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1 novembre 2016 2 01 /11 /novembre /2016 17:30

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Au Moyen Âge, et encore à la Renaissance, les paroissiens défunts cherchent à être inhumés au plus près du centre vital de leur église. Les nobles les plus puissants obtenaient d'être ensevelis dans le chœur, les seigneurs locaux dans l'enfeu de leur chapelle privative, et les autres étaient inhumés sous les dalles de la nef. Mais bientôt la place vient à manquer, et un cimetière fut créé, à l'extérieur de l'église, mais à l'intérieur d'une enceinte sacrée, l'enclos paroissial.

Les défunts avaient — enfin!— le privilège de pénétrer dans l'enclos par l'Arc Triomphal, la Porte des Morts, Porz ar maro : celle qu'on ne franchit que les pieds devant. 

Pour visiter cet ossuaire, je me suis adjoins l'aide du chanoine Jean-Marie Abgrall, qui a rendu compte de sa visite en 1910. Après l'avoir recopiée à la main, j'ai découpé sa description au gré de mes images. Voici ce qu'il dit du Credo apostolique de l'ossuaire de Sizun 

"Le second étage de cette façade est formé par une longue suite de douze niches, séparées par des pilastres, doriques cannelés, lesquelles enferment les statues de douze apôtres, tenant chacun une banderole avec un article du Credo. C'est ce qui fait la richesse de cet ossuaire, car aucun des autres monuments de ce genre ne possède ces statues, pas même celui de St-Thégonnec. "

 "Cet édifice forme une véritable chapelle comme à Lampaul, Landivisiau , Guililiau , Saint-Thégonnec et la plupart des paroisses de cette contrée. Il est situé dans la partie Ouest du cimetière, entre le clocher et la grande place du bourg", adossé à l'Arc de Triomphe.
 
Le voici, vu du placître :.

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Vue générale de l'arc de triomphe et de l'ossuaire de l'enclos paroissial de Sizun. Photographie lavieb-aile.

Vue générale de l'arc de triomphe et de l'ossuaire de l'enclos paroissial de Sizun. Photographie lavieb-aile.

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La façade ouverte vers l'est, et donnant sur le placître, est d'une ornementation très riche. Sur un soubassement décoré de cupules et habillement mouluré, se déploie une série de 7 baies à plein-cintre séparées par des pilastres à gaines, les uns cannelés, les autres taillés en cariatide. 

Elle est divisée en trois registres que viennent couper, entre les deux baies de gauche et les cinq baies de droite, la porte et son fronton triangulaire. C'est le troisième registre, sous la toiture, qui accueille les douze apôtres.

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L'ossuaire de l'enclos paroissial de Sizun. Photographie lavieb-aile.

L'ossuaire de l'enclos paroissial de Sizun. Photographie lavieb-aile.

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Le troisième registre : une photo pour lui tout seul :

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Le troisième registre de l'ossuaire de l'enclos paroissial de Sizun. Photographie lavieb-aile.

Le troisième registre de l'ossuaire de l'enclos paroissial de Sizun. Photographie lavieb-aile.

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"En tête de cette série d'apôtres, au contrefort sud-est, se trouve la state d'excellent style de saint Suliau, représenté en chasuble antique, tenant un livre de la main gauche et de la droite son faisceau de quatre verges ou houssines."

Le saint patron de l'église est fêté le 1er octobreSaint Suliac, appelé aussi saint Suliau ou Sulian ou Silio ou Sulien, est un moine gallois évangélisateur du pays de Galles et de l'Armorique au VI e siècle dont le culte est très localisé puisqu'on trouve, outre la paroisse de Sizun, une chapelle à Plomodiern ; une autre chapelle, à Pleyben, a disparu. Il est aussi le saint éponyme de Saint-Suliac. Voici comment le chanoine Abgrall décrit sa statue, et explique l'objet qu'il tient en main.

 

"Au fond du porche Midi de cette église nous trouvons sa statue en bois, drapée de la chasuble antique, aux plis souples et gracieux, ayant la figure jeune et imberbe, tenant un livre de la main gauche. La main droite a disparu ; si elle avait existé, nous y aurions constaté sans aucun doute le même emblème que l'on voit dans les trois autres statues du même saint. En effet, la statue en bois du chœur, celle en pierre qui se trouve au-dessus de la porte de l'ossuaire, et une autre plus petite, sur la face Sud de la sacristie, tiennent dans leur main droite quelque chose comme une petite botte d'asperges, quatre chevilles ou courtes brochettes. Pour en avoir le sens, il faut recourir à l'histoire du saint, qui nous en donne l'explication. Voici ce que nous lisons dans sa vie, par Albert Le Grand, édition de 1901, p. 434 :


« Ayant obtenu autant de terre qu'il luy en fallait pour bastir un Hermitage pour lui et pour ses confrères (au bord de la Rance, au lieu où l'on voit encore l'église de Saint-Suliac), il commença à travailler, et, en peu de jours édifia une petite Chapelle et quinze petites cellules pour se loger lui et ses religieux ; et ayant labouré de ses propres mains une pièce de terre qui luy restait dudit don, il y sema du bled, lequel crût fort beau ; mais le bétail qui d'ordinaire, paisait ès prochains marests, se jetta, une nuit, dans ce champ qui n'était pas fermé et en gâta une partie ; le matin on vint en avertir S. Suliau, lequel ne s'émût pas beaucoup ; seulement, il se mit en prière, et puis prit son bâton, dont il traça une ligne tout à l'entour du champ, et, aux quatres coins d'iceluy, planta quatre petites houssines pour toute haye et fossé ; priant Dieu de ne permettre que le bétail outre-passât ces bornes, pour endommager les semailles de ses serviteurs. Dieu exauça son Oraison, et, la nuit suivante, les mêmes animaux sortans des marêts et paturages, se voulurent jetter sur le dit champ ; mais (chose merveilleuse si-tost qu'ils touchèrent cette ligne que le Saint avait tracée tout à l'entour de son champ, ils devinrent tous immobiles, sans se mouvoir, n'y remuer, non plus que s'ils eussent été de marbre ou de bronze. Le matin, les païsans du voisiné, ne trouvans pas leur bestail dans les marêts, les trouvèrent en cette posture tout à l'entour du champ de S. Suliau ; et le bruit de cette merveille ayant couru par le pais circonvoisin, une grande multitude de peuple se rendit en l'hermitage pour voir une chose si étrange. Le S. Abbé, craignant que cette affluence de monde n'interrompit les exercices de ses Religieux, s'en allant devers le champ, donna sa bénédiction à ces animaux, et leur deffendit désormais de venir ravager son bled, ce qu'ils observèrent invariablement et se retirèrent dans les marêts ».

"Ce sont donc ces quatre houssines ou piquets plantés par saint Suliau au coin de son champ que les sculpteurs lui ont donnés comme caractéristique."

La statue montre aujourd'hui un saint vêtu d'une courte dalmatique aux clavi caractéristiques, à la chevelure frisée, tenant son livre de la main gauche ; mais ses "houssines" se comparent, non plus à des asperges comme en 1910, mais à deux petits pains ronds.

 

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Saint Suliau, ossuaire de l'enclos paroissial de Sizun. Photographie lavieb-aile.

Saint Suliau, ossuaire de l'enclos paroissial de Sizun. Photographie lavieb-aile.

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LES APÔTRES.

Tous les apôtres ont les pieds nus comme il se doit, et sont tous barbus, sauf saint Jean comme il se doit également. Chacune des barbes est différente des autres, ce qui en fournit une jolie collection.  Ils portent tous un livre, fermé (sauf un). La plupart portent un habit à gros boutons,  parfois sous un manteau et nombreux sont dotés de ceintures, sangles ou baudriers. 

1. Saint Pierre.

Il tient la clef qui marque sa primauté, et un livre. Il est aussi identifiable au célèbre "toupet" qui fleurit sa calvitie frontale.

Pas de texte sur le phylactère. On devrait trouver Credo in Deum Patrem omnipotentem, creatorem coeli et terrae.

"Je crois en Dieu le Père tout-puissant créateur du ciel et de la terre".

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Saint Pierre ; Credo apostolique de l'ossuaire de l'enclos paroissial de Sizun. Photographie lavieb-aile.

Saint Pierre ; Credo apostolique de l'ossuaire de l'enclos paroissial de Sizun. Photographie lavieb-aile.

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2.  Saint André.

Le livre et la croix ...de Saint-André. . 

[Et in ] JESVM CHRISTVM FILIVM EIVS VNICVM [Dominvm nostrvm]

"Et en Jésus Christ son fils unique notre Seigneur."

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Saint André. Credo apostolique de l'ossuaire de l'enclos paroissial de Sizun. Photographie lavieb-aile.

Saint André. Credo apostolique de l'ossuaire de l'enclos paroissial de Sizun. Photographie lavieb-aile.

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3. Saint Jacques le Majeur.

Livre ouvert. Pèlerine, chapeau, coquilles, bourdon, besace  .

QVI CONCEPVS EST DE SPIRITVO [sancto natus ex de Maria virgine].

"Qui a été conçu du Saint-esprit, est né de la Vierge Marie"

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Saint Jacques le Majeur. Credo apostolique de l'ossuaire de l'enclos paroissial de Sizun. Photographie lavieb-aile.

Saint Jacques le Majeur. Credo apostolique de l'ossuaire de l'enclos paroissial de Sizun. Photographie lavieb-aile.

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4. Saint Jean.

Le calice et le livre. L'écritoire ?

Et passus SVB PONTIO PILATO CRVCIFIXVS Mortvvs .

"A souffert sous Ponce Pilate, a été crucifié, est mort"

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Sait Jean. Credo apostolique de l'ossuaire de l'enclos paroissial de Sizun. Photographie lavieb-aile.

Sait Jean. Credo apostolique de l'ossuaire de l'enclos paroissial de Sizun. Photographie lavieb-aile.

 

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5. Saint Thomas.

La lance et le livre. Saint Thomas tient la lance dont il a été frappé dans le dos. C'est avec cet attribut qu'il est représenté dans le Compost et Calendriers des Bergers.

DESCENDIT AD INFEROS (tertia die resvrrexit a mortvis). 

" est descendu aux Enfers, le troisième jour est ressuscité des morts."

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Saint Thomas.  Credo apostolique de l'ossuaire de l'enclos paroissial de Sizun. Photographie lavieb-aile.

Saint Thomas. Credo apostolique de l'ossuaire de l'enclos paroissial de Sizun. Photographie lavieb-aile.

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6. Saint Jacques le Mineur.

Bâton (foulon), livre.

ASCENDIT AD COELOS SEDET AD [dexteram Dei patris omnipotentem]  

"est monté au ciel, est assis à la droite de Dieu le Père tout-puissant"

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Saint Jacques le Mineur. Credo apostolique de l'ossuaire de l'enclos paroissial de Sizun. Photographie lavieb-aile.

Saint Jacques le Mineur. Credo apostolique de l'ossuaire de l'enclos paroissial de Sizun. Photographie lavieb-aile.

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7. Saint Philippe.

La croix à longue hampe. Le livre.

VNDE VENTVRVS EST IVDICARE  [vivos et mortvos ]

"d'où il viendra juger les vivants et les morts".

 

Saint Philippe. Credo apostolique de l'ossuaire de l'enclos paroissial de Sizun. Photographie lavieb-aile.

Saint Philippe. Credo apostolique de l'ossuaire de l'enclos paroissial de Sizun. Photographie lavieb-aile.

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8. Saint Barthélémy.

Le coutelas (de son dépeçage)  et le livre.

CREDO IN SPIRITVM SANCTVM.

"Je crois en l'Esprit-Saint"

 

Saint Barthélémy. Credo apostolique de l'ossuaire de l'enclos paroissial de Sizun. Photographie lavieb-aile.

Saint Barthélémy. Credo apostolique de l'ossuaire de l'enclos paroissial de Sizun. Photographie lavieb-aile.

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9. Saint Matthieu.

La balance et le livre

[Sanctam Eccles] IAM CATHOLICAM SANCTORVM [commvnionem]

"En la Sainte Église Catholique, en la Communion des Saints"

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Saint Matthieu. Credo apostolique de l'ossuaire de l'enclos paroissial de Sizun. Photographie lavieb-aile.

Saint Matthieu. Credo apostolique de l'ossuaire de l'enclos paroissial de Sizun. Photographie lavieb-aile.

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10. Saint Simon.

La scie et le livre.

REMISSIONEM PECCATORVM

"En la rémission des péchés"

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Saint Simon. Credo apostolique de l'ossuaire de l'enclos paroissial de Sizun. Photographie lavieb-aile.

Saint Simon. Credo apostolique de l'ossuaire de l'enclos paroissial de Sizun. Photographie lavieb-aile.

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11. Saint Jude.

Le coutelas à forme d'hallebarde et le livre.

CARNIS RESVRRECTIONEM

"En la résurrection dela chair"

 

Saint Jude. Credo apostolique de l'ossuaire de l'enclos paroissial de Sizun. Photographie lavieb-aile.

Saint Jude. Credo apostolique de l'ossuaire de l'enclos paroissial de Sizun. Photographie lavieb-aile.

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12. Saint Matthias.

L'équerre et le livre.

VITAM AETERNAM AMEN

"En la Vie éternelle, amen".

Saint Matthias. Credo apostolique de l'ossuaire de l'enclos paroissial de Sizun. Photographie lavieb-aile.

Saint Matthias. Credo apostolique de l'ossuaire de l'enclos paroissial de Sizun. Photographie lavieb-aile.

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Commentaire.

Le texte latin est celui des douze articles du Symbole des apôtres.

L'identification n'est pas celle que propose le texte du site Infobretagne (source ?) , mais repose sur l'attribution, depuis le haut Moyen-Âge, d'un article à chaque apôtre selon un ordre précis. Le désaccord porte sur le n°5, Thomas,(Matthias pour Infobretagne) et le n°12, Matthias (Thomas pour Infobretagne). Certes Thomas est souvent porteur d'une équerre, comme ici pour le n°12,  mais la lance est un autre de ses attributs. Néanmoins, les attributions d'accessoires (comme dans le Calendrier des Bergers, figure infra), ou l'ordre de succession (comme sur la verrière de Quemper-Guezennec) sont souvent fantaisistes. 

1- St Pierre : Credo in Deum, Patrem omnipotentem, creatorem caeli et terrae. La clef.

2- St  André : Et in Iesum Christum Filium eius unicum , Dominum nostrum. La croix en X.

3 - St Jacques le Majeur : qui conceptus est de Spirituo Sancto natus est Maria Virgine. La tenue de pèlerin de Compostelle.

4 -St Jean : passus sub Pontio Pilato, crucifixius, mortuus et sepultus. Le calice.

5 -St Thomas : descendit ad inferos, tertia die ressurrexit a mortuos. La lance.

6 -St Jacques : ascendit ad caelos ; sedet ad dexteram patris Dei Patris omnipotentis. Le foulon.

7 -St Philippe : inde venturus est iudicare vivos et mortuos. la croix à grande hampe.

8 -St Barthélémy : Credo in Spiritum Sanctum. Le coutelas.

9 -St Matthieu : sanctam ecclesiam catholicam. La balance.

10 -St Simon : sanctorum communionem, remmisionem pecatoribus. La scie.

11 -St Jude : carnis resurrectionem. Le couteau.

12 -St Matthias : vitam eternam. L'équerre. 

Voir d'autres développements en Annexe.

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La porte de  l'ossuaire et son fronton.

 

 

"La ligne d'arcatures est coupé par une porte accostée de deux colonnes cannelées, coiffées de chapiteaux corinthiens écourtés, lesquels portent un entablement et un fronton triangulaire montant jusqu'à la corniche haute.

 

 

La porte de  l'ossuaire et son fronton. Ossuaire de l'enclos paroissial de Sizun. Photographie lavieb-aile.

La porte de  l'ossuaire et son fronton. Ossuaire de l'enclos paroissial de Sizun. Photographie lavieb-aile.

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"Au dessus de l'entablement, dans la frise curant au dessus du cintre de la porte, on lit : MEMENTO. MORI ("Souviens-toi qu'il faut mourir").

Sur la petite frise d'entablement est une longue inscription en caractères très fins, dont la plupart des mots sont invisibles, empâtés qu'ils sont par la peinture. Sur la corniche faisant la base du fronton, est gravée cette sentence :

VOVS.NOS. ANFENS. QVI. PAR. CY. PASSÉS.

SOVVENES.VOVS.QVE.NOVS.SOMMES.TRÉPASSÉS.

"Vous nos enfants qui par ici passés, souvenez-vous que nous sommes trépassés". 

N.B. J'ai cherché en vain cette sentence décrite par J.M Abgrall "sur la corniche faisant la base du fronton".


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Inscription Memento Mori. Ossuaire de l'enclos paroissial de Sizun. Photographie lavieb-aile.

Inscription Memento Mori. Ossuaire de l'enclos paroissial de Sizun. Photographie lavieb-aile.

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Fronton de l' ossuaire de l'enclos paroissial de Sizun. Photographie lavieb-aile.

Fronton de l' ossuaire de l'enclos paroissial de Sizun. Photographie lavieb-aile.

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"Au haut du champ du fronton, est une petite statuette minuscule de saint Suliau, tenant son faisceau de houssines ou de petites baguettes."


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Saint Suliau. Ossuaire de l'enclos paroissial de Sizun. Photographie lavieb-aile.

Saint Suliau. Ossuaire de l'enclos paroissial de Sizun. Photographie lavieb-aile.

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Dans les écoinçons, ou triangles extérieurs, deux autres statuettes : Saint François d'Assise, montrant ses stigmates, et un autre saint franciscain tenant un ciboire ou calice, très probablement saint Pascal Bayon, populaire pour sa grande dévotion à l'eucharistie, et que l'on retrouve au églises de Bodilis, La Roche-Maurice, Brennilis, etc..."

 

Saint François d'Assise montrant ses stigmates, Ossuaire de l'enclos paroissial de Sizun. Photographie lavieb-aile.

Saint François d'Assise montrant ses stigmates, Ossuaire de l'enclos paroissial de Sizun. Photographie lavieb-aile.

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L'identité du franciscain tenant un calice est délicate à préciser. A Brennilis, où le même problème se pose, j'ai écrit :

  • Parmi les moines franciscains béatifiés, nous trouvons saint Fidèle de Sigmaringen (mort en 1622), prêtre et martyr souabe, mais le calice, témoignant de l'importance accordée à l'Eucharistie, correspond davantage à saint Pascal Baylon (1540-1592). On peut aussi penser à saint Antoine de Padoue (1195-1231), bien que son attribut soit le cœur enflammé ou le lys.

Les deux statues, l'une de saint François, l'autre d'un cordelier tenant un calice forment un duo qui  se retrouve à Bodilis, (église), à Sizun, (fronton de l'ossuaire,1588), à Lanneufret (église) et à La Roche-Maurice, témoignant de l'implantation des Franciscains dès le XIIIe siècle dans le Léon. L'identité du deuxième moine est régulièrement discutée dans chacun de ces sanctuaires.

Ce qui pose problème à Sizun, c'est qu'en 1585-1588, saint Pascal Bayon, le meilleur candidat en raison de son attachement à l'eucharistie, n'était pas encore mort,  et  bien loin d'être béatifié (1618) et a fortiori d'être canonisé (1690).

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Saint franciscain tenant un calice, Ossuaire de l'enclos paroissial de Sizun. Photographie lavieb-aile.

Saint franciscain tenant un calice, Ossuaire de l'enclos paroissial de Sizun. Photographie lavieb-aile.

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Le fronton est centré par un cuir accueillant dans un blason carré les neuf macles (martelées mais distinctes) des Rohan, avec la date de 1588. Les armes du vicomte Jehan de Rohan comportaient sept macles, alors que les armes  de gueules à neuf macles d'or, posées 3, 3, 3 furent adoptées par Henri Ier , 19ème vicomte de Rohan entre 1552 et 1575. 

Juste au dessus, sur la corniche en bois, deux lions tiennent les mêmes armoiries, intactes.

Armes des Rohan. Ossuaire de l'enclos paroissial de Sizun. Photographie lavieb-aile.

Armes des Rohan. Ossuaire de l'enclos paroissial de Sizun. Photographie lavieb-aile.

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Ces armoiries des Rohan et cette date de 1588 amènent à préciser ceci :

— Le 18ème vicomte de Rohan fut René Ier de Rohan-Gié (1516-1552), prince de Léon, comte de Porhoët, marquis de Blain, seigneur de Beauvoir et de La Garnache, chevalier de l'ordre du Roi et capitaine d'une compagnie d'ordonnance. Il  épousa Isabeau d'Albret, tante de Jeanne d'Albret, reine de Navarre. Isabeau d'Albret se convertit au protestantisme en 1558, qu'elle  introduisit  dans son château de Blain où s'organisa la première église protestante bretonne. Isabeau reçoit du roi, en 1560, la liberté de conscience pour elle et pour toute sa Maison.

 Le couple eut quatre enfants, Henri, Jean, Françoise et René qui résidèrent au château de Blain.

— Le 19ème vicomte de Rohan est Henri Ier de Rohan (1535-1575). Il épousa Françoise de Tournemine puis le titre passa  à son frère :

— Le 20ème vicomte de Rohan est René II  (1550-1586) dit Parthenay, du nom de sa seconde épouse l'humaniste Catherine de Parthenay d'une puissante famille protestante du Poitou

— C'est avec le 21ème vicomte de Rohan que nous arrivons à la date de 1588. En effet, il s'agit de Henri II de Rohan (Blain le 21 août 1579- 13 avril 1638), fils de René II. Mais il avait 9 ans à la date gravé sur le fronton de l'ossuaire.  Élevé dans la religion réformée par sa grand-mère Isabelle d'Albret et par son père René II de Rohan, instruit dans les humanités par sa mère, cousin germain de Henri IV,  il fut le chef de guerre des rébellions huguenotes contre le pouvoir royal catholique. En 1590 le Duc de Mercoeur et 4000 espagnols assiégea son château de Blain. Le roi  Henri IV érigea en 1603 la vicomté de Rohan en duché-pairie et lui fait épouser en 1604 Marguerite de Béthune, fille du futur duc de Sully. Il devient alors Henri Ier en tant que premier duc. Après l'assassinat du roi par Ravaillac, il est condamné à l'exil par l'hostilité de Richelieu, qui fait abattre une partie de son château de Josselin. 

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Armes des Rohan. Ossuaire de l'enclos paroissial de Sizun. Photographie lavieb-aile.

Armes des Rohan. Ossuaire de l'enclos paroissial de Sizun. Photographie lavieb-aile.

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LE DEUXIÈME REGISTRE.

Situé au dessus du registre inférieur appareillé en pierres en granit jaune alvéolé, c'est une série de fenêtres en plein cintre, séparées par des pilastres à gaines.

Deuxième registre de la façade de l'ossuaire de l'enclos paroissial de Sizun. Photographie lavieb-aile.

Deuxième registre de la façade de l'ossuaire de l'enclos paroissial de Sizun. Photographie lavieb-aile.

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A main droite de la porte, selon l'usage traditionnel de nos ossuaires, est un bénitier finement sculpté, surmonté d'une accolade de rubans aux extrémités enroulées en volutes."

Deuxième registre de la façade de l'ossuaire de l'enclos paroissial de Sizun. Photographie lavieb-aile.

Deuxième registre de la façade de l'ossuaire de l'enclos paroissial de Sizun. Photographie lavieb-aile.

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Les cariatides sont intéressantes, en ce qu'elles viennent confirmer la vogue populaire du décor en spirale ; l'une d'elles porte la date de 1585

 

Deuxième registre de la façade de l'ossuaire de l'enclos paroissial de Sizun. Photographie lavieb-aile.

Deuxième registre de la façade de l'ossuaire de l'enclos paroissial de Sizun. Photographie lavieb-aile.

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Deuxième registre de la façade de l'ossuaire de l'enclos paroissial de Sizun. Photographie lavieb-aile.
Deuxième registre de la façade de l'ossuaire de l'enclos paroissial de Sizun. Photographie lavieb-aile.

Deuxième registre de la façade de l'ossuaire de l'enclos paroissial de Sizun. Photographie lavieb-aile.

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Deuxième registre de la façade de l'ossuaire de l'enclos paroissial de Sizun. Photographie lavieb-aile.
Deuxième registre de la façade de l'ossuaire de l'enclos paroissial de Sizun. Photographie lavieb-aile.

Deuxième registre de la façade de l'ossuaire de l'enclos paroissial de Sizun. Photographie lavieb-aile.

Deuxième registre de la façade de l'ossuaire de l'enclos paroissial de Sizun. Photographie lavieb-aile.
Deuxième registre de la façade de l'ossuaire de l'enclos paroissial de Sizun. Photographie lavieb-aile.

Deuxième registre de la façade de l'ossuaire de l'enclos paroissial de Sizun. Photographie lavieb-aile.

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ANNEXE.

 

LE CREDO APOSTOLIQUE.

Cette iconographie s'est développée au XIIIe siècle à la suite de réflexions théologiques montrant que les articles du Credo trouvent leur fondement dans le Nouveau Testament, par des références à des textes des Évangiles, des Épîtres et des Actes des Apôtres, mais aussi dans l'Ancien Testament par des citations des Prophètes, ce qui fonde le Credo non pas sur tel ou tel Concile, mais sur la parole de Dieu.

 Le Symbole des Apôtres

Ce Symbole des apôtres, souvent appelé Credo comme celui de Nicée, était récité quotidiennement par les clercs dans la lecture de leur bréviaire, et, depuis le Missel Romain de 2002, il peut être récité à la place du Credo lors de la Messe.  

  Il est la traduction, latine puis française, d'un texte grec. On le reconnaît dès le premier article qui dit Je crois en Dieu le Père tout-puissant (Credo in Deum, Patrem omnipotentem) alors que le Credo énonce Je crois en un seul Dieu, le Père tout-puissant (Credo in unum deum ).

Il s'agit  ici non pas du Credo à proprement parler, celui qui est récité à la messe et qui est le Symbole de Nicée-Constantinople, mais le Symbole des Apôtres, une profession de foi qui, selon la tradition, proviendrait directement des Apôtres et qui serait donc inspiré par l'Esprit-Saint. La légende développée dès le IVe au VIe siècle veut même qu'à la veille de leur dispersion, chacun des douze apôtres en ait récité un article : il compte donc douze articles de foi. On trouve cette tradition chez Ambroise de Milan (339-397) puis chez Rufin d'Aquilée (345-410), l'auteur qui donne le premier texte latin du symbole. celui-ci écrit dans Commentaire du symbole des apôtres (v.400) " Nos anciens rapportent qu'après l'ascension du Seigneur, lorsque le Saint-Esprit se fut reposé sur chacun des apôtres sous forme de langues de feu, afin qu'ils puissent se faire entendre en toutes les langues, ils reçurent l'ordre de se séparer et d'aller dans toutes les nations pour prêcher la parole de Dieu. Avant de se quitter, ils établirent en commun un règle de la prédication qu'ils devaient faire afin que, une fois séparés, ils ne fussent exposés à enseigner une doctrine différente à ceux qu'ils attiraient à la foi du Christ ; étant donc tous réunis, remplis de l'Esprit -Saint, ils composèrent ce bref résumé de leur future prédication, mettant en commun ce que chacun pensait et décidant que telle devra être la règle à donner aux croyants. pour de multiples et très justes raisons, ils voulurent que cette règle s'appelât symbole."

http://www.patristique.org/Historique-du-symbole-des-apotres.html

  Au VIe siècle, à la suite de deux sermons pseudo-augustiniens (Sermon 240 et 241) d'un prédicateur gaulois, chaque article fut attribué à un apôtre particulier : ce point est important , puisqu'il va nous aider à déchiffrer le texte du phylactère si nous identifions l'apôtre, et inversement. Voici la répartition selon le texte latin, celui qui nous intéresse :

1- St Pierre : Credo in Deum, Patrem omnipotentem, creatorem caeli et terrae

2- St  André : Et in Iesum Christum Filium eius unicum , Dominum nostrum

3 - St Jacques le Majeur : qui conceptus est de Spirituo Sancto natus est Maria Virgine

4 -St Jean : passus sub Pontio Pilato, crucifixius, mortuus et sepultus

5 -St Thomas : descendit ad inferos, tertia die ressurrexit a mortuos

6 -St Jacques : ascendit ad caelos ; sedet ad dexteram patris Dei Patris omnipotentis

7 -St Philippe : inde venturus est iudicare vivos et mortuos

8 -St Barthélémy : Credo in Spiritum Sanctum

9 -St Matthieu : sanctam ecclesiam catholicam

10 -St Simon : sanctorum communionem, remmisionem pecatoribus

11 -St Jude : carnis resurrectionem

12 -St Matthias : vitam eternam.

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Bibliothèque Municipale Angers Compost et calendrier des bergers, 1493  - BM - SA 3390, f. 039v-040

Les attributs des trois derniers apôtres sont ...inhabituels.

 

 

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 Ce Credo apostolique est représenté en Bretagne dans le porche ou sur le calvaire de très nombreuses chapelles et églises (je citerai le calvaire de Saint-Venec en Briec, l'ossuaire de Sizun, le porche de Saint-Herbot à Plonevez-du-Faou, saint-Mélaine à Morlaix, mais la rencontre de l'alignement de leurs niches est trop fréquente pour qu'une liste soit exhaustive.)

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SOURCES ET LIENS.

ABGRALL (Jean-Marie), 1910, « L´église paroissiale de Sizun et ses annexes », Bulletin de la Société archéologique du Finistère, Quimper, Société archéologique du Finistère, t. 28,‎ 1910, p. 129-138

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k207696j/f176.image

— COUFFON (René), LE BARS ( Alfred), Diocèse de Quimper et de Léon : Nouveau répertoire des églises et chapelles, Quimper, Association Diocésaine de Quimper, 1988, p. 416-420.

http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/54730d797d70be488e00757c7d0fcef7.pdf

— Inventaire du Patrimoine :

— http://monumentshistoriques.free.fr/calvaires/sizun/sizun.html

— Topic-topos :

http://fr.topic-topos.com/ossuaire-sizun

— Infobretagne :

http://www.infobretagne.com/sizun.htm

http://www.infobretagne.com/enclos-sizun.htm

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Sur le Credo apostolique :

Site http://idlespeculations-terryprest.blogspot.fr/2014/02/the-apostles-creed.html

— Grant Kalendrier et compost des bergiers , 1529, imprimé à Troyes.

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b86095054/f89.item.zoom

 

 Émile Mâle http://patrimoine.amis-st-jacques.org/documents/000135_e_male_credo_des_apotres_2.pdf

—Denis Pichon Note sur les peintures murales de Notre-Dame-du-Tertre à Châtelaudren : présence d'un Credo prophétique Société d'émulation des Côtes-d'Armor, 2000, 130, p. 115-122

 Robert Favreau Les autels portatifs et leurs inscriptions, Cahiers de civilisation médiévale 2003 Volume   46 pp. 327-352 :http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/ccmed_0007-9731_2003_num_46_184_2865

 — Baptistère de Sienne : http://www.viaesiena.it/fr/caterina/itinerario/battistero/articoli-del-credo/articoli-della-seconda-campata

 — Psautier de Jean de Berry, Enluminures de André Beauneveu 1380-1400 : gallica 

— RANSON (Lynn) 2002 A franciscan program of illumination Insights and Interpretations: Studies in Celebration of the Eighty-fifth .publié par Colum Hourihane  ..pp 84-89 En ligne

 

— GAY (Françoise) 1993, Le choix des textes des prophètes face aux apôtres au Credo", in Actes du Colloque Pensée, image et communication en Europe médiévale. A propos des stalles de Saint-Claude - Besançon 

 HASENORH (Geneviève), 1993 "Le Credo apostolique dans la littérature française du Moyen-Âge", Actes du Colloque Pensée, image et communication en Europe médiévale. A propos des stalles de Saint-Claude - Besançon 

 LACROIX (Pierre) , Renon, Andrée,  Mary, Marie-Claude, Vergnolle, Éliane [Publ.] Pensée, image et communication en Europe médiévale. A propos des stalles de Saint-Claude - Besançon (1993).Sommaire en ligne 

 — GAULTIER DU MOTTAY (Joachim) Répertoire archéologique du département des Côtes-du-Nord, Saint-Brieuc, 1883-1884, extrait des Mémoires de la Société archéologique et historique des Côtes-du-Nord, nouvelle série, T.I, 1883-1884.

 

— RENON F, relevé du Credo du chœur de la cathédrale de Cambray en 1404 Revue de l'art chrétien: recueil mensuel d'archéologie religieuse, Volume 8 Arras ; Paris 1864 page 262.

—  RITZ-GUILBERT, Anne 1993 ; "Aspects de l'iconographie du Credo des apôtres dans l'enluminure médiévale", Pensée, image & communication en Europe médiévale : à propos des stalles de Saint-Claude; Besançon; Asprodic L'auteur analyse les Credo typologiques apparus dans l'enluminure du 13e siècle, puis la version originale qu'en donne Jean Pucelle dans le Bréviaire de Bellevill (Paris, B. N., ms lat. 10483) aux environs de 1323-1326. Le peintre a utilisé le Credo des apôtres comme attribut de la vertu personnifiée de la Foi

SCHMITT (Jean-Claude), 1989  "Les images classificatrices", in Actualité de l'histoire à l'Ecole des chartes: études réunies à l'occasion publié par Société de l'Ecole des charte 1989 pp.311-341.

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Published by jean-yves cordier - dans Sizun Credo Rohan
8 octobre 2016 6 08 /10 /octobre /2016 18:27

Les Sirènes et Démones de l'église de Sizun (29) : la diabolisation d'Ève, ou la féminisation de Satan.

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Sur les Vierges à la démone, voir :

Sur l'église de Sizun, voir :

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Sur les murs extérieurs de l'enclos paroissial de Sizun, aux angles ouest ou nord de l'église et de l'ossuaire,  des figures féminines à la moitié inférieure animale sont sculptés. On parle à leur propos de "sirènes", ce qui incite à y voir des figures d'un légendaire païen et l'influence du statut maritime du Finistère. Mais à coté d'authentiques femmes-poissons, ce sont des femmes-serpents qui sont figurées.  Je me propose d'aller examiner leurs formes de plus près.

1. La Femme-serpent de l'ossuaire.

La plus belle (mais non la plus visible, et elle a échappé à mon attention lors de mes premières visites) se trouve à l'angle sud-ouest de l'ossuaire, dans la jonction du pignon de ce dernier avec l'arc de triomphe. 

Vue de l'ossuaire entre l'Arc de triomphe à droite et le porche occidental à gauche. Repère sur la femme-serpent. Photographie lavieb-aile.

Vue de l'ossuaire entre l'Arc de triomphe à droite et le porche occidental à gauche. Repère sur la femme-serpent. Photographie lavieb-aile.

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C'est une femme nue, aux cheveux longs et ondulés, couchée sur le coté droit mais qui relève la tête et le buste en s'appuyant sur le bras droit. Le bras gauche est cassé. 

La spécialiste de ces "créatures semi-humaines", Hiroko Amemiya, l'a décrite avec la suivante à la page 185 de son livre Vierge ou démone, parmi ses 10 exemples bretons de femme-serpent, dont 9 en Finistère (Trégourez,  Bodilis, Braspart, Sizun, Lannédern, Lennon, Plonevez-du-Faou, ou Le Juch). Elle décrit bien son visage ovale, ses seins globuleux aux mamelons en relief, et la partie inférieure du corps en forme de queue de serpent, dont l'extrémité allongée s'enroule sur elle-même à plusieurs reprises.

Par contre, il me semble qu'elle se méprend lorsqu'elle écrit "Elle tient dans la main droite une ancre à laquelle des algues semblent accrochées. 

Photo !

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Femme-serpent de la Tentation, ossuaire de l'enclos paroissial de Sizun. Photographie lavieb-aile.

Femme-serpent de la Tentation, ossuaire de l'enclos paroissial de Sizun. Photographie lavieb-aile.

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J'ai cru aussi que la Mélusine tenait le pommeau du jas d'une ancre, mais cela n'avait aucun sens, et l'ancre en question était absente. Et puis il y avait ces feuilles, "ces algues" sur le ventre. Le voile s'est déchiré brusquement et j'ai vu ce dont il s'agissait : un pommier, avec son tronc évasé à la base, sa division en deux branches horizontales et une branche sommitale, avec ses trois pommes assez maladroitement placées à l'extrémité des tiges, et les trois ou cinq feuilles qui sont crénelées comme celles d'un chêne.

Cela devint évident : la femme tendait la main droite vers une pomme, mais la main gauche (celle du bras cassé) était aussi visible sous la forme d'une marque de fracture au dessus de la pomme de droite. 

Il s'agissait soit d'Éve (mais une Ève diabolisée car introductrice du Péché), soit plutôt du Démon de la tentation, tel qu'il est décrit dans le Livre de la Genèse 3 :

 "Le serpent était le plus rusé de tous les animaux des champs, que l'Éternel Dieu avait faits. Il dit à la femme: Dieu a-t-il réellement dit: Vous ne mangerez pas de tous les arbres du jardin? La femme répondit au serpent: Nous mangeons du fruit des arbres du jardin.  Mais quant au fruit de l'arbre qui est au milieu du jardin, Dieu a dit: Vous n'en mangerez point et vous n'y toucherez point, de peur que vous ne mouriez.  Alors le serpent dit à la femme: Vous ne mourrez point;  mais Dieu sait que, le jour où vous en mangerez, vos yeux s'ouvriront, et que vous serez comme des dieux, connaissant le bien et le mal. La femme vit que l'arbre était bon à manger et agréable à la vue, et qu'il était précieux pour ouvrir l'intelligence; elle prit de son fruit, et en mangea; elle en donna aussi à son mari, qui était auprès d'elle, et il en mangea."

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Femme-serpent de la Tentation, ossuaire de l'enclos paroissial de Sizun. Photographie lavieb-aile.

Femme-serpent de la Tentation, ossuaire de l'enclos paroissial de Sizun. Photographie lavieb-aile.

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On peut s'étonner que ce serpent prenne la forme d'une femme, mais c'est un motif fréquent en Bretagne, notamment sur le porche des églises des Monts d'Arrée, à Pencran (photo), Guimiliau, Landivisiau et Ploudiry : la femme-serpent placée entre Adam et Ève, la queue enroulée autour du tronc de l'arbre-qui-est-au-milieu-du-jardin, redresse la tête et la tourne vers Ève qui saisit la pomme qu'elle présente.

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Adam, Ève et la femme-serpent de la Tentation, porche de l'église Notre-Dame de Pencran. Photographie lavieb-aile.

Adam, Ève et la femme-serpent de la Tentation, porche de l'église Notre-Dame de Pencran. Photographie lavieb-aile.

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4. Femme-serpent.

Ornement d'une frise du chevet, coté sud. 

La femme, au visage joufflu encadré d'une épaisse chevelure, est allongée sur le coté droit, accoudée sur le bras droit. La partie inférieure du corps a la forme d'une queue de serpent enroulée sur elle-même en nœud en huit dont la pointe rebique vers le haut. 

Elle tient une pomme dans la main gauche. C'est donc, là encore, une femme-serpent de la Tentation, figure féminimo-animale de Satan.

Femme-serpent de la Tentation, frise de l'église Saint-Suliau de Sizun. Photographie lavieb-aile.

Femme-serpent de la Tentation, frise de l'église Saint-Suliau de Sizun. Photographie lavieb-aile.

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3. Femme-poisson de la Tentation, église Saint-Suliau de Sizun.

En contournant l'ossuaire puis le porche occidental, on parvient à l'angle nord-ouest du pignon ouest dont la crossette adopte la forme d'une femme-serpent. 

Hiroko Amemiya la décrit, avec la suivante, sous le terme de sirène à la page 214 de son livre, parmi 22 autres exemples dont 13 en pierre (8 en Finistère, 2 en Morbihan et 2 en Ille-et-Vilaine). Comme ses consœurs, elle est couchée sur le coté droit, s'appuie sur le coude, redresse la tête et le buste . Son visage rond est encadré d'une longue chevelure. Sa main droite est placée sous le ventre, mais l'extrémité manque. La gauche est tendue vers l'arrière et tient un objet rond (miroir pour H. Amemiya). La partie inférieure a la forme d'une queue de poisson à écailles marquées. Entre les pointes de la queue bifurique est sculpté un buste d'homme, lmain droite sur la poitrine et main gauche vers la bouche.

Je suggère d'y voir une femme-poisson de la Tentation, tenant une pomme, qu'Adam porte à sa bouche. Dès-lors, nous retrouvons la thématique précédente, Satan sous sa forme femelle ayant seulement adopté sa forme animale à une sardine. Ou équivalent. 

 

 

 

 Femme-poisson de la Tentation, angle nord du pignon ouest, église Saint-Suliau de Sizun.Photographie lavieb-aile.

Femme-poisson de la Tentation, angle nord du pignon ouest, église Saint-Suliau de Sizun.Photographie lavieb-aile.

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4. Femme-poisson, église Saint-Suliau de Sizun.

 

Elle est l'ornement du contrefort droit du pignon nord du chevet et fait pendant à un lion. Couchée sur le coté droit, en appui sur le coude, buste et tête redressés, elle a un visage féminin, une longue chevelure épaisse et des seins proéminents. Sa main droite tendue vers l'arrière tient un miroir, la gauche coiffe les cheveux avec une brosse ou une éponge. Sous la ceinture qu'elle porte à la taille, l'extrémité de son corps devient écailleux et se termine en queue de poisson, bifurique.

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Femme-poisson, église Saint-Suliau de Sizun.Photographie lavieb-aile.

Femme-poisson, église Saint-Suliau de Sizun.Photographie lavieb-aile.

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Femme-poisson au miroir, coté nord, église Saint-Suliau de Sizun. Photographie lavieb-aile.

Femme-poisson au miroir, coté nord, église Saint-Suliau de Sizun. Photographie lavieb-aile.

Femme-poisson au miroir, coté nord, église Saint-Suliau de Sizun. Photographie lavieb-aile.

Femme-poisson au miroir, coté nord, église Saint-Suliau de Sizun. Photographie lavieb-aile.

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SOURCES ET LIENS.

— AMEMIYA (Hiroko) 2005, Vierge ou démone, exemple dans la statuaire bretonne, Keltia éditeur, Spézet. 269 p. page 68-69. Version remaniée de la thèse de 1996.

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Published by jean-yves cordier - dans Vierges à la démone. Sizun
5 octobre 2016 3 05 /10 /octobre /2016 20:57
Église de l'enclos paroissial de Sizun, photographie lavieb-aile.

Église de l'enclos paroissial de Sizun, photographie lavieb-aile.

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I. LE BESTIAIRE : CROSSETTES ET GARGOUILLES .

J'utiliserai le terme de "crossette" tel que je le trouve défini dans Sculpteurs sur pierre en Basse-Bretagne (2014) d'Emmanuelle Le Seac'h (1972-2011) page 40 :

"Les pierres d'amortissement, nécessaires à la structure et à l'équilibre d'un fronton ou d'un pignon, sont généralement prolongées par des acrotères, des crossettes ou des pots-à-feu. Les crossettes, situées à la terminaison des rampants d'un pignon ou d'un fronton, sont extrêmement nombreuses. Les plus belles sont sculptées dans la pierre de kersanton sur les porches de la vallée de l'Élorn, comme à Landivisiau où un lion et un dragon se font pendant. L'Ankou apparaît parmi les crossettes, comme sur la façade de l'église de Lannédern."

Régulièrement photographiées pour leur beauté et leur thème pittoresque, les crossettes zoomorphes de Bretagne n'ont pourtant pas fait l'objet d'une étude réglée, comme ce fut le cas pour les sablières par Sophie Duhem. (1) Parmi les animaux représentés, les dragons (crachant leur venin) semblent se tailler la part du lion, mais ce dernier prendrait la seconde place, devant les chiens, et les sirènes, auxquelles j'ai consacré un article particulier.

(1) à l'exception du mémoire d'E. Le Seac'h sur les crossettes et gargouilles de quatre cantons du Finistère : Landerneau, Landivisiau, Ploudiry, ... et Sizun ! Je le découvre à l'instant.

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1°) La baie située immédiatement à l'ouest du porche d'entrée (1514)  est couronnée par une lucarne à gables à crochets et fleurons, avec deux crossettes  à la base : un lion à gauche, et un sagittaire à droite.

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Église Saint-Suliau, enclos paroissial de Sizun, photographie lavieb-aile

Église Saint-Suliau, enclos paroissial de Sizun, photographie lavieb-aile

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Le lion.

Le lion, de profil mais tournant la tête vers nous, est, comme tout lion, doté d'une crinière frisée alors que l'arrière-train est glabre. Il tire entre ses rangées de dents une longue langue dont l'extrémité s'enroule. Ses pattes avant prennent appui sur un rouleau. Sa queue se termine en trois pointes ; elle a la particularité, assez répandu chez ces félidés de kersanton, de passer entre les deux pattes arrière pour revenir de façon fort équivoque s'ériger vers le haut et l'avant. Tous l'art coquin du sculpteur est de jouer de cette équivocité dans verser, comme ailleurs, dans l'obscénité. 

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Église de l'enclos paroissial de Sizun, photographie lavieb-aile.

Église de l'enclos paroissial de Sizun, photographie lavieb-aile.

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Le sagittaire.

L'animal  de droite évoque immédiatement le logo d'Air-France, lui-même repris de celui d'Air-Orient et connu sous le nom d'hippocampe ailé mais familièrement baptisé  "la crevette". 

http://logonews.fr/2013/08/06/histoire-du-logo-air-france/

 

 

 

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Il en a l'aile aux nervures parallèles, la crinière hachurée, la queue formant une boucle. Seulement, à Sizun, la queue se prolonge sur le dos jusqu'à la tête. D'autre part, les pattes avant sont munies de mains, comme un Centaure, mi-homme, mi-cheval. Enfin, ces mains tiennent une flèche incurvée, une flèche-arc. Comment ne pas voir dans ce Centaure ailé et archer un Sagittaire ? Et comment, alors, ne pas réaliser que la lucarne est encadrée par deux signes du Zodiaque, le Lion de l'été et le Sagittaire de la fin de l'automne ? 

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Chimère de l'église Saint-Suliau, enclos paroissial de Sizun, photographie lavieb-aile

Chimère de l'église Saint-Suliau, enclos paroissial de Sizun, photographie lavieb-aile

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La lucarne correspondante, au nord, est encadrée par deux autres crossettes. Ce sont ici deux lions. Ils ont tous les deux les pattes avant et arrière regroupées, comme si ils bondissaient, tous les deux une langue très bien pendue,  et tous les deux une crinière en larges et longs plis. Ils ne diffèrent que par un détail.

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Lucarne sud de l'église Saint-Suliau, enclos paroissial de Sizun, photographie lavieb-aile

Lucarne sud de l'église Saint-Suliau, enclos paroissial de Sizun, photographie lavieb-aile

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A gauche, le lion a la queue qui s'étend vers l'arrière et le bas.

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Chimère de l'église Saint-Suliau, enclos paroissial de Sizun, photographie lavieb-aile

Chimère de l'église Saint-Suliau, enclos paroissial de Sizun, photographie lavieb-aile

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La queue de celui de droite passe entre les cuisses et revient étaler son plumeau sur son dos.

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Chimère de l'église Saint-Suliau, enclos paroissial de Sizun, photographie lavieb-aile

Chimère de l'église Saint-Suliau, enclos paroissial de Sizun, photographie lavieb-aile

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Venons-en à un autre type de lions. Ceux-ci tiennent entre leurs pattes antérieures la tête d'un humain, en taille réduite. On peut alors les voir comme des forces maléfiques tentant de s'approprier les âmes des paroissiens. En les représentant, les tailleurs de pierre mettent-ils en garde leurs contemporains contre les pouvoirs du Diable, ou bien en protègent-ils le sanctuaire en les expulsant hors du lieu saint ?

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Premier exemple. 

Ce lion est très semblable aux précédents, avec ses yeux exorbités, sa longue langue à la pointe en rouleau, sa queue entre les cuisses, sa crinière frisée. Mais il maintient un petit enfant, au visage poupin mais grave.

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Église de l'enclos paroissial de Sizun, photographie lavieb-aile.

Église de l'enclos paroissial de Sizun, photographie lavieb-aile.

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Deuxième exemple.

Celui-ci exerce, par ses pattes tendues, une force plus coercitive sur la tête d'un malheureux.

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Lion maintenant un homme, église Saint-Suliau, enclos paroissial de Sizun, photographie lavieb-aile

Lion maintenant un homme, église Saint-Suliau, enclos paroissial de Sizun, photographie lavieb-aile

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Une gargouille.

Il semble s'agir d' un crocodile.

Gargouille, église Saint-Suliau, enclos paroissial de Sizun, photographie lavieb-aile.

Gargouille, église Saint-Suliau, enclos paroissial de Sizun, photographie lavieb-aile.

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Un dragon grimaçant (coté nord).

église Saint-Suliau, enclos paroissial de Sizun, photographie lavieb-aile.

église Saint-Suliau, enclos paroissial de Sizun, photographie lavieb-aile.

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II. AUTRES SCULPTURES EXTÉRIEURES.

1°) Deux figures animales sur le porche sud.

" Le porche sud, en tiers-point, a ses voussures richement décorées de feuilles d'acanthe bien sculptées, voussures séparées par des moulures toriques ininterrompues et à bases prismatiques. La voussure extérieure, relevée en accolade, est décorée de choux frisés et amortie par un fleuron gothique ; son extrados est orné de feuilles d'acanthe comme à la fontaine du chevet de Notre-Dame-du-Folgoët. Au fond du porche, buste-cariatide supportant jadis la statue de saint Suliau avec inscription : " LAN. MIL. VcXIII. " (Couffon & Le Bars, 1988)

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Porche sud, église Saint-Suliau, enclos paroissial de Sizun, photographie lavieb-aile.

Porche sud, église Saint-Suliau, enclos paroissial de Sizun, photographie lavieb-aile.

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Deux animaux  sont observés sur ce porche.

Le premier est un chat? un chien ?

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Porche sud, église Saint-Suliau, enclos paroissial de Sizun, photographie lavieb-aile.

Porche sud, église Saint-Suliau, enclos paroissial de Sizun, photographie lavieb-aile.

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Le second est un lion. Avec la queue entre les pattes, remontant sur le dos.

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Porche sud, église Saint-Suliau, enclos paroissial de Sizun, photographie lavieb-aile.

Porche sud, église Saint-Suliau, enclos paroissial de Sizun, photographie lavieb-aile.

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2°) Ange tenant une banderole avec la date de 1661.

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Ange avec la date de 1661, église Saint-Suliau, enclos paroissial de Sizun, photographie lavieb-aile.

Ange avec la date de 1661, église Saint-Suliau, enclos paroissial de Sizun, photographie lavieb-aile.

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3°) Déploration (1542).

Ce groupe sculpté en kersanton provient du cimetière, où son socle de granit est resté, avec une inscription d'une Mission de 1858 mentionnant la date de "LAN MIL V XXXX : II". Le Christ, dont le bassin est posé sur le genou gauche de sa mère, est allongé sur le genou droit tandis que sa tête retombe dans le vide, à peine soutenu par saint Jean.  Il porte un perizonium noué sur le coté droit. Ses cheveux sont longs, sa barbe méchée . Sa bouche est entrouverte, laissant à découvert sa dentition. Ces éléments, parmi d'autres, permettent à E. Le Seach d'attribuer cette sculpture à l'auteur du calvaire voisin de l'église Saint-Rémi à Camaret et dont l'inscription porte la date de 1538 et le nom (du sculpteur ?) de G. PALUT.

Les trois personnages ont les paupières lourdes, presque globuleuses et baissées. Les arêtes des nez sont saillantes, comme à Camaret.

Saint Jean, vêtu d'une robe à ceinture et à bouton d'encolure, essuie une larme de la main gauche. La Vierge porte un long manteau enveloppant couvrant sa tête, proche des "capes de veuve" du Finistère. Sa gorge est couverte par une guimpe plissée  qui entoure aussi le visage et masque la chevelure. Marie-Madeleine, les cheveux dénoués, toujours ostensiblement élégante avec sa robe à décolleté carré et les crevés de ses manches, ouvre un pot d'aromates décoré de cannelures obliques. 

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Déposition (1542), en kersanton par G. Palut,  église Saint-Suliau, enclos paroissial de Sizun, photographie lavieb-aile.

Déposition (1542), en kersanton par G. Palut, église Saint-Suliau, enclos paroissial de Sizun, photographie lavieb-aile.

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Saint Gouesnou en évêque du Léon.

"provenant d'une fontaine". Crosse brisée, chape au fermail doté d'un médaillon, mitre, bagues à chacun des doigts longs. Col frisé comme une fraise.

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Saint Gouesnou église Saint-Suliau, enclos paroissial de Sizun, photographie lavieb-aile.

Saint Gouesnou église Saint-Suliau, enclos paroissial de Sizun, photographie lavieb-aile.

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L'église adopte une forme de croix archiépiscopale, car elle comporte après  une nef de trois travées avec bas-côtés, deux transepts séparés par une travée. La nef inférieure et le porche méridional remontent au XVIè siècle, le premier transept et le reste de la nef à la première moitié du XVIIè siècle ; le second transept et le choeur furent construits de 1660 à 1664 sous la direction de Guillaume Kerlezroux .

Le premier transept sud porte 2 dates : à côté de la fenêtre, " ALAIN. MEN. 1638 ", et sous le fleuron, " 1639 "

 

ALAIN MEN 1638 

Il s’agit du trésorier de la paroisse en 1638. Tous les ans, un paroissien était désigné pour gérer l’argent de la fabrique, percevoir ses recettes et acquitter ses dépenses. L’intérieur du baldaquin des fonts baptismaux porte le nom d’un autre trésorier, peut-être de la même famille « P. MEN 1630 ».

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Alain Men 1638 ;  église Saint-Suliau, enclos paroissial de Sizun, photographie lavieb-aile.

Alain Men 1638 ; église Saint-Suliau, enclos paroissial de Sizun, photographie lavieb-aile.

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III. LA PORTE  DU PHILOSOPHE.

La petite porte sud qui donne accès à l'église avant la sacristie encadre de kersanton le vantail peint de ce rouge si particulier à nos  sanctuaires. Elle mérite un examen attentif, en raison du personnage qui en orne le fronton triangulaire,  et qui a été surnommé "le philosophe". Ou bien en raison de ses pilastres à chapiteaux, et de la frise qui suit le pied-droit et la courbe en anse de panier, où des petits personnages et des passereaux s'égayent dans les rinceaux de vigne.

 

 

Porte du Philosophe,  église Saint-Suliau, enclos paroissial de Sizun, photographie lavieb-aile.

Porte du Philosophe, église Saint-Suliau, enclos paroissial de Sizun, photographie lavieb-aile.

Petite porte sud,  église Saint-Suliau, enclos paroissial de Sizun, photographie lavieb-aile.

Petite porte sud, église Saint-Suliau, enclos paroissial de Sizun, photographie lavieb-aile.

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Le fronton triangulaire et sa tête en ronde-bosse.

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Homme caressant sa barbe, fronton de la petite porte sud,  église Saint-Suliau, enclos paroissial de Sizun, photographie lavieb-aile.

Homme caressant sa barbe, fronton de la petite porte sud, église Saint-Suliau, enclos paroissial de Sizun, photographie lavieb-aile.

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La frise d'encadrement.

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Petite porte sud,  église Saint-Suliau, enclos paroissial de Sizun, photographie lavieb-aile.

Petite porte sud, église Saint-Suliau, enclos paroissial de Sizun, photographie lavieb-aile.

Diaporama. Petite porte sud,  église Saint-Suliau, enclos paroissial de Sizun, photographie lavieb-aile.
Diaporama. Petite porte sud,  église Saint-Suliau, enclos paroissial de Sizun, photographie lavieb-aile.
Diaporama. Petite porte sud,  église Saint-Suliau, enclos paroissial de Sizun, photographie lavieb-aile.
Diaporama. Petite porte sud,  église Saint-Suliau, enclos paroissial de Sizun, photographie lavieb-aile.
Diaporama. Petite porte sud,  église Saint-Suliau, enclos paroissial de Sizun, photographie lavieb-aile.
Diaporama. Petite porte sud,  église Saint-Suliau, enclos paroissial de Sizun, photographie lavieb-aile.

Diaporama. Petite porte sud, église Saint-Suliau, enclos paroissial de Sizun, photographie lavieb-aile.

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IV. LA FRISE EXTÉRIEURE AU NORD ET A L'EST.

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Cette frise de granit qui daterait de 1660 a peu inspiré les experts :

"Certains motifs de cette frise de l'église Saint-Suliau à Sizun, masques et dragons, témoignent à la fois de l’influence des maîtres ornemanistes de la Renaissance et de la persistance de thèmes mythologiques venus de l’Antiquité." (Topic-topos)

"Une frise bizarre d'animaux de toutes sortes, de figures grimaçantes et de bêtes  fantastiques" (Chanoine Abgrall).

"A hauteur du visage, une frise mystérieuse court au long de ce chevet polygonal. Elle pique la curiosité, mais garde son mystère." (Infobretagne)

" Le chevet du type Beaumanoir à noues multiples est décoré d’une frise sculptée. " (Centre SPREV)

Pourtant, on peut y reconnaître certains éléments significatifs, et approfondir son étude.

Je la diviserai  selon les deux pans de mur qui constituent le chevet.

 

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I. LE MUR ORIENTÉ SUD-EST.

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Ce mur comporte une série de contreforts couverts de niches à colonne cannelées et dais très ornementés. Deux de ces niches abritent aujourd'hui une statuette.

La frise, en pierre blonde, est haute d'une vingtaine de centimètres, ce qui l'apparente d'emblée aux sablières de la charpente. Lorsqu'elle passe par les contreforts qui alternent leur  forme carrée et triangulaire, elle s'orne volontiers de masques ou de cuirs, alors que  les thème des sculptures sont de prédominance animalière entre les contreforts.

 

Frise de l'église de l'enclos paroissial de Sizun, photographie lavieb-aile.

Frise de l'église de l'enclos paroissial de Sizun, photographie lavieb-aile.

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1°) Premier mur au sud.

Frise de l'église de l'enclos paroissial de Sizun, photographie lavieb-aile.

Frise de l'église de l'enclos paroissial de Sizun, photographie lavieb-aile.

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Un renard poursuivant une poule.

Le renard, queue déployée et sexe en érection, à la gueule tournée vers un coq, ou une poule qui est tombée à la renverse. Le renard est fréquemment représenté sur les sablières, sous l'influence du succès du Roman de Renart, notamment par le thème très populaire de Renart déguisé en clerc prêchant aux poules.

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Frise de l'église Saint-Suliau à Sizun, photographie lavieb-aile.

Frise de l'église Saint-Suliau à Sizun, photographie lavieb-aile.

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Puis vient une suite de quatre quadrupèdes à la queue-leu-leu. On  y reconnaît peut-être un renard (?) qui poursuit  un cochon, puis un chien poursuivant un lion (?). 

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Frise de l'église Saint-Suliau à Sizun, photographie lavieb-aile.

Frise de l'église Saint-Suliau à Sizun, photographie lavieb-aile.

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Deuxième contrefort sud. Profil triangulaire.

Deux masques et un dragon. La première tête porte un bonnet de type phrygien, a les yeux exorbités, le nez épaté et la gueule hilare. Il côtoie  un dragon , à tête de chèvre, à ailes de chauve-souris et à queue de serpent. Le deuxième visage est comparable au premier en dehors de ses dents proéminentes.

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Frise de l'église Saint-Suliau à Sizun, photographie lavieb-aile.

Frise de l'église Saint-Suliau à Sizun, photographie lavieb-aile.

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L'autre versant du contrefort montre également trois éléments.

Un visage d'homme sauvage, cheveux frisés, forts sourcils, yeux exorbités, pommettes saillantes, nez épaté, mais dont la bouche est remplacé par un cordage torsadé.

Un lapin de profil, dressé sur ses pattes arrières, en train de déféquer.

Un visage féminin évoquant par sa coiffure  les masques de la tragédie grecque.

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Frise de l'église Saint-Suliau à Sizun, photographie lavieb-aile.

Frise de l'église Saint-Suliau à Sizun, photographie lavieb-aile.

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2°) Deuxième mur exposé au sud

 

 

Frise de l'église Saint-Suliau à Sizun, photographie lavieb-aile.

Frise de l'église Saint-Suliau à Sizun, photographie lavieb-aile.

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Après un grotesque tenant un élément floral entre ses dents, viennent un  masque, une louve (une renarde ?) allaitant cinq petits, puis un cuir.

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Frise de l'église Saint-Suliau à Sizun, photographie lavieb-aile.

Frise de l'église Saint-Suliau à Sizun, photographie lavieb-aile.

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Après un masque grimaçant de toutes ses dents, vient une sirène accoudée sur le coté droit, sa queue formant un nœud partiellement brisé.

Puis le contrefort rectangulaire, avec des éléments décoratifs, et des masques

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Frise de l'église Saint-Suliau à Sizun, photographie lavieb-aile.

Frise de l'église Saint-Suliau à Sizun, photographie lavieb-aile.

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Autre pan de mur.

Renard poursuivant un oiseau (de proie) et ses sept petits.

Frise de l'église Saint-Suliau à Sizun, photographie lavieb-aile.

Frise de l'église Saint-Suliau à Sizun, photographie lavieb-aile.

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Frise de l'église Saint-Suliau à Sizun, photographie lavieb-aile.

Frise de l'église Saint-Suliau à Sizun, photographie lavieb-aile.

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Frise de l'église Saint-Suliau à Sizun, photographie lavieb-aile.

Frise de l'église Saint-Suliau à Sizun, photographie lavieb-aile.

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Frise de l'église Saint-Suliau à Sizun, photographie lavieb-aile.

Frise de l'église Saint-Suliau à Sizun, photographie lavieb-aile.

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Ici, un crocodile (une baleine ?) apparaît entre les pattes d'autres animaux.

Frise de l'église Saint-Suliau à Sizun, photographie lavieb-aile.

Frise de l'église Saint-Suliau à Sizun, photographie lavieb-aile.

Frise de l'église Saint-Suliau à Sizun, photographie lavieb-aile.

Frise de l'église Saint-Suliau à Sizun, photographie lavieb-aile.

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Contrefort.

Frise de l'église Saint-Suliau à Sizun, photographie lavieb-aile.

Frise de l'église Saint-Suliau à Sizun, photographie lavieb-aile.

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LE VERSANT EXPOSÉ AU NORD.

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Frise de l'église Saint-Suliau à Sizun, photographie lavieb-aile.

Frise de l'église Saint-Suliau à Sizun, photographie lavieb-aile.

Frise de l'église Saint-Suliau à Sizun, photographie lavieb-aile.

Frise de l'église Saint-Suliau à Sizun, photographie lavieb-aile.

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Frise de l'église Saint-Suliau à Sizun, photographie lavieb-aile.

Frise de l'église Saint-Suliau à Sizun, photographie lavieb-aile.

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Frise de l'église Saint-Suliau à Sizun, photographie lavieb-aile.

Frise de l'église Saint-Suliau à Sizun, photographie lavieb-aile.

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Frise de l'église Saint-Suliau à Sizun, photographie lavieb-aile.

Frise de l'église Saint-Suliau à Sizun, photographie lavieb-aile.

Frise de l'église Saint-Suliau à Sizun, photographie lavieb-aile.

Frise de l'église Saint-Suliau à Sizun, photographie lavieb-aile.

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Frise de l'église Saint-Suliau à Sizun, photographie lavieb-aile.

Frise de l'église Saint-Suliau à Sizun, photographie lavieb-aile.

Frise de l'église Saint-Suliau à Sizun, photographie lavieb-aile.

Frise de l'église Saint-Suliau à Sizun, photographie lavieb-aile.

Frise de l'église Saint-Suliau à Sizun, photographie lavieb-aile.

Frise de l'église Saint-Suliau à Sizun, photographie lavieb-aile.

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Frise de l'église Saint-Suliau à Sizun, photographie lavieb-aile.

Frise de l'église Saint-Suliau à Sizun, photographie lavieb-aile.

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Frise de l'église Saint-Suliau à Sizun, photographie lavieb-aile.

Frise de l'église Saint-Suliau à Sizun, photographie lavieb-aile.

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Frise de l'église Saint-Suliau à Sizun, photographie lavieb-aile.

Frise de l'église Saint-Suliau à Sizun, photographie lavieb-aile.

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CONCLUSION.

1. Les crossettes.

  Je crois que notre compréhension immédiate de ces lions faussement terribles, mais au fond bien débonnaires est très juste, et que, même si nous ignorions tout de la relation des hommes du XVIe siècle avec le monde animal, de ses représentations fantasmatiques, de ses croyances, nous sommes plus proches d'eux en entrant dans l'église en leur jetant un coup d'œil mi-amusé et mi-admiratif, en projetant sur eux notre propre bestiaire intérieur, que si nous nous pénétrons des théories savantes sur leur pouvoir apotropaïque (protecteur du mauvais-œil, ou protecteur du sanctuaire en éloignant le Malin, par "répulsion des semblables") ou de leur "visée moralisatrice par pouvoir du contre-exemple" qui convertit les animaux terrifiants en frères-prêcheurs. Nos prédécesseurs  du XVIe siècle "croyaient-ils en leurs mythes" et en ces monstres d'opérette ?  J'en doute. 

Mais je ne doute pas qu'ils aient eu, comme nous, le goût à tempérer l'ardeur de la foi  par une théâtralité amusante, grand-guignolesque avant l'heure.

Grand-guignolesque : "d'une horreur qui dépasse le bon-sens". Gageons que les bretons n'en manquaient pas.

2. La frise.

Elle ne nous reste opaque que si nous n'y voyons pas une succession de scénettes et de décors tirés des calepins d'un ornemaniste qui fait ici exhibition de son savoir-faire. Il ne serait pas très difficile de retrouver chacune de ces sujets sur des plinthes, des corniches, des jubés ou des porches, à la chapelle Saint-Fiacre du Faouët et même pas loin d'ici, sur les sablières de Sizun . Certes, certaines séquences excitent encore notre curiosité, mais sinon, où serait notre plaisir ?

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SOURCES ET LIENS.

 

— ABGRALL (Jean-Marie), « L´église paroissiale de Sizun et ses annexes », Bulletin de la Société archéologique du Finistère, Quimper, Société archéologique du Finistère, t. 28,‎ 1910, p. 129-138

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k207696j/f177.image

— CHAURIS (Louis) 2009, "Un édifice polyphasé singulièrement polylithique : l'église paroissiale de Sizun (Finistère), Bulletin de la Société archéologique du Finistère, 2009, t. CXXXVII, p. 115-130.

— COUFFON (René) et Alfred Le Bars, 1988, Diocèse de Quimper et de Léon : Nouveau répertoire des églises et chapelles, Quimper, Association Diocésaine de Quimper, 1988, p. 416-420.

http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/54730d797d70be488e00757c7d0fcef7.pdf

— DITTMAR (Pierre-Olivier), RAVAUX (Jean-Pierre), 2006,  « Significations et valeur d'usage : le cas des gargouilles de Notre-Dame de L'Epine », Etudes marnaises,‎ 2006, t.CCXXIII, p.46-50. 

https://www.academia.edu/6446935/_Significations_et_valeur_d_usage_des_gargouilles_le_cas_de_Notre-Dame_de_l_Epine_avec_J.-P._Ravaux_Notre-Dame_de_LEpine_1406_-_2006._Actes_du_colloque_international._LEpine-Ch%C3%A2lons_15_et_16_septembre_2006_t._II_2008_Etudes_Marnaises_t._CXXIII_p._38-80

— LE SEAC'H (Emmanuelle), 2014, Sculpteurs sur pierre en Basse-Bretagne. Les ateliers du XVe au XVIe siècle. Presses Universitaires de Rennes.

http://www.pur-editions.fr/couvertures/1409573610_doc.pdf

— LE SEAC'H (Emmanuelle), 1997, Les crossettes et les gargouilles dans quatre cantons du Finistère : Landerneau, Landivisiau, Ploudiry, Sizun. Mémoire de maîtrise d’histoire,  2 vol. 359 p. + 135 p. : ill. ; 30 cm.

 

— VIOLLET-LE-DUC (Eugène ) 1854-1868, « Gargouille », Dictionnaire raisonné de l’architecture française, Paris, Bance-Morel, , t.VI, p.24-28. 

https://fr.wikisource.org/wiki/Dictionnaire_raisonn%C3%A9_de_l%E2%80%99architecture_fran%C3%A7aise_du_XIe_au_XVIe_si%C3%A8cle/Gargouille

— Wikipédia "Gargouille".

https://fr.wikipedia.org/wiki/Gargouille

— Topic-topos : Sizun

http://fr.topic-topos.com/eglise-saint-suliau-sizun

— Infobretagne : Sizun

http://www.infobretagne.com/enclos-sizun.htm

— SPREV :

http://www.sprev.org/centre-sprev/sizun-enclos-paroissial-saint-suliau/

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Published by jean-yves cordier - dans Sizun
18 septembre 2016 7 18 /09 /septembre /2016 21:02

Formidable ! Marie-Suzanne de Ponthaud et Jean-Pierre Breton sous les voûtes : les nouveaux blochets de l'église de Sizun (29).

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Voir aussi :

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En novembre 2011, j'avais découvert les blochets de l'église de Plouedern (Finistère), et, après une patiente enquête, j'y avais identifié toute l'équipe chargée de la "restauration" (ou reconstruction) de l'église totalement détruite par un incendie. Il s'y trouvait Gérard Caillau, Architecte des Bâtiments de France, Gérard Jamain, patron du bureau d'étude de restauration, le peintre Paul Mériguet, le sculpteur Vincent Fancelli, le maire Hervé Ropars, le recteur Malléjac, le maître-verrier Hubert de Sainte-Marie, le sculpteur Mourad-Horch, au total 15 personnes représentées comme des marionnettes sur chaque blochet de la charpente.

Voir ici :

Les blochets de l' église Saint-Edern à Plouedern et sa restauration après sa destruction par la foudre le 24 mai 1974 : Réunion de chantier sous les combles !

Quelle ne fut pas ma surprise lorsque, visitant l'église Saint-Suliau de Sizun après la restauration de la charpente menée par l'entreprise Le Ber (Kerféos, Sizun) en 2012, une fois encore, levant les yeux, je découvrais deux personnages sculptés dans les blochets, et qui, manifestement, n'étaient pas perchés là depuis la Renaissance.

Il s'agissait de les identifier dare-dare.

On les trouvera dans l'extrémité occidentale du bas-coté sud de la nef, un espace exigu situé immédiatement à gauche de la porte d'entrée.

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Blochet moderne de l'église Saint-Suliau de Sizun, photographie lavieb-aile.

Blochet moderne de l'église Saint-Suliau de Sizun, photographie lavieb-aile.

Blochet moderne de l'église Saint-Suliau de Sizun, photographie lavieb-aile.

Blochet moderne de l'église Saint-Suliau de Sizun, photographie lavieb-aile.

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Cette fois-ci, je ne perdais pas de temps et je les identifiais en deux ou trois clics. Je trouvais d'abord un article en ligne du Télégramme de Brest du 9 décembre 2012 sous le titre Sizun Rénovation de l'église. Une visite des élus

"Mardi après-midi, Jean-Pierre Breton, maire, et Nicole Crenn, adjointe à la culture et au tourisme, ont réceptionné les travaux de rénovation de l'église paroissiale. Étaient présents: Mme De Ponthaud, architecte en chef des Monuments historiques, Mme Godet, son adjointe, M.Masson, conservateur régional des monuments historiques à la Drac (Direction régionale des affaires culturelles) de Rennes, M.Lemesle, ingénieur monuments historiques, M.Sénéchal, architecte des Bâtiments de France à Brest ainsi que les représentants des entreprises ayant participé au chantier: entreprises Le Ber Sizun, charpente, Goavec Pitrey, Brasparts maçonnerie, Davy, Saint-Brieuc, couverture, Molinier, polychromie. 
Près de 1.650.000EUR de travaux 
Débuté en septembre 2009, le chantier s'est achevé en octobre cette année. Les paroissiens ont ainsi pu assister aux offices de la Toussaint dans une église resplendissante. Le coût de la rénovation s'élève aux environs de 1.650.000EUR, subventionnés par l'État (Drac), la Région et le Département."
© Le Télégramme http://www.letelegramme.fr/local/finistere-nord/morlaix/sizun/sizun/renovation-de-l-eglise-une-visite-des-elus-09-12-2012-1936080.php#QWOv7df7LwkBeiuI.99 

Je trouvais ensuite sur le site de l'entreprise de menuiserie Le Ber  ces lignes :

"Restauration de charpente de l'église St Suliau à Sizun. Edifice classé Monuments Historiques en 1943. Durée des travaux de 26 mois, en trois tranches. Maître d'oeuvre: Madame De Ponthaud Architecte en Chef des Monuments Historiques."

www.ateliersleber.fr/realisations/charpente/restauration-de.../eglise-st-suliau-sizun

 

Il s'agissait de trouver en ligne une photographie de Madame l'Architecte en chef, afin de confirmer l'hypothèse. Le site copainsdavant.linternaute.com me fournit celle-ci, dans laquelle je retrouvais de manière assez convaincante les traits sculptés dans le bois :

 

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Je trouvais aussi une confirmation sur le site

http://www.une-vie-de-setter.com/article-en-cette-periode-de-l-avent-113635370.html

...et avec ce lien :

http://www.saintpoldeleon.fr/IMG/pdf/2016-01-14_itw_mme_de_ponthaud_-_bm_no80.pdf

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Madame Marie-Suzanne de Ponthaud, blochet de l'église Saint-Suliau de Sizun, photographie lavieb-aile.

Madame Marie-Suzanne de Ponthaud, blochet de l'église Saint-Suliau de Sizun, photographie lavieb-aile.

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Madame de Ponthaud, reconnaissable à sa mêche et à ses yeux bleus,  est représentée tenant un crayon et un mètre pliant dans la main gauche, une bourse et ses cordons dans la main droite et des rouleaux de plans sous le bras. De sa poche sort une montre, ou mieux, un chronomètre qui illustre son souci du respect des délais fixés

Voir les corrections des mots biffés en fin d'article !.

 

Madame Marie-Suzanne de Ponthaud, blochet de l'église Saint-Suliau de Sizun, photographie lavieb-aile.

Madame Marie-Suzanne de Ponthaud, blochet de l'église Saint-Suliau de Sizun, photographie lavieb-aile.

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Portrait.

 

Un portrait faisant la synthèse des données disponibles en ligne montre que l'Architecte en chef mérite largement sa place dans cet Olympe, dans ce bosquet sacré planté de blochet de chêne où les grands noms de la Restauration Patrimoniale accèderaient à l'immortalité par leur métamorphose.

Elle est la seule femme parmi  les 34 Architectes en chef des Monuments Historiques (ACMH) pour la France. Sélectionnés par la voie d’un concours d’État, les ACMH sont des architectes libéraux recrutés par le ministère de la Culture pour lui apporter leur concours dans l’accomplissement des missions de protection, de conservation et de mise en valeur du patrimoine architectural. Ils remplissent des missions d’avis, de conseil et d’assistance auprès des services du ministère pour les bâtiments classés et inscrits au titre de monuments historiques. Ils exercent également le rôle de maître d’œuvres, en particulier sur les édifices classés appartenant à l’État dans les circonscriptions qui leur sont attribuées. 

Elle dirige l'Agence de Ponthaud à Boulogne-Billancourt et l'Agence De Ponthaud-Bretagne à Crozon.

Diplômée de l'Institut de Construction industrialisé en 1988, de l’École Spéciale d’Architecture en 1989 et titulaire d’un master de l’École nationale des ponts et chaussées, elle a commencé par travailler dans l’agence d’un ACMH avant de suivre le cursus de l’école de Chaillot. Elle a ensuite passé le concours ACMH et ouvert son agence en 1997. Depuis elle travaille à la réfection de nombreux monuments historiques dans les départements dont elle a la charge : le Morbihan, le Finistère et l'Eure-et-Loire. Parmi la liste d'innombrables chantiers, figurent  la cathédrale de Chartres et le musée d’Orsay à Paris, la maison Pénanault à Morlaix, les églises de Locquénolé, de Saint Thégonnec et de Saint Jean du Doigt, les châteaux de Kerjean, de Maillé, le château du Taureau en baie de Morlaix, la tour Vauban à Camaret, l’abbaye Saint Mathieu à Plougonvelin ou le phare du Stiff à Ouessant, et la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon en 2016. 

 

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Madame Marie-Suzanne de Ponthaud, blochet de l'église Saint-Suliau de Sizun, photographie lavieb-aile.

Madame Marie-Suzanne de Ponthaud, blochet de l'église Saint-Suliau de Sizun, photographie lavieb-aile.

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La photographie accompagnant l'article du Télégramme (9 / 12/ 2012) m'a permis d'identifier tout aussi rapidement le second heureux élu de cette montée sur les planches, car j'ai facilement reconnu Jean-Pierre Breton, maire de Sizun depuis 1989.

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J'emprunte la photo suivante à Ouest-France du 6 août 2016 : le maire y est photographié devant l'arc de triomphe de l'enclos paroissial de Sizun, réalisé en coquillage.

 

Monsieur Jean-Pierre Breton, maire de Sizun , blochet de l'église Saint-Suliau de Sizun, photographie lavieb-aile.

Monsieur Jean-Pierre Breton, maire de Sizun , blochet de l'église Saint-Suliau de Sizun, photographie lavieb-aile.

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Monsieur le maire est représenté par le ciseau du sculpteur tenant entre les bras la maquette de son église paroissiale entourée des toits de son village, réputé pour ses ardoises.

Monsieur Jean-Pierre Breton, maire de Sizun , blochet de l'église Saint-Suliau de Sizun, photographie lavieb-aile.

Monsieur Jean-Pierre Breton, maire de Sizun , blochet de l'église Saint-Suliau de Sizun, photographie lavieb-aile.

Monsieur Jean-Pierre Breton, maire de Sizun , blochet de l'église Saint-Suliau de Sizun, photographie lavieb-aile.

Monsieur Jean-Pierre Breton, maire de Sizun , blochet de l'église Saint-Suliau de Sizun, photographie lavieb-aile.

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DISCUSSION.

Je tenais les quinze blochets  de Plouedern comme un phénomène unique expliqué par un contexte particulier. La découverte d'un autre exemple à Sizun remet en cause ces présupposés et entraine les questions suivantes :

L'exemple de Plouedern a-t-il joué un rôle déterminant pour la réalisation des blochets de Sizun ?

Qui a commandité ces blochets ? Le maître d'œuvre ? La mairie ? Est-ce une initiative du sculpteur ?

Cette pratique va-t-elle (ou bien a-t-elle déjà ) susciter une émulation d'imitation ?

CONCLUSION.

1) Les historiens de l'art se heurtent souvent au manque de documents dans l'étude des monuments anciens et peinent souvent à retrouver  le nom des artisans, à interpréter une inscription, à identifier un personnage et sa fonction, à préciser le rôle d'un commanditaire, etc.. Il me paraît désormais important, dans le cadre de l'éthique présidant à toute rénovation et toute restauration, d'anticiper les interrogations futures et de laisser une documentation pérenne  et accessible du travail entrepris.  

2) Si j'ai pu ici faire partager mon admiration pour le talent du sculpteur, et de l'entreprise Le Ber, ou mon enthousiasme face à la détermination de la Mairie et les compétences de l'Architecte en chef, et inciter les visiteurs à lever la tête vers la charpente, j'aurai réussi le but fixé.

3) Je sais ce qu'il me reste à faire : éditer un nouvel article sur les sablières et blochets anciens qui viennent d'être restaurés à Sizun : à suivre.

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LA SUITE...

La suite ? Elle ne se fit pas attendre, car j'ai rapidement reçu, en réponse à mes interrogations, un couriel d'Ewan Le Ber, l'un des deux frères de l'Atelier Le Ber "Menuiserie & Charpente". Comme le montre sa photo, que j'emprunte à leur site, Ewan, c'est le menuisier, alors que Steven est le charpentier ; ils sont à la tête d'une équipe d'une vingtaine de personnes.

 http://www.ateliersleber.fr/entreprise/equipe/anciens

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La réponse d'Ewan Le Ber, la voilà :

"Pour répondre à vos interrogations : Le chantier a été suivi par Steven Le Ber, mon frère (et réalisé par une équipe de l'entreprise évidemment), et les sculptures réalisées par moi même. La polychromie a été réalisée par Véronique Le Moine de St Urbain.

L'exemple de Plouedern a-t-il joué un rôle déterminant pour la réalisation des blochets de Sizun ? Oui, je connais bien l'église de Plouedern et j'ai toujours trouvé intéressant de marquer l'époque d'une restauration par un clin d’œil, ce qui se fait par ailleurs régulièrement. En complément, je vous signale qu'il y a deux autres blochets dans l'église qui caricature Mr et Mme De Rohan, dans le transept Nord côté Ouest. Ces deux blochet encadrent une ancienne porte appelée la porte des Rohans, et c'est pour cela qu'ils sont tournés l'un vers l'autre alors qu'ils devraient normalement être perpendiculaires au mur comme des blochets "normaux". J'ai juste caricaturé les visages (et je ne crois pas que grand monde le sache), leurs attributs étant deux de ceux qui manquaient dans les instruments de la passion du Christ présents dans l'église. Il y a également un punk caché dans les personnages des sablières de ce même transept, la tête d'origine était vermoulue et nous en avions un à l'atelier à cette époque! A vous de le trouver...!

Qui a commandité ces blochets ? Le maître d'œuvre ? La mairie ? Est-ce une initiative du sculpteur ? C'est une initiative de l'entreprise. Aucune demande n'a été faite au préalable si ce n'est un accord de principe à la personne de l'agence De Ponthaud qui suivait le chantier pour savoir comment elle percevrait cela. Elle l'a également découvert en fin de chantier. Petites corrections cependant dans votre article: Madame de Ponthaud, reconnaissable à sa mêche et à ses yeux bleus,  est représentée tenant un crayon et un mètre pliant dans la main gauche, (une bourse et ses cordons) un fil à plomb dans la main droite et des rouleaux de plans sous le bras. De sa poche sort une montre, ou mieux, un chronomètre qui illustre son souci du respect des délais fixés (avec une montre arrêtée sur 12H05 pour marquer que tout ne s'est pas fait exactement dans les temps!)
Pour Jean Pierre Breton, nous lui avons gardé la surprise jusqu'au jour de l'inauguration où il l'a découvert. Le village dans ses bras est clairement une idée reprise de Plouedern, j'avais trouvé cela vraiment symbolique et pertinent. 

Cette pratique va-t-elle (ou bien a-t-elle déjà ) susciter une émulation d'imitation ? Je ne sais pas, en tout cas nous le faisons régulièrement que cela soit sur des édifices religieux ou particuliers (par exemple l'architecte avec son chien et sa jambe en bois dans un château). Il faut pour cela que nous "sentions" la chose et que cela soit naturel, et fait avec envie."

Passionnant et drôlement sympa, non ? Et en cadeau, il m'a joint la photo suivante :

 

 

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Le blochet de Marie-Suzanne de Ponthaud en cours de réalisation. Photographie Atelier Le Ber.

Le blochet de Marie-Suzanne de Ponthaud en cours de réalisation. Photographie Atelier Le Ber.

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Published by jean-yves cordier - dans Chapelles bretonnes. Blochets Sizun

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