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24 mars 2013 7 24 /03 /mars /2013 11:35

 

 

Le "Marivan" CM 339774 est un fileyeur en bois construit en 1976 aux chantiers Cariou Larvor de Loctudy. Il mesure 8,54 ht, jauge 5 tx, et est propulsé par un moteur de 59 CV.

  Il a été immatriculé à Lorient LO 339774 sous les noms de MAYA, L'ABAMAX, puis à Brest BR 339774 sous le nom de NOLEI, immatriculé au Havre LH 339774 NOLEI, immatriculé une première fois à Camaret sous le nom de  MYAMBA avant de prendre celui de MARIVAN.

 

 

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Published by jean-yves cordier
24 mars 2013 7 24 /03 /mars /2013 11:16

                   Le canot tout-temps

              "Notre-Dame-de-Rocamadour"

                    de la S.N.S.M. de Camaret.

 

 

 Construit en 2001 aux chantiers Sibiril de Carantec, "Notre-Dame-de-Rocamadour SNS 097 est un CTT ou Canot-tout-temps auto-redressable  de 15,50 m de long doté de deux moteurs IVECO de 400 Cv ; il peut atteindre la vitesse de 20 noeuds. Différents patrons se sont succédés à la barre du ” Notre Dame de Rocamadour” : Jean Michel Boëzennec, Gilbert Taniou, André Laouénan, Patrice Chopard, Michel Torillec.

  Depuis le "Édouard-Hollandre" de 1866-1899, c'est le dixième canot de la station de Camaret. Ces embarcations n'ont été motorisées que depuis 1930, elles étaient auparavant propulsées par un équipage de douze rameurs.

 (cliquetez pour agrandir).

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Lien : 

http://www.snsm-camaret.com/

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Published by jean-yves cordier
23 mars 2013 6 23 /03 /mars /2013 23:36

 

             Le culte de saint Isidore à Crozon:

          rôle du père Julien Maunoir.

 

 

Introduction.

 Saint Isidore, patron des cultivateurs, a été canonisé par le pape Grégoire XV le 12 mars 1622, en même temps que trois autres espagnol(e)s, François-Xavier, Ignace de Loyola, Thérèse d'Avila et le florentin Philippe Néri. Parti d'Espagne, son culte s'est diffusé en Bretagne, en Tyrol et en Franch-Comté. Dans le département du Finistère, on signale 17 traces de son culte. On peut s'interroger sur le rôle qu'a jouer, dans cette diffusion, les efforts de propagation de la foi du père Julien Maunoir. Ce rôle est manifeste à Crozon, ce qui justifie cet article.

  La chapelle Notre-Dame de Porz Salut à Crozon, chapelle où a été érigée la frairie de Saint-Isidore, n'existe plus. Elle se trouvait dans la vallée de l'Aber, et était très fréquentée, si bien qu'au rôle des décimes, elle était imposée à 7 livres, alors que la plupart des autres chapelles l'était à 1 livre et 15 sols. Elle recevait donc beaucoup plus d'offrandes, et on s'y rendait en pèlerinage pour obtenir de belles récoltes. Elle est indiquée sur la carte de Cassini de 1785-89 (Port-Salut). Toujours inscrite au rôle des décimes de 1788, elle est en ruine en 1804, , mais figure en toponyme sur la cate d'État-Major de 1850, comme sur l'actuelle carte de l'IGN sur la route Telgruc-Crozon D 887.


 

Je donne ici une transcription du Canticou spirituel de Julien Maunoir liè à la mission de 1671 à Crozon où il institue ce culte;http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b86120755/f184.image

 

     Monseigneur l'Illustrissime et Reverendissime    Évêque de Quimper et Comte de Cornoüaille a permis l'érection d'une confrairie  dans la chapelle de Pors salo à crozon en l'honneur de S. ISIDOR : et sa sainteté a accordé des indulgences plénières à la dite confrairie le 3. dimanche de may, le 1. dimanche d'octobre, et les six vendredis du Carème. Il y a des Confesseurs, et on y dira des Messes ordinairement

 

.                             

                      An hent da vont ar baradoz.

                       CANTIC SPIRITUEL VOAR AR BUHEZ Sant ISIDOR, Patron ar Labourerien.

  Voar an ton Christe Redemptor Omnium, ex patre patris unice, etc...

 


    E Pen Crauzon é peg ar mor,

Bisit omp oll Sant isidor ;

Ober a rai fur an enor

Da digueri deomp oll ezor.

 

   E porz Salo mam hon Salver

Roet oc'h eus deza un Auter,

Un Auter so toft d'o'ch hini

A vezo deomp guir minic'hi

 

   Labourerien quer an doüar

Aman oc'h eus un Tat cloüar,

Un Melezour, un Advocat,

Dirac ar Verc'hez, hag he Map.

 

   A baoué bihan é clascoué

Dougea, a servicha Doué,

Duel oua ganta mill guez mervel

Evit ober pec'het marvel.

 

  Pa deuhas nerz ha corff deza

En hem laquas de servicha

E ty un ozerc'h à garé

Dreist pep tra servicha Doué

 

   Pel dirac an deiz é savé

D'offri oaraison da zoué ;

Hogen gant é gamaradez

Dirac é Vaestr oue accuser

Da veiza pemdeis dibreder.

Da coll alies an amzer

 


  Pa edo er parc c'harat

E Vaestr à velas daou Ael Mat,

E Vaestr à velas daou Ael Mat,

O ren an oan hag an arat.

 

   Ur veich ar parc gant ar sec'het

Pa velas é Vaestr tourmentet,

En doüar é plantas é vas

Eno ur funteun à savas,

A torras cern é sec'het bras.


   Er-fin gant Doué oue inspiret

Dimisi ous ur Verc'h parset

Pe gant hini é conduas

Ur vuhez gant vertusiou bras.


  Pa varvas un map quer dezo 

E chemsont bete ar maro

Dirac Jesus-Christ assambles

Eguis daou Æl er Baradoes.

 

  Beva à resont é chasteté

Eguis ebars é ty Doué :

Chom à resont gant pinigen,

Peoc'h, Oræson, hag Alusen


   E Briet sansel à varvas

E opinion à Santes vras,

Hag ar bez ma oue anterret

A oue à bep tu enoret.


  Pa oue intaon Sant Isidor

E scoe alies voar ar mor

Da caouet Jésus à repos.

Er fin é rentas éné

Leun à vertu ha santelé,

E compagnunez an Ælet 

Da vossedi ar joausdet.


   Goudé é varo an Autrou Doué

Cals à Viraclou à Euré

Evit discueus é garantes

En andret ur Lavourer quaes.

 

  Un nosvez é apparissas

Da un Itron, hag é c'hargas

Da sevel é gorff enterret,

Eus à daou uguent vloas er veret.

 

   Pa oue an doüar digoret,

E gorff anterin à oué cafvet,

Ha d'an ilis bras transportet

En ur plaç enorabl meurbet.

 

   Ha goudevez eus à pell bro

Pelerinet à zeu affo

Evit possedi an enor

Da visite Sant Isidor.

 

  Meur ar Viracl en deus gret

Da re o deus é quemeret

Da advocat dirac Doué

Evit o c'horff hag o ené.

 

   An diaoul à glasquas taga

Un den à oue devot deza

Sant Isidor à apparissas

Hag ar fallaer à chassons.


 



 



 



 

 

 

 

      N.B : ce texte n'attend plus que sa correction et sa traduction par une personne compétente.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Cantique à melrand :

http://paroisse.plouay.pagesperso-orange.fr/documents%20divers/chapelles%20pardons/saint-vincent.htm#cantique-saint-isidore

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Published by jean-yves cordier
23 mars 2013 6 23 /03 /mars /2013 19:51

 

     La chapelle de Saint-Julien à Camaret,

           en Presqu'île de Crozon.

        Elle est située dans le hameau de Lannilien, toponyme où on peut deviner un Lann Sulien. En effet, son nom de Saint-Julien n'est que la transformation d'un ancien Saint-Sulien, Sant Sulian, répondant à la préoccupation de l' Église, notamment après le Concile de Trente, de voir disparaître les saints locaux au profit de ceux du calendrier romain. On en voit un autre exemple à Crozon avec la chapelle saint Drigent, rebaptisée Saint-Philibert.

  Que sait-on de ce saint Sulian ? Qu'il était un moine gallois du VIe siècle qui  évangélisa le pays de Galles et l'Armorique. Ce que l'on sait de mieux, c'est la liste de tous les noms sous lesquels il se déguise pour donner naissance à des toponymes et à des paroisses, comme "Saint Tyssilio" au pays de Galles, et chez nous saint Suliac, Sulliac, Séliac, Suliau, Sant Sula, Plussulien. L'un de ses tours de force —je ne parlerai pas de miracle— est de rentrer dans la composition du plus long nom de ville d'Europe, riche de 58 caractères et que, l'ayant appris par cœur, le Pr. Lavieb vous révèle aujourd'hui : Llanfairpwllgwyngyllgogerychwyrndrobwllllantysiliogogogoch, comme ça se prononce. Si il vous laisse deviner le nom des habitants de cette commune galloise, c'est pour le Pr. Lavieb un jeu d'enfant de vous en donner la traduction : " l'église de sainte Marie dans le creux du noisetier blanc près d'un tourbillon rapide et l'église de saint Tysilio près de la grotte rouge".

 

  A Lannilien (mais n'en parlez-pas aux Suliaçais et Suliaçaises, des Plussulianaises et Plussulianais), on aime à penser que c'est ici que saint Sulian installa son ermitage, au bord du ruisseau, qu'il passa là de longs jours paisibles en prières et macérations, tout en faisant moult miracles, et que la chapelle fut construite sur le périmètre de sa cellule et de son jardinet.

  L'édifice actuel doit dater du XVIIe siècle, si on en juge sur son portail aux pilastres cannelés. Son clocher a été remanié, car la solide base carrée de sa tour ne s'accorde pas à son couronnement. Certains ont lu, dans les inscriptions de cette tour, la date de 1762, et d'autres, de 1666.

Cette chapelle traduit, par son clocher rectangulaire et son portail aux pilastres sommairement cannelés, l'introduction du style classique dans l'architecture du XVIIe siècle. Pendant la Révolution, jusqu'au 6 février 1792, la chapelle sert de refuge aux prêtres réfractaires. Dégradée en corps de garde le 10 févier 1793, elle perd alors sa cloche qui est fondue. Elle est réouverte au culte en 1805 . Dépendant à l'origine de la paroisse de Crozon, elle est finalement rattachée à celle de Camaret-sur-Mer en 1909 après un référendum des habitants.

 

 

 

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      La croix en granit de Tréganna (Locmaria-Plouzané) date du haut Moyen-Âge. Haute de 1,60m, à la base évasée, elle a longtemps servi à traverser, intégrée dans la maçonnerie du pont, un petit ruisseau voisin, et les habitants ont fini par en user le fût qui, au verso, en garde une large marque. Redécouverte, elle a été redressée en 1964. Elle ressemble beaucoup à une autre croix (n°179 de l'Atlas des Croix et Calvaires du Finistère) qui est érigé à Camaret au lieu-dit Croas-Very, sur l'ancienne limite du prieuré de Daoulas.

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On discerne plusieurs inscriptions sur le coté sud de la souche de clocher, en haut des quatorze marches. La pierre la plus haute porte les deux lettres T.P.

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 Un peu plus bas, la première ligne semble avoir été martelée. Je devine plus que je ne lis  TANG HR . Au dessous, chacun lit clairement MATHVRI.

 La pierre suivante porte F (François ou Fabricien) Une pierre différente porte SARBO  suivi de R : DI

  Il est imprudent de lire bout-à-bout ces pierres séparées comme les noms de Mathurin Fabricien, et du Recteur Disarbo ; et bien qu'on ne dispose pas de la liste complète des recteurs de Crozon, les noms dont nous disposons ne signale pas ce recteur Disarbo. Néanmoins, ce patronyme, avec cette graphie qui diffère de la forme actuelle Dizerbo, est attestée à 3 reprises dans les archives (Les Cahiers de l'Iroise 1964). Il peut s'agir d'un fabricien nommé R. Disarbo.

C'est néanmoins la lecture admise par le site officiel du tourime de la Presqu'île :  http://www.tourisme-presquiledecrozon.fr/decouvrir/un-patrimoine-singulier/inscrite-au-patrimoine-mondial/le-patrimoine-religieux

: "Cette chapelle dépendait à l'origine de la paroisse de Crozon. Elle est construite en 1666 comme l'indique la date gravée sur le clocher. Cette date est accompagnée des noms des auteurs de la construction : Tanguy le curé, Mathurin le fabricien et Disarbo le recteur." 

 

.

 

 

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      Intérieur de la chapelle.

   Elle n'est éclairée que par une seule fenêtre et par la porte sud, ainsi que par des ampoules électriques nues au bout de leur fil. Les murs sont en moellons apparents, surmontés d'un lambris peint en blanc. L'autel imite le marbre. Au sommet du  chevet un grand Christ en croix est entouré de l'inscription peinte O Crux Ave, , début d'une invocation de la Semaine Sainte, O Crux Ave, Spes unica  Salut, Ô Croix, unique espoir.

  Le mobilier, des plus dépouillé, rappelle que pendant la Seconde Guerre, les filles de l'école de Camaret furent reçues ici, car leur école avait été réquisitionnée.

  Le plus frappant, ce sont ces deux poutres habillées de planches peintes : on trouve des rinceaux, des calvaires, des anges, une tête couronnée, un tête de Christ et une tête de prince, un masque coiffé d'un chapeau et qui mord l'extrémité de rinceaux. un coeur, réalisant un ensemble naïf intriguant, tant qu'on n'a pas la solution : c'est le décor d'un film qui a été tourné ici vers 1975, mais dont le titre n'est pas resté dans les mémoires.

 

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      Statue de sainte-femme.

Statue en bois polychrome. J'y voyais une sainte Madeleine, en raison de ses longs cheveux et de son front coquettement épilé. Dans sa main gauche actuellement détruite, elle porterait le flacon de parfum ou d'aromates. Mais cet attribut étant perdu, on se contente de rappeler la tradition locale, pour qui il s'agit de sainte Barbe, ou de mentionner ceux qui pensent qu'elle tenait la palme du martyre.

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Autres statues :

Hormis le Christ en croix du XVIIIe, on trouve surtout une statue en bois représentant saint Julien en évêque. Elle est très récente, puisqu'elle a été sculptée en 1968 par un artiste de Camaret nommé Job qui n'avait pas son pareil pour vous patiner son travail comme une vieille statue du fond des âges. On trouve aussi deux statues en plâtre de Notre-Dame de Lourdes et une Sainte-Anne éducatrice de la Vierge.

 

 

Liens : 

 Site Crozon-bretagne.com

Site Topic-Topos.

Site Infobretagne

Article Saint-Suliac Wilipédia.

Atlas des croix et Calvaires du Finistère : la croix porte le n° 180.

Radio Rivages, émission du 26 juin 2012 de Pierre-Yves Castel.

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Published by jean-yves cordier
23 mars 2013 6 23 /03 /mars /2013 19:45

 

            La chapelle de Saint-Fiacre

en Presqu'île de Crozon : un saint en galoches.

 

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  Bâtie au bord de la rade de Brest, sur l'unique rue du petit village de Saint-Fiacre, l'ancienne chapelle Saint-Fiacre (Sant Fieg) datait du XVI- XVIIe siècle : elle a été détruite en 1942 par les bombardements. 

  La datation de ses origines repose sur deux inscriptions datées, qui ont été réemployées, sans leur donner la place vénérable que je leur aurais choisie.

  La première, chronologiquement, est en kersanton au grain fin. Venant de la partie supérieure de l'ancienne porte occidentale, elle est actuellement scellée dans la partie postérieure de la fontaine, en position basse. On y lit, malgré les lichens, et sa situation peu favorable, mais dans une calligraphie amusante, l'inscription : " je FUS FAICT EN LAN 1578 : PAR :j: COATQLEAS : FAbRiCQUE ". On prendra la peine de remarquer que les deux N  (EN LAN) sont rétrogrades.

  Je n'ai trouvé aucun patronyme correspondant à Coatqleas, Coatcleas, Coatquerleas, Coatcléau.

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 La seconde surmontait une porte cintrée du coté sud ; elle est en kersanton . Elle a été mise en punition, encore plus bas que la précédente, du coté nord, sous une fenêtre. Elle porte l'inscription : " : 1591 : g: BOURChIS : F ".

 L. Chauris et D. Cadiou la décrivent comme une "pierre armoiriée", sans-doute en raison de ce qu'ils nomment "les macles des Rohan". Du haut de mon incompétence, je me permets de mettre en doute cette assertion, si elle ainsi qualifie les "deux points" en forme de losange ; j'y vois seulement une option calligraphique du tailleur de pierre.

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  Le patronyme Le Bourchis est attesté à Crozon : Perrine Le Bourchis, mariée en 1654 à Vincent L'Haridon.

  Malgré ces datations du XVIe siècle, l'ancienne église datait essentiellement du XVIIe ; c'était un édifice de 18 mètres de long, avec sa nef, un transept sud doublé d'une sacristie et une abside polygonale.

  La bombe du 19 novembre 1942 (peut-être 1941 ou 43) détruisit la nef et son clocheton. La restauration eut lieu en 1965 : la nef, raccourcie et entièrement reconstruite fut fermée à l'ouest par un pignon, la grande porte de jadis laissant place à une fenêtre ogivale. Elle fut couronnée d'un clocheton, et flanquée de deux dragons à la base des rampants. L'accès au bas-coté se fait par une porte cintrée placée en retrait.

 

 

 

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                      chapelle-saint-fiacre 6917c

 

   Louis Chauris a mené, selon son habitude et grâce à l'étendue de sa compétence, l'étude pétrographique des matériaux utilisés (Chauris et Cadiou 2002) : les anciennes parties sont réalisées en microgranite de Logonna, microgranite de Trébéron-Île des Morts, Kersanton de la Rade de Brest, et leucogranites de Cornouailles. 

  Pour la facade occidentale, qui a été entièrement reconstruite, on retrouve le microgranite de Logonna et celui de Trébéron-Île des Morts, Kersanton et leucogranites de Cornouailles mais d'autres matériaux apparaissent : microgranite de l'Île Longue et de la rade de Brest ; grès armoricain pour les moellons ; et surtout des grès verts qui méritent une attention particulière.

  En effet, cette "roche à grains fins, de teinte gris-verdâtre", est celle dont sont réalisés les superbes lions qui ornent les contreforts ; la quasi-totalité du soubassement du clocheton ; l'encadrement de la porte cintrée nord-ouest. Or, ces lions ou dragons sont, manifestement, anciens : d'où proviennent-ils ?


  "L'un des probèmes pétrographiques les plus excitants".

  S'il était nécessaire de justifier ce travail de Sherlock Holmes auquel se livre Louis Chauris en matière de géopatrimoine, ses découvertes à Saint-Fiacre serviraient de magnifique illustration. Car, sachant que ce grès vert ne figurait pas dans les matériaux anciens, et reconnaissant ici, en réemploi, une pierre provenant du bassin de Châteaulin, il parvint à en retrouver l'origine, l'ancienne chapelle de St-Nicodème à Kergloff (29). Il a pu retrouver, sur une ancienne photographie de St-Nicodème, les lions actuellement à saint-Fiacre, et, en outre, il a pu interroger un ancien agriculteur de Kergloff qui les a reconnu. 

  Cette chapelle St-Nicodème datait du XVIe siècle, avec un autel daté de 1551. Sa toiture a été démontée en 1962.

 

L'Intérieur.

 Les murs sont peints en blanc sous un lambris de charpente. L'autel trapézoïdal, au bois peint en faux-marbre (le même qu'à Saint-Julien) est rehaussé par une estrade à deux degrés. L'absidiole pentagonal est éclairé par deux ouvertures cintrées.  A droite s'ouvre la porte de la sacristie rectangulaire. Une statue de la Vierge est placée du coté de l'Évangile. La nef dispose d'un seul bas-coté, au nord, comme l'ancienne chapelle.


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La statue de Saint Fiacre : sauvez là !

La chapelle est dédiée au culte de saint Fiacre, le saint patron des jardiniers dont les attributs sont le livre, et la bêche. On compte paraît-il en France (wikipédia) 522 statues du saint à la bêche , mais, le plus souvent, celui-ci est habillé en moine (cet irlandais avait fondé un monastère) avec un froc à scapulaire et capuchon.

Melrand ; Baud  ; Saint-Pern ; Gahard  ; 

  Toute l'originalité de la statue (hélas très négligée et qui tombe en poussière ; les phalangines et phalangettes du II et III de la main gauche, atteintes par la vermine, sont cachées pudiquement derrière la pelle, et la main est prête à se détacher) de cette chapelle est que notre Fiacre est habillé, un peu comme un Saint-Isidore, en costume de paysan : chemise blanche fine sous une veste courte de drap bleu, ouverte, mais décorée de quatre boutons de chaque bord, et d'un bouton de manchette ; pantalon court et plissé type bragou bras

   La coiffure est aussi originale, puisque nous ne trouvons pas ici les cheveux longs des paysans bretons, mais des cheveux courts et bouclés, à l'arrière d'une large calvitie temporo-frontale. Mais, surtout, l'homme se remarque par une barbe crépue, châtain, taillée sur la joue entre la moustache et la mandibule, et qui se divise en un bouc bifide. Son allure genérale évoque bien d'avantage un robuste agriculteur qu'un moine aux traits émaciés par le jeûne.

 Je lis, plus tard, que Victor-Henry Debidour dans La sculpture bretonne, étude d'iconographie religieuse populaire ( Rennes, Plihon 1953) la mentionne comme "un Saint-Isidore transformée en Saint-Fiacre". 

  Lors du  congrés de Meaux 1970 consacré au XIIIe  centenaire de saint Fiacre, cette statue a dnné lieu à ce commentaire : " Même s'il a pu s'agir à l'origine d'un saint Isidore, la piété des habitants du village de Saint-Fiacre en Crozon l'a honoré comme saint-patron et lui a donné ou remplacé la bêche. Il porte veste à boutons et culotte bouffante. Le visage, où pourtant aucun détail réaliste n'a été épargné —pommettes saillantes, gros nez,  il est même affligé d'une pomme d'Adam proéminente —, est tendu dans une attitude d'extase naïve, soulignée encore par la position de la main sur le cœur. Retenus par une bande de cuir, ses pieds reposent, réellement, dans des sabots de bois, dont on a, au sens propre, chaussé le saint.

 


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        Mais, surtout, et contrairement aux statues de saint Isidore en costume traditionnel, il ne porte pas de guêtres sur des souliers noirs, mais il est pieds nus, dans une paire de galoches.

 Connaissez-vous d'autres exemples d'une belle paire de galoches dans l'art statuaire ? 

 Les galoches, ar galochenn, pluriel galochennou, galochou sont des souliers dont le dessous est de bois (noyer, érable, ou à défaut hêtre) et le dessus de cuir. Le semelle était équipée de gros clous. On la voit ici dédoublée en un patin crénelé et une partie haute évoquant un demi sabot. La partie recourbée explique l'origine de l'expression "menton en galoche".

  La définition de la galoche n'impose pas, bien au contraire, que la partie en cuir ne recouvre pas totalement le pied (cela ressemble alors à de bonnes godasses ferrées) ni que le pied y soit nu, puisqu'au contraire les galoches étaient prévues pour accueillir un pied protégé d'un épais chausson.

 Ici, la simplicité de ce chaussage réduit à cette semelle de bois maintenue sur le pied nu par une étroite bande de cuir dont on exacerbe l'inconfort en en crénelant le bord, semble être la partie la plus monastique de la tenue de saint Fiacre. Certes, les apôtres étaient pieds nus, ainsi que saint Pacome, saint Théodore et les premiers moines ; "et c'est pourquoi ils avoient des instrumens pour oster les espines des piez", nous dit Le Nain de Tillemont (1732).

  Dans son Commentaire litteral de la Régle de Saint Benoit, chapitre LV, Augustin Calmet commente Indumenta pedum, pedules et caligas  "Ils auront pour vêtement des pieds, des bas et des souliers" en signalant que le texte donne du fil à retordre (je traduis :"de grandes difficultez parmi les commentateurs") car, selon les Anciens, pedules et pedila devaient être des sandales ailées semblables à celles de Mercure, ou des mules d'or, comme celles de Junon, des pedila pulchra telles qu'Homère les décrit, confectionnées par le bon Eumée dans des lanières de cuir de bœuf de diverses couleurs, tous accessoires hors de portée des moines.  Mais selon Hildemare (moine français vivant en 830), pedules sont des culottes, mais très basses et qui recouvrent les pieds..."d'où leur nom de pedules, car elle couvrent les pieds". J'épargne au lecteur la lecture des pages 136 à 140, qui traitent des pedules (bandelettes, culottes, bas de laine ou bas fourré, peu importe) car notre sujet est contenu dans l'interprétation des mots ET CALIGAS que Calmet traduit par "et des souliers" ou " et des sandales":

 " car le terme caligae a plus de rapport à ce qu'on appelle sandales qu'à ce qu'on nomme calceus, le soulier. Calceus couvrait tout le pied et caligas ne le couvrait qu'en partie, ayant une semelle de bois ou de cuir à laquelle les soldats mettaient ordinairement des clous par dessous. ... Les peuples d'Italie avaient d'ordinaire les pieds nus et les jambes nues. Les religieux d'Egypte allaient absolument nus pieds, et méprisaient toute chaussure, comme condamnée par l'évangile".

  En résumé, saint Isidore dans le chapitre 13 de sa Règle, saint Benoit dans son chapitre LV, et saint Fructueux, accordent à leur moine des pedules pour l'hiver et des caliges pour l'été.

  Saint Fiacre, en sa sagesse, a du adopter les mêmes mesures ; l'artiste l'a représenté ici un beau jour d'été, chaussé de ses caliges, caligae, ou galoches.

 

  Plutôt que de "galoches", on peut parler de Boutou koat, ou sabots bretons, "souliers de bois (du breton bottez, pl. botou, boutou, bottou botaou, etc...). Cela en donne alors une illustration précieuse et ancienne.

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Iconographie de saint Fiacre à Guengat, à Houssaye (Pontivy):

 guenguat 4556c statues 7269x 

 

  Je dois encore signalé que le culte de saint Isidore est tout particulièrement attesté à Crozon au XVIIe siècle, par un canticou que le père Maunoir a composé pour la paroisse lors d'une Mission à Crozon : Sant Izidor à Crozon : le cantique du pére Maunoir en 1671.

 

Saint Yves.

 "statue en bois du XVIIe siècle, hauteur 1,10m" .

Le juge écclesiastique coiffé du bonnet carré est assis sur une cathèdre, et ses gestes pourraient laisser penser qu'il était autrefois assis entre le riche et le pauvre.

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      Saint Pol Aurélien

 "Statue en bois de style archaïque du XVIe siècle"

  Saint Pol Aurélien, premier évêque de Sain-Pol-de-Léon au VIe siècle, est illustre pour avoir mis autour du cou du dragon qui désolail l'île de Batz un licol qui lui permit de le frapper de son bâton. On voit bien ici le monstre de Batz, et le bâton. J'ignore l'emploi qu'il fit du livre qu'on le voit tenir dans sa main gauche.

                            chapelle-saint-fiacre 2146c

 

  On décrit aussi une "Vierge républicaine" en bois bleu, blanc, rouge, (cf vue générale) et une Vierge de Lourdes en plâtre.

 

Source :

  Louis Chauris, Didier Cadiou : La chapelle Saint-Fiacre : provenance des matériaux de construction et de restauration, Avel Kornog n°10, 2002 ; p. 53-60 ; 28 cm .

État des églises et chapelles de la Presqu'île de Crozon en 1978, Louis Calvez, Thomas Keraudren, Auguste-Hervé Dizerbo.

Liens :

http://www.crozon-bretagne.com

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Published by jean-yves cordier
23 mars 2013 6 23 /03 /mars /2013 19:37

 

La chapelle de Saint-Philibert (Saint-Drigent) à Crozon.

 

   Située à 3,5 km de Crozon à droite de la route Crozon-Camaret, cette chapelle est tracée suivant un plan en équerre avec une nef et une aile nord portant l'inscription I DANIELOU 1700

  Elle appartient au hameau de Saint-Drigent, laissant penser qu'elle a succéder à un sanctuaire dédié à Sant Ritgen, ou Saint Régent attesté en Côtes d'Armor (Lanrelas).

  Un auteur, Xavier...Régent, signale que l'on retrouve traces de ce nom dans des patronymes comme Drigent, Prégent, Régeant, Rihen, Ritgen, Rithen. Je n'ai pu vérifier cette information.

  Quoiqu'il en soit, on a substitué à ce saint (évêque ?), peut-être sous l'influence de l'abbaye de Landevennec,  saint Philibert, le fondateur de l'abbaye de Jumièges en 654 et de Noirmoutier en 684. En Bretagne, son culte est attesté à Locmariaquer, à Plouay (chapelle ), à Trégunc, à Kervern en Gourin, à Moélan ( chapelle). On trouve sa statue à Pont-de-Buis.

 Dans le diocèse de Nantes, l'abbatiale de Saint-Philibert-de-Grandlieu a, un temps, abrité le corps du Saint? 

chapelle-st-philibert 2123c

 

 Sur le clocher ont été déchiffrées les dates de 1641 et 1644.

  Pour ma part, je lis ....AVEC / E : PA

                           ...(F)ABRIQ 4.4.


 

chapelle-st-philibert 2124c

 

  Sur cette fenêtre de la façade sud, peut-être A : F

chapelle-st-philibert 6914

 

Le clocheton est coiffé d'une sphère ornée de huit boules, évoquant celles qui, sur les fûts des calvaires, sont classiquement comparées à des bubons et interprétées comme une invocation contre la peste.

chapelle-st-philibert 6915

 

 L'intérieur, du chœur vers la porte ouest : la toiture est lambrissée jusqu'à la poutre de gloire, puis la charpente est laissée apparente. De même, les murs sont blanchis dans le chœur, et en pierre apparente dans la nef.

chapelle-st-philibert 2104c

 

Le chœur au chevet percé de trois ouvertures. 

chapelle-st-philibert 2105c

 

      Un saint-évêque bénissant : on se plaît à y voir saint Drigent.

Statue en bois polychrome du XVIIe, 1,15m. 

                          chapelle-st-philibert 2098c

 

 

Saint Philibert.

  En tenue d'abbé, dont il tient la crosse, mais sans mitre ni croix, ni chasuble, ni étole. Statue en bois (noyer ?) du  XVIIe, naturel et polychrome pour les bras, le livre (rapporté) et le visage.

chapelle-st-philibert 2102c

 

La poutre de gloire et ses deux statues.

  C'est la partie la plus originale de la chapelle, et celle qui m'interesse le plus ; mais, hélas, je ne peux m'appuyer, dans mon effort de compréhension,  sur beaucoup de travaux. Les auteurs sur lesquels je m'appuyais (Calvez-Keraudren-Dizerbo) écrivent ceci :

   "Sur une poutre de gloire, dans une niche :

 1. Saint Morice en soldat. Statue gravement mutilée. XVIIe siècle. Hauteur 0,80 m.

2. Un soldat carapaçonnée. Statut en très mauvais état du XVe ou XVIe siècle. Hauteur 0,80m.

"Il y a en plus sur la poutre de gloire un pélican, une église dans un cercle de 0,20m de diamètre, une église encore qui serait celle de Crozon, au XVIIe siècle".

 

chapelle-st-philibert 2107c

 

 

 

chapelle-st-philibert 2087c

chapelle-st-philibert 2115c

 

 

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 Discussion.

 Je rappele d'abord la définition d'une poutre de gloire (Wikipédia): "Une poutre de gloire est une poutre placée transversalement entre les sommiers d'un arc triomphal (arc de maçonnerie séparant la nef et le chœur d'une église).

La poutre de gloire est ainsi désignée parce qu'elle porte toujours un crucifix, accompagné ou non de statues ou d'ornements en lien avec la Crucifixion (Marie et saint Jean, instruments de la Passion). La poutre peut avoir diverses formes et ornementations : simple poutre rectiligne, ou présentant des courbes et contre-courbes comme à l'époque baroque.

La poutre de gloire est à l'origine du jubé. Quand elle était d'une assez grande longueur, à partir du xiie siècle, on la fit reposer sur des piliers ou des colonnes, qui en vinrent à constituer une nette séparation entre la nef réservée aux fidèles, et le chœur où officiaient les prêtres. Après le concile de Trente, et surtout à partir du XIXe siècle, on a progressivement supprimé les jubés. Les poutres de gloire n'ont donc souvent subsisté que dans des petites églises"

  Outre l'intérêt du témoignage historique de la séparation des sanctuaires en deux parties, l'une pour les fidèles, l'autre pour le clergé, cette définition indique la présence constante d'un Christ en Croix au centre de la poutre, Christ qu'il nous faut donc ici imaginer, entre les deux niches.  Il faut aussi se souvenir que la scène composée par la Croix et les personnages latéraux était généralement liée à la Passion.

   Je signale également qu'il existe deux saints principaux du nom de Maurice : Maurice d'Agaune, martyrisé en 287 en Suisse avec ses soldats de la légion thébaine, et Maurice Duault (1115-1191) abbé de Langonnet puis fondateur de l'abbaye de Clohars-Carnoët, et qui est le Saint Maurice le plus souvent rencontré en Bretagne. Or, ce dernier n'a jamais été soldat, et ce n'est donc pas lui qui est représenté ici.

  Maurice d'Agaune est un tribun, un chef de l'armée romaine, qui est le patron des troupes d'infanterie.  A la personne de Saint Maurice d'Agaune est reliée une légende, celle du massacre par Maximien de 6500 soldats de la légion thébaine commandés par Maurice, Exupère et Candide, et qui refusèrent de tuer les chrétiens de la région de Martigny, au nord des Alpes.

 On peut donc, face à cette statue  d'un officier en armure souscrire à l'inscription St Morice (qui a été tracée plus tard) et voir ici un Maurice d'Agaune. Sa place sur la poutre de gloire se justifierait par le martyr qu'il a subi, en imitation de la Passion.

  On sait aussi qu'une confusion fréquente associe ce martyr des légionnaires thébains avec celui relatée dans la Légende des Dix mille martyrs. On peut envisager que ces deux soldats soient Saint Acace et l'un de ses compagnons, et que la mention "st Morice" ait été ajoutée tardivement en raison de la fréquence de cette confusion. Le rapport avec la Passion du Christ est alors évidente, puis les Dix mille martyrs ont été crucifiés sur le mont Ararat dans une Imitation scrupuleuse de la Passion. Enfin, ce culte est parfaitement attesté à Crozon depuis le XVIe et XVIIe siècle par le reliquaire et le retable de l'église paroissiale.

  La confusion entre Saint Maurice et sa légion, et saint Acace et ses dix mille martyrs crucifiés pour décrire le sujet du retable de Crozon, même si elle relève d'une erreur assez grossière, se retrouve sous la plume de Potier de Courcy (De Rennes à Brest, p. 339),  sous celle de Gustave Geoffroy (La Bretagne 1905 page 427), sous celle de cette sommité de l'iconographie qu'est Louis Réau (Mathias Grünewald, 1920 p. 255); elle est en fait quasi constante au XIXe et début XXe siècle : Grande encyclopédie de Dreyfus et Berthelot de 1886, Bulletin archéologique de Saint-Brieuc de 1851 page 20, La Bretagne de 1874, Journal de Route et Lettres de Mission de Jean-François Luzel (édition Fr. Morvan 1994 p. 72), Voyage en Bretagne d'Edouard Vallin de 1859 page 206, Contes et Légendes d'Oscar Michon en 1886, etc...  

  Elle a même été commise en 1885 par le biographe du Père Maunoir, alors même que celui-ci, dans un canticou de 1671, avait traduit en breton la légende des Dix mille martyrs crucifiés au mont Ararat. En effet, ce biographe, le Pére Séjourné a écrit : "« Les habitants de Crozon avaient honoré longtemps d'un culte particulier les martyrs de la légion thébéenne, dont ils conservent même quelques ossements dans un riche reliquaire. Mais avec les années, ce culte s'était bien affaibli. Pour le ranimer, le P. Maunoir fit représenter à la procession générale de la mission le martyre de St Maurice et de ses glorieux soldats. Leurs reliques y furent solennellement portées. Etait-ce un effet de mirage, était-ce un prodige ? la foule toute entière, et elle se composait de 7 ou 8.000 spectateurs, put voir se reproduire dans les hauteurs du ciel la scène qui se passait sur la terre ; la procession s'y déroulait dans le même ordre et la même majesté. Les Crozonais n'eurent pas de peine à se persuader que c'était là un témoignage évident de la bonté de Dieu à leur égard, et ils accueillirent par des acclamations de joie répétées le spectacle qui s'offrait à leurs yeux. A cette même procession, qui se rendait à la chapelle St Laurent, un sous-diacre, épuisé depuis longtemps par la maladie, dévoré alors par une fièvre ardente, ne voulut jamais céder à personne l'honneur d'y porter la croix et de la porter à jeun. Sa piété en fut bien récompensée, car à partir de ce jour-là, recouvra une santé parfaite »  SEJOURNE, Xavier-Auguste, Histoire du Vénérable serviteur de Dieu Julien Maunoir de la Compagnie de Jésus, Paris : H. Oudin, 1895

   Ce passage ayant été transcrit intégralement dans la Notice sur Crozon du Bulletin Diocésain de Quimper des chanoines Abgrall et Peyron en 1907, la confusion pu s'amplifier, d'autant que la première description du retable en 1901 par le Dr Corre n'y met pas un terme.

 Il n'est donc pas impossible que cette confusion ait amené un clerc à faire indiquer sur la base de la niche l'inscription St Morice, ou à amener les paroissiens à vénerer ce saint pour participer au culte paroissial des Dix mille martyrs. Tout comme a contrario  il n'est pas non plus impossible qu'un premier culte de saint Maurice d'Aguaune et de sa légion se soit transformé en culte des martyrs du mont Ararat.

 La cuirasse du soldat anonyme est particulière car elle est fortement bombée devant le thorax, selon une mode limitée dans le temps et propre à la fin du XVIe siècle. Une cuirasse de ce type est représentée sur le retable des Dix mille martyrs, portée par l'un d'eux. Ici, l'armure est complète, avec gorgerin, protection des bras, cuirasse, brigandine, jambière compléte avec solerets sur les pieds. Ce soldat est un officier de haut rang, comme son voisin, ainsi que l'atteste le manteau qu'il porte. C'est un chevalier. Son casque est un indice précieux, car il est mieux conservé que celui de "Morice".  Sans être spécialiste, on peut reconnaître la crête et les rebords convexes d'un morion, utilisé au XVI-XVIIe. Tout en mettant en garde sur mon amateurisme, je propose de dater cette tenue des années 1560-1600. 

  Le pélican est un symbole christique de l'Eucharistie et de la Passion, le pélican, selon la légende du bestiaire mystique, nourrissant ses petits de sa propre chair et de son sang : cela confirme que cette poutre de gloire est dédiée à la Passion.

     La poutre est peinte également, dans deux médaillons, de deux vues de ville, qu' il est assez difficile d'identifier.

 

 

Le bénitier : 

chapelle-st-philibert 2111c

 

Liens: 

http://www.crozon-bretagne.com

Topic-topos

Source :

Louis Calvez, Thomas Keraudren  Auguste-Hervé Dizerbo, État des églises et chapelles de la Presqu'île de Crozon en 1978.

 

 

  On déplorera le mauvais état de conservation des statues, déjà constaté en 1978, qui laisse présager une dégradation rapide d'un patrimoine historique et artistique irremplaçable. 

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Published by jean-yves cordier
23 mars 2013 6 23 /03 /mars /2013 19:30

 

     Chapelle de Saint-Hernot à Crozon.

 

Introduction : les chapelles de Crozon.

  La paroisse de Crozon avait frappé l'esprit du Père Le Maunoir par l'intensité de la foi et de la pratique religieuse de ses habitants. Elle compta près de vingt sanctuaires :

  • Église paroissiale Saint-Pierre
  • Saint-Laurent XVIe (Tal-ar-Groas)
  • Saint-Fiacre.
  • Saint-Philibert à Saint-Dregent
  • Saint-Hernot.
  • Saint-Julien (atuellement rattachée à Camaret)
  • Saint-Jean, située au Leidé (1617)
  • Porz-Salut (en ruine en 1804)
  • Saint-Sébastien et le cimetière attenant, 
  • La Madeleine (prés du presbytère, au bourg,
  • La Trinité
  • Sainte-Marine à Morgat : elle fut remplacée par l'église Notre-Dame de Gwel-Mor en 1957.
  • Saint-Louis (Quelern)
  • Saint-Gildas
  • Sainte-Barbe
  • Saint-Nicolas
  • Saint-Guénolé
  • Saint-Michel
  • Saint-Jean de la Palue

Les rôles de décime mentionnent encore Saint-Hervé [Saint-Hernot], Saint-Philippe, Saint-Joseph de Lanveau...

 En 1834, un annuaire indique la fête paroissiale le dimanche le plus près du 29 juin, date de la fête de saints Pierre et Paul : le pardon de Saint-Julien le premier dimanche de mai ; celui de Saint-Hernot le premier dimanche de juillet. Celui de Lanvéoc le dimanche le plus près de la fête de sainte Anne (26 juillet) ; de Saint-Laurent le dimanche le plus près du 10 août ; de Saint-Fiacre le 3ème dimanche de septembre ; et de saint-Jean-Leidez le 24 juin. Il y a donc encore, au minimum, six chapelles ouvertes au culte.

 

La chapelle de Saint-Hernot.

  La presqu'ile de Crozon est le seul endroit où est attesté le toponyme ou l'hagionyme de Hernot . Il semble qu'il faille ne pas le confondre trop facilement avec saint Herbot, saint breton protecteur des bêtes à corne. La carte d'État-Major porte le toponyme St-Ernot, dénomination que reprend Georges Toudouze en 1894 dans Un apôtre, et beaucoup d'auteurs de la mêlme époque. La carte de Cassini porte St-Hernot.

 

  La chapelle se trouve au hameau de Saint-Hernot, sur la route reliant Morgat et la Pointe de la Chêvre, à 6 km au sud de Crozon. 

 

 

    Comme l'indique la date 1669  de la tourelle du clocheton, la chapelle date du XVIIe siècle, mais c'est alors un simple édifice rectangulaire, l'aile sud du transept datant de la seconde moitié du XIXe siècle. Sur le pignon du transept nord se lit la date de 1694 et sur le mur du bras nord : "1652. Y.D.". Elle sert de refuge et de lieu de culte pendant la Révolution pour les prêtres réfractaires est désaffectée puis rendue au culte en 1854. Elle est considérablement agrandie au niveau de la nef et du chœur en 1855 et, en 1874, on construit avec les pierres des chapelles de Saint-Jean à la Palue et de Tromel, l'aile sud du transept. elle adopte désormais un plan en croix latine de 21 m de long et 9 m de large sur une surface de 200 m².

 

 


chapelle-st-hernot 2083c

 

                     chapelle-st-hernot 2082c

chapelle-st-hernot 2079c

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Crucifix.

  Au visage très expressif, il date du XIVe ou XVe siècle et était placé jadis (1776) au dessus du chancel de l'église de Crozon, puis plus tard face à la chaire de la même église jusqu'à la Mission de 1883.

chapelle-st-hernot-2077c.jpg

 

 Saint Pierre

  Statue en bois, XVIIe siècle. Premier évêque de Rome, il a coiffé la tiare pontificale et a suspendu les clefs du paradis à sa ceinture. Il tient la croix papale à trois branches, symbole de la Trinité. Peut-être serez-vous intrigués par un je-ne-sais-quoi d'insolite et de peu catholique dans ce tableau. Était-ce l'impression que notre grand saint ressemblait à un maître coq consultant un livre de cuisine, la louche à la main ? Je faisais taire ce mauvais esprit et cherchais mieux : regardez la vraie croix papale portée par le pape saint-Sylvestre (Wikipédia). Ses trois traverses sont de taille progressivement croissantes ; c'est très important, protocolaire, et immuable.

 

  Ici, un artiste ou artisan, lors d'une rénovation, a négligé de suivre les règles de la paramentique. Soyons indulgent, il réglera ses comptes directement avec l'interessé.

Saint Pierre est le patron de l'église de Crozon, et la statue provient de l'église paroissiale.

 

              chapelle-st-hernot 2056v

 

      Saint Paul.

 Statue en bois, XVIIe siècle, 1,50m. On  identifie Paul  à son attribut, l'épée* ; par son livre et par ses pieds nus, propres aux apôtres.

      * Saint-Paul, citoyen romain, ne fut pas crucifié comme saint pierre, mais eut le privilège d'être décapité à Rome. Sa tête rebondit trois fois, et trois fontaines jaillirent aussitôt, à l'abbaye Tre Fontane. Plus-tard, on enterra là les dix mille martyrs qui avaient travaillé comme des romains à bâtir les Thermes de Dioclétien.

  D'autres localise sa tombe juste sous l'autel principal de la basilique de Saint-Paul-hors-les-Murs .

 

chapelle-st-hernot 2061c

 

Saint Hernot

Statue en bois, 1,40 m, XVIIIe siècle. Patron de la chapelle, il est habillé en évêque. Selon le site topic-topos, cette statue est attribuée aux sculpteurs du roi des arsenaux de Brest. Une autre source (Archives paroissiales) indique que c'est la statue de la Vierge qui provient de ces ateliers.


chapelle-st-hernot 2066c

 

Saint Nicolas.

      Statue en bois du XVe ou XVIe siècle provenant de la chapelle Saint-Nicolas de Rostudel à Crozon. J'ai honte, mais je le dis quand-même : j'avais cru que c'était saint Fiacre avec sa bêche ! Non, c'est un bâton d'évêque ( c'est le pasteur du diocèse de Myre) avec un panneau indiquant, sous une couronne, son nom. 

chapelle-st-hernot 2070c

 

 

 Saint Jean-Baptiste.

  C'est une statue en bois du XVe ou XVIe siècle provenant de l'ancienne chapelle Saint-Jean de la Palue ; elle mesure 1 mètre de haut. J'aime particulièrement cette statue, peut-être parce qu'elle représente mon saint patron, auquel on finit toujours par s'identifier :  peut-être aussi parce qu'elle ne représente pas, pour une fois, sa tête coupée dans un plat, ou comme un nazir, sale, hirsute et vêtu de peaux de bête. Certes il est pieds et jambes nues, certes "le rasoir n'est pas passé sur sa tête", mais il est plus présentable que, par exemple, sur le retable d'Issenheim. 

  Dois-je rappeler que l'agneau qu'il tient se réfère à la phrase Ecce Agnus Dei, qui tollis pecata mundi (Jean 1, 29-36) ?

  

chapelle-st-hernot 2072v

 


       La Vierge à l'Enfant.

Statue du XVIIIe siècle, 1,30 m, sortant des ateliers de la Marine de Brest.

chapelle-st-hernot 2064c

 


      Vierge dite de Marseille.

Dorée, XIXe (?).

chapelle-st-hernot 2081c

 

 

 

 

Bannière de Saint-Hernot.

avec la traduction en breton : Sant Ernot, Pedit evid omp, Saint Hernot, priez pour nous.

chapelle-st-hernot 2058c

 

chapelle-st-hernot 2060c

 

 

Liens : 

http://www.crozon-bretagne.com

www.crozon-bretagne.com

Topic-topos 

Source :

État des églises et des chapelles de la Presqu'île de Crozon en 1978, recteur Louis Calvez, abbé Thomas Keraudren, A.H. Dizerbo.

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Published by jean-yves cordier
20 mars 2013 3 20 /03 /mars /2013 19:15
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Published by Lavieb Aile
19 mars 2013 2 19 /03 /mars /2013 23:05

   Les cristallisations en soleil du quartz 

des alignements de Landaoudec en Crozon.

 

  — Des  alignements mégalithiques à Landaoudec ? Non Monsieur, jamais vu. Le Fort de Landaoudec, oui, celui de 1885-1887, celui qui s'est avéré périmé aussitôt construit (comme tout ceux du littoral, dont la plupart n'ont pas été armés), oui, le voilà. Engageant, n'est-ce-pas ? Saviez-vous que Louis Jouvet est né à Crozon, le 24 décembre 1887, parce que son père avait été embauché par l'entreprise de Félix Mandement à la construction de cette redoute?

landaoudec 2054


landaoudec 2051

 

 

  — Certes, cette redoute est intéressante, et Louis Jouvet est un mégalithe, mais vous n'auriez pas vu, par hasard, des grandes pierres blanches scintillant au soleil et alignées par centaine ?

— Pas plus que de dents dans la mâchoire à Jean. Cela fait des années que j'attends devant cette porte, et, croyez-moi, des grandes pierres blanches, je n'en ai pas vu l'ombre d'une. Vous confondez avec Carnac, Monsieur, c'est un peu plus au Sud.

 — Vous n'y êtes pas, et si je relis Christophe Paulin de la Croix...oui, c'est le chevalier de Fréminville...dans ses Antiquités de Bretagne, c'est à la page 10 , voilà : "autour du moulin de Landaoudec et de son manoir, dans la lande, un sanctuaire druidique considérable, avec tous ses accessoires...deux rangs parallèles de pierres, les unes plantées, les autres posées simplement sur le sol, forment une sorte d'allée ou d'avenue longue de soixante dix toises"...

— Pardon ? 

— Ah oui, 70 toises, une toise correspond à deux mètres, donc une allèe de 140 mètres ... qui se serait volatilisée ?

— Dites, il a écrit ça en quelle année votre chevalier de Pépinville ?

— Fréminville, Fréminville, c'est écrit en 1835. Et une autre enceinte, carrée, de 34 toises (74 mètres) sur 26 (52 mètres). L'ensemble mesuraient 175 toises, 250 mètres si vous voulez, et les deux plus grands menhirs mesuraient 7,5 et 6,5 pieds de haut, soit 2,5 et 2,2mètres. Flaubert et son ami Maxime du Camp sont venus s'amuser à y faire des fouilles clandestines en juin 1847. Et en 1843, lorsque Bachelot de la Pylaie a découvert ce site dont il a donné une description de 40 pages (vous vous rendez compte !) il a dénombré 298 pierres et a conclu à "l'un des plus beaux monuments de Bretagne" !

Voyez le plan : ces menhirs sont plus hauts que les visiteurs, même coiffés de leur haut-de-forme :


 landaoudec Fréminville

— Retournez donc voir vers Kervéneurez, il y a là deux cailloux en plein milieu d'un champ, si ça vous intéresse.

  Si cela m'intéressait ! C'était, enfin trouvé, Le menhir fendu qui se trouvait jadis prés du moulin de Landaoudec, Ar Men hir, celui dont Fréminville écrivait (p. 11) "Ce dernier, qui est dans le sud du moulin, est remarquable en ce qu'il a été fendu verticalement en deux ; les deux surfaces de la cassure sont d'une netteté si étonnante qu'on ne devine pas par quel moyen on a pu l'opérer". Bachelot de la Pylaie le décrit "fendu par la foudre", et en donne une illustration où il apparaît beaucoup plus impressionnant. C'est que, en 1997, sa moitié sud a basculé lors d'un débroussaillage. Jean Mornand, qui en donne une description détaillée (que je vais citer désormais) en 1998, écrit "Il faut s'attendre à voir disparaître un jour ce beau menhir." (Cf Sources, p. 66).


DSCN0267c

 

" Les dimensions sont de 2,6 x 1,3 x 0,8 m et 2,2 x 1,3 x 0,9 m"


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Pourtant, si j'étais ici, à traquer l'un des tout derniers menhirs de Landaoudec, ce n'était pas pour me préoccuper de l'intrigante question du mégalithisme, des cultes liés aux sépultures ou, comme le commandant Devoir au début du XXe siècle, pour y repérer un ancien observatoire astronomique. C'était, plus simplement, pour en admirer la roche.

  Celle-ci est décrite dans l'ouvrage de Jean Mornand avec une emphase retenue mais vibrante qui laissait soupçonner quelque chose d'exceptionnel : 

   "Le pierres utilisées pour les menhirs de Landaoudec sont exceptionnelles et peut-être uniques pour des mégalithes. Ce sont des masses de cristaux de quartz en rosette, pyramidés en extrémité, le plus souvent blanc laiteux, rarement hyalins, parfois colorés en jaune, rose.Nous avons vu des dalles rejetées dans un talus recouvertes de milliers de cristaux de quartz rose pyramidés. Les cristaux étoilés rayonnant peuvent être observés dans [le grand menhir fendu]. On imagine ce que pouvait être à l'origine, scintillant sous le soleil, plus de 300 pierres en cristaux de quartz. Le spectacle unique ne pouvait que soulever l' admiration et le recueillement".

  Ce quartz étant inconnu en Presqu'île, Jean Mornand envisageait alors un transport de blocs de plusieurs dizaines de tonnes le long de la vallée du ruisseau de Kerloc'h, ces Transports Grande Distance étant, pour les hommes préhistoriques, jeu d'enfant et monnaie courante, pourvu qu'ils soient fort nombreux à s'y mettre.

 

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  C'est alors qu'interviennent Louis Chauris et Didier Cadiou dans un article de la revue Avel Gornog n°8 de juin 2000 Mégalithisme et géologie, les alignements de Landaoudec en Crozon ou la mise en évidence d'un filon quartzeux insoupçonné. 

  Il est difficile d'ignorer, vu le nombre et la qualité de ses articles, que Louis Chauris est un géologue chevronné, directeur de recherche retraité du CNRS à l'Université de Bretagne Occidentale, qui se consacre au géopatrimoine, à l'étude de la provenance des matériaux de construction des monuments bretons, et que la Rade de Brest et la Presqu'île de Crozon sont les terrains qui ont le mieux profité de ses compétences.

  Didier Cadiou a d'abord constaté par sa prospection que, quoique le "sanctuaire" mégalithique de Landaoudec  ait été dévasté depuis ses premières descriptions par Fréminville, il parvenait néanmoins à retrouver quelques 200 blocs de quartzite autour de Landouedec, le plus souvent en bordure des champs cultivés. 

  Louis Chauris a alors écarté l'hypothèse conçue par Jean Mornand  d'un "quatrz tertiaire" de formation superficielle, pour affirmer qu'il s'agissait d' un "quartz d'origine hydrothermal c'est à dire formé le long de failles, à une certaine profondeur dans l'écorce terrestre et mise au jour par l'érosion", la texture radiée tant admirée par Mornand, qu'adopte si fréquemment "les cristaux groupés en rosettes sphérolithiques" étant précisément la preuve de cette origine profonde. "Fréquemment, apparaissent au sein des masses quartzeuses des éléments anguleux plus sombres, plus ou moins intensément silicifiés, reliques ultimes de la roche encaissant le filon".


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  Dés lors, les auteurs pouvaient postuler l'existence d'un puissant filon de quartz hydrothermal en profondeur, totalement insoupçonné jusqu'alors par les géologues, et qui amène à s'intéresser avec la même hypothèse au quartz des menhirs de Raguenez (près de l'Aber) ou de blocs comparables à Telgruc.

  Ce serait l'érosion différentielle qui aurait fait apparaître ces blocs inaltérables à la surface du sol, dans une orientation ("un alignement") identique à celle du filon. Face à leurs grandes dimensions, à leur nombre et surtout à la beauté de leur blancheur scintillante et de leurs motifs en soleil, les habitants des temps mégalithiques les auraient dressés et alignés, sans les façonner (ce que leur texture rendrait impossible). "Comme, dans la région, les failles sont souvent orientées NNE-SSW, on pourrait peut-être, tout au moins à titre d'hypothèse, estimer que le filon a, approximativement, une telle direction."

  La présence de houx (de gros buissons sont par exemple visibles à gauche de l'entrée du fort) est aussi une confirmation de la présence de ces quartz in situ, car cette plante est typiquement silicole.

 

  Finalement, cette hypothèse rejoint la réflexion de Jean Mornand qui, dans un chapitre introductif de son ouvrage, page 16, après avoir présenté les théories expliquant les grands alignements mégalithiques par des sanctuaires où les populations se réunissaient pour des cultes funéraires ou de fécondité, ou par le souci de dresser des symboles phalliques, ou par la construction d'observatoire astronomique, observe que "des orientations peuvent être dues plus simplement à des raisons géologiques ou topographiques, comme il semble en exister en Presqu'île de Crozon."

 

  Il reste, et c'était là l'objet modeste et essentiel de mon article, à admirer les cristaux convergents en soleils ou en étoiles.

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Sources :

Jean Mornand, Préhistoire et protohistoire en Presqu'île de Crozon, tome 1 Crozon-Lanvéoc, inventaire des mégalithes, Edit. Etre Daou Vor, Crozon 1998, 272 p.

 Louis Chauris et Didier Cadiou  Mégalithisme et géologie, les alignements de Landaoudec en Crozon ou la mise en évidence d'un filon quartzeux insoupçonnéAvel Gornog n°8,  juin 2000 pp. 48-49.

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Published by jean-yves cordier
18 mars 2013 1 18 /03 /mars /2013 20:41

  Le "Pont gaulois" de Kervon à Crozon (29).

 

 

Résumé : 

   A coté d'un gué dallé traversant la rivière de Kerloc'h et par où passait une antique voie qui cotoie des villae gallo-romaines, des témoignages gaulois et mégalithiques, un pont a été ré-aménagé (peut-être sur une ancienne passerelle) à la fin du XIXe siècle en réutilisant des pierres mégalithiques provenant d'un dolmen de Poulmic. Il s'agit de deux dalles, l'une de quartzite, l'autre de schiste présentant quatre à six cupules. C'est donc, actuellement, un ensemble composite, mais d'un intèrêt réel, et imposant de sérieux devoirs de préservation. Le mégalithisme de Crozon date de 3000 av. J.C (J. Mornand), la période gallo-romaine des quatre premiers siècles de notre ère.

 

 

 

 

Sur la route D63 qui se rend de Tal ar Groas à Lanvéoc, on peut voir sur la gauche un panneau vert où est écrite l'inscription "Pont Gaulois". Le promeneur curieux emprunte alors une route en direction de Kervon et découvre, 800 mètres plus tard, juste avant le hameau de Kervon, un pont de pierre qui enjambe incomplètement le Ruisseau de Kerloc'h. Ce ruisseau long d'une vingtaine de kilomètres prend sa modeste source sur les hauteurs de l'Anse de Poulmic, près de la cote 57, pour s'écouler selon un cap plein Ouest vers l'étang puis le village de Kerloc'h ["le village du loc'h", de l'étang ] avant de rejoindre la mer au nord de l'Anse de Dinan. 

 

              pont-gaulois 2044c

 

  Ce pont est composé de deux pierres rectangulaires, grossièrement plates, posées sur un assemblage de blocs, et sur lesquelles deux gaulois auraient bien du mal à se croiser. Comme le pont est incomplet, on imagine que jadis, une troisième pierre terminait le passage.

 

pont-gaulois 2046c

 

 Un pont gaulois ? je cherche en vain des images et des informations sur la toile. Le pont figure bien sur la carte IGN, mais pas sur la carte de Cassini.

C'est dans la Revue Avel Gornog n°8 de juin 2000, dans l'article de Jean Mornand Archéologie et Voie antique de Landevennec à Landaouec, pp. 24-27, que je trouve l'information:

 " Rappelons au sujet du gué de Kervon qu'il a été doublé à la fin du XIXe siècle d'un pont dont les dalles, l'une à cupules, ont été prélevées au dolmen de Poulmic aujourd'hui disparu."

 Il s'agit donc nullement d'un pont gaulois, mais il mérite notre intérêt pour les pierres mégalithiques à cupules provenant du dolmen de  Poulmic à Saint-Efflez. Je le trouve ainsi recenser sur un site spécialisé Mégalithes du monde. 

 Je poursuis ma recherche directement dans l'ouvrage de Jean Mornand Préhistoire et protohistoire en Presqu'île de Crozon, Ed. Etre Daou Vor, 1998, tome 1, p. 155 : " En 1975 paraissait l'ouvrage sur la Presqu'île de Crozon publié par Louis Calvez, curé de Crozon. Dans le chapitre rédigé par J.L. Éveillard sur l'époque gallo-romaine, on trouve, page 42, une belle photographie du pont archaïque (prés de Kervon) accompagné, page 43, d'un court commentaire : "il (le chemin) franchit la rivière à Kervon, par un gué dallé doublé d'une passerelle d'aspect archaïque". Or, une enquête en 1968, auprès de M. Henry, à la Boissière, nous apprenait que la (les) dalle(s) supérieure(s) de ce pont avaient été transportée(s) du Poulmic par son père, au siècle dernier, et provenait du dolmen de Poulmic. Un examen sur place nous montrait que le tablier du pont était constitué de deux grandes dalles, l'une en quartzite, l'autre en schiste. Cette dernière comportait quatre cupules, venant ainsi confirmer son origine mégalithique. nous avons communiqué cette information en 1975 au directeur des Antiquités. Elle fut reprise en 1977 par Alain Le Bloas. dans un dossier "Abgrall", conservé à la bibliothèque de Quimper, A.H. Dizerbo a trouvé une lettre de A. Devoir du 21 août 1919 dans laquelle il est fait mention du pont mégalithique de Kervon, dont une dalle comporte des cupules. En 1995, Michel Le Goffic, Archéologue départemental, découvrait d'autres cupules sur une grosse pierre gisante au voisinage du pont. Notons aussi que deux belles dalles funéraires en ardoise, datées du début du XIXe siècle étaient encore visibles (vers 1970) en prolongement sud du tablier du pont. Elles ont disparu depuis."

   " La position du dolmen de Poulmic que nous donnons sur le plan correspond sensiblement à celle donnée par P. du Chatellier sur sa carte de 1902. ce monument n'existait plus lors de sa deuxième édition de son inventaire, en 1907. L'emplacement le plus probable de ce dolmen situé à 1 km au sud du manoir de Poulmic, est révélé par le toponyme grunguelde Krugell, «tumulus». "

 

 

  Muni de ces informations, il me restait à retourner découvrir les fameuses "cupules" dont la présence m'avait échappé à ma première visite ; j'en comptais six au total :

                          DSCN0260c

DSCN0259c

 

                               DSCN0261c


   Le mystère des cupules mégalithiques :

  Parfaitement incompétent en matière de pré- ou de protohistoire, je me souvenais pourtant qu'un panneau m'avait signalé la présence de telles cupules sur une pierre de seuil de l'enclos paroissial de Sainte-Marie du Menez-Hom en Presqu'île de Crozon témoignant d'un réemploi de matériel mégalithique; il convenait cette fois-ci d'approfondir sans scrupules mes connaissances, ou, plutôt, de mesurer la largeur, la longueur, la profondeur et la hauteur du nuage d'inconnaissance qui  couvrent pudiquement ces cupules : les savants sont, du moins, unanimes pour déclarer que ces entonnoirs sphériques de 3 à 5 centimètres ne sont pas des phénomènes naturels, mais que c'est l'artifice de l'homme qui les creusa, il y a très longtemps. Elles accompagnent parfois d'autres entailles, en forme d'empreintes de pieds, ou des motifs géométriques comme des losanges, des spirales, des stries. Parfois elles sont reliées en haltère.

  Ce serait, disent les uns, des "pièges rituels d'ombre et de lumière" celle-ci miroitant grâce aux reflets de l'eau de pluie qui ne peut manquer de s'y accumuler. Ces jeux d'eaux et de lumière accompagneraient les défunts vers des jours meilleurs.

   Comme on les trouve sur des pierres sacrées comme les menhirs et les dolmens, d'autres y voient la marque d'un vœu buriné en creux dans la puissance sacrée de la pierre. On les rapproche des idoles à clous africaines, ou des statues de saints et saintes que les paroissiennes piquaient de leur épingles pour obtenir la réalisation d'un désir (épouser le beau Bobby, avoir de beaux bébés), et on imagine même qu'on récoltait peut-être la poussière pour l'ingérer [ c'est ainsi que saint Guénolé, dans la banlieue de Brest, assurait la fécondité de ses fidèles ].

  André Leroi-Gourhan (1964) y voyait "le point d'émergence du symbole graphique", point où se rencontre les deux eléments du couple qu'il étudie, la "main-outil" et la "face-langage" et où se lient les deux sources de l'expression celle de la motricité verbale, rythmée, et celle du graphisme entrainé dans le même processus dynamique" : les comparant aux churingas australiens, ces plaquettes de pierre ou de bois figurant le corps de l'ancêtre mythique, il imagine  un officiant creusant la pierre d'un geste répétitif et rythmé, scandé par des incantations afin d'ancrer une intention magique, une prière, un exorcisme dans la pérénité de la pierre : ainsi le geste devient verbe imprimé et lithographié.

  Faut-il citer Trissotin qui pense que ces cupules recueillaient le sang de sacrifices humains? Philaminte qui les associe aussi au culte de la fécondité pour les observer sur des pierres en forme phallique ? Bélise qui y voit un labyrinthe ? Vadius, lui, sait que ces pierres à ecuelles sont un balisage codé réservé aux initiés pour les guider vers la grande guérison. Philautia, qui est géobiologue, et Anoia, qui se pique de radiesthésie, vous prouveront que les pierres qui les portent ne sont jamais placées, tant s'en faut, au hasard, mais sur les points d'acupuncture de Gaïa, notre mère à tous. Komos pense que ces godets servaient à quelque émule du docteur Bach à préparer, dans l'eau de la rosée, par des herbes choisis, de puissants élixirs, pour s'en enduire et, exposé aux pleurs d'un ciel matutinal, attendre que l'astre de Sélène l' hume en humant la rosée. 

  Tryphe y voit un shéma très élaboré des constellations, mais ce culte astral attend toujours son Champollion.

   Emsare suggère que ce ne sont que les marques de friction laissées par nos ancêtres, quand, frottant d'un archet zélé la baguette de bois sur un lit d'amadou, il allumaient le feu. Mais les essais pratiqués lui donnet tort. Egretos voit, dans la nuit des temps, briller de nombreuses lampes à huile, huile dont on remplissait ces cavités : et c'était fort commode.

  En Haute-Maurienne Vannoise, elles sont nombreuses dans les couloirs d'avalanche : nul doute qu'elles témoignent d'un système de protection ; car nous autres, modernes dénaturés, avant perdu tout sens des anciens savoirs. Nous flottons dans une mer de sargasse, coupés de nos racines. L'étendue de notre inculture est consternante ; ainsi, au dessus de Lans-le-Villard, une de ces pierres à cupules, la Pierre aux Pieds de Pisselerand est aussi marquée par des empreintes de pieds : à 2750 mètres d'altitude, une race d'homme capable d'y monter a jadis existé là, qu'aucune science n'a encore décrit. C'est sans-doute en raison de leur petite taille, car ces marques de pieds ne sont pas bien grandes.


Les anciennes voies de la Presqu'île.

 

 Si le tablier de pierre de ce pont n'est pas gaulois, mais mégalithique, datant du néolithique, et s'il n'a été placé ici qu'à la fin du XIX-début du XXème siècle (de notre ère), il n'en demeure pas moins que cette aménagement récent a peut-être renforcé ou remplacé un pont plus ancien, mais dont on ait perdu la trace.

  Par contre, il est certain que le gué pavé que ce pont vient doubler est, lui, bien attesté, puisqu'il permettait à un ancienne voie de traverser le Kerloc'h.

 Jean Mornand la décrit comme une division de la route Landevennec-Landaoudec. A partir de Landevennec, elle suivait la ligne de crête passant par l'actuel manoir d'Hirgars, traversait les bois de Poulmic au nord de Luguniat jusqu'à Saint-Efflez (où se trouvait à Ar Grungel le dolmen qui a procuré notre pierre à cupules). A Botsant, elle passait près d'un ancien camp antique. Elle pouvait desservir le rivage du Poulmic, où des habitants pouvaient traverser la rade. 

 C'est à Botsant que la voie se divise en une branche qui suivait la crète vers l'alignement mégalithique de Landaoudec, un ensemble considérable, riche de quelques 300 pierres dressées et de deux dolmens. C'est l'autre branche, qui descend vers le sud-ouest, qui va franchir le ruisseau de Kerloc'h par le pont ; auparavant, elle aura traversé Guenatec et cotoyé le site gallo-romain de La Boissière (La Bouessière, dérivé de beuzit, "le buis"), microtoponyme révélateur de ruines romaines, le buis ayant été introduit en Gaule à cette époque. En 1980, en creusant les fondations d'une maison, les thermes d'une villae ont été découverts ; par ailleurs des monnaies et céramiques du Ier au IVe siècle ont été découverts dans les champs voisins (notre "pont gaulois" se situe à 350 mètres au sud ouest de la Boissière). On y a découvert aussi un fragment de bracelet en verre gaulois, et une monnaie gauloise avec l'inscription ARIVOS / SANTONOS, témoignages d'une occupation plus ancienne, et aussi des silex taillés datant du néolithique.

  Jean Mornand fonde aussi son étude par celles de la toponymie, qui garde la trace de l'ancienne occupation du sol. Je signale pour ma part que le toponyme  Kervon a pu être rapproché du Caerpont qui apparaît dans la charte 11 du cartulaire de Landevennec.

  L'ouvrage de Louis Calvez consacre plusieurs pages à ces anciennes routes. Page 43, on lit : 

  " Pour le site de Buzit, en Lanveoc, Bachelot de la Pylaie avait remarqué déjà qu'il réunissait les conditions recherchées pour l'implantation de grandes villae : un coteau exposé au midi, ménageant nune vue agréable sur le vallon verdoyant du Kerloc'h, bien protégé "des vents du sud et du nord par des terrains plus élevés". Un chemin privé assurait la communication avec l'extérieur ; il franchit la rivière à Kervon, par un gué dallé doublé d'une passerelle d'aspect archaïque ; plus à l'ouest, aux environs du bourg de Crozon, il vient se fondre dans la voie principale en décrivant un angle très fermé.

  De ces routes, on trouve une carte dans l'article de Jean Mornand, page 24, et dans l'ouvrage de Louis Calvez, page 34.

carte-IGN-Crozon-Tal-ar-Groas.png

 

Liens : 

Topic-topos, Gué de Crozon . 

    G. Guénin : Les menhirs à cupules du Finistère, Bull. Soc. Préhist. France 1915 vol.12 n°4 pp. 202-212

Sources : 

 Jean Mornand Archéologie et Voie antique de Landevennec à Landaouec, pp. 24-27,Revue Avel Gornog n°8 de juin 2000.

Jean Mornand Préhistoire et protohistoire en Presqu'île de Crozon, Ed. Etre Daou Vor, 1998, tome 1, p. 155

 Louis Calvez La Presqu'île de Crozon Histoire-Art-Nature, lLe Livre d'Histoire, 2005 pp. 34-43.

 Remerciements:

à Didier Cadiou pour son aide et les renseignements fournis.

 

 

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  • : Le blog de jean-yves cordier
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