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13 février 2026 5 13 /02 /février /2026 13:46

Le décor des fonts baptismaux (2ème moitié XIIe siècle, pierre de Tournai) de la cathédrale Notre-Dame de Laon.

Voir sur les fonts baptismaux de Bretagne (ordre chronologique) :

 

Description.

La cuve monolithique est circulaire à l'intérieur, elle est cantonnée de quatre têtes d'hommes. Son pourtour d'une trentaine de centimètres de haut est divisé par ces  têtes anthropomorphes en quatre décors à motifs de rinceaux à palmettes, oiseau et quadrupède, rosettes et fontaine.   Elle  est  flanquée de 4 colonnettes rapportées (comme aussi  à Saint-Just-en Chaussée, à la collégiale Saint-Laurent de Rozoy-sur-Serre, à Vermand, à Chigny, dans le Pas-de-Calais à Verlincthun, à Condette ou à Dannes, et dans l’Oise à Moliens) autour d'une cuve cylindrique centrale. Le soubassement à 8 lobes repose sur une base carrée. Le couvercle n'est pas conservé.

Fonts baptismaux du XIIe siècle de la cathédrale de Laon, cliché lavieb-aile 2025.

Fonts baptismaux du XIIe siècle de la cathédrale de Laon, cliché lavieb-aile 2025.

Fonts baptismaux du XIIe siècle de la cathédrale de Laon, cliché lavieb-aile 2025.

Fonts baptismaux du XIIe siècle de la cathédrale de Laon, cliché lavieb-aile 2025.

Fonts baptismaux du XIIe siècle de la cathédrale de Laon, cliché lavieb-aile 2025.

Fonts baptismaux du XIIe siècle de la cathédrale de Laon, cliché lavieb-aile 2025.

Description du décor.

Il est compris entre la moulure supérieure de la cuve, et une moulure basse délimitant quatre zones entre les têtes. Comme pour celles-ci, la pierre de ces zones est polie, bien noire voire luisante sur les parties saillantes et contraste avec la partie inférieure qui est bouchardée et qui apparaît plus grise. 

 

1. Décor à rinceaux , palmes et épillets ; signe ovale à 3 registres.

Le rinceau démarre sous le menton de la tête de gauche et forme deux sinuosités délimitant des formes quasi- rondes. À l'intérieur de chacun de ces ronds, le rinceau produit des feuilles en palmettes à 4 ou 5 limbes et des épillets (qualifiés parfois de vignes ou d'arums).

Il s'interrompt pour laisser place à un dessin en ovale (comme un cartouche de hyéroglyphe) contenant deux réglures horizontales et deux demi-cercles affrontés, sans que ce dessin soit évocateur d'un élément concret et signifiant.

 

Fonts baptismaux du XIIe siècle de la cathédrale de Laon, cliché lavieb-aile 2025.

Fonts baptismaux du XIIe siècle de la cathédrale de Laon, cliché lavieb-aile 2025.

Fonts baptismaux du XIIe siècle de la cathédrale de Laon, cliché lavieb-aile 2025.

Fonts baptismaux du XIIe siècle de la cathédrale de Laon, cliché lavieb-aile 2025.

Fonts baptismaux du XIIe siècle de la cathédrale de Laon, cliché lavieb-aile 2025.

Fonts baptismaux du XIIe siècle de la cathédrale de Laon, cliché lavieb-aile 2025.

2. Décor à rinceaux , palmes et épillets ; rosette et "fontaine".

Le rinceau qui s'est aussi glissé sous le masque développe un motif spéculaire du précédent (une seule feuille d'abord, deux feuilles ensuite). L'espace restant est occupé par une rosette à 6 pétales, et par une forme en manche d'où retombe quatres lanières, où j'hésite à reconnaître (au vu du contexte), une fontaine stylisée.

 

Fonts baptismaux du XIIe siècle de la cathédrale de Laon, cliché lavieb-aile 2025.

Fonts baptismaux du XIIe siècle de la cathédrale de Laon, cliché lavieb-aile 2025.

Fonts baptismaux du XIIe siècle de la cathédrale de Laon, cliché lavieb-aile 2025.

Fonts baptismaux du XIIe siècle de la cathédrale de Laon, cliché lavieb-aile 2025.

Fonts baptismaux du XIIe siècle de la cathédrale de Laon, cliché lavieb-aile 2025.

Fonts baptismaux du XIIe siècle de la cathédrale de Laon, cliché lavieb-aile 2025.

Fonts baptismaux du XIIe siècle de la cathédrale de Laon, cliché lavieb-aile 2025.

Fonts baptismaux du XIIe siècle de la cathédrale de Laon, cliché lavieb-aile 2025.

3. Décor à l'oiseau.

Un oiseau (deux pattes, deux ailes) tend son "bec" (aux allures de gueule de chien) comme s'il voulait mordre ou avaler le masque voisin. On est intrigué par le cercle barré de gauche, qui s'achève par une tête. Je propose d'y reconnaître, plutôt qu'un serpent ourobouros, la queue céphalisée de l'oiseau monstrueux.

 

Fonts baptismaux du XIIe siècle de la cathédrale de Laon, cliché lavieb-aile 2025.

Fonts baptismaux du XIIe siècle de la cathédrale de Laon, cliché lavieb-aile 2025.

Fonts baptismaux du XIIe siècle de la cathédrale de Laon, cliché lavieb-aile 2025.

Fonts baptismaux du XIIe siècle de la cathédrale de Laon, cliché lavieb-aile 2025.

Fonts baptismaux du XIIe siècle de la cathédrale de Laon, cliché lavieb-aile 2025.

Fonts baptismaux du XIIe siècle de la cathédrale de Laon, cliché lavieb-aile 2025.

Fonts baptismaux du XIIe siècle de la cathédrale de Laon, cliché lavieb-aile 2025.

Fonts baptismaux du XIIe siècle de la cathédrale de Laon, cliché lavieb-aile 2025.

4. Décor au quadrupède.

Un quadrupède (je reste prudent : chien, vache, loup, monstre) aux pattes s'élargissant en sabots, tient sa queue horizontale au dessus de son dos. Il tend sa tête, au front baissé, vers la tête de gauche.

 

 

 

Fonts baptismaux du XIIe siècle de la cathédrale de Laon, cliché lavieb-aile 2025.

Fonts baptismaux du XIIe siècle de la cathédrale de Laon, cliché lavieb-aile 2025.

Fonts baptismaux du XIIe siècle de la cathédrale de Laon, cliché lavieb-aile 2025.

Fonts baptismaux du XIIe siècle de la cathédrale de Laon, cliché lavieb-aile 2025.

Fonts baptismaux du XIIe siècle de la cathédrale de Laon, cliché lavieb-aile 2025.

Fonts baptismaux du XIIe siècle de la cathédrale de Laon, cliché lavieb-aile 2025.

5. Les têtes anthropomorphes.

Nous les avons vues les unes après les autres : l'une d'elles est brisée, les autres, de forme d'œuf à la coque car elles  ont le crâne plat (arrasé par la margelle) ont  le nez droit, les yeux larges sans paupières, et la bouche tracée d'une ligne droite ou à peine souriante ; les oreilles sont en croissant presque fermé.

 

DISCUSSION.

On sait que c'est au XIIe siècle que les baptistères par immerion ont été abandonnés progressivement au profit de la mise en place d'un équipement spécifique  (cuve baptismale à infusion) dans toutes les églises paroissiales. 

Il est écrit dans les documents disponibles que ces fonts de la cathédrale de Laon sont en "marbre noir", ce qui m'a surpris, car on ne peut pas éviter de faire le rapprochement avec le grand ensemble de fonts de la même époque, taillés, eux, en pierre calcaire  "bleue" de Tournai, précisément dans l'Aisne (au nord et aussi en Thiérarche). En effet, selon Laurence de Finance "Le marbre, plus particulièrement utilisé dans le sud de la France n’est couramment employé qu’à partir du XVIIe siècle pour devenir le matériau le plus recherché aux XVIII et XIXe siècles".

En réalité, Xavier Massary écrit dans la notice Palissy de 1994-2020 : "Marbre noir, dit pierre de Tournay", ce qui est correct.

Il en donne les dimensions (98 cm sur 83 cm) et reconnaît dans le décor un oiseau, et un chien "symbole de la fidélité au devoir". Il ajoute : "Ces fonts baptismaux semblent n'avoir été déposés dans le bras sud du transept de la cathédrale qu'au 19e siècle, le baptême étant primitivement administré dans la chapelle des fonts ; cette cuve est assurément de provenance locale, d'autres cuves de forme très voisine se retrouvant dans des églises de la région ; malgré leur archaïsme stylistique, ces fonts baptismaux ne sont sans doute pas antérieurs à la 2e moitié du 12e siècle."

 

Les fonts baptimaux du XIIe siècle en pierre de Tournai.

"Il existe, dans le nord de l'Aisne et en Thiérache, un ensemble homogène de cuves baptismales de la seconde moitié du XIIe ou du début du XIIIe siècle. Principalement carrées plus rarement rectangulaires , elles sont réalisées en pierre de Tournai (dite pierre bleue). Les plus remarquables sont celles des églises de Jeantes et de Bancigny dans l'Aisne de réalisation presque identique, issues peut-être du même atelier. Les cuves tournaisiennes portent sur leurs quatre faces un décor en relief semi-méplat où se mêlent têtes anthropomorphes et rinceau végétal. Ce décor, propre à la sculpture du nord de la France, de Tournai et de la vallée Mosane, se voit aussi sur les anciens fonts de Cousolre, déposés au musée des Beaux-arts de Lille

"Ces fonts baptismaux peuvent être mis en relation avec une série d'oeuvres similaires par la forme, le décor et l'utilisation de la pierre calcaire de Tournai dite pierre bleue et sont datables de la 2e moitié du 12e siècle ou du début du 13e siècle. De nombreuses églises en Thiérache conservent de semblables fonts, ainsi à Saint-Clément ou Martigny. Ces oeuvres ont été exécutées dans le cadre des centres de production du Nord de la France et de la vallée mosane du 12e siècle. Elles sont parmi les créations les plus originales de la sculpture romane du 12e siècle. Le décor de têtes antropomorphes sous un réseau d'arcatures, d'animaux fabuleux affrontés et de rinceaux a fait l'objet de plusieurs interprétations iconographiques et symboliques, le combat des deux animaux seraient ainsi une allusion à la lutte du Bien et du Mal. Les fonts baptismaux de Jeantes sont parmi les plus remarquables de ceux qui ont été conservés en Thiérache, ils sont très proches de ceux de la commune voisine de Bancigny, présentant un décor presque identique. Ces deux oeuvres paraissent avoir été exécutées par le même sculpteur ou atelier.

Jeantes (02, Thiérarche) : Fonts baptismaux en pierre de Tournai, 2e moitié XIIe siècle, église Saint-Martin, . Notice Palissy IM02001609 par  Xavier-Philippe Guiochon

Fonts baptismaux de Jeantes
Fonts de Bancigny


"Ces fonts baptismaux peuvent être mis en relation avec une série d'oeuvres similaires par la forme, le décor et l'utilisation de la pierre calcaire de Tournai dite pierre bleue et sont datables de la 2e moitié du 12e siècle ou du début du 13e siècle. De nombreuses églises en Thiérache conservent de semblables fonts, ainsi à Saint-Clément ou Martigny. Ces oeuvres ont été exécutées dans le cadre des centres de production du Nord de la France et de la vallée mosane du 12e siècle. Elles sont parmi les créations les plus originales de la sculpture romane du 12e siècle. Le décor de têtes antropomorphes sous un réseau d'arcatures, d'animaux fabuleux affrontés et de rinceaux a fait l'objet de plusieurs interprétations iconographiques et symboliques, le combat des deux animaux seraient ainsi une allusion à la lutte du Bien et du Mal. Les fonts baptismaux de Jeantes sont parmi les plus remarquables de ceux qui ont été conservés en Thiérache, ils sont très proches de ceux de la commune voisine de Bancigny, présentant un décor presque identique. Ces deux oeuvres paraissent avoir été exécutées par le même sculpteur ou atelier. Ils ont été reproduits par Jules-Léandre Papillon au cours du 4e quart du 19e siècle dans ses lithographies consacrées aux richesses artistiques de la Thiérache. Le couvercle originel des fonts baptismaux a disparu."

C’est également en pierre de Tournai qu’a été réalisée, dans le 2e quart du XIIe siècle, la cuve des fonts baptismaux de Châlons-en-Champagne dont le très beau décor sculpté illustre la résurrection des morts.

Fonts de Chalons-sur-Marne

La présence de 4 têtes humaines placées aux angles d'une cuve carrée ou à égale distance sur une cuve circulaire est relativement fréquente, bien que leur raison d'être ne soit pas précisément élucidée. Il est proposé de reconnaître dans celles de la cuve provenant du cimetière de Gildwiller (68) et celles de Chéreng (59) les points cardinaux à moins qu'il ne s'agisse d'une évocation des fleuves du paradis ou encore des quatre vents. Le traitement du décor de ces sculptures est très inégal, si celles de Chéreng sont très élaborées, celles de la cuve de Martigny (02) présentent une étonnante stylisation.

Martigny (02 ; Thiérache ) IM02001577

"Les fonts baptismaux de Martigny ne comportent aucun décor à l'exception des 4 têtes fantastiques à forme humaine, masculine ou androgynes qui ont donné lieu à de nombreuses interprétations symboliques, dont la plus plausible reste l'hypothèse d'y voir la représentation des quatre Fleuves du Paradis.  Ces quatre têtes à forme humaine présentent chacune une expression différente, semble-t-il d' étonnement, d' effroi ou de peur, l'un de ces personnages tire la langue. " https://inventaire.hautsdefrance.fr/dossier/IM02001577#:~:text=Les%20fonts%20baptismaux%20de%20Martigny,des%20quatre%20Fleuves%20du%20Paradis.

Fonts baptismaux de Martigny

Le décor de palmettes et épillets, ou "arums".

On le retrouve presque à l'identique à la Collégiale Saint-Laurent de Rozoy-sur-Serre , à Saint-Just en Chaussée,  à Chéreng, etc.

https://pop.culture.gouv.fr/notice/palissy/PM60001442

https://vogage-roman-art.blogspot.com/2014/03/cuves-baptismales-1-les-fonts-de-chereng.html

SOURCES ET LIENS.

—Notice Palissy IM02000163.

https://pop.culture.gouv.fr/notice/palissy/IM02000163

— BROCHE (Lucien) 1926, La cathédrale de Laon ([Reprod. en fac-sim.]) / Lucien Broche ed. Laffitte (Marseille)

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k3370697m/f120.item

"Fonts baptismaux. — La cathédrale renferme, dans le croisillon sud, des fonts baptismaux romans,
en pierre de Meuse. La cuve, carrée, décorée de fruits d'arum et de quatre têtes humaines en saillie, est
portée sur un gros fut que cantonnent quatre colonnettes dont les bases se relient par des griffes aux
angles d'un socle commun."

— FINANCE (Laurence de) · 2007, Catalogue des fonts baptismaux datés, avec présentation typo-chronologique. Ministère de la Culture. Inventaire général du patrimoine culturel. 2007.

https://hal.science/hal-03184391v1/file/Inventaire%20general%20fonts%20baptismaux%20catalogue%20typochronologique2.pdf

— Cuves baptismales et fonts baptismaux : évolution formelle avant le XVIe siècle. 

http://gerval2.free.fr/fontsbaptismaux.pdf

 —SERBAT Louis),(1913 Fonts baptismaux en Picardie [compte-rendu] Bulletin Monumental  Année 1913  77  pp. 162-163

https://www.persee.fr/doc/bulmo_0007-473x_1913_num_77_1_12421_t1_0162_0000_4

— VIOLLET-LE-DUC, Le bénitier au Moyen-Âge

https://fr.wikisource.org/wiki/Dictionnaire_raisonn%C3%A9_de_l%E2%80%99architecture_fran%C3%A7aise_du_XIe_au_XVIe_si%C3%A8cle/B%C3%A9nitier

http://www.lecerclemedieval.be/histoire/Le-benitier-au-Moyen-age.html

 

—Wikipedia Les fonts baptismaux tournaisiens

https://fr.wikipedia.org/wiki/Fonts_baptismaux_tournaisiens

 .

 

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Published by jean-yves cordier - dans Sculpture

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  • : Le blog de jean-yves cordier
  • : 1) Une étude détaillée des monuments et œuvres artistiques et culturels, en Bretagne particulièrement, par le biais de mes photographies. Je privilégie les vitraux et la statuaire. 2) Une étude des noms de papillons et libellules (Zoonymie) observés en Bretagne.
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  • "Il faudrait voir sur chaque objet que tout détail est aventure" ( Guillevic, Terrraqué).  "Les vraies richesses, plus elles sont  grandes, plus on a de joie à les donner." (Giono ) "Délaisse les grandes routes, prends les sentiers !" (Pythagore)
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