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22 septembre 2016 4 22 /09 /septembre /2016 20:23

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Contexte.

L'église Notre-Dame est une ancienne chapelle tréviale de Loqueffret qui n'est devenue église paroissiale qu'en 1849. Une inscription en lettres gothiques à droite du maître-autel en indique la date de fondation en 1485, correspondant au règne du duc François II (de 1458 au 9 septembre 1488). Si la commande (sans-doute par le fabricien)  et la réalisation de la statue sont un peu postérieures à la date de fondation (car les vitraux datent de 1495-1510 environ), cela correspondrait alors au règne d'Anne de Bretagne soit comme duchesse, soit comme reine de France à partir de 1499. 

     La famille noble qui revendiquait sa prééminence sur cette chapelle était alors celle des Berrien, mais on estime que Henri de Berrien était décédé vers 1482. Son épouse Louise du Juch (dont on ignore la date de décès) exerça-t-elle une influence sur les choix concernant cette chapelle?  Leur fille Marie avait une quinzaine d'année, et c'est l'oncle, Roland de Berrien, recteur de Pleyben, qui offrit ( entre 1492 et 1498)  le vitrail de la baie du transept nord. Plus tard, Marie de Berrien épousera vers 1500 Olivier II de Quélen baron du Vieux-Chastel, et le couple fera apposer leurs armoiries sur ​la verrière d'axe consacrée à la Vie de la Vierge.  

Datation.

Niche et statue ont été classées à titre d'objet Mh le 12/04/1914 et datées par la notice des Mh de 1485 (date de la fondation de l'église).  http://www.culture.gouv.fr/public/mistral/palissy_fr?ACTION=CHERCHER&FIELD_98=REF&VALUE_98=PM29000059

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Pourtant, Christiane Prigent, éminente spécialiste de la statuaire mariale, citée par H. Amemiya, écrivait :

Le type de vêtement de la Vierge ..."l'apparente aux Vierges voisines (également en bois) de l'église et de la chapelle Saint-Tudec en Poullaouen ; schéma utilisé à la chapelle de Lannelec en Pleyben (statue en pierre, [vers 1578]). [...] Le type de décor utilisé dans les volets et certains détails vestimentaires (tenue de l'ange) se rencontrent sur des œuvres postérieures à 1575 (chapelle de Berven en Plouzévédé, ancien diocèse de Léon) ; cette date pourrait correspondre à l'exécution de la statue par comparaison avec la Vierge de de la chapelle de Lannelec en Pleyben. Et l'ensemble (niche + statue) serait contemporain des panneaux de l'enfance du Christ ornant le maître-autel utilisant des schémas identiques à ceux des ateliers morlaisiens dans leur seconde période de production."

J'adopte donc cette datation : vers 1575 . Ce qui change beaucoup de chose.

La statue a été restaurée en 1956 par Mr Hurtret, ébéniste à Nesles-la-Vallée (Seine-et-Oise), et plus récemment en  2012 ; elle mesure 1,90 m (ou 2,10 m selon H. Amemiya). Je décrirai d'abord la Vierge, et ensuite les volets avec leurs quatre panneaux.

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Situation.

Comme de très nombreuses églises et chapelles bretonnes, l'église Notre-Dame de Brennillis  honore la sainte patronne éponyme par une statue placée à droite de l'autel du chevet, dans une niche à volet. 

 L'église de Brennilis est construite sur un plan associant une nef à quatre travées et bas-cotés avec un chevet plat, très en faveur en Basse-Bretagne. Le mur du pignon est percé d'une baie ogivale à quatre lancettes (8 panneaux de la Vie de la Vierge) qui éclaire le chœur et son autel. Ce dernier est encadré par deux niches en bois, abritant à droite la Vierge à l'Enfant, et à gauche sainte Anne éduquant Marie. Tout cet ensemble est donc consacré à la Vierge, mais nous verrons qu'il s'agit d'un culte d'apparition récente, marqué par l'insistance sur la notion de la conception — sans péché — de Marie par sa mère Anne. 

Cette insistance est loin d'être isolée puisque cette statue n'est que l'une des "Vierge à l'Enfant foulant une représentation semi-humaine" de Bretagne, et dont Hiroko Amemiya a recensé 52 exemples encore conservés, dont 13 dans des Arbres de Jessé, 4 dans des niches à volets, et 15 sur un croissant de lune. 

 

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Image http://www.penhars-infos.com/article-eglise-de-bretagne-120988098.html

Image http://www.penhars-infos.com/article-eglise-de-bretagne-120988098.html

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Description de la statue.

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On remarque d'abord la fraicheur des couleurs de la niche sculptée, le caractère juvénile de Marie, et l' élégance de son maintien, légèrement cambré et discrètement hanché. La Vierge est couronnée, ses cheveux longs et blonds encadrent le fin visage au front épilé, aux sourcils affinés,  aux pommettes rosies, et aux yeux songeurs. Le manteau bleu retenu par un fermail doré s'évase à sa droite en une large courbe, alors que le pan de gauche est grâcieusement retenu entre l'annulaire et l'auriculaire gauche, selon un schéma souvent retrouvé (par ex : Notre-Dame de Quillidoaré ; chapelle de Lannelec à Pleyben). 

La robe est dorée, unie, mais la peinture porte des marques circulaires autour de la poitrine, limitant le contour d'une sorte de bustier ou signalant quelques fronces. L'encolure est d'un tissu bleu ciel qui se retrouve sur les avant-bras, mais la manche droite est exubérante, ou bien supporte un linge de la même couleur qui sert d'appui au pied droit de l'enfant. L'Enfant-Jésus figure comme Sauveur du Monde, bénissant et tenant le globe. Il porte une robe bleue à motif floral et revers doré au poignets. Comme sa Mère, il regarde au loin.

La Vierge est debout, ses pieds chaussés de souliers bruns posés sur un croissant de lune couleur argent. Par ce détail, elle est assimilée à la Femme de l'Apocalypse ou Mulier Amicta Sole (Femme vêtue de soleil) Ap. 12:1-17, celle qui donne naissance à un enfant mâle qui doit "mener toutes les nations avec un sceptre de fer" et qu'un dragon tente d'avaler. Cette assimilation a été développée par le théologien rhénan Rupert de Deutz et par saint Bernard de Clairvaux dans son Sermon pour l'octave de l'Assomption  :  

"N'est-elle pas la femme de l'Apocalypse qu'enveloppe le soleil ? Je veux bien que la suite de cette vision prophétique prouve qu'il s'agit là de l'Église actuelle ; mais on peut sans inconvénient l'appliquer à Marie. Elle est éminemment celle qui s'est revêtue d'un autre soleil. De même que l'astre de notre monde créé se lève également sur les bons et les méchants, Marie, sans peser nos mérites antérieurs, se montre à tous pareillement accessible, clémente, infiniment tendre et prête à prendre en pitié toutes les misères humaines. Tout ce qui est imparfait est au-dessous d'elle ; elle surpasse de très loin tout ce qui est entaché de faiblesse ou de corruption, et sa supériorité infinie domine à une très grande distance toutes les autres créatures; on peut donc dire d'elle aussi qu’elle a la lune sous ses pieds. Sinon, ce ne serait pas un très grand éloge à faire à celle qui surpasse incontestablement les choeurs des Anges, des Chérubins et des Séraphins." Bernard de Clairvaux, Sermo in Domnica infra octavam Assumptionis BVM,PL 183, col. 430d-sq Trad. Michel Perrin 

http://multimedia.opusdei.org/pdf/fr/les_12_pr_e9rogatives_de_la_vierge_marie.pdf

Pour saint Bernard (qui s'oppose à la notion de conception immaculée de la Vierge), la lune représente l'Église dont la Vierge et la médiatice : "Et maintenant, Mère de miséricorde, par cette même compassion de ton âme si pure, la Lune (c'est l'Église, je l'ai dit) se prosterne à tes pieds et t'adresse de pieuses supplications, parce que tu es devenue sa médiatrice auprès du Soleil de justice." (idem) .

Les statues de Vierge à l'Enfant foulant une créature semi-humaine, et dont les pieds sont posés sur un croissant de lune se trouvent aussi  en Bretagne à :

  • Landudal (29) église Notre-Dame de Populo
  • Kergloff (29), chapelle de la Trinité
  • Le Folgoët (29) église Notre-Dame 
  • Plouider (29) chapelle Saint-Fiacre
  • Plabennec (29) chapelle de Locmaria Lann
  • Saint-Yvi (29), église Saint-Yvi.
  • Plourin-les-Morlaix (29) : église Notre-Dame
    • Trébeurden (22), chapelle de Citeaux-Penvern
    • Loc-Envel (22), église Saint-Envel
    • Trédrez (22), église Notre-Dame
    • Ploubezre  (22), chapelle de Kerfons
  • Cléguerec (56), chapelle de la Trinité.
  • Ploërdut (56), chapelle Notre-Dame de Crénénan.

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Enfin, la Vierge domine et foule, mais seulement par l'intermédiaire du croissant de lune, une créature mi-femme mi-serpent que j'étudierai plus loin.

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Notre-Dame de Breac-Ellis, église de Brennilis. Photographie lavieb-aile.

Notre-Dame de Breac-Ellis, église de Brennilis. Photographie lavieb-aile.

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Notre-Dame de Breac-Ellis, église de Brennilis. Photographie lavieb-aile.

Notre-Dame de Breac-Ellis, église de Brennilis. Photographie lavieb-aile.

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Notre-Dame de Breac-Ellis, église de Brennilis. Photographie lavieb-aile.

Notre-Dame de Breac-Ellis, église de Brennilis. Photographie lavieb-aile.

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La créature semi-humaine ou "démone".

Elle est décrite ainsi par Hiroko Mamemiya :

 

" Représentation semi-humaine : couchée sur le ventre au-dessous du croissant, tête à gauche. Buste redressé, bas du corps incurvé en forme de croissant. Visage rond aux sourcils fins. La bouche fermée, soulignée d'un trait noir au milieu, lui donne une expression dure. Deux petites cornes rouges (émergent de sa longue chevelure brune. Une pomme rouge dans chaque main. Seins nus en relief aux mamelons marqués. La partie inférieure du corps, peinte en vert, a la forme d'une queue de serpent squameuse. Elle épouse la courbe du croissant et remonte derrière le pan droit du manteau de la Vierge. L'extrémité effilée est nouée. "

 

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Notre-Dame de Breac-Ellis, église de Brennilis. Photographie lavieb-aile.

Notre-Dame de Breac-Ellis, église de Brennilis. Photographie lavieb-aile.

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 Cette créature a particulièrement intéressé Louis Le Thomas, en 1961-1962, puis  Hiroko Amemiya, qui lui  a consacrée sa thèse de 1996 . Cette auteure  a dénombré 52 exemples de "Vierge à l'Enfant foulant une représentation semi-humaine" en Bretagne, dont 28 en Finistère, 10 en Côtes d'Armor, 11 en Morbihan et seulement 3 en Ille-et-Vilaine. 

Parmi ces 52 groupes, où la Vierge à l'Enfant est debout (sauf 2 fois)  9 sont abrités dans une niche, 12 sont des arbres de Jessé, et 15 comportent un croissant lunaire. 

J'ai  rédigé des articles de ce blog pour une quinzaine d'entre elles, et les liens sont données en tête de cet article. J'en redonne la liste, complétée de quelques autres.

 

  • Guimaec (29), presbytère, Finistère, fragment

  • Locquirec (29), église Saint-Jacques,  XVIIe. Jessé.

  • Plounevezel (29), Chapelle Sainte-Catherine, XVIe-XVIIe

  • Plourin-Morlaix (29), église Notre-Dame, XVI, Jessé.

  • Saint-Thégonnec (29) , église Notre-Dame et Saint-Thégonnec, 1610. Jessé. Niche. 

  • Saint-Yvi (29)  église Saint-Yvi. Jessé. Croissant

  • Ergué-Gabéric (29), Chapelle de Kerdévot, 

  • Saint-Hernin (29) Sainte Anne trinitaire .

  • Landudal (29), Notre-Dame de Populo. Jessé 

  • Plougastel (29), chapelle Saint-Trémeur. 

  • Plogonnec (29) Chapelle Saint-Pierre Mari, conçevet hep pec'het. 2ème moitié XVIe 

  • Saint-Tugdual (56) , Chapelle Saint-Guen (ou Saint-Guénaël),  XVIe (1540). Jessé

  • Saint-Aignan (56) , église Saint-Aignan,  XVIe. Jessé

  • Ploerdut (56) , Chapelle Notre-Dame à Crénénan,  XVIe siècle

  • Cléguerec (56) , Chapelle de la Trinité. 1594. Jessé.

  •  Trédrez (22), Chapelle de Locquémeau,  (1520) . Jessé

  • Loc-Envel (22), église Saint-Envel,  XVIe. 

  • Duault (22) , Chapelle Saint-Jean de Landugen,, XVIe

  • Paule (22) chapelle de Lannsalaün. Vitrail de l'Arbre de Jessé.

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Cette représentation de la démone, mélant à des traits chtoniens (divinité souterraine ou infernale) et reptiliens des traits de séduction féminine et tenant la pomme, se rapporte à l'évidence aux versets de la Genèse Gn 3  relatant la tentation d'Éve par le serpent, et la faute d'Adam et Éve qui a entrainé la condition mortelle et  le Péché Originel transmis à toute la descendance du premier couple. La démone mi-femme mi-serpent serait une fusion de Satan et d'Ève, une diabolisation de la féminité.

Mais l'image rappelle aussi les versets 14 et 15 de Genèse 3 :

 L'Éternel Dieu dit au serpent: Puisque tu as fait cela, tu seras maudit entre tout le bétail et entre tous les animaux des champs, tu marcheras sur ton ventre, et tu mangeras de la poussière tous les jours de ta vie. Je mettrai inimitié entre toi et la femme, entre ta postérité et sa postérité: celle-ci t'écrasera la tête, et tu lui blesseras le talon.

C'est un "objet-valise", formé par la fusion de plusieurs objets ou personnages métaphoriques et dont le sens n'est pas la somme des significations, mais qui va, par la puissance de la figure, dire autre chose de plus complexe, et, en réalité, d'informulable sur le plan théologique. S'adressant à l'imaginaire qui y trouve parfaitement son compte, il fait miroité l'entre-deux de la mystique mariale, avec, en arrière-fond tacite, le légendaire breton.

La Vierge foule de son talon (c'est dire l'importance de la chaussure bien visible émergeant des replis de la robe) l'Ève ancienne qu'elle abolie, et l'Ève ou le serpent de la Genèse deviennent implicitement le dragon de l'Apocalypse. 

L'ambivalence concerne aussi la pomme : cette dernière n'est jamais croquée par la démone, mais elle est brandie avec vigueur vers le haut, comme si la féminité diabolique continuait à  proposer activement à l'humanité la tentation de la concupiscence et , quoique asservie désormais, qu'elle ne renonçait pas à redresser la tête et à poursuivre son œuvre. Enfin cette pomme adopte la forme d'un sein (ceux de la serpente sont toujours généreux, mais ceux de la Vierge ne se font pas oublier dans le cas des Vierges allaitantes), mais aussi la forme du globe terrestre, le globus cruciger tenu par l'Enfant. Une rhétorique de l'anaphore se plaît à jouer avec ce rappel, avec ces citations internes à l'œuvre.

De même, les sinuosités de la queue, qui se dresse verticalement, viennent citer en les singeant celles des plis de la robe, des boursouflures des manches, et, surtout, celles de la chevelure. C'est ici si vrai que la queue du serpent et les cheveux de la Vierge se rejoignent (cf cliché infra). Le nœud qui affecte la queue du reptile (comme celle du dragon de sainte Marguerite) est une allégorie du Mal, comme tout ce qui est torve, gauche, désuni, tâché, rayé, incomplet.


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En Bretagne, les arbres de Jessé en vitrail comportent en majorité Jessé assis ou plus rarement debout, alors que Jessé est couché dans l'ensemble des haut-reliefs. Parmi les quinze haut-reliefs bretons d'Arbre de Jessé, treize introduisent la figure d'une démone, cornue, à la poitrine dénudée, tenant une pomme, et allongée. Ce sont ceux de Cléguerec, Duault, Guimaëc, Loc-Envel, Locquirec, Ploerdut, Plounevezel, Plourin-Morlaix, St-Aignan, St-Thégonnec (niche), Saint-Guen à St-Tugdual, St-Yvi et Tredrez. La totalité de ces arbres bretons sont du XVIe siécle, hormis 5 arbres datant du XVIIe.

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Cette créature a particulièrement intéressé Louis Le Thomas, en 1961-1962, puis  Hiroko Amemiya, qui lui  a consacré sa thèse de 1996 

 

Comparaison avec les autres groupes sculptés de Bretagne. 

.Cléguerec, Duault, Guimaëc, Loc-Envel, Locquirec, Ploerdut, Plounevezel, Plourin-Morlaix, St-Aignan, St-Thégonnec (niche), Saint-Guen à St-Tugdual, St-Yvi et Tredrez.

 

 Voici la liste de ces 21 Arbres de Jessé sculptés :

  • Cléguerec, Chapelle de la Trinité, Morbihan. XVIIe 

  • Confort-Berhet, église N-D. de Confort, Côtes d'Armor, XVIe

  • Duault, Chapelle Saint-Jean de Landugen, Côtes d'Armor, XVIe

  • Guimaec, presbytère, Finistère, fragment

  • Loc-Envel, église Saint-Envel, Côtes d'Armor, XVIe

  • Locquirec, église Saint-Jacques, XVIIe

  • Ploerdut, Chapelle Notre-Dame à Crénénan, Morbihan, XVIe siècle

  • Plouegat-Moysan, presbytère, Côtes d'Armor, XVIe, fragment

  • Plounevezel, Chapelle Sainte-Catherine, Finistère, XVIe-XVIIe

  • Plourin-Morlaix, église Notre-Dame, Finistère, XVI

  • Plouzévédé, Chapelle Notre-Dame de Berven, Finistère, XVIe

  • Priziac, Chapelle Saint-Nicolas, Morbihan, XVIe

  • Saint-Aignan, église Saint-Aignan, Morbihan, XVIe

  • Saint-Thégonnec, église Notre-Dame et Saint-Thégonnec, Finistère, XVIe

  • Saint-Tugdual, Chapelle Saint-Guen (ou Saint-Guénaël), Morbihan, XVIe

  • Saint-Yvi, église Saint-Yvi, Finistère,

  • Trédrez, Chapelle de Locquémeau, Côtes d'Armor, XVIe

  • Tréverec, église Saint-Véran, Côtes d'Armor, XVIIe

  • Trinité-Porhoet, église de la Trinité, Morbihan, XVIe ?

  • Plouegat-Moysan, ancienne église, fragment au Musée départemental de Quimper.

  • Plouharnel, Chapelle Notre-Dame des Fleurs, bas-relief en albâtre, XVIe

 On remarque que les paroisses de Cléguérec, Saint-Tugdual, Ploerdut et Priziac  appartenaient autrefois  au même doyenné, celui de Kemenet-Guégant ou Guéméné-Guingant, présidé par Guéméné-sur-Scorff, et que les verrières de l'Arbre de Jessé sont présentes dans d'autres paroisses du même doyenné, à Melrand, et Guern.

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J'ai étudié, avant de rendre visite à l'église de Brennilis,, huit de ces sculptures. 

Il s'agit de trois œuvres du Finistère et trois du Morbihan, placées dans tous les cas dans des niches en bois, plus ou moins bien conservées. Les compositions elle-mêmes ont perdu certains de leurs éléments (perte, vol), ce qui affaiblit la valeur de l'analyse comparative, d'autant que les altérations puis les restaurations  réalisées dans le passé ont pu faire disparaître de précieux indices.

Ces  hauts-reliefs bretons sont tous du modèle "en chandelier" avec Vierge au centre encadrée par  deux groupes de rois. David tient sa harpe dans tous les cas.  Jessé est constamment allongé, soit en décubitus droit, soit en décubitus gauche, tête soutenue par la main, mais les yeux sont soit ouvert, soit fermés. 

La Démone est présente dans cinq cas sur six, toujours à demi-allongée et redressant la tête, et brandissant la pomme dorée. Ses traits de monstruosité animale, reptiliens ou de serpents, sont plus ou moins marqués, et c'est en elle que l'imagination propre  de l'artiste s'est le plus affirmée. 

La Vierge est installée sur un croissant de lune dans trois cas, selon le type de la Vierge de l'Apocalypse en relation avec le dogme, alors discuté, de l'Immaculée Conception. Elle est couronnée par les anges à Saint-Aignan, Priziac, Cléguérec et Trédrez. Le ou les prophètes ne sont présents qu'à Saint-Aignan.

Chapelle Saint-Guen, saint Tugdual (56) : 1540.

 

 

  • Cléguerec, Chapelle de la Trinité, Morbihan. 1594. Jessé. 

  • Duault, Chapelle Saint-Jean de Landugen, Côtes d'Armor, XVIe

  • Guimaec (29), presbytère, Finistère, fragment

  • Loc-Envel, église Saint-Envel, Côtes d'Armor, XVIe

  • Locquirec, église Saint-Jacques, Finistère nord XVIIe. Jessé.

  • Ploerdut, Chapelle Notre-Dame à Crénénan, Morbihan, XVIe siècle

  • Plounevezel, Chapelle Sainte-Catherine, Finistère nord, XVIe-XVIIe

  • Plourin-Morlaix, église Notre-Dame, Finistère nord, XVI

  • Saint-Aignan, église Saint-Aignan, Morbihan, XVIe

  • Saint-Thégonnec, église Notre-Dame et Saint-Thégonnec, Finistère nord, 1610. Jessé.

  • Saint-Tugdual (56) , Chapelle Saint-Guen (ou Saint-Guénaël), Morbihan, XVIe (1540). Jessé

  • Saint-Yvi, église Saint-Yvi, Finistère sud,

  • Trédrez (22), Chapelle de Locquémeau, (22)  (1520) . Jessé

  • Chapelle de Kerdévot, Ergué-Gabéric (Finistère sud)

  • Sainte Anne trinitaire, ossuaire de Saint-Hernin.

  • Landudal, Notre-Dame de Populo.(Jessé) 

Notre-Dame de Breac-Ellis, église de Brennilis. Photographie lavieb-aile.

Notre-Dame de Breac-Ellis, église de Brennilis. Photographie lavieb-aile.

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Notre-Dame de Breac-Ellis, église de Brennilis. Photographie lavieb-aile.

Notre-Dame de Breac-Ellis, église de Brennilis. Photographie lavieb-aile.

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II. LA NICHE ET SES 2 VOLETS.

Niche en bois polychrome (bleu, rouge brique, jaune-ocre, noir)   à cuve polyédrique, à fronton et socle  triangulaire, et à deux volets à charnières. Chaque volet de couleur bleu clair mesure 190 cm sur 57 cm et est divisé en deux registres de panneaux sculptés en bas-relief et peints.

Sur le socle se lit l'inscription NOSTRE DAME DE Breac ELLIS. Une photographie plus ancienne montre que les panneaux en bois se trouvaient alors au sommet de la niche. 

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http://www.culture.gouv.fr/public/mistral/memoire_fr?ACTION=CHERCHER&FIELD_1=REF&VALUE_1=AP54P01544

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Cette dénomination est commentée ainsi par Bernard Tanguy, toponymiste de renom, dans son Dictionnaire des noms de communes, trèves et paroisses du Finistère  page 44  :

"Même si dans ... (cette chapelle) une statue ancienne de la Vierge  porte l'inscription Notre Dame de Breac Ellis, altération probable de Breac'h-Elez "bras de l'Elez", du nom de la rivière qui sort du marais de Yenn-Elez, le toponyme [ Brennilis, en breton Brenniliz] semble bien être formé du vieux-breton bren "colline" et du breton iliz, "église". "

Nostre Dame de Breac Ellis signifierait donc Notre-Dame du marais du Yeun Elez, breac provenant d'une racine indo-européenne *Bhrw-c qui signifie précisément terrain humide, terrain marécageux, cf l'anglais brook = ruisseau, le jute du Kent *brook : terrain humide, le germanique *bruoch = vallon humide. Cité par http://marikavel.com/bretagne/brennilis/accueil.htm

Il faut préciser, pour saisir non seulement le sel de cette dénomination, mais aussi ses résonances avec le légendaire breton et ses rapports avec la créature chtonienne s'agitant sous les pieds de la Vierge, que le Yeun Elez porte aussi le surnom de Youdig, "la petite bouillie", comme le raconte Anatole Le Braz dans la Légende de la mort  :

« On dirait, en été, une steppe sans limites, aux nuances aussi changeantes que celles de la mer. On y marche sur un terrain élastique, tressé d’herbes, de bruyères, de jonc. À mesure qu’on avance, le terrain se fait de moins en moins solide sous les pieds : bientôt on enfonce dans l’eau jusqu’à mi-jambes et, lorsqu’on arrive au cœur du Yeun, on se trouve devant une plaque verdâtre, d’un abord dangereux et de mine traîtresse, dont les gens du pays prétendent qu’on n’a jamais pu sonder la profondeur. C’est la porte des ténèbres, le vestibule sinistre de l’inconnu, le trou béant par lequel on précipite les « conjurés ». Cette flaque est appelée le Youdig (la petite bouillie) : parfois son eau se met à bouillir. Malheur à qui s’y pencherait à cet instant : il serait saisi, entraîné, englouti par les puissances invisibles" 

A la puissance maléfique du marais, des loups noirs ou des créatures aquatiques qui peuvent vous emporter, et donc de la démone, s'oppose celle de saint Michel, bien présent dans l'église de Brennilis sur le vitrail sud. :

 

    "De même, si en traversant le Yeun, vous voyez « bouillir » l’eau du Youdic, hâtez-vous de fuir, sans chercher ce que cela peut être. Les imprudents qui se sont laissés aller à un mouvement de curiosité en ont été cruellement punis ; on n’a plus entendu parler d’eux. Il n’est pas rare que le silence de la nuit soit troublé par des abois furieux, comme des chiens qui s’entre-déchirent. C’est la meute des conjurés qui « fait des siennes ». Mais alors, au-dessus de la chapelle Saint-Michel qui couronne le mont, une lumière subite resplendit, et l’on voit apparaître dans cette auréole la forme gigantesque de l’Archange exterminateur. Il abaisse son glaive vers le Yeun, et tout rentre dans l’ordre. Sant Mikêl vraz a oar an tu d’ampich ioual ar bleizi-du  (« Le grand saint Michel sait la manière d’empêcher de hurler les loups noirs ») "  Anatole Le Braz, Les saints bretons - 1893

 

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Inscription Nostre Dame de Breac-Ellis, église de Brennilis. Photographie lavieb-aile.

Inscription Nostre Dame de Breac-Ellis, église de Brennilis. Photographie lavieb-aile.

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Les deux panneaux supérieurs se répondent et composent une Annonciation, assez comparable avec celle du volet de niche de la Vierge de la chapelle de Lannelec en Pleyben.

 Je les décrirai en premier.  

1. Panneau supérieur gauche. Ange Gabriel.

L'ange de l'Annonciation porte une aube et un surplis serré par une ceinture d'or à nœud frontal ; il fait le geste de bénédiction et tient un lys . Au dessus de lui, une banderole contient les paroles AVE MARIA GRATIA PLENA.

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Panneau supérieur du volet gauche, niche de Notre-Dame de Breac-Ellis, église de Brennilis. Photographie lavieb-aile.

Panneau supérieur du volet gauche, niche de Notre-Dame de Breac-Ellis, église de Brennilis. Photographie lavieb-aile.

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2. Panneau supérieur du volet droit. Vierge de l'Annonciation.

C'est la représentation habituelle de la Vierge surprise dans sa lecture par l'arrivée de l'ange ; de la colombe du Saint-Esprit ; et du lys dans un vase. La banderole indique §VEA ANCILLEA DOMINI (au lieu de "Ecce Ancilla Domini"). J'ignore si cette double faute date d'une restauration récente, ou de la nuit des temps. Elle a déjà été relevée ainsi en 1986.

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Panneau supérieur du volet droit, niche de Notre-Dame de Breac-Ellis, église de Brennilis. Photographie lavieb-aile.

Panneau supérieur du volet droit, niche de Notre-Dame de Breac-Ellis, église de Brennilis. Photographie lavieb-aile.

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Panneau inférieur du volet gauche. Sainte Geneviève.

Une carte-postale ancienne (1950) montre que le panneau portait l'inscription Ste GENEVIEEVE. On lit maintenant "Ste GENIEVRE".

La sainte, voilée,  vêtue d'une robe dorée et d'un manteau pourpre, tient en main un cierge. 

Ce nom de "Genièvre" inciterait à la distinguer de sainte Geneviève de Paris, d'autant que l'encyclopédie Wikipédia indique l'existence d'une sainte "Geneviève de Loqueffret" qui serait  la sœur de saint Edern, et la fondatrice du monastère de Loqueffret. Par ailleurs, "Genièvre" est le nom d'une héroïne du roman breton Enec et Eride de Chrétien de Troyes, et "Guenièvre" est le nom de l'épouse du roi Arthur...dont saint Edern fut l'amant. 

Néanmoins, rien ne permet d'affirmer que l'église Sainte Geneviève de Loqueffret construite au XVIe siècle et donc postérieure à l'église de Brennilis, ne soit pas dédiée à sainte Geneviève de Paris : ni sa statue de la sainte, couronnée, portant un cierge  et un livre, ni l'inscription du bénitier portatif de bronze "POVR. LA. PARROISSE. DE. LOQVEFFRET. SANCTA. GENOVEFA.1617"  puisque Sancta Genovefa [parisiorum] est le nom latin de la sainte (Cf Toponymie générale de la France III p. 1587) . Elle est fêtée le 3 janvier, et la translation de ses reliques le 28 octobre.

H. Amemiya s'étonne également dans son ouvrage de cette graphie récente : "S'agit-il d'une erreur d'inscription ? D'après la photo prise en 1951 par Louis Le Thomas l'inscription était Sainte GENEVIEEVE. Cf Cliché Le Thomas n°3596 , conservé à la DRAC."

D'ailleurs, le chanoine Abgrall n'a vu là en 1904 à Brennilis qu'une sainte "Geneviève" ; d'autre part, il est bien difficile de valider les informations sur cette Geneviève de Loqueffret, malgré les indications du site grandterrier.net . Surtout, la sainte est représentée ici exactement selon l'iconographie de sainte Geneviève de Paris, tenant un cierge qu'un démon veut éteindre au moyen d'un grand soufflet et qu'un ange rallume avec une bougie.

"Le premier type iconographique de sainte Geneviève, où un ange et un démon s’affrontent autour d’un cierge, a prévalu tout au long du Moyen Age ; il s’inspire d’un miracle relaté dans l’hagiographie rédigée au VIe siècle à la demande de Clotilde.

Geneviève se rendait avant l’aube à Saint-Denis (Catheuil à l’époque), accompagnée de jeunes filles, pour assister à un office nocturne à la basilique qu’elle venait de faire édifier à l’emplacement de la sépulture du premier évêque de Lutèce. Sur le chemin, une tempête se leva et des bourrasques de vent éteignirent les torches de ses compagnes, les plongeant dans la nuit. Geneviève saisit alors un cierge, qui se serait immédiatement rallumé sous l’effet de ses prières.

Pour traduire visuellement ce prodige et marquer les esprits, les enlumineurs et sculpteurs médiévaux ont illustré une version postérieure, où, remplaçant le vent, c’est un diable, armé d’un soufflet ou d’un éteignoir, qui s’efforce d’éteindre le flambeau, qu’un ange rallume aussitôt à l’aide d’un petit cierge ; ce combat symbolise pour les fidèles la victoire du jour sur la nuit, de la lumière sur les ténèbres, du bien sur le mal, de la foi sur la barbarie.

Cette représentation médiévale de sainte Geneviève, entre ange et démon, fit fortune dans les enluminures jusqu’à la fin du Moyen Age, et se retrouve encore dans les estampes, plus particulièrement au XVIIe siècle."

Sa vie (Vita Sanctae Genovefae) est reprise au XIIIe siècle par Vincent de Beauvais (Speculum historiale livre XXI, ch. 8 et 46-48), texte qui fut traduit par Jean de Vignay vers 1370-1380 (Miroir Historial, Livre XXI, ch. 8 et 46-48).  Renaut le clerc a composé vers 1310 une Vie versifiée Bnf Lat. 13508 et Bibl. Sainte Geneviève Ms 704/1. 

 

Le site Enluminures.culture.fr propose 16 exemples d'enluminures médiévales représentant le miracle du cierge de sainte Geneviève. 

 

En conclusion, je vois ici une Sainte Geneviève (de Paris), sans-doute assimilable à celle qui est honorée à Locqueffret et qui n'a aucun caractère distinctif permettant d'en faire loa sœur de saint Edern. Mais comme le culte de cette sainte est rare en Bretagne, cet exemple iconographique est précieux. Le motif du cierge qui résiste aux tentatives d'extinction devait être vu comme une admirable image de la vigilance de la Foi. 

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Sainte Geneviève, Panneau inférieur du volet droit, niche de Notre-Dame de Breac-Ellis, église de Brennilis. Photographie lavieb-aile.

Sainte Geneviève, Panneau inférieur du volet droit, niche de Notre-Dame de Breac-Ellis, église de Brennilis. Photographie lavieb-aile.

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Le démon et l'ange s'opposant autour du cierge de sainte Geneviève, Panneau inférieur du volet droit, niche de Notre-Dame de Breac-Ellis, église de Brennilis. Photographie lavieb-aile.

Le démon et l'ange s'opposant autour du cierge de sainte Geneviève, Panneau inférieur du volet droit, niche de Notre-Dame de Breac-Ellis, église de Brennilis. Photographie lavieb-aile.

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Quelques enluminures du miracle du cierge de sainte Geneviève sur le site www.enluminures.culture.fr
Quelques enluminures du miracle du cierge de sainte Geneviève sur le site www.enluminures.culture.fr
Quelques enluminures du miracle du cierge de sainte Geneviève sur le site www.enluminures.culture.fr
Quelques enluminures du miracle du cierge de sainte Geneviève sur le site www.enluminures.culture.fr
Quelques enluminures du miracle du cierge de sainte Geneviève sur le site www.enluminures.culture.fr
Quelques enluminures du miracle du cierge de sainte Geneviève sur le site www.enluminures.culture.fr
Quelques enluminures du miracle du cierge de sainte Geneviève sur le site www.enluminures.culture.fr
Quelques enluminures du miracle du cierge de sainte Geneviève sur le site www.enluminures.culture.fr
Quelques enluminures du miracle du cierge de sainte Geneviève sur le site www.enluminures.culture.fr
Quelques enluminures du miracle du cierge de sainte Geneviève sur le site www.enluminures.culture.fr
Quelques enluminures du miracle du cierge de sainte Geneviève sur le site www.enluminures.culture.fr
Quelques enluminures du miracle du cierge de sainte Geneviève sur le site www.enluminures.culture.fr

Quelques enluminures du miracle du cierge de sainte Geneviève sur le site www.enluminures.culture.fr

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Panneau inférieur du volet gauche, Sainte Apolline.

Sainte Apolline ou Apollonie est invoquée  contre le mal de dents, tant dans les livres d'Heures que par l'intermédiaire de statues dont aucune paroisse ne peut manquer de disposer. Que feraient alors les pauvres paroissiens ? 

Marie-Thérèse Klaus ne manque jamais de le souligner : si vous aviez mal aux dents, vous alliez vous agenouiller devant sa statue (ou son panneau sculpté) "et, rien qu'à voir sa paire de tenailles, vous n'aviez plus mal du tout !".

Ce remède radical ne dispense pas d'adresser quelque oraison à la vierge et martyr à laquelle les bourreaux arrachèrent les molaires :

Donc de bon cœur je te requier

que veulles exsausser ma priere

et des dents le mal appaiser

ou souvent j'ay douleur amere.

Virge benigne, virge clere

ut dolorem eripias

tien moy a jamais ta chambeliere,

et sanam me efficias. ("afin de prendre ma douleur et de réussir à me soigner"). Livre d'heures à l'usage de Bayeux.

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Panneau inférieur du volet gauche, Sainte Apolline, Panneau inférieur du volet gauche, niche de Notre-Dame de Breac-Ellis, église de Brennilis. Photographie lavieb-aile.

Panneau inférieur du volet gauche, Sainte Apolline, Panneau inférieur du volet gauche, niche de Notre-Dame de Breac-Ellis, église de Brennilis. Photographie lavieb-aile.

 

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La sainte est représenté ici vêtu d'or et de pourpre, et brandissant sur l'épaule gauche sa dent de sagesse entre les machoires de ses tenailles.  On trouve le même dessin dans divers livres d'Heures du site enluminure.culture.fr, comme ceux-ci, daté de 1505 et de 1490 :

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Le foulard de saine Apolline.

 

Mais le détail qui m'intéresse dans cette sainte Apolline de Brennilis, c'est sa coiffure : à vrai dire, c'est la même que celle que porte la Vierge dans le panneau de l'Annonciation : un voile ou tissu blanc (souvent rayé de bleu) qui resserre les cheveux en passant entre la nuque et la chevelure, et qui peut si besoin être rabattu vers le front si nécessaire. 

S'il m'intéresse, c'est que ce bandeau en "chouchou, ce voile rayé  est presque pathognomonique de la sculpture mariale bretonne  du XVIe siècle, témoignant d'une mode vestimentaire dont on  pourrait, si on y consacrait le soin nécessaire, tracer les limites temporelles et spatiales. C'est l'un des nombreux points communs avec la Vierge de Lannelec en Pleyben (1578), mais on trouve aussi cet accessoire sur la Vierge de l'Annonciation de l'église Saint-Germain de Pleyben (1588) et sur  de nombreuses Vierges allaitantes examinées dans ce blog:

 

  • Notre-Dame de Tréguron, chapelle de Tréguron, Gouézec

  • Notre-Dame de Bonne-Nouvelle à Saint-Herbot en Plonevez-du-Faou.

  • La Vierge à l'Enfant de l'église Saint-Julien de Châteauneuf du Faou (16e siècle)

  • Vierge allaitante Mamm al leiz de la fontaine de Tréguron

  • Notre-Dame de Bonne-Nouvelle, chapelle de Quillidoaré, Cast

  • Vierge allaitante de la chapelle Notre-Dame de Kergoat, Quéménéven

  • Notre-Dame de Tréguron, église Saint-Germain, Kerlaz 

  • Vierge allaitante de la Chapelle de Kerluan, Chateaulin :

  • Vierge de l'ossuaire de Pleyben  troisième quart du XVIe siècle

  • Notre-Dame de Bonne-Nouvelle, chapelle de Bonne-Nouvelle, Locronan

  • Notre-Dame de Tréguron (?), chapelle Saint-Denis à Seznec, Plogonnec.

  • Vierge allaitante de la Chapelle Sainte-Marine à Combrit

  • "Sainte" (Vierge) de l'ossuaire de Saint-Hernin.

  • Vierge de l'Arbre de Jessé de Plourin-les-Morlaix

  • Vierge à la démone de l'église de Poullaouen

  • Chapelle Sainte-Anne de Carhaix 

...et en réalité sur un nombre sans cesse grandissant d'exemples où ce simple mais coquet auxiliaire ne manque pas de me faire un signe de reconnaissance.

Certes je m'irrite de constater que Notre-Dame de Breac Ellis a oublié de le porter, mais je suspecte quelque tour joué par un restaurateur malin qui l'aurait ôté. De même que je suis prêt à croire que la poitrine de la Dame était jadis plus dénudée qu'aujourd'hui. Mes désirs pour des réalités.

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Volet droit de la niche  de Notre-Dame de Breac-Ellis, église de Brennilis. Photographie lavieb-aile.
Volet droit de la niche  de Notre-Dame de Breac-Ellis, église de Brennilis. Photographie lavieb-aile.

Volet droit de la niche de Notre-Dame de Breac-Ellis, église de Brennilis. Photographie lavieb-aile.

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DISCUSSION.

Depuis que j'ai commencé à photographier ces Vierges à la démone, mon interprétation s'est modifiée. Et, parallélement, des travaux d'iconographie ont été publiés, mettant l'accent sur l'importance du culte de l'Immaculée Conception en Normandie.

La conception sans tâche de Marie : une valeur identitaire en Normandie.

Pour résumer très succintement ce qu'expose en détail l'ouvrage collectif de La Fête aux Normands (2011), le culte de la conception sans tâche de la Vierge Marie est passé d'Angleterre à la Normandie au XIe siècle, et y a été honoré par une fête le 8 décembre, dite "la fête aux Normands" . Cette fête de la conception de Marie s'est diffusée dans toute la France, et en tout cas dans la région lyonnaise puisqu'au XIIe siècle saint Bernard, dans une lettre aux chanoines de Lyon  vers 1139, exprime son désaccord à la célébrer. Saint Thomas d'Acquin s'y opposera aussi au XIIIe siècle, mais le culte perdurera, pour trouver une grande vigueur en Normandie à la fin du XVe siècle et au début du XVIe. Une Fête du Puy des Palinods est instituée à Rouen par l'élite de la bourgoisie locale, couronnant de prix les meilleurs poèmes (notamment les chants royaux) faisant l'éloge de la conception sans pareille de Marie  et élisant un Prince du Puy. Ces poèmes font appel à un riche argumentaire comportant :

  • Le culte de sainte Anne et le baiser de la Porte Dorée.
  • L'Annonciation et le verset Ave Gratia plena
  • Le salut AVE comme inversion du nom ÈVE
  • L'Assomption de la Vierge.
  • La Vierge aux symboles bibliques reprenant à divers textes vétéro-testamentaire (Cantique des cantiques, Genèse,) des préfigurations de la Vierge, notamment celui de "miroir sans tâche", Speculum sine macula.
  • Le Triomphe de la Vierge sur le Péché, représenté par un serpent.  

 

    A Saint-Vincent de Rouen  et à  Conches-en-Ouches(1540-1555) cette croyance et ses développements poétiques sont exposés dans des vitraux à visée apologétique. A Rouen (1522-1524) sont représentés la Rencontre de la Porte Dorée, la Vierge aux symboles bibliques et le Triomphe de la Vierge sur son char.  Vingt ans après, en 1540-1555, le vitraux de Conches montrent une Vierge aux symboles bibliques, le Triomphe de la Vierge sur le serpent (et une Vierge à l'Enfant en Femme de l'Apocalypse face à saint Michel dans le tympan).

 

a) Il s'agit de soutenir que Marie, non seulement est  restée Vierge en concevant et en accouchant de son Fils, mais aussi qu'elle a été conçue par sa mère Anne sans péché. Puisque le Péché Originel est lié, depuis saint Augustin, à la relation sexuelle "concupiscence ou libido", il est important de montrer que non seulement sainte Anne est devenue miraculeusement enceinte alors qu'elle était stérile et âgée, mais aussi que Marie est née sans qu'Anne et son mari Joachim n'aient de relation sexuelle. C'est toute l'importance de la scène du baiser devant la Porte Dorée, car ce baiser passe alors pour l'acte fécondant. 

b) D'autre part, l'Annonciation devient aussi un argument de la thèse immaculiste, par les mots prononcés par l'ange : Ave  gratia plena. Cette salutation est considérée comme l'affirmation de la plénitude de grâce dont Marie est bénéficiaire depuis sa conception, pour n'avoir jamais été soumise à la malédiction du péché. Pour Laurence Riviale, l'Annonciation du vitrail de Conches doit etre considérée comme une preuve apportée à l'Immaculée Conception.

c) Enfin le Triomphe de Marie est mis en scène comme un triomphe à l'antique où le char de la Vierge écrase de ses roues le serpent du Péché. 

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Ce détour normand permet de réinterpréter le programme iconographique de Brennilis qui apparaît alors très proche des réalisations normandes tant par les dates que par les thèmes choisis :

1. vers 1495 : La baie n°1 est consacrée à Sainte Anne portant en son sein la Vierge immaculée (de couleur or) alors que l'inscription Castae Connubiae (Chaste mariage) au dessus d'un panneau perdu qui devait être le Baiser de la Porte Dorée témoigne du caractère non sexuel, et donc no peccamineux, de l'union de Joachim et d'Anne.

2. vers 1500-1515 : la baie 0 est consacrée à la Vie de la Vierge.

3. Les deux niches d'autel montrent à gauche sainte Anne éducatrice, et à droite la Vierge à l'Enfant foulant la démone (1575). Dans les volets, l'Ange de l'Annonciation met en évidence les mots Ave gratia plena.  Les volets inférieurs sont des figures de la vigilance de la Foi et de la résistance aux persécutions.

Les Vierges à la démone bretonne peuvent être considérées comme la forme équivalente des Triomphes normands. La femme-serpent n'est qu'une représentation du Péché Originel vaincu par la Vierge qui a échappé par sa conception sans tâche à son emprise.

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A Brennilis comme ailleurs, il ne suffit pas de dire que cette Vierge foule la Démone et qu'elle est posée sur un croissant de lune pour affirmer que cet ensemble plaide la thèse de la conception immaculée de Marie. Il faut la situer dans le programme iconographique complet, avec les panneaux des volets (Annonciation), la niche de sainte Anne éducatrice du coté nord du chœur, le vitrail de sainte Anne portant la Vierge radieuse en son sein (baie 1), et le vitrail  de la Vie de la Vierge (baie 0). Il faudrait y associer  les cantiques qui resonnaient dans la chapelle, les bannières ou la paramentique, la liturgie (celle de la Nativité de la Vierge), les lectures de l'Office de la Vierge dans les Livres d'Heures, les images pieuses, les prédications, et surtout peut-être le rôle des ateliers de sculpture  (à Quimper ? à Morlaix ?) et de vitraux qui diffusaient ces thématiques. Il faudrait (je tente de le faire) restituer ce tissu de relations réciproques entre les grands chantiers des cathédrales et des commandes ducales ou royales, et le réseau des chapelles et églises édifiées au XVe et XVIe siècle, qui faisaient apparaître là un Arbre de Jessé, là un groupe d'Anne trinitaire, là une Vierge à la démone, là une Sainte Parenté, là un cycle de la Vie de la Vierge, là une Vierge allaitante, pour participer à la nouvelle dévotion envers la Maternité et la Conception. Et il faudrait tenter de comprendre si la base de cette dévotion était d'abord théologique (face à la contestation de la Réforme), ou d'abord liée au Pouvoir soucieuse de s'approprier la religion comme propagande (et à l'opposition entre confesseurs dominicains et franciscains), ou d'abord liée à la démographie, aux troubles sanitaires, aux conflits armés, dans un souci de procréation et de fécondité des familles nobles et des familles paysannes. Il faudrait aussi étudier par quelles voies les poètes dévots de Rouen, les confréries de Notre-Dame-de-la-Conception normandes et les nouveaux vitraux de Normandie ont influencé les artisans verriers et sculpteurs bretons. 

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La Vierge aux symboles bibliques, Conches-en-Ouche, photographie lavieb-aile.

La Vierge aux symboles bibliques, Conches-en-Ouche, photographie lavieb-aile.

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SOURCES ET LIENS.

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Sur l'église de Brennilis :

 

— Site Infobretagne contenant les texte des chanoines Peyron et Abgrall :

http://www.infobretagne.com/brennilis.htm

— Inventaire descriptif de l'église de Brennilis fait pendant l'été 1983. Tapuscrit conservé à la bibliothèque du diocèse de Quimper.

http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/71e51d7ff370034408d2b2e0ebdb6061.pdf

— ABGRALL, (Jean-Marie) 1904 Notice sur Brennilis, Bulletin Diocésain d'Histoire et d'Archéologie BDHA 1904 page 95-101 :

http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/af488ed0b5ac10edd2fb9441496254a9.pdf

— ABGRALL (Jean-Marie), 1904, Architecture bretonne, Ar. de kerangal, Quimper pages 283-284.

https://archive.org/stream/architecturebre00abgrgoog#page/n317/mode/2up/search/brennilis

 

— COMBOT (recteur de Brennilis), 1856, Note sur l'église de Brennilis,  cité dans BDHA 1904.

— COUFFON , Le Bars, Nouveau répertoire des églises et chapelles, Quimper, 1988 

http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/8f6bfc6f028b1a3a6cf67e7cd7c3578f.pdf

— GATOUILLAT (Françoise), HÉROLD (Michel), Les vitraux de Bretagne, Corpus Vitrearum vol. VII, Presses Universitaires de Rennes page 118.

PEYRON, 1910, Eglises et chapelles, Bulletin Société archéologique du Finistère t. XXXVII pp. 293-294.

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Sur les Vierges à démone et les arbres de Jessé, témoins du culte de l'Immaculée Conception :

 

 

AMEMIYA (Hiroko) 2005, Vierge ou démone, exemple dans la statuaire bretonne, Keltia éditeur, Spézet. 269 p. page 68-69. Version remaniée de la thèse de 1996.

— AMEMIYA (Hiroko), 1996,  Figures maritimes de la déesse-mère, études comparées des traditions populaires japonaises et bretonnes . Thèse de doctorat d'études littéraires, histoire du texte et de l'image  Paris 7 1996 sous la direction de Bernadette Bricout et de Jacqueline Pigeot. 703 pages Thèse n° 1996PA070129 . Résumé : Le thème principal de cette étude est de voir quel rôle la femme non-humaine - et notamment la femme qui appartient au monde maritime - a joué au Japon et en Bretagne, à travers les récits relatifs à l'epouse surnaturelle. Pour la Bretagne, les recherches s'étendent également sur l'iconographie religieuse representant l'être semi-humain telles la sirène et la femme-serpent. La région conserve dans ses chapelles de nombreuses statues des xvie et xviie siecles figurant ce type faites par des artisans locaux. L'imagination populaire s'epanouit ainsi dans la femme non-humaine de deux facons en Bretagne : dans l'expression orale et dans l'expression plastique ce qui nous offre une occasion inestimable d'etudier leur compatibilite dans leur contexte socioculturel. Les recits qui traitent le thème du mariage entre l'être humain et l'être non-humain révèlent la conception de l'univers d'une societé. L'autre monde ou les êtres de l'autre monde sont en effet une notion fonctionnelle qui permet à la societé de maintenir l'ordre interne par une intervention externe fictive : la suprématie du fondateur du Japon s'explique par la transmission d'une puissance surnaturelle par sa mère du royaume maritime, alors qu'en Bretagne, la destruction de la cité légendaire d'Is est causée par une fille maudite née d'une fée. Le premier volume de cette étude est composé de trois parties : i. L'autre monde dans la tradition populaire au Japon, ii. Recits relatifs au mariage au Japon et en Bretagne, iii. Iconographie d'une femme semi-humaine. Le deuxieme volume est un inventaire des différents types de representation semi-humaine en Bretagne.

— BATAILLON (Lionel), 1923, Les symboles des litanies et l'iconographie de la Vierge en Normandie au XVIe siècle, Revue Archéologique Cinquième Série, T. 18 (Juillet-décembre 1923), pp. 261-288

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k203691j/f266.double

— LE THOMAS (Louis), 1961 "Les Démones bretonnes, iconographie comparée et étude critique", Bulletin de la société Archéologique du Finistère t. 87 p. 169-221.

— LE THOMAS (Louis) 1963 "Les Arbres de Jessé bretons", première partie, Bulletin de la société Archéologique du Finistère 165- 196.

 — LE THOMAS (Louis) 1963, "Les Arbres de Jessé bretons", troisième partie, Bulletin de lasociété Archéologique du Finistère pp. 35-72.

En 1961, Louis Le Thomas décrivait 34 Arbres de Jessé bretons, dont 13 verrières et 21 arbres sculptés (haut-reliefs, niches à volets et bas-reliefs).

— FOURNIÉ (Eléonore), LEPAPE (Séverine), 2012,« Dévotions et représentations de l’Immaculée Conception dans les cours royales et princières du Nord de l’Europe (1380-1420) », L’Atelier du Centre de recherches historiques [En ligne], 10 | 2012, mis en ligne le 11 mai 2012, consulté le 24 septembre 2015. URL : http://acrh.revues.org/4259 ; DOI : 10.4000/acrh.4259 

—  LEPAPE (Séverine), 2009,  « L’Arbre de Jessé: une image de l’Immaculée Conception? » ,Médiévales [En ligne], 57 | automne 2009, mis en ligne le 18 janvier 2012, consulté le 22 septembre 2015. URL : http://medievales.revues.org/5833 

— LEPAPE (Séverine),   2011, "L'Arbre de Jessé normand et la question de l'Immaculée Conception",  in Françoise Thélamon, Marie et la "Fête aux Normands", publication Université Rouen-Le Havre, 352 pages, pages 195-209

https://books.google.fr/books?id=hwA9AgAAQBAJ&dq=seule+sans+en+sa+conception+conches&hl=fr&source=gbs_navlinks_s

— LEPAPE (Séverine) 2004 Étude iconographique de l’Arbre de Jessé en France du Nord du xive siècle au xviie siècle Thèse Ecole des Charteshttp://theses.enc.sorbonne.fr/2004/lepape

— PRIGENT (Christiane) 1982, Les statues des Vierges à l’Enfant de tradition médiévale (XVe -XVIe siècle) dans l’ancien diocèse de Cornouaille, thèse de doctorat de 3ème cycle, dir. A. Mussat, Université de Haute-Bretagne, 1982, dactyl.. 

— RIVIALE (Laurence), 2011, "L'Immaculée Conception dans les vitraux normands", in Françoise Thélamon, Marie et la "Fête aux Normands", publication Université Rouen-Le Havre, 352 pages, pages 179-194.

https://books.google.fr/books/about/Marie_et_la_F%C3%AAte_aux_Normands.html?id=hwA9AgAAQBAJ&redir_esc=y

— Colloque 2009 L'Immaculée Conception de la Vierge : histoire et représentations figurées du Moyen Âge à la Contre-RéformeJean-Claude Schmitt (Directeur d'études, GAHOM - Groupe d'Anthropologie Historique de l'Occident Médiéval (EHESS)), Séverine Lepape, Eléonore Fournié - EHESS - Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales, Paris,  

http://www.archivesaudiovisuelles.fr/FR/_video.asp?id=2150&ress=7107&video=140631&format=68

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Published by jean-yves cordier - dans Brennilis. Vierges à la démone.
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22 septembre 2016 4 22 /09 /septembre /2016 15:07

PRÉSENTATION.

L'église Notre-Dame est une ancienne chapelle tréviale de Loqueffret devenue église paroissiale en 1849. Une inscription en lettres gothiques à droite du maître-autel en indique la date de fondation en 1485 : " Y[ves] toux  procureur lan mil CCCC IIII XX  + cinq  : au cõmenceme[n]t   de . ceste . chappele". 

 

La verrière d'axe ou baie 0, datée vers 1500,conserve les armoiries de Louise de Berrien et de son époux Olivier de Quélen baron du Vieux-Chastel, décédé en 1521. Elle est consacrée à la Vie de la Vierge.

 

Situation de la verrière.

La baie n°2 se situe à droite du chœur, sur le mur oriental du bras sud du transept. Elle éclaire un autel en bois aux 12 sybilles  et est encadrée par les statues de saint Hervé et  de saint Sébastien.

 

 

Vue orientale du bras sud du transept, église Notre-Dame de Brennilis, photographie lavieb-aile.
Vue orientale du bras sud du transept, église Notre-Dame de Brennilis, photographie lavieb-aile.

Vue orientale du bras sud du transept, église Notre-Dame de Brennilis, photographie lavieb-aile.

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Le vitrail.

La baie 2 , de forme ogivale, mesure 2,50 m de haut et  1,80 m de large et est datée selon le Corpus Vitrearum vers 1490-1495 ; sous un tympan à 3 ajours, ses 3 lancettes (2 en plein cintre, 1 ogivale) montrent trois niches à hauts dais architecturaux abritant saint Michel, le Christ et saint Jacques.  Elle a été restaurée d'abord en 1965 par Jean-Jacques Gruber, qui a créé une vitrerie ornementale, puis en 2000 pour compléter les personnages. Selon le Corpus Vitrearum publié en 2005, "en 1996, la verrière principale a été restaurée et complétée par Jean-Pierre et Antoine Le Bihan, et la campagne se poursuit actuellement sur les baies 1 et 2 " Maître d'oeuvre : Philippe BONNET- LGMH  2000.

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Les fonds des lancettes sont alternativement rouge, bleu et rouge autour des dais et bleu, rouge, bleu à l'intérieur des niches.

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Baie n°2,  église Notre-Dame de Brennilis, photographie lavieb-aile.
Baie n°2,  église Notre-Dame de Brennilis, photographie lavieb-aile.

Baie n°2, église Notre-Dame de Brennilis, photographie lavieb-aile.

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Les lancette A et B. Saint Michel et le Christ Sauveur.

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Lancettes A et B de la baie 2, église Notre-Dame de Brennilis, photographie lavieb-aile.

Lancettes A et B de la baie 2, église Notre-Dame de Brennilis, photographie lavieb-aile.

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a) Saint Michel.

Les cheveux et le nimbe de l'archange sont peints en grisaille sans rehaut de jaune d'argent . La croix est taillée dans un jaune teint dans la masse, plutôt que dans un verre blanc passé au jaune d'argent.

Le même carton à grandeur a été employé à l'église Saint-Fiacre de Guengat, baie 2, pour un vitrail réalisé à la même épque (ca 1500) par un atelier quimpérois actif dans toute la Cornouaille (Ergué-Gabéric, Plogonnec, Penmarc'h, etc..) .

http://www.lavieb-aile.com/article-l-eglise-de-guengat-29-i-les-vitraux-122885533.html

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Comparaison des saint Michel de Brennilis et de Guengat. Photographie lavieb-aile.
Comparaison des saint Michel de Brennilis et de Guengat. Photographie lavieb-aile.

Comparaison des saint Michel de Brennilis et de Guengat. Photographie lavieb-aile.

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b) le Christ en Saint-Sauveur.

La couleur de la tunique (lie-de-vin) et le geste de bénédiction infirme l'hypothèse du chanoine Abgrall qui y voyait un Christ de Résurrection .

Le visage a reçu un rehaut de sanguine. La chevelure et la barbe sont dessinées par enlevé de grisaille au petit bois.

L'inscription AVE MARIA se lit sur l'encolure.

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Le Christ en Saint-Sauveur, lancette B de la baie 2, église Notre-Dame de Brennilis, photographie lavieb-aile.

Le Christ en Saint-Sauveur, lancette B de la baie 2, église Notre-Dame de Brennilis, photographie lavieb-aile.

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La lancette C : saint Jacques le Majeur.

Le Corpus Vitrearum laisse le choix : saint Jacques ou saint Roch avec les insignes de pèlerin. Fragment du visage restauré. 

Je ne vois pas d'argument pour y voir saint Roch.

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Lancette B et C de la baie 2, église Notre-Dame de Brennilis, photographie lavieb-aile.

Lancette B et C de la baie 2, église Notre-Dame de Brennilis, photographie lavieb-aile.

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Saint Jacques tient le bourdon muni de sa calebasse. Il est coiffé du chapeau à bords rabattus sur lequel est peint la coquille et les bourdonnets croisés. La besace se devine en bandoulière. Quelle est la part des restaurateurs ?

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Saint Jacques le Majeur, Lancette  C de la baie 2, église Notre-Dame de Brennilis, photographie lavieb-aile.

Saint Jacques le Majeur, Lancette C de la baie 2, église Notre-Dame de Brennilis, photographie lavieb-aile.

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Dais architecturé de la lancette C. 

Les niches sont couronnées de dais flamboyants élancés apparentés à ceux de la baie 0 avec leurs grandes pièces aux découpes savantes, et leur peinture subtile rendant compte des ombres portées. Les crochets des gables et les moulures sont rehaussés de jaune d'argent. Dans la voûte à culot se lisent les mots MISERE MI DEUS  aux lettres perlées. C'est l'incipit du psaume 50, Pitié pour moi, mon Dieu.

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Dais de la lancette C  de la baie 2, église Notre-Dame de Brennilis, photographie lavieb-aile.

Dais de la lancette C de la baie 2, église Notre-Dame de Brennilis, photographie lavieb-aile.

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LE TYMPAN.

Le soufflet  ou ajour supérieur porte les armoiries de Quélen Vieux-Chastel burelé d'argent et de gueules de dix pièces entre des rameaux de chêne et de ..., et sous deux fleurs rouges. Le corpus vitrearum indique : "panneau réinséré, plus tardif que les précédents".

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Tympan, baie 2, église Notre-Dame de Brennilis, photographie lavieb-aile.

Tympan, baie 2, église Notre-Dame de Brennilis, photographie lavieb-aile.

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Mouchette gauche : ange portant la croix.

Ecus aux armes de Berrien D'argent à 3 jumelles de gueules, au franc canton d'or au lion de sable .

 

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Mouchette gauche, tympan, baie 2, église Notre-Dame de Brennilis, photographie lavieb-aile.

Mouchette gauche, tympan, baie 2, église Notre-Dame de Brennilis, photographie lavieb-aile.

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Mouchette de droite. Ange portant la colonne de Flagellation.

Ecus aux armes d'argent fretté d'azur de Guicaznou (ou de Goazmoal )

Meriadec de Guicaznou était grand panetier du duc Jean Le Sage en 1421.

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Mouchette droite,  tympan, baie 2, église Notre-Dame de Brennilis, photographie lavieb-aile.

Mouchette droite, tympan, baie 2, église Notre-Dame de Brennilis, photographie lavieb-aile.

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Une étude des visages des baies 1 et 2.

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Visages, baie 1 et 2  saint Jacques et Christophe, le Christ, saint Michel, deux anges.
Visages, baie 1 et 2  saint Jacques et Christophe, le Christ, saint Michel, deux anges.
Visages, baie 1 et 2  saint Jacques et Christophe, le Christ, saint Michel, deux anges.
Visages, baie 1 et 2  saint Jacques et Christophe, le Christ, saint Michel, deux anges.
Visages, baie 1 et 2  saint Jacques et Christophe, le Christ, saint Michel, deux anges.
Visages, baie 1 et 2  saint Jacques et Christophe, le Christ, saint Michel, deux anges.

Visages, baie 1 et 2 saint Jacques et Christophe, le Christ, saint Michel, deux anges.

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SOURCES ET LIENS.

Blog du maître-verrier Jean-Pierre Le Bihan. mars 2007

http://jeanpierrelebihan.over-blog.com/article-6197893.html

— Site Infobretagne contenant les texte des chanoines Peyron et Abgrall :

http://www.infobretagne.com/brennilis.htm

— Inventaire descriptif de l'église de Brennilis fait pendant l'été 1983. Tapuscrit conservé à la bibliothèque du diocèse de Quimper.

http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/71e51d7ff370034408d2b2e0ebdb6061.pdf

— ABGRALL, Notices, Bulletin Diocésain d'Histoire et d'Archéologie BDHA 1904 page 95-101 et 318-319. :

http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/af488ed0b5ac10edd2fb9441496254a9.pdf

 

— COMBOT (recteur de Brennilis) Note sur l'église de Brennilis, 1856, cité dans BDHA

— COUFFON , Le Bars, Nouveau répertoire des églises et chapelles, Quimper, 1988 

http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/8f6bfc6f028b1a3a6cf67e7cd7c3578f.pdf

— GATOUILLAT (Françoise), HÉROLD (Michel), Les vitraux de Bretagne, Corpus Vitrearum vol. VII, Presses Universitaires de Rennes page 118.

— PÉRÉNNES (Henri), 1939, Pleyben le Clergé, BDHA 

http://diocese-quimper.fr/images/stories/bibliotheque/bdha/bdha1939.pdf

PEYRON, 1910, Eglises et chapelles, Bulletin Société archéologique du Finistère t. XXXVII pp. 293-294.

Published by jean-yves cordier - dans Chapelles bretonnes. Brennilis.
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20 septembre 2016 2 20 /09 /septembre /2016 12:41

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Rappel.

L'église Notre-Dame est une ancienne chapelle tréviale de Loqueffret devenue église paroissiale en 1849. Une inscription en lettres gothiques à droite du maître-autel en indique la date de fondation de 1485 : " Y[ves] toux :  procureur lan mil CCCC IIII XX  + cinq  : au cõmenceme[n]t   de  ceste  chappele". Le terme de "procureur" indique la fonction d'Yves Toux comme fabricien, chargé de gérer le temporel d'une paroisse, c’est-à-dire ses biens et ses revenus, et de décider et surveiller les travaux de construction.  Dans les petites paroisses rurales, la fabrique est constitué d’une seule personne  nommé "procureur fabricien".

La verrière d'axe ou baie 0, datée vers 1500,conserve les armoiries de Louise de Berrien et de son époux Olivier de Quélen baron du Vieux-Chastel, décédé en 1521. On y trouve aussi les armoiries des parents et grands parents de Louise de Berrien, seigneurs de Brennilis : Henri de Berrien (marié à Louise du Juch) et Yvon de Berrien  (père d'Henri, marié en 1443 à Jeanne de Lezongar). 

La baie n°1, placée à gauche du chevet plat, était autrefois cîmée des mêmes armes de Berrien plein.

Située à gauche du chœur, sur le mur oriental du bras nord du transept, elle éclaire un autel et est encadrée par une statue de saint Divy, et par le groupe de saint Yves entre le riche et le pauvre.

Le vitrail.

La baie  mesure 2,50 m de haut et 0,90 m de large et est datée par Françoise Gatouillat et Michel Hérold (Corpus Vitrearum) de 1500-1510 ; ses 2 lancettes en plein cintre comportent chacune deux registres, consacrés à sainte Anne et saint Christophe à gauche, à un motif perdu et à saint Fiacre à droite. Dans le tympan, un soufflet (blason de Bretagne) est entouré de deux mouchettes (Saint Michel et sainte Marguerite). Elle a été restaurée par Gruber en 1967.

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Baie 1, bras nord du transept, église Notre-Dame, Brennilis, photographie lavieb-aile.

Baie 1, bras nord du transept, église Notre-Dame, Brennilis, photographie lavieb-aile.

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LA LANCETTE DE GAUCHE. PANNEAU SUPÉRIEUR. SAINTE ANNE PORTANT LA VIERGE EN SON SEIN.

 

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Le galon de la tenture suspendue en fond de niche porte l'inscription SAINCTE COMCEPTIO.

Sainte Anne se détache sur un fond rouge ; sa tête qui porte la guimpe, est voilée. Elle porte un manteau bleu qui s'ouvre sur une robe dorée damassée.

La pièce de verre jaune a été découpée en son centre pour y sertir une pièce de verre blanc, selon le procédé dit "en chef d'œuvre" pour en exprimer la difficulté. C'est sur ce verre blanc qu'est peint à la grisaille le buste d'une fillette nue, aux longs cheveux (jaune d'argent) : la Vierge Marie in utero. Des traits lumineux radiants entourent cette sainte présence. La fillette peut vouloir figurer l'enfant sous une forme embryonnaire stylisée, mais elle représente sans-doute, plus spirituellement, son âme incarnée. 

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Panneau supérieur de la lancette A, Sainte Anne enceinte. Baie 1, bras nord du transept, église Notre-Dame, Brennilis, photographie lavieb-aile.

Panneau supérieur de la lancette A, Sainte Anne enceinte. Baie 1, bras nord du transept, église Notre-Dame, Brennilis, photographie lavieb-aile.

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Iconographie :

De semblables représentations se trouvent :

  • Dans les  Heures à l'usage de Rouen de 1508 par Simon Vostre, et les Heures à l'usage du Diocèse d'Angers de 1510 par Simon Vostre. Dans ce dernier ouvrage, "Sainte Anne est figurée debout, entourée des emblèmes des Litanies. Elle écarte son manteau, et l'on aperçoit, dans son sein ouvert et rayonnant comme une auréole, la Vierge tenant l'Enfant. La gravure est la même dans les deux éditions de 1510 et 1530, avec cette seule différence que l'inscription : Necdum erant abyssi et jam concepta eram, qui se trouve sous les pieds de Sainte Anne dans la première, a été supprimée dans la seconde (G.H.  Luquet, "Représentation par transparence de la grossesse dans l'art chrétien",  Revue archéologique T. 19 1924 pp. 137-149.

     

  • à Douai : Sainte Anne concevant la Vierge (1515-1520), Bellegambe Jean (vers 1470-vers 1534) Musée de la Chartreuse. Selon le commentaire du Musée :  "Les premières figurations de la Vierge préservée du péché dès la conception, apparaissent au début du 15e siècle après que l’église eût approuvé en 1496 la doctrine de l’Immaculée Conception. En 1510, une gravure des Heures à l’usage du diocèse d’Angers, par Simon Vostre, en offre le premier exemple connu. Au second plan apparaîssent, sous des arcades, le pape Sixte IV ainsi que les cardinaux et évêques qui témoignent de la virginité d’Anne. Dans le paysage, on retrouve les scènes de la vie d’Anne et de Joachim:l’Offrande d’Anne aux pauvres et la Rencontre à la Porte dorée"

     

http://collection.musenor.com/images/douai/gD02042.jpg

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  • à Châteaudun, Vitrail, église Saint Valérien – Châteaudun. 1ère moitié XVIe. Scène voisine : le baiser de la Porte  Dorée. http://ndoduc.free.fr/vitraux/htm2/eg_StValerien.htm
  • à Rouen,  Ste Anne enceinte de la Vierge, bois polychrome, musée des Beaux- Arts, https://fr.pinterest.com/pin/434315957791353619/
  • à l'église st Martin de Maast-et-Violaine , vitrail  http://www.cc-oulchylechateau.fr/zoom.asp?ID=444448
  •  à l'église paroissiale Saint-Pierre et Saint-Paul à Marsac (Limousin) statuette du tabernacle du maître-autel 18e siècle (volée) http://www.culture.gouv.fr/public/mistral/palsri_fr?ACTION=CHERCHER&FIELD_1=REF&VALUE_1=PM23000708
  • ​. dans les Heures à l'usage de Tours/Vie de sainte Marguerite vers 1490 Paris - Bibl. Mazarine - ms. 0507 folio 186, au début de la prière Ave cujus conceptio. Enluminure par l'atelier de Jean Bourdichon, l'auteur des Grandes heures d'Anne de Bretagne.

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  • Dans les Heures à l'usage de Rome Tours, BM, Ms.2104 folio 121v. Enluminure attribuée à Jean Hey, l'auteur du Triptyque de Moulins. Origine : bourbonnais. Accompagne comme la précédente  l'oraison Ave cujus conceptio.

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A Francfort : Polyptyque Historische Museum http://ste.anne.trinitaire.online.fr/table-des-illustrations.php

 

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statue (statuette) : sainte Anne (?) enceinte, dite Vierge enceinte (tabernacle du maître-autel) localisation Limousin ; Creuse ; Marsac édifice 
Panneau supérieur de la lancette A, Sainte Anne enceinte. Baie 1, bras nord du transept, église Notre-Dame, Brennilis, photographie lavieb-aile.

Panneau supérieur de la lancette A, Sainte Anne enceinte. Baie 1, bras nord du transept, église Notre-Dame, Brennilis, photographie lavieb-aile.

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Le  visage de la mère de la Vierge est beau et jeune, alors que les représentations habituelles mettent souvent en évidence les marques de son âge et son statut de grand-mère.  L'ensemble du visage et des vêtements pourraient être empruntés à des figures de la Vierge,  comme on peut en trouver des exemples dans les Grandes heures d'Anne de Bretagne.

Ce vitrail du début de 1500-1510 (ou avant 1498, pour tenir compte de l'inscription de Rloand de Berrien, recteur de Pleyben de 1492 à 1498) témoigne d'une double influence : le culte de sainte Anne, et celui de l'Immaculée Conception.

Le culte de sainte Anne.

Le récit de la conception miraculeuse de la Vierge par un couple âgé et stérile, Anne et Joachim, se trouve dans le Protévangile de Jacques et est repris dans la Légende Dorée de Jacques de Voragine et dans le Speculum historiale de Vincent de Beauvais (XIIIe siècle). 

A la fin du XVe siècle, il est alors en pleine vogue et à la fois très récent, puisqu'il est peu connu avant cette période. La première paroisse bretonne sous l'invocation de sainte Anne date du XVIe siècle, la chapelle de Sainte-Anne-la-Palud de 1518, et l'apparition de la sainte à Auray de...1623. Le prénom Anne est donné dès 1470 en Europe, comme en atteste Anne Sforza (née en 1476), fille du duc de Milan, Anne de Beaujeu (née en 1461), fille de Louis XI, Anne d'Orléans (1464-), abbesse de Fontevrault, Anne de Foix (1484-), Anne de Graville (1490-), Anne de Rohan (1485), et bien-sûr Anne de Bretagne, (1477-). 

Son introduction dans la liturgie est tout aussi récent : si Urbain V, dès 1370, fait rajouter dans son Missel une messe en son honneur avec une miniature de la sainte et si Urbain VI l'étend à toute l'Église, en 1382, c'est en 1481, que le pape franciscain immaculiste Sixte IV fait ajouter la fête solennelle de sainte Anne au calendrier de l'Église romaine, le 26 juillet. En 1494 paraît le traité De laudibus sanctissimae matris Annae de Johannes Trithemius, abbé de Sponheim qui joue un grand rôle dans la propagation de son culte et soutient la thèse de la pureté (virginité) de sainte Anne. 

Dans les arts, c'est au XVIe siècle que se multiplient en Bretagne, et notamment dans le diocèse de Quimper, les groupes d'Anne trinitaire que j'ai étudiés ici :

​C'est de 1501 que date la première esquisse de La Vierge à l'Enfant avec sainte Anne de Léonard de Vinci, peint à Amboise, peut-être à la demande de François Ier.

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Le culte de l'Immaculée Conception.

Voir une synthèse claire ici : http://www.mariedenazareth.com/qui-est-marie/la-maturation-du-dogme-de-limmaculee-conception#_ftn1

Ce culte est  en pleine discussion à la fin du XVe siècle entre ses partisans "immaculistes" et ses adversaires "maculistes", et divise alors les ordres mendiants. Les immaculistes sont les franciscains et les carmes, alors que les maculistes sont des dominicains. 

Cette polémique est étroitement liée au culte de sainte Anne : Anne et Joachim ont-ils eu une relation charnelle afin que la Vierge soit conçue ? Dans ce cas, selon la conception augustinienne liant l'acte sexuel (ou concupiscence) et la transmission de la Faute d'Adam et Éve, la Vierge n'a pas échappé au Péché Originel, sa conception n'est pas immaculée. Pour saint Bernard, par exemple, ce n'est pas la conception, mais la naissance de la Vierge qui est sainte (Nativité le 8 septembre), l'âme de la Vierge a été sanctifiée et purifiée du péché après la conception, et il n'est pas légitime d'instituer (comme c'est le cas depuis le XIIe s en Normandie puis en Bourgogne) une Fête de la Conception de Marie (le 8 décembre)".  On distinguera ensuite la conceptio seminum

qui entraina la souillure du péché, suivie de la conceptio naturarum ou infusion de l'âme, de la conceptio spiritualis, qui efface cette souillure...

Au contraire, la conception de la Vierge a-t-elle eu lieu par intervention divine lors de la rencontre de la Porte Dorée, eventuellement lors du baiser échangé par les époux (conception par les lèvres, de même que le Christ aurait été conçue "par l'oreille" de Marie —par les paroles de l'ange reçue par son oreille—)  ? Dès lors, en l'absence de relation charnelle, la Vierge peut avoir échappé à la transmission du Péché Originel : c'est la thèse immaculiste. 

 

La duchesse de Bourbon Anne de Beaujeu dite Anne de France, la sœur de Charles VIII, etait acquise à la thèse immaculiste, et deux œuvres en témoignent : le Triptyque du Maître de Moulins (1492-1493), et le vitrail de l'Arbre de Jessé de la cathédrale de Moulins (après 1474). 

Voir :

http://www.lavieb-aile.com/article-le-vitrail-de-l-arbre-de-jesse-de-la-cathedrale-de-moulins-124389475.html

Aussi toute représentation de la Rencontre de la Porte Dorée, ou des Arbres de Jessé insistant sur la virginité de Marie, sont à considérer comme des prises de parti immaculistes dans ce débat.

Voir l'Annexe infra.

 

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La fête de la Conceptio beate mariae le 8 décembre figure aux calendriers :  des Heures d'Isabelle Stuart, duchesse de Bretagne (1442-1450) et épouse du duc François Ier Bnf NAL 588 folio 12r , des Heures de la même duchesse Isabeau d'Ecosse Horae usum romanum Bnf latin 1369 folio 13, des  Grandes heures d'Anne de Bretagne (folio 15r), des Heures de Charles VIII ou sur le Missel de Léon de 1526, dans la brève recherche que j'ai effectuée: cette fête est donc  honorée à la cour du duc de Bretagne et à celle du roi de France comme sans-doute dans les diocèses bretons. Le terme utilisé est Conceptio, et non Sanctificatio.

 

 

 

 

 

 

Panneau supérieur de la lancette A, Sainte Anne enceinte. Baie 1, bras nord du transept, église Notre-Dame, Brennilis, photographie lavieb-aile.

Panneau supérieur de la lancette A, Sainte Anne enceinte. Baie 1, bras nord du transept, église Notre-Dame, Brennilis, photographie lavieb-aile.

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Dans ces conditions, la représentation du caractère sacré de Marie dans le ventre de sa mère est bien-entendu une Défense et Illustration de sa conception immaculée. Or, dans ce vitrail, le choix d'un verre jaune (couleur de la Divinité), le dessin des rayons lumineux, et l'isolement de la piece de verre par le procédé du chef-d'œuvre témoignent de cette nature sainte de Marie déjà in utero. Ce que soulignent les deux inscriptions : "Saincte conceptio[n]" (et non "sainte naissance"). Et Castae Connubiae, "Chaste mariage", chaste, sans relation sexuelle.

Notre-Dame de Breac-Ellis, la Vierge à la Démone ou Vierge de l'Apocalypse du retable de l'église de Brennilis participe elle aussi à la même prise de parti prosélytiste pour l'Immaculée Conception.

Panneau supérieur de la lancette A, Sainte Anne enceinte. Baie 1, bras nord du transept, église Notre-Dame, Brennilis, photographie lavieb-aile.

Panneau supérieur de la lancette A, Sainte Anne enceinte. Baie 1, bras nord du transept, église Notre-Dame, Brennilis, photographie lavieb-aile.

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Chaque lancette  est composée de deux niches dont la plus haute est couronnée d'une coquille dont la voûte porte des crosses en feuilles d'acanthe repliées et rehaussées au jaune d'argent. Ce dôme est est surmontée d'une tourelle. Les fenêtres de celle-ci ont un remplage gothique.

Niche architecturée, la lancette A, . Baie 1, bras nord du transept, église Notre-Dame, Brennilis, photographie lavieb-aile.

Niche architecturée, la lancette A, . Baie 1, bras nord du transept, église Notre-Dame, Brennilis, photographie lavieb-aile.

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LA LANCETTE DE DROITE OU LANCETTE B. SAINT FIACRE.

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1. Panneau supérieur. Saint Joachim, ou Baiser de la Porte Dorée (perdu).

La niche  a perdu son contenu, remplacé par une tenture damassée moderne (vers 1900 ?). La coquille de la niche à godrons verts domine un galon de tenture portant les mots CASTAE CONNUBIAE, qui peut se traduire par "Chaste mariage". Il est donc probable que la scène qui était représentée était celle du Baiser de la Porte Dorée, et non, comme le suggèrent Gatouillat et Hérold (2005), un portrait de Joachim. On sait que ce baiser ou cette étreinte échangée entre sainte Anne et son mari Joachim, séparés mais avertis chacun par un ange de devoir se rendre devant la Porte de Jérusalem, passent pour être responsables à l'instant même de la conception de Marie. Cette conception doublement miraculeuse (d'une part en raison de la stérilité et du grand âge du couple ; d'autre part en raison de ce mode opératoire) renforce l'idée, qui deviendra un dogme, de la conception immaculée de Marie, d'est-à-dire exempte du Péché Originel.

 

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Panneau supérieur de la lancette B. Baie 1, bras nord du transept, église Notre-Dame, Brennilis, photographie lavieb-aile.

Panneau supérieur de la lancette B. Baie 1, bras nord du transept, église Notre-Dame, Brennilis, photographie lavieb-aile.

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2. Panneau inférieur. 

Dans celui-ci, Saint Fiacre est représenté en grisaille sur un fond damassé doré. Il tient ses attributs habituels, un livre et "une bêche" (Gatouillat 2005). Celle-ci ressemble  à la canne en T de saint Antoine, ou plutôt à une serpe de vigneron, à un émondoir ou à une binette, tenue par le fer. 

Le visage du saint semble de la même main que le visage de saint Christophe, son vis-à-vis de gauche.

Sur le culte et la Vie de saint Fiacre, voir 

http://www.lavieb-aile.com/2016/01/le-vitrail-de-la-vie-de-saint-fiacre-chapelle-saint-fiacre-le-faouet.html

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Saint Fiacre, panneau inférieur de la lancette B. Baie 1, bras nord du transept, église Notre-Dame, Brennilis, photographie lavieb-aile.

Saint Fiacre, panneau inférieur de la lancette B. Baie 1, bras nord du transept, église Notre-Dame, Brennilis, photographie lavieb-aile.

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LE TYMPAN.

Le soufflet sommital contient un écu de Bretagne réalisé par Gruber en remplacement des armes de Berrien signalées par Abgrall en 1904. La mouchette gauche contient un saint guerrier, par Gruber en 1967. Plus intéressante est la sainte Marguerite, vers 1500, la tête seule ayant été restaurée en 1967.

 

Tympan . Baie 1, bras nord du transept, église Notre-Dame, Brennilis, photographie lavieb-aile.

Tympan . Baie 1, bras nord du transept, église Notre-Dame, Brennilis, photographie lavieb-aile.

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Sainte Marguerite.

Elle se reconnait facilement par son attribut, le crucifix qui lui a permis de sortir du ventre du dragon ailé, écailleux, aux pattes palmées et au bec crochu.

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Sainte Marguerite yssant du dragon, mouchette de droite, tympan . Baie 1, bras nord du transept, église Notre-Dame, Brennilis, photographie lavieb-aile.

Sainte Marguerite yssant du dragon, mouchette de droite, tympan . Baie 1, bras nord du transept, église Notre-Dame, Brennilis, photographie lavieb-aile.

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ANNEXE.

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Voici des extraits d'un article de M-B. Dary sur un manuscrit liturgique lyonnais du XIIe siècle pour l'office de la fête de la Conception de la Vierge le 8 décembre. Je le mentionne car on va y trouver tous les thèmes de l'iconographie mariale, et, notamment, ceux de la Vierge foulant le serpent, de  l'arbre de Jessé, et de bien d'autres :

Marie-Bénédicte Dary étudie dans ce texte le Libellus de Lyon, preuve de l'adoption par le diocèse de Lyon de la Fête liturgique du 8 décembre et qui   jusqu’à preuve du contraire, peut être considéré comme celui que chantaient les chanoines fustigés par saint Bernard dans son Epistola CLXXIV : ad canonicos Lugdunenses de conceptiones.Mariae.

Elle y expose les Matines, les Laudes et l'office Gaude mater ecclesie :

 Les Matines : a théologie éxégétique mariale qu'elles contiennent est présentée en trois points :

 

 

 1°) Tout d’abord, la conception de Marie s’inscrit dans l’histoire du salut, présentée essentiellement dans le premier nocturne de façon chronologique ; cette génération est même l’accomplissement de la promesse de Dieu au peuple juif.

Marie est ainsi la nouvelle Ève, dont la conception efface la faute de la première femme Ant. 1 : eius conceptio que delet Eue maculam.

Et si Ève obéit au serpent, la Vierge, en revanche, lui a foulé la tête Ant. 2 (Gn 3, 15) : cui Eua obediuit / hec serpentis caput triuit.

 Marie fut annoncée par les prophètes  (Ant. 3 : a prophetis precinitur) à travers les images du buisson ardent qui effraya Moïse (Ant. 4 (Ex 3, 2) : rubus incorruptus / Moysen qui terruit, celle du rameau d’Aaron qui porta du fruit  (Ant. 5 (Nb 17, 23) : uirga Aaron fructifera) ; et par le biais du prophète Isaïe, c’est sa conception elle-même qui fut révélée (Ant. 6 (Is 11, 1) : Isayas ille diuus / secretorum dei riuus / uirge mouens mentionem / pandit hanc conceptionem.)

Marie est elle-même issue de la lignée des prophètes et des rois, digne rejeton d’une race royale et pontificale ( V./ 1 : germine regali et pontificali) :  R./ 10 : « De la semence des patriarches, de la race des prophètes, elle fait reverdir la magnifique lignée des rois et des pontifes » (patriarcharum semine / prophetarum origine / regum atque pontificum / genus uernat magnificum). Le terme de vernat possède le sens de « reverdir », de « redevenir vert comme au printemps ». Une plante à ce moment-là est identique à celle qu’elle était durant l’hiver, mais elle recouvre brusquement toute sa vigueur et sa jeunesse. De même la Vierge, par toutes ses perfections, rajeunit l’arbre généalogique dont elle est issue et lui redonne vie.

Elle sortit de la lignée d’Abraham (R./ 2 : Abraham stirpe.), elle, le rameau issu de la racine de Jessé (R./ 4 (Is 11, 1) : uirga Iesse de radice).

Marie est présentée comme le fruit de la promesse 60, de celle faite à Abraham ( Ant. 8 : « Cette promesse est accomplie » (Hoc promissum est impletum). 61. Ibid., Ant. 7 : Abrahe fit promissio.), promesse de fécondité qui s’épanouit en Marie, vigne (Ant. 9 et 10 : ista uitis est Maria) et fruit de la vigne, grappe de raisin (Ant. 11 : hec est bothrum. Peut-être est-il possible de voir, dans l’antienne 12 qui honore Nazareth, des noms de « parfaite cité » et de « ville fécondée », l’image de la fleur. En effet, d’après saint Jérôme, « Nazareth » veut dire « fleur ». Il y aurait ainsi successivement les images de la vigne, du fruit et de la fleur.)  .

2°) Ensuite, la conception de Marie est placée au cœur du mystère de l’Incarnation puisqu’elle doit être la Mère du Christ (R./ 10 : Christique mater efficitur.) et de Dieu ( R./ 12 : « et Dieu décréta qu’il serait ton fils » (decreuitque Deus filius esse tuus). Le répons 8 évoque « le ventre gonflé de Marie [qui] porte la lignée de Dieu » (nam Marie pregnans aluus / dei prolem baiulat).) , grâce à l’action du Saint-Esprit (V./ 8 : « l’Esprit Saint la couvrit de son ombre et la rendit mère » (Lc 1, 35 : Sanctus obumbravitque huic / Spiritus et gravidavit)).

3°)  Enfin, Marie est également placée par sa maternité divine au cœur du mystère de la Rédemption. Par elle, c’est le salut qui vient au monde. Il est certes apporté par le Christ, mais entré dans le monde grâce à la soumission de Marie, à la parfaite pureté de son esprit  et de son corps dont la virginité a été préservée avant comme après l’enfantement.(prose : « S’étant fait chair par toi, il viendrait en aide au monde de ceux qui étaient en perdition » (per quam mundo factus caro / subueniret perditorum).) R./ 5 : « la voix [prophétique] a dit que le Sauveur monterait et qu’il visiterait les ténèbres de l’Égypte » (Is 19, 20) : (vox dixit ascendere / saluatorem Egyptique / tenebras invisere). R./ 7 : « elle qui à travers sa soumission répandit la grâce sur le monde » (que per obedientiam / mundo refudit gratiam). R./ 7 : « ... et le fardeau écrasant des crimes n’accabla pas son esprit » (cuius mentem non grauauit / onus premens scelerum)..  R./ 12 : « ni en entrant, ni en sortant, il ne porta atteinte à la fermeture » (nec ingressu nec egressu / violavit clausulam), allusion au porche oriental du Temple (Ez 44, 1-3). Le verset 6 parle des « verrous de Marie » (claustra Marie). Cette image de la fermeture figure la virginité, celle d’une femme qui ne s’est jamais ouverte à aucun homme.

 

Les laudes sont dans la suite de ce qui précède, découlant de la place exceptionnelle de Marie dans l’histoire de la Rédemption. On y chante la Vierge dans l’économie du salut. Elle délivre, sauve et accorde même le pardon (74. Laudes, Ant. 1 : « [ta conception] nettoie les fautes, dénoue le lien de l’antique origine, redonne la joie aux affligés, accorde aux criminels le pardon » (neuum tergit nexum soluit / uetuste originis / mestis reddit leticiam / dat criminosis ueniam). ) Elle alloue sa protection aux croyants (Ant. 2 : « Que nous soyons toujours protégés par toi afin que nous ne tombions pas dans le péché » (in offensis ne labamur / a te semper protegamur)). Sans que le mot soit employé, et bien qu’il existe à l’époque pour désigner ce rôle de la Vierge, il s’agit de dire que Marie est médiatrice entre les hommes et le Christ.

 

La richesse théologique de l’office Gaude mater ecclesie, au simple regard de sa construction, est tout à fait admirable. Il y est dit et démontré, figures de l’Ancien Testament à l’appui, que Marie dans sa conception est au centre du salut du monde apporté par le Christ. Le début de sa vie utérine est le commencement du Salut. Marie est aussi au centre du salut de l’homme et peut donc intervenir comme partie prenante à la libération de chaque homme. Cet office est également remarquable de pédagogie : on veut amener les fidèles à croire au bien-fondé de la fête de la Conception et à avoir une réelle dévotion mariale en ayant recours à la Vierge, médiatrice de toutes grâces. Pour ce faire, on s’appuie sur les Écritures, seule méthode utilisée alors pour argumenter et seule source de connaissance de Dieu et des mystères de la foi. L’office Gaude mater ecclesie célèbre une génération quasi désincarnée. Aucune référence n’est faite aux géniteurs, seulement au Créateur. Aucun renvoi aux parents, mais aux ancêtres, aux ascendants. En écartant ainsi la génération elle-même, ce n’est plus l’événement historique qui est glorifié, mais le fait spirituel. Ce n’est pas tant le commencement de la vie de Marie qu’on veut honorer que le début du salut du monde . La perspective d’ensemble est donc bien christocentrique, en dépit de formules qui tendraient à faire croire que l’on accorde à Marie un rôle jusqu’alors réservé au Christ, unique sauveur et unique médiateur entre les hommes et le Père. "

 

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SOURCES ET LIENS.

Blog du maître-verrier Jean-Pierre Le Bihan. mars 2007

http://jeanpierrelebihan.over-blog.com/article-6197893.html

Site Infobretagne contenant les texte des chanoines Peyron et Abgrall :

http://www.infobretagne.com/brennilis.htm

Inventaire descriptif de l'église de Brennilis fait pendant l'été 1983. Tapuscrit conservé à la bibliothèque du diocèse de Quimper.

http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/71e51d7ff370034408d2b2e0ebdb6061.pdf

ABGRALL, Notices, Bulletin Diocésain d'Histoire et d'Archéologie BDHA 1904 page 95-101 et 318-319. :

http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/af488ed0b5ac10edd2fb9441496254a9.pdf

— COLLOMB (Pascal), 2012, « L’inscription liturgique de la Conceptio beate Marie dans le calendrier diocésain - Le cas lyonnais (xiie-xvie siècle) », L’Atelier du Centre de recherches historiques [En ligne], 10 | 2012, mis en ligne le 18 avril 2012, consulté le 21 septembre 2016. URL : http://acrh.revues.org/4355 ; DOI : 10.4000/acrh.4355 

COMBOT (recteur de Brennilis) Note sur l'église de Brennilis, 1856, cité dans BDHA

COUFFON , Le Bars, Nouveau répertoire des églises et chapelles, Quimper, 1988 

http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/8f6bfc6f028b1a3a6cf67e7cd7c3578f.pdf

DARY ( Marie-Bénédicte), 2011,  Aux origines de la « Fête aux Normands », la liturgie de la fête de la Conception de la Vierge Marie en France (XIIe-XIIIe siècles).

http://www.academia.edu/7141087/Aux_origines_de_la_Fe_te_aux_Normands_la_liturgie_de_la_fe_te_de_la_Conception_de_la_Vierge_Marie_en_France_XIIe-XIIIe_sie_cles_

— DARY ( Marie-Bénédicte), 1997, La fête de la Conception de la Vierge Marie: son introduction en France et ses premiers développements: XIIème-XIIIème siècles.. Thèse de Lettres et Sciences Humaines sous la direction d'André Vauchez.

http://www.academia.edu/3344874/La_f%C3%AAte_de_la_Conception_de_la_Vierge_Marie_son_introduction_en_France_et_ses_premiers_d%C3%A9veloppements_XII%C3%A8me-XIII%C3%A8me_si%C3%A8cles

GATOUILLAT (Françoise), HÉROLD (Michel), Les vitraux de Bretagne, Corpus Vitrearum vol. VII, Presses Universitaires de Rennes page 118.

PÉRÉNNES (Henri), 1939, Pleyben le Clergé, BDHA 

http://diocese-quimper.fr/images/stories/bibliotheque/bdha/bdha1939.pdf

PEYRON, 1910, Eglises et chapelles, Bulletin Société archéologique du Finistère t. XXXVII pp. 293-294.

Bulletin Société archéologique du Finistère 1993.

THELAMON (Françoise) 2011, Marie et la "Fête aux Normands": Déovtion, images, poésie. Univ Rouen Havre, 2011 - 352 pages

https://books.google.fr/books?id=hwA9AgAAQBAJ&dq=Epistola+ad+canonicos+Lugdunenses&hl=fr&source=gbs_navlinks_s

— De la liturgie à la dévotion privée. DRAC Aquitaine.

http://manuscrits-drac.bnsa.aquitaine.fr/les-oeuvres-de-l-esprit/les-livres-religieux/de-la-liturgie-a-la-devotion-privee.aspx

 

 

 

 

 

 

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20 septembre 2016 2 20 /09 /septembre /2016 10:29

Iconographie de saint Christophe : la lancette de saint Christophe, baie n°1, (vers 1500-1510) à l'église Notre-Dame de Brennilis.

Voir aussi :

— Saint Christophe en Bretagne :

— En Espagne :

— En France :

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L'église Notre-Dame est une ancienne chapelle tréviale de Loqueffret devenue église paroissiale en 1849. Une inscription en lettres gothiques à droite du maître-autel en indique la date de fondation : " Y[ves] toux  procureur lan mil CCCC IIII XX  + cinq [1485] : au cõmenceme[n]t   de . ceste . chappele". Le terme de "procureur" indique la fonction d'Yves Toux comme fabricien, chargé de gérer le temporel d'une paroisse, c’est-à-dire ses biens et ses revenus, et de décider et surveiller les travaux de construction.  Dans les petites paroisses rurales, la fabrique est constitué d’une seule personne  nommé "procureur fabricien".

 

La verrière d'axe ou baie 0, datée vers 1500,conserve les armoiries de Louise de Berrien et de son époux Olivier de Quélen baron du Vieux-Chastel, décédé en 1521. On y trouve aussi les armoiries des parents et grands parents de Louise de Berrien, seigneurs de Brennilis : Henri de Berrien (marié à Louise du Juch) et Yvon de Berrien  (père d'Henri, marié en 1443 à Jeanne de Lezongar). 

La baie n°1, placée à gauche du chevet plat, était autrefois cîmée des mêmes armes de Berrien plein.

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Inscription de fondation, église Notre-Dame, Brennilis, photographie lavieb-aile.
Inscription de fondation, église Notre-Dame, Brennilis, photographie lavieb-aile.

Inscription de fondation, église Notre-Dame, Brennilis, photographie lavieb-aile.

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Situation de la verrière.

La baie n°1 se situe à gauche du chœur, sur le mur oriental du bras nord du transept. Elle éclaire un autel et est encadrée par une statue de saint Divy, et par le groupe de saint Yves entre le riche et le pauvre.

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Situation de la Baie 1, bras nord du transept, église Notre-Dame, Brennilis, photographie lavieb-aile.

Situation de la Baie 1, bras nord du transept, église Notre-Dame, Brennilis, photographie lavieb-aile.

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Baie 1, bras nord du transept, église Notre-Dame, Brennilis, photographie lavieb-aile.

Baie 1, bras nord du transept, église Notre-Dame, Brennilis, photographie lavieb-aile.

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Le vitrail.

La baie 1 mesure 2,50 m de haut et 0,90 m de large et est datée par Françoise Gatouillat et Michel Hérold (Corpus Vitrearum) de 1500-1510 ; ses 2 lancettes en plein cintre comportent chacune deux registres, consacrés à sainte Anne et saint Christophe à gauche, à un motif perdu et à saint Fiacre à droite. Dans le tympan, un soufflet (blason de Bretagne) est entouré de deux mouchettes (Saint Michel et sainte Marguerite). Elle a été restaurée par Gruber en 1967. 

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Baie 1, bras nord du transept, église Notre-Dame, Brennilis, photographie lavieb-aile.

Baie 1, bras nord du transept, église Notre-Dame, Brennilis, photographie lavieb-aile.

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Le panneau inférieur de la lancette A : Saint Christophe.

Dans une niche architecturée à fond rouge, le saint traverse un cours d'eau entre deux rives escarpées, par un gué figuré en gris clair. Alors qu'il se déplace de la droite vers la gauche, s'aidant de son bâton de marche, il se retourne pour observer l'enfant qu'il porte sur son épaule gauche. Celui-ci se révèle à lui comme le maître et sauveur du monde, dont il tient le globe crucifère dans la main gauche.

Lancette  de saint Christophe, Baie 1, bras nord du transept, église Notre-Dame, Brennilis, photographie lavieb-aile.

Lancette de saint Christophe, Baie 1, bras nord du transept, église Notre-Dame, Brennilis, photographie lavieb-aile.

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L'inscription de donation.

Elle se poursuit sur le registre inférieur de la lancette B et doit se lire : RO ...DE BERYEN PECTR  DE PLEYBEN OD FAG ...C VITRARE ISTAS FENESTRZ

soit "Roland de Beryen, recteur de Pleyben fit faire vitrer cette fenêtre".

Lecture de 1849 : No. de Bezyen Prestre de Pleyben O faict vitrare istas fenestras

La mention "Ro ... de Bezien" est extrapolé "Roland de Bezien" car l'existence d'un vicaire perpétuel, c'est-à-dire recteur de Pleyben portant ce nom est attestée pour la période de 1492 à 1498, sous les orthographes  Rolland de Berryen ou Beryen." Il eut des démêlés avec les fabriciens de Pleyben touchant l’attribution des offrandes, dons et legs faits à l’église, qu’il voulait se réserver. Une bulle d'Alexandre VI, conservée aux archives paroissiales, en date du 19 Février 1498, confirme pour 25 ans un accord survenu entre Rolland et ses paroissiens à ce sujet. Ce fut sous le rectorat de Berryen que fut construite, en 1490, la chapelle de Lannélec" (H. Pérénnes, 1939). On notera que le recteur de Pleyben qui lui succéda en 1512-1519 sera Hervé de Lezongar, dit le Jeune,  également recteur de Ploaré, Clohars-Fouesnant, et Penhars. 

 

 

 

Panneau  de saint Christophe, Baie 1, bras nord du transept, église Notre-Dame, Brennilis, photographie lavieb-aile.

Panneau de saint Christophe, Baie 1, bras nord du transept, église Notre-Dame, Brennilis, photographie lavieb-aile.

Panneau de saint Fiacre, Baie 1, bras nord du transept, église Notre-Dame, Brennilis, photographie lavieb-aile.

Panneau de saint Fiacre, Baie 1, bras nord du transept, église Notre-Dame, Brennilis, photographie lavieb-aile.

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Or, l'un des vitraux de la chapelle de Lannelec, dans la paroisse de Pleyben, porte une inscription comparable à celle-ci : il s'agit de la baie n°2 , où,  à coté les armoiries de la famille Berrien, d'argent à trois jumelles de gueules au franc-canton d'or chargé d'un loin de sable  l' ange de droite porte un phylactère avec l'inscription RO O DE B[E]RIEN. Ce vitrail est daté par les auteurs du Corpus Vitrearum de  1500. 

http://www.lavieb-aile.com/article-vierges-allaitantes-vii-lannelec-a-pleyben-100361239.html

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Chapelle de Lannelec à Pleyben photographie lavieb-aile.

Chapelle de Lannelec à Pleyben photographie lavieb-aile.

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Saint Christophe et le Christ;

Le saint présente un visage fort, barbu, avec des cheveux cours et drus . Son front est ceint d'un bandeau. Il porte un manteau mauve pâle dont les pans sont fixés par un fermail, et une tunique bleue au dessus d'un pagne blanc. Il s'appuie d'une main sur la hanche, tandis que la main gauche tient le bâton de marche. Celui-ci, une branche écotée inclinée selon une diagonale supérieure droite, se termine par une courte fourche mais n'est pas fleuri. 

L'Enfant bénit l'univers de la main droite et tient le globus cruciger de la main gauche. Il se tient de face et regarde devant lui, la tête inclinée vers la gauche. Mais la tête et le nimbe sont dus à une restauration récente.

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Lancette  de saint Christophe, Baie 1, bras nord du transept, église Notre-Dame, Brennilis, photographie lavieb-aile.

Lancette de saint Christophe, Baie 1, bras nord du transept, église Notre-Dame, Brennilis, photographie lavieb-aile.

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La tête de saint Christophe est une belle réalisation de peinture sur verre associant un dessin par apport de grisaille, une soustraction de peinture noire par "enlevé" (cheveux), et des rehauts de sanguine sur les pommettes et les lèvres.

Saint Christophe, Baie 1, bras nord du transept, église Notre-Dame, Brennilis, photographie lavieb-aile.

Saint Christophe, Baie 1, bras nord du transept, église Notre-Dame, Brennilis, photographie lavieb-aile.

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La partie basse du panneau permet d'observer comment le peintre a traité le motif de la rivière. On n'y trouve aucun poisson, aucune créature aquatique, mais quelques plantes, et, sur la rive verte, peut-être une libellule.

 

Saint Christophe, Baie 1, bras nord du transept, église Notre-Dame, Brennilis, photographie lavieb-aile.

Saint Christophe, Baie 1, bras nord du transept, église Notre-Dame, Brennilis, photographie lavieb-aile.

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DISCUSSION.

 Étude iconographique.
Par rapport au schéma traditionnel complet, nous retrouvons :

  • les deux rives escarpées 

  • la progression de la droite vers la gauche;

  • les jambes orientées vers la rive de gauche, mais la rotation du tronc présenté de face, poursuivi par la rotation de la tête vers le haut et la droite,

  • la stature de géant du saint (peu soulignée)

  • le caractères de sauvagerie du personnage : barbe et cheveux drus.

  • le bandeau "de (futur) martyr" autour du front

  • L'Enfant porté sur l'épaule gauche, bénissant et tenant le globe.

Par contre sont ici absents :

  • l'ermite guidant le saint par sa lanterne sur la rive de gauche

  • les poissons et monstres aquatiques dans la rivière,

  • l'échange de regards entre Christophe et le Christ.

  • la représentation du fleurissement miraculeux du bâton de marche.

  • les couleurs rouge et verte des vêtements.

  • l'axe en diagonale supérieure gauche du bâton (et de l'effort de progression).

 

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Iconographie comparée.

J'ai décrit précédemment  12 autres vitraux dédiés à saint Christophe en France, dont 8 en Bretagne. Ils ont été réalisés entre 1451 et 1550, et, pour les exemples bretons, dans l'étroite fourchette de  1470 et 1497. Celle-ci correspond, partiellement et sans corrélation directe, avec la période où Anne de Bretagne était duchesse de Bretagne (1589) et reine de France comme épouse de Charles VIII (1491-1598). Celle-ci correspond aussi, pour le diocèse de Quimper, au programme de vitrage des baies hautes de la cathédrale où les principales familles de la noblesse se firent représenter, puis au programme de vitrage des chapelles et églises, où les mêmes familles veillèrent à placer leurs armoiries et à affirmer leurs privilèges. 

 

  La liste des vitraux bretons, avec les donateurs, est la suivante :

 

  • cathédrale de Quimper,  baie n°113. (vers 1495-1497). Le chanoine Jean Le Baillif.

  • cathédrale de Quimper,baie n°114.  (vers 1495-1497). Un membre de la famille de Lezongar, Sr de Pratanras présenté par saint Christophe

  • cathédrale de Quimper, baie n°115.  (vers 1495-1497).

  • cathédrale de Quimper, baie n°126.  (vers 1495-1497).  Un seigneur de Kerguelenen présenté par saint Christophe.

  • cathédrale de Quimper, baie n° 128.  (vers 1495-1497).

  • Vitrail de saint Christophe (1480), église de Ploermel. ​Seigneur de Botigneau.

  • Panneau de Jeanne du Pont présentée par Saint Christophe à Tonquédec (1470)

  • la baie 2 (vers 1520) de l'église Saint-Hilaire de Clohars-Fouesnant (29).

La comparaison se fait aisément entre le panneau de Brennilis, et les baies 113, 115 et 128 de Quimper et la baie 2 de Clohars-Fouesnant, car dans ces 5 cas,  le donateur n'est pas représenté, et saint Christophe apparaît "en pied". 

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Saint Christophe dans les  baies 113, 115 et 128 de Quimper et la baie 2 de Clohars-Fouesnant
Saint Christophe dans les  baies 113, 115 et 128 de Quimper et la baie 2 de Clohars-Fouesnant
Saint Christophe dans les  baies 113, 115 et 128 de Quimper et la baie 2 de Clohars-Fouesnant
Saint Christophe dans les  baies 113, 115 et 128 de Quimper et la baie 2 de Clohars-Fouesnant

Saint Christophe dans les baies 113, 115 et 128 de Quimper et la baie 2 de Clohars-Fouesnant

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On peut conclure qu'en Cornouaille, suivant l'exemple du duc de Bretagne Jean II, principale mécène de la cathédrale de Quimper, et de sa fille la duchesse Anne, une vive émulation amena les seigneurs des différentes paroisses à se faire représenter en donateurs sur les vitrails couronnés de leurs armoiries afin d'imposer la marque de leur pouvoir, de défendre leurs droits prééminenciers dans les lieux de culte, de s'assurer, par leurs dons, de garanties pour leur vie dans l'au-delà. Face aux dangers du corps (foudre, guerre, maladie, et —pour les épouses— dangers de l'accouchement) et de l'âme (mort en état de péché), ils puisèrent dans leurs Livres d'Heures pour bénéficier du patronage des saints réputés protecteurs de ces périls, l'un des 14 saints auxiliateurs comme  Acace, Blaise, Christophe, Denis, Eustache (bientôt remplacé par saint Hubert), Gilles, Georges, Sébastien ou, pour les femmes, Barbe, Catherine et Marguerite. Mais aussi sainte Anne, sainte Ursule, sainte Madeleine, sainte Hélène ; et saint Nicolas, saint Antoine, saint Hervé, saint Julien saint Fiacre ou saint Éloi. 

Voir ici le Livre d'Heures de Charles VIII folio 106r

Dans ce seul vitrail, nous trouvons évoqué saint Christophe et saint Fiacre, mais aussi saint Anne et son époux, sainte Marguerite, alors qu'en baie 2 sont invoqués saint Michel et saint Jacques (ou saint Roch). 

Mais que parmi les saints et saintes invoqués, saint Christophe fut choisi bien plus souvent que tous les autres, du moins en la cathédrale de Quimper (6 fois). Est-ce comme figure mythique du géant protecteur des voyageurs et pèlerins ? Est-ce comme grande figure de la foi portée au Christ ? 

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Saint Christophe et la famille de Lezongar.

Dans la baie 114 de Quimper, saint Christophe présente un seigneur portant les armoiries d'azur à la croix d'or cantonnée à dextre d'une fleur de lys  de la famille de Lezongar, seigneurs de Pratanras.

Or, Roland de Berrien, recteur de Pleyben et donateur du vitrail que nous étudions, est selon les généalogistes le fils d'Yvon de Berrien et de Jeanne de Lezongar, elle-même fille de Rolland II de Lezongar, seigneur de Pratanroz en Penhars (ca 1400-1440).

Roland de Berrien est donc le frère d'Henri de Berrien, seigneur de Coatanezre, et il est l'oncle de Louise de Berrien, donatrice de la maîtresse-vître (et petite-fille de Jeanne de Lezongar). 

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SOURCES ET LIENS.

—Blog du maître-verrier Jean-Pierre Le Bihan. mars 2007

http://jeanpierrelebihan.over-blog.com/article-6197893.html

— Site Infobretagne contenant les texte des chanoines Peyron et Abgrall :

http://www.infobretagne.com/brennilis.htm

— Inventaire descriptif de l'église de Brennilis fait pendant l'été 1983. Tapuscrit conservé à la bibliothèque du diocèse de Quimper.

http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/71e51d7ff370034408d2b2e0ebdb6061.pdf

— ABGRALL, Notices, Bulletin Diocésain d'Histoire et d'Archéologie BDHA 1904 page 95-101 et 318-319. :

http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/af488ed0b5ac10edd2fb9441496254a9.pdf

— COMBOT (recteur de Brennilis) Note sur l'église de Brennilis, 1856, cité dans BDHA— COUFFON (René) , Le Bars, Nouveau répertoire des églises et chapelles, Quimper, 1988 

http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/8f6bfc6f028b1a3a6cf67e7cd7c3578f.pdf

— PÉRÉNNES (Henri), 1939, Pleyben le Clergé, BDHA 

http://diocese-quimper.fr/images/stories/bibliotheque/bdha/bdha1939.pdf

—PEYRON, 1910, Eglises et chapelles, Bulletin Société archéologique du Finistère t. XXXVII pp. 293-294.

— Bulletin Société archéologique du Finistère 1993.

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19 septembre 2016 1 19 /09 /septembre /2016 15:39

Les sablières et blochets de la charpente de l'église de Sizun (29) après leur restauration par l'atelier Le Ber en 2012.

Voir :

Formidable ! Marie-Suzanne de Ponthaud et Jean-Pierre Breton sous les voûtes : les nouveaux blochets de l'église de Sizun (29). ​

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Pénétrer dans l'église Saint-Suliau de Sizun est un enchantement comparable à celui procuré par la contemplation de la voûte étoilée, pourvu qu'on y déambule le nez en l'air, à défaut de s'y allonger sur les dalles froides de la nef. On croira y perdre sa route tant le carroyage des nervures jaunes aux tranches mordorées et l'alignement des clefs pendantes nous sont, sous cet angle renversant,  étrangers, avant de reconnaître, en guise de constellation, les arma christi successivement portés par des anges en aube blanche, d'un angle à un autre du réseau des sablières. 

Ce sont eux qui vont nous guider à travers cette voie lactée.

 

Voûte de l'église Saint-Suliau de Sizun vue depuis le fond de la nef, photographie lavieb-aile.

Voûte de l'église Saint-Suliau de Sizun vue depuis le fond de la nef, photographie lavieb-aile.

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Voûte de l'église Saint-Suliau de Sizun vue depuis la nef, photographie lavieb-aile.

Voûte de l'église Saint-Suliau de Sizun vue depuis la nef, photographie lavieb-aile.

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Voûte de l'église Saint-Suliau de Sizun vue de la croisée du transept, photographie lavieb-aile.

Voûte de l'église Saint-Suliau de Sizun vue de la croisée du transept, photographie lavieb-aile.

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LES ANGES PORTEURS DES INSTRUMENTS DE LA PASSION

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Ange portant le titulus INRI.

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Ange portant le titulus INRI, église Saint-Suliau de Sizun, photographie lavieb-aile.

Ange portant le titulus INRI, église Saint-Suliau de Sizun, photographie lavieb-aile.

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L'ange portant la croix.

 

 

 

Ange portant la croix, église Saint-Suliau de Sizun, photographie lavieb-aile.

Ange portant la croix, église Saint-Suliau de Sizun, photographie lavieb-aile.

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L'ange portant la couronne d'épines.

Ange portant la couronne d'épines, église Saint-Suliau de Sizun, photographie lavieb-aile.
Ange portant la couronne d'épines, église Saint-Suliau de Sizun, photographie lavieb-aile.

Ange portant la couronne d'épines, église Saint-Suliau de Sizun, photographie lavieb-aile.

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L'ange portant le fouet ou flagellum (bras sud du transept).

 

Ange portant le fouet de la flagellation, église Saint-Suliau de Sizun, photographie lavieb-aile.

Ange portant le fouet de la flagellation, église Saint-Suliau de Sizun, photographie lavieb-aile.

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Ange portant les verges de la flagellation.

 

Ange portant les verges, église Saint-Suliau de Sizun, photographie lavieb-aile.

Ange portant les verges, église Saint-Suliau de Sizun, photographie lavieb-aile.

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Anges des scènes de l'arrestation au Jardin des Oliviers (bras nord du transept). 

L'oreille du serviteur du grand prêtre.

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Ange présentant l'oreille du serviteur du grand prêtre, église Saint-Suliau de Sizun, photographie lavieb-aile.
Ange présentant l'oreille du serviteur du grand prêtre, église Saint-Suliau de Sizun, photographie lavieb-aile.

Ange présentant l'oreille du serviteur du grand prêtre, église Saint-Suliau de Sizun, photographie lavieb-aile.

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Ange présentant la main du grand prêtre qui gifla Jésus.

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Ange présentant la main du grand prêtre qui gifla Jésus, église Saint-Suliau de Sizun, photographie lavieb-aile.

Ange présentant la main du grand prêtre qui gifla Jésus, église Saint-Suliau de Sizun, photographie lavieb-aile.

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L'ange porteur de la lanterne des gardes (bras nord du transept). 

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L'ange porteur de la lanterne des gardes, église Saint-Suliau de Sizun, photographie lavieb-aile.

L'ange porteur de la lanterne des gardes, église Saint-Suliau de Sizun, photographie lavieb-aile.

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Anges portant d'autres instruments.

 

Blochets de l'église Saint-Suliau de Sizun, photographie lavieb-aile.
Blochets de l'église Saint-Suliau de Sizun, photographie lavieb-aile.

Blochets de l'église Saint-Suliau de Sizun, photographie lavieb-aile.

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Ange portant l'échelle de la Déposition.

 

Ange portant l'échelle de la Déposition,  église Saint-Suliau de Sizun, photographie lavieb-aile.

Ange portant l'échelle de la Déposition, église Saint-Suliau de Sizun, photographie lavieb-aile.

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AUTRES BLOCHETS. Saints et apôtres.

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Un diacre. Saint Suliau ??

 

Blochet,   église Saint-Suliau de Sizun, photographie lavieb-aile.

Blochet, église Saint-Suliau de Sizun, photographie lavieb-aile.

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Un apôtre tenant un coutelas ou glaive. Mathias ?

 

Un apôtre, blochet de l' église Saint-Suliau de Sizun, photographie lavieb-aile.

Un apôtre, blochet de l' église Saint-Suliau de Sizun, photographie lavieb-aile.

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L'apôtre saint André tenant la croix en X. Croisée du transept.

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Saint André,  blochet de l' église Saint-Suliau de Sizun, photographie lavieb-aile.

Saint André, blochet de l' église Saint-Suliau de Sizun, photographie lavieb-aile.

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Autre apôtre tenant un bâton de foulon (saint Jacques le Mineur), ou une croix (Saint Philippe).

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Apôtre,  blochet de l' église Saint-Suliau de Sizun, photographie lavieb-aile.

Apôtre, blochet de l' église Saint-Suliau de Sizun, photographie lavieb-aile.

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Apôtre tenant un coutelas. Saint Barthélémy ??

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Apôtre,  blochet de l' église Saint-Suliau de Sizun, photographie lavieb-aile.

Apôtre, blochet de l' église Saint-Suliau de Sizun, photographie lavieb-aile.

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LE CHRIST SALVATOR MUNDI.

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Christ Sauveur du Monde, Apôtre,  blochet de l' église Saint-Suliau de Sizun, photographie lavieb-aile.

Christ Sauveur du Monde, Apôtre, blochet de l' église Saint-Suliau de Sizun, photographie lavieb-aile.

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LES SABLIÉRES.

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Sablières de l' église Saint-Suliau de Sizun, photographie lavieb-aile.

Sablières de l' église Saint-Suliau de Sizun, photographie lavieb-aile.

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Sablières de l' église Saint-Suliau de Sizun, photographie lavieb-aile.

Sablières de l' église Saint-Suliau de Sizun, photographie lavieb-aile.

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Sablières de l' église Saint-Suliau de Sizun, photographie lavieb-aile.

Sablières de l' église Saint-Suliau de Sizun, photographie lavieb-aile.

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Sablières de l' église Saint-Suliau de Sizun, photographie lavieb-aile.

Sablières de l' église Saint-Suliau de Sizun, photographie lavieb-aile.

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Sablières de l' église Saint-Suliau de Sizun, photographie lavieb-aile.

Sablières de l' église Saint-Suliau de Sizun, photographie lavieb-aile.

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Sablières de l' église Saint-Suliau de Sizun, photographie lavieb-aile.

Sablières de l' église Saint-Suliau de Sizun, photographie lavieb-aile.

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Sablières de l' église Saint-Suliau de Sizun, photographie lavieb-aile.

Sablières de l' église Saint-Suliau de Sizun, photographie lavieb-aile.

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Sablières de l' église Saint-Suliau de Sizun, photographie lavieb-aile.
Sablières de l' église Saint-Suliau de Sizun, photographie lavieb-aile.

Sablières de l' église Saint-Suliau de Sizun, photographie lavieb-aile.

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Sablières de l' église Saint-Suliau de Sizun, photographie lavieb-aile.
Sablières de l' église Saint-Suliau de Sizun, photographie lavieb-aile.

Sablières de l' église Saint-Suliau de Sizun, photographie lavieb-aile.

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Sablières de l' église Saint-Suliau de Sizun, photographie lavieb-aile.

Sablières de l' église Saint-Suliau de Sizun, photographie lavieb-aile.

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Sablières de l' église Saint-Suliau de Sizun, photographie lavieb-aile.

Sablières de l' église Saint-Suliau de Sizun, photographie lavieb-aile.

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LIENS.

Le dossier photo de l'Atelier Le Ber, Kerféos, Sizun :

http://www.ateliersleber.fr/realisations/charpente/restauration-de-patrimoine-et-monuments-historiques/eglise-st-suliau-sizun

 

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18 septembre 2016 7 18 /09 /septembre /2016 20:02

Formidable ! Marie-Suzanne de Ponthaud et Jean-Pierre Breton sous les voûtes : les nouveaux blochets de l'église de Sizun (29).

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Voir aussi :

Les sablières et blochets de la charpente de l'église de Sizun (29) après leur restauration par l'atelier Le Ber en 2012.

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En novembre 2011, j'avais découvert les blochets de l'église de Plouedern (Finistère), et, après une patiente enquête, j'y avais identifié toute l'équipe chargée de la "restauration" (ou reconstruction) de l'église totalement détruite par un incendie. Il s'y trouvait Gérard Caillau, Architecte des Bâtiments de France, Gérard Jamain, patron du bureau d'étude de restauration, le peintre Paul Mériguet, le sculpteur Vincent Fancelli, le maire Hervé Ropars, le recteur Malléjac, le maître-verrier Hubert de Sainte-Marie, le sculpteur Mourad-Horch, au total 15 personnes représentées comme des marionnettes sur chaque blochet de la charpente.

Voir ici :

Les blochets de l' église Saint-Edern à Plouedern et sa restauration après sa destruction par la foudre le 24 mai 1974 : Réunion de chantier sous les combles !

Quelle ne fut pas ma surprise lorsque, visitant l'église Saint-Suliau de Sizun après la restauration de la charpente menée par l'entreprise Le Ber (Kerféos, Sizun) en 2012, une fois encore, levant les yeux, je découvrais deux personnages sculptés dans les blochets, et qui, manifestement, n'étaient pas perchés là depuis la Renaissance.

Il s'agissait de les identifier dare-dare.

On les trouvera dans l'extrémité occidentale du bas-coté sud de la nef, un espace exigu situé immédiatement à gauche de la porte d'entrée.

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Blochet moderne de l'église Saint-Suliau de Sizun, photographie lavieb-aile.

Blochet moderne de l'église Saint-Suliau de Sizun, photographie lavieb-aile.

Blochet moderne de l'église Saint-Suliau de Sizun, photographie lavieb-aile.

Blochet moderne de l'église Saint-Suliau de Sizun, photographie lavieb-aile.

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Cette fois-ci, je ne perdais pas de temps et je les identifiais en deux ou trois clics. Je trouvais d'abord un article en ligne du Télégramme de Brest du 9 décembre 2012 sous le titre Sizun Rénovation de l'église. Une visite des élus

"Mardi après-midi, Jean-Pierre Breton, maire, et Nicole Crenn, adjointe à la culture et au tourisme, ont réceptionné les travaux de rénovation de l'église paroissiale. Étaient présents: Mme De Ponthaud, architecte en chef des Monuments historiques, Mme Godet, son adjointe, M.Masson, conservateur régional des monuments historiques à la Drac (Direction régionale des affaires culturelles) de Rennes, M.Lemesle, ingénieur monuments historiques, M.Sénéchal, architecte des Bâtiments de France à Brest ainsi que les représentants des entreprises ayant participé au chantier: entreprises Le Ber Sizun, charpente, Goavec Pitrey, Brasparts maçonnerie, Davy, Saint-Brieuc, couverture, Molinier, polychromie. 
Près de 1.650.000EUR de travaux 
Débuté en septembre 2009, le chantier s'est achevé en octobre cette année. Les paroissiens ont ainsi pu assister aux offices de la Toussaint dans une église resplendissante. Le coût de la rénovation s'élève aux environs de 1.650.000EUR, subventionnés par l'État (Drac), la Région et le Département."
© Le Télégramme http://www.letelegramme.fr/local/finistere-nord/morlaix/sizun/sizun/renovation-de-l-eglise-une-visite-des-elus-09-12-2012-1936080.php#QWOv7df7LwkBeiuI.99 

Je trouvais ensuite sur le site de l'entreprise de menuiserie Le Ber  ces lignes :

"Restauration de charpente de l'église St Suliau à Sizun. Edifice classé Monuments Historiques en 1943. Durée des travaux de 26 mois, en trois tranches. Maître d'oeuvre: Madame De Ponthaud Architecte en Chef des Monuments Historiques."

www.ateliersleber.fr/realisations/charpente/restauration-de.../eglise-st-suliau-sizun

 

Il s'agissait de trouver en ligne une photographie de Madame l'Architecte en chef, afin de confirmer l'hypothèse. Le site copainsdavant.linternaute.com me fournit celle-ci, dans laquelle je retrouvais de manière assez convaincante les traits sculptés dans le bois :

 

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Je trouvais aussi une confirmation sur le site

http://www.une-vie-de-setter.com/article-en-cette-periode-de-l-avent-113635370.html

...et avec ce lien :

http://www.saintpoldeleon.fr/IMG/pdf/2016-01-14_itw_mme_de_ponthaud_-_bm_no80.pdf

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Madame Marie-Suzanne de Ponthaud, blochet de l'église Saint-Suliau de Sizun, photographie lavieb-aile.

Madame Marie-Suzanne de Ponthaud, blochet de l'église Saint-Suliau de Sizun, photographie lavieb-aile.

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Madame de Ponthaud, reconnaissable à sa mêche et à ses yeux bleus,  est représentée tenant un crayon et un mètre pliant dans la main gauche, une bourse et ses cordons dans la main droite et des rouleaux de plans sous le bras. De sa poche sort une montre, ou mieux, un chronomètre qui illustre son souci du respect des délais fixés.

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Madame Marie-Suzanne de Ponthaud, blochet de l'église Saint-Suliau de Sizun, photographie lavieb-aile.

Madame Marie-Suzanne de Ponthaud, blochet de l'église Saint-Suliau de Sizun, photographie lavieb-aile.

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Portrait.

 

Un portrait faisant la synthèse des données disponibles en ligne montre que l'Architecte en chef mérite largement sa place dans cet Olympe, dans ce bosquet sacré planté de blochet de chêne où les grands noms de la Restauration Patrimoniale accèderaient à l'immortalité par leur métamorphose.

Elle est la seule femme parmi  les 34 Architectes en chef des Monuments Historiques (ACMH) pour la France. Sélectionnés par la voie d’un concours d’État, les ACMH sont des architectes libéraux recrutés par le ministère de la Culture pour lui apporter leur concours dans l’accomplissement des missions de protection, de conservation et de mise en valeur du patrimoine architectural. Ils remplissent des missions d’avis, de conseil et d’assistance auprès des services du ministère pour les bâtiments classés et inscrits au titre de monuments historiques. Ils exercent également le rôle de maître d’œuvres, en particulier sur les édifices classés appartenant à l’État dans les circonscriptions qui leur sont attribuées. 

Elle dirige l'Agence de Ponthaud à Boulogne-Billancourt et l'Agence De Ponthaud-Bretagne à Crozon.

Diplômée de l'Institut de Construction industrialisé en 1988, de l’École Spéciale d’Architecture en 1989 et titulaire d’un master de l’École nationale des ponts et chaussées, elle a commencé par travailler dans l’agence d’un ACMH avant de suivre le cursus de l’école de Chaillot. Elle a ensuite passé le concours ACMH et ouvert son agence en 1997. Depuis elle travaille à la réfection de nombreux monuments historiques dans les départements dont elle a la charge : le Morbihan, le Finistère et l'Eure-et-Loire. Parmi la liste d'innombrables chantiers, figurent  la cathédrale de Chartres et le musée d’Orsay à Paris, la maison Pénanault à Morlaix, les églises de Locquénolé, de Saint Thégonnec et de Saint Jean du Doigt, les châteaux de Kerjean, de Maillé, le château du Taureau en baie de Morlaix, la tour Vauban à Camaret, l’abbaye Saint Mathieu à Plougonvelin ou le phare du Stiff à Ouessant, et la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon en 2016. 

 

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Madame Marie-Suzanne de Ponthaud, blochet de l'église Saint-Suliau de Sizun, photographie lavieb-aile.

Madame Marie-Suzanne de Ponthaud, blochet de l'église Saint-Suliau de Sizun, photographie lavieb-aile.

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La photographie accompagnant l'article du Télégramme (9 / 12/ 2012) m'a permis d'identifier tout aussi rapidement le second heureux élu de cette montée sur les planches, car j'ai facilement reconnu Jean-Pierre Breton, maire de Sizun depuis 1989.

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J'emprunte la photo suivante à Ouest-France du 6 août 2016 : le maire y est photographié devant l'arc de triomphe de l'enclos paroissial de Sizun, réalisé en coquillage.

 

Monsieur Jean-Pierre Breton, maire de Sizun , blochet de l'église Saint-Suliau de Sizun, photographie lavieb-aile.

Monsieur Jean-Pierre Breton, maire de Sizun , blochet de l'église Saint-Suliau de Sizun, photographie lavieb-aile.

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Monsieur le maire est représenté par le ciseau du sculpteur tenant entre les bras la maquette de son église paroissiale entourée des toits de son village, réputé pour ses ardoises.

Monsieur Jean-Pierre Breton, maire de Sizun , blochet de l'église Saint-Suliau de Sizun, photographie lavieb-aile.

Monsieur Jean-Pierre Breton, maire de Sizun , blochet de l'église Saint-Suliau de Sizun, photographie lavieb-aile.

Monsieur Jean-Pierre Breton, maire de Sizun , blochet de l'église Saint-Suliau de Sizun, photographie lavieb-aile.

Monsieur Jean-Pierre Breton, maire de Sizun , blochet de l'église Saint-Suliau de Sizun, photographie lavieb-aile.

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DISCUSSION.

Je tenais les quinze blochets  de Plouedern comme un phénomène unique expliqué par un contexte particulier. La découverte d'un autre exemple à Sizun remet en cause ces présupposés et entraine les questions suivantes :

L'exemple de Plouedern a-t-il joué un rôle déterminant pour la réalisation des blochets de Sizun ?

Qui a commandité ces blochets ? Le maître d'œuvre ? La mairie ? Est-ce une initiative du sculpteur ?

Cette pratique va-t-elle (ou bien a-t-elle déjà ) susciter une émulation d'imitation ?

CONCLUSION.

1) Les historiens de l'art se heurtent souvent au manque de documents dans l'étude des monuments anciens et peinent souvent à retrouver  le nom des artisans, à interpréter une inscription, à identifier un personnage et sa fonction, à préciser le rôle d'un commanditaire, etc.. Il me paraît désormais important, dans le cadre de l'éthique présidant à toute rénovation et toute restauration, d'anticiper les interrogations futures et de laisser une documentation pérenne  et accessible du travail entrepris.  

2) Si j'ai pu ici faire partager mon admiration pour le talent du sculpteur, et de l'entreprise Le Ber, ou mon enthousiasme face à la détermination de la Mairie et les compétences de l'Architecte en chef, et inciter les visiteurs à lever la tête vers la charpente, j'aurai réussi le but fixé.

3) Je sais ce qu'il me reste à faire : éditer un nouvel article sur les sablières et blochets anciens qui viennent d'être restaurés à Sizun : à suivre.

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15 septembre 2016 4 15 /09 /septembre /2016 16:47

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Introduction.

 

Le polyptyque du Jugement Dernier de Rogier van der Weyde est exposé aux Hospices de Beaune dans une salle à part, qu'il partage seulement avec trois tentures. C'est dire que le visiteur dispose des meilleurs conditions pour admirer ce chef d'œuvre. S'il veut en examiner les détails, une loupe de forte taille se déplace devant le retable, actionné par un moteur et une télécommande. Hélas, pour ce que j'en sais, le maniement de cette dernière est reservé aux guides patentés, qui choisissent les zones qu'ils souhaitent commenter. Loupe ou pas, télécommande ou pas, il est toujours agréable de disposer chez soi, sur son ordinateur, d'images mettant en évidence la prodigieuse technique des peintres primitifs flamands et leur maîtrise du rendu d'infimes détails. 

C'est ce que je souhaite proposer ici, avec mes faibles moyens, basés sur les images prises sur place en dilletante avec un zoom de 400 mm.

La précision avec laquelle ce retable a été réalisé n'a d'égale que celle avec laquelle les amateurs et les spécialistes l'ont étudié. Et ma chance a été de trouver, accessible en ligne, la publication de Nicole Veronee-Verhaegen L'Hôtel Dieu de Beaune, (1973), treizième monographie du Centre National de recherches "Primitifs Flamands" dans laquelle j'ai trouvé tous les renseignements dont je pouvais rêver. Cet article fait largement appel à ce travail, fruit des recherches du "Groupe Weyden". 

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Les panneaux inférieurs du Polyptyque sont numérotés de la gauche vers la droite de 1 à 7.  

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Rogier van der Weyden, Polyptyque du Jugement Dernier (1445-1450), Hospices de Beaune, photographie lavieb-aile.

Rogier van der Weyden, Polyptyque du Jugement Dernier (1445-1450), Hospices de Beaune, photographie lavieb-aile.

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LES PLANTES DU POLYPTYQUE DE BEAUNE.

Les experts en ont dressé un inventaire assez complet, en se basant sur les publications de l'abbé Boudrot en 1875, de Joseph Carlet en 1884, de Paul-André Genty, directeur du Jardin botanique de Dijon, en 1925, et sur les identifications  qu'ils ont demandées à  André Lawalrée, chef de département au Jardin botanique de l’Etat à Bruxelles ( liste dressée en 1966 et 1968) et de Henri Poinsot, directeur du Jardin botanique de Dijon (liste en 1969). Ces identifications, comme c'est le cas général dans l'étude d'œuvres picturales, où les plantes sont toutes plus ou moins stylisées, peuvent affirmer le genre botanique avec précision, mais ne peuvent souvent proposer, pour l'espèce, que des hypothèses. P.A Genty prend ainsi l'exemple des nombreuses violettes : "Ce sont incontestablement des violettes (genre Viola) mais l’absence de stolons, de capsules, de stipules, etc., organes caractéristiques des espèces de ce genre, ne permet pas de préciser à quelle violette le peintre avait affaire »

N.B quand plusieurs propositions étaient faites pour une plante, j'ai privilégié celle d'Henri Poinsot.

Au total, 17  plantes sont identifiées, auxquelles il faut ajouter des fougères, diverses graminées. Et le Lis blanc Lilium candidum tenu par le Christ dans la main droite.

 

  • Aquilegia vulgaris "Ancolie"
  • Bellis perennis "Pâquerette"
  • Borrago officinalis "Bourrache officinale"
  • Centaurea jacea  "Centaurée jacée": 
  • Chrysanthemum leucanthemum "Marguerite commune".
  • Convallaria majalis "Muguet de mai".  
  • Dianthus "Oeillet"
  • Eupatorium cannabinum  "Eupatoire à feuilles de chanvre",
  • Fragaria  vesca "Fraisier des bois"  
  • Plantago lanceolata  "Plantain lancéolé"
  • Plantago media "Plantain bâtard (ou intermédiaire)"
  • Ranunculus  acris . "Renoncule âcre"
  • Silene latifolia alba « Compagnon blanc »
  • Trifolium  pratense: Trèfle des prés, "Trèfle des prés"
  • Trifolium  repens. "Trèfle blanc".
  • Veronica chamaedrys "Véronique petit-chêne"
  • Viola  odorata "Violette odorante"

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La plupart de ces plantes sont des plus courantes dans la peinture flamande contemporaine, et dans les tapisseries dites "mille-fleurs" : elles sont régulièrement interprétées par les auteurs à travers leur symbolique, notamment liée à leur couleur (blanc = pureté, bleu = Marie, rouge = Passion du Christ), ou à leur forme (Ancolie = colombe du Saint-Esprit).

Le peintre les a réparties dans la partie gauche, celle des élus accueillis dans le Paradis, alors que le sol qui s’étend  à droite jusqu’au bord du gouffre infernal est de plus en plus aride et ponctué de fissures, fumerolles et flammèches. Les fleurs participent, ici comme ailleurs, à composer un lieu idéal, un locus amoenus renvoyant aux jardins clos et aux strophes printanières de la poèsie amoureuse, ou à l'hortus conclusus où se tient la Vierge. Nicole Veronee-Verhaegen cite un passage de   l'Elucidarium, qui les décrit, à la fin des temps: « La terre, que les martyrs ont arrosée de leur sang, se couvrira de fleurs immarescibles ».

Je ne les ai pas toutes cueillies, les fleurs de ce tapis  d'un éternel printemps, et comme dit le poète,  "J'ai laissé les plus jolies pour celui qui viendra demain". Je reprends par contre l'inventaire panneau par panneau de N. Veronee-Verhaegen.

 

Panneau I

Il est utile de rappeler que les plantes du panneau 1 sont situées en zone restaurée.

a. Aquilegia vulgaris "Ancolie" 

b. Bellis perennis "Paquerette"

c. Viola  odorata "Violette odorante"

d.  Dianthus (Henri Poinsot) ou Lychnis githago ? [ =  Agrostemma githago] : "Nielle des prés".

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Panneau 2

e. Viola  odorata. "Violette odorante"

f. Fragaria  vesca "Fraisier des bois" 

g. Ranunculus  acris . "Renoncule âcre"

h. Bellis  perennis "Pâquerette" ou Chrysanthemum leucanthemum "Marguerite commune".

i. Trifolium "Trèfle"

j. Centaurea jacea  "Centaurée jacée": 

k.   Eupatorium cannabinum  "Eupatoire à feuilles de chanvre",  ou inspiré de Valeriana officinalis "Valériane officinale" ou aussi de Lychnis chalcedonica ? . Selon Genty, « C’est peut-être la plante la plus remarquable du tableau, ce qui ne l’empêche pas d’être indéterminable ». De son côté, en observant que cette plante est peut-être inspirée de Lychnis chalcedonica, Lawalrée engage à poser la question de son symbolisme: est-ce par hasard qu’on l’appelle aussi « Croix de Jérusalem » ?

1. Borrago officinalis "Bourrache officinale" [ ou inspiré de  Omphalodes verna "Petite bourrache"]

 

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Panneau 2 : Violette odorante, Fraisier des bois, Renoncule, Pâquerette. Photographie lavieb-aile.

Panneau 2 : Violette odorante, Fraisier des bois, Renoncule, Pâquerette. Photographie lavieb-aile.

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Panneau 2. Bourrache (bleue), Renoncule âcre (blanche), Eupatoire à feuilles de chanvre (rose pourpre), violette odorante (bleue). Photographie lavieb-aile.

Panneau 2. Bourrache (bleue), Renoncule âcre (blanche), Eupatoire à feuilles de chanvre (rose pourpre), violette odorante (bleue). Photographie lavieb-aile.

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Panneau 2.  Photographie lavieb-aile.

Panneau 2. Photographie lavieb-aile.

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Panneau 2, Bourrache officinale.  Photographie lavieb-aile.

Panneau 2, Bourrache officinale. Photographie lavieb-aile.

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Panneau 3

m. Viola  odorata. "Violette odorante".

n. Plantago lanceolata  "Plantain lancéolé"

 

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Panneau 3,  coin inférieur gauche. Violette odorante. Photographie lavieb-aile.

Panneau 3, coin inférieur gauche. Violette odorante. Photographie lavieb-aile.

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Panneau 3. Photographie lavieb-aile.

Panneau 3. Photographie lavieb-aile.

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 Panneau 4

 

o. Ranunculus  acris: "Renoncule âcre" .

p. Melandryum rubrum  "Compagnon rouge", ou  Silene alba

q. Viola  odorata: "Violette odorante"

r. Trifolium  pratense: Trèfle des prés, "Trèfle des prés"

s. Trifolium  repens. "Trèfle blanc".

t. Plantago media "Plantain bâtard (ou intermédiaire)"

u. Chrysanthemum leucanthemum "Marguerite commune".

v. Fragaria ...  vesca ? "Fraisier des bois".

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Panneau 4, angle gauche.  Photographie lavieb-aile.

Panneau 4, angle gauche. Photographie lavieb-aile.

Panneau 4.  Photographie lavieb-aile.

Panneau 4. Photographie lavieb-aile.

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Panneau 4.  Photographie lavieb-aile.

Panneau 4. Photographie lavieb-aile.

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Panneau 4. Violette odorante . [Orchis tachetée ?]. Photographie lavieb-aile.

Panneau 4. Violette odorante . [Orchis tachetée ?]. Photographie lavieb-aile.

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Panneau 5

w. Veronica chamaedrys "Véronique petit-chêne"

x. Convallaria majalis "Muguet de mai". 

Genty signale encore Potentilla, Primula auricula L. var., Gladiolus (?) et Orchis maculata L. (?). Il ne les situe pas sur le tableau. Les schémas de Poinsot comprennent encore Ranunculus repens, Viola reichenbachiana (?), Orchis... 

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CONCLUSION.

Les 17 ou 20 plantes de ce polyptyque ne sont remarquables ni par leur nombre (on en dénombre une centaine sur les tapisseries —84 identifiées sur la Tenture de la Licorne des Cloîtres de New-York—), ni par la présence d'espèces rares, ni par la précocité de leur représentation (les œuvres de Van Eyck forment un précédent d'un naturalisme et d'une maîtrise exceptionnels),  ni même sans-doute par la technique picturale. Elles ne semblent pas exprimé un message allégorique crypté ; ce sont toutes des plantes indigènes, couvrant le sol comme les gazons métaphoriques des rencontres amoureuses, mais ne comportant aucune fleur cultivée métaphorique  comme la Rose, la Pivoine ou l'Iris, si on excepte le Lys placé ici à part. Parmi les plantes courantes, je m'étonne de ne pas voir mentionné le Pissenlit Taraxacum officinale, la Pensée Viola tricolor, la Pervenche Vinca major ou minor  l'Anémone Anemone coronaria, le Souci Calendula officinalis, la Sauge Salvia officinalis, la Primevère Primula , le Myosotis Myosotis scorpioïdes, etc...

Pas remarquables, ces petites fleurs de Rogier de la Pasture ? Mon œil ...,

...mon œil ne partageait pas cet avis, lorsqu'il les a photographiées.

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SOURCES ET LIENS.

 

— BOUDROT (Abbé Jean-Baptiste ) 1875, Le Jugement dernier, retable de l' Hôtel-Dieu de Beaune, Beaune, 1875 page 22 :

https://archive.org/stream/frick-31072000963266/31072000963266#page/n25/mode/2up

— CARLET (Joseph) 1884 , Le Jugement dernier. Retable de l'Hôtel-Dieu de Beaune (suivi d'une notice sur les triptyques de Dantzig et d'Anvers), Beaune, 1884; paru également dans Société d'Histoire, d'Archéologie et de Littérature de l'arrondissement de Beaune. Mémoires. Année 1883 (Beaune), 1884, 153-186.

—FETTWEIS (Geneviève ) Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique  Les fleurs dans la peinture des XVe , XVIe et XVIIe siècles Dossier pédagogique http://www.extra-edu.be/pdf/GF_Fleurs_10nov.pdf

— GENTY (P.), 1925, "La Flore du retable de Rogier van der Weyden à l'Hôtel-Dieu de Beaune", dans Bulletin de l'Académie des Sciences, Arts et Belles-Lettres de Dijon (Dijon ), 1925, 47-51. 

— VERONEE-VERHAEGEN (Nicole), 1973, L'Hôtel-Dieu de Beaune  ; introduction de Pierre Quarré,  Corpus de la peinture des anciens Pays-Bas méridionaux au quinzième siècle 13, Bruxelles : Centre national de recherches Primitifs flamands . 

http://xv.kikirpa.be/uploads/tx_news/CORPUS_13_-_BEAUNE_-_1973.pdf

 

 

 

 

Published by jean-yves cordier - dans Beaune
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14 septembre 2016 3 14 /09 /septembre /2016 09:37

PRÉSENTATION.

Lorsqu'il franchit le bras nord du transept pour accéder au déambulatoire qui contourne le chœur , le visiteur de la cathédrale trouve un panneau d'information n° 10 (le n° 9 est celui qui décrit la verrière de la Création) ; il y lit ceci :

 

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"Chagall, sur les deux fenêtres de l'abside nord, ouvre en couleurs quelques pages de la Bible, une histoire continue qui mène de la tragédie de l'Exil à la Shoah.

Tout en haut, la lumière arc-en-ciel, au temps de Noé, éclate en bleu et en rouge devant vous. Le sacrifice d'Isaac lié sur l'autel annonce celui du Christ en Croix. Au centre, deux épisodes de la vie de Jacob : le songe et la lutte avec l'ange, un monde tout en rouge qui tranche avec celui de la manifestation de Dieu à Moïse devant le buisson ardent tout en bleu.

A la fenêtre suivante, l'histoire se poursuit. Sur le Sinaï en flammes, Moïse comme aspiré vers Dieu, reçoit les tables des dix paroles. Au centre, David chante s'accompagnant d'une lyre ; enfin Jérémie, le prophète préféré de l'artiste, nous invite à méditer sur le sens d'une histoire qui interpella Chagall : « Plus notre temps refuse de voir le visage entier du monde pour n'en regarder qu'une toute petite partie de sa peau, plus je deviens inquiet en considérant ce visage dans son rythme éternel. »

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S'il lève les yeux, il sera ébloui par la lumière d'une vingtaine de spots montés sur un vilain luminaire dans une volonté, sinon  de desservir l'œuvre du peintre, du moins de privilégier le culte. Il cherchera en vain à  contourner ces odieux lumignons  pour bénéficier d'un regard d'ensemble. L'une des verrières, avec ses trois lancettes, se trouve au nord de la porte d'accès à la tourelle octogonale de la Boule d'Or (baie n°9), et la seconde,  à quatre lancettes, surmonte la porte de la Grande Sacristie (baie n°11 )  : ce lieu de passage  a besoin d'être éclairé, mais imaginez la Place de la Concorde, dont des projecteurs occulteraient l'Obélisque !

Cela n'ôte rien à la justesse du texte proposé, et on ne peut mieux exprimer, de manière si concise, 1) que les deux verrières forment un ensemble débutant à la baie n°11, 2) que la figure d'espérance de Noé sous l'arc-en-ciel est ici déterminante, initiant le code des deux couleurs bleu et rouge qui structurent les vitraux.

Donc : 

Baie n° 9 : 3 lancettes lancéolées (Moïse recevant les Tables de la Loi,  David jouant de la harpe , le prophète Jérémie ),  deux médaillons à quatre-feuilles, une rose à dix ajours centrée par le Christ. Verrière réalisée par Charles Marq de Reims en 1962, d'après les cartons de Marc Chagall, 1958-1961.

Baie n° 11 : 4 lancettes lancéolées bigéminées (le sacrifice d’Abraham, la lutte de Jacob avec l’ange, le songe de Jacob et Moïse devant le buisson ardent)  surmontées de deux mouchettes ; tympan de deux mouchettes et un soufflet, encadrés par deux ajours latéraux.  1962, 362 x 92 cm pour les lancettes.  

 

 

Baies n°9 et n°11 de la cathédrale de Metz sur un plan de Dehio 1902.

Baies n°9 et n°11 de la cathédrale de Metz sur un plan de Dehio 1902.

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Situation de la baie n°11, cathédrale de Metz, photographie lavieb-aile.

Situation de la baie n°11, cathédrale de Metz, photographie lavieb-aile.

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 Marc Chagall, baie n°11, déambulatoire nord de la cathédrale de Metz, photographie lavieb-aile.

Marc Chagall, baie n°11, déambulatoire nord de la cathédrale de Metz, photographie lavieb-aile.

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Chagall, peintre de la Bible.

 

Si Chagall a été pressenti à l'été 1958 par l'architecte en chef Robert Renard pour créer de nouveaux vitraux en remplacement de ceux détruits lors de la Seconde Guerre à la cathédrale de Metz, c'est bien-sûr sous l'effet du formidable renouveau de l'Art Sacré impulsé par le père dominicain Marie-Alain Couturier, bien-sûr en raison de la participation de Chagall à l'ornementation de l'église du plateau d'Assy (deux vitraux et une mosaïque) au coté de Georges Rouault, Fernand Léger, Pierre Bonnard, Henri Matisse etc..., mais aussi en raison de son travail d'illustration de la Bible par 105 gravures éditées en 1956 par Tériade, mais préparées dès 1931 par des gouaches pour Vollard.

Autrement dit, Chagall a  puisé dans cet ensemble d'eaux-fortes et de peintures (surtout consacré aux livres de la Genèse et de l'Exode) pour choisir les scènes des baies 11 et 9 de Metz. Pendant les mêmes années, il travailla à un ensemble d'huiles sur toile connues sous le nom de Message Biblique, réunies au Musée du Message Biblique, aujourd'hui Musée National Marc Chagall de Nice, et les mêmes thèmes bibliques trouvent leur expression en couleur dans cet ensemble daté de 1960-1966.

 Pour la baie n°11, nous retrouvons : 

a) Les gravures de Bible (1931-1956) (précédées par des gouaches) accompagnant le texte biblique correspondant.

  • Planche n°2 : Noé lâche la colombe par la fenêtre de l'arche
  • Planche n°4 : Noé et l'arc-en-ciel.
  •  Planche n° 10 : Abraham prêt à immoler son fils selon l'ordre de Dieu
  • Planche n° 14 : Jacob voit en songe une échelle touchant le ciel, où montent et descendent les anges de Dieu
  • Planche n° 16 : La Lutte de Jacob avec l'ange
  • Planche n° 18 : Joseph berger.
  • Planche n° 20:  Jacob pleurant la perte de Joseph
  • Planche n° 27 : Dieu se manifeste à Moïse dans le buisson ardent

b) les toiles du Message Biblique.

 Elles reprennent et développent les eaux-fortes par des couleurs éclatantes. 

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Chagall et la monumentalité.

En se contentant de placer les vitraux de Metz dans la lignée des travaux de Chagall sur la Bible, on passerait à coté d'un axe essentiel : son ouverture à la monumentalité, aux décors. Peintre de chevalet d'abord, et rapidement aussi graveur d'eaux-fortes, cet élève de Bakst (auteur de nombreux décors des Ballets Russes)  s'initia en 1920 à la peinture de la salle du Théâtre d'art Juif, puis surtout, en Amérique, aux décors de ballets : Aleko en 1942 au Mexique, l'Oiseau de Feu en 1945 aux Etats-Unis, et enfin Daphnis et Chloé à Paris en 1959. Appliquer le terme de "décor" aux vitraux d'une cathédrale pourrait sembler un parallèle choquant, si on oubliait que ces expériences furent, pour le peintre, une expérience d'art total (peinture, musique et danse) et de transcendance. Quoiqu'il en soit, la commande des vitraux plaça Chagall face à un nouveau défi, celui de faire passer ses figures bibliques des dimensions d'une feuille de papier à celui d'une baie gothique, elle-même intégrée à une vaste structuration d'un espace sacré. Et quoiqu'il en soit aussi, sa palette s'était enrichie, depuis les gouaches bibliques des années 1930, de la lumière grecque ou des couleurs mexicaine, alors que les chorégraphies d'un Nijinski d'un Massine ou d'un Skibine impulsaient à ses  personnages une souplesse expressive remarquable (voir infra la Lutte de Jacob), et que son expression lyrique s'en trouvait exaltée. 

Chagall et le verre.

 

Enfin, le vitrail le confrontait aux impératifs d' un nouveau matériau, au moment où il multipliait les découvertes de nouveaux moyens d'expression : costumes, mosaïque, sculpture, céramique, tapisserie plus tard. 

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Les maquettes et études préparatoires.

Le Musée National Marc Chagall conserve un dessin, daté de 1959, correspondant à une maquette au crayon, crayons de couleurs et encre de Chine de la baie n°11. 

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RMN Gérard Blot : http://www.photo.rmn.fr/archive/12-576595-2C6NU023K6OT.html

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On apprécie aisément le programme iconographique, centré sur quatre manifestations de Dieu (théophanies) à trois Patriarches, Abraham, Jacob et Moïse, alors que dans le remplage du tympan, la fleur centrale illustre dans les deux mouchettes la foi et l'espérance de Noé lançant une colombe après le déluge, et dans le soufflet Noé et l'arc-en-ciel signe de l'Alliance entre Dieu et l'humanité  :

« L'arc étant dans les nuages, je le regarderai et me rappellerai le pacte perpétuel de Dieu avec toutes les créatures vivantes qui sont sur la terre.

 Dieu dit à Noé: "C'est là le signe de l'alliance que j'ai établie entre moi et toutes les créatures de la terre." (Genèse 9:16-17)

Cette fleur sommitale est encadrée à droite par un rouleau de la Torah, et à gauche par un couple tenant un bouquet.

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Je présenterai pour chaque lancette, en puisant dans la banque de données de la RMN (Réunion des Musées Nationaux) :

a) Le texte biblique

b) La gravure de Bible (et la gouache préparatoire le cas échéant)

c) la toile du Message Biblique. 

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LES QUATRE LANCETTES.
 

 

 

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 Marc Chagall, lancettes de la baie n°11, déambulatoire nord de la cathédrale de Metz, photographie lavieb-aile.

Marc Chagall, lancettes de la baie n°11, déambulatoire nord de la cathédrale de Metz, photographie lavieb-aile.

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Marc Chagall, lancettes de la baie n°11, déambulatoire nord de la cathédrale de Metz, photographie lavieb-aile.

Marc Chagall, lancettes de la baie n°11, déambulatoire nord de la cathédrale de Metz, photographie lavieb-aile.

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I. LANCETTE A. LE SACRIFICE D'ABRAHAM.

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a) Le texte.

« Lorsqu'ils furent arrivés au lieu que Dieu lui avait dit, Abraham y éleva un autel, et rangea le bois. Il lia son fils Isaac, et le mit sur l'autel, par-dessus le bois. Puis Abraham étendit la main, et prit le couteau, pour égorger son fils. Alors l'ange de l'Éternel l'appela des cieux, et dit: Abraham! Abraham! Et il répondit: Me voici! L'ange dit: N'avance pas ta main sur l'enfant, et ne lui fais rien; car je sais maintenant que tu crains Dieu, et que tu ne m'as pas refusé ton fils, ton unique. Abraham leva les yeux, et vit derrière lui un bélier retenu dans un buisson par les cornes; et Abraham alla prendre le bélier, et l'offrit en holocauste à la place de son fils. Abraham donna à ce lieu le nom de Jehova Jiré. C'est pourquoi l'on dit aujourd'hui: A la montagne de l'Éternel il sera pourvu. » (Genèse 22 : 9-14).

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b)  La planche gravée n°10 pour Bible édité par Tériade 1956.  "Abraham prêt à immoler son fils selon l'ordre de Dieu ".  H 29,7 cm; L 24,5 cm.

 

—Voir "Abraham et Isaac en route vers le lieu du Sacrifice" : gouache préparatoire (1930) : 

http://www.photo.rmn.fr/archive/14-546960-2C6NU0AGXK71W.html

— eau-forte : "Le Sacrifice d'Abraham" (1931-1934) RMN Gérard Blot.

http://www.photo.rmn.fr/archive/08-523236-2C6NU0IGNGNG.html

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c) La toile du Message Biblique : Le Sacrifice d'Isaac.

On remarque sur cette toile des détails qui aident à la lecture du vitrail. Isaac est étendu sur les rondins du bûcher. Le bélier de substitution sacrificielle paît sous un arbre, mais on voit aussi Sarah (l'épouse d'Abraham) qui  supplie son mari d'épargner son fils unique. L'ange envoyé par Dieu est peint en bleu, alors que Chagall va utiliser dans tout son vitrail le rouge pour toutes les manifestations divines, et le bleu pour la sphère humaine et terrestre. Enfin le Christ est figuré en haut à droite, portant sa croix, alors que de fidèles se prosternent (nimbés), qu'une femme s'agenouille, qu'une autre gravit le Golgotha un enfant dans les bras. Un homme vêtu d'une pelisse et coiffé d'une casquette tient sous le bras un objet. Un carton à dessin ?

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http://www.photo.rmn.fr/archive/16-532097-2C6NU0A4CLS3L.html

 

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d) Le vitrail.

La toile du Message Biblique (contemporaine ou plutôt postérieure, mais non antérieure au vitrail), nous permet de mieux repérer le bélier sous son arbre. Pour attirer sur lui notre attention, le peintre a placé un triangle de verre rose et bleu, qui suppose un verre bleu plaqué de rose. La comparaison de l' arbre des deux œuvres précédentes avec celui-ci montre comment Chagall utilise la "contrainte" de l'usage des plombs pour faire du feuillage une force expressive, gonflée de la puissance salvatrice : l'échange des victimes. 

La présence du Christ en haut à droite passerait vite inaperçue, alors que sa présence atteste d'une démarche typologique ancienne reliant le sacrifice d'Isaac par son père, avec la mort sur la croix du Christ en obéissance de la volonté du Père. (Biblia Pauperum)

Un autre élément remarquable est le changement d'orientation d'Abraham, qui n'est plus tourné vers l'ange. La scène y gagne en acuité dramatique, car le Patriarche n'a pas encore interrompu son geste. Certes, il n'a pas le bras levé pour frapper (comme dans l'image de la Biblia Pauperum) mais il se prépare à exécuter l'ordre reçu de Dieu, il se concentre sur l'ardeur de sa foi. Au même moment, une lueur frappe son œil gauche : en fait, il a déjà perçu l'injonction de l'ange, il laisse retomber son bras, et l'affreuse tension de sa conscience. Nous voyons l'instant d'avant, et l'instant d'après.

En outre, Abraham n'est plus assis ou à genoux, mais debout, en déséquilibre vers l'avant (le même déséquilibre que dans la lancette A de la baie n°9 pour Moïse recevant les Tables de la Loi). Les deux œuvres picturales étaient statiques, fixant les deux visages d'Abraham et de l'ange tournés l'un vers l'autre. Une posture sculpturale. Mais il me semble que tout l'art des chorégraphes russes est passé par là, et que désormais les corps dansent, les bras se libèrent, les jambes bougent, les costumes tournoyent, et que les grandes lignes de construction structurent l'espace selon des flux pleins de dynamisme. Nous passons des figures bibliques vers les drames de l'histoire, Histoire Sainte ou Histoire Contemporaine. Et des Portraits vers les Chorégraphies. L'Ancien Testament à l'Opéra. (Je pousse loin le bouchon, non ? ) 

  Enfin, la comparaison entre la planche n°10, la toile et le vitrail peut porter sur le traitement du corps d'Isaac. Sur la gravure, l'arc convexe mais horizontal de son corps, et les bras noués derrière la tête évoquaient la passivité inerte d'une victime infantile et presque animale. Sur la toile, le  corps est celui d'un adolescent au torse musclé, les bras sont libres et allongés sur le coté, les yeux sont ouverts. Dans la confiance dans l'infaillibilité du père ? Mais dans le vitrail, la  diagonale du corps est tendue vers le haut et la gauche, dans l'axe d'animation principal de tout le vitrail. C'est l'axe du couteau, celui du visage incliné d'Abraham, celui de nombreuses lignes de plombs, l'axe d'expansion du feuillage de l'arbre. Puisque Chagall ne peint pas une feuille de gravure isolée, un tableau séparé, mais une des quatre lancettes d'un vitrail, cette diagonale se tend vers les autres lancettes et va s'y prolonger.

Inutile d'insister sur la beauté d'Isaac, gracieux androgyne assoupi . 

 

 

 

 

Marc Chagall, Le sacrifice d'Abraham, lancette A, baie n°11, déambulatoire nord de la cathédrale de Metz,  photographie lavieb-aile.

Marc Chagall, Le sacrifice d'Abraham, lancette A, baie n°11, déambulatoire nord de la cathédrale de Metz, photographie lavieb-aile.

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Marc Chagall, Isaac, in Le sacrifice d'Abraham (détail), lancette A, baie n°11, déambulatoire nord de la cathédrale de Metz,  photographie lavieb-aile.

Marc Chagall, Isaac, in Le sacrifice d'Abraham (détail), lancette A, baie n°11, déambulatoire nord de la cathédrale de Metz, photographie lavieb-aile.

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Marc Chagall, Le sacrifice d'Abraham, lancette A, baie n°11, déambulatoire nord de la cathédrale de Metz,  photographie lavieb-aile.

Marc Chagall, Le sacrifice d'Abraham, lancette A, baie n°11, déambulatoire nord de la cathédrale de Metz, photographie lavieb-aile.

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Marc Chagall,  tête de la lancette A, baie n°11, déambulatoire nord de la cathédrale de Metz,  photographie lavieb-aile.

Marc Chagall, tête de la lancette A, baie n°11, déambulatoire nord de la cathédrale de Metz, photographie lavieb-aile.

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LANCETTE B. LUTTE DE JACOB CONTRE L'ANGE. 

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a) le texte biblique :

« Jacob demeura seul. Alors un homme lutta avec lui jusqu'au lever de l'aurore. Voyant qu'il ne pouvait le vaincre, cet homme le frappa à l'emboîture de la hanche; et l'emboîture de la hanche de Jacob se démit pendant qu'il luttait avec lui. Il dit: Laisse-moi aller, car l'aurore se lève. Et Jacob répondit: Je ne te laisserai point aller, que tu ne m'aies béni. Il lui dit: Quel est ton nom? Et il répondit: Jacob. Il dit encore: ton nom ne sera plus Jacob, mais tu seras appelé Israël ; car tu as lutté avec Dieu et avec des hommes, et tu as été vainqueur. » (Genèse 32 : 24-28) .

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b) La gravure de  Bible éditée par Tériade, planche n°16. La lutte de Jacob avec l'ange. H 30 cm; L 24cm.

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Estampe (1931-1934), RMN Gérard Blot 

http://www.photo.rmn.fr/archive/08-523237-2C6NU0IGNN00.html

 

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c) La toile du Message Biblique : La lutte de Jacob et de l'ange [1960-1966]. 2,51 m x 2,05 m. 

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RMN Adrien Didierjean

http://www.photo.rmn.fr/archive/16-532099-2C6NU0A4CLIB3.html

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d) le vitrail de Metz.

La posture de Jacob change d'une œuvre à l'autre. Sur l'eau-forte, Jacob, la jambe gauche engagée entre celles de l'ange comme dans une clef de judo, l'autre jambe tendue en arrière, succombe à la poussée de son adversaire qu'il regarde d'un air suppliant. Mais les traits de l'ange expriment aussi la souffrance. Dans le tableau, la scène biblique est placée au centre de nombreuses scénettes satellites. L'ange, beau, grand, domine largement son adversaire qui s'arqueboute dans une fente avant, sans que sa hanche gauche, cruciale dans l'affaire, ne soit menacée. Enfin, dans le vitrail, Jacob garde la position en fente avant genou gauche fléchi, mais l'ange le chevauche littéralement, ce qui amène la face de Jacob contre le torse de son adversaire, dans un corps à corps un peu maladroit ou complexe qui n'est pas éloigné d'un accouplement.

 Rébecca Massé comparait la première posture à celle d'une valse :

" Lorsqu'il se bat contre l'ange dans la seizième planche, Jacob saisit son adversaire avec des mains tellement maladroites que la violence attendue d'un combat ressemble ici davantage à une danse. Seuls les visages crispés des combattants démontrent que leur activité n'a rien à voir avec une valse. Cette analogie semble être l'écho d'un tableau de Rembrandt portant le même titre."

Voir ici le tableau de Rembrandt :

https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Rembrandt_Harmensz._van_Rijn_063.jpg

Mais c'est dans le vitrail que l'analogie avec le tableau de Rembrandt est la plus franche, c'est là où   les antagonistes  sont entièrement collés. Les lignes de leurs corps s'entrelacent, le tronc de l'ange pivote de 90° par rapport à ses pieds, et, plutôt qu'une figure de valse, il me semble voir là une passe de tango argentin.  La lutte solitaire d'un homme charnel contre un être céleste se transforme en une dualité complice, ou un adoubement. Le virage du récit biblique ( "Je ne te laisserai point aller, que tu ne m'aies béni") devient parfaitement cohérent. 

Mais c'est dans le vitrail que l'analogie avec le tableau de Rembrandt est la plus franche, c'est là où   les antagonistes  sont entièrement collés. Les lignes de leurs corps s'entrelacent, le tronc de l'ange pivote de 90° par rapport à ses pieds, et, plutôt qu'une figure de valse, il me semble voir là une passe de tango argentin.  La lutte solitaire d'un homme charnel contre un être céleste se transforme en une dualité complice, ou un adoubement. Le virage du récit biblique ( "Je ne te laisserai point aller, que tu ne m'aies béni") devient parfaitement cohérent. 

Ce qui contraste de plus, entre les deux œuvres, est l'expression du visage angélique. Celui de Chagall est pleinement investi par l'attitude de combat tandis que la version de Rembrandt présente un ange au regard serein où les ailes largement déployées évoquent le moment final, lorsque la grâce de Dieu est accordée à Jacob. Alors que l'ange tente de s'enfuir, en dépit de son épuisement, Jacob le retient en le suppliant de le bénir. De par les poses et les regards la peinture témoigne donc de l'issue du combat. La lutte atteint son point culminant; le déboîtement de la hanche du patriarche. Nous voyons clairement l'ange prendre appui avec sa jambe contre un rocher au premier plan à gauche, tout en repoussant Jacob d'une main sur la hanche et le retenant dans son dos à l'aide de l'autre main.

Les couleurs.

La différence la plus marquante entre le vitrail et la toile tient au choix des couleurs. Dans la toile du Message Biblique, la couleur largement prédominante est le bleu, couleur choisie pour indiquer que ce combat se déroule pendant la nuit. Dans le Musée niçois, la toile est suspendue seule contre un grand mur (voir ici). Au contraire, la monumentalité de cette lancette  l'intègre dans une mise en scène intégrant les autres lancettes, le tympan et le vitrail voisin. Le rouge y indique la manifestation divine, aveuglante et brûlante. Non seulement l'ange enjambe Jacob, mais en même temps, c'est toute la présence divine qui descend sur lui, l'entoure, l'englobe, l'enthousiaste en un transport digne de l'extase que sculpta Le Bernin dans la Transverbération de Sainte Thérèse à Santa Maria della Vittoria de Rome. La couleur rouge est ici équivalente à l'or rayonnant depuis les Cieux sur sainte Thérèse exaltée, et l'équivalente encore de l'or du fond des icônes : elle désigne l'espace sacré. 

Les détails.

De l'ensemble des détails de la toile du Message Biblique, nous ne trouvons ici que : 

  • un arbre,
  • un alignement de maisons
  • un ange en tête de lancette.

(voir ici). Au contraire, la monumentalité de cette lancette  l'intègre dans une mise en scène intégrant les autres lancettes, le tympan et le vitrail voisin. Le rouge y indique la manifestation divine, aveuglante et brûlante. Non seulement l'ange enjambe Jacob, mais en même temps, c'est toute la présence divine qui descend sur lui, l'entoure, l'englobe, l'enthousiaste en un transport digne de l'extase que sculpta Le Bernin dans la Transverbération de Sainte Thérèse à Santa Maria della Vittoria de Rome. La couleur rouge est ici équivalente à l'or rayonnant depuis les Cieux sur sainte Thérèse exaltée, et l'équivalente encore de l'or du fond des icônes : elle désigne l'espace sacré. 

Les détails.

De l'ensemble des détails de la toile du Message Biblique, nous ne trouvons ici que : 

  • un arbre,
  • un alignement de maisons
  • un ange en tête de lancette.

 

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Marc Chagall, Lutte de Jacob contre l'ange, lancette B, baie n°11, déambulatoire nord de la cathédrale de Metz,  photographie lavieb-aile.

Marc Chagall, Lutte de Jacob contre l'ange, lancette B, baie n°11, déambulatoire nord de la cathédrale de Metz, photographie lavieb-aile.

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La signature : "Chagall Riems" (sic).

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Signature de Marc Chagall, lancette B, baie n°11, déambulatoire nord de la cathédrale de Metz,  photographie lavieb-aile.

Signature de Marc Chagall, lancette B, baie n°11, déambulatoire nord de la cathédrale de Metz, photographie lavieb-aile.

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Marc Chagall, Lutte de Jacob contre l'ange, lancette B, baie n°11, déambulatoire nord de la cathédrale de Metz,  photographie lavieb-aile.

Marc Chagall, Lutte de Jacob contre l'ange, lancette B, baie n°11, déambulatoire nord de la cathédrale de Metz, photographie lavieb-aile.

1.

III. LANCETTE C. LE SONGE DE JACOB.

 

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a) Le texte 

 « Il eut un songe. Et voici, une échelle était appuyée sur la terre, et son sommet touchait au ciel. Et voici, les anges de Dieu montaient et descendaient par cette échelle. Et voici, l'Éternel se tenait au-dessus d'elle; et il dit: Je suis l'Éternel, le Dieu d'Abraham, ton père, et le Dieu d'Isaac. La terre sur laquelle tu es couché, je la donnerai à toi et à ta postérité. Ta postérité sera comme la poussière de la terre; tu t'étendras à l'occident et à l'orient, au septentrion et au midi; et toutes les familles de la terre seront bénies en toi et en ta postérité. Voici, je suis avec toi, je te garderai partout où tu iras, et je te ramènerai dans ce pays; car je ne t'abandonnerai point, que je n'aie exécuté ce que je te dis. » (Genèse 28 : 12-15) 

 

b)  la gravure de Lider un poemen / Chants et poèmes , Abraham Valt (dit Avrom  Liessin), 1938 vol.2. Texte Yiddish.

http://www.photo.rmn.fr/archive/07-538676-2C6NU0J1DJLU.html

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c) Gravure de Bible, (Tériade 1956) planche n°14 :  "Jacob voit en songe une échelle touchant le sol, où montent et descendent les anges de Dieu."  .  estampe, H 30 cm; L 24,8 cm. 1931-1934.

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RMN Gérard Blot. http://www.photo.rmn.fr/archive/02-000120-2C6NU0GX5YHP.html

 

 

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c) Toile du Message Biblique. "Le songe de Jacob". [1960-1966].  1,95 m x 2,78 m

"Le tableau, en forme de diptyque, présente deux scènes nettement séparées, seulement reliées entre elles par l’arrondi de la colline où s’est endormi Jacob. A gauche, dans une nuit au ton violet, il voit en songe des anges monter et descendre une échelle, allusion à sa longue descendance. Les anges semblent danser comme des acrobates autour de l’échelle, évoquant le cirque que Chagall aime tant et soulignant la profonde parenté de ses sujets profanes et de ses sujets sacrés.

A droite, l’ange transparent souligné de blanc, couleur divine, porte un chandelier allumé qui éclaire la nuit bleue et rend manifeste l’éblouissement plein d’espoir du message divin." (MNMC)

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RMN Adrien Didierjean

http://www.photo.rmn.fr/archive/16-532098-2C6NU0A4CLLYY.html

 

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d) Estampe 1977

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Le vitrail de Metz.

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Là encore, la composition oppose la trouée rouge de la théophanie (les anges et l'échelle) à la plage bleue profane et terrestre, occupée par Jacob allongé, coiffé d'un bonnet, barbu, tenant un livre. 
Et là encore, les anges ont perdu l'allure nébuleuse et imprécise qu'ils affichaient sur la gravure pour devenir des athlètes à la gestuelle expressive et déliée. Sans faire offense à l'Eternel, il faut avouer qu'ils ont été s'entraîner, plutôt que sur la scène du Metropolitan ou de l'Opéra, sur l'arène des cirques. C'est  sous leur chapiteau qu'ils ont acquis cette habileté au trapèze, et ces saluts d'écuyère. 
Chagall a produit dès 1926-1927 une première série de gouaches à la demande de Vollard, qui l'entraînait dans les cirques parisiens. De 1962 à 1967, il produisit les 38 lithographies de Cirque, édité par Tériade. La frontière entre scènes de cirque et scène religieuse n'est pas étanche à ses yeux : 
"J'ai toujours considéré les clowns, les acrobates et les acteurs comme des êtres tragiquement humains qui ressembleraient pour moi, aux personnages de certaines peintures religieuses".
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Marc Chagall, Le songe de Jacob, lancette C, baie n°11, déambulatoire nord de la cathédrale de Metz,  photographie lavieb-aile.

Marc Chagall, Le songe de Jacob, lancette C, baie n°11, déambulatoire nord de la cathédrale de Metz, photographie lavieb-aile.

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Marc Chagall, Le songe de Jacob, lancette C, baie n°11, déambulatoire nord de la cathédrale de Metz,  photographie lavieb-aile.

Marc Chagall, Le songe de Jacob, lancette C, baie n°11, déambulatoire nord de la cathédrale de Metz, photographie lavieb-aile.

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Marc Chagall, Le songe de Jacob, lancette C, baie n°11, déambulatoire nord de la cathédrale de Metz,  photographie lavieb-aile.

Marc Chagall, Le songe de Jacob, lancette C, baie n°11, déambulatoire nord de la cathédrale de Metz, photographie lavieb-aile.

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IV. LANCETTE D. MOÏSE ET LE BUISSON ARDENT.

 

 

a) Le texte. Exode 3 : 1-5

Page de Bible, tome 1 page 25.

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RMN Adrien Didierjean http://www.photo.rmn.fr/archive/16-532147-2C6NU0A4C94ZV.html

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b) La planche   27 (1931-1934) gravée pour  Bible édité par Tériade 1956. Dieu se manifeste à Moïse dans le buisson ardent .  H 29.5 cm; L 23.4 cm.

 

 

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RMN Gérard Blot  http://www.photo.rmn.fr/archive/08-523239-2C6NU0IGNQBV.html

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c)  Moïse devant le Buisson ardent, Toile du Message Biblique n°10 (1960-1966).1,95 m x 3,12 m. 

"Dans une composition en frise, trois figures légèrement obliques scandent les deux épisodes fondateurs de l’histoire de Moïse. Le sens de lecture est celui de l’hébreu : Moïse, à droite, tombe à genoux devant le buisson qui brûle et ne se consume pas. La mission divine, sortir les Hébreux d’Egypte, lui est annoncée par un ange flottant au milieu d’un cercle coloré, évocateur à la fois des mandorles qui soulignent la présence divine au fronton des églises romanes, mâtiné de souvenirs de l'orphisme de Delaunay.

A gauche, la scène de la traversée de la mer Rouge présente Moïse suivi du peuple juif en rang serré dans son manteau. Ici encore, des résurgences médiévales de Vierges de miséricorde abritant un peuple de croyants dans leur manteau montre l'intérêt de Chagall pour les représentations religieuses anciennes.  La vague qui se referme derrière lui, également évocation de la nuée divine, protège leur avance contre l’armée de Pharaon dont la colère est soulignée de rouge et de mouvements frénétiques. Chagall a représenté cette scène à de nombreuses reprises, ici dans sa forme la plus resserrée, véritable illustration de la métaphore en peinture dont André Breton attribuait l'invention à l'artiste." (Commentaire MNCM)

 

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RMN Adrien Didierjean  http://www.photo.rmn.fr/archive/16-532084-2C6NU0A4CJZ3Y.html

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d) Le vitrail de Metz.

 

Signature Marc Chagall en bas à droite.

Cette foi-ci, le buisson, qui aurait toutes les raisons d'apparaître en verre rouge pour signifier qu'il est "ardent", qu'il "ardait en feu", n'est pas séparé par une distinction de couleur de la zone bleue du mont Sinaï et de Moïse. Je pense que cela se comprend lorsqu'on replace cette lancette dans l'ensemble du vitrail, où le rouge de la manifestation divine commence dans la tête de la lancette A, se déploie largement dans la lancette B, traverse en diagonale ascendante la lancette C et se termine par le sommet de la lancette D. 

Cette disposition, réservant la théophanie à la partie haute du dessin, était aussi celle de la gravure (cercles concentriques sur fond blanc autour du nom YAHVÉ en lettres hébraïques) et de la toile du Message (bleu pour les 3/4 inférieurs, cercles concentriques rouge, bleu et jaune autour d'un ange). 

 

 

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Marc Chagall, Moïse et le buisson ardent, lancette D,  baie n°11, déambulatoire nord de la cathédrale de Metz,  photographie lavieb-aile.

Marc Chagall, Moïse et le buisson ardent, lancette D, baie n°11, déambulatoire nord de la cathédrale de Metz, photographie lavieb-aile.

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baie n°11, déambulatoire nord de la cathédrale de Metz,  photographie lavieb-aile.

baie n°11, déambulatoire nord de la cathédrale de Metz, photographie lavieb-aile.

La référence au cubisme orphique de Delaunay, proposée par le commentaire du tableau du Message Biblique, est ici manifeste. Robert Delaunay a été le voisin et ami de Chagall pendant son séjour parisien de 1911 à 1914 à La Ruche, (visite ici) dans le 15e arrondissement.

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Robert Delaunay, Hommage à Blériot, 1914, Kunstmuseum, Bâle

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Mais l' utilisation de ce langage de pure poésie lumineuse est particulièrement appropriée ici, où, par respect avec les traditions hébraïques, Yahvé ne peut être représenté : Chagall l'évoque par une vibration musicale géométrique faite de cercles et de triangles, sortes de cosmos qui surgissent de la trompe d'un ange placé en tête de lancette. Cet éclatement prismatique de la lumière d'un soleil qui ne peut être fixé directement est la culmination du grand embrasement rouge qui débutait en tête de lancette A . Il rejaillit sous forme de touches de jaune d'argent sur le front de Moïse, et y suscite les rayons divergents. 

Mais surtout, cette citation  est d'autant moins gratuit qu'elle annonce l'arc-en-ciel du sommet du tympan, par lequel Dieu rappelle l'Alliance qu'il a conclu avec l'humanité entière depuis Noé.

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Marc Chagall, Moïse et le buisson ardent, lancette D,  baie n°11, déambulatoire nord de la cathédrale de Metz,  photographie lavieb-aile.

Marc Chagall, Moïse et le buisson ardent, lancette D, baie n°11, déambulatoire nord de la cathédrale de Metz, photographie lavieb-aile.

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V. LE TYMPAN.

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Il présente les scènes suivantes :  Joseph berger, Jacob pleurant la perte de Joseph, Noé lâchant une colombe de l’Arche, et Noé et l’arc-en-ciel

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Marc Chagall, Tympan de la baie n°11, déambulatoire nord de la cathédrale de Metz,  photographie lavieb-aile.

Marc Chagall, Tympan de la baie n°11, déambulatoire nord de la cathédrale de Metz, photographie lavieb-aile.

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Les 2  ajours inférieurs. 

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1. Joseph berger. Ajour inférieur gauche.

a) Le texte. Genèse 37:2

« Voici la postérité de Jacob. Joseph, âgé de dix-sept ans, faisait paître le troupeau avec ses frères; cet enfant était auprès des fils de Bilha et des fils de Zilpa, femmes de son père. Et Joseph rapportait à leur père leurs mauvais propos. »

 

b) Gouache préparatoire (1931)  à la Planche n°18 de  Bible, "Joseph, le dernier des douze fils de Jacob, à l'âge de dix-sept ans, au temps où il faisait paître le troupeau avec ses frères". 

Après les planches 14 à 17 consacrées à Jacob, Chagall réalise 8 planches (n°18 à 25) sur l'histoire de Joseph et de ses frères, fils de Jacob.

 

Dans la planche 18,  Chagall représente Joseph comme un jeune éphèbe vêtu d'une tunique. Celle-ci est le signe de la préférence donnée par Jacob à Joseph, fils de Rachel, plutôt qu'à ses demi-frères, fils de Léa (qu'il a épousé trompé par son beau-père,   en croyant coucher avec Rachel) et de servantes : " Israël aimait Joseph plus que tous ses autres fils, parce qu'il l'avait eu dans sa vieillesse; et il lui fit une tunique de plusieurs couleurs. " (Gn. 37 : 3). En arrière plan, les demi-frères dont on devine l'hostilité.

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RMN Gérard Blot.  http://www.photo.rmn.fr/archive/14-546964-2C6NU0AGX2AT1.html

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c) Le vitrail de Metz.

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Les deux ajours inférieurs.

 

"La partie haute présente Joseph berger, Jacob pleurant la perte de Joseph, Noé lâchant une colombe de l’Arche, et Noé et l’arc-en-ciel. Ce sont tous des épisodes tirés de la Genèse et de l’Exode. " (Park, 2008)

 
Marc Chagall, Tympan de la baie n°11, déambulatoire nord de la cathédrale de Metz,  photographie lavieb-aile.

Marc Chagall, Tympan de la baie n°11, déambulatoire nord de la cathédrale de Metz, photographie lavieb-aile.

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Marc Chagall, Tympan de la baie n°11, déambulatoire nord de la cathédrale de Metz,  photographie lavieb-aile.

Marc Chagall, Tympan de la baie n°11, déambulatoire nord de la cathédrale de Metz, photographie lavieb-aile.

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2.  Jacob pleurant la perte de Joseph. 

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a) le texte : Genèse 37 : 31-35.

 " Ils prirent alors la tunique de Joseph; et, ayant tué un bouc, ils plongèrent la tunique dans le sang. Ils envoyèrent à leur père la tunique de plusieurs couleurs, en lui faisant dire: Voici ce que nous avons trouvé ! reconnais si c'est la tunique de ton fils, ou non. Jacob la reconnut, et dit: C'est la tunique de mon fils! une bête féroce l'a dévoré ! Joseph a été mis en pièces! Et il déchira ses vêtements, il mit un sac sur ses reins, et il porta longtemps le deuil de son fils. Tous ses fils et toutes ses filles vinrent pour le consoler; mais il ne voulut recevoir aucune consolation. Il disait: C'est en pleurant que je descendrai vers mon fils au séjour des morts ! Et il pleurait son fils."

b) La planche gravée n° 20 de Bible :  "Jacob, ayant reconnu la tunique de Joseph que ses fils lui ont apportée teinte de sang, le croit mort et s'abandonne à sa douleur". H 30,7 cm; L 25 cm. 

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http://www.photo.rmn.fr/archive/02-015595-2C6NU0G2VEB4.html

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— la gouache préparatoire de 1931.

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http://www.photo.rmn.fr/archive/14-546965-2C6NU0AGX2HY8.html

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c) Le vitrail.

Verre bleu plaqué de verre blanc gravé à l'acide, rehaut de jaune d'argent, une pièce rose.

 

 

Les deux ajours placés au sommet des lancettes se répondent en accentuant l'émotion qu'elles suscitent : la beauté du jeune berger vêtu de sa tunique nous rend plus sensible le chagrin de son père croyant faussement à la mort de son fils préféré.

 

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Marc Chagall, Tympan de la baie n°11, déambulatoire nord de la cathédrale de Metz,  photographie lavieb-aile.

Marc Chagall, Tympan de la baie n°11, déambulatoire nord de la cathédrale de Metz, photographie lavieb-aile.

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Les deux mouchettes : Noé, dans l'arche, lâche la colombe.

 

 

 

a) Les planches de texte de Bible, édition Tériade 1956 tome 1 page 2 verso:  Genèse 8 : 20-22. 

 

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RMN Adrien Didierjean. http://www.photo.rmn.fr/archive/16-532105-2C6NU0A4CL6ZC.html

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 b) La planche de gravure n°2 de Bible, édition Tériade 1956 tome 1 :  "Noé lâche la colombe par la fenêtre de l'arche " H 30,3 cm; L 24,2 cm. 

Chagall  représente l'intérieur de l'arche. Noé, représenté de profil, légèrement tourné vers le spectateur, se tient à la droite de la fenêtre et y lâche une colombe par sa main droite. L'autre main est posée sur une chèvre, aussi présentée de profil. Une femme tenant un bébé dans ses bras se tient aux cotés de Noé.  Un coq est présent dans le coin inférieur gauche. Une grande tendresse se dégage de cette scène, faite d'intimité familiale. 

 

"Ce nourrisson dans les bras maternels pourrait donc très bien symboliser la renaissance de cette humanité nouvelle pleine d'espoir et d'amour qu'espérait tant Chagall." (R. Massé) 

"Universellement, le coq est le symbole de la ponctualité et de la fiabilité. Il annonce l'aube, et donc l'arrivée de la lumière. Dans cette même idée, il est celui qui annonce également la libération, le passage des ténèbres à la lumière."  (idem)

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 RMN Gérard Blot, http://www.photo.rmn.fr/archive/08-523231-2C6NU0IGNHGY.html

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Idem, gouache préparatoire.

http://www.photo.rmn.fr/archive/14-546951-2C6NU0AGXKOXU.html

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c) Le vitrail.

Les deux mouchettes forment une seule composition. Le point de vue est beaucoup plus large que dans les œuvres précédentes, permettant de voir derrière et au dessus de Noé sa famille , composée selon la Bible de ses trois fils Sem, Cham et Japhet et de leurs épouses (Gn 7:13) . Disons qu'il y a eu des naissances, ou des passagers clandestins, car je compte plus de 16 personnes. Rien que du coté tribord.

 

A bâbord, c'est un enchevêtrement de pattes et d'oreilles, d'ailes et de museaux, où une cane ne retrouverait pas ses poussins. Le plus amusant dans les arches de Noé, ce sont les girafes et les éléphants, les zèbres et les dromadaires, les macaques et les hippopotames (sans oublier la baleine) qui font le bonheur des peintres depuis la nuit des temps. Mais point ici.

 

 

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Marc Chagall, Tympan de la baie n°11, déambulatoire nord de la cathédrale de Metz,  photographie lavieb-aile.

Marc Chagall, Tympan de la baie n°11, déambulatoire nord de la cathédrale de Metz, photographie lavieb-aile.

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Marc Chagall, Tympan de la baie n°11, déambulatoire nord de la cathédrale de Metz,  photographie lavieb-aile.

Marc Chagall, Tympan de la baie n°11, déambulatoire nord de la cathédrale de Metz, photographie lavieb-aile.

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Le soufflet du sommet du tympan : Noé et l'arc-en-ciel.

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a) le texte : Genèse 9:8-16.

 

 

— Bible, éd. Tériade 1956, tome 1 page 4

http://www.photo.rmn.fr/archive/16-532108-2C6NU0A4CL8QS.html

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 Bible, page 4 verso.

http://www.photo.rmn.fr/archive/16-532109-2C6NU0A4CLDPZ.html

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b) La planche gravée n°4  de BibleL’arc-en-ciel, signe d'Alliance entre Dieu et la Terre (Genèse IX:8-17). 

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RMN Gérard Blot  http://www.photo.rmn.fr/archive/08-523233-2C6NU0IGN2XZ.html

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c) La toile du Message Biblique. "Noé et l'arc-en-ciel" [1961-1966]

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http://art.rmngp.fr/fr/library/artworks/marc-chagall_l-arc-en-ciel-signe-d-alliance-entre-dieu-et-la-terre_gouache_1931

RMN Adrien Didierjean

http://www.photo.rmn.fr/archive/16-532095-2C6NU0A4CLET0.html

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d) Le vitrail de Metz.

À la différence de la gravure et de la toile, Noé n'est plus couché, dans la posture du songeur,  mais il est debout et semble toucher du bras l'arc-en-ciel qu'un ange déploie dans la tête de lancette. Il n'y a plus ni maison, ni coq, ni chèvre, ni famille en liesse, tout au plus un beau rameau d'olivier. 

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Noé et l'arc-en-ciel, tympan de la baie n°11,  déambulatoire nord de la cathédrale de Metz,  photographie lavieb-aile.

Noé et l'arc-en-ciel, tympan de la baie n°11, déambulatoire nord de la cathédrale de Metz, photographie lavieb-aile.

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Le soufflet de la baie n°11, présentant Noé et l'arc-en-ciel, et l'ajour central de la rose de la baie n°9 se répondent, si on se rappelle que le Déluge préfigure pour les chrétiens le Jugement Dernier, et que Noé sauvant un "reste" de l'humanité pécheresse préfigure le Christ (Matthieu 24:38-42). Après la création d'Adam, un nouveau départ est donné, avec des règles différentes, celles de l'Alliance noachique (Noé = Noah en hébreu). Cette nouvelle création sur fond de destruction radicale ne peut pas ne pas faire évoquer  la Seconde Guerre Mondiale, "le conflit armé le plus vaste que l’humanité ait connu, mobilisant plus de 100 millions de combattants de 61 nations, déployant les hostilités sur quelque 22 millions de km², et tuant environ 62 millions de personnes, dont une majorité de civils." (Wikipédia).

Le mot hébreu pour "alliance" est bérit et son étymologie provient peut-être de l'akkadien biritu, "lien". Dans l'alliance accordée à Noé, Dieu seul s'engage, inconditionnellement, en faveur de ses descendants, alors que  l'alliance accordée à Moïse sera réciproque et conditionnée à la fidélité d'Israël. Les Prophètes expliqueront alors les malheurs d'Israël par son inconduite et sa trahison unilatérale du contrat. (D'après Quesnel et Gruson,  La Bible et sa culture, Desclée de Brouver, 2011 p. 72).

L'Alliance de Dieu avec l'humanité est donc racontée par Chagall dans les vitraux qu'il créa pour la cathédrale de Metz. Elle débute avec la verrière de la Création dans la baie n°17, et l'alliance adamique qui concerne tous les hommes. Elle se poursuit ou se renouvelle dans la baie n°11 avec Noé au profit de la Création toute entière. Elle se conclue ensuite plus spécifiquement  avec le peuple d'Israël par à travers  Abraham, Jacob et Moïse. Dans la baie n° 9, elle s'établit avec Moïse sur des bases contractuelles  supposant le respect d'un Code de l'Alliance. Elle s'enracine par David au sein d'une lignée et d'une dynastie royale. Elle est remise en cause par l'inconduite d'Israël et des rois de Juda, provoquant la colère de Yahvé et la punition de l'Exil et la destruction de la ville et du Temple de Jérusalem mais par la voix prophétique de Jérémie l'Eternel s'engage malgré tout à accorder son pardon. Enfin le Christ en croix rachète par sa mort sur la croix l'humanité toute entière du Péché.

On sait que Chagall est opposé à tout prosélytisme religieux.  Mais si le mot Amour vient remplacer le mot Alliance, et que ces trois baies racontent l'amour du Créateur pour sa Création, malgré les exactions humaines, pour inciter les hommes à ne pas désespérer lors des périodes de conflit et de haine,  on peut rapprocher ce programme iconographique de ce qu'il déclara lors de l'inauguration des vitraux de l'église du Fraumünster de Zurich :

 

 

 

 

"Je prononce ce mot « paix », ce mot magique, surtout à notre époque, ce mot que l'on retrouve dans la Bible. (...) En dépit des difficultés de notre monde, j'ai retenu l'amour de la vie intérieure dans lequel j'ai été élevé et l'espérance de l'homme dans l'amour. Dans notre vie il y a une seule couleur, comme sur une palette d'artiste, qui donne le sens de la vie et de l'Art. C'est la couleur de l'amour. Je vois dans cette couleur d'amour toutes les qualités qui permettent l'accomplissement dans tous les domaines. (...) L'art que j'ai pratiqué depuis mon enfance m'a enseigné que l'homme est capable d'amour et que l'amour peut le sauver. Pour moi, c'est la vraie couleur, la vraie matière de l'Art".  Sylvie Forestier, Chagall—les Vitraux. Paris : Éditions Paris-Méditerranée, 1996. p. 185, cité par Rébecca Massé. 

Le signe que Noé adresse en levant la main droite, à coté d'un olivier, salue sans-doute l'avènement de l'Alliance, mais on peut y voir aussi le signe d'espoir adressé par Chagall à l'humanité rescapée du conflit mondial. Un salut d'artiste, dans une pirouette.

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Noé et l'arc-en-ciel, tympan de la baie n°11,  déambulatoire nord de la cathédrale de Metz,  photographie lavieb-aile.

Noé et l'arc-en-ciel, tympan de la baie n°11, déambulatoire nord de la cathédrale de Metz, photographie lavieb-aile.

 

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SOURCES ET LIENS.

Base de données des photographies de la Réunion des Musées Nationaux : 

http://www.photo.rmn.fr/

http://www.photo.rmn.fr/C.aspx?VP3=SearchResult&VBID=2CO5PCD92LT2B&SMLS=1&RW=1280&RH=616&PN=30#/SearchResult&VBID=2CO5PCD92LT2B&SMLS=1&RW=1280&RH=616&PN=1 

— http://vitrail.ndoduc.com/vitraux/htm5/eg_StEtienne@Metz_Chagall.htm

— Exposition Chagall et la Bible au Musée d'art et d'histoire du judaïsme 2011.

 http://www.mahj.org/documents/Chagall-et-la-Bible-dossier-pedagogique.pdf

— http://vdujardin.com/blog/marc-chagall-metz-paradis-terrestre/

— http://hoffmangkor.fr/albums/metz-illuminee-de-jour/

— http://www.mesvitrauxfavoris.fr/cathedrale%20metz%20%20chagall.htm

—"La symbolique des vitraux de Chagall" - Robert Fery 

https://www.youtube.com/watch?v=sEYDDgkLbBQ

— BLANCHET-VAQUE (Christine), Les enjeux de la création contemporaine dans la restauration d'un monument classé. Les premiers vitraux de peintres à la cathédrale de Metz, 1952-1965  In Nicholas Bullock,Luc Verpoest Living with History, 1914 - 1964: la Reconstruction en Europe Après la Première Et la Seconde Guerre Mondiale Et Le Rôle de la Conservation Des Monuments Historiques, Leuven University Press, 2011 - 390 pages 

https://books.google.fr/books/about/Living_with_History_1914_1964_la_Reconst.html?id=P84es4zwTiAC&redir_esc=y

 

— GAUTRON (Jean-Claude), site kerdonis.fr

http://kerdonis.fr/ZCHAGALL/page5.html

— MASSÉ (Rebecca), 2010, l'illustration de la Bible par Marc  Chagall comme témoignage de sa position théologique personnelleMémoire présenté à la Faculté des études supérieures de l'Université Laval dans le cadre du programme de maîtrise en histoire de l'art pour l'obtention du grade de maître es arts (M.A.) Département d'histoire Faculté des Lettres Université Laval Québec. Les 105 planches de gravure de Bible figurent en annexe.  En ligne :

http://www.theses.ulaval.ca/2010/27339/27339.pdf

— MEYER (Bella), 2015, "Chagall à New-York à la rencontre de la monumentalité", in Chagall et la musique, Gallimard/ Philharmonique de Paris / La Piscine-Roubaix, pages 280-283.

— MEYER (Franz), 1995,  Marc Chagall, Paris, Flammarion.

— PARK (Chan Young), 2008, La Bible illustrée par Marc Chagall (1887-1985) : un dialogue interculturel et son évolution , Thèse en Histoire de l’art , Université Paris IV Sorbonne sous la direction de Bruno Foucart. 

http://www.theses.paris-sorbonne.fr/thesepark.pdf

— PACOUD-RÈME (Élisabeth) ), 2000, «Chagall et le renouveau de l’art sacré en France après-guerre», dans Marc Chagall maquettes de vitraux, catalogue d’exposition, Paris, Réunion des Musées nationaux, 2000, 

—PINTELON (Véronique), 2004, Les conditions artistiques, administratives et historiques de la réalisation des vitraux de Marc Chagall à la cathédrale de Reims.

http://www.cathedrale-reims.culture.fr/documents/chagall-pintelon.pdf

 

— SCHMITT-REHLINGER, Geneviève, 2006 Jésus le Christ dans l’œuvre de Marc Chagall : le motif du crucifié, Thèse de doctorat de Théologie catholique sous la direction de PierreMarie Baude, Université Paul Verlaine de Metz, .

http://docnum.univ-lorraine.fr/public/UPV-M/Theses/2006/Schmitt_Rehlinger.Genevieve.LMZ0607_1_2.pdf

— ZELLER (Madeleine), 2009, Marc Chagall et le Message Biblique, in Françoise Mies, Bible et art: L'âme des sens, Presses universitaires de Namur, 2009 - 190 pages

 

— Marc Chagall et les vitraux de Metz : Rouen, Musée des beaux-arts : 22 mai-15 septembre 1964 /Marc Chagall / [Rouen] : Le Musée , [1964] 

— L'atelier Simon-Marcq :

http://www.ateliersimonmarq.com/public/site/parutions/141101%20VMF/ASM%20VMF%20FULL%20site.compressed.pdf

 
Published by jean-yves cordier - dans Chagall
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11 septembre 2016 7 11 /09 /septembre /2016 18:22

PRÉSENTATION.

 

Baie n° 11 : 4 lancettes lancéolées bigéminées (le sacrifice d’Abraham, la lutte de Jacob avec l’ange, le songe de Jacob et Moïse devant le buisson ardent)  surmontées de deux mouchettes ; tympan de deux mouchettes et un soufflet, encadrés par deux ajours latéraux.  1962, Verre, 362 x 92 cm pour les lancettes, Metz, Cathédrale Saint-Étienne.  

 


 

 


 


 

 

 

Situation de la baie n°11, cathédrale de Metz, photographie lavieb-aile.

Situation de la baie n°11, cathédrale de Metz, photographie lavieb-aile.

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 Marc Chagall, baie n°11, déambulatoire nord de la cathédrale de Metz, photographie lavieb-aile.

Marc Chagall, baie n°11, déambulatoire nord de la cathédrale de Metz, photographie lavieb-aile.

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Marc Chagall, lancettes de la baie n°11, déambulatoire nord de la cathédrale de Metz, photographie lavieb-aile.

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I. LANCETTE A. LE SACRIFICE D'ABRAHAM.

 

Marc Chagall, Le sacrifice d'Abraham, lancette A, baie n°11, déambulatoire nord de la cathédrale de Metz,  photographie lavieb-aile.

Marc Chagall, Le sacrifice d'Abraham, lancette A, baie n°11, déambulatoire nord de la cathédrale de Metz, photographie lavieb-aile.

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Marc Chagall, Isaac, in Le sacrifice d'Abraham (détail), lancette A, baie n°11, déambulatoire nord de la cathédrale de Metz,  photographie lavieb-aile.

Marc Chagall, Isaac, in Le sacrifice d'Abraham (détail), lancette A, baie n°11, déambulatoire nord de la cathédrale de Metz, photographie lavieb-aile.

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Marc Chagall, Le sacrifice d'Abraham, lancette A, baie n°11, déambulatoire nord de la cathédrale de Metz,  photographie lavieb-aile.

Marc Chagall, Le sacrifice d'Abraham, lancette A, baie n°11, déambulatoire nord de la cathédrale de Metz, photographie lavieb-aile.

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Marc Chagall,  tête de la lancette A, baie n°11, déambulatoire nord de la cathédrale de Metz,  photographie lavieb-aile.

Marc Chagall, tête de la lancette A, baie n°11, déambulatoire nord de la cathédrale de Metz, photographie lavieb-aile.

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LANCETTE B. LUTTE DE JACOB CONTRE L'ANGE. 

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Marc Chagall, Lutte de Jacob contre l'ange, lancette B, baie n°11, déambulatoire nord de la cathédrale de Metz,  photographie lavieb-aile.

Marc Chagall, Lutte de Jacob contre l'ange, lancette B, baie n°11, déambulatoire nord de la cathédrale de Metz, photographie lavieb-aile.

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La signature : "Chagall Riems" (sic).

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Signature de Marc Chagall, lancette B, baie n°11, déambulatoire nord de la cathédrale de Metz,  photographie lavieb-aile.

Signature de Marc Chagall, lancette B, baie n°11, déambulatoire nord de la cathédrale de Metz, photographie lavieb-aile.

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Marc Chagall, Lutte de Jacob contre l'ange, lancette B, baie n°11, déambulatoire nord de la cathédrale de Metz,  photographie lavieb-aile.

Marc Chagall, Lutte de Jacob contre l'ange, lancette B, baie n°11, déambulatoire nord de la cathédrale de Metz, photographie lavieb-aile.

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III. LANCETTE C. LE SONGE DE JACOB.

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Marc Chagall, Le songe de Jacob, lancette C, baie n°11, déambulatoire nord de la cathédrale de Metz,  photographie lavieb-aile.

Marc Chagall, Le songe de Jacob, lancette C, baie n°11, déambulatoire nord de la cathédrale de Metz, photographie lavieb-aile.

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Marc Chagall, Le songe de Jacob, lancette C, baie n°11, déambulatoire nord de la cathédrale de Metz,  photographie lavieb-aile.

Marc Chagall, Le songe de Jacob, lancette C, baie n°11, déambulatoire nord de la cathédrale de Metz, photographie lavieb-aile.

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Marc Chagall, Le songe de Jacob, lancette C, baie n°11, déambulatoire nord de la cathédrale de Metz,  photographie lavieb-aile.

Marc Chagall, Le songe de Jacob, lancette C, baie n°11, déambulatoire nord de la cathédrale de Metz, photographie lavieb-aile.

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IV. LANCETTE D. MOÏSE ET LE BUISSON ARDENT.

 

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Marc Chagall, Moïse et le buisson ardent, lancette D,  baie n°11, déambulatoire nord de la cathédrale de Metz,  photographie lavieb-aile.

Marc Chagall, Moïse et le buisson ardent, lancette D, baie n°11, déambulatoire nord de la cathédrale de Metz, photographie lavieb-aile.

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Marc Chagall, Moïse et le buisson ardent, lancette D,  baie n°11, déambulatoire nord de la cathédrale de Metz,  photographie lavieb-aile.

Marc Chagall, Moïse et le buisson ardent, lancette D, baie n°11, déambulatoire nord de la cathédrale de Metz, photographie lavieb-aile.

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V. LE TYMPAN.

La partie haute présente Joseph berger, Jacob pleurant la perte de Joseph, Noé lâchant une colombe de l’Arche, et Noé et l’arc-en-ciel.

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Marc Chagall, Tympan de la baie n°11, déambulatoire nord de la cathédrale de Metz,  photographie lavieb-aile.

Marc Chagall, Tympan de la baie n°11, déambulatoire nord de la cathédrale de Metz, photographie lavieb-aile.

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Les 2  ajours inférieurs.

Les deux ajours inférieurs.

 

"La partie haute présente Joseph berger, Jacob pleurant la perte de Joseph, Noé lâchant une colombe de l’Arche, et Noé et l’arc-en-ciel. Ce sont tous des épisodes tirés de la Genèse et de l’Exode. " (Park, 2008)

 
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Marc Chagall, Tympan de la baie n°11, déambulatoire nord de la cathédrale de Metz, photographie lavieb-aile.

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Marc Chagall, Tympan de la baie n°11, déambulatoire nord de la cathédrale de Metz,  photographie lavieb-aile.

Marc Chagall, Tympan de la baie n°11, déambulatoire nord de la cathédrale de Metz, photographie lavieb-aile.

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Marc Chagall, Tympan de la baie n°11, déambulatoire nord de la cathédrale de Metz,  photographie lavieb-aile.

Marc Chagall, Tympan de la baie n°11, déambulatoire nord de la cathédrale de Metz, photographie lavieb-aile.

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Marc Chagall, Tympan de la baie n°11, déambulatoire nord de la cathédrale de Metz,  photographie lavieb-aile.

Marc Chagall, Tympan de la baie n°11, déambulatoire nord de la cathédrale de Metz, photographie lavieb-aile.

Marc Chagall, Tympan de la baie n°11, déambulatoire nord de la cathédrale de Metz,  photographie lavieb-aile.

Marc Chagall, Tympan de la baie n°11, déambulatoire nord de la cathédrale de Metz, photographie lavieb-aile.

 
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11 septembre 2016 7 11 /09 /septembre /2016 16:19

 

PRÉSENTATION.

 

— Baie n° 9 : 3 lancettes lancéolées (Moïse recevant les Tables de la Loi,  David jouant de la harpe , le prophète Jérémie ),  deux médaillons à quatre-feuilles, une rose à dix ajours centrée par le Christ. Verrière réalisée par Charles Marq de Reims en 1962, d'après les cartons de Marc Chagall, 1958-1961.

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LA BAIE N°9 DU DÉAMBULATOIRE NORD. 

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Marc Chagall et Charles Marcq,  baie n°9 , déambulatoire nord, cathédrale de Metz. Photographie lavieb-aile.
 

Marc Chagall et Charles Marcq, baie n°9 , déambulatoire nord, cathédrale de Metz. Photographie lavieb-aile.

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LA LANCETTE A. MOÏSE RECEVANT LES TABLES DE LA LOI

 

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Mishpatim 21:1-24:18

 

 

Marc Chagall,  lancette A : Moïse recevant les Tables de la Loi.  baie n°9 , déambulatoire nord, cathédrale de Metz. Photographie lavieb-aile.

Marc Chagall, lancette A : Moïse recevant les Tables de la Loi. baie n°9 , déambulatoire nord, cathédrale de Metz. Photographie lavieb-aile.

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Marc Chagall,  lancette A : Moïse recevant les Tables de la Loi.  baie n°9 , déambulatoire nord, cathédrale de Metz. Photographie lavieb-aile.

Marc Chagall, lancette A : Moïse recevant les Tables de la Loi. baie n°9 , déambulatoire nord, cathédrale de Metz. Photographie lavieb-aile.

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Le peuple d'Israël. La signature "Marc Chagall".

 

Signature Marc Chagall, sur la  lancette A .  baie n°9 , déambulatoire nord, cathédrale de Metz. Photographie lavieb-aile.

Signature Marc Chagall, sur la lancette A . baie n°9 , déambulatoire nord, cathédrale de Metz. Photographie lavieb-aile.

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Aaron et le chandelier d'or.

 

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Marc Chagall,  lancette A : Moïse recevant les Tables de la Loi.  baie n°9 , déambulatoire nord, cathédrale de Metz. Photographie lavieb-aile.

Marc Chagall, lancette A : Moïse recevant les Tables de la Loi. baie n°9 , déambulatoire nord, cathédrale de Metz. Photographie lavieb-aile.

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LA LANCETTE B. LE ROI DAVID IMPLORÉ PAR BETHSABÉE.

 

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Marc Chagall,  lancette B, David jouant de la harpe.  baie n°9 , déambulatoire nord, cathédrale de Metz. Photographie lavieb-aile.

Marc Chagall, lancette B, David jouant de la harpe. baie n°9 , déambulatoire nord, cathédrale de Metz. Photographie lavieb-aile.

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1. Panneau inférieur. Le peuple d'Israël dansant.

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Marc Chagall,  lancette B.  baie n°9 , déambulatoire nord, cathédrale de Metz. Photographie lavieb-aile.
 

Marc Chagall, lancette B. baie n°9 , déambulatoire nord, cathédrale de Metz. Photographie lavieb-aile.

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2. Deuxième panneau :  Bethsabée.

 

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Bethsabée dansant,  lancette B. baie n°9 , déambulatoire nord, cathédrale de Metz. Photographie lavieb-aile.

Bethsabée dansant, lancette B. baie n°9 , déambulatoire nord, cathédrale de Metz. Photographie lavieb-aile.

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3. Troisième panneau. David sur son trône écoutant Bethsabée.

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Marc Chagall, David jouant de la harpe,  lancette B.  baie n°9 , déambulatoire nord, cathédrale de Metz. Photographie lavieb-aile.

Marc Chagall, David jouant de la harpe, lancette B. baie n°9 , déambulatoire nord, cathédrale de Metz. Photographie lavieb-aile.

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La tête de la lancette B.

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Marc Chagall, tête de lancette B (inversée).  baie n°9 , déambulatoire nord, cathédrale de Metz. Photographie lavieb-aile.

Marc Chagall, tête de lancette B (inversée). baie n°9 , déambulatoire nord, cathédrale de Metz. Photographie lavieb-aile.

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LA LANCETTE C. LE PROPHÈTE JÉRÉMIE ET L'EXIL.

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Les pleurs de Jérémie, lancette C.  baie n°9 , déambulatoire nord, cathédrale de Metz. Photographie lavieb-aile.

Les pleurs de Jérémie, lancette C. baie n°9 , déambulatoire nord, cathédrale de Metz. Photographie lavieb-aile.

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Lancette C.  baie n°9 , déambulatoire nord, cathédrale de Metz. Photographie lavieb-aile.

Lancette C. baie n°9 , déambulatoire nord, cathédrale de Metz. Photographie lavieb-aile.

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Sommet de la lancette C.  baie n°9 , déambulatoire nord, cathédrale de Metz. Photographie lavieb-aile.

Sommet de la lancette C. baie n°9 , déambulatoire nord, cathédrale de Metz. Photographie lavieb-aile.

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LE TYMPAN (1964).

 

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Tympan  de la baie n°9 , déambulatoire nord, cathédrale de Metz. Photographie lavieb-aile.

Tympan de la baie n°9 , déambulatoire nord, cathédrale de Metz. Photographie lavieb-aile.

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Le Christ en croix.

 

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Tympan  de la baie n°9 , déambulatoire nord, cathédrale de Metz. Photographie lavieb-aile.

Tympan de la baie n°9 , déambulatoire nord, cathédrale de Metz. Photographie lavieb-aile.

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L'agneau pascal.

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Tympan  de la baie n°9 , déambulatoire nord, cathédrale de Metz. Photographie lavieb-aile.

Tympan de la baie n°9 , déambulatoire nord, cathédrale de Metz. Photographie lavieb-aile.

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L'ange sonnant de la trompe. 

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Tympan  de la baie n°9 , déambulatoire nord, cathédrale de Metz. Photographie lavieb-aile.

Tympan de la baie n°9 , déambulatoire nord, cathédrale de Metz. Photographie lavieb-aile.

 

 

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