Le vestige du calvaire (Roland Doré, kersantite, 1627) de l'ancienne chapelle Saint-Conval dans la Forêt domaniale du Cranou à Hanvec . La fontaine.
PRÉSENTATION
La forêt du Crannou était, sous le règne de Louis XIV, exploitée pour les bois destinés aux constructions navales. Une maison et ses dépendances étaient affectées à l'Intendant dirigeant l'exploitation et une chapelle dédiée à saint Conval était alors desservie.
La chapelle.
Cette chapelle Saint-Conval à plan en croix latine, datait du XVIe siècle si on en juge par la date de 1588 que portait un bénitier à l'intérieur ; elle est figurée sur le cadastre napoléonien, à côté de la croix. Elle mesurait environ 20 mètres de longueur et se composait d'une nef de 6 mètres de largeur, d'un transept à deux branches et d'une abside à trois pans. Le petit clocher, à unique chambre de cloche, avait pour couronnement un dôme et un lanternon carré. Au côté droit de la porte ouest, se trouvait une table d'offrandes, engagée dans le mur et portée par deux encorbellements ; elle était abritée par une sorte d'auvent ou de toiture avancée soutenue par deux poteaux en pierre.
En 1928 les statues de la chapelle Saint-Conval, exposées au vol car on pouvait facilement pénétrer dans cette chapelle isolée, sont transférées dans l'église du bourg, sur décision du recteur d'Hanvec.
Le prêtre attaché autrefois au service de la chapelle de Saint-Conval, avait sa maison au village de Kervinou, où elle est encore désignée sous le nom de maner Sant-Conval.
Jusqu'en 1950, un prêtre de Hanvec venait dire la messe le deuxième dimanche de chaque mois dans une chapelle dédiée à saint Conval. Les fidèles venaient y jeter des pièces dans l'espoir d'obtenir des miracles. En 1942, considérant que la chapelle est trop éloignée pour les séances de catéchisme, le curé de l'époque demande son transfert à Kerancuru. La nouvelle chapelle, réédifiée à Toulboën, n'a conservé de l'ancienne chapelle Saint-Conval que son clocher. Le pardon de Saint-Conval a lieu le dernier dimanche de juillet. Le mobilier de l'ancienne chapelle, notamment une niche à volets de saint Conval et sa statue, sont conservés dans l'église d'Hanvec.
Son souvenir est conservé sur une photographie ancienne du début du 20e siècle, où l'on distingue l'auvent sur poteaux de granite qui abritait la table d'offrande engagée dans le mur au côté droit de la porte ouest.
La légende de saint Conval, Mojenn sant Konval
Vers l'an 600, saint Conval, ermite du pays de Galles se serait établi au bois du Gars, entre Hanvec et l'Hôpital-Camfrout, afin de bâtir son ermitage. La légende dit qu'il aurait coupé quelques pieds de chêne que le seigneur gardait pour faire des timons de charrette. Ce dernier, furieux, le chassa du bois du Gars. Saint Conval lui aurait alors dit (en faisant des rimes) :
E Coat-ar-Harz
Biken goal-kar n'vo kad ebars.
« Dans le bois du Gars, il n'y aura jamais un arbre à tirer un timon de charrette ».
Saint Conval se réfugia alors dans la forêt du Cranou où le seigneur propriétaire avait l'âme plus compatissante et l'autorisa à disposer de tous les arbres qui lui plairait. Saint Conval fit alors cette promesse, toujours en rimant :
E coat ar C'hranou
Birviken coat na vankou.
« Dans le bois de Cranou, jamais le bois ne manquera ».
Le calvaire.
Du calvaire qui appartenait à la chapelle Saint-Conval ne subsiste que le fût d'une ancienne croix dont les personnages étaient tombés (ou renversés à la Révolution) et étaient remisés au bas de la nef. Sur ce fût, est gravée cette inscription : "R . DORE . MA . FAICT." alors que le soubassement porte la date de 1627. Roland Doré, maître sculpteur à Landerneau, fut nommé sculpteur du roi en Bretagne en 1649.Atlas 747. calvaire en granite à fût chanfreiné et griffes sur socle cubique et emmarchement à trois degrés a perdu son croisillon à une date inconnue, avant le milieu du XXe siècle. Un socle cubique porte dans un cartouche la date de 1627. Sur son fût à pans et à griffes se lit l'inscription, également sur un cartouche : "R. DORE MA FAICT".
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Note : La commune de Hanvec conserve aussi trois calvaires de 1613 (Atlas 751), 1615 (Atlas 753) et 1638 (Atlas 757), et le calvaire de Boudouguen, lieu-dit Croas-ar-Huré qui date de 1622 et est également dû à l' atelier de Roland Doré (Atlas 746). Sur la croix de Lanvoy Atlas 755, qui possède une Vierge à l’Enfant de 1556, le restaurateur a posé sur le bas du Christ de 1556 un haut de crucifix de Roland Doré (vers 1630) (Yves-Pascal Castel 1980)
A propos de Roland Doré (vers 1585-1663), un sculpteur d'exception.
Son atelier de Landerneau, travaillant la kersantite — une pierre exceptionnelle pour sa tendreté à la taille, la finesse de son grain et sa résistance à l'érosion, — extraite en rade de Brest autour de Loperhet, est le plus renommé en Bretagne pour le XVIIe siècle.
Son activité commence à Penmarc'h en 1618. Il réalise en 1622 à Saint-Thégonnec la croix de Coslen sans doute comme compagnon du Maître de Plougastel (1570-1621), on le retrouve en 1621-1622 à Hanvec en tant que maistre Rolland Doré" dans un acte de réparation de la croix du cimetière, aujourd'hui à Boudougen-Croas-ar-Huré.
Il atteint la maturité de son style lorsqu'il réalise le porche de Guimilau en 1624 (le chantier avait été débuté en 1606 par le Maître de Plougastel). Il a travaillé pour plus de 82 paroisses
Sculpteur, mais aussi architecte à Landerneau dans la première moitié du XVIIe siècle, Roland Doré — qui se désigne lui-même comme « sculpteur du Roi » — et son atelier ont réalisé une soixantaine d’œuvres, en kersantite, principalement dans le Léon et le nord de la Cornouaille. Ses sculptures portent l’empreinte stylistique de son atelier (visages ronds au profil tranchant, drapés stylisés).
Voir les œuvres de Roland Doré dans ce blog :
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Le calvaire démantelé (kersanton, Roland Doré, vers 1630) de Plourin-lès-Morlaix.
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Calvaire de la chapelle Saint-Côme de Saint-Nic.
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Les calvaires de Dirinon II. Le calvaire de la Croix-Rouge ou Beg-ar-Groaz (vers 1640).
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Le calvaire (Roland Doré, 1630) de la chapelle Saint-Claude à Plougastel.
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Saint-Ségal : le calvaire du bourg (vers 1550 et 1630, kersanton, atelier Prigent et Roland Doré).
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Le calvaire (Roland Doré, 1655) de la chapelle Saint-Vendal de Douarnenez (quartier de Pouldavid).
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Le calvaire (Roland Doré, 1655 ?) de la chapelle Saint-Vendal de Douarnenez : de nouvelles photos.
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Le calvaire (kersantite et granite, v. 1630-1650, Roland Doré) de Senven-Léhart.
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La Déploration (kersanton, Roland Doré, milieu XVIIe siècle) de l'église Saint-Idunet de Châteaulin.
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Les sculptures de l'église de Bodilis : les Fonts baptismaux.
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La tendre main de l'ange et le sommeil éternel : les treize gisants du cloître de la cathédrale de Tréguier. (dont 3 gisants de Roland Doré)
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Le gisant de Jacques Barbier (kersanton, Roland Doré, 1638) au Musée du Léon de Lesneven .
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Le gisant (kersanton, 1638, Roland Doré) d'Auffray du Chastel en l'église de Landeleau.
Le fût qui était brisé a été réparé.
La fontaine.
La fontaine de la forêt de Cranou (première moitié XVIIe siècle), située à 200 mètres au nord de la chapelle, est abritée par un grand édicule à voûte ogivale en moellons de schiste. À l'intérieur, la statue du saint, protégée actuellement d'une grille, est une copie de l'originale, en kersanton, qui est conservée dans l'église. Il est représenté en évêque, vêtu de la chape, mitré, tenant la crosse, et bénissant.
On priait le saint quand il y avait besoin d'eau, et quand cela tardait trop on prenait de l'eau dans la fontaine pour arroser sa statue : une ouverture sur sa face nord-ouest permet de voir le saint de profil et de toucher ou d'arroser sa tête.
Les fidèles venaient y jeter des pièces dans l'espoir d'obtenir des miracles, ou chantait ce cantique.
En ho chapel Coat-ar-C'hrannou
Sant Conval, tan an dud kez,
Or peden déoc'h'zav d'an envou
En on enkrez
La pierre d'écoulement des eaux située devant la fontaine est en schiste, elle est creusée d'une rigole et de deux cuvettes de 10 cm de diamètre destimées à un usage dévotionnel.
SOURCES ET LIENS
—CASTEL (Yves-Pascal), 1980, Atlas des croix et chapelles du Finistère, Quimper, Société archéologique du Finistère, "Hanvec", n°747
https://societe-archeologique.du-finistere.org/croix/hanvec.html
—CASTEL (Yves-Pascal), 1988, Roland Doré et les enclos paroissiaux, musée des Jacobins de Morlaix.
https://bibliotheque.idbe.bzh/data/cle_233/roland__dore__et__les_enclos__paroissiaux.pdf
—CASTEL (Yves-Pascal), 1985, « Roland Doré, sculpteur du roi en Bretagne et architecte (première moitié du XVIIe siècle) », Bulletin de la Société archéologique du Finistère, tome 94.
— Base MERIMEE
https://pop.culture.gouv.fr/notice/merimee/PA00090002
— LE MENN (Hervé), 1974, Istor Hanveg page 47
https://bibliotheque.idbe.bzh/data/cle_46/Istor_Hanveg_Parrez_ha_Kumun_.pdf
— LE SEAC'H (Emmanuelle), 2014, Sculpteurs sur pierre en Basse Bretagne Les ateliers du XVe au XVIIe siècle
—PEYRON, notice de Hanvec, bulletin diocesain BDHA
https://bibliotheque.diocese-quimper.fr/items/show/355
https://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:Hanvec_Calvaire_Cranou.JPG
https://fr.wikipedia.org/wiki/Conval#/media/Fichier:DSC01187_Calvaire_Saint-Conval.jpg
https://monumentum.fr/monument-historique/pa00090002/hanvec-fontaine-et-calvaire-de-saint-conval
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