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7 août 2023 1 07 /08 /août /2023 13:50

La Déploration à cinq personnages et un ange de tendresse (pierre polychrome, fin XVe siècle) de l'église de Larmor-Plage.

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Voir les autres Déplorations (classées par ordre chronologique approximatif) :
 

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PRÉSENTATION.

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Cette Déploration est constituée de quatre blocs, ceux de Jean et de Madeleine étant placés sur les côtés du groupe rassemblant Marie portant le corps de son Fils. Il y a sans doute une erreur de repositionnement, Jean étant toujours à droite de Marie, et Marie-Madeleine aux pieds du Christ. En arrière et à gauche se trouve l'un des acteurs de la Descente de Croix (Joseph d'Arimathie, ou Nicodème) tenant la tenaille et les clous .

C'est une œuvre classée depuis le 12/07/1912. La notice  de la base Palissy PM56000492 la décrit comme une œuvre "en pierre" (calcaire ou granite ?) de la première moitié du XVIe siècle.

Elle est attribuée par certains à un certain "Pendu", sans justification claire. G. de Rorthays a écrit en 1903 que ce nom, Pendu, est inscrit sur le manteau d'un des apôtres du porche sans préciser lequel (ce qui ne se vérifie pas), et il attribue ensuite la Vierge de Pitié  au même Pendu  sur des arguments faibles. M. Jurbert affirme l'attribution à un certain "Guillaume Pen Du".

Datation.

La datation que je suggère se base sur les chaussures à la poulaine, ou du moins à extrémités pointues, portées par la Vierge  et Joseph d'Arimathie  : elles ont cédé la place à des chaussures à bout rond à la fin du XVe/ début du XVIe siècle. Dans les Grandes Heures d'Anne de Bretagne (1503-1508), tous les personnages chaussés ont des chaussures à bouts ronds (f.91v par exemple). Il en va de même sur  toutes les enluminures peintes par Jean Bourdichon de 1457 à 1521. Comparez avec les chaussures de Joseph d'Arimathie de la Pietà de Nouans peinte par Jean Fouquet en 1470.

Un autre critère pour une datation à la fin du XVe siècle repose sur la chevelure de l'ange, aux mèches bouclées repoussées en arrière, comme dans les réalisations de l'atelier du Folgoët (1423-1468) notamment au Folgoët, ou aux porche sud de la cathédrale de Quimper ou à celui de La Martyre. De même, la coiffure aux mèches en boules bouclées de saint Jean rappelle fortement celle du même personnage dans les œuvres de l'atelier du Folgoët (calvaire de Rumengol par exemple).

Un dernier critère, vestimentaire, est le demi-ceint porté par Marie-Madeleine (cf. infra)

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Matériau.

Il paraît important que les autorités de tutelle de cette œuvre en précise le matériau (calcaire, comme les apôtres du porche ; granite ; kersantite).

 

 

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Le thème de la Vierge de Pitié aux anges de tendresse apparaît en Basse-Bretagne au XVe siècle.

Dans son ouvrage sur la sculpture sur pierre en Basse-Bretagne, E. Le Seac'h, après avoir décrit le calvaire de Tronoën (vers 1470) et le geste charmant des anges qui y écartent le voile de la Vierge de Pitié, consacre un paragraphe  à cette gestuelle de l'ange de douceur qu'elle retrouve sur  sept pietà sortis du même atelier  du Maître de Tronoën (à Kerbreudeur et ossuaire de Saint-Hernin, calvaires de Béron et Moustoir à Châteauneuf-du-Faou, Croas-an-Teurec à Saint-Goazec, Collorec, Laz, Saint-Trémeur de Carhaix, Kergloff, Le Moustoir, Plusquellec, Pennanvern à Gourin).

Puis elle décrit "les héritiers de la gestuelle de l'ange", dans cinq autres piétà du Finistère à Plonévez-du-Faou, Plozévet, Penmarc'h et à Névez (chapelle de Trémorvézen )— toutes en pierre calcaire polychrome—, au Faouët (granite) et à Meslan (granite polychrome).

En Morbihan, sur les 20 Pietà dénombrées par Wikipédia, cette particularité se retrouve sur la Vierge de Pitié de la chapelle N.-D De Lezurgan, aujourd'hui dans l'église  de Plescop, en pierre polychrome du XVIe siècle "d'inspiration flamande ou allemande".

Ces anges sont déjà présents sur la Grande Pietà Ronde conservée au Louvre et peinte par Jean Malouel au début du XVe siècle.

— Sur les anges de compassion, et la gestuelle de l'ange, voir :

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Description.

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La Déploration (on évitera de parler de "pietà" puisqu'il y a ici plus de deux personnages) est placée dans le bras sud du transept, dans un retable au décor  de ciel étoilé avec astres,  entre une statue de la Vierge à l'Enfant (Notre-Dame de Larmor) et un saint Roch. 

La composition générale en triangle des Vierges de Pitié se retrouve ici, seulement rompue par la présence de Joseph d'Arimathie.

Marie éplorée tient son Fils sur ses genoux, enveloppée dans un manteau-voile bleu à revers rouge qui tombe en plis et en vagues et se prolonge de façon peu naturelle sous les pieds du Christ. Celui-ci est dans la position la plus habituelle, l'axe formant une diagonale orientée vers le bas et notre droite, le bras droit tombant verticalement et exposant la plaie de la paume, le bras gauche horizontale. La jambe gauche est fléchie et écartée. La tête barbue, couronnée d'épines, est tournée vers nous. Toutes les plaies sont représentées sanguinolentes.

Marie soutient le torse de Jésus par sa main droite et son bassin par son genou droit. La tête du Christ repose sur un pli du voile proche de l'épaule de sa Mère.

L'ange aux hautes ailes bleues et au visage poupin pose la main droite sur l'épaule droite du Christ et effleure la main blessée. Il porte la tunique de chœur bouffante sous l'effet d'un cordon, et à large amict, une tenue rappelant celle des anges de l'atelier du Folgoët.

Le visage de Marie laisse voir deux larmes brillantes, peintes et non sculptées. Il est peu probable que la sculpture ait conservé ses couleurs sans avoir été repeinte, il serait interessant de bénéficier d'une expertise sur ce point.

Jean est agenouillé mains jointes, vêtu d'un manteau bleu et d'une robe verte, le regard triste et pensif.

Marie-Madeleine est agenouillée mains jointes en position symétrique, son flacon d'aromates destiné à l'embaumement posé près d'elle. Ses longs cheveux sont défaits sur les épaules. Elle porte un manteau rouge agrafé par un fermail, et une robe bleue aux manches plissées aux poignets.

Une ceinture dorée forme un V à pointe médiane, retenant une chainette en or : c'est un "demi-ceint". On y suspendait un pendant ou pomme de senteur contenant un parfum précieux comme l'ambre gris.  On voit ce détail représenté sur une enluminure du Livre d'Heures réalisé entre 1426 et 1438 pour Marguerite d'Orléans, épouse de Richard, comte d'Etampes, Horae ad usum romanum BnF latin 1156B folio 58r. Tant Marie que sa cousine Elisabeth porte ce type de ceinture. Voir aussi sur le même manuscrit l'enlumonure f.173v, et la servante de la Présentation au temple des Heures de René d'Anjou roi de Sicile (1434-1480) f.58v du BnF latin 1156A. Ou la jeune Vierge Marie peint par Jean Bourdichon en 1480 BnF fr.2829 f.85r.

 

 

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La Visitation. Horae ad usum romanum BnF latin 1156B folio 58r.

 

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Joseph d'Arimathie (ou Nicodème) est représenté comme juif membre du Sanhédrin par son bonnet conique, sa longue barbe bouclée et ses longs cheveux. Il porte une houppelande serrée par une ceinture de cuir à long passant. Il tient une tenaille et les clous de la Croix. Et des chaussures à bouts pointus.

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La Déploration à cinq personnages et un ange de tendresse (pierre polychrome, fin XVe siècle) de l'église de Larmor-Plage. Photographie lavieb-aile juillet 2023.

La Déploration à cinq personnages et un ange de tendresse (pierre polychrome, fin XVe siècle) de l'église de Larmor-Plage. Photographie lavieb-aile juillet 2023.

La Déploration à cinq personnages et un ange de tendresse (pierre polychrome, fin XVe siècle) de l'église de Larmor-Plage. Photographie lavieb-aile juillet 2023.

La Déploration à cinq personnages et un ange de tendresse (pierre polychrome, fin XVe siècle) de l'église de Larmor-Plage. Photographie lavieb-aile juillet 2023.

La Déploration à cinq personnages et un ange de tendresse (pierre polychrome, fin XVe siècle) de l'église de Larmor-Plage. Photographie lavieb-aile juillet 2023.

La Déploration à cinq personnages et un ange de tendresse (pierre polychrome, fin XVe siècle) de l'église de Larmor-Plage. Photographie lavieb-aile juillet 2023.

La Déploration à cinq personnages et un ange de tendresse (pierre polychrome, fin XVe siècle) de l'église de Larmor-Plage. Photographie lavieb-aile juillet 2023.

La Déploration à cinq personnages et un ange de tendresse (pierre polychrome, fin XVe siècle) de l'église de Larmor-Plage. Photographie lavieb-aile juillet 2023.

La Déploration à cinq personnages et un ange de tendresse (pierre polychrome, fin XVe siècle) de l'église de Larmor-Plage. Photographie lavieb-aile juillet 2023.

La Déploration à cinq personnages et un ange de tendresse (pierre polychrome, fin XVe siècle) de l'église de Larmor-Plage. Photographie lavieb-aile juillet 2023.

La Déploration à cinq personnages et un ange de tendresse (pierre polychrome, fin XVe siècle) de l'église de Larmor-Plage. Photographie lavieb-aile juillet 2023.

La Déploration à cinq personnages et un ange de tendresse (pierre polychrome, fin XVe siècle) de l'église de Larmor-Plage. Photographie lavieb-aile juillet 2023.

La Déploration à cinq personnages et un ange de tendresse (pierre polychrome, fin XVe siècle) de l'église de Larmor-Plage. Photographie lavieb-aile juillet 2023.

La Déploration à cinq personnages et un ange de tendresse (pierre polychrome, fin XVe siècle) de l'église de Larmor-Plage. Photographie lavieb-aile juillet 2023.

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Marie-Madeleine.

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La Déploration à cinq personnages et un ange de tendresse (pierre polychrome, fin XVe siècle) de l'église de Larmor-Plage. Photographie lavieb-aile juillet 2023.

La Déploration à cinq personnages et un ange de tendresse (pierre polychrome, fin XVe siècle) de l'église de Larmor-Plage. Photographie lavieb-aile juillet 2023.

La Déploration à cinq personnages et un ange de tendresse (pierre polychrome, fin XVe siècle) de l'église de Larmor-Plage. Photographie lavieb-aile juillet 2023.

La Déploration à cinq personnages et un ange de tendresse (pierre polychrome, fin XVe siècle) de l'église de Larmor-Plage. Photographie lavieb-aile juillet 2023.

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Joseph d'Arimathie.

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La Déploration à cinq personnages et un ange de tendresse (pierre polychrome, fin XVe siècle) de l'église de Larmor-Plage. Photographie lavieb-aile juillet 2023.

La Déploration à cinq personnages et un ange de tendresse (pierre polychrome, fin XVe siècle) de l'église de Larmor-Plage. Photographie lavieb-aile juillet 2023.

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Les chaussures à bout pointu.

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La Déploration à cinq personnages et un ange de tendresse (pierre polychrome, fin XVe siècle) de l'église de Larmor-Plage. Photographie lavieb-aile juillet 2023.

La Déploration à cinq personnages et un ange de tendresse (pierre polychrome, fin XVe siècle) de l'église de Larmor-Plage. Photographie lavieb-aile juillet 2023.

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SOURCES ET LIENS.

 

 

— BONNET (Philippe), 2000, Iconographie de la Mise au tombeau en Bretagne, Coop-Breizh

— CASTEL (Yves-Pascal), 2001, Les Pietà du Finistère.( Revue bilingue breton-français  Minihy-Levenez n°69 de juillet-août 2001)

http://patrimoine.du-finistere.org/art2/ypc_pieta.html

— COUFFON (René), 1958, Iconographie de la Mise au tombeau en Bretagne, SHAB

https://www.shabretagne.com/scripts/files/63d185fba515a3.55783169/1958_01.pdf

LE DEUNFF (Roger), 2011, Les pietà en Basse-Bretagne éditions Label.

— LE SEAC'H (Emmanuelle) 2015, Sculpteurs sur pierre en Basse-Bretagne, les ateliers du XVe au XVIIe siècle. PUR éditions.

— ROSENZWEIG 1859, Ploemeur, monuments religieux, STATISTIQUE ARCHEOLOGIQUE DE L'ARRONDISSEMENT DE LORIENT ,Bulletin de la Société archéologique du Morbihan page 123

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k207505r/f127.item

https://archive.org/details/bub_gb_UPkWAAAAYAAJ/page/n347/mode/2up

 

 

—Bulletin archéologique de l'Association bretonne, Classe d'archéologie, Volume 5 mpr.-libr.-lithographie L. Prud'homme, 1854 page 68, Saint-Brieuc.

https://books.google.fr/books?id=hyotAAAAYAAJ&pg=PA68&lpg=PA68&dq=%22dom+alan+le%22&source=bl&ots=C_zzDyqOrE&sig=ACfU3U3px_d1C5hNlKBo8tBW-Nqv0BqYLw&hl=fr&sa=X&ved=2ahUKEwiU5MrGx8eAAxUoUqQEHbuMBM4Q6AF6BAgJEAM#v=onepage&q=%22dom%20alan%20le%22&f=false

 

—RORTHAYS (G. de ), 1903, . The Burlington magazine for connoisseurs VIII 1903

https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/6/6e/The_Burlington_magazine_for_connoisseurs_%28IA_burlingtonmagazi34unse%29.pdf

—JOHAN (Vincent)  2008, L'église de Larmor-Plage, Dossier IA56006359 , Laboratoire GÉOMER, UMR LETG 6554 - CNRS ; (c) Inventaire général -

https://patrimoine.region-bretagne.fr/gertrude-diffusion/dossier/chapelle-notre-dame-de-larmor-actuellement-eglise-place-notre-dame-larmor-plage/c1b52caa-361b-4e2a-a9b8-5c59a8853109

— JURBERT (M.), 1992. L'église Notre-Dame de Larvor, brochure par l'office municipal d'action culturel de Larmor-Plage

https://bibliotheque.idbe.bzh/data/cle124/LEglise_Notre-Dame_de_Larmor_.pdf

— WIKIPEDIA

https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89glise_Notre-Dame_de_Larmor-Plage

— WIKIPEDIA, Les Pietà du Morbihan

https://commons.wikimedia.org/wiki/Category:Statues_of_Piet%C3%A0_in_Morbihan

— LIENS DIVERS

http://www.infobretagne.com/larmor-plage.htm

https://larmor-plage.fr/index.php/patrimoine/eglise-n-d-de-larmor/l-eglise

https://www.pop.culture.gouv.fr/notice/merimee/PA00091359

https://monumentum.fr/monument-historique/pa00091359/larmor-plage-eglise-notre-dame

https://www.larmor-plage.bzh/medias/2019/03/depliant_eglise_francais.pdf

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Published by jean-yves cordier - dans Sculptures Vierge de Pitié Pietà et Déplorations
2 août 2023 3 02 /08 /août /2023 18:17

Les ex-voto de la chapelle Sainte-Barbe du Faouët : cinq tableaux peints à l'huile au XVIIe siècle exposés dans le bras gauche du transept.

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Voir sur Le Faouët :

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a. La chapelle Sainte-Barbe et ses vitraux:

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b. Les articles sur la chapelle Saint-Fiacre:

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c. Chapelle Saint-Sébastien, Le Faouet.

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d. Eglise du Faouët.

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e. le Musée du Faouët.


 

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PRÉSENTATION.

Je ne trouve aucune description patrimoniale des cinq tableaux peints avec la mention EX VOTO et la figure de sainte Barbe dans des nuées, suspendus dans le bras gauche du transept sous la tribune, hormis celui qui, daté de 1683, fait l'objet d'une notice succinte IM56002730 par Denise Dufief en 2009. Celui-ci est classé depuis 1939.

Les autres tableaux sont-ils classés également ? Certains, exposés en 2011, ne le sont plus. Une campagne de restauration est-elle en cours ?

N'ayant pas trouvé de réponse en ligne à mes questions, je dois me contenter de les présenter et de les décrire.

Tous ont la même taille (environ 90 cm x 135 cm), tous sauf un sont peints sur un support à quatre planches horizontales entre deux planches verticales, tous font apparaître la figure de sainte Barbe dans des nuées sur un des coins supérieurs et l'inscription EX VOTO dans un des coins inférieurs, tous ont un cadre assez identique et sont entourés de baguettes dorées.

Tous les paysans portent la même veste de drap blanc, les mêmes chausses (bagou), les mêmes guêtres boutonnées et le même chapeau rond à guides sur des cheveux longs bouclés.  Mais je m'attacherai à déceler certaines différences dans ces similitudes.

 

Tous les paysans et paysannes portent des sabots de bois.

Toutes les paysannes portent la même coiffe blanche à pans cassés encadrant le visage en rayon d'abeille, la plupart une chemise blanche et un corsage, toutes un ample tablier.

Car nous sommes ici, au Faouët, dans un pays qui a adopté la giz fouen de Cornouailles, sauf dans l'emprunt du costume masculin qui est du pays Pourlet.

Il est curieux de remarquer que R.Y. Creston, dans Le costume breton, cite spécifiquement, parmi les territoires importants de la giz-fouen, "Sainte-Barbe au Faouët" (p.80).

Voir sur ce costume :

 

http://www.collections.musee-bretagne.fr/resultat.php?index[]=repr&value[]=%22Costume+de+Basse-Bretagne%2C+Mouton+blanc%22&nr=1&bool[]=

 

https://www.lavieb-aile.com/article-bulat-pestivien-lutrin-anthropomorphe-en-costume-breton-97565171.html

https://www.lavieb-aile.com/article-guiscriff-lutrin-anthropomorphe-en-costume-breton-94968003.html

https://www.lavieb-aile.com/2015/09/la-tribune-des-peches-capitaux-de-la-chapelle-saint-yves-a-priziac.html

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1)° Ex-voto dédié à sainte Barbe : incendie d'une étable, trois paysans agenouillés.

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L'étable est en feu : le cochon et quatre boeufs sont sortis. La maison principale est indemne. Les occupants sont agenouillés face à sainte Barbe qui, dans des nuées, intercède pour eux, tenant la palme du martyre. Elle porte une robe blanche et un manteau rouge.

La sainte est invoquée contre la foudre, cause principale des incendies.

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Les ex-voto peints de la chapelle Sainte-Barbe du Faouët. Photographie lavieb-aile.

Les ex-voto peints de la chapelle Sainte-Barbe du Faouët. Photographie lavieb-aile.

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Les deux femmes portent la coiffe ou capot à quatre pans et deux rabats devant la gorge. Leur robe à manche courte est rouge, au dessus d'une chemise fermée aux poignets par trois boutons. La seconde femme porte un tablier à rabat pectoral.

L'homme porte une culotte noire non plissée et des bas gris, mais surtout une veste de drap blanc, à manches, boutonnée aux poignets, à lisière brodée de rouge ( ou bien :au dessus d'un gilet rouge).

                                                                       

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Les ex-voto peints de la chapelle Sainte-Barbe du Faouët. Photographie lavieb-aile.

Les ex-voto peints de la chapelle Sainte-Barbe du Faouët. Photographie lavieb-aile.

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3°) Ex-voto dédié à sainte Barbe : un homme sauvé de la noyade dans le bief d'un moulin à roue. Peinture à l'huile sur bois.

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Tandis qu'un homme porte secours à un autre homme vêtu de rouge qui est en train d'être emporté par le fort courant du bief, une femme âgée, vêtue de noir, est agenouillée pour prier. Une autre femme, également agenouillée, invoque sainte Barbe en levant les bras et et en regardant le ciel. Précisément, la sainte apparaît dans une nuée. Elle porte, comme précédemment, la robe blanche et le manteau rouge, elle tient la palme, et ses cheveux sont noirs.

 

Les ex-voto peints de la chapelle Sainte-Barbe du Faouët. Photographie lavieb-aile.

Les ex-voto peints de la chapelle Sainte-Barbe du Faouët. Photographie lavieb-aile.

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Nous pouvons supposer que le moulin se trouvait sur le cours de l'Ellé, et que la chapelle qui est représentée dans les bois soit celle de Sainte-Barbe. En effet, deux moulins sont signalés précisément en contre-bas de la chapelle sur la carte de Cassini de 1784, et un figure toujours, avec la mention Moulin à papier du Grand-Pont, sur la carte Scan 1950 d'IGN.

La vue serait donc prise  d'est vers l'ouest.

En 1780, Ogée signalait au Faouët les moulins " de Barrigan, de Rerzen, du Mur, du Guel, de Diarnelez, à  eau; moulin à papier du Grand-Pont".

Comme nous voyons une route traverser la rivière (ou du moins le bief) sur un pont, je propose de localiser la scène au "Grand Pont". Sans garantie, mais cela permet d'imaginer que la femme que nous voyons est Catherine Le Gorgeu :

"Les vestiges du moulin du Grand-Pont sont encore présents à proximité de la retenue d'eau et du chemin de randonnée.Le moulin d'en bas situé en contrebas, en aval, a disparu. Trois moulins sont identifiés, à proximité les uns des autres, autour du Grand-Pont, sur la rive droite de l’Ellé qui sépare le Faouët de Priziac. Il est difficile de déterminer avec exactitude le nom de tous les maîtres papetiers qui ont dirigé, suivant les époques, chacun des moulins ainsi que ceux des ouvriers qui y étaient attachés. Il semble que parfois leur gestion fut autonome. Les moulins ont été dirigés par des familles liées entre elles. L'acte de naissance, le 12 juillet 1669, de Marc Le Gorgeu, fils de François, indique que la marraine, Catherine, sœur de François, demeure aux moulins à papier du Faouët, ce qui indique qu'au moins deux de ces moulins fabriquaient déjà du papier à cette époque. Dans la première moitié du XVIIème siècle, plusieurs patronymes de papetiers figurent sur les registres de la paroisse. Aucun élément écrit n'a pu toutefois apporter la preuve de la profession de ceux-ci. L'importance de la localité semble cependant indiquer que les seigneurs du Faouët aient soutenu bien plus tôt, comme à Priziac et à Lignol, la fabrication du papier nécessaire aux actes de leur juridiction. " (Caroline Leroy-Deniel)

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Carte de Cassini, Gallica

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IGN/Scan 1950

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Carte IGN

 

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Les ex-voto peints de la chapelle Sainte-Barbe du Faouët. Photographie lavieb-aile.

Les ex-voto peints de la chapelle Sainte-Barbe du Faouët. Photographie lavieb-aile.

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La femme porte la coiffe, un tablier ou devantier rouge à rabat, et une robe noire ouverte sur la poitrine, et une chemise blanche ourlée de noir aux poignets.

L'homme porte le costume masculin du Pays Pourlet dit gwennedour, ou "mouton blanc"  associant la veste (chupenn) de drap blanc et le gilet  (jiletenn) noir, largement pourvu de boutons de cuivre, ainsi que la ceinture large (gouriz) en cuir  à fermeture en cuivre ciselé.

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Les ex-voto peints de la chapelle Sainte-Barbe du Faouët. Photographie lavieb-aile.

Les ex-voto peints de la chapelle Sainte-Barbe du Faouët. Photographie lavieb-aile.

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3°) Ex-voto dédié à sainte Barbe : début d'un incendie dans les maisons d'un hameau, quatre paysans agenouillés . Peinture à l'huile sur bois.

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Le feu a détruit le toit d'un petit bâtiment et s'étend aux maisons voisines, couvertes de chaume a priori.

Une fois encore, sainte Barbe est appelée à la rescousse : c'est la patronne des pompiers !

Deux hommes sont déjà à genoux, un autre, plus jeune, joint  les mains.

Ils portent le chapeau rond à guide , les sabots , les guêtres à quatre boutons de cuivre, la culotte large (bagou braz), et la veste blanche, au dessus d'un gilet rouge (ou bien ourlée de rouge?) à quatre boutons dorés aux poignets, comme dans le premier tableau.

Mais nous voyons clairement les rangées de boutons de la veste elle-même, boutons qui deviendront de plus en plus nombreux en pays Pourlet selon la mode des "mille boutons".

La femme porte une jupe ou un devantier rouge et un corselet vert à manches. Et la coiffe locale, bien entendu.

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Les ex-voto peints de la chapelle Sainte-Barbe du Faouët. Photographie lavieb-aile.

Les ex-voto peints de la chapelle Sainte-Barbe du Faouët. Photographie lavieb-aile.

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4°) Ex-voto dédié à sainte Barbe : naufrage d'un trois-mâts . Peinture à l'huile sur bois.

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L'agencement des planches du tableu est différent mais la composition est la même que pour les autres tableaux, avec la mention EX VOTO et sainte Barbe dans le coin opposé.

Un peintre s'était-il installé  pour proposer aux pèlerins cette production?

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Dans une tempête, de fortes lames couchent deux trois-mâts et les menacent de naufrage. Un homme, un officier de marine en costume rouge et perruque, implore la sainte.

Les ex-voto peints de la chapelle Sainte-Barbe du Faouët. Photographie lavieb-aile.

Les ex-voto peints de la chapelle Sainte-Barbe du Faouët. Photographie lavieb-aile.

Les ex-voto peints de la chapelle Sainte-Barbe du Faouët. Photographie lavieb-aile.

Les ex-voto peints de la chapelle Sainte-Barbe du Faouët. Photographie lavieb-aile.

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5°) Ex-voto dédié à sainte Barbe : Marie-Jacquette Guegant de Kerbiquet sauvée après sa chute de son carrosse. Peinture à l'huile sur bois, 1683.

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Selon la notice IM56002730 cette peinture à l'huile de 90 cmx 135 cm, classée en 1939, représente dans un Ex-voto à sainte Barbe datant de 1683,  Marie-Jacquette Guegant de Kerbiquet épouse de Nicolas François du Fresnay, chevalier, seigneur marquis du Faouët : sur un fond de paysage, Marie Jacquette chute, depuis une voiture à attelage, tandis que  sainte Barbe  apparaît en providence dans une nuée.

François du Fresnay, baron du Faouët, par son mariage avec Jacquette-Marie Guégant, l'unique héritière du chevalier Claude Guégant.

https://www.pop.culture.gouv.fr/notice/palissy/IM56002605

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La cloche "Claude Marie" de l'église paroissiale du Faouët  notice IM56002605 porte l'inscription  C.M. BENEDICAT A.V.D.I.B. MARITEAU RECTORE DU FAOUËT NOMINATA AB ILLUSTRISSIMIS D.D.C. DE GUEGANT DE ; 2 : K (ER) BIGUET ET D.M. DVFRESNAY DE DERNOTHON EX CONSENSU ILLUSTRI VIRI D.D. NICOLAI F DU FRESNAY D. MARCHIONIS DU FAOUËT ANNO 1681 ; 3 : I LE SOVEF FONDEUR

Elle a été commandée à l'occasion du mariage de Nicolas François du Fresnay et de Jacquette Marie Guegant de Kerbiquet, et fondue en 1681 par Julien Le Soueff.

Le manoir de Kerbiquet est situé à Gourin, au lieu-dit Kerbiquet. Le manoir actuel a été construit entre 1564 et 1580 par Louis Guégant, procureur royal de Gourin. La seigneurie de Kerbiquet appartient à la famille Guégant de 1445 à 1663. Elle passe à François du Fresnay, baron du Faouët, par son mariage avec Jacquette-Marie Guégant, l'unique héritière du chevalier Claude Guégant. En 1754, le manoir devient la propriété de Jean Joseph Euzennou de Kersalaün

  • https://laperenne-zine.com/articles.php?lng=fr&pg=570
  • https://fr.wikipedia.org/wiki/Manoir_de_Kerbiquet

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Description.

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Devant une colline boisée au sommet duquel nous distinguons un manoir, un carrosse jaune et noir passe sur une route. Il est tiré par un (ou deux) cheval dirigé par un valet en livrée rouge à parements et boutons or, et tricorne. Deux autres domestiques sont grimpés à l'arrière. 

Le carrosse possède deux vitres et a priori deux portières, dont l'une est ouverte. C'est là, pour ce que nous voyons, la cause de la chute de la baronne, qui est étendue par terre, les bras écartés. Elle est vêtue de mousseline rose, on devine des colliers et bracelets de perles ou brillants sur ses bras nus. Elle porte une perruque.

Un homme, sans doute son mari le baron François du Fresnay, accourt vers elle : il porte un costume bleu, une chemise à jabot, et un tricorne.

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Les ex-voto peints de la chapelle Sainte-Barbe du Faouët. Photographie lavieb-aile.

Les ex-voto peints de la chapelle Sainte-Barbe du Faouët. Photographie lavieb-aile.

Les ex-voto peints de la chapelle Sainte-Barbe du Faouët. Photographie lavieb-aile.

Les ex-voto peints de la chapelle Sainte-Barbe du Faouët. Photographie lavieb-aile.

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SOURCES ET LIENS.

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— COPY (Jean-Yves), MENOU (Jean-Claude), MOIREZ (Denise) ; BOISSÉ (Claude), CADIOU (Jacqueline), 1965 RIOULT (Jean-Jacques) 2021, Dossier IA00008412 de l'Inventaire et Etude d'inventaire sur le canton du Faouët:

https://patrimoine.bzh/gertrude-diffusion/dossier/b745903b-0b22-4047-90d0-10125fed6231

— DUFIEF (Denise) ; QUILLIVIC (Claude), 1992, 2009-2010, Notice Palissy IM56002709

https://www.pop.culture.gouv.fr/notice/palissy/IM56002730

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Published by jean-yves cordier - dans Peinture. Chapelles bretonnes. Le Faouët. Ex-voto.
2 août 2023 3 02 /08 /août /2023 18:08

La tribune seigneuriale (premier quart du XVIe siècle, vers 1512) de Louis de Boutteville et Jeanne du Chastel  en la chapelle Sainte-Barbe du Faouët.

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Voir sur Le Faouët :

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a. Les vitraux de la chapelle Sainte-Barbe , Le Faouët:

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b. Les articles sur la chapelle Saint-Fiacre, Le Faouët :

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c. Chapelle Saint-Sébastien, Le Faouet.

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d. Eglise du Faouët.

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e. le Musée du Faouët.

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PRÉSENTATION.

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La chapelle Sainte-Barbe adopte un plan atypique adapté à un site  exceptionnel à mi-pente d'un ravin: elle est dépourvue de nef, et uniquement composée d'un "transept" et d'une abside à pans coupés. Elle fut débutée en 1489 et achevée, pour le gros-œuvre, en 1512. Ses vitraux datent de la première moitié du XVIe siècle.

Jean de Boutteville en fut le premier commanditaire principal, suivi par son fils Louis, comme en témoignent leurs armoiries placées, avec celles de leurs alliés, sur les nervures des voûtes, au sommet des arcs formerets de l'abside, dans les vitraux et sur la tribune seigneuriale. En 1495, la seigneurie du Faouet avait été érigée en baronnie au profit de Jean par la duchesse-reine Anne. De sa femme Marie de Kerimerc'h, épousée en 1463, il eut deux enfants, Catherine, et Louis, vicomte de Coëtquenan, décédé en 1539.

Une tour d'escalier hors-œuvre, dans l'angle sud-ouest de ce transept, contient un escalier en vis accessible depuis l'intérieur de la chapelle : ce dernier conduit à une tribune en bois, contemporaine de l'édifice, tribune seigneuriale qui pouvait aussi servir pour des musiciens, puis au sommet de la tour où deux portes devaient ouvrir sur une coursière périphérique, à la base du toit qui ne fut peut-être jamais réalisée.

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Description.

Dans le bras gauche de la chapelle, la tribune en bois avec traces de peinture bleue est  portée par trois colonnes. Le garde-corps haut de 1,10 cm est composé de panneaux pleins (sauf trois ajourés avec des décors à pampre, à réticule et à hermines dans un réseau de cordelières dont deux en retour) ; les deux panneaux pleins portent un décor d'anges musiciens (harpe et rebec), les autres ne sont pas sculptés et remplacent probablement des panneaux d'origine. Les panneaux sont séparés par des candélabres et des pinacles. Une frise  court sur les parties supérieure et inférieure, sculptée en bas-relief en partie haute  d'une scène de Renart et la poule poursuivi par un moine ; d'un couple d'animaux fantastiques enlacés ; d'anges présentant un phylactère ; d'un dragon face à un lion, de rinceaux à fruits et en partie basse de deux anges présentant un médaillon à tête de mort ; de rinceaux et entrelacs ; et d'anthropomorphes hybrides s'affrontant derrière des boucliers. Une statue de sainte Barbe occupe l'angle sud.

Sous le sommier de la tribune, à la base des montants, six anges en vol portent les écus de la famille fondatrice de la chapelle, celle de Boutteville, et de leurs alliances.

Cette tribune classée en 1912 est datée du premier quart du XVIe siècle, après 1512

La voûte de pierre qui surmonte la tribune porte également des écus des Boutteville, des Du Chastel et mi parti Boutteville et Chastel avec l'inscription datant l'achèvement de la voûte en 1512.

On rapprochera cette tribune de celle édifiée à peu près à la même époque, mais en pierre, dans la chapelle Notre-Dame de Quelven en Guern débutée vers 1490.

Le décor des deux frises sculptées s'inspire de celui des sablières des chapelles et églises bretonnes contemporaines,  à charpente.

D'après J.J. Rioult 2021.

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VUES D'ENSEMBLE.

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La tribune seigneuriale (premier quart du XVIe siècle, vers 1512) de Louis de Boutteville et Jeanne du Chastel  en la chapelle Sainte-Barbe du Faouët. Photo lavieb-aile 2023.

La tribune seigneuriale (premier quart du XVIe siècle, vers 1512) de Louis de Boutteville et Jeanne du Chastel  en la chapelle Sainte-Barbe du Faouët. Photo lavieb-aile 2023.

La tribune seigneuriale (premier quart du XVIe siècle, vers 1512) de Louis de Boutteville et Jeanne du Chastel  en la chapelle Sainte-Barbe du Faouët. Photo lavieb-aile 2023.

La tribune seigneuriale (premier quart du XVIe siècle, vers 1512) de Louis de Boutteville et Jeanne du Chastel  en la chapelle Sainte-Barbe du Faouët. Photo lavieb-aile 2023.

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I. LA FRISE SUPÉRIEURE.

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Description de droite à gauche.

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La tribune seigneuriale (premier quart du XVIe siècle, vers 1512) de Louis de Boutteville et Jeanne du Chastel  en la chapelle Sainte-Barbe du Faouët. Photo lavieb-aile 2023.

La tribune seigneuriale (premier quart du XVIe siècle, vers 1512) de Louis de Boutteville et Jeanne du Chastel  en la chapelle Sainte-Barbe du Faouët. Photo lavieb-aile 2023.

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Deux pièces de volutes feuillagées.

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La tribune seigneuriale (premier quart du XVIe siècle, vers 1512) de Louis de Boutteville et Jeanne du Chastel  en la chapelle Sainte-Barbe du Faouët. Photo lavieb-aile 2023.

La tribune seigneuriale (premier quart du XVIe siècle, vers 1512) de Louis de Boutteville et Jeanne du Chastel  en la chapelle Sainte-Barbe du Faouët. Photo lavieb-aile 2023.

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Un moine encapuchonné brandissant une branche et désignant Renart vers sa droite.

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La tribune seigneuriale (premier quart du XVIe siècle, vers 1512) de Louis de Boutteville et Jeanne du Chastel  en la chapelle Sainte-Barbe du Faouët. Photo lavieb-aile 2023.

La tribune seigneuriale (premier quart du XVIe siècle, vers 1512) de Louis de Boutteville et Jeanne du Chastel  en la chapelle Sainte-Barbe du Faouët. Photo lavieb-aile 2023.

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Renart surgissant des feuillets d'un  livre où il se cachait et bondissant vers la poule.

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C'est une autre version de l'épisode fameux de Renart prêchant aux poules, représenté sur le jubé (1480) de la chapelle Saint-Fiacre du Faouët ou sur les sablières (1600-1608) de la chapelle Saint-Sébastien du Faouët. Mais aussi sur les sablières (1508) de Notre-Dame de Grâces, de celles (1500-1506) de l'église de Plourac'h ou de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre de Châtelaudren (fin XVe) ou de celles, plus tardives (v. 1574), de Bodilis.

En effet, au lieu de montrer Renart rejetant son déguisement de moine et se précipitant depuis sa chaire vers son auditoire de volailles, le goupil bondit des pages d'un livre, leçon de morale incitant à se méfier non plus des prêcheurs, mais des écrits fallacieux attirant les fidèles vers des mœurs ou des croyances contraires aux recommandations de l'Église.

Le livre est ouvert, et les pages (à cette époque, nous pouvons les imaginer imprimées) sont tournées vers le spectateur.

Nous pouvons comprendre pourquoi le moine criait haro sur le roux animal.

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La tribune seigneuriale (premier quart du XVIe siècle, vers 1512) de Louis de Boutteville et Jeanne du Chastel  en la chapelle Sainte-Barbe du Faouët. Photo lavieb-aile 2023.

La tribune seigneuriale (premier quart du XVIe siècle, vers 1512) de Louis de Boutteville et Jeanne du Chastel  en la chapelle Sainte-Barbe du Faouët. Photo lavieb-aile 2023.

La tribune seigneuriale (premier quart du XVIe siècle, vers 1512) de Louis de Boutteville et Jeanne du Chastel  en la chapelle Sainte-Barbe du Faouët. Photo lavieb-aile 2023.

La tribune seigneuriale (premier quart du XVIe siècle, vers 1512) de Louis de Boutteville et Jeanne du Chastel  en la chapelle Sainte-Barbe du Faouët. Photo lavieb-aile 2023.

La tribune seigneuriale (premier quart du XVIe siècle, vers 1512) de Louis de Boutteville et Jeanne du Chastel  en la chapelle Sainte-Barbe du Faouët. Photo lavieb-aile 2023.

La tribune seigneuriale (premier quart du XVIe siècle, vers 1512) de Louis de Boutteville et Jeanne du Chastel  en la chapelle Sainte-Barbe du Faouët. Photo lavieb-aile 2023.

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Deux animaux fantastiques hybrides enlacés par le cou.

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Ils ressemblent par leurs ailes, leur cou et leur bec, à des oiseaux, et par leurs pattes à des lions ou des dragons.

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La tribune seigneuriale (premier quart du XVIe siècle, vers 1512) de Louis de Boutteville et Jeanne du Chastel  en la chapelle Sainte-Barbe du Faouët. Photo lavieb-aile 2023.

La tribune seigneuriale (premier quart du XVIe siècle, vers 1512) de Louis de Boutteville et Jeanne du Chastel  en la chapelle Sainte-Barbe du Faouët. Photo lavieb-aile 2023.

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Deux anges déployant un phylactère encore à demi replié.

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Le phylactère présentait certainement au public une inscription votive ou datée, ou une sentence, une oraison ou une devise.

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La tribune seigneuriale (premier quart du XVIe siècle, vers 1512) de Louis de Boutteville et Jeanne du Chastel  en la chapelle Sainte-Barbe du Faouët. Photo lavieb-aile 2023.

La tribune seigneuriale (premier quart du XVIe siècle, vers 1512) de Louis de Boutteville et Jeanne du Chastel  en la chapelle Sainte-Barbe du Faouët. Photo lavieb-aile 2023.

La tribune seigneuriale (premier quart du XVIe siècle, vers 1512) de Louis de Boutteville et Jeanne du Chastel  en la chapelle Sainte-Barbe du Faouët. Photo lavieb-aile 2023.

La tribune seigneuriale (premier quart du XVIe siècle, vers 1512) de Louis de Boutteville et Jeanne du Chastel  en la chapelle Sainte-Barbe du Faouët. Photo lavieb-aile 2023.

La tribune seigneuriale (premier quart du XVIe siècle, vers 1512) de Louis de Boutteville et Jeanne du Chastel  en la chapelle Sainte-Barbe du Faouët. Photo lavieb-aile 2023.

La tribune seigneuriale (premier quart du XVIe siècle, vers 1512) de Louis de Boutteville et Jeanne du Chastel  en la chapelle Sainte-Barbe du Faouët. Photo lavieb-aile 2023.

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Un dragon.

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La tribune seigneuriale (premier quart du XVIe siècle, vers 1512) de Louis de Boutteville et Jeanne du Chastel  en la chapelle Sainte-Barbe du Faouët. Photo lavieb-aile 2023.

La tribune seigneuriale (premier quart du XVIe siècle, vers 1512) de Louis de Boutteville et Jeanne du Chastel  en la chapelle Sainte-Barbe du Faouët. Photo lavieb-aile 2023.

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Un lion.

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La tribune seigneuriale (premier quart du XVIe siècle, vers 1512) de Louis de Boutteville et Jeanne du Chastel  en la chapelle Sainte-Barbe du Faouët. Photo lavieb-aile 2023.

La tribune seigneuriale (premier quart du XVIe siècle, vers 1512) de Louis de Boutteville et Jeanne du Chastel  en la chapelle Sainte-Barbe du Faouët. Photo lavieb-aile 2023.

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Rinceau à deux fleurs en grelot grillagé.

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Ces fleurs ou fruits semblenet s'inspirer d'un modèle naturel que je n'ai pas identifié.

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La tribune seigneuriale (premier quart du XVIe siècle, vers 1512) de Louis de Boutteville et Jeanne du Chastel  en la chapelle Sainte-Barbe du Faouët. Photo lavieb-aile 2023.

La tribune seigneuriale (premier quart du XVIe siècle, vers 1512) de Louis de Boutteville et Jeanne du Chastel  en la chapelle Sainte-Barbe du Faouët. Photo lavieb-aile 2023.

La tribune seigneuriale (premier quart du XVIe siècle, vers 1512) de Louis de Boutteville et Jeanne du Chastel  en la chapelle Sainte-Barbe du Faouët. Photo lavieb-aile 2023.

La tribune seigneuriale (premier quart du XVIe siècle, vers 1512) de Louis de Boutteville et Jeanne du Chastel  en la chapelle Sainte-Barbe du Faouët. Photo lavieb-aile 2023.

La tribune seigneuriale (premier quart du XVIe siècle, vers 1512) de Louis de Boutteville et Jeanne du Chastel  en la chapelle Sainte-Barbe du Faouët. Photo lavieb-aile 2023.

La tribune seigneuriale (premier quart du XVIe siècle, vers 1512) de Louis de Boutteville et Jeanne du Chastel  en la chapelle Sainte-Barbe du Faouët. Photo lavieb-aile 2023.

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II. LA FRISE INFÉRIEURE.

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Deux anges allongés présentant un médaillon à tête de mort entouré d'une collerette. Un "miroir de la mort " ?

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Le médaillon incite le spectateur à méditer sur sa fin dernière.

Nous pouvons noter que c'est en 1519 (date proche de celle, estimée, de cette tribune) que Jehan Larcher a publié à Plougonven le Mirouer de la Mort, poème en langue bretonne de préparation à la mort. La page de titre de l'édition de 1575 est ornée d'une gravure de ce miroir.

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Le Mirouer de la mort, en breton, auquel doctement et dévotement est trecté des quatre fins de l'home, c'est à sçavoyr de la mort, du dernier jugement, du très sacré Paradis et de l'horible prison de l'Enfer et ses infinis tourments.

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La tribune seigneuriale (premier quart du XVIe siècle, vers 1512) de Louis de Boutteville et Jeanne du Chastel  en la chapelle Sainte-Barbe du Faouët. Photo lavieb-aile 2023.

La tribune seigneuriale (premier quart du XVIe siècle, vers 1512) de Louis de Boutteville et Jeanne du Chastel  en la chapelle Sainte-Barbe du Faouët. Photo lavieb-aile 2023.

La tribune seigneuriale (premier quart du XVIe siècle, vers 1512) de Louis de Boutteville et Jeanne du Chastel  en la chapelle Sainte-Barbe du Faouët. Photo lavieb-aile 2023.

La tribune seigneuriale (premier quart du XVIe siècle, vers 1512) de Louis de Boutteville et Jeanne du Chastel  en la chapelle Sainte-Barbe du Faouët. Photo lavieb-aile 2023.

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Deux créatures anthropomorphes à corps et queue feuillagés s'affrontant à l'abri de rondaches, tout en tenant un rinceau à  fleurs à quatre pétales.

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La tribune seigneuriale (premier quart du XVIe siècle, vers 1512) de Louis de Boutteville et Jeanne du Chastel  en la chapelle Sainte-Barbe du Faouët. Photo lavieb-aile 2023.

La tribune seigneuriale (premier quart du XVIe siècle, vers 1512) de Louis de Boutteville et Jeanne du Chastel  en la chapelle Sainte-Barbe du Faouët. Photo lavieb-aile 2023.

La tribune seigneuriale (premier quart du XVIe siècle, vers 1512) de Louis de Boutteville et Jeanne du Chastel  en la chapelle Sainte-Barbe du Faouët. Photo lavieb-aile 2023.

La tribune seigneuriale (premier quart du XVIe siècle, vers 1512) de Louis de Boutteville et Jeanne du Chastel  en la chapelle Sainte-Barbe du Faouët. Photo lavieb-aile 2023.

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Un acrobate en renversement postérieur jambes écartées, réunissant les tiges d'un rinceau. La face et le postérieur ont été bûchées, témoignant du caractère obscène de cette posture, bien que le personnage soit vêtu d'une culotte.

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La tribune seigneuriale (premier quart du XVIe siècle, vers 1512) de Louis de Boutteville et Jeanne du Chastel  en la chapelle Sainte-Barbe du Faouët. Photo lavieb-aile 2023.

La tribune seigneuriale (premier quart du XVIe siècle, vers 1512) de Louis de Boutteville et Jeanne du Chastel  en la chapelle Sainte-Barbe du Faouët. Photo lavieb-aile 2023.

La tribune seigneuriale (premier quart du XVIe siècle, vers 1512) de Louis de Boutteville et Jeanne du Chastel  en la chapelle Sainte-Barbe du Faouët. Photo lavieb-aile 2023.

La tribune seigneuriale (premier quart du XVIe siècle, vers 1512) de Louis de Boutteville et Jeanne du Chastel  en la chapelle Sainte-Barbe du Faouët. Photo lavieb-aile 2023.

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III. LES PANNEAUX SCULPTÉS :  DEUX ANGES MUSICIENS ET UN PANNEAU AJOURÉ À PAMPRES.

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La tribune seigneuriale (premier quart du XVIe siècle, vers 1512) de Louis de Boutteville et Jeanne du Chastel  en la chapelle Sainte-Barbe du Faouët. Photo lavieb-aile 2023.

La tribune seigneuriale (premier quart du XVIe siècle, vers 1512) de Louis de Boutteville et Jeanne du Chastel  en la chapelle Sainte-Barbe du Faouët. Photo lavieb-aile 2023.

La tribune seigneuriale (premier quart du XVIe siècle, vers 1512) de Louis de Boutteville et Jeanne du Chastel  en la chapelle Sainte-Barbe du Faouët. Photo lavieb-aile 2023.

La tribune seigneuriale (premier quart du XVIe siècle, vers 1512) de Louis de Boutteville et Jeanne du Chastel  en la chapelle Sainte-Barbe du Faouët. Photo lavieb-aile 2023.

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1.L'ange joueur de harpe (dix cordes visibles).

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Les anges sont debout, les genoux légèrement fléchis, vêtus d'une aube de chœur à amict, bouffante à la taille. Leurs cheveux sont longs. La répartition des plumes est bien détaillée et naturaliste.

Le joueur de harpe tourne la tête vers son compagnon, dans une posture inspirée.

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La tribune seigneuriale (premier quart du XVIe siècle, vers 1512) de Louis de Boutteville et Jeanne du Chastel  en la chapelle Sainte-Barbe du Faouët. Photo lavieb-aile 2023.

La tribune seigneuriale (premier quart du XVIe siècle, vers 1512) de Louis de Boutteville et Jeanne du Chastel  en la chapelle Sainte-Barbe du Faouët. Photo lavieb-aile 2023.

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2.L'ange joueur de rebec (ou vièle piriforme à archet).

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L'instrument semble monoxyle, il est piriforme avec une caisse large percée de deux ouies en parenthèse. On compte quatre ou six cordes. Le manche se termine par une crosse, et nous ne voyons pas de chevilles.

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La tribune seigneuriale (premier quart du XVIe siècle, vers 1512) de Louis de Boutteville et Jeanne du Chastel  en la chapelle Sainte-Barbe du Faouët. Photo lavieb-aile 2023.

La tribune seigneuriale (premier quart du XVIe siècle, vers 1512) de Louis de Boutteville et Jeanne du Chastel  en la chapelle Sainte-Barbe du Faouët. Photo lavieb-aile 2023.

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3. Panneau ajouré à pampres de vigne.

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C'est peut-être un symbole eucharistique. Il me semble abusif de voir dans les vrilles des pampres une représentation de la cordelière franciscaine, adoptée comme emblème par François II et sa fille Anne de Bretagne.

Je n'ai pas photographié les deux panneaux ajourés du retour d'angle, de même motif.

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La tribune seigneuriale (premier quart du XVIe siècle, vers 1512) de Louis de Boutteville et Jeanne du Chastel  en la chapelle Sainte-Barbe du Faouët. Photo lavieb-aile 2023.

La tribune seigneuriale (premier quart du XVIe siècle, vers 1512) de Louis de Boutteville et Jeanne du Chastel  en la chapelle Sainte-Barbe du Faouët. Photo lavieb-aile 2023.

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IV. LE RETOUR D'ANGLE.

Il n'a pas été photographié, hormis cette photo qui montre un cerf affrontant un dragon ou du moins un animal fantastique.

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La tribune seigneuriale (premier quart du XVIe siècle, vers 1512) de Louis de Boutteville et Jeanne du Chastel  en la chapelle Sainte-Barbe du Faouët. Photo lavieb-aile 2020.

La tribune seigneuriale (premier quart du XVIe siècle, vers 1512) de Louis de Boutteville et Jeanne du Chastel  en la chapelle Sainte-Barbe du Faouët. Photo lavieb-aile 2020.

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V. LES SIX ANGES SCUTIFÈRES.

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Les six anges sont représentés en vol, jambes repliées, portant l'aube à amict, comme ceux du jubé de la chapelle Saint-Fiacre construit en 1480. Leurs cheveux sont bouclés en boules.

Les blasons ont été bûchés mais on voit encore un peu le tracé des meubles.

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Ange n°1.

Armes pleines de Boutteville  d'argent à cinq fusées de gueules posées en fasce.

 

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La tribune seigneuriale (premier quart du XVIe siècle, vers 1512) de Louis de Boutteville et Jeanne du Chastel  en la chapelle Sainte-Barbe du Faouët. Photo lavieb-aile 2023.

La tribune seigneuriale (premier quart du XVIe siècle, vers 1512) de Louis de Boutteville et Jeanne du Chastel  en la chapelle Sainte-Barbe du Faouët. Photo lavieb-aile 2023.

La tribune seigneuriale (premier quart du XVIe siècle, vers 1512) de Louis de Boutteville et Jeanne du Chastel  en la chapelle Sainte-Barbe du Faouët. Photo lavieb-aile 2023.

La tribune seigneuriale (premier quart du XVIe siècle, vers 1512) de Louis de Boutteville et Jeanne du Chastel  en la chapelle Sainte-Barbe du Faouët. Photo lavieb-aile 2023.

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Ange n°2.

Armes mi parti Boutteville et ? [du Chastel]

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La tribune seigneuriale (premier quart du XVIe siècle, vers 1512) de Louis de Boutteville et Jeanne du Chastel  en la chapelle Sainte-Barbe du Faouët. Photo lavieb-aile 2023.

La tribune seigneuriale (premier quart du XVIe siècle, vers 1512) de Louis de Boutteville et Jeanne du Chastel  en la chapelle Sainte-Barbe du Faouët. Photo lavieb-aile 2023.

La tribune seigneuriale (premier quart du XVIe siècle, vers 1512) de Louis de Boutteville et Jeanne du Chastel  en la chapelle Sainte-Barbe du Faouët. Photo lavieb-aile 2023.

La tribune seigneuriale (premier quart du XVIe siècle, vers 1512) de Louis de Boutteville et Jeanne du Chastel  en la chapelle Sainte-Barbe du Faouët. Photo lavieb-aile 2023.

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Ange n°3.

Armes mi parti Boutteville et ?

 

La tribune seigneuriale (premier quart du XVIe siècle, vers 1512) de Louis de Boutteville et Jeanne du Chastel  en la chapelle Sainte-Barbe du Faouët. Photo lavieb-aile 2023.

La tribune seigneuriale (premier quart du XVIe siècle, vers 1512) de Louis de Boutteville et Jeanne du Chastel  en la chapelle Sainte-Barbe du Faouët. Photo lavieb-aile 2023.

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Ange n°4.

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Armes pleines de Boutteville.

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La tribune seigneuriale (premier quart du XVIe siècle, vers 1512) de Louis de Boutteville et Jeanne du Chastel  en la chapelle Sainte-Barbe du Faouët. Photo lavieb-aile 2023.

La tribune seigneuriale (premier quart du XVIe siècle, vers 1512) de Louis de Boutteville et Jeanne du Chastel  en la chapelle Sainte-Barbe du Faouët. Photo lavieb-aile 2023.

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Ange n°5.

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Armes mi parti Boutteville et  du Chastel fascé d'or et de gueules de six pièces .

Cette alliance correspond à celle de Louis de Boutteville, seigneur du Faouët, fils de Jean,  avec Jeanne du Chastel, fille d'Olivier et de Marie de Poulmic. Ils se sont mariés en 1498. C'est donc bien eux qui sont seigneurs du Faouët en 1512 lors de la fin de la construction des voûtes , ce sont donc aussi eux qui sont vraisemblablement un peu plus tard les commanditaires de cette tribune seigneuriale.

Jeanne du Chastel est représentée, avec ses armes Boutteville/Chastel sur la baie 2 de la chapelle Sainte-Barbe, derrière son époux, agenouillés en donateurs devant la Vierge. Louis est présenté par saint Fiacre et Jeanne par Marie-Madeleine.

On trouve aussi ce blason mi parti Boutteville/Chastel sur le tympan de la baie n°1, et sur la jupe de la donatrice de la lancette A de la baie n°1.

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Baie 2 , Verrière de la Transfiguration, Chapelle Sainte-Barbe, Le Faouët, photographie lavieb-aile.

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La tribune seigneuriale (premier quart du XVIe siècle, vers 1512) de Louis de Boutteville et Jeanne du Chastel  en la chapelle Sainte-Barbe du Faouët. Photo lavieb-aile 2023.

La tribune seigneuriale (premier quart du XVIe siècle, vers 1512) de Louis de Boutteville et Jeanne du Chastel  en la chapelle Sainte-Barbe du Faouët. Photo lavieb-aile 2023.

La tribune seigneuriale (premier quart du XVIe siècle, vers 1512) de Louis de Boutteville et Jeanne du Chastel  en la chapelle Sainte-Barbe du Faouët. Photo lavieb-aile 2023.

La tribune seigneuriale (premier quart du XVIe siècle, vers 1512) de Louis de Boutteville et Jeanne du Chastel  en la chapelle Sainte-Barbe du Faouët. Photo lavieb-aile 2023.

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Ange n°6.

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Armes mi parti Boutteville et ?

 

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La tribune seigneuriale (premier quart du XVIe siècle, vers 1512) de Louis de Boutteville et Jeanne du Chastel  en la chapelle Sainte-Barbe du Faouët. Photo lavieb-aile 2023.

La tribune seigneuriale (premier quart du XVIe siècle, vers 1512) de Louis de Boutteville et Jeanne du Chastel  en la chapelle Sainte-Barbe du Faouët. Photo lavieb-aile 2023.

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VI. LES ARMOIRIES DE LA VOÛTE.

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L'ange portant l'inscription de fondation et les armes de Boutteville.

L'inscription indique : LAN : MIL : Vdz : XII : FUT : FAICT : CESTE : VOUTE.

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La tribune seigneuriale (premier quart du XVIe siècle, vers 1512) de Louis de Boutteville et Jeanne du Chastel  en la chapelle Sainte-Barbe du Faouët. Photo lavieb-aile 2023.

La tribune seigneuriale (premier quart du XVIe siècle, vers 1512) de Louis de Boutteville et Jeanne du Chastel  en la chapelle Sainte-Barbe du Faouët. Photo lavieb-aile 2023.

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Ange à la chevelure bouclée en trois rangs de boules latérales présentant les armes des Talhouët d'argent à trois pommes de pin de gueules, affectées d'un lambel.

 

La tribune seigneuriale (premier quart du XVIe siècle, vers 1512) de Louis de Boutteville et Jeanne du Chastel  en la chapelle Sainte-Barbe du Faouët. Photo lavieb-aile 2023.

La tribune seigneuriale (premier quart du XVIe siècle, vers 1512) de Louis de Boutteville et Jeanne du Chastel  en la chapelle Sainte-Barbe du Faouët. Photo lavieb-aile 2023.

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Écartelé à identifier, à trois feuilles de houx ( Toulbodou ?) et six fasces à la cotice brochant le tout.

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La tribune seigneuriale (premier quart du XVIe siècle, vers 1512) de Louis de Boutteville et Jeanne du Chastel  en la chapelle Sainte-Barbe du Faouët. Photo lavieb-aile 2023.

La tribune seigneuriale (premier quart du XVIe siècle, vers 1512) de Louis de Boutteville et Jeanne du Chastel  en la chapelle Sainte-Barbe du Faouët. Photo lavieb-aile 2023.

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VII. LA STATUE DE SAINTE BARBE.

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Elle tient en main droite la palme du martyre et en main gauche un livre signalant sa maîtrise des sciences théologiques et philosophiques, tandis que son attribut, la tour aux trois fenêtres témoignant de son attachement pour le dogme de la Trinité, est derrière elle.

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La tribune seigneuriale (premier quart du XVIe siècle, vers 1512) de Louis de Boutteville et Jeanne du Chastel  en la chapelle Sainte-Barbe du Faouët. Photo lavieb-aile 2023.

La tribune seigneuriale (premier quart du XVIe siècle, vers 1512) de Louis de Boutteville et Jeanne du Chastel  en la chapelle Sainte-Barbe du Faouët. Photo lavieb-aile 2023.

La tribune seigneuriale (premier quart du XVIe siècle, vers 1512) de Louis de Boutteville et Jeanne du Chastel  en la chapelle Sainte-Barbe du Faouët. Photo lavieb-aile 2023.

La tribune seigneuriale (premier quart du XVIe siècle, vers 1512) de Louis de Boutteville et Jeanne du Chastel  en la chapelle Sainte-Barbe du Faouët. Photo lavieb-aile 2023.

La tribune seigneuriale (premier quart du XVIe siècle, vers 1512) de Louis de Boutteville et Jeanne du Chastel  en la chapelle Sainte-Barbe du Faouët. Photo lavieb-aile 2023.

La tribune seigneuriale (premier quart du XVIe siècle, vers 1512) de Louis de Boutteville et Jeanne du Chastel  en la chapelle Sainte-Barbe du Faouët. Photo lavieb-aile 2023.

La tribune seigneuriale (premier quart du XVIe siècle, vers 1512) de Louis de Boutteville et Jeanne du Chastel  en la chapelle Sainte-Barbe du Faouët. Photo lavieb-aile 2023.

La tribune seigneuriale (premier quart du XVIe siècle, vers 1512) de Louis de Boutteville et Jeanne du Chastel  en la chapelle Sainte-Barbe du Faouët. Photo lavieb-aile 2023.

 

 

 

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SOURCES ET LIENS.

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— COPY (Jean-Yves), MENOU (Jean-Claude), MOIREZ (Denise) ; BOISSÉ (Claude), CADIOU (Jacqueline), 1965 RIOULT (Jean-Jacques) 2021, Dossier IA00008412 de l'Inventaire et Etude d'inventaire sur le canton du Faouët:

https://patrimoine.bzh/gertrude-diffusion/dossier/b745903b-0b22-4047-90d0-10125fed6231

— DUFIEF (Denise) ; QUILLIVIC (Claude), 1992, 2009-2010, Notice Palissy IM56002709

https://www.pop.culture.gouv.fr/notice/palissy/IM56002709

— DUHEM (Sophie), 1997, Les sablières, images, ouvriers du bois et culture paroissiale au temps de la prospérité bretonne, XVe-XVIIe s. Presses Universitaires de Rennes 385 p.-[16] p. de pl. en coul. Note : Bibliogr. p. 367-379. Notes bibliogr. Index . Voir pages 19, 169 (licorne), 226 et 227 (cornemuse), 238 (moissonneur), 241 (écureuil et lapin).

 — DUHEM (Sophie), 1998, "«Quant li goupil happe les jélines... », ou les représentations de Renart dans la  sculpture sur bois bretonne du XVe au XVIIe siècle"  Annales de Bretagne et des pays de l'Ouest  Année 1998  Volume 105  Numéro 1  pp. 53-69 http://www.persee.fr/doc/abpo_0399-0826_1998_num_105_1_3972

 

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31 juillet 2023 1 31 /07 /juillet /2023 10:20

 

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Femme je suis pauvrette et ancienne,

Qui rien ne sais; oncques lettre ne lus.

Au moutier vois dont suis paroissienne

Paradis peint, où sont harpes et luz,

Et un enfer où damnés sont boullus:

L'un me fait peur, l'autre joie et liesse.

La joie avoir fais moi, haute Déesse,

A qui pécheurs doivent tous recourir,

Comblés de foi, sans feinte ne paresse:

En cette foi je veux vivre et mourir.

"Dame du ciel, regente terrienne" François Villon (1431 - 1463),

"Ballade pour prier Notre Dame", in Le Testament.

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PRÉSENTATION.

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Historique.

La construction de l'église Notre-Dame de Kernascléden, un édifice en granite construit dans le style  gothique flamboyant, entièrement voûtée de pierres, avec un plan en croix terminé par un chevet plat, a été prévue vers 1420 sous Alain VIII de Rohan et Beatrix de Clisson. En 1428, Marguerite de Bretagne, femme d´Alain IX de Rohan, et soeur du duc Jean V, lui lèguait 40 sous dans son testament.

La présence, à la croisée du transept, des armes de Jean V et de son épouse Jeanne de France, morte en 1433, marque l´état d´avancement des travaux à cette date. Les armes de Bertrand de Rosmadec, évêque de Quimper, mort en 1445, à la voûte du bras nord, fournissent un autre indice chronologique.

Une intense activité  règne en ces années centrales du 15e siècle : dans les trois travées du choeur, on relève, d´ouest en est, les armes de Louis II de Rohan-Guémené, qui succède à son père en 1457 ; du vicomte Jean II, fils d´Alain IX, vicomte de Rohan de 1461 à 1516 et maître d´ouvrage des châteaux de Josselin et Pontivy ; de François II enfin, qui ceint la couronne ducale en 1458.

Enfin, une inscription latine et française, gravée en relief sur une pierre encastrée dans le mur nord du choeur, indique que, le 2 septembre 1453, la chapelle fut dédicacée par Yves de Pontsal, évêque de Vannes, et qu´elle fut voûtée en 1464 par Pierre et J. Le Bail. Ces voûtes portent des peintures murales exceptionnelles tant dans le chœur (vie de la Vierge et vie du Christ) que dans le bras nord du transept (anges musiciens).

 

Sur les murs sud et ouest du bras sud du transept,  une  fresque célèbre  représente une danse macabre qui se composait à l'origine d'une suite de 31 personnages (l'Ankou, 15 vifs et 15 morts). Elle a été découverte en 1912 par l'avocat Guy Ramard, féru de peintures murales étudiées en Mayenne, et qui souleva de son canif quelques morceaux du badigeon de lait de chaux qui les recouvraient, pour constater l'existence d'une jambe, voisine d'un fémur ; il y reconnu une Danse macabre.

Sur le mur ouest, au dessus de la fin de la danse macabre,  sur le  tympan délimité par les  nervures de la voûte, est peinte une représentation de l'enfer, a priori contemporaine de la danse macabre. Elle a été découverte par Louis Joseph  Yperman en 1923, tandis qu'il procédait au relevé et à la restauration de la voûte du chœur, et qu'il poursuivait l'exploration de la danse macabre en y découvrant un cardinal et un écuyer.

 

 

 

En 1923, les peintures murales sont consolidées par Ypermann, qui en fait le relevé et dégage dans le transept la Danse macabre et l´Enfer. Une nouvelle campagne de restauration est lancée en 1996. 

Elles ont été relevées par Elisabeth Faure en 1956.

Leur datation est incertaine : on lit la date forcément inexacte "vers 1440" sur le site pop.culture.gouv.fr, ou bien celle de vers 1470, ou bien "troisième quart du XVe siècle". L'étude du contexte iconographique et scripturaire  du thème de l'Enfer et des peines réservées aux damnés selon leurs péchés, incite à retarder cette datation à la toute fin du XVe siècle, après 1592 : c'est l'hypothèse que je vais défendre ici.

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Description.

Sur le fond ocre rouge de la peinture murale sont dessinés en contours par traits noirs des damnés aux proies aux tourments de l'enfer, et ces malheureux sont fort malmenés par des démons armés de crochets . Les uns et les autres sont de couleur blanche, car conservés par le peintre en réserve sur le fond ocre. Les instruments du supplice sont peints en ocre jaune.

La peinture et son support sont hélas conservés de manière lacunaire, tant pour la danse macabre que pour l'enfer ; de ce dernier, il persiste environ 60%, et on y reconnait  deux marmites infernales au centre, un arbre sec en haut, une roue à gauche et un tonneau tourné à la broche à droite, instruments du supplice d'une foule de damnés menés par une foule de diables.

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Elle est à rapprocher des peintures de l'église Saint-Pierre de Mont-Dol (mur sud de la nef) qui dépeint également  les divers tourments de l'enfer infligés aux damnés : diable brouettant une charretée de damnés ; démon chevauchant une damnée ; supplice de la roue éternelle ; pendus à l'arbre fatal de la science du bien et du mal ; Satan dévorant un enfant de malédiction tandis que sa mère flambe ; damné précipité dans le trou de l'abîme. Ou encore de la fresque de la cathédrale d'Albi. La datation précise de ces deux œuvres n'est pas connue mais il a été démontré que la fresque d'Albi est postérieure à 1493.

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La peinture murale ( après 1492 ?) des supplices de l'Enfer de l'église de Kernascléden. Photographie lavieb-aile 2023.

La peinture murale ( après 1492 ?) des supplices de l'Enfer de l'église de Kernascléden. Photographie lavieb-aile 2023.

La peinture murale ( après 1492 ?) des supplices de l'Enfer de l'église de Kernascléden. Photographie lavieb-aile 2023.

La peinture murale ( après 1492 ?) des supplices de l'Enfer de l'église de Kernascléden. Photographie lavieb-aile 2023.

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La peinture murale ( après 1492 ?) des supplices de l'Enfer de l'église de Kernascléden. Photographie lavieb-aile 2023.

La peinture murale ( après 1492 ?) des supplices de l'Enfer de l'église de Kernascléden. Photographie lavieb-aile 2023.

La peinture murale ( après 1492 ?) des supplices de l'Enfer de l'église de Kernascléden. Photographie lavieb-aile 2023.

La peinture murale ( après 1492 ?) des supplices de l'Enfer de l'église de Kernascléden. Photographie lavieb-aile 2023.

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Les culots des nervures : deux masques.

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La peinture murale ( après 1492 ?) des supplices de l'Enfer de l'église de Kernascléden. Photographie lavieb-aile 2023.

La peinture murale ( après 1492 ?) des supplices de l'Enfer de l'église de Kernascléden. Photographie lavieb-aile 2023.

La peinture murale ( après 1492 ?) des supplices de l'Enfer de l'église de Kernascléden. Photographie lavieb-aile 2023.

La peinture murale ( après 1492 ?) des supplices de l'Enfer de l'église de Kernascléden. Photographie lavieb-aile 2023.

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I. Le supplice de la roue destiné aux orgueilleux.

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Du côté gauche, nous voyons une roue, ou du moins son contour car presque toute la peinture a disparu. L'axe de cette roue à huit rayons est posé sur un tréteau. Si on connait les représentations des Peines de l'enfer, anciennes mais qui s'organisent en sept châtiments, autant que de péchés capitaux, dans la dernière décade du XVe siècle, il est facile de reconnaître ici  le premier supplice, précisément celui de la roue, qui punit le péché d'orgueil. Dans cette tradition, plusieurs roues tournent  entre de hautes montagnes, et les damnés y sont attachés, passant leur éternité à monter puis à être précipité dans les flammes tandis que  Léviathan, « capitaine des orgueilleux », préside à leurs tortures en les frappant d'un bâton de feu.

Mais ici, nous ne voyons plus ces damnés, même en scrutant les dessins des parties jaunes . Tout au plus, au dessus de la roue, un diable se distingue, armé d'un bâton, et il pourrait se charger de frapper les suppliciés.

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La peinture murale ( après 1492 ?) des supplices de l'Enfer de l'église de Kernascléden. Photographie lavieb-aile 2023.

La peinture murale ( après 1492 ?) des supplices de l'Enfer de l'église de Kernascléden. Photographie lavieb-aile 2023.

La peinture murale ( après 1492 ?) des supplices de l'Enfer de l'église de Kernascléden. Photographie lavieb-aile 2023.

La peinture murale ( après 1492 ?) des supplices de l'Enfer de l'église de Kernascléden. Photographie lavieb-aile 2023.

La peinture murale ( après 1492 ?) des supplices de l'Enfer de l'église de Kernascléden. Photographie lavieb-aile 2023.

La peinture murale ( après 1492 ?) des supplices de l'Enfer de l'église de Kernascléden. Photographie lavieb-aile 2023.

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Sources :

 

1. La Vison de saint Paul. BM Toulouse Ms. 815, 1220-1270. La roue exposant au froid glacial et au feu.

Dans l'Apocalypse de Paul, apocryphe chrétien du IV ou Ve siècle, est racontée la Vision de saint Paul (Visio Pauli) ou descente de ce saint aux enfers accompagné d'un ange (ou de saint Michel),  à l'issue de laquelle Paul obtient un repos le dimanche pour les damnés.

Ce texte a été très lu et très copié aux premiers siècles de notre ère et tout le moyen âge. Sa tradition s’étend pendant tout l’Occident médiéval, se diffusant sous des formes remaniées jusqu’à Dante. Il a eu beaucoup de succès dans les langues vernaculaires du Moyen Âge européen, avec des traductions françaises, provençales, roumaines, anglaises, galloises, allemandes, danoises, bulgares, serbes, toutes étant en langue ancienne. Entre le VIIIe et le xXIe siècle en particulier, de nombreuses versions latines abrégées et remaniées foisonnent, privilégiant surtout la vision des supplices infernaux infligés aux damnés (ce sera d'ailleurs le cas en français, par exemple, où l’on ne retient presque plus que cela). C’est ainsi  que  toute l’imagerie de l’Enfer qui a puisé abondamment dans l’Apocalypse de Paul. (d'après Wikipedia)

Le manuscrit de Toulouse en donne une version en vers français, enluminée. Voir :

https://www.persee.fr/doc/roma_0035-8029_1895_num_24_95_5887

Sur la miniature complète, on voit à gauche, saint Paul et l'archange. A droite, une roue à laquelle se tiennent des damnés, et que trois démons , un au centre et les deux autres sur les côtés, font tourner, exposant les damnés suucesivement au froid glacial et au feu.

Texte :

Pus vit un leu mult glacial  O merveillouse peine e mal ; De l'un part ardant estoit, D'autre part ardant estoit : « Ceo tu veiez en ces turmenz  Mal fierent a totes genz,  Car a mal fere ceo acoustumerent  E de nul homme pité ne averent.  Iceus sur la reo mys sunt,  Ffreid e chaud graunt seuffrunt."

Texte latin :

Post hec vidit viros ac mulieres in loco glaciali, et ignis urebat de media parte et de media frigebat. Hi erant nocuerunt. qui orphanis et viduis  nocuerunt. (Après cela, il vit des hommes et des femmes dans un endroit gelé, et le feu brûlait au milieu et froid au milieu. Ils ont été maltraités, ceux qui ont fait du mal aux orphelins et aux veuves.)

 

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b105602030/f122.item

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BM Toulouse Ms 815 f. 59v

 

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2. Église de Mont-Dol (22), peinture murale, fin XVe.

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La peinture murale schématisée par ce relevé n'est peut-être pas la source de celle de Kernascléden, mais  s'inspire des mêmes sources, qui vont suivre. Trois damnés sont liés sur la roue tournée indéfiniment par un diable, tandis que deux autres démons les blessent avec l'extrémité d'un épieu (cf. Léviathan et le pieu enflammé, infra). Le bâtit en bois est semblable à celui de Kernascléden, le nombre des rayons également.

Le diable tournant la manivelle est se devine  à Kernascléden, correspondant alors au fragment conservé en diagonale en dessous de l'axe.

La peinture de Mont-Dol : schéma puis cliché :

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Peinture murale (XVe siècle) de l'église de Mont-Dol.

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Peinture murale du Mont-Dol, l'Enfer, XVe siècle.

 

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3. Compost et kalendrier des bergiers Guiot Marchant, Paris 1491, 1493 , Paris 1496 et Nicolas Le Rouge 1529.

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Les gravures et enluminures des éditions successives rapportent les visions de l'enfer décrites par Lazare :

"On racontait que Lazare, après sa résurrection, avait révélé les mystères de l'autre monde. Il fit ce récit, disait-on, le jour où Jésus dîna chez Simon le Lépreux; ce jour-là, l'homme formidable qui avait traversé la mort, et qui semblait avoir depuis lors un sceau sur la bouche, consentit à parler : il décrivit aux convives les supplices de l'Enfer. Voilà ce qu'on pouvait lire dans un sermon attribué à saint Augustin et dans l' Histoire scolastique de Pierre Comestor, voilà ce qu'on pouvait entendre au théâtre quand on jouait la Passion." (E. Mâle 1908)

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Première vision : les orgueilleux punis par le supplice de la roue :

"Premierement, dit le lazare, j'ay veu des roues en enfer tres haultes en une montaigne situées en maniere de moulins continuelement en grant impetuosites tournans ; lesquelles roues avoient crampons de fer où estoient les orgueilleux et orgueilleuses pendus et attachés."

"Orgueil entre les autres péchés est comme roy maistre et capital . Un roy toujours à grant compaignie de gens. Si a orgueil grant compaignie d'autres vices." 

Les âmes des orgueilleux et orgueilleuses sont liées à des roues qui sont entrainées — continuellement et sans aucun repos — par des manivelles actionnées par les diables.

"Pour ce que l'orgueilleux se veut élever sur les autres hommes le diable en fait comme d'une noix que l'oiseau dure laquelle ne peut casser avec son bec et la porte en haut et la laisse choir sur une pierre  sur quoi se rompt adonc descend et la mange. Ainsi le diable élève les orgueilleux et les fait choir et trébucher en enfer" (Compost).

Les roues petites ou grandes sont placées sur une montagne toute embrasée de soufre et de feu. Dans l'Art de bien mourir de 1491, ces roues sont équipées intérieurement et extérieurement de crampons et attaches de fer ardent axquels les suppliciés sont pendus et attachés, et ceux-ci protestent par des pleurs, des cris, et des hurlements horribles tandis qu'ils blasphèment le nom de Dieu.

Auprès de la montagne est postée une bête géante, nommée Léviathan, qui frappe de son pieu de feu les âmes lorsqu'elles parviennent au sommet des roues en leur criant "Descendez maudits orgueilleux, descendez en feu et soufre ardent, abaissez-vous en l'abime de damnation pour ce que vous vous êtes élevés au monde et vanité d'orgueil. Que vous profitent maintenant vos grandes pompes et habillements dissolus, vos chaînes d'or, vos pierres précieuses et vos longues et superflues queues", etc... (Art de bien mourir)

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  —1491 : Compost et calendrier des bergiers, Paris, Guiot Marchant. BM Bourges f.b1

http://www.bvh.univ-tours.fr/Consult/consult.asp?numfiche=905&index=21&numtable=B180336101_INC166&mode=1&ecran=0

— 1493 : Compost et calendrier des bergiers, Paris, Guiot Marchant. Bnf Velins 518

Le Calendrier des bergers ed. 1493 BnF VELINS-518 vue 76

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— 1496 : Compost et calendrier des bergiers, Paris, Guiot Marchant. BnF RES M-V-33 vue 76

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k87105966/f72.item.zoom

— 1529 : Le grant Kalendrier et compost des bergiers Nicolas Le Rouge, Troyes

Le grant Kalendrier et compost des Bergiers , Nicolas le rouge Troyes 1529 vue 77 Gallica

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4. L'art de bien mourir, Antoine Vérard Paris 1492 et 1498.

Dans l'Art de bien mourir de1492 de  l'aiguillon de la crainte divine pour bien mourir, Antoine Vérard reprend les gravures de Guiot Marchant , et les peines de l'enfer sont adaptées aux sept péchés capitaux : l'Orgueil (la roue), l'Envie ( le fleuve de froid), la Colère ou Ire et la félonie (découpage en pièces de boucheries), la Paresse (morsure de serpents), l'Avarice  (chaudron), la Gloutonnerie (gavage par des crapauds) et la Luxure (puits de soufre puant).

C'est la même image que dans le Calendrier des bergers, mais les crampons et ferrures en crocs sont représentés ; et des dragons ailés viennent menacer les damnés de leurs mâchoires.

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https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k10485615/f221.item

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k110625v/f209.item.zoom

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L'Art de bien mourir, 1498, BnF Réserve des livres rares, RES-D-859 vue 209 Gallica

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5. Jugement dernier de la cathédrale d'Albi, fresque commandée par l’évêque Louis d’Amboise dans les toutes dernières années du XVe siècle.

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L'artiste s'est inspiré du Calendrier des bergers de Guiot Marchant et c'est son texte qui est porté en inscription. Ls scène est plus violente, plus animée, et on croit entendre les cris et les hurlements. Les dragons ailés de l'Art de bien mourir sont remplacés par des monstres démoniaques.

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d'après cliché Yann Roques 2017

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La peinture murale ( après 1492 ?) des supplices de l'Enfer de l'église de Kernascléden. Photographie lavieb-aile 2023.

La peinture murale ( après 1492 ?) des supplices de l'Enfer de l'église de Kernascléden. Photographie lavieb-aile 2023.

La peinture murale ( après 1492 ?) des supplices de l'Enfer de l'église de Kernascléden. Photographie lavieb-aile 2023.

La peinture murale ( après 1492 ?) des supplices de l'Enfer de l'église de Kernascléden. Photographie lavieb-aile 2023.

La peinture murale ( après 1492 ?) des supplices de l'Enfer de l'église de Kernascléden. Photographie lavieb-aile 2023.

La peinture murale ( après 1492 ?) des supplices de l'Enfer de l'église de Kernascléden. Photographie lavieb-aile 2023.

La peinture murale ( après 1492 ?) des supplices de l'Enfer de l'église de Kernascléden. Photographie lavieb-aile 2023.

La peinture murale ( après 1492 ?) des supplices de l'Enfer de l'église de Kernascléden. Photographie lavieb-aile 2023.

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II. Le supplice du chaudron réservé aux avares.

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Sur la peinture murale, deux chaudrons sont représentés, celui-ci, et un autre plus grand à droite. Les deux contiennent des damnés.

Nous pourrions les considérer comme liés au même châtiment, car nous manquons d'indice pour les différencier, et nous ne voyons pas de flammes précisant la situation. Mais tentons de les distinguer.

Dans celui-ci , une quinzaine de têtes des deux sexes sont réunies, tandis qu'un diable à grandes cornes les martyrise de son bâton, qui est sans doute un croc. Ce serait le chaudron réservé aux avaricieux, dans la cinquième vision de Lazare. L'autre serait le puits des luxurieux.

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La peinture murale ( après 1492 ?) des supplices de l'Enfer de l'église de Kernascléden. Photographie lavieb-aile 2023.

La peinture murale ( après 1492 ?) des supplices de l'Enfer de l'église de Kernascléden. Photographie lavieb-aile 2023.

La peinture murale ( après 1492 ?) des supplices de l'Enfer de l'église de Kernascléden. Photographie lavieb-aile 2023.

La peinture murale ( après 1492 ?) des supplices de l'Enfer de l'église de Kernascléden. Photographie lavieb-aile 2023.

La peinture murale ( après 1492 ?) des supplices de l'Enfer de l'église de Kernascléden. Photographie lavieb-aile 2023.

La peinture murale ( après 1492 ?) des supplices de l'Enfer de l'église de Kernascléden. Photographie lavieb-aile 2023.

La peinture murale ( après 1492 ?) des supplices de l'Enfer de l'église de Kernascléden. Photographie lavieb-aile 2023.

La peinture murale ( après 1492 ?) des supplices de l'Enfer de l'église de Kernascléden. Photographie lavieb-aile 2023.

La peinture murale ( après 1492 ?) des supplices de l'Enfer de l'église de Kernascléden. Photographie lavieb-aile 2023.

La peinture murale ( après 1492 ?) des supplices de l'Enfer de l'église de Kernascléden. Photographie lavieb-aile 2023.

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Dossier iconographique  sur le supplice du chaudron :

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Dans la cinquième vision de Lazare, les avaricieux et avaricieuses sont plongés dans des chaudrons et chaudières d'huile bouillante, de plomb et d'autres métaux fondus. Un diable appelé Mammon les tourmente avec une broche de fer.

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"Quintement dist le lazare jai veu des chaulderons et chaudières plaines dhuyles bouillante et de plomb et d'aultres métaux fondus [dans] esquels estoient plongés les avaricieux et avaricieuses pour les saouler de leurs maulvaises avarices.

On doit scavoir que l'avaricieux est plus inique à Dieu car plus ayme gaigner ung denier que l'amour de Dieu mieux ayme perdre Dieu que perdre une maille car souvent pour peu de chose il ment ou jure ou parjure et peche mortellement. "(Le grant Kalendrier, N. Le Rouge 1529)

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a) Le chaudron bouillant est représenté précocément, bien avant la systémisation des sept peines réservés aux damnés, comme image de l'enfer, au même titre que la gueule de l'enfer. On le voit sculpté sur l'ancien jubé de la cathédrale de Bourges, en place dès 1237.

 

b) il apparait vers 1475 dans les illustrations de la Cité de Dieu de Saint Augustin, traduite par  Raoul de Presles.

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La Cité de Dieu Saint Augustin, auteur ; Raoul de Presles (1316-1382), traducteur ; Maître de l'Échevinage, enlumineur, Rouen, vers 1475. BnF, Manuscrits, Français 28 f. 249v

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Dans ces deux enluminures assez semblables de la traduction française de la Cité de Dieu, il est placé entre l' "puits" des luxurieux et l'enfer froid réservé aux envieux.

 

 

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La cité de Dieu traduite par Raoul de Presles, BnF ms fr 19, vers 1469-1473

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La Cité de Dieu, traduction de "Raoul de Praelles". Bibliothèque Sainte-Geneviève Ms 246 f.389

 

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Les gravures et enluminures des calendriers des bergiers de 1491 à 1529

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—1491 : BM Bourges :

http://www.bvh.univ-tours.fr/Consult/consult.asp?numfiche=905&numtable=B180336101%5FINC166&mode=1&ecran=0&index=25

 

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— 1493

Compost et calendrier des bergiers

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Calendrier des bergiers de 1493.

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—Compost et kalendrier des bergiers 1498, Genève :

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k113373q/f62.item

— Calendrier des bergiers, Lyon, Claude Nourry 1508 :

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k656153/f93.item

— Grant kalendrier des bergiers Nicolas Le Rouge Troyes 1529.

Le grant Kalendrier, Nicolas Le Rouge 1529 vue 81

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La peinture de la cathédrale d'Albi reprend la description du Calendrier des bergiers de 1493.

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Cathédrale d'Albi.

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L'art de bien mourir d'Antoine Vérard 1492 :

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https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1527585x/f79.item

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L'art de bien mourir.

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La peinture murale ( après 1492 ?) des supplices de l'Enfer de l'église de Kernascléden. Photographie lavieb-aile 2023.

La peinture murale ( après 1492 ?) des supplices de l'Enfer de l'église de Kernascléden. Photographie lavieb-aile 2023.

La peinture murale ( après 1492 ?) des supplices de l'Enfer de l'église de Kernascléden. Photographie lavieb-aile 2023.

La peinture murale ( après 1492 ?) des supplices de l'Enfer de l'église de Kernascléden. Photographie lavieb-aile 2023.

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III. Le supplice de l'arbre sec aux branches acérées réservé aux héritiers d'un usurier couché dans le puits.

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Description.

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Un arbre se dresse à partir d'un puits où baignent des damnés. Aux branches acérées de cet arbre sec sont pendus sept autres damnés, qui y sont liés ou transpercés  en diverses parties de leurs corps. Ils sont tourmentés par quatre ou cinq diables qui les mordrent, les griffes, les fouettent ou les aggripent de leurs crocs.

 

 

Iconographie et sources.

 

1. Les Visions de saint Paul.

a) Dans la Vision de saint Paul, l'apôtre est invité par un ange à découvrir successivement  les sept différents tourments des damnés ; et  parmi ceux-ci est décrit un arbre aux branches enflammées . H. Shiklds  a donné la transcription d'un incunable imprimé à Lyon vers 1470 (BnF RES H 155) mais en a retrouvé la source datant du XIIIe siècle (v. 1243), montrant que la Descente de saint Paul aux Enfers était déjà populaire au XIIIe siècle

"A l'entrée d'enfer sainct Pol vit un grant arbre planté et mis dont le siege par vérité si est de charbons tout embrasé" (et les branches toutes enflambees.) (f. d, iv r° col. 1) Les brainches sont de feu,  li rain sont anflamé, Des broiches sont li rain antor anvironné, Plus ardant et plus âpre que charbons alumé (et les branches toutes enflambees et les rames toutes boutonees de flambe et de boutons mille fois plus ardans que ne seroit le fer quant il seroit chauffé le plus fort qu'on pourroit.)

b) L'épisode est décrit est illustré dans le manuscrit de la Bibliothèque de Toulouse Ms 815 f.058, du début du XIVe siècle (Vision de saint Paul, anglo-normand, texte traduit du latin par Henri d'Arci) : Saint Michel conduit saint Paul par la main et lui montre l'enfer tout ouvert. L' enfer est représenté par une gueule qui s'ouvre vers le ciel et d'où sortent, d'un côté un arbre de feu, auquel sont pendus de nombreux pécheurs, de l'autre une tour munie de deux tourelles entre lesquelles est une porte fermée.

Le texte indique :Vidit vero Paulus ante portas inferni arbores igneas et peccatores cruciatos et suspensos in eis. Alii pendebant pedibus, alii manibus, alii linguis, alii capillis, alii auribus, alii brachiis.

 

"E Ore pur fet vous seint garnir Michel les : vous « Poul, dirrai. veiez ;  Les peines d'enfern ore entendez. Devaunt la porte vit arbres ardanz E sur eus peccheurs pendre pluranz, Les uns par les meins, autres par les piez, Acuns par les chevus, acuns par les niez, Uns par les langes, uns par les oiez, Plusurs par les bras furent pendez."

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Visions de saint Paul, 14e s. (début) Toulouse, BM, 0815 f.058

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Visions de saint Paul, 14e s. (début) Toulouse, BM, 0815 f.058

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Certes, il s'agit ici d'un arbre enflammé, et non d'un arbre aux branches acérées ou "arbre sec". Mais la description des pécheurs pendus "les uns par les mains, les autres par les pieds, d'autres par les cheveux ou par le nez, d'autres par les langes, par les oreilles et par les bras" correspond parfaitement à celle de la peinture de Kernascléden.

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2. L'Art de bien mourir d'Antoine Vérard ( 1ère édition 1492). L'arbre de l'usurier et de ses héritiers.

Le supplice de l’arbre sec n’apparaît pas dans les illustrations des Visions de Lazare du Calndrier des bergiers, et il est décrit seulement dans un passage de l’Art de bien Mourir, où l'auteur rapporte les visions de l'enfer d'un saint homme conduit par un ange : il voit  un arbre pousser du ventre d’un damné au plus profond d’un puits . 

Lart de bien mourir . Traduction par  Guillaume Tardif de l'Ars moriendi - Éditeur  :  Pierre Le Rouge (I), Gillet Couteau et Jean Ménard (II-IV) pour Antoine Vérard (Paris) BnF Arsenal, Arsenal, RESERVE 4-T-2592 f.120r

 

 

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k10485615/f251.item.zoom

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1513115c/f196.item.zoom

Le même passage se retrouve dans les éditions successives comme par exemple dans L'Art de mourir, BnF RES D-6323 Nicolas Bonfons (Paris) 1573-1618, 9ème chapitre « de plusieurs peines infernales » , vue 196

"Et de ce avons un exemple en un livre appelé l'échelle du ciel que l'âme d'un saint homme dévot fut ravie et menée en enfer par son bon ange pour voir les peines des damnés : et vit la dite âme un homme qui était couché à l'envers au profond d'un puits d'enfer du ventre duquel sortait un grand arbre de merveilleuse hauteur lequel était fort branchu et rempli de grands étendus rameaux desquels pendaient des âmes damnées d'hommes et de femmes. Et dudit lieu sortait une flamme de feu horrible de laquelle étaient tourmentés les dites âmes qui pendaient aux dits rameaux. Et lors la dite âme toute épouvantée demanda à son bon ange que ce pouvait être et pour quelle cause ceux qui étaient pendus aux dits rameaux étaient ainsi cruellement tourmentés. À laquelle l'ange répondit que celui qui était couché au profond du puys était père et premier commencement originel de tous ceux qui pendaient aux dits rameaux et qu'il avait été autrefois très pauvre ; mais qu'il s'était enrichi par ses vivres et larcins et qu'il n'avait point restitué les choses mal acquises même que finalement il était ainsi trépassé en ce puits en Enfer. Disait aussi le dit ange que ceux qui étaient pendus aux dits rameaux étaient héritiers du dessus dit usurier, lesquels avaient possédé sciemment les dits biens ainsi injustement acquis par le dit usurier. Et qu'à cette cause eux et tous ceux qui descendaient d'eux lesquels retiendraient sciemment les dits bien mal acquis seraient ainsi damnés et [cruciés] au puys d'enfer comme ceux qui y pendaient. En quoi appert clairement que les usuriers et rapineurs de ce monde doivent bien craindre la justice de Dieu et qu'ils ne se doivent pas damner pour leurs enfants desquels ils n'auront aucune consolation en enfer : mais tout reproche, opprobre et désolation."

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3) La peinture de l'enfer de l'église de Mont-Dol.

La fresque de Kernascléden représente les damnés directement empalés sur les rameaux pointus. Celle du Mont-Dol montre des corps pendant des arbres par les pieds ou par le cou. Dans les deux cas, l’imagination des peintres semble s’être nourrie des lectures du passage de l’Art de bien Mourir. En effet, dans les deux cas, l'arbre est planté dans un puits. 

Le peintre de Dol a représenté au premier plan, un démon à deux cornes jetant un damné dans le puits de l'abîme.

https://www.patrimoine-histoire.fr/P_Bretagne/DolDeBretagne/Mont-Dol-Saint-Pierre.htm

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Relevé des peintures murales du Mont-Dol, l'Enfer.

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La peinture murale ( après 1492 ?) des supplices de l'Enfer de l'église de Kernascléden. Photographie lavieb-aile 2023.

La peinture murale ( après 1492 ?) des supplices de l'Enfer de l'église de Kernascléden. Photographie lavieb-aile 2023.

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Relevé par Elisabeth Faure en 1956 (aquarelle)

 

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La peinture murale ( après 1492 ?) des supplices de l'Enfer de l'église de Kernascléden. Photographie lavieb-aile 2023.

La peinture murale ( après 1492 ?) des supplices de l'Enfer de l'église de Kernascléden. Photographie lavieb-aile 2023.

La peinture murale ( après 1492 ?) des supplices de l'Enfer de l'église de Kernascléden. Photographie lavieb-aile 2023.

La peinture murale ( après 1492 ?) des supplices de l'Enfer de l'église de Kernascléden. Photographie lavieb-aile 2023.

La peinture murale ( après 1492 ?) des supplices de l'Enfer de l'église de Kernascléden. Photographie lavieb-aile 2023.

La peinture murale ( après 1492 ?) des supplices de l'Enfer de l'église de Kernascléden. Photographie lavieb-aile 2023.

La peinture murale ( après 1492 ?) des supplices de l'Enfer de l'église de Kernascléden. Photographie lavieb-aile 2023.

La peinture murale ( après 1492 ?) des supplices de l'Enfer de l'église de Kernascléden. Photographie lavieb-aile 2023.

La peinture murale ( après 1492 ?) des supplices de l'Enfer de l'église de Kernascléden. Photographie lavieb-aile 2023.

La peinture murale ( après 1492 ?) des supplices de l'Enfer de l'église de Kernascléden. Photographie lavieb-aile 2023.

La peinture murale ( après 1492 ?) des supplices de l'Enfer de l'église de Kernascléden. Photographie lavieb-aile 2023.

La peinture murale ( après 1492 ?) des supplices de l'Enfer de l'église de Kernascléden. Photographie lavieb-aile 2023.

La peinture murale ( après 1492 ?) des supplices de l'Enfer de l'église de Kernascléden. Photographie lavieb-aile 2023.

La peinture murale ( après 1492 ?) des supplices de l'Enfer de l'église de Kernascléden. Photographie lavieb-aile 2023.

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IV. Le supplice du puits pour punir la luxure : la septième peine.

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Description.

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Ce bassin est assez comparable au chaudron voisin, mais son rebord est plus fin, et nous ne voyons que sa margelle, et non le ventre d'un récipient. Je postule qu'il s'agit ici du puits des luxurieux. Nous ne voyons, comme pour le chaudron, que les têtes de damnés, des deux sexes. Certains sont chauves, d'autres hommes  ont les cheveux longs (des nobles ?) ou sont tonsurés.

 

Un grand diable, à gauche (Asmodée ?), les enfourche ou les repousse du pied. Son ventre est orné d'un visage tirant la langue, dont les deux yeux sont bien visibles. Un autre, aussi grand mais plus velu, à l'extérieur et à gauche, croche de sa fourche dans les têtes des damnés, sans doute pour les introduire dans le puits. Un troisième se devine sur la droite.

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La peinture murale ( après 1492 ?) des supplices de l'Enfer de l'église de Kernascléden. Photographie lavieb-aile 2023.

La peinture murale ( après 1492 ?) des supplices de l'Enfer de l'église de Kernascléden. Photographie lavieb-aile 2023.

La peinture murale ( après 1492 ?) des supplices de l'Enfer de l'église de Kernascléden. Photographie lavieb-aile 2023.

La peinture murale ( après 1492 ?) des supplices de l'Enfer de l'église de Kernascléden. Photographie lavieb-aile 2023.

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La septième peine, le puits des luxurieux : iconographie.

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"Septiemement dit le lazare iay veu une plaine et champaigne d' puiys profonz plains de feu et de soufre dont yssoit fumée trouble esquels les luxurieux et luxurieuses estoient tormentés.

De tous péchez luxure est le plus plaisant au diable pour ce qu'il macule le corps et l'ame ensemble et par lequel il gaigne deux personnes ensemble et aussi pour ce qu'il se vante n'en être point entache. En quoy semble le luxurieux être plus difforme que le diable en la superabondance de ce peche. Le marchant est bien fol qui fait marchandise de quoy il sait bien qu'il se repentira , et aussi le luxurieux a beaucoup de peine et despents ses biens pour accomplir sa volupté dont après se repent de la peine prinse et de ses biens despendus, mais il n'est pas quitte pour ainsi soy repentir sans faire pénitence. Le luxurieux vivant en son péché est tourmenté de trois tourments d'enfer, et de chaleur et de puanteur et de remords de conscience car il art par concupiscence, il est puant par son infamete car tel peche est toute puanteur qui macule le corps que tous les aultres pechiez ne maculent point mais ne maculent que l'ame.

Luxure est la fosse du diable dans laquelle il fait cheoir les pecheurs desquels aydent au diable a eulx getter dedans quant vont pres de la fosse en laquelle scaivent bien que le diable veult les mettre.

Pour ce bonne chose est escouter la femme, meilleure chose est non la regarder, et très bonne chose est ne la point toucher.

A ce peche appartiennent les ordes paroles et vilaines chansons et attouchements deshonnestes qui sont de luxures parquoy on peche souvent lesquelles parolles et chansons ne abhorent point maquereaulx et maquerelles, ruffiens et ruffiennes, paillars et putains et ceulx qui frequentent et ayment leur compaignie ou qui ayment et desirent perseverer en ce vilain peche de luxure. " (Le grant Kalendrier)

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La Cité de Dieu de Saint Augustin, traduite par  Raoul de Presles vers 1475.

 

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La Cité de Dieu, BM Sainte-Geneviève, ms 246 f. 389v

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Les Calendrier des bergiers de 1491 à 1529.

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—Calendrier des bergiers de 1491 : BM. Bourges :

http://www.bvh.univ-tours.fr/Consult/consult.asp?numfiche=905&numtable=B180336101%5FINC166&mode=1&ecran=0&index=27

—Calendrier des bergiers de 1493:

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b86267664/f82.item

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La septième peine, Calendrier des bergiers Guy Marchant 1493, BnF Réserve des livres rares, VELINS-518 fig.82

 

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Calendrier des bergiers 1496

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Compost et kalendrier des bergiers 1496, BnF Réserve des livres rares, RES M-V-33 fig. 78.

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——Grant calendrier des bergiers de 1529, Troyes, Nicolas Le Rouge:

 

Le grant kalendrier, N. Le Rouge 1529 p.83

 

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https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k110625v/f222.item.zoom

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L'art de bien mourir Antoine Vérard Paris 1492 page 114v :

 

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"Le saint homme Lazarus disait qu'après il avait vu une autre peine merveilleuse. Car il disait avoir vu un certain lieu grand et spacieux à la manière d'une grande champaigne laquelle était pleine de puits grands et horribles et au milieu il y en avait un plus grand que tous les autres. Le dit puits était merveilleusement profond plein de feu et de soufre et jetait fumées abominables et puantes. Les parfondites du dit puits venaient toutes répondre au puits du milieu qui était le grand gouffre et puits d'enfer ou quel lucifer est couché loge et enchaine. Et de dans le dit puits sont les âmes des maudits luxurieux et luxurieuses lesquelles sont âprement brûlées et tourmentées par un diable nommé Asmodeus et autres diables ses satellites lesquels ne cessent jour et nuit de battre et de flageller les dites âmes desquelles les calamiteux pleurs cris et hurlements sont si horribles et épouvantables qu'il n'est homme vivant qui les sussent exprimer."

"

 

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La peinture murale du Mont-Dol.

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La peinture murale ( après 1492 ?) des supplices de l'Enfer de l'église de Kernascléden. Photographie lavieb-aile 2023.

La peinture murale ( après 1492 ?) des supplices de l'Enfer de l'église de Kernascléden. Photographie lavieb-aile 2023.

La peinture murale ( après 1492 ?) des supplices de l'Enfer de l'église de Kernascléden. Photographie lavieb-aile 2023.

La peinture murale ( après 1492 ?) des supplices de l'Enfer de l'église de Kernascléden. Photographie lavieb-aile 2023.

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Le démon Asmodée.

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La peinture murale ( après 1492 ?) des supplices de l'Enfer de l'église de Kernascléden. Photographie lavieb-aile 2023.

La peinture murale ( après 1492 ?) des supplices de l'Enfer de l'église de Kernascléden. Photographie lavieb-aile 2023.

La peinture murale ( après 1492 ?) des supplices de l'Enfer de l'église de Kernascléden. Photographie lavieb-aile 2023.

La peinture murale ( après 1492 ?) des supplices de l'Enfer de l'église de Kernascléden. Photographie lavieb-aile 2023.

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L'acolyte d'Asmodée.

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La peinture murale ( après 1492 ?) des supplices de l'Enfer de l'église de Kernascléden. Photographie lavieb-aile 2023.

La peinture murale ( après 1492 ?) des supplices de l'Enfer de l'église de Kernascléden. Photographie lavieb-aile 2023.

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V. Le supplice de la barrique tournée par les diables.

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Description.

La fresque de Kenascléden montre un tonneau animé à la manivelle par deux diables ; dans cette baratte infernale les âmes des damnés tournent sans fin. En haut, un troisième diable participe à la rotation du tonneau qu'il pousse de ses pieds tout en dévorant un damné. Les trois semblent chanter et danser joyeusement. Malgré la détérioration de la peinture, les diables portent des oreilles d'âne, des cornes (ou des bois de cerf), des cheveux longs, des gueules hilares à crocs et des pattes fourchues.

Nous ne voyons pas si l'intérieur de cette barrique est hérissé de pointes, comme dans certains supplices médiévaux, ou s'il est exposé aux flammes. Nous ne savons pas si ce supplice est réservé aux ivrognes, selon le principe de la pénalité  médiévale où le coupable doit être puni par là où il a péché, et en détournant pour cela les objets de son quotidien (J. Baschet)

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Sources.

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"Le même tonneau placé à l’horizontale et actionné à la manivelle par un diable apparaît dans une version latine de l’Ars Moriendi des années 1480-1485. S’il n’y a pas copie servile, l’inspiration peut être retenue, d’autant que sur le côté de l’image, un autre diable remue les âmes de la chaudière, dans une composition qui est aussi celle de l’église. "(Christian Moal)

 

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1040412v/f32.item

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Ars moriendi « Quamvis secundum philosophum … » [circa 1480-1485 ?] BnF Réserve des livres rares, XYLO-24 vue 32.

 

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Ars moriendi « Quamvis secundum philosophum … » [circa 1480-1485 ?] BnF Réserve des livres rares, XYLO-24 vue 32. (détail)

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La peinture murale ( après 1492 ?) des supplices de l'Enfer de l'église de Kernascléden. Photographie lavieb-aile 2023.

La peinture murale ( après 1492 ?) des supplices de l'Enfer de l'église de Kernascléden. Photographie lavieb-aile 2023.

La peinture murale ( après 1492 ?) des supplices de l'Enfer de l'église de Kernascléden. Photographie lavieb-aile 2023.

La peinture murale ( après 1492 ?) des supplices de l'Enfer de l'église de Kernascléden. Photographie lavieb-aile 2023.

La peinture murale ( après 1492 ?) des supplices de l'Enfer de l'église de Kernascléden. Photographie lavieb-aile 2023.

La peinture murale ( après 1492 ?) des supplices de l'Enfer de l'église de Kernascléden. Photographie lavieb-aile 2023.

La peinture murale ( après 1492 ?) des supplices de l'Enfer de l'église de Kernascléden. Photographie lavieb-aile 2023.

La peinture murale ( après 1492 ?) des supplices de l'Enfer de l'église de Kernascléden. Photographie lavieb-aile 2023.

La peinture murale ( après 1492 ?) des supplices de l'Enfer de l'église de Kernascléden. Photographie lavieb-aile 2023.

La peinture murale ( après 1492 ?) des supplices de l'Enfer de l'église de Kernascléden. Photographie lavieb-aile 2023.

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CONCLUSION.

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L'examen de ces sources iconographiques et textuelles semble indiquer que la réalisation de la  peinture de l'Enfer de Kernascléden est postérieure à la publication du Calendrier des bergiers et de l'Art de bien mourir, après 1491 ou 1492, tout comme la fresque de la cathédrale d'Albi et des peintures de Mont-Dol. Il reste à confronter cette analyse aux conclusions des analyses stylistiques  de cette peinture.

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SOURCES ET LIENS.

Mes sources principales sont l'article de Christian Moal, puis les articles de Jérôme Baschet.

 — BASCHET (Jérôme), 1993 Les Justices de l’au-delà. Les représentations de l’enfer en France et en Italie (XIIe -XVe siècle), Rome, EFR, 1993, p. 437-448 et fig. 152-159.

https://journals.openedition.org/ccrh/2886

 — BASCHET (Jérôme), 1993,  Les justices de l'au-delà. Les représentations de l'enfer en France et en Italie (XIIe-XVe s.). Rome, Ecoles françaises d'Athènes et de Rome, 1993. Christe Yves, compte-rendu Cahiers de Civilisation Médiévale  Année 1995  Suppl. 1995  pp. 4-7

 En résumé, on retiendra ces quelques conclusions. L'enfer gothique est figuré le plus souvent par la gueule d'enfer — elle est déjà attestée au xne s. — d'abord comme seuil infernal, ensuite comme lieu de tourments. Celle-ci est également l'image usuelle de l'enfer dans les manuscrits contemporains. Elle est accompagnée par la marmite sur le feu qui, à partir du milieu du xine s. (Bourges, puis Rouen), tend à se confondre avec elle. Il est rare au nord des Alpes que Satan intronisé préside aux supplices infernaux. Le portail de Conques et celui de Notre-Dame de la Couture au Mans, un siècle plus tard, en présentent une illustration exceptionnelle. À cette courte liste, j'ajouterai un témoignage précoce mais très important, celui des tituli de Gauzlin pour le revers de la façade de Saint-Pierre de Fleury au début du xie s. « Satan enchaîné dans une prison qui vomit des flammes » évoque exactement le même sujet dans YHortus Deliciarum d'Herrade de Landsberg.

 — BASCHET (Jérôme), 1985, Les conceptions de l'enfer en France au XIVe siècle : imaginaire et pouvoir, Annales  Année 1985  40-1  pp. 185-207

https://www.persee.fr/doc/ahess_0395-2649_1985_num_40_1_283151

— BASCHET (Jérôme) Les fresques du Camposanto de Pise

https://e-l.unifi.it/pluginfile.php/1066072/mod_resource/content/0/BASCHET_Les%20justices...%201993.pdf

—DESCHAMPS (Paul), 1957, "Notre-Dame de Kernascleden" , dans Congrès archéologique de France, 1957, Cornouaille, Orléans 1957, p. 100-113

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k3210063v/f102.item.r=Landr%C3%A9varzec

— DESHOULIÈRES (François), 1924, La danse macabre de Kernascleden (Morbihan) [compte-rendu] Bulletin Monumental  Année 1924  83  pp. 195-196

https://www.persee.fr/doc/bulmo_0007-473x_1924_num_83_1_12028_t1_0195_0000_3

— FRAPPIER ( Jean), 1953,. Châtiments infernaux et peur du Diable. In: Cahiers de l'Association internationale des études francaises, 1953, n°3-5. pp. 87-96; 

https://www.persee.fr/doc/caief_0571-5865_1953_num_3_1_2020

—KERMOAL (Christian), 2020,  « L’enfer froid en images (xve et xvie siècles) », Annales de Bretagne et des Pays de l’Ouest 

https://journals.openedition.org/abpo/6473

—MÂLE (Émile), 1908, L’art religieux de la fin du Moyen Âge en France, Paris, 1908,  p. 471-475 ;

https://archive.org/details/lartreligieuxdel00mluoft/page/470/mode/2up

— MEYER (Paul), 1895, La descente de saint Paul en enfer, poème français composé en Angleterre, Romania  Année 1895  95  pp. 357-375

https://www.persee.fr/doc/roma_0035-8029_1895_num_24_95_5887

— SHIELDS (Hugh), 1971, . Saint Paul aux Enfers : Notice d'un incunable en français Romania  Année 1971  365  pp. 87-99

https://www.persee.fr/doc/roma_0035-8029_1971_num_92_365_2267

— TUGORES (Marie-Madeleine), Bonnet Philippe,  Le Pen Nathalie, 1975, Ducouret Jean-Pierre  Dossier de l'Inventaire IA00008294

POP

https://www.pop.culture.gouv.fr/notice/palissy/IM56002107

—Photo RMN de l'enfer Camposanto de Pise

https://www.photo.rmn.fr/archive/17-501720-2C6NU0AT95HYP.html

—Maître François Vision de l'enfer d'un enfant nommé Guillaume , Musée de Chantilly

https://art.rmngp.fr/fr/library/artworks/maitre-francois_vision-de-l-enfer-d-un-enfant-nomme-guillaume_peinture-sur-papier_parchemin

—Cathédrale d'Albi

https://www.europexplo.com/la-cathedrale-dalbi-un-joyau-dans-une-forteresse/

—Le Kalendrier des bergers  Guy Marchant (Paris) 1493

 :  Bibliothèque nationale de France, département Réserve des livres rares, VELINS-518

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1040412v/f32.item

—Compost et kalendrier des bergiers Guiot Marchant Paris 1493 BM Valenciennes, INC 66

—Compost et kalendrier des bergiers 1496  Guiot Marchant Paris

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k87105966/f76.item

—Thomas de Saluces, BnF 12559, 1403.

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b10509668g/f385.item

 —BnF, Rés XYLO-24, Ars moriendi…, vers 1480-1485, vue 32.

— Les visions du chevalier Tondal, Getty museum

https://www.getty.edu/art/collection/object/103RZ8

https://fr.wikipedia.org/wiki/Vision_de_Tondale#

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Published by jean-yves cordier - dans Peintures murales. Chapelles bretonnes. Enluminure Kernascléden
21 juillet 2023 5 21 /07 /juillet /2023 10:19

Le porche sud (second atelier du Folgoët, granite et kersanton polychrome, vers 1500-1510) de l'église de Plourac'h (22) et ses Apôtres.

 

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Sur Plourac'h, voir :

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PRÉSENTATION.

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Le premier atelier ducal du Folgoët (1423-1468) a mené à bien, sous le mécénat du duc Jean V et de ses successeurs, les chantiers de la collégiale du Folgoët (porche vers 1423-1433), de la cathédrale de Quimper (porche sud et portail ouest, 1424-1442), du Kreisker de Saint-Pol-de-Léon (porche entre 1436 et 1472), de Notre-Dame-des-Portes de Châteauneuf-du-Faou (1438),  de Kernascléden (porches vers 1433-1464), de l'église Notre-Dame de Quimperlé (porche nord 1420-1450), ainsi que les porches en kersanton de La Martyre (vers 1450 et 1468) et de Rumengol (vers 1470).

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Le second atelier du Folgoët, ou "atelier des enfants" réalisa, avec moins de souplesse et de grâce que le premier Maître, deux porches assez identiques, celui de Plourac'h vers 1458-1488 ou 1500-1510 et celui de Saint-Herbot entre 1498 et 1509. Ils sont tous les deux en granite pour l'architecture et en kersanton pour les statues, notamment des Apôtres. Comme celui de La Martyre, ils constituent à eux seuls des petites chapelles, voûtés d'ogives, aux solides contreforts  et disposant  de salle d'archives à l'étage.

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— Sur la chapelle Saint-Herbot, voir :

 

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À Plourac'h, un registre de paroisse (non daté mais assez tardif, cité par R. Couffon, folio 42°) affirme ce lien familial entre les deux Ateliers en indiquant  que "François du Méné, chambellan du duc François II, entreprit de  faire bâtir le beau porche de Plourac'h avec les enfants du célèbre maître qui construisit la merveille du Folgoat". On prendra cette allégation dépourvue de sources avec prudence, puisque ce François du Méné ne figure pas dans la liste (non exhaustive) des chambellans de François II.

Le mécénat des ducs de Bretagne est attesté par les armes d'Anne de Bretagne sur le tympan de la baie 3 (vers 1500-1506). 

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Datation.

 

a) La datation proposée par E. Le Seac'h semble se fonder sur l'inscription d'un entrait de la chapelle nord, datant la charpente en l'an 1500 (pour d'autres, en 1506) sur commande de Charles Clévédé (cf. article sur les sablières), puisque l'inscription de fondation du porche est à demi-martelée, et qu'elle n'a pu la lire ni l'interpréter. Pourtant, elle écrit "Le porche de Plourac'h est donc à dater entre 1458 et 1488." 

 

b) Néanmoins, le pied du bénitier de l'angle nord-est du porche est une colonnette sculptée en nid d'abeille, motif qui, selon Parvis-Hermon, n'est présent dans l'art breton que peu après 1510. Les exemples de motif en nid d'abeille cités par Couffon 1952 sont plus tardifs, sur le calvaire de Confort-Meilars, le porche de la chapelle de Saint-Germain de Plogastel-Saint-Germain. On trouve ces colonnettes sous le porche sud de Lampaul-Guimiliau (1533),  sur la porte sud (1541) de la chapelle de Ty Mamm Doué de Quimper, au dessus de la porte ouest de l'église de Brasparts (1541) ou sur le porche de Landivisiau (1554-1565)., sur la porte de la chapelle Saint-Nicodème de Ploéven (1592) ou de la chapelle Saint-Vendal de Douarnenez (1592).

Le dossier de l'Inventaire rédigé par Pavis-Hermon en reprenant les conclusions de sa notice IA0000 3364-01 indique : "édifice de la première moitié du XVe siècle. Chapelle orientale et porche du début du premier quart du XVIe siècle". On négligera le dossier PA00089517  de la base Mérimée (1992), très peu fiable, et qui indique que "les fenêtres flamboyantes et le porche sont du XVe siècle".

c) Si les armoiries du gable sont celles des Clévédé, cela ne permet pas de préciser mieux la datation, puisque Charles Clévédé est présent à la montre de 1481 en Cornouaille, "homme d'armes à deux chevaux pour la selle" et représentant Henry du Dresnay. Il est accompagné de Jehan et Guillaume Clévédé, archers en brigandine. (Tudchentil). Ces derniers sont peut-être les fils de Charles, qui se serait marié vers 1461. Il est décédé en 1531, date à laquelle sa veuve Marie de Pestivien rend aveu comme tutrice de son fils. Jean Clévédé sieur de Guerlesquet représente Plourac'h à la Réformation de 1536 (Tudchentil).

d) Un autre élément de datation est la proximité du porche de Plourac'h avec celui de la chapelle de Saint-Herbot. Or, le début de la construction de ce dernier est clairement daté par inscription de 1498. La date de fin en 1509 était portée sur le phylactère d'un ange. Le chantier aurait duré onze ans.

Si le chantier de Plourac'h a eu la même durée et s'est achevé avec le bénitier à nid d'abeilles, nous aurions une datation, reprenant la proposition de Parvis -Hermon (début du premier quart du XVIe  siècle), de 1500-1510.

À la différence de Saint-Herbot, nous ne trouvons pas ici la devise des ducs de Bretagne A ma Vie.

En conclusion, j'adopte la datation suivante : "vers 1500-1510". Anne de Bretagne est alors reine de France depuis 1491, elle décède en 1514.

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Restauration.

L'ensemble du porche et ses statues ont été analysés et restaurés en 2017 (étude) et 2020 par Arthema Restauration sous le suivi du SDAP des Côtes d'Armor et de l'architecte des bâtiments de France madame Véronique André, avec dépoussiérage de la polychromie pulvérulente, nettoyage précautionneux des mousses, des lichens et des algues (chlorophycées), fixation des écailles de peinture. Les analyses stratigraphiques en laboratoire ont été confiées au CARAA.

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I. L'EXTÉRIEUR DU PORCHE .

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Le porche sud, de plan carré,  est construit au droit des troisième et quatrième travées

L'arc brisé de l'entrée est plus resserré qu'à Saint-Herbot ; les piédroits et voussures sont sculptés de deux rangs de feuilles d'acanthe, et complétés d'une accolade et de pinacles. Au dessus du fleuron, on voit la fenêtre à épaisses grilles de la salle d'archives de la fabrique, et accessible par l'escalier d'une tourelle circulaire latérale (angle sud-ouest), et plus haut encore, la trace d'un complexe héraldique hélas soigneusement martelé et dans lequel on a suggéré de voir les deux lions affrontés autour d'une lance des seigneurs de Clévédé, fondateurs de la chapelle nord en 1500-1506. À droite de ce complexe se voit une pierre portant un écu martelé.

 

 

Le porche sud de l'église de Plourac'h. Photographie lavieb-aile juin 2023.

Le porche sud de l'église de Plourac'h. Photographie lavieb-aile juin 2023.

Le porche sud de l'église de Plourac'h. Photographie lavieb-aile juin 2023.

Le porche sud de l'église de Plourac'h. Photographie lavieb-aile juin 2023.

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Les rampants du pignon sont à crochets, et amortis de deux crossettes.

La crossette de droite représente un homme, souriant,  en tenue noble de l'époque (bonnet, cheveux bouclés sur les épaules, tunique longue serrée par une cordelière), dont les mains tiennent peut-être un cor ou un parchemin. Pavis-Hermon y voyait peut-être un calice d''où émerge un dragon", ce qui pourrait en faire un saint Jean ; mais les saints ne sont jamais représentés sur les crossettes.

La crossette de gauche représente un animal ailé, peut-être un dragon.

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Le porche sud de l'église de Plourac'h. Photographie lavieb-aile juin 2023.

Le porche sud de l'église de Plourac'h. Photographie lavieb-aile juin 2023.

Le porche sud de l'église de Plourac'h. Photographie lavieb-aile juin 2023.

Le porche sud de l'église de Plourac'h. Photographie lavieb-aile juin 2023.

Le porche sud de l'église de Plourac'h. Photographie lavieb-aile juin 2023.

Le porche sud de l'église de Plourac'h. Photographie lavieb-aile juin 2023.

Le porche sud de l'église de Plourac'h. Photographie lavieb-aile juin 2023.

Le porche sud de l'église de Plourac'h. Photographie lavieb-aile juin 2023.

Le porche sud de l'église de Plourac'h. Photographie lavieb-aile juin 2023.

Le porche sud de l'église de Plourac'h. Photographie lavieb-aile juin 2023.

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Les moulures du porche extérieur.

Le décor est bien moins développé qu'à Saint-Herbot.

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Le porche sud de l'église de Plourac'h. Photographie lavieb-aile juin 2023.

Le porche sud de l'église de Plourac'h. Photographie lavieb-aile juin 2023.

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II. L'INTÉRIEUR DU PORCHE : LE MUR NORD : LA PORTE ET LE TYMPAN .

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La porte ogivale est encadrée de deux moulures à rinceaux (naissant, comme dans tous les porches de cet Atelier de la gueule d'animaux), encadrée de pinacles et soulignée  d'un arc en accolade à choux frisés, conduisant au culot très ouvragé d'une niche. Celle-ci, encadrée de pinacles et couronnée d'un dais gothique, abrite une belle Vierge à l'Enfant en kersanton polychrome du XVIe siècle.

 

On lit sur la porte en bois, qui serait d'origine, les mots Domus Dei, Porta Coeli (Maison de Dieu, Porte du Ciel) sous deux anges en prière entourant à gauche le Christ et à droite  St Jean-Baptiste, patron de l'église ; en dessous sont  sculptés des motifs en plis de serviette.

Les statues en kersanton de deux des quatre évangélistes l'entourent, saint Marc à gauche avec son lion et saint Luc à droite avec son taureau. Ils tiennent la plume, portent l'encrier et le plumier.

Pour E. Le Seac'h, les trois statues ne sont pas de la même main que les statues des apôtres et leur sont postérieures.

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Bien que la proximité du porche de Plourac'h avec celui de Saint-Herbot ait été souligné, les différences sont nombreuses et importantes ; l'influence du mécénat ducal et du style du premier atelier du Folgoët est moins net. Et le mur nord, qui n'a pas ici les portes jumelles et le bénitier du trumeau, est dédié à la Vierge et non au saint patron du lieu.

 

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Le porche sud de l'église de Plourac'h. Photographie lavieb-aile juin 2023.

Le porche sud de l'église de Plourac'h. Photographie lavieb-aile juin 2023.

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Le porche sud de l'église de Plourac'h. Photographie lavieb-aile juin 2023.

Le porche sud de l'église de Plourac'h. Photographie lavieb-aile juin 2023.

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L'inscription de fondation (granite).

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Cette pierre  a été buchée sur toute sa moitié gauche ; et son extrémité droite a été retaillée (pierre de réemploi ?). Ce qui subsiste est écrit en lettres gothiques, perlées, aux fûts bifides (les V), et à empattement triangulaire. Le O est tracé en (). Les branches des V sont réunies par un ^ ou un  o .

Mais hélas, elle est indéchiffrable, même à éclairage frisant ou après estampage:

--- VXLLOV

---] : XIXOV

---XQVE

Ou bien, car tant de lettres X incitent à les lire comme des I bifides et perlés

---VILLOV

---J: ILIOV 

--- IQVE

Le dernier mot pourrait être la fin de "FABRIQUE"

 

Pavis-Hermon avait lu ceci :

---VILLON

---:NOV

---IQVE

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Le porche sud de l'église de Plourac'h. Photographie lavieb-aile juin 2023.

Le porche sud de l'église de Plourac'h. Photographie lavieb-aile juin 2023.

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La Vierge à l'Enfant, kersanton polychrome, début XVIe siècle.

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La statue occupe une niche hexagonale à dais, à voûte nervurée, construite par deux pinacles engagés appuyés sur un ange et un lion. On discerne sur le dais  des traces d'ocre (bouche-pore à la chaux), et de plusieurs couches de peinture à l'huile avec traces d'orange foncé ( ou brun-rouge) et de bleu clair.

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Le porche sud de l'église de Plourac'h. Photographie lavieb-aile juin 2023.

Le porche sud de l'église de Plourac'h. Photographie lavieb-aile juin 2023.

Le porche sud de l'église de Plourac'h. Photographie lavieb-aile juin 2023.

Le porche sud de l'église de Plourac'h. Photographie lavieb-aile juin 2023.

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Cette statue mesure 127 cm de haut. La Vierge est couronnée, ses longs cheveux sont regroupés derrière la nuque par un voile occipital typique de la statuaire finistérienne du XVIe siècle, puis les méches recouvrent ses épaules. La couronne à fleurons et perles était dorée, et rouge vermillon. Le visage est rond, le front et les sourires épilés, la bouche rouge petite au dessus d'un petit menton rond. Les yeux regardant le spectateur  sont sombres (mais avec des traces de bleu). La face est couverte d'une carnation rose, les cheveux étaient dorés, le voile était également doré mais est jaune pâle.

La robe à décolleté carré  était rouge, serrée par une ceinture d'étoffe jaune nouée. Un pan est retroussé et fixé au poignet gauche, formant des plis en V. Les manches sont larges. Le décolleté dévoile une chemise fine, à petits plis, perlée à l'encolure, et un collier  (ou l'attache du manteau).

Le manteau est largement ouvert,  il est vert-brun avec des parties rouge vermillon et bleu selon l'usure des couches. Il forme de vastes plis du côté gauche.

La main et l'avant-bras droit sont absents : la Vierge tendait peut-être un objet (fruit) à son Fils.

L'Enfant en tunique longue, à cheveux bouclés, est assis jambes croisées sur le bras de sa Mère et est tourné vers elle, sans échange de regards. Sa main droite est posée sur sa poitrine tandis qu'il tient, en enfant sauveur, le globe du Monde dans la main gauche.

 

La statue a reçu une préparation "bouche pore" ocre jaune, puis plusieurs couches de peinture à l'huile plus ou moins écaillées mais remarquablement restaurées. 

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Le porche sud de l'église de Plourac'h. Photographie lavieb-aile juin 2023.

Le porche sud de l'église de Plourac'h. Photographie lavieb-aile juin 2023.

Le porche sud de l'église de Plourac'h. Photographie lavieb-aile juin 2023.

Le porche sud de l'église de Plourac'h. Photographie lavieb-aile juin 2023.

Le porche sud de l'église de Plourac'h. Photographie lavieb-aile juin 2023.

Le porche sud de l'église de Plourac'h. Photographie lavieb-aile juin 2023.

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À ses pieds, deux anges ou enfants de chœur, joufflus, vêtus d'une tunique dorée, présentent un cube (un écu à la pointe abrasée ?) sculpté en bas-relief d'un calice : donation d'un prêtre ?

Les anges aux cheveux bouclés (or sur mixion jaune) ont un visage proche de celui de la Vierge, à la carnation identique (couches de blanc et rose).

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Le porche sud de l'église de Plourac'h. Photographie lavieb-aile juin 2023.

Le porche sud de l'église de Plourac'h. Photographie lavieb-aile juin 2023.

Le porche sud de l'église de Plourac'h. Photographie lavieb-aile juin 2023.

Le porche sud de l'église de Plourac'h. Photographie lavieb-aile juin 2023.

Le porche sud de l'église de Plourac'h. Photographie lavieb-aile juin 2023.

Le porche sud de l'église de Plourac'h. Photographie lavieb-aile juin 2023.

Le porche sud de l'église de Plourac'h. Photographie lavieb-aile juin 2023.

Le porche sud de l'église de Plourac'h. Photographie lavieb-aile juin 2023.

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Le porche sud de l'église de Plourac'h. Photographie lavieb-aile juin 2023.

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Saint Marc évangéliste à gauche (kersanton, traces de polychromie, début XVIe siècle).

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On remarque que malgré la restauration récente, et malgré les précautions prises (fils tendus), le haut de la statue est couvert de fientes.

Le saint, identifié par son lion, tient dans un geste délicat le livre ouvert de son évangile, et y pose le stylet de son travail d'écrivain, tandis que le plumier oblong et l'encrier rond sont suspendus à sa ceinture.

Il est coiffé d'un chapeau à larges bords de forme carrée évoquant la coiffure des docteurs médiévaux. La carnation rose est préservée.

Il porte un manteau attaché sous la gorge, au pan gauche retroussé vers la ceinture.

Le plissé de la robe ou cotte est modelé par l'avancée du genou droit. Cette cotte était rouge sur couche ocre ; elle laisse voir l'extrémité des chaussures.

Le lion , qui enjambe la chaussure gauche, est finement représenté, d'allure vive, et montrant les dents. Comme c'est l'usage, la queue passe entre les jambes et fait retour sur le dos pour y étaler son fouet à trois méches.

 

 

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Le porche sud de l'église de Plourac'h. Photographie lavieb-aile juin 2023.

Le porche sud de l'église de Plourac'h. Photographie lavieb-aile juin 2023.

Le porche sud de l'église de Plourac'h. Photographie lavieb-aile juin 2023.

Le porche sud de l'église de Plourac'h. Photographie lavieb-aile juin 2023.

Le porche sud de l'église de Plourac'h. Photographie lavieb-aile juin 2023.

Le porche sud de l'église de Plourac'h. Photographie lavieb-aile juin 2023.

Le porche sud de l'église de Plourac'h. Photographie lavieb-aile juin 2023.

Le porche sud de l'église de Plourac'h. Photographie lavieb-aile juin 2023.

Le porche sud de l'église de Plourac'h. Photographie lavieb-aile juin 2023.

Le porche sud de l'église de Plourac'h. Photographie lavieb-aile juin 2023.

Le porche sud de l'église de Plourac'h. Photographie lavieb-aile juin 2023.

Le porche sud de l'église de Plourac'h. Photographie lavieb-aile juin 2023.

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Le porche sud de l'église de Plourac'h. Photographie lavieb-aile juin 2023.

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Saint Luc évangéliste à droite (kersanton, traces de polychromie, début XVIe siècle).

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Il est déjà bien arrosé de fientes.

Il a perdu presque toute sa polychromie, sauf au bas de la cotte ocre rouge.

Il porte le même chapeau de type "bonnet carré", la même cotte talaire, le même manteau (mais c'est le pan droit qui vient se fixer sur la ceinture),  le même encrier et le même plumier.

Mais  il tient son livre fermé (reliure à fermoir) tandis qu'il laisse une banderole se dérouler jusqu'au sol. L'inscription qui devait y être peinte n'est plus visible.

Comme le lion de Marc, le taureau pointe ses cornes au dessus de la chaussure gauche de son maître.

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Le porche sud de l'église de Plourac'h. Photographie lavieb-aile juin 2023.

Le porche sud de l'église de Plourac'h. Photographie lavieb-aile juin 2023.

Le porche sud de l'église de Plourac'h. Photographie lavieb-aile juin 2023.

Le porche sud de l'église de Plourac'h. Photographie lavieb-aile juin 2023.

Le porche sud de l'église de Plourac'h. Photographie lavieb-aile juin 2023.

Le porche sud de l'église de Plourac'h. Photographie lavieb-aile juin 2023.

Le porche sud de l'église de Plourac'h. Photographie lavieb-aile juin 2023.

Le porche sud de l'église de Plourac'h. Photographie lavieb-aile juin 2023.

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Le porche sud de l'église de Plourac'h. Photographie lavieb-aile juin 2023.

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La voûte.

Le porche est voûté d’ogives, avec en clé de voûte des armes non identifiées. La partie droite est ocre rouge, la partie gauche ocre jaune, et les restaurateurs ont pu  y discerner dans les voûtains quelques tracés attestant d'une fresque :  un Christ en croix sur la gauche avec à ses côtés la Vierge et saint Jean, et plus haut un diable. Ou des personnages dans une barque (pêche miraculeuse ?), ou un personnage avec un drapeau. Et probablement une mise au tomneau et un Noli me tangere.

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Le porche sud de l'église de Plourac'h. Photographie lavieb-aile juin 2023.

Le porche sud de l'église de Plourac'h. Photographie lavieb-aile juin 2023.

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Le bénitier à la colonnette en nid d'abeille.

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Le porche sud de l'église de Plourac'h. Photographie lavieb-aile juin 2023.

Le porche sud de l'église de Plourac'h. Photographie lavieb-aile juin 2023.

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II. L'INTÉRIEUR DU PORCHE : LES SIX APÔTRES DU  CÔTÉ DROIT .

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1°) Un Credo apostolique.

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La présence dans ce porche, comme dans ceux réalisés par le Premier atelier du Folgoët, des douze Apôtres n'est pas ornementale : elle affirme pour le fidèle qui s'apprête à entrer dans l'église, les vérités dogmatiques de sa Foi, réunies dans les douze articles du Credo.

Le texte de ces douze articles, chacun confié à un apôtre dans un ordre assez bien établi par la tradition, ne sont presque plus visibles puisqu'ils étaient peints sur le phylactère qu'ils ont soin de présenter, alors qu'à Saint-Herbot, ils sont sculptés et bien lisibles, et en outre, le nom des apôtres est sculpté sur le socle.

Néanmoins, c'est bien ce texte désormais invisible du Credo qui s'affirmait ici avec solennité.

Comme nous ne pouvons plus déchiffrer les textes (bien que des traces des écritures en gothique subsistent), et comme les statues ont pu être déplacées lors de restaurations des siècles passés, et enfin comme les apôtres ne portent pas , sauf les quatre premiers, d'attribut distinctif, nous ne pouvons être certain de leur identité, sauf à postuler d'une part que les statues sont encore dans leur ordre initial, et d'autre part qu'elles suivent la séquence utilisée à Saint-Herbot.

Rappel :

La séquence suivie à Saint-Herbot est celle du Canon romain, Pierre-André-Jacques-Jean-Thomas-Jacques-Philippe-Barthélémy-Matthieu-Jude-Simon-Matthias, modifiée selon  l'ordre courant où  la même succession se termine par Simon-Jude-Matthias.

Cet ordre, et l'attribution des articles du Credo, obéit à celui établit par le Sermon du Pseudo-Augustin : Sermo CCXLI De symbolo, P.L. 39 col; 2190 ; C'est aussi l'ordre du Speculum Theologiae ou Verger de Soulas du XIIIe siècle, Bnf Fr 9220 folio 13v ; des Grandes heures du duc de Berry (1409) folio 1r à 6v  ; du  Psautier de Jean de Berry, BNF latin 13091, dont les enluminures sont dues à André Beauneveu en  1380-1400 .

Le texte des phylactères est celui du Symbole des Apôtres (Credo in Deum), qu'on ne confondra pas avec le Credo, ou Symbole de Nicée (Credo in unum Deum), récité lors de la messe.

 

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1. Pierre. Clef. Credo in Deum Patrem omnipotentem, Creatorem celi et terre.

2. André. Croix de saint-André. Et in Ihesum Christum, Filium eius unicum, Dominum nostrum

3. Jacques le Majeur. Bourdon, chapeau, besace. qui conceptus est de Spiritu Sancto, natus ex Maria Virgine.

4. Jean. Coupe de poison. passus sub pontio pilato, crucifixus, mortuus, et sepultus.

5. Thomas . descendit ad inferna, tertia die resurrexit a mortuis,

6. Jacques le Mineur. ascendit ad celos, sedet ad dexteram Dei Patris omnipotentis.

7. Philippe. inde venturus  iudicare vivos et mortuos.

8. Barthélémy. Coutelas. Credo in Spiritum Sanctum

9.Matthieu. sanctam Ecclesiam catholicam, sanctorum communionem .

10. Simon. remissionem peccatorum.

11. Jude Thaddée. carnis resurrectionem

12. Mathias. vitam eternam. Amen

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Mais au moment où se construit le porche de Plourac'h, des éditions imprimées successives du Calendrier des Bergers sont publiées (sept éditions entre 1491 et 1508), diffusant les gravures des apôtres avec leur attribut et le texte du Symbole des apôtres en français, non sans variations.

Pour ne rien simplifier, nous pouvons comparer ce porche de Plourac'h à celui de Notre-Dame de Larmor à Larmor-Plage : débuté en 1491, achevé en 1552, il aligne douze statues d'apôtres de 1518 en tuffeau, aux inscriptions de phylactères sculptées, dans l'ordre  Pierre, André, Jacques le majeur,  Jean, Philippe (tenant lacroix)  Mathieu,  Barthélémy ( couteau),   Jude Thaddée, Thomas, Jacques le mineur, Simon, Mathias.

 

Les articles consacrés à ce thème sont très nombreux dans ce blog : le premier d'entre eux (Quemper-Guezennec) l'explore tout particulièrement. La plupart des porches bretons possèdent leurs séries de niches aux apôtres, deux calvaires sont structurés sur ce Credo, et plusieurs verrières de France y sont consacrées.

 

 


 

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2°) Description.

Tous les apôtres sont pieds nus, tous sont barbus sauf Jean, tous tienent un phylactère, presque tous tiennent un livre (rappel du Livre des Apôtres) mais chaque livre est différent ou tenu différemment.

Toutes les statues sont en kersanton et conservent leur  polychromie écaillée, où on retrouve le bouche-pore ocre-jaune et ocre rouge constaté sur le porche, et les différentes couches de décors peints à l'huile, très lacunaire, persistant dans les creux des plis. D'un apôtre à l'autre, la palette se modifie  et crée autour de quatre couleurs majeures une diversité,  avec une dominance rouge pour le manteau, tandis que les carnations sont identiques,  rose et blanche, tout comme barbes et cheveux (Sienne brûlée). La présence de dorure a été retrouvée par les restaurateurs d'Arthema, sur certains endroits du manteau en faible quantité. Les carnations sont affectées par un fort repeint. Ailleurs, les différentes couches de peinture superposent plusieurs couleurs de différentes époques.

"Ils ont le même visage allongé, des yeux en amande soulignés d'une petite paupière inférieure et d'une paupière supérieure plus large. Les cheveux longs sont séparés en stries ondulantes avec parfois des mèches bouclées sur le haut du crâne.

Les robes présentent les mêmes plis variés et sont aussi bloussantes par dessus la ceinture." (Le Seac'h)

Les barbes sont toutes convexes.

Lors de la restauration, deux mains portant des livres (dont celles de  la sixième statue), et le haut du bâton de saint Jacques ont été retrouvés, et remis en place par collage (Arthema).

 

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Le porche sud de l'église de Plourac'h. Photographie lavieb-aile juin 2023.

Le porche sud de l'église de Plourac'h. Photographie lavieb-aile juin 2023.

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1. Saint Pierre et sa clef. Kersanton, rares traces de polychromie, début XVIe siècle.

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Saint Pierre s'identifie par sa clef, mais aussi par le "toupet", les ilots de cheveux échappant à sa calvitie fronto-temporale. Sa barbe est plus courte qu'à Saint-Herbot. Sa clef est imposante, avec son anneau losangique (il est en cœur à Saint-Herbot). Il porte un manteau mi-long, une cotte talaire fermée par un bouton, et une chemise.

Un blason muet est placé à côté de son pied gauche.

Son dais (cf. infra) est orné d'un petit personnage de face.

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Le porche sud de l'église de Plourac'h. Photographie lavieb-aile juin 2023.

Le porche sud de l'église de Plourac'h. Photographie lavieb-aile juin 2023.

Le porche sud de l'église de Plourac'h. Photographie lavieb-aile juin 2023.

Le porche sud de l'église de Plourac'h. Photographie lavieb-aile juin 2023.

Le porche sud de l'église de Plourac'h. Photographie lavieb-aile juin 2023.

Le porche sud de l'église de Plourac'h. Photographie lavieb-aile juin 2023.

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Le porche sud de l'église de Plourac'h. Photographie lavieb-aile juin 2023.

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2. Saint André et sa croix en X. Kersanton, rares traces de polychromie, début XVIe siècle.

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Sa croix est habilement incurvée pour se modeler au corps. Son front est également doté d'un "toupet" en cornes. Il ne tient pas de livre. Tous ces détails se retrouvent à Saint-Herbot.

La barbe est longue, peignée en mèches aux extrémités bouclées.

Le pan du manteau est retenu par la main gauche. La cotte talaire est serrée par une ceinture dont la boucle est figurée ; cette cotte s'ouvre devant la poitrine en deux revers éfilés.

Polychromie : traces de blanc sur la carnation, de bleu et de rouge.

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Le porche sud de l'église de Plourac'h. Photographie lavieb-aile juin 2023.

Le porche sud de l'église de Plourac'h. Photographie lavieb-aile juin 2023.

Le porche sud de l'église de Plourac'h. Photographie lavieb-aile juin 2023.

Le porche sud de l'église de Plourac'h. Photographie lavieb-aile juin 2023.

Le porche sud de l'église de Plourac'h. Photographie lavieb-aile juin 2023.

Le porche sud de l'église de Plourac'h. Photographie lavieb-aile juin 2023.

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3. Saint Jacques le Majeur et sa tenue de pèlerin. Kersanton, traces de polychromie, début XVIe siècle.

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Il porte le chapeau des pèlerins de Compostelle à larges bords et frappé de trois coquilles (insignes de pèlerinage), la besace portant des coquilles et soutenue par un baudrier à coquilles, et le bourdon (brisé entre le nœud et la boule sommitale) à extrémité pointue. Il est revêtu d'une cotte talaire et d'une pèlerine à type de blouse plissée, à larges manches, et descendant au dessous des genoux.

Les cheveux sont longs, la barbe peignée de mèches bouclées à l'extrémité.

Le visage a conservé sa carnation rose presque complète. La  cotte était rouge sur une couche rose.

Les différents détails d'équipement se retrouvent à Saint-Herbot, mais s'organisent différemment (bourdon à droite, besace à gauche, pèlerine ouverte devant la poitrine).

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Le porche sud de l'église de Plourac'h. Photographie lavieb-aile juin 2023.

Le porche sud de l'église de Plourac'h. Photographie lavieb-aile juin 2023.

Le porche sud de l'église de Plourac'h. Photographie lavieb-aile juin 2023.

Le porche sud de l'église de Plourac'h. Photographie lavieb-aile juin 2023.

Le porche sud de l'église de Plourac'h. Photographie lavieb-aile juin 2023.

Le porche sud de l'église de Plourac'h. Photographie lavieb-aile juin 2023.

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Le porche sud de l'église de Plourac'h. Photographie lavieb-aile juin 2023.

Le porche sud de l'église de Plourac'h. Photographie lavieb-aile juin 2023.

Le porche sud de l'église de Plourac'h. Photographie lavieb-aile juin 2023.

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4. Saint Jean et la coupe de poison d'où émerge un dragon.Kersanton, traces de polychromie, début XVIe siècle.

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Saint Jean est imberbe, avec des cheveux bouclés n'atteignant pas les épaules. Il porte un manteau fermé par un bouton et dont un pan est retenu par la ceinture (boucle à ardillon et passant), et la cotte talaire.

Il trace un geste de bénédiction de la main droite sur la coupe de poison dont un dragon émerge pour en signaler la malignité.

Le phylactère est replié à ses pieds.

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Les traces de polychromie indiquent que les cheveux étaient dorés, la carnation rose et le mateau rouge.

Un blason à ses pieds conserve, malgré qu'il ait été martelé, le contour d'un calice (donateur ecclésiastique).

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La statue de Saint-Herbot est bien différente, avec la palme comme attribut, une chevelure rayonnante, une robe dorée, un pied soulevé, et un long article  en latin qui ne tiendrait pas ici sur le petit phylactère.

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Le porche sud de l'église de Plourac'h. Photographie lavieb-aile juin 2023.

Le porche sud de l'église de Plourac'h. Photographie lavieb-aile juin 2023.

Le porche sud de l'église de Plourac'h. Photographie lavieb-aile juin 2023.

Le porche sud de l'église de Plourac'h. Photographie lavieb-aile juin 2023.

Le porche sud de l'église de Plourac'h. Photographie lavieb-aile juin 2023.

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5. Saint [Thomas].Kersanton, traces de polychromie, début XVIe siècle.

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Aucun attribut et aucune inscription ne permet de l'identifier et je me fie à son rang. Le pan gauche de son manteau sert de sudarium pour tenir le livre. La cotte talaire est fermée par cinq boutons. Le phylactère vertical est très long.

Le visage conserve des portions de carnation rose en carte de géographie. La barbe à pointe ovale est soigneusement peignée de mèches dont la pointe bouclée rebique.

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Le porche sud de l'église de Plourac'h. Photographie lavieb-aile juin 2023.

Le porche sud de l'église de Plourac'h. Photographie lavieb-aile juin 2023.

Le porche sud de l'église de Plourac'h. Photographie lavieb-aile juin 2023.

Le porche sud de l'église de Plourac'h. Photographie lavieb-aile juin 2023.

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6. Saint [Jacques le Mineur] . Kersanton, traces de polychromie, début XVIe siècle.

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Tout comme à Saint-Herbot, l'attribut de l'apôtre, le bâton de foulon qui deviendra incontournable, est absent.

Le pan droit du manteau vient se fixer à la ceinture, la cotte est ouverte jusqu'à la taille et ses revers forment deux triangles rapprochés. 

Les cheveux sont bouclés "en boule", la barbe soignée, le regard dirigé vers l'extérieur du porche. 

La carnation est bien conservée, rose foncée et blanche.

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Le porche sud de l'église de Plourac'h. Photographie lavieb-aile juin 2023.

Le porche sud de l'église de Plourac'h. Photographie lavieb-aile juin 2023.

Le porche sud de l'église de Plourac'h. Photographie lavieb-aile juin 2023.

Le porche sud de l'église de Plourac'h. Photographie lavieb-aile juin 2023.

Le porche sud de l'église de Plourac'h. Photographie lavieb-aile juin 2023.

Le porche sud de l'église de Plourac'h. Photographie lavieb-aile juin 2023.

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Les dais .

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Ces dais gothiques hexagonaux  sont coiffés de hauts pinacles à boules. Celui de saint Pierre montre un petit persoannage en culotte plissée (bagou bras) la main sur la poignée de son épée.

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Le porche sud de l'église de Plourac'h. Photographie lavieb-aile juin 2023.

Le porche sud de l'église de Plourac'h. Photographie lavieb-aile juin 2023.

Le porche sud de l'église de Plourac'h. Photographie lavieb-aile juin 2023.

Le porche sud de l'église de Plourac'h. Photographie lavieb-aile juin 2023.

Le porche sud de l'église de Plourac'h. Photographie lavieb-aile juin 2023.

Le porche sud de l'église de Plourac'h. Photographie lavieb-aile juin 2023.

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La frise inférieure : feuilles d'acanthe.

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Le porche sud de l'église de Plourac'h. Photographie lavieb-aile juin 2023.

Le porche sud de l'église de Plourac'h. Photographie lavieb-aile juin 2023.

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L'extrémité des tiges d'acanthes est tenue dans la gueule d'un tout petit animal, qui se tient à l'envers : j'ai inversé ma photo pour  présenter celui-ci,  avec son museau tronqué.

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Le porche sud de l'église de Plourac'h. Photographie lavieb-aile juin 2023.

Le porche sud de l'église de Plourac'h. Photographie lavieb-aile juin 2023.

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Le porche sud de l'église de Plourac'h. Photographie lavieb-aile juin 2023.

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III. L'INTÉRIEUR DU PORCHE : LES SIX APÔTRES DU  CÔTÉ GAUCHE.

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Le porche sud de l'église de Plourac'h. Photographie lavieb-aile juin 2023.

Le porche sud de l'église de Plourac'h. Photographie lavieb-aile juin 2023.

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7. Saint [Philippe]. Kersanton, traces de polychromie, début XVIe siècle.

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L'attribut habituel de Philippe est la croix à longue hampe. Mais sur le Calendrier des Bergers il est figuré avec une croix en T (1493-1500), puis avec une équerre (1516 et 1519).

Mais ici, l'attribut est tenu verticalement dans le poing de la main droite sous la forme d'un manche à extrémité élargie et arrondie; il est ensuite brisé mais il se prolongeait jusqu'à l'épaule droite où son appui est visible.

Cet attribut est bien plus compatible avec un coutelas (celui de saint Barthélémy) qu'avec tout autre attribut, et, de toute façon, il ne peut être considéré ni comme une croix, ni comme une équerre. Comparez avec le saint Barthélémy de Saint-Herbot :

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Statue de saint Barthélémy, chapelle de Saint-Herbot. Photo lavieb-aile.

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Par contre, et c'est amusant, de nombreuses gravures du Calendrier des Bergers montre saint Philippe tenant, comme ici, un livre de ceinture (ou "en aumônière").

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Calendrier et compost des Bergers, J. Belot, Genève 1498-1500

 

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Le long phylactère passe sur l'avant-bras gauche.

Le visage conserve la majeure partie de la carnation rose. La barbe, toujours peignée, est bifide. Les cheveux longs sont peignés également. Les yeux sont comme écarquillés, car ils conservent leur couleur blanche sous une paupière supérieure lourde.

Les cheveux sont jaunes ou dorés ; la cotte est, comme ailleurs, rouge.

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Le porche sud de l'église de Plourac'h. Photographie lavieb-aile juin 2023.

Le porche sud de l'église de Plourac'h. Photographie lavieb-aile juin 2023.

Le porche sud de l'église de Plourac'h. Photographie lavieb-aile juin 2023.

Le porche sud de l'église de Plourac'h. Photographie lavieb-aile juin 2023.

Le porche sud de l'église de Plourac'h. Photographie lavieb-aile juin 2023.

Le porche sud de l'église de Plourac'h. Photographie lavieb-aile juin 2023.

Le porche sud de l'église de Plourac'h. Photographie lavieb-aile juin 2023.

Le porche sud de l'église de Plourac'h. Photographie lavieb-aile juin 2023.

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Le livre de ceinture.

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Il est représenté avec précision, et l'on voit bien comment la reliure réunie par son fermoir se poursuit par une étoffe qui est empoignée, tandis qu'une spère-bouton lui évite de glisser. Ce dispositif de transport et de préhension permet aussi de le suspendre à la ceinture.

 

Lire :

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Le porche sud de l'église de Plourac'h. Photographie lavieb-aile juin 2023.

Le porche sud de l'église de Plourac'h. Photographie lavieb-aile juin 2023.

Le porche sud de l'église de Plourac'h. Photographie lavieb-aile juin 2023.

Le porche sud de l'église de Plourac'h. Photographie lavieb-aile juin 2023.

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L'écusson à la base : aucune armoirie n'est visible.

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Le porche sud de l'église de Plourac'h. Photographie lavieb-aile juin 2023.

Le porche sud de l'église de Plourac'h. Photographie lavieb-aile juin 2023.

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8. Saint [Barthélémy] . Kersanton, traces de polychromie, début XVIe siècle.

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Il porte sous le manteau une robe bouffante à la taille sous l'effet d'une ceinture non visible.

Le bras droit est brisé, il tenait sans-doute un livre.

Le visage est très beau, hiératique, presque assyrien. La carnation subsiste dans une pastille de la joue gauche.

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Le porche sud de l'église de Plourac'h. Photographie lavieb-aile juin 2023.

Le porche sud de l'église de Plourac'h. Photographie lavieb-aile juin 2023.

Le porche sud de l'église de Plourac'h. Photographie lavieb-aile juin 2023.

Le porche sud de l'église de Plourac'h. Photographie lavieb-aile juin 2023.

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Le porche sud de l'église de Plourac'h. Photographie lavieb-aile juin 2023.

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9. Saint [Matthieu] . Kersanton, traces de polychromie, début XVIe siècle.

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Manteau, cotte talaire serrée par une ceinture à boucle et ardillon.

Chevelure peignée par mèches à boucles terminales. Barbe peignée et bouclée. 

Traces de polychromie blanche et rose sur le visage. Bas de robe rouge.

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Le porche sud de l'église de Plourac'h. Photographie lavieb-aile juin 2023.

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Le porche sud de l'église de Plourac'h. Photographie lavieb-aile juin 2023.

Le porche sud de l'église de Plourac'h. Photographie lavieb-aile juin 2023.

Le porche sud de l'église de Plourac'h. Photographie lavieb-aile juin 2023.

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Le porche sud de l'église de Plourac'h. Photographie lavieb-aile juin 2023.

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10. Saint [Simon]. Kersanton, traces de polychromie, début XVIe siècle.

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Barbe bifide dont les pointes bouclent en boules. Carnation du visage rose et blanche presque intacte.

Le livre est tenu par en dessous, le phylactère par l'extrémité supérieure.

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Le porche sud de l'église de Plourac'h. Photographie lavieb-aile juin 2023.

Le porche sud de l'église de Plourac'h. Photographie lavieb-aile juin 2023.

Le porche sud de l'église de Plourac'h. Photographie lavieb-aile juin 2023.

Le porche sud de l'église de Plourac'h. Photographie lavieb-aile juin 2023.

Le porche sud de l'église de Plourac'h. Photographie lavieb-aile juin 2023.

Le porche sud de l'église de Plourac'h. Photographie lavieb-aile juin 2023.

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11. Saint [Jude-Thaddée]. Kersanton, traces de polychromie, début XVIe siècle.

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Le porche sud de l'église de Plourac'h. Photographie lavieb-aile juin 2023.

Le porche sud de l'église de Plourac'h. Photographie lavieb-aile juin 2023.

Le porche sud de l'église de Plourac'h. Photographie lavieb-aile juin 2023.

Le porche sud de l'église de Plourac'h. Photographie lavieb-aile juin 2023.

Le porche sud de l'église de Plourac'h. Photographie lavieb-aile juin 2023.

Le porche sud de l'église de Plourac'h. Photographie lavieb-aile juin 2023.

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12. Saint [Matthias]. Kersanton, traces de polychromie, début XVIe siècle.

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Il retient le pan gauche de son manteau tandis que le phylactère s'enroule à son avant-bras. De l'autre main, il tient le livre ouvert.

 

Le porche sud de l'église de Plourac'h. Photographie lavieb-aile juin 2023.

Le porche sud de l'église de Plourac'h. Photographie lavieb-aile juin 2023.

Le porche sud de l'église de Plourac'h. Photographie lavieb-aile juin 2023.

Le porche sud de l'église de Plourac'h. Photographie lavieb-aile juin 2023.

Le porche sud de l'église de Plourac'h. Photographie lavieb-aile juin 2023.

Le porche sud de l'église de Plourac'h. Photographie lavieb-aile juin 2023.

Le porche sud de l'église de Plourac'h. Photographie lavieb-aile juin 2023.

Le porche sud de l'église de Plourac'h. Photographie lavieb-aile juin 2023.

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SOURCES ET LIENS.

ARTHEMA RESTAURATION.

https://www.arthema-restauration.com/portfolio-category/statuaires/

 

— COUFFON (René), 1939, "Répertoire des églises et chapelles du diocèse de Saint Brieuc et Tréguier" page 174[390] et suiv.

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6562108b/f202.image.r=plourach

— COUFFON (René), 1955, L'église de Plourac'h, Bulletin monumental,113-3 pp.193-204.

https://www.persee.fr/doc/bulmo_0007-473x_1955_num_113_3_3777

— COUFFON (René), 1952, L'architecture gothique en Cornouaille aux XVe et XVIe siècle, SHAB

https://www.shabretagne.com/scripts/files/5f465814808030.68737181/1952_01.pdf

—LE SEAC'H (Emmanuelle), 2015, Sculpteurs sur pierre en Basse-Bretagne, Presses Universitaires de Rennes pages 249-250.

— PAVIS-HERMON, 1968, Dossier IA0003364 de l'Inventaire général et M.M TUGORES, D. MOREZ 1968

https://www.patrimoine.bzh/gertrude-diffusion/dossier/eglise-paroissiale-saint-jean-baptiste-plourac-h/b32b053d-fc6d-47a2-9d79-5d9cfde4ddd9

https://inventaire-patrimoine.region-bretagne.fr/gertrude-diffusion/public/annexes/IA00003364_01.pdf

https://inventaire-patrimoine.region-bretagne.fr/gertrude-diffusion/public/annexes/IA00003364_02.pdf

— ROLLAND (Jean-Paul), s.d "Contexte dans laquelle cette église fut construite"

https://bibliotheque.idbe.bzh/data/cle_242/Plourach_annexe.pdf

— TORCHET (Hervé), Montre de l'évêché en Cornouaille, site Tudchentil

https://www.tudchentil.org/spip.php?article29

— TORCHET (Hervé), Réformation de 1536 en Cornouaille; site Tudchentil

https://www.tudchentil.org/spip.php?article493

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17 juillet 2023 1 17 /07 /juillet /2023 10:11

La Vierge de Pitié du Maître de Laz (grès arkosique, vers 1527) devant l'église de Briec-sur-Odet.

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PRÉSENTATION.

1. Le matériau.

Le grès arkosique (feldspathique), à grain très fin, de couleur gris-verdâtre, du Centre Bretagne, se prête bien à la sculpture par sa relative tendreté et son aptitude à la taille. Il est abondant dans le bassin de Châteaulin, c'est-à-dire une partie du Centre-Finistère (Châteauneuf-du-faou), où il été utilisé en architecture et en sculpture (Ollivier, 1993). L'architecture domestique (bâtiments de fermes, manoirs) et l'architecture religieuse (église du Cloître-Pleyben, sacristie de Pleyben, chapelles) lui ont fait largement appel aux XVème, XVIème et XVIIème siècles. Dans le domaine de la sculpture, P. Eveillard  en a découvert l' emploi dès le second Age du fer et à la période gallo-romaine (génie au cucullus) . Aux XVIème et XVIIème siècles, il alimenta une statuaire abondante (plusieurs rondes-bosses dans les calvaires de Pleyben et de Saint Venec en Briec, par exemple) et concurrença même le célèbre kersanton. Voir l'analyse de Louis Chauris, Les grès verts de Châteaulin,  cité en bibliographie.

Il était déjà employé à Laz vers 1350, dans un groupe du cavalier mourant conservé près de l'église, déjà  présenté ici. Puis vers 1470 sur le bas-relief de la Vierge de Pitié aux anges de tendresse de la porte d'entrée de l'ancien presbytère. Puis, le sculpteur désigné par le nom de convention de Maître de Laz l'employa en 1527 pour la Déploration du calvaire de l'ancien cimetière. 

Ce Maître de Laz est aussi l'auteur de la Déploration de l'église de Plourac'h, presque similaire, mais aussi de celle de Saint-Hernin et de la Pietà de Briec-sur-Odet. Mais aussi de trois autres statues de l'église de Plourac'h, celles de Saint-Patern, de Saint-Adrien, et de Sainte-Marguerite.

Le même matériau est employé au milieu du XVIe siècle pour la belle Trinité du porche de Clohars-Fouesnant.

Il est souvent confondu avec le kersanton (comme pour cette Déploration dans la description de Y.P. Castel).

Sur les sculptures en grès arkosique feldspathique :

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2. Le thème de la Déploration (souvent assimilé aux Vierges de Pitié)

  Les représentations sculptées de la Vierge de Pitié, tenant le corps de son Fils déposé de la croix, soit seule (Pietà), soit entourée de plusieurs personnages (Déplorations), apparaissent au XVe siècle (Pietà du calvaire de Tronoën, de Plozévet, de  Quintin, chapelle N.D. des Portes ; Déplorations de La Chapelle-des-Fougeretz au nord de Rennes, du Musée départemental breton de Quimper etc.) et témoignent de l'importance, dans le duché de Bretagne, du culte centré sur les plaies du Christ crucifié et le sang versé, d'une part, et su les larmes ou le chagrin suscités chez le chrétien par cette mort, d'autre part.

Ce culte s'amplifie encore au XVIe siècle avec la multiplication des calvaires,  où les pietà ou déplorations sont rarement absentes, et des verrières de la Crucifixion avec leur scènes de la Pâmoison ou de la Déploration. Dans cette dévotion associant pour le fidèle méditation devant la mort du Rédempteur, élan de chagrin interiorisé, larmes versées et gratitude, Marie-Madeleine est un personnage majeur, par sa participation aux soins ("embaumement") et par l'intensité de son chagrin.

 

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3. Description.

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À la différence des Déplorations de Laz et de Plourac'h ou de Saint-Hernin, la Vierge n'est pas entourée de Jean et Madeleine, et elle porte seule le corps de son Fils, qui est — inhabituellement— tourné tête vers sa gauche. Elle soutient la tête du Christ, et tient sa main droite, qui posée à plat sur la cuisse, tandis que le bras gauche descend verticalement, montrant la plaie. Les jambes du Christ sont fléchies mais parallèles. Sa barbe est en boule.

Le bloc de pierre est largement fissuré, verticalement ou horizontalement, mais aucune partie n'est manquante.

On retrouve le bord dentelé du gaufrage du manteau-voile, typique du Maître de Laz, mais ici les franges godronnées sont doubles. Comme dans les autres Vierges du Maître de Laz, le manteau revient sur les genoux de Marie pour faire office de drap sous le corps du Christ, comme l'indique les plis frisés. 

La robe descend jusqu'au sol, dissimulant les chaussures, en plis verticaux tubulaires qui prolongent les gaufrures.

Le visage est froid et sévère, n'exprimant ni chagrin, ni même retrait dans une intériorité douloureuse.

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La Vierge de Pitié  (Maître de Laz, grès arkosique, vers 1527) devant l'église de Briec-sur-Odet. Photographie lavieb-aile.

La Vierge de Pitié (Maître de Laz, grès arkosique, vers 1527) devant l'église de Briec-sur-Odet. Photographie lavieb-aile.

La Vierge de Pitié  (Maître de Laz, grès arkosique, vers 1527) devant l'église de Briec-sur-Odet. Photographie lavieb-aile.

La Vierge de Pitié (Maître de Laz, grès arkosique, vers 1527) devant l'église de Briec-sur-Odet. Photographie lavieb-aile.

La Vierge de Pitié  (Maître de Laz, grès arkosique, vers 1527) devant l'église de Briec-sur-Odet. Photographie lavieb-aile.

La Vierge de Pitié (Maître de Laz, grès arkosique, vers 1527) devant l'église de Briec-sur-Odet. Photographie lavieb-aile.

La Vierge de Pitié  (Maître de Laz, grès arkosique, vers 1527) devant l'église de Briec-sur-Odet. Photographie lavieb-aile.

La Vierge de Pitié (Maître de Laz, grès arkosique, vers 1527) devant l'église de Briec-sur-Odet. Photographie lavieb-aile.

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COMPAREZ AVEC LES AUTRES VIERGES DE PITIÉ DU MAÎTRE DE LAZ :

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Déploration du cimetière de Laz, grès arkosique, 1527, Maître de Laz. Photo lavieb-aile.

 

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Déploration de l'église de Plourac'h, grès arkosique polychrome, vers 1527, Maître de Laz. Photo lavieb-aile.

 

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Déploration du calvaire de Saint-Hernin, grès arkosique, Maître de Laz, vers 1527. Photo lavieb-aile.

 

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SOURCES ET LIENS.

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—ABGRALL et PEYRON, chanoines, Notice sur Laz, Bulletin diocésain d'histoire et d'archéologie de Quimper

https://bibliotheque.diocese-quimper.fr/files/original/3f8d293143dbd7d909bb80295eb3545b.pdf

 

 

CHAURIS (Louis), 2010, Pour une géo-archéologie du Patrimoine : pierres, carrières et constructions en Bretagne Deuxième partie : Roches sédimentaires, Revue archéologique de l'Ouest.

https://journals.openedition.org/rao/1384?lang=enLes

"Les grès verts du bassin de Châteaulin

Des niveaux gréseux affleurent au sein des schistes bleus du bassin carbonifère de Châteaulin. Tous les intermédiaires apparaissent entre des schistes gréseux encore fissiles, riches en minéraux phylliteux, et des grès feldspathiques plus massifs, caractérisés par leur teinte verte ou gris-vert. Le faciès gréso-feldspathique est formé de quartz non jointifs – ce qui facilite le façonnement – et de plagioclases, moins nombreux, dans un fond phylliteux qui rend compte du caractère tendre de la roche (la nuance verdâtre est due à la chlorite). Ce grès feldspathique fournit de beaux moellons et des pierres de taille, voire même des éléments aptes à la sculpture (Eveillard, 2001).

Ce matériau a déjà été utilisé dans la cité gallo-romaine de Vorgium (aujourd’hui Carhaix – cf. photo IV). Son emploi, à nouveau attesté dès le xvie siècle, prend une place essentielle dans les constructions, à Carhaix et dans ses environs : manoir de Lanoënnec (porte avec cintre en deux éléments, fenêtre avec linteau à accolade) ; manoir de Crec’h Henan (xviie siècle ? avec beaux moellons) ; manoir de Kerledan (xvie siècle, avec érosion en cupules) ; château de Kerampuil (1760, soubassement) ; Kergorvo (portes) ; manoirs de Kerniguez : grand manoir (superbes moellons) et petit manoir (moellons pouvant atteindre un mètre de long, en assises d’épaisseurs diverses, correspondant à la puissance des bancs dans les carrières). A Carhaix même, dans la maison du Sénéchal (xvie siècle), belle cheminée à l’étage. On retrouve ce grès dans les élévations de l’église de Plouguer, ainsi que dans celles de l’église de Saint-Trémeur (parties du xixe s.), dans la façade occidentale de la chapelle du couvent des Hospitalières (xviie siècle) ou au manoir de Maezroz près de Landeleau : photo V, VI… (Chauris, 2001c).

Les Travaux publics ont également fait appel à cette pierre locale. Dans les ouvrages du canal de Nantes à Brest (première moitié du xixe siècle), toujours aux environs de Carhaix, elle a été utilisée sous des modalités diverses : en beaux moellons pour le couronnement du parapet d’un pont près de l’écluse de l’Île ; en petits moellons pour le soubassement des maisons éclusières de Pont Dauvlas, de Kergouthis… ; les faciès plus schisteux – et par suite plus fissiles – ont été recherchés pour le dallage médian des bajoyers de quelques écluses (Kervouledic, Goariva), voire comme dalles devant la maison éclusière (Goariva…). De même, les infrastructures ferroviaires ont aussi employé ce matériau local (pont franchissant le canal au sud-est de Kergadigen).

Mais cette pierre n’a pas été recherchée uniquement autour de Carhaix ; en fait, elle a été utilisée un peu partout dans le bassin de Châteaulin. À Pleyben, dans l’église paroissiale – qui remonte en partie au xvie siècle – le grès vert joue un rôle essentiel en sus du granite : élévation méridionale ; sacristie édifiée au début du xviiie siècle (le grès est alors extrait des carrières de Menez Harz et de Ster-en-Golven) ; la même roche a été aussi utilisée pour l’ossuaire (xvie siècle) et l’arc de triomphe (xviiie), où elle présente quelques éléments bréchiques. également à Pleyben, la chapelle de Gars-Maria, y recourt localement en association avec des leucogranites. À Châteauneuf-du-Faou, dans la vaste chapelle Notre-Dame-des-Portes (fin du xixe siècle), ce grès est en association avec divers granites ; les traces d’outils de façonnement y sont très nettes sur les parements vus. Comme aux environs de Carhaix, les grès verts ont également été recherchés, plus à l’ouest, pour l’habitat.

Ces grès ont aussi été mis en oeuvre dans la statuaire : parmi bien d’autres, évoquons les statues dressées au chevet de l’église de Laz, la statue de Saint-Maudez au Vieux-Marché (Châteauneuf-du-Faou), celle de Saint-Nicolas dans la chapelle N.-D. de Hellen (Edern), plusieurs personnages du célèbre calvaire de Pleyben… Quelques éléments de la chapelle – ruinée – de Saint-Nicodème, en Kergloff, ont été remployés lors de la reconstruction de la chapelle Saint-Fiacre de Crozon, après la dernière guerre ; en particulier de superbes sculptures d’animaux ont été emplacés à la base du toit dans la façade occidentale (Chauris et Cadiou, 2002).

Cette analyse entraîne quelques remarques de portée générale.

Dans un terroir dépourvu de granite, artisans et artistes locaux ont su mettre en œuvre un matériau qui, au premier abord, ne paraissait pas offrir les atouts de la « pierre de grain » qui affleure au nord et au sud du bassin.

Ce matériau local, utilisé dans les édifices les plus variés, confère au bâti du bassin de Châteaulin une originalité architecturale. Son association fréquente aux granites « importés » induit un polylithisme du plus heureux effet. Parfois, le grès a même été exporté vers les bordures du bassin, au-delà de ses sites d’extraction.

Du fait de ses aptitudes à la sculpture, le grès vert a été très tôt recherché pour la statuaire. Il joue localement le rôle des célèbres kersantons de la rade de Brest, à tel point que, dans un musée dont nous tairons le nom, une statue du xvie siècle, a été rapportée au kersanton, alors qu’en fait elle est en grès vert : hommage inconscient à ce dernier matériau !

L’emploi de cette roche singulière, constant pendant plusieurs siècles (au moins du xvie au début du xxe siècle) paraît aujourd’hui totalement tombé dans l’oubli. Ses qualités devraient susciter une reprise artisanale, tant pour les restaurations que pour les constructions neuves."

 

COUFFON (René), 1988, Notice sur Briec-sur-Odet, in Nouveau répertoire des églises et chapelles du diocèse de Quimper

https://www.diocese-quimper.fr/wp-content/uploads/2021/01/BRIEC.pdf

"Sur le placitre, croix de 1864, Pietà de granit au pied du fût"

ÉVEILLARD (Jean-Yves), 1995, Statues de l'Antiquité remaniées à l'époque moderne: l'exemple d'une tête au cucullus à Châteauneuf-du-Faou (Finistère) Revue archéologique de l'Ouest année 1995  12  pp. 139-146

https://www.persee.fr/doc/rao_0767-709x_1995_num_12_1_1029

LE SEAC'H (Emmanuelle), 2015, Sculpteurs sur pierre en Basse-Bretagne, Presses Universitaires de Rennes pages 248-249.

— OLLIVIER, (Sophie), 1993 -L'architecture et la statuaire en grès arkosique dans la vallée de l'Aulne centrale. Mém. de maîtrise d'histoire (inédit), J.Y. Eveillard, dir., U.B.O., Brest, 2 vol.

 

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15 juillet 2023 6 15 /07 /juillet /2023 16:14

Les portes et portails de la chapelle de Ty Mamm Doué à Quimper.

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Voir sur cette chapelle :

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I. LE PORTAIL OUEST (1592).

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"La porte principale du côté Ouest est aussi riche que la précédente, mais sans être d'aussi belles proportions, on y remarque particulièrement les beaux feuillages qui ornent les gorges profondes de ces nervures et les deux personnages en ronde-bosse, aux amortissements du gâble au-dessus du bandeau. L'un représente un guerrier coiffé d'un casque et à corps d'animal, portant un étendard déployé, l'autre une femme la tête couverte d'un voile et tenant une banderole sur laquelle on lit ces mots : Pax: Vobis 1592." (C. Chaussepied)

"Enfin, la porte ouest, également toute gothique avec son gable tangent et coupant les piédroits, porte sur une banderole : " PAX : VOBIS. 1592."  R. Couffon

 

 

Le portail ouest  de la chapelle de Ty Mamm Doué à Quimper. Photographie lavieb-aile 2023.

Le portail ouest de la chapelle de Ty Mamm Doué à Quimper. Photographie lavieb-aile 2023.

Le portail ouest  de la chapelle de Ty Mamm Doué à Quimper. Photographie lavieb-aile 2023.

Le portail ouest de la chapelle de Ty Mamm Doué à Quimper. Photographie lavieb-aile 2023.

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Ce portail reprend dans son architecture un style répandu autour de Quimper notamment dans tout le Cap Sizun. On le reconnaît à la façon dont le gable à choux frisés, comme le remarquent C. Chaussepied et R. Couffon, vient couper les pinacles et se poursuit pour s'appuyer sur deux personnages en moyen-relief. On retrouve cette particularité, initiée  à Saint-Herbot (1516),  à Saint-Tugen de Primelin (sur les deux portails),  à Plogoff (1547), puis à Cléden-Cap-Sizun (1561), puis à Plouhinec (1572) ou encore à Esquibien. Et à Saint-Tugen et à Plogoff, comme ici, le personnage de droite présente l'inscription de bienvenue Pax Vobis (la paix soit avec vous).

Le style gothique cornouaillais s'illustre aussi, sans ce détail de croisement gable/pinacle, à Saint-Herlé en Ploaré (v.1548), Locronan, Pont-Croix, ou Confort-Meilars.

C'est donc, en 1592, une reprise bien tardive d'un style gothique cornouaillais, alors que le style Renaissance s'exprime depuis plus de vingt ans en Haut-Léon.

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Saint-Tugen en Primelin. Photo Lavieb-aile.

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