Les miséricordes (chêne, anonyme, entre 1481 et 1483) des 16 stalles de l'église Notre-Dame de Béhuard. Les graffiti du XVIIe siècle des dossiers.
"Toutes ces figurines parlent. Il faut pour rêver Dieu s'asseoir sur ses défauts et chanter la joie de vivre" (le curé de Béhuard à Dorothy et Henry Kraus : Kraus p.28)
—Voir sur les stalles :
a) En Bretagne par ordre chronologique :
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Les frises nord des stalles du chœur de la cathédrale Saint-Paul-Aurélien de Saint-Pol-de-Léon.
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Les frises sud des stalles du chœur (1504-1520) de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon.
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Les stalles de la cathédrale Saint-Pol-de-Léon Les inscriptions des enfants de la psallette.
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Les jouées des stalles du chœur (1504-1520) de l'ancienne cathédrale de Saint-Pol-de-Léon.
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Les stalles de la cathédrale de Tréguier : les miséricordes. (1509-1512)
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Les stalles de la cathédrale de Tréguier : les inscriptions des musiciens et des enfants de la psallette. (1509-1512)
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Stalles et cathèdres de Notre-Dame de Roscudon à Pont-Croix.
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Les stalles de l'église Notre-Dame de La Guerche-de-Bretagne. IIa, le coté nord, les miséricordes.
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Les 54 stalles (vers 1530-1550) de l'ancienne collégiale de La Madeleine de Champeaux (35).
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Les stalles et la table de communion de l'église de Lampaul-Guimiliau.
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L'enclos paroissial de Saint-Herbot en Plonevez-du-Faou IX. Les 15 stalles et leurs miséricordes.
b) Hors Bretagne par ordre chronologique:
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Les 86 stalles de la cathédrale de Rouen décrites et illustrées par Langlois en 1838. (XVe)
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Ensemble de 28 stalles de Saint-Pierre de Brou.(XVe siècle)
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Les dorsaux des stalles de la cocathédrale de Bourg-en-Bresse. (vers 1510-1530)
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Les stalles de la sacristie de la cathédrale du Mans. entre 1563 et 1576
PRÉSENTATION.
"Une dépendance de l'abbaye Saint-Nicolas d'Angers
Le cartulaire de l'abbaye Saint-Nicolas d'Angers atteste la présence d'une chapelle à Béhuard dès le milieu du XIe siècle.
Dans les premières décennies du XVe siècle, le pèlerinage à Notre-Dame de Béhuard est déjà solidement établi. Au début du XVe siècle, la chapelle revêtait suffisamment d'importance pour qu'en mai 1431, la duchesse d'Anjou, Yolande d'Aragon, et le duc de Bretagne Jean V, vinssent y assister au serment de fraternité prêté par leurs fils respectifs, Charles, comte du Maine, et François, comte de Montfort, futur François Ier de Bretagne.
Les biographes de Louis XI ont tous souligné la ferveur du roi pour la Vierge qu'il considérait comme sa figure tutélaire et la patronne du royaume de France. L'évêque de Lisieux Thomas Basin, son contemporain, s'émerveillait déjà des sommes colossales que le roi dépensa pour de nombreuses églises dédiées à Notre-Dame partout en France.
Les itinéraires de Louis XI montrent un profond attachement du roi envers l'île de Béhuard. Entre 1470 et 1479, il y effectua près d'une quinzaine de séjours.
Fréquemment évoqués dans la correspondance royale, les pèlerinages de Louis XI à Béhuard furent ponctués de nombreuses libéralités envers le sanctuaire.
À la fin de l'année 1481, le roi décida d'ériger la modeste chapelle en collégiale. Pour ce faire, il la dota d'un doyen, de six chanoines, de six vicaires et de trois enfants de chœur. Les noms des premiers titulaires figurent dans une lettre en date du 20 décembre adressée à Guillaume Fournier, choisi comme premier doyen du chapitre. L'acte de fondation prévoyait précisément les messes qui devaient être célébrées en l'honneur du roi et de sa famille, le matériel liturgique à fournir par les chanoines et leurs obligations, notamment celle de résider sur place. Pour entretenir ce chapitre, Louis XI légua aux chanoines l'important privilège du "trépas de Loire", droit de passage prélevé aux Ponts-de-Cé sur toutes les marchandises circulant sur le fleuve. Dans les derniers mois de sa vie, en avril 1483, Louis XI compléta les privilèges du chapitre en lui octroyant la permission de gracier, chaque Vendredi Saint, des criminels de toutes conditions dans le ressort du duché.
Dès le lendemain de la mort Louis XI, le chapitre de Béhuard fut dissout et la chapelle redevint une succursale de la paroisse de Denée. Cette décision prise par Charles VIII, sous le presbytérat d'Alexandre Fournier, nouveau curé de Denée, a été gravée sur une pierre scellée dans la maçonnerie de l'église, face à l'entrée actuelle. Si le pèlerinage perdura, celui-ci perdit de son lustre à l'Époque moderne comme en attestent les difficultés financières du desservant pour entretenir la chapelle.
L'église, classée Monument historique dès 1862, fit l'objet de nombreuses campagnes de restaurations et d'entretien."
"La nef et la tribune
La tribune est ajourée par quatre fenêtres latérales trilobées, deux au nord et deux au sud, et par un oculus à trois quatre-feuilles en façade actuellement masqué par la cage lambrissée du clocher.
La présence de la tribune en bois créait de facto deux espaces liturgiques dans l'église. Un texte du XVIIIe siècle mentionne que celle-ci était réservée aux prêtres qui chantaient l'office certains jours fériés, alors que les paroissiens se tenaient dans la nef. À la fin du XIVe siècle, il est possible que cette chapelle haute, dont la dédicace est inconnue, ait été réservée aux seigneurs locaux voire aux moines de l'abbaye Saint-Nicolas, usage attesté dans certaines abbatiales.
Les stalles
L'aménagement de stalles sur la tribune fut probablement la dernière modification apportée du temps de Louis XI. On peut penser, avec la plupart des auteurs, que cet ensemble fut exécuté pour accueillir les membres du chapitre, donc entre 1481 et 1483.
L'ensemble forme une unique rangée de 16 stalles dont quatre sont adossées contre le mur occidental et six sur chacun des murs latéraux. La condamnation partielle de l'une des fenêtres sud par les dosserets montre que les stalles n'étaient pas prévues dans le programme d'origine. De manière assez harmonieuse, elles intègrent l'ancienne porte d'accès extérieure dans un tambour. La stalle immédiatement à gauche, au dosseret plus haut surmonté d'un dais, pourrait avoir été celle destinée au doyen du chapitre. Bien que le décor des dosserets ait en grande partie disparu, les quelques vestiges observables, composés de remplages aveugles, montrent une exécution soignée. Le reste du décor est concentré principalement sur les miséricordes. Huit d'entre elles sont ornées de motifs végétaux (feuilles d'acanthe et de chêne) et huit présentent des figures humaines ou animales : têtes d'homme et de femme grimaçantes, personnages endormis portant des chapeaux aux larges bords, canidés endormis ou rongeant un os. Les deux personnages au chapeau, l'un allongé sur le côté, appuyé sur son coude, et l'autre assis en tailleur, la tête entre les jambes, se retrouvent avec quelques variantes sur deux miséricordes de l'église Saint-Pierre de Saumur, bien datées des années 1473-1476. Il est très probable que l'un des menuisiers de Saumur soit aussi intervenu à Notre-Dame Béhuard. "(d'après Armelle Maugin)
Les stalles , située dans la tribune par défaut de place dans le sanctuaire autour de l'autel, sont au nombre de seize : le nombre correspond exactement au total du "doyen, de six chanoines, de six vicaires et de trois enfants de chœur" cités par les archives.
Au XVIIe siècle, (dates relevées 1605 et 1632) des clercs ou des enfants de chœur gravèrent des graffiti avec leur nom sur quelques dossiers.
Je n'ai photographié que sept des figures animales et humaines, délaissant à tort les motifs végétaux.
Homme accroupi, représenté de face, endormi, coiffé d'un chapeau à bords larges.
Ce chapeau peut évoquer celui des pèlerins.
Homme accroupi de face.
Fou grimaçant de façon peu avenante, sous sa capuche à grelots.
Femme accroupie la bouche concave, vue de face portant une coiffe et une robe longue à décolleté droit.
Deux chiens se disputant le même os.
Le même sujet apparaît sur la miséricorde 26 des stalles basses sud de la collégiale de Champeaux (Seine-et-Marne) en 1522 .
Animal (renard??) reposant, le museau sous la patte postérieure gauche.
Comparez avec la miséricorde de l'église Saint-Denis de Coulanges (41) :
https://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:Coulanges_%2841%29_%C3%A9glise_Saint-Denis_13.jpg
Homme endormi sur le côté, coiffé d'un chapeau à bords larges.
Le même sujet est repris à l'église Saint-Pierre de Saumur (mais le dormeur porte une épée) vers 1475, et à la collégiale de Villefranche-de-Rouergue vers 1487.
Les graffiti des dossiers.
SOURCES ET LIENS.
https://pop.culture.gouv.fr/notice/palissy/PM49000440
https://gertrude.paysdelaloire.fr/illustration/IVR52_20184900222NUCA
Sur les miséricordes en général :
— BLOCK (Elaine C.), 2003, Corpus of medieval misericords. France. XIII - XVI century, Turnhout, Brepols, 444 pages 26 et suiv.
— BLOCK (Elaine C.), 1996 "Proverbs on Choir Stalls in the Rhineland", Profane A. Mid. Ages, v/1 (1996), pp. 25–45
—KRAUS (Dorothy et Henry Kraus) 1986 Le monde caché des miséricordes: Suivi du répertoire de 40 stalles d'églises en France, Les éditions de l'amateur. p.28, 192, 240 note 7, 263 et 266. Photo p. 264 .
https://books.google.fr/books?id=JkwAEQAAQBAJ&newbks=1&newbks_redir=0&dq=mis%C3%A9ricordes+stalles+brou&hl=fr&source=gbs_navlinks_s