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30 mai 2019 4 30 /05 /mai /2019 20:45

L'église de Goulven V. La peinture sur lambris (XVIIe ?) de la rencontre de saint Goulven et du comte Even.

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Voir  sur l'église de Goulven :

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Sur les lambris peints figurés, voir dans ce blog :

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Et on pourra visiter aussi des lambris peints figurés à :


 

  • Mûr-de-Bretagne : chapelle Sainte-Suzanne. Accusation et condamnation de sainte Suzanne (chœur) et Passion (nef).

  • Saint-Barthélémy : chapelle Saint-Adrien. Martyre de saint Adrien (chœur)

  • Douarnenez : chapelle Saint-Michel. Voûte peinte de 56 panneaux inspirés par les taolennou de Michel de Nobletz. 1667.

  • Carnac, église Saint-Cornély. Vie de saint Corneille (nef) par Jean-Baptiste Le Corre v. 1716.

  • Ploerdut :  peintures par Jean-Baptiste Le Corre v. 1716

  • Plougrescant : chapelle Saint-Gonery

  • Ploéven, église Saint-Méen . Passion

 

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PRÉSENTATION.

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L'église de Goulven abrite, sur le lambris est de son transept nord, une peinture sur bois de grande taille. Jean-Marie Abgrall la dédaigne un peu lorsqu'il la décrit (BDHA de 1911) comme "une peinture naïve" mais il en interprète bien le sujet, " l'entrevue du comte Even et de saint Goulven".

 

Le site  https://www.pop.culture.gouv.fr/notice/merimee/PA00089981  du Ministère de la Culture reproduit une fiche qui la qualifie de "peinture murale" (!) et la date du "XVIIIe-début XIXe" (?) . La fiche est accompagnée d'une photo de Ph. A. Neury de 1974 pour les collections des Monuments historiques. Pour seul commentaire, hormis la mention "Restaurée" (mais quand ?), elle cite partiellement  Abgrall (dans son Architecture bretonne de 1904). La citation exacte est : " Peinture très naïve du XVIIe siècle représentant l'entrevue de saint Goulven et du comte Even, après la victoire de ce dernier sur les pirates du Nord."

Déjà, en 1850, Guillaume Lejean, dans La Bretagne, son histoire et ses historiens, 1850, s'en moquait : " Il est vrai qu'il est souvent peu fort de couleur locale, et qu'il a de ces anachronismes qui me rappellent le tableau d'une église du Bas-Léon, où le Tiern Even vient visiter Saint-Goulven en grosses bottes et en chapeau à la mousquetaire, le costume complet du temps de Louis XIII." Mais la remarque est précieuse, car si l'anachronisme consiste à peindre le comte Even (Xe siècle ?) en costume Louis XIII, il permet de dater la peinture du XVIIe siècle.

L'ouvrage de Maud Hamoury La peinture religieuse en Bretagne aux XVIIe et XVIIIe siècles (PUR 2010) ne la décrit pas : l'auteur estime-t-elle que cette peinture est antérieure ou postérieure à son champ d'étude?

L'association Goulven-découverte n'en parle pas.

Pourtant, elle ne manque pas d'intérêt, d'une part par son ancienneté, d'autre part par son sujet, — la fondation du territoire de Goulven par circumduction effectuée par l'ermite (sujet crucial pour la paroisse) —, et enfin pour son  appartenance, en histoire de l'art, à l'ensemble  Lambris peints figuratifs anciens de Bretagne (avec quelques autres en Finistère, à Dirinon et Saint-Divy)

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DESCRIPTION.

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La scène se passe sur une côte ( a priori bretonne) avec une falaise à droite, une terre plane au centre, une crique à gauche, et la mer en arrière-plan.

Une troupe de cavaliers en habits rouges  vient de la droite, dirigée par son chef qui a mis pied à terre. Il salue un homme en soutane qui se tient près d'une croix. La crique est jonchée de cadavres, des barques font rame vers des navires qui s'éloignent, poussés par le vent. Le navire le plus proche porte un pavillon rouge à croix blanche.

Les historiens ont reconnu dans cette scène, je l'ai dit, la rencontre de  saint Goulven et du comte Even.  En un mot, le seigneur du Léon, Even, face à l'attaque de pirates et pillards étrangers, demanda à Goulven de lui assurer son soutien spirituel, repoussa les soldats vers la mer, puis vint remercier le saint. Il lui offrit, pour fonder son monastère, autant de terre qu'il pourrait délimiter en marchant durant une journée.

L'histoire est légendaire (le mythique Goulven, venu de Bretagne insulaire au VIe siècle et évêque du Léon en 602, ne pouvant rencontrer le non moins légendaire comte Éven, censé avoir livré ce combat au Xe siècle), mais elle est racontée comme cela par le dominicain Albert le Grand, dans   La vie des saints de la Bretagne Armorique, parue en 1636.

Dans ce récit, les agresseurs sont  "Danois & Normands", et c'est bien un pavillon du Danemark qui est peint avec sa croix blanche sur fond rouge. 

Puisque l'hypothèse se dessine que le peintre ait pu suivre de près la Vie de saint Goulven d'Albert le Grand, et comme cela fournit un premier élément de datation (après 1636), voici le texte en question, avec, surligné en gras, le moment peint par notre artiste :





VII . Cependant que saint Goulven ravissoit un chacun en admiration de sa Sainteté, les Danois & Normands qui tenoient la Mer, pillans & écumans l'Ocean, aborderent à la coste de Leon, mirent leurs vaisseaux à couvert dans les Havres & jetterent plusieurs Soldats à terre pour courir & fourager le Pays. Le Seigneur de Leon (la Chronique Latine l'apelle Even), qui lors estoit en la Ville de Lesneven, fit armer ses sujets pour resister aux Barbares ; mais, avant que les aller rencontrer, il fut en poste vers saint Goulven, lequel il trouva à genoux devant une Croix, à l'une de ses Stations ; il le salua humblement, disant : "Dieu vous garde, Serviteur de Dieu ; nous avons icy prés une Armée d'Infideles à combattre ; je vous supplie de prier Dieu pour moy & mes Soldats, afin que nous puissions garentir ce Pays de leurs ravages". Le Saint luy répondit : "Monseigneur, allez hardiment ; &, quand vous aurez vaincu les ennemis, venz-moy trouver en ce lieu". Le Comte crût aux paroles du Saint, &, ayant receu sa Benediction, monta à cheval & s'en retourna en sa Ville de Lesneven, où ayant fait monter son Armée, il mena, le lendemain, ses trouppes droit vers les ennemis, les suivant à la fumée des maisons brûlées, son de toczain & clameur des Paysans. Enfin, il les rencontra tous en desordre, s'en retournans par bandes, chargez de butin & pillage, pour devoir gagner leurs Navires ; mais le Comte Even, bien servy d'espions, ayant découvert la route qu'ils tenoient, leur couppa chemin & se jetta avec une moitié de son Armée, les chargeant par derriere, de sorte qu'estans attrapez & enveloppez de l'Armée, ne pouvans ny avancer ny reculler, ils furent défaits & la pluspart tuez sur le champ, peu s'en estans fuis, qui, s'estans jettez dans les Esquifs & Chalouppes qu'ils tenoient amarez au rivage, gagnerent leurs vaisseaux, &, levans les voiles & ancres, prirent la fuite, sans envie de plus prendre terre en cette coste. Tout le butin demeura à Even, & la pluspart de leurs Navires, lesquels, à faute d'hommes, ils ne purent amener. 

VIII . Le Comte Even s'en retourna, le même jour, victorieux & triomphant à Lesneven (Ville qu'il avoit fortifiée d'un beau Chasteau & ceint de murailles &, de son nom, apellée Les-Even, qui signifie Cour d'Even), où, aprés avoir rendu graces à Dieu & départy le butin à ses Soldats, il convia les Chefs & principaux Officiers de son Armée à venir souper avec luy au Chasteau, on couvrit les tables, & tout estant disposé, comme il lavoit ses mains, il se souvint des paroles que saint Goulven luy avoit dites à son départ : "Quand Dieu vous aura donné victoire de vos ennemis, venez-moy trouver en ce lieu".

Il s'excusa vers la compagnie, la pria de faire bonne chere, nonobstant son absence, prit la poste, avec peu de train, & se rendit, en peu de temps, au mesme lieu où il avoit trouvé, le jour précedant, saint Goulven ; & d'aussi loin qu'il pût découvrir le Saint, qui estoit lors en Oraison au pied d'une Croix, il mist pied à terre, le chapeau au poing, courut vers luy ; puis, se jettant à genoux, luy baisa reveremment la main (car il estoit Prestre) & luy dit : "Mon Pere, levez-vous, car par la grace de Dieu & le merite de vos prieres, nous avons vaincu nos ennemis". Alors, le Saint qui, prosterné à terre, les bras estendus en forme de Croix, n'avoit bougé de là, priant Dieu pour le bon succés des Armes Chrestiennes, se leva sur bout &, prenant le Seigneur de Leon par la main, luy dist : "Monseigneur, rendez graces à Dieu qui vous a donné cette vistoire de vos ennemis ; observez ses Commandemens, & gardez-vous d'y contrevenir". 

IX . Even le remercia de ses bonnes instructions & luy dist qu'il demandast ce qu'il voudroit & qu'il luy octroyroit de bon cœur : "Non, (dit-il), je n'ay besoin d'aucune chose temporelle ; mais si vous voulez faire quelque aumône en action de graces & reconnoissance de cette Victoire que Dieu vous a donnée, je vous conseille de bastir un Monastere icy prés de mon Hermitage & luy donner cette forest pour y sustanter & entretenir de bons Religieux, qui, nuit & jour, y prieront Dieu pour vous & pour vos sujets". Even le luy accorda de bon cœur, & donna autant de terres au futur Monastere,qu'il en pourroit cernoyer, un jour, en marchant, &, prenant congé du Saint, se retira à Lesneven.

Au jour nommé, saint Goulven alla prendre possession de la terre qui devoit estre donnée audit Monastere, & (chose étrange) à mesure qu'il marchoit, la terre s'élevoit à ses talons comme un fossé, distinguant cette nouvelle donaison du reste des terres du Seigneur de Leon ; & ce cerne ou circuit est tenu en si grande reverence, que personne n'oseroit en avoir rien pris, Dieu ayant souvent rigoureusement puny ceux qui avoient violé ce saint pourpris, nommé communément par nos Bretons, Menehi Sant Goulven, c'est à dire, la franchise ou azile de saint Goulven, lequel terroir est encore, en ce temps, tenu pour un des plus fertiles de tout Leon. "Albert le Grand LA VIE DE SAINT GOULVEN Evesque de Leon, Confesseur, le premier de Juillet. 
 

Les détails sont bien représentés : Goulven se tient au pied d'une croix, et il était en oraison comme en témoigne son bréviaire posé sur le soubassement à coté de sa barrette. Even tient son chapeau à la main. Le saint qui était à plat-ventre vient de se relever, tout comme Even qui était à genoux, et ils s'échangent la poignée de main qui scelle l'engagement mutuel : Even lui fait donation d'une terre et d'une forêt pour fonder un monastère, et Goulven va entreprendre de circonscrire (miraculeusement) le territoire de Menehi Sant Goulven (dont on conserve le Penity).

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La rencontre de saint Goulven et du comte Even, peinture sur lambris (XVIIe siècle), église de Goulven. Photographie lavieb-aile 18 mai 2019.

La rencontre de saint Goulven et du comte Even, peinture sur lambris (XVIIe siècle), église de Goulven. Photographie lavieb-aile 18 mai 2019.

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ÉTUDE DE DÉTAILS.

1°) Saint Goulven

Il est vêtu d'une soutane noire dont nous pourrions compter les boutons ronds ( 33, comme l'âge du Christ) au dessus d'une chemise blanche à col pointu; il est chaussé de souliers noirs. L'apparition ou la généralisation de la soutane après le Concile de Trente est trop imprécis pour aider à la datation. Le nom français apparait en 1553-1557 chez Du Bellay. Selon M. Baulant, dans les inventaires de Meaux, la soutane existe dans les garde-robe d'ecclésiastiques, en concurrence avec les robes.

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Nous ne voyons pas de tonsure. La  barrette est plutôt un chapeau rond à trois pointes, cerné d'un lacet perlé. Le livre (missel ou bréviaire) est ouvert, ses 3 ou 4 signets ne sont pas oubliés. Le bréviaire romain date de 1568, 1602 et 1632.

2°) Le comte Even.

Il est barbu. Il porte un habit rouge qui associe un pourpoint à crevés à boutonnage frontal, basques courtes et manches à crevés, et des hauts-de-chausse, les deux pièces sont taillées dans une étoffe fine à reflets soyeux. Les jambes sont couvertes par des bottes vert-bouteille munies d'éperons à molette.

La fraise blanche est de longueur et de hauteur moyennes.

Le chapeau rouge, sans doute de feutre, est en partie caché par une plume blanche.

Even porte l'épée au coté gauche. C'est là la tenue d'un seigneur, mais elle s'inspire de celle des officiers nobles de la Maison Royale, dite Maison rouge à laquelle appartiennent les chevau-légers et les gendarmes.

Tous ces éléments sont cohérents avec une datation dans la première moitié du XVIIe siècle.

La barbe apparue avec François Ier et encore portée en 1600 disparaît dans la noblesse vers 1630 sous Louis XIII.

Les crevés ou taillades sont abandonnés après les premières décennies du XVIIe (plus tardivement chez les femmes).

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La rencontre de saint Goulven et du comte Even, peinture sur lambris (XVIIe siècle), église de Goulven. Photographie lavieb-aile 18 mai 2019.

La rencontre de saint Goulven et du comte Even, peinture sur lambris (XVIIe siècle), église de Goulven. Photographie lavieb-aile 18 mai 2019.

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3°) Les autres cavaliers.

Ils portent aussi l'habit rouge, mais avec un pourpoint à basques longues, manches rabattues à boutons dorés. L'un porte une moustache "Louis XIII", l'autre une moustache et une barbiche, le troisième une barbiche, et les cheveux sont longs et bouclés comme avec une perruque. Tous portent le chapeau de feutre, conique, à plumet.

Tous ces détails nous rapprochent de cette gravure de Louis XIII par Pelletier (sauf la selle ; la culotte bouffante ; les bas et chaussures etc) :

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4°) Les chevaux et leur harnachement.

Alors que les chevaux des compagnies de Mousquetaires étaient tous de la même robe, les chevaux représentés ici sont de robe différente : deux sont blancs (gris) et les autres sont bais. Le cheval d'Even est bai, sans balzane.

Ils sont montés sans selle, mais avec un tapis de selle (schabraque) rouge (Even), bleu ou vert frangé d'or et frappé aux coins d'emblèmes. Ces derniers sont difficiles à préciser ; on s'attendrait à trouver le lion des armoiries du Léon mais ce sont plutôt des motifs floraux ornementaux.

Ces schabraques sont complétés, en avant, de fontes,  tous occupés par le pistolet de cavalerie.

Nous trouvons aussi les étriers, la sangle ventrale, un poitrail orné d'une pierre précieuse, la martingale, le licol orné de plaques de métal doré en soleil.

Un élément remarquable est le mors à branches longues en S. Ce type de mors est visible sur les calvaires bretons monumentaux qui comportent les deux cavaliers traditionnels : ces calvaires datent du XVIe ou XVIIe siècles. On trouve un cliché sur le site de Jean-Louis Libourel d'un mors classé MH, daté du XVIIe, qualifié de "à la Connétable" en raison du Connétable de Montmorency, et qui ressemble à ceux de cette peinture. (Collection du château d'Espeyran)

 

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5°) Les navires.

Ils sont gréés de deux mâts très apiqués avec voiles carrées (et/ou une voile latine à l'arrière) et fort château-arrière ce qui correspond à des caraques plutôt qu'à des galions ou à des flûtes du XVIIe (qui ont trois mâts) ; mais il est difficile d'être précis sur le nombre exact de mâts, et ce critère n'a rien de discriminant.

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La rencontre de saint Goulven et du comte Even, peinture sur lambris (XVIIe siècle), église de Goulven. Photographie lavieb-aile 18 mai 2019.

La rencontre de saint Goulven et du comte Even, peinture sur lambris (XVIIe siècle), église de Goulven. Photographie lavieb-aile 18 mai 2019.

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CONCLUSION.

Au terme de cette étude, j'ai le sentiment d'avoir réuni suffisamment d'argument pour affirmer que nous avons ici affaire à une peinture de la première moitié du XVIIe  siècle, et qu'elle n'est pas aussi "naïve" qu'il a pu le sembler. Mais n'étant qu'un touriste passant par Goulven (attiré par les bannières et les crossettes de l'église), je ne peux que suggérer que les spécialistes chevronnés ne négligent pas cette œuvre, et que les visiteurs trouvent plaisir à en découvrir les richesses.

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ANNEXE. DOCUMENTS.

 

Quant au comte Withur, il mourut probablement vers 560. Après sa mort, le comté de Léon fut incorporé au royaume de Domnonée qui avait alors Judual pour souverain. D'après plusieurs auteurs, Withur eut pour successeur son fils Even, qui était père d'Azénor, femme de Judual. Le comte Even transporta le siège du gouvernement de Gastel-Paol à Les-Even par euphonie Lez-n-Even, Lesneven, ville fondée par lui et à laquelle il donna son nom (en français Cour d'Even).

A cette époque les côtes de Léon furent ravagées par des bandes de Saxons ou de Frisons que les belles campagnes d'Armorique continuaient à attirer, malgré le peu de succès des entreprises de ces pirates sur ce vaillant pays. Le comte Even, auquel saint Goulven avait prédit la victoire, rassembla en toute hâte son armée, attaqua les barbares au moment où chargés de butin ils allaient gagner leurs navires, et les défit complètement, « la pluspart tuez sur le champ, peu s'en estant fuis, qui, s'estant jettez dans les esquifs et chalouppes qu'ils tenoient amarez au rivage, gagnèrent leurs vaisseaux, et, levant les voiles et ancres, prirent la fuite, sans envie de plus prendre terre en ceste cote. Tout le butin demeura à Even, et la pluspart de leurs navires, lesquels, à faute d'hommes, ils ne purent amener. » (Albert le Grand, Vie de saint Goulven.)

Après sa victoire, le comte Even se rendit immédiatement auprès de saint Goulven qu'il remercia « de ses bonnes instructions » et auquel il donna pour fonder un monastère, « autant de terres qu'il en pourrait cernoyer, un jour, en marchant (I)».

(I) Les avis sont partagés au sujet de l'époque à laquelle vécut le comte Even. Comme nous l'avons vu, quelques-uns le font fils de Withur, contemporain de saint Goulven et vainqueur des Danois ou Saxons. D'autres, au nombre desquels Dom Lobineau et M. de la Borderie, mettent son existence au Xe siècle et ajoutent qu'il chassa les Normands.

Nos lecteurs liront sans doute volontiers, sur ce point intéressant d'histoire bretonne le passage suivant extrait de la Vie de saint Pol-Aurélien et ses premiers successeurs (p. 185, I8fi), par l'abbé Alexandre Thomas, aumônier du lycée de Quimper: « Mais Dom Lobineau appuie son opinion sur l'autorité du cartulaire de l'abbaye de Landévénec, qui d'après lui ferait vivre le comte Even au Xe siècle. Le feuillet 156 du cartulaire porte un acte de donation qui a pour titre: De tribu Lanriworoe. Voici la traduction des premières lignes de cet acte : « Il est déclaré dans cette description que saint Morbret eut un entretien avec saint Guennolé auquel il donna à perpétuité et sa personne et le bénéfice qu'il avait reçu du comte Even surnommé le Grand, et enfin tout ce qu'il possédait »

Donc bien loin de trouver un argument dans le cartulaire, Dom Lobineau aurait dû y constater que le comte Even était contemporain de saint Morbret qui connaissait saint Guennolé, c'est-à-dire qu'il remonterait au moins au VIe siècle. Il est vrai qu'on lit au verso du même feuillet dans le cartulaire: « Ce bénéfice avec ses revenus et ses dîmes comprend Languenoc, héritage de saint Guenaël, premier successeur de saint Guennolé, Lan-Decheue, Caer-Tan, Ran-Maes, Caer-Galueu sur la rivière d'Elovn. « L'an neuf cent cinquante et un de l'Incarnation de Notre-Seigneur Jésus Christ. »

Qui ne voit que cette date rejetée au bas de la pièce transcrite ne se rapporte nullement à l'acte même de donation ? Elle ne peut qu'indiquer à quelle époque les possessions de l'abbaye de Lanriworoe furent inscrites au cartulaire. Nous rappelons donc ce que nous avons déjà dit, que les Normands combattus par Even ne doivent pas être confondus avec les compagnons de Kollon, mais que ce sont simplement ces barbares du Nord, Danois, Saxons, Alains. etc., contre lesquels avait déjà eu à lutter Oalpurnius, père de saint Patrice, et notre roi Grallon qui les vainquit. Ceci ressort encore du Cartulaire de Landévénec où Gurdestin appelle le prince breton Gloriosus ultor Normanorum.

Nous croyons qu'après tout ce qui vient d'être dit, le doute n'est guère possible sur l'époque du comte Even et de notre saint Goulven. « (Abbé Alexandre Thomas) ».(A suivre). Albert Travers. Revue de Bretagne de Vendée & d'Anjou, Volumes 45 à 46


 

Le premier vicomte de Léon  :  Le mythique comte Even (ou Neven), souvent surnommé "Even le Grand" en raison de ses victoires contre les Normands, en particulier à Runeven en Plouider en 936, serait né vers 900 ; la tradition en fait le fondateur de Lesneven. Dom Morice en fait le père de Guyomarch Ier, comte de Léon et de Hamon, vicomte de Léon, au début du xie siècle et le cartulaire de Landévennec le cite comme donateur dans deux actes concernant les paroisses de Lanrivoaré et Lanneuffret. (Un certain Alain est aussi juste cité comme père de Guyomarch Ier de Léon.) Il serait aussi le père de Morvan, vicomte de Léon, qui aurait vécu vers 1050 et serait le père d'Ehuarn. le comte Even tient sa cour au château de Brest. Sa fille, Azénor, fera l’objet d’une légende qui, bien plus tard, fera qu’on donne son nom à l’une des tours du château.

La tradition désigne le mythique comte Even (ou Neven), parfois surnommé Even le Grand en raison de ses victoires contre les Normands, qui aurait vécu vers 900, comme étant le bâtisseur de la cité de Lesneven. La légende dit que le comte Even aurait vaincu les envahisseurs normands en 875, avec l'aide de saint Goulven.

Selon Arthur de La Borderie la Vita (récit de la vie) de Saint Goulven serait tardive (rédigée au xie ou xiie siècle) et la date fixée pour la mort du Saint le 1er juillet vers 600 serait incompatible avec l'époque du comte Even de Léon attesté dans une notice du Cartulaire de Landévennec datée du 31 mars 955. (Wikipédia)

 

 


 

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SOURCES ET LIENS.

— ABGRALL (Jean-Marie), 1904, Architecture bretonne : étude des monuments du diocèse de Quimper cours d'archéologie professé au grand séminaire, Quimper, Arsène de Kerangal éditeur, page 361.  Collections numérisées – Diocèse de Quimper et Léon, consulté le 29 mai 2019,

 https://diocese-quimper.fr/bibliotheque/items/show/3196.

http://www.archive.org/stream/architecturebre00abgrgoog#page/n9/mode/2up

— ALBERT LE GRAND , 1636,  La vie des saints de la Bretagne Armorique", J. Salaun, Quimper, première édition xviie siècle, 5ème réédition 1901.

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5038760.image.hl.r=pleyben.f324.langFR

BARRALT I ALTET (Javier), 1987,  Décor peint et iconographie des voûtes lambrissées de la fin du Moyen-Âge en Bretagne

http://rcppm.org/download/biblio/Barralt_voutes-lambrissees.pdf

HAMOURY (Maud), 2010, La peinture religieuse en Bretagne aux XVIIe et XVIIIe siècles, Presses Universitaires de Rennes.

— LA BORDERIE ( Arthur de ) 1905-1914, Histoire de Bretagne", tome 1, Plihon, Honnay et Vatar, Rennes, 1905-1914 (6 vol.). Réédition Joseph Floch, Imprimeur Éditeur à Mayenne, 1975

— LA VILLEMARQUÉ  (Théodore Claude Henri Hersart de ), 1867, Bran ou le prisonnier de guerre.   Barzaz Breiz 1867, Paris, Didier et Cie

 

https://fr.wikisource.org/wiki/Page:Barzaz_Breiz,_huiti%C3%A8me_%C3%A9dition.djvu/217

— LIBOUREL (Jean-Louis) Objets de sellerie du Château d’Espeyran classés Monuments Historiques

 

— TERANA (Christian), 1996, Les uniformes de la cavalerie de la Maison du roi vers 1691, Histoire, économie & société  Année 1996  15-1  pp. 141-145

https://www.persee.fr/doc/hes_0752-5702_1996_num_15_1_1861

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ALIF

http://portail.atilf.fr/cgi-bin/getobject_?a.139:11./var/artfla/encyclopedie/textdata/IMAGE/

 

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Published by jean-yves cordier
28 mai 2019 2 28 /05 /mai /2019 13:01

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PRÉSENTATION.

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Lorsqu'au XVIe siècle, après la réforme liturgique entraînée par le Concile de Trente, les églises et chapelles bretonnes durent se débarrasser de leur jubé, —cette tribune transversale qui séparait la nef du chœur—, la fabrique de Goulven eut la bonne idée de ne pas brûler leur belle construction en bois, créée après 1505 [fondation de l'église, selon l'inscription lapidaire], mais de la récupérer pour monter une tribune d'orgue. [L'orgue actuel date de 1754]

Tout le jubé n'a vraisemblablement pas été ré-utilisé, et nous ne voyons aucune scène religieuses, aucun apôtre, aucun ange déroulant des phylactères, comme sur le jubé de la chapelle Saint-Fiacre du Faouët. 

Le jubé de la chapelle Saint-Fiacre du Faouët. I. Le coté de la nef (Ouest). A. La clôture.

Le jubé de la chapelle Saint-Fiacre du Faouët. I. Le coté de la nef (Ouest). B. La tribune.

Le jubé de la chapelle Saint-Fiacre du Faouët. II. Le coté du chœur (coté est).
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Mais le coté jubilatoire et populaire est bien là, avec une série de masques grimaçant ou obscènes, au sein d'un décor Renaissance.

Le style Renaissance en Bretagne.

On sait que ce style a été introduit en Bretagne en 1507 avec le tombeau de Thomas James à Dol-de-Bretagne : c'est là l'origine des couples de dauphins, dragons ou oiseaux affrontés et liés autour d'un vase, que nous allons découvrir ici. La même année, Claude de Rohan fit élever à Quimper dans le même style, la tour de son palais épiscopal. On l'observe aussi sur la façade du château de Josselin (vers 1510). En Finistère, il est plus tardif, et s'observe au château de Kerjean vers 1550-1580 sous l'influence de Philibert Delorme.

Porche de Lanhouarneau 1582,

Ossuaire de Pleyben, Bodilis, Lampaul-Guimiliau et Saint-Thégonnec (1676-1682), Landivisiau, La Roche-Maurice (1640), avec leurs bustes gainés, cariatides, médaillons, pilastres aux colonnes cannelées

Porche de Saint-Houardon à Landerneau en 1604

Commana 1620-1650

À Goulven, c'est entre 1593 et 1639 que s'élève la tour-clocher de tradition encore médiévale, mais basée sur un portail Renaissance aux colonnes baguées.

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Photographie lavieb-aile

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En sculpture sur bois, les huchiers, menuisiers et sculpteurs tels que le Maître de Pleyben introduisent les figures des ornemanistes Renaissance dans les sablières aux cartouches à enroulements (Kerjean, Pleyben, Saint-Divy, etc), ou dans les stalles (Saint-Herbot 1550-1570), et  dans les jubés (La Roche-Maurice).

 

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DESCRIPTION.

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La balustrade de 6 mètres de long et de 80 cm de haut est divisée en dix compartiments ornés de jours de fond, surmontés d'une double arcature flamboyante et séparés par des contreforts à pinacles. Une frise de feuillages verts court en partie basse.

Les compartiments seront présentés de droite à gauche.

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Tribune d'orgue de l'église de Goulven. Photographie lavieb-aile 18 mai 2019.

Tribune d'orgue de l'église de Goulven. Photographie lavieb-aile 18 mai 2019.

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Compartiment n°1. Décor géométrique bleu, jaune et rouge à  roses rouge. 

N.b : des armoiries à trois roses  sont sculptées sur le mur diaphragme. Ce sont selon M. Mauguin celles d'Hervé Maucazre, d'or à trois roses de gueules. Il n'y a sans doute aucun rapport avec ce décor.

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Armoiries d'Hervé Maucazre, d'or à trois roses de gueules. Photographie lavieb-aile

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L'église de Goulven IV : la tribune d'orgue, ancien jubé du XVIe siècle.

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Compartiment n°2. Masque. Deux griffons autour d'un vase.

Tous les masques ont des faces humaines joufflues mais des oreilles de cochon. Le restaurateur leur a donné de belles joues rouges, des lèvres vermillons et de hauts sourcils bien noirs. Celui-ci montre sa langue entre ses dents.

 

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Tribune d'orgue de l'église de Goulven. Photographie lavieb-aile 18 mai 2019.

Tribune d'orgue de l'église de Goulven. Photographie lavieb-aile 18 mai 2019.

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Tribune d'orgue de l'église de Goulven. Photographie lavieb-aile 18 mai 2019.

Tribune d'orgue de l'église de Goulven. Photographie lavieb-aile 18 mai 2019.

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Compartiment n°3. Masques et roses.

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Tribune d'orgue de l'église de Goulven. Photographie lavieb-aile 18 mai 2019.

Tribune d'orgue de l'église de Goulven. Photographie lavieb-aile 18 mai 2019.

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Tribune d'orgue de l'église de Goulven. Photographie lavieb-aile 18 mai 2019.

Tribune d'orgue de l'église de Goulven. Photographie lavieb-aile 18 mai 2019.

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Compartiment n°4. Tête de nègre / deux griffons autour d'un vase.

Les animaux ont des faces humaines et des queues qui s'échappent de cornes d'abondances ; deux autres animaux ont des têtes de dauphins

 

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Tribune d'orgue de l'église de Goulven. Photographie lavieb-aile 18 mai 2019.

Tribune d'orgue de l'église de Goulven. Photographie lavieb-aile 18 mai 2019.

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Tribune d'orgue de l'église de Goulven. Photographie lavieb-aile 18 mai 2019.

Tribune d'orgue de l'église de Goulven. Photographie lavieb-aile 18 mai 2019.

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Compartiment n°5. Acrobate nu obscène. Fond géométrique et floral.

Le sexe dressé et provoquant a été bûché.

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Tribune d'orgue de l'église de Goulven. Photographie lavieb-aile 18 mai 2019.

Tribune d'orgue de l'église de Goulven. Photographie lavieb-aile 18 mai 2019.

Tribune d'orgue de l'église de Goulven. Photographie lavieb-aile 18 mai 2019.

Tribune d'orgue de l'église de Goulven. Photographie lavieb-aile 18 mai 2019.

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Compartiment n°6. Masque. Deux griffons ou dragons tenant un ruban autour d'un vase.

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Tribune d'orgue de l'église de Goulven. Photographie lavieb-aile 18 mai 2019.

Tribune d'orgue de l'église de Goulven. Photographie lavieb-aile 18 mai 2019.

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Tribune d'orgue de l'église de Goulven. Photographie lavieb-aile 18 mai 2019.

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Tribune d'orgue de l'église de Goulven. Photographie lavieb-aile 18 mai 2019.

Tribune d'orgue de l'église de Goulven. Photographie lavieb-aile 18 mai 2019.

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Compartiment n°7. Masque. Deux dauphins autour d'un vase.

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Tribune d'orgue de l'église de Goulven. Photographie lavieb-aile 18 mai 2019.

Tribune d'orgue de l'église de Goulven. Photographie lavieb-aile 18 mai 2019.

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Tribune d'orgue de l'église de Goulven. Photographie lavieb-aile 18 mai 2019.

Tribune d'orgue de l'église de Goulven. Photographie lavieb-aile 18 mai 2019.

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Compartiment n°8. Masques. Eléments géométriques.

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Tribune d'orgue de l'église de Goulven. Photographie lavieb-aile 18 mai 2019.

Tribune d'orgue de l'église de Goulven. Photographie lavieb-aile 18 mai 2019.

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Tribune d'orgue de l'église de Goulven. Photographie lavieb-aile 18 mai 2019.

Tribune d'orgue de l'église de Goulven. Photographie lavieb-aile 18 mai 2019.

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Compartiment n°9. Deux griffons affrontés.

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Tribune d'orgue de l'église de Goulven. Photographie lavieb-aile 18 mai 2019.

Tribune d'orgue de l'église de Goulven. Photographie lavieb-aile 18 mai 2019.

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Compartiment n° 10. Masque et éléments géométriques

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Tribune d'orgue de l'église de Goulven. Photographie lavieb-aile 18 mai 2019.

Tribune d'orgue de l'église de Goulven. Photographie lavieb-aile 18 mai 2019.

Tribune d'orgue de l'église de Goulven. Photographie lavieb-aile 18 mai 2019.

Tribune d'orgue de l'église de Goulven. Photographie lavieb-aile 18 mai 2019.

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Published by jean-yves cordier
27 mai 2019 1 27 /05 /mai /2019 22:02

L'église de Goulven III : ses deux bannières de procession du XVIIIe siècle.

 

Voir sur l'église de Goulven :

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Sur les bannières, voir :

 

 

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Ces deux bannières de procession de taille et de facture identiques occupent le chœur de l'église. Elles mesurent chacune 1,60 m de haut et 1,15 m de large, elles sont en velours rouge coupé et soie brodée, et les visages sont peints sur étoffe. Les lambrequins à 5 festons sont enrichis de franges de cannetilles , la bande supérieure forment gousset reçoit la traverse en bois. 

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L'église de Goulven III : ses bannières anciennes.

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I. LA BANNIÈRE DE SAINT GOULVEN / VIERGE AU SCEPTRE n°1.

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H = 160 ; la = 115. Velours rouge et soie brodée. Classé au titre objet 1991/12/04 . Base Mérimée PA00089981. Base Palissy PM29001370.

 

 

1°) La bannière de saint Goulven en évêque.

inscription St GOULVEN.

Le fond est en velours rouge uni semé de rondelles d'argent . Il est brodée au fil d'argent de fleurs à huit pétales et huit sépales, avec rehaut par cannetille dorée, reliées par un rinceau.

La bordure est un simple et étroit galon doré.

Le motif central est celui de "l'évêque de la Réforme", nimbé, mitré,  dans l'attitude de la prédication, main droite expressive, tête tournée vers sa gauche et crosse écartée en diagonale . Il est sans doute  "réalisé en broderie de rapport, c'est-à-dire brodé sur toile de lin ou de soie puis appliqués sur fond de velours brodé au préalable" (Guillou), mais la trame n'est pas visible. Le visage et les mains sont peintes sur toile, sans doute — comme à Tréflez— par remplacement de broderies trop usées.

La partie inférieure est la plus colorée, avec les rayures violettes du surplis mais surtout le tapis de fleurs avec une variété de verts de bleus en dégradés et des fleurs en fils rose, abricot et jaune.

 

Les lambrequins sont à cinq festons ronds frangés de cannetilles et brodées au fil d'argent de fleurs à huit pétales et huit sépales, avec rehaut par cannetille dorée.

La présence de clochettes sous les lambrequins n'a pas été recherchée.

La traverse est en bois (?) à pommeaux en forme de fleurons, et d'aspect métallique.

Le gousset à bandes dorées porte le nom de la paroisse : ST GOULVEN écrit en rondelles d'or cousues.

La croix est en métal doré (ou en a l'aspect).

 

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Bannière du XVIIIe siècle, église de Goulven. Photographie lavieb-aile 18 mai 2019.

Bannière du XVIIIe siècle, église de Goulven. Photographie lavieb-aile 18 mai 2019.

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Bannière du XVIIIe siècle, église de Goulven. Photographie lavieb-aile 18 mai 2019.

Bannière du XVIIIe siècle, église de Goulven. Photographie lavieb-aile 18 mai 2019.

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Bannière du XVIIIe siècle, église de Goulven. Photographie lavieb-aile 18 mai 2019.

Bannière du XVIIIe siècle, église de Goulven. Photographie lavieb-aile 18 mai 2019.

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2°) La Vierge à l'Enfant au spectre (1).

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Le fond, la bordure et les lambrequins sont identiques à la bannière de St Goulven, mais les fleurs sont plus simples, à cinq pétales.

Le motif central est une Vierge à l'Enfant, debout sur un croissant de lune au sein d'une mandorle de nuée à 4 séraphins (c'est donc une Vierge de l'Apocalypse) dont la particularité est qu'elle tient dans sa main droite un fuseau terminé par une fleur de lys (symbole de virginité dans le cadre du culte de l'Immaculée Conception).

 

Cet attribut est qualifié de "sceptre" par  Christiane Guillou 2010 :

"Ce mode de représentation de la Vierge portant un sceptre est courant en statuaire, on en connaît dans nombre d'églises bas-bretonnes, préfiguration de l'image de la Reine du Monde. La Vierge debout sur le croissant de lune annonce les représentations de l'Immaculée Conception. On a ici une double voire triple image avec celle de la Vierge à l'Enfant. Cette triple image en une seule bannière est à mettre à l'actif des artistes concepteurs. Mais ce n'est ni une Vierge consolatrice ni une Vierge protectrice.

Le mode de représentation choisi pour les Vierges de l'Assomption de Locquénolé et Hengoat n'est sans doute pas le plus ancien. Si l'on se fie à la base Joconde, qui répertorie les tableaux conservés dans les différents musées de France, de telles images de la montée au ciel de la Madone apparaissent, comme ici, au XVIIe et XVIIIe siècles, la Vierge au sceptre étant plus ancienne. Cette vision très enlevée d'une Vierge au bord de l'extase apparaît à cette époque de la Réforme tridentine, alors que les siècles précédents, la montée au ciel, sous la conduite du Christ, se fait d'une façon plus calme à en croire la position assise de Marie, de surcroît souvent présentée dans une mandorle. Religion de la splendeur, c'est l'image de Marie en gloire, fort loin de l'humilité de l' Annonciation ou de la Nativité qui ne sont pas présentes en bannière, à cette époque, dans ces lieux."

On trouve ce motif, deux fois représenté à Goulven, également à Lampaul-Guimiliau, à Plougonven et à Trédrez.

La Vierge est voilée et nimbée mais non couronnée. L'Enfant, également nimbé, tient le globus cruciger et trace une bénédiction .

Les fils sont blancs, argent, marron, jaune pâle, bleu clair, bleu plus soutenu pour le globe, brodés au point de Bayeux avec, pour les nuées, des spirales concentriques.

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Bannière du XVIIIe siècle, église de Goulven. Photographie lavieb-aile 18 mai 2019.

Bannière du XVIIIe siècle, église de Goulven. Photographie lavieb-aile 18 mai 2019.

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Bannière du XVIIIe siècle, église de Goulven. Photographie lavieb-aile 18 mai 2019.

Bannière du XVIIIe siècle, église de Goulven. Photographie lavieb-aile 18 mai 2019.

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Bannière du XVIIIe siècle, église de Goulven. Photographie lavieb-aile 18 mai 2019.

Bannière du XVIIIe siècle, église de Goulven. Photographie lavieb-aile 18 mai 2019.

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Bannière du XVIIIe siècle, église de Goulven. Photographie lavieb-aile 18 mai 2019.

Bannière du XVIIIe siècle, église de Goulven. Photographie lavieb-aile 18 mai 2019.

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II. LA BANNIÈRE DE L'ADORATION DU SAINT-SACREMENT / VIERGE AU SCEPTRE n°2.

 

Saint-Sacrement, Vierge à l'Enfant H = 160 ; la = 115. 1991/12/04 : classé au titre objet  Soie brodée. Base Palissy PM29001371

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1°) La bannière de l'Adoration du Saint-Sacrement.

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Le fond est en velours rouge uni semé de lignes de  pastilles d'argent . Il est brodée au fil d'argent de fleurs à cinq pétales .

La bordure est une bande serpentine gris-argent frangée de cannetilles.

Le motif central est consacré à l'Adoration du Saint-Sacrement par deux anges agenouillés, comme à Lampaul-Guimiliau en 1667 où il témoigne de l'existence d'une confrérie, au Musée départemental breton, à Locquémeau, Plougonven, Guimiliau et Saint-Méen. Les visages et les bras sont peints sur toile.

 

"Bannière de la confrérie du Sacre, elle est aussi répandue que celle du Rosaire, à laquelle elle est souvent jumelée : deux confréries qui ont des autels spécifiques dans la plupart des églises. Ici aussi l'image est définie. Ce sont deux anges adorateurs, de chaque côté de l'hostie, flottant au-dessus d'un calice : blanc argent de l'hostie dans un rayonnement d'or, or sur or du calice, qui contient le vin devenu Sang du Christ, dans une nuée d'où émergent quelques têtes d'angelots. On n'ose, pour de simples travaux d'aiguille, évoquer le rôle du cercle dans l'iconographie et dans l'art en général, on ne saurait cependant exclure que ces théories ont influencé les concepteurs des dessins préliminaires. L'interprétation, répandue, des anges adorant l'ostensoir semble relever d'une lecture rapide. La lunule contenant l'hostie, destinée à l'ostension et proposée à l'adoration des fidèles, a pris sa forme actuelle de « soleil » au-dessus d'un piédestal au XVIe siècle. Quoiqu'il en soit, hostie au-dessus du calice ou bien hostie dans l'ostensoir, les « images » offertes aux fidèles par bannière interposées renforcent cette vision de splendeur et de lumière, quelque chose comme le buisson ardent évoqué par Moïse. [...] l'image est tellement sobre qu'elle serait de peu d'intérêt si elle n'était brodée, fastueusement, pour représenter les ailes des anges, et les rayons de l'hostie au-dessus du calice " (C. Guillou 2010)

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Les lambrequins sont à cinq festons ronds frangés de cannetilles et brodées au fil d'argent de fleurs à trois pétales et gros cœur entre deux tiges en boutons.

​​​​​​​La présence de clochettes sous les lambrequins n'a pas été recherchée.

La traverse et la hampe avec sa croix sont  en bois.

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Bannière du XVIIIe siècle, église de Goulven. Photographie lavieb-aile 18 mai 2019.

Bannière du XVIIIe siècle, église de Goulven. Photographie lavieb-aile 18 mai 2019.

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Bannière du XVIIIe siècle, église de Goulven. Photographie lavieb-aile 18 mai 2019.

Bannière du XVIIIe siècle, église de Goulven. Photographie lavieb-aile 18 mai 2019.

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Bannière du XVIIIe siècle, église de Goulven. Photographie lavieb-aile 18 mai 2019.

Bannière du XVIIIe siècle, église de Goulven. Photographie lavieb-aile 18 mai 2019.

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2°) La bannière de la Vierge à l'Enfant au spectre (2).

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Elle est identique à la précédente, mais la nuée ne forme pas une mandorle, mais un tapis, dont les angelots sont absents.

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Bannière du XVIIIe siècle, église de Goulven. Photographie lavieb-aile 18 mai 2019.

Bannière du XVIIIe siècle, église de Goulven. Photographie lavieb-aile 18 mai 2019.

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Bannière du XVIIIe siècle, église de Goulven. Photographie lavieb-aile 18 mai 2019.

Bannière du XVIIIe siècle, église de Goulven. Photographie lavieb-aile 18 mai 2019.

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Bannière du XVIIIe siècle, église de Goulven. Photographie lavieb-aile 18 mai 2019.

Bannière du XVIIIe siècle, église de Goulven. Photographie lavieb-aile 18 mai 2019.

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Qui a fabriqué ces deux bannières ?

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Nous n'avons aucune certitude sur l'attribution de ces deux bannières, issues certainement du même atelier, à des brodeuses ou brodeurs particuliers. 

La fabrique s'est-elle adressée, loin du Léon, aux religieuses des Ursulines d'Amiens, ou  de la « Communauté de Saint-Joseph, développée par Madame de Montespan dans les années 1680, ou encore de la Maison et Communauté de Saint-Louis de Saint-Cyr, fondée par Madame de Maintenon en 1686 ? Ou plutôt aux Carmélites de Guingamp, de Tréguier, de Morlaix,  aux  Ursulines de Morlaix, de Tréguier, ou bien, dans leur sphère de proximilté et d'influence, à celles de Saint-Pol de Léon ou de Lesneven ?

Ou enfin aux grandes dynasties de brodeurs comme les  Tuberville ou les Landais de Lannion, ou encore les Keranfors de  Morlaix ? Ou à Ollivier Rachet, Sieur Du Pré à Landerneau ?

Un seul indice peut nous aider, et je propose d'envisager l'hypothèse qu'il suggère. En 1761, la fabrique de Tréflez achète, pour 800 livres, deux bannières de procession à Jean et Gabriel Landais, brodeurs à Lannion. Or, Tréflez est le village immédiatement voisin de Goulven. Heureusement, ces bannières anciennes ont également été conservées, et nous pouvons les comparer avec celles de Goulven. D'autant que, à la différence de ces dernières, elles font l'objet d'une notice en ligne par l'Inventaire général sur le site Gertrude :

http://patrimoine.bzh/gertrude-diffusion/dossier/banniere-de-procession-de-confrerie-don-du-rosaire-christ-en-croix-eglise-paroissiale-sainte-ediltrude-treflez/247e9a65-3f2d-49e0-8438-8edcb7ae5ec8

Certes le sujet est différent : la première est dédiée à sainte Etheldrède avec le Calvaire au verso, et la seconde au Don du Rosaire avec la Crucifixion au verso.

Certes, si  les dimensions sont très proches (1,70 x 1,15 et 1,53 x 1,05) de celles de Goulven, c'est peu significatif car toutes les bannières de procession ont le même format peu ou prou.

Mais on retrouve le fond de velours coupé, la soie brodée centrale, le gousset, et surtout les cinq festons arrondis des lambrequins. Et les fleurs brodées similaires.

Bien entendu, il faudrait étudier les techniques de broderies plus précisément, mais il me semble que si la fabrique de Tréflez s'est adressée aux Landais, la présomption est forte que celle de Goulven en avait fait autant.

Je propose donc de rassembler quelques informations sur cet atelier de Lannion.

 

"La dynastie des Landais est attestée dès 1679 et pendant tout le XVIIIe siècle. Ils vendent, entre autres, des bannières aux paroisses du Léon et du Trégor, à partir de Lannion. En 1767 la vente des bannières de Tréflez est réputée réalisée par une Demoiselle Kerpuns-Landais. Car contrairement à certaines idées reçues « les femmes occupent une place importante au sein de la communauté des brodeurs chasubliers et l'étude des statuts de cette dernière le confirme. Dès 1292 une femme est présente parmi les jurés de la corporation et en 1316, dans la liste des maîtres, figurent autant d'hommes que de femmes. Celles-ci sont reçues maîtres brodeuses aux mêmes conditions d'apprentissage et de chefs d'oeuvre que leurs collègues masculins.» C. Guillou 2010

 

On leur doit, parmi les 48 bannières étudiées par Christiane Guillou :

 

1679 Tréduder brodée par les religieuses du couvent Jean Landais Lannion B neuve, 170 livres 7 livres à un sculpteur pr promonettes, neufves et dorées Couffon p 670, notice église, PP/ Crucifixion Marie Madeleine

  • 1688 Saint Jean Trévoazan Jean Landais Lannion
  • 1715 bannière de Pédernec par Jean Landais Lannion B 
  • 1714 Plouzané Landais Lannion B 246 livres
  • 1715 Pédernec Jean Landais Lannion B Couffon 
  • 1736 St Servais Charles Landais Carhaix ou Lannion B pour 240 livres 
  • 1719 Pédernec Gabriel Landais Lannion B 
  • 1719 Plounévez-Moëdec Gabriel Landais B 230 l 
  • 1725 Plouzané Landais Lannion B 270 livres
  • 1734 Bodilis Landais Lann 100 Accommode 
  • 1736 Bodilis Landais L B neuve 800 livres

Par ailleurs, on distingue dans cette dynastie  :

  • LANDAIS, Charles. Brodeur à Lannion, il fournit une chape pour Pleudaniel en 1735.
  • LANDAIS, François. Brodeur à Tréguier, il fit une étole, un manipule, une bourse et un voile de ciboire pour Pleudaniel en 1727.
  • LANDAIS, Gabriel. Brodeur à Lannion, il fit des ornements pour Pédernec en 1718, une bannière pour la même église en 1719, une bannière pour Plounévez-Moëdec en 1719 moyennant 230 livres, deux étoles pour Pédernec en 1726, un ornement pour Saint-Jean-Trévoazan en 1727.
  • LANDAIS, Jean. Brodeur à Lannion, époux d'Anne de Coëtlosquet. Il fit une bannière pour Tréduder en 1679, une bannière pour Saint-Jean-Trévoazan en 1688, un drap mortuaire pour la même chapelle en 1689, un devant d'autel pour Notre-Dame de l'Isle à Goudelin en 1690, deux chasubles et une étole pour Saint-Jean-Trévoazan en 1695, divers ornements pour Pédernec en 1695, des parements de dais en 1698 et une chasuble en 1700 pour la même église, une chape, une chasuble et un devant d'autel pour Pleudaniel en 1703, divers ornements pour Bulat en 1712, 1716 et 1719, une bannière pour Pédernec en 1715 et divers ornements pour cette dernière église en 1725.
  • LANDAIS, N... Brodeur à Guingamp, il fit une chasuble pour Pédernec en 1638.

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SOURCES ET LIENS.

Les bannières de Tréflez.

http://patrimoine.bzh/gertrude-diffusion/dossier/banniere-de-procession-de-confrerie-don-du-rosaire-christ-en-croix-eglise-paroissiale-sainte-ediltrude-treflez/247e9a65-3f2d-49e0-8438-8edcb7ae5ec8

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https://www.pop.culture.gouv.fr/notice/palissy/PM29001370

https://www.pop.culture.gouv.fr/notice/palissy/PM29001371

 

https://hal.univ-brest.fr/hal-00546728/document

GUILLOU HEMELIN (Christiane) 2010. Les bannières religieuses en Basse-Bretagne aux XIXe et XXe siècles : Les ”vieilles” bannières. 79 pages + 38 illustrations hors texte Ceci est le chapitre d’une thèse en cours. 2010.

https://halshs.archives-ouvertes.fr/hal-00546728/document

 

L'ASSOMPTION, À DEUX ANGES et un angelot de Dirinon, a les bras ouverts et moins d'élan. (inspirée du Titien ?). Mais la rénovation lui a fait, sans nul doute, perdre de son caractère et de son charme."

GUILLOU HEMELIN (Christiane) 2013. Les bannières religieuses , une approche du catholicisme bas-breton. Thèse de doctorat d'histoire de l'art sous la direction d'Yvon Tranvouez. UBO Brest / CRBC.

www.theses.fr/2013BRES0070.pdf

GUILLOU HEMELIN (Christiane) 2016, Les bannières de Basse-Bretagne, Société des Amis de Louis Le Guennec.

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Published by jean-yves cordier - dans Bannières.
27 mai 2019 1 27 /05 /mai /2019 17:22

L'église de Goulven et  sa maison du XVIe. II. Ses inscriptions lapidaires du XVIe siècle (1505 et 1560).

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Voir sur l'église de Goulven :

 

 

 

 

 

Cet article s'intègre dans une série sur les inscriptions lapidaires (épigraphie) parmi laquelle on trouve :

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L'INSCRIPTION DE L'ÉGLISE.

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1°) Pierre de fondation (1505)   sur les trois faces du contrefort sud-ouest de l'ancienne chapelle de transept sud, devenue maintenant sacristie.

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Inscription lapidaire de l'église de Goulven. Photographie lavieb-aile.

Inscription lapidaire de l'église de Goulven. Photographie lavieb-aile.

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— matériau : kersantite.

— Description.

Il faut débuter par la face droite du contrefort. La pierre y est sculptée en cartouche à enroulement (en surépaisseur de 1 cm environ) et les signes (ici un G puis un deux-points) taillés en réserve sont en lettres gothiques aux fûts droits, à léger empattement triangulaire, et, notamment pour ce G, ornées d'un long panache à double volutes.

Rien que pour ce pan de la pierre, c'est un régal de découvrir les raffinements de l'enroulement en cornet du pseudo-parchemin, plus large en partie basse (évasée), et parfaitement arrondi,  de l'envol plein d'allant du jambage, ou de l'alacrité du deux-points.

Je rappelle que ce deux-points aux losanges réunis par une boucle en S est de règle dans les inscriptions lapidaires jusqu'au XVIe siècle.

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Inscription lapidaire de l'église de Goulven. Photographie lavieb-aile.

Inscription lapidaire de l'église de Goulven. Photographie lavieb-aile.

Inscription lapidaire de l'église de Goulven. Photographie lavieb-aile.

Inscription lapidaire de l'église de Goulven. Photographie lavieb-aile.

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La face principale.

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Inscription lapidaire de l'église de Goulven. Photographie lavieb-aile.

Inscription lapidaire de l'église de Goulven. Photographie lavieb-aile.

Inscription lapidaire de l'église de Goulven. Photographie lavieb-aile.

Inscription lapidaire de l'église de Goulven. Photographie lavieb-aile.

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la face latérale droite.

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Inscription lapidaire de l'église de Goulven. Photographie lavieb-aile.

Inscription lapidaire de l'église de Goulven. Photographie lavieb-aile.

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Je lis sur la face principale: 

: LAN :  M : Vc : V :

 : CLECH : Y : PERGUEN : F :

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La troisième face (supra) poursuit le cartouche en forme de parchemin enroulé, mais sans inscription.

Au total, la leçon complète est :

: LAN :  M : Vc : V :

G : CLECH : Y : PERGUEN : F :

 

La transcription est la suivante : L'an mil cinq cent cinq (1505) / G. Clech et Y. Perguen f(abriciens).

Ma lecture diffère donc de celle du chanoine Abgrall  "Lan MVcV (1505) G . Clec'h, gou­verneur. Per Guen Fabrique". , et de celle de Couffon qui rapporte deux inscriptions (sans doute une confusion) :  "LAN. M. VcV / CLECH. G (ou Y ?). PILGUEN. F." et  "AN MIL Vc XVII (1517)".

Un Yvon Clec'h est cité parmi ceux qui accompagnent Alain de Penmar'ch en 1420

http://www.laperenne-zine.com/blogs.php?lng=fr&sel=jour&datej=20090603

Le deuxième patronyme doit-il être compris comme une forme de PENGUERN ? ou pour PENGUEN ?

La forme PERGUEN n'est pas attestée comme patronyme, mais elle l'est comme mot breton (mystère de la Passion, mystère de sainte Barbe).

 

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Autres inscriptions :

 

Le chanoine Abgrall a relevé également en 1915 sur la fenêtre Sud: 1720 . G . M . CARO: ET : M : LE : GOFF. F. 
. Et sur la base de la croix du cimetière: LAN MIL : CC CC IIII XX (1480) Y. PINVIDIC.

On notera un mariage Yves PINVIDIC x Marie CLEC'H  en 1540 ; les généalogistes localisent les Pinvidic à Goulven et Tréflez.

 

Abgrall 1915.

Abgrall 1915.

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L'INSCRIPTION DE LA MAISON DE 1560.

Cette inscription est bien connue, mais elle n'a pas été étudiée sur le plan épigraphique. Le tilde n'est pas toujours compris et transcrit.

Elle se répartit sur deux blocs de kersanton, sur une façade entièrement en pierre de taille, à coté d'une minuscule fenêtre. Le texte occupe  deux lignes sur le premier bloc et trois sur le second. Il est écrit en français, en chiffres romains et en capitales romaines à empattement carrés avec trois particularités :

a) quatre petites croix jouent un rôle ambigu,  soit entre deux lignes soit autour d'une lettre.

b) certains fûts sont perlés par de petits traits.

c) les -A- sont d'allure ancienne, avec une traverse en V et une barre au dessus de la pointe du A.

 

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Inscription lapidaire de la maison de 1560 à Goulven. Photographie lavieb-aile.

Inscription lapidaire de la maison de 1560 à Goulven. Photographie lavieb-aile.

Inscription lapidaire de la maison de 1560 à Goulven. Photographie lavieb-aile.

Inscription lapidaire de la maison de 1560 à Goulven. Photographie lavieb-aile.

Inscription lapidaire de la maison de 1560 à Goulven. Photographie lavieb-aile.

Inscription lapidaire de la maison de 1560 à Goulven. Photographie lavieb-aile.

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Le premier bloc.

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CESTE MAISON ESTA +S+GOLV~E 

Le dernier E étant surmonté d'un tilde (abrégeant un N), il faut lire GOLVEN

CESTE MAISON EST A ST GOLVEN,   soit :" Cette maison est à St Goulven".

On peut comprendre qu'elle appartient à saint Goulven, donc à la paroisse (ou plutôt à la trève).

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Inscription lapidaire de la maison de 1560 à Goulven. Photographie lavieb-aile.

Inscription lapidaire de la maison de 1560 à Goulven. Photographie lavieb-aile.

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Le second bloc.

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ET FUT

FAICTE

LAN 1560

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Soit : CESTE MAISON EST A ST GOLVEN ET FUT FAICTE LAN 1560,   soit :" Cette maison est à St Goulven ET FUT FAITE EN L'AN 1560"

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En 1544, le duc de Bretagne (futur roi Henri 1er) octroya à Jacques du Parc érection de foire à Goulven. Alain V de Penmarc'h épousa en 1539, à 14 ans, Françoise du Parc, fille dudict Jacques.

 

En 1575, le roi Henri III octroya à Claude de Penmarc'h (fils d'Alain V) la création à Goulven d'une foire par an le 1er jour de juillet. En 15786, il octroya au même seigneur l'établissement d'un marché par semaine et de deux foires annuelles (le 1er juillet et le 29 août).

On estime que cette maison de 1560 servait d'auberge, notamment lors des foires et marchés.

https://www.goulven-decouverte.fr/maison-st-goulven

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Inscription lapidaire de la maison de 1560 à Goulven. Photographie lavieb-aile.

Inscription lapidaire de la maison de 1560 à Goulven. Photographie lavieb-aile.

 

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SOURCES ET LIENS.

ABGRALL (Jean-Marie), 1911,  Notice sur Goulven, Notices sur les paroisses du diocèse de Quimper et de Léon par MM. PEYRON et ABGRALL Bulletin diocésain d'histoire et d'Archéologie  -XIè année - 1911 - (BDHA) Quimper page 89-99

http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/0c1765e6b1fad56d05c77ab4d6cc032c.pdf

— ABGRALL (Jean-Marie), 1915, Inscriptions gravées et sculptées sur les églises et monuments du Finistère, Société Archéologique du Finistère - SAF 1915 tome 42 - Pages 189 à 216

ASSOCIATION GOULVEN-DECOUVERTE ET PATRIMOINE

https://www.goulven-decouverte.fr/maison-st-goulven

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Dossier de l'Inventaire Général.

http://patrimoine.bzh/gertrude-diffusion/dossier/maison-du-16e-siecle-goulven/09a988eb-6f70-46ef-b266-bd5da6844ae1

Base Mistral Monuments historiques.

http://www2.culture.gouv.fr/public/mistral/merimee_fr?ACTION=CHERCHER&FIELD_98=LOCA&VALUE_98=%20Goulven&DOM=Tous&REL_SPECIFIC=3

http://www2.culture.gouv.fr/public/mistral/merimee_fr?ACTION=RETROUVER&FIELD_98=LOCA&VALUE_98=%20Goulven&NUMBER=2&GRP=0&REQ=%28%28Goulven%29%20%3aLOCA%20%29&USRNAME=nobody&USRPWD=4%24%2534P&SPEC=3&SYN=1&IMLY=&MAX1=1&MAX2=100&MAX3=100&DOM=Tous

COUFFON (René), LE BARS (Alfred), 1988,  “Couffon, Répertoire des églises : paroisse de GOULVEN,” Collections numérisées – Diocèse de Quimper et Léon, consulté le 27 mai 2019, http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/items/show/841.

http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/f4d00a89648ff4b403083cceff41c131.pdf

 

Infobretagne

http://www.infobretagne.com/goulven-eglise.htm

ALBERT LE GRAND : la famille de Penmarc'h :

https://books.google.fr/books?id=YSvBi_0z3gsC&pg=PA104&dq=penmarc%27h+goulven&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwjE6ZCTnLviAhVk5eAKHW9gCE8Q6AEIOjAD#v=onepage&q=penmarc'h%20goulven&f=false

 

— LE SEAC'H (Emmanuelle), 2014, Sculpteurs sur pierre en Basse-Bretagne. Les ateliers du XVe au XVIe siècle. Presses Universitaires de Rennes.

http://www.pur-editions.fr/couvertures/1409573610_doc.pdf

 

— MATTE (Jean-Luc), Iconographie de la cornemuse

http://jeanluc.matte.free.fr/fichdk/goulven.htm

MAUGUIN (Michel) 2014 et 2018, Goulven, patrimoine héraldique

http://michel.mauguin.pagesperso-orange.fr/GOULVEN.pdf

— TUDCHENTIL : Penmarc'h

https://www.tudchentil.org/spip.php?article620

http://tudchentil.org/spip/spip.php?article171

Wikipédia

https://fr.wikipedia.org/wiki/Goulven_(Finist%C3%A8re)

https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89glise_Saint-Goulven_de_Goulven

 

— LE SEAC'H (Emmanuelle), 1997, Les crossettes et les gargouilles dans quatre cantons du Finistère : Landerneau, Landivisiau, Ploudiry, Sizun, mémoire de maîtrise, 2 vol.

— LE SEAC'H (Emmanuelle), 2014, Sculpteurs sur pierre en Basse-Bretagne. Les ateliers du XVe au XVIe siècle. Presses Universitaires de Rennes.

http://www.pur-editions.fr/couvertures/1409573610_doc.pdf

— LE SEAC'H (Emmanuelle), 1997, Les crossettes et les gargouilles dans quatre cantons du Finistère : Landerneau, Landivisiau, Ploudiry, Sizun. Mémoire de maîtrise d’histoire,  2 vol. 359 p. + 135 p. : ill. ; 30 cm.

 

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Published by jean-yves cordier - dans Inscriptions épigraphie
27 mai 2019 1 27 /05 /mai /2019 07:52

L'église de Goulven, son ossuaire, sa maison du XVIe. I. Les crossettes.

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Voir sur l'église de Goulven :

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— Sur les crossettes, voir :

Cet article appartient à une étude des crossettes du Finistère destinée à permettre des comparaisons et à dégager des constantes stylistiques et thématiques. On consultera sur ce blog :

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L'église : 5 crossettes et un crochet étudiés

rampant droit de la chapelle sud : lion se saisissant d'une sorcière ?

angle sud-est de l'élévation sud : lion assis.

un crochet : dragon ailé

clocheton central, coté sud : homme tenant un phylactère

clocheton central, coté nord : acrobate armé d'un bâton.

clocheton central, coté nord : lion ?

L'ossuaire : 2 crossettes

rampant droit du pignon ouest : dragon ailé

rampant du pignon est : lion

maison-auberge : 2 crossettes.

 

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I. LES CROSSETTES DE L'ÉGLISE (début XVIe).

 

— Situation : géoportail remonterletemps

https://remonterletemps.ign.fr/comparer/basic?x=-4.308615&y=48.633986&z=14&layer1=ORTHOIMAGERY.ORTHOPHOTOS&layer2=GEOGRAPHICALGRIDSYSTEMS.MAPS.SCAN-EXPRESS.STANDARD&mode=doubleMap

— Datation : indices:  

  • l'inscription lapidaire du contrefort de la chapelle : 1505.
  • L'inscription de la "maison" (auberge?) : 1560. 
  • Création d'une foire (octroi par Henri III à Claude de Penmarc'h) : 1575
  • Héraldique : clocher : écusson à trois merlettes = Penmarc'h après 1431 et avant 1630
  • Couffon : "L'édifice actuel, à l'exception de la tour édifiée sur son flanc sud, date des dernières années du XVe siècle et des premières années du XVIe siècle,"
  • stylistique architecturale ou sculpturaire : études non effectuées. Le porche est franchement Renaissance, avec ses colonnettes baguées "Philibert Delorme"
  • Le clocher de 1593 est plus tardif.

 

— Matériau : kersantite ? ( altération par lichens  incrustants et foliacés).

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1°) les rampants des élévations.

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a) Lion se saisissant d'une sorcière.

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C'est la crossette la plus spectaculaire et la plus intéressante. L'animal est un lion, d'un type très représenté dans les crossettes de Basse-Bretagne, avec sa tête frisée, ses yeux globuleux, sa langue pendante, sa crinière méchée de la partie antérieure précédant un corps fin (aux côtes marquées) et un arrière-train dont la queue fait retour entre les pattes pour étaler son fouet sur le dos.

Il tient entre ces pattes une créature, ce qui n'est pas rare (Landerneau Saint-Houardon, Dinéault, etc), mais ce qui est propre à cette crossette, c'est que la créature est figurée avec précision, qu'on devine qu'il s'agit d'une femme (cheveux longs bouclés), et que c'est une femme sauvage, au corps couvert de longs poils (comme dans la tradition iconographique de "l'homme sauvage"). Plus singulier encore, elle tient un objet longiligne qu'elle chevauche, comme le font les sorcières avec leur balai.

 

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Crossette de l'église de Goulven. Photographie lavieb-aile.

Crossette de l'église de Goulven. Photographie lavieb-aile.

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Crossettes de l'église de Goulven. Photographie lavieb-aile.

Crossettes de l'église de Goulven. Photographie lavieb-aile.

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Crossettes de l'église de Goulven. Photographie lavieb-aile.

Crossettes de l'église de Goulven. Photographie lavieb-aile.

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Géoportail IGN, photo aérienne.

Géoportail IGN, photo aérienne.

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b) L'angle sud-est de l'élévation sud : un lion assis.

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Crossette de l'église de Goulven. Photographie lavieb-aile.

Crossette de l'église de Goulven. Photographie lavieb-aile.

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c) En guise de crochet : un dragon ailé.

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église de Goulven. Photographie lavieb-aile.

église de Goulven. Photographie lavieb-aile.

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2°) Le clocheton.

Je n'ai pas trouvé de description de ce clocher central, qui semble émerger de la toiture d'ardoise comme un vestige d'une construction gothique ancienne et composite, avec ces pilastres, ses rampants à crochets,  sa frise de rinceaux, sa chambre des cloches à deux lucarnes, ses masques et surtout sa tourelle de guet. C'est lui qui porte les armoiries à trois merlettes des seigneurs de Penmarc'h.

Ce clocheton est cantonné de crossettes.

 

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Crossettes du clocheton de l'église de Goulven. Photographie lavieb-aile.

Crossettes du clocheton de l'église de Goulven. Photographie lavieb-aile.

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La crossette du nord apparaît sur mon cliché d'ensemble : c'est un lion.

La crossette d'angle est un homme vêtu d'une cape, d'une tunique et d'un pantalon ;  jambes écartées et horizontales, il tient un phylactère. Il aurait mérité un cliché plus détaillé.

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Crossettes du clocheton de l'église de Goulven. Photographie lavieb-aile.

Crossettes du clocheton de l'église de Goulven. Photographie lavieb-aile.

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C'est la crossette nord qui retient mon attention. Il s'agit d'un homme nu, tenant un bâton. Jambes écartées, reins cambrés, c'est peut-être un acrobate, mais  il évoque, avec ses cheveux longs, son nez épaté et son sourire, un homme sauvage, mais ici, sa pilosité ne peut être précisé en raison des lichens.

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Crossettes du clocheton de l'église de Goulven. Photographie lavieb-aile.

Crossettes du clocheton de l'église de Goulven. Photographie lavieb-aile.

Crossettes du clocheton de l'église de Goulven. Photographie lavieb-aile.

Crossettes du clocheton de l'église de Goulven. Photographie lavieb-aile.

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L'ossuaire (1709).

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L'ossuaire porte l'inscription : "M. R. BRETON. R. 1709". Au-dessous existait une crypte dont l'escalier fut maçonné vers 1880. Une porte du XVIe siècle y a été remployée (Couffon).

Il est entièrement en pierre de taille. Les crossettes pourraient être plus ancienne : la crossette du pignon sud supporte un arc-boutant énigmatique, consécutif peut-être à un réemploi.

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Crossettes de l'ossuaire de 1709 à Goulven. Photographie lavieb-aile.

Crossettes de l'ossuaire de 1709 à Goulven. Photographie lavieb-aile.

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Crossettes de l'ossuaire de 1709 à Goulven. Photographie lavieb-aile.

Crossettes de l'ossuaire de 1709 à Goulven. Photographie lavieb-aile.

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a). Rampant droit du pignon sud : un dragon ailé.

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Crossettes de l'ossuaire de 1709 à Goulven. Photographie lavieb-aile.

Crossettes de l'ossuaire de 1709 à Goulven. Photographie lavieb-aile.

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b). Le rampant gauche du pignon nord : un lion.

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Crossettes de l'ossuaire de 1709 à Goulven. Photographie lavieb-aile.

Crossettes de l'ossuaire de 1709 à Goulven. Photographie lavieb-aile.

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Crossettes de l'ossuaire de 1709 à Goulven. Photographie lavieb-aile.

Crossettes de l'ossuaire de 1709 à Goulven. Photographie lavieb-aile.

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La maison de 1560.

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Voir les clichés de Bernard Bègne : http://patrimoine.bzh/gertrude-diffusion/dossier/maison-du-16e-siecle-goulven/09a988eb-6f70-46ef-b266-bd5da6844ae1

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a) Un lion, pattes posées sur une console horizontale.

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Crossettes de la maison de 1560 à Goulven. Photographie lavieb-aile.

Crossettes de la maison de 1560 à Goulven. Photographie lavieb-aile.

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b)  Un lion, pattes posées sur une console horizontale (figurée ?).

Cette console pourrait-être figurer une âme pécheresse emportée par le lion ?

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Crossettes de la maison de 1560 à Goulven. Photographie lavieb-aile.

Crossettes de la maison de 1560 à Goulven. Photographie lavieb-aile.

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SOURCES ET LIENS.

— ABGRALL (Jean-Marie), 1911,  Notice sur Goulven, Notices sur les paroisses du diocèse de Quimper et de Léon par MM. PEYRON et ABGRALL Bulletin diocésain d'histoire et d'Archéologie  -XIè année - 1911 - (BDHA) Quimper page 89-99

http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/0c1765e6b1fad56d05c77ab4d6cc032c.pdf

— ASSOCIATION GOULVEN-DECOUVERTE ET PATRIMOINE

https://www.goulven-decouverte.fr/maison-st-goulven

lettres octroyées par Henry troisiesme Roy de France audict Claude seigneur de Penmarch, portant establissement et creation au lieu et chapelle de Goulven d’une foire par chasque an pour s’y tenir le premier jour de juillet qu’on solemnise la feste de ladicte chapelle, dattées du moys de novembre mil cinq cent soixante et quinze.

— Dossier de l'Inventaire Général.

http://patrimoine.bzh/gertrude-diffusion/dossier/maison-du-16e-siecle-goulven/09a988eb-6f70-46ef-b266-bd5da6844ae1

— Base Mistral Monuments historiques.

http://www2.culture.gouv.fr/public/mistral/merimee_fr?ACTION=CHERCHER&FIELD_98=LOCA&VALUE_98=%20Goulven&DOM=Tous&REL_SPECIFIC=3

http://www2.culture.gouv.fr/public/mistral/merimee_fr?ACTION=RETROUVER&FIELD_98=LOCA&VALUE_98=%20Goulven&NUMBER=2&GRP=0&REQ=%28%28Goulven%29%20%3aLOCA%20%29&USRNAME=nobody&USRPWD=4%24%2534P&SPEC=3&SYN=1&IMLY=&MAX1=1&MAX2=100&MAX3=100&DOM=Tous

— COUFFON (René), LE BARS (Alfred), 1988,  “Couffon, Répertoire des églises : paroisse de GOULVEN,” Collections numérisées – Diocèse de Quimper et Léon, consulté le 27 mai 2019, http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/items/show/841.

http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/f4d00a89648ff4b403083cceff41c131.pdf

 

— Infobretagne

http://www.infobretagne.com/goulven-eglise.htm

— ALBERT LE GRAND : la famille de Penmarc'h :

https://books.google.fr/books?id=YSvBi_0z3gsC&pg=PA104&dq=penmarc%27h+goulven&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwjE6ZCTnLviAhVk5eAKHW9gCE8Q6AEIOjAD#v=onepage&q=penmarc'h%20goulven&f=false

— Musée de Bretagne

http://www.collections.musee-bretagne.fr/ark:/83011/FLMo6886

MATTE (Jean-Luc), Iconographie de la cornemuse

http://jeanluc.matte.free.fr/fichdk/goulven.htm

— MAUGUIN (Michel) 2014 et 2018, Goulven, patrimoine héraldique

http://michel.mauguin.pagesperso-orange.fr/GOULVEN.pdf

— Wikipédia

https://fr.wikipedia.org/wiki/Goulven_(Finist%C3%A8re)

https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89glise_Saint-Goulven_de_Goulven

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Published by jean-yves cordier - dans Gargouilles et crossettes
25 mai 2019 6 25 /05 /mai /2019 13:14

Le calvaire (kersanton, par Roland Doré, 1ère moitié XVIIe) de Ty-ar-Névez ou Croaz-Moudennou à Dinéault.

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Voir :

Sur Dinéault :

Sur Roland Doré :


 

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Avant toute chose, il faut dire que c'est une très belle œuvre d'art, une superbe surprise esthétique dans un cadre paisible, celui de l'Aulne qui ne se presse pas pour rejoindre la mer : le visiteur ressent le privilège qui lui est donné d'être là.

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PRÉSENTATION.

En juillet 2018, j'ai décrit la traversée de l'Aulne par le bac entre Rosnoën et Dinéault : Appartenant aux seigneurs du Faou sous l'Ancien Régime, le "passage" entre Rosnoën et Dinéault, situé à la limite administrative des eaux fluviales et maritimes, situé sur l'axe allant de Landerneau à Douarnenez, attesté depuis 1514, était appelé Treiz Guenhel, du breton treiz (passage), et du nom de "saint Guinal", dont la chapelle se dressait sur la côte de Dinéault et se faisait par des bacs ou des chalands.

Mais j'étais resté au lieu-dit "Le Passage" coté Rosnoën. Depuis, j'ai traversé la rivière, et me voici devant Maison-Blanche ou Le Passage, coté Dinéault. La chapelle Saint-Guinal y était jadis érigée.  Par l'ancien "Chemin de Grande Communication n°47 ", actuelle D47 ou  D247 puis par la D60, je monte la côte vers Kerbastard (fusion de deux écarts proches, Duault ou Duhot et Kerarbastard ) où vivaient les MOREAU en 1670-1724 et sans doute en 1809 (inscription C: MORE : MARC : 1809). Je me dirige vers le bourg de Dinéault.

Carte de Cassini

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Cinq cent mètres plus haut, une route vers la droite indique MOUDENNOU, et devant cet embranchement est posé un calvaire, justifiant le toponyme CROAZ MOUDENNOU . Le nom est le pluriel du breton Moudenn, "motte" (souvent féodale) ou parfois "tumulus". 

Ce calvaire est noté sur la carte IGN avec l'altitude de 59 m et l'indication Ty ar Nevez (la maison du nouveau?) ; en effet, un petit bâtiment — absent du cadastre 1848— jouxte le calvaire, au départ d'un chemin vers la gauche qui descend vers une source avant de rejoindre (jadis) Kervern et Penn ar Roz (Carte d'état major 1820-1866).

Cette route qui appartient au circuit de "Route touristique de l'Aune maritime" ou du Circuit de randonnée de l'Aulne au Ménez-Hom, est peu fréquentée, et elle est très à l'écart des axes routiers (route Crozon-Châteaulin), et c'est en se remémorant qu'elle était le principal moyen de liaison entre Le Faou et Plomodiern puis Douarnenez que l'on comprend mieux la qualité du calvaire que nous allons maintenant découvrir.

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Calvaire de Croaz Moudennou à Dinéault. Photographie lavieb-aile 15 mai 2019.

Calvaire de Croaz Moudennou à Dinéault. Photographie lavieb-aile 15 mai 2019.

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Calvaire de Croaz Moudennou à Dinéault. Photographie lavieb-aile 15 mai 2019.

Calvaire de Croaz Moudennou à Dinéault. Photographie lavieb-aile 15 mai 2019.

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LE CALVAIRE DE TY AR NEVEZ.

Il n'est pas décrit dans l'Atlas des Croix et Calvaires du Finistère section Dinéault, mais Christel Douard lui consacre son   dossier IA29004401 dans son enquête pour l'Inventaire Général, avec six clichés.

http://patrimoine.bzh/gertrude-diffusion/dossier/calvaire-ty-ar-nevez-dineault/2775cb1c-7315-4640-ac29-06e545dd9002

Elle l'attribue au sculpteur Roland Doré (1618-1663) ou à son atelier de Landerneau. Selon elle, "il figure, isolé, sur le cadastre de 1848, au milieu du chemin, au carrefour menant au hameau de Moudennou." La feuille 3P47/2/15 du cadastre montre un vague pointillé rosâtre à cet emplacement, qui me laisse septique.

Emmanuelle Le Seac'h ne l'inclut pas dans son catalogue des œuvres de Roland Doré, sans doute par méconnaissance de ce calvaire à l'écart. 

L'endroit est bien aménagé, fleuri, encadré de blocs de quartzite dressés, limité par une haie de buis. Sur trois degrés cimentés, le socle cubique chanfreiné  porte le fût à pans puis le croisillon à deux groupes de statues géminées et le crucifix, le tout en kersanton. La hauteur du calvaire atteint 4,29 m. 

Il est orienté selon les règles, le crucifix tourné vers l'ouest (occident = coucher du soleil = chute = mort = mort du Christ). Le crucifix est entouré de la Vierge et de Marie-Madeleine.  Les statues du croisillon sont géminées, c'est à dire que le bloc de pierre est taillé en deux personnages dos à dos. Sur la face orientale, un abbé (moine + croix) est au centre, entouré de saint Jean à sa droite et de saint Pierre à sa gauche. Les statues géminées sont donc Vierge/Pierre et Madeleine/Jean. La règle voulait que le Christ en croix soit encadré par la Vierge à sa droite et saint Jean à sa gauche (comme, immanquablement, sur les Poutres de Gloire), et il est donc très probable qu'initialement, nous avions ici à l'ouest le crucifix entre la Vierge et Jean, et à l'est l'abbé entre Madeleine et Pierre.

Un blason occupe, sur les deux faces, le cœur du croisillon. À l'ouest, ce sont des armoiries à croix ancrée accompagnée de 4 fleurs et d'un lambel, et à l'est, le blason d'un prêtre, où un calice et une patène sont encadrés du monogramme H.T. L'identité du commanditaire n'a pas été établie.

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Calvaire de Croaz Moudennou à Dinéault. Photographie lavieb-aile 15 mai 2019.

Calvaire de Croaz Moudennou à Dinéault. Photographie lavieb-aile 15 mai 2019.

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LA FACE OCCIDENTALE : LE CRUCIFIX ENTRE LA VIERGE ET MARIE-MADELEINE.

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Calvaire de Croaz Moudennou à Dinéault. Photographie lavieb-aile 15 mai 2019.

Calvaire de Croaz Moudennou à Dinéault. Photographie lavieb-aile 15 mai 2019.

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Le crucifix.

La croix a perdu ses fleurons latéraux (les moignons des bras de la croix sont creux) tandis que le fleuron supérieur est  à boule. 

De face, le Christ en croix a les caractéristiques stylistiques de Roland Doré.

Y.-P. Castel distingue les crucifix courts (longueur du corps = 5 longueurs de tête) et les crucifix étirés (corps =7 têtes). Ici, nous avons le canon court.

La tête est tournée vers la droite, et projetée en avant, faisant saillir les muscles du cou (cf. profil). La couronne carrée est faite de deux brins entrelacés en spires rondes et douces. Le visage aux yeux clos  est grave, anguleux, aux joues creuses, le  nez est long et droit, la moustache épaisse escamote la bouche aux lèvres fines, la barbe dessine de gros créneaux sur les joues avant de se terminer en deux pointes sous le menton. Les cheveux s'écartent vers les épaules à la façon d'un voile, mais la mèche droite revient devant la clavicule et l'autre derrière l'omoplate.  Tous ces détails sont typiques.

Le corps est en arc, le dos est cambré et le bassin s'écarte de la croix.  

Le pagne plat croise deux plis horizontaux supérieur et inférieur et des petits plis en diagonale, sous l'effet du nouage de l'étoffe,  où un brin pend sur le coté gauche alors que l'autre, à droite, est glissé et ressort au dessus de la cuisse en s'épanouissant.

Les jambes sont parallèles, le pied droit placé sur le gauche.

 

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Calvaire de Croaz Moudennou à Dinéault. Photographie lavieb-aile 15 mai 2019.

Calvaire de Croaz Moudennou à Dinéault. Photographie lavieb-aile 15 mai 2019.

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Calvaire de Croaz Moudennou à Dinéault. Photographie lavieb-aile 15 mai 2019.

Calvaire de Croaz Moudennou à Dinéault. Photographie lavieb-aile 15 mai 2019.

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Calvaire de Croaz Moudennou à Dinéault. Photographie lavieb-aile 15 mai 2019.

Calvaire de Croaz Moudennou à Dinéault. Photographie lavieb-aile 15 mai 2019.

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À gauche, la Vierge.

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Sa tête est voilée par son manteau, avant que celui-ci ne vienne former, en s'enroulant autour des bras aux deux mains jointes, un jeu de plis : à droite, un pan vertical descend en "pli de serviette" avant de serpenter jusqu'au pied, tandis qu'à gauche, ils convergent en diagonale vers une attache qu'on imagine fixée sous l'épaule droite.

Le visage au cou dissimulé par une sévère guimpe est assez ingrat, avec ses yeux globuleux , son nez fort et sa bouche en retrait sous la lèvre supérieure.

Là encore, nous retrouvons le "type" de Roland Doré, même si, à Rosnoën, à Seznec, par exemple, les deux pans du manteau sont symétriques et parallèles. Les plis asymétriques viennent d'un autre modèle, celui des Vierges à l'Enfant, où il est imposé par  le bras replié tenant l'enfant.

Si on admet qu'à l'origine, c'était la statue de saint Jean qui se trouvait à droite, on constate que les plis des deux statues se répondent .

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Calvaire de Croaz Moudennou à Dinéault. Photographie lavieb-aile 15 mai 2019.

Calvaire de Croaz Moudennou à Dinéault. Photographie lavieb-aile 15 mai 2019.

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Calvaire de Croaz Moudennou à Dinéault. Photographie lavieb-aile 15 mai 2019.

Calvaire de Croaz Moudennou à Dinéault. Photographie lavieb-aile 15 mai 2019.

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À droite, sainte Marie-Madeleine tenant le flacon d'aromates.

Tête brisée. La sainte aux cheveux longs et dénoués pose la main droite sur la poitrine et tient le flacon d'aromate ou de parfum de la main gauche. Le manteau fait des plis en volutes au dessus des plis tubulaires de la robe.

Les calvaires de Roland Doré proposent au moins 4 autres statues de Marie-Madeleine.

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Calvaire de Croaz Moudennou à Dinéault. Photographie lavieb-aile 15 mai 2019.

Calvaire de Croaz Moudennou à Dinéault. Photographie lavieb-aile 15 mai 2019.

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Calvaire de Croaz Moudennou à Dinéault. Photographie lavieb-aile 15 mai 2019.

Calvaire de Croaz Moudennou à Dinéault. Photographie lavieb-aile 15 mai 2019.

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Le blason.

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Sur le nœud du croisillon, un blason n'a pas été identifié par Christel Douard. Les meubles, pourtant très lisibles avec une croix ancrée où chaque bras est accompagné d'une fleur à quatre pétales ou quatrefeuille, restent mystérieux. Un lambel à trois pendants occupe la moitié senestre du chef.

L'énigme qu'il pose est complétée, au verso, par le monogramme  H. T (cf infra).

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Quelques données en vrac sur la croix ancrée en Bretagne :

— famille de Kermorvan et brisure par un lambel pour Kermorvan de Keruzou :

Les armes de  Kermorvan de  Keruzou sont d’argent a un nillé d’azur avec un lambeau de gueule c'est à dire avec une croix ancrée affectée d'un lambel une"nièle"

 

http://michel.mauguin.pagesperso-orange.fr/Gouesnou-heraldique.pdf

Situé près de l’Aulne, le site du manoir de Kermorvan à Rosnoën, est occupé depuis longtemps. Des découvertes archéologiques y ont été faites lors de travaux agricoles en 1923. Les mentions faisant référence à un manoir remontent à 1426. 

Penfeunteniou :  de Kermorvan , par. de Trebabu , — de Penhoët , par. de Plougonven , — de Kermoal, — de Keroman, — du Cosquer, ... par. de Cloharz-Fouësnant, — sr de Rosvern, — de Kerventénou, — de Lesveur, — de Rosarnou, par. de Dinéault 

https://books.google.fr/books?id=k7JBAAAAcAAJ&pg=PA243&dq=kermorvan+din%C3%A9ault&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwix6ZrOh7DiAhVbDmMBHSt1DGwQ6AEILTAB#v=onepage&q=kermorvan%20din%C3%A9ault&f=false

 

croix ancrée : seigneur de Kermorvan, chapelle Notre-Dame du Val à Trébabu :

https://www.patrimoine-iroise.fr/culturel/religieux/Val.php

http://www.patrimoine-iroise.fr/iroise-patrimoine/herald/Ecu-ND-Val-2.pdf

 

— famille du Dresnay "D´argent à la croix ancrée de sable, accompagnée de trois coquilles de gueules"

http://marikavel.com/blasons/croix-ancree.htm

 

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Calvaire de Croaz Moudennou à Dinéault. Photographie lavieb-aile 15 mai 2019.

Calvaire de Croaz Moudennou à Dinéault. Photographie lavieb-aile 15 mai 2019.

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LA FACE ORIENTALE : SAINT JEAN, SAINT PIERRE ET UN ABBÉ (GUÉNOLÉ ?).

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Calvaire de Croaz Moudennou à Dinéault. Photographie lavieb-aile 15 mai 2019.

Calvaire de Croaz Moudennou à Dinéault. Photographie lavieb-aile 15 mai 2019.

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Calvaire de Croaz Moudennou à Dinéault. Photographie lavieb-aile 15 mai 2019.

Calvaire de Croaz Moudennou à Dinéault. Photographie lavieb-aile 15 mai 2019.

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Calvaire de Croaz Moudennou à Dinéault. Photographie lavieb-aile 15 mai 2019.

Calvaire de Croaz Moudennou à Dinéault. Photographie lavieb-aile 15 mai 2019.

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Au centre, un saint abbé.

Le personnage central est un moine (il porte la coule à capuche et on devine une tonsure) : et c'est un abbé, puisqu'il tient la crosse et qu'il bénit. S'il occupe cette place, c'est qu'il s'agit d'un saint.

L'identification la plus probable est celle de saint Guénolé, puisque nous sommes à quelques kilomètres de l'abbaye de Landévennec, dont Dinéault était une possession (*). Roland Doré en a donné une statue, différente, pour la chapelle éponyme à Plougastel.

(*) Huit paroisses dépendaient de l'abbaye, dont l'Abbé était recteur primitif ; c'étaient : Dinéault, Edern, Argol, Telgruc, Châteaulin, Landrévarzec, Lothey et Landévennec.

Voir 

 

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Calvaire de Croaz Moudennou à Dinéault. Photographie lavieb-aile 15 mai 2019.

Calvaire de Croaz Moudennou à Dinéault. Photographie lavieb-aile 15 mai 2019.

Calvaire de Croaz Moudennou à Dinéault. Photographie lavieb-aile 15 mai 2019.

Calvaire de Croaz Moudennou à Dinéault. Photographie lavieb-aile 15 mai 2019.

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Saint Guénolé a ce visage joufflu aux narines dilatées sous une tige fine et à la bouche gourmande, charnue et amène, si caractéristique de Roland Doré.

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Calvaire de Croaz Moudennou à Dinéault. Photographie lavieb-aile 15 mai 2019.

Calvaire de Croaz Moudennou à Dinéault. Photographie lavieb-aile 15 mai 2019.

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Saint Pierre.

Roland Doré l'a sculpté 11 fois sur ses calvaires, notamment géminé avec la Vierge comme ici.

Il tient la clef et le livre ; il est pieds nus (comme tous les apôtres, dont Jean). Il est barbu (comme tous les apôtres, sauf Jean) et sa calvitie s'orne du toupet qui le caractérise. Sous le manteau dont les pans descendent en deux serpentins parallèles, sa robe est recouverte d'un camail, anachronique pour un pêcheur de Galilée mais habituel pour les chanoines de l'époque de Roland Doré ; la fente pectorale de ce camail se ferme par deux solides boutons ronds.

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Calvaire de Croaz Moudennou à Dinéault. Photographie lavieb-aile 15 mai 2019.

Calvaire de Croaz Moudennou à Dinéault. Photographie lavieb-aile 15 mai 2019.

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Le visage est remarquable par ses pommettes saillantes et son nez long, sorte de Don Quichotte exalté au regard de feu, et à la sévérité accentué par le V inversé de la moustache. La chevelure en triangle de boucles en boules rappelle celle de ses saints Jean, ou celles, inspirées des perruques Louis XIII, de ses gisants.

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Calvaire de Croaz Moudennou à Dinéault. Photographie lavieb-aile 15 mai 2019.

Calvaire de Croaz Moudennou à Dinéault. Photographie lavieb-aile 15 mai 2019.

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Calvaire de Croaz Moudennou à Dinéault. Photographie lavieb-aile 15 mai 2019.

Calvaire de Croaz Moudennou à Dinéault. Photographie lavieb-aile 15 mai 2019.

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Saint Jean.

 

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Il était "occidenté" (tourné vers l'ouest) à l'origine et nous avions de ce coté le duo de saint Pierre et sainte Madeleine.

Alors que, dans les séries d'apôtres des porches, Jean est identifié par le calice de poison, sur les calvaires, il est sculpté avec une ou deux mains posées sur la poitrine. Les deux mains sont posées à plat et croisées à Saint-Nic, à Plogonnec chapelle Seznec, à Ploéven, calvaire de la chapelle Saint-Nicodème  à  Plonévez-Porzay,  calvaire de la chapelle Sainte-Anne-la-Palud,  à  Cléden-Cap-Sizun, calvaire de la chapelle de Langroas, à Senven-Lehart, calvaire de l’église Notre-Dame et à Commana, chapelle de l'église.

Le pli vertical du manteau est double dans la plupart des cas, et il est simple, comme ici, à Cleden-Cap-Sizun, à Ploéven et à Commana. Du coté opposé, les plis convergent en diagonale vers l'aisselle. 

La tête a été brisée. Le visage est rond, avec cette chevelure presque nattée, féminine, qui fait qu'on hésiterait toujours entre Jean et Marie-Madeleine si les autres éléments et les rapprochements iconographiques ne nous aidaient pas. Les yeux ronds dans des paupières ourlées ne sont pas creusés au niveau des pupilles comme dans beaucoup d'œuvres de Roland Doré. Et puis il y a ce sourire crispé si reconnaissable...

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Calvaire de Croaz Moudennou à Dinéault. Photographie lavieb-aile 15 mai 2019.

Calvaire de Croaz Moudennou à Dinéault. Photographie lavieb-aile 15 mai 2019.

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Calvaire de Croaz Moudennou à Dinéault. Photographie lavieb-aile 15 mai 2019.

Calvaire de Croaz Moudennou à Dinéault. Photographie lavieb-aile 15 mai 2019.

Calvaire de Croaz Moudennou à Dinéault. Photographie lavieb-aile 15 mai 2019.

Calvaire de Croaz Moudennou à Dinéault. Photographie lavieb-aile 15 mai 2019.

Calvaire de Croaz Moudennou à Dinéault. Photographie lavieb-aile 15 mai 2019.

Calvaire de Croaz Moudennou à Dinéault. Photographie lavieb-aile 15 mai 2019.

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Madeleine/Jean, un bigéminisme doréen (*) .

(*) pour me faire plaisir.

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Calvaire de Croaz Moudennou à Dinéault. Photographie lavieb-aile 15 mai 2019.

Calvaire de Croaz Moudennou à Dinéault. Photographie lavieb-aile 15 mai 2019.

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Le monogramme H.T  d'un prêtre.

 Sur la surface carrée du nœud du croisillon, sont sculptés en réserve un calice (au fût perlé) d'où émerge une hostie (ou la patène du calice, Inventaire), encadrés du monogramme H.T, comme c'est la règle lorsque le donateur est un prêtre. 

Quel est cet ecclésiastique ? Le prénom est-il Hervé, Henri ou moins couramment Hubert ?

On ne trouve pas de recteur, curé ou vicaire correspondant à ces initiales dans la liste (incomplète) des prêtres desservant Dinéault relevée par Abgrall et Peyron.

Les abbés de Landévennec à l'époque d'activité de Roland Doré était Jean Briant , Pierre Tanguy  puis Jacques Tanguy.

Ce prêtre appartenait-il à la famille dont les armoiries sont sur le coté ouest, ou bien s'agit-il de deux donateurs différents?

S'agit-il d'un chapelain, ou d'un membre d'une famille noble locale ?

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Le calvaire de Ty-ar-Névez ou Croaz-Moudennou à Dinéault.

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ROLAND DORÉ ET SES 75 CALVAIRES.

Le sculpteur landernéen dont l'atelier de taille du kersanton est le plus renommé du XVIIe siècle. Il a travaillé pour 82 paroisses (Finistère, Côtes d'Armor) essentiellement pour la sculpture religieuse (et 9 gisants). Il a réalisé les séries d'apôtres de 4 églises, partiellement de 4 autres et quantité de statues isolées. Selon Le Seac'h, il a réalisé 98 croix, calvaires ou vestiges dont 21 croix, 50 calvaires, 26 vestiges. Seuls 12 croix et 15 calvaires sont encore complets. 41 croix et calvaires sont datés, entre 1618 à Penmarc'h et 1662 à Saint-Thégonnec.

Voici une liste de 75 croix et calvaires :

  • Brennilis : croix de calvaire du cimetière (vers 1625) . Ange, Crucifix, Pietà,

  • Briec de l'Odet, Croix de la chapelle de Trolez (Seul le crucifix est de Roland Doré)

  • Cast, calvaire de l'église Saint-Jérôme : (1660), GLINEC, recteur, Jacob CROISSANT, fabricien. Vierge, Madeleine, crucifix, Jean, saint au livre

  • Châteaulin, calvaire (1639) de la chapelle de Kerluan : Vierge, crucifix, Jean (et sur le fût saint Sébastien et saint Roch, hors atelier).

  • Cléden-Cap-Sizun : calvaire (1630) de la chapelle Saint-They. Vierge, Jacques le Majeur en haut du fût .

  • Cleder, croix de Kerzuoc'h (1625), Messire PRISER, procureur

  • Commana : calvaire du cimetière (1624), signé. Vierge/saint Hervé et son guide ; crucifix ; moine au livre ; Jean/moine, écu martelé

  • Crozon, presbytère, vestige de calvaire, saint Pierre.

  • Dinéault, calvaire (1648 et 1650), A. LE BUILLER, L. GARO,fabriciens. Crucifix, Christ aux liens.

  • Dirinon, calvaire de la Croix-Rouge, Jean/saint Roch ; crucifix, Vierge/Sébastien

  • Douarnenez, calvaire de la chapelle Saint-Vendal (1655), GAVRANT, recteur de Pouldregat, I. LE BIAN. Vierge/Corentin ; crucifix ; Vierge à l'enfant/Jean ; évêque

  • Douarnenez-Tréboul, vestige de calvaire, Jean/Corentin, Vierge/Nicolas

  • Esquibien : calvaire de Landrevet Jean/ saint indéterminé ; crucifix /Vierge à l'Enfant ; Pierre/Vierge

  • Le Folgoët, croix du Champ de Foire. Crucifix

  • Guiclan, croix de Kerizamel

  • Guiclan, calvaire de Kerlaviou (1622)

  • Guiclan, calvaire de Pen-ar-Feuteun (1642), [Jean/Yves par Yan Larhantec 1889] ; crucifix ; Vierge/Catherine.

  • Hanvec : croix de la forêt du Cranou (1627), vestige. Il appartenait à la chapelle Saint-Conval mais il ne subsiste que le fût portant l'inscription : « R. Dore : ma : faict : 1627 ».

  • Hanvec, Croas-ar-Huré (1621-1622) M. MICHEL, P. BRIS CVRE. Crucifix, écu au calice, anges à phylactères.

  • Hanvec, calvaire de Quillafel (1638), NICOLAS JACQUES, prêtre

  • Hanvec, croix de Lanvoy ; seul le crucifix /Vierge à l'enfant est de Roland Doré

  • L'Hôpital-Camfrout, Croix du Run (1627), Crucifix/Vierge à l'Enfant

  • L'Hôpital-Camfrout, Calvaire du Troan, vestiges : anges au calice

  • Irvillac : calvaire (1644) avec deux bras courbes situé devant la chapelle Notre-Dame-de-Lorette au lieu-dit Coatnan. Larrons, Vierge/Yves ; Jean/Pierre

  • Irvillac, calvaire de Clénunan (1640), Messire Jean LIDOU.

  • Irvillac, calvaire (1628) de la chapelle de Locmélar : Jean/Pierre ; Vierge/évêque

  • Kersaint-Plabennec, calvaire de Laven , crucifix. (En complément du travail du maître de Plougastel qui a réalisé les couples Vierge/Yves ; Jean/Etienne).

  • Lampaul-Guimiliau, calvaire (1621) de Cosquer-Bihan dit Croaz-Kernevez : crucifix/Vierge à l'enfant.

  • Lampaul-Guimiliau, calvaire de Kerjaffrès (1626), Mathieu LIVINEC fabricien, Y. KERBRAT, fabricien

  • Lannilis, calvaire de Kerosven. Vierge ; crucifix/Jean-Baptiste, Jean

  • Lantic, calvaire de l'église Notre-Dame-de-la-Cour. Crucifix/Vierge à l'enfant. Armoiries des Rosmadec et Gouarlot.

  • Loc-Éguiner-Saint-Thégonnec, calvaire du cimetière , crucifix (en complément du travail du Maître de Plougastel :Vierge/sainte Femme Pietà/Madeleine ;

  • Logonna-Daoulas, Croix de Cléménéhy (?), SALOMON PIERRES DE PORS AN . Crucifix/Vierge à l'enfant.

  • Logonna-Daoulas, calvaire de Rulivet. Crucifix. [Saint Nicodème sur le fût, saint Jean, blason des Rosmorduc, hors atelier.]

  • Loqueffret, calvaire de Bilirit (1625), Y. et Louis BELERIT, fraires. Crucifix/Vierge à l'Enfant ; [et Yves ; Geneviève ; Edern, hors atelier].

  • La Martyre, vestige (fût) du calvaire de Kerlavarec (?), Béatrice CABOUN.

  • Penmarc'h, croix de Lescors (1618), crucifix.

  • Plabennec, calvaire de Scaven, crucifix.

  • Pleyber-Christ, calvaire de Kervern (1647), Yvon INISAN et Marie MADEC. Vierge/Marguerite

  • Ploéven, chapelle Saint-Nicodème : calvaire (1667) Messire S.H. MARTIN, recteur Yves QUEMENEUR, fabricien. Vierge/évêque ; Jean/Pierre

  • Plogonnec : calvaire (1644) de la chapelle Saint-Pierre. Vierge/Paul ; Jean/Pierre

  • Plogonnec : calvaire (1641) de la chapelle Seznec, Guillaume TOULGUENGAT, recteur de 1624 à 1642, René SEZNEC, recteur de 1643 à 1697.

  • Plomodiern calvaire de la chapelle Sainte-Marie-du Ménez-Hom, tête de la Vierge de la Pierà et Vierge à l'Enfant, tout le reste étant hors atelier.

  • Plonévez-Porzay : calvaire de la chapelle Sainte-Anne-la-Palud [1630-1656], Guillaume VERGOZ, recteur de 1630 à 1656, lucas BERNARD, fabricien ?. Vierge/Pierre, Crucifix/Pietà ; Jean/Jacques

  • Ploubazlanec, calvaire de l'ancienne chapelle de Loguivy-de-la-Mer. Vierge et Jean

  • Ploudiry, calvaire (1633) de l'église : Crucifix et Marie-Madeleine

  • Plougastel-Daoulas, Le Passage, calvaire (1622), Jean GUIGORUS, fabricien. François d'Assise/Vierge ; crucifix/Pietà ; évêque/Jean.

  • Plougastel-Daoulas, calvaire de la chapelle Saint-Claude. Vierge/Yves, Pietà ; Jean/Pierre

  • Plougastel-Daoulas, calvaire (1654) de la chapelle Saint-Guénolé. Vierge/Guénolé, crucifix/Vierge à l'Enfant ; Jean/Pierre

  • Ploumilliau (22), calvaire (1622) de Coz-Douar. Crucifix/Vierge à l'Enfant.

  • Plounéour-Ménez : le calvaire (1641) de l'église . Vierge/Pierre et Jean/Paul.

  • Plounéour-Ménez : croix de Kersimonnet. Vierge à l'Enfant

  • Plourin-les-Morlaix ? Vestiges d'un calvaire sur le mur de l'enclos

  • Port-Launay, calvaire (1651) de Lanvaïdic. Crucifix, culots vides.

  • Poullan-sur-Mer, calvaire (1640) de Kervignac vestiges

  • La Roche-Maurice, croix (1625) de Penmarc'h. Crucifix, macles des Rohan.

  • Rosnoën : calvaire (1648) Pierre/évêque ; Crucifix/Vierge à l'Enfant (hors atelier) ; Paul/évêque

  • Saint-Nic, calvaire de la chapelle Saint-Côme : crucifix.

  • Saint-Nic, calvaire de l'église Vierge/diacre ?; Crucifix ; Jean/diacre ?

  • Saint-Renan, croix de Quillimerrien ( ?), ADENOR AR COR et IVET AR COR, Vierge

  • Saint-Sauveur : croix de Kerbouzard Crucifix.

  • Saint-Ségal, calvaire du bourg : Vierge, Marie-Madeleine et Jean sur le socle

  • Saint-Servais, calvaire de l'église. Crucifix/Christ aux liens.

  • Saint-Servais, croix (1640) de Bréties dite Croas-Vossoc. Crucifix.

  • Saint-Thégonnec, grand calvaire de l'enclos paroissial ; Christ aux outrages

  • Saint-Thégonnec, calvaire de Bodéniry (1632), Anna BREST et Jean GUILLERM. Vierge/François d'Assise ; Jean/Yves

  • Saint-Thégonnec, croix du Broustou (1662); Crucifix

  • Saint-Thégonnec, croix de Coslen. Crucifix/Saint Joseph et l'Enfant

  • Saint-Thégonnec, croix de Hellin, 1638, Crucifix / Vierge à l'Enfant écu sur le nœud lion et calice

  • Saint-Thégonnec, croix (1629) de Pennalan. Crucifix/Vierge , écu au calice et M.H.C.P.

  • Saint-Thégonnec, croix du Keff, Vierge à l'Enfant de la niche.

  • Saint-Thégonnec, croix (1647) de Pennavern. Crucifix/Vierge à l'Enfant, écu avec fasces des Chastel en alliance avec des armoiries indéterminées.

  • Saint-Urbain : calvaire du Quinquis. Crucifix

  • Senven-Léhart : calvaire près de l'église Notre-Dame de Senven. Une douzaine de personnages.

  • Trézilidé, calvaire de l'église. Bon Larron, Pierre, Pietà, Mauvais Larron.

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Published by jean-yves cordier - dans Calvaires Roland Doré Dinéault
21 mai 2019 2 21 /05 /mai /2019 14:09

Le calvaire (kersanton, en partie Roland Doré 1618-1663) du cimetière de l'église de Saint-Nic.

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Voir sur la commune de Saint-Nic :

— L'église Saint-Nicaise :

 

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— La chapelle Saint-Côme et Saint-Damien :

 

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— La chapelle Saint-Jean :

 

— L'église de Trégarvan (sablières de 1570 par le Maître de Saint-Nic) :

 

 

 

Calvaire de l'enclos paroissial de Saint-Nic. Photographie lavieb-aile.

Calvaire de l'enclos paroissial de Saint-Nic. Photographie lavieb-aile.

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Ce calvaire placé devant le portail sud de l'église, dans le cimetière, n'a pas fait l'objet de description complète, mais il est décrit par l'abbé Castel dans l'Atlas des Croix et Calvaires du Finistère : 

2768. Saint-Nic, église, g. k. 6 m. XVè s. Vers 1630. Soubassement élevé, emplacements pour les gibets des larrons. Fût rond, deux marmousets à la banderole. Croisillon, statues géminées: diacre-Vierge, Jean-orant. Croix, branches rondes, fleurons-boules, crucifix. Statues géminées de l’atelier Doré. [YPC 1980]

Autrement dit, ce calvaire en granit et kersanton de 6 mètres de haut est une œuvre composite alliant une partie datant du XVe siècle et des statues géminées datant vers 1630 car attribuées à l'atelier landernéen de Roland Doré, maître de la sculpture du kersanton. 

Sur un soubassement élevé, où Y-P. Castel a observé l'emplacement des deux gibets des larrons, se dresse le fût rond  portant à mi-course la sculpture de deux petits personnages tenant autour de leurs jambes une banderole. Ils sont coiffés d'un bonnet (ou d'une épaisse chevelure) et ils sont qualifiés de "marmousets", en sculpture,  "personnage de petite taille dans une posture burlesque ou extravagante".

Le croisillon porte deux statues géminées (à deux personnages opposés-accouplés dos-à dos). Ce calvaire a conservé son orientation originelle, crucifix tourné vers l'occident. Sur cette face ouest, les deux statues sont, selon Castel celles "d'un diacre" et saint Jean . Sur la face orientale ce sont la Vierge et un "orant" . Pourtant, ces identifications portent à discussion.

La croix à branches rondes et fleurons-boules porte le Christ crucifié sous le titulus.

Emmanuelle Le Seac'h qui suit les identifications de Castel, précise (2014, p. 350) que seules les statues géminées sont de l'atelier de Roland Doré (1618-1663) : le crucifix et les marmousets sont "hors atelier".

Voici le croquis relevé en 1980 par Y.-P. Castel :

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Le calvaire de l'église de Saint-Nic.

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Vue générale par l'ouest.

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Calvaire de l'enclos paroissial de Saint-Nic. Photographie lavieb-aile.

Calvaire de l'enclos paroissial de Saint-Nic. Photographie lavieb-aile.

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Calvaire de l'enclos paroissial de Saint-Nic. Photographie lavieb-aile.

Calvaire de l'enclos paroissial de Saint-Nic. Photographie lavieb-aile.

Calvaire de l'enclos paroissial de Saint-Nic. Photographie lavieb-aile.

Calvaire de l'enclos paroissial de Saint-Nic. Photographie lavieb-aile.

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Le crucifix.

Bras écartés en V, paumes cloutées, visage légèrement incliné vers la droite, yeux fermés, bouche entrouverte aux dents visibles, barbe longue en mèches verticales, chevelure longue en deux pans sur les épaules, couronne d'épines en épis de graines rondes. Pagne noué en X sur le devant, jambes parallèles, pieds superposés le droit au dessus du gauche.

Inscription du titulus présente mais peu lisible.

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Calvaire de l'enclos paroissial de Saint-Nic. Photographie lavieb-aile.

Calvaire de l'enclos paroissial de Saint-Nic. Photographie lavieb-aile.

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Le personnage de gauche.

C'est, en règle,  l'emplacement occupé par la Vierge (qui est sur l'autre face). Est-ce une erreur d'orientation de la statue sur son croisillon ? 

Ce que nous voyons, c'est un personnage (homme ou femme ?) à cheveux longs, tenant devant sa poitrine par ses deux mains un objet rectangulaire. la main droite en soutient le fond, la main gauche le sommet, l'index posé sur ce qui pourrait être  le couvercle. Est-ce Marie-Madeleine avec son flacon de parfum ? Saint Damien et son pot d'onguent ? 

La tenue vestimentaire devrait nous aider : au dessus d'une cotte plissée dissimulant les chaussures, une chasuble  descend jusqu'aux genoux, comme un tablier, laissant voir en dessous, sur une partie brisée en deux blocs l'extrémité possible d'une étole. Ce serait alors un diacre (Etienne ? Laurent ?) . 

Nous nous attendrions à avoir quelque part le saint patron de l'église paroissiale, saint Nic. Il faut exclure Nicaise,  l'évêque de Reims. En réalité, la paroisse a éré désigné sous les appellations de Plebs sent Mic (au XIe siècle), Seinctnic (au XIVe), Saint Vic (1410 à 1411) et Saint-Nic (en 1599), avec des rapprochements avec saint Maeoc, possible moine itinérant du VIe siècle disciple de saint Samson. Dont on ignore presque tout, et notamment bien-sûr la tenue vestimentaire.

 

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Calvaire de l'enclos paroissial de Saint-Nic. Photographie lavieb-aile.

Calvaire de l'enclos paroissial de Saint-Nic. Photographie lavieb-aile.

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Le visage est caractéristique du style de Roland Doré, avec son sourire énigmatique.

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Calvaire de l'enclos paroissial de Saint-Nic. Photographie lavieb-aile.

Calvaire de l'enclos paroissial de Saint-Nic. Photographie lavieb-aile.

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Le personnage de droite. Saint Jean .

Sa chevelure est immédiatement remarquable. Elle forme un triangle de grosses boucles jusqu'aux épaules.

Les mains sont croisés sur la poitrine, faisant remonter les pans du manteau dont il est vêtu en deux plis verticaux doublés de deux autres. Sous ceux-ci se voit la robe aux plis tubulaires parallèles formant une manière de colonne, car les pieds ne sont pas visibles.

Il s'agit pour moi de saint Jean.

Plusieurs exemples similaires sont sortis de l'atelier de Roland Doré :

  • Cleden-Cap-Sizun, calvaire de la chapelle de Langroas.
  • Seven-Lehart, calvaire de l'église (triangle de cheveux méchés et non bouclés) ,
  • Commana, calvaire de l'église, 1624.
  • Ploeven, calvaire de chapelle Saint-Nicodème, 1637.
  • Cast, calvaire de l'église, 1660. (mains non croisées)
  • Plonevez-Porzay, calvaire de la chapelle Sainte-Anne-la-Palud.
  • Plogonnec, calvaire de la chapelle Saint-Denis de Seznec, 1641.
  • Dinéault, calvaire de Moudennou.

Les cinq derniers exemples sont situés dans le Porzay, à proximité de Saint-Nic.

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Plogonnec, chapelle Seznec. Photo lavieb-aile.

 

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Calvaire de Moudennou à Dinéault. Photographie lavieb-aile.

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Calvaire de l'enclos paroissial de Saint-Nic. Photographie lavieb-aile.

Calvaire de l'enclos paroissial de Saint-Nic. Photographie lavieb-aile.

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Calvaire de l'enclos paroissial de Saint-Nic. Photographie lavieb-aile.

Calvaire de l'enclos paroissial de Saint-Nic. Photographie lavieb-aile.

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LA FACE ORIENTALE.

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Vue générale.

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Calvaire de l'enclos paroissial de Saint-Nic. Photographie lavieb-aile.

Calvaire de l'enclos paroissial de Saint-Nic. Photographie lavieb-aile.

Calvaire de l'enclos paroissial de Saint-Nic. Photographie lavieb-aile.

Calvaire de l'enclos paroissial de Saint-Nic. Photographie lavieb-aile.

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Le personnage de droite .

Nouvelle énigme. Une chasuble, une étole : est-ce encore un diacre ? Pas d'attribut pour nous aider. Les cheveux sont longs, repoussés en arrière sur un front dégagé voire épilé. Le saint homme / la sainte femme garde les mains jointes...

Finalement, nous avions sur cette face du calvaire, en supposant que la statue géminée diacre/Vierge ait été inversée lors d'un remontage, un couple vêtu chacun d'une chasuble et portant l'étole, l'un à la chevelure féminine tenant un objet carré, et l'autre  à la chevelure également féminine, mains jointes.

La seule solution qui me satisfasse est de cesser de considérer que le vêtement soit une chasuble et une étole, mais qu'il soit la tenue vestimentaire de deux saintes femmes. 

Nous aurions ainsi au total autour du crucifix Jean, la Vierge, Marie-Madeleine et une Sainte Femme, ce qui est tout à fait conventionnel dans les Passions.

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Calvaire de l'enclos paroissial de Saint-Nic. Photographie lavieb-aile.

Calvaire de l'enclos paroissial de Saint-Nic. Photographie lavieb-aile.

Calvaire de l'enclos paroissial de Saint-Nic. Photographie lavieb-aile.

Calvaire de l'enclos paroissial de Saint-Nic. Photographie lavieb-aile.

Calvaire de l'enclos paroissial de Saint-Nic. Photographie lavieb-aile.

Calvaire de l'enclos paroissial de Saint-Nic. Photographie lavieb-aile.

Calvaire de l'enclos paroissial de Saint-Nic. Photographie lavieb-aile.

Calvaire de l'enclos paroissial de Saint-Nic. Photographie lavieb-aile.

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LES MARMOUSETS DU FÛT.

Je n'exclus pas la possibilité d'y voir deux anges tenant des textes laudatifs.

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Calvaire de l'enclos paroissial de Saint-Nic. Photographie lavieb-aile.

Calvaire de l'enclos paroissial de Saint-Nic. Photographie lavieb-aile.

Calvaire de l'enclos paroissial de Saint-Nic. Photographie lavieb-aile.

Calvaire de l'enclos paroissial de Saint-Nic. Photographie lavieb-aile.

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SOURCES ET LIENS.

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— CASTEL (abbé Yves-Pascal), Atlas des Croix et Calvaires du Finistère, site de la Société archéologique du Finistère.

http://croix.du-finistere.org/commune/saint_nic.html

 

COUFFON (René), Le Bars (Alfred), 1988, 

http://diocese-quimper.fr/images/stories/bibliotheque/pdf/pdf-Couffon/SAINTNIC.pdf

" Dans le cimetière (site inscrit), calvaire composite ; les statues géminées du croisillon sont de Roland Doré."

— LE SEAC'H (Emmanuelle), 2010, Les ateliers de sculpteurs sur pierre en Basse-Bretagne du XVe au XVIIe siècle, thèse UBO Brest

http://www.theses.fr/s155543

LE SEAC'H (Emmanuelle), 2014, Sculpteurs sur pierre en Basse-Bretagne. Les ateliers du XVe au XVIe siècle. Presses Universitaires de Rennes, page 216.

http://www.pur-editions.fr/couvertures/1409573610_doc.pdf

— PARCHEMINOU (Corentin), 1930  “Saint-Nic : une paroisse cornouaillaise pendant la Révolution : ses monuments religieux,” 

http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/3082c766c9392bec4684ec9de6920595.pdf

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19 mai 2019 7 19 /05 /mai /2019 21:36

Le gisant d'Yves Bervet, sieur du Parc (kersanton, Roland Doré, 1640), au Musée départemental breton de Quimper.

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Sur les gisants, voir (approximativement par ordre chronologique) :

 

 

et aussi ailleurs :

-- Le gisant du seigneur de Liscoët en Botquélo (22), limite XIV-XVe.

-- Le gisant de Perronelle de Boutteville et Bertrand de Trogoff (église Notre-Dame-de-l'Assomption au Faouët par l'atelier du Folgoët.  Début XVe, granite, h. 1,70, 1. 0,86. Gisants représentés sur un lit funéraire : à gauche, personnage masculin (Bertrand de Trogoff?), coiffé en calotte, vêtu d'une armure; à droite, personnage féminin (Perronnelle de Boutteville,?) portant une coiffure à cornes.

-- Le tombeau de saint Jaoua à Plouvien par l'atelier du Folgoët.

--Le tombeau du chanoine de Nantes Laurent Richard en l'église de Plouvien vers 1555.

-- Le gisant gisant d’Auffray du Chastel (kersanton, Roland Doré, XVIe )

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Gisant d'Yves Bervet au Musée départemental breton de Quimper. Photographie lavieb-aile 2011.

Gisant d'Yves Bervet au Musée départemental breton de Quimper. Photographie lavieb-aile 2011.

 

 

 

PRÉSENTATION : LA SCULPTURE TUMULAIRE DE ROLAND DORÉ.

(D'après Le Seac'h).

L'atelier de Roland Doré (1618- Plouedern 1663), tailleur de pierre et sculpteur établit à Landerneau pour bénéficier de l'arrivée par voie fluviale du kersanton, pierre extraite sur les rivières de Daoulas et de L'Hopital-Camfrout en rade de Brest, est le plus renommé des ateliers de Basse-Bretagne pour le XVIIe siècle. On trouve les œuvres de ce sculpteur d'exception, "Michel-Ange du kersanton", dans plus de 82 paroisses, essentiellement dans le Léon et le nord de la Cornouaille. Il a exercé pour des commandes religieuses (statues, croix et calvaires), mais neuf gisants d'hommes d'armes et quatre statues en pied témoignent de son activité dans le domaine profane.

Ses neuf gisants se concentrent autour de Saint-Brieuc pour six tombeaux, et dans le Finistère pour les trois autres. Ce sont :

  • Gisant de Guillaume de Rosmadec, vers 1608. Chapelle Notre-Dame-de-la-Cour, Lantic (22). Ce serait la plus ancienne.

  • Gisant  de la famille de Bois-Boissel.  Angle sud-est du cloître de la cathédrale de Tréguier (22). 

  • Deux gisants  des Bréhant.  Cloître de la cathédrale de Tréguier (22). 

  • Gisant de Thébault de Tanouarn, vers 1655. Enfeu du transept nord de l'église de Plérin (22).

  • Gisant de Gilles de la Noë. Conservé au château de Keranroux à Ploujean (29) mais provenant de l'église de Plounez (fusionné avec Paimpol (22).

  • Le gisant de Jacques Barbier, seigneur de Kernaou à Ploudaniel. 1638.Conservé au Musée du Léon de Lesneven (29).

  • Gisant d'Auffray du Chastel, vers 1638. Musée départemental breton de Quimper, venant de l'église Saint-Théleau de Landeleau (29).

  • Gisant d'Yves Bervet, sieur du Parc (1640). Musée départemental breton de Quimper, venant de la chapelle Saint-Eutrope de Plougonven (29).

Dans tous les cas, les gisants de kersanton  sont allongés, les mains jointes, vêtu de la même armure Louis XIII au col à plis empesés en ailes de chauve-souris, les pieds posés sur un lion ou un lévrier, et l'épée au coté gauche. La tête repose sur un "carreau" ou coussin à pompons, rarement soutenue par des anges. Ils affichent un visage serein, les yeux clos dans la tradition médiévale avec une chevelure bouclée semblable à une perruque qui s'étale sur les cotés. Une fine moustache ombre la lèvre supérieure et un toupet taillé en pointe sur le menton rappelle la coiffure des mousquetaires sous Louis XIII. Un blason est parfois présent contre le bras gauche, mais les armoiries et des inscriptions sont gravés sur les flancs du monument. Un bénitier est présent dans deux cas.

Les gisants ne sont pas personnalisés, ils donnent du défunt une image idéale du seigneur dans sa fonction militaire à la fleur de l'âge : les visages, les armures et les postures sont les mêmes dans tous les cas. Seuls différent les éléments héraldiques.

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Le gisant d'Yves Bervet.

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"Le tombeau d'Yves Bervet, sieur du Parc, mort en 1640 est exposé dans les collections du Musée Départemental Breton de Quimper dans la même salle que le gisant de Troïlus de Mondragon. Il était à l'origine au cimetière de la chapelle Sainte-Eutrope à Plougonven dans le diocèse de Tréguier. Le gisant reposait sur un caisson constitué de plaques de kersanton dont les parties centrales des cotés étaient ornées de deux anges tenant un blason. Aux pieds du gisant est creusé un bénitier. Bien que ce soit un des tombeaux les plus complets parvenus jusqu'à nous, il a été démonté, et le musée n'en présente plus que le gisant, son chien et les parties latérales et médianes. Les armoiries des Bervet, d'argent à trois jumelles surmontées d'une étoile de même sont en alliance avec celle des Le Duc de La Biardais, d'azur, à trois étoiles, et celles des Huon de Kergadou d'argent à trois chevrons de gueules, une fasce d'azur brochante, sur l'autre. Sur la partie médiane, sous le chien, le bénitier est gravé des armoiries des Bervet surmontées du collier de l'ordre de Saint-Michel. Les mêmes armoiries se retrouvent sur le bouclier du gisant." (E. Le Seac'h page 225).

Aucune inscription ne précise l'identité du défunt.

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Biographie et éléments généalogiques et héraldiques.

 

Yves LE BERVET (1579-1641), écuyer, seigneur de Kergadou et de Garspern, maire de Morlaix  en 1615, chevalier de Saint-Michel, né en 1579, et décédé le 21 août 1641 à l'âge de 62 ans, fut enterré dans l' église paroissiale de Plougonven.

 

Il était le fils de  François LE BERVET, seigneur de Toulanlan 1549-ca 1630 et de Catherine de May, dame de Toulalan. François Le Bervet était, en 1600, jurat de la communauté morlaisienne et, en 1608, receveur des ports et havres de Morlaix.  Ce dernier demeurant en son manoir de Manachty en la commune de Plufur, fut autorisé par un arrêt du 12 novembre 1614 de la Cour du Parlement de Bretagne, à reprendre le nom de "du Parc" quitté par Tristan du Parc, fils de Philippe du Parc, seigneur du Parc, par son mariage, en 1405, avec Claudine Le Bervet.  

Il épousa le 5 Janvier 1605 Marie HUON, fille et unique héritière de Guyon HUON, seigneur de Kercadou.

Leur fils aîné François DU PARC ou Le Bervet, (Plusquellec,1608- manoir de Rosampoul en Plougonven, 1678),fut  conseiller du roi au Parlement de Bretagne en 1634-1673- Il épousa Marie LE DUC DE LA BIARDAIS en 1634 dont il avait deux fils : Jean (1641-1720, conseiller au Parlement de 1673 à 1699) et Joseph (mort en 1730).

Selon Courcy,  :

Duc (le), (orig. du Maine), sr de la Massais, — de la Biardais, — de la Forêt-Neuve. D'azur à trois étoiles à sept rais d'argent. Marc, président aux enquêtes en 1618 ; Jean, son fils, conseiller au parlement en  conseiller au parlement en 1643. Fondu dans du Parc-Kergadou. 

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Conclusion.

Le tombeau porte les armes d'Yves LE BERVET, mais aussi de son fille Jean DU PARC et de l'épouse de celui-ci, Marie LE DUC DE LA BIARDAIS. Cela incite à penser que c'est son fils qui a commandité cet ouvrage tumulaire par contrat avec Roland Doré, ou du moins qu'il a participé à cette commande (au plus tôt après 1634).

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Gisant d'Yves Bervet au Musée départemental breton de Quimper. Photographie lavieb-aile 2011.

Gisant d'Yves Bervet au Musée départemental breton de Quimper. Photographie lavieb-aile 2011.

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Gisant d'Yves Bervet au Musée départemental breton de Quimper. Photographie lavieb-aile 2011.

Gisant d'Yves Bervet au Musée départemental breton de Quimper. Photographie lavieb-aile 2011.

Gisant d'Yves Bervet au Musée départemental breton de Quimper. Photographie lavieb-aile 2011.

Gisant d'Yves Bervet au Musée départemental breton de Quimper. Photographie lavieb-aile 2011.

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SOURCES ET LIENS.

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— CHAURIS (Louis), 2010, Le kersanton, une pierre bretonne, Presses Universitaires de Rennes, 244 p.

https://journals.openedition.org/abpo/2187

 

GUICHOUX (Jean), 2016, L’église de Landeleau et l’étonnante histoire de la tombe au gisant d’Auffray du Chastel KAIER AR POHER N° 52 – Mars 2016

http://www.plouye-poher.fr/ressources/files/rub/pdf/66.pdf

 

— LE SEAC'H (Emmanuelle), 2014, Sculpteurs sur pierre en Basse-Bretagne, les ateliers du XVe au XVIIe siècle. Description matérielle : 1 vol. (407 p.) - 1 disque optique numérique (CD-ROM) : ill. en coul. ; 29 cm ; coul. ; 12 cm. Description : Note : Index. - Notes bibliogr., bibliogr. p. 373-395. Édition : Rennes : Presses universitaires de Rennes , 2014. Éditeur scientifique : Jean-Yves Éveillard, Dominique Le Page et Fañch Roudaut pages 222-226.

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19 mai 2019 7 19 /05 /mai /2019 21:09

Le gisant de Jacques Barbier (kersanton, Roland Doré, 1638) au Musée du Léon de Lesneven.


 

 

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Sur les gisants, voir (approximativement par ordre chronologique) :

 

 

 

 

et aussi ailleurs :

-- Le gisant du seigneur de Liscoët en Botquélo (22), limite XIV-XVe.

-- Le gisant de Perronelle de Boutteville et Bertrand de Trogoff (église Notre-Dame-de-l'Assomption au Faouët par l'atelier du Folgoët.  Début XVe, granite, h. 1,70, 1. 0,86. Gisants représentés sur un lit funéraire : à gauche, personnage masculin (Bertrand de Trogoff?), coiffé en calotte, vêtu d'une armure; à droite, personnage féminin (Perronnelle de Boutteville,?) portant une coiffure à cornes.

-- Le tombeau de saint Jaoua à Plouvien par l'atelier du Folgoët.

--Le tombeau du chanoine de Nantes Laurent Richard en l'église de Plouvien vers 1555.

-- Le gisant gisant d’Auffray du Chastel (kersanton, Roland Doré, XVIe )

 

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N.B : je place en erratum à la fin de cet article celui de Claude Le Menn, du Musée du Léon, démontrant qu'il ne s'agit pas du gisant de Jacques Barbier, et qu'il n'est pas dû au ciseau de Roland Doré. Je le remercie de cette communication reçue en mai 2020.

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PRÉSENTATION GÉNÉRALE : LA SCULPTURE TUMULAIRE DE ROLAND DORÉ. (D'après E. Le Seac'h).

L'atelier de Roland Doré (1618- Plouedern 1663), tailleur de pierre et sculpteur établit à Landerneau pour bénéficier de l'arrivée par voie fluviale du kersanton, pierre extraite sur les rivières de Daoulas et de L'Hopital-Camfrout en rade de Brest, est le plus renommé des ateliers de Basse-Bretagne pour le XVIIe siècle. On trouve les œuvres de ce sculpteur d'exception, "Michel-Ange du kersanton", dans plus de 82 paroisses, essentiellement dans le Léon et le nord de la Cornouaille. Il a exercé son art pour des commandes religieuses (statues, croix et calvaires), mais neuf gisants d'hommes d'armes et quatre statues en pied témoignent de son activité dans le domaine profane.

Ses neuf gisants se concentrent autour de Saint-Brieuc pour six tombeaux, et dans le Finistère pour les trois autres. Ce sont :

  • Gisant de Guillaume de Rosmadec, vers 1608. Chapelle Notre-Dame-de-la-Cour, Lantic (22). Ce serait la plus ancienne.

  • Gisant  de la famille de Bois-Boissel.  Angle sud-est du cloître de la cathédrale de Tréguier (22). 

  • Deux gisants  des Bréhant.  Cloître de la cathédrale de Tréguier (22). 

  • Gisant de Thébault de Tanouarn, vers 1655. Enfeu du transept nord de l'église de Plérin (22).

  • Gisant de Gilles de la Noë. Conservé au château de Keranroux à Ploujean (29) mais provenant de l'église de Plounez (fusionné avec Paimpol (22).

  • Le gisant de Jacques Barbier, seigneur de Kernaou à Ploudaniel. 1638, conservé au Musée du Léon de Lesneven (29).

  • Gisant d'Auffray du Chastel, vers 1638. Musée départemental breton de Quimper, puis à nouveau aujourd'hui en  l'église Saint-Théleau de Landeleau (29).

  • Gisant d'Yves Bervet, sieur du Parc (1640). Musée départemental breton de Quimper, venant de la chapelle Saint-Eutrope de Plougonven (29).

Dans tous les cas, les gisants de kersanton  sont allongés, les mains jointes, vêtu de la même armure Louis XIII au col à plis empesés en ailes de chauve-souris, les pieds posés sur un lion ou un lévrier, et l'épée au coté gauche. La tête repose sur un "carreau" ou coussin à pompons, rarement soutenue par des anges. Ils affichent un visage serein, les yeux clos dans la tradition médiévale avec une chevelure bouclée semblable à une perruque qui s'étale sur les cotés. Une fine moustache ombre la lèvre supérieure et un toupet taillé en pointe sur le menton rappelle la coiffure des mousquetaires sous Louis XIII. Un blason est parfois présent contre le bras gauche, mais les armoiries et des inscriptions sont gravés sur les flancs du monument, lorsque celui-ci est conservé. Un bénitier est présent dans deux cas.

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Le gisant de Jacques Barbier.

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Le visiteur du Musée du Léon peut (il se mordrait les doigts de s'en abstenir) pénétrer gratuitement, avant d'accéder au musée proprement dit et à ses collections lapidaires, dans le cloître de l'ancien couvent des Ursulines (créé en 1678), ou ce qu'il en reste après l'incendie de 1938. 

C'est là que Jacques Barbier l'attend, allongé comme si, crustacé touriste pétrifié, il faisait une pause au soleil après avoir déclaré "j'ai les jambes moulues!" ; une sieste qui dure depuis son décès, en 1644.

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Gisant de Jacques Barbier, cloître du couvent des Ursulines, Lesneven. Photographie lavieb-aile 18 mai 2019.

Gisant de Jacques Barbier, cloître du couvent des Ursulines, Lesneven. Photographie lavieb-aile 18 mai 2019.

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Cet homme n'est pas un inconnu pour celui qui a eu l'occasion de visiter le château de Kerjean (à Saint-Vougay, à moins de 16 km à l'est de Lesneven) : Jacques Barbier n'est autre que le deuxième fils de Louis Barbier (1523-1596) et de Jeanne Gouzillon, les bâtisseurs du château entre 1566 et 1595 . Et d'ailleurs, il y est né, le 24 juin 1572. 

Il était un "Barbier de Kerjean", avant de prendre le titre de seigneur de Kerno ou Kernaou (sa mère avait reçu en héritage le château de Kerno). Et ses armoiries d'argent à deux fasces de sable, que le visiteur va bientôt découvrir,  sont aussi — bien-sûr— celles de son père, celles que j'ai décrites dans mon article sur la chapelle seigneuriale de Kerjean. Peut-être avait-t-il été baptisé dans cette chapelle ?

Pour ma part, je suis donc en pays de connaissance, j'ai l'impression de rendre visite à un parent (je redore mon blason à peu de frais). 

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Cartel d'exposition au château de Kerjean.  Photographie lavieb-aile.

Cartel d'exposition au château de Kerjean. Photographie lavieb-aile.

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En enjambant le muret, (et le gisant), nous découvrons le coté gauche, où les armoiries, consciencieusement martelées à la Révolution, gardent vaguement la trace des deux fasces familiales (mais aussi d'une ligne médiane troublante).

Les sans-culottes ou citoyens révolutionnaires ont également brisé les jambes (*), l'extrémité des mains, le nez et une partie du menton. C'est amusant, ce sont exactement les dégradations que subirent les gisants des Bréhant et Bois-Boissel, à Saint-Brieuc. 

(*) Le gisant avait été coupé en deux pour pouvoir être encastré sous l'arcade du maître-autel de la chapelle de l'hôpital  dédié à Saint-Maudez à Lesneven où il se trouva de 1869 à 2005. Auparavant, il avait déjà été déplacé, en 1830, du couvent des Recollets jusqu'au jardin des sœurs de la Retraite.

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Gisant de Jacques Barbier, cloître du couvent des Ursulines, Lesneven. Photographie lavieb-aile 18 mai 2019.

Gisant de Jacques Barbier, cloître du couvent des Ursulines, Lesneven. Photographie lavieb-aile 18 mai 2019.

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Jacques Barbier, seigneur de Kernaou à Ploudaniel, gouverneur de Lesneven en 1603 puis capitaine de la ville  et maître-es-art de sa confrérie, était un homme avisé : il commanda son tombeau en 1638 alors qu'il avait 66 ans (il était né en 1572), au meilleur sculpteur de la région, Roland Doré. Mais peut-être était-il déjà fort affaibli, bien qu'il ne décéda que six ans plus tard, puisqu'il n'eut pas la capacité de signer "obstant l'empeschement de ses mains" le marché conclu avec le sculpteur le 23 février 1638 (et encore conservé dans les archives du château de Lesquiffiou à Pleyber-Christ) : ce fut son  fils, Alain, qui venait de se marier, qui signa à sa place.

Le sculpteur s'engageait à réaliser en pierre de kersanton une tombe qu'il devait placer dans la nef de l'église des Recollets de Lesneven, dans la chapelle Notre-Dame de Lorette de messire Jacques Barbier ; une tombe de deux pieds et demi de haut, non compris le personnage qui sera dessus la tombe, qui aura dessous  la tête un carreau (coussin) soutenu de deux anges et un lévrier à ses pieds et au bout du bas de cette tombe un écusson  avec les armoiries plaines de la maison de Kernaou (*),  avec à coté de la dite tombe un autre écu avec les mêmes armoiries en alliance avec celles de la maison de Kergof (**), lesquels écus auront le collier de l'ordre de Saint-Michel.

(*) Kernaou s'appelle aujourd'hui Kerno à Ploudaniel où le manoir existe toujours.

(**)Les Kergoff sont orthographiés Kergof ou Kergo dans le contrat Barbier/Doré.

 

Ce qui importe au commanditaire, c'est que ce monument soit de même taille que celui d'un autre seigneur (il ne précise pas le nom de ce modèle, mais c'est peut-être Auffray du Chastel), avec ses six pieds de long et ses deux pieds et demi de large avec les mêmes moulures et les mêmes dispositions : bel exemple de rivalité mimétique. 

De plus, il devra sculpter six autres écussons, d'un pied quatre pouces de large et un pied et demi de large : trois aux armes de Kernaou et trois en alliance avec celles des Kergo (Kergof, Kergoff).

C'est le commanditaire qui prendra en charge le charroi des pierres depuis Landerneau (où est l'atelier) jusqu'à l'église des Recollets à Lesneven, ainsi que les cordages et le bois pour l'échafaudage, et la chaux et le mortier.

L'ouvrage qui lui coûtera 198 livres tournois, devra être livré pour la Saint-Michel (le 29 septembre) ; le règlement en six versement s'étalera jusqu'au 21 juillet 1639.

C'est en 1610 que Jacques Barbier épousa Claudine de Lescoët (1580-ap. 1626), dame de Lescoët et de Kergoff (Kernoues) , de l'ancienne paroisse de Languengar, aujourd'hui en Lesneven. Elle était la fille de Prigent de Lescoët et d'Anne de Kerloec'h. Les armoiries en alliance des Kergoff honorent donc l'épouse de Jacques Barbier.

 

Jacques et Claudine eurent deux enfants, Jeanne et Alain (Alain Barbier, seigneur de Lescoët, né en 1640, marié avec Renée d'Altovity, décédé le 14 février 1692).

 

 

Gisant de Jacques Barbier, cloître du couvent des Ursulines, Lesneven. Photographie lavieb-aile 18 mai 2019.

Gisant de Jacques Barbier, cloître du couvent des Ursulines, Lesneven. Photographie lavieb-aile 18 mai 2019.

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Le gisant mesure aujourd'hui 1,70 m de long, 54 cm de large et 38 cm de haut. Il est globalement bien conservé. 

Jacques Barbier est en  armure, équipée d'épaulières et de coudières, de genouillères en  forme de losange et de solerets en pattes d'ours.

Sa tête repose sur le carreau à glands de passementerie à chaque angle. Les anges au coin du coussin, et le lévrier aux pieds du défunt, qui étaient exigés par le contrat, ne sont pas ou plus visibles.

 Nous retrouvons la moustache et la barbiche "Louis XIII" et la coiffure bouclée triangulaire évoquant une perruque, communes à tous les gisants de Roland Doré.

Le pourpoint forme des plis transversaux au niveau des manches, et le col est à plissés plats aux extrémités pointues. Un baudrier lui ceint la poitrine, soutenant l'épée qui descend sous le genou. Ses mains sont jointes. 

Il porte une cuirasse rembourrée avec des tassettes horizontales boutonnées sur le devant, du ventre aux genoux.

Le ciselage imitant des rivets qui fixent les épaulières, les coudières et les tassettes est très soigné.

Comme cela est habituel dans l'art tumulaire, nous n'avons pas ici une représentation de l'armure réellement portée par le personnage. Ce dernier exerça réellement des fonctions militaires comme en témoignent les archives :

... Barbier de Kerno, capitaine de Lesneven à la tête de 3000 hommes pour s'opposer à un prétendu débarquement des Espagnols à Roscoff  en 1637.

... Le 14 Février 1641, il y a une montre tenue par écuyer Jean Bohier, sieur de Kerferré, lieutenant de Ia garde côtes, sous le commandement de Jacques Barbier, seigneur de Kerno,

... Son fils  présent à la date du 2 Octobre 1665, lors de la montre des mousquetaires, sous le commandement  de M. de Kerno, capitaine de Lesneven, à l'occasion de l'arrivée de Mgr le duc de Mazarin (Arch. dép. E, Fonds Barbier de Lescoet).

Les solerets et jambières  étaient alors souvent remplacés par de hautes bottes de cuir (portrait de Louis XIII vers 1639) mais cette armure n'est pas si éloignée, par les 12 lames de ses cuissards, des armures contemporaines, comme cette demi-armure vers 1630, peut-être de Richelieu (cliquez).

Voir aussi :

https://basedescollections.musee-armee.fr/ark:/66008/1014I

https://basedescollections.musee-armee.fr/ark:/66008/20150458/v0001.simple.highlight=D%C3%A9partement:%20%22Ancien/Armes%20et%20armures%22.selectedTab=thumbnail

 

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Gisant de Jacques Barbier, cloître du couvent des Ursulines, Lesneven. Photographie lavieb-aile 18 mai 2019.

Gisant de Jacques Barbier, cloître du couvent des Ursulines, Lesneven. Photographie lavieb-aile 18 mai 2019.

Gisant de Jacques Barbier, cloître du couvent des Ursulines, Lesneven. Photographie lavieb-aile 18 mai 2019.

Gisant de Jacques Barbier, cloître du couvent des Ursulines, Lesneven. Photographie lavieb-aile 18 mai 2019.

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Aujourd'hui, il ne reste plus du tombeau que le gisant. Le reste a été démoli à la révolution.

Nous ne voyons donc plus les armoiries pleines de Kernaou, d'argent à deux fasces de sable qui ornaient le petit coté du caisson au bout du gisant, ni, sur l'autre coté, les armoiries des Kernaou en alliance avec celles de Kergoff d'argent à la fasce de gueules, accompagnées de six macles d'azur, 3, 3, celles-ci rangées 2e et 1. , entourées du collier de Saint-Michel.

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Gisant de Jacques Barbier, cloître du couvent des Ursulines, Lesneven. Photographie lavieb-aile 18 mai 2019.

Gisant de Jacques Barbier, cloître du couvent des Ursulines, Lesneven. Photographie lavieb-aile 18 mai 2019.

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ANNEXE : l'article de Claude Le Menn.

Avec tous mes remerciements à son auteur .

Le gisant de la famille Barbier : Jean, Jacques… ou Sébastien ?

Il semble qu’une erreur ait été commise quant à l’identification du gisant transféré, en 2005, de la chapelle Saint-Maudez au Musée du Léon. Au fil du temps, diverses identités ont été attribuées à ce personnage en pierre de Kersanton.

Jean Barbier ?

En 1946, le gisant est identifié comme celui de Jean Barbier dans la légende accompagnant une reproduction d’un dessin de Charles Corcuff qui illustre l’ouvrage du chanoine Calvez Notre-Dame de Lesneven et du Folgoët. A cette époque le gisant se trouvait encastré derrière l’autel de la chapelle Saint-Maudez.

Dans les années 1970, Ambroise Guénolé, dans ses recherches sur les Barbier de Kerno, signale que le gisant en question est “une statue de chevalier, probablement celle de Jean ou de Jacques Barbier”.

L’hypothèse “Jean” doit être écartée. Les seuls Jean Barbier connus ont été seigneurs de Kerjean aux XVè et XVIè siècles et n’ont pas vécu à Lesneven ou dans les environs. On connaît notamment un Jean Barbier, décédé en 1537, dont le gisant se trouve actuellement au château de Kerjean.

 

Jacques Barbier (1572-1644) ?

Dans les années 1920-1930, Louis Le Guennec, dans ses travaux sur les archives de la famille Barbier, estime que la statue tumulaire conservée à Lesneven, “actuellement encastrée de la façon la plus absurde, derrière le maître-autel de la chapelle de l’hôpital” est celle de Jacques Barbier, seigneur de Kerno. Ce dernier, décédé en 1644, avait effectivement demandé à Roland Doré de lui sculpter un tombeau dans l’église des Récollets de Lesneven en 1638.

Mais la description de ce tombeau de Jacques Barbier, que Le Guennec a retrouvée dans les archives, ne correspond pas à la statue en question. En effet, le gisant du tombeau sculpté par Doré comportait “sous la tête un carreau soutenu de deux anges et un lévrier à ses pieds”, éléments qui n’apparaissent pas sur la statue conservée à Lesneven. Le texte du marché passé avec Roland Doré ne mentionne rien quant à la tenue vestimentaire du gisant. Par ailleurs, le gisant de Lesneven ne correspond en rien au style de Doré, aisément reconnaissable sur de nombreuses statues de la région.

Gabriel Pondaven, dans le Bulletin diocésain d'histoire et d'archéologie de janvier-février 1919, se montre plutôt circonspect quant à l'identification du gisant : il signale qu'il s'agit de « la statue d'un seigneur de Kerno et emploie de prudentes parenthèses pour supposer « (sans doute Jacques Barbier, fondateur des Récollets en 1625) ».

Si le gisant en question n’est pas celui de Jacques Barbier, on ignore ce qu’il est advenu du tombeau que celui-ci fit réaliser par Doré. Toutefois, un bloc sculpté, actuellement conservé près du gisant, à proximité du Musée du Léon, et représentant un ange portant les armes (martelées) des Barbier, est vraisemblablement un reste de ce monument. En effet, la commande passée par Jacques Barbier au sculpteur mentionnait que l’un des côtés du tombeau devait porter “les armoiries de la maison de Kernaou”.

Si Jacques Barbier a bien fait construire, en 1638, un tombeau qu’il destinait à la chapelle N.D. de Lorette du couvent des Récollets de Lesneven – les quittances du sculpteur en témoignent -, curieusement, quelques années plus tard il demande par testament, si l’on en croit Louis Le Guennec, à être enterré dans la tombe de sa mère, Jeanne de Gouzillon, en l’église Saint-Michel. Le tombeau sculpté par Doré demeura-t-il donc inoccupé après la mort de Jacques Barbier en 1644 ? L’affaire se complique encore puisqu’un inventaire de 1632 signale la présence, dans cette église Saint-Michel, de “deux tombes de Messire Jacques Barbier, seigneur de Kernaou, sises sous l’arcade, entre le chœur et la chapelle de Madame Sainte Anne” et revêtues des armes de Gouzillon : “une fasce à trois pigeons”. La présence d’au moins l’une de ces tombes est confirmée en 1754 avant la reconstruction de l’église. Il n’est cependant jamais fait mention d’un gisant à propos de ce tombeau. Résumons-nous : Jacques Barbier aurait donc disposé de trois lieux de sépulture possibles : le tombeau qu’il avait fait sculpter par Doré dans la chapelle des Récollets et, dans l’église Saint-Michel, la tombe de sa mère ainsi qu’un autre tombeau élevé pour lui-même.

Quoi qu’il en soit, le gisant qui nous occupe ne saurait être, comme nous l’avons vu plus haut, celui du tombeau sculpté par Doré pour Jacques Barbier.

 

Sébastien Barbier (1640-1704) ?

Vers 1834, Y.M.G. Laouenan écrit, dans son ouvrage Kastel Ker Iann Koatanskour : “On pouvait voir également dans l’église du couvent des Récollets, à Lesneven, la statue de Sébastien Barbier, frère du précédent, le représentant ainsi que nous venons de décrire ce dernier. Cette statue, comme je l’ai appris récemment, est aujourd’hui dans la cour du couvent des religieuses de la même ville.”

Laouenan se réfère ici au gisant qu’il a observé dans l’église de Saint-Vougay et qu’il attribue à René Barbier, seigneur de Kerjean. Il décrit ainsi cette statue : “(…) revêtu de l’armure qui se portait au temps de Louis XIII. Sa tête est nue, mais ornée d’une chevelure très abondante qui retombe de chaque côté en d’innombrables bouclettes. Autour du cou une fraise plissée. Il porte une cuirasse, des épaulières et des brassards ; ses tassettes, qui bordent la cuirasse ou la cotte de fer, sont composées de nombreuses lamelles et leur donnent le style de l’armure du dix-septième siècle. Ses mains jointes comme à la prière sont nues, mais on remarque, dépassant des brassards, des manchettes plissées (…)”

Effectivement, d’après cette description, le gisant de Saint-Vougay est quasi-identique à celui de Lesneven. Mais Laouenan se trompe lorsqu’il dit que le Sébastien Barbier du gisant de Lesneven est un frère de René Barbier de Kerjean. Si le gisant de Saint-Vougay est bien celui de René 1er Barbier de Kerjean (décédé en 1619), et si celui de Lesneven est celui de Sébastien Barbier de Kerno (décédé en 1704), ce dernier n’était que le fils d’un cousin de René.

En 1836, le gisant de Lesneven, qui se trouve alors dans la cour de l’ancien couvent des Ursulines, est aussi identifié par Emile Souvestre (“Le Finistère en 1836”, publié en 1836) comme étant celui de Sébastien Barbier, seigneur de Kerno. En 1843, cela est confirmé par Marteville et Varin (continuateurs du Dictionnaire géographique et historique de la province de Bretagne écrit par Ogée au XVIIIè siècle), ainsi que par Fréminville deux ans plus tard. En 1859, dans son Voyage en Bretagne- Finistère, Edouard Vallin évoque aussi « le tombeau de Sébastien Barbier, sieur de Kernaou, placé dans la cour du couvent des Ursulines. »

Mais qui était ce Sébastien Barbier ? Il naquit en 1640, au manoir de Follezou en Duault, fils aîné et unique d’Alain Barbier et de Renée d’Altovity. Il épousa Marie Le Moyne, douairière de Kerliviry, puis, en secondes noces, Julie de Cleuz du Gage, en 1689. Cette dernière avait alors dix-huit ans et lui presque cinquante. Ce ne fut pas un mariage heureux : “il n’y a en son cœur pour moi que de l’aversion” se plaint-il. Sébastien reproche à son épouse d’avoir “un esprit occupé à tout ce qui est opposé à l’amitié conjugale”, et de n’être “pas en état de remplir aucun devoir”. Cela ne les empêcha pas d’avoir cinq enfants, tous nés au manoir de Kerno, en Ploudaniel, entre 1690 et 1698.

Chevalier, baron puis comte de Lescoët, seigneur de Kerno, Kergoff, La Villeneuve et Le Follezou, Sébastien Barbier occupait aussi la charge de gouverneur militaire de Lesneven et de capitaine des paroisses de Kernilis, Elestrec, Guicquelleau, Kernouës, Languengar et Trégarantec. Peu après son second mariage sa santé se dégrade : il souffre de fièvres, qu’il soigne au quinquina, de goutte et de sciatique. En 1703, ces maux ne lui permettent probablement pas de se rendre à la cour où il est invité comme député des Etats. En 1704, il finance des travaux sur l’église des Récollets de Lesneven où il souhaite être inhumé. Il décède à Kerno en mars de cette même année. Pour ses funérailles dans l’église conventuelle, son fils aîné composa cette épitaphe : “Cy gissent les dépouilles mortelles de très haut et très puissant seigneur Messire Sébastien Barbier, juvigneur de la maison de Kerjan Barbier et aujourd’hui chef de nom et d’armes, chevalier, seigneur comte de Lescoët, chastelain de Kergof, sire de Kernouès, seigneur de Kerno, de Kerangouez et de plusieurs autres églises, paroisses, couvents et hôpitaux, entre autres celuy de cette ville de Lesneven, de laquelle luy et ses ancêtres ont été gouverneurs pour le Roy et commandants des milices voisines. Le défunt avoit été élu par la noblesse du païs, assemblée en temps de guerre, pour estre le Major de ce corps, qui estoit commandé en chef par le marquis de Kerjan Barbier, aîné de sa maison, de laquelle il y a eu un amiral de Bretagne. Plusieurs autres ont eu des charges honorables, tant dans les armées qu’auprès de nos Roys de France qui, pour les récompenser de leurs services, en ont fait plusieurs chevaliers de leurs ordres, ont érigé de leurs terres en marquisats et leur ont accordé plusieurs autres marques de distinction et privilèges. Cette maison a des alliances avec les plus illustres maisons de l’Europe et mesmes avec des princes souverains et des testes couronnées, tant étrangères que de la Nation.” L’acte de sépulture de Sébastien Barbier a été rédigé, au couvent, en ces termes : “Le 25è mars 1704, Sébastien Barbier écuier, chevalier et comte du Lescoët, fondateur de nostre couvent fut enterré dans la voute de la chapelle où ses ancêtres ont été inhumés. Le V .P. Angélique Guillaume estant lors gardien. Requiescat in pace.” La chapelle et la crypte dont il est question dans cet acte avaient été aménagées, aux Récollets, par Jacques Barbier. En 1629, ce dernier avait, en effet, fait construire une chapelle privée qui s’ouvrait sur l’église conventuelle et qui comprenait “une voulte soubz terre pour enfeu et enterrement de 9 pieds en carré.” Sébastien a donc été inhumé dans une tombe de famille qui existait déjà, et dans laquelle reposait son père, Alain Barbier décédé en 1692. L’acte de sépulture de Sébastien ne dit pas si un gisant avait été ajouté au tombeau lors de son inhumation. Sébastien a donc peut-être été enterré dans un tombeau familial qui possédait déjà un gisant.

Le style du gisant de Lesneven, s’il s’agit de Sébastien Barbier (1640-1704) peut paraître un peu anachronique car, comme le dit Laouenan, la statue porte une armure d’époque Louis XIII (1610-1643), ce qui correspondrait mieux à la période durant laquelle vécut Jacques Barbier (1572-1644). Mais les Barbier se plaisaient, comme en témoignent plusieurs portraits, à se faire représenter dans des tenues anciennes : ils apparaissent, sur divers tableaux, et ce en plein XVIII è siècle, revêtus d’une armure de chevalier. La tenue de style Louis XIII serait donc aussi une sorte de stéréotype pour les statues tumulaires de la famille, ce qui expliquerait la ressemblance, signalée par Laouenan, entre le gisant, plus ancien, qu’il avait observé dans l’église de Saint-Vougay, et celui de Sébastien Barbier de Kerno, si c’est bien de lui dont il s’agit.

Quoi qu’il en soit, il est certain que ce gisant provient d’un enfeu de la famille Barbier de Kerno qui se trouvait aux Récollets de Lesneven. Si le sculpteur Doré a sculpté un tombeau pour cette crypte, il est également certain que le gisant qui nous intéresse ne provient pas de ce tombeau-là.

Après la profanation des tombeaux de la noblesse en 1793, le gisant avait été déposé dans le jardin de l'ancien couvent des Ursulines (actuelle Maison d'Accueil) puis avait été transporté dans la chapelle de l'hôpital, probablement lors de la reconstruction de cet édifice en 1869. Peut-être se souvenait-on, à l'époque, que les Barbier de Lescoët, ou plus précisément leurs ancêtres Gouzillon, avaient été les fondateurs de cet hôpital. Mais pour pouvoir encastrer la statue sous l'autel de la chapelle, on lui avait tout simplement - et stupidement - cassé les jambes, au niveau des genoux. Le gisant a finalement retrouvé l'endroit où il avait été placé après la Révolution : en effet, depuis 2005, il se trouve sous l'ancien cloître des Ursulines, à proximité du Musée du Léon.

Claude LE MENN (Musée du Léon, 29260 Lesneven)

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SOURCES ET LIENS.

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— ABGRALL (chanoine Jean-Marie) & PEYRON (chanoine ), 1917, Notice sur Lesneven, Bulletin diocésain d'histoire et d'archéologie de Quimper BDHA.

https://diocese-quimper.fr/images/stories/bibliotheque/bdha/bdha1917.pdf

— CHAURIS (Louis), 2010, Le kersanton, une pierre bretonne, Presses Universitaires de Rennes, 244 p.

https://journals.openedition.org/abpo/2187

CORDIER (Jean-Yves), 2017,  La charpente sculptée de la chapelle seigneuriale du château de Kerjean (Saint-Vougay, Finistère) par le Maître de Pleyben (vers 1570-1580) : sablières, blochets, entraits et clefs de voûte. Les armoiries des Barbier de Kerjean

http://www.lavieb-aile.com/2017/07/les-sablieres-de-la-chapelle-seigneuriale-du-chateau-de-kerjean-saint-vougay-finistere-par-le-maitre-de-pleyben-vers-1570-1580.html

— LE SEAC'H (Emmanuelle), 2014, Sculpteurs sur pierre en Basse-Bretagne, les ateliers du XVe au XVIIe siècle. Description matérielle : 1 vol. (407 p.) - 1 disque optique numérique (CD-ROM) : ill. en coul. ; 29 cm ; coul. ; 12 cm. Description : Note : Index. - Notes bibliogr., bibliogr. p. 373-395. Édition : Rennes : Presses universitaires de Rennes , 2014. Éditeur scientifique : Jean-Yves Éveillard, Dominique Le Page et Fañch Roudaut pages 222-226.

Infobretagne : Suppression de la chapelle collégiale Sainte-Anne

http://www.infobretagne.com/lesneven-collegiale-suppression.htm

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Published by jean-yves cordier - dans gisants
19 mai 2019 7 19 /05 /mai /2019 14:45

Les deux crossettes nord et sud (pierre de Logonna, vers 1690)  de l'église de Trégarvan : la sirène et l'ange. La galerie du clocher.  

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Voir :

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La parenté entre l'élévation occidentale et le clocher de l' église aux arêtes ornées de têtes de Landévennec et de celle de Trégarvan est remarquable, suggérant un atelier commun pour ces deux paroisses voisines qui se succèdent sur la fin du trajet de l'Aulne maritime.

Cette parenté se renforce aussi par des dates de réalisation rapprochées (1690-1696 pour Trégarvan et 1693 pour Landévennec) : autant d'indices précieux pour les historiens du patrimoine architectural.

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LA FAÇADE OCCIDENTALE DE TRÉGARVAN ET SES CROSSETTES.

Comme à Landévennec, elle est faite de pierres soigneusement taillées de microdiorite quartzite (ou pierre de Logonna, le site d'extraction en rade de Brest), et ces blocs rectangulaires superposés forment une ligne particulièrement alignée entre le début des deux rampants, là où, précisément, sont disposées les deux pierres sculptées figuratives en surplomb, ou crossettes, à fonction d'amortissement.

La porte en plein cintre est également commune aux deux pignons.

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Crossette de  l'église de Trégarvan. Photographie lavieb-aile 15 mai 2019.

Crossette de l'église de Trégarvan. Photographie lavieb-aile 15 mai 2019.

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Là où, à Landévennec, nous trouvions le blason de l'abbé Jacques Tanguy et la date de 1693, nous avons, à Trégarvan, l'inscription Y: SCOARNEC : F mentionnant le nom du fabricien chargé de superviser les travaux. Les inscriptions datées se retrouvent sur la tour (F: MORO 1690 ou 1696) et sur son cadran solaire (1698). 

 

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Crossette de  l'église de Trégarvan. Photographie lavieb-aile 15 mai 2019.

Crossette de l'église de Trégarvan. Photographie lavieb-aile 15 mai 2019.

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La crossette nord-ouest : une sirène ou femme-poisson.

Longueur 105 cm (dont 65 cm engagés dans le mur). Pierre de Logonna. Deux blocs ont été nécessaires. la face longitudinale est sculptée en faible relief. Corps pisciforme lisse — sans écailles, à la différence de Landévennec, queue bifide ("queue de poisson"), partie antérieure du corps se féminisant par une chevelure aux mèches parallèles.

La partie en surplomb, taillée en biais en haut relief, est résolument réservé à un visage féminin joufflu et puéril, dont les cheveux s'écartent en une frange médiane tandis que le cou est limité par une collerette à trois dents rondes.

Cette sirène a échappé au recensement effectué par Hiroko Amemiya (2005).

La ressemblance entre les deux corps, et entre les deux visages de Trégarvan et de Landévennec est très prononcée.

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Crossette de  l'église de Trégarvan. Photographie lavieb-aile 15 mai 2019.

Crossette de l'église de Trégarvan. Photographie lavieb-aile 15 mai 2019.

Crossette de  l'église de Trégarvan. Photographie lavieb-aile 15 mai 2019.

Crossette de l'église de Trégarvan. Photographie lavieb-aile 15 mai 2019.

Crossette de  l'église de Trégarvan. Photographie lavieb-aile 15 mai 2019.

Crossette de l'église de Trégarvan. Photographie lavieb-aile 15 mai 2019.

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La crossette sud-ouest : un visage féminin ou angélique.

Longueur 93 cm (dont 58 cm encastré) ; épaisseur 30 cm. Microdiorite quartzite. La face longitudinale n'est pas sculptée, seule la tranche est sculptée en haut-relief.

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À Landévennec, le visage était complété par des ailes, affirmant d'avantage qu'il s'agissait d'une femme-oiseau, ou d'un ange.

À Trégarvan, ces ailes font défaut, et nous n'avons ici qu'un visage féminin ou enfantin. Mais un élément vient plaider pour l'hypothèse d'un ange, celui d'un diadème à deux volutes frontale et occipitale, comme en portent fréquemment ces acolytes divins. Les cheveux aux mèches épaisses n'apparaissent que sur l'encadrement du visage, le sommet de la tête étant complètement recouvert par une coiffure intégré à ce diadème.

Le visage est juvénile, joufflu, souriant, le cou  encadré par une collerette (comme à Landévennec).

Depuis le cliché pris dans les années 1990 par Christel Douard pour l'Inventaire, l'attaque par les lichens blancs s'est considérablement accentué, masquant la belle teinte blonde de la pierre de Logonna.

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Crossette de  l'église de Trégarvan. Photographie lavieb-aile 15 mai 2019.

Crossette de l'église de Trégarvan. Photographie lavieb-aile 15 mai 2019.

Crossette de  l'église de Trégarvan. Photographie lavieb-aile 15 mai 2019.

Crossette de l'église de Trégarvan. Photographie lavieb-aile 15 mai 2019.

Crossette de  l'église de Trégarvan. Photographie lavieb-aile 15 mai 2019.

Crossette de l'église de Trégarvan. Photographie lavieb-aile 15 mai 2019.

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Le clocher, sa galerie et ses crossettes.

Le massif occidental légèrement saillant porte la tour à une galerie et la chambre des cloches, puis la flèche polygonale presque aveugle et ajourée à arêtes sculptées de têtes humaines.

L'accès au clocher est extérieur, nécessitant d'abord une échelle posée au nord, avant de parvenir à une succession de quatre longues pierres posées   en surplomb, puis à la volée de marche qui suit le rampant nord.

 

Clocher de l'église de Trégarvan. Photographie lavieb-aile 15 mai 2019.

Clocher de l'église de Trégarvan. Photographie lavieb-aile 15 mai 2019.

Clocher de l'église de Trégarvan. Photographie lavieb-aile 15 mai 2019.

Clocher de l'église de Trégarvan. Photographie lavieb-aile 15 mai 2019.

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La galerie à forte balustrade est cantonnée par quatre crossettes.

Au sud-ouest, et au nord-est ce sont des têtes de lion.

Au sud-est et au nord-ouest, des  têtes féminines. On notera la ressemblance entre celles-ci et les visages de l'ange et de la sirène.

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http://patrimoine.bzh/gertrude-diffusion/dossier/eglise-paroissiale-saint-budoc/f41f378f-5e50-4f71-9baf-87a36bf63f18

Tour (vue sud), copyright Inventaire général du Patrimoine Christel Douard.

Tour (vue sud), copyright Inventaire général du Patrimoine Christel Douard.

Clocher de l'église de Trégarvan. Photographie lavieb-aile 15 mai 2019.

Clocher de l'église de Trégarvan. Photographie lavieb-aile 15 mai 2019.

Clocher de l'église de Trégarvan. Photographie lavieb-aile 15 mai 2019.

Clocher de l'église de Trégarvan. Photographie lavieb-aile 15 mai 2019.

Clocher de l'église de Trégarvan. Photographie lavieb-aile 15 mai 2019.

Clocher de l'église de Trégarvan. Photographie lavieb-aile 15 mai 2019.

Clocher de l'église de Trégarvan. Photographie lavieb-aile 15 mai 2019.

Clocher de l'église de Trégarvan. Photographie lavieb-aile 15 mai 2019.

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Enfin, la flèche polygonale semblable à celle de Landévennec, avec ses mascarons aux arêtes  et au sommet des gables.

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Clocher de l'église de Trégarvan. Photographie lavieb-aile 15 mai 2019.

Clocher de l'église de Trégarvan. Photographie lavieb-aile 15 mai 2019.

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