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29 mars 2011 2 29 /03 /mars /2011 18:05

 

      

  

 

 

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Published by jean-yves cordier
28 mars 2011 1 28 /03 /mars /2011 11:13

   TOUT FAUX !!! : j'ai décrit ici sous le nom de Palomena une autre punaise, Piezodorus lituratus (Fabicius, 1794), et je dois à la gentillesse et à la compétence de Mikaël Buord de pouvoir faire ici amende honorable. J'aurais pu m'en douter, pusique la Piezodorus se nomme Punaise de l'ajonc, Gorse Shield bug.

 

Elle est courante, banale, très répandue, la punaise verte Palomena prasina (Linnaeus, 1761) !  Et pourtant je ne la découvre vraiment qu' aujourd'hui, en scrutant les ajoncs où elle a le talent de se cacher si bien que je peux regarder longtemps les petites flammes jaunes sans la trouver.

  •  Et il y a ceci de curieux qu'elle est verte, d'un beau vert pomme, et qu'une fois prise en photographie elle apparaît argentée dans sa cuirasse nickelée niéllée de petits points .

  •  Ou encore ceci de curieux : les différents aspects que peuvent prendre sa larve, du stade I au stade V, ce qui en fait un jeu amusant lorsqu'il faut les trouver dans la nature. Voir ici : http://www.britishbugs.org.uk/heteroptera/idcards/life_stages.html

   Mais comment reconnaître les larves des adultes ? parce que seuls les adultes ont des hémélytres qui sont les ailes antérieures. Il s'agit moins de larve que de stade nymphal, les punaises étant des insectes hetérométaboles sans stade immobile entre larve et adulte: les cinq  larves ressemblent à l'adulte à l'exception des ailes et des organes génitaux qui se développeront progressivement. Ce sont des paumétaboles, les larves et les adultes partageant le même milieu, alors que les hémimétaboles envoient , par exemple, leurs larves en session aquatique jusqu'à leur majorité.

  Ce sont des pentatomidès, car ces punaises ont des antennes composées de cinq (penta) articles.

  •  Ou bien cela : elles sont brunes à l'approche de l'hiver et deviennent vertes au printemps.

 

Son protonyme, celui qui a été attribué par Linné, me semble être, si j'en crois Geoffroy, Cimex subrotundus viridis, mais il se réfère au Fauna svec. n°648 et au Syst. Nat. de 1758. Le  Fauna Svecica de 1761 mentionne, page 254 sous le n°950 le Cimex campestris, "apud nos frequentissimus", et ressemblant au Cimex pratensis en plus petit mais dépourvu de points à l'extrémité des élytres. C'est mon meilleur choix. Mais Palomena fut aussi nommé Pentatome dissimilis par Latreille, Cimex dissimilis . Je trouve sans-doute mon bonheur avec :

Pentatoma dissimile : Cimex dissimilis Fabricius Syst. Rhin.p. 157, n.59. Cimex prasinus, Fabricius, Syst. Rhin. p.166, n.58 ; Linnaeus, Fauna svecica, n.731.(in Blanchard et Brullé, hist des insectes, T 3, 1860).

  Je donne donc comme protonyme : Cimex prasinus. (je ne trouve pas l'acces aux banques de données taxonomiques.)

Mais cela ne me donne pas l'origine du nom Palomena, attribué au genre par Etienne Mulsant, auteur avec Claudius Rey  d'une Histoire Naturelle des punaises de France (Deyrolle 1765).

 

    Après avoir recherché le sens de son nom scientifique (prasina vient du latin prasinus, a, um : de couleur verte), on peut s'amuser à la distinguer de :

                     -Nezara viridula, plus grande, à l'abdomen caréné, et qui porte 5 petites taches blanches à la base du scutellum.

          

                    -Palomena viridissima Poda, 1761 : très semblable, mais dont la marge anterolatérale du pronotum est légèrement convexe (légèrement concave chez P. prasina) et jamais soulignée d'orangé, et dont le deuxième article antennaire est 1,5 à 1,8 fois plus long que le troisième article, alors que ces articles sont de même longueur chez prasina. (Auguste Puton, Annales de la Société entomologique de France, 1881, 5 : 44-45)

 

   Amusant, oui, à condition de connaître cela :

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  Et voici ma punaise :

 

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    Ici, c'est bien Palomena prasina :

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Published by jean-yves cordier
27 mars 2011 7 27 /03 /mars /2011 21:32

 Trente-six vues...du Port de Brest.

 

 

  Je pense que nous sommes tous comme ça, lorsqu'on admire une oeuvre, cela donne envie de faire pareil, à son petit niveau. En tout cas, cela donne des ailes à l'inspiration. 

   Lorsque j'ai vu la belle image que Pascal a réalisé du remorqueur Abeille Bourbon qui stationne quai Malbert au port de Brest cela a réveillé de vielles démangeaisons de photographier le port, qui est à dix minutes de voiture pour moi.

   Bien-sûr, le résultat n'a rien de comparable, mais je me suis fait plaisir, et c'est ça qui compte, non?

http://www.regardelamer.com/article-abeille-bourbon-illumination-de-la-retine-69628753.html

 

Bizarrement, j'ai continué à utiliser pour la plupart des images l'objectif macro que je venais d'utiliser pour la coccinelle : je voulais voir si c'était utilisable, en emmenant un seul appareil en balade.

   Ce sont les bittes d'ammarage qui m'ont inspiré, et j'ai donné à cet article le titre Trente-six vue...du Port de Brest, comme Hokusai et Hiroshige avec leur Trente-six vues du Mont Fuji, ou Henri Riviére aves ses Trente-six vues de la Tour Eiffel.

 

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Published by jean-yves cordier
27 mars 2011 7 27 /03 /mars /2011 20:41

C'est une coccinelle minuscule, de 5 mm de long, que j' ai repéréesur le tronc d'un arbre le long de l'étang de Pontavennec à St Renan, et que j'ai eu bien du mal à photographier vu sa taille, malgré que je sois en train d'étrenner un objectif macro Canon 100mm  1: 2,8 L IS.

  Les anglais la nomment Heather Lady Beetle, coccinelle des bruyères, ou Twice-stabbed Lady Beetle et les scientifiques Chilocorus bipustulatus Linnaeus, 1758,en raison des deux taches rouge orangé  sur les élytres. Ces deux bandes sont parfois constituées de trois punctuations presque confluentes.

C'est une redoutable prédatrice de pucerons et autre cochenille, aussi a-t-elle été utilisée dans la lutte biologique.

  

 

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Published by jean-yves cordier
23 mars 2011 3 23 /03 /mars /2011 20:13

22 mars à Kerloc'h, Crozon : j'aperçois mon premier Tircis :

 

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  Le Tircis est un Nymphalidé : Pararge aegeria (Linnaeus, 1758): Speckled wood des anglais.

   Les mâles de ce papillon sont connus pour leur stratégie dite "bourgeoise" d'entrer en compétition pour des territoires de reproduction qui sont des taches ensoleillées : leur lutte consiste en vols brefs vers le haut au cours desquels chacun des adversaires tournent en spirale autour de l'autre. Le perdant est celui qui quitte le rayon de soleil le premier. Mais c'est toujours le premier occupant, le "résident", qui gagne ( Davies, 1978).

   En effet, dés le début d'une matinée ensoleillée, chaque mâle prend position d'un perchoir sur une feuille ensoleillée et y guette le passage d'une femelle. La course du soleil fait que, régulièrement, chaque perchoir se retrouve à l'ombre et que son propriétaire doit courir (ou plutôt voler) vers un nouveau perchoir, un peu comme dans un jeu de société du genre des chaises musicales ou d' Un, Deux, Trois, Soleil. Cela engendre inévitablement - c'est cela qui est amusant-son lot de conflits territoriaux et de stratégie "bourgeoise", qui sont certainement autant d'échanges de messages chimiques. Ce qui amuse d'avantage les savants, c'est de s'arranger pour faire croire à deux mâles en même temps qu'ils sont les résidents du perchoir, et d'observer en se tapant sur les cuisses tellement c'est comique que le vol en spirale vers la canopée peut durer pendant des heures ; enfin, pendant plusieurs minutes.

 

   Je m'interromps car j'ai fait jadis un voeu que je suis obligé de réaliser : j'ai un jour promis à Saint Robert de donner l'étymologie de  "canopée" la première fois que j'écrirais ce nom. Donc, voilà:

 

Le nom "canopée" désigne la cime des arbres , l'étage supérieur de la forêt. Il tient son nom de l'anglais canopy, désignant le ciel de lit ou baldaquin, à rapprocher de notre canapé. Ces deux noms viennent du grec désignant la moustiquaire et dérivé de kounoupi, moustique.  Il a fallu passer par le latin conopeum, conopium, moustiquaire, par le latin médieval canapeum, XIVème siècle, par l'ancien français conopé   "rideau de lit" (1180), ou canope (1508).   Canopée et canapé sont donc cousins, mais ils cousinent aussi avec le terme conopée qui désigne le tissu qui recouvre le tabernacle dans les églises chrétiennes.  On peut y ajouter l'utilisation du mot canapé en art culinaire dès 1787 pour nommer ces petits pains garnis de caviar, de pâté ou d'anchois.        Une telle descendance   pour un moustique, étonnant, non?                                                                                      

 

   Certains mâles de Tircis adoptent une autre stratégie de drague que celle du perchoir et patrouillent à la recherche des meufs... et Jeremy Thomas ( Butterflies  of Britain and Ireland) soutient que ceux qui ont quatre points sur l'aile postérieure sont des percheurs, et ceux qui n'en ont que trois sont les patrouilleurs. Vraiment étonnant ! Mais mon Tircis n'a que trois points et c'est un percheur.

   Les mâles ne s'en prennent qu'aux papillons de leur espèce, et ignorent les autres papillons.

Lorsqu'une femelle interceptée est réceptive, elle se pose sur une feuille et étend ses ailes. Le mâle la survole en frôlant ses ailes postérieures : les papillons ont des récepteurs olfactifs situés sur les pattes et on pense que ce rituel lui permet de flairer sa partenaire pour savoir si son émergence est récente. Information capitale puisqu'une jeune femelle a devant elle une espérance de vie prolongée et pourra produire un plus grand nombre d'oeufs.

   L'accouplement survient en fin de matinée et dure une heure environ.

  Les tircis adultes se nourrissent de miellats (sécrétions de pucerons)  sur la face supérieure des feuilles de chêne, de frêne ou de noisetier, et ne butinent pas les fleurs, sauf en fin d'été.

 

 Lépidoptéronymie.

 

  •  Le zoonyme Pararge  nous vient de Jakob Hübner, 1819, il est formé du grec para-, "à coté, proche de-", pour indiquer selon A. Maitland  Emmet (1991). les affinités avec le genre Arge  Schrank, 1802 qui regroupe ...des hyménoptères symphites comme les tenthrèdes. J'ignore quelles sont les affinités en question. Arge, que j'aurais rapproché à tort d'Argus, signifierait en grec  "blanc", et on le retrouve dans Melanargia galathea, le Demi-deuil, qui est noir et blanc. Mais ni les tenthrèdes ni notre Tircis ne sont blancs : ce sont les mystères de la science.

 

•  L'épithète aegeria, que l'on doit à Linné,renvoie à Égérie. Ce nom qui est devenu  dans notre langue un nom commun désignant l'inspiratrice d'un homme de pouvoir est d' abord le nom d'une Camène, ces nymphes des sources et des bois de l'ancienne religion latine. Le deuxième roi lègendaire de Rome (après Romulus) Numa Pompilius fit  croire au peuple latin que c'est Égèrie qui lui inspirait toutes ses décisions politiques lorsqu'il fonda les institutions religieuses romaines : il se rendait dans le bois d'Aricie, où elle résidait . Mais Ovide suggère qu'il y rencontrait sa maitresse...

   De toute façon, cela n'a rien n'a voir avec ce papillon, qui n'a été ainsi baptisé par Linné que parce que celui-ci l'avait classé parmi les Nymphalidés et a donc attribué des noms de nymphe au petit bonheur aux spécimens qu'il était en train de classer pour la postérité dans son Systema Naturae.

 

   •  Le Tircis  tient son nom d'un berger de la mythologie grecque, tel qu'il apparaît dans les Idylles de Theophraste ou chez Virgile. Ce berger Tircis ou Thyrsis est réputé pour ses chants bucoliques. Son nom s'inspire du thyrse, un bâton surmonté d'une pomme de pin et d'un bouquet de feuilles de vigne ou d'une touffe de lierre, noué par un ruban.

   Aucun rapport clair n'est à établir entre ce papillon et ce héros grec ou avec son espèce de caducée, sauf à considérer que les feuilles de lierre sont les canapés (j'ai réussi à le placer) de prédilection des Pararges pour leur sieste au soleil.

    La septième Églogue des Bucoliques de Virgile, imitée de la huitième idylle de Théophraste, présente la joute poétique de deux bergers, Corydon et Thyrsis, qui invoquent dans des couplets de quatre vers alternés successivement les Muses, Diane, Priape, avant de chanter Galatée, puis les saisons, puis Alexis, Phyllis et Lycidas, avant que Corydon soit déclaré vainqueur.

Ce nom Tircis a été attribué en 1821 par Godart sous la forme Satyrus tircis  à une sous-espèce. Mais il l'a emprunté à Etienne Louis Geoffroy qui l'utilise pour la première fois dans son Histoire abrégée des insectes qui se trouvent aux environs de Paris, Paris, 1762, Tome 2,p. 48 : après avoir donné les noms de Silène, de Baccante et de Tristan aux papillons de sa Première famille, il nomme le Tircis et renvoie aux descriptions de la dixième édition de Linné et à l'Histoire des insectes de Réaumur I; t.27,f.16-17.

   En choisissant ce nom de berger pour baptiser un  papillon, Geoffroy rend d'abord hommage à Virgile et aux églogues de ses Bucoliques. Il nommera le papillon suivant Corydon, puis viendra Myrtil, puis Amaryllis, la belle Amaryllis de la première Églogue. Je note que la sixième Églogue porte le titre de Silène.

 On a peut-être oublié la place que tenait Virgile en France et dans toute l'Europe du seizième au dix-neuvième siècle, l'importance des antiquités grecques et latines dans la formation scolaire de l'élite intellectuelle, comment la maîtrise du latin et des auteurs latins remplissait le rôle qu'occupe actuellement les mathématiques dans la sélection des meilleurs esprits, en un temps où les doctorats se soutenaient dans cette langue. On a aussi sans-doute oublié l'importance de la poésie pastorale et du roman pastoral qui s'inspirèrent des oeuvres latines pour divertir avec de charmantes histoires de bergères et de berger, de moutons et de houlettes, de rossignols et de fleurettes. Pourtant ces idylles roucoulantes tiennent une place considérable dans notre littérature, et puisque par convention le berger s'ynommait régulièrement Tircis, on trouve Tircis chez Guillaume Colletet, chez Honoré d'Urfé et son Astrée , chez La Fontaine ( Tircis et Amarante, Fables VIII, 13, Le berger et la mer, Fables, II,2, Contre ceux qui ont le goût difficile Fables II, 1, Les Poissons et le berger qui joue de la flûte, Fables X, 10), chez Fontenelle ( 23 occurrences dans le premier volume de ses Poésies), chez Molière ( dans les Intermèdes de Georges Dandin, dans l'Eclogue (sic) qui ouvre le Malade Imaginaire, dans Le Sicilien ou l' amour peintre, dans les Amants magnifiques...), chez Pierre Corneille (dans Mélite ,1629), chez Houdart de la Motte, chez Berquin,et chez une quantité innombrable d'auteurs de Bergeries ou d' Idyllies un peu moins connus, où Tircis  dialogue avec Corydon ,Doristée, Eraste, Cléon, Climène, Daphné ou Dorillas.

   Lorsque Geffroy écrit son Histoire abrégée, la mode des bergers bat son plein, accompagnant un mouvement plus général de retour à la nature, favorisé par le rousseauisme et la Nouvelle  HéloÏse, et on trouve une illustration de l'importance de cette mode dans la construction au château de Chantilly, au château de Rambouillet ou au Petit Trianon de fermes dotées, non de bergeries, mais de laiteries où les nobles  vont "jouer à la vacherie". Signalons encore que les fauteuils dits "bergères" reçurent ce nom en 1725.

 

 

  Mais revenons à nos moutons  ( c'est le conseil que l'on donna à Mme Deshouillières (1633-1694) qui avait écrit auparavant une idylle à succès, Les Moutons, après qu'elle se soit aventurée à faire paraître Genseric, une tragédie pitoyable) et retrouvons Tircis au dix-neuvième siècle sous la plume de Paul Verlaine dans ses  Fêtes galantes :

 

                                                    Mandoline

      Les donneurs de sérénades
      Et les belles écouteuses
      Échangent des propos fades
     Sous les ramures chanteuses.

 

      C’est Tircis et c'est Aminte,, 

      Et c’est l’éternel Clitandre,,
      Et c’est Damis qui pour mainte
      Cruelle fait maint vers tendre.

 

      Leurs courtes vestes de soie,
      Leurs longues robes à queues,
      Leur élégance, leur joie
      Et leurs molles ombres bleues

 

      Tourbillonnent dans l ’ extase
      D ’ une lune rose et grise,
      Et la mandoline jase

      Parmi les frissons de brise.

 

 

 

 

 

 

Source :

http://www.learnaboutbutterflies.com/Britain%20-%20Pararge%20aegeria.htm

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Published by jean-yves cordier
22 mars 2011 2 22 /03 /mars /2011 22:09

22 mars, dunes de l'Aber à Crozon : les petits sentiers qui parcourent la dune sont, à certains endroits, envahis par des centaines d'abeilles des sables. Au total, certainement plusieurs milliers d'hyménoptères peu agressifs mais très actifs.

 

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  Mais  prendre en photo une des danseuses du ballet s'avère difficile. heureusement, je repère un accouplement :

 

 

 

 

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   Quelles sont ces abeilles? Si ce sont des abeilles à langue courte, j'ai le choix entre  Andrenidae, Colletidae, Halictidae. Pour être si précoces, ce sont peut-être des andrénes Andrena vaga, ou bien des Colletidae, Colletes cunicularius, par exemple. Et pour bien les différencier, il faut que je recherche la nervation alaire :

Est-elle caractéristique des Colletes :

  - la deuxième cellule submarginale plus grande que la troisième,

  - la nervure basale  relativement courte; "importante le long de la cellule discoïdale et plus courte le long de la cellule cubitale".

  - la deuxième nervure récurrente en forme de S .

... ou bien  cette fameuse deuxième récurrente est-elle droite comme chez les andrènes ?

 

Allons-y voir :

    La deuxième cellule submarginale me paraît en effet légèrement plus grande que la troisième. ( J'ai indiqué aussi  le ptérostigma, dont je découvre l'existence chez les abeilles après l'avoir rencontré chez les libellules.)

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  Et voilà ce que l'on nomme la deuxième récurrente :

 

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    Pour moi, cette deuxième récurrente est droite : je baptise mes abeilles Andrènes, et comme il y a des saules en fleur à moins de 300 mètres, j'en fais, allez, pourquoi pas, des Andrena vaga Panzer, 1799. Sous toute réserve et en attendant qu'un gentil correcteur vienne redresser mes erreurs. Cela va me permette de donner l'étymologie du joli nom d' Andrène, qui vient du latin scientifique andrena lui même issu du grec anthrênê, "frelon".

 

  • Le genre Andrena a été décrit par J.C.Fabricius en 1775 dans Systema entomologiae, sistens insectorum classes, ordines, genera, species, adiectis synonymis, locis, descriptionibus observationibus, Libraria Kortii, Flensburgii et Lipsiae, 832pp, page 376. Le type est Apis helvola Linnaeus , 1758.

 

  • L'espèce a été décrite par Georg Wolfgang Franz Panzer (1755-1829) dans Fauna insectorum germanicae initia, oder Deutschlands Insecten,VI, P.64, T.18, 1799 . (publié à Nuremberg :Felsecker 1792-1823 et illustré de 2600 gravures coloriées à la main par Jakob Sturm )

   Georg Panzer était un médecin  allemand exerçant à Hersbruck. Botaniste et entomologiste, il constitua un herbier réputé, et une très vaste collection d'insectes.

  Andrena vaga fut aussi nommée Apis pratensis Müller, 1776; Andrena ovina Klug, 1810; Andrena nitidiventris Blanchard, 1840;Andrena leucothorax Herrich-Schäffer, 1840; Andrena nitidiventris_homonym Dufour, 1841; Andrena atricula Bischoff, 1922.

 

• l'andrène vague est une abeille solitaire  qui vole exclusivement de mars à mai : le pic d'activité des femelles correspond avec la floraison des saules (Salix sp) qui fournit le pollen nécessaire à l'alimentation des larves. Les saules ne doivent pas être distants de plus de 245 mètres du nid.

  Elle construit son nid dans le sol sablonneux souvent en légère pente, en situation sèche et ensoleillée. A l' entrée du nid le sable évacué forme  un petit cône. Ces nids sont toujours individuels mais se regroupent en "bourgades" parfois importantes (plusieurs milliers de nids, une cinquantaine par mètre carré). La galerie principale descend à la perpendiculaire du sol jusqu'à 25 à 50 cm, et se divise en couloirs accessoires encore plus profonds avant de s'élargir sur la chambre .

 

• C'est une grande abeille (13mm : 11-16mm) au thorax couvert de poils denses gris-blancs et à l'abdomen à peine velu et noir brillant. Les mâles sont plus petits et se remarquent par leur belle moustache grise et par leurs mandibules supérieures en forme de sabre.

 

• Seule la femelle récolte le pollen, grâce aux poils très denses dont sont équipés ses fémurspostérieurs. ( ces brosses de poils à la base des fémurs des troisièmes pattes sont nommées floccus)  Elle dépose dans le nid un mélange de pollen et de nectar qui servira au couvain.

 

• Les oeufs éclosent en larves qui se nourrissent du mélange nectar-pollen, grossissent jusqu'à la fin du printemps et forment un cocon , se nymphosent, et émergent en abeilles adultes  qui attendront le début du printemps pour sortir du nid. 

 

• Ses sites de nidification sont semblables à ceux deColletes cunicularius [ cunicularius: "mineur, sapeur, pionnier", creuseur de galerie ], aussi rencontre-t-on souvent les deux espèces en étroit voisinage.

 

• comme d'autres, cette abeille possède son "abeille coucou"  : c'est Nomada lathburiana Kirbi,1802, une abeille aux allures de guèpe avec son abdomen rayé jaune et noir et ses pattes rougeâtres. elle pratique le cleptoparasitisme en venant pondre ses oeufs dans les nids des Andrènes. Sa larve, dont l'éclosion est un peu plus précoce que celle de sa victime  se dirige dans le nid et se nourrit du pollen accumulé, au dépens de la larve d'andrène.

   Un autre parasite serait Bombylius major, le Grand Bombyle, un diptère ressemblant à une abeille et doté d'une très longue trompe. On cite aussi Sphecodes gibbus (qui parasite les halictes)comme parasite probable.

 

  Si bien même ce n'est pas un couple d'Andrena vagaque j'ai photographié, j'aurais du moins appris quelque chose... 

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Published by jean-yves cordier
15 mars 2011 2 15 /03 /mars /2011 20:48

"Il était une fois...Un oiseau ! s'écrieront aussitôt mes fidèles lecteurs. Non, les amis, vous vous trompez. Il était une fois...un morceau de zan."

   Si je paraphrase ainsi l'incipit des Avventure di Pinocchio. Storia di un burattino,c'est que tout le monde n'a pas comme géniteur un Gepetto manieur de varlope, de guillaume et d'égoïne, et qu'il arrive qu'on ait comme papa un confiseur : et vous vous retrouvez, comme notre héros du jour, avec un dos comme un bonbon acidulé au cassis, bien sucé bien luisant, des antennes en rangées de morceau de zan, des pattes en réglisse haribo, et si on vous énerve, vous vous défendez en crachant de la gelée de groseille. Chacun, s'il a  lu mon article Du noir, et caetera..., aura reconnu ce cow-boy solitaire qui erre d'un pas de consul romain sur des chemins plus arides que ceux de la Mancha : le Crache-sang, le Timarche, Timarcha tenebricosa.  Allez, renvoyez l'image :

 

DSCN2694c

 

   Et il avait marché, et il avait erré sur la pauvre terre l' hidalgo atrabilaire, rêvant de rencontrer un de ses frères, le doryphore fabriqué avec un berlingot nantais, le balanin des glands avec une praline, celui-ci  avec un cachou lajaunie, celui-là  en fraise tagada, untel en caramel, toute cette grande fratrie des bonbons-insectes que son père avait réalisé en anis de Flavigny ou en bergamote de Nancy, les carabes en malabar ou en carambar, les coccinelles en dragibus, les cétoines en ours d'or, les chrysolines en Bêtise de Cambray, et lui-aussi se sentait saisi par la vocation et destiné à donner le jour à des créatures en chupa chups, en jelly babies, en niniches ou en sugus, en marshmallow, en car en sac ou en boule coco.

 

   Mais celle qu'il rencontra lui parut plus suave, plus sucrée, plus fruitée, plus pétillante, plus croustillante, plus craquante que toutes ces friandises. Il s'emballa, chavira, et tout ça tout ça, et voilà ce que cela donna :

 

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  C'est l'avantage d'avoir des mains et des pieds munis de patins adhésifs, que de pouvoir s'agripper au dos du partenaire. Mais si l'animal aux doigts collants perd l'équilibre, l'autre tombe ; s'il glisse, l'autre choit ; et ce sont des parties de seize fers en l'air, et des rigolades, et on recommence.

 

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  Trop tard pour consulter le Manuel d'équitation à l'usage des deux sexesd' Armand Denis Vergnaud, Paris,1834, où pourtant notre Timarche apprendrait que :"en s'habituant graduellement aux différentes allures du cheval, [ le crache-sang] finit par en sentir le mécanisme. Il parvient à s'y conformer, à se lier à tous les mouvements, à les assouplir, à les régulariser. En apprenant à se servir du cheval, il apprend à connaître ses besoins, et à y pourvoir ; bientôt il attache de l'intérêt à tout ce qui concerne ce noble animal dont l'intelligence plus qu'instinctive se révèle à comprendre ['insecte] dont il est compris ; enfin de cavalier il devient écuyer, et d'écuyer [ timarche] de cheval."

   Mais de l'apprentissage de la monte à cheval sans étrier (type entrée en voltige académique), notre insecte n'a cure : il a ses crampons, et il s'y cramponne. Pas de cravache ni d'éperons, et les rênes tenues d'une main ( A une main les rênes sont superposées et séparées par un doigt. A main gauche, le petit doigt sépare les rênes qui viennent par dessous. Le flot de rênes est tenu dans la main et ressort au dessus entre le pouce et l'index. (pour s'en souvenir:cafetière) .

Donc,  "en selle" :

 

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Avec 2 Euros ( 2 centimètres de diamètre) pour mesurer : la femelle  dèpasse guère  un centimètre...sans les antennes.

 

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  (N.B ce ne sont pas les mêmes : photo prise à Guisseny, de même que les deux suivantes)

 

  Ils vont pouvoir déambuler pendant longtemps, franchir les pires obstacles, vivre les aventures les plus effroyables, rien ne fera lacher prise à ce macho jucher sur sa belle comme un roi fénéant : y compris sur le bout de mon doigt :

 

timarcha-maritima 8048c

 

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Mais le Psalmiste ou Mallarmé l'ont dit, la chair est triste, et la condition d'un chevalier errant est d'errer : errare timarchum est.

 

Aussi le sombre héros remet son sombrero et part, au soleil couchant :

 

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   Je laisse aller où bon lui semble le joyeux drille, mais pourtant quelque chose m'intrigue . Tout d'abord je ne suis pas sûr d'avoir affaire au même individu qu'en février : celui-ci me semble plus petit, et son dos plus grenu. Je suis aussi surpris par la différence de taille des deux protagonistes, Monsieur semble un tiercelet gringalet  à coté de Madame. Il me faut approfondir mes connaissances sur ces scarabées.

   Et d'abord, ce ne sont pas des scarabées!   Vous voilà étonnés ? Nous allons repartir du début.

_ Ces insectes sont des coléoptères. Qui peut me dire ce qui les définit ?

_ ( Tous, récitant) " Parce qu'ils ont les ailes protégées par deux élytres identiques qui se rejoignent sans se chevaucher : ils ont au milieu du dos une ligne qui le sépare en deux parties identiques."

_ Bravo. Je précise tout-de-suite que les Timarche n'ont pas d'ailes ( ils sont aptères), et que leurs élytres sont soudées. Mais parmi les coléoptères, il y a les scarabées, les longicornes, les charançons, les buprestes, etc... Alors, à quoi, Élève Trufigue, reconnaît-t-on les scarabées ?

_ Les scarabées ont des antennes coudées terminées par des petites massues qui se déploient en éventail.

_ Excellent, Trufigue, je vous mets vingt-sur-vingt. Si ce ne sont pas des scarabées, ce sont... voyons, Éléonore ?

_ Eh bien, M'sieur, déjà ils sont ronds et ressemblent un peu à des coccinelles, et puis il y a trois indices :

   1) les formes arrondies du corps,

    2)les yeux bien développés, 

    3) les antennes insérées en avant des yeux ne dépassant pas la moitié de la longueur du corps.

   Donc ce sont des Chrysomèles.

_ Éléonore je vous adore, vous aurez la médaille d'or !  Les Chrysomèles sont une famille riche de 37 000 espèces dans le monde, herbivores et qui sont des championnes de chimie : non seulement ils reconnaissent leur plante-hôte par l'odeur émise par la plante (le gaillet pour le Timarche), mais aussi à défaut de pouvoir voler ils se défendent des prédateurs en fabriquant des composés volatils répulsifs ou toxiques.

 

Donc le Timarche est un coléoptère de la famille des chrysomélides et du genre des Timarches (une centaine d'espèces). On en compte quinze à seize en France, dont la moitiè dans les Pyrénées. Deux peuvent être communément rencontrées :

  Timarcha tenebricosaFabricius,1775 : 94

      -il mesure 11 à 19 mm.

      - sa carapace est lisse, noir mat.

      - les marges du pronotum sont sinuées vers la base.

  • Timarcha goettingensis(Linnaeus 1758 : 368) Protonyme Chrysomela göttingensis.

       - il est plus petit : maximum 8 à 13 mm (H.Chevin : 10-11mm pour le mâle, 11-13mm pour la femelle)

       - il est brillant avec des reflets métalliques bleus. Linnaeus le décrit pedibus violaceis, et Degeer, 1775 le nomme Chrysomela Violaceo-nigra.

       - ses élytres sont fortement ponctuées, le fond des élytres est bosselé.

         -pronotum entièrement rebordé à la base.

         - présent sur l'ensemble du territoire, souvent sur des touffes de Gallium mollugo.(H.Chevin) .

 Ajoutons que le mâle est plus petit que la femelle, et se distingue aussi par la forme des tarses : les trois premiers articles des tarses notamment antérieurs sont élargis (ce qui permet de se fixer au dos de la femelle et de se laisser véhiculer lors de l'accouplement ) et équipés d'une brosse de poils entière. (chez la femelle, les tarses ne sont pas élargis et la brosse de poils est séparée par une ligne médiane.)

 

Un gros plan sur les patins de Monsieur, et sur les jambes fines de Madame :

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  La femelle une fois débarrassée de son mari crampon  va déposer ses oeufs dans la nature sans précaution particulière, et ces oeufs éclosent un mois plus tard, ou après la pause hivernale, pour donner une larve noire. Celle-ci passe par trois phases, puis va s'enfouir dans le sol pour la nymphose. Dans sa loge souterraine, la nymphe est orange avec un appendice apical noir bifide ; elle patiente un mois, puis c'est la forme adulte, ou imago, qui sort de son trou.

  Les timarcha se nourrissent exclusivement de rubiacées du genre Galium, du moins chez nous, car les espèces méridionales font des concessions envers les plantaginacées. H. Chevin signale quelques consommations exceptionnelles de scrophulariacées, dipsacacées, crucifères ou rosacées.

 

  Dans la collection Lebeurier (Édouard Lebeurier 1892-1986, père de l'entomologie bretonne, dont la collection  récoltée en Finistère prés de Morlaix,déposée au Cloître Saint-Thegonnec a été expertisée par Gérard Thibergien dans Invertébrés Armoricains 2007 , 1 : 47-50), on retrouve un T. tenebricosa, un T. goettingensis et un T. maritima.

  En septembre 2001, un stage GRETIA à Beffou retrouvait un T. tenebricosa et un Timarcha sp.

 

Pour 75% à 95% du territoire hexagonal, la discussion s'arrête à ces deux espèces, mais en région montagneuse (Alpes et Pyrénées) et littorale, les experts commencent à ne plus pouvoir affirmer des identifications, même après étude des génitalia ! L'une des raisons est expliquée par Henri Chevin et tient au caractère aptère du timarcha ; ne pouvant voler, il forme dans les vallées des chaînes de montagne des populations aus caracteristiques propres, de nombreuses races qui rendent la description univoque d'une espèce bien problématique.

   Sur le littoral, dans l'Ouest armoricain, une espèce, Timarcha maritima,Perris, est décrite qui se nourrit exclusivement (larve et imago) du gaillet maritime Galium arenarium. On signale que les formes adultes sont nombreuses au printemps, puis en début avril on trouve surtout des larves noires à reflets dorés. Dés la fin de l'été, les imagos redeviennent nombreux et le demeurent pendant tout l'hiver, actifs les jours chauds. La reproduction a lieu avec une fréquence maximale en février en en septembre. La ponte a lieu surtout en mars-avril et en septembre-octobre dans des trous que la femelle fore dans le sable, près des plantes nourricières. Les imagos se déplacent souvent sur le sable nu et quittent les plaques de Galium. Ils parcourent toute la dune, l'arrière-dune et quelques-uns atteignent la plage, en particulier au niveau des laisses. Cette espèce a été trouvée lors d'un inventaire naturaliste de la dune de Bon-Abri, en Baie de Saint-Brieuc, en 2002. Mes renseignements proviennent de la publication par le GRETIA de Les invertébrés de la dune de Bon Abri,premier inventaire, Gabriel Hacquet, Muriel Chevrier, Etienne Brunel.

 Je rajoute donc :

 

• Timarcha maritima Perris, 1855.

  - plus petit que T.tenebricosa.

  - élytres de ponctuation nettement plus marquée et grossière.

  - localisé sur le littoral.

 

  Je dois maintenant donné le lieu de ma seconde observation. La première (première photo ici) avait eu lieu en février sur le sentier côtier en haut de la falaise littorale de Trefeuntec (Baie de Douarnenez). Celle-ci avec accouplement a eu lieu le 15 mars sur les dunes de Goulien à Crozon, à 50 mètres de la plage.

    J'ai compris qu'il fallait être très prudent pour l'identification. Je remarque que mon premier spécimen était de grande taille, que ses élytres sont assez lisses, donc il est compatible avec un Timarcha tenebricosa, mais il n'est pas si mat..

    Dans ma deuxième observation, le mâle est particulièrement petit, le ponctuation des élytres est forte, il se trouvait sur le sable dunaire, il me semble compatible avec un Timarcha maritima.

 

 

 

 

 

 

Sources :

http://animateur-nature.com/gros_plans/crache-sang.html

http://www.biol.uni.wroc.pl/cassidae/European%20Chrysomelidae/timarcha%20maritima.htm

  http://www.insectes.org/opie/pdf/1257_pagesdynadocs4b6bda89b62db.pdf

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Published by jean-yves cordier
13 mars 2011 7 13 /03 /mars /2011 19:57

La Grande Tortue ou Nymphalis polychloros (Linnaeus, 1758) apparaît dès les beaux jours de mars au sortir de l'hibernation : elle vole rapidement mais parfois se pose sur le tronc d'un arbre ; c'est ce qui me permit de la photographier sur l'île Renard en Presqu'île de Crozon. Puisqu'on la nomme aussi Vanesse de l'Orme ou le Dorè ou le Grand-Renard, voilà donc le Grand-Renard de l'île Renard !

   Cest ma première photographie de papillon de l'année, elle est prise à 20 mètres en digiscopie ! lorsque je me suis approché avec mon APN en mode macro, le papillon s'est envolé.

 

  Date de l'observation : 13 mars 2011.

 

DSCN3279cc

 

Nos noms vernaculaires se retrouvent dans les langues européennes puisque ce papillon se nomme en anglais Large Tortoiseshell (grande carapace de tortue) et en allemand Grosser fuchs, ou Grand renard.

  Sa chenille se développe sur le saule, l'orme, le chêne, le peuplier ou le prunus.

 Il fut nommé par Esper en 1781 Papilio testudo : or, testudo est le nom latin signifiant tortue ; la même année, le dictionnaire raisonné d'histoire naturelle de Jacques Christophe Valmont de Bomare le nomme papilio testudinarius, cet adjectif latin se rapprochant de testudineus, a, um, "de tortue", "de l'écaille de tortue". Et le même dictionnaire explique que ce papillon a tét nommé tortue à cause de sa couleur qui imite assez celle de l'écaille de quelques tortues.

 En 1824 Hübner le nomme Pyrrhomelaena, de couleur fauve (pyrrho-) et noir (melaena).

En 1831 il est nommé par Freyer Vanessa pyromelas, de même signification.

 

  En prime, la description de Linné dans la dixième édition du Systema naturae p. 477 sous le nom de Papilio polychloros :

 

Nymphalis-polychloros-Linne-SNed10-p.477.jpg

 

Je note que Linné cite Réaumur  : il se réfère au Mémoire genéral de l'histoire des insectes (1734-1742), tome I, planche 23, figure 2.

http://books.google.fr/books?id=Hv1sGXp5cXMC&pg=PA63&dq=R%C3%A9aumur+Histoire+des+insectes+papillons&hl=fr&ei=ajh9TZmdC8rwsgaJ1-jtBw&sa=X&oi=book_result&ct=result&resnum=1&ved=0CDgQ6AEwAA#v=snippet&q=tortue&f=false

 Cette figure est commentée page 382 comme suit :" le fond de leur couleur est un aurore brun, sur lequel sont des taches noires. Ile est un de ceux à qui on a donné le nom de tortuë, à cause de la distribution de ses couleurs qui imite en quelque sorte celles de l'écaille. Le bordé qui suit le contour de l'aile est formé de taches noires, de taches aurores et de taches d'un fort beau bleu." (la couleur "aurore" est jaune orangée)?.

 

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8 mars 2011 2 08 /03 /mars /2011 23:06

   Aux entomologistes soucieux de connaître à quel saint adresser leurs prières et leurs demandes d'observer moult insectes, je recommande Saint Fiacre, patron de l'église de  Guengat.

   En tant que patron des cochers de carrosse, le saint homme n'est pas débordé; mais il est aussi patron des jardiniers, et c'est une autre paire de gants. L'un veut la pluie, l'autre le soleil, le troisième un bon coup de gel, mais pour tout ce qui concerne la météo, il les renvoie à Saint Médard, et c'est terminé. Son truc, c'est les plants, leurs racines, leur développement, la pollinisation, et la protection des nuisibles. C'est là qu'il est intéressant, Saint Fiacre, pour les entomologistes, sauf s'ils demandent des doryphores ou la piéride du chou.

   C'est Jacques de Voragine, dans sa Legenda aurea, qui nous raconte que Saint-Fiacre, alors qu'il bêchait son jardin, constata que tous ses plants d'oseille avaient été dévorés. Il se concentra, invoqua les cieux, ce qui lui réussissait bien, d'habitude, plaça son étole sur les châssis dévastés, la retira : aucun résultat. Il se penche et remarque des animalcules, des bêtes-au-malin qui se gobergeaient sans complexe : alors il traça un signe de croix sur ces mange-oseilles, et aussitôt apparurent une armée de cuirassiers rouges qui fit un sort à cette racaille. Saint Fiacre les baptisa bêtes-à-Bon-Dieu, d'un coup de goupillon, et chacune des sept gouttes d'eau bénite s'inscrivit sur leur armure écarlate comme autant de stigmates sacrées.

   L'histoire des mange-oseilles aurait été mieux connu si un moine copiste de l'abbaye de Landevennec n'avait pas commis un lapsus calami et écrit sur son manuscrit "mange-oreille" à la place de "mange-oseille". Et c'est ainsi que l'on raconte que Saint Fiacre eût affaire à un monstre qui dévorait ses oreilles, ce qui est encore représenté sur les sablières de l'église :

 

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Ici, nous voyons Saint Fiacre avec sa bêche et, dans la main droite, le châssis de serre contenant son oseille.

A sa droite, nous reconnaissons Saint Yves venu en voisin et qui demande à boire à la servante.

 

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    Là, on fait bombance pour fêter le miracle de Saint Fiacre, où la mâle peste des pucerons a été détournée de la paroisse: le tonneau de cidre a été mis en perce.

 

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   J'étais venu de Brest faire mes dévotions à Saint Fiacre : l'hiver était long, qui n'offrait pas de petites bêtes à mon objectif macro, et je le priais de faire surgir les insectes, papillons et libellules qui avaient enchanté mon été. Aussi miraculeux que cela paraisse, la première chose que je vis en sortant, ce fut un papillon, un citron très affairé. Puis ce fut un skimia dont les fleurs bourdonnaient de guèpes ou de mouches. Et enfin, je découvrissur les massifs de l'enclos parroisial une soixantaine de bêtes-à-bon-dieu qui se prosternaient à qui-mieux-mieux:

 

 

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  N.B Pour une histoire véridique de l'Eglise de Guengat et de son Saint Patron, on sera avisé de consulter d'autres sources.

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25 février 2011 5 25 /02 /février /2011 13:30

 

 I - La taxidermie.

 

  La taxidermie est une technique récente, dont on peut dater les débuts à la moitié du XVIIIème siècle. Le mot lui-même date de 1806.(Trésor de la Langue Française). Elle concerna d'abord  la préservation des oiseaux, et son développement fut l'une des conditions de la naissance d'une ornithologie descriptive moderne, en permettant de conserver les animaux découverts et tués lors des grandes expéditions d'exploration naturaliste, et par là, la constitution de collections de spécimens. L'étude de son histoire est donc un corollaire de celle de l'ornithologie.

   La mise au point des armes à feu adaptées à la chasse est également un "progrès" indispensable à ces collectes zoologiques.

  Au XVIème et au XVIIème siècle, des animaux avaient certes été réunis dans des cabinets de curiosité,  moins dans le but de faire progresser les connaissances zoologiques, que dans un but ostentatoire, comme affirmation de puissance, ou par fascination pour les mystères et les bizarreries de la nature, avec un complaisance pour le monstrueux et l'étrange.

Au XVIIIème siècle se constituèrent des cabinets d'histoire naturelle, qui ne présentaient plus le caractère hétéroclite des précédents, et délaissèrent les artificialia (antiquités, oeuvres d'art ) et les scientifica (instruments scientifiques ), mais qui restaient voués le plus souvent à satisfaire le désir de prestige propre à toute collection, tout en répondant au besoin de dénombrement exhaustif de la nature. Ils étaient constitués le plus souvent par des amateurs.

  Au XIXème, ils prirent le nom de Muséum d'histoire naturelle, à l'instar du Cabinet du roi qui devint le Muséum National d'Histoire Naturelle : s'ils étaient dirigés par des scientifiques, leurs collections étaient entièrement accessibles au public, et mises en scène de façon spectaculaire.

 

   Commençons par définir la taxidermie : du grec taxis arrangement, et derma, peau, elle est une technique assurant la conservation de la peau des vertébrés grâce à un dépeçage ou dépouillage, un tannage, un bourrage et un montage. Mais elle est partagée entre deux projets : celui de préserver, pour des fins scientifiques, des spécimens, et celui de mettre en scène avec un effet de vivant des animaux morts, dans un but ostentatoire. Aux "oiseaux en peau" s'opposeront les "oiseaux montés en socle ". 

 

 1. Rèaumur.

 

   S'il fallait avancer une date, et choisir un début, je mettrais sans hésiter au premier plan  l'année 1748, et la publication par Ferchault de Réaumur  dans la revue de la Royal Society  Philosophical Transactions de l' article Divers Mean For Preserving from Corruption Dead Birds, Intended to Be Send to Remote Countries, so That They May Arrives There in a Good Condition. Some of the Same Means May be Employed For Preserving Quadrupeds, Reptiles, Fishes, and Insects.

 

  Dans un courrier adressé en 1744 à Jean-François Séguier, Réaumur explique qu'il a constaté que les grands Cabinets d' Histoire Naturelle contemporains  n'avaient pas de collections ornithologiques, et qu'il a débuté en novembre 1743 une collection qui en rassemble déjà plus de six cents, en utilisant un procédé très simple et très efficace de préservation. Il décrit ce procédé en français dans deux imprimés diffusés "dans le monde entier" en 1745 et 1747.

  Pour collecter les insectes, Réaumur avait testé avec succès le moyen de disposer d'un grand nombre de bénévoles passionnés qui lui adressaient des échantillons franco de port, grâce à une faveur du responsable des Postes.

   Dans son article, il présente plusieurs méthodes :

           - L'empaillage, qu'il écarte car cette méthode demande trop de temps et de savoir-faire.

           - L'utilisation d'esprit de vin (alcool éthylique) ou d'une forte eau-de-vie, voire de vinaigre : soit qu'on transporte l'oiseau préalablement éviscéré, et rempli de bourre et de filasse,dans un baril plein de  liqueur, soit qu'après un temps (15 jours pour les petits, un mois pour les gros), on retire l'oiseau du bocal et qu'on le place tout imprégné dans le récipient d'expédition, des caisses ou tonneaux soigneusement rendus hermétiques et étanches vis à vis des insectes par entoilage et goudronnage. Le camphre, le piment et la cannelle sont utilisés aussi en "préservatifs".

           - soit qu'on remplisse le ventre de l'oiseau d'une poudre, et qu'on en fasse passer par le bec jusqu'à ce que l'oesophage soit bien rempli : poudre d'alun si elle est disponible, poudre d'épices très odoriférantes, ou chaux vive.

          - soit qu'on dessèche l'oiseau au four, mais en lui donnant la posture souhaitée pour le modèleau moyen d'un "métier à sécher" fait d'une planchette et de fil de fer. Puisque le terme de taxidermie n'existe pas, Réaumur crée celui de Petit Art, "ensemble des pratiques qui mettent en état d'avoir des oiseaux qui quoique morts aient un air de vie".

 

 

        L'intérêt de Réaumur pour ce Petit Art est tout-à-fait en rapport avec le souci de ce savant de s'écarter d'une description analytique des animaux pour inclure une étude des moeurs, du milieu et en un mot du caractère dynamique du Vivant : aussi se préoccupe-t-il de reproduire ce qu'un lexicologue décrira  plus tard comme " la mollesse, le laisser-aller et le naturel de la vie " à travers la pose donnée à l'oiseau.

    Nulle surprise non plus de  voir ce passionné des techniques s'intéresser aux recettes et tours de mains et aux découvertes ingénieuses si prosaïques, mais si nécessaires aux sciences.

 

  L'enthousiasme avec lequel il diffusa ces procédés et par lequel il constitua une équipe de naturalistes dans le  monde entier  va lui permettre de constituer le " Cabinet de Mr Réaumur" que son parent Mathurin Jacques Brisson va si bien décrire dans son Ornithologie de 6 volumes (1760) . Riche, à la mort de Réaumur en 1757, de 699 spécimens, cette collection provenait des contacts, parmi tant d'autres, noués avec Jean-François Séguier en Italie, avec Abraham Trembley en Suisse, avec le Dr Artur à Cayenne, et enfin avec le voyageur Pierre Poivre, lequel y contribua pour 55 spécimens.

 

Dans le même temps, d'autres collections se constituaient à Paris, telle que celle, presque digne de celle de Réaumur, de l'Abbé Aubry, curé de Saint Louis en l'Isle, mais aussi celle de la Présidente de Bandeville, quai des Théatins, celle de M. de Mauduyt, dont nous allons parler, celle du Chevalier Turgot, rue Porte-Foin, celle du Cabinet du Roi, celle de Mme de Boisjourdain ou de M. Cotelle.

 

   Source : trés documenté, un article en ligne de Jean-Paul Morel :

http://pierre-poivre.pagesperso-orange.fr/reaumur-turgot.pdf

 

 et, du même auteur, la remarquable transcription des articles de Réaumur :

 http://www.pierre-poivre.fr/Reaumur-sommaire.html

 

      2- Pierre Belon.

 

   Je ne respecte pas l'ordre chronologique, car si on trouve dans l'Histoire de la Nature des Oyseaux de Pierre Belon , parue en 1555, un Moyen de conserver les oiseaux morts, ce travail n'eut pas le rôle fondateur de celui de Réaumur.

 

     Mais si quelqu'homme curieux de telles choses, voulait rapporter les corps d'un pays en l'autre, c'est en cette façon qu'il lui convient de faire. Il faudra couper la peau de l'oiseau par le travers en l'endroit de l'excrément dur, et lui ôter toutes les tripes, et jeter du sel dedans, et le farcir dedans le ventre, aussi en emplir la gorge, puis pendre l'oiseau par les pieds. Cela fera qu'il sera toujours en son entier avec sa plume sans être consummé des vers, et si l'on voit que le sel ne se peut fondre, il faudra l'humecter d'un peu de vinaigre, ou bien lui ôter toute la chair ; car tout l'oiseau peut facilement être écorché, et lui ayant salé la peau laissant les ailes et les cuisses entières avec la peau, on le conservera autant qu'on voudra. Et aussi que ce soit avertissement à tous hommes lisant cette histoire, et désireux du bien public, que s'il se trouvaient avoir quelqu'oiseau en leurs contrées qui ne soit en cette oeuvre, ou dont n'avons point parlé, l'accoutrent en ce que leur avons enseigné et le gardent, pour  le montrer en leurs cabinets, et si bon leur semblait le nous envoyer, nous rendraient obligés.

 

  3 -Jean-Baptiste Bécoeur (1718-1777).

 

   Ce pharmacien de Metz, ami de Bertrand de Jussieu , mit au point une préparation à base d'arsenic permettant de préserver les peaux des oiseaux des insectes nécrophages, recevant ainsi les éloges de Buffon. Il conserva secrète la recette de son "savonarsenical"   qu'il utilisa pour se constituer une grande collection ornithologique( qui fut racheté par le Duc Charles III de Zweibrucken.  Certains (L.C.Rookmaker & al 2006) pensent que son ami François Levaillant (1753-1824) avait hérité de ce secret et l'a cédé au gouvernement français en 1797 avec sa propre collection .

   Louis Dufresne, aide-naturaliste au Muséum de Paris est le premier à en publier en 1800 la composition dans le Traité élémentaire et complet d'ornithologie de François-Marie Daudin : c'est un mélange de 5 onces de camphre, 2 livres d'arsenic en poudre, 2 livres de savon blanc, 12 onces de sels de tartre, et 4 onces de chaux en poudre,le tout fondu amalgamé ensemble : on dissout une petite quantité dans l'eau et  on l' applique au pinceau à l'intérieur de la peau. Cela s'appelle "droguer"

 Selon Amandine Péquignot, il sera utilisé en France dans les musées jusqu'en 1990 bien qu'il soit interdit depuis 1960 par l'INERIS pour sa toxicité.

   Sous le nom de "pacotilles", il sera remis aux voyageurs-naturalistes du Muséum afin qu'ils s'en servent pour préparer leurs peaux.

 

 

4- D'autres naturalistes recherchent des "préservatifs " sans poisons.

 

  Alors que la pâte de Bécoeur rentre au Muséum, d'autres proposent des solutions moins toxiques, mais moins efficaces, on s'en doute.

- En 1786, l'abbé Manesse publie un volume in 12°, Traité sur la manière d'empailler et de conserver les animaux et les pelleteries.

-Pierre Jean Claude Mauduyt de La Varenne(1732-1792), (dont les collections ont assuré la formation en ornithologie de François Levaillant) médecin et naturaliste, recommande les fumigations sulfureuses, qu'il fait adopter à Daubenton pour les collections du Muséum, ce qui, écrit Louis Dufresne, a réduit la collection de 3500 spécimens à un effectif d'une dizaine, le soufre détruisant les spécimens tout autant que les insectes dont on voulait les préserver.

- En 1802, M Nicolas, chimiste, propose sa pommade savonneuse sans poisons.

-en 1802,  Jean-Louis Henonet Marie-Jean Philippe  Mouton-Fontenille [ de la Clotte] publient L'art d'empailler les oiseaux, Lyon : Bruysset, 1802, où ils utilisent l'essence de thérébentine, ainsi qu' une liqueur tannante composée de quinquina, d'écorces de granade, d'écorces de chêne, de racines de gentiane, d'absinthe, de tabac, d'alun, le tout bouilli dans quatre fois d'eau

 

 

 

  5. la méthode de conservation  " en herbier".

 

 source : Amandine Péquignot « Une peau entre deux feuilles, l'usage de l'« herbier » en taxidermie aux XVIIIè et XIXè siècles en France », Revue d'histoire des sciences 1/2006 (Tome 59), p. 127-136.
http://www.cairn.info/article.php?ID_ARTICLE=RHS_591_0127#citation

 

     Elle offre au voyageur-naturaliste, qui a la lourde mission non seulement d'explorer les régions lointaines et de collecter les spécimens naturels, mais aussi de ramener ceux-ci dans un bon état de conservation aux savants qui les attendent, une alternative assez simple à la "conservation en fluide ", ou "en fiole", par immersion dans l'esprit de vin, qui ne recueille pas les suffrages des zoologues. Elle consiste à procéder comme le botaniste le fait  avec une fleur ou une plante, en dépeçant l'oiseau, en poudrant la peau d'alun ou de chaux, en la bourrant légèrement de coton puis en recousant la peau avant de la faire sécher sous presse entre deux feuilles de papier . L'oiseau en peau peut alors rester dans son herbier, ou être présenté dans un cabinet d'histoire naturelle.

  Elle fut peu utilisée en ornithologie (une seule collection en France, celle de l'abbé Dominique Chaix), d'avantage en ichtyologie.

 

6- Quelques zoologues-taxidermistes français du XVIIIème.

 - Jean-François Emmanuel Baillon (1742-1802) est un avocat, bailli de Waben (Pas-de-Calais, arrondissement de Montreuil-sur-mer) qui consacrait ses loisirs à l' histoire naturelle. Correspondant de Buffon, de Daubenton et de Cuvier, il a surtout étudié les oiseaux de mer de la côte picarde, et un membre de la Société d'émulation historique et litteraire d'Abeville a pu écrire que "tout ce qui a trait, dans Buffon, aux oiseaux et surtout aux oiseaux aquatiques revient en bien des points à M.Baillon père. L'avocat inconnu envoyait au savant illustre des pièces à étudier vivantes ou mortes, avec des notes sur l'organisation et les habitudes des différentes espèces , et le seigneur de Montbard ajustait proprement ses manchettes pour jeter les grains dorés de son style sur les notes un peu incultes du savant de province et pour décrire avec des phrases empennées comme les ailes du perroquet les oiseaux sauvages des marécages du nord." Buffon, ou son secrétaire Daubenton lui adressaient des satisfecit et le sollicitaient à fournir la matière aux futurs volumes de l'Histoire Naturelle consacrèe aux oiseaux.On apprend par ces correspondances comment pouvait fonctionner le réseau de correspondant dont Buffon s'était entouré. Ainsi lorsque Buffon écrit " Jai reçu dans le temps, Monsieur, l'oiseau cravant et les deux tadornes vivants que vous avez eu la bonté de m'envoyer, et je n'ai tardé à vous en faire des remerciements que parce que j'étais incommodé ; ils se portent à merveille et je pourrai en faire la description à mon aise ", nous apprenons que des spécimens étaient adressés non seulement empaillés, mais aussi parfois vivants. Il nous faudrait alors étudier la constitution des fermes et des ménageries qui font aussi partie des collections d'histoire naturelle, de la Ménagerie royale de Versailles puis de la ménagerie du Jardin des Plantes qui s'ouvrit en 1794 sur l'initiative de Geoffroy Saint-Hilaire. Cette dernière présente aujourd'hui 400 oiseaux de 120 espèces différentes. Mais nous sommes aussi incités à aller regarder les pages que Buffon consacre à la Bernache : à la page 90 du Tome 9 de son Histoire Naturelle, Buffon nous donne des nouvelles de ce cravant et des tadornes : " nous en avons gardé un pendant plusieurs mois [...] il s'est constamment montré d'un naturel timide et sauvage et s'est refusé à toute familiarité ; renfermé dans un jardin avec des canards tadornes, il s'en tenait toujours éloigné..." puis Buffon continue : " voici quelques observations sur cet oiseau, qui nous ont été communiquées par M. Baillon." et cite son correspondant sur une page et demie. Dans le même article est également cité un autre correspondant M. de Kerhoënt. Mais si nous regardions l'article sur le tadorne (p.209)?  " Chaque printemps il en aborde quelques troupes sur celles de Picardie, et c'est là qu'un de nos meilleurs correspondants, M. Baillon a suivi les habitudes naturelles de ces oiseaux, sur lesquels il a fait les observations suivantes, que nous nous faisons un plaisir de publier ici."  et puis viennent quatre pages de citation de Baillon http://www.oiseaux.net/buffon/tome9/tadorne.p231.html  avant de nous donner page 215-216 des nouvelles des tadornes "domestiqués" par Buffon.

 

   Emmanuel Baillon a fait porter ses efforts d'observation sur les oiseaux de mer et les oiseaux d'eau, ainsi que sur les cétacés et les poissons, transmettant les squelettes ou les spécimens au Comte de Lacépède qui lui en saura grée lors de la rédaction de son Histoire naturelle des poissons ( 1797-98) puis de son Histoire naturelle des cétacés (1809).

 Enfin Cuvier lui rendit cet hommage en 1845 : "C'est en partie par les observations de Baillon et des naturalistes allemands, qui ont donné une très grande attention aux mutations deplumage, que nous sommes arrivés dans le XIXème siècle à avoir une histoire exacte des oiseaux de l'Europe."

  Buffon avait créé, par l'intermédiaire de Maurepas un brevet purement honorifique de "correspondant des Jardins du roi" . En 1795, le "citoyen-Baillon" fut nommé premier correspondant du Muséum.

   

   Il a rassemblé une collection de milliers de spécimens qu'il préparait lui-même. Voir aussi infra François Baillon, son fils, et Musée George-Sand.  

-Pierre Poivre, qui apprit de Réaumur les techniques de taxidermie et lui adressa de nombreux oiseaux exotiques.

- Pierre Sonnerat (1748-1814) neveu de Pierre Poivre.

- Clément de la Faille (1718-1782), Controleur des guerres à la Rochelle rassembla l'une des premières, et l'une des plus fameuses collections d'histoire naturelle, riche, à sa mort, de 4000 coquillages, d'oiseaux préparés par ses soins, de 940 volumes, rassemblés en 15 armoires vitrées et 12 tables-vitrines. Léguées à l'Académie de La Rochelle, ce fut le noyau central du Musée d'Histoire naturelle de La Rochelle, créé en 1832.

 

 

 

7 - La taxidermie au XIXème siécle en France.

 

   Décrire les taxidermistes français du XIXème revient peu ou prou à passer en revue les naturalistes-explorateurs, fatalement amenés à connaître les techniques de conservation des animaux qu'ils récoltaient,  les ornithologues qui constituérent les grandes collections de nos muséums, ainsi que les naturalistes-préparateurs de ces muséums : autrement dit, couvrir tout le champ de l'ornithologie. Je traiterai des Voyages, puis des Collections dans deux chapitres séparés. Je vais néanmoins énumerer les noms des principaux zoologues que nous y retrouverons, avant de m'interesser à la Maison Deyrolle et aux frères Verreaux.

  - L. Dufresne, aide-naturaliste et chef des travaux zoologiques du laboratoire du Muséum Nationale d'Histoire Naturelle de Paris posséde trente annèes d'expérience en naturalisation lorsqu'à la demande de Vieillot, il rédige l'article Taxidermie du Nouveau Dictionnaire d'histoire naturelle appliquée aux arts..., Vol 21, Paris 1803. C'est un vrai traité de 56 pages (pp 507-563) où sont détaillés, après un exposé historique, tous les procedés de taxidermie. Un éloge de son ami Renè Maugé, également naturaliste au Muséum, mais décédé lors de l'éxpédition de Baudin (voir infra), y figure en bonne place.  Dufresne est certainement une autorité en notre patière.

 

   - Emmanuel Canivet et  Pierre Goitard sont les auteurs d'un Manuel du Naturaliste Préparateur qui fut édité en Encyclopédie Roret de 1828 (2nde édition) à 1853 voire au delà.

   -François Baillon (1778-1855) est le fils d'Emmanuel Baillon. Voir mon article :L'oie à bec court : découverte d'Emmanuel Baillon.

  - Jean Mercier Génétoux (1797-1866), notaire à Argenton-sur-Creuse.

  - Pierre Antoine Delalande(1787-1823), préparateur au Muséum d'Histoire Naturelle de Paris, a réalisé un voyage au Brésil en 1816 et un voyage en Afrique du Sud en 1818.

   -Marie Jacques PhilippeMouton-Fontenillede la Clotte (1769-1837) : botaniste et naturaliste français, né à Montpellier. Directeur du Muséum de Lyon.

   -René-Primevère Lesson, auteur de Taxidermie à l'usage des marins (Annales maritimes et coloniales, les 6 numéros de l'année 1819) .

  - Charles Payraudeau (1798-1865), responsable de l'inventaire ornithologique de la Corse en 1825. Il  décrivit deux espèces nouvelles, le Goéland d'Audouin et le Cormoran huppé de Desmaret.

  - Abel Martin (1776-1863)

   -Auguste Bérard, Capitaine de Vaisseau

   - Gaétan Coste

  - Émile Oustalet (1844-1905) succéde à Jules Verreaux comme assistant-naturaliste au Muséum.

 

   -Les frères Verreaux : Edouard Verreaux (1810-1868), naturaliste

                                           Jules Verreaux  (1807-1873), botaniste et ornithologue.

     Leur père était taxidermiste et tenait un commerce d'histoire naturelle ; leur oncle était Pierre Antoine Delalande (1787-1823), préparateur au Muséum.

   En 1818, Delalande emméne Jules (11 ans !) avec lui pour un voyage de trois ans en Afrique du Sud d'où ils ramènent treize mille spécimens : Jules a pu s'initier à la taxidermie ! Il suit les cours de Cuvier et de Geoffroy Saint-Hilaire puis, en 1825, il repart au Cap où il reste treize ans, fournissant le commerce de son père en spécimens. En 1830 son frère cadet Édouard le rejoint pour constituer une immense collection d'histoire naturelle. Mais lorsque Jules revient en France en 1838 avec ce trésor, son navire le Lucullus fait naufrage au large de La Rochelle. Il est le seul survivant, et tous ses spécimens sont perdus. En 1842, il obtient une place au Muséum de Paris comme naturaliste-voyageur, et s'en va collecter en Australie et en Tasmanie d'où il ramène 15 000 spécimens. En 1864, devenu assistant naturaliste au Muséum, il exerce la taxidermie selon la vogue de l'époque, où les animaux sont mis en scène dans les postures les plus naturelle, comme dans un de ses dioramas les plus fameux, "Un messager arabe attaqué par des lions" actuellement au Carnégie Muséum de Pittsburg. Médaille d'or de l'exposition universelle de 1867,  ce diorama représente une attaque par des lions de Barbarie, une espèce actuellement disparue, d'un coursier et de son chameau.Cette scéne doit son succés considérable au goût de l'époque pour l'éxotisme, à sa mise en scéne dramatique, mais aussi sans-doute à l'ambiguité créé par la participation d'un être humain à ce travail de taxidermie. C'est ce cotè dérangeant et cet exotisme exhibé qui a peut-être conduit le Museum de New-York ( AMNH) à le céder au Carnégie Museum, où il a tant de succés que le musée le propose en modèle réduit dans une boule à neige !

 

 

 

  Pendant ce temps, Édouard a repris l'affaire paternelle, qui devient l'une des principales maisons de vente d'objets d'histoire naturelle.

   La maison Verreaux, établie dès 1803 Place des Vosges, joua un rôle clé lors de l'age d'or des collections d'histoire naturelle, fournissant les muséums en spécimens naturalisés de mammifères, d'oiseaux, de reptiles ou d'amphibiens, en oeufs, en nids, en coquillages, en insectes, proposant un catalogue de milliers d'articles, finançant et organisant des explorations sur tous les continents, devenant un lieu de rencontre et de stimulation scientifique pour les naturalistes du monde entier. Tous les grands Muséums possédent encore les spécimens venus de la maison Verreaux, tant le Muséum d'histoire naturelle de Paris que le British Muséum à Londres, le Carnégie Muséum d'histoire naturelle de Pittsburg que l' American Museum of natural history de New York ou le Muséu Zoologic de Barcelone.

 

- La Maison Deyrolle.

   Elle fut fondée en 1831 et s'installa 46, Rue du Bac où, malgré un incendie qui détruisit une grande partie des locaux et des collections, elle se trouve encore.  ce fut LA concurrente de la maison Verreaux, puis elle bénéficia d'un monopole de fait sur la vente de tout le materiel didactique concernant l'histoire naturelle, et notamment des planches murales Deyrolle qui servait de support d'enseignement de sciences naturelles dans les écoles de la République.

   L'excellente maison proposant un site avec un exposé de son histoire, je ne peux mieux faire que d'y renvoyer :

http://www.deyrolle.fr/magazine/spip.php?article149

 

8 - La taxidermie au XIXème siècle en Angleterre.

 

      Nous retiendrons les noms de Charles Waterton, John Edmonstone, John Gould et Rowland Ward.

 

   a) Charles Waterton ( 1782-1865)

         Ce naturaliste anglais explora la Guyane britannique de 1802 à 1824 et publia Waterton's Wanderings in South America.

       Il développa des compétences en taxidermie qui lui permirent de conserver lui-même les espèces qu'il ramena.

  Il revint s'installer dans sa propriété de Walton Hall ( West Yorkshire) où il crée la première réserve d'animaux sauvages au monde.

  En 1825, il écrit Conservation des peaux d'oiseaux et autres animaux dans Technic. Repository, volV, p.250.

 

En 1828, il fait paraître Wanderings in South America, the North-west of the United States and the Antilles : in the years 1812, 1816, 1820 & 1824. With original instructions for the perfect preservation of birds, &. for cabinets of natural history (T. Fellowes, Londres).

   On y lit une description précise de la préparation d'un oiseau, balançant entre le style  d'un traité de dissection anatomique et celui d'un livre de cuisine au chapitre consacré à la découpe d'une volaille.

  Elle débute en déplorant les vilaines allures des oiseaux empaillés des muséums, brutalisés par quelque clown grossier qui a maltraité le plumage d'un petit être qui, avant que la vie ne lui soit volée, n'avait rien connu de plus rude que " la rosée du ciel et le souffle pur et doux de l'air".

 

    Pour le dépouillage, trois choses seulement sont  nécessaires pour réussir : un canif, une main suffisamment adroite et douce, et de la pratique. Le premier sera l'outil, la seconde la façon de disséquer, la troisième l'art de diisséquer bien. Les trois peuvent être nommées les conditions mécaniques requises.

   Pour le remplissage et la mise en forme, il vous faut du coton, une aiguille, du fil, un petit bâton de bois gros comme une aiguille de tricot, des yeux de verre, un flacon de sublimé corrosif *, et n'importe quelle boite qui puisse servir de support provisoire de notre spécimen. Ces choses-là peuvent recevoir la même appelation de matériel minimum requis. Mais si vous tenez à exceller dans cet art et à devenir le Michel-Ange de l'ornithologie, vous devez  compter aussi sur votre propre génie, et sur des études approfondies : le génie, et les connaissances, voilà le minimum requis scientifique.

   Vous devez avoir une connaissance complète de l'anatomie ornithologique, porter une attention particuliére à la forme et l'attitude de l'oiseau, connaître chacune de ses courbes, le plein, le délié de chacune des parties de son corps. En un mot, vous devez posséder l'audace Prométhéennne pour faire descendre sur votre spécimen le feu et l' âme qui l'animaient jadis.

 (Traduction personnelle)

* le sublimé corrosif est le chlorure mercurique, obtenu jadis par mélange de sel marin avec du mercure dissous dans l'esprit de nitre, l'ensemble étant sublimé, c'est-à-dire passé à l'état gazeux. Ce fut Le grand traitement des maladies vénériennes. Quels sont, nous demandent encore Armand Trousseau et H.Pidoux dans leur Traité de thérapeutique médicale, Paris, Béchet Jeune, Rue Monsieur-le-prince, 22, ci devant l'École de Médecine - 1858, quels sont les usages thérapeutiques du fameux sublimé ? Ils sont extrêmement nombreux, "à l'intérieur en solutions, en pilules, à l'extérieur en collyres, en pommades, en trochisques, etc. "  mais il est très-important, nous disent ces savants, de distinguer les préparations qui le contiennent sans altération, comme la liqueur de Van Swieten, l'eau rouge d'Alibert, la pommade de Cyrillo, etc., et celles dans lesquelles le malheureux sublimé subit des changements qui lui font perdre une partie de ses propriétés, surtout au contact de matières organiques : on sait, en effet -du moins le Professeur Trousseau le sait-il - "que les matières animales, la chair, la peau, etc., trempés dans le sublimé forment avec ce sel une combinaison ; elles prennent de la consistance et deviennent imputrescibles ; propriété qui a été mise à profit pour la conservation des pièces d'anatomie ." (ouvrage cité, p. 240).

   On comprend donc l'usage du sublimé en taxidermie, et pourquoi les spécimens de nos muséums peuvent-ils être de sublimes concentrés de poisons arsenicaux ou mercuriels.

   Quand à ceux qui refuseraient de quitter cet article sans partir avec la recette des trochisques escarrotiques de sublimé, la voici :

Pr: sublimé corrosif :  8 gram (2 gros)

       amidon                : 16 gram (4 gros)

       mucilage de gomme adragante : q.s.

Porphyrisez le sublimé, mélez-le à l'amidon, et ajoutez le mucilage pour obtenir une pâte avec laquelle vous ferez des trochisques en forme de grains d'avoine du poids de 15 centigr. ( 3 grains).

 

Waterton était attentif à la vérité scientifiques de ses modèles, soucieux de l'exactitude de leur pose, de la justesse de la mise en scène. Mais c'était aussi un drôle d'oiseau, excentrique en diable. Son biographe, le révérend J.G.Wood le décrit comme capable de faire l'ascension du dome de Saint-Pierre de Rome et d'oublier sa paire de gants au sommet du paratonnerre. Quoique ce soit à lui que l'on doit l'introduction du curare en Europe, il n'utilisait apparemment pour se soigner que sa trousse de taxidermiste puisque J.G.Wood dit qu'il ne croyait qu'en " la lancette et le calomel " le calomel étant le protochlorure de mercure, à effet purgatif. Il ne jurait que par la saignée, mais est-ce pour cela qu'en Guyane, il jalousa un jeune indien dont le gros orteil avait été mordu par une chauve-souris (Vampire-bat), et qu'il entreprit de dormir en laissant en vain, son orteil à l'air libre pour attirer le "chirurgien de minuit" afin de pouvoir raconter qu'il avait, lui, en personne, été mordu par un vampire? ( Wanderings , 1828).

   Il méritait complétement un article dans Improbable Research, le site qui décerne le Prix Ig Nobel , et c'est Sally Shelton, digne directeur des collections d'un Muséum d'histoire naturelle, qui l'écrivit :

http://improbable.com/airchives/paperair/volume6/v6i6/waterton-6-6.html

 

   Waterton aimait ce que l'on nomme à l'Ecole Normale Supérieure un canularium, du nom de ce roseau -cannula- dont on use pour "souffler dansl'derrière des ch'vaux ", comme dit la chanson, ou pour administrer une potion. Le catholique Waterton n'aimait pas les protestants, mais pas non plus le sérieux scientifique, ni l'usine de savon voisine qui pollue la riviére , ni qu'on coupe les oreilles des chevaux ou qu'on leur taille la queue : ce qu'il aimait, c'est se prendre pour un chien et mordre les jambes de ses invités à diner ; ou chevaucher un crocodile ; boxer contre un pithon ; se rendre aux chutes du Niagara pour suivre l'ordonnance d'un médecin lui préscrivant de placer sa cheville bléssée sous l'eau courante ; traverser l'Amérique du Sud pieds nus ; suggérer à un invité : "et si on grimpait au sommet de cet arbre étudier ce nid de rapace ?" ;  escalader les murs en prétextant se méfier des échelles.

   Mais son canular, type du genre, de l'espéce et de la sous-espéce de Canularium canularium canularium, ce fut de placer en frontispice de son Wandering la gravure d'une de ses taxidermies sous le titre  A NONDESCRIPT :

 

Waterton--a-nondescript--Wanderings-.jpg

 

 

[Per scriptum : J'écris ce blog comme un explorateur progressant en terra incognita, taillant sa route dans la jungle des informations (quelle méprise de nommer "filet", "toile"  ce hallier qui étend à perte de vue les arbres de la connaissance !) et me voilà découvrant Waterton par le biais de mentions , de biographies, de commentaires que je vous rapporte...puis j'accède à son Wanderings, les " Errances ", mais le texte anglais me rebute, je regarde les images, et puis j'y retourne, et, croyez-moi, je vous le dis solennellement :  je souhaite à tout humain de faire les trois lectures que voici: Trois hommes dans un bateau, de Jerome K Jerome ; Tristram Shandy de Laurence Sterne, et Wandering in South America de Charles Waterton. Dans le désordre, le minimum requis par les temps qui courent. ]

 

    Donc le facétieux Waterton offre la page d'honneur à cette gravure conforme en tout point aux autres gravures dont les plus sérieux des aventuriers illustrent leurs oeuvres pour donner au lecteur l'aperçu exotique des contrées qu'ils ont explorés. Mais l'indice "see page 253" nous mène au récit du quatrième voyage ; Waterton vient de parler des singes rouges :

 

   J'ai aussi acquis un animal qui n'a pas été sans susciter un peu de perplexité et d' étonnement. De prime abord la longueur de sa queue et son épais pelage ne pose pas de probléme quand à l'espèce dont il s'agit, mais c'est l'examen de la face qui laisse coi l' examinateur un instant avant de s'aventurer à le placer dans la classification des espèces. C'était un animal de grande taille, le jour tombait et de plus je n'étais guère enclin à porter sur mon dos le poids entier de ce balourd, aussi me suis-je contenté de la tête et des épaules, que j'ai coupées et emmenées avec moi en Europe. [note de bas de page : Mon jeune ami, mR J.H.Foljambe, fils ainé deThomas Foljambe, Esq de Wakefield  en a réalisé un dessin (voir le frontispice) qui est certainement l'un des plus fidéles à l'original] Je pense n'avoir pas eu tort , lorsque je vois tous les problèmes que m'ont causés la tête seule, de ne pas m'être embarassé des pieds et des mains, sans parler de cette queue qui, selon Lord Kames* est un appendice de l'être humain. Cet animal présente des traits de visage tout-à-fait grecs, et la sérennité de sa contenance laisse penser que tout allait bien pour lui tant qu'il était en vie.  Certains des éminents spécialistes qui éxaminérent sa tête estimèrent que l'ensemble de ses traits avaient été modifié, d'autres, non moins éminents restaient dubitatifs et incapables de trancher sur le point de savoir si les traits bestiaux du singe pouvaient être transformés en ceux de l'être humain en sa noble prestance. "Scinditur vulgus" **.Nous pourrions débattre longtemps sur ce sujet nouveau et produire peut-être quelque chose d'un peu mieux que les intreminables pédanteries courantes.

" Vox et praeterea nihil "***  Supposons un instant qu'il s'agisse d'une espèce nouvelle. Soit, "una golondrina no hace verano", l'hirondelle ne fait pas le printemps, comme le disait Sancho Panza. Il vaudrait bien la peine d'aller la chercher, et en cette époque de recherche de la cité péruvienne de Cerro de Pasco, l'entreprise mérite d'être tentée. Peut-être l'aimable lecteur souhaite-t-il que j'y retourne moi-même pour trouver un autre spécimen. Qu'il me soit permis d répondre respectueusement que la voie est longue, triste et hasardeuse, et quoique je ne puisse, hélas, alléguer l'excuse de "me pia conjux destinet"****, mais néanmoins je voudrais bénéficier d'un peu de repos; j'ai été un long moment errant,

                         _longa mihi exilia,et vastum maris aequor aravi,                        

                           ne mandate mihi, nam ego sum defessus agendo,*****

   Si quelque personne motivé à arpenter ces régions sauvages où d'innombrables découvertes l'attendent parvenait à ramener au pays ne serait-ce qu'une tête seule, mais aux traits aussi parfaits que celle que j'ai rapporté, loin de le jalouser , je suis prêt à le considérer comme un moderne Hercule parfaitement en droit d'enregistrer un treizième Travail. D'autre part, si nous prétendons que tous les traits originels de ce visage ont été détruits

et remplacés par des traits nouveaux, que l'on me dise par quel moyen ce prodige inoui aurait été effèctué ! Personne encore dans nos muséums n'a été capable de rendre à un animal empaillé ses traits d'origine. Et que celui qui en doute prenne un chat ou un chien vivant, et qu'il vienne le comparer à un chien ou un chat empaillé  dans l'un de ces muséums de premier ordre: un rapide examen suffira à lever ses doutes.

   Si j'ai reéllement réussi à éffacer les traits d'une  brute bestiale pour les remplacer par ceux d'un homme, nous serions en doit de dire que le soleil de Protée s'est levé en nos musées,

" Unius hic faciem, facies transformat in omnes;

nunc homo, nunc tigris ; nunc equa, nunc mulier." ******

 

 

 

*Henry Home, aussi dit  Lord Kames (1696-1782), est un philosophe, chef de file des Lumières écossaises, qui, dans Sketches on the History of man ,décrit quatre phases de l'histoire de l'homme , où il fut successivement chasseur-cueilleur, sans loi ni concurrence, puis éleveur, puis agriculteur, avant de créer la société commerciale et industrielle. Lui faire dire que l'être humain portait jadis une longue queue est bien-sûr un trait d'esprit. 

 

** Scinditur [ incertum sludia in contraria ] vulgus : Virgile,Enéïde, 2, 39  : cependant la foule se partage en avis contraires.

*** Vox et praeterea nihil : citation latine des pages roses des dictionnaires évoquant la vacuité des paroles.

**** me pia conjux destinet : Ovide, Metamorphoses livre XVIII : une tendre épouse me retient au foyer. Réponse d'Ulysse à Ajax lors de la dispute pour les armes d'Achille.

***** Il s'agit d'un détournement du vers 780 du chant II de L'Énneide de Virgile où le fantôme de sa première épouse Créuse apparaît à Énée: Longua tibi exsilia,et vastum maris aequor arandum,/ et terram Hesperiam venies, ubi Lydius  arua / inter opima virum leni fluit agmine Thybris;

   Sur une vaste mer un long exil t'attend / enfin tu parviendras aux rives d'Occident/ dans la riche Hespérie ou de ses belles ondes / le Tibre baigne en paix des campagnes fécondes; (trad. Jacques Delille )

****** Je ne suis pas le vaillant petit tailleur, j'ai traduit patiemment quatre citations et trouvé leur origine, je n'en n'abatterai pas cinq d'un coup. 

 

 

  La tête et les épaules du specimen ramené par Wateson de son quatrième voyage en Guyane et qu'il a naturalisé lui-même. On peut la voir à la Galerie Waterton du Wakefield Museum.

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Certaines mauvaises langues pensent que Waterton s'est fichu de leur tête -à défaut de l'empailler - et qu'il a seulement maquillé et retouché la peau d'un singe hurleur pour lui donner les traits de Mr Lushington .

Lorsque le taxidermiste revint des Amériques en 1821 et que le navire qui le transportait avec toutes ses collections accosta le quai du port de Liverpool, un "nondescript "(quelconque) agent des douanes du nom de Lushington  monta à bord pour savoir si des marchandises relevaient de la taxe de douane ; il décida que les innombrables spécimens naturalisés que Waterton ramenait n'étaient surement pas les éléments scientifiques d'une collection personnelle, mais des articles déstinés à la vente et relevant de ce fait de la taxe d'importation. Aussi ce petit homme simiesque fier de son uniforme et de sa vie consacrée au respect du réglement et des valeurs prévictoriennes lorsqu'il ne s'adonnait pas à la chasse imposa à Waterton une collosale redevance. Mais celui-ci lui aurait-il fait l'honneur de lui attribuer les qualité d'animaux sauvages,, splendides dans l'expression de leur liberté joyeuse ? 

 

    Je ne crois pas non plus que l'on puisse rapprocher le Nondescript de l'Homme de Piltdow, un vulgaire faux fabriqué à partir d'une machoire d' Orang Outan et d'un crane humain agé de quarante mille ans, mais qui abusa Theilard de Chardin, Charles Dawson et Arthur Smith Woodwart, persuadés d'avoir découvert le chainon manquant dans leur Eoanthropus, la forme intermèdiaire annoncé par Darwin pour combler le fossé entre le singe et l'homme.  Si le faussaire n'est pas Arthur Conan Doyle, voisin de Piltdow et ami de Dawson, c'est peut-être (et c'est la thèse de Stephen Jay Gould ) le jésuite Theilard de Chardin : on se souviendra qu'il s'agit d'un ancien zouave ( brancardier en 1914 au 4ème régiment de zouave).

 

   Non, je penche pour une autre interprètation, à deux degrés. Le premier est d'y voir une satire des zoologues dont la préoccupation principale de leurs explorations est la découverte d'une nouvelle espèce à laquelle il pourront attacher leur nom ; et le terme de A Nondescript est, à ce point de vue, limpide. Sans-doute Waterton a-t-il découvert le dernier survivant d'une espèce en extinction et que seule sa conscience professionnelle et son talent de taxidermiste a sauvè d'une méconnaissance totale, confiant au Musée de Wakefield la garde du specimen au même titre que  le Muséum de Nantes conserve aujourd'hui le Grand Pingouin Puinguinus impennis (Linnaeus, 1758) dont l'espèce s'est également éteinte. Mais il s'est gardé de lui donner son nom. Et si, en 1847, Jules Bourcier a nommé Thalurania Watertonii le Long-tailed Woodnymph, ce colibri que nous preferons nommer la Dryade de Waterton, ce n'est pas, ah ça non, que Charles -si je peux me permettre cette familiarité- rechercha ce genre d'honneur, lui qui n'a jamais utilisé les dénominations scientifiques et se moquait de la taxonomie comme de colin-tampon, de l'an quarante, ou de sa première chemise, et qu'il s'en souciait comme d'une guigne. Simplement,il n'était pas tout-à-fait sûr que Dieu ait vraiment demander à Adam de donner un nom aux choses, il n'était pas certain non plus que Descartes ait réellement entendu Dieu lui promettre  que les hommes, s'ils travaillaient bien à connaître "la force et les actions du feu de l'eau de l'air des astres  et des cieux"  allaient devenir  "comme maîtres et possesseurs de la Nature", il aurait souhaité avoir des preuves que Leibnitz avait bien reçu du ciel, comme jadis Moïse les tables de la Loi, la fameuse et incontesté Scala Naturae qui situait l'homme sur l'échelon supérieur des espèces, juste en dessous des anges qui, eux, volaient dans les nuées qui , tous les tableaux l'attestent, servent de moquette à Dieu-le-Père,   et il doutait encore que, même s'il était fils de pasteur, Charles Dutilleul, euh, Carl von  Linné ait vraiment été chargé de recenser la moindre plante, le moindre animalicule pour y attacher une étiquette avec deux noms en latin de sacristie, ni que Dieu ait vraiment envoyer le Paraclet sur les apôtres que Linné envoya prêcher la bonne parole de la systématisation  du vivant et de la nomenclature binominale. Bref, Waterton n'était pas un ornithologue "comme il faut" (en fançais dans le texte).

 

   Le deuxième degré est plus profond : ce dont se moque Waterton, ce n'est pas seulement de la systématique Linnéenne ou de la course à la découverte inédite, c'est de l'arrogance de l'homme face à l'animal. Sil fallait le classer parmi les philosophes, on le mettrait chez les Cyniques, les philosophes du Chien : car les disciples d'Antisthène partageaient ce mordant, cette désinvolture non-conformiste, ce renversement des valeurs qui les faisaient préferer les pieds de nez et les pirouettes aux honneurs et les conventions. Et Diogène aurait ouvert volontiers la porte de son tonneau à un Squire capable d'aller poser le pied sur la tête de l'Ange qui domine le Castel Sant'Angelo pour seulement montrer qu'il en est capable (Wandering. ), un homme dont l'objectif affiché dans la vie est de pouvoir dire qu'il a été mordu par un vampire, un taxidermisrte qui ose produire, sous le titre de Luther après sa chute, un singe grimaçant et cornu, ou sous le titre de John Dull et la dette nationale, un porc-èpic dans une carapace de tortue entouré de six monstres ! Et  sans-doute nous montre-t-il son Nondescript  comme Diogène en vain cherchait dans Athènes un homme, pour nous dire que la fameuse spécificité humaine dont nous nous glorifions pour asservir ou manipuler le reste du monde, n'existe pas.

 

 

 

   Dans le même genre... le Zymoglophic Museum : http://www.zymoglyphic.org/links/taxidermy.html

                                          ... le Musée Orfila et la femme à barbe : http://www.biomedicale.univ-paris5.fr/anat/spip.php?rubrique10

                                          ... les Écorchés de Honoré Fragonard au Musée vétérinaire de Maisons-Alfort , sur Wikipédia ou  ici http://www.art-et-science.fr/explorart/2009/plastination2.html

 

En 1844, il publie Essays on natural history, chiefly Ornithology, by Charles Waterton, ESQ, with a continuation of the autobiography of the author, London, 1844. On y trouve ses colères contre les coupeurs de queue de cheval, la description de la beauté de la nature en prenant comme exemple le regard ou les reptations des serpents, etc.

 

b) John Edmonstone.

Cet esclave du propriétaire d'une plantation de Guyane britannique, Charles Edmonstone a suivi son maître à Glasgow.

Charles Waterton fit connaissance de cet esclave lorqu'il se rendit en Guyane pour gérer les plantations de son oncle: il initia John à la taxidermie.

Une fois libre, Edmonstone exerça la taxidermie à Glasgow, puis à Edimbourg  où il enseignait à l'Université. C'est là qu'il eut l'occasion d'avoir comme étudiant en médecine Charles Darwin, alors agè de seize ans. Des liens d'amitié se créerent, dont on peut penser - c'est d'ailleurs Darwin qui l'écrit - qu'ils contribuèrent à la très forte répulsion de l'auteur de l'Origine des Espèces à l'égard de l'esclavage. Darwin écrit dans son autobiographie qu'il rencontra "a negro lived in Edinburgh, who had travelled with Warton, and gained his livelihood by stuffing birds, which he did excellently; he gave me lessons for payment and I often used to sit with him for he was a pleasant and intelligent man.”

Mais j'ignore si Darwin avait hérité, via Edmonstone, de la technique de taxidermie au sublimé corrosif.

 

c) John Gould.

  Je rappelle que John Gould ( 1804-1881) fut un taxidermiste londonien réputé avant d'être l'ornithologue et l'éditeur hors-pair qu'il fut : je renvoie à mon article. John Gould : l'homme oiseau, la pierre, le diamant et la girafe.

 

d) Rowland Ward (1848-1912) : l'anti Waterton ?

Autre grande maison de taxidermie londonienne, la Rowland Ward LTD. de Picadilly était spécialisée dans les trophées de chasse de gros gibier. Le père de Rowland, Henry Ward, avait été aussi un naturaliste et taxidermiste réputé, qui avait participé à la collection d'oiseaux d'Amérique d'Audubon.

   C'est désormais une maison d'édition de livres pour passionnés de la chasse, publiant depuis 1892 Recors of the Big Game, un livre de records de chasse au gros, mais aussi des ouvrages aux  titres aussi attirant que La mort dans la vallée du Rift,(Death in the Rift Valley), Tir au double-fusil britannique, Fusils et cartouches d'Afrique, Fusil de chasse d'Amérique,

Le chef-d'oeuvre de Rowland Ward fut le diorama grandeur nature intitulé La vie de la Jungle et créé pour l'Exposition Coloniale et Indienne de 1886. Ce fut lui que lança la mode des dioramas montrant les animaux sauvages dans leur environnement naturel. Tous les grands chasseurs sportifs de son temps étaient ses amis, dont le "Duc d'Orléans", alias Philippe d'Orléans (1869-1928). A Wood Norton (Workcestershire) ou à Pluck Dael en Belgique, il installe les collections cynégétiques de ses chasses sur les cinq continents, et les donne à voir en de vastes dioramas sur fond de banquise aussi bien que de jungle. Ces collections sont léguées au Muséum d' histoire naturelle de Paris qui les installe dans une annexe ; elle y sont mal conservées, le batiment doit être démoli en 1960 et ce qui reste des animaux empaillés est récupéré pour la Galerie de l'Évolution.

   La Grande Galerie de l'Évolution montre toujours ce qui a été récupéré des dioramas : l'attaque d'un éléphant par une tigresse, souvenir d'une mésaventure survenue au Duc en 1887 en Inde, nous explique-t-on.

 

8- Taxidermie américaine.

 Ce chapitre pour rappeller que James Audubon pratiquait la taxidermie, et que lorsqu'il s'installa en Nouvelle-Orléans il exerça cette activité pour gagner sa vie.

  Mentionnons Aiken Charles Edward Howard (1850-1936),  et Thure Ludwig Theodor Kumlien (1819-1888), ornithologue et taxidermiste pour le musée de Milwaukee. Il est mentionné sur l'article Wikipédia qui le concerne que "sa mort est probablement due à la manipulation des substances toxiques qu'il utilisait pour la conservation des peaux d'oiseau.", ce qui illustre les dangers de l'arsenic et du mercure.

 

 

9. Et la collecte ?

 

Comment les taxidermistes se procurent-ils les spécimens ? Actuellement, où les oiseaux sont protégés, sauf de la chasse, ils naturalisent les oiseaux trouvés morts (soit dans la nature soit dans les réserves, les ménageries et les zoos), ou ceux qu'il faut euthanasier.

 

 A) La chasse.

  Jadis, à l'époque qui nous concerne, les naturalistes prélevaient les spécimens par la chasse. Le développement des armes à feu a donc permis celui de l'ornithologie. Jusqu'en 1789, la chasse était le privilége de la noblesse, qui chassait à courre. Peu pratiquaient la chasse à tir, mais seuls les aristocrates pouvaient le faire,ce qui permet de comprendre que les grands collectionneurs étaient des nobles, et, à contrario, que le début du XIXème siécle a vu naître de nombreuses collections et une explosion de l'ornithologie.

  Les premiers fusils sont à canons fixes juxtaposés avec platines à chiens extérieurs, qu'il faut charger par la bouche. Jusqu'au milieu du XIXème ce furent des fusils à silex, puis en 1807 John Forsith développa le systéme à percussion, rendant possible le chargement par la culasse ; les canons vont basculer. Les premiéres cartouches sont à broche,et la cartouche à percussion centrale ne se développe vraiment que dans les années 1850.

 

   La chasse à tir permet donc le développement de la taxidermie et de la constitution de collection, mais le chasseur devait respecter quelques précautions particuliéres : on remplissait le canon de moins de poudre et moins de plomb pour limiter les dégats subis par l'oiseau. Il fallait sécher  rapidement la blessure par de la colophane en poudre, ou du platre et placer un tampon de coton, afin que le sang ne souille pas les plumes ; de même, on veillait à fermer le bec de l'oiseau par un fil passé dans les narines, et on prévenait le froissement des plumes en glissant l'animal tête le première dans un cornet de papier. Il fallait éviter de tirer de trop près, faute de quoi le spécimen était défiguré. On prenait la peine de noter la couleur des yeux, afin de choisir, lors de la naturalisation, des yeux en émail conformes à l'original.

 

 

B) les autre techniques.

Pour Boitard , rien ne vaut le fusil, mais " viennent ensuite les filets et les pièges, puis la sarbacane, et enfin la pipée." ( Boitard,Manuel du naturaliste, Roret 1825).

 

   Le collectionneur fait aussi, et surtout dans les colonies,de jolies trouvailles à l'étal du marché, s'il sait être attentif.

     La sarbacane permet d'obtenir des petits oiseaux bien frais, dit encore Boitard, mais il y faut beaucoup d'adresse, ou bien choisir le printemps, "époque où le oiseaux, agités par les feux de l'amour, oublient leur caractère timide, et les dangers qui les menacent, au point de se laisser approcher de très-près."

    Les oiseaux s'attrapent aussi  à la sauterelle ou au trébuchet, mais on ne peut espérer que de petits zoziaux.

 Ce sont des pièges que l'on tend sur les filées, réseau de sentiers fréquentés par les espèces que l'on veut attraper ; on les fabrique avec de la ficelle et des branches de bois, et on prépare ainsi des sauterelles couchées, des sauterelles droites ou des sauterelles piquées, disposées avec des lacets à grives et des lacets à bécasse.

 

Et les gluaux ? On nomme ainsi des baguettes enduites de glue, et que l'on installe sur des branches pour retenir les oiseaux par les pattes ou par les ailes. Mais la glue doit être retirée soigneusement du plumage, à l'huile d'olive, pour utiliser l'oiseau en taxidermie, aussi la méthode n'a pas la préference des naturalistes.

   On prépare la glue à partir des boules de gui, comme son nom l'indique, mais aussi en utilisant l'écorce de gui ou celle des branches tendres du houx ; le mieux est encore de chauffer une huile de lin de bonne qualité. Et vos gluaux prendont, sous le nez des chasseurs, des tarins et des mésanges, ou des bouvreuils.

  Vous pouvez utiliser ces gluaux à la pipée, et c'est le plus amusant, en septembre, pour les rouges-gorges et les grives : un arbre est choisi, on le dépouille de ses branches pour ne laisser que quelques-unes qu'on entaille. Dans les entailles, on glisse les baguettes engluées ; dés qu'un oiseau s'y fera prendre, la baguette tombera, et l'oiseau avec. Ainsi, il ne se débat pas. On ne peut piper qu'au lever du soleil ou à la tombée de la nuit : le pipeur se cache et commence à frouer doucement, c'est à dire qu'il imite les cris d'appel des merles, des  geais, en utilisant des feuilles de lierre trouées et pliées dans la longueur, un couteau, une pièce de monnaie plièe ou des instruments en acier,en ivoire ou en argent  qui tous produisent le frouement ou le chouchement adéquat. Cela contre-fait le cri d'un petit oiseau qui appelle les autres à son secours, qu'il ne fait que lorsqu'il a rencontré son prédateur ; et aussitôt tous les autres oiseaux buissoniers s'animent et accourent. A ce frouement, le pipeur mèle le cri imité de la chouette, ou bien il fait crier des oiseaux en cage qui appellent leurs congénères; bien-sûr, il peut utiliser des appeaux, s'il sait les confectionner dans quelque branche de merisier ou de coudrier, à moins qu'il ne tende une feuille de chiendent entre les doigts, pour faire la chouette ou le hibou.

  Tous les oiseaux ne s'attrapent pas à la pipée, et on peut utiliser les gluaux à l'arbret, ou à l'abreuvoir, en entourant une source d'une haie de gluaux.

 

Et les filets?  L'usage qu'on en fait aujourd'hui lors du baguage des oiseaux permet de comprendre qu'ils étaie

nt des instruments de l'oiseleur autant que  du pêcheur, et qu'un montage de trois filets, nommé hallier, permettait d'attraper des perdrix ou des cailles, des canards ou des râles d'eau, des poules d'eau ou des faisans. Le rafle, ou le trémail, servent à prendre les merles, les grives et les petits oiseaux. Les oiseaux de proie se prennent dans des araignées, filets tendus entre des arbres et maintenus par des triquets en bois qui cédent lors de la prise. Et puis il y a le traineau, la nappe, la pochette, la tonnelle, la pantaine et surtout la tirasse, qui est le meilleur moyen pour peupler une voliére ou constituer une collection d'histoire naturelle, car les oiseaux n'y perdent pas une plume. C'est un procédé qui utilisent des appelants, verdiers, pinsons, chardonnerets, bruants, alouettes, bouvreuils, tarins, cinis, mésanges ou gros-becs qui sont mis en cage ou attachés par la patte à une baguette. Lorsqu'une bande d'oiseau passe, on fait jouer l'appellant de son choix et on le fait voltiger dans le filet ; les oiseaux sauvages se posent, et on tire alors le filet.

  S'ils sont attrapés au filet, et qu'ils vivent encore, les oiseaux que l'on veut naturaliser doivent être étouffer rapidement plutôt que de les placer dans des cages où ils abiment leurs plumes.

 

   Les alouettes s'attirent en utilisant le fameux miroir aux alouettes, une piéce de bois où sont fixés des miroirs ou des plaques d'acier, que le chasseur fait tourner avec une ficelle près du filet.

   Mais pourquoi, en hiver,ne pas attirer les oiseaux grace à des graines sous un filet, et le laisser choir? Ou, lors des couvées, ne pas entourer les nids d'un noeud coulant, qu'on serre lorsque l'oiseau se penche pour nourrir les petits?

Ou placer de petits moineaux dans un panier tréssé en cul de bouteille qui piègera les congénères curieux de compagnie?

   Pourquoi ne pas utiliser des trébuchets, où une planche ou un filet poussés par un ressort se referme sur la victime qui libére dans son passage la butée? Et on pourra choisir la sauterelle-trébuchet, l'assomoir du Mexique, la mésangette, le quatre-de-chiffre, la cage-tenderesse...  Ou le traquenard, pour prendre les oiseaux de proie nocturnes?

 

Mais soyons francs : ces moyens ne servent à rien à celui qui ne posséde pas une connaissance approfondie des moeurs et habitudes des oiseaux convoités.

 

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Published by jean-yves cordier

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  • : Le blog de jean-yves cordier
  • : 1) Une étude détaillée des monuments et œuvres artistiques et culturels, en Bretagne particulièrement, par le biais de mes photographies. Je privilégie les vitraux et la statuaire. 2) Une étude des noms de papillons et libellules (Zoonymie) observés en Bretagne.
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  • "Il faudrait voir sur chaque objet que tout détail est aventure" ( Guillevic, Terrraqué).  "Les vraies richesses, plus elles sont  grandes, plus on a de joie à les donner." (Giono ) "Délaisse les grandes routes, prends les sentiers !" (Pythagore)
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