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19 septembre 2012 3 19 /09 /septembre /2012 22:55

          La chapelle Saint-Trémeur

               à Plougastel.

 

  Située sur la kordennad de Rozegat¹ sur la côte sud-est de la presqu'île, avant le village de Saint-Trémeur et la grève de Pors-ar-loc'h , cette chapelle est la plus petite des huit chapelles de la commune, mais elle fut autrefois très fréquentée : une messe mensuelle y était célébrée, deux pardons s'y tenaient à la Sainte-Trinité et le quatrième dimanche d'août et le jour de la fête de saint Marc, on y venait en procession depuis l'église paroissiale située à 3 kilomètres. On y apprécie son beau placître planté de hêtres, de chênes et de châtaigniers, ou bien on se rend à la fontaine de dévotion située à une centaine de mètres en contrebas.

  Au breuriez¹ de Saint-Trémeur appartiennent aussi Lanrivoas, Tévenn, Kergolle et Kervengant.

    Je lis que la chapelle appartenait à la seigneurie de Kergoat, Le Lez et Roscerf. Je fais le lien (sans confirmation) avec la famille Buzic de Kerdaoulas , dont les armes sont de gueules à six annelets d'argent et la devise Comzit mad, "parler bien",   et avec la famille de Roscerf (ou Roscreff, actuel Rossermeur) en Plougastel, dont le cri était Pour les biens bon espoir

 Selon Tudchentil.org http://www.tudchentil.org/IMG/pdf/Genealogie_Roscerf_-_Fonds_des_Blancs-Manteaux.pdf , Marguerite  Buzic, héritiére d'Even Buzic Sr de Kergoët avait épousé en 1416 Olivier du Roscerf, qui était gendarme de la garde du duc en 1427. Un autre Even Buzic, héritier, sr de Kergoêt et sr de Roscreff, fit en 1429 un contrat de fondation avec l'abbaye de Daoulas (http://fr.wikipedia.org/wiki/Saint-Urbain_(Finist%C3%A8re)#cite_note-12Les armes des Buzic de Kerdaoulas sont présentes sur la tour de la chapelle de Fontaine Blanche.

   On ignore l'histoire de ses origines, et les premiers éléments sont la date de 1581 placée près de la fenêtre sud, et celle de 1636 au nord. Au XVIIe siècle est construit le clocher ; la cloche fut refondue en 1738.

Le pardon a lieu le deuxième dimanche de juillet.

¹. Sur les "kordennad" et les "breuriez", voir  Sainte Gwenn à la chapelle St-Guenolé de Plougastel.


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Inscription en Kersanton sur la façade sud : 

 Y : VIGOVROVX : FF : FAICT : FAIRE : CETTE CHAPE(LLE)P 1581

 On ne considère pas qu'il s'agit d'une inscription de construction, mais de rénovation de la chapelle par le fabricien.

  Toute inscription a ses mystères : le Y initial a la forme d'un V, le X de Vigouroux est très élégant, les initiales FF remplacent d'habitude la formule "fait faire" qui n'est pas omise ici, le mot "faire" est plutôt écrit FAIRA, la fin de "chapelle" est un P.

  Le patronyme Vigouroux est répandu à Plougastel ; on le retrouve inscrit sur le grand calvaire de Plougastel (1604...O.Vigouroux curé).

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Inscription sur la façade nord.

   Celle-ci porte la date de 1636; elle indique F : IVLIANF. 1636 avec un bel exemple de N rétrograde.

  On peut s'interroger sur cette inscription car Julian n'est pas un patronyme de Plougastel. Difficile d'y voir une relation avec la Mission que prêcha Julien Maunoir en 1644.

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Vue générale de l'intérieur

 Le plan est rectangulaire ; en 1930, le curé de Plougastel, qui était l'abbé Uguen, a fait construire un transept qui a été détruit en 1972. La chapelle étroite et basse est la plus petite de la paroisse. elle est éclairée par cinq fenêtres, en plein cintre sauf la baie orientale qui date du XVe siècle et est ogivale. La voûte est couverte d'un lambris peint uniformément en bleu ciel.

  Le pavage de schiste (le matériau local) et le crépis blanc des murs lui donne une atmosphère simple et recueillie et mettent en valeur les six statues anciennes et le socle de granit, à droite.

 

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Saint Trémeur

Statue en bois polychrome du XVIIIe siècle, h : 1,20m. Le saint porte sa tête (statue céphalophore) de la main gauche et la palme du martyre à droite. il porte une robe rouge à ceinture et à revers dorés, et un camail marron.

 

  Son nom, en breton sant Tréveur, anciennement Tremoch vient de Trech, "victoire" et mor, "grand". Il est le fils du roi de Domnomée Comonor et de sainte Tréphine, qui est également une sainte céphalophore puisque la mère et le fils eurent tout deux la tête coupée par le cruel Conomor, qui ne voulait surtout pas de fils pour lui ravir sa couronne. 

  La vie de sainte Tréphine a déjà été découverte ici : Chapelle Sainte-Tréphine à Pontivy.. Mais la vie de saint Trémeur est écrite par Dom Lobineau dans la Vie de saint Gildas ici : Guy-Alexis Lobineau, La vie des saints de Bretagne et des personnes d'une éminente piété, Rennes, 1725 page 76  :http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5494000p/f115.image.r=Tr%C3%A9meur.langFR

 

  "Son fils reçut au baptème le nom de Gildas, à quoi  pour le distinguer du saint Abbé on ajouta dans la suite le surnom de Trech-meur. L'enfant fut mis dès ses premières années dans le monastère de Rhuys, où il fut instruit aux lettres & à la piété, & fit des progrès surprenans dans celle-là & dans celle-ci. Sa vie angélique etoit accompagnée de miracles que Dieu operoit par son ministère. Ses actes, tirez par l'auteur de la Cronique de Saint-Brieuc de l'ancien Bréviaire de Quimper assurent qu'il fut tué par son père qui l'aïant trouvé qui se promenoit à la campagne un dimanche après l'office, lui coupa la tête. C'est apparemment la raison pourquoi saint Trémeur est appelé Martyr & invoqué sous cette qualité dans les litanies angloises du VIIe siècle".

 

 

 Ce n'est donc pas dans dom Lobineau que se trouve la légende selon laquelle, après son décollement, Trémeur prit sa tête entre ses mains et l'aurait porté jusqu'à la tombe de sa mère à Sainte-Tréphine, dans les Côtes-d'Armor, paroisse où il aurait été enterré.

  Il est fêté le 8 novembre.

Ses autres lieux de culte sont :

  • Les églises des paroisses de Kergloff (29), Carhaix (29), Camlez (22) 
  • La Chapelle St-Trémeur à Cléden-Cap-Sizun (29)
  • Chapelle St-Trémeur à Le Guilvinec (29)
  • Chapelle St-Trémeur à Guerlesquin.

 

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Le Père Eternel et les deux "anges gardiens".

  Sculpture du XVIe siècle, ou du XVIIe . H= 1,20m

  Ce personnage à la barbe exubérante et à la tiare palmier n'est autre que Dieu, Dieu-le-Père échappé d'une Trinité où il tenait le Fils entre ses Bras et le Saint-Esprit volant entre les Deux.

  Le détail original, ce sont les deux anges qui le désignent du doigt à l'enfant que chacun tient par la main. Vêtus d'une robe rouge superbement ornée de galons verts qui se fixent en beaux drapés sur des boutons or , chaussés de bottes ou guêtres enrichis des mêmes galons, ils sont magnifiques. Ici, on les désignent du nom, bien logique, d'Anges gardiens. Mais ils me rappellent un ange de l'église de Collorec, qu'on avait dénommé Raphaël guidant Tobie :

collorec 1646c(Collorec )

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Saint Sébastien

Bois polychrome, XVIe, h = 1,25m

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Vierge à la démone.

Bois polychrome, XVIIe, h = 1,20m

  C'est encore une très belle statue, où l'aspect très humain de la Vierge et de son Fils contraste avec le fait qu'elle écrase, en Vierge de l'Apocalypse, la démone à la queue de serpent tenant la pomme de la Chute dans la main.


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Saint Luc

Kersanton, XVIe, h = 1,15m

  Elle pourrait appartenir à un ensemble des quatre évangélistes avec chacun son attribut, son Livre, et un phylactère portant, par exemple, l'incipit de son Évangile. On croirait discerner l'inscription...

  (A Aix, dans la cathédrale Saint-Sauveur, ce sont des hexamètres du Carmen Paschale de Sedulius qui sont associés aux évangélistes ; pour Luc, l'inscription est : lura sacerdotii Lucas tenet ore iuvenci)

  Le détail qui m'interroge est l'objet que tient le taureau dans sa gueule : un encensoir ? On sait que le taureau est associé à Luc en raison des premires mots de son évangile qui mentionnent le sacrifice offert par Zacharie : ici, s'agit-il d'un objet rituel?

 On remarque aussi la base de la statue en pierre et l'ange qui y est sculpté.


 

                                                  tremeur 8208c

 


Saint Marc ?

bois polychrome, XVIIe, h = 1,10m

  Il tient un livre, mais a perdu l'objet qu'il tenait de la main droite. Si c'était une palme, ce serait un saint Joseph (le chanoine Perennes indique que la chapelle fêtait la Saint-Marc, la Saint-Joseph, le lundi de Pentecôte et la Saint-Riou).

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Christ en croix

Bois, XVIe siècle.

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Saint Roch

Pierre de kersanton polychrome, XVIe, h = 0,80m.

  Ce saint avait perdu sa tête et elle avait été très grossièrement refaite en ciment : mais enfin, peut-être en priant saint Antoine de Padoue, on l'a retrouvé, et il a désormais meilleure mine, malgré le teint terreux de la kersantite. De saint Roch, il a la tenue de pélerin (cape et chapeau), le baton, et le bubon de peste sur la jambe droite.

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Pietà, panneau sculpté

Bas-relief du XVIIe, bois polychrome, h = 0,69m

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Piedestal en kersanton

placé à gauche de la porte d'entrée, mur coté sud. Il représente deux anges portant le saint Graal.

 

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  Bénitier

  Sous ce bénitier, une cavité rectangulaire : les fidèles qui souffrent de céphalées y placent leur tête tout en priant saint Trémeur : 

  Ni ho ped a greiz halon

Aotrou, Sant Tréveur hor Patron

Da rei d'eom-ni re ho dre ho skoazel

Eur vuhez fur, iac'h ha santel.

Nous vous prions de tout coeur / Monsieur saint Trémeur notre Patron /Que nous soit donné avec votre aide / Une vie sage, saine et sainte. (Refrain du cantique de saint Trémeur)

 

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  Ne pourrait-on penser que ce trou servait jadis à l'écoulement d'une source aux eaux thérapeutiques ? 

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Calvaire

  Il est daté vers 1600.

  Sur son coté Est, les statues géminées posées sur les croisillons à boules montrent saint Trémeur à gauche et saint Gildas, son protecteur à droite.

 

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Saint Trémeur:

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  Du coté Ouest, c'est la représentation habituelle du Christ en croix entouré de la Vierge et de saint Jean. Au pied du Christ, trois anges portent le calice du Précieux Sang.

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Published by jean-yves cordier
15 septembre 2012 6 15 /09 /septembre /2012 22:22

La chapelle de La Houssaye à Pontivy (suite).

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I. Présentation.

Une pierre  située dans le choeur porte une inscription découverte par le chanoine Guillon (curé de 1924 à 1926)  :  CESTE OPEUVRE FUT COMMANCEE LE XVIIE  JOUR DE MAY LAN M CCCC XXX V AUX "cette oeuvre fut commencée le 17ème jour de mai 1435".

 Note : Elle est citée le plus souvent comme "ceste opure fut commencée le XVIIe jour de May l'an MCCCC.XXX.VI", mais le mot "opure" n'existe pas en moyen français. Le mot réel comporte plus de lettres.

L'orthographe "commancée" est attestée en moyen français. Le dernier chiffre devrait être "VI" et je lis "V aux", "V an"  ou quelque chose d'approchant.

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    C'est donc en 1435 que fut bâtie cette chapelle sous le duc Jean V le Sage et sous la juridiction du vicomte Alain IX de Rohan le Grand dit le Batisseur (v1382-1462) et Marguerite de Bretagne, en même temps qu'il implantait la sidérurgie aux forges de Pontivy et qu'il construisait l'église de Kernascleden. Elle comporte une nef du XVIe siècle avec un seul bas-coté sud, un transept et un choeur à chevet plat. La nef et la croisée sont séparés par un chancel surmonté d'un Christ en croix de la fin du XVe.

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II. Inscription du clocher et N rétrograde.

  Si le portail occidental date de 1730, le clocher porte la dete de 1779 inscrite sous la deuxième balustrade. On y lit, coté nord, l'inscription suivante :

O : LE GUENNECPTREETCHAPLIN

Dans cette inscription O. Le Guennec prêtre et chapelain, les trois N sont rétrogrades, avec la barre transversale inclinée en bas et à gauche.

L'inscription complète serait LLE ELLOUX TRESORIAE R.S. OLE GUENNEC PTRE ET CH PET 17 L.  MLEBAR RECTEUR 1779...(?) Marie Bour (?) (Relevé des Monument historiques). 

  Je note que Louis-Marie Le Bare "bachelier en droit civil et canon" était recteur de Noyal-Pontivy de 1773 à 1791, et qu'un Le Guennec était en 1791 curé de Kerfourn, ancienne trève de Noyal-Pontivy.

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Le troisième étage de la tour abrite une cloche de 1934 due au fondeur de Villedieu-les-Poêles André Peeters. La flèche du clocher ne fut réalisée qu'au début du XIXe siècle.

 

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III. Vierge à l'Enfant 

Façade occidentale .

  Cette statue en bois de Vierge à l'Enfant est une fidèle copie de la statue qui occupait la niche avant d'être placée à l'intérieur pour la protéger : nous la retrouverons, à droite du retable. Elle a été réalisée en 1991 par Henri Fondeville, sculpteur à Bubry.

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Armoiries : placées à droite de la baie du chevet

Je vois douze billettes, au canton dextre chargé d'une main en pal  , devise En Dieu ...

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IV. Vitraux

  1. Baie du chevet, le tympan du XVe siècle . 

Je l'étudierai de bas en haut : le "blasonnement" d'amateur n'est là qu'en note de mes efforts de déchiffrement.

 Françoise Gatouillet et Michel Herold (Les Vitraux de Bretagne, Corpus Vitrearum, P.U. Rennes 2005) s'appuyant sur l'étude de la chapelle par André Mussat (Congrés archéologique 1983) situent sa réalisation sous le règne du duc François Ier de Bretagne et de son épouse Isabeau d'Ecosse, soit entre 1442 et 1445. La partie inférieure et principale de la baie, soit 5 lancettes trilobées, contient un vitrail de 1901 de Lux Fournier de Tours consacré à l'Assomption de la Vierge, scène offerte par l'abbé Le Beller, recteur de Noyal.

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a) en bas 5 trèfles ou trilobes contenant 8 écus sur fond de feuillage en grisaille et jaune d'argent. 

  Nous trouvons de gauche à droite :

  • Les armoiries mi-parties des Rohan de gueules à sept (ici six) macles d'or 3,3,1 et d'hermines, qui est de Bretagne , 
  • de gueules à cinq besants d'or ; les armoiries de Malestroit sont de gueules à neuf besants d'or, 3, 3 et 3, mais sont retrouvées de gueules à cinq besants en sautoir (en croix, forcément d'ailleurs) écartelées avec celles de Chateaugiron.
  • de gueules à neuf macles d'or, armes modernes de Rohan, adoptées par Henri Ier de Rohan entre 1552 et 1575.
  • de gueules à cinq besants d'or, donc Malestroit.
  • mi-parties Rohan/ ?
  • mi-parties Rohan/  Clisson ( de gueules au lion d'argent armé, lampassé et couronné d'or
  • D'azur et  trois coquilles? d'argent sur fond de gueules au chef... ?
  • quartiers Rohan / ?: d'argent à cinq macles d'or et d'argent à trois croissants d'or ?

et, au sommet des trèfles, deux blasons associant sur fond de gueules dix billettes d'argent et, en canton, une sorte de navette de gueules et un besant d'or...

 

b) puis deux quatre-feuilles contenant un ange portant un phylactère qui reste à déchiffrer; celui de droite est inversé, tête en bas.

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c) puis six mouchettes : deux anges à gauche, deux armoiries, deux anges à droite.

  • 1er ange :phylactère : surgite venite ....into (surgite vigilemus venite adoremus, quia nescimus horam quando veniet dominus : pièce grégorienne)
  • 2eme ange : phylactère : ...
  • armoiries de Bretagne : d'argent à hermines  de sable. Il a été placé à l'envers, et les hermines sont tête en bas !
  • armoiries : mi-parties  Bretagne et Écosse: d'argent à neuf hermines de sable / d'or au lion rampant de gueules : cela est attribué à François Ier de Bretagne et son épouse Isabeau d'Écosse.
  • 3eme ange : phylactère : ...

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d) deux mouchettes latérales aux anges musiciens.

anges buccinateurs soufflant dans les trompettes du Jugement Dernier.

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e) en haut, sous un quatre-feuille,  un groupe central de trois mouchettes :

  • Le quatre-feuille contient un ange tenant un phylactère : ...cus dominis :m 
  • à gauche, le Christ en gloire montrant ses plaies ; nimbe crucifère, manteau violet et même parme.
  • à droite, la Vierge couronnée suivie de deux saintes : manteaux blancs aux orfrois d'or.
  • au centre en position inférieure : ange portant un phylactère : ...laudamus Jésus..

 

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vitrail 6320x

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2. Baie 1, au nord :

Inscriptions:

-sur un pilier du pont à gauche : Lux Fournier, Tours, 1905

- en dessous ; CUNCTAS HARESES SOLO INTEREMISTI IN UNIVERSO MUNDO : antienne mariale de l'ancien rite du "missel extraordinaire" : Gaude, Maria Virgo, cunctas haereses tu sola intermisti in universo mundo", Réjouis-toi, Vierge Marie, qui as détruit à toi seule les hérésies du monde entier".

- à droite : MORT GLORIEUSE DU COMTE RENÉ DU DRESNAY SUR LE PONT DE LA HOUSSAYE.

- Sur le phylactère : qui perdiderit animam suam propter me, inveniet eam. : citation de Matthieu 10, 39 : [celui qui aura trouvé sa vie la perdra,] et celui qui aura perdu sa vie à cause de moi la trouvera. (Bible de Jérusalem)

-en haut et au centre, Armes de la Bretagne avec la devise Potius mori quam foedari, plutôt la mort que la souillure.

 

  Il s'agit de la représentation dit de l'échauffourée tragique de Signan, le 21 avril 1594, pendant la guerre de la Ligue. Rappelons que la famille de Rohan a adopté la cause de l'église protestante, et que la forteresse de Pontivy est entre leurs mains. Or, Lézonnet, capitaine de la Ligue (le parti catholique dirigé par le duc de Mercoeur) a confié à du Dresnay seigneur de Kercourtois la tâche de conduire une délégation catholique qui se rend de Concarneau aux Etats de Lamballe. 

  René du Dresnay a la vigueur d'un chef de 25 ans qui s'est déjà illustré à la bataille de Craon. Il est à la tête d'une escorte de 150 cavaliers. Le soir du jeudi avant Pâques, la troupe arrive près de Pontivy, que la délégation préfère éviter pour passer la nuit à la Houssaye, près de la chapelle et du pont du même nom. Au matin, du Dresnay, conscient du danger, s'avance seul sur le pont et se retrouve face à Arradon de Camors avec 600 arquebusiers, qui veulent le passage. De Dresnay engage le combat, mais aucun de ses compagnons d'armes ne vient le soutenir, et c'est seul qu'il résiste contre tous sous le feu de l'arquebusarde pendant une heure durant. Mais, dans un dernier effort, son cheval trébuche sur le pont et tombe, exposant son maître aux coups. Du Dresnay meurt d'un coup d'épée au défaut de la cuirasse. Son sacrifice a permis à la délégation catholique de se réfugier à l'abri des troupes du roi et de Rohan.

  Ce récit est bien mal résumé, et on aurait tort de ne pas se rendre illico sur le site infobretagne http://www.infobretagne.com/ligue-kercourtois.htm pour se régaler des détails qu'en donne le chanoine de Quimper Jean Moreau (1552-1617) dans ses Mémoires.

  L'un de ces détails est que les cavaliers sont nommés du nom de leur casque, la "salade", casque rond prolongé à l'arrière par un couvre-nuque, et équipé à l'avant d'une simple fente pour les yeux, ou d'une visière articulée. Et je me souviens que, dans Don Quichotte chapitre XVII, Sancho Panza a utilisé cette salade comme récipient pour transporter le fromage, et que son maître, trop prompt à s'équiper pour l'un de ses combats imaginaires, place la salade sur sa tête et le fromage avec.

 

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3. Baie 2.

      Composée de quatre lancettes trilobées de cinq panneaux, en verrerie autour d'un élément central consacré au Don du Rosaire : la Vierge entourée d'anges et d'un chérubin remet le chapelet du rosaire à saint Dominique tandis que l'Enfant-Jésus en confie un autre à sainte Catherine de Sienne, ou bien lui remet une  couronne . En arrière-plan, un campanile couvert de tuile peut évoquer la campagne de Sienne.

Oeuvre signée Lux Fournier, de Tours, 1902-1903, restaurée en 1991-1993 par l'atelier de Jean-Pierre Le Bihan de Quimper.

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      V. Les retables latéraux.

 1. Notre-Dame de la Houssaye.

 

      Rosenweig pensait qu'elle venait d'un atelier étranger du XVe. Je remarque le front et les sourcils épilés, le port hanché et le ventre projeté en avant selon la mode de l'époque.

  Marie présente à son Fils le livre des Saintes Écritures,  mais le Livre est tenu d'un coté par la Mére, de l'autre par Jésus : ce n'est pas un enseignement qui est donné à l'enfant, c'est un accord profond des deux êtres pour donner à leur existence l'axe de l'Accomplissement des Écritures. C'est ce livre de couleur rouge que nous retrouvons sur le retable du maître-autel présenté par un ange au Christ lors de son supplice.

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2. Saint Joseph.

 

      Inscription : IVLIE IAN FABRIQV LAN 1742.

  Il tenait dans la main droite le lys qui est, en statuaire, son attribut.

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VI Les statues.

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1. Vierge de Majesté.

  Dans le guide édité par Les Amis de la Houssaye, il est expliqué qu'une première Vierge de majesté était en place dans l'embrasure droite de la verrière du chevet, mais qu'elle a disparu : elle a été remplacée, dans une niche inemployée à la droite du retable, par une statue du XVIIIe siècle qui se trouvait depuis 1730 dans une niche de la tour, exposée aux intempéries. Admirablement restaurée en 1985, elle offre aux fidèles la puissance de son port majestueux. La Mère et le Fils sont bien un peu joufflus, le regard un peu perdu vers de lointaines perspectives, mais l'ensemble est plein de noblesse. Les manches courtes  fendues sont un intéressant détail vestimentaire.

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      2. Saint-Sébastien.

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4. Saint évêque.

  Il présente l'intérêt  d'être attribué au même atelier que le retable de la Passion et que le groupe de sainte Apolline, en pierre blanche. René Couffon avait remarqué la chape ornée d'une grande croix pectorale, motif qui le confirmait dans sa conviction qu'il s'agissait là d'un travail des sculpteurs d'Amiens.

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5. Vierge de Pitié.

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      6. Saint Fiacre.

  La facture du patron des jardiniers est assez naïve, ce qui lui confère un charme certain.

 

                                          statues 7269x

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7. Saint Mathurin.

      Faisant face à saint Fiacre, le saint expert en exorcismes et "rabonnissement des mégères" Les vitraux de Jacques Simon en l'église saint-Vigor de Carolles (50)  tient le crucifix dont il chasse les démons.

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                                               statues 7273x

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8. Le martyre de sainte Apolline.

Voir aussi le même sujet à la chapelle Saint-Fiacre du Faouët,  à la chapelle Saint-Jacques de Merléac,  ou au Musée Départementale Breton de Quimper qui conserve un groupe daté vers 1560 venant de l'ancienne chapelle de Coat-Quéau à Scrignac:

 

https://fr.wikipedia.org/wiki/Apolline_d%27Alexandrie#/media/File:Quimper_132_Sainte_Apolline_et_ses_bourreaux_Chapelle_de_Coatqu%C3%A9au_Scrignac_Mus%C3%A9e_d%C3%A9partemental_breton.JPG

Voir également l'enluminure par Jean Fouquet du Martyre de sainte Apolline dans les Heures  d'Étienne Chevalier, conservées au Musée Condé, Chantilly, R.-G. Ojeda, RMN / musée Condé, Chantilly : 

https://fr.wikipedia.org/wiki/Livre_d%27heures_d%27%C3%89tienne_Chevalier#/media/File:Sainte_Apolline.jpg

Le martyre de Sainte Apolline est relaté par Eusèbe de Césarée dans son Histoire Ecclésiastique, reprenant une lettre de l’évêque Denys d’Alexandrie à Fabien, évêque d’Antioche. Jacques de Voragine (1228 – 1288) reprit cette histoire dans le tome II de sa Légende Dorée.

 

"Or, il y avait; en ce temps-là, une vierge remarquable, d'un age fort avancé, nommée Apollonie, ornée des fleurs de la chasteté, de la sobriété et de la pureté, semblable à une colonne des plus solides, appuyée sur l’esprit même du Seigneur, elle offrait aux anges et aux hommes le spectacle admirable de bonnes oeuvres inspirées par la foi et par une vertu céleste. La multitude en fureur s'était donc ruée sur les maisons des serviteurs de Dieu, brisant tout avec un acharnement étrange ; on traîna d'abord au tribunal des méchants la bienheureuse Apollonie, innocente de simplicité, fort, de sa vertu, et n'ayant pour se défendre que la conscience d'un coeur intrépide, et la pureté d'une conscience sans tache; elle offrait avec grand dévouement son âme à Dieu et abandonnait à ses persécuteurs son corps tout chaste pour qu'il fût tourmenté. Lors donc que cette bienheureuse vierge fut entre leurs mains, ils eurent la cruauté de lui briser d'abord les dents; ensuite, ils amassèrent du bois pour en dresser un grand billot et la menacèrent de la brûler vive, si elle ne disait avec eux certaines paroles impies. Mais la sainte n’eut pas plutôt vu le bûcher en flammes, que, se recueillant un instant, tout d'un coup, elle s'échappe des mains des bourreaux, et se jette elle-même dans le brasier dont on la menaçait. De là l’effroi des païens cruels qui voyaient une femme plus pressée de recevoir la mort qu'eux de l’infliger. "

 

Ici, nous remarquerons d'abord les bas de chausse de couleur dépareillées "colorées mi-parti", du bourreau armé de la tenaille : cela indique son appartenance au groupe marginal des soldats et des bourreaux, comme cela a été largement illustré lors de l'examen du retable de La Houssaye. Nous remarquerons aussi l'extrémité effilé de ce chaussage, "à la poulaine" à la mode au XVe siècle et jusqu'en 1470 avant de céder la place aux chaussures élargies "en pied d'ours" sous Louis XII.

La sainte se fait remarquer par son front fort épilé, par son attitude hanchée, son corsage lacé.

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Le martyre de sainte Apolline, La Houssaye à Pontivy. Photographie lavieb-aile.

Le martyre de sainte Apolline, La Houssaye à Pontivy. Photographie lavieb-aile.

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Le martyre de sainte Apolline, La Houssaye à Pontivy. Photographie lavieb-aile.

Le martyre de sainte Apolline, La Houssaye à Pontivy. Photographie lavieb-aile.

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Published by jean-yves cordier
15 septembre 2012 6 15 /09 /septembre /2012 17:21

Le retable de la Passion et de la Resurrection de la chapelle Notre-Dame de La Houssaye  (56).

  Rôle du symbolisme des couleurs dans la stigmatisation des "bourreaux".


 

I. Présentation.


        Le retable de La Houssaye est une oeuvre exceptionnelle, et, comme telle, a déjà fait l'objet de publications (celle de René Couffon fait référence, voir Sources) et de présentation en ligne ; aussi vais-je aborder ce joyau selon un jour particulier, l'étude d'un détail remarquable, celui des couleurs comme moyen symbolique de caractériser certains personnages.

  Mais commençons par donner les explications générales nécessaires.

  Ce retable du maître-autel est sculpté dans la pierre blanche ou tuffeau, roche calcaire aussi blanc que la craie, mais recouvert d'une polychromie basée sur quelques couleurs de base : bleu, vert, rouge, or, jaune, violet. Le rose est réservé aux chairs,  et le brun aux  chevelures ou aux accessoires. Le noir est rare, le blanc exceptionnel.

  Autour d'un élément central à deux niveaux consacré à la Crucifixion, le récit de la Passion se déroule en deux registres à gauche (débutant en haut et à gauche) sur six panneaux sans séparation , puis en deux autres registres à droite de six autres panneaux, soit 13 ou 14  panneaux. Sa forme rectangulaire est interrompue au dessus de l'élément central pour adopter la forme d'une croix tronquée. Sur la partie supérieure court une succession de 21 structures en dais gothique à gâble très aigu, peints en rouge, vert et or. Le bord lui-même est sculpté d'une frise alternant un losange (ou macle) et une hermine, par référence aux armes des Rohan et de Bretagne, doublé intérieurement par des feuilles. Ces feuilles sont groupées par paires autour d'un court rameau : feuilles de chêne avec deux glands, feuilles de vigne avec une grappe de raisin, feuilles de houx, d'acanthe, dans lesquelles je vois un symbole de mariage fructueux.

  La macle et l'hermine indiquent que ce retable est un don de Jean II de Rohan et de sa femme Marie de Bretagne, durant l'année 1510 ou les années proches. Il est attribué par René Couffon aux ateliers d'Amiens.

  Jean II de Rohan (1452-1516), vicomte de Rohan, de Léon et comte de Porhoët épousa en 1462 Marie de Bretagne (1446-1511), fille du duc François Ier.

 

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  Le traitement iconographique va souligner un caractère littéraire bien marqué des Évangiles, l'opposition conflictuelle entre deux groupes :

  • d'une part, celui de Jésus, des douze apôtres, des femmes qui les accompagnent (Marie, Madeleine et/ou Marie Madeleine, etc..) des amis et amies (Lazare et ses soeurs) et enfin de la foule des personnes qui suivent les prédications du Christ, attendent ses miracles ou son action politique ou religieuse de messie.
  • d'autre part, englobé au Moyen-Âge dans le terme "les juifs", les pharisiens, scribes, Anciens, prêtres et notables, et puis les occupants romains, Pilate, les soldats et leurs chefs ou centurions.
  • et des éléments transfuges : Judas qui passe dans le camp contraire en livrant Jésus. Et, a contrario, les pharisiens ou notables "convertis" parmi lesquels Nicodème ou Joseph d'Arimathie, et des romains, dont Longin.

  Vu du coté des chrétiens, on trouve donc les Bons, avec Jésus en situation de victime lors de sa Passion, et les Méchants qui participent politiquement, juridiquement ou physiquement à l'arrestation et à la mise à mort du Christ. L'artiste va adopter une façon différente de traiter l'image pour souligner l'appartenance à l'un de ces camps, et pour provoquer la participation des fidèles à la compassion et la sympathie pour le premier, et l'antipathie virulente contre le second.

 

1. L'Agonie au Mont des Oliviers

       La scène se passe dans le jardin de Gethsémani, en araméen "pressoir d'olive".  Jésus porte une robe unie dorée ; les trois apôtres  pêcheurs Pierre et "les deux fils de Zébédée (Mat,26,36) Jacques et Jean portent eux-aussi une robe dorée unie, et un manteau soit rouge, soit bordeaux à motifs de feuilles dorées.

 Pierre est reconnaissable à son épée.

 

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2. L'Arrestation de Jésus, le Baiser de Judas.

  C'est la première scène où les deux camps sont réunis, dans une confusion et une bousculade soulignant l'affrontement des partis et des valeurs. Pacifisme, tolérance et acceptation d'un coté, violence militaire armée, casquée et haineuse de l'autre. Le déséquilibre des forces est marqué par le nombre des méchants (sept soldats casqués, un soldat coiffé d'une tresse, un personnage (pharisien ?) à droite) opposé à la présence d'un seul apôtre, Pierre. La couleur des cuirasses apparaît dorée, comme les robes des Bons, mais l'artiste est bien obligé d'une part de rendre leur aspect métallique, et, d'autre-part, ces cuirasses ont perdu la couleur blanc-argent d'origine.

  L'élément transfuge, Judas, est au centre; mais rien ne le stigmatise ici, sauf peut-être la couleur verte de la robe, le vert étant une couleur mélangée (bleu+jaune) et non pure. Mais les deux visages rapprochés sont beaux, sereins, et même tendres dans l'échange de leur baiser.

  Un autre élément transfuge, ou plutôt un évènement, est représenté par Pierre l'impulsif qui trahit l'idéal de non-violence de son maître, tire son épée et coupe l'oreille du serviteur du Grand-prêtre. Jésus répare cet outrage contraire à son éthique et remet en place, miraculeusement, l'oreille droite. C'est dire que, si deux camps s'opposent, le fin mot de l'histoire, son but, n'est pas l'affrontement, mais l'Accomplissement d'un Dessein.

  Classiquement, en iconographie médiévale de la Passion, Malchus le serviteur du Grand-prêtre porte une lanterne ; j'en ignore la raison. C'est vrai sur les calvaires (comme celui de Plougastel), les vitraux ou les retables. 

  Ce qui est particulier ici, et qui suscite mon intérêt, c'est le vêtement "mi-parti" du serviteur : 

  L'adjectif "mi-parti" désigne un vêtement (pourpoint, chausses, collant) composé de deux parties de couleurs différentes : ici, le collant est mi-parti vert et rouge, et la chemise est verte pour les manches et rouge pour le col. Cette tenue a été adoptée à la fin du XVe-début du XVIe siècle par les lansquenets, affichant ainsi leur arrogance et leur non-conformité. Bien que la mode s'en soit diffusée plus tard, elle reste marquée par cette origine chez des soudards, pillards et reîtres de mauvais aloi. Appliqué aux chausses, l'adjectif  donne le nom de "chausses-parties", dont les couleurs marquaient, comme les blasons, l'appartenance à une maison noble.

  Utilisée ici, cette tenue marque ainsi l'appartenance sociale et professionnelle de cet homme (le "serviteur" étant assimilé à un soldat), mais le signale aussi, ainsi que son groupe de "méchants", au regard du spectateur comme un sujet aux moeurs dépravées et dépourvu de valeurs morales. 

  Par-contre, les soldats n'ont pas de mines patibulaires.

  

 


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3. Le couronnement d'épine.


      Jésus est chez Pilate (ou chez le  grand-prêtre Anne¹, ou chez Caïphe) qui, mains jointes, est assis sur une cathèdre et assiste au couronnement d'épines. Pendant ce supplice, Jésus reste impassible et stoïque, le visage admirable de contrôle-sur-soi, les mains jointes. Une femme, à genoux, lui présente un livre fermé. On peut voir ce personnage comme un ange présentant au Christ le livre des Écritures: encore fermé car c'est à lui de les accomplir. Ce livre, dès lors, rejoint celui que tient dans de nombreuses statues  sainte Anne, et qu'elle donne à lire à Marie, ou bien, dans les groupes trinitaires, le livre qui est placé au centre entre Anne, Marie et le Christ en signe d'accord sur le projet d'Incarnation et de Rédemption. C'est, pourrais-je dire, le plan de Salut que Jésus ne doit pas quitter des yeux s'il veut avoir la capacité de ne pas défaillir. On peut voir aussi une allusion au livre de l'Apocalypse, fermé de sept sceaux et que seul l'Agneau égorgé est digne d'ouvrir.

  Là encore les couleurs sont révélatrices : robe dorée pour Jésus, manteau doré fermé par un fermail d'or au dessus d'une tunique rouge à bordure d'or pour l'ange, livre rouge (couleur de la Passion), mêmes couleurs pour Pilate/Anne, mais les deux soldats-bourreaux² portent soit pour l'un une tunique mi-parti rouge-vert aux manches bleues, soit, pour l'autre, des bottes dépareillées rouge et verte  sur des collants jaunes. La couleur verte est, jusqu'à présent, du coté des "méchants". A l'unicité des couleurs correspond la rectitude morale, à la multiplicité de couleurs la duplicité des moeurs.

 

¹. Selon saint Jean 19, 1-2 :"Alors Pilate prit Jésus et le fit battre de verges. Les soldats tressèrent une couronne d'épine qu'ils posèrent sur sa tête, et ils le revêtirent d'un manteau de pourpre". Mais le personnage ne ressemble pas au Pilate de la scène 5 et porte un chapeau de Grand-prêtre.

² Leur bâton est brisé, mais l'image est tellement répandue qu'on complète mentalement ces barres de bois par lesquelles les tortionnaires enfoncent en force les épines acérées dans le crâne de leur victime.

 

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4. La Flagellation.

  Le personnage du juge porte désormais la barbe, et un chapeau-turban à sommet conique. Le Christ a été dévêtu de sa robe, mais la couleur du pagne reste dorée. Quand aux deux bourreaux, ils continuent à être adeptes du vert, et bariolés dans leur tenue : à gauche, chausses vertes, veste courte rouge aux manches fendues et pendantes et chemise bleue ; à droite, tunique mi-parti rouge et bleue à capuchon et manches courtes jaunes, chausses vertes, guêtres dépareillées rouge et bleue.

  On peut remarquer que le fouetteur, à gauche semble perdre son pantalon. Ce détail va revenir plusieurs fois, si bien que je me demande si ce n'est pas, simplement, une forme de cuissardes ou chausses, délacées à l'arrière. 

  Au Moyen-Âge, les chausses sont des bas qui se portent par paires, fixées au pourpoint par des lacets nommés aiguillettes. Elles se portent au dessus d'un caleçon ou braies.

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5. Comparution devant Pilate.

        Jésus a remis sa robe dorée et garde son flegme. Pilate est également habillé d'or et de bleu. Mais le serviteur qui présente la cuvette d'eau a choisi le vert pour sa tunique, le vieux rose pour ses manches, et les collants mi-parti rouge et bleu. Il en va de même pour le personnage de gauche, aux guêtres bleu et rouge : à la cour de Pilate, on s'est donné le mot !

 

 René Couffon nomme l'objet (j'y vois un gland à l'extrémité du lien emprisonnant le Christ) un "six de trèfle" et le signale comme "tout à fait caractéristique" des ateliers picards.

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6. Portement de croix.

  Après ces trois scènes ou le Christ était seul face à ses ennemis, le voilà à présent accompagné des quelques disciples encore fidèles : Jean, en manteau rouge comme toujours, Marie, en manteau bleu (doublé d'hermine) traditionnel, deux saintes femmes. On trouve aussi un sonneur de trompe, un personnage coiffé d'un chapeau et tenant un maillet (notable juif?), deux hommes dont l'un pose la main sur la croix. 

  Parmi les "méchants", on voit le soldat casqué, en tunique rouge, levant son gourdin. Je crois que ses guêtres sont dépareillées, bleue et grise.

  Devant lui, un autre soldat tire Jésus par une corde nouée à sa taille. Sa tunique est verte, ses chaussess ne sont pas mi-parti, mais, pire, ils tombent en le déculottant de manière injurieuse pour celui qui le suit. N'était-ce pas simplement la mode, en 1510, chez les hommes du peuple, comme c'est la mode au début du XXIe siècle pour les adolescents de ne pas lacer leurs baskets ou de laisser leur pantalon descendre ? Que voit-on ici entre chausses et pourpoint, un sous-vêtement ou une fesse?

  Marie aide le Christ à porter sa croix, ce qui est inhabituel. Je rappelle qu'en réalité, les condamnés ne portaient "que" (c'était une pièce de plus de 35 Kg) la pièce transverse, ou patibulum, alors que le poteau était déjà planté sur le lieu du supplice. Je rappelle aussi que c'est Simon de Cyrène qui, dans l'évangile, fur requis par les romains pour aider le Christ.

  C'est donc à une lecture théologique et métaphorique que l'artiste invite le fidèle en illustrant la terrible compassion de la Mère pour son Fils par une participation concrète à son supplice.

 

 

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7. Élément central : Le Christ en croix.

 

 

7-1 : Partie haute : le Christ en croix entre les deux larrons.    

  Le parti-pris d'honorer le Christ par la couleur or de son vêtement se poursuit sur le perizonium, sobrement croisé sur le bassin mais s'enroulant en plis volubiles vers sa droite et vers le bon larron. Les deux larrons portent un pagne blanc.

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7-2 : Groupe au pied de la Croix.

  Ce groupe comprend :

  • les proches du Christ regroupés à gauche : saint Jean (rouge et or), Marie défaillante (bleu et or), Marie-Salomé selon Marc 15, 40 ( manteau bleu, voile blanc, robe  or) et Marie de Magdala c'est-à-dire Marie-Madeleine, la tête couverte d'un luxueux turban, en robe dorée. Aucun ne regarde vers la Croix, mais chacun semble avoir le regard tourné vers le chagrin intérieur. La couleur verte n'est pas employée ici.
  • les trois soldats romains en cuirasse et casque couleur or, et le centurion, à cheval, (collants verts, chemise rouge, justaucorps bleu). Tous regardent la Croix.
  • deux personnages à droite, dont l'un souffle dans une trompe (tunique verte, manches bleues) alors que l'autre porte une échelle ( Nicodème ? sans conviction).
  • Un groupe central de cinq personnes : de gauche à droite, nous trouvons un dignitaire dont le robe verte orfroyée, le camail rouge doublé de fourrure, l'aumônière à la ceinture, la longue barbe et le chapeau conique désigne comme un juif. Il porte l'index gauche près de son oeil, geste signifiant "je vois clair, je comprends, je réalise" ce qui peut indiquer une conversion au Christ. Si on regarde la main droite, on remarque qu'elle s'accouple à la main de son voisin, dont le regard est tourné vers le sommet du Golgotha. Il porte un chapeau identique, mais ses bottes rouges, ses collants jaunes, sa courte tunique rouge et bleue évoquent les bourreaux des scènes précédentes.  Face à lui se trouve une sorte de général d'opérette, coiffé d'un casque, vêtu d'une tunique verte à boutons dorés où est agrafée une décoration ronde et dorée. Puis un cavalier sur un cheval blanc harnassé d'or, coiffé du chapeau juif, richement vêtu d'un manteau rouge et or, le regard tourné vers les croix : serait-ce Pilate? Enfin, à ses cotés, une femme peut-être, aussi richement vêtue que Pilate, porte sa main sur le coeur ; on se souvient qu'elle avait conseillé à son époux de ne pas condamner Jésus, après des rêves qu'elle avait eu.

  Au total, pas de vêtements mi-partis ici, mais la couleur verte n'est employée que parmi le groupe des "méchants", alors que les "Bons" sont traités en trois couleurs uniquement, le bleu, le rouge et l'or, sans bigarrure.

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8. La Déposition.

  Tous les "méchants" sont partis, Nicodème (un juif acquis à la cause de Jésus) monté sur son échelle vient de décrocher le corps du Christ, que Joseph d'Arimathie reçoit. 

  Joseph d'Arimathie, un membre du Sanhédrin, est vêtu comme le personnage qui, sur la scène 7-2, montrait son oeil : longue robe, ceinture, aumônière, chapeau (dont la partie centrale verte retombe); alors que Nicodème, lui aussi membre du Sanhédrin, est vêtu de collants rouges, d'une tunique verte et d'un manteau court doré ; il est coiffé d'un chapeau rond marron.

Aux pieds du Christ, c'est bien-entendu Marie-Madeleine, qui n'a plus son turban mais dont on retrouve la robe dorée. Son flacon de parfum est posé devant elle.

  A droite, nous retrouvons Marie au manteau bleu doublé intérieurement d'hermine, saint Jean et Marie-Salomé. 

  Conclusion : le vêtements unis sont réservés aux disciples de longue date, alors que les deux juifs "convertis" sont signalés par l'emploi du vert, et par le mélange de couleur, surtout pour Nicodème.

  Cela éclaire peut-être la scène précédente, et les deux personnages qui rejoignaient leur main étaient peut être Joseph d'Arimathie (qui alla demander à Pilate l'autorisation d'emmener le corps de Jésus) et Nicodème.

 

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9. La Mise au tombeau.

  Elle est strictement conforme à la tradition iconographique, Joseph d'Arimathie soutenant le drap du coté de la tête et Nicodème du coté des pieds, sous le regard des saintes femmes. Seul Jean est absent.

      Joseph et Nicodème n'ont pas changé de tenue ; mais Marie-Madeleine, toujours occupée à baigner les pieds de son maître de ses larmes et à les essuyer de ses cheveux, porte désormais une robe mauve. Nous voyons donc apparaître dans la palette réservée aux "bons" une "demi-couleur", un mélange bleu-rouge. C'était autrefois une couleur autorisée au lieu du noir pour le demi-deuil, et le violet se disait, en latin médieval, subniger, demi-noir. Demi-couleur, demi-deuil, demi-noir, voilà qui ne correspond pas à la mentalité médiévale chrétienne qui n'aime pas les demi-teintes et associe la pureté religieuse et le franc-jeu. Mais le violet est la couleur liturgique de la pénitence, du Carême et de l'Avent. L'élégante Madeleine reste coquette même dans l'affliction.

 

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9. La Résurrection.

  Une sortie du tombeau ? C'est désormais prévisible depuis que nous connaissons le code-couleur de l'artiste : le Christ sera vêtu d' or, et les soldats auront cuirasse dorée et guêtres ou tuniques mi-parties.

 Gagné ! Le plus souvent pourtant, le Christ ressuscité porte un manteau rouge, couleur de la Passion et de la Résurrection, mais ici, il a seulement changé la robe contre le manteau à fermail sans renoncer à la couleur dorée. Il sort du tombeau illuminé dans une mandorle de lumière qui éblouit les soldats romains en faction.


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10. Le Christ aux Limbes.

        Selon le Credo, le Christ "a été crucifié, est mort, a été enseveli, est descendu aux Enfers ". Cette descente "aux enfers", ou bien "aux Limbes", un espace intermédiaire aux marges des enfers, se situe dans un entre-deux temporel (entre mise au tombeau et résurrection, Vendredi-Saint et Dimanche de Pâques) et spatial (entre "ici-bas" et "au-delà") qui n'est fondé sur aucun texte des Écritures. Le Rédempteur va y libérer les âmes justes, qui y attendent depuis l'expulsion du Paradis  d'être délivrés de la faute originelle.

  Il  accueille donc ici Adam et Éve, tout pâles d'avoir été mis à l'ombre depuis des lustres, alors que les diablotins, mi-singes mi-reptiles s'écartent en grimaçant.

 C'est la gueule immonde du Léviathan, avec ses grandes dents blanches parmi les flammes, qui bée.

  La scène devrait se placer avant la scène précédente, mais des impératifs de composition artistiques ont fait préferer cette disposition.

  

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10. Noli me tangere.

  Marie-Madeleine n'a pas quitté sa jolie robe lavande et se rend de bon matin  au tombeau, lorsqu'elle aperçoit Jésus ; elle se prépare à renverser sur ses pieds (c'est son habitude) un flacon entier de parfum lorsque le Christ lui dit Noli me tangere, "ne me touches pas".

    L'élément notable de cette scène est ici l'olivier, en situation médiane, comme s'il séparait deux mondes. C'est le même olivier que celui du jardin de Gethsémani de la scène 1. Une légende dit que la croix du Christ était faite de cèdre et d'olivier, qui était, au Moyen-Âge, symbole d'amour. 

 

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      11. L'Ascension.

  Je ne sais pas si cette scène a son équivalent : le Christ disparaissant dans les nuées (ici, une sorte de fraise aux godrons réguliers) et ne laissant voir encore aux disciples rassemblés qu'une paire de pieds nus et le bas d'une robe dorée ou rose-saumon.

   Onze apôtres sont représentés autour de la Vierge ; huit sont barbus, l'un (Pierre ?) est chauve. Les couleurs des robes et manteaux prennent un peu de liberté et si on retrouve le bleu, le rouge et l'or en majorité, on note un violet, deux roses, et, premier écart du peintre par rapport à son code, un vert.

 

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 Conclusion : 

  Le sculpteur et le peintre du Moyen-Âge et de la Renaissance ont un rôle d'artiste, mais aussi un rôle didactique d'explication aux fidèles des Écritures que, pour la plupart, ils ne savent ou ne peuvent lire. Aussi utilisent-ils des procédés scénographiques d'identification des personnages (attributs) et de compréhension de leurs convictions pieuses ou hostiles.  

  Parmi ces procédés, l'un des plus courants est  l'embellissement idélisé des visages des "bons" et la  déformation caricaturale des traits des "méchants", dont les lèvres sont hypertrophiés, les oreilles velues voire pointues, le nez épaté, le rictus édenté ou, au contraire, les dents saillantes. Un autre moyen est de stigmatiser les personnages désignés à la vindicte en leur plaçant des anneaux et autres accessoires de marginalité  aux lobes des oreilles. 

  Sur le retable de La Houssaye, les visages des uns et des autres sont assez comparables, et c'est par une exploitation de la signification des couleurs, consensuelles pour ses contemporains, que le peintre a fait comprendre la tragédie de la Passion, et l'opposition des forces, reflet d'un conflit cosmique entre le Bien et le Mal, Dieu et le Diable.

 

UN AUTRE EXEMPLE : LA STATUE DE SAINTE APOLLINE.

  Dans la chapelle de la Houssaye, un groupe statuaire est sculpté dans la même pierre calcaire blanche, celui du supplice de sainte Apolline. Il proviendrait donc du même atelier d'Amiens. Cette fois-ci, les bourreaux ont la gueule de l'emploi, mais on retrouve, dans un style qui laisse penser que les artistes sont les mêmes que ceux qui ont réalisé le retable, les bottes mi-parties et la bigarrure jaune-bleu-rouge des collants, de la tunique et de la chemise de l'arracheur de dents, et le mélange noir-jaune-vert-rouge du ligoteur, alors que la sainte porte une robe dorée uniformément damassée, s'ouvrant par un laçage médian sur une chemise blanche.

  Si on s'intéresse à la mode féminine du XVIe siècle, on remarquera aussi le front épilé très en arrière de la jeune femme, et ses sourcils très finement épilés également.

  On remarque aussi que le bourreau de droite semble" perdre son pantalon". C'est le troisième exemple, qui n'a aucun sens injurieux ici, ce qui confirmerait mon hypothèse d'une façon de porter, à l'époque, cet accessoire vestimentaire bien visible ici, les chausses.

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Annexe : Le travail de René Couffon.

   Les conclusions de cet auteur, dans son article de 1971, ont fait l'unanimité : ce retable, et deux oeuvres de la même facture, sont "certainement une oeuvre picarde et sans-doute amiènoise", et "l'hypothèse d'ailleurs des plus vraisemblables" est qu'il provient de l'atelier d'Antoine  Ancquier et de son cousin Antoine Morel, d'Amiens. La pierre, une craie très blanche et assez dure, dite de La Faloise, proviendrait alors de la carrière de Collart-Bonne Attacque.

  Un retable du début du XVIe siècle peut être soit flamand (plutôt à volets), soit  rhénan, allemand du sud, normand, ou encore appartenir aux albâtres anglais dits "de Nottingham".

Il serait intéressant de connaître les artistes qui entouraient Jean II de Rohan et Marie de Bretagne, et d'étudier leur action de mécénat sur leur territoire d'influence, couvrant 1/5ème de la Bretagne, dans sa rivalité mécénale avec le Duc de Bretagne . Ainsi, à Dinan, Jean II imposa un chevet Beaumanoir (atelier de Morlaix) pour l'église Saint-Malo.

http://abpo.revues.org/63 Laurent Guitton, Un Vicomte dans la cité, Jean II de Rohan et Dinan, Ann. Bretagne Pays de l'Ouest, 114-2, 2007

Figure 2 – Domaines de Jean II de Rohan

 

 Figure 4 – Le mécénat architectural de Jean II de Rohan en Bretagne

 

La conviction de René Couffon fait suite à sa lecture d'un travail de Georges Durand, Les tailleurs d'image d'Amiens du milieu du XVe siècle au milieu du XVIe siècle, notices biographiques dans Bulletin Monumental, t.90, 1931, p. 333-370.

Antoine Ancquier est connu à Amiens à partir de 1513 pour son exécution de trois écussons aux armes de la ville et du roi ; en 1530, la figure des quatre Docteurs de l'Église lui est commandée pour la porte du choeur de la cathédrale, ainsi que l'effigie du chanoine Adrien de Hénencourt. Il travaille jusqu'en 1537 pour les échevins et pour l'Hôtel-Dieu, et on lui attribue les sculptures de la cloture du choeur, illustrant la vie de saint Firmin, et les 72 miséricordes des stalles.

  Son proche cousin Antoine Morel, "entailleur d'ymages" établi en 1510 à Mailly puis après 1523 à Amiens, est l'auteur vraisemblable de la façade de l'église de Mailly-Maillet au nord d'Amiens.

 

 

Sources et liens :

   

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14 septembre 2012 5 14 /09 /septembre /2012 17:01

Le cocon de l'araignée Misumena vatia (Clerck, 1757).

  La misumène variable, pour peu que l'on se penche sur le coeur des fleurs jaunes, vertes ou blanches, on la rencontre souvent, soit à jeun, soit tenant entre ses machoires une proie plus grande qu'elle ; aussi ai-je déjà pris cette "araignée caméléon" en portrait un certain nombre de fois 

Deux "araignées-crabes", Misumena vatia, et Xysticus sp.

  Mais c'était la première fois, à la mi-juillet à Belle-Île, que j'avais l'occasion de l'observer sur son cocon. La voici :

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  S'étant accouplée au début de l'été, elle a construit son cocon dans l'intersection des tiges de la plante, et l'a camouflé en repliant quelques fleurs par dessus. Elle a pris soin de déclencher la synthèse de son pigment jaune pour se confondre avec les dites fleurs, et le tour était joué. 

  C'était, jolie Misumène, sans compter sur mon sens de l'observation, toujours aux aguets !

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Published by jean-yves cordier
11 septembre 2012 2 11 /09 /septembre /2012 21:15

             L'église de Saint-Thuriau :

               le vitrail du XVIe siècle.


 

 Verrière de la Passion et de la Résurrection.

Il s'agit de la baie 6, c'est-à-dire la sixième à partir du choeur, coté sud. Elle a été classée par les Monuments historiques en 1912, et ses éléments sont datés du troisième quart du XVIe siècle. Dans les autres baies, des verres de moindre intérêt ont été réalisé par l'atelier Bonneville, de Rieux en 1940.

  Un autre vitrail du XVIe siècle, coté nord (baie 5, classée MH 1939) conserve dans les deux panneaux supérieurs une Trinité souffrante à gauche, et une Annonciation à droite. Il a été restauré en 1955 par l'atelier Le Bihan puis en 1990 par Jean-Marie Baladi et Raymond Budet de Quintin.

 Il s'agit d'une baie de trois lancettes trilobées de 3,50m de haut, à quatre panneaux, et d'un tympan de neuf éléments. Elle est consacrée à la Passion. Cette baie 6 a été restaurée au XVIIe siècle (traces de restaurations anciennes) en 1904 par l'atelier Lux Fournier de Tours, puis en 1955 l'atelier Jean-Pierre Le Bihan de Quimper est intervenu à son tour (mais plutôt semble-t-il sur la baie 5 ?). Celui-ci en a donné une description exhaustive dans son blog en 2008, et a formulé, par un rapprochement avec les Passions de Saint-Nicaise en Saint-Nic (29), la chapelle de Sainte-Barbe et celle de Saint-Fiacre au Faoüet, que l'auteur de cette verrière ne soit autre que Laurent Le Sodec, maître-verrier de Quimper ou l'un des membres de cette famille d'artisan responsables de nombreux vitraux du Finistère. http://jeanpierrelebihan2.over-blog.com/article-20629229.html

 

 

 

              vitrail 7312c

 

I. Registre inférieur : 

Panneau A1 : Déploration

  Marie-Madeleine est à genoux au premier plan, coiffée d'un turban jaune ; son profil, peut-être altéré par une restauration maladroite, a perdu la grâce qu'on lui trouve sur le panneau C2. Elle a posé auprès d'elle le flacon de parfum. Les plis de son manteau rouge s'épandent comme de silencieux sanglots.

La tête du Christ, sans la couronne d'épine, est soutenue par Joseph d'Arimathie alors que Nicodème, au chapeau jaune qui signale son judaïsme, soutient les pieds.  Le drame de la mort, souligné par les ruptures d'axes du corps du Christ dont les bras, la tête, les jambes ou le tronc sont les parties désarticulées d'un sublime pantin, est encore accentué par les pièces de verre qui sont brisées comme par le fracas d'un chaos cosmique.

La Vierge est entourée de saint Jean et des saintes femmes, mais on voit saint Pierre, reconnaissable à son toupet, qui se hausse pour voir son maître.

Panneau B1 : Résurrection, Sortie du tombeau.

  La scène est classique : le ciel est rouge pour signifier la Passion, le manteau du Christ est rouge pour signifier la résurrection, c'est en Sauveur qu'apparaît celui qui a vaincu la mort, tenant la croix qui sera désormais son symbole. Les quatre soldats romains chargés de garder la tombe sont également habituels ; ce qui l'est moins, c'est le turban ou chapeau juif que porte le soldat endormi à gauche. 

  Jean-Pierre Le Bihan remarque que le carton est identique à celui de la Passion de l'église de Saint-Nic (29), que voici : on remarquera peut-être, autour de l'auréole du Christ, deux fleurs de lys qui, de fait, viennent remettre en cause mon idée d'une restauration maladroite du panneau A.

Église saint-Nicaise, St-Nic :

DSCN1084.JPG


Panneau C1 : Jésus aux portes de l'Enfer (ou "limbes").

     On comparera  avec le retable de la chapelle de La Houssaye, où le Christ se présentant face à la gueule béante des lieux infernaux accueille Adam et Éve, rédemptés.

 

retable-7246x.jpg


 Inscription en bas à droite : Restauré par la famille Le Dain. Lux Fournier peintre-verrier à Tours 1901.

  La famille Le Dain est installée sur la commune de longue date, puisque l'on retrouve une Isabelle Le Dain, St-Thuriau 1670-St-Thuriau 1720.

vitrail 7327c

 

II. Registre moyen :

Panneau A2 : Le Portement de croix. Inscription : Come il porta crois

  Si ces descriptions d'oeuvre d'art, ces "ekphrasis" ont un intérêt , c'est de révéler combien notre regard est partiel, orienté, et limité ; car là où je vois dans le personnage gauche, barbu, à la coiffure brune et au gilet vert débraillé sur un torse et un ventre vulgaire, un bourreau s'apprêtant à frapper le Christ d'un bâton qu'il lève de la main droite, Jean-Pierre Le Bihan a vu Simon de Cyrène aidant Jésus à porter sa croix. 

  Un autre détail est incongru : la fleur de lys qu'un restaurateur zélé  a placé sur le nimbe de la tête du Christ.

  Et puis ceci : devant Jésus, qui détourne les yeux et regarde vers l'arrière, un coquin maltraite le condamné en le tirant avec une corde. Or, si Jean-Pierre Le Bihan le décrit comme l'aidant aussi à porter sa croix, vêtu d'une chemise blanche et d'une culotte de même couleur, je le trouve pour ma part étrangement fessu pour un porteur de culotte ; les fesses sont si complaisamment et si inhabituellement musclées, dodues et fendues qu'elles relèvent de la sémiologie, du signe intentionnel et signifiant, de l'indice.

  Il faudrait reprendre l'ensemble des Portements de croix médiévales pour y chercher ce motif du Christ outragé par un bourreau qui impose la vue de son postérieur. Mais inutile d'aller si loin : sur le retable de La Houssaye, à quelques kilomètres, on trouve, sans aucune confusion possible, cette scène déculottée déjà représentée.

 

retable-7235x.jpg

Panneau B2 : Le Christ en croix. Inscription : Le crucifiement.

  L'élément notable, mais que l'on retrouve très fréquemment sur les vitraux, les calvaires  ou les retables de la Passion, c'est ce personnage qui tend l'index vers le haut . On lit parfois qu'il s'agit de Longin, ou bien du centenier converti qui s'écrit "Il était vraiment le Fils de Dieu !".

    La Légende dorée de Jacques de Voragine (15 mars Saint Longin) écrit ceci : " Longin fut le centurion qui, debout avec les soldats près de la croix, par l'ordre de Pilate, perça le coté du Sauveur avec une lance. En voyant les miracles qui s'opéraient, le soleil obscurci et le tremblement de terre, il crut en (le Christ) surtout depuis l'instant où, selon le dire de certains auteurs, ayant la vue obscurcie par maladie ou par vieillesse, il se frotta les yeux avec du sang de Notre-Seigneur, coulant le long de sa lance, car il vit plus clair tout aussitôt. Renonçant donc à l'état militaire, et instruit par les apôtres, il passa vingt-huit ans dans la vie monastique à Césarée de Cappadoce". 


Panneau C2 : Déposition .

  Nicodème descend de l'échelle, la paire de tenaille dont il s'est servi pour arracher les clous passée dans sa ceinture. Un linge pendu à la croix retient le corps sans vie.

Comme d'habitude, mais sans que l'habitude ne vienne en émousser l'effet, la présence de Marie-Madeleine au pied de la croix crée une intensité dramatique bouleversante, avec sa longue chevelure blonde dénouée qui n'exprime plus les passions érotiques qui dirigeaient sa conduite, mais le tumulte de sa déréliction. Elle tend désespérément son visage vers le ciel et vers son maître. Le vermillon de sa robe témoigne aussi de la violence passionnelle du drame qu'elle est en train de vivre. 

  Les amateurs de détails remarqueront le filet, la mince cordelette serpentine qui retient ( à peine) ses cheveux en les contournant.

  L'axe de son corps et du profil de son visage, orienté vers le haut et la gauche, vient croiser celui du regard et du profil de la Vierge, qui oppose la sagesse figée de son visage voilé et cerné d'une guimpe à l'élan révolté de Madeleine.

 

vitrail 7328c

 


III. Registre supérieur : 

 Panneau A3 : Arrestation de Jésus, Baiser de Judas. Inscription : prince..

  Pas de détail singulier dans cette représentation de l'arrestation de Jésus, du baiser de Judas et de la scène où saint Pierre coupe l'oreille du serviteur du Grand-prêtre.

Panneau B3 : Le Christ aux outrages. Inscription : Come il fut flagellé.

  Depuis le XVe siècle, ce moment de la Passion où le Christ est lié à une colonne et livré à des bourreaux est l'occasion d'une véritable bouffonnerie où les méchants, souvent jeunes et habillés en acrobates, se livrent à des pitreries cruelles et où une diversité de mouvements presque sportifs, une panoplie d'attitudes gestuelles de dérision et d'injures , de de grimaces  contrastent avec l'immobilité héroïque de la Victime. Peut-être les  Passions et Mystères médiévales avaient-elles favorisé, sur les tréteaux des places du village, le développement d'un jeu scénique semblable, où, selon la théorie de Mikhail Baktine sur le renversement carnavalesque des hiérarchies et des valeurs, un temps de défoulement  autorisait la prise de liberté par rapport au respect du à la personne du Christ. 

  L'un frappe Jésus d'un gourdin d'une main et lui donne un coup de poing dans la mâchoire, l'autre le châtie d'un "chat à neuf queues", le troisième semble se préparer à lui cracher au visage et un quatrième, qui resserre les liens, le frappe encore. Une jambe isolée envoie un solide coup-de-pied près de l'aine et un bras reste encore en suspens, à gauche.

  De tels coups de poings ou de pieds sont retrouvés dans d'autres exemples. 

Panneau C3 : Jésus devant Ponce Pilate. Inscription : Come il fut jugé.

      Jésus est présenté à Pilate, habillé selon la tradition médiévale en juif pour le faire figurer parmi les méchants. Six autres personnages sont rassemblés dans cette cohue, et l'artiste donne à chacun de ces complices du jugement un trait dévalorisant : cheveux roux, strabisme, nez crochu, visage disgracieux. 

vitrail 7329c

 


 Tympan :

  Il est composé  d'un soufflet, de quatre mouchettes et de quatre écoinçons. Le soufflet central renferme  le Christ du Jugement Dernier, assis les bras ouverts, vêtu d'un manteau rouge, auréolé d'un nimbe rouge. En dessous, les mouchettes contiennent des anges buccinateurs, soufflant dans des trompes pour annoncer le Jugement Dernier.

 Ces trompettes sont efficientes puisqu'elles font surgir de terre, dans les mouchettes inférieures, des hommes et des femmes à la chair rose, aux cheveux blonds ou plus ou moins clairs selon l'altération du jaune d'argent.

 Deux visages d'angelots s'encadrent dans les écoinçons inférieurs.

 

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Published by jean-yves cordier
10 septembre 2012 1 10 /09 /septembre /2012 09:30

              L'église de Saint-Thuriau :

            N rétrogrades et autres curiosités. 

 Les faits et prouesses édifiantes de la Vie de Messire Saint Thuriau.

          Vitrail, peintures murales et retables.

 

 

 

 

I. Les sièges des fabriciens dans les stalles du choeur.

  Préférant le détail curieux aux poncifs, je ne débuterai pas par ce qui fait, à juste titre, la réputation de cette église du XV, XVIe siècle agrandie au XVIIe puis restaurée en 1877. Je m'intéresserai aux sièges placés de chaque coté du choeur, car ils conservent encore, tracés à la peinture blanche, les noms des paroissiens (souvent les notables et les cultivateurs les plus aisés) qui avaient été élus, ou bien (car je n'ai pas la preuve qu'il s'agisse des fabriciens) ceux qui avaient acheté de leurs deniers ou de leur mérite ce privilège.

  Leur intéret historique est accentué par le fait que chaque nom est associé à un toponyme, celui de leur habitat sans-doute, mais peut-être aussi celui de leur quartier, ou d'anciennes frairies, amenant à formuler l'hypothèse que chaque quartier puisse élire un représentant ; bref, il y a là une petite énigme que les historiens de la commune ont peu-être déjà élucidée, mais qui m'a retenu un moment.

 

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st-thuriau 7348c

 

 


  Ces inscriptions ne sont pas datées, mais un indice peut nous aider : il y a parmi la demi-douzaine (j'ai omis de compter le nombre exact) de sièges de chaque coté,  un seul dont le nom est inscrits en lettres d'or Et du coté doit, c'est celui du maire de l'époque, Jean-François Le Par, de Kerautuem 

 

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  Or le Bulletin des Lois de la République de 1871 vol. 36 Bn° 1588 p. 399 mentionne l'attribution du rang de chevalier de la Légion d'Honneur à "M. Le Par, maire de Saint-Thuriau, 38 ans de services municipaux dont 30 ans comme maire". A moins qu'il y ait eu plusieurs maires portant ce patronyme, nous pouvons dire que ces inscriptions datent d'après 1841, ou, en supposant que la décision de la République ne soit  publiée qu'un peu après la cessation d'activité du maire, d'après 1839.

  Or, Saint-Thuriau est une commune assez récente, créée précisément le 1er août 1839 par un arrété de Louis Philippe décrétant que la trève (sous-division d'une paroisse) de Saint-Thuriau sera "distraite" de la commune de Noyal-Pontivy. Je suppose donc que nous voyons inscrit ici le nom du premier maire de la nouvelle commune ; et, pourquoi pas, de son conseil municipal. L'idée avait déjà été évoquée en 1790, puis sans-doute préparée au début du XIXe siècle où les habitants rénovent la chapelle afin qu'elle devienne digne d'être un église paroissiale : construction des fonts baptismaux en 1821, construction de la sacristie en 1831.

  Du coté gauche, c'est Pierre Le Goevel de Perhannes qui est honoré par les lettres d'or. Je n'ai pas trouvé d'information sur ce personnage, même avec la forme Le Guevel qui est la forme attestée.

st-thuriau-7334.JPG

 

  Voici donc la liste partielle des titulaires des sièges des stalles :

1. Stalles de gauche :

  • François Le Par, du Goazu. Il faut sans-doute comprendre "du Gohazé", où se trouve la chapelle du même nom : elle figure sur une chartre de 1160, et apparaît  comme la première paroisse chrétienne fondée dans la région, à partir de laquelle la christianisation se serait étendue ; ce fut une paroisse alors que Saint-Thuriau n'était qu'une trève de Noyal-Pontivy. Le toponyme breton ar Gohazé (Coazé, Cohazé) viendrait de Gozh-, "vieux" et Mazé, où on peut voir une forme bretonne de Matthieu, ou un dérivé de Diazez, "assise" (source : toponymie de Pontivy link).
  • Toussaint Carel, du Goazé. Même commentaire.
  • Louis Le Guidevais de Coconec. Ce toponyme est mentionné par L.T. Rosenzweig dans son Dictionnaire topographique du Morbihan. Une rue actuelle porte le nom de Coet Connec.
  • Pierre Le Goevel de Perhannes (lettres d'or). Le toponyme est retrouvée dans l'actuelle rue Perhanne.
  • Charles Robic du Roch Le Mote(n). L'écluse du Roch se trouve sur le Blavet à l'ouest de la commune, suivie de l'actuelle rue de Rochmotten.
  • Jean-Marie Picard du Moulin. Il existe une rue  Moulin du Roch. Le moulin du Roch date de 1471. En 1860, le canal du Blavet fut agrandie pour permettre le passage de péniches plus fortes, et la minoterie se vit dotée d'une écluse et fut rehaussée de deux niveaux. 
  • Julie Oliviero de la Vieille-Oussaye. Le lieu-dit, puis la rue de la Vieille Houssaye se trouvent au Nord, vers la fontaine de Houssaye (sur la commune) et la Chapelle de la Houssaye (sur Pontivy). Le toponyme figure sur la carte de Cassini. On dispose d'un certificat de naissance du 11 juin 1820en la mairie de Malguenac  concernant l'enfant Guillemette, née de Pierre pierre 37 ans laboureur du village de Coëtmeur et de Julie Oliviero son épouse.

2. Stalles de droite

  • Vincent Guiguende de K/Lodet. C'est le premier exemple de l'abréviation des toponymes en Ker- par un K dont le jambage est barré. J'avais déjà rencontré l'abréviation par omission des lettre -er en épigraphie, notamment sur les murs des monuments religieux de Plogonnec, au XVIe siècle, mais son usage au XIXe siècle et l'emploi de ce signe barrant le K fait l'intérêt de cette constatation ; les autres toponymes en Ker- seront également abrégés par ce procédé. Le Lieu-dit Kerlodet est encore attesté actuellement par une Cité de Kerlodet et une rue au nord-ouest du bourg.
  • st-thuriau 7338c

 

  • Louis Le Par de K(er)autuem. Avec François et Jean-François, c'est le troisième membre de la famille Le Par, manifestement bien implanté à Saint-Thuriau. On n'emploie plus la forme Kerautuem, mais c'est Kerautem qui est toujours attesté comme l'un des quartiers de la commune.
  • Joseph Guégan de Calavre. Calavre est l'un des quartiers actuels de Saint-Thuriau : en partant de l'écluse du Roch à l'ouest et en se dirigeant vers le bourg, on empruntera les rues de Rochmotten, de Kerautem, puis de Calavre. Le toponyme figure sur la carte de Cassini (Calavre).
  • Mathurin L...
  • Pierre Guégan de K(er)ihuel. Le ruisseau de Kerihuel et le lieu-dit du même nom se trouvent au nord de la commune.
  • Jean-François Le Par de K(er)autuem, maire : déjà mentionné; le toponyme correspond à un actuel quartier de la commune.
  • Mathurin Le ...de K(er)leau.
  • Mathurin...L..NE..EK(er).  Bizarrement, tous les noms débutant par Mathurin sont partiellement effacés!
  • Joseph Le Par du Goazé , quatrième Le Par, et troisième mention du quartier de Gohazé.
  • Jean-Pierre Robic du Roch Le Motten. 

 

II. La voûte lambrissée et ses peintures: Vie de saint Thuriau.

 

  Le lambris a été peint par un peintre italien en 1779 ; mais il a sans-doute été repeint (par une main anonyme) puisque l'on sait qu'à la Révolution les "bleus" mirent le feu au mobilier de l'église, et que la voûte en était restée complètement noircie et avait du être repeinte. Quoiqu'il en soit, les peintures dont la vue est offerte au spectateur ont un charme naïf bien séduisant. En outre, les inscriptions accumulent comme à plaisir les N rétrogrades dont je suis friand. Enfin, on peut y étudier les costumes des personnages, reflet sans-doute fidèle de ceux que portaient les paroissiens. 

  Si la voûte a été repeinte, on a respecté les inscriptions des commanditaires, ce qui témoigne d'une fidélité à l'oeuvre de 1779 : ces inscriptions se trouvent à droite et à gauche du choeur, sur le lambris des bras de transept.

  A droite nous lisons "Méliau Le Féllic trésorier en charge a fait faire ce lanbri."

  "Méliau" ou Miliau ou Milio est un prénom breton renvoyant à saint Méliau, à laquelle la paroisse proche de Plumiliau est consacrée.  Méliau Le Fellic, né le 15 juin 1741 s'est marié à Saint-Thuriau le 28 janvier 1765 avec Louise Héno ; il est aussi attesté comme parrain de Méliau Héno. Il eut trois enfants, Pierre, Marie et Jacquette. Il avait donc 37 ans lors de la peinture du lambris. (source : Yasni :link)

  L'orthographe "lanbri" est fautive et non seulement désuète ; mais elle permet de découvrir l'étymologie du verbe lambrisser, à l'origine du nom. Ce verbe, sous les formes lambruschier (1175), lambroissier (1225) puis lambrisser (1449) vient du latin lambruscare, "orner avec les vrilles de la vigne", du latin lambrusca, "vigne sauvage" (Source : CNRTL, Trésor de la Langue Française). On "lambrissait" les murs par des ornements de platre ou de stuc, et non seulement par des planches de bois comme la plupart des charpentes des chapelles et églises bretonnes.

 

                                st-thuriau 7318c

 

La seconde inscription mentionne : "Messire Lebare recteur Monsieur Le Mouel curé. Le sieur Relo pretre 1779."

  Les deux derniers noms sont attestés au XVIIIe siècle sur la paroisse. (Louis le Mouel, né en 1772 et Jeanne Relo).

Le recteur de Noyal-Pontivy de 1773 à 1791 est bien Louis-Marie Le Bare.

st-thuriau-7321c.jpg

 


1. Le cycle de saint Thuriau.

  Il comporte 24 panneaux, faisant le tour de la voûte.

  La vie de saint Thuriau est décrite par Dom Lobineau (Vie des Saints, link) en 1725, ou plus précocément par Albert le Grand v. 1640 dans sa Vie des saints d'Armorique link . C'est le livre de ce dernier auteur qui semble être à l'origine de ces peintures. D'autant que le frère Le Grand était de Morlaix.

 Vue générale de la nef. Le cycle commence au fond à gauche. J'ai reconstitué l'ordre comme j'ai pu. Parmi ces six panneaux de gauche, trois s'inscrivent dans un encadrement en arc  croisé, et les trois autres dans un cadre presque carré, entourés de rinceaux de roses. Au sommet, des anges portant des écus alternent avec des quatrefeuilles et autres motifs.

peintures 7361c

 

LE JENNE St-THURIAU GARDE LES MOUTONS.

  On remarque le costume que porte le jeune Thuriau, très proche de celui des statues de saint Isidore, et donc des cultivateurs aisés de la Bretagne du XVIIIe : chapeau "breton" rond et noir, redingote ou veste longue à boutons dorés au dessus d'un gilet blanc (que l'on découvre sur les autres panneaux) et d'une chemise blanche, ; pantalon court (braies) qui n'est pas ici plissé, et dont la partie basse est serrée par  trois boutons ;  guêtres blanches et chaussures noires à boucle dargent. C'est, d'après les spécialistes, le costume de tous les paysans du royaume, sans particularité régionale avant le milieu du XIXe siècle.

peintures 7369c

 

 

St THURIAU PRIE AU TOMBEAU DE St SAMSON.

       Saint Samson, l'un des sept saints fondateurs de Bretagne, est mort à Dol vers 565. Son tombeau se trouve dans la cathédrale de Dol.  il  avait fondé l'Abbaye de St-Samson (voir infra) et est reconnu, par tradition, comme le premier évêque de Dol.

  Albert le Grand donne cette scène comme fondatrice dans la vie de Thuriau. 

 

"Ne faisant encore que sortir d'enfance, touché de Dieu, il conçut un saint mépris pour les choses terriennes, élevant son esprit aux Célestes et Eternelles, &,voulant servir parfaitement à Dieu, il sortit de la maison paternelle en habit déguisé. & se rendit dans la cité de Dol, où il visita en grande révérence, le sépulchre de saint Samson, auquel il rendait une spéciale dévotion, fréquentant son église et priant à son tombeau : Ce qu'ayant remarqué un bon personnage de Dol, voyant la modestie, simplicité,  innocence et piété de ce jeune enfant, il le prit en affection, l'emmena avec luy, l'envoya aux champsen une sienne métairie garder ses brebis ; Présage qu'il devait un jour estre Pasteur, non de brebis et d'animaux, mais d'hommes."


peintures 7368c

 

St THIARMAIL ENTEND St THURIAU CHANTER.

  Thiarmail ou Armael était évêque de Dol ; remarquant les dispositions particulières pour l'étude du latin et des matières sacrée tout autant que sa voix mélodieuse, il l'adopta comme son fils, lui enseigna les lettres sacrées, l'ordonna prêtre puis le nomma comme successeur à la tête du diocèse de Dol.

peintures 7371c

 

 

St THIARMAIL DEMANDE St THURIAU A SON MAITRE.

peintures 7373cSt 

 

 

CE MONSIEUR DONNE UN PRECEPTEUR AU JEUNE St THURIAU

peintures 7370c

 

 

 

St THURIAU RENONCE AU MONDE. 

peintures 7372c

 

  Quittant le coté gauche de la nef pour le bras nord du transept, nous découvrons la suite (quatre panneaux) : on retrouve les deux types d'encadrement, carré et en arc, mais un motif apparaît, celui d'un rideau de théatre frangé d'or soulignant la sollennité de la scène. On verra cette draperie culminé avec les deux dernières réalisations, l'Assomption et saint Isidore.

 

St THURIAU EST ORDONNÉ PRÊTRE.    

avec deux beaux N rétrogrades.

peintures 7383c

 

St THURIAU VISITE LES MALADES.

 

peintures 7381c

 

St THURIAU EST ÉLU ABBÉ DE St SAMSON.

 Avec un N rétrograde à la fin du nom SAMSON.

  Albert le Grand : " Il fut fort soigneux de conserver les lys de la chasteté (qu'il garda entière jusqu'à la mort), son humilité était très profonde ; iune simplicité si naïve et innocente que c'était merveille. Bref, il profitait si bien dans ce monastère que l'archevêque l'ayant promeu d'Ordre en Ordre jusqu'à la Prestrise, le fit Abbé du dict Monastère et Supérieur des autres clercs : à laquelle Dignité se voyant élevé, il s'humiliait et s'abaissait en soy-même, sans, en rien, se préférer à ses compagnons.."

 

On  voit que le peintre a su montrer combien Thuriau était moins dissipé que ses camarades en soutane, trop prompts à chahuter.

 

peintures 7384c

 

 

      St THURIAU EST SACRE ARCHEVÉQUE DE DOL.

  L'exactitude éxige de préciser que saint Thuriau fut évêque, et non archévêque de Dol, le siège archiépiscopal n'ayant été créé par Nominoé qu'en 848, avant que Dol ne soit rétrogradé au rang d'évêché par Innocent III en 1208.

peintures 7382c

 

  L'histoire se prolonge dans le choeur, coté gauche (deux grands panneaux), puis droit (deux autres panneaux) : elle raconte les aventures d'un certain Rivalon. Elle s'accompagne de  panneaux  décrits plus tard.

peintures 7354c


RIVALON MET LE FEU A L'ABBAYE DE St SAMSON

  Rivalon est "un puissant et riche Seigneur, mais  fort meschant furieux et cruel" (A. Le Grand) "lequel, sans aucun sujet, par une pure malice et forcenerie, mit le feu dans un monastère". Tout y brula, sauf, O miracle, le missel où étaient les saintes évangiles, qui, échappant aux flammes, sauta de l'autel pour gagner le jardin où les bons moines regardaient brûler leur monastère. Je commençais à penser que ce détail avait été ignoré par l'artiste, mais en réalité, on voit bien, au dessus de la mitre de l'Abbé, le missel enflammé et volant.

peintures 7356c

 

St THURIAU FAIT A RIVALON RECONNAITRE SA FAUTE.

        C'est ce que l'on nomme du beau nom d'admonestation, un mot issu du telescopage d'admonere (avertir) et de molestus (pénible). Les plus belles et les plus pénibles  admonestations sont vertes, et on peut gager que Thuriau admonesta vertement Rivalon en lui passant un savon. 

 

peintures 7355c

 

St THURIAU IMPOSE UNE PENITENCE A RIVALON.

  Je suis décu : j'ai beau observer la peinture, je ne vois pas que l'artiste ait représenté ce détail crucial du récit de la mirifique Vie de saint Thuriau où, Rivalon ayant promis de réparer sept fois son exaction (et même de rendre au monastère "sept fois le double"), "voilà, chose admirable, une très claire et brillante colombe, laquelle rependait des rayons et une extrème clarté par toute la maison, descendit et se reposa quelques temps sur l'épaule du Saint, lui parlant à l'oreille".

  Une note du texte (de Morcet de Kerdanet) révèle qu'il s'agissait, suivant les actes, de l'archange saint Michel, qui s'était transformé en colombe. Ce qui est un prodige inouï.

 


peintures 7358c

 

RIVALON TRAVAILLE A REBATIR L'ABBAYE DE St SAMSON.

Nouvel N rétrograde sur Rivalon.

 

peintures 7357c

 

 

Bras sud du transept : quatre panneaux:


      St THURIAU FAIT PLANTER UNE CROIX.

Trois N rétrogrades, dont un sur le titulus.

  On ne comprend rien de cette image si on n'a pas le texte d'Albert le Grand pour expliquer que cette érection est destinée à commémorer une vision qu'eut le saint : car la foule de Dol qui l'accompagnait lors des processions de Rogations l'entendir crier en regardant en l'air : "Or, je vois  le Ciel ouvert et les Anges du Seigneur porter l'Arche du Testament". Une croix de pierre fut plantée à l'endroit même de la vision béatique.

peintures 7378c

 

St THURIAU RESUSCITE UNE FILLE NOMMÉE MELDO.

Outre l'orthographe "resuscite" au lieu de "ressuscite", on note deux nouveaux N rétrogrades

  Saint Thuriau rendit la vie à trois morts ; mais on n'a conservé que le nom de cette jeune Meldoc, la fille de Guiridgal, qui a eu la chance de se faire enterrer au moment où Thuriau passait en présence d'une multitude de fidèles. C'était, d'ailleurs, tout-près de cette croix que nous venons de voir dresser. Il exigea seulement à la famille d'attendre qu'il ait fini sa prédication, pui se mit à l'ouvrage et opéra le miracle. Les parents le remercièrent.

peintures 7375c

 

St THURIAU PRECHAIT AVEC ONCTION.

 Avec deux nouvelles occurences du fameux N à l'envers.

"Prêcher avec onction" et abondance de coeur, c'est prêcher en apôtre, sous l'onction du Saint-Esprit, l'onction secrète de la grâce. Lorsqu'Albert Le Grand écrivait sa Vie des Saints d'Armorique, c'était la grande période de la prédication, des foules rassemblées et édifiées par l'abbé Le Maunoir après Michel Le Nobletz. Cette onction oratoire suscitait les conversions les plus  éclatantes, les guérisons les plus extraordinaires. 


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      St THURIAU MOURRU LE 12  JUILLET   749.

  La date communément acceptée pour le déces du saint est celle du 13 juillet. On corrigera mourru par " mourut" et on s'interessera à la veillèe mortuaire. La chambre est tendue d'étoffes noires ornées de tête de mort et d'os croisés blancs. Un crucifix est placé entre les mains jointes du défunt. Un prêtre est assis à sa droite, et un goupillon placé dans le seau d'eau bénite. On s'étonne de l'absence de cierges.

  En France, l'organisation de la cérémonie, et la capacité de procurer " draps, serges blanches et noires, velours, satins, robe de deuil, plaques, dais, chapelles ardentes, argenterie et toutes autres choses" était le privilège depuis 1641 et jusqu'à l'An II d'une Corporation des Crieurs. Ceux-ci, ou un convieur, un clochetteur, passent chez les amis, les voisins et la famille pour les inviter à la veillée mortuaire plutôt qu'à l'enterrement lui-même pour lequel  on adresse un "billet d'enterrement".

L'assistance récite le chapelet, le Salve Regina, puis à la levée du corps le prêtre asperge le corps d'eau bénite et récite le De Profundis.

 Le saint fut enterré dans la cathédrale de Dol, comme saint Samson.


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Après les dix-huit panneaux consacrès à la vie du saint, on  contemple enfin le lambris de la nef, coté droit : six panneaux sont répartis en symétrie des six du coté gauche, mais se consacrent à la période posthume, aux miracles attribués aux reliques, et au culte de ces reliques :

 

 

 

DES MACONS TRAVAILLENT LA FETE DE St THURIAU.

  Là encore, difficile de comprendre cette image sans l'aide du grand Albert : mais je suis fatigué de recopier le texte, qui est ici un peu long. C'était à Paris, après que les reliques y aient révélé leurs pouvoirs : on fétait la Saint-Thuriau avec faste, mais voilà qu'un architecte mécréant ou aussi ignorant des coutumes que s'il était tombé de la lune, décida de faire travailler ses maçons en ce jour chommé. Ceux-ci "avaient plus besoin de gagner de l'argent que de gagner des pardons" et le patron les menaçait de les licencier sans indemnité. On voit le résultat : patatras ! Les maçons s'y rompirent les quatre membres alors que l'architecte se rompit le col (le cou, et non le col du fémur). C'était le chantier de l'église Saint-Etienne.

 


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  RELIQUES DE St THURIAU EN PROCESSION POUR OBTENIR DE LA (pluie).

        Ces reliques sont figurés ici par un buste bénissant de saint Thuriau en costume d'évêque. 

  " ...la louable coutume à Paris, quand le sécheresse est excessive,de porter en solennelle procession le corps de saint Thurian, et par son intercession, ils obtiennent de la pluye."


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LE FEU PRIT DANS L'AUBERGE ET FUT ETEINT PAR St THURIAU.

    L'incendie est tel qu'il resiste à tout : l'aubergiste a engrangé là une quantité invraisemblable de paille et de foins.  Les gens du quartier viennent de se précipiter à Saint-Germain, où les Os Sacrès de saint Thuriau sont conservés en son reliquaire sur l'autel Saint-Michel ; les bons moines leurs confient les saintes Chasses et les voilà partis. 

  Aussitôt que les reliques sont apposées aux flammes que celles-ci, "chose merveilleuse !", s'éteignent.


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LE FEU DANS LE SELLIER DU ROI ETEINT PAR St THURIAU.

  C'est presque la même histoire : " La saison des vendanges approchant, on accomodait, es celliers du roi, les vaisseaux et fustailles destinez pour y recevoir le vin de provision : comme on faisait bouillir du goudron, de la braye, de la  poix pour poisser et cimenter lesdites tonnes, le feu se prit à la poix & étouppes, de là aux vaisseaux mêmes, puis au cellier, puis du cellier au Palais Royal, qui était tout-joignant. Mais si subitement qu'on ne put si-tost y remédier que la flamme ne se fust eparse partout ; on y accourut de toute part pour tascher à y remédier, mais en vain. On courut aux prochaines églises, d'où l'on apporta les saintes Reliques pour les apposer, comme très forts boulevards à la fureur de cet élément. " Mais ces reliques de premier secours s'avérèrent vaines, et il fallut recourir à celles de saint Thuriau, qui furent mises dans un chariot ; elles y firent miracle.

  L'église de Saint-Germain-des-Prés disposa de la puissance de cette Châsse jusqu'en 1791, où les reliques furent détruites. Une autre partie de son corps, conservée en la cathédrale de Chartres connut le même sort lors de la Révolution. C'est la raison principale de la création par Napoléon du premier corps professionnel de Sapeurs-pompiers.


 

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LES NORMANDS FONT LA GUERRE AUX BRETONS POUR AVOIR LES RELIQUES DE St THURIAU.

        Le peintre a représenté les "normands" comme la troupe de l'ancienne province de Normandie, mais les normands qui ravagèrent le pays de Dol au IXe siècle, ce sont les "gens du Nord", les scandinaves, les Vikings, quoi! Et face à cette invasion, de nombreuses reliques, comme de nombreuses archives, furent transférés vers l'Est. Dol de Bretagne fut pillée, libérée, pillée à nouveau en 944 ou en 996, et les bandes vikings d'Olaf Lagman ne ressemblaient pas du tout aux troupes de cavaliers qui s'affrontent ici. 

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TRANSPORT DES RELIQUES DE St THURIAU A SAINT GERMAIN LAUXERROIS.


 

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III. Voûte lambrissée, les  autres peintures.

Dans les bras du transept, deux grands panneaux montrent, de manière très théatrale, du coté nord l'Assomption de la Vierge et du coté sud saint Isidore.

1. L'Assomption :

  Sous un dais de velours bordeaux couronné, doublé d'hermines, la Vierge s'élève parmi les nuées.

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2. Saint Isidore.

  On sait que ce saint espagnol est le patron des laboureurs. Il a droit ici aux mêmes honneurs que la Vierge, au même dais couronné, mais c'est dans une niche encadrée par deux dauphins, entre les colonnes de marbre et sous les pots à feu qu'il apparaît, la faucille d'une main et la gerbe de blé de l'autre, dans son costume traditionnel. C'est le costume du paysan endimanché du XVIIIe siècle, celui qu'il porte aussi dans toutes les statues à son éffigie de presque chaque chapelle d'une région qui lui voue un culte fervent : de haut en bas le chapeau rond de feutre noir, la veste longues, à basques et  à boutons dorés ; la large ceinture de cuir sur une chemise blanche ; les braies plissées serrées sous les genoux par des rubans rouges; et puis les guêtres blanches qui sont retenues sous les chaussures noires. Bref, la litanie habituelle.

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3. Dix autres figures du choeur :

 

  Et puis viennent dans le choeur les figures de saint Athanase et de saint Patern, des quatre évangélistes (registre inférieur), de saint Joseph tenant le lys de sa chaste pureté, d'un ange présentant un enfant, de saint Etienne (tenant trois pierres de sa lapidation), et d'une sorte de Petit Prince qui est peut-être saint Louis.

Au total, 36 panneaux, auxquels il faudrait ajouter les figures des médaillons : une vraie concurrence à la chapelle Sixtine.

 

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Saint Joseph ; l'ange (gardien?)

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Saint Marc et le lion ; saint Luc et le taureau.

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IV. Les retables.

 

1. Bras de transept sud : saint Jean-Baptiste.

 Jean-Baptiste est entouré de saint Matthieu ...et de ?

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2. Retable bras sud du transept : le don du Rosaire.

  Au centre, tableau représentant le don du Rosaire à saint Dominique et sainte Catherine, avec les médaillons des mystères du Rosaire.

 A droite, Vierge à l'Enfant ; à gauche saint Julien.

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3. retable du maître-autel.

  Sous Dieu le Père dans une niche en situation dominante, un tableau représente l'Assomption. On retrouve, peint sur le mur, le même dais de velours rouge, les mêmes glands de passementerie et le même fond d'hermines que ceux qui présentaient, dans les lambris, saint Isidore ou la Vierge. Une inscription précise "Autel privilégié pour les défunts".

  Les niches latérales abritent la statue de saint Thuriau à gauche et celle  de saint Nicolas à droite.

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 Un exemple des sablières :

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Pour terminer, le cadran solaire de 1636:

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  Lire, à suivre : église de Saint-Thuriau, le vitrail du XVIe siècle. L'église de Saint-Thuriau : le vitrail du XVIe siècle.

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Published by jean-yves cordier
7 septembre 2012 5 07 /09 /septembre /2012 21:36

    La chapelle de La Trinité à Cléguerec

     et son arbre de Jessé.

  Si la paroisse de Cléguerec est mentionnée dès le IXe siècle, la construction de la chapelle de la Trinité au creux d'un vallon date du XV ou XVIe siècle. C'est un édifice sur un plan en croix latine à la nef séparée du choeur par un jubé surmonté par une poutre de gloire. 

 

 

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I. L'arbre de Jessé.

 Il porte paraît-il la date de 1594 et le nom de Dréau. Il se trouve dans le choeur, à la droite de la maîtresse-vitre. Il est l'un des dix-neuf haut-reliefs en bois de Bretagne représentant Jessé et son arbre généalogique qui, à travers les douze rois de Juda, conduisent à la Vierge et à son Fils. Parmi ces dix-neufs exemples iconographiques, qu'il est passionnant de comparer entre eux, j'ai déjà rendu visite à ceux de :

 

Vue d'ensemble :

 Il est composé de cinq sous-ensembles se détachant sur un fond uni violet : les anges, la Vierge, les six rois de gauche, le six rois de droite, et, en bas, Jessé et la démone.

  Le cadre de la niche alterne les motifs successivement or-rouge-or-bleu-or-vert-etc... Ce sont aussi les couleurs des figures centrales, auxquelles s'ajoutent le mauve, le marron, le vert foncé, le rose des carnations, et quelques touches de noir.

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Partie supérieure de la niche

  La niche est très bien conservée ; son dais à huit colonnes est décoré de grotesques rose et or d'inspiration italienne selon le goût Renaissance: mascarons grimaçant, oiseaux affrontés sur des entrelacs de feuillages, silhouette monstrueuse, où tout se relie par une tige végétale.

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La vierge et l'Enfant :

        La Vierge est debout sur le croissant lunaire comme la Vierge de l'Apocalypse, et ce croissant repose lui-même sur une corolle florale. Elle est vêtue  d'un manteau bleu doublé d'hermines et largement bordé d'un galon d'or, alors que des motifs dorés apparaissent comme des impressions sur le tissu ; un pan croise l'abdomen pour venir s'attacher à gauche. Ce manteau recouvre une robe dorée cintrée par une ceinture et au décolleté carré ; les manchettes sont ornées de croisillon et laissent voir la dentelle gaufrée de la chemise.

  La coiffure est du type qui m'intéresse depuis que je l'ai découverte sur toutes les Vierges allaitantes du Finistère  Vierges allaitantes : le bandeau de cheveu.: C'est une sorte de voile dont les pans retiennent les cheveux vers l'arrière en se rejoignant derrière la nuque.

  Marie présente à son Fils une poire, comme sur une estampe de Dürer de 1511, un tableau de G. Bellini de 1490, et on n'y verrait qu'un symbole de fécondité ou de fructification si on ignorait que Cléguerec est surnommée la capitale du Chistr' per, ou cidre de poire et qu'une espèce propre au pays, la per boreign ou poire borgne, dont le poiré se conservait six ans, abondait sur les talus. On découvre alors une Vierge à la poire à la chapelle Notre-Dame-de-Saint-André, une autre à la chapelle Sainte-Anne de Boduic (où l'Enfant-Jésus tient une bouteille de poiré !), 

 

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Au dessus, trois anges devaient soutenir la couronne mariale, qui a disparu. J'admire la grâce attitudes, la délicatesse des coloris orangé, mauve ou bleu-ciel des robes et tuniques. 

 

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Les rois de Juda

  Ils sont tous barbus (sauf un de chaque coté), tous couronnés et tiennent tous le sceptre (sauf David), mais chaque roi est différent.

 

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La démone et Jessé. 

  Il est des spécialistes de tout : s'il est quelqu'un qui connaît tout sur les démones bretonnes, c'est bien le docteur Louis le Thomas qui leur a consacré un ouvrage, puis est revenu à leur description dans son article Les Arbres de Jessé Bretons du Bulletin de la Société Archéologique du Finistère de 1963. C'est en anatomiste qu'il y décrit la maudite fille de Lilith de la chapelle de la Trinité à Cléguérec : "Aux pieds de Jessé, Démone avec visage frontal et tronc en torsion légère. Mamelles discoïdes".

   Il a choisi la meilleure part, et elle ne lui sera point ôtée, la place de sénologue des démones armoricaines ; et je me détournerai des charmes équivoques de la belle cornue qui joue à la balle sur la plage en nageant pour me charger de la partie botanique du dossier. Certes mon confrère Le Thomas a noté "l'implantation thoraco abdominale du tronc de l'Arbre" Jesséen, mais ce n'est pas la moindre des originalités de cet arbre-ci que de croiser, sitôt issu des entrailles ancestrales, la ligne médiane pour virer à senextre avant de se diviser en deux troncs secondaires horizontaux, Jessodavidien à gauche et jessoroboamien à droite ( truncus circumflexa senestra et truncus circumflexa dextra ) dont chacun va se redresser pour suivre l'axe saggittal, drainant la sève de façon ascendante sans anastomose avec le système controlatéral en abandonnant, à chaque étage royal,  un rameau. Originale, cette partition que dépasse aisément n'importe quel arbre bronchique (arbor bronchialis, TA), arbre urinaire (systema urinarium, TA) , ou réseau dendritique neuronal ? Non, bien-entendu.

   Non, ce qui n'est pas banal en matière de Jesséologie, c'est la façon dont la queue de la démone va, par une rivalité mimétique qui passionnerait René Girard, adopter l'aspect exact du tronc jesséen, le croiser en le dominant et l'imiter jusque dans son développement horizontal, mais, bien incapable néanmoins de culminer en tractus ou en truncus, achopper en un lamentable noeud de mouchoir puis en  queue de cochon (caudus porcus ) ou  en tire-bouchon : ce plagiat, ce mauvais pastiche du chêne généalogique, comme un soufflé raté ne parvient pas se dresser et s'écroule en désastre, en eau de boudin.

  Jessé, l'air de celui qui n'a rien vu, poursuit sa lecture.

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      II. La niche de la sainte Trinité.

Datant du XVIe siècle, cet ensemble est assez semblable au précédent, par son dais, où l'on retrouve les mascarons et décors floraux, ainsi que quatre pilastres, ou par son inscription en lettres noires capitales. La couleur violette du fond est également comparable. La niche elle-même est encadrée par deux colonnes torsadées dorées. 

  Au centre se voit un majestueux Dieu le Père à la chevelure superbement bouclée, à la barbe taillée longue et large,  assis sur une cathèdre dorée, coiffé d'une tiare, vêtu comme un évêque d'une chape rouge et or fermée par un fermail d'or. A sa raideur hiératique s'oppose l'affaissement du corps de son fils, grimaçant sous la douleur, portant la main sur la plaie de son coté droit. Seule la barbe crée un lien de ressemblance avec le Père...

  Le Christ pose ses pieds sur le globe terrestre marqué d'une croix, ou globus crucifer. La colombe de l'Esprit-Saint est posé sur sa tête. Ainsi est représenté tout le mystère de l'Incarnation dans la séquence Dieu le Père / Esprit-Saint / Christ / Univers et donc Humanité.

 La puissance de ce Mystère est soulignée par des rayons lumineux divergents en mandorle et par deux fois sept anges que je serais tenté de nommer "séraphins" ( les brûlants), les plus proches du trône  de Dieu, quoiqu'on ne voit pas leurs trois paires d'ailes.

 Sur l'extérieur, ce sont sept anges musiciens 

 


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Anges musiciens : 

  On trouve de haut en bas à gauche un joueur de ? (boite à rythme?) puis de hautbois, puis de flûte traversière ; à droite, en haut le même instrument qu'à gauche, puis une flûte courte, une flûte, et une harpe.

  Ils portent en bandoulière des phylactères dont le texte est très effacé ; on devine quelques lettres. 

 

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   Registre inférieur : à gauche, un personnage tient un phylactère portant les mots MARIA INT... C'est selon toute vraisemblance Joseph. Puis vient la Vierge, couronnée, cheveux longs, au manteau bleu doublé d'hermines et à la robe dorée au décolleté rectangulaire. Ensuite, deux enfants de choeur, à genoux, tiennent chacun un chandelier et, au centre, le calice et l'hostie. Un homme barbu, vêtu seulement d'une tunique serrée par une ceinture, prie à genoux : serait-ce un berger ? Jean-Baptiste ? Je vois bien derrière lui une aile, mais qui appartient à un ange.  

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Le transept nord

 Le croisillon nord est éclairé par une baie vitrée de verre blanc; celle-ci est encadrée par les statues de saint Nicolas et de la sainte Vierge portant son Fils. 

 

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Saint Antoine :

  Du patron des Antonins, il présente tous les attributs : la cloche accrochée à un bâton, le petit cochon, et le costume religieux des membres de l'Ordre des chanoines de Saint-Antoine qui soignaient les victimes du Mal des ardents avant qu'on en découvre la cause sous la forme de l'ergot de seigle contaminant les farines.

  Tous les attributs ? Non, il manque le Tau, la lettre T représentatif de la béquille dont usaient les malades, que les moines soignaient par une alimentation de bonne qualité.

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Saint Bartélémy.

 L'apôtre tient le couteau de son martyre de la main droite, et sa dépouille de sa propre peau marqué de son portrait barbu sur le bras gauche. 

 Saint Dorothée affirme expréssément qu'il a été crucifié, la tête en bas, à Albane en Arménie ; saint Théodore soutient qu'il a été écorché ; et d'autres prétendent qu'il a eu la tête tranchée. Mais comme le remarque justement Jacques de Voragine, on peut concilier chaque opinion, et considérer qu'il fut d'abord crucifié, puis écorché vif pour accentuer ses souffrances, et enfin, dernier chef de pretium doloris, qu'il fut décapité. Nous aurions donc ici le moment où Barthélémy se rend sur le billot.

  Sa représentation la plus connue est celle que Michel-Ange a peint à la Chapelle Sixtine.

  On ne sera pas étonné qu'il soit le patron des bouchers, des tanneurs et des relieurs : il le mérite.

  Sa fête tombe le 24 août, et c'est le hasard du calendrier qui associe son nom au massacre de la Saint-Barthélémy, le 24 août 1572. Il est invoqué ...contre les maladies de peau où il est d'une efficacité redoutable.

  Sa légende rejoint le mythe grec du flutiste Marsyas, dépecé pour avoir oser défier Apollon.

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Saint Mathurin.

      L'Exorciste, c'est lui, brandissant le crucifix chasse-diable et lisant les formules latines du rituel de son De exorcismis et supplicationibus quibusdam de 1614. Avant de procéder, vêtu de son surplis,  aux aspersions d'eau bénite sur l'énergumène (du grec energumenos, "possédé du démon"), il devra d'abord lui placer les extrémités de son étole violette sur le cou.

 

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Le transept sud

Le croisillon sud, partie la plus ancienne, contient un retable  composè d'une toile représentant Jean-Baptiste enfant entouré de chérubins, surmonté d'une niche supérieure encadrée de pots à feu qui renferme un Christ aux liens ou Ecce Homo  et encadré des statues de saint Meen et de saint Patern. Sur l'autel, un ange porte un candélabre.


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Christ aux liens.

 

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      Saint Meen.

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      Saint Paterne

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Ange porte-cierge.

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Le choeur :

  Deux anges portant un chandelier sont placés sur l'autel.

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La colombe du Saint-Esprit

  Élément indispensable de la Trinité, elle apparaît dans un nuage en naperon de dentelle et dans l'irradiation de rayons solaires, sur le lambris peint en ciel étoilé sous-tendu comme un dais à huit fleurs de lys.

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      Le jubé. 

Il date du XVI-XVIIe siècle et a été restauré en 1976. Sa tribune est décorée, coté ouest, par neuf panneaux, deux en faux-marbre, l'un à gauche représentant saint Jean-Baptiste, cinq consacrés aux apôtres groupés par deux, et l'élément central sous le Christ en croix consacré à une déposition. 

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      Saint Jean-Baptiste. Saint Barthélémy (le couteau, le livre fermé) et saint Matthieu ou Matthias (la hache ).

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      Saint Jacques le Majeur (chapeau, bourdon, aumonière)  et saint Jean (imberbe ; calice)

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      Saint Pierre (la clef) et saint André (la croix en X) . Saint Jacques le Mineur avec le foulon et saint Matthieu (lance).

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Dernier panneau :  saint Philippe (la croix) et saint Thomas (le T d'architecte)

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Les sablières

Deux pélerins (?) réunis par un petit personnage central.

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Un homme avec un outil à long manche attrape un animal par la queue ; le second, capuchonné, tend vers sa tête un objet.

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       Deux joueurs de flute : un phylactère reliant les deux instruments est tenu par un ange central.

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Les bannières 

      Bannière de la sainte Trinité où Dieu le Père, l'Esprit-Saint et le Christ en croix sont alignés.

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 Bannière de Notre-Dame : 

La Vierge à l'Enfant sur le croissant lunaire tient une poire entourée d'un ruban bleu.

 

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Published by jean-yves cordier
6 septembre 2012 4 06 /09 /septembre /2012 22:34

          Chapelle Ste-Tréphine à Pontivy.

 

  Il s'agit de l'ancienne chapelle tréviale de Stival, datant du XVe siècle, reconstruite au XVIIe siècle sur un plan rectangulaire et dont la charpente lambrissée date de 1653 ; ce lambris a été peint en 1704. Elle est dédiée à sainte Tréphine, Tryphine, Triphine, Triffine ou Tréffine, en breton sant Trifin, sainte martyre du VIe siècle victime d'un des précurseurs de Barbe-Bleue, et qui était invoquée pour les enfants malades, ceux qui arrivent après terme ou ceux qui tardaient à marcher .

  Le nom Trifina ou Trivina apparaît, selon Albert Deshayes comme la forme féminine de l'anthroponyme masculin Trivin, apparenté au gallois triw, "vrai, exact, fidèle".

 

  Elle est fêtée le 7 novembre et son fils Trémeur le 21 juillet.


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Armoiries sur la poutre avec la date de 1625.

  Les six besants (d'or?) sur fond de gueules évoquent les Malestroit. Ailleurs, les Rohan ont frappé de leurs macles (losanges) et d'hermines les entrants.

 

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 I.  Les représentations de sainte Tréphine.

 

Le grand retable, et les statues de sainte Tréphine et de sainte Noyale, date de 1819 et a été réalisé ou restauré par Jean Le Chevallier, "peinte de Sourn".

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Statue de la sainte en "céphalophore", portant sa tête.

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Statue de procession installée sous son baldaquin couronné, sur son brancard, et vêtue d'une chasuble de la liturgie des Défunts.

  Sur sa tête, un turban rouge orné de pierres précieuses.

 

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  Au dessus de l'autel, un tableau représente le mari cruel Conomor à cheval s'apprêtant à trancher la tête de son épouse. Il est habillé d'une tenue de cuirassier, et la bave de son cheval témoigne de sa rage. 

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II. Le lambris peint et ses neuf tableaux.

  Il a été peint en 1704 par  Jean-Baptiste Le Corre et sa femme. Les maître-peintres de Pontivy  Le Corre père et fils (Louis et Jean) furent actifs de 1685 à 1745 ; on les trouve désignés comme sieur du Pont, et ils signaient leurs oeuvres Dupont. On retrouve aussi un Martin Le Corre, en 1736, ou auteur du retable de Stival en Pontivy, paroisse où Louis avait peint le lambris.

   Leur oeuvre est abondante en Centre-Bretagne et concerne des lambris, des retables, des tableaux ou des restaurations de dorure : lambris de l'église Saint-Cornély à Carnac en 1731, lambris de Saint-Mériadec à Stival,  chapelle Ste-Suzanne à Mûr-de-Bretagne, plusieurs toiles de la chapelle St-Mélec à Lanouée ou à la chapelle Notre-Dame-du-Bon-Secours à Rohan, tableau de l'église de Trévé (22), etc...

    La voûte lambrissée comporte neuf tableaux racontant la vie de sainte Tréphine décapitée par son mari Conomor et ressuscitée par saint Gildas. Les tableaux en forme de médaillons portés par des anges s'intègrent à des éléments architecturaux où s'adossent des atlantes , à des pavillons, des rinceaux ou des teintures, des feuillages d'acanthes. Ils sont légendés par des cartouches à l'écriture appliquée.

   Malgré une facture naïve, il s'agit d'un vrai travail d'ornemaniste, dans le sens donné au XVIIIe de "peintre, sculpteur  ou dessinateur d'ornements pour les plafonds, panneaux ou lambris ou pour les vaisseaux", ou, comme l'expliquait Claude Perrault, "toutes les choses qui ne sont point les parties essentielles, mais qui sont ajoutées seulement pour rendre l'ouvrage plus riche et plus beau". L'artiste puise dans des recueils d'ornements, où abondent les modèles de feuilles d'acanthes, rosaces, coquilles, palmettes, rubans, cartouches ou trophées. Parmi les artistes les plus connus figure Charles Le Brun (1614-1690) et son élève Jean Bérain père (1640-1711), ornemaniste du roi, ou encore Jean Lepautre (1618-1682), mais il faut tenir compte aussi des ornemanistes des arsenaux de Marine à Lorient ou à Brest 

 

 1.

 "Guérok compte de Vannes donne sa fille en mariage au compte Gonomor sous le cauptionnemt de St Gildas d'un report vi pour vie" "A ésté peint lan 1703".

 

 

 

 

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2.     

  La sainte se voyant grosse fuit la tyrannie de son mary et ....l'atrape sous le bois de Lannaux.

ste-trephine 6514c

 

3.

La sainte se voyant poursuivie par son mary se jette de cheval et se cache dans le bois de lanuos mais lui layant trouvé la prend par les chveux luy tranche la tête.

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4. 

Guerock averti par les serviteurs de la sainte de sa mort va avec les gens d'armes et faict transporter son corps dans son chateaux de lermine à Vannes.

ste-trephine 6516c

 

      5.

      Le père de sainte Tréfine vient trouver St Gildas dans son hermitage pour lui déclarer la mort de sa fille et lui souvenir de son cauptionnement

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6

St Gildas estant arrivé au chateau de finance le jeta par terre d'une poignée de sable.

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7. 

St Gildas estant randue à vannes vat au chateau de l'Ermine trouva la ste morte sur son lit il luy remit la teste sur le corps et la resuscita.

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8.

Après estre resuscité elle accoucha d'un fils qui fut nommé Trémeur elle fit bâtir à Vannes où elle finit sa vie.

 

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Statue de saint Louis.

  Placée dans une niche située à droite du maître-autel avec la légende St LOUIS ROY DE FRANCE, elle représente Louis IX présentant la couronne d'épine qu'il a obtenu en août 1238 auprès de Baudouin II, dernier empereur de Constantinople, pour 40 000 livres tournois.

 

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  Statue de saint Isidore.

  Malgré, ou à cause de la petite taille de cette statue, c'est l'une des plus attachantes de celles que j'ai rencontré autour de Pontivy ; elle a perdu le bras droit qui tient traditionnellement la faucille, mais on a attaché une belle gerbe de blé au bras gauche par  une ficelle à gâteau dorée. On admire sa culotte plissée, ses guêtres à sept boutons latéraux, ses chaussures noires, mais surtout sa veste rouge plissée sur le coté, à revers doré et à treize boutons dont les petites poches au rabat boutonné, sais-je pourquoi ?, me séduisent comme ces détails trop réels d'un jouet. Et le chapeau, où est-il passé ?

  Ce n'est pas le costume "mouton blanc" connu au XIXe siècle à Pontivy, mais le costume des paysans, sans particularité régionale, des siècles précédents.


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 ste-trephine 6505c

 

  Données sur la légende de sainte Tréphine.

 

  La lecture de la bande dessinée des huits tableaux précédents ne donne qu'un aperçu partiel de la légende de sainte Tréphine, et laisse néanmoins dans l'ombre son argument principal : la terrible manie du "meschant et vicieux" Comonor, le mari, lequel, ne supportant pas l'idée que son épouse donne le jour à un enfant, poignarde celle-ci sitôt qu'elle se retrouve enceinte, se faisant veuf comme d'autres se font hara-kiri : or, il avait déjà abusé de "cette manière la plus cruelle et la plus détestable d'abuser du sacrement du Mariage" (dom Lobineau) laquelle consistait en somme "pour assouvir sa concupiscence & pallier ses saletez plutost que pour désir d'avoir lignées, à traiter ses femmes plûtost en qualité de concubines que de légitimes épouses" (Albert Le Grand).

  Nous avons donc affaire à un thème dont l'histoire biblique de Tobie a exposé la version féminine avec le personnage de Sara et de ses sept défunts maris : si Tréphine avait lu son histoire, elle aurait fait brûler du fiel de poisson le jour des noces et alléluia ; mais le lut-elle le long livre au lent débit du laid Tobie ?

  L'autre aspect qui nous échappe en levant le cou vers les lambris peints, c'est que le comte Guérech (ou Waroch 1er)  n'est absolument pas en position de refuser sa fille à l'irascible Conomor (son nom signifie "grand chien"), qui est roi de la Donomée (la partie nord de la Bretagne), comte du Poher, et protecteur de Guérech, qui ne régne que sur le vannetais (Bro-Waroch ou Bro-erec).

  Par contre, ici, la mention d'un cautionnement de saint Gildas "d'un report vie pour vie" (si je déchiffre bien le cartouche) me semble beaucoup plus explicite que les versions de la Vita d'Albert le Grand et de Dom Lobineau : si tu la tues, Dieu reprendra ta vie.

  Il resterait à identifier ce bois de Launnois, ce chateau de l'Hermine et de Finance (dans la région de Vannes) :le chateau de l'Hermine est l'ancien chateau de Jean IV à Vannes.

  Mais avant de vous laisser le soin de vous régaler des récits proposés en lien, je vais me payer le plaisir de recopier le passage le plus beau. A vos mouchoirs !

 

 "Comorre se rendit à Vennes & épousa sa Dame dans le Chasteau de Vennes, & l’ammena avec soy en ses terres, la traittant assez respectueusement, jusqu’à ce qu’il sentit qu’elle fut grosse ; car lors il commença à la regarder de travers ; ce qu’apercevant la pauvre Dame, &, craignant la fureur de ce cruel meurtrier, resolut de se retirer à Vennes vers son pere pour y accoucher, & puis, aprés s’estre délivrée de son fruit, s’en retourner vers son mary. Cette resolution prise, elle fit, d’un bon matin, équiper sa Haquenée, &, avec peu de train, sortit avant jour du Chasteau, & tira le grand galop vers Vennes ; le Comte, à son reveil, ne la trouvant pas prés de soy, l’appelle & la fait chercher par tout ; mais ne se pouvant trouver, il se doute de l’affaire, se lève et s’accoustre promptement, prend la botte, monte à cheval, la suit à pointe d’espron, & enfin l’attrape à l’entrée des rabines d’un Manoir hors les faux-bourgs de Vennes. Elle, se voyant decouverte, descend de sa Haquenée, &, toute éperduë de crainte, va se cacher parmy des halliers en un petit boccage là auprés ; mais son mary la chercha si bien qu’il la trouva. Lors la pauvre Dame se jette à genoux devant luy, les mains levées au Ciel, les jouës baignées de larmes, luy crie mercy ; mais le cruel bourreau ne tient conpte de ses larmes, l’empoigne par les cheveux, luy desserre un grand coup d’épée sur le col & lui avale la teste de dessus les espaules, &, laissant le corps sur place, s’en retourna chez soy. " 'Albert le Grand)

 

sources : 

 

         Concernant saint Trémeur, qui perdit la tête en digne fils de sa mère  voir : Chapelle Saint-Trémeur à Plougastel.   

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5 septembre 2012 3 05 /09 /septembre /2012 21:43

       Église Saint-Mériadec à Stival :

        Le vitrail de l'arbre de Jessé.

 

Voir aussi :

Le vitrail de l'Arbre de Jessé de l'église de la Sainte-Trinité à Kerfeunteun :

Le vitrail de l'Arbre de Jessé de l'église de Confort-Meilars.

L' arbre de Jessé de l'église de Moulins (35).

L'arbre de Jessé de l'église de Beignon.

L'arbre de Jessé de l'église de La Ferrière.


 

    La belle église saint-Mériadec de Stival (56) à Pontivy possède sous forme de fragments des vitraux du XVe siècle, et deux baies renfermant des verrières du XVIe siècle : la Passion, en baie 2, et un Arbre de Jessé, dans la maîtresse-vitre ou baie 0.

  Ces vitraux sont classés MH 1904. L'arbre de Jessé qui nous occupe est daté par estimation des années 1550, alors que la Passion est datée par une inscription de 1552.

 

  La baie 0 est composée de quatre lancettes trilobées de cinq panneaux chacune, et d'un tympan à cinq ajours.

                         arbre-de-jesse 7014c

 

I. Registre inférieur.

  On montrera ici huit panneaux puisque les trois personnages occupent indirectement la partie basse des panneaux A2 à D2.


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   Jessé apparaît comme un vieillard très digne, vénérable mais plein de présence . Ni tout-à-fait assis ni allongé, il est installé sur une marche de ce qui pourrait être sa maison, accoudé à un rebord de colonnade, dans la posture qui lui est familière, le front ou la tempe droite supportés par la paume de la main droite ; et, comme toujours, il a interrompu la lecture du livre à fermoir dont il retient la page de la main gauche, et il songe. Ce songe semble doux et agréable, et les images qui se construisent au dessus de lui, nées de la fécondité de son imagination prophétique, ont tout lieu de le satisfaire, puisqu'il voit son fils David accéder à la royauté, agrandir le royaume, développer ses capacités artistiques, respecter plus ou moins les traditions religieuses et morales qu'il se préoccupe de lui transmettre, et transmettre le trône à un fils. Il voit, le chenu vieillard, l'éleveur de brebis de Bethléem, le fils d'Obed, le petit-fils de Ruth la Moabite (une étrangère)  une dynastie se développer comme un chêne dont il serait le tronc et les racines. Il se préfigure une descendance glorieuse sur sept fois sept générations, le chêne n'en finit pas de croître en rameaux droits et vigoureux, et, là-bas, dans la nébuleuse canopée des siècles des siècles, il lui semble deviner une vierge tenant un beau bébé. Une vierge, chair de sa chair, qui conserve toute la gloire et la perfection de sa virginité tout en donnant naissance à un fils extraordinaire (lorsque l'on songe, tout est possible), un plus que roi, le superlatif de tous ces souverains qu'il a engendré, un Roi des Rois. 

  Un vent doux caresse les boucles de sa barbe, agite les tresses rituelles de son vêtement, et sa chaleur l'assoupit un peu plus. Qu'il est bon d'être grand-père d'un roi, qu'il est bon d'être l'arrière-arrière grand-papa d'une vierge impeccable et du Messie ! Car il en est sûr, le boutchou tout là-haut dans les feuilles de chêne et les glands, va, ce sera le Messie.

 

arbre-de-jesse 7016c

 

  Voilà que Jessé voit surgir un personnage qui vient lui parler, et ses paroles, comme c'est amusant, s'enroulent comme un cerf-volant que le vent chaud emporte. C'est du latin, mais Jessé comprend tout comme si c'était de l'hébreu, ce rêve est vraiment épatant, il boit ces paroles comme du petit-lait, Et egredietur virga de radice iesse et flos de radice eus ascendet,  "un rameau sortira du tronc de Jessé, un rejeton surgira de la racine". 

  Et un autre, coiffé comme un nain de jardin, lui fait coucou derrière la couverture  et voilà qu'il parle lui-aussi, que le cerf-volant blanc se déroule comme une publicité tirée par un petit avion dans le ciel d'été : Ecce Virgo concepiet et pariet filium, c'est clair comme de l'eau de roche, Virga à gauche, "la tige", Virgo à droite, "la vierge", "Voici que la Vierge concevra et donnera naissance à un fils", c'est sûr, tout va se réaliser comme il l'a prédit ! Le roi n'est pas son cousin, au père Jessé. 

  S'il avait la vue plus perçante encore, il verrait que ces deux personnages se nomment Isaïe et Jérémie, des prophètes qui viendront des siècles après lui annoncer les bonnes nouvelles dont il a rêvé, et écrire le Livre qu'il tient, c'est merveille, ouvert sur les versets d'Isaïe 11, 1 et Isaïe 7, 14. 


arbre-de-jesse 7021c  arbre-de-jesse 7022c


II. registre moyen, huit panneaux .

  A l'étage du dessus, cavalièrement assis sur le toit du pavillon paternel (une simple bergerie, mais depuis le fameux rêve, Pépé Jessé a des goûts de riche), deux descendants de Jessé, David à gauche, qui ne quitte pas sa harpe, et l'un de ses petits fils à  droite. S'ils se penchaient, ils liraient AVE MARIA GRATIA PLENA, "Salut Marie, pleine de grâce", mais ces paroles sont destinées à rester cachées encore quelque temps.  A l'extrême gauche, c'est Salomon, en position de chevalier servant, l'index dressé vers la cime de l'arbre où il vient de voir sans-doute aussi le Divin Enfant : Bon sang, grand-papa avait raison!

 Les deux rois de droite ne donnent pas leur nom, mais il y a fort à parier qu'il s'agit de Roboam et d'Abia.

Au troisième étage vivent Ionas (3ème gauche) qui a mis son nom, puis trois rois bien fatigués des vicissitudes de la monarchie, puisque deux d'entre eux ont retiré leur couronne, jouant avec ou la portant en bracelet, alors que le dernier siège en turban. Trop épuisés aussi pour se raser, ils gardent des barbes longues comme celles des divinités marines des fontaines d'un jardin de Toscane, support en hiver de stalactites de glace et, en été de tapis de mousses insanes.

 

 

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III. Registre supérieur, quatre panneaux.

  Nous voilà sous les combles, où habitent, dans l'arborescence prolifique du bon Jessé, les quatre derniers rois de Juda de cet arbre ; l'un indique le nom d'Abas. Chaque costume est somptueux, bien différent du voisin, et on retrouve des "attributs" ou caractéristiques présents sur les autres arbres de Jessé du Morbihan, comme l'épée et la dague de l'un, la manière de danser pied nus, le port de pièces d'épaules en forme de gueule, etc... qui nécessiteraient une étude en règle.

  Un exemple : le troisième roi, qui est imberbe, porte sur le bord de ses cnémides (plus savant que "protège-tibia") une inscription : (J)ULIEN.. et AMEN . Émouvant, non?

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Abas : ressemblance avec le carton d'Ezechias (arbre de Jessé de Moulins) ou de Roboam (arbre de Jessé de Beignon). 

 

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Remarquer la beauté des cnémides, et l'inscription qu'elles portent :

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IV Le tympan.

 

  Il me réserve deux surprises : la première est que la Vierge qui culmine dans ce vitrail est une vierge allaitante ; le détail est partiellement caché par la barlotière et m'avait d'abord échappé. La seconde est que l'artiste a repris le motif du "pavillon", cette "tente ronde ou carré terminée en pointe" et qu'on dresse lors des campagnes militaires ou pour les chevaliers après les joutes. Le terme vient du mot paveilun (XIIe siècle), "tente militaire", mais aussi de papillon : c'est une tente de campagne, dont les pans s'ouvrent comme les deux ailes d'un papillon, et dont le sommet se referme en entonnoir comme le pavillon d'un instrument de musique. Vers 1260 il désigne déjà aussi "un dais qu'on met sur l'autel" et si je donne ces explications, c'est à la fois pour mieux dégager la forme de ce dais rouge dont la cohérence est brisé par le réseau de maçonnerie, mais aussi pour montrer comment la reprise du motif de la tente de Jessé, dans ses montagnes arides de Juda, pour abriter solennellement la Mère de Dieu suit l'évolution sémantique. 

   Cela me paraît habile de la part du concepteur du vitrail de reprendre à nouveaux frais le motif initial : en bas, dans les lancettes, l'Ancien Testament développe son arborescence à partir de la tente de l'ancêtre mythique, sous ses couleurs et sous son pavillon. Puis, rupture et continuité, le Nouveau Testament trouve place dans le tympan, étendant les ailes d'un nouvel ordre, d'un nouvel engendrement, sous un autre pavillon tout semblable au premier.

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1. Les deux soufflets inférieurs.


Alors que deux prophètes (qui annonçaient l'avènement d'une vierge et de son fils) créaient l'ouverture de la Maison de Jessé, ce sont ici deux anges, splendidement dessinés, qui tiennent ouvert le dais majestueux et sacré qui abrite la Vierge. Répondant aux entrelacs de rameaux de l'arbre généalogique, un rinceau de feuilles de vignes ou d'acanthe détache ses ornements au jaune d'argent sur le velours ponceau. 

  Je mentionnerai ici la présence  des armoiries qui occupent la tête des quatre lancettes: ce sont successivement de gauche à droite celles de :

  • de Coëtlogon : de gueules, à trois écussons d'hermines (devise : A peb amser Coëtlogon, de tout temps Coëtlogon)
  • de Bahuno : de sable au loup passant d'argent surmonté d'un croissant de même.Les Bahuno du Liscouët, propriétaire du château de Kerdisson, avaient droit d'enfeu et de sépulture en l'église de Stival.
  • de  Lesquen : de gueules à un épervier d'argent, la tête contournée, membré et becqué d'or, accompagné en chef d'un croissant versé entre deux molettes, et en pointe aussi d'une molette, le tout du même.
  • de Lantivy : de gueules à l'épée d'argent en pal, la pointe en bas.(Devise : Qui désire n'a repos)

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2.Le soufflet supérieur et les deux ajours.

  On y voit le sommet tronqué du pavillon, deux anges présentant la couronne au dessus de la Vierge, un phylactère avec les lettres ECCEANU (Ecce agnus Dei qui tollit peccata mundi, Voici l'agneau de Dieu), lequel est placé au dessus d'un enfant que cet inscription désigne comme étant Jean-Baptiste. Marie est vêtu d'une robe mauve ouvert en V sur la poitrine, s'évasant en col montant brodé et ourlé d'or,  et d'un manteau bleu. Elle présente le sein droit à l'Enfant-Jésus. En arrière-plan à droite des éléments architecturaux figurent peut-être une balustrade, composant d'une margelle sur laquelle la Vierge est assise.

Dans les ajours, les armoiries en éminence des Rohan à gauche (de gueules à neuf macles d'or, posés 3,3,3) et de Bretagne à droite.

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5 septembre 2012 3 05 /09 /septembre /2012 21:06

Église Saint-Mériadec en Stival (Pontivy, 56)

          Le vitrail de la Passion (1552).

 

 

  Cette baie de la façade sud est faite de trois lancettes trilobées (A à C) de cinq panneaux et d'un tympan ajouré, sur le thème de la Passion et de la Résurrection. Les couleurs principales sont le rouge, le bleu et le violet, le vert, le jaune ou l'or (jaune d'argent), et le vieux rose.

                    passion 6999c

 I. Registre inférieur


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Panneau A1 : Jésus au Mont des Oliviers ; signature du restaurateur.

a) signature inscrite sur le pilier gauche : L'an 1908 fut réparée cette verrière et fut par l'ouvrier Marcel Delon de Paris.

  Cette signature imite le style graphique et la forme  littéraire de la signature du maître-verrier, placée sur le pilier de droite (panneau C1). L'"ouvrier"Marcel Delon est un maître-verrier ou plus exactement peintre-verrier  parisien, élève d'Oudinot avant de créer son propre atelier en 1889,  qui a travaillé en restauration de vitraux, mais aussi bien-sûr en création, par exemple au Couvent des Jacobins de Saintes dans le style Art Nouveau ou au Musée Adrien Dubouché à Limoges.

b) inscription gothique : Come notre signeur s'en fut prier au jardin des olives.

Je rappelle que la scène se passe à Gethsémani, littéralement pressoir à huile" en araméen. Jésus est tourné vers un calice présenté par un ange, alors que les trois apôtres Pierre, Jacques et Jean chargés de l'accompagner des cette nuit obscure se sont endormis. En arrière-plan à droite, on voit la troupe des gardes du Grand-Prêtre arriver : "Comme il parlait encore, voilà que Judas, l'un des douze, arriva, et avec lui une foule nombreuse armée de glaives et de bâtons, envoyée par les grands prêtres et les anciens du peuple." (Mat 26, 47) 

   Le Christ est vêtu d'une robe violette, qui servira à le distinguer jusqu'à la scène de son dépouillement, et qu'il retrouvera sur le tympan, après avoir porté lors de la résurrection le manteau rouge pourpre propre à la gloire de cet évènement.

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Panneau B1 : arrestation de Jésus.

Inscription : Come n(o)tre Signeur fut  .. ins par les juifz.

Blason non identifié.

 "Celui qui le trahissait leur avait donné un signe : "celui à qui je donnerai un baiser, c'est lui : arrétez-le ". Et aussitôt, s'avançant vers jésus, il dit :"Salut, Rabbi !" et il lui donna un baiser. Jésus lui dit :" Ami, tu es là pour cela !"; Alors, ils s'avancèrent, mirent la main sur Jésus et le saisirent."  (Mat, 26, 48-50)

            

                  passion 7006c

 


Panneau C1. Comparusion devant Anne.

Inscription : Come notre signeur fut mené devant An(n)as.

 

  Selon Matthieu, Jésus fut d'abord présenté à Caïphe, le grand prêtre, et non à Anne, beau-père de Caïphe et grand prêtre avant celui-ci.

Inscription sur le pilier droit : EN lan 1552 fut faicte cette vitre et f.t lou(v)rier Jeha. Le Flaman.

 

 

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II. Registre intermédiaire.

 

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      Panneau A2 : Couronnement d'épine et scène d'outrage.


Inscription : Come n(o)tre signeur fut co(u)roné par les juifz

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Panneau B2 : Flagellation.

      Inscription : Come notre signeur fut flagellé.

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Panneau C2 :

Inscription : Come n(ot)re signeur fut mené devant Anne.

  C'est seulement dans l'évangile de Jean que Jésus est présenté, juste après son arrestation, devant Anne, (ou Hanne, Anan ben Seth), qui l'interroge en son palais avant de le renvoyer à son gendre Caïphe, grand prêtre en fonction cette année-là.

  Sur cette image, Anne porte la tiare et le diadème (ici orné d'un croissant lunaire), en dehors de toute vraisemblance car les habits sacerdotaux ne sont portés que dans le temple.

        A l'arrière-plan, sous une main, on voit la tête auréolée de saint Pierre, qui, pendant cette comparution, assis dans la cour du palais et se réchauffant auprès d'un brasier, est reconnu par les serviteurs, puis par Malchus, celui-là même à qui il a coupé l'oreille lors de l'arrestation : c'est l'épisode du triple reniement de Pierre, et du chant du coq. 

   L'interrogatoire d'Anne a donc lieu en pleine nuit.

  Lire : http://theologiedelepiscopat.chez-alice.fr/episodes/209.htm

passion 6300c

 

3. Registre intermédiaire 2 :

 

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Panneau A3 :

      Inscription : Come n(ot)re signeur fut prése(n)té aux juifz.

  Cette scène est la plus originale de la verrière. Elle correspond au texte évangélique suivant dans Jean 19, 4-6 : "Pilate sortit de nouveau, et dit aux Juifs : Voici, je vous l'amène dehors, afin que vous sachiez que je ne trouve en lui aucun crime. Jésus sortit donc, portant la couronne d'épines et le manteau de pourpre. Et Pilate leur dit : Voici l'homme."

    Cet épisode est représenté traditionnellement en art statuaire ou en peinture sous le titre Ecce Homo, qui reprend en latin les derniers mots de Pilate, "Voici l'homme". Mais le Christ y est souvent figuré seul. Ici, l'accent n'est pas mis sur le portrait dramatique de l'homme accablé et souffrant, mais sur la dérision, et sur le déchaînement de la "crise mimétique", lorsque par une fascination haineuse qui s'amplifie et réunit toute une foule  contre un bouc émissaire, l'unanimité se forme vers le sacrifice final.

  Le personnage en robe jaune porte inscrit le nom PILAT ; il est représenté en costume et chapeau juif, comme souvent. On ne peut distinguer le reste des inscriptions de sa robe : VCE...SINO.. Il se courbe en avant et adopte la même posture fléchie humiliante qu'il fait prendre au Christ, et tient son sceptre d'une façon comparable à celle par laquelle Jésus tient le roseau qui singe sa royauté, si bien qu'il se crée un jeu de miroir entre les deux protagonistes. La cruauté de l'outrage fait au Christ est dramatiquement mise en scène, et on pense à ce que devaient être les Mystères de la Passion du Moyen-Âge. Le texte de Jean peut être complété par celui de Matthieu, dans laquelle les injures faites au Christ se passent dans le prétoire et sont exercées par les soldats : "Alors les soldats du gouverneur prirent Jésus avec eux dans le prétoire, et ils assemblèrent toute la cohorte. L'ayant dévêtu, ils jetèrent sur lui un manteau écarlate. Ils tressèrent une couronne avec des épines, qu'ils posèrent sur sa tête, avec un roseau dans sa main droite ; et fléchissant le genou devant lui, ils lui disaient par dérision : "Salut, roi des Juifs !". Ils lui crachaient aussi dessus et, prenant le roseau, ils en frappaient la tête".

 

Mais ici, c'est la violence de la foule qui est exprimée : dans les cris, les gestes, les postures, les regard et la haine des visages.


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      Panneau B3 :

Inscription : Come n(ot)re signeur porta sa croix. 

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      Panneau C3.

Inscription : Come n(ot)re signeur fut despoillé.

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4.Registre supérieur :


 

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Panneau A4:

      Inscription : Come notre signeur ressuscita

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 Panneau B4 : Crucifixion.

Inscription : Come n(ot)re signeur fut crucifié.

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Panneau C4. Déposition.

Inscription : Come n(ot)re signeur fut desce(n)du de la croix.

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5. Tympan

  Ce qui est du au restaurateur dépasse très largement l'oeuvre du XVIe siècle. Au centre, l'Ascension du Christ. Dans les mouchettes inférieures, anges dont l'un porte la colonne de la flagellation, l'autre la couronne d'épine. 

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  • "Il faudrait voir sur chaque objet que tout détail est aventure" ( Guillevic, Terrraqué).  "Les vraies richesses, plus elles sont  grandes, plus on a de joie à les donner." (Giono ) "Délaisse les grandes routes, prends les sentiers !" (Pythagore)
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