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13 décembre 2014 6 13 /12 /décembre /2014 20:20

Dom Robert à Pont-L'Abbé : Le Minor confronté à Aubusson.

 

"Continuez de nous apprendre l'école buissonnière, ô bienheureux paresseux. C'est la vraie, celle que notre société qui ne connaît que la règle et la ligne droite, condamnera toujours. Parce que c'est déjà un peu l'Autre Monde en notre présent »  

                                   Lettre adressée à Dom Robert par Mgr Coffy, archevêque d'Albi.

 


Ce samedi 12 décembre 2014 avait lieu le vernissage, en présence des plus hautes autorités locales, de l'exposition Ode à la nature. Dom Robert et la maison Le Minor, au Musée Bigouden du Château de Pont-L'Abbé. Trop content d'y avoir été convié, je me faisais tout petit pour écouter les brillantes allocutions.  J'appris ainsi qu'une jeune artiste de Saint-Nicolas-du-Pélem récemment installée à Plogonnec, Gaëlle Le Fur y exposait aussi, tant, avec son BTS et son DSAA en création textile, puis son orientation vers la gravure (lino, plastique) et son goût pour les choses simples de la nature (herbes, ombelles, capsules poricides des coquelicots,  insectes) ... et  pour les coqs et les papillons, elle développait une œuvre parfaitement en résonance avec celle de  Dom Robert,  bénédictin de l'abbaye d'En Calcat, mais à la sensibilité toute  franciscaine.

Cette exposition remarquable, et dont l'entrée est gratuite, est organisée bénévolement par l'Association des Amis du Musée Bigouden, dont j'ai pu mesurer la hauteur des vues artistiques et la somme de dévouement.

 

                            126c

 

Le moment fort de ces exposés fut atteint lorsque Mr Gildas le Minor raconta comment sa grand-mère Marie-Anne Le Minor, une femme de caractère, réussit à convaincre Dom Robert, émule du créateur de tapisserie de basse-lisse Jean Lurcat et lui-même habitué à faire réaliser ses cartons par les ateliers d'Aubusson, que la broderie n'était pas un art secondaire mais pouvait dignement mettre en valeur ses dessins. 

  Dom Robert qui séjournait alors au monastère de Kerbéneat (qui sera relevé plus tard par Landevennec) effectuait un petit voyage en Cornouailles en compagnie d'un autre moine qui lui fit visiter la Maison Le Minor ; là, Marie-Anne usa de toute sa persuasion mais le dominicain resta sceptique. Madame Le Minor se procura un dessin (sans-doute Les Oiseaux Rares) et fit réaliser le travail en broderie : la qualité du résultat sut convaincre Dom Robert, et c'est ainsi que débuta une belle collaboration. Mais une étape essentielle fut franchie lorsque Valéry Giscard d'Estaing accorda aux broderies Le Minor le statut juridique d'œuvre d'art au même titre que les tapisseries d'Aubusson, avec autorisation de ne créer que huit  panneaux brodés du même carton, chacun authentifié par son certificat cousu au dos, son "bolduc". Ces tapisseries brodées sont signées par l'artiste, ou, dans le cas de Dom Robert, par l'abbaye d'En Calcat qui en détient les droits.

Aujourd'hui, La Maison Le Minor propose dix modèles : 

  • La Biquette
  • la Chasse au papillons.
  • Le Cheval vert
  • Le Chat noir
  • Le Jardin des Sirènes
  • le Mouton
  • Lever du Jour,
  • Les Compagnons de la Marjolaine
  • Les Oiseaux Rares.
  • Le Scopolendre

J'en profite pour rendre hommage au brodeur de la Maison le Minor,  Jean-Michel Perennec, personnage trop discret dont j'emprunte ici une photo de 2010 (source) :

 

 C'est lui qui brode au fil DMC de coton et de laine selon l'ancienne tradition des brodeurs sur drap bigoudens, et c'est lui aussi dont j'avais trouvé le nom au dos des bannières Le Minor : des milliers d'heure de travail à lui tout seul, comment fait-il ?

 

Mr Gildas Le Minor lors de son  exposé :

                   004c

 

L'exposition est conçue de manière à ce que les visiteurs puissent confronter les tapisseries d'Aubusson (Deux tapisseries de basse-lisse ont été prêtées) et les broderies réalisées par Le Minor. On y voit également des affiches, dessins, photographies, du matériel de broderie, etc.

Place aux images, un peu en désordre :

053c

 

Broderie : Les Oiseaux rares :

106c

 

 

Tapisserie : Tiens, c'est presque un Flambé (Iphiclides podalirius) qui aurait perdu ses queues:

057c

 

Mais oui, c'est podalirius, un Porte-Queue ! 

   061c

 

      Tapissserie encore :

063c

 

                           071c

 

 

Broderie Les Compagnons de la Marjolaine (détail) :

                    082c

 

Broderie :

                    089c

 

Broderie

090c

 

Broderie :

                        093c

 

                             100c

 

Broderie

109c

 

 

Tapisserie : 

117c

 

Tapisserie :

144vv

 

Alors, des papillons, des coqs et des coquelicots, des poneys, des fleurs, mais nous sommes en Bretagne ! Où est la mer ?

Mais où est la mer ? Elle n'est pas loin, mais une seule —très belle— pièce de broderie lui est consacrée. Plongée dans Le Jardin des Sirènes !

115cc

 

c

 

 

Deux exemples de l'art de Gaëlle le Fur pour terminer (vous découvrirez ses coqs sur place): tout le contraire d'une "Nature morte", mais des éléments aériens, ardents, des plumes ébouriffées, de gais compagnons que l'on entend chanter.

                020c.jpg

 

 

038c.jpg

 

 

Compléments sur mon blog :

1. L'abbaye d'En Calcat, à laquelle appartenait Dom Robert, a abrité aussi un autre grand artiste, le père Ephrem Soccard, fils de maître-verrier et créateur en 1950 de l'atelier de dalles de verre d'En Calcat : voir les vitraux de l'île d'Hoedic :

Les églises des îles du Ponant VI. L' île d'Hoedic.

 

2.  Les bannières Le Minor. : ma recension des bannières paroissiales.

 

 

Sources et liens :


— Les dix panneaux brodés de la Boutique Le Minor :

http://leminor.com/zencart/index.php?main_page=index&cPath=3_19_26

— FLEITOUR (Annick), 2014, "Dom Robert & la Maison Le Minor", Capcaval La Revue du pays Bigouden n°33 pp. 23-28.

Abbaye d'En Calcathttp://www.encalcat.com/dom-robert_52.php

Association des Amis de Dom Roberthttp://www.domrobert.com/biographie_25.php

 

A propos de Dom Robert (1907-1997) :

  "Amené à la tapisserie par Jean Lurçat, cet artiste atypique (il est moine) profondément inspiré par la contemplation de la nature est l’un des peintres-cartonniers les plus féconds et les plus admirés du XXe siècle…

Après un difficile passage au collège des jésuites de Poitiers, Dom Robert (né Guy de Chaunac-Lanzac) suit des cours aux Arts décoratifs de Paris. Il entre à l’abbaye bénédictine d’En Calcat (Tarn) en 1930, grâce à ses relations avec le philosophe Jacques Maritain et le compositeur Maxime Jacob, étudie la philosophie et la théologie et est ordonné prêtre en 1937. Il se remet alors à dessiner et à peindre.

Lorsque Jean Lurçat, de passage à En Calcat, découvre les aquarelles et enluminures du moine, l’originalité et la puissance de ses œuvres le frappent ; il persuade Dom Robert de venir à Aubusson et de se mettre à l’art du peintre-cartonnier.

A partir de 1941, date de son premier carton (pour le tissage de L’Eté, à l’atelier Tabard) et jusqu’en 1993 (avec Chèvres du Larzac, à l’atelier Goubely), Dom Robert consacre la majeure partie de ses travaux artistiques à la tapisserie, et son travail est reconnu dès ses premières œuvres. Le lissier François Tabard le met en relation avec Denise Majorel et la galerie La Demeure, à laquelle il reste fidèle toute sa vie, et il ne s’arrête plus de produire.

Pendant 50 ans, la vie de Dom Robert est faite d’observation de la nature, d’esquisses, de dessins, d’élaboration de cartons, de traduction numérotées des couleurs, de suivi des tissages dans les ateliers d’Aubusson.

Dom Robert garde de ses travaux d’enluminures le goût de la couleur, le souci du détail, de l’ornementation. Il avance à petites touches, un motif après l’autre, ajoutant çà et là une ombelle, un cerf ou un papillon, dans des œuvres toujours luxuriantes et vives : « Dans une tapisserie, on se promène, on flâne. Un détail vous conduit à un autre, un rouge mène au bleu. […] Pour faire court, disons que la peinture est un art d’espace tandis que la tapisserie est davantage un art du temps. »

 

Son incroyable fécondité a donné une collection de tapisseries dont le succès ne se dément pas, si l’on en croit le nombre de visiteurs attirés à chaque exposition Dom Robert."

Copié de : Cité internationale de la tapisserie et de l'art tissé d'Aubusson.


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Published by jean-yves cordier
11 décembre 2014 4 11 /12 /décembre /2014 23:49
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Published by Jy Cordier
11 décembre 2014 4 11 /12 /décembre /2014 16:21

Le vitrail de la Passion de l'église Notre-Dame-et-Saint-Tugen de Braspart (29).

 

A Braspart, les deux verrières qui éclairent le chœur sont en partie cachées par le volumineux baldaquin d'autel, et ne peuvent être photographiés strictement de face, mais toujours en se défiant des quatre colonnes corinthiennes du XIXe siècle. De ces deux verrières, l'une, la baie 1 du coté nord, date de l'édifice du XVIe siècle dédié à saint Jaoua, où elle occupait la maîtresse-vitre, ou baie d'axe. Mais lors de la reconstruction du chevet en 1724, elle fut déplacée et adaptée à cette baie en plein cintre divisée en trois lancettes par deux meneaux droits, haute de 4 mètres et large de 1,80 mètre. Ses quinze panneaux  se décrivent en quatre registres, consacrés à une Passion. 


                    Braspart-1413v.jpg

 

 

Elle appartient donc à la cinquantaine de verrières de la Passion réalisées dans le Finistère, le plus souvent pour la maîtresse-vitre, au XVIe siècle. Mais, dans cet ensemble, elle occupe une place particulière car il est possible de l'attribuer indirectement au maître-verrier quimpérois Gilles Le Sodec, et, par là, de la constituer en jalon dans l'histoire du plus important atelier quimpérois, Gilles ayant été précédé par Laurent et Olivier Le Sodec.

 Toutes ces Passions sont comparables par leurs cartons, leur facture et leur type d'ornement. La thèse de Roger Barriè est consacrée à leur étude. Plusieurs sont décrites dans mon blog : Locronan, Penmarc'h, Lanvénégen, Ergué-Gabéric, Plogonneg, Quimper, La Roche-Maurice, La Martyre, Guengat, Saint-Nic, Gouezec, Quéménéven etc. Le Corpus Vitrearum VII permet d'en dresser une chronologie :

  • 1476-1479 : Locronan

  • 1510 : Penmarc'h,

  • 1515 : Lanvenegen,

  • 1516 : Ergué-Gabéric,      

  • 1520 : Plogonnec,  attribué à Olivier Le Scodec

  • 1525 Pluguffan

  • Premier quart XVIe : Cast, Chapelle de Quillidouaré.

  • 1535 : Quimper, église saint-Matthieu

  • v.1535 : Braspart (ou 1560 pour J.P. Le Bihan)

  • 1539 : La Roche-Maurice.

  • 1540 La Martyre

  • 1550 : Guengat,

  • 1550 Guimiliau

  • 1550 : Tourch

  • 1550 : Trégourez

  • 1556 Saint-Herbot 

  • 1560 : Saint-Nic.

  • 1560 : Spezet, N.D-du-Crann

  • 1570 : Pleyben

  • 1573 : Pouldreuzic

  • 3e quart XVIe siècle : Gouezec

  • 3e quart XVIe siècle : Quéménéven

  • 3e quart XVIe siècle  Tréguennec

  • 4eme quart XVIe : Pont-Croix.

— Laurent Sodec est attesté en 1514 par les comptes de la fabrique de la cathédrale de Quimper, non comme verrier, mais comme peintre chargé de repeindre les lettres gravées de la façade du reliquaire :  Item solvit laurencio Sodec pro .. et pictura impressa in scripturis parietis domus reliquiarum

 — Gilles le Sodec est attesté à propos de Braspart en 1543 par un acte notarié du 15 novembre :

Le vingt cinquième jour de novembre l'an mil cinq cents quarante et troys, nobles hommmes Charles de la Marche,Sr su dit lieu et de Bodriec,d'une aprt, ei GilesLe Sodec, peintre et vitrier, de Quimper Corentin, d'aultre part, lesquels et chacun d'eulx ont fait marché et accord ensemble et par forme que le dit Le Sodec a promis et doibt faire et construire une vitre en l'église parrochiale de Braspers, devers le midy, en laquelle y aura mis et peint les douze appostles tennant chacun un rollet contenant les articles du Credo et aussy y sera le nom de chacun appostle avecques en haut d'icelle vitre les armes du dit Sr de Bodriec. Est le dit marché fait pour le prix et la somme de soixante livres monnaie et deux escuts d'or a le souleill; en outre d'être payé par le dit Sr de Bodriec au dit Le Sodec acceptant, scavoir : la moitié à la foare de Saint-Corentin prochain venant et l'aultre moitié au prochain sabmedi de la Chandeleur prochaine, d'illesques en suivant et oultre ce que sera le bon plaisir dudit Sr bailleur. Ordonner audit Le Sodec,après l'accomplissement de ladite vitre, laquelle vitre ledit Le Sodec trouvera preste dedans la feste de Nre dame en my mars prochain venant, gréé et jure par la court du Fou o toute renonciation, liaison, serment, soubmission et prorogation de juridiction, comdamnation, etc. En maire forme de contrat et sauff forme en la maison de Alain Heart, l' un des notaires et taballions, cy souscrits les jours, an que dessus.

— Les autres données sont des spéculations, plus ou moins crédibles, sur l'interprétation de lettres inscrites sur les galons dans les verrières.

 

                Le Registre inférieur. 

Dans ces descriptions, j'ai recopié les commentaires (qui portent surtout sur les restaurations) du Corpus Vitrearum de Gatouillat et Hérold. 

1. Le Lavement des pieds.

Comme l'indique une discrète inscription, il a été entièrement réalisé par Jean-Louis Nicolas, dans le coin inférieur droit : J.L. NICOLAS FECIT 1861.

Jean-Louis Nicolas (1816-1899) est un Peintre Verrier Morlaisien : après des études de peinture à paris (académie Jullian) il installe son atelier à Morlaix, où il travaille avec son équipe dans une cinquantaine d'église du Finistère, Côtes d'Armor et Morbihan. Celle de Saint-Thégonnec semble être son point d'orgue.Dès 1867, son fils Louis participe. A la mort de son père, il prendra la tête de l'atelier appuyé par son frère Françis et sa sœur Maria. L'atelier fermera en 1930. "L'oeuvre de Jean Louis Nicolas est essentiellement d'inspiration religieuse; Elle s'inscrit dans un contexte historique bien précis, celui de la seconde moitié du 19e siècle et dans une région limitée, la basse Bretagne et principalement le diocèse de Quimper et de Léon. Les thèmes exécutés par Jean Louis Nicolas ne sont pas dus au hasard. Ils sont souvent inspirés de la sensibilité spirituelle de son époque, et assez souvent, semble -t-il, fixés par le clergé." R FLOCH "L'Atelier NICOLAS" 

http://jeanpierrelebihan.over-blog.com/article-4939922.html

En 1861, il a restauré la verrière de Braspart, refaisant à neuf certains panneaux dont celui-ci. Il se chargea aussi de créer pour la Baie 2 (au sud) une verrière consacrée aux scènes de l'Enfance et de la Vie Publique du Christ (voir infra), ainsi que les verreries mécaniques qui ferment les autres fenêtres de l'église et qui furent exécutées en 1882. 

Ici Nicolas a copié les petits dais à ornement Renaissance qui coiffent les panneaux authentiques.

                    Braspart 1415c

 

2. L'Entrée à Jérusalem.

 

Vers 1535 ;  parties principales très bien conservées, têtes ajoutées sur le coté.   

                Braspart 1416c

 

Braspart 9305c

 

 

3. La Cène et la trahison de Judas.

Panneau créé par J.L. Nicolas.

  Il s'agit de la scène où Jésus désigne celui qui le trahira en disant : c'est celui qui a mis la main en même temps que moi dans le plat. D'où la diagonale bras droit du Christ / agneau pascal / main de Judas, ou la diagonale des trois visages de Jésus, de Jean (endormi) et de Judas, les trois J qui posent les insolubles problèmes du Bien et du Mal, du "choix" de la fidélité et du "choix" de la trahison, de l'amour basculant dans la haine, de la prescience du Christ acceptant que l'avenir se déroule, de sa malédiction de Judas ("malheur à l'homme par qui le Fils de l'Homme est livré") et de son pardon, ou, plus poignant encore, l'intrication de la nourriture partagée entre Jésus et Judas, signe épiphanique sanglant de la trahison et du sacrifice, et de la nourriture partagée entre les apôtres, signe de communauté eucharistique. 

Judas est en jaune, couleur de la traîtrise. Il détourne le regard et s'apprête, bourse en main, à se lever et à quitter la table et rejoindre le camp des ennemis du Christ. Il nous fixe. Comme dans la Cène de Rubens.

Braspart-1460c.jpg

 

 

                               Le deuxième Registre.

4. L'Agonie du Christ au Jardin des Oliviers.

Restauré et complété en bas à droite.

 

                      Braspart 1417c

5. Comparution devant Pilate.

Bonne conservation.

A noter la pauvreté des motifs damassés, que ce soit celui du fond pourpre ou celui de la robe de Judas.

                 Braspart 1420c

 

6. Comparution devant Caïphe.

 

Tête du Christ restaurée.

                 Braspart-1454c--2-.jpg

 

                                 Troisième registre.  


7. Dérision du Christ.

 

Bien conservé sauf la tunique du Christ.

Braspart 1418c

 

 

 

8. La Flagellation.

Christ restauré sauf la tête, sanguine altérée sur la chevelure.


Braspart 1421c

 

 

 

Braspart 9297c

 

9. Le Couronnement d'épines.

Bonne conservation.

                       Braspart 1423c

 

Braspart 9298c

 

 

 

     Registre supérieur : grande Crucifixion en tryptique.

 

Comme dans de nombreuses Passions finistérienne, le ciel y est rouge.

Les panneaux ont été largement restaurés ; groupe de la Vierge de saint Jean et des saintes femmes déplacé au pied de la croix— une ftête de femme restauré vers 1725— les larrons restaurés en 1861. 

10. Portement de croix ; le Bon Larron.

Moitié inférieure bien conservée — tête de Simon de Cyrène, soldats, tunique du Christ— ; restitué en haut.

Le Christ porte la croix ; Simon, "le père d'Alexandre et de Rufus" (Mc 15:21), le cyrénaïque qui revenait des champs a été désigné par les soldats pour l'aider, ce qui n'empêche pas ces derniers de le frapper d'un fort gourdin. Le resserrement des visages et des corps rend compte de la violence de la  Passion subie.

A l'extrême gauche, un ange emporte au paradis l'âme rédemptée du Larron converti.


11. Christ en croix.

Au pied de la Croix, de gauche à droite, saint Jean soutenant Marie en pâmoison ; une sainte femme en pleurs ; une autre femme se penchant aussi vers la Mère du Christ. Un roi couronné tenant une boite dorée. 

Dans le registre intermédiaire, de chaque coté de la croix sur leur monture respective, les deux cavaliers Longin, celui qui donne de sa lance le coup de grâce dans le flanc droit pour vérifier le décès, et, de l'autre coté,, celui avec qui il a été assimilé,  le Bon Centurion converti qui s'écrit, comme l'indique le phylactère, VERE FILIUS DEI ERAT ISTE tout en désignant le Christ de la main.

Dans les différentes Passions finistériennes, on trouve au pied de la croix sainte Marie-Madeleine éplorée : je m'interroge donc sur la singularité de cette femme qui se penche vers Marie. j'en trouve un modèle dans une œuvre de Memling de 1491, le triptyque Greverade de Lubeck : on y voit, la Vierge soutenue par Jean à sa droite alors qu'une des Marie (Marie Salomé ou Marie Jacobé) la soutient à gauche. (Mc 15,40 : « Il y avait aussi des femmes qui regardaient à distance, parmi elles Marie de Magdala, et Marie, mère de Jacques le petit et de Joset, et Salomé… »)


 

Braspart 1419c  Braspart 1422c

 

12. Déposition de croix.

Très restaurée : larron, Christ, tête de la Vierge.

 

                                    Braspart 1424c

 

 

La baie 2. 

1861 par J.L. Nicolas.

Braspart 1414v

 

 

Sources et liens.

ABGRALL (Chanoine Jean-Marie), 1904 , Notice sur la paroisse de Braspart.

 — BARRIÉ (Roger) 1979  Étude sur le vitrail en Cornouaille au 16e siècle : Plogonnec et un groupe d'églises de l'ancien diocèse de Quimper / ; sous la direction d' André Mussat, 1979  Thèse de 3e cycle : Art et archéologie : Rennes 2 : 1979. Bibliogr. f. 9-32. 4 annexes (vol. 2)

— COUFFON (René) LE BARS (Alfred) 1988 Diocèse de Quimper et de Léon. Nouveau répertoire des églises et chapelles. Quimper : Association Diocésaine, 1988, p. 29-31.

http://diocese-quimper.fr/images/stories/bibliotheque/pdf/pdf-Couffon/BRASPART.pdf

— PEYRON, Paul, ABGRALL, Jean-Marie. Brasparts. Notices des paroisses du diocèse de Quimper et de Léon. Dans : Bulletin de la commission diocésaine d´architecture et d´archéologie, vol. I, 1904, p. 269-310. 

GATOUILLAT (Françoise), HÉROLD (Michel), 2005 "Les vitraux de Bretagne", Corpus Vitrearum France- Recensement VII, Presses Universitaires de Rennes, Rennes : 2005, 367pp. pages 116-117.

— VILLIERS DU TERRAGE (E. de) 1895 : Note sur la commande d'un vitrail à Brasparts en 1543 (Bull.Soc. Archeol. Finist. 1895).

 

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10 décembre 2014 3 10 /12 /décembre /2014 17:53
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29 novembre 2014 6 29 /11 /novembre /2014 18:45
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29 novembre 2014 6 29 /11 /novembre /2014 08:05

Des deux Zygènes, des Zygites et des Zygapophyses. Ou comment faire travailler ses zygomatiques au service de la  Zoonymie.


 

Mon article récent sur la zoonymie de la Zygène (Entomologie : Lepidoptera, Zygaena Fabricius, 1775) et ses rapports avec le nom de la Zygène ou Requin-Marteau (Ichtyologie : Sphryna zygaena Linnaeus, 1758) n'a guère fait de bruit à Landerneau, ville pourtant éloignée de moins de 30 kilomètres de Brest, où je l'ai écrit. L'ai placé dans une bouteille. L'ai lancé vers Zanzibar. Et confié au Zéphir.

Sur le nom de genre des Zygènes, Zygaena . Les squales et les papillons.

  De ma fenêtre brestoise, il me semble pourtant qu'en tendant avec zèle l'oreille, j'entends pour ma part l'eau de l'Elorn couler sous le Pont de Rohan, gloire de Landerneau comme l'un des derniers ponts habités d'Europe.  Mais sans-doute l'eau qui s'écoule de ma plume est-elle plus obscure que celle du fleuve où vient mourir le courant de marée.

Je me fais du mouron alors que mes zélés voisins ne sont, selon toute vraisemblance, parvenus  encore qu'à la lettre R comme les Académiciens en leur Neuvième Dictionnaire, de A à Quotité puis de Quadru- à Réglage. Ma gloire, mon Zénith viendront après-demain, lorsque la zone du Z sera atteinte.

 Dois-je clarifier mes propos ? J'y renonce, tant-pis pour les trompettes de la renommée landernéenne. J'en remets une couche. Ce sera petite boite silènique bien sombre, cachant en son sein ambre gris ou cinnamonum, zinnia zinzolins et musc, pierreries et zivette pour les dents tenaces qui sauront les croquer.


  Car voilà : l'étymologie de la fameuse Zygène, du grec ancien  tiré du grec ζ υ γ ο ́ ν « tout ce qui sert à joindre deux objets ensemble; en particulier, joug » n'est pas étrangère à celle des noms anatomiques issus du grec ζύγωμαzúgōma (« joint »). Dans les deux cas, il y a, central, la notion de pair, et d'accouplement deux par deux, notion que l'on retrouve dans l'image de la balance, avec ses deux plateaux interdépendants. Je n'imaginais pas combien les anatomistes, les botanistes, les zoologistes et les biologistes en furent friands. Comme si, Oulipiens sans le savoir, ils s'étaient imposés la contrainte d'enrichir la page Z du dictionnaire ou de modifier la valeur de la lettre au Scrabble (10 points pour le jeu français mais 1 seul en polonais).


       Oui, c'est bien bête, mais il ne m'était jamais venu à l'esprit que le terme, assez courant, on l'admettra, d'homozygote était cousin de ma zygène dont le nom remonte à Aristote ! Car la  zygose est l'union des gamètes aboutissant à la formation de l'œuf (zygote). Peut-être un mécanisme de défense m'interdisait-il d'approfondir les liens entre l'idée d'accouplement propre au radical -zyg, et des stratagèmes sexuels qui, fussent-ils à l'échelle chromosomique, étaient d'accès controlés ? Si j'avais lu un jour que Junon, déesse tutélaire des mariages, portait l'épithète de Zygite, (on dit aussi Zygia ou Zeuxide), je m'étais empressé de refouler ce savoir dans le bric-à-brac des choses inutiles comme pour mieux dissimuler les clefs menant vers les périls les plus grands.


   Peut-être aussi, après avoir vu Ben-Hur au cinéma et avoir lu dans "Tout Connaître" un article sur la navigation des galères, avais-je été capable de reconnaître, sur une trirème, le thranite, le zygite et le thalamite.  Ou de préciser que seul le thranite, le plus haut placé, voyait la rame plonger dans l'eau et, pour cette raison, il devait guider le zygite et le thalamite. Que le thalamite recevait un salaire moindre, car sa rame, qui sortait par la thalamie (sabord)  était plus courte. Mais un voile m'avait masqué l'évidence de l'origine du nom zygite, "accouplé", et de celui de thalamite évoquant le grec thalamos, "chambre à coucher".  "Accouplés deux par deux pour éviter la zizanie, les Zygites ne pouvaient même pas dresser la tête sans se heurter aux solives du pont (Mille, Barnavaux, 1908, p. 300)."


   Relisez le Scholiaste des Grenouilles d'Aristophane, qui est sur ce sujet notre source principale. Ou regardez ce schéma tiré de  Françoise Ruzé  Le monde grec antique Hachette 2011 page 153

                          Zygite.png

 

     J'avais oublié tout cela ; ou bien je confondais ce rameur avec cet autre Zygite dont la définition me revenait, elle, par cœur : "membre de la 3eme classe du peuple, chez les Athéniens, après celle des pentacosiomédimnes et celle des Chevaliers, et avant celle des Thètes". Et que je rapprochais du Zygostate : "officier chargé de vérifier les poids et les balances".  Bref, j'étais dans le brouillard.

  Le voile zébré du temple se déchire et, comme nos sémillants séniors juste opérés de leur cataracte, je découvre soudain le monde et son peuple de Zygiens qui, tous, se tiennent bras-dessus, bras-dessous par paires: 

Voici venir entre des pots de Zygopetalum (des orchidées), les Zygochètes, ces Diplopodes qui, lors de la pariade, se reconnaissent par leurs antennes. Et la procession des Zygodactyles, des oiseaux picidés dont les doigts sont jumelés et dirigés par paires vers l'avant et vers l'arrière. Au dessus volent les Zygoptéres, dont les ailes sont égales [ce sont, en parlant des Odonates, nos Demoiselles ou agrions]. Au sol, ce sont, très peu visibles, les Zygnema ou Zygnemata [qui sont algues conjuguées, de l'ordre des Zygnémales ou Zygnématales, l'un des deux ordres  de Zygophycées] ; elles ne se confondent guère  avec les Zygophycées, qui sont des algues vertes, et qui méritent leur radical zyg- par leur reproduction sexuée par conjugaison. Ces algues songent-ils encore à leurs ancêtres les Zygoptéris [Genre de fougères fossiles]?

Je garderai pour moi la vidéo montrant dans le noyau femelle d'une cellule ("petite chambre") dont on a entrebaillé la porte, les chromosomes homologues s'appariant en un phénomène de synapsis , lors du stade zygotène de la mitose réductionnelle. Un peu d'imagination, faisons travailler nos Zygoneures ! (neurones d'association). Les mots suffisent pour rêver de Zygoméiose, de la Zygosphère qui s'unit à un deuxième gamète pour former le Zygospore, cette spore fongique parfaite constituée le plus souvent par l'union de deux éléments isogames propre aux Zygomycètes. Par accolement.

 

Mais tout cela n'est pas mon propos. Je veux parler ici d'anatomie, et d'anatomie vertébrale particulièrement. Certes, par pudeur persistante, je ne décrirai pas les accouplement des Zygosphènes et des Zygantrum, les Zygosphènes étant cette proéminence en forme de coin sur une vertèbre, lesquelles s'engagent dans la cavité qui leur correspond, le Zygantrum. Seule la Zygapophyse m'intéresse, et c'est vers elle que je me dirige.

Ce ne sera qu'en prélude que j'aborderais l'anatomie cranio-faciale qui nous éclairera sur cette zygapophyse, en décrivant l'arcade zygomatique dont la morphologie et la fonction n'en est pas éloignée. L'os zygomatique doit son nom au fait qu'il sert de jonction (zyg-) entre l'os maxillaire et l'os temporal. Par son prolongement interne il prend contact avec l'orbite, et par son prolongement supérieur il s'articule avec l'os frontal : c'est un pont, c'est un carrefour, c'est un joug, en un mot il est des nôtres, c'est un Zyg-.

                               

Tout cela est désormais parfaitement compréhensible grâce à la visualisation 3D de Google. Dont le nom est ...Zygote Body, bien-sûr.

Human Skull

 

Aussi disposons-nous d'une quantité presque infinie de termes  comme ceux de Zygomato-auriculaire, Zygomato-labial, Zygomato-labiale, sutures Zygomatico-frontale, Zygomatico-maxillaire, Zygomatico-temporale, Spheno-zygomatique, arche zygomatique, sans oublier le Zygion, point craniométrique correspondant au point le plus latéral de l'arcade zygomatique.

 Et bien, je peux dire à présent que la Zygapophyse de nos vertèbres s'apparente (c(est bien le moindre entre Zyg) avec le Zygomatique et que, comme lui, ce segment de cylindre de l'arc postérieur d'une vertèbre entre pédicule et lame sert de barre de jumelage entre plusieurs structures. Ici,  entre la vertèbre du dessus et celle du dessous par l'intermédiaire des articulations zygapohysaires  articulations synoviale planes qui servent aux vertèbres de s'imbriquer entre elles.

On comprend vite en regardant les schémas qui suivent que c'est l'ensemble de l'arc postérieur (le V situé à l'arrière du corps vertébral en forme de pouf) qui est comparable à un joug de couplage . 

 

 

Si on considère que ces vertèbres sont des éléments mobiles, agités de mouvements de rotation et d'inclinaison, de flexion et d'extension, on réalise que ces petits éléments articulaires coloriés en bleus permettent le jeu harmonieux de ces mouvements, de la même façon que le joug coordonne les balancements du pas des bœufs, l'avancée de la charrue, la pente du terrain et le demi-tour imposé à la fin du sillon.

Or, ces apophyses connaissent aujourd'hui leur quart d'heure de célébrité dans le cadre de l'Arthrose Zygapophysaire, qui est au mal de dos ce qu'est la Hernie Discale à la sciatique.

Tout le bénéfice de la connaissance étymologique éclairée par la Zoonymie et la navigation sur les Trirèmes est d'avoir une connaissance dynamique et fonctionnelle de cette affection. L'image de l'accouplement réciproque des quatre articulations zygapophysaires rend évidente la notion d'interdépendance de ces petites facettes (leur inflammation est souvent désignée sous le nom de "syndrome facettaire") dont l'une est forcément en compression lorsque l'autre est en distraction. Ce Zyg-, ce joug, cette balance, ce joint fait que lorsque l'une est grippée, l'autre s'enrhume. 

Z.Z.Z.Z.Z.... Tous endormis ?

  Pourtant, la visualisation d'une unité vertébrale comme un attelage de quatre bœufs accouplés et interdépendants, deux en haut et deux en bas de la zygapophyse, tirant le tambour d'un roi fénéant sur son pouf avachi, est sans-doute plaisante ; et, comme toute métaphore, elle est fructueuse.

 

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Published by jean-yves cordier
23 novembre 2014 7 23 /11 /novembre /2014 22:25
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Published by Jy Cordier

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  • : Le blog de jean-yves cordier
  • : 1) Une étude détaillée des monuments et œuvres artistiques et culturels, en Bretagne particulièrement, par le biais de mes photographies. Je privilégie les vitraux et la statuaire. 2) Une étude des noms de papillons et libellules (Zoonymie) observés en Bretagne.
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  • "Il faudrait voir sur chaque objet que tout détail est aventure" ( Guillevic, Terrraqué).  "Les vraies richesses, plus elles sont  grandes, plus on a de joie à les donner." (Giono ) "Délaisse les grandes routes, prends les sentiers !" (Pythagore)
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