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12 octobre 2014 7 12 /10 /octobre /2014 21:22

Les vitraux de l'église Saint-Nicaise de Saint-Nic (29).

 

Classement Monuments historiques le 10 novembre 1906.

 Le nom de la commune proviendrait du nom d'un saint breton dénommé saint Maeoc ou saint Maëc ou saint Mic ou saint Nic. Le nom de la paroisse apparaît dès le XIe siècle dans des chartes sous les noms de Plebs Sent Nic in pago Porzoed ou Plebs Sent Mic, puis au XIVe siècle sous le nom de Seinctnic, puis en 1410 sous celui de « Saint Vic » et en 1599 Saint Nic. Issue d'un démembrement de la paroisse de l'Armorique primitive de Plomodiern, Saint-Nic dépendait de l'évêché de Cornouaille, ce qui fut maintenu au Concordat. 

  D'un premier édifice, il persiste un fragment de verrière de 1520 représentant un donateur (cf. Baie 2).  

L'église, en forme de croix latine a été reconstruite après 1550 :  les inscriptions attestent la vitalité du chantier : mur Nord ou porche datant de 1561, mur Sud de 1562,  arcades de la nef de 1566 avec l'inscription :"M. Le Parlat. Fa. 1566", et  clocher de 1576. A cette époque, elle reçut ses verrières figurées, dont un Cycle de la Passion — très certainement dans la maîtresse-vitre —, et un Jugement dernier. Les archives mentionnent qu'en 1578, la Fabrique se pourvoit de vitraux. 

 

A une date indéterminée — sans-doute lors de la restauration générale achevée en 1838—, ces ensembles ont été regroupés dans le transept (Baie 1 au nord et Baie 2 au sud). On ôta alors les meneaux de ces baies du transept, et la partie inférieure de celle du sud fut murée pour en réduire la surface. Les panneaux qui les occupaient furent mêlés aux panneaux anciens récupérés de la vitre axiale. On relève deux Suites de la Passion différentes, l'une vers 1560, l'autre vers 1600. Or, si on se base sur les trois lancettes de la maîtresse-vitre, celle-ci n'a pu donner que six scènes en deux registres: des vitres exogènes sont donc été introduites.

I. Première baie de gauche ou Baie 1.  La Passion.

Elle ne comporte qu'une seule lancette ogivale de 2,50 m de haut et 1,65 m de large lourdement divisée par des barlotières réparties asymétriquement en 20 panneaux. On décrit deux registres principaux. 

Datant du 3ème quart du XVIe siècle (v.1560), elle s'inscrit dans l'ensemble quimpérois qui lui est contemporain et avec lequel elle peut être comparée :

Le vitrail de la Passion (Maîtresse-vitre) de l'église St-Thurien de Plogonnec (29).

Les vitraux anciens de l'église d'Ergué-Gabéric.

Les vitraux de l'église Saint-Nonna de Penmarc'h (29).

L'église de Guengat (29) : I. Les vitraux.

 

Durant la seconde moitié du XVIe siècle, on estime (J.P. le Bihan) qu'une cinquantaine de verrières de la Passion ont été réalisées dans le Finistère, dont il en  persiste encore 24. Roger Barriè a consacré sa thèse à leur étude.


 

          025c

 


      A. Registre inférieur. 

de gauche à droite :

1. Le Baiser de Judas (vers 1560).

Partie supérieure bien conservée. Sous la clôture, fragment bouche-troue provenant d'une autre scène de la même suite.

                       018c

 

 

2. La Flagellation (vers 1560; 1995).

La partie supérieure est récente : elle a été réalisée en 1995 par Jean-Pierre Le Bihan en prenant comme modèle la même scène conservée dans la chapelle Saint-Fiacre du Faouët, après avoir constaté que d'autres cartons avaient des points communs.

                           019c

 

3. Le Christ aux outrages (vers 1560, très restauré).

 

                 020c

 

 

020cc

 

Comparaison : Le Faouët :

         

 


Registre supérieur.

De gauche à droite :

1. Comparution devant Pilate (vers 1560 ; quelques restaurations et dais de 1995).

                  

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2. Au sommet : Crucifixion (vers 1570 ?).

Les auteurs du Corpus indiquent : "échelle plus menue, facture simplifiée, d'un cycle différent des scènes précédentes. Tête du Christ restaurée.

Inscriptions :

— MARIAM sur la manche gauche de Marie-Madeleine.

— KAIFAS i GUSEO sur le pan de robe du personnage de droite. : Caïphe, Joseph Caiaphas, Caiaphas (Grec: Καϊάφας) : c'est le Grand Prêtre devant lequel Jésus est comparu, et qui est responsable avec son beau-père Anne de sa condamnation.

 Nous avons donc les deux larrons (le bon au visage tourné vers le Christ et le mauvais qui se détourne), le Christ sous le titulus INRI, ceint du perizonium dont un pan s'envole ; et en bas de gauche à droite saint Jean, la Vierge Marie, une sainte femme, Marie-Madeleine éplorée (aux cheveux roux caractéristiques, et au vase d'aromates posé à terre), le Bon Centurion (alias Longin) montrant du doigt le Christ en s'exclamant Mc 15:9 "Vraiment cet homme était fils de Dieu !", et Caïphe.

Détails : les crevés style Renaissance et les Braguettes des culottes des deux Larrons. C'est à la fin du XVIe siècle que les poches remplacèrent les braguettes comme endroit commode pour ranger son mouchoir ou son porte-monnaie.

 

                024c

Comparaison avec le cliché pris par J.P. Le Bihan : Passion de Saint-Thuriau (56) :  le ciel est rouge ; Marie-Madeleine est absente.

   

Comparaison avec Plogonnec ; Guengat (cliquez pour agrandir)

 

la-passion 0289c                baie-4 0406c


3. Au centre, en dessous : Mise au Tombeau (vers 1600, assez bien conservé).

      Sept personnages autour du Christ dont duex sont nimbés, Marie-Madeleine et Marie. Joseph d'Arimathie à la tête, coiffé d'un turban à pompon. Nicodème au pied, coiffé d'un chaperon.


                      022c

 

4. Comparution devant Anne ou Caïphe (vers 1560, bonne conservation).

 Selon Jean 18:19-24, Anne 

 

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5. Au dessus, fragments bouche-trous.

deux têtes, dont une tête de diacre.

 

II. Baie du transept sud, ou Baie 2.

Une lancette de 2,80 m de haut et de 1,70 m de large divisée en quinze panneaux dont on décrit deux registres. 

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      I. Registre inférieur. 

6 panneaux composites : les deux panneaux de gauche formant un groupe séparé.

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1. Saint Jean présentant un donateur (v. 1520).

Ce panneau provient peut-être de la maîtresse-vitre, avant qu'elle soit refaite vers 1560. Deux personnages sous un dais identique à celui qui surmonte les scènes de la Passion de la baie 1. Nombreuses restaurations dans la partie basses. 

Saint Jean est identifié à ses attributs : manteau rouge, absence de barbe, cheveux blonds, calice d'où sort un dragon (ici en vert).

Le donateur pouvait être identifié par son blason suspendu au drap vert du prie-dieu, mais celui-ci a été éffacé pendant la Révolution. Selon J.P. Le Bihan,

"En novembre 1790, le conseil municipal charge le procureur de la commune, Henry Join, de faire disparaître les enfeus et armoiries   de l'église paroissial et "autres chapelles" Cependant, semble-t-il, on a hésité à briser les armoiries des vitraux. Cependant le 30 avril 1791,on fit appel à un vitrier quimpérois du nom de Jean Louis Cavellier  qui se charge pour la somme de 72 livres d’enlever les écussons des vitres peintes de l’église paroissiale et de la chapelle Saint-Côme. En voulant enlever ces armoiries, il brise les vitres qui les encerclaient. Il ne semble pas avoir fait entièrement son travail, car un blason est signalé, par de Courcy en 1860, à la chapelle Saint-Côme."

L'inscription miserere mei domine ("Prends pitié de moi Seigneur") ne permet pas non plus de connaître le donateur. Il s'agit d'un verset du Psaume 6, l'un des psaumes pénitentiels.

L'élément remarquable, c'est la chape pluviale porté par le donateur, qui est donc non seulement un écclesiastique, mais un dignitaire : Évêque ? Père abbé ? l'absence de crosse et de mitre ne plaide pas en faveur de ces hypothèses. Chanoine de Quimper ? 

Ce panneau est plus ancien que les autres et daterait des années 1520. Connaît-on un dignitaire du début du XVIe siècle, prénommé Jean, et attaché à la paroisse de Saint-Nic ? 

Le personnage le plus considérable fut Claude de Tréanna, "noble et discret messire, grand archidiacre de Cornouaille et recteur de St Nic". La famille Tréanna porte d'argent à la macle d'azur. Ces armes figurent sur le retable de la chapelle Saint-Côme, et le nom et le titre de Claude de Tréanna sont inscrits sur l'un des deux reliquaires provenant de cette chapelle, qui porte la date de 1680.

 

 

S'agirait-il d'un Abbé de Daoulas ? Dans la période concernée, nous trouvons, avec le prénom Jean : 

  • 1502-1519 : Jean du Largez, abbé de Daoulas, était originaire de Botlézan, évêché de Tréguier. En 1505, il est aussi nommé évêque suffragant de Quimper (administrant le diocèse à la place de Claude de Rohan, l'évêque titulaire, simple d'esprit) et en 1515 évêque de Vannes. Il démissionne en 1519 et meurt à l'abbaye de Daoulas le 5 juin 1533. On trouve une inscription portant son nom à Plougastel, Chapelle de la Fontaine Blanche.
  • 1550-1573 : L'abbé Jean Le Prédour gouverne l'abbaye (ses armoiries se trouvent dans l'oratoire Notre-Dame-des-Fontaines). Il était originaire de la paroisse de Plourhan, diocèse de Saint-Brieuc).

  • 1573-1581 : Jean de Kerguiziau, abbé de Daoulas, originaire du manoir de Kerguiziau en Bohars, il fut inhumé dans la chapelle du Faou, attenante à l'église abbatiale.

Jean du Largez, dans son rôle d'évêque suffragant de Quimper, serait un bon candidat dans notre recherche. Mais il n'a aucun lien connu avec Saint-Nic.

Cette chape pluviale en tissu d'or damassé est orfrayée de scènes brodées rectangulaires  dont quatre sont visibles et représentent sans-doute les apôtres puisque saint Pierre peut y être identifié par ses clefs. Saint Jean (sans barbe) est vraisemblablement en dessous.

Voir une chape semblable conservée à Burgos, du XVe siècle :

chapes-pluviales 4214c

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A noter, en vrac : que les armoiries des Tyvarlen, seigneurs de Brénalen étaient encore présentes en 1860 dans la chapelle Saint-Côme ;  les noms de Morice Guermeur, Pierre Geffroy et Hervé Goulhezre, les nobles de Saint-Nic présents à  la "Montre" de l'Evêché de Cornouailles de l'an 1562. Et enfin que Guillaume Perfezou a été recteur de la paroisse en 1641.

 

Le Jugement Dernier.

Saint Pierre, en manteau rouge, accueille dans son Paradis les âmes élues, qui sont traitées en grisaille comme pour illustrer leur statut incorporel (malgré la foi en la resurrection des corps). 

 

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Sur ce panneau, dans la partie inférieure, une foule sortant du linceul émerge à l'appel des trompettes du Jugement et se confronte au tri : les damnés sont emportés ou poussés  par des démons vers une étendue liquide. Cette scène est traitée en grisaille sur un verre bleu clair afin de former un contraste avec le sort des heureux élus.

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Idem, détail.

 

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Sortie du tombeau ou Ressurrection (v.1570)

Ciel rouge, appartenant donc à une Passion à fond rouge, différente de celle de la Baie 1.

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III. Restauration.

 

19e : Intervention de Cassaigne ou d'un atelier analogue

1928 : Restauration par Tournel.

1942 : dépose des vitraux mis à l'abri des dangers liès à la Seconde Guerre.

1955 : repose et restauration par Gruber.

1994 (baie nord) et 1998-1999 (baie sud) : restauration par Jean-Pierre le Bihan de Quimper, maître-verrier qui donne de précieuses indications dans les articles de son blog : 

      A cette époque, Le Bihan prend comme modèle une scène de la baie axiale de saint-Fiacre du Faouët pour compléter la Flagellation , les autres scènes du cycle présentant des cartons communs. 

Après démurage de la partie basse de la Baie 2, il compose des panneaux ornementaux ajoutés en soubassement.

 

 

 

Sources et Liens.

 — ABGRALL (Chanoine Jean-Marie), 1904 , Notice sur la paroisse de Saint-Nic.

  BARRIÉ (Roger) 1979  Étude sur le vitrail en Cornouaille au 16e siècle : Plogonnec et un groupe d'églises de l'ancien diocèse de Quimper / ; sous la direction d' André Mussat, 1979  Thèse de 3e cycle : Art et archéologie : Rennes 2 : 1979. Bibliogr. f. 9-32. 4 annexes (vol. 2)

COUFFON (René) LE BARS 1959 http://diocese-quimper.fr/images/stories/bibliotheque/pdf/pdf-Couffon/SAINTNIC.pdf

— GATOUILLAT (Françoise), HEROLD (Michel), 2005 "Les vitraux de Bretagne", Corpus Vitrearum France- Recensement VII, Presses Universitaires de Rennes, Rennes : 2005, 367pp. pages 192-193.

— LE BIHAN (Jean-Pierre) 2008  blog :

  •  http://jeanpierrelebihan2.over-blog.com/article-19072287.html
  • http://jeanpierrelebihan2.over-blog.com/article-19137442.html

Commune de Saint-Nic: Dossier Oeuvres d'art de la commune, fichier pdf :http://www.saint-nic.fr/pdf/saint-nicaise_oeuvres_art_.pdf

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Published by jean-yves cordier
11 octobre 2014 6 11 /10 /octobre /2014 09:42
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Published by Jy Cordier
10 octobre 2014 5 10 /10 /octobre /2014 22:50

La chapelle Notre-Dame-de Tréminou à Plomeur (29) : la bannière, les vitraux, etc.

 

 

 Cet article rend hommage à l'Association Les Amis de Tréminou ; j'emprunte quelques photos sur le net en espérant l'indulgence de Ouest-France et du Télégramme.

     

                                      

L'association « Les Amis de la Chapelle de Tréminou », présidée par Corentin Goudedranche, prépare activement le grand pardon du doyenné. Elle lance un appel aux bénévoles et organise ce mardi 11 septembre à 10 h une nouvelle réunion au presbytère.

 

 

 

  Jusqu'au XVIIIe siècle, le pardon d'Itron Varia Treminou fut le pardon le plus fréquenté du pays bigouden, un véritable lieu de pèlerinage pour les fidèles du Cap Sizun qui, par exemple s'y rendaient à pied. On venait ici vénérer la Vierge, notamment pour les jeunes enfants qui éprouvaient des difficultés à marcher ou à parler.


Notre-dame-de-Treminou 0712c

 


I. La bannière.

Voir :

Les bannières Le Minor.

Les deux bannières de St-Trémeur au Guilvinec.

La bannière de Annaïg Le Berre à Ty Mamm Doué (29).

Les bannières, c'est comme les papillons. Le pardon de Kerdévot.

La bannière paroissiale de Saint-Nic (29).

Les bannières de la paroisse d'Ergué-Gabéric (29) : Tonkin!

L'église Saint-Nonna à Penmarc'h : bannières et statues.

Église de Gouesnou : les statues zé les bannières.

Les inscriptions et les bannières de l'église de Saint-Jean-du-Doigt.

etc...

 Cette bannière est exceptionnelle non seulement par sa réussite esthétique, mais surtout parce qu'elle a été réalisée par les paroissiennes elles-mêmes. Quel travail ! Quelle réussite !

1. Face principale : La Vierge à l'Enfant; Inscription ITRON VARIA TREMINOU (Notre-Dame de Tréminou).


             banniere 0714c


      On reconnaît vite la statue en bois polychrome du XVe siècle de la Vierge à l'Enfant vénérée ici sous le nom de Notre-Dame de Tréminou : posée sur un piédestal de granit orné de feuilles d'acacias, la patronne du lieu est couronnée et voilée de son manteau  ; celui-ci, bleu aux étoiles et fleurs d'or, révèle son revers rouge en d'élégants plis autour des manches, et dans le retour d'un pan vers l'épaule gauche. Elle tient son Fils, qu'elle regarde avec attention, sur le bras gauche et lui présente ce qui est décrit comme une pomme de pin ; j'hésite pour ma part avec une grappe de raisin, symbole du sang qui sera versé, et donc symbole de l'avenir tracé pour l'Enfant rédempteur dans un tragique plan de Salut dont les souffrances  n'échappent pas à la maman. De même, la sphère dorée sur laquelle Jésus pose la main gauche est considérée comme une pomme, mais cela peut aussi être le globe du Monde. Le visage de l'enfant est particulièrement réussi, alliant la fraîche naïveté et le charme propre à son âge avec la gravité de son rôle.


                                 Notre-dame-de-Treminou-0756c.jpg

 

Une autre Vierge à l'Enfant, plus rustique mais non moins charmante, est conservée dans la chapelle. En bois polychrome, elle est datée du XVIe.  Cette fois-ci, les cheveux ne sont pas recouverts et retombent sur les épaules et le buste, le visage aux joues pleines et rouge est d'une simplicité désarmante ; le manteau bleu à revers rouge et à décors dorés est assez proche de la statue précédente, la robe est rouge et non plus dorée, et c'est ici le soulier gauche qui avance sa pointe noire sous les replis.  

  Elle porte le nom de Notre-Dame-de-la-Délivrance, et elle repose sur un socle de granit en forme de tête à chaperon bourguignon. 

D'où lui vient son nom ? (A l'église paroissiale, une Vierge enceinte porte le même titre). D'où vient qu'elle était vénérée par les femmes enceintes pour se protéger des dangers de la grossesse et de l'accouchement ? Très vraisemblablement de l'étrange aspect de l'Enfant-Jésus, inhabituellement placé en diagonale sur le bras droit, comme chétif et agité, la tête renversée dans l'amorce d'un opisthotonos ; il évoque un bébé qui vient de naître.

 

                       Notre-dame-de-Treminou 0755c

 

 

 L'autre face de la bannière porte une inscription et une broderie reprenant les thèmes bigoudens.

Vous pouvez lire PLOMEUR  MAMM DA ZOUE KLEVIT PEDEN HO PUGALE,

                    "Mère de Dieu Entendez la prière de vos enfants."

 


                   banniere 0716c

 

                        banniere 0775c

 

Mais si nous regardions en l'air ? Les sablières valent la peine d'être détaillées, accompagnées d'une inscription indiquant que "Ce bas d'église a été boisé lorsque Ian Le Bouller estait Fabrique l'an 1665".

 


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Il serait temps désormais d'aller regarder de près les vitraux de l'atelier HSM, acronyme derrière lequel se cache Hubert Sainte-Marie, maître-verrier de Quintin. Ils portent la date de 1967.

Les quatre lancettes de la maîtresse-vitre sont consacrés, comme de juste, par une Passion, avec une utilisation exclusive des couleurs rouge, vert et jaune, le bleu étant réservé au fond. Dans ce fond, comme dans les vitraux anciens, un paysage architecturé est dessiné en grisaille au centre (Jérusalem), avec une petite chapelle et un bocage dans les coins supérieurs et des fleurs en rosette en parterre. Remarquez les deux lettres ML (Mauvais Larron ?) sur le panneau B5 et la lettre [B] L en B4, sur les titulus (ou plutôt tituli) des larrons. Cherchez aussi les soldats tirant au sort aux dès la tunique du Christ.. Au tympan des anges portent des écus armoriés que je n'ai pas détaillé, mais qui pourraient correspondre à ceux mi parti du Juch : Voir la description de l'ancienne verrière par Jean-Pierre Le Bihan 

 

                vitraux 0718c

 


En baie 1 (de mémoire), et donc au nord, la Vierge et les saints personnages en verre coloré se détachent dans la lumière d'un verre blanc, comme dans la technique ancienne des verrières en litre.

                           vitraux 0722c

 

La Pentecôte : la Vierge reçoit la colombe du Paraclet alors que les apôtres bénéficient de la langue de feu qui leur confère le don des langues et l'inspiration nécessaire au prêche de la Bonne Nouvelle. Là encore, l'économie des verres colorés sur fond bleu clair assure à l'ensemble une luminosité recueillie et paisible.

 


                    vitraux 0723c

 

 

 

 

                              vitraux 0724c

 

Que voyez-vous ici ? Pour moi, après avoir admiré les statues de Notre-Dame, je me dis que cela représente les paroissiens et paroissiennes (avec leurs coiffes stylisées) venant prier la Vierge et son Fils et leur présenter leurs enfants.

 

                        vitraux 0725c

 


Il y a encore beaucoup de choses à admirer ici, une Pietà, un Jean-Baptiste, un saint Herbot, une Marguerite issant de son dragon et tenant la palme du martyre. Mais j'ai profité des reflets dansants de la baie 2 pour photographier la belle statue de sainte Élisabeth dans ce qui peut être un fragment d'une Visitation :

 

                    Notre-dame-de-Treminou 0741c

 

 

                                   Notre-dame-de-Treminou 0762c

 

 

 Saint Roch pour terminer, et vous protéger de la peste, et de toutes les Pestes qui courent le Monde.

                           Notre-dame-de-Treminou-0757c.jpg

 

 

Sources et liens.

 

J'emprunte cette bibliographie à titre indicatif, mais, pour une fois, j'ai rédigé cet article sans consulter les sources.

Couffon R., « Notre-Dame de Roscudon et l’atelier de Pont-Croix », Mémoires de la Société d’histoire et d’archéologie de Bretagne, t. XXXI, 1951, pp. 5-36.

Couffon R., Le Bars A., Diocèse de Quimper et de Léon. Nouveau répertoire des églises et chapelles, Quimper, Association diocésaine de Quimper, 1988, p. 253.

Duigou S., Les Chapelles du pays Bigouden, Rennes, Ouest-France, 1976, pp. 23-27.

Duigou S., Guide du pays bigouden insolite, Quimper, Éditions Ressac, 1988, pp. 9-11, pp. 31-32.

Duigou S., La Révolte des Bonnets Rouges en pays bigouden, Quimper, Éditions Ressac, 1989, pp. 8?9.

Malo-Renault J., « La Chapelle Notre-Dame de Tréminou », Bulletin diocésain d’histoire et d’archéologie, t. XXVI, 1927, pp. 232-245.

Nédelec P.-J., Notre-Dame de Tréminou, la Torche, Beuzec en Plomeur, Châteaulin, Éditions d’Art J. Le Doaré, 1965, pp. 2-9.

Peyron P., « Églises et chapelles du diocèse de Quimper », Bulletin de la Société archéologique du Finistère, t. XXXI, 1904, pp. 18-41, p. 21.

 

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Published by jean-yves cordier
10 octobre 2014 5 10 /10 /octobre /2014 22:30
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Published by Jy Cordier
10 octobre 2014 5 10 /10 /octobre /2014 08:08

Exposition de paramentique à Ty-Mamm-Doué : Laurent Bourlès, tailleur des chanoines de Quimper.

 


 

                                                  

N'en déplaise au Semi-tendinosus et au Gracilis le Sartorius estparmi les muscles de la cuisse, celui que je préfère. Non parce qu'il se targue d'être le muscle le plus long de notre corps dans son trajet (Rouvière, Anatomie humaine  III p. 353) de l'épine iliaque antéro-supérieure jusqu'à l'extrémité supérieure du tibia  où il s'épanouit pour prendre la forme tridactyle de la patte de l'oie, ni parce qu'il croise élégamment en écharpe la face antéro-interne de la cuisse ( Poirier & Charpy II page 217), mais seulement en raison de son nom latin : Sartorius, le Couturier. Et surtout  en raison de l'origine de ce nom, connu depuis 1698 : 

       " Si l'on appelle ce long muscle Couturier, c'est à cause qu'il fait croiser les jambes comme les tiennent les tailleurs quand ils sont sur l'établi à travailler à leur ouvrage." Jean Baptiste Philippe Verduc - 1698. En-effet, "ce muscle fléchit la jambe sur la cuisse et la porte en dedans ; ensuite, il fléchit la cuisse sur le bassin" (Rouvière, id.) : il croise la jambe en tailleur, sartorius en latin.

J'aime, en onomastique, que les noms se délivrent de leur assignation descriptive et se livrent à des métaphores menant l'esprit vers des divagations poétiques. J'aimais le temps où le muscle popliteus se nommait "la jarretière".

  Et je le vois très bien, le tailleur, assis jambes croisées devant son établi,  et le muscle tirant sa diagonale aplatie comme une sangle en travers de la cuisse : l'étoffe se tend sur ce chevalet et y glisse dans des crissements de soie ou de velours qui feraient le bonheur des héroïnes de Gaëtan de Clairambault. Bien visualiser un nom anatomique, c'est bien le retenir, et cela peut toujours servir. 

Si, lors d'une visite à Rome, vous découvrez rue Santa Chiesa la vitrine de l'illustre maison Gammarelli, la seule lecture de la mention SARTORIA PER ECCLESIASTICI vous permet ainsi de comprendre que vous avez affaire à un tailleur pour ecclésiastique. Pratique, non ?

 


     Gammarelli tailleur du pape

 

 

En vitrine, à gauche, des vêtements de cardinal avec de haut en bas : mozette rouge, croix apostolique, rochet de dentelle blanche, bas de la soutane rouge; au pied du mannequin de gauche à droite: barrette en miniature, calotte, mitre (mitra simplex) et étole.   

 

Eh bien, avec un peu d'imagination, vous pouvez reconstituer aussi ce que dut être la devanture du magasin de Laurent Bourlès, 24 rue du Frout à Quimper, un beau local actuellement occupé par FR3 Bretagne.

Laurent Bourlès s'était spécialisé en effet, comme Gammarelli, dans les vêtements ecclésiastiques et, s'il ne pouvait prétendre être le Tailleur du Pape ni compter sur la clientèle des quelques 120 à 200 cardinaux électeurs qui se fournissent en pourpre obligatoirement à Rome, il se déclarait "Tailleur du Grand Séminaire". D'abord installé au premier étage du 38 Place Saint-Corentin (juste devant la cathédrale, actuel café Le Vingt-et-unième entre le café Le Finistère et le Musée des Beaux-arts) dans les années 1927-1931, il déménagea en avertissant son aimable et pieuse clientèle par l'annonce de la Semaine Religieuse du diocèse de Quimper et Léon  de 1931 :


LAURENT BOURLÈS Tailleur du Grand Seminaire, 38, place Saint-Corentin, Quimper, a l'honneur de   prévenir MM. Les ecclésiastiques qu'il vient de transférer son commerce 24 rue du Frout, face à la sacristie.


Alors qu'il ne proposait jusqu'alors que "chapeaux, barrettes, rabats, ceintures et cols" pour un prix modéré et un travail soigné, ses nouvelles réclames proposaient "Soutanes, douillettes, manteaux et pèlerines, douillettes imperméables sur mesures" et des "culottes spéciales en jersey pour prêtres".

— chapeaux : c'est le chapeau rond dit "romain" : de couleur noire, en feutre ou en poil de castor (sorte de fourrure brillante très courte), il a généralement un bord rigide presque rond, avec une coiffe assez basse, également arrondie. Il ne doit pas être confondu avec  le chapeau noir dit Saturno à cordons et glands verts pour les évêques et rouges et or pour les cardinaux. 

Mais pour les chapeaux, la Maison Bourlès était concurrencée par la Maison A. Darcillon, ancienne Maison Malinjoud, 24 rue Kéréon à Quimper ...à deux  chapelelts de la cathédrale, même pas.


 barrettes : 

 Biretta.png

— rabats : Pièce d'étoffe empesée cachant l'échancrure du col de la soutane.

 

— soutanes : à 33 boutons, elle est en laine l'hiver ; aujourd'hui, elle est en polyester + laine en été. On distingue une soutane de cérémonie dite soutane filetée ou   abito piano en italien, (car créée par Pie IX vers 1850), noire avec une doublure, un liseré et des boutons de couleur cramoisie pour les évêques et rouge pour les cardinaux. Avec cette tenue, les évêques et les cardinaux portent le collaro et la ceinture, les bas et la calotte violette ou rouge. 

—douillettes : Vêtement (redingote, pardessus) ordinairement de drap ouaté, porté surtout par les ecclésiastiques, qui le mettent par-dessus les autres, en hiver. Un autre manteau de laine noire, est nommé  tabarro.

— pèlerines ; les pèlerines courtes couvrant les épaules et s'arrêtant un peu au-dessus des coudes sont nommées camails si un espace sépare les deux pans sur la poitrine, et  mozettes si elles se boutonnent à ce niveau. Le camail se porte au-dessus de la soutane. Contrairement à la mozette, qui se porte toujours avec le rochet (habit de chœur), le camail ne fait pas partie de l'habit liturgique. Le camail des cardinaux est noir, bordé d'un liseré pourpre, et celui des évêques est noir avec liseré violet. Quand les cardinaux sont en soutane rouge, ou les évêques en soutane violette, c'est la mozette qui fait alors office de camail, de même couleur que la soutane, et généralement portée sur le rochet. (Wikipédia).

Camails et mozettes sont en drap de laine noir, doublées de satin. comme les soutanes,  les mozettes peuvent être "filetées" de fil de soie rouge et dotées de boutons rouges.

 

Ici, un "camail" de l'Atelier de l'Ange Gardien (sic) :

 

 

— Culottes spéciales en jersey : consulter votre confesseur, je n'ai pas trouvé de commentaires.

Laurent-Bourles--tailleur-et-Darcillon-chapellerie-27-juil.png

Laurent-Bourles-publicite-1931.png


A l'ombre de la cathédrale ; le chapitre Saint-Corentin.

Dans sa clientèle, en plus du Séminaire, il pouvait compter sur le chapitre Saint-Corentin de la cathédrale : si celui-ci ne comprend aujourd'hui que 7 chanoines,  il comprenait jadis (avant la Révolution) quatre Dignités ( un grand archidiacre, un grand chantre, un trésorier, un second archidiacre) et seize chanoines, nommés alternativement par le pape et par l'évêque ; l'évêché jouissait alors de 21 000 francs de rente annuelle. En 1726, il était "composé de six dignités, dont la première est le Doyenné, & de douze chanoines ; l'abbé de Daoulas est premier chanoine de ce Chapitre ; & dans les cérémonies, ces religieux qui sont de l'ordre de Saint-Augustin vont à coté des chanoines, comme leur Abbé à coté de l'évêque." ( Claude-Marin Saugrain,Du Mouline Dictionnaire universel de la France ancienne et moderne). En 1828, on dénombrait 8 chanoines (MM. Péron Maudyuyt, La Clanche, de la Ruffie, Henry, Binard, Langrez et  Sauveur) et 6 chanoines honoraires (MM. Le Gac de Lausalut, Gourmelon, Daniel, Noirot, Sermensan et Dutoyat). En 1931, j'ignore la composition du chapitre cathédrale, mais l'évêque était Mgr Adolf Duparc (1908-1948).

Le Grand Séminaire. 

Le Grand Séminaire lors de l'expulsion en 1906 : soutanes, chapeaux, rabats (pièce de tissu noir bordée de blanc au dessus de l'encolure de soutane. De dos, un enseignant porte la mozette : Archives de Quimper.

 

La soutane et la mozette de la Maison Bourlès.

La paroisse de Kerfeunteun à Quimper exposait durant l'été 2014 parmi une belle collection de paramentique, une soutane filée noire fabriquée par L. Bourlès : cette soutane se ferme par des boutons bleu-violet et ses bords sont colorés d'un liseré violet également. Par dessus (mais les deux pièces étaient-elles accouplées initialement ?), une mozette aux boutons rose-pourpre et liseré de même couleur.

Est-ce la soutane de l'évêque, ou celle d'un chanoine de la cathédrale ?  

 

                        paramentique 0616c

 


 

paramentique 0618v

 

Pour m'aider, je regarde sur Wikipédia  la tenue d'un évêque : L'évêque Stefan Oster portant la soutane avec un liseré et des boutons de couleur cramoisie avec une calotte et une ceinture violettes et la croix pectorale :

                                   

 

 

Je compare à d'autres tenues : Evêque / "Monsignor" / Prêtre et séminariste :

http://it.wikipedia.org/wiki/Abito_talare : 

Vescovo.svg Cassock (Chaplain of His Holiness).svg Cassock (Priest).svg

Ou bien, toujours sur Wikipédia, la tenue des chanoines en habit de chœur: 

 

 

A quoi servent les chanoines d'une cathédrale ?

On pourrait dire avec méchanceté et fausseté que le canonicat sert surtout, pour les intéressés, à percevoir des bénéfices ; quand on connaît le travail réalisé par les chanoines Abgrall et Peyron au service de patrimoine artistique et foncier de leur diocèse, on sait bien qu'il faut penser autrement. 

Les chanoines sont tenus à l'office choral, qui comprend deux éléments : la psalmodie des heures canoniales et le chant de la messe conventuelle. Autrefois, cette obligation collective atteignait tous ceux qui, dans un chapitre, avaient un bénéfice choral. Ils étaient tenus de participer chaque jour à l'office entier, sous peine de ne pas percevoir leurs revenus. La messe capitulaire était chantée quotidiennement en forme solennelle, avec diacre et sous-diacre.

Certains chanoines de Quimper appartenaient à la Fabrique de la cathédrale.

Les chapitres capitulaires doivent se réunir pour délibérer de leurs affaires. Par le passé, on traitait notamment de l'administration des biens et des obligations à l'égard de l'église du chapitre.

 

Habit de chœur canonial

D'assez bonne heure, les clercs des églises cathédrales ont revêtu au chœur, pour l'office divin, un habit distinct de celui des autres membre du clergé. Cet habit comporte :

— une soutane (ou une soutanelle)

—recouverte d'un surplis,

— de la mosette, parfois fourrée ou doublée de soie (à Montpellier)

— parfois la cappa magna, la chape chorale noire (ou la chape de soie certains jours), la cappa magna absque cauda (à Avignon)

— l'anneau, parfois la croix pectorale (uniquement sur l'habit canonial complet) concédée  parfois par le pape et même la mitre. Ainsi, le chapitre de Quimper a aussi obtenu en1856  de porter sur l'habit de chœur une croix en or et émail, attachée à un ruban bleu, et portant d'un coté l'effigie de Pie IX et de l'autre celle de saint Corentin

 

 

 

 

 

Quelques autres pièces de l'exposition.

paramentique 0614c

 

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paramentique 0473c

 

paramentique 0621c

 

paramentique 0622v

 

La plus belle pièce :

 

 

paramentique 0612c

 

paramentique 0611c

 

 

Sources 

Les réclames de Laurent Bourlès se trouvent dans :

—La Semaine religieuse du diocèse de Quimper et Léon 1931 page 111 et page 31

—La Semaine religieuse du diocèse de Quimper et Léon du vendredi 1er avril 1927

Olivier CHARLES Thèse.« Les nobles dignités, chanoines et chapitres » de Bretagne. Chanoines et chapitres cathédraux de Bretagne au siècle des Lumières, direction : Jean Quéniart, université Rennes 2, 2002, 4 volumes,868 p. (non consulté)

http://www.paroisse.com/t_dossier/ornements-liturgiques-14719.asp

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9 octobre 2014 4 09 /10 /octobre /2014 22:25
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9 octobre 2014 4 09 /10 /octobre /2014 21:51

  La Virgo paritura de l'église Sainte Thumette de Plomeur (29).

Je visitais la chapelle Notre-Dame-de-Tréminou à Plomeur, village voisin de Pont-l'Abbé en pays bigouden, quand une des saintes femmes qui animent ce sanctuaire me chuchota le tuyau : —vous n'avez pas été à l'église ? Nous avons une statue de la Vierge enceinte !

J'y courais, bien-sûr, aussi ardent à parcourir la lieue qui m'en séparait que les rois mages ou les bergers, et inquiet, non de devoir me défier de ma bonne étoile, non de ne plus trouver à mon arrivée qu'une simple Nativité ou l'une de ces Vierges allaitantes dont j'avais fait le tour en Finistère, que de trouver la porte fermée. Mais j'arrivais à temps. C'était encore l'Avent.

 Était-ce à dessein qu'elle était placée dans le contre-jour d'une grande baie triste, contre un mur ingratement peint de faux parpaings ? Voulait-on éviter une curiosité déplacée ? La statue culminait loin du regard, et, même grimpé sur le banc de messe, je ne pouvais la photographier qu'en une désagréable contre-plongée. Elle n'était pas à son avantage, la Bonne Mère. 

  C'était bien elle, indéniablement, et un indice m'en assurait : ce fameux bandeau de cheveux qui caractérise la plupart des Vierges allaitantes du Finistère, qui sert de voile facile à rabattre en arrière alors qu'un savant nouage passe derrière la nuque pour rassembler les longues mèches avant qu'elles ne s'épandent sur les épaules.

Vierges allaitantes : le bandeau de cheveu.


               eglise 0788c

 

Cette curiosité de l'iconographie mariale mérite la visite puisqu'on ne dénombre que vingt statues de Vierge parturiente en France, et 38 dans le Monde. En Bretagne, c'est la seule "Vierge enceinte". Le site Topic-Topos la nomme NOTRE-DAME-DE-LA-DELIVRANCE".

 

En sortant, j'eus une pieuse pensée POVR LES TRE SPASSEZ.

                    eglise 0800c


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8 octobre 2014 3 08 /10 /octobre /2014 22:15
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5 octobre 2014 7 05 /10 /octobre /2014 21:43
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3 octobre 2014 5 03 /10 /octobre /2014 22:27

 

La chapelle Saint-Guénolé (ou de Trolez, anciennement Trefflez) à Briec (29).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Vous révez d'une petite chapelle de la campagne bretonne, dans son vallon...d'une vieille barrière devant un paysage à la Gauguin... d'un Christ presque jaune... ?

 Paul GAUGUIN   Paul GAUGUIN   Paul GAUGUIN

 J'avais, dans la fièvre qui me saisit lors des Journées du Patrimoine pour cumuler les visites, cherché autour du bourg de Briec une chapelle nommé -drôlement- "Trolez" (le tour du champ ?) j'avais quitté la route pour m' engager sur un chemin de terre entre deux hauts champs de maïs, encore inquiet de perdre mon temps sur une fausse piste, et puis, soudain, le temps s'est arrété.

J'avais devant moi la plus adorable chapelle, paisiblement accroupie au creux de son enclos, attendrissante par la douceur de ses formes, la chaleur de ses pierres et le camaieu de ses ardoises.

Le clocheton avec sa chambre de cloches à baie simple  et sa petite flèche octogonale paraissait d'autant plus accessible qu'un escalier courait le long du pignon occidental. Au flanc sud de la nef, la fenêtre à pignon orné d'un fleuron, de crochets et d'une crossette à figure de femme attirait le regard. En couverture de la sacristie à cinq pans, le bel éventail du toit avait la grâce d'une ombrelle.


118c

 

   A gauche, la Croix-calvaire m'attendait depuis le XVIè siècle, avec ses trois degrés, son socle à chanfrein dont la longue inscription conservait son mystère, son fût à consoles et sous la croix à branches rondes et fleurons-boules, deux saints prenaient appui sur un socle anthropomorphe. Le tic-tac de ma montre s'était transformé en de fluides mélodies, et je détaillais, captivé, les indices d'une enquête qui débutait. Qui était ce saint ? Le Guide de Maurice Dilasser m'y décrivait les statues de saint Guénolé et d'un moine (saint Antoine?), mais le grand chapeau et le bourdon amputé m'évoquait saint Jacques. J'ignorais encore que son double m'attendait.


                          114c

 

L'autre face était à l'ombre, mais le saint imberbe, aux cheveux longs tenait un livre (ah, saint Jean ?) et un bâton (ah, non). Serait-ce Guénolé ?


                              113c.jpg

 

 

A droite, je jetais un coup d'œil rapide à la stèle christianisée de deux mètres : ah, les bonnes ondes du lieu avaient déjà conquis nos prédecesseurs !

 

                       117c

 

  En fait, ce qui m'attirait, c'était de franchir la petite porte cintrée et de découvrir l'intérieur.

Avant même de m' habituer à la pénombre relative, je vis, assis sur un banc, un homme long qui portait sa bretonnitude sur la figure ; il avait devant lui un gateau breton que son épouse avait sorti ce matin du four et il en proposait un morceau aux visiteurs au nom de l'Association des Amis de la Chapelle Saint-Guénolé. En ce saint lieu, la patisserie n'avait rien bien-sûr d'un étouffe-chrétien, mais néanmoins une verre de café vous était proposé pour l'arroser. Gentil, non ?

Mais notre hôte était en train de raconter le pélerinage qu'il avait réalisé à Saint-Jacques-de-Compostelle. Et il me désigna le coin gauche du chœur .

Là,  je reconnus sur une console Monsieur Saint Jacques, un sosie de la statue de la Croix de placître. 

Le socle portait l'inscription gothique S:JACOBE (et non S. JACOB~S Sanctus Jacobus indiqué par Dilasser), mais la pèlerine —ou du moins le manteau—, le bourdon, le chapeau et la besace portant la coquille emblématique permettaient d'identifier facilement le saint. Je crois même que le chapeau porte aussi de chaque coté de la coquille les bourdonnets (apparus dans la tenue du Jacquet au XVe), ces petits bâtons taillés en forme de bourdon.


                      089c

                        090c

 

 La console porte en belle graphie gothique l'inscription : LAN:MIL:Vcc:XL:IX :

...qui indique la date de 1549. Nous sommes donc sous le régne de Henri II et la Bretagne est réuni à la France depuis 1532. Cette date lapidaire confirme une datation de la chapelle dans la première moitié du XVIe siècle.

 Ces socles de pierre posés dans les deux angles du chœur, avec un bord libre suffisament épais (6-8 cm?) pour y inscrire une datation de fondation me semble assez propre au Finistère (une cartographie en serait intéressante) mais certaines ont conservé la niche de bois qu'elles supportaient. Ces niches étaient soit de simples caisses à parois évasées, soit des constructions richement décorées.  


088c

 

Les deux inscriptions semblent de la même main (les deux lettres -a) mais rien n'affirme formellement que ce support a toujours porté cette statue : le doute vient du compte-rendu de la visite du chanoine Abgrall au début du XXe siècle : cet observateur très attentif et scrupuleux ne décrit que les statues de saint Guénolé et de saint Philibert.

 

Saint Guénolé.

En vis à vis du coté droit du chœur se trouve un autre socle plus modeste et sans inscription, et une autre statue.

Le voilà, le grand saint Guénolé vénéré dans toute la Cornouailles et bien au delà, en tenue d'Abbé de landévennec avec mitre orfrayée. Qu dis-je "orfrayée" ? "Précieuse" plutôt, la plus riche avec ses gemmes, ses cœur floraux d'or sur fond de soie fine ! Celle qui n'est portée que lors des fêtes les plus solennelles.

 Comme la plupart des saints-abbés et saints-évêque, Guénolé a perdu sa crosse abatiale depuis longtemps et, sans hampe, ce qui en reste n'a guère d'allure. Mais sa chape (le terme de "pluvial" est particulièrement adapté ici) est somptueuse : verte, elle est orfrayée d'étoffe rouge ponctuée de pièces d'or et fermée par une "agraphe" cruciforme. En dessous, on voit  une chasuble à encollure ras-du-cou vert-bleu très finement damassée, et toute frangée d'or dans sa partie basse. Le long surplis n'apparaît qu'au dessus des pieds, ou plutôt des pantoufles de cérémonie. Le saint tient un codex, relié certainement en cuir ; cinq quatrelobes d'or y sont fixés, et le fermoir est également en or.

Vous partez ? Vous oubliez de regarder le pouce gauche de l'Abbé, et la bague portée par sa première phalange. Les mains sont certainement gantées, et un indice permet de l'affirmer : dés l'époque médiévale l'ouverture de ces "chirothèques" (un nom qui fait mon régal), la partie de ces gants qui se situe au poignet, s'évasait en une sorte de brassard où pendait un gland ; or, ce gland rouge est visible sous la main droite. 

                       086c

      Pour l'instant, c'était du gateau (Breton), mais cela se Corse avec cette inscription dont personne n'a proposé d'interprétation. Rien ne s'oppose à ce que j'aille m'y casser les dents moi aussi. Cela ressemble à une écriture gothique textura, avec ses futs épais, ses empattements en losange des jambages et ses ascendantes fourchues, mais on note l'absence des double-points de l'inscription précédente, et l'association avec des lettres courbes. (ne vous laissez pas abusé par mon verbiage, je n'y connais rien et je me débrouille ici avec mon couteau-suisse). La partie en ombre débute-t-elle par un d ? La première lettre de la partie éclairée est un -l, suivie d'un -n, puis d'un c dans lequel s'inscrit un -t, suivi d'un -o, d'un -u et d'une lettre bizarre suivie encore d'une sorte d'abréviation qui peut remplacer -us.

Et mon tout, c'est ??? "dmo lnctou?us." qui ne veur rien dire. Je passe la main au candidat suivant.

 

 


087c

 

 

      Je n'avais encore rien vu car, au dessus de la porte de la sacristie, m'attend une inscription plus corsée encore que le café qui m'a été offert et dont je commence à comprendre la nécessité :


082c

 

 

Aie aïe aïe ! E.T téléphone maison -E.T téléphone maison...allo allo ? allo ?

D'accord, il y a la date de 1636, correspondant à la construction de la sacristie. Sous Louis XIII. 

Mais sinon, ce sont des lettres lancées pêle-mêle : grandes lettres comme un L, I ou K, E . Lettres moyennes comme le R. petites lettres comme le D, S, O et C. 

Qui connaît le nom du fabricien de Trefflez en 1636 ?

 

Ruminant l'amertume de mes échecs, je passe à l'œuvre voisine, en bois polychrome : une Adoration des mages du XVIe siècle, pleine de couleur et de naïveté, qui vient d'être restaurée : c'est bien-sûr le fragment d'un ensemble plus complet, et je suggère de voir Joseph dans le personnage barbu placé derrière la Vierge. Il manque alors un des trois rois. C'est un tableau surprenant par le caractère longiligne des personnages, par le coté naïf de leurs traits,  mais si on observe Melchior (le mage le plus agé, qui offre l'or, et qui est à genoux), on remarque un collier en chaînons rectangulaires assez caractéristique. Les deux chapeaux sont également assez remarquables, rappellant celui de Charles VII dans son protrait par Fouquet en 1450. Influence flamande ou bourguignonne ?

 

                        091c


Charles VII ; Louis XI et son chapeau de bièvre (castor) entouré de médailles 

  Louis XI.Portrait anonyme (XVe siècle). Brooklyn Museum, New York.

 

 

Une énigme : les deux mains gauches du roi mage bleu.

    Si on regarde bien, on constate que la main droite du mage bleu est en réalité une main gauche. Est-ce une maladresse de l'artiste, ou bien, et cela semble soudain très logique, cette main ne serait-elle pas celle du troisième mage présentant lui aussi son offrande. Nous aurions ainsi Melchior prosterné offrant son or, Gaspard en bleu tendant sa coupe pleine d'encens de la main gauche, et, à l'extrème gauche, "hors champ", Balthasar dont seule la main gauche tenant le vase de myrrhe serait visible, passant devant le ventre de Gaspard. Comme il serait intéressant de disposer d'une photographie plus ancienne !

Précisément, Yves Le Cœur a pris, en 1996, une photographie de ce panneau, et c'est lui qui m'a fait remarquer ces deux mains gauches révélatrices de l'ancienne présence de Balthasar. A l'époque, une restauration dévouée avait fourni à Gaspard un bras droit à la manche plissée qui tentait de raccorder cette main ectopique et de la lui attribuer,  mais on voit bien que cette manche factice n'est pas cohérente avec la pélerine du roi, aussi a-t-elle été ôtée lors de la dernière restautation. 



                      P1080100--1-c.jpg

 

 


Voilà, j'ai terminé mon tour des plus belles pièces de la chapelle, et je peux prendre un peu de recul, admirant la charpente avec poutres transversales, qui n'est pas dissimulée par un lambris.

 

                   093c

 

 

Trefflez : de l'ancien breton treb- "village" et -les, "château".

La chapelle Saint-Guénolé, dite aussi de Trolez, anciennement Trefflez, située à 3 kilomètres sud de l'église de Briec était l'église tréviale de Landrévarzec avant l'érection de Landrévarzec en paroisse et le rattachement de Trefflez à Briec. Elle avait fonds baptismaux (datés de 1642) et cimetière et porte la date de 1636 au dessus de la porte intérieure de la sacristie. Mais en nos chapelles, les sacristies ont été ajoutées au flanc sud-est des édifices après le Concile de Trente et la chapelle daterait elle-même de 1520-1550. Elle est de plan rectangulaire avec bas-coté nord de deux travées sur la moitié de la longueur. Les deux arcades en tiers-point du bas-coté pénètrent directement dans le pilier central cylindrique. 

On remarque les deux autels en pierre de taille avec sur le maître-autel un tabernacle à quatre colonnettes dont la porte est ornée d'un Christ (? St Jean ?) portant livre et calice, et dans le mur latéral nord du chœur, un sacraire (niche fermée où le Saint-Sacrement était conservé, jusqu'au concile de Trente qui a imposé d'y substituer le tabernacle). 

Les Fonts baptismaux sont en granit, comme les deux Bénitiers dont le plus grand est en forme de calice. Armoire ancienne à la sacristie.

L'importance donné à saint Jacques a pu laisser penser que la chapelle de Trolez était une étape sur le Chemin de Compostelle. J'ai dit que le chanoine Abgrall décrivait seulement deux statues, celle de saint Guénolé et de saint Philibert. M. Dilasser décrit, lui, à la fin du XXe siècle, outre saint Jacques le Majeur, les statues anciennes en pierre polychrome de saint Guénolé dont le socle porte une inscription et celle de saint Philibert avec livre et crosse, puis les statues en bois polychrome du Christ en croix , de saint Laurent , d'un saint prêtre en chasuble (Mathurin?) et, au presbytère, deux Vierges Marie, saint Sébastien, saint évêque.


Copié-collé :

 

 ...La fête patronale s'y célèbre le 4ème Dimanche de Juillet. On y honore saint Guénolé et saint Philibert, et les pèlerins demandent la guérison des maux d'estomac. La chapelle, qui n'a qu'un seul autel, et conserve encore son baptistère et son cimetière, porte la date de 1636...

...Trefflez, donnée par Gradlon à Landévennec avec d'autres terres en échange du privilège d'être enterré à Landevennec, relevait avec Landrévarzec de cette abbaye qui avait droit de présenter à ce bénéfice. ..

  ..."Le Cartulaire de Landévennec nous apprend que le roi Gradlon, à l'occasion de la mort de son fils Rivelen, donna à saint Guénolé de Landévennec, en Brithiac, trois trefs de sa propriété appelée Guodmoch : Tref Les et sept villages, Solt Gneuer, Tref Bugdual, Tref Marchoc et sept villages, Caer Gurhouen, Pen Hischin, Busitt, Lan Hoedleian, Chnech Crasuc, Sulian, Lisi, an Laedti, Ludre Sirfic, Caer Deuc, Bot Tahauc, Tref Cann, sept villages et une parcelle do terre in Moelian. La plupart de ces noms de terre existent encore.

Au XIème siècle, le consul Hoël donna à saint Corentin la terre de Bremuden, en Briziec, et, en 1220, l'évêque Renaud confirma la donation de la paroisse faite par ses prédécesseurs au Chapitre. Le 18 Octobre 1249 (Cart. 56, f° 3), intervenait un accord entre le Chapitre et l'abbé de Landévennec qui restituait les droits paroissiaux injustement enlevés au Chapitre, en Briec, sur les terres de Brenmoden, Kerigou, Kerdifed, Caergoloff, Caerloduic, Moustaer, Berrentguent,Tamgadou, Kervidou, Runlaharon, Guetheloc, Lennoloc, Kenecrasoc, et sur toute la terre de Tréflès. ".....

 

Conclusion :

On aura compris que cet article  exprime toute ma gratitude pour l'accueil reçu le 21 septembre 2014 lors des Journées du Patrimoine et mon admiration pour le travail réalisé par l'Association des Amis de la chapelle de Saint-Guénolé.

Sources et liens.

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k2076654/f220.image

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