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10 septembre 2017 7 10 /09 /septembre /2017 14:58

 

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Yves Hélory de Kermartin, né probablement le 17 octobre 1253 au manoir de Kermartin, près de Tréguier , où il est décédé le 19 mai 1303, est un prêtre et official du diocèse de Tréguier, sous le règne de Jean Ier de Bretagne. Il consacra sa vie à la justice et aux pauvres, aussi fut-il canonisé le 19 mai 1347 par le pape Clément VI.

L'église Saint-Yves, qui date du XVIème siècle, a été édifiée à l’emplacement de l’ancienne chapelle castrale, laquelle fut dédiée depuis 1363 à Saint Yves, 16 ans après la canonisation,  ce qui en fait  le plus ancien édifice mentionné, en Bretagne, comme placée sous son patronage. 
En 1363, en effet, dans son testament, Hervé de Léon, fondait deux chapellenies , affectant à cette fondation une somme de cent livres. Il léguait la même somme à l’hôpital Saint-Yves du Bourg-Blanc. Dom H Morice , 
Mémoires pour servir de preuves à l’Histoire ecclésiastique et civile de Bretagne, Paris, 1742, col. 1561-1562. 


 

« item creo et fundo duas perpetuas  cappellanias  in capella beati Yvonis apud Rochammorvam per duos Capellanos in perpetuum obtinendas quorum electionem prima vice committo probitati & discretioni Domini Hamonis Taule Praesbyteri & ipsis primis duobus Capellanis cedentibus vel decedentibus presentationem futurorum & sequentium Capellanorum dictarum Capellaniarum & jus patronatus ipsarum in futurum michi & meis heredibus retineo & reservo ; collationem vero seu institutionem earumdem ad Dom. Episcopum Leonensem pro tempore pertinere & quemlibet dictorum Capellanorum onero de celebrando pro salute mea & praedecessorum meorum animarum in dicta capella unam Missam qualibet die in perpetuum : ad quorum Capellanorum sustentationem & dictarum Capellaniarum dotationem do, lego & concedo & realiter tradi volo centum libras, videlicet cuilibet ipsorim quinquaginta libras annui & perpetui reditus, levabiles lituandas in patrochis de Sizun, de Trenou & de Plebedin.

"Il est difficile, faute d’attestations, de connaître le nombre d’édifices qui lui furent dédiés dès le XIVe siècle. Si on sait que les Bretons de Paris furent autorisés dès 1348 par l’évêque de la capitale à fonder une confrérie et à bâtir une chapelle en son honneur, on peut penser qu’en Bretagne, on ne fut pas en reste et qu’un certain nombre de lieux de culte furent aussi précocement placés sous sa protection. Nous avons recensé pour le XIVe siècle neuf mentions, dont la moitié proviennent de bulles d’indulgences papales : dans le diocèse de Léon, Le Bourg-Blanc (1363), La Roche-Maurice (1363), Saint-Renan (1388) et Saint-Pol-de-Léon (1387), dans celui de Rennes, Fougères (1380) et Vitré (1369), dans celui de Tréguier, Ploulec’h (1381), dans celui de Quimper, Plobannalec (1372), dans celui de Vannes, Vannes (fin XIVe siècle). La moitié de ces édifices (Bourg-Blanc, Saint-Renan, Saint-Pol-de-Léon, Fougères et Vitré) sont des chapelles d’hôpitaux. " (B. Tanguy).

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L'église actuelle a été construite à partir des années 1520 et jusqu'en  1589 (sablières : vers 1520 et 1559/1561 ;  maîtresse vitre : 1539 ;  portail ouest 1589) c'est à dire alors que la paroisse dépendait des enfants et petits enfants de Jean II de  Rohan : Jacques de Rohan qui meurt en 1527, Anne de Rohan morte en 1529, mais surtout René Ier de Rohan qui meurt en 1552 et René II de Rohan ( de 1550 à 1586).

Saint Yves est aussi honoré par une statue en kersanton au dessus du porche ouest, par l'un des médaillons de l'ossuaire (1640), par une bannière de procession . Une de ses reliques est conservée dans une chasse-reliquaire de la fin du XVe siècle.

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Le retable.

Il occupe le coté droit du chœur ; à gauche, en vis à vis, se trouve le retable de Notre-Dame-du-Bon-Secours, mais seulement depuis le XXe siècle puisque ce dernier provient de l'église de Pont-Christ.

La datation précise du retable n'est pas connue, il serait "du XVIe siècle". Puisqu'il est placé à droite de la maîtresse-vitre, il n'est sans-doute pas antérieur à 1539. Mais la moustache et es détails vestimentaires du Riche peuvent orienter vers une datation au XVIIe siècle.

Il était jadis fermé par des volets et n'était ouvert que lors des fêtes.

Il s'agit d'un groupe à trois personnages selon le sujet bien connu de Saint Yves entre le Riche et le Pauvre, dans lequel l'artiste doit montrer que le Provincial (juge pour les affaires ecclésiastiques, mais dont les attributions sont larges) prête une oreille attentive au pauvre sans se laisser corrompre par l'argent du riche. Virginie Montarou a pu dénombrer 123 exemples de ce thème, dont 111 en Bretagne (y compris 22 disparus) sur tout support. Parmi ceux-ci, 12 retables sculptés. Ils prédominent au XVIe et XVIIe siècle,  non pas en Trégor (saint Yves est né près de Tréguier), mais dans le Léon et la Cornouaille. Sur les 98 groupes bretons conservés, 2 datent de 1400-1499 33 de 1500-1599 38 de 1600-1715 et 25 de 1716-1999.

J'ai présenté dans ce blog le triptyque de l'église de Dinéault (XVIIe) et la niche à volets de Saint-Herbot. On peut aussi citer le retable de la chapelle de  Port-Blanc  de  Penvenan (22), celui d'Irvillac (29), les statues de l'église de Pleyben, etc.


 

Un coffre en bois, hexagonal, contient les trois statues en ronde-bosse. La notice de l'Inventaire signale une hauteur (des statues ?) de 80 cm. 

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Le retable de "Saint Yves entre le Riche et le Pauvre"  de l' église de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Le retable de "Saint Yves entre le Riche et le Pauvre"  de l' église de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Saint Yves.

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Saint Yves porte sur la tête un bonnet (une barrette ?) rouge à crête médiane, recouvert par un capuchon ou chaperon rouge qui entoure le visage et retombe sur les épaules. Puis vient un surplis blanc frappé d'hermines au dessus d'une cotte, également rouge, qui descend jusqu'aux chaussures de cuir noir. Il tient dans la main droite un rouleau de parchemin (un placet , écrit adressé à une personne détenant le pouvoir pour plaider sa cause). Sa tête est légèrement incliné vers la droite et donc vers le pauvre, son regard est dirigé vers le sol, et il semble en train de réfléchir et de s'entretenir avec son interlocuteur, comme en témoignerait aussi la position de sa main gauche. Le pied droit est en ouverture vers la droite, alors que le pied gauche trace par son  axe une sorte de barrage à l'égard du Riche.

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Le retable de "Saint Yves entre le Riche et le Pauvre"  de l' église de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Le retable de "Saint Yves entre le Riche et le Pauvre"  de l' église de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Le Pauvre.

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Le Pauvre ne se contente pas d'être plus petit que les deux autres, ce qui lui impose de lever la tête d'un air benêt, mais il plie le genou gauche en signe de déférence, à moins que cela ne soit le signe du handicap qui lui impose le port d'une méchante canne, un morceau de bois mal écoté. Car sa jambe droite est beaucoup plus courte que l'autre.

Il contraste aussi avec ses voisins par ses cheveux coupés ras, dégageant ainsi ses grandes oreilles.

Il a suspendu les deux grands sacs contenant les pièces justificatives de sa cause à sa ceinture, mais il a appris à ses dépens qu'en matière de justice civile, la  validité de ses droits et la quantité des preuves qui les appuient ne valent rien face à l'argent. Il serre son chapeau rond contre son ventre vide.

La différence de statut social s'affiche non seulement par la tenue vestimentaire (une tunique d'épaisse étoffe, des houseaux usés et de pauvres sandales), mais par cette sorte de loi somptuaire qui lui interdit de prétendre aux coûteuses couleurs : il ne se paye que du gris poussière, de l'écru et du brun. 

 

 

Le Pauvre,  retable de "Saint Yves entre le Riche et le Pauvre"  de l' église de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Le Pauvre, retable de "Saint Yves entre le Riche et le Pauvre"  de l' église de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Le Riche.

Tout le talent du sculpteur est de faire du Riche l'antithèse du Pauvre : il est de grande taille, il garde son chapeau sur sa tête, il affiche un habit vert ourlé d'or et à revers rouge, assorti à son couvre-chef, il porte à sa ceinture une aumônière plus efficace qu'une sacoche de placets, et il tend, argument suprême de son juste droit, une pièce d'or entre pouce et index.

Il est chaussé de souliers noirs sur des bas de soie blancs.

Enfin, sa fine moustache en forme de parenthèse me donne du souci, car elle n'est à la mode que sous Louis XIII, vers 1610 : ce retable serait donc du XVIIe siècle !

Enfin son chapeau est si particulier qu'il devrait nous aider. Les avis seront les bienvenus.

 

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Le Riche, retable de "Saint Yves entre le Riche et le Pauvre"  de l' église de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Le Riche, retable de "Saint Yves entre le Riche et le Pauvre"  de l' église de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Le Riche,  retable de "Saint Yves entre le Riche et le Pauvre"  de l' église de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Le Riche, retable de "Saint Yves entre le Riche et le Pauvre"  de l' église de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Retable de "Saint Yves entre le Riche et le Pauvre"  de l' église de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Retable de "Saint Yves entre le Riche et le Pauvre"  de l' église de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Le coffre  et son décor.

Tout le pourtour du coffre est encadré par une frise faite d'un rinceau de vigne avec ses grappes de raisins. Le toit est soutenu par deux lions prenant appui sur une volute.

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Retable de "Saint Yves entre le Riche et le Pauvre"  de l' église de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Retable de "Saint Yves entre le Riche et le Pauvre"  de l' église de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

 

 

 

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SOURCES ET LIENS.

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— MONTAROU (Virginie), 2003, "Saint Yves entre le riche et le pauvre", in Saint Yves et les Bretons, culte, images, mémoire (1303-2003), Presses Universitaires de Rennes

https://books.openedition.org/pur/22412?lang=fr

—  MONTAROU (Virginie), 1998, Saint Yves entre le riche et le pauvre. L’évolution de sa représentation iconographique en Bretagne aux xvie et xviie siècles, mémoire de maîtrise, 2 vol., université Rennes 2, 1998.

— BASE PALISSY PM 29000955

http://www.culture.gouv.fr/public/mistral/palissy_fr?ACTION=CHERCHER&FIELD_98=REF&VALUE_98=PM29000955

http://www.culture.gouv.fr/public/mistral/memoire_fr?ACTION=CHERCHER&FIELD_5=LBASE&VALUE_5=PM29000955

— CASTEL (Yves-Pascal), "Saint Yves et ses statues", in Saint Yves et les Bretons, Culte, images, mémoire (1303-2003) par Jean-Christophe Cassard et Georges Provost © Presses universitaires de Rennes, 2004 page 199-213

http://books.openedition.org/pur/22411?lang=fr

— CHOQUER (Jean-Yves), 2017, L'église de La Roche-Maurice. La traversée de cinq siècles. Histoire d'une restauration 2014-2017. Ed. Roc'h Morvan, 96 pages.

— COUFFON

http://diocese-quimper.fr/images/stories/bibliotheque/pdf/pdf-Couffon/ROCHEMAU.pdf

— INFOBRETAGNE 

http://www.infobretagne.com/roche-maurice.htm

— MAIRIE :

http://www.larochemaurice.fr/fr-fr/patrimoine/l-eglise-saint-yves-et-l-enclos-paroissial

— SPREV :

http://www.sprev.org/centre-sprev/la-roche-maurice-eglise-saint-yves/

— TANGUY (Bernard) 2004, "Les lieux de culte à saint Yves", in Saint Yves et les Bretons, Culte, images, mémoire (1303-2003par Jean-Christophe Cassard et Georges Provost © Presses universitaires de Rennes, 2004 page 125-139

http://books.openedition.org/pur/22404?lang=fr

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Published by jean-yves cordier
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10 septembre 2017 7 10 /09 /septembre /2017 10:50

Le retable de Notre-Dame-du-Bon-Secours de l' église de La Roche-Maurice (29), provenant de l'église de Pont-Christ.

 

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Cet article fait suite à celui sur le Moulin de Brezal, et à celui sur les ruines de l'église de Pont-Christ :

 

 

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La chapelle Notre-Dame-de-Bon-Secours a été fondée en 1533 par le seigneur Guillaume de Brezal et son épouse à  Pont-Christ, trève de Ploudiry,  il ne reste de celle-ci, depuis l'effondrement de la charpente à la fin du XIXe siècle,   que les murs et le clocher. Le retable de la Vierge patronne du sanctuaire a été mis à l'abri dans le chœur de l'église Saint-Yves de La Roche-Maurice, paroisse à laquelle Pont-Christ fut rattaché en 1791.

L'église Saint-Yves vient d'ouvrir à nouveau en avril 2017 après une restauration de la charpente débutée en 2014 : elle forme un magnifique écrin au retable de Notre-Dame, placé à la place d'honneur à gauche du chœur tandis que le retable de saint Yves occupe la partie droite.

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Il s'agit d'une niche en bois, trapézoïdale, au couronnement et à la base assez récente, au fond bleu, et seulement orné de deux demi-colonnes. On lit l'inscription récente NOTRE DAME DE BON SECOURS.  La Vierge et son Fils sont placés au centre d'une mandorle de rayons d'or, réalisée par une couronne ovale blanche à frise d'or.

Ces rayons, ainsi que le croissant de lune sur lequel Marie pose ses pieds, font de cette statue une Vierge de l'Apocalypse, selon un courant iconographique très présent en Bretagne au XVIe siècle, notamment sous la forme des retables des Arbres de Jessé et des Vierges à la Démone, dont je me suis attaché à donner de nombreux exemples dans ce blog (onglet "recherche" en haut à droite). 

Ici, la Vierge présente au Monde son Fils Sauveur, pieds nus, vêtu d'une tunique,  bénissant et  tenant l'orbe ou globus cruciger. Elle  porte une robe rouge très cintrée à la taille sous une ceinture dorée dont la boucle, l'aiguillon, le passant et le renfort sont soigneusement sculptés. Le haut de la robe sans bretelle est souligné par un galon doré et laisse apparaître une chemise remontant jusqu'au cou, sans col. La robe réapparaît aux manches, légèrement plissées aux avant-bras, serrées aux poignets, et ornées du même galon doré. Deux chaussures noires montrent leur museau, le pied droit se montrant le plus téméraire.

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Retable de Notre-Dame-de-Bon-Secours,bois polychrome,  XVIe siècle, église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Retable de Notre-Dame-de-Bon-Secours,bois polychrome, XVIe siècle, église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Le manteau.

Le manteau bleu, lui-même doté d'un galon doré, ne couvre que le bas des épaules. Le pan gauche contourne le bras, trace une large cuvette qui dévoile le revers blanc, et revient se fixer sous la taille, sans-doute à la ceinture bien que l'artifice soit caché par le coude droit. On reconnaît là les caractéristiques très habituelles des Vierges de Basse-Bretagne, explorées ici dans mes articles sur les "Vierges allaitantes" et "Vierges à la Démone".

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Le chouchou.

De même, je reconnais ce voile ou bandeau de cheveu que je m'obstine à désigner sous le sobriquet de "chouchou" pour le retrouver plus facilement sur mon moteur de recherche, tant il revient comme un leitmotiv de la sculpture sur bois ou sur pierre du milieu du XVIe siècle : dès 2012, j'avais commencé à lui consacrer un article en recensant les occurrences, puis je me suis contenté d'égrener ce terme onglet dans mes articles.

http://www.lavieb-aile.com/article-vierges-allaitantes-le-bandeau-de-cheveu-101326653.html

Mais ici, le peintre qui a restauré l'œuvre a peint de la même couleur le bandeau (habituellement blanc avec de fines rayures) et la chevelure. C'est un peu dommage, non ? Le rôle de ce morceau d'étoffe est de rassembler les cheveux au niveau de la nuque avant d'en libérer le flot de boucles en nattes sur les épaules.

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Retable de Notre-Dame-de-Bon-Secours,bois polychrome,  XVIe siècle, église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Retable de Notre-Dame-de-Bon-Secours,bois polychrome, XVIe siècle, église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Le visage.

Il est nettement triangulaire. Les sourcils sont fins car épilés, comme l'est aussi le front selon les canons de l'élégance féminine du temps. Les yeux sont ronds, sans aucune tendance à l'amande. Le nez est long, fin et étroit. La bouche est petite ; quand au menton, avec l'avancée décidée de sa pointe, c'est lui qui donne un peu de caractère à ce visage idéal et presque absent.

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La poire.

On connaît la Vierge à la poire de Dürer (Offizi, 1526), dont la date précède d'assez peu celle de la fondation de la chapelle. J'ai décrit ici la Vierge à la poire de l'Arbre de Jessé de Cléguerec, une Vierge du XVIe siècle  à "chouchou" aux pieds posés sur un croissant de lune ...

http://www.lavieb-aile.com/article-l-arbre-de-jesse-de-la-chapelle-de-la-trinite-a-cleguerec-109853537.html

L'Enfant de Notre-Dame-de-Bonne-Nouvelle à Quillidoaré (du XVIe siècle  à "chouchou" , ...) tient un fruit qui est peut-être une poire.

http://www.lavieb-aile.com/article-vierge-allaitante-iii-chapelle-de-quillidoare-a-cast-96288345.html.

Il existe une Vierge à la poire en l'église de Pont-Croix (29) datant du XVe siècle.

Le don de la poire à l'Enfant par Marie peut être vue comme une allégorie du don de soi, tant les qualités de douceur, de suavité, de bonté et de vertu du fruit peuvent s'appliquer à la Mère du Christ. C'est aussi une façon de montrer, dans la grande métaphore chrétienne de l'arbre,  et de la Vierge comme médiatrice, un fruit, tout en évitant la pomme, symbole entaché par la notion de péché.

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Retable de Notre-Dame-de-Bon-Secours,bois polychrome,  XVIe siècle, église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Retable de Notre-Dame-de-Bon-Secours,bois polychrome, XVIe siècle, église Saint-Yves de La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Le culte de Notre-Dame-de-Bon-Secours.

Par contre, je n'ai pu retrouver l'origine du culte de Notre-Dame-de-Bon-Secours .  Wikipédia en recense quelques sanctuaires notamment en France (une abbaye, quatre basilique, six églises, huit chapelles)   https://fr.wikipedia.org/wiki/Notre-Dame-de-Bon-Secours

... mais il faudrait explorer les graphies Notre-Dame de Bonsecours, de Secours, sans oublier Notre-Dame de Secore mentionnée sur l'inscription de Pont-Christ. Il faudrait découvrir quand la basilique de Guingamp a porté ce nom, ou retrouver la date de fondation des différents sanctuaires, et des pèlerinages qui s'y rapportent, pour comprendre ce qui a motivé le seigneur de Brezal.

Un des éléments probants est la fondation de la chapelle Notre-Dame-de-Bonsecours de Nancy par le duc René II le Lorraine sur les lieux de sa victoire contre Charles le Téméraire en 1477 ; la statue du retable date de 1502. Sous son influence, de nombreuses Vierges de Miséricorde seront sculptées en Lorraine.

Je note la présence d'une  Chapelle Notre-Dame-de-Bon-Secours  édifiée au XVIIème siècle au Conquet  (et liée à Dom Michel de Nobletz)

Il faudrait aussi débrouiller les liens entre Notre-Dame-du Bon-Secours et Notre-Dame-de-Bonne-Nouvelle.

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SOURCES ET LIENS.

 

— ANDRÉ CROGUENNEC :

http://andre.croguennec.pagesperso-orange.fr/eglise-PC.htm

— COUFFON (René), LE BARS (Alfred), 1988, http://diocese-quimper.fr/images/stories/bibliotheque/pdf/pdf-Couffon/ROCHEMAU.pdf

 

— LA SPREV:

http://www.sprev.org/centre-sprev/la-roche-maurice-eglise-saint-yves/

— Retable de l'église de Notre-Dame-du Bon-Secours, Les Sallelles,Lozère :

https://inventaire-patrimoine-culturel.cr-languedocroussillon.fr/ark:/46855/PHOTO005246/v0001.simple.selectedTab=record

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3 septembre 2017 7 03 /09 /septembre /2017 15:24

Les crossettes et l'inscription gothique (kersanton, 1533) de l'église de Pont-Christ à La Roche-Maurice.

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Cet article fait suite à celui sur le Moulin de Brezal, situé juste en face de l'église, de l'autre coté de l'Elorn et de la départementale D 712.

Les crossettes et l'inscription gothique du moulin de Brezal (Plounéventer / Pont-Christ).

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Sur les inscriptions lapidaires en Bretagne, voir :

 

— Sur les crossettes, voir :

Cet article appartient à une étude des crossettes du Finistère destinée à permettre des comparaisons et à dégager des constantes stylistiques et thématiques. On consultera sur ce blog :

L'église Sainte-Marie-Madeleine de Dinéault VII. La crossette.

L'église de Guipavas I. Les crossettes.

L'enclos paroissial de Pencran I. Les crossettes du porche (1553).

L'enclos paroissial de Brasparts. II. Le clocher et ses gargouilles. L'ossuaire et les crossettes.

La Collégiale Notre-Dame du Folgoët VI : les crossettes du Doyenné.

L'enclos paroissial de Dirinon. I. Les crossettes.

La charmante petite sirène de Saint-Urbain (29).

L'enclos paroissial de Lannédern I. Les sculptures extérieures : le calvaire, l'ossuaire et les crossettes.

Sculpture sur pierre de l'église de l'Hôpital-Camfrout : les gargouilles et crossettes du clocher, et la façade.

Sur la piste des crossettes de Landerneau.

Les sculptures extérieures de l'enclos paroissial de Sizun (29).

Le porche de l'église de Landivisiau. I. L'extérieur.

Les Sirènes et Démones de l'église de Sizun (29).

L'église Notre-Dame de Rumengol.  V : les gargouilles et crossettes. 

L'église Saint-Salomon de La Martyre. IV. L'ossuaire, les inscriptions et les crossettes.

Les sculptures sur pierre de l'abbatiale de Daoulas.

Les crossettes de l'église Notre-Dame-de-Croas-Batz à Roscoff (1522-1545).

La chapelle Notre-Dame de Berven en Plouzévédé III. Les crossettes (1573-1579).

Les crossettes des maisons du XVIe et XVIIe siècle de Roscoff. (vers 1560)

Les crossettes de l'église de Plougourvest (29).

 

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Ce matin, j'ai consulté à nouveau le site d'André Croguennec sur  Pont-Christ Brezal, et plus précisément sur l'église de Pont-Christ. La qualité des photos et le caractère exhaustif du texte rendent superflu tout complément. Peut-être vais-je placer ici quelques crossettes qui manquent à ses images ? Ou pinailler sur des peanuts ?  C'est petit, mesquin, et je vous oriente tout de suite vers la bonne direction ; ça vaut vraiment le coup :

http://andre.croguennec.pagesperso-orange.fr/eglise-PC.htm

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I. QUELQUES VUES GÉNÉRALES.

S'approcher d'une église en ruine, dont la toiture s'est effondrée à la fin du XIXe siècle avant de voir ses arcades gothiques s'écrouler vers 1960, est toujours poignant. Loin d'être saisi par l'esthétique du sublime que goûtèrent les romantiques devant les ruines de Rome ou d'Athènes, ou d'être atteint par le "trouble de mémoire " de Freud sur l'Acropole,  c'est une grande tristesse qui m'étreint devant le gâchis,  la perte, l'incapacité à transmettre intact un patrimoine. 

Je me promène sur le site (désert, bien-sûr) et je finis par atténuer le sens tragique du temps qui passe et qui m'emporte en retrouvant des formes familières, et en circulant dans des volumes que je m'approprie. Tout le vocabulaire architectural des chapelles du Finistère m'accueille avec douceur et les retrouvailles inopinées avec les anges porteurs de blason achèvent de m'apaiser.

Mais il y a quelque chose de dérisoire à lire le panonceau placé à l'entrée : 

"La chapelle a été consolidée et restaurée dans le cadre de l'Opération Intégrée de Développement (O.I.D) 1988-1992 : consolidation du pont et de l'enrochement de la berge, rejointoiement des maçonneries et du clocher, pavement du sol, installation du maître-autel, drainage périphérique de l'édifice et remise en forme de l'enclos paroissial. Financement : Direction Régionale de l'Action Culturelle, Fonds Européens, Conseil Régional, Conseil Général ; Commune..."

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Vue de l'église de Pont-Christ à La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile août 2017.

Vue de l'église de Pont-Christ à La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile août 2017.

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Vue de l'église de Pont-Christ (XVIe siècle) à La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile août 2017.

Vue de l'église de Pont-Christ (XVIe siècle) à La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile août 2017.

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Vue de l'église de Pont-Christ (XVIe siècle) à La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile août 2017.

Vue de l'église de Pont-Christ (XVIe siècle) à La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile août 2017.

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Vue de l'église de Pont-Christ (XVIe siècle) à La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile août 2017.

Vue de l'église de Pont-Christ (XVIe siècle) à La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile août 2017.

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II. LES CROSSETTES.

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1. La crossette du rampant droit du pignon est. Un homme (tenant un bâton ou une épée ?).

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Crossette (Kersanton, vers 1533) du rampant droit du chevet de l'église de Pont-Christ à La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile août 2017.

Crossette (Kersanton, vers 1533) du rampant droit du chevet de l'église de Pont-Christ à La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile août 2017.

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Je mets un certain temps pour retrouver mes repères, mais il s'agit d'un homme aux jambes allongées et fléchies (l'une croisant l'autre), et dont la tête et les épaules sont tournés vers le spectateur : un motif de crossettes très courant. J'ai cru qu'il avait les mains réunis comme pour prier, mais l'examen récent des soldats dégainant leur épée (Landerneau, le Tréhou, Locmélar, Saint-Servais, Plougourvest, Notre-Dame-de-Berven ...) m'a incité à en retrouver les formes ici. Or, je discerne clairement un axe diagonal qui pourrait être un bâton ou une épée, même s'il est interrompu par une encoche (photo annotée).

Enfin, je m'intéresse aux chaussures : ne sont-ce pas là des souliers "à la polonaise", ou "poulaines", comme au Tréhou ou à La Martyre ? Mais oui !

Le Lion ou le Dragon ne devaient pas être très loin.

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Crossette (Kersanton, vers 1533) du rampant droit du chevet de l'église de Pont-Christ  à La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile août 2017.
Crossette (Kersanton, vers 1533) du rampant droit du chevet de l'église de Pont-Christ  à La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile août 2017.

Crossette (Kersanton, vers 1533) du rampant droit du chevet de l'église de Pont-Christ à La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile août 2017.

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2. La crossette du rampant gauche du pignon est : un ange (?).

La tunique plissée longue et couvrant les pieds nus s'accorde avec mon hypothèse, mais je ne sais que faire de la trompe médiane en arc de cercle. En outre, je crois remarquer une chaussure. Ou un bras empoignant un genou. Qui a dit "le charme des crossettes tient à leur caractère énigmatique" ? 

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Crossette (Kersanton, vers 1533) du rampant droit du chevet de l'église de Pont-Christ  à La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile août 2017.

Crossette (Kersanton, vers 1533) du rampant droit du chevet de l'église de Pont-Christ à La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile août 2017.

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3.La crossette de l'ossuaire :  Un ange portant un blason. 

Un reliquaire est adossé à l'église, sur son coté sud, recouvert par une partie du toit de celui-ci. La crossette appartient au rampant de l'élévation ouest, ou à l'angle de l'ossuaire. Et là, pas de mystère ni de boule de gomme : c'est un ange et son blason. Chic, je vais pouvoir placer "scutifère", qui compte triple.

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Ange scutifère, crossette (Kersanton, vers 1533)  de l'église de Pont-Christ  à La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile août 2017.

Ange scutifère, crossette (Kersanton, vers 1533) de l'église de Pont-Christ à La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile août 2017.

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Ange scutifère, crossette (Kersanton, vers 1533)  de l'église de Pont-Christ  à La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile août 2017.

Ange scutifère, crossette (Kersanton, vers 1533) de l'église de Pont-Christ à La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile août 2017.

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Ange scutifère, crossette (Kersanton, vers 1533)  de l'église de Pont-Christ  à La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile août 2017.

Ange scutifère, crossette (Kersanton, vers 1533) de l'église de Pont-Christ à La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile août 2017.

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III. AUTRES SCULPTURES.

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Trois anges scutifères :

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Ange scutifère, (Kersanton, vers 1533)  de l'église de Pont-Christ  à La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile août 2017.

Ange scutifère, (Kersanton, vers 1533) de l'église de Pont-Christ à La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile août 2017.

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Ange scutifère, (Kersanton, vers 1533)  de l'église de Pont-Christ  à La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile août 2017.

Ange scutifère, (Kersanton, vers 1533) de l'église de Pont-Christ à La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile août 2017.

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Ange scutifère, (Kersanton, vers 1533)  de l'église de Pont-Christ  à La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile août 2017.

Ange scutifère, (Kersanton, vers 1533) de l'église de Pont-Christ à La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile août 2017.

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La statue géminée du calvaire du placître : la Vierge et saint Pierre. Kersanton, XVIe.

Décrit dans l'Atlas des Croix et Calvaires du Finistère.

http://patrimoine.dufinistere.org/commune/index.php?groupe=croix&art=la_roche_maurice

 

Note : sur les cartes postales anciennes proposées par André Croguennec et montrant le calvaire non mutilé, les statues étaient mal orientées. On y voit à l'est  le Christ en croix entouré de saint Pierre à gauche et d'un saint non identifié, et à l'ouest une Vierge à l'Enfant entourée à droite de la Vierge affligée et à gauche de sainte Marie-Madeleine tenant les aromates, mais dont le visage est tourné vers l'extérieur. Il est certain qu'initialement, le Crucifix était tourné vers l'ouest et entouré de la Vierge du pied de la Croix, et de Marie-Madeleine regardant le Christ. Du coté ouest, on trouvait autour de Notre-Dame-de-Bon-Secours saint Pierre à droite, et le saint non identifié à gauche. (saint Jean-Baptiste ??).

a) la Vierge.

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Statue géminée  (Kersanton, vers 1533) du calvaire de l'église de Pont-Christ  à La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile août 2017.

Statue géminée (Kersanton, vers 1533) du calvaire de l'église de Pont-Christ à La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile août 2017.

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b) Saint Pierre et sa clef.

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Statue géminée  (Kersanton, vers 1533) du calvaire de l'église de Pont-Christ  à La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile août 2017.

Statue géminée (Kersanton, vers 1533) du calvaire de l'église de Pont-Christ à La Roche-Maurice. Photographie lavieb-aile août 2017.

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IV. L'INSCRIPTION DE FONDATION DE 1533.

Treize ans après avoir fondé le Moulin de Brezal et avoir inscrit leurs noms sur la pierre de fondation, Guillaume,  seigneur de Brezal et Marguerite Le Sénéchal son épouse récidivent en fondant une chapelle en face de leur château ou manoir, de l'autre coté de la vallée de l'Élorn. 

L'inscription est placée dans un cadre délimité par une moulure demi-jonc laissant à l'extérieur une marge occupée par 40 besants (meubles des armoiries des seigneurs de Brezal) et quatre fleurs à quatre pétales nervurés (allusion au prénom Marguerite ?).

J'en donne le relevé suivant (différent de celui d'André Croguennec et de René Couffon), et je place entre crochet les lettres remplacées par un tilde :

: EN LAN : MILL VCC : XXXIII :

GUILLE[M] DE BRESAL & MARGARTE

LE SENECHAL FIRENT FAIRE

CESTE CHAPELLE EN LONEUR

DE DIEU & N[OT]RE DAME DE SECORE

"En lan Mill V Cent XXXIII Guillem de Bresal et Margarite Le Sénéchal firent faire ceste chapelle  en lhoneur de Dieu et Notre Dame de Secore".

Le texte n'est pas très différent de la première inscription : "lan mill cinq cent XX Guillem de Bresal & Margarite Le Sénéchal seigneur & dame de Bresal, firent faire cest etanc & moulin au dyvys de Olivier Garric."

Le deux-points entre les mots est encore fait de deux losanges, mais son recours est réservé à la première ligne.  La conjonction ET est encore abrégée en une sorte d'esperluete. 

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Inscription de fondation (kersanton, 1533) de la chapelle Notre-Dame-de-Secours à Pont-Christ. Photographie lavieb-aile août 2017.

Inscription de fondation (kersanton, 1533) de la chapelle Notre-Dame-de-Secours à Pont-Christ. Photographie lavieb-aile août 2017.

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Les deux premières lignes.

Malgré la présence de lichens blanchâtres qui revêtent l'inscription d' une tenue léopard pour en brouiller l'émission, la lecture ne pose pas de problèmes. Il faut bien remarquer le tilde sur le -e- de GUILLE qui donne la leçon GUILLEM proche des formes bretonnes Gwilherm ou Guillerme (dixit Wikipédia) . 

Outre les lichens, ce sont les lettres conjointes (dont deux parties sont fusionnées) qui peuvent nous tendre des pièges : comme le BR de BRESAL.

Le nom MARGARITE est écrit MARGARTE, avec élision du -i-. Le prénom est issu du latin Margarita. On trouve en breton Marc'harit. Dans son Histoire de Bretagne, Pierre Le Baud utilise couramment en 1638 cette forme Margarite.

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Inscription de fondation (kersanton, 1533) de la chapelle Notre-Dame-de-Secours à Pont-Christ. Photographie lavieb-aile août 2017.

Inscription de fondation (kersanton, 1533) de la chapelle Notre-Dame-de-Secours à Pont-Christ. Photographie lavieb-aile août 2017.

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La comparaison entre les deux inscriptions : mill cinq cc XX versus  mill V cc XXXIII :

Entre 1520 et 1533, le style de l'écriture a légèrement changé : les lettres sont moins raides, moins alignées en bâtonnets, elles sont très légèrement inclinées sur la gauche ce qui suffit à leur conférer un certain dynamisme. Leur fût est plus mince. La différence est spectaculaire, quoique ténue, en comparant le chiffre XX et le chiffre XXXIII. Le jambage des X s'était déjà départi de toute raideur dans la première inscription, mais sur la seconde, les lettres s'envolent comme de gracieuses hirondelles, qui s'élancent à la poursuite des trois -i-. Ceux-ci envoient gaiement leurs points comme trois ballons dans une cour de récréation.

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Les deux inscriptions de 1520 et 1533.
Les deux inscriptions de 1520 et 1533.

Les deux inscriptions de 1520 et 1533.

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Les deux lignes suivantes .

LE SENECHAL FIRENT FAIRE

CESTE CHAPELLE EN LONEUR

Lettres conjointes IR de FIRENT, et UR de LONEUR.

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Inscription de fondation (kersanton, 1533) de la chapelle Notre-Dame-de-Secours à Pont-Christ. Photographie lavieb-aile août 2017.

Inscription de fondation (kersanton, 1533) de la chapelle Notre-Dame-de-Secours à Pont-Christ. Photographie lavieb-aile août 2017.

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La dernière ligne.

DE DIEU & N[OT]RE DAME DE SECORE.

. Lettres conjointes DE et NR de NOTRE. Tilde remplaçant les lettres OT de NOTRE.

Le travail le plus intéressant concernerait l'appellation "NOTRE DAME DE SECORE", qui est transformée en "Notre Dame du Bon Secours". Il faudrait savoir qui a institué ce culte (quel ordre religieux, quelle haute personnalité de la noblesse ou du clergé, ou quel événement) ou dressé la liste des sanctuaires bretons qui lui sont dédiés. 

Quant à la forme SECORE, elle est citée par Godefroy et est habituelle en ancien et moyen français : de l'ancien verbe succurer, secorer "porter secours" . Godefroy donne le verbe Secorer, socurer "secourir", le nom secorse "secours" et secoreor "celui qui secourt". De même dans Chrétien de Troyes où secors signifie "secours".

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Inscription de fondation (kersanton, 1533) de la chapelle Notre-Dame-de-Secours à Pont-Christ. Photographie lavieb-aile août 2017.

Inscription de fondation (kersanton, 1533) de la chapelle Notre-Dame-de-Secours à Pont-Christ. Photographie lavieb-aile août 2017.

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V. MARGINALIA.

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Le blason de la porte cintrée du jardin en face de l'église : de Coroller ?

Ce blason s'inscrit dans un cuir à enroulement de la seconde Renaissance. On y voit une couronne de comte, trois besants autour d'un cerf et d'une étoile.

J'identifie ici les armoiries de la famille de Coroller, décrite ainsi par Potier de Courcy . Je souligne elur possession dans la paroisse de Ploudiry, dont Pont-Christ était une église tréviale : 

 Coroller (le), Sr de la Roche, par. de Saint-Martin des Champs, — de Kerdannot, — de *Kervescostou par. de Plougasnou, — de Kerosven, — de la Vieuxville, — de Keropartz, — de Pratalan, — du Maretz, — de Kerguélen, — de Coëtlez, par. de Ploudiry, — du Nec'hcoat, par. de Ploujean.

Maint, au conseil en 1717 et par arrêt du parlement de 1773, neuf. gén.

Réf. et montres de 1427 à 1543, par. de Garlan et Saint-Melaine de Morlaix, év. de Tréguier.

De sable au cerf passant d'or, accomp. de trois besants de même.

 Eon, écuyer et son porte-targe, dans une montre de 1356, fut suivant la tradition, pendu à la Roche-Corroller avec 50 notables de Morlaix, en 1374 pour avoir exterminé la garnison anglaise que le duc Jean IV avait mise dans cette ville ; Pezron, épouse en 1540 Anne Gérault, dame de Kervescontou ; un gouverneur au château du Taureau en 1608.

Voir aussi :

https://histoiresdemorlaix.wordpress.com/2015/08/24/18-enfants-jacques-alain-et-marie-coroller-un-couple-du-grand-siecle/

Je n'en sais pas plus.

 

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Pont-Christ, La Roche-Maurice, photographie lavieb-aile août 2017.

Pont-Christ, La Roche-Maurice, photographie lavieb-aile août 2017.

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Blason de Coroller, Pont-Christ, La Roche-Maurice, photographie lavieb-aile août 2017.

Blason de Coroller, Pont-Christ, La Roche-Maurice, photographie lavieb-aile août 2017.

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SOURCES ET LIENS.

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— ANDRÉ CROGUENNEC :

http://andre.croguennec.pagesperso-orange.fr/eglise-PC.htm

— COUFFON (René), LE BARS (Alfred), 1988, http://diocese-quimper.fr/images/stories/bibliotheque/pdf/pdf-Couffon/ROCHEMAU.pdf

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31 août 2017 4 31 /08 /août /2017 21:42

Les crossettes et l'inscription gothique du Moulin de Brezal (Plounéventer / Pont-Christ).

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— Sur Pont-Christ :

— Sur les inscriptions lapidaires en Bretagne, voir :

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— Sur les crossettes, voir :

Cet article appartient à une étude des crossettes du Finistère destinée à permettre des comparaisons et à dégager des constantes stylistiques et thématiques. On consultera sur ce blog :

L'église Sainte-Marie-Madeleine de Dinéault VII. La crossette.

L'église de Guipavas I. Les crossettes.

L'enclos paroissial de Pencran I. Les crossettes du porche (1553).

L'enclos paroissial de Brasparts. II. Le clocher et ses gargouilles. L'ossuaire et les crossettes.

La Collégiale Notre-Dame du Folgoët VI : les crossettes du Doyenné.

L'enclos paroissial de Dirinon. I. Les crossettes.

La charmante petite sirène de Saint-Urbain (29).

L'enclos paroissial de Lannédern I. Les sculptures extérieures : le calvaire, l'ossuaire et les crossettes.

Sculpture sur pierre de l'église de l'Hôpital-Camfrout : les gargouilles et crossettes du clocher, et la façade.

Sur la piste des crossettes de Landerneau.

Les sculptures extérieures de l'enclos paroissial de Sizun (29).

Le porche de l'église de Landivisiau. I. L'extérieur.

Les Sirènes et Démones de l'église de Sizun (29).

L'église Notre-Dame de Rumengol.  V : les gargouilles et crossettes. 

L'église Saint-Salomon de La Martyre. IV. L'ossuaire, les inscriptions et les crossettes.

Les sculptures sur pierre de l'abbatiale de Daoulas.

Les crossettes de l'église Notre-Dame-de-Croas-Batz à Roscoff (1522-1545).

La chapelle Notre-Dame de Berven en Plouzévédé III. Les crossettes (1573-1579).

Les crossettes des maisons du XVIe et XVIIe siècle de Roscoff. (vers 1560)

Les crossettes de l'église de Plougourvest (29).

 

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Aujourd'hui, le Moulin de Brezal est, sinon en ruine, du moins en piteux état, et on peut l'acquérir pour la modique somme de 216 000 € : faites-vous plaisir !

"EXCLUSIF. Entre LANDERNEAU et LANDIVISIAU. En bord d'étang et dominant l'ELORN propriété comprenant sur un terrain de 3 hectares un ensemble de bâtiments du XVIème. Le bâtiment principal, ancien moulin à farine fut construit en 1520 par le Seigneur de BREZAL. Il est proposé avec une dépendance en pierres sur deux étages, un colombier de l'Ancien régime, un calvaire dénommé "La Croix de BREZAL" et un étang et une parcelle boisée. Anciennement consacré en un établissement hôtelier dédié à la restauration, le domaine nécessitera une restauration pour votre projet professionnel ou d'habitation. La surface des bâtis est d'environ 300 m2 et attendent une nouvelle vie !"

.Il avait été restauré de 1959 à 1967, puis un beau restaurant avait été ouvert par Jean-Claude Thuilliez et Hélène Plos avant de céder la place en 1972 à  Michèle et Arsène Heliez, on faisait du pédalo sur l'étang. Jusqu'en 2007.

 

Comme si une malédiction funeste pesait sur cet endroit, il suffit de passer le pont qui enjambe l'Elorn pour  découvrir les ruines assez sinistres de l'église de Pont-Christ classée en 1916 (base Mérimée), qui fut construite en 1533 par le seigneur de Brezal et dont la toiture se serait effondrée à la fin du XIXe siècle. 

A contrario, pour un amateur de belles pierres et de témoignages sur le patrimoine breton, quel aubaine !  

Le moulin, l'église, l'ensemble du site dominé par son château, tout cela a été décrit avec minutie, passion et photographies par André Croguennec : impossible de faire mieux.

Néanmoins, j'ai succombé au charme des crossettes et des inscriptions, et je n'ai pas pu interdire à mon appareil photo de s'égayer sur la toiture et de revenir avec, dans la gueule, quelques belles proies pour enrichir ma gibecière iconographique sur les crossettes de Basse-Bretagne. Merci Fidèle, ici, au pied !

Une chasse à partager avec les amis.

PRÉSENTATION.

Un coup d'œil sur la carte IGN permet de repérer l'axe est-ouest de la vallée de l'Élorn, entre Landivisiau et Landerneau, empruntée par la départementale D712 et par la voie ferrée Rennes-Brest. La rivière passe entre deux escarpements, culminant à 106 m du coté de Pont-Christ au sud, et à 93 m au nord sur le site occupé par le château de Brezal. Cette rivière vient de faire un coude à 90°, non sans agitation sans doute comme l'indiquerait les toponymes Le Frout, le Frout Vras et le Frout Bihan (où existait un moulin).  Ar Froud, c'est "le torrent" (absent du Catholicon, mais présent dans Le Gonidec page 324) , mais ar frouden, c'est l'impétuosité, la fougue. N'oublions pas que depuis la création du lac du Drennec en 1979, le caractère de l'Élorn a changé.

Ce n'est pas sur le fougueux Élorn, mais sur le débouché de son affluent coulant dans un vallon étroit selon un axe nord-sud depuis Plounéventer, le Brezal (4 km), que le moulin est établi en 1520 par Guillaume, seigneur de Brezal et son épouse Marguerite Le Sénéchal. En amont, ils créent une retenue d'eau, l'étang de Brezal. Le moulin à farine va ainsi rapporter de beaux bénéfices puisque tous les habitants sont obligés de lui confier leur blé.

La Carte de Cassini montre qu'à la fin du XVIIIe siècle, la seule route figurée, Landerneau-Landivisiau-Morlaix,  passe à 500 m. au nord. Mais une voie gauloise de direction nord-sud de Kerilien vers la Martyre, parfaitement présentée par A. Croguennec, passait par Pont-Christ où ele traversait l'Elorn, et une villa gallo-romaine a été retrouvée sur cet axe à Valy-Cloistre, au sud de Pont-Christ.

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Vue ouest du Moulin de Brezal, Plounéventer. Photographie lavieb-aile août 2017.

Vue ouest du Moulin de Brezal, Plounéventer. Photographie lavieb-aile août 2017.

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En amont, à droite du raidillon qui relie l'étang et la route départementale, on voit le pigeonnier :

 

Pigeonnier de Brezal, Plounéventer. Photographie lavieb-aile août 2017.

Pigeonnier de Brezal, Plounéventer. Photographie lavieb-aile août 2017.

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Tout en conservant mon équilibre sur le raidillon en question, j'aperçois la première crossette sur le rampant gauche du pignon ouest. C'est un chien, un mâtin montrant ses dents, sans collier, les pattes antérieures rejoignant les postérieures sur un support. Ses oreilles sont longues : un chien de chasse type Saint-Hubert ? Tourné vers le nord (vers l'étang), il garde l'édifice.

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Un chien, crossette du pignon ouest du Moulin de Brezal, Plounéventer. Photographie lavieb-aile août 2017.

Un chien, crossette du pignon ouest du Moulin de Brezal, Plounéventer. Photographie lavieb-aile août 2017.

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Puis je découvre le bas du pignon ouest, où la partie gauche conserve son appareillage de pierres de taille et deux belles accolades gothiques.

La plus haute est une arcature à deux crochets un fleuron et deux pinacles tronqués.

Quatre pierres de kersanton aux formes caractéristiques témoignent de la présence de blason qui ont été martelés. Une autre, sous l'aisselle de l'arc, comportait-elle un blason complet, à cimier et lambrequins ?

Ce qui m'attire avec gourmandise, c'est l'inscription centrale. Eh eh, zoomons, zoomons !

Arcatures en accolade du pignon ouest du Moulin de Brezal, Plounéventer. Photographie lavieb-aile août 2017.

Arcatures en accolade du pignon ouest du Moulin de Brezal, Plounéventer. Photographie lavieb-aile août 2017.

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L'inscription de fondation (kersanton, 1520).

Je la relève ainsi (les lettres entre crochets traduisent les élisions par tilde ; seul celui du A de MARGARITE n'a pas été remplacé) : 

: LAN : MILL : CINQCC : XX : GUILLE[M] : DE : BRESAL

& : M~ARGARITE : LE : SENECHAL : SER : & : DA[M]E : DE

BRESAL : FIRE[N]T : FAIRE : CEST : ESTA[N]C : & : MOULI[N]

AU : DYVYS : DE : OLIVIER : GARRIC :

 :

"L'an mil cinq cent vingt, Guillaume de Bresal et Marguerite Le Senechal, seigneur et dame de Bresal, firent faire cet estanc et moulin au devis d'Olivier Garric."

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La forme Dyvys : Godefroy atteste dans son Dictionnaire de l'ancien français du IXe au XVe siècle les formes divis, dyvis, avec le sens « division, partage, disposition, souhait, désir, intention, volonté". Mais le DMF ou Dictionnaire du Moyen Français (1330-1500) y ajoute l'acceptation "plan, projet" : "Devis 1, B : Disposition établie ; plan, projet, description détaillée d'une construction à exécuter ; disposition que l'on prend, intention projet, souhait". Ce sens de "plan, dessin"  est aussi mentionné avec trois exemples anciens dans le Dictionnaire Anglo-normand.

Dés lors, on peut mieux rendre compte de l'inscription en la donnant comme "...firent faire cet étang et moulin sur les plans d'Olivier Garric". Ce dernier prend alors le rôle d'architecte, ou d'entrepreneur-concepteur.

 

 

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Inscription de fondation (kersanton, 1520) du pignon ouest du Moulin de Brezal, Plounéventer. Photographie lavieb-aile août 2017.

Inscription de fondation (kersanton, 1520) du pignon ouest du Moulin de Brezal, Plounéventer. Photographie lavieb-aile août 2017.

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J'ai déjà rencontré Olivier Garric : c'était sur l'inscription de la sablière de l'ancienne abbatiale de Daoulas  : 

"L'abbé Charles [Jégou] fit en son temps ce bois de céans l'an 1529 par O[livier] Garic et ses aidants".

Dans le BSAF de 1995, l'abbé Castel écrivait : Après le moulin de Brezal, "neuf ans plus tard, en 1529, Garric se signale à Daoulas, cette fois comme charpentier, selon l'inscription de la sablière au nord de la nef de l'église abbatiale. Les chantiers de Brézal et de Daoulas révèlent donc un maître d'oeuvre qui déploie avec bonheur des talents divers. Homme du bois autant que de la pierre et de l'eau, polyvalent dans l'art de bâtir, Olivier Garric peut prendre légitimement place dans la galerie des artistes de Bretagne".

Mais si on accepte de comprendre le mot dyvys comme "plan, dessin, projet", Olivier Garric doit être considéré non pas comme un "maître d'œuvre", ni comme un menuisier-charpentier polyvalent se doublant d'un maçon ou tailleur de pierre, bref un artiste ou artisan, mais bien comme un maître d'ouvrage. Ce que ne contredit pas l'inscription de Daoulas. Un point sur lequel je rejoins André Croguennec.

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Garric étant un mot occitan signifiant "chêne kermes", et étant un patronyme du Languedoc, on peut penser que notre Olivier Garric n'est pas d'origine bretonne.

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La pierre est sculptée en un rectangle creusé de 4 mm de profondeur environ dont seules les lettres et signes ne sont pas creusés, et restent en réserve. Mais une moulure souligne la dernière ligne, si près des jambages que ceux-ci (le G de GARRIC) empiète dessus. Cela montre le soin pris par l'artiste pour rendre hommage à son texte.

Une vue rapprochée permet d'admirer la beauté de l'écriture. On peut la comparer à celle de l'inscription de fondation de l'hôpital Saint-Julien de Landerneau, sculptée l'année suivante, en 1521. Ou à celle de la chapelle de Rocamadour (1527).  Mais son modèle est sans-doute plutôt  celle du pont de Landerneau, réalisée dix ans avant celle-ci, en 1510 sur la commande du vicomte Jean de Rohan.

Comme cette dernière, elle est encadrée par des motifs héraldiques : macles et A couronné à Landerneau, et besants (martelés) des armoiries du seigneur de Brezal ici . En effet, celles-ci se blasonnent de gueules à six besants d'or, 3, 2, 1 ( rouge à six boules jaunes). Je renvoie à l'article Tudchentil et à son illustration.

Chaque besant est alterné avec un losange, qui n'est certainement pas un macle de Rohan (car c'est un losange évidé en son centre), mais une fusée, un losange étroit et vertical, bien connu par les armoiries de Bouteville. Mais qui appartient aussi aux armoiries de Marguerite Le Sénéchal, qui sont de sable, à cinq fusées d'argent, accolées en bande, assorties de six besants de même, trois de chaque coté. (de Genouillac).

Les besants ont été bûchés sur la partie horizontale du cadre, mais non sur la partie verticale et latérale gauche, ce qui permet de les admirer intacts à coté des fusées. Quant à la partie droite, elle ne comporte pas cette marge. 

Marguerite Le Sénéchal était la fille de Guion Le Sénéchal, sieur de Coettelan, décédé avant 1520, et d'Amette de Kergournadech. Elle épousa Guillaume de Brezal, décédé avant 1577, capitaine des francs-archers et élus du Léon. 

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La ponctuation de séparation des mots repose sur le deux-points, mais ces derniers ne font pas appel à l'ornementation très courante qui relie chaque point par une ligne en S. Ces deux points ne sont pas ronds, mais en losange, sans qu'il faille y voir une allusion héraldique, car cette graphie est courante Les lettres sont serrées, très régulières, au fût vertical, à l'empattement en triangle pointe vers le bas. La répétition de ces triangles resserrés crée en bas de ligne un aspect en dents de scie dont la régularité est recherchée. Et comme le sommet des fûts est également triangulaire (c'est un rectangle incliné ), l'interligne est délimité par ces deux lignes en dents de scie. 

Ce serait monotone si cet interligne n'était pas occupé par les hampes ( jambages supérieurs) des lettres l, d, etc. ou bien par les points des -i- (un tiret incliné), par les tildes remplaçant les -n- par abréviation, par les lettres ou chiffres suscrits (CC pour "cent"), mais aussi par le jambage inférieure des lettres concernées, ou du jambage ornemental du -n- (le premier mot : lan).

La conjonction -et- est remplacée par une ligature équivalente à l'esperluète &.

C'est tout ? Non bien-sûr : cette inscription s'offre à la curiosité de chacun. Le mot "moulin", par exemple, est écrit MOU~LI . Le tilde ne devrait-il pas être posé sur le i ? 

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Inscription de fondation (kersanton, 1520) du pignon ouest du Moulin de Brezal, Plounéventer. Photographie lavieb-aile août 2017.

Inscription de fondation (kersanton, 1520) du pignon ouest du Moulin de Brezal, Plounéventer. Photographie lavieb-aile août 2017.

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Les crossettes et l'inscription gothique du moulin de Brezal (Plounéventer / Pont-Christ).

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En progressant, je parviens en contrebas et je vois mieux le rampant droit, qui se casse d'ailleurs en passant au dessus d'une fenêtre. Et là, deux nouvelles crossettes qui m'attendent.

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Vue  ouest du Moulin de Brezal, Plounéventer. Photographie lavieb-aile août 2017.

Vue ouest du Moulin de Brezal, Plounéventer. Photographie lavieb-aile août 2017.

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Les deux crossettes du rampant droit du pignon ouest du Moulin de Brezal, Plounéventer. Photographie lavieb-aile août 2017.

Les deux crossettes du rampant droit du pignon ouest du Moulin de Brezal, Plounéventer. Photographie lavieb-aile août 2017.

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La première est un homme empoignant sa cheville. Et bien malade.

André Croguennec l'intitule "l'homme blessé", sans dire pourquoi. 

L'homme est en position de chevalier servant, le genou droit à terre, et l'autre fléchi.

Entre les deux cuisses, la partie saillante correspond bien-sûr à la mode des braguettes rembourrées et avantageuses en usage sous la Renaissance jusqu'aux années 1580.

Il est vêtu d'un pourpoint aux manches plissées, serré par une ceinture, au dessus de chausses, et d'une paire de chaussures dont la semelle est distincte. Sa coiffure est globalement cylindrique.

Il lève la tête et les yeux vers le ciel, et porte la main gauche sur sa joue.

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 L'Homme malade, crossette du rampant droit du pignon ouest du Moulin de Brezal, Plounéventer. Photographie lavieb-aile août 2017.

L'Homme malade, crossette du rampant droit du pignon ouest du Moulin de Brezal, Plounéventer. Photographie lavieb-aile août 2017.

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Une vue de profil stricte montre que la région cervicale antérieure est le siège d'un volumineux phlegmon sous l'angle de la mandibule. Un peu trop bas pour les oreillons. Mais pas pour l'adénopathie cervicale tuberculeuse chronique, ou scrofule ou écrouelle, que guérissait les rois de France (on pouvait aussi prendre une tisane de Scrofulaire Scrophularia nodosa, si on croyait à la théorie des signatures).

En revenant au cliché précédent, on voit que cette intumescence est double : cet apostume se pique d'être bilatéral, ce bubon se rengorge de sa symétrie ; est-ce une parithymie ? Une étude de Rasmané Béogo sur 115 patients a montré que ces disgracieuses gorges chaudes étaient "multiples  chez 96,5% des patients et abcédés chez 30%" (Pan Afr Med J. 2013; 15: 131)

Or, précisément, mon cliché (slide suivante ) montre au centre de l'adénite une zone ulcérée de 1,85 mm de diamètre qui ne peut correspondre qu'à l'abcédation du site.

Ah mon dieu ! Le pauvre homme ! Tomber malade 450 ans avant la commercialisation de la Rifampicine !

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 L'Homme malade, crossette du rampant droit du pignon ouest du Moulin de Brezal, Plounéventer. Photographie lavieb-aile août 2017.

L'Homme malade, crossette du rampant droit du pignon ouest du Moulin de Brezal, Plounéventer. Photographie lavieb-aile août 2017.

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J'attire l'attention de mon auditoire sur le fait que la communication de ce cas singulier prend une certaine importance, car il s'agit de la première crossette représentant un homme souffrant d'écrouelles. Et même peut-être de la seule sculpture bretonne du XVIe siècle fournissant une donnée iconographique de cette atteinte : allez savoir. Bien-sûr, j'invite chacun  à se livrer maintenant à une revue de littérature la plus vaste exhaustive possible avant de procéder à une méta-analyse basée sur des preuves. 

Par contre, le motif de "l'homme empoignant sa cheville" est d'une grande banalité en matière de crossette ; j'y voyais jusqu'à présent une posture à signification licencieuse, par son caractère un peu acrobatique intermédiaire entre une asana du Yoga-Sûtra et celle d'un Sûtra concurrent : une attitude irrévérencieuse, dont le code se serait perdu, mais qui placerait son adepte dans ce monde carnavalesque du renversement des valeurs et de la débandade des mœurs.

Car il est temps de confier le fonds de ma pensée : ces crossettes sont, par leur caractère stéréotypé, similaires aux lames des tarots. De même que vous avez aux Tarots 22 arcanes, aux figures immuables, le Mat, le Bateleur, Le Pendu, la Roue de la Fortune, de même vous avez dans les crossettes, le Lion, le Dragon, le Chien, le Soldat dégainant l'épée, l'Homme empoignant sa cheville, l'Ange, la Femme nue, la Sirène, et quelques raretés. Chaque édifice religieux ou civil bat le jeu et dispose sa levée au su et au vu de chacun, laissant les amateurs interpréter à l'infini ce que cela peut signifier.  

Mais un tuberculeux échappé de sana qui monte sur le toit d'un moulin pour se saisir de sa cheville droite et de sa joue gauche enflée, c'est... particulier .

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Dés lors, je suis amené à m'intéresser à la petite crossette de rien du tout qui est placé devant notre impatient patient : à quoi sert cette oblongue capsule ? est-ce un canon arrimé à son affût par son allonge ? Un crachoir ?  Un pied pour parasol ?

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L'improbable crossette du rampant droit du pignon ouest du Moulin de Brezal, Plounéventer. Photographie lavieb-aile août 2017.

L'improbable crossette du rampant droit du pignon ouest du Moulin de Brezal, Plounéventer. Photographie lavieb-aile août 2017.

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Vous aimez les énigmes ? En voici une :

La crossette suivante se présente comme une chimère associant la queue d'un dragon avec le torse d'une sirène. 

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La dernière  crossette du rampant droit du pignon ouest du Moulin de Brezal, Plounéventer. Photographie lavieb-aile août 2017.

La dernière crossette du rampant droit du pignon ouest du Moulin de Brezal, Plounéventer. Photographie lavieb-aile août 2017.

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Et si je vous le montre de l'autre coté, vous voyez mieux ?

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La dernière  crossette du rampant droit du pignon ouest du Moulin de Brezal, Plounéventer. Photographie lavieb-aile août 2017.

La dernière crossette du rampant droit du pignon ouest du Moulin de Brezal, Plounéventer. Photographie lavieb-aile août 2017.

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Et nous voilà arrivé au pied de ce rampant droit, là où, après deux minuscules crossettes cuboïdes,  j'ai fait une belle prise, digne de Tartarin : un Lion.

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Partie droite du  pignon ouest du Moulin de Brezal, Plounéventer. Photographie lavieb-aile août 2017.

Partie droite du pignon ouest du Moulin de Brezal, Plounéventer. Photographie lavieb-aile août 2017.

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Le Lion, quatrième crossette du pignon ouest.

Ici, il n'y a plus d'énigme : c'est le Lion de crossette, cent fois décrit, sa gueule ouverte, sa crinière de mouton, sa queue faufilée entre les cuisses pour chasser les mouches de son dos, les pattes antérieures prenant obliquement appui sur une console (ou un os ?), les postérieures appuyées au sol pour rejoindre les antérieures. Tout est dit.

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Le Lion, dernière crossette du  pignon ouest du Moulin de Brezal, Plounéventer. Photographie lavieb-aile août 2017.

Le Lion, dernière crossette du pignon ouest du Moulin de Brezal, Plounéventer. Photographie lavieb-aile août 2017.

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J'ai presque fini, il me reste à décrire la lucarne de la façade sud.

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Vue de la façade sud du moulin de Brezal, Plounéventer. Photographie lavieb-aile août 2017.

Vue de la façade sud du moulin de Brezal, Plounéventer. Photographie lavieb-aile août 2017.

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Les deux crossettes encadrant le rampant de  la lucarne de la façade sud.

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La lucarne de  la façade sud du moulin de Brezal, Plounéventer. Photographie lavieb-aile août 2017.

La lucarne de la façade sud du moulin de Brezal, Plounéventer. Photographie lavieb-aile août 2017.

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À gauche : l'homme accroupi.

Il n'a pas l'air très heureux, avec ses coudes en appui sur les genoux et son menton projeté en avant. Il porte un chapeau. Sa joue gauche et son oreille homolatérale sont fort gonflées, à moins qu'il n'ait ses oreillettes. Je ne l'ausculte pas, ce n'est pas le moment de le déranger.

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L'Homme accroupi, crossette du rampant gauche de lucarne de  la façade sud du moulin de Brezal, Plounéventer. Photographie lavieb-aile août 2017.

L'Homme accroupi, crossette du rampant gauche de lucarne de la façade sud du moulin de Brezal, Plounéventer. Photographie lavieb-aile août 2017.

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À droite : le Chien. 

C'est le chien assis du chien-assis.

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Le Chien, crossette du rampant gauche de lucarne de  la façade sud du moulin de Brezal, Plounéventer. Photographie lavieb-aile août 2017.

Le Chien, crossette du rampant gauche de lucarne de la façade sud du moulin de Brezal, Plounéventer. Photographie lavieb-aile août 2017.

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SOURCES ET LIENS.

Une seule adresse : André Croguennec:

http://andre.croguennec.pagesperso-orange.fr/moulin-brezal.htm

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31 août 2017 4 31 /08 /août /2017 21:26

Les crossettes de l'église de Plougourvest (29).

 

— Sur les crossettes, voir :

Cet article appartient à une étude des crossettes du Finistère destinée à permettre des comparaisons et à dégager des constantes stylistiques et thématiques. On consultera sur ce blog :

L'église Sainte-Marie-Madeleine de Dinéault VII. La crossette.

L'église de Guipavas I. Les crossettes.

L'enclos paroissial de Pencran I. Les crossettes du porche (1553).

L'enclos paroissial de Brasparts. II. Le clocher et ses gargouilles. L'ossuaire et les crossettes.

La Collégiale Notre-Dame du Folgoët VI : les crossettes du Doyenné.

L'enclos paroissial de Dirinon. I. Les crossettes.

La charmante petite sirène de Saint-Urbain (29).

L'enclos paroissial de Lannédern I. Les sculptures extérieures : le calvaire, l'ossuaire et les crossettes.

Sculpture sur pierre de l'église de l'Hôpital-Camfrout : les gargouilles et crossettes du clocher, et la façade.

Sur la piste des crossettes de Landerneau.

Les sculptures extérieures de l'enclos paroissial de Sizun (29).

Le porche de l'église de Landivisiau. I. L'extérieur.

Les Sirènes et Démones de l'église de Sizun (29).

L'église Notre-Dame de Rumengol.  V : les gargouilles et crossettes. 

L'église Saint-Salomon de La Martyre. IV. L'ossuaire, les inscriptions et les crossettes.

Les sculptures sur pierre de l'abbatiale de Daoulas.

Les crossettes de l'église Notre-Dame-de-Croas-Batz à Roscoff (1522-1545).

La chapelle Notre-Dame de Berven en Plouzévédé III. Les crossettes (1573-1579).

Les crossettes des maisons du XVIe et XVIIe siècle de Roscoff. (vers 1560)

 

 

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L'église Saint-Pierre de Plougourvest date, si on prend comme critère la date inscrite sur le contrefort sud du clocher, de 1588, et de 1616, si on se réfère à celle du  porche latéral sud. Elle comporte, aux deux angles de la face nord, deux crossettes, représentant l'une un dragon ailé, et l'autre un soldat dégainant son épée. Ces deux figures, loin d'être originales , sont très représentatives des crossettes de Basse-Bretagne du XVI et XVIIe siècle. Mais l'une d'elle se distingue par sa beauté, la qualité de son état de conservation, et par des particularités stylistiques : le dragon.

1. Le dragon ailé, rampant droit de l'extrémité est de la façade nord.
 

Malgré sa manie de nous tirer la langue, atavisme fréquent de sa race, et en dépit de ses efforts pour rouler des yeux exorbités, dilater ses naseaux et exhiber des crocs énormes, ce monstre antédiluvien ne parvient guère à nous terrifier, tant ses ailes de chauve-souris semble avoir été choisies par un accessoiriste d'opérette et tant sa mise en plis conserve avec excès les traces de ses bigoudis. Et, au bout de son corps de crevette,  sa queue ne parvient pas à lacer correctement le nœud de jambe de chien — ou de carrick, ou de bouline, selon l'humeur — qui s'impose, exercice obligé de ses semblables en équilibre sur le toit des sanctuaires : elle avorte son entrelacs en frétillant.

Quoiqu'il en soit, il est la représentation d' une force hors du commun, capable de tout détruire : celle de la mort.  En le plaçant en hauteur sur l'église, les fidèles pensaient peut-être en exorciser le pouvoir, et affirmer leur foi en la victoire du Christ ? Mais on remarquera que les crossettes ne sont jamais consacrées à des  représentations religieuses, à l'exception des anges. 

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Le dragon ailé, crossette nord-est (kersanton, vers 1616) de l'église de Plougourvest. Photographie lavieb-aile août 2017.

Le dragon ailé, crossette nord-est (kersanton, vers 1616) de l'église de Plougourvest. Photographie lavieb-aile août 2017.

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2. Le soldat empoignant son épée.

C'est lui qui motive ma visite à Plougourvest , sur l'introduction de ses confrères de Landerneau, Le Tréhou, de Locmélar, Notre-Dame-de-Berven  et de Saint-Servais avec lesquels il forme le groupe des six soldats "Je tire, je tue" de Basse-Bretagne. Tous, allongés la tête  tournée vers nous,  empoignent de la main gauche le fourreau de leur épée, et tirent sur la poignée dans un geste qu'il faut comprendre soit comme une menace, soit plutôt, j'en ai peur, comme l'ultime  seconde précédant le coup d'estoc. Et la mort.

Mais je suis un peu déçu. L'érosion ne permet pas de voir clairement le visage, peut-être barbu, ou les vêtements. L'homme n'est pas allongé, mais à genoux. Bizarrement, le fourreau de l'épée se termine par une boule, incitant à une confusion avec un bâton ou une batte de soule.

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Le soldat tirant son épée, crossette nord-ouest (kersanton, vers 1616)  de l'église de Plougourvest. Photographie lavieb-aile août 2017.

Le soldat tirant son épée, crossette nord-ouest (kersanton, vers 1616) de l'église de Plougourvest. Photographie lavieb-aile août 2017.

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SOURCES ET LIENS.

— LE SEAC'H (Emmanuelle), 2014, Sculpteurs sur pierre en Basse-Bretagne. Les ateliers du XVe au XVIe siècle. Presses Universitaires de Rennes.

http://www.pur-editions.fr/couvertures/1409573610_doc.pdf

— LE SEAC'H (Emmanuelle), 1997, Les crossettes et les gargouilles dans quatre cantons du Finistère : Landerneau, Landivisiau, Ploudiry, Sizun. Mémoire de maîtrise d’histoire,  2 vol. 359 p. + 135 p. : ill. ; 30 cm.

 

 

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31 août 2017 4 31 /08 /août /2017 20:18

Une "plaque de cocher" à Plougourvest (29) : le chemin d'intérêt commun n°21 de Landivisiau à Cleder.

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Voir ici :

La plaque de cocher de Landerneau. Route nationale n° 164 d'Angers à Brest.

La plaque de cocher de Roscoff. Route nationale n°169 de Lorient à Roscoff. 

La plaque de cocher de La Martyre. Chemin de Grande Communication n° 35.

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— Rappel  (wikipédia):

Les plaques de cocher sont des plaques indicatrices initialement en fonte (mais dès 1865, des fonderies se sont spécialisées dans les panneaux en zinc laminé). Elles sont installées principalement aux carrefours, sur des poteaux métalliques ou directement accrochées au mur de bâtiments. Suivant une loi du xviiie siècle, en France, ces plaques devaient être installées aux carrefours, souvent sur des croix ou sur des obélisques. Beaucoup de ces édifices ayant été détruits à la Révolution, ils furent remplacés par de simples poteaux en fer.

    D'après la circulaire du 15 avril 1835 :

    • les lettres pour les tableaux en fonte ou en zinc pouvaient être peintes ou en relief ;

    • l'angle des panneaux doivent correspondre à ceux des routes qui se croisent ;

    • les poteaux devaient être en deux parties boulonnées l'une à l'autre, la partie haute supportant les tableaux ;

    • les indications de distance et de lieux sont celles des bourgs les plus proches et/ou les plus importants. Devaient y figurer également aussi le lieu d'implantation du poteau et la désignation de la route.

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    —Localisation : sur l'un des murs de la mairie, devant l'église ( MAPS) à son angle ouest.

    — Signalétique : cette plaque indique le Chemin d'intérêt commun n°21 de Landivisiau à Cléder.

    Les chemins vicinaux classés incluent les chemins de grande communication ou "CGC", les  chemins d'intérêt commun ou "C.I.C". et les chemins vicinaux ordinaires. Ils sont gérés grâce aux subventions du Conseil général mais placés sous le contrôle du préfet. 

    Wikisara : Les chemins vicinaux d'intérêt commun (Ic), appelés parfois chemins vicinaux de moyenne communication ou encore chemins collectifs, traversent plusieurs communes. Cette catégorie de chemins apparaît officiellement en 1851 pour les distinguer des chemins de grande communication. Leur développement est lui aussi exponentiel : en 1856, environ 10.000 km sont à l'entretien pour 34.103 km en 1861 et 54.065 km en 1866. Leur entretien est mis à la charge des communes traversées avec éventuellement l'aide du Conseil Départemental.

      — L'itinéraire.

      Cléder est séparé de Landivisiau de 22 km environ. La Carte de Cassini (fin XVIIIe) montre que la route principale (la seule indiquée) va de Landivisiau à St-Pol-De-Léon en passant par Lambader sans desservir "Guicourvest" (Plougourvest) . La carte d'Etat Major (1820-1866) montre que cette dernière route est devenue une Route Départementale, mais Plougourvest est le centre d'un réseau en étoile de six à sept chemins, dont celui qui "descend" verticalement vers Landivisiau au nord, et celui qui monte vers le nord-nord-ouest et Plouzévédé. Le Scan 50 de 1950 montre cet axe fièrement tracé en rouge en blanc. 

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      Plaque de cocher du chemin d'intérêt commun Cléder-Landivisiau n° 21 à Plougourvest. Photographie lavieb-aile août 2017.

      Plaque de cocher du chemin d'intérêt commun Cléder-Landivisiau n° 21 à Plougourvest. Photographie lavieb-aile août 2017.

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      Plaque de cocher du chemin d'intérêt commun Cléder-Landivisiau n° 21 à Plougourvest. Photographie lavieb-aile août 2017.

      Plaque de cocher du chemin d'intérêt commun Cléder-Landivisiau n° 21 à Plougourvest. Photographie lavieb-aile août 2017.

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      LES AUTRES PLAQUES DE MA RÉCOLTE :

      La chasse aux plaques de cocher est un jeu réellement très amusant, et la découverte d'une nouvelle plaque est un événement très excitant.

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      29 août 2017 2 29 /08 /août /2017 22:00

      Les crossettes des maisons du XVIe et XVIIe siècle de Roscoff.

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      Cet article appartient à une étude des crossettes du Finistère destinée à permettre des comparaisons et à dégager des constantes stylistiques et thématiques. On consultera sur ce blog :

       

      L'église Sainte-Marie-Madeleine de Dinéault VII. La crossette.

      L'église de Guipavas I. Les crossettes.

      L'enclos paroissial de Pencran I. Les crossettes du porche (1553).

      L'enclos paroissial de Brasparts. II. Le clocher et ses gargouilles. L'ossuaire et les crossettes.

      La Collégiale Notre-Dame du Folgoët VI : les crossettes du Doyenné.

      L'enclos paroissial de Dirinon. I. Les crossettes.

      La charmante petite sirène de Saint-Urbain (29).

      L'enclos paroissial de Lannédern I. Les sculptures extérieures : le calvaire, l'ossuaire et les crossettes.

      Sculpture sur pierre de l'église de l'Hôpital-Camfrout : les gargouilles et crossettes du clocher, et la façade.

      Sur la piste des crossettes de Landerneau.

      Les sculptures extérieures de l'enclos paroissial de Sizun (29).

      Le porche de l'église de Landivisiau. I. L'extérieur.

      Les Sirènes et Démones de l'église de Sizun (29).

      L'église Notre-Dame de Rumengol.  V : les gargouilles et crossettes. 

      L'église Saint-Salomon de La Martyre. IV. L'ossuaire, les inscriptions et les crossettes.

      Les sculptures sur pierre de l'abbatiale de Daoulas.

      Les crossettes de l'église Notre-Dame-de-Croas-Batz à Roscoff (1522-1545).

      La chapelle Notre-Dame de Berven en Plouzévédé III. Les crossettes (1573-1579).

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      PRÉSENTATION.

      L'un des charmes de la ville de Roscoff provient du fait qu'elle a conservé une partie des maisons d'armateurs et de négociants construites dans la seconde moitié du XVIe siècle, en bord de mer entre l'église de Croas-Batz et le port, si bien qu'en 1606 la ville comptait 450 maisons. La base Mérimée de la direction de l'Architecture et du Patrimoine en recense une vingtaine, dont certaines ont été classées, et dont on connaît parfois le premier propriétaire. J'emprunte les descriptions suivantes :

       

      — 10 rue Albert de Mun: actuel presbytère : 2ème moitié XVIe

       18, rue Albert de Mun : 1582 

      "la maison  a été construite par Mathieu Le Hir du Carpont et de Keramanach, marchand-armateur appartenant à une riche famille du Léon. La construction de la maison correspond aux opérations de lotissement des terrains entourant Notre-Dame de Croas-Batz. Cette maison, à l'origine à un étage carré, ne comprenait qu'une grande pièce par niveau, avec une cheminée sur chacun des murs-pignons. Cette disposition correspond à une fonction commerciale. Agrandie en 1749 par la création de la maison adjacente située au 16 de la même rue, elle semble n'avoir plus à cette époque qu'une fonction résidentielle . inscription par arrêté du 6 novembre 1997"

      — 79 rue Albert de Mun:  2ème moitié XVIe

       

      — 12 rue Amiral-Courbet : 

      "1ère moitié 16e siècle Maison probablement d'armateur de la 1ère moitié du 16e siècle. Marques de marchands disparues. A l'origine située au bord de la grève en face de l'ancien port. Lucarnes modernes"

      — 9 rue de l'Amiral-Réveillère, 1560.

       "Cette maison de négociant est longée par le chemin de servitude pour aller à la mer qui baigne les fondations et les murs du jardin. Elle fut bâtie lors de l'opération d'urbanisme que connut le quartier au 16e siècle ; le logis, construit vers 1560, est desservi par un escalier hors-oeuvre en façade postérieure ; il fut agrandi au 17e siècle (aile nord le long du chemin) et orné de lambris au 18e siècle. Dans la salle du rez-de-chaussée, à l'ouest, on voit sur le linteau de la cheminée un écu entre deux lions sculptés en faible relief ; l'écu, ne portant pas d'armoiries, est sans doute une marque de marchand. L'intérêt de cette maison réside également dans ses vastes caves voûtées en berceau qui servaient à entreposer tonneaux et marchandises diverses."

      — 19 rue de l'Amiral-Réveillère, 1570

      "Selon la légende, Marie Stuart aurait débarqué à Roscoff en 1545. Une chapelle dédiée à Saint-Ninien aurait été élevée à l'emplacement de ce débarquement, située entre deux maisons dites de Marie Stuart. La porte et les fenêtres de la chapelle Saint-Ninnien, du 1er siècle (démolie) , ont été réédifiées sur la maison du 16e siècle. La façade sur rue est un bon exemple de l'architecture urbaine du 16e siècle dans le Léon." "Corps de logis construit vers 1570. corps de logis nord avec latrines en encorbellement et escalier extérieur datent de la 1ère moitié 17e siècle armes de marchand ou d'armateur"

      — 22 rue de l'Amiral-Réveillère, 1607

      "La partie la plus ancienne du bâtiment est le corps de logis parallèle à la rue de la Réveillère présentant, en arrière, une tourelle d'escalier qui doit dater du 16e siècle. L'édifice a été modifié par l'adjonction de deux ailes en retour datant du 17e ou 18e siècle. Cet ensemble est l'un des derniers témoignages de l'architecture roscovite de la fin du 16e et du début du 17e siècle. inscription par arrêté du 20 mai 1975"

      — 22 rue de l'Amiral-Réveillère,

      Maison construite pour le marchand Olivier le Maigre ou Treut pendant la 2e moitié du 16e siècle. Ailes latérales 17e siècle inscrit MH 1975 :

      — 25 rue de l'Amiral-Réveillère,  cf infra.

       

       

      — 2 rue Armand Rousseau : 1603.

      Logis commandée dans les années 1570 - 1600 par un négociant ; la lucarne décorée porte la date 1603.

      — Rue Edouard Corbière, 1604.

      Maison de négociant  dite maison Kerjeffic datée 1604 ;

      — 31 rue Gambetta, 2ème moitié du XVIe siècle.

      "Maison construite pendant la 2e moitié du 16e siècle pour un armateur ou un marchand. A l'origine, accès direct au port de Roscoff. Latrines en encorbellement"

       

       

       


       

      — Passage Louis Noir :

      "La maison du passage Louis-Noir est une extension fin 16e-début 17e siècle d'une maison plus ancienne (du début du 16e siècle) qui subsiste, en l'espèce d'un mur mitoyen et de la cave, aujourd'hui éléments de la propriété du 9 rue Gambetta (parcelle cadastrée AC 339). Du corpus connu des maisons de négociants roscovites, elle est seule, avec celle du 25 rue Amiral-Réveillère, dite de Marie Stuart (notice Mérimée PA00090403) , à posséder une galerie dans la cour intérieure. Elle affirme son originalité par l'existence d'une galerie supérieure et la diversité des décors de ses chapiteaux de colonnes et colonnettes. Cette maison participe également au système de défense portuaire : anciennement en bordure de grève, elle est pourvue d'une échauguette dans un de ses angles."

       

       

      — 8 rue Louis Pasteur :

      " Ancienne maison d'armateur ou de marchand construite entre 1550 et 1600 ; parties hautes transformées au 19e siècle". 

      — 19 place Lacaze Duthiers Maison de marchand ou d'armateur construite entre 1550 et 1600. Ancien four à pain 

      " Ensemble de deux maisons de marchands ou d'armateurs construit entre 1550 et 1600. Domicile temporaire d'Edouard et de Tristan Corbière vers 1860. Création de la station biologique en 1872. Transformations, aménagement de la bibliothèque, de l'aquarium et du vivier peu avant 1900. Construction de nouveaux laboratoires et création du centre d'océanographie et de biologie marine du C.N.R.S. entre 1953 et 1971. Buste d'Yves Delage (1854-1920) , directeur, effectué par F. Sicard"

       

      — La "maison Galliard" , maison du XVIe au 23bis place Lacaze-Duthiers (actuellement chambres d'hôtes Un balcon sur la mer). En réalité, la maison, placée devant l'église,  aurait été (re)construite par les familles Galliard et Vickers,  en style néo-gothique en 1905, comme en témoigne les clichés de l'album de Blanche Galliard, née Vickers (Sheffield, 1861-Roscoff 1930). Blanche Vickers avait épousé en 1886 à Florence Lucien Gallard, médecin à l'hôpital Lariboisière et ami de Babinski et Brissaud. Elle est la fille d'un industriel de l'acier (cloches), Naylor Vickers, et la  mère du parasitologue Henri Galliard. 

       Sur la façade de cette maison, une sculpture représente un personnage bossu, marin paysan, tenant dans sa main une tresse. Cette sculpture constitue la toute première représentation des marchands d’oignons dans l’espace public breton.

       

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      Selon Jean Tanguy, 

      "C'est de l'époque du règne d'Henri IV que datent également la plupart des maisons anciennes, ornées de lucarnes monumentales. Dans la conception des ouvertures, l'anse de panier fit place vers la fin du XVIe siècle, à l'arc de cercles ou plein cintre. Aujourd'hui, rares sont les maisons qui ont conservé leur physionomie originale : portes basses et cintrées, hauts pignons avec des lucarnes ornées d'entrelacs, de pilastres et de figures grimaçantes." Page 37

      Les lucarnes sculptées.

      Elles sont présentées aux visiteurs par un panneau émaillé placé rue Amiral-Réveillère. On y lit (les liens sont de moi, bien-sûr) :

      "Le mot lucarne vient du latin lux, lucis, "lumière". Le Dictionnaire de la Technologie de la pierre de taille de Pierre Noël 1994 donne comme définition : "petite fenêtre fabriquée au toît d'une maison pour donner du jour aux greniers, aux combles". 

      Au XIIIe siècle, on releva les toitures,  de sorte que l'on put aménager des pièces habitables dans les combles. Il fallu imaginer un système pour les éclairer : les LUCARNES étaient nées !

      À Roscoff, une des richesses du patrimoine bâti tient en la conservation d'un grand nombre de lucarnes qui caractérisent fortement l'architecture de la cité. la variété de leur décor témoigne d'une ornementation particulièrement soignée. Bon nombre d'entre elles sont du type "lucarne flamande", c'est à dire en maçonnerie couronnée d'un fronton et datent du XVIe siècle, époque de l'âge d'or du commerce maritime et de la prospérité des négociants. 

      Certaines ne sont plus à leur emplacement d'origine, ayant été démontées puis remontées sur d'autres demeures". D'aucuns les appellent "lucarnes baladeuses".

      Je ne suis pas convaincu par l'emploi du terme de "lucarnes flamandes", qui se caractérisent par leurs rampants crénelés de redans.

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      Plaque émaillée de la ville de Roscoff, rue Amiral-Réveillère. Photographie lavieb-aile août 2017.

      Plaque émaillée de la ville de Roscoff, rue Amiral-Réveillère. Photographie lavieb-aile août 2017.

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      Par contre, les dessins de ce panneau permet de localiser les CROSSETTES.

       

      Plaque émaillée de la ville de Roscoff, rue Amiral-Réveillère. Photographie lavieb-aile août 2017.

      Plaque émaillée de la ville de Roscoff, rue Amiral-Réveillère. Photographie lavieb-aile août 2017.

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      Mais la seule photo qui montre une lucarne à crossettes, la première en haut à gauche, porte la légende "Place Lacaze-Duthiers". Or, cette lucarne se trouve aujourd'hui au 32 rue Amiral-Réveillère : un flagrant délit de "lucarnes baladeuses" ! Par contre, je n'ai pu trouver à quel numéro de la place Lacaze-Duthiers se trouvait la lucarne initialement.

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      Détail de la plaque émaillée de la ville de Roscoff, rue Amiral-Réveillère. Photographie lavieb-aile août 2017.

      Détail de la plaque émaillée de la ville de Roscoff, rue Amiral-Réveillère. Photographie lavieb-aile août 2017.

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      Parmi ces lucarnes, j'ai retenu celles qui comportaient des crossettes figurées. J'en ai découvert deux, comportant chacune deux crossettes, sur deux maisons de la même rue, au 32 et au 25 de la rue Amiral-Réveillère, qui relie le port avec l'église. 

      Au 32 rue Amiral-Réveillère on découvre trois crossettes : sur la lucarne, un homme buvant (?) et un dragon ailé. Sur le rampant du pignon, un lion.

      En face, au 25 rue Amiral-Réveillère, nous sommes gratifiés par deux autres crossettes : un dragon et un lion.

      En somme, les armateurs et négociants n'ont fait preuve d'aucune originalité et particularité dans le choix du décor des lucarnes, car ils ont repris les trois figures les plus fréquentes des crossettes du Finistère, le lion, le dragon et l'homme. Ils n'ont marqué ni le caractère maritime de leur activité (à la différence des nefs sculptés sur les murs de l'église), ni le caractère civil (non religieux) de leur demeure. On pourrait même dire qu'ils se sont inspirés des modèles que leur proposait l'église et les ossuaires de l'enclos paroissial, et plus largement de l'ensemble des sanctuaires bretons construits à la même époque ou auparavant.

      Les maisons de Roscoff ne sont pas, tant s'en faut, les seuls bâtiments civils à orner leurs lucarnes de crossettes, puisque, par exemple, de nombreuses maisons de Landerneau (un autre grand port de commerce du XV et XVe siècle) en conservent de beaux exemples. 

      Il n'y a donc pas de spécificité de l'iconographie des crossettes entre architecture civile et architecture religieuse au XVIe siècle. Les lions, les dragons et les êtres humains des hauteurs des édifices exercent le même rôle symbolique dans les deux cas : celui d'une protection contre la mort soudaine, ou de mise en garde vertueuse contre les conduites peu chrétiennes.

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      1°) Le 32 rue Amiral-Réveillère.

      Cette maison abrite aujourd'hui les locaux du Crédit Agricole. Carte MAPS.

      La maison  (granite, seconde moitié XVIe) du 32 rue Amiral-Réveillère à Roscoff. Photographie lavieb-aile août 2017.

      La maison (granite, seconde moitié XVIe) du 32 rue Amiral-Réveillère à Roscoff. Photographie lavieb-aile août 2017.

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      La lucarne.

      Cette maison  est sommée par une lucarne à l'aplomb de la façade. Au centre, une fenêtre à meneau est soulignée par une double accolade. Au dessus, on voit l'ouverture carrée qui témoigne sans-doute de l'existence d'une potence permettant de hisser les marchandises ou les denrées dans le grenier.

      Le rampant à crochet est sommé par un fleuron, et amorti par deux crossettes.

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      Lucarne  (granite, seconde moitié XVIe) de la lucarne du 32 rue Amiral-Réveillère à Roscoff. Photographie lavieb-aile août 2017.

      Lucarne (granite, seconde moitié XVIe) de la lucarne du 32 rue Amiral-Réveillère à Roscoff. Photographie lavieb-aile août 2017.

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      L'homme buvant.

       

      La crossette gauche est un homme, à cheveux mi-longs (à la mode bien avant le règne de Henri IV et même de  ses prédécesseurs immédiats), coiffé d'un bonnet, dont le bras gauche est tendu vers la jambe repliée dans la posture très habituelle de l'homme empoignant sa cheville (voir deux exemples sur les crossettes de l'église de Roscoff).  

      La main droite tient un objet oblong. J'y vois une chopine, et je fais de ce personnage une figure de l'homme s'adonnant à la boisson, l'une des représentations très habituelles du Vice, avec le Goinfre, l'Acrobate, la Coquette (et son miroir), ou le ou la Lubrique. Sa conduite déréglée l'expose à la mauvaise mort, sans les secours de l'Église, et donc à la perdition.

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      Homme buvant. Crossette (granite, seconde moitié XVIe) de la lucarne du 32 rue Amiral-Réveillère à Roscoff. Photographie lavieb-aile août 2017.

      Homme buvant. Crossette (granite, seconde moitié XVIe) de la lucarne du 32 rue Amiral-Réveillère à Roscoff. Photographie lavieb-aile août 2017.

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      Comparaison avec l'homme de la face sud de l'église de Roscoff :

       

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      Ou avec l'homme (buvant ?) de la face nord de l'église de Roscoff :

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      Le dragon ailé.

      Ce dragon est ailé, ses pattes reposent sur un appui (un os ??), sa queue forme un entrelacs .

      Selon mon interprétation, il représente la puissance de la Mort, terrifiante mais bienveillante avec le bon chrétien, dans une sorte de fonction apotropaïque (qui détourne le mauvais sort). 

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      Dragon ailé. Crossette (granite, seconde moitié XVIe) de la lucarne du 32 rue Amiral-Réveillère à Roscoff. Photographie lavieb-aile août 2017.

      Dragon ailé. Crossette (granite, seconde moitié XVIe) de la lucarne du 32 rue Amiral-Réveillère à Roscoff. Photographie lavieb-aile août 2017.

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      Comparaison avec un des dragons de l'ossuaire de l'église :

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      ou avec le dragon de l'angle sud-est de l'église de Roscoff :

       

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      b) Le rampant du pignon : un lion.

      Lion. Crossette (granite, seconde moitié XVIe) du pignon  du 32 rue Amiral-Réveillère à Roscoff. Photographie lavieb-aile août 2017.

      Lion. Crossette (granite, seconde moitié XVIe) du pignon du 32 rue Amiral-Réveillère à Roscoff. Photographie lavieb-aile août 2017.

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      Le lion.

      Sa gueule est grand ouverte, sa crinière couvre son dos comme une courte pèlerine, des pattes antérieures et postérieures se rejoignent en prenant appui sur un objet qui est mieux identifiable ailleurs (Le Tréhou, par ex.) et qui est un os. Il ne brille lui non plus par son originalité, sauf par un détail. Sa queue, dont on voit le relief en demi-jonc en arc sous le ventre, semble doublée par un long  appendice trifide mais à la pilosité en peigne ou en plume qui s'étend derrière lui.

      Comme le dragon, il montre la puissance de la Mort. 

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      Lion. Crossette (granite, seconde moitié XVIe) du pignon  du 32 rue Amiral-Réveillère à Roscoff. Photographie lavieb-aile août 2017.

      Lion. Crossette (granite, seconde moitié XVIe) du pignon du 32 rue Amiral-Réveillère à Roscoff. Photographie lavieb-aile août 2017.

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      2°) Le  25 rue Amiral-Réveillère.

      Carte MAPS. et  Steet View rue Parmentier.

      https://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:Roscoff_(29)_Rue_Amiral_Reveill%C3%A8re_n%C2%B025.JPG

      Je peux m'assurer que celle-ci n'est pas une "lucarne baladeuse", car elle est visible sur une carte postale ancienne titrée La chapelle commémorative du débarquement de Marie Stuart.

      Cette lucarne est la sœur jumelle  de la précédente, sur une maison  placée aujourd'hui presque immédiatement en face, dans la même rue. Elle en a la fenêtre à meneau et accolade double, le fleuron sommital et les rampants à crochets.

      Cette maison est décrite par L'Inventaire ainsi dans la base Mérimée :

       "L'ancienne chapelle était considérée comme construite à l'emplacement du débarquement de Marie Stuart en 1548 au moment de ses fiançailles, mais datait plus certainement du 15e siècle. Elle se composait d'un rectangue percé de baies à meneaux, ainsi que d'une porte à l'ouest et une au midi. Au nord de la chapelle se trouve une maison dite de Marie Stuart, dont la cour intérieure est entourée d'un portique surmonté d'un étage d'habitation. Maison (cad. AC 324) : classement par arrêté du 21 février 1914 ; Porte et fenêtres de la chapelle Saint-Ninnien, dite de Marie Stuart, démolie, réédifiées sur la maison (cad. AC 324) : inscription par arrêté du 3 décembre 1930

      Maison construite en 1561 pour François Geffroy ou Jaffres, marchand et gouverneur de l'église de Roscoff, habitant à l'île de Batz, sur un terrain acheté à l'évêque de Saint-Pol-de-Léon en 1560. Remises et celliers à arcades. Intérieur inaccessible ;  échauguette"

      Voir photos associés 

       Ces données permettent de dater avec précision (en 1561) la lucarne et ses deux crossettes. Et, par similitude de proposer de dater la lucarne précédente d'une date identique, au début du règne de Charles IX.

      Rappel historique avec Wikipédia .

      Le port prospère grâce à l'importation chaque hiver de graine de lin  de Courlande via Anvers, principalement par des navires de Lübeck qui en ont le monopole dans la Baltique, des graines de lin récoltées au milieu de l'été en Lituanie et choisies exclusivement par la « manufacture » toilière des crées du Léon. Toutes celles des parties de l'arrière-pays qui sont impropres à la culture du blé forment alors une zone de production de renom international, la seconde en France après la région de Rouen. Développée lentement durant la seconde moitié du xve siècle, elle connait un boom à la Renaissance avec l'ouverture du marché anglais. La blancheur de cette toile de lin est appréciée pour faire du linge et sa régularité pour faire des voiles. Les toiles étaient réexportées du port de Morlaix, qui disposait d'un privilège, sur toute la côte atlantique jusqu'à l'Espagne d'où étaient importés au retour vin et huile, via Bilbao puis à partir de 1530 Séville, et au Portugal ainsi que leurs nouvelles colonies. Dans ce réseau, Roscoff, à côté d'une activité interlope séculaire, devient le principal marché des semences de lin. Son bureau de contrôle, sous l'autorité du juge des Requaires, les fait distribuer par des commissionnaires dans le haut Léon qui produit la rosconne et sa marque finira par en monopoliser au xviiie siècle le réacheminement via les succursales installées dans les ports du Trégor, d'où sortent les gratiennes, et de Penthièvre, où sont produites les Bretagnes.

       Comme partout en Léon, le capital accumulé est sacrifié [sic] à des constructions religieuses de prestige. Notre-Dame de Croaz Vaz est érigée entre 1522, année du saccage de Morlaix par les Anglo-espagnols, et 1545. La chapelle Saint-Ninien est construite à l'initiative de l'évêque et reçoit en 1538 l'assemblée capitulaire du minihy de Léon. Le 18 août 1548, la ville nouvelle accueille à son débarquement, le temps d'une prière, Marie Stuart, reine d'Écosse âgée de cinq ans et promise au Dauphin François pour réactiver l'Auld Alliance.

      Un an plus tard, le Parlement de Bretagne accède à la demande du bourg de devenir une paroisse indépendante du minihy de Léon (dont le siège se trouve à Saint-Pol-de-Léon) puis, en 1550, alors que les représentants de l'ordre ancien Claude de Coetlestremeur, seigneur de Penmarc'h, et Jean de Kermellec, commandant du château du Taureau, se livrent à la piraterie sur les côtes du Léon et que la Réforme est au cœur des préoccupations, le roi Henri II l'autorise à sa doter d'une milice municipale d'arquebusiers. 

       Le xviie siècle, âge d'or des armateurs

      De 1560 jusqu'à la fin du xviie, les terrains autour de l'église sont lotis par l'évêque-comte à des investisseurs du Léon, tels François Jaffres, marchand et gouverneur de l'église de Roscoff, en 1561 ou Olivier Le Maigre, pour construire des hôtels de négoce qui deviendront des résidences au xviiie siècle. Ils sont construits pour la seule traite, tel l'hôtel de Mathieu Le Hir du Carpont et de Keramanach en 1582, ou pour servir en sous sol de magasin, voire de maison fortifiée, telle celle du corsaire Chrétien Le Pappe qui eut à se défendre en 1592 contre le régiment paysan de la Sainte Union de Morlaix conduit par Bras de Fer. Ceux des bâtiments qui donnent, ou donnaient, sur le rivage participent au système défensif de la ville."

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      25 rue Amiral-Réveillère à Roscoff. Photographie lavieb-aile août 2017.

      25 rue Amiral-Réveillère à Roscoff. Photographie lavieb-aile août 2017.

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      La lucarne.

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      La lucarne du 25 rue Amiral-Réveillère à Roscoff. Photographie lavieb-aile août 2017.

      La lucarne du 25 rue Amiral-Réveillère à Roscoff. Photographie lavieb-aile août 2017.

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      Le dragon. 

      Son corps est couvert d'écailles ou de pustules, sa queue s'entortille en faisant des nœuds savants, on devine une aile nervurée, il a donc tout du dragon de bonne extraction. Par contre, sa façon de tenir un ballon dans sa gueule comme le chien-chien et le bon toutou n'a rien d'orthodoxe : il faudra qu'il y renonce à jouer à super balle s'il veut faire un beau mariage dans la prestigieuse famille des monstres.

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      Le dragon, crossette de la  lucarne du 25 rue Amiral-Réveillère à Roscoff. Photographie lavieb-aile août 2017.

      Le dragon, crossette de la lucarne du 25 rue Amiral-Réveillère à Roscoff. Photographie lavieb-aile août 2017.

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      Le lion.

      c'est une fois de plus un lion de crossette, avec cette habitude  de faire passer sa queue entre les pattes pour se balayer le dos avec son plumeau. 

      J'en ai plein comme ça sur l'église de Roscoff.

       

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      Le lion, crossette de la  lucarne du 25 rue Amiral-Réveillère à Roscoff. Photographie lavieb-aile août 2017.

      Le lion, crossette de la lucarne du 25 rue Amiral-Réveillère à Roscoff. Photographie lavieb-aile août 2017.

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      . SOURCES ET LIENS.

      — TANGUY (Jean)  1975, Le port et havre de Roscoff: ou, Histoire d'une vocation maritime, Éditions des Paludiers, 116 pages

      — INVENTAIRE GENERAL DU PATRIMOINE CULTUREL

      http://www.culture.gouv.fr/public/mistral/merimee_fr?ACTION=CHERCHER&FIELD_1=INSEE&VALUE_1=29239

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      Published by jean-yves cordier - dans Gargouilles et crossettes
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      27 août 2017 7 27 /08 /août /2017 09:27

      Le gisant (kersanton, 1460) de Jean de Kerouzéré en l'église de Sibiril (Finistère) par le Maître du Folgoët (1423-1509).

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       "Les tombeaux de saints très populaires et de membres de l'entourage princier témoignent de la volonté du pouvoir ducal sous Jean V de mettre l'art à son service. On peut penser que les commandes adressées en ces circonstances laissent une faible marge de manœuvre aux artistes" (Le Seac'h p. 91)

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      — Sur les gisants, voir aussi ici :

      et aussi :

      -- Le gisant du seigneur de Liscoët en Botquélo (22), limite XIV-XVe.

      -- Le gisant de Perronelle de Boutteville et Bertrand de Trogoff (église Notre-Dame-de-l'Assomption au Faouët par l'atelier du Folgoët.  Début XVe, granite, h. 1,70, 1. 0,86. Gisants représentés sur un lit funéraire : à gauche, personnage masculin (Bertrand de Trogoff?), coiffé en calotte, vêtu d'une armure; à droite, personnage féminin (Perronnelle de Boutteville,?) portant une coiffure à cornes.

      -- Le tombeau de saint Ronan dans la chapelle du Pénity de l'église de Locronan, partiellement par l'atelier du Folgoët.

      -- Le tombeau de saint Jaoua à Plouvien par l'atelier du Folgoët.

      --Le tombeau du chanoine de Nantes Laurent Richard en l'église de Plouvien vers 1555.

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      — Sur les réalisations de l'atelier ducal  du Folgoët entre 1423 et 1509, voir :

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      Ce tombeau a été superbement décrit par Emmanuelle Le Seac'h dans sa thèse, publiée en 2014. Je ne saurai mieux rendre hommage à la qualité de son travail qu'en citant sa description (en retrait et entre guillemets), qui est un modèle du genre.

      PRÉSENTATION.

      C'est "un tombeau à élévation droite sur lequel repose un gisant, mesurant  0,95 m de haut, 2,21 m de long et 0,50 m de profondeur" (inventaire général du patrimoine). Il occupe le coté sud de l'église de Sibiril, à 1 km au sud du château de Kerouzéré (Maps). On demandera les clefs à la Mairie. Mais si, comme moi, vous oubliez votre matériel photo après avoir glissé les clefs dans la boite à lettre de la mairie en fin de journée, sachez qu' une habitante demeurant sur la place en possède un double. Merci à la très aimable bouchère-charcutière qui m'a donné ce renseignement et m'a permis de récupérer mon pied télescopique.

       

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      "À Sibiril, dans l'église Saint-Pierre, qui est très commune, se cache un tombeau du premier atelier du Folgoët [1423-1468] d'une excellente facture. Appuyé contre un pilier séparant la nef du bas-coté sud, il est constitué d'une dalle qui repose sur un coffre formé de deux plaques latérales divisées chacune en quatre panneaux et d'une petite sous la tête du gisant. [...] Le tombeau s'inspire de celui du seigneur de Liscoët à Boquého, paroisse près de laquelle Jean de Kerouzéré avait hérité de la terre d'Avaugour en Plésidy (Copy, 1986)" (Le Seac'h)

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      Jean de Kerouzéré, mort en 1460 sans héritier mâle, était échanson de duc Jean V. Il participa au siège de Champtoceaux le 5 juillet 1420. En récompense, il reçut les faveurs du duc.


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      a) Le duc Jean V captif à  Champtoceaux . 

      Le 13 février 1420, la famille de Penthièvre invite son rival Jean de Montfort (le duc Jean V) sur ses terres et l'enlève. Le duc est détenu à Champtoceaux, puis promené en France de prison en prison.

      Durant la Guerre de Succession de Bretagne entre Penthièèvre et Montfort, Marguerite, fille du connétable Olivier V de Clisson et dame de Champtoceaux est la prétendante des Penthièvre. Elle aspire au titre de duchesse de Bretagne, et avec l'aval du dauphin, le futur Charles VII, elle capture Jean V de Bretagne par la ruse et l'enferme dans la Tour du Diable de sa citadelle de Châmptoceaux.  Le siège de 1420 de Champtoceaux  s'étalant sur près de 3 mois,  se termine par la victoire de l'armée du duc de Bretagne. Au terme du siège, le château et la ville sont totalement rasés par les forces bretonnes. Le prisonnier libéré fera démanteler totalement la citadelle avec interdiction de reconstruire à l'intérieur de l'enceinte. 

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      b) Le duc Jean V récompense les membres de la noblesse qui lui ont assuré leur appui et ont permis sa délivrance.

      La petite noblesse se caractérise dans son ensemble par sa fidélité aux Montfort. Par le domaine ducal, le duc est parfaitement implanté dans tout le duché et possède de très nombreux vassaux. Par ailleurs, les faibles revenus d'une grande partie de la petite noblesse l'obligent à servir le duc pour rehausser son niveau de vie, dans la garde, l'armée et l'administration. (Coativy) Parmi les anoblis ou les familles fraîchement enrichis par la faveur ducale, on compte les Kerouzéré.  En l'espace de deux générations, cette famille passa de la moyenne à la haute noblesse, grâce aux faveurs du duc et se paye un château de pierre, une haute justice (1445) et des foires. En 1457, le duc Arthur III donne ainsi "congé au sire de Kérouzéré de fortifier la place et la maison de Kérouzéré". Puis en 1459 et 1468, François II accorde deux mandements ducaux relatifs à la fortification de Kérouzéré.

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      Preuves de Dom Morice coll. 1094 Donation faite par le Duc à Jean de Kerouzéré, son eschanson: 

      "Jehan par la grâce de Dieu Duc de Bretaigne, comte de Montfort et de Richemond...salut. Comme aucunes fois nous bien acertennez des bons & notables services que nous avaient faictz nostre bien amé & féal Conseiller Eon de Kerouzeré nostre President, & nostre bien amé & féal Escuier & Eschanson Jean de Kerouzéré filz dudit Eon, & en special au faict du recouvrement de nostre personne prinse & empeschée par très-faulce & desloyale trahison par Olivier de Blays, & Charles son frère, & au vengement de celle trahison, scavoir ledit Eon en conseillant & adverissant & faisant les dilligences qu'il pouvait faire, & ledit Jean employant son corps en péril & adventure, lui accompagné de plusieurs de ses amis en guerre que avoeint faicte nos bons, vrais & loyaux cousins, féaux subjectz de nos Barons, Chevaliers & Escuyerrs ausd. De Blays, & à leur mère soustenant ceste trahison, tellement mercy à Dieux que par les dilligences que avoeint faicyte nos dits cousins, féaux & subjectz la delivrance de nostre personne s'estoit ensuivie, desquelz services & à bon droicts nous nous tenions pour bien contens, & encore faisons : ...desirant l'avancement de nostredit Escuyer & Eschanson, à luy & à ses hoirs masles procréés ou à procréer en mariage en perpetuel à jamais à héritaige cinquante livres de rente, vallentes & levantes chacun an à jamais sans faillir ; & avecques cinquante livre de rente vallentes et levantes chacun an à la vie dudit Jean tant seulement à estre assises et assignées audit Jean en la chatellenie de Chastelaudren en heritaiges qui furent audit Olivier de Blays....A Vannes le 2 jour de juin l'an 1421."

      "Olivier de Blays" désigne Olivier de Blois, comte de Penthièvre.

      Voir aussi l'Histoire de Bretagne d'Argentré.

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      c) Armorial et Nobiliaire :

       

      "Kerouzéré (de), baron dudit lieu et sr. de Kersauson, en Sibiril, — de Kerménaouet et de Menfantet, en Cléder, — de Trogoff, en Plouescat, — de Kerandraon et de Keraliou, en Plouguerneau, — de Kerdrein, — de Kernavallo, — de Kerangomar, en Taulé, — de Trévéhy et de Tromanoir, en Plouénan. Réformes et montres de 1426 à 1534, dites paroisses, évêché de Léon. Blason : De pourpre, au lion d'argent. Devise : List, list (laissez, laissez).

      Kerouzéré a produit :

      — Eon, président universel de Bretagne en 1390.

      — Jean, son fils, échanson du duc Jean V, qui bâtit le château de Kerouzéré, épousa Constance Le Barbu, dame de Trévéhy.

      — Yvon, conseiller et chambellan du duc François II, en 1462.

      La branche aînée fondue, en 1527, dans Kerimel de Coëtnizan, d'où la baronnie de Kerouzéré a passé par alliance aux Bois-Eon. "

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      d) les titres de Jean de Kerouzéré

      Échanson : ou Premier échanson, puisque les ducs de Bretagne n'eurent que des premiers écuyers et premiers échansons : voir la liste des échansons sur Infobretagne. 

      Écuyer : "Les plus grands seigneurs (du duché de Bretagne) ne prenaient pas d'autre titre que celui d'écuyer, avant d'être parvenus aux honneurs de la chevalerie."  

      Homme d'armesOn doit à Charles VII la constitution de la première armée de métier permanente en Europe, par la grande ordonnance de 1445 qui crée les compagnies d'ordonnance pour former la cavalerie de l'armée de campagne. Sont alors créées 15 compagnies de 100 lances, une lance étant un groupe de 6 hommes : un homme d'armes, qui dirige la lance, un coutillier (fantassin armée d'une coutille, dague qui peut être fixée à une hampe) , trois archers et un page.

      Un homme d'armes est un cavalier : pour combattre, il monte un cheval de guerre ou  coursier, mais il doit posséder aussi un cheval de somme, le sommier, pour porter ses bagages. 

      Pour être homme d'armes, il fallait être bon gentilhomme et avoir au moins quatre quartiers de noblesse.  Une ordonnance de Pierre de Bretagne de 1450 précise les équipements requis pour la montre, selon les richesses estimées allant de 140 à 500 livres de rentes : au minimum, être " en estat et appareil d’homme d’armes pour sa personne, bien armé son corps et bon cheval, avec un coustilleur et un page montez, les chevaulx compétantz,", pour d'autres "brigandines, bonnes salades ou à tout le moins bons paletocs armés de nouvelle façon, sans manches à lesches de fer ou mailles sur le bras, avec bons jusarmes ou arcz s’ils s’en scavent aider" et pour les plus fortunés, trois archers, un jusarmier, un coustilleur et un page " 

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      Dalle du tombeau de Jean de Kerouzéré (vers 1460), kersanton, premier atelier du Folgoët. Église Saint-Pierre à Sibiril. Photographie lavieb-aile août 2017.

      Dalle du tombeau de Jean de Kerouzéré (vers 1460), kersanton, premier atelier du Folgoët. Église Saint-Pierre à Sibiril. Photographie lavieb-aile août 2017.

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      La partie supérieure (dalle ou gisant).

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      "L'homme d'armes se tient les mains jointes, à plat, les manches serrées. Le col de son bliaud remonte haut sur le cou, rigide et échancré au niveau de la pomme d'Adam. Il porte sur les épaules un camail, petite cape sans manches, dont les plis en volutes richement travaillés s'arrêtent au niveau du coude." (Le Seac'h)

      Il me semble que le "bliaud" et le "camail" sont en réalité un seul vêtement, la  "cotte d'armes", ou tabard, sorte de tunique mise au dessus de l'armure et portant des armoiries : Selon Wikipédia, "Aux XVe et XVIe siècles, la cotte trouve sa forme classique, composée de quatre pans inégaux de tissu : deux grands et deux petits, formant les manches. À cette époque, on voit apparaître des cottes à la finalité clairement somptuaire, faites de draps d'or, satins et damas de soie, richement brodées et frangées; cela a pour principale conséquence de rendre le vêtement lourd, rigide et peu commode sur les champs de bataille. De fait, au XVIe siècle, on le retrouve plus dans l'iconographie que sur le front. C'est ainsi le vêtement par excellence du chevalier se faisant représenter en donateur dans les œuvres de dévotion, tableaux, et vitraux."

      La chemise ou la tunique, très ajustée aux poignets, n'apparaît que sous le coude, et au niveau du bassin, sous forme de pointes triangulaires.

      L'écuyer ne porte ni casque, ni gants, ni éperons.

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      Tombeau de Jean de Kerouzéré (vers 1460), kersanton, premier atelier du Folgoët. Église Saint-Pierre à Sibiril. Photographie lavieb-aile août 2017.

      Tombeau de Jean de Kerouzéré (vers 1460), kersanton, premier atelier du Folgoët. Église Saint-Pierre à Sibiril. Photographie lavieb-aile août 2017.

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      La tête du gisant.

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      "La tête du gisant repose sur un coussin dont le moelleux est rendu par une house aux motifs quadrillés. Quatre pompons sphériques dont deux ornés de pampille, parachèvent la décoration soignée.

      Les cheveux du gisant sont coiffés à la manière du Folgoët. Ils partent d'un point sur le haut du crâne et s'étalent en mèches ondulées puis tombent en boucles sur les cotés du visage et s'arrêtent à hauteur de mâchoire.

      Le front est ceint d'un mince bandeau torsadé. Le visage est taillé en ovale avec le philtrum et la fossette mentonnière creusés. Le sillon naso-génien est légèrement creusé. Le nez est droit avec la pointe épaisse. Les yeux bridés en amande sont surlignés de paupières et les arcades sourcilières sont nettes." (Le Seac'h)
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      Tombeau de Jean de Kerouzéré (vers 1460), kersanton, premier atelier du Folgoët. Église Saint-Pierre à Sibiril. Photographie lavieb-aile août 2017.

      Tombeau de Jean de Kerouzéré (vers 1460), kersanton, premier atelier du Folgoët. Église Saint-Pierre à Sibiril. Photographie lavieb-aile août 2017.

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      Les anges.

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      "Deux anges assis posent leurs mains sur le crâne avec délicatesse . Ils sont vêtus d'une aube et d'un manteau dont les pans superposés forment des plis fluides qui laissent à découvert le bout de leurs pieds. Leurs ailes sont repliées dans le dos en forme de coquillage.

      Les deux anges sont coiffés pareillement avec aussi un mince bandeau qui leur enserre le crâne. Leur visage est empreint d'une douceur enfantine avec des joues pleines et rondes, le nez camus. Les lèvres sont sculptées en une moue plus triste pour celui de gauche du gisant, à droite, elle est plus gourmande." (Le Seac'h)

       

       

      Tombeau de Jean de Kerouzéré (vers 1460), kersanton, premier atelier du Folgoët. Église Saint-Pierre à Sibiril. Photographie lavieb-aile août 2017.

      Tombeau de Jean de Kerouzéré (vers 1460), kersanton, premier atelier du Folgoët. Église Saint-Pierre à Sibiril. Photographie lavieb-aile août 2017.

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      Le geste de compassion et de tendresse des deux anges.

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      Tombeau de Jean de Kerouzéré (vers 1460), kersanton, premier atelier du Folgoët. Église Saint-Pierre à Sibiril. Photographie lavieb-aile août 2017.

      Tombeau de Jean de Kerouzéré (vers 1460), kersanton, premier atelier du Folgoët. Église Saint-Pierre à Sibiril. Photographie lavieb-aile août 2017.

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      L'ange de gauche.

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      Tombeau de Jean de Kerouzéré (vers 1460), kersanton, premier atelier du Folgoët. Église Saint-Pierre à Sibiril. Photographie lavieb-aile août 2017.

      Tombeau de Jean de Kerouzéré (vers 1460), kersanton, premier atelier du Folgoët. Église Saint-Pierre à Sibiril. Photographie lavieb-aile août 2017.

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      Le milieu du corps.

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      "Le gisant est revêtu d'un bliaud dentelé et aiguisé dans le bas, resserré à la taille par une ceinture de chevalerie à boucle carrée imitant le métal et décoré sur son pourtour de la devise de la famille inscrite en caractères gothiques : « LIST, LIST » qui signifie « Laissez, laissez »." (Le Seac'h)

      Je trouve dans le dictionnaire de Le Gonidec le verbe leuskel ou lezel « laisser, abandonner » ou encore dilezel, « abandonner, quitter, céder, se désister » :   https://books.google.fr/books?id=YYkCAAAAQAAJ&printsec=frontcover&dq=dictionnaire+breton&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwjPx8iSsffVAhWCVBoKHeDPC4MQ6AEIJzAA#v=onepage&q=laisser&f=false

      Faut-il le comprendre comme un cri de guerre adressé à l'adversaire : "Abandonne ! Abandonne ! " ou bien, ce qui semble mal convenir et être anachronique, comme une injonction personnelle de lâcher-prise ?

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      Tombeau de Jean de Kerouzéré (vers 1460), kersanton, premier atelier du Folgoët. Église Saint-Pierre à Sibiril. Photographie lavieb-aile août 2017.

      Tombeau de Jean de Kerouzéré (vers 1460), kersanton, premier atelier du Folgoët. Église Saint-Pierre à Sibiril. Photographie lavieb-aile août 2017.

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      La ceinture et la devise.

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      Tombeau de Jean de Kerouzéré (vers 1460), kersanton, premier atelier du Folgoët. Église Saint-Pierre à Sibiril. Photographie lavieb-aile août 2017.

      Tombeau de Jean de Kerouzéré (vers 1460), kersanton, premier atelier du Folgoët. Église Saint-Pierre à Sibiril. Photographie lavieb-aile août 2017.

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      Les armes.

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      "Il est équipé de genouillères et de solerets et est fortement armé avec une épée sur la hanche gauche, dans son fourreau, maintenue par une lanière passée dans la boucle de la ceinture, un sabre posé à plat entre ses jambes et une dague glissée sous la ceinture du coté droit dans une bélière* ronde qui en accueille la garde ." (Le Seac'h)

      * bélière : "Anneau servant à suspendre ..., un sabre ou encore la courroie servant à attacher le sabre au ceinturon."

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      Emile Souvestre  emploie en 1836 le terme d'épée portée au coté, de "jacquemart" placée au centre,  "dague" ou "miséricorde" dans sa description du gisant.

      Les deux épées ne diffèrent que par leur taille (plus courte au centre) et par leur garde (avec pommeau en cœur à gauche). Elles sont toutes les deux à double tranchant (excluant le terme sabre, lame à un seul tranchant). La garde est recourbée aux extrémités. Ces lames à profil triangulaire à tranchants larges sont celles d' épées du XVe siècle,  adaptées à l'estoc et à la taille .(l'estoc est l'acte de frapper l'adversaire par la pointe de l'arme, pour le transpercer et menacer ses organes vitaux. la taille est l'acte de frapper avec le tranchant de la lame, et de causer de longues entailles).

      L'une des deux épées  est peut-être plutôt une épée d'estoc, plus longue et  qui fait office de lance, et l'autre l'épée d'armes pour frapper de taille. "Les hommes d'armes des compagnies d'ordonnance avaient l'estoc accroché à un arçon de la selle, la masse d'armes à l'autre, l'épée d'armes à la ceinture, et la lance au poing" (René de Belleval, La panoplie du XVe au XVIIIe)

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      L'épée est portée à gauche, comme le veut l'usage. Je distingue le fourreau et sa chappe (partie haute, triangulaire)   La lanière est bien visible, elle passe dans deux trous de la ceinture. 

       

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      Tombeau de Jean de Kerouzéré (vers 1460), kersanton, premier atelier du Folgoët. Église Saint-Pierre à Sibiril. Photographie lavieb-aile août 2017.

      Tombeau de Jean de Kerouzéré (vers 1460), kersanton, premier atelier du Folgoët. Église Saint-Pierre à Sibiril. Photographie lavieb-aile août 2017.

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      L'épée placée entre les jambes.

      Emile Souvestre la désigne sous le nom de "jacquemart", synonyme rare de braquemard ou braquemart, nom d'une "épée large et courte à deux tranchants" devenu synonyme d'épée depuis Montaigne.

      [Le mot braquemard apparaît au Moyen Âge et proviendrait du mot néerlandais désignant un couteau. Celui-ci devait ainsi être robuste avec une lame courte, large et forte. Il prend la signification d’épée dans la langue française grâce à Michel de Montaigne, qui emploie le mot braquemart pour traduire l’épée des escrimeurs allemands. Par extension, le mot a servi à désigner le pénis en argot.]

      Cette épée très proche de celle portée à gauche mesure une soixantaine de centimètres. Ce qui est particulier, c'est la manière dont la poignée retrousse le bas de la cotte d'armes en deux plis qui lui forment un pavillon. Je ne m'éternise pas.


       

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      Tombeau de Jean de Kerouzéré (vers 1460), kersanton, premier atelier du Folgoët. Église Saint-Pierre à Sibiril. Photographie lavieb-aile août 2017.

      Tombeau de Jean de Kerouzéré (vers 1460), kersanton, premier atelier du Folgoët. Église Saint-Pierre à Sibiril. Photographie lavieb-aile août 2017.

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      Les pieds chaussés de solerets posés sur un lion tenant un os.

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      "Les pieds s'enroulent autour du corps d'un lion couché qui regarde vers lui, les pattes antérieures posées sur un os.

      Cette façon d'enrouler les pieds et le geste des anges posant leurs mains avec sollicitude sur le cousin  et les bras du gisant se retrouvent aussi sur les tombeaux de Haute-Bretagne comme celui du seigneur Guillaume Le Voyer, mort en 1415, inséré dans le nu d'un mur de l'église de Trégomar dans les Côtes d'Armor." (Le Seac'h)

       

      Ce lion est stéréotypé : avec sa gueule débonnaire, sa crinière méchée jusqu'à mi-corps, sa queue passant dans l'entre-pattes et étalant sur le dos son extrémité à trois pointes, et surtout l'os placé entres ses antérieures, c'est le "lion de crossettes", celui qui, à coté du dragon ou de l'Ankou, montre aux fidèles, sur le toit des églises et chapelles, que la mort menace chaque homme, qui doit veiller à s'assurer qu'il ne meure pas en état de péché.

      Cet os n'a rien à voir avec celui qu'aurait dérobé un chien : il affirme la fonction psychopompe du lion, veillant à guider les défunts. 

      Ce lion n'a rien à voir, non plus, avec le meuble héraldique des armes des Kerouzéré, puisqu'on le trouve au pieds de tous les gisants, depuis que l'art funéraire nobiliaire  a été établi par les sculpteurs des tombeaux des ducs de Bourgogne à Champmol.

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      Tombeau de Jean de Kerouzéré (vers 1460), kersanton, premier atelier du Folgoët. Église Saint-Pierre à Sibiril. Photographie lavieb-aile août 2017.

      Tombeau de Jean de Kerouzéré (vers 1460), kersanton, premier atelier du Folgoët. Église Saint-Pierre à Sibiril. Photographie lavieb-aile août 2017.

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      LE SOUBASSEMENT ET ES ARMOIRIES.

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      "Sur ses plaques sont figurées, en alternance, les armoiries de la famille — « de pourpre, au lion d'argent », — un casque orné de lambrequins et d'un cygne pour cimier surmontant un écusson couché figuré d'un lion. L'ensemble figure dans le même ordre des deux cotés, le lion en écu puis le casque, en partant de la tête du gisant. Le lion se retrouve ainsi à onze reprises sur le tombeau, neuf fois sur les trois faces visible du coffre du tombeau, le dixième aux pieds du tombeau, le dernier en bas-relief sur le bliaud de l'homme d'armes." (Le Seac'h)

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      Le coté droit (par rapport au gisant).

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      Coté droit du soubassement du tombeau de Jean de Kerouzéré (vers 1460), kersanton, premier atelier du Folgoët. Église Saint-Pierre à Sibiril. Photographie lavieb-aile août 2017.

      Coté droit du soubassement du tombeau de Jean de Kerouzéré (vers 1460), kersanton, premier atelier du Folgoët. Église Saint-Pierre à Sibiril. Photographie lavieb-aile août 2017.

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      Armoiries du coté droit du soubassement du tombeau de Jean de Kerouzéré (vers 1460), kersanton, premier atelier du Folgoët. Église Saint-Pierre à Sibiril. Photographie lavieb-aile août 2017.

      Armoiries du coté droit du soubassement du tombeau de Jean de Kerouzéré (vers 1460), kersanton, premier atelier du Folgoët. Église Saint-Pierre à Sibiril. Photographie lavieb-aile août 2017.

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      Le premier motif : le blason au cygne.

       

      Il est décrit par Le Seac'h comme "un casque orné de lambrequins et d'un cygne pour cimier surmontant un écusson couché figuré d'un lion". Il reste à remarquer la présence du tortil au dessus du casque, et les étoiles timbrant le lambrequin.

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      Armoiries du coté droit du soubassement du tombeau de Jean de Kerouzéré (vers 1460), kersanton, premier atelier du Folgoët. Église Saint-Pierre à Sibiril. Photographie lavieb-aile août 2017.

      Armoiries du coté droit du soubassement du tombeau de Jean de Kerouzéré (vers 1460), kersanton, premier atelier du Folgoët. Église Saint-Pierre à Sibiril. Photographie lavieb-aile août 2017.

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      Le deuxième motif : le lion

      On regrette l'absence de couleur, car celle du champ du blason des Kerouzéré, le pourpre, est très rare :  elle ne se retrouve en Bretagne que dans trois cas : Kerangomar, Kerouzéré, et Tromanoir.

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      Armoiries du coté droit du soubassement du tombeau de Jean de Kerouzéré (vers 1460), kersanton, premier atelier du Folgoët. Église Saint-Pierre à Sibiril. Photographie lavieb-aile août 2017.

      Armoiries du coté droit du soubassement du tombeau de Jean de Kerouzéré (vers 1460), kersanton, premier atelier du Folgoët. Église Saint-Pierre à Sibiril. Photographie lavieb-aile août 2017.

       

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      2°) Le coté gauche du gisant.

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      Le coté gauche du soubassement du tombeau de Jean de Kerouzéré (vers 1460), kersanton, premier atelier du Folgoët. Église Saint-Pierre à Sibiril. Photographie lavieb-aile août 2017.

      Le coté gauche du soubassement du tombeau de Jean de Kerouzéré (vers 1460), kersanton, premier atelier du Folgoët. Église Saint-Pierre à Sibiril. Photographie lavieb-aile août 2017.

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      3°) Le petit panneau du soubassement, coté tête.

      Il porte le même blason incliné sous un heaume à cygne.

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      Petit coté  du soubassement du tombeau de Jean de Kerouzéré (vers 1460), kersanton, premier atelier du Folgoët. Église Saint-Pierre à Sibiril. Photographie lavieb-aile août 2017.

      Petit coté du soubassement du tombeau de Jean de Kerouzéré (vers 1460), kersanton, premier atelier du Folgoët. Église Saint-Pierre à Sibiril. Photographie lavieb-aile août 2017.

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      SOURCES ET LIENS.

      — Base Palissy : objet classé Monuments historiques 1922/01/28.

      http://www.culture.gouv.fr/public/mistral/palsri_fr?ACTION=CHERCHER&FIELD_1=REF&VALUE_1=IM29000914

      http://www.culture.gouv.fr/public/mistral/palsri_fr?ACTION=CHERCHER&FIELD_1=REF&VALUE_1=PM29001134

      — COPY (Jean-Yves, 1986, Art, société et politique au temps des ducs de Bretagne : les gisants hauts-bretons. Aux amateurs de livre, 294 pages, page 140.

      — INFOBRETAGNE, "Sibiril":

      http://www.infobretagne.com/sibiril.htm

      — LE SEAC'H (Emmanuelle), 2014, Sculpteurs sur pierre en Basse-Bretagne, les ateliers du XVe au XVIIe siècle , 1 vol. (407 p.) - 1 disque optique numérique (CD-ROM) : ill. en coul. ; 29 cm ; coul. ; 12 cm . Note : Index. - Notes bibliogr., bibliogr. p. 373-395 Rennes : Presses universitaires de Rennes , 2014 Éditeur scientifique : Jean-Yves Éveillard, Dominique Le Page, François Roudaut. Pages 91-92.

      — Bulletin SAF 1914 page 18 :

      http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k207714b/f81.image

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      Published by jean-yves cordier - dans Gisants
      commenter cet article
      21 août 2017 1 21 /08 /août /2017 20:27

      Les sablières, les blochets et les statues de l'église Sainte-Pitère de Le Tréhou. I .

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      Voir sur l'église de Le Tréhou :

      Les deux crossettes de l'église Sainte-Pitère de Le Tréhou (vers 1555)

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      —Sur  les sablières bretonnes :

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      A la naissance des Monts d’Arrée, la richesse du Tréhou s’est construite essentiellement grâce à la culture et surtout au tissage du lin entre le XIIIe et le XIXe siècle. La commune était d’ailleurs, comme d’autres, sous l’influence des «Juloded», paysans-marchands acheteurs de lin et revendeurs de toile, attestés dès le XVe siècle. On y dénombrait 27 « kandi », ces abris permettant le rouissage du lin dans un bassin, et 141 métiers à tisser. L’église Sainte-Pitère, construite au 16e siècle, est remaniée au siècle suivant.

      " L'église, en forme de croix latine, comprend une nef de six travées avec bas-côtés et un choeur terminé par un chevet à pans coupés. Au droit de la troisième travée, plus longue, deux chapelles en ailes forment faux transept. L'édifice actuel, du type à nef obscure et lambrissée, date du XVIIe siècle et a été remanié au XVIIIe siècle. Les grandes arcades en tiers-point pénètrent directement dans les piliers octogonaux sans chapiteaux. Dates relevées : 1753 sur le pilier sud du choeur, 1772 dans la nef" (Couffon)

      Mais il faut ajouter que si le clocher porte la date de 1649,  le chevet porte celle de 1555,  le calvaire la date de 1578, la sablière du porche sud celle de 1610. Enfin, la statue du Christ aux liens (infra) est datée de 1547.

      Les sablières Renaissance, les blochets et les statues les plus anciennes de l'église peuvent donc être datées entre 1547 et 1610.

      Je vais faire un tour de l'église, attentif à toutes ses sculptures intérieures, mais les éléments les plus remarquables sont :

      Sablières : les deux licornes (au nord) et la scène de labour (au sud)

      Statues : le Christ aux liens (1547) ; sainte Marguerite ;  les saints Adrien, Sébastien et Roch invoqués contre la peste  ; sainte Pitère.

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      Premier entrait à engoulant  de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

      Premier entrait à engoulant de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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      Le premier entrait à engoulant.

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      Premier entrait à engoulant  de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

      Premier entrait à engoulant de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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      LES BLOCHETS DE LA NEF.

      Ils représentent   tous  des hommes barbus tenant un livre sous le coude, et, la plupart, un bâton brisé (croix ? crosse ? canne ? ). La partie inférieure du corps manque. Ils sont vêtus d'un manteau dont il tienne l'un des pans, et d'un pourpoint à boutons ronds médians. On peut penser aux apôtres, ou à des pèlerins.

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      Blochet de la nef de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

      Blochet de la nef de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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      Blochet de la nef de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

      Blochet de la nef de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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      Blochet de la nef de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

      Blochet de la nef de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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      Blochet de la nef de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

      Blochet de la nef de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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      Blochet de la nef de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

      Blochet de la nef de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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      Blochet de la nef de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

      Blochet de la nef de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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      LES SABLIÈRES ET BLOCHETS DES BAS-COTÉS .

      Les sablières du Tréhou en bois polychrome ne manquent pas d'intérêt, et Sophie Duhem, dans son étude des sablières sculptées de Bretagne de 1997, y a consacré plusieurs pages, soulignant l'intensité des couleurs et surtout l'emploi de la technique du dégradé, comme à Saint-Thomas de Landerneau : des dégradés délicats assurent en effet la transition des tons.

      Deux scènes sont particulièrement remarquables, celle des licornes affrontées tenus par un homme (bas-coté nord) et celle du labour (chapelle du bas-coté sud) à laquelle je consacre un article séparé.

      Mais le déploiement du vocabulaire Renaissance mérite aussi l'attention, avec les mascarons, les cuirs, les putti, les volutes.

       

       

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      Les quatre sablières sculptées du bas-coté nord. N1 à N4.

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      Bas-coté nord de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

      Bas-coté nord de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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      Première sablière sculptée N1 .

      Vue générale.

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      Bas-coté nord de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

      Bas-coté nord de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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      Vue de détail de N1  : main tenant un phylactère AGNUS DEI et ange allongé tenant un panneau muet.

      Dégradés bleu, jaune, rose de la tunique de l'ange.

       

      Première sablière sculptée du bas-coté nord de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

      Première sablière sculptée du bas-coté nord de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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      Deuxième sablière nord : N2. mur ouest de la chapelle du bas-coté nord.

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      Bas-coté nord de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

      Bas-coté nord de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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      Sablière N2 : feuillage, cuir découpé, bande à volute, anges présentant un panneau.

      Note : seule la moitié supérieure est conservée. 

       

      Deuxième  sablière sculptée du bas-coté nord de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

      Deuxième sablière sculptée du bas-coté nord de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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      Troisième sablière nord N3. 

      Vue générale.

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      Bas-coté nord de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

      Bas-coté nord de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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      La sablière N3 : masque animal puis homme tenant les cornes de deux licornes.

       

      "L'origine des modèles ne fait aucun doute : tous [grylles, sirènes, centaures] proviennent de l'imagerie bas-médiévale européenne. Ce que nous avons observé pour la sirène, et qui s'avère valable pour les centaures et les licornes.

      Ces dernières apparaissent sur une trentaine de sablières sous l'apparence commune de chevaux dotés de cornes frontales. Si quelques licornes sont représentées isolées ( à Gourin, Malestroit, Plouaret, chapelle Saint-Eloi de Saint-Nicolas-du-Pélem, Ch. de Burtulet à Saint-Servais), la plupart sont insérées dans des saynètes classiques de l'iconographie médiévale. L'image de la licorne affrontée au lion [se trouve à ] Châtelaudren, Grâces-Guingamp, Trémeur et Locmalo (Ch. de Kerlénat) [ou en 1652 à la chapelle N.D de Crénénan à Ploerdut.] Sur quelques poutres, le lion est remplacé par une hydre ou un dragon comme à Kerpert, Grâces-Guingamp et Saint-Gilles-Pligeaux (Ch. St-Laurent)]. Une autre variante existe à Lanmérin, sous la forme d'une licorne pourchassée par une meute de chiens. (La scène est représentée sur un entrait de la chapelle Saint-Jérôme).

      Les artisans actifs autour de Kerlénat ont préféré la représentation moins classique de deux licornes affrontées, disposées de part et d'autre d'un homme en buste tenant leurs barbiches. Ce thème est illustré sur les charpentes de Locmalo, de Bieuzy, de Baud, de Guern (Ch. St-Jean), et il semble qu'il ait également inspiré les sculpteurs de Cléguérec, (Ch. de la Trinité), de Guengat et du Tréhou.

      Deux exemples, qu'il faut rattacher aux nouveautés du répertoire renaissant, s'écarte des modèles habituels : à Confort-Berhet, l'animal sort d'une corne d'abondance, et à Pleyben, son corps est végétalisé. 

      La plupart des représentations sont donc relativement stéréotypées, et conformes aux sujets en circulation à partir de la fin du XVe siècle."  S. Duhem page 169. 

      Je remarque que cette scène n'a rien de commun avec le thème (religieux ou mystique issu du Physiologus)  de la Licorne de l'Annonciation, ni avec celui de la Chasse de la Licorne, tous deux en relation avec la croyance que la licorne, pour être chassée, devait être "appâtée" par une jeune fille vierge.

       

      Voir l'Annonciation à la licorne ou  Chasse mystique de Schongauer à Colmar (v.1480) et 

      Le vitrail de l'Arbre de Jessé de la cathédrale de Sens.

      Au contraire, nous sommes ici dans le domaine profane et ornemental qui recherche dans les créatures chimériques, imaginaires ou exotiques des sujets distrayants propres à séduire l'imagination. Malgré notre avidité à trouver du sens à ces images, et malgré notre réticence à accepter que le sacré voisine avec les drôleries (ou les obscénités), nous sommes invités à accepter les changements de point de vue et  à découvrir ceux de  nos ancêtres : ce n'est pas la moindre des aventures auxquelles la visite d'une église bretonne nous convie.

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      Homme tenant les cornes de deux licornes, sablière du bas-coté nord de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

      Homme tenant les cornes de deux licornes, sablière du bas-coté nord de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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      Sablière du bas-coté nord de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

      Sablière du bas-coté nord de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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      Quatrième sablière nord N4. 

      Vue générale.

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      Quatrième sablière du bas-coté nord de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

      Quatrième sablière du bas-coté nord de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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      Sablière N4 : masques anthropoïdes et animaux ; homme mordu par deux oies.

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      Sablière du bas-coté nord de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

      Sablière du bas-coté nord de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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      Détail de N4 : masque anthropoïde de profil dont le nez et l'oreille sont mordus par deux oies.

      Un autre exemple de dégradés entre les bleus et les roses.

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      Détail de N4 : masque anthropoïde de profil dont le nez et l'oreille sont mordus par deux oies, sablière du bas-coté nord de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

      Détail de N4 : masque anthropoïde de profil dont le nez et l'oreille sont mordus par deux oies, sablière du bas-coté nord de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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      Le bas-coté sud (de l'est vers l'ouest) : les trois sablières S3 à S1.

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      La troisième sablière sud S3.

      Vue générale.

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      Bas-coté sud de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

      Bas-coté sud de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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      Vue générale rapprochée.

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      Sablière du bas-coté nord de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

      Sablière du bas-coté nord de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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      La sablière S3 : Un cuir à enroulement portant la sainte Face ; un ange entre deux têtes animales ; un putto tenant un voile.

      Si il s'agit bien de la tête du Christ portant la couronne d'épines, c'est alors le seul motif religieux avec l'ange de N1 et celui qui suit.

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      Sablière S3 du bas-coté sud de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

      Sablière S3 du bas-coté sud de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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      Sablière S3 du bas-coté sud de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

      Sablière S3 du bas-coté sud de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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      Deuxième sablière sculptée sud S2.

      Vue générale (S2 à droite).

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      Bas-coté nord de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

      Bas-coté nord de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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      Deuxième sablière sculptée S2 : masque anthropoïde de profil végétalisé et tenant des tiges florales ; masque à oreillettes (bandeau frontal noué en boucle sur les deux oreilles) ; feuillage et ?

      Seule la moitié supérieure est conservée.

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      Sablière du bas-coté nord de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

      Sablière du bas-coté nord de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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      Le blochet de la sablière S2. Pieuse femme, portant une fraise autour du cou,  mains jointes.

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      Blochet du bas-coté nord de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

      Blochet du bas-coté nord de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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      La chapelle latérale sud et la sablière S1 encadrée de deux blochets.

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      Bas-coté nord de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

      Bas-coté nord de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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      La sablière S1 : un masque de profil tenant dans sa bouche des tiges végétales. Blochet : un ange tenant un phylactère muet. Un semeur et son van. Scène de labour. Blochet de droite : saint Augustin.

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      Cette sablière fera l'objet de l'article suivant.

       

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      Sablière du bas-coté nord de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

      Sablière du bas-coté nord de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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      Saint Augustin vêtu en évêque d'Hippone (crosse, mitre), un livre pendu à sa ceinture dans son sac, et  présentant son cœur.

      ... comme à gauche du porche de l'église de  Daoulas.

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      Blochet  du bas-coté nord de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

      Blochet du bas-coté nord de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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      LES STATUES ET RETABLES.

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      Saint Jean-Baptiste. Bois polychrome.

      tenant l'Agneau de Dieu. Bras droit perdu.

      Saint Jean-Baptiste, église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

      Saint Jean-Baptiste, église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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      Autel de la chapelle du bas-coté nord et retable de sainte Anne. 

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      Autel de la chapelle du bas-coté nord, église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

      Autel de la chapelle du bas-coté nord, église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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      Sainte Pitère dans la niche à gauche de la toile peinte. Bois polychrome.

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      Notez le voile blanc couvrant l'arrière de la tête avant de revenir derrière la nuque pour rassembler les nattes avant qu'elles ne se libèrent en rivières d'anglaises blondes sur les épaules.

      Sainte Pitère est la patronne de l'église, et elle a aussi sa statue dans le chœur, sa statue de pierre au dessus du porche sud, ou sur le calvaire. Cette vierge espagnole du VIIIe siècle est représentée tenant une palme (de martyre) d'une main et un livre de l'autre. 

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      Sainte Pitère,  autel de la chapelle du bas-coté nord, église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

      Sainte Pitère, autel de la chapelle du bas-coté nord, église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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      Sainte Pitère, autel de la chapelle du bas-coté nord, église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

      Sainte Pitère, autel de la chapelle du bas-coté nord, église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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      Sainte Pitère a aussi sa bannière, où, misère !,  elle a perdu son livre de prière.

      En velours ponceau et rinceaux brodés au fil d'or, lambrequins à redans, frange de cannetille, pompons de même, et avec l'inscription SANTEZ BIZER PEDIT EVIDOMP (*) et le monogramme SB.

      (*) "Sainte Pitère priez pour nous".

      https://www.argedour.bzh/sainte-pitere-santez-bizher-5220917/

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      Bannière de sainte Pitère, église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

      Bannière de sainte Pitère, église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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      Saint diacre en chasuble dans la niche à droite de la toile peinte. Bois polychrome.

      Ce diacre est peut-être saint Laurent, mais aussi saint Yben.

      Le manipule passé au dessus du poignet gauche est un indice précieux du diaconat.

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      Saint diacre, autel de la chapelle du bas-coté nord, église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

      Saint diacre, autel de la chapelle du bas-coté nord, église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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      Saint diacre, autel de la chapelle du bas-coté nord, église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

      Saint diacre, autel de la chapelle du bas-coté nord, église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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      Saint évêque. Bois polychrome.

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      Saint évêque, église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

      Saint évêque, église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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      Saint évêque. Bois polychrome.

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      Saint évêque, église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

      Saint évêque, église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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      Sainte Marguerite. Bois polychrome.

       

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      Pour bien comprendre ce qu'on voit, il faut savoir que Marguerite d'Antioche a été avalée par un dragon, toute habillée. Mais aussitôt dans le ventre infect de la bête, elle a procédé à une laparotomie et est sortie par l'incision, faite au moyen d'un petit crucifix dont elle ne se séparait jamais (j'ai toujours pensé que c'était celui de son chapelet). On voit donc l'extrémité de la robe rouge, qui pend de la gueule du monstre, et que j'ai longtemps confondu avec la langue (rouge également, mais fumante) de l'animal. Mais lorsque Marguerite va cesser sa prière à genoux, et qu'elle va vaquer à ses saintes occupations, elle va tirer sur l'étoffe, qui va vous ramoner l'estomac du méchant et trop gourmand reptiloïde. Voilà qui lui servira de leçon.

      Comment briller en société ? En rappelant qu'on ne dit pas que sainte Marguerite est figurée ici "sortant du dragon", (et encore moins "se hissant hors " du dragon), mais "issant  du dragon". Car elle se réserve le privilège de l'emploi du participe présent d'issir, ne le partageant qu'avec quelques féru en héraldique.

      Le vieux verbe issir, "sortir" était déjà hors d'usage à l'infinitif en 1680, lorsque Pierre Richelet indiquait qu'il n'est usé qu'à son prétérit "je suis issu". 

      Notez aussi le serre-tête orné d'une pièce frontale, accessoire souvent porté aussi par saint Michel.

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      On trouvera de nombreuses statues semblables, mais j'ai en mémoire celle du jubé de La Roche-Maurice. Sainte Marguerite appartient avec sainte Catherine et sainte Barbe aux grandes saintes auxiliatrices présentes dans tous les livres d'Heures : son intercession est demandée devant les dangers de la grossesse et de l'accouchement. 

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      Sainte Marguerite issant du dragon, bas-coté nord, église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

      Sainte Marguerite issant du dragon, bas-coté nord, église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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      Sainte Marguerite issant du dragon, bas-coté nord, église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

      Sainte Marguerite issant du dragon, bas-coté nord, église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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      Sainte Marguerite, bas-coté nord, église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

      Sainte Marguerite, bas-coté nord, église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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      Saint Sébastien. Bois polychrome.

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      Vue générale.

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      Saint Sébastien, pilier gauche de la nef, église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

      Saint Sébastien, pilier gauche de la nef, église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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      L'éphèbe vêtu d'un short doré est lié à un arbre, main droite derrière le dos, bras gauche levé, selon une tradition tenace. Il est parfaitement indifférent aux flèches que lui décochent les archers dont il est l'officier, et dont une plaie est bien visible sur la face externe de la cuisse droite.

      C'est l'un des saints auxiliateurs, dont l''aide est demandée face aux épidémies (qui pleuvent sur les humains comme des flèches).

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      Saint Sébastien, pilier gauche de la nef, église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

      Saint Sébastien, pilier gauche de la nef, église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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      Saint  Adrien  . Bois polychrome.

      Couffon suggère saint Mélard. Mais c'est bien saint Adrien de Nicomédie qui est représenté ici en officier, — ou plutôt en homme d'armes du XVIe siècle — avec son casque aux bords relevés, sa cape à fermail, son armure, son épée, une enclume et un marteau. 

      Pourquoi une enclume ? Pourquoi un marteau ? Est-ce là le grand saint Éloi ?  Non pas, mais parce qu'il subit, nous explique Benoît Ruteau en 1637, l'affreux tourment du Crucifrage. "

      "Le crurifrage était un supplice, auquel on rompait les jambes du coupable sur une enclume avec des leviers de fer, ou de bois."

      Eh voilà, un mot nouveau en plus ! Mais pourquoi le crucifragea-t-on ?

      Adrien était un noble, officier romain  dans l'armée de l'empereur Maximian  Galère qui faisait appliquer avec zèle les  édits de persécution des chrétiens décrétés par Dioclétien. Vers 306, alors qu'Adrianus avait vingt-huit ans, et devant le courage de trente-trois chrétiens de Nicomédie que Galère avait ordonné de supplicier, il se convertit avec son épouse Nathalie .

      Apprenant cette conversion, l'empereur fit emprisonner Adrianus avec les autres chrétiens puis, quelque temps après, le fit comparaître devant lui en présence de ses compagnons pour le faire bastonner ; les coups furent si violents qu'à la fin les entrailles d'Adrianus sortaient de son corps. C'est ainsi qu'il est représenté, entrailles béantes,  à la chapelle Saint-Adrien de Plougastel. Puis Adrianus et ses compagnons furent de nouveau jetés en prison.

      L'empereur Galère ordonna qu'on tranche les pieds puis les jambes des prisonniers puis qu'on fasse brûler leur corps. Adrianus fut le premier supplicié et on lui coupa également une main, en présence de Nathalie son épouse. 


       

      L'empereur ordonna qu'Adrien et ses compagnons seraient rompus vifs à coups de massues de fer sur une enclume ...Sainte Natalie obtint que l'exécution commence par son mari. Saint Adien étendit avec gaieté ses jambes sur l'enclume, et souffrit constamment que le bourreau les brisât à coups de massue, et en coupât les pieds, que la généreuse Natalie eut la fermeté de tenir sur l'enclume.Ensuite à la prière de son épouse pour achever son sacrifice, il étendit pareillement son bras droit pour être brisé et coupé par le bourreau. Abrégé de la vie, martyre, translations,&miracles du glorieux martyr Saint Adrien, Louvain 1722

       

       

       

       

      Une partie de ses reliques furent transportées au monastère de Grammont en Flandre, dont le lion est l'emblème.  

      On comparera cette statue avec le dessin de Hans Holbein le Jeune (1497-1543) :

      https://www.photo.rmn.fr/archive/91-004949-2C6NU0H5HXY2.html

      Il est particulièrement intéressant de savoir qu'Adrien est l'un des cinq saints invoqués contre la peste, tout comme saint Sébastien, et saint Roch. Car, au Tréhou, les trois statues de ces saints sont placées en encadrement  à l'entrée du chœur, complétées par celle de sainte Pitère.  

      La peste (ou les épidémies de pestilence qu'on désigne sous ce terme) est attestée en Bretagne au XVIe siècle à Nantes en 1501, 1522, 1523, 1529, 1530, 1567, 1568, 1569, 1570 et 1576, à Rennes en 1560, à  Quimper en 1533, 1564, 1565, 1586, 1594 et 1595, à  Plougastel-Daoulas en 1598.

      Le développement des enclos paroissiaux, le choix de leur décors ou de leurs saints ne s'explique pas seulement par la grande prospérité économique liée au commerce du lin et du chanvre, et par les voies d'échanges maritimes avec l'Espagne et le Languedoc et avec l'Europe du Nord (Flandre), mais aussi avec le climat de peurs liées aux disettes, aux épidémies et aux guerres, au XVe siècle comme le souligne Jean-Pierre Le Guay  mais aussi au XVIe siècle.

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      Saint Adrien est honoré à Spézet (fontaine Saint-Adrien ou Sant-Rien) , à la chapelle Saint-Adrien de Plougastel, à celle de Scaër , à la chapelle Saint-Maudé de Guiscriff (Morbihan)

      La chapelle Saint-Adrien à Saint-Barthélémy (56), accompagnée de sa fontaine, contient une statue d'Adrien et de son lion. J'emprunte la photo au site https://www.fondation-patrimoine.org/les-projets/chapelle-saint-adrien-a-saint-barthelemy

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      J' avais pris à la chapelle Saint-Adrien de Saint-Barthélémy la photo suivante :

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      Après-coup...

      Je découvre l'article de l'abbé Yves-Pascal Castel qui complète ma description, mais méconnaît  le motif de l'entérophorie.

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      Saint en armure, coté gauche du chœur, église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

      Saint en armure, coté gauche du chœur, église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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      Saint Éloi, coté gauche du chœur, église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

      Saint Éloi, coté gauche du chœur, église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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      Saint Éloi, coté gauche du chœur, église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

      Saint Éloi, coté gauche du chœur, église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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      La chapelle nord formant  faux transept.

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      Les sablières, les blochets et les statues de l'église de Le Tréhou. I.

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      Vierge ou sainte femme, bois polychrome, chapelle latérale nord.

       

      Vierge, chapelle à gauche du chœur, église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

      Vierge, chapelle à gauche du chœur, église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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      Vierge, chapelle à gauche du chœur, église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

      Vierge, chapelle à gauche du chœur, église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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      Le chœur : le retable de la Montée au Calvaire du XVIIe siècle 

      Notice base Palissy.

       

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      Le chœur de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

      Le chœur de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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      J'ai omis de photographier deux belles statues, de sainte Pitère et de saint Michel terrassant le dragon.

      Le chœur de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

      Le chœur de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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      Dieu le Père, chœur de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

      Dieu le Père, chœur de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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      Dieu le Père, chœur de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

      Dieu le Père, chœur de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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      Saint apôtre ou évangéliste (comparable aux blochets de la nef avec son livre, son attribut brisé en forme de bâton ... ou de clef ?)

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      Apôtre,  chœur de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

      Apôtre, chœur de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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      Saint André et sa croix en X.

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      Saint André,  chœur de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

      Saint André, chœur de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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      Saint Roch et son fidèle Roquet.

      C'est le troisième saint qui protège des épidémies de peste, puisqu'il  a été victime lui-même de la peste noire ou bubonique. Et c'est bien le bubon de sa cuisse droite qu'il nous montre en soulevant sa tunique. Il est vêtu comme il se doit en pèlerin (il s'était rendu de Montpellier à Rome) avec la pèlerine, le chapeau, la besace à la ceinture, et le bâton ou bourdon, qui a été brisé. S'étant retiré dans les montagnes par mesure d'isolement, il a été miraculeusement nourri par Roquet, le chien d'un seigneur local, qui lui apportait un pain rond chaque jour. 

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       Avant de nef et chœur de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

      Avant de nef et chœur de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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      Saint Roch, dernier pilier droit de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

      Saint Roch, dernier pilier droit de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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      Saint Roch, dernier pilier droit de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

      Saint Roch, dernier pilier droit de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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      Le Christ aux liens. Pierre polychrome, 1547.

      La Notice de la base Palissy indique une taille de 112 cm. La statue est classée au 20/05/2010.

      On fera le parallèle entre ce Christ aux poignets liés, les reins ceints d'un pagne, la tête couronnée d'épines, le corps sanguinolent des blessures du fouet clouté, et le saint Sébastien vu précédemment. Avec, en filigrane, l'idée que cette représentation du corps divin souffrant n'est pas étrangère à la recherche d'une protection contre les épidémies et les blessures.

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      Christ aux liens (1547), bas-coté sud de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

      Christ aux liens (1547), bas-coté sud de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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      Sainte femme tenant un livre ouvert. Kersanton. 

      Sainte ? Anne ? Vierge ? La femme porte un collier,  est voilée et enveloppée dans un manteau.

      Sainte, kersanton, bas-coté sud de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

      Sainte, kersanton, bas-coté sud de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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      La chapelle latérale sud et le retable du don du rosaire.

      Notice de la base Palissy.

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      Retable de la chapelle latérale sud  de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

      Retable de la chapelle latérale sud de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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      Retable de la chapelle latérale sud  de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

      Retable de la chapelle latérale sud de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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      La sablière S1 et ses deux blochets.

      On y trouve successivement un masque de profil libérant des tiges florales par sa bouche, le blochet d'un ange présentant un phylactère, un paysan lors des semailles, un panier en main et puisant dans un sac de graines, puis la scène de labours, et enfin le saint évêque du blochet d'angle .

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      Je consacre l'article suivant à cette scène du labour et à ses difficultés d'interprétation.

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      Sablière S1, coté ouest de la chapelle latérale sud  de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

      Sablière S1, coté ouest de la chapelle latérale sud de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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      Sablière S1, coté ouest de la chapelle latérale sud  de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

      Sablière S1, coté ouest de la chapelle latérale sud de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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      Le blochet d'angle de la chapelle latérale sud : saint Augustin.

      Objectivement, c'est un saint évêque (crosse, mitre, sac dans un étui pendu à la ceinture) qui tient un cœur sur la poitrine. C'est ce cœur qui permet l'identification, car c'est l'attribut de saint Augustin, évêque d'Hippone. Voyez sa statue du contrefort  gauche du porche du cimetière de l'ancienne abbatiale de Daoulas, tenant un cœur enflammé.

       

      Saint Augustin, blochet d'angle de la chapelle latérale sud  de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

      Saint Augustin, blochet d'angle de la chapelle latérale sud de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

      SOURCES ET LIENS.

      — APEVE

      Sablières et statues : http://www.apeve.net/spip/spip.php?article141

      Statues de sainte Pitère : http://www.apeve.net/spip/spip.php?article142

      http://www.apeve.net/spip/spip.php?article130

      http://www.apeve.net/spip/spip.php?article133

      Christ aux liens : http://www.apeve.net/spip/spip.php?article143

       

      — BASE PALISY :

      http://www.culture.gouv.fr/public/mistral/palissy_fr?ACTION=CHERCHER&FIELD_98=LOCA&VALUE_98=%20Le%20Tr%e9hou&DOM=Tous&REL_SPECIFIC=3

      — BEAULIEU (François de), Les enclos paroissiaux de Bretagne, article du 11 janvier 1997 du Courrier du Léon.

      https://static.fnac-static.com/multimedia/editorial/pdf/9782737369353.pdf

      — CASTEL (Yves-Pascal), 1997, Le Tréhou. Saint Adrien. Identification d'une statue. 

      “1281 Le Tréhou, identification d'une statue... 11.01.97.,” Collections numérisées – Diocèse de Quimper et Léon, consulté le 15 septembre 2017, https://diocese-quimper.fr/bibliotheque/items/show/2797.

      https://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/18875f74c37fb063526f777bfb3fbb3e.jpg

      — COUFFON (René), 1988 

      https://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/56a53f3ee05cfb4060f6a6fa70341225.pdf

      “Couffon, Répertoire des églises : paroisse de LE TREHOU,” Collections numérisées – Diocèse de Quimper et Léon, consulté le 15 septembre 2017, https://diocese-quimper.fr/bibliotheque/items/show/909.

      — DUHEM (Sophie), 1997, Les sablières sculptées en Bretagne: images, ouvriers du bois et culture paroissiale au temps de la prospérité bretonne (XVe-XVIIe s.), Presses universitaires de Rennes, 1997 - 385 pages, pages 169, 220, 231 à 236, etc.

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      Published by jean-yves cordier - dans Sablières
      commenter cet article
      20 août 2017 7 20 /08 /août /2017 22:11

      Les deux crossettes de l'église du Tréhou (Finistère).

       

       

       

      Sur les crossettes, voir :

      Cet article appartient à une étude des crossettes du Finistère destinée à permettre des comparaisons et à dégager des constantes stylistiques et thématiques. On consultera sur ce blog :

       

       

       

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      La description des crossettes de l'église Sainte-Pitère de Le Tréhou ne devrait pas être longue, car cet édifice n'en compte que deux, de crossettes,  encadrant la sacristie : à gauche, un soldat tenant son épée, et à droite, un lion tenant un os. 

      — Et bien  voilà la belle affaire, le travail est fait ! Je vous les mets avec les six gargouilles en forme de canon, sur le clocher, et n'en parlons plus.

      — Où kelles sont, où kelles sont, j'les vois pas !.

       

      Les deux crossettes (pierre de Logonna, vers 1720?) de la sacristie de l'église Sainte-Pitère de Le Tréhou. Photographies lavieb-aile août 2017.

      Les deux crossettes (pierre de Logonna, vers 1720?) de la sacristie de l'église Sainte-Pitère de Le Tréhou. Photographies lavieb-aile août 2017.

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      — Là, juste devant toi !

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      Les deux crossettes (pierre de Logonna, vers 1720?) de la sacristie de l'église Sainte-Pitère de Le Tréhou. Photographies lavieb-aile août 2017.

      Les deux crossettes (pierre de Logonna, vers 1720?) de la sacristie de l'église Sainte-Pitère de Le Tréhou. Photographies lavieb-aile août 2017.

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      — Et sous la fenêtre, y'aurait-y pas une inscription ? Prête voir tes jumelles un peu. Je lis " 1555 : AVANCE : 1720".

      — C'est-y de 1555 ou c'est-y de 1720 ? De toute façon, c'est ben vieux.

      — Et l'ange frisé, il dit quoi sur son écriteau ? Ah, c'est des lettres : LAN : MIL : VCC LV : CESTE  VITRE : FETTE.

      — Des chiffres romains ! "L'an 1555 cette vitre fut faite".

      — Allez, tu inventes à moitié ! De toute façon, 1555 ou 1720,  ce sont les dates du chevet, mais pas celles des crossettes de  la sacristie. 

      — Tout comme celle du pan coupé gauche du chevet : N : E T : DISCR[E]T / MRE : DE K[ER]M / ABON : RECTE / VR . L AN 1720

      — "Noble et discret Messire de Kermabon, recteur en l'an 1720". Une famille issue de Plougasnou et dont les armoiries, selon de Courcy, sont un écartelé en 1 et 4 d'or à trois fasces d'azur, alias chargé de 8 étoiles d'or qui est Kermabon, et en 2 et 3 fretté d'or et de sable, qui est Guenguizou de Kerprigent. On connait un Jean de Kermabon fut recteur de Malguenac et mourut en 1624. Ou un Sr de Kermabon qui fonda en 1672 la chapelle Saint-Michel en Braspart.

      https://diocese-quimper.fr/images/stories/bibliotheque/bdha/bdha1904.pdf

      —T'es savant ! merci Internet !

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      Ange et inscription (kersanton, 1555 et 1720)  de la baie du chevet  de l'église Sainte-Pitère de Le Tréhou. Photographies lavieb-aile août 2017.

      Ange et inscription (kersanton, 1555 et 1720) de la baie du chevet de l'église Sainte-Pitère de Le Tréhou. Photographies lavieb-aile août 2017.

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      Inscription (kersanton, 1720)  du pan du chevet  de l'église Sainte-Pitère de Le Tréhou. Photographies lavieb-aile août 2017.

      Inscription (kersanton, 1720) du pan du chevet de l'église Sainte-Pitère de Le Tréhou. Photographies lavieb-aile août 2017.

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      Les deux crossettes, comme les pierres du mur lui-même, sont en pierre jaune de Logonna, une microdiorite quartzique d'aspect veinée extraite du site du Roz à Logonna-Daoulas.

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      1. Le soldat dégainant son épée.

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      À gauche, un soldat ou un seigneur, allongé pour répondre aux impératifs de forme de toute crossette, se tourne vers son coté gauche et fait face au spectateur placé à l'est. Il tire son épée de son fourreau, lequel est suspendu à sa ceinture, sur son coté gauche. Il empoigne la poignée sous le gros pommeau sphérique, mais pour l'instant l'épée, qui est aussi longue que la jambe (90 cm), reste engagée, la garde en butée contre le "protège-pluie". La ceinture est nettement sculptée, et, sur le coté droit, une dague ou miséricorde devrait être attachée, mais mon cliché ne la montre pas.

      Notre homme est barbu, les cheveux mi-longs descendants en deux masses bouclées jusqu'à la hauteur de la bouche. Les yeux en amande sont surlignées par les deux paupières.  Le visage est triangulaire dans sa moitié inférieure, les pommettes sont saillantes, le nez droit et fin. La moustache dessine un V inversé dont le sommet débute sous les narines. La barbe est peignée en mèches verticales.

      Il est vêtu d'une tunique épaisse, plissée aux manches, retroussée aux poignets, et descendant peu en dessous de la ceinture. Les jambes sont vêtues de braies (à moins que les anneaux concentriques soient les pièces d'une armure). Il faudrait multiplier les photos à diverses heures pour bien distinguer les détails.

      Sur 371 crossettes et gargouilles étudiées par Emmanuelle Le Seac'h dans quatre cantons du Finistère, 67 sont des représentations humaines, et parmi celles-ci, cinq sont des soldats tirant leur épée, à Plougourvest, Saint-Servais, Locmélar, Le Tréhou et Landerneau. Ces soldats portent des chausses collantes, des pourpoints, un casque (Locmélar), des chaussures à semelles épaisses  (Locmélar) ou des poulaines (Le Tréhou). Si on ajoute à ces cinq crossettes-soldats celle de Notre-Dame-de-Berven en Plouzévédé (infra), cela constitue un corpus de six crossettes-soldats attestées pour le Finistère. On remarquera la proximité des six paroisses concernées.

       

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      Le soldat,  crossette (pierre de Logonna, vers  1555 ou 1720?) de la sacristie de l'église Sainte-Pitère de Le Tréhou. Photographies lavieb-aile août 2017.

      Le soldat, crossette (pierre de Logonna, vers 1555 ou 1720?) de la sacristie de l'église Sainte-Pitère de Le Tréhou. Photographies lavieb-aile août 2017.

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      Mais là où on s'attendrait à trouver de bons brodequins de fantassins, ou bien les solerets d'un homme d'armes protégeant les pieds du combattant, l'artiste a sculpté des chaussures dont l'extrémité se relève en bonnet de nain !  Bref, ce sont des poulaines, qui furent à la pointe (retroussée) de la mode jusqu'en 1470.

      Est-ce, en 1550 ou 1720, une facétie du sculpteur ? A-t-il voulu représenter un seigneur du XVe siècle ? 

      C'est lorsqu'on commence à trouver des relations avec d'autres œuvres que l'iconographie devient passionnante. Ainsi, à la Maison des Gardes de La Martyre, un "acrobate" porteur de phylactère porte les mêmes chaussures, mais aussi les mêmes vêtements (photo lavieb-aile ).

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      Le soldat,  crossette (pierre de Logonna, vers  1555 ou 1720?) de la sacristie de l'église Sainte-Pitère de Le Tréhou. Photographies lavieb-aile août 2017.

      Le soldat, crossette (pierre de Logonna, vers 1555 ou 1720?) de la sacristie de l'église Sainte-Pitère de Le Tréhou. Photographies lavieb-aile août 2017.

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      Ou bien, nous pouvons comparer notre bonhomme irascible à celui d'une crossette (vers 1576) de Notre-Dame-de-Berven (photo lavieb-aile). Même barbe, même tenue de la poignée de l'épée et du fourreau. 

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      Ou bien le comparer à celui de l'église Saint-Pierre de Plougourvest (photo lavieb-aile):

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      Le soldat,  crossette (pierre de Logonna, vers 1555 ou 1720?) de la sacristie de l'église Sainte-Pitère de Le Tréhou. Photographies lavieb-aile août 2017.

      Le soldat, crossette (pierre de Logonna, vers 1555 ou 1720?) de la sacristie de l'église Sainte-Pitère de Le Tréhou. Photographies lavieb-aile août 2017.

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      La comparaison s'établit aussi avec le seigneur "TIRE-TUE" d'une maison de la rue François Pengam à Landerneau (Photo lavieb-aile). Même matériau (pierre de Logonna), même posture, même gestuelle, même chevelure, mêmes yeux, même barbe (ici déviée vers la droite), même tunique aux manches molletonnées. Mais pas de poulaines.

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      Le soldat,  crossette (pierre de Logonna, vers 1555 ou 1720?) de la sacristie de l'église Sainte-Pitère de Le Tréhou. Photographies lavieb-aile août 2017.

      Le soldat, crossette (pierre de Logonna, vers 1555 ou 1720?) de la sacristie de l'église Sainte-Pitère de Le Tréhou. Photographies lavieb-aile août 2017.

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      2. La seconde crossette de Le Tréhou est un lion tenant un os. 

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      Ce lion est vu de profil mais avec la tête de face (en terme héraldique, nous dirions qu'il est léopardisé) et sa langue pendante sort de sa gueule hérissée de crocs. Ses grands yeux surmontés de sourcils proéminents sont adoucis par la tignasse de son front dont les boucles lui font une auréole. La crinière est rendue en mèches épaisses, précédant l'arrière-train parfaitement lisse, et sur lequel vient  se poser, après s'être faufilée entre les pattes, la queue à plumeau trifide.

      Les pattes antérieures inclinées comme lors de la course prennent appui sur un ossement, rejoignant en cela les pattes postérieures. Cette posture donne à la fois l'impression que l'animal court, et à la fois qu'il se tient en équilibre sur son os comme un animal de cirque.

      Bref, c'est LE lion de crossette, celui que l'on observe presque invariablement sur les pierres d'amortissement des églises et chapelles bretonnes, même si l'os n'est pas toujours présent, ou pas toujours aussi visible et complet qu'ici. Et c'est la présence de cet os qui m'amène à voir dans cette figure un serviteur de la mort, la forme animale de l'Ankou ...

      — Ah non, tu ne vas pas recommencer ! Tu nous sers ton discours à chaque article !

      — Oui mais c'est si criant, ici !

      — Un bâillon, mettez-lui un bâillon !

      — Hmm hmm osse---ment hmm mort mmm...

      — Serrez plus fort !

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      Le lion tenant un os,  crossette (pierre de Logonna, vers 1555 ou 1720?) de la sacristie de l'église Sainte-Pitère de Le Tréhou. Photographies lavieb-aile août 2017.

      Le lion tenant un os, crossette (pierre de Logonna, vers 1555 ou 1720?) de la sacristie de l'église Sainte-Pitère de Le Tréhou. Photographies lavieb-aile août 2017.

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      Le lion tenant un os,  crossette (pierre de Logonna, vers 1555 ou 1720?) de la sacristie de l'église Sainte-Pitère de Le Tréhou. Photographies lavieb-aile août 2017.

      Le lion tenant un os, crossette (pierre de Logonna, vers 1555 ou 1720?) de la sacristie de l'église Sainte-Pitère de Le Tréhou. Photographies lavieb-aile août 2017.

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      Même si le lion est omniprésent, ce n'est peut-être pas un hasard si, à Landerneau, rue François Pengam, à quelques mètres du soldat TIRE-TUE, nous trouvons, toujours en pierre de Logonna, un lion parfaitement identique à celui du Tréhou (photo lavieb-aile) . C'est frappant, non ?

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      Hélas, comme nous ignorons de  quel édifice ces deux sculptures de la rue Pengam tirent leur origine, et comme, donc, nous ne pouvons en connaître la date, cela ne permet pas de préciser la datation, et encore moins l'auteur, des crossettes du Tréhou.

      Je me prononce néanmoins pour la date de 1555. Au pif.  Ces crossettes auraient été réutilisés lors de la reconstruction du XVIIe et du remaniement du XVIIIe.  

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      Le lion tenant un os,  crossette (pierre de Logonna, vers 1555 ou 1720?) de la sacristie de l'église Sainte-Pitère de Le Tréhou. Photographies lavieb-aile août 2017.

      Le lion tenant un os, crossette (pierre de Logonna, vers 1555 ou 1720?) de la sacristie de l'église Sainte-Pitère de Le Tréhou. Photographies lavieb-aile août 2017.

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      SOURCES ET LIENS.

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      — COUFFON (René), 1988, Répertoire des églises : paroisse de LE TREHOU. Notice extraite de : Diocèse de Quimper et Léon, nouveau répertoire des églises et chapelles, par René Couffon, Alfred Le Bars, Quimper, Association diocésaine, 1988.

      http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/56a53f3ee05cfb4060f6a6fa70341225.pdf

      LE SEAC'H (Emmanuelle), 2014, Sculpteurs sur pierre en Basse-Bretagne. Les ateliers du XVe au XVIe siècle. Presses Universitaires de Rennes.

      http://www.pur-editions.fr/couvertures/1409573610_doc.pdf

      LE SEAC'H (Emmanuelle), 1997, Les crossettes et les gargouilles dans quatre cantons du Finistère : Landerneau, Landivisiau, Ploudiry, Sizun. Mémoire de maîtrise d’histoire,  2 vol. 359 p. + 135 p. : ill. ; 30 cm.

       

      — WIKIPEDIA

      https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89glise_Sainte-Pit%C3%A8re

       

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      • "Il faudrait voir sur chaque objet que tout détail est aventure" Guillevic, Théraqué.  "Un peu de Pantagruélisme (vous entendez que c'est certaine gayeté d'esprit conficte en mespris des choses fortuites)" (Rabelais )"prends les sentiers". Pytha
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