Mardi 23 septembre 2014 2 23 /09 /Sep /2014 11:09

            Les bannières le Minor :

 

N.B Je place ici cet article débuté en avril 2012 et réactualisé depuis, hélas sans l'aide de Le Minor qui n'a pas répondu à mon mail ou à mon passage sur place, et sans autre signalement bénévole.


  Jadis, les bannières étaient réalisées en série, et les fabriciens ou le recteur commandaient une bannière de Sainte-Thérèse, du Sacré-Coeur, de Jeanne-d'Arc, ou de leur saint patron dont il fallait préciser s'il s'agissait d'un ou d'une martyre, ou d'un saint-évêque : c'est la mention du nom qui différait. Mais depuis 1953, où l'entreprise de broderie à la main Le Minor et l'artiste Pierre Toulhoat s'unirent pour créer la bannière de Locronan, tout a changé, et chaque bannière est une vraie création artistique. C'est aussi, à chaque fois, une aventure humaine et spirituelle, lors du financement, de la conception, du choix de l'artiste, des retouches, ou, enfin, de la bénédiction lors du pardon. 

   N'ayant vécu aucune de ces aventures, j'ai parfois réussi à retrouver quelques informations sur l'histoire de ces bannières, dont l'attrait pour les Associations de sauvegarde ou les équipes paroissiales a été croissant.

 

I. La Maison Le Minor à Pont-L'Abbé.

 

   Les origines de Le Minor seraient à peu-prés les mêmes que celles de la confection de dentelles en pays bigouden : rappelons que c'est pour faire face à la famine de 1845-1849 en Irlande, theIrish Potato Famine liée au mildiou, que se développa la guipure d'Irlande au crochet, puis que, face à la crise sardinière en Cornouaille en 1903, des femmes remarquables, dames d'oeuvre préoccupées de la misère qui s'abat brutalement dans les familles de pêcheurs, reprennent les techniques dentellières au fuseau et à l'aiguillée que religieuses et femmes du monde expertes en ouvrage de dame avaient transposées au crochet et créent des ateliers de dentelle dans un pays qui ignorait cette tradition afin d'apporter un complément de ressources aux ménages. En 1911, ce sont plus de 4000 ouvrières qui s'adonnent à cette activité en Bretagne Sud. Leur travail fut commercialisé dans le monde entier.

 

   En 1936, Anne-Marie Cornic (28 janvier 1901 à Plonevez-Porzay-Pont-L'Abbé 1984), fille de commerçants en costumes bretons et épouse du patron des Grands Moulins de Pont-L'Abbé Louis Le Minor, préoccupée de voir disparaître le costume breton traditionnel et les compétences des brodeuses et tisserands, et de savoir que les femmes employées dans les conserveries manquaient de travail une fois la saison finie, ouvrit un atelier d'habillage de poupées. Présent dès l'année suivante à l'exposition universelle de Paris, l'atelier acquiert un réel succès auprès de l'écrivain Colette, de clients aussi célèbres que Caroline Kennedy, Eisenhower ou le Prince Rainier de Monaco, avec une collection de 250 modèles différents, tous réalisés de manière entièrement artisanale et traditionnelle.

 

  La production profite des Congés payés, les vacanciers prenant l'habitude de ramener des régions où ils séjournent une poupée qu'ils offrent ou qu'ils collectionnent. De 1937 à 1980, ce sont même 400 modèles de costumes bretons et d'autres régions de France ou des pays étrangers qui habillent les poupées : costume adulte ou d'enfant, costumes historiques, mignonettes de chez Petitcollin, Nobel, Jumeau, SFBJ, Huard ou Clelia, poupons ou poupées de taille variée sortis d'un atelier qui emploie 400 salariés en 1945. 

      La pénurie de celluloïd incite l'entreprise à se diversifier durant la Seconde Guerre Mondiale en se tournant vers la broderie à la main, produisant du linge de table, des sacs, des costumes folkloriques. C'est l'époque où Mathurin Méheut dessine la nappe "La mer". En 1947, Pierre Toulhoat dessine le célèbre foulard Penmarc'h, vite indissociable du costume bigouden. En 1950, Madame Le Minor lance une gamme de bustes et de coiffes miniatures.

       Dans les années 1970, Madame Le Minor confie l'entreprise à ses deux fils Jacques et Jean ; la production du kabig le Minor, vêtement traditionnel des goémoniers en drap de laine à l'aspect feutré fait la renommée de l'entreprise qui compte près de 500 salariés. En 1982 la Manufacture de Bonneterie Lorientaise rachète la marque et produit toute la partie vestimentaire, mais en 1987, le petit-fils Gildas Le Minor reprend la confection de broderie main et le linge de table (une vingtaine de gamme d'imprimé et autant de brodés).

      On trouve aujourd'hui au 5 quai Saint Laurent à Pont-L'Abbé la Boutique Le Minor, avec un choix de nappes, sets de table, torchons, plateaux, panneaux brodés, mais produisant aussi des vêtements sacerdotaux et des bannières, ou des costumes traditionnels pour les particuliers ou les cercles celtiques.

 Le Minor et la création artistique.

   La société a su collaborer avec des artistes et des designers réputés : Pierre Toulhoat, Mathurin Méheut qui a signé la première nappe imprimée, René-Yves Creston à l'origine du lancement du "kabig", Nelly Roddi qui conçue la ligne Pont-L'Abbé de linge de table imprimé, Gaëlle Le Fur, Jacques Godin, et la styliste Gwen Le Gac avec sa collection "sardines".

   Les tapisseries brodées ont été conçues pour reprendre à l'aiguille les motifs des tapisseries de basse-lisse de Dom Robert, ami de Jean Lurcat. Elles partagent avec les tapisseries d'Aubusson le privilège du statut et de l'appellation d'oeuvre d'art , entiérement à la main, tirage limité à huit exemplaires portant chacun la signature de l'artiste et un numéro. Outre Dom Robert, les oeuvres ont porté les signatures de Picart Le Doux, Simon Chaye, Alain Cornic, François Lesourt, Jean Renault, Dominique Villard, Caly, ou Patrice Cudennec.

Les brodeuses et brodeurs :

Jean-Michel Perennec est employé depuis 1989 à la broderie à la main, alors que Patricia Cassard s'occupe de la broderie sur machine Cornely.


 

II. Les bannières Le Minor :    


N° 1 . Locronan : 1953, Pierre Toulhoat :

Ce fut la première : il y en a plus de trente aujourd'hui.

Ma visite de Locronan : les bannières.


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2. Sainte-Anne d'Auray, 1954 .

Sainte-Anne d'Auray : les bannières.

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3. Saint-Jean-du-Doigt, 1957, Jo Le Corre :

Les inscriptions et les bannières de l'église de Saint-Jean-du-Doigt.

  Ses deux faces sont consacrées à saint Jean-Baptiste, sans inscriptions.

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4. Pont L'Abbé, église des Carmes, 1960, Le Bouler :

L'église Notre-Dame des Carmes à Pont-L'Abbé habillée par Le Minor.

 

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5. Combrit, chapelle Sainte-Marine, 1987, Toulhoat :

Chapelle Sainte-Marine à Combrit : la Vierge allaitante et la bannière Le Minor.

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6. Saint-Nic, église Saint-Nicaise, 1990, Pierre Toulhoat.

La bannière paroissiale de Saint-Nic (29).

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7.Le Faouët, chapelle Saint-Fiacre, 1991, Toulhoat :

 

  Elle représente au recto saint Fiacre  patron des jardiniers avec sa bêche, la chapelle Saint-Fiacre à ses pieds. On lit A.D 1991, Toulhoat Le Minor.

 Le verso est consacré à la Vierge et à la paroisse du Faouët.

 

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Un beau détail de passementerie : 

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8. Saint-Jean-Trolimon, Chapelle de Tronoën, 1993.

Carton de Pierre Toulhoat. Brodeuse Cécile le Roy.

Inscription : 

TRONOEN Ravo Gant Gwaz Jezuz Diwallet Va Ene Evid Ar Vuhez Peurbaduz.

PARREZ SANT YANN AD 1993 Le Minor /Toulhoat . PAOHA SERGENT PERSON


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9. Plogonnec, chapelle de La Lorette, 1998.

Carton de P. Camus.

Brodeur : J.M. Pérennec.

Commanditaire : Les Amis de La Lorette.

Recteur en fonction: G. Léon.

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  10. Lanrivain, chapelle N.D du Guiaudet, 2005:

Cartonnier : ?

Brodeur : J.M. Perennec

Commanditaire : Association de Sauvegarde du Guiaudet, "l'abbé Caroff étant recteur".


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11. Plougasnou, église Saint-Pierre, Jakes Derouet, 2006 :

Compléments sur l'église Saint-Pierre de Plougasnou :

  La face principale represente le patron de la paroisse en tricot rayé avec son filet de pêche, alors que le verso est consacré à saint Samson. Le certificat d'authenticité honore les brodeuses, A.M. Fleiter et P. Cassard.

  Patricia Cassard est, chez Le Minor, particulièrement chargée des broderies sur machine Cornely.

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12. Locronan 2007, Toulhoat :

Ma visite de Locronan : les bannières.

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13. N° 31 :  2008 :  Pleyben, chapelle de Lannelec : Jakes Derouet :

Vierges allaitantes VII : Chapelle de Lannelec à Pleyben, la Vierge.

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14. 2008 :  église Saint-Pierre de Plonevez-du-Faou, Annick Quéffellec :

L'église Saint-Pierre de Plonevez-du-Faou : bannières

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15. 2008 : chapelle de la Madeleine à Penmarc'h, Jakes Derouet :

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16. 2013 : Chapelle de Sainte-Anne-la-Palud à Plonevez-Porzay, D. Passard.

La bannière Le Minor de Sainte-Anne-la-Palud.


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 17.  2014, Chapelle de Saint-Trémeur au Guilvinec :

Les deux bannières de St-Trémeur au Guilvinec.

Carton Jakes Derouet, Brodeur Jean-Michel Pérennec. Commanditaire Association Gwarez chapel sant Trevel.

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A suivre... Il en manque plus de la moitié !

 

 


ébauche de liste : 

  • n°1 : 1953, Locronan par Toulhoat
  • 1953 : Ste Anne d'Auray
  • 1957 : Saint-Jean du Doigt, Jo Le Corre
  • 1960, église Notre-Dame des Carmes à Pont-L'Abbé par A. Bouler.
  • 1987, chapelle Sainte-Marine à Combrit par Pierre Toulhoat
  • 1990, Saint-Nic, Pierre Toulhoat.
  • 1991, chapelle St-Fiacre au Faouët par Pierre Toulhoat.
  • 1993 chapelle de Tronoën à St-Jean-Trolimon
  • 1998, chapelle de La Lorette à Plogonnec
  • Chapelle du Drennec à Clohars-Fouesnant par Toulhoat
  • Diocèse de Quimper et Léon.
  • 2005 : Leuhan par Yves Guillaume Moullec.
  • Guerlesquin
  • Guimiliau
  • 2000 : Tro Breizh
  • 2005 : Lanrivain, N.D.du Guiaudet
  • 2005 N.D. de la Clarté, Ploumanac'h, carton Patrice Cudennec
  • 2006 : Plougasnou, J. Derouet
  • 2007, Locronan par Pierre Toulhoat
  • n°31, 2008, chapelle de Lannelec à Pleyben par Jakes Derouet.
  • 2008 : Plonevez-du-Faou par Annick Queffelec.
  • n°33, mai 2010, chapelle des marins d'Erquy. (la 3e pour les Côtes d'Armor), cartons M. Budet, atelier Budet à Saint-Brandan auteur des vitraux de la chapelle
  • n°34, juillet 2010 : chapelle de la Madeleine à Penmarc'h par JakezDerouet.
  • Chapelle Saint-Vendal à Pouldavid.
  • 2012 : chapelle du Pouldu à Clohars-Carnoët
  • 2012 : chapelle Saint-Maudez à Nizan
  • ? Guérande
  • Plouhinec
  • 2013 : Sainte-Anne-la-Palud, Dominique Passard.
  • 2014 n°39 : Le Guilvinec, chapelle de Trémeur, Jakez Dérouet.
  • 2014  n° 44 (?) bannière de l'Association Bretonne.
  • Août 2014 : n° 44 Guidel carton Patrice Cudennec, brodeur J.M Pérennec
  • 2014-2015 : Pouliquen

 

Aidez-moi à la compléter ! 

 

 

Par jean-yves cordier
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Lundi 22 septembre 2014 1 22 /09 /Sep /2014 22:31

Les deux bannières de la chapelle St-Trémeur au Guilvinec (29). J.M. Pérennec et Le Minor.

 

                        I. La bannière de 2008.

La charmante chapelle de Saint-Trémeur doit son nom à un saint breton du VIe siècle dont le nom, trech meur, signifie "le grand vainqueur". Il était le fils du terrible Conomor, comte du Poher et roi de la Domnonée.

Tu perds la tête, ma pauvre chérie !

Conomor le Maudit avait trouvé une élégante solution au problème de la contraception en tuant ses épouses à chaque fois qu'elles attendaient un enfant. Avec sa quatrième et dernière, Tréphine, fille de son alliè Warioch, ce fut une autre paire de manches car elle s'enfuit pour accoucher de son fils. Retrouvée par Conomor, qui la décapita illico, elle poursuivit sa route en portant sa tête jusqu'à ce que Saint Gildas ne la lui replace sur les épaules. 

Tu quoque mi filii.

Trémeur  fut alors confié par sa mère  au monastère de Rhuys pour y être élevé par saint Gildas.  Mais hélas,  Il fut tué par son père, qui l'ayant trouvé qui se promenait à la campagne, un dimanche après l'office, lui coupa la tête. Il fut enterré à Sainte-Tréphine près de Laniscat (Côtes-d'Armor). C'est alors qu'il devint, pour l'éternité, et pour le plus grand bien des migraineux, ce saint céphalophore qui, comme saint Denis, porte sa tête devant lui.

Vous connaissez cela, puisque je l'ai dèjà raconté en image lors de mon étape à la chapelle Sainte-Tréphine :  Chapelle Sainte-Tréphine à Pontivy.

Mais ce rappel était nécessaire pour ceux qui viennent d'arriver, afin qu'ils puissent comprendre la première bannière que commanda le Comité d'animation de la chapelle.

I. La face verte (couleur du coin de campagne où vous découvrirez la chapelle)

Sur une face, on voit, dans la famille Perlaboul, la mère, avec l'inscription SANTEZ TRIPHIN PEDIT EVIDOMP. 

Au dessous, on lit ANNO D(omini) 2008,

et de l'autre coté TRESADENN NEUDADUR J.M. PERENNEC, qui indique que Jean-Michel Pérennec (le brodeur de la maison Le Minor qui réalise toutes leurs bannières) s'est chargé non seulement de la broderie (neudadur) mais aussi du carton, le dessin (tresadenn). Et la réalisation de cette bannière n'est pas passée par Le Minor, mais de gré à gré entre J.M. Pérennec et le Comité.

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2) La face rouge (couleur du martyre et du sang).

SANT TREMEUR D'AN DUD AR VRO ROIT HO PENNOZ signifie " Aux gens du pays donnez votre bénédiction". Belle légende pour une bannière.

Le cruel Konomor est à gauche, sur son cheval blanc, avec une barbe rousse, et, comme dans un film d'épouvante, sa hache et son sabre tout dégoulinants de peinture rouge. 

De l'autre coté, son ennemi juré sant Gweltaz (saint Gildas) avec une barbe rousse lui aussi, et des lunettes noires qui ne doivent pas être faites exprès. Gildas n'a pas peur parce qu'il est protégé par la croix celtique ; il le nargue en faisant coucou de la main.

PARREZ AR GELVENEZ veut dire "paroisse du Guilvinec". 

Mais PA.OA.AN.AO G. CANN. PERSON est plus mystérieux, alors que cela signifie "Quand G. Cann était curé ". Georges Cann a été recteur du Guilvinec de 1997 jusqu'en 2009, date à laquelle il a été nommé à Gouesnou.

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      Comparez avec la bannière de la chapelle Saint-Trémeur de Guerlesquin (sur Wikipédia) :

Le verso de la même bannière de Guerlesquin , coté Sainte Tréphine (sur Marikavel):

                          

 

                  II. La bannière de 2013.

 

  Pour les Guilvinistes, rudes marins-pêcheurs (Le Guilvinec est le premier port de pêche en France avec plus de 100 navires et plus de 400 inscrits) qui ont choisis pour armoiries de leur commune le  crabe de gueules senestré d'une langoustine du même,  et le bateau de pêcheur d'or  sur à la bande ondée d'argent et d'azur, cette histoire du fiston et de sa maman filant doux leur histoire de matriarcat fusionnel au détriment de l'amour conjugal ne les concerne peut-être plus beaucoup. Eux qui ont comme devise Dalc'h mad ! ("Tiens bon!") sont réputés avec leur tête bien vissée sur les épaules, des vrais penn-kalet, et, en confession, ils doivent sans-doute avouer que lorsqu'ils sont à bord en train de lutter contre les éléments tout en tranchant la tête des lottes, raies et églefins, ils se reconnaissent plus dans le grand Konomor que dans la fluette Tréphine. Faudrait pas confondre bigouden et bigoudis.

  Bref, quelqu'en soient les raisons, en 2013, ils demandèrent une nouvelle bannière, en passant cette fois-ci par la maison Le Minor (Pont-L'Abbé n'est pas loin) : il y aurait saint Nicolas, le patron des marins, et de l'autre coté saint Pierre, patron des pêcheurs, pour enfoncer le clou. Qu'on y mette des bateaux, des marins avec leur chupen et leurs bottes et des poissons, des vagues et des filets, et que cela sente la marée d'un coté et l'air du large de l'autre !

  Le cartonnier, c'est Jakes Derouet, qui a déjà dessiné sept à huit bannières paroissiale ; ce  septuagénaire retraité de l'imprimerie est un ardent défenseur des couleurs bretonnes, et vit à Plomelin, tout près d'ici. Le brodeur, c'est l'incontournable Jean-Michel Pérennec.

Voici le fruit de leur travail.

1) Saint Nicolas.

 Il suffit de lire :

SANT NIKOLAS PATRON SAVETOURIEN AR MOR SIKOURIT AHANOM*

"maomp" vont d'ar strad ! **

Parrez ar Guelvenec               Perennec

Anno D. 2013.

*Saint Nicolas Patron des sauveteurs en mer aidez-nous !

** Nous périssons !

Et il y a autant de poissons qui sautent sur les vagues que dans les rêves d'un patron de canot, il y a des paquets de mer, un chalutier avec sa guérite, en avarie moteur avec le patron qui fait hou hou, et son collègue de la S.N.S.M qui lui crie Dalc'h mad.

Je ne sais pas si Fañch, Jobic et Ewen, des anciens qui se retrouvent sur le banc de la jetée, se reconnaissent en voyant saint Nicolas déguisé en robe et dentelles avec, aux pieds, des méduses rouges de plagiste, mais qu'importe ! C'est très réussi, et le jaune marié au noir sonne comme un air de bombarde.

 

                          bannieres 0648c

 

2) Saint Pierre.

 

Là aussi il y a de la mer, les poissons, les embruns, et ... saint Pierre en tunique de marin chypriote et en robe plissée, tenue censée correspondre à l'équivalent du kabig et du ciré pour les pêcheurs du lac de Tibériade. 

La belle idée, c'est ce filet qui ramène une belle marée de cœurs rouges, pour illustrer les versets de Matthieu 4:18-19

 18 Comme il marchait le long de la mer de Galilée, il vit deux frères, Simon, appelé Pierre, et André, son frère, qui jetaient un filet dans la mer; car ils étaient pêcheurs. 19 Il leur dit: Suivez-moi, et je vous ferai pêcheurs d'hommes.

SANT PÊR
PATRON AR BESKETAERIEN DIWALLIT AHANOM

Le Minor J. Derouet

Saint Pierre, patron des marins-pêcheurs, protégez-nous.

 

                           bannieres 0653c

 

 

Le certificat d'authenticité.

Comme toute bannière Le Minor ( celle-ci porterait le n°39 ), un certificat est cousu au dos :

Cette bannière dédiée à saint Pierre et à saint Nicolas a été entièrement brodée à la main aux Ateliers Le Minor à Pont-L'Abbé par J.M. Pérennec sur un dessin de Jakez Derouet. Cette bannière est réalisée à l'initiative de l'Association Gwarez Chapel Sant Trevel. Monsieur l'abbé [ François] Le Roux étant recteur de la paroisse du Guilvinec.

Le gérant de la Sarl Le Minor Juin 2013.

signatures de [Gildas Le Minor], J.M. Pérennec et Jakes Derouet.


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Par jean-yves cordier
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Dimanche 21 septembre 2014 7 21 /09 /Sep /2014 22:07

La maîtresse-vitre de la chapelle Sainte-Cécile à Briec (29).

  Merci à René Pétillon président du Comité de sauvegarde, qui m'a accueilli durant la Journée du Patrimoine, et qui projette de faire installer (vers 2015-2016) un vitrail dans la baie 2. Les cartons en sont d'Hortense Damiron (Malakoff). Le projet a obtenu le grand prix "Pélerin" du patrimoine et une aide de 3000 €. 


Baie 0 ou Verrière du Calvaire et de sainte Cécile.

Datation : vers 1500 et 2ème quart XVIe siècle (ensemble remanié vers 1540 ?).

Quatre lancettes trilobées et tympan à 3 ajours et six écoinçons.

Hauteur :3,50 m largeur 2,50 m

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                            LES LANCETTES.

N.b la partie la plus basse est cachée par l'antependium.

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1) Lancette A ( de gauche) :

la Vierge, manteau bleu servant de voile, robe pourpre,  dans une niche à dais gothique important, socle intégrant une inscription de datation [mil] VccX (Gatouillat 2011 ; non retrouvé lors de ma visite, ni par Le Bihan en 1980). Panneaux partiellement restaurés, avec des fragments interpolés (panneau du buste vers 1500, complétement moderne en dessous).

 

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2)  lancette B :

Christ en croix (tête traitée à la sanguine), entouré de deux anges en prières* debout sur des colonettes. tertre avec des ossements d'Adam  (vers 1540, peu restauré). Le panneau inférieur est moderne.

*Ces deux anges sont accompagnés d'une pièce de verre bleu ; n'étaient-ils pas d' anges recueillant le sang du Christ, remaniés ?

— Le restaurateur J.P. le Bihan fait remarqué que les deux os du pied de la croix sont sertis "en chef d'œuvre" (sans que la pièce ne soit reliée par des plombs aux autres plombs : elle est sertie dans le verre qui la reçoit).

— Le panneau 2 (au dessus du crâne) porte une vue de paysage urbain (Jérusalem) à l'arrière-plan.

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3) Lancette C :

  saint Jean, très restauré. Notez le damassé de la robe dorée (et les deux boutons à l'échancrure), et le mantelet pourpre à col et à manches d'hermine, inhabituel. Cela suggère, fort judicieusement à mon sens, à J.P. Le Bihan qu'il s'agit du portrait d'un donateur, dans l'attitude habituelle de l'orant mains jointes.

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 La belle tête est finement peinte, la grisaille étant hachurée comme par une technique de graveur. Selon Gatouillat et Hérold, elle a été refaite au XIXe siècle Le Bihan fait remarquer la courte barbe ; il ne peut s'agir alors de saint Jean.

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                         313c

4) Lancette D :

sainte Cécile avec l'orgue portatif à sept tuyaux et la palme du martyre, debout dans un édicule identique aux lancettes A et C . Daté vers 1500, restauré au XIXe siècle, et en 1981 (date en bas à droite) notamment la tête ; instrument ancien. Manteau rouge à fermail en pierrerie bleue;  robe dorée au damassé identique à celle de saint Jean. Le fond bleu est aussi damassé.


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TYMPAN.

Trois écus modernes fantaisistes (1981). Écoinçons marqués d'un monogramme IMAS au cœur transpercé de clous, et à la croix.

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Restaurations.

— Le vitrail a été restauré vers 1840 par le verrier quimpérois Cassaigne (Le Bihan).

—La verrière n'a pas été déposée pendant la Guerre de 39-45.

— Elle a été restaurée en 1981 par le maître-verrier Jean-Pierre Le Bihan qui en donne l'état avant restauration sur son blog.

Sources et liens.

— ABGRALL (Jean-Marie) 1890 "Chapelle de Sainte-Cécile, en Briec", Bulletin de la Société archéologique du Finistère t. XVII Quimper p. 260-264. 

  — ABGRALL (Jean-Marie), PEYRON, 1903, "Sainte-Cécile", « Eglises et chapelles » , Bulletin de la Société archéologique du Finistère t. XXX p. 148 

— GATOUILLAT (Françoise) HÉROLD (Michel) 2005 Les vitraux de Bretagne, Corpus Vitrearum recensement VII, Presses Universitaires de Rennes, 361p, pages 120-121.

— LE BIHAN (Jean-Pierre), 1980 ? Blog http://jeanpierrelebihan.over-blog.com/article-7047662.html

WIKIPEDIA Chapelle Sainte-Cécile


Par jean-yves cordier
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Dimanche 21 septembre 2014 7 21 /09 /Sep /2014 20:54

La Communion de Judas : antependium du XVIIe de la chapelle Sainte-Cécile à Briec (29).

Classé au titre d'objet MH le 14 novembre 1991.

Datation : première moitié du XVIIe.

La Communion de Judas ! Je me souviens avoir découvert ce thème iconographique en avril dernier sur la maîtresse-vitre de Lanvénégen (Morbihan) puis de l'avoir retrouvé sur les stalles de la sacristie de la cathédrale du Mans. De l'avoir évoqué devant ces Cènes où Judas tend la main vers le même plat que Jésus, révélant ainsi sa trahison. Mais je le retrouve sur un antependium ("devant d'autel") du 17e siècle conservé dans la chapelle sainte-Cécile de Briec (Finistère).

 L'antependium en question est un panneau de bois polychrome de 2,20m de large sur 0,74m de haut, sculpté en bas relief et actuellement placé au dessus de l'autel, sous la maîtresse-vitre.

 Cette Cène mérite un examen détaillé (cliquez pour agrandir) ; Jésus se détache nimbé sur un linge tendu derrière lui, et Jean tel un garçonnet s'est glissé entre ses bras. A la droite du Seigneur, Pierre sans-doute en discussion avec un autre apôtres. Car les douze sont réunis en groupe de deux, sauf Jean, et sauf Judas. On voit que le groupe est surpris en pleine agitation, et les disciples font de grands gestes expressifs avec leurs grosses mains de pêcheurs ; c'est que Jésus vient de leur annoncer que l'un d'entre eux va le trahir, et chacun témoigne de sa surprise, proteste auprès de son voisin de son innocence, et évoque mezzo voce ses soupçons. Six d'entre eux ont encore la serviette autour du cou, car ils sont en plein repas comme en témoignent les coupes et les cruches ainsi que l'agneau pascal dans son plat.


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Mais au centre, il y a cette diagonale tracée par les bras rouges du Christ, qui isole dans un face-à-face Jésus et Judas, avec Jean entre eux deux. Jésus tend une bouchée de pain (que l'artiste a représenté rond comme une hostie), et Judas, surpris de se voir démasqué par ce geste, cache la bourse aux trente deniers derrière son dos. Devant lui, le couteau pointe sa lame vers le traître.

Plus tard, il y aura le "baiser de Judas". Deux moments complexes et troublants où le face-à-face de l'innocent et de son ami et traître s'associe avec un moment fort de l'intimité. Donner à manger. Recevoir la nourriture. Embrasser. Recevoir le baiser. Savoir, des deux cotés, que le pire est commis, et que la condamnation à mort est engagée. 


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Rappel :

1) à Lanvénégen (vers 1510-1525):

Voir  Le vitrail de la Passion de Lanvénégen (56). avec sa discussion iconographique.

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2) Au Mans, stalles de la sacristie (première moitié XVIe siècle):

Les stalles de la sacristie de la cathédrale du Mans.

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Par jean-yves cordier
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Samedi 20 septembre 2014 6 20 /09 /Sep /2014 20:36

 

La bannière de Annaïg Le Berre à la chapelle de Ty Mamm Doué, paroisse de Kerfeunten à Quimper.

 

  Annaïg Keriven-Le Berre est une artiste aux dons multiples (illustratrices de livres, auteurs de pastels, de dessins à la mine de plomb, de poèmes illustrés et mis en musique) mais qui, par sa formation de licier à Angers en haute et basse lisse*, est particulièrement connue pour ses création de tapisseries brodées. Née le 23/03/1947 à Morlaix, elle eut longtemps un atelier d'Art sacré à Saint-Pol-de-Léon, à l'ombre de la cathédrale, et, si je comprends bien, à l'Île Callot de Carantec. Son Atelier d'Art Annaïg est désormais installé à Taulé, rue de la Corniche devant la baie de Morlaix.  

*La première technique permet un travail sur l'endroit de la tapisserie, en vertical, la seconde permet un travail sur l'envers sans voir le travail réel, à l'horizontal ; l'artiste mixte ces techniques.

« Ma technique, explique-t-elle, c'est la broderie sur lin. Je crée d'abord mon dessin, que je brode au passé-plat, puis par-dessus au point de Bayeux. Je peins les visages à l'huile, j'ai repris cette idée des bannières processionnelles. Je trouvais très difficile d'obtenir quelque chose de satisfaisant autrement ». (Ouest-France 5-12-2013)

 

 

 

Après avoir travaillé pour le Père Abjean au service de la chapelle Notre-Dame de Callot  (antépendium, chasuble, étole ..) en 2010, elle a réalisé une bannière  pour la chapelle Saint-Etienne de Monistrol d'Allier ; mais c'est en 2012-2013, à la demande du Comité d'animation de la chapelle de Ty Mamm Doué (Maison de la Mère de Dieu), qu'elle a brodé les deux faces de la nouvelle bannière de procession, qui a été inaugurée lors du pardon du 7 juillet 2013.

Mesurant 1,40m sur 0,80m, elle a demandé pas moins de six cents heures de travail !


1) Le recto représente SANTEZ MARI MAMM DOUÉ, la sainte Mère de Dieu (dont la forme bretonne Mamm Doué souligne la grande tendresse maternelle), une Vierge à l'Enfant librement inspiré de la statue vénérée dans la chapelle. On remarque cette technique du visage peint qui confère par ses modelés une présence et une expression presque photographique.

Mais Mamm Doué tient aussi dans ses bras les paroissiens qui mènent leur procession de Pardon du premier dimanche de juillet dans leurs beaux costumes traditionnels, portant la Croix et les Bannières. 

Cliquez pour agrandir.

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Les couleurs marient "le brun de l'Argoat et le bleu de l'Armor", avec une belle palette de bruns, ocres, vert-brun, brun-roux, etc. Mais l'oiseau est, avec le visage féminin, un motif récurrent de l'artiste, évocateur de vie, de légèreté, de chant et d'élévation.

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La bordure qui reste dans ces tons neutres d'humus en les mariant à divers gris argentés montre deux oiseaux et des feuilles de chêne ou à leurs glands, et ceux qui se sont rendus à Ty Mamm Doué comprennent bien pourquoi. 

 

2) Le verso  porte l'inscription TAD MANER.

"Tad Maner", c'est ainsi que l'on désigne en breton le père Julien Maunoir, O.P (1606-1683), l' "apôtre de la Bretagne" qui l'évangélisa au pas de charge en 400 missions. Et ces missions, que j'ai déjà décrite dans mon article sur Kerlaz  Vierges allaitantes IV, Kerlaz, église Saint-Germain, les vitraux, 1ère partie..  n'étaient pas des promenades pieuses, mais de vrais opérations concernant plusieurs paroisses, faisant appel à de très nombreux prêtres chargés de confesser en continu pendant des journées entières, utilisant le support pédagogique de tableaux présentant les tourments de l'enfer qui menaçaient les récalcitrants ( ces tableaux nommés Taolennou et testés avec succès par le père Michel Le Nobletz) et s'achevant par une dramaturgie de la Passion. 

Or, le Bienheureux (il fut béatifié en 1951), s'il parlait latin et grec qu'il enseignait au collège de Quimper, ne parlait pas le breton, car il était né en pays gallo. Il s'est donc mis à apprendre le breton avec une telle détermination qu'il deviendra bientôt l'auteur en breton  d'un catéchisme et dès 1641 d'un recueil de cantiques dont le titre seul montre les progrès accomplis : "Canticou spirituel hac instrutionou profitable evit disqui an hent da vont dar Barados. Composed gant an Tat Julian Maner Religius eus ar Gompagnunez Iesus, corriget ganta a nevez en Edition pemzegvet man".

 Où ce diable d'homme trouvait-il ces capacités ? Quel était son truc ? 

  Ici, chacun sait qu'un jour qu'il s'était rendu, quittant son Collège pour une sainte escapade, à la chapelle de Ty Mamm Doué (dont il ne savait même pas encore traduire le nom) pour confier à Marie son ambition de s'inscrire à des cours de breton, un ange apparut pour poser un angélique index sur ses lèvres : aussitôt, Julien Maunoir se sentit transformé ; et montant en chaire dans la chapelle vide, il improvisa son premier prêche en breton avec autant d'aisance qu' un apôtre ayant reçu le Paraclet. La preuve : Diapo.

                                          

 

La chapelle, qui s'enorgueillit à juste titre d'avoir été le lieu d'élection de la Mère de Notre-Seigneur pour réaliser ce miracle, se devait de rendre hommage sur sa bannière au père des Missions. Comme l'ange est remplacé dans les récits locaux par une Colombe du Saint-Esprit, c'est donc le Père Maunoir et sa colombe qui figurent, au dessus de la chapelle, sur l'autre face de la bannière. Lui aussi est entouré par la procession en drap bleu et coiffes blanches.

 

 

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3) Depuis sa première participation au pardon de juillet 2013, la bannière claque fièrement au vent à chaque grande occasion, soit sur son terrain, soit en déplacement, comme ici au Pardon de Kerdévot où je l'ai admirée.

 

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Proposition 1 : Une bannière est une tapisserie brodée.

Une bannière relève, dans sa période de gestation, de la fusion de trois éléments : le travail des doigts ; celui du cœur qui y infuse l'art et l'esprit ; et le temps passé.

a) la main.

Annaïg Le Berre emploie le point passé et le point de Bayeux. Le point passé plat sert au remplissage : il peut être droit ou oblique, repiqué ou empiétant. Voyez La-boutique-du-tricot ou Marie-Claire. Le point de Bayeux semble plus compliqué bien que ce soit aussi un point de remplissage : il "se fait à trois temps après le point de tige "point lancé, barrettes et picots". N'essayez pas sans placer la trousse de pharmacie à proximité.

 Les doigts et le temps marchent de pair, et rien n'est plus beau pour en parler que notre mot d'ouvrage  : ces travaux d'aiguille de femmes au Cœur simple (Flaubert : "Madame Aubain, assise, travaillait à son ouvrage de couture") mais qui évoquent la patience de Pénélope. Quoiqu'ayant la même étymologie (le latin opus, eris —avec la tonalité musicale qu'a pour nous le mot "opus"), que le mot "œuvre",  "ouvrage" a pris une direction féminine, modeste et laborieuse ; maintenu tout près du corsage, l'ouvrage s'est naturellement allié au cœur. "Avoir le cœur à l'ouvrage".

Pour le temps, les comptables veulent toujours connaître le nombre d'heures passées. — 600 heures. — Ah, c'est beaucoup! disent ces amateurs de quantités, de kilogrammes, de kilomètres-heures et de productivité. Plusieurs mois. Mais ce temps-là ne se compte pas, et celle qui a déjà brodée sait qu'elle n'a pas vu le temps passer. Temps s'arrête et regarde par dessus votre épaule.

 

 b) Le cœur

  Le cœur, c'est précisément ce qui ne se voit pas quand le travail avance au ras du tapis, mais qui pénètre point après point. Disons que dans une bannière, le travail manuel est le fil de chaîne, et l'élan sacré son fil de trame : le motif spirituel n'est révélé que lorsque l'on lève le nez pour un recul qu'on espère salutaire.

Je n'omets pas les yeux, mais ils sont du coté du cœur, et il suffit de voir les yeux d'Annaïg Le Berre sur une vidéo pour que cela soit une évidence.

 

Proposition 2 : une bannière n'est pas une tapisserie brodée.

Sitôt échappée de l'atelier, la bannière renie son ancien statut et rentre en communauté. Elle y fera tapisserie pendant de longs mois entre les murs humides d'un sanctuaire, mais dans un état d'hibernation pendant lequel elle s'absente dans l'Ailleurs. 

 Jeune, saturée d'énergie spirituelle par sa brodeuse, elle ne pense qu'à s'élever et s'échapper vers les beaux cieux bretons et ses nuages du rêve. Il faut la dresser.

 Et on la dresse sur une forte hampe, et les porteurs la tiennent serrée par les cordons tressées de sa traverse. Il faut apprendre à voler à deux mètres du sol, s'habituer aux foules ou aux canticou du Père Maunoir. Elle doit se faire à son rôle d'étendard, devenir le point de convergence des regards et le point de ralliement d'une paroisse. Elle relève désormais de la vexillologie, c'est tout dire. Elle doit aussi apprendre "le salut des bannières" lorsqu'elle croise l'emblème d'une autre paroisse.

 Elle, une tapisserie ? Plutôt l'étrange alliance d'un cerf-volant à ailes courtes, d'une icône et d'un drapeau.

Du point de Bayeux, elle est passée au Point d'orgue. Une sacrée aventure.


 


                                        ANNEXE.

Dom Guy-Alexis Lobineau Les vies des saints de Bretagne et des personnes d'une éminente piété qui ont vécu dans cette province Rennes, 1725

  "A un quart de lieue de Quimper, assez près du chemin de Châteaulin, il y avait une chapelle dédiée à la sainte Vierge, et appelée en breton Ti-Mam-Doué, c'est-à-dire Maison de la Mère de Dieu, où les professeurs du collège menaient tous les ans leurs écoliers en pèlerinage pour les mettre sous la protection de Marie. Maunoir, allant à cette chapelle, se trouva l'esprit uniquement occupé de tout ce que le Père Bernard lui avait dit du besoin qu'avait la Basse-Bretagne d'ouvriers évangéliques. Une vue intérieure lui représenta les diocèse de quimper, de Tréguier, de Léon, et de Saint-Brieuc, comme une carrière ouverte à son zèle ; et dans le moment il sentit former dans son cœur la langue bretonne. Arrivé à la chapelle, avec ces mouvements qui lui faisaient une douce violence, il s'offrit à Dieu qui l'appelait, et le supplia, puisqu'il le destinait à l'instruction de ces peuples, de lui apprendre à parler leur langue. Il s'adressa ensuite à la sainte Vierge, et il lui dit avec confiance : « Ma bonne Maîtresse ! Si vous daigniez m'apprendre vous-même le breton je le saurais en peu de temps, et je serais bientôt en état de vous gagner des serviteurs. » Après cette prière, Maunoir rendit compte de ses dispositions au Père Bernard, et l'assura qu'il apprendrait la langue du pays, aussitôt qu'il aurait eu la permission. On la demanda pour lui : elle lui fut donnée le jour de la pentecôte, jour auquel les apôtres avaient reçu le don des langues ; après huit jours seulement d'étude, il parla l'une des langues les plus difficiles au monde, assez bien pour pouvoir faire le catéchisme à la campagne, et au bout de quelques mois il s'exprimait en breton si parfaitement q'il prêchait en cette langue sans préparation.

Comme c'était dans la paroisse de Cuzon, où est située la chapelle Ti-Mam-Doué, qu'il avait reçu les premiers mouvements de sa vocation, ce fut elle aussi qui eut les prémices de son zèle ; et pour rendre en quelque sorte hommage à la Mère de Dieu d'un bien qu'il reconnaissait tenir d'elle, il commença à catéchiser en breton dans la chapelle même. Après avoir instruit Cuzon, il passa aux chapelles voisines, et ne pouvant, à cause de sa classe, leur donner que les fêtes et les dimanches, il en instruisait deux par jour en faisant le catéchisme dans l'une le matin et le soir dans l'autre. De cette sorte, en deux mois, trois paroisses qui contenaient chacune plus de deux mille personnes, se trouvèrent suffisamment catéchisées."



 

 

Liens et sources :

— Blog du Comité d'animation :http://tymammdoue.canalblog.com/

— http://leberreannaig.blogspot.fr/2008/06/bannire-de-saintetienne.html

 

— http://leberreannaig.blogspot.fr/2010/03/art-sacre.html

 

Ouest-France 18 juin 2013 

Par jean-yves cordier
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