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5 juin 2011 7 05 /06 /juin /2011 11:02
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Lieu : St Rivoal, à trois mètres d'un cours d'eau.
Date : 4 juin 2011, Sortie de formation aux invertébrés Bretagne Vivante dirigée par Mikaël Buord.
L'observation de  la nature par le biais d'un objectif macro ou d'une loupe offre parfois des surprises telles qu'elles s'apparentent à la traversée du miroir pour la jeune Alice, et la chute vertigineuse qui aspira la jeune demoiselle dans un vortex mental après qu'elle se soit engagée dans un terrier me paraît peu de chose à l'égard du bouleversement  suscité par le mécanisme copulatoire le plus inouï, le plus singulier, le plus incroyable, le plus imprévu (etc...), de cette araignée nommée la Tétragnathe étirée. Et j'aurais vu un lapin blanc aux yeux roses consulter l'heure sur son portable et s'écrier qu'il allait être en retard pour sa série télévisée que cela ne m'aurait pas ému d'avantage que de lire la description de l'induction spermatique chez les araignées, et d'apprendre comment, chez celles-ci, les deux pédipalpes des mâles se sont différenciés en un organe d'accouplement hautement original et sans équivalent direct dans les autres groupes animaux pour  réussir un tour de force nommé induction spermatique.
Tout débute peut-être par les articles d'Ulrich Gerhardt 12 articles (soit un total de 1064 pages) publiés de 1911 à 1933 sur le comportement sexuel des araignées: ce docteur en médecine (Berlin, 1899) qui fut professeur de zoologie à Breslau écrivit entre autre :
• Neue morphologische und biologische Untresuchungen an Spinnen, Naturwissenschaften, Volume 11, N° 45, 1923, 
Biologisceh Studien an griechischen, corsischen und deutschen spinnen, Zoomorphology Vol. 10, N° 4 :576-675, 1928.
Neue studien zur sexualbiologie und zur bedeutung des sexuellen grössendimorphismus des spinnen, Zoomorphology Vol. 1, n° 3 : 507-538.
   Son étude de la reproduction de Tetragnatha extensa L. se trouve dans :
Weitere sexualbiologische untersuchung an Spinnen, Arch. Naturgesch. 89(A,10) : 18, 94    (1923)
  1) Un peu d'anatomie :
a) les pédipalpes :
Situées entre les chélicères,  première paire d'appendices prosomatiques, et les pattes ambulatoires qui forment la troisième paire, les pédipalpes   ou pattes mâchoires sont formés de six articles. Le sixième, le tarse, est équipé d'une griffe palpaire chez  la femelle, mais se différencie chez le mâle en un organe hypertrophié souvent comparé à un gant de boxe, et qui atteint une taille si extravagante qu'il en devient parfois invalidant et que certains Theridiidae doivent s'automutiler d'un coup de chélicère pour n'en conserver qu'un exemplaire.
   Cet organe qui reste simple chez les haplogynes atteint une complexité considérable chez les entélégynes, c'est à dire la moitiè des araignées . Il est essentiellement constitué par un bulbe copulateur, qui s'éffile à son sommet en un embolus qui joue le rôle de penis. Mais ce bulbe repose sur une sorte de cuiller ou cymbium, parfois complété par un paracymbium, et puis il est étayé par des pièces chitineuses ou sclérites, et par un coussin extensible fibro-élastique ou haematodocha : c'est un grand moment que celui où l'anatomiste s'empare de l'emphase de Bossuet dans son Sermon sur la mort pour décrire comment, lors de l'acte de chair, les haematodochae jusqu'alors collabèes deviennent turgescentes sous la pression de l'hemolymphe et dressent les sclérites, les faisant se disjoindre et faire saillir l'embolus ! Et dans une vision apocalyptique, il ne manque pas de rappeller comment, chez certaines espèces, l'embolus vient serompre dans l'organe femelle et ainsi le boucher, afin de l'empècher de s'accoupler désormais !
   A cet organe mâle répond, chez la femelle, un organe nommé épigyne ; chez Tetragnatha extensa, il est réduit à une simple fente transverse non chitinisée.
b) les chélicères.
  Les chélicères (du grec khélé, "pince" et keras, "corne" ) ces appendices buccaux dotés de glande à venin sont particulièrement développés chez Tetragnatha extensa, et surtout ils (ou elles) sont dotès  chez le mâle d'une "dent", un crochet qui va lui permettre une "prise de chélicères" : afin d'éviter de se faire dévorer par sa partenaire, le mâle lui bloque les chélifères en les tenant en pince au moyen de cette apophyse.
 2. L'accouplement.
  Il est précédé par une préparation du mâle qui, en juin-juillet, cesse de s'alimenter et  confectionne une toile spermatique
petite toile où va se dérouler le phénomène d'induction spermatique :le mâle va déposer sur cette toile par "masturbation" ou éjaculation primaire le sperme, sous contrôle de sensilles gonoporales situées sous l'épigastre. Puis il va le réabsorber par ses bulbes palpaires : c'est " le remplissage des bulbes".
  Guidé par les phèromones dont elle imprègne sa toile, il cherche une femelle de son espèce (il ne va pas s'aventurer sur la toile d'une espèce  étrangère) et s'en approche prudemment pour ne pas se faire manger avant d'avoir réussi la fameuse prise des chélicères. Le femelle est alors immobilisée, comme sous l'effet dune osae-wasa de judo, et le mâle n'a plus qu'à introduire l'embolus de son pédipalpe dans l'épigyne de la face ventrale de l'abdomen femelle et à procéder à l'éjaculation secondaire. " N'a plus qu'à " , j'aimerais vous y voir, surtout qu'il est de règle de placer l'embolus droit dans l'épigyne droit, et/ou réciproquement, bien que dans son imperissable article  copulation with controlateral insertion in entelegyne spiders, Nederlands Journal of Zoology, 47(1) : 99-102, (1997), B.A.Huber ait démontré que la règle connaissait des exceptions. De même, l'arbitre estimera que le combat est gagné si un style, ou embolus, est introduit, ou les deux, simultanément, ou par alternance : dans tous les cas cela vaut le point entier, "ippon", et le mâle n'a plus qu'à filer. Débloquant rapidement ses chélicères, il se laisse tomber au sol ou sur l'eau, et " Bonjour chez vous!".
   Cet équipement du mâle tétragnathe pourrait faire  suspecter l'odieux personnage de "machisme", or, traditionnellement, l'approfondissement des connaissances par les savants leur font émettre la "female choice hypothesis", l'hypothèse que c'est la femelle qui choisit son partenaire en fonction de ses genitalia plus ou moins avantageux, et que, dans l'acte reproducteur,elle coopère activement . Ou bien, dans la théorie du conflit des intérêts, on décrit une co-évolution des appareils et des stratégies, une "course aux armements" où les organes mâles évoluant pour mieux contraindre les femelles, et ceux  des femelles cherchant à échapper à cette contrainte. Tetragnatha extensa et ses chélicères coinceurs est une bonne occasion pour s'initier aux travaux de Thierry Lodé sur la "Guerre des sexes " ou de W.G Eberhardt sur la coévolution antagonistique.
 
 

 

 

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Published by jean-yves cordier
3 juin 2011 5 03 /06 /juin /2011 11:10

Il est arrivé vers le 24 mai, se cachant d'abord au ras du sol, refusant les photographes, mais il s'affiche maintenant sans vergogne sur les tiges et les fleurs de nos prairies : l'Échiquier, ou Arge galathée ou Demi-deuil, Melanargia galathea  (Linnaeus, 1758) :

 

Article précédent :mes papillons de juin : les rhopalo

 

 

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Certains sont  de couleur brune, plutôt que noire : il s'agirait des femelles.

 

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Published by jean-yves cordier
3 juin 2011 5 03 /06 /juin /2011 11:03

 Suite de :Anax imperator : l'émergence.

 

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Published by jean-yves cordier
3 juin 2011 5 03 /06 /juin /2011 07:55

Autant le dire tout-de-suite : je ne réunis ces deux papillons que parce que je les ai observés le même jour ( 2 juin 2011) au même endroit ( l'Aber à Crozon).

   L'un se nomme Issoria lathonia  ( Linnaeus, 1758), c'est le Petit nacré, mais les britanniques le nomment Queen of Spain Fritillary, et ce sera le prétexte pour mettre en scène cette Reine d'Espagne  qui atterri sous nos yeux sur l' aérodrome local : tous les commentateurs sont unanimes pour admirer sa superbe robe orange, que des couturiers avertis décrivent comme "suffusé de verdâtre", et qu'un artiste a décoré d'élégants ornements de velours noir, cette passementerie de ronds, de triangles et de croissants étant alignée en trois rangs :

 

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   Mais le plus attendu, ce sont les célèbres joyaux de nacre que la Reine ne manque pas de porter lors des grandes cérémonies: elles ont été ramenées par Alvaro de Saavedra des îles Molluques et c'est leur richesse en cristaux d'aragonite qui en font un symbole de la souveraineté aragonaise. C'est la localisation de ces nacres sur le revers de l'aile antérieure qui permet de distinguer le Petit Nacré du Moyen et du Grand Nacré, qui le dépassent par la taille, mais pas par le rang.

 

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    Les savants férus de généalogie nobiliaire et d'héraldique soutiennent que la première mention du nom de Queen of Spain remonte à 1775, où Moses Harris l'utilise sans le justifier dansThe Aurelian's Pocket Companion.

   Le nom scientifique lathonia a été attribué par Linné dans la dixième édition de 1758 du Systema Naturae, à la page 481, sous le numéro 141. Il a classé ce papillon parmi les Nymphales et à l'intérieur de ce groupe parmi les Phalerati, ce qui, dans le cas de ce nacré, doit nous retenir un peu. On se souvient ( Sur le nom du papillon Vulcain. ) que le qualificatif de phalerati signifie en latin "porteur de phalères", les phalères étant des plaques de métal brillant suspendu au cou des chevaux, puis les décorations militaires ou les ornements des praticiens, puis tout ce qui est parure clinquante.  Qui, mieux que la Reine d'Espagne, mérite cet adjectif ?

   On se souvient aussi que Linné avait pris le parti de distribuer des noms de la mythologie greque à ces papillons : ici, après Paphia, Cytherea et Aglaja, il choisi Lathonia, un des épithètes de la déesse Artemis. Latona est le nom romain de la déesse Leto, mère d' Artemis.

  Les Nacrés ont quitté les Nymphales pour rejoindre les Heliconii.

Le genre Issoria a été décrit par Hübner [1819]; Verz. bek. Schmett.(2): 31 sous les noms d' Issorien, Issoriae. J'en ignore l' étymologie.

 

 

Sa présence dans le Finistère est attestée en 1836, date à laquelle il figure dans la liste des papillons, dréssée par Emile Souvestre et Jacques Cambry dans Le Finistère en 1836.

 

 

 Mais que venait faire the Queen à Crozon ? Elle venait assister à un mariage princier, tout en blanc, auquel seule la crème, l'élite, les happy fews étaient conviés : le prince Charles Henri de Monnaie Du Pape épousait Aubépine Idéale Du Gazé : les jeunes futurs époux étaient glorieux, quasi immatériels tellement leur bonheur les transfiguraient en figures solaires :

 

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  C'est moi qui le compare à la Monnaie du pape en admirant ses ailes postérieures rondes comme des florins et aussi translucides que les feuilles séchèes de la plante (  Lunna annua) :

 

 

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 Pour entrer dans la cérémonie, cliquez ici :

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Published by jean-yves cordier
2 juin 2011 4 02 /06 /juin /2011 11:25

Observés le 31 mai à Pontavennec (Saint-Renan)

 

1. Meliscaeva cinctella (Zetterstedt, 1843).

 

 Cette Syrphe de 7 à 11 mm aux ailes brunâtres avec une subcostale et un ptérostigma brun est d'observation courante. Ses larves mangent les pucerons (aphidiphage).

 

 

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2. La Syrphe à ceinture  Episyrphus balteatus  (De Geer, 1776), Marmalade hoverfly.

 

Elle mesure 8 à 12 mm, son front peu saillant présente un calus médian très proéminent, ses ailes sont renforcées sur la marge postérieure par des plaques chitineuses microscopiques (comme la Meliscaeva précédente); elle vit dans les conifères (? ici, il n'y avait que des feuillus) et elle pond ses oeufs dans les colonies de pucerons, pour que ses chères petites larves puissent se régaler. C'est une espèce très courante, mais que je trouve très élégante par ses lignes fines et la vivacité de ses couleurs.

 

 

Un mâle, aux yeux contigus : 

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 Une femelle, aux yeux séparés et divergents.

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 3. Eristalis tenax  (Linnaeus, 1758).

 

L'arista (la soie de l'antenne) est glabre, les tibias sont épaissis et arqués sur la troisième patte sous un fémur noir, ces tibias portent une brosse de poil dite "brosse mimétique", la face est saillante vers le bas, et les yeux présentent deux bandes sombres verticales de poils. C'est du moins la théorie, mais je distingue bien en tout cas l'incurvation en V de la nervure médiane de l'aile.

 

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Published by jean-yves cordier
31 mai 2011 2 31 /05 /mai /2011 20:29

La Petite Tortue Aglais urticae (Linnaeus, 1758).

J'avais observé ses chenilles en nid grouillant sur les tiges d'ortie le 28 avril :

 

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Puisun mois plus tard, c'est une  chenille  solitaire d'une taille plus conséquente que je découvre: En effet, les chenilles de Petite Tortue (comme celle du Paon-du-jour) se rassemblent après l'éclosion des oeufs en un nid communautaire, tissent une toile de soie, et y passent les quatre premiers stades de leur développement, avant de se séparer lors du dernier stade.

 

 

 

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  Le 31 mai, à Pontavennec (Saint-Renan), à  une trentaine de mètres des orties qui les ont nourries, je vois deu Petites Tortues (un couple ? les deux sexes sont identiques) qui volent joyeusement, viennent se poser dans la prairie tout juste fauchée, puisse décider pour une petite station sur une feuille de ronce, et rester  désormais bien indifférentes à l'égard de l'ortie.

 

Lorsqu'elles se posent au sol, elles gardent d'abord les ailes fermées, ce qui permet d'observer le verso sombre qui ressemble à celui des autres Vanesses , les Robert-le-diable, les Paon-du-jour, le Vulcain ou la Belle-Dame :

 

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   Puis elles s'entrouvent timidement  ...

 

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  Et puis elles se décident à déployer leur éventail : quel spectacle !

 

 

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     Elles se nomment Petite Tortue parce qu'elles sont plus petites d'un centimètre que leur grande soeur la Grande Tortue ; et de même que celle-ci se nomme aussi Grand Renard, elle adopte le nom de Petit Renard, qui est la traduction du nom vernaculaire allemand de Kleiner Fuchs. Les anglais préfèrent Small Tortoiseshell, la petite carapace de tortue. Et nous pouvons aussi la désigner sous le zoonyme de Vanesse de l'Ortie.

 

   Le nom scientifique Aglais urticae   (Linnaeus, 1758)se traduirait presque par La Splendeur de l'Ortie, puisque Aglaé est, avec Euphrosyne et Thalie,  l'une des trois Grâces, celle qui est Plus que Belle, Splendide.

 

 

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   Une ténébreuse affaire.

 

   Dans les années 2003-2009, les populations de Petite Tortue déclinèrent, en France et Outre-Manche, et on s'en inquiéta. On incrimina alors une Tachinide, une de ces mouches que j'ai pu découvrir à propos de mon observation de la Petite Tachinide La Petite Tachinide Ectophasia crassipennis à Crozon. On se souvient que ces tachinides sont des parasitoides qui se développent au dépens de différents insectes.

   La coupable désignée est une exoristine, Sturmia bella (Meigen, 1824)   qui parasite divers Vanesses : elle pond des oeufs microscopiques sur les feuilles d'orties, et ces oeufs sont ingérés par les chenilles de Petite Tortue, de Vulcain, de Paon du jour ou de Robert-le-diable. Les larves de Sturmia éclosent et se développent dans l'intestin, qu'elles perforent pour aller se nourrir des organes non-vitaux de la chenille-hôte, puis, lorsqu'elles atteignent le terme de leur développement, elles s'attaquent aux organes vitaux et déchirent la peau de la chenille, d'ailleurs déjà dans son cocon. Une fois à  l'air libre, elles se métamorphosent.

   

   Sturmia bella  était inconnue en Angleterre jusqu'en 1998, et cette intrusion n'a pas été appréciée par nos voisins, qui n'ont pas l'habitude d'être envahis, et sont sourcilleux sur l'arrivée sur leurs sols d'animaux étrangers. Aussi une étude a-t-elle été menée par une équipe de chercheurs de l' Université d'Oxford, avec des données de l'UK Butterfly Monitoring Scheme : des chenilles de Petite Tortue et de Paon-du-jour ont été recueillis dans plus de cinquante sites du sud de la Grande-Bretagne et les parasites y ont été recherchés. La publication de résultats préliminaires par Lewis.O & Hamer N. http://users.ox.ac.uk/~zool0376/Sturmia_bella_report_May09.pdf

  Ils établissent que :

Aglais urticae a subi un déclin important atteignant -50% par rapport aux chiffres antérieurs à 1988 dans le sud de l'Angleterre, mais aussi de 38% au nord et en Ecosse..

Inachis Io a mieux résisté, avec une diminution de -2%

Sturmia bella est retrouvé dans 30% des larves.

• Sur les 888 chenilles d' Aglais, 18% avaient succombé à l'attaque de Sturmia bella: cette tachinide est désormais LE parasitoide d' Aglais urticae, devant toutes les autres espèces de tachinides, Phobocampe confusa et Cotesia spp.

. Seuls 3%des Inachis io étaient affectés. Sur les stations où Sturmia est présente, elle tue 61% des chenilles.

Sturmia bella est surtout virulente en fin d'été.

Un autre article publié en ligne le 25 mars 2011, A novel parasitoid and a declining butterfly : cause or coincidence ?par S. Gripenberg, N. Hamer, D.B. Roy et O.T. Lewis dans Ecological Entomology reprend ces conclusions, indiquant que si respectivement 25% et 15% des larves d'Aglais urticae et d' Inachis io abritent Sturmia bella, seul Aglais est affectée en terme de survie. Ce papillon est bivoltin (deux générations) et c'est surtout la seconde génération, celle de l'été, qui est affectée. Au contraire, Inachis io n'a qu'une génération par an, ses chenilles apparaissant en mi-juin/mi-juillet . En un mot, Aglais urticae aurait un cycle vital mieux synchronisé avec celui de la vilaine mouche. Au nord de l'Angleterre, Aglais est univoltin, car la température est plus basse.

 

 

   Le phénomène fait penser à la fameuse extinction des colonies d'abeille : même incertitude sur la cause, même complexité des phénomènes qui interagissent, même diversité des théories proposées, même incrimination des facteurs climatiques (réchauffement) et environnementaux. 

  Quelque soit la durée et les causes de ce déclin,  il a le mérite de souligner  le jeu des interactions entre la plante-hôte, les tachinides, les autres parasites, et le papillon.D'une description du papillon, on accède aux dimensions écologiques de sa présence autour de nous.

 

 

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  C'est l'un des premiers papillons à sortir d'hibernation. J'ai vu les premiers cette année le 25 avril au marais de Sougeal, mais on peut l'observer dés les premiers jours chauds de février. Si le soleil n'est pas suffisant, il se réchauffe en faisant vibrer ses ailes, et cette  friction rapide élève assez leur température pour lui permettre de voler.   Il recherche le nectar sur la plupart des fleurs disponibles, maispendant l'après-midi, le mâle stationne sur son territoire autour d'un buisson d'ortie, posé sur les feuilles ou sur le sol en attendant le passage d'une femelle. Que celle-ci se pointe, et voilà que se déroule un curieux manège : le mâle vient se placer derrière la belle demoiselle et se met à tambouriner avec ses antennes sur les ailes postérieures de sa partenaire, si vigoureusement qu'il produit un son perceptible par nos oreilles. La femelle s'envole un peu, suivie du mâle, joue l'indifférente-qui-n'est-pas-complètement-insensible et le message est reçu 5/5 par le mâle qui recommence à frapper le rythme du Boléro de Ravel . Cela peut durer plusieurs heures sans qu'aucun ne se lasse, même s'il faut aller reprendre un peu d'énergie solaire de temps à autre en étendant grand les ailes. Finalement, en fin de soirée, madame invitera le mâle à la poursuivre dans le labyrinthe  de la végétation et, si il parvient à ne pas se faire semer, les deux amants s'accoupleront : on assure que leur étreinte dure toute la nuit,que seul le chant de l'alouette  annonciateur de l'aube peut convaincre le Romèo des lépidoptères à s'éclipser, et que sous les chaumes on entend ce dialogue de tambourinaire : 

 

AGLAE

Wilt thou be gone? it is not yet near day:
It was the nightingale, and not the lark,
That pierced the fearful hollow of thine ear;
Nightly she sings on yon pomegranate-tree:
Believe me, love, it was the nightingale.

LEPIDO

It was the lark, the herald of the morn,
No nightingale: look, love, what envious streaks
Do lace the severing clouds in yonder east:
Night's candles are burnt out, and jocund day
Stands tiptoe on the misty mountain tops.
I must be gone and live, or stay and die.

AGLAE

Yon light is not day-light, I know it, I:
It is some meteor that the sun exhales,
To be to thee this night a torch-bearer,
And light thee on thy way to Mantua:
Therefore stay yet; thou need'st not to be gone.

LEPIDO

 

Let me be ta'en, let me be put to death;
I am content, so thou wilt have itso.
I'll say yon grey is not the morning's eye,
'Tis but the pale reflex of Cynthia's brow;
Nor that is not the lark, whose notes do beat
The vaulty heaven so high above our heads:
I have more care to stay than will to go:
Come, death, and welcome! Juliet wills itso.
How is't, my soul? let's talk; it is not day.

 

AGLAE 

 


It is, it is: hie hence, be gone, away!
It is the larkthat sings so out of tune,
Straining harsh discords and unpleasing sharps.
Some say the lark makes sweet division;
This doth not so, for she divideth us:
Some say the lark and loathed toad change eyes,
O, now I would they had changed voices too!
Since arm from arm that voice doth us affray,
Hunting thee hence with hunt's-up to the day,
O, now be gone; more light and light it grows.

 

LEPIDO

 

More light and light; more dark and dark our woes!

 

 

(Shakespeare, Romeo et Juliette, ActeIII, scène 5) Mais pour les renseignements sur le comportement des deux amants, j'ai copié servilement ceci :  http://www.ukbutterflies.co.uk/species.php?species=urticae

 

 

 

 

 

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  Sur le plan de la zoonymie, les espèces du genre  Nymphalis présentent une petite particularité à laquelle je n'avais pas prêté attention :  ils sont divisés en sous-genre.

 

 Linné avait divisé ses Nymphalis en Gemmati et en Phalerati. Il a décrit la Petite Tortue sous le nom protonymique de Papilio (Nymphalis) urticae (n° 114) parmi les Phalerati à la page 477 de son Systema Naturae de 1758

  Le genre Nymphalis a été décrit en 1780 par  Jan Krzystof Kluk (1739-1796), naturaliste polonais Hist. nat. pocz. gospod. 4: 86.

L'annèe suivante il a été divisé en sept sous-genres :

• sous-genre Nymphalis Kurk, 1780 avec notre Grande Tortue Nymphalis polychloros, mais aussi N.californica et N. xanthomelas

• sous-genre Aglais Dalman, 1816,décrit dans K. svenska VetenskAkad. Handl., Stockholm 1816 (1): 56, et  comprenant outre la Petite Tortue Aglais urticae  Aglais ichnusa (considérée comme une sous-espèce) et 4  espèces.

• sous-genre Inachis Hübner, 1819 : c'est celui d'Inachis io, le Paon-du-jour.

 • sous-genre  Polygonia Hübner, 1819, où on trouve Robert-le-diable Polygonia-c-album, et treize autres espèces.

 • sous-genre Euvanessa Scudder, 1889, comprenant le Morio  Euvanessa antiopa, et R. cyanomelas.

 • sous-genre Kaniska Moore, 1899, comprenant Nymphalis canace

 • sous-genre Roddia Koshunov, 1995 où trouve place Roddia l-album la Vanesse du peuplier ou Tortue faux-gamma.

 

 Ceci explique que la Petite Tortue ne porte pas le nom de genre en premier terme de la dénomination binominale, même si l'appellation Nymphalis urticae est peut-être plus conforme (c'est la dénomination qu'emploie Funet ). Encyclopedia of Life semble considerer Aglais comme un genre à part entière.

 

 

 

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Published by jean-yves cordier
29 mai 2011 7 29 /05 /mai /2011 17:37

 

 

Nom :  L' Ophrys abeille Ophrys apifera  Huds, 1762.

Lieu d'observation : Kerboulen, Plomeur, Finistère.

date : 28 mai 2011

 

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Le britannique William Hudson ( 1730-1793), ce botaniste sous- bibliothécaire du British Muséum, la décrit dans la première édition de sa Flora Anglica de 1662, à la page 391 : elle vient après les Ophris spiralis, lilifolia, Loeselii, monorchis, anthropophora et muscifera, et précède l'O. aranisera.

   Le nom de genre Ophrys L.,1753 vient du grec ophrus, "sourcil" que j'ai déjà rencontré en découvrant la Thécla de la ronce aux beaux sourcils, Callophrys rubi. Il se justifierait par l'aspect velu du bord dulabelle de nombreuses espèces. Les Ophrys appartiennent à la sous-tribu des Orchidinae, de la famille des Orchis. On les nomme en anglais Bee Orchis  en raison de la ressemblance que leurs fleurs prennent fréquemment avec des bourdons, ou d'autres  insectes, voire des araignées. On trouve la première mention de ce nom dans l'Histoire Naturelle de Pline l' Ancien (23-79 av. J.C ).

   Le nom d'espèce est formé sur le schéma xx-, nom d'une espèce animale à laquelle la fleur fait penser ou qu'elle  imite, et -fera, du latin fero, "je porte". Apifera signifie "qui porte l'abeille", comme muscifera signifie "qui porte la mouche".

L' Ophrys Scopolax est sensée présenter  "un gynostème dont la forme peut faire penser à la tête et au bec de la bécasse", mais je penserais volontiers que l'abbé Antonio José Cavanilles, qui l'a nommé ainsi en 1793, s'est contenté de rendre hommage à Scopoli.

 

 

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  Les Ophrys sont facilement identifiables par leur labelle épais et convexe, souvent velouté, offrant à la fois une pilosité importante qui leur a donné leur nom et une zone glabre, la macule. Les deux pétales latéraux sont plus petits.Les sépales, étalés, souvent rabattus en arrière, sont grands, roses, parfois blancs, avec une ligne médiane verte plus ou moins marquée.Les pollinies sont logées dans une colonne dressée, le gynostème, qui se termine par un bec. 

  L' Ophrys apifera est assez commune en France sur les pelouses calcaires et dans les bois clairs ; elle est assez rare en Bretagne. Elle se caractérise par un labelle brun court, au dessin variable avec des lobes lateraux velus, de grands sépales roses retroussés, et surtout un gynostème caractéristique au bec long, flexueux et deux fois retroussé. Les pétales latéraux, verts ou roses, sont très courts.Elle fleurit plus tard que les autres ophrys, fin mai à juin

 

 

 

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     On me l'a fait découvrir en la nommant "Ophrys faux-bourdon", ce qui a réveillé tous les souvenirs d'émissions ou d'articles de vulgarisation sur les orchidées : c'était simple, j'avais affaire à cette Ophrys faux-bourdon qui a pris l'allure d'un bourdon pour inviter les insectes du même nom à participer à sa fécondation.

     Mais à la réflexion, j'ai compris que c'était plus compliqué et que je devais reprendre le problème à la base.

 

I. Les bourdons, et les faux bourdons. 

 

   J'ai déjà rencontrè beaucoup de faux-bourdons : non-pas seulement à l'église ou en concert, puisque c'est le terme qui désigne les chants d' église, ou l'harmonisation du plain-chant ajoutant deux voix parallèles à une mélodie grègorienne, mais aussi chez ces insectes qui se déguisent en fourrure rayée jaune et noire pour faire croire qu'ils sont indigestes : chez les papillons les Sphinx-bourdons, hemaris tityus et H. fuciformis (en forme de frelon) et chez les Syrphes la Volucelle-Bourdon, l'Eristale brouillée ou  Mérodon equestris. Voilà donc déjà cinq imposteurs. Et on peut ajouter le Bourdon noir qui n'est qu'une abeille charpentière, une Xylocope. Et les Bourdon-coucou, des psythirus !

  Rien à voir avec les faux-bourdons, qui sont les mâles des abeilles. Ceux-ci ne vont jamais butiner les fleurs car leur trompe est trop courte pour atteindre le nectar.

  Mais alors, qui sont les vraisbourdons? C'est là où tout se complique si on exige une définition exacte, et il vaut mieux se dire simplement que les bourdons, c'est d'abord Bombus terrestris, le bourdon terrestre avec sa fourrure blanche à l'arrière, le plus commun en Europe, et quelques autres du genre Bombus reconnaissables (sauf contrefaçon) à leur silhouette trapue et leur forte pilosité.

Pourtant le terme est communément appliqué aux plus gros des membres des Apidae, pourvu qu'ils soient velus, et quand on sait que cette famille des Apidae comprend les Apinae ( les Apis, ou abeilles domestiques ; les Bombinae ; et les Eucerini ), les Nomadinae, et les Xylocopinae (dont les abeilles charpentières), on comprend que la lutte contre les déguisements de bourdon devienne difficile.

 

Peu importe, puisque ce n'était pas un insecte, mais une plante qui était accusée de port illicite de fourrure postiche. Mai là non plus, ce n'était pas simple, car l'Ophrys Faux-bourdon n'existe pas, bien que ce terme soit parfois employé:

 

II. Les Orphys faux-bourdons.

 Parmi nos noms vernaculaires, nous avons :

   • l'Ophrys bourdon, dont le nom scientifique  Ophrys fuciflora se traduit par ...Ophrys fleur -frelon, et qu'il est donc plus juste de nommer Ophrys frelon. Elle se reconnaît par la forme trapézoïdale, et non arrondie globuleuse, de son labelle. Elle cherche à imiter des Eucères, du genre Eucera décrit par Scopoli, des abeilles (!) solitaires.

   Elle a été décrite par le professeur de botanique Conrad Moench (1744-1805) en 1802 en sa bonne ville de Marbourg.

 

  • l'Ophrys abeille, Ophrys apifera,dont le labelle est d'aspect assez proche de la précédente mais de forme globuleuse, et qui attire dans son piège les mêmes abeilles du genre Eucera, notamment Eucera longicornis.

 

  En conclusion cette Ophrys Faux-bourdon est une Ophrys abeille qui ressemble à Ophrys bourdon, mais aucune des deux n'est fécondée par l'entremise des bourdons, et c'est une abeille Eucera mâle ( mais pas un faux-bourdon qui n'est  mâle que de l'abeille Apis) qui s'en charge, autrement dit un de ces gros Apidae velus qu'on nomme parfois..bourdons.

 

   J'en étais là de mes réflexions lorsque j'entendis de longs coups de corne de brume : un navire sortait de la Rade de Brest et  franchissait le Goulet pour prendre son poste devant Camaret : un remorqueur de haute-mer qui s'y positionne dès 20 noeuds de vent, puis file à Ouessant s'il dépasse 25 kt.

   Son nom ?

L' Abeille Bourbon !

  

 

              

  

 

 

 

 

 

 

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Published by jean-yves cordier
29 mai 2011 7 29 /05 /mai /2011 07:39
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J'observe à Bodonou ( Plouzané, 29) le 26 mai cette jolie mouche qui a endossé le costume des Dalton. Avec sa gueule d'hymenoptère, sa tête aussi large que le thorax et le "faux bord" de ses ailes, je peux la classer dans la famille des Syrphidae. J'ai cru identifier une Hélophile, mais celles-ci ont des antennes noires, et j'ai fini par comprendre que l'individu que j'avais interpellé appartenait au gang des Parhelophilus
   • Genre Parhemophilus: Girschner, 1897.  Ernst Girschner (1871-1914) fut un entomologiste allemand spécialisé dans les diptères.
   • On trouve dans : SARTHOU J.P., FROMAGE P., GENET B., VINAUGER A., HEINTZ W. et MONTEIL C., 2010. SYRFID vol. 4 : Syrphidae of France Interactive Data [On-Line URL : syrfid.ensat.fr]. ...
   ... les informations suivantes : quatre espèces sont connues en France:
                   : P. frutetorum (Fabricius, 1775)       : 13 départements avec observation (dont le Finistère)
                     P. versicolor (Fabricius, 1794)        :  18 départements avec observation (sans le Finistère)
                     P. consimilis  (Malm, 1863)              : 1 département,
                     P. crococoronatus  Reemer, 2000  : 1 département.
   N'étant pas qualifié pour me prononcer, de me prononcer, je salue ici ma belle Parhélophile sp.
 
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  II. Huit jours plus tard : l'Hélophile suspendue Helophilus pendulus  (Linnaeus,1758). 
 
Je la trouve à quelques centaines de mètres de ma première observation, et j'en profite pour les comparer.
  Je dois aussi savoir s'il s'agit bien d' Helophilus pendulus, avec son 3ème fémur jaune sur le tiers apical, ses bandes jaunes ocre sur l'abdomen, sa bande faciale noire, et éliminer ainsi H. Trivittatus et H. hybridus : espèrons que je ne me suis pas trompé !
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Published by jean-yves cordier
27 mai 2011 5 27 /05 /mai /2011 18:36

L' Aurore de la Cardamine Anthocaris cardamines (Linnaeus, 1758)  devance l'hirondelle pour annoncer le printemps, mais il le célèbre avec tant de fougue, tant d'activité brouillonne que j'avais renoncé à le photographier jusqu'à ce que, à la bonne aubaine d'une promenade de fin de journée, je surprenne mon bonhomme posé sur une fleur, méditatif, comme endormi ou frappé enfin par un coup de blues après ce déchaînement ostentatoire de ce qui n'était, au fond, qu'une recherche de partenaire. Et serait-il le premier qui, après avoir multiplié les rendez-vous et les petites annonces, soigné son style, épuisé ses forfaits téléphoniques, avalé les couleuvres, pris et repris des râteaux, avoir offert des bonbons à Mademoiselle Germaine, avoir cueilli du lilas pour Madeleine, avoir offert une bicyclette à Marinette, avoir rêvé des Argentines félineset des Espagnoles qui passent toutes à la casserole, serait-il le premier, hein, à chanter le Knotte-le-Zoute tango avant de rentre chez lui, le coeur en déroute, et les genitalia sous le bras?

 

   J'ai longtemps penser qu' Aurore de la Cardamine était une aristocrate, fine cousine -par exemple-de Charles-Marie de la Condamine qui inventa la quinine ( en 1745) en rêvant de découvrir les Amazones au sein nu. Mais ces papillons, ces piérides qui me narguent en agitant leurs ailes vanille-orange sont tous des mâles, et leurs compagnes, la Sylphide de leurs rêves sont d' anémiques émules de Lasthènie de Ferjol frappées de chlorose et protégeant leurs ailes pâles sous l'auvent de quelques feuillages jamais assez épais : en un mot, les femelles d'anthocaris ont le verso de leur ailes aussi blanc que les autres piérides qui se contentent de se nommer piéride du chou ou du navet. Elles s'en plaignent assez, mais d'une voix éteinte,d'être confondues avec ces marchandes de légumes.

 

 

 

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  Ce cliché est pris avec mon Canon et son objectif macro 100mm:

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   Voici maintenant le cliché obtenu avec mon APN Coolpix P6000 sur mode Macro:

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   Et voici un cliché ou Monsieur laisse entrevoir sa célèbre couleur Aurore (je rappelle que l'aurore est une couleur orangée) de son verso à travers son recto...

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  Même si cette couleur est un symbole lié à l'énergie solaire et au feu purificateur, c'est surtout un signal de danger très efficace, et c'est sans-doute afin de détourner les oiseaux des dangers de leur consommation -danger bien réel de leur point de vue- que les mâles, qui s'exposent à tous les risques avec abnégation et audace affichent  cette orpiment  sur leur casaque.

Les femelles d'Aurores déposent les oeufs sur les plants de crucifères : la cardamine bien-sûr, mais aussi l' alliaire officinale et la moutarde sauvage sinapis arviensis, toute plante qui permette à la larve d'accumuler des huiles de moutarde. L'affaire est d'ailleurs compliquée, car les glucosinates de ces plantes sont justement leur propre moyen de se protéger des insectes qui, en les croquant, déclenchent la fabrication d'isocyanates toxiques (exactement comme lorsque nous épluchons des oignons, cassant les cellules et réunissant un  précurseur, le 1-propenyl-L-cystéine-sulfoxyl avec un facteur spécial qui provoque la formation de propanethial-S-oxyde qui nous fait pleurer).  Comment les chenilles résistent-elles aux isocyanates? Font-ils comme la Piéride de la rave, qui détourne l'hydrolyse des glucosinates de la voie des thiocyanates vers celle des nitryl moins toxiques? Stockent-ils, comme le puceron du chou, les composés toxiques dans quelque hémolymphe ?

 

  Si le papillon dispose d'une face destinée à servir d'épouvantail, sa face postèrieure veinée de vert comme une feuille lui sert au contraire de camouflage. D'ailleurs, cette couleur verte est une illusion créé par une association subtile d'écailles jaunes et d'autres noires, et par le miroitement de la lumière. Ceci explique que mes photographies, au lieu de reproduire fidèlement cette illusion, me donnent à voir ces réseaux noirs et jaunes plus disgracieux, mais peut-être plus proche de la 'réalité".

 

 

 

 

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27 mai 2011 5 27 /05 /mai /2011 11:10

Le Crocothemis écarlate, Crocothemis erythraea  (Brullé, 1832) n'est pas d'observation rare. Alors qu'il se cantonnait aux pays chauds, il apparut dans la fin de années 1970 au sud de l' Allemagne et atteint le nord du Danemark en 2008.  

 

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 cliché de juin 2010

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•  Le genre Crocothemisa été décrit par Friedrich Moritz Brauer (1832-1904) en 1868, mais cet entomologiste autrichien qui fut le directeur du Muséum d'Histoire Naturelle de Vienne exerça plutôt ses compétences dans l'ordre des Neuroptères et des diptères que dans celui des Odonates. L' étymologie associe l'adjectif grec krokos, "safran, orange" et un terme grec themisqui ne désigne pas comme je l'avais suggéré la déesse Thémis, l'une des Titanides et l'épouse de Zeus ( c'eût été trop beau ) mais qui signifie "règle, coutume". C'est l'entomologiste allemand H.A.Hagen (1817-1893) qui l' utilisa comme terminaison de diverses espèces (Brachythemis,Celithemis, Neurothemis, sans se justifier. On suivit son usage, et les Perithemis, Paltothemis, Orthemis,Urothemis, Phyllothemis, Rhodothemis, Rhyothemis,Trithemis, Tetrathemis, Nesciothemis, Gynothemis, Macrothemis, Antidythemis, Aethiothemisvinrent fleurir l'odonatonymie des Libellulidae. 

 

• Le genre crocothemis compte dix espèces, dont Crocothemis erythraea, qui tire son nom du grec erythros,"rouge". La couleur du mâle est en effet si visible que c'est elle qui sert à  désigner l'espèce, tant pour le nom scientifique que pour les noms vernaculaires de Crocothemis écarlate, Scarlet Darter, Broad Scarlet.

 

  C'est Gaspard Auguste Brullè(1809-1873) qui la décrivit après l'avoir observé en Grèce lors de l'expédition de Morée.

   Cette expédition fut menée par la France de 1828 à 1833 dans le Péloponnèse, la péninsule grecque que l'on nommait alors la Morée pour rappeler sans-doute que les Francs avec Villehardouin y avaient fondé une principauté...en 1248. Après que la flotte franco-russe ait gagné la bataille de Navarrin pour soutenir l'indépendance de la Grèce contre l'empire ottoman et son allié égyptien Ibrahim Pacha, des forces militaires débarquèrent à Coron au sud pour s'assurer de l'évacuation des forces égyptiennes, et s'emparer des places fortes tenues par les turcs. Comme lors de l'expédition de Bonaparte en Egypte, cela fut l'occasion d' y associer une mission scientifique chargée d'un inventaire architectural, archéologique, géologique, et naturaliste de la région.

 Cette mission débarqua le 3 mars 1829 à Navarrin. Elle était dirigée par Bory de Saint-Vincent (1778-1846), un naturaliste et officier qui avait à son actif sa participation à l'expédition du capitaine Baudin sur Le Naturaliste en 1800-1804 comme zoologiste.

  Un jeune entomologiste  de vingt ans avait obtenu , grâce au  soutien de Georges Cuvier, de  participer à cette grande oeuvre : Gaspard Auguste Brullè (1809-1873) . C'est lui qui décrivit sous le nom de Libellula erythraea, notre crocothemis écarlate, de même qu'il décrivit les sous-espèces Calopteryx virgo festiva et platycnemis pennipes nitidula, dans le Tome 3, Partie 1 (Zoologie), section 2 (des animaux articulés) de Expédition scientifique de Morée. Section des sciences Physiques (sous la direction de M. Bory de Saint Vincent).Levrault, Strasbourg (et Paris) 1832 : 102.

 

  Outre un ordre, celui des Isoptera (regroupant les termites), Il y décrit aussi des genres et de  très nombreuses espèces nouvelles, dont, entre autres, les suivantes :

-une tenebrionidae, Tentyria rotundata.

-un genre de tenebrionidae,Opatroides, et l'espèce O. punctulatus,

- une sous-espèce de scarabée : Tropinota squalida ssp. pilosa,

- des scarabées,Onthophagus (Palaeonthophagus) ruficapillus Brullé, 1832 et  Onthophagus (Palaeonthophagus) suturellus Brullé, 1832

- Cerambyx velutinus, Vadonia bisignata parmi les Cerambycidae,

-un hémiptère, Miridae, Dionconotus cruentatus Brulle, 1832

-un ciccadellidae, Eusclelis lineolatus,

-des orthoptères:

      _Arcyptera labiata,

      _ Drymadusa dorsalis,

      _ Omocestus (dreuxius) minutissimus,

      _ Omocestus minutus,

      _sous-espèces Acrometopa servillea servillea

                             Chorthippus parallelus tenuis,

      _ synonymes Podisma dimidiata

                           Podisma tibialis

- une arachnide, Alopecosa albofasciata

deux scorpions, Lurus dufoureius, et Mesobuthus gibbosus

- des hymènoptères, Lasioglossum pauperatum, Lasioglossum marginatum, Andrena fulvitarsis, Andrena morio,et dans les Eumenidae Tropidodynerus interruptus

- un Ascalaphe (Neuroptère) Libelloides lacteus, sous le protonyme Ascalaphus lacteus.

- une mante (Mantodea) Empusa fasciata,

- un genre de cerambycidae, Morimus (et non morinus)

- des  coleoptères Un stenopterini : Callimoxys gracilis et un Elateridae, Dicronychus

-   des annelidés  amphinominae Hermodices savignyi

-des lamiinae, Oxylia duponchelii et Helladia flavescens .

 

  En 1833, il devient aide-naturaliste auprès de la chaire des crustacés, des arachnides et des insectes dirigée par Victor Audouin(1797-1841).

En 1838, il devient titulaire de la chaire d'Anatomie comparée et de zoologie de l'université de Dijon. 

                                                          

  C'est l'auteur des ouvrages suivants(non exaustif):

Brullé, Animaux articulés des îles Canaries, 1838

Audouin et Brullé, Histoire naturelle des Insectes, 1835.

In d'Orbigny : Voyage dans l'Amèrique méridionales 6 (2), 1843

in Webb P.B. & Berthelot, Histoire naturelle des Iles Canaries. 2(2), 1840  : Brullé : Orthoptera

 

  De nombreux naturalistes l'ont honoré en nommant "brullei" les espèces qu'ils découvraient, et je citerais dans le désordre :

Tettigetta brullei (Fieber, 1876), une cigale pygmée,

Crepidodera brullei,

Thorectes brullei Jekel, 1865 : geotrupidae

 Necrophories brullei, un Silphydae,

Bembidion brullei Gemminger & Harold, 1868,

Scymnies brullei Mulsant, 1850 : une punaise,

Camptorrhinus brullei Boheman, 1837,

Colobotheini Colobothea brullei Gaham, 1889,

Perga brullei Westwood, 1880,

Tanusia brullei,

Priophorus brullei (Dahlbom), une tenthrède,

Chloracris brullei Pictet & Saussure, 1892, dans Iconographie de quelques sauterelles vertes,

etc...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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  • : Le blog de jean-yves cordier
  • : 1) Une étude détaillée des monuments et œuvres artistiques et culturels, en Bretagne particulièrement, par le biais de mes photographies. Je privilégie les vitraux et la statuaire. 2) Une étude des noms de papillons et libellules (Zoonymie) observés en Bretagne.
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  • "Il faudrait voir sur chaque objet que tout détail est aventure" ( Guillevic, Terrraqué).  "Les vraies richesses, plus elles sont  grandes, plus on a de joie à les donner." (Giono ) "Délaisse les grandes routes, prends les sentiers !" (Pythagore)
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