Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
10 décembre 2010 5 10 /12 /décembre /2010 09:03

 


 

 

 

Aujourd'hui nous allons prendre notre cahier de Vocabulaire, ( Euh, qui a dit:" encore! " ?) et écrire :

               

                  Dissection linguistique du papillon dit Vulcain.

 

    Le mot Vulcain vous a été distribué, vous l'épinglez sur la planche de liège et vous ouvrez votre trousse de dissection, nous allons prendre tous notre temps, voire même le perdre en digression sur les détails qui sont les  épices de notre quotidien. ( commençons par un détour : le mot espèce (zoologique) a la même étymologie que le mot épice )

 

 

I) Sur les noms vernaculaires du Vulcain.

  

 

  a) des papillons immatriculés : Cher ou Tarn ?

 

DSCN2704

 

   Cette image m'a amené à consulter et à lire avec passion l'article de Jacques d'Aguilar et Fabien Raimbault  " Les noms vernaculaires de Vanessa Atalanta (L.)", dans la revue  Insectes 17 n°132 - 2004, (1).

   Les auteurs nous apprennent une appellation méconnue du Vulcain, le "papillon à numéro" ou encore "numéro quatre vingt dix-huit "  Regardez l'aile postérieure et vous y lirez distinctement un 8 , plus ou moins précédé d'hiéroglyphes que je pourrais déchiffrer comme 138P, mais qui sont plus communément lus comme 98 ou 18, avec un effet de miroir selon que l'on regarde l'aile droite  ( 18 ou 98) ou comme ici l'aile gauche (81 ou 8P).

           Alors, Vulcain immatriculé Cher (18) ou Tarn (81) ?

   Les mêmes auteurs mentionnent la dénomination espagnole numerada, le numéroté, proche de notre papillon "Chiffre", mais sont surtout parvenus à retrouver une publication germanique de 1756, le tome I de l' Insecten-Belustigung où Rösel von Rosenhof décrit ces inscriptions .

 D'autres auteurs y  ont lu  8118, ou 980, comme une forme précoce et naturelle de baguage.

 

DSCN2718

 

 

  b) sur le nom Vulcain lui-même.

 

   Cela paraît bien simple : Vulcain, c'est l'homologue latin du dieu grec Héphaïstos, c'est le fils de Jupiter et de Junon, qui naquit si laid que sa mère le balança du haut de l'Olympe, le quartier chic réservé aux stars. Il se blessa le pied dans la chute et restera boiteux, ce qui n'arrangea pas son allure, mais il fut recueilli par les filles d'Océan et devint forgeron, réalisant de magnifiques bijoux. Plus tard, il remonta sur la divine montagne, mais pour confectionner les orfévreries, les armes des héros, et même les foudres de son père, il se rendait dans sa forge installée sous une des îles Lipari, l'île Vulcano.

   De même que le nom grec hephaïstos avait été utilisé dès Homère pour désigner le feu, le mot latin vulcanus servit par métonymie du dieu du feu et de la forge pour désigner la flamme et l'incendie.

   En français, le latin vulcano, par l'italien vulcano ou volcano a donné notre mot volcan, pour désigner les montagnes de feu. Toujours par métonymie du dieu du feu, le substantif masculin vulcain, d'abord écrit vulcan (1552) a pu être employé par latinisme pour "feu" :Paul Claudel l'utilise ainsi  (Poésies diverses, 1952) :

                                    Le soleil dans un trou plein d'eau

                                    Vulcain dans une marmite,

                                     Admire parmi les roseaux

                                   La flamboyante pépite !

 

           Mais ce n'est qu'en 1762 qu'il devient le nom courant du papillon qui avait déjà alors reçu de Linné son nom scientifique.C'est  E.L Geoffroy qui l'emploie  dans son Histoire abrégée des insectes des environs de Paris, Paris, Tome 2, p.40.    Mais Etienne Louis Geoffroy , ce pharmacien et entomologiste  français (1725-1810) n'est pas l'inventeur du nom puisqu'il écrit : "Le nom de vulcain a apparemment été donné à ce beau papillon à cause des taches ou bandes couleur de feu qui sont sur ses ailes ". Dans son livre, il cite, comme on doit le faire, les références bibliographiques de ses prédécesseurs, avec le nom qu' utilise l'auteur : Papilio nymphalis atalanta pour Linné 1758, Inferne pour Goed. (Goedart ), ce qui permet de vérifier que les auteurs français ou francophones n' utilisent pas d'autre nom vernaculaire (Réaumur, De Geer ) . La mention de "inferne" suggère un rapprochement avec Vulcain.

   Si Geoffroy n'a pas inventé le nom, il ne l'a certainement pas récolté dans le langage courant puisque le mot n'avait auparavant que des usages érudits, poètiques ou précieux, et ce n'est pas un mot "vulgaire" et vernaculaire: j'imagine pour ma part une invention par un zoologue contemporain de Geoffroy.

 Nos voisins italiens le nomment aussi Vulcano, mais j'ignore si le nom italien est attesté à une date antérieure ou postérieure à notre vulcain.

 En Allemagne, il peut s'appeler der Admiral, der Mars, die Jungfrau, der nummerpapillon, der acht und neunziger, et aussi pour Jakob Hübner ou pour N.J Brahm (1791) der Heiternesselfalter, le beau (ou gai) papillon de l'ortie.

   En Grande-Bretagne il répond au nom de Red Admiral, l'Amiral rouge (il existe aussi, pour le Petit Sylvain , the White Admiral), comparant ainsi la bande rouge de ses ailes ("son grand ruban ponceau" comme l'a écrit Gérard de Nerval) avec l'écharpe de l'uniforme d'un amiral anglais. L'occasion d'apprendre que le mot amiral vient de l'arabe émir : le chef.

 

 

II) Origines du nom scientifique Vanessa atalanta.

 

a) Nom de genre : Vanessa.

 

    Le premier terme du nom scientifique est dans la nomenclature binominale, le nom de genre. Dans la dénomination initiale, le "protonyme" que l'on doit à Linné, Papilio atalanta, la notion de genre n' avait pas cours et il nommait tous les papillons diurnes Papilio (l'équivalent actuel d'une superfamille), séparés des Sphinx et des Phalènes aux moeurs nocturnes ou crépusculaires. Ce sont ses successeurs, tout au long de la fin du XVIIIème siècle et du début du XIXème, qui s'efforcèrent de créer des rangs entre la superfamille et l'espèce, de définir cette notion de genre et de la faire apparaître dans la dénomination : ce fut donc une période de flottement taxonomique, responsable de dénominations synonymes.

   Puisque le nom initial de Linné n'a pas été retenu, on écrit son nom entre parenthèse : Vanessa atalanta (Linnaeus, 1758).

  Le genre Vanessa a été créé par Johan Christian Fabricius dans Magazin f.Insektenk. (Illiger) 6 : 281. en 1807.

 

   Un mot sur cette publication : Johan Karl Wilhem Illiger, (1775-1813) est un zoologiste allemand , élève et gendre de l'entomologiste Johan Hellwig, qui fut chargé des collections naturalistes  du comte J.C.von Hoffmannsegg puis fut  à partir de 1810 le conservateur du Musée zoologique de Berlin .

     C'est l'auteur de "Prodromes systematis mammelum et avium " en 1811, publication où il reprend la classification linnéenne en mammologie et ornithologie en introduisant l'idée de famille, un rang supra-générique.

     De 1802 à 1807, il édita son  Magazin für Insektenkunde. C'est dans la sixième volume  de 1807,  que parut un article anonyme donnant  une synthése des classifications de lépidoptères de Fabricius, de Latreille telle que celui-ci l'avait présenté dans le Nouveau Dictionnaire d'Histoire naturelle de Buffon en 1804, et enfin de Schrank . Les 41 "familles" de papillons diurnes (Papilio) de Fabricius y sont nommées ; celle de Vanessa comptait 30 espèces.

 

Fabricius  (1745-1808) est un Danois qui suivit les cours de Linné dont il est le disciple le plus distingué; professeur d'histoire naturelle à Copenhague puis en 1775 à Kiel, qui ne disposait ni d'un jardin botanique, ni de collections, il dut se déplacer fréquemment à Paris, où il devint l'ami de P.A.Latreille, à Londres ou à Copenhague. Sa classification repose sur la structure des pièces buccales.

  Il proposa aussi pour ce genre vanessa les noms de Cynthia (1807) -que l'on retrouve dans l'un des noms de l'autre vanesse bien connue, la Belle-Dame Cynthia cardui.

Il décrivait en même temps Colias, Limenitis, Lycaena, Pamphila, Thymele, Pontia, Hesperia, etc.

 

 

L'origine du nom Vanessa attribué par  Fabricius  se trouve dans le poème de Jonathan Swift Cadenus and Vanessa.

    Quoi, l'auteur des Voyages de Gulliver , le créateur des "Yahoo" et de la Laputa, le satiriste auteur du Conte du tonneau et de "Méditation sur un balai",  un poète? Oui, et qui tient une place majeure dans la poésie irlandaise.

   Swift a créé  le prénom Vanessa à partir du début du nom d'Esther Vanhomright, son élève et son amante frustrée , morte à trente-trois ans en 1723 : le poème écrit à Windsor en 1713 dissimule le nom de l'amante  dans un collage :  Van-/-Essa , Essa étant le diminutif d'Esther. Depuis le prénom fut attribué aux jeunes anglaises, puisaux françaises et allemandes, explosant chez nous depuis 1970.

   Cadenus and Vanessa est une histoire de bergers et de nymphes dont la vie,comme partout ailleurs, se complique à cause d'un certain Cupidon : alors que Vanessa est en train de lire les poésies de Cadenus, Cupidon décoche une flèche qui transperce le volume du poète et le coeur de la bergère : voilà la belle amoureuse du doux versificateur, qui voue sa plume à l'hommage de son amante. Une plume ? elle espérait plus, et, de dépit, elle rend l'âme.

    Ce que je voudrais savoir, c'est l'origine du nom Cadenus.Sur la toile, il est aussi inséparable de celui de Vanessa que l'aurait voulu celui qui les a imaginé.

   Swift,homme d'église, doyen de la cathédrale Saint Patrick de Dublin fut aussi amoureux d'une autre Esther, Esther Johnston, qu'il désigna sous le nom de Stella,et de Jane Waring, surnommée Varina. mais aucune ne donna son nom à un papillon.

Puisque nous en sommes aux prénoms terminant par -a, mentionnons Lolita, pour dire que Vladimir Nabokov tout autant écrivain que chasseur de papillons, dédicaçait à son épouse Vera ses ouvrages en ornant la page de garde d'un dessin de papillon qu'il baptisait à sa fantaisie Colias verae nabokov,Verina raduga, Papilionita-mot valise associant papilio et Lolita- verae, ou Verina verae, pour décliner par cette lépidopteronymie imaginaire son hommage à Vera.

 

b) Nom de genre synonyme : Pyrameis.

   Jakob Hübner était un entomologiste allemand (1761-1826) qui s'interessait particuliérement aux papillons et notamment à leur illustration. On lui doit les planches remarquables du Geschichte europaïscher Schmetterlinge, 1806-1824.

Fidéle à l'esprit Linnéen et à la culture classique latine et surtout grecque,Il y proposa de baptiser les vanesses du nom de Pyrameis (1819), de Bassaris (1821) et enfin de Pyrameides (1826).

Scudder en 1889 proposa "Neopyrameis".

   On trouve donc dans le début du XIXème siècle des publications désignant le vulcain sous le nom de Pyrameis atalanta.

 C'est au couple de Pyrame et Thisbé qu'il voulait rendre hommage, et à l' histoire racontée par Ovide dans les Métamorphoses, Iv, 55-166. A priori aucun rapport avec l'aspect du vulcain, sauf si on veut voir dans ses couleurs celles de la fameuse écharpe ensanglantée de Thisbée qui fit croire à son amant qu'elle avait été dévorée par une lionne.



 c) L'épithète spécifique atalanta.

 

   L'épithète spécifique atalanta fait référence à Atalante, héroïne dans la mythologie grecque.

 Selon la tradition développée en Béotie (région de Thèbes en Grèce), cette jeune-fille  résiste aux projets de mariage en exigeant de n'épouser qu'un homme capable de la vaincre à la course à pied, où elle excelle : bien-sûr, les prétendants sont distancés par la championne d'athlétisme, et payent  de leur vie leur tentative, jusqu'à ce que le jeune et bel Hyppomène, qui a l'appui de la déesse de l'amour Aphrodite agacée de voir une joggeuse mépriser les joies d'Eros, trouve l'idée de faire tomber pendant sa course trois pommes d'or : est-ce l'envie, est-ce la curiosité, Atalante ralentit sa foulée pour les saisir et Hyppomène est vainqueur.

  On connaît ces jeunes filles rétives au mariage et vouées à Artémis la vierge chasseresse, telle Sara qui, dans le Livre de Tobie, avait fait périr dans le lit nuptial sept soupirants avant d'être délivrée des sortilèges d'Asmodée par le fieil de poisson péché par Tobie et son archange gardien.

 

   Mais que signifie" Swift" en anglais ? rapide. Sa Vanessa avait composé un rébus de son nom où mon premier était  le début du nom de Joseph, mon second était le prophète Nathan et mon troisième était :"what a horse is that runs very fast.", et Jonathan Swift se retrouvait ainsi sous les puissances tutélaires d'un mari passif ou délaissé, d'un prophète qui faisait la leçon à David après qu'il eût séduit Bethsabée,, et d'un cheval courant très vite :
Like a racer he flies, to succour with speed,
When his friends want his aid, or desert is in need.

Curieuse alliance dans ce Vanessa atalanta d'une héroïne qui meurt d'une ardeur  frustrée par un amant voué  à sa Muse, et de sa figure inverse, véloce et glacée : le Vulcain, papillon ardent, rapide, affairé et curieux.Mais il est inutile de chercher dans la figure d'Atalante la raison pour laquelle le papillon fut ainsi dénommé : en réalité, il semble que les causes de ce parrainage soit autre.



 

   d) atalanta, suite : Linné

 

L'attribution de l'épithète spécifique des 542 espèces de papillons  que Linné a du nommer dans son Systema naturae de 1758 s'est faite selon des critères liés le plus souvent non pas à la morphologie, au comportement ou aux particularités de l'espèce à baptiser, mais selon son rang dans la Classification Générale: dans celle-ci, Linné détermine trois groupes qu'il nomme "genre" , les Papilio, les Sphinx et les Phalenae.

   Très influencé par sa culture classique gréco-latine, Linné va classer ses papillons en créant des parallèles avec la civilisation et la mythologie grecques. ainsi les Papilio sont divisés en six "phalanges", comme les formations de soldats d'infanterie, les hoplites. Il crée les phalanges des Cavaliers (Equites), des Muses habitant sur le mont Hélicon, (Heliconii), des Danaïdes, les cinquantes filles du roi Danaus, (Danai), des Nymphes (Nymphales), des gens de la plèbe pour les plus petits papillons (Plebeji), et des Barbares ( Barbari).

 

    Poursuivant sa création comme un joueur inventant une nouvelle civilisation, il répartit ses Cavaliers entre Troyens (Trojani) et Achéens -les grecs de la guerre de Troie venus venger Mélénas dont la belle Héléne a été ravie par Pâris - (Achivi) .

  Les papillons de la phalange des Heliconii reçoivent le nom des Muses, ou de leur patron Apollon, ou de leurs sosies les pierides.

  Les Danaïdes sont de deux camps : les blancs (Candidi) où nous trouvons nos actuels piérides et les colorés (Festivi), tous dotés de noms grecs.

  Les Plebéiens sont soit des gens des villes, soit des gens des champs: Urbicoles ou  Rurales.

 Enfin les Nymphes,  qui inspireront le nom de notre famille des  Nymphalidés, sont aussi de deux groupes :

        - les Gemmati, dont le nom latin signifie "ornés de pierres précieuses", car leurs ailes sont ocellés.

         - et les Phalerati, " ornés de phalères" dépourvus d'ocelles.

 

  Notre Vulcain , le vigoureux forgeron boiteux s'est retrouvé embrigadé dans la phalange... des Nymphes , dans la section des Phalerati. Je dois donc vous expliquer ce que sont des " phaléres" , qu' en langage contemporain on désignerait sous le nom de " bling-bling ". Ce sont des plaques de métal sonnant et brillant portées par les soldats en décoration ou par les chevaux en ornement. Le mot latin a été aussi utilisé pour désigner le clinquant, le tape à l'oeil.

   Les 33 papillons phalerati reçoivent des noms de nymphes, ou d'héroïnes grecques, sans égard à leur aspect, leur localisation (peu sont européens, la plupart sont d'Inde ou d'Asie ) ce sont Cydippe, Tiphia, Antiopa, Polychloros (c'est notre Grande tortue), Ariadne, Dirce, Venilia, Alimena, Leucothoe, Phaerusa, et le Vulcain hérite ainsi du nom  d'Atalante.

    Cela a permis à Linné de faire vivre les chers personnages dont il lisait à l'école les aventures dans Homère, Ovide, Virgile ou Horace, et c'est vrai qu'ils sont attachants.

   Par exemple, Cydippe est une  belle athénienne qui a séduit Acontios lorsqu'ils se sont vus aux fètes d'Artemis à Delos. Le rusé Acontios lui lance une pomme où est écrit  "je jure devant Artemis de n'épouser personne d'autres qu' Acontios" ; la jolie étourdie lit tout haut ce qu'il y a écrit, et la voilà liée  malgré elle à son admirateur lanceur  de pomme sans qu'elle n'y prenne garde. Revenue à Athènes, elle veut se fiancer à un autre, mais elle tombe malade dès qu'on prépare les noces, et il faudra que la Pythie de Delphes en personne lui explique le stratagème . Cydippe et Acontios se marièrent, et ils eurent beaucoup d'enfants, ou du moins, grace à papa Linné,  beaucoup de petits Cethosia cydippe, superbe lépidoptère australien, ou de Neptis cydippe, l'exemplaire de Linné qui  provenait d'Inde.

 

 

En résumé, le Vulcain ne s'appelle atalanta que parce qu'il est le numero 175 de la classification de Linné.

 

 

 

 

Partager cet article
Repost0
Published by jean-yves cordier
27 novembre 2010 6 27 /11 /novembre /2010 08:40

  C'est un souvenir de l'été : sur la falaise de l'île d' Houat, le 18 juillet, j'avais photographié cette guêpe en train de creuser le sol sablonneux.

  Il me semble qu'il s'agit de Bembix rostrata Linnaeus 1758. (Bembex à rostre)

Le mot bembix ou bembex vient du grec bembis, -ikos, bourdon.

Nous ne sommes plus dans la superfamille des Vespoidea, comme avec la guêpe germanique précédente, mais dans celle des Apoïdes et dans la famille des Crabronidea (Latreille 1802).

Le genre Bembix a été décrit par Fabricius (1775), et on dénombre 340 espèces mondiales.

   Le Bembix ou Bembex rostrata est décrit ainsi :

Une taille de 15 à 25 mm, ce qui en fait l'une des plus grandes guêpes fouisseuses

Un abdomen orné de bandes jaunes sinueuses souvent brisées au milieu.

Les yeux verdâtres.

Les premières pattes munies d'un peigne, plus développé chez la femelle.

Les pattes jaunes.

Un labre étiré en long bec étroit qui lui vaut son nom de rostrata. (non visible ici car rabattu vers le bas)

L'extrémité des mandibules noirâtre et tacheté de noir à la base.

Le scape jaune dessous et noir dessus.

 

 

 

DSCN0181

 

 

 

 

Bembix rostrataest une "sandwasp" une guêpe inféodée aux milieux sablonneux telles que les dunes littorales. C'est dire qu'elle est menacée. En France, on la trouve principalement sur le littoral, de mai à septembre. Elle vit en colonies d'une dizaine à une centaine d'insectes ; chaque femelle creuse dans le sable un tunnel d'une vingtaine de centimètres, contenant la cellule d'une seule larve, pour laquelle elle stocke six à huit grosses mouches (taon, syrphides) de taille progressivement croissante en fonction du développement de la dite-larve (ce qui est remarquable car elle elève en même temps plusieurs larves d'age différent) en une quinzaine de jours vers le stade d'imago. A chaque sortie, la femelle prend soin de refermer l'entrée du tunnel. Elle nourrira ainsi au cours de l'été sept à huit larves tout-au-plus.

Chaque année, elle reviendra sur le même site.

Pierre André Latreille a signalé que son nid est parfois parasité par une "guêpe coucou," Parniopes grandior.

 

 

  Ses moeurs ont fasciné Jean-Henri Fabre (souvenirs entomologiques, série I, chapitre 16), et avant lui Le Pelletier de Saint Fargeau (Histoire des Hyménoptères, Tome II ) ou Pierre Latreille.

 

Tous insistent sur la rapidité d'exécution de l'insecte lorsqu'elle creuse le sable :

 

  . "Avec ses tarses antérieurs qui, armés de robustes rangées de cils, rappellent à la fois le balai, la brosse et le râteau, il travaille à déblayer sa demeure souterraine. L'insecte se tient sur les quatre pattes postérieures, les deux de derrière un peu écartées ; celles de devant, à coups alternatifs, grattent et balaient le sable mobile. La précision et la rapidité de la manoeuvre ne seraient pas plus grandes si quelque ressort animait le moulinet des tarses. Le sable, lancé en arrière sous le ventre, franchit l'arcade des jambes postérieures, jaillit en un filet continu semblable à celui d'un liquide, décrit sa parabole et va retomber à deux décimètres plus loin. Ce jet poudreux, toujours également nourri, des cinq et des dix minutes durant, démontre assez l'étourdissante rapidité des outils en action. Je ne pourrais citer un second exemple de pareille prestesse, qui n'enlève rien néanmoins à la grâce dégagée, à la liberté d'évolution de l'insecte, avançant et reculant d'un côté puis de l'autre, sans discontinuer la parabole de son jet. " (J.H Fabre)

  

DSCN0182

 

DSCN0183

 

Partager cet article
Repost0
Published by jean-yves cordier
23 novembre 2010 2 23 /11 /novembre /2010 20:16

                                                 "Nous n'en jugeons pourtant si mal que pour ne pas les connoître. Il en est des guespes comme de ces peuples éloignés que nous pensions être barbares,& par lesquels nous nous sommes trouvés surpassés en bien des choses."  R.A.F. de Réaumur.

 

 

 

Nous avions terminé notre pique-nique sur la plage de Pentrez ( voir article précédent) mais le pot de crème caramel pourtant bien léché par une langue gourmande a attiré l'animal que voici. Sa taille impressionnante m'a fait évoquer, que l'on veuille bien pardonner mon ignorance, un frelon, mais c'était une guêpe.

 

 ( Merci à la glacière d'avoir fourni le fond bleu. )

 

DSCN5136

 

Une guêpe, c'est vite dit, mais laquelle ?

Les quatre taches jaunes du thorax pouvaient m'aider à réduire le choix entre Vespula vulgaris et V. germanica, et il fallait alors regarder la tête pour y chercher les trois points qui trahissent la germanique, mais la bestiole tournait autour du pot _au sens propre_ sans que je parvienne à un face-à-face (sur certains sites, on voit une grosse épingle transabdominale qui doit faciliter la tâche à l'opérateur), et puis lorsque  je réussissais à la dépasser sur le bord du yaourth elle plongeait à l'intérieur, et lorsqu'enfin l'entrevue entre quatzieux allait avoir lieu, l'ombre de ma main s'étendait  pour tout éclipser : je n'ai que cette image où on voit bien trois élément, mais c'est la forme losangique médiane qui me contrarie à ne pas vouloir ressembler au point gentiment rond des photos de référence.

 

DSCN5151

 

   Je passais à un autre jeu : déterminer le sexe de ma visiteuse. Il fallait compter les articles des antennes pour que le chiffre 13 indique le mâle, lequel a un abdomen à 7 segments (6 pour la femelle) et est dépourvu d'aiguillon.

Là, je tenais l' image : pas d'aiguillon, "c'est un garçon, madame ! "

 

DSCN5128

 

 

Il nous reste à accompagner la goulue velue dans son périple circumbarquettier : merci Mamie Vespa !

 

 DSCN5139

 

DSCN5143

 

 

DSCN5144

 

DSCN5156

 

 

 DSCN5169

 

 

   A la réflexion -j'ai un cerf-volant- je me souviens que j'ai observé un nid de guêpe à deux kilomètres de là, en front de mer sur le sentier cotier de la Pointe de Talagrip, le 12 octobre dernier, et en reprenant les images, il me semble bien que ce sont aussi des germanica :

 

vespula 8150

 

 

Ce nid est fait de fibres végétales prélevées sur des bois durs par les vigoureuses mandibules des guêpes, mâchées et mélangées de salive. Il est débuté par la jeune reine qui, au sortir de l'hiver, cherche un lieu propice dans un coin sombre : souvent dans le sol,en  profitant de trous de murs, de pierres creuses, un vieux terrier, plus rarement dans le haut des arbres. Elle y façonne une cellule arrondie centrale qui deviendra hexagonale après avoir été entourée  de six cellules identiques; puis elle continue ses rayonnages et quand son couvent dispose d'une trentaine de bonnes cellules, elle y pond de futures larves qui, grâce aux phéromones, seront unanimes pour l'élire Mère Supérieure et faire voeu d'obéissance. Ce sont elles qui agrandiront le monastère souterrain qui pourra bientôt accueillir 1000, 3000, parfois 5000 congrégationnistes pour une vie d'abord strictement recluse, puis de labeur, dans l'abstinence sexuelle la plus rigoureuse. Partir chercher les mouches et les moustiques, ou une chenille à l'occasion, transformer cette nourriture hyperprotéinée en une bouillie qui ferait concurrence avec les gelées et les miels, les confitures et les pâtes de fruit, les tisanes et les bénédictines des meilleuresde nos moniales. Mais ici, pas de vente pour les pèlerins et les laïcs de passage, tout est destiné à leurs soeurs les  larves.

   Et les sucs de nos fruits , et les larcins effectuées sur nos tartines ? Ces péchés leurs sont pardonnés, ainsi que les petites gorgées de nectar, les lichettes de miellat de cochenille, tout cela est consommé directement par les ouvrières pour se donner du coeur à l'ouvrage.

  Les guêpes récoltent jusqu'à 500 mètres du nid, tout l'été et au début de l'automne, jusqu'à mi-novembre si le temps est clément. Mais lorsque survient l' hiver, elles meurent : heureuses, sereines, fières de l'accomplissement de leur vocation, la survie de jeunes reines qui vont passer la méchante saison cachée dans le creux d'un arbre ou d'une pierre.

Le nid de couleur grise, la vieille ruche d'où montaient les fervents bourdonnements des soeurs zélées subira le même sort que, pendant l'hiver 1709-1710, l'abbaye de Port-Royal -des-Champs lorsque la bulle pontificale et la décision du Conseil d' Etat imposa l'exil des 15 soeurs professes et des sept soeurs converses et la démolition  par la poudre  des bâtiments :il périra de même, le monument de papier mâché.

 

 

J'apprends de la plume de Claire Villemant (Revue Insectes n° 136) que les ouvrières se servent de cristaux d' ilménite composés de titane, d'oxygène et de fer doués de propriétés magnétiques : incorporés dans la pâte à papier, ils servent de niveaux à bulle pour donner à toutes les alvéoles la même orientation.

.

 

 

vespula 8144

 

 

  On ne saurai trouvé une meilleure occasion d'évoquer la mémoire de R.A.F de Réaumur. Si ce nom ne vous évoque qu'une station de métro sur les lignes 3 et 4 , dont vous ignorez même qu'elle doit son nom au croisement  à son aplomb de la rue Réaumur et du Boulevard Sébastopol, 2ème et 3ème arrondissement de Paris, il est temps de découvrir notre René-Antoine Ferchault de Réaumur, l'inventeur du thermomètre à alcool, Géo Trouvetou génial , ancêtre à lui tout seul de la plupart de nos disciplines scientifiques, et dont je n' interromps ici  l'éloge que pour parler de son Histoire des guespes, Mémoire de l' Académie Royale, 15 novembre 1719, pp 230-27 (ou Mem.Acad. Sc Paris XXI, 1721) : on y lit comment il eut le premier l'idée de la fabrication du papier en utilisant le bois. Et puisque je suis cordier je vous fabrique un lien vers ce texte : http://www.academie-sciences.fr/archives/doc_anciens/hmvol3521_pdf/p230_277_vol3521m.pdf

 

 

   Réaumur  s'interesse  en tout sujet à ses applications pratiques. Des araignées, il veut savoir si on peut copier leur art de fabriquer la soie. Des oiseaux, il veut trouver comment les faire éclore en toute saison, ou comment conserver les oeufs; devant un flacon de liqueur, il s'efforce d'en ralentir l'évaporation; et des guêpes, il s'attache à étudier " les moeurs, à découvrir leurs industries, à raconter comment elles peuplent et gouvernent leurs républiques." ( C'est un pionnier de l'ethologie). Aussi il ne s'intéresse pas aux guêpes solitaires mais aux guêpes sociales , "de celles qui travaillent des espèces de gâteaux composés de cellules hexagones comme ceux des abeilles, mais faits d'une matière fort différente de la Cire " . Ces gâteaux l'attirent, et de tous les animaux ingénieux il veut récupérer les brevets. Il dédaigne les abeilles, déjà domestiquées, et il surveille les guêpes, qui font tant de dégâts sur nos fruits "et surtout sur les muscats" . Il jette son dévolu sur les guêpes souterraines, les plus communes de toutes dans le royaume", et c'est donc notamment les Vespula germanica (qui n'ont pas encore été nommées ainsi, il faut attendre Fabricius 1793) qu'il va étudier.

   On pourrait penser que ce touche-à-tout ne s'interesse que superficiellement aux sujets qu'il aborde, mais la lecture de ses travaux convainc vite du contraire: les guêpes, il les a vraiment observé, il a disséqué leurs nids, étudié leurs moeurs, et s'il reconnaît que c'est son valet qui a subi le plus de piqures,(il lui demande de déterrer les nids, ou il lui applique une guépe sur le bras après qu'elle eut déjà piqué pour voir ce que cela lui fait), il revendique sa part de blessures de guerre. Tout à l'opposé de Buffon qui recueille plus facilement les observations des collaborateurs et qui le dénigre insidieusement d'avoir passé tant de temps à de vulgaires "mouches" en écrivant dans le Discours sur la nature des Animaux  "Car enfin une mouche ne doit pas tenir dans la tête d'un naturaliste plus de place qu'elle ne tient dans la nature " Et toc !

   Réaumur rétorque par l'argumentation suivante : " Les recherches de science naturelle, même celles qui ne semblent être que de pure & de vaine curiosité, peuvent avoir des utilités très réelles, qui suffiraient pour les justifier auprès de ceux même qui voudraient qu'on ne chercha que des choses utiles, si avant de les blamer on avait la patience d'attendre que le temps eut appris les usages qu'on en peut faire . "

 

    Il note très bien leur utilité, et raconte l'histoire de ce boucher _c'était à Charenton..._ qui leur donne un morceau de foie de veau  pour qu'en les attirant, elles éloignent ou dévorent les mouches, qui gâtent la viande en y pondant des oeufs.

La description des nids, ou guêpiers, est minutieuse, imagée, manifestement nourrie d'une observation prolongée sur le terrain, et je n'en ai pas trouvée d'aussi complète ailleurs, ni décrite en une langue aussi élégante et pleine de charme, ni témoignant d'un tel amusement à se livrer à cette étude.

Mais  ce qu'il veut, c'est découvrir le secret de la fabrication de ce papier dont est fait le guépier, en une sorte de carton aux qualités précieuses. Rien n'y fait, il ne surprend pas les guêpes prélevant les fibres des plantes. Comme à l'époque le papier est fabrique à partir de tissus de chanvre ou de lin, il n'imagine pas la solution, pourtant évidente pour nous : le papier se fabrique à partir du bois! c'est en regardant  une reine prélever du bois de sa propre fenêtre pour en faire une boule de papier mâché :

                                     " Lorsque je ne songeais plus à suivre ce genre d'insecte, une mère guêpe, de la classe des souterraines, vint m'instruire de ce que j'avais cherché tant de fois inutilement. Elle se posa auprès de moi sur le chassis de ma fenêtre, qui était ouverte. Je la vis rester en repos en un endroit d'où il ne me parut pas qu'elle pût tirer rien de fort succulent. Pendant que le reste de son corps était tranquille, je remarquai divers mouvements de sa tête. Ma première idée fut que la guêpe détachait du chassis de quoi bâtir, et cette idée se trouva vraie. Je l'observais avec attention, je vis qu'elle semblait ronger le bois, que les deux serres ou dents mobiles dont nous avons parlé plusieurs fois, agissaient avec une extrême activité : elles coupaient des morceaux de bois très fins. La guêpe n'avalait point ce qu'elle avait ainsi détaché, elle l'ajoutait à une petite masse de pareille matière qu'elle avait déjà ramassée entre ses jambes. [ ...]  J'ai vu que les guêpes de toutes espèces y vont couper les filaments dont elles ont besoin pour faire leur papier. Je les ai vu surtout s'attacher aux treillages des espaliers, aux chassis, et aux contrevents des fenêtres. Mais il est à remarquer qu'elles ne s'attachent qu'au bois vieux, sec, et qui a été pendant longtemps exposé aux injures de l'air. [...] Les unes et les autres nous apprennent qu'on peut faire du papier des fibres des plantes sans les avoir fait passer par être linge & chiffon ; elles semblent nous inviter à essayer si nous ne pourrions pas parvenir à faire de beaux et de bons papiers, en employant immédiatement certains bois. [..] Les bois blancs y seraient probablement propres. En brisant, en divisant encore plus les fibres de bois que ne font les guêpes et en employant mince la pâte qui en viendrait, nous en composerions un papier très fin. c'est une recherche qui n'est nullement à négliger, que même j'ose dire importante. "

   Pourtant, il fallu plus d'un siècle pour mettre cette idée en application : les lecteurs des Illusions perdues de Balzac, se souviennent que  l'histoire du papier, de la pénurie de chiffon annoncée par Réaumur , de l'inflation des prix face à la demande croissante des imprimeurs est au coeur de l'intrigue de ce roman  qui débute à Angoulème, où David Séchard cherche en secret de découvrir le moyen de produire un papier plus économique et de meilleure qualité : le roman se passe sous la Restauration, on en est toujours au papier chiffon :

    "Des chiffoniers ramassent dans l'Europe entière les chiffons, les vieux linges, et achètent les débris de toute espèce de tissus, dit l'imprimeur en terminant. Ces débris, triés par sorte, s'emmagasinent chez les marchands de chiffons en gros, qui fournissent les papeteries [..] Le fabricant lave ses chiffons et les réduit en une bouillie claire qui passe, absolument comme une cuisinière passe une sauce à son tamis, sur un chassis en fer appelé forme, et dont l'intérieur est rempli par une étoffe métallique au milieu de laquelle se trouve le filigrane qui donne son nom au papier. De la grandeur de la forme dépend alors la grandeur du papier ."

   L'idée prêtée à Séchard par Balzac est d'utiliser le roseau; son roman est publié de 1836 à 1843. C'est en 1844 que Friedrich Gotlob Keller dépose un brevet sur la fabrication de papier de bois, qui va remplacer le papier de chiffon.

La cellulose a été isolée et identifiée par Anselme Payen en 1834. 

  

 

.     La prochaine fois que j'entendrai que "le trafic est interrompu sur la ligne 4 entre Réaumur-Sébastopol et  Porte de Clignancourt ", je penserai à ce pionnier de l'entomologie, de l'éthologie , ...et de la feuille blanche. 

  

 

 

 

 

vespula 8181

 

  Etymologie

 

  Le mot vespula, comme le mot guêpe, vient du latin vespa, la guêpe, issu lui-même d'une racine indo-européenne vobhsa. La forme vespas'est acoquinée en français avec le francisque wapsa, de même sens, pour donner notre "guêpe".

  Quand au scooter , il a été baptisé "Vespa" par Enrico Piaggio  en 1946,quelques mois après la sortie du modèle japonais "Rabbit" , sans-doute pour évoquer la rapidité vrombissante de l'insecte.

 

Jaune et rayée, lourde peine.

 

Les américains désignent par le terme deyellowjacketles guêpes prédatrices des genres Vespula et Dolichovespula, non pas en relation avec le maillot jaune du premier au classement général du Tour de France, mais pour indiquer la dangerosité de ces insectes. Car si le jaune est, chez les animaux, une couleur aposématique indiquant à un candidat prédateur les risques qu'il prendrait à s'attaquer à un insecte, un papillon, un reptile affichant cette signalisation (risque de toxicité  notamment) , il semble que nous ayons hérité de cette ancienne tendance à nous méfier des adeptes du jaune.

   C'est notre historien des couleurs Michel Pastoureau qui nous l'apprend: le jaune vient en dernier dans le choix des couleurs préférées, après le bleu, le vert, le rouge, le blanc et le noir. Si les chinois le réservait à l'empereur, si cette couleur honore les bonzes qui la porte, en Occident depuis le Moyen-Age le jaune a tous les attributs de l'infame : c'est la couleur de l'étranger, du traitre, du trompeur, peut-être parce que c'est l'or qui a pris pour lui tous les attributs positifs (energie solaire, chaleur, vie, puissance) et que le jaune évoque le toc, le faux, l'ersatz. On représente Judas avec des vêtements jaunes, qu'on prête aussi à Ganelon le chevalier félon, ou aux faux monnayeurs, on utilise cette couleur pour dévaloriser les personnes qu'on dépeint, ou pour signifier leur état morbide, pour habiller les hérétiques, et on choisit la couleur honteuse pour la rouelle, puis pour l'étoile que l'on fait porter aux juifs.

 

Mais lorsqu'on associe le jaune avec les rayures, là, c'est de la provocation : on veut vraiment montrer son arrogance, son agressivité, "qui s'y frotte s'y pique", on choisit un maillot à rayures noires et jaunes pour le club de foot (le Stade Montois :  88% des supporters souhaitent conserver les rayures jaunes et noires  du Club), pour les rugbymen des London Wasp, pour une voiture de course... mais de là à aller au travail en costume jaune  rayé, non, on me prendrait pour le larbin, Nestor passant le plumet sur les cuirasses du château de Moulinsart, ou on me ramènerait en prison retrouver les frères Dalton !

   Une fois encore, cela ne date pas d'hier, lisez "L'étoffe du diable : une histoire des rayures et des tissus rayés", Ed du Seuil, coll Points 1991 de l'incontournable Michel Pastoureau : au Moyen-Age, on évitait soigneusement tout ce qui n'était pas pur, uni , tout ce qui évoquait le péché et l'alliance avec le démon par manque d'intégrité.

La société médiévale fait preuve d’une aversion pour les mélanges de couleurs. Mêler, brouiller, fusionner, amalgamer sont des opérations jugées infernales car elles enfreignent l’ordre et la nature des choses. On ne mélange pas les couleurs, on juxtapose, on superpose. Le bariolage sur un tissu est la marque de la souillure, marque infamante.

 Cette aversion a persisté, et même si, avec les progrès de l'individuation, on hésitait moins à s'individualiser par une tenue marginale, les costumes mi-partie ou à rayures releveront plus des uniformes à visée signalisatrice que de l'élégance. On les retrouvera chez les bagnards, puis, par un décret du 27 mars 1858, pour les matelots de la Flotte. 

 

   Si on pense que ces parti-pris concernant le chromatisme ne s'applique plus à nos cerveaux cartésiens confrontés aux alternances de xanthoptérine et d'eumélanine cuticulaires  à visée vexillaire d'insectes fort précieux à la biodiversité, que l'on propose successivement à un moteur de recherche le mot "coccinelle" puis le mot "guêpe" : dans le cas du maillot à pois,  nous verrons des chansons, des comptines, un amour de voiture, un parc de loisir, un magazine pour enfant, des conseils pour adopter la bête au Bon Dieu comme insecticide. Dans l'autre, plus de Bon Dieu, mais des sites de destruction de nid, de fabrication de pièges, de lutte contre les hyménoptères responsables d'allergies et de piqûres, de reconnaissance des ennemis rayés pour les distinguer des abeilles, bonnes puisque prodigue en miel.

  

 

 

  

 

 

   

 

 

 

 

Partager cet article
Repost0
Published by jean-yves cordier
3 novembre 2010 3 03 /11 /novembre /2010 09:38

La coccinelle asiatique ! Depuis le temps qu'on signale les progrès de son "invasion", je ne l'avais jamais vu, et voilà qu'à l'occasion d'un séjour à Carolles (Manche), ma cousine me la signale dans sa maison : j'accoure, et effectivement je découvre, dans sa cuisine,  arpentant le plafond ou agglutinées dans les coins des murs, les fameuses Harmonia axyridis(Pallas 1773).

    On aura compris que je ne tiens ce blog que pour m'amuser, eh bien, l'occasion était fameuse ce soir là : soutenu par un cousin _lorsqu'il ne se précipitait pas à la recherche d'un autre spécimen_  et par deux de mes cousines ( question fécondité, notre famille n'a rien a envié aux coléoptères que nous poursuivions), et grimpé sur une chaise, je tachais de saisir une bestiole dont le forme lisse dépourvue de prises échappait à mes doigts et qui, malgré mes ruses, parvenait à choir sur le carrelage rouge-brique avec lequel elle se confondait. Renonçant à celle-ci, je traquais celle que mon cousin avait fait sortir d'un amas, mais elle s'envolait vers les faïences de l'évier et y grimpait avec une célérité telle que je n'obtenais d'elle qu'un cliché bougé. Ou encore on me l'a présentait saisie entre pouce et index, et je réalisais une belle image de dermatoglyphes et d' unguis sordida. Placée dans une coupelle métallique, elle disparaissait parmi les reflets ; trop éloignée du pauvre néon de cuisine, elle s'assombrissait tant que, comble pour une coccinelle, on ne dénombrait plus ses points. Enfin j'en tenais une qui, entre le robinet et le crochet à torchon, interrompait sa course vers ses collègues amassées pour reprendre son souffle, las, c'est alors qu' un de mes assistants me mettait sous le nez sa paume afin que je sente l'odeur prétendument nauséabonde (un doux parfum de feuille séchée ou _et c'est la même chose_ de tabac ) que l'animal laissait derrière lui sous forme d'un liquide jaunâtre afin  -m'assurait-on de prévenir par un message phéromonal ses congénères.

   Le but de ces grandes manoeuvres était de contempler le pronotum de ces dames (les coccinelles, pas mes cousines), cette région du thorax qui porte les signes distinctifs de l'espèce mais qui n'est pas plus grosse que la moitiè d'une tête d'allumette  : on y cherchait "la patte de chat" ou le M caractéristique qui associés à la couleur rousse des pattes, à la taille supérieure au modèle habituel et à cette façon de se réfugier à  l'intérieur des maisons, allait nous permettre d' authentifier l'identité de nos hôtes. Après bien des combats, j'obtenais de piètres images qui allaient servir de preuve  :c' en étaient !

 

 

 

   Le "M" ou "W" :

DSCN4385.jpg

 

DSCN4386.jpg

 

  La "patte de chat" incomplète, il manque l'élément central.

 

DSCN4404.jpg

 

DSCN4405.jpg

 

   Il me faut revenir sur un point : ce liquide jaune qu' avait produit l'aimable insecte n'était pas du tout  une phéromone (composé sémiochimique à action intraspécifique), et nous venions d'assister à des "pleurs de sang", une "saignée réflexe ", une autohémorrhée : moyen de défense exclusif des coccinelles et des chrysomèles consistant à sécreter de l'hémolymphe riche en alcaloïdes toxiques au niveau de l'orifice buccal ou des articulations fémoro-tibiales. Moore & al 1990 ont montré que l'hémolymphe est non seulement riche en alcaloïdes (22 alcaloïdes ont été décrits chez les coccinellideae dont la coccinelline et l'adaline) mais aussi en alkylmethoxypyrazines volatils agissant comme signal d'alerte spécifique.

  ( L'autre technique face à un agresseur est la thanatose où la bestiole fait le mort.)  

Dans leur article publié dans Behav Ecol Sociobiol (2007) 61:14011408  ",Elytra color as a signal of chemical defense in the Asian ladybird bettle Harmonia axyridis",  Alexander L.Bezzerides & al ont travaillé sur les rapports entre l'intensité de la coloration rouge des elytres, due à la quantité de pigments caroténoides, et la concentration de l'alcaloïde propre à la coccinelle asiatique, l'harmonine : chez cette coccinelle, le nombre de tache varie de zéro à 22, et la couleur elle-même peut aller de l'orange pâle au rouge brillant. Les mâles ont des élytres plus petites mais la proportion de taches est moins élevé que pour les femelles, et ces taches sont moins sombres.

   Parmi les pigments responsables de la couleur des élytres, on connaît les ptérines, extraits dés 1889 des ailes de papillons, obtenus à l'état pur (xanthoptérine) des ailes du Citron en 1924 par H.O Wieland, et formant une classe de pigments allant du jaune au rouge, ou au blanc.

  D' autres pigments, responsables de colorations orange à rouge, sont les caroténoïdes, molécules antiradicalaires, immunostimulantes et photoprotectrices : une forte concentration est donc un avantage en terme de survie.

  La troisième classe est représenté par les pigments mélaniques des taches sombres. Les coccinelles  les plus mélaniques absorbent mieux l'energie solaire, et sont donc plus actives .

  On sait que la couleur rouge des insectes fonctionne comme signal aposématique avertissant les prédateurs de la toxicité et des désagréments qu'encourrait l'oiseau, par exemple, à avaler l'insecte. Alexander L. Bezzerides a effectivement prouvé que les coccinelles Harmonia les plus rouges, avec le moins de taches et les taches les moins foncées, si elles étaient les moins actives, étaient plus attractives sexuellement et mieux défendues chimiquement par un taux plus élevé d'alcaloïde harmonine . Certes les coccinelles ne distinguent pas la longueur d'onde rouge, mais on pense qu'elles sont sensibles au contraste rouge-noir.

   Une espèce qui présente à la fois des formes rouge vif, et d'autres moins, et des formes avec un nombre élevé de taches (formes mélaniques) et d'autres non-mélaniques, dispose donc à priori d'une superiorité adaptative sur d'autres espèces aux caractères pigmentaires stéréotypées.

 

   On distingue sur ce cliché une gouttelette de cette arme de la dernière chance :

 

DSCN4402

 

 

   Nous en étions là, à raconter des histoires de coccinelles qui ont des points de cotè, où à deviser sur ce coléoptère adiphiphage (mangeur de pucerons) d'origine chinoise utilisé pour la lutte biologique en Amérique depuis 1916, en Europe depuis 1990, devenu soudain invasif en 1988 en Amérique du Nord-Est par un foyer initial qui, selon l'INRA, servit de tête de pont pour s'installer en Europe où la population présente actuellement 60% de matériel génétique "américain" et 40% de la souche originaire importée par l'INRA en 1982, lorsque j'en vins à parler de la punaise  californienne inféodée aux pins que le site d'André Lequet, insectes.net avait magnifiquement présenté récemment. La propriétaire de la cuisine leva les bras et s'écria : "des punaises ? mais j'en suis envahi dans ma chambre sous le grand pin !" Elle gravit l'escalier avec la rapidité enthousiaste que procurent les grandes révélations et revint en brandissant un grand insecte aux antennes proéminentes : comme dans le plus beau de mes rêves, j'avais, à n'en point douter, devant moi, l'illustre Leptoglossus occidentalis !

  Encore fallait-il voir replié sous son abdomen, le long rostre ventral qui, déployé en avant, permettra à un stylet de perforer le végétal afin de sucer la substantifique sève. Et je le vis, le rostre qui vaut à cette punaise le doux nom de lepto (fine) glossus (langue).

 

je vous passerai la séance photo autour de la lampe halogène, les commentaires sur ses cuisses de grenouille à épines, ou sur ses tibias en forme de feuille :la voilà, avec son zigzag blanc sur ses hémiélytres :

 

DSCN4411.jpg

 

 

DSCN4417.jpg

 

DSCN4418.jpg

 

DSCN4416

 

 

   Je rappellerai que ce "bug" (punaise) californien, après avoir conquis toute Amérique et y avoir reçu le titre de ravageur des plantations de conifères (la "peste" californienne") est apparu en Italie en 1999, en France en 2005 où il remonta rapidement la vallée du Rhône et fut noté le 9 août 2008 à Trouville. Le 17 août 2008 Mael Garrin le découvre dans son appartement rennais, et cette année il a été remarqué dans toute la Bretagne.

 

Puisque le hasard a réuni une coccinelle, qui appartient à l'ordre des coléoptères, et une punaise, de l'ordre des hémiptères (les insectes, comme les congrégations religieuses, appartiennent à des Ordres et si une âme pieuse  ne confond pas un picpusien avec un caracciolin, un bénédictin, un franciscain ou encore un barnabite,de même les Collemboles,les Orthoptères, les Thysanoptères, et  les Phasmoptères, s'ils sont tous frères, n' ont pas prononcé les mêmes voeux),  j'en profite pour réviser mon entomologie sous l'égide de son Prince, Pierre-André Latreille. 

     En 1822, son Histoire naturelle  et iconographie des Insectes coléoptères d'Europe  nous définit en effet les coléoptères comme ayant "deux ailes membraneuses pliées transversalement sous deux élytres crustacés" d'où leur nom tiré du grec coléo, étui, remplaçant, avantageusement sans-doute le"vaginipenne" que les auteurs latins utilisaient pour rassembler ces scarabées.  Mais ces critéres doivent être complétés par la présence d' une machoire, car ce sont des masticateurs et non des suceurs.

   Tout au contraire, les hémiptères qui incluent les punaises et les cigales, les cicadelles, les pucerons et les cochenilles sont des suceurs qui ont, toujours selon notre pape de l'entomologie,deux paires d'ailes dont l'une, en partie cornée, est transformée en hémiélytre, et des pièces buccales piqueuses avec un long rostre, ce bec tubulaire articulé et courbé en dessous.

  Or notre Latreille, illustre enfant de Brive-la-Gaillarde qui le vit naître d'une union illégitime du baron d' Espagnac et y être abandonné à son sort vagissant, s'est longtemps occupé de ranger les collections d'insectes du Museum National d' histoire naturelle avant de diriger en 1833 la chaire d'Histoire naturelle des crustacées, arachnides et insectes,  puis d' être le premier président de la Société Entomologique de France ; c'est lui l'auteur taxinomique du sous-ordre des Heteroptères, de la famille des coccinellidae (1807), de la sous-famille des coccinelinae, mais aussi de la super-famille des cucujoidae (1802) ! En matière de coccinelle, de punaise  et de cucujii (je crois que cucujus est le  nom brésilien d'un insecte qui a servi a baptisé cette famille à laquelle appartiennent les coccinelles ), on peut lui faire confiance, non ? Mieux vaut avoir à faire au Bon Dieu qu'à ses saints quand il s'agit de sa bête à lui, la bête à Bon Dieu.

 

Notre rubrique etymologique pour finir.

 

1)Coccinelle

 

Le  Robert  historique de la langue française fait remonter au grec kokkos, "noyau, pépin", noyau dont la forme de coque fait attribuer à la cochenille, puis à la teinture écarlate qu'on en tire le nom de kokkinos . Le latin impérial coccinusqui en est issu avec la même signification d'écarlate a été utilisé par Linnépour créer coccin/ ella en 1740 et en baptiser la bête à bon dieu Coccinella septempunctata en 1758.

   Mais quel terme utilisait René-Antoine Ferchault de  Réaumur ?  Vivre avant Linné, n'est-ce pas vivre avant Adam? Celui-ci n'est-il pas sensé avoir nommé toute chose ? Quelle existence y a-t-il sans le mot coccinelle ?

   Nos ancêtres parlaient-ils (site l'écho des Chênaies) de la vache de Dieu, la poulette de Dieu, la poulette de la Madone, des oiseaux de la Vierge, des petits veaux du Seigneur, de la Géline du bon Dieu, de la bête du paradis, des catherinettes , ou bien chantaient-ils comme dans le Comté de Nice :

      Catarineta, vola, vola,vola,

      Catarineta, vola volera ,   ?

  En Bretagne on parlait de Buoc'h Doué, Yarig-Doué, C'hwilig-Doué,  (vache de Dieu, dindonneau de Dieu, scarabée de Dieu ), et on récitait :

       Buoc' hig-Doue me ho ped

       Va zremenit dreist d'ar gloued

       Va c'hasit d'ar baradoz

        Me ho ped deiz ha noz.

      

      (Coccinelle, je t'en prie,

        fais-moi passer la barrière

       emportes-moi au paradis

       Je t'en prie jour et nuit )

 

  

 

    Les anglophones y voient une lady : ladybird pour les anglais, ladybug pour les américains, lady beetles pour les entomologistes qui se refusent à prendre les coccinelles pour des oiseaux ou des punaises. Que diraient-ils à ceux qui les désignent par des ladyclock, ladycow, ou ladyfly ? Mais l'essentiel semble d'utiliser le mot lady.

Puisque nous rencontrons le mot beetle (coléoptère,scarabée, ), signalons que les Beatles doivent leur nom à la fusion de beetle et des rythmes beat .

 

Le mot coccinelle vient donc de la couleur de ses élytres , couleur qui lui a valu d'être comparé à la teinture rouge qu'on obtient en broyant des cochenilles desséchées.

Les cochenilles sont des insectes phytophages. Notre cochenille méditerranéenne,Kermes vermilio

 (petit ver) ou Kermes des teinturiers est un parasite du chêne vert et du chêne kermes. Le femelle était récoltée dans le Languedoc et en Provence et produisait une teinte rouge-sang (vermilio a donné vermillon) ; il fallait 1kg de cochenilles pour 10 à 15 grammes de ce pigment qui servait à teindre les étoffes royales. L'invention de l'alizarine, pigment de synthése, a mis fin à cette production.

Son concurrent est la cochenille d'origine méxicaine, Dactylopus coccus, qui parasite les cactus et notamment le figuier de barbarie, Opuntia ficus-indica. Avec 70 000 insectes riches en ac. carminique on obtient une livre de teinture " Rouge cochenille", de couleur carmin. Le Pérou et les Iles Canaries continuent à élever ces dactylopus et à exporter le colorant, c'est l' E120 des saucisses de francfort et de l'Orangina rouge.

 

   Sans-doute a-t-on jadis tenté de récolter de milliers de coccinelles pour en faire une teinture ?

 

    Cela peut servir : pour jouer, non au tarot ou à la belote, mais au petit entomologiste, comment compter les points ?Face aux espèces de coccinelles nommées Calvia 14-punctata, Coccinella 11-punctata, ou encore Psyllobora 22-punctata, voici comment prononcer ces chiffres:

1 à 9 : . duo. quatuor quinque . septem .   ex : Chylocorrus 2-pustulatus, Exochomus 4-pustul, Coccinella 5-punctata, .

10 : decem                                                 ex Adalia 10-punctata

11 : undecim

12 : duodecim,

13 : tredecim

14 : quatuordecim                                    ex : Propylea 14-punctata, Calvia 14-guttata, Harmonia 14-punctata

15 : quindecim

16 : sedecim                                              ex  ; Halyzia 16-punctata, Tytthaspsis 16-punctata

17 septendecim

18 duodeviginti                                           ex : Myrrha 18-guttata

19 novemdecim ou undeviginti                ex : Anisosticta 19-punctata (Coccinelle des roseaux)

21 viginti unus

22 vigintiduo                                                 ex Psyllobora 22 -punctata, Thea 22-punctata

24 vigintiquatuor                                         ex : Subcoccinella 24-punctata

 

 

  Quelques images de notre Coccinella septempunctata. Ce qu'il y a de délicat pour ce genre de photos, c'est bien-sûr...la mise au point:

DSCN4711

 

DSCN4716

 

DSCN4719

 

 

 2) Punaise:

Selon le Robert historique de la langue française , le mot, qui date des années 1200, est le féminin substantivé de l'adjectif  punais qui signifie "puant , fétide", issu lui-même du latin putinasius, "qui pue" composé de l'adjectif putidus 

 "gâté, fétide" dérivé de putere "pourrir, se corrompre" et qui a donné aussi "pute" et "putain", et de nasus, le nez. Charmant !

 

 

 

  Mes bonnes lectures :

    - Synthèse bibliographique 2010 sur l'écologie chimique des coccinelles par l'Unité d'entomologie fonctionnelle de l'Université de Liège : http://www.pressesagro.be/base/text/v14n2/351.pdf

     - l'article Wikipédia sur les glucosinolates : les moyens de défense du chou et des crucifères contre les prédateurs et l'adaptation du puceron et de la piéride de la rave.

 

.

 

Partager cet article
Repost0
Published by jean-yves cordier
29 octobre 2010 5 29 /10 /octobre /2010 18:25

  Vu à Plouzané en octobre sur mon drap piège-à-lumière : 

 

 

DSCN3522

 

 

 

DSCN3530

 

 

 

 

Partager cet article
Repost0
Published by jean-yves cordier
28 octobre 2010 4 28 /10 /octobre /2010 18:30

Nous sommes le 28 octobre, et on voit encore des Vulcains, des Tircis, ...et des Piérides qui me serviront de prétexte pour parler de Victor Hugo.

 

pieride 9717

 

  C'est au début de la cinquième partie des Misérables, intitulée Jean Valjean, dans le premier chapitre du livre premier , la description de l'émeute  de juin 1832 :

 

    " L' éblouissant soleil de juin inondait de lumière cette chose terrible.

 C'était la barricade du faubourg du Temple.

[ ...]

De temps en temps, si quelqu'un, soldat, officier ou représentant du peuple, se hasardait à travers la chaussée solitaire, on entendait un sifflement aigu et faible, et le passant tombait mort ou blessé, ou, s'il échappait, on voyait s'enfoncer dans quelque volet fermé, dans un entre-deux de moellons, dans le plâtre d' un mur, une balle. [...] Presque tout coup portait. Il y avait quelques cadavres çà et là, et des flaques de sang sur les pavés. Je me souviens d'un papillon blanc  qui allait et venait dans la rue. L'été n'abdique pas. "

 

C'est bien-sûr moi qui souligne, pour pointer ces deux phrases singulières. L'irruption de "je" est étrange, et semble indiquer, comme le suggère Mario Vargas Llosa  (La tentation de l'impossible, Gallimard 2008) un souvenir , une "chose vue" par Victor Hugo lui-même, dont nous savons qu'il s'est effectivement trouvé le 5 juin 1832 face à la révolte parisienne, avant de mener lui-même au feu les gardes mobiles contre les insurgés le 23-24 juin 1848 en tant que député commis par la Constituante. Et ce détail m'émeut, tant il témoigne de la force de certaines rencontres avec les animaux, lorsque les circonstances nous rendenthypersensibles à leur présence. Ici c'est le face-à face avec la mort, c'est le sang qui donnent à la présence de ce papillon une réalité frappante, inoubliable, et c'est à nous d'imaginer pourquoi : la légèreté, l'innocence, la candeur du papillon, ou son caractère éphémère et sa fragilité ?

 

   Au chapitre XIV du même Livre, Victor Hugo nous décrit le Jardin du Luxembourg le 6 juin 1832 à "cet instant du solstice [où] la lumière du plein midi est, pour ainsi dire, poignante." et nous en donne une description édénique : " Tout rit, tout chante et s'offre. On se sent doucement ivre. Le printemps est un paradis provisoire ; le soleil aide à faire patienter l'homme." et il y remarque"l 'avant-garde des papillons rouges de juin fraternisait avec l'arrière-garde des papillons blancs de mai."

 

   Opposition complémentaire du rouge-sang, qui est aussi le rouge des insurgés, ce rouge avec lequel ils ont mené les obsèques du Général Lamarque, et du blanc du mois de Marie, de la pureté, mais aussi de la monarchie, opposition des couleurs comme, en l'homme politique Hugo, il y eut  ces tensions qui lui firent écrire en 1848 "Je suis rouge avec les rouges, blanc avec les blancs, bleus avec les bleus. En d'autres termes je suis pour le peuple, pour l'ordre et pour la liberté."

   Il se pourrait bien que ce papillon qui voletait dans la rue barricadée et ensanglantée ait  condensé la terrible ambiguité de l'homme Victor Hugo confronté à un choix impossible entre le Peuple, qui allait être réprimé, l'Ordre, qui allait procéder aux arrestations, à l'état de siège, aux jugements et aux déportations, et la Liberté, à laquelle il ne restera plus qu'à croire tout en y renonçant.

 

   La seconde phrase est aussi ambiguë, elle n'est pas logique car nous sommes encore, le 5 juin, au printemps, elle peut évoquer le roi Louis-Philippe qui, cette fois là, n'abdiquera pas, ou bien elle témoigne de la force irrépressible de la Nature, qui fait apparaître ce papillon, élément vital insouciant, au moment où règne la mort , et dans des circonstances si historiques, si humaines, que toute présence non-humaine semble incongrue : L'été n'abdique pas, les troubles humains sont dérisoires à l'échelle des forces vitales.

 

Le choc au rouge.

 

   On pourrait s'amuser à voir dans l'irruption dans le texte narratif de cette micro-souvenir  l'équivalent de ce que l'on nomme, dans l'interprétation du test de Rorschah, le choc au rouge, lorsque certains sujets réagissent à la présentation des planches II et III ( qui associent la couleur rouge à la couleur noire des autres planches ) par une manifestation de sidération : un "blanc"  (ou une extinction, un "black-out") qui se traduit par un silence prolongé, un temps de latence exagérément long, une fuite vers un "dbl", un détail blanc, lacunaire. Ce choc traduit l' impact intense de la couleur sur le psychisme.

   La couleur rouge n'est évoquée  qu' indirectement dans ce texte des Misérables par les flaques de sang sur le pavé, mais nous savons que la confrontation à la mort, aux cadavres et au sang des condamnés a été une expérience très marquante pour le jeune Victor et qu'elle a déterminé son opposition radicale et inébranlable à la peine de mort. Mario Vargas Llosa énumère les expériences qui ont marqué notre auteur : bandits pendus, spectacle de l'échafaud de Burgos en 1812, exécution de son parrain, le général Lahorie, exécution capitale de l' assassin du duc de Berry, puis d'un parricide, puis de malfrats, vision de la guillotine et du bourreau le décidant à écrire, en 1829, Le dernier jour d'un condamné.

 

Les dominos au lieu du papillon : Blanc partout. 

 

    Mais ce coq à l'âne pourrait être aussi un effet de style maîtrisé . Comme les piérides ne sont pas tout-à-fait blancs mais qu'ils sont marqués de points noirs sur l'aile antérieure, ils sont comme des tuiles d'un jeu de dominos, le mâle figurant un double-un et la femelle un double-deux : et les dominos,cela me fait penser à ce passage d'  Autour de la lune de Jules Verne où  le blanc surgit dans la narration pour surprendre le lecteur par le dénouement inattendu d'une situation dramatique : Nous sommes à l'avant-dernier chapitre du roman, Le sauvetage.

       Le Susquehanna a été affrété pour repêcher l'obus qui a été envoyé vers la lune par un canon, et où ont embarqué le président du Gun Club de Baltimore, Imley Barbicane, le capitaine Nicholl, l'impétueux Michel Ardan et les chiens Diane et Satellite. Les recherches n'aboutissent pas et on fait route terre lorsqu'un matelot signale une bouée portant pavillon américain ; on s'approche :

 

          " L'émotion était portée au comble. Tous les coeurs palpitaient, tandis que les canots s'avançaient vers le projectile. Que contenait-il? Des vivants ou des morts ? Des vivants, des vivants, oui ! à moins que la mort n'eût frappé Barbicaneet ses deux amis depuis qu'ils avaient arboré ce pavillon !

             Un profond silence régnait sur les embarcations. Tous les coeurs haletaient. les yeux ne voyaient plus. Un des hublots du projectile était ouvert. Quelques morceaux de vitre, restés dans l'encastrement, prouvaient qu' elle avait été cassée. Ce hublot se trouvait actuellement placé à la hauteur de cinq pieds au dessus des flots.

    Une embarcation accosta, celle de J.T Maston. J.T. Maston se précipita à la vitre brisée...

   A ce moment-là, on entendit une voix joyeuse et claire, celle de Michel Ardanqui s'écriait avec l'accent de la victoire :

     "Blanc partout, Barbicane, blanc partout ! " 

   Barbicane, Michel Ardan et Nicholl jouaient aux dominos. "

 

 

Comme dans Les Misérables, on retrouve la survenue d'un motif blanc inattendu au décours d'une situation ou régne l'angoisse de mort, mais on voit bien ici que cela ressort entierement de la technique romanesque, de l'anecdote humoristique qui vient conclure le chapitre, alors que le papillon de Victor Hugo semble devoir sa présence à des motifs moins conscients.

 

 

 

Mon double-un :

 

pieride 9720

 

 

 

 

Etymologie du nom Pieride.

 

Le genre Pieris est nommé par Franz von Paula Schrank en 1801 dans sa Fauna Boica 2(1) : 152, 161. Ce jésuite et naturaliste allemand (1747-1835) décrivit et prit en charge le Jardin Botanique de Munich.

    Les Piérides, en mythologie grecque, sont les filles du roi Piéros : Leur histoire est racontée par Ovide dans le Livre V de ses Métamorphoses (250-669), mais aussi par Apollodore et Pausanias

 Le roi macédonien Piéros, fils du Thessalien Magnés, donne  son nom au mont Piéros situé au nord de l'Olympe. Selon les Métamorphoses d'Ovide, ce souverain de Pella après avoir appris l'existence des Muses par un oracle, en Thrace, en introduisit leur culte dans son pays. Il épouse Evippé qui lui donnera neuf filles, les Piérides. Ces dernières défieront les Muses dans un concours de musique, sur le mont Hélicon, arbitré par Apollon, Pallas et les nymphes. Les Muses sont déclarées gagnantes à l'unanimité. Les vaincues se répandent alors en injures,et suscitent la colère des Muses qui décident de les punir :

 

              "  Les filles d'Emathie se moquent et dédaignent [leurs ] menaces

    Tandis qu'elles cherchent à parler et qu'elles tendent éffrontément les mains,

     En poussant de grands cris, elles aperçoivent que des plumes

     Sortent de leurs ongles, et que leurs bras aussi se couvrent de plumes;

     L'une voit le visage de sa compagne s'accroître d'un bec rigide

     Et des oiseaux d'un genre nouveau se diriger vers les forêts.

     Voulant se frapper la poitrine, soulevées par leurs bras en mouvement

     Elles planent dans les airs : ce sont les pies, menant grand tapage

    Dans les bois; De nos jours encore, ces oiseaux ont conservé

     Leur faconde d'antan, leur caquetage rauque et leur infini désir de parler. "

    Ovide, les Métamorphoses, Livre V, 669-678, trad A.M Boxus et J.Poucet, 2006

 

   On peut voir au Musée du Louvre le tableau de Rosso Fiorentino réalisé en 1524-1527 et nommé Le défi des Piérides.

 

 

 

En botanique, David Don a nommé Pieris en 1834 un genre d'érichacée : nous en connaissons l'Androméde, ou Pieris japonica.

Partager cet article
Repost0
Published by jean-yves cordier
27 octobre 2010 3 27 /10 /octobre /2010 19:41

   C'est une histoire plaisante : le 23 juillet, j'avais vu une belle chenille jaune sur un saule lors de ma visite des tourbières de Kerfontaine (56). Elle était si caractéristique que j'étais persuadé de l'identifier rapidement, mais je revins bredouille de la consultation de mes guides sur les papillons et leurs chenilles, et je plaçais les photographies que j'avais prises dans la rubrique "à identifier".

   Tout récemment je découvrais le Forum du site de Bretagne Vivante et je m'y inscrivais : je ressortais ma chenille de ses oubliettes et je la soumettais à l'identification des membres de l'association : mon appât n'est pas resté longtemps inaperçu et j' avais presque instantanément la réponse de Mael Garrin, "moderator" des rubriques lépidoptéres et odonates : " c'est normal que tu n'aies pas trouvé cette (superbe ) chenille dans tes bouquins sur les papillons et pour cause, ce n'est pas une chenille mais une larve d'hyménoptère symphyte. Je me base sur plusieurs critères d'aspect difficiles à décrire. Le mieux a retenir (bien qu'on le distingue à peine sur la photo) est que les chenilles n'ont jamais plus de cinq paires de fausses pattes abdominales ; tandis que les larves de symphytes en ont au moins six ."

 

   Dès le lendemain Mael Garrin me donnait la proposition de détermination d'espèce : Cimbex lutea.

 

    

   Il me restait à découvrir ce sous-ordre de l'ordre des Hymenoptères, les Symphytes ( c' est-à dire les insectes "associés aux végétaux"), et dans ce sous-ordre, la super-famille des Tenthredinidae, Latreille,1802, le mot tenthredos étant tout droit venu d'Aristote qui désignait ainsi une guèpe nidifiant au sol.

   Sur Obsnorm2, Peter Stallegger décrivait récemment les symphytes comme "des guêpes sans taille de guêpe à régime larvaire phytophage"

    J'apprends d'un dossier du Gretiaqui leur est consacré que ce manque d'étranglement entre le thorax et l'abdomen est en effet distinctif parmi les hyménoptéres, que les symphytes sont aussi nommées mouches à scie (sawflies en anglais alors que les allemands préfèrent Blattwespen, guêpe des feuilles) en raison de la forme en lame de scie des valves de l'ovipositeur des femelles, grâce auquel elles pondent dans une feuille. Les adultes ont des moeurs diurnes, se nourrissent de pollen ou de nectar.

   Je lis encore avec soulagement que les larves, toutes phytophages, ressemblent beaucoup aux vraies chenilles des lépidoptéres, mais en différent effectivement par le nombre de fausses pattes abdominales compris entre six et neuf.

  Je m'amuse à découvrir le monde des entomologistes, qui ressemble à celui des agents secrets : lorsqu'ils ne manipulent  pas les redoutables "pièges jaunes" ou les "pièges Barber", ils manient le "filet fauchoir", le" parapluie japonais" et la "tente Maltaise" !

 

 

    Revenons à nos tenthrédes : on en découvre l'organisation taxonomique en parcourant la "liste systématique des hyménoptères Symphytes de France"  (2004, mise à jour 2007) de Thierry Noblecourt, l'un des rares  "Monsieur Symphyta" , avec Henri Chevin qui prépare actuellement un Atlas des Symphytes de haute-Normandie.

   Si je n'ai pas pris la peine de compter les espèces de cette liste de 80 pages, j' ai trouvé dans le dossier Gretia le chiffre de 791 taxons connus en France.

    Parmi les tenthredinoidea, on trouve la famille des Cymbicidae, Kirby 1837, chez qui nous ignorerons les corynynae et les abiinae : la sous-famille qu'il nous faut ce sont les cimbicinae, riche en France d'un seul genre, Cimbex sp,Olivier 1791 et comportant :

  _Cimbex connatus(Schrank 1776)

  _C. fagi, Zaddacch 1863,

  _ C femoratus(Linné 1758)

 

 et, last but not least,  notre

 

                                                Cimbex luteus (Linné 1758) :

 

 

  DSCN0406

 

  Si la larve de Cimbex luteus eut, en 2002, l' honneur de faire la couverture de la revue Insectes (n° 126), c'est dans le numéro 151 que Lucas Baliteau et Henri Chevin décrivent ces larves éruciformes, unicolores, à la tête globuleuse, dotées des deux paires de fausses pattes abdominales de plus que les chenilles, et  posées sur des feuilles de saule.

 

 DSCN0415

 

DSCN0398

 

 Ces larves mesurent jusqu'à 5 cm.

 

DSCN0402

 

 

 

  Ces larves se nourrissent des tissus foliaires durant 5 ou 6 semaines, hivernent au stade larvaire et se nymphosent sur l'arbre dans un grand cocon de 16 à 25 mm.

Si Cimbex luteus adopte le saule (salix alba, S. caprea) ou le peuplier tremble, Cimbex connata affectionne l'aulne. Si on trouve des tenthrèdes dans tous les types d'habitats, on les voit fréquemment dans les milieux frais et humides ( comme, pour celle-ci, en tourbière ). 

  L'imago ne passe pas inaperçu par sa taille, et cette grande guêpe glabre,de 15 à 25 mm , aux ailes fumées presque  transparentes, aux antennes en forme de massue, est noire. l'abdomen de la femelle est jaune.  L'abdomen est légèrement aplati. Dans sa description princeps du Systema naturae, page 555, Linné le décrit ainsi sous le protonyme de Tenthredo lutea :  " antennis calvatis luteis, abdominis segmentis plerisque flavis ... habitat in Salice, Alno, Betula "

  Ils volent au printemps et au début de l'été .Ils ne vivent que quelques jours en se nourrissant de la sève ponctionnée dans les feuilles. La femelle pondra 50 à 80 oeufs cylindriques  de 3mm de long.

 

 

 

    Un grand merci admiratif à Mael Garrin.

 

 

 

 

 

 

 

Partager cet article
Repost0
Published by jean-yves cordier
20 octobre 2010 3 20 /10 /octobre /2010 16:54

    Sur la Rivière de l'Aber  :

 

DSCN3567 

 

 

 

DSCN3570

 

   Avec ces couleurs métalliques, c'est un leste : pour choisir parmi les différentes espèces, on regarde les ptérostigmas : ils sont bruns clairs, c'est donc un Leste vert.

 

 

DSCN3667

 

  On vérifie qu'il présente une pointe sombre sur le thorax, sous les bandes latérales : ici, elle est particulièrement longue.

 

DSCN3664

 

   C'est un mâle, les appendices anaux sont très clairs : les deux cercoïdes forment un anneau, et le cerque au centre est petit et sombre.

Les derniers segments sont de la même couleur que le reste de l'abdomen, un vert cuivré de fin de saison, sans être recouvert de cette pruine bleuâtre qui caractérise le leste verdoyant

 

 

DSCN3671

 

DSCN3674

 

 

   L'autorité taxonomique de Lestes viridis est Pierre Léonard Van Der Linden (ou Vander Linden).

Cet entomologiste belge (1797-1831), titulaire d'un doctorat en médecine à Bologne puis à Louvain,et qui fut le premier Professeur de zoologie de Belgique, s'est surtout intéressé aux hyménoptères mais a décrit en 1825 ce Leste vert.

    Il est émouvant  de retrouver la page 36 de la Monographiae Libellulinarum Europaearum Specimen, Frank, Bruxelles, 1825, 42 pp : sous le nom d' agrion viridis, Linden nous fait la description en latin du specimen de sa collection :

 

 "Caput viridi-aeneum, ore flavo, apice nigro. Thorax et abdomen supra et lateribus viridi-aenea subtus flavencentia : ultimis abdominis segmentis fere totis aeneis. Appendices anales superiores albidae; apice fuscae, inferiores breviores totae fuscae. Pedes rufescentes,femoribus extus, tibiis intus tarsique nigris.Alae albae in quiete patulae , macula marginali rufa.

  Femina : mari similis appendicibus analibus minimis, aeneis." 

(viridi aeneum signifie vert-bronze)

 

   Bien vu, non ?

Ah, pour un peu, je chanterai en paraphrasant la Tempête dans un bénitier de Georges Brassens :

 

   Ils ne savent pas ce qu'ils perdent

   Tous ces fichus crétins

    Sans le latin, sans le latin

    La science nous emmerde

    A la fête odonatologique,

    Plus d'analibus soudain

    Sans le latin, sans le latin,

    Plus de mystère magique

    Le rite qui nous envoûte

    S'avère alors anodin

    Les Museums s'en foutent

    O Johan  Fabricius de

   Copenhag', dites à ces putains

   De savants qu'ils nous emmerdent

   Sans le latin.

 

Sauf vot' respect.

 

 

 

 

 

Partager cet article
Repost0
Published by jean-yves cordier
12 octobre 2010 2 12 /10 /octobre /2010 20:11

DSCN3428

 

 

  C'est quoi, ce dragon chinois ?  La chenille de la Noctuelle de la Patience, Viminia rumicis L.1758, ou Acronicta rumicis, la Cendrée noire, si j'en crois mon guide.

 

 

DSCN3441

 

 

   Elle appartient à ces chenilles susceptibles qui se mettent en boule sitôt qu'on veut les saluer.

 

DSCN3459

 

 

   Noctuelle est le titre de la première pièce pour piano appartenant  au cycle des cinq Miroirs de Maurice Ravel. Elle est dédiée à Léon-Paul Fargue, avec comme épigraphe l'extrait d'un poème de cet auteur :

 " Les noctuelles d'un hangar qui partent d'un vol gauche cravater d'autres poutres"

     C'est une oeuvre impressionniste, toute en harmonies floues, en bruissements furtifs, en glissements obscurs : une confidence nocturne par une chaude nuit d'été, quand viennent nous froler les papillons de nuit. Mais rien, dans cette chenille de carnaval, ne préfigure l'émergence de ces noctuelles grises dont les ombres inquiétantes et douces viendront hanter nos soirées.

 

  Étymologie de Viminia rumicis.

 

   Je ne la trouve pas, il me reste à la proposer à partir des plantes hôtes de la chenille, le saule marsault, Salix caprea et  la patience sauvage, Rumex obtusifolius : Viminia pourrait être rapproché du latin vimen, viminis, l'osier _ l'osier vert ou osier des vanniers se nomme salix viminalis _ et rumicis est le terme latin pour rumex.

 

P.S je vérifie plus tard mon hypothèse dans l'ouvrage d'A.Maitland Emmet, The scientific names of the British Lepidoptera, 1991 : C'est la dénomination Acronicta rumicis qui y figure :

   Acronicta, Ochsenheimer 1816, vient de akronux, (acros : l'extrémité, le sommet / nux, la nuit) :crépuscule, bien que ces papillons de nuit ne soient pas crépusculaires.

  Rumicis renvoie bien au rumex, "l'une des plusieurs plantes données par Linné comme plante-hote."

En index de l'ouvrage, on trouve en cherchant viminia un renvoi vers Brachylomia viminalis, dont la plante-hote est l'osier, comme elle l'est pour Coleophora viminetella , Stigmella vimineticola, Phyllonorycter viminiella, ou Phyllonorycter viminetorum !

 

Partager cet article
Repost0
Published by jean-yves cordier
12 octobre 2010 2 12 /10 /octobre /2010 09:27

J'avais du stationner sous un chêne, ou secouer en roulant dans un chemin des branches basses : j'ai trouvé , posé sur l'essuie-glace de ma voiture, ce monstre en miniature (13 à 18 mm ) qu' il a fallu identifier : un Ledra aurita, Linnaeus 1758 , alias Grand diable. C'est une cicadelle, un insecte qui se dissimule sur l' écorce des arbres, où il devient indétectable, et suce la sève grâce à son rostre, ce prolongement  de la bouche qui sert de guide aux stylets perforant l'écorce.

   Il est bien reconnaissable par les deux appendices de son pronotum en forme d'oreille, qui lui a valu son qualificatif de aurita et son nom vernaculaire de Grand diable (depuis les représentations médiévales, les grandes oreilles velues et élancées sont un attribut diabolique ).

  J'ai pu m'assurer en le soumettant à la question (c'est à dire en le confrontant au miroir de mon objectif photographique, ce que tout être satanique abhorre ) qu'il est un excellent sauteur, et qu'il émet une stridulation comme les cigales.

   Il est doté de faux yeux au dessus des vrais, et d'une lame dentée externe sur le tibia postérieur (aramel.free.fr).

 

   Il me reste à relire mon Malleus maleficarum(Marteau des sorcières ) afin de soutirer à l'animal d'autres aveux, noter d'autres marques du diable, obtenir une confession spontanée des sabbats auquel il se livre, el le reconduire aux frontières.

 

DSCN3283

 

DSCN3293

 

 

 DSCN3310

 

 

 

 

Partager cet article
Repost0
Published by jean-yves cordier

Présentation

  • : Le blog de jean-yves cordier
  • : 1) Une étude détaillée des monuments et œuvres artistiques et culturels, en Bretagne particulièrement, par le biais de mes photographies. Je privilégie les vitraux et la statuaire. 2) Une étude des noms de papillons et libellules (Zoonymie) observés en Bretagne.
  • Contact

Profil

  • jean-yves cordier
  • "Il faudrait voir sur chaque objet que tout détail est aventure" ( Guillevic, Terrraqué).  "Les vraies richesses, plus elles sont  grandes, plus on a de joie à les donner." (Giono ) "Délaisse les grandes routes, prends les sentiers !" (Pythagore)
  • "Il faudrait voir sur chaque objet que tout détail est aventure" ( Guillevic, Terrraqué). "Les vraies richesses, plus elles sont grandes, plus on a de joie à les donner." (Giono ) "Délaisse les grandes routes, prends les sentiers !" (Pythagore)

Recherche