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27 février 2018 2 27 /02 /février /2018 12:46

Les sablières (1508) du bas-coté de l'église Notre-Dame de Grâces (22).

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Pour la première partie, voir :

Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces (22).

 

Sur  les sculptures en rapport  avec celles-ci, voir :

 

Pour les autres articles sur les sablières, tapez ce mot sur l'onglet "Rechercher".

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La chapelle Notre-Dame de Grâces, dont la première pierre de l'édifice fut posée le 12 mars 1506 suit le plan  d' un rectangle formé de deux nefs de largeur inégale. La charpente ayant été achevée en 1508, j'adopte cette date pour les sablières sculptées des deux parties. J'ai décrit dans l'article précédent les sablières de la nef principale, aux 16 pièces divisées en deux ensembles qui se font face, au nord et au sud.

 Le bas-coté sud  comprend , sans compter la sacristie du XVIIe siècle, quatre travées, et cette division se retrouve, à l'extérieur, dans la séquence des quatre baies coiffées de lucarnes à rampants à crochets .

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Cliché GO69 sur Wikipédia Façade méridionale de l'église Notre-Dame à Grâces (22).

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Chacune de ces travées détermine autant de chapelles ou d'espaces quadrangulaires intérieurs, qui sont dotés, sur trois cotés, de sablières. Je devrais donc décrire douze pièces sculptées, groupées par trois. 

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I. 1 : Affrontement de dragons. L'Ivrogne et sa femme. Blochet.

I. 2 . Frise de vigne entre deux hommes.

I. 3 : Rinceau craché par un dragon.

II.1   : perdu ou absent

II. 2 : inscription de fondation 1506 et 1508.

II. 3 : Trois moines dans une brouette conduits par des esprits.

III.1. Scène d'exorcisme par un moine. L'Annonciation.

III.2 : Renart et les poules.

III.3 : Rinceau . deux anges présentant un panneau.

IV.1 : Sainte Face présentée par deux anges. Rinceau craché par un dragon. Blochet.

IV.2 : Blason du duché de Bretagne présenté par deux anges.

IV. 3 : fragments. Lion affrontant une licorne, entre deux chiens.

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I. PREMIÈRE TRAVÉE.

 

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Cliquez : Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Cliquez : Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Cliquez : Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église  Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Cliquez : Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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I.1. Le coté est. 

I.1a. Deux dragons affrontés.

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Deux dragons s'affrontent : gueules ouvertes, ils semblent rire ou faire fonctionner leur langue. Celui de droite, au corps ramassé, couvert de pustules creuses, porte des ailes nervurées. Sa queue, passant entre ses cuisses,  est courte. Son vis-à-vis, tout aussi jovial,  a le corps couvert de nodosités et le dos déformé par une longue ligne d'épines. Son aile, moins visible, est marquée par des écailles. Il est plus long, comme étiré, sa queue remonte plus haut. Une sorte de tentacule verruqueuse, sortie  de je ne sais où, lui sert d'écharpe.

Qu'est-ce qu'ils se racontent ? Des histoires de dragonnes. 

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Cliquez : Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église  Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Cliquez : Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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 Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église  Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

I.1b. Ivrogne rappelé par son épouse.

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Au centre, Monsieur, main sur la tête car il  a mal aux cheveux,  refuse de lâcher son tonnelet . Pris de nausée, il se penche pour se soulager. 

A droite, un compagnon de beuverie est à genoux, le corps renversé en arrière, l' œil torve et la bouche tordue. Il porte un harnachement sans-doute militaire. 

Comme sur les sablières sud de la nef, l'artiste n'a pas son pareil pour accentuer la promiscuité des occupants de l'espace exigu de la corniche en la soulignant, ici, par la semelle de la chaussure de l'ivrogne tordue sous la pression qu'elle exerce sur la cuisse du soldat.

Madame, à gauche, fait des efforts surhumains pour parvenir à sortir son mari hors de l'auberge. Elle s'est assise par terre et, penchée de tout son long, elle tire, elle tire, et nous prend à témoin ou nous appelle à l'aide. Tous les détails des vêtements ou du chaussage sont reproduits, nous procurant des documents passionnants.

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 Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église  Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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 Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église  Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église  Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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 Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église  Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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 Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église  Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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I.2. Le coté nord. Homme et frise de vigne.

C'est une authentique vigne, avec feuilles, vrilles et grappe, mais dans laquelle poussent des glands saugrenus.

 Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église  Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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 Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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I.3. Le coté ouest. Dragon et feuillages.

C'est un dragon un peu simplet, sans beaucoup de relief, qui libère cette frise de roses aux longues épines.

 Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église  Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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DEUXIÈME TRAVÉE.

La porte dite de l'Annonciation en raison de son bas-relief donne accès, de l'extérieur, à cet espace. 

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Porte de l'Annonciation , église de Grâces, photographie lavieb-aile septembre 2017.
Porte de l'Annonciation , église de Grâces, photographie lavieb-aile septembre 2017.

Porte de l'Annonciation , église de Grâces, photographie lavieb-aile septembre 2017.

 

 

II 1. Le coté est.

Pas d'image !! Un oubli ?

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II.2 Coté nord : Deux inscriptions de fondation présentée par trois anges.

Cette sablière monumentale se présente d'emblée à la vue du fidèle qui entre par la porte de l'Annonciation : elle occupe donc un emplacement important, celui d'un seuil (aucune des deux portes sud n'ont de porche voûté). 

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 Sablières (1508) du bas-coté sud de la chapelle Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Sablières (1508) du bas-coté sud de la chapelle Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Sur l'inscription de gauche, on peut lire :

LE DOZIESME JOUR DE MARS LAN DE GRÂCE MIL CINQ CENTZ

ET SEIX FUT LA PREMIERE PIERRE DE CESTE CHAPPELLE ASSYS.

"Le douzième jour de l'an de grâce 1506 fut la première pierre de cette chapelle assise."

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 Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église  Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

 

 

 

 Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église  Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Je déchiffre la seconde inscription ainsi :

LE CINQIES[M]E JO[UR] DE JAFFRUER LA[N] MIL  VC ET VIII FUT LE BOIES DE CESTE CHAPPEL[L]E ASSIS : AU Q[U]EL TE[M]PS ESTOIT MAISTRE JEHA[N] LE D[O]RNEC RECT[EU]R DE LA P[A]ROISSE DE PLOEIZY ET GO[U]VE[R]N[R]S DE LA DI[C]TE CHAPELLE JEHA[N] ET AULT[R]E JEH[AN] BELLES.

Seule le mot "JAFFRUEUR" est sujet à caution.

Ma transcription est : "Le cinquième jour de janvier l'an 1508 fut le bois (la charpente) de cette chapelle assis : auquel temps était maître Jean Le Dornec recteur de la paroisse de Plouisy et gouverneurs de la dite chapelle Jean et autre Jean Bellec."

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1°) Le nom du recteur Jehan Le Dornec.

Le nom du recteur n'a pas été respecté par René Couffon qui lit 

"Le cinquiesme jour de Janvier l'an mil Vcc  et VIII fut le boies de cette chappelle assys auquel temz estoit Maistre Jehan Le Dirvec recteur de la paroisse de Plouisy et gouverneurs de la dicte chapelle Jehan et autre Jehan Le Bellec." (R. Couffon)

Pourtant, il est attesté par un document produit par Simonne Toulet : 

"Nous avons des renseignements très précis. D’abord, en 1507, la nomination par le recteur de Plouisy des gouverneurs de Notre-Dame-de-Grâces :  « Maistre Jehan Le Dornec recteur de la parroesse de Ploeizi et treff de Saint Michel près de Guingamp certifie et relatte à touz présentz et à venir que paravant cestes heures moy dit recteur pour mon intérêt et les treffvians dudit treff de Saint Michel pour leur avoir mis et institué Jehan Baelec et aultre Jehan Baelec du village du Beusit près dudict Guingamp et chacun d’eulx à gouverneurs et administrateurs des biens et aulmosnes escheuz et que escherront le temps futur en la chapelle Nostre Dame de Grace nouvellement encommanzée audit treff audit village du Beusit. « Témoign cestes signées de ma main et de Yvon Guezou notaire à ma requeste le traezième jour de septembre lan mill cinq centz sept. »

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Mais Simonne Toulet  donne néanmoins au recteur (par lapsus) le nom de Jehan Le Bellec" lorsqu'elle lit  l'inscription ainsi :

"Quand on entre par la porte de l’Annonciation, on repère un texte écrit sur une sablière, l’avant-dernière de la série du bas-côté : « Le douzième jour du mois de mars mille cinq cents et seix fut la première pierre de cette chapelle assise . Le cinquième jour de febvrier de l’an mille VC et huit fut le bois 7 de cette chapelle assis auxquels temps étaient maistre Jehan Le Bellec recteur de la paroisse de Plouisy et gouverneurs de la dite chapelle Jehan et autre Jehan Le Bellec. » "(S. Toullet 2010)

À la monstre de Tréguier de 1481, un Jean Le Dornec est présent à pour la paroisse de Plouegat, un peu à l'ouest de Guingamp. Un autre Jehan Le Dornec, ainsi que Charles Le Dornec, comparaissent tous les deux en archers pour  la paroisse de Quemper-Guezennec. On peut penser que le recteur est issu de cette famille noble des environs de Guingamp. 

Voir aussi : Jean le Dornec  sieur de la Villeneuve  †/1577 

https://gw.geneanet.org/quellec?lang=fr&iz=3014&p=jan&n=le+dornec

Et sa fille Péronelle Le Dornec, Ploézal (22) 1564-1637

https://gw.geneanet.org/quellec?lang=fr&p=perronelle&n=le+dornec

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2°) Le nom de la paroisse, Ploeisy.

 

PLOEISY est la forme de l'actuelle commune de PLOUISY, Ploe de saint Isy. 

On rencontre les appellations suivantes : Ploegi (vers 1330), Ploeizi (en 1369), Ploeyzy (à la fin du XIVème siècle), Ploizy (en 1461), Ploeizy (en 1481), Plouisy (en 1581). (Infobretagne)

 

A Plouisy, jusqu'au XVIème siècle, l'église Saint-Michel, aujourd'hui détruite, était la paroisse-mère et Saint-Pierre, la chapelle tréviale. Après le XVIème siècle, s'est l'inverse jusqu'à la Révolution, mais Saint-Michel qui comprend Grâces en est distraite.

Grâces (anciennement Saint-Michel) est en effet un démembrement de l'ancienne paroisse primitive de Plouisy. Selon la tradition, les origines de Notre-Dame de Grâces sont dues à un mendiant franciscain, qui aurait construit, au lieu-dit la Boissière, un petit oratoire en terre, dédié à saint Michel.

La trève de Saint-Michel est citée en 1261. Saint-Michel est mentionnée comme paroisse dès 1380. La paroisse de Saint-Michel est alors une succursale de la paroisse de Plouisy. En 1506, une chapelle dite Notre-Dame de Grâce est construite, au village de la Boissière (en Saint-Michel). Cette chapelle devient le siège d'une paroisse en 1803. (Infobretagne)

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3°) Les noms des gouverneurs : Jehan et Jehan Bellec.

L'un des deux était surnommé "l'ermite de Saint-Michel"  Le 20 mai 1 506, l'évêque de Tréguier accorde son consentement à «Jehan Bellec et autre Jehan Bellec dit l'ermitte du village du Beuzit » pour « construire et édifier de nouveau la dite chapelle en l'honneur de ND de Grâces et de Saint-Bertholomé [. . .] parce que les dits Bellec faisant le dit décret avoient promis et s'estoient obligé o touz leurs biens maintenir la chapelle à jamais en cas que les aulmônes et esmolluments d'icelle chapelle eussent été insuffisants " ( H. Le Goff 2004)

 

 

Le 17 mars courant, l'agrément, pour l'édification de la chapelle Notre-Dame de Grâces, était accordé par le pape JULES II.

« 21 may 1506, Guingamp sénéchaussée de Plouisis. Consentement des habitants de la trêve de St-Michel et du recteur de la paroisse à ce que Jehan BELLEC et aultre Jean BELLEC, appelé l'hermite de St-Michel, eussent fait construire au milieu du village de La Boissière en la dite trêve une chapelle en l'honneur de Notre-Dame de Grâces » Le même acte renferme le consentement de Pierre de KERISAC qui « y est reconnu le fondateur de la dite chapelle attendu que le terrain où on voulait construire était son propre domaine et on consentit qu'il fut mis les armes au lieu le plus éminent. »

 La pierre nécessaire à la construction provenait de la carrière de La Boissière (Ar Veuzit).

Acte constituant les frères Jehan LE BELLEC gouverneurs de Notre-Dame De Grâces le 13 septembre 1507.

« Maitre Jehan LE DORNEC, recteur de la paroisse de Ploëzi et treff de Saint-Michel près Guingamp certiffie et relatte a tous présentz et a venir que paravant cestes heures moy dit recteur pour mon interest et les tréffians dudit treff de Saint-Michel pour le leur avoir mis et institué Jehan BAELEC et aultre Jehan BAELEC du villaige du Beusit près dudi Guingamp et chacun d'eulx à gouverneurs et administrateurs des biens et aulmosnes escheuz et que escherront le temps futur en la chapelle Notre-Dame de Grâce nouvellement encommanzée audit treff audit village du Beusit. Temoign cestes signées de ma main et de Yvon GUEZOU notaire a ma requeste le traezième jour de septembre l'an mil cinq centz sept. »

Plusieurs procès et requêtes opposèrent les gouverneurs LE BELLEC à Pierre RENAULT DE KERISAC.

« request présentée au parlement de la part de Jean BELLEC dit lermite gouverneur de la chapelle de Notre-Dame de Grâce contre Maitre Yves FELUZON curateur de Pierre REGNAULT au sujet de l'opposition que ce dernier avait formé lors de la construction de la chapelle parce qu'il prétendait en être fondateur comme propriétaire du fond. »

et aussi le 7 novembre 1536 :

« procédure relative à l'opposition formée par le sieur de KERISAC contre les gouverneurs de la chapelle de Notre-Dame de Grâce touchant des galleries et appentis qu 'ils prétendaient faire construire au poignant de la dite chapelle. »

8 octobre 1559, sénéchaussée de Guingamp - Plouisy :

« transaction passée entre Mgr le Duc D'ETAMPES et écuyer Pierre RENAULT sieur de KERIZAC qui permet à ce dernier de faire apposer ses armes et escussons sur toutes les vitres de la chapelle de Notre-Dame de Grâces en dessous de celle du duc et de bâtir une halle pour la dite chapelle. »

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Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église  Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église  Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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II 3 . Coté ouest. Trois moines conduits dans une brouette par des démons grimaçants.

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" D'autres influences se sont sans doute exercées : la fameuse «brouette» existait aussi sur une fresque (disparue) du Mont-Dol. A l'origine, c'était un petit tombereau à 2 roues (bi rota), la brouette moderne à une roue date du XVIIe siècle." (sans nom, APG 1990)

"L'esprit satirique n'est nullement absent et plusieurs personnages sont des moines dans des attitudes parfois peu édifiantes. A tel point que le diable les entasse dans un véhicule (brouette ?) pour les conduire vers l'enfer (Illa). N'oublions pas que sur la façade sud de l'église quelques vues de gargouilles sont aussi des moines vomissant l'eau à pleine bouche (les Franciscains et les Dominicains étaient installés à Guingamp dès la fin du XIIle siècle et c'est un Cordelier qui fit les plans de la chapelle de Grâces)." (sans nom, APG 1990)

 

"Après la tentation, le châtiment… la descente en enfer.— Deux démons encadrent une brouette (sans pieds) dans laquelle se trouvent trois personnages – une femme, un homme et un autre qui tient un livre, peut être un moine. Ces diables sont particulièrement effrayants, certains ont plusieurs têtes." (S. Toulet)

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"A la différence des autres figures, les grylles ne présentent pas de « type iconographique «  défini, de par la nature insolite de leur aspect. Ils sont cependant aisément reconnaissable à leurs bustes humains et à leurs bas-corps zoomorphes. L'existence de quelques créatures particulières, les grylles « gastrocéphales », doit être signalée. Ces êtres dont les traits du visage sont reportés sur la poitrine, sur les articulations et sur le sexe, se distinguent des premiers à leur nature maléfique. Ils sont fréquent dans les peintures du bas Moyen-Âge, en particulier dans les scènes illustrant le Jugement Dernier ou l'Apocalypse, où ils infligent des supplices aux damnés." (S. Duhem p. 167-168)

 

"Trois moines tremblants sont assis dans une brouette poussée par un diable vers les Enfers. Ce thème apparaît sur une gravure d'Erhard Schoen actif à Nuremberg au début du XVIe siècle. (The Illustrated Bartsch)" (S. Duhem)

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Là où des moines ont été reconnus, je vois trois hommes sans tonsure, avec des chevelures bouclées, levant le visage vers le ciel. L'un a les mains jointes, l'autre se tient les mains, le troisième tient un livre. Ils sont placés dans une brouette dont la roue est tenue  par un personnage à genoux et au corps projeté en avant, vêtu d'une robe boutonné sur le devant, qui lève le bras droit au dessus de sa tête. Ses yeux, ses narines, ses oreilles  et sa bouche crénelée sont creusés, un peu comme on le fait dans une citrouille d'Halloween. 

A droite, c'est clairement un grylle qui est accroupi entre les bras de la brouette. Ses pieds ressemblent à des racines griffues, son ventre est une bouche à la mâchoire ouverte sur un thorax, l'épaule est une tête complète, le coude est une tête de serpent dardant trois lames en guise de doigts. La tête est grimaçante, dotée de deux antennes au dessus d'yeux excités. Tout cet ensemble est si hétéroclite que notre raison est désarçonnée. 

Cette sablière est exceptionnelle par son originalité et par l'effet saisissant qu'elle suscite. Mais son étude iconographique, et son interprétation, doivent être développées. C' est aussi le cas de la pièce suivante.

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Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église  Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église  Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église  Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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TROISIÈME TRAVÉE.

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III.1. Coté est :

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III.1a .Scène d'exorcisme par un moine après échec de trépanation. Fuite du démon.

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La trépanation.

Deux scènes centrales sont est encadrées par deux grylles, tels que nous venons d'apprendre à les découvrir sur la pièce précédente. Là encore, la multitude mélangée en désordre de doigts et de pieds, de becs ou d'yeux, crèe ce trouble de la pensée qui est recherché par l'artiste. 

A gauche, après ce premier grylle vient un personnage de face, dans une robe lacée par devant par un ruban en zig-zag. Cet homme écarte les deux bras, ses yeux sont levés vers le ciel, et nous pouvons penser, au vu du contexte, qu'il est en pleine crise d'épilepsie, ou de démence. 

À sa droite, un homme dont les longs cheveux bouclés sont coiffés d'un bonnet est peut-être un médecin. Il tient des deux mains le manche d'un outil dont la lame est dirigée vers le crâne du malade. J'y vois un trépan. Comparez à L'extraction de la pierre de folie, par Jérôme Bosch, un tableau datant de 1488-1516 et donc  à peu près contemporain de ces sablières. J'y retrouve la posture bras écartés du dément, ses yeux hagards, et  le laçage en zig-zag d'une camisole. L'instrument utilisé sur la sablière pourrait être comparé à ce trépan des années 1950.

Pourtant, je ne retrouve pas d'indication en ligne d'un auteur ayant identifié ici une trépanation. Ni, plus généralement, d'indication sur une scène de trépanation sur une sablière médiévale.

La folie de cette intervention est peut-être dénoncée par les pieds-nus du chirurgien-barbier. Ou par sa bouche ouverte et creuse, qui répond à celle des grylles-citrouilles.

L'exorcisme.

Un autre groupe de trois sujets occupe la partie droite. C'est d'abord un moine (cheveux taillés courts en couronne et recouverts de la coule) qui impose ses mains sur le crâne d'un (vraisemblable) malade ou possédé. Il est difficile de dire si le regard  du moine, tourné vers le ciel, est celui d'un clerc implorant Dieu ou celui d'un illuminé. S'il s'agit d'un exorcisme, celui-ci semble efficace, car un grylle s'enfuit en tirant la langue.

http://www.lavieb-aile.com/2015/09/sablieres-inscriptions-et-pardon-de-la-chapelle-saint-sebastien-au-faouet-56.html

Discussion.

La description de ces deux scènes par Simonne Toulet est la suivante :

"L’exorcisme.— Un moine pose la main sur le front d’un homme. Il semble prier – les yeux fermés pour ce pauvre « possédé » – et l’on voit effectivement un démon qui s’enfuit.

Sur l’autre partie, un diable est niché à l’extrémité gauche ; devant lui, un buste de femme et un homme qui porte un outil : est-ce un sculpteur ? Rêve-t-il de « créer » une femme ? Quel péché d’orgueil ! Le diable le guette ; mais participe-t-il à l’ouvrage ? il tient un maillet dans sa main droite… La « possession » par le démon est fréquemment évoquée au Moyen Âge : elle a d’ailleurs des références bibliques."

 

J'ai déjà décrit une autre scène d'exorcisme sur les sablières du bras nord du transept de la chapelle Saint-Sébastien du Faouët.

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Mais elle est plus tardive de près d'un siècle (1600) et l'aspect cérémoniel y est accentué : deux moines, le premier tenant un livre (le rituel liturgique sans-doute) et l'autre imposant les mains, font face à un homme à genoux, mains jointes, se prosterne devant l'exorciste (dans lequel on a proposé de reconnaître saint Martin). Un animal à la gueule féroce s'enfuit sur la droite. Tout cela est sage, pieux, univoque, alors que le sculpteur de Grâces a dressé un tableau tronqué (le moine et son possédé sont montrés en buste), expressionniste, fébrile, aux postures outrées, emporté par de grands mouvements des plis des vêtements, qui ne permet pas de s'arrêter à une interprétation cléricale où les sablières forment "un livre d’images saintes destinées à un public en partie illettré, le prêtre les utilisant comme support de ses prédications" (S. Toulet). Bien au contraire, ces sablières sont peuplées de personnages non bibliques et d'animaux fantastiques d'un imaginaire païen  que le prédicateur devait combattre. Et les tableaux des vices et dépravations sont joyeux, rabelaisiens et complices plutôt que frappés du discours moralisateur des Taolennou du père Maunoir. Enfin, ces grylles n'ont aucun des caractères des diables de l'Enfer chrétien. Sans écarter la possibilité d'une scène religieuse où un malade, après avoir fait la tentative infructueuse de soins médicaux ou chirurgicaux, soit enfin sauvé par les pouvoirs d'un clerc, il est possible aussi de penser que l'artiste a voulu donner à voir ce monde de la folie et de la possession, et la théâtralisation des "remèdes" qui y étaient apportés.  Les sablières appartiendraient toutes entières  à l'hybris,  à la démesure de l'animalité des corps sous l'effet des passions et des pulsions, des violences,  dans un espace marginal entre les bancs de la nef et la voûte charpentée, entre l'ici-bas terrestre soumis à la retenue et aux conventions, et la sainteté céleste.

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J'ai décrit  une scène analogue, dans la chapelle Saint-Fiacre du Faouët (56), sur la clôture du jubé (Olivier Le Loergant, 1480-1492), mais elle est interprétée comme représentant "le baptême d'un catéchumène.  Cette lecture pourrait être revue à la lumière de l'exorcisme de Grâces-Guingamp, d'autant qu'à Saint-Fiacre, le dragon qui s'enfuit sur la droite trouverait alors une bonne justification.

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Clôture du jubé de Saint-Fiacre au Faouët.

 

 

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Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église  Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église  Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église  Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église  Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église  Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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III.1.b.  Annonciation.

La compréhension de cette pièce est beaucoup plus simple. En contradiction avec ce que je viens d'écrire, c'est une scène évangélique, celle de l'Annonce faite à Marie.

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À gauche et à droite, deux anges arrivent en volant et présentent des phylactères (deux à gauche et une à droite. Hélas, elles ont perdu le texte qui devait y être peint. Nous imaginons pourtant facilement qu'il s'agissait d'Ave Maria gracia plena dominus tecum et de Ecce ancilla domini fiat mihi  secundum verbum tuum.

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Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église  Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Au centre, l'archange Gabriel à genoux, tient dans la main gauche un objet cylindrique brisé : un lys ? Le rouleau d'une banderole ? 

Il est séparé de la Vierge par un vase, qui, comme le veut la tradition, contient des lys. La fleur est une allégorie de la pureté virginale, et le vase aux flancs arrondis, manifeste le ventre intact selon la prophétie d'Ezéchiel sur la Porte close : Porta clausa, et non est aperta Ezech 44:1.

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Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église  Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Il faut rappeler que cette pièce est placé dans la chapelle-vestibule dans laquelle le fidèle pénètre après avoir franchi la porte où est sculpté une première Annonciation.

Marie est dans sa chambre, surprise par l'irruption du messager divin alors qu'elle lisait les Sainte Écritures sur son pupitre. La reliure du livre  montre ses fermoirs ronds articulés. Elle lève les bras, par signe d'acceptation (Fiat). Sa main gauche est brisée. Elle est vêtue d'une robe à l'encolure ronde très peu décolletée, aux larges et longues manches plissées.  Sous un corsage lisse, la ceinture libère les plis de la jupe.

Les cheveux sont longs, bouclés et libres, et le front est élargi par l'épilation alors de règle chez les élégantes du XVIe siècle.

Les quatre visages possèdent des traits stylistiques communs, qui s'observaient déjà sur les autres pièces : des joues rondes, des lèvres charnues avec une lèvre inférieure plus avancée que la supérieure, un petit menton bien affirmé, des sourcils effacés, des paupières supérieures descendant bas et donnant, de loin, l'impression que les yeux sont clos.  La fente palpébrale de l'ange de droite est très particulière par sa forme de petite fiole à ventre un peu bombé et à goulot étiré. C'est sans doute cette forme, sous la large paupière, qui, associée à l'attitude de tous ces visages tournés vers le haut, génère cette impression d'étrangeté et de mystère. Lorsqu'il s'agit d'une scène sacrée, elle participe à sa spiritualité, mais lorsque ces visages impénétrables sont ceux des possédés ou de leurs thérapeutes, ou des trois passagers de la brouette infernale, elle suscite ce trouble interprétatif si particulier.

 

Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église  Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Sablières (1508) du bas-coté sud de  l'église  Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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III.2. Coté nord. Renart prêchant, Renart attaqué (écorché) par les poules, Renart attaquant les poules.

 

http://www.lavieb-aile.com/2017/12/la-frise-nord-des-stalles-du-choeur-de-la-cathedrale-de-saint-pol-de-leon.html

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"La figure caricaturale de l'animal travesti en moine doit être rattachée aux écrits satiriques inspirés du roman ; —Ysengrimus, un manuscrit réalisé en Flandres vers 1150 évoque déjà la figure de l 'animal travesti en moine — ici le loup Ysengrin — qui annonce celle plus tardive de Renart camouflé, jouant sournoisement de cet artifice pour tromper son entourage. Ébauché dans l'épopée du Roman de Renart, le thème n'acquiert de réelle autonomie qu'avec la diffusion aux XIIIe et XIVe siècles des écrits polémiques de Rutebeuf (Renart le Destourné, 1261), de Jacquemart Gelée (Renart Le Nouvel, 1289), ou du Clerc de Troyes (Renart le Contrefait, v. 1319-1342) , qui présentent la figure caricaturale du goupil prédicateur monté en chaire. Le message que délivre ces écrits n'a pas pour objet de dénoncer une vulgaire imposture : s'il s'agit bien d'une moquerie grotesque visant l'Église, ces assauts sont plus spécifiquement dirigés vers les ecclésiastiques et surtout vers les moines que Rutebcuf égratigne avec la plus grande virulence . La querelle opposant, à partir de 1253, les défenseurs de l'Université aux frères mendiants, allait transformer Renart, malgré lui, en une créature malfaisante, un instrument de la plume destiné à dénoncer les écarts des réguliers. En effet, Goupil déguisé se singularise surtout par sa fourberie, « (...) Ypocrisie la Renarde, qui dehors oins et dedanz larde (...) » colporte Rutebeuf, reprenant ici un poncif de la satire contre les frères prêcheurs. L'apparition du terme renardie dans la littérature, définie comme un art du langage , met en relief l'association qui est désormais faite entre le renard et la félonie. Il paraît donc logique que la chaire à prêcher, accessoire de ce vice, d'ailleurs tant convoitée par les mendiants au moment de cette querelle, ait été illustrée si fréquemment dans l'iconographie, les gélines ajoutant à l'effet comique et soulignant surtout la crédulité des fidèles." (S. Duhem)

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Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église  Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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En commençant la description par la gauche, nous voyons Renart, devant ces deux renardaux, monté en chaire, habillé en moine franciscain ou cordelier (robe de bure à larges manches et capuchon), la capuche rabattue. Il lève en l'air un doigt sentencieux et captive son auditoire de trois poules de bénitier.

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Le thème de Renart prêchant aux poules (ou "prêchant les poules" ) n'appartient pas au Roman de Renart, et il est attesté dans les enluminures puis dans la sculpture plutôt que dans les écrits.  On trouve dans les variantes du Roman de Renart le Contrefait l'histoire de Renart apercevant des oiseaux et cherchant à les attendrir en manifestant un grand repentir de ses fautes passées. Les oiseaux s'approchent, et Renart leur fait un sermon sur l'obéissance et la patience. Mais le prêche s'arrête sans que Renart ne s'empare des oiseaux. Cette scène est illustrée par deux enluminures du Bnf fr. 1630 :

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Bnf Fr 1630 folio 193 Mandragore

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Par contre, le thème s'inspire de l'assimilation de Renart au clergé, qui est le propre des écrits postérieurs au Roman. Mais s'il a été toléré, et même commandité par les recteurs ou les chanoines, c'est peut-être avec l'idée que ce qui était dénoncé, c'étaient les faux pasteurs, ceux dont parle l'Évangile en disant "Défiez-vous des faux prophètes, ils viennent à vous en vêtements de brebis, mais au dedans ce sont des loups ravisseurs" (Matthieu 7:15).

 

 

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a) "Renart prêchant aux poules" ou "prêchant aux oies" dans les enluminures.

Jean Wirth et Isabelle Engamarre en découvre la première manifestation vers 1260 dans le Psautier de Rutland Londres British Library Add. 62925 folio 98v : coiffé d'une mitre épiscopale, il prêche devant deux poules et un coq. Le proverbe Als de vos de passie preekt, boer pas op uw ganzen , "Quand le renard prêche la Passion, veille sur tes oies, paysan" n'est pas attesté à cette date.

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Le Psautier de Tutland vers 1260, Londres British Library, ms. Add. 62925

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Dans les manuscrits anglais, Renart est le plus souvent déguisé en évêque et il prêche à des oies.  Par exemple :

— dans les Heures Harley 6563 (1320-1330) folio 53,

— dans le Psautier de la reine Mary Royal 2B. VII, fol. 157v,

— Et dans le Psautier Gorleston Add 49622 folio 47, 49, 128 et 143v,

—  Ou dans le cycle renardien des Décrétales de Smithfield Royal 10 E.IV fol. 49v et 175.

 

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Renart prêche en ermite dans les Heures de Mastricht Stowe 17 fol. 84 et 

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Book of Hours, Use of Maastricht , 1er quart XIVe siècle, British Library Stowe 17 folio 84

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b) "Renart prêchant aux poules" dans la sculpture sur bois.

J'ai décrit dans mon article sur la chapelle Saint-Fiacre du Faouët la sculpture de la clôture du jubé, réalisée en 1480 par Olivier Le Loergant : Renart déguisé en moine prêche à un coq et à trois poules tandis que l'un de ses renardeaux se précipite sur les volailles fascinées.

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Le sujet est aussi traité sur les appuie-mains ou miséricordes des stalles, à Amiens, à Evreux ou à Beauvais par exemple :

 

— Amiens : appuie-main

"Affublé de la coule monacale , l'orateur est établi dans une tribune carrée. D'une patte il s'appuie sur le bord , de l'autre il fait un geste énergique. Sa tête allongée et pourvue d'assez larges oreilles , dérobe à la vue du peuple qui l'écoute les trois ou quatre 'volatiles qu'il porte dans son capuchon et qui sont, à coup sur, des conquêtes dues à son éloquence. D'autres bêtes de même espèce et non moins crédules se groupent autour de la chaire" . 

" Dans une chaire à prêcher carrée, sans dossier ni abat-voix, affublé d'une chape de Jacobin dans le capuce de laquelle il a déjà emmagasiné trois pièces de volaille, maître Renard prononce « ung bel et solempnel sermon » devant un auditoire de gallinacées, quatre coqs et deux poules. Le rusé mangeur de poulets singe le geste d'un prédicateur d'une façon vraiment comique : une patte sur l'appui de la chaire; il accompagne de l'autre, qui est levée, une pénétrante et persuasive démonstration. Son fin museau a été altéré par l'usure et présente aujourd'hui l'aspect d'un bec de corbeau .  Le même détail se retrouve dans le renard prêchant aux poules de l'église de Cuiseau, Saône-et-Loire (MONNIER, Bullet. archéol. du comité, t. II, 1842, p. 636)".

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Cathédrale d'Amiens, accoudoir des stalles.

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— Evreux, église Saint-Taurin, miséricorde de stalle : Le Renard prêchant les poules, 15e siècle. 

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Miséricorde d'une stalle de l'église Saint-Taurin à Evreux, in Champfleury 1875.

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— Lausanne, stalles.

Champfleury, cite aussi  les stalles de Cuiseau (Saône-et- 
Loire), de Sirod (Jura), de Bletteraus (Jura), de Saint-Léonard le Koblac (Haute-Vienne), etc. 

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— Beauvais, miséricorde de l'église Saint-Lucien-de-Beauvais, Musée de Cluny.

 

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Saint-Lucien de Beauvais, miséricorde, vers 1492-1500 . Copyright RMN Thierry Ollivier-

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Sur la sablière de Grâces, Renart est dans une chaire hexagonale très comparable à celle de Saint-Lucien de Beauvais. Mais deux renardeaux aux yeux gourmands sont cachés derrière lui. Comme à la cathédrale d'Amiens, il lève une main droite éloquente, tandis que sa main gauche est posée sur la rambarde de la cuve, comme prête à saisir les volatiles. Les trois poules, sagement placées en rang devant lui, semblent être captivées par le prédicateur. 

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"C'est dans un même contexte de commande seigneuriale, mais sur des supports sculptés plus tardifs, que l'on retrouve Renart prêchant les poules. Les sablières de Grâces-Guingamp, datées de 1506-1508, présentent une mise en scène qui rappelle celle du Faouët : à gauche, Goupil déguisé est assis dans sa chaire devant trois poules attentives. Deux renardeaux sont cachés à l 'arrière-plan. Le prêche est suivit du dépeçage de l'animal, qui apparaît ressuscité à l'extrémité de la poutre, dévorant une poule. Que veut dire ce bouleversement ? Est-il du à une incompréhension du modèle recopié ou s'agit-il de l'association de séquences mettant en scène plusieurs renards, ce que semble indiquer la présence d'un goupil tapi dans les feuillages à l'extrémité droite.

Comme au Faouët, des sablières placées à proximité autorisent des rapprochements intéressants. Sur un tronçon voisin, un moine reconnaissable à sa robe et a son capuchon, pratique un exorcisme ; plus loin, trois moines tremblants sont assis dans une brouette poussée par un diable vers les Enfers. Considérant ce contexte, il semble que la scène du renart prêchant puisse être perçue comme une allusion ironique visant les moines et leurs mesures de « purification ». Mais si cette explication paraît satisfaisante, la fondation du lieu la rend plus discutable, l'un des promoteurs de la construction étant un cordelier. À moins que cette petite moquerie ne soit l'illustration des querelles intestines qui opposent à cette époque les conventuels aux cordeliers réformés. Du reste, l'édification du bâtiment est sous la responsabilité de deux gouverneurs de la chapelle et il est donc finalement probable que le sculpteur ait joui d'une certaine liberté. Il est aussi possible que la moquerie n'ait pas été destinée aux cordeliers, mais aux dominicains, particulièrement actifs dans le domaine de la prédication et de la lutte contre les pratiques hérétiques dans le diocèse de Tréguier à cette époque [H. Martin a montre la densité du réseau des mendiants entre Brest et Guingamp, aux XVe et XVIe siècles. Cf. Les ordres mendiants en Bretagne, p. 316 sq. ]. H. Martin a souligné l'importance des prédications, organisées à l'intérieur ou à l'extérieur des bâtiments dans des chaires prévues à cet effet, par des moines qui n'hésitent pas à impressionner les fidèles en jouant sur des effets oratoires spectaculaires. Que les artisans aient choisi de s'en moquer, ce dont témoigne clairement les poutres de Grâces-Guingamp, ne paraît donc guère surprenant." (S. Duhem)

Ce texte montre bien l'embarras interprétatif. Une première hypothèse, la caricature des franciscains cordeliers et la dénonciation de leur duplicité, se heurte au fait que la construction de la chapelle ait été dirigée par un frère cordelier, Pierre Bilsic, qui mourut en 1518. Ou que les armes d'Anne de Bretagne, sur la façade sud, soit accompagnée de pas moins de sept cordelières, rappelant la dévotion de François II qui appartenait à l'Ordre mineur, ou celle de la duchesse Anne qui créa l'ordre de la Cordelière.

L'autre hypothèse se fonde sur une moquerie à l'égard des Dominicains. Alors que l'engouement des bretons, après les grandes prédications de Vincent Ferrier, est rappelé, Renart prêchant serait une "moquerie" des gouverneurs (les deux Jehan Bellec, particulièrement dévots puisque l'un est surnommé l'ermite de l'ermitage à fontaine qui justifie la fondation de la chapelle) envers ces prédicateurs. Enfin, l'auteur glisse pour attribuer le choix de cette moquerie, non plus aux gouverneurs, mais aux artisans. 

Enfin, toute explication locale se heurte au fait que la sablière est inspirée, pour ne pas dire copiée, de celle du Faouët, dans un autre diocèse et un autre contexte. Et que Renart prêt à bondir derrière sa chaire reprend les stalles d'Amiens, de Lucien-de-Beauvais ou d'Evreux. 

Il est plus probable que les commanditaires  se contentent (comme l'attestent les contrats retrouvés, pour les stalles de Tréguier par exemple) de demander aux sculpteurs des "grimaces" et drôleries, en lui suggérant des modèles de tel ou tel site mais laissant à l'artisan le choix de puiser dans le répertoire propre à sa profession, répertoire fondé sur une culture populaire.

 

Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église  Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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2°) Renart attaqué mordu et dépecé par les poules.

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Ledict Duflot, a décrit en 1845 dans l'église Saint-Fiacre de Quimperlé "quatre bas-reliefs représentant 1.° le renard prêchant les poules; 2.° le renard poursuivant les poules; 3.° le renard poursuivi par les poules; 4.° le renard terrassé et dévoré par elles. Au-dessous, on lit Calvin. Evidemment , dit M. Ledict Duflot, c'est le triomphe de la foi sur l'hérésie. La lecture du mémoire sur les stalles d'Amiens, où le renard prêchant les poules est considéré comme une satyre du ministère de la prédication, lui a rappelé ce sujet des bas-reliefs de Quimperlé."

Dominique Chancel, dans une enquête approfondie sur le Renart qui prêche les poules du château de l'Arthaudière, confirme que la scène de Renart prêchant les poules, même si elle est isolée, s'inscrit dans un cycle à quatre temps : 

"Acte 1 : Renart déguisé prêche des volailles naïves. C’est le plus représenté et le plus immédiatement explicite, centré sur le beau parleur qui se travestit pour mieux séduire ;

Acte 2 : Renart s’empare d’une proie, qu’il peut tenir dans sa gueule ou cacher dans son capuchon voire sous sa robe de bure ;

Acte 3 : Renart est attaqué à son tour : soit les volailles se révoltent, soit une fermière armée d’une quenouille ou d’un battoir le poursuit, ou bien un chasseur le vise avec son arc… ;

Acte 4 : Renart subit le châtiment réservé aux fourbes : dépecé par les volailles, pendu par elles, par un singe ou un chat, transpercé par une flèche…

Nota : La représentation de l’acte 1 anticipe souvent sur l’acte 2 (volatiles déjà capturés avant la fin du prêche) et les actes 2 et 3 sont souvent représentés ensemble."

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C'est bien l'ensemble du cycle qui figure sur la sablière de Grâces. Dans ce deuxième tableau, Renart, allongé sur le dos et est maintenu immobile par quatre poules qui l'ont saisi par les pieds et par les pattes antérieures. L'une d'entre elles lui pince l'oreille. Un oiseau à longue queue est posé sur son thorax. 

Cette composition est très proche de celle de la corniche de clôture du jubé de la chapelle Saint-Fiacre du Faouët, si proche qu'on peut affirmer une filiation directe.

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Renart dépecé par les poules, Chapelle Saint-Fiacre, Le Faouët, sculpté par Olivier Le Loergant, vers 1480. Photo lavieb-aile.

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Renart dépecé par les poules, jubé de Saint-Fiacre à Le Faouët. Copyright Dominique Chancel.

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On y retrouve les cinq oiseaux, dans les mêmes positions, mais à Saint-Fiacre, il est parfaitement clair que Renart est dépecé : la peau de sa queue et de la partie inférieure du corps est retroussée comme un gant jusqu'à la taille. C'est en reprenant alors l'examen de la pièce de bois de Grâces que nous constatons que, là aussi, les deux poules placées à la tête lui ôtent, comme un chandail, la peau qui fait un replis à la taille. Et que l'oiseau à longue queue se montre très intéressé par les organes génitaux mis à nu (moins qu' à Saint-Fiacre, où il les mord). Pourtant, la sculpture reste ambigüe : est-ce le pelage de l'animal qui est ôtée, ou seulement son vêtement de moine, son froc ? Le but des poules est-il de  dénuder Renart pour révéler sa supercherie, de le "dépouiller" ou de le punir par un martyre ? 

Une fois admis qu'il s'agit d'un dépeçage, il reste à en trouver l'origine. Or, l'explication la plus évidente ne trouve aucune confirmation. Non, il n'existe pas de récit de Renart dépouillé de sa peau par des poules ; ni par un coq, et ni par  des oiseaux. Non, il n'existe pas, hormis au Faouët, d'autre image peinte ou sculptée de cet épisode. Non, la séquence prêche/capture d'une proie/capture du goupil / punition n'est pas respectée, et nous ne pouvons pas évoquer une inversion lors d'un remontage, puisque la pièce de bois est unique. 

Il faut donc élargir l'interprétation et considérer que ce qui est illustré, c'est une description amusée du couple du Trompeur et du Crédule. Si le Roman de Renart nous séduit, ce n'est pas parce qu'il condamne la duplicité de l'animal roux, mais qu'il expose comment son art de tromperie n'est efficace qu'en raison de la bêtise des victimes. Loin d'être révoltés par les agissements du goupil, nous jubilons devant ses tours qui révèlent si bien la tendance de nos semblables à la soumission volontaire, à l'aveuglement, à la naïveté, et à la crédulité. Ce n'est pas un discours moralisateur dénonçant les prédicateurs et les prédateurs, les voleurs, les menteurs ou les violeurs, mais un théâtre anthropologique.

Dans ce cadre, la peau du renard, dont il est dépouillé ici, n'est pas charnelle, elle est allégorique : sa peau, c'est son moi, et après avoir endossé la peau d'autrui (la bure des moines), il est mis à nu désanimalisé de ce qui fait son  identité : sa pelisse rousse.

Nous avons donc sous les yeux les deux temps de la tromperie : le leurre efficace avec la victime bernée, puis le retournement de situation (comme le retournement de cette peau). La plupart du temps, dans le Roman, la victime ne comprend que trop tard le subterfuge, alors que Renart s'enfuit, "sauve sa peau", mais le spectateur jouit aussi lorsqu'il est enfin attrapé, confondu et défait de son Moi foncièrement Malin.

Au renversement carnavalesque des valeurs que met en scène la dérision d'une fausse prédication succède le renversement /retournement du mécanisme de séduction.

Voir "Les valeurs métaphoriques de la peau dans le Roman de Renart." de Pierre Bureau.

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Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église  Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Dans le troisième tableau, Renart n'est pas "ressuscité", mais il a survécu à son dévoilement identitaire et a repris son rôle : le retour du refoulé. Il surgit d'un buisson et s'empare d'une poule sous les yeux de sa congénère.

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Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église  Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Derrière lui, ses renardeaux s'empressent de venir profiter de la leçon. 

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Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église  Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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À l'extrémité droite, sous des feuilles de figuier, un grylle (avec sa cuisse  céphalique) tient un bâton, et tire le coin de sa bouche avec son doigt.

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Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église  Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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III. 3. Coté ouest. 

III.3 a : rinceau.

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Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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III.3b. Deux anges tenant un objet carré (blason ?).

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Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église  Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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QUATRIÈME TRAVÉE.

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IV.1. Coté est.

IV.1a. Quatre anges dont l'un présente le  voile de la Sainte Face.

C'est, avec l'Annonciation, ou les divers anges,  l'un des rares thèmes religieux de ces sablières.

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Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église  Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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IV.1b. Dragon libérant des feuillages où jouent deux lapins. Blochet.

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Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église  Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église  Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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IV. 2. Coté nord. Deux anges présentant le blason du duché de Bretagne.

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De juin à septembre 1505, durant la maladie de son mari Louis XII, Anne de Bretagne se rendit en Bretagne, notamment en "pèlerinage" à Locronan, ou au Folgoët . La construction de l'église de Grâces fut entreprise juste après sur l'ancienne chapelle.

La porte de la façade sud porte ses armoiries  surmontant les ogives et leur fleuron et soutenu par deux lions debout (armoiries des Montfort) . Au-dessus, un heaume sommé d'un lion en cimier, et orné de  lambrequins. Le tout encadré des sept  cordelières passant dans des annelets . C'est le même choix de sous le porche de la Collégiale du Folgoët. Les armes du roi de France sont absentes.

Les armes d'hermines plain,  se retrouvent aussi au dessus de la porte de l'Annonciation, mais dans un blason losangique, donc féminin.

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Portail de la façade  sud de l'église Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Portail de la façade sud de l'église Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église  Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Les deux anges et leur écu sont entourés d'un lion à gauche et d'un bœuf à droite. N'attribuons pas trop vite ce lion aux Montfort, ou ce lion et ce bœuf aux évangélistes Marc et Luc.

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Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église  Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église  Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église  Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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En effet, à gauche, un sanglier sort d'un fourré et charge. Puis vient un bœuf endormi.

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Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église  Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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A droite, nous découvrons un singe, et à l'extrémité, un homme, de face, les mains sur les genoux.

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Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église  Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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IV.3. Coté ouest.

IV.3a Fragments disparates.

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Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église  Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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IV.3.b.  Lion et  licorne affrontés, entre deux lionceaux.

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Le thème du lion affrontant une licorne et aussi présent sur les sablières du porche de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre de Châtelaudren, datant de la fin XVe/début XVIe, et donc contemporaines de celles-ci.

Mais ici, les deux animaux sont séparés par un arbre et semblent pas se combattre directement.

 

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Porche sud de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre.

 

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Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église  Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église  Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église  Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Sablières (1508) du bas-coté sud de l'église Notre-Dame-de-Grâces à Grâces-Guingamp. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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SOURCES ET LIENS.

— BARTHELEMY (Anatole de) et GUIMART (Charles), 1849, Notice sur quelques Monuments du département des Côtes-du-Nord Bulletin monumental publié sous les auspices de la Société française pour la conservation et la description des monuments historiques ; et dirigé par M. de Caumont, Société française d'archéologie pages 5-54.

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k310344/f42.item.texteImage

 

"Notre-Dame-de-Grâce. Non loin de Guingamp, est  l'église Notre-Dame-de-Grâce qui contient des reliques de  saint Charles de Blois. C'est un édifice qui fut commencé en  1506 ainsi qu'il résulte de deux inscriptions gravées l'une  sur une charmante frise en bois qui court tout le long de la  nef principale et du collatéral de droite l'autre sur le pilier à gauche du portail, extérieurement. L'inscription de la frise et du pilier portent le doziesme jour de mars lan de grace mil cinq centz et seix fut la première pierre de ceste chappelle assys. A côté on lit Le cinq ...lan mil V et VIII fut le une de ceste chappelle assis ou quel  estoit maigre Jehan le D. nece recteur de la paroisse de  Plouisy, et gouverneurs de Jehan Telles

La frise en question admirablement travaillée représente des chasses au cerf et au lièvre des vignes, des vendangeurs, des dragons, des dessins un peu lestes, des diables un lion combattant une licorne etc. "

 

L'inscription de la frise et du pilier portent : le doziesme jour de mars lan de grâce mil cinq centz et seix fut la première pierre de ceste chap- pelle assys. A côté on lit : Le cinqusejoe de Jaffins lan mil Ve. et VIII fut le Unes ? de ceste chappelle assis ou quel (1) Tout près de cette chapelle est le manoir de Kermathanan. Le fondateur appartenait peut-être à la famille de Vieuxchastel qui possédait le fief de Faou, et qui portait d'azur au léopard d'or. Les Barach portait de gueules à une ...

—  BAKHTINE M. 1970, L'oeuvre de François Rabelais et la culture populaire au Moyen Age et sons la Renaissance, Paris. 

 

—  BULTHE (Stéphanie), 2014,  Figurations renardiennes et moralités dans les épigones du Roman de Renart , Mosaïque, revue de jeunes chercheurs en SHS – Lille Nord de France – Belgique – n° 13, septembre 2014

https://revuemosaique.files.wordpress.com/2016/10/m13_9_bulthe.pdf

— BUREAU (Pierre), 1992, "Les valeurs métaphoriques de la peau dans le Roman de Renart". Sens et fonctions , Médiévales  Année 1992  22-23  pp. 129-148.

http://www.persee.fr/doc/medi_0751-2708_1992_num_11_22_1244

— CHAMPFLEURY, 1875, Histoire de la caricature au Moyen-Âge et sous la Renaissance, 2ème édition.

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k205843r/f50.item.r=renart

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k205843r/f51.item.r=renart

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k205843r/f155.item.r=taurin

— CHANCEL (Dominique), Les fourberies de renart, château de l'Arthaudière

 

http://sa83aed69b8e10aca.jimcontent.com/download/version/1456197172/module/13173735922/name/les%20fourberies%20de%20%20Renart%202016-2-12.pdf.

https://www.chateau-arthaudiere.com/ch%C3%A2teau-de-l-arthaudi%C3%A8re/renart-%C3%A0-l-arthaudi%C3%A8re/

— COUFFON (René), 1939, Répertoire des églises et chapelles du diocèse de Saint-Brieuc et Tréguier. Saint-Brieuc, Les Presses Bretonnes, 1939, p. 139.

 "L'église Notre-Dame et Saint-Barthélémy est un édifice rectangulaire avec bas côté sud de quatre travées, précédé d'un clocher remarquable. La première pierre de l'édifice fut posée le 12 mars 1506 ainsi que l'indique, sur un contrefort de la tour, l'inscription suivante : « Le Dozième Jour de mars l'an de grâce mil cinq Cent et seix fut la première pierre de cette chapelle assise ». Sur une sablière de la nef, une seconde inscription renseigne sur la marche des travaux : « Le cinquiesme jour de Janvier l'an mil Vcc  et VIII fut le boies de cette chappelle assys auquel temz estoit Maistre Jehan Le Dirvec recteur de la paroisse de Plouisy et gouverneurs de la dicte chapelle Jehan et autre Jehan Le Bellec ». Donnée en 1605 aux Cordeliers de Guingamp, qui avaient été chassés de leur couvent de la Terre Sainte, l'église fut dédiée le 13 août 1607, par Mgr. Adrien d'Ambroise, à Notre-Dame et à saint Barthélémy. "(R. Couffon).

— DUHEM (Sophie) 1997, Sablières sculptées de Bretagne : images, ouvriers du bois et culture paroissiale au temps de la prospérite bretonne (XVe-XVIIe s.). Thèse de doctorat en Histoire. Sous la direction de Alain Croix. Soutenue en 1997. à Rennes 2 .

— DUHEM (Sophie) 1998, Les Sablières sculptées de Bretagne, Presses Universitaires de Rennes, 390 pages. Pages 

2 ;4 ; 12 ; 19 ; 31 ; 36 ; 66 ; 69 ; 71 ; 95 ; 99 ; 148 ; 167 (Grylles); 169 ; 171 ; 172 (Renart) ; 174 (Chasse); 176 ; 177 ; 178 ; 179 ; 180 ; 193 ; 212 ; 213 ; 217 ; 226 ; 228 ; 229 ; 233 ; 272 ; 273 ; 291 ; 303.

DUHEM (Sophie) 1998, « Quant li goupil happe les jélines... », ou les représentations de Renart dans la sculpture sur bois bretonne du XVe au XVIIe siècle Annales de Bretagne et des pays de l'Ouest  Année 1998  105-1  pp. 53-69

http://www.persee.fr/doc/abpo_0399-0826_1998_num_105_1_3972

 

Images de Renart dans la sculpture sur bois bretonne

Représentations de Renart prêchant aux poules et de Renart écorché :

Le Faouët (Ch. St-Fiacre, v. 1480), Jubé, clôture est.

Le Faouët (Ch. Ste-Barbe, XVIe s.), 

Grâces-Guingamp (1506-1512),

Plumelec (Ch. St-Aubin, 1513),

Saint-Gilles-Pligeaux (XVe-XVIe s.),

Tréflévenez (XVIe s.).

[en pierre : Sizun frise extérieure]

Représentations de Renart et la fermière et variantes :

Cléguérec (Ch. de laTrinilc, milieu XVIe s.),

Guilligomarc'h (Ch. St-Éloi, XVIe s.),

Meslan (1527),

Ploërdut (Ch. de Crénenan, 1652),

Plougras (Ch. du Cimetière, XVIe s.),

Plourac'h (XVIe s.), sablière, 

Pont-Aven (Ch. de Trémalo, XVIe s.),

Saint-Nicolas-du-Pélem (Ch. St-Éloi, milieu XVIe s.),

Séglien (Ch. St-Jean, XVIe s.)

 

Renart et les poules :

Callac (Ch. St-Treffrin, XVe/XVIe s.), sablière,  Renart attaquant une poule

Châtelaudren (Ch. Notre-Dame-du-Tertre, XVIe s.),

Edern (Ch. du Niver, XIXe-XXe s.?),

Le Faouet (Ch. St-Sebastien, 1600-1608), sablières : Renart attaquant les poules.

Gourin (XVIe s.), sablière, Renart embroché.

Guern (Ch. de Quelven, XVe-XVIc),

Guimiliau (lere moitié du XVIIe s.),

Landemeau (Ég. St-Thomas, XVIe s., représentation disparue),

Landudal (XVIe-XVIP s.),

Langast (Ch. St-Jean, XVIe s.),

Lanvénégen ( XVIe s.),

Magoar (XVIe s.),

Neuillac (Ch. de Carmes, XVIe s.),

Plévin (Ch. St-Abibon, XVIIe s.),

Plouay (Ch. de Locmaria, XVIe s.),

Plourac'h (XVIe s.), sablière, Renart attaquant une poule

Le Quillio (Ch. St-Maurice, XVIe s.),

Séglien (Ch. de Locmaria (XVIe s.),

Suscinio (Château, fragment provenant de l'église de la Roche-Bernard, XVIe s.),

Trémeur (milieu XVIe s.)

 

— — Autres images de Renart :

Daoulas (Abbaye, XVe s.),

Hôpital-Camfrout (XVIe s.),

Loqueffret (XVIe s.).

 

— LE GOFF (Hervé), 2004 , Les riches heures de Guingamp, Plomée,- 766 pages

 

— LE ROUX (Gilbert), 1989, Plouisy Bulletin des Amis du Patrimoine de Guingamp n°6.

http://bibliotheque.idbe-bzh.org/data/cle_85/Les_Amis_du_Patrimoine_de_Guingamp_nA_6.pdf

—  MERLET,(François) 1949,. « Notre-Dame de Grâces », dans Congrès archéologique de France, CVIIe session, Saint-Brieuc, 1949.

—  MESNARD, (Maurice), 1981,. « L′église Notre-Dame de Grâces-Guingamp », dans MSECDN, t. CX, 1981.  

— ROPARTZ (Sigismond), 1851, Guingamp et le pélerinage de Notre Dame de Bon-Secours, Périssé, 1851 - 408 pages page 95

https://books.google.fr/books?id=yo3IIXTsyPIC&dq=gr%C3%A2ces+guingamp+rabelaisien&hl=fr&source=gbs_navlinks_s

 

Les bornes de cet ouvrage ne me permettent pas d'entrer dans l'étude détaillée de cette admirable chapelle, monument complet, sorti tout entier de la pensée du même artiste, dernière fleur du style ogival éclose sur le sol breton.

Ce qu'il y a de très-remarquable, c'est que les sculptures de Grâces ne sont autre chose qu'un long poème où sont stigmatisés tous les vices, sous la figure de Franciscains paresseux, avares et gourmands. Etait-ce une leçon de morale, était-ce une sanglante satire ? Quoi qu'il en soit, ces sculptures sont magnifiques de verve grotesque, et, pierres ou bois, dénotent certainement un très-habile ciseau et une luxuriante imagination. Voyez cette gargouille, c'est un gros Cordelier qui presse de ses deux mains son ventre trop plein, et dont la bouche grimace pour vomir ; étudiez l'une après l'autre les scènes rabelaisiennes, ciselées comme dessinait Callot, le long de la corniche du lambris : ici, c'est un moine ivre qui roule sous une tonne immense et se noie dans une mer de vin ; là, c'est un moine encore dont la sordide avarice se livre à un métier que ma plume ne peut décrire ; ailleurs, un diablotin lubrique brouette en enfer une charretée de nones ; tout cela est encadré dans un merveilleux fouillis de feuillage et d'arabesques, qu'animent des chasses fantastiques et que peuplent tout un monde d'animaux bizarres. La conclusion de ce poème étrange, c'est un bas-relief isolé où deux anges en pleurs montrent au peuple la sainte face du Christ, sanglante, meurtrie et couronnée d'épines, expiation éternelle de tous les désordres et de tous les scandales dont l'artiste vient de vous offrir la représentation cynique.

La pensée franciscaine, on le voit, remplit chaque détail de cette curieuse chapelle, et pourtant Grâces n'appartint aux Frères-Mineurs que cent ans après sa fondation ; mais on n'a pas oublié qu'un Franciscain, en bâtissant en ce même lieu un oratoire de mottes et de feuillage, avait été la première cause de la dévotion à Notre-Dame, et de la construction du monument.

— ROMAN DE RENART.

BnF Français 12583

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8447178n/f5.item

— ROPARTZ (Sigismond), 1859, Guingamp: études pour servir a l'histoire du tiers-état en Bretagne, Prud'homme, Volume 1 page 115

https://books.google.fr/books?id=o-oYAAAAYAAJ&dq=gr%C3%A2ces+guingamp+rabelaisien&hl=fr&source=gbs_navlinks_s

 

— TOULET (Simonne), 2010, L'église de Grâces et ses sablières, Bulletin des Amis du Patrimoine de Guingamp n°48.

http://bibliotheque.idbe-bzh.org/data/cle_89/Les_Amis_du_Patrimoine_de_Guingamp_nA_48.pdf

— ??, 1990, Les sablières de l'église de Grâces, Bulletin des Amis du Patrimoine de Guingamp n°8.

http://bibliotheque.idbe-bzh.org/data/cle_85/Les_Amis_du_Patrimoine_de_Guingamp_nA_8.pdf

— VARTY (Kenneth), 1967 Reynard the Fox : A Study of the Fox in Medieval English Art, Leicester university press.

 

— VARTY (Kenneth), 1999, Reynard, Renart, Reinaert and Other Foxes in Medieval England, The Iconographic Evidence, Amsterdam University Press, 359 pp., 269 illustrations.

 

Compte-rendu par A. Strubel, Cahiers de Civilisation Médiévale  Année 2002  45-180  pp. 409-410

http://www.persee.fr/doc/ccmed_0007-9731_2002_num_45_180_2841_t1_0409_0000_2

— WIRTH (Jean), ENGAMMARE (Isabelle), 2008, Les marges à drôleries des manuscrits gothiques, 1250-1350 Librairie Droz, 2008 - 413 pages

https://books.google.fr/books?id=jRgE3GtrT_UC&dq=renart+pr%C3%AAchant+aux+poules&hl=fr&source=gbs_navlinks_s

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Published by jean-yves cordier - dans Sablières
19 février 2018 1 19 /02 /février /2018 14:33

Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces (22).

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Je les décrirai en partant de l'angle nord-est, à gauche du chœur, et en faisant le tour, comme n'importe quel visiteur, je terminerai à l'angle sud-est, à droite du chœur.

Les photographies ont été prises avec les moyens du bord, sans bénéficier de l'éclairage dont les sablières sont équipées, mais qui n'était pas allumé pour les Journées européennes du Patrimoine de septembre 2017. La voûte est assez élevée (6,50 m),  les sculptures sont badigeonnées d'une peinture café-au-lait sur un fond lie-de-vin, avec des reste de peinture bleue, et j'ai fait ce que j'ai pu. J'suis pas photographe, mais touriste.

Les arches ogivales des quatre travées de la nef principale (je décrirai dans un autre article la nef du bas-coté droit) créent dans le vaisseau central une première partition, à laquelle s'ajoute celle que déterminent les nervures de la charpente lambrissée et les entraits à engoulants. Ceux-ci, au nombre de six, déterminent sur la voûte huit  espaces à trois nervures, ce qui fait qu' entre ces engoulants,  les pièces de bois placées en corniche et désignées sous le nom usuel de "sablières" sont donc au nombre de huit de chaque coté. Si je calcule bien, cela fait seize sablières à décrire, bon courage.

Mais leur description au fil du parcours d'un coté à l'autre ne fait pas apparaître la correspondance des thèmes entre les deux cotés. Je commence donc par une liste des thèmes iconographiques qui souligne cet accord fréquent entre nord et sud.

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Blochet Nord-est : lion ......................................... Blochet sud : ange.

N1. Combat contre des dragons.......................... S1 : Feuillage entre une femme et un dragon.

N2.  Chasse au cerf. .............................................S2 : Chasse au lièvre.

N3. Course de renards dans une pampre...........S3 : Ivrognerie

N4. Tête de bélier. ................................................S4 : Rinceau tenus par un dragon

N5. Hommes, chiens et os........................... .......S5 . Fest-noz scatologique.

N6. Feuilles sortant d'un dragon.........................S6 : Feuilles sortant d'un dragon.

N7. Hommes sauvages attaquant des dragons. S7 : Lutte d'hommes contre des dragons

N8. Anges tenant un blason................................S8 : Anges tenant des phylactères.

Blochet N-O : contorsionniste exhibant son cul. Blochet sud : absent.

 

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I. LES SABLIÈRES DU COTÉ NORD.

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Première travée.

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Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Cela commence mal, j'ai oublié de photographier le blochet nord-est : c'est un lion rugissant .

N1. Première pièce. Combat de dragons avec une licorne et un chien.

Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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La sablière débute (si on adopte ce point de départ) par la face en pleine lune d'un homme agrippé à un os (un fémur). Comme nous allons retrouver ces traits stylistiques, notons les yeux en amande (ou en pruneaux), largement ouverts, aux pupilles sculptées, et enfoncés dans deux vastes cratères ovales. Avant de lui attribuer la trop grande oreille gauche, il faudrait avoir écarté la possibilité que cela soit le repli de son bonnet. Mais ce qui nous marque le plus, c'est la double rangée de dents de son sourire. Une pub pour un dentifrice ? À d'autres !  Car l'homme semble plutôt en proie à la plus vive terreur, claquant des incisives  en manipulant cet ossement. Est-il seulement encore humain, ou surgit-il d'entre les morts ? 

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Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Puis vient le premier affrontement, entre un chien et un dragon (désolé, l'autofocus s'est intéressé au lampadaire, comme l'imbécile qui regarde le doigt et non la lune).

Le chien a les traits massifs, les larges oreilles, l'accentuation de la bosse occipitale,  la queue fournie dressée en sabre, mais son poil lisse est interrompu, sur les antérieures, par une véritable crinière, une particularité que je ne retrouve dans aucun des chiens courants d'une chasse à courre, à corps et à cri comme l'Artois, le Poitevin, les français blanc-et-noir ou tricolore, pour ne rien dire du Porcelaine ou du Billy. La truffe haute, les babines retroussées, il expose toute la puissance de  ses 42 dents.

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Le dragon a tous les traits de sa race : les yeux proéminents, l' haleine fétide (je la sens encore), l'infecte salive, la vilaine manie de tirer la langue, la peau écailleuse pendant en plis successifs sur les purulentes scrofules, les pattes à ergots crochus, et les ailes nervurées héritées d'une grand-mère ptérosaure.

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Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Ce dragon s'est placé dos-à-dos avec son congénère, pour ne pas être attaqué par l'arrière, et il a renforcé cette défense en nouant sa queue avec celle de son jumeau. Cette queue n'est plus à présenter, et chacun sait qu'elle se dote d'une petite tête, plus  pratique encore que vos caméras et radars de recul. Ici, elle bifurque en se greffant sur un épineux appendice caudal.

Sous l'effet d'un très vieil atavisme, et au mépris des liens du sang, les deux têtes s'aboient dessus mutuellement,  comme un lion qui attaquerait son image spéculaire.

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Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Son voisin de palier a fort à faire pour esquiver l'attaque d'une méchante licorne qui lui a enfoncé la corne dans le gosier. Aïe aïe aïe ! 

 Dame licorne a plutôt l'aspect d'un hippopotame. Elle possède une paire d'ailes plissées rabattue en courte pèlerine.

Ce duel dragon-licorne évoque d'autres sablières, comme celle de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre de Châtelaudren (16 km à l'est de Guingamp) avec un combat licorne-lion (et un couple de dragons, et une chasse à courre). Ou bien celle de Le Tréhou, où un homme tient les cornes de deux licornes. 

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Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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N2. Chasse au cerf par trois chiens et un veneur soufflant dans sa trompe.

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À gauche, un veneur souffle dans une curieuse trompe de chasse, peu évasée mais dotée d'une embouchure. Il est vêtu d'une tunique plissée, à manches longues, et il est coiffé selon la mode des cheveux mi-longs formant deux épaisses masses de chaque coté. Comme Charles VIII.

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Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Il mène trois chiens à l'assaut : Taïaut ! Le premier n'a pas de collier, ses oreilles sont pendantes. Tout le contraire des deux suivants, aux larges colliers et aux oreilles dressées. Le cerf n'en mène pas large, d'autant qu'il est acculé dans le fond de la sablière.

À Notre-Dame-du-Tertre, le chasseur mène son chien à l'assaut d'un sanglier, mais le principe est le même.

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Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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N3. Renards traversant un pampre de vigne tendu entre deux dragons.

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Une pampre (grappes de raisins, feuilles de vigne et vrilles) forme des spires que deux animaux s'amusent à traverser. 

Cette pampre est tendue par deux dragons. À droite, il est facile à déterminer, mais celui de gauche ne propose que son échine dentelée pour l'identifier avec certitude. Comment sont les femelles des dragons ? 

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Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Les deux petites bêtes qui courent dans les tunnels végétaux comme dans une aire de jeu sont pour moi des renardeaux, mais je ne peux exclure que ce soient des hermines, car cette espèce affectionne beaucoup, dans le matériel héraldique des ducs de Bretagne, de se faufiler en criant "chat" dans des spirales de phylactères.

Hop ! Hop! Rehop!

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Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Ici, la tête caudale du dragon adopte la forme de celle d'un serpent.

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Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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N4. Tête de bélier et feuille d'eau.

Je passe.

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Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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N5. Homme et os, chiens et os.

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Le blochet reprend tous les caractères de notre homme archétypal de la pièce N, mais dans la version Joyeux Drille car  il est hilare. Il trouve son homologue exact en face de lui, sur la rive sud.

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Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Au centre, un homme sous son chapeau breton tient un os (toujours un fémur) dans la main gauche, ce qui entraîne la sortie immédiate de son chien hors du bosquet où il songeait (car que faire en un bosquet, à moins que l'on ne songe ?). De la main droite, il tend une bande d'étoffe, qui ressemble plus à sa serviette qu'à un muet phylactère. 

Son second chien (il n'en n'a que deux) s'enfuit vers la gauche, un os entre les dents (*)

(*) J'ignore si vous connaissez cette expression de la bonne vieille marine à voile qualifiant un voilier toute voile dehors qui fait naître joyeusement de chaque coté de l'étrave deux vagues d'écumes :  she's got a bone in her theeth.  Elle eut son heure de gloire, en français, pour qualifier les performances jouissives du Libberdade de Joshua  Slocum, ou celle du navire de Moitessier par Gérard Janichon ou celles de Pen Duick VI, ou sous la plume des journalistes de Voiles et Voiliers.

Cette débonnaire histoire de nonos à chien-chien  serait assez banale si elle n'avait pas débuté en N1 par la funèbre représentation de l'homme au fémur, et si elle ne se prolongeait pas ensuite par d'autres épisodes troublants.

L'artiste ne manque pas d'humour, lorsqu'il joue de la ressemblance entre l'épiphyse fémorale supérieure ( c'est le fameux "col du fémur" !) et la tête des chiens, entre l'extrémité céphalique et la truffe ou le museau, entre le col fémoral et l'angulation entre front et chanfrein canin, et surtout entre le grand trochanter (dont il accentue à dessein la saillie) et les oreilles dressées. Irrésistible, non ? Un dessin ?

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Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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N6. Feuillages sortant de la gueule d'un dragon et tenus par un homme.

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Le dragon est couché, hilare, sous une couverture de feuilles, mais il pointe ses yeux de grenouilles et le diastasis médian et paramédian de ses quenottes pour regarder, de l'autre coté, un humain complètement submergé par cette production végétale.

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Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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N7. Hommes sauvages combattants des dragons.

Nous retrouvons ici trois dragons (j'aurais dû les compter depuis le début) aux prises avec trois hommes sauvages armés de gourdins.

Le thème de l'Homme sauvage (wild man) est trop vaste pour épuiser le contenu d'une exposition au Cloisters du Metropolitan de New-York en 1980-81, (Husband, The Wild Man, medieval myth and symbolism) ou des travaux de l'Université de Toulouse sous l'égide de Sophie Duhem. 

Ici, ces hommes sont velus hormis le visage, les mains et  pieds. Leur nez épaté et leurs dents divergents en éventail et largement exposées, leurs grimaces simiesques, l'agilité de leurs gesticulations altèrent l'humanité de leurs traits. Ils ne sont pas si éloignés des dragons qu'ils combattent, ou des animaux qui les ont précédés sur les pièces précédentes, et s'ils sont sauvages, ils sont aussi sylvestres : ces hommes verts, ou hommes des bois, appartiennent à ce monde frontière entre humanité et animalité, civilité et sauvagerie qui est précisément celui qu'explore le Chasseur. Dans tous les mythes, le chasseur est exposé à des rencontres féeriques en raison de cette frontière entre deux mondes, et de ses dangers.

Ces êtres primitifs, pré-humains, sont à l'Homme ce que les Titans étaient aux Dieux grecs. Ils livrent de terribles combats de dimension cosmiques contre des Puissances déchaînées. Et ils le font ici avec un enthousiasme pétulant, enfonçant à qui-mieux-mieux leur pieu écoté dans la gueule des monstres, dans une variante de la licorne enfonçant sa corne.

Ces règlements de compte ne nous concerneraient pas, si nous n'adoptions pas spontanément le camp des Joyeux Drilles pour qu'ils nous débarrassent des vilaines bêtes qui nous font peur.

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Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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N8. Deux anges tenant un blason ; Homme extrayant un os ; dragon dévorant un petit homme.

. Nous ne sommes pas débarrassés des Dragons, puisque la pièce commence, à droite, par une scène de dévoration d'un de nos congénères par un de ces Dangers Publics. L'artiste développe donc au fil des motifs un propos assez cohérent où il déploie sur l'encadrement des voûtes un vaste tableau de ce qui menace les fidèles réunis pour les offices : la Mort et ses ossements,  le Mal, la violence d'un Autre Monde, les enjeux cosmiques passant bien au dessus des cheveux de monsieur et madame Tout-le-Monde. Très habilement (mais aussi très fidèlement aux traditions des ymagiers et huchiers), il ne se livre pas à un prêche dicté par le recteur, il ne fait aucune référence à Dieu ou à ses saints, aux Enfers ou au Paradis, à la lutte des Archanges contre les Diables, à une scène biblique ou Christique, mais il met en œuvre un bestiaire des personnages plaçant le pouvoir d'évocation ailleurs. Les  personnages de son petit théâtre sont-ils celtiques, pré-chrétiens, ou archétypaux, chacun répondra à sa convenance, mais ce qui est certain, c'est que ces fémurs, ces chasseurs, ces bêtes féroces, ces dragons et ces hommes sauvages racontent, sur les huit pièces que nous venons d'examiner, une seule histoire.

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Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Puis viennent deux anges tenant un blason. Comme celui-ci a perdu les meubles et les couleurs qui devaient y être peints, nous ne pouvons rien en dire.

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Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Le personnage qui ferme le cycle des huit sablières est allongé, une jambe droite repliée, et le visage grimaçant. Il tient (encore !) un fémur, mais seuls les 3/4 de l'os est visible ( les condyles fémoraux, le fût et  le grand trochanter, encore attaché à un fragment du tendon)  sont visibles, tandis que le col et la tête disparaissent...précisément à l'endroit de leur emplacement anatomique sur notre homme. Faut-il imaginer qu'il est en train de l'extraire de son propre corps, ou, au contraire, de tenter de le remettre en place ? Ses grimages de douleurs seraient bien justifiées.

Il est pieds nus,mais le sculpteur a représenté avec soins sa tunique à gros plis, et surtout sa manche, dont le soufflet est fermé par deux langeuttes à boutons.

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Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Blochet Nord-ouest : acrobate exhibitionniste anal.

Le blochet annonce la veine dévergondée qui nous attend désormais du coté sud. C'est un acrobate ou contorsionniste qui réussit à fléchir ses hanches suffisamment pour mettre ses pieds – chaussés – contre ses oreilles. Or, il a pris soin de remonter sa tunique et de baisser ses chausses afin de présenter au public le spectacle obscène de son cul. Un "pète-en-gueule", comme il est courant d'en trouver sur les sculptures des sablières et autres pièces de charpente, sur les stalles, etc. Exemple à La Roche-Maurice.

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Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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II. LES SABLIÈRES DU COTÉ SUD DE LA NEF.

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S8. Trois anges tenant des phylactères.

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Ces trois anges manquent un peu de grâce, et ressemblent plutôt, dans leur lourde robe plissée, à des magistrats en perruque. Le texte de leurs phylactère s'est effacé, et nous passerons à la sablière suivante après les avoir salués.

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Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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S7. Hommes combattants des dragons.

Cette sablière est faite de la réunion de deux pièces un peu différente. À droite, elle débute par un dragon ailé renversé sur le dos sous l'effet du choc d'un coup d'épieu. Le responsable, à la différence des sauvages qui lui font face en N7, est habillé et coiffé d'un bonnet, mais son rictus à pleines dents, ses sillons naso-géniens en parenthèses,  ses larges narines  et ses yeux  abrités sou le vaste préau des sourcils le trahissent : une partie de son arbre généalogique servi à tailler les sablières nord.

Son voisin , dont le chaperon se termine par une tête de chat, s'apprête à lancer une pierre sur le premier qui approche.

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Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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La pièce voisine montre un homme portant une chevelure frisée à gros rouleaux (les perruques ne seront à la mode que bien plus tard) ; il a l'air fort satisfait de lui, et il croise ses huit doigts sur son ventre bedonnant. 

C'est tout le contraire, embonpoint et frisettes à part, avec l'homme nu qui bondit, gourdin en main, à l'attaque du dragon qui pointe sa gueule gourmande du coté gauche. C'est le retour de l'Homme sauvage coté sud.

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Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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S6. Feuillages sortant de la gueule d'un dragon.

Cet Intermède végétal dont les feuilles en raquette ou râpe à parmesan  nous ont déjà été présentés en N6 sort de la gueule d'un nouveau dragon.

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Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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S 5. Une orgie : scène scatologique, buveurs, fou et sa marotte, joueur de cornemuse. 

 

Enfin ! c'est maintenant qu'on s'amuse ! Et qu'on s'interroge.

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Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Nous avons ici six personnages. Le premier, renversé en arrière, tient un bâton dirigé devant lui vers le sol.  Il porte un accessoire rond à la ceinture. Il n'est vêtu que d'une tunique, mais ses jambes et ses cuisses sont nues.

Devant lui, un homme jeune (ou un garçon) entièrement nu tend un récipient sous le cul du suivant ; dans ce récipient, des "boulettes" qui ont sans aucun doute des crottes. Aussi se détourne-t-il en grimaçant, tandis que, de la main droite, il se gratte la fesse, à moins qu'il ne jette quelque chose derrière lui. 

Le troisième sire a la tête et le haut du corps recouvert d'un vêtement à capuche, dont il a relevé le bas  : fesses et jambes nues, il se soulage, comme nous l'avons vu. mais concommitament, il se nourrit ou, du moins, il penche son menton vers une assiette contenant ... ce que je lui souhaite être deux pommes bien mûres.

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Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Nous voici maintenant face à un Fou. Un vrai, en habit de travail, qui inclut la cagoule à oreillettes et grelots, cagoule qui appartient à une tunique fendue sous la ceinture en pans triangulaires – avec leurs grelots– et dont les manches à crevés doivent dissimuler aussi quelques clochettes. Sous cette tunique, comme tous les convives, il est nu. Pour ce que j'en vois.

Comme tout Fou, il tient sa marotte, cette marionnette montée sur un manche de bois, et  qui le regarde en lui renvoyant sa propre image.

De l'autre main, il tient ou tenait un autre objet.

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Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Après le Fou, l'Ivrogne. 

À plat ventre, les pieds nus repliés vers les fesses, complètement ivre, il tente de porter, les yeux clos, une chope à ses lèvres, mais il n'atteint que son menton. Il ne lâcherait son pichet pour rien au monde. Ses beaux cheveux bouclés sont coiffés d'un béret aux bords repliés.

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Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Le joueur de cornemuse est le seul  qui soit resté chaussé. Un genou à terre, il écrase la semelle de sa bottine. C'est vraiment la mode des longs cheveux en boucles, car, comme les anges de S8, comme le Monsieur important de S6, ou comme les quatre co-locataire de sa sablière, c'est un vrai flot de belles anglaises qui ruissellent sous son chapeau breton. Les yeux presque fermés, il joue, les deux mains posées sur le chalumeau conique de son instrument tout en pressant le sac entre poitrine et bras droit.  Le porte-vent frôle ses lèvres, non sans créer un effet comique en rappelant la posture du buveur. Le bourdon d’épaule est bagué d'une moulure à mi-corps et à l'attache du pavillon.

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Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Le blochet adossé à  S5. 

C'est le même que du coté nord : un Gargantua barbu, avec un orifice dans la bouche comme pour les gargouilles.

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Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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S4. Dragon tenant la tige de feuilles et de grappes.

Comme en N3, où des renardeaux couraient à travers les spires, c'est un pampre de vignes à vrilles, feuilles et grappes, et c'est un dragon, vu d'avion, et reconnaissable de manière infaillible grâce à son échine épineuse.

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Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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S3. Ivrognerie à sept buveurs.

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Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Les sept hommes de cette confrérie des joyeux buveurs portent la même tenue, une tunique à cagoule très ajustée descendant à mi cuisses, des chausses, et des bottines. Ils sont si semblables qu'on pourrait penser à sept temps successifs de l'histoire du même héros, mais non. Le comique vient du fait que chacun est courbé comme  dans un tunnel, dans une étroite promiscuité.

Le premier des sept est assis et boit, avec un gobelet énorme, le contenu d'une bouteille. Ou plutôt d'un tonnelet à bec verseur central et aux flancs cerclés. Il appuie son genou sur la fesse du suivant.

 

 

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Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Le deuxième et le troisième sont tournés l'un vers l'autre. Le premier enserre fermement le goulot d' une bouteille aux flancs bombés, aux faces plates et dotée d'un large pied. La main droite posée sur son crâne tant il a mal aux cheveux, il supplie (c'est mon interprétation) le tavernier de  remplir sa sacrée bouteille, mais celui-ci, un bras sur le tonneau dont il a la garde, n'en manifeste pas l'intention. 

Ce face à face en chien de faïence de part et d'autre d'un flacon ne manque pas d'humour.

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Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Pendant que le tenancier est occupé par le client précédent, un autre s'approche subrepticement du fameux tonneau et remplit son pichet (en terre vernissé ou en étain) au robinet de soutirage placé de son coté.

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Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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L'image suivante nous apprend que ce pilier de taverne est poussé par la main bien placé d'un collègue qui s'apprête à lui tendre une bouteille. L'artiste a pris plaisir à faire épouser la courbe des fesses du premier avec celle du ventre ballonné du second, et à souligner la tension qui s'exerce sur les boutons de la robe sous l'effet de cette pléthore à la Falstaff.

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Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Hélas, dans cette suite de duos conflictuels, le quidam ne parvient pas à se saisir du flacon, à laquelle se cramponne avec l'énergie du désespoir assoiffé un avant-dernier convive : front contre front, trogne contre trogne, le regard chaviré, ils forment un couple truculent qui semble venir du Repas de Noces de Pieter Brueghel pourtant peint 50 ans plus tard, ou des danseurs d'une Kermesse flamande.

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Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Enfin la série des sept buveurs se termine, toujours dans l'alternance tête à tête et cul à cul, par Dormeur, qui rêve de barriques en étreignant sa cruche. C'est très émouvant.

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Les sablières  (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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S2. Une chasse au lièvre.

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Les sablières  (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Les sablières  (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Les sablières de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces (22).

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Les sablières de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces (22).
Les sablières de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces (22).
Les sablières de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces (22).
Les sablières de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces (22).
Les sablières de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces (22).

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S1. Frise de feuillage issue de la gueule d'un dragon et s'achevant vers une femme allongée.

Nous retrouvons ici les feuilles allongées et râpeuses, sortes de croisement de lambeaux de peau de saurien et de frondes de Fucus spiralis, dont les bordures détachent des replis spiralés. Du monstre qui les produit, nous ne voyons que la tête  au chanfrein verruqueux et aux oreilles en feuille de muguet (Convallaria majalis).

Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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En suivant les circonvolutions de la longue lanière, nous parvenons à la figure inattendue d'une femme en coiffe , couchée sur le coté, jambes croisées avec une désinvolture frisant le sans-gêne, et qui nous désigne de l'index son sein droit après s'être dépoitraillée. Que vient faire ici cette lascive femme de mauvaise vie  et son geste d'invite, si ce n'est de clore la longue galerie des Vices et des Débauches, mise en parallèle avec le tableau de notre transformation en un sac d'os, dévoré par les Puissances chtoniennes ?

Rien n'incite à y voir la Grande Prostituée de l'Apocalypse 17, et les références bibliques sont absentes ici.

 

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Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Blochet sud-est : un ange.

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Pour boucler la boucle de notre circumduction le nez en l'air, le point final sera, avec une photo plus médiocre encore que les autres, le blochet sud-est .

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Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Les sablières (1506-1508) de la nef centrale de l'église Notre-Dame de Grâces. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Un prochain article examinera les sablières du bas-coté sud (il n'y en n'a qu'un, on ne peut pas se tromper).

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SOURCES ET LIENS.

BARTHELEMY (Anatole de) et GUIMART (Charles), 1849, Notice sur quelques Monuments du département des Côtes-du-Nord Bulletin monumental / publié sous les auspices de la Société française pour la conservation et la description des monuments historiques ; et dirigé par M. de Caumont, Société française d'archéologie pages 5-54.

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k310344/f42.item.texteImage

 

Notre-Dame-de-Grâce. Non loin de Guingamp, est  l'église Notre-Dame-de-Grâce qui contient des reliques de  saint Charles de Blois. C'est un édifice qui fut commencé en  1506 ainsi qu'il résulte de deux inscriptions gravées l'une  sur une charmante frise en bois qui court tout le long de la  nef principale et du collatéral de droite l'autre sur le pilier à gauche du portail, extérieurement. L'inscription de la frise et du pilier portent le doziesme jour de mars /CK de grace mil cinq centz et seix fut la première pierre de ceste chappelle assys. A côté on lit Le r". et ~fZ fut le lines ? de ceste chappelle assis ou quel  estoit maigre Jehan le D. nece recteur de la paroisse de  Plouisy, et gouverneurs de Jehan Telles. 

La frise en question admirablement travaillée représente des chasses au cerf et au lièvre des vignes, des vendangeurs, des dragons, des dessins un peu lestes, des diables un lion combattant une licorne etc. 

—  BAKHTINE M., L'oeuvre de François Rabelais et la culture populaire au Moyen Age et sons la Renaissance, Paris. 1970. 

DUHEM (Sophie) 1997, Sablières sculptées de Bretagne : images, ouvriers du bois et culture paroissiale au temps de la prospérite bretonne (XVe-XVIIe s.). Thèse de doctorat en Histoire. Sous la direction de Alain Croix. Soutenue en 1997. à Rennes 2 .

DUHEM (Sophie) 1998, Les Sablières sculptées de Bretagne, Presses Universitaires de Rennes, 390 pages.

— MATTE (Jean-Luc), Iconographie de la cornemuse.

http://jeanluc.matte.free.fr/invg.htm

"Cornemuseux en buste à l’extrémité d’une section de sablière, à sa gauche un buveur puis un fou reconnaissable à son bonnet et à sa marotte

Début XVIème

1 bourdon d’épaule à moulure presque médiane et pavillon mouluré, chalumeau conique

Cité par Edmond Rebillé dans le n°89 de la revue "Musique bretonne"
S. Duhem, op.cit. (dessin p.357 et photo.N.B. p. 228)
Cat. expo. Dastum, "Instruments du diable, musique des anges" op. cit. (photo.)"

ROPARTZ (Sigismond), 1851, Guingamp et le pélerinage de Notre Dame de Bon-Secours, Périssé, 1851 - 408 pages page 95

https://books.google.fr/books?id=yo3IIXTsyPIC&dq=gr%C3%A2ces+guingamp+rabelaisien&hl=fr&source=gbs_navlinks_s

 

Les bornes de cet ouvrage ne me permettent pas d'entrer dans l'étude détaillée de cette admirable chapelle, monument complet, sorti tout entier de la pensée du même artiste, dernière fleur du style ogival éclose sur le sol breton.

Ce qu'il y a de très-remarquable, c'est que les sculptures de Grâces ne sont autre chose qu'un long poème où sont stigmatisés tous les vices, sous la figure de Franciscains paresseux, avares et gourmands. Etait-ce une leçon de morale, était-ce une sanglante satire ? Quoi qu'il en soit, ces sculptures sont magnifiques de verve grotesque, et, pierres ou bois, dénotent certainement un très-habile ciseau et une luxuriante imagination. Voyez cette gargouille, c'est un gros Cordelier qui presse de ses deux mains son ventre trop plein, et dont la bouche grimace pour vomir ; étudiez l'une après l'autre les scènes rabelaisiennes, ciselées comme dessinait Callot, le long de la corniche du lambris : ici, c'est un moine ivre qui roule sous une tonne immense et se noie dans une mer de vin ; là, c'est un moine encore dont la sordide avarice se livre à un métier que ma plume ne peut décrire ; ailleurs, un diablotin lubrique brouette en enfer une charretée de nones ; tout cela est encadré dans un merveilleux fouillis de feuillage et d'arabesques, qu'animent des chasses fantastiques et que peuplent tout un monde d'animaux bizarres. La conclusion de ce poème étrange, c'est un bas-relief isolé où deux anges en pleurs montrent au peuple la sainte face du Christ, sanglante, meurtrie et couronnée d'épines, expiation éternelle de tous les désordres et de tous les scandales dont l'artiste vient de vous offrir la représentation cynique.

La pensée franciscaine, on le voit, remplit chaque détail de cette curieuse chapelle, et pourtant Grâces n'appartint aux Frères-Mineurs que cent ans après sa fondation ; mais on n'a pas oublié qu'un Franciscain, en bâtissant en ce même lieu un oratoire de mottes et de feuillage, avait été la première cause de la dévotion à Notre-Dame, et de la construction du monument.

ROPARTZ (Sigismond), 1859, Guingamp: études pour servir a l'histoire du tiers-état en Bretagne, Prud'homme, Volume 1 page 115

https://books.google.fr/books?id=o-oYAAAAYAAJ&dq=gr%C3%A2ces+guingamp+rabelaisien&hl=fr&source=gbs_navlinks_s

 

TOULET (Simonne), 2010, L'église de Grâces et ses sablières, Bulletin des Amis du Patrimoine de Guingamp n°48.

http://bibliotheque.idbe-bzh.org/data/cle_89/Les_Amis_du_Patrimoine_de_Guingamp_nA_48.pdf

 

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Published by jean-yves cordier - dans Sablières
5 février 2018 1 05 /02 /février /2018 22:45

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La chapelle Notre-Dame-du-Tertre renferme deux ensembles de sablières et de blochets et clefs : celles de la nef et celles du porche sud. Comme le visiteur rentre par la porte de la chapelle Sainte-Marguerite, au sud-est, il découvre d'abord la nef, puis pénètre de l'intérieur dans le petit porche sud, fermé de l'extérieur par une grille.

Datation.

Les sablières ont été sommairement décrites en 1936 par Couffon qui datent celles du porche de la seconde moitié, ou de la fin du XVe,.  Sophie Duhem, dans sa thèse, les datent par estimation, de "la fin XVe-début XVIe / 1re moitié XVIe" (Duhem p. 328), sans distinguer les deux ensembles. J.L. Matte date le motif du couple de sonneur, et donc les sablières de la nef, comme n'étant "pas inférieures à la moitié du XVIe" (cf. infra). 

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Couffon, 1936, plan et datation de la chapelle. Source BnF Gallica.

Couffon, 1936, plan et datation de la chapelle. Source BnF Gallica.

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I. LA NEF.

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Charpente sculptée de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Charpente sculptée de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Le blochet du Bélier.

Il sort de la charpente et s'appuie de ses pattes  sur une pièce de bois comme s'il faisait son petit curieux ; et il a une bonne tête, comme ces animaux des fables à qui il ne manque même pas la parole.

Vous allez rire : je l'ai d'abord confondu avec un bouc, et j'ai dû me livrer à de longues révisions avant de corriger mon erreur. Le bouc est le mâle de la Chèvre et le bélier de mâle non châtré du Mouton. Ce sont ses cornes en spirales et annelées qui m'ont permis d'éviter de me ridiculiser (ce que je suis en train de faire).

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Cliquez sur l'image. Charpente sculptée de la nef de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Cliquez sur l'image. Charpente sculptée de la nef de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Le blochet de l'Homme main sur la tête.

Cet homme, en buste et en position horizontale, pose une main sur son crâne (largement dégarni et l'autre sur son ventre. Il ne sembla pas bien vieux, avec une belle paire de moustaches et une barbe bien taillée. Il porte une veste à bouton, une chupenn.  

Sa bouche est entrouverte : lance-t-il un cri après avoir guetté l'arrivée d'un personnage, d'un navire ou d'une proie ? Vient-il d'apercevoir son bélier qui s'était sauvé ? Le cherche-t-il encore ?

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Charpente sculptée de la nef de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Charpente sculptée de la nef de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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La clef pendante du Visage encagoulé.

J'y vois une femme portant la guimpe, mais arrêtez-moi si je me trompe, je ne suis plus sûr de rien pour reconnaître la femelle ou le mâle de quoi que ce soit.

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Charpente sculptée de la nef de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Charpente sculptée de la nef de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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La sablière de Renard et de la Poule.

À la différence d'autres corniches, ces charpentes sculptées ne portent que deux motifs, réunis en une (très brève) saynète.

Ici, un Renard se dirige à pas de loup vers une Poule. Je mets des majuscules car il ne s'agit pas d'individus, mais, comme dans les fables, de l'animal représentant son Espèce : un Type, que dis-je, un Archétype.

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Charpente sculptée de la nef de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Charpente sculptée de la nef de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Renard ou Goupil, Vulpes vulpes, progresse vers sa proie, la gueule carnassière tendue,    salivant déjà (j'en suis sûr) et se forgeant une félicité qui le ferait pleurer de tendresse, s'il était Loup (mais comment différencier les deux ?).

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Charpente sculptée de la nef de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Charpente sculptée de la nef de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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La Poule.

Elle n'a rien vu, et picore en caquetant. (Faux : j'apprends que les poules ne caquettent que lorsqu'elles pondent). Disons alors  que Poule ici  cagnette, à moins qu'elle ne claquette, ou qu'elle ne glousse.  Elle cloquera quand elle parlera à ses poussins dans l'œuf, et elle cloussera  quand elle couvera les œufs qu'elle a fini par pondre. À moins qu'elle ne  crételât.  Mais d'ici là, elle sera croquée.

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Renard et Poule font le bonheur des paroissiens depuis que les sablières existent. Je les ai vu, entre cent exemples, à la chapelle Saint-Sébastien et à la chapelle Saint-Fiacre du Faouët. Sophie Duhem, qui a recensé 1252 pièces sculptées dans les Côtes d'Armor, y a trouvé 29 renards et  23 "animaux de basse-cour". Elle en a fait un article entier : "«Quant li goupil happe les jélines... », ou les représentations de Renart dans la  sculpture sur bois bretonne du XVe au XVIIe siècle" (cf. biblio)

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Charpente sculptée de la nef de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Charpente sculptée de la nef de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Pièce de bois sculptée suivante : l'Objet mystérieux.

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Peut-être peu inspiré, l'ymagier a représenté ici quatre feuilles placées en croix, et une sorte de pain quadrillé entouré d'une couronne de fleurs.

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Charpente sculptée de la nef de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Charpente sculptée de la nef de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Charpente sculptée de la nef de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Charpente sculptée de la nef de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Les deux âges de la vie : la Jeune et la Vieille.

 

 

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Charpente sculptée de la nef de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Charpente sculptée de la nef de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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La Vieille.

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 "Marquise, si mon visage, 
A quelques traits un peu vieux,
Souvenez vous qu'à mon âge
Vous ne vaudrez guère mieux.
Le temps aux plus belles choses
Se plaît à faire un affront
Et saura faner vos roses
Comme il a ridé mon front. 
Le même cours des planètes 
Règle nos jours et nos nuits.
On m'a vu ce que vous êtes
Vous serez ce que je suis.
" Pierre Corneille, Stances à Marquise, 1658.

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Les sablières de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre à Châtelaudren.

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La Jeune.

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"Peut-être que je serai vieille
Répond Marquise, cependant
J’ai vingt-six ans mon vieux Corneille
Et je t’emmerde en attendant.
" (Tristan Bernard)

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Charpente sculptée de la nef de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Charpente sculptée de la nef de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Le Hibou.

Faire la différence entre le Hibou et la Chouette, ça, je sais faire.

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Charpente sculptée de la nef de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Charpente sculptée de la nef de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Le Lièvre poète.

Comme il sait s'émerveiller devant Fleurette !

"Ses deux oreilles droites marquent l'heure suprême.

Puis elles se cassent.
" (Jules Renard)

Et si c'était un Lapin ?

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Charpente sculptée de la nef de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Charpente sculptée de la nef de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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L'Écureuil qui a le sens de l'Épargne.

Comme il sait ne pas attendre l'hiver pour mettre en lieu sûr ses réserves de glands ! 

"Leste allumeur de l’automne, il passe et repasse sous les feuilles la petite torche de sa queue." (Jules Renard)

Sophie Duhem déjà citée, parmi les 1252 pièces sculptées des Côtes d'Armor, les 1895 pièces du Finistère, les 1593 pièces du Morbihan... et les 103 pièces d'Ille-et-Vilaine (ouh, ouh) ou les 37 pièces de Loire-Atlantique (...)  a recensé 393 animaux sauvages et exotiques. Parmi lesquels 100 chiens, 34 lapins, et UN seul écureuil, celui-ci. 

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Charpente sculptée de la nef de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Charpente sculptée de la nef de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Le Moissonneur.

Retour chez les humains. Notre homme est vêtu d'une tunique aux manches remontées, serrée par une ceinture au dessus de brais sur des jambes  nues. Il se chausse de sabots.Quelque soit le siècle, le Moissonneur penché sur les épis et armés de sa faucille est un Type.  Il rythme les douze travaux du mois, comme ici pour le mois de Juillet par Maître Honoré (1250). Il fait chaud, et soif.

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Martyrologue-orbitaire de Saint-Germain les Prés, folio 59v : Source BnF gallica.

 

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Charpente sculptée de la nef de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Charpente sculptée de la nef de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Les sonneurs.

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Jean-Luc Matte en donne la description suivante :

http://jeanluc.matte.free.fr/invcbis.htm#chatelaudren

"Sc/bois : sablière, joueur de cornemuse face à un joueur de hautbois, tous deux jambes repliées et croisées. Sous le hautbois on aperçoit une forme ronde qui pourrait être un sac mais le musicien embouche directement celui-ci et la cornemuse en face est suffisamment bien représentée pour que l'on ne puisse penser qu'il s'agit d'une cornemuse et non d'un hautbois. Le joueur de cornemuse est visiblement inspiré des tableaux de Brueghel, ce qui explique les deux bourdons (sur souche commune), peu communs en Bretagne à cette époque.

Fin XVème début XVIème estimé par S. Duhem mais si l'on prend en compte l'inspiration brueghelienne (1520/25-1569), ne peut être inférieur à la mi-XVIème

Deux bourdons d'épaule (presque verticaux), accolés, de même forme et même longueur, quasi cylindriques à légers pavillons, montés sur souche commune. Hautbois de forme et taille assez similaire à celle des bourdons."

 

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Charpente sculptée de la nef de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Charpente sculptée de la nef de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Charpente sculptée de la nef de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Charpente sculptée de la nef de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Pieter Brueghel l'Ancien, La Danse des paysans (détail), 1568. https://fr.wikipedia.org/wiki/La_Danse_des_paysans

Pieter Brueghel l'Ancien, La Danse des paysans (détail), 1568. https://fr.wikipedia.org/wiki/La_Danse_des_paysans

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La Chauve-souris.

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Charpente sculptée de la nef de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Charpente sculptée de la nef de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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II. LE PORCHE SUD.

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Vous venez que quitter la nef, et vous pénétrez dans un espace riquiqui, blafard et lunaire, sentant l'ail, où, comme dans une fumerie d'opium d'un album de Tintin, un magot chinois vous regarde de ses yeux rouges. Kezce cek cebinz ? Aïe-aïe-aïe ! Quelle congaï de Shangaï s'accroche à votre chandail ? Bye-bye ! Pas envie de servir de cobaye au recteur et à ses ouailles.

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Charpente sculptée du porche de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Charpente sculptée du porche de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Le lotus Bleu page 103 D3 https://fr.tintin.com/news/index/rub/100/id/3853/0/l-annee-du-dragon

Le lotus Bleu page 103 D3 https://fr.tintin.com/news/index/rub/100/id/3853/0/l-annee-du-dragon

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La berlue ! Deux oniriques dragons volent  et se disputent un petit pain, après avoir renversé le sac de farine du meunier !

Charpente sculptée du porche de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Charpente sculptée du porche de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Une monstruosité qui a volé le collier de perle de la Castafiore veille sur ces bestioles avec un sourire aussi débonnaire que sardonique. Qu'est-ce qui se mijote ici ? Quelle est cette Chose ?

Parfois, comme quelqu’un qui cherche, elle touchait
Le mur prodigieux de la cave du monde.
Elle serpentait, lente et souple comme une onde,
Dans l’abîme où l’esprit lit ce mot triste : Absent.
Souvent elle laissait derrière elle en passant
Le bleuissement pâle et fugitif du soufre.

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Charpente sculptée du porche de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Charpente sculptée du porche de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

À droite du mandarin, dans cet espace restreint, un mâtin colle son tarin à l'arrière-train d'un cerf plein d'entrain. Quel tintouin. Le daguet est dans un sale pétrin.

 

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Charpente sculptée du porche de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Charpente sculptée du porche de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Faites cesser  cette chasse à cour ! Chercher la sortie de secours ! Arrêtez le  compte-à-rebours !   Une pluie de sang tombe du lambris et va tacher mon pantacourt.

Une forme, parfois soudain évanouie,
Puis renaissant, flottant au loin, puis s’abîmant,
Sorte de voile ayant un vague mouvement,
Glissait sous ce plafond qu’on prendrait pour un rêve.

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Charpente sculptée du porche de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Charpente sculptée du porche de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Faire demi-tour ! C'est pire ! clairez, il fait noir comme dans un four.

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Charpente sculptée du porche de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Charpente sculptée du porche de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Un dragon ! Un lion ! Tous les deux armés d'un rouleau à pâtisserie qui montrent bien leurs intentions : semer la désolation sans discrimination.

Lui, l’immense oeil de tigre ouvert sur l’infini....

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Charpente sculptée du porche de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Charpente sculptée du porche de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Et voila le pompon ! La Mesnie Hellequin ! Ce veneur du diable aux yeux hallucinés  danse une gavotte du plus mauvais effet et son bâton ne me dit rien qui vaille. Kaï kaï kaï ! Quelle racaille ! Il faut que je m'en aille.

Le démon fulgurant, dans cette transparence,
Horrible, se tordait comme un éclair noyé.
Puis la nuit revenait, glacée et sans pitié;
La vaste cécité refluait sous la voûte
De l’éternel silence et l’engloutissait toute;
Et l’enfer, un instant montré, se refermant,
Lugubre, s’emplissait d’évanouissement.

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Charpente sculptée du porche de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Charpente sculptée du porche de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Vais-je sortir de ce Train-fantôme ? Non. Deux bêtes féroces viennent de me bousculer dans un hurlement d'enfer, un chien et un sanglier tout aussi  animatroniques que terrifiques. 

 

 

Charpente sculptée du porche de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Charpente sculptée du porche de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Charpente sculptée du porche de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Charpente sculptée du porche de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Et ça recommence. Une licorne embroche un lion, à moins que ce brutal animal ne se soit saisi de l'appendice monumental. 

Charpente sculptée du porche de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Charpente sculptée du porche de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Mais qui je vois ? Monsieur Bélier, qui a quitté la nef pour rentrer sans alibi dans ce cagibi. Il me regarde comme un zombie. Je suis cuit.

La rondeur de sa rouge et fatale prunelle
Semblait, dans la terreur de ces lieux inouïs,
Une goutte de flamme au fond du puits des nuits.

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Charpente sculptée du porche de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Charpente sculptée du porche de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Charpente sculptée du porche de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Charpente sculptée du porche de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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Z'avez rien vu ! C'était de la gnognotte. Du pipi de chat. Roupie de sansonnet et fantasmagorie Walt-Dysney. 

Oyez et voyez !

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Charpente sculptée du porche de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Charpente sculptée du porche de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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—Naïf : Qu'est-ce-que c'est ? Un cul-de-lampe ?

—Instruit : C'est la redevance du pet ? Un pétangueule ?

— Observateur : Belzébuth ? Et il nous chie dessus ?

 

—Non madame. C'est bien pire.

C'est l'infernale Lilith et sa vulve maudite.

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Charpente sculptée du porche de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

Charpente sculptée du porche de la chapelle Notre-Dame-du-Tertre. Photographie lavieb-aile septembre 2017.

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La vaste cécité refluait sous la voûte
De l’éternel silence et l’engloutissait toute;
Et l’enfer, un instant montré, se refermant,
Lugubre, s’emplissait d’évanouissement.

 

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SOURCES ET LIENS.

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SOURCES ET LIENS.

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SITE DE CHÂTELAUDREN

http://www.chatelaudren.fr/fr/information/29512/les-lambris-peints-chapelle-rouge

http://cdn1_3.reseaudescommunes.fr/cities/169/documents/8z79rggvywtfnx1.pdf

— COUFFON (René), 1936 Quelques notes sur les Origines de Châtelaudren et les Peintures de la Chapelle N.-D. du Tertre", Bull, et mém.  de la  Société d'émulation des Côtes-d'Armor   T. 68 p.145-159. 

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k58027444/f181.image

— DUHEM, (Sophie), 1997,  "Les sablières sculptées en Bretagne", Presses universitaires de Rennes,  

 

— DUHEM (Sophie), 1997, Les sablières, images, ouvriers du bois et culture paroissiale au temps de la prospérité bretonne, XVe-XVIIe s. Presses Universitaires de Rennes 385 p.-[16] p. de pl. en coul. Note : Bibliogr. p. 367-379. Notes bibliogr. Index . Voir pages 19, 169 (licorne), 226 et 227 (cornemuse), 238 (moissonneur), 241 (écureuil et lapin).

 — DUHEM (Sophie), 1998, "«Quant li goupil happe les jélines... », ou les représentations de Renart dans la  sculpture sur bois bretonne du XVe au XVIIe siècle"  Annales de Bretagne et des pays de l'Ouest  Année 1998  Volume 105  Numéro 1  pp. 53-69 http://www.persee.fr/doc/abpo_0399-0826_1998_num_105_1_3972

— MATTE (Jean-Luc), Iconographie de la cornemuse, en ligne.

http://jeanluc.matte.free.fr/invcbis.htm#chatelaudren

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Published by jean-yves cordier - dans Sablières
21 août 2017 1 21 /08 /août /2017 20:27

Les sablières, les blochets et les statues de l'église Sainte-Pitère de Le Tréhou. I .

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Voir sur l'église de Le Tréhou :

Les deux crossettes de l'église Sainte-Pitère de Le Tréhou (vers 1555)

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—Sur  les sablières bretonnes :

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A la naissance des Monts d’Arrée, la richesse du Tréhou s’est construite essentiellement grâce à la culture et surtout au tissage du lin entre le XIIIe et le XIXe siècle. La commune était d’ailleurs, comme d’autres, sous l’influence des «Juloded», paysans-marchands acheteurs de lin et revendeurs de toile, attestés dès le XVe siècle. On y dénombrait 27 « kandi », ces abris permettant le rouissage du lin dans un bassin, et 141 métiers à tisser. L’église Sainte-Pitère, construite au 16e siècle, est remaniée au siècle suivant.

" L'église, en forme de croix latine, comprend une nef de six travées avec bas-côtés et un choeur terminé par un chevet à pans coupés. Au droit de la troisième travée, plus longue, deux chapelles en ailes forment faux transept. L'édifice actuel, du type à nef obscure et lambrissée, date du XVIIe siècle et a été remanié au XVIIIe siècle. Les grandes arcades en tiers-point pénètrent directement dans les piliers octogonaux sans chapiteaux. Dates relevées : 1753 sur le pilier sud du choeur, 1772 dans la nef" (Couffon)

Mais il faut ajouter que si le clocher porte la date de 1649,  le chevet porte celle de 1555,  le calvaire la date de 1578, la sablière du porche sud celle de 1610. Enfin, la statue du Christ aux liens (infra) est datée de 1547.

Les sablières Renaissance, les blochets et les statues les plus anciennes de l'église peuvent donc être datées entre 1547 et 1610.

Je vais faire un tour de l'église, attentif à toutes ses sculptures intérieures, mais les éléments les plus remarquables sont :

Sablières : les deux licornes (au nord) et la scène de labour (au sud)

Statues : le Christ aux liens (1547) ; sainte Marguerite ;  les saints Adrien, Sébastien et Roch invoqués contre la peste  ; sainte Pitère.

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Premier entrait à engoulant  de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

Premier entrait à engoulant de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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Le premier entrait à engoulant.

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Premier entrait à engoulant  de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

Premier entrait à engoulant de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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LES BLOCHETS DE LA NEF.

Ils représentent   tous  des hommes barbus tenant un livre sous le coude, et, la plupart, un bâton brisé (croix ? crosse ? canne ? ). La partie inférieure du corps manque. Ils sont vêtus d'un manteau dont il tienne l'un des pans, et d'un pourpoint à boutons ronds médians. On peut penser aux apôtres, ou à des pèlerins.

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Blochet de la nef de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

Blochet de la nef de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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Blochet de la nef de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

Blochet de la nef de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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Blochet de la nef de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

Blochet de la nef de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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Blochet de la nef de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

Blochet de la nef de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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Blochet de la nef de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

Blochet de la nef de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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Blochet de la nef de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

Blochet de la nef de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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LES SABLIÈRES ET BLOCHETS DES BAS-COTÉS .

Les sablières du Tréhou en bois polychrome ne manquent pas d'intérêt, et Sophie Duhem, dans son étude des sablières sculptées de Bretagne de 1997, y a consacré plusieurs pages, soulignant l'intensité des couleurs et surtout l'emploi de la technique du dégradé, comme à Saint-Thomas de Landerneau : des dégradés délicats assurent en effet la transition des tons.

Deux scènes sont particulièrement remarquables, celle des licornes affrontées tenus par un homme (bas-coté nord) et celle du labour (chapelle du bas-coté sud) à laquelle je consacre un article séparé.

Mais le déploiement du vocabulaire Renaissance mérite aussi l'attention, avec les mascarons, les cuirs, les putti, les volutes.

 

 

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Les quatre sablières sculptées du bas-coté nord. N1 à N4.

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Bas-coté nord de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

Bas-coté nord de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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Première sablière sculptée N1 .

Vue générale.

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Bas-coté nord de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

Bas-coté nord de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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Vue de détail de N1  : main tenant un phylactère AGNUS DEI et ange allongé tenant un panneau muet.

Dégradés bleu, jaune, rose de la tunique de l'ange.

 

Première sablière sculptée du bas-coté nord de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

Première sablière sculptée du bas-coté nord de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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Deuxième sablière nord : N2. mur ouest de la chapelle du bas-coté nord.

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Bas-coté nord de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

Bas-coté nord de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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Sablière N2 : feuillage, cuir découpé, bande à volute, anges présentant un panneau.

Note : seule la moitié supérieure est conservée. 

 

Deuxième  sablière sculptée du bas-coté nord de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

Deuxième sablière sculptée du bas-coté nord de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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Troisième sablière nord N3. 

Vue générale.

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Bas-coté nord de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

Bas-coté nord de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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La sablière N3 : masque animal puis homme tenant les cornes de deux licornes.

 

"L'origine des modèles ne fait aucun doute : tous [grylles, sirènes, centaures] proviennent de l'imagerie bas-médiévale européenne. Ce que nous avons observé pour la sirène, et qui s'avère valable pour les centaures et les licornes.

Ces dernières apparaissent sur une trentaine de sablières sous l'apparence commune de chevaux dotés de cornes frontales. Si quelques licornes sont représentées isolées ( à Gourin, Malestroit, Plouaret, chapelle Saint-Eloi de Saint-Nicolas-du-Pélem, Ch. de Burtulet à Saint-Servais), la plupart sont insérées dans des saynètes classiques de l'iconographie médiévale. L'image de la licorne affrontée au lion [se trouve à ] Châtelaudren, Grâces-Guingamp, Trémeur et Locmalo (Ch. de Kerlénat) [ou en 1652 à la chapelle N.D de Crénénan à Ploerdut.] Sur quelques poutres, le lion est remplacé par une hydre ou un dragon comme à Kerpert, Grâces-Guingamp et Saint-Gilles-Pligeaux (Ch. St-Laurent)]. Une autre variante existe à Lanmérin, sous la forme d'une licorne pourchassée par une meute de chiens. (La scène est représentée sur un entrait de la chapelle Saint-Jérôme).

Les artisans actifs autour de Kerlénat ont préféré la représentation moins classique de deux licornes affrontées, disposées de part et d'autre d'un homme en buste tenant leurs barbiches. Ce thème est illustré sur les charpentes de Locmalo, de Bieuzy, de Baud, de Guern (Ch. St-Jean), et il semble qu'il ait également inspiré les sculpteurs de Cléguérec, (Ch. de la Trinité), de Guengat et du Tréhou.

Deux exemples, qu'il faut rattacher aux nouveautés du répertoire renaissant, s'écarte des modèles habituels : à Confort-Berhet, l'animal sort d'une corne d'abondance, et à Pleyben, son corps est végétalisé. 

La plupart des représentations sont donc relativement stéréotypées, et conformes aux sujets en circulation à partir de la fin du XVe siècle."  S. Duhem page 169. 

Je remarque que cette scène n'a rien de commun avec le thème (religieux ou mystique issu du Physiologus)  de la Licorne de l'Annonciation, ni avec celui de la Chasse de la Licorne, tous deux en relation avec la croyance que la licorne, pour être chassée, devait être "appâtée" par une jeune fille vierge.

 

Voir l'Annonciation à la licorne ou  Chasse mystique de Schongauer à Colmar (v.1480) et 

Le vitrail de l'Arbre de Jessé de la cathédrale de Sens.

Au contraire, nous sommes ici dans le domaine profane et ornemental qui recherche dans les créatures chimériques, imaginaires ou exotiques des sujets distrayants propres à séduire l'imagination. Malgré notre avidité à trouver du sens à ces images, et malgré notre réticence à accepter que le sacré voisine avec les drôleries (ou les obscénités), nous sommes invités à accepter les changements de point de vue et  à découvrir ceux de  nos ancêtres : ce n'est pas la moindre des aventures auxquelles la visite d'une église bretonne nous convie.

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Homme tenant les cornes de deux licornes, sablière du bas-coté nord de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

Homme tenant les cornes de deux licornes, sablière du bas-coté nord de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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Sablière du bas-coté nord de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

Sablière du bas-coté nord de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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Quatrième sablière nord N4. 

Vue générale.

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Quatrième sablière du bas-coté nord de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

Quatrième sablière du bas-coté nord de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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Sablière N4 : masques anthropoïdes et animaux ; homme mordu par deux oies.

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Sablière du bas-coté nord de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

Sablière du bas-coté nord de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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Détail de N4 : masque anthropoïde de profil dont le nez et l'oreille sont mordus par deux oies.

Un autre exemple de dégradés entre les bleus et les roses.

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Détail de N4 : masque anthropoïde de profil dont le nez et l'oreille sont mordus par deux oies, sablière du bas-coté nord de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

Détail de N4 : masque anthropoïde de profil dont le nez et l'oreille sont mordus par deux oies, sablière du bas-coté nord de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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Le bas-coté sud (de l'est vers l'ouest) : les trois sablières S3 à S1.

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La troisième sablière sud S3.

Vue générale.

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Bas-coté sud de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

Bas-coté sud de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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Vue générale rapprochée.

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Sablière du bas-coté nord de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

Sablière du bas-coté nord de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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La sablière S3 : Un cuir à enroulement portant la sainte Face ; un ange entre deux têtes animales ; un putto tenant un voile.

Si il s'agit bien de la tête du Christ portant la couronne d'épines, c'est alors le seul motif religieux avec l'ange de N1 et celui qui suit.

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Sablière S3 du bas-coté sud de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

Sablière S3 du bas-coté sud de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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Sablière S3 du bas-coté sud de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

Sablière S3 du bas-coté sud de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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Deuxième sablière sculptée sud S2.

Vue générale (S2 à droite).

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Bas-coté nord de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

Bas-coté nord de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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Deuxième sablière sculptée S2 : masque anthropoïde de profil végétalisé et tenant des tiges florales ; masque à oreillettes (bandeau frontal noué en boucle sur les deux oreilles) ; feuillage et ?

Seule la moitié supérieure est conservée.

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Sablière du bas-coté nord de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

Sablière du bas-coté nord de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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Le blochet de la sablière S2. Pieuse femme, portant une fraise autour du cou,  mains jointes.

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Blochet du bas-coté nord de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

Blochet du bas-coté nord de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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La chapelle latérale sud et la sablière S1 encadrée de deux blochets.

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Bas-coté nord de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

Bas-coté nord de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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La sablière S1 : un masque de profil tenant dans sa bouche des tiges végétales. Blochet : un ange tenant un phylactère muet. Un semeur et son van. Scène de labour. Blochet de droite : saint Augustin.

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Cette sablière fera l'objet de l'article suivant.

 

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Sablière du bas-coté nord de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

Sablière du bas-coté nord de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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Saint Augustin vêtu en évêque d'Hippone (crosse, mitre), un livre pendu à sa ceinture dans son sac, et  présentant son cœur.

... comme à gauche du porche de l'église de  Daoulas.

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Blochet  du bas-coté nord de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

Blochet du bas-coté nord de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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LES STATUES ET RETABLES.

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Saint Jean-Baptiste. Bois polychrome.

tenant l'Agneau de Dieu. Bras droit perdu.

Saint Jean-Baptiste, église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

Saint Jean-Baptiste, église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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Autel de la chapelle du bas-coté nord et retable de sainte Anne. 

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Autel de la chapelle du bas-coté nord, église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

Autel de la chapelle du bas-coté nord, église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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Sainte Pitère dans la niche à gauche de la toile peinte. Bois polychrome.

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Notez le voile blanc couvrant l'arrière de la tête avant de revenir derrière la nuque pour rassembler les nattes avant qu'elles ne se libèrent en rivières d'anglaises blondes sur les épaules.

Sainte Pitère est la patronne de l'église, et elle a aussi sa statue dans le chœur, sa statue de pierre au dessus du porche sud, ou sur le calvaire. Cette vierge espagnole du VIIIe siècle est représentée tenant une palme (de martyre) d'une main et un livre de l'autre. 

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Sainte Pitère,  autel de la chapelle du bas-coté nord, église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

Sainte Pitère, autel de la chapelle du bas-coté nord, église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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Sainte Pitère, autel de la chapelle du bas-coté nord, église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

Sainte Pitère, autel de la chapelle du bas-coté nord, église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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Sainte Pitère a aussi sa bannière, où, misère !,  elle a perdu son livre de prière.

En velours ponceau et rinceaux brodés au fil d'or, lambrequins à redans, frange de cannetille, pompons de même, et avec l'inscription SANTEZ BIZER PEDIT EVIDOMP (*) et le monogramme SB.

(*) "Sainte Pitère priez pour nous".

https://www.argedour.bzh/sainte-pitere-santez-bizher-5220917/

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Bannière de sainte Pitère, église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

Bannière de sainte Pitère, église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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Saint diacre en chasuble dans la niche à droite de la toile peinte. Bois polychrome.

Ce diacre est peut-être saint Laurent, mais aussi saint Yben.

Le manipule passé au dessus du poignet gauche est un indice précieux du diaconat.

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Saint diacre, autel de la chapelle du bas-coté nord, église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

Saint diacre, autel de la chapelle du bas-coté nord, église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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Saint diacre, autel de la chapelle du bas-coté nord, église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

Saint diacre, autel de la chapelle du bas-coté nord, église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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Saint évêque. Bois polychrome.

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Saint évêque, église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

Saint évêque, église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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Saint évêque. Bois polychrome.

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Saint évêque, église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

Saint évêque, église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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Sainte Marguerite. Bois polychrome.

 

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Pour bien comprendre ce qu'on voit, il faut savoir que Marguerite d'Antioche a été avalée par un dragon, toute habillée. Mais aussitôt dans le ventre infect de la bête, elle a procédé à une laparotomie et est sortie par l'incision, faite au moyen d'un petit crucifix dont elle ne se séparait jamais (j'ai toujours pensé que c'était celui de son chapelet). On voit donc l'extrémité de la robe rouge, qui pend de la gueule du monstre, et que j'ai longtemps confondu avec la langue (rouge également, mais fumante) de l'animal. Mais lorsque Marguerite va cesser sa prière à genoux, et qu'elle va vaquer à ses saintes occupations, elle va tirer sur l'étoffe, qui va vous ramoner l'estomac du méchant et trop gourmand reptiloïde. Voilà qui lui servira de leçon.

Comment briller en société ? En rappelant qu'on ne dit pas que sainte Marguerite est figurée ici "sortant du dragon", (et encore moins "se hissant hors " du dragon), mais "issant  du dragon". Car elle se réserve le privilège de l'emploi du participe présent d'issir, ne le partageant qu'avec quelques féru en héraldique.

Le vieux verbe issir, "sortir" était déjà hors d'usage à l'infinitif en 1680, lorsque Pierre Richelet indiquait qu'il n'est usé qu'à son prétérit "je suis issu". 

Notez aussi le serre-tête orné d'une pièce frontale, accessoire souvent porté aussi par saint Michel.

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On trouvera de nombreuses statues semblables, mais j'ai en mémoire celle du jubé de La Roche-Maurice. Sainte Marguerite appartient avec sainte Catherine et sainte Barbe aux grandes saintes auxiliatrices présentes dans tous les livres d'Heures : son intercession est demandée devant les dangers de la grossesse et de l'accouchement. 

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Sainte Marguerite issant du dragon, bas-coté nord, église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

Sainte Marguerite issant du dragon, bas-coté nord, église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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Sainte Marguerite issant du dragon, bas-coté nord, église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

Sainte Marguerite issant du dragon, bas-coté nord, église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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Sainte Marguerite, bas-coté nord, église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

Sainte Marguerite, bas-coté nord, église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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Saint Sébastien. Bois polychrome.

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Vue générale.

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Saint Sébastien, pilier gauche de la nef, église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

Saint Sébastien, pilier gauche de la nef, église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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L'éphèbe vêtu d'un short doré est lié à un arbre, main droite derrière le dos, bras gauche levé, selon une tradition tenace. Il est parfaitement indifférent aux flèches que lui décochent les archers dont il est l'officier, et dont une plaie est bien visible sur la face externe de la cuisse droite.

C'est l'un des saints auxiliateurs, dont l''aide est demandée face aux épidémies (qui pleuvent sur les humains comme des flèches).

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Saint Sébastien, pilier gauche de la nef, église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

Saint Sébastien, pilier gauche de la nef, église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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Saint  Adrien  . Bois polychrome.

Couffon suggère saint Mélard. Mais c'est bien saint Adrien de Nicomédie qui est représenté ici en officier, — ou plutôt en homme d'armes du XVIe siècle — avec son casque aux bords relevés, sa cape à fermail, son armure, son épée, une enclume et un marteau. 

Pourquoi une enclume ? Pourquoi un marteau ? Est-ce là le grand saint Éloi ?  Non pas, mais parce qu'il subit, nous explique Benoît Ruteau en 1637, l'affreux tourment du Crucifrage. "

"Le crurifrage était un supplice, auquel on rompait les jambes du coupable sur une enclume avec des leviers de fer, ou de bois."

Eh voilà, un mot nouveau en plus ! Mais pourquoi le crucifragea-t-on ?

Adrien était un noble, officier romain  dans l'armée de l'empereur Maximian  Galère qui faisait appliquer avec zèle les  édits de persécution des chrétiens décrétés par Dioclétien. Vers 306, alors qu'Adrianus avait vingt-huit ans, et devant le courage de trente-trois chrétiens de Nicomédie que Galère avait ordonné de supplicier, il se convertit avec son épouse Nathalie .

Apprenant cette conversion, l'empereur fit emprisonner Adrianus avec les autres chrétiens puis, quelque temps après, le fit comparaître devant lui en présence de ses compagnons pour le faire bastonner ; les coups furent si violents qu'à la fin les entrailles d'Adrianus sortaient de son corps. C'est ainsi qu'il est représenté, entrailles béantes,  à la chapelle Saint-Adrien de Plougastel. Puis Adrianus et ses compagnons furent de nouveau jetés en prison.

L'empereur Galère ordonna qu'on tranche les pieds puis les jambes des prisonniers puis qu'on fasse brûler leur corps. Adrianus fut le premier supplicié et on lui coupa également une main, en présence de Nathalie son épouse. 


 

L'empereur ordonna qu'Adrien et ses compagnons seraient rompus vifs à coups de massues de fer sur une enclume ...Sainte Natalie obtint que l'exécution commence par son mari. Saint Adien étendit avec gaieté ses jambes sur l'enclume, et souffrit constamment que le bourreau les brisât à coups de massue, et en coupât les pieds, que la généreuse Natalie eut la fermeté de tenir sur l'enclume.Ensuite à la prière de son épouse pour achever son sacrifice, il étendit pareillement son bras droit pour être brisé et coupé par le bourreau. Abrégé de la vie, martyre, translations,&miracles du glorieux martyr Saint Adrien, Louvain 1722

 

 

 

 

Une partie de ses reliques furent transportées au monastère de Grammont en Flandre, dont le lion est l'emblème.  

On comparera cette statue avec le dessin de Hans Holbein le Jeune (1497-1543) :

https://www.photo.rmn.fr/archive/91-004949-2C6NU0H5HXY2.html

Il est particulièrement intéressant de savoir qu'Adrien est l'un des cinq saints invoqués contre la peste, tout comme saint Sébastien, et saint Roch. Car, au Tréhou, les trois statues de ces saints sont placées en encadrement  à l'entrée du chœur, complétées par celle de sainte Pitère.  

La peste (ou les épidémies de pestilence qu'on désigne sous ce terme) est attestée en Bretagne au XVIe siècle à Nantes en 1501, 1522, 1523, 1529, 1530, 1567, 1568, 1569, 1570 et 1576, à Rennes en 1560, à  Quimper en 1533, 1564, 1565, 1586, 1594 et 1595, à  Plougastel-Daoulas en 1598.

Le développement des enclos paroissiaux, le choix de leur décors ou de leurs saints ne s'explique pas seulement par la grande prospérité économique liée au commerce du lin et du chanvre, et par les voies d'échanges maritimes avec l'Espagne et le Languedoc et avec l'Europe du Nord (Flandre), mais aussi avec le climat de peurs liées aux disettes, aux épidémies et aux guerres, au XVe siècle comme le souligne Jean-Pierre Le Guay  mais aussi au XVIe siècle.

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Saint Adrien est honoré à Spézet (fontaine Saint-Adrien ou Sant-Rien) , à la chapelle Saint-Adrien de Plougastel, à celle de Scaër , à la chapelle Saint-Maudé de Guiscriff (Morbihan)

La chapelle Saint-Adrien à Saint-Barthélémy (56), accompagnée de sa fontaine, contient une statue d'Adrien et de son lion. J'emprunte la photo au site https://www.fondation-patrimoine.org/les-projets/chapelle-saint-adrien-a-saint-barthelemy

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J' avais pris à la chapelle Saint-Adrien de Saint-Barthélémy la photo suivante :

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Après-coup...

Je découvre l'article de l'abbé Yves-Pascal Castel qui complète ma description, mais méconnaît  le motif de l'entérophorie.

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Saint en armure, coté gauche du chœur, église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

Saint en armure, coté gauche du chœur, église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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Saint Éloi, coté gauche du chœur, église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

Saint Éloi, coté gauche du chœur, église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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Saint Éloi, coté gauche du chœur, église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

Saint Éloi, coté gauche du chœur, église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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La chapelle nord formant  faux transept.

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Les sablières, les blochets et les statues de l'église de Le Tréhou. I.

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Vierge ou sainte femme, bois polychrome, chapelle latérale nord.

 

Vierge, chapelle à gauche du chœur, église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

Vierge, chapelle à gauche du chœur, église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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Vierge, chapelle à gauche du chœur, église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

Vierge, chapelle à gauche du chœur, église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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Le chœur : le retable de la Montée au Calvaire du XVIIe siècle 

Notice base Palissy.

 

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Le chœur de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

Le chœur de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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J'ai omis de photographier deux belles statues, de sainte Pitère et de saint Michel terrassant le dragon.

Le chœur de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

Le chœur de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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Dieu le Père, chœur de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

Dieu le Père, chœur de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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Dieu le Père, chœur de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

Dieu le Père, chœur de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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Saint apôtre ou évangéliste (comparable aux blochets de la nef avec son livre, son attribut brisé en forme de bâton ... ou de clef ?)

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Apôtre,  chœur de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

Apôtre, chœur de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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Saint André et sa croix en X.

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Saint André,  chœur de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

Saint André, chœur de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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Saint Roch et son fidèle Roquet.

C'est le troisième saint qui protège des épidémies de peste, puisqu'il  a été victime lui-même de la peste noire ou bubonique. Et c'est bien le bubon de sa cuisse droite qu'il nous montre en soulevant sa tunique. Il est vêtu comme il se doit en pèlerin (il s'était rendu de Montpellier à Rome) avec la pèlerine, le chapeau, la besace à la ceinture, et le bâton ou bourdon, qui a été brisé. S'étant retiré dans les montagnes par mesure d'isolement, il a été miraculeusement nourri par Roquet, le chien d'un seigneur local, qui lui apportait un pain rond chaque jour. 

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 Avant de nef et chœur de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

Avant de nef et chœur de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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Saint Roch, dernier pilier droit de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

Saint Roch, dernier pilier droit de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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Saint Roch, dernier pilier droit de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

Saint Roch, dernier pilier droit de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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Le Christ aux liens. Pierre polychrome, 1547.

La Notice de la base Palissy indique une taille de 112 cm. La statue est classée au 20/05/2010.

On fera le parallèle entre ce Christ aux poignets liés, les reins ceints d'un pagne, la tête couronnée d'épines, le corps sanguinolent des blessures du fouet clouté, et le saint Sébastien vu précédemment. Avec, en filigrane, l'idée que cette représentation du corps divin souffrant n'est pas étrangère à la recherche d'une protection contre les épidémies et les blessures.

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Christ aux liens (1547), bas-coté sud de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

Christ aux liens (1547), bas-coté sud de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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Sainte femme tenant un livre ouvert. Kersanton. 

Sainte ? Anne ? Vierge ? La femme porte un collier,  est voilée et enveloppée dans un manteau.

Sainte, kersanton, bas-coté sud de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

Sainte, kersanton, bas-coté sud de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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La chapelle latérale sud et le retable du don du rosaire.

Notice de la base Palissy.

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Retable de la chapelle latérale sud  de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

Retable de la chapelle latérale sud de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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Retable de la chapelle latérale sud  de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

Retable de la chapelle latérale sud de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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La sablière S1 et ses deux blochets.

On y trouve successivement un masque de profil libérant des tiges florales par sa bouche, le blochet d'un ange présentant un phylactère, un paysan lors des semailles, un panier en main et puisant dans un sac de graines, puis la scène de labours, et enfin le saint évêque du blochet d'angle .

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Je consacre l'article suivant à cette scène du labour et à ses difficultés d'interprétation.

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Sablière S1, coté ouest de la chapelle latérale sud  de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

Sablière S1, coté ouest de la chapelle latérale sud de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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Sablière S1, coté ouest de la chapelle latérale sud  de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

Sablière S1, coté ouest de la chapelle latérale sud de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

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Le blochet d'angle de la chapelle latérale sud : saint Augustin.

Objectivement, c'est un saint évêque (crosse, mitre, sac dans un étui pendu à la ceinture) qui tient un cœur sur la poitrine. C'est ce cœur qui permet l'identification, car c'est l'attribut de saint Augustin, évêque d'Hippone. Voyez sa statue du contrefort  gauche du porche du cimetière de l'ancienne abbatiale de Daoulas, tenant un cœur enflammé.

 

Saint Augustin, blochet d'angle de la chapelle latérale sud  de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

Saint Augustin, blochet d'angle de la chapelle latérale sud de l'église Sainte-Pitère, Le Tréhou. Photographie lavieb-aile août 2017.

SOURCES ET LIENS.

— APEVE

Sablières et statues : http://www.apeve.net/spip/spip.php?article141

Statues de sainte Pitère : http://www.apeve.net/spip/spip.php?article142

http://www.apeve.net/spip/spip.php?article130

http://www.apeve.net/spip/spip.php?article133

Christ aux liens : http://www.apeve.net/spip/spip.php?article143

 

— BASE PALISY :

http://www.culture.gouv.fr/public/mistral/palissy_fr?ACTION=CHERCHER&FIELD_98=LOCA&VALUE_98=%20Le%20Tr%e9hou&DOM=Tous&REL_SPECIFIC=3

— BEAULIEU (François de), Les enclos paroissiaux de Bretagne, article du 11 janvier 1997 du Courrier du Léon.

https://static.fnac-static.com/multimedia/editorial/pdf/9782737369353.pdf

— CASTEL (Yves-Pascal), 1997, Le Tréhou. Saint Adrien. Identification d'une statue. 

“1281 Le Tréhou, identification d'une statue... 11.01.97.,” Collections numérisées – Diocèse de Quimper et Léon, consulté le 15 septembre 2017, https://diocese-quimper.fr/bibliotheque/items/show/2797.

https://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/18875f74c37fb063526f777bfb3fbb3e.jpg

— COUFFON (René), 1988 

https://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/56a53f3ee05cfb4060f6a6fa70341225.pdf

“Couffon, Répertoire des églises : paroisse de LE TREHOU,” Collections numérisées – Diocèse de Quimper et Léon, consulté le 15 septembre 2017, https://diocese-quimper.fr/bibliotheque/items/show/909.

— DUHEM (Sophie), 1997, Les sablières sculptées en Bretagne: images, ouvriers du bois et culture paroissiale au temps de la prospérité bretonne (XVe-XVIIe s.), Presses universitaires de Rennes, 1997 - 385 pages, pages 169, 220, 231 à 236, etc.

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Published by jean-yves cordier - dans Sablières
27 juillet 2017 4 27 /07 /juillet /2017 15:20

La charpente sculptée de l'église de Pleyben (vers 1571) par le Maître de Pleyben : le chœur et le haut de la nef. Sablières et  blochets.

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Voir aussi :

— Sur les sablières et sculptures du Maître de Pleyben :

 

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— Et sur les sablières bretonnes :

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Cet article prolonge les trois articles étudiant les sculptures de la charpente de la croisée du transept, du transept sud et nord de l'église de Pleyben : j'attaque in medias res, en renvoyant le lecteur aux liens placées en introduction.

Les sablières des bras du transept, avec leurs seize cartouches dont sept à motifs religieux liés  à la Passion ou à la Vie de Jésus sont complétées, sur l'axe orthogonal, par  deux sablières du chœur et deux sablières de la nef, dans lesquelles on reconnaît le style et le programme iconographique du Maître de Pleyben, mais aussi la frise distinctive. Ce sont :

Dans le chœur :

  • La sablière de la Sainte-Face présentée par deux anges, à droite.
  • Le cuir découpé des Cinq Plaies du Christ, à gauche.

Dans la nef :

  • La sablière du Paysan écrasé par son attelage, à droite.
  • Le blochet de Sonneur de Cornemuse, à droite.
  • Le cuir découpé du Cadavre dévoré par les vers, à gauche,
  • Le blochet du Jeune homme lisant, à gauche,

Enfin, au fond de la nef, cachée par le buffet d'orgue, du coté sud, une sablière est à joindre à ce corpus :

  • Le Cuir découpé de la Sainte-Face présentée par deux anges.

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LES SABLIÈRES ET BLOCHETS DU CHŒUR.

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1°) Du coté sud : le Voile de la Sainte-Face.

a) la frise :  comme sur les bras du transept, elle associe en ses rinceaux des grappes ou des épis, des feuilles lancéolées ou sagittées, ou les quatre proéminence du  fond d'une courge.

b) Ce sont, comme pour la majorité des sujets religieux, des anges allongés comme s'ils volaient, tenant d'une main le linge blanc qui va présenté le motif, et tendant l'index, soit vers celui-ci, soit vers l'extérieur. On y retrouve les caractéristiques propres à l'atelier du Maître sculpteur, dont les plus évidentes sont la chevelure ramassée en sept boules chocolat,  les manches bouffantes,  les graciles bras nus,  le regard franc, la tunique courte cintrée au dessus d'une partie libre gondolée, ou le pliage régulier du linge avant qu'il ne se concentre dans la main. Ou bien ce coup de vent qui emporte vers l'extérieur la longue robe, et les deux jambes.

c) Le cartouche : pas de cuir découpé ici, mais le linge qui servait, sur les autres sablières, de moyen de suspension et qui forme ici un fond blanc ourlé d'or dont on ne peut dire si il s'agit du Voile de Véronique,  ou simplement d'un écrin pour la Sainte-Face.

d) le motif. Il s'agit de la tête couronnée d'épine du Christ, très différente de son équivalent  olympien de la chapelle de Kerjean : les cheveux longs en mèches épaisses et la barbe encadrent une face pathétique, mais dont le nez long et étroit, ou les sourcils en arc sont propres au style du  Maître.

Le motif est présent en doublon à Pleyben, sur les sablières de Saint-Divy et sur celles de Kerjean, où il orne aussi le nœud central d'un entrait. 

 

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Sablière de la Sainte-Face,  coté sud du chœur par le Maître de Pleyben (vers 1571), église Saint-Germain de Pleyben. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

Sablière de la Sainte-Face, coté sud du chœur par le Maître de Pleyben (vers 1571), église Saint-Germain de Pleyben. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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Sablière de la Sainte-Face,  coté sud du chœur par le Maître de Pleyben (vers 1571), église Saint-Germain de Pleyben. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

Sablière de la Sainte-Face, coté sud du chœur par le Maître de Pleyben (vers 1571), église Saint-Germain de Pleyben. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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Sablière de la Sainte-Face,  coté sud du chœur par le Maître de Pleyben (vers 1571), église Saint-Germain de Pleyben. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

Sablière de la Sainte-Face, coté sud du chœur par le Maître de Pleyben (vers 1571), église Saint-Germain de Pleyben. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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Au passage : un ange sculpté dans le chœur.

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Un ange,  coté sud du chœur, église Saint-Germain de Pleyben. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

Un ange, coté sud du chœur, église Saint-Germain de Pleyben. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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Et une statue d'une sainte femme (la Vierge sans-doute) aux épaules couverte par une chape bleue.

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Blochet du coté sud du chœur, église Saint-Germain de Pleyben. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

Blochet du coté sud du chœur, église Saint-Germain de Pleyben. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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2°) Le coté nord du chœur. Les Cinq Plaies.

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a) la frise : différente (restaurée ?) des autres, elle associe un masque et des volutes.

b)  Les anges présentateurs. Ils sont parfaitement semblables aux anges les plus archétypaux du Maître, et on identifie au premier  coup d'œil les manches élargies en cloches d'où émergent des bras et avant-bras nus et maigres aux coudes globuleux. Ou leurs pieds patauds qui s'appuient sur le montant vertical, ou leur façon d'empoigner les rubans qui suspendent les cuirs, ou bien, ou bien...

c) le cartouche : comme tous ceux de Pleyben, qui diffèrent en cela de ceux, très sophistiqués, de Kerjean, celui-ci est un simple cadre rectangulaire mouluré vert, posé sur le cuir découpé à enroulement blanc muni de quatre œillets par où se faufilent les rubans verts.

d) le motif : c'est celui des Stigmates, ou Cinq Plaies du Crucifié. Au centre, le cœur transpercé. De chaque coté, les pieds et les mains avec la marque ensanglantée des clous. Ce motif existe aussi à Pleyben dans le transept sud, à Kerjean dans le chevet, 

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Sablière des Cinq Plaies,  coté nord du chœur par le Maître de Pleyben (vers 1571), église Saint-Germain de Pleyben. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

Sablière des Cinq Plaies, coté nord du chœur par le Maître de Pleyben (vers 1571), église Saint-Germain de Pleyben. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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Sablière des Cinq Plaies,  coté nord du chœur par le Maître de Pleyben (vers 1571), église Saint-Germain de Pleyben. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

Sablière des Cinq Plaies, coté nord du chœur par le Maître de Pleyben (vers 1571), église Saint-Germain de Pleyben. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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II. LES SABLIÈRES ET BLOCHETS DU HAUT DE LA NEF.

 

Pour suivre un parcours cohérent, je passe du nord du chœur au nord de la nef.

1°) Le coté nord de la nef, après son dernier entrait.

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Le coté nord du haut de la nef, église Saint-Germain de Pleyben. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

Le coté nord du haut de la nef, église Saint-Germain de Pleyben. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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Le cuir découpé au Cadavre dévoré par les vers.

a) la frise : nous retrouvons les feuilles sagittées et lancéolées, les épis et les grappes, et les courges à quatre sections.

b) les personnages présentateurs : pour ce motif sérieux mais non religieux, l'artiste a chois de faire figurer deux hommes. L'un, accroupi,  est nu ; il porte une main derrière la tête et présente le cartouche en s'en écartant. L'autre, aux allures d'acrobate, porte, depuis l'intervention d'un Braghettone breton du XIXe, un short bleu. Il se détourne du cartouche, et, tenant sa tête d'un air horrifié, s'enfuit à toutes jambes.

c) le cuir découpé. C'est encore le sempiternel cadre rectangulaire mouluré, posé sur une peau de cuir qui ne déploie son enroulement que sur le bord supérieur. Quelle indigence de créativité !

d) Le motif. Un cadavre, dont rien ne permettrait de préciser le sexe, si ce n'étaient les deux masses de cheveux descendant en mèches le long de la tête, alors que le front et le vertex sont glabres. Donc, une femme, avec ses sourcils arqués et ses lèvres peintes , avec sa peau dont la blancheur est accentuée par la pâleur cadavérique, mais dont le décès n'est pas récent puisque sa poitrine est décharnée. Une femme riche peut-être,  puisque le linceul qui drape son bassin est orné d'un galon d'or.

 

La mort est rendue hideuse par le contraste entre l'apparente conservation du corps et la présence de deux vers, aux pattes de reptiles, à la queue de serpent et à la tête de dragon, qui rampent depuis les jambes et pénètrent par l'abdomen pour surgir sous l'aisselle et au dessus de la clavicule gauche. Pouah !

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Cet art du Memento mori, "Souviens-toi que tu es mortel", cherche à convaincre le fidèle, non pas de profiter au mieux de la vie, mais de redouter que l'échéance fatale ne le surprenne en état de péché : c'est une exhortation à la conversion, à la rectitude morale et à la pratique rigoureuse des préceptes de l'Église. Si elle n'est pas récente, elle s'est exacerbée en Bretagne avec les épidémies, les guerres (Guerre de religion 1562-1598), et surtout la construction d'ossuaires dans lesquels les ossements qui ne trouvaient plus place sous les dalles des églises ou dans les cimetières furent rassemblés. L'ossuaire de Pleyben date de 1560, moins de dix ans avant ces sablières. Mais la date de celles-ci (1571) indiquée dans le transept nord peut aussi être rapprochée de la date de parution du Mirouer de la Mort, imprimé à Morlaix en 1575, et rédigé en 1519 par Jehan Larcher. 

Le titre exact en est : "Le Mirouer de la Mort en Breton, auquel doctement et Devotement est trecté des quatre fins de l'home : c'est à scavoyr de la Mort, du dernier Jugement, du très-sacré Paradis : et de l'horible Prison de L'enfer et ses infinis tourments." Au-dessous viennent les deux vers suivants 

En Marv, en Barn, en Iffern, yen, preder map den, ha na enoe, - Ha nepret nep lech ne pechy, gat laquat da spy en ty Doe.

"A la mort au jugement, à l'enfer froid, pense, fils de l'homme, et ne te lasse point. — Et jamais nulle part tu ne pécheras, si tu mets ton espoir dans la maison de Dieu".

Puis vient une gravure sur bois figurant un crâne humain serrant un tibia entre ses mâchoires, avec l'inscription "Mire toi là, Fils".

Dans le même esprit, dans l'église de Pleyben, nous avons vu dans le transept nord le blochet présentant aux fidèles une tête de mort. Crâne qui se retrouve sur les sablières de la nef, entourée d'une couronne.

On pourrait aussi se référer aux multiples représentations de l'Ankou, squelette grimaçant armé d'une lance, à Brasparts,  La Martyre (1619), Landivisiau, Lannédern, La Roche-Maurice ou Ploudiry par exemple.

Mais on ne trouve nulle part en Finistère une représentation si naturaliste de la mort.

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 Le cuir découpé au Cadavre dévoré par les vers par le Maître de Pleyben (vers 1571), coté nord du haut de la nef de l' église Saint-Germain de Pleyben. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

Le cuir découpé au Cadavre dévoré par les vers par le Maître de Pleyben (vers 1571), coté nord du haut de la nef de l' église Saint-Germain de Pleyben. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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Le cuir découpé au Cadavre dévoré par les vers par le Maître de Pleyben (vers 1571), coté nord du haut de la nef de l' église Saint-Germain de Pleyben. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

Le cuir découpé au Cadavre dévoré par les vers par le Maître de Pleyben (vers 1571), coté nord du haut de la nef de l' église Saint-Germain de Pleyben. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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Le cuir découpé au Cadavre dévoré par les vers par le Maître de Pleyben (vers 1571), coté nord du haut de la nef de l' église Saint-Germain de Pleyben. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

Le cuir découpé au Cadavre dévoré par les vers par le Maître de Pleyben (vers 1571), coté nord du haut de la nef de l' église Saint-Germain de Pleyben. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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Le blochet : Un homme jeune tenant un livre.

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Le livre porte (dans une inscription récente bien-sûr) sur la page de gauche Notre père qui êtes aux cieux, et sur la page de droite Je crois en Dieu le père tout puissant.

Les sablières suivantes, reconnaissables par une frise en ove répétitive, sortent d'un autre atelier. Il faut traverser la nef et passer du coté sud pour retrouver la production du Maître de Pleyben.

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Le blochet : Un homme jeune tenant un livre,  par le Maître de Pleyben (vers 1571), coté nord du haut de la nef de l' église Saint-Germain de Pleyben. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

Le blochet : Un homme jeune tenant un livre, par le Maître de Pleyben (vers 1571), coté nord du haut de la nef de l' église Saint-Germain de Pleyben. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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2°) Le coté sud de la nef, après son dernier entrait.

Après la statue de l'évangéliste Matthieu, qui marque l'angle de la croisée du transept, vient une sablière où se reconnaît une scène de labourage. Pourquoi fait-elle face au tableau macabre placé coté nord ?

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Sablières du coté sud du haut de la nef de l' église Saint-Germain de Pleyben. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

Sablières du coté sud du haut de la nef de l' église Saint-Germain de Pleyben. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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La sablière de La mort accidentelle du paysan écrasé par son propre attelage .

a) la frise : on y reconnaît les mêmes feuilles, légumes et épis que sur toutes les sablières du Maître de Pleyben : nous sommes encore sur le même corpus.

b) Ni personnages présentateurs, ni cartouche. Manque de place ?

c) Le motif. Après avoir observé les sablières de la chapelle Sainte-Marie-du-Ménez-Hom (Plomodiern), il est facile de reconnaître l'épisode de la mort accidentelle du paysan écrase par son attelage, qui côtoyait, là-bas, la Fuite en Égypte.  Car la victime, étendue visage épouvanté tourné vers le ciel,  était plus facilement identifiable. Ici, c'est par analogie que l'on comprend que l'homme qui lève les bras juste derrière les chevaux a les jambes écrasées par la roue de la charrue, coincé entre le palonnier et la roue, et que son collègue assiste au drame en témoignant de son impuissance par ses bras écartés. Cet accident a peut-être été causé par l'étourderie du chef d'attelage, qui, au lieu de regarder ce qu'il fait, s'est retourné vers l'arrière pour observer dans le ciel quelque chose (mais certainement pas le blochet, qui n'appartient pas à ce récit).

L'attelage à trois chevaux  qui a été choisi associe deux chevaux de front, et le troisième devant les deux autres. Ce dernier, "qui marche dans la raie", et qui est trop éloigné pour être accessible au fouet du conducteur, n'est pas placé entre les deux chevaux noirs, mais sur le coté droit. 

Les chevaux sont attelés grâce à un collier d'épaule. Ils n'ont pas de mors.

La charrue à roue.

Les parties métalliques sont peintes en gris anthracite. La charrue se compose du "coultre tranchant" qui ouvre la terre et coupe verticalement la tranche à renverser, frayant le chemin au soc. La bande de terre est alors tranchée par l'aile du soc, qui casse les tiges, puis basculée vers la droite par le versoir. La charrue est guidée par deux mancherons (comme à Sainte-Marie-du-Ménez-Hom) ou par un seul (comme ici). Le laboureur appuie dessus pour faire pénétrer le soc. Coultre et soc sont réunis à l'age, ou perche

Le sillon, tranchée ouverte dans le sol par la charrue, se nomme "raie". Et on nomme "guéret" la partie non encore labourée.

 

On distingue dans l'avant-train des charrues la roue de raie et la roue de guéret . La première roulait dans la raie, la seconde sur la terre non encore fraîchement labourée, c'est-à-dire sur l'ancien guéret. 

 Il reste quelque chose à comprendre. Les trois chevaux ont au moins une patte posée sur un élément architectural polygonal grisâtre (qui n'existe pas à Plomodiern). Le cheval de tête, qui a franchi cet obstacle, s'est emballé. Le cheval noir redresse la tête et semble hennir. 

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Le chanoine Abgrall avait indiqué, dans son analyse de cette scène à Sainte-Marie-du Ménez-Hom,, placée à coté de la Fuite en Égypte,  "La tradition du pays dit que c'est la traduction d'une légende d'après laquelle ces gens, labourant leur champ, se seraient moqués de la Sainte Vierge et de saint Joseph fuyant en Égypte, et auraient été punis sur le coup et blessés par leur chevaux pris d'une terreur panique.". Mais cette explication, suscitée sans-doute a posteriori aux habitants par la proximité des deux motifs, ne tient plus à Pleyben, où la Fuite en Égypte n'est pas représentée. D'autre part, cette tradition locale n'a jamais été confirmée par une autre source. 

A défaut de comprendre avec exactitude à quel récit ou quelle fable morale fait allusion ces deux scènes, je propose d'y voir l'illustration de la "mort accidentelle", telle qu'elle peut survenir pour frapper n'importe qui, menaçant d'emporter en Enfer un paroissien  de Pleyben (en majorité des agriculteurs) s'il n'est en règle avec les exigences de l'Église. 

 

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La mort accidentelle du paysan écrasé par son propre attelage,    sablière par le Maître de Pleyben (vers 1571)  du coté sud du haut de la nef de l' église Saint-Germain de Pleyben. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

La mort accidentelle du paysan écrasé par son propre attelage, sablière par le Maître de Pleyben (vers 1571) du coté sud du haut de la nef de l' église Saint-Germain de Pleyben. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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La mort accidentelle du paysan écrasé par son propre attelage , sablière par le Maître de Pleyben (vers 1571) du coté sud du haut de la nef de l' église Saint-Germain de Pleyben. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

La mort accidentelle du paysan écrasé par son propre attelage , sablière par le Maître de Pleyben (vers 1571) du coté sud du haut de la nef de l' église Saint-Germain de Pleyben. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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La mort accidentelle du paysan écrasé par son propre attelage , sablière par le Maître de Pleyben (vers 1571) du coté sud du haut de la nef de l' église Saint-Germain de Pleyben. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

La mort accidentelle du paysan écrasé par son propre attelage , sablière par le Maître de Pleyben (vers 1571) du coté sud du haut de la nef de l' église Saint-Germain de Pleyben. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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La mort accidentelle du paysan écrasé par son propre attelage , sablière par le Maître de Pleyben (vers 1571) du coté sud du haut de la nef de l' église Saint-Germain de Pleyben. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

La mort accidentelle du paysan écrasé par son propre attelage , sablière par le Maître de Pleyben (vers 1571) du coté sud du haut de la nef de l' église Saint-Germain de Pleyben. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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Le blochet : le sonneur de cornemuse.

Le Maître de Pleyben a sculpté quatre sonneurs de cornemuse : un about de poinçon à la chapelle de Kerjean , un blochet à l'église de saint-Divy, un about de poinçon de la voûte de la croisée du transept de Pleyben, et ce blochet.

Celui-ci est le plus spectaculaire, par sa taille, sa conservation, sa restauration et sa polychromie. 

Dans son Iconographie de la cornemuse, Jean-Luc Matte indique seulement : "1 bourdon d'épaule dont il ne reste que la souche". 

http://jeanluc.matte.free.fr/fichpr/pleybsab.htm

On peut remarquer aussi que le sac est tenu sous le coude droit, à la différence des trois autres sonneurs (et des documents photographiques de sonneurs) et  que le pavillon du hautbois est intact.

Mais c'est le costume du musicien qui est le plus intéressant peut-être, ainsi que sa posture. Il est coiffé d'un bonnet, hélas mal visible du sol. Le visage est typique du Maître, avec sa forme triangulaire, ses sourcils en arc, ses yeux larges et francs, et surtout son nez long, fin en étroite pyramide avant de s'élargir en deux narines en V. Le costume associe un gilet sans manches, comme la chupenn bretonne, fendu par devant, au dessus d'une tunique plissée qui tombe au dessus des genoux, et d'un bragou braz bouffant et plissé. Le gilet et le pourpoint sont ourlés d'or. Les deux détails remarquables sont les poignets de chemise blanche qui sont plissés en fraise,  et bien-sûr les rubans dorés noués par une rosette sous les genoux. Si on examine attentivement ces rubans, on voit qu'ils servent à maintenir des guêtres de tissu fin que l'on suit jusqu'aux souliers noirs. 

Ce costume est proche des costumes bretons traditionnels des sonneurs, tels qu'on les découvre sur les images en ligne.

Enfin, la position sous les  jambes croisés en X, des pieds, parallèles et tournés vers la gauche, évoque un pas de danse, même si l'un des buts de cette posture est de répondre aux contraintes de la sculpture d'une pièce de bois, en moyen relief dans la partie basse.

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Le sonneur de cornemuse, blochet par le Maître de Pleyben (vers 1571) du coté sud du haut de la nef de l' église Saint-Germain de Pleyben. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

Le sonneur de cornemuse, blochet par le Maître de Pleyben (vers 1571) du coté sud du haut de la nef de l' église Saint-Germain de Pleyben. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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Le joueur de cornemuse de Kerjean par le Maître de Pleyben (photo lavieb-aile)

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Le joueur de cornemuse de Saint-Divy par le Maître de Pleyben (photo lavieb-aile)

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Le joueur de cornemuse de l'about de poinçon de Pleyben (photo lavieb-aile)

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Le sonneur de cornemuse, blochet par le Maître de Pleyben (vers 1571) du coté sud du haut de la nef de l' église Saint-Germain de Pleyben. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

Le sonneur de cornemuse, blochet par le Maître de Pleyben (vers 1571) du coté sud du haut de la nef de l' église Saint-Germain de Pleyben. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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III. LA SABLIÈRE DU  FOND DE LA NEF, BAS-COTÉ SUD.

La présentation de la Sainte-Face par deux anges.

Je ne m'étendrai pas sur ce motif, déjà présent sur le coté sud du chœur, mais l'existence de ce doublon devait être signalée.

 

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La présentation de la Sainte-Face par deux anges. sablière par le Maître de Pleyben du bas-coté sud  de la nef de l' église Saint-Germain de Pleyben. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

La présentation de la Sainte-Face par deux anges. sablière par le Maître de Pleyben du bas-coté sud de la nef de l' église Saint-Germain de Pleyben. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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SOURCES ET LIENS.

 

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1°) Les cartouches et cuirs découpés.

— ANDROUET DU CERCEAU (Jacques), Le premier volume des plus excellents bastiments de France : Le Louvre, Vincennes, Chambord, château de Madrid (Philibert Delorme 1548-1559), Covussi, Folambray, Montargis, La Muette, Saint-Germain, Creil, Vallery, Verneuil, Ancy-le-Franc, Gaillon, Manne.

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k10411354/f45.image

Le second volume : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k3137097/f12.image

Blois, Amboise, Fontainebleau, Villiers, Charleval, Les Tuileries, St-Mort, Chenonceau, Chantilly, Anet, Ecouen, Challueau, Dampierre, Beauregard, Bury.

— ANDROUET DU CERCEAU (Jacques), s.d, Termes et cariatides, 

http://architectura.cesr.univ-tours.fr/Traite/Images/INHA-4R85BIndex.asp

— ANDROUET DU CERCEAU (Jacques) (1510?-1585?), [Entre 1542 et 1545] Grands cartouches,  [20] pl., Eau forte ; 38 cm [S.l.], [s.n.] 2 suites sans titre ni inscription. 7 des 20 planches reprennent des compositions de Fantuzzi connues par des estampes publiées vers 1542-1543.

http://bibliotheque-numerique.inha.fr/viewer/1807/?offset=#page=5&viewer=picture

— ANDROUET DU CERCEAU (Jacques) (1510?-1585?), [Entre 1545 et 1547] Petits cartouches de Fontainebleau,  [31] pl., Eau forte ; 26 cm, [S.l.], [s.n.]Suite sans titre d'ornements inspirés par l'art de Fontainebleau et destinés à servir de modèles. Certaines planches reprennent des compositions de Fantuzzi connues par des estampes publiées entre 1542 et 1545 ; D'autres figurent déjà dans la première ou la seconde suite des grands compartiments

http://bibliotheque-numerique.inha.fr/viewer/1801/?offset=#page=5&viewer=picture

http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb40564725t

— DIETTERLIN (Wendel), 1598, Architectura, Nuremberg.

http://architectura.cesr.univ-tours.fr/Traite/Images/INHA-Res207Index.asp

— FLORIS (Cornelis II de Vriendt ,dit) 1556, Veelderley Veranderinghe van grottisen  avec HIERONYMUS COCK (graveur et éditeur) 

https://collections.vam.ac.uk/item/O977184/veelderley-veranderinghe-van-grotissen-ende-engraving-floris-cornelis-ii/

https://www.nationalgalleries.org/art-and-artists/60572/plate-veelderley-veranderinhe-van-grottissen-ende-compartimenten-design-fantastic-fountain-published

— FLORIS (Cornelis), 1557, Veelderley Niewe Inuentien,  HIERONYMUS COCK (graveur et éditeur) 

— VREDEMAN DE VRIES (Hans), 1557 Architectura ou batiments prins de Vitruve, Anvers,  

http://architectura.cesr.univ-tours.fr/Traite/Images/INHA-Res207Index.asp

 

 

2°) Sur l'église de Pleyben :

ABGRALL, Jean-Marie (1892), Pleyben. Eglise, calvaire, ossuaire, chapelle Notre-Dame de Lannélec Bulletin dee la Société archéologique du Finistère pages 55-72

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k207622m/f136.item

COUFFON (René), 1988, Notice sur Pleyben

http://diocese-quimper.fr/images/stories/bibliotheque/pdf/pdf-Couffon/PLEYBEN.pdf

— DUHEM (Sophie), 1997, Les sablières sculptées en Bretagne: images, ouvriers du bois et culture paroissiale au temps de la prospérité bretonne, XVe-XVIIe s. ; préf. d'Alain Croix, Rennes :Presses universitaires de Rennes, 1997 : thèse de doctorat en histoire sous la direction d'Alain Croix soutenue à Rennes2 en 1997. 

— LECLERC (GUY), 1996, Les enclos de Dieu, édition Jean-Paul Guisserot, 141 p. 

— LECLERC (Guy), 2007, Pleyben, son enclos et ses chapelles, éditions Jean-Paul Guisserot, 31 pages pages 18 et 19.

https://books.google.fr/books?id=hWctwxQfyhgC&pg=PA18&lpg=PA18&dq=sibylles+pleyben&source=bl&ots=kzc-VMkVBx&sig=29B6LVXN1nHu2s5hEpHEt3en1vA&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwiI596WxpfVAhXH2xoKHQ5WDd4Q6AEIQjAF#v=onepage&q=sibylles%20pleyben&f=false

LE FLOCH (Jean-Claude), Pleyben : l'ensemble de sablières sculptées.

http://www.mairiepleyben.fr/joomla-mairie/images/stories/documents/docs_historiques/sablires.pdf

— Wikipédia https://fr.wikipedia.org/wiki/Enclos_paroissial_de_Pleyben

Infobretagne : http://www.infobretagne.com/pleyben-eglise-sablieres.htm

LECLERC (Guy), 2007, Pleyben, son enclos et ses chapelles, éditions Jean-Paul Guisserot, 31 pages pages 18 et 19.

https://books.google.fr/books?id=hWctwxQfyhgC&pg=PA18&lpg=PA18&dq=sibylles+pleyben&source=bl&ots=kzc-VMkVBx&sig=29B6LVXN1nHu2s5hEpHEt3en1vA&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwiI596WxpfVAhXH2xoKHQ5WDd4Q6AEIQjAF#v=onepage&q=sibylles%20pleyben&f=false

http://diocese-quimper.fr/images/stories/bibliotheque/pdf/pdf-Couffon/PLEYBEN.pdf

Wikipédia https://fr.wikipedia.org/wiki/Enclos_paroissial_de_Pleyben

 

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Published by jean-yves cordier - dans Pleyben Sablières
23 juillet 2017 7 23 /07 /juillet /2017 21:49

 

La charpente sculptée de l'église de Pleyben (vers 1571) par le Maître de Pleyben : le transept nord. Sablières, blochets et entraits.

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Voir aussi :

— Sur les sablières du Maître de Pleyben :

 

 

 

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— Et sur les sablières bretonnes :

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Présentation générale : voir mon article sur les sablières du transept sud. Comme pour ce dernier, je débute par l'angle de la croisée du transept proche du chœur, c'est à dire ici à gauche de la statue de l'évangéliste saint Marc, et j'étudie pour chaque sablière la frise inférieure, les personnages présentant le cartouche de cuir découpé, et enfin le motif principal.

Nous trouverons successivement :

— sur le coté oriental au dessus du retable (quatre cartouches) :

  • Le cuir découpé de La Trahison de Judas face au grand prêtre au pied de la Croix.
  • Un blochet : jeune homme tenant un bâton.
  • Le cuir découpé de La femme montrant un livre et tenant un rouleau de papier.
  • Le premier entrait à engoulant.
  • Le cuir découpé du Couple autour d'un cœur.
  • Le second entrait à engoulant.
  • Les cuirs au chronogramme 1571.
  • Le blochet d'un Homme tenant une couronne d'épines.

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— sur le coté occidental (quatre cartouches):

  • Le blochet de la Femme tenant un objet (brisé).
  • Le cuir découpé à l'objet brisé, présenté par quatre oiseaux.
  • Le second entrait à engoulant, aux armoiries de Mgr Sergent.
  • Le cuir découpé de Deux personnages couchés tenant un cuir.
  • Le premier entrait à engoulant, aux armoiries de Pie IX.
  • Le cartouche du Nain vert tenant un poireau.
  • Le blochet d'un Personnage présentant un crâne.
  • Le cuir découpé des Soldats jouant aux dés la Tunique du Christ.

... avant d'arriver à l'angle de la croisée du transept, avec la statue de l'évangéliste Jean.

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La voûte du transept nord et sa charpente, église Saint-Germain de Pleyben. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

La voûte du transept nord et sa charpente, église Saint-Germain de Pleyben. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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La charpente sculptée de l'église de Pleyben (vers 1571) par le Maître de Pleyben : le transept nord. Sablières, blochets et entraits.

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La voûte du transept nord et sa charpente, église Saint-Germain de Pleyben. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

La voûte du transept nord et sa charpente, église Saint-Germain de Pleyben. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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I. LE COTÉ ORIENTAL.

 

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Les sablières du coté oriental du transept nord, église Saint-Germain de Pleyben. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

Les sablières du coté oriental du transept nord, église Saint-Germain de Pleyben. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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1. De l'évangéliste Marc au premier entrait.

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Les sablières du coté oriental du transept nord, atelier du Maître de Pleyben (vers 1571), église Saint-Germain de Pleyben. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

Les sablières du coté oriental du transept nord, atelier du Maître de Pleyben (vers 1571), église Saint-Germain de Pleyben. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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Le cuir découpé  Le Remord ou la Trahison de Judas, face au grand prêtre au pied de la Croix.

a) la frise : inspirée des guirlandes Renaissance, elle alterne des grappes de fruits ou des épis de grains avec des feuilles lancéolées et la partie distale d'un légume charnu, à quatre lobes souvent centrés par un bouton. 

b) Les anges présentateurs du cuir.

Ils sont les pendants de leurs homologues de la première sablière du transept sud, dont le premier tenait un clou et portait une écharpe blanche,  et le second une trompette. Ici, l'objet tenu par le premier ange est moins facile à identifier, et le second ne tient pas de trompette, mais désigne la scène centrale de l'index. Autre différence, les anges tiennent le cuir en s'éloignant de lui. Mais on retrouve toutes les spécificités des anges du Maître. En sixième année, vous êtes censés les connaître sur le bout des doigts.

c) Le cuir découpé : il s'agit plutôt d' un cadre rectangulaire mouluré, posé, comme un objet indépendant, sur deux cuirs à enroulements blancs à bords dorés, par les oreilles desquels passent les deux brins du linge blanc tendu par les anges. 

d) Le motif :

La traverse d'une croix en T s'intègre au cadre, dans une indistinction du cadre et du motif très habituelle au Baroque : le Monde est un théâtre, nous en sommes les acteurs et les spectateurs, rêveurs éveillés sur une scène qui se confond avec la salle.

A la base de cette croix sont plantés trois clous : c'est la Croix de la Passion, comme le confirme la couronne d'épines, celle qui fut posée sur la tête du Christ en dérision de sa royauté.

Comme deux marionnettes de guignol, deux personnages semblent s'interpeller en s'accoudant à leur fenêtre. L'un est le grand prêtre du Temple de Jérusalem, Caïphe, ou du moins l'un des "chefs des prêtres", et l'autre est Judas Iscariote tenant un sac rempli de pièces : les fameux "trente deniers" :

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"Alors, l’un des Douze, celui qui s’appelait Judas Iscariot, se rendit auprès des chefs des prêtres pour leur demander: Si je me charge de vous livrer Jésus, quelle somme me donnerez-vous? Ils lui versèrent trente pièces d’argent." (Matthieu 26:14-15)

...

"En voyant que Jésus était condamné, Judas, qui l’avait trahi, fut pris de remords: il alla rapporter aux chefs des prêtres et aux responsables du peuple les trente pièces d’argent et leur dit: J’ai péché en livrant un innocent à la mort!

Mais ils lui répliquèrent: Que nous importe? Cela te regarde! Judas jeta les pièces d’argent dans le Temple, partit, et alla se pendre. Les chefs des prêtres ramassèrent l’argent et déclarèrent: On n’a pas le droit de verser cette somme dans le trésor du Temple, car c’est le prix du sang. Ils tinrent donc conseil et décidèrent d’acquérir, avec cet argent, le «Champ-du-Potier» et d’en faire un cimetière pour les étrangers. Voilà pourquoi ce terrain s’appelle encore de nos jours «le champ du sang». Ainsi s’accomplit la parole du prophète Jérémie: Ils ont pris les trente pièces d’argent, le prix auquel les descendants d’Israël l’ont estimé, et ils les ont données pour acheter le champ du potier, comme le Seigneur me l’avait ordonné." (Matthieu 27 : 3-10)

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Puisque Judas et Caïphe se trouvent de part et d'autre de la Croix, il est logique de penser que c'est le Remords de Judas, et non sa Trahison, qui est représentée, mais on peut aussi voir la composition comme une accusation dénonçant la cupidité du disciple de Jésus et l'implication des chefs Juifs et les présentant comme les responsables de sa mort. Alors que la première sablière du transept sud dénonçait la responsabilité de Pilate.

Cette scène est également représentée sur les sablières du chœur de Roscoff, alors que celles de l'église de Saint-Divy comporte le motif de la Croix et de la Couronne, encadrée par l'aiguière et le bassin du lavement de main de Pilate.

 

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 Judas face au grand prêtre au pied de la Croix, première sablière du coté oriental du transept nord, atelier du Maître de Pleyben (vers 1571), église Saint-Germain de Pleyben. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

Judas face au grand prêtre au pied de la Croix, première sablière du coté oriental du transept nord, atelier du Maître de Pleyben (vers 1571), église Saint-Germain de Pleyben. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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 Judas face au grand prêtre au pied de la Croix, première sablière du coté oriental du transept nord, atelier du Maître de Pleyben (vers 1571), église Saint-Germain de Pleyben. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

Judas face au grand prêtre au pied de la Croix, première sablière du coté oriental du transept nord, atelier du Maître de Pleyben (vers 1571), église Saint-Germain de Pleyben. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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Le blochet : un homme jeune tenant un bâton (et un objet brisé dans la main gauche).

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Blochet du coté oriental du transept nord, atelier du Maître de Pleyben (vers 1571), église Saint-Germain de Pleyben. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

Blochet du coté oriental du transept nord, atelier du Maître de Pleyben (vers 1571), église Saint-Germain de Pleyben. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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Entre le blochet et l'entrait :

Cuir découpé de La femme montrant un livre et tenant un rouleau de papier.

C'est une femme puisqu'on discerne une coiffe au dessus de cheveux ramassés sur les cotés. Mais que veut-elle dire en tendant l'index droit sur la page de son livre, et en brandissant un codex ? "C'était écrit là " ? .

La femme montrant un livre et tenant un rouleau de papier,  sablière du coté oriental du transept nord, atelier du Maître de Pleyben (vers 1571), église Saint-Germain de Pleyben. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

La femme montrant un livre et tenant un rouleau de papier, sablière du coté oriental du transept nord, atelier du Maître de Pleyben (vers 1571), église Saint-Germain de Pleyben. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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2. Du premier au second entrait.

Le premier entrait à engoulant.

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Le cuir découpé du Couple autour d'un cœur.

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Le  Couple autour d'un cœur, sablière du coté oriental du transept nord, atelier du Maître de Pleyben (vers 1571), église Saint-Germain de Pleyben. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

Le Couple autour d'un cœur, sablière du coté oriental du transept nord, atelier du Maître de Pleyben (vers 1571), église Saint-Germain de Pleyben. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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Le  Couple autour d'un cœur, sablière du coté oriental du transept nord, atelier du Maître de Pleyben (vers 1571), église Saint-Germain de Pleyben. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

Le Couple autour d'un cœur, sablière du coté oriental du transept nord, atelier du Maître de Pleyben (vers 1571), église Saint-Germain de Pleyben. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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Le cuir est encadré par un groupe de deux personnages. Nous voici devant le premier personnage du groupe de droite : c'est une femme qui fait face au spectateur et lui sourit. Elle est richement vêtue d'un manteau bleu clair à manches courtes et d'une robe blanche, usant avec largesse des  galons or.  

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Le  Couple autour d'un cœur, sablière du coté oriental du transept nord, atelier du Maître de Pleyben (vers 1571), église Saint-Germain de Pleyben. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

Le Couple autour d'un cœur, sablière du coté oriental du transept nord, atelier du Maître de Pleyben (vers 1571), église Saint-Germain de Pleyben. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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Cette voisine est couchée sur le coté et tient de la main gauche un livre ouvert, qu'elle désigne de l'index. 

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Le  Couple autour d'un cœur, sablière du coté oriental du transept nord, atelier du Maître de Pleyben (vers 1571), église Saint-Germain de Pleyben. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

Le Couple autour d'un cœur, sablière du coté oriental du transept nord, atelier du Maître de Pleyben (vers 1571), église Saint-Germain de Pleyben. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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Le couple apparaît dans des niches dorées comme à la fenêtre de leur demeure. Lui est coiffé d'un chapeau rond, peu éloigné d'une barrette. Ses deux mains sont posées sur des tablettes noires. Au centre, un cœur vermillon blessé de trois entailles en losange. Elle est accoudée à une tablette, et tient un objet cylindrique brun. Sa coiffure, élaborée, demande à être décryptée.

La signification exacte de cette scène m'échappe.

La frise semble inclure le motif des deux dragons accouplés par le col (sablière du transept sud), mais le bois est fort dégradé. 

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Le  Couple autour d'un cœur, sablière du coté oriental du transept nord, atelier du Maître de Pleyben (vers 1571), église Saint-Germain de Pleyben. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

Le Couple autour d'un cœur, sablière du coté oriental du transept nord, atelier du Maître de Pleyben (vers 1571), église Saint-Germain de Pleyben. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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A gauche, l'énigme se poursuit car le personnage d'allure féminine tient une massue et un fouet, tous les deux verts, et sa voisine une sorte de quenouille. 

La frise donne à voir un masque libérant de sa bouche des tiges végétales.

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Avec cette sablière, nous changeons de style puisque non seulement le motif, même énigmatique, est profane, alors que le transept sud et le chœur sont décorés de sablières à sujets religieux, mais aussi que les anges présentateurs aux lignes dynamiques et déliées  laissent la place à ces femmes aux corps ramassés dans des postures acrobatiques, et encore que les frises s'enrichissent de mascarons et animaux fantastiques.

Il est difficile pour moi d'affirmer qu'il s'agit du travail d'un autre artiste, ou bien d'une capacité du Maître de Pleyben à s'adapter à un autre style, en sachant qu'il faut mieux parler d'un atelier, avec plusieurs "mains" restant fidèles aux spécificités communes tout en exprimant des talents particuliers.

 

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La partie gauche du cuir du  Couple autour d'un cœur, sablière du coté oriental du transept nord, atelier du Maître de Pleyben (vers 1571), église Saint-Germain de Pleyben. Photographie lavieb-aile juillet 2017.  Couple autour d'un cœur, sablière du coté oriental du transept nord, atelier du Maître de Pleyben (vers 1571), église Saint-Germain de Pleyben. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

La partie gauche du cuir du Couple autour d'un cœur, sablière du coté oriental du transept nord, atelier du Maître de Pleyben (vers 1571), église Saint-Germain de Pleyben. Photographie lavieb-aile juillet 2017. Couple autour d'un cœur, sablière du coté oriental du transept nord, atelier du Maître de Pleyben (vers 1571), église Saint-Germain de Pleyben. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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3. Après le second entrait : la dernière sablière orientale et le blochet final.

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La dernière sablière orientale : le chronogramme 1571.

 

A l'entrée du transept, près de la sacristie (1680)-(1690), on trouve l'inscription A LONNEUR DE DIEU ET NOTRE DAME . MONSIE / GNEUR SAINCT GERMAIN ET SAINCTE KATHERINE CETE OEUVRE FUST FAICTE . LAN / MILL CINQ . CENTZ SOIXANTE QUATRE . / VENERABLE MAISTRE ALAIN KERGADALEN  RECTEUR POUR LORS .

 Cette inscription a été complétée en caractères gravées par la mention : FUT ENTIEREMENT RESTAUREE  DE 1857 À 1860.

Sur le mur du bas côté Sud, au dessus de la porte située entre le porche et le transept, se trouve une autre inscription  LAN (1583) VE VOBIS GENTIBUS IN TEMPLO VANA LOQUENTIBUS.

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Dernière sablière du coté oriental du transept nord, atelier du Maître de Pleyben (vers 1571), église Saint-Germain de Pleyben. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

Dernière sablière du coté oriental du transept nord, atelier du Maître de Pleyben (vers 1571), église Saint-Germain de Pleyben. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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II. LE COTÉ OCCIDENTAL.
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Le coté occidental du transept nord, église Saint-Germain de Pleyben. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

Le coté occidental du transept nord, église Saint-Germain de Pleyben. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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Le blochet : une femme vêtue du bleu tenant un objet (brisé).

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Blochet nord-ouest du  coté occidental du transept nord, atelier du Maître de Pleyben (vers 1571), église Saint-Germain de Pleyben. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

Blochet nord-ouest du coté occidental du transept nord, atelier du Maître de Pleyben (vers 1571), église Saint-Germain de Pleyben. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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Entre le blochet nord-ouest et le second entrait : le cuir de l'Objet blanc  tenu par deux oiseaux-volutes .

a) la frise : rinceaux et épis.

b) les deux oiseaux : on distingue de la tête le bec rehaussé de rouge, la langue, l'œil noir, et un collier doré. Le bas du corps est remplace par deux volutes.

c) le cartouche : un cadre rectangulaire en bois mouluré est posé par dessus le cuir, aux doubles enroulements latéraux.  Rien de sorcier, mais c'est pourtant un modèle différent des précédents.

d) Le motif : il est intercalé entre deux enroulements, et la convexité est brisée. S'agissait-il d'un cœur ?

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Dernière sablière  du  coté occidental du transept nord, atelier du Maître de Pleyben (vers 1571), église Saint-Germain de Pleyben. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

Dernière sablière du coté occidental du transept nord, atelier du Maître de Pleyben (vers 1571), église Saint-Germain de Pleyben. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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Dernière sablière  du coté occidental du transept nord, atelier du Maître de Pleyben (vers 1571), église Saint-Germain de Pleyben. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

Dernière sablière du coté occidental du transept nord, atelier du Maître de Pleyben (vers 1571), église Saint-Germain de Pleyben. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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Entre les deux entraits.

Le cuir des Deux personnages allongés tenant un cuir . 

a) la frise : assez riche, elle comporte un masque (femme sous une coiffe), une coquille, et deux dragons liés par la queue, qui est une volute. De fait, ces dragons étaient aussi présent sous le cuir précédent.

b) les personnages présentant le cuir.

Nous sommes ici loin des anges raffinés qui, près de la croisée, ou dans le transept sud, présentaient les cuirs à motifs religieux. Et pourtant, nous retrouvons le traitement particulier des cheveux en petits choux, ou les manches à ballons, qui indiquent que la production sort du même atelier. 

A droite, une femme vêtue de rouge à manches or déroule une étoffe dorée. A la différence des "cuirs à anges", cette étoffe ne se resserre pas en un lien qui sert d'accrochage au cuir en se faufilant par des opercules. Le décor est-il moins précis, moins élaboré ?

A gauche, nous virons à la franche gaudriole frivole voire grivoise,avec ce personnage en habit bleu, empoignant ses chevilles et faisant le grand écart. Nous trouvons sur les clefs (abouts de poinçons) en ronde bosse de tels acrobates, mais ici, les dimensions étroites et le bas-relief imposent des contraintes qui accentuent le caractère grossier, naïf  ou grotesque du saltimbanque. Mais sa fraise rose au galon doré, les crevés de son gilet ou les rubans de ses coudes soulignent son élégance. 

c) le cuir : proche du précédent, avec un rectangle mouluré posé sur deux cuirs latéraux.

d) le motif.

Deux personnages ( féminins ?), l'un en habit bleu et l'autre en beige, reprennent la posture allongée avec les pieds nus appuyés aux montants, des anges et autres personnages  présentateurs de cuirs. Et, effectivement, ce que j'avais pris pour une colonne n'est autre qu'un cuir enroulé. Autrement dit, l'image, plus ingénieuse qu'il n'y paraît, est une mise en abyme. Le cartouche montre deux présentateurs de cartouche, placés en miroirs. Comme un théâtre posé sur la scène d'un théâtre, ou bien une pièce de théâtre qui montre des acteurs préparant une pièce de théâtre. Hamlet date de 1603, le Songe d'une nuit d'été de 1600, La Vie est un songe, de 1635. Quand au changement du regard humain sur son environnement, qu'il se met à placer dans un cadre pour l'observer en développant la notion de Théâtre de la Nature, il correspond à l'apparition des œuvres de Joris Hoefnagel, vers 1580. Placer le cadre dans le cadre, cela ne relève sans-doute pas, de la part de l'atelier du Maître de Pleyben, de l'initiative d'une seconde main, dégradée et de tradition populaire, mais d'un esprit vif, averti des mutations en cours dans l'art. L'acrobate de gauche est ici parfaitement à sa place.

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 Le cuir des Deux personnages allongés tenant un cuir , sablière du coté occidental du transept nord, atelier du Maître de Pleyben (vers 1571), église Saint-Germain de Pleyben. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

Le cuir des Deux personnages allongés tenant un cuir , sablière du coté occidental du transept nord, atelier du Maître de Pleyben (vers 1571), église Saint-Germain de Pleyben. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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 Le cuir des Deux personnages allongés tenant un cuir, sablière du coté occidental du transept nord, atelier du Maître de Pleyben (vers 1571), église Saint-Germain de Pleyben. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

Le cuir des Deux personnages allongés tenant un cuir, sablière du coté occidental du transept nord, atelier du Maître de Pleyben (vers 1571), église Saint-Germain de Pleyben. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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 Le cuir des Deux personnages allongés tenant un cuir, sablière du coté occidental du transept nord, atelier du Maître de Pleyben (vers 1571), église Saint-Germain de Pleyben. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

Le cuir des Deux personnages allongés tenant un cuir, sablière du coté occidental du transept nord, atelier du Maître de Pleyben (vers 1571), église Saint-Germain de Pleyben. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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Le blochet du personnage tenant une tête de mort.

On a pu penser qu'il s'agissait de Marie-Madeleine, qui sera, plus tard dans l'Histoire de l'art, requise dans ce rôle. Le personnage androgyne aux jambes croisées associe les traits d'un ange, tels que nous les connaissons, à ceux de saint Jean. 

Une aide précieuse nous serait apportée par la connaissance des attributs des autres blochets, mais beaucoup de ceux-ci sont brisés. Le crâne est peut-être celui d'Adam, souvent rencontré au pied de la Croix pour affirmer que le Christ libère, par sa mort, l'humanité de la malédiction du premier homme. Ou bien, ce crâne est tendu par cet ange bleu comme un Memento mori, si commun aux ossuaires bretons. On comprendrait alors que ses orbites creuses soient dirigées vers l'assistance, alors que le craniféraire (ce néologisme me démangeait) dirige son regard vers les Cieux, comme un exemple à suivre.

Un mot sur le nain vert encadré à la droite de ce blochet. 

Le cartouche du Nain vert tenant un poireau.

Il n'est nain que pour le plaisir du titre, mais c'est bien un indubitable poireau qu'il brandit dans sa main droite, alors que la gauche est posée sur son genou. Est-ce un rébus ? Un autoportrait et une signature de l'artiste, comme l'envisage (sur d'autres motifs) Jean-Claude Le Floch ? Un poireau se dit " pour" en breton, ce qui ne mène pas loin. 

Mais je vois aussi une courge dressée droit sur son épaule gauche. "Koulourdr" en breton. Bof. 

 

Le blochet du personnage tenant une tête de mort, sablière du coté occidental du transept nord, atelier du Maître de Pleyben (vers 1571), église Saint-Germain de Pleyben. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

Le blochet du personnage tenant une tête de mort, sablière du coté occidental du transept nord, atelier du Maître de Pleyben (vers 1571), église Saint-Germain de Pleyben. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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Du premier entrait jusqu'à la statue de saint Jean.

Voici le dernier cartouche, qui vient en vis à vis avec le premier, celui de la Trahison ou du Remord de Judas au pied de la Croix. Or, nous revenons ici à un motif religieux, et à une scène évangélique au pied de la Croix.

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Le cuir des Deux soldats romains jouant aux dés la Tunique du Christ.

a) frise. On y trouve à l'extrême gauche une feuille sagittée (j'ai cru à une étoile de mer et à une seiche),  des feuilles lancéolées, des épis, des grappes, et enfin un escargot. Cet escargot est présent aussi sur les sablières de la chapelle de Kerjean, sous le cuir des Cinq Plaies. Il évoque ceux qui grimpent le long des pampres des colonnes des retables bretons,  ou ceux des voussures et piédroits des porches, sculptés en kersanton par l'atelier du Maître du Folgoët (1423-1509) ou des frères Prigent de Landerneau (1527-1577).

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Le cuir des Deux soldats romains jouant aux dés la Tunique du Christ, sablière du coté occidental du transept nord, atelier du Maître de Pleyben (vers 1571), église Saint-Germain de Pleyben. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

Le cuir des Deux soldats romains jouant aux dés la Tunique du Christ, sablière du coté occidental du transept nord, atelier du Maître de Pleyben (vers 1571), église Saint-Germain de Pleyben. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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b) les soldats.

Ils occupent l'emplacement en dehors du cartouche qui est celui des anges et autres personnages chargés de présenter et de soutenir par des cordages ces encarts, alors qu'en fait ils appartiennent au motif , dans un nouvel exemple de confusion ou du brouillage de la convention du cadre et du hors-cadre.

Comme ces anges présentateurs, ils sont presque couchés (pour figurer en pied malgré la hauteur très réduite de la sablière), et comme eux, ils fléchissent une jambe, dont le genou est tendu devant eux, et ils étendent l'autre jambe, dont le pied (ici chaussé) atteint avec vigueur les limites de la sablière. 

Leur posture d'escrimeur et leur menton projeté par l'hyperextension du cou leurs confèrent des allures de ridicules matamores, d'autant qu'en guise d'épées, ce sont leurs dès qu'ils mettent si martialement en avant : un cinq à gauche, un quatre à droite.

Ce ridicule est achevé par celui de leur toilette.  À droite, le perdant porte une armure d'opérette, sans casque, avec des jambes et des bras nus. A gauche, cette armure bleu métal est portée sur des bragou braz, ces larges braies ou culottes bouffons des Bretons, au dessus de chaussures de cuir noir fort civiles. Les envolées des manches (qui singent celles, identiques, des anges présentateurs) et la ressemblance du bas de l'armure avec une jupette dénient, malgré son casque, toute crédibilité à ce légionnaire mal échappé d'une page d'Astérix.

 

 

Le cuir des Deux soldats romains jouant aux dés la Tunique du Christ, sablière du coté occidental du transept nord, atelier du Maître de Pleyben (vers 1571), église Saint-Germain de Pleyben. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

Le cuir des Deux soldats romains jouant aux dés la Tunique du Christ, sablière du coté occidental du transept nord, atelier du Maître de Pleyben (vers 1571), église Saint-Germain de Pleyben. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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Le cuir des Deux soldats romains jouant aux dés la Tunique du Christ, sablière du coté occidental du transept nord, atelier du Maître de Pleyben (vers 1571), église Saint-Germain de Pleyben. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

Le cuir des Deux soldats romains jouant aux dés la Tunique du Christ, sablière du coté occidental du transept nord, atelier du Maître de Pleyben (vers 1571), église Saint-Germain de Pleyben. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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c) le cuir. Oh, rien de plus sobre ! Ce sont les vaches maigres ! Un tableau de bois à moulures, et un cuir à enroulements de chaque coté. Mais le comique provient des découpes de ces enroulements, qui servent de fenêtres de passage aux mains de soldats, avec leur dès.

 

 

Le cuir des Deux soldats romains jouant aux dés la Tunique du Christ, sablière du coté occidental du transept nord, atelier du Maître de Pleyben (vers 1571), église Saint-Germain de Pleyben. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

Le cuir des Deux soldats romains jouant aux dés la Tunique du Christ, sablière du coté occidental du transept nord, atelier du Maître de Pleyben (vers 1571), église Saint-Germain de Pleyben. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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d) Le motif. La scène décrite est très sérieuse, elle est tirée de l'évangile de Jean 19:23-24 : ayant crucifié Jésus, les soldats se partagent ses vêtements, en faisant quatre parts, mais ils se refusent à partager la tunique en la déchirant, car elle est "sans couture, d'une seule pièce depuis le haut jusqu'en bas". Au pied de la Croix, pendant l'agonie du Christ, ils décident de la tirer au sort (en latin : sortiamur, de sortio, is, ire "tirer au sort".

Au centre du cartouche, ne figurent que la tunique et les deux mains tenant les dès. 
La tunique est rouge, une couleur d'emploi exceptionnel sur ces sablières. Elle est pliée, l'encolure à galon doré rabattue sur le  devant, alors que les manches à crevés sont écartées. Ainsi, ce vêtement devient une représentation du Christ mort, la tête inclinée sur la poitrine et les bras en croix. Dans la solitude crée par l'expulsion des deux soldats hors-champ, elle atteint une dense signification spirituelle qui évoque ce qu'écrivait Joseph Malègue dans Augustin : " Il  [le Christ] a subi le délaissement de son Père, l'abandon de Dieu, la sécheresse et le désert des dérélictions absolues : cette croix sur la Croix, cette mort dans la mort".

Ce motif est également représenté sur les sablières de la chapelle de Kerjean, et, deux fois, sur celle de Sainte-Marie-du-Ménez-Hom.

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Le cuir des Deux soldats romains jouant aux dés la Tunique du Christ, sablière du coté occidental du transept nord, atelier du Maître de Pleyben (vers 1571), église Saint-Germain de Pleyben. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

Le cuir des Deux soldats romains jouant aux dés la Tunique du Christ, sablière du coté occidental du transept nord, atelier du Maître de Pleyben (vers 1571), église Saint-Germain de Pleyben. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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LES ENTRAITS.

Le centre de ces entraits porte, visible de la croisée du transept, deux blasons, celui du pape et celui de l'évêque en fonction lors de la campagne de restauration du XIXe siècle. Le recoupement des dates de Pie XI (1846-1878) et de Monseigneur Sergent (1855-1871) donne le créneau de 1855-1871, cohérent avec les dates de la restauration générale indiquée par l'inscription lapidaire proche de la sacristie, de 1857 à 1860. 

Nœud du premier entrait. Armoiries du pape Pie XI (1846-1878).

 Le nœud sculpté porte les armoiries écartelé en 1 et 4 d'azur au lion couronné d'or et en 2 et 3 d'argent aux deux bandes de gueules.

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Nœud du premier entrait. Armoiries du pape Pie XI (1846-1878), transept nord, atelier du Maître de Pleyben (vers 1571), église Saint-Germain de Pleyben. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

Nœud du premier entrait. Armoiries du pape Pie XI (1846-1878), transept nord, atelier du Maître de Pleyben (vers 1571), église Saint-Germain de Pleyben. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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L'engoulant du second entrait.

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Le second entrait du transept nord, atelier du Maître de Pleyben (vers 1571), église Saint-Germain de Pleyben. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

Le second entrait du transept nord, atelier du Maître de Pleyben (vers 1571), église Saint-Germain de Pleyben. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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Le nœud du second entrait. Armoiries de Mgr Sergent (1855-1871).

Il porte les armoiries d'azur à la Vierge entourée de douze étoiles dans une gloire et posée sur une nuée mouvant de la pointe de l'écu, le tout d'argent.

 

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Nœud du second entrait. Armoiries de Mgr Sergent (1855-1871),  transept nord, atelier du Maître de Pleyben (vers 1571), église Saint-Germain de Pleyben. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

Nœud du second entrait. Armoiries de Mgr Sergent (1855-1871), transept nord, atelier du Maître de Pleyben (vers 1571), église Saint-Germain de Pleyben. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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CONCLUSION PROVISOIRE.

Avec ce deuxième article sur les sablières des deux bras du transept de Pleyben, et celui sur la voûte de la croisée du transept, il est possible de rechercher une concept global, un programme derrière les seize cartouches sculptées.  La première remarque est  de constater que  sept ont un thème religieux, deux au nord et cinq au sud, et que neuf  cartouches sont profanes. La deuxième remarque est de noter que les quatre angles de la croisée sont occupés par des thèmes liés à la Passion  : la Lâcheté de Pilate lors du Lavement de main, et des Stigmates, au sud, et du Remord de Judas au pied de la Croix, et de la Tunique tirée au sort, au nord. (bien que les Stigmates soient précédées, à l'angle sud-ouest, par les deux dragons). Le thème central est donc christique, et traite de la Passion. Les autres thèmes religieux sont tirés de l'enfance, puis de la vie de Jésus : Nativité, Présentation au Temple, et Rencontre de la Samaritaine.

 

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SOURCES ET LIENS.

 

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1°) Les cartouches et cuirs découpés.

 

ANDROUET DU CERCEAU (Jacques), Le premier volume des plus excellents bastiments de France : Le Louvre, Vincennes, Chambord, château de Madrid (Philibert Delorme 1548-1559), Covussi, Folambray, Montargis, La Muette, Saint-Germain, Creil, Vallery, Verneuil, Ancy-le-Franc, Gaillon, Manne.

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k10411354/f45.image

Le second volume : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k3137097/f12.image

Blois, Amboise, Fontainebleau, Villiers, Charleval, Les Tuileries, St-Mort, Chenonceau, Chantilly, Anet, Ecouen, Challueau, Dampierre, Beauregard, Bury.

ANDROUET DU CERCEAU (Jacques), s.d, Termes et cariatides, 

http://architectura.cesr.univ-tours.fr/Traite/Images/INHA-4R85BIndex.asp

ANDROUET DU CERCEAU (Jacques) (1510?-1585?), [Entre 1542 et 1545] Grands cartouches,  [20] pl., Eau forte ; 38 cm [S.l.], [s.n.] 2 suites sans titre ni inscription. 7 des 20 planches reprennent des compositions de Fantuzzi connues par des estampes publiées vers 1542-1543.

http://bibliotheque-numerique.inha.fr/viewer/1807/?offset=#page=5&viewer=picture

ANDROUET DU CERCEAU (Jacques) (1510?-1585?), [Entre 1545 et 1547] Petits cartouches de Fontainebleau,  [31] pl., Eau forte ; 26 cm, [S.l.], [s.n.] Suite sans titre d'ornements inspirés par l'art de Fontainebleau et destinés à servir de modèles. Certaines planches reprennent des compositions de Fantuzzi connues par des estampes publiées entre 1542 et 1545 ; D'autres figurent déjà dans la première ou la seconde suite des grands compartiments

http://bibliotheque-numerique.inha.fr/viewer/1801/?offset=#page=5&viewer=picture

http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb40564725t

DIETTERLIN (Wendel), 1598, Architectura, Nuremberg.

http://architectura.cesr.univ-tours.fr/Traite/Images/INHA-Res207Index.asp

FLORIS (Cornelis II de Vriendt ,dit) 1556, Veelderley Veranderinghe van grottisen  avec HIERONYMUS COCK (graveur et éditeur) 

https://collections.vam.ac.uk/item/O977184/veelderley-veranderinghe-van-grotissen-ende-engraving-floris-cornelis-ii/

https://www.nationalgalleries.org/art-and-artists/60572/plate-veelderley-veranderinhe-van-grottissen-ende-compartimenten-design-fantastic-fountain-published

FLORIS (Cornelis), 1557, Veelderley Niewe Inuentien,  HIERONYMUS COCK (graveur et éditeur) 

VREDEMAN DE VRIES (Hans), 1557 Architectura ou batiments prins de Vitruve, Anvers,  

http://architectura.cesr.univ-tours.fr/Traite/Images/INHA-Res207Index.asp

 

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2°) Sur l'église de Pleyben :

ABGRALL, Jean-Marie. Pleyben, son église, son calvaire. Editions d'art Jos Le Doaré, Quimper, 1969.

ABGRALL, Jean-Marie (1892), Pleyben. Eglise, calvaire, ossuaire, chapelle Notre-Dame de Lannélec Bulletin dee la Société archéologique du Finistère pages 55-72

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k207622m/f136.item

 

COUFFON (René), 1988, Notice sur Pleyben

http://diocese-quimper.fr/images/stories/bibliotheque/pdf/pdf-Couffon/PLEYBEN.pdf

— DUHEM (Sophie), 1997, Les sablières sculptées en Bretagne: images, ouvriers du bois et culture paroissiale au temps de la prospérité bretonne, XVe-XVIIe s. ; préf. d'Alain Croix, Rennes :Presses universitaires de Rennes, 1997 : thèse de doctorat en histoire sous la direction d'Alain Croix soutenue à Rennes2 en 1997. 

— LECLERC (GUY), 1996, Les enclos de Dieu, édition Jean-Paul Guisserot, 141 p. 

LECLERC (Guy), 2007, Pleyben, son enclos et ses chapelles, éditions Jean-Paul Guisserot, 31 pages pages 18 et 19.

https://books.google.fr/books?id=hWctwxQfyhgC&pg=PA18&lpg=PA18&dq=sibylles+pleyben&source=bl&ots=kzc-VMkVBx&sig=29B6LVXN1nHu2s5hEpHEt3en1vA&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwiI596WxpfVAhXH2xoKHQ5WDd4Q6AEIQjAF#v=onepage&q=sibylles%20pleyben&f=false

LE FLOCH (Jean-Claude), Pleyben : l'ensemble de sablières sculptées.

http://www.mairiepleyben.fr/joomla-mairie/images/stories/documents/docs_historiques/sablires.pdf

Wikipédia https://fr.wikipedia.org/wiki/Enclos_paroissial_de_Pleyben

Infobretagne : http://www.infobretagne.com/pleyben-eglise-sablieres.htm

— http://monumentshistoriques.free.fr/calvaires/pleyben/pleyben.html

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Published by jean-yves cordier - dans Sablières Pleyben
22 juillet 2017 6 22 /07 /juillet /2017 08:19

La charpente sculptée de l'église de Pleyben (vers 1571) par le Maître de Pleyben : le transept sud. Sablières, blochets et entraits.

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Voir aussi :

— Sur les sablières du Maître de Pleyben :

 

 

 

 

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— Et sur les sablières bretonnes :

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LE SCULPTEUR SUR BOIS DIT LE "MAÎTRE DE PLEYBEN".

Vers 1580, un sculpteur anonyme, désigné aujourd'hui sous le nom de convention de "Maître de Pleyben", réalisa les sculptures de la charpente de la chapelle du château de Kerjean, en Saint-Vougay, à la demande de Louis Barbier, seigneur de Kerjean. Un véritable chef-d'œuvre, influencé par l'École de Fontainebleau qui avait introduit vers 1535 le motif décoratif du cuir découpé à enroulement, et par la diffusion du style de la Seconde Renaissance française dans des recueils de gravures : le prospère Léon était largement ouvert à l'Europe par ses ports de Landerneau, Morlaix et Roscoff.

Cet artiste a reçu ce nom car son style, et ses cuirs, et ses thèmes, se reconnaissent dans une partie des sablières de l'église de Pleyben, en Haute Cornouaille datées vers  1571.  On les retrouvent sur la charpente de l'église de Saint-Divy, dans le Léon, et  dans la chapelle de Sainte-Marie du Ménez-Hom en Plomodiern, située à 23 km de Pleyben et 70 km de Kerjean.

Son style ? On le distingue à ces cuirs découpés à enroulements, car l'artiste  faufile dans les découpes des linges et des cordages dont il confie les extrémités à des anges ou autres personnages. Ses anges aussi sont caractéristiques, avec une coiffure faite de mèches rondes cerclant  la périphérie du visage, et avec une tunique aux plis prononcés, bouffante à la taille en formant une ligne sinueuse, avant de filer vers les pieds avec une grande liberté. Ajoutons que les manches de ses tuniques s 'évasent en larges couronnes au dessus des coudes, qui sont globuleux. Ses personnages en pied (Évangélistes ou Sibylles, notamment) ont en commun un visage fin, ovale, avec des nez longs et fins, de grands yeux aux pupilles en creux,  des bouches charnues, à nouveau des manches bouffantes, ou, pour les femmes, des bandeaux de cheveux. 

Mais ce sont surtout ses motifs iconographiques qui se répètent en tableaux stéréotypés :  mascarons zoomorphes ou anthropomorphes sur le plan profane, guirlandes et frises à petits pois, musiciens, et, sur le plan religieux, des thèmes plus christiques que mariaux :  Sainte Face, Tunique du Christ, Plaies du Christ, Instruments de la Passion, Rencontre de la Samaritaine. Et les Sibylles, à Kerjean et à Pleyben.

Datation : un chronogramme de la sablière du transept de Pleyben indique "1571". Sophie Duhem, qui estime que cette pièce n'est pas de la main du Maître de Pleyben mais appartient à une partie qui s'inspire de son travail, et qui indique que la construction du chœur date de 1564, propose la fourchette 1564-1571. Guy Leclerc propose celle de 1571-1580. Dans la première hypothèse, Pleyben aurait précédé les trois chantiers de Kerjean, Plomodiern (Ménez-Hom) et Saint-Divy de 10 à 20 ans, qui seraient des œuvres de maturité du Maître. Dans la seconde, les quatre chantiers sont pratiquement contemporains.

Pour Couffon, " L'inscription de 1564, qui se trouve a l'angle du chœur et du croisillon sud, se rapporte, comme nous le verrons, à l'abside. La date de 1571, inscrite sur la charpente du croisillon nord, indique l'époque où l'on couvrait le transept. "

Descriptions :

Les sablières de Pleyben ont été décrit par le chanoine Abgrall en 1892 aux page 63-65 du Bulletin de la Société archéologique du Finistère (recopié sur Infobretagne), en 1996 par Guy Leclerc dans Les enclos de Dieu, avec un plan, en 1997 dans la thèse de Sophie Duhem et enfin par Jean-Claude Le Floch (s.d) dans un article en ligne de 8 pages ; les thèmes sont énumérés sur l'article Wikipédia.

On y dénombre (G. Leclerc)  255 personnages et 116 clefs pendantes.

Restauration. 

a) "En 1699, la foudre fit tomber le couronnement du clocher sur le croisillon sud. Il fallut donc refaire en partie le mur de fond, tout le pignon et la charpente de ce bras du transept : les travaux n'étaient pas terminés en 1719. " (Couffon)

b) " Enfin, la restauration générale entreprise de 1857 à 1860, connue par le complément d'inscription qui se voit près du choeur, ne parait pas avoir rien apporté de nouveau au gros oeuvre." (Couffon)

c). S. Duhem indique : "L'église de Pleyben a fait l'objet d'une restauration récente: la structure externe de la charpente a été entièrement refaite en bois de chêne, un matériau pourtant onéreux, et les sculptures abîmées ont été remplacées par des reliefs taillés à l'identique. L'absence délibérée de polychromie sur les parties restaurées permet l'identification rapide des éléments insérés". (p. 41)

Cette restauration a du s'achever en 1990, comme en témoigne le document du Ministère de la Culture ETU/0340 "Restauration de la toiture du transept, du chœur et fin des travaux de la nef. Restitution des lambris de l'ensemble de l'édifice."

Polychromie

A la différence des sablières de Kerjean, de Saint-Divy et de Sainte-Marie-du-Ménez-Hom, les sablières de Pleyben ont conservé leur polychromie, même si ce que nous voyons est le résultat des différentes restaurations. A l'origine, toutes les sablières étaient peintes, et,  selon Duhem, 41 % des pièces de bois du Finistère sont encore polychromes.

Les couleurs privilégiées sont, pour les vêtements, le bleu clair et plusieurs teintes de vert et  l'or. le blanc est utilisé pour les carnations, pour les fonds, et les étoffes. Le rouge est exceptionnel (sauf pour rehausser les lèvres, les joues, etc), réservé au cœur des Trois Plaies. Le noir est rare.

 

En voiture Simone !

 

J'ai décrit pour commencer la croisée du transept, riche en statue mais dépourvus de sablières et de cuirs. Mais nous allons trouver ces dernières et ces derniers dans les bras du  transept et dans la nef. Un programme si vaste que je débute par le bras sud du transept. Suivez le guide !

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Je débuterai par le coté gauche ou oriental et la statue de l'évangéliste Matthieu : je vous y rejoins. 

Nous verrons successivement :

— Du coté est :

  • Le cuir découpé de L'aiguière et du bassin.
  • Blochet : Homme jeune.
  • Le cuir de la Nativité
  • l'entrait à engoulant.
  • Le cuir découpé de la Présentation au Temple
  • Blochet : un évêque.
  • Le cuir découpé de La rencontre du Christ et de la Samaritaine.
  • Blochet : l'Ange à la colonne.

— Du coté ouest :

  • Blochet : l'Ange à la couronne d'épines.
  • Le cuir découpé à l'œuf et aux figues.
  • Blochet : Homme barbu.
  • Prométhée et l'aigle de Jupiter
  • L'entrait à engoulant.
  • Le cuir des  Trois Plaies du Christ.
  • Blochet : Homme jeune.
  • Les deux dragons accouplés par le col.

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Coté oriental du bras sud du transept, église Saint-Germain de Pleyben. Photographie lavieb-aile 2017.

Coté oriental du bras sud du transept, église Saint-Germain de Pleyben. Photographie lavieb-aile 2017.

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I. Le coté oriental du bras sud du transept.  Au dessus du retable du Sacré-Cœur.

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Coté oriental du bras sud du transept, église Saint-Germain de Pleyben. Photographie lavieb-aile 2017.

Coté oriental du bras sud du transept, église Saint-Germain de Pleyben. Photographie lavieb-aile 2017.

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A. De la statue de saint Matthieu jusqu'à l'entrait.

(On nomme "entrait" la poutre transversale)

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Coté oriental du bras sud du transept, église Saint-Germain de Pleyben. Photographie lavieb-aile 2017.

Coté oriental du bras sud du transept, église Saint-Germain de Pleyben. Photographie lavieb-aile 2017.

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Cuir découpé présenté par deux anges : Une aiguière et un bassin. La disculpation de Pilate.

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Nous pouvons divisé cette pièce de bois en quatre sujets d'étude.

a) La frise inférieure.

Nous pourrons la suivre tout du long, pour y trouver des grappes, des légumes, des feuillages, et plus loin des masques. Ces motifs proviennent des encadrements des fresques du château de Fontainebleau. Les grappes sont-elles des grains de raisin ? Elles sont serrées en épi à disposition souvent géométrique. 

b) les anges.

Ils suivent un modèle constant que nous avons déjà vu à Kerjean, à Saint-Divy et à Sainte-Marie-du-Ménez-Hom, avec leur visage et leur tronc de face, leurs jambes allongées comme s'ils volaient, leurs bras écartés avec enthousiasme théâtral, leurs courtes manches béantes, leurs coudes globuleux, les vagues  que forme le feston de leur tunique, et on retrouve comme de vieux amis leurs cheveux disposés en sept  beignets autour d'une assiette, leur regard franc comme l'or sous l'arc de leurs sourcils.

Mais leur spécialité, c'est de glisser leur main à travers les poignées des cuirs découpés, comme de petits chapardeurs.

L'ange de gauche tient un clou, une "pointe" comme disent les menuisiers ; on y voit une allusion aux clous de la Crucifixion.

Son collège de droite embouche une trompette, comme une Renommée.

c) Le cuir découpé.

Je ne reviens pas sur leur histoire, leur intérêt et leur description, mais l'artiste de Pleyben a le génie pour  créer à chaque fois des nouveautés. Ici, le schéma est très simple, rectangulaire aux quatre bords enroulés, mais chaque enroulement est divisé en deux languettes qui s'enroule en volutes, ménageant entre elles des orifices, que les deux petits malins vont utiliser pour y glisser leur menotte.

d) le motif.

Il résiste à toute interprétation simple, et je me contentai de le décrire comme un pichet, et une coupe,

Un pichet ?  Et pourquoi pas plutôt une aiguière, une carafe, un vase, voire un broc ou une cruche ?

– Pichet :  Récipient de petite taille, de terre ou de métal, de forme galbée avec un collet étroit où s'attache une anse, utilisé pour servir une boisson.

– Aiguière :Vase élégant avec anse et bec, pouvant affecter les formes les plus diverses, destiné à contenir de l'eau (parfumée ou non) pour l'ablution des doigts ou des mains généralement après les repas, de l'eau (tiède) pour la toilette, ou de l'eau (fraîche) pour boire. Du provençal « aiguiera » (vase à eau), l’aiguière est un récipient destiné à contenir et verser de l’eau. Façonnée à l‘origine en poterie, les premières aiguières en verre apparaissent à la fin du XVe siècle. On les trouve en argent ou en or, en étain, en faïence

Nous avons ici un récipient doté d'un pied, d'un ventre, d'un col, d'un bec et d'une anse, mais aussi d'un couvercle.

 Si j'utilise le terme de "pichet", je suppose que la fonction est de servir à boire. Dés lors, la coupe est un récipient pour boire. 

Si j'adopte, comme le chanoine Abgrall,  le terme d'aiguière, je présume alors qu'elle sert à une ablution, et que la "coupe" est en fait un bassin. Or, cette fonction ne m'était pas venue à l'esprit. Cela me tente. Nous aurions ici, présentée au centre de ce cuir, une ablution rituelle, ou sacrée, un rite de purification, comme celui du Lavabo de l'Office, où le prêtre prononçait le verset du  psaume 25 6:7 lavabo inter innocentes manus meas et circumdabo altare tuum Domine

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Très bien, mais au centre, entre coupe et pichet, entre aiguière et bassin, qu'est-ce que je vois ?

— Un champignon ?

— Une pomme, et sa tige ?

— Un cœur, qui saigne ?

Si je retiens cette dernière interprétation, qui introduit une dimension eucharistique à la scène, les possibilités de lecture théologiques de "Le Pichet et la Coupe" s'enrichissent tant que je décide d'y mettre un terme.

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Note : lors de ma visite des sablières de l'église de Saint-Divy, j'ai observé ce motif , cette fois-ci entourant une croix et la couronne d'épines.  Ce qui montre que ces objets ne doivent rien au hasard, et qu'ils se placent dans un contexte liturgique lié à la Passion.

Mais c'est Jean-Claude Le Floch qui m'apporte la clef d'interprétation en faisant remarquer que la sablière placée dans la même position dans le transept nord représente la Trahison de Judas. " Comme pendant à droite, ce sont des emblèmes – bassin et aiguière – qui rappellent le geste de Pilate, le gouverneur romain, se lavant les mains de la mort de Jésus ". Cette observation est convaincante : l'artiste a débuté les cuirs du transept sud par la scène décrite par les évangiles :

"Et Pilate, voyant qu'il ne gagnait rien, mais que plutôt il s'élevait un tumulte, prit de l'eau et se lava les mains devant la foule, disant : Je suis innocent du sang de ce juste ; vous, vous y aviserez." (Matthieu 27:24).

Matthieu disculpe Pilate de la responsabilité de la mort du Christ, mais ce geste du lavement des mains est vu traditionnellement comme un signe de lâcheté du procurateur romain. La scène figure sur toutes les Passions des maîtresses-vitres finistérienne du XVIe siècle.

 

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Cuir Le Pichet et la Coupe, Maître de Pleyben vers 1570-1580,  sablière du bas-coté sud de l'église de Saint-Divy, photographie lavieb-aile juillet 2017.

Cuir Le Pichet et la Coupe, Maître de Pleyben vers 1570-1580, sablière du bas-coté sud de l'église de Saint-Divy, photographie lavieb-aile juillet 2017.

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"Le Pichet et la Coupe ", bois polychrome, Maître de Pleyben vers 1571, coté oriental du bras sud du transept, église Saint-Germain de Pleyben. Photographie lavieb-aile 2017.

"Le Pichet et la Coupe ", bois polychrome, Maître de Pleyben vers 1571, coté oriental du bras sud du transept, église Saint-Germain de Pleyben. Photographie lavieb-aile 2017.

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"Le Pichet et la Coupe ",  bois polychrome, Maître de Pleyben vers 1571, coté oriental du bras sud du transept, église Saint-Germain de Pleyben. Photographie lavieb-aile 2017.

"Le Pichet et la Coupe ", bois polychrome, Maître de Pleyben vers 1571, coté oriental du bras sud du transept, église Saint-Germain de Pleyben. Photographie lavieb-aile 2017.

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Le cuir découpé Le Pichet et la Coupe,  bois polychrome, Maître de Pleyben vers 1571, coté oriental du bras sud du transept, église Saint-Germain de Pleyben. Photographie lavieb-aile 2017.

Le cuir découpé Le Pichet et la Coupe, bois polychrome, Maître de Pleyben vers 1571, coté oriental du bras sud du transept, église Saint-Germain de Pleyben. Photographie lavieb-aile 2017.

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Le blochet : un homme jeune.

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Coté oriental du bras sud du transept, église Saint-Germain de Pleyben. Photographie lavieb-aile 2017.

Coté oriental du bras sud du transept, église Saint-Germain de Pleyben. Photographie lavieb-aile 2017.

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Le cuir découpé de la Nativité présenté par deux anges. Bois polychrome, Maître de Pleyben vers 1571.

a) frise : épis, fleurs, feuilles, gueule d'un animal .

b) les anges : ils tiennent des deux mains un linge blanc qui va passer dans la volute de l'enroulement du cuir, afin de le maintenir. Ce sont eux qui nous présentent la Nativité. Ils sont drapés par une écharpe blanche. Comme précédemment, l'ange de gauche nous regarde, son voisin regarde vers la droite.

c) le cuir découpé : rectangle à quatre enroulements divisés en deux languettes. Mais ici, quatre découpes permettent le passage du linge, qui devient un cordage auquel le cuir est suspendu.

d) le motif : la Nativité. La Vierge est agenouillée, mains jointes. L'âne et le bœuf sortent leur tête sous l'arche des enroulements supérieurs, et réchauffent de leur souffle l'Enfant Jésus. Celui-ci tient une pomme d'or (le globe terrestre) dans la main gauche, et bénit le monde de la main droite. Le personnage de droite est trop richement vêtu pour être le vieux Joseph. Ce serait un roi Mage, d'autant qu'il tient un objet brisé dans la main droite, et un sac (d'or ?) dans la main gauche.

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Le cuir découpé de la Nativité présenté par deux anges,  bois polychrome, Maître de Pleyben vers 1571,  coté oriental du bras sud du transept, église Saint-Germain de Pleyben. Photographie lavieb-aile 2017.

Le cuir découpé de la Nativité présenté par deux anges, bois polychrome, Maître de Pleyben vers 1571, coté oriental du bras sud du transept, église Saint-Germain de Pleyben. Photographie lavieb-aile 2017.

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Le cuir découpé de la Nativité présenté par deux anges,  bois polychrome, Maître de Pleyben vers 1571,  coté oriental du bras sud du transept, église Saint-Germain de Pleyben. Photographie lavieb-aile 2017.

Le cuir découpé de la Nativité présenté par deux anges, bois polychrome, Maître de Pleyben vers 1571, coté oriental du bras sud du transept, église Saint-Germain de Pleyben. Photographie lavieb-aile 2017.

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Le cuir découpé de la Nativité présenté par deux anges,  bois polychrome, Maître de Pleyben vers 1571,  coté oriental du bras sud du transept, église Saint-Germain de Pleyben. Photographie lavieb-aile 2017.

Le cuir découpé de la Nativité présenté par deux anges, bois polychrome, Maître de Pleyben vers 1571, coté oriental du bras sud du transept, église Saint-Germain de Pleyben. Photographie lavieb-aile 2017.

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Le cuir découpé de la Nativité présenté par deux anges,  bois polychrome, Maître de Pleyben vers 1571,  coté oriental du bras sud du transept, église Saint-Germain de Pleyben. Photographie lavieb-aile 2017.

Le cuir découpé de la Nativité présenté par deux anges, bois polychrome, Maître de Pleyben vers 1571, coté oriental du bras sud du transept, église Saint-Germain de Pleyben. Photographie lavieb-aile 2017.

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B. De l'entrait vers le blochet d'angle.

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Le cuir déroulé de La Présentation au Temple.

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a) la frise. cf.

b) les anges : ça alors, l'ange de gauche a changé de sens ! Le voilà qui vole de droite à gauche ! Ils tiennent tous les deux un gros cordage pour remplir leur fonction de tireurs de cuirs. Leurs manches à air se dilatent avec enflure et  démesure.

c) Le cuir découpé : encore plus simple, car dépourvu d'enroulement supérieur.

d) Le motif. Non, monsieur le chanoine Abgrall, il ne s'agit pas d'une Circoncision, mais d'une Présentation au Temple  tel que relaté dans l'évangile de Luc 2:22-40 . En effet, le premier personnage est Joseph, puis vient une servante qui tient le couple de tourterelles ou les deux petites colombes exigées pour le sacrifice rituel. Puis vient Marie, l'Enfant, et le grand prêtre, mais celui-ci ne tient aucun instrument contondant.  Enfin, nous trouvons une femme particulièrement élégante.

 

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Le cuir déroulé de La Présentation au Temple, bois polychrome, Maître de Pleyben vers 1571, coté oriental du bras sud du transept, église Saint-Germain de Pleyben. Photographie lavieb-aile 2017.

Le cuir déroulé de La Présentation au Temple, bois polychrome, Maître de Pleyben vers 1571, coté oriental du bras sud du transept, église Saint-Germain de Pleyben. Photographie lavieb-aile 2017.

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Le cuir déroulé de La Présentation au Temple, bois polychrome, Maître de Pleyben vers 1571, coté oriental du bras sud du transept, église Saint-Germain de Pleyben. Photographie lavieb-aile 2017.

Le cuir déroulé de La Présentation au Temple, bois polychrome, Maître de Pleyben vers 1571, coté oriental du bras sud du transept, église Saint-Germain de Pleyben. Photographie lavieb-aile 2017.

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 Le cuir déroulé de La Présentation au Temple, bois polychrome, Maître de Pleyben vers 1571, coté oriental du bras sud du transept, église Saint-Germain de Pleyben. Photographie lavieb-aile 2017.

Le cuir déroulé de La Présentation au Temple, bois polychrome, Maître de Pleyben vers 1571, coté oriental du bras sud du transept, église Saint-Germain de Pleyben. Photographie lavieb-aile 2017.

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Le cuir déroulé de La Présentation au Temple, bois polychrome, Maître de Pleyben vers 1571, coté oriental du bras sud du transept, église Saint-Germain de Pleyben. Photographie lavieb-aile 2017.

Le cuir déroulé de La Présentation au Temple, bois polychrome, Maître de Pleyben vers 1571, coté oriental du bras sud du transept, église Saint-Germain de Pleyben. Photographie lavieb-aile 2017.

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Le cuir déroulé de La Présentation au Temple, bois polychrome, Maître de Pleyben vers 1571, coté oriental du bras sud du transept, église Saint-Germain de Pleyben. Photographie lavieb-aile 2017.

Le cuir déroulé de La Présentation au Temple, bois polychrome, Maître de Pleyben vers 1571, coté oriental du bras sud du transept, église Saint-Germain de Pleyben. Photographie lavieb-aile 2017.

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Blochet (ou corbel) : un évêque.

avec mitre, crosse, chirothèques, bagues et anneau épiscopal,  chape pluviale à orfroi  à fermail, surplis, et pantoufles . 

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Un évêque, corbel, coté oriental du bras sud du transept, église Saint-Germain de Pleyben. Photographie lavieb-aile 2017.

Un évêque, corbel, coté oriental du bras sud du transept, église Saint-Germain de Pleyben. Photographie lavieb-aile 2017.

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Coté oriental du bras sud du transept, église Saint-Germain de Pleyben. Photographie lavieb-aile 2017.

Coté oriental du bras sud du transept, église Saint-Germain de Pleyben. Photographie lavieb-aile 2017.

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Deux anges présentant le cuir découpé La Rencontre du Christ et de la Samaritaine.

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a) la frise : présence d'un cuir à ove et d'un masque à la tête de lion, ainsi que deux exemples de cette  "quelconque variété de courge vue du côté du pédoncule" (J-C. le Floch) si souvent rencontrée.

b) Les anges : égaux à eux-mêmes ; notez le geste de l'ange de gauche, désignant la scène centrale de son index.

c) le cuir : identique aux précédents.

d) le motif. La Rencontre du Christ et de la Samaritaine au Puits de Jacob tirée de l'évangile de Jean 4:1-30 est aussi traitée à la chapelle de Kerjean : mais alors, le Christ est du coté droit, et la Samaritaine est coiffée d'un turban.

Ici, le Christ, accroupi près du puits, tend l'index de la main droite, ce qui indique qu'il énonce une demande "Donne-moi à boire" ou plutôt une vérité évangélique : "Quiconque boira de cette eau aura de nouveau soif ; mais celui qui boira de l'eau que moi je lui donnerai n'aura plus jamais soif ; et l'eau que je lui donnerai deviendra en lui une source d'eau jaillissant pour la vie éternelle". De la main gauche, il montre la margelle du puits.

La femme, à robe verte à décolleté carré et manches bouffantes et ourlées d'or au dessus de manches de chemise à crevés, et de bracelets, verse l'eau d'un pichet à long col dans une cruche. 

 

 

 

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Deux anges présentant le cuir découpé La Rencontre du Christ et de la Samaritaine., Maître de Pleyben vers 1571, coté oriental du bras sud du transept, église Saint-Germain de Pleyben. Photographie lavieb-aile 2017.

Deux anges présentant le cuir découpé La Rencontre du Christ et de la Samaritaine., Maître de Pleyben vers 1571, coté oriental du bras sud du transept, église Saint-Germain de Pleyben. Photographie lavieb-aile 2017.

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Deux anges présentant le cuir découpé La Rencontre du Christ et de la Samaritaine., Maître de Pleyben vers 1571, coté oriental du bras sud du transept, église Saint-Germain de Pleyben. Photographie lavieb-aile 2017.

Deux anges présentant le cuir découpé La Rencontre du Christ et de la Samaritaine., Maître de Pleyben vers 1571, coté oriental du bras sud du transept, église Saint-Germain de Pleyben. Photographie lavieb-aile 2017.

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Deux anges présentant le cuir découpé La Rencontre du Christ et de la Samaritaine., Maître de Pleyben vers 1571, coté oriental du bras sud du transept, église Saint-Germain de Pleyben. Photographie lavieb-aile 2017.

Deux anges présentant le cuir découpé La Rencontre du Christ et de la Samaritaine., Maître de Pleyben vers 1571, coté oriental du bras sud du transept, église Saint-Germain de Pleyben. Photographie lavieb-aile 2017.

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Deux anges présentant le cuir découpé La Rencontre du Christ et de la Samaritaine., Maître de Pleyben vers 1571, coté oriental du bras sud du transept, église Saint-Germain de Pleyben. Photographie lavieb-aile 2017.

Deux anges présentant le cuir découpé La Rencontre du Christ et de la Samaritaine., Maître de Pleyben vers 1571, coté oriental du bras sud du transept, église Saint-Germain de Pleyben. Photographie lavieb-aile 2017.

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Deux anges présentant le cuir découpé La Rencontre du Christ et de la Samaritaine., Maître de Pleyben vers 1571, coté oriental du bras sud du transept, église Saint-Germain de Pleyben. Photographie lavieb-aile 2017.

Deux anges présentant le cuir découpé La Rencontre du Christ et de la Samaritaine., Maître de Pleyben vers 1571, coté oriental du bras sud du transept, église Saint-Germain de Pleyben. Photographie lavieb-aile 2017.

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Le blochet ou corbel : une femme tenant une colonne brisée.

Cette colonne appartient peut-être aux Instruments de la Passion, en tant que Colonne de la Flagellation.

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Coté oriental du bras sud du transept, église Saint-Germain de Pleyben. Photographie lavieb-aile 2017.

Coté oriental du bras sud du transept, église Saint-Germain de Pleyben. Photographie lavieb-aile 2017.

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II. Le coté occidental du bras sud du transept.

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Coté occidental du bras sud du transept, église Saint-Germain de Pleyben. Photographie lavieb-aile 2017.

Coté occidental du bras sud du transept, église Saint-Germain de Pleyben. Photographie lavieb-aile 2017.

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Le blochet d'angle : femme (ange) portant la Couronne d'épines.

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Le blochet d'angle : femme (ange) portant la Couronne d'épines,coté occidental du bras sud du transept, église Saint-Germain de Pleyben. Photographie lavieb-aile 2017.

Le blochet d'angle : femme (ange) portant la Couronne d'épines,coté occidental du bras sud du transept, église Saint-Germain de Pleyben. Photographie lavieb-aile 2017.

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Le blochet d'angle : femme (ange) portant la Couronne d'épines, coté occidental du bras sud du transept, église Saint-Germain de Pleyben. Photographie lavieb-aile 2017.

Le blochet d'angle : femme (ange) portant la Couronne d'épines, coté occidental du bras sud du transept, église Saint-Germain de Pleyben. Photographie lavieb-aile 2017.

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A. Du blochet d'angle jusqu'à l'entrait.

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Coté occidental du bras sud du transept, église Saint-Germain de Pleyben. Photographie lavieb-aile 2017.

Coté occidental du bras sud du transept, église Saint-Germain de Pleyben. Photographie lavieb-aile 2017.

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Deux anges présentant un cuir découpé "à l'œuf et au figues".

Nous voyons d'emblée que si la structure de base de deux anges tenant un cuir est présente,  le style est très différent. 

a) La frise : des feuilles allongées, des légumes et deux cuirs découpés, l'un centré par un cartouche et l'autre par un ove (un ovale en forme d'œuf).

b) les anges. Très curieux. Ce sont bien des anges puisqu'ils ont des ailes, mais celles-ci ont un bord rectiligne enroulé sur lui-même, selon un procédé que j'ai rencontré sur les liernes et nervures de la croisée du transept (article précédent). Le visage est bien entouré de ses sept boules de glace au chocolat, mais le torse est nu (et androïde), au dessus d'un bouquet de feuilles d'acanthes charnues. En guise de ceinture, cette chimère porte trois ou quatre "fruits" ovales. C'est ma première rencontre avec ce type d'énergumène, depuis mon départ à la découverte des œuvres du Maître de Pleyben.

c) Le cuir. Ah, je retrouve les cuirs sophistiqués observés à Kerjean : une forme arrondie, à enroulements supérieur et inférieur, percé de huit œillets par où passent deux cordages verts, et de deux autres orifices qui laissent passer les tiges de deux fruits de même couleur verte.Mais aussi, fusionné à ce cuir souple, fin, et aux bords ronds, les deux bras en H d'un matériau plus épais et plus rigide, tracé à la règle, et aux extrémités crénelées.

d) Le motif. C'est un ovale à axe horizontal, vaguement ovoïde, blanc cerné par un jonc vert, énervant par son insignifiance. Tout un cuir, toute une sablière pour cet œuf d'autruche ! Pour cette énigme dure et lisse ! J'en ai vu à Kerjean, mais qui portaient, au moins, les armoiries du maître des lieux. J'en ai vu, de petite taille, à l'extrémité gauche de la dernière sablière de Saint-Divy, mais j'ai cru pouvoir faire l'impasse sur son interprétation. Que disent les érudits ? Eggs and dart : "les oves alternés avec des dards en forme de flèche symboliseraient l'alternance de la vie et de la mort". Mais quid de l'egg sans dart ?

e) Pire. Devant cet œuf, je reste coi , mais calme. Mais les six objets verts  en forme de poire,  à cul de coing et à tige de figue que l'artiste a cru nécessaire de suspendre sous les bras des anges et, mieux encore, de faire mûrir à travers le cuir me narguent par leur formes molles, triviales, voire obscènes me turlupinent et m'horripilent. 

Pourtant. J' ai déjà observé ces cucurbites (c'est le nom que ces choses verdâtres méritent, pour sa sonorité). A Saint-Divy, mais sur une autre cuir que celui de l'ove : le cuir à la tête de lion. Je le retrouve dans mes archives : oh, surprise, la forme générale du cuir est la même. Mais je n'en sais pas plus pour autant.

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Le cuir "aux figues" de l'église de saint-Divy. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

Le cuir "aux figues" de l'église de saint-Divy. Photographie lavieb-aile juillet 2017.

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Le cuir "à l'œuf et aux figues", coté occidental du bras sud du transept, église Saint-Germain de Pleyben. Photographie lavieb-aile 2017.

Le cuir "à l'œuf et aux figues", coté occidental du bras sud du transept, église Saint-Germain de Pleyben. Photographie lavieb-aile 2017.

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Le cuir "à l'œuf et aux figues", coté occidental du bras sud du transept, église Saint-Germain de Pleyben. Photographie lavieb-aile 2017.

Le cuir "à l'œuf et aux figues", coté occidental du bras sud du transept, église Saint-Germain de Pleyben. Photographie lavieb-aile 2017.

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Blochet : saint homme barbu tenant un livre rouge.

Un apôtre, car il a les pieds nus.

N;b : La frise : un mascaron sur un cuir.

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coté occidental du bras sud du transept, église Saint-Germain de Pleyben. Photographie lavieb-aile 2017.

coté occidental du bras sud du transept, église Saint-Germain de Pleyben. Photographie lavieb-aile 2017.

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Prométhée enchaîné : son foie est dévoré par l'aigle du Caucase par vengeance de Jupiter.

C'est l'une des sablières les plus intéressantes, car elle offre un exemple unique de motif profane, ou du moins lié à la mythologie grecque.

On connaît l'histoire depuis Hésiode, mais Eschyle a écrit sa tragédie Prométhée enchaîné vers 450 av. J.C. 

"Lorsque Zeus décide d'abolir la race humaine afin d'en fonder une nouvelle, seul Prométhée s'y oppose et donne aux hommes le feu (symbole de la connaissance) jalousement gardé par les dieux. Il leur apprend également la notion de temps, les mathématiques (le nombre), l'écriture, l'agriculture (par la soumission de l'animal), le dressage des chevaux, la navigation maritime, la médecine, l'art divinatoire et l'art métallurgique. Sur ordre de Zeus, il est alors enchaîné, à contrecœur, par Héphaïstos (fils de Zeus, dieu du feu et des métaux) à un rocher aux confins de la Terre.

Océan apparaît alors, qui lui promet d'intercéder en sa faveur auprès de Zeus, suivie d'Io qui raconte les malheurs qui lui sont arrivés avant que Prométhée ne lui dévoile son destin.

Prométhée révèle ensuite que sa punition ne durera pas éternellement mais qu'il sera délivré par un descendant d'Io (Héraclès) et que Zeus ne restera pas au pouvoir éternellement mais sera renversé. Prométhée ne peut en dire plus car il doit garder le secret connu de lui seul, sous peine que Zeus ne puisse se soustraire à son destin.

Hermès intervient alors, au nom de Zeus, pour demander à Prométhée de livrer son secret, sans quoi il sera torturé. Prométhée ne cède pas car il sait que Zeus ne peut le faire mourir. Il est condamné à être torturé par un aigle qui lui dévorera éternellement le foie, celui-ci se régénérant sans cesse." (Wikipédia)

 

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Le mythe a été mis en parallèle avec le récit biblique d'Adam et Ève, chassés du Jardin d'Éden pour avoir goûté le fruit de l'arbre de la connaissance du bien et du mal dans le Livre de la Genèse. C'est sans doute pour cette raison qu'il est représenté ici. Mais pour le professeur de  philosophe Jean-Claude  Le Floch "... le Prométhée des Anciens apparaît alors comme une préfiguration du Christ : comme le Verbe fils de Dieu, il prend part à la création des choses ; comme lui, par amour des hommes, il assume les rigueurs du supplice ; comme lui il sera délivré."

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Coté occidental du bras sud du transept, église Saint-Germain de Pleyben. Photographie lavieb-aile 2017.

Coté occidental du bras sud du transept, église Saint-Germain de Pleyben. Photographie lavieb-aile 2017.

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a) frise : présence d'un cuir à ove, à défaut de cœur parmi "des fruits des fleurs des  feuilles et des branches".

b) anges : je dirais que ce sont là les plus beaux, si chaque sablière n'entraînait le même enthousiasme radical. Le premier est archétypal. Le cordage qui nous sert de passe à travers ces œuvres est ici une sangle verte qui se fronce en passant devant la tunique plissée jaune d'or. La couleur ponceau de la robe ourlée d'or trouve un rappel dans le vermillon des lèvres et le feu des joues. Et ce bandeau dans les cheveux !

c) Le cuir : on retrouve le rectangle à quatre volutes latérales.

d) Le motif : Prométhée, allongé sur le dos,  est enchaîné aux poignets et aux chevilles sur le Rocher de Caucase, tandis qu'un aigle noir lui dévore le foie, avec une belle précision de l'emplacement anatomique. Notez les ailes aux bords enroulés, selon le procédé propre à l'artiste.

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Coté occidental du bras sud du transept, église Saint-Germain de Pleyben. Photographie lavieb-aile 2017.

Coté occidental du bras sud du transept, église Saint-Germain de Pleyben. Photographie lavieb-aile 2017.

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Coté occidental du bras sud du transept, église Saint-Germain de Pleyben. Photographie lavieb-aile 2017.

Coté occidental du bras sud du transept, église Saint-Germain de Pleyben. Photographie lavieb-aile 2017.

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Coté occidental du bras sud du transept, église Saint-Germain de Pleyben. Photographie lavieb-aile 2017.

Coté occidental du bras sud du transept, église Saint-Germain de Pleyben. Photographie lavieb-aile 2017.

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De l'entrait vers la statue de saint Matthieu à l'angle de la nef.

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Le cuir des Trois Plaies.

a) la frise : des grappes, des feuilles, et encore un cuir à ove.

b) Les anges : parfaits. Ils tiennent d'une seule main les deux brins du linge qui tend le cartouche.

c) le cartouche en cuir découpé : un rectangle en cadre, débordé par les quatre enroulements. Huit orifices pour les cordages blancs. 

d) Le motif : c'est une version abrégée des Cinq Plaies, qui associent les plaies des mains et pieds du Christ Crucifié avec celle du cœur (la plaie du flanc droit n'est pas facile à figurer). Ici, ne sont représentées que les mains et le cœur.

Le cuir des Cinq Plaies se voit sur les sablières de la chapelle de Kerjean, mais aussi, tout simplement, sur celles de Pleyben, dans le coté gauche du chœur.

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Coté occidental du bras sud du transept, église Saint-Germain de Pleyben. Photographie lavieb-aile 2017.

Coté occidental du bras sud du transept, église Saint-Germain de Pleyben. Photographie lavieb-aile 2017.

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Coté occidental du bras sud du transept, église Saint-Germain de Pleyben. Photographie lavieb-aile 2017.

Coté occidental du bras sud du transept, église Saint-Germain de Pleyben. Photographie lavieb-aile 2017.

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Blochet.

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Volutes des deux dragons réunis par un collier commun.

a) frise : des feuilles effilées, et un épi .

b) les anges et le cuir : remplacés par deux rubans blancs aux bords frangés de feuilles d'or.

c) le motif : deux dragons sont réunis par le col par un collier de maillons d'or. Les oreilles pointues ont pu en abuser pour des licornes. Ce seraient des chevaux, à cause de leur crinière, si ce n'était la couleur rouge des naseaux et de la bouche en feu. De même, on voit l'amorce de deux ailes. Le corps est remplacé par une verdure faite de feuilles d'acanthe, avec un tronçon doré. Nous retrouvons là le procédé utilisé pour les anges du cuir "de l'œuf et des figues".

Je reconnais dans ce motif des dragons accouplés celui que j'ai observé dans les sculptures de pierre de Bastien et Henri Prigent à diverses reprises, notamment sur le porche de Landivisiau.

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Coté occidental du bras sud du transept, église Saint-Germain de Pleyben. Photographie lavieb-aile 2017.

Coté occidental du bras sud du transept, église Saint-Germain de Pleyben. Photographie lavieb-aile 2017.

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La voûte lambrissée : l'entrait et les abouts de poinçon.

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La voûte lambrissée et l'entrait du bras sud du transept, église Saint-Germain de Pleyben. Photographie lavieb-aile 2017.

La voûte lambrissée et l'entrait du bras sud du transept, église Saint-Germain de Pleyben. Photographie lavieb-aile 2017.

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Le "nœud" (l'élément central) de l'entrait 

Ce détail exploite la veine comique ou paillarde.  C'est un ange qui semble être passé à travers un cuir découpé, ses jambes nues et roses gesticulant sous lui.

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Nœud central de l'entrait du bras sud du transept, église Saint-Germain de Pleyben. Photographie lavieb-aile 2017.

Nœud central de l'entrait du bras sud du transept, église Saint-Germain de Pleyben. Photographie lavieb-aile 2017.

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SOURCES ET LIENS.

 

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1°) Les cartouches et cuirs découpés.

 

 

ANDROUET DU CERCEAU (Jacques), Le premier volume des plus excellents bastiments de France : Le Louvre, Vincennes, Chambord, château de Madrid (Philibert Delorme 1548-1559), Covussi, Folambray, Montargis, La Muette, Saint-Germain, Creil, Vallery, Verneuil, Ancy-le-Franc, Gaillon, Manne.

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k10411354/f45.image

Le second volume : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k3137097/f12.image

Blois, Amboise, Fontainebleau, Villiers, Charleval, Les Tuileries, St-Mort, Chenonceau, Chantilly, Anet, Ecouen, Challueau, Dampierre, Beauregard, Bury.

ANDROUET DU CERCEAU (Jacques), s.d, Termes et cariatides, 

http://architectura.cesr.univ-tours.fr/Traite/Images/INHA-4R85BIndex.asp

ANDROUET DU CERCEAU (Jacques) (1510?-1585?), [Entre 1542 et 1545] Grands cartouches,  [20] pl., Eau forte ; 38 cm [S.l.], [s.n.] 2 suites sans titre ni inscription. 7 des 20 planches reprennent des compositions de Fantuzzi connues par des estampes publiées vers 1542-1543.

http://bibliotheque-numerique.inha.fr/viewer/1807/?offset=#page=5&viewer=picture

ANDROUET DU CERCEAU (Jacques) (1510?-1585?), [Entre 1545 et 1547] Petits cartouches de Fontainebleau,  [31] pl., Eau forte ; 26 cm, [S.l.], [s.n.]Suite sans titre d'ornements inspirés par l'art de Fontainebleau et destinés à servir de modèles. Certaines planches reprennent des compositions de Fantuzzi connues par des estampes publiées entre 1542 et 1545 ; D'autres figurent déjà dans la première ou la seconde suite des grands compartiments

http://bibliotheque-numerique.inha.fr/viewer/1801/?offset=#page=5&viewer=picture

http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb40564725t

DIETTERLIN (Wendel), 1598, Architectura, Nuremberg.

http://architectura.cesr.univ-tours.fr/Traite/Images/INHA-Res207Index.asp

FLORIS (Cornelis II de Vriendt ,dit) 1556, Veelderley Veranderinghe van grottisen  avec HIERONYMUS COCK (graveur et éditeur) 

https://collections.vam.ac.uk/item/O977184/veelderley-veranderinghe-van-grotissen-ende-engraving-floris-cornelis-ii/

https://www.nationalgalleries.org/art-and-artists/60572/plate-veelderley-veranderinhe-van-grottissen-ende-compartimenten-design-fantastic-fountain-published

 

FLORIS (Cornelis), 1557, Veelderley Niewe Inuentien,  HIERONYMUS COCK (graveur et éditeur) 

VREDEMAN DE VRIES (Hans), 1557 Architectura ou batiments prins de Vitruve, Anvers,  

http://architectura.cesr.univ-tours.fr/Traite/Images/INHA-Res207Index.asp

 

 

2°) Sur l'église de Pleyben :

— ABGRALL, Jean-Marie. Pleyben, son église, son calvaire. Editions d'art Jos Le Doaré, Quimper, 1969.

— ABGRALL, Jean-Marie (1892), Pleyben. Eglise, calvaire, ossuaire, chapelle Notre-Dame de Lannélec Bulletin dee la Société archéologique du Finistère pages 55-72

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k207622m/f136.item

 

— COUFFON (René), 1988, Notice sur Pleyben

http://diocese-quimper.fr/images/stories/bibliotheque/pdf/pdf-Couffon/PLEYBEN.pdf

— DUHEM (Sophie), 1997, Les sablières sculptées en Bretagne: images, ouvriers du bois et culture paroissiale au temps de la prospérité bretonne, XVe-XVIIe s. ; préf. d'Alain Croix, Rennes :Presses universitaires de Rennes, 1997 : thèse de doctorat en histoire sous la direction d'Alain Croix soutenue à Rennes2 en 1997. 

— LECLERC (GUY), 1996, Les enclos de Dieu, édition Jean-Paul Guisserot, 141 p. 

LECLERC (Guy), 2007, Pleyben, son enclos et ses chapelles, éditions Jean-Paul Guisserot, 31 pages pages 18 et 19.

https://books.google.fr/books?id=hWctwxQfyhgC&pg=PA18&lpg=PA18&dq=sibylles+pleyben&source=bl&ots=kzc-VMkVBx&sig=29B6LVXN1nHu2s5hEpHEt3en1vA&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwiI596WxpfVAhXH2xoKHQ5WDd4Q6AEIQjAF#v=onepage&q=sibylles%20pleyben&f=false

— LE FLOCH (Jean-Claude), Pleyben : l'ensemble de sablières sculptées.

http://www.mairiepleyben.fr/joomla-mairie/images/stories/documents/docs_historiques/sablires.pdf

Wikipédia https://fr.wikipedia.org/wiki/Enclos_paroissial_de_Pleyben

— Infobretagne : http://www.infobretagne.com/pleyben-eglise-sablieres.htm

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Published by jean-yves cordier - dans Sablières Pleyben
20 juillet 2017 4 20 /07 /juillet /2017 10:47

La charpente sculptée de l'église de Pleyben par le Maître de Pleyben (vers 1571-1580). I. La croisée du transept et ses Sibylles.

 

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Voir aussi :

— Sur les sablières du Maître de Pleyben :

 

 

 

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— Et sur les sablières bretonnes :

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LE SCULPTEUR SUR BOIS DIT LE "MAÎTRE DE PLEYBEN".

Vers 1580, un sculpteur anonyme, désigné aujourd'hui sous le nom de convention de "Maître de Pleyben", réalisa les sculptures de la charpente de la chapelle du château de Kerjean, en Saint-Vougay, à la demande de Louis Barbier, seigneur de Kerjean. Un véritable chef-d'œuvre, influencé par l'École de Fontainebleau qui avait introduit vers 1535 le motif décoratif du cuir découpé à enroulement, et par la diffusion du style de la Seconde Renaissance française dans des recueils de gravures : le prospère Léon était largement ouvert à l'Europe par ses ports de Landerneau, Morlaix et Roscoff.

Cet artiste a reçu ce nom car on lui attribue aussi une partie des sablières de l'église de Pleyben, en haute Cornouaille vers 1564 et 1571.  On reconnaît aussi son style sur la charpente de l'église de Saint-Divy, dans le Léon, et  dans la chapelle de Sainte-Marie du Ménez-Hom en Plomodiern, située à 23 km de Pleyben et 70 km de Kerjean

Son style ? On le distingue à ces cuirs découpés à enroulements, car il  faufile dans les découpes des linges et des cordages dont il confie les extrémités à des anges ou autres personnages. Ses anges aussi sont caractéristiques, avec une coiffure faite de mèches rondes cerclant  la périphérie du visage, et avec une tunique aux plis prononcés, bouffante à la taille en formant une ligne sinueuse, avant de s'évaser vers les pieds avec une grande liberté. Ajoutons que les manches de ses tuniques s 'évasent en larges couronnes au dessus des coudes, qui sont globuleux. Ses personnages en pieds (Évangélistes ou Sibylles, notamment) ont en commun un visage fin, ovale, avec des nez longs et fins, de grands yeux aux pupilles en creux,  des bouches fines, des manches bouffantes, ou, pour les femmes, des bandeaux de cheveux. 

Mais ce sont surtout ses motifs iconographiques qui se répètent en tableaux stéréotypés :  mascarons zoomorphes ou anthropomorphes sur le plan profane, guirlandes et frises à petits pois, musiciens, et, sur le plan religieux, des thèmes plus christiques que mariaux :  Sainte Face, Tunique du Christ, Plaies du Christ, Instruments de la Passion, Rencontre de la Samaritaine. Et les Sibylles, à Kerjean et à Pleyben.

Datation : un chronogramme de la sablière du transept indique "1571". Sophie Duhem, qui estime que cette pièce n'est pas de la main du Maître de Pleyben mais appartient à une partie qui s'inspire de son travail, et qui indique que la construction du chœur date de 1564, propose la fourchette 1564-1571. Guy Leclerc propose celle de 1571-1580. Dans la première hypothèse, Pleyben aurait précédé les trois chantiers de Kerjean, Plomodiern (Ménez-Hom) et Saint-Divy de 10 à 20 ans, qui seraient des œuvres de maturité du Maître. Dans la seconde, les quatre chantiers sont pratiquement contemporains.

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Vue d'ensemble de la voûte de la croisée du transept.

Aux quatre angles du transept siègent les Évangélistes sous forme de statues à encorbellement (ou corbel). Ils tiennent, chacun, un phylactère avec les premiers mots de leur évangile. Leur positionnement aux quatre angles affirment  le rôle fondamental, crucial, du Nouveau Testament .

La voûte forme, à la croisée, un grand carré découpé par deux diagonales reliant deux à deux les angles : ces diagonales  réalisées en nervures moulurées se croisent en une clef pendante. Je nomme ces diagonales "liernes" (le couvre-joint des arêtes du lambris), et ce sont elles qui reçoivent seize sculptures en haut-relief. Le réseau est structuré par cinq nervures qui dessinent autant de carrés emboîtés. Enfin, quatre grandes nervures traversent en croix l'édifice, d'un transept à l'autre ou de la nef vers le chœur : elles sont rythmées par des abouts de poinçons (ou clefs). 

Au total, nous aurons donc à examiner 4 Évangélistes,  16 personnages de liernes, une clef pendante, et 20 des 116 clefs de voûte. Soit 41 pièces sculptées, et même d'avantage car je vais dépasser un peu les limites du cadre imparti.

Le but est d'enrichir l'iconographie disponible en ligne. De favoriser la connaissance du patrimoine artistique de Bretagne. Et de poursuivre mon étude des Sibylles du Finistère, des instruments de musique de la Renaissance, et de la production du Maître de Pleyben.

L'exploration rapprochée de ces sculptures m'ont révélé (comme sur les autres sites, à Saint-Divy, Sainte-Marie-du-Ménez-Hom et même à Kerjean) le mauvais état de conservation, ou l'attaque par les parasites du bois. J'ai été choqué par la façon dont les figures sculptées ont été fixées au support par des vis cruciformes qui les transpercent et dont les têtes sont restées apparentes, sur un site classé par les Monuments historiques. 

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Voûte de la croisée du transept de l'église Saint-Germain de Pleyben, photographie lavieb-aile 2017.

Voûte de la croisée du transept de l'église Saint-Germain de Pleyben, photographie lavieb-aile 2017.

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Angle nord-ouest de la voûte de la croisée du transept de l'église Saint-Germain de Pleyben, photographie lavieb-aile 2017.

Angle nord-ouest de la voûte de la croisée du transept de l'église Saint-Germain de Pleyben, photographie lavieb-aile 2017.

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Voûte de la croisée du transept de l'église Saint-Germain de Pleyben, photographie lavieb-aile 2017.

Voûte de la croisée du transept de l'église Saint-Germain de Pleyben, photographie lavieb-aile 2017.

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I. LA LIERNE NORD-OUEST.

 

1. L'évangéliste saint Jean et son aigle.

Phylactère : In principio erat Verbum. "Au commencement était le Verbe". Une citation qui prend un sens particulier si on considère que les Sibylles, comme les Prophètes, ont été, dans leurs paroles, inspirées par Dieu bien avant l'avènement du Christ, pour en annoncer la venue. 

Les quatre évangélistes sont également sculptés à Kerjean et  à Saint-Divy où deux seulement sont conservés.

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Voûte de la croisée du transept de l'église Saint-Germain de Pleyben, photographie lavieb-aile 2017.

Voûte de la croisée du transept de l'église Saint-Germain de Pleyben, photographie lavieb-aile 2017.

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Voûte de la croisée du transept de l'église Saint-Germain de Pleyben, photographie lavieb-aile 2017.

Voûte de la croisée du transept de l'église Saint-Germain de Pleyben, photographie lavieb-aile 2017.

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1. Femme tenant un objet (brisé) dans la main gauche.

La femme est vêtu d'un manteau bleu sur lequel tombent ses longs cheveux. Marie-Madeleine ?  L'objet pourrait être un miroir.

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Voûte de la croisée du transept de l'église Saint-Germain de Pleyben, photographie lavieb-aile 2017.

Voûte de la croisée du transept de l'église Saint-Germain de Pleyben, photographie lavieb-aile 2017.

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2. Femme en brun.

Elle est vêtue à la mode d'Anne de Bretagne (mais nous sommes sous Henri II) avec une coiffe en chaperon, dont les ailes retombent sur les épaules, et un décolleté carré. D'une main, elle tient le pan du manteau, et l'autre main est placée sur la poitrine. Mais l'index de cette main est tourné vers le haut, comme chez les Prophètes qui, sur les Arbres de Jessé, indiquent par ce geste que leur prophétie se réalise par le Christ, et également comme les Sibylles, ces prophétesses antiques.

Alors, serait-ce ici une Sibylle, dépourvu d'attribut d'identification ?

 

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Voûte de la croisée du transept de l'église Saint-Germain de Pleyben, photographie lavieb-aile 2017.

Voûte de la croisée du transept de l'église Saint-Germain de Pleyben, photographie lavieb-aile 2017.

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Voûte de la croisée du transept de l'église Saint-Germain de Pleyben, photographie lavieb-aile 2017.

Voûte de la croisée du transept de l'église Saint-Germain de Pleyben, photographie lavieb-aile 2017.

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Éléments de décor : un masque féminin.

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Voûte de la croisée du transept de l'église Saint-Germain de Pleyben, photographie lavieb-aile 2017.

Voûte de la croisée du transept de l'église Saint-Germain de Pleyben, photographie lavieb-aile 2017.

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3. Femme en bleu tenant une une tige verte .

Pris par mon sujet, j'en ferais volontiers une Sibylle Lybique tenant un flambeau ; mais, est-ce raisonnable ? . N'est-ce pas un roseau, celui de la dérision du Christ lors de sa Passion ?

Notons pourtant cette main gauche placée sur la poitrine, et cet index expressif. Elle veut nous dire quelque chose, mais quoi ?

 

Voûte de la croisée du transept de l'église Saint-Germain de Pleyben, photographie lavieb-aile 2017.

Voûte de la croisée du transept de l'église Saint-Germain de Pleyben, photographie lavieb-aile 2017.

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4. Femme tenant une palme. 

La palme est l'attribut des vierges et martyres. 

Mais ici, l'index gauche placé face au pouce alors que les autres doigts sont repliés est indubitablement "indicatif". 

Est-ce la Sibylle Érythréenne et son rameau fleuri, elle qui a deviné la survenue de l'Annonciation  (car on sait que l'ange Gabriel apporte à Marie un lys, ou du moins un rameau) ?

Comme les précédentes, elle est agenouillée. On notera l'élégance de son col, nervuré comme une fraise et couvrant ses épaules.

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Voûte de la croisée du transept de l'église Saint-Germain de Pleyben, photographie lavieb-aile 2017.

Voûte de la croisée du transept de l'église Saint-Germain de Pleyben, photographie lavieb-aile 2017.

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Voûte de la croisée du transept de l'église Saint-Germain de Pleyben, photographie lavieb-aile 2017.

Voûte de la croisée du transept de l'église Saint-Germain de Pleyben, photographie lavieb-aile 2017.

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II. LA LIERNE NORD-EST.

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Voûte de la croisée du transept de l'église Saint-Germain de Pleyben, photographie lavieb-aile 2017.

Voûte de la croisée du transept de l'église Saint-Germain de Pleyben, photographie lavieb-aile 2017.

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L'évangéliste Marc et son lion.

Le phylactère indique le texte de l'incipit Marc 1:1  Initium evangeli jesu christi. "Commencement de l'évangile de Jésus-Christ".

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Voûte de la croisée du transept de l'église Saint-Germain de Pleyben, photographie lavieb-aile 2017.

Voûte de la croisée du transept de l'église Saint-Germain de Pleyben, photographie lavieb-aile 2017.

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5. Un ange tenant une lanterne. Ou la Sibylle Persique.

Puisqu'il s'agit d'un ange avec deux ailes et des pieds nus, ce ne peut être la Sibylle Persique, dont la lanterne est l'attribut. Ah, c'est irritant, d'autant qu'elle montre clairement par son index gauche qu'elle avait prédit l'avènement de cette Lumière éclairant le Monde. 

Ce serait un ange tenant la lanterne des gardes de l'arrestation de Jésus à Getsémani ?

A moins que ce ne soient pas ici des ailes, mais un écran doré appartenant au décor sous-jacent ? Et à moins d'interpréter les deux "ailes " dorées comme un dossier aux bords enroulés. 

Notez les manches courtes évasées en spires concentriques, caractéristiques du Maître, tout comme la tunique cintrée au dessus d'un feston en coquille Saint-Jacques

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Voûte de la croisée du transept de l'église Saint-Germain de Pleyben, photographie lavieb-aile 2017.

Voûte de la croisée du transept de l'église Saint-Germain de Pleyben, photographie lavieb-aile 2017.

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6. La Sibylle Europa et son glaive.

Là, plus de doute. C'en est une. Elle porte le glaive parce qu'elle avait prévu, plusieurs années ou siècles auparavant, le Massacre des Innocents. C'est fort, non ? 

Mais quelle jolie brune ! Si élégante et si bien maquillée !  Et cet art pour laisser échapper, d'un manteau trop grand pour elle, une cuisse fine et bronzée !

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Voûte de la croisée du transept de l'église Saint-Germain de Pleyben, photographie lavieb-aile 2017.

Voûte de la croisée du transept de l'église Saint-Germain de Pleyben, photographie lavieb-aile 2017.

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7. Sainte Barbe tenant sa tour à trois fenêtres.

Sainte Barbe, je ne vous la présente pas. Sa coquetterie ne se dément pas ici, avec ses sourcils et son front épilés, son rouge au joues, ses longs cheveux châtains dénoués comme toute jeune fille. Comme elle protège de la foudre, elle est ici fort utile sous ce lambris qui n'attend qu'une étincelle ...

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Voûte de la croisée du transept de l'église Saint-Germain de Pleyben, photographie lavieb-aile 2017.

Voûte de la croisée du transept de l'église Saint-Germain de Pleyben, photographie lavieb-aile 2017.

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8. Jeune homme barbu.

Qui est ce quidam  chaussé de sabots ? Un pèlerin dans sa pèlerine ? Et que tient-il dans la main droite ?

—Un presse-agrume !

—  Un moule à Kouglof !

— Une coquille ?

— Mais non, ce sont les doigts de sa main gauche sortant du poignet de sa houppelande. Un genou à terre, il prie, les mains jointes.

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Voûte de la croisée du transept de l'église Saint-Germain de Pleyben, photographie lavieb-aile 2017.

Voûte de la croisée du transept de l'église Saint-Germain de Pleyben, photographie lavieb-aile 2017.

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III. LA LIERNE SUD-EST.

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Lierne sud-est, voûte de la croisée du transept de l'église Saint-Germain de Pleyben, photographie lavieb-aile 2017.

Lierne sud-est, voûte de la croisée du transept de l'église Saint-Germain de Pleyben, photographie lavieb-aile 2017.


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Saint Luc et son taureau. 

Sur sa banderole se lit son incipit Luc 1:1 : Quoniam quidem multi conati sunt. "Puisque beaucoup ont entrepris de composer un récit".

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Voûte de la croisée du transept de l'église Saint-Germain de Pleyben, photographie lavieb-aile 2017.

Voûte de la croisée du transept de l'église Saint-Germain de Pleyben, photographie lavieb-aile 2017.

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9. Une femme tenant une aiguière. La Samaritaine.

On reconnaît ici la femme qui a puisé de l'eau au Puits de Jacob, à la demande de Jésus. Comment la reconnaît-on ? Car elle figure de façon plus explicite sur une sablière du transept sud de Pleyben, mais aussi de la chapelle de Kerjean. 

On comprend que l'artiste a choisi de représenter en majorité sur la voûte des femmes, n'appartenant pas au peuple Juif (Sibylles ; Barbara l'orientale ; la Samaritaine) ou réprouvée par les Pharisiens (Marie-Madeleine),  mais qui l'ont annoncé ou reconnu ou ont joué un rôle important dans la Foi .

 

 

La Samaritaine, voûte de la croisée du transept de l'église Saint-Germain de Pleyben, photographie lavieb-aile 2017.

La Samaritaine, voûte de la croisée du transept de l'église Saint-Germain de Pleyben, photographie lavieb-aile 2017.

La Samaritaine, voûte de la croisée du transept de l'église Saint-Germain de Pleyben, photographie lavieb-aile 2017.

La Samaritaine, voûte de la croisée du transept de l'église Saint-Germain de Pleyben, photographie lavieb-aile 2017.

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10. La Sibylle de Tibur tenant la main coupée.

Cette main montre qu'elle a prédit par ses vaticinations le soufflet qu'un soldat romain infligea au Christ lors de sa Passion.

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La Sibylle de Tibur,  voûte de la croisée du transept de l'église Saint-Germain de Pleyben, photographie lavieb-aile 2017.

La Sibylle de Tibur, voûte de la croisée du transept de l'église Saint-Germain de Pleyben, photographie lavieb-aile 2017.

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La Sibylle de Tibur,  voûte de la croisée du transept de l'église Saint-Germain de Pleyben, photographie lavieb-aile 2017.

La Sibylle de Tibur, voûte de la croisée du transept de l'église Saint-Germain de Pleyben, photographie lavieb-aile 2017.

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11. La Sibylle de Samos tenant son berceau.

car elle a, pars ses oracles, prévu la Nativité du Christ.

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La Sibylle de Samos,  voûte de la croisée du transept de l'église Saint-Germain de Pleyben, photographie lavieb-aile 2017.

La Sibylle de Samos, voûte de la croisée du transept de l'église Saint-Germain de Pleyben, photographie lavieb-aile 2017.

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La Sibylle de Samos,  voûte de la croisée du transept de l'église Saint-Germain de Pleyben, photographie lavieb-aile 2017.

La Sibylle de Samos, voûte de la croisée du transept de l'église Saint-Germain de Pleyben, photographie lavieb-aile 2017.

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12. La Sibylle Cimmérienne tenant la corne servant de biberon.

annonçant que la Vierge donnerait le sein à l'Enfant-Jésus. 

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La Sibylle Cimmérienne,  voûte de la croisée du transept de l'église Saint-Germain de Pleyben, photographie lavieb-aile 2017.

La Sibylle Cimmérienne, voûte de la croisée du transept de l'église Saint-Germain de Pleyben, photographie lavieb-aile 2017.

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La Sibylle Cimmérienne,  voûte de la croisée du transept de l'église Saint-Germain de Pleyben, photographie lavieb-aile 2017.

La Sibylle Cimmérienne, voûte de la croisée du transept de l'église Saint-Germain de Pleyben, photographie lavieb-aile 2017.

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IV. LA LIERNE DU SUD-OUEST.

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La lierne sud-ouest de la  voûte de la croisée du transept de l'église Saint-Germain de Pleyben, photographie lavieb-aile 2017.

La lierne sud-ouest de la voûte de la croisée du transept de l'église Saint-Germain de Pleyben, photographie lavieb-aile 2017.

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L'évangéliste Matthieu et son ange .

.... ainsi que le phylactère portant l'incipit de son évangile Liber generationem jesu  christi."Livre de la genèse de Jésus Christ".

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L'évangéliste Matthieu,  voûte de la croisée du transept de l'église Saint-Germain de Pleyben, photographie lavieb-aile 2017.

L'évangéliste Matthieu, voûte de la croisée du transept de l'église Saint-Germain de Pleyben, photographie lavieb-aile 2017.

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La lierne sud-ouest de la voûte de la croisée du transept de l'église Saint-Germain de Pleyben, photographie lavieb-aile 2017.

La lierne sud-ouest de la voûte de la croisée du transept de l'église Saint-Germain de Pleyben, photographie lavieb-aile 2017.

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13. Ange tenant la Couronne d'épines. Ou la Sibylle de Delphes

On ne peut assimiler cet ange avec la Sibylle de Delphes, qui porte le même attribut...à moins d'interpréter les deux "ailes " dorées comme un dossier aux bords enroulés. La Sibylle Delphique aurait annoncé le couronnement d'épines du Christ lors de sa Passion.

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La lierne sud-ouest de la voûte de la croisée du transept de l'église Saint-Germain de Pleyben, photographie lavieb-aile 2017.

La lierne sud-ouest de la voûte de la croisée du transept de l'église Saint-Germain de Pleyben, photographie lavieb-aile 2017.

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14. Ange présentant la Croix. Ou la Sibylle Hellespontique.

On ne peut confondre cet ange avec la Sibylle Hellespontique, qui porte le même attribut, ...à moins d'interpréter les deux "ailes " dorées comme un dossier aux bords enroulés. La Sibylle Hellespontique aurait prévu la Crucifixion. 

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La lierne sud-ouest de la voûte de la croisée du transept de l'église Saint-Germain de Pleyben, photographie lavieb-aile 2017.

La lierne sud-ouest de la voûte de la croisée du transept de l'église Saint-Germain de Pleyben, photographie lavieb-aile 2017.

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La lierne sud-ouest de la voûte de la croisée du transept de l'église Saint-Germain de Pleyben, photographie lavieb-aile 2017.

La lierne sud-ouest de la voûte de la croisée du transept de l'église Saint-Germain de Pleyben, photographie lavieb-aile 2017.

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15. Un évêque.

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La lierne sud-ouest de la voûte de la croisée du transept de l'église Saint-Germain de Pleyben, photographie lavieb-aile 2017.

La lierne sud-ouest de la voûte de la croisée du transept de l'église Saint-Germain de Pleyben, photographie lavieb-aile 2017.

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La lierne sud-ouest de la voûte de la croisée du transept de l'église Saint-Germain de Pleyben, photographie lavieb-aile 2017.

La lierne sud-ouest de la voûte de la croisée du transept de l'église Saint-Germain de Pleyben, photographie lavieb-aile 2017.

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16. Une femme en vert, bras croisés sur la poitrine. Ou une Sibylle lambda, sans attribut.

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La lierne sud-ouest de la voûte de la croisée du transept de l'église Saint-Germain de Pleyben, photographie lavieb-aile 2017.

La lierne sud-ouest de la voûte de la croisée du transept de l'église Saint-Germain de Pleyben, photographie lavieb-aile 2017.

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DISCUSSION: LES SIBYLLES DE PLEYBEN

Si je m'en tiens aux prophétesses  identifiables sans ambiguïté, je retiens les Sibylles Europa avec son glaive, de Tibur avec sa main, de Samos avec son berceau et Cimérienne  avec son biberon. J'accepte à la rigueur la Lybique et son flambeau, l'Erythréenne et son rameau. Si on prend le parti de considérer les "ailes" dorées des trois anges comme des dossiers, parti que j'adoptai d'abord après examen du bord rectiligne et enroulé de deux-ci, on accepte alors d'y reconnaître   la Persique et sa lanterne, la Delphique avec la Couronne d'Épines, et l'Hellespontique avec la Croix. Au maximum, on enrôle la dernière, dépourvue d'attribut, mais au vêtement et à la coiffure soignée dignes d'une de ces dames vaticinatrices. Donc, quatre certainement, et peut-être neuf parmi les douze Sibylles.

Après examen des anges des nervures du chœur, qui ont tous leurs ailes à bords rectilignes et enroulés (voir ici en fin d'article),  je ne conserve que les quatre Sibylles certaines.

Pour l'abbé Yves-Pascal Castel,  "les Sibylles, au nombre de cinq sont l'Européenne, la Samienne, la Libyque, l'Erythréenne et Agrippa". L'attribut de cette dernière est le fouet, que je n'ai pas observé.

Le frère des Écoles chrétiennes Guy Leclerc (frère d'Edouard) décrit "La sibylle de Samos porte un berceau et annonce la Nativité du Christ, celle de Perse porte une lanterne et annonce  le Christ lumière du monde, celle de Tibur tient le gant qui rappelle le soufflet du soldat romain, la sibylle cimérienne tient un biberon en forme de corne d'abondance [sic], et ainsi de suite". Cet "ainsi de suite" témoigne de la difficulté à donner une identification définitive.

Je rappelle qu'à Kerjean, le même sculpteur a représenté cinq ou six Sibylles, Agrippa, celle de Samos, de Crimée (cimmérienne), de Delphes, et Hellespontique. 

Il est possible que le thème des Sibylles se mêle avec, ou soit détourné au profit du culte des Instruments de la Passion, et  de la compassion pour les souffrances du Christ, qui est évident sur les quatre sanctuaires ornés par le Maître de Pleyben avec les cuirs des Cinq Plaies, de la Couronne d'épines autour de la Croix, de la Sainte Face, des porteurs de la Colonne de Flagellation, entre autres.

De manière générale, le culte christique l'emporte sur le culte marial. Enfin, notons l'absence, sur ces personnages des liernes, des thèmes profanes, qui apparaissent sous forme de masques dans le décor intermédiaire.

 

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LA CLEF PENDANTE CENTRALE ET LES ABOUTS DE POINÇON SUR LES QUATRE NERVURES.

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Nous n'avons fait que la moitié du chemin — et encore ! —et nous devons encore rester un bon moment le nez levé, pour observer le réseau des nervures qui, à partir de la clef pendante centrale, se dirigent vers les quatre directions cardinales, égrenant à chaque croisement avec les carrés des nervures transversales leur 20 à 24 "abouts de poinçons". Nous y trouverons des anges, des musiciens et des acrobates, mais aussi quelques fleurons. 

Dirigeons d'abord nos jumelles vers la clef pendante. 

I. La clef pendante : les quatre anges du Jugement Dernier.

Quatre anges buccinateurs ont embouché leur trompette qu'ils dirigent vers nous pour annoncer le Jugement Dernier. Assis sur le même siège, ils portent une tunique or, vers l'Orient,  bleu et blanche, vers le Septentrion, verte vers l'Occident, et bleue, vers le Midi. Ah, mes amis, quel vacarme ! À réveiller les morts !

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Clef pendante des quatre anges buccinateurs de la croisée du transept de l'église Saint-Germain de Pleyben, photographie lavieb-aile 2017.

Clef pendante des quatre anges buccinateurs de la croisée du transept de l'église Saint-Germain de Pleyben, photographie lavieb-aile 2017.

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Clef pendante des quatre anges buccinateurs de la croisée du transept de l'église Saint-Germain de Pleyben, photographie lavieb-aile 2017.

Clef pendante des quatre anges buccinateurs de la croisée du transept de l'église Saint-Germain de Pleyben, photographie lavieb-aile 2017.

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Clef pendante des quatre anges buccinateurs de la croisée du transept de l'église Saint-Germain de Pleyben, photographie lavieb-aile 2017.

Clef pendante des quatre anges buccinateurs de la croisée du transept de l'église Saint-Germain de Pleyben, photographie lavieb-aile 2017.

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Les abouts de poinçon des quatre nervures.

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Pour chaque nervure, je me dirigerai du centre vers la périphérie.

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II. La nervure se dirigeant vers le chœur.

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Nervure de la croisée du transept de l'église Saint-Germain de Pleyben, photographie lavieb-aile 2017.

Nervure de la croisée du transept de l'église Saint-Germain de Pleyben, photographie lavieb-aile 2017.

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1. Un ange en tunique blanche.

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Nervure de la croisée du transept de l'église Saint-Germain de Pleyben, photographie lavieb-aile 2017.

Nervure de la croisée du transept de l'église Saint-Germain de Pleyben, photographie lavieb-aile 2017.

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2. Un joueur de vièle.

En bonnet, tunique bleue, braies brunes, chaussures noires, il joue avec un archet sur un instrument à (trois) cordes.

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Nervure de la croisée du transept de l'église Saint-Germain de Pleyben, photographie lavieb-aile 2017.

Nervure de la croisée du transept de l'église Saint-Germain de Pleyben, photographie lavieb-aile 2017.

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3. Un fleuron. Je passe.

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4. Un joueur de luth. Là, je prends.

Barbu, le regard inspiré, vêtu d'une tunique jaune à manches bouffantes, jambes écartées et  comme saisi en plein vol plané, il joue (sans plectre visible)  d'un instrument à cordes pincées, dépourvues d'ouïes : un luth, si on veut, malgré sa forme peu ventrue. Ou une guiterne (joué avec un plectre), une mandore, ou une mandoline (plus ventrue), etc.

Voir S. Duhem pages 225-228 et tableau page 357 et qui mentionne les instruments de Bodilis, Lannédern (1559-1581), Saint-Divy, Roscoff, et Ploermel, . Voir le joueur de luth de Kerjean sur mon blog, par le Maître de Pleyben.

Il faudrait voir, comme pour le joueur de vièle, le manche de l'instrument et ses chevillers.

D'une manière générale, sur les musiciens sculptés en Bretagne ou aux XV-XVIe siècle, voir dans mon blog, entre autre :

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Nervure de la croisée du transept de l'église Saint-Germain de Pleyben, photographie lavieb-aile 2017.

Nervure de la croisée du transept de l'église Saint-Germain de Pleyben, photographie lavieb-aile 2017.

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Nervure de la croisée du transept de l'église Saint-Germain de Pleyben, photographie lavieb-aile 2017.

Nervure de la croisée du transept de l'église Saint-Germain de Pleyben, photographie lavieb-aile 2017.

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5. Le sonneur de cornemuse.

Il figure dans le site Iconographie de la cornemuse de Catherine et Jean-Luc Matte avec quatre photos de Joël Jubin, avec le seul commentaire "Cornemuseux aux genoux repliés ; un bourdon d'épaule". En effet, Jean-Luc Matte a fait remarqué que les cornemuses du Moyen-Âge, et jusqu'au XVIe siècle, ne sont pas toujours représentées avec un  bourdon d'épaule.

Notre joueur presse le sac de cuir sous le coude gauche, veille à remplir ce sac en soufflant dans le porte vent, et place trois doigts sur les trous du hautbois, dont il assure la prise par le pouce et l'auriculaire. De la main droite, il désigne la direction de l'est, c'est à dire l'autel du chœur.

Il est coiffé d'un bonnet qui est replié vers l'avant (déjà observé à Saint-Divy) et il est vêtu d'un grand manteau vert ourlé d'or, frioncé à la taille, au col rond, et à revers bleu couvrant en vagues les genoux.

Le Maître de Pleyben a également sculpté en blochet  un autre cornemuseux à Pleyben (vers 1571) , que je présenterai dans un futur article sur les sablières, mais aussi à l'église de Saint-Divy (blochet, 1575-1580) et dans la chapelle du château de Kerjean (about de poinçon,1575-1580). 

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Nervure de la croisée du transept de l'église Saint-Germain de Pleyben, photographie lavieb-aile 2017.

Nervure de la croisée du transept de l'église Saint-Germain de Pleyben, photographie lavieb-aile 2017.

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Nervure de la croisée du transept de l'église Saint-Germain de Pleyben, photographie lavieb-aile 2017.

Nervure de la croisée du transept de l'église Saint-Germain de Pleyben, photographie lavieb-aile 2017.

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6. L'ange gris-souris tenant un cuir découpé.

Ce cuir portait sans doute une inscription peinte. Les "cuirs découpés" introduits en France par les décorateurs italiens du château de Fontainebleau sont l'une des particularités stylistiques du Maître de Pleyben. L'une de ses autres manies est d'encadrer la tête de ses créatures de sept choux bruns comme autant de bouclettes frisées.

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Nervure de la croisée du transept de l'église Saint-Germain de Pleyben, photographie lavieb-aile 2017.

Nervure de la croisée du transept de l'église Saint-Germain de Pleyben, photographie lavieb-aile 2017.

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7. L'ange bleu aux bracelets d'or.

Chut ! (et non "chute") : il vole, bras écartés, les yeux écarquillés par la contemplation de Dieu. Les choux frisés précédents se sont transformés en délicieuse anglaises.

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Nervure de la croisée du transept de l'église Saint-Germain de Pleyben, photographie lavieb-aile 2017.

Nervure de la croisée du transept de l'église Saint-Germain de Pleyben, photographie lavieb-aile 2017.

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II. La nervure se dirigeant vers le transept sud.

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1. Le joueur de percussion.

Que tient-il ? Deux objets blancs resserrés au centre, que j'interprète comme deux petits tambours ou boites à rythme, la partie évasée me semblant recouverte d'une peau. En tout cas, il est emporté par la musique. On retrouve le bonnet  "de musicien (voir le sonneur de cornemuse). La tunique bleu-gris est rayée sur le torse comme la livrée d'un domestique, serrée à la taille avant de se terminer par une fronce charmante, caractéristique du sculpteur (voir les anges présentateurs de cuir à Kerjean, par exemple).

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Nervure de la croisée du transept de l'église Saint-Germain de Pleyben, photographie lavieb-aile 2017.

Nervure de la croisée du transept de l'église Saint-Germain de Pleyben, photographie lavieb-aile 2017.

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2. L'ange à la tunique vert-d'eau.

Il vole, une main sur le chœur et l'autre, inspirée et déclamative.

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Nervure de la croisée du transept de l'église Saint-Germain de Pleyben, photographie lavieb-aile 2017.

Nervure de la croisée du transept de l'église Saint-Germain de Pleyben, photographie lavieb-aile 2017.

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3. L'acrobate bleu et brun.

Un acrobate apporte toujours avec lui ses valeurs ou contre-valeurs de rupture avec l'ordre conventionnel et de pratique ludique alors condamnée, comme le théâtre et les arts de tréteaux, par l'Église. Mais cette dernière tolérait cette transgression, et mieux, elle lui donnait une place, notamment dans les hauteurs de ses sanctuaires, sans que l'on puisse dire jamais si il s'agit d'un exutoire, d'une condamnation de Mal, ou d'une capacité à conjoindre les contraires pour mieux proclamer la gloire divine. Je renvoie à Michael Bakhtine et la carnavalisation médiévale, ou de la Fête des Fous instituée à la Sainte Chapelle pour les enfants de chœur, etc., 

Celui-ci fait la roue, et saisit ses pieds. Le geste de la préhension des pieds très fréquemment représenté sous forme de crossettes, et auparavant sous forme de modillons romans en sculpture sur pierre. Il possède manifestement une valeur érotique.

Mais notre saltimbanque fait mieux : c'est par l'intermédiaire d'une sorte de grande  pince à linge qu'il empoigne sa cheville. Ce qui mériterait de plus amples recherches.

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Nervure de la croisée du transept de l'église Saint-Germain de Pleyben, photographie lavieb-aile 2017.

Nervure de la croisée du transept de l'église Saint-Germain de Pleyben, photographie lavieb-aile 2017.

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4. L'homme brun et bleu une main gauche sur la poitrine.

5. ?

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III. La nervure allant vers la nef.

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Nervure de la croisée du transept de l'église Saint-Germain de Pleyben, photographie lavieb-aile 2017.

Nervure de la croisée du transept de l'église Saint-Germain de Pleyben, photographie lavieb-aile 2017.

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1. L'homme au plastron doré.

Il est coiffé du bonnet "des musiciens", ce qui me conduit à remarquer qu'il a dans les mains des sortes de cymbales ou de castagnettes.

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Nervure de la croisée du transept de l'église Saint-Germain de Pleyben, photographie lavieb-aile 2017.

Nervure de la croisée du transept de l'église Saint-Germain de Pleyben, photographie lavieb-aile 2017.

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2 et 3 : Deux fleurons.

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4. Un ange blanc faisant un bras d'honneur  esquissant un geste de salutation.

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Nervure de la croisée du transept de l'église Saint-Germain de Pleyben, photographie lavieb-aile 2017.

Nervure de la croisée du transept de l'église Saint-Germain de Pleyben, photographie lavieb-aile 2017.

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5. Un ange vert présentant un rouleau de papier.

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Nervure de la croisée du transept de l'église Saint-Germain de Pleyben, photographie lavieb-aile 2017.

Nervure de la croisée du transept de l'église Saint-Germain de Pleyben, photographie lavieb-aile 2017.

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6. Un fleuron.

7. Un homme (?) vêtu d'une robe bleue tenant ses chevilles.

C'est la fameuse posture licencieuse dont je parlais à propos de l'acrobate bleu.

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Nervure de la croisée du transept de l'église Saint-Germain de Pleyben, photographie lavieb-aile 2017.

Nervure de la croisée du transept de l'église Saint-Germain de Pleyben, photographie lavieb-aile 2017.

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Nervure de la croisée du transept de l'église Saint-Germain de Pleyben, photographie lavieb-aile 2017.

Nervure de la croisée du transept de l'église Saint-Germain de Pleyben, photographie lavieb-aile 2017.

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IV. La nervure allant vers le transept nord.

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Nervure de la croisée du transept de l'église Saint-Germain de Pleyben, photographie lavieb-aile 2017.

Nervure de la croisée du transept de l'église Saint-Germain de Pleyben, photographie lavieb-aile 2017.

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1. L' ange blanc jouant de la trompette.

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Nervure de la croisée du transept de l'église Saint-Germain de Pleyben, photographie lavieb-aile 2017.

Nervure de la croisée du transept de l'église Saint-Germain de Pleyben, photographie lavieb-aile 2017.

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Nervure de la croisée du transept de l'église Saint-Germain de Pleyben, photographie lavieb-aile 2017.

Nervure de la croisée du transept de l'église Saint-Germain de Pleyben, photographie lavieb-aile 2017.

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2., 3, et 4 : trois fleurons.

5. Un ange blanc tenant une trompette droite.

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Nervure de la croisée du transept de l'église Saint-Germain de Pleyben, photographie lavieb-aile 2017.

Nervure de la croisée du transept de l'église Saint-Germain de Pleyben, photographie lavieb-aile 2017.

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6. Un satyre  au pourpoint brun.

Barbu, les oreilles pointues et le sexe ostensible : c'est un satyre, malgré ses pieds nus. Et, hasard, cet être lubrique tient ses chevilles empoignées.

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Nervure de la croisée du transept de l'église Saint-Germain de Pleyben, photographie lavieb-aile 2017.

Nervure de la croisée du transept de l'église Saint-Germain de Pleyben, photographie lavieb-aile 2017.

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Nervure de la croisée du transept de l'église Saint-Germain de Pleyben, photographie lavieb-aile 2017.

Nervure de la croisée du transept de l'église Saint-Germain de Pleyben, photographie lavieb-aile 2017.

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7. Un ange jouant du pipeau ou un hautbois.

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Nervure de la croisée du transept de l'église Saint-Germain de Pleyben, photographie lavieb-aile 2017.

Nervure de la croisée du transept de l'église Saint-Germain de Pleyben, photographie lavieb-aile 2017.

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Voûte de l'église Saint-Germain de Pleyben, photographie lavieb-aile 2017.

Voûte de l'église Saint-Germain de Pleyben, photographie lavieb-aile 2017.


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9. Un ange à tunique rouge tenant un objet vert.

Quel est cet objet dont l'extrémité est pyramidale ?

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Voûte de l'église Saint-Germain de Pleyben, photographie lavieb-aile 2017.

Voûte de l'église Saint-Germain de Pleyben, photographie lavieb-aile 2017.

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Voûte de l'église Saint-Germain de Pleyben, photographie lavieb-aile 2017.

Voûte de l'église Saint-Germain de Pleyben, photographie lavieb-aile 2017.

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10. Un homme déguisé en grenouille, portant une pancarte.

Cet homme vert porte l'écriteau suivant : BATISTE LARS / DEC Sd MOUCHE. 

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Voûte de l'église Saint-Germain de Pleyben, photographie lavieb-aile 2017.

Voûte de l'église Saint-Germain de Pleyben, photographie lavieb-aile 2017.

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11. Un ange bleu tenant un rouleau.

Nous sommes arrivés à l'extrémité du transept nord.

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Voûte de l'église Saint-Germain de Pleyben, photographie lavieb-aile 2017.

Voûte de l'église Saint-Germain de Pleyben, photographie lavieb-aile 2017.

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UN BONUS : L'ABSIDE DU CHŒUR.

Elle ouvre en éventail ses quatre voûtains.

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Vue générale du coté nord.

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Abside du chœur de  l'église Saint-Germain de Pleyben, photographie lavieb-aile 2017.

Abside du chœur de l'église Saint-Germain de Pleyben, photographie lavieb-aile 2017.

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Ange tenant la Couronne d'épines.

 

Abside du chœur de  l'église Saint-Germain de Pleyben, photographie lavieb-aile 2017.

Abside du chœur de l'église Saint-Germain de Pleyben, photographie lavieb-aile 2017.

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Ange tenant un objet brisé.

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Abside du chœur de  l'église Saint-Germain de Pleyben, photographie lavieb-aile 2017.

Abside du chœur de l'église Saint-Germain de Pleyben, photographie lavieb-aile 2017.

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Ange au monogramme de Marie.

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Abside du chœur de  l'église Saint-Germain de Pleyben, photographie lavieb-aile 2017.

Abside du chœur de l'église Saint-Germain de Pleyben, photographie lavieb-aile 2017.

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Ange au tétragramme.

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Abside du chœur de  l'église Saint-Germain de Pleyben, photographie lavieb-aile 2017.

Abside du chœur de l'église Saint-Germain de Pleyben, photographie lavieb-aile 2017.

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Ange au monogramme christique IHS.

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Abside du chœur de  l'église Saint-Germain de Pleyben, photographie lavieb-aile 2017.

Abside du chœur de l'église Saint-Germain de Pleyben, photographie lavieb-aile 2017.

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Clef pendante.

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Abside du chœur de  l'église Saint-Germain de Pleyben, photographie lavieb-aile 2017.

Abside du chœur de l'église Saint-Germain de Pleyben, photographie lavieb-aile 2017.

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Joueur de luth à cinq cordes. Absidiole de gauche.

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Abside du chœur de  l'église Saint-Germain de Pleyben, photographie lavieb-aile 2017.

Abside du chœur de l'église Saint-Germain de Pleyben, photographie lavieb-aile 2017.

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BONUS BIS : ANGES DES NERVURES.
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Ange des nervures du chœur  de  l'église Saint-Germain de Pleyben, photographie lavieb-aile 2017.

Ange des nervures du chœur de l'église Saint-Germain de Pleyben, photographie lavieb-aile 2017.

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Ange au hautbois.

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Ange des nervures du chœur  de  l'église Saint-Germain de Pleyben, photographie lavieb-aile 2017.

Ange des nervures du chœur de l'église Saint-Germain de Pleyben, photographie lavieb-aile 2017.

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Ange de l'Annonciation.

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Ange des nervures du chœur  de  l'église Saint-Germain de Pleyben, photographie lavieb-aile 2017.

Ange des nervures du chœur de l'église Saint-Germain de Pleyben, photographie lavieb-aile 2017.

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Ange des nervures du chœur  de  l'église Saint-Germain de Pleyben, photographie lavieb-aile 2017.

Ange des nervures du chœur de l'église Saint-Germain de Pleyben, photographie lavieb-aile 2017.

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Ange des nervures du chœur  de  l'église Saint-Germain de Pleyben, photographie lavieb-aile 2017.

Ange des nervures du chœur de l'église Saint-Germain de Pleyben, photographie lavieb-aile 2017.

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Ange à la colonne.

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Ange des nervures du chœur  de  l'église Saint-Germain de Pleyben, photographie lavieb-aile 2017.

Ange des nervures du chœur de l'église Saint-Germain de Pleyben, photographie lavieb-aile 2017.

Euh, comment dirais-je ? 

Ouf !

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SOURCES ET LIENS.

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— CASTEL (Yves-Pascal), Les 70 sibylles du Finistère. site de la Société Archéologique du Finistère.

http://patrimoine.dufinistere.org/art2/index.php?art=ypc_sibylles

— CASTEL (Yves-Pascal), 2006, "Les 70 sibylles du Finistère", Bulletin de la Société Archéologique du Finistère - T. CXXXV - 2006

— LECLERC (Guy), 2007, Pleyben, son enclos et ses chapelles, éditions Jean-Paul Guisserot, 31 pages pages 18 et 19.

https://books.google.fr/books?id=hWctwxQfyhgC&pg=PA18&lpg=PA18&dq=sibylles+pleyben&source=bl&ots=kzc-VMkVBx&sig=29B6LVXN1nHu2s5hEpHEt3en1vA&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwiI596WxpfVAhXH2xoKHQ5WDd4Q6AEIQjAF#v=onepage&q=sibylles%20pleyben&f=false

http://diocese-quimper.fr/images/stories/bibliotheque/pdf/pdf-Couffon/PLEYBEN.pdf

— Wikipédia https://fr.wikipedia.org/wiki/Enclos_paroissial_de_Pleyben

BIBLIOGRAPHIE NON CONSULTÉE.

- J.M. Abgrall : Pleyben. Eglise, calvaire, ossuaire, chapelle Notre-Dame de Lannélec (B.S.A.F. 1892) ; Pleyben (Quimper, 1908) ; Le Livre d'Or des églises de Bretagne

- A. de La Barre de Nanteuil 1914, : Pleyben (S.F.A. C.A. 1914)

-  Le Coz (Y) : Construction et translation du calvaire de Pleyben (B.D.H.A. 1910)

- B.D.H.A. 1938 : Notice de Pleyben

- R. Lisch : Pleyben (S.F.A. C.A. 1957)

- M. Moreau-Pellen : Pleyben (Châteaulin, 1950)

- Ass. Bret. : Congrès de Châteaulin, 1960 (Pleyben) 

- G. Leclerc : Pleyben, la rogue paroisse (Châteaulin, s.d.)

- A. Legrand : Pleyben (Rennes, 1979)

 

 

— ABGRALL, Jean-Marie. Pleyben, son église, son calvaire. Editions d'art Jos Le Doaré, Quimper, 1969.

— BARREAU, Loïc, MARCEL-ROUAULT, Claude. Les enclos paroissiaux de Bretagne. Editions OUEST-FRANCE, 2006, p. 88-89.

— LEGRAND, André. Pleyben. Editions OUEST-FRANCE, Rennes, 1979.

— MOREAU-PELLEN, Madeleine. Pleyben, son église, son calvaire. Collection 'Reflet de Bretagne'. Editions d'art Jos Le Doaré, Châteaulin, 1957.

— MUSSAT, André. Arts et cultures de Bretagne. Paris, 1879.

 

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Published by jean-yves cordier - dans Sablières Sibylles
19 juillet 2017 3 19 /07 /juillet /2017 20:08

La charpente sculptée du chœur de l'église Notre-Dame-de Croas-Batz à Roscoff par l'atelier du Maître de Pleyben vers 1545  ou plutôt vers 1610 ?

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— Sur les sablières et sculptures du Maître de Pleyben :

 



 

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— Et sur les sablières bretonnes :

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Vers 1580, un sculpteur anonyme, désigné aujourd'hui sous le nom de convention de "Maître de Pleyben", réalisa les sculptures de la charpente de la chapelle du château de Kerjean, en Saint-Vougay, à la demande de Louis Barbier, seigneur de Kerjean. Un véritable chef-d'œuvre, influencé par l'École de Fontainebleau qui avait introduit vers 1535 le motif décoratif du cuir découpé à enroulement, et par la diffusion du style de la Seconde Renaissance française dans des recueils de gravures : le prospère Léon était largement ouvert à l'Europe par ses ports de Landerneau, Morlaix et Roscoff.

Cet artiste a reçu ce nom car on lui attribue aussi une partie des sablières de l'église de Pleyben, en haute Cornouaille vers 1571. On reconnaît aussi son style sur la charpente de l'église de Saint-Divy, dans le Léon, et dans la chapelle de Sainte-Marie du Ménez-Hom en Plomodiern, située à 23 km de Pleyben et 70 km de Kerjean

Son style ? On le distingue à ces cuirs découpés à enroulements, car il faufile dans les découpes des linges et des cordages dont il confie les extrémités à des anges ou autres personnages. Ses anges aussi sont caractéristiques, avec une coiffure faite de mèches rondes cerclant la périphérie du visage, et avec une tunique aux plis prononcés, bouffante à la taille en formant une ligne sinueuse, avant de s'évaser vers les pieds avec une grande liberté. Ajoutons que les manches de ses tuniques s 'évasent en larges couronnes au dessus des coudes, qui sont globuleux. Ses personnages en pieds (Évangélistes ou Sibylles, notamment) ont en commun un visage fin, ovale, avec des nez longs et fins, de grands yeux aux pupilles en creux, des bouches fines, des manches bouffantes, ou, pour les femmes, des bandeaux de cheveux. 

Mais ce sont surtout ses motifs iconographiques qui se répètent en tableaux stéréotypés :  mascarons zoomorphes ou anthropomorphes sur le plan profane, guirlandes et frises à petits pois, musiciens, et, sur le plan religieux, des thèmes plus christiques que mariaux : Sainte Face, Tunique du Christ, Plaies du Christ, Instruments de la Passion, Rencontre de la Samaritaine.

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I. LES SABLIÈRES ET BLOCHETS DU CHŒUR.

Parmi les sablières de l'église de Croas-Batz à Roscoff, celles qui ceinturent le chœur, à droite et à gauche, se remarquent par leur facture particulière. Faites de quatre pièces de bois séparées par le dernier entrait de l'église, on y voit, dans des couleurs à dominance jaune, verte et orange, des anges tenant des banderoles, mais surtout — vu l'intérêt que j'y trouve — des cuirs découpés soutenus à l'aide de linges par des anges, exactement comme à l'église de Pleyben, ou dans la chapelle du château de Kerjean, dans l'église de Saint-Divy et dans la chapelle de Sainte-Marie-du-Ménez-Hom à Plomodiern. Autrement dit, ces sablières de Roscoff semblent devoir être attribuées au même sculpteur qui a réalisé celles des quatre autres édifice, désigné selon la convention en usage comme le "Maître de Pleyben". D'autant qu'on reconnait ici non seulement cet usage des cuirs à enroulement, des volutes, des masques, des guirlandes de légumes vus en fuite, etc... typiques de la seconde Renaissance et des influences de l'École de Fontainebleau, mais aussi deux cartouches à thème religieux, consacrés à la Sainte Face et à la Trahison de Judas dans des représentations très spécifiques à cet artiste.

Pourtant, Sophie Duhem, auteure de référence en matière de sablières bretonnes depuis sa thèse de 1986, semblait hésiter à lui en confier la paternité, et  faisait en tout état de cause des sablières de Roscoff des "œuvres de jeunesse" :  

 

"Il existe enfin à Roscoff quelques poutres qui semblent avoir été décorées par l'artisan [le Maître de Pleyben] : la trahison de Judas et la Sainte-Face sont représentées sur des cartouches , mais il faut remarquer la facture peu maîtrisée de l'ensemble. Selon A. Le Bars et R. Couffon, l'église de Croatz-Batz aurait été achevée en 1545, il est donc probable qu'il s'agisse d'une œuvre de jeunesse, dépourvue de la finesse et de la maîtrise des reliefs caractéristiques des sablières des autres sanctuaires." Page 146.

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Madame Duhem maintiendrait-elle ce point de vue aujourd'hui ? Pour en discuter, j'ai voulu photographier ces sablières et les confronter à celles des quatre autres sites. 

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1. Le coté sud du chœur (à droite).

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Voûte et sablière du coté sud du chœur de l'église de Croas-Batz à Roscoff. Photographie lavieb-aile août 2017.

Voûte et sablière du coté sud du chœur de l'église de Croas-Batz à Roscoff. Photographie lavieb-aile août 2017.

 

a) Du blochet jusqu'au dernier entrait.

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Le blochet.

Ces sablières débutent après un blochet d'un saint : probablement un évangéliste tenant un phylactère dont l'inscription est illisible. La peinture, restaurée depuis peu,  est attaquée par une altération qui génère un réseau noirâtre. La sculpture elle-même est peut-être récente.  Je ne la présente que pour donner un repère.

 

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Blochet  du coté sud du chœur de l'église de Croas-Batz à Roscoff. Photographie lavieb-aile août 2017.

Blochet du coté sud du chœur de l'église de Croas-Batz à Roscoff. Photographie lavieb-aile août 2017.

La première sablière sud du chœur.

Elle correspond à cinq longueurs de planches de lambris séparés par des nervures moulurées noires et blanches.

On peut y décrire trois motifs habilement réunis par des linges faufilés comme des cordage. Et ce premier trait stylistique est caractéristique du Maître de Pleyben. On s'attachera — sans jeu de mots — à déceler l'ingéniosité avec laquelle ces linges (peints ici en orange) prennent différents aspects .

 

 

 

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Première sablière du coté sud du chœur de l'église de Croas-Batz à Roscoff. Photographie lavieb-aile août 2017.

Première sablière du coté sud du chœur de l'église de Croas-Batz à Roscoff. Photographie lavieb-aile août 2017.

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Le premier motif est un cuir tenu par deux putti . La complexité de ce cuir ne m'incite nullement à y voir une œuvre de jeunesse des années 1545. Elle égale les tracés les plus savants de la chapelle de Kerjean, en superposant les volutes d'un cuir à enroulement et à découpes avec une bande rectangulaire (comme une épaisse  lame métallique) poinçonnée par deux fleurs, dans une opposition de l'arrondi  et du rectiligne. Et ces deux artifices sont placés sur une gerbe de feuillages et de légumes, avec notamment  cette sorte de courge à quatre lobes, vue par le fond, qui est omniprésente dans la frise inférieure des sablières de Pleyben et de Kerjean, comme un leitmotiv ou une auto-citation. 

Puis, émergeant sur les cotés de cette pièce montée, les deux cordes de linge torsadé, qui rejoignent les bras des petits garçons roses.

Ce n'est pas tout, puisque des éléments rectilignes en frise grecque courent derrière tout cela, puisque nous les voyons apparaître de chaque coté.

Le but de l'artiste n'est certainement pas d'obtenir que le spectateur s'y retrouve dans ce labyrinthe. Mais au contraire qu'il s'y perde dans la confusion, la saturation de l'espace, l'entremêlement des formes et le mélange des genres : naturel (feuillage et légumes), artificiel (la peau animale découpée en cuir souple qui s'enroule) et abstraite (les lignes géométriques).

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Début de la première sablière du coté sud du chœur de l'église de Croas-Batz à Roscoff. Photographie lavieb-aile août 2017.

Début de la première sablière du coté sud du chœur de l'église de Croas-Batz à Roscoff. Photographie lavieb-aile août 2017.

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On notera aussi la frise inférieure : là encore, nous reconnaissons les légumes, les feuilles, les grappes de raisin et les cuirs découpés des frises de Pleyben et de Kerjean. Il ne manque que les cosses de pois.

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Début de la première sablière du coté sud du chœur de l'église de Croas-Batz à Roscoff. Photographie lavieb-aile août 2017.

Début de la première sablière du coté sud du chœur de l'église de Croas-Batz à Roscoff. Photographie lavieb-aile août 2017.

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La partie médiane de la première sablière sud nous montre une mégère qui semble sortie de son lit coiffée de son bonnet pour lancer une bordée d'injures du haut de sa fenêtre. Mais c'est un cuir découpé déroulant ses volutes qui lui sert de balcon. Deux détails sont propres au Maître de Pleyben : les manches retroussées en  larges anneaux, et les avant-bras nus aux coudes osseux. Ces saillies anatomiques caricaturales se reconnaissent immédiatement.

Elle tient avec peine les deux boucles du cordage orange qui fait la navette entre les scènes.

Ce personnage comique et vulgaire relève de la veine carnavalesque qui, à Pleyben, a été repoussée dans la nef, à l'écart du chœur.

 

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Suite  de la première sablière du coté sud du chœur de l'église de Croas-Batz à Roscoff. Photographie lavieb-aile août 2017.

Suite de la première sablière du coté sud du chœur de l'église de Croas-Batz à Roscoff. Photographie lavieb-aile août 2017.

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Milieu de  la première sablière du coté sud du chœur de l'église de Croas-Batz à Roscoff. Photographie lavieb-aile août 2017.

Milieu de la première sablière du coté sud du chœur de l'église de Croas-Batz à Roscoff. Photographie lavieb-aile août 2017.

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première sablière du coté sud du chœur de l'église de Croas-Batz à Roscoff. Photographie lavieb-aile août 2017.

première sablière du coté sud du chœur de l'église de Croas-Batz à Roscoff. Photographie lavieb-aile août 2017.

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La dernière partie de cette sablière est une composition réunissant les cuirs à enroulement en volutes, tout en rondeur, avec les bandes géométriques. Le linge qui passe à l'intérieur d'un orifice rond du cuir, à droite, est là encore un jeu  "typique" du Maître de Pleyben.

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Dernière partie de la première sablière du coté sud du chœur de l'église de Croas-Batz à Roscoff. Photographie lavieb-aile août 2017.

Dernière partie de la première sablière du coté sud du chœur de l'église de Croas-Batz à Roscoff. Photographie lavieb-aile août 2017.

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b) du dernier entrait jusqu'au pignon est du chœur.

 

La plus proche du chevet, c'est elle qui accueille la scène religieuse de la Sainte Face.

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La deuxième sablière  du coté sud du chœur de l'église de Croas-Batz à Roscoff. Photographie lavieb-aile août 2017.

La deuxième sablière du coté sud du chœur de l'église de Croas-Batz à Roscoff. Photographie lavieb-aile août 2017.

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a) la première partie.

On trouve d'abord un masque de profil, puis un double cuir à la tête de lion.

Ces deux motifs n'ont rien à envier à ceux — considérés comme une œuvre de maturité— de la chapelle de Kerjean. Quitte à me répéter, je souligne la superposition du cuir à torsade et du ruban "métallique" poinçonné sur le précédent par quatre  "rivets" : la peinture bicolore (bleu à bords jaunes et orange-brique à bords bleu) donne une excellente lisibilité à cette superposition, alors que les boiseries de Kerjean, qui ont perdu leur polychromie, sont de lecture plus ardu. Mais, comme je l'avais souligné, ces entrelacs et association de deux types de cartouches relèvent d'une évolution plus élaborée, sous influence flamande, des premiers cuirs bellifontains : on ne les trouve pas à Pleyben, et je penserai volontiers que ces ornementations auriculaires poinçonnées de Roscoff sont plus tardifs, et mieux maîtrisés, que ceux de Pleyben.

Quant à la tête de lion, elle est digne de ses homologues de Kerjean, de Saint-Divy, de Sainte-Marie-du-Menez-Hom et de Pleyben.

Ici à Saint-Divy :

 

 

 

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À Sainte-Marie-du-Menez-Hom :

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La deuxième sablière  du coté sud du chœur de l'église de Croas-Batz à Roscoff. Photographie lavieb-aile août 2017.

La deuxième sablière du coté sud du chœur de l'église de Croas-Batz à Roscoff. Photographie lavieb-aile août 2017.

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b) la deuxième partie : la Sainte Face dans un cartouche présenté par deux anges.

Là, le Maître de Pleyben donne le meilleur de son savoir-faire et de ses spécificités.

Le sujet de la Sainte-Face. 

 Il l'affectionne particulièrement, et il l'a représenté à Pleyben, à Kerjean, et à Saint-Divy. Cliquez sur les liens pour obtenir l' image originale.

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— À Pleyben vers 1571 :

a) dans le chœur, coté sud (exactement le même emplacement qu'à Roscoff)

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b) au fond de la nef au sud :

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À Kerjean 1570-1580 :

a) Au centre d'un entrait :

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b) Sur une sablière nord du chevet :

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À Saint-Divy (bas-coté sud de la nef) :

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Dans tous ces cas, le Christ aux cheveux longs est barbu, couronné d'épines, avec un beau visage évoquant presque le dieu Neptune . Il est représenté quatre fois au centre d'un linge (évoquant le Voile de Véronique) tenu par deux anges, et une fois sur un cuir, également tenu par un ange.

 

 

La Sainte Face de la deuxième sablière  du coté sud du chœur de l'église de Croas-Batz à Roscoff. Photographie lavieb-aile août 2017.

La Sainte Face de la deuxième sablière du coté sud du chœur de l'église de Croas-Batz à Roscoff. Photographie lavieb-aile août 2017.

La Sainte Face de la deuxième sablière  du coté sud du chœur de l'église de Croas-Batz à Roscoff. Photographie lavieb-aile août 2017.

La Sainte Face de la deuxième sablière du coté sud du chœur de l'église de Croas-Batz à Roscoff. Photographie lavieb-aile août 2017.

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Le traitement de ce motif de la Sainte-Face est tout a fait comparable à celui des autres sablières du Maître de Pleyben, mais la couronne d'épines est absente ici. 

Un cartouche rectangulaire doré est comme posé sur un cuir à enroulement auriculaire très simple. Deux anges passent leur main à travers un orifice supérieur du fond de ce cuir pour tenir le voile de la Sainte-Face témoignant du miracle survenu lors de la Passion, selon une tradition qui s'est développée au XVe siècle : l'image du visage souffrant du Christ s'est imprimée sur le linge avec lequel Véronique l'a essuyé  lors de la montée du Golgotha.

Le visage, tourné vers le fidèle ou le clerc placé dans le chœur, est encadré par une épaisse chevelure et une non moins épaisse barbe.

Ce sont les anges qui le présentent qui sont les plus caractéristiques du Maître. On retrouve la chevelure en boucles jointives, la tunique plissée retroussée à la taille pour dessiner une fronce, les coudes saillants, les manches en ronds concentriques, les pieds épais au premier orteil déformé, etc..

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La Sainte Face de la deuxième sablière  du coté sud du chœur de l'église de Croas-Batz à Roscoff. Photographie lavieb-aile août 2017.

La Sainte Face de la deuxième sablière du coté sud du chœur de l'église de Croas-Batz à Roscoff. Photographie lavieb-aile août 2017.

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2. Le coté nord du chœur (à gauche).

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a) Entre le  blochet de l'apôtre et le dernier entrait : la première sablière.

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Sablières du coté nord du chœur de l'église de Croas-Batz à Roscoff. Photographie lavieb-aile août 2017.

Sablières du coté nord du chœur de l'église de Croas-Batz à Roscoff. Photographie lavieb-aile août 2017.

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le blochet. 

Probablement un évangéliste sans signe distinctif.

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Blochet du coté nord du chœur de l'église de Croas-Batz à Roscoff. Photographie lavieb-aile août 2017.

Blochet du coté nord du chœur de l'église de Croas-Batz à Roscoff. Photographie lavieb-aile août 2017.

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Première sablière du coté nord du chœur.

 

Nous passons à un motif très différent, et qui n'est pas attesté dans les autres œuvres du Maître de Pleyben. Trois anges présentés de face, bras écartés, tiennent des banderoles qui portent des inscriptions. Étaient-elles lisibles avant leur restauration ? Ont-elles été attestées dans le passé ? Cette pièce de bois est-elle une création récente ? On y lit :

 AVE GRATIA PLENA / DNS TECVM BENNEDICTA TV[A] / IN MVLIERIBVS ET  BENNEDICTVS

soit l'incipit du Je vous salue Marie : Ave Maria, gratia plena, Dominus tecum,benedicta tu in mulieribus, et benedictus fructus ventris tui Iesus.

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Première sablière du coté nord du chœur de l'église de Croas-Batz à Roscoff. Photographie lavieb-aile août 2017.

Première sablière du coté nord du chœur de l'église de Croas-Batz à Roscoff. Photographie lavieb-aile août 2017.

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Première sablière du coté nord du chœur de l'église de Croas-Batz à Roscoff. Photographie lavieb-aile août 2017.

Première sablière du coté nord du chœur de l'église de Croas-Batz à Roscoff. Photographie lavieb-aile août 2017.

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Première sablière du coté nord du chœur de l'église de Croas-Batz à Roscoff. Photographie lavieb-aile août 2017.

Première sablière du coté nord du chœur de l'église de Croas-Batz à Roscoff. Photographie lavieb-aile août 2017.

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Première sablière du coté nord du chœur de l'église de Croas-Batz à Roscoff. Photographie lavieb-aile août 2017.

Première sablière du coté nord du chœur de l'église de Croas-Batz à Roscoff. Photographie lavieb-aile août 2017.

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b) Entre le dernier entrait et le mur est du chœur : la deuxième sablière.

 Faisant face au cartouche de la Sainte-Face, elle est au moins aussi intéressante et aussi caractéristique du Maître de Pleyben que cette dernière.

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Je passe brièvement sur le premier cuir, non sans souligner le nouvel exemple d'enchevêtrement des linges plissés, du cuir à volutes et oreilles, et du cuir en bandes rectilignes. Notez les courges à quatre lobes, qui sont presque une signature de l'artiste.

Puis viennent deux anges soufflant dans une trompe (Renommées, ou anges buccinateurs du Jugement Dernier), comme l'ange présentant, à Pleyben, le cartouche du Lavement de mains de Pilate. Là encore, ils ont toutes les spécificités des anges allongés teneurs de cartouche du Maître, et notamment leur façon de soutenir le cartouche par un linge torsadé replié dans le poing.

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Deuxième  sablière du coté nord du chœur de l'église de Croas-Batz à Roscoff. Photographie lavieb-aile août 2017.

Deuxième sablière du coté nord du chœur de l'église de Croas-Batz à Roscoff. Photographie lavieb-aile août 2017.

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Deuxième  sablière du coté nord du chœur de l'église de Croas-Batz à Roscoff. Photographie lavieb-aile août 2017.

Deuxième sablière du coté nord du chœur de l'église de Croas-Batz à Roscoff. Photographie lavieb-aile août 2017.

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Le remords de Judas.

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Le cartouche central est un simple rectangle inclus dans un cuir découpé  à quatre oreilles enroulées. On y voit une croix et une couronne d'épines, encadrée à gauche par le grand prêtre tendant l'index vers la croix, et à droite par Judas ramenant la bourse aux trente denires, selon le texte de l'évangile de Matthieu : « pris de remords, il rapporta les pièces d'argent aux grands prêtres et aux anciens, en disant : j'ai péché en livrant un sang innocent [...]. Alors, il se retira en jetant l'argent du côté du sanctuaire et alla se pendre » (Matt. 27,5, TOB / Traduction œcuménique de la Bible, éd. Cerf).

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Le Remords de Judas, deuxième  sablière du coté nord du chœur de l'église de Croas-Batz à Roscoff. Photographie lavieb-aile août 2017.

Le Remords de Judas, deuxième sablière du coté nord du chœur de l'église de Croas-Batz à Roscoff. Photographie lavieb-aile août 2017.

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Comparaison avec Pleyben, Sainte-Marie-du-Ménez-Hom et Saint-Divy :

A l'église de Pleyben.

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À Sainte-Marie-du-Menez-Hom:

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À Saint-Divy :

le cartouche associe la croix et la couronne d'épines des panneaux du Remords de Judas avec la scène du Lavement de mains de Pilate :

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Le dernier cartouche : une tête d'animal 

Un bœuf ou un autre animal tient dans sa gueule une écuelle dorée.

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Cartouche de la deuxième  sablière du coté nord du chœur de l'église de Croas-Batz à Roscoff. Photographie lavieb-aile août 2017.

Cartouche de la deuxième sablière du coté nord du chœur de l'église de Croas-Batz à Roscoff. Photographie lavieb-aile août 2017.

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LES ABOUTS DE POINÇON.

Ils sont certainement du même artiste, puisqu'on retrouve les poinçons semblables à Pleyben, Kerjean et au Menez-Hom. Et que les spécificités du Maître sont là, comme la coiffure en boules, les manches courant d'air, la fronce de la tunique plissée à la taille, la mandore "molle", etc...

L'ange porteur de la couronne d'épines.

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About de poinçon de la voûte lambrissée  du chœur de l'église de Croas-Batz à Roscoff. Photographie lavieb-aile août 2017.

About de poinçon de la voûte lambrissée du chœur de l'église de Croas-Batz à Roscoff. Photographie lavieb-aile août 2017.

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Le joueur de mandore.

Je nomme "mandore", mandole  ou luth guiterne cet instrument en demi-poire à trois cordes, sans archet, sans ouïes, mais je devrai le désigner sous le terme de "mandore molle (comme les montres de Dali) puisque le sculpteur le représente systématiquement incurvé autour de la poitrine du joueur, pour résoudre ses difficultés techniques. 

Voir guiterne sur Musiconis

C'est le portrait juré de ses semblables à Pleyben et  Kerjean :

Pleyben, croisée du transept.

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Kerjean :

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About de poinçon de la voûte lambrissée  du chœur de l'église de Croas-Batz à Roscoff. Photographie lavieb-aile août 2017.

About de poinçon de la voûte lambrissée du chœur de l'église de Croas-Batz à Roscoff. Photographie lavieb-aile août 2017.

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Le contorsionniste.

Ce fréquent motif de la sculpture romane (présente sur les chapiteaux et les modillons) peut être aussi désigné sous le terme d'acrobate ou de jongleur. Il est présent aussi à l'époque gothique (Christiane Prigent, Sculptures de danseurs et de jongleurs dans les édifices religieux à l'époque romane et gothique) et, comme ici, sous la Seconde Renaissance .

Celui-ci est torse nu, coiffé d'un bonnet ou d'une capuche à pointe. Il porte une moustache, son nez est épaté.

On  trouve le contorsionniste sur plusieurs abouts de poinçon de Pleyben (croisée du transept, nef) .

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About de poinçon de la voûte lambrissée  du chœur de l'église de Croas-Batz à Roscoff. Photographie lavieb-aile août 2017.

About de poinçon de la voûte lambrissée du chœur de l'église de Croas-Batz à Roscoff. Photographie lavieb-aile août 2017.

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Jongleur jouant d'une paire de [tambourins].

Ce musicien vert salade m'intéresse, car  j'ai photographié le même à Pleyben. Mais ici, je ne m'en aperçois qu'après coup, à l'examen de mes photos, qui montrent assez mal ce que le joueur tient dans ses mains tout en dansant ou sautant. 

C'est donc, en attendant des photographes mieux inspirés, la comparaison avec l' about de poinçon de Pleyben qui nous permettra une interprétation :

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About de poinçon de la voûte lambrissée  du chœur de l'église de Croas-Batz à Roscoff. Photographie lavieb-aile août 2017.

About de poinçon de la voûte lambrissée du chœur de l'église de Croas-Batz à Roscoff. Photographie lavieb-aile août 2017.

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Un acrobate.

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About de poinçon de la voûte lambrissée  du chœur de l'église de Croas-Batz à Roscoff. Photographie lavieb-aile août 2017.

About de poinçon de la voûte lambrissée du chœur de l'église de Croas-Batz à Roscoff. Photographie lavieb-aile août 2017.

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DISCUSSION.

 

L'attribution de ces sablières et abouts de poinçon me paraît indiscutable. Sophie Duhem les considérait comme des œuvres de jeunesse  dépourvues de finesse en se fondant sur une datation de 1545 proposée par Alfred Le Bars et  René Couffon pour l'achèvement de l'église.

Ces auteurs écrivaient en effet :

"Fondée par les marchands du bourg en 1522, elle ne fut achevée qu'en 1545. Elle comprend une nef de trois travées avec bas-côtés et chapelles en ailes au droit de la seconde, nef séparée par un arc diaphragme d'une seconde partie comprenant deux travées avec bas-côtés et un choeur terminé par un chevet plat. ….Du type à nef obscure, le vaisseau est lambrissé avec grandes arcades à pénétration directe dans les piliers cylindriques. Le lambris a ses entraits engoulés apparents et des sablières sculptées."

La notice de l'enquête de Yves-Pascal Castel et Isabelle Barbedor pour les services de l'Inventaire, concernant 4 sablières et 4 blochets (du chœur, à l'évidence)  rejoint cette estimation, en  indiquant la datation de "2ème quart XVIe siècle". Pourtant, la Notice générale de l'édifice, par Christel Douard et Catherine Toscer dans leur enquête de 1985, indique ceci :

"Fondation des marchands et amateurs de Roscoff. Porche ouest à étage avec chambre forte fin 15e siècle. Nef entre 1515 et 1545. Clocher à deux chambres superposées vers 1576. Choeur et ossuaire vers 1609. Lambris de couvrement vers 1610. Sacristie et enclos 1639. Chapelle nord datée 1701. Campagne de restauration en 1777."

Ce qui se confirme ici :

 

"L'église se présente sous la forme d'un beau berceau droit de style gothique, voûté de bois selon la coutume bretonne. Le lambris date de 1610, car à l’origine la charpente était apparente. En 1550, date de l'ouverture de l'église au culte, celle-ci se limitait à la nef actuelle, terminée par un chevet plat à hauteur des marches du chœur actuel."

http://www.roscoff-quotidien.eu/eglise.htm

Si on admet que le chœur a été terminé vers 1609 et que le lambris de couvrement a été achevé vers 1610, il faut  dater ces sablières de la même époque, ce qui en ferait alors des œuvres de maturité du Maître de Pleyben ou de ses successeurs, réalisées  30 ans après celles de la chapelle de Kerjean. L'écart temporel est un peu difficile à justifier dans la carrière d'un sculpteur (tout en notant que la seule date argumentée de son corpus est celle de 1571 inscrite à Pleyben), mais derrière ce nom de convention se cache peut-être un atelier. D'autre part, le style des sablières de Roscoff me semble au moins aussi sophistiqué, voire davantage que celui de Kerjean (1570-1580), ce que j'espère avoir illustré ici.

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II. LES NOUVEAUX BLOCHETS ?

Je ne dispose que d'informations très parcellaires en ligne, mais celles-ci indiquent que ces blochets sont des créations récentes :

"Cette église a fait l’objet d’une profonde restauration en 2000 2001 : révision de la charpente, chaulage intérieur, création de blochets, découverte d’un litre funéraire, polychromie des poutres et des sablières."

 

"Perrault Frères ATELIERS PERRAULT FRERES - 30 rue Sébastien Cady - CS 60057 - 49290 Saint-Laurent-de-la-Plaine  : Eglise de Roscoff (29) - Restitution de la voûte lambrisée en châtaignier avec peintures et polychromiesé

http://www.ateliersperrault.com/fr/charpente/eglise-de-roscoff-29#

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".. Daniel Lefebvre, architecte en chef des Monuments historiques, a officialisé le lancement d'une opération de restauration qu'il qualifie lui-même de rare, compte tenu de l'importance de l'enveloppe fournie pour restaurer la charpente et la couverture de l'église Notre-Dame de Croas-Batz. Accompagné de Dominique Cheneau, adjoint de M.-Simonet, conservateur, Daniel Lefebvre était accueilli par Joseph Seité, maire de Roscoff, entouré de Paul Gloaguen et René Tardif, adjoints, l'abbé Gourvennec, curé du secteur paroissial de Saint-Pol-de-Léon, Hervé Caraës et Jacques Choquer, recteurs, pour établir officiellement le calendrier de l'opération: 10-millions 428 mille francs ont été réunis pour ce dossier: "Il est exceptionnel de réunir autant d'argent sur une seule tranche, et c'est grâce à l'apport de la communauté européenne que le budget a été bouclé". Depuis la délibération municipale de mai 98, les instances concernées n'ont pas perdu de temps, et le plan de financement relevait de décisions coordonnées à cinq niveaux: 40-% FEDER, 3.458.706-F; 20-% Etat, 1.729.353-F; 15-% Région Bretagne, 1.297.015-F; 15-% Finistère, 1.997.015-F; la commune assurant 10-% du hors taxe, soit 860.000-F; un emprunt relais pour TVA s'élève à 1.781.234-F et 4.677-F relèveront des fonds libres de la commune. Le calendrier des travaux Au cours de l'après-midi de mardi, la commission d'appel d'offres a établi la liste des candidats retenus parmi ceux qui avaient répondu en juin à l'appel de candidatures. L'ouverture des plis aura lieu à la mi-septembre de sorte que les ordres de service pourront être donnés avant la fin de l'année.Daniel Lefebvre a confirmé la possibilité de réaliser le chantier en deux parties pour préserver l'accès partiel de l'édifice à usage paroissial.Les travaux dureront cependant jusqu'au premier trimestre 2001, l'église de Roscoff devant être libérée de tous échafaudages au printemps 2001." © Le Télégramme

http://www.letelegramme.fr/ar/viewarticle1024.php?aaaammjj=19990714&article=st_pol_de_leon2&type=ar#10xXrlRzgXIoqJmI.99

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La charpente sculptée du chœur de l'église Notre-Dame-de Croas-Batz à Roscoff ...par le Maître de Pleyben.

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La charpente sculptée du chœur de l'église Notre-Dame-de Croas-Batz à Roscoff ...par le Maître de Pleyben.

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La charpente sculptée du chœur de l'église Notre-Dame-de Croas-Batz à Roscoff ...par le Maître de Pleyben.
La charpente sculptée du chœur de l'église Notre-Dame-de Croas-Batz à Roscoff ...par le Maître de Pleyben.

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La charpente sculptée du chœur de l'église Notre-Dame-de Croas-Batz à Roscoff ...par le Maître de Pleyben.

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La charpente sculptée du chœur de l'église Notre-Dame-de Croas-Batz à Roscoff ...par le Maître de Pleyben.

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SOURCES ET LIENS.

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— Yves-Pascal Castel : articles du Progrès de Cornouaille / Courrier du Léon

1459 Restauration de l'église de Roscoff... 26.08.2000.,” Collections numérisées – Diocèse de Quimper et Léon, consulté le 19 juillet 2017, http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/items/show/1436.

http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/d7eb5920da5d0d5455b98ce3419b0954.jpg

COUFFON (René), 1988,  Répertoire des églises : paroisse de ROSCOFF  Notice extraite de : Diocèse de Quimper et Léon, nouveau répertoire des églises et chapelles, par René Couffon, Alfred Le Bars, Quimper, Association diocésaine, 1988.

 

http://diocese-quimper.fr/bibliotheque/files/original/5b9d41b14be8a023a102773179807997.pdf

 

Notice de la base Palissy par Yves-Pascal Castel 1985

http://www.culture.gouv.fr/public/mistral/palissy_fr?ACTION=RETROUVER&FIELD_98=DENO&VALUE_98=%20blochet%20&NUMBER=43&GRP=0&REQ=%28%28blochet%29%20%3aDENO%20%29&USRNAME=nobody&USRPWD=4%24%2534P&SPEC=3&SYN=1&IMLY=&MAX1=1&MAX2=200&MAX3=200&DOM=Tous

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— DUHEM (Sophie), 1997, Les sablières sculptées en Bretagne: images, ouvriers du bois et culture paroissiale au temps de la prospérité bretonne, XVe-XVIIe s. ... Sophie Duhem ; préf. d'Alain Croix. Vue : ... Publication, Rennes :Presses universitaires de Rennes, 1997 : thèse de doctorat en histoire sous la direction d'Alain Croix soutenue à Rennes2 en 1997. 

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Published by jean-yves cordier - dans Sablières
17 juillet 2017 1 17 /07 /juillet /2017 22:17

La charpente sculptée du collatéral nord de la chapelle Sainte-Marie-du-Ménez-Hom en Plomodiern par le Maître de Pleyben (vers 1575). Sablières, blochets, abouts de poinçons et engoulants.

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Voir aussi :

Sur les sablières du Maître de Pleyben :

 

 

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Et sur les sablières bretonnes :

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LE SCULPTEUR SUR BOIS DIT LE "MAÎTRE DE PLEYBEN".

Vers 1580, un sculpteur anonyme, désigné aujourd'hui sous le nom de convention de "Maître de Pleyben", réalisa les sculptures de la charpente de la chapelle du château de Kerjean, en Saint-Vougay, à la demande de Louis Barbier, seigneur de Kerjean. Un véritable chef-d'œuvre, influencé par l'École de Fontainebleau qui avait introduit vers 1535 le motif décoratif du cuir découpé à enroulement, et par la diffusion du style de la Seconde Renaissance française dans des recueils de gravures : le prospère Léon était largement ouvert à l'Europe par ses ports de Landerneau, Morlaix et Roscoff.

Cet artiste a reçu ce nom car on lui attribue aussi une partie des sablières de l'église de Pleyben, en haute Cornouaille vers 1564 et 1571.  On reconnaît aussi son style sur la charpente de l'église de Saint-Divy, dans le Léon, et ... dans la chapelle de Sainte-Marie du Ménez-Hom en Plomodiern, située à 23 km de Pleyben et 70 km de Kerjean

Son style ? On le distingue à ces cuirs découpés à enroulements, car il  faufile dans les découpes des linges et des cordages dont il confie les extrémités à des anges ou autres personnages. Ses anges aussi sont caractéristiques, avec une coiffure faite de mèches rondes cerclant  la périphérie du visage, et avec une tunique aux plis prononcés, bouffante à la taille en formant une ligne sinueuse, avant de s'évaser vers les pieds avec une grande liberté. Ajoutons que les manches de ses tuniques s 'évasent en larges couronnes au dessus des coudes, qui sont globuleux. Ses personnages en pieds (Évangélistes ou Sibylles, notamment) ont en commun un visage fin, ovale, avec des nez longs et fins, de grands yeux aux pupilles en creux,  des bouches fines, des manches bouffantes, ou, pour les femmes, des bandeaux de cheveux. 

Mais ce sont surtout ses motifs iconographiques qui se répètent en tableaux stéréotypés :  mascarons zoomorphes ou anthropomorphes sur le plan profane, guirlandes et frises à petits pois, musiciens, et, sur le plan religieux, des thèmes plus christiques que mariaux :  Sainte Face, Tunique du Christ, Plaies du Christ, Instruments de la Passion, Rencontre de la Samaritaine.

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PRÉSENTATION GÉNÉRALE.

La chapelle Sainte-Marie-du-Ménez-Hom s'élève aujourd'hui  sur la départementale D887 Chateaulin-Crozon, à son embranchement venant de Plomodiern au pied des deux sommets du Ménez-Hom à une altitude de 193 mètres. Mais la carte de Cassini montre qu'au XVIIIe siècle, "Sainte-Marie de Ménéhomme" était isolée sur ses landes, au sud de la route  Chateaulin-Crozon qui passait par Dinéault et Argol, séparée de Plomodiern par la barre des "Montagnes de Run braz et bian", et restant à l'écart de la route Quimper-Telgruc-Lanvéoc qui longeait la côte.

Pour celui qui s'intéresse aux sources, notons que ce plateau est le point de départ des ruisseaux qui alimenteront les rivières se jetant au nord dans la partie maritime de l'Aulne (qui prend le nom de Rivière de Châteaulin), et au sud aux deux extrémités de la Lieue de Grève (plage de Pentrez), comme cela apparaît sur la carte d'Etat-Major 1820-1866. A 300 m de la chapelle à mi-pente du Ménez-Hom se voit encore la fontaine votive du XVIIe. 

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Trois ou quatre grandes foires réunissaient le 17 Juin, (jour de la St Hervé), le 16 août ( fête de la St Armel, mais la St Laurent est le 10 août)  et le 9 septembre (St Thégonnec ?)  les commerçants du Faou, de Brest, de Douarnenez, de Quimper et du Morbihan. Ce lieu est le croisement d’anciennes route à forte fréquentation. Les  importantes collectes d'argent  ont permis d'édifier, sur une ancienne chapelle romane,  la chapelle entre 1570 et 1597 (puis jusqu'en 1773) et expliquent sa richesse architecturale . "Il se vend aux foire de Minchomme des chevaux propres au tirage, pour la poste, roulier et cabriolets" (Almanach 1779)

 

L'édifice d'origine, en croix-latine à chœur peu saillant, remontait à la première moitié du XVIème siècle ainsi que l'indiquent les inscriptions de la nef :  H HO MOREAU F EN LAN 1570 ; H OLIER FA EN LAN 1572 ; bas côtés en 1573, 1573, 1591 portant les inscriptions : R POLESEC FA LAN 1573 ; l MAUGUEN FAB LAN 1574 ; AV MOREAU FAB LAN 1591 ;

 

 

Dans le bas-coté nord, qui nous intéresse, notons l'inscription lapidaire en lettres capitales inégales en deux cartouches  : FP : POLESEC / FA [BRIQVE]. LA[N] : 1573. : "Fait par Polesec, fabrique en l'an 1573". En effet, cette inscription est placée sur la face ouest d'un mur qui, de son coté est, comporte une sablière sculptée.  Le patronyme POLOZEC est attesté à Saint-Nic dès 1612 et celui de  LE POLOZEC  à Plomodiern dès 1676.

 

 En effet, cet édifice a été agrandi entre 1570 et 1591 : doublement du bas-côté, création dans l'angle nord-ouest de la "chambre des moines".

Une seconde campagne concernant l'édification du porche méridional débuta en 1668 (inscription sur la  souche du clocher en 1668, 1670 portant les inscriptions : GUILLAUME D HERVE F ; JACQUES NICOLAS 1668 ).

. Entre 1700 et 1715, la fabrique orne le chevet de ses trois retables. En 1739, le fabrique Hervé Lastennet (HERVE LASTENNE FABRICQUE 1739 ) fait édifier la porte monumentale du placître. En 1766, une longue inscription témoigne de la reconstruction du pignon sud et ouest et sud de la nef   : MISSIRE M CRAVEL RECTR DE PLOMODIERN GUILL LE DOARE PRETRE VICAIRE L ROIGNANT F 1766 . Enfin, le clocher porte les dates de 1772 et 1773, peut-être à la suite de dégâts occasionnés par la foudre : MESSIRE MATHIAS PLASSART RECTEUR JEA LE QUINQUIS FABRICQUE 1772 ; GERMAIN HILLI .

  L'édifice actuel est de plan irrégulier en forme de tau comprenant une nef avec une travée sans bas-côté et tour au sud, puis deux travées avec bas-côté sud et double bas-côtés nord, une travée avec double bas-côtés et enfin un vaste chœur à chevet droit peu débordant.

 

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Après une longue période d'abandon au XIXe et XXe (et les travaux sur la toiture, les lambris retables et vitraux après 1870), a chapelle a été restaurée sous l'impulsion du recteur Auguste Tephany (Camaret 1920-Plomodiern 2003)  de 1988 à 2013 pour un total de plus d'un million d'euros, dont 450 000 pour les retables. Le comité de la chapelle a assuré 32 % du financement relevant de la commune de Plomodiern.

 

Datation des sablières sculptées : 1573-1575.

C'est dans ce "double bas-coté nord", résultat de l'agrandissement de 1570-1591,  que se trouve la charpente qui m'intéresse aujourd'hui. 

 Si le calvaire porte la date de 1544 sous le règne de François Ier, les murs intérieurs portent celles de 1570, 1572, 1573, 1574 et 1597, sous les règnes de Charles IX et Henri III. C'est la date de 1575 qui est donnée pour les sablières par les documents disponibles dans la chapelle, date cohérente avec l'activité du Maître de Pleyben entre 1564 et 1580, et avec la parenté de style avec la chapelle de Kerjean (1570-1580).

Enfin, le mur soutenant la quatrième sablière porte, sur son coté ouest, l'inscription du fabricien Polosec qui l'a fait faire en 1573. Ce sera notre terminus ante quem.

Documentation photographique :

a) Une photo noir et blanc d'Emmanuel-Louis Mas, datant d'avant 1987, est disponible sur le site de l'Inventaire :

http://www.culture.gouv.fr/public/mistral/mersri_fr?ACTION=CHERCHER&FIELD_1=REF&VALUE_1=IA00005276

http://www.culture.gouv.fr/Wave/image/memoire/1034/sap01_52p01185_p.jpg

b) Deux photos n.b d'Albert Poulain, éditées par Dastum, sont disponibles sur le site BRETANIA.

c) Une photo d'Henri Moreau sur Wikipédia 

Descriptions.

La première description est celle de l'incontournable chanoine Abgrall en 1891.

Les sablières ont fait l'objet d'une notice de Jean-Pierre Ducouret et Claude Quillivic pour en 1978 pour l'enquête de l'Inventaire Général.

"Bois taillé (décor dans la masse, décor en demi-relief, décor en haut relief) . 2 tronçons séparés par un entrait, avec 2 blochets aux extrémités.

Scène : en médaillon : cartouche : cuir (Fuite en Egypte) ; en encadrement : figures (femme : à mi-corps : nu, satyre) ; scène (labour à la charrue, paysan, chute) ; figure : en bordure (évêque : en pied, livre : ouvert)
scène : en médaillon : cartouche : cuir (figuration partielle, Judas : bourse : prêtre, croix : couronne : épine) ; en encadrement : figures (femme : renommée, en bordure : aigle : bicéphale) ; figure : en bordure (évêque : en pied, livre, bénédiction)
ornementation (ove, entrelacs, feuille d'acan