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3 juillet 2025 4 03 /07 /juillet /2025 19:35

Où je retrouve Antonietta Gonzales à l'exposition ANIMAL!? de Landerneau dans une aquarelle de Marie Bovo.

Comment je remonte, dans mes souvenirs, vers son père Pedro, sa sœur Maddalena, son frère Enrico, tous atteints d'hypertrichose (hyperpilosité).

 

Visitant l'exposition ANIMAL!? du FHEL de Landerneau, je découvre cette aquarelle de Marie Bovo portant le titre Mi ange mi bête, 2024.

Cette aquarelle de la photographe Marie Bovo appartient à une série de 10 , où des fleurs sont jetés sur des journaux pliés, des fruits y sont posés  dans un travail en trompe-l'œil, tandis que des insectes y déambulesnt, des papillons se posent, parfois à côté d'un rouge-gorge mort .

La référence aux enluminures du miniaturiste  Joris Hoefnagel (Anvers 1562-Vienne 1600) m'y semble évidente (je lui ai consacré 15 longs articles ici), et la présence des textes imprimés des journaux (la confrontation  de l'écrit avec les éléments naturels) évoque plus particulièrement le Schriftmusterbuch  et ses 127 pages de modèles d'écriture de Georg Bocksay , ou surtout le Mira calligraphiae monumenta, réalisé vers 1590 à la cour de Rodolph II à Prague.

 

 

 

Mi ange mi bête, Marie Bovo, aquarelle, 2024. FHEL Landerneau, cliché lavieb-aile juillet 2025.

Mi ange mi bête, Marie Bovo, aquarelle, 2024. FHEL Landerneau, cliché lavieb-aile juillet 2025.

Je peux comme chacun identifier ici la branche de figuier ficus carica (comme ici dans les Quatre élements d'Hoenagel) et  les figues, entières et mures (comme au folio 39 de Mira calligraphiae), — mais l'une coupée en deux —, ainsi probablement qu'un hanneton Melolontha melolontha entrouvrant ses elytres. Une mouche se promène sur le papier imprimé. Chacun de ces éléments naturels projette son ombre sur le papier, selon le procédé des miniaturistes de l'école Bruges-Gand dans les marges des  Livres d'Heures depuis la fin du XVe siècle.

La tige fleurie sort de mes compétences, mais elle sera facilement identifiée par un botaniste. J'aimerai qu'il s'agisse de Lilium calchédonicum, que Hoefnagel a représenté au folio 43 de Mira calligraphiae, mais je n'y crois pas trop, ou Lychnis calchedonica du folio 37 (où le trompe-l'œil est poussé jusqu'à feindre que la tige passe par un gousset de velin, et représentée à l'envers de la feuille).

Mais bien entendu, mon regard est happé par les pages de journaux.

Il y en a quatre.

Un grande photo non identifiable. 

Une autre page, du Monde des idées, où je lis Toutes les latitudes ... [socié]ès traditionnelles sur maitrise.. L'occasion de la .

Il s'agit d'un article de Catherine Vincent paru dans Le Monde du 12 juin 2014 : "

Culture. La nuit sous toutes les latitudes.

En Amérique latine, en Afrique ou dans le Grand Nord, les sociétés traditionnelles ont des manières bien différentes de l’Occident de traverser les heures obscures. Tour du monde à l’occasion de la nuit la plus courte de l’année.

Cet article est si interessant que je comprends que Marie Bovo l'ait découpé, et conservé pendant 10 ans. J'ai envie de vous laisser là pour aller le lire, et écouter les ethnologues Aurore Monod-Becquelin et Anne-Gaël Bilhaut,  Guy Bordin, ou Marie-Paule Ferry me parler des indiens Otomi du Mexique, des indiens Zapara d' Equateur, des Inuits et des sorciers du Sénégal. 

Le troisième article, également à l'envers,  a été publié dans Le Monde du 20 juin 2023. Je lis :  "les glaciers de l'Himalaya pourraient disparaître. Jusqu'à 80 % des réserves pourraient fondre d'ici à la fin..." Il est signé d'Audrey Garric.

Mi ange mi bête, Marie Bovo, aquarelle, 2024. FHEL Landerneau, cliché lavieb-aile juillet 2025.

Mi ange mi bête, Marie Bovo, aquarelle, 2024. FHEL Landerneau, cliché lavieb-aile juillet 2025.

On comprend — si cela n'était pas apparu immédiatement en regardant cette Nature morte, Still life des anglais— que le propos de Marie Bojo est une méditation sur le temps, sa nature éphémère, son passage irrémédiable, la mélancolie propre à toute beauté. Comme l'écrivait en légende Joris Hoefnagel au dessus de ses compositions de Lis martagon et de libellules en citant Erasme, FLOS CINIS, "la fleur terminera en cendre" (planche LXIII de l'Archetypa). Ou sur la planche 56 d'Ignis, orné seulement de fleurs de roses l'une en bouton, et l'autre fanée, et citant Ausone, De Rosis nascentibus vers 33-34 :  Haec aperit primi fastigia Celsa obelisci , mucronem absolvens purpurei capitis, Haec modo qua toto rutilanerat Igne Comarum,  pallida collapsis, descritui folijs    "Elle ouvre le sommet de son premier bouton Et libère à son faîte une tête vermeille " / Telle dont flamboyait la chevelure en feu, / Ses pétales tombés l’abandonnent livide."

Hoefnagel, Ignis pl. LVI, Getty Museum

 

 

Venons-en à la quatrième page de journal, la plus visible. C'est encore une page du Monde, du 17 février 2023, signé  Fabrice Gabriel (Collaborateur du « Monde des livres »), et c'est le compte-rendu d'un livre de Mario Pasa : « L’Infante sauvage »  portrait d’une fillette mi-ange mi-bête. "Mario Pasa donne voix au petit personnage velu d’un tableau oublié du XVIe siècle." 

Mi ange mi bête, Marie Bovo, aquarelle, 2024. FHEL Landerneau, cliché lavieb-aile juillet 2025.

Mi ange mi bête, Marie Bovo, aquarelle, 2024. FHEL Landerneau, cliché lavieb-aile juillet 2025.

Pour des raisons mystérieuses (erreur ou difficultés à obtenir les droits), l'article est accompagné d'un portrait d'Antonietta Gonzales, troisième fille de Pedro Gonzales, alors que le livre de Mario Pasa parle de sa sœur aînée Maddalena, et que son ouvrage, édité par Acte Sud porte en couverture le portrait de cette dernière.

 

Le père, les deux  sœurs et le frère Enrico ont tous le visage couvert de longs poils, en raison de cette affection héréditaire, l'hypertrichosa lanuginosa, persistance du lanugo qui couvre le corps du foetus et du nouveau-né.

C'est bien-sûr cet aspect animal troublant de cette famille qui après avoir fasciné leurs contemporains, justifie la présence de cette aquarelle de Maria Bovo dans l'exposition ANIMAL!? de Landerneau.

Je connais bien le portrait d'Antonietta Gonzales, pour l'avoir contemplé au château de Blois encore tout récemment.

 

Portrait d'Antonietta Gonzales par Fontana Lavino

Portrait d'Antonietta Gonzales par Fontana Lavino

Un peu d'histoire (d'après M. Vogel)

En 1547, un garçon de dix ans originaire de Tenerife fut présenté au roi de France Henri II.

Il souffrait d'une maladie rare caractérisée par une pilosité excessive (hypertrichose) sur tout le corps, particulièrement prononcée au niveau du crâne. Après la conquête espagnole des îles Canaries, les Guanches, habitants de Tenerife, furent vendus comme esclaves par les Espagnols, et il est probable que le garçon soit arrivé en France par cette voie. Henri II entretenait une relation ambivalente avec cet enfant. Il le nomma Pierre, issu de la famille Gonsalvez (également appelé Gonsalvus en latin), déjà baptisé de force dans la religion catholique par les Espagnols à Tenerife.

Pierre est un mot qui peut également être utilisé pour désigner une pierre et peut faire allusion au fait que les Guanches de Tenerife vivaient parfois dans des grottes. Henri II fit construire une grotte à Pierre dans son jardin afin que l'enfant puisse vivre dans ce qu'il considérait comme son habitat naturel.
Parallèlement, Henri II veilla à ce que Pierre apprenne le latin, lui apprenant ainsi la langue des érudits et se familiarisant avec les beaux-arts. À la cour de France, Pierre était traité non pas comme une créature sauvage dont la fourrure rappelait celle d'un animal, mais comme un être humain. Ainsi, après avoir appris à lire et à parler le latin, Pierre participa aux rituels de la cour et servit du pain au roi lors de ses repas. Les porteurs de pain à la cour étaient appelés sommeliers de panneterie-bouche. Le fait que Pierre, autrefois un homme sauvage ayant vécu dans une grotte, puisse parler latin et apprendre les rituels de la cour faisait de lui une créature encore plus exotique.

 

Après la mort d'Henri II, son épouse Catherine (née Médicis) prit soin de Pierre. En 1573, Catherine arrangea le mariage de Pierre avec une Française nommée Catherine, qui était probablement l'une de ses servantes. Le couple eut sept enfants. Cinq d'entre eux, nommés Maddalena (née en 1575), Enrique (né en 1576), Francesca (née en 1582), Antonietta (née en 1588) et Orazio (né en 1592), souffraient également d'hypertrichose. 

Tognina (ou Antonietta ou Antonia ?) Gonsalvus, ou encore Conzalves ou Conzales ou Gonzalez est née vers 1588 en France. Née à la cour de France, elle a ensuite vécu auprès de Donna Isabella Pallavicina, marquise de Soragna (Province de Parme). On considère que sa famille représente le cas d'hypertrichose le plus ancien à avoir été décrit de façon certaine chez l'être humain en Europe. 


Les portraits de la famille Gonzalvus
En 1580 ou 1582, les portraits individuels de la famille Gonzalvus (ou Gonzalez) et de leurs deux premiers enfants velus (Maddalena et Enrique) arrivèrent à Munich, à la cour de l'archiduc Guillaume V de Bavière. Aucune source n'indique que ces portraits aient également été réalisés à Munich. Zapperi suppose, en se basant sur la fraise portée par Pierre et ses enfants, que les peintures pourraient avoir été réalisées à la cour de France. L'auteur de ces tableaux est toujours inconnu. Ces portraits  ont été offerts par Guillaume V à l'archiduc Ferdinand II du Tyrol pour son cabinet de curiosités au château d'Ambras près d'Innsbruck. Les cabinets de curiosités (Kunstkammer) sont apparus au XVIe siècle comme collections privées de nobles : princes, ducs ou rois. L'un des premiers cabinets de curiosités (Kunstkammer) a été créé à Munich, à la cour du duc Albert V de Bavière, où travaillait Hoefnagel. L'érudit Samuel Quiccheberg, qui y travaillait, a décrit en 1565 que les cabinets de curiosités devaient contenir des objets des domaines suivants : artificialia, naturalia, scientifica, mirabilia et exotica. Les tableaux de la famille velue Gonsalvus étaient donc prédestinés à être inclus dans un cabinet de curiosités, car ils répondaient à tous les critères. D'une part, ils étaient créés par un être humain, donc un artefact ; D'autre part, les images illustrent une variation inattendue de la nature (naturalia). La famille Gonsalvus a suscité un intérêt scientifique (scientifica) dès son vivant, car elle a été étudiée par deux des médecins les plus célèbres de l'époque.
De plus, on peut certainement les qualifier de miracles (mirabilia), et quoi qu'il en soit, ils l'étaient. 

 

Anonyme, portrait de Pedro Gonsalvus , v1580, huile sur toile 111 x 92 cm, château d' Ambras Innsbruck

 

Anonyme, portrait de Catherine Gonsalvus , v1580, huile sur toile 111 x 92 cm, château d' Ambras Innsbruck
Anonyme, portrait de Maddalena Gonsalvus à lâge de 7 ans environ , v1580, huile sur toile 111 x 92 cm, château d' Ambras Innsbruck
Anonyme, portrait d'Enrico Gonzales à l'âge de 3 ans environ , v1580, huile sur toile 111 x 92 cm, château d' Ambras Innsbruck

 

 

Vers 1582, Joris Hoefnagel qui a travaillé à Munich de 1577 à 1590, d'abord comme peintre de cour du duc Albert V, puis de son successeur Guillaume duc de Bavière, a peint en miniature ces portraits, sur deux feuilles de velin  de 14,3 x 18,4 cm, (donc en miniature), dans le premier volume, Ignis, de ses Quatre éléments, achevés vers 1590 et offerts alors à l'archiduc Rodolphe II, empereur du Saint-Empire germanique depuis 1575, dont Hoefnagel rejoint sa cour à Prague. Ces quatre volumes d'un luxe inoui appartenaient sans doute au  fameux Kunstkammer impérial. Hoefnagel a peut-être peint ces miniatures lors d'une visite au château d'Ambras. 

Ce qui est curieux, c'est que les portraits de Pedro et de Catherine et ceux de Madalena et d'Enrico (dont on voit bien qu'ils sont très inspirés des huiles sur toile de 1580, les tenues vestimentaires et les bijoux en attestent) inaugurent la vaste série des miniatures du volume IGNIS (Feu), de 79 planches, consacré ...aux animalia rationala et aux insecta. Ils ne sont pas placés en introduction du volume Terra des "Quadrupèdes et reptiles". Et ce sont les 4 seuls êtres humains de ce vaste recensement des Animaux de la Nature. (Les deux autres volumes sont consacrés aux Oiseaux, et aux Poissons). En fait, on peut penser que les 4 membres de la famille Gonzales sont ceux qui composent les Animalia rationalia, les Animaux rationels :  la définition de l'Homme comme "animalia rationalia" se fait  en lien avec Abelard (homo est animalum informum rationale et mortalitate), et annonce Hobbes et son homo est corpus animatum rationale.

Dans le cadre de l'exposition ANIMAL!?, on peut donc admirer l'attitude des érudits européens, qui   reconnaissent aux êtres velus  une humanité "rationnelle", comme  en témoigne l'accueil qu'ils ont reçus et l'enseignement dont ils ont bénéficié.

Cette première place se justifie aussi à mon sens comme un inventaire des collections zoologiques du Cabinet de Curiosité et de la Ménagerie des ducs de Bavière et de l'Empereur. Les membres de la famille Gonzales sont considérés comme objets de prestige et de curiosité, peut-être les objets les plus précieux et dignes d'inaugurer ce "catalogue". Ce sont des Curiosité, des énigmes troublantes. Des objets de connaissance (notamment pour les médecins comme Platter et Aldrovandi), et des sujets d'étude qui peuvent être placés dans l'ovale peint à l'or qui entourent chaque miniature, en tant que spécimens.

 

Le portrait de Pedro Gonzales et de son épouse par Hoefnagel

Petrus Gonsalvus est représenté aux côtés de son épouse, qui pose sa main droite sur l'épaule gauche de son mari. Le vêtement de Petrus Gonsalvus diffère de celui de la peinture à l'huile ayant servi de modèle et se compose d'un tissu gris plus simple. Par-dessus, Pedro (Petrus) porte un manteau bleu. Lui et son épouse se tiennent derrière un rocher qui masque leurs jambes (et peut rappeler les grottes del Viento de Tenerife, et ses profondeurs vers d'éventuelles origines).

Le caractère exotique de cet homme sauvage, qui vivait dans une grotte, est accentué par le contraste des vêtements de cour festifs. Pour les trois membres de la famille, les seules zones de peau visibles sont la tête et les mains. Une pilosité excessive est visible sur la tête et le visage du père, de son fils et de sa fille. L'épouse de Petrus Gonsalvus, également représentée, avait une pilosité normale.  La femme ne porte pas de vêtements de cour, mais ses habits et sa coiffure indique une origine bourgeoise.

Joris Hoefnagel, série Animalia Rationalia et Insecta (Ignis) : Planche II, portrait de Pierre et Catherine Gonzales aquarelle et peinture dorée sur parchemin 14,3 x 18,4 cm, Getty Museum

Cette planche est placée en regard d'une page de gauche dont j'ai décrit en 2015 les inscriptions ainsi

a) En haut :

Pronaq [ue] cum spectent Animalia cetera terram: / os homini sublime dedit, Coelumq [ue] Tueri / Iubit, et erectos annonce Sydera tollere vultus « l'homme, distingué des autres animaux dont la tête est inclinée vers la terre, put contempler les astres et fixer ses regards sublimes dans les cieux. », début des Métamorphoses d'Ovide, Livre I.

Parmi les animaux de la Création, l'Homme est celui qui contemple les astres et lève la tête vers les Cieux : dans la logique de louange et d'action de grâce sous laquelle Hoefnagel a placé son œuvre, il est celui pour qui  l'observation (dans laquelle le rôle de la vision est central) ne se dissocie pas de l'admiration. Placé au dessus du portrait de Pedro Gonzales, cette inscription ne laisse aucune ambiguïté sur la place qui est faite au couple comme représentant de l'Humanité, où ils figurent presque comme couple primordial

b) inscription de la page de gauche :

PETRVS GONSALVS Alumnus REGIS GALLORVM. Ex Insulis Canariae ortus : Me Teneriffa tulit: villos sed Corpore toto Sparsit opùs mirúm naturae: Gallia, mater Altera, me púerùm nútruit adusque virilem Aetatem: docúitque feros deponere mores Ingenúasque artes, lingúam que sonare latinam. Contigit et forma praestanti múnere Diúúm Coniúnx, et Thalami charissima pignora nostri. Cernere naturae licet hinc tibi múnera: nati Qúod referúnt alij matrem formaque colore, ast alij patrem vestiti crine sequuntur.

Conparuit Monachij boiorum A°: 1582:

 

— Tentative de traduction « Petrus Gonsalvus fils adoptif du roi de France. Je suis né aux Îles Canaries et originaire de Tenerife ; mais des poils recouvrent tout mon corps, œuvre prodigieuse de la nature ; la France, mon autre Mère, m'a élevé jusqu'à l'âge adulte, et m'a enseigné les bases de la morale, des arts libéraux, et la langue et les sonorités latines. Puis j'ai épousé ma très chère et incomparable épouse, cadeau des dieux. Ici, vous pouvez voir les cadeaux de la nature: certains de mes enfants ressemblèrent à leur mère, et d'autres héritèrent de la pilosité de leur père. Il est venu à Munich en Bavière durant l'année 1582. »

 — Commentaire :

Comme spécimen de la race humaine, Hoefnagel présente, par un choix qui demande à être analysé, l'un de ses "monstres", terme qui, en latin, voisine avec monstrare "montrer" et qui exprime qu'à l'époque, ce qui est atypique relève du merveilleux, du prodige ou du miracle et témoigne de la grandeur insondable de Dieu. 

  Ce texte est une déclaration qui est censée être rédigée par l'homme dont le portrait se trouve à la page voisine. Elle adopte le même style que les lettres que des personnages semblables (comme sa fille Antonieta, infra) tiennent sur leur portrait pour se présenter. Cette homme est Pedro Gonzales, latinisé en Petrus Gonsalvus. 

 Pedro Gonzales est né vers 1537 à Tenerife, dans les îles Canaries dans une famille de la noblesse locale ; il était atteint d'une maladie héréditaire —sous le mode autosomique dominant— rarissime dont il est le premier cas connu,  l'hypertrichose (ou hypertrichosis lanuginosa), bien différente de l'hirsutisme : son visage et tout son corps était couvert de longs poils lui conférant une allure bestiale. Mais on oublie souvent de mentionner que cela s'accompagne d'un facies acromégaloïde, avec épaissisement des traits qui accentue cette apparence animale.

   Comme pour le nanisme (les nains de cour étaient nombreux, comme le nain Triboulet de François Ier ou ceux de la cour d'Espagne), les personnes frappés par ces difformités corporelles étaient considérées soit  comme des suppôts redoutés du Diable ou comme des  envoyés miraculeux de Dieu. Ce type de prodige étaient recherchés dans les cours princières au titre des Curiositas ou des Mirabilia dont la possession renforçaient le prestige,  et en raison de ses caractéristiques particulières, Pedro Gonzales a été offert à l'âge de 10 ans au Roi Henri II de France, qui s'enticha du jeune garçon et lui donna la meilleure éducation (assurée par les précepteurs royaux Pierre Danès, Jacques Amyot et Robert Estienne et où il apprit le latin). Surnommé alors le « sauvage du Roi », il devint, au cours des décennies suivantes, l'un des lettrés les plus fréquentés de Paris, et occupa des postes à la cour, successivement Gentilhomme de la Chambre puis Aide-Panetier royal. Le roi mit à sa disposition une partie du parc de Fontainebleau afin de lui offrir environnement naturel et protection, et où on le considéra d'abord comme un singe familier avant de s'intéresser à lui de plus en plus. Cet  « homme-singe » ou "homme sauvage" fascinant participait régulièrement aux manifestations sociales, habillé de vêtements de cour. 

  Deux cent ans plus tard, la façon dont le jeune prodige Mozart fut reçu dans les capitales européennes témoignait encore de cette curiosité ambiguë mêlée de mépris que suscitent les exceptions.

 

c) inscription inférieure :

Sed puor hec Hominis cura est, cognoscere terram / ​​Et nunc quae miranda tulit Natura, notare. « Mais le premier souci de ceux qui en sont les maîtres est de connaître la terre, et de noter les merveilles que la nature a étalées maintenant : c'est là pour nous une grande tâche, qui nous rapproche des astres célestes ». Il s'agit des vers 251-252 du poème l'Etna datant de 44-50 av. J.C. Tout est dit : les "prodiges" sont accueillis comme sujet de connaissance. 

La lecture  du texte lui-même  montre que Hoefnagel veille scrupuleusement à la cohérence de son thème du Feu, tout en poursuivant sa méditation sur la place de l'homme au sein de la création. En effet, dans ces vers, le poète, après avoir  entrepris de chanter l'Etna et la cause de ses éruptions, écarte les explications fabuleuses et  donne au phénomène une explication scientifique, due à l'existence au sein de la terre de canaux aériens, où passent des vents.  Dans les vers 537-566, il célèbre la puissance invincible du feu de l'Etna  et loue la fertilité du sol que ce feu autorise.

 

Les inscriptions de la planche I

a) Inscription centre supérieur :

Omni moraculo quod fit per Hominem maius miraculum est HOMO/ Visibilium omnium maximus est Mundus, Invisibilium DEUS/ Sed mundum esse conspicimus, Deum esse credimus : Saint Augustin De Civitate Dei, Livre X chap. 12 et Livre IX chap.4 « De tous les miracles réalisés par l'homme, le plus grand miracle est l'homme. De toutes les chose visibles, la plus grande est le monde. de toutes les invisibles, la plus grande est Dieu. Si nous voyons que le monde existe, nous croyons que Dieu existe".

Ce texte placé en chapeau au dessus du portrait de Pedro Gonzales explicite la thèse qu'il illustre. Cet homme est, pour l'esprit, une incongruité. Un miracle (latin miraculum, "chose extraordinaire, étonnante", du verbe miror "s'étonner, être surpris" qui a donné admiror "admirer") est une chose étonnante et admirable, qui incite à croire en Dieu.

b) inscription inférieure :

Homo natus de MULIERE, brevis vinens tempore / Repletur multis miserys Job. 14 (suite : qui quasi flos egreditur et conteritur et fugit velut umbra) "L'homme né de la femme vit peu ; il est rempli de misère. Il est comme une fleur qui s'épanouit, se flétrit, et qu'on écrase : il passe comme une ombre".

Reflet parfait du souci d'Hoefnagel de saisir le temps qui passe et de méditer sur la nature éphémère de tout être vivant.

 


 

Le portrait de Maddalena et Enrico Gonzales par Hoefnagel.

 

Inscription : LAUDATE PUERI DOMINUM / LAUDATE NOMEN DOMINI "Louez, enfants, le Seigneur."/Louez le nom du Seigneur. Psaume 112 (113). 

— Traduction :

b) Inscription inférieure : Laudate nomen Domini.

— Source : Psaume 112 (113).

— Traduction : ""

— Commentaire : Le Psaume 112 (113) est traduit par Louis Segond ou par la Bible du Semeur en suivant le texte hébreu Laudate servi Jehovah, Laudate nomen Jehovah d'où leur traduction où "serviteurs" remplace "enfants", et "L'Eternel" remplace "Seigneur". Mais le texte de la Septante, suivi par la Vulgate qui est cité ici,  proclame :  Laudate pueri Dominum, laudate nomen Domini : qui habitare facit sterilem in domo matrem filiorum laetantem. "Enfants, louez le  Seigneur, louez le nom du Seigneur." Le Psaume s'achève ainsi : "lui qui en sa maison fait habiter la stérile, devenue joyeuse mère d’enfants.".

Ainsi, les versets qui accompagnent le portrait des deux filles de Pedro Gonzales au visage déformé par la maladie sont des louanges adressées à Dieu pour rendre grâces de la naissance d'enfants.

 

 

 

 

Joris Hoefnagel, série Animalia Rationalia et Insecta (Ignis) : Planche II, portrait de Maddalena et Enrico Gonzales aquarelle et peinture dorée sur parchemin 14,3 x 18,4 cm, Getty Museum


Examens médicaux de la famille Gonzales
Les membres de la famille Gonzales, présentant une pilosité anormale, furent examinés scientifiquement par deux des médecins les plus renommés de l'époque.

1. Le premier examen médical fut réalisé en 1591 par le médecin Felix Platter, qui a examiné  Maddalena et Enrico  à Bâle. Felix Platter (également appelé Platerus en latin) vécut de 1536 à 1614 et fut professeur de médecine à l'Université de Bâle. En 1614, son ouvrage en trois volumes sur les observations (observationes), dans lequel il décrit les maladies humaines, fut publié à Bâle. Le troisième volume, page 553, contient une section intitulée : Pilosi hirsuti admodum hominis quidam (pilosité excessive chez certains humains).

  "Il y avait à Paris, à la cour du roi Henri II, un tel homme, exceptionnellement poilu sur tout le corps, auquel le roi tenait beaucoup. Son corps était entièrement recouvert de longs poils, son visage aussi, à l’exception d’une petite partie sous les yeux, et les poils de ses sourcils et du front étaient tellement longs qu’il devait les relever pour voir. Après avoir épousé une femme non-velue, qui était comme toute autre femme, il eut avec elle des enfants, velus eux-aussi, qui furent envoyés au duc de Parme en Flandres. Je vis la mère et les enfants, un garçon de neuf ans et une fille de sept ans, lorsque, en chemin vers l’Italie, ils s’arrêtèrent à Bâle en 1583, et je commandai leur portait. Ils avaient le visage velu, surtout le garçon, la fille un peu moins, mais celle-ci était extrêmement velue dans la région dorsale le long de la colonne vertébrale." Felix Platter, Observationum Felicis Plateri…libri tres, (Basilea, 1680), Lib. III, p. 572.

Dans ce livre, Platter décrit des personnes atteintes d'hypertrichose. À la page 554 suivante, Platter décrit ensuite le père et ses deux enfants (probablement Maddalena et Enrique) Gonsalvus, qui avaient voyagé de Paris via les Flandres. Platter différencie la pilosité excessive de cette famille de celle des cannibales ou des indigènes d'Amazonie. Il souligne déjà que, contrairement à d'autres formes d'hypertrichose, chez la famille Gonsalvus, la pilosité anormale du crâne facial autour des oreilles est particulièrement prononcée. À la fin de ses descriptions des enfants de la famille Gonsalvus, Platter mentionne qu'il est erroné de décrire les personnes présentant une pilosité anormalement importante comme des sauvages, car la quantité massive et l'étendue anormale de la pilosité ne sont qu'une anomalie esthétique.

 Les enfants de Petrus Gonsalvus ne sont pas représentés dans le livre de Platter. Platter aurait apparemment employé un peintre qui a probablement peint les enfants Maddalena et Enrique, mais son nom est inconnu et les peintures sont considérées comme perdues.

2. Aldrovandi

En 1591, la famille Gonsalvus arriva à la cour des Farnèse à Parme, après avoir été offerte au duc de Parme. Pierre, son fils Henri et deux de ses filles ont été examinés par Ulisse Aldrovandi à Bologne vers 1593. 

Ulisse Aldrovandi naquit à Bologne en 1522 et étudia d'abord le droit, les mathématiques et la philosophie à Bologne. À partir de 1545, il étudia la médecine à la célèbre faculté de Padoue et obtint son doctorat en médecine à Pise en 1553. À partir de 1561, il était professeur d'histoire naturelle à l'université de Bologne. Français Ulisse Aldrovandi était aussi appelé l'Aristote de Bologne. Aldrovandi possédait une importante collection d'histoire naturelle comptant plus de 18 000 objets, qu'il léguait à la ville de Bologne en 1603.  Aldrovandi a écrit un ouvrage en treize volumes sur des sujets d'histoire naturelle, notamment les plantes, les insectes, les animaux et les humains. Le dernier volume, intitulé Monstrorum historia, a été publié à titre posthume en 1642 par son élève Ambrosinus. Cependant, Aldrovandi lui-même avait en grande partie achevé le texte en 1600. Ce livre contient également des gravures sur cuivre avec des représentations des membres de la famille Gonsalvus. Aldrovandi a fait appel à trois peintres connus : Lorenzo Bennini de Florence, Cornelius Svintus de Francfort et Jacobo Ligozzi de Vérone, pour réaliser les illustrations de ses livres. Leurs œuvres n'étant pas signées, ces trois gravures sur cuivre représentant des membres poilus de la famille Gonsalvus ne peuvent être définitivement attribuées à aucun de ces artistes. La gravure représentant l'homme poilu de quarante ans et son fils poilu de vingt ans représente probablement Pedro Gonzales et son fils Enrico. Tous deux présentent également une nette ressemblance avec le portrait de Pedro Gonzales conservé au château d'Ambras. Comme dans ce portrait d'Ambras, dans le livre d'Aldrovandi, Pedro et son fils sont représentés en tenue de fête. Il est possible que l'information sur l'âge soit inexacte, ce qui n'est pas totalement surprenant pour un livre imprimé 38 ans après la mort de l'auteur. Si l'examen a eu lieu en 1593, comme le décrit Wiesner-Hanks, Enrique n'avait alors que treize ans. Enrico avait été offert à la cour du cardinal Odoardo Farnèse à Rome à l'âge de dix-huit ans par Ranuccio Farnèse, le frère d'Odoardo. L'âge de Pedro Ganzales, né en 1537, était déjà de 56 ans en 1893, ce qui indique une fois de plus que les informations sur l'âge figurant dans le livre d'Aldrovandi ne sont pas nécessairement correctes.

Aldovandi, Ulysse „Monstrorum Historia“, Bononiae (Bologna) 1642

 

 



Il en va de même pour l'âge de la jeune fille velue représentée page 17, qui est donnée comme âgée de 12 ans.  D'après les informations sur l'âge, cette personne ne pouvait pas être Maddalena, la sœur aînée d'Enrique, née en 1575, ni Antonietta, la sœur cadette, née en 1588. Maddalena avait déjà 18 ans en 1593, s'était mariée à Parme, avait reçu une maison en cadeau de la famille Farnèse et avait déjà un enfant qui souffrait à son tour d'hypertrichose. D'après son âge, Francesca Gonsalvus, née en 1582, serait la jeune fille représentée à la page 17 du livre d'Aldrovandi, qui souffrait également d'hypertrichose. (M. Vogel)

 

 

 

 La sœur de cette jeune fille velue est probablement Antonietta, née en 1588, représentée à la page 18 du livre d'Aldrovandi. Il est prouvé qu'Aldrovandi a examiné Antonietta, la jeune fille de Parme. Antonietta était également hébergée près de Bologne chez la marquise Isabella di Pallavicina à Soragna. (M. Vogel)

"Une après-midi de l’an 1594, le scientifique, collectionneur et médecin italien Ulisse Aldrovandi se rendit chez l’un de ses riches amis de Bologne. Parmi les invités dans cette élégante demeure se trouvait Isabella Pallavicina, marquise de Soragna, une ville des environs de Bologne. La marquise était accompagnée d’Antonietta Gonzales, fille de Petrus Gonzales. Aldrovandi étudia la petite fille en détail et en fit la description suivante :

« Le visage de la petite fille, à l’exception des narines et des lèvres autour de la bouche, était complètement recouvert de poils. Les poils sur le front étaient plus longs et drus que ceux qui recouvraient ses joues mais plus doux au toucher que sur le reste du corps, elle était poilue sur le haut du dos, et hérissée de poils jaunes jusqu’à la naissance des reins ».

 

 

Il existe deux représentations picturales d'Antonietta qui nous sont parvenues : une peinture à l'huile et un dessin, tous deux créés par Livinia Fontana (Fig. 10 et 11). Le portrait à l'huile (Fig. 10) montre Antonietta à l'âge d'environ cinq ou six ans. La pousse anormale des cheveux sur sa tête est clairement visible.

Il est possible que Lavinia Fontana, amie d’Aldrovandi et peintre bolonaise connue pour ses tableaux de nobles et d’enfants, ait été présente ce jour-là également car elle fit plus tard un portrait à l’huile d’Antonietta qui est aujourd’hui exposé au château de Blois, en France. 

Dans ce portrait, Antonietta tient à la main un papier donnant quelques détails sur sa vie :

« Don Pietro, homme sauvage découvert aux îles Canaries, fut offert en cadeau à Son Altesse Sérénissime Henri roi de France, puis de là fut offert à Son Excellence le duc de Parme. Moi, Antonietta, je viens de là et je vis aujourd’hui tout près, à la cour de madame Isabella Pallavicina, honorable marquise de Soragna. »

Nous voilà revenu au portrait du château de Blois.

Lavinia Fontana dessina également un croquis au crayon d’une petite fille velue, peut-être Antonietta, mais peut-être aussi sa sœur aînée Francesca, car elle ne ressemble pas tout à fait à la fille du tableau à l’huile.

 

Lavinia Fontana, Portrait d'Antonietta Gonzales, vers 1595, huile sur toile, château de Blois. Cliché lavieb-aile 2025

Lavinia Fontana, Portrait d'Antonietta Gonzales, vers 1595, huile sur toile, château de Blois. Cliché lavieb-aile 2025

Lavinia Fontana, Portrait d'Antonietta Gonzales, vers 1595, huile sur toile, château de Blois. Cliché lavieb-aile 2025

Lavinia Fontana, Portrait d'Antonietta Gonzales, vers 1595, huile sur toile, château de Blois. Cliché lavieb-aile 2025

Lavinia Fontana, Portrait d'Antonietta Gonzales, vers 1595, huile sur toile, château de Blois. Cliché lavieb-aile 2025

Lavinia Fontana, Portrait d'Antonietta Gonzales, vers 1595, huile sur toile, château de Blois. Cliché lavieb-aile 2025

SOURCES ET LIENS

 

 

— Voir mes articles sur Hoefnagel :


 

—GHADESSI (Touba) 2018, Portraits of Human Monsters in the Renaissance: Dwar aits of Human Monsters in the Renaissance: Dwarves, Hirsutes, and Castrati as Idealized Anatomical Anomalies Touba Ghadessi Wheaton College, 

https://scholarworks.wmich.edu/cgi/viewcontent.cgi?article=1000&context=mip_mpd

—LEGEAIS (Benoîte), 2015, Le pilocentrisme de la France d’Ancien Régime Évolution des représentations de la pilosité de François 1er à Louis XVI par Benoîte Legeais Département d’histoire / Faculté des arts et sciences Université Sorbonne-Nouvelle Paris 3 / École Doctorale 268 Langage et langues Cotutelle de thèse présentée à la Faculté des arts et sciences et à l’École Doctorale 268 en vue de l’obtention du grade de Philosophiae Doctor (Ph. D.) en histoire Université de Montréal Octobre 2015

https://core.ac.uk/download/pdf/151554662.pdf

 

—VIGNAU-WILBERG (Théa) , « Le Museum de l'empereur Rodolphe II et le cabinet des arts et curiosités » in Haupt, Herbert et alii, Le bestiaire de Rodolphe II. Cod. min. 129 et 130 de la bibliothèque nationale d'Autriche, Paris, Citadelles, 1990, p. 38.

— VIGNAU-WILLBERG (Théa) 1994, Archetypae studiaque Patris Georgii Hoefnagelii 1592. Natur, Dichtung und Wissenschaft in der kunst um 1600. München, Staatl.

— VIGNAU-WILLBERG (Théa) Lee Hendrix, Thea Vignau-Wilberg, Mira Calligraphiae Monumenta: A Sixteenth-Century Calligraphic Manuscript Inscribed by Georg Bocksay and Illuminated by Joris Hoefnagel, Volume 1, Getty Publications, 13 Aug, 1992, p. 15-28

— VIGNAU-WILLBERG (Théa) Lee Hendrix and Thea Vignau-Wilberg, Nature Illuminated: Flora and Fauna from the Court of the Emperor Rudolf II, Getty Publications, 1997

— VOGEL (Michael), 2023  Darstellungen von behaarten Menschen mit Ambras Syndrom in Kunstwerken. Eine Schnittstelle zwischen Kunst und Medizin.

https://www.kunstgeschichte-ejournal.net/607/2/Vogel_FINAL16.05.pdf

— WELLS (Christophe William) 2018,« Monstres » de cour : la difformité dans les cours royales d'Europe occidentale entre 1500 et 1700, Préternature : études critiques et historiques sur le surnaturel (2018) 7 (2) : 182–214.

— WIESNER HANKS  (Merry) 2014, Les Gonzales, famille sauvage et velue.

https://journals.openedition.org/apparences/1268#ftn46

 

Iconographie

— ALDROVANDI  (Ulisse) Ulyssis Aldrovandi Patricii Bononiensis Monstrorum historia cum paralipomenis historiae omnium animalium Bartholomaeus Ambrosinus,...labore, et studio volumen composuit. Marcus Antonius Bernia in lucem edidit propriis sumptibus , (Bononiae)  1642

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1091013k

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1091013k/f29.item.zoom#

https://archive.org/details/vlyssisaldrouan00aldra

— HOEFNAGEL  dans la National Gallery of Art

https://www.nga.gov/artwork-search?keywords=Joris%20Hoefnagel&page=1

— HOEFNAGEL  au Rijks Museum

https://www.rijksmuseum.nl/en/search?q=hoefnagel&v=&s=objecttype&ii=0&p=1

— HOEFNAGEL  sur RKDhttps://rkd.nl/en/explore/images#filters[kunstenaar]=Hoefnage

— HOEFNAGEL  à la Bibliothèque Nationale Autrichienne :

http://search.obvsg.at/primo_library/libweb/action/search.do?ct=facet&fctN=facet_creator&fctV=Hoefnagel%2c+J&rfnGrp=1&rfnGrpCounter=1&fn=search&indx=1&vl(1UI0)=contains&dscnt=0&tb=t&mode=Basic&vid=ONB&ct=search&search=1&srt=rank&tab=default_tab&dum=true&vl(freeText0)=hoefnagel&dstmp=1515514348627

https://darkfairytales.wordpress.com/2016/05/02/real-beast-and-her-beauty-petrus-and-catherine-gonsalvus/

WIKIPEDIA

https://fr.wikipedia.org/wiki/Joris_Hoefnagel

https://fr.wikipedia.org/wiki/Pedro_Gonzales

https://de.wikipedia.org/wiki/Tognina_Gonsalvus?oldid=52700935

 

 

 

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27 mars 2015 5 27 /03 /mars /2015 23:55

Une visite guidée de Séville par Joris Hoefnagel dans le Civitates orbis terrarum (1572).

I. La Planche du volume I .

Introduction.

De 1561 à 1569, Joris Hoefnagel, fils d'un riche diamantaire d'Anvers, a voyagé en France et en Espagne puis en Grande-Bretagne. Lors de ces voyages, il emporta des carnets où il nota tout ce qui lui semblait intéressant : des panoramas de villes, des monuments, les musiciens, les costumes régionaux, les fêtes des régions traversées, les techniques de pêche, etc... Son séjour en Espagne, a duré plus de quatre ans, de 1563 à 1567, mais il est resté au moins deux ans en Andalousie, de 1563-1565, ce qui indique une préférence claire pour cette région, qui le séduisit certainement par son charme, mais aussi par la présence à Séville de plusieurs commerçants néerlandais, et notamment d'Anvers. En 1572, ces dessins et croquis furent utilisés dans un ouvrage topographique de Georg Braun et F. Hogenberg, le Civitates orbis Terrarum.

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A. Le Civitates orbis terrarum.

Après la parution en 1570 du Theatrum orbis terrarum, atlas des cartes de pays du monde d'Abraham Ortelius, , un atlas complémentaire des cartes et vues des villes européennes fut publié en 1572 à Cologne par le théologien allemand Georg Braun (1541-1622), avec l'étroite collaboration du peintre, graveur et éditeur flamand Franz Hogenberg (1535-1590). Les six volumes du Civitates orbis terrarum sortirent entre 1752 et 1617; Franz Hogenberg, de Mâlines, avait gravé la plupart des plaques pour le Theatrum d' Ortelius et peut être considéré comme le responsable de l'origine du projet.

Ce grand atlas contenait 546 cartes vues en perspectives et vues à vol d'oiseau. Braun, chanoine de la cathédrale de Cologne, a été grandement aidé par la proximité, et l' intérêt permanent d'Abraham Ortelius. Le Civitates, en effet, a été conçu comme un compagnon pour le Theatrum, comme l'indique la similitude des titres et les références contemporaines concernant la nature complémentaire des deux œuvres. Néanmoins, le Civitates était d'une conception d'approche plus commerciale , sans doute parce que la nouveauté d'une collection de plans de la ville et des vues représente une entreprise financière plus dangereuse que celle d' un atlas du monde.

Plus d'une centaine d'artistes différents et cartographes y participèrent, mais le plus important d'entre eux était artiste d'Anvers Georg (Joris) Hoefnagel (1542-1600), qui grava les plaques de cuivre de la Civitates à partir de ses dessins, contribuant non seulement à la plupart des vues originales des villes espagnoles et italiennes mais retravaillant et modifiant aussi celles des autres contributeurs. Après sa mort, son fils Jakob Hoefnagel poursuivit son travail.

Les plans sont accompagnés chacun par une brève présentation de l'origine du nom, de l'histoire, de la situation géographique et du commerce de la ville.

La ville de Séville (Hispalis), l'une des plus grandes du monde, est représentée trois fois dans le Civitates, dans le volume I (Texte folio 3, planche n°2 folio 3v), le volume 4 (Pl. 2) et dans le volume 5 (Pl. 7 ).

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B. La vue de Séville dans le volume I (1572).

Cette planche offre trois vues superposées de Séville (en haut), de Cadix et de Malaga.

Pour étudier correctement la vue de Séville, ouvrir ce lien et cliquer sur Haute Résolution :

http://historic-cities.huji.ac.il/spain/seville/maps/braun_hogenberg_I_2_1.html

Ou bien, avec une résolution moins précise : http://digi.ub.uni-heidelberg.de/diglit/braun1582bd1/0014/scroll?sid=3a78803bf3a0daf44cabf1bfeeff58f3

-- COMMENTAIRE par Georg Braun: "Séville est la ville commerciale la plus importante de toute l'Espagne, en mesure de récolter des gains incroyables des endroits les plus divers dans le monde, mais principalement de l'Inde, qui se trouve vers l'ouest. En outre, cette ville bénéficie d'une position plus favorable que les autres villes espagnoles, car ses champs fertiles produisent de l'huile et des olives et des arbres très productifs en dattes et citrons, donnant raison à l'adage: ". A ceux que Dieu aime, Il donne une maison et un séjour à Séville"

--Ce point de vue de Séville présente la ville vue du nord-ouest : l'observateur est placé à peu près sur l'emplacement de l'actuel Monasterio de la Cartuja, face à la Puerte Real, à une certaine distance de l'autre rive du Guadalquivir, des terrains occupés actuellement par le quartier de Triana. On voit sur le côté droit de la ville est le Castillo de San Jorge, en feu : la forteresse avec ses nombreuses tours était alors le siège de l'Inquisition. Sur la rive gauche du fleuve, en face du Castillo, se trouve la Torre del Oro, plus à gauche est l'Alcazar, dont l'architecture à l'origine almohade a été rénovée dans le style mudéjar au 14ème siècle. S'élevant au-dessus du centre-ville se trouve la cathédrale gothique (Yglesia maior), qui abrite le tombeau de Christophe Colomb. Le grand clocher, appelé le "Giralda", était autrefois un minaret.

-- Texte du cartouche : Hispalis : Sevilla Taraphae, Celebre et pervetustum in Hispania, Baeticae provinciae, emporium, quod Gaditani maris littus amaenissimo situ illustrat

Traduction : "Hispalis, la Séville de Tarapha* , célèbre et très ancienne en Espagne, , de la province de Bétique, qui embellit le golfe de Cadix par sa position la plus délicieuse."

*Francisco Tarapha, Chanoine de Barcelone, est l'auteur de de origine ac rebus gestis Regum Hispaniae "De l'origine et des gestes des rois d'Espagne", Anvers 1553 et, avec Jean Vasaeus ou Jan Waes, de Bruges, le Rerum Hispaniae memorabilium annales, 1577.

-- Sites indiquées en légende : San Geronimo ; San Laurente ; La Puerta de Goles ; la Casa de Colon ; la Magdalena ; San Paulo ; Rio Guadalquevir ; Yglesia maior ; La Casa de la contractation de los Indias ; El Alcarzel ; Puerta del arenal ; arenal ; la Puerta de Xeres ; Torre de la platta ; Las attarrassanas ; Torre del Oro ; El Estante ; El Moille ; San Elmo ; las Sierras de Ronda ; Puente de Triana ; Camino P. Rio abraxo ; Castillo ; Tessareria [alfareria] ; Xavoneria.

Chacun de ces sites possède son intérêt, mais je m'arrêterai sur certains d'entre eux, allant consulter Wikipédia ou Florence Bauchard des Echos et revenant coudre mon patchwork : je découvre la ville grâce à cette carte.

  • Ceinte de ses cent soixante six tours Almohades (rempart arabes), la ville était au XVIe siècle peu commode en raison des rues étroites non pavées, de l’absence d’éclairage et de l’adduction d’eau insuffisante. Dix-neuf portes (puerta) et guichets (postidos) en permettait l'accès. La Puerta de Goles (d'Hercule), située à l'ouest de l'enceinte fortifiée de la ville avait été créée sous les almohades ; elle fut rebaptisée Puerta Reale (Porte Royale) après que Philippe II l'ait choisi pour son entrée dans la ville en 1570, alors que les souverains utilisaient traditionnellement la Puerta Macarena (située au nord).

  • Proche de la Puerta de Goles, la Casa de Colon était, au milieu d'un parc, la spacieuse demeure de Ferdinand Colomb (Hernando Colon), second fils de Christophe Colomb, né à Cordou en 1488 et mort à Séville en 1539. (Au nord de la Plaza Puerto Real). Cosmographe, mais aussi grand humaniste, il a rassemblé depuis 1525 non seulement une grande collection de gravures, mais surtout l'une des plus belles bibliothèques de la Renaissance, riche de plus de 15370 ouvrages et manuscrits, et qui sera léguée malgré les termes de son testament au monastère San Pablo et/ou à la cathédrale de Séville. Ce qui en subsiste constitue de nos jours la "Biblioteca Colombina" . Un tel profil ne pouvait qu'intéresser le cartographe, graveur et humaniste Hoefnagel, qui pouvait aussi être attiré par les descriptions que donnèrent les écrivains du riche jardin de la propriété, le Huerta de Colon, d'une superficie de sept hectares, et planté de quelques 5000 arbres provenant pour la plupart du Nouveau Monde (Juan de Mal-Lara, Recibimiento, 1572). Mais en 1563, la Casa avait été vendue aux enchères puis partagée avec la confrérie de Santo Entierro.

  • La Torre del Oro "Tour de l'Or" est une tour d'observation militaire qui fut construite au début du XIIIe siècle, durant la domination almohade, afin de contrôler l'accès à la ville depuis le Guadalquivir. Elle faisait partie des fortifications érigées autour du centre historique de la ville et de l'Alcazar par les Almoravides et les Almohades entre les xie et xiiie siècle. Durant la Courses aux Indes, La tour fut utilisée comme lieu de stockage sécurisé pour protéger les métaux précieux régulièrement apportés par la flotte espagnole.

  • La Torre del Plata "Tour de l'Argent" a été construite au début du XIIIe siècle par les Almohades sur une muraille entourant l'Alcazar avant de rejoindre la Torre del Oro.

  • L'Alcázar de Séville est un palais fortifié (alcázar) construit par les Omeyyades pour le gouverneur, et modifié plusieurs fois, notamment au XVIe siècle par Charles Quint.

  • La Casa de la Contratación de los Indias a été créée à Séville le 20 janvier 1503 durant la colonisation espagnole en Amérique. Elle contrôlait tout le commerce des Indes espagnoles. Avant chaque voyage pour le Nouveau Continent, il était obligatoire de passer par cet établissement, où l'on devait payer un impôt de 20 %, le quinto real, à la Couronne espagnole sur toutes les marchandises d'Amérique espagnole qui arrivaient en Espagne. Cet établissement fonctionnait aussi comme un organisme scientifique et d'enseignement (où l'on formait les pilotes pour les voyages en Amérique sous l'autorité du Pilote Majeur). Il faut alors compter en moyenne un an pour relier Séville aux Antilles et au continent américain, puis revenir. De 1504 à 1650, ce ne sont pas moins de 25 000 vaisseaux qui empruntent cette route maritime, le plus souvent en convoi, pour affronter les dangers de la mer et les pirates attirés par la précieuse cargaison. Chaque découverte de terre devait être signalée et explorée pour préciser les cartes. On y renseignait par ailleurs sur les peuples amérindiens et leurs langues. La Casa de Contratación avait aussi pour rôle de contrôler les équipages et les passagers des bateaux, notamment pour empêcher les juifs et les musulmans de fuir la péninsule vers l'Amérique et garantir un peuplement catholique des colonies. L'institution délivrait donc des licences d'embarquement (licencias de embarque), ce qui n'empêchait toutefois pas totalement la contrebande, la corruption et les départs clandestins. La Casa de Contratación possède une immense quantité de documents qui constituent une part importante des Archives générales des Indes, situées dans le palais de la Casa Lonja — du nom du consulat des marchands créé sous Philippe II au XVIe siècle —, construit en 1580.

Cette agence royale ​pouvait apparaître aux yeux des néerlandais comme le symbole de l'explosion commerciale de la ville lors de la Course aux Indes. Au XVIème siècle, pendant plus de cent ans, Séville, surnommée la Grande Babylone de l'Espagne, ou, par Cervantes, la Cité joyeuse, vit sa population passer de 60 000 habitants vers 1550, à 160 000 âmes un siècle plus tard. A la fin du XVIe siècle, c'est la quatrième ville d’Europe par sa population après Paris, Londres et Naples. Mais l’année 1649, la grande peste, emporte la moitié des citadins. eut le monopole de l’importation de métal précieux en provenance des colonies d'Amérique latine. "Sobre et austère, l’édifice témoigne du style architectural caractéristique des palais qui se multiplièrent dans une ville brusquement enrichie par l’exploitation commerciale des mines du Mexique et du Haut-Pérou. Un véritable « fleuve d’argent » se déverse alors sur le port choisi par la couronne d’Espagne comme seul point de départ et d’arrivée de la route des Indes occidentales défrichée par Christophe Colomb. En cent cinquante ans, près de 17 000 tonnes d’argent seront comptabilisées par la Casa de Contratación. A lui seul, l’argent, et dans une moindre mesure, l’or, représente 90% du commerce- à destination de l’Europe, en valeur. Car si l’afflux de métaux précieux frappe les esprits, en volume ce sont les cuirs qui représentent le gros de la cargaison ainsi que la cochenille et l’indigo appréciés pour la teinture. Toutes ces richesses sont soumises dès le début du XVIe siècle à une réglementation très stricte et centralisée pour faire respecter le monopole espagnol.. Nulle marchandise – à commencer par les perles, les métaux et pierres précieuses – ne peut être remise à son propriétaire sans avoir été au préalable déposée à la Casa, qui prélève pour le compte de la couronne le quinto real. On comprend mieux l’essor de la contrebande, surtout dans la seconde moitié du XVIe siècle. Les étrangers sont délibérément exclus : seuls les citoyens espagnols peuvent exercer ce commerce.

Le commerce transatlantique profite à Séville, au royaume espagnol et à toute l’Europe. La majeure partie de l’argent importé ne fait que transiter par l’Andalousie. Celui-ci est redirigé vers Anvers dans la première moitié du XVIe siècle, pour financer les échanges avec l’océan Indien et l’Extrême-Orient, puis vers Gênes. Séville attire une multitude de commerçants de Catalogne ou de Burgos, tout comme des Flandres, d’Angleterre, de France et d’Allemagne. Les financiers génois, milanais et florentins ne sont pas les derniers à faire le voyage. Ils font construire, achètent de quoi affréter de nouvelles caravelles et dépensent, faisant vivre ainsi une multitude d’artisans et de commerçants. La population sévillane – 45 000 habitants à la fin du XVe siècle – triple pour atteindre 130 000 personnes au XVIe siècle. C’est l’une des métropoles les plus peuplées de l’époque.

"Séville se trouvant à l'intérieur des terres, au bout d'une voie fluviale de 80 km rendant toute attaque impossible, elle n'eut pas de mal à asseoir son rôle dans le commerce avec l'Amérique. Débuta alors pour la ville une période de richesse qui ne devait cesser que le siècle suivant. Des quais sévillans partirent quasiment toutes les expéditions d'exploration de la première moitié du xvie siècle, notamment celles de Diego de Lepe, Alonso de Ojeda, Diego de Nicuesa et Pedrarias Dávila. En 1564 fut établie officiellement l'organisation navale qui domina la course aux Indes durant la fin du xvie siècle et une grande partie du xviie siècle. Séville devint le point de départ et d'arrivée officiel des expéditions annuelles pour la Nouvelle-Espagne et la Tierra Firme. En 1569 fut ouverte, après approbation royale, l'Université et Confrérie des Navigants et Pilotes de la route des Indes. Association des professions de la mer, elle avait en outre un rôle d'assistance et s'occupait des affaires techniques et professionnelles de la route des Indes. Elle demeura à Triana jusqu'à ce que fut inauguré en 1681 le Collège Séminaire de l'Université des Navigants, dans le Palais de San Telmo, sur l'autre rive du fleuve" (Wikipedia)

  • "Las attarassanas" ou, actuellement las ataraxanas (les Arsenaux) de Séville sont des bâtiments en pierre et brique de 100 m de long, 10 m de large et 10 m de haut. Leur construction débuta à partir de 1184 et se poursuivit jusqu'au XIIIe siècle. Destiné à la construction des bateaux ainsi qu’à l’entrée et à la sortie de ceux-ci par le Guadalquivi, cet édifice gothico-mudéjar, comprenant dix-sept nefs séparées par des arcades ogivales et couvertes par des voûtes gothiques en brique, est disposé perpendiculairement au fleuve. Ses plafonds étaient probablement en bois et ses toitures couvertes de tuiles accusaient une forme analogue à celles de la mosquée de Séville. Au XVIe siècle, une partie de l’édifice fut modifiée pour accueillir la Grande Douane, où étaient contrôlées toutes les marchandises en provenance d’Amérique et où étaient encaissés les tributs correspondant.

  • Sur la rive droite du fleuve se situe le quartier de Triana. Il se caractérise par son indépendance économique en raison de la production de céramique et de la présence des équipages des marins qui y résident. On remarque ainsi une savonnerie ( Xavoneria) et une fabrique de céramique artistique, Alfareria, spécialisée dans les poteries et les azulejos. (L'emplacement de la Calle Alfareria de Séville correspond à la mention Telfareria de la vue d'Hoefnagel). Ce sont dans ces quartiers pauvres que sévissent les épidémies de peste de 1568 (2300 morts en juin) et 1569. Ancien quartier des gitans, Triana est considéré comme le foyer ou est né le flamenco. Durant l'époque de splendeur de la ville, la totalité de l'activité portuaire de Séville était concentrée à l'Arenal, (l'arène, le banc de sable) un terrain se trouvant sur la rive gauche du fleuve entre la Torre del Oro et la porte de Triana. Peu à peu se développa dans les quartiers du port, sur les deux rives du fleuve, une activité artisanale en relation avec le port et la marine : on trouvait à Triana des bateliers, des pêcheurs, quarante fours de potiers et de céramistes, des couteliers, des alfatiers et des charretiers. On y trouvait en outre des poudreries et des savonneries. Les fours de Triana fabriquaient alors le bizcocho, pâte cuite représentant l'aliment de base des marins lors de leurs traversées. De plus, la plupart des marins s'installèrent dans le quartier." (Wikipédia). On peut penser que la proximité de poudreries et des fours de bizcoto est à l'origine des incendies que Hoefnagel décrit dans sa peinture.

  • En-effet, le Moulin à Poudre (Molinos del Polvora) de Triana explosa, faisant 200 victimes, brisant les vitres de la cathédrale et détruisant de nombreuses maisons et le Couvent de Los Remedios ...mais cet incendie eut lieu le lundi 18 mai 1579, dont après la parution de cette carte. Les autres incendies signalés à Séville datent de 1533, mais il concerne le domaine de Tablada, et de 1562, où un certain nombre de navire brûlèrent.

  • le Puente de Triana relie la ville au quartier de Triana. . Aucun pont de pierre n’a été construit jusqu'en 1600 en raison du manque d’argent.

    "Le pont flottant de Triana est un ancien pont, actuellement disparu, qui permettait de traverser le Guadalquivir au nord de la ville. Construit en 1171 par le calife Abu Yaqub Yusuf, il se situait approximativement à l'emplacement de l'actuel pont Isabelle II, entre le centre historique et le quartier de Triana. Sa construction dura 36 jours. À chaque extrémité furent installés des quais flottants disposés sur des bouées en peau de chèvres, gonflées d'air. Il était originellement composé de 13 barques de 31 coudées de long (environ 14 m) attachées entre elles et ancrées au fond du fleuve. Elles servaient d'appui à des planches de chêne d'une largeur de 50 paumes (environ 3,75 m). Le pont permettait le passage des piétons, des chevaux, des mules et des troupeaux. Au cours du temps, il connut de nombreuses modifications en raison du trafic croissant et, endommagé voire détruit par les crues régulières du fleuve, il fut reconstruit à plusieurs occasions. Sur la rive droite du fleuve, le pont fut fixé au château de San Jorge par le maestro Benvenuto Tortello en 1571. Il fut de plus arrimé à la rive gauche à proximité de la porte de Triana." (Wikipédia). On compte parfaitement les barques sur le dessin du futur miniaturiste Hoefnagel. Les navires (caravelles) sont amarrés en aval du pont. En amont, la où se trouve le dessinateur, les rives sont restées sauvages, mais il représente avec détail une dizaine de barques, maniées à la rame, et dont deux sont couvertes par une bâche ou une voile tendue entre des branches à l'aspect de roseaux. Un homme semble se noyer face à un autre qui lève les bras en signe d'impuissance. Au premier plan à droite, deux femmes en robes longues dansent au son d'une guitare et d'un tambourin, tandis qu'un panier et une nappe annoncent qu'une collation va suivre. Au centre, un homme guide son âne chargé d'une nasse en osier. Une femme en monte d'amazone sur son âne lève les bras. Derrière elle, sur l'îlot, un autre groupe danse et joue du tambourin.

N.B. Dans la province de Séville se trouvaient les mines de mercure (cinabre) d'Almaden . Le mercure est devenu très précieux pour son utilisation aux Amériques dans les mines d'argent. En 1555, on remplace le procédé primitif d'exploitation – la fonte du minerai d'argent – par la technique de l'amalgame au mercure qui accroît le rendement. On a d'abord utilisé le mercure d'Almadén, dans la péninsule Ibérique, jusqu'à ce qu'on découvre du mercure dans les Andes, à 4 700 m d'altitude, à Huancavelica. La plus grande partie du mercure produit à cette époque à Almaden a été envoyé à Séville, puis aux Amériques pour les mines de galène argentifère du Cerro rico de Potosí dans le Haut Pérou (découvert en 1542), et de Guanajuato, Zacatecas et Real del Monte au Méxique. Les Fugger d’Augsbourg, deux banquiers allemands, ont administré les mines d'Almaden au cours XVIe et XVIIe siècles, en contrepartie de prêts accordés au gouvernement espagnol.

L’argent qui arrivait à Séville, passa de 177 000 kg en 1541-1550 à 942 000 kg en 1561-1570, pour atteindre plus de deux millions de kilos au cours des dernières décennies du XVIe siècle. Ce qui permet de comprendre pourquoi le peso de plata (la piastre d’argent) commença à s’imposer comme l’instrument dominant de la circulation commerciale, d’abord dans l’Amérique espagnole puis, ensuite, au niveau international. (Carlos Marichal, 2007) L'argent, sous forme de lingots, était transporté dans les magasins du roi, puis descendu jusqu'à la mer pour être livré, sous forme de monnaie ou de lingots, à Séville, via Panama. À tous les stades, la fraude était considérable ; on calcule qu'elle était au moins égale aux quantités officiellement déclarées.

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Au total, nous constatons que Hoefnagel a su associer à un premier plan très pittoresque, où il a reproduit des scènes observées lors de ses promenades et croquées sur un carnet, avec une vue extrêmement précise de Séville, parfaitement capable de fournir à un négociant étranger les éléments descriptifs nécessaires au décryptage du fonctionnement économique de la ville, ou à la compréhension de rapports adressés par des agents locaux.

ANNEXE La description de la ville par Georg Braun folio 3r :

J'ai transcris comme j'ai pu, ne trouvant pas ce texte sur la toile : d'autres viendront pour en corriger les fautes. Sibilia est l'ancien nom en catalan.

"SEVILIA. Hispalis so nun Sibilia, wirt ins gemein Sevilia genennet. Diser nam und anfang wirt zuge schriben Hispalt eim von Herculis dernfelbiaen ernewerung aber und erweiterung, dem Keiser Julio : das sie aber von den Moren eriette unnd gefrenet. Ranmiro und nach langer zeit Ferdinando. Dise statt ist in der Provins Betica am Gaditanischen Meer gelegen hat eine runde form/ ist mit einer grossen anzal schöner heuter /iuff das herlichste verzier / ist die namhasstige kauffstadt des ganzen Hispaniene. Welch auß verschneidenen örern der Welt / vornemlich aber auß Indien so gegen nidergang gelegen ein unglaublichen gewin und nus bekompt. Denn diser statt einwouer sein zu solchem hohen ansehen des gewerbs kommen / daß sie allein solchs privilegium und frenheit haben das keiherlen schiff in Indien fehrt, so nit zworn alhte mit allerley wahr geladen, auch mit Büschen, Proviand, Kriegsrustung und knechten, unn aucim was zu solcher schiffart nötig ist, im namen des Allerdurchseuchtigstem Konias von Hispanien verscheu und gerüstet werde.Welche im Aprillen mit eim gewaltigen schiffzeuge, so mit grossen hauffen aller kösilicher dingen erfüller, in Indien segeln, und wie vies schiff widerumb mit gluckseligem windt und grossen schäzen auß Indien zuruck kommen, müssen sie in dieser stadt anländen und ire kauffmanschäs außlegen, weiche mit grosser anzal alle jar im Augusto oder Septembri gewaltige schwinde und unglaubliche reichthumb zusüren. Es ist daselbts ein weit und hervich gebew, in welchem ein verwalter und XII. Burgermeister behausen welches deren Indischen sachen halben, so drinnen gehandelt. La cassa de la contraction de las indias, genennt wirt. Dise stadt ubersteiget ires legers halben alle andere hispanische stett hat einen seisten und lustigen aeker, bringt fort allerlei uberflüssigen, ösi unn Diiwen. Ist mir früchtbaren bäumen begabet am meisetn aber mit Palmen fruchten und Citronen, (welche die Spanier Narangios heissen) durch plantzet, das ja das gemeine sprichwort wahr seye. Welche Gott liebet, den gibt er zu Sevilen hauß und under haltung. Es keust bey dieser statt her, der namhafft flutz Betis, so ies Gadalquevir genennet wirdt : soll der provincien Betica wie Plinius und Strabo besestigen, den namen geben haben. Ist fürweffentlich und nützlich, auch zu beiden seitten mit uber auß schönen stetten, bauivet. Daher derselbige fluß von Statio, Martiali Sillio und Senica höchlich gerhümbt wirt. Ist einer hülßen brucken halben so aunen kleinen schiffelein welche mit ketten zusammen gehenckt druber geleitet garlustig, leufft mit grosser geschwindigkeyt in das Atlmantische Meer. Gegen Mittag bey Sevilien in einer vorstadt, auff ire sprach El tablado, genennet, werden viel alte mönumenten auß der Erden gearbeitet, als grabsercke, steinen und gläsern ampeln ? Krögen,pfennigen unnd beßgieichen mehr, darauß ist abzunemmen, das der heiden begrebnuß vorzeiten daselbst gewesen sey. Zur andern seiten eine meil von der Stadt, sihet man ruinen einer alten zerfassenen stadt une eines Theatri, das ist ein schawplaß. Ditz ort wirt von den hispanien Sevilla la vicia, daß ist, die alte Sibilia geheissen. Es macht aber dise gar lobwirdige Stadt eine herrliche wasserleitte, welche von den Moren mit undglaublichen unkosten mit kleiner bächlein zu norurfftigkeiten der statt außfliessen. Ist wunder zu fagen, das die brunquellen so einen weitten weg, als nemlich sechs meilen, durch die blinden adern der erden, von der stadt Carmora, biß zu derselbigen wasser leite, gefurt werden. Daher sie bey den Spanischen sisen namen hat Los cannos de Carmora. Die enge diß spaciums kan nit leiden, das ich von diser statt lobwirdiger Kirchen, und von den berhümmbten Bisthumen, und von allen andern zierden möge schreiben. Von welchem allem besche Marineum Siculum, Vasaum, und die andere Spanische Chronickschreiber .

http://www.wikigallery.org/wiki/painting_210232/(after)-Hoefnagel,-Joris/Map-of-Seville-Cadiz-and-Malaga-from-Civitates-Orbis-Terrarum : 

 

 

http://historic-cities.huji.ac.il/spain/seville/maps/braun_hogenberg_I_2_1_b.jpg


SOURCES ET LIENS.

 

—  ADELINE (J.), 1880, « Une œuvre inédite de Georges Hoefnagel » in Le Livre revue du monde littéraire - archives des écrits de ce temps - A. Quantin in Paris .  p. 241-242

https://archive.org/stream/lelivrerevuedumo01uzanuoft#page/232/mode/2up

 BAUCHARD (Florence), 2014, Quand Séville organisait la première mondialisation, Les Échos, 28 mai 2014,

http://www.lesechos.fr/enjeux/business-stories/globalisation/0202852068583-quand-seville-organisait-la-premiere-mondialisation-582212.php?vLAccPHGtZOCAe61.99 

BESSE (Jean-Marc), 2003, Les grandeurs de la terre: aspects du savoir géographique à la Renaissance Lyon, ENS éditions page 262-275, 283-285, 350- 364. Biographie d'Ortelius page 268

http://books.google.fr/books/about/Les_grandeurs_de_la_terre.html?id=RYs7jrwsSFwC

 

— DAUMAS (Maurice) 2008, « Les rites festifs du mythe du cocuage à la Renaissance »,Cahiers de la Méditerranée [En ligne], 77 | 2008, mis en ligne le 15 juillet 2009, consulté le 24 mars 2015. URL : http://cdlm.revues.org/4369

—   GARCÍA ARRANZ (José Julio), 2008-2009, El castido del « Cornudo paciente » : un detalle iconografico en la vista de Sevilla de Joris Hoefnagel (1593) Norba-Arte, vol. XXVIII-XXIX (2008-2009) / 69-79

https://www.academia.edu/5539299/El_castigo_del_cornudo_paciente_un_detalle_iconogr%C3%A1fico_en_la_vista_de_Sevilla_de_Joris_Hoefnagel_1593_

 

 — KAGAN (Richard L.), 2000, Urban Images of the Hispanic World, 1493-1793 https://books.google.fr/books?id=EDMBMPc863oC&pg=PA227&lpg=PA227&dq=hoefnagel+guzman&source=bl&ots=YHUWcYScVg&sig=0fCEWgD_8DAIySf7UIimh26RG3o&hl=fr&sa=X&ei=-NIXVb7fDcm3Uc7ggpAN&ved=0CEYQ6AEwBg#v=onepage&q=hoefnagel%20guzman&f=false

 

 KROGT (Peter van der ), « Mapping the towns of Europe: The European towns in Braun & Hogenberg’s Town Atlas, 1572-1617 », Belgeo [En ligne], 3-4 | 2008, mis en ligne le 27 décembre 2012, consulté le 23 mars 2015. URL : http://belgeo.revues.org/11877

LERNER (Franz) 1987 : Histoire de la famille Malapert :  "Malapert" in: Neue Deutsche Biographie 15 (1987), S. 723 f. [Onlinefassung]; URL: http://www.deutsche-biographie.de/ppn139774939.html

— MANGANI (Giorgio) La signification providentielle du Theatrum orbis terrarum 

http://nuke.giorgiomangani.it/Portals/0/GiorgioMangani/downloads/La%20signification%201998.pdf

 — MORALES PADRON (Francisco)  : Historia de Sevilla: La ciudad del Quinientos page 114 

— MORGADO ( Alonso),1587 Historia de Sevilla en la qval se contienen svs antigvedades, grandezas,

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 SETA (Cesare de), STROFFOLINO (Daniela), 2001, L'Europa moderna: Cartografia urbana e vedutismo, ed. Naples: Electa Napoli.

— VIGNAU-WILBERG ( Théa), 1985, "Joris Hoefnagels Tätigkeit in München" ,Jahrbuch der Kunsthistorischen Sammlungen in Wien 81 (1985) 103–167.

— Bulletin de la Commission royale d'histoire = 1914 page 358-359

https://archive.org/stream/bulletindelacomm80acaduoft#page/358/mode/2up

IMAGES :

— http://historic-cities.huji.ac.il/spain/seville/maps/braun_hogenberg_I_2_1_b.jpg

— Civitates vol.1 avec te texte 

http://www.sanderusmaps.com/en/our-catalogue/detail/164276/%20antique-map-of-seville-(sevilla)-cadiz-malaga-by-braun--hogenberg/

Civitates orbis terrarum :

http://fondosdigitales.us.es/fondos/libros/3415/11/civitates-orbis-terrarum-liber-primus/

Carte de Séville :

Planche IV : http://www.oshermaps.org/search/zoom.php?no=32.0001#img0

http://meticebeta.univ-montp3.fr/lexique/images/stories/demoimage/zoom/hoefnagel_sevilla_color_recadre.jpg

Patientia :

http://www.spamula.net/blog/i32/hoefnagel12.jpg

Ortelius, Le Théatre de l'Univers, 1587 http://www.wdl.org/en/item/8978/view/1/1/

Exposition :

Exposition du 23 au 29 janvier 2015, commissaire « Joris Hoefnagel, un viajero de Amberes en la Sevilla del XVI »  Museo de Alcalá de Guadaíra Precio 

 

 

 

 

 — KAGAN (Richard L.), 2000, Urban Images of the Hispanic World, 1493-1793 https://books.google.fr/books?id=EDMBMPc863oC&pg=PA227&lpg=PA227&dq=hoefnagel+guzman&source=bl&ots=YHUWcYScVg&sig=0fCEWgD_8DAIySf7UIimh26RG3o&hl=fr&sa=X&ei=-NIXVb7fDcm3Uc7ggpAN&ved=0CEYQ6AEwBg#v=onepage&q=hoefnagel%20guzman&f=false

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Published by jean-yves cordier - dans Joris Hoefnagel

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  • : Le blog de jean-yves cordier
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  • "Il faudrait voir sur chaque objet que tout détail est aventure" ( Guillevic, Terrraqué).  "Les vraies richesses, plus elles sont  grandes, plus on a de joie à les donner." (Giono ) "Délaisse les grandes routes, prends les sentiers !" (Pythagore)
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