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18 mars 2019 1 18 /03 /mars /2019 14:53

Balafenned d' Anjela Duval : les Papillons.

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Anjela Duval, Extrait de Quatre poires, recueil bilingue de poèmes choisis et traduits du breton par Paol Keineg, 2003. Droits réservés.

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 Photographie lavieb-aile.

Photographie lavieb-aile.

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Anjela Duval, Extrait de Quatre poires, recueil bilingue de poèmes choisis et traduits du breton par Paol Keineg, 2003. Droits réservés.

 

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 Photographie lavieb-aile.

Photographie lavieb-aile.

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Anjela Duval, Extrait de Quatre poires, recueil bilingue de poèmes choisis et traduits du breton par Paol Keineg, 2003. Droits réservés.

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 Photographie lavieb-aile.

Photographie lavieb-aile.

 Photographie lavieb-aile.

Photographie lavieb-aile.

 Photographie lavieb-aile.

Photographie lavieb-aile.

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Anjela Duval, Extrait de Quatre poires, recueil bilingue de poèmes choisis et traduits du breton par Paol Keineg, 2003. Droits réservés.

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 Photographie lavieb-aile.

Photographie lavieb-aile.

 Photographie lavieb-aile.

Photographie lavieb-aile.

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Published by jean-yves cordier
17 mars 2019 7 17 /03 /mars /2019 21:01

L'Annonciation à trois personnages du tympan du porche sud de la chapelle de Quilinen (Landrévarzec) ...et son double.

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Voir aussi sur cette chapelle :

 

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L'abbé Abgrall, qui parcourut en vélo à la fin du XIXe siècle et au début du siècle suivant les routes autour de Quimper (dont il était chanoine), a fait remarquer les richesses de la chapelle de Quilinen, non seulement son calvaire,  mais aussi le portail méridional :

"Presque au bas du côté sud de la nef, est un porche ou une grande arcade encadrant une porte géminée et dans le tympan une gracieuse statue de la Vierge agenouillée ayant à sa droite l'ange Gabriel portant sur une banderole l' inscription gothique : AVE . GRATIA . PLENA.  A sa gauche un autre ange, aussi à genoux, tient l'inscription NOTRE . DAME . DE . BONNES . NOUVELLES. C'est en effet sous le vocable de Itroun Varia Kelou Mad,  Notre-Dame de Bonne-Nouvelle, que les Bretons invoquent la Sainte Vierge dans le mystère de  l'Annonciation.

Le cul-de-lampe qui soutient la Vierge est formé d'un aigle tenant un écusson; ceux qui portent les anges sont formés de deux lions tenant aussi des écussons sur lesquels on a peint des blasons de fantaisie. Au-dessus de la grande arcade, sont trois ou quatre autres écussons, dont un timbré d'un casque. Ce joli porche de Quilinen est absolument analogue, comme forme et comme dimensions, à celui de Notre-Dame des Fontaines, en Gouézec [fin du XVe]."

René Couffon tente de surenchérir :

"La porte sud avec son archivolte très relevée, ses hauts pinacles et ses portes géminées, est très semblable à celle de Notre-Dame des Trois-Fontaines en Gouézec ; toutes ses voussures reposent sur des colonnettes à chapiteaux."

 

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I. LE PORTAIL SUD.

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Le portail sud de la chapelle de Quilinen. Photographie lavieb-aile 3 mars 2019.

Le portail sud de la chapelle de Quilinen. Photographie lavieb-aile 3 mars 2019.

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Le tympan.

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L'Annonciation (calcaire polychrome, moulage) du portail sud de la chapelle de Quilinen. Photographie lavieb-aile 3 mars 2019.

L'Annonciation (calcaire polychrome, moulage) du portail sud de la chapelle de Quilinen. Photographie lavieb-aile 3 mars 2019.

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Le groupe de l'Annonciation : la Vierge, Gabriel à gauche et un ange à droite.

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Il y a une certaine étrangeté dans cette composition. Seule la Vierge est sous un dais, gothique, et pas forcément homogène. Elle nous fait face, alors que traditionnellement elle est tournée vers la gauche, où l'ange messager fait irruption. Elle est agenouillé sur un épais coussin, mais ses jambes sont vues de profil et non de face comme le corps. Alors qu'une composition triangulaire adaptée au tympan permettait de placer les personnages sur le même plan horizontal, le dais superfétatoire entraîne une position abaissée de Marie, d'autant que les trois culots sont hauts, et que le culot central est plus bas que les autres.

Enfin, le deuxième ange se trouve ici, comme on dit, "comme un cheveu sur la soupe" : où a-t-on déjà vu cela ? Sur le chapiteau de l'absidiole orientée du bras sud du transept d'Issoire , répondrez-vous ! Tandis que les anges sont trois dans la chapelle des Pelletiers de Cracovie, sur un tableau de Jean Le Grand. Je vois que vous avez lu Piotr Skubiszewski.

Certes, Bernardo Daddi peint, en 1335, deux anges, mais ils se tiennent respectueusement l'un derrière l'autre ! Et Fra Filippo Lippi également, en 1443-1450 dans l'Annonciation Murate

 

Il y a parfois un troisième personnage, mais c'est une suivante, l'Écouteuse, ou un témoin : sur la frise de Montmorillon ou, en peinture,  dans le chœur préroman de Saint-Martin-des-Puits (Aude) ou à Souillac ou à Conques où la servante s'occupe à filer, rappelant que Marie tissait, avec ses compagnes, le voile du temple.

 

Victor-Henri Debidour  trouve cela très astucieux : l'artiste confronté à la nécessité de centrer le tympan, a laissé le centre à Marie, et il a placé derrière elle un deuxième ange ; et parce qu'il fallait bien lui donner quelque chose à dire, il lui a confié un phylactère avec le nom de la titulaire de la chapelle. Mais il a été obligé de grandir le corps de la Vierge, qui, agenouillée, est aussi grande que si elle était debout. 

La belle affaire ! Depuis toujours, ce problème du centrage de la scène entre Marie et Gabriel placés latéralement a trouvé sa solution, en y plaçant une colonne, ou un lys dans son vase, ou une fenêtre, et cette colonne, ce vase ou cette ouverture ont acquis dès lors un sens spirituel élaboré. Ailleurs, c'est le lutrin qui occupe cette place, avec le livre des Écritures. Ou Dieu le Père, ou la colombe.

Face à un cadre identique à celui de notre tympan, dans les cellules de San Marco, Fra Angelico utilise l'arc d'ogive en y inscrivant un silence, le lieu du Mystère.

 

On voit bien, si on accepte de se l'avouer, que tout cela n'est pas équilibré et laisse deviner une réorganisation de l'espace dans l'après-coup.

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L'Annonciation (calcaire polychrome, moulage) du portail sud de la chapelle de Quilinen. Photographie lavieb-aile 3 mars 2019.

L'Annonciation (calcaire polychrome, moulage) du portail sud de la chapelle de Quilinen. Photographie lavieb-aile 3 mars 2019.

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La Vierge.

Elle est vêtue d'un manteau bleu qui vient recouvrir sa tête, sans dissimuler entièrement ses cheveux blonds. Il recouvre une robe très simple, sans décolleté, vieux-rose, plissée dans sa moitié inférieure, avec un mouvement des plis qui glisse vers sa gauche. Ses mains, s'échappant du revers entrebaillé du col place les deux paumes face à face, dans un geste tenant à la fois de l'étonnement, de la prière et de l'acceptation.

Le visage est doux, rond, la bouche est petite, le regard songeur, le nez droit prolongeant la courbe des deux sourcils épilés.

Debidour l'a dit, nous hésitons devant cette masse en bas à droite : sont-ce ses jambes et ses pieds aux talons dressés ? Seul peut-être le pan trop long du manteau, s'étalant devant le gros coussin, nous convainc que Marie est bien à genoux.

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L'Annonciation (calcaire polychrome, moulage) du portail sud de la chapelle de Quilinen. Photographie lavieb-aile 3 mars 2019.

L'Annonciation (calcaire polychrome, moulage) du portail sud de la chapelle de Quilinen. Photographie lavieb-aile 3 mars 2019.

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L'Ange Gabriel.

C'est tout lui : le genou fléchi, mais dans l'élan de sa course, tenant les paroles de l'Annonciation sur un phylactère, et présentant le lys, la palme ou le bâton désormais brisé, mais que nous imaginons bien.

Le message est tourné vers la Vierge, en lettres gothiques minuscules AVE (en bas) puis la partie perdue GRATIA, et en haut PLENA : Ave gratia plena, Je te salue, pleine de grâces.

Il est sobrement vêtu d'un manteau qui le couvre entièrement, et dont le seul ornement est l'amict, replié sur le rabat du col en formant deux pointes bien repassées.

Nous ne pouvons plus dire si ses beaux cheveux bouclés étaient retenus par un bandeau. Son visage est beau, son regard expressif, ses lèvres à peine ouvertes.

 

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L'Annonciation (calcaire polychrome, moulage) du portail sud de la chapelle de Quilinen. Photographie lavieb-aile 3 mars 2019.

L'Annonciation (calcaire polychrome, moulage) du portail sud de la chapelle de Quilinen. Photographie lavieb-aile 3 mars 2019.

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L'ange acolyte.

Lui aussi est agenouillé sur un petit coussin, mais il amorce progressivement un mouvement de rotation et de renversement en arrière, dont la retenue, le naturel et la grâce nous charment, pour nous regarder avec un demi-sourire parfaitement réussi. Son aube vient bouffer sous l'effet d'une ceinture ou d'un cordon, donnant aux plis  l'occasion de souligner la torsion du tronc.  

L'amict est cette fois ci plissée en W, ce qui m'évoque immédiatement les anges de l'atelier ducal du Folgoët (1423-1509) dont c'est l'une des spécificités, tant au Folgoët qu'à la cathédrale de Quimper, à Rumengol, à Daoulas, ou Saint-Herbot. Ces amict se retrouvent aussi sur les vitraux (1402) de Merléac.

http://www.lavieb-aile.com/2017/04/la-collegiale-du-folgoet.i.l-autel-des-anges.html

http://www.lavieb-aile.com/2017/10/la-chapelle-saint-jacques-de-merleac-les-lambris-peints-des-bas-cotes-anges-musiciens-et-legende-de-saint-jacques.html

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Il tient sa banderole en diagonale comme une écharpe de miss, et malgré les lettres manquantes nous y lisons :

NOSTRE DA~ME DE B.

On notera les lettres conjointes DE. Il y a en effet un tilde au dessus du A et il faut lire NOSTRE DAMME. Cette forme est attestée en France en 1287 à Reimsen 1480 en Anjou, ou à Liège dans la Chronique de Jean d'Oustremeuse, en Pays de Hainaut en 1461, mais aussi en 1776 dans l'appellation "Nostre-Damme de Kerdévot" en Ergué-Gabéric. 

La dénomination "Nostre Damme de Bonne Nouvelle" est attestée  à Rennes en 1526.

Elle ne permet donc pas une datation précise.

La suite de l'inscription est effacée, hormis un groupe de deux lettres, et il faut donner foi aux relevés de l'abbé Abgrall, un auteur suffisamment précis et soucieux d'épigraphie pour le mériter.

C'est aussi le nom de la Vierge vénérée à  la chapelle de Bonne Nouvelle de Locronan (Kelou Mad), ou à celle de Quillidoaré de  Cast , toutes les deux très proches de Quilinen. En breton, on la désignait sous le vocable Itron Varia a Gelou Mad, même sens.

Ce serait le duc Jean IV qui après avoir remporté la bataille d'Auray en 1364, aurait décidé d'honorer Notre-Dame-de-Bonne-Nouvelle par la création d'un couvent : "La nouvelle qui fust apportée à ce prince par un héraut au fort de la bataille de la deffaitte et de la mort de son ennemi donna à ce monastère le nom de Couvent de Bonne Nouvelle."

 

Le duc Jean IV favorise l'implantation des Jacobins (Dominicains) à Rennes, en 1369, et c'est dans ce couvent de Bonne-Nouvelle (ou des Jacobins) qu'a lieu le don miraculeux du tableau de Notre-Dame-de-Bonne-Nouvelle en 1466 : le couvent devient au XVIe-XVIIe un lieu de pèlerinage incontournable.

Il aurait fait débuter la construction d'une chapelle Notre-Dame-de-Bonne-Nouvelle à Rennes, , et Guy XII de Laval aurait fait poursuivre les travaux.

La statue de Notre Dame figure dans un retable à volet ainsi que le gisant de saint Herbot à la chapelle Saint-Herbot de Plonévez-du-Faou, or cette chapelle porte sur son porche sud de 1498 les armes ducales.

http://www.lavieb-aile.com/article-vierges-allaitantes-ix-chapelle-de-bonne-nouvelle-a-locronan-102853975.html

http://www.lavieb-aile.com/article-vierge-allaitante-iii-chapelle-de-quillidoare-a-cast-96288345.html

http://www.lavieb-aile.com/2017/04/l-enclos-paroissial-de-saint-herbot-a-plonevez-du-faou-vi.le-porche-sud-1498-1509-par-le-second-atelier-du-folgoet-l-exterieur-et-le

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Niche à volets de Notre Dame de Bonne-Nouvelle de la chapelle Saint-Herbot. Photo lavieb-aile.

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Voir aussi la chapelle Notre-Dame de Bonne-Nouvelle de Pleyben, celle de Roscoff, de Trébeurden, celle d'Uzel, etc.

https://www.bretagne-cotedegranitrose.com/offres/chapelle-de-bonne-nouvelle-trebeurden-fr-2714457/

http://patrimoine.bzh/gertrude-diffusion/dossier/chapelle-notre-dame-de-bonne-nouvelle/c6b47b0b-7c71-4160-871a-56aaba482aac

 

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L'Annonciation (calcaire polychrome, moulage) du portail sud de la chapelle de Quilinen. Photographie lavieb-aile 3 mars 2019.

L'Annonciation (calcaire polychrome, moulage) du portail sud de la chapelle de Quilinen. Photographie lavieb-aile 3 mars 2019.

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L'Annonciation (calcaire polychrome, moulage) du portail sud de la chapelle de Quilinen. Photographie lavieb-aile 3 mars 2019.

L'Annonciation (calcaire polychrome, moulage) du portail sud de la chapelle de Quilinen. Photographie lavieb-aile 3 mars 2019.

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Quel sourire ! An-gé-lique.

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L'Annonciation (calcaire polychrome, moulage) du portail sud de la chapelle de Quilinen. Photographie lavieb-aile 3 mars 2019.

L'Annonciation (calcaire polychrome, moulage) du portail sud de la chapelle de Quilinen. Photographie lavieb-aile 3 mars 2019.

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COMMENTAIRES.

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L'abbé Abgrall puis René Couffon  insistent plus, dans leur description de ce portail,  sur le monument architectural que sur le tympan et ses trois statues en ronde bosse. 

Pourtant, ce groupe est singulier pour au moins deux raisons :

a) il est en calcaire, dans un pays où les sculptures en pierre sont en granite ou en kersanton.

b) Le groupe de l'ange tenant le phylactère AVE GRATIA PLENA et de la Vierge mains ouvertes pour signifier le fiat de son adhésion compose une Annonciation, mais  la présence d'un deuxième ange présentant le nom de Notre Dame de Bonne Nouvelle est incongru ou du moins très inhabituel.

Surtout, cette œuvre est remarquable par sa beauté.

On cherchera pourtant en vain une étude (hormis peut-être dans les placards inaccessibles de la DRAC) qui lui soit consacrée en propre et qui réponde aux questions qu'elle suscite.

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Datation.

Pour situer le cadre temporel, disons que la chapelle date de la seconde moitié du XVe siècle.

Le riche matériau héraldique de la façade sud, des culots de ces trois personnages, et de l'intérieur, étudié avec brio par Michel Mauguin, indique que le début de la construction se situe entre 1450 et 1457 en raison des armoiries de Jean  Lespervez,  (l’évêque de  Quimper de 1450 à 1471) ; de Pierre II  (duc de Bretagne de 1450 à 1457 ), tandis que  les armes de Jan du Quélenec en alliance avec Marie de Poulmic, confirment que le début des travaux est antérieur à 1460. Cette construction s'est réalisée en deux étapes, la nef  en premier puis le chœur et le transept. La fin des travaux est moins précise, à la fin du XVe siècle. Le portail sud daterait donc de ce créneau initial 1450-1457 prolongé jusque vers 1490. Mais ce n'est qu'un indice pour la datation de l'Annonciation elle-même, contemporaine ou plus tardive. 

Daniel Kernalegenn souligne que "Si on regarde par contre les blasons peints sur les culs de lampes des statues de l’Annonciation nous avons un couple de 1413 (Kerguelen-Quistinic) et deux autres alliances non connues mais dont l’une des familles est chaque fois la famille de Launay. Ce qui est troublant dans ces trois blasons c’est que l’on ne retrouve pas le mariage fondateur qui donne un poids énorme à la famille de Kerguelen dans cette chapelle et qui est le mariage qui a été célébré en août 1449 entre Guillaume de Kerguelen et Blanche de Launay (La famille de Launay habitait le manoir de Penn ar yeun à 1km de la chapelle ; la famille de Kerguelen habitait au manoir de Keranroc’h à 5 ou 6 km). Si ce mariage avait été célébré avant le début de cette construction il aurait été en première place (des petits nobles bien sûr) dans les blasons de cette partie."

Matériau : le calcaire.

Dans son étude sur la sculpture sur pierre en Basse-Bretagne, Emmanuelle Le Seach écrit:

"Cinq types de pierre ont été utilisés dans la sculpture bas-bretonne : le kersanton, le granite, le grès feldspathique, la pierre de Logonna et le calcaire. [...] Le calcaire est pour la Basse-Bretagne une pierre d'importation qui provient le plus souvent de la vallée de la Loire (Saumur, Angers) mais la localisation des zones d'extraction ne peut être précisée sans des analyses pétrochimiques poussées. On la rencontre six fois dans le catalogue à partir du XVe siècle (Kergloff), toujours de manière polychrome, ce qui gêne parfois son identification".

Le catalogue d'E. Le Seac'h est extrêmement complet, pourtant il ne comporte ni ce groupe de l'Annonciation de la chapelle de Quilinen, ni  le Saint Cadoc (pierre calcaire) ni la statue de N.D. de Kilinenn ( enpierre calcaire également) , et pas d'avantage les  autres œuvres en calcaire remarquables par leurs dates : la Vierge allaitant dite Notre-Dame de Languivoa, datée du XIVe siècle, à Plonéour-Lanvern, et La Mise au tombeau (fin XVe-début XVIe) de l'abbatiale Sainte-Croix de Quimperlé .

http://www.lavieb-aile.com/2018/06/la-vierge-allaitant-de-la-chapelle-de-languivoa-a-plone

http://www.lavieb-aile.com/2018/06/la-mise-au-tombeau-de-l-abbatiale-sainte-croix-de-quimperle.html

Les six sculptures en calcaire du catalogue sont : 

— La Pietà aux 2 anges de douceur de Saint-Herbot en Plovevez-du-Faou, XVe

http://www.lavieb-aile.com/2017/03/l-enclos-paroissial-de-saint-herbot-en-plonevez-du-faou.v.la-pieta-et-les-deux-anges-de-douceur-xvie-siecle.html

—  La Pietà  assistée de deux anges de Plozevet (XVIe) : même sculpteur qu'à Saint-Hernot.

—  La Pietà à l'ange de compassion de Melgven (1499)

—  La Pietà accompagnée de six anges de Penmarc'h (XVIe)

—  La Pietà  (XVIe)  accompagnée d'un ange de la chapelle de Trémorvezen à Névez

— La Pietà assistée de deux anges de Kergloff (XVe)

Cet inventaire des sculptures en calcaire n'est pas exhaustif, même en lui ajoutant deux autres Pietà , sans angelots se trouvent dans le Morbihan à la chapelle Notre-Dame-la-Blanche à Theix, et de l'église Saint-Pierre-es-liens de Plescop. Mais il est notable que sur ces onze œuvres, dix concernent spécifiquement la Vierge et que sept comportent des anges. Cinq sont antérieures au XVIe siècle.

Je vais donc faire, du fond de mon incompétence, le pari que ce groupe sculpté date de la deuxième moitié du XVe siècle, et qu'il est donc contemporain de la construction du portail sud. Cela me permettra de me focaliser sur cette période pour une mise en parallèle avec d'autres Annonciations.

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3. Sujet : l'Annonciation sur le tympan.

L'Annonciation se retrouve dans les églises ou chapelles bretonnes  suivantes :

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La seule Annonciation occupant le tympan d'un porche se trouve à Rumengol.  Elle mérite d'être comparée à celle de Quilinen. Le lien vers mon article ouvrira à une discussion iconographique.

 

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Annonciation, porche sud de l'église de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

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Annonciation, porche sud de l'église de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

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Annonciation, porche sud de l'église de Rumengol. Photographie lavieb-aile.

 

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Avant de quitter ce portail, voici les culots armoriés (après restauration): je renvoie à l'article de Michel Mauguin pour les commentaires.

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L'Annonciation (calcaire polychrome, XVe siècle ?) du portail sud de la chapelle de Quilinen. Photographie lavieb-aile 3 mars 2019.

L'Annonciation (calcaire polychrome, XVe siècle ?) du portail sud de la chapelle de Quilinen. Photographie lavieb-aile 3 mars 2019.

L'Annonciation (calcaire polychrome, XVe siècle ?) du portail sud de la chapelle de Quilinen. Photographie lavieb-aile 3 mars 2019.

L'Annonciation (calcaire polychrome, XVe siècle ?) du portail sud de la chapelle de Quilinen. Photographie lavieb-aile 3 mars 2019.

L'Annonciation (calcaire polychrome, XVe siècle ?) du portail sud de la chapelle de Quilinen. Photographie lavieb-aile 3 mars 2019.

L'Annonciation (calcaire polychrome, XVe siècle ?) du portail sud de la chapelle de Quilinen. Photographie lavieb-aile 3 mars 2019.

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II. LA SCULPTURE ORIGINALE A L'INTÉRIEUR DE LA CHAPELLE.

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"La municipalité avait été alertée en juin 2006 de l’état de conservation déplorable du groupe de l’Annonciation conservé dans le tympan du porche sud de la chapelle. Cette œuvre de très grande qualité, selon les dires de la DRAC (Direction Régionale des Affaires Culturelles), était en très grand danger. Après bien des péripéties, et une première entreprise de restauration qui fait faillite, l’œuvre a enfin été restaurée par Hélène Gruau, une restauratrice de sculptures travaillant à Tours. Malheureusement cette œuvre, réalisée en pierre calcaire, même restaurée, ne pourra être remise à son emplacement initial car elle est devenue trop fragile. Il aurait bien entendu été très dommage de laisser vide l’emplacement initial de ces trois sculptures et c’est pourquoi leurs copies sont actuellement en cours de réalisation." (Bulletin communal de Landrévarzec)

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Cette excellente initiative est d'autant plus appréciable que, nous l'avons vu, les moulages n'ont pas à rougir de leur statut de fac-similé, et que le portail en est fortement embelli.

Les photographes regretteront seulement que le groupe original soit placé  sur un autel de la chapelle nord, sous une fenêtre orientée à l'est, et que les photos soient perturbées par l'incidence de la lumière du jour. Par contre, les statues sont désormais parfaitement accessibles au regard.

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L'Annonciation (calcaire polychrome, XVe siècle ?) du portail sud de la chapelle de Quilinen. Photographie lavieb-aile 3 mars 2019.

L'Annonciation (calcaire polychrome, XVe siècle ?) du portail sud de la chapelle de Quilinen. Photographie lavieb-aile 3 mars 2019.

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L'Annonciation (calcaire polychrome, XVe siècle ?) du portail sud de la chapelle de Quilinen. Photographie lavieb-aile 3 mars 2019.

L'Annonciation (calcaire polychrome, XVe siècle ?) du portail sud de la chapelle de Quilinen. Photographie lavieb-aile 3 mars 2019.

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"Nostre Damme de Bonne Nouvelle"

 

L'Annonciation (calcaire polychrome, XVe siècle ?) du portail sud de la chapelle de Quilinen. Photographie lavieb-aile 3 mars 2019.

L'Annonciation (calcaire polychrome, XVe siècle ?) du portail sud de la chapelle de Quilinen. Photographie lavieb-aile 3 mars 2019.

L'Annonciation (calcaire polychrome, XVe siècle ?) du portail sud de la chapelle de Quilinen. Photographie lavieb-aile 3 mars 2019.

L'Annonciation (calcaire polychrome, XVe siècle ?) du portail sud de la chapelle de Quilinen. Photographie lavieb-aile 3 mars 2019.

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L'ange Gabriel.

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L'Annonciation (calcaire polychrome, XVe siècle ?) du portail sud de la chapelle de Quilinen. Photographie lavieb-aile 3 mars 2019.

L'Annonciation (calcaire polychrome, XVe siècle ?) du portail sud de la chapelle de Quilinen. Photographie lavieb-aile 3 mars 2019.

L'Annonciation (calcaire polychrome, XVe siècle ?) du portail sud de la chapelle de Quilinen. Photographie lavieb-aile 3 mars 2019.

L'Annonciation (calcaire polychrome, XVe siècle ?) du portail sud de la chapelle de Quilinen. Photographie lavieb-aile 3 mars 2019.

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L'ange acolyte.

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L'Annonciation (calcaire polychrome, XVe siècle ?) du portail sud de la chapelle de Quilinen. Photographie lavieb-aile 3 mars 2019.

L'Annonciation (calcaire polychrome, XVe siècle ?) du portail sud de la chapelle de Quilinen. Photographie lavieb-aile 3 mars 2019.

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L'Annonciation (calcaire polychrome, XVe siècle ?) du portail sud de la chapelle de Quilinen. Photographie lavieb-aile 3 mars 2019.

L'Annonciation (calcaire polychrome, XVe siècle ?) du portail sud de la chapelle de Quilinen. Photographie lavieb-aile 3 mars 2019.

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SOURCES ET LIENS.

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ABGRALL (Jean-Marie) 1903, BDHA, Quimper

https://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/4f196b88dd412e5e8404c70acf3860ca.pdf

"Les portes jumelées en plein cintre se voient un peu plus tard aux deux portails sud de la chapelle de Quilinen en Landrevarzec et des Trois-Fontaines en Gouézec."

 

"Un sujet que l'on a figuré dans un certain nombre d'églises, c'est l'Annonciation. Au Folgoat, d'un côté de l'immense maîtresse vitre, la Sainte-Vierge est agenouillée sur un prie-Dieu, et de l'autre côté, en face d'elle, est l'ange Gabriel. Même groupe à la façade du porche Sud de Pleyben, 1588, à l'arc de triomphe de la Martyre, à la porte Sud de la chapelle de Quilinen, en Landrévarzec, au porche de Rumengol, en 1537, et à l'entrée du porche de Bodilis, en 1631. Ici l'ange Gabriel tient un lis entouré dune banderole portant sa salutation : Ave gratia plena. En face, la Vierge est à genoux sur un coussin, ayant à ses pieds un vase d'où sort un lis autour duquel s'enroule également une banderole, avec sa réponse : Ecce ancilla Domini, flat mihi secundum verbum tuum, ".BDHA 1903 page 32"

 

"Après saint Michel, l'Archange Gabriel ; mais celui-ci a beaucoup moins de représentations dans nos églises. Nous trouvons de lui une magnifique statue dans le sanctuaire du Juc'h, en face de Notre-Dame. Par ailleurs ii figure dans le mystère de l'Annonciation â côté de la maîtresse fenêtre du Folgoat, au joli petit porche de N. D. de Quilinen, en Landrévarzec, au fond du porche de Rumengol, à la façade de ceux de Bodilis et de Pleyben, aux calvaires de Tronoën, en Saint Jean Trolimon, de Plougonven, Plougastel et Pleyben. Dans ces groupes l'ange Gabriel est presque toujours figuré à genoux, vêtu d'une dalmatique et tenant un lis ou un sceptre autour duquel s'enroule une banderole portant sa salutation : Ave gratia plena. " BDHA 1903 Page 75

— ABGRALL (Jean-Marie) et PEYRON (Henri), 1917, Notice sur Landrévarzec, “ Bulletin diocésain d'histoire et d'archéologie 1917,” Collections numérisées – Diocèse de Quimper et Léon,  https://diocese-quimper.fr/bibliotheque/items/show/249.

 

  "Cette chapelle, située à 1.500 mètres du bourg, se trouve au bord de la route de Quimper à Châteaulin, près du 11e kilomètre. Elle présente extérieurement une ornementation très riche du côté de l'abside et sur la façade Midi, et est accompagnée d'un calvaire remarquable dont il sera fait une description détaillée. Le mur Est, formant l'abside droite et une branche de transept Nord, est percé de trois belles fenêtres et appuyé par quatre contreforts surmontés de pinacles aigus hérissés de crossettes. Sur la façade Sud on trouve trois autres jolies fenêtres, une petite porte élégante et deux contreforts, dont l'un très massif, renferme un escalier qui desservait autrefois un jubé intérieur ou une tribune  qui, sur sa face extérieure, contient une niche renfermant une statue de saint Pierre, en pierre blanche, maintenant dégradée, mais offrant toujours, dans les bordures de ses vêtements, des broderies d'une extrême finesse rappelant le genre et le style des draperies des personnages composant l'ancien Sépulcre de Sainte-Croix de Quimperlé.

Presque au bas de ce côté de la nef, est un porche ou une grande arcade encadrant une porte géminée et dans le tympan une gracieuse statue de la Vierge agenouillée ayant à sa droite l'ange Gabriel portant sur une banderole l' inscription gothique : AVE . GRATIA . PLENA. - A sa gauche un autre ange, aussi à genoux, tient l'inscription NOTRE . DAME . DE . BONNES . NOUVELLES. C'est en effet sous le vocable de Itroun Varia Kelou Mad,  Notre-Dame de Bonne-Nouvelle, que les Bretons invoquent la Sainte Vierge dans le mystère de  l'Annonciation. Le cul-de-lampe qui soutient la Vierge est formé d'un aigle tenant un écusson; ceux qui portent les anges sont formés de deux lions tenant aussi des écussons sur lesquels on a peint des blasons de fantaisie. Au-dessus de la grande arcade, sont trois ou quatre autres écussons, dont un timbré d'un casque. Ce joli porche de Quilinen est absolument analogue, comme forme et comme dimensions, à celui de Notre-Dame des Fontaines, en Gouézec."

 

— ABGRALL (Jean-Marie) En vélo autour de Quimper page 26.

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k102119s/f27.image.r=quilinen

— ABGRALL (Jean-Marie) BDHA 1901.

https://diocese-quimper.fr/images/stories/bibliotheque/bdha/bdha1901.pdf

— Anonyme, 1960, "Eglises et chapelles de la Région de Châteaulin", C 1960, p. 22, I 1961, Association Bretonne, Congrès de Châteaulin - juillet 1960 - T LXIX Bulletin du 88° congrès - Conférences et mémoires

 

— BULLETIN COMMUNAL DE LANDREVARZEC 211

http://www.landrevarzec.fr/IMG/pdf/bulletin-communal_25_landrevarzec_01-2011.pdf

"La municipalité avait été alertée en juin 2006 de l’état de conservation déplorable du groupe de l’Annonciation conservé dans le tympan du porche sud de la chapelle. Cette œuvre de très grande qualité, selon les dires de la DRAC (Direction Régionale des Affaires Culturelles), était en très grand danger. Après bien des péripéties, et une première entreprise de restauration qui fait faillite, l’œuvre a enfin été restaurée par Hélène Gruau, une restauratrice de sculptures travaillant à Tours. Malheureusement cette œuvre, réalisée en pierre calcaire, même restaurée, ne pourra être remise à son emplacement initial car elle est devenue trop fragile. Il aurait bien entendu été très dommage de laisser vide l’emplacement initial de ces trois sculptures et c’est pourquoi leurs copies sont actuellement en cours de réalisation. Nous espérons que ces statues, originaux et copies, seront à leurs places respectives avant le début de l’été."

CASTEL (Yves-Pascal), LUBIN (Joël), 2014, Landrévarzec La chapelle Notre-Dame de Quilinen, Bulletin de la Société archéologique du Finistère, pages 133 à 154.

— COUFFON (René), 1988,  http://diocese-quimper.fr/images/stories/bibliotheque/pdf/pdf-Couffon/LANDREVA.pdf

La porte sud avec son archivolte très relevée, ses hauts pinacles et ses portes géminées, est très semblable à celle de Notre-Dame des Trois-Fontaines en Gouézec ; toutes ses voussures reposent sur des colonnettes à chapiteaux.

Mobilier : groupe de l'Annonciation avec deux anges à banderoles, "AVE GRATIA PLENA" sur celle de Gabriel, "NOTRE DAME DE BONNES NOUVELLES" sur l'autre (tympan du portail sud),

DEBIDOUR (V.-H.°, 1953, La sculpture bretonne, étude d'iconographie religieuse populaire, Rennes, p.91.

"Lorsqu'il s'agit d'un tympan, un problème de répartition se pose à l'artiste : il est souhaitable, évidemment, de laisser le centre à Marie ; c'est ce qui a été fait à Quilinen, mais il a fallu, malgré le dais au dessus et une console au dessous, allonger exagérément le corps pour qu'il meuble toute la hauteur : agenouillé, il a à peu près les proportions qu'il aurait debout : Gabriel, en génuflexion à la droite de Marie, et nettement plus petit, déploie vers elle un phylactère à Ave gratia plena en lettres gothiques. Mais l'équilibre a exigé en face un autre ange tout semblable — dont l'infériorité se marque pourtant à ce qu'il n'a qu'une robe simple et non la belle dalmatique de l'archange, — et qui, faute d'avoir quelque chose à dire, porte sur sa banderole le titre de dévotion de la chapelle : « Notre-Dame de Bonnes-Nouvelles »."

Dossier Monuments historiques  Dossier IA29005115 réalisé en 1992

http://www.patrimoine.bzh/gertrude-diffusion/dossier/chapelle-de-quilinen-landrevarzec/a975043e-5991-4e0a-a464-ce66f82e8f58

— Dossier  PA00090046

http://www2.culture.gouv.fr/public/mistral/merimee_fr

— LE SEAC'H (Emmanuelle), 2014, Sculpteurs sur pierre en Basse-Bretagne. Les ateliers du XVe au XVIIe siècle, Presses Universitaires de Rennes.

— MAUGUIN (Michel), 2016, Les armoiries de la chapelle de Quilinen alias Kilinenn en Landrévarzec, Bulletin SAF 

 

http://michel.mauguin.pagesperso-orange.fr/Les%20armoiries%20dans%20la%20chapelle%20de%20Quilinen.pdf

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Published by jean-yves cordier - dans Chapelles bretonnes.
15 mars 2019 5 15 /03 /mars /2019 12:40

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I. L'uroscopie, une réalité de la médecine médiévale. 

Lire l'article Wikipédia bien informé et clair.

 

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"L’image du médecin portant un flacon d’urine à hauteur de ses yeux pour examiner son contenu est emblématique du médecin médiéval : dans tel manuscrit du Trésor de Brunetto Latini, n’est-ce pas un urinal qui symbolise la « fisique », située en dessous du droit canon et au dessus du droit civil ? Pourtant la science des urines, ou uroscopie, d’une part n’a pas toujours été un des piliers de la sémiologie médicale, et d’autre part n’a pas toujours eu la préséance que suggère le stéréotype du médecin à l’urinal." (Moulinier)

 

"Dans l’Antiquité, l’inspection des urines n’était qu’un des éléments de l’examen clinique, sans faire l’objet de traités particuliers. Ni Hippocrate, ni Galien n’avait légué de système à propos des urines, et la nouveauté vint de Byzance, avec la consécration de l’analyse des urines comme une méthode de diagnostic décisive qui devait permettre de prévoir « les choses les plus cachées et les plus abstruses » : mise au point au VIe ou au VIIe siècle dans l’entourage du Byzantin Théophile Protospathaire, qui souhaitait pallier la négligence de Galien, la science des urines gagna durablement l’Occident latin à partir du XIe siècle, époque où, d’une part, le De urinis de Théophile fut traduit du grec et où, d’autre part, le Liber urinarum d’Isaac Israeli (m. 955) fut mis d’arabe en latin par Constantin l’Africain.

L’uroscopie fut un des intérêts majeurs des maîtres dans la Salerne du XIIe siècle : outre Maurus (v. 1130-v. 1214), qui composa un commentaire au traité de Théophile et des Regulae urinarum, d’autres maîtres salernitains ont laissé des écrits qui sont autant de contributions importantes à l’élaboration d’une doctrine sémiologique.

Puis, assez rapidement, l’uroscopie fit son entrée dans les textes au programme des facultés de médecine : le De urinis d’Isaac et celui de Théophile figurent parmi les lectures au programme de la licence à Paris à la fin du XIII e siècle (1270-1274)3 , et l’uroscopie se vit reconnaître comme un enseignement à part entière dans d’autres lieux d’études, ce qui suscita à son tour une abondante production : à Montpellier par exemple, où le De urinis de Théophile fait partie de la liste des cours parmi lesquels les maîtres devaient choisir, d’après les nouveaux statuts dont se dota l’université en 1340 , tout se passe comme si, pour devenir maître en médecine, il fallait avoir laissé un traité d’uroscopie ou un commentaire à une autorité en la matière, principalement Théophile mais aussi Gilles de Corbeil (†v. 1223).

On sait donc quelle place importante la science des urines occupa dans la pensée et la pratique médicales, à partir du XIIe siècle et bien au-delà du Moyen Age, au point que beaucoup finirent par réduire la sémiologie du corps malade à l’uroscopie." (Moulinier)

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B.L.,Yates Thomson YT 19 f.28.  Li Livres dou Tresor de Brunetto Latini, France, Thérouanne (Picardie) , 1315-1335, artiste du Groupe Lancelot . Comment nature de toutes choses fut établie par iv complexions. 

https://www.bl.uk/catalogues/illuminatedmanuscripts/ILLUMIN.ASP?Size=mid&IllID=1934

Le florentin Brunetto Latini, orateur, poète, historien et théologien,  enseigna à Dante et à Guido Cavalcanti. Il prit part au gouvernement de Florence en 1253, puis fut contraint à l'exil en 1260. Il se retira en France (Paris, Montpellier) où il rédigea ce Trésor. Celui-ci, divisé en trois livres, est un composé sommaire des branches de la philosophie. Ce chapitre 102 débute la Troisième Partie, après Comment nature œuvre es elements et autres choses, et Comment nature furent faites et dou meesllement de complexions.

Les quatre complexions sont :

  • Terre ; melencolique ; froit et sec ; retentive ; auptomne ; octobre -novembre-décembre.

  • Eaue ; fleumatique ; froit et moiste ; expulsive ; yver ; janvier-mars

  • Air ; Sanguin ; chault et moiste ; digestive ; printemps ; avril-mai-juin

  • Feu ; colérique ; chaut et sec ; apetitive ; esté ; juillet-septembre.

Les quatre complexions sont liées aux quatre cercles, de la terre (brune), de l'eau (vertee, avec ses poissons) de l'air ( bleu) et du feu (rouge). Le médecin est tête nue (avec une tonsure ?) mais nous voyons ici la couleur rouge de sa robe et son manteau à capuchon. Le malade est allongé, et il est coiffé d'un bonnet.

Le texte débute ainsi :

Autressi avient il des iiii. Complexuions quant eles s'entremeslent en aucune creature, cvar chascune ensuit la nature de son element ; et por ce cvient -l, à l'entremesler des humors, que li uns sormonte l'autre, et que sa nature est plus forte, et de graignoir pooir

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B.L.,Yates Thomson YT 19 f.28. 

B.L.,Yates Thomson YT 19 f.28. 

 

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BnF Fr. 567  fol 24v Thérouanne, 1275-1300 : Trésor de Brunetto Latini.

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b9059175j/f30.item.zoom

Au centre d'un cercle composé de quatre couches différentes, vertes pour l'eau, bleu en feston pour l'air, rouge pour le feu et brun pour la terre, un médecin mire les urines d'un malade entièrement nu alité à ses pieds. Il élève à la lumière la matule (l'urinal) qui le caractérise autant que sa tenue qui allie le bonnet, le manteau et le col en jabot. Voir aussi dans le même groupe provenant du même atelier de Thérouanne que Yates Thomson YT19 fol. 28 (qui précède) le manuscrit Saint Petersbourg, Leningrad  RN Ms Fr f.v.III.4 folio 28v (E. Moore-Hunt).

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Copyright BnF Gallica https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b9059175j/f30.item.zoom

Copyright BnF Gallica https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b9059175j/f30.item.zoom

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Or, cet équilibre des quatre humeurs ou  éléments est analysé par le médecin par l'inspection des urines, et notamment de leurs couleurs :

 

" Leur coloration n’avait d’autre raison d’être que les proportions des humeurs, d’où l’importance de distinguos parfois fort subtils : ainsi la couleur noire, précédée de la couleur verte, signifiait la mort par adustion ou excès de chaleur, tandis que la couleur noire précédée de la nuance  livide, dénotait en revanche la mortification par le froid. La liste complète de ces couleurs, du blanc au noir en passant par glauque, gris cendré, pâle, citrine, rouge, etc., oscillait donc entre 19 et 20 selon les auteurs à cause de la couleur noire qui pouvait être comptée deux fois, selon qu’elle était précédée du vert ou du livide — et ces nuances furent même parfois subdivisées à leur tour, songeons seulement aux 42 variétés d’urines que distinguait au XVe siècle le médecin Pierleone da Spoleto ! En matière de noms de couleurs, l’uroscopie a enrichi la langue latine du néologisme « subcitrinus », « citrine pâle » , et y a introduit, via Théophile, des mots grecs qu’elle ne possédait pas, comme charopos, « gris cendré », et inopos, « rouge vineux », ou qui y avaient un autre type d’emploi, comme kyanos, « rouge tirant sur le bleu, pourpre » . 

Dans le ms. Londres, British Library, Sloane 7Miscellanées médicaux, incluant Godfridus super palladium (ff. 88-92); Agnus Castus, fragments (ff. 30-33v), 1er quart Xve siècle ], par exemple, manuscrit anglais du XVe siècle décrivant 20 matules, dont deux sont représentées fol. 59v : on y voit différentes bandes de couleurs et des particules en suspension à différents niveaux ; à gauche est écrit « kyanos », et à droite « inopos », sans autre forme de traduction. [image infra]

Dans le ms. de l’Accademia dei Lincei qui nous intéresse, la liste de ces couleurs se trouve aux fol. CXr-CXIr, où chaque désignation de couleur est précédée d’un pied de mouche alternativement rouge ou bleu. Et, comme dans le ms. anglais, on constate que les désignations de couleur héritées du grec ont été reproduites telles quelles, si l’on excepte une modification graphique pour kyanos devenu Quianos. Voici comment se présente la liste au fol. CXrab : « I colori delle urine sono venti cioeè [Alba [Glauco [Lacteo [Karopos [Subpalido [Palido [Subcitrino [Citrino [Subruffo [(fol. CXva) [Ruffo [Subrubeo [Rubeo [Subrubicundo [Inopos [Quianos [Verde [Livido [Nero [Purpureo » (Moulinier).

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B.L. Sloane 7 f.59V (détail)

B.L. Sloane 7 f.59V (détail)

B.L. Sloane 7 f.59v in PARRA 2016.

B.L. Sloane 7 f.59v in PARRA 2016.

Albicus Sigismondus (1347-1427), in PARRA 2016.

Albicus Sigismondus (1347-1427), in PARRA 2016.

En raison du rôle important de l'uroscopie dans l'art médical du Moyen-Âge, nous avons un grand nombre d'enluminure représentant, dans les traités médicaux ou autres, des médecins examinant la matula (le récipient en verre).

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BnF Ms. fr.134, fol. 111r, Livre des proprietés des choses de Barthélemy l'Anglais, Flandres (Bruges) . 1460-1490

traduit du latin [Bartholomaeus Anglicus, De proprietatibus rerum,] par Jean Corbichon . 43 lignes sur deux colonnes. - 20 miniatures attribuées au maître d'Antoine de Bourgogne . Manuscrit réalisé pour Louis de Bruges , dont les armoiries se devinent par transparence sous les armes royales, ce manuscrit est entré dans les collections royales vers 1510, lors de l'acquisition par Louis XII de la bibliothèque de ce grand bibliophile.

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b100238580/f245.item.zoom ,

Nous retrouvons le bonnet académique et la robe rouge insignes de la dignité du titre de médecin, auquel s'ajoute un chaperon noir. Chacun apporte son flacon.

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Copyright BnF Gallica https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b100238580/f245.item.zoom

Copyright BnF Gallica https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b100238580/f245.item.zoom

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J'ai trouvé de nombreux documents iconographiques dans la thèse tout à fait remarquable de Maribel Morente Parra "Image et culture de la maladie à la fin du Moyen-Âge" (en ligne).

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dans PARRA 2016.

dans PARRA 2016.

dans PARRA 2016.

dans PARRA 2016.

dans PARRA 2016.

dans PARRA 2016.

dans PARRA 2016.

dans PARRA 2016.

dans PARRA 2016.

dans PARRA 2016.

dans PARRA 2016.

dans PARRA 2016.

dans PARRA 2016.

dans PARRA 2016.

dans PARRA 2016.

dans PARRA 2016.

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 Voici le BnF fr. 1109 datant de 1310. Au folio 242a,  en tête du Régime du corps d'Aldebrandin de Sienne , nous trouvons cette enluminure :

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8454666h/f491.item.zoom

Livre du trésor de BnF Français 1109 folio 462a https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8454666h.image

Livre du trésor de BnF Français 1109 folio 462a https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8454666h.image

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Si bien que l'image d'un homme élevant la matula et vêtu d'un manteau rouge est comprise par tous les lecteurs : c'est un médecin.

Le conte du médecin, Geoffroy Chausser, Contes de Canterbury manuscrit d'Ellesmere, Huntington Library , mssEL 26 C 9, c 1400 folio 133r

https://hdl.huntington.org/digital/collection/p15150coll7/id/2630

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Huntington Library , mssEL 26 C 9, c 1400 folio 133r

Huntington Library , mssEL 26 C 9, c 1400 folio 133r

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II. Dans les marges, entre réalité et caricature.

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Le médecin du Moyen-Âge est fréquemment représenté en train de mirer les urines, au même titre que nous le représentons avec son stéthoscope autour du cou, c'est à dire de façon moins réaliste que conventionnelle. Cette représentation n'est pas loin de la caricature, et cette figure fait souvent partie du répertoire comique des marges à drôleries des manuscrits gothiques. Dans la période 1250-1350, Jean Wirth et  Isabelle Engammare  dénombre parmi les manuscrits "à drôleries" examinés exactement  100 médecins en train de mirer l'urine, dont ... trente-neuf sont des singes.


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in PARRA 2016

in PARRA 2016

in PARRA 2016.

in PARRA 2016.

Les médecins mirant les urines des marges des manuscrits : une transition vers le motif du duo de Côme et Damien ?

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Bodley 264 : le Roman d'Alexandre (Flandres -Bruges ou Tournai-, Jehan de Grise, 1338-1344) folio 79 et  168.

(colophon "Che livre fu perfais de le enluminure au XVIII jour d'avryl per Jehan de Grise– L'an de grace M CCC XLIIII").

http://image.ox.ac.uk/show?collection=bodleian&manuscript=msbodl264

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Bodley 264 : le Roman d'Alexandre (Flandres -Bruges ou Tournai-, Jehan de Grise, 1338-1344) folio 79

Bodley 264 : le Roman d'Alexandre (Flandres -Bruges ou Tournai-, Jehan de Grise, 1338-1344) folio 79

Bodley 264 : le Roman d'Alexandre (Flandres -Bruges ou Tournai-, Jehan de Grise, 1338-1344) folio 168.

Bodley 264 : le Roman d'Alexandre (Flandres -Bruges ou Tournai-, Jehan de Grise, 1338-1344) folio 168.

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Même lorsque la caricature n'est pas appuyée, elle occupe les marges des beaux livres. Tel le manuscrit des Heures de Jeanne d'Evreux, Metropolitan Museum Cloister 1.2 folio 143, enluminé par l'illustre Jean Pucelle en 1324-1328. En marge de la représentation de saint Louis recevant en prison son livre de prières, un médecin couronné tient l'urinal devant un malade.

https://www.metmuseum.org/fr/art/collection/search/470309

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Les médecins mirant les urines des marges des manuscrits : une transition vers le motif du duo de Côme et Damien ?
Les médecins mirant les urines des marges des manuscrits : une transition vers le motif du duo de Côme et Damien ?

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III. Les manuscrits de Thérouanne vers 1280-90.

Un groupe de manuscrits  a été produit par un atelier de Thérouanne en Picardie à la fin du XIIIe siècle.

 

Ainsi, le BnF fr. 95 est de la même main que le manuscrit Latin 1076 et que le manuscrit 111 de la Bibliothèque de Marseille (Heures Thérouanne). 2 colonnes de 40 lignes . Si ce BM 111 Heures à l'usage de Thérouanne  ne contient pas de médecins dans les marges. http://initiale.irht.cnrs.fr/codex/2768, ce n'est pas le cas des autres manuscrits.

 L'enlumineur semble avoir un faible pour le motif du médecin à l'urinal, qu'on retrouve fréquemment. C'est avancer ainsi vers l'image finale qui servira à ma démonstration Mais un peu de patience.

 

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1) BnF latin 1076 Psalterium ad usum Fratrum Minorum (appartient au groupe Yale 229, BnF fr 95 et Marseille BM 111). XIIIe siècle.

Ce psautier à l'usage des Frères mineurs contient dans la marge supérieur du psaume 1 Beatus vir qui non abiit in consilio impiorum au folio 7  une représentation du médecin barbu, coiffé du bonnet, en robe rouge sous un manteau doré et inspectant le flacon de verre. Nulle caricature, aucun rapport avec le texte ou l'image centrale (David et sa harpe, David de Goliath), mais un motif parmi d'autres, comme le joueur d'orgue portatif, l'oiseau, les lapins et les chiens de chasse, ou le lion.

 

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BnF latin 1076 f.7, numérisation BNF Gallica.

BnF latin 1076 f.7, numérisation BNF Gallica.

BnF latin 1076 f.7, numérisation BNF Gallica.

BnF latin 1076 f.7, numérisation BNF Gallica.

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2°)  Beinecke 229 ,New Haven, Yale University, Roman arthurien Agravain (dernière partie du Lancelot proprement dit),  Thérouanne 1275-1300  .

https://brbl-dl.library.yale.edu/vufind/Record/3433279

a) folio 110v Un singe habillé en médecin dresse la matula devant une cigogne. Le singe porte les attributs des médecins, le bonnet et le manteau rouge ; il tend la main vers la tête de la cigogne crédule.

https://brbl-dl.library.yale.edu/vufind/Record/3433279

 

 Beinecke 229 f. 110v

Beinecke 229 f. 110v

b) folio 154v : un médecin mire les urines d'une femme et désigne de l'index son ventre : il lui apprend qu'elle est enceinte.

C'est l'une des principales fonctions de l'uroscopie de servir au diagnostic de grossesse.

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 Beinecke 229 folio 154v.

Beinecke 229 folio 154v.

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3. BnF français 95 : Le début du Lancelot.  Thérouanne 1275-1300.

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b6000108b/f136.image

Le manuscrit Yale Beinecke 229 est la suite de ce manuscrit. Celui-ci est une version remaniée du Roman de Joseph d'Arimathie en prose, ce roman appartient au cycle de la Vulgate ou de Lancelot-Graal. La première branche de ce cyle est l'Estoire del saint Graal

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a) folio 314v : un médecin centaure et uroscope. Le bonnet rouge et le manteau à capuchon "typent" le personnage au même titre que la matule.

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 BnF français 95 f. 314v,  numérisation BNF Gallica.

BnF français 95 f. 314v, numérisation BNF Gallica.

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b) le folio 64v : Hippocrate soignant le neveu d' Auguste.

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b6000108b/f136.image

Résumé de l' épisode: Hippocrate rappelle à la vie le neveu de l’empereur Auguste que les médecins avaient condamné, et guérit de nombreux habitants de Rome qui lui vouent, en retour, un véritable culte et lui érigent une statue au sommet de la plus haute tour de la Ville. 2°Irritée par cet orgueil, une Gauloise se charge de ridiculiser Hippocrate, en le faisant succomber à ses charmes, pour montrer qu’«il n’est nus engins que feme ne porpenssast, ne onques hom terriens ne fu si sages que feme nel peüst decevoir». 3°Hippocrate part vers l’Orient à la rencontre du «povres hom» qui non seulement fait voir les aveugles, entendre les sourds et marcher les boiteux, mais encore a ressuscité Lazare –autrement dit le Christ. Cette fois, c’est le fils de l’empereur Antoine qu’Hippocrate ramène à la vie. 4°Hippocrate repart s’installer dans son île et succombe, pour la deuxième fois, à la perfidie des femmes: sa propre épouse, par orgueil, l’empoisonne en lui faisant manger la chair hautement toxique d’une truie en rut. 

L'image centrale montre Ypocras, barbu,  coiffé du bonnet académique des médecins et vêtu de la robe rouge sous le manteau bleu, qui, après l'avoir palpé, se penche vers Gloriatus, neveu de l'empereur Auguste pour lui verser du "ius d'herbe" dans la bouche, ce qui le guérit immédiatement. Le texte occupe le folio 65r :

Quant il vint au cors il comencha a regarder celle part ou il quidoit plus rost trouver la verite de la mort. Ainsi ayant que maintenant que il ot mise sa main sour le cors, il connut maintenant quil estoit encore plain de vie et que lame li estoit encore el cors. Lors li ouvri il mesmes la bouce et dedens li mist ius derbe de si grant force et de si grant pooir quil se leva maintenant aussi sains et qusi haities come il ot oncques este a nul iour de toute sa vie.

Autre version en 1523 dans l'édition de Philippe Le Noir :

https://books.google.fr/books?id=nRRfAAAAcAAJ&hl=fr&source=gbs_navlinks_s

Comment Ypocras vint à Romme ou il guarit le nepveu de lempereur que lon tenoit mort dont tout le monde faisoit deuil.... Alors luy mesme devant tout le monde luy ouvrit la bouche et luy donna a boire du iust de quelque herbe qui avoit cette vertu et propriété que incontinent quil eut savoure de cestuy il se leva et fut tout sain guary et ne sentit nulle doulleur ne angoisse du monde.

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BnF fr 95 f. 64v, numérisation BNF Gallica.

BnF fr 95 f. 64v, numérisation BNF Gallica.

BnF fr 95 f. 64v, numérisation BNF Gallica.

BnF fr 95 f. 64v, numérisation BNF Gallica.

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IV. L'ENLUMINURE MARGINALE DU FOLIO 64v du BNF FR. 95 : APPARITION DU COUPLE GÉMELLAIRE DU MÉDECIN À LA MATULA ET DU MÉDECIN AU POT D'ONGUENT.

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Sur la marge supérieure de ce folio 64v où Hippocrate guérit le neveu d'Auguste après l'avoir palpé (séquence diagnostic/thérapeutique), ce n'est plus un seul médecin tenant le flacon de verre, mais deux médecins, spéculaires et donc gémellaires, vêtus en docteurs en médecine. L'un élève la matule, mais l'autre le singe en élevant à la lumière son flacon d'onguent qu'il désigne doctement de l'index. Cette vignette a tous les critères de la drôlerie, avec ses ailes, son chien blanc appuyé sur sa canne et ses têtes de lion, mais elle est regardé différemment lorsqu'on y reconnaît le couple des jumeaux Côme et Damien, précisément caractérisés par ces deux attributs, la matula et le pot à onguent, et par leur présentation spéculaire (leurs habits ne différant que par quelques détails, notamment de couleurs).

 

Il reste à savoir si ce motif, qui surgit ici par la réunion du thème hippocratique de cette page et du principe ornemental par symétrie médiane adopté par l'artiste, va participer à introduire dans l'art occidental le thème iconographique des deux saints médecins.

 

BnF fr 95 f. 64v, numérisation BNF Gallica.

BnF fr 95 f. 64v, numérisation BNF Gallica.

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BnF fr 95 f. 64v, numérisation BNF Gallica.

BnF fr 95 f. 64v, numérisation BNF Gallica.

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Quelques exemples de la symétrie en miroir adoptée par l'artiste de Thérouanne dans ces antennes filigranées.

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b6000108b/f117.image

BnF fr 95 f. 43r, numérisation BNF Gallica.

BnF fr 95 f. 43r, numérisation BNF Gallica.

BnF fr 95 f. 52r, numérisation BNF Gallica.

BnF fr 95 f. 52r, numérisation BNF Gallica.

BnF fr 95 f. 100r, numérisation BNF Gallica.

BnF fr 95 f. 100r, numérisation BNF Gallica.

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V. LES SAINTS CÔME (MATULA) ET DAMIEN (BOITE À ONGUENT ET LANCETTE), PATRONS DE LA MÉDECINE MÉDIÉVALE.

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Parmi la riche iconographie de Côme et Damien, déjà présentée, je donnerai un seul exemple, dans lequel les deux jumeaux accompagnent avec saint Jean (coupe de poison) et Jean-Baptiste (agneau) les principes de la médecine médiévale :

Guild Book of the Barber Surgeons of York, including its ordinances, 2nd half of the 16th century, British Library, Egerton 2572 folio 51v.

https://www.bl.uk/catalogues/illuminatedmanuscripts/ILLUMIN.ASP?Size=mid&IllID=1585

Dans ce Livre de la Guilde des chirurgiens barbiers de York, portant la date de 1486, les folios 50 à 51 nous donnent ;

  • Folio 50, Homo venorum, une carte des saignées avec le nom des veines cardiata, cephalica, basilica et leur usage  : c'est la pratique des chirurgiens-barbiers.
  •  f. 50v  Homo signorum  un Homme zodiacal : chaque signe est liée à une partie du corps, du Bélier à la tête jusqu'aux Poissons aux pieds.
  • f. 51, à gauche de la page précédente, une volvelle-calendrier avec son curseur mobile entourée des quatre saints.
  • au folio 51v, les quatre humeurs entourent la tête du Christ. Malecolius le Mélancolique avec une large aumônière et un pantalon à rayure bicolore, Sanguinius le Sanguin avec la main sur sa bourse, Coloricus le Colérique et Flematicus le Flegmatique sur sa canne, mains dans des moufles. Chacun tient un phylactère avec une légende en anglais : "Ther ar the iiii humors [...] to the iiii elements".

Nous voyons donc que cette représentation de saint Côme et Damien vient s'insérer dans cette médecine médiévale des humeurs, des éléments, du zodiaque et des cycles, qui est celle de l'inspection diagnostique des urines.

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https://www.bl.uk/catalogues/illuminatedmanuscripts/record.asp?MSID=7581&CollID=28&NStart=2572

https://www.bl.uk/catalogues/illuminatedmanuscripts/record.asp?MSID=7581&CollID=28&NStart=2572

https://www.bl.uk/catalogues/illuminatedmanuscripts/record.asp?MSID=7581&CollID=28&NStart=2572

https://www.bl.uk/catalogues/illuminatedmanuscripts/record.asp?MSID=7581&CollID=28&NStart=2572

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https://www.bl.uk/catalogues/illuminatedmanuscripts/record.asp?MSID=7581&CollID=28&NStart=2572

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Les deux saints sont vêtus de la même façon, avec le bonnet de docteur et le manteau long ; leur gémellité est soulignée ; ils sont jeunes, souriants  et beaux. Cette dualité héritière des très anciens mythes est ici doublée par le couple des deux saints Jean de la partie haute.

Saint Côme, SANCTE COSME est clairement indiqué comme étant celui qui tient l'urinal (une précision qui m'est chère car elle est souvent méconnue). C'est le versant diagnostique et pronostique de l'art.

Saint Damien SANCTE DAMIANE tient une boite à onguent cloisonnée et une lancette (pour la saignée ou en guise de spatule ?)  : c'est le versant thérapeutique de l'art médical.

 

https://www.bl.uk/catalogues/illuminatedmanuscripts/record.asp?MSID=7581&CollID=28&NStart=2572

https://www.bl.uk/catalogues/illuminatedmanuscripts/record.asp?MSID=7581&CollID=28&NStart=2572

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Les quatre humeurs.

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https://www.bl.uk/catalogues/illuminatedmanuscripts/record.asp?MSID=7581&CollID=28&NStart=2572

https://www.bl.uk/catalogues/illuminatedmanuscripts/record.asp?MSID=7581&CollID=28&NStart=2572

Les médecins mirant les urines des marges des manuscrits : une transition vers le motif du duo de Côme et Damien ?
Les médecins mirant les urines des marges des manuscrits : une transition vers le motif du duo de Côme et Damien ?

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SOURCES ET LIENS.

 

— ANDROUTSOS (Georges ), Théophile Protospatharios : un précurseur byzantin de l'urologie .

http://www.biusante.parisdescartes.fr/sfhm/hsm/HSMx2007x041x001/HSMx2007x041x001x0041.pdf

— Imbault-Huart (Marie-José), 1983, La médecine au Moyen-Âge à travers les manuscrits de la Bibliothèque Nationale, Editions de la Porte Verte, Paris. Non consulté mais j'aurai aimé.

— M. Goyens, P. De Leemans, A. Smet. Les traductions vernaculaires des traités d’uroscopie dans l’Occident médiéval : quelques exemples, May 2004, Louvain, Belgique. Louvain, Leuven University Press, pp.221-241, 2008. id.

 

— MORENTE PARRA (Maria Isabel ou Maribel), 2016, Imagen y cultura de la enfermedad en la Europa de la Baja Edad Media Thèse de doctorat Faculté d'Histoire et géographie de Madrid sous la direction de Laura Fernández Fernández

https://core.ac.uk/download/pdf/78501571.pdf

 

— MOULINIER  (Laurence),2008,  L’uroscopie en vulgaire dans l’Occident médiéval : un tour d’horizon.

https://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-00608694/document

 

— MOORE HUNT (Elisabeth), 2007, Illuminating the Borders of Northern French and Flemish Manuscripts, 1270-1310 , New-York & London, Routledge, 

— ROUX (Brigitte) 2009, Mondes en miniatures: l'iconographie du Livre du trésor de Brunetto Latini, Librairie Droz, 2009 - 439 pages

https://books.google.fr/books?id=JXuNxTJWcyoC&pg=PA312&lpg=PA312&dq=Elisabeth+MOORE+HUNT,+Illuminating+the+Borders+of+Northern+French+and+Flemish+Manuscripts,+1270-1310+,+New-York+%26+London,+Routledge,+2007&source=bl&ots=y8aJnXjv60&sig=ACfU3U21t6-8inOVk6cxrw7lPDh7d6M8FA&hl=fr&sa=X&ved=2ahUKEwj3qr7utoHhAhUDLBoKHaNhACIQ6AEwAnoECAcQAQ#v=onepage&q=urine&f=false

— SEGUY Mireille , 2001, Hippocrate victime des images, A propos d'un épisode déconcertant de 'l'Estoire des saint Graal'  Romania, 119, 3-4, 2001 p. 440-464 . Non consulté.

 

— WIRTH ( Jean), Isabelle Engammare,  Les marges à drôleries des manuscrits gothiques, 1250-1350

*Sur exactement 100 médecins en train de mirer l'urine, trente-neuf sont des singes"

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13 mars 2019 3 13 /03 /mars /2019 22:42

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Bréviaire à l'usage des Dominicains, dit "Bréviaire d'Isabelle de Castille". British Library Add Ms 18851 folio 462r

 

http://www.bl.uk/manuscripts/Viewer.aspx?ref=add_ms_18851_fs001r

Bordure jaune à semis de fleurs coupés et d'insectes en trompe l'œil (ombres portées). Je dénombre entre autre : Rose , Ancolie, Violette, Bourrache, Pensée sauvage, Paquerette,  Pervenche, Myosotis, Oeillet, Fraisier sauvage, Lis, 1 papillon, 1 oiseau.

 

Enluminure sur la largeur d'une colonne de texte.

Les saints sont mentionnés dans le calendrier au 27 septembre. Cosme et Damiani martyrum. Simplex

27 septembre. Titre en rubrique. Sanctorum martirium Cosme et Damiani.

(copie sous réserve) Resta quis omnipotens deus ut quis eorum tuorum cosme et damniani nataliti a colunus : acunctisinalis iminientibus eorum intercessionnibus libere nun per. Ex grestis eorum lectio prima Sub diocletiano et maximi ano in egea civitate licie : scanta deodora duos geminos cosmas et damianus genuit et sacrislris exudivit I piat tantam aspus scom gratias curationum habebant q' omnem egritudines etiam aiuinientis et ab huin anis corporibus expellebant : et anemine q. cq' accipientes : sicut dominus dei gratis acceperant gratias dabant. PR

Etc..

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Auteur de l'enluminure :  Maître de Jacques IV d'Ecosse (48 enluminures sur 168), identifié comme Gérard Horenbout, actif à Gand vers 1490. Petits traits à l'or pour souligner le volume des plis des vêtements.

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Bréviaire à l'usage des Dominicains, dit "Bréviaire d'Isabelle de Castille". British Library Add Ms 18851 folio 462r.

Bréviaire à l'usage des Dominicains, dit "Bréviaire d'Isabelle de Castille". British Library Add Ms 18851 folio 462r.

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Les deux saints jumeaux sont en habit de docteur en médecine, à dominance rouge (la couleur de cette fonction), mais répartie entre les deux afin de les différencier : ils portent le bonnet carré, la robe longue et fourrée, l'aumônière, et l'un d'eux porte le chaperon sur l'épaule droite.

Leurs attributs sont ceux alors en usage : la matula ou urinal en verre servant à mirer les urines pour celui de gauche (c'est Côme pour moi), et le mortier à onguent avec son pilon (ou sa cuillère) pour Damien. Soit la double fonction indissociable de leur art,  diagnostique et thérapeutique.

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Bréviaire à l'usage des Dominicains, dit "Bréviaire d'Isabelle de Castille". British Library Add Ms 18851 folio 462r.

Bréviaire à l'usage des Dominicains, dit "Bréviaire d'Isabelle de Castille". British Library Add Ms 18851 folio 462r.

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12 mars 2019 2 12 /03 /mars /2019 19:54
Cloître de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Cloître de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

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GENERALITÉS

Un gisant  – terme qui vient du verbe « gésir », autrement dit «être couché » – est une sculpture funéraire de l'art chrétien représentant un personnage couché (par opposition à orant ou priant) généralement à plat-dos, vivant ou mort dans une attitude béate ou souriante (par opposition au transi), l'effigie étant habituellement placée sur le dessus d'un cénotaphe ou, plus rarement, d'un sarcophage.

Un cénotaphe — du grec κενοτάϕιον : kenos (« vide ») et taphos (« tombeau ») — est un monument funéraire qui ne contient pas de corps contrairement au mausolée, élevé à la mémoire d'une personne ou d'un groupe de personnes, et dont la forme rappelle celle d'un tombeau. Le mausolée contient le corps du défunt, contrairement au cénotaphe, et est alors considéré comme son tombeau.

C’est  l'élément principal de décoration d’un tombeau ou d’un enfeu. Les tombeaux à gisant peuvent être au ras du sol comme la plupart des pierres tombales mais ils sont le plus souvent sur un socle ou soubassement.

Par extension, un gisant gravé ou sculpté en bas ou demi-relief sur une dalle funéraire peut également représenter l'effigie d'un grand personnage.

 

L’art funéraire du Moyen-âge se singularise par une forte production de gisants, surtout à partir du 11ème siècle, parallèlement à la mise en place d’une nouvelle organisation de la société : la féodalité. Pendant les décennies qui suivent les invasions barbares, les seigneurs locaux profitent de l’affaiblissement du pouvoir central pour affirmer leur puissance et pour se constituer des fiefs sur lesquels ils règnent et qu’ils transmettent à leurs descendants. Ainsi fondent-ils de véritables dynasties, à l’image des Plantagenêt, famille originaire d’Anjou qui régna sur l’Angleterre du 12ème au 15ème siècle. À leur mort, ces seigneurs locaux ne tombent pas dans l’anonymat ; bien au contraire, leurs descendants préservent leur mémoire en plaçant leur effigie sculptée sur leur sépulture.

Au Moyen-Âge, le gisant a d’abord une fonction commémorative ; pour un personnage puissant, il constitue le moyen idéal de continuer d’exister par-delà la mort. Il est rarement isolé mais plutôt installé près d’autres gisants dans un même lieu, bien souvent dans l’église d’une abbaye qu’ils ont fondée ou enrichie, pour former ainsi de véritables nécropoles. Ces ensembles funéraires, qui se développent après 1150, visent à commémorer une dynastie et à renforcer sa légitimité. (source)

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LE CLOÎTRE DE TRÉGUIER.

 Le cloître de l'ancienne cathédrale de Tréguier a été réalisé dans le troisième quart du 15e siècle, commencé sous l'épiscopat de Jean de Ploeuc et terminé sous celui de Christophe du Chastel. 

Les gisants qui y sont rassemblés ne proviennent pas de la cathédrale, et pas d'avantage de la noblesse de Tréguier, et leur présence dans ce lieu est récente :

"Au XXème siècle (1932) ,  Monsieur de Kerguézec , sénateur maire de Tréguier, Président du Conseil Général, a  fait transférer à Tréguier  au moins 16 mausolées ou plaques tombales  remisés à Saint Brieuc. Il les a fait installer ici , souhaitant transformer le  cloître en musée dans le cadre de son ambition  de faire de Tréguier une ville d’Art.   Ces enfeux ne sont donc  pas de Tréguier mais d’ailleurs :  Abbaye de Beaulieu, (Languédias), cathédrale de St Brieuc , église d’Yffiniac de Lannebert, de Matignon… Nous avons ici une esquisse de  musée remarquable spécialisé dans l’art funéraire. " (J.M. Huon 2015)

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Je ne décrirai que les gisants en ronde bosse ou demi-relief, et non les dalles avec leur décor et leurs inscriptions gravés.

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LES TROIS GISANTS DE LA GALERIE OUEST.

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Cloître de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Cloître de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

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Ce sont trois abbés de l'abbaye de Beaulieu ; un quatrième nous attend dans la galerie suivante. Cela mérite de nous intéresser à cette abbaye, qui aurait été totalement détruite:  le domaine fut acquis par un homme de loi de Dinan le 28 septembre 1797. Il ne reste plus rien de cette abbaye dont l'église a été démolie en 1843 comme les derniers bâtiments subsistants. (Wikipédia)

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Pourtant...

L'Abbaye de Beaulieu en Languédias.

Languédias se trouve au sud-ouest de Dinan ; les cartes actuelles montrent le site portant ce nom de Beaulieu au sud d'un étang, dont les moines devaient tirer profit, avec une avenue rectiligne et un groupe de bâtiment (en partie agricole). Voir Remonterletemps IGN 1. La carte EM 1950 montre un réseau en étoile de ce qui fut peut-être une pêcherie. On sait que Guy Le Lyonnais avait fait construire un moulin à farine vers 1500 ; il est toujours visible, avec son bassin de retenue, sa digue, son bief de dérivation  et il porte ses armoiries. L'Inventaire Général en propose un excellent reportage: Moulin à farine de Beaulieu.

La carte de Cassini (avant la vente de l'abbaye en 1797) montre l'emplacement ; et la carte EM 1820-1866 montre le mur d'enceinte de la propriété, polyédrique, à l'extrémité de l'allée.

Le site genealogie22.org propose un excellent dossier sur l'abbaye. J'y trouve (sans sa source) la description suivante avec la mention de cinq tombeaux :

 

«Dans l'église de l'abbaye de Beaulieu, nous est apparu dans le chœur, du côté de l'évangile, un tombeau, sur lequel est une statue en pierre de grain fin représentant un abbé crossé; ce tombeau est enfoncé dans le mur. Au dessus de ce tombeau est une pierre de grain aussi adossée au mur, sur laquelle est une épitaphe en écriture gothique, et sur une autre pierre, aussi en dessus du même tombeau est un écusson écartelé de 12 pièces, dont 6 unies et les 6 autres chargées de 3 hermines, chacune disposée 2 et 1. Dans la chapelle collatérale placée à gauche en entrant dans l'église, du côté droit d'icelle sont deux tombeaux enclavés dans la muraille, sur lesquelles sont deux statues entières et en pierre de grain, représentant deux abbés en habits sacerdotaux et au dessus de celui plus près du bout de la chapelle, est un écusson de pierre de grain, chargé de trois canettes ou oisons, deux en chef, l'autre en pointe -famille Lesquen. De l'autre côté de la même chapelle, aussi enfoncés dans le mur, sont deux autres tombeaux, sur lesquels sont aussi deux statues de pierre de grain et entières, portant près d'elle un écusson saillant de la même pierre, dont l'un est chargé d'un lion montant et l'autre de 12 losanges, sans pouvoir distinguer le fond de l'écusson...» L'exposé mentionne le tombeau de Guy le Lyonnais figurant en habits sacerdotaux dans le côté gauche de la ditte chapelle. 

Aux quatre gisants d'abbés de Beaulieu, il faut ajouter ici celui d'Alain de Vitré, provenant de l'abbaye. Enfin, c'est le musée de Dinan qui a reçu le gisant de Roland de Dinan, fondateur de l'abbaye Notre-Dame de Pont-Pilard vers 1160

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Gisant n°1. Abbé [de Beaulieu?] non identifié.

 

La fonction d'Abbé est attestée par la crosse placée en diagonale, dont l'extrémité de la hampe est enfoncée dans la gueule d'un animal (un chien apparemment plutôt qu'un lion ou un dragon). Le défunt a les pieds adossé à ce chien. Il est vêtu d'une chasuble sur une cotte, avec un très beau mouvement des plis. Sa tête est posée sur un coussin rectangulaire.

Je dois  faire appel à la photo de Bernard Bègne pour l'Inventaire, car son cliché pris de haut montre un détail que nous allons retrouver et qui semble propre aux gisants de l'abbaye de Beaulieu. Un ange (tête brisée) placé à gauche pose une main paume à plat sur l'épaule de l'abbé. C'est un très beau geste de tendresse,  de protection ou d'accompagnement durant le sommeil éternel, comme celui d'un parent pour son enfant.

 

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copyright région Bretagne photo Bernard Bègne.

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Ce gisant partage avec les deux suivantes des caractères stylistiques communes, dont la moindre n'est pas la présence des deux anges bienveillants. Ici, le dais manque, mais n'a-t-il pas été brisé ? Il est également très proche du gisant de Gui Le Lionnais (bâton pastoral en diagonal) Si on considère la liste des abbés de Beaulieu dans ce créneau temporel, on trouve  (je mets en gras les gisants identifiés et présents à Tréguier) :

  • 1391-1405 : Guillaume V du Val

  • 1406-1426 : Guillaume VI du Flo

  • 1426-1467 : Guillaume VII Boutier

  • 1470-1476 : Marc Gruel

 Abbés commendataires

  • 1487-1517 : Guy le Lyonnais mort en 1528 ;

  • 1517-1545 : Mathurin Glé ;

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Nous pouvons donc imaginer que cet "abbé non identifié" soit Marc Gruel. Il succéda à son parent Guillaume Boutier. "Quelques actes de son abbaye le cite en 1470 et 1476.

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Gisant du cloître de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Gisant du cloître de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

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Gisant du cloître de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Gisant du cloître de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

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2°) Le gisant de Guillaume Boutier,  († 1468), abbé de Beaulieu (1426-1468), aumônier et conseiller du duc Jean V de Bretagne, élu évêque de Saint-Malo.

Guillaume Boutier, abbé de Beaulieu (1426-1468). Granite,  l = 248 ; la = 70. Ronde bosse.  Tombeau provenant de l'abbaye de Beaulieu. Une inscription placée sur le tombeau se trouve dans le cloître, n°17.

 

"Guillaume Boutier conseiller et et aumônier du Duc Jean V fut pourvu de l'abbaye de Beaulieu par le pape Martin V l'an 1426  sur la démission de son prédécesseur. Son mérite et ses bonnes qualités le firent élire deux fois évêque de St Malo ; mais elles ne furent pas assez connues du pape pour en obtenir des Bulles : de sorte qu'après bien des poursuites faites par le duc, par les chanoines de St Malo et par l'Abbé même il fut obligé de rayer se ses titres celui d'élu de St Malo. On ne sait pas précisément l'année de décès de cet Abbé, qui vivait encore en 1467. Marc Gurel succéda à Guillaume Boutier son parent ; il tenait cette place en 1470 et 1476, selon quelques actes de son abbaye. " (Dom Morice)

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Ce gisant est placé (comme le suivant) sous un dais gothique. Le bâton pastoral est à droite, il s'interrompt au dessus de la douille hexagonale. L'abbé est nu-tête, avec une tonsure dite romaine (rasant le haut du crâne et préservant une couronne). Il porte le manipule au dessus du poignet gauche. Comme le précédent, il est entouré de deux anges (les têtes ont été brisées systématiquement) et l'ange de gauche semble placer une main derrière la tête.

Meilleure photo par B. Bègne ici :

http://patrimoine.bzh/gertrude-diffusion/dossier/cloitre-de-la-cathedrale-saint-tugdual-treguier/cce71869-22f9-4d8b-8f6c-af1d66f79a2b

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Gisant du cloître de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Gisant du cloître de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

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Gisant du cloître de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Gisant du cloître de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Gisant du cloître de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Gisant du cloître de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

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3°) Gisant de Guillaume Le Flo [ou Le Floch], abbé de Beaulieu décédé en 1427.

granite l = 243, la = 71 ; Ronde bosse. date 1427. Tombeau provenant de l'abbaye de Beaulieu.

"Guillaume Le Flo fut recommandé au duc Jean V par l'antipape Benoit XIII [pape d'Avignon] l'an 1406. Le Duc reçut cet abbé, et le mit au nombre de ses conseillers. Guillaume se démit en 1426 et mourut au mois de juillet 1427." (Dom Morice)

Cette démission a-t-elle été entraînée par la nomination de Guillaume Boutier par Martin V, pape à Rome, alors que le protecteur de Guillaume Le Flo, l'antipape Benoit XIII, était décédé en 1423 sans se démettre et avait été suivi par le pape d'Avignon Clément VIII  ? A-t-il été désavoué par Rome et contraint à renoncer à son titre ?

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http://www2.culture.gouv.fr/public/mistral/palissy_fr?ACTION=RETROUVER&FIELD_98=LOCA&VALUE_98=%20Tr%e9guier&NUMBER=52&GRP=0&REQ=%28%28Tr%e9guier%29%20%3aLOCA%20%29&USRNAME=nobody&USRPWD=4%24%2534P&SPEC=3&SYN=1&IMLY=&MAX1=1&MAX2=200&MAX3=200&DOM=Tous

http://patrimoine.bzh/gertrude-diffusion/illustration/ivr5320172202209nuca/aeaa29ac-ece4-43d0-aace-21ed3c6bb54d

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Il s'agit du prédécesseur de Guillaume Boutier, et les deux gisants sont assez proches, notamment par le dais gothique, le manipule, la tonsure. Les plis de la chasuble sont plus réguliers.  Par contre, il ne porte pas le bâton pastoral, ce que Jean-Michel Huon relie au fait qu'il s'était démit de ses fonctions un an avant sa mort.

L'ange de tendresse est ici particulièrement visible : il glisse la main gauche sous la tête de l'abbé tandis qu'il place son index droit sur la page d'un livre ouvert, comme pour aider le défunt à réciter ses prières.

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Gisant du cloître de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Gisant du cloître de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

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Gisant du cloître de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Gisant du cloître de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Gisant du cloître de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Gisant du cloître de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

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LES QUATRE GISANTS DE LA GALERIE NORD.

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Gisant du cloître de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Gisant du cloître de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

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4°) Prêtre non identifié, prieuré Saint-Pierre de Matignon, XIVe siècle.

 

 

 

"granite l = 186 ; la = 70 2e moitié 14e siècle . La dalle a dû faire partie d'un dallage car on y voit des traces d'usure, le gisant est défiguré. Elle a été découverte en 1863 dans le cimetière du prieuré Saint-Pierre à Matignon."

 

L'ancienne chapelle Saint-Pierre à Matignon est aujourd'hui disparue ; elle existait encore pendant la Révolution avant d'être  vendue comme bien national en  l'an VI puis d'être détruite en 1863. Ses pierres tombales  furent transportées à Saint-Brieuc, puis à Tréguier .

Ma photo ne montre pas grand chose : je reproduis la photo de Bernard Bègne dans le dossier de l'Inventaire .

Le gisant est spectaculaire, car la dalle est taillée en bas-relief, et le défunt est représenté vêtu d'une chasuble ovoïde aux plis en V où les deux manches (simple repli d'étoffe) forment un dessin très stylisé d'où émergent les deux mains jointes dans la prière. Cette chasuble rappelle la paenela romaine et donne une allure ancienne au monument. Elle recouvre une cotte talaire au dessus de deux souliers pointus.

La tête est petite, très épurée, coiffée d'un bonnet (ou des cheveux coupés au bol ?) Un calice est placé à gauche, symbole de la tombe d'un prêtre. Une crosse d'abbé se devine tant à gauche de la tête .

 

 

IVR53_20172202210NUCA, copyright région Bretagne, photo Bernard Bègne.

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Gisant du cloître de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Gisant du cloître de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

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5°) Gisant d'Alain de Vitré dit Alain de Dinan

Granite,  l = 163 ; la = 75. Classé au titre objet le 20 juin 1986. 

Ce gisant, le plus ancien conservé ici,  a pu être exécuté en 1199, mais plutôt en 1220 (caractères de l'armure) ; il  provient de l'abbaye de Beaulieu. Alain de Dinan est le fondateur de l'abbaye de Bello-Loco à Beaulieu en 1190, transfert de l'abbaye de Pont-Pilard fondée par   Rolland de Dinan.  Fils de Robert III de Vitré, il a été "adopté" comme fils par Rolland de Dinan, sans enfant, et il lui succéda en 1186 et reçut comme lui la charge de Sénéchal de Bretagne au service de Geoffroy II de Bretagne. Il s'illustre pour sa force et son courage lors de  l'affrontement avec Richard Cœur de Lion. Il meurt peu après, à 42 ans.

Le gisant le représente sous les traits idéalisés d'un jeune homme aux longs cheveux bouclés ceints par un arceau frontal ; le visage aux yeux ouverts est doux et souriant. Le sénéchal porte la tenue de chevalier avec une armure recouverte d'un surcot plissé (sauf le tiers supérieur) serrée à la taille par une fine ceinture. Le baudrier de l'épée est porté plus bas. Les bras (sauf la main droite) et les jambes sont brisés. Un objet que je n'ai pu identifié est suspendu au poignet droit. 

Il porte sur son bouclier ses armes de gueules, à un lion de sable, couronné d'or et armé de sable :

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Contre scel d'André de Vitré en 1239, in Peter Meadey 1997

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Blason des barons de Vitré, Wikipédia, Jimmy44

 

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Il est passionnant de le comparer avec le gisant de Roland de Dinan, mieux préservé :

"Avec ses 2,15 mètres de long, ce haut-relief est imposant. La tête du personnage repose sur un coussin, son visage triangulaire est encadré de cheveux bouclés, il a les yeux grands ouverts, son expression est paisible et reflète bien le rapport que l’homme du Moyen-Âge pouvait entretenir avec la mort : elle est apprivoisée, acceptée sereinement, sans drame excessif. Il porte ses armes, signe de sa fonction et de son activité d’ici-bas, sa main gauche tient fermement l’épée qui l’accompagne. Il est vêtu de son haubert de mailles et de ses chausses de fer, ses pieds reposent sur un lion incarnant sa puissance, son genou est découvert, il semble esquisser un pas en avant. Ses gantelets de fer sont également parfaitement représentés. Enfin, le personnage porte un surcot et s’équipe d’un bouclier qui présente les mêmes armoiries que celles figurées sur le sceau de sa petite-nièce, Gervaise de Dinan, fille d'Alain de Vitré, précieusement conservé aux Archives départementales des Côtes d’Armor : losangés d’argent sur fond de gueule. Ces armoiries nous confortent dans l’idée qu’il s’agirait du gisant de Roland de Dinan. Constat  bien surprenant : ce gisant ressemble en tout point à un autre, installé dans le cloître de la cathédrale de Tréguier : celui d’Alain de Vitré. Les deux effigies se ressemblent trait pour trait, au point que l’on suppose qu’elles faisaient partie de la même commande et étaient le fruit du même atelier. Le gisant du Musée de Dinan n’a pas été sculpté à l’époque du trépas de Roland car l’analyse stylistique de l’armure figurée par le sculpteur indiquerait plutôt les années 1220. Il s’agirait donc d’une commande différée. Selon Peter Meazey, le commanditaire des gisants de Roland de Dinan et d’Alain de Vitré pourrait être le troisième époux de Gervaise de Dinan, Richard le Maréchal, ou son gendre, Henri d’Avaugour. En supposant que les deux gisants datent des années 1220-1230, l'un ou l'autre de ces deux hommes pourrait les avoir commandés, tous les deux ayant besoin d'imposer leur autorité, de montrer leur largesse et de célébrer l'ancienne lignée. Primitivement donc, le gisant de Rolland de Dinan reposait à l’abbaye de Beaulieu, aux côtés du gisant de son neveu. L’imposante sculpture est extraite des ruines de l’abbaye de Beaulieu quelque temps après la Révolution, puis transportée à Saint-Brieuc. En 1848, Luigi Odorici, conservateur du Musée de Dinan, réussit à faire valoir les droits de la Ville de Dinan auprès des membres du Conseil général des Côtes-du-Nord qui acceptèrent que la pierre retournât à Dinan." http://www.dinan.fr/medias/doc/other/319/gisant-de-roland-de-dinan-1961-173-2.pdf

photos de ce gisant :

https://fr.wikipedia.org/wiki/Rolland_de_Dinan#/media/File:Gisant_de_Rolland_de_Dinan.jpg

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Gisant de Rolland de Dinan. Copyright Camille Macé

 

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Le plus passionnant pour mon enquête est de retrouver, dès 1220, sur les deux gisants, les deux anges, (ceux de Roland étant mieux préservés) et, sur l'épaule droite, dans les deux cas, la petite main posée à plat.

 

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Photo de Camille Macé zoomée et fléchée par moi

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Gisant d'Alain de Vitré (détail), vers 1220. Cloître de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Gisant d'Alain de Vitré (détail), vers 1220. Cloître de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

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Gisant d'Alain de Vitré, vers 1220. Cloître de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Gisant d'Alain de Vitré, vers 1220. Cloître de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

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Gisant d'Alain de Vitré, vers 1220. Cloître de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Gisant d'Alain de Vitré, vers 1220. Cloître de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

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Gisant d'Alain de Vitré, vers 1220. Cloître de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Gisant d'Alain de Vitré, vers 1220. Cloître de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

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6°) Gisant de Guy de Lionnais, abbé de Beaulieu 1477-1528.

Granite l = 195, la = 70. Oeuvre provenant de l'abbaye de Beaulieu, qui aurait été exécutée entre 1477 et 1517. Guy le Lionnais était aussi chanoine de Rennes.

http://www2.culture.gouv.fr/public/mistral/palissy_fr?ACTION=RETROUVER&FIELD_98=LOCA&VALUE_98=%20Tr%e9guier&NUMBER=44&GRP=0&REQ=%28%28Tr%e9guier%29%20%3aLOCA%20%29&USRNAME=nobody&USRPWD=4%24%2534P&SPEC=3&SYN=1&IMLY=&MAX1=1&MAX2=200&MAX3=200&DOM=Tous

"Gui Le Lionnais chanoine de Rennes obtint l'abbaye de Beaulieu en Commende vers l'an 1477 et fut élu évêque de Rennes l'an 1501 en la place de Michel Guibé. Mais les Chanoines ayant su que la Cour n'approuvait pas ce choix, rétractèrent le 3 mars de cette même année tout ce qu'ils avaient fait sur ce sujet. Gui se démit l'an 1517 en faveur de Mathurin Glé, son neveu. Le pape Léon X admit sa résignation, à condition qu'il se réserverait le titre de Commendataire et la jouissance de tous les biens de l'abbaye. Gui mourut le 18 juin 1528 et fut inhumé dans son église." (Hyacinthe Morice,  Histoire ecclésiastique et civile de Bretagne Volume 2)

On remarque les points communs avec les gisants des abbés de Beaulieu qui l'ont précédés. Mais l'abbé n'est plus tonsuré, il a même les cheveux longs et bouclés : c'est toute la différence entre un abbé commanditaire (qui perçoit les bénéfices mais n'apparient pas à la communauté monastique) et un père abbé. 

On retrouve le manipule au poignet gauche, la tête appuyée sur un coussin rectangulaire, la hampe de la crosse placée en diagonale. On ne peut dire si celle-ci se terminait dans la gueule d'un lion, car la partie basse est brisée. Le visage aux yex ouverts est paisible. 

Les deux anges gardiens sont bien là, et celui de gauche pose sa menotte sur la poitrine de l'abbé, tandis que celui de droite tend la main vers la crosse.

Voir la photo de Bernard Bègne ici.

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Gisant du cloître de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Gisant du cloître de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

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Gisant du cloître de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Gisant du cloître de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Gisant du cloître de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Gisant du cloître de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

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7°) Le gisant d'un abbé de Beaulieu, vers 1300-1350 .

Granite, l = 165, la = 65 ; 1ere moitié du XIVe siècle. Proviendrait de l'abbaye de Beaulieu.

Ces indications sont celles de la base Palissy PM22002032.

Photo de Bernard Bègne ici.

Photo par Bernard Bègne de la tête vue de dessus ici.

Ce visage encapuchonné par une sorte de coiffe qui donne à l'abbé une allure féminine est frappant par ses traits ronds et lourds, son nez épaté, et surtout ses profonds plis naso-géniens ou sa bouche en U inversé. À la différence des autres défunts, il porte une chape à bords ornés d'orfrois à perles groupées en fleurons. Je ne vois pas la crosse ; mais peut-être un chapelet.

Il y a bien un ange à sa droite, mais il tient un blason où se distingue une fleur de lys, et d'autres meubles qu'il serait passionnant de préciser avec des clichés mieux orientés. 

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Gisant du cloître de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Gisant du cloître de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

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LES CINQ GISANTS DE LA GALERIE EST.

Je trouve la description et la photo du gisant suivant provenant de l'église de Lannebert.Gisant d'un homme d'arme, Guillaume Le Bigot.  Gisant en calcaire. dalle en granit. l = 163 (Dimension du gisant) ; Dimensions de la dalle : l = 208, la = 76, avec une inscription : CY GIST GUILLAUME LE BIGOT EN SON VIVANT S de LA VILLEALANE.

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Mais je n'ai pu le repérer dans mes clichés ou ceux disponibles en ligne.

Poursuivons la visite : nous sommes à l'angle entre la galerie nord et la galerie est.

 

Gisant du cloître de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Gisant du cloître de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

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La galerie est avec ses cinq gisants.

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Les treize gisants du cloître de la cathédrale de Tréguier.

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8°) Gisant d' Eon Gillebert, homme d'Armes,

Provenance :  église d'Yffiniac, XV° siècle. granite, l = 206 ; la = 92 Epitaphe (partiellement illisible) : CI GIST EON GILBERT JADIS SEIGNEUR de CARJEGU et DU ROST QUI TREPASSA LE III ... DU MOIS de ... MILIIII et LXIIII exécutée entre 1450 et 1470.

La famille Guilbert, ou Gilebert, Gillebert ou Guilbert est une famille noble d'Yffiniac. Elle y possédait le manoir de Carjegu, rue des Grandes Patûres ( Olivier Guilbert en 1514, Hervé en 1536).

Éon Guilbert est cité lors de la réformation du 25 octobre 1426, avec Geffroy Guilbert, et  Guillaume du Bouaisbouexel, ou Guillaume de Brehant, deux familles que nous allons retrouver). Ils sont présents aussi à la réformation du 7 décembre 1432, sauf Éon.

À la montre d'armes de Saint-Brieuc de 1480, Jehan Guillebert  (200 livres de revenu)  comparaît comme homme d’armes ;

L'homme d'armes est représenté en armure complète non recouverte d'un surcot, épée au coté, avec les solerets appuyés sur un animal (un lion je présume), la tête nue reposant sur un coussin, tandis que son casque est posé à sa gauche.

Photo de Bernard Bègne ici.

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Gisant du cloître de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Gisant du cloître de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

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9°) Gisant d'un Homme d'Armes, famille Bourné,

provenance : église de Lannebert, XVI° siècle.

"La famille DU BOURNÉ, aujourd'hui éteinte, appartenait à la noblesse de l'ancien diocèse de Saint-Brieuc, en Bretagne, où elle a possédé une terre de son nom dans la paroisse de Lannébert. On en trouvera un tableau généalogique dans les Dossiers bleus. Elle figure de 1427 à 1513 aux réformations et montres de la noblesse des diocèses de Saint-Brieuc et de Tréguier. Kerviler mentionne un G. du Bournet qui habitait en 1445 la maison noble des Ouches, en Tréverien, et un Yvon du Bourné qui figure en archer à cheval, pour Lannebert, à la montre de Goello en 1481. "

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La tête, le bas des jambes et les avant-bras sont brisés. Une dague est tenue dans la main droite.

Photo de Bernard Bègne ici.

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Gisant du cloître de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Gisant du cloître de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Gisant du cloître de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Gisant du cloître de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

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Les trois gisants suivants étaient initialement prévus pour l'ancienne église Saint-Michel de Saint-Brieuc, détruite en 1849 : ils sont exposés dans le cloître de la cathédrale de Tréguier depuis 1920 (selon Claude Raffay, ancienne gardienne du cloître, témoignage recueilli par E. Le Seac'h) .

E. Le Seac'h attribue ces trois gisants, dont la ressemblance est importante, à Roland Doré, le célèbre sculpteur en kersanton de Landerneau actif entre 1618 et 1663. Les Bois-Boissel étaient une famille influente de Saint-Brieuc, qui se prétendaient être les fondateurs de l'unique paroisse de la ville, Saint-Michel. Les Bréhant ont repris leur succession. 

Ils sont donc à rapprocher des 6 autres gisants de Roland Doré : ceux de Jacques Barbier (1638) exposé au Musée de Lesneven,  Guillaume de Rosmadec à Lantic , de Thébault de Tannouarn à Plérin, de Gilles de la Noé au château de Keranroux à Ploujean, d'Yves Bervet, sieur du Parc exposé au Musée Départemental de Quimper, et enfin celui d'Auffray du Chastel à Landeleau. Trois d'entre eux sont décrits dans ce blog.

Ils partagent tous un air de famille, avec leur sorte de perruque triangulaire, leur moustache et le toupet du menton comme les mousquetaires de nos imaginations, l'armure Louis XIII, le coussin (ou "carreau) sur lequel ils reposent, yeux clos et visage serein...

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10. Homme d'Armes, famille Bréhant, Kersanton, atelier de Roland Doré (1618-1663).

il mesure (Le Seac'h) 1,70 m de long, 59 cm de large et 1,03 cm de haut.

Les jambes, le nez et les doigts sont brisés.

On lit que les armes de la branche aînée sont  de gueules à un léopard d'argent  et celles d'une branche cadette  de gueules à trois macles d’or . Mais E. Le Seach donne plus judicieusement, citant de Courcy,  de gueules à sept macles d'or, 3,3,1 (idem dans Toussaint de Saint-Luc).

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Gisant du cloître de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Gisant du cloître de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Gisant du cloître de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Gisant du cloître de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Gisant du cloître de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Gisant du cloître de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

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Gisant du cloître de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Gisant du cloître de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

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11. Homme d'Armes, famille Bréhant, Kersanton, atelier de Roland Doré (1618-1663).

Il mesure 1,70 m de long, 52 cm de large et 98 cm de haut.

Les jambes sont brisées sous les genouillères et désolidarisées du reste du corps. Une cassure est visible au niveau du tronc, comblée par du ciment. Le nez et les doigts sont brisés.

Les armoiries sont martelées mais laissent deviner des macles disposées comme pour le gisant précédent.

Voir photo Bernard Bègne ici.

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Gisant du cloître de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Gisant du cloître de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

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Gisant du cloître de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Gisant du cloître de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

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Gisant du cloître de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Gisant du cloître de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

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12. Gisant d'un homme d'armes de la famille de Bois-Boissel. Kersanton, atelier de Roland Doré (1618-1663).

il mesure 1,60 m de long, 59 cm de large et 1,02 m de haut. Pieds manquants, coupés au dessus des chevilles. Le haut des doigts est brisé ainsi que son nez.

http://www.boisboissel.fr/

La famille de Boisboissel était la seigneurie la plus importante de la banlieue de Saint-Brieuc, et son ancienne demeure, l'hôtel de Quicangroigne à Saint Brieuc en 1592 , devint palais épiscopal. Le Blason de la famille est: d'hermines au chef de gueules, chargé de 3 macles d'or, qui se dit également de Bretagne au chef de Rohan.

Photographie Bernard Bègne ici.

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Gisant du cloître de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Gisant du cloître de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Gisant du cloître de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Gisant du cloître de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Gisant du cloître de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Gisant du cloître de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Gisant du cloître de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Gisant du cloître de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

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LE GISANT DE LA GALERIE SUD.

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13. Gisant de Jeanne du Buchon, femme d'Eon Gillebert, homme d'armes. Provient de l'église d'Yffiniac, xve siècle

 

Granite l = 200 ; la = 79

Inscription (incomplète) : et JEHANNE DU BUCHON SA FEMME QUI TREPASSA LE Xe JOUR de JUL... et ...

Oeuvre exécutée entre 1450 et 1470. Elle provient d'Yffiniac et était sans doute accolée au tombeau d'Eon Guillebert.

http://www2.culture.gouv.fr/public/mistral/palissy_fr?ACTION=CHERCHER&FIELD_1=REF&VALUE_1=PM22002048

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Gisant du cloître de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Gisant du cloître de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

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Gisant du cloître de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Gisant du cloître de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

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Gisant du cloître de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Gisant du cloître de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

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SOURCES ET LIENS.

— COPY (Jean-Yves ) 1986, Art, société et politique au temps des ducs de Bretagne: les gisants haut-bretons. Aux Amateurs de livres,  294 pages

— HUON (Jean-Michel), Le cloître de la cathédrale de Tréguier.

http://jeanmichelhuon.canalblog.com/archives/2015/04/15/31895538.html

— G.L.S. Recteur, « Notice sur Trédias, Saint-Urielle, Yvignac, Languédias, l'Abbaye de Beaulieu, Mégrit et Trémeur (environs de Broons) », Mémoires de la Société Archéologique et Historique des Côtes du Nord,‎ 1890, p. 33-36 

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k2078664/f54.image

L'abbaye Notre-Dame de Beaulieu en Languédias.

http://www.genealogie22.org/sites/racines_galleses/abbaye_beaulieu_languedias.htm

— LE SEAC'H (Emmanuelle), 2014, Sculpteurs sur pierre en Basse-Bretagne, les ateliers du XVe au XVIIe siècle, Presses Universitaires de Rennes, pages 222-229.

— Pierre Hyacinthe Morice 1839, L' église de Bretagne ou histoire des siéges épiscopaux, séminaires et ...

https://books.google.fr/books?id=yr0AAAAAcAAJ&pg=PA529&lpg=PA529&dq=Guillaume+Boutier+conseiller+et+et+aum%C3%B4nier+du+Duc+Jean+V+fut+pourvu+de+l%27abbaye+de+Beaulieu+par+le+pape+Martin+V&source=bl&ots=Lgwztum4aP&sig=ACfU3U3FZqNhIsp9CUYJrEqzP3jbxkPQBw&hl=fr&sa=X&ved=2ahUKEwjV4JC4mvzgAhWVAWMBHQqPABwQ6AEwA3oECAcQAQ#v=onepage&q&f=false

Les gisants du cloître de Tréguier : dossier photo de Bernard Bègne.

http://patrimoine.bzh/gertrude-diffusion/dossier/cloitre-de-la-cathedrale-saint-tugdual-treguier/cce71869-22f9-4d8b-8f6c-af1d66f79a2b

 

 

http://www2.culture.gouv.fr/public/mistral/palissy_fr?ACTION=CHERCHER&FIELD_98=LOCA&VALUE_98=%20Tr%e9guier&DOM=Tous&REL_SPECIFIC=3

 

https://www.ouest-france.fr/bretagne/brehand-22510/brehand-le-gisant-de-guillaume-de-launay-revient-l-eglise-6064912

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Published by jean-yves cordier
9 mars 2019 6 09 /03 /mars /2019 14:53

La tapisserie de La Paix, 1993, d'après Marc Chagall par Yvette Cauquil-Prince au Musée du Pays de Sarrebourg.

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Voir aussi dans ce blog :

Et voir aussi sur les tapisseries :

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PRÉSENTATION.

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Cette monumentale  tapisserie de basse-lisse tissée dans les ateliers d'Yvette Cauquil-Prince mesure 4,71 m de haut et 6,96 m de large et occupe entièrement le mur placé devant l'escalier du musée. Elle a été réalisée pour la ville de Sarrebourg d'après la gouache préparatoire pour le vitrail La Paix de l'ONU à New-York posé en 1964.

Elle a été inaugurée en 1994 pour son entrée au musée du Pays de Sarrebourg.

Comme toute œuvre de (d'après) Chagall, elle peut être admirée et étudiée selon divers points de vue.

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Tapisserie La Paix, 1993, Yvette Cauquil-Prince d'après Chagall au Musée du Pays de Sarrebourg. Photographie lavieb-aile 2 mai 2016 .

Tapisserie La Paix, 1993, Yvette Cauquil-Prince d'après Chagall au Musée du Pays de Sarrebourg. Photographie lavieb-aile 2 mai 2016 .

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La signature ou mention de Marc Chagall.

Tapisserie La Paix (détail), 1993, Yvette Cauquil-Prince d'après Chagall au Musée du Pays de Sarrebourg. Photographie lavieb-aile 2 mai 2016 .

Tapisserie La Paix (détail), 1993, Yvette Cauquil-Prince d'après Chagall au Musée du Pays de Sarrebourg. Photographie lavieb-aile 2 mai 2016 .

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I. LA CONTEMPLATION FESTIVE.

 

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Avant toute analyse, le degré zéro de la lecture c'est l'accueil de cette grande palette de couleurs, l'entrée dans sa danse, l'écoute des mélodies de  son monde intérieur, la plongée dans ce Monde Bleu où nous attendent, au gré ravi de notre regard, sur des plages multicolores, cent motifs familiers. 

Ils nous sont familiers parce qu'ils ressemblent à ceux de nos Abécédaires, A comme Âne, C comme Coq, L comme Lion et S comme Serpent : la joie de leur retrouvaille vient de nos enfances.

Mais ce sont aussi nos vieilles connaissances car ils proviennent du Bestiaire d'oncle Chagall, qui nous les apprivoisés, à moins que ce soit nous qui ayons été charmés et envoûtés de les avoir vu dans tous les grands musées, les grandes expositions du monde ; pour ma part, c'est une connivence avec ma visite du MUba de Tourcoing, de la Piscine de Roubaix, du FHEL de Landerneau, des vitraux de Reims et de Metz,  et, surtout bien-sûr, du vitrail de L'Arbre de Vie des Cordeliers de Sarrebourg, dont je sors à peine.

Nous somme face à ce large sourire du Beau, toujours mystérieux et inépuisable par la fascination qu'il exerce en nos cœurs, mais ici aussi toujours amusé, malicieux,  gentil et tendre. Son doux venin, flèche d'un Cupidon de l'art, pénètre par notre œil, nous étonne l'âme, impose à notre intellect le silence, et, sous ce baiser, par haut miracle spéculaire, fait surgir sur nos propres lèvres le divin épanouissement de la béatitude.  Mais tellement tient mes esprits raviz, En admirant sa mirable merveille ...

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Tapisserie La Paix (détail), 1993, Yvette Cauquil-Prince d'après Chagall au Musée du Pays de Sarrebourg. Photographie lavieb-aile 2 mai 2016 .

Tapisserie La Paix (détail), 1993, Yvette Cauquil-Prince d'après Chagall au Musée du Pays de Sarrebourg. Photographie lavieb-aile 2 mai 2016 .

Tapisserie La Paix (détail), 1993, Yvette Cauquil-Prince d'après Chagall au Musée du Pays de Sarrebourg. Photographie lavieb-aile 2 mai 2016 .

Tapisserie La Paix (détail), 1993, Yvette Cauquil-Prince d'après Chagall au Musée du Pays de Sarrebourg. Photographie lavieb-aile 2 mai 2016 .

Tapisserie La Paix (détail), 1993, Yvette Cauquil-Prince d'après Chagall au Musée du Pays de Sarrebourg. Photographie lavieb-aile 2 mai 2016 .

Tapisserie La Paix (détail), 1993, Yvette Cauquil-Prince d'après Chagall au Musée du Pays de Sarrebourg. Photographie lavieb-aile 2 mai 2016 .

Tapisserie La Paix (détail), 1993, Yvette Cauquil-Prince d'après Chagall au Musée du Pays de Sarrebourg. Photographie lavieb-aile 2 mai 2016 .

Tapisserie La Paix (détail), 1993, Yvette Cauquil-Prince d'après Chagall au Musée du Pays de Sarrebourg. Photographie lavieb-aile 2 mai 2016 .

Tapisserie La Paix (détail), 1993, Yvette Cauquil-Prince d'après Chagall au Musée du Pays de Sarrebourg. Photographie lavieb-aile 2 mai 2016 .

Tapisserie La Paix (détail), 1993, Yvette Cauquil-Prince d'après Chagall au Musée du Pays de Sarrebourg. Photographie lavieb-aile 2 mai 2016 .

Tapisserie La Paix (détail), 1993, Yvette Cauquil-Prince d'après Chagall au Musée du Pays de Sarrebourg. Photographie lavieb-aile 2 mai 2016 .

Tapisserie La Paix (détail), 1993, Yvette Cauquil-Prince d'après Chagall au Musée du Pays de Sarrebourg. Photographie lavieb-aile 2 mai 2016 .

Tapisserie La Paix (détail), 1993, Yvette Cauquil-Prince d'après Chagall au Musée du Pays de Sarrebourg. Photographie lavieb-aile 2 mai 2016 .

Tapisserie La Paix (détail), 1993, Yvette Cauquil-Prince d'après Chagall au Musée du Pays de Sarrebourg. Photographie lavieb-aile 2 mai 2016 .

Tapisserie La Paix (détail), 1993, Yvette Cauquil-Prince d'après Chagall au Musée du Pays de Sarrebourg. Photographie lavieb-aile 2 mai 2016 .

Tapisserie La Paix (détail), 1993, Yvette Cauquil-Prince d'après Chagall au Musée du Pays de Sarrebourg. Photographie lavieb-aile 2 mai 2016 .

Tapisserie La Paix (détail), 1993, Yvette Cauquil-Prince d'après Chagall au Musée du Pays de Sarrebourg. Photographie lavieb-aile 2 mai 2016 .

Tapisserie La Paix (détail), 1993, Yvette Cauquil-Prince d'après Chagall au Musée du Pays de Sarrebourg. Photographie lavieb-aile 2 mai 2016 .

Tapisserie La Paix (détail), 1993, Yvette Cauquil-Prince d'après Chagall au Musée du Pays de Sarrebourg. Photographie lavieb-aile 2 mai 2016 .

Tapisserie La Paix (détail), 1993, Yvette Cauquil-Prince d'après Chagall au Musée du Pays de Sarrebourg. Photographie lavieb-aile 2 mai 2016 .

Tapisserie La Paix (détail), 1993, Yvette Cauquil-Prince d'après Chagall au Musée du Pays de Sarrebourg. Photographie lavieb-aile 2 mai 2016 .

Tapisserie La Paix (détail), 1993, Yvette Cauquil-Prince d'après Chagall au Musée du Pays de Sarrebourg. Photographie lavieb-aile 2 mai 2016 .

Tapisserie La Paix (détail), 1993, Yvette Cauquil-Prince d'après Chagall au Musée du Pays de Sarrebourg. Photographie lavieb-aile 2 mai 2016 .

Tapisserie La Paix (détail), 1993, Yvette Cauquil-Prince d'après Chagall au Musée du Pays de Sarrebourg. Photographie lavieb-aile 2 mai 2016 .

Tapisserie La Paix (détail), 1993, Yvette Cauquil-Prince d'après Chagall au Musée du Pays de Sarrebourg. Photographie lavieb-aile 2 mai 2016 .

Tapisserie La Paix (détail), 1993, Yvette Cauquil-Prince d'après Chagall au Musée du Pays de Sarrebourg. Photographie lavieb-aile 2 mai 2016 .

Tapisserie La Paix (détail), 1993, Yvette Cauquil-Prince d'après Chagall au Musée du Pays de Sarrebourg. Photographie lavieb-aile 2 mai 2016 .

Tapisserie La Paix (détail), 1993, Yvette Cauquil-Prince d'après Chagall au Musée du Pays de Sarrebourg. Photographie lavieb-aile 2 mai 2016 .

Tapisserie La Paix (détail), 1993, Yvette Cauquil-Prince d'après Chagall au Musée du Pays de Sarrebourg. Photographie lavieb-aile 2 mai 2016 .

Tapisserie La Paix (détail), 1993, Yvette Cauquil-Prince d'après Chagall au Musée du Pays de Sarrebourg. Photographie lavieb-aile 2 mai 2016 .

Tapisserie La Paix (détail), 1993, Yvette Cauquil-Prince d'après Chagall au Musée du Pays de Sarrebourg. Photographie lavieb-aile 2 mai 2016 .

Tapisserie La Paix (détail), 1993, Yvette Cauquil-Prince d'après Chagall au Musée du Pays de Sarrebourg. Photographie lavieb-aile 2 mai 2016 .

Tapisserie La Paix (détail), 1993, Yvette Cauquil-Prince d'après Chagall au Musée du Pays de Sarrebourg. Photographie lavieb-aile 2 mai 2016 .

Tapisserie La Paix (détail), 1993, Yvette Cauquil-Prince d'après Chagall au Musée du Pays de Sarrebourg. Photographie lavieb-aile 2 mai 2016 .

 Tapisserie La Paix (détail), 1993, Yvette Cauquil-Prince d'après Chagall au Musée du Pays de Sarrebourg. Photographie lavieb-aile 2 mai 2016 .

Tapisserie La Paix (détail), 1993, Yvette Cauquil-Prince d'après Chagall au Musée du Pays de Sarrebourg. Photographie lavieb-aile 2 mai 2016 .

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II. EN FAIT, C'EST D'ABORD UNE TAPISSERIE...

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Une tapisserie est une traduction en fils de laine, soie, lin, d'une composition dessinée ou peinte par un artiste. La plupart des artistes donnent une œuvre au maître d'œuvre qui en fait le carton. L'œuvre est ensuite donnée aux artisans lissiers qui respectent scrupuleusement le carton du maître d'œuvre.

On nomme « maître-tapissier » ou mieux « maître d'œuvre en tapisserie» l'auteur des cartons et superviseur des lissiers , c'est l'auteur attitré de la tapisserie. Celle-ci, qui a le statut d'œuvre d'art, ne peut être tissée à plus de six exemplaires à partir d'un carton et porte (sous forme d'un bolduc) la signature du maître-tapissier. On peut nommer Jean Lurcat et Dom Robert.

1. Yvette Cauquil-Prince.

La tapisserie La Paix est donc l'œuvre du maître d'œuvre en tapisserie Yvette Cauquil-Prince (1928-2005). Cette peintre d'origine belge a pris la nationalité française en 1972.  Née à Damprémy, elle a d'abord étudié la peinture à l' Académie royale des beaux-arts de Mons de 1943 à 1948 ; puis pendant trois années, de 1959 à 1961, elle est initiée à la liberté du tissage dans l'atelier expérimental créé par Pierre Wemaëre, rue Saint-Denis qui y supervise la réalisation d'une tapisserie de 14 m de long, Le Long Voyage . En 1961, s'inscrivant dans la tradition des lissiers flamands dont le rayonnement dans toute l'Europe au XVe et XVIe siècle fut immense, et qu'elle découvre au Musée de Cluny ou au Louvre, elle crée son propre atelier, l'atelier du Marais rue des Blancs-Manteaux, sur des métiers de basse-lice en créant une codification originale des cartons. Le lissier n'est pas interprète, il exécute le carton mis au point par Y. Cauquil-Prince. S'inspirant des techniques de tissage des lissiers du XVe au XVIIe siècle, mais aussi des tissages coptes de l'Égypte du début de notre ère, elle en reprend les procédés de tissage dans la forme, de hachure, dégradé, trames de différentes épaisseurs. 

 

Elle installe ensuite son atelier en Corse. Elle est connue pour sa longue collaboration qui la lia à Marc Chagall, avec lequel furent créées 40 tapisseries, mais elle réalisa également des tapisseries d'après Braque, Brassaï,  Max Ernst, Emile Hecq, Kandinsky, Klee, Xavier Lalanne, Fernand Léger, Henry Miller, Picasso, Nicky de Saint-Phalle et d'après ses propres œuvres. Elle a exposé  à Charleroi (Belgique) (1973), à Philadelphie, Milwaukee et Los Angeles (Etats-Unis) (1978), aux musées de Heidelberg (Allemagne) (1979 et 1991) et de Guéret (1979), au Centre de Teschigara à Tokyo (Japon) (1981), à l'abbaye de l'Epau (1983), au musée de l'Athénée à Genève (Suisse) (1985), à la Chapelle des Cordeliers à Sarrebourg (1991 et 1994), en Finlande (1992), en Espagne (1993), dans trois musées au Japon (1996), à Marseille (1996), à Liège (Belgique) (1997), au Mans (1997), à Karuisaroa (Japon) (1998), à Vienne (Autriche), à Balinguen (Allemagne) (2000) et à New-York (Etats-Unis) (2001-03), au musée de Sarrebourg (2005); Elle fut administrateur du musée national Marc Chagall à Nice à partir de 1973. 

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2. Yvette Cauquil-Prince et Chagall

Encore étudiante, Yvette Cauquil-Prince rencontre Marc Chagall par l’intermédiaire de Madeleine, la femme d’André Malraux, alors ministre de la Culture. « Je me suis rendue à son atelier, avec un Picasso sous le bras. Chagall était vert de rage. Il a dit : " Elle a osé amener l’Espagnol chez moi !" Il a tourné les talons… Puis est revenu en demandant : "Évidemment, Picasso est un génie, vous lui donnez tout votre cœur. Vous pourriez faire de même pour moi ?" ». Sa première réalisation en fut la transposition  d'une de ses lithographie, La Famille d'Arlequin (1965), débutant une collaboration qui n'a son égal qu'avec celle entre Chagall et les maître-verriers Charles Marq et Jacques Simon de  l'Atelier Simon Marcq à Reims.

"La première tapisserie de Marc Chagall est commandée par le gouvernement israélien pour la décoration de la Knesset (le Parlement). Amorcé à partir de 1962, lors de l’inauguration des vitraux de la synagogue d’Hadassah, le projet prend rapidement la forme d’un triptyque de tapisseries, élaborées à partir de trois gouaches préparatoires confiées à la Manufacture des Gobelins. Les tapisseries qui complètent le décor mosaïque du hall de réception sont inaugurées en 1969. En dépit de la qualité du tissage, l’ensemble souffre d’un certain manque d’unité et trahit les hésitations des lissiers dans l’adaptation chromatique des modèles picturaux.

 Entre-temps, Marc Chagall fait connaissance d’Yvette Cauquil-Prince, en 1964. Séduit par la sensibilité artistique de son travail de transposition au regard des œuvres qu’elle lui présente, il lui propose la réalisation d’une première pièce : La Famille d’Arlequin, qui prend pour modèle une lithographie originale, sera achevée en 1967. L’habilité d’Yvette Cauquil-Prince à traduire les compositions picturales de l’artiste en respectant les valeurs chromatiques de la palette originale a raison des réticences de Chagall. Yvette Cauquil-Prince devient alors son maître d’œuvre et réalisera toutes ses autres tapisseries, à l’exception de la pièce conçue pour l’entrée du musée national Marc Chagall, à Nice en 1973, dont l’exécution sera confiée aux Gobelins.

Le climat de confiance qui s’établit entre Chagall et Yvette Cauquil- Prince conduit à la création d’un ensemble de tapisseries d’une grande richesse expressive et conforte la marge d’appréciation laissée au maître d’œuvre. La réalisation de la pièce (choix techniques, carton et tissage) ne requiert donc plus l’intervention directe de l’artiste. Les nombreux échanges d’Yvette Cauquil-Prince avec Marc Chagall sont autant d’occasions pour elle d’approfondir sa perception de l’univers du peintre et d’affiner le choix des sujets. Cette empathie lui permet de nourrir la part de liberté créative nécessaire à la justesse d’effets de sa transposition.

Les premières tapisseries, de petite taille, sont suivies, dès 1973, de la première grande pièce, Le Prophète Jérémie (400 x 600 cm), commande du Jewish Community Center de Milwaukee Yvette Cauquil-Prince alterne alors les petites pièces et les plus grandes, pour lesquelles l’appui financier d’un commanditaire est indispensable. Au début des années 1980, elle entreprend parallèlement la réalisation de deux pièces importantes, Le Grand Cirque, de sa propre initiative, et Job, pour le Rehabilitation Institute de Chicago, toutes deux achevées en 1985. Par l’amplification spectaculaire que son travail donne au modèle, Yvette Cauquil-Prince satisfait l’aspiration de Chagall à développer de larges orchestrations murales : « Il faut poursuivre et, si possible, avec de grandes pièces » car « nous avons œuvré à de la musique de chambre, à l’expression d’instruments solitaires, nous aurons fait trop peu d’opéras, de symphonies », confiait Chagall à son maître d’œuvre. Ce vœu se réalisera avec le tissage de La Paix (471 x 696 cm), une pièce exécutée pour la Ville de Sarrebourg d’après la maquette du vitrail réalisé pour le siège de l’ONU. Faute de commanditaire, un projet de transposition de la gouache préparatoire pour la mosaïque Le Message d’Ulysse en une tapisserie longue de seize mètres ne verra finalement pas le jour.

En sa qualité de maître d’œuvre, et non de cartonnier ou de simple lissier, Yvette Cauquil-Prince ne limite pas son intervention à la reproduction d’un modèle ni à son agrandissement. Elle propose, par le changement de médium et de format, une autre lecture de l’œuvre originale. Au-delà de la satisfaction de voir son travail s’enrichir d’une nouvelle vocation spatiale, Marc Chagall trouve, dans cette expérience de la tapisserie, une approche de la matière de la laine qui s’accorde avec cette « chimie » associant composition, matière et lumière qu’il a toujours considérée comme inséparable du sens et de la raison d’être de l’œuvre." (Dossier de presse MUba Chagall de la palette au métier Renaissance 2015)

 

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Cartel du Musée du Pays de Sarrebourg. Photographie lavieb-aile 2 mai 2016 .

Cartel du Musée du Pays de Sarrebourg. Photographie lavieb-aile 2 mai 2016 .

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Le musée du Pays de Sarrebourg montre dans un cartel un exemple des cartons préparatoires d'Yvette Cauquil-Prince. Il illustre parfaitement la complexité du travail de conception, mais aussi d'exécution par la mosaïque des différentes teintes de fil. Il s'agit de l'oiseau (un coq) chevauché par un garçon qui se trouve en haut à gauche de l'œuvre. La confrontation du carton et du travail effectué est passionnante.

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Cartel du  Musée du Pays de Sarrebourg. Photographie lavieb-aile 2 mai 2016 .

Cartel du Musée du Pays de Sarrebourg. Photographie lavieb-aile 2 mai 2016 .

Tapisserie La Paix (détail), 1993, Yvette Cauquil-Prince d'après Chagall au Musée du Pays de Sarrebourg. Photographie lavieb-aile 2 mai 2016 .

Tapisserie La Paix (détail), 1993, Yvette Cauquil-Prince d'après Chagall au Musée du Pays de Sarrebourg. Photographie lavieb-aile 2 mai 2016 .

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Je donnerai deux exemples du "battage", passage d'un ton à un autre par des hachures qui s'interpénètrent. Ce procédé permet aussi des dégradés.

L'examen attentif montre que ces hachures permettent aussi de multiples modulations, soit des teintes, soit du trait noir.

 

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Tapisserie La Paix (détail), 1993, Yvette Cauquil-Prince d'après Chagall au Musée du Pays de Sarrebourg. Photographie lavieb-aile 2 mai 2016 .

Tapisserie La Paix (détail), 1993, Yvette Cauquil-Prince d'après Chagall au Musée du Pays de Sarrebourg. Photographie lavieb-aile 2 mai 2016 .

Tapisserie La Paix (détail), 1993, Yvette Cauquil-Prince d'après Chagall au Musée du Pays de Sarrebourg. Photographie lavieb-aile 2 mai 2016 .

Tapisserie La Paix (détail), 1993, Yvette Cauquil-Prince d'après Chagall au Musée du Pays de Sarrebourg. Photographie lavieb-aile 2 mai 2016 .

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III. LE MODÈLE DE MARC CHAGALL : LA GOUACHE DU VITRAIL DE L'ONU (1964) LA PAIX EN HOMMAGE À DAJ HAMMERSKJÖLD, PRIX NOBEL DE LA PAIX .

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La tapisserie La Paix est la transposition d'une gouache préparatoire pour le vitrail The Peace du siège de l'ONU à New-York. Ce magnifique vitrail vibrant a été offert aux Nations Unies en 1964 en tant que mémorial à son deuxième secrétaire général, Dag Hammerskjöld, tué dans un accident d'avion à Ndola, en Rhodésie du Nord (l'actuelle Zambie), le 18 septembre  1961.   

"Dag Hammarskjöld né le 29 juillet 1905 à Jönköping en Suède  est un diplomate suédois, qui fut secrétaire général des Nations unies de 1953 à 1961. Le prix Nobel de la paix lui fut décerné l'année de sa mort, à titre posthume. Sa médiation en 1955 pour obtenir la libération de 15 soldats américains capturés par la République populaire de Chine pendant la guerre de Corée, ses interventions dans la crise du canal de Suez en 1956 — avec la création de la première force d'urgence des Nations unies — et dans la crise de Jordanie en 1958 lui valurent la réputation d'ardent défenseur de la paix. Après sa mort, John Fitzgerald Kennedy le qualifiera de « plus grand Homme d'État du xxe siècle». Son refus de choisir entre le camp occidental et le camp soviétique et son engagement en faveur des nations nouvellement décolonisées, notamment celles du Bloc afro-asiatique (il se rendit dans 21 pays d'Afrique entre décembre 1959 et janvier 1960) et contre l'Apartheid (il effectua un voyage en Afrique du Sud en janvier 1961) lui valurent cependant de nombreuses critiques et inimitiés de la part des Grandes puissances, notamment lors de la crise congolaise. Après Hammarskjöld, aucun autre Secrétaire général des Nations unies, n'osa affirmer, de façon aussi nette, l'autonomie et l'indépendance de l'Organisation vis-à-vis des États les plus puissants."

Marc Chagall a conçu le vitrail gratuitement dans son atelier en France et l'œuvre a été exécuté en vitrail par deux des artistes les plus en vue du monde dans ce domaine, Charles Marq et Jacques Simon. Cette fenêtre, dont le titre complet serait “The Window of Peace and Human Happiness” «La fenêtre de la paix et du bonheur humain», mesure environ 3,7 m de haut et 4,6 m de large (ou ? 358 cm de haut sur 538 cm de large, y compris la bordure) , il constitue un hommage visuel aux principes sur lesquels est fondée l'Organisation des Nations Unies. Aujourd'hui, il se situe dans la partie est du hall des visiteurs du bâtiment . 

On repère d'abord à droite du centre un homme assis, voûté, tête basse, une main à plat sur la poitrine : ce serait Isaïe, mais c'est une reprise de son Jérémie antérieur. Schématiquement,  à gauche, c'est la Vision d'Isaïe ; dans un cercle,  la Paix espérée, le paradis plein de lumière, où hommes et animaux  coexistent dans la joie et la paix. À droite une foule de personnages sont rassemblés sous la double évocation de L'Exode et du Décalogue de Moïse, et de la Rédemption par la crucifixion du Christ.  Au milieu se retrouve l'Amour (un couple s'embrassant sous un bouquet), et en bas à gauche est figurée la Mère et l'enfant

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La tapisserie de La Paix, 1993, d'après Chagall à Sarrebourg.

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IV. UNE SOURCE DIFFÉRENTE, LA TAPISSERIE LA PROPHÉTIE D'ISAÏE POUR LE HALL DE LA KNESSET.

Le vitrail La Paix partage des points communs étroits avec la tapisserie La Prophétie d'Isaïe conçue à la même époque (1963-1969) pour la Knesset. Cette dernière est la première pièce (dans une lecture de droite à gauche) d'un triptyque au contenu biblique manifeste, à coté de L'Exode et de l'Entrée à Jérusalem.

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© Copyright 2014, all rights reserved to the State of Israel .

 

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Voir la photographie icihttps://knesset.gov.il/birthday/photo.aspx?lng=3&md=262

Elle est décrite ainsi :

"The right tapestry was the first one to be complete. Its title was changed several times. Following the first discussion Chagall had with Knesset Speaker Kadish Luz, he wished to dedicate its theme to the “End of Days.” Articles written on the tapestries during their making, and news reports in Israel towards the hanging of the tapestries in 1969, spoke of the tapestry as “The Creation.” There is, however, a clear discrepancy between the expression Chagall gave to the concept of “Creation” in another biblical piece of his, and the biblical images in this work. The title “Peace” was then given to the tapestry during the early 1970’s, due to its similarity to the similar motifs in his stained glass window, entitle “Peace” in the United Nations building. The notable differences between the two pieces are the dominance of Christian motifs and of the color blue in the one in the UN. The most accurate name is probably “The Vision of Isaiah,” as the image of Isaiah is the most dominant in the work, and there is no doubt that the animals in it symbolize the passages, “A wolf will reside with a lamb, and a leopard will lie down with a young goat; an ox and a young lion will graze together, as a small child leads them along. A cow and a bear will graze together, their young will lie down together. A lion, like an ox, will eat straw. A baby will play over the hole of a snake; over the nest of a serpent, an infant will put his hand” (Isaiah 11, 6 – 8). 

Among the motifs in the tapestry that are not necessarily related to its main theme are: Moses portrayed as an angel with the Stone Tablets (on the top right), Jacob’s dream of the ladder (top center), and the image of Sarah with her son Isaac, below the image of Abraham holding a knife (bottom left). "

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La maquette de cette œuvre, sous le titre de Création, peut nous aider à l'interpréter.

 

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La tapisserie de La Paix, 1993, d'après Chagall à Sarrebourg.

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Nous disposons aussi de deux autres documents :

a) L'Esquisse préparatoire à l'encre de chine du vitrail La Paix, ONU, New-York 1963, Photo (C) RMN-Grand Palais (musée Marc Chagall) / Gérard Blot 

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Esquisse préparatoire à l'encre de chine du vitrail La Paix, ONU, New-York 1963, Photo (C) RMN-Grand Palais (musée Marc Chagall) / Gérard Blot

Esquisse préparatoire à l'encre de chine du vitrail La Paix, ONU, New-York 1963, Photo (C) RMN-Grand Palais (musée Marc Chagall) / Gérard Blot

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b) surtout, une gravure sur cuivre pour l'édition de la Bible .

Elle porte le titre de "La Création" et aurait été réalisée vers 1934 dans le projet d'une illustration de la Genèse et de l'Exode pour Ambroise Vollard, dans un corpus de 40 gravures.  A moins qu'elle n'appartiennent aux 105 gravures de Bible, publiée chez Tériade en 1956. Nous y retrouvons le cercle contenant 11 animaux, un nourrisson et un  garçon nimbé. Ce nimbe se retrouve dans le vitrail de New-York  et dans la tapisserie de Sarrebourg sous forme d'arcs polycycliques. 

Le thème en serait Dieu créant les animaux et l'homme, mais la contamination avec la Vision d'Isaïe est patente ; et l'auréole autour de la tête du jeune homme, incompréhensible dans la représentation de la Création, trouve son sens dans le "Rejeton d'Isaï" (le Christ pour les Chrétiens), dans la vision prophétique d'Isaïe. [le rejeton d'Isaï, c'est le descendant de Jessé, car Jessé et Isaï sont deux formes du même nom : à ne pas confondre avec le prophète].

 

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Marc Chagall, Gravure à l'eau-forte pour l'illustration de la Bible. Photographie lavieb-aile lors de l'exposition Chagall, Landerneau juin 2016.

Marc Chagall, Gravure à l'eau-forte pour l'illustration de la Bible. Photographie lavieb-aile lors de l'exposition Chagall, Landerneau juin 2016.

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V. DESCRIPTION.

 

Nous disposons maintenant d'au moins deux clefs d'interprétation pour cette tapisserie. Sur le plan laïc ou universel, c'est la représentation d'une vision utopique de la Paix sur terre, et on sait combien Chagall a été bouleversé, comme ses contemporains, par la Seconde Guerre Mondiale, par ses exodes, par la Shoah, puis par la guerre froide entre 1947 et 1989.

Sur le plan biblique, c'est la vision d'Isaïe du chapitre 11 (on retient habituellement les versets 11:6-8).

On sait que Chagall ne sépare pas ces deux domaines, et que pour lui la Bible est une source de poésie.

 

 Puis un rameau sortira du tronc d'Isaï, Et un rejeton naîtra de ses racines.

 L'Esprit de l'Éternel reposera sur lui: Esprit de sagesse et d'intelligence, Esprit de conseil et de force, Esprit de connaissance et de crainte de l'Éternel.

 Il respirera la crainte de l'Éternel; Il ne jugera point sur l'apparence, Il ne prononcera point sur un ouï-dire.

 Mais il jugera les pauvres avec équité, Et il prononcera avec droiture sur les malheureux de la terre; Il frappera la terre de sa parole comme d'une verge, Et du souffle de ses lèvres il fera mourir le méchant.

 La justice sera la ceinture de ses flancs, Et la fidélité la ceinture de ses reins.

 6. Le loup habitera avec l'agneau, Et la panthère se couchera avec le chevreau; Le veau, le lionceau, et le bétail qu'on engraisse, seront ensemble, Et un petit enfant les conduira.

 7. La vache et l'ourse auront un même pâturage, Leurs petits un même gîte ; Et le lion, comme le boeuf, mangera de la paille.

 8. Le nourrisson s'ébattra sur l'antre de la vipère, Et l'enfant sevré mettra sa main dans la caverne du basilic.

 Il ne se fera ni tort ni dommage Sur toute ma montagne sainte; Car la terre sera remplie de la connaissance de l'Éternel, Comme le fond de la mer par les eaux qui le couvrent.

 En ce jour, le rejeton d'Isaï sera là comme une bannière pour les peuples; Les nations se tourneront vers lui, Et la gloire sera sa demeure.

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Construction et composition.

Un grand cercle est tracé sur un peu plus de la moitié gauche, et c'est  à l'intérieur de ce cercle que sont représentés les animaux des versets  6 à 8 : le Lion, l'Agneau, le Loup, le Bœuf, la Vipère, la Vache debout devant l'Âne, l'Enfant et le Lionceau, mais aussi la Chèvre, et les Oiseaux.

D'autres motifs soit bibliques soit propres à l'univers onirique de Chagall sont placés sur la périphérie du cercle dont ils épousent les arcs. De bas en haut, Sarah et Isaac ; Abraham tenant un couteau, avec près de lui  l'ange et le bouc ; divers personnages, un cheval, un joueur de choffar ; un homme volant tête en bas ; Jacob allongé, la tête soutenue par l'ange (ou : la Création de l'homme) ; les Astres ; et enfin une femme  debout qu'un visage vient embrasser dans l'éclat  d'un bouquet. Quoique décalée, c'est l'image centrale de la fenêtre qui attire immédiatement le regard et  rappelle le "baiser de paix" du Nouveau Testament, qui signifie l'amour et l'harmonie entre le ciel et la terre. Ou c'est tout simplement l'Amour fécond, celui de l'Arbre de Vie de Sarrebourg.

 

Isaïe est figuré sur la partie droite, sur la ligne horizontale médiane ; c'est le personnage le plus grand de l'œuvre. Il porte une robe violette-rouge, il est pieds-nus, dans une posture en S humble, méditative  ou souffrante, avec un livre à ses pieds. Chagall a repris ici une figuration ancienne du prophète Jérémie, ou du prophète Elie. Il fait face à sa Vision.

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Tapisserie La Paix (détail). Photographie lavieb-aile.

 

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Derrière lui, mais face à un homme vêtu de rouge et accoudé à une canne se tient une foule. On y distingue facilement des hommes, des femmes, des enfants ou nourrissons, un couple enlacé, un danseur et une danseuse, des choristes, un homme tenant le chandelier, un autre soufflant dans une trompe. L'atmosphère enjouée n'est pas celle d'un exode ou d'une guerre. 

Plus haut, quelques maisons et deux clochers, puis le Christ crucifié que Nicodème vient déposer de la croix. Celle-ci s'inscrit dans un triangle : le Golgotha, ou bien la Montagne sainte ?

 

 

 

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Tapisserie La Paix (détail), 1993, Yvette Cauquil-Prince d'après Chagall au Musée du Pays de Sarrebourg. Photographie lavieb-aile 2 mai 2016 .

Tapisserie La Paix (détail), 1993, Yvette Cauquil-Prince d'après Chagall au Musée du Pays de Sarrebourg. Photographie lavieb-aile 2 mai 2016 .

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Un homme ou ange vole en tenant un étendard : il va à la rencontre de Moïse, qui vole également en tenant les Tables de la Loi qu'il désigne de l'index . Le rayonnement de celui qui a vu Yahvé en face forme deux ovales semblables à des ailes, c'est le Moïse ailé récurrent chez Chagall .

Moïse, tapisserie La Paix (détail), 1993, Yvette Cauquil-Prince d'après Chagall au Musée du Pays de Sarrebourg. Photographie lavieb-aile 2 mai 2016 .

Moïse, tapisserie La Paix (détail), 1993, Yvette Cauquil-Prince d'après Chagall au Musée du Pays de Sarrebourg. Photographie lavieb-aile 2 mai 2016 .

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Tapisserie La Paix, 1993, Yvette Cauquil-Prince d'après Chagall au Musée du Pays de Sarrebourg. Photographie lavieb-aile 2 mai 2016 .

Tapisserie La Paix, 1993, Yvette Cauquil-Prince d'après Chagall au Musée du Pays de Sarrebourg. Photographie lavieb-aile 2 mai 2016 .

Tapisserie La Paix, 1993, Yvette Cauquil-Prince d'après Chagall au Musée du Pays de Sarrebourg. Photographie lavieb-aile 2 mai 2016 .

Tapisserie La Paix, 1993, Yvette Cauquil-Prince d'après Chagall au Musée du Pays de Sarrebourg. Photographie lavieb-aile 2 mai 2016 .

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Nous aurions tort, et nous serions sûr de trahir le dessein de Chagall, si nous prétentions que ces identifications de motifs bibliques étaient certaines, établies et univoques. C'est tout le contraire ! Au fil des œuvres, ( et depuis les gouaches préparatoires de La Bible dans les années 1950), les figures se modifient et deviennent des icônes laïques, polysémiques et universelles, elles sont des vignettes poétiques  d'un collage basé sur la réminiscence.

Ainsi, rien n'assure que "Abraham", identifié car il tenait un couteau sur le vitrail de l'ONU, ne soit pas simplement le père de l'enfant placé plus bas. Le couteau s'est transformé en une chandelle, et cela peut évoquer les Nativités flamandes dans lesquelles Joseph éclairait l'Enfant-Jésus dans les bras de Marie.

Rien n'affirme non plus que "Sarah", nommée ainsi par sa proximité avec Abraham, ne soit pas tout bêtement la figure universelle de la Mère et de l'Enfant.

Mais cela peut aussi être la Vierge, par référence à la lecture chrétienne du verset d'Isaïe 11:1  Puis un rameau sortira du tronc d'Isaï, Et un rejeton naîtra de ses racines, où le "rameau" est la Vierge, et le "rejeton" est Jésus. 

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Tapisserie La Paix, photographie lavieb-aile.

 

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De même, le Songe de Jacob est identifié car, sur la tapisserie de la Knesset, cet emplacement était occupé par Jacob et sa vision de la fameuse échelle. Mais ici, (et sur le vitrail de l'ONU), nous ne voyons qu'un homme étendu (et peut-être est-il en train de rêver), la tête soutenu par un personnage, peut-être un ange. 

Anne Dopffer parle de "Bible réinventée", et si les figures de Moïse ( à cause des deux tables de la Loi) ou du Christ en croix sont incontestables, toutes les reprises des anciennes illustrations bibliques de Chagall sont métamorphosées pour s'insérer dans une grande métaphore universelle de l'Humanité et du Cosmos, nourrie par un patrimoine d'images chargées de sens. Nous pouvons nous accorder sans doute pour compléter le titre "la Paix" : c'est ici une Paix messianique et visionnaire fondée sur l'Espoir malgré la réalité du monde.

On a pu écrire à propos du vitrail de New-York : "La Fenêtre de la Paix est profondément influencée par l’ampleur de la vision de Chagall : par sa compassion et sa tolérance, et en tant qu’artiste juif exilé d’une grande patrie pendant la plus grande partie de sa vie adulte et témoin des deux guerres mondiales, de sa profonde compréhension de Souffrance. Il élève le langage symbolique d'une tradition spirituelle spécifique au niveau de signification universelle, en faisant quelque chose auquel tout le monde peut se rapporter."

On a souligné aussi l'influence de  la Neuvième Symphonie de Beethoven, l'une des œuvres préférées de Dag Hammarskjøld, avec sa reprise de l'Ode à la Joie de Schiller, devenu l'hymne de l'Union Européenne : elle est basée sur la notion de confraternité humaine. Après la Deuxième Guerre mondiale, la Neuvième  fut choisie symboliquement, comme message de paix et de fraternité,  pour la réouverture le 29 juillet 1951 du festival de Bayreuth, dont le nazisme avait tellement terni l'image.

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Ces discussions ne doivent surtout pas nous détourner de la figure centrale, celle du Baiser sous le bouquet : car nous ne trahirons pas Chagall en affirmant que seul l'amour humain peut accomplir le miracle, si improbable, de la Paix. Et qu'il a su y contribuer, par la tendresse cocasse mais engagée de son regard.

 "Au centre, à la charnière de deux espaces, se trouve le couple primordial autour duquel gravitent symboles et personnages mus par un mouvement cosmique, mouvement de joie saluant l'avènement de la paix universelle. Éminemment poétique, l'espace ainsi créé tient sa logique de l'imaginaire et de la spiritualité de l'artiste." (Forestier 2016)

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 "Au centre, à la charnière de deux espaces, se trouve le couple primordial autour duquel gravitent symboles et personnages mus par un mouvement cosmique, mouvement de joie saluant l'avènement de la paix universelle. Éminemment poétique, l'espace ainsi créé tient sa logique de l'imaginaire et de la spiritualité de l'artiste." (Forestier 2016)

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Tapisserie La Paix, 1993, Yvette Cauquil-Prince d'après Chagall au Musée du Pays de Sarrebourg. Photographie lavieb-aile 2 mai 2016 .

Tapisserie La Paix, 1993, Yvette Cauquil-Prince d'après Chagall au Musée du Pays de Sarrebourg. Photographie lavieb-aile 2 mai 2016 .

Tapisserie La Paix (détail), 1993, Yvette Cauquil-Prince d'après Chagall au Musée du Pays de Sarrebourg. Photographie lavieb-aile 2 mai 2016 .

Tapisserie La Paix (détail), 1993, Yvette Cauquil-Prince d'après Chagall au Musée du Pays de Sarrebourg. Photographie lavieb-aile 2 mai 2016 .

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SOURCES ET LIENS.

 

— https://lesbottieres.wordpress.com/tag/yvette-cauquil-prince/

— FORESTIER (Sylvie, HAZAN-BRUNET (Nathalie), JARASSÉ (Dominique), MARCQ (Benoît), MEYER (Meret), 2016 Les vitraux de Chagall, Citadelles & Mazenod, page 112.

— FHEL, 2016,  Chagall, de la poésie à la peinture,  catalogue de l'exposition organisé par le FHEL à Landerneau.

Marc Chagall, des couleurs pour la Bible, Artlys 2014

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Published by jean-yves cordier - dans Chagall
8 mars 2019 5 08 /03 /mars /2019 14:29

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Ces 48 stalles ont été étudiées avec brio par Florence Piat dans sa thèse, et, pour les miséricorde,  ses commentaires érudits et attentifs, accompagnées d'excellents clichés sont disponible en ligne du site patrimoine.bzh/gertrude  de l'Inventaire Général du Patrimoine Culturel sous le dossier IM22005668 Stalles de la cathédrale Saint-Tugdual de Tréguier.

Impossible de faire mieux , et je me suis contenter de reprendre textuellement ces commentaires (en retrait et entre guillemets) pour accompagner mes propres images, moins bien éclairées : on comprend que j'aurai pu m'abstenir.  J'ai complété ce forfait avec les clichés des appui-mains, qui sont proposés en copie dans la thèse en ligne de Florence Piat, en complément de mes propres clichés qui supportent mal la comparaison. La description de ces appui-mains est néanmoins de ma main.

Ma partie originale consiste en la description  des jouées, ces plaques sculptées des extrémités des doubles rangées, non présentés dans le dossier de l'IGPC.


 

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Généralités :

Les stalles de Tréguier sont réparties en deux ensembles mobiliers, l'un au sud et l'autre au nord ; chaque ensemble comprend deux rangs de 12 sièges, l'un supérieur et l'autre inférieur.  48 sièges, ou stalles, étaient ainsi disponibles pour accueillir 19 membres du Chapitre, 8 musiciens et 6 enfants de chœur accompagnés de leur maître, mais aussi des dignitaires et des membres de la noblesse.

"Pour les offices solennels, il fut décidé qu'après que les ecclésiastiques, tant du haut que du bas du choeur, auraient occupé leurs places, les juges et magistrats de la ville, les gentilshommes et autres personnes de considération seraient admis dans le chœur et placés dans les chaires vacantes."

Le chœur a été édifié vers 1400, avec un premier ensemble de stalles, perdu. Puis il fut séparé de la nef, en 1485 par un chanceau monumental. 

"De nouvelles stalles et un grand lutrin furent commandées, par actes des 22 mars 1508 et 20 juillet 1509,  à deux artisans de la ville,  Gérard Dru et Tugdual Kergus .  Le contrat en est toujours conservé aux Archives Départementales des Côtes-d´Armor (2 G 364 et 2 G 456). Ce document, très rare, donne des indications précieuses quant à la commande et à l´exécution de ces stalles. Daté de 1508, il décrit les exigences, iconographiques principalement, des chanoines trégorois. Gérard Dru  est probablement un artiste d´origine rhénane comme l´indique la consonance germanique de son nom. Les thèmes et le style qu´il développe sur ces stalles, mais aussi sur un retable de cette même cathédrale, est par ailleurs caractéristique de cette région.

Réalisé de 1508 à 1512, cet ensemble fut remanié au cours du 17e siècle, époque où les dorsaux ainsi que quelques stalles furent supprimés. Non-adossées, elles sont reliées entre elles par des barres de fer boulonnées au revers. Plusieurs scènes représentant principalement des sodomites furent « purgées » à cette même époque. Au moment de la Révolution et un an avant que la cathédrale ne soit transformée en « Temple de la Raison », les chanoines réussirent à cacher leurs précieuses stalles chez certains habitants de Tréguier, les sauvant d´une destruction quasi certaine. Cet ensemble imposant par le nombre de stalles est certainement un des plus beaux de Bretagne, par la grande qualité de la sculpture autant que de l'iconographie. La richesse de cet ensemble est encore augmentée par la conservation du contrat d'origine. Les sujets eux-mêmes sont surprenants par leur aspect scatologique."

Les stalles que nous voyons sont bien celles sculptées en 1509, mais elles ont été modifiées, elles ont perdu leur dais (qui persiste à Saint-Pol-de-Léon où on peut se former  une idée de leur aspect), et leurs rangs ne sont plus complétées par le chanceau, qui fut détruit en 1790.

 

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Note : mes photos ont été prises alors que des travaux de menuiserie étaient en cours pour la réfection du plancher du chœur.

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Le chœur de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Le chœur de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Plan et numérotation des stalles par Florence Piat.

Plan et numérotation des stalles par Florence Piat.

Les stalles de la cathédrale de Tréguier : les miséricordes.

 

 

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LES STALLES BASSES DU COTÉ SUD : N° 1 À 12.

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La jouée basse d'extrémité sud-ouest.

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1°) Sculpture en ronde-bosse : un ange ordonne à Tugdual de gagner la Bretagne.

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Sur le chant du panneau, la sculpture en ronde-bosse  représente un personnage sur la rive d'un ruisseau, face à un ange qui, sur la berge opposée, lui tend une tunique pliée. L'homme est jambes nues, les pieds dans l'eau, seulement vêtu d'une tunique longue serrée par une ceinture.

Il s'agirait de la représentation d'un miracle de la vie de saint Yves. Je n'ai pu en trouver trace. Certes, lors des dépositions du procès de canonisation, on raconte que saint Yves avait habitude de donner aux pauvres son burell, sa cotte de bure.

 Daniel Giraudon 2004, qui présente une photo de cette sculpture page 285, la décrit comme  "saint Yves franchissant le Leff devant une lavandière dont le drap va s'allonger par miracle". En 1994 il situait l'épisode sur le Trieux :

"Le passage de l'eau Les empreintes dans la pierre sont pour le peuple un signe indiscutable du passage du saint. Mais il ne s'en contente pas, il lui faut d'autres preuves. C'est sur l'eau qu'il va maintenant porter ses regards. Il a toujours présent à l'esprit " les allées et venues des vieux saints d'Hibernie sur les eaux de la Manche "et il imagine aisément saint Yves sur la même voie. Ses périgrinations [sic] l'amenaient à franchir notamment deux rivières, le Trieux et le Leff. La traversée du Trieux, si l'on s'en tient au circuit nord, se faisait tantôt entre Kermarquer et la plage du Ledano, tantôt entre Goz-Ilis et Crec'h Tiaï ou Pont-Erwan. A la rencontre des flux et reflux qui se produisent à ces endroits, apparaît sur la rivière une barre d'écume ou un sillage argenté, parfois accompagnés d'empreintes géantes. Les gens du pays disent alors  comme si l'événement venait de se passer: Tremenet eo sant Erwan, emañ roud e dreid war an dour, saint Yves vient de passer, on voit les traces de ses pieds sur l'eau. Devenu adulte, saint Yves, traversa une fois le Trieux de manière originale. Un soir que la mer battait son plein dans l'anse du Lédano, raconte un informateur de Plounez, il avait franchi l'étendue d'eau en marchant sur un drap posé tout exprès pour lui par une lavandière de Crec'h Tiaï qui l'avait reconnu. La pièce de toile s'était allongée par miracle jusqu'à l'autre rive. On ne peut s'empêcher de penser ici encore à saint Gildas ou à saint Laur voguant sur leur manteau." 

GIRAUDON (Daniel), 2004,  Les pardons du peuple, saint Yves dans la tradition orale du Trégor et du Goëlo, in J.C. Cassard et G. Provost, Saint Yves et les Bretons, culte, image, mémoire (1303-2003), Presses Universitaires de Rennes page 285.

https://books.openedition.org/pur/22420?lang=fr

GIRAUDON (Daniel),s.d. , Yves Hélori sur les chemins des saints légendaires d'Armorique Daniel Giraudon

https://danielgiraudon.weebly.com/uploads/3/1/6/3/3163761/sur_les_pas_de_saint_yves.pdf

GIRAUDON (Daniel), 1994, Sur les chemins de saint Yves écrit en collaboration avec Jean-Christophe Cassard, Paolig Combot et Jacques Dervilly, Skol Vreizh :.

MILIN (Gaël), 1989 « La traversée prodigieuse dans le folklore et l’hagiographie celtiques : essai de typologie », Bulletin de la Société archéologique du Finistère, t. 118, 1989, p. 125-140.

MILIN (Gaël), 1991, La traversée prodigieuse dans le folklore et l'hagiographie celtiques : de la merveille au miracle, Annales de Bretagne et des pays de l'Ouest  Année 1991  98-1  pp. 1-25

https://www.persee.fr/docAsPDF/abpo_0399-0826_1991_num_98_1_3375.pdf


 

Pour accepter cette belle interprétation, la difficulté peu surmontable provient du fait que ce n'est pas une lavandière, mais un ange bien pourvu d'aile que le huchier a sculpté.

Il ne s'agit pas non plus a priori d'une scène analogue très fréquente en l'iconographie, celle du baptême du Christ, ou un ange tient le vêtement de Jésus pendant qu'il est en immersion dans le Jourdain.

Je suggère d'y voir une scène de la vie de saint Tugdual, patron de l'église, telle qu'elle est narrée par Albert le Grand :

"I. Saint Tugduval estoit natif de la Grande Bretagne...il se retira dans un Monastere, où, aprés avoir quelque temps postulé l'habit, il fut receu Religieux [ ... puis Abbé.. et] tous ses Religieux se reputoient bienheureux d'estre sous la charge d'un si bon & vigilant Pere. 

I. Mais leur joye ne dura pas long-temps; car, une nuit, aprés Matines, tous les Religieux s'estans retirez chacun en sa Cellule, un Ange luy apparut & luy dit : "Tugduval, Dieu te commande de quitter la grande Bretagne, ta patrie, & te transporter hastivement en la petite Bretagne." Le matin suivant, il fit sonner le Chapitre & manifesta ses visions à tous ses Religieux, leur déclarant que la volonté de Dieu estoit qu'il les quittast, pour aller outre mer, en la Bretagne Armorique : ce que ses pauvres Religieux entendans, ils se jetterent à ses pieds, le supplians de ne les pas délaisser. L'heureux Saint les consola, leur representant qu'il estoit raisonnable d'obeïr au commandement de Dieu; mais qu'il n'empeschoit pas que ceux qui le voudroient suivre ne s'embarquassent avec luy; cela les réjouït, & se disposerent, au nombre de septante-deux, de l'accompagner; entr'autres, saint Ruelin, saint Guevroc, saint Goneri, saint Loëvan, saint Briac & autres saints Personnages, sa mere sainte Pompaea, laquelle, après la mort de son mary, avoit pris l'habit de Religion, sainte Soeve, sa soeur, laquelle aussi avoit voüé sa virginité, dés sa premiere jeunesse (, & une bonne veuve, nommée Malhelew, laquelle s'employoit à servir les Religieux, lavant leurs draps, tant ustanciles d'Eglise qu'autres ménages du Monastere. 
 Ils se rendirent au havre prochain & y trouverent un vaisseau équipé de tout ce qui luy estoit requis, &, dedans, y avoit des jeunes gens de bonne façon, l'un desquels, qui sembloit estre le maistre & capitaine des autres, salüant le Saint, lui dit : "Dieu vous garde (homme de Dieu), & toute vostre compagnie; montez à la bonne heure dans ce vaisseau ; sinon que nous vous attendions, il y a longtemps que nous serions portez en la Bretagne Armorique."

Bien sûr, l'hypothèse reste fragile.

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Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

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Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

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Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

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Les sculptures en bas-relief du corps de la jouée basse :

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Sur le panneau, un décor d'ogives est complété, dans le triangle de l'accoudoir, par un personnage accroupi qui tente de s'accommoder comiquement de l'espace restreint.

Sur la tranche, divers animaux velus.

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Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

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Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Sainte Marguerite issant du dragon sous un dais ogival.

La photo frontale ne permet pas de l'identifier facilement, et il faut, sur place, tourner autour, puis se placer sur la face interne de la jouée, pour voir qu'elle est représentée, de façon tout à fait traditionnelle, issant (sortant) du dos d'un dragon qui l'avait avalé, et qui tient encore le bas de sa robe entre les dents. On comprend mieux alors la forme arrondie au premier plan (la nuque du dragon).

 La sainte (l'un des 14 saints intercesseurs) tant vénérée alors tenait certainement entre les mains un crucifix, qui a été brisé (de même que le vénérable nez).

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Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Photo Florence Piat (thèse).

Photo Florence Piat (thèse).

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Stalle n°1

"Un homme, représenté en buste et de face, tient un bâton ou une palme dans la main gauche et une sorte de bouclier dans la main droite. Il est assez richement vêtu : une veste boutonnée sur le devant et un chapeau à bourrelet, proche du turban dans la forme, et décoré d'un galon central. Son visage est individualisé avec un menton en galoche, un nez aplati et des sourcils épais. Les pupilles sont creusées."

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Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

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L'appui-main de gauche de la stalle n°1. Obscénité animale.

C'est une scène complexe, soigneusement corrigée du coup de ciseau de la censure qui a amputé un visage.  Il s'agit d'un homme nu, dont on voit les mains et l'index,  qui chevauche un animal (un ours ?), dont les pattes se distinguent sur le profil.

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Photo Florence Piat, thèse.

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Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

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L'appui-main de droite de la stalle n°1. Un oiseau.

Cet oiseau à ailes nervurées comme celles des chiroptères, au ventre ovoïde,  aux pattes griffues et au bec  crochu est-il maléfique ?

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Florence Piat, thèse.

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Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

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La stalle n° 2.

 

"Une grande forme végétale nervurée et ondulante occupe toute la surface de la miséricorde."

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Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

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L'appui-main de droite de la stalle n°2.  Feuillage.

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Photo Florence Piat, thèse.

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Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

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Stalle n° 3

"Un homme nu et armé d'une massue se tient sur la gauche de la miséricorde, de trois quart, et regarde le spectateur. Son pied droit est posé sur la queue d'un dragon qui occupe la droite de la miséricorde. Celui-ci est en train de mordre dans un végétal fabuleux qui semble servir de bouclier à l'homme nu. Le dragon est vu partiellement de dos et son échine est parcourue d'une crête aux sommets arrondis. Sa gueule est allongée et ses dents visibles. Quant à l'homme, il a les cheveux qui lui arrivent aux épaules, le visage rond et la bouche entrouverte.

Cette sculpture a été interprétée de différentes façons. On y a vu une représentation d'Hercule combattant l'hydre bien que les conventions iconographiques ne soient pas toutes réunies. Par ailleurs, une autre hypothèse y voit un jardinier combattant des vers s'attaquant à ses cultures (D. et H. Kraus). Le végétal semble être plutôt un bouclier dont l'homme se sert pour détourner l'attention du dragon avant de le frapper. Cette scène est en fait une copie d'une autre miséricorde se trouvant actuellement sur les stalles hautes Nord, la miséricorde 34. Si la scène reste la même, la filiation est néanmoins aisément identifiable dans la mesure où les détails de la miséricorde 34 (côtes et cheveux notamment) sont d'une meilleure facture que ceux de la présente miséricorde (03). Les miséricordes 24 et 33 offrent un autre exemple d'imitation d'un sujet, en l'occurrence un dragon ailé. Là encore, fort est de constater que la miséricorde Nord (33) est d'une qualité supérieure à la miséricorde Sud (24)."

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Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

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Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

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L'appui-main de droite de la stalle n°3.  Chanoine (?) lisant.

Là encore, l'interprétation est délicate, car l'homme a les jambes nues, et ses mains ne se rattachent pas clairement au corps.

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Florence Piat, thèse.

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Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

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Stalle n° 4 .

"Une grande feuille nervurée se déploie sur toute la surface de la miséricorde, prenant appui sur un petit élément architectural."

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Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

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L'appui-main de droite de la stalle n°4. Feuillage.

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Florence Piat, thèse

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Stalle n°5

"Un homme est représenté de face, les jambes relevées en V. Les cheveux longs, il est barbu et porte un chapeau à bourrelets et galon central, faisant penser à un turban. Son visage est rond, la bouche entrouverte et le front parcouru d'un sillon en V. Le bas de son corps est dénudé. Ses mains sont posées sur l'extérieur de ses cuisses. Son anus est visible mais son sexe a été bûché. Néanmoins, une partie de son prépuce est encore visible.

Les parties génitales du personnage de la miséricorde ont été bûchées. Appui-main gauche usé.

Le caractère sexuel de cette scène est indéniable et elle s'inscrit dans une série de miséricordes ayant des thèmes licencieux. Cette sculpture est peut-être la représentation d'un sodomite, sujet développé sur deux autres miséricordes de Tréguier. Le sexe aurait été supprimé au 17e siècle."

 

 

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Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

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L'appui-main de droite de la stalle n°5. Homme en renversement postérieur, tête entre les jambes.

 

Une partie a été bûchée, signe le plus certain d'une scène licencieuse.

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Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

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Stalle n° 6

 

"Un poisson, peut-être une truite ou un saumon, et représenté nageant parmi des algues. Son corps, aux écailles finement sculptées, forme un V. Sa bouche est allongée et ouverte. Les représentations de poissons sont extrêmement rares sur les stalles bretonnes. On sait néanmoins qu'au 17e siècle les paysans qui travaillaient pour le marquis de Rosambo se plaignaient de n'avoir que du saumon à manger, poisson qui proliféraient littéralement dans la région."

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Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

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Appui-main de droite de la stalle n°6.

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F. Piat, thèse

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Stalle n°7.

"Un homme est représenté de face, à partir de la taille, les coudes relevés. Il est vêtu d'une veste boutonnée sur le devant. Dans la main gauche, il tient le goulot d'une outre accrochée en bandoulière autour de son buste. Dans la main droite, il tient ce qui semble être un pied de cochon. L'homme au visage rond est souriant, ses lèvres sont épaisses, son nez petit, ses pupilles creusées et ses cheveux forment une masse compacte autour de sa tête.

Ce personnage visiblement heureux de pouvoir bientôt manger et boire, semble être le pendant du personnage qui, victime de sa gourmandise, se tient le ventre dans une expression douloureuse sur une autre miséricorde."

 

 

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Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

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Appui-main de droite de la stalle n°7. Feuillage.

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Stalle n°8.

 

"Un homme est représenté de face effectuant une acrobatie. Il a passé ses jambes par-dessus ses épaules et les tient par les chevilles. Contrairement à l'autre acrobate effectuant le même mouvement présent sur ces stalles, celui-ci n'est pas habillé en fou. Il porte une chemise au col ouvert et ses jambes sont nues. Il ne porte pas de bonnet ou de chapeau, ses cheveux sont longs et ondulent autour de son visage grimaçant. Sa bouche est en effet ouverte et on voit ses dents comme s'il criait ou chantait. Son visage est carré, son nez large et pointu. Son front haut est parcouru d'un sillon en V et se termine aussi en pointe, à la naissance de ses cheveux. Les sourcils forment un W sévère au-dessus des yeux légèrement tombants du personnage. Les pupilles sont creusées.

Les représentations d'acrobates, de jongleurs et de fous sont très fréquentes dans les stalles médiévales. Rappelons que, bien que ces activités étaient mal considérées par l'Eglise, de nombreux spectacles avaient lieu, parfois jusque sur le parvis de l'église. Sur cette miséricorde, la protubérance de la braguette est révélatrice de cet aspect négatif inhérent aux acrobates dans la pensée médiévale.

La parclose droite date du 17e siècle ; le pied droit du personnage est cassé."

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Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

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Appui-main de droite de la stalle n°8.

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Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

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Stalle n°9 :

"Deux jeunes hommes semblables et portant des tuniques longues aux nombreux plis ondulants, tiennent une branche disposée entre eux deux. Ils sont souriants, leurs cheveux longs et frisés. La branche qu'ils tiennent est comme recouvert.

Ces deux personnages ont une allure tout à fait angélique et, malgré le fait que leurs ailes ne soient pas représentées, les plis de leurs vêtements indiquent quelque chose d'aérien. Il s'agit vraisemblablement d'anges. La branche qu'ils tiennent pourrait être tout à la fois une branche de l'Arbre de la Connaissance autant que de l'Arbre de Vie. Ces deux arbres sont en effet les piliers du Paradis terrestre et si le premier est celui du fruit défendu, le second est source de vie éternelle. Les anges ici représentés s'agrippent à cette branche comme s'il s'agissait effectivement d'un pilier. La branche peut également renvoyer à la Croix, qui, dit-on, aurait d'ailleurs été taillée dans l'Arbre de Vie."

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Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

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Appui-main de droite de la stalle n°9. Homme tenant une banderole.

C'est le même individu qu'en stalle 3, avec sa coiffure en casque, mais il tient un phylactère, ou du moins une courte bande de parchemin. Le haut de sa tunique est plissée ; elle ne couvre pas les genoux. 

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Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

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Stalle n°10 : feuillage.

"Deux grandes feuilles (algues ?) ondulées se font face autour d'un petit élément architectural."

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Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

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Appui-main de la stalle n°10. Feuillage.

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stalle n°11 : feuillage.

"Deux grandes feuilles (algues ?) ondulées se font face autour d'un petit élément architectural."

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Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

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Appui-main de  droite de la stalle n°11. Singe (?) devant un pupitre.

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Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

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Stalle n°12 : grylle.

"Hybride à deux têtes d'homme situées à l'avant et à l'arrière du corps d'un animal quadrupède. Il est tourné vers la droite de la miséricorde. Trois de ses pattes sont en fait des mains, mais la patte postérieure droite est celle d'un équidé. Le sabot semble d'ailleurs ferré. La tête située à l'avant est celle d'un fou. Il porte en effet le capuchon festonné à oreilles d'âne et tient dans la main gauche sa marotte dont l'extrémité a été cassée. Ses lèvres sont déformées et il est atteint d'un bec de lièvre. Le nez est fin, il regarde vers le bas et ses pupilles sont creusées. La tête située sur l'arrière-train est celle d'un homme barbu qui crache des végétaux, tourné vers la gauche de la miséricorde. La barbe constitue le jarret de l'animal. Le nez du personnage est fort, les yeux tombants, les pupilles creusées et les sourcils touffus. Ses dents sont visibles dans sa bouche ouverte. L'ensemble de la sculpture donne une impression grotesque entre ce fol assimilé à un animal et l'arrière-train dont le visage donne une connotation sexuelle.

Cette sculpture est la seule du genre présente sur les stalles bretonnes. Les hybrides sont d'ordinaire constitués de parties animales et d'une tête humaine, dans le schéma traditionnel des grylles."

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Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

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Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

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Appui-main de droite de la stalle n°12. Cyclope simiesque sur un corps sinueux de dragon. Tête rapportée.

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Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

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LES STALLES BASSES DU COTÉ SUD : n° 13 À 24.

 

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La jouée sud-est.

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Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

 

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Stalle n° 13

"Console polie reprenant la forme ondulante de la sellette. La miséricorde a été remontée sur une stalle élargie."

 

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Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

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Appui-main de  droite de la stalle n°13. Tête ouvrant la mâchoire .

Le haut du visage a été  bûché.

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Stalle n°14. Homme exhibant ses fesses, ou déféquant.

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"Un homme est représenté de dos, assis et les jambes relevées, qu'il tient par les mollets. Il retourne sa tête vers le spectateur. Son pantalon est baissé et sa chemise relevée de sorte que l'on voit ses fesses. Sous celles-ci apparaîssent les testicules du personnage. Son visage est individualisé, ses lèvres pincées, les yeux baissés et les sourcils relevés dans une expression d'étonnement ou de douleur.

Le caractère sexuel de cette scène est indéniable et elle s'inscrit dans une série de miséricordes ayant des thèmes licencieux. Cette sculpture est peut-être la représentation d'un sodomite, sujet développé sur deux autres miséricordes de Tréguier. A noter également, la présence de quatre encoches sous la sellette (voir la photographie n°2) qui pourraient renvoyer à une numérotation gravée soit lors de la réalisation des stalles, soit lors d'un remontage de celles-ci."

 

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Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

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Appui-main de la stalle n° 14. Tête béate au nez en courge et aux oreilles d'âne.

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Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

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Stalle n° 15. Végétal.

"Une grande feuille ou une algue se déploie sur toute la miséricorde."

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Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

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Appui-main de la stalle n° 15. Feuillage.

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Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

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Stalle n°  16 : homme se tenant le ventre.

"Un homme est vu depuis la taille, de face. Il est vêtu d'une veste à capuche qui lui recouvre la tête. Des ses deux mains, il se tient le ventre. Les boutons de sa veste sont tendus et le tissu plisse comme si le vêtement était devenu trop petit. L'homme grimace, la bouche tirée en un rictus de douleur, sentiment accentué par l'expression de ses yeux à la pupille creusée. L'attitude générale du personnage indiquerait qu'il s'agit d'un gourmand qui est maintenant puni par des douleurs abdominales.

Les représentations des péchés de bouche -abus de nourriture mais aussi de vin -sont fréquent sur les stalles. Voir les stalles de la collégiale Notre-Dame de La Guerche-de-Bretagne."

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Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

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Appui-main de droite de la stalle n°16. Tête d'enfant sur une base de feuillage.

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Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

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Stalle n°  17 : acrobate.

"Un homme est vu de profil, tourné vers la droite. Il est allongé sur le ventre et effectue une acrobatie : il tient sa cheville droite avec sa main droite au-dessus de son dos. Son autre main est posée sur sa poitrine. Il est vêtu d'un capuchon festonné à grandes oreilles, c'est-à-dire, le capuchon d'un fou, et porte un pantalon court, qui lui arrive à mi-cuisse et dont la braguette est protubérante. Ses yeux sont mi-clos et il ne sourit pas."

"Les représentations d'acrobates, de jongleurs et de fous sont très fréquentes dans les stalles médiévales. Rappelons que, bien que ces activités étaient mal considérées par l'Eglise, de nombreux spectacles avaient lieu, parfois jusque sur le parvis de l'église. Sur cette miséricorde, la protubérance de la braguette est révélatrice de cet aspect négatif inhérent aux acrobates dans la pensée médiévale."

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Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

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Appui-main de droite de la stalle n°17.

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Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

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Stalle n° 18 : homme obscène.

"Un homme est représenté de face, les jambes relevées en V. Les cheveux longs, barbu, il porte un chapeau aux bords relevés. Son visage est rond, la bouche entrouverte, les yeux baissés et le front parcouru d'un sillon en V. Le bas de son corps est dénudé. De l'index de la main gauche, il indique son anus tandis que de sa main droite il tient son sexe aujourd'hui disparu, mais dont la forme est encore nettement perceptible.

Les parties génitales du personnage sur la miséricorde ont été bûchées.

Le caractère sexuel de cette scène est indéniable et elle s'inscrit dans une série de miséricordes ayant des thèmes licencieux. Cette sculpture est peut-être la représentation d'un sodomite, sujet développé sur deux autres miséricordes de Tréguier. Le sexe aurait été supprimé au 17e siècle."

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Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

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Appui-main de droite de la stalle n°18. Feuillage enroulé.

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Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

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Stalle n° 19. Dragon .

"un animal monstrueux, un dragon, est représenté de profil, tourné vers la droite. Il possède deux pattes et deux ailes qui sont celles d'une chauve-souris. Tout son corps, de sa queue jusqu'au sommet de son crâne est hérissé d'une crête. Ses pattes à trois doigts sont crochues et l'arrière est frangé. Ses oreilles sont petites et, bien que son faciès soit simiesque, son museau fait plutôt penser à un nez. Il sourit de manière inquiétante, découvrant ainsi toutes ses dents. Son corps est tacheté et la pupille de ses yeux globuleux est creusée. "

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Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

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Appui-main de droite de  la stalle n°19. Feuillage enroulé.

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Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

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Stalle n° 20. Homme tenant un phylactère.

 

 

"Un homme est vu depuis la taille, de face. Il est vêtu d'une veste boutonnée sur le devant. Il tient entre ses mains un rouleau qui forme un V. Son visage est rond, ses lèvres épaisses et son nez épaté. Un sillon en V parcourt son front. Sa bouche est ouverte. Ses cheveux forment une masse compacte autour de son visage.

La miséricorde a été remonté sur une nouvelle stalle plus large que les autres."

 

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Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

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Appui-main de droite de la stalle n° 20. Feuillage enroulé ou algue.

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Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

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 Stalle n° 21 : ange présentant un phylactère.

 

 

"Un ange est représenté en buste, de face. Il tend les bras devant lui, mais ses mains ont disparues, de même que le rouleau qu'il tenait et dont les extrémités sont encore visibles au niveau de ses ailes. Celles-ci sont déployées derrière lui et leurs plumes sont sommairement ciselées. Son visage est rond, ses lèvres épaisses et il esquisse un sourire. Ses yeux sont mi-clos et les pupilles sont creusées. Ses cheveux forment une masse compacte autour de son visage."

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Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

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Appui-main de droite de la stalle n° 21. Feuillage enroulé.

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Stalle n° 22. Feuillage.

 

"Une grande forme végétale occupe toute la surface de la miséricorde, au-dessus d'un petit élément architectural. La présence de cet élément donne l'impression que la console est traitée à la manière d'un chapiteau. "

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Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

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L'appui-main droit de la stalle 22 :homme encapuchonné (face bûchée) devant un livre posé sur un lutrin.

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Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

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Stalle n°23. Végétaux.

"Deux grandes formes végétales ondulantes et nervurées sont entrelacées par la tige."

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Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

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L'appui-main droit de la stalle 23 : enroulement de feuillage.

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Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

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Stalle n°  24. Dragon.

"Un dragon est représenté de dos, vu du dessus. Il tourne sa tête vers la droite et ouvre la gueule montrant ainsi ses dents acérées. Quadrupède, ses pattes sont crochues et il est pourvu d'ailes de chauve-souris. Son épine dorsale est parcourue d'une crête en dents de scie. Ses yeux sont bordés de longs cils et ses pupilles ne sont pas creusées.

Ce dragon est la réplique d'un autre dragon se trouvant sur les stalles de Tréguier. La position est la même, tout comme la forme, mais la facture de celui-ci est moins aboutie. Le sculpteur est différent, en témoigne les pupilles creusées sur l'un, mais pas sur celui-ci. Deux possibilités au moins peuvent expliquer cette différence. Premièrement, le sculpteur peut être un apprenti au sein de l'atelier de Tréguier à qui l'on aurait confier la réalisation à l'identique de cette pièce. D'autre part, les stalles de Tréguier ayant été restaurées au 17e siècle, certains appuie-main ayant été totalement refaits, il est possible que cette miséricorde date de cette époque et en remplace une autre disparue, trop abîmée ou encore jugée trop licencieuse."

 

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Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

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L'appui main de la stalle 24. Homme dans la gueule d'un dragon.

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Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

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L'appui-main gauche  de la stalle 24 : la paroi interne de la jouée basse : un dragon  ailé ayant dans sa gueule la robe de sainte Marguerite.

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LES STALLES HAUTES DU COTÉ NORD : N° 25 À 36.

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Stalle n° 25. Dragon ou monstre animal.

"Un animal quadrupède aux allures de bouc est représenté de profil, tourné vers la gauche. Sa tête est cependant retournée et il regarde vers la droite. Son corps est recouvert de fourrure à partir du cou, une longue queue fine sort de l'intérieur de sa cuisse gauche. Ses pattes antérieures sont pourvues de trois doigts alors que la seule de ses pattes postérieures visible ne semble en posséder que deux, à moins qu'il ne s'agisse d'un sabot. Son cou vrillé est tacheté. Ses oreilles, assez grandes, sont pointues, son museau est allongé et arrondi, et il ferme la bouche. De longs poils touffus lui sortent des joues et du dessous de la gueule."

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Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

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Appui-main droit de la stalle n°25. Homme tenant un instrument entre ses jambes.

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Florence Piat, thèse.

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Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

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Stalle n°  26. Dragon souriant.

"Un animal quadrupède à tête de singe est représenté roulé en boule, comme un chat, et tirant la langue. Il est tourné vers la droite. Son pelage est recouvert de petits points et son dos est parcouru d'une crête aux sommets arrondis. Sa longue queue revient sous lui en passant par l'intérieur de sa cuisse droite. Avec ses pattes antérieures, il se tient le haut du cou tandis que sa patte postérieure droite lui sert à tirer sur la commissure de sa bouche, afin d'accentuer sa grimace. Sa gueule est arrondie, son nez fin, ses yeux globuleux et tombants, leur pupille creusée, ses oreilles petites, creuses et elles aussi rondes."

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Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

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L'appui-main droit de la stalle 26 : homme aux jambes nues.

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Florence Piat, thèse.

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Les stalles de la cathédrale de Tréguier : les miséricordes.

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 Stalle n° 27 : feuillages.

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"Deux grandes formes végétales nervurées et ondulantes sont enlacées."

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Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

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Appui-main droit de la stalle n°27 : feuillage enroulé.

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Florence Piat, thèse.

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Stalle n° 28: dragon velu.

 "Un animal monstrueux est représenté de profil, le corps tourné vers la droite, mais la tête complètement retournée vers la gauche et posée au niveau de son flanc. Son corps est recouvert de fourrure, mais la partie inférieure de ses deux pattes ainsi que sa queue sont couvertes d'écailles. Il possède deux petites oreilles pointues et son museau a plutôt la forme d'un bec. Chose curieuse, ce bec ouvert laisse voir des dents très pointues. Derrière son long cou, qui forme une boucle, on aperçoit un morceau d'étoffe. Cet animal fabuleux ne ressemble pas aux autres dragons présents sur les stalles, mais sa fourrure rappelle la fourrure de l'Homme Sauvage figuré sur la jouée terminale des stalles basses nord-ouest."

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Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

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L'appui-main droit de la stalle 28 : homme tenant un instrument à pavillon conique percé d'orifices.

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Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

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Stalle n° 29. Ruban entrelacé.

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 "L'enchevêtrement d'un ruban."

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Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

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L'appui-main droit de la stalle 29 : Feuillage recroquevillé avec boucles.

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Florence Piat, thèse.

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Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

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Stalle n° 30 : feuillage.

"Une grande forme végétale nervurée et ondulante est enroulée autour d'une branche."

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Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

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L'appui-main droit de la stalle 30 : Feuillage recroquevillé à 1 boucle.

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Florence Piat, thèse.

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Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

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Stalle n°  31 : un dragon aux ailes éployées.

"Un dragon est représenté de dos, vu du dessus. Il tourne sa tête vers la droite et ouvre la gueule. Quadrupède, ses pattes sont crochues et il est pourvu de très grandes ailes de chauve-souris. Son épine dorsale est parcourue d'une crête aux extrémités arrondies. Son museau, rond et aplati, n'a pas l'aspect inquiétant que peuvent avoir d'autres représentations de dragons sur ces stalles. Ses pupilles sont creusées et ses yeux cernés."

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Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

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Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

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L'appui-main droit de la stalle 31 : feuillage enroulé à boucles.

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Florence Piat, thèse.

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Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

 

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Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

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Stalle n° 32 : feuillage.

 "Une grande forme végétale nervurée et ondulante occupe toute la surface de la miséricorde au-dessus d'un petit élément architectural."

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Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

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L'appui-main droit de la stalle 32 : feuille enroulée.

 

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Florence Piat, thèse.

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Stalle n° 33 : un dragon ailé .

"Un dragon est représenté de dos, vu du dessus. Il tourne sa tête vers la droite et ouvre la gueule montrant ainsi ses petites dents acérées. Quadrupède, ses pattes sont crochues et il est pourvu d'ailes de chauve-souris. Son épine dorsale est parcourue d'une crête en dents de scie. Ses oreilles sont pointues, les sourcils sont épais et la pupille des yeux est creusées."

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Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

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L'appui-main droit de la stalle 33 : obscénité animale, bûchée.

Un animal redressé (grandes oreilles, mais face bûchée) chevauche une biche..

Florence Piat, thèse.

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Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

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Stalle n° 34 : homme sauvage combattant un dragon ; cf. la miséricorde de la stalle 3.

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"Un homme nu et armé d'une massue se tient sur la gauche de la miséricorde, de trois quart, et regarde le spectateur. Son pied droit est posé sur la queue d'un dragon qui occupe la droite de la miséricorde. Celui-ci est en train de mordre dans un végétal fabuleux qui semble servir de bouclier à l'homme nu. Le dragon est vu partiellement de dos et son échine est parcourue d'une crête aux sommets arrondis. Sa gueule est allongée et ses dents visibles. Quant à l'homme, il a les cheveux qui lui arrivent aux épaules, le visage rond et la bouche entrouverte.

Cette sculpture a été interprétée de différentes façons. On y a vu une représentation d'Hercule combattant l'hydre bien que les conventions iconographiques ne soient pas toutes réunies. Par ailleurs, une autre hypothèse y voit un jardinier combattant des vers s'attaquant à ses cultures (D. et H. Kraus). Le végétal semble être plutôt un bouclier dont l'homme se sert pour détourner l'attention du dragon avant de le frapper. Cette scène est en fait une copie d'une autre miséricorde se trouvant actuellement sur les stalles hautes Sud, la miséricorde 03. Si la scène reste la même, la filiation est néanmoins aisément identifiable dans la mesure où les détails de la miséricorde 34 (côtes et cheveux notamment) sont d'une meilleure facture que ceux de la miséricorde (03). Les miséricordes 24 et 33 offrent un autre exemple d'imitation d'un sujet, en l'occurrence un dragon ailé. Là encore, fort est de constater que la miséricorde Nord (33) est d'une qualité supérieure à la miséricorde Sud (24)."

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Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

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L'appui-main droit de la stalle 34 : tête d'homme sortant de la gueule d'un dragon.

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L'homme, dont nous ne pouvons toujours pas savoir s'il s'agit d'un chanoine, possède la coupe de cheveux particulière, les yeux ovales effarés et les joues pleines déjà rencontré en stalle 3 et 9.

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Florence Piat, thèse.

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Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

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Stalle n° 35 : végétal (chardon ?).

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"Un végétal de type fleur à la partie centrale importante et aux pétales ondoyantes et fines. La fleur sort d'un bulbe feuillu. La forme de ce végétal a fait croire à D. et H. Kraus qu'il s'agissait d'un artichaut. Néanmoins, à la date de réalisation de ces stalles, l'artichaut n'avait pas encore été introduit dans la région. Il faudrait plutôt y voir une sorte de chardon." (F. Piat)

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Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

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L'appui-main droit de la stalle 35 : monstre animal babines retroussées, montrant les dents.

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Florence Piat, thèse.

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Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

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Stalle n° 36 : grylle.

 

"Un animal monstrueux, quadrupède et vu de profil, retourne sa tête pour se mordre le dessus du dos. Au milieu de son ventre, une autre tête est en train de lui dévorer l'arrière-train. Sur la première tête, les oreilles sont petites, le museau allongé est pourvu de petites narines tandis que les yeux, mi-clos, ont leurs pupilles creusées. Sur la deuxième tête, la gueule est grande ouverte et laisse voir des dents acérées. Les oreilles sont plus grandes que sur la première tête. Les pattes de l'animal possède trois doigts chacune, sauf les pattes antérieures qui semblent être dotées d'un pouce en plus. Il possède une queue courte et son cou est vrillé sur lui-même.

Les animaux monstrueux pourvus de plusieurs têtes s'entre-dévorant sont une image du péché qui dévore l'homme à tous les niveaux : la lutte contre celui-ci est aussi une lutte intérieure. "

 

 

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Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

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L'appui-main droit de la stalle 36 : animal accroupi, tête léonine (restituée) à œil (?) frontal.

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Florence Piat, thèse.

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Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

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L'appui-main gauche de la stalle 36 : tête d'animal à grandes oreilles (dragon) tenant dans la gueule une boule de feuilles (rapportée).

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Florence Piat, thèse.

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Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

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LES STALLES BASSES DU COTÉ NORD : n° 37 À 48.

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Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

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La jouée basse nord-est :

"Sur la face externe de la jouée de cette stalle, un Homme Sauvage héraldique est représenté, le genou gauche à terre, la pointe d'un demi blason posée sur son genou droit. De la main gauche, il tient un bâton écoté, sorte de massue dont il se sert comme arme. De la main droite, il tient le haut du blason. Son corps est recouvert d'une fourrure épaisse et travaillée et seuls les pieds, les mains et une partie du visage sont imberbes. Son visage est par ailleurs simiesque, les traits outrés : nez large et retroussé, lèvres épaisses, grandes dents visibles rendent compte de l'agressivité du personnage. Sa chevelure longue et ondulée se confond avec les grandes feuilles présentes derrière le personnage. L'Homme Sauvage était un motif très populaire à la fin du Moyen âge et avait été adopté dans les armoiries de plus de 200 familles d'Europe. Son image était utilisée pour défendre une famille (l'Homme Sauvage est doté d'une force exceptionnelle et est presque imbattable), mais aussi comme emblème de fertilité."

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Les stalles de la cathédrale de Tréguier : les miséricordes.
Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

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Stalle n° 37.

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"Console reprenant la forme tripartite de la sellette : console à trois facettes."

 

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photo F. Piat copyright

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Appui-main gauche  de la stalle 37 : arrière-train d'un animal (l'avant a été  bûché)

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L'appui-main droit de la stalle n° 37 : personnage tenant un pichet et partie bûchée.

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Florence Piat, thèse.

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Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

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Stalle n° 38 : un paysan (ou un mineur).

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http://patrimoine.bzh/gertrude-diffusion/dossier/cathedrale-saint-tugdual-stalle-38/2b71acda-bb14-491c-9545-b35b7a0b19c8

"Un homme est représenté de face à partir de la taille, tenant une pioche dans la main gauche et un casque dans la main droite. Il est vêtu d'une veste à capuche qui lui couvre la tête. Le visage du personnage est grossier : ses lèvres sont épaisses, son nez large, ses yeux baissés et tombants sont surmontés de sourcils broussailleux. Sa bouche est de travers et il fait une moue. La pioche et le casque indiquent qu'il s'agit d'un mineur.

Ce personnage a permis de mettre en évidence la présence d'une petite production minière dans la région du Trégor à la fin du Moyen âge, corroborée par quelques textes indiquant que des cargaisons de fer embarquaient au port de Tréguier. Par ailleurs le mineur était un personnage assez mal considéré à cause de sa noirceur et de son activité souterraine. C'était un marginal, au même titre que le bûcheron ou le tanneur." (F. Piat)

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Photo Florence Piat copyright

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Appui-main droit  de la stalle n° 38 : animal assis dressé  devant une colonne (?) ; face et pattes antérieures bûchées.

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Florence Piat, thèse.

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Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

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Stalle n° 39 : feuillage.

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 "Une grande forme végétale nervurée et ondulante, représentée couchée, occupe toute la surface de la miséricorde."

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Auteur Piat Florence Copyrights (c) Inventaire général, ADAGP

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Appui-main droit de la stalle n°39 : masque à forme humaine avec de grandes oreilles de lièvre.

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Florence Piat, thèse.

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Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

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Stalle n° 40 : ange tenant un parchemin.

"Un ange est représenté en buste, de face, tenant un rouleau entre ses mains. Ses ailes sont déployées derrière lui et les plumes sont sculptées. Il porte une tunique à large col et dont les nombreux plis donnent l'impression que le personnage vole. Le visage est placide mais les pupilles ne sont pas creusées. Ses cheveux, qui lui arrivent aux épaules, sont élégamment bouclés. Le rouleau qu'il tient occupe toute la largeur de la miséricorde et s'enroule sur la droite. Cet ange n'a pas la même physionomie que les autres anges sculptés sur les stalles de Tréguier (pas de creusement des pupilles, pas de sillon en V ou W sur le front). L'enroulement des cheveux et du rouleau qu'il tient tend à prouver que cet ange a été réalisé au 17e siècle, lors d'une campagne de restauration des stalles."

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Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.
Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

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Appui-main droit de la stalle 40 : acrobate en renversement postérieur, bras droit entre les jambes saisissant la cuisse gauche, main gauche posée sur la taille. Bonnet de fou, chausses à chaussures intégrées, pan de braguette déboutonné .

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Florence Piat, thèse.

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Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

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Stalle n° 41. Deux oiseaux enlacés.

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"Deux oiseaux sont représentés de profil, se faisant face. Ils s'enlacent par le cou. Celui-ci est d'ailleurs très long par rapport au reste du corps de ces animaux. Les plumes sont détaillées, leur bec est grand et les narines visibles. Leurs pattes sont palmées. Une banderole se trouve au-dessus de leur bec.

La présence d'un phylactère au-dessus des becs de ces oiseaux enlacés semble indiquer qu'il s'agit d'un motif héraldique."

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Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

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Appui-main droit de la stalle n° 41 : feuillage enroulé.

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Florence Piat, thèse.

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Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

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Stalle n° 42. Feuiilage.

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 "Une grande forme végétale nervurée et ondulante occupe toute la surface de la miséricorde."

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Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

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Appui-main droit de la stalle n°42 : chanoine ou prophète assis tenant un phylactère . Manteau long serré par une ceinture , camail couvrant la tête. Visage bûché.  

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Florence Piat, thèse.

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Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

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Stalle n° 43. Masque crachant des végétaux.

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"Une tête anthropomorphe est en train de cracher des végétaux. D'autres grandes feuilles lui sortent de ses oreilles. Ses yeux sont ronds et petits et sa bouche grande ouverte laisse voir ses dents."

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Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

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Appui-main droit de la stalle n°43 : homme sauvage (moitié antérieure bûchée).

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Florence Piat, thèse.

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Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

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Stalle n° 44. Feuillage.

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 "Deux grandes formes végétales ondulantes et nervurées sont entrelacées par la tige."

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Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

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Appui-main droit de la stalle n°44 : homme dévoré par un dragon : la tête du premier est engagée dans la gueule du second. On retrouve le motif sur la jouée nord-ouest.

 

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Florence Piat, thèse.

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Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

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Stalle n° 45. Acrobate.

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"Un homme est représenté de face effectuant une acrobatie. Il a passé ses jambes par-dessus ses épaules et tient sa cheville gauche de sa main gauche. Il pose son pied droit contre son visage et la main droite sur le côté de son ventre. Il est vêtu comme un fou : il porte une veste boutonnée par de gros boutons sur sa poitrine et munie d'une capuche à oreilles d'âne. Ses jambes sont nues. Son visage rond a une expression simiesque. Ses lèvres larges sont entrouvertes et il semble esquisser une moue de mécontentement. Son nez est épaté et ses narines semblent petites, en proportion. Son front est parcouru d'un sillon en W. Les pupilles sont creusées."

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Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

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Appui-main droit de la stalle n° 46 : homme assis devant un objet pyramidal ; partie antérieure bûchée. Semblable à l'appui-main des stalles 22 et 38.

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Florence Piat, thèse.

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Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

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Stalle n° 46. Dragon.

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 "Un dragon quadrupède ailé, vu du dessus et tourné vers la droite. L'animal retourne sa tête et regarde le spectateur. Ses deux grandes ailes, semblables à celles d'une chauve-souris, sont striées de la même manière que ses pattes de palmipèdes. Son épine dorsale est visible et se prolonge par une très longue et fine queue qui passe sous la cuisse droite de l'animal avant de revenir devant lui. La forme de la tête se situe entre celle d'un singe et d'un félin : le museau est fin, les yeux bordés de sourcils épais, les oreilles petites et en pointe, la gueule arrondie. Il ouvre la bouche comme s'il souriait, découvrant ainsi ses dents. Le corps est traité avec une certaine plasticité mettant l'accent sur les muscles. A noter que la patte antérieure gauche n'est pas palmée et s'appuie sur l'aile gauche contrairement à celle de droite qui est cachée.

Les dragons sont nombreux sur les stalles et dans la cathédrale de Tréguier. Saint Tugdual, un des sept saints fondateurs de la région et à qui est dédié cet édifice, était un saint saurochtone. En effet, comme la plupart des saints fondateurs bretons, il a eu à vaincre un dragon au cours de sa vie. Il est d'ailleurs représenté menant le dragon en laisse grâce à son étole et à son bâton épiscopale sur un rampant d'une jouée des stalles de Tréguier. Beaucoup de dragons sculptés sur cet ensemble semblent sourire, montrant ainsi une certaine duplicité à laquelle le fidèle ne doit pas se fier. La facture de ces dragons indiquent qu'ils sont probablement l'oeuvre de Gérard Dru, artiste d'origine rhénane qui aurait dressé ici une sorte de catalogue des différents monstres, jouant sur leurs attributs, leur pelage et leur position."

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Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

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Appui-main droit de la stalle n°46 : bourgeon floral.

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Florence Piat, thèse.

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Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

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Stalle n° 47. Un léopard.

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"Un félin est représenté allongé, de côté, la tête tournée vers le spectateur. Ses oreilles sont petites, ses yeux sont grands et leur pupille est creusée. Il tire la langue. Il possède une crinière ce qui pourrait faire penser que cet animal est un lion. Mais le flagelle de sa queue qui remonte sur son flanc en passant par l'intérieur de sa cuisse, est en fait double. Cette particularité physique est caractéristique des représentations de léopard.

Les léopards sont assez rarement représentés dans les stalles médiévales et dans l'art d'une manière générale. Cela tient principalement à sa mauvaise réputation. On croyait en effet que le léopard était la progéniture de l'union contre nature d'une lionne et d'un pard, c'est-à-dire une panthère mâle. Il était considéré primitivement comme un "mauvais lion", mais il fut néanmoins utilisé comme motif héraldique. D'autres représentations sont ainsi visibles sur les sablières de Notre-Dame de la Clarté à Perros-Guirec et à Notre-Dame du Tertre à Châtelaudren."

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Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

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L'appui-main droit de la stalle n°47 : animal accroupi se retournant ; tête bûchée.

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Florence Piat, thèse.

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Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

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Stalle n° 48. Deux dragons enlacés.

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"Deux animaux monstrueux sont représentés de profil, leur cou enlacé. L'animal situé à gauche de la miséricorde a le corps tacheté, l'épine dorsale saillante, la patte crochue. L'animal situé à droite de la miséricorde a le corps recouvert de fourrure et la patte également crochue. Les deux monstres possèdent le même faciès. Leurs oreilles, assez grandes, sont pointues, leurs yeux à la pupille creusée sont bordés de sourcils épais et leur museau est arrondi. Tous deux semblent sourire.

Cette miséricorde est à rapprocher d'une autre miséricorde du même ensemble figurant un couple d'oiseaux également enlacés par le cou."

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Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

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L'appui-main droit de la stalle  n°48 : masque floral ; tête animale (singe) parmi des rubans de feuillage.

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Florence Piat, thèse.

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La jouée basse nord-ouest.

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Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

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Les sculptures en ronde-bosse du chant : saint Tugdual terrassant le dragon.

 

Un dragon ailé est en train d'avaler un malheureux dont il tient déjà la tête et le cou dans sa gueule. Un saint évêque se tient derrière lui et tient dans la main gauche un couteau. Il étend vers la bête le bras  droit, mais celui-ci est brisé et nous ne pouvons que deviner qu'il s'en est emparer. en effet, nous voyons une bande d'étoffe qui ceinture le cou du dragon. Il parait logique d'identifier ici saint Tugdual, patron de la cathédrale, qui captura jadis, près de Tréguier,  un dragon en le liant de son étole : 

"S. Tugduval, continuant son chemin, arriva à une vallée, nommée, pour lors, Traoun-Trecor (c'est où est, à present, la ville de Land-Treguer, siége de l'Evesché de Treguer), laquelle trouvant fort commode & d'agréable situation, accommodée d'un beau port de mer, il s'y arresta & se resolut d'y édifier un grand Monastere, qui seroit le chef des autres de son institut.  Il en parla au Roy Deroc, lequel y envoya des ouvriers de toutes parts & fournit à tous les frais qui y estoient necessaires.

Attendant que l'Eglise fut bâtie, S. Tugduval avoit fait édifier une petite Chapelle, dans laquelle il celebroit la Messe & faisoit des exhortations à ceux qui le venoient visiter : gueres loin de là, il y avoit un dragon, qui sortoit parfois de sa caverne, devorant hommes, femmes, enfans & bestail ; de sorte que ce terroir estoit resté desert & les terres laissées en friche & infructueuses, sans que personne ozast y habiter, crainte de ce monstre. Les proprietaires de ces terres vinrent trouver le Saint & luy representerent les dommages que ce dragon, leur faisoit, tant en leurs personnes, qu'en leurs biens. Saint Tugduval les consola, &, le lendemain, aprés avoir celebré la Messe, revétu de ses Ornemens Sacerdotaux, il prit la Croix en main & se fit conduire à la caverne du dragon, & luy ayant commandé de sortir hors, il luy lia son Estolle au col & le traisna ainsi sur un rocher, d'où il luy commanda de se précipiter dans le bras de mer qui bat au pied, ce qu'il fit, sans que jamais depuis on l'aye veu (Dans l'église de Goulizon (diocèse de Quimper) saint Tugdual est représenté terrassant le dragon )" (Albert le Grand)

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Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

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Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

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Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Stalles de la cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

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SOURCES ET LIENS.

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BILLAUD, Sophie. "Iconographie et culture folklorique en Bretagne à la fin du Moyen âge : l'exemple des stalles de Tréguier". Mémoire de Maîtrise : Hist. de l'Art. Rennes : université Rennes 2, 1990. Non consulté

BILLAUD, Sophie. "Figures grotesques, figures sacrées, les stalles de Tréguier". Ar Men, N°2, 1991 pp. 64-75

"La cathédrale de Tréguier". in : Congrès Archéologique de France, 107e session, 1949. Paris : SAF, 1950 pp. 102-123

 

— PIAT (Florence), 2012, Les stalles de l’ancien duché de Bretagne, de la fin de la guerre de Succession jusqu’au concile de Trente, [thèse : Histoire de l’art], Rennes, Université de Rennes 2, 2012, 2 vol.2.

 

https://www.academia.edu/34924818/THESE_UNIVERSIT%C3%89_RENNES_2_-_Volume_2_-_Annexes

https://www.academia.edu/34924613/THESE_UNIVERSIT%C3%89_RENNES_2_Les_stalles_de_lancien_duch%C3%A9_de_Bretagne._De_la_fin_de_la_guerre_de_Succession_jusquau_concile_de_Trente

https://www.academia.edu/34924818/THESE_UNIVERSIT%C3%89_RENNES_2_-_Volume_2_-_Annexes

 

 

 

 

Bibliographie complémentaire :

 ALEXANDRE-BIDON (Danièle), 2001, « L’iconographie des stalles : partage et transmissions des modèles (enluminures, gravures...) », in K. Lemé-Hébuterne (dir.), Autour des stalles de Picardie et Normandie. Tradition iconographique au Moyen Âge, Amiens, Encrage, 2001, p. 149-166.

 

—  BILLIET (Frédéric) 2001, « Un mobilier pour le chant. La vie musicale dans les stalles d’Amiens », Autour des stalles de Picardie et de Normandie. Traditions iconographiques au Moyen Âge, (ed. K. LEME-HEBUTERNE), actes du 4e colloque international de Misericordia International, Amiens, septembre 1999, Amiens, Encrage, 2001, p. 29).

 

 

—  BILLIET (Frédéric)  Le miroir des miséricordes: XIIIe-XVIIe siècle : actes du colloque Université de Toulouse-Le Mirail. Images et sociétés, Université de Toulouse-Le Mirail. Section d'histoire de l'art Centre européen d'art et de civilisation médiévale, 1996 - 262 pages

 

.—  BLOCK (Elaine C.), 2003,Corpus of medieval misericords. France. XIII - XVI  century, Turnhout, Brepols, 2003,444 p. 

— E. C. Block: 'Proverbs on Choir Stalls in the Rhineland', ProfaneA. Mid. Ages, v/1 (1996), pp. 25–45

.—  BLOCK (Elaine C.), BILLIET (Frédéric)  Stalles de la cathédrale de Rouen (Les)

https://books.google.fr/books?id=7tThdObk0qwC&pg=PA78&lpg=PA78&dq=stalles+saint-pol-de-l%C3%A9on&source=bl&ots=tth0hiC8_3&sig=zZ9bwe1_Qj7cICq9VvvVWu8EHyY&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwiMjJnC-IvYAhXDDcAKHcx-DRk4FBDoAQhEMAU#v=onepage&q=stalles%20saint-pol-de-l%C3%A9on&f=false

— BOURNOT-DIDIER (Nancy) , 2000, André Sulpice et les stalles du Rouergue Thèse de doctorat en Histoire de l'art soutenue à Toulouse 2

 

— CHARLES (Olivier ), 2004, Chanoines de Bretagne, carrières et cultures d'une élite cléricale au siècle des Lumières, Presses Universitaires de Rennes

http://books.openedition.org/pur/17414

 

—  DURAND (Georges) : Monographie de l'église Notre Dame, cathédrale d'Amiens. Tome II . Yvert et Tellier, 1903.

http://www.stalles-dg.info/Acc/durdescrip.htm

 — KRAUS (Dorothy et Henry), 1968, Le monde caché des miséricordes. Suivi du répertoire de 400 stalles d'églises de France. Paris, 263 p. Les éditions de l'amateur.

— MISERICORDIA INTERNATIONAL MEDIEVAL ICONOGRAPHY

http://misericordia-international.blogspot.fr/

 

— PELAD-OLIVIER (Monique), L'emplacement et l'organisation des stalles de la cathédrale de Rouen des origines à nos jours.

http://docplayer.fr/62033271-L-emplacement-et-l-organisation-des-stalles-de-la-cathedrale-de-rouen-des-origines-a-nos-jours.html

http://www.rouen-histoire.com/Cathedrale/Stalles/Index.htm

 

— PRIGENT (Christiane)   Sculptures de danseurs et de jongleurs dans les édifices religieux, à l’époque romane et à l’époque gothique. « Représentations sculptées de danseurs et de jongleurs comme manifestation de la culture laïque dans les édifices religieux à l'époque romane et à l'époque gothique », in M.S.H.B., tome LXXI, 1994, p. 279-313.

https://hicsa.univ-paris1.fr/documents/pdf/MondeRomainMedieval/Prigent.pdf

— LANGLOIS (E.-H.) 1827, Notice sur les bas-reliefs des stalles de la cathédrale de Rouen et sur le Lay d'Aristote, E.-H. Langlois, Rev. de la ST. Lib. d'Em. de la S.-I., 1827, p.12.
— LANGLOIS (E.-H.)  1838, Stalles de la cathédrale de Rouen, E.-H. Langlois, 1838.

— LEMÉ (K.) 1994,  Stalles de Haute-Normandie, K. Lemé, Etudes Normandes, 1994/3, p. 21.
—  LEMÉ (Khristiane), 1993, Images de la société à travers les stalles du nord-ouest de la France, XIVe http://www.theses.fr/1993PA040260

— LEMÉ (Kristiane) : Le costume au début du XVI°siècle à travers les stalles de la cathédrale d'Amiens. Bulletin de la Société des Antiquaires de Picardie. 4° trimestre 1996

— LEME-HEBUTERNE, Kristiane. Les Stalles de la cathédrale Notre-Dame d'Amiens. Mémoires de la Société des Antiquaires de Picardie. Paris : Picard, 2007, tome XXVI.

p. 17-44 ; p. 57-114 ; p. 168-173

— TOURTIER, Guy (de), PRACHE, Georges. Les Stalles de la cathédrale d’Amiens, XVIème siècle. Lyon : Lescuyercz, 1970.

Kristiane Lemé-Hébuterne, Les stalles de la cathédrale Notre-Dame d’Amiens, Paris, Picard, 2007, 28 cm, 248 p., 213 fig. en n. et b. et en coul., carte, plans, dessin. – ISBN : 978-2-7084-0792-3

— JOURDAIN (Edouard) et DUVAL (Charles) : Les stalles de la cathédrale d'Amiens. Extrait des Mémoires de la Société des Antiquaires de Picardie. Amiens, Duval et Herment 1843.

 — AMIENS. 1509 et 1522.

https://inventaire.hautsdefrance.fr/dossier/stalle-du-choeur-decor-en-bas-relief-d-une-jouee-la-vierge-des-litanies/08160568-5bd4-486b-8dce-04262e6e6f4e

https://inventaire.hautsdefrance.fr/recherche/globale?texte=Amiens+stalles

 

https://www.richesses-en-somme.com/cath%C3%A9drale-insolite-int%C3%A9rieur/stalles-de-la-cath%C3%A9drale/

 La visite virtuelle des stalles peut se faire sur le site  http://www.stalles-dg.info/Pag/accueil.htm

— BEAUVAIS : Inscription sur la 10ème stalle du côté gauche en haut sur une miséricorde : DE avec étoile et lune

https://inventaire.hautsdefrance.fr/dossier/ensemble-de-83-stalles/afd61497-aa6e-4021-b20b-5c2f92980865

— SOISSONS

https://inventaire.hautsdefrance.fr/dossier/serie-de-82-stalles/a873a336-a6d3-42a7-888e-e7f1a5ef3caa

 

http://patrimoine.bzh/gertrude-diffusion/dossier/cathedrale-saint-tugdual-stalle-01/8f9c774e-d69b-4e48-9974-d08ce13d859b

http://perso.numericable.fr/tessonmic/Les%20Stalles%20en%20Bretagne.pdf

 

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6 mars 2019 3 06 /03 /mars /2019 12:27

Le groupe de saint Yves entre le Riche et le Pauvre  (bois, XVIIe siècle) de la cathédrale de Tréguier.

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— Voir aussi sur saint Yves :

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Curieusement,  eu égard à son emplacement à l'entrée (portail sud) de l'ancienne cathédrale de Tréguier, centre du culte de saint Yves et de son pardon le 19 mai et lieu conservant son tombeau, je n'en trouve que peu de descriptions disponible en ligne.  Une photo par Henri Moreau est disponible sur Wikipédia.

J'apprends que ce groupe, restauré au XX siècle, a été acheté à la fin du XIX siècle par un Trécorrois, marin d'état à Brest qui l'a offert à la cathédrale.  Ou bien aurait-il été trouvé dans une ferme de la région. La notice des Monuments historiques PM 22001360 (l'œuvre est classée depuis le 23 mars 1972) donne ses mensurations (h = 114, l = 110, pr = 20). Jean-Michel Huon me précise en commentaire que ce groupe a été offert par Marie Monjarret à la cathédrale de Tréguier en novembre 1993, et que le socle a été fait par le sculpteur trécorrois Picard pour une somme de 458 Fr. S'agit-il de l'atelier d'ébénisterie réputé d' André Le Picard,  successeur de Jean-Marie Le Picard ? 

 

Peut-être  est-il desservi par son aspect de bois à la patine d'antiquaire très sombre laissant parcimonieusement briller des reflets fauves. 

Ce groupe de trois statues appartient à l'ensemble de  89 groupes de saint Yves entre le Riche et le Pauvre ou "Groupes de saint-Yves" recensés actuellement en Bretagne par Virginie Montarou, dont  38 statues, 12 retables, 13 bas-reliefs, 11 tableaux, 9 calvaires, 3 bannières et 13 vitraux. 38 de ces groupes datent de la période 1600-1715.

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Groupe de saint Yves entre le Riche et le Pauvre (bois, XVIIe), cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Groupe de saint Yves entre le Riche et le Pauvre (bois, XVIIe), cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

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Groupe de saint Yves entre le Riche et le Pauvre (bois, XVIIe), cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Groupe de saint Yves entre le Riche et le Pauvre (bois, XVIIe), cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

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Saint Yves est assis, dans sa fonction de juge, dans une posture  assez hiératique,  sur une cathèdre surélevée, avec le Pauvre à sa droite : il tourne son visage vers lui.

Il est coiffé d'une barrette à hauts bords, dont les quatre cornes forment une saillie accentuée en croix. Il porte la cotte talaire plissée qui ne laisse dépasser que la pointe de solides chaussures ("talaire" = descendant jusqu'aux talons), et ses épaules sont recouvertes par un mantel à capuchon rabattu derrière la nuque.

Dans la main droite, il tient une pièce du procès qui lui est soumis. Et la main gauche, paume verticale pouce en légère opposition, témoigne de l'argumentation en cours. Ces deux caractéristiques, qui sont exactement celles du groupe de la chapelle de Quilinen, ne sont donc pas fortuites, mais répondent à des codes de l' iconographie. On les retrouve à peu près à Brennilis, mais inversées car le Pauvre y est à gauche.

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Groupe de saint Yves entre le Riche et le Pauvre (bois, XVIIe), cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Groupe de saint Yves entre le Riche et le Pauvre (bois, XVIIe), cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Groupe de saint Yves entre le Riche et le Pauvre (bois, XVIIe), cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Groupe de saint Yves entre le Riche et le Pauvre (bois, XVIIe), cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

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Le Pauvre nous fait face (peut-être un choix de présentation), avec ses grandes oreilles décollées, ses yeux plissées au regard finaud, ses pommettes saillantes, le demi-sourire de sa petite bouche, et son menton pointu. Il est tête nue et tient son chapeau rond contre son ventre. Dans la main droite, le penn bazh, ici une branche écotée, et à la ceinture, une besace ou bissac. Sa tunique plissée aux manches longues descend jusqu'aux genoux, et ses jambes sont protégées par des houseaux tandis que ses pieds sont nus.

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Groupe de saint Yves entre le Riche et le Pauvre (bois, XVIIe), cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Groupe de saint Yves entre le Riche et le Pauvre (bois, XVIIe), cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

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Groupe de saint Yves entre le Riche et le Pauvre (bois, XVIIe), cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Groupe de saint Yves entre le Riche et le Pauvre (bois, XVIIe), cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

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Le Riche est habillé comme un petit seigneur, avec une redingote au dessus d'une longue tunique à boutons ronds. Ses chaussures à bouts carrés et se fines guêtres, comme sa moustache Louis XIII, assure la datation du XVIIe siècle. 

Comme à Quilinen, il s'apprête à puiser dans sa bourse les meilleurs arguments de sa défense. Hélas pour lui, il a affaire à un saint !

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Groupe de saint Yves entre le Riche et le Pauvre (bois, XVIIe), cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Groupe de saint Yves entre le Riche et le Pauvre (bois, XVIIe), cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

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Groupe de saint Yves entre le Riche et le Pauvre (bois, XVIIe), cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Groupe de saint Yves entre le Riche et le Pauvre (bois, XVIIe), cathédrale de Tréguier. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

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SOURCES ET LIENS.

— AVRIL (Yves), 2014, Saint Yves, "un saint pour tous les temps", conférence

http://fonds-saintyves.fr/IMG/pdf/conference_saint-yves_un_saint_de_tous_les_temps_juin_2014.pdf

— CASTEL (Yves-Pascal), Saint Yves et ses statues, in in Saint Yves et les Bretons, culte, images, mémoire (1303-2003), Presses Universitaires de Rennes

https://books.openedition.org/pur/22411

FONDS SAINT-YVES Les représentations de saint Yves.

http://fonds-saintyves.fr/Les-representations-de-saint-Yves

 

HAMON ( Thierry), 2003, "Saint Yves et les Juristes" Revue « Armorik », Editions Anagrammes, Perros-Guirec, 2003, n° 1, pp. 120-139.

http://partages.univ-rennes1.fr/files/partages/Recherche/Recherche%20Droit/Laboratoires/CHD/Membres/Hamon/Saint%20Yves%20et%20les%20Juristes.pdf

 

LE GUILLOU (J-P.) 1989, "Saint Yves : ceux qui l'ont connu témoignent, ceux qu'il a guéris racontent (enquête de canonisation)", Henry, Pédernec, 1989

http://fonds-saintyves.fr/IMG/pdf/enquete_canonisation_avec_illust.pdf

 

MONTAROU (Virginie), 2003, Saint Yves entre le riche et le pauvre, in Saint Yves et les Bretons, culte, images, mémoire (1303-2003), Presses Universitaires de Rennes

https://books.openedition.org/pur/22412?lang=fr

—  MONTAROU (Virginie), 1998, Saint Yves entre le riche et le pauvre. L’évolution de sa représentation iconographique en Bretagne auxxvie et xviie siècles, mémoire de maîtrise, 2 vol., université Rennes 2, 1998.

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5 mars 2019 2 05 /03 /mars /2019 23:19

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La chapelle de Quillinen à Landrévarzec est une Ancienne trève de la paroisse de Briec. Elle  comprend une nef de trois travées avec bas-côté nord, un choeur de deux travées et à chevet plat, et, au nord, au droit du choeur, une chapelle en aile séparée transversalement par deux arcades. Cette chapelle possédait jadis un autel dédié à saint Yves sur son coté nord : 

« Nous ont aussy lesdits Kerguellen fait remarquer Un autel au costé septentrionnal de la mesme Chapelle desdié à Monsieur Saint-Yves audevant duquel autel Est un Escusson en bosse Escartellé ou sont Empreints les armes plains de la maison de Penanjeun Launay aveq Lalliance de Kervier. » (1648)

De l'autel, il ne reste plus que la niche à usage de crédence, ainsi que le groupe sculpté de Saint Yves entre les Plaideurs qui se détache sur un décor mural peint, où un pavillon sommé d'une croix ouvre largement ses tentures pour abriter les trois personnages.

Ce groupe a été daté par R. Couffon, et par la Notice des Monuments historiques, du XVIe siècle.

Le saint est assis sur un fauteuil à bras en volutes, placé sur une estrade : il domine ainsi, quoique assis, les plaideurs qui sont debout.  Yves-Pascal Castel souligne judicieusement que cette posture assise le place dans sa fonction de juge, alors qu'il serait debout s'il plaidait comme avocat.

Il est tourné de trois-quart vers la droite, et donc vers le Pauvre, mais son regard se dirige vers le bas, rencontrant ainsi celui des fidèles qu'il surplombe de 2,50 m environ. Il tient dans sa main droite le rouleau de sa plaidoirie — ou quelque pièce du procès, tandis que son bras gauche esquisse un geste ; chacun y verra, qui celui de l'éloquence, qui celui de la rectitude du jugement, qui, celui de sa bienveillance envers le Pauvre. En effet, dominant parfaitement les techniques d'empathie, il répond par symétrie et mimétisme au même geste, paume ouverte, que le malheureux fait dans un contexte intérieur tout autre, bien entendu.

Monsieur saint Yves est vêtu, non avec la magnificence d'un Official de l'évêché de Tréguier, mais plutôt en recteur proche de ses ouailles (il le fut à Trédrez et à Louannec), avec un surplis blanc , au dessus du surcot noir, et avec les épaules recouvertes d'un camail (ou un chaperon si vous préférez) . Il est coiffé de sa barrette noires à quatre pointes, protégée par la capuche du camail. Ses chaussures de cuir noir à bouts ronds sont celles d'un homme qui sait ce que marcher veut dire.

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Groupe de saint Yves entre le Riche et le Pauvre à la chapelle de Quilinen à Landrévarzec. Photographie lavieb-aile 3 mars 2019.

Groupe de saint Yves entre le Riche et le Pauvre à la chapelle de Quilinen à Landrévarzec. Photographie lavieb-aile 3 mars 2019.

Groupe de saint Yves entre le Riche et le Pauvre à la chapelle de Quilinen à Landrévarzec. Photographie lavieb-aile 3 mars 2019.

Groupe de saint Yves entre le Riche et le Pauvre à la chapelle de Quilinen à Landrévarzec. Photographie lavieb-aile 3 mars 2019.

Groupe de saint Yves entre le Riche et le Pauvre à la chapelle de Quilinen à Landrévarzec. Photographie lavieb-aile 3 mars 2019.

Groupe de saint Yves entre le Riche et le Pauvre à la chapelle de Quilinen à Landrévarzec. Photographie lavieb-aile 3 mars 2019.

Groupe de saint Yves entre le Riche et le Pauvre à la chapelle de Quilinen à Landrévarzec. Photographie lavieb-aile 3 mars 2019.

Groupe de saint Yves entre le Riche et le Pauvre à la chapelle de Quilinen à Landrévarzec. Photographie lavieb-aile 3 mars 2019.

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Le Pauvre est bien représenté comme tel, mais sans emphase, sans misérabilisme,  sans les plaies, bandages et béquilles, ou les haillons dépenaillés des sculpteurs trop zélés. Il y a au contraire une correction ou un soin vestimentaire malgré l'indigence, et les bords de la  tunique de toile écrue sont découpés en festons, mais non effilochés ; les houseaux sont soigneusement lacés, le chapeau rond porte ses deux rubans ou "guides", et notre homme, aux cheveux courts bien taillés porte dans une besace les documents  sur lesquels il veut justifier de son bon droit. Par un geste, il a développé son argument ; et il regarde le bon saint Yves avec confiance.

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Groupe de saint Yves entre le Riche et le Pauvre à la chapelle de Quilinen à Landrévarzec. Photographie lavieb-aile 3 mars 2019.

Groupe de saint Yves entre le Riche et le Pauvre à la chapelle de Quilinen à Landrévarzec. Photographie lavieb-aile 3 mars 2019.

Groupe de saint Yves entre le Riche et le Pauvre à la chapelle de Quilinen à Landrévarzec. Photographie lavieb-aile 3 mars 2019.

Groupe de saint Yves entre le Riche et le Pauvre à la chapelle de Quilinen à Landrévarzec. Photographie lavieb-aile 3 mars 2019.

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Le jeu de cet exercice particulier sur lequel se fonde les groupes du Riche et du Pauvre est, bien sûr, bien connu de l'artiste qui ne manque pas d'opposer les rôles du Bon et du Mauvais, mais il le fait sobrement, sans caricature. Notre Riche est élégant, il garde son chapeau sur la tête au lieu de l'ôter devant le juge, il ne lui fait pas face et il regarde ailleurs, tant il est sûr de l'argument jusqu'alors  infaillible dans ses affaires, la bourse bien pleine qu'il s'apprête à saisir dans son aumônière si mal nommée. Il est vêtu comme un seigneur ou un riche marchand de la Renaissance, avec une tunique courte de belle étoffe bleue serrée par un ruban, des hauts de chausse à crevés, des bas bleus ornés d'un ruban sous le genou, un manteau mi-long. 

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Groupe de saint Yves entre le Riche et le Pauvre à la chapelle de Quilinen à Landrévarzec. Photographie lavieb-aile 3 mars 2019.

Groupe de saint Yves entre le Riche et le Pauvre à la chapelle de Quilinen à Landrévarzec. Photographie lavieb-aile 3 mars 2019.

Groupe de saint Yves entre le Riche et le Pauvre à la chapelle de Quilinen à Landrévarzec. Photographie lavieb-aile 3 mars 2019.

Groupe de saint Yves entre le Riche et le Pauvre à la chapelle de Quilinen à Landrévarzec. Photographie lavieb-aile 3 mars 2019.

Groupe de saint Yves entre le Riche et le Pauvre à la chapelle de Quilinen à Landrévarzec. Photographie lavieb-aile 3 mars 2019.

Groupe de saint Yves entre le Riche et le Pauvre à la chapelle de Quilinen à Landrévarzec. Photographie lavieb-aile 3 mars 2019.

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— COUFFON, Notice :

http://diocese-quimper.fr/images/stories/bibliotheque/pdf/pdf-Couffon/LANDREVA.pdf

— ABGRALL (abbé Jean-Marie), 1893, Chapelles et calvaires de Saint-Venec et de Notre-Dame de Quilinen. Bull. SAF 1893 

 

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k2076230/f201.item

— ABGRALL (abbé Jean-Marie), 1913, Chapelles et calvaires de Saint-Venec et de Notre-Dame de Quilinen. BDHA Quimper page 340

https://diocese-quimper.fr/images/stories/bibliotheque/bdha/bdha1917.pdf

" 2. Saint Yves entre le riche et Ie pauvre. Saint Yves est vêtu du surplis ou de la cotte, du camail, et coiffé de la barrette. Le riche, vêtu magnifiquement, tient dans sa main des pièces d'or quil a tirées de son aumônière ou escarcelle ; le pauvre a une attitude humble et suppliante ; il est vêtu de haillons et son costume rappelle les autres statues du même, dans les églises de Pleyben, Gouézec et Plonéis"

 

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2 mars 2019 6 02 /03 /mars /2019 12:09

La croix de Pennayeun à Dinéault : saint Pol et son dragon ou saint Marc et son lion.

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Sur la route départementale D987 Crozon-Châteaulin, alors que vous venez de laisser à votre droite l'Ecole de gendarmerie de Ty Vougerez (Ty Rogeret), vous apercevez sur votre gauche une croix placée au départ de deux routes secondaires en patte d'oie ; elle précède de 50 m peut-être  l'intersection de Penn Ar Yeun, d'où part la D60, mais ici, c'est Pennanyeun, "l'extrémité du marécage" dans les deux cas. 

https://www.google.com/maps/@48.1926393,-4.1396175,3a,60y,354.05h,82.05t/data=!3m6!1e1!3m4!1ssChMHBwf2vlFHIOpv6ZKJg!2e0!7i13312!8i6656

Ar yeun (du féminin Geun) en breton,  c'est le marais ; car c'est ici que le Garvan (cf. la commune de Trégarvan) prend sa source, au pied des 230 m du Menez bras (Là, les éoliennes, vous voyez ?).

Mais je ne suis pas sûr que cette croix occupe son emplacement originel. C'est d'ailleurs une croix composite, avec un blog de granite vaguement taillé coulé au sommet de trois degrés de ciment. Puis un fût à six pans taillés, en kersanton, de deux mètres, guère plus. Et au sommet, un crucifix bien moderne. Les quatre parties ne se réunissent ici que par raison fortuite, par la force des choses.

Rien n'incite réellement le voyageur à garer son véhicule à proximité et à venir examiner cet assemblage, mais qui ne tente rien... nothing ventured, nothing gained, as they say. Je tentai.

Je fus vite abordé par un petit homme gris qui me dit "vous aussi !", et je répondis "oui" sans savoir.

— "Je le savais. Seuls s'arrêtent ici les collectionneurs de  fûts-polygonaux-à-statue-incluse.  C'est du kersanton, vous savez?"

— "As far as I know" répondis-je pour passer pour un english.

Il ne fut guère dupe :

— Monsieur le malin, who is this man ? dit-il en pointant le fer de sa canne vers une sorte de nain de jardin.

Je scrutais le gnome. Il était barbu, ça c'est certain, et coiffé d'un bonnet marin, ça l'était moins. Un turban ? Sur les épaules, un kabik retenu par un gros bouton. Ses deux grosses mains tenaient une écharpe qui coiffait la tête d'un petit chien allongé à ses pieds.  Il est assis devant la route comme une vieille qui tricoterait en comptant les voitures.

— It's Sneezy-Wheezy, no ?

Ah ah ah ! Ah ah ah ! me fut-il répondu dans la langue de Goethe. Vous avez devant vous Monsieur saint Pol, not' Paol Aorelian, dans son costume d'évêque du Léon !

— Il avait un chien ?

— Non pas, mécréant, ne savez-vous pas qu'il délivra l'île de Batz et Saint-Pol-de-Léon d'un affreux dragon en lui passant son étole autour du cou ? Une écharpe, ma Doué ! Et l'inscription sur les pans du soubassement, vous arrivez à la déchiffrer ? Seriez ben le premier !

Mais un savant m'a dit que ce serait plutôt saint Marc l'évangéliste, avec son lion à ses pieds. Après tout, pourquoi pas ? Mais  votre écharpe, ce serait alors un phylactère. Objection, il n'est pas pieds nus, et il n'a aucune raison d'être coiffé d'une mitre.

Bizarrement, vous ne trouverez pas cette croix dans l'Atlas des Croix et Calvaires du Finistère de l'abbé Castel. 

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Croix de Pennayeun à Dinéault. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Croix de Pennayeun à Dinéault. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Croix de Pennayeun à Dinéault. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Croix de Pennayeun à Dinéault. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

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Croix de Pennayeun à Dinéault. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Croix de Pennayeun à Dinéault. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

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Croix de Pennayeun à Dinéault. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Croix de Pennayeun à Dinéault. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

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Croix de Pennayeun à Dinéault. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Croix de Pennayeun à Dinéault. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Croix de Pennayeun à Dinéault. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

Croix de Pennayeun à Dinéault. Photographie lavieb-aile 1er mars 2019.

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— Vous voyez, la statue n'est pas scellée au fût, c'est un seul bloc en haut-relief. C'est pas commun, m'sieur, c'est pas commun. 

Mais si vous allez Saint-Exupère, ici à Dinéault, vous verrez le même saint Marc.

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Saint Marc évangéliste, calvaire de la chapelle Saint-Exupère à Dinéault. Photographie lavieb-aile février 2017.

 

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Et si vous vous rendez à Roscanvel, vous verrez saint Yves sur un fût analogue :

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Saint Yves, fontaine de Roscanvel, photographie lavieb-aile.

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 Une telle sculpture  sur le fût s'observent aussi à l'église d'Argol (Atlas n°1, 1593) , où elle représente saint Pierre. De même, le fût du calvaire de Kerluan à Châteaulin (Atlas n°216) porte un saint Sébastien sur une face et saint Roch de l'autre. A Lopérec, le fût de la croix de Kergonan, Croas-Nevez (Atlas n°1244)  de 1580 porte un saint Sébastien. Et à Plomodiern, le fût porte un saint Yves.

Tout cela dans le même matériau et dans le même secteur géographique, la Presqu'île de Crozon et le nord du Pays de Porzay. 

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Published by jean-yves cordier

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  • : Le blog de jean-yves cordier
  • : 1) Une étude détaillée des monuments et œuvres artistiques et culturels, en Bretagne particulièrement, par le biais de mes photographies. Je privilégie les vitraux et la statuaire. 2) Une étude des noms de papillons et libellules (Zoonymie) observés en Bretagne.
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  • "Il faudrait voir sur chaque objet que tout détail est aventure" ( Guillevic, Terrraqué).  "Les vraies richesses, plus elles sont  grandes, plus on a de joie à les donner." (Giono ) "Délaisse les grandes routes, prends les sentiers !" (Pythagore)
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