Vendredi 18 avril 2014 5 18 /04 /Avr /2014 15:33

Les vitraux de l'église Saint-Pierre de Saint-Nicolas-du-Pélem.

L'église paroissiale Saint-Pierre est l'ancienne chapelle Saint-Nicolas du château de Pélem, qui ne reçut son nouveau vocable qu'en 1860 en supplantant l'église curiale Saint-Pierre de Bothoa. Elle porte donc la marque des anciens châtelains : famille Jourdrain, seigneur du Pélem :

Potier du Courcy : Jourdain, sr. du Pellem paroisse de Bothoa. Réf. et montres 1448 à 1543, par. de Bothoa et Carnoët, ev. de Cornouaille. D'or à la bande de gueules, chargée de trois macles d'or. Fondu dans Quélen.

Une sablière de l'église porte l'inscription "An l'an mil cccc L xx iii" (En l'an 1473) : puisqu'il est vraisemblable que la verrière ne fut installée qu'une fois l'église ait reçu sa couverture, on peut estimer qu'elle est postérieure à 1473, et les auteurs du Recensement du Corpus vitrearum retiennent la fourchette de 1470-1480.

 

Maîtresse-vitre ou Baie 0. Vitrail de la Passion et de la vie du Christ.

 Elle se compose de deux baies jumelées  formées chacune de trois lancettes trilobées de 7m de haut et 1,58m de large organisées en quatre registres, et coiffées chacun d'un tympan à 13 ajours. Les lancettes sont divisées par 5 barlotières et 15 vergettes.

Elle a été composée entre 1470 et 1480, à peu-près en même temps que la verrière de Tonquédec, dont les panneaux, sans partager exactement les mêmes cartons, sont si proches qu'on estime qu'ils ont été réalisés par un même atelier. Voir  La maîtresse-vitre de l'église Saint-Pierre de Tonquédec. pour la mise en parallèle des panneaux.

Elles se lit comme un seule ensemble, selon la lecture traditionnelle pour une verrière, de bas en haut et de gauche à droite.

 

                     vitrail 7869c


 

vitrail 7827c

 

 

 

I. REGISTRE INFÉRIEUR. DONATEURS.

1. Saint Nicolas.

Le saint patron de la chapelle seigneuriale porte sur son épaule droite les armoiries D'or à la bande de gueules, chargée de trois macles d'or (mais la bande n'est pas de gueules (rouge), mais d'argent (blanc)).

L'église Saint-Gilles de Malestroit (56). Vitrail de saint Gilles et saint Nicolas.  1400-1425

Vitrail de Chartres : Grisaille du Miracle de saint Nicolas Baie n° 10.

 

Dans le coin inférieur gauche se lit la marque du restaurateur : Restauré par Laigneau Peintre-verrier St-Brieuc 1883.

 

                         vitrail 4255c

 

2. Ecclésiastique donateur présenté par saint Jean l'évangéliste.

Saint Jean est conforme aux poncifs, imberbe, longs cheveux blonds, robe et manteau bleus, tenant son attribut, la coupe de poison d'où se dresse un serpent à forme de dragon.

Le donateur est tonsuré comme un ecclésiastique, et  il porte une chape à l'orfroi brodé d'or montrant un ange jouant de l'organon.

Armoiries sur le fermail de la chape : d'argent à trois fasces qui ont été attribuées soit aux Trogoff (Lanvaux : de gueules à trois fasces  d'argent ; Trogoff : de gueules à trois fasces  d'argent, au lambel de même), "soit de préférence à Christophe de Troguindy,  recteur de Bothoa en 1491" (Corpus Vitrearum p. 101) Pourtant les armoiries de Troguindy sont de gueules à sept besants d'or : 

Potier de Courcy, Nobiliaire et armorial de Bretagne tome 2

TROGUINDY (DE), vicomte dudit lieu, par. de Penvénan, — de Kerhamon, par. de Servel, — châtelain de la Roche-Jagu, par. de Ploëzal, — sr de Kergoniou et de Launay, par. de Camlez,— de Kerropartz et de Kerguémarc'hec, par. de SaintMichel-en-Grève, — de Kernéguez, par. de Goudelin, — du Bignon, par. de Morieuc, — de Launay, par. de Bréhant-Moncontour, — de la Ville-Hélan, par. de Plurien. Maint. au conseil en 1704, ress. de Jugon ; réf. et montres de 1427 à 1543, par. de Penvénan, Camlez, Lannion et Saint-Michel-en-Grève, év. de Tréguier. De gueules à neuf (aliàs : sept), besants d'or. (G. le B.)

Il s'agit peut-être plutôt , encore d'après Potier de Courcy de "Robiou, sr de Quilliamont, près Pontrieux, — de  Troguindy, par. de Tonquédec, — de Keropartz, par. de Ploëzal, — de Kerguézennec. Maint, par les commissaires en 1726 par arrêt du pari, de 1777, onze gén., et admit aux Etats de 1786.  D’argent à trois fasces d’azur.  Jean, procureur et miseur de Guingamp en 1553."

 


                                       vitrail 4256c

 

 

3. Baptême du Christ. 

Inscription COM(M)ENT SENT JEHAN BATISA NOT S(EIGNEUR).

Il s'agit d'un panneau du XVIe siècle placé ici en bouche-trou, et provenant d'une Vie de saint Jean-Baptiste d'une autre baie.

Fond damassé bleu.

Détail 1 : pour une fois, Jean-Baptiste n'est pas représenté comme un sauvage ermite errant dans le désert, vêtu d'une peau de bête et renonçant à se couper les cheveux ou à se raser. Sa coupe de cheveu est celle d'un gentilhomme du XVe siècle, son manteau rouge lie-de-vin, sa fine chemise et sa robe or lui font honneur, et seul l'aspect frangé ou plutôt plissé de la bordure inférieure lui donnerait un air de Davy Crockett. Paradoxalement, les rôles sont inversés et c'est le Christ, plus petit que Jean, qui, recevant les eaux du Jourdain, semble un misérable ayant bien besoin d'une bonne douche.

Détail 2 : le rendu des volumes des plis de la robe est obtenu, non pas par des densités différentes de la grisaille, mais par des hachures plus ou moins resserrées, comme le fait un graveur sur cuivre. Ces vêtements datent de la restauration par Laigneau.

Détail 3 : La traditionnelle colombe de l'Esprit, Troisième Personne de la Trinité, apparaît ici, traversant les nuées, comme envoyé le long d'un rayon d'énergie spirituelle dorée par le souffle d'un ange.


                       vitrail 4261c

 

4. Décollation de saint Jean-Baptiste .

Inscription COM(M)ENT SENT JEHAN FUT DE COLÉ.

Panneau également monté en bouche-trou.

Fond damassé bleu.

Détail 1 : alors que le saint porte la même robe et le même manteau que dans le panneau précédent, il présente désormais la longue chevelure et la barbe qui le caractérisent. 

Détail 2 : Salomé  tend le plat d'étain pour recevoir la tête du saint, tête qu'elle a obtenu d'Hérode après avoir dansé.

                      vitrail 4259c

 

 

5. Couple de donateur présenté par saint Pierre.

 

"Couple non identifié, peut-être Guillaume Jourdrain et Jeanne de Moëlou-Rostrenen (Couffon, 1935) présentés par saint Pierre (costumes et soubassement refaits)". (C.V)


                        vitrail 4258c

 

 

6. Couple de donateurs présentés par saint Sébastien.

La cote du donateur est aux armes des Jourdain, armes qui sont rappelées aussi, comme pour saint Nicolas, sur l'épaule. René Couffon suggère d'y voir  Yvon Jourdrain, fils de Guillaume Jourdrain, Sr de Pellem, du Pebel, de la Bellenoë et sa femme Isabeau de Quimerc'h, fille d'Yvon et de Jeanne de la Feuillée. A noter que saint Sébastien, patron des archers porte lui-même des armoiries d'or à l'aigle bicéphale de sable.

Si la coupe de cheveux du donateur est celle des gentilhommes de la fin du XVe siècle et si la coiffure de la donatrice est un bourrelet enveloppé dans une riche étoffe et centrée par une broche de perles, la coiffure du saint n'est pas banale. Elle ne correspond pas, comme je l'ai cru, à une stylisation de mèches blondes puisqu'elle est centrée elle aussi par un bijou carré entouré de perles.

 

 

                 vitrail 4257c

 

 


 

                  DEUXIÈME REGISTRE.  


7. Résurrection de Lazare.

Devant une assemblée de huit personnes, dont Marthe (en coiffe nouée sous le menton ou "barbette") et Marie (assimilée à Marie-Madeleine et dotée d'un nimbe), ainsi que quatre apôtres (nimbés) dont Jean (imberbe) est le plus visible, le Christ procède au miracle de la résurrection de Lazare (enseveli depuis quatre jours), dont un homme ouvre le linceul.

 Le personnage à toque noire (bleue sombre en réalité) est peut-être l'un des Juifs décrits par Jean,11 : " Jésus pleura. Sur quoi les Juifs dirent : « Voyez comme il l'aimait ». Et quelques-uns d'entre eux dirent : « lui qui a ouvert les yeux de l'aveugle, ne pouvait-il pas faire aussi que cet homme ne mourût point ? » .

La main gauche du Christ est serti à plomb vif ("en chef d'œuvre") sur le verre pourpre de la robe. Cela souligne le langage muet des mains, dont le verre blanc n'est jamais couvert de grisaille ou de sanguine, le geste paume de face de Jésus répondant au même geste du Juif.

Le carrelage porte deux marques noires, qui se poursuivent sur le linceul. 

 

                           vitrail 4248c

 

 

8. Entrée à Jérusalem.

                      vitrail 4249c

 

 

Comme je l'indique dans ma présentation du panneau identique de Tonquédec, ce dessin peut être rapproché d'une gravure sur bois de Guillaume Le Rouge dans son édition des "Postilles et espitres" de Pierre Desrey (Troyes,1492 et Paris, 1497 Gallica). Mais le vitrail précèderait ces éditions de plus de dix ans. La maîtresse-vitre de l'église Saint-Pierre de Tonquédec.  

Entrée à Jérusalem Postilles

 

9. Lavement des pieds.

 

                      vitrail 4251c

 

 

10. Cène.

  "Inscription incohérente (?) sur le dallage, où René Couffon lit AIGA. N. POSEA.F.SUNT AUG.1470 et dont il tire la date qu'il attribue à la pose de la verrière le 4 août 1470." (C.V)

"Lettres gothiques sur le carrelage : SA M S GA CP RO NA I GA POSEAFSUNC DCJUG+ a 70 " (Dufief et Menant 2005)

Fond damassé vert.

La table de la Cène est placée en diagonale, l'un de ses coins, en face de Jésus, étant dirigé vers le spectateur au milieu du panneau. Ainsi, les apôtres sont répartis tout autour, deux et deux en bas, trois et trois dans la partie haute, et saint Jean assoupis juste devant le Christ. On compte donc onze apôtres. Pourtant, celui qui est absent n'est pas Judas, qui est au contraire le second protagoniste de la scène. En effet, celle-ci décrit ce moment de l'évangile de Jean où Jésus désigne celui qui va le trahir en disant aux apôtres "c'est celui à qui je donnerai le morceau trempé". 

Bien que le morceau ne soit pas visible, et que Judas ne soit pas identifiable par la bourse contenant les deniers, ou par des signes de stigmatisation, cette scène est donc à rapprocher des "Communions de Judas". Ce dernier, sans être isolé du groupe et placé de l'autre coté de la table comme dans d'autres choix iconographiques, se retrouve néanmoins dans la position la plus basse de l'image dans un axe Judas/Christ centré sur le point de contact bouche de Judas/main du Christ. Les deux regards sont dirigés l'un vers l'autre. Les deux personnages portent un manteau de même couleur. La problématique théologique sous-jacente n'est donc pas l'Institution de l'Eucharistie, comme dans les Cènes où la table est parallèle au bord inférieur du panneau ou du tableau, mais celle du Libre-arbitre et du choix de Judas de trahir son co-pain, celui-là même avec lequel il partage le repas. Dans cette diagonale des regards se joue le tournant décisif de la Passion, Jésus sachant qu'il va être trahi, et ne s'écartant pas de la trajectoire du Salut, et Judas, se sachant démasqué, et ne s'écartant pas de son projet de trahison. 

Le couteau joue bien-sûr un rôle crucial comme symbole de la rupture du pacte d'amitié et d'appartenance au groupe, symbole de la trahison mais aussi symbole de la mort à laquelle cette trahison va conduire.

 

 

                     vitrail 4252c

 


11. Agonie au Jardin des Oliviers. 

Comme dans la Résurrection de Lazare, la valeur expressive de la main du Christ est soulignée par le sertissage à plomb vif de la pièce de verre blanc à l'intérieur du verre pourpre.


                     vitrail 4253c

 

12. Arrestation de Jésus, Baiser de Judas.

Deux lettres se lisent sur la lame des glaives : lettre F sur celui de saint Pierre en haut et lettre N sur celui de Malchus en bas. Lettres considérées par Couffon comme étant "certainement les initiales de l'artiste".

L'opposition/ confrontation des deux visages  est riche de sens, l'un apparaissant comme le double négatif de l'autre. La couleur jaune très appuyée de la chevelure et de la barbe de Judas, une couleur connotée négativement depuis l'époque médiévale, dénonce le traître face à la couleur brune de Jésus. Les deux regards disent la maîtrise, la compréhension et l'acceptation clémente de l'un, la duplicité et le désarroi de l'autre. 

Autour de ce doublon central, figé et fixé pour l'éternité dans le drame de cette gémellité/duplicité, se développe un tourbillon de violence fait de mains, de regards et d'armes (qui occupent les quatre coins) dans un espace très resserré.

                                       vitrail 4254c

 

 

TROISIÈME REGISTRE.

 

13. Comparution devant Pilate.

Inscription sur la manche d'un soldat au premier plan : JKXGAL F (?) déchiffré par Couffon  J. KERGAL FECIT.

                   vitrail 4242c


14. Flagellation.

      C'est une tradition iconographique de faire de cette représentation un véritable motif chorégraphique dans lequel le corps délié des tortionnaires (de jeunes athlètes aux serpentines grâces d'acrobate) s'opposent à la rectitude de la colonne de flagellation et à l'immobilité souffrante de la victime ; s'y opposent ici également les couleurs des belles étoffes en périphérie et l'axe central blanc dans la pâleur du corps glacé et parcouru par la sueur de sang.

                       vitrail 4243c

 


15. Couronnement d'épines.

      Autre tradition iconographique où l'artiste montre son savoir-faire sur un exercice différent : au lieu des lignes souples des lanières des fouets et des gestes d'élan et de frappe, la rectitude des bâtons et la force immobile, organisée en un grand X, des hommes arque-boutés pour mieux faire pénétrer la pointe des épines dans la chair. Ici, les lignes en X des leviers est complétée par les lignes divergentes des barres que tiennent les deux personnages inférieurs. L'un est peut-être Pilate tenant le bâton de pouvoir, l'autre un bourreau s'apprêtant à frapper.

                                vitrail 4244c

 


16. Dérision.

Après le moment statique précédent, la farce reprend et les bourreaux s'en donnent à cœur joie. L'opposition centre immobile/périphérie en mouvement atteint ici son paroxysme en raison de l'inquiétude menaçante et du malaise créé par le visage encapuchonné, et par la strangulation qui semble être opérée. Rien n'exprime mieux l'horreur de bourreaux pris dans l'ivresse de l'affiliation traumatique collective et de l'émulation face au bouc émissaire, et capables du pire dans une insouciance joviale et bon-enfant.

En opposition avec les scènes terrifiantes dans lesquels les bourreaux sont masqués (type Ku Klux Klan), dans celle-ci, le visage de la victime est occulté, dans un anonymat laissant la place à chacun d'entre nous. Face à ce vide, ce trou blanc, rien ne nous permet plus de nous rassurer sur ce qu'endure la victime ; l'inouï, l'inconcevable, l'insupportable peuvent trouver place sous ce drap blanc.



                            vitrail 4236c

 

 

17. Portement de croix.

Fond bleu damassé ; Jean et Marie en larmes à gauche, Simon de Cyrène en chaperon violet soutenant la croix, un bourreau frappant le Christ d'un objet doré. Le Christ porte le manteau pourpre de son supplice, conduit par une corde par un premier soldat en armure tandis qu'un autre, qui porte trois clous, le frappe d'un coup de genou.

 

                            vitrail-7846cc.jpg

18. Mise en croix.

La ronde infernale reprend : à l'immobilité de l'axe horizontal des trois visages saints (Marie, Jean, Jésus), figés dans leur souffrance, s'oppose la violence de la ronde écartelée des quatre bourreaux, en plein mouvement ; le soldat en armure qui portait les clous les enfonce à coups de marteau, et trois bougres aux visages mauvais complètent le travail.

Fond damassé rouge. Importance du verre blanc, peu de couleurs : bleu, rouge, pourpre, jaune (pas de vert).

Détail : nombreux "rivets" sur la cuirasse.

                      vitrail 4247c

 

 

QUATRIÈME REGISTRE.

 

19. Crucifixion.

Croix qui déborde sur la bordure architecturée ; crâne d'Adam qu pied de la croix. Les saints personnages sont — comme toujours— à droite du Christ : Marie, Jean, et Marie-Madeleine. En face, un personnage invraisemblable puisqu'il est habillé comme un notable juif (c'est alors Caïphe) avec manteau mauve au revers d'hermine et manches dorées, aumônière  et bonnet mais qu'il porte un glaive en forme de cimeterre. Son geste très expressif levant l'index droit comme s'il désignait le Christ crucifié et plaçant sa paume verticalement indique qu'il est l'auteur d'une phrase importante de cette scène, mais laquelle ? Ou bien l'index levé est celui du centurion placé en arrière, et qui serait le bon centenier affirmant : celui-ci est vraiment le Fils de Dieu.

                              vitrail-4233cc.jpg

 

20. Descente aux Limbes.

  Placé par erreur lors d'une restauration avant la Déposition, ce panneau représente une scène qui n'est pas signalée dans les Évangiles, mais qui correspond à la tradition selon laquelle le Christ serait descendu aux Enfers (article du Credo) où il aurait rendu visite aux Limbes des Patriarches ou limbum patrum où patientent les âmes des justes qui sont décédés avant la Résurrection. Ces Limbes, ou seuil, marge de l'Enfer, sont symbolisés en iconographie par la gueule béante du Léviathan. Adam et Ève sont les premiers à l'accueillir. 

                            vitrail 4234cc

 

21. Déposition. 

      D'habitude, Joseph d'Arimathie supporte le corps du Christ tandis que Nicodème, armé d'une pince, et monté sur une échelle, détache le clou qui maintient un bras. Ici, Joseph d'Arimathie descend de l'échelle en entourant la taille du Christ ; Nicodème retire le dernier clou qui fixe encore les pieds. La Vierge en pleurs s'apprête à embrasser la main ensanglantée de son Fils ; deux saintes femmes sont présentes.

 Les Juifs (Joseph et Nicodème) sont barbus et coiffés d'un bonnet, richement vêtus de robes à revers, chausses et chaussures fines, et, pour Joseph, d'une chape orfroyée. 

Détail : sur le dos du Christ, les marques de fouet et de verges sont représentées par des signes stéréotypés en forme de A gothique ou de lettre Π.

                           vitrail 4235c

 

22. Mise au tombeau.

Fond damassé vert d'eau.    

Selon une disposition fréquente, Marie-Madeleine est seule du coté droit du tombeau, entre celui-ci et le spectateur, mais au lieu d'être agenouillé à ses pieds, elle se penche vers la main droite. De l'autre coté, debout, Joseph d'Arimathie soutenant la tête du Christ, une sainte femme (Marie Salomé ou Marie Cléophas), l'apôtre Jean —qui ne porte plus le manteau vert précédent —, la Vierge, et Nicodème aux pieds tenant le linceul. Joseph d'Arimathie et Nicodème ne portent ni le même bonnet, ni les mêmes vêtements que dans le panneau précédent.

Les mêmes marques de supplice en forme de trépied sont visibles sur le thorax nu : peut-être celles que laisseraient les fers de l'extrémité d'un fouet, complétés par une larme de sang ? L'article Flagellation de Wikipédia indique que "Les Romains utilisaient un fouet très contondant (flagra) [flagra talaria, flagellum], formé de lanières équipées d'un plomb en H et d'osselets taillés en pointe. La plupart des condamnés succombaient à moins de 50 coups de cet instrument." Le site de la revue Kephas  précise : "chaque coup laisse une trace précise sur le corps en forme de double haltère".

Le Christ a, selon les Évangiles, été flagellé sur ordre de Pilate et donc par les soldats romains ; ceux-ci n'auraient donc pas appliqué la règle hébraïque des "quarante coups moins un" (saint Paul II Corinth.,XI,26), 13 sur la poitrine et 13 sur chaque épaule.

                             vitrail 4237c

 

 

23. Résurrection.

Fond damassé bleu.

Lettre S sur la lame du glaive du soldat du premier plan. Présence d'une arbalète, dont les carreaux à empennage ont été passés à la ceinture du soldat.

Roger Barriè, dans son étude des Passions d'origine quimpéroise, identifie l'origine de ce motif iconographique du Christ enjambant le tombeau aux gravures sur cuivre des "Postilles et exposition des Épistres" de Troyes 1492/Paris 1497.

                          vitrail 4239c

 

 

Les-postilles-Resurrection.png


24. Ascension.

par Laigneau

 

                         vitrail 4241c

 

Les Dais architecturaux.

Les niches de quatre d'entre eux comportent des saints :

1. Saint Nicolas.

                              vitrail 4229c

2. Saint Pierre et saint Paul.

 


                           vitrail 4231c

Sainte Barbe.

La sainte est identifiable à la palme du martyre mais surtout à la tour dans laquelle elle fut enfermée.

                                    vitrail 4268c

 

 

 

LE TYMPAN

Il a été entièrement refait, avec des anges tenant sur des phylactères des versets du Gloria ou présentant des instruments de la Passion, peut-être inspirés du tympan de Tonquédec.


vitrail 4216c

 

 

 

Analyse.

 

Données historiques et datation.

 

"Cette verrière historiée a été commandée par plusieurs donateurs parmi lesquels on a pu identifier les Jourdain du Pélem. Par analyse stylistique, on peut rapprocher cette verrière des verrières de Tonquédec et avancer une datation dans le 4e quart du 15e siècle, datation confirmée par un autre rapprochement avec les fresques de la voûte de l´église Notre-Dame de Kernascléden (Morbihan) réalisées vers 1470." (Dufief et Menant 2005)

Restaurations.

"Certains panneaux du 16e siècle, le 1c et le 1d, ont été réutilisés. D´après les archives, la verrière a subi 3 restaurations : la première, en 1772, est l´oeuvre d'Yves Raoult qui la remonte en plombs neufs ; la deuxième, une réparation, a lieu en 1789 ; la dernière intervient entre 1796 et 1800. En 1883, au cours d´une restauration de l´atelier briochin Laigneau, on retouche le panneau 1c et refait le panneau 4f et les panneaux des tympans à l´exception des écoinçons." (Dufief et Menant 2005)

" Depuis 1889, seule peut être signalée la restauration menée en 1962-1963 par l'atelier Scaviner de Pont-L'Abbé" (C.V)

Style.

"La verrière, en dépit des restaurations subies et de la disparition de certains panneaux, est dans état de conservation suffisamment bon pour nous renseigner sur l'art de J. Kergal, auteur probable de cette composition.

Sur le plan technique : la palette privilégie les teintes sourdes et les contrastes entre ces dernières et les vastes zones de verre blanc rehaussé de grisaille et / ou de jaune d'argent.

Le sertissage au plomb a été utilisé surtout pour mettre en valeur les mains, élément expressif doublement important, au niveau de la figure individuelle comme de la composition du panneau.

Le trait appuyé évoque très directement la technique de la gravure sur bois. Le traitement graphique n'est pas le seul point commun entre la verrière et certaines gravures sur bois contemporaines (voir doc. 1 et 2). On est également frappé par la ressemblance au niveau de la composition (organisation de l'espace et groupement des personnages en profondeur), la présence ou le traitement de certains détails vestimentaires (drapés plissés cassés, casques à turbans). Surtout, la force expressive des gestes et des visages est la même dans la Mise en croix de la verrière et sur la gravure. Si le modèle exact qui a pu influencer l'auteur de la verrière n'a pas été retrouvé, il semble évident que l'œuvre ne peut s'expliquer sans faire référence à la gravure sur bois contemporaine flamande. De plus, la verrière appelle de multiples comparaisons avec les œuvres géographiquement et chronologiquement voisines de Lantic* et Tonquédec**. On peut supposer que, dans la plupart des cas, les mêmes cartons ont circulé ou qu'il y a eu copie."  (Dufief et Menant 2005). 

* vers 1462-1464. Vitrail signé Olivier Lecoq et Jehan Le Lavenant 

** entre 1470 et 1486. 9 panneaux de Tonquédec sont semblables à ceux de St-Nicolas-du-Pélem, par copie ou reprise des mêmes cartons.


Je note aussi :

— la façon dont l'artiste dessine sur la racine du nez des visages masculins un anneau de chair ou, au minimum, une dilatation centré par une fossette.

— le dessin des yeux : dans le blanc de la conjonctive, un cercle noir délimite un rond blanc ou gris, occupé dans la partie supérieure par un rond noir : le rond blanc est réduit à un croissant convexe vers le haut. Cet ensemble est plus ou moins masqué par les paupières, dont les cils ne sont pas figurés.


Attribution.

Les auteurs les plus sérieux (ceux du Corpus Vitrearum comme ceux du Service Régional de l'Inventaire) reprennent l'attribution proposée par René Couffon et voient en un certain J. Kergal le verrier créateur de cette vitre. Ainsi Dufief et Menant décrivent "La signature : KERGAL J F[ecit] est en lettres gothiques sur la manche du personnage du 1er plan en 3a." et parlent de "...l'art de J. Kergal, auteur probable de cette composition. ".

   Pourtant, le déchiffrage de René Couffon peut être discuté. L'auteur est habitué à des conclusions hâtives et péremptoires qui ont souvent été clairement démenties, telle cette inscription IHS d'Erguè-Gabéric dont il avait fait une date de restauration de 1728, ou cette attribution à Jost de Negker de la verrière de La Martyre dont Jean-Pierre Le Bihan a dressé la critique ici .

Son interprétation des lettres du dallage en est un autre exemple, puisqu'il lit AIGA. N. POSEA.F.SUNT AUG.1470 là où Dufief et Menant lisent: SA M S GA CP RO NA I GA POSEAFSUNC DCJUG+ a 70 .

Ici, on lit sur la brassière de l'armure sept signes gothiques, dont aucun n'est lisible avec une certitude absolue ; la première peut être un G, la seconde un J. La troisième en forme de L avec signe inclus doit-elle être lue comme l'abréviation de Ker ? La quatrième est-elle un G ? La cinquième est sans-doute un A sans barre. La sixième a la forme d'un V et ne peut être considérée comme un L qu'en l'inclinant. La dernière semble un signe typographique plutôt qu'une lettre. 

 Si bien même on y lit "J. Kergal", pourquoi en faire la signature du maître-verrier ? Une exigence minimale serait de retrouver des traces de cet artisan, traces soit généalogiques, soit professionnelles par recoupement d'autres informations. Certes Kergal est un patronyme breton, surtout attesté en Morbihan, et qui reprend un toponyme signifiant "village des étrangers".

 

Roger Barrié, confronté aux multiples lettres inscrites sur les galons des verrières du Finistère, s'était résolu dans sa thèse  à n'y voir le plus souvent que des assemblages dépourvues de sens, ou des fragments d'antiennes ou d'oraisons. .


 

 

 Sources et liens.

COUFFON (René)  1935, "Les verrières anciennes des Côtes-du-Nord" Bulletins et Mémoires de la Société d'émulation des Côtes-du-Nord t.67 pp.123-128. En ligne.  http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k441314t/f148.image

—Cité sous l'abréviation C.V :  GATOUILLAT (Françoise), HEROLD (Michel) 2005 , Les vitraux de Bretagne, Corpus Vitrearum VII, Presses Universitaires de Rennes pp.100-102.

DUFIEF (Denise), MENANT (Marie-Dominique), 2005, Saint-Nicolas-du-Pelem, Maîtresse-vitre Baie 0 : la Passion Inventaire général du Patrimoine en ligne. http://patrimoine.region-bretagne.fr/sdx/sribzh/main.xsp?execute=show_document&id=PALISSYIM22003789

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Par jean-yves cordier
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Jeudi 17 avril 2014 4 17 /04 /Avr /2014 14:42

La maîtresse-vitre de l'église Saint-Pierre de Tonquédec.

 

      N.b les initiales C.V indiquent une citation du recensement du Corpus Vitrearum 2005. B.G. renvoient à Barthélémy et Guimart 1849, R.C à René Couffon 1935.

 

La baie 0 de l'église Saint-Pierre est la seule qui conserve ses vitraux anciens. Ses six lancettes trilobées et son tympan de 3 groupes d'ajours forment une verrière de 12 mètres de haut et 4,30 mètres de large. On remarque immédiatement que seules les verres anciens n'occupent qu'un rectangle central de quatre lancettes et les six têtes de lancettes, mais que les deux lancettes latérales et toute la partie basse reçoivent une vitrerie colorée aux tons fumés et patinés, de losanges égayés de pièces bleus et rouges. Celle-ci a été posée par l'atelier de Quentin HSM de Hubert de Sainte Marie en 1954-1955.

  L'église actuelle date de 1835, à l'exception du chevet qui date du XVe siècle. La baie de ce chevet disposait encore de ses 24 panneaux jusqu'à 1847, où la foudre frappa l'édifice. Mais la verrière a été décrite dans son état antérieur par Barthélémy et Guimart (Bulletin monumental, 1849 pp. 35-38).


                lancettes 1250c

 


                   LES LANCETTES. 


On dénombre donc 16 panneaux anciens en quatre registres de quatre lancettes, et six  têtes de lancettes. Leur examen est décevant à première vue mais l'un de leur principal intérêt est d'être confronté au vitraux très proches de St-Nicolas-du-Pélem, les deux œuvres s'éclairant mutuellement.

Voir :  Les vitraux de Saint-Nicolas-du-Pélem.  

Cette verrière est datée de 1470 (C.V).

                   lancettes 1251c


REGISTRE INFÉRIEUR.

 C'est le registre où figure le saint patron et trois donateurs.

lancettes 1253c

 

 

Saint Pierre.

"Partie inférieure de la composition très restaurée" (C.V)

Le patron de l'église est représenté assis sur une cathèdre, en tenue épiscopale (tiare et chape orfroyée, gants ), tenant une seule clef à l'anneau carré frappé d'un quadrilobe. Le livre qu'il tient (les Écritures) est enveloppé d'une étoffe de protection faisant étui, comme le seront les autres livres des donateurs. 

Fond pourpre, dossier vert, dalmatique rouge, chape bleue à revers blanc, surplis  blanc.


                          lancettes 1254c

 

 

Panneau perdu depuis 1837 : Sire de Tonquédec revêtu d'une casaque à ses armes.

"Il est à genoux devant un prie-dieu sur lequel est un livre. Derrière lui un saint vêtu de blanc avec un camail d'hermines" (B.G)

René Couffon déduit qu'il s'agit de Rolland de Coëtmen, et que le saint est saint Yves, ce qui semble judicieux.

 

Lancette 2 : donatrice présentée par sainte Marguerite.

a) L'identification de la sainte ne pose pas de problème, puisque deux attributs, le crucifix (du moins, une croix) et le dragon, désignent Marguerite d'Antioche, vierge et martyre et sauroctone  du IVe siècle qui eut à combattre les avances du gouverneur romain Olibrius ; avalée par un monstre, elle lui ouvrit les entrailles à l'aide de son crucifix, et "issa (sortit) hors du dragon". [Quelqu'un corrigera sans-doute Wikipédia 2014 qui écrit qu'on la représente "hissée sur le dragon"]. Si un doute subsistait, il suffit de lire l'inscription qui indique S. MARGARITA ORA DEORUM PRO /ME. "Sainte Marguerite, priez Dieu pour moi."

Chemise à col en petit V, robe rouge, manteau bleu, nimbe vert, chevelure blonde retombant sur les épaules.

b) La donatrice est vêtu d'une robe aux armes mi-parti de Coëtmen et d'Anger.

Nous faisons ainsi connaissance avec la famille de Coëtmen et ses armoiries de gueules aux neuf annelets d'argent, 3, 3 et 3. Sa devise était item, item (de même, toujours de même) . Les neuf annelets d'argent (monnaie de Byzance) témoigneraient de la participation des Coëtmen aux croisades sont aussi sculptés à l'extérieur de l'église. A l'origine, il s'agissait d'une église seigneuriale dépendant de l'évêché de Tréguier, mais elle fut érigée en Collégiale le 17 août 1447 par Jean de Ploeuc, évêque de Tréguier. Elle fut dès lors desservie par un prévôt (doyen) assisté de 4 ou 6 chanoines formant le chapitre. Il en fut ainsi jusqu’à la Révolution. Puis elle devint église succursale, par décret du 1er frimaire de l'an XII, sous le Consulat.

La Maison de Coëtmen-Penthièvre est une famille de haute noblesse de Bretagne, issue en ligne directe des comtes de Rennes, et éteinte dans la maison de Rougé au milieu du XVIIIe siècle.

Les Coëtmen sont issus d'Henri Ier d'Avaugour, comte de Trégor et Goëlo, et de Mathilde de Vendôme. Leur premier représentant connu est Geslin, qui reçut en partage la terre de Coëtmen, à Tréméven, actuel département des Côtes-d'Armor. Issus en ligne directe de la maison de Rennes, ils font partie des comtes de Bretagne ou Eudonides. Le premier sire de Coëtmen, Geslin, épouse l'héritière anonyme de Prigent de Tonquédec, et en prend alors le nom et les titres. Ses descendants se nomment ensuite « vicomte de Coëtmen et de Tonquédec ». Il a pour successeurs:

  • Alain, vivant en 1260, son fils ;

  • Prigent vers 1270, son fils, époux d'Amée ou Amette de Léon, de gueules à sept annelets d'argent [Prigent I  épousa d'abord Eugénie, peut-être fille de Châteaubriant, et en eut Guyon, puis en 1298, Amette fille d'Hervé, vicomte de Léon, et de Catherine de Laval.]

  • Rolland Ier mort en 1311, son fils époux d'Alix de la Rochejagu ; 

  • Guy mort en 1360 son fils épouse Marie de Kergolay ;
  • Rolland II (1285-1364) épouse Jeanne de Quintin ;

  • Jean Ier (1310-1371) épouse le 8 février 1340 Marie de Dinan (1316-) dame de Runefau et de Goudelin ou du Guildo; Marie de Dinan, fille de Rolland III de Dinan, est la sœur de Rolland IV de Dinan, seigneur de Montafilant, qui épouse Jeanne de Craon (Voir Tympan, héraldique, pour l'importance de cette alliance).

  • Rolland III  (1345-1425) épouse Jeanne de Penhoët (1379-1453). Il soutint Olivier de Clisson, connétable de France  contre le duc de Bretagne Jean IV, du parti anglais, et perd ainsi son château, démoli par Alain de Pierrier, maréchal de Bretagne. En 1400, il recevra 3.000 livres d'indemnités et fait reconstruire son château à l'identique en 1406. de gueules à sept annelets d'argent  ; cimier couronné d'une cigogne, supporté par un lion et une cigogne (B. 1849)

  • Rolland IV mort en 1470 épouse Jeanne du Plessis-Anger (la sœur de Rolland IV, Marguerite de Coëtmen épousa Olivier de Thomelin)

  • Jean II de Coëtmen, (1435-1496) épouse Jeanne du Pont. (Sépulture dans le chœur de l'église, à même le sol) La terre de Coëtmen est érigée en baronnie des États de Bretagne en 1487. Ils sont ensuite " barons de Coëtmen et vicomtes de Tonquédec" . A partir de 1472, grâce à l'octroi par le duc d'un billot, impôt exceptionnel perçu dans la châtellenie, Jean II agrandit le château de Tonquédec d'un très beau logis  à larges baies dominant la vallée du Léguer.

(Source corrigée et complétée: Wikipédia 2014)

René Couffon, qui voyait dans le seigneur du panneau perdu précédent Rolland de Coëtmen, a fait de cette donatrice son épouse, Jeanne d'Anger : Jeanne, dame du Plessis-Anger, aux armes de vair à trois croissants de gueules , épousa le 19 octobre 1430 Rolland IV Seigneur de Coëtmen, vicomte de Tonquédec (Geneanet.org).

 

Néanmoins, ces armoiries n'étaient pas visibles en 1837 pour Barthélémy et Guimart qui signalent que la vitre était cassée à cet endroit. Les armoiries sont donc de constitution récente et n'ont pas de valeur identificatrice. Disons que l'hypothèse de Couffon est plausible.

On pourrait penser que la donatrice est présentée par sa sainte patronne et qu'elle se prénomme donc Marguerite (cf. Marguerite de Coëtmen), mais sainte Marguerite est si souvent présente dans les verrières bretonnes pour présenter les épouses des seigneurs qu'il faut plutôt penser qu'elle est invoquée (comme dans les Livres d'Heures) comme appartenant aux  principales intercesseurs protégeant les femmes des dangers de la maternité, avec sainte Catherine et donc, pour la noblesse dont la transmission du titre est l'enjeu majeur, qu'elle figure ici comme la principale autorité dont il faut s'assurer les faveurs. (Elle est présente entre autre à Ergué-Gabéric). 

Puisque cette jupe héraldique "n'est pas d'époque", reportons notre intérêt sur la partie haute du panneau : la coiffe à bourrelets garnie de perles (attribut de Marguerite) et dont le sommet semble replié en arrière; le surcot garni de fourrure d'hermine, le décolleté arrondi, le collier en or, la taille très fine et l'abdomen joliment projeté en avant, et enfin la garniture en joyaux et perles de la ligne médiane.


                         lancettes 1255v

 

lancettes 9068c

 

 

Donateur présenté par saint Jean.

 

a) Là encore, Jean l'Évangéliste est facilement identifiable à son allure de bel Apollon blond et imberbe, et à la coupe de poisson d'où sort un dragon. Devant lui, le phylactère porte l'inscription : Mater Dei memente mei ad resurrectionem , "Mère de Dieu souvenez-vous de moi au jour de la Résurrection".

Fond vert, robe bleue, manteau rouge, nimbe d'or.

Détail : de la coupe sortent non pas un mais deux dragons ailés et crachant leur venin.

b) Le jeune seigneur, coiffé à la mode de la fin du XVe, a été identifié comme Jean II de Coëtmen, contemporain de la construction du vitrail, et donc, directement, son commanditaire. A genoux devant le prie-dieu (avec un bon coussin aux glands dorés), il est en armure, avec ses éperons, l'épée ceinte, et son tabard est à ses armes. "Dans ce panneau, seuls les annelets du blason ont été refaits" (R.C).

      Du site Infobretagne.com, j'extrais les renseignements suivants : 

      Dès 1457, Jean était écuyer résidant à la cour ducale, puis il servait sous les ordres du maréchal de Malestroit ; il devint vers 1461 gendarme des ordonnances et commandant de 49 hommes d’armes ainsi que de 277 archers. Il était déjà chambellan lorsqu’il héritait de son père en 1471. Successivement membre du conseil, puis grand-maître d’hôtel, le vicomte de Coëtmen tint les monstres de 1474, 1475, 1476, 1477, 1481 et 1483. Il était chargé en 1472 d’inspecter les fortifications de la ville de Dol.

Jean de Coëtmen se trouva mêlé aux dissensions qui naquirent de la haine vouée par la noblesse bretonne, à Pierre Landais, ministre de François II. [...] Au mois de mai, trois armées françaises entraient dans la province ; le duc alors à Vannes, se retirait vers Nantes où La Trimouille l’assiégeait inutilement du 19 juin au 26 août.  Dans cette circonstance, le vicomte de Coëtmen seconda vaillamment son souverain : nous voyons ses services et son dévouement authentiquement constatés dans la charte qui, au mois de septembre 1487, érigeait Coëtmen en baronnie [...] Jean de Coëtmen souhaitait vivement arriver à cette prééminence ; car, dès l’année précédente, il faisait faire partout des enquêtes dont le but évident est de faire constater ses droits et privilèges héréditaires, ainsi que l’illustration et l’antiquité de sa race .

      Le nouveau baron eut encore de hautes missions à remplir, vers la fin de sa vie : ainsi il allait en ambassade vers le roi de France en 1488 ; l’année suivante on le trouve désigné pour se rendre au devant des ambassadeurs venus d'Angleterre, enfin en 1491, il allait lui-même en Angleterre avec son fils et sa bru.

                           lancettes 1256v

 

lancettes 9065c

 

lancettes 9200v

 

 

Donatrice présentée par saint Christophe.

"Saint Christophe, en tunique violette et manteau vert, porte sur ses épaules l'enfant-Jésus nimbé , en robe violette, et tenant le globe du monde. Sur un phylactère : S. XPRIS TOFORE ORA DEO PRO ME. "Saint Christophe, priez Dieu pour moi." (R.C) 

Lorsque je lus cette description de Couffon, je dus observer longtemps le dessin avant de comprendre l'organisation de l'image, discerner le beau visage d'enfant blond, replacer le visage quasi fantomatique du saint dans le prolongement du fût blanc qui, derrière la donatrice, correspondait à la jambe nue plongée dans le ruisseau rougeâtre, et assembler mentalement ce puzzle. Je me suis aidé, par exemple, du folio 20 du Livre d'Heures de Françoise de Foix, conservé à la  Bibliothèque Rennes Métropole - Ms 2050 :

 


 

Voir aussi le Livre d'Heures de Jean de Montauban v.1430-1440 MS 1834 f. 123.

Là encore, saint Christophe fait partie des 14 saints intercesseurs ; il est invoqué contre la peste, les tempêtes et les dangers des voyages, ou, plus généralement, contre la mort subite en état de péché.

b) La donatrice :

"Sur un fond bleu, Jeanne du Pont. A genoux devant un prie-dieu bleu, la donatrice porte en tête un chapel et est vêtu d'un surcot violet garni d'hermines et d'une jupe armoriée mi-parti au I de Coëtmen, au II coupé du Pont et de Rostrenen" (R.C) 

 Barthélémy et Guimart parlent d'armoiries D'or au lion de gueules couronné d'azur.

Les armoiries du Pont sont, depuis Jean II du Pont qui écartela les armes du Pont avec celles de Rostrenen, mi-parti  d'or au lion de gueules  qui sont du Pont et d'hermine à trois fasces de gueules qui sont Rostrenen. Ici, je vois clairement bien-sûr les armes de Coëtmen et celles de Rostrenen mais le lion de gueules m'échappe.

 

Jeanne du Pont, épouse de Jean II de Coëtmen en 1458, était la  fille de Pierre IX du Pont-L'Abbé (lui-même fils de Jean II du Pont-L'Abbé et de Marguerite de Rostrenen) et de Hélène de Rohan-Guéméné. Elle eut quatre enfants, Gillette, Louis, Marguerite, et Anne.

      Y a-t-il vraiment un prie-dieu ? Je vois surtout le bon coussin à glands dorés, et le livre (je suis sûr que ce Livre d'Heures est ouvert à la page du 25 juillet et de l'oraison à saint Christophe) est soigneusement protégé par son étui de toile fine. 

 

                                 lancettes 1257c

 

La dame est habillée comme sa belle-mère Jeanne d'Anger avec les mêmes bijoux (collier et parure de "surcot" en or, perles et larmes d'or et argent suspendues), mais elle a choisi des manches couleur bordeaux, et une coiffure à macaron. Malgré un plomb de casse malencontreux qui la défigure, un examen rapproché lui rend toute sa grâce juvénile ; on voit son front épilé, les cheveux ramassés sous un bourrelet en étoffe précieuse, et deux "macarons" latéraux. Tenterez-je le terme d'"escoffion" ? 

lancettes-9198c.jpg

 

DEUXIÈME REGISTRE 

 

 

lancettes 1262cc


Nous quittons l'étage des donateurs pour des scènes de la Vie de Jésus et de sa Passion. Comme dans toutes les Passions bretonnes ? Oui, mais avec quelques surprises.

Résurrection de Lazare .

Voilà un thème qui n'est pas si commun, bien d'Émile Mâle en ait fait le recensement (La résurrection de Lazare dans l'art, Revue des arts, 1951). Son intérêt ici est d'être comparé au panneau analogue de St-Nicolas-du-Pélem.

"Buste de Lazare et partie inférieure du panneau restaurés" (C.V)

"La figure de Lazare a été refaite ainsi que celle du personnage qui découd le suaire"

 


                    lancettes 1258c

 

       lancettes 1258c        vitrail 4248c

 

      Iconographie :

http://rouen.catholique.fr/spip.php?article762

Iconographie chrétienne.

 

Entrée à Jérusalem.

      "Une partie du coin inférieur droit a été refaite" (R.C)

Ce thème est ici, assez bizarrement, traité en deux panneaux, l'un consacré au Christ sur son ânon "sur lequel aucun homme ne s'est jamais assis" (Marc, 11:2) et l'autre aux spectateurs qui posent sur le sol leur vêtements (Marc, 11:8). 

Comme cela est établi dans la tradition iconographique, la scène de Zachée monté dans son sycomore à l'entrée de Jésus à Jéricho (Luc,19) est fusionnée à cette Entrée à Jérusalem.


lancettes 1259c lancettes 1260c

 

L'une des sources de ces panneaux me semble être une gravure sur bois de Guillaume le Rouge illustrant les "Postilles" ; l'ouvrage a été publié à Chablis en 1489, donc à une date plus tardive que celle estimée pour ces vitraux, et il existe donc peut-être une gravure antérieure qui aurait servi de modèle (outre les gravures de Pierre Le Rouge, père de Guillaume, dans son Livre d'Heures à l'usage de Rome de 1486, non consulté). Mis à part l'absence de l'ânon, la ressemblance entre la gravure et les deux panneaux est nette. C'est Matthieu 21:7 qui indique "ils amenèrent l'ânesse et l'ânon, mirent sur eux leurs vêtements, et le firent asseoir dessus", alors que Marc 11:2 ne parle que de l'ânon. La partie droite de la gravure correspond à Matthieu 21:8 : La plupart des gens de la foule étendirent leurs vêtements sur le chemin; d'autres coupèrent des branches d'arbres, et en jonchèrent la route.

 

            Entree-a-Jerusalem-Postilles.png

Comment expliquer la présence de deux panneaux ? La gravure servant de modèle est-elle parvenue aux verriers découpée en deux, et les artisans ont-ils considéré qu'il s'agissait de deux scènes ? Un argument pour le penser est qu'ils ont transformé l'un de spectateurs accueillant le Christ devant la porte de Jérusalem avec un nimbe crucifère, faisant alors figurer le Christ dans ce panneau mal compris ? Ou plutôt, ils se sont adaptés à la dimension étroite des panneaux et ont sciemment répartis la scène sur deux panneaux.

Iconographie :

Rouen.catholique.fr.

 

Le rapprochement avec le panneau de St-Nicolas-du-Pélem :

Malgré la conservation et la restauration très différente des deux vitraux, la similitude est suffisamment grande pour penser à un carton identique. L'erreur de casting de la division en deux panneaux n'a pas été reproduite à St-Nicolas-du-Pélem, mais la scène entière n'a pas non plus été restituée : peut-être posait-elle le problème de sa disposition sur un panneau trop étroit.

On remarque un élément commun à toute la verrière, la mise en valeur des mains et de la gestuelle : la main du Christ, et le geste de bénédiction, se détache avec d'autant plus de force de l'arrière-plan coloré qu'il vient couper le tronc du sycomore où est grimpé Zachée.

La version de St-Nicolas-du-Pélem permet de mieux constater l'emploi particulier qui est fait des verres incolores : ils sont disposé en diagonale avec un ensemble supérieur gauche, un ensemble inférieur droit, et la main centrale servant de conjonction.  

Détail : à Tonquédec, l'œil de l'ânon est rehaussé de jaune d'argent.

lancettes 1259c        vitrail 4249c

 

La Cène. Panneau détruit.

Selon le témoignage de Barthélémy et Guimart : "On voit le Christ entouré des douze apôtres. Son disciple bien-aimé a la tête sur son sein, et Judas sans nimbe tend la main vers lui.".

Le sujet principal de ce panneau était donc ce moment où Jésus révèle aux apôtres celui qui va le trahir : selon Matthieu 26:23, "celui qui a mis avec moi la main dans le plat, c'est celui qui me livrera".  

Voir Ugolin de Sienne, La Cène, v. 1315-1340, Metropolitan Museum of Art :

 

 

 

Le Lavement des pieds (?) (panneau détruit).

René Couffon nomme ce panneau sans le décrire, car il se fonde sur Barthélémy et Guimart qui écrivent :"Nous n'avons pu nous rendre compte de la scène suivante, qui paraît représenter le Christ et six apôtres, dont l'un tient caché dans ses mains un objet en forme de reliquaire". 


La Jardin des oliviers.

"Le Christ prie à genoux. Devant lui un ange blanc et or présente un calice surmonté d'une hostie. Les trois apôtres dorment : saint Pierre, nimbé de vert, en robe rouge et manteau bleu, a la main sur la garde de son épée ; saint Jean, nimbé de rouge, en robe verte et manteau rouge ; saint Jacques, nimbé d'or, en robe bleue. Au fond, des soldats s'approchent avec précaution". (R.C, qui suit B.et G.)

La présentation d'une coupe, celle du sang du Sacrifice, est citée par les Évangiles, comme dans Matthieu 26 :  Il prit avec lui Pierre et les deux fils de Zébédée, et il commença à éprouver de la tristesse et des angoisses.

38 Il leur dit alors: Mon âme est triste jusqu'à la mort; restez ici, et veillez avec moi.

39 Puis, ayant fait quelques pas en avant, il se jeta sur sa face, et pria ainsi: Mon Père, s'il est possible, que cette coupe s'éloigne de moi! Toutefois, non pas ce que je veux, mais ce que tu veux.

40 Et il vint vers les disciples, qu'il trouva endormis, et il dit à Pierre: Vous n'avez donc pu veiller une heure avec moi!

41 Veillez et priez, afin que vous ne tombiez pas dans la tentation; l'esprit es bien disposé, mais la chair est faible.

42 Il s'éloigna une seconde fois, et pria ainsi: Mon Père, s'il n'est pas possible que cette coupe s'éloigne sans que je la boive, que ta volonté soit faite!

 

Mais l'hostie n'a pas vraiment sa place dans la représentation textuelle de ces versets.

 


                      lancettes 1261v

 

Comparaison avec St-Nicolas-du-Pélem : 

lancettes 1261v       vitrail 4253c

 

 

Le Baiser de Judas (panneau détruit).

 

"Les soldats juifs (sic) s'emparent de Jésus-Christ. L'un d'eux lève son sabre, c'est sans-doute celui qui coupa l'oreille de saint Pierre (sic !)." (B et G)

 

TROISIÉME REGISTRE.

lancettes-1262cvv.jpg

 

 


Scène des outrages.

"Jésus est souffleté. Le Christ, vêtu comme précédemment, a la tête complétement enveloppée dans un linge dont deux bourreaux serrent les extrémités. Celui de gauche est coiffé d'un turban blanc à fond rouge, vêtu d'une veste bleue et d'une chausse l'une rouge l'autre verte et chaussé de souliers l'un vert, l'autre rouge. Le bourreau de droite porte une robe rouge à collet bleu, des chausses bleues et des bottes jaunes. A l'arrière-plan, deux autres personnages : l'un à gauche, casqué, a une casaque violette. L'autre à droite porte un bonnet vert et une robe bleue à manches rouges. La scène se détache sur un fond rouge. Ce panneau est à remarquer. Parmi les très nombreuses verrières de la Passion qui subsistent en Bretagne, c'est la seule avec celle de St-Nicolas-du-Pélem, faite d'ailleurs avec le même carton, où le Christ ait la tête complètement enveloppée. Rappelons que l'on trouve semblables représentations sur des ivoires du XIIIe siècle, et également sur des broderies telles que la chape de saint Louis, évêque de Toulouse à Saint-Maximin. " (R.C.)

Cette réflexion de René Couffon sur ce motif iconographique est intéressante; le Christ est souvent confronté à ses bourreaux avec un bandeau sur les yeux, mais plus rarement avec la tête totalement recouverte. On en trouve un exemple dans un vitrail de l'église Sainte-Madeleine de Troyes (site J. Provence).

Détail 1 : Le premier élément, très souvent retrouvé dans ces représentations des bourreaux de la Passion, est la valeur négative des mélanges de couleur (rayure ; vêtement mi-parti ; dépareillage ) ou de l'emploi du vert et du jaune. Le bleu et le rouge sont réservés au Christ, à la Vierge et aux saints, alors que le mélange vert-rouge est utilisé pour les "méchants". Cette discrimination chromatique est accentué par la forme des vêtements, les chausses, les chaussures et les coiffures n'étant jamais portés par les "bons".

Détail 2 : opposition entre la passivité et l'immobilité du Christ en position centrale et le déploiement des gestes violents et des visages agressifs en périphérie.

 


               lancettes 1263cv

Comparaison avec St-Nicolas-du-Pélem :


 lancettes 1263cv              vitrail 4236c

 

 

Comparution devant Pilate.


"Le Christ, vêtu comme précédemment, comparaît devant Pilate. Celui-ci, en robe rouge à perlages avec manches violettes, col d'hermine et souliers bleus est assis. Devant lui, au premier plan, un garde, dont la figure est rouge, porte un bonnet d'or, une veste verte à galons d'or et des chausses rouges. Derrière le Christ un personnage en veste bleue présente un plateau avec aiguière d'or. Les architectures sont jaunes." (R.C) 


                         lancettes 1263cc

 

Comparaison avec St-Nicolas-du-Pélem.

lancettes 1263cc   vitrail 4242c

 

 

La Flagellation ; panneau détruit. 

"Notre Seigneur, attaché à une colonne, est frappé de verges". (R.C)


Le Couronnement d'épines.

      "La scène se détache sur un fond rouge. Le Christ, sans nimbe et vêtu d'une robe violette, est assis les mains liées. A gauche, un bourreau barbu en bonnet rouge, veste verte et chausses rouges, semble présider l'exécution. A droite, un autre bourreau, en veste bleue et chausses rouges, injurie Notre-Seigneur. Au second plan, trois bourreaux enfonce à force sur la tête du Christ la couronne d'épines. Celui de gauche porte une casaque bleue et rouge à manches rouges ; celui du centre à tête grimaçante est en manches de chemise et justaucorps vert et bleu ; enfin, celui de droite est en veste à manches rayées." (R.C)


 

                             lancettes 1263cccc

 

Comparaison avec St-Nicolas-du-Pélem.

lancettes 1263cccc   vitrail 4244c

 

 

Le Portement de croix ; panneau détruit.

 

 

 

Mise en croix.

"Scène sur fond vert avec arbres bleus. Le bourreau au premier plan porte une veste bleue à manches rouges et des chausses rouges. Un autre, à gauche, est en robe violette ; un autre, à droite, en veste bleue à broderies d'or et en chausses rouges. Au second plan, la Vierge en robe rouge et manteau bleu garni d'hermines. Dans le fond, personnage en armure et casaque violette". (R.C)

                           lancettes 1263ccccc

 

lancettes 1263ccccc     vitrail 4247c

 

 

 

 

 

REGISTRE SUPERIEUR.

 

lancettes 1263cc (2)


 

Vierge de Pitié.

"En grande partie moderne" (C.V)

Intitulé "Descente de croix" par René Couffon : "La vierge en robe rouge et manteau bleu soutient le corps de son fils, fond jaune." (R.C)

Signalé comme panneau perdu du registre inférieur

                  lancettes 1264c

 

Crucifixion ; panneau détruit.

Déposition.


Mise au tombeau.

"Importantes restaurations" (C.V) Il s'agit peut-être de la partie supérieure, qui diffère de celle de St-Nicolas-du-Pélem, et dont le personnage de gauche ressemble plus à une sainte femme qu'à "Joseph d'Arimathie, rasé" (Couffon). Cette partie supérieure semble un collage d'une autre Mise au tombeau.

      "Au fond du panneau, la Vierge, nimbée d'or et portant un manteau bleu, se penche vers le Christ, dont elle soutient de ses mains le bras gauche. Saint Jean, auprès d'elle, est en violet. En tête du linceul, Joseph d'Arimathie, rasé, porte un turban jaune et une robe verte ; Nicodème, barbu, est en robe rouge . Au premier plan, la Madeleine, en robe rouge et manteau bleu, tient sa boite de parfum d'or et oint le bras droit du Christ. Le fond de cette scène est vert." (R.C)



                                lancettes 1264ccc

 

Comparaison avec St-Nicolas-du-Pélem :

 

lancettes 1264ccc       vitrail 4237c

 

 

Descente aux Limbes.

 

 "Adam et Ève très refaits" (C.V)

 

"La porte de l'enfer est figurée par la gueule du Léviathan en gris bleu avec œil jaune. Le Christ porte un manteau rouge et tient à la main gauche une croix d'or. De la main droite il saisit Adam, derrière lequel on aperçoit Ève. Le fond de la scène est rouge." (R.C)

                                         lancettes 1264cccc

 

 

Comparaison avec St-Nicolas-du-Pélem :

 

lancettes 1264cccc  vitrail 4234cc

 

Résurrection.

"Scène refaite au XVIIe s" (C.V)

   "Le Christ, en manteau rouge et tenant une bannière or et blanche, sort du tombeau dans une gloire. A gauche, un soldat, en armure argent et or et chaussures rouges, tient un bouclier gris bleu. A droite, un autre soldat, en armure argent et or, porte un pourpoint bleu à manches rouges. La scène se détache sur un fond bleu." (R.C)

                                  lancettes 1264ccccc

 

Comparaison avec St-Nicolas-du-Pélem :

     lancettes 1264ccccc                 vitrail 4239c

 

 

Têtes de lancettes.

Deux exemples de ces couronnements d'architecture :


 lancettes-9087v.jpg

 

 

 

     lancettes-9089v.jpg

 

 

                          TYMPAN

  Il est composé d'anges présentant les instruments de la Passion, d'anges musiciens, d'anges présentant des armoiries, d'autres présentant des phylactères. On y trouve aussi le monogramme du Christ et la tête du Christ couronnée d'épines. Restauration en 1954-55 par Hubert de Sainte Marie, avec de nouveaux verres pour les armoiries et les figures de la partie supérieure.

 

 

tympan 1265c


I. L'Héraldique.

  Les armoiries de la verrière de Tonquédec ont été décrites dans une enquête de 1486 faite par Jean de Tonquédec, mais lors de leur visite, Barthélémy et Guimart constatent que "Le tympan est rempli d'anges tenant les instruments de la passion. Les blasons ont été brisés et remplacés par du verre blanc". Lorsque  l'atelier Hubert de Sainte Marie, qui restaura le tympan en 1954-1955, eut à remplacer ces verres blancs, au lieu de  respecter les éléments héraldiques fournis par cette documentation de 1486 (et publiée par de Barthélémy), il créa de nouveaux blasons reprenant les armoiries portées par les donateurs des lancettes, soit de gauche à droite celles des Coëtmen, puis  mi parti Coëtmen/ du Plessis-Anger [de gueules aux neuf annelets d'argent / de vair à trois croissants de gueules] , .de Coëtmen, puis mi-parti Coëtmen/du Pont-Rostrenen, et en sommité les blasons fascé de gueules et d'argent et ??.

Les armoiries décrites en 1486 mentionnent "en laquelle (vitre) sont au susain lieu en deux bannières écartellées les armes pleines d'Avaulgour qui sont d'argent à un cheff de gueules et les armes de Tonquédec":

On trouvait donc, selon les explications de Barthélémy,

"au milieu les armes pleines d'Avaugour*,  écartelées de Tonquédec. Au dessous quatre bannières mi-parti de Tonquédec et de Léon, de Craon**, de Laval et de Montafilant*** : ces armoiries signalaient les alliances des quatre vicomtes qui s'étaient succédés depuis Prigent, époux d'Amée de Léon." (B.et G.)

*D'Avaugour : d'argent au chef de gueules.

**Losangé d'or et de gueules.

*** Geoffroy III de Montafilant-Dinan (v1200-avant 1260) épousa une fille de Geslin ou de Prigent de Coëtmen. Jean Ier de Coëtmen (1310-1371) épousa  Marie de Dinan,elle-même sœur de Rolland IV de Dinan, seigneur de Montafilant, qui épousa Jeanne de Craon.


 

 

tympan 9186v


Armes (modernes) de Coëtmen :

Selon Anatole de Barthélémy, les annelets, considérés par certains comme un souvenir des jeux de bague, correspondaient à des tours "vues à vol d'oiseau". J'ignore si cette hypothèse de 1849 a été confirmée.

               tympan 9161c

 

 


Armes (modernes) de Jeanne du Pont 

mi-parti  d'or au lion de gueules armé, lampassé et couronné d'azur qui sont du Pont et d'hermine à trois fasces de gueules qui sont Rostrenen

tympan 9162c

 

 

 

II. Les figures.

Tête du Christ couronné d'épines.

tympan 9172c

 

Anges.

tympan 9163v

 

Ange porteur de phylactère et ange porteur de l'éponge de vinaigre.


tympan 9164v

 

 

 

tympan 9171c

 

 

 

 

Wugrone vire lanciee

tympan 9177v

 

mpleta lirat gem.in

tympan 9180v

 

sulpen.is eit pa....

tympan 9181v

 

Quo caroe lam..

tympan 9182v

tympan 9192v

 

tympan 9193v

 

tympan 9196v

tympan 9183v

 

tympan 9185v

tympan 9190c

tympan 9194v

 

 

Discussions.

I. Restaurations :

a) Après les dégâts de la foudre de 1847, regroupement des panneaux de la Passion et des donateurs en quatre lancettes encadrés des vitreries de couleur ou du verre blanc.

b) Classement MH en 1911.

c) Devant la dégradation alarmante, restauration limitée par l'atelier Tournel en 1913 : remise en plomb, restauration des panneaux, remplacement des vitreries couleur par des vitreries blanches de petit module à la demande de l'architecte en chef Haubold.

d) Remplacement de ces vitreries par des vitres claires patinées de salissures cuites.

e) Restauration par l'atelier Hubert de Sainte Marie, de Quintin, qui crée de nouvelles vitreries.

II. Datation vers 1470.

Elle a été proposée par René Couffon en se basant sur l'identité établie ou déduite des donateurs : Roland de Coëtmen, accompagné de son épouse Jeanne Anger, est décédé en 1470. Son fils aîné Olivier, qui ne figure pas sur la verrière, est décédé en 1467, ce qui fournit un terminus ante quem. Le terminus post quem est fixé par Couffon à l'annonce officielle du décès de Rolland de Coëtmen le 3 février 1470. (Pourquoi ne pourrait-il pas figurer ici, en hommage rendu par son fils commanditaire, après son décès ? Pourquoi ne pas rendre l'embellissement de l'église contemporain de la période, après 1472, où Jean de Coëtmen entreprit d'agrandir son château ? Je l'ignore.) 

Cette datation vers 1470 et après 1467 a été acceptée par les auteurs du Recensement qui considèrent qu'elle est plausible sur le plan stylistique.

La verrière, très proche, de St-Nicolas-du-Pélem est datée par estimation de 1470-1480.

Rappel : cette date correspond :

  • à Jean II de Coëtmen, Vicomte de Tonquédec en titre de 1470 à 1496.
  • au duc de Bretagne François II (1458-1488) et au Chancelier de Bretagne Guillaume Chauvin (qui cédera la place à Pierre Landais en 1481). 
  • au roi de France Louis XI (1461-1483)
  • à l'épiscopat de Christophe II du Châtel, évêque de Tréguier de 1466 à 1479 et neveu du cardinal d'Avignon Alain IV de Coëtivy. Les papes sont Paul II puis Sixte IV.

 

III. Attribution.

 Prompt à attribuer aux œuvres des auteurs, René Couffon constatant le rapprochement stylistique avec la verrière de Notre-Dame-de-la-Cour du Lantic —due à Olivier Le Coq et Jehan Le Lavenant — avait commencé par suggérer que ces deux artistes pouvaient être responsables du vitrail de Tonquédec. Mais en 1935, constatant que la verrière de St-Nicolas-du-Pélem est très proche de celle de Tonquédec et qu'il est nécessaire de leur attribuer une origine commune, Couffon renonça à cette hypothèse. Il envisagea alors une influence des gravures de l'école de Westphalie, notamment du maître de Schoppingen "en considérant la coiffure caractéristique de saint Pierre, la garde de l'épée du centurion et l'aigle à deux têtes du vitrail de Saint-Nicolas-du-Pélem", mais il concluait qu'il ne pouvait désigner l'auteur de ces verrières.

On sait que, concernant St-Nicolas-du-Pélem, il a cru déchiffrer la signature de l'auteur, un certain Kergal. 

Les auteurs du Corpus observent qu'entre Tonquédec et St-Nicolas-du-Pélem existent des rapports certains, mais sans reprise exacte des mêmes cartons : "la mise en parallèle exacte des réseaux de plomb, du dessin et de la peinture indique qu'il n'y a pas répétition exacte des patrons à grandeur." Il y a partage d'un même matériel graphique, appartenant peut-être à un seul atelier.

  


Sources et liens.

— COUFFON (René)  1935, "Les verrières anciennes des Côtes-du-Nord" Bulletins et Mémoires de la Société d'émulation des Côtes-du-Nord t.67 pp.123-128. En ligne.  http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k441314t/f148.image

 

—  GATOUILLAT (Françoise), HEROLD (Michel) 2005 , Les vitraux de Bretagne, Corpus Vitrearum VII, Presses Universitaires de Rennes pp.100-102.

— BARTHELEMY (Anatole de)  GUIMART (C.) 1849 "Notice sur quelques monuments du département des Côtes-du-Nord". Bulletin monumental. Collection de mémoires et de renseignements sur la statistique monumentale de la France - 2è série, Tome 5, 15è vol. de la Collection. pp. 35-38.

— BARTHELEMY (Anatole de) 1849 " Lettre à Mr Georges de Soultrait sur les armoiries et les monnaies des anciens comtes de Goello et de Penthievre, cadets de Bretagne ». Revue archéologique, Volume 6 partie I, Leleux : Paris 1849. pp 273-287. En ligne.

Par jean-yves cordier
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Mercredi 16 avril 2014 3 16 /04 /Avr /2014 08:44

La maîtresse-vitre de l'église Notre-Dame de Miséricorde à Runan (22).

 

 

 

 

Ma documentation préalable : le vitrail étant daté de 1423, je réunis pour moi-même ces renseignements (cf. sources et liens):

 1°)   En 1423

—Duché de Jean V le Sage (1399-1442)

— Evêque de Tréguier Jean II de Bruc.

2°) Runan appartient au territoire de Chateaulin-sur-Trieux qui prit le nom de paroisse de Plouëc-sur-Trieux. Parmi les nobles de Plouec-sur-Trieux on dénombre à la réformation du fouage de 1426  (Alain) de Kernechriou, Martin Bronier, Jehan de Plusquellec et Jehan de Kerourguy et à la montre de 1481 10 nobles dont  Jehan Kernechriou de Loesic, Jehan le Caourcin, Olivier de Lesqueldry le sieur de Ploesquellec (Source Infobretagne)

3°) René Couffon écrit en 1935:

         Rappelons brièvement que la chartre apocryphe de 1182 relatant les biens des Templiers en Bretagne, mentionne parmi ceux-ci l'église de Runargant. Elle advint ensuite aux hospitaliers ; et dut à ce fait d'être parfaitement entretenue au cours des siècles, comme toutes les églises et chapelles de l'ordre, par les divers commandeurs. Ceux-ci s'en faisaient en effet un point d'honneur, et ne manquaient p d'ailleurs pas de s'attirer l'attention du grand prieuré d'Aquitaine sur les améliorations réalisées, dans le but non désintéressé d' »obtenir une commanderie plus importante.

Mais elle dut principalement sa magnificence aux fondations qu'y firent les ducs de Bretagne, en raison de sa proximité de leur résidence de Châteaulin-sur-Trieux. En 1381, le duc Jean IV y fait fondation d'une chapellenie par semaine, puis le 2 juin 1414, le duc Jean V concède en faveur de la chapelle une foire annuelle le 8 septembre, jour de la fête de Notre-Dame. Quelques années plus tard le 19 mai 1421, il crée une nouvelle foire au jour et fête de saint Barnabé « pour augmentation de la dite chapelle et du service divin en icelle ». Enfin le 28 mars 1436, il concède à la chapelle de Runan une troisième foire le samedi précédant le pardon de la chapelle fixé au dernier dimanche de juillet.

Une enquête du 13 août 1439 nous montre d'autre part que la belle chapelle du midi, due au commandeur Pierre de Keramborgne, dont les armes ornent également les contreforts du porche, avait été terminée l'année précédente.

L'étude architectonique confirme en effet qu'à l'exception de la longère nord et du bas-coté adjacent reconstruits récemment, toute l'église date du début du XVe siècle.

 

Au milieu du XIXe siècle, sous une couche de mortier dont elle avait été enduite probablement pendant la Révolution, Geslin de Bourgogne découvrit et nettoya la belle verrière que nous admirons aujourd'hui, après sa restauration en 1886, par la fabrique du Carmel du Mans. Elle comporte six panneaux renfermant chacun un personnage sous un grand dais gothique et porté sur une console architecturale surmontant elle-même un écu blasonné.[...]  

      Les Hospitaliers.

Il s'agit de l’Ordre des Hospitaliers de Saint Jean de Jérusalem, qui reçut les biens des Templiers vers 1312 . Cet Ordre  dont saint Jean-Baptiste est le saint patron est  organisé en commanderies. Runan appartient à la commanderie du Palacret en Saint-Laurent (près de Bégard), elle-même regroupée au XIVe ou début du XVe siècle environ sous la tutelle de la commanderie de la Feuillée (commune du Finistère ). Les commanderies  possédaient une maison commandale  (ou manoir). Dès 1438 le commandeur Pierre de Keramborgne fit sculpter son blason tenu par des lions au dessus des fenêtres (de gueules à un heaume de profil d'or accompagné de trois coquilles d'argent).

La chapelle Notre-Dame de Runazhan (dédiée à Notre-Dame de Bon-Secours) devient une « église trève » de la paroisse de Plouëc dès 1439. Une léproserie exista à Runan au XVe siècle. Malgré sa richesse, la fabrique de Runan ne devait au commandeur du Palacret que 24 sols de rente, et « pour les offrandes du lieu 100 sols, à la Nativité de Notre-Dame. » Par ailleurs, ce commandeur avait certains droits sur la halle de Runan, et jouissait de treize tenues et d'une dîme. (ici)

 

 

Baie 0 ou maîtresse-vitre.

      Haute de 5,60 m et large de 3,70 m, elle est composée de six lancettes trilobées et d'un tympan de 34 ajours. Elle est estimée dater de 1423 (Couffon).

Dans chaque lancette, une grande niche d'architecture en grisaille et jaune d'argent sur verre blanc avec armoiries dans les socles et fleurs de lys ou armoiries dans les têtes forme le cadre du motif sur verre coloré sur fond damassé alternativement bleu et rouge aux somptueux motifs (Corpus Vitrearum 2005, agrégé C.V. infra)


 Runan 1343c

 

      LES LANCETTES

      Une Crucifixion au Christ entouré de la Vierge et de saint Jean est accompagnée de figures en pied de saint Pierre, de Sainte Catherine d'Alexandrie et de sainte Marguerite (ou Hélène).

 Runan 1350c

 

 

 Trois lancettes de gauche :

                             Runan 1367c

 

 

Première lancette : saint Pierre.

      En zoomant sur l'image (cliquez), on remarque le livre à fermoir, mais surtout le galon d'or du manteau blanc, qui porte des sortes de lettres gothiques répétées régulièrement..

                                Runan 1371c

      Ce gros-plan permet d'une part d'admirer les motifs du fond damassé aux motifs d'oiseaux, d'autre part de noter la précision du travail de grisaille (cils ). Saint Pierre se reconnaît certes à sa clef, mais aussi à sa calvitie respectant un "toupet" ici traité comme une tonsure. 

Runan 9248c

 

 

Socle : armoiries des Le Goalès :

 Le Goalès de Mézaubran : de gueules au croissant d'argent, accompagné de six coquilles de même.

      Dans cette famille, Guillaume de Golès ou de Goalès ou de Goalès de Mézaubran fut abbé de l'abbatiale cistercienne de Plounéour-Menez entre 1462 et 1472.

Devise : faventibus astris (Rietstap)

Début de l'inscription de restauration de l'atelier Huchet (1886) : "Les membres de la fabrique étant MMrs Y. Levézouet maire, J.L. Guillou F. Toullelan, Y.M Guyomard. F. Bihannic..." (voir suite dans la sixième lancette )


Runan 1355c

 

 

Deuxième lancette : la Vierge.

Les lancettes 2, 3 et 4 composent une Crucifixion où la Vierge à gauche et saint Jean à, droite encadrent le Christ en croix.

En zoomant sur l'image (cliquez), on admire le même galon que sur la chape de saint Pierre, et on y lit Varia ou Maria. Le revers du manteau est finement damassé (partie basse).

 

                                         Runan 1370c

 

Le détail de la tête permet de découvrir sous le voile, par transparence, une couronne. C'est du moins l'avis des auteurs du Corpus vitrearum ("Vierge couronnée" p. 96), car je considère qu'il ne s'agit que de la poursuite du motif qui orne l'ensemble de la bordure du manteau.

Beauté du dessin des mains et de celui du visage, dont les yeux sont rehaussés au jaune d'argent.

Un mot sur cette technique, qui devait jadis être apparente sur le visage de saint Pierre, et qui va être découvert sur les personnages suivants : on l'observe à Dol de Bretagne (Baie 8, v.1420), à la cathédrale de Quimper (v.1415) ou dans le vitrail de saint Gilles à Malestroit (1401-1425) L'église Saint-Gilles de Malestroit (56). Vitrail de saint Gilles et saint Nicolas. , ou dans les vitraux du bras nord de la cathédrale du Mans (v. 1435), "ainsi que dans plusieurs panneaux conservés en Ille-et-Vilaine" (C.V. p.28). On voit que cet emploi est limité à un étroit créneau temporel autour de 1420, et spatial dans l'ouest de la France.  Il confère aux personnages une sacralité, extra-humaine, qui évoque  la fonction des fonds d'or dans les icônes ou chez les primitifs italiens. 

Néanmoins, j'ai cru remarquer la même particularité pour l'ânon du Christ dans l'Entrée à Jérusalem de Tonquédec.

Runan 9246c

 

 

 

Runan 1376c

 

Socle : armoiries d'Alain de Kernechriou :

    De Kernechriou (ou de Crec'hriou) seigneur de Lestrézec  écartelé d'argent et de sable

Mais ici, les armes doivent de blasonner  écartelé d'argent et de sable à la cotice de gueules brochant sur le tout

En 1421, Alain de Kernechriou apparaît parmi les 4 nobles de Plouëc-sur-Trieux à la réformation du fouage. En 1437, Alain de Kernechriou appartient aux Nobles de Tréguier et de Goello qui prêtent serment de fidélité (Dom Morice)    

 

Troisième lancette : Crucifixion.

      Fond damassé bleu orné de feuillages et de fruits (grenades ?) qui apparaissent verts par application de jaune d'argent sur le verre bleu. Neuf anges nimbés entourent la croix, dont cinq recueillent le Précieux Sang dans des calices, et quatre se prosternent. Deux os viennent caler le pied de la croix. 

Le Christ lui-même est remarquable par son caractère longiligne et ses traits expressionnistes ou par le ruissellement du sang en longues gouttes souvent groupées par trois.. 

                                Runan 1369c

 


Runan 9254c

 

Socle : armoiries des Le Caourcin :

Jean Le Caourcin de Kerambellec possédait la chapelle privative nord.

Potier de Courcy : Caourcin, Sr de Kerambellec, par. de Runan, — de Remarquer, par. de Penvénan, — de Penanhéro. Réf. et montres de 1427 à 1543, par. de Cavan et Plouec, év. de Tréguier. D'argent à une tête de maure de sable, tortillée du champ.

 

                             Runan 1377c

 

Trois lancettes de droite.

 

                             Runan 1356c

 

 

Quatrième lancette : saint Jean l'évangéliste.

Fond damassé rouge sans motif original. 

Manteau au même galon en festons or à trois perles que le manteau de la Vierge et celui de saint Pierre.

Finesse des doigts entrecroisés.

                                Runan 1359c

Notez à nouveau  les pupilles rehaussées au jaune d'argent, particulièrement impressionnantes ici :

Runan 9249c

 

Tête de lancette :

Au sommet du pinacle central se trouvent les armoiries d'azur au léopard d'or au lambel de gueules de Henri du Parc de la Rochejagu (mort en 1423) et de Catherine de Kersaliou (morte en 1433), dont le gisant se trouve à droite de l'entrée de l'église. Les mêmes armoiries se trouvent aussi au sommet de la lancette voisine dédiée au Christ en croix.

Il s'agit des du Parc de Rosnoën : Église de Rosnoën et ses inscriptions lapidaires : tilde, N rétrograde, et esperluettes! descendant de Maurice du Parc.


 

                                      Runan 1363c

 

 

Socle : armoiries des Le Saint :

Le Saint de Kerambellec : D'argent au lion de sable accompagné de 4 merlettes de même 3 et 1. Leur devise Et sanctum nomen ejus est placé au dessus du retable de la chapelle nord dédiée à Notre-Dame de l'Agonie ...autour des armes des le Caourcin.


                        Runan-1368vvv.jpg

 

Cinquième lancette : sainte Catherine d'Alexandrie.

Fond damassé bleu à rinceaux d'acanthe.

Couronnée, tenant son épée, elle est clairement identifiable, comme appartenant aux quatorze saints intercesseurs et dont on implore la protection face aux dangers du célibat (cf. catherinettes) ou ceux qu'encourent les femmes enceintes.

 


                                   Runan 1358c

 

Runan 9251c

Tête de lancette :

                                          Runan 1364c

 

Socle : armoiries des Lezversault.

Cette identification est donnée par René Couffon et reprise par le Corpus Vitrearum ; l'abbé Monnier les attribuait, avec une lecture erronée (huit besans) aux Le Saint de Kerambellec et de Chevigné, en ajoutant "anciennes armoiries des commandeurs de Dinan". On peut les blasonner de gueules à quatre fuseaux d'argent en fasce accompagné de six besants de même, et les rapprocher des armoiries de Dinan  de gueules à quatre fusées d'hermine posées en fasce, accompagnées de six besants de même

Je recherche donc des informations sur cette famille de Lezversault :

En 1342, Charles de Blois attribua le domaine de Brélidy à la famille de Lezversault. Je trouve mentionnés comme seigneur de ce lieu:

 —en 1453 Yvon de Lezversault,  .

— 1491 : Pierre-Philippe de Lezversault et sa femme Guyonne de  Rostrenen-

— 1501 : Roland de Lezversault

— En 1509 : Jean de Lezversault : Jean de Lezversault (mort après 1509) seigneur de Brélidy et de Lezversault épousa Marguerite de Langourla. A son décès il est qualifié (1511) de "principal héritier et noble fut dudit Rolland de Rostrenen... sr en son temps de Brelledy" ce qui laisse supposer une filiation ; leur fille Péronelle († >1525) * héritière des titres épousa le 13 avril 1505 Jacques du Parc Seigneur de Locmaria en Ploumagoar; sgr de Brelidy et Lézerzault ; le titre de seigneur de Lezversault échut à leur fils François du Parc (>1515-1576), qui épousa  Guillemette de  Kerloaguen  

*Péronelle produit cette année là un aveu pour le domaine  manoir de Lezversault et pour les tenues qui en dépendent à charge de payer  les douaires dus à Marguerite de Bouteville, veuve de Roland de  Rostrenen, seigneur de Brélidy, et à Marguerite de Langourla, dame du Parc,  veuve de Jean de Lezversault (ADLA, B 2296, d'après l'inventaire). Ce qui laisse supposer des liens avec les Rostrenen.

Source : fil de discussion sur yahoo.groupe La Noblesse bretonne.2006.

Une dalle de Runan "portait l'effigie d'un chevalier en armure du XVIe siècle, tombe décorée des armes des Quelen, des Boutteville, des Lezversault et des Rostrenen" (Congrés arch. 1950)

Le même fil de discussion de 2006 signale que "Guy Le Borgne indique : LESVERSAULT en Brelidy Evesché de Tréguier, ancien surnom de cette  maison, C. portoit de gueulle à une fasce fuselée d'argent accompagné de six Besans de mesme trois en chef & trois en pointe , 2 & 1. Maintenant du Parc Locmaria, & Keranroux idem.", entraînant une précision d'Hervé Torchet  "Les armes de Lesversault sont très évidemment dérivées de celles modernes de Dinan (fusées accompagnées de tourteaux, le tout d'hermines et sur champ de gueules."

En consultant à "fusées" le dictionnaire héraldique de Bretagne,   je trouve Cheveigné "4 fusées d'or en fasces, accompagnées" (de sable à quatre fusées d'or en fasce, accompagnées de six besants de même, posés 3, 3. ), puis Dinan (cf.)

Finalement, je trouve dans l'Armorial général de Rietstap :  Lesversault —Bret. De gu. à une fasce de fusées d'arg., acc. de six bes. du même", ce qui confirme le message précédent en en précisant la source, mais induit une confusion en écrivant "une fasce de fusées" avec fusées au pluriel. Voir ici "fusées"

Au total, les armoiries représentées ne sont pas peut-être pas exactement celles des Lezversault , ni exactement celles de Dinan, mais ont des points communs avec les unes et les autres, soit par excès de zèle du restaurateur, soit pour une autre raison.

 

 

 

 

Runan-1356vv.jpg

 

Sixième lancette : sainte Marguerite d'Antioche.

      L'identification de sainte Marguerite (qui accompagne souvent les donatrices, et qui voisine souvent avec sainte Catherine dans toutes les paroisses) n'est pas certaine, car elle tient une croix à longue hampe plutôt qu'un crucifix, et surtout que son fidèle dragon est absent ; aussi Louis Monnier et René Couffon y ont vu sainte Hélène, d'autant que la sainte est couronnée.

Voilà ce qu'écrivent les auteurs du Corpus Vitrearum page 28 :

  "Ces verrières [de Quimper] ont été à juste titre rapprochées de celles de Runan et de Malestroit, où se retrouve le même goût pour les représentations en camaïeu affichées devant des tentures précieuses. La première contient des personnages en pied d'une grande élégance, notamment une sainte Catherine drapées de soieries brodées d'or d'une qualité supérieure aux vitraux de Quimper. L'œuvre, qui paraît un peu plus tardive vers 1423, témoigne de raffinements nouveaux dans le dessin des encadrements architecturaux comme dans l'expression adoucie des figurations"

 Mais R. Couffon nous signale que "ce panneau manquait lors de la découverte de la verrière et a été très habilement refait" ! Louis Monnier le décrivait pourtant en 1900 (Saint Jean et, croyons-nous sainte Hélène et sainte Honorine...).

C'est une incitation à zoomer sur cette splendide robe d'or, son tissu damassé aux pommes de pin. Le brocart est une étoffe de soie rehaussée de dessins brochés d’or et d’argent alors que le damas ou damassé est un tissu (plutôt d'ameublement)  dont les dessins sont tissés et non brodées. Cette robe est très cintrée à la taille, très ajustée sur la poitrine, avec une encolure arrondie , et des manches moulantes recevant les longues mèches de chevelure blonde. Les motifs du tissage sont les fleurs et les pommes de pins.


                                            tissu-damasse  tapis-coupe-velours-bronzin ici.

On admirera aussi la finesse de dentelle des fils d'or qui occupent les coins de la croix.

                                        Runan 1357c

 

 

Mais peut-être n'aura-t-on pas remarqué ce détail : un oiseau, séduit par la parfaite ressemblance des perles de la couronne royale avec des baies sauvages, est venu se poser pour y picorer, continuant à battre des ailes comme un colibri. Éloge suprême pour un artiste, critère comparable à ces chevaux qui ne hennirent que face à un tableau équestre d'Apelle.

 

Runan 9252c

 

Tête de lancette :

                                         Runan 1365c

 

 

Socle (restauré) et Armoiries :

Armoiries mi-parti de Kergrist :  d'or au croissant de sable accompagné de quatre tourteaux de même et de Plusquellec ou Pluscallec chevronné de six pièces d'argent et de gueules brisé d'un lambel d'azur (Tudchentil) (ou selon l'abbé Monnier de Coëtquen : bandé d'argent et de gueules, un lambel à trois pendants d'azur mais ce blasonnement n'est pas retrouvé associé au lambel).

Suite de l'inscription de restauration :

"Cette vitre a été restaurée en 1886 à la fab.[rique] du Carmel du Mans par MMrs Hucher et Fils Successeurs, étant évêque de St-Brieuc Mgr Bouché et recteur de Runan Mr l'abbé F.M. Le Corps ".

Eugène Hucher (1814-1889)  avait repris en 1875 avec son fils Ferdinand la "Fabrique du Carmel', atelier de carmélites (Arrondeau 1997) créé en 1853 et spécialisé dans la restauration des vitraux. Cet ancien employé de l'administration des Domaines, érudit local et ami de l'évêque du Mans Mgr Nanquette avait dessiné dès 1842 les cartons pour les baies du chœur de Notre-Dame-de-la-Couture au Mans, s'était formé auprès des verriers anglais la même année, et avait eu l'idée d'exploiter les calques des vitraux de la cathédrale du Mans, relevés en 1840 par Fialeix, pour les éditer et les colorer en utilisant les carmélites. (Alliou et Brissac 1986) Il devint directeur artistique et archéologique de l'Office des vitraux peints du Carmel du Mans. En 1848 il publie ses  Etudes artistiques et archéologiques sur Ie vitrail de la Rose de la cathédrale du Mans, Monnoyer: Le Mans; en 1850, son Explication des vitraux dits des Monnayeurs placés dans la chapelle du Chevet de la cathédrale du Mans, Monnoyer : Le Mans. Etc. Ce fut aussi un numismate auteur d'une Histoire du jeton au Moyen-Âge, un siggilographe, un amateur de l'Art Gaulois...

Les calques, qui sont conservés au Musée Tessé du Mans, furent édités en un luxueux ouvrage présenté à l'Exposition universelle de 1855.

A la mort de Eugène Hucher en 1889, Ferdinand Hucher lui succéda. L'atelier se trouvait au 116 rue de la Marriette au Mans. Leur travail de restauration —ou de création— se rencontre partout dans l'Ouest, à Saint-Lô, à Dinan, Saint-Pol-de-Léon, Malestroit, Bannalec, etc.

 

 


Runan 1354c

 

 

LE TYMPAN

On y trouve des anges musiciens ( dont l'un joue d'une flûte double ? et l'autre d'un psaltéron), de phylactères avec la devise des ducs de Bretagne A MA VIE, des armoiries couronnées du duc de Bretagne d'hermine plain, ou  mi-parti  du duc Jean V et de la duchesse Jeanne de France. Dans la partie basse, armoiries de Rostrenen à l'extrême gauche ; au centre, deux armoiries de Kernechriou   écartelé d'argent et de sable, et dans les quatre quatrefeuilles, celles, d'azur à dix billettes d'or, quatre, trois, deux et un  de Jean du Perrier comte de Quintin et de son épouse Constance Gaudin décédée en 1423.

 Armes des du Perrier

 

  "Au troisième rang, un écu aux armes des du Perrier et un autre losangé mi-parti : au I, du Perrier, au II, écartelé Gaudin et Brienne de Beaumont, armes de Jean du Perrier, sire de Quintin et du Perrier et de Constance Gaudin sa femme, fille de Péan et de Jeanne Riboule. Enfin au dessus des troisième et quatrième panneaux, un écusson losangé mi-parti du Parc de la Rochejagu et de Kersaliou et autre des armes pleines des du Parc, armes de Henry du Parc Sr de la Rochejagu et de sa femme Catherine de Kersaliou.

Ces grandes armoiries permettent de dater avec une très grande précision la verrière. En effet, l'on sait, d'une part, que c'est par contrat du 3 janvier 1423 que Jean du Perrier, veuf d'Olive de Rougé, épousa Constance Gaudin, et d'autre part, qu'Henry du Parc Sr de la Rochejagu décéda en cette même année 1423 entre le 2 octobre et le 19 décembre. L'on peut donc dater la commande de cette verrière de l'an 1423, les armes d'Alain du Parc, frère et héritier d'Henry, et de sa femme Miette de Tréal n'y figurant pas. Cependant les armes de Catherine de Kersaliou précédant les armes pleines des du Parc indiquent que lors de son exécution, Catherine était sans-doute veuve. Probablement était-elle même la donatrice de la verrière, comme semble l'indiquer la présence de sainte Catherine, elle mourut le 15 novembre 1433.". (R.C.)

 

 

Runan 1347c

 

 

DISCUSSION

Influences stylistiques et atelier.

 

  "La figure des personnages et leurs grandes nimbes, les plis profonds de leurs vêtements dénotent manifestement une influence allemande. Les figures de la Vierge et de sainte Catherine s'apparentent en effet à celles de Conrad de Sœst, du maître de la basse saxe et du maître du Rhin moyen, artistes appartenant tous trois, comme l'on sait, à l'école de Westphalie ; quant aux plis, ils se rapprochent tout particulièrement de la facture du dernier.

Si elle est un peu grise et manque de couleurs, la verrière de Runan est très belle comme dessin. A quel atelier l'attribuer ? En existait-il déjà un à Tréguier ou au contraire doit-on voir là une œuvre de celui de Guingamp ? Il est impossible, en l'absence de textes, de conclure » (R.C)

 Voir Conrad de Soest Wikipédia.


 

Sources et liens.

 — BARTHELEMY (Anatole de)  GUIMART (C.) 1849 "Notice sur quelques monuments du département des Côtes-du-Nord". Bulletin monumental. Collection de mémoires et de renseignements sur la statistique monumentale de la France - 2è série, Tome 5, 15è vol. de la Collection. pp. 35-38.

— COUFFON (René)  1935, "Les verrières anciennes des Côtes-du-Nord" Bulletins et Mémoires de la Société d'émulation des Côtes-du-Nord t.67 pp.101-104. En ligne.  http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k441314t/f126.image

 —  GATOUILLAT (Françoise), HEROLD (Michel) 2005 , Les vitraux de Bretagne, Corpus Vitrearum VII, Presses Universitaires de Rennes pp.100-102.

 — GÉLARD, François . (1900) - In: Revue de Bretagne, de Vendée et d'Anjou (1900), pp 128-135, 372-377

MON(N)IER (abbé Louis)  "L'église de Runan, ses origines, son histoire"  in Revue de Bretagne, de Vendée et d'Anjou, Tome XVIII, du 1° sem. 1900 (06/1900)  page 372- Gallica L'abbé Monnier était desservant de l'église de Runan avant de devenir curé-doyen de Mûr de Bretagne.

—Idem (suite) tome XXIV p. 128  ; p.190

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k411436v/f387.image.r=runan%20vitrail.langFR

— Idem : la maîtresse-vitre page 134 :http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k411436v/f395.image.r=runan%20vitrail.langFR

Idem page 135 :http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k411436v/f392.image.r=runan%20vitrail.langFR

 :http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k411436v/f285.image.r=runan.langFR

 — Idem tome XXV, 57, 198

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k411435g/f134.image.r=runan.langFR.

ROPARTZ  (Sigismond ),1854 "Les Statues de Runan", dans Annuaire des Côtes-du-Nord , Saint- Brieuc, 1854  En ligne :p. 87 (84-92)

 

— Site Topic-topos 

— Site Infobretagne http://www.infobretagne.com/runan-eglise.htm


Par jean-yves cordier
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Jeudi 10 avril 2014 4 10 /04 /Avr /2014 23:19

Les vitraux récents de l'église Saint-Guinal d'Ergué-Gabéric.

 

 

I. Vitraux de François Lorin.

 Baie 6, 7, et  8 par le maître-verrier François Lorin de Chartres, 1947.

vitraux d'après les cartons d'André Pierre.

1. Saint Guénolé bénissant le jeune Gwénaël.

Signature André Pierre inv. à gauche, Lorin Chartres France 1947 à droite.

                               vitraux-recents 0972c

 

 

2. Découverte de la statue miraculeuse de sainte Anne à Auray par Yves Nicolazic .

 

 


                      vitraux-recents 0971c

 


3. Sainte Famille dans l'atelier de Nazareth.

Signature Lorin Chartres 1947 à gauche et André Pierre inv. à droite.

                         vitraux-recents 0975c

 

 

II. Verrières anonymes du XIXe.

Beaux exemples des stéréotypes de l'art suplicien compassé et fade de la deuxième partie du XIXe siècle. Peut-être dues à Guillaume Cassaigne, vitrier quimpérois installé Place au Beurre, puisque celui-ci est intervenu à Kerdévot.

Baie 1 : Sainte Marguerite et saint François.

Le Corpus Vitrearum y voit "sainte Marguerite et saint Tugdual", mais le parallélisme avec la baie 2 du XVIe siècle montrant deux donateurs présentés par saint François et sainte Marguerite me suggère de voir, à droite, saint François. Les trois nœuds de la cordelière rappelle aux franciscains les trois vœux qu'ils ont prononcé, celui de pauvreté, celui d'obéissance, et celui de chasteté.

Dans l'oculus, la colombe en gloire traversant un soleil radieux.


                         vitraux-recents 0976c


2. Baie de façade 10 saint Pierre et Paul.

 restaurée au XXe siècle. Saint Paul fait la promotion de son Épître aux Éphésiens.

Dans l'oculus, une croix potencée mauve sur fond blanc dans un écu couronné.

                       vitraux-recents 0973c


 

 

Baies de façade 9 : le Baptême du Christ

 restaurée au XXe siècle.

Dans l'oculus, armoiries (fantaisie ,) mi-parti de France et d'argnet à quatre fasces de gueules ?

inscription Ecce Agnus Dei sur l'oriflamme.

Cette vitre "copie" la scène du XVIe siècle qui figure dans la maîtresse vitre :

vitraux 0964c

                     vitraux-recents 0974c

 

 

Baie 3 et 5 : grisailles néogothiques.

non photographiées.

III. Baie 4 :  Verrière géométrique par Hubert de Sainte Marie (deuxième moitié XXe siècle). Non photographiée.

Selon Jean-Pierre Le Bihan, elle remplace "un vitrail kaleidoscope de Cassaigne, date proche de 1850".


Par jean-yves cordier
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Samedi 5 avril 2014 6 05 /04 /Avr /2014 15:31

 

 Les vitraux anciens de l'église d'Ergué-Gabéric (29).

 

 

            La Maîtresse-vitre ou Baie 0.


Mesurant 6,60 m de haut et 2,70 m de large, elle est constituée de quatre lancettes trilobées de 4m sur 0,52 m, organisées par cinq barlotières par lancettes en trois registres et douze scènes, et d'un tympan de 14 ajours de 3,20 m de haut, composant deux fleurs de lys. 

Elle est datée grâce à une inscription sur un cartouche à droite : CESTE VICTRE FUT FECTE L'AN MIL VccXVJ [...] et // POUR LORS FABRIQUE.

Classement Mh au titre d'objet  : 25/07/1898/

 

Des verres authentiques (1517) peu restaurés.

Elle a été vraisemblablement été restaurée au XVIIIe (les comptes de fabrique mentionnent alors la remise en état de tout le mobilier) et lors de son classement MH en 1898, et/ou, pour les auteurs du Corpus Vitrearum,"autour de 1900", sans que ces travaux ne soient documentés. En 1942, ils furent déposés et mis à l'abri au musée départemental de Quimper, avant d'être replacés en 1949 par l'entreprise Labouret après nettoyage à l'eau claire. Mais dans l'ensemble, peu de pièces neuves ont été introduites dans les lancettes, à la différence du tympan où presque tous les fonds et une bonne partie des blasons ont été refaits. Plus récemment, la verrière a été nettoyée en place par le maître-verrier Le Bihan de Quimper.

  Cette authenticité fait tout son intérêt, mais la rend plus difficile à lire et à apprécier à un visiteur qui ne prend pas le soin d'une lecture approchée et que les verres rongés des taches sombres de corrosion peuvent rebuter : tout le contraire de sa jumelle, la Passion de Lanvénégen, restaurée avec zèle par Eugène Huchet au XIXe et dont l'avenante clarté se fait au dépens de la conservation des verres anciens.

Des Passions bretonnes issues d'un même atelier.

Car cette Passion ressemble par de nombreux points aux Passions ou Vie du Christ de Plogonnec, de Guengat, de Penmarc'h et de Lanvénégen, et provient selon Roger Barrié d'un même atelier, sans-doute celui des quimpérois  Laurent et Olivier Le Sodec. Le recherche de ces points communs et des différences propres à chaque paroisse rehausse considérablement l'intérêt de son étude. J'ai donc mis en parallèle les panneaux communs aussi souvent que possible.

 Voici les autres verrières contemporaines du Finistère, avec lesquelles existent des rapports de similitude (mêmes cartons), de thème, d'histoire (même influence des familles nobles) ou de comparaison. Tous ces éléments sont issus de la thèse de Roger Barrié :

 

Le début du XVIe siècle.

Le vitrail est daté de 1517 :

— Clergé : On ignore le nom du recteur en poste, mais en 1534 il s'agira de Guy de Keraldanet. L'évêque est Claude de Rohan de 1501 à 1540, mais  ce simple d'esprit est incapable d'exercer sa charge et c'est l'abbé de Daoulas Jean du Larguez qui administre le diocèse.

— Le Duché est dirigé par Anne de Bretagne de 1488 à 1514. Elle a épousé Charles VIII en 1491, et celui-ci a obtenu l'administration du duché. A la mort du roi en 1498, Anne reprend son titre de duchesse et retourne en Bretagne et Louis XII en 1499.

— Le roi en 1517 est François Ier (1515-1547). Les Guerres d'Italie, débutées en 1494, et auxquelles participe la noblesse bretonne, ouvre nos provinces à l'infliuence des arts et de la culture de la Renaissance.

—Les Grandes Heures d'Anne de Bretagne enluminé par Jean Bourdichon date du tout début du XVIe siècle.

—En 1514, Alain Bouchart publie les Grandes Croniques de Bretaigne



                                  vitraux 0952c


                     REGISTRE INFÉRIEUR.

J'ai repris les descriptions de Roger Barrié (R.B) et du Corpus Vitrearum (C.V) en les complétant de mon modeste grain de sel.

vitraux 0955c

 

  I.   Nativité.

"Enfant restauré au début du XVIIe." (C.V).

"Autour du berceau d'osier, la Vierge en prière et saint Joseph dans l'attitude de l'émerveillement se détachent devant une masure ruinée, couverte de chaume ; on ne voit que les têtes de l'âne et du bœuf. L'étoile se détache sur un fond rouge damassé." (R.B)

                        vitraux-8944c.jpg

 

"Même carton à Guengat en a3" (R.B) : mêmes couleurs des vêtements et du fond, même étoile (gravée à Guengat), et jusqu'au bouton identique à l'encolure du manteau de la Vierge. (Cliquez pour agrandir).

Guengat vitraux 0377c Ergué-Gabéric :vitraux 8944c

 

II.  Circoncision.

"Enfant restauré au XVIIe siècle." (C.V)

"La Vierge présente l'enfant dénudé sur un autel couvert d'une nappe au mohel qui, tenant le sexe de l'enfant, ajuste le couteau. Ce dernier est richement habillé : mitre à cabochon, camail en pointe décoré de même, dalmatique damassée, tunique rayée de brocart. Entre eux, un diacre, les cheveux courts, présente un livre ouvert ; à l'arrière plan, on distingue dee gauche à droite les têtes d'une femme agée, de saint Joseph penché en avant, d'un homme à longue chevelure et coiffé d'un grand chapeau, et celle d'un homme à bonnet rond. A la fin du Moyen-Âge, le thème est contaminé par celui de l'imposition du prénom, d'ou le registre ouvert, ainsi que par celui de la présentation au temple, ce qui explique l'assimilation du mohel au vieillard Siméon et la présence de la prophétesse Anne. Fond vert damassé. Sur le galon de la manche gauche de la dalmatique, on lit : VICTORIAC... et sur ceux de la fente latérale AVIDE...AEVNX et CA." (R.B)

                                      vitraux 0962c

 

"Le même carton se trouve à Guengat (b3) et à Penmarc'h (c1) avec quelques différences dans l'habillement du mohel et le nombre des personnages secondaires." (R.B)

 

Guengat  vitraux 0378c (2)  Penmarc'h  saint-nonna 5305c  Ergué vitraux 0962c

 

 

 

III. Baptême du Christ.

"Bien conservé, plomb de casse" (C.V)

"Saint Jean verse l'eau baptismale avec une cruche sur la tête du Christ immergé et recueilli pendant qu'une colombe se penche au dessus de sa tête. Fond damassé rouge." (R.B)

                                     vitraux 0964c

      "La position des personnages est identique à Guengat (c3) et Penmarc'h (d2)" (R.B)

Guengat  vitraux 0379c Penmarch :vitraux 5304cc Ergué vitraux 0964c

 

 

 

IV. Entrée à Jérusalem.

"Bas de la tunique du Christ restauré" (C.V)

 

"Le Christ, monté sur l'ânon et suivi des apôtres dont on voit trois visages, est acclamé à la porte des remparts par un groupe de quatre hébreux ; des deux premiers, adolescents en tunique courte, selon le texte de l'évangile apocryphe de Nicodème, "pueri Hebraeorum" , l'un bat des mains et l'autre tient un rameau. Au fond, un personnage adulte se décoiffe. Fond bleu damassé. (R.B)


                                 vitraux 0963c

 

 

 

                          REGISTRE MÉDIAN.


I. Communion des apôtres.

"Restauré : drapé de la nappe d'autel, tête d'un apôtre." (C.V)

"Le Christ debout tient un calice et présente l'eucharistie à saint Pierre agenouillé au premier plan ; huit têtes d'apôtres sont étagées à sa droite. une table recouverte d'une nappe blanche damassée, avec dentelles, en occupant le centre comme [dans] la Circoncision, sépare les protagonistes et donne de la profondeur à une composition délicate. Le calice est figuré comme une pièce d'orfèvrerie gothique à pied et nœud polygonaux. Fond vert damassé". (R.B)

                              vitraux 0961c

      vitraux 8943cc

 

Comme on le voit, ni les auteurs du Corpus ni Roger Barrié ne s'interrogent sur l'originalité de ce thème. Surtout, ce dernier, si attentif aux ressemblances à l'intérieur du groupe d'œuvres issu de l'atelier de Quimper (c'est l'objet principal de sa thèse) s'abstient de souligner l'existence d'une scène analogue à Lanvénégen, encore plus rare, la Communion de Judas. 

  Choisir de représenter une Communion des apôtres en lieu et place d'une Cène (c'est à dire l'allégorie d'un sacrement plutôt que la simple mise en image du récit évangélique) suppose un choix de nature théologique, dont la détermination mériterait d'être étudiée, dont les sources (homélies, travaux de théologiens, iconographie) attend d'être précisée. De même, l'inversion de sens entre une Communion de saint Pierre d'Ergué-Gabéric —la Cène comme institution de l'Eucharistie—  et une Communion de Judas de Lanvénégen — achoppement  possible de la doctrine, mais débat sur le libre-arbitre —  ne peut être occultée.


Lanvénégen  lanvenegen 1109v Ergué : vitraux 0961c

 

 


II. Le Christ au Jardin des oliviers.

"Avec Dieu le Père figuré à l'identique du Fils (peu restauré)." (C.V)

 

"Le visage du Père, tel un reflet de celui du Fils, apparaît au Christ en prière pendant que les apôtres dorment ; le lieu est symbolisé par un arbre et par une clôture de branches tressées. Alors que Jacques et Jean dorment la tête dans la main ouverte et appuyée sur l'avant-bras dressé c'est-à-dire dans la position traditionnelle du sommeil depuis l'art roman au moins, Pierre est couché de tout son long en travers de la scène, enveloppé dans un grand manteau rouge qui couvre même la tête et d'où ne dépassent que le profil, la garde du glaive et les pieds nus. Sol parsemé de plantes à tiges et fond violet damassé ." (R.B)


             vitraux 0967c

 

vitraux 8948c

 

On comparera avec Lanvénégen. (dans les deux cas, le verre rouge doublé, rongé par la corrosion, et particulièrement mince sans-doute, perd sa couleur)

 

      Lanvénégen lanvenegen 1110c  Ergué vitraux 0967c

 

 

III. Le Baiser de Judas.

"Presque intact" (C.V)

"Le Christ recolle l'oreille de Malchus assis à terre avec lanterne et hache pendant que Judas l'embrasse en cachant sa bourse et que Pierre rengaine son glaive. Deux soldats à droite, dont l'un en armure avec hallebarde. Les cimeterres de Malchus et du soldat sont sur le même modèle, avec fourreau damasquiné, comme celui du Portement. Fond damassé bleu." (R.B)

                        vitraux 0966c

 

vitraux 8949ccv

 

 

Comparons avec Lanvénégen :

 

Lanvénégen  lanvenegen 1111c Ergué : vitraux 0966c

 

 

 

IV. La Flagellation.

"Panneau inférieur complété" (C.V)

 

"Il convient d'intervertir cette scène avec la suivante au registre supérieur pour conserver la cohérence du récit. Les bas de chausses du bourreau de droite sont tombés au cours de l'effort ; l'autre bourreau tient la corde qui attache le Christ à la colonne par la taille ; il porte un bonnet enfoncé jusqu'à l'oreille au lobe de laquelle pend un grelot. Ces détails pittoresques relèvent de l'iconographie courante au XVe siècle principalement dans l'art flamand. Pavage du sol constitué de cercles et de losanges alternés comme dans la Comparution devant Pilate. Fond rouge damassé." (R.B)

                     vitraux 0965c

 

vitraux 8937c

 

"Carton identique à Penmarc'h" (R.B). on comparera aussi avec Lanvénégen, sur un carton inversé, où la même boucle d'oreille s'observe.

Bien que cette boucle ressemble, à Ergué-Gabéric, à un grelot en raison d'un trait noir en partie inférieure, cela semble à mon avis un artefact sur une boule ou un anneau.

 Penmarc'h vitraux 5304cLanvén.lanvenegen 1115vErvitraux 0965c

 

 

 

                        REGISTRE SUPÉRIEUR.

 

 


I. Comparution devant Pilate.

"Bouche-trou remplaçant la tête du chien." (C.V)

"Carton exactement identique à ceux de Plogonnec (c1) et de Lanvénégen (d2). On distingue bien ici la décoration florale sculptée sur le dessus du trône. Deux lignes de lettres sur la panse de l'aiguière : "VOEAIVRE" ; sur le galon de la tunique courte du serviteur, on lit "E....OV...V..." et sur le camail "NDREIOV". Fond damassé bleu." (R.B)

 

vitraux 8924c

 

 

Comparaison avec Plogonnec et Lanvénégen :

Plola-passion 0333caLa lanvenegen 1112c Ergvitraux 8945cc

 

Roger Barrié ne mentionne pas ici le petit chien qui, au pied de Pilate, aboie vers le Christ. Pourtant, il est présent à Plogonnec et à Ergué-Gabéric, et j'ai montré qu'on le retrouvait sur des gravures de Dürer et de Schongauer.

A Plogonnec :

                      la-passion 0334c la-passion 0332c

 

 vitraux 8945cc 

 

 

II. Portement de croix.

 

"Carton identique à celui de Plogonnec (b1) mais la composition est inversé ; seul diffère le sol, ici jonché de cailloux. Fond rouge damassé." (R.B)

 

 

                                                vitraux 8946v

 


vitraux 8946vv

 

Plogonnec la-passion 0317c    Ergué vitraux 8946vv

 

 

 

 

 

 

 

III. Crucifixion.

      "Manteau du cavalier de droite restauré" (C.V)

"Carton exactement identique à celui de Plogonnec (a2) et partiellement à celui de Lanvénégen  (b3). Fond damassé rouge." (R.B)


 

                                    vitraux-0957ccc.jpg

Plogonnec :


la-passion 3550cPlogonnec, détail  la-passion 8767c

 

Lanvénégen :

lanvenegen 1121v

 

IV. Résurrection.

" peu restauré" (C.V)

" Carton exactement identique à celui de Plogonnec (d2) ; mais le sépulcre est ici curieusement orné de curieuses baies trilobées inscrites dans des ouvertures rondes, le tout comme déformé par un rendu maladroit de la perspective. Fond damassé bleu" (R.B)

 

                                vitraux-0957cc.jpg

Plogonnec : 

la-passion 8778c

la-passion 8780c


 

LES DAIS ARCHITECTURAUX.

      "Têtes de lancettes : dais plus élevés, ornés de colombes et de statuettes d'anges jouant de la flûte et du tambour" (C.V)

Voilà la description de Roger Barriè : attention, morceau de virtuose !

   "Dans l'encadrement des scènes, on retrouve de nombreux motifs Renaissance rencontrés à Plogonnnec, constituant des structures identiques ou très voisines, dans le même esprit ornemental. Aux soubassements des lancettes a et d ; les consoles cantonnées de pattes ailées délimitent des niches creusées dans un stylobate mouluré ; des angelots munis d'une cornemuse se dressent dans ces niches à tenture et à pavage régulier. En d, le bas de la console est interrompu par une inscription en minuscules gothiques, aujourd'hui masquée par la prédelle du retable baroque et assez mutilée ; nous la restituons ainsi : « Ceste Victre. fut. fecte ./ (en). lan.mil.Vcc. et ./ (esto) et. pour. lors.fabriq/ue. - - jeh - -al - - - - » ; le millésime est indubitable. En b, le stylobate est encadré de pilastres dont les panneaux figurés et la corniche sont semblables à ceux des soubassements a et d de Plogonnec."

      "Les scènes du premier et du second registre sont séparés par des arcatures reposant sur des culots ornés, sans liaisons avec les socles ; leur dessin est obtenu par la juxtaposition de portions de cercles de centre différent. En a et de, le profil de l'arcade est constitué 'une corniche à oves, avec enroulements ; des oiseaux portent dans le bec une guirlande de feuillages qui, s'attachant à la clef de voûte saillante, retombe en pendentif ; par contre, en b et c, deux éléments composés chacun de feuilles d'acanthe liées, motif déjà relevé à Plogonnec, dessinent l'arcature avec guirlande de perles et pendentif, devant une architrave. Dans ces deux types d'arcature, reviennent des détails ornementaux du soubassement : cabochons en carré concave, fleurs d'attache des guirlandes de perles, et corniche à petites feuilles plates. 

    "La même symétrie dans la décoration des lancettes différencie les couronnements. En a et d, deux anges tenant une cornemuse sont assis sur le dos de l'arcade en plein cintre, ornée de godrons et de cinq guirlandes ; la clef de vote est occupée par un musicien profane, debout sur le pendentif, jouant de la flûte à bec et du tambourin. Surmontant le tout, un entablement supporte un candélabre où se combinent, de la base au sommet, la console et trois paires de pattes ailées. En b et c, la même arcature, plus chargée de guirlandes et de rangs d'oves, est timbrée d'un cartouche où figure en caractères gothiques le sigle de Jesus Hominum Salvator (1), et porte les motifs d'acanthes, ici garnies de poires. Au dessus, un entablement convexe, cantonné de pilastres à panneaux figurés, a pour fronton une paire de pattes ailées et un couple de dauphins aux angles ; il est terminé par un bourgeon naissant qu'enserre une couronne ducale très semblable à celle des blasons de tympan, des candélabres à Plogonnec et des anges du tympan à Penmarc'h."

  " (1) Dans sa hâte à déchiffre partout des dates et des signatures, Couffon (1952, p14) a pris pour une date de restauration 1728, imaginaire mais fort plausible au demeurant, la forme contournée de ces minuscules gothiques agrandies ainsi que l'abréviation par suspension [tilde] du mot hominum, soit I.~H.S"  (Roger Barrié page 19)  

 Du grand art, que je compléterai seulement en signalant que le musicien joue du "galoubet" ou "flûte de tambourin" indissociable du tambourin suspendu au poignet gauche; il s'agit d'une flûte à bec qui se joue à une main (la gauche), la main droite étant occupée à frapper le tambourin (cf joueur de la lancette d, mieux lisible). On voit que la flûte, évasée à son extrémité, est dotée de deux trous près de l'embouchure et d'un autre au-dessus. Le tambourin est ici de faible hauteur, mais la peau est tendue par un laçage en X comparable aux tambourins provençaux. Une barre divise le cadre en deux.

 Wikipédia

Cet instrument que l'on associe à la Provence et à la Gascogne n'est pas rare en Bretagne à la Renaissance, et figure sur le tympan de l'église de Bulat-Pestivien ou celui de la Passion de St-Armel de Ploermel:

Les vitraux de Bulat-Pestivien : les Anges Musiciens.

 Les vitraux de l'église Saint-Armel de Ploërmel. 

Mais Roger Barrié a pu montrer que ce personnage était copié d'une gravure du successeur du Maître E.S, Israhel van Meckenem La danse à la cour d'Hérode,  1er état vers 1490, Paris, RMN musée du Louvre, collection Rothschild et v. 1500, gravure, National Gallery of Art, Washington 

Détail :

La-danse-a-la-cour-d-Herode-Israhel-van-Meckenem-1490-v.png

 

L'exactitude de la reproduction (même coiffure, mêmes chaussures, même large pli d'encolure, même manche gauche évasée...permet non seulement de suspecter, mais d'affirmer que le cartonnier breton s'est inspiré des gravures rhénanes, gravées une vingtaine d'années auparavant. D'autres détails (enjambement du tombeau par le Christ dans la Résurrection, "grelot" à l'oreille du bourreau du Couronnement d'épines, pied d'ancolie, ...) indiquent aussi cette source d'inspiration germanique auprès des graveurs de la première génération (1430) ou de la deuxième génération (1460 :Maître E.S, dit encore Maître de 1466) précédant Schongauer et Dürer, eux-mêmes cités par la présence du petit chien.


Quand aux quatre cornemuses (deux autour de chaque joueur de flûtet), elles comportent un réservoir, un porte-vent, un hautbois et un bourdon d'épaule.

On note aussi l'alternance de la couleur du fond : rouge-bleu-vert-rouge.

                          vitraux 8916c

vitraux 8917c

 

 

                              vitraux 8918c

 

vitraux 8919c

 

 

 

                                LE TYMPAN

 

 

tympan 0958v

 

I. Premier registre de quatre panneaux.

 Saint Barthélémy. (attribut : le couteau par lequel il fut dépecé).

Jeune homme sans nimbe, tenant une palme.

Saint Michel.

Saint André. (vêtu comme Barthélémy et tenant, comme lui, un livre, à fermail). Il existe à Ergué-Gabéric une Chapelle Saint-André qui date de 1608.


tympan 0958vc

 

 

II. Le soufflet.

   "De haut en bas, et de gauche à droite, trois blasons timbrés de la couronne ducale, entourés du collier de Saint-Michel, et posés sur un sol jaune herbu :

  • écu écartelé au 2 et 3 Bretagne, au 1 et 4 France, bien que les fleurs de lys aient été remplacées par des morceaux de verre bleu.

  • écu mi-parti France et Bretagne. ;

  • écu plein Bretagne.

Au dessous, deux blasons encadrent une scène figurative ; entours du collier de saint Michel, ils sont posés sur un listel ; sur celui de droite on déchiffre : DEVM ;

  •  écu de gueules à trois épées d'argent, garnies d'or, les pointes en bas, rangées en bandes, qui est de Coetanezre, famille possédant la seigneurie de Lézergué dans cette paroisse et fondue en 1532 dans Autret, ce qui donne un terminus ante quem pour dater ce vitrail. Ces seigneurs semblent y avoir possédé les prééminences après la Couronne ;

  • Père Eternel et crucifié : le Père, assis dans un fauteuil présente le crucifié en tenant les branches de la croix ; même style que dans les lancettes.

  • écu mi-parti inconnu.

Au dessous, quatre blasons avec collier et listel, présentés par des anges dont les têtes sont toutes anciennes : 

  •  écu de gueules à la croix potencée d'argent cantonnée de 4 croisettes de même, qui est Lézergué, seigneurie de la paroisse possédée par les de Coetanezre;

  • écu mi-parti de Coetanezre et de Lézergué ; sur le listel : CREA..

  • écu écartelé au 2 Coetanezre, au 4 Lézergué et au 1 d'un blason très proche de Autret. Il s'agit très probablement des armes de Jean Autret, époux de Marie de Coetanezre qui lui apporta Lézergué.

  • Écu mi-parti Coetanezre et de gueules à 3 fers d'épieu d'argent qui est de Lescuz, timbré d'un casque taré montrant une grille à barreaux verticaux et sommé d'un cimier à plumes ; le timbre indique le titre de marquis ; c'est le seul blason totalement ancien. Il s'agit de Jean de Coetanezre et de Catherine de Lescuz.

 

Au dessous des fleurs de lys dessinés par les meneaux, on a regroupé sans cohérence des morceaux de provenance diverse : 

  • Saint Bartholomé, en manteau blanc à bordure d'or.

  • Mosaïque de pièces anciennes où se détachent une tête masculine et la palme du martyre ;

  • Saint Michel terrassant le démon qui est en verre rouge très léger ; tête du saint du XIXe siècle ;

  • Saint André, de la même série que le premier, mais le visage a disparu. (R.B page 21)" 

 

 

tympan 0959v

 

 

 

 

Aspect technique.

"Les verres.

Les verres vieux rose, violet et mauve, teints dans la masse, sont les plus minces ; l'épaisseur des rouges et bleus doublés est évidemment plus importante. Une pièce du chapeau de Pilate et une autre de sa robe au niveau des genoux présente des bulles de forte taille, très allongées et parallèles, ce qui indique que le verre a été soufflé en manchon.

La dimension des pièces appelle les mêmes remarques qu'à Plogonnec notamment pour la juxtaposition des faces et profils, comme dans l'Arrestation, et la découpe séparant les visages des coiffures. Seule pièce large (H =14cm ; l = 17cm) avec trois visages dans la même position, les juifs de l'Entrée à Jérusalem, aujourd'hui fêlée.

La ligne de coupe des verres est guidée par une certaine facilité, sans angles aigus ou rentrants très accusés. De même la mise en plombs ne manifeste pas de virtuosité : quelques inévitables piques, ceintures et cordes sont serties mais aucun galon de vêtement ; les plombs servent aussi à creuser des profils comme celui de Jean-Baptiste. La seule concession à l'habileté technique était l'étoile de la Nativité qui, à l'origine, était incrustée dans la pièce de fond, rouge damassée, brisée aujourd'hui. Il n'y a aucune gravure de verre doublé sauf naturellement dans le tympan pour les pièces anciennes des blasons de Coetanezre et de Lézergué, aux meubles sur fond rouge." (R.B)

Les familles nobles.

Famille de Coetanezre : (selon le site grandterrier.net)

Le lieu noble de Coetanezre est situé en la paroisse de Ploaré. En 1517, date de création du vitrail, ce nom peut correspondre à deux personnages, portant le même prénom Jean :

1°) Jean de Coetanezre (acte pour Lesergué en 1497, † après le 6 septembre 1512 et avant 1523) sieur des Salles en 1488/1489, marié avec Catherine de Lescuz (décédée le 4 juillet 1500 et inhumée aux Cordeliers de Quimper).

Il rendit aveu en 1497 pour « un manoir et héritages, de grands et somptueux édifices, plusieurs hommes et sujets », auquel le roi et le duc de Bretagne répondent par lettres patentes.

2°) D'où Jean de Coetanezre, seigneur des Salles (Avant 1494/décédé 11/09/ 1537, inhumé aux Cordeliers de Quimper) marié avec Amice de la Palue

D'où deux enfants

1. Charles de Coetanezre : À la mort de Charles de Coetanezre, en janvier 1548, sa sœur Marie Autret hérite de Lezergué (ADLA, B 2013/1) :

 

2. Marie de Coetanezre, dame de Lezergué († après 1548)  marié en 1532 avec Jean Autret seigneur de Lezoualc'h, sieur de Kervéguen, décédé après 25 mars 1574, fils de Jean Autret, seigneur de Lezoualc'h†1547 et Catherine Le Picart, dame héritière de Kervéguen.

 

LA BAIE DE LA CHAPELLE SUD OU BAIE 2.

       Cette petite baie haute de 1,70m et large de 1,20m située au-dessus de l'autel du bas-côté sud se compose de deux lancettes et d'un tympan en fleur de lys. Sa date est estimée vers 1515 (C.V). 

I. LES LANCETTES.

Elles représentent un couple de donateurs agenouillés et présentés par un saint. Le fond damassé est agencé comme une tenture à bordure supérieure et inférieure dorée. Ils sont surplombés par un lourd entablement aux culots supportant deux putti blonds tenant une guirlande. Deux grotesques occupent les oculi centraux, côtoyés par deux visages plus aimables. Dans l'écoinçon losangique entre les lancettes, un Christ séraphique rouge sur fond jaune.

 

vitraux 0947c

 

 

A gauche, sur un fond damassé violet, saint François d'Assise (paumes stigmatisées, nimbe vert clair gravé de pastilles, bure serrée par la cordelière)  présente un donateur, François de Liziard, seigneur de Kergonan, agenouillé, les mains jointes, devant un prie-Dieu recouvert, d'un tapis et d'un livre ouvert. Il est revêtu de l'armure de fer, par dessus laquelle il porte une dalmatique à ses armes, d'or à 3 croissants de gueules.

Sur la bordure dorée se déchiffre une inscription .AC....AVOTES



                             vitraux 0950v

 

 

Dans la lancette de droite, la donatrice est vêtue d'un corselet d'hermine, d'une robe bleue (manches) et d'or à 3 croissants de gueules. Elle est coiffée d'un chaperon blanc lui même posé sur une coiffe de linge fin, et surmonté d'une curieuse pièce bleue semblable à un bijou. Un voile, blanc encore, tombe sur les épaules. 

Si on considère (édition 1901 de la Vie des saints d'Armorique d'Albert le Grand)  qu'il s'agit de  l'épouse de François Liziart, Marguerite de Lanros, on en déduit que la sainte qui la présente et dont le seul attribut est "une croix légère, aux extrémités bourdonnées" n'est autre que sainte Marguerite. (Pourtant, cette règle de la présentation par le saint ou la sainte correspondant au prénom est loin d'être de vérification constante).  Mais ici, l'identification est cohérente avec l'iconographie qui représente la sainte munie du crucifix par lequel, dévorée par un dragon, elle a réussi une sorte de césarienne de l'intérieur, s'est extraite du ventre immonde et a gagné ses galons de patronne des sages-femmes. On comparera cette Marguerite, par exemple, à celle de saint-Rémi-de Céffonds

  On est alors amené à chercher quelque part le fameux dragon dont elle s'est issu (puisqu'il a fallu qu'elle en issit). Et on le trouve, du moins le bout de sa queue, sous forme de ce huit vert qui, lorsqu'on connaît bien l'animal, est tout à fait caractéristique. Mieux, en cherchant encore, je trouve l'œil, puis le naseau (gauche), ses écailles vertes tachant de se dissimuler à l'arrière de la robe céladon de notre vierge et martyre. Et enfin, là, crevant les yeux désormais, ses crocs venimeux cherchant encore à abuser des vertus moins déterminées. 

Comme à gauche, le galon d'or de la tenture porte une inscription AVE C.....TOI. (?)

                                            vitraux 0949c

 

La famille (de) Liziart.

—Louis François  de Liziart et son épouse  Marguerite vécurent  entre 1481 et 1540. Le lieu noble des Liziart était à l'origine à Rosnoen, mais le fief de Kergonan se trouve à l'extrémité nord-est d'Ergué-Gabéric. Leur fils Jehan succède en 1562 à François, et il est présent à la montre de Quimper.

— "François Lisiard" est mentionné à la Montre de Cornouailles de 1481, mais, mineur, il y est représenté par Louis le Borgne, archer en brigantine. Le 15 mai 1540, François Lyzyard rend aveu pour Kergonan (Archives départementales de Loire Atlantique B 2011/6).

 —Les armoiries étaient gravées sur la tombe familiale à enfeu de l'église paroissiale saint Guinal, à droite de l'autel, par droit accordé à  François Liziart, sr de Kergonnan  par acte prônal du 16 septembre 1495.

—Une pièce d'archive départementale de Loire Atlantique  mentionne Marguerite de Lanros : 

ADLA B 1215 - Paroisse d'Elliant. Le manoir et lieu noble de Hirberz ou  Hilberz possédé par Marguerite de Lanros, tutrice de Germain de  Kersalaun son fils, écuyer (1541), laquelle a déclaré aussi le manoir de Treffynec.  

— Les armoiries des Liziart sont aussi visibles sur une pierre tombale actuellement conservé au manoir du Cleuyou (Ergué-Gabéric) où une visite organisée pour la Société d'Archéologie du Finistère m'a permis de la photographier (2012); surmonté d'un cimier au cygne majestueux, c'est vraisemblablement la pierre de l'enfeu des Liziart.

 

                               vitraux-3632.jpg

 

 

Sources :

— Le site grandTerrier.net de Jean Coignard :

— Werner Preißing, 2013, Le Manoir du Cleuyou

— GATOUILLAT (Françoise) HEROLD (Michel), Les Vitraux de Bretagne, Corpus vitrea rum France recensement VII, Presses Universitaires de Rennes : Rennes 2005 pages 157-159.

 

 — BARRIÉ (Roger)  Etude sur le vitrail en Cornouaille au 16e siècle : Plogonnec et un groupe d'églises de l'ancien diocèse de Quimper / ; sous la direction d' André Mussat, 1979  Thèse de 3e cycle : Art et archéologie : Rennes 2 : 1979. Bibliogr. f. 9-32. 4 annexes (vol. 2)

Par jean-yves cordier
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