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4 janvier 2012 3 04 /01 /janvier /2012 04:04

         L'église Notre-Dame d'Izel-Vor à La Forest-Fouesnant : Vierge de la Marée Basse et Vierge allaitante.

 

Notre-Dame de Kergornec ( fin XVIIe)

 

  

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Itron Varia Izel-Vor (fin XVIIe)

  Selon le panneau placé devant l'église à l'attention du touriste, Izel-Vor signifie Bras de mer, mais la traduction habituelle donne "basse mer". C'est celle que donne le dictionnaire breton-français de Le Gonidec : Basse mer, quand la mer s'est retirée, Izel-vôr, opposé à la pleine mer, ar môr vraz.

  Il est assez inattendu de voir une Vierge consacrée à la marée basse, et malgré les évocations poètiques de cette étale, de cette pause de la mer qui soudain n'a plus d'erre et s'immobilise, fragment d'éternité enchassé dans la course des flots dont on peut comprendre qu'on l'élève à la dignité d'une divinité, on pense à une erreur, ou à une de ces anecdotes que recèle la toponymie. Mais je semble le seul à m'interroger sur ce qualificatif marial qui s'ajoute à la litanie des métaphores naturelles, astre du matin, étoile de la mer, céleste jardin, clair parvis du ciel, source d'allégresse, refuge des pécheurs, celui, à la Forest-Fouesnant, de Notre-Dame de la Basse-Mer.

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Les bannières :

Bannière Itroun Varia Izel-Vor

avec la mention Souvenir de la Grande Guerre 1914-1918.

 

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 Bannière Itron Varia ar Penity

se réfère à la Vierge de la chapelle de Saint-Maudez ou du Penity.

 

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Bannière de sainte Anne

avec une représentation de l'Éducation de la Vierge.

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Bannière de Sainte Thérèse

Santez Thérèza ar mabik Jesus = Sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus.

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      Pieta (sculpteur Anthoine, 18e siècle):

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Statue du Santik Du, le Petit Saint Noir :

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Saint Egarec 

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Saint Jean-Baptiste

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Saint Amand

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Sainte Catherine

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Saint Nicolas

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      Saint Diboan :

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Saint Alain 

 

 

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Le tableau de l'institution du Rosaire (1684)

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   Lors de la création en 1680 de la Confrérie du Rosaire dans la paroisse, il fut offert par l'évêque de Quimper Monseigneur de Coëtlogon dont il porte les armes. On y voit la Vierge remettant le rosaire à saint Dominique et à sainte Catherine de Sienne, alors que le pape Pie V, le roi saint Louis assistent à la scène, en compagnie de Louis XIII qui consacra la France à la Vierge, d'Anne d'Autriche et du futur Louis XIV. En arrière plan la bataille de Lépante (1571).

  Quinze médaillons sont consacrés au mystère du rosaire.

Comme me l'indique Alain Ménard, Géraldine Lavieille (Laboratoire de Recherche Historique Rhône-Alpes, Institut des Sciences de l’Homme de l'Université Jean Moulin Lyon 3) a consacré une étude approfondie à ce tableau. En voici le résumé :

Même dans le contexte des politiques de la gloire orchestrées par Louis XIV, le portrait du roi n’est pas toujours sous contrôle de l’État. L’exemple d’une peinture de confrérie du Rosaire bas-bretonne, figurant Louis XIV précédé de son ancêtre et patron saint Louis, permet d’analyser l’iconographie religieuse du roi comme une création collective. L’étude des archives paroissiales confrontées à la représentation dévoile un procédé de commande complexe auquel prirent part les Dominicains du couvent le plus proche, la fabrique encadrée par son recteur ainsi que l’évêque de Quimper. Ces deux autorités locales se firent d’ailleurs figurer sur la toile au sein de la hiérarchie ecclésiale et face au groupe royal. La peinture n’est pourtant pas une image de la chrétienté en dévotion, et les fidèles, écartés de la représentation mais assemblés devant l’autel, se voient intégrés à un ordre social, politique et religieux qui construit une société chrétienne idéale en harmonie avec le monde céleste ; le culte local, le respect des autorités ecclésiastiques et le loyalisme monarchique sont étroitement associés dans une même quête du salut. Ainsi, dans une province éloignée du pouvoir central, récemment révoltée puis réprimée, des cadres locaux et une partie des paroissiens ont mobilisé et adapté un langage symbolique qui soulignait leur fidélité et restaurait l’ordre général. Synthèse d’influences diverses, la peinture dévoile alors l’alliance entre un catholicisme réformé triomphant et le renforcement de l’autorité royale, tout en rappelant que toute manifestation de loyalisme monarchique n’est pas nécessairement le fruit de la propagande.

— LAVIEILLE (Géraldine) 2014, "Le Rosaire de La Forêt-Fouesnant (Basse-Bretagne) : jeux de pouvoir et création collective de l’image religieuse royale sous Louis XIV"  in Revue d’histoire moderne et contemporaine 2014/2 (n° 61-2) Pages 89-119.  ISBN : 9782701190136 Éditeur : Belin

https://www.cairn.info/revue-d-histoire-moderne-et-contemporaine-2014-2-page-89.htm

 

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Published by jean-yves cordier - dans Vierge allaitante
28 décembre 2011 3 28 /12 /décembre /2011 08:50

             LES ANGES MUSICIENS

 

              Église Notre-Dame de Bulat

               à Bulat-Pestivien (22):

              La rose de la maîtresse-vitre.

                                                                                  On n'apprécie rien si on ne le contemple pas ;

                                                                                   Ce qui manque au monde c'est la contemplation

                                                          (Angelus Silesius, le Pélerin chérubinique, traduction Maël Renouard, Rivages Poche)

           

      I. PRESENTATION DE L'EGLISE 

    L'église Notre-Dame de Bulat date de 1463, mais elle succède à un premier sanctuaire fondé par les seigneurs de Pestivien ou Pennstyffyen (de penn, la pointe, et stiv, la source) à la suite d'un voeu réalisé, la naissance d'un enfant (il s'agissait bien-sûr d'un fils). Notre-Dame de Bulat, toponyme dans lequel certains reconnaissent la syncope de buguelat, qui veut dire don d'enfant" (S. Ropartz 1851) ou du verbe breton bugelat, "enfanter", devient ainsi la Vierge protectrice de la Maternité, et on compte parait-il 38 représentations d'enfants dans son église. C'est un important lieu de pèlerinage marial depuis le Moyen-Âge, et son pardon les 14, 15 et 16 septembre de chaque année voyait affluer les pèlerins, mais aussi des dons si généreux que, en 1747, la fabrique fait réaliser une statue de dévotion et de procession en argent par le plus réputé des douze meilleurs orfèvres de Rennes, Jean-Baptiste I. Buchet. Cette Vierge à l'enfant de 55 cm de haut est une pièce d'orfèvrerie exceptionnelle, non seulement par le prix de 561 livres qui fut versé par les fabriciens, mais surtout par sa dimension, et par la finesse des traits altiers de cette figure de maternité peut-être copiée de Notre-Dame de Bonne-Nouvelle de Rennes (Bonne-Nouvelle étant à entendre comme annonce d'une enfant). Cette statue est toujours vénérée lors du pardon,  qui réunit, le dimanche qui suit la fête de la Nativité le 8 septembre, plus de 2000 pélerins. Le soir, c'est le tantad, le grand feu de joie, c'est la bombarde et le biniou,et le lundi suivant, c'est la grande foire aux chevaux de trait  instituée depuis 1747 et son concours de poulains qui attire... 8000 visiteurs.

   Après avoir découvert les Vierges allaitantes ou Vierges au Lait du Finistère, Virgo lactans ou miss Néné ? Les candidates du Finistère. Les Vierges allaitantes. je ne m'étonne pas d'apprendre qu'on trouve, dans l'enclos paroissial, une Fontaine des nourrices ou Fontaine au lait, que vénère lors du pardon les futures mères et les mères allaitantes pour obtenir du lait si bon et si nourrissant qu'il fasse rougir de confusion les donneuses de biberon. La petite statue de Vierge qu'on y trouve , en contrebas du cimetière, est peut-être une vierge donnant le sein.


   Sous le porche c'est cette statue de pierre blanche que l'on peut admirer : L'Enfant-Jésus est en train de jouer avec sa maman à "Je te tiens-tu me tiens-par la barbichette" mais la Mère reste de marbre.

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  A l'intérieur de l'église, dans le choeur, on découvre une autre Vierge :

 

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   La bannière de procession 

  Cette bannière est déjà originale par la représentation de l'église qu'elle présente à son verso. Mais elle est surtout marquante par son histoire, puisqu'elle a été offerte à la paroisse par un officier de la guerre de 1870 qui en avait fait le voeu s'il revenait vivant du combat contre les prussiens. Elle a été restaurée en 2011 par Patricia Hood et son atelier L'art et la Bannière d'Audierne pour la somme de 4449 Euros, récoltée par l'association Kleid Bulat. 

  L'inscription signifie-t-elle Remerciement d'un soldat ?

    statues-banniere 9694cstatues-banniere 9693c

 

II. LA MAÎTRESSE-VITRE :

 


    La lecture du Corpus Vitrearum -Vitraux de Bretagne Ed. P.U.Rennes 2005 donne une piètre idée, certainement justifiée pour des spécialistes de la Direction de l'Architecture et du Patrimoine dans une publication du CNRS, des vitraux de Bulat-Pestivien : ceux-ci se trouvent placés dans la rubrique " vitraux réduits à l'état de fragments" (p.105) et l'accent y est mis sur les éléments disparus et les travaux de restauration. Les anges musiciens n'y sont décrits que par la mention "(restaurations)". On apprend que le tympan de la maîtresse-vitre ou Baie 0 (celle qui m'intéresse ici) "appartient bien au vitrage initial" contemporain de la construction du choeur en 1463, et datée des années 1470-1480, mais les lancettes de la baie ont été modifiées en 1852 par l'atelier Le Coq de Guingamp sur des cartons de Peter Hawke (Île de Wight 1801-Tunis 1887) consacrés à la Vierge autour d'un élément central représentant l'Annonciation. La verrière a été restaurée en 1933 par l'atelier Tournel et en 1997-1998 par l'atelier de Jean-Pierre Le Bihan de Quimper.

   Pourtant, s'il est doté de jumelles, le visiteur trouve ici matière à régaler ses pupilles, et à s'instruire en histoire (héraldique) et dans sa connaissance des instruments de musique du Moyen-Âge.

 

   Je jette un coup d'oeil aux lancettes avant de me plonger dans la lecture du tympan.


 

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  Le tympan est formé de trois coeurs ou pétales : un coeur central en haut, avec seize ajours , et deux coeurs inversés en dessous, avec quatorze ajours. (Un "ajour" est une ouverture obtenue par la forme du réseau de maçonnerie : on le nomme "mouchette" si sa forme asymétrique est celle d'une flamme, "soufflet" si sa forme est symétrique, "écoinçon", souvent dans les coins, si sa forme est triangulaire à trois cotés curvilignes). A ces 44 ajours des coeurs viennent s'ajouter 10 ajours complémentaires, soit 54 verres. 

  Les seules descriptions récentes  disponibles sur Internet sont celles du blog du maître-verrier quimpérois Jean-Pierre Le Bihan, http://jeanpierrelebihan2.over-blog.com/categorie-10530858.html.

  Il y a compté 35 anges musiciens, jouant de dix instruments différents. J'y ajoute 7 armoiries, 2 anges à phylactère, 2 fleurs trilobées, 8 bouche-trous violets, et j'obtiens bien 54 verres. Ils sont numérotés de bas en haut et de gauche à droite pour les désigner, mais je me perds dans ce décompte et je les localiserai dans les trois coeurs, supérieur, inférieur droit et inférieur gauche.

 

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I. LES ARMOIRIES.

                                                                  Fou l'homme qui embrasse un nuage !

                                                                  Fou, toi qui te fais joie de vaine gloire !

                                                       Angelus Silesius, le Pélerin chérubinique, op.cité.



 1°) Les prééminences d'églises, les droits de prééminence et de supériorité.


 Le coeur supérieur  est dominé par les armoiries de la famille de Bouteville, qui se trouvent ainsi en prééminence.

  Les seigneurs possédaient des droits seigneuriaux, et pour signifier leur possession sur leurs terres, leurs biens (château ou manoirs, colombier, four, moulin ) ou les édifices de leur fief (calvaire, église, chapelles) ils y apposaient leurs armoiries. En effet cela leur donnait des droits à recevoir des honneurs ou à bénéficier de privilèges. L'église a été un lieu où l'émulation ou la rivalité entre seigneurs pour affirmer leur domination s'est exercée de manière cruciale, et ce que l'on nomme les Prééminences d'église  ont du être définis avec minutie. Ceux-ci étaient souvent accordés à la suite d'une donation effectuée au profit du sanctuaire, notamment par donation d'un vitrail. Ces droits se répartissaient en :

-majores honores ou droits majeurs : 

  • armoiries en façade ou dans les vitraux.
  • droit de banc : posséder son banc-coffre ou son banc à queue dans la nef au premier rang, ou mieux dans le choeur, et surtout du coté de l'évangile (coté gauche en faisant face à l'autel). [ à distinguer du banc d'oeuvre, pour les membres de la fabrique, du banc de choeur pour les enfants de choeur ou les ministres inférieurs du culte quand ils ne se contentent pas de tabouret de chantre , ou du banc, de la banquette ou des stalles de confrérie, privilège des membres des confréries religieuses donatrices]. Le droit de banc peut être, à défaut, un doit d'escabeau avec accoudoir.
  • droit de sépulture ou droit d'enfeu (niches creusées dans la muraille avec tombe plate et parfois gisant), près du choeur.
  • droit d'oratoire : conférant l'usage d'une chapelle privée et parfois close.
  • droit de litre lors des funérailles, donnant droit lors du décès au tracé à l'extérieur et l'intérieur de l'église d'une frise peinte, la litre ou lisière.
  • Droit de patronage permettant de nommer les desservants des églises.

Minores honores ou droits mineurs :

  • droits de  procession pour venir accueillir le seigneur, droit d'être premier servi en  pain bénit  ou de recevoir l'eau bénite de la main du prêtre, droit d'être encensé, droit de prière publique pour être nommé dans les intentions de prière, 

  En matière de vitrail, une série de blasons indiquaient les différents degrés de parenté ou d'alliances de la famille fondatrice ou donatrice dont les armoiries étaint placées au sommet de la vitre, "en supériorité".

   Le respect de ces droits, et notamment du maintien du vitrail et de ses armoiries est surveillé jalousement par les ayant-droits et des Procés-verbaux  en fixent la description : l'étude de ceux-ci permet de donner un descriptif d'une verrière à une date donnée.

2°) les conflits de prééminence à Bulat-Pestivien.

  Les Bodilio ("bouquet de lierre"), vous connaissez? Les Bulatois les connaissent bien, parce ce furent les principaux seigneurs de Pestivien à partir de la Renaissance, et parce que nombre d'anecdotes courent à leur propos et à celui d'ar Combouten, les Combout, les douze fils de la châtelaine de Bodilio qui, après son veuvage, eut toutes les peines à maîtriser ces mauvais garçons. Lorsqu'ils échappaient à sa surveillance, elle faisait sonner les cloches du manoir pour avertir les fermières du voisinage à qui elle signifiait ainsi: Ma zud vad, diwallet ho pellizi, ma c'higi'zo e-mez !   "bonnes femmes, gardez-bien vos poulettes car mes coqs se sont échappés".

Sur l'histoire des Pestrivien et des Bodilio, Sigismond Ropartz 1851 : :http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1107255/f196.image.r=annuaire%20cote%20du%20nord%20p%C3%A9lerinage%20bulat.langFR


 On dispose du Procès-verbal des prééminences de Notre-Dame de Bulat (16 et 17 septembre 1620)  par une copie d'un manuscrit des archives du Marquis de Kerouatz : il est établi pour départager les demandes d'une Dame du Cleuzon, de la famille de Kergorlay, d'une part, et de Messire Allain de Combout, sieur du dict lieu, d'autre part. Les armoiries des Pestivien figurent à Bulat "de temps immémorial", et cette famille se plaint de ce que le Sr de Combout a récemment fait apposer deux écussons. "Et nous a montré et  avons veut au hault de la principale vitre de ladicte chapelle au pignon du grand autel un escusson escartellé le premier et troizièsme quartier d'or à un lion de gueule rampant armé, couronné et lampassé d'azur qu'il a dict estre les armes de Pont-L'Abé le second quartier d'argent à ermines sans nombre et trois barres de gueules qu'il a dict estre les armes de Pont-l'Abé et Rostrenan dont estoit  autrefoys ladicte seigeneurie de Pestivien ce qui démontre que les dicts seigneurs de Pestivien sont fondateurs et supérieurs de ladicte chapelle comme ladicte maison de Pestivien ayant sorti desdictes maisons." Sont ensuite décrits deux blasons placés en dessous : à gauche "du costé de l'évangille" celui de Pont-l'Abbé, et à droite "du costé de l'espitre" celui de Rostrenen, comme décrit au dessus. Encore en dessous, à gauche, les armoiries litigieuses d'argent à six feuilles de lierre de sinople et à droite de gueule à un lion rampant d'argent posées récemment par Dame du Combout et qui sont les armoiries des Bodilleau (Bodilio) et Combout. Mais celles-ci, à la différence des trois premières, ne sont pas présentées par un ange, et on voit encore la chaux d'un scellement récent !

  Enfin vennaient en dessous, à gauche les armes des Pestivien, d'argent vairé de sable, et à droite celles des Seigneurs du Faouët d'argent à cinq fusées de gueules.

  Les armes des Pestivien et des seigneurs du Faouët, frappées sur des boiseries  ou retrouvées sur une pierre tombale  témoignaient de ce que les seigneurs de Pestivien étaient bien fondateurs de l'église.

  La famille de Bodilio-Combout n'avaient été seigneur du fief de Pestivien que de 1610 à 1616, et on comprend que les nouveaux acquéreurs, les Kergorlay Sr de Cleuzdon, ait été choqué de voir qu'ils avaient en si peu de temps  remplacés les armoiries des seigneurs prééminenciers par les leurs ! 

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k56002160/f33.image.r=bulat-pestivien.langFR

3°) Le fief de Pestivien

Le château de Pestivien était construit dans un étang où on a retrouvé les soubassements de sa double enceinte. Il joua un rôle important lors des guerres de succession de Bretagne, fut pris en 1363, par le capitaine anglais Roger David, repris et rasé par Bertrand du Guesclin la même année. 

 

Le fief de Pestivien fut tenu chronologiquement par les :
- Pestivien
- Rostrenen
- Pestivien
- Molac par mariage de Jeanne de Pestivien, (fille de Bizien de Pestivien, seule héritière) et de Guy V de Molac fin XIVe
- La Chapelle par mariage, en 1412, d'Aliette de Molac et d'Olivier III de La Chapelle
- Rohan par mariage de Pierre de Rohan et d'Isabeau de La Chapelle
- Kervéno en Plumiliau à partir du XVI°
- Combout par acquisition, le 04/09/1610, par Alain de Combout
- Kerc'hoënt de Kergournadec'h par un retrait lignager, de François de Kerc'hoënt de Kergournadec'h
- Kergorlay de la branche cadette de Cleuzdon ou Cludon (Charles de Kergorlay, aussi parent des Kermeno, l'échangea, le 14/01/1616, entre celle de Kerandraoul qu'il venait d'acquérir)
- Cleuz du Gage à partir de 1725, par mariage, de Claude de Kergorlay et de Julien du Cleuz
- Kerouartz, famille dans laquelle s'est fondue la famille précédente en 1785.

La possession de la baronnie de Pestivien fut troublée par Renée le Rousseau, femme très procédurière d'Alain de Combout, mais les Kergorlay eurent gain de cause. L'épisode des armoiries du vitrail nous en donne une illustration.

http://ns203268.ovh.net/yeurch/histoirebretonne/terre/teneur/P/Pestivien.htm

 

4°) Les armoiries actuelles :

 

Actuellement, on constate 1. les armes en supériorité des Bouteville (décrites dans le texte précédent comme les Seigneurs du Faouët), puis celles 2. de Rostrenen et 3. de Pont-L'Abbé, puis celles 4. des Kergorlay et 5. des Pestivien, et enfin celles 6. des Pestivien et 7. des Guengat en alliance avec  celles de Rostrenen. Les armes contestées, celles des Bodillo et des Combout, ont disparu, remplacées par celles des Kergorlay et des Pestivien.  Cette description est identique à celle donnée par P. Chardin (Recueil de sculptures et peintures héraldiques, Bulletin monumental de la Société d'Archéologie, Paris, 1891), ainsi que celle donnée par l'abbé E. Daniel en 1864 (Notre-Dame de Bulat-Pestivien, Annuaire des Côtes du Nord 1864 p. 3-8) ce qui assure que les restaurations du XXe siècle ne les ont pas modifiées.

   http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k310731.image.langFR.r=bulat%20%20chardin

  http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k110795k/f13.image.r=annuaire%20cote%20du%20nord%20p%C3%A9lerinage%20bulat.langFR

  

 

   1. Armoiries de Bouteville d'argent à cinq fusée de gueule en fasces. Présentées par un ange, et entourée du collier de l'Ordre de Saint-Michel.

  (Je fais remarquer l'orthographe Bouteville et non Boutteville)

  Cette famille a une branche établie près de Peronne en Picardie, et une branche normande puis bretonne. Leurs armoiries sont différentes. Selon Amédée de Ternas ( Notice généalogique sur la famille de Bouteville, 1884, :http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5532739x/f14.image,) Jean de Bouteville vint de Normandie en 1330 soutenir Charles de Blois dans la guerre de Succesion de Bretagne (ce qui explique que, dans l'église de Bulat, on trouve une statue XIXe de celui-ci, en cotte d'armes). Un autre Jean de Bouteville fut chambellan du duc de Bretagne François II en 1484 ( ce Sr du Faouët servait en 1464 avec sept hommes d'armes et trente cinq archers). Selon le site Infobretagne, la lignée bretonne débuta par Hervé de Bouteville, sénéchal de Ploërmel en 1270; un chevalier Jean de Bouteville participa en 1420 à la retenue de Jean de Penhoët avant d'être fait prisonnier par les anglais au Mont-Saint-Michel. En 1526, Yves, Sr du Faouët était capitaine des gentilhommes et francs-archers de l'évêché de Cornouailles.

  Un Yves de Bouteville fut abbé de Langonnet en 1518-1536.

  Les seigneurs du Faouët:  Les Bouteville étaient seigneurs du Faouët, de Kerjou, Kerjent, vicomtes de Coëtquenan et de Berragan. Leurs armes figurent sur les vitraux des chapelles Sainte-Barbe et Saint-Fiacre du Faouët. Outre ces deux chapelles, ils firent construire également les halles du Faouët. La seigneurie du Faouët fut érigée en baronnie en 1495 par la duchesse Anne de Bretagne. Louis de Bouteville, qui épousa en 1498 Jeanne du Chastel, fut Chambellan de François Ier avant de décéder en 1539. les Bouteville seigneurs du Faouët sont les descendants de Jean de Bouteville dc apr 1340//de Lezivy: ce furent :

  • Jean, né vers 1314 // Andrée de la Rivière
  • Bizien, -dc avant 1404 // Jeanne de Quelen
  • Jean, né vers 1385-dc 1463 // Isabeau de Penhoët,
  • Jean, né vers 1405 // Alix de Coëtquénan,
  • Jean // 1463 Marie de Kérimerc'h
  • Louis, -dc 1539 //1498 Jeanne du Chastel
  • Yves après1500-dc 1554 // Renée de Carné
  • René né en 1540, sans alliance ni postérité.


 

 

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2. Armoiries de Rostrenen : d'hermine à trois fasces de gueule. (à droite) présentées par un ange. Devise : Oultres et Si je puis.

  Cette famille bâtit un château sur la paroisse de Moëlou à 15 km au sud de Bulat. Celui-ci devint le siège d'une puissante baronnie s'étendant sur les communes actuelles de Glomel, Kergrist-Moëlou, Maël-Carhaix, Paulé, et en partie sur Plévin, Plouguernével, Plounévez-Quintin, Rostrenen et Maël-Pestivien.

   En 1440, Marguerite de Rostrenen, héritière, épousa Jean II de Pont-L'Abbé.

 Roland de Rostrenen Sr de Brélidy (dc vers 1502) épousa Marguerite de Bouteville, fille de Jean Sr du Faouët et de Marie de Kerimerc'h. Sans postérité.


4. Armoiries de Pont-L'Abbé  : d'or au lion de gueules armé et lampassé d'azur (à gauche) présentées par un ange. Devise : Heb chang ("sans rémission")

  Jean II (1422-1478) devint en épousant Marguerite de Rostrenen Seigneur de Pont-L'Abbé et de Rostrenen, titres qu'il transmet à Pierre IX (1443-1488) puis à Jean III (dc 1508) et enfin à Louise, dernière héritière de Pont-L'Abbé et de Rostrenen.


 4. Armoiries de Kergorlay : vairé d'or et de gueules (à droite) entourées du collier de l'Ordre de Saint-Michel. Devise : Ayde-toi Kergorlay et le ciel t'aidera 

       Cette famille tire son nom du lieu-dit de Guergorlay en Motreff (au sud de Carhaix). Ce n'est pas la branche ainée, mais la branche cadette, dite du Cleuzdon ou Cludon, qui ajouta Pestivien à ses fiefs. 

  • Charles de Kergorlay, 1580-1620, chevalier de l'Ordre de Saint-Michel // Charlotte de la Voue ca 1585
  • René de Kergorlay (1607-1653), Chevalier de l'Ordre de Saint-Michel, //mariage le 9-01-1633  Louise de Guengat ca 1615, fille de Jacques de Guengat
  • Jacques Claude de Kergorlay (1636-1694),Marquis de Cludon, Comte de Guengat, Baron de Pestivien // Jeanne Pélagie d'Espinay
  • René François de Kergorlay (1677-1725), Marquis de Cludon, Mousquetaire du roi de 1694 à 1696, Capitaine général des gardes-côtes de la Capitainerie.


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5. Armoiries des Pestivien : vairé d'argent et de sable (à gauche)

      signification de "vairé" : en héraldique, hermines et vair sont des "fourrures"; le vair est une succession de motifs en cloche, et de motifs inversés en "pots", les cloches étant d'azur (bleues) et les pots d'argent (blancs). Lorsque ces motifs utilisent des couleurs différentes, on parle de "vairé", comme sur les armoiries précédentes où les cloches d'or alternent avec les pots de gueules.

  Dans les armoiries des Pestivien, le vairé est réalisé par des cloches qui ne ressemblent plus à des cloches, mais à un rectangle crénelé. Cela porte néanmoins toujours le nom de "vairé", éventuellement qualifié de billeté ( ? Ou de cannelé ?)

  Puisque c'est plus rare, profitons de l'occasion d'en découvrir ainsi un exemple.

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      6 et 7 : Portées par des anges : Armoiries des Pestivien (à droite) ceintes du collier de l'Ordre de Saint-Michel, et à gauche armoiries  des Guenguat d'azur à trois mains dextres appaumèes d'argent en alliance avec  celles de Rostrenen, elles-aussi entourées du collier de l'Ordre de Saint-Michel.

  Jacques de Guengat, le père de Louise de Guengat, était chevalier de l'Ordre de Saint-Michel.

      On remarque que les cloches et les pots du "vairé" de cette version des armoiries des Pestivien ne sont plus, comme en 5,  de forme crénelée.


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  En conclusion cet ensemble d'armoiries a été réalisé vraisemblablement au XVe siécle pour les armes 2, 3 et 6, modifié par les Kergorlay vers 1620 après le procés-verbal contre les Bodilio-Combout pour les armes 4 (Kergorlay), 5 (Pestivien), puis vers 1633 pour 7 ( Guengat) après le mariage de Kergorlay avec Louise de Guengat. Les armes des Bouteville, initialement placées en 7, se sont retrouvées en 1, en supériorité, entre 1620 et 1864, peut-être en 1633 lors de la mise en place en 7 des armes des Guengat.

  Tout cela est à prendre comme issu de ma jugeotte, curieuse mais absolument non qualifiée, et avide de remarques. 

 

II. LES ANGES MUSICIENS.

                                                                               L'âme a deux yeux : l'un regarde le temps

                                                        Et l'autre se tourne vers l'éternité.

                                                   Angelus Silesius, le Pélerin chérubinique.

                                                              

Le théme iconographique apparaît au XIIIe avec l'essor du culte marial, et alors qu'auparavant les seuls anges instrumentistes étaient ceux des Jugements Derniers et des Ressurections avec leurs cors ou olifants puis leurs trompettes,  le Concert des anges accompagne alors des Annonciations et des scènes dédiées à la Vierge. Puis il devient vers 1350-1550 un symbole édenique des joies infinies du Paradis, avant de tomber sous le coup des condamnations du Concile de Trente (1545-1563) et de disparaître au XVIIe. Le vitrail de Bulat, daté de 1470-1480, est bien représentatif de cette chronologie.

    Dans tous les cas, ce concert sacré illustre l'élévation de la spiritualité, l'harmonie, la grâce, la légèreté, l'innocence  propre au monde du divin apparenté à la perfection régulière du Cosmos, ou encore le caractère immaculé de Marie   qui s'opposent aux lourdeurs, aux laideurs et aux imperfections du monde terrestre, humain et pécamineux. Je rappelle néanmoins qu'au Moyen-Âge, la musique est condamnée par l'église qui y voit motif à débordements, danses et lutinerie. (cf Catalogue de l'exposition « Instruments du diable - Musique des Anges, Images et symboles de la    cornemuse et du hautbois en Bretagne : XIVème-XXème siècle », Dastum, Rennes, 1999.)http://musiques-bretagne.com/Htm/Fete/Exposition/Fete_Exposition_E01S02.htm

  Si ce théme accompagne les fluctuations des croyances religieuses et de la pensée théologique, il suit aussi le développement de la musique  et la diffusion des oeuvres de Josquin des Prés (1440-1520), Clément Jannequin, Roland de Lassus (1532-1594), Gesualdo ou Monteverdi, ou l'apparition d'instruments. Dés 1420 et jusqu'en 1600, la musique polyphonique se développe au service des maîtrises des cathèdrales dans le nord de la France au sein de l'école franco-flamande

  Un exemple illustre mais étrange en est le Concert des anges du rétable d'Issenheim par Mathias Grûnewald (1475-1528). Il réunit un nombre varié de musiciens, 8 à Dives, 24 à Reims, 47 au Mans, parfois en paires (32 à Sens). Les instruments se répartissent en hauts instruments, au son puissant destiné à la musique festive ou à danser jouée à l'extérieur ( trompettes, cornets, cornemuses et hautbois, chalumeaux), et de bas instruments destinés à une musique savante, écoutée dans le silence et l'attention à l'intérieur ( flûtes, rebec et violes, guitares ou harpes). Ce sont ces derniers qui sont représentés à Bulat-Pestivien.

  Le théme se décline dans la peinture, la sculpture ou dans les vitraux:

 -Peinture et sculptures : je renvois à l'excellent site de Christian Brassy :http://www.instrumentsmedievaux.org/articles/anges.pdf et je ne cite que :

  • Memling, anges musiciens 1480, Koninklijk Museum Anvers,
  • Memling, Vierge à l'enfant et anges musiciens, Munich
  • Fra Angelico, rétable de Fiesole 1430
  • En Bretagne, les blochets de l'église de Bréles

-Vitraux:

  • Rouen, baie 7, Flûtet, citale, orgue portatif, cymbales, naquaire, guiterne, psalterion, tymbre, harpe.
  • Vernon, Collégiale Notre-Dame, fin XVe tympan, 11 anges musiciens
  • Cluny, église de la Varenne-Jarcy
  • Dives-sur-mer, XIVe, chalumeau-double, cornemuse, viole à archet, flûte de pan, guiterne à 3 cordes, orgue portatif, claquebois, hautbois. Superbe exemple, visible ici : http://www.dives-sur-mer.fr/v2/pdf/egliseexpo.pdf
  • Reims, Notre-Dame, grande rose de la facade occidentale, XIIIe, au dessus d'une Assomption : 24 musiciens.
  • Bourges, cathédrale St-Étienne, chapelle Ste Anne et chapelle Jacques Coeur, par Jean Lescuyer, tympan : luth, harpe, trompette, chalumeau, viole, flûtet et tambourin, , et encore orgue portatif sur un verre daté de 1451.
  • Tours, cathédrale St Gatien, rose de la findu XVe, 12 musiciens
  • Moulins,  Cathédrale  XVe, 
  • Sens,  Cathédrale,  rose nord, vers 1520 : 32 couples d'anges jouant d'instruments tous différents.
  • Mézières en Brenne,  Collégiale XIVe
  • en Bretagne l'infatigable Pierre-Yves Castel signale les vitraux de Dirinon et ceux de Pouldavid à Douarnenez.

 

A. Le coeur central

 Ses seize verres montrent quatre instruments différents

  • deux "chanteurs" à phylactère, 
  • un tympanon, 
  • deux flûtes ou chalumeaux
  • deux serpents ou tournebouts (qui ne sont pas semblables)
  • deux harpes.

Pour les étudier, j'ai fait appel au remarquable site  http://www.instrumentsmedievaux.org/pages/depart.html 

 et à http://ww2.collegeahuntsic.qc.ca/pagesdept/hist_geo/Atelier/Parcours/Muse/instruments.html

1. Les porteurs de phylactère.

                                         Je ne crois en nulle mort ; je meurs à toute heure

                                          Et chaque fois je n'ai trouvé qu'une vie meilleure.

                                                 Angélus Silesius, le Pélerin chérubinique, op cité

 

  Des phylactères ! Hélas, je ne suis pas parvenu à les déchiffrer : c'est agaçant !

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2. Au centre : le psalterion, ou le tympanon.

                                                                            Homme, si tu es encore quelque chose,

si tu sais quelque chose,

                  si tu aimes et détestes quelque chose,
                             Crois-moi, tu n’en as pas fini avec ton fardeau.

  Angelus Silesius, le Pélerin chérubinique

 

   Le psaltérion : son nom vient du grec psallo, "pincer une corde" puis "chanter avec un instrument à cordes", ce qui a donné aussi "psaume". Apparaissant dans l'iconographie au XIIe siècle initialement en forme de trapèze, ils adoptent ensuite au XIIIe et XIVe celle du "groin de porc". On le joue des deux mains en le posant sur ses genoux, comme ici, ou contre sa poitrine. Il paraît proche d'un instrument vu ici :http://www.vlamarlere.com/article-23325046.html

 

   Sur un psalterion, les cordes sont généralement doubles, et métalliques. Elles sont pincées par une pièce de bois, d'os , de plume ou d'écaille nommé plectre, tenue classiquement entre l'index et le majeur.

  C'est précisément ce "plectre " qui me trouble, car j'ai bien l'impression que la tenue de l'objet incurvé que l'ange tient entre la face latérale de la deuxième phalange du pouce et la première phalange de l'index correspond à une technique de frappe,  qu'il s'agit alors de mailloches ou baguettes  et non de plectres, et que l'instrument est alors plutôt un tympanon qu'un psaltérion.

    Le tympanon est/serait apparu plus tard que le psaltérion, au milieu du XVe siècle. Son son très doux la fait nommer dulce melos, doulcemelle puis dulcimer

  Sa forme en T est ici particulièrement soulignée.

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3. les joueurs de harpe.

                                            

La rose est sans pourquoi, elle fleurit parce qu’elle fleurit,
N’a pour elle-même aucun soin, - ne demande pas : Suis-je regardée ?

        Angelus Silesius, Le Pélerin chérubinique ou Cherubinischer Wandersmann

 

     La harpe est trés ancienne, elle se compose d'une caisse de résonance, droite, d'une colonne et d'une console souvent en col de cygne. Bien qu'on on ignore beaucoup sur la harpe médiévale, on la décrit comme une harpe triangulaire de 90 cm de haut (ce qui semble la taille de notre exemple), diatonique dont le nombre de cordes varie de 7 à 25 -ou de 21 à 28-,probablement métalliques ;  seules 10 sont représentées ici.

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4. les joueurs de chalumeau :

                                                              "Est-ce une conque? Êtes-vous un Triton?" (Cyrano, tirade du nez)

   Est-ce une flûte? Avez-vous un sifflet? Ou une anche, ce serait une muse ! Et si la anche est double, vous jouez du chalumeau. Ou, au féminin, de la chalémie.

   Je compte les trous : jusqu'à dix-sept, bigre, qu'est-ce?

   J'évalue la taille : presqu'aussi longue que le bras d'un ange, lequel a le bras long : plus de trente centimètres, ce n'est pas l'exilant qui fait tout-juste 17 centimètres, ni même une une musette qui en fait moins de trente.

   J'observe que le tuyau s'évase vers son extrémité. Pourvu que tout cela puisse dire quelque chose à un musicologue  versé dans l'instrumentarium médièval. 

Moi, tant que je peux aligner les mots nouveaux et les ajouter à mon petit répertoire, je suis aux anges. Et, à propos, ceux-ci ne jouent  ni de la bombarde, ni du cornet à bouquin, ni du sacqueboute, qui est si drôle à dire mais qui n'a rien à voir, ni du lugubre cromorne, ni du sordone, ni du cocasse cervelas, ni de la douçaine.

                                                     "Est-ce une conque? Êtes-vous un Triton?" (Cyrano, tirade du nez)

   

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5. Les joueurs de serpent.

             

 

Le ciel est en toi et aussi les tortures de l’enfer :
Ce que tu choisis et ce que tu veux, tu l’as partout.

Angelus Silesius, le Pélerin chérubinique

 

Rien n'est plus contraire à l'esprit chérubinique, à la mentalité séraphinique, à l'inspiration archangélique, à la pensée gabriélique, uriélique, raphaëlique et michélique, rien n'est plus étranger au régne des Trônes et des Vertus, des Dominations, des Principautés ou des Puissances, des Intelligences ou des Idées, rien n'est plus éloigné des Messagers blancs comme neige et vêtus comme l'éclair, de la coloratura des chanteurs célestes et de la glossolalie des voix parénétiques ou théophaniques que la forme de cet instrument qui semble échapper des griffes de Samaël et que la bassesse de son timbre; et rien ne trahit plus la droiture de ces âmes pures que l'apparence tortueuse et retorse de ce membre de la famille des cuivres qui trompe son monde en prenant l'apparence d'un bois.

  Et pourtant, à moins d'accuser le zéle intempestif d'un vitrier restaurateur, il faut se rendre à l'évidence et constater que ce n'est pas un, ce sont deux joueurs de serpent qui participent au concert spirituel.

    Selon l'article Wikipédia, le serpent est un instrument dont l'invention remonterait à 1590  (le vitrail date de 1570-80) et qui était utilisé dans les églises,"pour accompagner les choeurs dont il renforçait les basses durant les offices religieux. Il remplaçait notamment l'orgue dans les lieux où il n'y en avait pas. Il était donc, dans un premier temps, essentiellement vouè à la musique religieuse dans des formations vocales jusqu'au milieu du XIXe siècle où il fut remplacé petit à petit par d'autres instruments pour accompagner le choeur. En Bretagne et en Normandie il est utilisé dans les églises jusqu'à la  Première Guerre Mondiale"

 En note, l'article donne un extrait de La Maison Tellier de Guy de Maupassant :« Devant le lutrin, trois hommes debout chantaient d'une voix pleine. Ils prolongeaient indéfiniment les syllabes du latin sonore, éternisant les Amen avec des a-a indéfinis que le serpent soutenait de sa note monotone poussée sans fin, mugie par l'instrument de cuivre à large gueule. »

  Sur son site, le musicien breton Roland Becker écrit que les instruments de Basse-Bretagne du XVIIIe siècle "existent toujours. Il y avait bien-sûr le biniou et la bombarde ainsi que le tambour, et puis il y avait des instruments moins [?] pittoresques comme le serpent, sorte de gros pipeau avec une embouchure comme celle du trombone, avec six trous. On jouait de cet instrument dans les églises... la Bretagne étant une province très écclésiastique, on a retrouvé des joueurs de serpent qui étaient là pour accompagner les cantiques dans les églises"

http://www.rythmes-croises.org/ethnotempos/articles.item.98/roland-becker.html

 

  Je ne peux manquer de signaler qu'il évolua vers un instrument doté de clefs, l'ophicléide. L'Ophicléide ! Comme quoi il était inutile d'aller chercher parmi les papillons, les libellules ou les oiseaux les jolis noms que je pouvais trouver sans battre la campagne, dans un orchestre militaire, milieu autrement sympathique.

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250px-Serpent_%28musical_instrument%29.J 

(Source Wikipédia "serpent", libre de droit)

 

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   Et si c'était un Tournebout ?

Plus je regarde l'image, plus je doute... c'était trop beau, le serpent avec les anges, l'occasion de citer Maupassant, pourquoi pas Flaubert ou Proust, non, cela ressemble à un chalumeau en trois parties, où les trous sont percés dans les deux premières qui sont droites et non dans les sinuosités... Tout faux, mais j'aurais appris quelque-chose, et je laisse le soin aux gens compétents de faire leur travail.

  Je vais quand-même regarder l'autre musicien, celui de droite : je découvre qu'il est différent, avec plein de trous dans les parties courbes, et un appendice rétrograde prés de l'embouchure heureusement souligné au jaune d'argent. Je Joue mon Joker et je fais appel au public. 

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B. Les deux coeurs latéraux.

 

Chaque coeur latéral est composé d' armoiries, d'un motif de feuilles de houx, et de 10 anges. Leurs instruments sont de haut en bas:

  • deux cornemuses entourant
  • deux clavicordes,
  • deux flûtes de tambourin entourant 
  • deux violes
  • et encore deux clavicordes.

1. Les cornemuses :

 

 

Le soleil n’a pas mal quand tu te détournes de lui
Et Dieu non plus quand tu cours à l’abîme

    Angelus Silesius, le Pélerin chérubinique

 

Elles sont décrites par Jean-Luc Matte comme "sans bourdon, hautbois conique, court porte-vent."

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2. Le clavicorde ?, ou clavicytherum :

 

 

Le plus court chemin vers Dieu passe par la porte de l’amour ;
Le chemin de la science t’y mène très lentement. 

Angelus Silesius, Pélerin chérubinique

 

Je découvre un instrument à cordes frappées par l'intermédiaire d'une touche : je compte neuf touches, et autant de cordes ; celle-ci sont tendues au-dessus de la table d'harmonie qui est percée d'une ou de deux rosaces.

  Il y a donc deux instruments différents :

2a : le clavicorde à deux rosaces.

 Ce que l'on voit, ce sont les touches, les cordes, la table d'harmonie trapézoïdale (triangulaire à l"extrémité tronquée), mais ce qu'on ne voit pas, c'est si les cordes sont frappées ou pincées :

  • Frappées, c'est alors une sorte de tympanon doté d'un clavier, une forme précoce ou simple de clavicorde, qui est l'ancêtre du piano-forte.
  • Pincées, c'est une sorte de psalterion à clavier, une forme de clavicymbalum, l'ancêtre du clavecin.
  • Pincées toujours, mais à la table verticale, une sorte de harpe à clavier, c'est le clavicytherium.



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2b : le clavicorde bis : une seule rosace

  La forme de la table d'harmonie  est triangulaire et non trapézoïdale. Le nombre de corde est le même. Le premier modéle montre un clavier au sommet d'un boitier vertical assez haut.




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  3. Le rebec à trois cordes,  ou la vielle à archet qui lui a succédé, aussi appelée viole.

 

Tu dis : Quitte le temps et rejoins l’éternité ;
Mais y a-t-il une différence entre le temps et l’éternité ?

     Angelus Silesius, le Pélerin chérubinique

 


  Comment vais-je faire, moi qui n'y connait rien, pour différencier le rebec, dont il est dit que l'utilisation est beaucoup plus tardive qu'on ne le pensait, jusqu'au XVIIe siècle, de la vièle ovale ?

  •   par le nombre de cordes ? Le rebec en compte trois, et la vièle de trois à cinq jusqu'au XIIIe siècle, date où le chiffre cinq a été fixé, dixit Wikipédia. Or le vitrail est du XVe.
  •  par la forme piriforme du rebec, alors que la vièle est ovale mais a tendance à se cintrer  au XVe comme le montrent les représentations de Memling (instrumentsmédiévaux.org) ? Mais il existe des vièles piriformes !
  • Parce que le corps du rebec est taillé dans la masse ? Mais le corps de la vièle est chantourné dans une planche épaisse !
  • parce que le rebec est monoxyle, taillé dans un seul morceau de bois, alors que le manche de la vièle est un élément rapporté. Ici, il est manifeste que le manche est en continuité avec le corps.
  • parce que la table du rebec est plate, et celle de la vièle voutée.
  • Mais pas : par le nombre d'orifices : le rebec n'en a qu'un, en rosace, alors que la vièle en a deux,  en forme de demi-lune ! mais l'illustration d'instrumentsmédievaux.org donne l'exemple inverse !

   Je me décide pour dire  qu'il s'agit d'anges joueurs de rebec, cet instrument apparu au XIVe, mais surtout utilisé du XVe au XVIIe, peut-être introduit par l'Espagne musulmane. Il était joué par les menestriers dans les fêtes populaires, et dans les bals et concerts de cour

  L'instrument est appuyé contre la poitrine, l'archet est rudimentaire et se résume à un arc tendu de crins, sans manche. Les deux instruments différent par leur chevillier, le premier en crosse vers l'avant se divisant en deux pointes en hameçon, l'autre en crosse arrière terminé en pomme.

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4. Le flûtet, ou Flûte à tambourin, proche du galoubet provençal.

                                                                                                                                     Pur comme le plus fin des ors,

                                                                                                                                           ferme comme un roc,

                                                                                                                                   De part en part limpide comme un cristal;

                                                                                                                        ainsi doit être ton coeur.

                                                                                                      Angelus Silesius, le Pélerin chérubinique.


C'est une flûte à trois trous qui se joue d'une main (ici, indifféremment droite ou gauche) alors que l'autre main se charge de la partie rythmique sur un petit tambourin. Celui-ci apparaît sur ces images fixé par un cordon autour du poignet, ou par une lanière qui s'enroule autour de la commissure de la main.

Je l'ai déjà rencontré à Confort-Meilars sur le vitrail (début XVIe) dédié aux scènes de la Vie de Jésus ; mais la flûte y est beaucoup plus longue, à sept trous, et le tambourin est fixé à la taille:

Confort-Meilars :

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Bulat-Pestivien :

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  Les deux anges suivants sont issus du même carton. La flûte semble constituée de deux parties : un tuyau rond, surmonté d'une partie plate, élargie et percée d'un orifice rectangulaire ; en outre, celle-ci  se termine par une dilatation ressemblant à un ballonnet , après le cinquième doigt.

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C. Les mouchettes complémentaires :

  1. Joueur de harpe : 


                                                         Je ne sais pas ce que je suis,

         je ne suis pas ce que je sais :

Une chose, et pourtant aucune chose,

et petit point et un cercle


                                                     Angelus Silesius, le Pélerin chérubinique 

 

   Je remarque que la console est double, ou creusée d'une gorge, à la différence des harpes éxaminées plus haut. Le nombre de chevilles, ou le nombre de cordes, reste de dix

 

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 Figure jumelle :Joueur de harpe, vêtu d'un manteau brodé et le front ceint d'un globe crucifère

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2. Joueur d'orgue portatif :

                                                               Je n'aime qu'une chose et ne sais ce qu'elle est,

Et parce que je l'ignore je l'ai choisie

                                                                                                           Angelus Silesius, le Pélerin chérubinique

 

Orgue portatif à sept tuyaux

  Au XIe siècle, le moine Théophile, bien connu des amateurs de vitraux pour son traité sur les technique du verrier médiéval, a rédigé aussi un Diversarium artium schedula où il décrit toutes les étapes de construction d'un orgue d'église. C'est dire que les orgues, dont la technique se développe du XIIIe au XIVe, sont courant dans les paroisses au XVe siècle.          L'orgue portatif, lui, se joue de la main droite tandis que le bras et la main gauche maintiennent l'appareil et actionnent le soufflet. Il peut être joué debout, et accompagner ainsi une procession, en le maintenant par un baudrier, ou bien assis, posé sur les genoux, ou encore, comme dans la tapisserie de la Licorne, posé sur une table.


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Le même carton, inversé :

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3. Instrument à corde pectoral:

 


En bas de l'axe de symétrie, un couple d'anges jouent d'une boite où ils semblent pincer des cordes :

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  Essaie, ma petite colombe, on apprend beaucoup par l'exercice;

Celui qui ne reste pas assis finit par arriver au but.

Angelus Silesius, le Pélerin chérubinique, trad. Maël Renouart, Rivages poches ed.

 

 


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Published by jean-yves cordier
27 décembre 2011 2 27 /12 /décembre /2011 00:00

 

          Un lutrin anthropomorphe

            en costume de Mouton Blanc

            à Bulat-Pestivien (22)

 

   C' était une après-midi d'hiver : je poussais la porte de l'église Notre-Dame de Bulat, soulagé de la trouver ouverte après les kilomètres que j'avais parcouru pour découvrir, après celui de Guiscriff, le deuxième lutrin anthropomorphe de Bretagne  Guiscriff : un lutrin anthropomorphe en costume breton.

  Je n'eus pas à le chercher longtemps, car il m'attendait près d'un confessionnal, derrière une rangée de chaise, dans le collatéral sud, très loin du choeur où je m'attendais à le voir remplir sa fonction et porter les Évangiles. Hum hum, je pressentis un malaise, car on ne mets pas ainsi au coin, fut-ce loin de sa paroisse, un jeune paysan vannetais dignement habillé du costume de son pays Pourleth sans raison majeur. Pourquoi le poussait-on ainsi vers le placard à balai et la poubelle ?

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   En attendant une explication de cette disgrâce ( un lutrin qui avait été exposé au Grand- Palais!), je le pris en photo, bien décidé à découvrir ce fameux costume dit "Mouton Blanc" ou "Mille Boutons", porté par les hommes de Pontivy et, plus largement, du pays Pouhlet, du Vannetais ou Gwenedour. Mille Boutons ou Bouton Blanc, je m'y perds, certains décrivent ce lutrin sous ce titre de Mouton Blanc, qui est Pontivy, alors que d'autres en font un Mille Boutons, qui est Guéméné, et je peine à démêler l'écheveau des démêlés entre pays bretons, surtout si c'est bonnet blanc et dubonnet, et de boire le bouillon.  Je ferai de mon mieux.


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   Alors que son collègue de Guiscriff a adopté la posture de l'Atlante, un genou à terre, le Vannetais se tient debout, tête haute, souriant, portant sa charge avec tant d'aise qu'il se contente de poser deux doigts sur le plateau de bois. C'est qu'il en a porté, des sacs de blé et des ballots de paille ! Et peut-être aussi tire-t-il, tel Samson, sa force de la longueur de ses cheveux.

  Au dessus d'un gilet noir où s'alignent tels des moutons à la queue-leu-leu quelques-uns des 144 légendaires  boutons argentés, il porte la veste blanche qui explique le nom de sa tenue. Elle aussi voit s'aligner des théories de boutons purement décoratifs. J'en ai compté 26 du coté gauche avant de m'endormir. Elle porte le nom de justenn ; elle est ici légèrement plus courte que le gilet, alors que l'inverse est signalé par Jean-Pierre Le Gonidec ( Coiffes et Costumes des Bretons, Coop Breizh  2005).  Les manches sont ornées d'un rectangle de velours noir en T portant trois autres boutons.

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   Des boutons, j'en découvre encore quatre le long du haut col droit, purement décoratifs, au dessus d'une boucle-agrafe qui ferme l'encolure. On devine par les plis rayonnants le caractère bouffant de cette chemise. On voit aussi que le gilet n'est fermé qu'au deux-tiers, peut-être par un laçage entre les fentes qui sont visibles. Le plastron du gilet est décoré de bandes horizontales, sans-doute de velours, dont les deux supérieures peuvent se prolonger autour du col et sur l'arrière. Je compare les trois bandes de cette image avec cette photo que je copie-colle du blog http://guemenesurscorff.blogspot.com/2011/07/blog-post_23.html

 

 

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  L'arrière de la veste fait apparaître, sous une sur-épaisseur en double arcade, douze godrons qui descendent jusqu'au bord inférieur. On signale qu'en pays pourlhet, elles s'évasaient vers le bas et qu'elle dataient de la Renaissance.

  

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  Le pantalon n'est pas le bragou bras bouffant, mais le pantalon long ou bragou berr. Il dispose de deux poches latérales identiques, découpées en fente en mandorle.

   La photographie montre les sabots, recouverts par des guêtres boutonnées (encore!) de sept boutons extérieurs. Elles se fixent au pantalon par ... un bouton. Finalement, je ne sais pas si ce pantalon descend sous le mollet .

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      Le chapeau du pays pourleth (capitale : Guéméné sur Scorff) est un chapeau rond feutré aux larges guides arrières sans boucle, alors que la boucle qui libère les deux  guides est ici bien visible. Les bords du chapeau sont larges.

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        Cette image montre la large ceinture de cuir et la boucle latérale en laiton. On découvre une poche droite supplémentaire, à rabat, horizontale et fermée par cinq boutons. N'oubliez-pas le bouton qui ferme le pantalon.

   Mes comptes :

  -chemise : 4 boutons

  -gilet : 26 boutons

   -veste : 50 boutons + 6 boutons de manches font 56 boutons

   -Pantalon : 5 boutons sur la poche et 2 boutons fixe-guêtres font 7, je n'oublie pas celui de la ceinture soit 8 boutons

   -Guêtres : 14 boutons 

_____________________________________________

Total : 4 plus 26 plus 56 plus 8 font 94, je rajoute 14 qui font 108. Mais je n'ai pas osé aller chercher les n boutons de braguettes, et les éventuels boutons de manche de chemise ou de gilet. 

Je proclame donc le résultat de CENT HUIT BOUTONS dont QUATRE-VINGT TROIS larges boutons plats argentés et SEPT larges boutons plats de guêtres, QUATRE petits  boutons ronds, et SEPT petits boutons plats, et AUCUN MOUTON.

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   Le coin arrière droit du socle cache derrière un missel (sûrement) une inscription : 

    KISELET GANT ANOTROU CHAMAILLARD chom an ROSTREN, signifiant comme chacun sait Sculpté par Monsieur Chamaillard de Rostrenen.

 

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   Bien-sûr, je me demande de quel "Chamaillard" il peut s'agir, pour découvrir rapidement qu'un Paul Chamaillard, sculpteur à Rostrenen, est l'auteur, en 1890 de le série des apôtres en bois polychrome alignés dans le porche de l'église Notre-Dame du Roncier à Rostrenen. C'est aussi l'auteur dans la même collégiale, de la cathèdre destinée à Mgr Bouche, qui fut évêque de Saint-Brieuc de 1882 à 1888, ce qui permet de dater ce fauteuil. En 1886, Mgr Bouche rend hommage à sa statue de St Jacut placée à l'entrée du monastère de Saint-Jacut. 

   De quand date ce lutrin? Un fiche des Monuments Historiques, qui l'a classé au titre d'objet en 1978, a été rédigée en 1994 et mise à jour en 2002 (ref PM 22000065). Elle donne la datation de "3e quart du XIXe ", et "vers 1860". Très bien, Paul Chamaillard aurait pu l'avoir réalisé étant jeune.

  Le frère de ce sculpteur était entrepreneur en travaux publics et privés, et a été chargé de restaurer l' église de St Michel-en-Grève (jusqu'en 1850), celle de Trémargat ou de la voûte de l'église de Kergrist-Moëlou, qui fut peinte en 1871 par Gilbert. 

  Il apparaît que c'est le fils de cet entrepreneur de Rostrenen, Émile Chamaillard, né en 1875 à Rostrenen, neveu de Paul Chamaillard dont il dut fréquenter l'atelier, qui est l'auteur de ce lutrin (source :http://marikavel.org/bretagne/bulat-pestivien/eglise-interieur.htm). Il devint chirurgien-dentiste à Paris (v.1901), et il publia en 1910 un ouvrage historique qui continue à faire référence, Rostrenen révolutionnaire

  Il ne peut donc dater, au plus tôt, que de 1895, dans la fourchette de vraisemblance de 1895-1901. Cette date approximative est très proche de celle à laquelle j'ai abouti pour le lutrin de Guiscriff.

   Le costume dit "des moutons blancs" est apparut vers 1870. Il s'agit d'un chupenn et d'un gilet de draperie blanche avec des bandes de velours noir rehaussées de broderies bleues et rouges en forme de motifs ornementaux primitifs (soleil, croix, étoiles, fleurs de lys), qui disparaîtront peu à peu. En pays pourleth, le costume initialement très proche du "mouton blanc" change  après 1870 pour devenir noir : c'est le costume "mille boutons".


 

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  A me voir tourner autour de ce lutrin pour vérifier qu'il ne lui manquait pas un bouton de guêtres, une de ces dames qu'on trouve dans ces églises désertes en train de fleurir la statue de Sainte Catherine, de redresser tendrement la crosse d'une saint-évêque qui fléchit, d'effacer un pli sur  la nappe d'autel, de tirer machinalement le rideau du confessionnal, celui de droite étant légèrement plus ouvert que le gauche, de surveiller  si les cierges de dévotion piqués sur l'if (mais oui, le support où les fidèles plantent leur bougie porte le même nom que le support de bouteilles de vin qui s'égouttent ) s'éteignaient bien, comme le commercial de la ciergerie l'avait assuré, automatiquement à 6 centimètres du bord, de prévoir mentalement la prochaine commande de veilleuse votive ( reprendre les rouges, forme tulipe, un carton de 48, l'essai de ces cylindriques couleur ambre n'a pas été heureux), bref une de ces saintes dévotes dont la relève n'est plus assurée et qui portent sur leurs humbles épaules la logistique d'une paroisse s'est approchée de moi sous prétexte qu'elle ne trouvait plus ses deux pieds de micro qui étaient pourtant toujours là, à la même place. "Ils n'ont pas pu s'envoler, tout-de-même". Non, mais je les découvris sous la statue de Notre-Dame, où elle se rappela les avoir placé. Elle avait tant de chose à faire...il y allait avoir une messe d'enterrement... le manuterge était-il plié sur la paire de burettes, ou bien ec linge liturgique, avec lequel le prêtre essuie ses doigts après le lavabo avait-il été confondu avec le corporal ? (le premier a une croix brodée dans le coin, et le second au centre...l'antépendium était-il masqué par la nappe d'autel ?... tout-à-l'heure, le célébrant trouvera-t-il tout ce qu'il faut pour superposer successivement sur le corporal le calice, puis le purificatoire, puis la patène, puis le pale, puis le voile de calice ?

  _ Eh puis maintenant, on ne peut rien laisser. Vous avez vu ce qu'ils ont fait ? Et puis ne me dites pas que ce sont des enfants qui ont fait ça

  Je suivais du regard l'index tremblant d'indignation, et il me désignait, un peu plus bas que la ceinture de notre paysan en tenue du dimanche, un dessin noir qui transformait notre paroissien bas-breton en pâtre grec ithyphallique!

  J'en fus rouge de confusion pour cette dame qui voyait ainsi toute sa peine, son dévouement, l'abnégation de ses humbles balayages, l'oraison de ses travaux ennuyeux et faciles, sa patience à exercer en son église la tradition rustique et millénaire de l'hospitalité, bafouée par le pencil ridicule d'un imbécile.

 - Et regardez le visage, qu'ils ont barbouillé comme des sauvages !

  C'est vrai que le gwenedour (vannetais) prenait des allures de petit ramoneur :

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   _Une personne a voulu le nettoyer, mais les Monuments Historiques ont dit : "Laissez le comme ça" ! Ah ben ça alors !

  Juste en face, du coté gauche de la nef, j'entendis un ricanement, comme un grincement : je traversais-genuflexion-la nef et je vis une chaire à prêcher dont la cuve  n'avait pas vu un chat depuis des lustres.

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  Et, en dessous, me fixant d'un regard glaçant, il y avait Ceci :

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  Il avait ouvert toutes grandes ses oreilles de chirioptère et n'avait perdait goutte de notre discussion. Il jubilait. Il frétillait de la queue et claquait ses griffes nerveusement.

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        Ah le Malin ! Comme il savait tramer ses coups infects jusque dans la Maison Divine ! L'Odieux !

    Scandalisé, je revenais vers le lutrin :

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   Je comprenais maintenant qu'il soit placé dans son coin, et il pouvait s'estimer heureux de ne pas être dos au mur, pour cacher ça ; imaginez-le sur l'estrade derrière la clôture du choeur, portant les Saints Évangiles ! 

   A Dieu ne plaise! Cui-ci peut pus servir à ren  avec c'truc à l'air comme s'il avait l'grand pont ouvert et la têt lessivée avec une morgat ! I vaut puz un'bolée d'cid!

 


   

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Published by jean-yves cordier
26 décembre 2011 1 26 /12 /décembre /2011 22:02

                                             Église de Guiscriff (Morbihan) :

        un lutrin porté par un paysan en costume breton.

 

   C'était le soir de Noël, lors de ma visite à l'exposition de crèches organisée à l'église St Pierre et St Paul de Guiscriff  : un homme grand et accueillant, sans-doute le recteur, que je voyais s'affairer à donner à chacun des précisions sur les santons, voyant que je photographiais son lutrin à double plateau, me déclara : "Vous savez, il ne reste que deux lutrins anthropomorphes comme celui-là en Bretagne, et l'autre, qui est polychrome, se trouve à Bulat. Vous pouvez le dégager des branches de sapin qui le cache, vous allez voir : il est entouré de deux démons qu'il écrase. L'un tient une bouteille, il représente l'ivrognerie ; et à gauche, l'autre diable tient un biniou, pour faire danser les filles."

  Me voilà qui étreint ce diable de lutrin qui pesait un poids de voleur, en train de le faire riper à droite, riper à gauche, et sans patin, de rattraper l'énorme bouquin qu'il soutient, et de constater que Monsieur le curé disait vrai (ce dont je n'avais jamais douté) :

donc, voici le "lutrin anthropomorphe"  avant ma lutte contre le lutrin. On ne voit, au pied, à droite, qu'un des deux lutins, l'ivrogne, et l'autre, le lutin qui lutine au pied du lutrin, est dans le sapin.

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Il n'en mène pas large, l'enfant de Bacchus sous les fesses d'un Titan ; le faune ébrieux aux oreilles pointues, l'aegypan qui picole, le téteur de fiole : au pied Médor, et bas les cornes !

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  De l'autre coté du lutrin que je n'ai pas dérangé en vain, voilà le lutin turlupin au pif zinzolin, le joueur de tsoin-tsoin tout aussi velu et  cornu que son voisin, l'oreille pointue et le sourire assasin. Mais ce n'est pas un faune, mais un vieux satyre libidineux et retors, un fieffé chafouin, un gredin caprin aux moeurs de carabin,  le fils du Mâlin  à la cornemuse infernale.

 Mais le diablotin est bien incapable de jouer de son vilebrequin à danser, son engin à six trous car dès qu'il y tâte, de son crin-crin, l'atlante armoricain resserre sa prise comme un serre-joint et lui cloue le bec. 

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 Maintenant que ces babouins sont écrasés par le brodequin et peu enclins à chahuter, enfin, intéressons-nous à l'Atlas porte-atlas accroupi sur sa base octogonale : la sculpture en ronde-bosse date du XIXème siècle, on ne peut être plus précis sur la datation et on ne parvient pas, m'explique le chapelain, à dire exactement à quel pays, à quelle guise son costume appartient.

  C'est un paysan, tête nue bien-entendu puisque son chapeau rond n'aurait pas apprécié le pieux fardeau qu'il s'agit de porter, les cheveux longs , vêtu d'une veste courte et  ouverte. Je l'imagine de drap bleu, enrichie de fil de soie jaune, mais qui sait? Ses bords sont garnis d'un galon de raies horizontales, qui suit l'ensemble des contours, se repliant en chicane pour suivre le décroché du pan droit, mais courant vers le haut autour du col, et vers le bas jusqu'au dos de la veste. Les manches sont fendues et dotées d'un bouton.

   Le gilet est fermé, sur la droite, par une enfilade de boutons (j'en compte neuf visibles) en face d'autant de boutons du coté gauche. Aucune passementerie n'est visible.

  Sous ce gilet, une chemise monte très haut en col montant fermé par devant par cinq petits boutons. Je ne trouve pas ce type de chemise dans le livre de Creston, mais elle se rapproche de la chemise de paysan en chanvre ou lin de la figure 137. 

  Plus bas, nous trouvons la large ceinture de cuir ou gouriz, fermée par une boucle, puis le bragou bras, et les guêtres boutonnées à l'extérieur. Tout cela ressemble assez bien au Saint Isidore dont  j'ai décrit la statue dans l'église d'Élliant : Costumes bretons d'Elliant : vitrail et statues.  

 

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        J'en étais là de mon inspection de notre cariatide mâle lorsque je fus tiré par la manche par une curieuse femme qui, auparavant, aidait le curé en tenant un stand où elle proposait des lectures pieuses consacrées à la Nativité, aux crèches et aux arbres de Jessé, et des numéros spéciaux du Pèlerin. J'avais évité de m'en approcher, non vraiment en raison de ses traits  fripés , du bonnet de laine qui l'a coiffait jusqu'au dessus des yeux, et de la tronche de rustre basse-bretonne qu'elle affectait de prendre pour entretenir l'impression que j'étais tombé dans un conte de Noël des temps anciens, mais justement parce que je redoutais de trouver exposée la preuve même d'un retour dans les années 1950-70 : les albums Fleurette, Sylvain et Sylvette, l'hebdomadaire Bayard ou la revue Record, Je veux être prêtre, la Vie du Curé d'Ars, parmi les exemplaires de Notre Temps ou de Prions en Église.

  Elle me montra la paire de godillots du manant à genoux et elle me dit : "regardez les chaussures cloutées : avec des modèles comme ça, la sculpture ne peut pas être très ancienne". Ses yeux pétillaient, elle m'avait bien eu avec sa comédie de bonne du curé!

  Et c'est vrai que la statue ne portait pas de sabots, mais des bonnes grosses chaussures lacées ferrées à clous.

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Le recteur, nous voyant plongés dans cette contemplation, prit à son tour la parole : Savez-vous ce qu'ils ont découvert lorsqu'ils l'ont restaurée ? Un Saint Sacrement gravé dans le dos de sa veste ! "

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  Je n'en avais jamais vu, mais j'avais lu quelque chose à ce sujet dans Creston, et , revenu chez moi, je retrouvais la page 87 de Le Costume Breton :

  " Il y a à peine cinquante ans, [ 1905, si l'article Cornouaille est paru en 1954] la mode de Rosporden se signalait par un motif  ornemental qu'elle semble bien avoir été la seule à employer, et dont l'origine paraît venir directement des ornements décorant armoires et lits clos : le Saint Sacrement et son dérivé le bouquet de fleur, le premier étant le plus ancien (fig. 48 et 49). Ces motifs, comme sur une chasuble, étaient brodés dans le dos du chupenn."

  Dés-lors, il serait possible de dater ce costume de la fin du XIXème ou du début du XXème siècle ( 1890-1910), et de le localiser comme un costume "du groupe de Rosporden", groupe auquel appartient Guiscriff.  En un mot, ce serait le costume d'un paysan de Guiscriff des années 1900.

 

N.B. Cette histoire de Noël est banale mais authentique, et j'en remercie chaleureusement les acteurs, en espérant qu'ils ne m'en voudront pas de les avoir enrôler dans cet article de mon blog.

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Published by jean-yves cordier
25 décembre 2011 7 25 /12 /décembre /2011 21:45

                  Exposition de crèches de Noël

           à l'église St Pierre et St Paul de Guiscriff.

 

I. La crèche principale :

 

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II. Les personnages quêteurs :

   On les trouvait jadis à coté de toutes les crèches, hochant la tête en remerciement lorsqu'on leur donnait une pièce de monnaie, à la grande joie des enfants. C'était le plus souvent des anges, mais cette exposition à aussi rassemblé un paroissien en costume breton, et un prêtre :

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  III. D'autres crèches : 

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           Toutes les photographies sont la propriété de Lavieb-aile.

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Published by jean-yves cordier
24 décembre 2011 6 24 /12 /décembre /2011 00:30

            Une crèche de Noël de 1853

               en costumes bas-bretons

            à Port-Launay (Finistère).

 

     Songez qu'ici le costume diffère entièrement d'une paroisse à l'autre : coiffes et bonnets de tous modèles, fraises et collerettes plissées, tuyautées, godronnées, jupes lourdes et massives  bombant à la taille sur un coussinet d'étoupe, justins à fleurs rouges, violets, orange, galonnés de fin or aux emmanchures et aux parements, et les gilets, les surgilets, les soubrevestes, les chapeaux à guenilles, les bragoubraz, les saints sacrements brodés dans le dos, les boutons armoriés, les guêtres de drap jaune, les ceintures de cuir blanc, les souliers à boucle, les cheveux en cadenette et les penn baz en coeur de chêne ! Telle de ces fermières d'Audierne ou  de Ploudergat, dont on a pu dire qu'elle portait toute sa fortune sur le dos, a l'air d'une idole orientale sous la chasublerie qui l'écrase. [...]Les femmes des Glazic de Briec et du versant sud       des    Montagnes-Noires, fidèles à la nuance d'où est venu leur surnom, empèsent leur coiffe de bleu de ciel et les constellent d'autant de petits miroirs qu'elles ont de centaines de livres de  rente. A Ploaré, la coiffe recouvre une mitre en carton (bourleden) dont la pointe  s'ébouriffe en panache. A Fouesnant, elle simule un immense papillon.          

                                                Charles le Goffic, L'âme bretonne 1902-1922.

 


  Le premier janvier 1842, le canal de Nantes à Brest ouvre les 360 km de navigation : dès lors, le port situé sur l'estuaire de l'Aulne (premiers quais en 1803) voit son activité exploser, et la tout jeune commune de Port-Launay, crée au détriment de Chateaulin et de Saint-Ségal (dont les finances vont péricliter) devient le deuxième port du Finistère, et enregistre encore en 1874 (où le déclin de la production ardoisière est déjà amorcé) 474 entrées de navires ! En comparaison, Brest en 1856 totalisait 542 navires. Le trafic a vu se succéder les vivres et la pierre (kersantite et microdiorite), l'ardoise, le sable, les amendements calcaires dont le maërl.

 

   Qui dit nouvelle commune dit nouvelle paroisse, la population doublant de 1841 à 1866 où elle atteint 1329 habitants et la paroisse est érigée le 14 août 1847, l'ancienne chapelle Saint-Nicolas faisant place à l'église Saint-Nicolas construite en 1855.

  Qui dit nouvelle paroisse dit installation d'une crèche pour Noël, les paroissiens sont unanimes mais voilà voilà, le Conseil de fabrique est formel,des sous il n'y en a pas, et surtout, pas question d'avoir une crèche moins belle que celle de Chateaulin, moins riche que celle de Saint-Ségal, alors c'est Monsieur le recteur, Olivier Salaun qui a eu la bonne idée : une crèche en costume traditionnel ! 

  Sacré bonhomme, le recteur, forte personnalité, si bien que Monseigneur René-Nicolas Sergent, évêque de Quimper et de Léon (dont on voit le tombeau dans la cathédrale de Quimper) refusa de baptiser son église par suite de "difficultés avec le recteur". En guise de compensation, il offrit à la paroisse sa croix pectorale en 1873...

  Donc, chaque grande famille de Port-Launay est mise à contribution, réunit ses économies (60 francs-or, un mois de salaire d'un ouvrier en province) et fait réaliser " une poupée de mode" au corps de sciure ou de son tassé dans une gaine de toile ou de peau d'agneau et à la tête de carton bouilli  ou de biscuit, poupée qu'elle fait habiller par les meilleurs tailleurs, tant et si bien que voici bientôt rassemblée une collection d'une trentaine (actuellement 24) de personnages, et la Sainte Famille, et l'ange qu'un bagnard aurait taillé dans un morceau de bois.

   Finalement, la crèche est terminée en 1853, alors que l'église est toujours en construction, et c'est d'abord la chapelle Saint-Nicolas qui l'accueille.

   La précieuse crèche est entourée de soins, réparée par chaque générations, elle est classée aux Monuments Historiques en 2000 et restaurée aux ateliers de kerguehennec en 2008.

  Chaque année, elle est installée et proposée à l'admiration des visiteurs et fidèles par l'Association: voici la crèche 2011, comme j'ai pu la découvrir:

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   Les costumes bretons se répartissent en 66 modes, ou "guises". Dans chaque mode, on distingue la tenue de travail de tous les jours, la tenue du dimanche, le tenue de cérémonie pour les fêtes, et la tenue de deuil : bien-sûr, les donateurs ont choisi pour leur poupée les tenues de fête.  

  L'auteur de référence pour l'étude des costumes bretons est René-Yves Creston, notamment par Le Costume Breton publié chez Tchou en 1974. Mais cet ouvrage décrit les costumes du XXème siècle, et les pages consacrées à la région de Chateaulin sont au nombre de huit (130-137). De même, les 136 planches que l'on doit au peintre Victor Lhuer ont été relevées entre 1937 et 1940. Seul Hippolyte Lalaisse a peint les costumes bretons vers l'époque où cette crèche a été exécuté dans Galerie Armoricaine. Costumes et vues pittoresques de la Bretagne, Nantes, Charpentier Père et Fils, 1848.

C'est dire combien ces poupées sont des témoignages précieux, et combien, connaissant la rapidité d'évolution des modes, nous ne pouvons que très approximativement nous baser sur les descriptions du XXème siècle pour les décrire; car rien n'est moins figé que les habits des bretons, s'adaptant avec un dynamisme étonnant aux étoffes et accessoires qui apparaissent, à l'innovation d'un tailleur voisin, aux éxigences du recteur, à la formidable envie de plaire des jeunes filles et des jeunes gens, au désir d'afficher sa condition sociale ou son identité de terroir, et à l'émulation proche de la rivalité entre paroisse. 

  De 1850 à 1920, on assisterait à l'abandon des couleurs criardes pour des couleurs pastels puis à la progression de la couleur noire, à l'adoption du pantalon droit chez les hommes, à la réduction de la taille des coiffes chez les femmes qui peuvent laisser apparaître de plus en plus facilement leurs cheveux.

  N'ayant aucune compétence en la matière, c'est en vrai naïf que je me suis amusé à les décrire comme j'ai pu, en étudiant les photos que j'avais prises, et non les poupées elles-mêmes : rien à voir avec un inventaire qualifié, mais au contraire l'occasion d'accumuler bourdes, balourdises qui seront autant de perles à épingler pour votre plus grand bonheur.

J'ai fait les corrélations que j'ai pu avec l'ouvrage de R.Y. Creston. J'ai consulté aussi J.P. Gonidec, Coiffes et Costumes des Bretons, Coop Breizh, 2005. L'attribution de noms ou surnoms et des communes d'origine est celle que j'ai relevé dans l'exposition qui accompagne cette crèche, travail de l'Association de bénévoles qui mérite bien-sûr toute mon admiration.

   


I. Groupe de Chateaulin ou de la Vallée de l'Aulne: le Pays Rouzig 

  Il est traditionnellement nommé Rouzig en raison de l'étoffe du costume masculin, une berlinge de la couleur de la laine brute brun-roux avant d'être teint en noir ("habit teint" et il se divise en trois modes, celles de Chateaulin, de Pleyben et de Braspart, auxquelles on rajoute la mode de Gouezec Saint-Thois.

1. La mode de Chateaulin est représentée par : 

a) l'artisane de Port-Launay :

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   Elle a été placée ici à coté d'un "marquis "Tap Bon" au costume de velours rouge, gilet blanc brodé or, jabot et manchettes de dentelles, culotte descendant au genoux au dessus de bas ou guêtres blanches, chaussure de cuir. Il est coiffé d'un tricorne. Une chaîne en or s'accroche aux boutons de la veste pour rejoindre ceux du gilet, tandis qu'une fanfreluche de fils noués pendouille vers l'entrejambe.

Selon R.Y. Creston, une coiffe d'artisane est une coiffe plus élégante et évoluée que celle des paysannes, et comportant bride, rubans et bavolets, partie recouvrant la nuque. Cela ne nous dit pas quel artisanat cette ouvrière exerce  dans une commune dédiée au commerce fluvial. Cette coiffe forme un huit dont les deux boucles se répartissent à droite et à gauche de la tête aux cheveux noirs.

C'est son grand châle violet que l'on remarque en premier,garni de franges qui prolongent un motif hexagonal par savant nouage des tresses. La broderie très soignée (quel travail à cette échelle !) forme des pétales et des tiges de fleurs dont l'éclosion ets constituée par des cercles concentriques.

On distingue un corsage ou une pièce de tissu de dentelle blanche, recouvrant un tissu bleu foncé.

Une chaîne sur la poitrine porte une croix, en or ou en argent.

  Il reste à mentionner le tablier noir (tavanjer) auquel est cousu un devantier (tapeled) épinglé sur le châle. Les deux pointes du châle disparaissent derrière ce devantier avant de rentrer dans la ceinture du tablier.

  La robe est presque totalement dissimulée, mais les manches en trahissent la couleur : noire.

b) Marie Mourain de Saint-Ségal :

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     Qui est Marie Mourain ? Je l'ignore, mais à n'en point douter ses affaires se portent bien, et les commères de Saint-Ségal viendraient me chuchoter que la Marie porte la culotte que je n'en serait guère surpris. Quel tablier ! de soie, ma chère, et brodé au fil d'or, avec quatre rang de dentelle, un plissé à la taille, et le devantier a exigé du tailleur et des brodeurs des jours de labeur ! Il se dédouble en une pièce de dentelle décoré d'un motif triangulaire ébauchant un coeur, et en un bustier remontant très haut vers le cou et très largement vers les épaules qu'il carre d'avantage encore que la carrure naturelle de la jeune personne.

  Ici, la robe ne se laisse pas cacher par le tablier, et surtout pas la large pièce de velours noir qui en constitue les manches, d'une part, et la partie inférieure, d'autre part. s'il est vrai que la richesse de la paroissienne se calcule à la largeur de ce velours, quel beau parti !

La coiffe me paraît comparable à celle de  "l'artisane de Port-Launay,", mais c'est que je n'y connais rien, aussi. 

 c) Job ar Rest, paysan de Saint-Ségal :

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      Ce paysan de Saint-Ségal porte le grand chapeau rond en feutre à rubans (an tog), le pantalon de drap noir (an otou hir), mais surtout, bien-sûr, et il doit en être bien fier, une magnifique veste à bouton rouge (est-ce elle qu'on nomme brelenn ?), assez longue, doublée de drap bleu, aux six boutons rouges (plus un sur la poche), et la coquetterie d'une pièce de galon de deux centimètres près de la poche, bleu, rouge et or. 

  En dessous, une autre veste (ou un gilet) aux deux larges pans triangulaires ourlés de velours noir reprend le motif de dix gros boutons rouges complété par des boutonnières de même couleur. Ajoutons à cela une chemise blanche toute simple.

  Rien à dire, Job ar Rest a belle allure !

2. La mode de Pleyben :

a) la paysanne de Pleyben :

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Madame de Pleyben ressemble beaucoup à Madame de saint-Ségal, même coiffe, même grande robe noire à large bordure de velours, même tablier blanc à devantier remontant jusqu'au cou, même motif triangulaire doré sur la poitrine, mais ici pas de dentelle mais un tissu blanc brodé d'une répétition de deux motifs : une étoile à cinq branches dans un fleur à cinq lobes, et d'autre part une croix entourée d'un laçage de cordelette ; du centre de cette croix jaillissent des gerbes d'épis.

  Les poignées de la chemise sont de dentelles, pour ne pas en rabattre sur Marie Mourain, qu'on croise à la foire, et la bande de velours de la jupe, un peu moins large, est de taille honorable.

b) le paysan de Pleyben :

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  Il ne porte pas moins de deux vestes et deux gilets, un pantalon de drap et la large ceinture de flanelle nommée turban, et le large chapeau rond.

   Les deux vestes sont semblables, courtes, très ouvertes, mais celle du dessus est un peu plus courte. Elles sont brodées sur toute la hauteur au fil rose avec un motif en échelle, puis une ligne verticale en or, puis une autre au fil rose relié par des échelons ou boutonnières. Les manches sont surfilées de fil mauve. Entre ces deux vestes, une doublure ou une autre veste est visible, claire comme de la laine blanche.

Le gilet est aussi de drap noir, croisé et fermé par trois boutons ronds et noirs dans des boutonnières verticale (en haut) et horizontales (en bas). l'encolure est brodée en bleu et or.

Un deuxième gilet est (serait) visible en dessous, avant une chemise blanche.

 Le "turban" est noir brodé de rouge et de bleu.

  Le large chapeau entouré de velours noir apparaît décoré par un cercle blanc et bleu, s'il ne s'agit pas d'un artefact lié à la fixation de la poupée.

 

    On peut s'étonner de ne voir aucune étoffe "rouz", rousse ou écrue en ce pays rouzic.  René Yves Creston (ouvrage cité, p. 133) explique, en appliquant à Chateaulin ce qu'il connaît en Guérande, que les paysans portaient deux habits : l'"habit de berlingue ou "habit gar" ou "habit rouge" en droguet filé et tissé à la maison, pour les jours ordinaires. Et "l'habit teint", ou "bel habit" pour le dimanche, réalisé avec la même étoffe mais teinte en noir, puis plus tard réalisé en drap noir grenu de fabrication industrielle. La date habituellement donnée pour l'apparition de cet habit teint, 1870, ne correspond pas à nos modèles de 1853 dont aucun n'est "rouz".

  Ce "droguet" ( se dit d'un tissu de médiocre valeur) était fait de laine, filée ou tissée à la ferme, ou bien de chanvre, ou d'une chaîne en chanvre et d'une trame en laine. Le chanvre était semé au  printemps dans les courtils (liorzh kouac'h), récolté en septembre lorsque les tiges avaient atteint deux mètres de haut. Elles étaient alors coupées, plongées dans un bassin pour y rouir, mâchonnées par les mâchoires de la broie, puis la filasse obtenue était cardée, séchée au soleil avant d'être travaillée à l'automne et l'hiver, filée et transformée en cordages, draps, chemises bien rêches et grises. Le lin, cultivé de la même façon pour les besoins locaux, s'associe au chanvre pour réaliser les étoffes.

  La Bretagne de 1850 n'est pas une terre d'élevage du mouton, si ce n'est à Ouessant, mais chaque exploitation élève un ou deux moutons de lande, non pour la viande, mais pour les besoins en laine de la ferme. La tonte a lieu une fois l'an, en mars ou avril.

3) la Giz Gouezec ou mode de Gouezec:

 

 La paysanne de Gouezec :

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  Difficile de ne pas admirer cette Gouezecoise à la coiffe aux ailes savamment relevées, au camail de dentelle, à la veste de drap noir à revers de satin, richement brodée d'entrelacs rouge, vert et orange, au dessus d'un corsage ou corselet de même drap, brodé des mêmes couleurs . La longue robe blanche s'enrichit de points brodés et d'une ceinture très finement brodée d'une séquence florale.

f) le paysan de Gouezec : 

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   Nous sommes bien dans les années 1850, et il porte chapeau rond et bragou berr :

Le chapeau de feutre est entouré d'un ruban de velours noir ou "guide" fixé à l'arrière par une boucle en argent. dans le groupe de Chateaulin, le chapeau est à larges bords.

Les bragou berr ( braies courtes) sont des culottes courtes, descendant sous le genou, étroites ou légèrement bouffantes à l'opposé des bragou bras ( grandes braies) plissées et très bouffantes portées plus à l'Ouest. Des guêtres ou gamaches de laine noire protègent les jambes. On constate l'absence de l'habituelle large ceinture de flanelle ou de toile (turban).

  La veste ( chupen) est longue, les basques descendant presque à mi-cuisse, cintrée, ouverte mais généreusement équipée de boutons roses (en bois recouvert de tissu ?) alignés à l'extrémité de boutonnières factices ; on retrouve ces boutons décoratifs à la taille.

  Le gilet blanc est ourlé d'un galon noir, l'encolure se rabat en deux grands triangles sur la veste. Deux petites poches ourlées de noir se détachent nettement. Dix boutons blancs sont disposés en deux groupes ; seuls trois boutons sont fonctionnels.

Une belle chemise plissée boutonnée haut se termine par un col cassé.

 

II. Groupe de Quimper.

  Si le groupe de Chateaulin était celui du pays rouzig, brun-roux, le groupe de Quimper était celui du pays glazig (petit bleu), un sobriquet attribué aux hommes, alors que les femmes portaient celui de "borleden".

  Il est représenté dans la crèche de Port-Launay par :

a) Le glazig de Briec:

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  Il porte le chapeau rond à larges bords entouré par un riche ruban blanc, rose-fuschia et noir. Trois vestes sont superposées, la dernière étant faite de ce tissu de drap bleu qui a inspiré le terme glazig. L'origine en est simple : à la fin des guerres napoléoniennes, des stocks de ce drap d'uniforme militaire furent revendus à Brest et détaillés par des commerçants sur les marchés de Quimper et de sa région où il provoqua un vrai engouement.  

  Son pantalon, c'est le fameux et ancestral bragou bras très bouffant au dessus de guêtres de laine noirs fendues en bas au dessus des chaussures. On voit le système de nouage de ces guêtres avec les bragou. La large ceinture de flanelle bleue laisse voir le bouton décoré, en verre bleu.

  Il tient le "penn baz en coeur de chêne" dont parle Charles le Goffic.

b) La bourleden de Briec.

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        Une "bourleden" ou "borledenn" est un bel exemple de métonymie, désignant une femme par le nom de la coiffe qu'elle porte. C'est aussi le nom du costume féminin de la région de Quimper, le pays glazig. Deux sortes de coiffes y ont coexisté, la coiffe pitchou caractérisée par un petit fond froncé sur une pièce de bois aux allures de bobine, et cette coiffe borledenn (bord large). Elle se compose d'un bonnet où s'enroule un ruban recouvert d'une pièce de carton conique tronqué (ar vorledenn) recouvert de papier glacé bleu.Par dessus trouve place la petite coiffe, ar c'hoef bihan, double triangle en filet brodé muni de deux brides nouées sous le menton ( et bien visibles sur la poupée), puis la grande coiffe, ar c'hoef bras, un carré de filet brodé ou de mousseline rayée. Enfin, au sommet, un petit rectangle rappelle l'ourlet primitif et libère deux rubans qui flottent dans le dos.

   Cette coiffe m'intéresse moins que les vêtements eux-mêmes, tant ils me paraissent originaux et d'une richesse extraordinaire. Certes, j'en trouve la description par R.Y. Creston p. 98 fig. 54, ou je lis que ce costume est composé de trois corsages à manches ou jiletenn superposés, de couleurs différentes, de taille légèrement décalée pour qu'ils ne se cachent pas mutuellement, les manches comportant autant de revers que de corsages et chaque revers étant garni de broderies propres à chaque pays : je retrouve cela ici avec la superposition de trois couleurs bleue, rouge et noir au niveau de l'échancrure et du col, même si j'y perds mon latin, où mon baragouin de breton, en examinant la tour de Babel des manches. Mais ce qui m'épate, c'est cette forme très particulière qu'adopte le bord intérieur des pans des corsages, descendant verticalement avant de remonter brusquement comme la lettre J avant de filer en diagonale pour se croiser avec le coté opposé : une calligraphie souple et nerveuse, un retroussé qui paraphe avec panache le torse de la jeune femme telle l'épée de Zorro, une corne de bouc insolente,  bref une de ces inventions audacieuses du génie des peuples qui méritait, mieux que les sobriquets dont on affuble les coiffes, un nom propre, un qualificatif lapidaire et expressif qui vienne résumer en voyelles sonores l'élancé du graphisme tracé dans l'espace par la ganse noire. Gilet hameçon, veste Jizy, pointe de diamant, ou quelqu'autre trouvaille fulgurante que je m'attendais à trouver, pépite des textes, en légende des illustrations et photographies plutôt que les "costumes de Quimper", "jiletenn de Ploaré", " femme en tenue du pays de Pont-L'Abbé", etc...

  Ce corsage n'a point reçu de nom. Mais j'en admire la ganse de velours noir froncé pour s'adapter aux acrobaties des formes, et le ruban de canetille dorée qui court en doublure des coutures, serpente autour des manches, épouse les courbes, se dédouble derrière les épaules, chaîne de vie scintillante et haletante...

  Un ruban de velours noir fait le tour du cou, descend devant la poitrine, se termine par un anneau qui retient une croix trop richement ornée de strass et de gemme bleu pour ne pas être un de ces bijoux de pacotille qui venaient de Bohème, tout comme le gros coeur de cuivre, "spilhou pardon" ou épingle de pardon piqué dans le velours, toutes choses auxquelles nulle femme de Briec, de Kerfeunteun ou de Comfort ne pouvait résister. 

  Ce ruban noir me semble être une parure de cou, une vraie qui s'est avérée trop grande pour le cou de la poupée et qu'on aurait disposé ainsi comme une sorte de collier. 

  Quand nous aurons décrit la jupe (ar vroz) mauve au large parement de velours noir souligné de deux lignes réticulées de paillettes ou de clinquant, il nous restera à nous interroger sur la façon dont la ceinture est parée de bandes de velours retombant en boucles latérales, alors qu'une sorte de chaîne dorée fait le tour de la taille avant de venir encadrer deux rectangles noirs cousus sur la jupe. Quelle en est l'origine ?

Enfin, nous quitterons la bourleden de Briec après avoir observé la chemise ou le corsage de tricot blanc brodé au col et aux manches de croisillons de fil rouge : à y regarder de près, on constate que le dessin de la frise n'est pas si simple, surtout lorsqu'il faut broder sur une bande d'un centimètre de largeur. 

III. Groupe de Douarnenez-Crozon.

  Les femmes y portent la coiffe surnommée penn sardin.

 Le paysan de Ploaré :

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   On retrouve le chapeau rond à large bord, les bragou berr (fermès par les mêmes boutons de métal ciselé que la veste) et les guêtres noires (celles-ci sont boutonnées sur le coté externe par de gros boutons ronds en cuivre). Deux courtes vestes de drap noir sont superposées, dont la dernière s'enrichit d'un rabat avec boutons à droite et boutonnières à gauche. Les boutons sont exactement les mêmes qu'on voit sur les photographies anciennes de costume, en laiton frappé d'un motif très standardisé d'étoile (R.Y Creston fig.144, I, et J.P Gonidec p. 122). La tranche de la veste est gansée d'une bande de soie rouge qui fait le tour de l'encolure, et se retrouve sur le rabat. Un galon est cousu en bande verticale le long de la partie basse du pan de veste.

  Le gilet est, contrairement à ceux des costumes précédents, boutonné à gauche, mais  quatre boutons s'alignent à droite pour faire symétrie. Le drap paraît surpiqué. L'encolure et le haut du plastron sont ornés d'une  ganse de soie surpiquée et brodée d'une ligne en zig zag, puis d'un galon allant d'un bouton à l'autre, et enfin d'une ligne de broderie au fil beige. 

  Là encore, je m'étonne de ne pas voir le turban (rouge pour les fêtes, bleu les jours ordinaires, noir pour le deuil ), mais je remarque la chemise qui sort entre le jiletenn et le pantalon : négligence vestimentaire, ou façon de marquer sa puissance ?


IV. Groupe de la Presqu'île de Plougastel.

a) la Plougasteliz.

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  Le caractère haut en couleur du costume de Plougastel est signalé partout : cette femme de Plougastel nous en donne une illustration avec son corsage vert souligné de rouge à la taille, aux emmanchures et aux poignets .

La coiffe est, écrit R.Y.Creston, l'une de celle dont le pliage et le montage des différentes pièces est le plus compliqué. Il s'agit de réussir un échafaudage de cinq éléments. Le premier est un turban d'une tresse de coton noir de 2,40 mètres de long ; viennent ensuite une coiffe de cheveux ou première sous-coiffe, lacée sous le menton (on voit ici le cordon rose), et dont le fond est monté grâce à une plaque de zinc ; puis une deuxième sous-coiffe, et enfin la coiffe proprement dite, ou grande coiffe. Les ailes forment ici presque une cornette, et répondent aux injonctions du recteur et de l'Église qui imposent aux femmes de cacher leurs cheveux, symbole de luxure (voir l'iconographie de Sainte Marie-Madeleine, aux longs cheveux  la désignant comme ancienne femme dévoyée). Ici, on ne voit que l'amorce frontale de cheveux noirs. Peu à peu au XIXème et au début du XXème siècle, la grande coiffe va s'amenuiser, laissant apparaître la sous-coiffe souvent richement  brodée, et les rubans.

Le plus particulier est ici cette grande pièce de tissu blanc entourant pudiquement le cou et se divisant en deux pointes descendant bas sur la poitrine et vers la taille : je n'ai pas trouvé l'équivalent dans les documents consultés, mais des fichus ou mouchoirs aux motifs floraux (jeune-fille) ou quadrillés bleu et blanc (femme mariée).

Un pendentif bleu est suspendu sur la poitrine : c'est une médaille de la Vierge.

En dessous, nous avons, parfaitement conforme aux descriptions de R.Y Creston (p. 141-143), une "camisole au corps vert billard et aux manches violettes" , même si ici la camisole est rouge cerise aux manches violettes, et que le pli des manches est simple, alors que l'illustration de Creston montre trois revers de manches superposés. Elle est portée sur un tricot vert que les manches permettent de déceler. Par dessus, c'est le corselet qui est "vert billard", fermé par une cordelette bleue . Sur l'arriere, ce corselet présente habituellement des  godets et une petite queue saillante brodée et raidie par un carton. Sur ma photo, je ne vois qu'une boucle rouge.

Le tablier est faite d'une belle étoffe à rayure, d'un bleu métal. Au dessous vient la robe de gros drap noir : on sait qu'elle se fixe à une agrafe sur l'arrière du corselet. 

 

b) le Plougastel, ou : le Meunier :


" Les mariniers sont coiffés d'un bonnet de laine rouge pareil à celui des forçats, sanglés d'une large ceinture de même teinte et vêtus d'un gilet blanc ou bleu garni de boutons d'os." Albert Clouard, 1892

   Le bonnet chigovi ou bonnet de Ségovie: c'est une sorte de bonnet phrygien de drap qui pend dans le dos, peu différent du bonnet de marin porté sur toutes les mers de la vieille Europe. Au nord, en pays pagan, de Plouescat à L'aberwrac'h, il était de couleur verte, opposant ainsi les "gars aux bonnets verts"  léonards aux "gars aux bonnets rouges" de Plougastel, alors qu'à Roscoff, il était de drap noir. (Abbé Feutren)

Le bonnet rouge sera abandonné par les plougastelois vers 1914, avec l'ancien costume de travail à la veste bleue ou bise, les gilets et la ceinture rouge et blanche. (R.Y Creston).

Le Plougastel de la crèche porte :

  - La veste mi-longue de drap bleu, ornée de broderies rouges aux fausses boutonnières, de galons brodés à l'encolure, et  de gros boutons de métal polis purement décoratifs.

- Le gilet blanc sur le rebord gauche duquel s'aligne une file de boutonnières bordées de fil de couleur rouge, recevant des boutons qui semblent de métal. Le col est bordé d'un galon brodé d'un motif de rayures jaunes et bleues, souligné de fil rouge.

- De la chemise, nous ne voyons que le col, (haut, qui reçoit un ruban rouge noué sous le cou,) et les manchettes.

- Le pantalon de drap bleu sombre, simple, décoré d'un bouton identique à ceux de la veste.

 

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c) la fillette de Plougastel :

  Le boned est la pièce maîtresse du costume des enfants : de coton ou de soie, perlé ou brodé, il était porté depuis la naissance (bonnet de baptême) jusqu'à l'age de 14 ans par les enfants, notamment les filles avant d'arborer la coiffe. Richement coloré, il peut s'orner de rubans et de galons. Ici, on note qu'il coiffe un bonnet de dentelle.

Le saë, premier costume des petits enfants, garçon ou fille se porte jusqu'à 4 ans, puis la fille porte  la "drogot", une robe avec un haut de toile blanche en corselet cousu ensemble, recouvert du tavancher, ou tablier.

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V. Groupe de Pont-L'Abbé : les Bigoudenn.

a) Le Bigouden et la Bigoudène de Pont-l'Abbé:

  Dans l'ouvrage de R.Y.Creston, le costume de Pont-L'Abbé est décrit aux pages 104 à 115 avec des illustrations précises de son évolution de 1850 à 1939 : nous disposons donc d'une bonne documentation du costume féminin.

  La tenue masculine n'y est par contre pas décrite, mais les figures 77 et 78 sont consacrées aux vestes et au gilets.

  Ici,l'homme porte deux vestes très courtes d'étoffe noire, à manches,dont la tranche est gansée sur tout son pourtour de velour noir, et qui porte en ornement deux boutonnières brodées au fil jaune et deux boutons de verroterie incluse dans un cerclage de cuivre. Il paraissait difficile de savoir si ces boutons sont les mêmes, en miniature, que ceux du costume qui a servi de modèle ou bien si le tailleur a mis là ce dont il disposait et qui se rapprochait le plus de la réalité ; mais j'en découvre une réplique dans J.P. Gonidec, ouvrage cité, p. 126, découvrant les pétales en paillette colorée incluse dans le verre. Ce détail confirme la minutieuse fidélite de ces costumes réduits.

En dessous, un gilet noir très cintré est décoré de huit boutons ; son plastron est brodé de rouge et d'or. Ajoutons  une chemise blanche, un pantalon noir, et le chapeau à larges bords. 

 Comparées aux illustrations données par Creston, on retrouve la coupe générale de la veste, son galon de velours noir, un rang de trois (petits) boutons, mais les boutonnières du pan gauche sont remplacées par un carré de broderie (fleur de coin). Surtout, on découvre que la partie basse de l'arrière de la veste est brodée de lettres, (fig. 77 et fig. 64 avec une séquence MNRMNR et la mention du nom de ce motif : lizerennou bilher) ce qui m'interesse particulierement puisque sur les vitraux du XVIème siècle de Confort-Meilars, de Plogonnec  et de Kerfeunteun les personnages (Rois, anges, saints) portent des lettres inscrites sur les galons de leur vêtement, et que la signification des séquences de lettres est le plus souvent mystèrieuse. J.P. Gonidec écrit p. 128 que le chupenn et le jiletenn peuvent "être décorés dans le dos d'une série de lettres brodées côte à côte. Elles peuvent être utilisées comme simples motifs. Mais peut-être cachent-elles un message."  

Le nom Lizerennou bilher signifie : Lizerennou = Alphabet (litteralement : les lettres) et bilher = ?? (Pilhaouer, chiffonier). On pense bien-sûr aux alphabets brodés, la "marque" que chaque fille de 8 à 10 ans devait réaliser en "enseignement ménager" sur une grosse étamine en différents points, de chainette, de croix de feston, d'épine, d'ornement etc... à l'école communale.

Le vitrail de l'Arbre de Jessé de l'église de Confort-Meilars.

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La tenue féminine frappe par son élégance et la fraîcheur des couleurs très toniques.Je repère d'emblée la parenté de coupe du corsage de Pont-L'Abbé avec celui de la borledenn de la mode de Quimper, cette coupe qui me donne à nouveau des démangeaisons de plume tant il lui manque un joli nom ; c'est beau comme un coeur, c'est tourné comme une épine de rosier, c'est semblable à une dame de nage d'un gondolier de Venise (la forcola), c'est la noce d'un trois de chiffre avec un point d'interrogation, c'est...sur le bout de la langue, aidez-moi, j'enrage ! non, ce n'est qu'un corsage de Pont-L'Abbé, semblable à celui de Quimper à cela près que la partie basse de la bordure est en diagonale droite au lieu de revenir en Z vers l'arrière. 

  Trois  corsages sont superposés, de drap noir gansé de jaune, de rouge et de jaune, leurs manches se concurrençant en revers ostentibles sans dissimuler la chemise de dentelle.

  On pourrait compter autant de gilets, et les plastrons de ces trois jiletenn sont largement brodés en reprenant les couleurs rouge et jaune. Pas de palmier (an heol), de plume de paon (plum paon), d'arête de poisson, de fougère (radenn), ou de soleil (steredenn) , ni coeur (Kalon), ni corne de bélier (korn chas), mais deux rangées de rectangles et de deux points.

  Sous le tablier violet décoré d'une large bande de satin rouge où court un entrelacs de cannetille, il me semble que l'on peut compter deux ou trois robes, qui semblent reprendre le duo de couleur du corsage, jaune et rouge, sans parler de la bande de velours noir?

  Mais la coiffe alors ? Je répondrai comme R.Y Creston :"la coiffe du pays de Pont-L'Abbé est une coiffe comme les autres." Singulière manière de parler de la fameuse coiffe bigoudène ! Mais ici, la visagière ne s'est pas envolée en cylindre démesurée, elle est toute simple, et c'est le ruban nouè sur l'oreille gauche qui prend le plus de place.

VI. Groupe du Cap Sizun- Île de Sein : les kapenn.

a) La fileuse du Cap :



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b) l'Îlienne :

  Découvrant que cette poupée est appellée l'îlienne, j'en déduis qu'elle représente une habitante de l'île de Sein, mais qui sait ?

  Rappelons que Sein, comme le Finistère, a été victime en 1849 d'une terrible épidémie de choléra qui se reproduisit en 1885-86. Cette année-là, le tout nouveau médecin de l'île le docteur Gouzien, après avoir vu enterrer les quatre premiers morts dans le cimetiére, réussit, non sans peine, à convaincre les habitants d'ensevelir les corps dans un champ éloigné du centre du village et de les recouvrir de chaux vive, évitant ainsi la propagation de la maladie. L'île perdit néanmoins 24 de ses 800 habitants, 18 adultes et 6 enfants. C'est depuis ce drame que les Sénanes adoptèrent l'habit de deuil et que leur coiffe autrefois blanche, est devenue noire : cest la jibilinnen, ou chipillienne, la coiffe de deuil. Si vous vous rendez sur l'île, vous pouvez voir "l'ancien cimetière des cholèriques".

  Les modèles de cette crèche sont antèrieures à cette date de 1886. Si cette poupée représente une Sénane, c'est un témoignage du costume d'avant l'épidémie. Elle est très élégante, avec sa coiffe au voile retombant sur le coté de la tête, le châle beige prolongé par la dentelle noire, la parure de cou en velours noir qui retient une croix, le corsage ou plutôt la grande robe de drap bleu clair et les bandes de velours aux manches et en bordure basse, la chemise blanche et sa dentelle aux poignets, le double tablier avec devancier en triangle : une grande dame que je n'imagine pas marchant sur le quai de l'ile de Sein un jour de coup de suroit.

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VII. Groupe de  Rosporden :

 La Fouesnantaise : la Giz-Foën ou mode de Fouesnant. (en arrière plan)

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  Elle est dissimulée par la Plougastel, mais on voit la superbe coiffe et le col en dentelle : cette coiffe est composée d'un important bonnet de lingerie retenu par deux lacets noués sous le menton. Un large ruban noir est posé, puis la coiffe est installé, épousant le bonnet et relevant ses deux importantes ailes épinglèes sur l'arrière du fond presque vertical. Ces ailes sont relièes par un rectangle aux angles arrondis. Il se trouve retenu dans le vide au-dessus de la nuque, tout en s'inclinant vers le bas. Il s'agit de l'ancien couvre-nuque qui se trouve atrophié. La coiffe s'accompagne d'un très grand col très plissé reposant sur les épaules. ( source : J.P. Gonidec, Coiffes et costumes des bretons, Coop Breizh 2005)

  J'admire aussi le corsage lacé et brodé, le tablier qui semble de fine mousseline, et la jupe noire également brodée.

 

Le seul costume qui n'appartient pas à la Cornouaille :

 La Chicoloden ou léonarde : (en rose) : la coiffe dite chicoloden était portée à Saint-Pol-de-Léon.

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        Cette Léonarde porte sur les épaules un châle noir dont les pointes sont cachées sous la piécette du tablier. Le tablier en question est rose avec une bande de velours et de dentelle, alors que  sa piècette quadrangulaire dispose d'une large bande de velours noir sur lequel se détache l'éclat de deux rangs de rondelles dorées et autant de petites pièces argentées. Au dessus se distingue le plastron d'un gilet brodé. Citons la grande jupe noire et passons à la coiffe.

  Elle est propre au groupe de St Pol, groupe qui inclut 20 communes autour de St Pol, Roscoff, Treflez ou Cleder.  La chikolodenn est un bonnet, autrefois de toile fine, puis de mousseline garni de deux larges barbes qui peuvent pendre sur le devant des épaules, ou se rejoindre devant la poitrine (comme ici). Les barbes légèrement empesées s'écartaient du visage à l'endroit où elles rejoignaient le bonnet. Pour travailler, les femmes épinglaient les barbes sur le fond de coiffe ou les rejetaient sur la nuque. Le sommet du bonnet porte deux plis retenus par le lien de serrage du fond, formant deux petites crêtes paralléles caracteristiques en corne ou Kern et méritant le surnom d'oreilles de chat (peu visible ici).

 

 

  Et la Sainte Famille ? Et le Petit Jésus ?

  Alors que je comptais les moutons dans mon lit hier soir, une grosse étoile est apparue, puis une ange, qui tenait un grand rouleau où j'ai pu lire ces mots en lettre d'or : Demain , un petit enfant va venir s'installer dans la crèche de Port-Launay . Et une voix de séraphin m'a dit : prends ta houlette (c'est sans-doute comme cela qu'il nomme ma mobylette) et va demain soir à l'église Saint-Nicolas.

Demain ? Le 24 décembre ? Mais c'est aujourd'hui, j'y vais, j'y cours, j'y roule, voir le petit Jésus à culotte de velours!

Et les Rois Mages ? Eh, ne faites pas comme les boulangers qui proposent la galette des rois dès la Saint Etienne, attendez l'épiphanie pour les voir arriver !

  Conclusion : j'étais rentré dans l'église de Port-Launay pour jeter un coup d'oeil aux statues et au mobilier. Un coup d'oeil ? Aie Aie Aie, c'est un sacré virus que j'ai attrapé, dont j'ai bien peur de ne pas me débarrasser de sitôt, et qui a nom Costume Breton.

Attention, contagieux.

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Published by jean-yves cordier
23 décembre 2011 5 23 /12 /décembre /2011 11:44

                 Les statues et le retable de l'église d'Élliant.

   Puisque j'ai écrit un article sur le vitrail d' Élliant consacré à Notre-dame de Bon Secours, je vais continuer ma visite et faire le tour des statues. Mais d'abord, je me rends dans le choeur pour admirer le retable.

  Précédée d'un premier édifice du XVème siècle et de la construction du clocher et du porche ouest en 1660, l'église date de 1700-1712.

1. Le retable du maître-autel.

 Le retable domine le maître-autel. Il a été décrit par les chanoines Peyron et Abgrall en 1908 dans le Bulletin diocésain d'histoire et d'archéologie (Bdha). 

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  On y voit à droite la statue de Saint Gilles, à gauche celle de Saint Maurille, séparés par  les quatre évangélistes dans des niches.Les couleurs principales sont le bleu et le jaune des boiseries, le bleu des guirlandes, le mauve des colonnes imitant le marbre, et le vieux rose des tentures à frise bleue qui drape l'arrière de chaque niche.

Saint Gilles est le patron de l'église. Il est représenté en évêque, ou plus exactement en Abbé, avec la crosse et la mitre auriphrygiate, ou mitre précieuse,c'est-à-dire de drap d'or rehaussée de broderies d'or et d'une pierre précieuse, et doublée de soie rouge.On ne voit pas les fanons (rubans) de cette mitre. Elle est posée cavalièrement par terre, ce qui ne se fait pas : on offrait (parfois) aux évêques des plateaux à mitre pour la recevoir.

   Il porte la robe et la coule de bénédictin. On peut s'étonner si on sait que, traditionnellement, la coule des bénédictins est noire. Mais au Moyen-Âge, le noir est une couleur difficile à obtenir sur la laine et, en réalité, les Cisterciens et les Dominicains sont vêtus de gris, de brun ou de bleu (Michel Pastoureau). On remarque les manches doublées de vert, ce qui permet d'être mieux protégé du froid, un usage  que les austères cisterciens se sont interdit. L'habit, à la différence de l'habit monastique, est dépourvu de ceinture. Une chemise ou une tunique, boutonnée au col et aux manches, n'évoque pas non plus la simple et ascétique gonne ou étamine des moines. La coiffure associe les cheveux presque rasé des moines et la tonsure romaine. Au lieu de sandales, on voit les chaussures noires vernies qui sont celles des clercs, celles qu'on retrouve souvent sur les statues de Saint-Yves. Enfin, saint Gily ne porte pas de gants.

  Selon la légende, Saint Gilles, un athénien du VIIème siècle nommé  Aegidius, est un ermite qui vint vivre en Languedoc et en Provence , puis, après force miracles, créa un abbaye dans la vallée Flavienne près de Nîmes. L' Abbaye Saint-Gilles devint le troisième pèlerinage de la Chrétienté par la voie Régordane du Puy-en-Velay à Saint-Gilles. Les moines se rattacheront ultérieurement à l'ordre de Cluny. C'est dans sa vie d'ermite s'abritant  dans une grotte qu'il fut nourrit du lait d'une biche miraculeuse, biche qui est devenue son attribut pour la statuaire.

  C'est dire que le costume de Sant Gily (en breton) peut être choisi assez librement par l'artiste qui peut se  permettre, comme ici, d'imaginer un moine-évêque finalement convaincant. 

 

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   L' église Saint-Gilles renferme une autre statue du saint : on retrouve la biche,la coule monastique, la tunique (aux manches dorées), le livre sous le bras, la mitre (orfrayée), on devine la crosse d'Abbé ; il est chaussé de sandales.

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  Saint Maurille :

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  Saint Maurille (ou Morril ) est vraiment vêtu en évêque : la mitre auriphrygiate, la chasuble rouge au revers gris et brodée de fleurs au fil d'or, la croix pectorale, la mozette violette, le surplis blanc, la soutane violette, l'étole rouge, la croix épiscopale, les gants violets, tout y est !

  Notons bien les gants, en soie violette : c'est, avec la mitre et la crosse, le troisième insigne du pouvoir de l'évêque. C'est au IXème siècle avec les Carolingiens qu'ils sont devenus un attribut épiscopal. Et si on surnomme le fusain d'Europe Euonymus europaeus "bonnet d'évêque", deux fleurs, la digitale pourpre et l'ancolie, reçoivent le nom de "gants d'évêque" en raison de leur forme et de leur couleur.  Un gant épiscopal (ou chirothèque) n'est jamais en peau, mais en soie, "pour rappeler la tunique du Christ". Il porte sur le dos de la main des symboles religieux brodés dans un cercle, puis à partir du XIIIème siécle, la bordure est brodée et ornée d'un galon d'or. Ils lui sont remis lors de son investiture, une fois les mains ointes et bénites,  en même temps que la bague et les sandales (qui font partie des pontificalia, car elles sont portées, comme les chirothèques, lors de la messe pontificale). L'évêque ne porte les gants que durant la messe : un acolyte lui présente sur un plateau réservé à cet usage, ils les enfile après avoir passé la dalmatique, le diacre lui présentant le doit, et le sous-diacre le gauche; Il les ôte après l'offertoire. Ces gants sont donc le signe du pouvoir de l'évêque sur son diocèse, tout comme, dans la société féodale, le gant symbolise la main-mise hiérarchique, ou royale.

  La coupe de cheveux et la barbe de Saint Maurille montrent qu'il ne se soumet pas aux règles de pénitence et de pauvreté des moines : pensez-donc, c'est l'évêque d'Angers (423-453),  dont la Vita Maurilio a été écrite par Saint Maimboeuf, (ou Magnobode), également évêque d'Angers en 610-660. C'est là qu'on découvre que Maurilio est un italien de Milan qui a si bien suivi l'enseignement de Saint Martin de Tours que celui-ci l'établit évêque d'Angers en récompense de nombreux miracles, comme de guérir les mains desséchées d'un homme en traçant le signe de croix dessus, de chasser les faux dieux et de renverser les idoles à grand renfort de signes de croix.

   

   Au pied de la statue, on voit un petit enfant tout-nu et les mains jointes. Cela fait allusion à l'histoire suivante :

   Saint Maurille disait sa messe lorsqu'une mère  vint le prier de donner à son fils qui se mourait le sacrement de confirmation (que seul un évêque peut donner) afin que l'enfant puisse mourir doté de la grâce que ce sacrement confère. Le saint prélat fut long à dire sa messe, et l'enfant trépassa sans recevoir l'onction du Saint-Chrême. Pris de remords, Maurille ferma la porte de l'église à clef et partit en errance vers la Bretagne où il embarqua vers l'Angleterre, sans-doute pour y faire retraite et pénitence. Mais en pleine traversée, voilà qu'il laisse tomber les clefs de la sacristie, riche de précieuses reliques. Cette deuxième bêtise le décida à ne plus jamais retourner à son évêché tant qu'il n'aurait pas les clefs en main, et comme il savait bien que ce ne serait pas pour demain, il s'établit pauvre jardinier chez un anglais.

   Les angevins, marris de n' avoir ni les clefs du sanctuaire,ni leur évêque, partirent à sa recherche, trouvèrent dans le port breton un message écrit par Maurille sur une pierre et indiquant son embarquement, firent voile vers l'Albion qui n'était pas encore la Perfide qu'on connaît, et pêchèrent en route un gros poisson. Miracle, ils trouvèrent dans son ventre les fameuses clefs, mais au lieu de rentrer illico et de laisser leur pasteur à son potager, ils débarquèrent de l'autre coté de la Manche, trouvèrent leur évêque "cueillant une salade pour son maître" (sic), lui mirent les clefs en main, l'obligeant ainsi à respecter la promesse qu'il s'était faite de revenir à Angers, non sans se faire longuement prier, ce qui est normal pour un saint.

   Revenu à Angers, il alla pleurer sur le tombeau du petit garçon, suppliant Jésus-Christ de le ressusciter comme il avait fait pour Lazare. Jésus n'avait rien à refuser à un si saint homme, et c'est un garçonnet tout vivant qui apparut. Maurille le nomma spirituellement René, car il venait d'Outre-tombe. Il devint Saint René d'Angers, patron des sabotiers.

 

Saint Maurille est fêté le 13 septembre. C'est le second patron de l'église. On en lui en confie pas les clefs.

 

Les Évangélistes.

  C'est l'occasion de réviser leurs attributs du Tétramorphe (les "quatre vivants" qui tirent le char d'Ézéchiel, et les quatre emblèmes des Évangélistes) :

Saint Matthieu représenté avec l'homme , parce que son évangile commence par la généalogie du Christ :

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  Saint Jean, avec l'aigle, car son évangile débute par le mystère céleste.

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Saint Marc et le lion des déserts, en référence au troisième verset : "Voix qui crie dans le désert, préparez les chemins du Seigneur". C'est classiquement un lion ailé pour le distinguer de celui de Saint Jérome, mais ici, il n'a pas d'aile, mais une tête de bouledogue, frisée comme un mouton et au grand sourire bêta.

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Saint Luc, le médecin, le peintre qui réalisa le premier portrait de la Vierge. Il porte sur son oeuvre  l'inscription grecque Kata Loykan, "selon Luc", et son emblème est le boeuf, en allusion au verset Luc, 1, 5 qui mentionne Zacharie, le père de Jean-Baptiste.

 _ Et alors ?

_ C'est que Zacharie est prêtre au temple de Jérusalem.

_ Quel est le rapport avec le boeuf ?

_ C'est qu'un prêtre du Temple fait des sacrifices animaux, dont, parfois, peut-être, un boeuf.

_ Ah ...

 

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 2. Les autres statues .

Saint Pierre :

Malgré son déguisement en tenue ecclésiastique, chasuble, surplis, soutane, tonsure, Saint Pierre est reconnu malgré ses dénégations itératives car il porte une clef.

  Un théoricien de la macrobiotique comme George Oshawa, alias Yukikazu Sakurazawa, aurait tout-de-suite remarqué ses yeux Sanpaku (en japonais : trois blancs), à la pupille déséquilibrée, signe infaillible qu'il ne pratique pas le régime macrobiotique et qu'il risque de gros ennuis, comme Oshawa l'avait justement prédit à John Kennedy. On peut penser que, s'il ne se convertit pas à la consommation de l'épeautre, l'apôtre risque de mourir de mort subite, par exemple crucifié la tête en bas, comme l'avait aussi pressenti le Caravage dans un fameux tableau prémonitoire de Santa Maria del Popolo.

   Que lui chaut ? C'est lui qui a les clefs du paradis !

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  Saint Antoine:


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On le reconnaît aussi malgré l'absence de son cochon et de sa clochette grâce à sa houlette en forme de Tau, et au  costume de son ordre, tunique et manteau sans ceinture avec un capuchon caractéristique. Le livre qu'il tient est la règle de son ordre monastique.

  Le régime macrobiotique, c'est bien, le seigle c'est bon, le problème c'est son ergot :claviceps purpurea, un champignon parasite du seigle qui est responsable du mal des ardents. Une récolte un peu tardive, un temps humide et frais, et voilà des populations entières qui se mettent à se précipiter aux toilettes, puis à se gratter, à se tordre de convulsions, à dire qu'ils ont le feu dans leurs membres, que leurs os se cassent, et enfin à délirer comme des déments. Ou bien ce sont les gangrènes, qui "se manifestait par des apostèmes et des abcès, attaquant peu à peu tous les membres,et, après les avoir consumés, il les détachait petit à petit, du tronc. [...] La masse du sang était toute corrompue par une chaleur interne qui dévorait les corps entiers, poussait au dehors des tumeurs qui dégénéraient en ulcères incurables et faisait périr des milliers d'hommes". (K.J.Huysmans, Sur le retable d'Issenheim). C'est le feu sacré, Ignis sacer, Ignis gehennae, le Mal des ardents, que nous nommons ergotisme, et contre cette aimable plaisanterie qu'est le feu de Saint-Antoine, un seul remède, (similia similibus curantur) : Saint Antoine. Les tortures abominables  que le démon lui a fait endurer lors de sa fameuse Tentation, qui a tant fasciné Flaubert, le rends apte à intercéder et à décrocher pour vous la guérison.

 Il a délégué pour cela  les Antonins, un corps de près de 10000 "chanoines réguliers" qui prirent comme emblème les propres béquilles des patients : la canne en T, le Tau ou croix potencée.  Vivant de l'exploitation de cochons qu'il avait le privilège de faire vaquer dans les rues pour de nourrir des eaux grasses et des détritus, l'ordre hospitalier soignait les patients par une alimentation revigorante à base de porc, bien-sûr, et de vin, par l'application de baumes dont Lavieb-aile vous livre la recette secrète ( verveine, pavot, gentiane, renoncule), par celle du Saint Vinaigre dont nous ne sommes pas autorisés à dévoilé la composition mais qui faisait merveille comme vasodilatateur, et par des cantiques dont la cantillation rythmée participait à la guérison par des voies connues de Dieu seul. A la fin du XVème siècle, il gère 370 hôpitaux. Il périclita lorsque la cause réelle de la maladie fut découverte et que les techniques de fabrication du pain furent maîtrisées, tenta une reconversion en soignant les affections de la peau, puis fut rattaché en 1776 aux Chevaliers de Malte. Entre temps, Antoine de Padoue avait fait une concurrence sévère à son homonyme anachorète (du grec ana-, "à l'écart"  et khoreo, "je vais" ), et le saint des Objets Trouvés était désormais plus souvent invoqué, à qui on s'adressait avec ce dicton: " Antoine de padoue, grand filou, rendez ce qui n'est pas  à vous !"

 Source :http://www.olivierchaudouet.com/notice-historique.pdf

 

 

 Le Saint Curé d'Ars

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  Une fois de plus, nous pouvons étudier le costume ecclésiastique, composé de la soutane, le col romain (ou le collaro), le surplis, la belle étole frangée brodée de fleurs et attachée par une cordelette à fiocchi (noeud bouffant d'étoffe), et le chapelet. Mais ce que nous voyons surtout c'est la belle tête, parfaitement réussie par l'artiste, une vrai tête de saint, à qui on donne le bon dieu sans confession, pleine de ferveur d'humour et d'humanité enflammée mais bonhomme, celle de Jean-Marie Vianney (1786-1869), qui passa sa vie de prêtre dans son confessional, n'en sortant que pour dire sa messe ou obtenir des subsides pour ses oeuvres. Et sous sa soutane, sachez qu'il porte par mortification le cilice, sous-vêtement de crin ou de toile grossière comme si la privation de nourriture et de sommeil ne suffisait pas.

 

  Saint Herbot.

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   Ne cherchez pas Saint Herbot dans le calendrier liturgique, c'est un saint breton vénéré par les paysans de Léon, Cornouaille et Trégor, parce qu'il protége leurs chevaux et leurs bêtes à corne, dont il maîtrise parfaitement la langue. Sa fête a lieu le 17 juin.

 

Saint Adrien.

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  Saint Adrien de Nicomédie était un officier qui subit, comme saint Sébastien avant lui, le martyr pour s'être converti à la religion qu'il devait combattre. Et, comme Saint-Sébastien, il fait partie des saints invoqués contre la peste. C'est le patron des soldats. Il est fêté le 8 septembre.

   Cette statue provient de la chapelle Saint Adrien (ou St Dridan) détruite et déjà en mauvais état en 1782 (Abgrall et Peyron). Sa fontaine était vénérée, pour les maux d'yeux.

J'ignore ce qu'il porte dans la main gauche. Je suis intrigué par sa coiffure.

 Sainte Catherine d'Alexandrie

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   Sainte Catherine est aussi vénérée à Élliant en sa chapelle (du XVIème siècle), ancienne chapelle seigneuriale de Kéredec.

  Ses attributs sont la roue, avec laquelle l'empereur Maximien voulut la supplicier alors que les barreaux rompus vinrent frapper et aveugler les bourreaux ; l'épée, par laquelle elle fut décapitée; et le livre, témoin de ses vastes lectures spirituelles et philosophiques, qui lui permirent d'être confrontée à 50 sages, et de les convertir. Enfin la tête couronnée qu'elle piètine est sans-doute celle de son persécuteur Maximien. La statue de Sainte Catherine à Carhaix-Plouguer (Chapelle Sainte-Anne) montre un personnage couronné semblable.

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Published by jean-yves cordier
23 décembre 2011 5 23 /12 /décembre /2011 09:47

           

 

 

      Le vitrail de l'église Saint-Gilles à Élliant :

             le costume melenig.


 

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I. Étude du vitrail.


 1. Présentation. 

 

   Comme on le voit, ce vitrail porte les inscriptions suivantes : Chanoine Le Berre invenit 1947, indiquant le commanditaire, et Marc Choisnard, det et pinxit, indiquant le cartonnier et peintre. 

  Je dois les seuls renseignements dont je dispose sur ce vitrail au blog de Jean-Pierre Le Bihan qui signale que ses auteurs sont Marc Choisnard et Charles Lorin.

Marc Choisnard (1879-1966) est un peintre, illustrateur de livres religieux,professeur au collège Stanislas à Paris et  cartonnier qui a travaillé avec les maîtres-verriers Felix puis Jean Gaudin (37 cartons, dont l'église d'Einville) et Charles Champigneulle (vitraux de l'église N.D du Rosaire de Saint-Ouen, 1933). En 1930, il réalisa trente tableaux de mission (Taolennou comme en utilisaient Michel Le Nobletz ou le Père Maunoir), conservés à l'évêché de Quimper et classés MH.

Charles Lorin appartient à la Maison Lorin, fondée à Chartres en 1869 par le peintre-verrier Nicolas Lorin (1815-1882), et reprise par son fils Charles en 1882. Très active, elle a réalisé des vitraux à New-York, Vienne, Saïgon, et sur l'ensemble du territoire français. Elle s'est entourée de peintres tels que Charles Crauk et Lionel Noël Royer. Le Ministère des Beaux-Arts lui a confié la restauration de la cathédrale de Chartres et de l'église Saint-Pierre de Chartres, ainsi que celle de diverses cathédrales et de monuments historiques. Vers 1949, l'atelier a été repris par François Lorin jusqu'en 1972, puis par Gérard Hermet, Jacques et Mireille Jumeau.L'atelier  est toujours en activité 46 rue de la tannerie à Chartres, il a conservé une partie de son équipement du dix-neuvième siècle, et a été classé Monument Historique en 1999.

  Le commanditaire, le chanoine Jean-Marie Le Berre est né à Kerlouan en 1876. Après des études à Lesneven, il aurait été ordonné prêtre en 1902. Vicaire de Guimaëc de 1902 à 1905 puis de Saint-Martin-des-Champs à Morlaix jusqu'en 1926, recteur de Goulien de 1926 à 1933, il est alors nommé curé-doyen d'Élliant. Il est nommé chanoine honoraire du chapître de Quimper en 1944. On souligne aussi, dans la Nécrologie qui lui fut consacrée dans la Semaine Religieuse de Quimper et Léon (1949, p. 598 http://catholique-quimper.cef.fr/images/stories/bibliotheque/pdf/pdf_semaines-religieuses/SRQL_1949.pdf), sa participation aux Missions, où ses talents pour la prédication et la direrction de chant sont appréciés. (Dans un article en ligne sur la chapelle Saint-Guénolé de Beg-Meil on signale que "le chanoine Le Berre, du Chapitre, a bénit la première pierre" en 1936, mais il s'agit d'un homonyme, Eugène Le Berre, également chanoine du chapître de Quimper depuis 1933). Jean-Marie Le Berre est décédé à Plouider le 6 novembre 1949, inhumé dans la tombe familiale au cimetière de Plouider.Il avait reçu la Croix de Guerre 1914-1918.

  Le vitrail porte en titre NOTRE DAME DU BON SECOURS. C'est le nom d'une chapelle d'Élliant, autrefois dédiée à Saint Roch pour implorer sa protection contre la peste, puis à Saint-Cloud, en ruine en 1782, reconstruite  en 1843 avec les pierres d'une chapelle Saint-Guinal , et dont le pardon est toujours célébré le quatrième dimanche après Pâques. A proximité, une fontaine est nommée Feunteun Sant-Cleyen, fontaine Saint-Cloud.

  Notre-Dame de Bon Secours ( Itron Varia Gwir Zicour, à Guingamp) est invoquée par les marins et les mariniers, et sa statue est souvent placée sur les promontoires à l'entrée des ports. Son culte est lié aussi à la survenue d'épidémies (peste, choléra), de guerres, et elle est aussi priée par les malades et les infirmes. A Kergloff (près de Carhaix), un cantique Itron Varia Kergloff était entonnée en son honneur, aux paroles militantes et patriotiques, en voici le dernier couplet (sur le même air que Itron Varia ar Folgoet, pour les connaisseurs) : 


"Deiz ho pardon, o Gwerc'hez, 
Dastumet 'n hoc'h iliz 
Na meump holl nemet ur vouezh 
Mouezh gwir vugale Breizh 
Nemet ur vouezh 'vit laret 
"O Itron Wir Sikour ! 
Kentoc'h mervel ma vez ret 
Evit bezañ treitour !" 


 

"Au jour de votre pardon, ô Vierge, 
Rassemblés dans votre église, 
Nous n'aurons qu'une voix 
La voix des vrais enfants de Bretagne, 
Une seule voix pour dire : 
"O Notre-Dame du Vrai Secours ! 
Plutôt mourir s'il le faut 
Que d'être traîtres !" 

  A Élliant, ce vitrail installé en 1947 a du être commandité pendant ou juste après la fin de la deuxième guerre mondiale, avec une relation possible avec les grands périls auxquels le pays et ses habitants avaient été exposés. J'ignore si la famille représentée est donatrice du vitrail, comme le suggère J.P. le Bihan, ou bien si elle est seulement le thème iconographique fixé par le chanoine Le Berre.

 2.  Le registre inférieur du vitrail.

  La frise inférieure représente une procession, et donc très certainement celle du pardon de Notre-Dame de Bon Secours. L'arrière-plan donne à voir un paysage doucement vallonné, peut-être une étendue d'eau, et des cumulus dans un ciel gris aux teintes pastels. Deux colonnes aux chapiteaux à motif crucifère encadrent la scène à droite comme à gauche. Le clergé est représenté par quatre prêtres : le recteur aux cheveux blancs, nue-tête, est vêtu de la soutane noire, du surplis blanc et du camail noir ; il porte l'étole qui le désigne comme celui qui célèbre l'office. Puis vient un prêtre plus jeune, également vêtu de la soutane, du surplis et du camail, mais qui est coiffé de la barrette, et qui porte une étole bleu-clair. C'est le portrait du Chanoine J.M. Le Berre.  Enfin deux vicaires, en soutane, surplis et barrette, et deux enfants de choeur, deux blondinets en soutane rouge et surplis, mais sans calotte. 

  Devant le clergé, trois hommes en costume traditionnel, dont l'un porte la croix de procession. Cette croix est reconnaissable, c'est celle qui est toujours visible à l'église :

 

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   Cette croix processionnelle est semblable à de nombreuses autres, du XVI au XIXème siécle, que l'on voit à Plouigneau, St Thégonnec, Plouenan, Lannedern, Plouguerneau, Plabennec, Plouvien, Pleuven, Pleyben, Guengat, Hanvec, ou Locarn et Ploezal, du type finistérien à deux boules latérales, le christ crucifié étant entouré de Marie et de Jean en une scène de Passion, ou bien, comme ici, par deux anges prosternés, portés par des socles en corne d'abondance. Le christ est surmonté d'un faisceau de rayons solaires comme en un ostensoir. Les boules latérales sont en partie godronnées, en partie ornées en ronde bosse de feuillage, et la boule centrale présente des guirlandes florales et deux têtes d'anges. Deux clochettes servaient à prévenir les personnes que la procession arrivait, afin, comme je l'ai lu, que les animaux soient maintenus à l'écart, mais aussi pour que chacun se prosterne et se recueille.

  Lors des fêtes, elles s'enrichissaient de flots de rubans.

  Une paroisse dispose de plusieurs croix : la croix des fêtes principales ( Nuit pascale, Rogations, Fête-Dieu, Sacré-Coeur, Assomption, Pardon), celle des fêtes secondaires, et celle des jours ordinaires.

   Les pardons sont des fêtes votives dédiées au saint patron de la paroisse ou de la chapelle, ou dédiées à la Vierge, survenant une fois l'an (le plus souvent de mai à septembre) et donnant droit pour les fidèles à des indulgences ou au pardon des fautes commises durant l'année. Un pardon associe une procession entre le lieu consacré et une fontaine ou en circumduction d'un territoire sacré, une dévotion à une fontaine, un office, et une fête profane avec jeux, chants et feu de joie.

  La procession est ritualisée : En avant (ou, comme ici, fermant le cortège des laïcs), la croix processionnelle de la paroisse. Puis, la bannière à l'effigies du saint votif, la Banniel Braz. Derrière, les croix et les bannières des paroisses voisines. Arrive alors la statue du saint ou de la Vierge, portée sur un brancart ; enfin, les enfants de choeur et le clergé, et fermant le cortège, le prêtre célébrant. Les porteurs étaient choisis et désignés par le recteur en fonction de leurs mérites et de leur respectabilité au sein de la paroisse. Lorsque, dans les préparatifs d'arrivée, les croix ou les Banniel braz de deux paroisses se rencontrent, un rituel de pacification (jadis la rivalité pouvait être féroce) impose que les porteurs inclinent chaque croix, ou chaque bannière, jusqu'à ce qu'elles se touchent : c'est le baiser des croix, c'est le baiser des bannières.

  Revenons à notre vitrail : devant les porteurs de croix, quatre femmes portent le brancart de la statue de Notre-Dame, alors que deux fillettes tiennent les rubans bleus stabilisant la statue. En effet, il est attesté que dans de nombreuses paroisses (Locronan, Bulat) c'était aux femmes que revenait l'honneur de porter les éffigies de la Vierge, alors que les statues de saints étaient portées par les hommes. Nous reviendrons sur la statue au grand voile bleu tout à l'heure.

En avant du cortège, trois hommes entourent une bannière de couleur bordeaux ou violette. Une bannière est disposée sur un support en croix, avec une hampe et un montant horizontal qui se termine par deux boules. Deux cordons latéraux y sont fixés, tenus par les deux hommes qui entourent le porteur de la hampe. Leur rôle est de guider la bannière et de la maintenir malgré le vent. 

  J'ai pu photographier deux bannières lors de ma visite à l'église Saint-Gilles : l'une en l'honneur de Notre Dame du Bon Secours, l'autre en l'honneur du saint éponyme de l'église, Saint Gily :

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        Celle-ci semble de facture récente. Ce n'est pas elle qui est sur le vitrail. C'est une Vierge en Royauté, couronnée, tenant le sceptre, son enfant couronné également tient un monde crucifère. Elle ne ressemble pas non plus à la statue portée en procession.

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  Elle semble plus ancienne. (En Bretagne, les plus anciennes bannières datent du XVIIème (ou excepionnelement XVIème) siècle, et la plupart datent du XIX-XXème siècle). Elle représente Saint Gilles l'ermite avec la biche qui, poursuivie par des chasseurs, s'était réfugié dans sa grotte et nourrit l'anachorète de son lait. L'inscription bretonne dit : Saint Gilles priez pour nous.

  Le saint est surmonté de trois blasons, l'un est celui du duché de Bretagne,couronné et les deux autres sont des armoiries écclésiastiques, celles de l'évêque du diocèse de Quimper et du Léon Henri-Victor Valleau (1893-1898), avec sa devise In te domini speravi et celles du pape Léon XIII (1878-1903).

  La datation de la bannière se situe donc entre 1893 et 1898, Yves Godec étant recteur (1889-1906), sous le mandat de maire d'Alain le Meur.

  Sa couleur semble correspondre à la bannière reproduite sur le vitrail. 

2. Le registre principal.

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  L'arrière-plan montre à droite la chapelle Notre-Dame de Bon Secours, et à gauche l'église Saint-Gilles, confirmant le dessein du commanditaire d'introduire le culte spécifique de la chapelle dans l'église parroissiale. Au milieu, un bâtiment à arcature surmontée d'une croix, que François Le Berre, petit-neveu du chanoine, est parvenu à identifier comme le fronton du monument aux morts (Aux enfants d'Élliant morts pour la France), lequel  reprend la forme de la Porte Triomphale ou porz ar maro des enclos bretons, par laquelle on n'accédait au placître que pour conduire un défunt à sa dernière demeure. Là encore, le choix est significatif, au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale.

  Au premier plan, c'est à l'évidence une famille chrétienne type de la Bretagne de la première moitié du XXème siècle, avec le père, un peu plus grand que son épouse, la mère et les trois enfants, deux garçons et une fillette. tous, sauf l'homme qui tient un chapelet, ont les mains jointes. Ils sont endimanchés, mieux, ils portent la grande tenue de pardon.

 

4. Le registre supèrieur.

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   Sous l'irradiation d'un soleil divin, la Vierge se tient, droite, comme en assomption, mais couronnée, tenant l'enfant; vêtue d'une robe rouge à ceinture et d'un grand manteau bleu, nous la reconnaissons comme identique à la statue que les porteurs exposaient sur le brancard : c'est Notre-Dame de Bon Secours, conforme à l'iconographie. Puisque je n'ai pas trouvé la statue elle-même (peut-être est-elle dans la chapelle et non dans l'église), voici celle de l'église  N.D. du Bon Secours de Kergrist-Meilou : 

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   Au total, la lecture de ce vitrail est simple : Notre-dame de Bon Secours est invoquée pour protèger cette famille chrètienne, et, à travers elle, l'ensemble de la paroisse d'Élliant qui lui rend un culte annuel lors du pardon en sa chapelle éponyme.

 

  II. Les costumes bretons du vitrail .

  Le peintre et cartonnier Marc Choisnard n'est pas breton, mais il devait avoir ses attaches en Bretagne, notamment à Trèboul, où est né son fils ; on connaît de lui une Vue de Trèboul. Il a du travailler sur documentation, peut-être fournie par le commanditaire, et il s'est sans-doute basé sur les costumes portés entre 1930 et 1945 à Élliant.

  Pour ma part, je me fonde sur Le Costume Breton, René-Yves Creston, Tchou 1974, qui reprend le fascicule II du laboratoire de P.R. Giot au CNRS, La Cornouaille, 1954. R.Y. Ceston, après avoir participé à la Resistance, a éfféctué des missions pour le CNRS en 1945, 1947, 1948, dates qui encadrent celle de notre vitrail. Les pages consacrées à Élliant sont les pages 80-91. J'ai aussi consulté ce site :

http://www.arvromelenig.com/index.php/fr/historique/costumes

  Dans la publication de Creston, Élliant se voit rattaché à un territoire centré sur Rosporden et limité au nord par les Montagnes Noirs, au sud par le littoral allant du Pouldu à Bénodet, à l'est au cours de la Laïta et de l'Éllé, et à l'ouest par l'Odet. Mais la mode d'Élliant se distingue, pour le costume masculin, de son groupe d'appartenance en s'apparentant à la mode du pays glazig de Quimper pour créer un costume propre, surnommé du sobriquet de melenig, "jaunet, petit jaune" pour la couleur jaune citron de ses broderies. Le terme breton meleneg vient de melen, "jaune" et peut désigner un verdier, passereau jaune et vert, ou un homme blond.

C'est le costume masculin que nous découvrirons donc en premier :

1. Le costume masculin de la guise d'Élliant.

   Dans le texte, il se compose de :

-Un chapeau rond de feutre moins large que ceux du groupe de Rosporden, au large (mais moins qu'ailleurs) ruban de velours sans guides. Sur le site du cercle celtique Ar Vro Melenig, j'apprends qu'entre 1850 et 1880 "les guides en velours brodés par la future femme sont ensuite coupés le jour du mariage" : tout un symbole ! Le chapeau est en poil de taupe ou de castor, le ruban est fermé par une boucle d'étain, d'argent ou d'or selon les moyens.

- Une veste courte (chupenn) à manches, au drap criblé de piqures qui le rendent rigide, à la bordure doublée d'une large bande de velours noir qui se prolonge autour du col de la veste, et dont les boutonnières et boutons des modes voisines sont ici remplacées par des galons de soie brodés qui bordent le velours des bruskou ( pièce verticale le long du bord ) des manches et du col.

- un gilet haut, à plastron fermé, à manches, avec alignement de deux rangs verticaux de boutons.

 Regardons le vitrail :

elliant 5731c

 

  On vérifie que le chapeau, la veste et le gilet du père et des garçons sont conformes à la description. Les pantalons sont en drap de laine rayè, bleu clair pour le père, beige clair et gris pour les garçons. Les vestes et gilets sont en drap bleu foncé. Deux des gilets montrent les rangées de plus de dix boutons dorés. Chez le père, le plastron se termine au dessus d'un autre vêtement de drap. Les chemises blanches ont un col assez montant.

   Il est temps de s'interesser aux fameuses broderies : elles justifient parfaitement sur ce vitrail le surnom de melenig puisqu'elles sont rendues par des verres jaune d'or et jaune orangé, et leur motif est le même : des fleurs quadrilobées qui centrent quatre feuilles, ou bien un feuillage, des feuilles enroulées en spirale et des fruits ronds au bout d'une tige. La figure 23 p. 81 de Creston donne les mêmes motifs exactement. Les pièces de broderie correspondent aux bruskou (bord droit de la veste), aux manches en situation brachiale, et à l'union des manches avec le corps de le veste. Sur le gilet, elles sont placées assez bas, sous la poitrine.

  On peut consulter ce lien http://fr.topic-topos.com/chupenn-melenik-elliant

pour s'assurer de la fidélité du vitrail.

 

2. Le costume féminin :

  Il se compose d'une jupe de satin ou de velours noir qui, en 1940, arrive aux mollets. Ici, la jupe est bordée d'une large bande de broderies au fil jaune à motifs géométriques. Un tablier court, sans devantier, en soie ou satin de couleur bleue, blanche ou violet s'orne de fleurs ou de cercles.

Au dessus, on trouve une camisole et un corselet dont on ne voit pas le laçage sous la poitrine. Chez la fillette (elle a déjà fait sa communion et porte la coiffe), le drap de velours noir est seulement orné de lignes d'un galon doré à l'emmanchure, au col et sur le devant. Chez sa maman, ces passementeries ne semblent pas plus compliquées, mais sont dédoublées. Ces décorations étaient réalisées en cannetille (fil d'or), perles ou fil de soie.

   Les éléments les plus caractéristiques sont la coiffe, et la grande collerette. Leur taille s'est accrue progressivement de 1850 à 1940, mais la coiffure s'est aussi modifiée et, en 1940, les cheveux sont relevés en couronne sur le devant de la tête au lieu d'être coiffés avec une raie et la mèche à droite : cette coiffure est bien visible ici.

  La grande collerette est en coton plissé ajouré et orné de dentelles. Son repassage et sa mise en forme après amidonnage fait appel à une technique très originale décrite dans tous ses gestes par Creston p. 333-337 : elle était tuyautée à l'aide de pailles cueillies en septembre, séchées et calibrées, montées sur des tresses, qui donnaient au col l'aspect gaufré souhaité. On retirait les pailles après que l'amidonnage ait fixé les plis.

  La coiffe est composée d'un bonnet, ou koef bihan sur lequel se fixaient un ruban puis des ailes, relevées et épinglées en boucle ;  d'une grande coiffe (koef bras) qui recevait de longs rubans et de grandes ailes, également relevées en boucle. Les deux coiffes étaient montées l'une sur l'autre. La coiffe était aussi amidonnée.

  Le vitrail donne à voir un costume féminin aux décorations et broderies plus sobres que celles des tenues du cercle celtique Ar vro Melenig, mais semble un témoignage fidèle de la réalité.

  http://www.arvromelenig.com/index.php/fr/historique/costumes

 

III. Complèment : le costume breton à Élliant au XIXéme : la statue de Saint Isidore.

   L' église d'Élliant offre un deuxième témoignage sur le costume breton sous la forme d'une statue de Saint Isidore. 

 Si saint Fiacre est le patron des jardiniers, Isidore le Laboureur est le patron des agriculteurs depuis sa canonisation en 1662 (dans la même promotion que Sainte  Thérèse d'Avila et François Xavier). C'est un saint espagnol, patron de Madrid, un valet de ferme qui travaillait tout autant qu'un autre chez le seigneur Vergas tout en se levant très tôt pour assister chaque jour à la messe, qui passait son dimanche en prière, tant et si bien que son employeur voulut savoir s'il ne dormait pas à son insu dans la journée. S'il ne dormait pas ? Que nenni, mais il priait, en extase, les yeux au ciel...tandis que deux anges invisibles guidaient pour lui les boeufs de la charrue.

  Philippe III d'Espagne a été guéri après avoir demandé à Saint Isidore d'intercéder pour lui auprès de Dieu.

Pierre-Yves Castel en a relevé la presence dans 17 paroisses du Finistère (sans noter celle-ci),  33 paroisses du Morbihan, et René-Yves Creston n'a pas manqué de bénéficier de ces statues d'un saint rural en costume local pour compléter ses données ethnographiques.

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Saint Isidore tient son attribut, la faucille, comme une martyre tiendrait sa palme, mais ses bragou bras (braies bouffantes)  de couleur écru, ses guètres boutonnées sur l'extérieur ou ses sabots témoignent de l'authenticité de  son passé de travailleur des champs. Sa large ceinture de cuir (gouriz) va de pair avec le bragou braz. Ici, elle est fermée par une boucle.

  Il porte une veste courte, ouverte, de drap bleu brodée aux manches et sur les cotès, En dessous, un premier gilet, de couleur rouge, ouverte, est décorée du coté droit de plus de 24 boutons de métal blanc alignés en se touchant. Puis vient un gilet fermé sur le coté droit de cinq ou six boutons du même métal, qui possédent leur homologues à gauche. La plastron de ce gilet de drap bleu clair est enrichi d'une bande de six centimètres brodée au fil rouge, jaune, bleu et (?) vert, aux motifs bien élaborés en coeur, fleurs et palmettes.

  Une chemise, de chanvre ou de lin, monte haut sur le cou, et n'est ouverte que par une courte fente frontale.

  Isidore, dans une église, n'a pas de chapeau, mais ses longs cheveux témoignent de la réalité de la mode capillaire du XIXème siècle, qui avait tant ému Flaubert lors de sa visite de Ty Mamm Doue.

 

 

Conclusion 

   Le vitrail sud de l'église Saint-Gilles d'Élliant offre à la fois un témoignage de la foi chrétienne et du culte de Notre-Dame du Bon Secours au lendemain de la Libération, et un document ethnographique sur le costume breton écclésiastique, masculin et féminin et sur les variantes élliantaises de la Guis foën ou mode de Rosporden. Une statue de Saint Isidore donne la version rurale et ancienne du costume.

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Published by jean-yves cordier
16 décembre 2011 5 16 /12 /décembre /2011 00:00

     

 

Les vitraux de l'église Saint-Thurien à Plogonnec  IV :

             Le vitrail de la Résurrection et des Saints.

 

  Le 29 juin 1730, le conseil de fabrique décide d'agrandir la chapelle Saint-Herbot pour la mettre en harmonie avec celle de Saint-Claude. Pour cela, on agrandit la baie, qui est alors vitrée de verres incolores. Puis, en 1860, le recteur Dupont décide de transférer les vitraux de la chapelle Saint Théleau à l'église paroissiale.

I. Saint Théleau, et la chapelle Saint-Theleau à Plogonnec.

Saint Théleau :

Saint Théleau, ou Thélo, (Telio, Tilio ou Telo en breton), est un saint gallois du VIème siècle que la peste chasse de son pays en 547. Traversant la Manche, il rejoint alors à Dol Saint Samson, gallois également et disciple de Saint-ildut, et il seconde l'Abbé de Dol "pendant sept ans et sept mois" avant de revenir en pays de Galles. Il y fonde le monastère de Llandeilo et devient évêque de Llandaff ; 25 localités galloises portent son nom. Curieusement, alors que le culte de Saint Samson est très peu implanté en Basse-Bretagne, celui de saint-Théleau y est  présent à Locronan, Landeleau (lann-theleau), Leuhan et Daoulas, alors que ce saint n'a jamais séjourné en Finistère. Certains suggèrent que son implantation y est due au fait que Sant Telo est représenté chevauchant un cerf et qu'il reprend l'attribut du dieu gaulois  Cernunnos (dont le nom signifie Le Cornu) : le cerf, animal mythique des celtes, symbolise par la repousse annuelle de ses bois le retour cyclique des forces vitales. En effet, l'iconographie qui le représente avec cet animal semble propre à la Bretagne et ne pas être connu dans les églises galloisses (Site Catholic.org). Ses reliques ont été conservées en pays de Galles, mais aussi à Plogonnec, Landeleau et Saint-Télo (22).

  La légende transmise à Landeleau est celle-ci : "le Saint quand il  arriva en ce pays se bâtit d'abord un ermitage et construisit ensuite une église à laquelle il désira joindre un térritoire pour former une paroisse. S'étant abouché avec le seigneur de Châteaugall, celui-ci lui dit : "je t'abandonne tout le territoire dont tu pourras faire le tour en une nuit, mais il est bien-entendu qu'au chant du coq, en quelque lieu que tu sois tu feras halte [...] Saint Théleau se tenant sur le seuil de la porte se mit à siffler, aussitôt un cerf sortit du bosquet et vint s'agenouiller aux pieds du Saint ; celui-ci, la nuit tombée, monta sur le cerf et se mit en route, l'animal galopant de toute la vitesse de ses jambes, mais comme il traversait la cour de Caste ar Gall, les gens lâchèrent sur eux les chiens, le saint n'eut que le temps de sauter sur un chêne, tandis que le cerf se réfugiait dans les bois." (Chanoine Peyron)

  On trouve ici le thème de la délimitation du territoire sacré par un saint monté sur un animal ou derrière les boeufs d'une charrue,  comme Raymondin qui, dans le roman de Mélusine, utilise la peau d'un cerf merveilleux pour délimiter le territoire de Lusignan, mais aussi  celui du saint maîtrisant les énergies sauvages et cosmiques en chevauchant un animal soli-lunaire, comme Merlin, Hervé, Karieff, Léonard ou Magloire. Le cerf de Saint Théleau évoque aussi le cerf psychopompe ou celui qui assure le passage du héros, dans les romans de la Table Ronde, vers le monde du merveilleux, l'Autre-Monde. Et il rejoint aussi le cerf portant une croix dans sa ramure et qui apparaît pour le convertir à Saint-Hubert, Saint Eustache ou au Saint Julien des Trois Contes de Flaubert, trois princes qui s'adonnaient à la cruauté bestiale de la chasse : "Pourquoi me persécutes-tu ?" . ( A Cast, à quelques kilomètres de Plogonnec, cette chasse de saint-Hubert est représenté en sculpture monumentale).


La chapelle Saint-Théleau :

   Située à la limite de Plogonnec et de Locronan, cette jolie chapelle a été fondée, comme l'atteste l'inscription en lettres gothiques de la tourelle sud, "Le 22 jour de may 1544 fust fonde cest". D'autres inscriptions datent la sacristie de 1695 (V:MIO:A:LE:GRAND:/F:PERFIOV:F:1695), le bras nord de 1727. Les comptes de fabrique mentionnent l'existence des verrières et leur entretien régulier jusqu'en 1676. En 1778, un aveu de prééminence mentionne les armoiries de Léon, et celles de Coatanezre (armes qui se retrouvent à Ergué-Gaberic au tympan de St-Guinial)  sur les baies axiale et méridionale. Puis les verrières sont prélevées pour créer la vitre que nous étudions, et il ne reste que des débris de vitraux dans les remplages de la fenêtre du chevet (anges portant les instruments de la Passion) et du transept sud (anges).

 En 1976, alors que la toiture venait d'être restaurée entièrement; la foudre détruisit la flèche et en partie la chambre des cloches ; le clocher fut reconstruit les années suivantes.Le grand pardon de saint Théleau a lieu le dimanche après la Saint-Jean.

 

II Le vitrail des Saints et de la Réssurection en Baie 7.

Il est daté par le Corpus Vitrearum de 1525-1530 et 2ème moitiè du XVIème siècle, de 1550 par Roger Barrié dans sa thèse. Mesurant 3,50m de haut et 1,90 m de large, il se compose de trois lancettes de trois panneaux et demi.  Il a été recomposé en 1862 par l'entreprise quimpéroise Manceaux-Gueguen à partir de panneaux de la chapelle Saint-Théleau, en associant une scène de réssurection de trois panneaux venant du registre supérieur de la maîtresse vitre, avec des panneaux représentant des saints, au prix d'un fort travail de recomposition de panneaux brisés, et de remplissage par bordure et maçonnerie pour compenser la différence le largeur des lancettes entre st-Théleau et la baie du bras nord du transept, alors nommé chapelle saint-Mathurin.

  Il a été déposé comme les autres verrières avant la dernière guerre, pour être reposé par J.J. Gruber en 1953

1. Le registre inférieur.



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-Panneau A1 daté du 3ème quart du XVIème s.

 Saint Nicolas bénissant la tempête : tel est le titre accordé à cette scène, bien que Roger Barriè, plus prudent, considérait que cette identification n'était que possible, mais que tout autre saint breton (irlandais ou gallois traversant la Manche, par exemple) pouvait faire l'affaire. La nef et son gréement correspond aux navires du début du XVIème siècle. Cette embarcation  de trois mats, le grand-mat équipé d'une hune pour le guetteur, le mat d'artimon étant gréé d'une voile latine qu'on voit ici ferlée,  est-elle une caraque, très ronde dotée d'un château ou gaillard arrière (ici bien visible) destiné à placer les archers en hauteur, mais aussi d'un château avant (ici discutable), ou bien une caraque atlantique type 1510 intermédiaire avec le galion ? Les caraques, qui peuvent atteindre 250 à 1000 tonneaux, sont grées de deux voiles carrées sur le grand-mat, d'une voile carrée sur le mat de misaine, et d'une civadière sur le beaupré.

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-Panneau B1 datant du 3ème quart du XVIè s., complété.

Saint diacre bénissant, devant une tenture verte damassée et frangée; j'ignore sur quel critère on l'intitule diacre et non évêque alors qu'il tient la crosse : j'ai encore beaucoup à apprendre. Au dessus d'une tunicelle la chasuble rouge vermillon est ornée d'une croix dorée.


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Panneau C1 datant de la fin du XVIème s. complété, avec de nombreux collages et quelques restaurations.

  Il représente le miracle de Saint-Éloi évêque de Noyon, orfèvre, ministre de Dagobert, mais que la légende présente comme un simple maréchal-ferrand qui, pour ferrer plus facilement un cheval rétif, trouva plus simple de profiter de ses pouvoirs de thaumaturge pour couper la patte, la ferrer sur l'enclume avant de la remettre en place. 

  Éloi, barbu, est vêtu d'un habit vert recouvert du tablier de forgeron et non de celui  de maréchalerie, qui se divise en deux pièces sur les cuisses. Il tient en main ce qui ressemble à un brochoir, qui sert à enlever les clous du sabot, à moins que ce soit une reinette, qui sert au parage, ou un outil mixte.

  Le propriétaire qui regarde, ébahi, le travail est vêtu d'une tunique rouge,  bragou braz et de guêtres.

  Roger Barrié mentionne dans sa thèse que la chapelle saint-Théleau est également nommée saint-Éloy.

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2. Registre moyen : 

 

Panneau A2 :

Les fragments d'un évêque bénissant ont été largement complétés d'éléments récents.


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Panneau C2 :

datant du 3ème quart du XVIème siècle.

C'est le panneau représentant Saint Théleau chevauchant son cerf élaphe ; il tient la crosse et porte la mitre de l'évêque, et porte une grande cape rouge frangée et bordée d'orfrois.

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3. Registre supérieur .


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Panneaux A3 et A4 

panneau très restauré du 3ème quart du XVIème siècle représentant Saint Edern chevauchant un cerf : cet ermite gallois de la fin du IXème siècle se distingue de Saint Théleau (en habit d'évêque) par son costume de moine. C'est le patron de la paroisse de Plouedern. Formidable ! Les blochets de l'église Saint-Edern à Plouedern. où se voit sa statue de cavalant sur un cervidé.


 

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Panneau C3 et C4

datant aussi du 3ème quart du XVIème siècle, restauré.

Il montre un saint (auréole) pèlerin ( bourdon, chapeau) qui marche pied-nus mais à bon pas, tenant un objet non identifié dans la main droite. On peut y voir Saint Jacques (la grande barbe correspond à son iconographie) ou Saint Roch (Corpus vitrearum) ou bien (Roger Barrié), Saint Ronan, venant à grande enjambée de la paroisse voisine de Locronan, et tenant à la main sa célèbre cloche.

 

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Panneaux B2, B3, B4 : Christ ressuscité.

Datant de v.1560, ces trois panneaux peu restaurés sont les plus beaux du vitrail, et reprennent l'iconographie des différentes Passions ou Résurrections de la région (par exemple Confort-Meilars : Vitrail de la Résurrection à Confort-Meilars.)

  Le Christ vêtu du manteau rouge de la résurrection montre les cinq plaies de sa Passion et tient la croix hastée devenue emblème et houlette du Bon Berger. Il se dresse debout, enjambant le tombeau vide au grand effarement de deux soldats romains, tandis qu'un troisième, glaive en main, somnole sur sa hallebarde et son bouclier rond à godrons .

 

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Le tympan

Datant de 1525-1530, il a conservé sa place d'origine. Il se compose de cinq ajours représentant Dieu le Père et quatre anges en grisaille rehaussée de jaune d'argent ;dans le soufflet, le Père Eternel, coiffé d'une tiare pontificale, est vêtu d'une aube, d'une étole croisée et d'une chape orfrayée au fermoir quadrilobé.


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  Les anges volent à l'intérieur des mouchettes, présentant qui la colonne et la lanterne des gardes, qui la coupe de boisson amère (ou le calice de l'agonie), qui la colonne de la flagellation et la bourse de trente deniers. celui qui , à gauche, ne porte rien de défini serait placé récemment  puisque R. Barrié ne l'a pas décrit. Je lui imagine l'éponge de vinaigre dans la main gauche.

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   Source :

Les vitraux de Bretagne, F. Gatouillat et M. Hérold, Corpus Vitrearum, Presses Universitaires d Rennes, 2005 p. 159.

Etude sur le vitrail en Cornouaille au XVIème siècle, Roger Barriè, thése de troisième cycle, Université de Haute-Bretagne, Rennes 1978.

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Published by jean-yves cordier
15 décembre 2011 4 15 /12 /décembre /2011 20:34

                                           Ne pas oubier que ceci est un travail d'amateur: non pas baclé par dessus la jambe, mais éffectué au pied levé, la jambe lègére et l'oeil polisson.

                                 Pierre Dumayet : "Je suis amateur de peinture et de bons vins : je sais distinguer un Chagall d'un Saint-Émilion".

 

 

 

                         L'église Saint-Thurien de Plogonnec :         

                    Les statues et les bannières.

 

 Puisque le vitrail de la Baie 7 va nous amener à découvrir 7 saints, je propose de faire auparavant le tour de l'église pour y découvrir à quels saints la paroisse a consacré ses statues et bannières :

  I. Les statues de l'église Saint-Thurien.

  Si Saint Thurien est le patron de l'église, c'est par contre Saint Conec, ou Connec, parfois assimilé à saint Thégonnec, qui donne son nom à la paroisse (plou) de Plo-gonnec. En outre, les chapelles de l'église ont été vouées, au fil du temps depuis sa fondation au début du XVIème siècle à Saint-Michel, Saint Herbot, Saint Claude, Sainte Barbe et Saint Maudez (XVIIème), puis au XIX-XXème siècle à Saint Maudez, saint Sébastien, Sainte Anne, Sainte Marguerite, Saint Joseph et à N.D du Rosaire. 

 

1) De part et d'autre du choeur : Saint Thurien et Saint Étienne :

Il s'agirait selon les diverses sources de statues en pierre polychrome du XVIIIème siècle, datation sans-doute attribuée d'après leur socle, bien que, sur le plan de l'église au XVIIème siècle donné par Roger Barriè dans son article Mobilier de Bretagne, les statues de saint Thurien et de Saint Étienne (sous le nom de Saint Stephan) sont indiquées à cet emplacement du XVII au XXème siècle.

Saint Thurien ou Saint Thuriau ou Thurial, Sant Turio.

Fiche site Grand Terrier :http://arkaevraz.net/wiki/index.php?title=Sant_Turio

Ancien archevêque de Dol au VIIIème siècle, invoqué pour combattre les fièvres, il est représenté en évêque avec mitre précieuse ou orfrayée, crosse et gants épiscopaux, bague sur le majeur des deux mains (et non, comme l'anneau épiscopal, qui est portée à l'annulaire après avoir été placé depuis le IVème siècle à l'index droit, et qui sert pour les bénédictions alors qu'il est ôté pendant la messe) et porté par dessus les gants comme cela se doit, soutane lie-de-vin, aube blanche, croix formée de cinq cabochons rouges dont le gemme central est quadrilobé, dalmatique frangée, chape de cérémonie rouge au revers vert et à la large bordure dorée.

   Les gants se terminent, vers la manche, par un ourlet d'or qui s'achève par un gland bilobé.

   La crosse  est tenue par la hampe, laquelle est surmontée par un noeud octogonal limité par deux viroles lisses, l'une ronde et l'autre polygonale : le crosseron enroule sa volute 

 

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  Si cette inscription indique la date de la statue et le nom du commanditaire, le statue est bien du XVIIIème. Kernaleguen est un patronyme de Plogonnec. Corentin Kernaguelen, né le 6 janvier 1739 à Keranou en Plonevez-Porzay, ordonné prêtre à Pâques 1767, devint recteur/vicaire à Berrien de 1787 à 1803 :pendant la Révolution il fut détenu au château de Brest du 11 décembre 1791 au 11 août 1792, puis déporté en Espagne à Mondonedo. Il est nommé recteur de Plogonnec le premier janvier 1804, succédant à Nicolas Louboutin, et remplissant cette charge jusqu'en 1805. (Source :archives du  de diocèse de Quimper, Bdha 1903, Berrien, et 1940, Plogonnec)

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Saint Étienne.

  Ou Saint Stephan, Sant Stephan en breton. Fêté le 26 décembre.

Hagiographie sur Grand Terrier :http://arkaevraz.net/wiki/index.php?title=Sant_Stefan

 C'est le premier diacre consacré par les apôtres : il est représenté en tenue ecclésiastique avec une aube blanche ourlée d'or et une tunique dorée à larges manches. Je n'identifie pas ce qu'il porte de la main droite.

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  La plaque ne porte pas de date mais semble contemporaine de celle de la statue de Saint-Thurien. On note l'orthographe Saint Etiene. Décidément, entre le N omis remplacé par le tilde, le N rétrograde et le N oublié, la quatorzième lettre de l'alphabet est la mal-aimée des épigraphistes.

   Le fabricien, Louis Cosmao, est né le 6 février 1750 à Locronan, a épousé le 19 juillet 1774 à Plogonnec  Perrine Bernard (2-07-1758 Plogonnec/8-05-1797 Plogonnec) , a donné naissance à Perrine Cosmao le 21 septembre 1782 et est décédé à Plogonnec à 56 ans le 2 février 1807.

 

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Saint Maudez , Sant Maodez

  Hagiographie : http://arkaevraz.net/wiki/index.php?title=Sant_Maodez

  Ce saint venu d'Irlande au VIème siècle pour évangéliser la Bretagne se retira sur l'île qui porte son nom dans l'archipel de Bréhat, l'île Modez où il vécu en ermite. Rien ne justifierait sa tenue d'évêque, si ce n'est qu'on lui attribue la fondation d'un prieuré dont il serait l'Abbé.

Statue de granit du XVIème siècle qui me semble assez proche de celle de saint Thurien. Même mitre (mais les fanons sont ici larges et bien visibles), mêmes gants (mais la bague laisse la place à un bijou en or sur le dos du gant, là où les chirothèques portent une plaque circulaire crucifère), même croix pectorale, même succession de l'aube, de la soutane, de la dalmatique largement brodée et de la chape rouge, et jusqu'à l'ornementation de l'orfroi qui borde la chape qui associe pareillement deux points, et un ovale.

  Les gants, comme cela est devenu courant à la fin du Moyen-Âge, s'évasent en un brassard qui pend sous le poids d'un gland ou d'une cloche d'or (à moins qu'il s'agisse d'un noeud de passementerie avec sa houppe).

La crosse ressemble aussi à celle de Saint Thurien, mais le crosseron est ici  hérissé de crochets figurant des bourgeons, et il ferme sa volute autour d'une feuille découpée : feuillage et bourgeons symbolisent la vigueur et la fécondité de l'action épiscopale ou, ici, de celle de l'abbé.

  Enfin la soutane donne à apercevoir les"sandales pontificales", que j'imaginais comme les sandales des moines mais qui sont des chaussures fermées à talon plat, parfois enrichies de galons, de bandes gemmées ou de broderies, ce qui n'est pas le cas ici.

statues 4418c

 

 Saint Herbot???

 

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Saint Claudius : Saint Claude le thaumaturge

Évêque de Besançon et Abbé de Saint-Oyand au VIIème siècle sous Clovis, fêté le 6 juin.

  Statue de pierre polychrome du XVIème siècle. 

Nouvel exemple de tenue épiscopale avec mitre à longs fanons, gants évasés à l'emmanchure, et (je me lance) autour du cou l'amict, "bande d'étoffe servant de col pour protéger la chasuble", et puis la soutane rougeâtre, un surplis, la dalmatique verte et, si l'étoffe en forme de croix est indépendante de la chasuble, je pourrais la nommer comme étant le pallium,que portent les archevêques et le pape.

statues 4422c

 

???

Statue en bois, XIXème ? permettant de compléter l'étude des costumes avec un bel exemple de chasuble noire et blanche et de manipule, linge long et étroit frangé et orné d'un galon et d'une croix porté au poignet gauche lors de la célébration eucharistique.

 

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                    statues 3597c

                                     Sablière, Plogonnec

 

II. Les bannières de l'église Saint-Thurien.

 Le Nouveau Répertoire des églises et chapelles du Diocèse de Quimper et de Léon de René Couffon (édition 1988) n'en mentionne aucune, et la thèse de C. Hermelin Guillou non plus, ce qui ne va pas m'aider. (Plus précisément, R.Couffon signale une bannière de SaintAubin du XVIIème dans la chapelle éponyme, et C. Guillou signale les comptes de fabrique de la paroisse avec 296 livres versés en 1625 à Julien Julle ou Jule de Quimper pour une bannière de velours vert et rouge, puis de petites dépenses d'entretien) Voyez cela comme une ébauche, un canevas, et aidez-moi de vos commentaires.

  Une bannière bretonne se caractèrise par son matériau de prédilection, le velours, par la partie supérieure qui forme gousset pour une traverse dotée à chaque extrémité de pommes métalliques ou de bois doré ou passementé et d'où s'attachent les cordelières qui servent de haubans, par la partie inférieure ou lambrequin découpée en trois à sept festons bordés d'une frange de cannetille, ou plus rarement de tresses, par l'opposition enfin entre un panneau central ou un personnage en soie ou lin brodé, parfois en toile peinte, et une bordure où les motifs floraux ont libre cours. Et si on s'amuse à prendre l'une de ces parties, par exemple les festons, sur chacune des sept bannières présentées ici, on constatera qu'aucune ne ressemble à l'autre. Dans les creux des festons sont parfois dissimulés des grelots ou clochettes cachés par la passementerie.

Elles mesurent entre 120 et 140 cm de large et 170 et 190 cm de hauteur. La couleur du velours est soit le vert (ici, ste Anne), soit le rouge (4 sur 7) ou le brun, et pour Marie, le bleu. Elles ont deux faces, et sont donc l'accolement de deux éléments dont les représentations sont différentes, même si, dans les églises, une seule face est examinable.

  Il est difficile de savoir qui les a réalisées : maître-brodeur, couvent de Carmélites ou d'Ursulines ? Pour le Léon et la Cornouailles, René Couffon cite quelques noms seulement de maître-brodeurs: Floc'h à Quimper, Landais à Lannion, Le Gall et Tuberville à Morlaix. Depuis 1953, la maison Le Minor de Pont-L'Abbé en a réalisé 35 pour les paroisses bretonnes, notamment Locronan. Je les trouvent superbes. Treize sont de Pierre Toulhoat, d'autres de Patrice Cudennec.

  Lorsqu'elles n'étaient pas utilisées, elles étaient conservées dans des armoires à bannières en forme de T caractèristique (avec l'élément droit central pour les hampes), dont on observe parfois des exemplaires anciens.


  Saint Thurien :

  C'est la bannière de la paroisse, ou Banniel bras. Elle est de facture récente, (Le Minor ?) avec les broderies de fils orange-fort, vert, jaune et bleu qui dessinent des lignes ondulées, des planètes et des soleils ou des palmettes, mais la pièce principale, au centre, paraît plus ancienne. Saint Thurien est en évêque comme sur la statue avec chasuble et pallium frangé.

 

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 Saint Thégonnec :

  Sant Thegonnec pedit evidomp, "Saint Thégonnec priez pour nous" : Saint Connec est donc ici évoqué pour tenir compte du nom de la commune, ou c'est Saint Thégonnec lui-même en raison de la présence de la chapelle Saint-Thégonnec à Plogonnec.

 Ce saint serait né à Kerfeunteun en Plonevez-Porzay, commune voisine, et aurait établi son ermitage à Plogonnec après avoir promis aux gens de Kerfeunteun qu'ils seraient persécutés par les chiens érrants pour les punir de leur méchanceté. Plus tard, il partit dans le Léon vers la paroisse qui porte actuellement son nom, apprivoisant un loup qu'il attela à sa carriole. On voit à ses pieds un animal qui ressemble d'avantage à un chien (l'eau de sa fontaine guérit de leurs morsures) qu'un loup.

 

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Saint Étienne :

Sant Stephan pedit evidomp, "Saint Étienne priez pour nous", bannière au beau travail de broderie avec les anges de fil rose, les armes du duché de Bretagne entre deux deux lévriers, un arc de triomphe avec deux niches où veillent deux apôtres (sans-doute) encadrant le diacre portant la palme du martyr,et deux colonnes ornées à leur base de séraphins. Les rinceaux alliant la pampre et les épis de blé, l'alternance d'étoiles et d'épis sur les sept festons, le christogramme IHS sont encore autant d'éléments à admirer, comme la banderole "paroisse de Plogonnec" et surtout les deux blasons qui nous permettent une datation.

  Le blason de droite est celui de Monseigneur Dubillard, évêque de Quimper du 14 décembre 1899 à sa nomination comme archevêque de Chambery en 1907. Il porte "d'azur à trois épis d'or, tigés et à la feuille ployée d'argent" et sa devise est Deus adjuvat me. (il me semble lire une autre devise).

  Le blason de gauche est celui du pape Léon XIII, "d'azurro, al cipresso piantato su una pianura, il tutto di verde, alla fascia d'argento attraversante, accompagnata nel cantone destro del capo da una stella cometa d'oro disposta in banda e in punta da due gigli del medecimo". "d'azur au cyprés de sinople planté sur une plaine de même accompagné au franc quartier d'une comête et en pointe de deux fleurs de lys, à la fasce d'argent", dont la devise est Lumen in coelo. Il fut pape de 1878 à 1903.

  Cette bannière date donc de la période 1899-1903.


 

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Jeanne d'Arc :

  La bannière est frappée de la croix à deux traverses égales qui est la croix de Lorraine ou croix des ducs d'Anjou puis de Lorraine. Elle porte aussi les prétendues armoiries de Jeanne d'Arc, qui était roturière, s'est toujours défendue, notamment lors de son proces, d'en porter. Voir :http://www.blason-armoiries.org/heraldique/j/jeanne-d-arc.htm

  

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 Sainte Thérèse : 

La bannière porte le blason épiscopal de Mgr Duparc, évêque de Quimper de 1908 à 1946 : on le décrit comme "parti : -1) d'azur à l'agneau d'argent -2) d'or au lion de sable, tenant une crosse  -Sit) un chef d'hermines". Sa devise en breton est Meulet ra vezo jezuz krist "que soit loué Jésus-Christ".

  Le blason papal est celui de Pie XI, pape de 1922 à 1939. Il est "troncato : nel primo d'oro, all'aquila col volo abbassato di nero, membrata e imbeccata del campo ; nel secondo d'argento, a tre palle di rosso disposte due e una", soit "coupé en 1 d'or à l'aigle de sable et en 2 d'argent à trois besants de gueules". Sa devise raptim transit est tirée de Job 6,13 et peut signifier "il passe rapidement" (dans Job, la phrase frates mei praeteriunt me sicut torrens qui raptim transit in convalibus signifie "mes frères ont passé devant moi comme le torrent qui traverse rapidement les vallées." )


La bannière est donc datable de 1922 à 1939. 

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Santez Anna sainte Anne :


 

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La bannière de la Vierge.

Elle représente la Vierge de l'Apocalypse (sur le croissant de lune) avec la couronne de sept étoiles, adaptation de la citation d'Apocalypse 12,1 "Un signe grandiose apparut au ciel : une femme ! le soleil l'enveloppe, le lune est sous ses pieds et douze étoiles couronnent sa tête. Cela tient sans-doute compte de l'apparition de la Vierge de Guadaloupe au Méxique, mais cet emblème marial couronné de sept étoiles sur fond d'azur est bien plus ancien et le chiffre sept renvoit aux sept sacrements de l'église ou à Notre-Dame des sept douleurs.


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   Conclusion : 

On pourrait étudier comment une paroisse adapte son architecture et son ornementation en fonction de l'évolution des données théologiques ou des mouvements de la foi populaire, et très shématiquement à Plogonnec les saints guérisseurs ou protecteur de la peste, des fièvres, des zooties, de l'orage ou autres malheurs ( Sébastien, Thurien, Hernot, Barbe, Catherine, saints martyrs, archange Saint-Michel) laissent la place après le Concile de Trente au culte marial, à Notre-dame du Rosaire, à Sainte Anne puis au XIXème au culte de Saint-Joseph, du Sacrè-Coeur, de Notre-dame de Lourdes, puis à celui de Saint Thérèse de Lisieux et Jeanne d'Arc.  Le travail publié par Roger Barrié Mobilier cultuel et décor intérieur en Basse-Bretagne 1983 permet de suivre cette évolution, et l'examen des statues et des bannières y contribue modestement.

 

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Published by jean-yves cordier

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  • : Le blog de jean-yves cordier
  • : 1) Une étude détaillée des monuments et œuvres artistiques et culturels, en Bretagne particulièrement, par le biais de mes photographies. Je privilégie les vitraux et la statuaire. 2) Une étude des noms de papillons et libellules (Zoonymie) observés en Bretagne.
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  • "Il faudrait voir sur chaque objet que tout détail est aventure" ( Guillevic, Terrraqué).  "Les vraies richesses, plus elles sont  grandes, plus on a de joie à les donner." (Giono ) "Délaisse les grandes routes, prends les sentiers !" (Pythagore)
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