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13 mars 2011 7 13 /03 /mars /2011 19:57

La Grande Tortue ou Nymphalis polychloros (Linnaeus, 1758) apparaît dès les beaux jours de mars au sortir de l'hibernation : elle vole rapidement mais parfois se pose sur le tronc d'un arbre ; c'est ce qui me permit de la photographier sur l'île Renard en Presqu'île de Crozon. Puisqu'on la nomme aussi Vanesse de l'Orme ou le Dorè ou le Grand-Renard, voilà donc le Grand-Renard de l'île Renard !

   Cest ma première photographie de papillon de l'année, elle est prise à 20 mètres en digiscopie ! lorsque je me suis approché avec mon APN en mode macro, le papillon s'est envolé.

 

  Date de l'observation : 13 mars 2011.

 

DSCN3279cc

 

Nos noms vernaculaires se retrouvent dans les langues européennes puisque ce papillon se nomme en anglais Large Tortoiseshell (grande carapace de tortue) et en allemand Grosser fuchs, ou Grand renard.

  Sa chenille se développe sur le saule, l'orme, le chêne, le peuplier ou le prunus.

 Il fut nommé par Esper en 1781 Papilio testudo : or, testudo est le nom latin signifiant tortue ; la même année, le dictionnaire raisonné d'histoire naturelle de Jacques Christophe Valmont de Bomare le nomme papilio testudinarius, cet adjectif latin se rapprochant de testudineus, a, um, "de tortue", "de l'écaille de tortue". Et le même dictionnaire explique que ce papillon a tét nommé tortue à cause de sa couleur qui imite assez celle de l'écaille de quelques tortues.

 En 1824 Hübner le nomme Pyrrhomelaena, de couleur fauve (pyrrho-) et noir (melaena).

En 1831 il est nommé par Freyer Vanessa pyromelas, de même signification.

 

  En prime, la description de Linné dans la dixième édition du Systema naturae p. 477 sous le nom de Papilio polychloros :

 

Nymphalis-polychloros-Linne-SNed10-p.477.jpg

 

Je note que Linné cite Réaumur  : il se réfère au Mémoire genéral de l'histoire des insectes (1734-1742), tome I, planche 23, figure 2.

http://books.google.fr/books?id=Hv1sGXp5cXMC&pg=PA63&dq=R%C3%A9aumur+Histoire+des+insectes+papillons&hl=fr&ei=ajh9TZmdC8rwsgaJ1-jtBw&sa=X&oi=book_result&ct=result&resnum=1&ved=0CDgQ6AEwAA#v=snippet&q=tortue&f=false

 Cette figure est commentée page 382 comme suit :" le fond de leur couleur est un aurore brun, sur lequel sont des taches noires. Ile est un de ceux à qui on a donné le nom de tortuë, à cause de la distribution de ses couleurs qui imite en quelque sorte celles de l'écaille. Le bordé qui suit le contour de l'aile est formé de taches noires, de taches aurores et de taches d'un fort beau bleu." (la couleur "aurore" est jaune orangée)?.

 

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Published by jean-yves cordier
8 mars 2011 2 08 /03 /mars /2011 23:06

   Aux entomologistes soucieux de connaître à quel saint adresser leurs prières et leurs demandes d'observer moult insectes, je recommande Saint Fiacre, patron de l'église de  Guengat.

   En tant que patron des cochers de carrosse, le saint homme n'est pas débordé; mais il est aussi patron des jardiniers, et c'est une autre paire de gants. L'un veut la pluie, l'autre le soleil, le troisième un bon coup de gel, mais pour tout ce qui concerne la météo, il les renvoie à Saint Médard, et c'est terminé. Son truc, c'est les plants, leurs racines, leur développement, la pollinisation, et la protection des nuisibles. C'est là qu'il est intéressant, Saint Fiacre, pour les entomologistes, sauf s'ils demandent des doryphores ou la piéride du chou.

   C'est Jacques de Voragine, dans sa Legenda aurea, qui nous raconte que Saint-Fiacre, alors qu'il bêchait son jardin, constata que tous ses plants d'oseille avaient été dévorés. Il se concentra, invoqua les cieux, ce qui lui réussissait bien, d'habitude, plaça son étole sur les châssis dévastés, la retira : aucun résultat. Il se penche et remarque des animalcules, des bêtes-au-malin qui se gobergeaient sans complexe : alors il traça un signe de croix sur ces mange-oseilles, et aussitôt apparurent une armée de cuirassiers rouges qui fit un sort à cette racaille. Saint Fiacre les baptisa bêtes-à-Bon-Dieu, d'un coup de goupillon, et chacune des sept gouttes d'eau bénite s'inscrivit sur leur armure écarlate comme autant de stigmates sacrées.

   L'histoire des mange-oseilles aurait été mieux connu si un moine copiste de l'abbaye de Landevennec n'avait pas commis un lapsus calami et écrit sur son manuscrit "mange-oreille" à la place de "mange-oseille". Et c'est ainsi que l'on raconte que Saint Fiacre eût affaire à un monstre qui dévorait ses oreilles, ce qui est encore représenté sur les sablières de l'église :

 

DSCN2919c

 

Ici, nous voyons Saint Fiacre avec sa bêche et, dans la main droite, le châssis de serre contenant son oseille.

A sa droite, nous reconnaissons Saint Yves venu en voisin et qui demande à boire à la servante.

 

DSCN2921c

 

    Là, on fait bombance pour fêter le miracle de Saint Fiacre, où la mâle peste des pucerons a été détournée de la paroisse: le tonneau de cidre a été mis en perce.

 

 DSCN2920c

 

 

 

   J'étais venu de Brest faire mes dévotions à Saint Fiacre : l'hiver était long, qui n'offrait pas de petites bêtes à mon objectif macro, et je le priais de faire surgir les insectes, papillons et libellules qui avaient enchanté mon été. Aussi miraculeux que cela paraisse, la première chose que je vis en sortant, ce fut un papillon, un citron très affairé. Puis ce fut un skimia dont les fleurs bourdonnaient de guèpes ou de mouches. Et enfin, je découvrissur les massifs de l'enclos parroisial une soixantaine de bêtes-à-bon-dieu qui se prosternaient à qui-mieux-mieux:

 

 

DSCN2923c

 

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DSCN2946c

 

  N.B Pour une histoire véridique de l'Eglise de Guengat et de son Saint Patron, on sera avisé de consulter d'autres sources.

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Published by jean-yves cordier
25 février 2011 5 25 /02 /février /2011 13:30

 

 I - La taxidermie.

 

  La taxidermie est une technique récente, dont on peut dater les débuts à la moitié du XVIIIème siècle. Le mot lui-même date de 1806.(Trésor de la Langue Française). Elle concerna d'abord  la préservation des oiseaux, et son développement fut l'une des conditions de la naissance d'une ornithologie descriptive moderne, en permettant de conserver les animaux découverts et tués lors des grandes expéditions d'exploration naturaliste, et par là, la constitution de collections de spécimens. L'étude de son histoire est donc un corollaire de celle de l'ornithologie.

   La mise au point des armes à feu adaptées à la chasse est également un "progrès" indispensable à ces collectes zoologiques.

  Au XVIème et au XVIIème siècle, des animaux avaient certes été réunis dans des cabinets de curiosité,  moins dans le but de faire progresser les connaissances zoologiques, que dans un but ostentatoire, comme affirmation de puissance, ou par fascination pour les mystères et les bizarreries de la nature, avec un complaisance pour le monstrueux et l'étrange.

Au XVIIIème siècle se constituèrent des cabinets d'histoire naturelle, qui ne présentaient plus le caractère hétéroclite des précédents, et délaissèrent les artificialia (antiquités, oeuvres d'art ) et les scientifica (instruments scientifiques ), mais qui restaient voués le plus souvent à satisfaire le désir de prestige propre à toute collection, tout en répondant au besoin de dénombrement exhaustif de la nature. Ils étaient constitués le plus souvent par des amateurs.

  Au XIXème, ils prirent le nom de Muséum d'histoire naturelle, à l'instar du Cabinet du roi qui devint le Muséum National d'Histoire Naturelle : s'ils étaient dirigés par des scientifiques, leurs collections étaient entièrement accessibles au public, et mises en scène de façon spectaculaire.

 

   Commençons par définir la taxidermie : du grec taxis arrangement, et derma, peau, elle est une technique assurant la conservation de la peau des vertébrés grâce à un dépeçage ou dépouillage, un tannage, un bourrage et un montage. Mais elle est partagée entre deux projets : celui de préserver, pour des fins scientifiques, des spécimens, et celui de mettre en scène avec un effet de vivant des animaux morts, dans un but ostentatoire. Aux "oiseaux en peau" s'opposeront les "oiseaux montés en socle ". 

 

 1. Rèaumur.

 

   S'il fallait avancer une date, et choisir un début, je mettrais sans hésiter au premier plan  l'année 1748, et la publication par Ferchault de Réaumur  dans la revue de la Royal Society  Philosophical Transactions de l' article Divers Mean For Preserving from Corruption Dead Birds, Intended to Be Send to Remote Countries, so That They May Arrives There in a Good Condition. Some of the Same Means May be Employed For Preserving Quadrupeds, Reptiles, Fishes, and Insects.

 

  Dans un courrier adressé en 1744 à Jean-François Séguier, Réaumur explique qu'il a constaté que les grands Cabinets d' Histoire Naturelle contemporains  n'avaient pas de collections ornithologiques, et qu'il a débuté en novembre 1743 une collection qui en rassemble déjà plus de six cents, en utilisant un procédé très simple et très efficace de préservation. Il décrit ce procédé en français dans deux imprimés diffusés "dans le monde entier" en 1745 et 1747.

  Pour collecter les insectes, Réaumur avait testé avec succès le moyen de disposer d'un grand nombre de bénévoles passionnés qui lui adressaient des échantillons franco de port, grâce à une faveur du responsable des Postes.

   Dans son article, il présente plusieurs méthodes :

           - L'empaillage, qu'il écarte car cette méthode demande trop de temps et de savoir-faire.

           - L'utilisation d'esprit de vin (alcool éthylique) ou d'une forte eau-de-vie, voire de vinaigre : soit qu'on transporte l'oiseau préalablement éviscéré, et rempli de bourre et de filasse,dans un baril plein de  liqueur, soit qu'après un temps (15 jours pour les petits, un mois pour les gros), on retire l'oiseau du bocal et qu'on le place tout imprégné dans le récipient d'expédition, des caisses ou tonneaux soigneusement rendus hermétiques et étanches vis à vis des insectes par entoilage et goudronnage. Le camphre, le piment et la cannelle sont utilisés aussi en "préservatifs".

           - soit qu'on remplisse le ventre de l'oiseau d'une poudre, et qu'on en fasse passer par le bec jusqu'à ce que l'oesophage soit bien rempli : poudre d'alun si elle est disponible, poudre d'épices très odoriférantes, ou chaux vive.

          - soit qu'on dessèche l'oiseau au four, mais en lui donnant la posture souhaitée pour le modèleau moyen d'un "métier à sécher" fait d'une planchette et de fil de fer. Puisque le terme de taxidermie n'existe pas, Réaumur crée celui de Petit Art, "ensemble des pratiques qui mettent en état d'avoir des oiseaux qui quoique morts aient un air de vie".

 

 

        L'intérêt de Réaumur pour ce Petit Art est tout-à-fait en rapport avec le souci de ce savant de s'écarter d'une description analytique des animaux pour inclure une étude des moeurs, du milieu et en un mot du caractère dynamique du Vivant : aussi se préoccupe-t-il de reproduire ce qu'un lexicologue décrira  plus tard comme " la mollesse, le laisser-aller et le naturel de la vie " à travers la pose donnée à l'oiseau.

    Nulle surprise non plus de  voir ce passionné des techniques s'intéresser aux recettes et tours de mains et aux découvertes ingénieuses si prosaïques, mais si nécessaires aux sciences.

 

  L'enthousiasme avec lequel il diffusa ces procédés et par lequel il constitua une équipe de naturalistes dans le  monde entier  va lui permettre de constituer le " Cabinet de Mr Réaumur" que son parent Mathurin Jacques Brisson va si bien décrire dans son Ornithologie de 6 volumes (1760) . Riche, à la mort de Réaumur en 1757, de 699 spécimens, cette collection provenait des contacts, parmi tant d'autres, noués avec Jean-François Séguier en Italie, avec Abraham Trembley en Suisse, avec le Dr Artur à Cayenne, et enfin avec le voyageur Pierre Poivre, lequel y contribua pour 55 spécimens.

 

Dans le même temps, d'autres collections se constituaient à Paris, telle que celle, presque digne de celle de Réaumur, de l'Abbé Aubry, curé de Saint Louis en l'Isle, mais aussi celle de la Présidente de Bandeville, quai des Théatins, celle de M. de Mauduyt, dont nous allons parler, celle du Chevalier Turgot, rue Porte-Foin, celle du Cabinet du Roi, celle de Mme de Boisjourdain ou de M. Cotelle.

 

   Source : trés documenté, un article en ligne de Jean-Paul Morel :

http://pierre-poivre.pagesperso-orange.fr/reaumur-turgot.pdf

 

 et, du même auteur, la remarquable transcription des articles de Réaumur :

 http://www.pierre-poivre.fr/Reaumur-sommaire.html

 

      2- Pierre Belon.

 

   Je ne respecte pas l'ordre chronologique, car si on trouve dans l'Histoire de la Nature des Oyseaux de Pierre Belon , parue en 1555, un Moyen de conserver les oiseaux morts, ce travail n'eut pas le rôle fondateur de celui de Réaumur.

 

     Mais si quelqu'homme curieux de telles choses, voulait rapporter les corps d'un pays en l'autre, c'est en cette façon qu'il lui convient de faire. Il faudra couper la peau de l'oiseau par le travers en l'endroit de l'excrément dur, et lui ôter toutes les tripes, et jeter du sel dedans, et le farcir dedans le ventre, aussi en emplir la gorge, puis pendre l'oiseau par les pieds. Cela fera qu'il sera toujours en son entier avec sa plume sans être consummé des vers, et si l'on voit que le sel ne se peut fondre, il faudra l'humecter d'un peu de vinaigre, ou bien lui ôter toute la chair ; car tout l'oiseau peut facilement être écorché, et lui ayant salé la peau laissant les ailes et les cuisses entières avec la peau, on le conservera autant qu'on voudra. Et aussi que ce soit avertissement à tous hommes lisant cette histoire, et désireux du bien public, que s'il se trouvaient avoir quelqu'oiseau en leurs contrées qui ne soit en cette oeuvre, ou dont n'avons point parlé, l'accoutrent en ce que leur avons enseigné et le gardent, pour  le montrer en leurs cabinets, et si bon leur semblait le nous envoyer, nous rendraient obligés.

 

  3 -Jean-Baptiste Bécoeur (1718-1777).

 

   Ce pharmacien de Metz, ami de Bertrand de Jussieu , mit au point une préparation à base d'arsenic permettant de préserver les peaux des oiseaux des insectes nécrophages, recevant ainsi les éloges de Buffon. Il conserva secrète la recette de son "savonarsenical"   qu'il utilisa pour se constituer une grande collection ornithologique( qui fut racheté par le Duc Charles III de Zweibrucken.  Certains (L.C.Rookmaker & al 2006) pensent que son ami François Levaillant (1753-1824) avait hérité de ce secret et l'a cédé au gouvernement français en 1797 avec sa propre collection .

   Louis Dufresne, aide-naturaliste au Muséum de Paris est le premier à en publier en 1800 la composition dans le Traité élémentaire et complet d'ornithologie de François-Marie Daudin : c'est un mélange de 5 onces de camphre, 2 livres d'arsenic en poudre, 2 livres de savon blanc, 12 onces de sels de tartre, et 4 onces de chaux en poudre,le tout fondu amalgamé ensemble : on dissout une petite quantité dans l'eau et  on l' applique au pinceau à l'intérieur de la peau. Cela s'appelle "droguer"

 Selon Amandine Péquignot, il sera utilisé en France dans les musées jusqu'en 1990 bien qu'il soit interdit depuis 1960 par l'INERIS pour sa toxicité.

   Sous le nom de "pacotilles", il sera remis aux voyageurs-naturalistes du Muséum afin qu'ils s'en servent pour préparer leurs peaux.

 

 

4- D'autres naturalistes recherchent des "préservatifs " sans poisons.

 

  Alors que la pâte de Bécoeur rentre au Muséum, d'autres proposent des solutions moins toxiques, mais moins efficaces, on s'en doute.

- En 1786, l'abbé Manesse publie un volume in 12°, Traité sur la manière d'empailler et de conserver les animaux et les pelleteries.

-Pierre Jean Claude Mauduyt de La Varenne(1732-1792), (dont les collections ont assuré la formation en ornithologie de François Levaillant) médecin et naturaliste, recommande les fumigations sulfureuses, qu'il fait adopter à Daubenton pour les collections du Muséum, ce qui, écrit Louis Dufresne, a réduit la collection de 3500 spécimens à un effectif d'une dizaine, le soufre détruisant les spécimens tout autant que les insectes dont on voulait les préserver.

- En 1802, M Nicolas, chimiste, propose sa pommade savonneuse sans poisons.

-en 1802,  Jean-Louis Henonet Marie-Jean Philippe  Mouton-Fontenille [ de la Clotte] publient L'art d'empailler les oiseaux, Lyon : Bruysset, 1802, où ils utilisent l'essence de thérébentine, ainsi qu' une liqueur tannante composée de quinquina, d'écorces de granade, d'écorces de chêne, de racines de gentiane, d'absinthe, de tabac, d'alun, le tout bouilli dans quatre fois d'eau

 

 

 

  5. la méthode de conservation  " en herbier".

 

 source : Amandine Péquignot « Une peau entre deux feuilles, l'usage de l'« herbier » en taxidermie aux XVIIIè et XIXè siècles en France », Revue d'histoire des sciences 1/2006 (Tome 59), p. 127-136.
http://www.cairn.info/article.php?ID_ARTICLE=RHS_591_0127#citation

 

     Elle offre au voyageur-naturaliste, qui a la lourde mission non seulement d'explorer les régions lointaines et de collecter les spécimens naturels, mais aussi de ramener ceux-ci dans un bon état de conservation aux savants qui les attendent, une alternative assez simple à la "conservation en fluide ", ou "en fiole", par immersion dans l'esprit de vin, qui ne recueille pas les suffrages des zoologues. Elle consiste à procéder comme le botaniste le fait  avec une fleur ou une plante, en dépeçant l'oiseau, en poudrant la peau d'alun ou de chaux, en la bourrant légèrement de coton puis en recousant la peau avant de la faire sécher sous presse entre deux feuilles de papier . L'oiseau en peau peut alors rester dans son herbier, ou être présenté dans un cabinet d'histoire naturelle.

  Elle fut peu utilisée en ornithologie (une seule collection en France, celle de l'abbé Dominique Chaix), d'avantage en ichtyologie.

 

6- Quelques zoologues-taxidermistes français du XVIIIème.

 - Jean-François Emmanuel Baillon (1742-1802) est un avocat, bailli de Waben (Pas-de-Calais, arrondissement de Montreuil-sur-mer) qui consacrait ses loisirs à l' histoire naturelle. Correspondant de Buffon, de Daubenton et de Cuvier, il a surtout étudié les oiseaux de mer de la côte picarde, et un membre de la Société d'émulation historique et litteraire d'Abeville a pu écrire que "tout ce qui a trait, dans Buffon, aux oiseaux et surtout aux oiseaux aquatiques revient en bien des points à M.Baillon père. L'avocat inconnu envoyait au savant illustre des pièces à étudier vivantes ou mortes, avec des notes sur l'organisation et les habitudes des différentes espèces , et le seigneur de Montbard ajustait proprement ses manchettes pour jeter les grains dorés de son style sur les notes un peu incultes du savant de province et pour décrire avec des phrases empennées comme les ailes du perroquet les oiseaux sauvages des marécages du nord." Buffon, ou son secrétaire Daubenton lui adressaient des satisfecit et le sollicitaient à fournir la matière aux futurs volumes de l'Histoire Naturelle consacrèe aux oiseaux.On apprend par ces correspondances comment pouvait fonctionner le réseau de correspondant dont Buffon s'était entouré. Ainsi lorsque Buffon écrit " Jai reçu dans le temps, Monsieur, l'oiseau cravant et les deux tadornes vivants que vous avez eu la bonté de m'envoyer, et je n'ai tardé à vous en faire des remerciements que parce que j'étais incommodé ; ils se portent à merveille et je pourrai en faire la description à mon aise ", nous apprenons que des spécimens étaient adressés non seulement empaillés, mais aussi parfois vivants. Il nous faudrait alors étudier la constitution des fermes et des ménageries qui font aussi partie des collections d'histoire naturelle, de la Ménagerie royale de Versailles puis de la ménagerie du Jardin des Plantes qui s'ouvrit en 1794 sur l'initiative de Geoffroy Saint-Hilaire. Cette dernière présente aujourd'hui 400 oiseaux de 120 espèces différentes. Mais nous sommes aussi incités à aller regarder les pages que Buffon consacre à la Bernache : à la page 90 du Tome 9 de son Histoire Naturelle, Buffon nous donne des nouvelles de ce cravant et des tadornes : " nous en avons gardé un pendant plusieurs mois [...] il s'est constamment montré d'un naturel timide et sauvage et s'est refusé à toute familiarité ; renfermé dans un jardin avec des canards tadornes, il s'en tenait toujours éloigné..." puis Buffon continue : " voici quelques observations sur cet oiseau, qui nous ont été communiquées par M. Baillon." et cite son correspondant sur une page et demie. Dans le même article est également cité un autre correspondant M. de Kerhoënt. Mais si nous regardions l'article sur le tadorne (p.209)?  " Chaque printemps il en aborde quelques troupes sur celles de Picardie, et c'est là qu'un de nos meilleurs correspondants, M. Baillon a suivi les habitudes naturelles de ces oiseaux, sur lesquels il a fait les observations suivantes, que nous nous faisons un plaisir de publier ici."  et puis viennent quatre pages de citation de Baillon http://www.oiseaux.net/buffon/tome9/tadorne.p231.html  avant de nous donner page 215-216 des nouvelles des tadornes "domestiqués" par Buffon.

 

   Emmanuel Baillon a fait porter ses efforts d'observation sur les oiseaux de mer et les oiseaux d'eau, ainsi que sur les cétacés et les poissons, transmettant les squelettes ou les spécimens au Comte de Lacépède qui lui en saura grée lors de la rédaction de son Histoire naturelle des poissons ( 1797-98) puis de son Histoire naturelle des cétacés (1809).

 Enfin Cuvier lui rendit cet hommage en 1845 : "C'est en partie par les observations de Baillon et des naturalistes allemands, qui ont donné une très grande attention aux mutations deplumage, que nous sommes arrivés dans le XIXème siècle à avoir une histoire exacte des oiseaux de l'Europe."

  Buffon avait créé, par l'intermédiaire de Maurepas un brevet purement honorifique de "correspondant des Jardins du roi" . En 1795, le "citoyen-Baillon" fut nommé premier correspondant du Muséum.

   

   Il a rassemblé une collection de milliers de spécimens qu'il préparait lui-même. Voir aussi infra François Baillon, son fils, et Musée George-Sand.  

-Pierre Poivre, qui apprit de Réaumur les techniques de taxidermie et lui adressa de nombreux oiseaux exotiques.

- Pierre Sonnerat (1748-1814) neveu de Pierre Poivre.

- Clément de la Faille (1718-1782), Controleur des guerres à la Rochelle rassembla l'une des premières, et l'une des plus fameuses collections d'histoire naturelle, riche, à sa mort, de 4000 coquillages, d'oiseaux préparés par ses soins, de 940 volumes, rassemblés en 15 armoires vitrées et 12 tables-vitrines. Léguées à l'Académie de La Rochelle, ce fut le noyau central du Musée d'Histoire naturelle de La Rochelle, créé en 1832.

 

 

 

7 - La taxidermie au XIXème siécle en France.

 

   Décrire les taxidermistes français du XIXème revient peu ou prou à passer en revue les naturalistes-explorateurs, fatalement amenés à connaître les techniques de conservation des animaux qu'ils récoltaient,  les ornithologues qui constituérent les grandes collections de nos muséums, ainsi que les naturalistes-préparateurs de ces muséums : autrement dit, couvrir tout le champ de l'ornithologie. Je traiterai des Voyages, puis des Collections dans deux chapitres séparés. Je vais néanmoins énumerer les noms des principaux zoologues que nous y retrouverons, avant de m'interesser à la Maison Deyrolle et aux frères Verreaux.

  - L. Dufresne, aide-naturaliste et chef des travaux zoologiques du laboratoire du Muséum Nationale d'Histoire Naturelle de Paris posséde trente annèes d'expérience en naturalisation lorsqu'à la demande de Vieillot, il rédige l'article Taxidermie du Nouveau Dictionnaire d'histoire naturelle appliquée aux arts..., Vol 21, Paris 1803. C'est un vrai traité de 56 pages (pp 507-563) où sont détaillés, après un exposé historique, tous les procedés de taxidermie. Un éloge de son ami Renè Maugé, également naturaliste au Muséum, mais décédé lors de l'éxpédition de Baudin (voir infra), y figure en bonne place.  Dufresne est certainement une autorité en notre patière.

 

   - Emmanuel Canivet et  Pierre Goitard sont les auteurs d'un Manuel du Naturaliste Préparateur qui fut édité en Encyclopédie Roret de 1828 (2nde édition) à 1853 voire au delà.

   -François Baillon (1778-1855) est le fils d'Emmanuel Baillon. Voir mon article :L'oie à bec court : découverte d'Emmanuel Baillon.

  - Jean Mercier Génétoux (1797-1866), notaire à Argenton-sur-Creuse.

  - Pierre Antoine Delalande(1787-1823), préparateur au Muséum d'Histoire Naturelle de Paris, a réalisé un voyage au Brésil en 1816 et un voyage en Afrique du Sud en 1818.

   -Marie Jacques PhilippeMouton-Fontenillede la Clotte (1769-1837) : botaniste et naturaliste français, né à Montpellier. Directeur du Muséum de Lyon.

   -René-Primevère Lesson, auteur de Taxidermie à l'usage des marins (Annales maritimes et coloniales, les 6 numéros de l'année 1819) .

  - Charles Payraudeau (1798-1865), responsable de l'inventaire ornithologique de la Corse en 1825. Il  décrivit deux espèces nouvelles, le Goéland d'Audouin et le Cormoran huppé de Desmaret.

  - Abel Martin (1776-1863)

   -Auguste Bérard, Capitaine de Vaisseau

   - Gaétan Coste

  - Émile Oustalet (1844-1905) succéde à Jules Verreaux comme assistant-naturaliste au Muséum.

 

   -Les frères Verreaux : Edouard Verreaux (1810-1868), naturaliste

                                           Jules Verreaux  (1807-1873), botaniste et ornithologue.

     Leur père était taxidermiste et tenait un commerce d'histoire naturelle ; leur oncle était Pierre Antoine Delalande (1787-1823), préparateur au Muséum.

   En 1818, Delalande emméne Jules (11 ans !) avec lui pour un voyage de trois ans en Afrique du Sud d'où ils ramènent treize mille spécimens : Jules a pu s'initier à la taxidermie ! Il suit les cours de Cuvier et de Geoffroy Saint-Hilaire puis, en 1825, il repart au Cap où il reste treize ans, fournissant le commerce de son père en spécimens. En 1830 son frère cadet Édouard le rejoint pour constituer une immense collection d'histoire naturelle. Mais lorsque Jules revient en France en 1838 avec ce trésor, son navire le Lucullus fait naufrage au large de La Rochelle. Il est le seul survivant, et tous ses spécimens sont perdus. En 1842, il obtient une place au Muséum de Paris comme naturaliste-voyageur, et s'en va collecter en Australie et en Tasmanie d'où il ramène 15 000 spécimens. En 1864, devenu assistant naturaliste au Muséum, il exerce la taxidermie selon la vogue de l'époque, où les animaux sont mis en scène dans les postures les plus naturelle, comme dans un de ses dioramas les plus fameux, "Un messager arabe attaqué par des lions" actuellement au Carnégie Muséum de Pittsburg. Médaille d'or de l'exposition universelle de 1867,  ce diorama représente une attaque par des lions de Barbarie, une espèce actuellement disparue, d'un coursier et de son chameau.Cette scéne doit son succés considérable au goût de l'époque pour l'éxotisme, à sa mise en scéne dramatique, mais aussi sans-doute à l'ambiguité créé par la participation d'un être humain à ce travail de taxidermie. C'est ce cotè dérangeant et cet exotisme exhibé qui a peut-être conduit le Museum de New-York ( AMNH) à le céder au Carnégie Museum, où il a tant de succés que le musée le propose en modèle réduit dans une boule à neige !

 

 

 

  Pendant ce temps, Édouard a repris l'affaire paternelle, qui devient l'une des principales maisons de vente d'objets d'histoire naturelle.

   La maison Verreaux, établie dès 1803 Place des Vosges, joua un rôle clé lors de l'age d'or des collections d'histoire naturelle, fournissant les muséums en spécimens naturalisés de mammifères, d'oiseaux, de reptiles ou d'amphibiens, en oeufs, en nids, en coquillages, en insectes, proposant un catalogue de milliers d'articles, finançant et organisant des explorations sur tous les continents, devenant un lieu de rencontre et de stimulation scientifique pour les naturalistes du monde entier. Tous les grands Muséums possédent encore les spécimens venus de la maison Verreaux, tant le Muséum d'histoire naturelle de Paris que le British Muséum à Londres, le Carnégie Muséum d'histoire naturelle de Pittsburg que l' American Museum of natural history de New York ou le Muséu Zoologic de Barcelone.

 

- La Maison Deyrolle.

   Elle fut fondée en 1831 et s'installa 46, Rue du Bac où, malgré un incendie qui détruisit une grande partie des locaux et des collections, elle se trouve encore.  ce fut LA concurrente de la maison Verreaux, puis elle bénéficia d'un monopole de fait sur la vente de tout le materiel didactique concernant l'histoire naturelle, et notamment des planches murales Deyrolle qui servait de support d'enseignement de sciences naturelles dans les écoles de la République.

   L'excellente maison proposant un site avec un exposé de son histoire, je ne peux mieux faire que d'y renvoyer :

http://www.deyrolle.fr/magazine/spip.php?article149

 

8 - La taxidermie au XIXème siècle en Angleterre.

 

      Nous retiendrons les noms de Charles Waterton, John Edmonstone, John Gould et Rowland Ward.

 

   a) Charles Waterton ( 1782-1865)

         Ce naturaliste anglais explora la Guyane britannique de 1802 à 1824 et publia Waterton's Wanderings in South America.

       Il développa des compétences en taxidermie qui lui permirent de conserver lui-même les espèces qu'il ramena.

  Il revint s'installer dans sa propriété de Walton Hall ( West Yorkshire) où il crée la première réserve d'animaux sauvages au monde.

  En 1825, il écrit Conservation des peaux d'oiseaux et autres animaux dans Technic. Repository, volV, p.250.

 

En 1828, il fait paraître Wanderings in South America, the North-west of the United States and the Antilles : in the years 1812, 1816, 1820 & 1824. With original instructions for the perfect preservation of birds, &. for cabinets of natural history (T. Fellowes, Londres).

   On y lit une description précise de la préparation d'un oiseau, balançant entre le style  d'un traité de dissection anatomique et celui d'un livre de cuisine au chapitre consacré à la découpe d'une volaille.

  Elle débute en déplorant les vilaines allures des oiseaux empaillés des muséums, brutalisés par quelque clown grossier qui a maltraité le plumage d'un petit être qui, avant que la vie ne lui soit volée, n'avait rien connu de plus rude que " la rosée du ciel et le souffle pur et doux de l'air".

 

    Pour le dépouillage, trois choses seulement sont  nécessaires pour réussir : un canif, une main suffisamment adroite et douce, et de la pratique. Le premier sera l'outil, la seconde la façon de disséquer, la troisième l'art de diisséquer bien. Les trois peuvent être nommées les conditions mécaniques requises.

   Pour le remplissage et la mise en forme, il vous faut du coton, une aiguille, du fil, un petit bâton de bois gros comme une aiguille de tricot, des yeux de verre, un flacon de sublimé corrosif *, et n'importe quelle boite qui puisse servir de support provisoire de notre spécimen. Ces choses-là peuvent recevoir la même appelation de matériel minimum requis. Mais si vous tenez à exceller dans cet art et à devenir le Michel-Ange de l'ornithologie, vous devez  compter aussi sur votre propre génie, et sur des études approfondies : le génie, et les connaissances, voilà le minimum requis scientifique.

   Vous devez avoir une connaissance complète de l'anatomie ornithologique, porter une attention particuliére à la forme et l'attitude de l'oiseau, connaître chacune de ses courbes, le plein, le délié de chacune des parties de son corps. En un mot, vous devez posséder l'audace Prométhéennne pour faire descendre sur votre spécimen le feu et l' âme qui l'animaient jadis.

 (Traduction personnelle)

* le sublimé corrosif est le chlorure mercurique, obtenu jadis par mélange de sel marin avec du mercure dissous dans l'esprit de nitre, l'ensemble étant sublimé, c'est-à-dire passé à l'état gazeux. Ce fut Le grand traitement des maladies vénériennes. Quels sont, nous demandent encore Armand Trousseau et H.Pidoux dans leur Traité de thérapeutique médicale, Paris, Béchet Jeune, Rue Monsieur-le-prince, 22, ci devant l'École de Médecine - 1858, quels sont les usages thérapeutiques du fameux sublimé ? Ils sont extrêmement nombreux, "à l'intérieur en solutions, en pilules, à l'extérieur en collyres, en pommades, en trochisques, etc. "  mais il est très-important, nous disent ces savants, de distinguer les préparations qui le contiennent sans altération, comme la liqueur de Van Swieten, l'eau rouge d'Alibert, la pommade de Cyrillo, etc., et celles dans lesquelles le malheureux sublimé subit des changements qui lui font perdre une partie de ses propriétés, surtout au contact de matières organiques : on sait, en effet -du moins le Professeur Trousseau le sait-il - "que les matières animales, la chair, la peau, etc., trempés dans le sublimé forment avec ce sel une combinaison ; elles prennent de la consistance et deviennent imputrescibles ; propriété qui a été mise à profit pour la conservation des pièces d'anatomie ." (ouvrage cité, p. 240).

   On comprend donc l'usage du sublimé en taxidermie, et pourquoi les spécimens de nos muséums peuvent-ils être de sublimes concentrés de poisons arsenicaux ou mercuriels.

   Quand à ceux qui refuseraient de quitter cet article sans partir avec la recette des trochisques escarrotiques de sublimé, la voici :

Pr: sublimé corrosif :  8 gram (2 gros)

       amidon                : 16 gram (4 gros)

       mucilage de gomme adragante : q.s.

Porphyrisez le sublimé, mélez-le à l'amidon, et ajoutez le mucilage pour obtenir une pâte avec laquelle vous ferez des trochisques en forme de grains d'avoine du poids de 15 centigr. ( 3 grains).

 

Waterton était attentif à la vérité scientifiques de ses modèles, soucieux de l'exactitude de leur pose, de la justesse de la mise en scène. Mais c'était aussi un drôle d'oiseau, excentrique en diable. Son biographe, le révérend J.G.Wood le décrit comme capable de faire l'ascension du dome de Saint-Pierre de Rome et d'oublier sa paire de gants au sommet du paratonnerre. Quoique ce soit à lui que l'on doit l'introduction du curare en Europe, il n'utilisait apparemment pour se soigner que sa trousse de taxidermiste puisque J.G.Wood dit qu'il ne croyait qu'en " la lancette et le calomel " le calomel étant le protochlorure de mercure, à effet purgatif. Il ne jurait que par la saignée, mais est-ce pour cela qu'en Guyane, il jalousa un jeune indien dont le gros orteil avait été mordu par une chauve-souris (Vampire-bat), et qu'il entreprit de dormir en laissant en vain, son orteil à l'air libre pour attirer le "chirurgien de minuit" afin de pouvoir raconter qu'il avait, lui, en personne, été mordu par un vampire? ( Wanderings , 1828).

   Il méritait complétement un article dans Improbable Research, le site qui décerne le Prix Ig Nobel , et c'est Sally Shelton, digne directeur des collections d'un Muséum d'histoire naturelle, qui l'écrivit :

http://improbable.com/airchives/paperair/volume6/v6i6/waterton-6-6.html

 

   Waterton aimait ce que l'on nomme à l'Ecole Normale Supérieure un canularium, du nom de ce roseau -cannula- dont on use pour "souffler dansl'derrière des ch'vaux ", comme dit la chanson, ou pour administrer une potion. Le catholique Waterton n'aimait pas les protestants, mais pas non plus le sérieux scientifique, ni l'usine de savon voisine qui pollue la riviére , ni qu'on coupe les oreilles des chevaux ou qu'on leur taille la queue : ce qu'il aimait, c'est se prendre pour un chien et mordre les jambes de ses invités à diner ; ou chevaucher un crocodile ; boxer contre un pithon ; se rendre aux chutes du Niagara pour suivre l'ordonnance d'un médecin lui préscrivant de placer sa cheville bléssée sous l'eau courante ; traverser l'Amérique du Sud pieds nus ; suggérer à un invité : "et si on grimpait au sommet de cet arbre étudier ce nid de rapace ?" ;  escalader les murs en prétextant se méfier des échelles.

   Mais son canular, type du genre, de l'espéce et de la sous-espéce de Canularium canularium canularium, ce fut de placer en frontispice de son Wandering la gravure d'une de ses taxidermies sous le titre  A NONDESCRIPT :

 

Waterton--a-nondescript--Wanderings-.jpg

 

 

[Per scriptum : J'écris ce blog comme un explorateur progressant en terra incognita, taillant sa route dans la jungle des informations (quelle méprise de nommer "filet", "toile"  ce hallier qui étend à perte de vue les arbres de la connaissance !) et me voilà découvrant Waterton par le biais de mentions , de biographies, de commentaires que je vous rapporte...puis j'accède à son Wanderings, les " Errances ", mais le texte anglais me rebute, je regarde les images, et puis j'y retourne, et, croyez-moi, je vous le dis solennellement :  je souhaite à tout humain de faire les trois lectures que voici: Trois hommes dans un bateau, de Jerome K Jerome ; Tristram Shandy de Laurence Sterne, et Wandering in South America de Charles Waterton. Dans le désordre, le minimum requis par les temps qui courent. ]

 

    Donc le facétieux Waterton offre la page d'honneur à cette gravure conforme en tout point aux autres gravures dont les plus sérieux des aventuriers illustrent leurs oeuvres pour donner au lecteur l'aperçu exotique des contrées qu'ils ont explorés. Mais l'indice "see page 253" nous mène au récit du quatrième voyage ; Waterton vient de parler des singes rouges :

 

   J'ai aussi acquis un animal qui n'a pas été sans susciter un peu de perplexité et d' étonnement. De prime abord la longueur de sa queue et son épais pelage ne pose pas de probléme quand à l'espèce dont il s'agit, mais c'est l'examen de la face qui laisse coi l' examinateur un instant avant de s'aventurer à le placer dans la classification des espèces. C'était un animal de grande taille, le jour tombait et de plus je n'étais guère enclin à porter sur mon dos le poids entier de ce balourd, aussi me suis-je contenté de la tête et des épaules, que j'ai coupées et emmenées avec moi en Europe. [note de bas de page : Mon jeune ami, mR J.H.Foljambe, fils ainé deThomas Foljambe, Esq de Wakefield  en a réalisé un dessin (voir le frontispice) qui est certainement l'un des plus fidéles à l'original] Je pense n'avoir pas eu tort , lorsque je vois tous les problèmes que m'ont causés la tête seule, de ne pas m'être embarassé des pieds et des mains, sans parler de cette queue qui, selon Lord Kames* est un appendice de l'être humain. Cet animal présente des traits de visage tout-à-fait grecs, et la sérennité de sa contenance laisse penser que tout allait bien pour lui tant qu'il était en vie.  Certains des éminents spécialistes qui éxaminérent sa tête estimèrent que l'ensemble de ses traits avaient été modifié, d'autres, non moins éminents restaient dubitatifs et incapables de trancher sur le point de savoir si les traits bestiaux du singe pouvaient être transformés en ceux de l'être humain en sa noble prestance. "Scinditur vulgus" **.Nous pourrions débattre longtemps sur ce sujet nouveau et produire peut-être quelque chose d'un peu mieux que les intreminables pédanteries courantes.

" Vox et praeterea nihil "***  Supposons un instant qu'il s'agisse d'une espèce nouvelle. Soit, "una golondrina no hace verano", l'hirondelle ne fait pas le printemps, comme le disait Sancho Panza. Il vaudrait bien la peine d'aller la chercher, et en cette époque de recherche de la cité péruvienne de Cerro de Pasco, l'entreprise mérite d'être tentée. Peut-être l'aimable lecteur souhaite-t-il que j'y retourne moi-même pour trouver un autre spécimen. Qu'il me soit permis d répondre respectueusement que la voie est longue, triste et hasardeuse, et quoique je ne puisse, hélas, alléguer l'excuse de "me pia conjux destinet"****, mais néanmoins je voudrais bénéficier d'un peu de repos; j'ai été un long moment errant,

                         _longa mihi exilia,et vastum maris aequor aravi,                        

                           ne mandate mihi, nam ego sum defessus agendo,*****

   Si quelque personne motivé à arpenter ces régions sauvages où d'innombrables découvertes l'attendent parvenait à ramener au pays ne serait-ce qu'une tête seule, mais aux traits aussi parfaits que celle que j'ai rapporté, loin de le jalouser , je suis prêt à le considérer comme un moderne Hercule parfaitement en droit d'enregistrer un treizième Travail. D'autre part, si nous prétendons que tous les traits originels de ce visage ont été détruits

et remplacés par des traits nouveaux, que l'on me dise par quel moyen ce prodige inoui aurait été effèctué ! Personne encore dans nos muséums n'a été capable de rendre à un animal empaillé ses traits d'origine. Et que celui qui en doute prenne un chat ou un chien vivant, et qu'il vienne le comparer à un chien ou un chat empaillé  dans l'un de ces muséums de premier ordre: un rapide examen suffira à lever ses doutes.

   Si j'ai reéllement réussi à éffacer les traits d'une  brute bestiale pour les remplacer par ceux d'un homme, nous serions en doit de dire que le soleil de Protée s'est levé en nos musées,

" Unius hic faciem, facies transformat in omnes;

nunc homo, nunc tigris ; nunc equa, nunc mulier." ******

 

 

 

*Henry Home, aussi dit  Lord Kames (1696-1782), est un philosophe, chef de file des Lumières écossaises, qui, dans Sketches on the History of man ,décrit quatre phases de l'histoire de l'homme , où il fut successivement chasseur-cueilleur, sans loi ni concurrence, puis éleveur, puis agriculteur, avant de créer la société commerciale et industrielle. Lui faire dire que l'être humain portait jadis une longue queue est bien-sûr un trait d'esprit. 

 

** Scinditur [ incertum sludia in contraria ] vulgus : Virgile,Enéïde, 2, 39  : cependant la foule se partage en avis contraires.

*** Vox et praeterea nihil : citation latine des pages roses des dictionnaires évoquant la vacuité des paroles.

**** me pia conjux destinet : Ovide, Metamorphoses livre XVIII : une tendre épouse me retient au foyer. Réponse d'Ulysse à Ajax lors de la dispute pour les armes d'Achille.

***** Il s'agit d'un détournement du vers 780 du chant II de L'Énneide de Virgile où le fantôme de sa première épouse Créuse apparaît à Énée: Longua tibi exsilia,et vastum maris aequor arandum,/ et terram Hesperiam venies, ubi Lydius  arua / inter opima virum leni fluit agmine Thybris;

   Sur une vaste mer un long exil t'attend / enfin tu parviendras aux rives d'Occident/ dans la riche Hespérie ou de ses belles ondes / le Tibre baigne en paix des campagnes fécondes; (trad. Jacques Delille )

****** Je ne suis pas le vaillant petit tailleur, j'ai traduit patiemment quatre citations et trouvé leur origine, je n'en n'abatterai pas cinq d'un coup. 

 

 

  La tête et les épaules du specimen ramené par Wateson de son quatrième voyage en Guyane et qu'il a naturalisé lui-même. On peut la voir à la Galerie Waterton du Wakefield Museum.

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Certaines mauvaises langues pensent que Waterton s'est fichu de leur tête -à défaut de l'empailler - et qu'il a seulement maquillé et retouché la peau d'un singe hurleur pour lui donner les traits de Mr Lushington .

Lorsque le taxidermiste revint des Amériques en 1821 et que le navire qui le transportait avec toutes ses collections accosta le quai du port de Liverpool, un "nondescript "(quelconque) agent des douanes du nom de Lushington  monta à bord pour savoir si des marchandises relevaient de la taxe de douane ; il décida que les innombrables spécimens naturalisés que Waterton ramenait n'étaient surement pas les éléments scientifiques d'une collection personnelle, mais des articles déstinés à la vente et relevant de ce fait de la taxe d'importation. Aussi ce petit homme simiesque fier de son uniforme et de sa vie consacrée au respect du réglement et des valeurs prévictoriennes lorsqu'il ne s'adonnait pas à la chasse imposa à Waterton une collosale redevance. Mais celui-ci lui aurait-il fait l'honneur de lui attribuer les qualité d'animaux sauvages,, splendides dans l'expression de leur liberté joyeuse ? 

 

    Je ne crois pas non plus que l'on puisse rapprocher le Nondescript de l'Homme de Piltdow, un vulgaire faux fabriqué à partir d'une machoire d' Orang Outan et d'un crane humain agé de quarante mille ans, mais qui abusa Theilard de Chardin, Charles Dawson et Arthur Smith Woodwart, persuadés d'avoir découvert le chainon manquant dans leur Eoanthropus, la forme intermèdiaire annoncé par Darwin pour combler le fossé entre le singe et l'homme.  Si le faussaire n'est pas Arthur Conan Doyle, voisin de Piltdow et ami de Dawson, c'est peut-être (et c'est la thèse de Stephen Jay Gould ) le jésuite Theilard de Chardin : on se souviendra qu'il s'agit d'un ancien zouave ( brancardier en 1914 au 4ème régiment de zouave).

 

   Non, je penche pour une autre interprètation, à deux degrés. Le premier est d'y voir une satire des zoologues dont la préoccupation principale de leurs explorations est la découverte d'une nouvelle espèce à laquelle il pourront attacher leur nom ; et le terme de A Nondescript est, à ce point de vue, limpide. Sans-doute Waterton a-t-il découvert le dernier survivant d'une espèce en extinction et que seule sa conscience professionnelle et son talent de taxidermiste a sauvè d'une méconnaissance totale, confiant au Musée de Wakefield la garde du specimen au même titre que  le Muséum de Nantes conserve aujourd'hui le Grand Pingouin Puinguinus impennis (Linnaeus, 1758) dont l'espèce s'est également éteinte. Mais il s'est gardé de lui donner son nom. Et si, en 1847, Jules Bourcier a nommé Thalurania Watertonii le Long-tailed Woodnymph, ce colibri que nous preferons nommer la Dryade de Waterton, ce n'est pas, ah ça non, que Charles -si je peux me permettre cette familiarité- rechercha ce genre d'honneur, lui qui n'a jamais utilisé les dénominations scientifiques et se moquait de la taxonomie comme de colin-tampon, de l'an quarante, ou de sa première chemise, et qu'il s'en souciait comme d'une guigne. Simplement,il n'était pas tout-à-fait sûr que Dieu ait vraiment demander à Adam de donner un nom aux choses, il n'était pas certain non plus que Descartes ait réellement entendu Dieu lui promettre  que les hommes, s'ils travaillaient bien à connaître "la force et les actions du feu de l'eau de l'air des astres  et des cieux"  allaient devenir  "comme maîtres et possesseurs de la Nature", il aurait souhaité avoir des preuves que Leibnitz avait bien reçu du ciel, comme jadis Moïse les tables de la Loi, la fameuse et incontesté Scala Naturae qui situait l'homme sur l'échelon supérieur des espèces, juste en dessous des anges qui, eux, volaient dans les nuées qui , tous les tableaux l'attestent, servent de moquette à Dieu-le-Père,   et il doutait encore que, même s'il était fils de pasteur, Charles Dutilleul, euh, Carl von  Linné ait vraiment été chargé de recenser la moindre plante, le moindre animalicule pour y attacher une étiquette avec deux noms en latin de sacristie, ni que Dieu ait vraiment envoyer le Paraclet sur les apôtres que Linné envoya prêcher la bonne parole de la systématisation  du vivant et de la nomenclature binominale. Bref, Waterton n'était pas un ornithologue "comme il faut" (en fançais dans le texte).

 

   Le deuxième degré est plus profond : ce dont se moque Waterton, ce n'est pas seulement de la systématique Linnéenne ou de la course à la découverte inédite, c'est de l'arrogance de l'homme face à l'animal. Sil fallait le classer parmi les philosophes, on le mettrait chez les Cyniques, les philosophes du Chien : car les disciples d'Antisthène partageaient ce mordant, cette désinvolture non-conformiste, ce renversement des valeurs qui les faisaient préferer les pieds de nez et les pirouettes aux honneurs et les conventions. Et Diogène aurait ouvert volontiers la porte de son tonneau à un Squire capable d'aller poser le pied sur la tête de l'Ange qui domine le Castel Sant'Angelo pour seulement montrer qu'il en est capable (Wandering. ), un homme dont l'objectif affiché dans la vie est de pouvoir dire qu'il a été mordu par un vampire, un taxidermisrte qui ose produire, sous le titre de Luther après sa chute, un singe grimaçant et cornu, ou sous le titre de John Dull et la dette nationale, un porc-èpic dans une carapace de tortue entouré de six monstres ! Et  sans-doute nous montre-t-il son Nondescript  comme Diogène en vain cherchait dans Athènes un homme, pour nous dire que la fameuse spécificité humaine dont nous nous glorifions pour asservir ou manipuler le reste du monde, n'existe pas.

 

 

 

   Dans le même genre... le Zymoglophic Museum : http://www.zymoglyphic.org/links/taxidermy.html

                                          ... le Musée Orfila et la femme à barbe : http://www.biomedicale.univ-paris5.fr/anat/spip.php?rubrique10

                                          ... les Écorchés de Honoré Fragonard au Musée vétérinaire de Maisons-Alfort , sur Wikipédia ou  ici http://www.art-et-science.fr/explorart/2009/plastination2.html

 

En 1844, il publie Essays on natural history, chiefly Ornithology, by Charles Waterton, ESQ, with a continuation of the autobiography of the author, London, 1844. On y trouve ses colères contre les coupeurs de queue de cheval, la description de la beauté de la nature en prenant comme exemple le regard ou les reptations des serpents, etc.

 

b) John Edmonstone.

Cet esclave du propriétaire d'une plantation de Guyane britannique, Charles Edmonstone a suivi son maître à Glasgow.

Charles Waterton fit connaissance de cet esclave lorqu'il se rendit en Guyane pour gérer les plantations de son oncle: il initia John à la taxidermie.

Une fois libre, Edmonstone exerça la taxidermie à Glasgow, puis à Edimbourg  où il enseignait à l'Université. C'est là qu'il eut l'occasion d'avoir comme étudiant en médecine Charles Darwin, alors agè de seize ans. Des liens d'amitié se créerent, dont on peut penser - c'est d'ailleurs Darwin qui l'écrit - qu'ils contribuèrent à la très forte répulsion de l'auteur de l'Origine des Espèces à l'égard de l'esclavage. Darwin écrit dans son autobiographie qu'il rencontra "a negro lived in Edinburgh, who had travelled with Warton, and gained his livelihood by stuffing birds, which he did excellently; he gave me lessons for payment and I often used to sit with him for he was a pleasant and intelligent man.”

Mais j'ignore si Darwin avait hérité, via Edmonstone, de la technique de taxidermie au sublimé corrosif.

 

c) John Gould.

  Je rappelle que John Gould ( 1804-1881) fut un taxidermiste londonien réputé avant d'être l'ornithologue et l'éditeur hors-pair qu'il fut : je renvoie à mon article. John Gould : l'homme oiseau, la pierre, le diamant et la girafe.

 

d) Rowland Ward (1848-1912) : l'anti Waterton ?

Autre grande maison de taxidermie londonienne, la Rowland Ward LTD. de Picadilly était spécialisée dans les trophées de chasse de gros gibier. Le père de Rowland, Henry Ward, avait été aussi un naturaliste et taxidermiste réputé, qui avait participé à la collection d'oiseaux d'Amérique d'Audubon.

   C'est désormais une maison d'édition de livres pour passionnés de la chasse, publiant depuis 1892 Recors of the Big Game, un livre de records de chasse au gros, mais aussi des ouvrages aux  titres aussi attirant que La mort dans la vallée du Rift,(Death in the Rift Valley), Tir au double-fusil britannique, Fusils et cartouches d'Afrique, Fusil de chasse d'Amérique,

Le chef-d'oeuvre de Rowland Ward fut le diorama grandeur nature intitulé La vie de la Jungle et créé pour l'Exposition Coloniale et Indienne de 1886. Ce fut lui que lança la mode des dioramas montrant les animaux sauvages dans leur environnement naturel. Tous les grands chasseurs sportifs de son temps étaient ses amis, dont le "Duc d'Orléans", alias Philippe d'Orléans (1869-1928). A Wood Norton (Workcestershire) ou à Pluck Dael en Belgique, il installe les collections cynégétiques de ses chasses sur les cinq continents, et les donne à voir en de vastes dioramas sur fond de banquise aussi bien que de jungle. Ces collections sont léguées au Muséum d' histoire naturelle de Paris qui les installe dans une annexe ; elle y sont mal conservées, le batiment doit être démoli en 1960 et ce qui reste des animaux empaillés est récupéré pour la Galerie de l'Évolution.

   La Grande Galerie de l'Évolution montre toujours ce qui a été récupéré des dioramas : l'attaque d'un éléphant par une tigresse, souvenir d'une mésaventure survenue au Duc en 1887 en Inde, nous explique-t-on.

 

8- Taxidermie américaine.

 Ce chapitre pour rappeller que James Audubon pratiquait la taxidermie, et que lorsqu'il s'installa en Nouvelle-Orléans il exerça cette activité pour gagner sa vie.

  Mentionnons Aiken Charles Edward Howard (1850-1936),  et Thure Ludwig Theodor Kumlien (1819-1888), ornithologue et taxidermiste pour le musée de Milwaukee. Il est mentionné sur l'article Wikipédia qui le concerne que "sa mort est probablement due à la manipulation des substances toxiques qu'il utilisait pour la conservation des peaux d'oiseau.", ce qui illustre les dangers de l'arsenic et du mercure.

 

 

9. Et la collecte ?

 

Comment les taxidermistes se procurent-ils les spécimens ? Actuellement, où les oiseaux sont protégés, sauf de la chasse, ils naturalisent les oiseaux trouvés morts (soit dans la nature soit dans les réserves, les ménageries et les zoos), ou ceux qu'il faut euthanasier.

 

 A) La chasse.

  Jadis, à l'époque qui nous concerne, les naturalistes prélevaient les spécimens par la chasse. Le développement des armes à feu a donc permis celui de l'ornithologie. Jusqu'en 1789, la chasse était le privilége de la noblesse, qui chassait à courre. Peu pratiquaient la chasse à tir, mais seuls les aristocrates pouvaient le faire,ce qui permet de comprendre que les grands collectionneurs étaient des nobles, et, à contrario, que le début du XIXème siécle a vu naître de nombreuses collections et une explosion de l'ornithologie.

  Les premiers fusils sont à canons fixes juxtaposés avec platines à chiens extérieurs, qu'il faut charger par la bouche. Jusqu'au milieu du XIXème ce furent des fusils à silex, puis en 1807 John Forsith développa le systéme à percussion, rendant possible le chargement par la culasse ; les canons vont basculer. Les premiéres cartouches sont à broche,et la cartouche à percussion centrale ne se développe vraiment que dans les années 1850.

 

   La chasse à tir permet donc le développement de la taxidermie et de la constitution de collection, mais le chasseur devait respecter quelques précautions particuliéres : on remplissait le canon de moins de poudre et moins de plomb pour limiter les dégats subis par l'oiseau. Il fallait sécher  rapidement la blessure par de la colophane en poudre, ou du platre et placer un tampon de coton, afin que le sang ne souille pas les plumes ; de même, on veillait à fermer le bec de l'oiseau par un fil passé dans les narines, et on prévenait le froissement des plumes en glissant l'animal tête le première dans un cornet de papier. Il fallait éviter de tirer de trop près, faute de quoi le spécimen était défiguré. On prenait la peine de noter la couleur des yeux, afin de choisir, lors de la naturalisation, des yeux en émail conformes à l'original.

 

 

B) les autre techniques.

Pour Boitard , rien ne vaut le fusil, mais " viennent ensuite les filets et les pièges, puis la sarbacane, et enfin la pipée." ( Boitard,Manuel du naturaliste, Roret 1825).

 

   Le collectionneur fait aussi, et surtout dans les colonies,de jolies trouvailles à l'étal du marché, s'il sait être attentif.

     La sarbacane permet d'obtenir des petits oiseaux bien frais, dit encore Boitard, mais il y faut beaucoup d'adresse, ou bien choisir le printemps, "époque où le oiseaux, agités par les feux de l'amour, oublient leur caractère timide, et les dangers qui les menacent, au point de se laisser approcher de très-près."

    Les oiseaux s'attrapent aussi  à la sauterelle ou au trébuchet, mais on ne peut espérer que de petits zoziaux.

 Ce sont des pièges que l'on tend sur les filées, réseau de sentiers fréquentés par les espèces que l'on veut attraper ; on les fabrique avec de la ficelle et des branches de bois, et on prépare ainsi des sauterelles couchées, des sauterelles droites ou des sauterelles piquées, disposées avec des lacets à grives et des lacets à bécasse.

 

Et les gluaux ? On nomme ainsi des baguettes enduites de glue, et que l'on installe sur des branches pour retenir les oiseaux par les pattes ou par les ailes. Mais la glue doit être retirée soigneusement du plumage, à l'huile d'olive, pour utiliser l'oiseau en taxidermie, aussi la méthode n'a pas la préference des naturalistes.

   On prépare la glue à partir des boules de gui, comme son nom l'indique, mais aussi en utilisant l'écorce de gui ou celle des branches tendres du houx ; le mieux est encore de chauffer une huile de lin de bonne qualité. Et vos gluaux prendont, sous le nez des chasseurs, des tarins et des mésanges, ou des bouvreuils.

  Vous pouvez utiliser ces gluaux à la pipée, et c'est le plus amusant, en septembre, pour les rouges-gorges et les grives : un arbre est choisi, on le dépouille de ses branches pour ne laisser que quelques-unes qu'on entaille. Dans les entailles, on glisse les baguettes engluées ; dés qu'un oiseau s'y fera prendre, la baguette tombera, et l'oiseau avec. Ainsi, il ne se débat pas. On ne peut piper qu'au lever du soleil ou à la tombée de la nuit : le pipeur se cache et commence à frouer doucement, c'est à dire qu'il imite les cris d'appel des merles, des  geais, en utilisant des feuilles de lierre trouées et pliées dans la longueur, un couteau, une pièce de monnaie plièe ou des instruments en acier,en ivoire ou en argent  qui tous produisent le frouement ou le chouchement adéquat. Cela contre-fait le cri d'un petit oiseau qui appelle les autres à son secours, qu'il ne fait que lorsqu'il a rencontré son prédateur ; et aussitôt tous les autres oiseaux buissoniers s'animent et accourent. A ce frouement, le pipeur mèle le cri imité de la chouette, ou bien il fait crier des oiseaux en cage qui appellent leurs congénères; bien-sûr, il peut utiliser des appeaux, s'il sait les confectionner dans quelque branche de merisier ou de coudrier, à moins qu'il ne tende une feuille de chiendent entre les doigts, pour faire la chouette ou le hibou.

  Tous les oiseaux ne s'attrapent pas à la pipée, et on peut utiliser les gluaux à l'arbret, ou à l'abreuvoir, en entourant une source d'une haie de gluaux.

 

Et les filets?  L'usage qu'on en fait aujourd'hui lors du baguage des oiseaux permet de comprendre qu'ils étaie

nt des instruments de l'oiseleur autant que  du pêcheur, et qu'un montage de trois filets, nommé hallier, permettait d'attraper des perdrix ou des cailles, des canards ou des râles d'eau, des poules d'eau ou des faisans. Le rafle, ou le trémail, servent à prendre les merles, les grives et les petits oiseaux. Les oiseaux de proie se prennent dans des araignées, filets tendus entre des arbres et maintenus par des triquets en bois qui cédent lors de la prise. Et puis il y a le traineau, la nappe, la pochette, la tonnelle, la pantaine et surtout la tirasse, qui est le meilleur moyen pour peupler une voliére ou constituer une collection d'histoire naturelle, car les oiseaux n'y perdent pas une plume. C'est un procédé qui utilisent des appelants, verdiers, pinsons, chardonnerets, bruants, alouettes, bouvreuils, tarins, cinis, mésanges ou gros-becs qui sont mis en cage ou attachés par la patte à une baguette. Lorsqu'une bande d'oiseau passe, on fait jouer l'appellant de son choix et on le fait voltiger dans le filet ; les oiseaux sauvages se posent, et on tire alors le filet.

  S'ils sont attrapés au filet, et qu'ils vivent encore, les oiseaux que l'on veut naturaliser doivent être étouffer rapidement plutôt que de les placer dans des cages où ils abiment leurs plumes.

 

   Les alouettes s'attirent en utilisant le fameux miroir aux alouettes, une piéce de bois où sont fixés des miroirs ou des plaques d'acier, que le chasseur fait tourner avec une ficelle près du filet.

   Mais pourquoi, en hiver,ne pas attirer les oiseaux grace à des graines sous un filet, et le laisser choir? Ou, lors des couvées, ne pas entourer les nids d'un noeud coulant, qu'on serre lorsque l'oiseau se penche pour nourrir les petits?

Ou placer de petits moineaux dans un panier tréssé en cul de bouteille qui piègera les congénères curieux de compagnie?

   Pourquoi ne pas utiliser des trébuchets, où une planche ou un filet poussés par un ressort se referme sur la victime qui libére dans son passage la butée? Et on pourra choisir la sauterelle-trébuchet, l'assomoir du Mexique, la mésangette, le quatre-de-chiffre, la cage-tenderesse...  Ou le traquenard, pour prendre les oiseaux de proie nocturnes?

 

Mais soyons francs : ces moyens ne servent à rien à celui qui ne posséde pas une connaissance approfondie des moeurs et habitudes des oiseaux convoités.

 

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24 février 2011 4 24 /02 /février /2011 21:51

 

   TAXIDERMIE ET COLLECTIONS ORNITHOLOGIQUES AU XVIIIème ET XIXème SIECLES. (2)

 

 

II. Les voyages naturalistes d'exploration.

 

   Ce sont ces voyages qui procurérent aux préparateurs des Muséums et aux collectionneurs les animaux (et les plantes, les roches, les fossiles, etc.) qu'ils attendaient. La France et l'Angleterre rivalisérent avec d'autant plus de zéle que, derrière l'intéret de la science se cachaient les intérets militaires ( assurer la cartographie par exemple) ou économiques (inventorier les richesses, créer des comptoirs, etc...).

  Je ne citerai pas les voyages anglais : ni les explorations de Sir Joseph Banks et les trois voyages de Cook, ni les deux voyages du Beagle.

Deux sortes d'explorations sont à distinguer : les grands voyages maritimes organisés par les États ou leur Muséum national, et les périples à travers les continents organisés par des aventuriers privés ou des marchands.

 

    Qu'ils soient médecins, chirurgiens, pharmaciens ou naturalistes, ils reçoivent tous une formation en technique de conservation des spècimens par des aides-naturalistes du Muséum ou par des manuels et des instructions.

  Ainsi le Manuel de taxidermie à l'usage des marins, publié en 1819 par René-Primevère Lesson dans les Annales maritimes et coloniales et qui reprend l'article Taxidermie de Dufresne dans le Dictionnaire d' histoire naturelle de Déterville (1ère édition tome 21, 2ème édition tome 32), ou le volume de Boitard en Encyclopédie Roiret dès 1825.

  Les navires embarquaient tout le matériel nécessaire à la préparation des spécimens et à la mise en caisse. Cela inclue des instruments (ciseaux, bistouris, scalpels, pinces à disséquer, vrilles, pinces brucelles, pinces plates, rondes, coupantes,des aiguilles, des curettes, des becs à corbins, un petit marteau, une tenaille incisive,deux limes) du coton ou de la filasse, de l'étoupe, du chanvre, du lin, du crin, de l'alun, du tan, de l'essence de térébenthine, de la gomme arabique pour la colle de gomme ou le coton gommé, du savon arsenical de Bécoeur bien-entendu, ainsi que d'autres "préservatifs" ( et, surtout, toute une collection de fils de fer ; mais aussi des pinceaux et du vernis "pour droguer les oiseaux" ,des juchoirs, des étiquettes. Et des yeux, des yeux en émail, qui ne sont bien faits qu'à Paris; et il faut aller chez Azard, émailleur de la rue Aumet, ou chez Jahiet, rue de Bracq, ou encore chez Lalande fils, rue de Seine.A défaut d'être parisien, sur les ports de mer, on se rendra chez les marchands de verroterie. Mais les yeux, c'était plutôt au retour, au Muséum, qu'on les montait.

    Les grands taxidermistes se contentent parfois de peu, lorsqu'ils sont en expédition, et René Maugé de Cely, lorsqu'il partit sur le Naturaliste avec le Capitaine Baudin, n'avait pris qu'une boite de scalpels et ses instruments de chasse , ce qui ne l'a pas empéché de préparer un grand nombre de quadrupèdes et d'oiseaux. Il est vrai qu'il s'était contenté de les préparer et c'est le travail le plus simple, qui se résume à dépouiller et à bourrer : le montage se fit à l'arrivée des collections à Paris.

    Les candidats aventuriers recevaient aussi une formation en "chlortonomie, ou art de faire des herbiers" ou sur "la dessication des zoophytes" (R.P.Lesson, Ann.Mar. Colon.1819). 

 

  1. Les Grands Voyages Maritimes.

  Aprés les avoir énuméré et avoir cité les naturalistes embarqués, et l'avenir des collections, je détaillerai le voyage du Capitaine Blandin.

   Je peux remarquer qu'à cette époque, la science maîtresse est la botanique, ne serait-ce que parce que la médecine est fondée sur une pharmacopée essentiellement végétale (et ce sont les médecins et les pharmaciens qui recoivent une formation de botaniste, qui sont engagés comme naturalistes, parfois comme chirurgien-naturalistes), mais aussi parce que les espéces botaniques découvertes (thé, épices, arbres, fleurs,etc...) représentaient des sources de profit bien plus conséquent que la découverte d'un mammifère ou d'un oiseau. La plupart des naturalistes embarqués sont, au moins à l'origine, des botanistes.

 

-1766-1769 :La Boudeuse et l'Étoile ; dirigées par Bougainville.

                       - naturaliste : Philibert Commerson. (resté sur l'Ile de France, ses spécimens furent pour la plupart perdus).

 

- 1771-1772 : L'Isle de France et le Necessaire.

                       - naturaliste : Pierre Sonnerat. Ses collections ont enrichi celles du (futur) Muséum de Paris.

 

- 1773-1774 : Le Roland et l'Oiseau. Dirigé par Y.J.de Kermarrec-Tremadec.

                         - exploration de Sud de l'Océan Indien.

                         - naturaliste :Jean-Guillaume Bruguiére.

 

- 1785-1788. La Boussole et l'Astrolabe. Dirigées par J.F.de la Pérouse et P.A.M Fleuriot de Langle.

                          - Naturaliste :Jean-André Mongez.

 

1791-1794 : La Recherche et l Espérance : dirigées par d'Entrecasteaux et J.M Huon de Kermadec.

                           - naturaliste : J.J.Houtou de la Billardiére (1755-1834)

                                                   Louis Ventenat, botaniste

                                                   C.A.G.Riche, botaniste.

 

1800-1804 Le Géographe et le Naturaliste, dirigés par Nicolas Thomas Blandin sur le Géographe et J.F.E.Hamelin sur Le Naturaliste..

                            - botaniste : J.B. Leschenault de la Tour

                              -zoologue : René Maugé de Cely  (mort à l'ile Maria, au large de la Tasmanie, le 21 février 1802),

 Stanislas Levillain (mort en mer le 29 décembre 1801) puis François Péron et Charles-Alexandre Lesueur.

 

1817-1820. L'Uranie (et la Physicienne), dirigée par Louis de Freycinet et Isidore Duperrey

                            -médecins-naturalistes : Joseph Paul Gaimard (1796-1858)

                                                                      : Jean-René Constant Quoy.

                             - l'épouse du commandant Rose de Freycinet, est à bord, déguisée en matelot ; elle y est dessinatrice. Elle tient un journal, qui sera publié en 1927.

                             - Au retour, l'Uranie fait naufrage aux îles Malouines : l'expédition embarque à bord d'un baleinier, renommé La Physicienne pour la circonstance.

QUOY J. R. C. & GAIMARD J. P. 1824. — III Zoologie, in FREYCINET L. DE (ed.), Voyage autour du monde entrepris par ordre du roi, exécuté sur les corvettes de S. M. L’Uranie et La Physicienne, pendant les années 1817, 1818, 1819 et 1820 par M. L.de Freycinet . Pillet Aîné, Paris (texte et atlas),702 p.

 

1822-1825 : La Coquille, dirigée par L.I Duperrey et Jules Dumont d'Urville.

                                 -naturaliste : le médecin-chirurgien Prosper Garnot

                                   -chirurgien, pharmacien et naturaliste : René Primevère Lesson (1794-1849)

                                  -  Garnot, tombé malade en cours de route, est rapatrié avec toutes les collections amassées en Amérique du Sud et dans le Pacifique, sur un navire anglais qui fait naufrage, avec les collections.

 

LESSON R. P. 1827. — Description de quelques nouvelles espèces d’oiseaux recueillies par MM. Lesson et Garnot.  Bulletin des Sciences naturelles et de Géologie 10: 400.

LESSON R. P. 1831. — Traité d’ornithologie . Livraisons 6 et 7. Levrault, Paris, 659 p.

LESSON R. P. 1826-1830. — Zoologie, in LESSON R. P. & GARNOT P. (eds), Voyage autour du monde, exécuté par ordre du roi, sur la corvette de Sa Majesté, La Coquille , pendant les années 1822, 1823, 1824 et 1825 et publié par M. L. I. Duperrey , 2 vols. Bertrand, Paris, 659 p.

 

- 1824-1826 La Thetis et l'Espérance commandées par Hyacinthe de Bougainville.

                                   - aucun naturaliste , mais le chirurgien du bord François-Louis Busseuil collecte des spécimens naturalistes. Il meurt avant d'avoir pu exploiter ses récoltes et ses notes et c'est R.P.Lesson qui, en 1837, publie la relation du voyage et la description ornithologique (pp 311-332 du tome 2)

 

 

 -1826-1829. L' Astrolabe (ex Coquille) dirigée par Dumont d'Urville et Charles Hector Jacquinot.

                               exploration de l'Australie et de la Nouvelle-Zélande.

                                -médecins-naturalistes : J.P.Gaimard et J.R Quoy. Naturaliste Honoré Jacquinot.

 

QUOY J. R. C. & GAIMARD J. P. 1830-1835. —  Zoologie 5 vols, Oiseaux 1 vol., in D UMONT D’URVILLE J. S. C. (ed.),

Voyage de découvertes de L’Astrolabe , exécuté par ordre du roi, pendant les  années 1826, 1827, 1828 et 1829 sous le commandement  de M. Jules Dumont Durville . Tastu, Paris, 13 vols.

 

- 1829-1832. La Favorite, commandée par Théodore Laplace.

                                - zoologue : Fortuné Eydoux

 

.  

EYDOUX M. M. F. & GERVAIS P. in LAPLACE C. P. T.1833-1839. —

Voyage autour du monde par les mers

de l’Inde et de la Chine exécuté sur la corvette de l’état

La Favorite 

pendant les années 1830, 1831 et 1832

sous le commandement de M. Laplace publié par ordre de M. le vice-amiral comte de Rigny

. Imprimerie royale, Paris, 5 vols.

 

 

 

 

  - 1836-39 La Venus, commandée par Abel Du Petit-Thouars.

                               : Mission: évaluer l'intéret de la chasse à la baleine dans le nord du Pacifique.

                               : médecin-naturaliste : Adolphe Simon Naboux (1806-1844) Découverte de la mouette à queue fourchue (1846), quasi endémique sur les îles Galapagos.

                               : Le chirurgien : Charles.René.Augustin Leclancher, et le commis à la comptabilité Emile-Charles Fillieux  participérent activement aux découvertes et aux récoltes naturalistes, formant une collection principalement  constituée d'oiseaux.

  Elles sont décrites par Florent Prevost, aide-naturaliste au Muséum.

   DES MURS O. & PREVOST F. 1840-1864. — Zoologie tome V, Oiseaux, in DU PETIT-THOUARS A. A.(ed.), Voyage autour du monde sur la frégate La Vénus, pendant les années 1836-1839 : publié par ordre du Roi, sous les auspices du ministre de la Marine par Abel Du Petit-Thouars. Gide et Baudry, Paris, 11 vols.

 

 

- 1836-1837 La Bonite, Capitaine A.Nicolas Vaillant

                                 : médecins-naturalistes : Fortuné Eydoux et Louis Auguste Souleyet

                                 : : pharmacien-naturaliste :Charles Gaudichaud-Beaupré.

 

EYDOUX M. M. F. & SOULEYET L. A. in VAILLANT A. N. 1840-1866. — Voyage autour du monde exécuté pendant les années 1836 et 1837 sur la corvette La Bonite, commandée par M. Vaillant capitaine de vaisseau, publié par ordre du roi sous les auspices du département de la Marine.

Zoologie, 2 vols.Bertrand, Paris, 15 vols.

 

 

- 1837-1840, Corvettes  l'Astrolabe et la Zélée, commandées par Jules Dumont d'Urville (l'Astrolabe) et C.H.Jacquinot (La Zélée)

                                  : circumnavigation et exploration de l'Antarctique, découverte de la Terre Adélie.

                                  : Médecins-naturalistes : J.B.Hombron et L. Le Breton sur l'Astrolabe, H. Jacquinot et E.J.F. Le Guillou sur la Zélée.

                                  : Jacques Pucheran (1817-1894)  rédige la partie "Oiseau" du "Voyage...sur les corvettes l'Astrolabe et la Zélée". Il donne son nom au géocoucou, au pic et au à la Pintade de Pucheran.

                                   : l'éxpédition dispose d'un préparateur-naturaliste ; est-ce un taxidermiste du Muséum ? Non, car Alexandre Dumoutier (1797-1871) est en réalité enrôlé comme "préparateur d'anatomie et phrénologiste" par Dumont d'Urville qui _comme nombre de ses contemporains_ se passionne pour la phrénologie de Gall. Il se fera mouler la tête par Dumoutier (on peut  voir ce moulage dans la collection réunie au Musée Flaubert d'histoire de la médecine et qui tentait d'illustrer les 27 "organes" de Gall). Le phrénologiste ramènera de son voyage les moulages de têtes d'Océaniens, plus tard conservées au Musée de l'Homme, et il publiera sous son nom (ce serait en réalité Blanchard qui l'aurait écrit) le volume "Anthropologie" du Voyage au Pôle Sud et dans l'Océanie sur les corvettes "l'Astrolabe"et "la Zélée" (24 volumes).

  JACQUINOT H. & PUCHERAN J. in DUMONT DURVILLE J. S. C. 1841-1854. — Voyage au Pôle sud et dans l’Océanie sur les corvettes L’Astrolabe et La Zélée, exécuté par ordre du roi pendant les années 1837, 1838, 1839, 1840, sous le commandement de J. Dumont d’Urville, Capitaine de Vaisseau. Zoologie. Gide, Paris, 4 vols.

 HOMBRON J. B. & JACQUINOT H. 1841. —Description de plusieurs oiseaux nouveaux ou peu connus, provenant de l’expédition autour du monde sur les corvettes L’Astrolabe et La Zélée Annales des Sciences naturelles

Zoologie (2), 16:312-320.

 HOMBRON J. B. & JACQUINOT H. in DUMONT DURVILLE J. S. C. 1842-1846. — Voyage au Pôle sud et dans l’Océanie sur les corvettes L’Astrolabe et La Zélée, exécuté par ordre du roi pendant les années 1837-1838-1839-1840. Atlas. Gide, Paris.

 

 

 - 1841-1844 La Favorite, voyage en Mer de Chine

                                         : chirurgien-naturaliste C.R.A. Leclancher. Il en ramènera 11 mammifères et 232 oiseaux.

  EYDOUX M. M. F. & GERVAIS P. in LAPLACE C. P. T.1833-1839. —  Voyage autour du monde par les mers

de l’Inde et de la Chine exécuté sur la corvette de l’état La Favorite  pendant les années 1830, 1831 et 1832

sous le commandement de M. Laplace publié par ordre de M. le vice-amiral comte de Rigny . Imprimerie royale, Paris, 5 vols.

 

- 1882-1883 : La Romanche. Capitaine F.Vailland

 

                                         : expédition scientifique au Cap Horn.

                                        : c'est la premiére à diposer d'un ornithologue attitré, Emile Oustalet., qui rédige en 1899 la partie "Oiseaux" du compte-rendu de l'expédition.

 

 

2. les voyages d'exploration privés .

 Là encore, impossible de les citer tous.

 

 - Alcide d'Orbigny (1802-1857) mena une expédition de première importance en Amérique du Sud : remarqué par Cuvier pour son travail précurseur en micropaléontologie sur les foraminofères, il se voit confiè par le Muséum la mission d'approfondir les connaissances naturalistes en Amérique du Sud : il reçoit une formation en taxidermie et confection d'herbiers et s'embarque sur la corvette la Meuse pour un séjour qui durera de 1826 à 1833. A son retour, il enrichit les collections du Muséum de 9000 espèces, dont 783 espèces d'oiseaux.

- 1893 :expédition au Congo par Jean Dybowski, qui ramène 600 spécimens d'oiseaux de 160 espèces différentes, étudiées par Emile Oustalet.

- Exploration de la faune de Chine pour l compte du Muséum par Armand David (1826-1900), missionnaire lazariste.

- Exploration de l'Afrique, des Phillipines et des îles Mariannes par Alfred Marche.

- Exploration de la Cochinchine et de la Nouvelle-Calédonie par L.R.Germain.

- Exploration de l'Inde et de l'Afrique équatoriale par Guy Babault. (spécimen au Musée Gabriel Foucher à Bourges )

 

3. Un exemple : les voyages du Capitaine Baudin.

 

Nicolas Baudin (1754-1803) est un capitaine de navire, explorateur, formé à la botanique et à la conservation des plants.

 

  - Voyage aux Antilles (1796-1798) 

     Baudin fait un voyage aux Antilles pour le compte du Muséum d'histoire naturelle avec Antoine-Laurent de Jussieu sur la Belle Angélique, et en raméne une splendide collection d'oiseaux, d'insectes mais surtout de plantes.

    Pour ce voyage à Trinidad, le Muséum a recommandé d'embarquer un botaniste, Riedlé, et Renè Maugé de Cely, 39 ans, zoologiste, assitant-naturaliste au Muséum, qui dispose d'une importante collection personnelle et qui est remarqué non seulement pour ses compétences, mais aussi pour son enthousiasme scientifique. Il est interessant de prendre connaissance de la mission qui lui était attribuée :

    "Le citoyen Maugé" devait rassembler des animaux, notamment des nouvelles espèces, et en conserver de nombreux exemplaires pour qu'ils soient présentés aux différentes Écoles de France, tout en les préservant selon les méthodes éprouvées. Après leur avoir otè la peau, il devait donner leur corps à l'anatomiste. Avant de les faire écorcher, il devait faire dessiner les animaux par un artiste, de sorte que le taxidermiste du Muséum puisse copier la forme naturelle et l'attitude de l'animal lors du montage. Il devait les inscrire dans un journal sous des numéros, avec ses remarques principales sur le lieu, les habitudes, la forme, la taille, et l'habitat de chaque animal, notamment pour les spécimens les plus inhabituels. Il devait aussi prélever des animaux vivants, notamment les plus susceptibles de s'acclimater en France, ceux qui pourraient servir à la ferme et ceux qui présenteraient un intéret particulier pour la science, ou d'une forme ou d'une couleur particuliérement attrayante. Il devait organiser leur transport en toute sécurité pendant le voyage. (Frank Horner, The french reconnaissance, Baudin in Australia, 1987).

   Maugé raménera 400 spécimens d'oiseaux aux naturalistes du Muséum, notamment à son ami Louis Dufresne.

 

 

  - Voyage aux Terres Australes (1800-1804).

   En octobre 1800, Nicolas Baudin est choisi pour mener, pour le Muséum, deux navires, Le Gèographe et Le Naturaliste sur les côtes de l'Australie. Emmanuel Hamelin est le capitaine qui commande Le Naturaliste.

   Neuf spécialistes en sciences naturelles sont embarqués :

                  - Pierre François Keraudren, médecin, chirurgien et biologiste.

                  - Jean Baptiste Leschenault de la Tour, botaniste.

                  - Renè Maugé de Cely, zoologiste, préparateur-naturaliste au Muséum.

                  - Stanislas Levillain,

                  - François Péron,

                  - Jean-Baptiste Bory de Saint-Vincent, zoologue -chef

                  - Désiré Dumont,

                  - André Michaux.     

   Ces naturalistes sont accompagnés d' artistes, d'astronomes, d'un cartographe et de deux minéralogistes.   

      L'expédition atteint l'Australie , fait escale à Sydney puis reste un mois en Tasmanie avant d'atteindre Timor.

 

 

  A son retour à Lorient en mars 1804, l'expédition  rapporta des dizaines de milliers de spécimens de plantes inconnues, 2 500 échantillons de minéraux, 12 cartons de notes, observations et carnets de voyages, 1 500 esquisses et peintures. En zoologie,François Péron et Charles-Alexandre Lesueur ont amassé une collection de plus de 100 000 espèces, dont 2500 espèces nouvelles.

 

 

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24 février 2011 4 24 /02 /février /2011 17:22

 

  TAXIDERMIE ET COLLECTIONS ORNITHOLOGIQUES AU XVIIIème ET XIXème SIECLES. (3)

 

 

III. Les collections naturalistes -  les muséums.

 

1. Les Cabinets de curiosité.

 

Passons rapidement sur ceux-ci : ils sont, à la Renaissance et au XVIIème siècle, les lieux de collecte d'objets insolites, fantastiques, exotiques ou rares : des "chaos organisés". Ces cabinets font l'objet de catalogues qui circulent dans toute l'Europe.

  -Citons d'abord une exception, celui d'Ulisse Aldrovandi (1522-1605) à Bologne au XVIème siècle. Le cabinet de curiosité apparaît comme un phénomène majeur en Italie à cette époque et de très nombreuses collections étaient réalisées dans la seule ville de Bologne. Le cabinet d' Aldrovandi fut l'un des plus importants d'Europe si on excepte les collections princières, royales ou papales. Surtout, elle s'écarte de ces dernieres et de leur but ostentatoire car elle se place dans un dispositif de construction exhaustif du savoir scientifique. Le maître déclaré d'Aldrovandi est Aristote, et son disciple bolonais refuse la simple énumération des realia au profit d'un projet de description, de classification et d'insertion dans un ensemble plus vaste où le cabinet de curiosité forme un tout avec le jardin botanique, avec l'oeuvre écrite (360 volumes !) et les illustrations tirées des objets collectés. Il s'agit de donner à voir il theatro di natura, un microcosme du monde, et du savoir, universel. Aldrovandi cite les 4454 tiroirs de ses deux armoires consacrées à la minéralogie, les 14 gros volumes de ses herbiers, mais dispose aussi de spécimens de zoologie séchés ou naturalisés.

- le cabinet de Conrad Gessner,

- les cabinets des apothicaires : de Besler ;  de Francesco Calzolari à Vérone, représenté sur une gravure de 1622, et dont le catalogue date de 1584 ; et  d'Imperato Ferrante, à Naples : http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/pharm_0035-2349_2003_num_91_340_5556

 

-Ole Worms (1588-1654), médecin danois.

-Rodolphe II du Saint-Empire (1552-1612). Il faudrait plutôt citer le peintre Arcimboldo, qui enrichit les Wunderkamen de Ferdinand I, Maximilien II puis de Rodolphe II à Prague de ses ghiribizzi et tableaux allégoriques maniéristes.

-Honoré d'Urfé (1568-1625), l'auteur de l' Astrée.

- Georg Everhard Rumphius (1627-1702), architecte employé de la Compagnie des Indes Occidentales.

- Albertus Seba (16665-1736), zoologiste et pharmacien hollandais, dont la première collection est vendue au tsar Pierre-le-Grand (elle sera l'amorce du Muséum de Saint-Petersbourg) et dont le catalogue de 1710, le Thesaurus, est constitué de quatre volumes de 51 cm et de 9 kg chaque ; il est riche de 446 planches de serpents, de mammifères, d'oiseaux, de mollusques et d'insectes.

- Sir Hans Sloane (1660-1756), médecin et naturaliste, mais surtout collectionneur. Il racheta le cabinet de curiosité de William Courten en 1701. Il détenait 1172 spécimens d'ornithologie (peaux, squelettes, oeufs, nids).

- Réaumur de Ferchault, qui réunit le plus grand cabinet naturaliste de France.

-Le Cabinet du Roi, créé en 1729 au Jardin du roi, et dont les collections confiées à Buffon sont décrites par Daubenton dans l'Histoire Naturelle de Buffon.

 

2. XIXème siècle :Les muséums d'histoire naturelle et les collections privées.

   Si le XVIIIème siècle fut saisi par la fièvre des découvertes et des explorations, le XIXème fut LE siècle de la passion pour l'histoire naturelle et  revues, sociétés, amateurs d'entomologie, d'ichtyologie, de botanique, de mycologie, de malacologie, de paléontologie ou d'ornithologie se multiplièrent.

Après que le Muséum National d'Histoire Naturelle ait été fondé le 10 juin 1793, chaque ville voulu avoir son muséum, et de 1820 à 1850 c'est au rythme de 2 muséums par an que ceux-ci apparurent...Il fallu satisfaire la demande explosive en spécimens naturalisés.

  Pour se donner une idée du nombre d'individus prélevés sur le stock naturel, on peut se référer aux chiffres suivants : actuellement, le Muséum de Washington dispose de 125 millions de spécimens, celui de Londres 70 millions, et celui de Paris 60 millions.

  La conservation d'animaux naturalisés s'impose dans un but didactique (éduquer le public ou satisfaire sa curiosité), dans un but scientifique ( permettre l'étude des animaux) et dans un but taxinomique lié à la notion de type.

 

 La notion de type en zoologie.

   L'un des premiers à en décrire la nécessité est Mathurin Jacques Brisson.

 En biologie, un typenomenclatural est un élément de référence attaché à  un nom scientifique, à partir duquel une espèce vivante (ou ayant vécu), a été décrite. Il désigne le matériel original ayant servi à la typification. Un "spécimen" est défini en zoologie  comme l'exemplaire d'un animal, d'un fossile ou d'un travail d'un animal, ou d'une partie de ceux-ci.  Ce peut être un spécimen conservé (par herbier en botanique, lyophilisation en mycologie, naturalisation en zoologie ), ou une illustration (on parle alors d'iconotype) si elle respecte les conditions du Code de Nomenclature. L'holotype est le spécimen original, explicitement désigné par l'auteur du nom dans sa publication originale. C'est l'holotype porte-nom. En l'absence de cette précision, tous les spécimens sont des syntypes, à moins qu' un lectotype soit désigné.

  Le protologueest l'ensemble des informations associées à un nom d'éspèce dans la publication originale. On peut y trouver une diagnose, une illustration, des rèfèrences, une synonymie,une situation géographique, et une citation de spécimen : c'est celle-ci qui fixe l'holotype.

 

La conservation, dans les muséums, des types leur confère un rôle clé en taxinomie. Aussi, au Muséum National d'Histoire Naturelle, Claire et Jean-François Voisin, du département Systématique et Evolution, nous explique  qu'alors que  les oiseaux étaient  jadis exposés au public , dans la seconde moitiè du XXème siècle, les spécimens susceptibles d'être des types furent démontés et placés dans des boites assurant une meilleure conservation.   Chaque spécimen reçoit une étiquette mentionnant, outre son nom, la référence de description, le nom usuel, le numéro au Catalogue Général.  Les types font l’objet de la publication de catalogues par familles ou ordres. Le dix-septième catalogue du Muséum _MNHN_serait sous presse dans Zoosystema.

 

Prenons un premier exemple, concernant le Cormoran huppé. Lors de son inventaire de la Corse, Charles Payraudeau décrivit dans le volume 8 des Annales des Sciences Naturellesd' Audouin, Brongniart et Dumas, Paris 1826, deux espèces :

  -La Mouette d'Audouin, Larus Audouiniipages 462-464,(actuellement Goéland d'Audouin, Ichtyaetus audouiniiPayraudeau,1826, (synonyme Larus audouinii) décrite en latin puis en français, précisant son habitat, ses moeurs, son régime. Elle est dédicadée à "son excellent ami " Victor Audouin (1797-1841).

   - Le Cormoran de Desmarest, Carbo Desmarestii,pages 464-465, (actuellement sous-espèce Phalacrocorax carbo desmarestii)  dédié "à M. Desmarest, dont les nombreux travaux contribuent si puissamment, chaque jour, aux progrés des sciences naturelles ".

http://bibdigital.rjb.csic.es/spa/Libro.php?Libro=2139

   L'article Alauda, 1998, vol.66,n°1, pp64-66, de J.F.Voisin, Vimpere J., Yesou P. nous explique que Charles Payraudeau fonda sa description de ces deux espèces sur au moins deux spécimens. Le spécimen-type de Carbo Desmarestiiest encore représenté par le spécimen n°00049 du Musée ornithologique de la Chaize-le-Vicomte, qui est désigné comme le lectotype, et par le spécimen n° 87038 du Musée d'Histoire naturelle de Leyde (Nederland), qui est un paralectotype.

   Le spécimen-type du Goéland d'Ardouin est conservé au Musée d'histoire naturelle de Leyde sous le numéro 87581, il est le lectotype de ce taxon.

 

 Prenons un deuxième exemple, qui permet d'illustrer les relations entre la taxidermie, les collections des muséums et les grands voyages maritimes : le Manchot   antipode, ou manchot à oeil jaune, se trouve exclusivement au sud de la Nouvelle-Zélande. Son nom scientifique est Megadyptes antipodes Hombron & Jacquinot , 1841. Trois spécimens ont  été ramenés par Hombron et Jacquinot des îles Auckland lors du voyage de l'Astrolabe et de la Zélée, ils décrirent cette espèce  dans les Annales de Sciences naturelles (Zoologie), 2ème série, 16: 320 sous le nom de Catarrhactes antipodes, et les spécimens arrivérent dans les collections du Muséum National d'Histoire Naturelle : ils y figurent dans le Catalogue Général sous les numèros 2000-3292 , 2000-3293, et 2000-3294. Le premier est le lectotype, les deux autres sont les paralectotypes. ( J.F.Voisin et J.L.Mougin, Liste des types d'oiseaux des collections du Muséum National d'Histoire Naturelle de paris, 11, Manchots (Spheniscidae ) 2002).

 

Quelques collections visibles en France. (dans le désordre) Mon but en les énumérant est de montrer leur importance et leur nombre.

 

-Musée Geoge-Sand et de la Vallée noire à La Châtre (Inde).

  Il possède 3000 pièces dont 400 sont exposées dans des vitrines thématiques : rapaces, oiseaux de mer, canards, oiseaux exotiques, oiseaux de Brenne ou de la vallée de la Creuse. On y note la présence d'espèces aujourd'hui disparues : Perruche de la Caroline du Sud (Conuropsis carolinensis), Eider du Labrador (Camptorhynchus labradorius), Pigeon migrateur (Ectopistes migratorius)…

 

Jean-François-Emmanuel Baillon, le père (1742-1802) était avocat et bailli de Waben ; il consacrait tout le temps libre que lui laissait sa charge à l'étude de l'histoire naturelle et correspondait avec les plus célèbres naturalistes de son époque comme Buffon, Cuvier et Daubenton. Il étudia particulièrement les oiseaux de mer présents sur la côte picarde. La plupart des spécimens que l'on voit au Muséum ont été préparés par lui. Baillon a commis divers ouvrages dont un Mémoire sur les causes du dépérissement du bois et les moyens d'y remédier et un autre Sur les sables mouvants qui couvrent les côtes du département du Pas-de-Calais et les moyens de s'opposer à leur invasion.

Son fils, Louis-Antoine-François Baillon naquit à Montreuil-sur-Mer en février 1778. Plongé dès son plus jeune âge dans ce grand bain naturaliste, il partagea très vite la passion de son père pour les sciences. À vingt ans, Louis Baillon vint à Paris occuper le poste d'assistant naturaliste au jardin des Plantes, fonction qu'il abandonna en 1802, à la mort de son père, pour revenir à Abbeville. Il devint alors le correspondant de Bonelli, de Geoffroy-Saint-Hilaire, du prince de Neuwield… et sa réputation égala rapidement celle de son père. Il poursuivit et développa considérablement la collection d'oiseaux initiée par ce dernier, la portant à 6 000 pièces. C'est par l'achat ou surtout par échange contre des espèces de la région d'Abbeville que les Baillon obtinrent des oiseaux des principaux voyages de découverte de l'époque et des premières navigations autour du monde.
   À travers la lecture des étiquettes écrites de la main de Louis Baillon, collées sur les socles des oiseaux du musée, transparaît toute l'histoire des grandes explorations de la fin du 18e siècle et du début du 19e siècle : par exemple, Labillardière à la recherche de La Pérouse, voyage de L'Astrobale, de La Coquille, Dumont d'Urville à la terre Adélie, « acheté sur une prise anglaise provient de Québec » (guerres de Napoléon), « un oiseau d'Australie abîmé par suite du naufrage du bateau sur les côtes d'Amérique du Sud »…

 

Louis Baillon mourut à Abbeville le 3 décembre 1855. Sa collection se montait à 6000 pièces.
   En reconnaissance de son travail, on a donné le nom du naturaliste à trois espèces d'oiseaux : la Marouette de Baillon (Porzana pusilla), le Puffin de Baillon (Puffinus lherminieri bailloni), endémique de l'île de la Réunion, et le Toucan de Baillon - ou Araçari - (Baillonius bailloni). Louis Baillon publia les Catalogues des mammifères, oiseaux, reptiles, poissons et mollusques de Picardie et collabora à la Flore du département de la Somme et des environs de Paris de C. Pauquy (1831).

 

- Collection du Chateau Naillac : écomusée de la Brenne.

 il contient la collection rassemblée par Jean-Mercier Génétoux  à partir de 1823 : riche de 1200 spécimens au départ, elle présente 819 pièces actuellement, soit 224 espèces différentes.

 

- Collection ornithologique de la faculté des sciences de Montpellier.

Crée en 1809, elle offre 1500 spécimens.

 

- Musée ornithologique Charles Payraudeau à La Chaize-le-Vicomte en Vendée.

  contenant les collections de Charles Payraudeau, soit 2000 oiseaux : 1200 oiseaux de l'Ouest paléarctique, 800 oiseaux de l'hémisphère Sud.

 

- Musée vert du Mans.

qui posséde les collections de l'ornithologue Abel Martin (1776-1863), soit 360 oiseaux naturalisés dans la première moitié du XIXème siècle.

 

- Musée Victor Brun à Montauban.

3000 spécimens ( coloibris, perruches, perroquets, paradisiers) colléctés dans la seconde moitiè du XIXème siècle par divers amateurs.

 

- Collection ornithologique de Port Saint-Louis du Rhône.

présentant 168 oiseaux naturalisés.

 

-Collections de Bourg-sous-la-Roche,

c'est une collection privée qui a été léguée au Muséum National, mais qui est conservée sur place ; elle contient des milliers de spécimens capturés en Vendée.

 

-Musée Zoologique de Strasbourg.

10000 animaux+2000 mis en peaux, 1500 pièces ostéologiques, 400 nids, 900 lots d'oeufs, un ensemble constitué par

        -G.W.Schimper, pour des espèces de N.E  africain.

       - Kroener, pour des espèces régionales,

       - N.Saucerotte, pour des espèces originaires de Java,

       - John Gould ; celui-ci a adressé en prime au Musée de Strasbourg qui avait souscrit à son luxueux et onéreux Birds of Australia, des espèces naturalisées d'Australie, mais aussi de Chine, de Nouvelle-Zélande, de Tahiti et de Corse.

      -Alfred Brehm, naturaliste de Thuringe, et qui avait hérité de l'immense collection de son père.

      - Adolphe Boucard

      - Wehrum, pour une collection de 1500 oeufs.

  Cela nous illustre la partique généralisée des échanges entre collectionneur au XIXème siècle.

 

- Muséum d'histoire naturelle de Bordeaux.

  Le muséum de Bordeaux figure parmi les premières collections publiques créées au lendemain de la Révolution Française à partir de cabinets privés d'Histoire naturelle, notamment celui du Pr. Latapie, disciple de Montesquieu, remis à la ville de Bordeaux dès 1791, puis celui de l'armateur Bernard Journu-Auber, en 1804.
Achats, dons, legs, collections provenant d'outremer puis collections régionales, zoologie, ostéologie, paléontologie, géologie : l'origine, la provenance et la nature des collections constitue un ensemble riche et variée, témoignant de la passion pour les sciences de la nature de la fin du 18e siècle jusqu'au milieu du 20e.

     La collection d'oiseaux compte 4 400 spécimens, plus de 1 760 espèces, avec notamment la quasi-totalité des espèces européennes (sur les 9 602 espèces existantes soit 20% de la population mondiale) ainsi qu'une collection de 5 000 œufs.

 

-Muséum d'Autun,

  qui annonce 10 000 spécimens ornithologiques (oiseaux, nids, oeufs) .

 

- Muséum de Perpignan.

C'est une collection de 700 oiseaux, pour moitié d'origine européenne, pour l'autre d'origine exotique, remarquablement étudiée et présentée en ligne sur : http://www.mediterranees.net/museum/oiseaux1.html

 

-Muséum de Lyon.

8500 spécimens d'oiseaux   dont près de la moitié existait déjà au début du XXème siècle.

Mais une absence, celle de la collection d'oiseaux en herbier de Mouton-Fontenille, pourtant présente sur l'inventaire de 1814.

 

-Muséum de Chartres

riche de la collection du Baron Antoine de Layre : 72 spécimens.

 

- Muséum de Nantes.

    Il fait partie des grands : sa collection de zoologie atteint 1 600 000 spécimens, et la collection d'ornithologie 25 836 oiseaux ! Pourtant les collections les plus anciennes ont disparu, qui avaient permis à son premier conservateur, François-René Dubuisson, d'initier Audubon à l'ornithologie. Actuellement, il est riche de 11135 oiseaux naturalisés, 4869 oiseaux en peau, 9140 oeufs, 365 plumes, 132 nids, 195 squelettes.

  L'origine de ces spécimens est diverse, témoignant bien des échanges et des apports par les savants, les passionnés ou les voyageurs : le Dr Louis Bureau (1847-1936) qui dirigea le Muséum, et fonda la SSNOF, avait débuté à 13 ans une collection d'oeufs, et de pattes d'oiseaux : il légua ses 471 oiseaux naturalisés. Le Muséum National reçu de Nantes 122 spécimens, mais en donna 300 spécimens, venant de Jules Verreaux, du Prince Bonaparte, d' Alcide d'Orbigny, ou des voyages de l'Uranie, de l'Astrolabe, du Passge de Venus. Des oiseaux ont été ramenés par Alfred Marche lors de trois explorations de l'Afrique.

  Depuis 1988, le Muséum a reproduit le cabinet d'histoire naturelle du marquis René Adabie (1895-1971), taxidermiste de sa collection d'oiseaux et de poussins.

   Plus interessant encore est peut-être la collection régionale constituée par un réseau de membres de la SSNOF.

  Enfin une collection d'oiseaux en peau est utilisée actuellement par les candidats au diplome de bagueur du CRBPO : elle se constitue des oiseaux qui sont trouvés morts et récoltés (et non plus capturés) par les ornithologues  ou les agents de l'ONCFS : elle permet de se former à l'identification des oiseaux en main, et illustre l'actualité de l'intéret scientifique et didactique de la taxidermie.

  Parmi les gloires du Muséum, le specimen du Grand Pingouin (espéce éteinte), celui du pigeon Migrateur (également disparu).

 

- Muséum d'histoire naturelle de Rouen.

   Il prend le deuxième rang après Paris en terme d'importance, et  possède 800 000 pièces dont 400 000 sont présentées. La collection ornithologique atteint 12 000 oiseaux, montrés en petits dioramas par milieu naturel. De nombreux types sont présents.

      Le MHN de Rouen a été créé par un éléve d'Achille-Cléophas Flaubert (1784-1846), chirurgien des Hopitaux de Rouen : le docteur Félix-Archimède Pouchet (1800-1872), biologiste qui opta pour une carrière de naturaliste.

   D'abord destiné aux étudiants en médecine pour illustrer leurs études de zoologie, botanique et pharmacie, le Muséum s'ouvre au public en 1834.

  Son successeur Georges Pennetier fut le premier à présenter ses collections en dioramas en plaçant les animaux dans une reconstitution de leur milieu.

Parmi les oiseaux naturalisés, l' un d'entre eux est rentré par la grande porte dans le monde des Lettres : un perroquet que Gustave Flaubert a emprunté au Muséum pour le poser sur sa table de travail et en faire le modèle de Loulou, ce perroquet que la brave Félicité a reçu de sa patronne et auquel elle s'est tant attachée qu'elle l'a fait empaillé à Paris.   "Il s'appelait Loulou ; son corps était vert, le bout de ses ailes roses, son front bleu et sa gorge dorée." (Un coeur simple in Trois Contes, Gustave Flaubert, 1877). Il a eu aussi les honneurs d'un best-seller, Le perroquet de Flaubert,de Julian Barnes, qui raconte son enquète sur cet oiseau. A l'époque de Flaubert, le Muséum disposait de 50 perroquets d'Amazonie, mais il n'en restait que trois lors de cette enquète. Loulou est un témoignage de la vogue des oiseaux exotiques et de la taxidermie au XIXème siècle. Et je suis sûr que le pharmacien de Madame Bovary, Homais, est membre de la Société des Amis des Sciences Naturelles et du Muséum de Rouen , qu'il pratique la taxidermie et que c'est pour préparer le savon arsenical de Bécoeur (pharmacien comme lui) qu'il stocke dans son capharnaüm une grande quantité d'arsenic. Il adresse ses spécimens au Muséum avec une note pour le bulletin de la S.A.N.M.R, et je le suspecte d'avoir soufflé à Gadeau de Kerville sa devise : "Matière et Mouvement, Tout pour l'Humanitè".

 

 

- Muséum National d'Histoire Naturelle à Paris.

 

  Il posséde 130 000 spécimens d'oiseaux , dont 2500 types, 600 d'entre eux ayant été validés.400 spécimens sont

ceux d'une espèce disparue ou en voie de disparition. On compte 30 000 oiseaux montés sur socle, 6000 squelettes et des petites collections d'oiseaux en alcool, de nids et d'oeufs.

  L'origine des collections est glorieuse : Buffon bien-sûr, et Pierre Sonnerat pour les pièces les plus anciennes, puis le butin du voyage de l'expèdition Baudin (cf infra), et l'apport de trois grandes collections :

   -celle de Jules Verreaux.

   - celle du Dr Marmottan.

   - celle de A.Boucard., marchand et collectionneur, qui donna 25 000 spécimens, une partie en don en 1895, l'autre en legs en 1904. 

Il faudrait citer la contribution de tous les grands voyages maritimes d'exploration  et de toutes les expéditions en Amérique et en Afrique : c'est pourquoi nous y consacrerons un chapitre particulier.

  Je fais un copier-coller du paragraphe "activité" du site consacré par le MNHN, qui explique le rôle important de ces collections pour l'ornithologie:

Ces collections sont à vocation principalement scientifique, et aussi muséographique. Les oiseaux sur socle servent à de nombreuses expositions en interne et à l'extérieur de l'établissement. Sur le plan scientifique, les collections de mises en peau sont à la base d'études taxonomiques (définition de nouvelles espèces, limite d'espèces, révision de taxons supérieurs, genre ou famille), d'études morphologiques (en vue de l'identification des populations lors du baguage des oiseaux), écomorphologiques (morphométrie) et éthomorphologiques (comme l'étude des lumières réfléchies et des patrons de coloration en vue de l'étude de la sélection sexuelle). Les squelettes sont utilisés pour des travaux d'anatomie systématique (beaucoup moins fréquents désormais) ou comme référence pour l'identification de restes animaux retrouvés dans les fouilles archéologiques (c'est l'utilisation la plus fréquente). Les prélèvements (sang, organes) constituent une source d'ADN, dont les séquences sont utilisées dans des études de phylogénie moléculaire.La collection s'accroît régulièrement (saisies, ramassages, dépôts anonymes, zoos...). Cet accroissement est maintenant limité par la législation.

 

 

Pour illustrer l'ambiance d'un atelier da taxidermie, nous pouvons nous inspirer de ce tableau de Henry Coeylas (vers 1845), exposé au Muséum, représentant  la salle de tannerie du Muséum où le Professeur Oustalet (debout) et ses assistants Terrier et Boudarel travaillent à la reconstitution du Drone, ou "Dodo", animal exotique de l 'île Maurice et de la Réunion qui avait totaelment disparu vers 1680.

 

DSCN6922

 

   Un autre détail du même tableau :

 

DSCN6921

 

  Quelques autres collectionneurs.


- le marchand et collectionneur A. Boucard (1839-1905)

qui donna au Muséum National quelques 25000 pièces.

- Le Comte de Riocour

dont la collection fut décrite par Vieillot, et rachetée par Boucard.

- Victor Massena (1799-1863),

fils du Maréchal d'Empire Masséna, il réunit une collection de 12 500 spécimens dans les années 1830-1840 ; elle fut vendue au muséum de Philadelphy, l' Academy of Natural Sciences of Philadelphy ANSP.

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Published by jean-yves cordier
23 février 2011 3 23 /02 /février /2011 08:44

 

Du noir, et caetera...

 

Je l'ai rencontré sur mon chemin , il était noir, il était beau, il sentait bon le panicaut, c'était un scarabée tout à fait commun pour quelqu'un qui, déjà satisfait de reconnaître l'ajonc du genêt, ne s'aventure pas à distinguer le hanneton de la scarabosse.

 

 

  DSCN2694c

 

 

   Il me plaisait, avec ses pattes en réglisse haribo ; mais je me méfiais. N'était-ce pas quelque forme du Chevalier Noir, quelqu' avatar du Dark Knight, quelque métamorphose semblable à celle qui, un jour, transforma Kafka en cloporte, mais qui me confrontrait au noir Méléagant, cavalier sans peur ni conscience qui eut l'impiété de déranger le roi Arthur en sa Cour et lui dérober sa tendre Genièvre ?

   Ne rencontrais-je pas le sinistre gardien de la fontaine magique qui, dans Yvain ou le Chevalier au Lion, combattit Calogrenant et lui vola son cheval ? Certes j'étais venu à pied., et je m'étais bien gardé de verser de l'eau sur la margelle du lavoir, mais ces gens-là sont ombrageux...

 

 

   Non, ce n'était qu'un noir scarabée franc d'allure, paisible de moeurs et de plaisante compagnie, qui me procura la bile noire, le pied sombre, l'humeur saturne et ce tempérament  doucement chagrin qui caractérisent, selon le problème XXX du Pseudo-Aristote, les grands esprits.

 

   Mais parmi les princes ténébreux qui hantent les chemins et les pelouses, il n'en est qu'un à ne pas attendre les temps  de Pentecôte et d'Ascension des Perceval et des Gauvain, et qui affrontent les déchaînements glacés de l'hiver : le Crache-sang.  Ne pensez-pas que ce nom désigne une phtisique étique et décharnée, une hémoptysique Dame aux Camélias, une sidéenne rongée de consomption et  que sa contagion condamne à errer tels les  cacous de jadis dans la poussiére des route.

                                                                      Si vous la rencontrez bizarrement parée

                                                                 Trainant dans le ruisseau un talon déchaussé

                                                                 Et la tête et l'oeil bas comme un pigeon bléssé

                                                                 Messieurs ne crachez pas de jurons et d'ordures

                                                                 Au visage fardé de cette pauvre impure 

                                                                 Que Déesse Famine a par un soir d'hiver

                                                                 Contrainte de relever son jupon en plein air....

... car il y aurait méprise et ce serait ce Chrysoméle qui, pour se défendre, vous cracherait un jus écarlate d'hémolymphe par la bouche et par les articulations. Ce Timarcha tenebricosa Fabricius, 1775 serait un hidalgo, un aristocrate puisque son nom de timarque lui assigne la sprezzata desinvoltura flégmatique et la démarche nonchalante et distinguée des notables grecs, selon l'étymologie proposé par Wikipédia. C'est un coléoptère remarquable par sa grande taille ( 12 à 19 mm), son incapacité à voler en raison de ses élytres soudées et de son caractère aptère, son attirance pour les milieux nitrophiles où poussent le gaillet et l'ortie, et surtout pour la précocité de ses apparitions dés le mois de mars ( mon observation le 20 février sur le sentier côtier de Tréfeuntec est donc une primeure). Quand à ce que j'ai nommé ses pattes en réglisse haribo, ce sont ses tarses particuliérement élargies fonctionnant comme des ventouses, dont le mâle se sert pour aggriper la lisse carapace de sa tendre épouse lors de l'acte de chair.

 

 

 

 

 

  Mais si j'aime le noir en son plein, je l'aime aussi en  mi-partie : j' entendais que l'appartement du 5 bis, rue de Verneuil avait été décoré par Serge Gainsbourg avec un pavement de carrelage blanc rompu de carrés noirs, et s'il adorait ces affrontements de contraires, je faisais aussi mes délices, à l'âge où ces jeux se tolèrent, de sauter à cloche-pied sur des alternances de cases noires et de cases blanches, sur ces marelles opportunes que les trottoirs, parfois, nous réservent.

 

   Le Noir et le Blanc en partition? J'en appelais à un chevalier digne de clamer kérigmatiquement ces couleurs : Fuligule morillon.

 

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Published by jean-yves cordier
8 février 2011 2 08 /02 /février /2011 22:10

  Oui, mon premier papillon, mais passant si rapidement dans le ciel bleu de cette journée d'hiver que je n'ai pas pu mettre un nom sur ses ailes noires. Vulcain ?

   Mais sur les ajoncs de l'étang du Fret , mes premiers hyménoptères, solaires, glorieux émissaires du printemps :

 

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  Le mois de février est tout entier dédié au réveil de la nature, au "Réveil de l'Ours", comme on dit dans les Pyrénées :              

         -le premier février, on fêtait chez les celtes la fête d'Imbolc, la purification de l'eau assurant fécondité et fertilité. C'était aussi la Sainte-Brigit, abbesse irlandaise de Kildare dont la vache généreuse donnait du lait trois fois par jour! 

 

          - Le 2 février, c'est la Chandeleur, la fête de la Chandelle, de la lumière qui revient, victorieuse sur les puissances nocturnes. C'est la fète par excellence de la sortie de l'hiver météorologique, lorsque les jours rallongent de manière sensible, que les bourgeons apparaissent, que les chatons se multiplient en claires suspensions.

   Ce jour-là, ou les jours suivants, un dicton relevé dans toute la zone du chamanisme européen de l'ours dit que cet animal sort de son hibernation et de sa tanière, regarde son ombre -juge si l'hiver est terminé et, dans ce cas, descend vers les campagnes chercher de la chair fraîche et répondre à d'autres émois profonds. Mais s' il juge que le printemps est en retard, il se recouche comme un adolescent maussade pour une grasse matinée de quarante jours...

 

          - le 3 février, c'est la Saint-Blaise : "le lendemain de l'hiver, c'est l'hiver qui s'apaise".

     Cet évêque de Sébaste en Arménie, guérisseur des maux de gorge (c'est le patron des O.R.L) , martyrisé en 316,

  Son nom évoque le mot allemand blasen, souffler, (avec le rôle essentiel du souffle dans les fêtes carnavalesques), le terme anglais blazen, incendie,( dans de nombreuses communes on allume des feux ou des cierges ) ou le breton  bleizh , le loup ( et cet ermite qui vivait en sauvage dans une grotte-tanière, nourri par les oiseaux et entouré de bêtes sauvages qui venaient recevoir sa bénédiction, a tous les traits des hommes des forets, hommes-sauvages ou hommes-loups ). Il est souvent représenté avec, outre les peignes-cardes de son martyr, des bougies, un loup, ou des animaux sauvages. Il est invoqué lorsqu'on se trouve en présence d'une bête féroce, ce qui arrive moins souvent que d'avoir mal à la gorge.

 

         - le 5 février, c'est la Sainte-Agathe : A la Sainte Agathe, plante ton oignon, pour un brin tu en auras quatre.

    Agathe était une très belle sicilienne du IIIème siècle qui avait décidé de rester vierge pour se vouer au Christ. Mais le préfet Quintanius la désirait; elle l'éconduit et il la condamna à être exposée nue dans un lupanar : le ciel lui-même descendit la protéger. Quintanius lui fit arracher les seins à la tenaille, mais cette fois c'est le grand Saint Pierre qui vint panser les plaies dans son cachot. Alors, lit-on dans la Légende dorée de Jacques de Voragine, l'affreux Quintanius la fit traîner sur des charbons ardents, où elle accepta de mourir.

   C'est la patronne de la Sicile, avec Sainte Rosalie, mais c'est aussi la sainte des cloches, et elle est souvent représentée tenant sur deux plateaux ses seins en forme de clochettes. C'est bien-sûr la patronne des nourrices, reprenant le culte romain des Matronalia le Ier mars.

   Cette vierge est une sainte de la fertilité agraire, réputée veiller, comme Saint-Antoine et Saint-Blaise, sur les champs et sur les étables.

   Comme les fêtes précédentes, elle célèbre le renouveau des forces  vitales lorsque la lumière reprend de la vigueur, et le symbolisme du sein nourricier à son stade virginal reprend le thème des promesses de dame nature lorsqu'elle n'a pas encore la générosité floride de Pomone et des Cornucopiae, mais qu'elle est prépare, dans le secret de germinations et des maturations, l'éclatement printanier des bourgeons, l'irruption des plantes et l'éclosion des efflorescences.

    Actuellement, la procession de la statue d'argent de Sant'Agata à Catane du 3 au  5 février rassemble paraît-il un million de participants : la sainte est menée en carrosse doré à travers la ville, et on ne s'étonnera pas que cela débute par la procession de la Luminaria, ni que l'on offre à sainte Agathe de la cire de bougie, ni encore que onze énormes candélabres de bois de plusieurs mètres de haut participent aux cérémonies avant d'illuminer le défilé nocturne, et pas d'avantage que cela soit aussi la fête du feu ou des pompiers.Feu, flammes, chandelles, c'est la grande fête du retour de la Lumière et des forces vitales.

 

   C'est dire combien un naturaliste peut considérer son culte comme un témoignage de la manière dont les humains, depuis des lustres, ressentent, honorent et célèbrent les grands évènements cycliques naturels.

 

La Sainte-Agathe et son culte mammaire reprend une fête du 5 février en Sicile, où on honorait   la déesse égyptienne Isis lors d'une procession par  des libations de lait dans un vase en forme de sein.

      A Catane, des religieuses confectionnent encore des gâteaux en forme de sein, toujours vendus par paire, dont la forme dodue recouverte de sucre glace d'allure opaline est ornée en sa sommité d'une cerise confite. Les nonnes du couvent d'Alcamo, qui conservent la recette authentique, remplissent ces tétins de crème, alors que celles d'un couvent voisin, garante de la vraie recette, garnissent ces nénés de courge confite.  Dans les deux cas, ce sont les MINNIDI VIRGINI, ou Agatha's breast, Agatha's nipples : 

http://www.iloveagrigento.it/wp-content/uploads/2008/09/minni-di-virgini.jpg

 

  On en trouve la description  dans le célèbre roman de Giuseppe Tomasi di Lampedusa, Le Guépard, en italien Il gattopardo, 1958. C'est lors du bal donné par les Ponteleone : le Prince Salina, Don Fabrizio découvre le buffet :

 

  Il dédaigna la table de boissons qui se trouvait à droite, étincelante de cristaux et d'argenterie, se dirigea à gauche vers celle des gâteaux. Là, d'immenses babas alezans comme la robe des chevaux, des monts-blancs enneigés de crème; des beignets Dauphine que les amandes diapraient de blanc et les pistaches de vert; de petites collines de profiteroles au chocolat, marron et grasses comme l'humus de la plaine de Catane d'où, en fait, elles venaient à travers de longs détours, des parfaits roses, des parfaits champagnes, des parfaits beiges qui s'effritaient en craquant lorsque la spatule les fendait, variations en majeur des griottes confites, tonalités acidulés des ananas jaunes, et "triomphe de la gourmandise" avec le vert opaque de leurs pistaches écrasées, impudiques "gâteaux des Vierges". Don Fabrizio se fit donner deux de ces derniers et les emportant dans l'assiette il ressemblait à une caricature profane de Sainte Agathe exhibant ses seins coupés. "Comment se fait-il que le Saint-Office, quand il le pouvait, n'a pas songé à interdire ces gâteaux ? Les "triomphes de la Gourmandise" (la gourmandise, un péché mortel !), les seins de Sainte Agathe vendus par les monastères, décorés par les fétards ! Bah ! "  Traduction de Jean-Paul Manganaro, ed Le Seuil 2007,p.265.

 

Sources : Nadine Cretin, Inventaire des fêtes de France, Larousse 2003.

                   Christine Armengaud, le diable sucré, ed de la Martinière 2000.

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Published by jean-yves cordier
14 janvier 2011 5 14 /01 /janvier /2011 10:23

    Quand le temps est à la pluie, les Brestois sortent quand-même.

    "Quand-même" : l' expression a mes faveurs, et pourrait servir de devise en Finistère. Elle n'a pas le coté ronchon du "non mais quand-même" proche du "m'enfin" lagaffien, elle n'est pas non plus liée au refus du réel propre au "oui mais quand-même" , mais elle plante le drapeau mutin d'une contestation individualiste, têtue et décidée .  Plus héroïquement, c'est "quand-même" que Guillaumet  marcha cinq jours et quatre nuits dans la cordillère des Andes après que son Potez 25 de l'Aéropostale se soit écrasé. Dans les goulags, les prisons et les camps, c'est toujours "quand-même"  que l' Espèce Humaine a résisté, et quand il n'est rien à espérer, c'est "quand-même" qu'il devient urgent d'entreprendre.

    Chez nous, les combats sont moins désespérés, moins glorieux, et c'est en affrontant les crachins et les tempêtes que nous nous préparons à ne rien céder à l'air du temps.

 

   Il pleuvait donc ce jour-là : je sortais.

 

   Le GR 34 qui longe sur 1700 km les côtes bretonnes présente un petit tronçon qui part de la plage du Corréjou à Camaret pour atteindre la Pointe du Toulinguet. On grimpe en profitant d'un beau point de vue sur le "sillon" (Camaret : Kamm-eret signifie : le sillon incurvé ), la chapelle de Rocamadour et la Tour Vauban. On atteint la batterie du Petit Gouin construit à mi-falaise et son "réduit modèle n°2 " en belle maçonnerie, encore un effort et on gagne la Pointe du Gouin dont le corps de garde et la batterie de mortiers de 1695 ont disparu sous les bétonnages massifs des défenses allemandes de 1941 : quatre canons Schneider de 220 mm et d'une portée de 22 km y étaient installés, avec leur quatre bunkers, leur poste directeur de tir et leurs pièces anti-aviation.

   L'origine du toponyme "Gouin " pour désigner une pointe, un cap, doit être recherché, comme le suggère l'Atlas des places fortes de 1784 qui indiquait pointe du Grouin, en comparaison de l' extrémité rocheuse avec le groin d'un cochon: la même métaphore prévaut pour la Pointe du Grouin de Cancale.

 

 

    Mais le  climat breton est capricant : comme un cabri il va à sauts et à gambades et déjà les gris nuages laissaient passer des rayons de soleil qui se dispersaient sur la lande de bruyère telle une bande  d'écoliers libérés pour leur récréation : l'un pour faire apparaître mille cloches dorées sur un buisson d'ajonc, l'autre pour révéler la broderie de lichen d'un bloc de granit, celui-ci pour réveiller un couple de tarier-pâtres qui se mirent à chanter.

   En contre-bas, les cormorans huppés traçaient une route tendue au ras de l'eau ; les huitrier-pies appelaient bruyamment. Happés par les courants aériens, des goélands argentés montaient  en planant au plus près des falaises pour surgir devant moi, jouer un instant au sommet, et se laisser emporter vers Toulinguet.

 

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   Le goéland argenté, le plus commun de nos côtes, porte comme nom scientifique celui de Larus argentatus Pontoppidan, 1763: c'est dire que ma curiosité n'aura de cesse de savoir qui se cache sous le patronyme de Pontoppidan. Mais je n'ai pas pris mon alpenstock dans cette randonnée pour me laisser détourner par cette sirène : j'y résisterai, car je dois à une rencontre que je vais bientôt dire de m'intéresser au nom français : goéland.

 

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    Le mot goéland ,nous dit le dictionnaire historique d'Alain Rey, se trouve pour la première fois sous cette graphie chez Buffon en 1781 ; mais nous avons gaellans en 1484, goilanten fin XVIème, goilan en 1642, goiland en 1757, toutes formes empruntées au breton gwelan, "mouette".

  Le mot masculin goéland a  formé   "avec substitution de suffixe" , tel Adam générant Ève, une forme féminine, la gracieuse goélette.

   Mais alors même que je cessais de suivre le vol des goélands dans l'azur du ciel breton et que je portais mon regard vers le ppahre du Minou, je vis se concrétiser cette forme linguistique féminine, ce parèdre anadyomène du goéland, la goélette à hunier La Belle Poule qui fendait la mer et les flots.

 

 

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On la voit qui s'apprête à gagner le port de Camaret : ses trois voiles d'avant sont le grand foc, le petit foc et la trinquette ballon. Le hunier est établi. Puis viennent la voile de misaine et la grand voile. Le clin foc n'est pas à poste, la voile d'étai et le flêche sont ferlés, et fortune, voile de cap et foc ballon restent dans la soute à voile.

 

On la distingue de son sister-ship l'Étoile par sa tête de mat blanche et non de bois verni, ou encore à sa girouette rouge plutôt que jaune. C'est un test d'acuité visuelle qu'aurait apprécié Gengis Khan, lui qui recrutait ses archers parmi ceux qui discernaient Alcor de Mizar, la deuxième étoile du "manche" de la casserole que forme la Grande Ourse.

 

DSCN8626

 

 

belle-poule 1002

 

 

 

   On sait que cette réplique d'une goélette morutière de Paimpol basée à Brest participe à l'entraînement d'une vingtaine d'élèves officiers de quarts.

 

Pendant qu'un canot est parti relever un filet posé devant le Petit Gouin, sans doute pour le diner du commandant, l'équipage rentre le hunier et les focs et se préparent à l'appontement.

 

belle-poule 1075 - Copie

 

 

 

belle-poule 1079

 

belle-poule-1072.JPG

 

La voici, un autre jour (18 janvier) qui se dirige de conserve avec l'Etoile (en tête)  vers l'île de Sein après avoir viré la Pointe du Toulinguet :

 

belle-poule 1207c

 

belle-poule 1195

 

Ici, les deux goélettes ont rejoint leur poste sous la Préfecture Maritime à Brest:

 

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  Son nom remonterait à 1533, où une charmante jeune-fille remit les clés de Toulouse à François Ier: elle avait 15 ans,elle se nommait  Paule de Vigier, baronne de Fonterville, elle mérita le surnom de Belle Paule. On dit qu'un corsaire de la Gironde  baptisa son navire de ce nom. Ce qui est avéré, c'est que Louis XV choisit de nommer Belle Poule une frégate de 30 canons qu'on construisait à Bordeaux en 1765 : si on ignore les raisons de ce choix, on chuchote que la plus jolie  des cinq  filles de Louis III de Nesle, Hortense Félicité, marquise de Flavacourt avait reçu ce sobriquet à la Cour; son portrait par Jean-Marc Nattier en 1740 avait été très admiré et avait permis au peintre de devenir le portraitiste de la famille royale. Mais le Marquis de Flavacourt avait menacé son épouse de la tuer si elle devenait "putain comme ses soeurs", et ce fut la seule à ne pas céder aux avances royales.

 

  Le bonheur de ce nom est de jouer non seulement sur le mystére de sa signification et de son origine,mais aussi sur la polysémie de "poule", terme affectueux et familier pour une jeune fille ou une femme liée à l'origine latine pullus, petit, et s'employant gentiment avec un possessif (ma poule, ma poulette ), mais aussi terme populaire pour désigner une "cocotte", une maîtresse, une femme facile, que l'on peut géminer en l'élégant poupoule comme dans la chanson. Un redoublement hypocoristique que ne laissera pas passer Huysmans qui l' utilise dans" Les soeurs Vatard" :maintenant embrasse-moi poupoule. Céline fut abasourdie.

 

Le 17 juin 1778, au large de Brest, la frégate La Belle Poule commandée par Chadeau de la Clochéterie affronta victorieusement la frégate anglaise l' Arethusa  . Cela déclencha une vague patriotique dont témoigne les bonnets dits pouf à la Belle Poule :

 

coiffure-XVIIIeme-pouf-a-la-Belle-Poule.jpg

 

 

  Deux autre frégates porteront ce nom. La troisième du nom ramena les cendres de l'Empereur de Sainte Hélène en 1840.

 

Les frégates sont dans la marine à voile des navires de guerre qui se situent entre le vaisseau de ligne et la corvette, et qui sont destinés à des missions de liaisons et d'information.

Actuellement, ce sont des unités de taille moyenne intermédiaire entre la corvette et le croiseur.

  Dans tous les cas, le mot frégate évoque la rapidité d'évolution : frégater un navire, c'est affiner ses formes, le rendre plus bas sur l'eau, plus rapide et plus manoeuvrant. Et les noms qui leur sont attribués évoque ces capacités de rapidité, de grâce, d'élégance : la Légère, la Fine, la Badine, la Mutine, la Rieuse, mais aussi l'Hirondelle, l'Aigrette, l'Oiseau, quand il n'évoque pas des femmes aimées de la famille impériale (Caroline, Pauline, Hortense) de 1803 à 1806.

  Les frégates portent traditionnellement un nom féminin alors qu'on réserve les noms masculins pour les croiseurs : ainsi le Sceptre, le Foudroyant, le Formidable, le Fougueux, le Triomphant, et la Forte, la Dédaigneuse, la Mélpomène : la raison en serait d'éviter qu'un vaisseau de nom masculin subisse l'affront d'être vaincu par un navire féminin. On notera que les bâtiments de la Royal Navy sont toujours féminins.cf Martine Acerra, la symbolique des noms de navire de guerre dans la marine française (1661-1815) :

http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/hes_0752-5702_1997_num_16_1_1934?_Prescripts_Search_tabs1=standard&

 

   Cette réflexion sur le mot frégate sur ce blog consacré aux oiseaux amène bien-entendu à comprendre pourquoi ce nom fut attribué en 1637 à une famille d'oiseaux des mers tropicales: non seulement en raison de leur rapidité et leur aisance évolutive dans l'attaque des proies, mais aussi peut-être parce que les frégates harcèlent d'autres oiseaux de mer et les amènent à régurgiter leur proies, comme les navires de combat qui compensent leur taille inférieure par leurs meilleurs prestations manoeuvrières.

 

Pourtant un détour va me faire traverser sur le fil des mots le Goulet qui me sépare de Brest : car frégateest aussi un terme d'argot, utilisé au bagne de Brest où le forçat lettré Ansiaulme le relève dans son Glossaire argotique des mots employés au bagne de Brest  : argot utilisé au bagne de Brest et connu par les voleurs dans toutes les provinces françaises, manuscrit de la main d'un juge de Chartres, 1821, bibliothèque municipale de Rouen. (Louis Auguste Ansiaulme fut condamné en 1820 à Rouen à 10 ans de travaux forcés.)

   Le dictionnaire argot-français qui figure dans le tome 2 du livre Les voleurs écrit par le forçat évadé du bagne de BrestFrançois Vidocq confirmera la signification des mots d'argots du glossaire d'Ansiaulme.

   Par analogie à la frégate considérée comme légère, svelte et féminine, les forçats utilisent ce terme pour désigner "un jeune homme sodomite ", avec l'exemple : "il donne à sa frégate ses nourritures et 6 balles par mois".

  De même Vidocq donne pour corvette"jeune sodomite". Et les prostituées sont nommées "galoupes", un dérivé de "chaloupe".

  On comprend mieux le dernier vers de cet extrait  poème Le condamné à mort de l'auteur de Querelle de Brest  Jean Genet, écrit à la prison de Fresnes en 1942 :

 

                                  Ô la douceur du bagne impossible et lointain !

                                  Ô le ciel de la Belle, ô la mer et les palmes

                                  Les matins transparents, les soirs fous, les nuits calmes,

                                  Ô les cheveux tondus et les Peaux-de Satin!

                             

                                  Rêvons ensemble, Amour, à quelque dur amant

                                  Grand comme l'univers mais le corps taché d'ombre,

                                  Qui nous bouclera nus dans ces auberges sombres

                                  Entre ses cuisses d'or, sur son ventre fumant

  

                                 [...]

                                 

                                 

                                  Amour, viens sur ma bouche! Amour, ouvre les portes!

                                  Traverse les couloirs, descends, marche léger,

                                  Vole dans l'escalier, plus souple qu'un berger,

                                  Plus soutenu par l'air qu'un vol de feuilles mortes.

 

                                  Ô traverse les murs; s'il le faut marche au bord

                                  Des toits, des océans ; couvre-toi de lumière

                                  Use de la menace, use de la prière,

                                  Mais viens ô ma frégate une heure avant ma mort.

 

 

 

 

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Published by jean-yves cordier
27 décembre 2010 1 27 /12 /décembre /2010 20:31

Je profite de ces images récentes de bergeronnettes de Yarrell Motacilla alba yarrellii Gould, 1837 pour revenir sur la personne de John Gould . Je renvoie à mon article initial : "Yarrell et Alex à Pentrez " du 7 novembre.

 

DSCN5824

 

Mais suis-je si sûr qu'il s'agisse d'une femelle yarrellii et non alba, alors que Gould lui-même signalait la difficulté de les distinguer ?  Voici les éléments que donne Aurélien Audevard:

  http://files.biolovision.net/www.faune-maine.org/userfiles/Bergeronnettegrise-Yarrell-6678.pdf 

 

 Femelle yarrellii en hiver:

  -plus de noir sur la calotte et la nuque

  - manteau et scapulaires plus sombres

  -croupion et sus-caudales noirs ou noirâtres

  -d'avantage de gris sur les côtés de la poitrine  et les flancs

  - contrairement à de nombreuses alba, les femelles yarrellii n'ont jamais le front, la calotte et la nuque toute grise.

 

 

DSCN5832

 

John Gould (1804-1881) a été un immense ornithologue, et a bien mérité l'épitaphe qu'il s'était choisi: John Gould the Bird Man. Il a décrit 377 nouvelles espèces d'oiseaux, rédigé plus de 300 articles scientifiques, il a été en relation avec les meilleurs ornithologues de son époque, il a écrit la partie ornithologique de la Zoologie de Darwin, il n'a pas hésité à se rendre en Australie pour y collecter l' avifaune, ce fut un pilier de la Societé Zoologique de Londres, il a introduit en Europe les espèces majeures d'oiseaux de compagnie, etc...etc..., ce fut réellement un Grand, Grand nom de l'histoire de l'ornithologie.

   Il laissa à sa mort une collection de 12395 spécimens, dont 5378 colibris (collection acquise par le Département Zoologique du British Muséum ).

Je veux lui rendre hommage en donnant ici un aperçu de sa biographie.

 

 

 

 

1. La pierre : John Gould éditeur de lithographies.

 

John Gould fut non seulement un ornithologue hors pair, mais tout autant un chef d'entreprise exceptionnel, novateur, ambitieux et comblé par le succès: outre  son entreprise de taxidermie, il créa une maison d'édition d'où sortirent 15  publications d'intérêt majeur, totalisant 50 volumes dont les planches coloriées atteignent le nombre de 3000, et qui décrivent dans leur milieu les oiseaux de tous les continents hormis l'Afrique.

   Alors qu'il semblait destiné à suivre la voie de son père jardinier aux jardins royaux de Windsor, il constate l'intérêt que portent les fils des aristocrates de la Cour aux oiseaux qu'il réussit à naturaliser dès l'âge de 14 ans : son sens des affaires le pousse à s'installer en 1824 à Londres comme taxidermiste, et il rencontre vite le succès, si bien  qu'il est recruté  en 1827 comme conservateur des collections du Muséum de la Société Zoologique, fondée un an auparavant. Il y découvre avant les autres les peaux ou les spécimens adressés par des collectionneurs du monde entier.

En 1798, Aloys Senefelder découvre en Allemagne le procédé d'impression par  lithographie, qui permet de reproduire toutes les techniques de dessin appliquées sur la pierre : plume, encre, craie, crayon. Dessiner sur le bloc de calcaire soigneusement  poli avec des crayons et stylos adaptés est aussi naturel que de travailler sur le papier. En 1830 sera inventé la lithoteinte, une aquarelle appliquée au pinceau.

Après que le dessin soit tracé au crayon gras, le bloc est lavé à l'acide nitrique, essuyé à la gomme arabique, puis l'encre, qui ne se fixera que sur le tracé gras du crayon, est appliqué avant l'impression à plat sous presse. 

La plupart des pierres sont réutilisées après polissage.

   En 1824, Charles Joseph Hullmandel (1789-1850) et Ludolf Ackermann introduisent en Angleterre la technique de la lithographie  (L'art du dessin sur pierre, Hullmandel, 1824). Ce procédé d'illustration est très onéreux car chaque planche est ensuite colorée à la main : elle est réservée aux livres médicaux. Gould réalise tout l'intérêt de cette jeune technique en ornithologie après avoir examiné Family of Psittacidae d'Edwar Lear (1830) : les courbes qu'impose le tracé des plumes est rendu avec une meilleure liberté qu'avec la gravure sur métal, et la technique est plus économique car le dessin est réalisé directement sur la pierre tandis qu' un graveur sur métal doit reproduire le dessin de l'artiste.  En 1820-23 avaient aussi paru les trois volumes du  Zoological Illustrations de William Swainson dont les lithographies avaient été suggérées par E.Lear ; néanmoins la qualité du résultat fait bien apparaître la supériorité du travail des Gould .

   John a épousé Elisabeth Coxen en 1829 : c'est une dessinatrice de talent. Il sollicite Edwar Lear pour qu'il initie son épouse à la lithographie , et il crée sa propre maison d'édition à son domicile londonien à Golden Square, Soho, où il vit avec ses six enfants. Les pierres (de l'argile de Dusseldorf) y seront dessinées au crayon gras   par Elisabeth et par Lear, puis par Henry Constantine Richter d'après l'esquisse de John Gould, avant d'être transportées à l'atelier de Charles Hullmandel pour l'impression, puis les planches seront confiées aux coloristes dirigés par Gabriel Bayfield : entre 1831 et 1861, ce sont plus de 500 000 planches qui seront ainsi produites.

 Gould  utilise ainsi les compétences de meilleurs artistes naturalistes de son époque : aux noms cités, ajoutons ceux de Joseph Wolf et William Mathew Hart

   Les oiseaux du monde entier provenaient d'une équipe internationale de collecteur : John Gilbert en tête, mais aussi F.Strange, son beau-frère Charles Coxen, Johnson Drumond ou  John Mac Gillivray.

  A cette époque, les oiseaux étaient collectés essentiellement en les chassant, et les bons ornithologues étaient d'abord de bons tireurs. Ainsi l'australien William Holmes, zoologiste de l'Australian Museum, se tue accidentellement en 1831 par une décharge de son fusil alors qu'il "collectait" les oiseaux. Les spécimens arrivaient sous forme de peaux, puis étaient "naturalisés", c'est à dire empaillés.

 

    John Gould lui-même n'était pas un artiste chevronné, mais il réalisait des dessins au crayon, à l'encre, au lavis ou à la craie, annotés d'instructions et de consignes de couleurs, et il s'impliqua dans toutes les étapes de réalisation des planches. Il était le seul garant de l'exactitude de l'illustration. A la fin des années 1840, il adopte une formule où chaque planche montre le mâle et la femelle,en vue dorsale et ventrale, avec si possible leur nid et les oeufs ou les poussins. En fait, ce sont ses esquisses qui procurent tous les détails scientifiques d'identification des espèces, et qui donnent leur originalité à ses planches par l'attention portée à l'environnement et au comportement.

   Sur la fin de sa vie, il délaissa les oiseaux australiens pour ceux des forets de l'Amérique du Sud et notamment des colibris.

 Voici deux planches  qui montrent   des espèces proches de celles de nos côtes : l'une représente le Fou austral, l'autre notre échasse blanche à coté de l'échasse noire de Nouvelle Zélande :

 

Australian Gannet Gould BirdsofAustralia

The Birds of Australia, pl 76. Australian Gannet.

 

 

 

Gould Birds of New Guinea vol 6 pl 25 New Zealand Stilt

 The Birds of New guinea, Pl 25

 

 

 

En 1870, 1062 riches particuliers, ou des bibliothèques,ou des  institutions composaient la clientèle et possédaient un  ou plusieurs des luxueux et splendides ouvrages de Gould.

Parmi ceux-ci :

1830-1833 :  A century of birds from the Himalaya mountains,1 volume, 80 planches

1832-37 : The Birds of Europe, 5 volumes, 22 parties, 448 planches, Londres.

1835-38 :  A monograph of the Trogonidae.

1833-35 : A monograph of the Ramphastidae or Family of Toucan

 1837-38 ; The birds of Australia and the adjacents islands, 1 vol, 2 part. 20 planches, Londres (supprimé )

1837-38 : Icones Avium, or Figures and description of New and Interesting species of Birds from various parts of the Globe.

1840-48 : The Birds of Australia, 7 vol, 36 parts, 600 planches.

1841-42 : A monograph of the Odontophorinae.

1845-63 The Mammals of Australia, 3 vol, 13 parts, 182 planches.

1849-61 : A monograph of the Trochildae or Family of the Humming birds.  (les colibris ), 5 vol,25 parts,360 planches.

                 The Birds of Asia;

                  Supplement to the Birds of Australia

                  A monograph of the Ramphastidae

                  A monograph of the Trogonidae

1862-73 ; The Birds of Great Britain, 5 vol,25 parts, 367 planches

1875-88 : The Birds of New-Guinea and the adjacent Papouan Islands.

                  A monograph of the Pittidae

                  Suppl. to the monograph of the Trochlidae

 

   Lorsqu'il meurt en 1881, il laisse une collection de 12395 spécimens d'oiseaux

 

 

2- John Gould et les " pinsons" de Darwin.

 

  Quand Charles Darwin revient en 1836 du second voyage du Beagle (le fouineur) qui a conduit ce navire destiné à dresser la cartographie des côtes de l'Amérique du Sud à boucler une circumnavigation via Tahiti et l'Australie, il soumet  ses collections aux plus éminents spécialistes. Son ancien professeur d'histoire naturelle, John Stevens Henslow se charge de la botanique, les ossements fossiles de mammifères géants  sont étudiés par Sir Richard Owen au Collège Royal de Chirurgie, les mammifères, crustacés et reptiles sont confiés à Charles Bell, et c'est  John Gould qui ètudie les exemplaires ornithologiques présentés le 4 janvier 1837 lors de la réunion de la Société zoologique de Londres. Cessant toutes ses activités, il remet ses conclusions à la réunion suivante du 10 janvier ! 

   Darwin, quoique collectionneur réputé de coleoptères, est néanmoins surtout préoccupé par ses découvertes géologiques et géographiques sous l'inspiration  de Charles Lyell. Les oiseaux  sont pour lui d'intéret secondaire, et d'ailleurs ce n'est pas lui, mais son jeune assistant Syms Covington qui les a récolté.

   Parmi les oiseaux ramenés de îles Galapagos se trouvent ce que l'on appelle "les pinsons" (il me semble que tout passereau à gros bec granivore reçoive cette appelation traduite de l'anglais Finch). Treize sortes viennent des Galapagos, une des îles Cocos, ce sont tous des oiseaux bruns ou noirs, de 10 à 20 cm, mais dont la forme du bec est très variée.Gould les identifient comme treize espèces différentes appartenant à quatre genre distincts mais à la même famille des Thraupidae :

 

Geospiza scancens (Gould, 1837), au bec fin adapté à s'alimenter des cactus et de leurs fleurs.

Geospiza fuliginosa Gould, 1837

Geospiza magnirostris Gould 1837, au gros bec destiné à briser les graines résistantes

Geospiza fortis Gould 1837

Geospiza difficilis Sharpe 1888, ce géospize à bec pointu se nourrit du sang des oiseaux marins

Geospiza conirostris Rigdway 1890 

   n.b le mot geospiza vient de geo, le terre, et du grec ancien  spiza, le pinson. Spiza est aussi un genre (Bonaparte,1824) dans le famille des cardinaux.

 

Camarhynchus psittacula Gould 1837

Camarhynchus parvulus ( Gould 1837)

Camarhynchus pauper  Rigdway 1890

Camarhyncus pallidus Sclater et Salvin 1870. Ce Géospize pique-bois utilise des èpines de cactus pour extraire sous l'écorce des arbres les insectes et des larves, occupant aux Galapagos la même niche écologique que nos pics qui utilisent leur langue : aussi le nomme-t-on Pinson-pic ou Woodpecker Finch.

Camarhynchus heliobates Snodgrass et Heller 1901

Camarhynchus crassirostris

 

Certhidea olivacea Gould 1837 au bec fin et pointu d'insectivore

 

Pinaroloxias inomata ( Gould 1843) : endémique sur l'île Cocos au Costa-Rica.

 

 

1839 Zoology F8 11 fig067 geospiza magnirostris

Geospiza magnirostris, Gould, The zoology of the Beagle, part. The Birds, Pl 36

C'est pour Gould l'espèce type du genre geospiza.

 

Darwin, découvrant qu'il ne s'agit pas de variètès de pinsons, mais réellement d'espèces différentes, perçoit tout l'intéret de cette observation rare, et tente de savoir l'origine géographique de ces oiseaux, mais celle-ci n'a pas été notée et il doit la reconstituer grace aux spécimens colléctés avec plus de soin par le capitaine Fitzroy. Il s'avère bientôt que chaque espèce vient d'une île différente et qu'à partir d'une espèce ancestrale commune, l'isolement géographique a entrainé leur différenciation. Plus tard, il comprend que c'est l'adaptation à leur régime alimentaire qui a sélectionné, parmi les individus aux formes variées, les formes les plus aptes à la survie : sur certaines îles des Galapagos, les épisodes de sécheresse furent suivis par une raréfaction des graines molles et par une sélection des individus aux becs les plus forts, dont la descendance fut mieux armée pour consommer les graines plus dures et mieux se reproduire (travaux de Grant sur l'île Daphne major,1973) . Les populations initialement inter-fécondes ont perdu ultérieurement cette capacité en raison de l'isolement des îles. C'est la spéciation allopathique.

 C'est dire l'importance du travail de Gould sur la genèse de la théorie darwinienne de l'évolution par la selection naturelle.

 

 

Plus tard John Gould montre également que les moqueurs polyglottes Mimus polyglottos (Linnaeus 1758) sont également des espèces différentes. Or Darwin peut  localiser ses spécimens et ceux du Beagle:

- Mimus parvulus G.R.Gray (initialement baptisé Orpheus parvulus par Gould in Proceeding of Zool. Soc. 1837 p.27) ne se trouve que sur Albemarle, la plus grande des Galapagos.

- Tous les Mimus trifasciatus viennent des îles de Chatham et de James,

- alors que les Mimus melanotis viennent tous de l'île  Charles .

   Darwin,(Zoology of the Beagle, part.3, p.63 ) mentionne ces différences mais ce n'est que plus tard qu'il exposera les conséquences théoriques de ces constatations.

 

1839_Zoology_F8_6_fig044-mimus-melanotis.jpg

Mimus melanotis, Zoology of the Beagle, pl 44

 

 

1839_Zoology_F8_6_fig048-mimus-parvulus.jpg

Mimus parvulus, Pl 48

 

1839_Zoology_of-Beagle-F8_6_fig040-mimus-trifasciatus.jpg 

Mimus trifasciatus, Zoology Pl 40

 

 

 

 En 1833, Darwin avait trouvé en escale à Porto Deseado (Patagonie argentine )  une espèce de Rhea, une sorte d'autruche aussi appelée Nandou et qui avait semble avoir été servie sur la table du Capitaine FitzRoy comme dinde de Noël. Darwin raconte l'histoire ainsi :

 "La première fois que j'entendis parler de cette espèce, c'était dans le Rio Negro où les gauchos décrivaient un oiseau très rare chez eux,  qu'il nommaient Avestruz Petise, assez ressemblant avec l'autruche qui y est abondante, mais à la couleur sombre et tachetée, aux pattes plus courtes et au plumage plus bas; cette espèce ètait signalée comme beaucoup plus abondante dès que l'on descendait un degrè et demi plus au sud.

Lorsqu' à Porto Deseado Mr Martens a abattu une autruche, j'avais oublié la Petise, et je pensais qu'il avait tué l'espèce commune. Lorsque la mémoire me revint, l'oiseau était déjà plumé et cuit. Mais la tête, le cou, les pattes, les ailes, les principales plumes et une grande partie de la peau avaient été préservés, et un spécimen tout à fait convenable a pu être confectionné : c'est lui qu'on peut voir exposé au musée de la Société Zoologique " (traduction libre personnelle)

 

 Gould confirma  à Darwin qu'il s'agissait d'une espèce nouvelle qu'il baptisa Rhea de Darwin (actuellement Rhea pennata ), et non de Rhea americana dont le territoire en Argentine se situe plus au nord, et qui avait été décrite par Linné ( Syst. Nat. 1758 p.155 ). On doit le genre Rhea à Brisson (Orn.1 p 46; 5 p. 8 ). Il publia sa description dans les Proceeding ofZoological Society, 1837, P.35.

 

1841 Zoology F8 15 fig067 Nandou de darwin

  The zoology of the Beagle, part3, 5pl XLVII : Rhea darwinii

 

John Gould rédigea la troisième partie, nommée Birds.1838-1841 du livre en cinq parties, tiré en dix-neuf exemplaires et intitulé The Zoology of the voyage of the H.M.S.Beagle under the command of captain Fitzroy, R.N, during the Years 1832 to 1836.  Cette troisième partie est divisée en  cinq volumes totalisant 96 pages.Les 40 planches sont de la main d'Elisabeth Gould sur une esquisse de son mari.

  Elle est disponible ici : http://darwin-online.org.uk/content/frameset?viewtype=side&itemID=F8.11&pageseq=1

 

Charles Darwin ramena de son périple 468 peaux d'oiseaux, 10 parties détachées du Rhea de Darwin, les nids et oeufs de 10 espèces, 14 oiseaux entiers, et 4 prélèvement d'oiseaux conservés dans l'alcool.

On imagine difficilement le travail necessaire à l'époque pour ceux qui recevaient les peaux et devaient à partir de là décrire les oiseaux et réaliser des planches tant qu'on n'a pas vu des exemples de ces peaux : voici celles qui sont conservées au Muséum d'Histoire Naturelle de Londres :

2004 Steinheimer peaux d'oiseaux darwin Photo Harry Taylor

 Les specimens avec leur étiquette. in Steinheimer 2004, Photo Henry Taylor,

 

2004 Steinheimer A161 fig05 4 specimens de captiv-bred pige

  4 specimens de pigeons, Steinheimer, 2004

2004 Steinheimer A161 fig04 Specimens de melanodera melanod

    Peaux de melamodera melanorera sur la planche 32 d' Elisabeth et John Gould in Zoology of the Beagle. Steinheimer 2004

 

   Darwin n'avait pas de connaissances approfondies en ornithologie, mais était un bon chasseur, et avait appris auprés du préposé du Muséum d'Edimbourg comment préparer les peaux d'oiseau ; c'était tout ce qui était necessaire, avec un esprit d'observation et un souci de collecte, pour amener à Gould une collection prècieuse.

 

 

 2' John  Gould, un nomenclateur typique de l'époque victorienne.

 

    On l'a dit, John Gould a décrit 377 espèces nouvelles : cela signifie qu'il a créé 377 dénominations scientifiques, et si toutes n'ont pas été validées par la suite par les Commissions taxonomiques, ce travail de dénomination reste interessant à étudier pour ce qu'il nous apprend de l'auteur et de son époque.

   Ne pouvant reprendre les 377 appellations, je vais donner la liste des espéces baptisées par Gould lors de son étude des oiseaux ramenés par Darwin: d'abord le nom proposé par Gould, puis si il y a lieu le nom actuel en gras,d'après Steinheimer, puis mes commentaires; je suivrai l'ordre d'apparition dans le texte de  Zoology of the voyage of the Beagle:

 

Famille des Falconidae:

- Polyborus (Phalcobaenus ?) albogularis, Gould/ Milvago albogularis Gould : Phalcoboenus megalopterus albogularis Gould, 1837.

 

Famille des Accipitridae

- Genre Cravirex Gould non valide

  Cravirex galapagoensis Gould. Buteo galapagoensis (Gould,1837)

 

-Buteo varius Gould : Buteo polyosoma polyosoma (Quoy & Gaimard;1824)

-Buteo ventralis Gould : Buteo ventralis Gould, 1837.

-Circus megaspilus Gould : Circus buffoni Gmelin, 1788

 

Famille des Strigidae :

- Otus galapagoensis Gould : Asio flammeus galapagoensis (Gould, 1837)

-Otus palustris Gould : Asio flammeus palustris (Gould,1837).

 

Famille des Caprimulgidae:

-Caprimulgus bifasciatus Gould: Caprimulgus longirostris bifasciatus Gould, 1837.

-Caprimulgus parvulus Gould : Caprimulgus parvulus parvulus Gould,1837.

 

 Famille des Hirundinidae :

-Progne modesta  Gould : Progne modesta modesta Gould 1838

-Hirundo frontalis Gould : Tachycineta leuchorroa (Vieillot 1817)

 

Famille des Alcedinidae

-Halcyon erythrorhyncha Gould : Halcyon leucocephala acteon (Lesson, 1830)

 

Famille des Tyrannidae

 

sous-genre pyrocephalus Gould;

-Pyrocephalus parvirostris Gould : Pyrocephalus rubinus rubinus (Boddaert, 1783).

- Pyrocephalus obscurus Gould : Pyrocephalus rubinus obscurusGould, 1838.

- Pyrocephalus nanus Gould       : Pyrocephalus rubinus nanusGould 1838.

- Pyrocephalus dubius Gould      : Pyrocephalus rubinus dubiusGould 1839.

 

  -Myiobius auricepsTyrannula auriceps  Gould : Myiobius fasciatus auriceps(Gould, 1839)

-Myiobius parvirostris : Tyrannula parvirostris Gould : Ochthoeca parvirostris(Gould 1839)

- Myiobius magnirostris ; Tyrannula magnirostris Gould : Myiarchus magnirostris(Gould, 1838)

 

Genre Serpophaga Gould

-Serpophaga parvulus Gould : Anairetes parulus patagonicus (Hellmayr, 1920)

-Serpophaga coronata Gould : Serpophaga subcristata straminae (Temminck, 1822)

- Serpophaga nigricans Gould : Serpophaga nigricans (Vieillot, 1817).

 

 

-Pachyrhynchus albescens Gould : Suiriri suiriri (Vieillot 1818)

- Pachyrhynchus erythropterus Gould : Polysticus pectoralis pectoralis ( Vieillot, 1817)

 

-Lichenos erythropterus Gould :Hymenops perspicillata perspicillata (Gmelin,1789)

- Fluvicola Azarae Gould : Xolmis dominica (Vieillot,1823) ou Heteroxolmis dominica

 

Genre Agrionis Gould

-Agrionis gutturalis Gould : Agriornis livida livida (Kittlitz, 1835)

-Agrionis striatus Gould : Agriornis microptera microptera Gould 1839.

-Agrionis micropterus Gould : Agriornis microptera microptera Gould 1839.

-Agrionis maritimus Gould : Agriornis montana leucura Gould 1839.

 

Famille des Mimidae.

 

-Orpheus modulator Gould : Mimus saturninus modulator (Gould,1836)

- Orpheus trifasciatus Gould  : Nesomimus trifasciatus (Gould 1837)

-Orpheus melanotis Gould :Nesomimus trifasciatus melanotis (Gould, 1837)

-Orpheus parvulus Gould : Nesomimus trifasciatus parvulus (Gould, 1837)

 

Troglodytidae.

 

-Troglodytes Magellanicus Gould : Troglodytes aeron chilensis Lesson,1830.

 

Famille des Furnariidae.

 

-Opetiorhynchus lanceolatus Gould : Cinclodes nigrofumosus (D'Orbigny & Lafresnaye 1838)

 

Genre Eremobius Gould

-Eremobius phoenicurus Gould 1839

 

-Synallaxis major Gould : Anumbius annumbi (Vieillot,1817)

-Synallaxis rufogularis Gould : Asthenes anthoides (King, 1821)

-Synallaris flavogularis Gould :Asthenes pyrrholeuca flavogularis (Gould, 1839)

-Synallaris brunnea Gould. : Asthenes pyrrholeuca flavogularis (Gould, 1839)

 Genre Limnornis Gould 1839.

-Limnornis rectirostris Gould : Limnoctites rectirostris (Gould, 1839)

- Limnornis curvirostris Gould, 1839 : le Synallaxe à bec court

 

-Oxyurus tupinieri Gould : Aphrastura spinicaudata fuva Angelini, 1905. ou Synallaxe radatido.

-Oxyurus ? dorso-maculatus Gould : Phleochryptes melanops melanops (Vieillot 1817)

 

Genre Dendrodramus Gould

-Dendrodramus leucosternus Gould : Pygarrhichas albogularis (King, 1831)

 

Famille des Rhinocryptidae 

-Scytalopus fuscus Gould 1837. (Un Tapaculo)

 

Famille des Motacillidae.

-Muscisaxicola brunnea Gould : Lessonia rufa (Gmelin, 1789).

 

 Famille des Parulidae.

- Sylvicola aureola Gould : Dendroica petechia aureola (Gould,1839)

 

Famille des Alaudidae

- Melanocorypha cinctura Gould ; Ammomanis cincturus cincturus (Gould, 1839)

-Pyrrhalauda nigriceps Gould : Eremopterix nigriceps nigriceps (Gould,1839)

 

Famille des fringillidae

-Chrysometris campestris Gould : Carduelis barbata (Molina 1782)

 

Famille des Emberizidae.  

 -Spermophila nigrogularis Gould : Sporophila caerulescens caerulescens ( Vieillot 1823)

-Crithagra ? nigriceps Gould : Sicalis ? luteola luteiventria (Meyen 1837)

-Ammodramus longicaudatus Gould : Docanospiza albifrons (Vieillot 1817)

-Ammodramus humeralis xanthornus Gould 1839

-Zonotrichia canicapilla Gould : Zonotrichia capensis australis Latham 1790

-Zonotrichia strigiceps Gould : Aimophila strigiceps (Gould, 1839)

- Fringilla formosa Gould : Phrygilus patagonicus Lowe,1923

 genre Geospiza Gould:

-Geospiza magnirostris Gould : Geospiza magnirostris magnirostris Gould, 1837

-Geospiza strenua Gould : Geospiza magnirostris strenua Gould, 1837.

-Geospiza fortis Gould, 1837

-Geospiza nebulosa Gould, 1837.

-Geospiza fuliginosa Gould : Geospiza fuliginosa fuliginosa Gould, 1837.

-Geospiza dentirostris Gould: Geospiza fortis Gould, 1837.

-Geospiza parvula Gould : Camarhynchus parvulus parvulus Gould,1837

-Geospiza dubia Gould : Geospiza fortis Gould,1837

sous-genre Camarhyncus Gould :

-Camarhynchus psittacula Gould : Camarhynchus psittacula psittacula Gould,1837.

-Camarhynchus crassirostris Gould,1837.

sous-genre cactornis Gould :

- Cactornis scandens Gould : Geospiza scandens scandens Gould, 1837.

-Cactornis assimilis Gould : Geospiza scandens ? Rothschildi Heller & Snodgrass, 1901.

sous-genre Certhidea Gould,1837

-Certhidea olivacea Gould : Certhidea olivacea olivacea Gould,1837.

 

Famille des Proceidae

Passer jagoensis Gould : Passer iagoensis iagoensis (Gould,1838)

 

 Famille des Icteridae

Molothus niger Gould : Molothus bonariensis bonariensis (Gmelin 1789)

 

Famille des Columbidae.

 

-Zenaida galapagoensis Gould : Neopelia galapagoensis galapagoensis Gould 1841.

 

Famille des Rheidae.

-Rhea Darwinii Gould : Pterocnemia pennata pennata (D'orbigny, 1834)

 

Famille des Charadriidae

 

-Squatarola fusca Gould : Zonibyx modestus (Lichtenstein, 1828).

 

Famille des Scolopacidae.

 

-Totanus fuliginosus Gould : Heteroscelus incanus (Gmelin, 1789)

- Pelidna minutilla Gould : Erolia minutilla (Vieillot 1819)

 

Famille des Rallidae.

 

-Zapornia notata Gould : Coturnicop notata (Gould 1841) Le râle étoilé.

-Zapornia spilonota Gould : Laterallus spilonotus (Gould, 1841).

-Porphyrio simplex Gould : Porphyrula alleni (Thomson, 1842)

 

-Rhynchaspis maculatus Gould : Anas platalea Vieillot 1816.

 

Famille des Laridae.

 

-Larus fuliginosus Gould,1841

 

 

 

   Que déduire de cette liste de 83 dénominations binominales ?

  J'y dénombre :

   -2 toponymes, galapagoensis, appliqué à deux espèces,

                            , jagoensis [sic] l'indication de localisation, l'île de Sâo Tiago (actuelle Santiago) au Cap Vert, se justifiant sans-doute par le fait que ce passereau (Iago sparrow, Moineau du Cap-Vert) est le seul qui ait reçu sur l' étiquette qu' apposait Darwin la mention "loc St Jago"  au crayon en plus du numéro d'inventaire 189. Pour tous les autres spécimens, Darwin n' ècrit sur l'étiquette qu'un chiffre, qui renvoit aux commentaires de son carnet de zoologie. Gould l'a décrit dans la parution 1837 des Prooceding of Zoological Society sous le nom de Pyrgita jagoensis, pyrgita désignant les moineaux. Celui-ci, enrémique au Cap Vert, est trés proche de notre moineau domestique, avec une bavette très réduite et une coloration canelle des joues et du croupion.

   -4 patronymes  : Magellanicus  dédié à Magellan en toute logique pour une expédition qui se rendit en Patagonie. Mais nous aurions alors Magellanii.

                               : Darwinii, hommage attendu à Darwin .

                               : Azarae  : cf infra.

                               : tupinieri  : cf infra.

   - Une soixantaine adjectifs qualifiant l'anatomie : 

                            -la couleur alba, niger, erythro-, olivacea, fuscus (noir sombre), fuliginosus, nebulosus, maculatus,   brunnea, aureola, 

                           - la taille ; magnis, major, parvis, parvulus,

                            -la forme ou la couleur du bec (-rhynchus ou -rostris), des ailes (-pterus),des pattes (-ceps)

                            -une particularité : cinctura (ceinture), psittacula (petit perroquet ?), strenua (actif).

                                 -Le qualificatif formosa est issu du latin formosus, "qui a de belles formes".

                                 -Le pyrocephalus (tête de feu) est bien décrit comme ayant la tête d'un écarlate brillant.

   - 3 à 6 adjectifs qualifiant l'environnement : palustris (des marais), campestris ( de la campagne) et maritimus,  un nom de sous-genre cactornis, ( qui orne les cactus ?) et de genre Limnornis (qui orne les rivages ?) et Geospiza (pinson des terres [arides] ).

     Parmi ceux-ci, je note le genre monospécifique baptisé par Gould, Eremobius du grec eremos, désert, et bios, manière de vivre : l'Eremobius phoenicurus ( phoenikos = pourpre ), ou Annumbi rouge-queue, vit effectivement en Patagonie, selon Darwin " le plus souvent dans des régions sèches et arides où il hante les fourrés en courant de l'un à l'autre ".

 

Hormis quelque noms de genre et de sous-genre (Eremobius, Limnornis, Geospiza, Cactornis, Certhidea...)les noms créés par Gould sont des épithétes spécifiques, pour  lesquels les auteurs  sont théoriquement tenus à introduire une valeur descriptive de l'espèce, quoiqu'en pratique ils aient beaucoup de liberté. Or notre ornithologue s'en tient à une stricte application de la régle, dans une visée d'objectivation anatomique qui est peut-être à attribuer à son travail et à son poste au Muséum : ce n'est pas ( avant son départ en Australie ) un homme de terrain, mais de musée, de collection et de bibliothéque, et son travail de taxidermiste le place au plus prêt de la réalité physique de l'oiseau.

   Mais mon postulat est que l'onomastique zoologique (ou botanique) reflète l'époque et la mentalité _les paradigmes_ des auteurs, et que Gould est, comme nomenclateur, typique d'une ére victorienne soucieuse d'explorer le monde (encore largement incognita), de le décrire, de l'étiqueter et de le ranger selon les critères scientifiques et objectifs.

   L'époque idéaliste de la période Arcadienne est révolue, où les auteurs du Siécle des Lumières puisaient dans la mythologie et la culture grecque ou latine pour baptiser les espèces. (Voir mon article sur le Vulcain ) 

  A contrario la fin du XIXème siècle, préoccupée par le principe de l'entropie, par la décadence, par la perte du vivant dans sa diversité, et plus tard par l'action prédatrice d 'Homo sapiens reste à venir. On prendra alors ses distances avec l'imperatif nominaliste : "nommer et classer". (Marilyne Cettou, Jardins d'hiver et de papier : http://doc.rero.ch/lm.php?url=1000,42,5,20080117194646-ML/Lire_Ecrire_Cettou.pdf )

 

Dans cette liste, le seul nom de la mythologie grecque n'est pas de Gould, mais il est significatif ; c'est celui d'Orphée (Orpheus modulator et autres mimidae). C'est le personnage qui signe la perte du monde irénique de l'harmonie universelle, où le son de la lyre charme les animaux : le serpent mord Eurydice, Orphée se confronte à la mort et à l'impossibilitè d'échapper au temps, et à son retour des Enfers les Bacchantes le dèchirent, détruisant l'unité paisible, démocratique et intemporelle des bergers d'Arcadie.

 

  Terminons ce chapitre en satisfaisant la curiosité développée par le -maigre- butin des noms amusants ou inattendus. Par exemple :

 -Oxyurus tupinieri : je suis intrigué par le manque de la majuscule qui s'impose pour ce que je pense être un patronyme, celui du baron Jean Marguerite Tupinier(1779-1850), qui, avant même d'être briévement Ministre de la Marine et des colonies en 1839, joua un rôle suffisamment  important pour soutenir les expéditions scientifiques françaises pour que Dumont-d'Urville,qui commandait l'Astrolabe lors de trois voyages, baptisa de son nom plusieurs ilots en Antarctique. René Primevère Lesson, chirurgien et naturaliste de La Coquille (future Astrolabe) lors de la circumnavigation de 1822-25, nomma Sinallaxe de Tupinier un oiseau du Chili (Zoologie de La Coquille, Pl.29,fig.1) Gould avait-il aussi ses raisons ou bien reprit-il une dénomination antérieure?

 

- Fluvicola Azarae : la majuscule est cette fois de rigueur pour saluer Felix de Azara (1746-1841), ce militaire espagnol qui se vit affecter au Paraguay à une mission de délimitation des frontières entre Espagne et Portugal : comprenant qu'il y resterait longtemps, il s'interessa en amateur à la zoologie du Rio de la Plata et de ses alentours, pour publier, enfin revenu de son long exil, son Apuntamientos para la historia natural de las Paxaros del Paraguay y Rio de la Plata de 1802 à 1805. Il y décrit  448 espèces dont la moitiè étaient nouvelles. Il en donne les dénominations vernaculaires savoureuses, et ainsi  le Pyrocephalus parvirostrisde Gould est-il pour Azara le Churrincho, le Serpophaga nigricans, le Petit Tachuris noirâtre, et l'Agriornis le Pepoaza. Le Fluvicolae azarae est décrit par Gould comme très proche ou semblable au Pepoaza Dominica d'Araza, un Tyran gobe-mouche qu'il signale comme "très commun aux alentours de Maldonado" (Uruguay), alors qu'il s'agit actuellement d'une espéce dont les populations ont fortement déclinée depuis 1850.

 

  

 On déduit de la rareté des epithètes spècifiques patronymiques chez Gould que notre bergeronnette Yarrellii n'a pas été dédié à son ami Yarrell par complaisance banale entre collègue. 

   Source :

  Frank.D.Steinheimer,2004, Charles Darwin's birds collection and ornithological knowledge during the voyage of the H.M.S. " Beagle", 1831-1836, J.Ornithol. (2004) 145 : 300-320

  http://darwin-online.org.uk/content/frameset?itemID=A161&viewtype=text&pageseq=1

 

 

3. John Gould et le Diamant.

 

Au début des années 1830, ses beaux-frères Charles et Stephen Coxen émigrèrent en Australie et lui adressèrent des specimens d'oiseaux étranges et inhabituels, que Gould décida de décrire dans une publication intitulée A synopsis of the birds of Australia, and the adjacent islands, car il jugeait insuffisants les ouvrages existants sur le sujet.

Voyant l'opportunité d'un travail plus conséquent, il se lança dans la rédaction d' un Birds of Australia, mais il lui apparût vite qu'il manquait de spécimens et de renseignements sur les habitudes et l'environnement des oiseaux : il décida de se rendre sur place lui-même. Utilisant les bénéfices réalisés sur ses livres précédents, il quitta son poste à la Zoological Society et confia à son secrétaire Edwin Prince la gestion de son entreprise de taxidermie et de sa maison d'édition . Il reprit les deux premiers volumes de Birds of Australia déjà publié sur la promesse qu'il seraient remplacés plus tard par une édition corrigée.( tous les volumes "annulés" retournés à l'éditeur sont devenus des raretés que s'arrachent les collectionneurs ).

En mai 1838, John Gould et son épouse Elisabeth, accompagnés de leur fils Henry âgé de sept ans, de son neveu Henry Coxen et de son assistant John Gilbert quittent l' Angleterre pour un séjour de trois ans en Australie afin d'effectuer le premier recencement scientifique des populations ornithologiques de ce continent. Ils arrivent en septembre à Hobarth en Tasmanie où ils font connaissance avec le gouverneur Sir John Franklin et où ils débutent leurs investigations. Elisabeth est enceinte de leur futur fils qui portera le nom doublement justifié de Franklin Tasman, aussi attendra-t-elle à Hobarth pendant que son mari gagne Sidney et la Nouvelle-Galle du Sud en février 1839 à la découverte des oiseaux autour de Yarrundi , effectuant un voyage de 400 miles; John Gilbert explore de son coté Swan River à Perth.

Bientôt, ils recueillent 800 oiseaux, ainsi que leurs oeufs et leur nid dès que possible, identifiant plus de 300 espèces ou sous-espèces. Ce chiffre représente 44% des 745 espèces de l'avifaune australienne ! John Gould pût être le premier à admirer, puis montrer par ses illustrations le nid extraordinaire du Jardinier satiné, espèce que notre compatriote Louis Jean Pierre Vieillot avait décrite en 1816 : pièce essentielle du rituel de séduction du mâle, cette chambre d'amour où il tente d'attirer la femelle est ornée d'un jardin décoré de motifs confectionné avec des pétales ou des objets colorés.

 

Jardinier satin, Gould Birds Austr vol4 pl 10Univ of Glasgo

Gould, Birds of Australia,

 

  L'expédition était audacieuse, car le continent était largement sous exploré, très peu peuplé, et dangereux. Parmi les hommes que Gould employa pour ses collectes, trois perdirent la vie. John Gilbert lui-même, qui resta juqu'en 1841 pour explorer les parties occidentale  et septentrionale de l'Australie, et qui fut si productif et précieux qu'il y fut ré envoyé plus tard, fut tué par les aborigènes en 1845. 

  En août 1840, les Gould reviennent en Angleterre et dès le premier décembre, le premier volume de Birds of Australiaparaît. Pendant huit ans, John Gould travaillera afin de faire paraître un volume par trimestre, mais Elisabeth ne réalisa "que" les 84 premières planches lithographiques avant d'être emportée par la fièvre puerpérale en 1842.

    Les souscripteurs des 250 exemplaires de l'ouvrage , qui  avaient versé la somme très élevée de 115 Livres Sterling durent  patienter huit ans avant de recevoir leurs sept volumes aux 681 planches. 84 sont de la main d'Elisabeth Gould, une d' Edward Lear, une de Waterhouse Hawkins, et 595 de H.C.Richter.

Dix ans plus tard ils reçurent le supplément présentant les espèces récemment découvertes.

 On peut consulter Birds of Australia en ligne : http://nla.gov.au/nla.aus-f4773

 

   La perruche.  

 

  Gould est l'auteur du genre Melopsittacus ( 1840 in  Birds Austr. Pt1, Pl 10) dont l'unique espèce est la perruche ondulée, Melopsittacus undulatusShaw, 1805. Avant 1838, un seul exemplaire était parvenu en Europe. Gould en ramena un couple vivant d'Australie, et initia ainsi leur élevage en Angleterre; il les appreciait aussi beaucoup pour son repas.Ce perroquet des zones arides d'Australie élevé en captivité depuis 1850  est devenu le deuxième oiseau  de compagnie au monde après le canari. .

 

   Le Diamant 

 

Le Diamant de Gould (Gouldian finch pour les anglais) Erythrura gouldiae(Gould, 1844) ou Chloeba gouldiae  pour reprendre l'appellation ancienne  de Reichenbach est un passereau granivore au bec court et conique  de la famille des estrildidés, que l'on peut trouver encore à l'état sauvage dans les savanes boisées d'eucalyptus du nord de l'Australie où subsiteraient moins de 2500 individus. Découvert par une expédition française en 1833 ( Jacquemot en tue trois specimens), il est retrouvé par John Gilbert qui  fait parvenir le spécimen abattu à Gould. celui-ci le décrit, le peint et le nomme Lady Gould amadineen raison de sa similitude avec le diamant africain amadine à tête rouge, et en mémoire de son épouse Elisabeth.

Les premiers exemplaires vivants arrivent en 1887 en Angleterre. Leur élevage est difficile et la première réussite revient à P.H.Teague en 1930-1946.

L' importation à partir de l'Australie est interdite depuis les années 1960.

  Cet oiseau, s'il n'est pas le plus répandu des oiseaux de compagnie, est l'un des plus admirables et des plus recherchés; des milliers d'éleveurs  maîtrisent actuellement son élevage, et espèrent l'heureuse mutation (une sur 100 000 naissances) qui procurerait un oiseau unique. Il existe à l'état natif en trois variétés : à tête rouge, comme les premiers exemplaires découverts; à tête noire, et à tête orangée. Il a le ventre jaune, le dos vert, la poitrine mauve, et mesure 13 cm.

  " Il ne s'attire souvent pour toute  critique, écrit l'un de ses éleveurs passionnés, Jean-Yves Hervé, que de laisser à penser qu'il a été peint." 

 

diamant de gould vol3,planche 89 Birds of Australia, site

Birds of Australia, vol 3, pl 89 : site de l'université de Glasgow.

 

  John Gould a décrit également parmi les estrilidés :

   _Le Diamant modeste, Aidemosyne modesta ( Gould 1837), actuellement Neochima modesta.

   _le Diamant à queue rousse, Bathilda ruficauda (Gould 1837) l'actuel Neochmia ruficauda. 

   _le Donacole à poitrine chataine, ou capucin donacole, Lonchura castaneothorax (Gould 1837).

   _ le Diamant bavette,  Poephila cincta (Gould 1837)

   _ le Donacole à poitrine blanche, Heteromunia pectoralis 

   _ le Diamant à longue queue, Poephila acuticauda (Gould 1840)

   _ l'Emblème peint, Emblema picta Gould 1842

   _ le Diamant à masque, Poephila personata (Gould 1842)

   _L'Eurylaine de Gould, Serilophus lunatus, Gould 1834.

 

source : l'exposition de l'Université de Glasgow http://special.lib.gla.ac.uk/exhibns/month/july2005.html

               : le site de l'Australian Museum : http://australianmuseum.net.au/John-Gould

 

 

4- John Gould et la girafe de Georges IV .

 

  1) Zarafa la girafe française.

 L'histoire commence en Egypte où un vice-roi, Méhémèt-Ali, avait reçu en cadeau d'un seigneur du Soudan, Mouker Bey,  des  girafons. Le consul de France à Alexandrie suggère de les offrir au Roi de France  Charles X afin d 'enrichir le zoo du Jardin des Plantes.

   Une girafe a toujours été un cadeau somptueux, conférant au propriétaire prestige et pouvoirs. En 1261, le sultan d'Egypte en avait offert une à Frédéric II des Deux Siciles en échange d'un ours blanc ; au XVième siècle, le Duc de Calabre en posséda une, ainsi que le Duc Hercule Ier de Ferrare. C'était l'époque des Cabinets de curiosité, regroupant les artificialia, les exotica, les scientifica , et enfin les naturalia, corne de narval, branche de corail, oeuf d'autruche, animaux empaillés, insectes séchés,et autres fossiles : Ces dernières collections seront à l'origine de nos Musées d'Histoire Naturelle, les trésors de Sir Hans Sloane au départ du British Muséum et les collections de Réaumur de Ferchaut alimentant le Cabinet du roi, notre futur Muséum .

  En 1486, c'est Laurent de Médicis qui en reçoit une d'un Mamelouk. 

Ces échanges se situent au coeur de la fascination pour l'Exotique et de l'attirance pour les produits rares qui suscitent les grandes voies du commerce international, les menées expansionnistes : la girafe de Laurent le Magnifique précéde de peu la conquète du Nouveau Monde et de ses richesses, celles qu'offrit Méhémèt-Ali annonce la conquète de l'Algérie, puis l'ouverture par la diplomaties des cannonières du marché extrème-oriental du caoutchouc,du thé, des porcelaines et des soieries.

 

La girafe arrive ainsi à Marseille le 14 novembre 1826 accompagnèe de deux palefreniers, Atir et Hassan, et elle est conduite à pied vers Paris au printemps 1827, sous la responsabilité et la compagnie du Directeur du Jardin des Plantes en personne, Geoffroy Saint Hilaire : c'est dire toute l'importance de l'opération, et Zarafa (c'est le nom du girafon) reçoit un accueil enthousiaste de la population tout au long de son trajet. Elle arrive enfin au château de Saint-Cloud le 9 juillet 1827, où Charles X se meurt d'impatience  de vivre ce grand moment.

  On l'installe au Jardin des Plantes où elle reçoit 600 000 visites, tandis que  tout le pays est atteint de girafomania : on représente des girafes partout, on la chante, on en parle, cela dure trois ans, et puis on s'en lasse et on l'oublie.

   Zarafa vivra 18 ans, jusqu'au 12 janvier 1845 dans la ménagerie du Jardin des Plantes,puis sera naturalisée et rejoindra les collections du Museum d'Histoire Naturelle de La Rochelle.

 

  2) La girafe de Georges IV.

 

 Le pacha d'egypte souhaita honorer les autres souverains de ce cadeau diplomatique, et offrit une girafe à Francis II, Empereur du Saint Empire Germanique, qui l'installa dans la ménagerie de son palais de Schönbrunn, ainsi qu'au roi d'Angleterre Georges IV.

 

      Lorsqu'en 1811, le roi Georges III décidemment trop atteint de folie fut déchu de son trône et que son fils  devint prince régent , l'Angleterre connut les fastes du style Regency, où l' élégance, la richesse, l'ambition des réalisations se mélent au goût pour l'exotisme  et les tendances extravagantes de celui qui devint en 1820 le Roi Georges IV, et fut vite surnommé "Prinny", le scandaleux.

  Il était connu pour le déréglement de ses moeurs ou de son esprit, et aussi accesoirement pour son goût pour les animaux sauvages, qu'il rassemblait dans un zoo privé du parc du château de Windsor. On  trouvait à WindsorGreat Park  les lamas, zébus, les antilopes, les gnous ou les  wapitis.

   La girafe nubienne femelle  y arriva le 11 août 1827, agèe de 18 mois, après un séjour à Malte ; mais il s'avéra qu'elle avait mal supporté le voyage, et  elle ne put se dresser sur ses pattes que soutenue par un palan ! Georges IV en devint véritablement obsédé, mais cette toquade prit fin lorsque la royale girafe mourut deux ans après son arrivée.  Quelle disgrâce nationale face à la zarafa tricolore !  Le chagrin du roi était tel qu'il fallut rechercher le meilleur empailleur du royaume pour naturaliser sa girafe et la conserver dans ses collections.

 

   John Gould  s'était installé comme taxidermiste à Londres en 1825 à 21 ans; en 1829, il avait déjà acquis une solide réputation d'autant qu'il avait été nommé responsable des collections du Museum de la Société Zoologique de Londres, ce fut donc lui que Georges IV  chargea de naturaliser sa chère girafe !  L'histoire ne dit pas comment the Bird Man s'y prit pour appliquer à un animal de 10 pieds et demi de haut les techniques qu'il utilisait pour les petits oiseaux.

     A la mort de Georges IV, la girafe fut léguée au Museum de la Société Zoologique.

  

Le nouveau roi Guillaume IV voulut venger l'honneur national bafoué et chargea un français, Monsieur Thibaut , de capturer au Soudan 8 nouvelles girafes; 4 survécurent au trajet, et le 25 mai 1836, 3 mâles et une femelle s'installèrent dans la Maison de l'Éléphant du zoo londonien avant qu'en 1837 soit terminée the Girafe House.

   Vu le glorieux service rendu au Royaume, Thibaut reçu la coquette somme de 700 livres par animal livré.

Nos voisins ont amélioré leurs capacités de soins aux Giraffa camélopardalis puisque la pensionnaire actuelle du Zoo de Londres, Ellis, est agèe de 6 ans; c'est la doyenne des girafes du zoo et regarde du haut de ses sept vertèbres cervicales (autant que nous) de quarante centimètres les jeuns girafons Molly et Margaret. Vous pouvez l'adopter pour 24 Livres sterling.

 

Satisfaisons notre curiosité de naturaliste amateur et découvrons la Société Zoologique de Londres: fondée en 1826 à partir du Club zoologique de la société linnéenne de Londres  par Sir Thomas Stamford Raffles, qui mourut la même année, elle obtint une parcelle à Reg

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Published by jean-yves cordier
10 décembre 2010 5 10 /12 /décembre /2010 09:03

 


 

 

 

Aujourd'hui nous allons prendre notre cahier de Vocabulaire, ( Euh, qui a dit:" encore! " ?) et écrire :

               

                  Dissection linguistique du papillon dit Vulcain.

 

    Le mot Vulcain vous a été distribué, vous l'épinglez sur la planche de liège et vous ouvrez votre trousse de dissection, nous allons prendre tous notre temps, voire même le perdre en digression sur les détails qui sont les  épices de notre quotidien. ( commençons par un détour : le mot espèce (zoologique) a la même étymologie que le mot épice )

 

 

I) Sur les noms vernaculaires du Vulcain.

  

 

  a) des papillons immatriculés : Cher ou Tarn ?

 

DSCN2704

 

   Cette image m'a amené à consulter et à lire avec passion l'article de Jacques d'Aguilar et Fabien Raimbault  " Les noms vernaculaires de Vanessa Atalanta (L.)", dans la revue  Insectes 17 n°132 - 2004, (1).

   Les auteurs nous apprennent une appellation méconnue du Vulcain, le "papillon à numéro" ou encore "numéro quatre vingt dix-huit "  Regardez l'aile postérieure et vous y lirez distinctement un 8 , plus ou moins précédé d'hiéroglyphes que je pourrais déchiffrer comme 138P, mais qui sont plus communément lus comme 98 ou 18, avec un effet de miroir selon que l'on regarde l'aile droite  ( 18 ou 98) ou comme ici l'aile gauche (81 ou 8P).

           Alors, Vulcain immatriculé Cher (18) ou Tarn (81) ?

   Les mêmes auteurs mentionnent la dénomination espagnole numerada, le numéroté, proche de notre papillon "Chiffre", mais sont surtout parvenus à retrouver une publication germanique de 1756, le tome I de l' Insecten-Belustigung où Rösel von Rosenhof décrit ces inscriptions .

 D'autres auteurs y  ont lu  8118, ou 980, comme une forme précoce et naturelle de baguage.

 

DSCN2718

 

 

  b) sur le nom Vulcain lui-même.

 

   Cela paraît bien simple : Vulcain, c'est l'homologue latin du dieu grec Héphaïstos, c'est le fils de Jupiter et de Junon, qui naquit si laid que sa mère le balança du haut de l'Olympe, le quartier chic réservé aux stars. Il se blessa le pied dans la chute et restera boiteux, ce qui n'arrangea pas son allure, mais il fut recueilli par les filles d'Océan et devint forgeron, réalisant de magnifiques bijoux. Plus tard, il remonta sur la divine montagne, mais pour confectionner les orfévreries, les armes des héros, et même les foudres de son père, il se rendait dans sa forge installée sous une des îles Lipari, l'île Vulcano.

   De même que le nom grec hephaïstos avait été utilisé dès Homère pour désigner le feu, le mot latin vulcanus servit par métonymie du dieu du feu et de la forge pour désigner la flamme et l'incendie.

   En français, le latin vulcano, par l'italien vulcano ou volcano a donné notre mot volcan, pour désigner les montagnes de feu. Toujours par métonymie du dieu du feu, le substantif masculin vulcain, d'abord écrit vulcan (1552) a pu être employé par latinisme pour "feu" :Paul Claudel l'utilise ainsi  (Poésies diverses, 1952) :

                                    Le soleil dans un trou plein d'eau

                                    Vulcain dans une marmite,

                                     Admire parmi les roseaux

                                   La flamboyante pépite !

 

           Mais ce n'est qu'en 1762 qu'il devient le nom courant du papillon qui avait déjà alors reçu de Linné son nom scientifique.C'est  E.L Geoffroy qui l'emploie  dans son Histoire abrégée des insectes des environs de Paris, Paris, Tome 2, p.40.    Mais Etienne Louis Geoffroy , ce pharmacien et entomologiste  français (1725-1810) n'est pas l'inventeur du nom puisqu'il écrit : "Le nom de vulcain a apparemment été donné à ce beau papillon à cause des taches ou bandes couleur de feu qui sont sur ses ailes ". Dans son livre, il cite, comme on doit le faire, les références bibliographiques de ses prédécesseurs, avec le nom qu' utilise l'auteur : Papilio nymphalis atalanta pour Linné 1758, Inferne pour Goed. (Goedart ), ce qui permet de vérifier que les auteurs français ou francophones n' utilisent pas d'autre nom vernaculaire (Réaumur, De Geer ) . La mention de "inferne" suggère un rapprochement avec Vulcain.

   Si Geoffroy n'a pas inventé le nom, il ne l'a certainement pas récolté dans le langage courant puisque le mot n'avait auparavant que des usages érudits, poètiques ou précieux, et ce n'est pas un mot "vulgaire" et vernaculaire: j'imagine pour ma part une invention par un zoologue contemporain de Geoffroy.

 Nos voisins italiens le nomment aussi Vulcano, mais j'ignore si le nom italien est attesté à une date antérieure ou postérieure à notre vulcain.

 En Allemagne, il peut s'appeler der Admiral, der Mars, die Jungfrau, der nummerpapillon, der acht und neunziger, et aussi pour Jakob Hübner ou pour N.J Brahm (1791) der Heiternesselfalter, le beau (ou gai) papillon de l'ortie.

   En Grande-Bretagne il répond au nom de Red Admiral, l'Amiral rouge (il existe aussi, pour le Petit Sylvain , the White Admiral), comparant ainsi la bande rouge de ses ailes ("son grand ruban ponceau" comme l'a écrit Gérard de Nerval) avec l'écharpe de l'uniforme d'un amiral anglais. L'occasion d'apprendre que le mot amiral vient de l'arabe émir : le chef.

 

 

II) Origines du nom scientifique Vanessa atalanta.

 

a) Nom de genre : Vanessa.

 

    Le premier terme du nom scientifique est dans la nomenclature binominale, le nom de genre. Dans la dénomination initiale, le "protonyme" que l'on doit à Linné, Papilio atalanta, la notion de genre n' avait pas cours et il nommait tous les papillons diurnes Papilio (l'équivalent actuel d'une superfamille), séparés des Sphinx et des Phalènes aux moeurs nocturnes ou crépusculaires. Ce sont ses successeurs, tout au long de la fin du XVIIIème siècle et du début du XIXème, qui s'efforcèrent de créer des rangs entre la superfamille et l'espèce, de définir cette notion de genre et de la faire apparaître dans la dénomination : ce fut donc une période de flottement taxonomique, responsable de dénominations synonymes.

   Puisque le nom initial de Linné n'a pas été retenu, on écrit son nom entre parenthèse : Vanessa atalanta (Linnaeus, 1758).

  Le genre Vanessa a été créé par Johan Christian Fabricius dans Magazin f.Insektenk. (Illiger) 6 : 281. en 1807.

 

   Un mot sur cette publication : Johan Karl Wilhem Illiger, (1775-1813) est un zoologiste allemand , élève et gendre de l'entomologiste Johan Hellwig, qui fut chargé des collections naturalistes  du comte J.C.von Hoffmannsegg puis fut  à partir de 1810 le conservateur du Musée zoologique de Berlin .

     C'est l'auteur de "Prodromes systematis mammelum et avium " en 1811, publication où il reprend la classification linnéenne en mammologie et ornithologie en introduisant l'idée de famille, un rang supra-générique.

     De 1802 à 1807, il édita son  Magazin für Insektenkunde. C'est dans la sixième volume  de 1807,  que parut un article anonyme donnant  une synthése des classifications de lépidoptères de Fabricius, de Latreille telle que celui-ci l'avait présenté dans le Nouveau Dictionnaire d'Histoire naturelle de Buffon en 1804, et enfin de Schrank . Les 41 "familles" de papillons diurnes (Papilio) de Fabricius y sont nommées ; celle de Vanessa comptait 30 espèces.

 

Fabricius  (1745-1808) est un Danois qui suivit les cours de Linné dont il est le disciple le plus distingué; professeur d'histoire naturelle à Copenhague puis en 1775 à Kiel, qui ne disposait ni d'un jardin botanique, ni de collections, il dut se déplacer fréquemment à Paris, où il devint l'ami de P.A.Latreille, à Londres ou à Copenhague. Sa classification repose sur la structure des pièces buccales.

  Il proposa aussi pour ce genre vanessa les noms de Cynthia (1807) -que l'on retrouve dans l'un des noms de l'autre vanesse bien connue, la Belle-Dame Cynthia cardui.

Il décrivait en même temps Colias, Limenitis, Lycaena, Pamphila, Thymele, Pontia, Hesperia, etc.

 

 

L'origine du nom Vanessa attribué par  Fabricius  se trouve dans le poème de Jonathan Swift Cadenus and Vanessa.

    Quoi, l'auteur des Voyages de Gulliver , le créateur des "Yahoo" et de la Laputa, le satiriste auteur du Conte du tonneau et de "Méditation sur un balai",  un poète? Oui, et qui tient une place majeure dans la poésie irlandaise.

   Swift a créé  le prénom Vanessa à partir du début du nom d'Esther Vanhomright, son élève et son amante frustrée , morte à trente-trois ans en 1723 : le poème écrit à Windsor en 1713 dissimule le nom de l'amante  dans un collage :  Van-/-Essa , Essa étant le diminutif d'Esther. Depuis le prénom fut attribué aux jeunes anglaises, puisaux françaises et allemandes, explosant chez nous depuis 1970.

   Cadenus and Vanessa est une histoire de bergers et de nymphes dont la vie,comme partout ailleurs, se complique à cause d'un certain Cupidon : alors que Vanessa est en train de lire les poésies de Cadenus, Cupidon décoche une flèche qui transperce le volume du poète et le coeur de la bergère : voilà la belle amoureuse du doux versificateur, qui voue sa plume à l'hommage de son amante. Une plume ? elle espérait plus, et, de dépit, elle rend l'âme.

    Ce que je voudrais savoir, c'est l'origine du nom Cadenus.Sur la toile, il est aussi inséparable de celui de Vanessa que l'aurait voulu celui qui les a imaginé.

   Swift,homme d'église, doyen de la cathédrale Saint Patrick de Dublin fut aussi amoureux d'une autre Esther, Esther Johnston, qu'il désigna sous le nom de Stella,et de Jane Waring, surnommée Varina. mais aucune ne donna son nom à un papillon.

Puisque nous en sommes aux prénoms terminant par -a, mentionnons Lolita, pour dire que Vladimir Nabokov tout autant écrivain que chasseur de papillons, dédicaçait à son épouse Vera ses ouvrages en ornant la page de garde d'un dessin de papillon qu'il baptisait à sa fantaisie Colias verae nabokov,Verina raduga, Papilionita-mot valise associant papilio et Lolita- verae, ou Verina verae, pour décliner par cette lépidopteronymie imaginaire son hommage à Vera.

 

b) Nom de genre synonyme : Pyrameis.

   Jakob Hübner était un entomologiste allemand (1761-1826) qui s'interessait particuliérement aux papillons et notamment à leur illustration. On lui doit les planches remarquables du Geschichte europaïscher Schmetterlinge, 1806-1824.

Fidéle à l'esprit Linnéen et à la culture classique latine et surtout grecque,Il y proposa de baptiser les vanesses du nom de Pyrameis (1819), de Bassaris (1821) et enfin de Pyrameides (1826).

Scudder en 1889 proposa "Neopyrameis".

   On trouve donc dans le début du XIXème siècle des publications désignant le vulcain sous le nom de Pyrameis atalanta.

 C'est au couple de Pyrame et Thisbé qu'il voulait rendre hommage, et à l' histoire racontée par Ovide dans les Métamorphoses, Iv, 55-166. A priori aucun rapport avec l'aspect du vulcain, sauf si on veut voir dans ses couleurs celles de la fameuse écharpe ensanglantée de Thisbée qui fit croire à son amant qu'elle avait été dévorée par une lionne.



 c) L'épithète spécifique atalanta.

 

   L'épithète spécifique atalanta fait référence à Atalante, héroïne dans la mythologie grecque.

 Selon la tradition développée en Béotie (région de Thèbes en Grèce), cette jeune-fille  résiste aux projets de mariage en exigeant de n'épouser qu'un homme capable de la vaincre à la course à pied, où elle excelle : bien-sûr, les prétendants sont distancés par la championne d'athlétisme, et payent  de leur vie leur tentative, jusqu'à ce que le jeune et bel Hyppomène, qui a l'appui de la déesse de l'amour Aphrodite agacée de voir une joggeuse mépriser les joies d'Eros, trouve l'idée de faire tomber pendant sa course trois pommes d'or : est-ce l'envie, est-ce la curiosité, Atalante ralentit sa foulée pour les saisir et Hyppomène est vainqueur.

  On connaît ces jeunes filles rétives au mariage et vouées à Artémis la vierge chasseresse, telle Sara qui, dans le Livre de Tobie, avait fait périr dans le lit nuptial sept soupirants avant d'être délivrée des sortilèges d'Asmodée par le fieil de poisson péché par Tobie et son archange gardien.

 

   Mais que signifie" Swift" en anglais ? rapide. Sa Vanessa avait composé un rébus de son nom où mon premier était  le début du nom de Joseph, mon second était le prophète Nathan et mon troisième était :"what a horse is that runs very fast.", et Jonathan Swift se retrouvait ainsi sous les puissances tutélaires d'un mari passif ou délaissé, d'un prophète qui faisait la leçon à David après qu'il eût séduit Bethsabée,, et d'un cheval courant très vite :
Like a racer he flies, to succour with speed,
When his friends want his aid, or desert is in need.

Curieuse alliance dans ce Vanessa atalanta d'une héroïne qui meurt d'une ardeur  frustrée par un amant voué  à sa Muse, et de sa figure inverse, véloce et glacée : le Vulcain, papillon ardent, rapide, affairé et curieux.Mais il est inutile de chercher dans la figure d'Atalante la raison pour laquelle le papillon fut ainsi dénommé : en réalité, il semble que les causes de ce parrainage soit autre.



 

   d) atalanta, suite : Linné

 

L'attribution de l'épithète spécifique des 542 espèces de papillons  que Linné a du nommer dans son Systema naturae de 1758 s'est faite selon des critères liés le plus souvent non pas à la morphologie, au comportement ou aux particularités de l'espèce à baptiser, mais selon son rang dans la Classification Générale: dans celle-ci, Linné détermine trois groupes qu'il nomme "genre" , les Papilio, les Sphinx et les Phalenae.

   Très influencé par sa culture classique gréco-latine, Linné va classer ses papillons en créant des parallèles avec la civilisation et la mythologie grecques. ainsi les Papilio sont divisés en six "phalanges", comme les formations de soldats d'infanterie, les hoplites. Il crée les phalanges des Cavaliers (Equites), des Muses habitant sur le mont Hélicon, (Heliconii), des Danaïdes, les cinquantes filles du roi Danaus, (Danai), des Nymphes (Nymphales), des gens de la plèbe pour les plus petits papillons (Plebeji), et des Barbares ( Barbari).

 

    Poursuivant sa création comme un joueur inventant une nouvelle civilisation, il répartit ses Cavaliers entre Troyens (Trojani) et Achéens -les grecs de la guerre de Troie venus venger Mélénas dont la belle Héléne a été ravie par Pâris - (Achivi) .

  Les papillons de la phalange des Heliconii reçoivent le nom des Muses, ou de leur patron Apollon, ou de leurs sosies les pierides.

  Les Danaïdes sont de deux camps : les blancs (Candidi) où nous trouvons nos actuels piérides et les colorés (Festivi), tous dotés de noms grecs.

  Les Plebéiens sont soit des gens des villes, soit des gens des champs: Urbicoles ou  Rurales.

 Enfin les Nymphes,  qui inspireront le nom de notre famille des  Nymphalidés, sont aussi de deux groupes :

        - les Gemmati, dont le nom latin signifie "ornés de pierres précieuses", car leurs ailes sont ocellés.

         - et les Phalerati, " ornés de phalères" dépourvus d'ocelles.

 

  Notre Vulcain , le vigoureux forgeron boiteux s'est retrouvé embrigadé dans la phalange... des Nymphes , dans la section des Phalerati. Je dois donc vous expliquer ce que sont des " phaléres" , qu' en langage contemporain on désignerait sous le nom de " bling-bling ". Ce sont des plaques de métal sonnant et brillant portées par les soldats en décoration ou par les chevaux en ornement. Le mot latin a été aussi utilisé pour désigner le clinquant, le tape à l'oeil.

   Les 33 papillons phalerati reçoivent des noms de nymphes, ou d'héroïnes grecques, sans égard à leur aspect, leur localisation (peu sont européens, la plupart sont d'Inde ou d'Asie ) ce sont Cydippe, Tiphia, Antiopa, Polychloros (c'est notre Grande tortue), Ariadne, Dirce, Venilia, Alimena, Leucothoe, Phaerusa, et le Vulcain hérite ainsi du nom  d'Atalante.

    Cela a permis à Linné de faire vivre les chers personnages dont il lisait à l'école les aventures dans Homère, Ovide, Virgile ou Horace, et c'est vrai qu'ils sont attachants.

   Par exemple, Cydippe est une  belle athénienne qui a séduit Acontios lorsqu'ils se sont vus aux fètes d'Artemis à Delos. Le rusé Acontios lui lance une pomme où est écrit  "je jure devant Artemis de n'épouser personne d'autres qu' Acontios" ; la jolie étourdie lit tout haut ce qu'il y a écrit, et la voilà liée  malgré elle à son admirateur lanceur  de pomme sans qu'elle n'y prenne garde. Revenue à Athènes, elle veut se fiancer à un autre, mais elle tombe malade dès qu'on prépare les noces, et il faudra que la Pythie de Delphes en personne lui explique le stratagème . Cydippe et Acontios se marièrent, et ils eurent beaucoup d'enfants, ou du moins, grace à papa Linné,  beaucoup de petits Cethosia cydippe, superbe lépidoptère australien, ou de Neptis cydippe, l'exemplaire de Linné qui  provenait d'Inde.

 

 

En résumé, le Vulcain ne s'appelle atalanta que parce qu'il est le numero 175 de la classification de Linné.

 

 

 

 

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Published by jean-yves cordier

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  • : Le blog de jean-yves cordier
  • : 1) Une étude détaillée des monuments et œuvres artistiques et culturels, en Bretagne particulièrement, par le biais de mes photographies. Je privilégie les vitraux et la statuaire. 2) Une étude des noms de papillons et libellules (Zoonymie) observés en Bretagne.
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  • "Il faudrait voir sur chaque objet que tout détail est aventure" ( Guillevic, Terrraqué).  "Les vraies richesses, plus elles sont  grandes, plus on a de joie à les donner." (Giono ) "Délaisse les grandes routes, prends les sentiers !" (Pythagore)
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