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6 décembre 2016 2 06 /12 /décembre /2016 20:25

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Le visiteur de l'église de La Martyre y trouve sur une série de kakemono de nombreuses informations sur l' intérêt artistique qu'elle présente. Il peut ainsi lire : 

"Au cours des travaux de restauration, des fresques, estimées comme datant du XIVe siècle ont été découvertes en  1996-1997 lors de la réfection des enduits du vaisseau central de la nef.. Bien qu'elles soient  très dégradées, ces peintures murales ocres sont  un témoignage plutôt rare de l’art pictural religieux en Bretagne. Désormais, il est possible de reconnaître le Jugement Dernier sur le mur ouest du chœur, et, sur son mur sud, quelques fragments de la dernière Cène. Une histoire en 14 tableaux est également lisible sur le mur sud de la nef. On distingue un banquet, un personnage au pied d'une Vierge à l'Enfant ou au chevet d'un malade." 

Effectivement, les peintures sont bien visibles, mais il est difficile de trouver des informations les concernant. Elles ne semblent pas avoir fait l'objet de publications spécialisées. 

PRÉSENTATION.

Bien qu'une bonne part ne soit pas conservée,ou réduite à une bande jaune sale,  ces peintures occupaient manifestement toute la portion des murs latéraux de la nef et du chœur comprise entre le sommet des arcatures d'ogive et la charpente (et montaient même plus haut car elles ont été amputées de leur sommet), ainsi que la partie supérieure de l'arc diaphragme séparant en deux la nef et le chœur, tant sur  la face est que la face  ouest . Elles sont divisées en carrés, sur les murs latéraux, par des lignes dédoublées de peinture rouge. Les parties basses, entre les arcatures, reçoivent des motifs répétitifs de rosettes, de roues, etc. 

Toute la décoration du chœur n'est plus discernable, à l'exception du mur ouest et de son angle sud-ouest, dédiés au Jugement Dernier.

Celle de la nef semble plus prometteuse, car des silhouettes, des lits, des remplages gothiques, sont bien distincts et semblent annoncer un cycle historié. Mais, hormis une Sortie du Tombeau au dessus de l'arc diaphragme, rien ne permet de proposer une interprétation valide.

Si on place à part le mur qui les sépare,  la nef et le chœur ne peuvent être comparés dans leur ornementation  entre eux, et rien n'affirme qu'elles relèvent de la même datation et du même auteur.

Les couleurs sont l'ocre jaune et l'ocre rouge, avec par endroits l'utilisation de dessins au trait, noir.

1. Le chœur.

Note : je nomme "chœur" la partie antérieure à l'arc diaphragme pour reprendre l'usage qu'en fait Jean-Jacques Rioult (2007).

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Vue du chœur vers le chevet. Photographie lavieb-aile.

Vue du chœur vers le chevet. Photographie lavieb-aile.

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Vue du du chœur vers le diaphragme. Photographie lavieb-aile.

Vue du du chœur vers le diaphragme. Photographie lavieb-aile.

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Vue du du chœur vers le diaphragme. Photographie lavieb-aile.

Vue du du chœur vers le diaphragme. Photographie lavieb-aile.

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Peintures murales de l'église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.

Peintures murales de l'église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.

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Mur nord du chœur, première travée. Photographie lavieb-aile.

Mur nord du chœur, première travée. Photographie lavieb-aile.

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2. Les trois travées de la nef.

 

 

 

Vue de la nef vers le chœur. Photographie lavieb-aile.

Vue de la nef vers le chœur. Photographie lavieb-aile.

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Revers du mur diaphragme, vu de la nef. Photographie lavieb-aile.

Revers du mur diaphragme, vu de la nef. Photographie lavieb-aile.

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Mur sud de la  nef. Photographie lavieb-aile.

Mur sud de la nef. Photographie lavieb-aile.

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Mur sud de la  nef. Photographie lavieb-aile.

Mur sud de la nef. Photographie lavieb-aile.

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LA DATATION.

Datation stylistique ou datation par le support ?

L'affirmation d'une datation du XIVe n'a pas été critiquée, mais elle se heurte pourtant à une incohérence : hormis la tour-porche occidentale (début XIVe), toute l'église (succédant à un édifice antérieur) a été édifiée à partir du début du XVe siècle, comme l'a montré J-J. Rioult 2007. 

a) Les partisans d'une église en partie romane, et d'une nef du XIVe siècle :

 

— "Dés que l’on entre à l’intérieur de l’église, on est frappé par l’ampleur de l’espace qui se répartit entre un bas-côté et deux nefs identiques, mais dont la première remonte aux XIVe et XVe siècle et la seconde au XVIe siècle. La première nef a conservé sa base romane des années 1200. Elle a été reconstruite lors des grands travaux des années 1450, suite aux lettres de franchise d’impôt décrétée par Jean V et à la tempête qui a détruit l’édifice ancien.
C’est en 1756 que le chevet plat fut transformé, entraînant un réaménagement du vitrail de la Passion.

Le porche ouest : le contournement de l’église fait franchir des siècles d’histoire de l’art. Le porche ouest est roman, comme le clocher et les piliers de la nef. Ces éléments remontent aux XIIIe et XIVe siècles, indiquant l’ancienneté du lieu, mais aussi la manière dont les générations de constructeurs ont su intégrer des éléments anciens dans une nouvelle architecture. Les têtes presque effacées, sculptées à mi-hauteur du porche, arborent un canon primitif qui évoque l’époque romane." Le clocher qui surplombe ces fondations romanes évoque la tour nord de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon qui date, elle aussi, de la fin des années 1200 (Jean Bozec 2014 pour l'Apeve)

— "Elle comprend une nef de trois travées avec bas-côtés, séparée par un arc diaphragme d'un chœur de trois travées avec bas-côtés. Au nord il n'y a pas de diaphragme, et le bas-côté, de grande largeur, forme une vaste chapelle : au sud, au contraire, le bas-côté est coupé par cinq arcs diaphragmes. L'édifice de plusieurs époques et a été remanié à diverses reprises. Le clocher, nettement influencé par la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon, date des premières années du XIVe siècle mais conserve à sa base des restes de maçonnerie plus anciens ; la nef, également du début du XIVe siècle, a été remaniée au XVe siècle, époque à laquelle remonte le choeur.

Le 12 mai 1431, en effet, le duc Jean V accordait des lettres de franchise d'impôt sur le vin pour l'augmentation de N.D. du Merzer ; puis, en 1450, une tempête ayant détruit l'église en grande partie, le chevet fut alors rebâti, les arcades de la nef exhaussées. C'est également alors que fut reconstruit le porche, très probablement par l'atelier de Notre-Dame du Folgoët." (Couffon & Le Bars 1988)

Les panneaux disponibles dans l'église (et qui font suite aux travaux de Fons de Kort) inversent la logique : "Le corps de l'église (nef et chœur) a été reconstruit à la fin du XVIe siècle, comme en témoignent les peintures murales datées du XIVe siècle." Le plan suivant est proposé  :  en rouge le porche nord du début du XIVe, en noir les piliers de la nef et du chœur et le chancel (fin XIVe)  Or, ce sont dans le périmètre de ces parties noires que sont localisées les peintures murales.

 

Plan de l'église, exposé sur les panneaux à la disposition des visiteurs.

Plan de l'église, exposé sur les panneaux à la disposition des visiteurs.

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Inversement, Jean-Jacques Rioult, dans son étude sur La Martyre en 2007 (qui ne fait pas mention des peintures), écrit ceci :

 

"La tour porche, qui présente encore quelques caractères du gothique du XIIIe siècle fut probablement construite au début du XIVe siècle. Une tradition sans fondement voudrait faire remonter la nef de l'église au XIVe siècle, et fait référence à une destruction partielle de l'édifice par une tempête en 450, après laquelle la nef aurait été alors surhaussée au cours de la deuxième moitié du XVe. Une autre version voudrait voire deux campagnes distinctes pour la nef et le chœur. Par delà les différents ajouts qui entre le XVIe et la fin du XVIIe siècle ont modifié la silhouette de l'édifice, l'examen du plan révèle l'homogénéité de la conception de l'église. Celle-ci devait être déjà assez largement commencée à la date du mandement ducal de 1433, appartient au nouveau modèle qui se répand alors dans l'ensemble du duché avec son plan rectangulaire à trois vaisseaux regroupés sous un toit unique déterminant une nef obscure terminée par un chevet plat. Son large vaisseau central flanqué de collatéraux comprend trois travées de nef et autant de chœur."

J'extrais de sa publication quelques repères chronologiques, que j'ai reportés sur le plan qu'il publie :

— Le revers du porche sud, parfaitement liaisonné avec les arcs diaphragmes des collatéraux, indique que celui-ci a été édifié en même temps que la deuxième travée de la nef, aux alentours des années 1430-1440.

— Le chancel  de kersantite . Les travaux du XVe siècle se poursuivent par l'édification d'une riche clôture de chœur. Son tracé ménageait un passage transversal entre l'enclos du chœur lui-même est l'extrémité de la nef, sans doute alors fermée au niveau de l'arc diaphragme par une autre clôture en bois, aujourd'hui disparue. La trace évidente de l'ancrage après coup de cette clôture dans les piles du chœur indiquent que celle-ci a été mise en œuvre après coup, au cours de la seconde moitié du XVe siècle.

— Vers 1530, le chevet de l'église fut reconstruit sur le modèle à pans et pignons multiples, dit « Beaumanoir ». Cette transformation fut marquée en 1535 par l'installation de trois vitraux.

— Vers 1560, pour répondre à l'afflux des fidèles, le collatéral nord fut détruit et remplacé par un deuxième, plus large.

— L'ossuaire date de 1619, et la nouvelle sacristie de 1697.

— Le chœur fait l'objet au début du XVIIIe siècle d'un important réaménagement : retable de 1706, chaire à prêcher de 1712.

— En 1761, la face antérieure du chancel de kersantite fut arasée et surmontée d'un garde-corps de ferronnerie destiné à dégager la vue du maître-autel. Un arc de triomphe, remployant huit colonnes à feuillages Renaissance ainsi qu'une Crucifixion, du XVIe siècle provenant vraisemblablement de la clôture qui fermait la nef, conféraient à l'entrée du chœur une solennité qui répondait aux exigences des dogmes nouveaux.

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Plan de l'église de La Martyre annoté d'après Rioult (2007).

Plan de l'église de La Martyre annoté d'après Rioult (2007).

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Repères historiques.

a) La fin du XIVe.

 

La fin du XIVe correspond à la fin de la guerre de Cent  Ans, le schisme de la papauté qui s'installe à Avignon,  la sédentarisation progressive des cours royales concourent au développement d’un art civil,  les épidémies de Peste  et la misère des campagnes. En Bretagne, le duc est Jean IV, fils de Jean de Montfort, et vainqueur de la guerre de Succession de Bretagne. Attaqué par le roi Charles V de France qui s'empara brièvement du duché pour le réunir à la couronne, il dut reconquérir la Bretagne en 1379 à la suite de l'appel de la même noblesse qui le força à s'exiler quelque temps auparavant.

Le second Traité de Guérande de 1381 marque donc la fin de la guerre civile, et donc une période de paix favorable à la réalisation de travaux dans les églises, achevant des projets interrompus par la guerre.  

 La Martyre est passée à la fin du XIV siècle du comte de Léon à la vicomté de Rohan : Jean de Rohan appartenait aux nombreux nobles bretons  hostile à la politique jugée trop anglophile du nouveau duc, Jean IV. Ils en appelèrent au roi de France qui fit chasser la majeure partie des garnisons anglaises du duché par son connétable Bertrand du Guesclin en 1373, suite au départ en exil du duc. Le roi nomma Jean de Rohan lieutenant général en Basse Bretagne en janvier 1374. En 1381, lors du second traité de Guérande, Jean Ier de Rohan (1324-1396) prête serment à Jean IV, lequel lui accorde à nouveau sa confiance.

Notons que Jean Ier de Rohan, dont l'une des places-fortes est le château tout proche (4,5 km) de La Roche-Maurice, s'est marié en l'église de La Martyre en 1349 avec Jeanne de Léon, héritière qui apporta aux Rohan une partie de la vicomté de Léon. Il hérita à la mort de son beau-frère Hervé VIII de Léon, en 1363, de l’ensemble du Guet de la Martyre.  Au décès en 1372 de la mère de sa femme, (Marguerite d’Avaugour), Jehan I de Rohan devient seigneur de la forteresse de la Roche-Maurice qu’en un premier temps la famille de Rohan entretient et agrandit afin d’asseoir son autorité sur la région. 

b) La première moitié du XVe.

— Pouvoir ducal : Le duc Jean V, qui régna de 1399 à 1442, fut l'initiateur d'un vaste programme de mécénat religieux à visée de propagande afin de récupérer au profit des Monfort l'image de piété et de sainteté qui avait été celle des Penthièvre et de Charles de Blois. Il débuta une série de sanctuaire à Notre-Dame par le chantier de la basilique du Folgoët en 1423-1468, suivi de celui de la cathédrale de Quimper, (Porche sud, 1424-1442) , Lambader en Plouvorn (1432) La Martyre (1430), à la chapelle Saint-Fiacre du Faouët (1450), tout en ayant la sagesse d'associer ses principaux vassaux à ce mécénat. 

C'est dire toute l'importance de l'acte de 1431 par lequel il procura à la chapelle de La Martyre (Le Merzer) les ressources nécessaires à son agrandissement : 

Le 12 mai 1431 le duc accorde des lettres de franchise d’impôt sur le vin pour l’augmentation de Notre-Dame du Merzer. Mais devant la mauvaise volonté et opposition des fermiers, il doit  confirmer cette décision  le 13 mars 1433.

 

 Ordre de laisser les chapelains du Lambader et du Merzer jouir des dons qui leur ont été faits, à Redon 13 mars 1433... chapelles Nostre Dame de Lanbader et du Merzer ...Puis naguère nous avons donné en aumônes de notre dévotion à la chapelle de Lambader ...de même à ladite chapelle du Merzer (la Martyre) avons voulu et octroyé que tout le vin qui fut vendu au détail en la maison de ladite chapelle par dom Jehan Le Saux et ses commis, qui en est gouverneur, fut quitte de tout devoir d'impôt tant du temps que avenir, pour être icelui devoir être mis et employé au bien et augmentation d'icelle chapelle, comme peut apparaître par nos lettres sur ce données en cette ville, datées du XIIe jour de may, l'an mill IIIIcr trente et un. ...et afin de s'informer du nombre desdits vins qui sont et seront vendus au dit lieu du Merzer, avons commis notre bien aimé et féal conseiller Hervé Le Ny, ...(R. Blanchard, Lettres et mandements de Jean V, duc de Bretagne, n° 2072, lettre du 13 mars 1433, copie d'un don du 12 mai 1431) http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k73684n/f57.item.zoom

 

 

— Les Rohan : Alain IX fut vicomte de Rohan de 1429 à 1462 . Il épousa Marguerite de Monfort, fille du duc Jean IV (puis Jeanne d'Évreux). Or, les armoiries ducales sont présentes sous le porche sud, mais les deux écus dotés de leur cimiers de part et d'autre du trumeau sont ceux de Rohan à gauche et de Léon à droite.

Les armes des Rohan sont peints également sur les peintures murales, mais apparemment au dessus des motifs sans craindre de les cacher : elles dateraient, avec leur neuf  macles, du milieu du XVIe siècle.

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Ces présentations étant faites, j'étudierai l'ensemble le plus facile à interpréter, le Jugement Dernier et les deux faces du mur diaphragme.

 

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On voit vite qu'on n'y voit goutte, malgré des projecteurs éclairant le lambris. En effet, ce tympan est placé devant  la Porte Triomphale intérieure, portant le Christ sur la Croix entre la Vierge et Jean. 

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Le chœur vu vers la nef. église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.

Le chœur vu vers la nef. église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.

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I. Le tympan au dessus de l'arcature séparant la nef du chœur. Le Jugement Dernier.

Jouant à cache-cache derrière la Porte triomphale, je n'ai d'abord rien compris des images qui se présentaient. Mais maintenant ça va. Je propose de repérer d'abord saint Michel, en bas et au centre, par les deux lignes ocres croisées de sa lance (qui se termine dans la gueule d'un dragon) et du fléau de sa balance. Vous l'avez ?

Vous voyez alors le panier dans lequel il pèse la valeur de l'âme d'un ressuscité, et, à droite, l'autre panier. Il s'agit de la Pesée des âmes lors du Jugement Dernier. On voit alors les deux ailes ocres ourlées de rouge en V inversé, le visage aux cheveux blonds, et l'aube blanche plissée.

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Le Jugement Dernier, peinture murale (XVe), église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.

Le Jugement Dernier, peinture murale (XVe), église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.

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Le Jugement Dernier (XVe), mur diaphragme, église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.

Le Jugement Dernier (XVe), mur diaphragme, église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.

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Le Jugement Dernier, peinture murale (XVe), église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.

Le Jugement Dernier, peinture murale (XVe), église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.

L'église Saint-Salomon de La Martyre V . Les peintures murales du chœur.

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Partie droite : Saint Jean ; en dessous, les diables de l'Enfer.

J'hésite : est-ce bien saint Jean, dans ce grand manteau qui s'épand devant et derrière lui ? N'est-ce pas plutôt Marie ? Mais Marie est toujours à la droite du Christ. On ne distingue rien d'autre, sinon les cheveux blonds.

En dessous, derrière, au dessus même, des diables grimacent avec impudence. Les détails sont bien visibles : pieds palmés avec un ergot, doigts griffus, nez de rat (retroussés s'achevant en bouton, cornes de boucs, ailes de chauve-souris,  regards lubriques, gesticulations histrioniques. J'en compte six. Comme au niveau de la tête du Christ, on voit très bien que la peinture a été amputée d'un mètre de diamètre environ.

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Le Jugement Dernier (XVe), mur diaphragme, église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.

Le Jugement Dernier (XVe), mur diaphragme, église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.

Le Jugement Dernier (XVe), mur diaphragme, église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.

Le Jugement Dernier (XVe), mur diaphragme, église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.

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A la droite du Christ : la Vierge. 

En dessous : les Anges du Paradis.

Le Jugement Dernier (XVe), mur diaphragme, église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.

Le Jugement Dernier (XVe), mur diaphragme, église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.

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La Vierge.

Obnubilé par la couleur foncée (c'est celle de sa robe), je ne voyais pas le grand manteau blanc qu'elle retient de la main gauche, qui fait un large pli autour du bras droit puis une traîne de reine sur le sol. Le surcot n'est pas visible, donnant l'illusion d'un grand décolleté. La main droite est levée, peut-être tient-elle un objet qu a pâli. Les cheveux blonds sont longs.

Le Jugement Dernier (XVe), mur diaphragme, église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.

Le Jugement Dernier (XVe), mur diaphragme, église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.

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Des anges nimbés accueillent les Élus.

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Le Jugement Dernier (XVe), mur diaphragme, église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.

Le Jugement Dernier (XVe), mur diaphragme, église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.

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Le Jugement Dernier (XVe), mur diaphragme, église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.

Le Jugement Dernier (XVe), mur diaphragme, église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.

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La partie inférieure du Jugement.

Sous la poutre d'appui du mur, le dessin trace une arcade arrondie aux deux bords puis se relevant avec deux redans. Au dessous a lieu la Résurrection des morts. Des hommes sortent de tombeau semblables à des jarres (ou bien s'agit-il déjà d'un supplice infernal ?) . 

A droite, de l'autre coté de l'auvent en V, s'allument les flammes de l'Enfer où les damnés rôtissent..

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Le Jugement Dernier (XVe), mur diaphragme, église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.

Le Jugement Dernier (XVe), mur diaphragme, église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.

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Le Jugement Dernier (XVe), mur diaphragme, église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.

Le Jugement Dernier (XVe), mur diaphragme, église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.

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II. La première travée sud : le Christ devant les Limbes, la descente aux Enfers.

Selon le Symbole des Apôtres, le Jugement Dernier est mentionné comme un article de foi après la séquence suivante : Jésus-Christ ...  a été crucifié, est mort et a été enseveli, est descendu aux enfers ; le troisième jour est ressuscité des morts, est monté aux cieux, est assis à la droite de Dieu le Père tout-puissant, d’où il viendra juger les vivants et les morts. Nous venons de voir illustré le Jugement, la face est du mur diaphragme illustre l'ensevelissement et la Sortie du tombeau, voici maintenant la Descente aux Enfers.

Le Christ, vêtu du manteau de la Résurrection rouge à revers jaune, tient de la main droite la hampe de l'étendard de sa victoire sur la mort. Son thorax est ensanglanté par le coup de lance du centurion, mais aussi par les marques de flagellation. Les mains saignent des blessures des clous. Les pieds, ensanglantés également, sont écartés et en rotation externe. La pointe de la hampe est plongé dans les flammes de la gueule du Léviathan, et  libère les âmes des justes morts avant son avènement (Limbe des Patriarches) . L'un de ces justes tend les bras vers le Rédempteur. Dans la tradition iconographique, les deux premiers à sortir sont Adam et Éve.

La "bouche" des Limbes est figuré depuis le Moyen-Âge comme la gueule d'un Léviathan, d'un monstre aquatique ou chtonien crachant les flammes. On distingue son œil rutilant dans le coin supérieur droit.

 

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Le Christ libérant les âmes des Limbes. Photographie lavieb-aile.

Le Christ libérant les âmes des Limbes. Photographie lavieb-aile.

 

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III. La partie du mur diaphragme visible depuis la nef. 

La partie du mur placée sous la poutre est divisé par un trait d'ocre rouge en trois compartiment. Une bande grise ou crème d'un mètre environ la traverse d'un bout à l'autre. Le compartiment central, le plus large, est vide, à l'exception d'une forme en écusson, jaune, marquée d'une croix blanche. S'agit-il d'un officiant vu de dos et portant une chasuble ?

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La partie du mur diaphragme visible depuis la nef.  Photographie lavieb-aile.

La partie du mur diaphragme visible depuis la nef.  Photographie lavieb-aile.

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A à gauche : Sortie du Tombeau.

Le nimbe crucifère, la barbe, les cheveux longs, la blessure du flanc droit identifient le personnage comme étant le Christ. Il ne porte pas le manteau de la Résurrection, et ses mains sont croisées devant lui comme si ses poignets étaient liés, tel un Ecce Homo. Mais il semble en train de sortir d'une cuve rectangulaire faisant de la scène une Sortie du Tombeau.

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Sortie du Tombeau. Photographie lavieb-aile.

Sortie du Tombeau. Photographie lavieb-aile.

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B. A droite. Saintes Femmes ?

Outre une forme ocre sombre en gondole ou en langue crochue, on peut distinguer trois parties :

à droite, plusieurs personnages en robes, serrés ensemble.

au milieu, une chapelle à trois vaisseaux éclairés par une lancette simple, une baie à deux lancettes et remplage, une autre peut-être.

à gauche, deux femmes se dirigeant ensemble vers la gauche .

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La partie du mur diaphragme visible depuis la nef.  Photographie lavieb-aile.

La partie du mur diaphragme visible depuis la nef.  Photographie lavieb-aile.

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La photographie plus rapprochée ne m'a pas fourni d'indices supplémentaires. Les deux femmes tiennent un objet dans leurs bras, et les personnages de droite également. La marche précipitée des deux femmes m'évoquent Marie-Madeleine et une autre Sainte Femme allant au Tombeau dès le lever du soleil, tenant les parfums nécessaires à l'embaumement.

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La partie du mur diaphragme visible depuis la nef.  Photographie lavieb-aile.

La partie du mur diaphragme visible depuis la nef.  Photographie lavieb-aile.

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Discussion.

Donc, nous avons un Jugement Dernier datant, en fonction de la datation du support bâti, du milieu du XVe siècle. . 

 

Je rappelle que deux techniques sont possibles : la peinture à fresque, réalisé sur enduit frais, réalisées par journées de travail au fur et à mesure de la préparation du support , et la peinture à la chaux, a secco sur mortier de chaux sec, indépendante du travail des maçons. Dans ce dernier cas, on prépare un badigeon de chaux composé de chaux grasse en pâte, battue avec de l'eau parfois enrichie de liants et armée de poils de bœuf pour en renforcer la tenue. Les couleurs sont des pigments compatibles avec la chaux, c'est à dire la plupart du temps des terres.

 

 

Le thème du Jugement Dernier.

 

—Les sources littéraires : le jugement général est un sujet biblique trouvant son origine dans l’Ancien et le Nouveau Testament . Aux deux sources principales qui sont l’évangile de Matthieu (XXIV, 30-31 ; XXV, 31-46; XIX, 28) et l' Apocalypse (XX, 11-15), il faut ajouter de nombreux textes, bibliques, apocryphes, patristiques ou liturgiques, ou encore appartenant à la littérature médiévale théologique, mystique, poétique, hagiographique (la Légende dorée) ou dramatique (les mystères). Ces textes expliquent l’ensemble ou les divers motifs du sujet (Cf. E. Mâle, L’Art religieux du XIIle siècle en France, Paris, 3e éd., 1910, p. 425-428 ).

 

—Les sources iconographiques : l’origine de ces figurations est à rechercher dans l’art byzantin tandis que les grands développements du thème appartiennent, eux, à l’art médiéval d’Occident, roman et gothique sur les tympans des grands portails . 

 

L'une de ses illustrations les plus fameuses au XVe sielce  est le Polyptique de Beaune par Rogier van der Weyden, dont la disposition a plus d'un point commun avec la peinture de La Martyre. C'est une œuvre de 1450.  Le Jugement Dernier de Van Eyck lui est antérieur (1425-1430) et celui de Stefan Lochner à Cologne de 1435. 

Les exemples de Jugement Dernier  sur les sculptures de  Bretagne datent du XVe siècle : Christ du Jugement assis sur un arc-en ciel des calvaire de Plomodiern (1433-1447), de Notre-Dame de Châteaulin (seconde moitié du XVe)  et de l'arc triomphal d'Argol (1593).  Pour mémoire le grand calvaire de Tronoën de 1450).

— En peinture murale, je ferai un premier rapprochement avec le Jugement de la crypte de la collégiale de Saint-Aignan-sur-Cher , daté (sous réserve) du début du XVe siècle. 

J'y retrouve les éléments que je considère comme caractéristiques : l'arc en ciel en demi-cercle ; le sang qui s'égoutte des plaies ; les deux ovales de la cape de gloire au dessus des épaules ; la robe de Marie très largement évasée.  Par contre, saint Michel est ici absent.

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Jugement Dernier, crypte de la collégiale de Saint-Aignan. Photographie lavieb-aile.

Jugement Dernier, crypte de la collégiale de Saint-Aignan. Photographie lavieb-aile.

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Puis je placerai en comparaison le Jugement  du mur diaphragme de la chapelle de Locmaria er Hoët à Landevant. Là encore, la cape forme deux gousses d'ail (jaune ocre, les valeurs des teintes sont inversées par rapport à La Martyre) sur les bras levés, le Christ frontal est encadré de Marie à la robe évasées et de Jean. Saint Michel est absent.

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Je citerai le Jugement et le cycle de la Vie du Christ de l'église d'Antigny datant du XVe siècle.

https://1001patrimoines.com/2013/08/21/eglise-et-lanterne-86-antigny/

Enfin je rappellerai que les peintures du transept sud de la chapelle de Kernascléden (56) , un peu après 1464, ne montrent pas le Christ du Jugement, mais une Danse Macabre et les supplices de l'Enfer.

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SOURCES ET LIENS.

—BLANCHARD (René), 1894 Lettres et mandements de Jean V, duc de Bretagne:  tome VII

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k73684n

 

 CASTEL (Yves Pascal), THOMAS ( ‎Georges-Michel) 1987,  Artistes en Bretagne: Dictionnaire des artistes, artisans et ingénieurs en Cornouaille et en Léon sous l'Ancien Régime, Société archéologique du Finistère, 1987 - 364 pages

COUFFON (René), LE BARS (Alfred) , 1988, La Martyre,  Diocèse de Quimper et de Léon, nouveau répertoire des églises et chapelles, Quimper, Association diocésaine, 1988, 551 p.

http://diocese-quimper.fr/images/stories/bibliotheque/pdf/pdf-Couffon/MARTYRE.pdf

— DAVY  (Christian), 2013 « La prospection des peintures murales des Pays de la Loire », In Situ [En ligne], 22 | 2013, mis en ligne le 15 novembre 2013, consulté le 07 décembre 2016. URL : http://insitu.revues.org/10792 ; DOI : 10.4000/insitu.10792

 

— FONS DE KORT, s.d, [1975], La Martyre, l'église, par Fons de Kort.

 

LE SEAC'H (Emmanuelle), 2014, Sculpteurs sur pierre en Basse-Bretagne. Les ateliers du XVe au XVIIe siècle, Presses Universitaires de Rennes, p. 298-299.

— LÉCUREUX (Lucien), 1919, "La Martyre", Congrès archéologique de France : séances générales tenues ... par la Société française pour la conservation des monuments historiques, Société française d'archéologie. Derache (Paris) A. Hardel (Caen)  http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k35688p/f166.image

— REILLE-TAILLEFERT (Geneviève), 2010, Conservation-restauration des peintures murales: De l'Antiquité à nos jours, Eyrolles, 382 pages.

https://books.google.fr/books?id=tIjP4ErDkXwC&dq=peinture+murale+%22xive+si%C3%A8cle%22+jugement+dernier&hl=fr&source=gbs_navlinks_s

— RIOULT (Jean-Jacques), 2009, La Martyre, église Saint-Salomon Paris : Société française d'archéologie, 2009 , 7 p. : ill. en noir et blanc, couv. ill en coul. ; 27 cm. (Congrès archéologiques de France, ISSN 0069-8881) In : Congrès archéologique de France, 165e session, 2007 : Finistère / Société française d'archéologie, p. 143-149. 

SPREV :

http://www.sprev.org/centre-sprev/la-martyre-eglise-saint-salomon/

Infobretagne : Emploi des ressources de l'église de Martyre

 

http://www.infobretagne.com/martyre-ressources-eglise.htm

http://www.infobretagne.com/enclos-martyre.htm

— http://www.chantony.fr/patrimoine_et_histoire/29_la_martyre.html

— http://www.patrimoine.paysdelaloire.fr/uploads/tx_news/Diagnostic_peintures_murales_pdl_02.pdf

 

 

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Published by jean-yves cordier - dans Peintures murales La Martyre
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5 décembre 2016 1 05 /12 /décembre /2016 18:27

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INTRODUCTION.

Les inscriptions lapidaires ou non de l'église de La Martyre offrent  les noms de quelques fabriciens d'alors, mais aussi  les chronogrammes suivants : 1601 (bénitier, déjà décrit), 1619 (ossuaire), 1693 (vantail du porche sud), 1697 et 1699 (sacristie), et 1749  (œil de bœuf du pignon nord). C'est un fil rouge comme un autre pour en aborder la visite, quitte à faire digression du thème épigraphique et à admirer le travail de sculpture et d'architecture. Derrière chaque nom de fabriciens, je tenterai de découvrir l'homme, sa situation, et sa famille. 

Voici les dates principales des étapes de construction de l'édifice :

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L'église Saint-Salomon de La Martyre.  IV. L'ossuaire, les inscriptions  et les crossettes.

 

 

I. L'ossuaire de 1619.

Accolé contre le porche sud, il est entièrement bâti en kersantite. La proximité d'une aile de la maison du guet a imposé la découpe d'un large pan coupé, et interdit une vision d'ensemble, ou du recul. Un dessin de Fons de Kort (droits réservés) en rendra mieux compte.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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La composition de la façade est savante, témoignant d'une connaissance approfondie des planches gravées des recueils d'architectures de Sébastiano Serlio (Livre III, 1540)  et de Philibert Delorme (Le premier tome de l'architecture, 1567)  et du vocabulaire fait de pilastres et de frontons, de colonnes, d'urnes et de lanternons.

La porte de plein cintre compose un trio plein d'humour avec les deux baies étroites, de même forme, mais surhaussées. Le chiffre trois rythme aussi les panneaux de l'architrave, les statues du fronton, ou la superposition de deux lanternons et d'un pot à feu.

L'ossuaire est l'œuvre de l'atelier du Maître de Plougastel, auteur du Calvaire de cette paroisse entre 1602 et 1604. Au sein de cet atelier, l'essentiel des sculptures est due à celui qu'Emmanuel Le Seac'h a nommé "Le Valet" du Maître, son bras droit, également repérable aux piédroits du porche de Guimiliau. Je reprendrai la description d'E. Le Seac'h, 2014.

De style Renaissance, le bas de la façade principale est d'ordre corinthien avec les colonnes cannelées et les chapiteaux à feuille d'acanthe, le fronton est d'ordre ionique avec les termes couronnés de chapiteaux ioniques.

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Ossuaire de 1619, église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.
Ossuaire de 1619, église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.

Ossuaire de 1619, église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.

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Le Maître de Plougastel y réalise la statue de saint Paul-Aurélien terrassant le dragon. Placé au dessus de l'inscription S : PAOL (Saint Paul) trace une bénédiction d'une main habillé du   chirothèque tandis qu'il jugule le dragon par la pointe de son bâton pastorale, et non, comme le veut la tradition, en le tenant en laisse par son étole. Les yeux sont en épaisse amande, la paupière inférieure est soulignée par un double trait.Le nez est fin, la bouche pincée et hautaine, le menton rond.

Notez, en pleine façade, le masque en faible relief et ses cheveux en guirlande florale.

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Ossuaire de 1619, église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.

Ossuaire de 1619, église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.

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Le terme gainé masculin à gauche de Pol-Aurélien est de la main du Valet du Maître de Plougastel. 

 

 

Ossuaire de 1619, église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.

Ossuaire de 1619, église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.

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La figure féminine engainée a plus de charmes, malgré son regard bas ou obtus, son hiératisme, sa froideur. Ce charme provient de la rondeur du bas du visage, de la douceur du poli de la pierre, du tressage des cheveux en nattes serpentines, du collier à bague et à médaillon, ou des seins en V, presque androgynes. La pupille des yeux en mandorle est creusée, et nous fixe. Sous ses côtes en V et son ventre plat, une feuille d'acanthe lui fait office de pagne.

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Ossuaire de 1619, église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.

Ossuaire de 1619, église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.

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L'architrave va-t-il, d'un coup de sa baguette,  nous dérider un peu ?

L'élément central, dont le collier de l'ordre de Saint-Michel entoure des armoiries bûchées, nous laissera froid si nous n'observons pas le lit d'algues (fucus vesiculosus) sur lequel il nous est servi, ni la tête de Pierrot Gourmand qui remplace l'Archange officiel de l'Ordre. C'est un collier de fantaisie.  Les armes étaient-elles celle de Henri II duc de Rohan ?

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Ossuaire de 1619, église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.

Ossuaire de 1619, église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.

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Ossuaire de 1619, église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.

Ossuaire de 1619, église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.

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Plus amusant est le panneau de gauche : une femme (ou saint Jean ?), la main sur la poitrine, se tourne sur le coté et désigne l'objet de sa foi d'un index gauche convainquant. Notez la trace de polychromie.

Que nous montre-elle ? L'entrée de l'ossuaire, bien entendu, pour nous dire que cela sera bientôt notre tour.

 

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Ossuaire de 1619, église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.

Ossuaire de 1619, église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.

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Si nous n'avions pas compris, son compagnon nous présente des arguments convaincants : une tête de mort et un fémur (aux condyles inversés) comme prélevés dans l'ossuaire.

Mais cet homme soigneusement habillé à la mode Henri IV a un faciès léonin, tant par son nez en museau que par sa chevelure peignée comme une succession de petites madeleines, d'où un effet en rayons de soleil, et surtout par sa barbe dont les mèches forment une véritable crinière.

Or, sur toutes les toitures des église du Finistère, le lion est un animal au service, sinon du diable, du moins à coup sûr de la Mort, c'est la forme animale de l'Ankou, et nous le voyons se dresser, les pattes antérieures serrées sur la tête ou le corps d'un humain. Nous le verrons encore tout à l'heure. 

Ce Marquis de Carabas ci est sans doute chez lui dans la boutique de la mort.

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Ossuaire de 1619, église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.

Ossuaire de 1619, église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.

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L'entablement placé en encorbellement au dessus de la porte cintrée est soutenu par deux colonnes corinthienne et par une console à clef de l'arc ou agrafe en feuille d'acanthe (qui porte sur un drapé des armoiries martelées entourées d'une guirlande) . Placés dans le renfoncement de la table, à son ombre et comme participant eux aussi à la soutenir, deux anges joufflus présentent chacun une longue banderole. Les deux textes sont en breton.

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L'ange de gauche montre ceci :

AN MARO : HAN : BARN : HAN IFERN : IEN : PA : HO

SOING : DEN : E : TLE  : CRENA FOL : EO : NA : PREDER.

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Ossuaire de 1619, église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.

Ossuaire de 1619, église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.

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Son associé à droite tient le texte suivant :

E : ESPERET : GVELET: EZ : EO : RET : DECEDI : AN : 1619.

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Ossuaire de 1619, église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.

Ossuaire de 1619, église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.

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Les deux inscriptions forment une seule citation, an maro han barn han ifern ien pa ho soing den e tle crena fol eo na preder e esperet guelet ez eo ret decedi    suivie de la mention de datation  AN 1619. Elle se traduit ainsi :

"La mort, et le jugement, et  l'enfer froid, quand l'homme y médite, il doit trembler

" Il est fou, celui dont l'esprit ne réfléchit pas, vu qu'il faut mourir. "


 

Elle est extraite de Le Mirouer de la Mort de Jehan an archer coz (Jehan Larcher), poème en breton de 3602 vers rédigé en 1519  et publié en 1575 au couvent des Cordeliers de Cuburien près de Morlaix. Ce Mirouer aborde le thème des quatre fins dernières de l'homme, la mort, le jugement dernier, l’enfer ou le paradis, Son auteur vient de la paroisse de Plougonven, à une quarantaine de kilomètres à l'est de La Martyre. Le distique  provient de la seconde des deux inscriptions qui suivent le poème proprement dit, (folio 72v) et qui encadrent la gravure d'une tête de mort stylisée, au milieu d'un miroir. 

An Maru, han Barñ han Yfferñ yen

Pan ho soing den ez dle crenaff.

Foll eu na preder è Spéret,

Guelet ez ev ret decedaff

On notera la mention d'un Yfern yen, "enfer froid", témoignant de la croyance bretonne en un au-delà humide dans l'obscurité  de l'eau noire et fétide, des marais, des rivières des étangs ou des abîmes plein de givre (abim yen), avec le concept de  la mort froide (maru yen). On le trouve cet enfer dans les poésies galloises du XII et XIIIe siècle, mais aussi chez Dante, et dans une soixantaine de cantiques, de poésie ou de pièces théâtrales bretonnes (Mystère de Louis Eunius) du XVe au XVIIe siècle (Alain Croix).  Pourtant l’Enfer est traditionnellement pour l’Église le royaume du feu « dans le feu éternel qui est préparé pour le diable et ses anges » (Mt, XXV, 41), et quoiqu’attestée chez certains auteurs chrétiens, la notion d’un enfer glacé est rejeté habituellement par l’Église. Certains ont cru que le mot yen dans ifern yen « enfer froid » était à prendre au seul sens d’insensible, cruel. Mais il est impossible de restreindre yen au seul sens de « cruel ». La présence du froid, de la glace, du verglas, du frimas infirme cette explication. (G. Le Menn)

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La source latine de ce Miroer est le Quatuor novissimorum liber seu Memoria mortis, (Paris, Jean Petit 1512) de Gérard de Vliederhoven  ou Denys le Chartreux. L'idée d'un miroir magique qui montre à celui qui s'y fixe l'aspect qu'il aura à sa mort est spectaculairement illustré par le tableau de Lucas Furtenagel  Hans Burgkmaier et son épouse Anna, en 1529. 

 

 

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Pour être complet, il faut ajouter que ces vers figurent aussi en folio 1, sous le titre, et au dessus d'une gravure assez semblable, mais où, dans le miroir, le crâne tient un os entre les dents. On note aussi en pseudo-grec la formule MIRE TOYLA.FIK, "Mire toi là". Rien ne permet d'affirmer que ces vers sont de la main de Jehan Larcher, et qu'ils n'ont pas été empruntés ailleurs et placés ici par l'éditeur.

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Le bénitier actuellement placé sous le porche appartenait jadis à l'ossuaire et s'intégrait à ce programme iconographique centré sur la Mort.

http://www.lavieb-aile.com/2016/12/l-eglise-saint-salomon-de-la-martyre.iii.les-benitiers.html


 


 

 

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Bénitier à Ankou,  église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.

Bénitier à Ankou, église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.

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La cariatide.

Dans un pan cassé du mur extérieur, une surprenante cariatide aux bandelettes, de taille presqu'humaine semble faire le pied-de-grue. De sa consœur transformée en  terme gainé, elle a les yeux en amande et les pupilles creusées, les paupières ourlées, les mains dans le dos, une poitrine fatiguée, des côtes en X sur un ventre plat au nombril creusé. Le corps est longiligne, les jambes soigneusement bandées. Les doigts de pieds à l'Égyptienne sont sculptés avec soin . Son collier de pierres rondes souligne le port élégant du cou. 

C'est ma marotte, mon péché mignon de collectionner dans la statuaire féminine bretonne le type de coiffure qu'elle a adoptée : un bandeau passe derrière le cou et la masse des mèches. Ce bandeau est plissé comme un chouchou aux vertus élastiques, il sert à rassembler en une courbe concave la chevelure sans la dissimuler ou la contraindre sur le dessus de la tête, et sans s'opposer à sa dispersion en flots divergents sur les épaules. Mais, si vous le souhaitez, vous le ramenez d'un seul geste plus haut derrière ou par dessus la tête, en voile. Son étoffe est souvent blanche, finement rayée de bleu ou de couleur brique, mais comme cela ne se voit pas ici, c'est ma précieuse collection d'images, digne du coupeur de nattes de von Kraft-Ebing, qui me permet de le dire. 

On dit qu'elle sort tout droit des dessins de Serlio, l'architecte que François Ier recruta pour Fontainebleau. Mais Serlio n'en n'userait que pour les cheminées

Voir aussi Termes et cariatides de Jacques Audrouet du Cerceau, 12 planches gravées sn, sd http://architectura.cesr.univ-tours.fr/Traite/Images/INHA-4R85BIndex.asp

Ou Quinque et viginti exempla arcuum Orléans, 1549, de Jacques Audrouet du Cerceau:

http://architectura.cesr.univ-tours.fr/traite/Images/INHA-4R1475Index.asp

Mais je n'ai pu trouver dans ces pages feuilletées avec l'espoir de la revoir, la belle cariatide de La Martyre. 

Les termes et cariatides connurent une fortune certaine en France, comme en témoignent les ouvrages d’Hugues Sambin (Œuvre de la diversité des termes, Lyon, 1572) puis de Joseph Boillot

(Nouveaux portraits et figures de termes, Langres, 1592) et dans l’ensemble de l’Europe du Nord, Flandres, Allemagne et Angleterre.

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Cariatide, ossuaire de 1619, église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.

Cariatide, ossuaire de 1619, église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.

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Cariatide, ossuaire de 1619, église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.

Cariatide, ossuaire de 1619, église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.

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Cariatide, ossuaire de 1619, église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.

Cariatide, ossuaire de 1619, église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.

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II. Le baldaquin du baptistère. 1635. 

La cuve baptismale en granit a six pans et repose sur une colonne et une double base cylindriques.

Fonts baptismaux, église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.

Fonts baptismaux, église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.

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Elle est abritée par un baldaquin en chêne, de forme hexagonale, posée sur six piliers corinthiens. la corniche de l'entablement est ornée de denticules, et sa frise couvert d'ornements et d'anges. Le dais est ajouré, sur chaque pans, de deux fenêtres cintrées encadrées de colonnettes d'ordre composite. Au dessus de sa corniche règne une balustrade entourant la base d'un dôme. Celui-ci se termine en deux lanternons superposés. Le monument est surmonté d'une croix portant un cœur entouré d'une couronne d'épines. (Fons de Kort)

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Baldaquin (1635),, église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.

Baldaquin (1635),, église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.

 

Au dessus du premier lanternon, on lit :

EN LAN 1635 YVO NICOLAS ET C MAVBIAN FABRIQ ONT FAIT FAIRE CE TABERNACLE PAR MRE IAN MOIGN .

La base généalogique www.breneol.fr indique la descendance d'un Yves Nicolas (~1623) , et celle de Jean Maubian, tous deux de La Martyre.

Baldaquin (1635),, église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.

Baldaquin (1635),, église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.

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Baldaquin (1635),, église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.

Baldaquin (1635),, église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.

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Baldaquin (1635),, église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.

Baldaquin (1635),, église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.

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III. 1693 : la porte du porche sud.

 

Les deux portes de bois du porche sud sont du XVIIe siècle. Celle de droite porte l'inscription :

GABRIEL : LE : SANCQVER : FRANCOIS : LE. ROVX / FABRIQVES : 1693 : MONT : FAIT : FAIRE.

"Gabriel Le Sanquer (et) François Le Roux fabriques en 1693 m'ont fait faire."

Les lettres sont des majuscules romaines fines, à léger empattement, avec des A à traverse brisée en chevron. Seule la lettre Q est en minuscule. Elles sont gravées en creux et peintes à l'or.

Gabriel Le SANCQUER est mentionné par un généalogiste comme né en 1686 (ce qui est ici aberrent) fils de Guillaume Le SANCQUER (1661, La Martyre) et de Jacquette KERBRAT, et ayant 6 frères et sœurs dont Guillaume et Marie.

Mieux, un fil de discussion du forum des Généalogiques du Finistère de 2016 précise que Gabriel Le Sancquer (Le Sanquer) était le frère de Ian Le SANQUER.  Au décès de ce dernier, sa veuve Marie KERDELANT, curatrice de ses enfants mineurs, s'est remarié avec François Abgrall.

Or, François ABGRALL apparaît sur l'inscription suivante comme Fabricien en 1697.

L'arrêt du 13 octobre 1693 précise que Gabriel SANCQUER est alors "marchand, demeurant en la ville de Morlaix".

De même, une généalogie indique que François LE ROUX, fils de François LE ROUX et de Jeanne SALAUN, décédé le 8 novembre 1694 à Ploudiry (dont La Martyre est une trève) , a eu sept enfants de son épouse Anne MARC épousée en 1694. Sa fille Françoise (1704-1742) épousa Jean CLOAREC.

 

Vantail de la porte droite du porche sud, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

Vantail de la porte droite du porche sud, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

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IV. La sacristie de l'angle nord-est. 1697-1699.

 

A la fin du XVIIe siècle l'on construisit la sacristie au surprenant dessin quadrilobé ; il fut payé, en 1697, 13 livres 17 sols à Yves Laurans pour copie des plans et devis de Jean Bras, mais le bâtiment fut construit de 1697 à 1699 sous la direction de Christophe Kerandel, maître architecte, qui venait de terminer quelques années plus tôt la sacristie de Lampaul-Guimiliau (1678)  puis de Bodilis (1677-1682). Le même modèle se voit à Pleyben.

C'est un bâtiment Renaissance, du type à deux étages et de plan rectangulaire ,  à dôme coiffé d'un lanternon et flanqué de quatre toits à pas coupés plus petits qui font pénétration dans ses murailles et qui sont séparés par des contreforts saillants surmontés de lanternons (Fons de Kort) . Il est raccordé à la deuxième nef par son angle nord-est. Christophe Kerandel, maître-architecte de Lanneufret, suit les modèles de chapelle de Philibert Delorme et de Serlio : chapelle du château d'Anet. Il donne ici une version plus monumentale qu'à Bodilis : "redents fortement marqués à toits en pavillon, jeu d'ombre des contreforts, dôme à tambour. Cette synthèse des formules de la Renaissance tardive et du style classique amené par les ingénieurs de Brest est une des plus monumentales réalisations du genre en Bretagne" (Rioult 2009).

D'imposantes attaches de fer montrent que la sacristie servait aussi de chambre de conservation du trésor (considérable) de la paroisse, avec son reliquaire d'argent. A Bodilis, il est attesté en 1775 qu'un sacristain y logeait, chargé de sonner la cloche en cas d'alerte.

Les archives disposent de documents mentionnant le nom des architectes. "Les Kerandel" renvoient à  Christophe Kerandel, maître-architecte, maçon et picoteur de pierre, marié avant 1674 à Catherine Nédelec (1648-1718) et décédé en 1714, qui est le père de Joseph Kerandel, (Lanneufret 1673-1713 Plouguerneau) maître-architecte.  

"Ordonnance du seigneur Evêque de Léon, sur requête à lui présentée par M. le Prieur recteur de Ploudiry, fabriques et habitants de la trève de La Martyre, par laquelle ils auraient demandé une nouvelle sacristie et chambre pour la conservation du trésor et des ornements, laquelle ordonnance aurait adjoint un devis, ensuite de laquelle est l' état estimatif du bâtiment le 9 dudit mois, lequel porte à la somme de 4973 livres 10 sols, y joint une quittance donnée aux marguillers par les Kerandel, maîtres-architectes pour la construction de la dite sacristie du 2 janvier 1699." (cité par Fons de Kort)

 

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Sacristie de La Martyre, dessin de Fons de Kort (droits réservés).

Sacristie de La Martyre, dessin de Fons de Kort (droits réservés).

Elle porte une première inscription datant du début des travaux. C'est une plaque rectangulaire de kersanton, aux lettres majuscules romaines aux larges empattements,  taillées en faible relief , encadré d'un fin liseré. La ponctuation séparant les mots est basée sur le deux-points, fait de deux losanges pleins. On y lit :

FRANCOIS : A / BGRALL : E : LAN / : POVLMARCH :  LORS :  F : 1697

"François Abgrall et Jean Poulmarch étant alors Fabriciens : 1697."

Ce François Abgrall est sans-doute le même qui est signalé en 1734 propriétaire du manoir de Poulbroc'h en La Martyre. Ce serait l'époux (10 août 1693) de Marie Kerdelant, veuve de Ian Le Sanquer , décédée le 14 novembre 1705 en La Martyre.  Il s'agirait d'un producteur de toiles et notamment de toiles de lin, principale source de richesse de la région.

Jean Poulmarch épousa Marguerite Nédelec et ils eurent trois fils, Guillaume, Hervé, et Jean, né à La Martyre le 28 juillet 1698. 

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Plaque de fondation de la sacristie, 1697, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

Plaque de fondation de la sacristie, 1697, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

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Sur le coté sud de la sacristie, sous la corniche, une inscription suit les huit pans de murs successifs qui constituent la jonction avec la nef, le contrefort à lanternon et le premier pignon à fenêtres grillées. On y lit, en suivant les recoins :

 

IEAN : BRAS : F : YVES : CLOAREC : F : LAN. 1699

Jean LE BRAS est peut-être apparenté à son riche homonyme, recteur de Plabennec né en 1718 à Saint-Divy, et qui possédait une dizaine de fermes et plus de 80 pièces de terres, notamment à La Martyre. Une généalogie mentionne Jean Le BRAS, né à La Martyre le 10 mars 1669, décédé à La Martyre en 1724, et qui épousa le 24 juillet 1692 à La Martyre Marguerite PERON (1675-1733). C'est un candidat acceptable pour le fabricien qui traça les plans de cette sacristie.

Les généalogistes décrivent deux Yves CLOAREC à La Martyre, le père,  et le fils (1700-1774). Yves CLOAREC père (notre fabricien vraisemblable) épousa le 21 février  1689 Jeanne SANQUER , fille d'Alain SANQUER et de Jeanne LE BRAS : ils eurent sept enfants.

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Sacristie de 1697, église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.

Sacristie de 1697, église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.

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Sacristie de 1697, église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.

Sacristie de 1697, église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.

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Sacristie de 1697, église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.

Sacristie de 1697, église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.

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Vue de la sacristie montrant l'escalier à vis(à droite).

 

Sacristie de 1697, église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.

Sacristie de 1697, église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.

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La porte intérieure de la sacristie. 1697.

Cette porte en anse de panier est divisée en six panneaux octogonaux surmontés d'un tympan en demi-lune. Les boiseries sont peintes d'harmonieuses couleurs vert d'eau et jaune-orangé.

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Porte intérieure de la sacristie, église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.

Porte intérieure de la sacristie, église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.

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Dans la demi-lune est gravée l'inscription :

F: ABGRALL : I : POVLMARCH : G . /  1697. 

C'est à peu de chose près la même inscription que sur la plaque de kersanton extérieure, et ce sont les mêmes fabriciens (qui se qualifient ici de gouverneurs) qui laissent leur nom à la postérité. 

Leur porte n'est pas de la basse besogne, elle est destinée à protéger le trésor constitué du reliquaire en argent de Saint-Salomon, daté de la seconde moitié du XVIe siècle, et donc, à l'époque, assez récent. Il renferme aussi une statue en argent de l'Enfant-Jésus, de 0,38 m de haut, portant l'inscription

1667 FAICT DU TEMPS DE H BEON  ET DE H. SANQVER FABRIQVES.

Nous retrouvons le patronyme SANQUER déjà cité (Gabriel Sancquer fabricien en 1693). Les prénoms de ces fabriciens (ou marguilliers) nous sont connus par un conflit opposant La Martyre à la duchesse de Rohan qui voulait transférer la foire à Landerneau: "Le 10 Avril 1669, le Parlement de Dijon, confirmant l’arrêt du Parlement de Rennes, donna gain de cause à La Martyre, représenté par Hervé Le Sanquer et Hervé Le Béon, marguilliers, contre la duchesse de Rohan, veuve de messire Henri Chabot duc de Rohan. La duchesse ayant interjeté appel, le même Parlement confirma sa première sentence, le 26 Février 1678, en la condamnant elle, avec le duc son fils, à payer à la fabrique de La Martyre une amende de 12 livres." (La foire de La Martyre).

La généalogie www.breneol.net donne toute la descendance de Hervé Béon (vers 1658-1741), de La Martyre marié à Jeanne Poulmarch.  Mais ce dernier est trop jeune en 1667 pour être fabricien.

... Le trésor devait contenir bien d'autres richesses, soit en orfèvrerie (calice en vermeil, ostensoir de 1648,croix et chandeliers de 1675, notamment en paramentique. Les bannières étaient renfermées dans l'armoire aux bannières datant de 1633.

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Porte intérieure de la sacristie, église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.

Porte intérieure de la sacristie, église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.

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Si j'insiste sur le trésor que renfermait cette sacristie, c'est qu'elle est dotée de deux serrures assez extraordinaires. Ce sont elles qui correspondent sans-doute au travail réalisé en 1700 par François Riou, de Landerneau, réputé être le serrurier le plus habile du pays. L'une des clefs est engagée dans la serrure la plus haute et n'est plus fonctionnelle, mais la porte se ferme et s'ouvre aujourd'hui encore avec une grande et forte clef qui commande la serrure basse. 

Ah oui, mais un dispositif discret doit être commandé, pour introduire la clef, ou, au contraire, pour l'ôter. Chut !

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Serrures de la porte intérieure de la sacristie, église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.

Serrures de la porte intérieure de la sacristie, église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.

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V. L'œil de bœuf de 1749.

Je le place ici pour être complet. J'en profite pour signaler que j'ai écrit un bel hommage à la pulsion scopique chez Flaubert, qui n'a jamais reçu la moindre considération. Adhuc tua messis in herba est. Per aspera ad astra.

http://www.lavieb-aile.com/article-l-oeil-de-boeuf-chez-flaubert-le-dais-de-saint-sacrement-de-ste-suzanne-a-serent-2-107035911.html

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œil de bœuf, pignon occidental, 1749, église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.

œil de bœuf, pignon occidental, 1749, église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.

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LES CROSSETTES.

1. Angle nord de la maison du Guet. Un personnage.

Il ou elle tient une pomme dans la main droite et semble emporter une petite créature devant son ventre. Une queue contourne la cuisse gauche et s'enroule vers le bras.

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Crossette, église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.

Crossette, église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.

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2. Angle de la maison du Guet, à gauche de l'arc triomphal. Lion emportant une âme.

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Crossette, église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.

Crossette, église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.

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3. Homme  tenant un phylactère.

Maison contiguë à la porte triomphale. Notez la position cambrée de l'homme, qui pourrait être un acrobate (cf C. Prigent), et observez sa chaussure, à bout pointu et en crochet "à la poulaine" (c'est à dire "à la polonaise".  

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Acrobate ?,  La Martyre. Photographie lavieb-aile.

Acrobate ?, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

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4. Un buste d'homme.

Situé à l'angle sud-est de l'église, il porte une moustache, ses yeux sont fermés,  il a la tête ceinte d'un bandeau, et il tient entre ses mains un rouleau de tissu ou de papier. 

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Crossette, église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.

Crossette, église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.

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Crossette, église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.
Crossette, église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.

Crossette, église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.

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3. Un lion tenant un petit être.

Il tient entre ses pattes antérieures un petit personnage que j'identifie mal. La queue fait retour sur la croupe et se divise en une fourche correspondant au plumeau terminal des lions. Cet exemple atteste encore que le lion est, en Basse-Bretagne du XVI et XVIIe siècle, la forme animale de l'Ankou, celui qui emporte les vivants, le percepteur de la Mort.

 

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Crossette, maison du Guet,  La Martyre. Photographie lavieb-aile.

Crossette, maison du Guet, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

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LES GARGOUILLES.

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Lion tenant entre ses pattes un [être humain ??]

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Gargouille de l'église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.

Gargouille de l'église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.

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Autre lion.

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Crossette, église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.

Crossette, église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.

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Personnage simiesque se lissant la barbe.

 

Gargouille de l'église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.

Gargouille de l'église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.

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Homme sauvage bouche ouverte se lissant la barbe.

Si on se rapporte aux autres exemples de lisseurs de barbe bifide dans la sculpture des modillons romans, (support en saillie du faîte des murs en soutien de la corniche, dont les thèmes animaliers ou impudiques ont précédé ceux des crossettes et gargouilles de l'art gothique et Renaissance), il ne semble pas exagéré de voir un sexe en érection dans le cylindre sculpté entre les jambes du personnage.

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Gargouille de l'église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.

Gargouille de l'église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.

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AUTRES SCULPTURES.

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Deux femmes.

Les statues en ronde-bosse sont érodées, mais les cheveux longs ramassés en deux volumineuses masses latérales permettent de dire qu'il s'agit de femmes. Elles semblent nues, et ont chacune, en miroir, une main posée sur le haut de la cuisse. La première tient un objet long dans la main gauche.

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Statue, chevet de  l'église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.

Statue, chevet de l'église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.

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Statue, chevet de  l'église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.

Statue, chevet de l'église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.

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Chevet : buste d'homme.

Ce buste montre un homme barbu vêtu d'une veste plissée, qui lève la tête et les yeux vers le ciel tout en tenant son chapeau rond sur son ventre, et en posant la main gauche sur sa poitrine. Est-ce un paroissien dévot qui bat sa coulpe et rend grâce à Dieu, ou tout autre chose ?

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Statue, chevet de  l'église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.

Statue, chevet de l'église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.

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Porte nord.

Le fronton de la porte nord porte un personnage en buste : c'est un homme barbu coiffé d'un bonnet à plumet. Il porte la main droite à son chapeau et sa main gauche est posé sur sa poitrine. Alors que son panache retombe comiquement en crochet sur le coté gauche, sa longue barbe tressée semble métamorphosée et emportée par mimétisme vers le même coté, tout cela survenant peut-être sous l'effet d'un coup de vent. De nordé.

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Porte nord de  l'église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.

Porte nord de l'église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.

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SOURCES ET LIENS.

 COUFFON (René), LE BARS (Alfred) , 1988, La Martyre,  Diocèse de Quimper et de Léon, nouveau répertoire des églises et chapelles, Quimper, Association diocésaine, 1988, 551 p.

http://diocese-quimper.fr/images/stories/bibliotheque/pdf/pdf-Couffon/MARTYRE.pdf

— DAVY  (Christian), 2013 « La prospection des peintures murales des Pays de la Loire », In Situ [En ligne], 22 | 2013, mis en ligne le 15 novembre 2013, consulté le 07 décembre 2016. URL : http://insitu.revues.org/10792 ; DOI : 10.4000/insitu.10792

— DELORME (Philibert), 1567  Le premier tome de l'architecture de Philibert de L'Orme conseillier et )aumosnier ordinaire du Roy, & abbé de S. Serge lez Angiers , Paris, Federic Morel http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k85636g/f1.double

— FONS DE KORT, s.d, [1975], La Martyre, l'église, par Fons de Kort.

— ​​​​​​KEROUANTON (abbé) / PÉRÉNES (Henri), 1931, Notice sur La Martyre, BDHA page 173 ; page 225 ; page 281.

https://diocese-quimper.fr/images/stories/bibliotheque/bdha/bdha1931.pdf

 

 LE SEAC'H (Emmanuelle), 2014, Sculpteurs sur pierre en Basse-Bretagne. Les ateliers du XVe au XVIIe siècle, Presses Universitaires de Rennes, p. 298-299.

— LÉCUREUX (Lucien), 1919, "La Martyre", Congrès archéologique de France : séances générales tenues ... par la Société française pour la conservation des monuments historiques, Société française d'archéologie. Derache (Paris) A. Hardel (Caen)  http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k35688p/f166.image

— LE MENN (Gwennolé), 1978, « La Mort dans la littérature bretonne du XVe au XVIIe siècle », Mémoires de la Société d’histoire et d’archéologie de Bretagne, t. 56, 1979, p. 5-40.

— LE MENN (Gwennolé),  2003, Les croyances populaires dans quelques textes bretons (xve-xviie siècles) in Religion et mentalités au Moyen-Âge, Sophie Cassagnes-Brouquet, Amaury Chauou,  Daniel Pichot, et al. p. 427-435 http://books.openedition.org/pur/19847?lang=fr

— PEYRON (Paul), 1891, "La Martyre et sa foire", in Bulletin de la Société archéologique du Finistère T. XVIII pages 129-139.

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k207615d/f204.item

— PRIGENT (Christiane), 2011, Sculptures de danseurs et de jongleurs dans les édifices religieux, à l'époque romane et à l'époque gothique.  

http://hicsa.univ-paris1.fr/documents/pdf/MondeRomainMedieval/Prigent.pdf

— REILLE-TAILLEFERT (Geneviève), 2010, Conservation-restauration des peintures murales: De l'Antiquité à nos jours, Eyrolles, 382 pages.

https://books.google.fr/books?id=tIjP4ErDkXwC&dq=peinture+murale+%22xive+si%C3%A8cle%22+jugement+dernier&hl=fr&source=gbs_navlinks_s

— RIOULT (Jean-Jacques), 2009, La Martyre, église Saint-Salomon Paris : Société française d'archéologie, 2009 , 7 p. : ill. en noir et blanc, couv. ill en coul. ; 27 cm. (Congrès archéologiques de France, ISSN 0069-8881) In : Congrès archéologique de France, 165e session, 2007 : Finistère / Société française d'archéologie, p. 143-149. 

 SPREV :

http://www.sprev.org/centre-sprev/la-martyre-eglise-saint-salomon/

— WITKOWSKI (G.J.A.), 1908, L'Art profane à l'église:ses licences symboliques, satiriques et fantaisistes, contribution à l'étude archéologique et artistique des édifices religieux, Jean Schemit, Paris.

 

https://archive.org/stream/lartprofanelglis01witk#page/n5/mode/2up

 

— Iconographie des modillons romans.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Iconographie_des_modillons_romans

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Published by jean-yves cordier - dans Inscriptions La Martyre
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4 décembre 2016 7 04 /12 /décembre /2016 22:12

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Chonjal én treu marù zo me flijadur.

« Songer aux choses de la mort est mon plaisir. » Yann-Ber Calloc'h, cité par Daniel Giraudon.

I. LE BÉNITIER DU PORCHE SUD, AVEC ANKOU. XVIe siècle.

Cet objet mobilier est classé monument historique dans la base Palissy, base de données sur le patrimoine mobilier français du ministère français de la Culture, sous la référence PM29000543.

Lorsque le fidèle ou le touriste pénètre dans le porche sud de l'église de La Martyre, après en avoir admiré le tympan et les voussures, ce bénitier de kersanton de style Renaissance placé dans le coin sud-est, au dessus du banc de droite, est sûr de faire son petit effet et d'être honoré d'une photographie. Ce n'est pas l'élégante cuve ronde, à la lèvre perlée, aux flancs richement sculptés de frises de fleurs et de feuilles, et –détail singulier pourtant– les deux  petites plateformes destinées à recevoir un cierge, qui épatent les passants, mais bien le squelette qui y grimace, qui y grelotte et qui se déhanche dans des reflets verdâtres  entre les deux colonnes cannelées. 

Si, dominant une terreur instinctive, on s'approche, on constatera qu'il tient serré contre ses cartilages une tête aux paisibles yeux fermés, la belle et jeune tête d'un quidam à qui, la veille, chacun devait promettre belle année, belle santé et le Paradis en surplus tant on lui donnerait le Bon Dieu sans confession. 

Et dans sa main (ou ce qu'il en reste, une récitation anatomique déclinée en carpe, métacarpe et séquences digitales), il tient la hampe d'une pique ou d'une flèche appuyée sur son trochanter gauche. A moins qu'il ne s'agisse d'une faux, brisée.

Chacun a reconnu dans cette mascotte du sanctuaire l'Ankou, qui n'est pas la seulement la Mort personnifiée, mais son homme de main (oberour ar maro *), son Grand Valet en quelque sorte. La Mort était familière aux Bas-Bretons, qui, jusqu'au XVIIe siècle, enterraient leurs défunts sous le sol de leurs églises et chapelles. Au XVIIe siècle, faute de place, les ossements furent rangé dans les ossuaires, dans un spectacle plus macabre qu'aujourd'hui puisque les crânes, parfois placés dans des boites individuelles, ainsi que  les fémurs, tibia et autres humérus étaient visibles à travers les baies. 

(*) ober : faire

Selon le Wiktionnaire et Daniel Giraudon, le mot Ankou vient de la racine indo-européenne Nek- "tuer, périr", "mort, mourir, cadavre" qui a donné le grec necro (nécrophage, nécrose, nécromantie etc.) et le latin neco, as, are "faire mourir" . En breton, la première mention du mot Ankou remonte au IXe siècle, puis on le trouve dans le Catholicon de Jehan Lagadeuc, dictionnaire trilingue imprimé à Tréguier en 1499:

ANCOU : gal. la mort. Voyez MARU

MARU : g. mort, 

MARUEL : g. mortel

Ce mot a donné lieu à des rapprochement en breton avec Anken "angoisse" et Ankoun "oubli". Il est aussi présent dans Le Mirouer de la Mort de Jehan an archer coz (Jehan Larcher), poème rédigé en 1519 ; la première occurrence se rencontre au vers 265 :

Lauaret ara lob, ez meru nep so robust, Ha lese! an bet man, quen buhan hac an Just : Euit ho vanegloar, nac ynt dispar mar rust, An ancaou so voar tro, tro distro hac ho fust.

"Job dit que celui qui est fort meurt Et laisse ce monde, aussi vite que le juste ;  Malgré leur vaine gloire, si extraordinairement rudes qu'ils soient, La mort est en tournée, en tours et détours, et les frappe."

Selon Gwennolé Le Menn (2003) :

— Le mot ancou apparaît pour la première fois, comme glose, dans un texte latin datant du IXe siècle. Il se retrouve en moyen-gallois angheu (gallois moderne angau) et en cornique ankow, ancow. On le retrouve en breton depuis le XVe siècle jusqu’à aujourd’hui.

Le breton a plusieurs termes pour traduire « mort ». Le plus général est marv, mais on a aussi tremenvan pour « agonie, passage » et Anaon qui désigne l’ensemble des âmes des trépassés. Le terme d’Ankou désigne plus précisément la mort personnifiée. On le retrouve dans des textes moyen-bretons (XVe-XVIe siècles) : quatre pièces de théâtre, deux poèmes et un cantique. Il est intéressant de relever que ce mot Ankou disparaît pratiquement au XVIIe siècle (un seul exemple de 1642). C’est le mot marv qui sera utilisé dans les textes, principalement religieux. On peut se demander si les écrivains n’hésitaient pas à utiliser le terme d’Ankou, celui-ci étant peut-être lié à trop de conceptions et croyances non reconnues par l’Église. On ne trouve pas d’exemple ancien de la fameuse charrette de la mort (karr, karrig ou karrigell an ankou), le premier étant de 1732, alors que c’est un thème fréquent dans les légendes recueillies aux XIXe et XXe siècles.

— L’Ankou, son rôle et ses armes

Le mot Ankou est masculin, et la Mort est un homme dans la tradition bretonne. C’est un personnage qui apparaît dans les pièces de théâtre contrairement au théâtre français d’où il est pratiquement absent. Cette présence de l’Ankou est d’autant plus intéressante qu’elle est également attestée dans le théâtre gallois et le théâtre cornique. Faut-il admettre que ce personnage, appartenant au monde brittonique, existait déjà lorsque la Mort, d’abord allégorie abstraite, prend forme humaine et devient un thème commun dans le monde chrétien ? L’hypothèse me semble plausible.

L’Ankou dans le théâtre en moyen-breton vient avertir : il va tuer, ce qu’il fait sur scène, et il frappe. Il utilise pour cela un objet pointu, lance, javelot, dard, ou bien un bâton, un bourdon. Jamais la faux, attestée ailleurs dès le XIVe siècle, n’apparaît dans les textes bretons avant le XVIIIe siècle.

 

 

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Bénitier, porche sud, église Saint-Salomon, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

Bénitier, porche sud, église Saint-Salomon, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

Bénitier, porche sud, église Saint-Salomon, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

Bénitier, porche sud, église Saint-Salomon, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

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Bénitier, porche sud, église Saint-Salomon, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

Bénitier, porche sud, église Saint-Salomon, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

Bénitier à l'Ankou (1619), porche sud, église Saint-Salomon, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

Bénitier à l'Ankou (1619), porche sud, église Saint-Salomon, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

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Datation : 1619.

Le porche  Sud lui-même, avec la Nativité de son tympan et son Credo apostolique, date de 1450-1468, mais ce bénitier à l'Ankou provient en réalité de l'ossuaire accolé au porche, et qui date de 1619. Cela n'est pas pour surprendre, puisque, sur la façade méridionale de cet ossuaire, à coté d'un homme tenant un crâne et un os, deux anges présentent sur une banderole une citation du Mirouer de la Mort dont je viens de parler: 

 

 

An Maru, han Barñ han Yfferñ yen

Pan ho soing den ez dle crenaff.

Foll eu na preder è Spéret,

Guelet ez ev ret decedaff.

 

A la mort, au jugement, à l'enfer froid, pense, fils de l'homme, et ne te 
lasse pas; 
Et jamais nulle part tu ne pécheras, en mettant ton espoir dans la mai- 
son de Dieu. 

 

 

 

 

 

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Bénitier, porche sud, église Saint-Salomon, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

Bénitier, porche sud, église Saint-Salomon, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

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Attribution : le Maître de Plougastel (1570-1620).

E. Le Seac'h a attribué ce bénitier au Maître de Plougastel – l'auteur du calvaire de cette paroisse – d'une part car c'est lui qui a entrepris en 1619 l'ossuaire de La Martyre, d'où vient ce bénitier, mais aussi car ses caractéristiques stylistiques se reconnaissent dans le visage de l'adolescent emporté par l'Ankou .

Le Maître de Plougastel a œuvré essentiellement dans le Léon, et la Cornouaille immédiatement au sud de l'Elorn. Outre le calvaire de Plougastel-Daoulas (1602-1604), il est l'auteur de deux autres ensembles majeurs, l'arc d'entrée de Guimiliau (1606-1617) et le calvaire de Locmélar . Le bénitier appartient à la troisième période de ce sculpteur, celle de sa maîtrise.

Son style se reconnaît au hiératisme des postures, adouci par la rondeur des visages leur conférant "une quiétude magnifiée proche de l'ataraxie de pierre" ; aux yeux taillés en amande, aux paupières enflées  et ourlées, aux fronts bombés, aux mains larges et plates.

L'adolescent du bénitier de La Martyre a le visage rond caractéristique, la paupière supérieure des yeux fermés est marquée du discret pli palpébral, les sourcils sont soulignés, le front est saillant, le nez épaté. Le philtrum est légèrement tracé, les lèvres sont fines mais s'achèvent par un arc concave bien creux participant à l'impression grave  et sereine. Les cheveux, qui se confondraient facilement avec l'éventail des côtes du squelette, sont fournis, peignés en épaisses torsades sur le front et sur le coté.

Sa beauté angélique et l'intensité de l'impression de calme intérieur sont pour beaucoup dans le choc des contrastes entre l'Ankou et sa victime, entre la Mort et le Vivant : comme un instantané saisissant du mouvement de la funèbre faux. 

Ce contraste est aussi un paradoxe : l'immobilité passive est celle de l'humain, alors que la Mort  est mouvement et activité : elle fauche, mais ne chôme pas.

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Bénitier, porche sud, église Saint-Salomon, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

Bénitier, porche sud, église Saint-Salomon, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

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II. BÉNITIER DU BAS-COTÉ SUD (1601).

Objet classé Mh PM 29000546.

Précisons immédiatement qu'il s'agit aussi, selon Emmanuelle Le Cleac'h, d'une œuvre du Maître de Plougastel. Placé dans le bas-coté sud, contre le pilier de droite lorsqu'on franchit la porte d'entrée, c'est un grand bénitier (environ 1,30 m) en kersanton, à dôme et à lanternons reposant sur une colonne en guise de pied. Comme le précédent (qui avait perdu son lanternon), sa vasque ronde est entourée de deux colonnes, ici lisses et à chapiteaux corinthiens. Trace de polychromie ocre (dominance rouge).

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Bénitier de 1601, bas-coté sud, église Saint-Salomon, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

Bénitier de 1601, bas-coté sud, église Saint-Salomon, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

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La partie centrale est sculpté en bas-relief d'un angelot en tunique dont les plis bouffent au dessus d'une ceinture. Il est agenouillé, comme un ange de l'Annonciation, et son calme visage arrondi, ses yeux en amande, son nez large, ou ses cheveux coiffés en torons rayonnants sur le front et vers les épaules ont bien des points communs avec le visage du jeune homme du bénitier à l'Ankou. 

On lit en inscription :  1601 I.PIME. Cela correspond-il au patronyme Pime ou Le Pime (attesté en France mais disparu) d'un fabricien ? Ou à un abréviatif ?

J'interprétai l'objet tenu dans la main droite de l'ange comme un équivalent du lys de l'Annonciation, avec son fleuron, malgré le bouton pommé de sa base, mais E. Le Seac'h y voit "un goupillon d'ancienne manière avec des soies de cochon". Je me range à cette suggestion après avoir consulté l'iconographie de ce compagnon du bénitier sur le site enluminures.culture.fr

Il existe trois bénitiers semblables et contemporains, avec cet ange porteur de goupillons, dans un périmètre proche : ceux du porche de Landivisiau, de Saint-Houardon à Landerneau, et de Saint-Miliau à Guimiliau. Il est intéressant de comparer leurs descriptions par le chanoine Abgrall :

– Église Saint-Miliau de Guimiliau :  "Au trumeau est adossé un joli bénitier porté sur une colonnette cannelée. Au-dessus du bénitier, un ange è genoux tient deux goupillons ; il est surmonté d'un dais orné de pilastres, gaines, cariatides, petites niches, etc.."

– Landivisiau : "Au trumeau qui sépare les deux portes, est fixé un bénitier, au-dessus duquel est un ange tenant un goupillon et, plus haut, un dais richement sculpté, genre Renaissance, d'où sortent quatre têtes saillantes ou mascarons, deux hommes et deux femmes."

– Saint-Houardon à Landerneau (1604) : "un trumeau avec beau bénitier reposant sur une colonnette ornée de losanges rappelant les macles des Rohan ; au-dessus, un ange tenant deux goupillons, et comme couronnement un très joli dais, d'où l'on voit saillir quelques fines têtes coiffées de toques et plumets, caractéristiques du style du XVIème siècle."

 

 

 

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Bénitier de 1601, bas-coté sud, église Saint-Salomon, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

Bénitier de 1601, bas-coté sud, église Saint-Salomon, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

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Un mascaron d'anges  ornent les faces de l'hexagone qui coiffe la partie principale ; des pots à feu sont posés dessus.

Un lanternon et un dôme la surmontent, décorés de pots à feu. Saint Michel terrassant le dragon couronne l'ensemble. Il tient un écusson dans la main gauche et enfonce sa lance dans la gueule de la bête allongée sur le dos, pattes en l'air.

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Bénitier de 1601, bas-coté sud, église Saint-Salomon, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

Bénitier de 1601, bas-coté sud, église Saint-Salomon, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

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SOURCES ET LIENS.

COUFFON (René), LE BARS (Alfred) , 1988, La Martyre,  Diocèse de Quimper et de Léon, nouveau répertoire des églises et chapelles, Quimper, Association diocésaine, 1988, 551 p.

http://diocese-quimper.fr/images/stories/bibliotheque/pdf/pdf-Couffon/MARTYRE.pdf

— GIRAUDON (Daniel), Sur les chemins de l'Anjou - Daniel Giraudon – Ed . Yoran Embanner

— LE BRAS (Anatole), La légende de la mort chez les Bretons armoricains (Nouvelle édition, refondue et augmentée, avec des notes sur les croyances analogues chez les autres peuples celtiques) / par Anatole Le Braz  H. Champion (Paris)  1902

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k8630199c/f17.image

https://fr.wikisource.org/wiki/La_l%C3%A9gende_de_la_mort_chez_les_Bretons_armoricains/Introduction

— LE MENN (Gwennolé) 1979, « La Mort dans la littérature bretonne du XVe au XVIIe siècle », Mémoires de la Société d’histoire et d’archéologie de Bretagne, t. 56, 1979, p. 5-40.

— LE MENN (Gwennolé) 2003, "Les croyances populaires dans quelques textes bretons (XVe-XVIIe siècles)", Religion et mentalités au Moyen-Âge sous la direction de Sophie Cassagnes-Brouquet, Amaury Chauou, Daniel Pichot, et al. p. 427-435 http://books.openedition.org/pur/19847?lang=fr

 

— LE SEAC'H (Emmanuelle), Sculpteurs sur pierre en Basse-Bretagne. Les ateliers du XVe au XVIIe siècle, Presses Universitaires de Rennes page 195.

 

PÉRENNÈS (Chanoine Henri), 1932 et 1933, La Martyre, Notice sur les paroisses du diocèse de Quimper et de Léon, BDHA

http://diocese-quimper.fr/images/stories/bibliotheque/bdha/bdha1932.pdf

http://diocese-quimper.fr/images/stories/bibliotheque/bdha/bdha1933.pdf

SPREV :

http://www.sprev.org/centre-sprev/la-martyre-eglise-saint-salomon/

Infobretagne : 

 http://www.infobretagne.com/martyre-ressources-eglise.htm

http://www.infobretagne.com/enclos-martyre.htm

— http://www.chantony.fr/patrimoine_et_histoire/29_la_martyre.html

— Topic-topos

 http://fr.topic-topos.com/benitier-la-martyre

Fichier photo Wikipédia :

https://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:La_Martyre_(29)_%C3%89glise_Saint-Salomon_Porche_sud_B%C3%A9nitier_%C3%A0_l'Ankou_03.JPG

 

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3 décembre 2016 6 03 /12 /décembre /2016 23:08

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Résumé.

En 1681, les fabriciens de La Martyre François Quentric et I. Kerraoul firent exécuter par l'architecte et sculpteur de pierre Jean Le Bescont (actif vers 1664-1682 sur huit paroisses) une grande vasque ou "piscine" afin de la remplir chaque dimanche d'eau bénite pour la répartir ensuite dans les bénitiers muraux. Ils suivirent ainsi l'exemple de Ploudiry, la paroisse-mère dont La Martyre était une trève, qui avait fait tailler un an auparavant par le même artisan une piscine analogue. Ils y firent graver la formule Haec aqua benedicta sit nobis salus et vita, "Que cette eau bénite soit pour nous salut et vie" formule liturgique d'aspersion lustrale attestée sur d'autres bénitiers.

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Objet classé Mh PM29000548.

Dans l'église de Saint-Salomon à La Martyre, une vasque de pierre portant le chronogramme de 1681 est désignée par les principaux auteurs, Base Palissy et René Couffon en tête, comme un bénitier. J'y voyais pour ma part une cuve baptismale. Certes, les deux éléments sont destinés à contenir et à distribuer l'eau bénite. Certes aussi, la conversion de fonts baptismaux en bénitier est attestée. Mais on trouve les fonts baptismaux en titre, datés de 1635 par une inscription du baldaquin. 

Cette cuve, que l'on découvre juste après avoir franchi la porte d'entrée, sur sa gauche, est placée en face d'un bénitier intégré à un pilier : sa fonction de bénitier ferait donc double emploi.

D'autre part, au lieu d'être adossée à un mur ou un pilier par une face plate, c'est une sculpture en ronde bosse, dont on fait le tour.

Cette cuve est monolithique, ovoïde, évasée,  aux flancs ornés de godrons, et ornée de têtes de chérubins. Elle mesure (Le Seac'h) 1,12 m de haut, 1,14 m de large et 0,82 m de profondeur.  Elle repose sur un pied en double volute  à galons plats. Entre les volutes, un enfant ou angelot aptère ("buste de femme en cariatide" pour l'Inventaire) est  accroupi, les mains posées sur les cuisses. Sa nudité est atténuée par un linge qui passe en diagonale de l'épaule gauche vers son bassin, avant de disparaître entre ses cuisses ; et ce sont sans doute ses extrémités, soigneusement pliées, qui sont croisées en V derrière les jambes et divergent de chaque coté des chevilles. 

La taille singulière de ce bénitier, et sa ressemblance avec des fonts baptismaux, s'éclairent par le rapprochement établie par Emmanuelle Le Seac'h (2014, p. 299) avec un bénitier de Ploudiry (dont La Martyre était une trève). Car ce dernier, daté de 1680, est mentionné dans les archives paroissiales : le sculpteur, Jean Le Bescont, reçoit 24 livres « pour une grande piscine en pierre de Kersanton où l'on bénit l'eau tous les dimanches matin et que l'on verse ensuite dans les autres moindres piscines de l'église ». Cette "piscine" (en breton, bénitier se dit piñsin ou pileter ) porte l'inscription LABRVM : PAROAE : AQVAE : LVSTRALIS : 1680 "Cuve de l'eau lustrale de la paroisse" dans laquelle le mot latin Labrum désigne (Gaffiot) "un grand vase, un bassin, une cuve, une baignoire", caractérisés par une grande taille.  Il faudrait donc distinguer par un vocabulaire spécifique les petits bénitiers muraux scellés (de porche, de seuil ou d'ossuaire) , et les grandes vasques sur pied, mobiles si besoin, mieux évoqués par  le terme de piscine. A Ploudiry, une autre piscine avait été réalisée en 1675 , également sur pied, circulaire, avec l'inscription : : CETTE PISCINE A ESTE FAICT FAIRE PAR Y PAPE P. EN SA VIE L.A.1675.

 

Je peux supposer que le grand bénitier de La Martyre, réalisé 1 an après celui de Ploudiry, avait la même fonction de réservoir central  d'eau bénite redistribuée dans les bénitiers muraux, ce qui explique sa morphologie.

Ce dernier est attribué d'ailleurs par E. Le Seac'h au même sculpteur, Jean Le Bescont (vers 1664-1682), également architecte, actif en ses deux ateliers de Landerneau et de Carhaix sur huit paroisses, et auteur de trois séries d'apôtres des porches de Dirinon, Goulven et Locmélar. Ceux-ci sont  caractérisés par "les grands yeux exorbités en amande" ..."des orbites très rondes avec un fin contour et une arcade sourcilière marquée", des lèvres fines et serrées, des mains longues et fines. Or, pour E. Le Seac'h, les trois têtes d'angelots ailés du bénitier de La Martyre ont le même style que les apôtres sculptés par Le Bescont. 

 

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Fonts baptismaux, 1681, église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.

Fonts baptismaux, 1681, église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.

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La vasque porte les inscriptions sur deux lignes

 : "HAEC. : AQUA : BENEDICTA : SIT : NOBIS : SALVS : & VITA." et dessous : "F : QVENTRIC : F. /  I. K : RAOUL : 1681."

La ligne supérieure suit la lèvre de la cuve, elle est écrite en  minuscules romaines, avec des lettres simples, sans empattement ni ornementation. On note l'emploi du  N rétrograde et de l'esperluette.

La ligne inférieure est disposée de part et d'autre de la tête du chérubin. Elle est écrite en majuscules romaines et en chiffres arabes. N rétrograde. Q sous la forme d'un 9. 

– La première ligne, en latin, Haec aqua benedicta sit nobis salus et vita, peut se traduire par "Que cette eau bénite nous soit le salut et la vie". On la retrouve sur un bénitier de l'église de Pardaillan, de l'église Saint-Aignan en vallée de la Viaur (81), en Vienne à l'église de Leignes-sur-Fontaine. Mais dans les ouvrages liturgiques, elle est mentionnée, rarement,  soit lors l'aspersion d'eau bénite accompagnant l'administration de l'extrême-onction, soit la remise de l'eucharistie à un malade, ou avec modification (Haec aqua benedicta sit vobis salus et vita), lors de l'exorcisme d'animaux. Son emploi n'apparaît donc pas courant, ni pour le baptême, ni lorsque le fidèle se signe avec l'eau du bénitier.

On la trouve aussi sous la forme haec aqua benedicta sit mihi salus et vita et pro ea sunt dimissa peccata venialia mea , ou bien plus brièvement dans Hore beate virginis marie ad usum Sarum [Wolf. Hopyl] Pro Anthonio Vérard, Paris 1503-05 Copenhagen Kongelige Bibliotek CMB Pergament 19 4°  Aqua benedicta sit mihi salus 1503-05, f.10;

– La seconde ligne peut être transcrite ainsi : "F[rançois] Quentric, F[abricien] / I Kerraoul, 1681", puisque le K initial d'un nom est souvent abréviatif de Ker-. Or, un certain Yvon Keraoul "fabrique de N.-D. de La Martyre", apparaît en 1637 avec son collègue Olivier Paugam dans l'établissement d'un marché pour la construction de l'orgue de l'église. Les fabriciens sont désignés dans les familles honorables (et donc riches) de la paroisse, et c'est peut-être son fils Ian ou Ivon qui occupe ce rôle en 1681. Les généalogistes mentionnenent un François de Kerraoul ou Keraoul, Keroul, Keroullé  ca 1628-ca 1670. Il existe de nos jours à la Roche-Maurice une ferme nommée Keraoul.

 

http://gw.geneanet.org/parnoult?lang=it&v=KERRAOUL+(DE)+(KERAOUL)(KEROUL)(KEROULL%C3%89&m=N

http://it.geneanet.org/search/?name=KERAOUL&country=FRA&region=BRE&subregion=F29&place=La%2BMartyre%2C29144&ressource=arbre

http://gw.geneanet.org/katoff?lang=it&v=KERAOUL&m=N

De la même façon, un François Quentric  ( 1632- La Martyre, 1692) est attesté par les généalogistes. François Quentric, époux de Catherine Nicolas, eut cinq enfants (François, Guillaume, Françoise, Marie, Catherine) nés à La Martyre. 

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Fonts baptismaux, 1681, église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.

Fonts baptismaux, 1681, église Saint-Salomon de La Martyre. Photographie lavieb-aile.

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SOURCES ET LIENS.

CASTEL (Yves Pascal), THOMAS ( ‎Georges-Michel) 1987,  Artistes en Bretagne: Dictionnaire des artistes, artisans et ingénieurs en Cornouaille et en Léon sous l'Ancien Régime, Société archéologique du Finistère, 1987 - 364 pages

— COUFFON (René), LE BARS (Alfred) , 1988, La Martyre,  Diocèse de Quimper et de Léon, nouveau répertoire des églises et chapelles, Quimper, Association diocésaine, 1988, 551 p.

http://diocese-quimper.fr/images/stories/bibliotheque/pdf/pdf-Couffon/MARTYRE.pdf

— LE SEAC'H (Emmanuelle), 2014, Sculpteurs sur pierre en Basse-Bretagne. Les ateliers du XVe au XVIIe siècle, Presses Universitaires de Rennes, p. 298-299.

— SPREV :

http://www.sprev.org/centre-sprev/la-martyre-eglise-saint-salomon/

— Infobretagne : Emploi des ressources de l'église de Martyre

 

http://www.infobretagne.com/martyre-ressources-eglise.htm

http://www.infobretagne.com/enclos-martyre.htm

— http://www.chantony.fr/patrimoine_et_histoire/29_la_martyre.html

Site Bretania  "La Martyre"

Site Bretania "Fonts Baptismaux" (387 réponses)

Sur les fonds baptismaux :

— Dossier pdf "Cuves baptismales et fonts baptismaux : évolution formelle avant le XVIe siècle"

http://www.culture.gouv.fr/documentation/memoire/CATALOGUES/fontsbapt/fontsbapt_histav16e/html/fontsbapt_histav16e.html

— Dossier pdf "Cuves baptismales et fonts baptismaux : environnement des fonts"

 http://www.culture.gouv.fr/documentation/memoire/CATALOGUES/fontsbapt/fontsbapt_envir/html/fontsbapt_envir_image_1.html

— Dossier pdf : "Cuves baptismales et fonts baptismaux : évolution formelle au XVIe siècle"

http://www.culture.gouv.fr/documentation/memoire/CATALOGUES/fontsbapt/fontsbapt_hist16e/html/fontsbapt_hist16e.html#fig5

— Dossier pdf : "Cuves baptismales et fonts baptismaux : évolution formelle au XVIIe siècle"

http://www.culture.gouv.fr/documentation/memoire/CATALOGUES/fontsbapt/fontsbapt_hist17e/html/fontsbapt_hist17e.html#fig12

— https://fr.wikipedia.org/wiki/Fonts_baptismaux

— Les Fonts baptismaux d'Hildesheim (Ier tiers XIIIe) :

La bande la plus basse montre quatre figures humaines, qui soutiennent toute la cuve. Ce sont des personnifications des quatre fleuves du jardin d'Eden ( Genèse 2: 10-14 ). Chacun d'eux se déverse sur l'eau de la vie: Les quatre figures sont clairement distinctes par les vêtements, la posture, et la coiffure et symbolisent les différentes classes et phases de la vie. Dans une petite zone au- dessus de leurs têtes, ils sont identifiés par les vertus cardinales : la modération, le courage, la justice et la sagesse. 

https://en.wikipedia.org/wiki/Baptismal_font_(Hildesheim)

— Les fonts de Saint-Clément (Aisne) :

https://inventaire.picardie.fr/dossier/fonts-baptismaux-cuve-baptismale-a-infusion/395d3f40-a71e-4372-88ef-07dc9b844074

— A_Twelfth_Century_Baptismal_Font_from_Wellen_The_Metropolitan_Museum_Journal_v_44_2009 (1).pdf

Baptismal font. Wellen, Limburg, Belgium, 1155–70. Bluestone . The Metropolitan Museum of Art, The Cloisters Collection

In the Ordo romanus, the ritual of blessing the baptismal water alludes to the four rivers of Paradise—the Gehon, the Phison, the Tigris, and the Euphrates—that “water all of the earth,” like the waters of holy baptism. Patrologia Latina, vol. 78, “Romani Ordines,” 21, cols. 1015–16, and 42, col. 956. In early Christian iconography, the rivers of Paradise, associated with the Evangelists in the prayers of Saint Cyprian (ca. 200–258) and by Saint Augustine in the City of God,( Ibid., vol. 3, col. 1110, and vol. 31, col. 395) issue from human or lions’ heads. The four human heads on the Cloisters font are homogeneous enough in design to permit an interpretation of them as personifications of the rivers of Paradise, but the diversity among the heads on a number of other fonts prevents any such generalization. Despite their rather reassuring features, the heads may also have served an apotropaic function.

 FAVREAU (Robert), 1995, Les inscriptions des fonts baptismaux d'Hildesheim, Baptême et quaternité Cahiers de civilisation médiévale  Année 1995  Volume 38  Numéro 150  pp. 116-140

http://www.persee.fr/doc/ccmed_0007-9731_1995_num_38_150_2609

— MÂLE ( Émile), 1922 L'art religieux du XIIe siècle en France : étude sur les origines de l'iconographie du moyen age

https://archive.org/details/lartreligieuxdux00mluoft

— MÂLE ( Émile),  L'art religieux du XIIIe siècle en France: étude sur l'iconographie du Moyen ... 1898

https://archive.org/stream/lartreligieuxdu00mlgoog#page/n7/mode/2up

page 20 : https://archive.org/stream/lartreligieuxdu00mlgoog#page/n45/mode/2up/search/lion

page 55 Honorius d'Autin  :https://archive.org/stream/lartreligieuxdu00mlgoog#page/n79/mode/2up/search/lion

page 149 Fonts baptismaux 4 fleuves https://archive.org/stream/lartreligieuxdu00mlgoog#page/n175/mode/2up/search/fonts

—MÂLE ( Émile), 1922, L'art religieux de la fin du Moyen Age en France : étude sur l'iconographie du Moyen Age et sur ses sources d'inspiration, 1922,

https://archive.org/stream/lartreligieuxdel00mluoft#page/n7/mode/2up

— BOGAERT (P-M.) J.-Fr. Gilmont La première Bible française de Louvain (1550)  Revue théologique de Louvain  Année 1980  Volume 11  Numéro 3  pp. 275-309

http://www.persee.fr/doc/thlou_0080-2654_1980_num_11_3_1779

REUSENS, (Edmond Henri Joseph),1885, Éléments d'archéologie chrétienne :

https://archive.org/stream/lmentsdarchologi01reus#page/178/mode/2up/search/fleuves

— VIOLLET-LE-DUC "Fonts", in Dicionnaire raisonné de l'architecture française

https://fr.wikisource.org/wiki/Dictionnaire_raisonn%C3%A9_de_l%E2%80%99architecture_fran%C3%A7aise_du_XIe_au_XVIe_si%C3%A8cle/Fonts_(Baptismaux)

— Fonts baptismaux de la Somme :

http://www.richesses-en-somme.com/patrimoine-des-%C3%A9glises/fonts-baptismaux/fonts-bapt-du-10e-au-13e-si%C3%A8cle/

— Fonts de saint Barthélémy à Liège

https://fr.wikipedia.org/wiki/Fonts_baptismaux_de_Saint-Barth%C3%A9lemy
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3 décembre 2016 6 03 /12 /décembre /2016 18:47
L'église Saint-Salomon de La Martyre. I. L'Arc de Triomphe et le Porche sud.

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I. LA PORTE TRIOMPHALE.

 

La face sud de l'enclos de La Martyre, associée à sa gauche à l'important ensemble du Guet, et à sa droite à une ancienne auberge, ouvrait sur l'emplacement de la foire. Avec son chemin de ronde, le portail constituait un poste de surveillance et de police, et en même temps un lieu de prédication lors des fêtes solennelles. L'enclos de La Martyre et son portail figurent parmi les plus anciens exemples conservés en Bretagne avec celui de Saint-Jean-du-Doigt.La forme de l'arc reprend celui du porche sud. La Porte est daté par J-J. Rioult des années 1520-1530, en se fondant sur le corps de moulure qui se retourne et redescend sans chapiteaux sur des bases « en flacons ». Au sommet de l'arc, sur la pointe de l'accolade, un écu en bannière, bûché, était probablement revêtu des armes de Rohan, tandis que le culot sculpté de la Pietà semble avoir porté les armes du Chastel. (J-J. Rioult)

 

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Porte triomphale, enclos paroissial, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

Porte triomphale, enclos paroissial, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

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1°) L'Annonciation.

L'association peu banale sur ce portail des deux temps fort de la vie de la Vierge, L'Annonciation, dont la représentation est répartie de part et d'autre de l'entrée, et la Déploration du Christ ou Vierge de Pitié, juste au dessus de l'arc, de même que le Calvaire de la plate-forme, illustrent l'épithète bretonne du sanctuaire, itron varia ar merzer ou Vierge Marie du martyre. (J-J. Rioult)

Porte triomphale, enclos paroissial, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

Porte triomphale, enclos paroissial, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

Ange de l'Annonciation, Porte triomphale, enclos paroissial, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

Ange de l'Annonciation, Porte triomphale, enclos paroissial, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

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Vierge de l'Annonciation, Porte triomphale, enclos paroissial, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

Vierge de l'Annonciation, Porte triomphale, enclos paroissial, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

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Vierge de l'Annonciation, Porte triomphale, enclos paroissial, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

Vierge de l'Annonciation, Porte triomphale, enclos paroissial, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

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Dans l'angle rentrant de gauche, sur le culot supplémentaire qui porte le prie-dieu de la Vierge de l'Annonciation, les lettres du nom de Jésus IHS, entrelacées et présentées dans un cœur par un ange, symbolisent la prédestination de la Vierge comme mère du Christ. ((J-J. Rioult)

Prie-dieu, l'Annonciation, Porte triomphale, enclos paroissial, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

Prie-dieu, l'Annonciation, Porte triomphale, enclos paroissial, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

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Culot du prie-dieu de l'Annonciation, Porte triomphale, enclos paroissial, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

Culot du prie-dieu de l'Annonciation, Porte triomphale, enclos paroissial, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

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Déploration. 

La Vierge éplorée, assise,la tête recouverte par son manteau, porte sur ses genoux le corps de son Fils après la Déposition de Croix, entre saint Jean (à sa droite) et Marie-Madeleine tenant le flacon d'onguent pour l'embaumement. 

 

Déploration, Porte triomphale, enclos paroissial, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

Déploration, Porte triomphale, enclos paroissial, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

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Christ en croix.

Sous le fleuron sommital, un ange (difficile à voir car envahi de lichen) tient le titulus où sont inscrites les lettres INRI . Deux colonnes torsadées donnent appui aux anges tournés vers l'autre face. Un ange recueille dans un calice le Sacré Sang qui s'écoule des pieds. Un crâne, celui du vieil Adam, rappelle l'origine du nom du Golgotha, "lieu du crâne". 

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Calvaire, Porte triomphale, enclos paroissial, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

Calvaire, Porte triomphale, enclos paroissial, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

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La base de ce calvaire est sculpté d'un Christ du Jugement Dernier, assis sur un arc-en-ciel (celui de l'Alliance biblique conclue avec Noé) et les pieds posés sur le globe terrestre. Vêtu du manteau glorieux de la Résurrection, il montre les plaies de la Croix. Il est entouré des deux anges sonnant de la trompe annonçant le Jugement.

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Calvaire, Porte triomphale, enclos paroissial, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

Calvaire, Porte triomphale, enclos paroissial, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

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Deux hommes sauvages, velus de la tête aux pieds,  tenant des bâtons, occupent les cotés, en dessous des pieds des anges.

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Homme sauvage, Calvaire, Porte triomphale, enclos paroissial, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

Homme sauvage, Calvaire, Porte triomphale, enclos paroissial, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

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Homme sauvage, Calvaire, Porte triomphale, enclos paroissial, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

Homme sauvage, Calvaire, Porte triomphale, enclos paroissial, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

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Du coté opposé le Christ ressuscité sort du tombeau, son linceul étant tenu par deux anges ; deux autres anges soutiennent un blason et présentent des banderoles.

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Calvaire, Porte triomphale, enclos paroissial, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

Calvaire, Porte triomphale, enclos paroissial, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

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Le bon larron.

Son visage est (légèrement) tourné vers le Christ, en signe de foi dans le Salut. Les traits sont creusés , avec des orbites profondes, des plis naso-géniens soulignés. Les jambes sont fléchies en grenouille (abduction et rotation externe). Il est vêtu d'un pagne court froncé à la ceinture par un lien. Un ange, en dessous de lui, témoigne du fait que son âme va rejoindre le Christ en son Paradis. 

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Bon larron, Calvaire, Porte triomphale, enclos paroissial, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

Bon larron, Calvaire, Porte triomphale, enclos paroissial, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

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Bon larron, Calvaire, Porte triomphale, enclos paroissial, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

Bon larron, Calvaire, Porte triomphale, enclos paroissial, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

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Le mauvais larron.

A l'opposé, le mauvais larron se détourne du Christ en croix, et c'est un diable qui se prépare, à ses pieds, à emporter son âme en Enfer. Le mauvais larron porte un bandeau sur les yeux, signe de son aveuglement, et sa bouche est tordue en un rictus.

 

Mauvais larron, Calvaire, Porte triomphale, enclos paroissial, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

Mauvais larron, Calvaire, Porte triomphale, enclos paroissial, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

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Mauvais larron, Calvaire, Porte triomphale, enclos paroissial, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

Mauvais larron, Calvaire, Porte triomphale, enclos paroissial, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

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II. LE PORCHE SUD : EXTÉRIEUR (1450-1468).

L'un des intérêts du porche sud de La Martyre est d'avoir été attribué par E. Le Seac'h au premier atelier identifiable de sculpture de Basse-Bretagne, celui qui, sous l'influence du mécénat artistique du duc Jean V (1399-1442), se consacra à la construction de la basilique du Folgoët dès 1423. Il rayonna ensuite en Basse-Bretagne et on en retrouve les caractéristiques stylistiques sur les porches de la cathédrale de Quimper (1424-1442), du Kreisker à Saint-Pol-de-Léon (1436 et 1472), de Kernascléden (1433-1464), Saint-Fiacre du Faouët (vers 1450) et Quimperlé (vers 1420-1450), à Chateauneuf-du-Faou, sur les calvaires de Rumengol et de Plomodiern (vers 1433 et 1475) et du Folgoët (vers1443). Un second atelier du Folgoët, celui "des enfants" fut actif entre 1458 et 1509 dans la construction du porche de Plourach (vers 1458-1488) et de Saint-Herbot (1498-1509).

Cet atelier actif sous cinq ducs, Jean V, François Ier, Pierre II, Arthur III et François II , accompagna de ses sculptures (principalement de kersanton) les grandes innovations architecturales de style gothique flamboyant. Son style se définit par le visage aux yeux bridés, taillés en amande, les pommettes hautes, les ovales des visages féminins et le carré des visages masculins. Mais aussi, nous allons le voir, par des anges à la chevelure crêpée spectaculaire.

Le porche de kersanton de La Martyre est sensiblement de la même période que celui de Rumengol (1468), et sur leur tympan, la Nativité de l'un n'est pas étrangère à l'Adoration des Mages de l'autre.

L'église de La Martyre a été fondée par les Rohan qui ont apposé leurs armoiries à l'intérieur du porche, mais c'est le duc Jean V qui a accordé en 1431  l'affranchissement des impôts qui a permis à la foire franche  de La Martyre de devenir, au carrefour de voies médiévales,  un événement commercial majeur dans la vente de chevaux de joailleries et d'étoffes qui trouva son apogée au XVe et XVIe siècle.

Rappel historique :

La Martyre était une trève de Ploudiry elle même dépendance de l’abbaye de Daoulas et enclave de l’ancien comté de Léon dans la Cornouaille. Cette situation a donné à La Martyre un rôle de place militaire.

 L'église tréviale était à l'origine sous l'invocation de Notre-Dame (ecclesiae Beatae Mariae du Merzer en 1363, Notre-Dame-du-Merzer en 1428), avant d'être placée sous le patronage de Saint Salomon Salaün en breton, en souvenir du martyre du roi breton Salomon qui aurait été perpétré à cet endroit.

 a) La Martyre est passée à la fin du XIV siècle du comte de Léon à la vicomté de Rohan . En 1363, Hervé VIII de Léon, seigneur de Léon, résidant en son château de La Roche-Maurice, meurt sans enfants et lègue par testament 50 livres de rentes à l'église de La Martyre à la condition que l'on célébrât deux messes par semaine pour lui et ses prédécesseurs. Sa sœur Jeanne hérita de la seigneurie qui passa aux Rohan lors de son mariage avec Jean Ier de Rohan.

Jean Ier de Rohan (1324-1396), dont l'une des places-fortes est le château tout proche (4,5 km) de La Roche-Maurice, s'est marié en l'église de La Martyre en 1349 avec Jeanne de Léon, héritière qui apporta aux Rohan une partie de la vicomté de Léon. Il hérita à la mort de son beau-frère Hervé VIII de Léon, en 1363, de l’ensemble du Guet de la Martyre. Son fils Alain VIII (1696-1429) hérita du titre de vicomte de Rohan. 

Puis Alain IX fut vicomte de Rohan de 1429 à 1462 . Il épousa Marguerite de Monfort, fille du duc Jean IV (puis Jeanne d'Évreux). Or, les armoiries ducales sont présentes sous le porche sud, mais les deux écus dotés de leur cimiers de part et d'autre du trumeau sont ceux de Rohan à gauche et de Léon à droite.

b) La première moitié du XVe.

 

Pouvoir ducal : Le duc Jean V, qui régna de 1399 à 1442, fut l'initiateur d'un vaste programme de mécénat religieux à visée de propagande afin de récupérer au profit des Monfort l'image de piété et de sainteté qui avait été celle des Penthièvre et de Charles de Blois. Il débuta une série de sanctuaire à Notre-Dame par le chantier de la basilique du Folgoët en 1423-1468, suivi de celui de la cathédrale de Quimper, (Porche sud, 1424-1442) , Lambader en Plouvorn (1432) La Martyre (1430), à la chapelle Saint-Fiacre du Faouët (1450), tout en ayant la sagesse d'associer ses principaux vassaux à ce mécénat. 

C'est dire toute l'importance de l'acte de 1431 par lequel il procura à la chapelle de La Martyre (Le Merzer) les ressources nécessaires à son agrandissement : Le 12 mai 1431 le duc accorde des lettres de franchise d’impôt sur le vin pour l’augmentation de Notre-Dame du Merzer. Mais devant la mauvaise volonté et opposition des fermiers, il doit  confirmer cette décision  le 13 mars 1433.

 "Ordre de laisser les chapelains du Lambader et du Merzer jouir des dons qui leur ont été faits, à Redon 13 mars 1433... chapelles Nostre Dame de Lanbader et du Merzer ...Puis naguère nous avons donné en aumônes de notre dévotion à la chapelle de Lambader ...de même à ladite chapelle du Merzer (la Martyre) avons voulu et octroyé que tout le vin qui fut vendu au détail en la maison de ladite chapelle par dom Jehan Le Saux et ses commis, qui en est gouverneur, fut quitte de tout devoir d'impôt tant du temps que avenir, pour être icelui devoir être mis et employé au bien et augmentation d'icelle chapelle, comme peut apparaître par nos lettres sur ce données en cette ville, datées du XIIe jour de may, l'an mill IIIIcr trente et un. ...et afin de s'informer du nombre desdits vins qui sont et seront vendus au dit lieu du Merzer, avons commis notre bien aimé et féal conseiller Hervé Le Ny, "...(R. Blanchard, Lettres et mandements de Jean V, duc de Bretagne, n° 2072, lettre du 13 mars 1433, copie d'un don du 12 mai 1431) http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k73684n/f57.item.zoom

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Ossuaire (1619) et porche sud (1450) de l'église Saint-Salomon, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

Ossuaire (1619) et porche sud (1450) de l'église Saint-Salomon, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

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Le porche est flanqué de contreforts  de biais, chacun  creusés de quatre paire de niches et coiffés par des pinacles gothiques décorés de crochets en feuillage. La façade extérieure est sculptées en haut-relief pour l'essentiel. Les sculptures étaient polychromes comme le montrent les traces d'ocre rouge qui subsistent encore. Un arc d'entrée en anse de panier (ou plus exactement en accolade ou en talon) caractérise le style gothique flamboyant du porche. Je décrirai successivement : 

A. Le pignon : couronnement de la Vierge.

B. Le tympan : La Nativité, et les voussures.

C. Les piédroits : Enfance du Christ.


 

A. LE FRONTON : COURONNEMENT DE LA VIERGE.

Le thème du Couronnement de la Vierge n'apparaît pas dans la Bible mais provient d'un récit apocryphe attribué à Méliton, l'évêque de Sardres, au IIe siècle. Il est probablement lié à l’approfondissement du culte marial vers l'an Mil, au développement des idées d'Immaculée Conception  et d'Assomption, combinées au thème traditionnel, voire païen, du couronnement de la mariée virginale. Le Couronnement implique que la Vierge, mère de Dieu, sans être elle-même divine, est placée par Dieu au-dessus de toutes les créatures, anges, démons et hommes. La vierge couronnée est généralement associée à l'arbre de Jessé pour indiquer son lignage royal avec la maison de David, point capital au Moyen Âge. Grégoire de Tours au VIe siècle puis Jacques de Voragine au XIIIe siècle dans la Légende Dorée en ont assuré la diffusion. En iconographie, on le voit au XIIe siècle sur un vitrail de Notre-Dame de Paris offert par l'abbé Suger,  puis illustré au porche des cathédrales de Senlis (1170) puis de Laon, d'Amiens, de Chartres, Notre-Dame de Paris, de Bourges ou  de Meaux . La Vierge couronnée assise y fait face au Christ-roi alors que des anges thuriféraires l'entoure. Parfois, la Vierge est couronnée devant la trinité de Dieu-le-Père, du Fils et de la colombe.

Voir

 

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    Pignon du porche sud de l'église Saint-Salomon, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

    Pignon du porche sud de l'église Saint-Salomon, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

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    Couronnement de la Vierge, pignon du porche sud de l'église Saint-Salomon, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

    Couronnement de la Vierge, pignon du porche sud de l'église Saint-Salomon, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

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    De part et d'autre du fleuron, deux anges agenouillés présentent des phylactères tout comme ceux du parement du mur, flottant dans les airs. 

    Au dessus du fleuron, la scène du Couronnement est sculpté sur une petite console qui fait saillie hors du mur. Dieu, qui est figuré sous les traits d'un homme barbu tenant le globe terrestre, lève la main en signe de bénédiction vers la Vierge qui joint les mains. Un ange à la chevelure bouclée se tient en retrait derrière lui, un autre, à la tunique bouffante à la taille participe à poser la couronne sur la tête de Marie, un troisième est moins bien visible. Les vêtements multiplient les plis à volutes et à becs.

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    Couronnement de la Vierge, pignon du porche sud de l'église Saint-Salomon, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

    Couronnement de la Vierge, pignon du porche sud de l'église Saint-Salomon, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

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    Les anges thuriféraires.

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    Couronnement de la Vierge, pignon du porche sud de l'église Saint-Salomon, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

    Couronnement de la Vierge, pignon du porche sud de l'église Saint-Salomon, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

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    Couronnement de la Vierge, pignon du porche sud de l'église Saint-Salomon, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

    Couronnement de la Vierge, pignon du porche sud de l'église Saint-Salomon, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

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    Couronnement de la Vierge, pignon du porche sud de l'église Saint-Salomon, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

    Couronnement de la Vierge, pignon du porche sud de l'église Saint-Salomon, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

    Couronnement de la Vierge, pignon du porche sud de l'église Saint-Salomon, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

    Couronnement de la Vierge, pignon du porche sud de l'église Saint-Salomon, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

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    L'église Saint-Salomon de La Martyre. I. L'Arc de Triomphe et le Porche sud.

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    B. LE TYMPAN ET SES VOUSSURES.

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    Tympan du porche sud  de l'église Saint-Salomon, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

    Tympan du porche sud de l'église Saint-Salomon, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

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    1°) La Nativité.

    Au tympan, la Vierge couchée est représentée allongée, les bras arrondis contre sa poitrine ; le drap sans plis, tiré jusqu'au buste, laisse deviner la forme des pieds. Le reste du corps aurait été martelé à une date inconnue par un recteur qui aurait jugé la scène d'allaitement trop impudique. La Vierge porte les cheveux divisés en mèches ondulantes qui tombent sur les épaules Ils sot identiques à ceux de sainte Catherine du porche sud de la cathédrale de Quimper et de Notre-Dame de l'ancienne église de Lesneven, conservée au musée de Bretagne de Rennes. Le nez fin est légèrement écrasé sur le dessus. Les paupières en amande sont ourlées. Les arcades sourcilières sont hautes et légèrement creusées, ce qui donne à la Vierge un air interrogatif. Sa bouche fine est bien dessinée. Elle porte un voile qui, contrairement à ceux du Maître de Tronoën, ne fait pas de cassures sur le dessus. Ici, il forme un demi-cercle, légèrement relevé au dessus du front.

    Dans le cadre de cet atelier du Folgoët, le rapprochement s'impose entre cette Nativité de La Martyre, et la Nativité, associée à l'Adoration des Mages, du porche ouest de la basilique du Folgoët (1423). La Vierge y est également couchée, tenant l'Enfant qu'elle présente aux Mages tandis que, derrière elle, c'est saint Joseph qui manipule l'un des pompons du coussin. La représentation réaliste de la Vierge couchée est fréquente en France de 1380 à 1450 selon Émile Mâle. On la retrouve en Bretagne au calvaire de Tronoën (vers 1470) puis  sur des retables de bois polychrome dans les Côtes d'Armor à la chapelle du Guiaudet de Lanrivain, à celle du Yaudet en Ploulec'h, et à Kergrist en Paimpol. 

    Un autre rapprochement doit être fait avec la Vierge couchée en bois du XVe siècle conservée en l'église Saint-Thomas de Landerneau

     

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    Le bœuf et l'âne aux têtes faisant irruption devant la mangeoire comme s'ils transperçaient la façade se retrouvent de manière similaire sur le tympan du porche de Rumengol

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    Tympan du porche sud  de l'église Saint-Salomon, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

    Tympan du porche sud de l'église Saint-Salomon, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

    Tympan du porche sud  de l'église Saint-Salomon, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

    Tympan du porche sud de l'église Saint-Salomon, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

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    Nativité, Tympan du porche sud  de l'église Saint-Salomon, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

    Nativité, Tympan du porche sud de l'église Saint-Salomon, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

    Nativité, Tympan du porche sud  de l'église Saint-Salomon, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

    Nativité, Tympan du porche sud de l'église Saint-Salomon, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

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    Joseph est assis au pied du lit (l'une de ses places habituelles dans les Nativités) et, comme d'habitude, il semble ailleurs, un peu hébété et perdu dans ses pensées, exclu de la dualité mère-enfant, et parfaitement passif. Sa barbe illustre son grand âge, alors que son bonnet pointu à oreillettes veut indiquer sans-doute sa judéité. Le complexe appareil de plis de son manteau accentue ou extériorise l'état mental effondré que l'artiste lui prête.

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    Saint Joseph, Tympan du porche sud  de l'église Saint-Salomon, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

    Saint Joseph, Tympan du porche sud de l'église Saint-Salomon, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

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    La tête de la Vierge repose sur un coussin dont les angles sont décorés de glands qu'un petit personnage, agenouillé derrière elle, tient dans sa main. Il pourrait s'agir d'un ange, ou de Zélomi, l'accoucheuse qui se déplaça avec Salomé au chevet de la Vierge(E. Le Seac'h). 

    Ce sujet délicat dont Émile Mâle date l'arrêt de la diffusion au début du XIIIe siècle perdure en fait jusqu'au XVIe siècle selon Réau. Selon E. Le Seac'h, il est représenté seulement au XVe siècle en Basse-Bretagne.

    Je me suis attaché à explorer l'iconographie des sages-femmes de la Vierge dans l'article suivant :

    Les Livres d'Heures manuscrits de la bibliothèque Les Champs Libres de Rennes (2). Le thème de la sage-femme: Zélomi, Salomé ou sainte Anastaise?

    J'ai exploré le thème des Vierges couchées et des Vierges allaitantes ici :

    A. LES VIERGES COUCHÉES. 6 articles.

    http://www.lavieb-aile.com/article-les-vierges-couchees-de-bretagne-2-chapelle-du-yaudet-a-ploulec-h-105555217.html

    http://www.lavieb-aile.com/article-vierges-couchees-3-chapelle-de-kergrist-a-paimpol-105604068.html

    http://www.lavieb-aile.com/article-vierge-couchee-calvaire-de-tronoen-a-saint-jean-trolimon-29-110465874.html

    http://www.lavieb-aile.com/article-la-vierge-couchee-dans-les-nativites-des-livres-d-heures-113263711.html

    http://www.lavieb-aile.com/article-vierges-couchees-la-cathedrale-de-chartres-112103311.html

    LES VIERGES ALLAITANTES. 12 articles.

    http://www.lavieb-aile.com/article-virgo-lactens-ou-miss-nene-5-candidates-du-finistere-les-vierges-allaitantes-96615012.html

    L'église Saint-Salomon de La Martyre. I. L'Arc de Triomphe et le Porche sud.

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    2°) Les anges porteurs d'écus.

    Les voussures et autres sites du porche sont occupés par une douzaine d'anges (avec ou sans ailes) porteurs d'écus.  La plupart sont muets et devaient porter des armoiries peintes, et seuls deux portent les armes sculptés de la famille de Kersauson.

    a) Les armoiries de Kersauson.

    Elle se blasonnent De gueules au fermail d'argent

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    On les trouve à la place d'honneur, en sommité dans l'angle de l'accolade du tympan, portées par deux anges tête contre tête. Et on les trouve aussi sur une voussure de gauche, à une place non moins éminente, tenues au dessus de la tête de la Vierge par un ange debout.

    Depuis Fons de Kort, on considère qu'il s'agit des armes de Guillaume de Kersauson, et, par conséquent, on en déduit qu'il devait avoir été le principal fondateur du porche. 


     

    "L'accolade du tympan est formé de feuillages sommées d'un fleuron. Dans l'angle qu'elle forme, deux anges tiennent tête contre tête le blason des Kersauson, les donateurs locaux. Les cheveux méchés des anges sont coiffés en boucles symétriques, avec une petite houppe frisée sur le devant." (E. Le Seac'h).

    "C'est le blason de Guillaume de Kersauzon qui, en 1426, figure sur un état de la maison du vicomte de Rohan comme sénéchal de Landerneau. L'office de sénéchal était alors à la fois civil et militaire, il avait la surintendance de la maison du seigneur et conduisit les troupes à la guerre. Ses attributs comprenaient les armes, les finances et justice. A ce moment, le château de la Roche-Maurice, fief alors des Rohan dans le Léon, était occupé par Louis de Rosnyvinen officier du vicomte de Rohan et chambellan du duc, qui, en était le capitaine. Il paraît donc vraisemblable que de Kersauzon, officier de première importance , était logé dans les vastes bâtiments que les Rohan, par l'héritage de 1363, possédait à la Martyre et où il était, comme officier de justice, également à pied d'œuvre pour la surveillance de la pus importante foire de l'ouest. Nul doute que Guillaume I de Kersauzon, seigneur de Penhoet et de Saint-Frégant, mort vers 1484, est le principal donateur du porche si richement orné et que la figure de la Vierge couchée, couronnée pour ainsi dire par les armes des Kersauzon, soit le portrait de son épouse Isabeau du Châtel-Trémazan, fille de Tanneguy du Châtel, capitaine de Brest, mort en 1477, marié à la fille cadette de Jean Raguenel, sire de Malestroit, vicomte de la Bellière, maréchal de Bretagne."

    Les données que je retrouve signalent plutôt que Guillaume de Kersauson fut sénéchal de Landerneau en 1472 ou 1479 ; qu'il acheta le manoir de Penhoët en 1440 ; qu'il était très âgé en 1481 et 1483, date où son fils Guénolé comparut pour son père aux montres du Léon ; qu'il épousa Guillone du Chastel-Trémarzan, nièce de Tanneguy du Chastel, et fille de son frère aîné Olivier.


     

    Puis-je me permettre une hypothèse ? La généalogie de Kersauson est assez embrouillée à cette époque, et il est difficile de retrouver une cohérence entre les auteurs. Je note ainsi : http://andre.croguennec.pagesperso-orange.fr/armorial.htm : ​

     

    De Kersauson : De gueules au fermail d'argent. Devise : Pred eo, pred a vo. (Il est temps, il sera temps.) Anc. ext. chev., réf. 1669, neuf gén. ; réf. et montres de 1427 1562, par. de Guiclan, St-Thégonnec, Plounéour-Menez, Plouénan, Plouescat et St-Frégant, év. de Léon, Trégom, év. de Tréguier, Plonéis et Dinéault, év. de Cornouaille.

    Robert, croisé en 1248 (cab. Courtois) ; Guillaume, évêque de Léon en 1306, reconstruisit une partie de sa cathédrale, où il fut inhumé en 1327 ; Typhaine de Rosnyvinen, dame de Kersauson, en 1340, aîeule de Juzette, seule et unique héritière de Kersauson, mariée à Salomon Le Ny, chambellan du duc en 1380, veuf de Marguerite de Coëtélez, à condition que les enfants à naître de ce 2è mariage prendraient les noms et armes de Kersauson, dont : 
    Hervé Le Ny, dit le jeune, seigneur de Kersauson, marié 1° en 1418 à Marguerite du Carpont ; 2° en 1427 à Aliette de Lanroz, veuve d'Alain de Penmarc'h. Du premier lit, Jean, seigneur de Kersauson, marié à Jeanne de Kérimel, qui a continué la branche ainée, fondue au XVIIIè siècle dans Tinténiac, et Montbourcher et auteur des seigneurs de Guénan, de Goasmelquin, de Kerjan et du Vijac ; et du deuxième lit : Paul, marié à Sybille, dame de St-Georges, auteur des siehneurs du Vieux Châtel, et de la Ferrière.

    La Branche de Pennendreff a pour auteur :
     Guillaume, seigneur de Penhoët, vivant en 1440, père de Guénolé, archer dans une montre en 1481, marié à Catherine de St-Goueznou.

    Jean, prête serment au duc entre les nobles de Léon en 1437 ; 
    Guillaume sénéchal de Léon en 1479  ; 

    Voir aussi : http://www.decarne.com/gencar/dat53.htm#26

    Sans rentrer dans les détails, je suggère que cet Hervé Le Ny de Kersauzon soit le même que Hervé Le Ny, conseiller du duc Jean V (et qualifié de Sénéchal de Cornouailles en 1426 et en 1437 Lobineau ), et que celui-ci a chargé en 1433 de surveiller l'exécution de son Ordre d'exemption  d'impôt sur le vin à la foire de La Martyre cf. Historique : "et afin de s'informer du nombre desdits vins qui sont et seront vendus au dit lieu du Merzer, avons commis notre bien aimé et féal conseiller Hervé Le Ny, "...Ce serait donc en tant que conseiller du duc Jean V puis de Francois Ier et François II particulièrement chargé de La Martyre que Hervé Le Ny (et/ou son fils Guillaume) serait en droit de faire placer ses armoiries au dessus du porche donnant accès au sanctuaire. Le 14 janvier 1472, François II accorda des lettres de répit à Hervé Le Ny pour le remercier de la bravoure qu'il avait déployé dans une guerre où il fut prisonnier.

    Certes les armoiries de Hervé Le Ny, seigneur de Coadelez sont d'argent à l'écusson d'azur en cœur accompagné de six annelets de gueules. Mais, vu la complexité des données, l'hypothèse mérite sans doute d'être considérée.




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    Armoiries de Kersauson, porche sud  de l'église Saint-Salomon, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

    Armoiries de Kersauson, porche sud de l'église Saint-Salomon, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

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    Armoiries de Kersauson, porche sud  de l'église Saint-Salomon, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

    Armoiries de Kersauson, porche sud de l'église Saint-Salomon, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

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    Armoiries de Kersauson, porche sud  de l'église Saint-Salomon, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

    Armoiries de Kersauson, porche sud de l'église Saint-Salomon, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

    Armoiries de Kersauson, voussure du porche sud  de l'église Saint-Salomon, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

    Armoiries de Kersauson, voussure du porche sud de l'église Saint-Salomon, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

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    Les autres blasons ne sont pas sculptés. Fons de Kort leur a fixé des attributions sans les justifier :

    Les autres donateurs avaient leur blason peint sur les écus portés ça et là par des anges ou serviteurs. Celui du duc près d'Hérode, Guyomarc'h de Maufuric avait le sien près de son portrait. Les autres étaient ceux de Jean II vicomte de Rohan, du seigneur de Kerhoet habitant alors le château de Lilyon, de Louis de Rosnyvinen capitaine de la Roche(-Maurice, de Huon de Kerézellec et de Gestin seigneur de Poullbroc'h." (Fons de Kort)

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    Relevé des armoiries du porche proposé par Fons de Kort. Droits réservés.

    Relevé des armoiries du porche proposé par Fons de Kort. Droits réservés.

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    A défaut de satisfaire ma curiosité en terme d'héraldique, je placerai mon intérêt dans l'examen stylistique. Les anges aptères ou ailés sont vêtus de tuniques longues qui leur couvrent les pieds, mais leur parures capillaires retiendra toute notre attention. En effet, ces messagers divins ont tous en communs des cheveux méchés et ébouriffés en nids de fettucine, ou bien des chevelures crêpés et volumineux, en deux éponges latérales réunies par un lobe central. Comme l'explique avec humour Emmanuelle Le Seac'h, "Ces deux types de coiffure révèlent d'en fait  deux manières de travailler : l'une où le coup de peigne du sculpteur est complet, — les mèches sont structurées en frisottis savamment orchestrées — et l'autre où les anges sont décoiffés, avec une touffe compacte et bien embrouillée comme au saut du lit — si on admet que les anges pouvaient dormir— , ce qui crée une impression d'inachevé. La variation entre le fini et l'inachevé fait mieux ressortir les capacités d'innovation et la réflexion esthétique à laquelle le sculpteur s'est livré. Il sembla avoir délibérément choisi d'intégrer dans son œuvre les traces laissées par son outil, surement une broche (instrument à percussion posée avec percuteur permettant des interventions plus fines en sculpture) , et de ne pas tout polir pour donner une forme hirsute et décoiffée à ses personnages. Quelques femmes enfin portent une coiffure particulière. L'une dans la foule de la Présentation au Temple, une autre qui répond au Seigneur les pouces dans la ceinture, dans la dernière voussure de gauche, et une autre encore dans une voussure de droite, tenant un écu muet, ont des cheveux longs relevés sur le coté, formant des lobes latéraux. Cette coiffure était en usage à la fin du XIIIe siècle au XVe siècle et annonce les coiffures à cornes. "

    Il se trouve que les anges porteurs d'écus ont tous le style afro, crépu et bouffant, bi ou trilobé. Les plus beaux exemples de coiffure méchée en boules se trouvent sur les thuriféraires du Couronnement de la Vierge.


     

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    Voussure du porche sud  de l'église Saint-Salomon, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

    Voussure du porche sud de l'église Saint-Salomon, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

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    Ces coiffures bien reconnaissables sont retrouvées à l'identique dans les différentes réalisations de l'atelier du Folgoët. Sur le porche sud de la cathédrale de Quimper, les anges se livrent, autour de la Vierge, à un véritable défilé de mode du style échevelé en gros scoubidous, imités en cela par Saint Jean sur les calvaires de Rumengol ou de Plomodiern. Mais on les trouve déjà sur l'autel des Anges du Folgoët (vers 1445), sur le coffre de Gatien de Monceaux au Musée de Quimper, ou sur la façade de la basilique du Folgoët.


     

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    Voussure du porche sud  de l'église Saint-Salomon, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

    Voussure du porche sud de l'église Saint-Salomon, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

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    Voussure du porche sud  de l'église Saint-Salomon, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

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    Voussure du porche sud  de l'église Saint-Salomon, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

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    Voussure du porche sud  de l'église Saint-Salomon, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

    Voussure du porche sud de l'église Saint-Salomon, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

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    Voussure du porche sud  de l'église Saint-Salomon, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

    Voussure du porche sud de l'église Saint-Salomon, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

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    3°) Les anges thuriféraires.

    Bien plus animés que leurs collègues voués à l'héraldique, ils semblent exécuter avec leur encensoir une véritable chorégraphie : leurs genoux sont fléchis, leur visage est incliné, et ils envoient la boule fumante de leur ustensile tracer des trajectoires acrobatiques, tandis qu'ils tiennent la navette dans la main gauche. Tout cela sans se départir d'un sourire qui témoigne de la maîtrise qu'ils ont atteint, et de leur sprezzatura .

     

    Voussure du porche sud  de l'église Saint-Salomon, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

    Voussure du porche sud de l'église Saint-Salomon, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

    Voussure du porche sud  de l'église Saint-Salomon, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

    Voussure du porche sud de l'église Saint-Salomon, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

     

    Voussure du porche sud  de l'église Saint-Salomon, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

    Voussure du porche sud de l'église Saint-Salomon, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

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    Voussure du porche sud  de l'église Saint-Salomon, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

    Voussure du porche sud de l'église Saint-Salomon, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

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    Autres anges.

    Ange porteur d'un livre (ou d'une missive).

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    Voussure du porche sud  de l'église Saint-Salomon, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

    Voussure du porche sud de l'église Saint-Salomon, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

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    Bel exemple d'ange échevelé.

    Voussure du porche sud  de l'église Saint-Salomon, La Martyre. Photographie lavieb-aile.
    Voussure du porche sud  de l'église Saint-Salomon, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

    Voussure du porche sud de l'église Saint-Salomon, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

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    4°) Les personnages des voussures.

    a) Guyomarc'h de Maufuric, abbé de Daoulas.

    Représenté en prière et sans mitre à droite au dessus d'anges porteurs de blasons, vêtu d'une robe longue de moine  avec un capuchon tombant dans son dos, l'abbé de Daoulas, où il fit bâtir le clocher de 1441 à 1463 a été identifié (sur quels critères ?) par Fons de Kort. 

    "Issu d'une importante famille locale, attestée anciennement à Lezuzan (Dirinon), il gouverna l'abbaye entre 1441 et 1467, date où il résigna sa charge. Ses armes (d’azur, au chevron d’argent accompagné de trois oiseaux de mer de même) se voient encore sur une croix de l'enclos abbatial et sur la charpente de l'église. En son temps, il avait fait faire la grosse cloche et les chaises qui entouraient le chœur des chanoines, aujourd'hui disparu. Guyomarc'h, licencié en droit canon, fut chargé en 1450 de défendre les biens du cardinal Alain de Coëtivy, évêque d'Avignon, dans la province de Tours. Pour ces services le cardinal lui accorda, le 12 avril 1456, le droit et la faculté de porter la mitre et les ornements pontificaux.  L'abbé mourut le 22 mai 1468, ayant gouverné durant 27 années." (Jean-Luc. Deuffic)

     

    "Guy Manfuric, licencié en droit canonique, gouverne l'abbaye pendant vingt-sept ans, et s'en démet en 1452. Il a fait bâtir la tour qui était sur le chœur, et obtient du pape le droit de porter la mitre. Sa mort est marquée dans le nécrologe au 22 mai 1468. Guyomarc'h, que certains historiens, assure avoir été de la maison de Rohan, est élu en 1468."

    "Le chevron et les trois oiseaux de mer, dits Huppes, étaient aux seigneurs de Lézuzan, du nom de MAUFURIC, dont les armes se voient encore au fronton des deux fontaines de Sainte-Nonne et de Saint-Divy, et sur l'une des fenêtres du charmant reliquaire gothique en vermeil, où l'on conserve, dans l'église de DIRINON, les reliques de la mère et du fils. (un cadet de la maison de Lézuzan fut élu abbé de DAOULAS au XVème siècle)." (le blason de Dirinon)

    Pol de Courcy Nobiliaire de Bretagne

    Topic-topos

    Fons de Kort signale la présence des armoiries de Maufuric. en n°7 de son schéma, au milieu du linteau, à coté de celles des armoiries des Rohan. Ces deux blasons sont actuellement indéchiffrables, et plus rien ne permet de valider l'identification. 

    Les abbés de Daoulas avaient droit de prévôté sur La Martyre.

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    Guyomarc'h de Maufuric, voussure du porche sud  de l'église Saint-Salomon, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

    Guyomarc'h de Maufuric, voussure du porche sud de l'église Saint-Salomon, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

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    Personnage couronné et portant un sceptre fleuronné.

    Pour Fons de Kort, il s 'agit du roi Hérode en manteau royal avec sceptre, et les soldats qui suivront sont eux à qui il a donné l'ordre du Massacre des Innocents, hypothèse qui a l'avantage de fournir une continuité avec les scènes de l'Enfance du Christ des piédroits. "Alors que sa tête est recouverte d'un bassinet en maille, le reste de son corps est protégé d'une armure rigide composée d'une cuirasse, de harnais de jambes et de bras. Il pourrait s'agir [...aussi]  du roi Salomon, s'apprêtant à affronter son destin, ou de Jean V." (E. Le Seac'h). Cette description semble plutôt s'appliquer aux soldats suivants.

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    Personnage royal, voussure du porche sud  de l'église Saint-Salomon, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

    Personnage royal, voussure du porche sud de l'église Saint-Salomon, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

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    Trois soldats.

    Ils sont en cotte de maille, levant l'épée, la main sur le fourreau. 

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    Trois soldats, voussure du porche sud  de l'église Saint-Salomon, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

    Trois soldats, voussure du porche sud de l'église Saint-Salomon, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

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    C. LES PIÉDROITS DU PORCHE.

    Ces piédroits sont divisés par des moulures en une bande intérieure ornée d'une frise de feuillages ; d'un espace central narratif (divisé en deux loges du coté gauche) ; et de niches à l'extérieur, occupées par des saints ou des anges portant des écus.

    De petites scènes racontent l'Enfance du Christ ou la Vie de Marie. Ces scènes narratives inaugurent le genre des porches sculptés bas-bretons tel qu'on le trouvera ensuite à Daoulas (XVe), Pencran (1553), Landivisiau (1554-1565), Guimiliau (1606-1617), Ploudiry (1665), La Roche-Maurice (1530-1540) ou Bodilis (1570).

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    Piédroits du  porche sud  de l'église Saint-Salomon, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

    Piédroits du porche sud de l'église Saint-Salomon, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

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    1. L'Annonciation (à gauche).

    L'Ange, aux cheveux en rouleaux, est debout  et tient un phylactère. De la Vierge, on distingue la main gauche et un morceau du drapé de la robe. Au centre, un lys s'élève d'un vase.

    L'Annonciation, piédroit du porche sud  de l'église Saint-Salomon, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

    L'Annonciation, piédroit du porche sud de l'église Saint-Salomon, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

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    2. L'Adoration des Mages (à droite).

    A gauche, la Vierge nimbée est assise. Le voile lui recouvre presque la tête, et seul le devant de ses cheveux  est découvert. Elle tient son nouveau-né emmailloté, dont la tête de celui-ci est absente, mais dont le bras gauche est tendu en avant. Melchior, agenouillé, présente sa cassette d'or ; il est vêtu d'une longue tunique aux manches bouillonnantes  et aux plis en forme de zébrure.  Les deux autres mages portent des pourpoints de Balthazar est relevé en plis verticaux. Celui de Gaspard est à revers rond et lisse. Leur tenue et leur couronne les assimilent à des rois vêtus à la mode de l'époque, celle de Charles VII, qui fut diffusé par les tableaux de Jean Fouquet. (E. Le Seac'h p.72).

    Les rapprochements avec le tympan du porche de Rumengol (vers 1468) s'imposent : les trois rois sont couronnés mais Melchior a passé sa couronne autour de sa manche gauche. Balthazar se tourne vers Gaspard et lui montre l'étoile à six branches qui brille à coté de l'ange. 

    La même posture des trois rois se retrouve aussi au tympan du porche du Folgoët (1423). Les trois Adoration des Mages issus du même atelier sont très comparables.

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    L'Adoration des Mages, piédroit du porche sud  de l'église Saint-Salomon, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

    L'Adoration des Mages, piédroit du porche sud de l'église Saint-Salomon, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

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    3. L'Annonce aux bergers.

    A gauche,   deux pastoureaux entourés de leurs agneaux sont surpris par l'ange qui les survole et leur annonce par un phylactère la Bonne Nouvelle :  l'un, la tête en arrière,  est tombé à genoux  et joint les mains en signe d'adoration tandis que l'autre, assis sur les fesses, lève les yeux, ébahi. 

    A droite, un personnage tient une crosse des deux mains et au dessus d'un objet rond : il est traditionnellement considéré comme un joueur de soule à la crosse (Bazhig kamm ou Bazh dotu en breton), un sport pratiqué pendant tout le Moyen-Âge notamment dans les milieux ruraux. 

     Il est vêtu d'un pourpoint long avec (comme les deux bergers)  un chaperon  qui pend dans le dos. Ses cheveux sont crêpés. 

    La scène est bien fixé en iconographie, avec trois bergers, l'un debout paumes vers le ciel, l'autre assis et plaçant sa main en visière, et le troisième étant souvent un joueur de biniou. Le port du chaperon est quasi constant.  Ces bergers portent des houlettes ayant soit la forme d'une pique ferrée, soit celle d'une boucle, soit d'une crosse pleine, dont la palette ovale est tournée soit vers le haut, soit vers le sol. Une crosse identique est aussi parfois vue entre les mains de Saint Joseph dans les Nativités ou les Fuite en Égypte. Vu le nombre d'exemples de ces crosses dans l'iconographie, il est pour le moins  hâtif de voir  dans ce trop réputé "joueur de soule" de La Martyre autre chose qu'un berger tenant sa houlette en crosse posé sur un caillou.

    Site enluminures.culture.fr : 273 réponses.

    Voir par exemples le folio 118v des Heures à l'usage de Troyes (vers 1415-1420) :

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

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    L'Annonce faite aux bergers, piédroit du porche sud  de l'église Saint-Salomon, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

    L'Annonce faite aux bergers, piédroit du porche sud de l'église Saint-Salomon, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

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    L'Annonce faite aux bergers, piédroit du porche sud  de l'église Saint-Salomon, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

    L'Annonce faite aux bergers, piédroit du porche sud de l'église Saint-Salomon, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

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    L'Annonce faite aux bergers, piédroit du porche sud  de l'église Saint-Salomon, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

    L'Annonce faite aux bergers, piédroit du porche sud de l'église Saint-Salomon, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

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    4. La Visitation et le Mariage de la Vierge.

    Elisabeth , à droite, est agenouillé devant la Vierge, voilée, et celle-ci pose la main de sa cousine  sur son ventre.

    A droite, le mariage de Marie et de Joseph par le grand prêtre est très érodé.

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    La Visitation et le Mariage de la Vierge, piédroit du porche sud  de l'église Saint-Salomon, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

    La Visitation et le Mariage de la Vierge, piédroit du porche sud de l'église Saint-Salomon, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

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    5. La Présentation au Temple.

    Scène très érodée : Jésus enfant, au centre , debout sur une table, est entouré du prêtre et de son assistant, et à gauche,  "la servante, si vive et si fraîche" (Fons de Kort).

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    La Présentation au Temple, piédroit du porche sud  de l'église Saint-Salomon, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

    La Présentation au Temple, piédroit du porche sud de l'église Saint-Salomon, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

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    6. Jésus parmi les docteurs.

    "et le groupe remarquable de sept personnages blottis les uns contre les autres" (Fons de Kort).

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     Jésus parmi les docteurs, voussures du porche sud  de l'église Saint-Salomon, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

    Jésus parmi les docteurs, voussures du porche sud de l'église Saint-Salomon, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

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    Les niches latérales.

    Elles sont occupées par des saints et des personnages.

    En bas à droite, saint Antoine parmi les flammes tenant sa clochette et un chapelet.

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    Saint Antoine, piédroit du porche sud  de l'église Saint-Salomon, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

    Saint Antoine, piédroit du porche sud de l'église Saint-Salomon, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

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    Saint Sébastien (??) et saint Laurent.

    Saint Sébastien (?) est vêtu d'un pourpoint court ceinturé à la taille ;  il tient dans ses mains une flèche(?). Au dessus de lui, un personnage présente un écu. Puis   vient saint Laurent, vêtu d'une aube et d'un amict, tenant le grill de son supplice, et un livre.

     

     

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    Niches latérales du du porche sud  de l'église Saint-Salomon, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

    Niches latérales du du porche sud de l'église Saint-Salomon, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

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     On découvrira aussi saint Fiacre et sa bêche,  ou un petit personnage assis, dormant drapé dans son manteau, la tête recouverte de son capuchon  ; ou une femme assise, les mains cachées, vêtue d'une tunique et la tête enserrée dans une guimpe ; ou un personnage debout, les mains ramassées dans ses manches comme le font les moines ; et plus haut, une dame qui esquisse une révérence, la main droite soulevant les plis de sa robe et l'autre main posée sur le cœur.

    Niches latérales du du porche sud  de l'église Saint-Salomon, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

    Niches latérales du du porche sud de l'église Saint-Salomon, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

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    Niches latérales du du porche sud  de l'église Saint-Salomon, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

    Niches latérales du du porche sud de l'église Saint-Salomon, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

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    Saint Fiacre ?? ou saint personnage aux cheveux en rouleaux, pieds nus, tenant un phylactère.

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    Niches latérales du du porche sud  de l'église Saint-Salomon, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

    Niches latérales du du porche sud de l'église Saint-Salomon, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

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    Niches latérales du du porche sud  de l'église Saint-Salomon, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

    Niches latérales du du porche sud de l'église Saint-Salomon, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

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    Niches latérales du du porche sud  de l'église Saint-Salomon, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

    Niches latérales du du porche sud de l'église Saint-Salomon, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

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    III. LE PORCHE SUD : INTÉRIEUR.

     

    Selon de nombreux auteurs, la statue dite Notre-Dame-de-Bon-Encontre sur le trumeau, de même que celles des apôtres, dans les niches latérales, datent du XVIe siècle. Mais Emmanuelle Le Seac'h les rapportent au même premier atelier du Folgoët, et à la même période de 1450-1468 que le porche extérieur.

    1. La statue de la Vierge à l'Enfant.

    Au trumeau, entre les deux portes géminées du porche, c'est une statue de 1,22 m de haut en kersanton.

    "L'Enfant-Jésus, qui est de toutes les représentations de l'atelier, celui qui ressemble le plus à un nouveau-né, est sur son bras gauche. Il regarde sa mère avec confiance en tenant à son bras droit le pan de sa tunique qui forme des larges plis. Ses petites mains saisissent un livre ouvert dont il semble faire la lecture à sa mère, emblème du Verbe. La Vierge saisit délicatement le pied de son Fils.

    La Vierge  a la taille cambrée. Elle regarde droit devant elle. Elle porte une robe à col rond recouvert d'un manteau ouvert sur le devant. Les plis souples et harmonieux, en V sur le devant, donne à sa vêture le tombé d'une reine. Elle est couronnée et porte les cheveux en tresses ondulantes et en spirale identiques à ceux des Vierges de la Ferrière et du porche sud de la cathédrale Saint-Corentin, de sainte Marguerite au dragon de l'extérieur du Folgoët ou encore de saint Jean à l'intérieur du Folgoët. Son visage est typique de l'atelier avec l'ovale marqué, les yeux surlignés et les lèvres fines. Son style l'assimile aux Vierges occidentales de la cathédrale d'Amiens vers 1230, avec des cheveux qui se partagent en deux tresses étiques sur les cotés, un Enfant semblable à un adulte miniaturisé et le flot de draperie qui tombe à la verticale. La Vierge à l'Enfant de la Martyre s'intègre ainsi dans le courant général du gothique européen." (E. Le Seac'h p. 73-74)

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    Portail à portes géminées et Vierge à l'Enfant, porche sud  de l'église Saint-Salomon, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

    Portail à portes géminées et Vierge à l'Enfant, porche sud de l'église Saint-Salomon, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

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    Vierge à l'Enfant (1450-1468) du trumeau du portail sud  de l'église Saint-Salomon, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

    Vierge à l'Enfant (1450-1468) du trumeau du portail sud de l'église Saint-Salomon, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

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    Vierge à l'Enfant (1450-1468) du trumeau du portail sud  de l'église Saint-Salomon, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

    Vierge à l'Enfant (1450-1468) du trumeau du portail sud de l'église Saint-Salomon, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

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    Vierge à l'Enfant (1450-1468) du trumeau du portail sud  de l'église Saint-Salomon, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

    Vierge à l'Enfant (1450-1468) du trumeau du portail sud de l'église Saint-Salomon, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

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    Vierge à l'Enfant (1450-1468) du trumeau du portail sud  de l'église Saint-Salomon, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

    Vierge à l'Enfant (1450-1468) du trumeau du portail sud de l'église Saint-Salomon, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

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    2. Les armoiries à cimiers.

    La Vierge est encadrée par les armoiries et coiffées de casques à cimier, dont les meubles ont été martelées. Néanmoins, on a pu y reconnaître les macles des Rohan à gauche et le lion des seigneurs du Léon à droite, soit l'alliance du vicomte de Rohan et des seigneurs de Léon par le mariage de Jean Ier de Rohan (1324-1396) en 1349 avec Jeanne de Léon. 

    A gauche : les armoiries des Rohan et le cimier à l'aigle (ou aux faucons, ou au cygne).

    On distingue encore les macles (flèche) et une couronne.

    Les trous disposés en croix par cinq témoigneraient du fait que ces armoiries étaient jadis enrichies de pierreries qui y étaient fichées.

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    Reconstitution des armoiries par Fons de Kort.

    Reconstitution des armoiries par Fons de Kort.

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    Armoiries aux macles des Rohan. portail sud  de l'église Saint-Salomon, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

    Armoiries aux macles des Rohan. portail sud de l'église Saint-Salomon, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

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    A droite, les armoiries des seigneurs de Léon.

    Le cimier est entouré de deux lions.

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    Armoiries des seigneurs de Léon, portail sud  de l'église Saint-Salomon, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

    Armoiries des seigneurs de Léon, portail sud de l'église Saint-Salomon, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

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    Armoiries des seigneurs de Léon au sommet de la voûte.

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    Clef de voûte du porche sud, église Saint-Salomon, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

    Clef de voûte du porche sud, église Saint-Salomon, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

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    Rappel : le bénitier à l'Ankou à droite.

    Voir l'article qui lui est dédié :

    http://www.lavieb-aile.com/2016/12/l-eglise-saint-salomon-de-la-martyre.iii.les-benitiers.html

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

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    4. Les apôtres.

     

     

    Ils relèvent du style du premier atelier du Folgoët.

    "Les visages ovales ont des paupières ourlées, un nez légèrement épaté. Les cheveux sont extrêmement typés. Séparés en mèches bouclées, ils ont un rendu moins souple que ceux des anges de la cathédrale de Quimper et de l'extérieur du porche de La Martyre. 

    De petite taille, entre 80 et 90 cm, les Apôtres sont difficilement reconnaissables. Du coté est,  Pierre, André et Jacques le Majeur se remarquent parmi d'autres Apôtres qui portent des phylactères s'enroulant en S, en U renversé ou s'étirant simplement en diagonale. 

    De l'autre coté, Barthélémy porte un couteau. Plus loin, Matthieu porte une épée, variante de la lance, et à ses cotés se trouve Matthias dont la hallebarde est brisée. Les plissés verticaux donnent l'impression de raideur que les angelots de la façade ne produisaient pas." (E. Le Seac'h p. 73).

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    1°). Les six apôtres de droite.

    Les douze  apôtres sont, comme il se doit,  pieds nus et barbus (sauf saint Jean), et ils tiennent tous une banderole sur laquelle devait être peint l'un des douze article du Symbole des apôtres : leur alignement dans le porche constitue donc un Credo Apostolique.  Le fidèle qui franchit ce porche, seuil sacré à très forte valeur symbolique et même initiatique, se voit donc rappeler les douze articles qui définissent la Foi. Les quatre pas par lequel il s'engage dans le sanctuaire l'engagent et l'investissent corporellement de ces vérités dogmatiques au même titre que les quatre temps et les quatre portions de phrase du signe de croix, tracé après avoir puisé l'eau bénite du bénitier  placé à droite. Il sera alors face à la Vierge à l'Enfant, icône-synthèse de l'Incarnation et de la Rédemption, mais aussi du rôle d'intercession de Marie. 

    S'ils ne sont pas tous dotés d'un attribut permettant de les identifier, c'est que cette identification va de soi, les douze apôtres suivant un ordre établi par l'usage (malgré quelques variantes) entre saint Pierre, toujours le premier à droite de la porte, et Matthias toujours le douzième à gauche de la porte. En outre, l'article de Credo qu'ils portaient était aussi un attribut spécifique, et, lorsqu'il était lisible, il permettait d'identifier l'apôtre en cas de doute. Ainsi, dans le Psautier de Jean de Berry (1380-1400), l'ordre est le suivant : 1 Pierre ; 2 André ; 3 Jacques le Majeur ; 4 saint Jean ; 5 Thomas ; 6 Jacques le Mineur ; 7 Philippe ; 8 Barthélémy ; 9 Matthieu ; 10 Simon ; 11 Thaddée ; 12 Mathias. (voir les articles qui leur sont attribués )

    Cet ordre séquentiel des apôtres est, malgré ses variantes, suffisamment fixé pour  qu'il soit possible aujourd'hui d'affirmer que l'ordonnance actuel des statues n'est pas celle d'origine, car jamais saint Jean (imberbe) n'est placé dans le second groupe, en neuvième position. Dès lors que cet ordre originel a été bouleversé, et que les phylactères ne sont plus lisibles, on ne peut plus identifier les apôtres dépourvus d'attributs.

    Voir : 

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     Porche sud vu depuis les portes intérieures, église Saint-Salomon, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

    Porche sud vu depuis les portes intérieures, église Saint-Salomon, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

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    Apôtres du coté droit du porche sud, église Saint-Salomon, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

    Apôtres du coté droit du porche sud, église Saint-Salomon, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

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    Saint Pierre.

    Attribut : la clef.

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    Apôtre Pierre,  coté droit du porche sud, église Saint-Salomon, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

    Apôtre Pierre, coté droit du porche sud, église Saint-Salomon, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

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    Saint André. 

    Attribut : la croix en X.

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    Apôtre André, coté droit du porche sud, église Saint-Salomon, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

    Apôtre André, coté droit du porche sud, église Saint-Salomon, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

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    Troisième apôtre.

    Les cheveux figurés en boules contiguës autour de la tête sont caractéristiques de cet atelier du Folgoët. Utilisé aussi pour les anges, ou pour saint Jean sur le calvaire de Rumengol et de Plomodiern, ils peuvent (comme les "cornes" de l'iconographie traditionnel de Moïse) témoigner de l'embrasement par l'Esprit de Dieu. 

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    3ème apôtre du coté droit du porche sud, église Saint-Salomon, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

    3ème apôtre du coté droit du porche sud, église Saint-Salomon, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

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    Quatrième apôtre.

     

     

    L'église Saint-Salomon de La Martyre. I. L'Arc de Triomphe et le Porche sud.

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    Cinquième apôtre du coté droit.

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    5ème Apôtre du coté droit du porche sud, église Saint-Salomon, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

    5ème Apôtre du coté droit du porche sud, église Saint-Salomon, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

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    Saint Jacques le Majeur.

    Attributs : le chapeau orné d'une coquille ; le bourdon. 

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    Saint jacques le Majeur,  coté droit du porche sud, église Saint-Salomon, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

    Saint jacques le Majeur, coté droit du porche sud, église Saint-Salomon, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

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    2°) Les six apôtres de gauche.

    tels qu'ils se présentent  de l'entrée du porche vers la porte. 

    Apôtres du coté gauche du porche sud, vus depuis la porte intérieure, église Saint-Salomon, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

    Apôtres du coté gauche du porche sud, vus depuis la porte intérieure, église Saint-Salomon, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

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    Septième apôtre.Saint Barthélémy.

    Attribut : le couteau avec lequel il fut dépecé lors de son martyre.

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    Saint Barthélémy, coté gauche du porche sud, église Saint-Salomon, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

    Saint Barthélémy, coté gauche du porche sud, église Saint-Salomon, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

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    Huitième apôtre.

    Pas d'attribut..

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    Apôtre du coté gauche du porche sud, église Saint-Salomon, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

    Apôtre du coté gauche du porche sud, église Saint-Salomon, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

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    Neuvième apôtre. Saint Jean ?

    Son menton carré projeté en avant me fait hésiter : cet apôtre est-il imberbe ? Si oui, il ne peut s'agir que de saint Jean. Il est traditionnellement le deuxième ou le quatrième.

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    Saint Jean, Apôtre du coté gauche du porche sud, église Saint-Salomon, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

    Saint Jean, Apôtre du coté gauche du porche sud, église Saint-Salomon, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

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    Dixième apôtre. Saint Matthieu.

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    Apôtre du coté gauche du porche sud, église Saint-Salomon, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

    Apôtre du coté gauche du porche sud, église Saint-Salomon, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

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    Onzième apôtre.

    Attribut : la hampe d'une lance (Thomas), ou d'une croix (Philippe), d'une scie (Simon) ou d'une hallebarde (Matthias).

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    Apôtre du coté gauche du porche sud, église Saint-Salomon, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

    Apôtre du coté gauche du porche sud, église Saint-Salomon, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

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    Douzième apôtre. Matthias ?

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    Apôtre du coté gauche du porche sud, église Saint-Salomon, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

    Apôtre du coté gauche du porche sud, église Saint-Salomon, La Martyre. Photographie lavieb-aile.

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    Culot à droite du portail d'entrée.

     

    L'église Saint-Salomon de La Martyre. I. L'Arc de Triomphe et le Porche sud.

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    SOURCES ET LIENS.

    — COUFFON (René), LE BARS (Alfred) , 1988, La Martyre,  Diocèse de Quimper et de Léon, nouveau répertoire des églises et chapelles, Quimper, Association diocésaine, 1988, 551 p.

    http://diocese-quimper.fr/images/stories/bibliotheque/pdf/pdf-Couffon/MARTYRE.pdf

    http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/4bc495e8ae261523262138b91718a386.pdf

     

    FONS DE KORT, s.d, [1975], La Martyre, l'église, par Fons de Kort.

     

    — LE SEAC'H (Emmanuelle), 2014, Sculpteurs sur pierre en Basse-Bretagne. Les ateliers du XVe au XVIIe siècle, Presses Universitaires de Rennes, p. 298-299.

    — LÉCUREUX (Lucien), 1919, "La Martyre", Congrès archéologique de France : séances générales tenues ... par la Société française pour la conservation des monuments historiques, Société française d'archéologie. Derache (Paris) A. Hardel (Caen)  http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k35688p/f166.image

     

    — RIOULT (Jean-Jacques), 2009, La Martyre, église Saint-Salomon Paris : Société française d'archéologie, 2009 , 7 p. : ill. en noir et blanc, couv. ill en coul. ; 27 cm. (Congrès archéologiques de France, ISSN 0069-8881) In : Congrès archéologique de France, 165e session, 2007 : Finistère / Société française d'archéologie, p. 143-149. 

    —https://en.wikipedia.org/wiki/La_Martyre_Parish_close

     

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    Published by jean-yves cordier - dans La Martyre
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    28 novembre 2016 1 28 /11 /novembre /2016 16:31

    L'enclos paroissial de Brasparts.  II. Le clocher et ses gargouilles, l'ossuaire et les crossettes : Eros et Thanatos.

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    Voir aussi :

    L'église Notre-Dame de Rumengol. V. Les gargouilles et les crossettes.

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    I. LA FAÇADE OUEST ET LE CLOCHER.

    L’église Notre-Dame et St Tugen de Brasparts, a été commencée en 1551, comme l'indique la date "L.M.VcLI"  en lettres gothiques placée sous une console entre deux blasons martelés. La porte, à arcature gothique à crochets à feuilles frisées et fleurons entre deux pinacles  est surmontée d'un fronton, doté de deux têtes en haut-relief à chaque coin. De ces angles montent deux colonnes engagées sculptées  de jolies moulures prismatiques.

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    Façade ouest et clocher de l'église de Brasparts. Photographie lavieb-aile.
    Façade ouest et clocher de l'église de Brasparts. Photographie lavieb-aile.

    Façade ouest et clocher de l'église de Brasparts. Photographie lavieb-aile.

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    La façade est surmontée d'une flèche octogonale  ajourée à sa base par de larges lucarnes et hérissée à ses arêtes de crossettes végétales.   Cette flèche est soutenue par une chambre de cloches à 2 galeries. Pour monter à la chambre des cloches, on accède au clocher  par une tourelle d'escalier en vis placée à son flanc sud de la tour, tourelle octogonale à sa base et passant ensuite à la forme cylindrique, couronnée enfin d'une flèche. 

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    La seconde galerie (XVIIe siècle) faite d'une succession de courts piliers est encadrée de quatre fausses gargouilles identiques qui sont des anges-oiseaux.

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    Seconde galerie du clocher de l'église de Brasparts. Photographie lavieb-aile.

    Seconde galerie du clocher de l'église de Brasparts. Photographie lavieb-aile.

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    Fausse gargouille, seconde galerie du clocher de l'église de Brasparts. Photographie lavieb-aile.

    Fausse gargouille, seconde galerie du clocher de l'église de Brasparts. Photographie lavieb-aile.

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    I. LES FAUSSES GARGOUILLES DE LA PREMIÈRE GALERIE. EROS. 

    La première galerie (2ème moitié XVIe siècle) est plus élégante, avec ses découpes en quatre-feuilles.  Quatre fausses gargouilles à forme humaine l'encadrent. Leur examen attentif, qui relèvera presque du voyeurisme, réserve quelques surprises : on se gardera de prêter sa paire de jumelles aux enfants et aux ithyphallophobes.

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    Première galerie du clocher de l'église de Brasparts. Photographie lavieb-aile.

    Première galerie du clocher de l'église de Brasparts. Photographie lavieb-aile.

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    Le personnage situé au nord-ouest tient ses mains croisées devant son bas-ventre ; la bouche entrouverte, il tire sans vergogne une longue langue, ce qui est impoli et donne le mauvais exemple aux paroissiens circulant dix mètres plus bas.

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    Fausse gargouille de la première galerie du clocher de l'église de Brasparts. Photographie lavieb-aile.

    Fausse gargouille de la première galerie du clocher de l'église de Brasparts. Photographie lavieb-aile.

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    Effet néfaste du mauvais exemple  ? Son collègue qui défend l'angle nord-est a adopté la même posture, qui manque d'élégance. Il est pourtant richement vêtu d'un manteau plissé, aux manches boursouflées (on n'économise pas l'étoffe). Sa langue est si longue qu'on se demande s'il ne vomit pas tripes et boyaux. 

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    Fausse gargouille nord-est de la première galerie du clocher de l'église de Brasparts. Photographie lavieb-aile.

    Fausse gargouille nord-est de la première galerie du clocher de l'église de Brasparts. Photographie lavieb-aile.

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    Le même.

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    Fausse gargouille nord-est de la première galerie du clocher de l'église de Brasparts. Photographie lavieb-aile.

    Fausse gargouille nord-est de la première galerie du clocher de l'église de Brasparts. Photographie lavieb-aile.

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    Au sud-ouest, on croit avoir affaire à un philosophe qui, ébahi, la main sous le menton, s'interroge avec perplexité sur le sens de rotation du monde. Ou bien ce quidam lance-t-il un appel au peuple : ohé, ohé.

    C'est la position de sa main gauche qui nous détrompe. Encore un bon exemple de mauvais exemple. 

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    Fausse gargouille sud-ouest de la première galerie du clocher de l'église de Brasparts. Photographie lavieb-aile.

    Fausse gargouille sud-ouest de la première galerie du clocher de l'église de Brasparts. Photographie lavieb-aile.

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    Au sud-est, le dernier membre de notre quatuor ne rachète pas ses compagnons. En manches courtes, il a placé son index dans sa bouche. Je n'en dis pas plus ; mais je renvoie au personnage semblablement ithyphallique de la première galerie du  clocher de Rumengol.

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    Fausse gargouille sud-est de la première galerie du clocher de l'église de Brasparts. Photographie lavieb-aile.

    Fausse gargouille sud-est de la première galerie du clocher de l'église de Brasparts. Photographie lavieb-aile.

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    Fausse gargouille sud-est de la première galerie du clocher de l'église de Brasparts. Photographie lavieb-aile.

    Fausse gargouille sud-est de la première galerie du clocher de l'église de Brasparts. Photographie lavieb-aile.

    Détail de la fausse gargouille sud-est de la première galerie du clocher de l'église de Brasparts. Photographie lavieb-aile.

    Détail de la fausse gargouille sud-est de la première galerie du clocher de l'église de Brasparts. Photographie lavieb-aile.

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    Autour de la tourelle de la flèche de l'escalier d'accès au clocher, des masques se succèdent.

     

    Tourelle de la flèche de l'escalier d'accès au clocher. Église de Brasparts. Photographie lavieb-aile.

    Tourelle de la flèche de l'escalier d'accès au clocher. Église de Brasparts. Photographie lavieb-aile.

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    II. LES CROSSETTES DE L'OSSUAIRE. THANATOS.

    Au sud-ouest de l'église, au coin de l'ancien cimetière, se trouve l'ancien ossuaire rectangulaire (XVIe siècle). Au bas des rampants des pignons on voit quatre crossettes  tenant des inscriptions gothiques et portant les attributs de la mort.  

    1°) L'Ankou à l'angle sud-ouest.

     

    Un squelette représentant la Mort, an Ankou, tient un javelot avec une inscription rongée  où on lit OS A/  RE ("Ossuaire"?). 
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    Crossette de l'angle sud-ouest de l'ossuaire,  église de Brasparts. Photographie lavieb-aile.

    Crossette de l'angle sud-ouest de l'ossuaire, église de Brasparts. Photographie lavieb-aile.

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    Crossette de l'angle sud-ouest de l'ossuaire,  église de Brasparts. Photographie lavieb-aile.

    Crossette de l'angle sud-ouest de l'ossuaire, église de Brasparts. Photographie lavieb-aile.

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    2°) L'ange de la Résurrection .

    Il sonne de la trompe et tend un phylactère où est tracée l'injonction  « REVEILLEZ VOUS».

    Crossette de l'angle sud-est de l'ossuaire,  église de Brasparts. Photographie lavieb-aile.

    Crossette de l'angle sud-est de l'ossuaire, église de Brasparts. Photographie lavieb-aile.

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    3°) Un lion.

    Conforme à l'iconographie des crossettes finistériennes, il tire la langue, sa queue passe entre ses cuisses arrières avant de longer son dos et de se diviser en une fourche (son plumeau), et ses pattes avant prennent appui sur un rouleau. Sa patte arrière semble posée sur une petite bête (à cinq pattes) tirant la langue, mais le lion suivant montre qu'il s'agit de la toison méchée et de la pelote terminale de cette patte.

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    Crossette de l'ossuaire de Brasparts. Photographie lavieb-aile.

    Crossette de l'ossuaire de Brasparts. Photographie lavieb-aile.

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    4°) Un autre lion moins la tête.

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    Crossette de l'angle sud-est de l'ossuaire,  église de Brasparts. Photographie lavieb-aile.

    Crossette de l'angle sud-est de l'ossuaire, église de Brasparts. Photographie lavieb-aile.

    .

    SOURCES ET LIENS.

    http://patrimoine-de-france.com/finistere/brasparts/eglise-avec-le-calvaire-et-l-ossuaire-2.php

    —CIRÉFICE (Patrice), L'Ossuaire de Brasparts, sur :  Forum de Brasparts : un article remarquable et d'excellentes photographies :

    http://ville-brasparts.forum-actif.net/t1528-l-ossuaire-de-brasparts

    — LE SEAC'H (Emmanuelle), 1997, Les crossettes et les gargouilles dans quatre cantons du Finistère Les crossettes et les gargouilles dans quatre cantons du Finistère : Landerneau, Landivisiau, Ploudiry, Sizun, mémoire de maîtrise, 2 vol.

    —Wikipedia :

    https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89glise_Notre-Dame-et-Saint-Tugen_de_Brasparts

    — Topic-topos :

    http://fr.topic-topos.com/ossuaire-brasparts

    — BRETANIA "Gargouilles"

    .— HERMINE 

    http://www.hermine.org/app/photopro.sk/hermine/?#sessionhistory-ready

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    28 novembre 2016 1 28 /11 /novembre /2016 13:18

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    Comme l'indique René Couffon et Alfred Le Bars (1988), le porche sud de l'église de Brasparts, "daté, sur son entablement, de 1589, présente une curieuse juxtaposition des deux styles gothique et Renaissance, ainsi que le montrent notamment les culs-de-lampe supportant les statues des Apôtres. Tandis que les deux travées de l'intérieur sont voûtées sur arcs ogives et que les portes jumelées du fond ont une décoration toute gothique, les contreforts, ornés de niches, colonnettes et pilastres Renaissance sont amortis par des lanternons pleins à dôme, et le tympan par un lanternon ajouré".

    1589 ? Nous sommes alors au début du règne de Henri IV (1589-1610). Mais parmi les statues des apôtres, celle de saint Jean porte l'inscription : "LA.1592. L. GO./ PO. LORS. FAB., "l'an 1592 Le Goff (?) étant pour lors fabricien". Donc, nous voilà en 1592, et les troupes royales luttent contre le duc de Mercœur et ses alliés espagnols : c'est la Guerre de la Ligue (1588-1598).

     

     

     

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    Porche sud (1589), église de Brasparts, photographie lavieb-aile.

    Porche sud (1589), église de Brasparts, photographie lavieb-aile.

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    Cela aura peu d'incidence sur le sujet de mon article qui concerne ces culs-de-lampe qui donnent appui aux statues des douze apôtres. En granite, avec une base supérieure à cinq cotés moulurée et perlée, chaque encorbellement est sculpté en son soubassement  par une figure angélique, humaine, animale ou à demi-monstrueuse. On retrouve là le masque, fréquent dans les sablières, de la bouche  duquel s'échappent les tiges d'un feuillage ; un ange tenant un blason effacé, et dont les cheveux ébouriffés en boules évoquent l'atelier du Folgoët ; des feuilles frisées ; une tête de lion ; deux faces enserrées ensembles. 

    Démone de la Tentation, porche sud, église de Brasparts. Photographie lavieb-aile.

    Démone de la Tentation, porche sud, église de Brasparts. Photographie lavieb-aile.

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    Sous la statue de saint Jacques, voici un buste d'homme entouré d'un chien et d'un lièvre, témoin des vices dont il est l'emprise.  Les deux animaux ont posé leur patte arrière sur ses flancs, alors que lui-même empoigne leur patte avant.

    Personnage accosté d'un chien et d'un lapin,  porche sud, église de Brasparts. Photographie lavieb-aile.
    Personnage accosté d'un chien et d'un lapin,  porche sud, église de Brasparts. Photographie lavieb-aile.

    Personnage accosté d'un chien et d'un lapin, porche sud, église de Brasparts. Photographie lavieb-aile.

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    Mais ce qui m'intéresse d'avantage, c'est la démone cornue qui tient une pomme dans sa main droite tandis qu'elle coiffe l'une de ses nattes, ou soutient sa tête, de la main gauche au bras accoudé. Elle possède les généreux attributs féminins d'une poitrine qu'elle met en évidence en se renversant en arrière, mais le bas de son corps est celui d'un serpent.  Sa longue queue s'entortille sur elle-même, avant d'entourer le cou d'un pauvre homme. 

    C'est l'une des 10 ou 11 "Ornements du type femme-serpent" que Hiroko Amemiya a recensé dans sa thèse sur ces représentations semi-humaines, dont 9 dans le Finistère, alignées sur un axe nord-sud entre Bodilis, Sizun, Brasparts, Lannédern, et Plonevez-du-Faou et Lennon, avec des écarts à Le Juch et Plouay. Dans une cinquantaine d'autres exemples (dont 28 dans le Finistère), ces créatures sont foulées par la Vierge à l'Enfant, motif complet de la Nouvelle Ève abolissant la malédiction du Péché Originel dont ces Femmes-serpent isolées sont une figure métonymique.

    Cette sculpture ne peut donc pas être comprise sans l'inclure dans cet ensemble, qui possède une forte cohérence thématique, géographique (Finistère) et temporelle (XVIe et XVIIe), d'autant qu'il faut y associer les vingt exemples bretons de sirènes, tenant souvent un miroir, mais parfois une pomme (Sizun), et surtout les 4 exemples de porches des Monts d'Arrée en vallée de l'Élorn, à Pencran, Guimiliau, Landivisiau et Ploudiry, où, dans une représentation de la tentation d'Ève par le Malin, ce dernier est représenté par une femme-serpent, à la queue enroulée autour de l'arbre de la Connaissance du Bien et du Mal, à la tête à longue chevelure, à la poitrine nue et qui tend une pomme à la femme d'Adam. Or, une trentaine de kilomètres séparent ces quatre porches de celui de Brasparts.

    Ces regroupements thématiques incitent donc à voir dans cette femme-serpent une forme féminine de Satan, ou une assimilation de la féminité avec la Tentation responsable de la Faute, et dans l'homme enserré dans les orbes de la queue Adam lui-même, ou tout homme entraîné par le Désir vers la répétition du Péché.

    D'autres associations enrichissent l'interprétation de cette figure. Gwenc'hlan Le Scouëzec a écrit à son propos :
    " C'est là, teintée du souvenir du démon chrétien du Paradis terrestre, l'antique déesse vipérine des profondeurs de la terre et de l'eau ; elle est la reine du marais de l'Ellez, celle qui se tient à la porte des Enfers."

    C'est aussi ce que suggérait l'étude, à Brennilis, de la Vierge à la Démone nommée Notre-Dame de Bréac-Ellis.  

    Ici, on doit tenir compte aussi des autres culs-de-lampe, qui développent le thème de l'homme en proie à ses vices, figurés sous des formes animales, alors qu'au dessus les douze saints énoncent les douze articles du Symbole des Apôtres, que sur le trumeau se tient le Christ Sauveur, et que sur la voûte était peint l''Agneau de l'Apocalypse ouvrant le livre scellé et portant l'étendard orné d'une croix,  entouré d'une auréole rayonnante. Une opposition radicale entre un monde soumis au Malin, et la victoire de  la Rédemption. 

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    Démone de la Tentation, porche sud, église de Brasparts. Photographie lavieb-aile.

    Démone de la Tentation, porche sud, église de Brasparts. Photographie lavieb-aile.

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    Démone de la Tentation, porche sud, église de Brasparts. Photographie lavieb-aile.

    Démone de la Tentation, porche sud, église de Brasparts. Photographie lavieb-aile.

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    Cul-de-lampe, coté droit du porche sud, église de Brasparts. Photographie lavieb-aile.

    Cul-de-lampe, coté droit du porche sud, église de Brasparts. Photographie lavieb-aile.

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    Cul-de-lampe, porche sud, église de Brasparts. Photographie lavieb-aile.

    Cul-de-lampe, porche sud, église de Brasparts. Photographie lavieb-aile.

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    Cul-de-lampe, coté droit du porche sud, église de Brasparts. Photographie lavieb-aile.

    Cul-de-lampe, coté droit du porche sud, église de Brasparts. Photographie lavieb-aile.

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    Culs-de-lampe, coté gauche du porche sud, église de Brasparts. Photographie lavieb-aile.

    Culs-de-lampe, coté gauche du porche sud, église de Brasparts. Photographie lavieb-aile.

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    Cul-de-lampe, coté gauche du porche sud, église de Brasparts. Photographie lavieb-aile.

    Cul-de-lampe, coté gauche du porche sud, église de Brasparts. Photographie lavieb-aile.

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    SOURCES ET LIENS.

    — ABGRALL (chanoine Jean-Marie), PEYRON (chanoine Paul),  1903 et 1904, "[Notices sur les paroisses] Brasparts", Bulletin de la commission diocésaine d'histoire et d'archéologie, Quimper, 3e année, 1903, p. 364-374, 4e année, 1904, p. 33-64.

    http://diocese-quimper.fr/images/stories/bibliotheque/pdf/pdf_notices/brasparts.pdf

    http://diocese-quimper.fr/images/stories/bibliotheque/bdha/bdha1903.pdf

    http://diocese-quimper.fr/images/stories/bibliotheque/bdha/bdha1904.pdf

     

      AMEMIYA (Hiroko), 2005, Vierge ou Démone - Exemples dans la statuaire bretonne, Préface de Pierre-Yves Lambert Keltia Graphic, Spézet, 269 pages, ISBN 2-913953-82-4 Version remaniée de la thèse de 1996.

      — AMEMIYA (Hiroko), 1996,  Figures maritimes de la déesse-mère, études comparées des traditions populaires japonaises et bretonnes . Thèse de doctorat d'études littéraires, histoire du texte et de l'image  Paris 7 1996 sous la direction de Bernadette Bricout et de Jacqueline Pigeot. 703 pages Thèse n° 1996PA070129 . Résumé : Le thème principal de cette étude est de voir quel rôle la femme non-humaine - et notamment la femme qui appartient au monde maritime - a joué au Japon et en Bretagne, à travers les récits relatifs à l'épouse surnaturelle. Pour la Bretagne, les recherches s'étendent également sur l'iconographie religieuse représentant l'être semi-humain telles la sirène et la femme-serpent. La région conserve dans ses chapelles de nombreuses statues des xvie et xviie siècles figurant ce type faites par des artisans locaux. L'imagination populaire s'épanouit ainsi dans la femme non-humaine de deux façons en Bretagne : dans l'expression orale et dans l'expression plastique ce qui nous offre une occasion inestimable d'étudier leur compatibilité dans leur contexte socioculturel. Les récits qui traitent le thème du mariage entre l'être humain et l'être non-humain révèlent la conception de l'univers d'une société. L'autre monde ou les êtres de l'autre monde sont en effet une notion fonctionnelle qui permet à la société de maintenir l'ordre interne par une intervention externe fictive : la suprématie du fondateur du Japon s'explique par la transmission d'une puissance surnaturelle par sa mère du royaume maritime, alors qu'en Bretagne, la destruction de la cité légendaire d'Is est causée par une fille maudite née d'une fée. Le premier volume de cette étude est composé de trois parties : i. L'autre monde dans la tradition populaire au Japon, ii. Récits relatifs au mariage au Japon et en Bretagne, iii. Iconographie d'une femme semi-humaine. Le deuxième volume est un inventaire des différents types de représentation semi-humaine en Bretagne.

       

       

       

      — Infobretagne :

       http://www.infobretagne.com/brasparts.htm

      — COUFFON (René), LE BARS (Alfred), 1988, Brasparts, in  Diocèse de Quimper et Léon, nouveau répertoire des églises et chapelles , Quimper : Association diocésaine, 1988. - 551 p.: ill.; 28 cm.

      http://diocese-quimper.fr/images/stories/bibliotheque/pdf/pdf-Couffon/BRASPART.pdf

      — Topic-topos :

      http://fr.topic-topos.com/apotres-brasparts

      —CIRÉFICE (Patrice), sd, Le porche de l'église de Brasparts,   Forum de la ville de Brasparts :

      http://ville-brasparts.forum-actif.net/t1497-le-porche-de-l-eglise-de-brasparts

      LE THOMAS (Louis), 1961 "Les Démones bretonnes, iconographie comparée et étude critique", Bulletin de la Société Archéologique du Finistère t. LXXXVII p. 169-221.

       

       

       

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      Published by jean-yves cordier - dans Vierges à la démone. Brasparts
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      28 novembre 2016 1 28 /11 /novembre /2016 12:22

       

                  Les bannières le Minor .

       

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      N.B Je place ici cet article débuté en avril 2012 et réactualisé depuis. Je remercie Monsieur Gildas Le Minor qui a bien voulu me communiquer la liste des bannières sorties des ateliers dirigés par sa grand-mère, par son père puis par lui-même dans ce qui dessine une très belle aventure artistique et spirituelle ancrée dans le pays breton. Aventure désintéressée ? Que non ! Il obtient, dit-il, une indulgence d'un an de purgatoire à chaque bannière réalisée !

       

       

        Jadis, les bannières étaient réalisées en série, et les fabriciens ou le recteur commandaient une bannière de Sainte-Thérèse, du Sacré-Cœur, de Jeanne-d'Arc, ou de leur saint patron dont il fallait préciser s'il s'agissait d'un ou d'une martyre, ou d'un saint-évêque : c'est la mention du nom qui différait. Mais depuis 1953, où l'entreprise de broderie à la main Le Minor et l'artiste Pierre Toulhoat s'unirent pour créer la bannière de Locronan, tout a changé, et chaque bannière est une vraie création artistique. C'est aussi, à chaque fois, une aventure humaine et spirituelle, lors du financement, de la conception, du choix de l'artiste, des retouches, ou, enfin, de la bénédiction lors du pardon. 

         N'ayant vécu aucune de ces aventures, j'ai parfois réussi à retrouver quelques informations sur l'histoire de ces bannières, dont l'attrait pour les Associations de sauvegarde ou les équipes paroissiales a été croissant.

       

      I. La Maison Le Minor à Pont-L'Abbé.

       

         Les origines de Le Minor seraient à peu-prés les mêmes que celles de la confection de dentelles en pays bigouden : rappelons que c'est pour faire face à la famine de 1845-1849 en Irlande, the Irish Potato Famine liée au mildiou, que se développa la guipure d'Irlande au crochet, puis que, face à la crise sardinière en Cornouaille en 1903, des femmes remarquables, dames d'oeuvre préoccupées de la misère qui s'abat brutalement dans les familles de pêcheurs, reprennent les techniques dentellières au fuseau et à l'aiguillée que religieuses et femmes du monde expertes en ouvrage de dame avaient transposées au crochet et créent des ateliers de dentelle dans un pays qui ignorait cette tradition afin d'apporter un complément de ressources aux ménages. En 1911, ce sont plus de 4000 ouvrières qui s'adonnent à cette activité en Bretagne Sud. Leur travail fut commercialisé dans le monde entier.

       

         En 1936, Anne-Marie Cornic (28 janvier 1901 à Plonevez-Porzay-Pont-L'Abbé 1984), fille de commerçants en costumes bretons et épouse du patron des Grands Moulins de Pont-L'Abbé Louis Le Minor, préoccupée de voir disparaître le costume breton traditionnel et les compétences des brodeuses et tisserands, et de savoir que les femmes employées dans les conserveries manquaient de travail une fois la saison finie, ouvrit un atelier d'habillage de poupées. Présent dès l'année suivante à l'exposition universelle de Paris, l'atelier acquiert un réel succès auprès de l'écrivain Colette, de clients aussi célèbres que Caroline Kennedy, Eisenhower ou le Prince Rainier de Monaco, avec une collection de 250 modèles différents, tous réalisés de manière entièrement artisanale et traditionnelle.

       

        La production profite des Congés payés, les vacanciers prenant l'habitude de ramener des régions où ils séjournent une poupée qu'ils offrent ou qu'ils collectionnent. De 1937 à 1980, ce sont même 400 modèles de costumes bretons et d'autres régions de France ou des pays étrangers qui habillent les poupées : costume adulte ou d'enfant, costumes historiques, mignonettes de chez Petitcollin, Nobel, Jumeau, SFBJ, Huard ou Clelia, poupons ou poupées de taille variée sortis d'un atelier qui emploie 400 salariés en 1945. 

            La pénurie de celluloïd incite l'entreprise à se diversifier durant la Seconde Guerre Mondiale en se tournant vers la broderie à la main, produisant du linge de table, des sacs, des costumes folkloriques. C'est l'époque où Mathurin Méheut dessine la nappe "La mer". En 1947, Pierre Toulhoat dessine le célèbre foulard Penmarc'h, vite indissociable du costume bigouden. En 1950, Madame Le Minor lance une gamme de bustes et de coiffes miniatures.

             Dans les années 1970, Madame Le Minor confie l'entreprise à ses deux fils Jacques et Jean ; la production du kabig le Minor, vêtement traditionnel des goémoniers en drap de laine à l'aspect feutré fait la renommée de l'entreprise qui compte près de 500 salariés. En 1982 la Manufacture de Bonneterie Lorientaise rachète la marque et produit toute la partie vestimentaire, mais en 1987, le petit-fils Gildas Le Minor reprend la confection de broderie main et le linge de table (une vingtaine de gamme d'imprimé et autant de brodés).

            On trouve aujourd'hui au 5 quai Saint Laurent à Pont-L'Abbé la Boutique Le Minor, avec un choix de nappes, sets de table, torchons, plateaux, panneaux brodés, mais produisant aussi des vêtements sacerdotaux et des bannières, ou des costumes traditionnels pour les particuliers ou les cercles celtiques.

       

      Voir la présentation par Madame Le Minor et son fils Jean en 1976 de leur Musée de la Broderie.

      http://www.ina.fr/video/RXC00000873

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       Le Minor et la création artistique.

         La société a su collaborer avec des artistes et des designers réputés : Pierre Toulhoat, Mathurin Méheut qui a signé la première nappe imprimée, René-Yves Creston à l'origine du lancement du "kabig", Nelly Roddi qui conçue la ligne Pont-L'Abbé de linge de table imprimé, Gaëlle Le Fur, Jacques Godin, et la styliste Gwen Le Gac avec sa collection "sardines".

         Les tapisseries brodées ont été conçues pour reprendre à l'aiguille les motifs des tapisseries de basse-lisse de Dom Robert, ami de Jean Lurcat. Elles partagent avec les tapisseries d'Aubusson le privilège du statut et de l'appellation d'oeuvre d'art , entièrement à la main, tirage limité à huit exemplaires portant chacun la signature de l'artiste et un numéro. Outre Dom Robert, les oeuvres ont porté les signatures de Picart Le Doux, Simon Chaye, Alain Cornic, François Lesourt, Jean Renault, Dominique Villard, Caly, ou Patrice Cudennec.

      Les brodeuses et brodeurs :

      Jean-Michel Perennec est employé depuis 1989 à la broderie à la main, alors que Patricia Cassard s'occupe de la broderie sur machine Cornely.

       

      Le Bolduc.

      Bolduc ? drôle de nom, qu'est-ce-que c'est que ce truc ? Vite, mon dictionnaire breton : rien. Cherchons dans le Wiktionnaire :

      "Ruban décoratif pour ficeler et enrubanner des paquets contenant des cadeaux, etc. Étymologie :  Altération de Bois-le-Duc (’s-Hertogenbosch), ville du Brabant septentrionale en Hollande, où l'on fabriquait ce type de ruban. Dès le XVIIe siècle le nom fut altéré en bolduc (en linguistique, cet amuïssement est nommé syncope)."  

      Des rubans ? Je cherche des images bien nettes sur le net : "Dévidoires à Bolduc". Bolducs de mariage" .

       

             

       

      Quel rapport avec les bannières ? Cherchons encore :

       « bolduc » : un certificat d’authenticité comportant un numéro d’enregistrement, la signature du lissier et celle du représentant officiel de la certification,
      Le bolduc est une pièce de tissu ou de papier toilé cousu sur l’envers d’une tapisserie contemporaine.

       

      Le décret 67-454 du 10 juin 1967 prenant effet le 1er janvier 1968, a été décidé pour les tapisseries entièrement tissées à la main sur les métier haute et basse lisse dont le tirage est limité à 8 exemplaires y compris les exemplaires artiste. Une tapisserie d’Aubusson récente (copie d’ancien ou création contemporaine) est accompagnée de son bolduc.

      Les bannières de la Maison Le Minor étant des œuvres d'art, elles portent chacune à leur revers leur Bolduc ou Certificat d'authenticité.

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      II. Les bannières Le Minor :    

       

      N;b : le lien en dessous de chaque titre renvoie à un article plus complet de mon blog.

       

      N° 1. Locronan : 1953, Pierre Toulhoat :

      Ce fut la première : il y en a plus de trente aujourd'hui.

      Ma visite de Locronan : les bannières.

       

      DSCN0601c

       

       

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      2. Sainte-Anne d'Auray, A. Bouler, 1954 .

      Sainte-Anne d'Auray : les bannières.

       

      bannieres 4312c

       

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      bannieres 4316c

       

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      3. Saint-Jean-du-Doigt, 1957, Jo Le Corre :

      Les inscriptions et les bannières de l'église de Saint-Jean-du-Doigt.

        Ses deux faces sont consacrées à saint Jean-Baptiste, sans inscriptions.

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      banniere 3454c

       

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      banniere 3460c

       

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      DSCN3524

       

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      4. Pont L'Abbé, église des Carmes, 1960, Le Bouler :

      L'église Notre-Dame des Carmes à Pont-L'Abbé habillée par Le Minor.

       

      pont-labbe-eglise-carmes 2412 x

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      pont-labbe-eglise-carmes 2414cx

       

       

       

      5.  SANTE BERNADETTE / CONFORS MEILARS / 1960.

       

      6 ) SAINT SIMILIEN / NANTES / 1965 / P.TOULHOAT

       

      7) ND DU DRENNEC / CLOHARS FOUESNANT / 1984.1985 / P.TOULHOAT

       

      La bannière Le Minor de la chapelle du Drennec en Clohars-Fouesnant (29). 

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      8. Combrit, chapelle Sainte-Marine, 1987, P. Toulhoat :

      Chapelle Sainte-Marine à Combrit : la Vierge allaitante et la bannière Le Minor.

      banniere 2587c

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      banniere 2581c

       

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      9) ST CORENTIN. ST POL / DIOCESE QUIMPER / 1988 / P.TOULHOAT

       

      10) SAINTE ANNE LA PALUD / PLONEVEZ-PORZAY / 1990 / A.BOULER

       

      11) SAINT EFFLAM / KERVIGNAC / 1990 / P.TOULHOAT

       

       

       12. Saint-Nic, église Saint-Nicaise, 1990, Pierre Toulhoat.

      La bannière paroissiale de Saint-Nic (29).

                                 banniere 7973c

       

                             MG 7951c

       

       13) SAINT ROCH / LOCADOUR / KERVIGNAC / 1991 / P.TOULHOAT

       

       

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      14.Le Faouët, chapelle Saint-Fiacre, 1991, Toulhoat :

       

        Elle représente au recto saint Fiacre  patron des jardiniers avec sa bêche, la chapelle Saint-Fiacre à ses pieds. On lit A.D 1991, Toulhoat Le Minor.

       Le verso est consacré à la Vierge et à la paroisse du Faouët.

       

      banniere 3313c

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      banniere 3315c

       

      Un beau détail de passementerie : 

      DSCN3335v

       

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      15) SAINT KERRIEN / QUERRIEN / 1992 / P.TOULHOAT

       

      16) SAINT ANNE / GUIMILIAU / 1992 / P. TOULHOAT.

      Carton de Pierre Toulhoat. Brodeurs Cécile le Roy et Jean-Michel Pérennec.

      Voir : L'enclos paroissial de Guimiliau I : la bannière Le Minor (1992).

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      Sainte Anne éducatrice, bannière de la paroisse de Guimiliau, 1992. Photographie lavieb-aile.

      Sainte Anne éducatrice, bannière de la paroisse de Guimiliau, 1992. Photographie lavieb-aile.

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      bannière de la paroisse de Guimiliau, 1992. Photographie lavieb-aile.

      bannière de la paroisse de Guimiliau, 1992. Photographie lavieb-aile.

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      Bolduc de la bannière de la paroisse de Guimiliau, 1992. Photographie lavieb-aile.

      Bolduc de la bannière de la paroisse de Guimiliau, 1992. Photographie lavieb-aile.

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      17. Saint-Jean-Trolimon, Chapelle N.D.de Tronoën, 1993, Pierre Toulhoat.

      Carton de Pierre Toulhoat. Brodeuse Cécile le Roy.

      Inscription : 

      TRONOEN Ravo Gant Gwaz Jezuz Diwallet Va Ene Evid Ar Vuhez Peurbaduz.

      PARREZ SANT YANN AD 1993 Le Minor /Toulhoat . PAOHA SERGENT PERSON

       

      saint-jean-trolimon 8499c

       

      saint-jean-trolimon 8500c

       

       

      18) BAPTEME DU CHRIST / BATZ SUR MER / 1997 / P.TOULHOAT

       

      19) SAINT TRECHMEUR / GUERLESQUIN / 1997 / P.CAMUS

       

      20) SAINTE ANNE / HOSPITALIERS DU FINISTERE / 1997

       

      21) SANTEZ BARBA / LENNON / 1998 / Bruno LE FLOC'H

       

      22. Plogonnec, chapelle de La Lorette, 1998, P. Camus

      Carton de P. Camus.

      Brodeur : J.M. Pérennec.

      Commanditaire : Les Amis de La Lorette.

      Recteur en fonction: G. Léon.

                          la-lorette 5585c

       

                             la-lorette 5586v

       

       

      23) BANNIERE DU TRO BREIZ / SAINT POL DE LEON / 2000 / J.RENAULT

       

      24) SANT ALAR / LANHOUARNEAU / 2002 / C.LE FUR

       

      25) SANT TELO / LEUHAN / 2004 / Y.G.MOULLEC

       

      26) SANT C'HIREG / PERROS GUIREC / 2005 / P.CUDENNEC

       

       

       

       

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      27. Lanrivain, chapelle N.D du Guiaudet, 2006:

      Cartonnier : ?

      Brodeur : J.M. Perennec

      Commanditaire : Association de Sauvegarde du Guiaudet, "l'abbé Caroff étant recteur".

       

      bannieres 3604cc

       

      bannieres 3605c

       

      DSCN3718

       

       

       

      28) SAINT MARCEL / SAINT MARCEL / 2006

       

       

      29. Plougasnou, église Saint-Pierre, Jakes Derouet, 2006 :

      Compléments sur l'église Saint-Pierre de Plougasnou :

        La face principale represente le patron de la paroisse en tricot rayé avec son filet de pêche, alors que le verso est consacré à saint Samson. Le certificat d'authenticité honore les brodeuses, A.M. Fleiter et P. Cassard.

        Patricia Cassard est, chez Le Minor, particulièrement chargée des broderies sur machine Cornely.

                      banniere 3552c

       

                           banniere 3567c

       

      DSCN3626

       

       

       

       

       

       

       

       

      30. Locronan 2007, Pierre Toulhoat :

      Ma visite de Locronan : les bannières.

      bannieres 3899c

       

       

      31 . N° 31 :  2008 :  Pleyben, chapelle de Lannelec : Jakes Derouet :

      Vierges allaitantes VII : Chapelle de Lannelec à Pleyben, la Vierge.

      vierge 9415c

       

                              vierge 9417c

       

       

       

      32. 2008 :  église Saint-Pierre de Plonevez-du-Faou, Annick Quéffellec :

      L'église Saint-Pierre de Plonevez-du-Faou : bannières

                    bannieres 0101c

       

               bannieres 0105c

       

       

       

      33) ND DES CROIX SEPT SAINTS / ERQUY / 2010 / R.BUDET

       

      34) SAINT VENDAL / POULDAVID / 2010 / B.OLLIVIER

       

       

      35. 2008 : chapelle de la Madeleine à Penmarc'h, Jakes Derouet :

                             banniere 2916c

       

                            banniere 2975c

       

       

      36) ND DE LA PAIX / LE POULDU-CLOHARS CARNOET /2012 / C. HUART

       

      37) SAINT FIACRE / PLOUHINEC MORBIHAN / 2012 / J. DEROUET

       

      38) SAINTE ANNE DU PAYS BLANC / LA TURBALLE / 2012 / J. DEROUET

      39.  2014, Chapelle de Saint-Trémeur au Guilvinec Jakes Derouet.

      Les deux bannières de St-Trémeur au Guilvinec.

      Carton Jakes Derouet, Brodeur Jean-Michel Pérennec. Commanditaire Association Gwarez chapel sant Trevel.

                       bannieres 0648c

       

                                bannieres 0653c

       

      40.  2013, Sainte-Anne-la-Palud à Plonevez-Porzay, D. Passard.

      La bannière Le Minor de Sainte-Anne-la-Palud.

       

                                  247c

       

                             255c

       

       

       

       

      41) ANNE DE BRETAGNE / ASSOCIATION BRETONNE 1843 / 2014 / J.DEROUET

      Voir : bannière de l'Association Bretonne

       

       

      42. Août 2014 : Guidel, les Sept chapelles. Patrice Cudennec. 

        La bannière Le Minor de Guidel.

                                022c

       

       

                                         012c

       

       43) SAINT YVES / LE POULIGUEN / 2014 / P. CUDENNEC

      44) SAINT-YVES-DES-BRETONS à Rome. 

      http://styvesdesbretons.canalblog.com/

      Et ce n'est pas fini !

       

       

       

      liste récapitulative : 

       

      LISTE DES BANNIERES REALISEES AUX ATELIERS LE MINOR

      DEPUIS 1953

       

       

      1) SAINT CORENTIN / LOCRONAN / 1953 / P.TOULHOAT

       

      2) SAINTE ANNE / AURAY / 1954 / A.BOULER

       

      3) ND DES CARMES / PONT-L'ABBE / A.BOULER

       

      4) SANTE BERNADETTE / CONFORS MEILARS / 1960

       

      5) SAINT JEAN BAPTISTE / SAINT JEAN DU DOIGT / 1965 / J.LE CORRE

       

      6 ) SAINT SIMILIEN / NANTES / 1965 / P.TOULHOAT

       

      7) ND DU DRENNEC / CLOHARS FOUESNANT / 1984.1985 / P.TOULHOAT

       

      8) SAINT MARINE / COMBRIT / 1987 / P.TOULHOAT

       

      9) ST CORENTIN. ST POL / DIOCESE QUIMPER / 1988 / P.TOULHOAT

       

      10) SAINTE ANNE LA PALUD / PLONEVEZ-PORZAY / 1990 / A.BOULER

       

      11) SAINT EFFLAM / KERVIGNAC / 1990 / P.TOULHOAT

       

      12) SAINT NICAISE / SAINT NIC / 1990 / P.TOULHOAT

       

      13) SAINT ROCH / LOCADOUR / KERVIGNAC / 1991 / P.TOULHOAT

       

      14) SAINT FIACRE / LE FAOUET / 1991 / P.TOULHOAT

       

      15) SAINT KERRIEN / QUERRIEN / 1992 / P.TOULHOAT

       

      16) SAINT ANNE / GUIMILIAU / 1992 / P.TOULHOAT

       

      17) ND DE TRONOEN / SAINT JEAN TROLIMON / 1993 / P.TOULHOAT

       

      18) BAPTEME DU CHRIST / BATZ SUR MER / 1997 / P.TOULHOAT

       

      19) SAINT TRECHMEUR / GUERLESQUIN / 1997 / P.CAMUS

       

      20) SAINTE ANNE / HOSPITALIERS DU FINISTERE / 1997

       

      21) SANTEZ BARBA / LENNON / 1998 / B.LE FLOC'H

       

      22) ND DE LORETTE / PLOGONNEC / 1998 / P.CAMUS

       

      23) BANNIERE DU TRO BREIZ / SAINT POL DE LEON / 2000 / J.RENAULT

       

      24) SANT ALAR / LANHOUARNEAU / 2002 / C.LE FUR

       

      25) SANT TELO / LEUHAN / 2004 / Y.G.MOULLEC

       

      26) SANT C'HIREG / PERROS GUIREC / 2005 / P.CUDENNEC

       

      27) SAINT GREGOIRE / LE GIAUDET. LANRIVAIN / 2006

       

      28) SAINT MARCEL / SAINT MARCEL / 2006

       

      29) SAINT PIERRE / PLOUGASNOU / 2006 / J.DEROUET

       

      30) SAINT RONAN / LOCRONAN / 2007 / P.TOULHOAT

       

      31) SAINT HERBOT / PLONEVEZ DU FAOU / 2008 / A.QUEFFELEC

       

      32) ND DE LANNELEC / PLEYBEN / 2008 / J.DEROUET

       

      33) ND DES CROIX SEPT SAINTS / ERQUY / 2010 / R.BUDET

       

      34) SAINT VENDAL / POULDAVID / 2010 / B.OLLIVIER

       

      35) ND DE LA MADELEINE / PENMARC’H / 2010 / J.DEROUET

       

      36) ND DE LA PAIX / LE POULDU-CLOHARS CARNOET /2012 / C. HUART

       

      37) SAINT FIACRE / PLOUHINEC MORBIHAN / 2012 / J. DEROUET

       

      38) SAINTE ANNE DU PAYS BLANC / LA TURBALLE / 2012 / J. DER 0OUET

       

      39) SAINT PIERRE – SAINT NICOLAS / LE GUILVINEC / 2013 / J. DEROUET

       

      40) SAINTE ANNE LA PALUD / PLONEVEZ-PORZAY /2013 / D. PASSAT

       

      41) ANNE DE BRETAGNE / ASSOCIATION BRETONNE 1843 / 2014 / J.DEROUET

       

      42 ) SAINT PAUL-SAINT PIERRE / GUIDEL / 2014 / P. CUDENNEC

       

      43) SAINT YVES / LE POULIGUEN / 2014 / P. CUDENNEC

       

       

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      27 novembre 2016 7 27 /11 /novembre /2016 23:28

      L'enclos paroissial de Guimiliau.  I. La bannière Le Minor par Pierre Toulhoat (1992).

      Voir :

      les  43 bannières Le Minor de 1954 à 2014 (toutes les photos et les liens vers les articles dédiés) .

       

      Les bannières, c'est comme les papillons. Le Grand Pardon de Kerdévot. Les bannières d'Ergué-Gabéric.

      Les bannières de la paroisse d'Ergué-Gabéric (29) : Kerdévot, Kerdévot, Fatima, ...Tonkin !

       

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      En 1953, Pierre Toulhoat a dessiné les cartons de la première bannière brodée par les ateliers Le Minor de Pont-L'Abbé, pour la paroisse de Locronan. Dans le cadre du renouveau de l'Art Sacré, le dessin de quatre nouvelles  bannières fut confié au Père A. Bouler et à J. Le Corre, et, en 1965, la collaboration reprit entre Toulhoat et Le Minor pour les bannières de Nantes, Notre-Dame du Drennec à Clohars-Fouesnant, le diocèse de Quimper (1988), Sainte-Anne-La-Palud (1990), Kervignac ( 1990 et 1991), Saint-Nic (1990), Querrien (1992). 

      La seizième bannière de cette série qui atteint aujourd'hui le nombre de 43 réalisations avec divers artistes fut celle de la paroisse de Guimiliau, en 1992, et ses cartons furent aussi  confiés au quimpérois Pierre Toulhoat (1923-2014). Comme toute broderie ayant le statut d'œuvre d'art, elle est dotée de son "bolduc" (certificat) cousu au verso d'un des deux pans. Celui-ci est rédigé en breton :

      Ar banniel an a zo bet neudet er blanez 1992 Gant Cécile Le Roy ha Jean-Michel Pérennec e ty Ar Minor Pont-n'Abas di wareun dressaden savet Gant Per Toulhoat an ao. Urien a oa Person Gwimilio.

      Nous apprenons ainsi qu'elle a été brodée par Jean-Michel Pérennec et Cécile Le Roy, de l'atelier Le Minor, et que Roger Urien était le recteur de Guimiliau.

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      Bolduc de la bannière de la paroisse de Guimiliau. Photographie lavieb-aile.

      Bolduc de la bannière de la paroisse de Guimiliau. Photographie lavieb-aile.

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      La face principale est consacrée à sainte Anne éducatrice : on y lit les inscriptions en trois langues  SANTEZ ANNA PEDIT EVIDOM  "Sainte Anne Priez pour nous", ANNO DOMINI 1992 "Année du Seigneur 1992", PARREZ GWIMILIO "Paroisse de Guimiliau" ROGER URIEN RECTEUR -1983-1992.

      Au centre, sur un fond bleu, la Vierge et sa mère sont brodées avec un coton blanc (robe, voile), jaune (nimbe, ceinture), or (robe d'Anne), marron (cheveux) et rouge, dans une scène d'apprentissage de la lecture rendue très intimiste par le panier de couture placée à droite. L'encadrement allie les cotons jaune et or sur drap noir, les couleurs traditionnelles des brodeurs de Cornouaille, dan un graphisme typique. Des décors architecturaux et floraux, des faux glands de passementerie aux allures d'hermines, s'associent à la représentation de deux saints, Miliau (Santez Milio) patron de la paroisse et Yves (Santez Erwan) patron de la Bretagne.

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      Sainte Anne éducatrice,  bannière de la paroisse de Guimiliau. Photographie lavieb-aile.

      Sainte Anne éducatrice, bannière de la paroisse de Guimiliau. Photographie lavieb-aile.

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      L'autre face, en fil jaune sur drap rouge, porte les mots PARREZ GWIMILIO . Elle est illustrée par le crucifix du Grand Calvaire de l'enclos, où deux anges recueillent le Précieux Sang. Autres inscriptions : INRI et IHS.

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      Le Christ crucifié, la Vierge et saint Jean, bannière de la paroisse de Guimiliau. Photographie lavieb-aile.

      Le Christ crucifié, la Vierge et saint Jean, bannière de la paroisse de Guimiliau. Photographie lavieb-aile.

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      Bannière de la paroisse de Guimiliau (détail). Photographie lavieb-aile.

      Bannière de la paroisse de Guimiliau (détail). Photographie lavieb-aile.

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      La signature du cartonnier figure sur un galon qui se dévide depuis le panier du brodeur. Sur ce galon, les motifs traditionnels des brodeurs bigoudens. Le soleil, le cœur, la chaîne de vie, la plume de paon, etc...

      Voir la présentation en 1976  Madame Le Minor et son fils Jean Le Minor  :

      http://www.ina.fr/video/RXC00000873

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      Bannière de la paroisse de Guimiliau (détail). Photographie lavieb-aile.

      Bannière de la paroisse de Guimiliau (détail). Photographie lavieb-aile.

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      Bannière de la paroisse de Guimiliau (détail). Photographie lavieb-aile.

      Bannière de la paroisse de Guimiliau (détail). Photographie lavieb-aile.

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      Bannière de la paroisse de Guimiliau (détail). Photographie lavieb-aile.

      Bannière de la paroisse de Guimiliau (détail). Photographie lavieb-aile.

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      Voir aussi le site de la Maison Le Minor :

      http://leminor.com/zencart/index.php?main_page=page&id=4

       

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      23 novembre 2016 3 23 /11 /novembre /2016 23:50

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      Je vous propose de regarder ces deux tapisseries de l'Histoire de Diane comme une histoire très humaine et, quoique de tout temps, très contemporaine :  celle d'une femme qui, en prise avec  la colère et la jalousie d'une rivale suffisamment puissante pour la condamner à l'exil (cela pourrait être une grande puissance, ou la vox populi) doit fuir, sans trouver la moindre terre d'accueil pour donner naissance à ses enfants. Les griffes de Python, son souffle de feu, ses ailes pourraient, à notre époque, avoir des allures bien plus martiales et bien plus terribles encore.    C'est sur une île grecque, Délos, que la malheureuse Latone, à qui toute terre et toute mer sont interdites, va trouver refuge.

      Elle y accouche de deux enfants qui cumulent à eux deux toutes les bénédictions du monde, mais bientôt, arrivée dans le sud de la Turquie, la population autochtone lui est si hostile qu'on lui refuse même l'eau de l'étang, dont elle veut désaltérer ses enfants. C'est l'épisode que le fameux Bassin de Latone, devant le château de Versailles, a fait connaître à des millions de touriste : les paysans de Lycie, maudits par la migrante désespérée, sont transformés en grenouille.

      Au miroir des Métamorphoses d'Ovide, deux amants magnifiques, Henri II et Diane de Poitiers ont pu , au XVIe siècle, se reconnaître et se dissimuler derrière les masques de Diane et d'Apollon. 

      Mais aujourd'hui, que voyons-nous à ce miroir écrit par cet auteur romain qui fut, par disgrâce, condamné à l'exil sur une île de la Mer Noire, et qui y mourut après avoir écrit Les Tristes ?

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      Note : je me suis copieusement inspiré de l'article, qui fait référence, de Nello Forti Grazzini,  paru en 2007 dans la Revue du Louvre.

      Le Musée d'Ecouen présente,depuis leur acquisition en 2007 suivie de leur restauration, les deux premières pièces d'une tenture intitulée l'Histoire de Diane :  la Conception de Diane et Apollon, avec Latone mise en fuite par le serpent Python, et La Naissance de Diane et Apollon et leur transformation en divinités planétaires.

       

      Les cartons originaux de cette célèbre tenture, comprenant au moins dix tapisseries, furent probablement commandés par Henri II pour Diane de Poitiers en 1550 auprès des artistes de l’Ecole de Fontainebleau, notamment Jean Cousin le Vieux (1490-1560), peintre à Sens puis à Paris (ou, pour les autres pièces que celles d'Ecouen,  peut-être d'après des gravures d'Etienne Delaune d'après Lucca Penni ). L'attribution des cartons à l'atelier de Jean Cousin se fonde sur des rapprochements stylistiques avec les trois tapisseries restantes de la tenture de l'Histoire de Saint Mammès, pour la cathédrale de Langres (1543).    La tenture  était selon toute probabilité destinée à orner la grande galerie du château d'Anet (Eure-et-Loir) de la favorite du roi.  La tenture a été tissée par un atelier parisien — sans-doute celui de Pierre II Blasse et Jacques Langlois — en un seul exemplaire. Quatre pièces appartenant aux collections du château d'Anet ont disparu dans l'incendie, en 1997, de l'atelier de restauration où elles étaient entreposées ("Diane pleurant la mort d'Orion" ; "Les paysans de Lycie transformés en grenouille" ; "Diane sauvant Iphigénie du supplice" "La mort de Méléagre") . Les quatre autres pièces sont exposées pour deux d'entre elles, au Metropolitan Museum de New York ("Le blasphème de Niobé" ; "La Noyade de Britomartis"), une au Musée des Antiquités de la Seine-Maritime à Rouen (« Diane implore de Jupiter le don de chasteté »), et la dernière dans une collection privée américaine ("Le triomphe de Diane", New-York).

      Tapisseries en laine et soie, 4,65 x 2,92 m (pour les pièces du Metropolitan Museum, recoupées en "portières") et 4,66 x 4,23 m (Anet) ou 4,64 x 4,07 m (Rouen), 4,55 x 3,50 m (La Conception de Diane et Apollon), 4,70 x 3,50 m (La Naissance de Diane).

       "Elles sont tissées dans une trame de laine et de soie sur une chaîne plutôt fine. Ceci explique l'extrême précision du rendu des détails. Les scènes et les bordures présentent les mêmes teintes que les autres pièces, graduées par de multiples nuances dans un spectre de couleurs restreint : brun, marron, vert, bleu, crème, jaune d'or. Le rouge est utilisé avec parcimonie, tout comme le rose, pour rehausser le manteau des figures." (Grazzini 2007)

      Les sujets sont tirés :

      a) des Métamorphoses d'Ovide : Livre VI : "Conception de Diane". "Naissance de Diane". "Le Blasphème de Niobé". Livre I : "Diane implore de Jupiter le don de chasteté". 

      b) du Poetica Astronomica d'Hygin : "La Mort d'Orion".

      c) De l'Hymne à Artémis de Callimaque : "Diane implore ..." et "La Mort de Britomarchis"

      d) Ciris, poème du Pseudo-Virgile, pour "La Mort de Britomarchis", certainement tiré de G.L. Giraldi, De Deis gentium varia multiplex istoria, Bâle, 1548.

      e) Des "Triomphes" de la Renaissance, comme le Triomphe de Diane gravé dans l'édition de 1546 de l'Hypnerotomachia Polophili de Francesco Colonna : "Le Triomphe de Diane".

       4.64 m
      Largeur : 4.07 m
       4.64 m
      Largeur : 4.07 m

       

       

      I. LA CONCEPTION DE DIANE ET APOLLON ; LATONE MISE EN FUITE PAR LE SERPENT PYTHON. Inv. Ec.1877. Laine et soie, chaine : 7 fils par cm. H : 4,55 ; L. : 3,50. ÉCOUEN, Musée national de la Renaissance.

      Cette première pièce illustre les amours du dieu Jupiter et de la nymphe Latone, et la colère de Junon qui, jalouse, met en fuite sa rivale depuis son char traîné par quatre paons en envoyant le serpent Python, qui prend ici la forme d'un dragon. Jupiter et son aigle lui viennent en aide en faisant surgir l'île de Délos sur laquelle elle pourra se réfugier.

      Elle est inspirée du Livre VI des Métamorphoses d'Ovide, mais il s'agit d'un passage très bref :

       

      Ovide Métamorphoses Livre VI 185-94 et suiv.

      « ...la fille de Céus, je ne sais quel Titan, Latone, qui jadis ne put trouver, sur le vaste sein de la terre, un peu de place pour mettre au monde ses enfants. Le ciel, la terre et l'onde refusèrent un asile à votre déesse ; elle fut exilée de l'univers jusqu'au moment où, par pitié, Delos lui dit, pour arrêter sa course vagabonde : «Toutes deux étrangères, nous errons, toi sur la terre, moi sur les mers». Et elle lui donna un abri flottant, où Latone devint mère de deux enfants, à peine la septième partie de ceux que mes flancs ont portés. »

       

       Fille du titan Céus et de Phébée, Latone est la mère de Diane et Apollon, deux jumeaux nés de sa brève liaison avec Jupiter. La tapisserie représente à gauche l'étreinte dans un sous-bois d'olivier de Latone et de Jupiter, qui a posé à coté de lui sa foudre. Mais le dieu est surpris par son épouse Junon, qui survole le couple de son char. Furieuse de l’infidélité de son époux et de la grossesse de Latone, et folle de jalousie, elle décrète qu’aucune terre éclairée par le soleil et aucune mer ne pourra l'accueillir pour son accouchement . Elle charge enfin le serpent Pytho de pourchasser sa rivale.

       

       

       

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      La conception de Diane et Apollon ; Latone pourchassée par le serpent Python, d’après les dessins de l’atelier de Jean Cousin (?), 1 ère pièce de la Tenture de l’Histoire de Diane Paris, vers 1550, tapisserie en laine et soie, Ec. 1877 1 er étage, salle des broderies de l'Arsenal Musée d'Écouen, photographie lavieb-aile.

      La conception de Diane et Apollon ; Latone pourchassée par le serpent Python, d’après les dessins de l’atelier de Jean Cousin (?), 1 ère pièce de la Tenture de l’Histoire de Diane Paris, vers 1550, tapisserie en laine et soie, Ec. 1877 1 er étage, salle des broderies de l'Arsenal Musée d'Écouen, photographie lavieb-aile.

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      Les vers qui coiffent la composition (un dizain d'hexasyllabes) seraient du poète Pontus de Tyard, poète de la Pléiade, ce qui pose la question de son influence éventuelle sur le choix des scènes représentées. Cette attribution repose sur le fait que le poète participa en 1550, avec Jacques de Vintimille et Gabriel Syméoni  à un projet de décoration du château d'Anet, que Philibert Delorme construisait alors pour Diane : ses Douze Fables de Fleuves ou Fontaines.

      "Qui de Diane admire le pouvoir et de ses faits  "

      QVI DE DIANE ADMIRE LE POVVOIR

      ET DE SES FAITZ COGNOISTRE PRET  ENVIE

      EN CE QVI EST CY DEPAINCT POVRRA VEOIR

      SA -OLITE SA NAISSANCE ET SA VIE .

      EN VN GRANT BOYS SA MERE POVRSVYVIE

      DE IVPITER EST ENCEINT ET FORCEE.

      DEQVOY IVNO IALOVSE ET COVRROVCEE

      CREA PYTHO SERPENT POVR LENGLOVTIR

      MAIS SVR LA PIERRE EN FUVYANT SEST LANCEE

      QUE DIEV EN ISLE AVOIT FAICT CONVERTIR

      Ce texte renvoie à trois sources littéraires au moins : les Métamorphoses d'Ovide, les Fables d'Hygin, et l'Hymne à Délos de Callimaque. 

      Callimaque est un poète  d'Alexandrie (305-240 av. J.C) qui s'inspire des Hymnes Homériques et des hymnes cultuels épigraphiques ; grec,  il célèbre Artémis et Léto, et non les équivalents romains Diane et Latone. Son Hymne à Délos et son  Hymne à Artémis sont précédées de l'Hymne à Zeus. L'édition princeps des Hymnes de Callimaque avait été publiée en 1494 à Florence par Jean Lascaris. Or, ce dernier a été ensuite chargé par François Ier de constituer avec Guillaume Budé la Bibliothèque de Fontainebleau : les artistes de l'école de Fontainebleau pouvaient donc consulter cette édition. Elles influencèrent les Hymnes (au masculin) de Ronsard (1555 et 1556) qui en appliqua la visée de célébration non plus aux dieux, mais aux rois et aux princes. Alde Manuce donna en 1513 à Venise une copie de l'édition de Lascaris. Puis vint l'édition de Frobenius à Bâle en 1532 ; celle de Michael Vascosanus à Paris en 1549. Mais les traductions du grec en latin n'étaient pas disponibles au XVIe siècle, et a fortiori les traductions en français, bien plus tardives. Callimaque appartient à la pléiade grecque, (avec Lycophron, Théocrite, Aratus, Nicandre, Homère le jeune, Apollonius de Rhodes) , qui vivaient sous Ptolémée Philadelphe : il ne pouvait être indifférent à la pléiade française  formée par Ronsard, Joachim du Bellay, Pontus de Tyard, Jodelle, Belleau, Baïf et Dorat.

      Callimachus, Hymni,  graece, cum scholiis graecis, cura J. Lascaris,Firenze, Lorenzo d'Alopa 34 p. en deux parties in-4.  http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k70517h

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      L'étreinte de Jupiter et de Latone.

      Elle est représentée comme une rencontre voluptueuse dans un bois non loin de la mer, entre un chêne (attribut de Jupiter) et un poirier. Le dieu est resté couronné mais il a laissé son saint-frusquin ( éclair, trait de foudre ) pour embrasser Latone assise nue entre ses jambes. 

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      La conception de Diane et Apollon ; Latone pourchassée par le serpent Python, d’après les dessins de l’atelier de Jean Cousin (?), 1 ère pièce de la Tenture de l’Histoire de Diane Paris, vers 1550, tapisserie en laine et soie, Ec. 1877 1 er étage, salle des broderies de l'Arsenal Musée d'Écouen, photographie lavieb-aile.

      La conception de Diane et Apollon ; Latone pourchassée par le serpent Python, d’après les dessins de l’atelier de Jean Cousin (?), 1 ère pièce de la Tenture de l’Histoire de Diane Paris, vers 1550, tapisserie en laine et soie, Ec. 1877 1 er étage, salle des broderies de l'Arsenal Musée d'Écouen, photographie lavieb-aile.

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      La colère de Junon, qui surprend les amants en flagrant délit, est terrible , et toute aussi terrible fut la fuite de Latone : la voici qui essuie, pays après pays, terre après terre, ville après ville, île après île, des refus embarrassés mais soumis et des expulsions sans appel :

      "Tu ne craignis donc point la colère de Junon ? Son terrible courroux éclatait contre toutes les maîtresses qui donnaient des enfants à Jupiter, mais surtout contre Latone, à qui le Destin promettait un fils que son père devait préférer à Mars même. Furieuse et transportée de rage, elle-même repoussait du ciel cette Nymphe en travail, tandis que par ses ordres deux gardiens attentifs l'observaient sur la terre. Du sommet de l'Émus, l'impitoyable Mars, tout armé, veillait sur le continent, et ses coursiers paissaient dans l'antre aux sept bouches qui sert de retraite à Borée, pendant qu'Iris du haut du Mimas veillait sur les îles.
      De là ces deux divinités menaçaient toutes les villes dont Latone approchait et leur défendaient de la recevoir.  Ainsi vit-elle fuir devant elle l'Arcadie et le mont sacré d'Auge ; ainsi vit-elle fuir l'antique Phénée et toutes les villes du Péloponnèse voisines de l'Isthme : Égialée resta seule avec Argos ; Latone n'osait point approcher de ces lieux arrosés par un fleuve trop aimé de Junon. Ainsi vit-elle fuir l'Aonie  avec Dircé et Strophie que leur père, le sablonneux Ismène, entraînait avec lui. Asope les suivit, mais de loin, d'un pas tardif et tout fumant encore des coups de la foudre ; et l'indigène Mélie, épouvantée de voir l'Hélicon secouer sa verte chevelure, quitta ses danses, pâlit et trembla pour son chêne. O Muse ! O ma déesse ! les Nymphes en effet sont donc nées avec les chênes ? Les Nymphes du moins se réjouissent quand la rosée ranime les chênes, et les Nymphes pleurent quand les chênes dépouillent leur feuillage.
      Phébus indigné, quoique encore au sein de sa famille, adresse à Thèbes ces menaces qui n'ont point été vaines : "Pourquoi, malheureuse Thèbes, m'obliger à dévoiler déjà ton destin ? Ne me force point à prophétiser ton sort. Pytho ne m'a point encore vu m'asseoir sur le trépied, et son terrible serpent n'est point mort : ce monstre barbu rampe encore sur les rives de Plistus, et de ses replis tortueux embrasse neuf fois le Parnasse que couvrent les neiges. Toutefois je te le prédis ici plus clairement que du pied de mon laurier : fuis ; mais bientôt je t'atteindrai ; bientôt je laverai mes traits dans ton sang ; garde, garde les enfants d'une femme orgueilleuse : ni toi ni le Cithéron ne nourriront point mon enfance. Phébus est saint ; c'est aux saints à lui donner un asile."
          Il dit, et Latone retourna sur ses pas ; mais les villes d'Achaïe, mais Hélice, l'amie de Neptune, et Bure, retraite des troupeaux de Dexamène, le fils d'Oïcée, l'avaient déjà repoussée : elle s'avança vers la Thessalie. Vain espoir ! le fleuve Anaurus, la ville de Larisse, les antres du Pélion, tout s'enfuit, et le Pénée précipita son cours au travers des vallons de Tempé.
      Cependant ton cœur, ô Junon ! était encore inflexible. Déesse inexorable, tu la vis sans pitié étendre ses bras et former vainement ces prières : "Nymphes de Thessalie, filles du Pénée, dites à votre père de ralentir son cours impétueux ; embrassez ses genoux, conjurez-le de recevoir dans ses eaux les enfants de Jupiter. O Pénée ! pourquoi veux-tu l'emporter sur les vents ? O mon père ! tu ne disputes point le prix de la course ! Es-tu donc toujours aussi rapide ou ne le deviens-tu que pour moi ? Et n'est-ce qu'aujourd'hui que tu trouves des ailes ? ...  Hélas ! il est sourd... Fardeau que je ne puis plus soutenir, où pourrai-je vous déposer ? Et toi, lit nuptial de Philyre, ô Pélion ! attends-moi donc, attends ; les lionnes mêmes n'ont-elles pas cent fois enfanté leurs cruels lionceaux dans tes antres ?"
      Le Pénée, l'œil humide de pleurs lui répond : "La Nécessité, Latone, est une grande déesse. Je ne refuse point, vénérable immortelle, de recevoir vos enfants : bien d'autres mères avant tous se sont purifiées dans mes eaux. Mais Junon m'a fait de terribles menaces. Voyez quel surveillant m'observe du haut de ces monts ; son bras, d'un seul coup me peut accabler. Que ferai-je ? Faut-il me perdre à vos yeux ? Allons, tel soit mon destin ; je le supporterai pour vous, dussé-je me voir à jamais desséché dans mon cours, et seul de tous les fleuves rester sans honneur et sans gloire ; je suis prêt, c'en est fait, appelez seulement Ilithye."
      Il dit et ralentit son cours impétueux. Bientôt Mars, déracinant les monts allait les lancer sur lui et l'ensevelir sous les rocs du Pangée ; défié du haut de l'Émus il pousse un cri terrible et frappe son bouclier de sa lance : l'armure rend le son de la guerre, et l'Ossa en frémit ; les vallées de Cranon et les cavernes glaciales du Pinde en tremblent, et l'Émonie entière en tressaille. Ainsi, quand le géant terrassé jadis par la foudre, se retourne sur sa couche, les antres fumants de l'Etna sont tous ébranlés ; les tenailles de Vulcain, le fer qu'il travaille, tout se renverse dans la fournaise, et la forge retentit du choc épouvantable des trépieds et des vases. Tel fut le bruit horrible que rendit le divin bouclier. Pénée, toujours intrépide, demeurait fixe et retenait ses ondes fugitives ; Latone lui cria : "Fuis, ô Pénée ! songe à te garantir : que ta pitié pour moi ne fasse point ton malheur ; fuis et compte à jamais sur ma reconnaissance."
      A ces mots, quoique accablée, défié de fatigue, elle marcha vers les îles mais aucune ne voulut la recevoir ; ni les Échinades dont le port est si favorable aux navires, ni Corcyre la plus hospitalière des îles. Iris menaçante, au sommet du Mimas, leur défendait d'y consentir, et les îles épouvantées fuyaient toutes à l'approche de Latone.

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      Elle voulait aborder à Cos, séjour antique des sujets de Mérops, retraite sacrée de Chalciope ; mais Phébus lui-même l'en détourna. "O ma mère ! lui dit-il, ce n'est point là que tu dois m'enfanter, non que je dédaigne ou méprise cette île ; je sais qu'elle est plus qu'aucune autre fertile en pâturages et féconde en moissons. Mais les Parques lui réservent un autre dieu, fils glorieux des Sauveurs , qui aura les vertus de son père et verra l'un et l'autre continent, avec les îles que la mer baigne du couchant à l'aurore, se ranger sans peine sous le sceptre macédonien. Un jour viendra qu'il aura, comme moi, de terribles assauts à soutenir, lorsque empruntant le fer des Celtes et le cimeterre des Barbares, de nouveaux Titans , aussi nombreux que les flocons de la neige ou que les astres qui peuplent un ciel serein, fondront des extrémités de l'occident sur la Grèce. Ah ! combien gémiront les cités et les forts des Locriens, les roches de Delphes, les vallons de Crissa et les villes d'alentour, quand chacun apprendra l'arrivée de ces fiers ennemis non par les cris de ses voisins, mais en voyant ses propres moissons dévastées par le feu ; quand, du haut de mon temple, on apercevra leurs phalanges et qu'ils déposeront auprès de mon trépied leurs épées sacrilèges, leurs larges baudriers et leurs boucliers épouvantables, qui toutefois serviront mal cette race insensée de Gaulois, puisqu'une partie de ces armes me sera consacrée et que le reste, sur les bords du Nil, après avoir vu ceux qui les portaient expirer dans les flammes, sera le prix des travaux d'un prince infatigable ! Tel est mon oracle ; ô Ptolémée ! et quelque jour tu rendras gloire au dieu qui, dès le ventre de sa mère, aura prophétisé ta victoire. ." (Callimaque, Hymne à Délos).

      Elle bénéficie pourtant de la protection de  Jupiter, dont on aperçoit dans les nues l’aigle armé du foudre.

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      La conception de Diane et Apollon ; Latone pourchassée par le serpent Python, d’après les dessins de l’atelier de Jean Cousin (?), 1 ère pièce de la Tenture de l’Histoire de Diane Paris, vers 1550, tapisserie en laine et soie, Ec. 1877 1 er étage, salle des broderies de l'Arsenal Musée d'Écouen, photographie lavieb-aile.

      La conception de Diane et Apollon ; Latone pourchassée par le serpent Python, d’après les dessins de l’atelier de Jean Cousin (?), 1 ère pièce de la Tenture de l’Histoire de Diane Paris, vers 1550, tapisserie en laine et soie, Ec. 1877 1 er étage, salle des broderies de l'Arsenal Musée d'Écouen, photographie lavieb-aile.

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      Rejetée de partout par Python, Latone arrive sur l’île déserte de Délos, alors appelée Ortygie, perdue au milieu de la mer Egée. Elle  suit ainsi le conseil de son fils qui s'adresse à elle in utero :

      "Pour toi, ma mère, écoute mes paroles : il est au milieu des eaux, une petite île remarquable, qui erre sur les mers ; elle n'est point fixe en un lieu, mais, comme une fleur, elle surnage et flotte au gré des vents et des ondes : porte-moi dans cette île, elle te recevra volontiers" 

      "Ainsi parla Phébus, et les îles fuyaient toujours. Mais toi, tendre et sensible Astérie, quittant naguère les rivages de l'Eubée, tu venais visiter les Cyclades et tu traînais encore après toi la mousse du Géreste. Saisie de pitié à la vue d'une infortunée qui succombait sous le poids de ses peines, tu t'arrêtes et t'écries : "Junon menace en vain ; je me livre à ses coups. Viens, Latone, viens sur mes bords."
      Tu dis, et Latone, après tant de fatigues, trouve enfin le repos : elle s'assied sur les rives de l'Inopus, qui chaque année grossit son cours dans le même temps où le Nil tombe à grands flots des rochers d'Ethiopie. Là, détachant sa ceinture, le dos appuyé contre le tronc d'un palmier ; déchirée par la douleur la plus aiguë, inondée de sueur et respirant à peine, elle s'écrie : "Pourquoi donc, cher enfant, tourmenter ta mère ? ne suis-je pas dans cette île errante que tu m'as désignée ? Mais, ô mon fils ! nais, et sors avec moins de cruauté de mon sein.
      (Callimaque, Hymne à Délos)

      Python est l'un de ces monstrueux et fantastiques dragons chers au goût maniériste, introduits surtout par Jules Romain à Mantoue, puis par Primatice, son disciple, qui les diffusa avec succès en France à Fontainebleau. De couleur bleuâtre, ailé, doté d'un long cou et de pattes de félins, il exhale des flammes et de la fumée par sa gueule ouverte.

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      La conception de Diane et Apollon ; Latone pourchassée par le serpent Python, d’après les dessins de l’atelier de Jean Cousin (?), 1 ère pièce de la Tenture de l’Histoire de Diane Paris, vers 1550, tapisserie en laine et soie, Ec. 1877 1 er étage, salle des broderies de l'Arsenal Musée d'Écouen, photographie lavieb-aile.

      La conception de Diane et Apollon ; Latone pourchassée par le serpent Python, d’après les dessins de l’atelier de Jean Cousin (?), 1 ère pièce de la Tenture de l’Histoire de Diane Paris, vers 1550, tapisserie en laine et soie, Ec. 1877 1 er étage, salle des broderies de l'Arsenal Musée d'Écouen, photographie lavieb-aile.

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      La conception de Diane et Apollon ; Latone pourchassée par le serpent Python, d’après les dessins de l’atelier de Jean Cousin (?), 1 ère pièce de la Tenture de l’Histoire de Diane Paris, vers 1550, tapisserie en laine et soie, Ec. 1877 1 er étage, salle des broderies de l'Arsenal Musée d'Écouen, photographie lavieb-aile.

      La conception de Diane et Apollon ; Latone pourchassée par le serpent Python, d’après les dessins de l’atelier de Jean Cousin (?), 1 ère pièce de la Tenture de l’Histoire de Diane Paris, vers 1550, tapisserie en laine et soie, Ec. 1877 1 er étage, salle des broderies de l'Arsenal Musée d'Écouen, photographie lavieb-aile.

       

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      Latone porte sur elle le manteau rouge moiré de jaune et la robe bleu-métal qu'on voyait  dans le bosquet de son rendez-vous galant. Ses seins découverts disent l'urgence de sa course, mais cette précipitation dans la fuite n'est qu'un prétexte pour peindre Latone en femme sauvage, qui préfigure Diane chasseresse, ou même sa protégée Camille reine des Volques : impossible de ne pas évoquer les vers fameux de Virgile qui décrit ainsi cette dernière dans L'Énéide VII, 810 :

      proelia uirgo dura pati cursuque pedum praeuertere uentos.

      [...] uel mare per medium fluctu suspensa tumenti

      ferret iter celeris nec tingueret aequore plantas.

      "ou, suspendue à une vague gonflée, elle aurait pu marcher en pleine mer, sans y tremper la plante de ses pieds agiles".

      a) La ceinture a un rôle attributif : elle n'est portée que par les femmes nubiles, et l'expression "détacher sa ceinture" signifie soit se mettre nue (pour le bain), soit perdre sa virginité. Lors de la première nuit de noce, une divinité portant le nom de Cinxia (du latin cingulus, "ceinture")  était invoquée pour présider au dénouement de la ceinture de l'épousée. Ce fut ensuite une épithète de Junon, Juno cinxia. C'est donc un symbole de virginité. Sous le nom d'Artémis Lysizonos ("à la ceinture dénouée"), Diane/Artémis assistait les femmes en couche. Les jeunes filles offraient leur ceinture à Diane.

        Latone, dans  Callimaque, détache sa ceinture pour accoucher. La couleur dorée de la ceinture de Diane est spécifiée par l'auteur grec. 

      b) La robe bleutée est transparente. Elle est fixée par un pendentif où est serti un cabochon  de saphir à un cordon passant autour du cou.

      c) La coiffure est complexe ; elle était déjà visible dans la scène de l'étreinte. Elle est maintenue par un diadème en or où brille un saphir. Elle rassemble des tresses au dessus du crâne comme un chignon, laisse échapper des mèches sur le front, en fixe d'autres près de l'oreille par un nouveau saphir, tandis que des mèches très ondulées tracent comme un sillage témoignant de la rapidité de la course. On retrouve une coiffure semblable dans Eva Prima Pandora de Jean Cousin (1550) et dans d'autres œuvres de l'école de Fontainebleau (Diane chasseresse, Louvre ) ou dans la statuaire romaine (Artémis à la biche).

      d)  deux agrafes retiennent (à peine) les pans de la robe sur la cuisse droite.

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      La conception de Diane et Apollon ; Latone pourchassée par le serpent Python, d’après les dessins de l’atelier de Jean Cousin (?), 1 ère pièce de la Tenture de l’Histoire de Diane Paris, vers 1550, tapisserie en laine et soie, Ec. 1877 1 er étage, salle des broderies de l'Arsenal Musée d'Écouen, photographie lavieb-aile.

      La conception de Diane et Apollon ; Latone pourchassée par le serpent Python, d’après les dessins de l’atelier de Jean Cousin (?), 1 ère pièce de la Tenture de l’Histoire de Diane Paris, vers 1550, tapisserie en laine et soie, Ec. 1877 1 er étage, salle des broderies de l'Arsenal Musée d'Écouen, photographie lavieb-aile.

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      La conception de Diane et Apollon ; Latone pourchassée par le serpent Python, d’après les dessins de l’atelier de Jean Cousin (?), 1 ère pièce de la Tenture de l’Histoire de Diane Paris, vers 1550, tapisserie en laine et soie, Ec. 1877 1 er étage, salle des broderies de l'Arsenal Musée d'Écouen, photographie lavieb-aile.

      La conception de Diane et Apollon ; Latone pourchassée par le serpent Python, d’après les dessins de l’atelier de Jean Cousin (?), 1 ère pièce de la Tenture de l’Histoire de Diane Paris, vers 1550, tapisserie en laine et soie, Ec. 1877 1 er étage, salle des broderies de l'Arsenal Musée d'Écouen, photographie lavieb-aile.

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      Les cartouches et les bordures.

       

      1°) La bordure latérale droite:

      On y trouve de bas en haut :

      — Deux Deltas majuscules enchâssés, avec des arcs et des flèches, représentant l'initiale de Diane (ou de Diane de Poitiers) et ses attributs de déesse chasseresse. Les flèches s'entrecroisent, de même que les arcs, auxquels est noué un ruban, multipliant ainsi les allusions  à la relation duelle de l'amour.

      — Trois croissants lunaires, autre attribut de Diane, la déesse nocturne Artemis, mais aussi emblèmes de Henri II.

      — Dans un médaillon de douze croissants, le monogramme de deux G en miroir. On y décrypte les chiffres des Grillo de Gènes, qui ont remplacés au XVIIe siècle les lettres HDD  d'Henri II et Diane (ou les lettres H et D pour Henri Deux ou Henri le Dauphin, H et C pour Henri et Catherine de Médicis). La tenture fut vraisemblablement  acquise au cours du XVIIe siècle par le marchand et financier Génois Francesco Grillo (1636-1703), époux de Vittoria Spinola, élevé au marquisat de Francavilla en 1692. .  Le blason des de Grille est "de gueules à la bande d'argent chargée d'un grillon de sable". Les écus de la famille Grillo et de la famille Spinola ont été retissés sur les angles des deux tapisseries du Metropolitan. 

      — Suspendus et noués par un ruban, trois flèches, deux arcs, deux Deltas, deux flèches,

      — Une couronne contenant trois croissants lunaires entrelacés, emblème d'Henri II.

      — la reprise des motifs précédents.

      — Le pilastre se termine par un petit chapiteau orné de têtes de biches sculptées, allusion à la déesse chasseresse, et de petits croissants de lune en relief

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      La conception de Diane et Apollon ; Latone pourchassée par le serpent Python, d’après les dessins de l’atelier de Jean Cousin (?), 1 ère pièce de la Tenture de l’Histoire de Diane Paris, vers 1550, tapisserie en laine et soie, Ec. 1877 1 er étage, salle des broderies de l'Arsenal Musée d'Écouen, photographie lavieb-aile.

      La conception de Diane et Apollon ; Latone pourchassée par le serpent Python, d’après les dessins de l’atelier de Jean Cousin (?), 1 ère pièce de la Tenture de l’Histoire de Diane Paris, vers 1550, tapisserie en laine et soie, Ec. 1877 1 er étage, salle des broderies de l'Arsenal Musée d'Écouen, photographie lavieb-aile.

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      La conception de Diane et Apollon ; Latone pourchassée par le serpent Python, d’après les dessins de l’atelier de Jean Cousin (?), 1 ère pièce de la Tenture de l’Histoire de Diane Paris, vers 1550, tapisserie en laine et soie, Ec. 1877 1 er étage, salle des broderies de l'Arsenal Musée d'Écouen, photographie lavieb-aile.

      La conception de Diane et Apollon ; Latone pourchassée par le serpent Python, d’après les dessins de l’atelier de Jean Cousin (?), 1 ère pièce de la Tenture de l’Histoire de Diane Paris, vers 1550, tapisserie en laine et soie, Ec. 1877 1 er étage, salle des broderies de l'Arsenal Musée d'Écouen, photographie lavieb-aile.

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      La conception de Diane et Apollon ; Latone pourchassée par le serpent Python, d’après les dessins de l’atelier de Jean Cousin (?), 1 ère pièce de la Tenture de l’Histoire de Diane Paris, vers 1550, tapisserie en laine et soie, Ec. 1877 1 er étage, salle des broderies de l'Arsenal Musée d'Écouen, photographie lavieb-aile.

      La conception de Diane et Apollon ; Latone pourchassée par le serpent Python, d’après les dessins de l’atelier de Jean Cousin (?), 1 ère pièce de la Tenture de l’Histoire de Diane Paris, vers 1550, tapisserie en laine et soie, Ec. 1877 1 er étage, salle des broderies de l'Arsenal Musée d'Écouen, photographie lavieb-aile.

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      2°) La bordure latérale gauche.

      Les pilastres y sont décorés de deux tronçons de chaîne verticaux or sur fond azur, séparés à mi-hauteur par un élément circulaire. dans les chaînes, des croissants de lune alternent avec des fermoirs d'or en forme de "e" affrontés et arrondis, perpendiculaire à l'axe. N.F. Grazzini  et LLoyd ont retrouvé ce décor "à la chaîne" sur une tapisserie tissée à Florence en 1545 par Giovanni Rost, ou sur d'autres pièces tissées à Florence et à Ferrare. Selon Grazzini, l'alternance des motifs dorés, solaires et des croissants lunaires peut faire allusion à la bipolarité Apollon / Diane et par extension Henri / Diane.

      3°) Les bordures supérieures et inférieures : les inscriptions.

      Les bordures supérieures imitent un fronton et une corniche de marbre blanc et jaune pâle

      a) Bordure supérieure :

      En partant de la gauche, après un masque alié surmonté d'un croissant, qui fait l'angle, vient une banderole avec les mots Sic immota manet . Le centre est occupé par une riche composition de fruits et légumes et de masques autour d'un cuir contenant le dizain de décasyllabes. Puis, une banderole avec les mots  non frustra Iupiter ambas. Soit :

      SIC IMMOTA MANET /  NON FRVSTRA IVPITER AMBAS."Jupiter n'attend pas inutilement entre deux décisions. Ou "Jupiter ne (donne ou accorde) pas en vain les deux" . "Aussi (l'île de Délos) attend-elle confiante" ou "ainsi elle reste immobile".

      Ces formules en forme de devises ne sont retrouvées que sur ces tapisseries. Sic immota manet (où le jeu de mot avec Anet a été souligné )  se réfère à la stabilisation de l'îe de Délos, errante jusqu'à l'accouchement de Latone et l'intervention de Jupiter. Ambas est la forme féminine de l'adjectif numéral  ambo, ae, o "les deux (ensemble)", "tous les deux". S'applique -t-il à deux îles ? Les auteurs y ont vu une application à Apollon et Diane, et, par extension spéculaire, à Henri II et Diane de Poitiers, confiants en la protection des dieux. 

       

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      La conception de Diane et Apollon ; Latone pourchassée par le serpent Python, d’après les dessins de l’atelier de Jean Cousin (?), 1 ère pièce de la Tenture de l’Histoire de Diane Paris, vers 1550, tapisserie en laine et soie, Ec. 1877 1 er étage, salle des broderies de l'Arsenal Musée d'Écouen, photographie lavieb-aile.

      La conception de Diane et Apollon ; Latone pourchassée par le serpent Python, d’après les dessins de l’atelier de Jean Cousin (?), 1 ère pièce de la Tenture de l’Histoire de Diane Paris, vers 1550, tapisserie en laine et soie, Ec. 1877 1 er étage, salle des broderies de l'Arsenal Musée d'Écouen, photographie lavieb-aile.

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      2°) Bordure inférieure.

      Elle est encadrée par des écus décorés de tête de lion. Nous  retrouvons les inscriptions précédentes, dans un ordre inversé : NON FRUSTRA JUPITER AMBAS (avec un rameau d'olivier et des palmes) et  SIC IMMOTA MANET  (avec une île, un olivier et un palmier).

      Au centre, un médaillon bleu ovale montre un aigle attaquant un oiseau au dessus d'une (?) enclume. Une banderole porte les mots : NON HAEC SINE NVMINE DIVVM. Il s'agit d'une citation partielle d'un vers de l'Énéide de Virgile, Livre II vers 777 non haec sine numine divum eveniunt  "Ce n'est pas sans le vouloir des dieux que ces choses arrivent ". http://bcs.fltr.ucl.ac.be/Virg/V02-559-804.html.

      "L'enclume" est en réalité l'île de Délos et "l'oiseau" est une caille, illustrant le mythe d'Astérie, la sœur de Latone. Selon Apollodore, Servius dans ses Commentaires de l'Enéide de Virgile, 3, 73, ou Hygin au chapitre 53 de ses Fables, racontent qu'Astérie, poursuivie comme sa sœur par Jupiter, se transforma en caille pour échapper au dieu. Jupiter l'attaqua alors sous la forme d'un aigle, et la transforma en un bloc rocheux qui tomba en mer et y flotta sans attache, l'île d'Ortygie (du grec ortux, "caille"). Du fond de la mer,  elle aurait surgi pour secourir Latone, prenant alors le nom de Délos.

      "Tu t'appelais d'abord Astérie, parce que jadis, telle qu'un astre rapide, tu t'étais élancée du ciel au fond de la mer pour échapper aux poursuites du dieu de l'Olympe ; et jusqu'au temps où l'aimable Latone se réfugia dans ton sein, tu n'avais point porté d'autre nom." (Callimaque, Hymne à Délos).  Astéria accepta d’accueillir la malheureuse mère sur son sol sans tenir compte des terribles menaces d’Héra. L’île fut récompensée pour sa courageuse décision. Elle se vit dotée de racines permettant sa fixation dans la mer (Callimaque, v. 273), elle se transforma en or (v. 260-264) et devint la plus célèbre des îles (v. 16), théâtre de fêtes permanentes, de danses et de chants exécutés en son hon­neur.

      Alors que les inscriptions latérales se retrouvent sur chacune des dix pièces de la tenture, le médaillon central est différent à chaque fois. Ainsi, les pièces de New York comportent-elles : HOC TUA MORS VALUIT , et  HEI MIHI QUALIS ERAM. A Anet, on trouvait : DIGNA FIDES COELO ; VROR ET DEIGNEIS, etc.

      Chaque citation peut s'appliquer au roi et à sa favorite.

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      La conception de Diane et Apollon ; Latone pourchassée par le serpent Python, d’après les dessins de l’atelier de Jean Cousin (?), 1 ère pièce de la Tenture de l’Histoire de Diane Paris, vers 1550, tapisserie en laine et soie, Ec. 1877 1 er étage, salle des broderies de l'Arsenal Musée d'Écouen, photographie lavieb-aile.

      La conception de Diane et Apollon ; Latone pourchassée par le serpent Python, d’après les dessins de l’atelier de Jean Cousin (?), 1 ère pièce de la Tenture de l’Histoire de Diane Paris, vers 1550, tapisserie en laine et soie, Ec. 1877 1 er étage, salle des broderies de l'Arsenal Musée d'Écouen, photographie lavieb-aile.

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      II. LA NAISSANCE DE DIANE PUIS D'APOLLON ET LEUR TRANSFORMATION EN DIVINITÉS PLANÉTAIRES. Inv. Ec.1878. Laine et soie, chaine : 9 fils par cm. H : 4,70 ; L. : 3,50. ÉCOUEN, Musée national de la Renaissance.

      Latone ne pouvant donner vie ni sur terre ni sur mer, d'après la malédiction d'Apollon, accouche sur l'île de Délos. La tapisserie met en scène la naissance d'Apollon, aidé par sa jumelle Diane.

      Ovide Métamorphoses Livre VI  v 332-338 :

      « A peine Délos accorda-t-elle un asile à ses prières, alors que, île légère, elle voguait errante sur les mers. Là, couchée entre un palmier et l'arbre de Pallas, Latone donna le jour à deux enfants, en dépit de leur implacable marâtre. Devenue mère, dit-on, elle fuit encore, loin de cette île, le courroux de Junon, emportant sur son sein ses deux divins jumeaux.»

       

      Aidée par sa fille Diane à peine sortie elle-même du ventre maternel, Latone accouche du petit Apollon en s’appuyant sur un palmier et un olivier, signes de fécondité et de gloire. A droite de la tenture, et au second plan, selon un procédé habituel en tapisserie, se passe une deuxième scène : Jupiter survient, en manteau jaune vif sur le dos d’un aigle en vol, tandis que Diane et Apollon marchent sur Délos avec leur mère. Jupiter, roi des Dieux, prend sous sa protection ses enfants en leur attribuant les divinités planétaires : Diane devient alors déesse de la lune et Apollon dieu du soleil.

      — Callimaque, dans son Hymne à Délos, ne décrit par contre que la naissance d'Apollon :

      "Latone, après tant de fatigues, trouve enfin le repos : elle s'assied sur les rives de l'Inopus, qui chaque année grossit son cours dans le même temps où le Nil tombe à grands flots des rochers d'Ethiopie. Là, détachant sa ceinture, le dos appuyé contre le tronc d'un palmier ; déchirée par la douleur la plus aiguë, inondée de sueur et respirant à peine, elle s'écrie : "Pourquoi donc, cher enfant, tourmenter ta mère ? ne suis-je pas dans cette île errante que tu m'as désignée ? Mais, ô mon fils ! nais, et sors avec moins de cruauté de mon sein."

      Apollodore  Bibl. I, IV mentionne le rôle de Diane :

      "Latone ayant cédé aux désirs de Jupiter, Junon la poursuivit par toute la terre, jusqu'à ce que, étant arrivée dans l'île de Délos, elle y mit au monde Diane, qui l'accoucha ensuite d'Apollon. "

      Mais l'édition princeps d'Apollodore en grec et latin ne semble pas avoir été disponible avant 1555, dans l'édition romaine d'Antoine Bladi.

      Servius (Comm. En III, 73) mentionne également ce rôle :

      Sane nata Diana parturienti Apollinem matri dicitur praebuisse obstetricis officium: unde cum Diana sit virgo, tamen a parturientibus invocatur.

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      La naissance de Diane et Apollon et leur transformation en divinités planétaires, d’après les dessins de l’atelier de Jean Cousin (?), 2 nd pièce de la Tenture de l’Histoire de Diane Paris, vers 1550, Tapisserie en laine et soie,Inventaire  Ec. 1878, 1er étage, salle des broderies de l'Arsenal, Musée d'Écouen. Photographie lavieb-aile

      La naissance de Diane et Apollon et leur transformation en divinités planétaires, d’après les dessins de l’atelier de Jean Cousin (?), 2 nd pièce de la Tenture de l’Histoire de Diane Paris, vers 1550, Tapisserie en laine et soie,Inventaire  Ec. 1878, 1er étage, salle des broderies de l'Arsenal, Musée d'Écouen. Photographie lavieb-aile

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      Les chaines reliant l'île de Délos aux roches de Gyare et de Mycone :

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       La naissance de Diane et Apollon et leur transformation en divinités planétaires, d’après les dessins de l’atelier de Jean Cousin (?), 2 nd pièce de la Tenture de l’Histoire de Diane Paris, vers 1550, Tapisserie en laine et soie,Inventaire  Ec. 1878, 1er étage, salle des broderies de l'Arsenal, Musée d'Écouen. Photographie lavieb-aile

      La naissance de Diane et Apollon et leur transformation en divinités planétaires, d’après les dessins de l’atelier de Jean Cousin (?), 2 nd pièce de la Tenture de l’Histoire de Diane Paris, vers 1550, Tapisserie en laine et soie,Inventaire  Ec. 1878, 1er étage, salle des broderies de l'Arsenal, Musée d'Écouen. Photographie lavieb-aile

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      Jamais une scène d'accouchement ne fut rendue sur une tapisserie avec autant d'évidence .

       Latone, vêtue d'une tunique blanche transparente, du manteau de velours rouge et or et de la robe bleue à deux ceintures se soutient aux troncs du palmier et de l'olivier tandis que Diane agenouillée entre ses jambes tire vers elle son frère Apollon dont le tronc est en train de franchir le détroit. 

       

       

      Latone donnant naissance à Apollon avec l'aide de sa fille Diane, Tenture de l'Histoire de Diane, Musée de la renaissance, château d'Écouen. Photographie lavieb-aile.

      Latone donnant naissance à Apollon avec l'aide de sa fille Diane, Tenture de l'Histoire de Diane, Musée de la renaissance, château d'Écouen. Photographie lavieb-aile.

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      La Naissance de Diane et d'Apollon avait déjà été illustrée par Jules Romain dans une peinture réalisée à Mantoue vers 1533-34 et dont le dessin préparatoire se trouve au Louvre  ; mais ce n'est pas l'accouchement, mais le premier bain donné par des nymphes qui est figuré :

      © 2012 - Musée du Louvre, Département des Arts graphiques Giulio  PIPPI  Léto mettant au monde Apollon et Diane dans l'île de Délos . INV 3500, Recto Fonds des dessins et miniatures. (Remarquez les coiffures des Nymphes).

       

       

       

       

       

       

       

       

       

       

       

       

       

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      Latone donnant naissance à Apollon avec l'aide de sa fille Diane, Tenture de l'Histoire de Diane, Musée de la renaissance, château d'Écouen. Photographie lavieb-aile.

      Latone donnant naissance à Apollon avec l'aide de sa fille Diane, Tenture de l'Histoire de Diane, Musée de la renaissance, château d'Écouen. Photographie lavieb-aile.

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      Selon Callimaque (Hymne à Artémis), Diane était vénérée par les femmes enceintes comme protectrice lors du travail de l'accouchement parce que Latone n'avait pas souffert en la mettant au monde: 

      « J' habiterai les monts, et n'approcherai des cités qu'aux moments où les femmes, travaillées des douleurs aiguës de l'enfantement, m'appelleront à leur aide. Tu sais qu'au jour de ma naissance les Parques m'ont imposé la loi de les secourir, parce que le sein qui m'a porté n'a point connu la douleur, et, sans travail, a déposé son fardeau. »

      C'est donc à ce titre qu'elle est présente auprès de sa mère pour l'assister. Diane la lunaire est assimilée peu ou prou à Lucine (pourtant considérée comme un Junon), dont le nom est rapprochée de Lux, "lumière", ou à Ilithyie. Ce passage de l'Églogue 4 vers 10 de Virgile l'atteste :

      Casta fave Lucina, tuus jam regnat Apollo

      "Souris, chaste Lucine, déjà règne ton Apollon".

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      Latone donnant naissance à Apollon avec l'aide de sa fille Diane, Tenture de l'Histoire de Diane, Musée de la renaissance, château d'Écouen. Photographie lavieb-aile.

      Latone donnant naissance à Apollon avec l'aide de sa fille Diane, Tenture de l'Histoire de Diane, Musée de la renaissance, château d'Écouen. Photographie lavieb-aile.

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      L'attribution à Diane et à Apollon du rôle de divinités planétaires.

       

      Les parties centrale et droite de la tapisserie illustrent les vers du dizain : "dont Jupiter leur père la rendit Lune et Apollon son frère Soleil luisant". Au centre, Latone, dans la tenue vestimentaire qu'on lui connaît, lève son regard vers son amant Jupiter. Ce dernier, sur son aigle, dans toute la puissance de sa gloire,  fait tomber depuis les nues sur la tête de ses jumeaux une onction de lumière superbement illustrée en deux colonnes s'épanouissant en un astre, la Lune à gauche sur la petite Diane accroupie et joueuse, le Soleil à droite sur Apollon tenant un arc et des flèches. 

      C'est là que l'allusion au couple Henri II / Diane de Poitiers est la plus visible. Certes, Diane accoucheuse d'Apollon exaltait déjà la fonction de guide que la veuve de Louis de Brezé  exerça, à 31 ans, dans l'éducation de cour du jeune Henri, âgé de 11 ans. Mais, de même que le château d'Anet est considéré par les poètes comme figure de l'île de Délos, sa propriétaire est considérée comme un astre lunaire capable de réfléchir la lumière solaire royale pour la distribuer sur terre. 

       

       

      Un peu plus tard, mais dans le même souci courtisan, Ronsard comparera vers 1559 l’influence de Diane de Poitiers à l’action de la lune qui réfléchit et réverbère la lumière d’un soleil absent :

      Tout ainsi que la Lune en s’approchant aupres

      Du Soleil prend clarté, vertu, force, et puissance,

      Puis s’esloignant de luy, d’une douce influence

      Et ciel, et terre, et mer elle nourrist apres :

      Ainsi nostre Soleil, vous ornant de ses rais,

      Vous fait par tout verser un bon-heur en la France.

      (Ronsard, à l’édition P. Laumonier, Œuvres complètes, STFM, Paris, Hachette, 1914- 1975 X, p. 7).

      Olivier Pot, qui cite cet extrait, multiplie les autres exemples, notamment chez Du Bellay, et il écrit :

       

      "Certes, le déguisement de personnages réels en divinités de l’Olympe ne débute-t-il pas avec Henri II : déjà François Ier, renonçant à la tradition du roi dialoguant humblement avec des personnifications ou des allégories abstraites telles la Sagesse ou la Vertu, préfère de loin se transformer in persona, lui-même et au moins sa famille restreinte, en autant d’hypostases divines ou d’entités représentant des forces cosmiques. Ainsi le scénario familial du « parfait triangle » des Angoulême, qui veut que les deux frère et sœur, Apollon-François et Diane-Marguerite, secourent leur mère Latone-Louise de Savoie attaquée par Python , semble préfigurer, il est vrai, la mode mythologique des déguisements de cour qui envahira la cour d’Henri II. Mais de l’emblématique de François Ier à l’emblématique d’Henri II, il y a en vérité tout l’espace qui sépare les arcanes du Poliphile ou de l’Alector des travestissements courtisans des Bergeries de Ronsard et de Du Bellay, et bientôt des badinages de l’Astrée. Les divinités de l’Olympe ont pris le visage familier des personnages influents de la cour ; le mythe s’est abaissé aux jeux de l’histoire politique ; l’unité mystique de la Sainte Famille Royale s’est diffractée dans les méandres des apparences mondaines."

      Nello Forti Grazzini rappelle le rôle des Dialoghi di amore, synthèse du néoplatonisme et de la kabbale de Léon l'Hébreux. Dans la traduction de Pontus de Tyard, c'est à la page 224 que la naissance des enfants sur l'île de Délos, et l'intervention de Diane comme accoucheuse sont décrits. Léon l'Hébreu commente la fable de manière néoplatonicienne, la reliant à la Bible suivant une lecture à clefs multiples, où l'épisode de la Fuite de Latone est une allégorie du Déluge et de la Création.  Dès lors, la naissance des jumeaux correspond à la réapparition des astres dans le ciel au dessus de la première terre immergée après le Déluge. L'aide apportée par Diane pour la naissance d'Apollon signifie que la réapparition de la Lune, de nuit, précède et prépare le retour du Soleil. Ces conceptions allégoriques se combinent aisément à Diane de Poitiers et Henri II : ils souligneraient leur différence d'âge.

      Toutefois, la représentation de notre tapisserie se fonde principalement sur la seconde interprétation allégorique proposée par Léon l'Hébreu. La fécondation de Latone par Jupiter correspondrait à l'intention de Dieu le Père, dès le premier jour de la Création, de former les astres à partir de la substance céleste. Dès lors, la tapisserie de La Naissance de Diane et Apollon illustre également, en termes allégoriques, le Quatrième jour de la Création.

      Alors que l'on peine à comprendre l'image sur la seule base des sources littéraires antiques, cette interprétation en éclaire la lecture :

      "Le décor de Délos ne se réfère pas uniquement à Anet, mais également à la terre séparée des eaux, sur laquelle, déjà au troisième jour de la Création, la végétation commence à croître. La mère des deux enfants est la personnification de la substance céleste qui produit les astres sous une impulsion divine, le quatrième jour de l'origine biblique de l'univers, [...] Le sujet de la tapisserie est sous un travestissement allégorique, celui qui est illustré dans la chapelle Sixtine.  " (Gazzini, 2007) 

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      La naissance de Diane et Apollon et leur transformation en divinités planétaires, d’après les dessins de l’atelier de Jean Cousin (?), 2 nd pièce de la Tenture de l’Histoire de Diane Paris, vers 1550, Tapisserie en laine et soie,Inventaire  Ec. 1878, 1er étage, salle des broderies de l'Arsenal, Musée d'Écouen. Photographie lavieb-aile

      La naissance de Diane et Apollon et leur transformation en divinités planétaires, d’après les dessins de l’atelier de Jean Cousin (?), 2 nd pièce de la Tenture de l’Histoire de Diane Paris, vers 1550, Tapisserie en laine et soie,Inventaire  Ec. 1878, 1er étage, salle des broderies de l'Arsenal, Musée d'Écouen. Photographie lavieb-aile

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      La naissance de Diane et Apollon et leur transformation en divinités planétaires, d’après les dessins de l’atelier de Jean Cousin (?), 2 nd pièce de la Tenture de l’Histoire de Diane Paris, vers 1550, Tapisserie en laine et soie,Inventaire  Ec. 1878, 1er étage, salle des broderies de l'Arsenal, Musée d'Écouen. Photographie lavieb-aile

      La naissance de Diane et Apollon et leur transformation en divinités planétaires, d’après les dessins de l’atelier de Jean Cousin (?), 2 nd pièce de la Tenture de l’Histoire de Diane Paris, vers 1550, Tapisserie en laine et soie,Inventaire  Ec. 1878, 1er étage, salle des broderies de l'Arsenal, Musée d'Écouen. Photographie lavieb-aile

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      "A droite, le temple d'aspect Renaissance, à plan centré et surmonté d'une coupole, est orné de bucranes et de festons. Sous le portique cylindrique, quelques personnages participent à une cérémonie qui inclut l'utilisation de feuillages  d'olivier. Le pronaos saillant, surmonté d'une statue masculine, fait peut-être allusion au temple que Délos obtint pour avoir accueilli la naissance d'Apollon. Toutefois, des cornes de cerfs, disposées aux angles supérieurs du pronaos, peuvent suggérer également la dédicace de l'édifice à Diane " (Gazzini 2007).

      La naissance de Diane et Apollon et leur transformation en divinités planétaires, d’après les dessins de l’atelier de Jean Cousin (?), 2 nd pièce de la Tenture de l’Histoire de Diane Paris, vers 1550, Tapisserie en laine et soie,Inventaire  Ec. 1878, 1er étage, salle des broderies de l'Arsenal, Musée d'Écouen. Photographie lavieb-aile

      La naissance de Diane et Apollon et leur transformation en divinités planétaires, d’après les dessins de l’atelier de Jean Cousin (?), 2 nd pièce de la Tenture de l’Histoire de Diane Paris, vers 1550, Tapisserie en laine et soie,Inventaire  Ec. 1878, 1er étage, salle des broderies de l'Arsenal, Musée d'Écouen. Photographie lavieb-aile

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      Les bordures.

       

      1°) Bordure latérale droite.

      Elle est sous le thème de Diane chasseresse et de la cynégétique. De bas en haut : un cuir orné de deux Deltas entrelacés en étoile. Le buste d'un faune tenant en trophée la tête d'un cerf, dans les bois duquel sont attachées les deux pattes. Un cadre central avec les deux G des Grillo remplaçant le monogramme de Diane. Deux objets en forme de croissant. Une trompe de chasse et deux paires de lacets. Un cuir avec deux Deltas entrecroisés par la pointe. Deux flèches en croix, un arc et son carquois.

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      La naissance de Diane et Apollon et leur transformation en divinités planétaires, d’après les dessins de l’atelier de Jean Cousin (?), 2 nd pièce de la Tenture de l’Histoire de Diane Paris, vers 1550, Tapisserie en laine et soie,Inventaire  Ec. 1878, 1er étage, salle des broderies de l'Arsenal, Musée d'Écouen. Photographie lavieb-aile

      La naissance de Diane et Apollon et leur transformation en divinités planétaires, d’après les dessins de l’atelier de Jean Cousin (?), 2 nd pièce de la Tenture de l’Histoire de Diane Paris, vers 1550, Tapisserie en laine et soie,Inventaire  Ec. 1878, 1er étage, salle des broderies de l'Arsenal, Musée d'Écouen. Photographie lavieb-aile

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      La naissance de Diane et Apollon et leur transformation en divinités planétaires, d’après les dessins de l’atelier de Jean Cousin (?), 2 nd pièce de la Tenture de l’Histoire de Diane Paris, vers 1550, Tapisserie en laine et soie,Inventaire  Ec. 1878, 1er étage, salle des broderies de l'Arsenal, Musée d'Écouen. Photographie lavieb-aile

      La naissance de Diane et Apollon et leur transformation en divinités planétaires, d’après les dessins de l’atelier de Jean Cousin (?), 2 nd pièce de la Tenture de l’Histoire de Diane Paris, vers 1550, Tapisserie en laine et soie,Inventaire  Ec. 1878, 1er étage, salle des broderies de l'Arsenal, Musée d'Écouen. Photographie lavieb-aile

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      La naissance de Diane et Apollon et leur transformation en divinités planétaires, d’après les dessins de l’atelier de Jean Cousin (?), 2 nd pièce de la Tenture de l’Histoire de Diane Paris, vers 1550, Tapisserie en laine et soie,Inventaire  Ec. 1878, 1er étage, salle des broderies de l'Arsenal, Musée d'Écouen. Photographie lavieb-aile

      La naissance de Diane et Apollon et leur transformation en divinités planétaires, d’après les dessins de l’atelier de Jean Cousin (?), 2 nd pièce de la Tenture de l’Histoire de Diane Paris, vers 1550, Tapisserie en laine et soie,Inventaire  Ec. 1878, 1er étage, salle des broderies de l'Arsenal, Musée d'Écouen. Photographie lavieb-aile

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      2°) Bordure supérieure.

      Au centre, un cartouche contient le dizain attribué à Pontus de Tyard :

       

      BIEN TOST APRES LATONA SVR LA RIVE

      DV LIEV SACRE : SA DIANE ENFANTA

      EN EMBRASSANT LE PALMIER ET LOLIVE

      PVYS APOLLO AV MONDE ELLE APPORTA

      VRAY QVE DIANE A SA MERE PRESTA

      AYDE ET SECOURS : DONT IVPITER LEVR PERE

      LA RENDIT LVNE ET APPOLLO SON FRERE

      SOLEIL LUYSANT . ET LORS FVT ORDONNE

      LIER DELOS . QVI SE MONSTRA SI CLERE

      A DEVLX ROCHERS GYARE ET MICONE ;

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      "Bientôt après Latone sur la rive du lieu sacré sa Diane enfanta en embrassant le palmier et l'olive puis Apollon au monde elle apporta vrai que Diane à sa mère prêta aide et secours, dont Jupiter leur père la rendit Lune et Apollon son frère Soleil luisant. Et lors fut ordonné lier Délos qui se montra si claire (?) à deux rochers Gyare et Micone. "

      Le cartouche est différent du précédent et, au lieu d'une composition fruitière et potagère, on trouve deux têtes de béliers (référence possible à Louis de Brezé, mari de Diane de Poitiers, et dont l'emblème était le bélier ; ou signe de régénération ; et/ou référence au signe zodiacal). Sur les cotés, on retrouve les deux formules Sic immota manet et Non frustra Jupiter Ambas.

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      La naissance de Diane et Apollon et leur transformation en divinités planétaires, d’après les dessins de l’atelier de Jean Cousin (?), 2 nd pièce de la Tenture de l’Histoire de Diane Paris, vers 1550, Tapisserie en laine et soie,Inventaire  Ec. 1878, 1er étage, salle des broderies de l'Arsenal, Musée d'Écouen. Photographie lavieb-aile

      La naissance de Diane et Apollon et leur transformation en divinités planétaires, d’après les dessins de l’atelier de Jean Cousin (?), 2 nd pièce de la Tenture de l’Histoire de Diane Paris, vers 1550, Tapisserie en laine et soie,Inventaire  Ec. 1878, 1er étage, salle des broderies de l'Arsenal, Musée d'Écouen. Photographie lavieb-aile

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      La naissance de Diane et Apollon et leur transformation en divinités planétaires, d’après les dessins de l’atelier de Jean Cousin (?), 2 nd pièce de la Tenture de l’Histoire de Diane Paris, vers 1550, Tapisserie en laine et soie,Inventaire  Ec. 1878, 1er étage, salle des broderies de l'Arsenal, Musée d'Écouen. Photographie lavieb-aile

      La naissance de Diane et Apollon et leur transformation en divinités planétaires, d’après les dessins de l’atelier de Jean Cousin (?), 2 nd pièce de la Tenture de l’Histoire de Diane Paris, vers 1550, Tapisserie en laine et soie,Inventaire  Ec. 1878, 1er étage, salle des broderies de l'Arsenal, Musée d'Écouen. Photographie lavieb-aile

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      La naissance de Diane et Apollon et leur transformation en divinités planétaires, d’après les dessins de l’atelier de Jean Cousin (?), 2 nd pièce de la Tenture de l’Histoire de Diane Paris, vers 1550, Tapisserie en laine et soie,Inventaire  Ec. 1878, 1er étage, salle des broderies de l'Arsenal, Musée d'Écouen. Photographie lavieb-aile

      La naissance de Diane et Apollon et leur transformation en divinités planétaires, d’après les dessins de l’atelier de Jean Cousin (?), 2 nd pièce de la Tenture de l’Histoire de Diane Paris, vers 1550, Tapisserie en laine et soie,Inventaire  Ec. 1878, 1er étage, salle des broderies de l'Arsenal, Musée d'Écouen. Photographie lavieb-aile

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      2°) Bordure inférieure.

      On retrouve une nouvelle fois les mêmes formules, inversées. Ms ma photo me montre mieux le médaillon latéral. Jupiter qui préside à la naissance des jumeaux, comme l’atteste la bordure inférieure, où apparaît la devise NON FRUSTRA JUPITER AMBAS  "Ce n’est pas en vain que Jupiter (les) protège", retient l’îlot à l’aide d'un anneau de  chaîne bleu et blanche  qui la relie  à des rochers voisins, comme l’explique la devise SIC IMMOTA MANET "Ainsi elle (l'île de Délos) reste immobile". 

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      La naissance de Diane et Apollon et leur transformation en divinités planétaires, d’après les dessins de l’atelier de Jean Cousin (?), 2 nd pièce de la Tenture de l’Histoire de Diane Paris, vers 1550, Tapisserie en laine et soie,Inventaire  Ec. 1878, 1er étage, salle des broderies de l'Arsenal, Musée d'Écouen. Photographie lavieb-aile

      La naissance de Diane et Apollon et leur transformation en divinités planétaires, d’après les dessins de l’atelier de Jean Cousin (?), 2 nd pièce de la Tenture de l’Histoire de Diane Paris, vers 1550, Tapisserie en laine et soie,Inventaire  Ec. 1878, 1er étage, salle des broderies de l'Arsenal, Musée d'Écouen. Photographie lavieb-aile

      La naissance de Diane et Apollon et leur transformation en divinités planétaires, d’après les dessins de l’atelier de Jean Cousin (?), 2 nd pièce de la Tenture de l’Histoire de Diane Paris, vers 1550, Tapisserie en laine et soie,Inventaire  Ec. 1878, 1er étage, salle des broderies de l'Arsenal, Musée d'Écouen. Photographie lavieb-aile

      La naissance de Diane et Apollon et leur transformation en divinités planétaires, d’après les dessins de l’atelier de Jean Cousin (?), 2 nd pièce de la Tenture de l’Histoire de Diane Paris, vers 1550, Tapisserie en laine et soie,Inventaire  Ec. 1878, 1er étage, salle des broderies de l'Arsenal, Musée d'Écouen. Photographie lavieb-aile

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      Médaillon monochrome central.

      Il est encadré d'une monture métallique et de deux carquois.

      On y lit : SIC ME NEC TERRA NEC AEQVOR SVSCIPIET

      " Ainsi aucune terre ni mer (ni île) ne m'accueillera".

      Une femme isolée tente de trouver un chemin, genoux à demi-fléchis, les mains tendues en avant en supplication, tandis que des vents personnifiés soufflent pour la chasser. Dans le ciel, Jupiter, couronné, l'observe. Il s'agit donc de l'errance et de la plainte de  Latone dans sa migration .

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      La naissance de Diane et Apollon et leur transformation en divinités planétaires, d’après les dessins de l’atelier de Jean Cousin (?), 2 nd pièce de la Tenture de l’Histoire de Diane Paris, vers 1550, Tapisserie en laine et soie,Inventaire  Ec. 1878, 1er étage, salle des broderies de l'Arsenal, Musée d'Écouen. Photographie lavieb-aile

      La naissance de Diane et Apollon et leur transformation en divinités planétaires, d’après les dessins de l’atelier de Jean Cousin (?), 2 nd pièce de la Tenture de l’Histoire de Diane Paris, vers 1550, Tapisserie en laine et soie,Inventaire  Ec. 1878, 1er étage, salle des broderies de l'Arsenal, Musée d'Écouen. Photographie lavieb-aile

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      SOURCES ET LIENS.

      Photographie des autres pièces :

      — Tenture de l'Histoire de Diane pour Anet. "Diane implore de Jupiter le don de chasteté" Rouen, musée départemental des Antiquités

      http://art.rmngp.fr/fr/library/artworks/tenture-de-l-histoire-de-diane-pour-anet-diane-implore-de-jupiter-le-don-de-chastete_laine-textile_soie-textile

      — Tenture de l'histoire de Diane : "Diane sauve Iphigénie" Anet, château

      http://art.rmngp.fr/fr/library/artworks/tenture-de-l-histoire-de-diane-diane-sauve-iphigenie_soie-textile_laine-textile_tapisserie-technique

      — Tenture de l'histoire de Diane : La mort de Méléagre

      http://art.rmngp.fr/fr/library/artworks/tenture-de-l-histoire-de-diane-la-mort-de-meleagre_soie-textile_laine-textile_tapisserie-technique

      — Mythologie c'est à dire, Explication des Fables contenant les genealogies des Dieux... Extraite du Latin de Noel Le Comte, et augmentée... Par I. D. M. [Jean de Montlyard, auteur de l'ép. déd. au prince de Condé], 1600, page 1020. 

      https://books.google.fr/books?id=2qNZWmCZbjAC&printsec=frontcover&hl=fr&source=gbs_ge_summary_r&cad=0#v=onepage&q&f=false

       

      — APOLLODORE, Bibliothèque, Livre I, chap. IV

      http://remacle.org/bloodwolf/erudits/apollodorebiblio/livre1d.htm

      — APOLLODORUS 1555 : Apollodori Atheniensis Bibliotheces, sive de Deorum origine, tam graece, quam latine, luculentis pariter, ac doctis annotationibus illustrati, & nunc primum in lucem editi libri tres in aedibus Antoni Bladi, 1555 - 276 pages

      https://books.google.fr/books?id=eaxoAAAAcAAJ&hl=fr&source=gbs_navlinks_s

      — BEGUIN (Sylvie), 1978, Tenture de l'Histoire de Diane", Défense du patrimoine national ; œuvres acceptées par l'Etat en paiement de droits de succession 1972-1977, Musée du Louvre, Paris

      https://books.google.fr/books?id=XrIrAAAAIAAJ&q=SIC+IMMOTA+MANET+diane+anet&dq=SIC+IMMOTA+MANET+diane+anet&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwjm6uq4pMfQAhXEJMAKHWlICAIQ6AEILzAD

      — CALLIMAQUE, Hymnes,

      http://remacle.org/bloodwolf/poetes/falc/callimaque/hymnes.htm

      — CRÉPIN-LEBLOND , Sens et contre-sens de l'emblématique de Henri II, Henri II et les Arts. Actes du colloque de 1997 ...Paris 2003 p. 77-92

      — EBREO (Leone) Dialoghi di amore (1535) /LEON HÉBRIEV De l'amour, traduction par Pontus de Tyard, Lyon, Jean de Tournes, 1551.

      http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k110352t/f232.image

      — L'École de Fontainebleau, Numéro 9 Galeries nationales du Grand Palais Editions des musées nationaux, 1972 -517 pages

      — GRAZZINI (Nello Forti), 2007,  "Deux tapisseries retrouvées de la tenture de l'Histoire de Diane."  La Revue des musées de France. Revue du Louvre, Volume 57 pages 41-61.

      — HYGINUS, Python, Fabulae 140

      http://www.theoi.com/Text/HyginusFabulae3.html#140

      — HYGINUS, Astérie, Fabulae 153 

      http://www.theoi.com/Text/HyginusFabulae2.html#53

      — LLOYD (Gail Patricia) The tapestries of Diane de Poitiers

      https://www.cs.arizona.edu/patterns/weaving/articles/nb88_tps.pdf

      — MÜNTZ ( Eugène). 1897 Tapisserie représentant l'Histoire de Diane tissée en 1610. In: Comptes rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 41ᵉ année, N. 3, 1897. pp. 266-267; doi : 10.3406/crai.1897.70983 http://www.persee.fr/doc/crai_0065-0536_1897_num_41_3_70983

      M. Eug. Muntz place sous les yeux de l'Académie les photographies d'une suite de tapisseries qui lui a été signalée par M. Collignon et qui se trouve depuis plus de quatre-vingts ans dans la famille de M. le général Bézard. Cette tenture, représentant l' Histoire de Diane, a été tissée en 1610, mais elle reproduit des cartons au moins d'un demi-siècle plus anciens, et qui se rattachent à l'École de Fontainebleau. Elle tire son prix, tout d'abord, de l'élégance rare des figures , parmi lesquelles on remarque plusieurs portraits; mais la composition même n'offre pas moins d'intérêt; on y trouve la paraphrase littérale des Métamorphoses d'Ovide, dont les moindres épisodes sont interprétés avec la plus scrupuleuse exactitude, en costumes du xvie siècle toutefois. Enfin — et ce fait avait été contesté à tort — les cartons originaux de YHistoire de Diane ont été commandés par Diane de Poitiers, ainsi que le prouve le chiffre de la favorite de Henri II, non moins que des emblèmes dont la signification n'est pas douteuse. On connaît aujourd'hui trois suites de tapisseries exécutées pour Diane de Poitiers et consacrées toutes trois, mais dans des données essentiellement différentes, à la glorification de la déesse sous le patronage de laquelle la duchesse de Valentinois s'était placée : quatre pièces qui ont fait retour au château d'Anet, une autre pièce de la même suite , conservée à Rouen ; un Triomphe de Diane dans la collection de M. Maurice Kann; enfin les six pièces appartenant à M. le général Bézard. Nul doute que Diane de Poitiers n'ait elle-même tracé aux peintres le canevas des compositions : elle n'avait pour cela qu'à ouvrir la traduction française des Métamorphoses, dont elle possédait un manuscrit dans sa bibliothèque d'Anet.

      — PHILLIPS (John Goldsmith) 1943,  "Diane de Poitiers and Jean Cousin"  Bulletin du Metropolitan Museum ns(2) 109-17

       https://www.metmuseum.org/pubs/bulletins/1/pdf/3257148.pdf.bannered.pdf

      — http://musee-renaissance.fr/sites/musee-renaissance.fr/files/fiche_de_salle_broderies_de_larsenal_0.pdf

      — http://musee-renaissance.fr/sites/musee-renaissance.fr/files/dossier_pedagogique_metamorphoses_d_ovide.pdf

       

      — http://bcs.fltr.ucl.ac.be/METAM/Met06/M-06-146-411.htm

      — http://www2.culture.gouv.fr/culture/actualites/communiq/albanel/tenturediane.htm

      — OVIDE, Métamorphoses Livre VI : http://bcs.fltr.ucl.ac.be/METAM/Met06/M-06-146-411.htm

      — OVIDE, Métamorphose d'Ovide figurée, J. de Tournes, Lyon, 1557 

      Bibliothèque nationale de France, Rés. p. Yc 1270 

      http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k71516d/f75.image

      — POT (Olivier), 1990, Sous le signe de Diane, Etudes ronsardiennes IV,  Droz, pages 474 

      https://books.google.fr/books?id=WOtVz3JlcJsC&hl=fr&source=gbs_navlinks_s

      — POT (Olivier), 2002, "Le mythe de Diane chez Du Bellay : de la symbolique lunaire à l’emblème de cour", Albineana, Cahiers d'Aubigné  Volume 14 Numéro 1 pp. 57-80

      http://www.persee.fr/doc/albin_1154-5852_2002_num_14_1_929

      — RUFFY (Maria Vamvouri ) 2004, Les Hymnes de Callimaque : la tradition revisitée. Les hymnes à Zeus, Artémis et Délos. In La fabrique du divin: Les Hymnes de Callimaque à la lumière des Hymnes , Presses Universitaires de Liège, p. 45-66. …

      http://books.openedition.org/pulg/1508

      — SERVIUS, Commentaires sur l'Énéide Livre III, v.73 :

      http://www.perseus.tufts.edu/hopper/text?doc=Perseus%3Atext%3A1999.02.0053%3Abook%3D3%3Acommline%3D73

      — STANDEN (Edith Appleton), 1985, European Post-medieval Tapestries and Related Hangings in the ..., Volume 2 ,Metropolitan Museum of Art (New York, N.Y.) page 247.

      https://books.google.fr/books?id=GbW18KCGWgEC&dq=%22Sic+immota+manet%22&hl=fr&source=gbs_navlinks_s

      — J. J. Vernier  Musée départemental des antiquités, Rouen, ‎- 1923 -

      — VASSELIN (Martine), 2002, Les métamorphoses d’une déesse antique : les figures de Diane dans les gravures du XVIe siècle. In: Albineana, Cahiers d'Aubigné, 14, 2002. Le mythe de Diane en France au XVIe siècle. pp. 247-277; doi : 10.3406/albin.2002.940 http://www.persee.fr/doc/albin_1154-5852_2002_num_14_1_940

       http://www.persee.fr/docAsPDF/albin_1154-5852_2002_num_14_1_940.pdf

      — Sur la famille de Grille : 

      http://www.patrimoine.ville-arles.fr/document/famille-grille-arles-caylux.pdf

       

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      • "Il faudrait voir sur chaque objet que tout détail est aventure" Guillevic, Théraqué.  "Un peu de Pantagruélisme (vous entendez que c'est certaine gayeté d'esprit conficte en mespris des choses fortuites)" (Rabelais )"prends les sentiers". Pytha
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