trichoides lanug. =Our small hairy Moutains-Goldilocks

A.86. Muscus trichoides acaulos =Mr Doody's broad-leaved Stalkless Goldilocks 

A.87. Muscus trichoides min =Mr Doody's fine-leaved Stalkless Goldilocks

A.88. Muscus trichoides min. vulg. =Our fine-leaved small Goldilocks

Pouvons-nous remonter plus amont encore, au-delà de John Ray ? Oui, car ses noms sont précédés de trois lettres Ger qui indiquent sa source : l'Herball de Gerard, cité aussi en référence par Petiver : John Gerard, History of Plants, London 1597. La plante y est décrite page 1374 ; elle est nommée Goldilocks or Golden Maiden Haire Mosse illustrée page 1371 :

Goldilocks--or-Golden-Maiden-haire-Mosse-John-Gerard-page-1.png

 

Le texte de John Gerard nous indique que " Goldilocke is called in high Dutch Widertodt, golden Widertodt, Jung Fräuwen har, in low Dutch Gulden Wederdoot. Fuchsius nameth it Polytrichon and thougt it Polytrichon Apuleÿ, or Apuleius his Maiden haire, neuerthelesse Apuleius Maiden haire is nothing else but Dioscorides Trichomanes, called english Maiden Haire, and for that cause we had rather it should be termed muscus capilaris, or Haire Moss : this is called in english Goldilockes Polytrichon : I would rather called it Goldilockes, leaving out Polytrichon. It might also be termed Golden Mosse, or Hairie Mosse.

Nous découvrons donc que les origines de ces noms vernaculaires trouvent leur source dans Dioscoride et Apulée, mais que J. Gerard a puisé son texte dans un ouvrage hollandais.  C'est bien connu, il s'est servi de l'Herbal de 1554  de Rembert Dodoens : tous les noms cités  (Jungfrauhar, Polytrichon Apulei, Polytrichon doré (grand et petit), Wederdoot (gulden), Widdertodt (gulden)) datent de cette ouvrage de 1554/1557.

Donc, pour le nom botanique choisi par hasard parce qu'il se trouvait chez Petiver, nous pouvons suivre des étapes qui débutent par les noms grecs de Dioscoride, latin d'Apulée, latin des savants de la Renaissance, puis parvenir à un premier nom vernaculaire hollandais (1544), à sa traduction en anglais par John Gérard (1597) sous deux formes (Goldilocks ; Golden Maiden Hair). Entre 1660 et 1670, John Ray décline ces noms pour les adapter aux différentes espèces d'adianthum en y ajoutant des adjectifs tels que Great , Little,  Dwarf [nain] broad-leaved. Petiver, en 1695-1703, développera la méthode en utilisant des adjectifs de couleur, de milieu (lande, montagne) de caractère botanique (stalkless = sessile) ou en introduisant des noms de personne (Mr Doody). 

Pour les noms propres d'entomologie, c'est, sous réserve de nouvelles découvertes, James Petiver qui prend l'initiative d'attribuer un nom vernaculaire anglais aux espèces de sa collection. Tout naturellement, il applique à la zoologie la méthode testée en botanique, mais en l'enrichissant avec talent et en créant ses propres métaphores, à l'exemple de ce beau Goldilocks que nous avons suivi à la trace. 

Conclusion.

De nombreux noms vernaculaires créés par Petiver sont encore utilisés (Painted Lady, Tortoise-shell, Admiral) dans leur langue d'origine. Plus intéressant pour la démarche de zoonymie, ils ont parfois été à l'origine de noms scientifiques  (Plebejus argus) et, beaucoup plus souvent, de nos propres noms vernaculaires français qui s'en inspirerons directement (Painted- Lady devenant la Belle-Dame, Tortoise-shell devenant Tortue, Half-Mourner suggérant Demi-deuil, The White Cabbage-Butterfly devenant Le Grand et le Petit Blanc du Chou, les quatre Argus conduisant Geoffroy à ses Argus Bleu, Demi, Myope ou Aveugle, le nom de Fritillary inspirant les noms de Damiers et Échiquiers, etc,) et, surtout peut-être, le schéma de construction avec adjectifs qualificatifs faisant école pour bâtir la part principale de notre onomastique.

  A cette "école anglaise" (en réalité issue d'élaboration  européenne) tentant de décrire ou de caractériser l'espèce par son nom, pourrait s'opposer, pour simplifier, une "école suédoise et française", si on veut désigner ainsi la décision de Linné de rompre avec toute description au profit de noms arbitraires issus de la mythologie, et la façon dont Geoffroy s'en inspira pour nombre de ses noms vernaculaires ("Vulcain"). Mais ni Linné (1758) ni Geoffroy (1762) ne feront, précisément, école, et leurs successeurs reprendront vite la méthode de Petiver. C'est dire tout l'intérêt que je pouvais trouver à en explorer les bases.

 P.S : Des recherches qui se poursuivent.

James Petiver est-il vraiment le premier auteur de noms vernaculaires de papillons, ou bien les auteurs qu'il cite en référence ont-ils pu lui inspirer certains noms ? Pour répondre, il me faut explorer les textes en latin d'Aldrovandi, de Hoefnagel, de Thomas Moffet, de Jonston, de Merret et les textes hollandais et en allemand de M.S. Merian.

Une première trouvaille : 

The Peacock's eye : Petiver note "oculus pavonis dict." et indique ainsi que son nom est la traduction d'un nom latin. Ce dernier se trouve dans Goedart (1662) :

— Mouffet n'emploie que omnium regina.

— Maria Sibylla Merian a écrit en 1679 Die zeit innerhalb welcher aus dem dattelkern ein so schönes Vogelein worden war sechszehen oder siebenzehen Täge so ich nur das Pfau Vögelein zu nennen pflegte ..."J'avais l'habitude (?) de l'appeler seulement le petit papillon Paon"

— Jan Goedaert édition latine Metamorphosis et historia naturalis Insectorum. Cum commentariis D. Joannis  Medioburgi, J. Fierens, (1662-1669). 3 volumes reliés en un seul. In-8 . pp. (30) 236; (32) 259; (16), 159, avec trois frontispice gravé, 1 portrait gravé de Goedaert,  et 152 planches gravées imprimés sur 126 feuilles. La première édition latine (traduite par De Mey) a été publiée  la même année que l'édition hollandaise.

. "

 

Johannes Goedart  Volume 1 page 24  le nomme oculus pavonis. Mais lors de la consultation du texte original, on lit plus exactement quatuor alas habens, cuique nomen esse, , ante indicavimus ; et page 23 nous lisons de même : (ob coloris elegantiam & varietatem , cujus effigiem exhibet tabula prima ad litteram C.). Le nom latin n'est ici que la traduction du nom vernaculaire hollandais, qui est premier. Jan Goedart ou Johannes Goedaert (1617-1668) est un peintre et illustrateur hollandais né en 1617 à Middelburg, chef-lieu actuel de la province de Zélande sur le canal de Walcheren. Le livre décrit les résultats de son enquête sur la métamorphose des insectes, accompagnée d'une grande quantité d'observations originales , dont certains ont été déclenchés par des expériences avec ses propres cultures. Le livre fut un modèle pour plusieurs autres traités célèbres sur le sujet, comme par exemple pour ceux de Maria Sibylla Merian.

   Pour poursuivre notre enquête, il est nécessaire de consulter la version que cet auteur a publié en hollandais :

— Ioanne Goedardo /Johannem Goedaerdt, Metamorphosis naturalis , ofte Historische beschryvinghe van den oirspronk, aerd, eygenschappen ende vreemde veranderinghen der wormen, rupsen, maeden, vliegen, witjens, byen, motten ende dierghelijcke dierkens meer; niet uyt eenighe boecken, maer alleenelijck door eygen ervarentheyd uytgevonden, beschreven, en na da konst afgeteyckent", Jaques Fierens, Medioburghi, [1662] :

  •  
    •  page 16 :  Dese vertooninge duyrde den tijt van negen-thien dagen, als doen quam daer uyt een schoone vier gevleugelde Paeuw-oog, gelijck in dese medegaende figuyre aengewesen wort, by de letter C 
    • et page 18 :Dese vertooninge duyrde den tijt vannegen- thien dagen, als doen quam daer uyt een schoone vier gevleugelde Paeuw-oog, gelijck in dese medegaende figuyre aen-gewefen wort, by de letter C. Als dese Paeu-oogh eerst voortquam uyt haere veranderinge, waren haere vleughelen even als nat papier gestelt waer uyt eenige druppelkens waeter.

Le nom latin n'est pas employé ici, ce qui prouve qu'il n'est donné dans l'édition en latin qu'en traduction.

On aura compris qu'en hollandais Paeuw signifie "Paon" et Oog, oogh "œil". Le nom vernaculaire actuel en néerlandais d'Aglais io est "Dag pauwoog" ("Oeil de Paon du Jour").

Conclusion sur le zoonyme The Peacock's eyeil se révèle être la traduction d'un premier nom vernaculaire créé par Jan Goedart en 1662 en hollandais, "Paeuw-oog" ("Oeil de Paon") accompagné de sa traduction latine oculus pavonis dans l'édition latine. Ce nom sera cité ensuite par Maria Sibylla Merian en 1679 sous la forme "Das Pfau Vögelein" ("le papillon paon"). Petiver le traduira en anglais sous la forme "Peacock's eye" avec la simple mention "oculus pavonis dict." sans citer sa source.

 


 

Goedaert donnera à Vanessa atalanta (Admiral de Petiver) le nom de Klok-luyer, mais aussi de Pauw-kolerid, "Couleur de Paon" (Vol.2 page 164). Il nommera la petite Tortue "le Gulsigaert  (GULZIGAARD = "Goinfre, glouton").

 

 

  Liens et sources :

 

http://www.vlindernet.nl/doc/dvs/pdf/201405_johannes_goedaert_-_de_ontdekker_van_de_metamorfose.pdf

http://www.vlindernet.nl/doc/dvs/pdf/201408_johannes_goedaert_1617-1668_-_brandnetelvlinders.pdf

 

 

 


 

 

Voir encore :

Esper :

https://books.google.fr/books?id=Vl1JAAAAYAAJ&pg=PA88&dq=Pfau+schmetterlinge&hl=fr&sa=X&ei=

VbuRVOfsMILdaM6JgcAI&ved=0CGMQ6AEwCQ#v=onepage&q

=Pfau%20schmetterlinge&f=false 

Par jean-yves cordier
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Lundi 15 décembre 2014 1 15 /12 /Déc /2014 09:34
  •  

        Étienne-Louis Geoffroy, médecin et entomologiste  auteur de l'Histoire abrégée des insectes (1762).

 

 

File:Etienne Louis Geoffroy.jpg

 

      Résumé : 

 Étienne-Louis Geoffroy (1725-1810) appartient à une famille parisienne d'apothicaires depuis le XVIe siècle, dont trois furent échevins. Son père Étienne-François (1672-1731) est l'un des médecins les plus illustres sous Louis XIV et Louis XV comme professeur de chimie au Jardin du roi, académicien des sciences, membre de la Royal Society, et comme auteur d'un Traité de matière médicale, par lequel il devint à titre posthume l'un des principaux auteurs du Codex de 1732. 

  Après avoir fait ses études auprès de jansénistes comme Charles Coffin au collège de Beauvais, il s'inscrit à la faculté de médecine, et obtient son diplôme en 1748. Poursuivant sa formation auprès des hôpitaux et de L.C. Bourdelin, puis exerçant son art à Paris, il décline, pour disposer de son temps, successivement une place à l'académie des sciences puis la place de professeur de médecine au Collège royal de France qu'Astruc lui réservait. Par contre, devenu médecin-régent (professeur à la faculté de Médecine) il fut élu dès sa création comme l'un des membres de la Société Royale de Médecine en 1776 au coté de Vicq d'Azyr, Jussieu, Lorry, ou Poissonnier et participa à ses travaux.

 Il écrivit un poème latin sur l'Hygiène qui est surtout un exercice de style ; ses travaux d'anatomie comparée sur l'organe de l'ouïe dans la complexité croissante de la cochlée et des canaux semi-circulaires chez les poissons, les reptiles et l'homme n'ont de valeur qu'en histoire des sciences.  Par contre, les deux volumes de son Histoire abrégée des insectes de 1762  gardent toute leur importance en entomologie : il introduisit le caractère du nombre d’articles des tarses pour la distinction des genres de Coléoptères, une des bases de la taxonomie de cet ordre jusqu’au XXe siècle. Son Traité des coquilles de 1767 est encore une publication qui honore sa mémoire. 

 

  

 

 

Étienne Louis Geoffroy (1725-1810).

 

1. L'enfance et la scolarité.

Né à Paris le 2 octobre 1725, Étienne-Louis Geoffroy, fils d'Étienne-François Geoffroy (1672-1731) médecin et académicien des sciences, et neveu de Claude-Joseph Geoffroy, apothicaire et membre également de l'Académie des sciences, perdit son père à l'âge de 5 ans. Il étudia au Collège de Dormans-Beauvais à Paris, l'un des bastions du jansénisme qui compta parmi ses pensionnaires Nicolas Boileau, Charles Perrault, Cyrano de Bergerac, Louis Racine ou Jean-Pierre de Bougainville. Ce collège appartenait à l'université de Paris, ou Faculté des arts. Ses enseignants les plus emblématiques appartiennent effectivement à la mouvance janséniste, qu’il s’agisse de Charles Rollin ou de Charles Coffin, qui seront par ailleurs recteurs de la faculté. Le Collège de Beauvais comptait 300 pensionnaires, dont de nombreux fils de parlementaires, le Parlement de Paris, d'assise bourgeoise, étant un soutien notable du jansénisme. On sait que les jansénistes défendent le gallicanisme contre le pouvoir du pape, et que la morale qu'ils prônent préfère "l'épanouissement de la vie intérieure aux fastes de la liturgie tridentine et une réforme morale exigeante plutôt qu'une distribution trop accessible des sacrements." (Jansénisme, Wikipédia). 

  René Claude Geoffroy, qui est l'auteur de la notice biographique de son père, mentionne que la mère d'Etienne-Louis plaça son fils dans ce collège sur le conseil de Charles Rollin, ce qui incite à penser qu'elle adhérait aux thèses jansénistes ; dès lors, lorsque René Claude décrit son père comme un homme ne se rendant jamais au spectacle, ne dînant jamais hors de chez lui, donnant des consultations gratuites aux indigents et se consacrant entièrement à son art en refusant un poste d'académiciens, on est enclin à croire que son père avait été profondément imprégné par l'enseignement moral qu'il avait reçu au Collège de Beauvais.

 De même, lorsque l'on sait qu'il reçut l'enseignement de Charles Coffin, on est assuré de la qualité de sa formation en Belles Lettres et en poésie latine ; et on ne s'étonnera ni de sa capacité à rédiger dans une langue impeccable un poème en latin sur l'Hygiène, ni  de ses choix onomastiques en entomologie de noms puisés dans la littérature.

 

2. Les études de médecine.

Avec son camarade Lorry, il suivit les cours d'anatomie de Ferrein, les leçons de chimie de Rouelle, les démonstrations de botanique de Bernard de Jussieu, les leçons de médecine pratique d'Astruc. Il entra en licence en 1746 et soutint une première thèse quodlibétique sur la manière dont le fœtus se nourrit dans le ventre de sa mère : An pro diversis a conceptu temporibus, varia nutritionis fœtus via ? publié chez Quilliau, 7 pages, in 4°.

Il fut reçu docteur en 1748. Une notice biographique du Dictionnaire des sciences médicales lui attribue deux thèses :

An aer praecipium digestionis instrumentum ? Paris, 1748, in-4° où, selon l'article cité, il soutient l'idée singulière que les saignées conviennent moins chez les personnes maigres que chez les personnes fortes, 

An in empyematis operatione, scapellum acu triangulari praesantius ? Paris, 1758, in-4°, où il défend l'idée que des incisions profondes favorisent la suppuration. Mais ce dernier travail est une thèse  due à E.F.M. Bosquillon, Paris 1772.

Il bénéficia ensuite des conseils de Louis Claude Bourdelin, ancien ami de son père,  docteur en médecine de la Faculté de Paris, doyen de la Faculté de médecine en 1736 et professeur de chimie au Jardin du roi en 1743. 

 

 

 3. L' exercice professionnel.

Si on en croit son fils René Claude, Geoffroy donna l'essentiel de son temps à l'exercice de son art, refusant les loisirs au Spectacle et les honneurs d'un poste à l'Académie des sciences.

 Mais ce biographe ne mentionne pas suffisamment qu'il fut Docteur-régent, c'est à dire Professeur de la Faculté de médecine de Paris et passe sous silence son rôle à la Société Royale de médecine, fondée en 1778 par Joseph-Marie-François de Lassone (Premier médecin du roi et président) et Félix Vicq d'Azyr ( secrétaire perpétuel), mais aussi  son ami Lorry. La société était formée de 30 membres (dont beaucoup étaient « docteur-régent », et 12 associés libres (dont des hommes politiques comme le ministre Vergennes, et le directeur général des finances Jacques Necker). De 1776 à 1779, la Société publia annuellement sous le titre de Histoire et mémoires de la Société royale de Médecine un ensemble de mémoires et de rapports établis par ses membres. 

Or, Geoffroy est membre associé depuis la première élection de 1776 , au coté de Poissonnier, Lorry, Poissonnier Des Perrières, Macquer, Le Roy, Antoine-Laurent de Jussieu, Caille, Paulet, De Lalouette, Jeanroi et Thouret. Ce premier volume de l'Histoire de la Société montre que Geoffroy est appelé, parfois avec Lorry, comme consultant au chevet des patients aux cas difficiles, (pages 177 ;  262 à 264). 

Dans le volume de 1780, on le voit conseiller page 394 un traitement par l'électricité pour une cécité ("il fut électrisé du 25 juillet au 12 octobre" ; il se livre à un bilan sanitaire ("constitution") des années 1777 et 1778.

En 1781, il publie avec Mauduyt et Audry les résultats d'une expertise des "Pilules de la Dame Belloste".

 Son nom apparaît à de nombreuses reprises dans le volume 7 de l' Histoire de la Société royale de médecine année 1784-85 publié par la Société royale de médecine (France) :

— En 1784 : il est nommé par le Ministre de la Marine avec Poissonnier, Macquer, Desperrières, Poulletier de la Salle,  Lavoisier, Dehorne, Vicq-d'Azyr, De la Porte, de Fourcroy, et Thouret pour répondre à plusieurs questions sur la nourriture des gens de mer. [Sujet dont j'ai débattu ici , et où Chardon de Courcelles, éditeur du Traité de matière médicale de Geoffroy père (Etienne-François) est le protagoniste opposé à Poissonnier Desperrières :

http://www.lavieb-aile.com/article-le-memoire-sur-le-regime-des-gens-de-mer-de-chardon-de-courcelles-120398701.html ]

Il donne un Mémoire de 45 pages sur la Constitution des années 1784-85 sur le plan sanitaire.

— page 20, on mentionne que le président de la Société a été successivement le Duc de la Rochefoucault ; en 1786 Poulletier de la Salle ; de Lassone en 1787. Le Vice-Président a été M. Mauduyt en 1786, et Geoffroy en 1787.

De même, Geoffroy est l'auteur dans le volume 9 de la rubrique sur la Constitution des années 1787-88 sur le plan sanitaire.


En 1787, dans les Registres de la Société Royale de Médecine, séance du 23 janvier 1787,  Geoffroy, Jussieu et l'abbé Tessier se prononcent sur le contenu de l'ouvrage Histoire des plantes de Dauphiné de Dominique Villars

La recherche de ces interventions de Geoffroy au sein de la Société Royale de Médecine pourrait être poursuivie : mais ces exemples suffisent à montrer que ce Docteur-régent compte parmi les principaux praticiens de la capitale, et que, loin d'être reclu chez lui, il forme avec une quinzaine d'autres confrères et d'autres scientifiques une société d'échanges et de recherches n'hésitant pas à utiliser les moyens récents comme l'électrothérapie :

"Rapport sur le second mémoire du même, par Geoffroy, Lorry, Andry, sur les effets généraux de l’électricité qui agit comme stimulant ; sur la machine électrique à employer, sur les trois façons d’appliquer l’électricité : par bain, par étincelle, par commotion."http://www.calames.abes.fr/pub/#details?id=Calames-2010101816107621120

 

       En 1779,  une  comédie en 3 actes de Paul-Gabriel Le Preux, ou bien Le Vacher de la Feutrie,  Lassone, ou la Séance de la Société royale de médecine, met en scène tous les membres de la Société royale, soit 26 noms qui portent tous le même prénom fictif de Jean-François :

"Vous y voyez Lorry, vous y voyez Geoffroy

Poissonnier, Jussieu, Macquer, Andry Leroy,

Et tous ces jeunes gens de superbe espérance [...]

Délicieux Lorry, respectable Geoffroy [...]"


4. Les travaux scientifiques médicaux.

a) 1771 Hygieine, sive Ars...1771

 Poème en latin, Hygieine, sive Ars sanitatem conservandi, Auctore Stephano-Ludovico Geoffroy, Parisino ; doctore et antiquo professore Medico parisiensi, Regi à Consiliis & Secretis, &c. Parisiis, apud Petrum-Guillelmum Cavelier  viâ San-Jacobaeâ, sub ligno Lilii aurei MDCCLXXI. Sept Livres, 171 pp.

Il est dédié à son camarade Lorry : Dilectissimo collegae Annae-Carolo Lorry, Doctori Medico parisiensi. Lorry lui dédia son Traité des maladies cutanées. 

Geoffroy, qui écrit "utiliora cano", "Je chante pour être utile", allusion au arma virumque cano ("je chante les armes et les hommes") de l'Énéide,  se montre imprégné de l'œuvre bucolique et du style de Virgile : ce qui est une indication précieuse dans l'étude de son onomastique des papillons.

Traduction en français par M. de Launay, 1774 sous le titre L'Hygieine ; ou l'Art de conserver la Santé, Poëme Latin de M. Geoffroy, traduit en françois par M. de Launay [Docteur en médecine], chez Pierre-Guillaume Cavelier, Paris, 1774, xlvij-269 pp1 vol. in-8 . Traduction en 1839 par Lequenne-Cousin.

 Commentaire : "Il faisait diversion à ses travaux scientifiques en sacrifiant non aux plaisirs, mais aux muses, et renferma les préceptes de l'hygiène dans des vers d'une latinité pure et élégante. On raconte que c'est dans sa voiture, dans les moments où il ne pouvait plus lire, que Geoffroy composa cet ouvrage, auquel on donne un rang honorable parmi les poèmes modernes"  (Dezeimeris, II, 522).

 Selon Joseph-Marie Quérard dans La France Littéraire de 1829, il réunit le double mérite de l'élégance et de l'exactitude en chantant en beaux vers l'art utile et négligé de conserver la santé, ce qui en fait, pour le critique," la première bonne hygiène qu'on ait publiée en France".



                 Cover art 

 

b)  1800, Manuel de médecine pratique, ouvrage élémentaire, auquel on a joint quelques formules, à l'usage des chirurgiens et des personnes charitables qui se dévouent au service des malades dans les campagnes par le C[itoyen]. Geoffroy. A Paris : chez G. Debure aîné, an IX [1800] 2 vol. in-8°. Cet ouvrage a suscité le commentaire suivant : "Fruit infortuné de la décrépitude, ce Manuel de médecine populaire ne méritait pas de voir le grand jour, et surtout  de porter au frontispice un nom justement célèbre." (J.M. Quérard, La France Littéraire, 1829).

c) 1778, Dissertations sur l'organe de l'ouïe 1°) de l'Homme 2°) Des Reptiles 3°) Des Poissons par M. Geoffroy, Docteur-Régent de la Faculté de médecine, & membre de la Société Royale de Médecine, A Amsterdam et se trouve à Paris chez Cavelier, libraire rue Saint-Jacques.

Dédié à M. de Lassone, président de la Société Royale de médecine. 151 pages. La première partie (Ouïe de l'Homme) avait été adressée à l'Académie des sciences et Belles Lettres de Caen ; la deuxième (Ouïe des Reptiles), à l'Académie des sciences de Paris en 1752 (imprimée dans le second volume des mémoires des savants étrangers à cette académie, avec les planches illustrées) ; la troisième (Ouïe des Poissons), à la même académie en 1753 mais perdue et non publiée alors. Voir l'analyse publié dans l'Histoire de la Société royale de médecine 1776 page 95.

   

Conseil de lecture : http://www.podcastscience.fm/dossiers/2012/01/04/histoire-evolutive-de-laudition-chez-les-vertebres/

http://www.aquabase.org/articles/html.php3/anatomie-poisson=97.html

      

 

d) il écrivit en 1778 un Mémoire sur les bandages propres à retenir les hernies. 

5. Les travaux d'Histoire naturelle. 

 

 — 1762 et 1799  Histoire abrégée des insectes qui se trouvent aux environs de Paris

Les deux volumes de cet ouvrage suffisent à faire la gloire de Geoffroy, et supposent une somme de travail scientifique, de collection sur le terrain et de connaissance approfondie de la littérature entomologique telle qu'on imagine mal comment l'auteur a pu les rédiger dans les temps libres d'un art médical très absorbant. Aussitôt publiés, ils ont été grandement estimés par l'Europe des entomologistes, de la Suéde jusqu'à l'Allemagne, de Linné à Rottemburg et, surtout, par Denis et Schiffermüller pour la rédaction de leur Catalogue Viennois de 1775.

Ils font l'objet d'un article détaillé.

« N'ayant trouvé parmi les méthodes qui ont été publiées jusqu'à ce jour pour déterminer les insectes, aucune distribution qui m'ait paru remplir complètement son objet, je m'en suis formé une qui me semble offrir plus de facilité dans l'usage, plus de convenance dans les rapports, et qui a en outre l'avantage de se rapprocher, à bien des égards, des Méthodes de Linné, de Geoffroy et d'Olivier, méthodes qui sont sans contredit, les meilleures qu'on ait publié sur cette intéressante partie de l'histoire naturelle. » J.B Lamarck, Système des Animaux sans vertèbres, Déterville, Paris 1801 p.200.

 

« Dans cette circonstance, voici Monsieur ce qu'il me semble que vous pouvez faire. D'abord vous donnerez le Catalogue des plantes de votre Département [Manche] et cela ne vous embarrassera point. Avec l'aide de M. Baillon, vous formerez un état approximatif des Mammifères, des Oiseaux et des Reptiles qui peuvent se rencontrer dans le Département et comme indigènes. […] Relativement aux Insectes, vous renverrez au Catalogue des Insectes des environs de Paris, par Geoffroy, dont Fourcroy n'a publié qu'un petit supplément. » J.B Lamarck Lettre à Boucher de Perthes, ca 1810 


 — 1767 Traité des coquilles qui se trouvent aux environs Paris.  

 Traité sommaire des coquilles, tant fluviales que terrestres, qui se trouvent aux environs de Paris (Paris : J.-B.-G. Musier fils).

Traduction en allemand la même année 1767 par Martini à Nuremberg.

Comme pour l'ouvrage précédent, les taxons décrits par Geoffroy (Ancylus, Cochlea, Mytulus, Planorbius selon Animalbase) ne peuvent être reconnus comme valides par l'ICZN car Geoffroy n'utilise pas les principes de la dénomination  binominale de Linné. (opinion 318 de 1998). Pour Cochlea, Geoffroy avait été précédé par Garsault 1764 in  Les figures des plantes et animaux d'usage en médecine, décrits dans la Matiere Médicale de Mr. Geoffroy médecin, dessinés d'après nature par Mr. de Garsault, gravés par Mrs. Defehrt, Prevost, Duflos, Martinet &c. Niquet scrip. [5]. - pp. [1-4], index [1-20], Pl. 644-729. Planche 644 page 7 Paris. L'ironie est que Garsault illustre par ses dessins les espèces décrites par Étienne-François Geoffroy, père de Étienne-Louis.

 

« II était réservé à deux Français, à Adanson et à Geoffroy (Muller ensuite parmi les étrangers), de servir de modèles à cet égard. Ils ont fait voir, l'un dans l’Histoire des coq des environs de Paris, tout le parti qu'on pouvait tirer des animaux des coquilles, pour les classer d'une manière solide ; tous les avantages que l'on devait espérer de cette nouvelle manière d'envisager leur histoire, pour l'étude si importante de leurs mœurs. (Les animaux, quels qu'ils soient, ne peuvent être classés d'une manière solide que d'après leur organisation : cela préalablement fait, la coquille alors, pour ceux qui sont testacés, devient elle-même un indice de la classe, de l'ordre et de la famille de ces animaux). « On sent, en effet, que les coquilles n'étant que l'habitation d'un animal, c'est lui qui, comme producteur et être vivant, mérite d'être préférablement étudié. » J.B Lamarck Articles de dictionnaire Déterville, Paris, 1817. Conchyologie.

 

— 1785, Entomologia Parisiensis ; sive, Catalogus insectorum quae in agro Parisiensi reperiuntur secundum methodum Geoffroeanam in sectiones, genera et species distributus. A[ntoine] F.[rançois] Fourcroy, Paris, 1785.


6. Le collectionneur.

Les Geoffroy étaient de grands collectionneurs, comme la plupart des familles aisées de ce temps, et notamment comme la plupart des académiciens. Nous disposons de l'inventaire des collections de Claude François Geoffroy, lors de leurs ventes aux enchères. C'est d'abord une collection de livres, car la bibliothèque est extrémement fournie. C'est ensuite une collection d'estampes, et, enfin, de pièce d'histoire naturelle, principalement riche en coquilles et minéraux.  Etienne-Louis alors âgé de 28 ans, en dressa l'inventaire en 1753 :Catalogue raisonné des minéraux, coquilles et autres curiosités naturelles contenues dans le cabinet de feu M. Geoffroy (Paris : H.-L. Guérin et L.-F. Delatour). Fut-elle réellement vendue, ou bien Étienne-Louis en hérita-t-il ?  

Nous disposons aussi indirectement de la preuve que Étienne-Louis possédait ses propres collections d'histoire naturelle, car  celles-ci sont signalées dans un Almanach du voyageur à Paris  de 1784 au chapitre Cabinets d'Histoire naturelle (page 162-168). Presque tous les confrères de la Société Royale de Médecine y sont cités : le président, Lassonne, mais aussi Petit, Mauduyt de Varenne, Macquer, Jussieu et Poissonnier. D'autres médecins sont cités, tels que Guettard, Maquart, Morand, ou Mertrud, chirurgien. Au total, 101 Cabinets sont dénombrés à Paris, dont beaucoup sont tenus par des couvents ou des ecclésiastiques, et beaucoup aussi par des membres de la noblesse. On y remarque celui de Gigot d'Orcy, Place Vendôme, dont les papillons seront décrits par le révérend Père Engramelle.

Geoffroy y est indiqué ainsi page 164 : Geoffroy, Histoire naturelle, Rue des Singes.

Au Muséum d' histoire naturelle, "parmi les collections ayant une valeur patrimoniale, la plus ancienne date des années 1780. C'est la collection de Étienne-Louis Geoffroy, qui contient un grand nombre de types primaires."

 

 

 

 Ce Cabinet d'Histoire Naturelle avait été hérité de son oncle, qui avait privilégié la minéralogie et la conchyliologie, comme en témoigne l'

7. La Révolution.

En décembre 1793, Geoffroy est mêlé à un événement historique : par son certificat médical, il évite à Stanislas Maillard l'emprisonnement. Voici de quoi il s'agit (selon Wikipédia et A. Sorel):

Stanislas-Marie Maillard dit « Tape-Dur », (1763-Paris le 15 avril 1794), huissier de profession, est un révolutionnaire français qui participa à la prise de la Bastille le 14 juillet 1789 et fut de ceux qui arrêtèrent le gouverneur de Launay. Après cet exploit, se donnant le titre de « capitaine des volontaires de la Bastille », il prit une part active à toutes les journées révolutionnaires. Il fut également un des meneurs des journées des 5 et 6 octobre 1789, lors de la « Marche des femmes » sur Versailles. S’improvisant le porte-parole de la foule venue de Paris, il monte à la tribune de l’Assemblée constituante pour lire la déclaration suivante :« Nous sommes à Versailles pour demander du pain et en même temps pour punir les gardes du corps qui ont insulté la cocarde patriotique. » Les manifestants s'expriment plus violemment, notamment contre la reine sur laquelle les imprécations les plus épouvantables sont déversées. Nommé capitaine de la Garde nationale en 1790, il signe, le 17 juillet 1791, la pétition du Champ-de-Mars qui réclame la création d’une République. Chargé par la Commune de Paris en septembre 1792 de mettre un terme aux massacres des prisonniers, il va jouer un rôle controversé : accusé de leur avoir donné encore plus d’ampleur, tout en les couvrant d’un semblant de légalité par les uns, il est crédité par les autres d’« un rôle providentiel. » La postérité le connaîtra comme le « grand juge de l’Abbaye », ou encore le « chef des massacreurs ». Président d'un tribunal improvisé à la Prison de l'Abbaye, il relâche le marquis Charles François de Virot de Sombreuil, sauvé par sa fille Marie-Maurille. Jules Claretie en rapporte de seconde main ce portrait d'un témoin oculaire : « Maillard était un jeune homme d'une trentaine d'années, brun, grand, l'œil superbe, les cheveux noués en catogan. Il portait ce jour là un habit gris à larges poches et des bas chinés. » Arrêté deux fois sous la Terreur comme lié aux Hébertistes, il meurt, dans la misère, à trente ans, de tuberculose.

 Lors de son arrestation, il paraît si malade que le médecin qui le traite  (c'est Geoffroy !) est requis : 

 

Sur quoi nous, commissaire susdit, avons mandé le médecin dudit Maillard, à l'effet de nous constater d'une manière juridique que ledit Maillard est hors d'état de sortir ; un instant après est arrivé le citoyen Geoffroy, docteur en médecine, demeurant rue des Singes, section de l'Homme-Armé, lequel nous a fait et remis le rapport qu'il a lu et signé par-devant nous, et qui est demeuré annexé au présent, et dont la teneur suit :
Je soussigné, docteur en médecine, certifie que le citoyen Maillard est attaqué depuis plus de seize mois de la poitrine, qu'il crache le pus et souvent le sang, que notamment, il y a quelques jours, ayant été obligé de rester au comité de la Convention jusqu'à minuit, il est rentré avec un violent crachement de sang, accompagné de fièvre ; qu'en conséquence, de concert avec le docteur Audry, médecin, nous lui avons fait appliquer le lendemain un vésicatoire et lui avons défendu de sortir, attendu que nous pensons qu'il ne peut s'exposer à l'air sans danger de sa vie.
En foi de quoi j'ai signé le présent certificat pour servir et valoir ce que de raison. A Paris, le 27 frimaire l'an II de la République une et indivisible. Signé : GEOFFROY, docteur-médecin.
Est aussi comparu le citoyen Jacques-Joseph Douchet, chirurgien, demeurant rue Planche-Mibray, n° 5, section des Arcis, lequel nous a dit qu'il a été nommé par le comité de sûreté général pour avoir soin dudit Maillard, et que dans le moment actuel qu'il est au lit, il est impossible audit Maillard de pouvoir être transporté sans danger pour sa vie, et a signé : DOUCHET.
Et à l'instant est arrivé le citoyen Pasquis, inspecteur de police, assisté du citoyen Pougnon, membre du comité révolutionnaire de la section des Arcis ;
Lesquels nous ont dit qu'ils venaient pour mettre les scellés sur les papiers dudit Maillard, et le mettre en état d'arrestation en la maison de Sainte-Pélagie.
Mais après avoir pris communication de ce que dessus, ils ont déclaré qu'ils allaient seulement apposer les scellés, et qu'attendu l'état et la position dudit Maillard, ils s'en rapportaient à notre prudence pour la conservation de sa personne. Et ont signé : PASQUIS et POUGNON. 


8. L'exil à Chartreuve. 1793 ? La retraite

     A la vue des excès révolutionnaires, et [en partie ruiné par la Révolution] il quitta Paris et se retira dans sa terre de Chartreuve près de Soissons : il fut élu maire de Chéry-Chartreuve, et acheta vers 1805 l'ancienne abbaye ruinée de Chartreuve ( chanoines prémontrés). L'abbaye avait été supprimée en 1790, l'église, les bâtiments conventuels et la ferme dépendante aliénés comme bien national en 1793.

 Son fils René-Claude et son petit-fils Ernest-Louis Geoffroy de Villeneuve, député, vice-président du Conseil général de l'Aisne et également maire de la commune, feront aménager le domaine au milieu du 19e siècle en installant leur résidence dans les bâtiments du 18e siècle, faisant construire des communs et une orangerie et restaurer la ferme. Une chapelle, érigée sur les ruines de l'abbatiale, est consacrée en 1863. La Première Guerre mondiale ruine le château, remplacé par une villa plus modeste pour Ernest-Henri Geoffroy de Villeneuve qui y décède en 1934. Les seuls vestiges de l'ancienne abbaye sont le mur du 14e siècle de l'armarium et de la salle capitulaire et les ruines de l'église abbatiale. 

 

 

 

 


                                  Sa famille.


a) l'hôtel familial rue Bourtibourg : 

Rue Bourtibourg (Paris IV°) : actuellement rue du Bourg Tibour, elle commence rue de Rivoli, dans le quartier Saint-Gervais.

 
Cette maison fut achetée en deux lots (1674-1681) par le savant apothicaire [Matthieu-François] Geoffroy, ancien échevin, et celui-ci pour l'agrandir, en 1688, prenait de la fabrique de Saint-Jean à bail emphytéotique 10 toises de terrain environ, qui avaient fait partie du cimetière de cette église et attenaient au mur de l'hôtel.

L' officine de Matthieu-François est décrite ainsi par Lister en 1698 : "l'entrée de la basse-cour est une porte cochère avec des niches où sont de grands vases de cuivre. Quand vous êtes entrés, vous trouvez des salles ornées d'énormes vase et de mortiers de bronze, qui sont là autant pour la parade que pour l'usage. Les drogues et les préparations sont dans des armoires rangées autour de ces pièces. Sur les derrières sont des armoires très propres et parfaitement montées..."

  Trente-sept années plus tard, Claude-Joseph de la même famille, naguère commissaire des guerres, était d'accord avec les créanciers de feu son frère, avocat, conseiller du roi, pour vendre 72,100 livres l'ancien hôtel d[u duc d]e Vendôme.   

http://www.paris-pittoresque.com/rues/124.htm   

Étienne-François  Geoffroy habita selon Dorveaux à proximité, rue des Singes (ou Cinges) portion de la rue des Guillemites 

En 1781 et 1784 c'était toujours l'adresse de son fils Étienne-Louis Geoffroy selon l'Almanach royal.

 

 

b)  Les GEOFFROY à Paris, très ancienne famille de maîtres apothicaires

 dont les portraits ornent la Salle des Actes de la Faculté de Pharmacie-Paris V :

Baptiste Geoffroy, reçu maître apothicaire à Paris le 29 avril 1584 , père de :

— Estienne Geoffroy (1586  - + 18-08-1673),

reçu maître apothicaire le 7 janvier 1611, garde de 1634 à 1636, échevin en 1636, consul en 1642, juge en 1656. Il demeurait Rue de Moussy (4ème arrondissement) —c'est la rue parallèle à la rue de Bourg Tibour—. Armoiries : d'azur au nom de Jésus* d'or, accompagné de trois globes du même. * en réalité le monogramme IHS

A Paris, le Prévôt des marchands est assisté de quatre échevins choisis dans d'anciennes familles parmi les marchands les plus riches et les plus considérés ; ils ont droit à des armoiries timbrées et transmettent leur noblesse à leur enfant au premier degré. 20 apothicaires furent Échevins de Paris. Ils rendaient justice en matière de police des ports et du commerce.

 "Consul, juges ..." : Les membres de la juridiction consulaire — ancêtre de notre tribunal de commerce — étaient élus par les principaux marchands ; à Paris par les six corps, les marchands de vin et les libraires.  Chaque juridiction consulaire se composait d'un juge et de quatre consuls élus (d'où le nom de juridiction consulaire). Elle connaissait des litiges entre marchands puis également, à partir de 1715, des faillites et des « banqueroutes simples » (non frauduleuses). Ce tribunal, fondé en 1563 ar Charles IX siégea de 1570 à 1825 rue des Juges-Consuls, dans le 4ème arrondissement.

 

— Estienne II Geoffroy -?- +1670),

reçu maître apothicaire en 1638, garde en 1665 et 1666, père de

— Mathieu-François Geoffroy (1644 - 1708),

reçu maître apothicaire le 22 novembre 1666, garde de 1684 à 1686, premier échevin en 1685, consul en 1694, est l'arrière-grand-père d'Etienne-Louis. Paul Dorveaux a publié en 1906  son Journal. Son épouse fut Louise Devaux, fille d'un chirurgien fameux(cf infra). Armoiries : D'azur à la tour d'or surmontée de trois donjons.

 

Grâce à la protection prestigieuse du chancelier Michel le Tellier, ce fut l'un des apothicaires parisiens les plus considérables sous Louis XIV, et en 1690, il eut l'insigne honneur d'être appelé à Versailles par ordre du roi auprès de Madame la Dauphine, alors atteinte de la maladie qui devait l'emporter quelques mois plus tard, et de lui administrer "des extraits de quinquina en petite pilules dorées". Sa pharmacie, que le médecin et naturaliste britannique Martin Lister  décrivit élogieusement en 1698,  était bien vaste, décorée avec goût, et complétée par des laboratoires bien outillés. ( P. Dorveau 1931).

 http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/pharm_0035-2349_1931_num_19_74_9919

 

c) son père : Étienne François Geoffroy (Paris 1672- 1731) dit Geoffroy Aîné. Il fut d'abord Maître-apothicaire.  Après avoir visité pour s'instruire l'Angleterre, la Hollande et l'Italie, il fût nommé en 1707 professeur de chimie au Jardin du Roi (Jardin royal des Plantes), en 1709, professeur de médecine et de chimie au Collège de France, et fut élu en 1726 doyen de la Faculté de Paris. Il avait été admis dès 1698 à la Société Royale de Londres et en 1690 à l'Académie des sciences de Paris. Son principal titre est un Traité de Matière médicale, rédigé en latin, publié après sa mort en 1741 par Chardon de Courcelles, en 3 vol. in-8, mis en français par A. Bergier, 1743, complété depuis par Bernard de Jussieu, A. de Nobleville et Saleine, et traduit dans presque toutes les langues de l'Europe. On lui doit aussi une Table des rapports observés en chimie entre différentes substances, où se trouve pour la première fois énoncée la loi des affinités électives.

Etienne-François Geoffroy, parent et homonyme de d'Etienne Geoffroy dit Saint-Hilaire


b) son oncle Claude Joseph Geoffroy (8-08-1685 - 9-03-1752) Dit Geoffroy cadet, ou le jeune. 

  reçu maître apothicaire le 15 décembre 1703, garde de 1718 à 1720, échevin en 1731, membre de l'Académie royale des sciences depuis 1723 et de la Royal Society de Londres.

Frère du précédent, il étudia sous Tournefort, parcourut, pour s'instruire, le midi de la France, et fut à son retour (1705) reçu membre de l'Académie des sciences. Il fournit au recueil de cette compagnie 60 mémoires sur l'histoire naturelle, la botanique, la chimie et la pharmacie.

"Geoffroy, Claude-Joseph (8 août 1685 Paris-9 mars 1752 Paris). Fils de Matthieu-François Geoffroy, un des plus importants apothicaires de Paris, et de Louise Devaux, fille du chirurgien de ce nom. Marié en 1711 à Marie-Élisabeth Ruel qui meurt en 1719, il épouse en 1727 Marie Denis qui lui donne deux fils, dont l'aîné Claude-François. Maîtrise de l'épicerie et celle de l'apothicairie en 1703. Membre de la Royal Society depuis 1715 ; il en est garde en 1718, 1719 et 1720, échevin en 1731.En 1704-1705 il fait de longues excursions dans le sud de la France et en rapporte un herbier et des objets curieux. En 1707 il étudie la botanique avec J. – P. Tournefort. Il s'occupe de la pharmacie familiale après la mort de son père en 1708. Élu à l'Académie royale des sciences le 14 mai 1711 à la section de botanique, il est transféré le 7 décembre 1715 à celle de chimie, et poursuit ensuite des recherches en pharmacie. Garde des marchands-apothicaires de Paris de 1718 à 1720, puis inspecteur de pharmacie à l'Hôtel-Dieu. En 1731 il devient échevin de Paris. Il publie de 1707 à 1751 dans Histoire et Mémoires de l'Académie royale des sciences de nombreux mémoires (liste dans Dorveaux). L'un de ses mémoires, préparé pour une lecture en séance publique (Observations sur la structure et l'usage des principales parties des fleurs, 1711) est en fait le plagiat d'un botaniste allemand, R. –J. Camerianus."

Voir une analyse de vins réalisée par ses soins comme expert en 1746.

Nicolas de Largillère (Paris 1656 - 1746)  a réalisé, vers 1685-1690, le portrait de Mathieu-François Geoffroy, vers 1710-1720, le portrait de Etienne-François Geoffroy, le portrait de Claude-Joseph Geoffroy, anciennement conservé au château de Chéry-Chartreuse dans l'Aisne puis au château de Fére-en-Tardenois (Aisne) et, en 1725, le portrait de Madame Claude-Joseph Geoffroy (Marie Denis) sur fond de paysage.

 Il est désigné sous le nom de "Geoffroy le jeune" ou "Geoffroy cadet" dans le Recueil de mémoires ou Collection de pièces académiques de 1769,  dans la Table générale du Journal des savans de 1753, dans les Tables générales de l'Académie des sciences de 1731.

Voir son éloge in Mémoires de l'Académie des sciences 1756 .

En 1780, dans La Conchyliologie, Antoine Joseph Dézallier D'Argenville décrivait son Cabinet d'histoire naturelle :  

 La collection de feu M. Geoffroy, de l'Académie Royale des Sciences et de la Société Royale de Londres, s'étendait sur toute l'histoire naturelle. Le cabinet du rez-de-chaussée contenait environ dix-huit cent bocaux de cristal remplis de ce qu'il y avait de plus curieux dans les trois règnes. La suite des terres sigillées était des plus complètes ainsi que celle des bezoards. Le droguier, rangé sur des tablettes occupait deux faces du cabinet, avec des serpents conservés dans des tubes en verre et placés dans les montants de la menuiserie. La troisième face offrait une bibliothèque concernant l'histoire naturelle et la médecine. Le plafond se trouvait garni de plusieurs crocodiles, des lézards écailleux, de serpents et autres reptile. Le bas des tablettes portait quatre rangs de tiroirs remplis de pétrifications, de minéraux, de fossiles et de pierres figurées. Dans un autre cabinet au premier étage, composé de plusieurs pièces, , on voyait une collection de coquilles choisies et très bien rangées."

L'inventaire révèlait en outre la présence au rez-de-chaussée d'un priape de baleine, de têtes d'animaux sauvages, (tigre, rhinocéros, hippopotame), et de plusieurs flèches, arcs et carquois de « sauvages » conservés dans sa demeure parisienne et dans sa maison de campagne. (Stéphane Van Damme, 2005)

 


La bibliothèque, la collection d'estampe et la collection d'histoire naturelle de Claude Joseph.

 Catalogue des livres et estampes de défunts Mrs Geoffroy, de l'Académie Royale des Sciences, dont la vente se fera en détail le 5 février 1754 & jours suivans rue bourtibourg [suivi de] Catalogue raisonné des minéraux, coquilles et autres curiosités naturelles contenues dans le cabinet de feu M. Geoffroy, de l'Académie Royale des Sciences [par son neveu Étienne-Louis Geoffroy] 1 vol. (90-18 p. - VIII-94 p.) ; in-12°   : https://archive.org/details/bub_gb_A7ZimoUKChsC

http://elec.enc.sorbonne.fr/cataloguevente/notice8.php  

Catalogue des livres et estampes de defunts Mrs Geoffroy [...] : [vente du 5 février 1754]

 

 c) Son cousin, le fils de Claude Joseph : Claude-François Geoffroy (vers 1729 Paris-18 juin 1753 Paris)

C'est le fils aîné de Claude-Joseph et de Marie Denis, fille de François Denis, seigneur de Suesnes, et nièce de Jean Hellot. Il fait des études classiques, puis l’apprentissage de la pharmacie avec son père. En novembre 1747 il est immatriculé au bureau de la compagnie des Maîtres apothicaires et est reçu en mai 1748 à la maîtrise. Il est élu à l’Académie des sciences, section chimie, le 29 juillet 1752, ex aequo avec Théodore Baron docteur régent de la faculté de médecine de Paris. Il reprend ses recherches sur le bismuth mais sa mort prématurée l’empêche de les mener à bien. Maître apothicaire, il succède à son père dans l’officine familiale et les fonctions d’inspecteur de la pharmacie de l’Hôtel-Dieu. En vue de sa candidature à l’Académie royale des sciences il lit un mémoire sur le bismuth. Il rédige ensuite trois notes sur l’analyse chimique du bismuth. Il décéda un an après son père, ce qui explique que c'est Etienne-Louis qui se chargea de l'inventaire des collections de son oncle.

 

 

 

c) son fils René Claude Geoffroy de Villeneuve,  (Paris 24 mars 1767 -26 juillet 1832 *),

servit quelques années avec bravoure dans les armées de la République, fut aide de camp de Boufflers au Sénégal puis obtint son doctorat en l'an XI et exerça la médecine, devint médecin de l'Hôtel-Dieu de Paris en 1806, collaborateur à l'Encyclopédie méthodique et au Dictionnaire des sciences médicales montra beaucoup de dévouement en 1811 pendant l'épidémie du typhus, et consacra ses dernières années à la pratique gratuite le son art. Il fut comme ses parents un bon naturaliste et fut membre de l'Académie des Sciences. A sa mort, sa veuve, Angélique-Ambroise Germain (sœur de la mathématicienne Sophie Germain) épousa Mr du Trochet.

F.V Mérat signale qu'il consacra pendant toute sa vie ses loisirs à la Zoologie, notamment à l'entomologie...et qu'il fit deux séjours au Sénégal en 1785 et de 1787 à 1789, dont il rapporta "des plantes, des animaux qui enrichissent les collections des amateurs et les galeries du Muséum". De même, "lors de son service militaire à Saint-Domingue, il recueillit des insectes, des oiseaux et des végétaux qu'il envoyait aux savants de la capitale", avant de regagner la France en raison de la "guerre de Saint-Domingue" (1791 ?) pour trouver sa famille ruinée par la Révolution. En 1793-1795, il participe à la campagne de Pyrénées.

* Mathieu Richard Auguste Henrion 1834  Annuaire biographique,  Volume 2

Nécrologie par Mérat

Auteur de : Illustrations De L'Afrique Ou Histoire, Moeurs, Usages Et Coutumes Des Africains. Le Senegal. 3 Volumes.  Paris : Nepveu 1814 - 3 Volumes 

 https://www.vialibri.net/552display_i/year_1814_0_799656.html

https://books.google.fr/books?id=l8ENAAAAQAAJ&pg=PA140&lpg=PA140&dq=Ren%C3%A9+Geoffroy+

de+villeneuve+g%C3%A9n%C3%A9alogie&source

=bl&ots=ko7cDFt0RT&sig=yncPwPYq3IfpQcNI6MHnDSqqrFI&hl

=fr&sa=X&ei=z2SNVJXcII3marbwgMAD&ved=0CDwQ6AEwBg#v=onepage&q=

Ren%C3%A9%20Geoffroy%20de%20villeneuve%20g%C3%A9n%C3%A9alogie&f=false

d) Anne Geoffroy sa fille (1761-1822) 

Selon un site de généalogie : http://gw.geneanet.org/pierfit?lang=en;p=anne;n=geoffroy

e) Ernest Geoffroy de Villeneuve (1803- 30 mai 1865), son petit-fils 

 député, vice-président du Conseil général de l'Aisne et également maire de la commune de Chéry-Chartreuve représenta le département de l'Aisne dans les assemblées législatives comme conseiller général et député de l'Aisne de 1852 à 1865; il est également officier de la Légion d'honneur.

voir http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/pharm_0995-838x_1929_num_17_62_10578

Voir http://books.google.fr/books?id=TgUNAAAAIAAJ&pg=PA54&lpg=PA54&dq=etienne+louis+geoffroy&source=bl&ots=szd1PUWQys&sig=OFiiA62ezG3sV-W_wxM2DYBHtbk&hl=fr&sa=X&ei=yuPbUd-LCqyO7Aa5tIGgAw&ved=0CEMQ6AEwAzgK#v=onepage&q=etienne%20louis%20geoffroy&f=false

Né à Paris, il fit ses études à Beauvais puis ses études de médecine à Paris ; il portait un grand intérêt pour la botanique et la chimie. Il obtint sa licence en 1746 et son doctorat en 1748. Il refuse un poste de Professeur de médecine au Collège de France. 

Marié vers 1838 avec Françoise Léonie Bertherand 1813-1875 (Parents : Armand François Bertherand 1781-1850  &  Aline Sutaine 1792-1859 ) dont Berthe Blanche Geoffroy de Villeneuve ca 1839- ; et René Armand Noël Geoffrpy de Villeneuve ca 1840-

Album des députés au Corps législatif entre 1852-1857-Geoffroy de Villeneuve.jpg

 

 

 f) Un ancêtre maternel : le chirurgien Jean Devaux.

 L'épouse de Matthieu-François Geoffroy se nommait Louise Devaux : elle était la fille du chirurgien Jean Devaux (1649-1729), ancien prévôt du collège royal de chirurgie. Fils de Jean Devaux (mort en 1695) qui était lui-même chirurgien et doyen de la compagnie des chirurgiens parisiens, il est l'auteur d'une quinzaine d'ouvrages, dont, en 1722, un Traité complet de Chirurgie en 3 volumes et unTraité des Accouchements

 g) Un cousin, Geoffroy-Saint-Hilaire.

Étienne Geoffroy-Saint-Hilaire (Étampes,1772- Paris 1844) est de la même famille des Geoffroy, comme son prénom l'indique indirectement, et ce n'est que pour se distinguer de son homonyme naturaliste Étienne-Louis qu'il ajouta à son nom de Geoffroy celui du village de Saint-Hilaire, proche d'Etampes. Ce souci de particulariser le nom de famille a été partagé par tous les Geoffroy, et, comme le fils de Étienne-Louis qui prit le nom de Geoffroy de Villeneuve, les frères de Geoffroy-Saint-Hilaire prirent le nom de Marc-Antoine Geoffroy-Château,  de Louis Geoffroy du Port et  Jean Gérard Geoffroy-Dumortou.

Le lien de parenté de Geoffroy-Saint-Hilaire avec l'auteur de l'Histoire des insectes n'est pas établi, mais c'est son fils Isidore Geoffroy-Saint-Hilaire qui, dans la biographie de son père, revendique cette alliance avec les académiciens des sciences Etienne-François et Claude-Joseph, en raison d'une origine troyenne. Son père,  Jean Gérard Geoffroy, était avocat auprès du parlement de Paris.

 

 

      ANNEXE I : Notice biographique rédigée par son fils.

NOTICE Sur M.et L. GEOFFROY, Docteur-Régent et Professeur de l'ancienne Faculté de médecine de Paris, etc.

http://2beaujeu.free.fr/Geoffroy.htm

Près de trois siècles d'exercice non interrompu de la médecine, ou de ses diverses branches, ont répandu sur la famille de M. Geoffroy un lustre d'autant plus mérité, que plusieurs membres de cette famille ont acquis par leurs ouvrages de véritables droits à la reconnaissance publique.

Quatre d'entre eux furent nommés échevins de la ville de Paris, titre que nous ne rapportons que parce qu'ils sont la preuve d'une probité intacte, qui a toujours été exigée pour l'exercice de ces fonctions. (1)

Ét[ienne] L[ouis] Geoffroy, docteur-régent, et professeur de l'ancienne faculté de médecine de Paris, membre de la société botanique de Florence, de la société de Stockholm, correspondant de l'Institut de France, etc., naquit à Paris le 2 octobre 1725. Il perdit, à l'âge de cinq ans, son père Étienne F[rançois] Geoffroy, deux fois doyen de la Faculté de médecine de Paris, professeur de médecine au Collège de France, de chimie et de botanique au Jardin royal des plantes, membre de l'académie des sciences et de la société royale de Londres, connu par un Traité de matière médicale, par sa Table des rapports et affinités chimiques, et par nombres de mémoires insérés dans la collection de l'Académie.

Une partie des avantages qu'il perdait par la mort de son père fut compensée par les soins intelligents de sa mère , femme d'un véritable mérite, qui, d'après les conseils du célèbre Rollin (2), le meilleur guide pour l'éducation de la jeunesse, mit son fils au collège de Beauvais (3), sous la surveillance du savant Coffin (4) . Elle lui donna pour précepteur M. Person, depuis docteur en médecine de la faculté de Paris, et ne crut, après l'éducation de son fils, pouvoir mieux reconnaître les soins de l'instituteur qu'en lui donnant une de ses filles en mariage.

Le jeune Geoffroy parcourut rapidement, et avec les succès les plus brillants, le temps de ses études : étant en rhétorique, il soutint le grand exercice pour la distribution des prix, et en emporta quatre, n'ayant alors que quinze ans. Dès sa philosophie, il se voua à la médecine, et profita de ses moments de vacance pour s'occuper des principes de chimie et de botanique.

Bientôt il se fit inscrire aux écoles de médecine, et retrouva son ancien camarade de classe, le célèbre Lorry (5). Entraînés par l'amour de leur profession, ils suivirent ensemble les cours d'anatomie de Ferrein, les leçons de chimie de Rouelle, les démonstrations de botanique de Bernard de Jussieu, les leçons de médecine pratique d'Astruc, et tinrent des conférences de médecine avec d'autres jeunes gens. Compagnons d'études, confrères de licence, reçus docteurs en même temps, émules de travaux, rivaux sans jalousie, et toujours amis, ils se dédièrent mutuellement plusieurs de leurs ouvrages, et surent répandre l'un sur l'autre, pendant tout le cours de leur vie, ce charme que l'on ne retrouve que dans la plus sincère amitié. La mort prématuré de Lorry, à l'âge de cinquante-sept ans, enleva à Geoffroy le confident de ses pensées. Il avait perdu un ami, il crut perdre le bonheur, il le retrouva dans sa famille.

En entrant en licence, en 1746, M. Geoffroy prit pour sujet de sa première thèse un point sur lequel les opinions sont partagés. C'est la manière dont le fœtus se nourrit dans le ventre de sa mère. Il chercha à accorder leurs divers sentiments dans sa dissertation qui a pour titre : An pro diversis a conceptu temporibus, varia nutritionis fœtus via ?

Geoffroy, reçu docteur en 1748, avant de s'adonner à la pratique de sa profession, continua ses conférences avec Lorry, s'occupa du travail du cabinet, suivit les hôpitaux pendant plusieurs années. Ce fut alors qu'il trouva dans M. Bourdelin (6), médecin distingué, et ancien ami de son père, les sages conseils qu'un jeune médecin ne saurait trop priser. Visites fréquentes au lit du malade, remarques sur l'action des médicaments, tels furent les secours qu'il reçut d'un praticien ancien et instruit. Le maître fut payé par la reconnaissance de l'élève ; mais bientôt il le fut plus encore par les succès qu'il lui vit obtenir.

L'anatomie comparée, l'étude de l'histoire naturelle faisaient les délassements de M. Geoffroy. C'est dans ses premières années qu'il réunit plusieurs observations sur les caractères et les manœuvres des insectes, observations qui lui servirent à établir une nouvelle méthode de classification entomologique basée sur celle de Linné, mais qui n'a été publiée que longtemps après, en 1762, en deux vol. in-4°. ; sur les instances que fit à l'auteur le célèbre Bernard de Jussieu (7) . Linné recommandait la lecture de cet ouvrage à ses élèves ; le public a suivi ses conseils.

Peu après, il donna un petit traité des coquilles terrestres et aquatiques indigènes, classées non par la forme des coquilles, mais d'après le caractère des animaux, méthode suivie par Adanson pour les coquilles du Sénégal, et qu'il serait à désirer que l'on rendit générale, pour toutes les coquilles maritimes.

Dans le même temps, M. Geoffroy présenta à l'académie des sciences des mémoires sur l'organe de l'ouïe de l'homme, des reptiles et des poissons, qui depuis, en 1778, ont été imprimés en un volume in-8°. La construction de l'oreille des reptiles y est détaillée plus exactement qu'elle ne l'avait encore été. Casserius avait déjà connu un des osselets de l'oreille des poissons qui porte son nom ; Klein avait aperçu les deux autres ; mais en 1753, date de ce dernier mémoire, personne n'avait connaissance de leurs canaux demi-circulaires, au nombre de trois dans la plupart des poissons, et de deux seulement dans quelques uns. Ce n'est que quatorze ou quinze ans après que MM. Camper et Vicq-d'Azyr, en parlant de l'anatomie des poissons, dans la sixième et septième volume des mémoires des savants étrangers de l'académie, ont donné quelque chose sur l'organe de l'ouïe des poissons, qui, quoique moins détaillé, se rapporte en plusieurs points aux découvertes de M. Geoffroy. L'académie accueillit si bien ces mémoires, qu'a la première place qui vaqua quelque temps après, l'auteur, quoique fort jeune, fut présenté en second, avec assurance de l'être en premier lorsqu'une autre place viendrait à vaquer. Mais un an après, une nouvelle vacance étant survenue, M. Geoffroy, dont la pratique de la médecine s'était considérablement accrue, ne voulut point se présenter, malgré les sollicitations de la plupart des académiciens. Il craignit que les travaux académiques  ne nuisissent aux occupations essentielles de sa profession, et qu'il ne pût remplir convenablement ces deux objets. Il préféra renoncer à une place honorable qui semblait affecté à sa famille, et que son père, son oncle, et un de ses plus proches parents avaient occupée avec distinction.

C'est par ce même motif que, peu de temps après, il n'accepta pas sa survivance que M. Astruc voulut lui faire avoir de sa place de professeur de médecine au Collège royal de France. M. Astruc avait succédé, dans cette place, au père de M. Geoffroy ; et ce savant, après l'avoir remplie pendant plus de vingt ans avec célébrité, désirait la faire revenir au fils de son prédécesseur, auquel il avait donné lui-même le bonnet de docteur, et qui le révérait comme son maître. M. Geoffroy, malgré la reconnaissance qu'il en a toujours conservée, n'osa accepter une place qui pouvait lui procurer une réputation brillante, mais qui l'aurait dérangé de son assiduité auprès des malades, au service desquels il s'était dévoué tout entier . Autant l'ami que le médecin de ses malades, il voyait également et le pauvre et le riche ; il avait fixé chaque jour des heures où il donnait des consultations gratuites ; et ces heures étaient celles qu'il ne donnait point à la société dont il aurait pu partager les plaisirs. Jamais on ne le voyait au spectacle, jamais il ne dînait hors de chez lui. C'est à cette vie réglée, mais remplie de travaux, qu'il dut, quoique d'une santé faible et délicate, de prolonger ses jours presque au-delà du terme fixé par la nature.

Telle fut sa manière de vivre pendant près de cinquante ans à Paris ; et cependant il trouva encore du temps pour composer un poème latin sur l'Hygiène, ou l'art de conserver la santé, qu'il fit paraître en 1771. cet ouvrage, remarquable par la bonté des préceptes, par la pureté de la latinité, et que l'on peut mettre au rang des meilleurs poèmes latins modernes, il le composa dans sa voiture, dans les moments où il ne pouvait plus lire, vu l'obscurité de la nuit.

Né sans ambition, heureux de son intérieur, jouissant d'une fortune honnête, M. Geoffroy menait une vie tranquille, lorsque vinrent les orages de la Révolution. Arrêté quelques instants, mis ensuite en surveillance, il dut aux soins qu'il avait toujours rendus à la classe indigente, et qu'il lui prodiguait encore, de n'être pas victime de l'anarchie. Séparé de ses amis, de la plupart de ceux qui lui avaient donné leur confiance, il quitta, dès qu'il le pût, sa patrie, celle de ses ancêtres, et se réfugia près de Soissons, chez un ancien ami qui lui offrit un asile. C'est là qu'il mit la dernière main à un ouvrage étendu et écrit en latin, contenant la description, le pronostic, et le traitement des maladies, appuyant ses observations, fruit d'une longue pratique, des citations des passages d'Hippocrate, de Galien et de Celse. Son fils, médecin de l'Hôtel-Dieu de Paris, se propose de publier un jour cet ouvrage, en y faisant les changements que peuvent nécessiter les progrès de la science.

Un an après, M. Geoffroy choisit pour sa retraite une ferme près de Soissons, qu'il avait achetée des débris de sa fortune. Ce fut alors que l'Institut crut devoir se l'associer comme correspondant. Bientôt il fut connu dans sa solitude : consulté par tous les malades alentour, par les chirurgiens et officiers de santé des communes environnantes, il sentit combien il pourrait être utile à ces derniers, en publiant un manuel abrégé de médecine pratique. C'est ce qu'il exécuta en 1800 : cet ouvrage contient une simple description des symptômes caractéristiques de chaque maladie, le pronostic, et une méthode peu dispendieuse de traitement. M. Damhy, préfet du département de l'Aisne, le nomma ensuite membre du jury médical, le chargea de l'examen des pharmacies, et l'engagea à dresser la statistique médicale d'une partie du département, invitation à laquelle il répondit en donnant un mémoire fort détaillé sur cet objet.

Enfin, nommé maire de sa commune, il n'eut qu'un seul but dans sa vie, celui de faire le bien. Après avoir toujours mis en pratique les préceptes qu'il avait recommandé dans son poème sur l'Hygiène, il a fini sa carrière à Chartreuve, lieu de sa retraite, le 11 août 1810, à l'âge de près de quatre-vingt cinq ans. Les sciences ont perdu en lui un de leurs amis les plus zélés, et l'humanité un de ses bienfaiteurs.

 

 

 

      Notes

(1) Voir Maurice Bouvet 1952  Les apothicaires, échevins de Paris , Revue d'histoire de la pharmacie.

 (2) Charles Rollin (1661-1741), janséniste, professeur de rhétorique au collège du Plessis (Paris), professeur d'éloquence au Collège Royal, recteur de l'université de Paris puis coadjuteur du collège de Beauvais (Paris). Il publie un essai pédagogique, le Traité des études, en 1726 une Histoire ancienne (1730-1738), et une Histoire romaine (1738-1748) 

(3) Le Collège de Beauvais (dit aussi Collège de Dormans-Beauvais) est un collège de l'ancienne université de Paris. Il se trouvait à Paris (Ve arrondissement), dans l'actuelle rue Jean-de-Beauvais, anciennement rue du Clos-Bruneau. À la fin du xviie siècle et au début du xviiie siècle, ce fut un des hauts-lieux du jansénisme, fréquenté par de nombreux enfants de parlementaires. Le collège eut de nombreux pensionnaires célèbres : Nicolas Boileau, Charles Perrault, Cyrano de Bergerac, Louis Racine, Jean-Pierre de Bougainville, Claude Nicolas Ledoux, Edme Mentelle.

4) Charles Coffin  (1676- 1749) : un enseignant, un recteur de l'université de Paris, un janséniste et un écrivain français. Remarqué par Charles Rollin, celui-ci l'appelle à une chaire au collège de Beauvais. Vers la fin de 1712, Rollin ayant dû quitter l'administration du collège de Beauvais en raison de sa sympathie pour le jansénisme, le premier président de Mesmes désigne Coffin comme successeur. Celui-ci dirige avec succès cette école résolument janséniste, tout en restant un proche de son prédécesseur. En 1718, l'université de Paris le choisit comme recteur. Son rectorat est notamment marqué par l'homogénéisation des traitements des professeurs et l'établissement de l'instruction gratuite dans tous les collèges de Paris. Il encouragea également l'usage de la langue française dès les premières années d'université en lieu et place du latin. Il est l'auteur de discours en latin (Discours sur les Belles-Lettres)  et d'un volume de Poésies, dont ses hymnes latines (1736) pour le Bréviaire du diocèse de Paris.

(5) Anne-Charles Lorry (1726, Crosne-1783). Lorry exerça la médecine à Paris et s'y fit rapidement une haute réputation, au point qu'il fut appelé à saigner Louis XV dans sa dernière maladie. Il fut également l'un des fondateurs de la Société royale de médecine. Ses ouvrages, dont le plus connu reste son Essai sur l'usage des alimens, se recommandent autant par l'élégance du style que par leur valeur scientifique. Il est aussi connu pour ses déclarations concernant le blanc de céruse, un composé de plomb, toxique, utilisé en cosmétique.

  (6) Louis-Claude Bourdelin (1696-1777) est le fils de Claude II Bourdelin. Il est reçu en 1720, docteur en médecine de la Faculté de Paris. Il est nommé adjoint chimiste de l'Académie royale des sciences en 1727 puis associé chimiste en 1731, et enfin pensionnaire chimiste en 1752, à la suite du décès de Claude-Joseph Geoffroy, oncle d'Etienne-Louis. membre de l'Académie royale des sciences de Prusse en 1746, il est également membre de l' Académie Léopoldine de Vienne.  Il est élu doyen de la Faculté de médecine en 1736. Il est nommé professeur de chimie au Jardin du roi en 1743.

(7) Bernard de Jussieu (Lyon 1699-Paris 1777) est un botaniste français. En 1720, il passe le grade de docteur en médecine à Montpellier. Mais sa passion pour la botanique le conduit à abandonner l'exercice de la médecine. Il revient à Paris et, en 1722, prend le poste de professeur de botanique au Jardin du roi qu'a laissé vacant la mort de Sébastien Vaillant. Il reste à cette place toute sa vie et contribue à l'augmentation de l'herbier, souvent à ses frais. Sous sa direction, le droguier du Jardin prend une dimension considérable et adopte le nom de Cabinet du roi.

D'une grande modestie, il se contente de son poste au Jardin du roi et refuse même la charge de botaniste du roi, libre après la mort de son frère Antoine. En 1725, il fait paraître une version augmentée de l'Histoire des plantes des environs de Paris de Tournefort et est admis la même année à l'Académie des sciences. En 1727, il devient membre de la Royal Society. En 1735, il publie anonymement le Catalogue des arbres, et arbrisseaux qui se peuvent élever en pleine terre aux environs de Paris ; ce catalogue dont on ne connaît qu'un petit nombre d'exemplaires offre la liste de plusieurs centaines d'arbres.

Il explore les côtes de Normandie en 1742 et publie ses Mémoires, relatant son voyage et décrivant les espèces végétales, mais aussi animales qu'il y a rencontrées. C'est le premier à avoir séparé la baleine des poissons. En zoologie, il propose la création de familles, comme les vers ou les crustacés. En 1758, Louis XV lui confie la création d'une école de botanique dans les jardins de Trianon, dirigés par Claude Richard. Bernard ne suit pas pour cela la classification de Linné, mais développe un système nouveau, basé sur les caractères morphologiques des plantes. Il subdivise d'abord les espèces en monocotylédones et en dicotylédones, puis en familles regroupées suivant leurs affinités morphologiques. C'est ce système que reprend et affine son neveu Antoine-Laurent de Jussieu.

  Il donna en 1750 une Suite de la Matière médicale de [Etienne-François] Geoffroy. 

      ANNEXE II. LA COLLECTION GEOFFROY AU MUSEUM DE PARIS.

Florence Durand a mis en ligne en décembre 2011 un exposé intitulé "Petite histoire des classifications et collections entomologiques : en particulier les coléoptères chez Etienne Louis Geoffroy (1727-1810)".

  Elle y présente cette collection, "la plus ancienne collection entomologique du muséum national d’histoire naturelle" .

"Cette collection a été léguée au Muséum par sa famille en 1909, par Mme Geoffroy Coujard de Laplanche, née Geoffroy de Villeneuve, petite-fille d'Etienne Louis Geoffroy. Elle a été conservée dans son meuble d'origine (photo ci-dessous). Elle est composée de 2 x 12 boîtes (ou "tiroirs").

Ces insectes proviennent de voyages d'exploration en Amérique septentrionale, en Afrique, mais aussi des régions européennes :

- onze boîtes de coléoptères : assez bon état

- onze boîtes de papillons : mauvais état dans l'ensemble

- une boîtes de libellules

- une boîte avec des araignées, des scorpions et des punaises aquatiques (nèpes).

Dix boîtes de coléoptères sont arrangées suivant une méthode explicitement indiquée par des étiquettes de genres possédant un numéro : trois boîtes suivent la méthode de Geoffroy et sept suivent la méthode de Guillaume-Antoine Olivier (1756-1814).

En effet, Geoffroy a arrangé une partie de sa collection suivant la méthode employée par Olivier. Pour ces dix boîtes, la collection suit exactement la classification que l'on retrouve dans les ouvrages de ces deux entomologistes."

Des photographies montrent les deux meubles à tiroirs, en bois, et d'autres clichés montrent aussi certains spécimens qu'elles contiennent, exclusivement les coléoptères, qui sont le sujet de cet exposé.

Il me semble possible que les trois boites classés suivant Geoffroy proviennent de Etienne-Louis, et que les sept autres aient été constituées par son fils. En effet, l'existence d'une collection constituée en propre par René-François est attesté par Olivier lui-même, dans le début de son ouvrage princeps de 1789  [1789-1806, Entomologie ou Histoire naturelle des insectes, avec leurs caractères génériques et spécifiques, leur description, leur synonymie et leur figure enluminée, 1789-1808, 6 volumes, 363 planches]. En effet, il écrit dans le Volume Premier Coléoptères page iij "J'ai décrit aussi un grand nombre d'espèces très intéressantes dans les riches cabinets de M. Gigot d'Orcy, de M.Pâris, de M. le Marquis de Fouquet,  de M. Poissonnier, de M. de France, dans le précieux cabinet de M. Geoffroy, auteur de l'Histoire des insectes des environs de Paris ; dans celui de M. Geoffroy de Villeneuve, son fils, composé d'espèces rares qu'il a rapporté de son voyage au Sénégal ...". Dans son texte, qui énumère les espèces de coléoptères, 18 spécimens sont signalés provenir de cette dernière collection. 

D'autres part, les étiquettes sont rédigées selon F. Durand de deux façons distinctes :

Un point important à souligner également est que Geoffroy n'utilise pas de nom d'espèce en latin pour les spécimens arrangés suivant sa méthode. Il à la place un ou plusieurs mots en français reprenant des caractéristiques de l'animal, le plus souvent morphologiques comme la couleur ou la forme, mais ces étiquettes de spécimens ne sont pas toujours aisées à déchiffrer :

Pour la partie de la collection décrite selon la classification d'Olivier, « Concernant les étiquettes des spécimens, elles suivent la nomenclature binomiale et le nom d'espèce y est donc en latin, et le lieu de capture, qui est une information précieuse, y est également indiqué, alors que ce n'est pas le cas pour les spécimens arrangés suivant la méthode de Geoffroy.


Olivier, qui deviendra membre de l'Académie des sciences de Paris en 1800, publia sa classification en 1791 ( Encyclopédie méthodique: Histoire naturelle, Insectes, Paris: Panckoucke, 1791, t. 6, p. 107).
Et c'est après 1793 que Geoffroy quitta Paris pour Chartreuve.
Il est possible que ce qui restait de sa collection ait été repris par son fils qui l'ait intégrée en l'état à la sienne, et l'ait transmise à ses descendants. 

 

 

ANNEXE III. LES BIBLIOTHÈQUES DE SON PÈRE ET DE SON ONCLE.

La taille de ces deux bibliothèques (plus de 2000 ouvrages chacune) et leurs compositions témoignent de l'étendue de la culture et de la curiosité de ces hommes, mais aussi de leur tempérament de collectionneurs.


I. Bibliothèque d'Étienne-François Geoffroy : Catalogus librorum viri Stephani -Francisci Geoffroy. 1731.

 

Catalogus librorum viri cl. d. Stephani-Francisci Geoffroy, doctoris medici, antiqui facultatis parisiensis decani, regii in medicina et chymia professoris, Regiae Scientiarum Academiae Parisiensis necnon Societatis Londinensis Socii Paris, Gabriel Martin, 1731. in-8°. 164 pages. [8], 153, [ 2, 1bl.] p. ( sig. [ ]4 A-T4 V2)  : Classement méthodique "des libraires de Paris" (5 classes) + Estampes, Cartes, Autres soit 2123 pièces. livres de figures, dessins et collections d'estampes ; "reliqua supellex literaria sive naturalis sive artificialis." : 

Analyse par l'école des chartes : http://elec.enc.sorbonne.fr/cataloguevente/notice120.php dont j'emprunte les éléments suivants.

Notes sur ces objets : « Un Droguier, en deux grandes armoires de bois de noyer, dont les portes contiennent 800 pots de verre, et dont les tablettes et tiroirs sont remplis de différentes pieces concernant l’Histoire Naturelle, d’un Herbier, & de differens Animaux renfermez dans des tubes de verre scellez hermetiquement. Un Squelette humain, renfermé dans une boëtte vitrée. Plusieurs microscopes de différentes grandeurs. »

Nombre d'articles : 2123.

Remarques : La vente commença le 4 juillet 1731 selon l'ex. Q 7995 de la BNF (cf. Bléchet, p. 84). L’ouvrage contient une section Corrigenda et Addenda. Il a été composé à partir du catalogue de la bibliothèque que Geoffroy s’était fait établir pour son usage personnel. L’avis au Lecteur, rédigé en latin, précise que les errata ont été rédigé après comparaison entre le fonds tel qu’il a été reçu par le marchand et le catalogue de Geoffroy. La vente se fera selon l’ordre de ce catalogue. Une section comprend la liste des livres et estampes (lesquelles ne sont pas cataloguées dans la section principale de l’ouvrage) que le catalogue originel ne mentionnait pas. Il s’agit des numéros 1875 à 2123. Bibliothèque spécialisée dans le domaine des sciences et des arts et plus spécialement dans celui de la médecine.

http://books.google.fr/books?id=SO-hQHYjPyAC

http://ihl.enssib.fr/bases-de-donnees/catalogue-de-vente-de-livres-anciens/98979-catalogus-librorum-viri-cl-d-stephani-francisci-geoffroy-doctoris-medici-antiqui-facultatis-parisiensis-decani-regii

 

 

II.  Catalogue des livres et estampes de defunts Mrs. Geoffroy, De l'Académie Royale des Sciences... Dont la Vente se fera en détail le 5. Fevrier 1754. & jours suivans, rue Bourtibourg Chez Gabriel Martin, 1754 - 90 + 18  pages, in-12.

Voir l'analyse de l'école des Chartes :http://elec.enc.sorbonne.fr/cataloguevente/notice8.php dont j'emprunte les éléments qui suivent.

Couverture

Il s'agit de la bibliothèque de Claude-Joseph Geoffroy (décédé en 1752) et de son fils Claude-François Geoffroy (décédé l'année suivante).  Outre les 1592 livres, le catalogue décrit les Estampes, Oeuvres et objets d'art. Les estampes sont recensées dans un catalogue de dix huit pages qui suit celui des livres (nouvelle pagination mais pas de nouvelle page de titre : les deux forment une même unité bibliographique). Les estampes, au nombre de plusieurs milliers, sont classées sous la forme de soixante-neuf lots, recueils ou portefeuilles ; les prix manuscrits portés à côté des lots indiquent que des pièces réunies sous un même numéro ont été parfois vendues séparément. Le catalogue indique le nombre d’estampes contenues dans les recueils ou les portefeuilles, leur format, parfois la date, le lieu d’impression, la nature de la reliure ou le type de papier. Les estampes du cabinet du Roi forment une sous partie de ce catalogue. Les dessins et peintures sont classés parmi les estampes, il s’agit de dessins chinois et de peintures à la Chine, deux livres imprimés à la Chine s’y trouve également recensés. Egalement des dessins (40) de Philippe de Champaigne et un tableau de Coypel.

 Nombre d'articles : 1592

— Notes sur l'exemplaire du catalogue conservé à la bibliothèque BSG sous la cote DELTA 67549 RES (p. 1)

Note sur cet exemplaire : Relié avec le  Catalogue raisonné des minéraux, coquilles, et autres curiosités naturelles, contenues dans le Cabinet de feu M. Geoffroy de l’Académie Royale des Sciences

— Notes sur l'exemplaire du catalogue conservé à la bibliothèque Institut sous la cote 8° Duplessis 45 : Une mention manuscrite sur un feuillet de garde indique que les notes de cet exemplaire sont de P. J. Mariette. Celui-ci a indiqué en face de chaque ouvrage ou lot le prix de vente, ajouté quelques précisions aux descriptions, complété la liste des ouvrages et lots vendus, calculé et reporté à la fin de chaque section la somme rapportée par les livres (14294 £ 16) et les estampes (5790 £ 19). Le catalogue des livres et estampes est relié avec le Catalogue raisonné des minéraux, coquilles, et autres curiosités naturelles contenues dans le cabinet de feu M. Geoffroy de l’Académie Royale des Sciences, Paris, chez H.L. Guérin & L.Fr. Delatour, 1753, également annoté de la même main et auquel le catalogue des livres et estampes fait une référence. Bien que l’impression de ce second catalogue soit antérieur au catalogue des livres, la vente du cabinet de curiosité est postérieure à la vente des livres et estampes.

http://books.google.fr/books?id=F-N1D-kK3EMC&hl=fr&source=gbs_similarbooks

 

 

 

ANNEXE IV. LE TRAITÉ DE MATIERE MEDICALE DE ETIENNE-FRANCOIS GEOFFROY.

 Le père d'Etienne-Louis fut l'auteur (posthume) d'une "bible", sa Matière médicale, sorte de Flore médicale pour les pharmaciens et médecins qui resta une référence. 

a) Compléments biographique sur Étienne-François Geoffroy (1672-1731). Reçu maître-es-arts le 2 août 1689, compagnon apothicaire en 1792-1793 à Montpellier auprès de Pierre Sanche, il prêta son serment d'apothicaire en 1794, mais ce fut pour décider d'entamer des études de médecine qu'il acheva en 1794. Élève dès 1699 du chimiste Guillaume Homberg à l'Académie des sciences, il en devint membre associé, puis pensionnaire en 1715. Nommé professeur de chimie au Jardin du roi en 1712 en succession de Fragon qui se démit en sa faveur, nommé professeur de médecine (en succession de Tournefort) et de pharmacie au Collège Royal, il était aussi membre de la Société Royale de Londres et responsable des relations entre l'Académie des sciences et la Royal Society, échangeant une correspondance avec Sloane. En tant que docteur-régent (équivalent de Professeur d'université), il enseignait aussi la médecine à la Faculté de Paris, et fut doyen de la faculté de 1726 à 1729. Etienne François, dit Geoffroy l'ancien pour le distinguer de son frère, est aussi l'auteur (posthume) d'un Traité de Matière Médicale (Tractatus de materia medica de vegetabilibus exoticis sive de medicamentorum simplicium - Historiâ, virtute, delectu & usu.qui fut traduit dans la plupart des langues européennes, et totalise 147 éditions de 1740 à 2005.    Il avait reçu de son père Matthieu-François une éducation soignée, où celui-ci organisait à cette fin "des conférences réglées, où Cassini apportait ses planisphères, le P. Sébastien Truchet, Carme, ses machines, M. Joblot* ses pierres d'aimants, où M. du Vernay** faisait des dissections, et M. Homberg des opérations de chimie" (Éloge de Geoffroy par Fontenelle). Par cette éducation d'élite, il fut l'un des chimistes les plus importants des débuts du XVIIIe siècle.Il disposait au troisième étage de sa maison de la rue des Singes d'un laboratoire pour ses recherches. L'histoire des sciences a retenu sa « Table des rapports entre les différentes substances » qu’il présenta en 1718 à l’Académie royale des sciences, devenant ainsi l’inventeur de la théorie des affinités chimiques qui constitue l’un des piliers de la chimie.
 Voir Bernard Joly 2012. 

* Louis JOBLOT,(1645-1724) est connu pour ses Observations d'histoire naturelle faites avec le microscope  sur un grand nombre d'insectes, et sur les animalcules, deux tomes, 1755. Impliqué dans la théorie de la vie, il doit être inclus, après Redi et Leeuwenhoek, dans la liste des chercheurs qui ont réfuté la doctrine de la génération spontanée. Joblet s'intéressa aussi à la physique et spécialement au magnétisme. En 1701, il construit le premier aimant artificiel, à l'aide de fines rayures de fer aimanté, un arrangement qui est habituellement attribué à Pierre Lemaire (1740).

**Joseph-Guichard Du Verney, ou Duverney, ( 1648 - 1730, est un médecin français connu pour ses travaux d'anatomie.

***Guillaume Homberg ( 1652 – 1715 ) était un chimiste hollandais qui a beaucoup travaillé dans l'Académie Royale des Sciences où il a collaboré avec Étienne-François Geoffroy et Louis Lémery. Il a découvert l'acide borique, et une espèce de chlorure de calcium phosphorescent.

 

 

 

b) La publication posthume de la Matière Médicale d'Étienne-François Geoffroy.                          "Il [Etienne-François Geoffroy] avait entrepris de dicter à ses élèves une histoire complète de la matière médicale. Le médecin de la marine Étienne Chardon de Courcelles, correspondant de l'Académie des sciences, né à Reims en 1741, mort en 1780, recueillit tout ce qui avait été donné en seances publiques par l'illustre doyen, et le publia en 3 volumes in_8° à Paris sous le titre de Traité de matière médicale, ou Histoire des médicaments simples, de leur vertu, de leur excellence et de leur usage (tractatus de materia medica, etc...°. Dans le tome premier il est traité des fossiles, dans le second des végétaux exotiques, dans le troisième des végétaux indigènes. Antoine Bergier traduisit cet ouvrage estimable du latin en français, et le publia en 7 volumes un_12, de 1741 à 1743 ; puis il le compléta, en 1750, par 3 volumes in-12, pour ce qui était des végétaux, avec l'aide de Bernard de Jussieu, depuis la Mélisse jusqu'au Xyris. D'autres auteurs se chargèrent d'y ajouter une partie zoologique. Le docteur et professeur de médecine Jean Goulin y annexa en 1770 une table générale alphabétique, et l'académicien Garsault, qui était non-seulement distingué en hippiatrie et en anatomie, mais encore habile pour le dessin, y joignit en 1764 les figures des plantes d'usage en médecine, exécutées d'après nature par lui-même, et gravées par quatre des plus remarquables artistes de son temps ; le travail de Garsault, comme complément de Geoffroy, se compose de 730 planches in-8°, contenant 719 plantes et 134 animaux, et d'une Description abrégée de ces mêmes planches qui furent ensuite adaptées au Dictionnaire raisonné universel, appelé subséquemment Dictionnaire des plantes usuelles, par Delabeyrie et Goulin (1733 et 1793). La Matière médicale de Geoffroy méritait la longue renommée dont elle a joui, et peut être encore consultée avec fruit. Le voyageur et botaniste Jacquin a donné le nom de Geoffroea à un genre de plantes légumineuses exotiques, dont l'une, originaire de Surinam, a une écorce réputée bon vermifuge. Précis de l'histoire de la botanique pour servir de complément à l'étude du Règne Végétal, par L.G. Paris 1871." 


 

 

  

Sources  et liens :

— Dossiers de l’Académie des sciences ; Grandjean de Fouchy, « Éloge de Geoffroy », dans Histoire de l’Académie royale des sciences, 1756 

Planchon (G.), « La dynastie des Geoffroy, apothicaires à Paris », dans Journal de pharmacie et de chimie, VIII, 1898, p. 289-293, 337-345 ;

« Portrait de Claude-Joseph Geoffroy », Revue d’Histoire de la Pharmacie, t. 2, 1931, p. 120 ; 

 Dorveaux (P.), « Apothicaires membres de l’Académie royale des sciences : Claude–François Geoffroy », Revue d’histoire de la pharmacie, 3, 1932, p. 122-126.

– D.B.F., t. 15, col. 1132 ; Hoefer, t. 20, col. 33 ;

Dictionary of scientific Biography, New-York, 1970-1980, vol. 5, p. 351.

—  à la BIUP : Ms 86 :  Lettres de maîtrise données par Mr Fagon au Sieur Geoffroy, apothicaire à Fontainebleau, le 17 août 1708.

DURAND (Florence) 2011 Petite histoire des classifications et collections entomologiques : en particulier les coléoptères chez Etienne Louis Geoffroy (1727-1810) 6 décembre 2011 pour l'ACOREP En ligne :

http://www.acorep.fr/documentations/Florence%20Durand%20Dec%202011.pdf

MÉRAT (François-Victor) 1831  Notice sur Geoffroy de Villeneuve, médecin de l'Hôtel-Dieu" extrait des Transactions Médicales : numérisé par Google

 

— http://www.landesmuseum.at/pdf_frei_remote/WEZ_25_0301-0302.pdf

— http://www.cosmovisions.com/GeoffroySavants.htm

— http://www.digitale-sammlungen.de/index.html?c=autoren_index&ab=Geoffroy%2C+%C3%89tienne+Louis&l=en

 

—  http://www.digitalisiertedrucke.de/search?p=Garsault%2C+Fran%C3%A7ois+Alexandre+Pierre+&f=author

— http://www2.biusante.parisdescartes.fr/livanc/index.las?do=ana&cote=ms05241_45#_ftnref4

— http://www.pharmacie.univ-paris5.fr/pharmacognosie/musee.htm

— http://portail.atilf.fr/cgi-bin/getobject_?a.64:329:2./var/artfla/encyclopedie/textdata/image/

— http://194.254.96.52/main.php?key=ZnVsbHw5MDk0NXgwNXgxNHx8

— http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/pharm_0035-2349_1952_num_40_135_10986

—  Notice sur Étienne-François Geoffroy

         

http://histoire-bibliophilie.blogspot.fr/2013/09/les-geoffroy-apothicaires-parisiens.html

 

 

Par jean-yves cordier
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Samedi 13 décembre 2014 6 13 /12 /Déc /2014 20:20

Dom Robert à Pont-L'Abbé : Le Minor confronté à Aubusson.

 

"Continuez de nous apprendre l'école buissonnière, ô bienheureux paresseux. C'est la vraie, celle que notre société qui ne connaît que la règle et la ligne droite, condamnera toujours. Parce que c'est déjà un peu l'Autre Monde en notre présent »  

                                   Lettre adressée à Dom Robert par Mgr Coffy, archevêque d'Albi.

 


Ce samedi 12 décembre 2014 avait lieu le vernissage, en présence des plus hautes autorités locales, de l'exposition Ode à la nature. Dom Robert et la maison Le Minor, au Musée Bigouden du Château de Pont-L'Abbé. Trop content d'y avoir été convié, je me faisais tout petit pour écouter les brillantes allocutions.  J'appris ainsi qu'une jeune artiste de Saint-Nicolas-du-Pélem récemment installée à Plogonnec, Gaëlle Le Fur y exposait aussi, tant, avec son BTS et son DSAA en création textile, puis son orientation vers la gravure (lino, plastique) et son goût pour les choses simples de la nature (herbes, ombelles, capsules poricides des coquelicots,  insectes) ... et  pour les coqs et les papillons, elle développait une œuvre parfaitement en résonance avec celle de  Dom Robert,  dominicain d'une abbaye bénédictine (En Calcat) à la sensibilité franciscaine.

Cette exposition remarquable, et dont l'entrée est gratuite, est organisée bénévolement par l'Association des Amis du Musée Bigouden, dont j'ai pu mesurer la hauteur des vues artistiques et la somme de dévouement.

 

                            126c

 

Le moment fort de ces exposés fut atteint lorsque Mr Gildas le Minor raconta comment sa grand-mère Marie-Anne Le Minor, une femme de caractère, réussit à convaincre Dom Robert, émule du créateur de tapisserie de basse-lisse Jean Lurcat et lui-même habitué à faire réaliser ses cartons par les ateliers d'Aubusson, que la broderie n'était pas un art secondaire mais pouvait dignement mettre en valeur ses dessins. 

  Dom Robert qui séjournait alors au monastère de Kerbéneat (qui sera relevé plus tard par Landevennec) effectuait un petit voyage en Cornouailles en compagnie d'un autre moine qui lui fit visiter la Maison Le Minor ; là, Marie-Anne usa de toute sa persuasion mais le dominicain resta sceptique. Madame Le Minor se procura un dessin (sans-doute Les Oiseaux Rares) et fit réaliser le travail en broderie : la qualité du résultat sut convaincre Dom Robert, et c'est ainsi que débuta une belle collaboration. Mais une étape essentielle fut franchie lorsque Valéry Giscard d'Estaing accorda aux broderies Le Minor le statut juridique d'œuvre d'art au même titre que les tapisseries d'Aubusson, avec autorisation de ne créer que huit  panneaux brodés du même carton, chacun authentifié par son certificat cousu au dos, son "bolduc". Ces tapisseries brodées sont signées par l'artiste, ou, dans le cas de Dom Robert, par l'abbaye d'En Calcat qui en détient les droits.

Aujourd'hui, La Maison Le Minor propose dix modèles : 

  • La Biquette
  • la Chasse au papillons.
  • Le Cheval vert
  • Le Chat noir
  • Le Jardin des Sirènes
  • le Mouton
  • Lever du Jour,
  • Les Compagnons de la Marjolaine
  • Les Oiseaux Rares.
  • Le Scopolendre

J'en profite pour rendre hommage au brodeur de la Maison le Minor,  Jean-Michel Perennec, personnage trop discret dont j'emprunte ici une photo de 2010 (source) :

 

 C'est lui qui brode au fil DMC de coton et de laine selon l'ancienne tradition des brodeurs sur drap bigoudens, et c'est lui aussi dont j'avais trouvé le nom au dos des bannières Le Minor : des milliers d'heure de travail à lui tout seul, comment fait-il ?

 

Mr Gildas Le Minor lors de son  exposé :

                   004c

 

L'exposition est conçue de manière à ce que les visiteurs puissent confronter les tapisseries d'Aubusson (Deux tapisseries de basse-lisse ont été prêtées) et les broderies réalisées par Le Minor. On y voit également des affiches, dessins, photographies, du matériel de broderie, etc.

Place aux images, un peu en désordre :

053c

 

Broderie : Les Oiseaux rares :

106c

 

 

Tapisserie : Tiens, c'est presque un Flambé (Iphiclides podalirius) qui aurait perdu ses queues:

057c

 

Mais oui, c'est podalirius, un Porte-Queue ! 

   061c

 

      Tapissserie encore :

063c

 

                           071c

 

 

Broderie Les Compagnons de la Marjolaine (détail) :

                    082c

 

Broderie :

                    089c

 

Broderie

090c

 

Broderie :

                        093c

 

                             100c

 

Broderie

109c

 

 

Tapisserie : 

117c

 

Tapisserie :

144vv

 

Alors, des papillons, des coqs et des coquelicots, des poneys, des fleurs, mais nous sommes en Bretagne ! Où est la mer ?

Mais où est la mer ? Elle n'est pas loin, mais une seule —très belle— pièce de broderie lui est consacrée. Plongée dans Le Jardin des Sirènes !

115cc

 

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Deux exemples de l'art de Gaëlle le Fur pour terminer (vous découvrirez ses coqs sur place): tout le contraire d'une "Nature morte", mais des éléments aériens, ardents, des plumes ébouriffées, de gais compagnons que l'on entend chanter.

                020c.jpg

 

 

038c.jpg

 

 

Compléments sur mon blog :

1. L'abbaye d'En Calcat, à laquelle appartenait Dom Robert, a abrité aussi un autre grand artiste, le père Ephrem Soccard, fils de maître-verrier et créateur en 1950 de l'atelier de dalles de verre d'En Calcat : voir les vitraux de l'île d'Hoedic :

Les églises des îles du Ponant VI. L' île d'Hoedic.

 

2.  Les bannières Le Minor. : ma recension des bannières paroissiales.

 

 

Sources et liens :


— Les dix panneaux brodés de la Boutique Le Minor :

http://leminor.com/zencart/index.php?main_page=index&cPath=3_19_26

— FLEITOUR (Annick), 2014, "Dom Robert & la Maison Le Minor", Capcaval La Revue du pays Bigouden n°33 pp. 23-28.

Abbaye d'En Calcathttp://www.encalcat.com/dom-robert_52.php

Association des Amis de Dom Roberthttp://www.domrobert.com/biographie_25.php

 

A propos de Dom Robert (1907-1997) :

  "Amené à la tapisserie par Jean Lurçat, cet artiste atypique (il est moine) profondément inspiré par la contemplation de la nature est l’un des peintres-cartonniers les plus féconds et les plus admirés du XXe siècle…

Après un difficile passage au collège des jésuites de Poitiers, Dom Robert (né Guy de Chaunac-Lanzac) suit des cours aux Arts décoratifs de Paris. Il entre à l’abbaye bénédictine d’En Calcat (Tarn) en 1930, grâce à ses relations avec le philosophe Jacques Maritain et le compositeur Maxime Jacob, étudie la philosophie et la théologie et est ordonné prêtre en 1937. Il se remet alors à dessiner et à peindre.

Lorsque Jean Lurçat, de passage à En Calcat, découvre les aquarelles et enluminures du moine, l’originalité et la puissance de ses œuvres le frappent ; il persuade Dom Robert de venir à Aubusson et de se mettre à l’art du peintre-cartonnier.

A partir de 1941, date de son premier carton (pour le tissage de L’Eté, à l’atelier Tabard) et jusqu’en 1993 (avec Chèvres du Larzac, à l’atelier Goubely), Dom Robert consacre la majeure partie de ses travaux artistiques à la tapisserie, et son travail est reconnu dès ses premières œuvres. Le lissier François Tabard le met en relation avec Denise Majorel et la galerie La Demeure, à laquelle il reste fidèle toute sa vie, et il ne s’arrête plus de produire.

Pendant 50 ans, la vie de Dom Robert est faite d’observation de la nature, d’esquisses, de dessins, d’élaboration de cartons, de traduction numérotées des couleurs, de suivi des tissages dans les ateliers d’Aubusson.

Dom Robert garde de ses travaux d’enluminures le goût de la couleur, le souci du détail, de l’ornementation. Il avance à petites touches, un motif après l’autre, ajoutant çà et là une ombelle, un cerf ou un papillon, dans des œuvres toujours luxuriantes et vives : « Dans une tapisserie, on se promène, on flâne. Un détail vous conduit à un autre, un rouge mène au bleu. […] Pour faire court, disons que la peinture est un art d’espace tandis que la tapisserie est davantage un art du temps. »

 

Son incroyable fécondité a donné une collection de tapisseries dont le succès ne se dément pas, si l’on en croit le nombre de visiteurs attirés à chaque exposition Dom Robert."

Copié de : Cité internationale de la tapisserie et de l'art tissé d'Aubusson.


Par jean-yves cordier
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Jeudi 11 décembre 2014 4 11 /12 /Déc /2014 16:21

Le vitrail de la Passion de l'église Notre-Dame-et-Saint-Tugen de Braspart (29).

 

A Braspart, les deux verrières qui éclairent le chœur sont en partie cachées par le volumineux baldaquin d'autel, et ne peuvent être photographiés strictement de face, mais toujours en se défiant des quatre colonnes corinthiennes du XIXe siècle. De ces deux verrières, l'une, la baie 1 du coté nord, date de l'édifice du XVIe siècle dédié à saint Jaoua, où elle occupait la maîtresse-vitre, ou baie d'axe. Mais lors de la reconstruction du chevet en 1724, elle fut déplacée et adaptée à cette baie en plein cintre divisée en trois lancettes par deux meneaux droits, haute de 4 mètres et large de 1,80 mètre. Ses quinze panneaux  se décrivent en quatre registres, consacrés à une Passion. 


                    Braspart-1413v.jpg

 

 

Elle appartient donc à la cinquantaine de verrières de la Passion réalisées dans le Finistère, le plus souvent pour la maîtresse-vitre, au XVIe siècle. Mais, dans cet ensemble, elle occupe une place particulière car il est possible de l'attribuer indirectement au maître-verrier quimpérois Gilles Le Sodec, et, par là, de la constituer en jalon dans l'histoire du plus important atelier quimpérois, Gilles ayant été précédé par Laurent et Olivier Le Sodec.

 Toutes ces Passions sont comparables par leurs cartons, leur facture et leur type d'ornement. La thèse de Roger Barriè est consacrée à leur étude. Plusieurs sont décrites dans mon blog : Locronan, Penmarc'h, Lanvénégen, Ergué-Gabéric, Plogonneg, Quimper, La Roche-Maurice, La Martyre, Guengat, Saint-Nic, Gouezec, Quéménéven etc. Le Corpus Vitrearum VII permet d'en dresser une chronologie :

  • 1476-1479 : Locronan

  • 1510 : Penmarc'h,

  • 1515 : Lanvenegen,

  • 1516 : Ergué-Gabéric,      

  • 1520 : Plogonnec,  attribué à Olivier Le Scodec

  • 1525 Pluguffan

  • Premier quart XVIe : Cast, Chapelle de Quillidouaré.

  • 1535 : Quimper, église saint-Matthieu

  • v.1535 : Braspart (ou 1560 pour J.P. Le Bihan)

  • 1539 : La Roche-Maurice.

  • 1540 La Martyre

  • 1550 : Guengat,

  • 1550 Guimiliau

  • 1550 : Tourch

  • 1550 : Trégourez

  • 1556 Saint-Herbot 

  • 1560 : Saint-Nic.

  • 1560 : Spezet, N.D-du-Crann

  • 1570 : Pleyben

  • 1573 : Pouldreuzic

  • 3e quart XVIe siècle : Gouezec

  • 3e quart XVIe siècle : Quéménéven

  • 3e quart XVIe siècle  Tréguennec

  • 4eme quart XVIe : Pont-Croix.

— Laurent Sodec est attesté en 1514 par les comptes de la fabrique de la cathédrale de Quimper, non comme verrier, mais comme peintre chargé de repeindre les lettres gravées de la façade du reliquaire :  Item solvit laurencio Sodec pro .. et pictura impressa in scripturis parietis domus reliquiarum

 — Gilles le Sodec est attesté à propos de Braspart en 1543 par un acte notarié du 15 novembre :

Le vingt cinquième jour de novembre l'an mil cinq cents quarante et troys, nobles hommmes Charles de la Marche,Sr su dit lieu et de Bodriec,d'une aprt, ei GilesLe Sodec, peintre et vitrier, de Quimper Corentin, d'aultre part, lesquels et chacun d'eulx ont fait marché et accord ensemble et par forme que le dit Le Sodec a promis et doibt faire et construire une vitre en l'église parrochiale de Braspers, devers le midy, en laquelle y aura mis et peint les douze appostles tennant chacun un rollet contenant les articles du Credo et aussy y sera le nom de chacun appostle avecques en haut d'icelle vitre les armes du dit Sr de Bodriec. Est le dit marché fait pour le prix et la somme de soixante livres monnaie et deux escuts d'or a le souleill; en outre d'être payé par le dit Sr de Bodriec au dit Le Sodec acceptant, scavoir : la moitié à la foare de Saint-Corentin prochain venant et l'aultre moitié au prochain sabmedi de la Chandeleur prochaine, d'illesques en suivant et oultre ce que sera le bon plaisir dudit Sr bailleur. Ordonner audit Le Sodec,après l'accomplissement de ladite vitre, laquelle vitre ledit Le Sodec trouvera preste dedans la feste de Nre dame en my mars prochain venant, gréé et jure par la court du Fou o toute renonciation, liaison, serment, soubmission et prorogation de juridiction, comdamnation, etc. En maire forme de contrat et sauff forme en la maison de Alain Heart, l' un des notaires et taballions, cy souscrits les jours, an que dessus.

— Les autres données sont des spéculations, plus ou moins crédibles, sur l'interprétation de lettres inscrites sur les galons dans les verrières.

 

                Le Registre inférieur. 

Dans ces descriptions, j'ai recopié les commentaires (qui portent surtout sur les restaurations) du Corpus Vitrearum de Gatouillat et Hérold. 

1. Le Lavement des pieds.

Comme l'indique une discrète inscription, il a été entièrement réalisé par Jean-Louis Nicolas, dans le coin inférieur droit : J.L. NICOLAS FECIT 1861.

Jean-Louis Nicolas (1816-1899) est un Peintre Verrier Morlaisien : après des études de peinture à paris (académie Jullian) il installe son atelier à Morlaix, où il travaille avec son équipe dans une cinquantaine d'église du Finistère, Côtes d'Armor et Morbihan. Celle de Saint-Thégonnec semble être son point d'orgue.Dès 1867, son fils Louis participe. A la mort de son père, il prendra la tête de l'atelier appuyé par son frère Françis et sa sœur Maria. L'atelier fermera en 1930. "L'oeuvre de Jean Louis Nicolas est essentiellement d'inspiration religieuse; Elle s'inscrit dans un contexte historique bien précis, celui de la seconde moitié du 19e siècle et dans une région limitée, la basse Bretagne et principalement le diocèse de Quimper et de Léon. Les thèmes exécutés par Jean Louis Nicolas ne sont pas dus au hasard. Ils sont souvent inspirés de la sensibilité spirituelle de son époque, et assez souvent, semble -t-il, fixés par le clergé." R FLOCH "L'Atelier NICOLAS" 

http://jeanpierrelebihan.over-blog.com/article-4939922.html

En 1861, il a restauré la verrière de Braspart, refaisant à neuf certains panneaux dont celui-ci. Il se chargea aussi de créer pour la Baie 2 (au sud) une verrière consacrée aux scènes de l'Enfance et de la Vie Publique du Christ (voir infra), ainsi que les verreries mécaniques qui ferment les autres fenêtres de l'église et qui furent exécutées en 1882. 

Ici Nicolas a copié les petits dais à ornement Renaissance qui coiffent les panneaux authentiques.

                    Braspart 1415c

 

2. L'Entrée à Jérusalem.

 

Vers 1535 ;  parties principales très bien conservées, têtes ajoutées sur le coté.   

                Braspart 1416c

 

Braspart 9305c

 

 

3. La Cène et la trahison de Judas.

Panneau créé par J.L. Nicolas.

  Il s'agit de la scène où Jésus désigne celui qui le trahira en disant : c'est celui qui a mis la main en même temps que moi dans le plat. D'où la diagonale bras droit du Christ / agneau pascal / main de Judas, ou la diagonale des trois visages de Jésus, de Jean (endormi) et de Judas, les trois J qui posent les insolubles problèmes du Bien et du Mal, du "choix" de la fidélité et du "choix" de la trahison, de l'amour basculant dans la haine, de la prescience du Christ acceptant que l'avenir se déroule, de sa malédiction de Judas ("malheur à l'homme par qui le Fils de l'Homme est livré") et de son pardon, ou, plus poignant encore, l'intrication de la nourriture partagée entre Jésus et Judas, signe épiphanique sanglant de la trahison et du sacrifice, et de la nourriture partagée entre les apôtres, signe de communauté eucharistique. 

Judas est en jaune, couleur de la traîtrise. Il détourne le regard et s'apprête, bourse en main, à se lever et à quitter la table et rejoindre le camp des ennemis du Christ. Il nous fixe. Comme dans la Cène de Rubens.

Braspart-1460c.jpg

 

 

                               Le deuxième Registre.

4. L'Agonie du Christ au Jardin des Oliviers.

Restauré et complété en bas à droite.

 

                      Braspart 1417c

5. Comparution devant Pilate.

Bonne conservation.

A noter la pauvreté des motifs damassés, que ce soit celui du fond pourpre ou celui de la robe de Judas.

                 Braspart 1420c

 

6. Comparution devant Caïphe.

 

Tête du Christ restaurée.

                 Braspart-1454c--2-.jpg

 

                                 Troisième registre.  


7. Dérision du Christ.

 

Bien conservé sauf la tunique du Christ.

Braspart 1418c

 

 

 

8. La Flagellation.

Christ restauré sauf la tête, sanguine altérée sur la chevelure.


Braspart 1421c

 

 

 

Braspart 9297c

 

9. Le Couronnement d'épines.

Bonne conservation.

                       Braspart 1423c

 

Braspart 9298c

 

 

 

     Registre supérieur : grande Crucifixion en tryptique.

 

Comme dans de nombreuses Passions finistérienne, le ciel y est rouge.

Les panneaux ont été largement restaurés ; groupe de la Vierge de saint Jean et des saintes femmes déplacé au pied de la croix— une ftête de femme restauré vers 1725— les larrons restaurés en 1861. 

10. Portement de croix ; le Bon Larron.

Moitié inférieure bien conservée — tête de Simon de Cyrène, soldats, tunique du Christ— ; restitué en haut.

Le Christ porte la croix ; Simon, "le père d'Alexandre et de Rufus" (Mc 15:21), le cyrénaïque qui revenait des champs a été désigné par les soldats pour l'aider, ce qui n'empêche pas ces derniers de le frapper d'un fort gourdin. Le resserrement des visages et des corps rend compte de la violence de la  Passion subie.

A l'extrême gauche, un ange emporte au paradis l'âme rédemptée du Larron converti.


11. Christ en croix.

Au pied de la Croix, de gauche à droite, saint Jean soutenant Marie en pâmoison ; une sainte femme en pleurs ; une autre femme se penchant aussi vers la Mère du Christ. Un roi couronné tenant une boite dorée. 

Dans le registre intermédiaire, de chaque coté de la croix sur leur monture respective, les deux cavaliers Longin, celui qui donne de sa lance le coup de grâce dans le flanc droit pour vérifier le décès, et, de l'autre coté,, celui avec qui il a été assimilé,  le Bon Centurion converti qui s'écrit, comme l'indique le phylactère, VERE FILIUS DEI ERAT ISTE tout en désignant le Christ de la main.

Dans les différentes Passions finistériennes, on trouve au pied de la croix sainte Marie-Madeleine éplorée : je m'interroge donc sur la singularité de cette femme qui se penche vers Marie. j'en trouve un modèle dans une œuvre de Memling de 1491, le triptyque Greverade de Lubeck : on y voit, la Vierge soutenue par Jean à sa droite alors qu'une des Marie (Marie Salomé ou Marie Jacobé) la soutient à gauche. (Mc 15,40 : « Il y avait aussi des femmes qui regardaient à distance, parmi elles Marie de Magdala, et Marie, mère de Jacques le petit et de Joset, et Salomé… »)


 

Braspart 1419c  Braspart 1422c

 

12. Déposition de croix.

Très restaurée : larron, Christ, tête de la Vierge.

 

                                    Braspart 1424c

 

 

La baie 2. 

1861 par J.L. Nicolas.

Braspart 1414v

 

 

Sources et liens.

ABGRALL (Chanoine Jean-Marie), 1904 , Notice sur la paroisse de Braspart.

 — BARRIÉ (Roger) 1979  Étude sur le vitrail en Cornouaille au 16e siècle : Plogonnec et un groupe d'églises de l'ancien diocèse de Quimper / ; sous la direction d' André Mussat, 1979  Thèse de 3e cycle : Art et archéologie : Rennes 2 : 1979. Bibliogr. f. 9-32. 4 annexes (vol. 2)

— COUFFON (René) LE BARS (Alfred) 1988 Diocèse de Quimper et de Léon. Nouveau répertoire des églises et chapelles. Quimper : Association Diocésaine, 1988, p. 29-31.

http://diocese-quimper.fr/images/stories/bibliotheque/pdf/pdf-Couffon/BRASPART.pdf

— PEYRON, Paul, ABGRALL, Jean-Marie. Brasparts. Notices des paroisses du diocèse de Quimper et de Léon. Dans : Bulletin de la commission diocésaine d´architecture et d´archéologie, vol. I, 1904, p. 269-310. 

GATOUILLAT (Françoise), HÉROLD (Michel), 2005 "Les vitraux de Bretagne", Corpus Vitrearum France- Recensement VII, Presses Universitaires de Rennes, Rennes : 2005, 367pp. pages 116-117.

— VILLIERS DU TERRAGE (E. de) 1895 : Note sur la commande d'un vitrail à Brasparts en 1543 (Bull.Soc. Archeol. Finist. 1895).

 

Par jean-yves cordier
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Samedi 29 novembre 2014 6 29 /11 /Nov /2014 08:05

Des deux Zygènes, des Zygites et des Zygapophyses. Ou comment faire travailler ses zygomatiques au service de la  Zoonymie.


 

Mon article récent sur la zoonymie de la Zygène (Entomologie : Lepidoptera, Zygaena Fabricius, 1775) et ses rapports avec le nom de la Zygène ou Requin-Marteau (Ichtyologie : Sphryna zygaena Linnaeus, 1758) n'a guère fait de bruit à Landerneau, ville pourtant éloignée de moins de 30 kilomètres de Brest, où je l'ai écrit. L'ai placé dans une bouteille. L'ai lancé vers Zanzibar. Et confié au Zéphir.

Sur le nom de genre des Zygènes, Zygaena . Les squales et les papillons.

  De ma fenêtre brestoise, il me semble pourtant qu'en tendant avec zèle l'oreille, j'entends pour ma part l'eau de l'Elorn couler sous le Pont de Rohan, gloire de Landerneau comme l'un des derniers ponts habités d'Europe.  Mais sans-doute l'eau qui s'écoule de ma plume est-elle plus obscure que celle du fleuve où vient mourir le courant de marée.

Je me fais du mouron alors que mes zélés voisins ne sont, selon toute vraisemblance, parvenus  encore qu'à la lettre R comme les Académiciens en leur Neuvième Dictionnaire, de A à Quotité puis de Quadru- à Réglage. Ma gloire, mon Zénith viendront après-demain, lorsque la zone du Z sera atteinte.

 Dois-je clarifier mes propos ? J'y renonce, tant-pis pour les trompettes de la renommée landernéenne. J'en remets une couche. Ce sera petite boite silènique bien sombre, cachant en son sein ambre gris ou cinnamonum, zinnia zinzolins et musc, pierreries et zivette pour les dents tenaces qui sauront les croquer.


  Car voilà : l'étymologie de la fameuse Zygène, du grec ancien  tiré du grec ζ υ γ ο ́ ν « tout ce qui sert à joindre deux objets ensemble; en particulier, joug » n'est pas étrangère à celle des noms anatomiques issus du grec ζύγωμαzúgōma (« joint »). Dans les deux cas, il y a, central, la notion de pair, et d'accouplement deux par deux, notion que l'on retrouve dans l'image de la balance, avec ses deux plateaux interdépendants. Je n'imaginais pas combien les anatomistes, les botanistes, les zoologistes et les biologistes en furent friands. Comme si, Oulipiens sans le savoir, ils s'étaient imposés la contrainte d'enrichir la page Z du dictionnaire ou de modifier la valeur de la lettre au Scrabble (10 points pour le jeu français mais 1 seul en polonais).


       Oui, c'est bien bête, mais il ne m'était jamais venu à l'esprit que le terme, assez courant, on l'admettra, d'homozygote était cousin de ma zygène dont le nom remonte à Aristote ! Car la  zygose est l'union des gamètes aboutissant à la formation de l'œuf (zygote). Peut-être un mécanisme de défense m'interdisait-il d'approfondir les liens entre l'idée d'accouplement propre au radical -zyg, et des stratagèmes sexuels qui, fussent-ils à l'échelle chromosomique, étaient d'accès controlés ? Si j'avais lu un jour que Junon, déesse tutélaire des mariages, portait l'épithète de Zygite, (on dit aussi Zygia ou Zeuxide), je m'étais empressé de refouler ce savoir dans le bric-à-brac des choses inutiles comme pour mieux dissimuler les clefs menant vers les périls les plus grands.


   Peut-être aussi, après avoir vu Ben-Hur au cinéma et avoir lu dans "Tout Connaître" un article sur la navigation des galères, avais-je été capable de reconnaître, sur une trirème, le thranite, le zygite et le thalamite.  Ou de préciser que seul le thranite, le plus haut placé, voyait la rame plonger dans l'eau et, pour cette raison, il devait guider le zygite et le thalamite. Que le thalamite recevait un salaire moindre, car sa rame, qui sortait par la thalamie (sabord)  était plus courte. Mais un voile m'avait masqué l'évidence de l'origine du nom zygite, "accouplé", et de celui de thalamite évoquant le grec thalamos, "chambre à coucher".  "Accouplés deux par deux pour éviter la zizanie, les Zygites ne pouvaient même pas dresser la tête sans se heurter aux solives du pont (Mille, Barnavaux, 1908, p. 300)."


   Relisez le Scholiaste des Grenouilles d'Aristophane, qui est sur ce sujet notre source principale. Ou regardez ce schéma tiré de  Françoise Ruzé  Le monde grec antique Hachette 2011 page 153

                           Zygite.png

 

     J'avais oublié tout cela ; ou bien je confondais ce rameur avec cet autre Zygite dont la définition me revenait, elle, par cœur : "membre de la 3eme classe du peuple, chez les Athéniens, après celle des pentacosiomédimnes et celle des Chevaliers, et avant celle des Thètes". Et que je rapprochais du Zygostate : "officier chargé de vérifier les poids et les balances".  Bref, j'étais dans le brouillard.

  Le voile zébré du temple se déchire et, comme nos sémillants séniors juste opérés de leur cataracte, je découvre soudain le monde et son peuple de Zygiens qui, tous, se tiennent bras-dessus, bras-dessous par paires: 

Voici venir entre des pots de Zygopetalum (des orchidées), les Zygochètes, ces Diplopodes qui, lors de la pariade, se reconnaissent par leurs antennes. Et la procession des Zygodactyles, des oiseaux picidés dont les doigts sont jumelés et dirigés par paires vers l'avant et vers l'arrière. Au dessus volent les Zygoptéres, dont les ailes sont égales [ce sont, en parlant des Odonates, nos Demoiselles ou agrions]. Au sol, ce sont, très peu visibles, les Zygnema ou Zygnemata [qui sont algues conjuguées, de l'ordre des Zygnémales ou Zygnématales, l'un des deux ordres  de Zygophycées] ; elles ne se confondent guère  avec les Zygophycées, qui sont des algues vertes, et qui méritent leur radical zyg- par leur reproduction sexuée par conjugaison. Ces algues songent-ils encore à leurs ancêtres les Zygoptéris [Genre de fougères fossiles]?

Je garderai pour moi la vidéo montrant dans le noyau femelle d'une cellule ("petite chambre") dont on a entrebaillé la porte, les chromosomes homologues s'appariant en un phénomène de synapsis , lors du stade zygotène de la mitose réductionnelle. Un peu d'imagination, faisons travailler nos Zygoneures ! (neurones d'association). Les mots suffisent pour rêver de Zygoméiose, de la Zygosphère qui s'unit à un deuxième gamète pour former le Zygospore, cette spore fongique parfaite constituée le plus souvent par l'union de deux éléments isogames propre aux Zygomycètes. Par accolement.

 

Mais tout cela n'est pas mon propos. Je veux parler ici d'anatomie, et d'anatomie vertébrale particulièrement. Certes, par pudeur persistante, je ne décrirai pas les accouplement des Zygosphènes et des Zygantrum, les Zygosphènes étant cette proéminence en forme de coin sur une vertèbre, lesquelles s'engagent dans la cavité qui leur correspond, le Zygantrum. Seule la Zygapophyse m'intéresse, et c'est vers elle que je me dirige.

Ce ne sera qu'en prélude que j'aborderais l'anatomie cranio-faciale qui nous éclairera sur cette zygapophyse, en décrivant l'arcade zygomatique dont la morphologie et la fonction n'en est pas éloignée. L'os zygomatique doit son nom au fait qu'il sert de jonction (zyg-) entre l'os maxillaire et l'os temporal. Par son prolongement interne il prend contact avec l'orbite, et par son prolongement supérieur il s'articule avec l'os frontal : c'est un pont, c'est un carrefour, c'est un joug, en un mot il est des nôtres, c'est un Zyg-.

                               

Tout cela est désormais parfaitement compréhensible grâce à la visualisation 3D de Google. Dont le nom est ...Zygote Body, bien-sûr.

Human Skull

 

Aussi disposons-nous d'une quantité presque infinie de termes  comme ceux de Zygomato-auriculaire, Zygomato-labial, Zygomato-labiale, sutures Zygomatico-frontale, Zygomatico-maxillaire, Zygomatico-temporale, Spheno-zygomatique, arche zygomatique, sans oublier le Zygion, point craniométrique correspondant au point le plus latéral de l'arcade zygomatique.

 Et bien, je peux dire à présent que la Zygapophyse de nos vertèbres s'apparente (c(est bien le moindre entre Zyg) avec le Zygomatique et que, comme lui, ce segment de cylindre de l'arc postérieur d'une vertèbre entre pédicule et lame sert de barre de jumelage entre plusieurs structures. Ici,  entre la vertèbre du dessus et celle du dessous par l'intermédiaire des articulations zygapohysaires  articulations synoviale planes qui servent aux vertèbres de s'imbriquer entre elles.

On comprend vite en regardant les schémas qui suivent que c'est l'ensemble de l'arc postérieur (le V situé à l'arrière du corps vertébral en forme de pouf) qui est comparable à un joug de couplage . 

 

 

Si on considère que ces vertèbres sont des éléments mobiles, agités de mouvements de rotation et d'inclinaison, de flexion et d'extension, on réalise que ces petits éléments articulaires coloriés en bleus permettent le jeu harmonieux de ces mouvements, de la même façon que le joug coordonne les balancements du pas des bœufs, l'avancée de la charrue, la pente du terrain et le demi-tour imposé à la fin du sillon.

Or, ces apophyses connaissent aujourd'hui leur quart d'heure de célébrité dans le cadre de l'Arthrose Zygapophysaire, qui est au mal de dos ce qu'est la Hernie Discale à la sciatique.

Tout le bénéfice de la connaissance étymologique éclairée par la Zoonymie et la navigation sur les Trirèmes est d'avoir une connaissance dynamique et fonctionnelle de cette affection. L'image de l'accouplement réciproque des quatre articulations zygapophysaires rend évidente la notion d'interdépendance de ces petites facettes (leur inflammation est souvent désignée sous le nom de "syndrome facettaire") dont l'une est forcément en compression lorsque l'autre est en distraction. Ce Zyg-, ce joug, cette balance, ce joint fait que lorsque l'une est grippée, l'autre s'enrhume. 

Z.Z.Z.Z.Z.... Tous endormis ?

  Pourtant, la visualisation d'une unité vertébrale comme un attelage de quatre bœufs accouplés et interdépendants, deux en haut et deux en bas de la zygapophyse, tirant le tambour d'un roi fénéant sur son pouf avachi, est sans-doute plaisante ; et, comme toute métaphore, elle est fructueuse.

 

Par jean-yves cordier
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