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3 juin 2026 3 03 /06 /juin /2026 10:26

La Salle de Galatée de la Villa Farnesina de Rome : "Zéphir et Flore" peints par Sebastiano del Piombo vers 1513.

Voir : 

 

 

PRÉSENTATION : la Salle de Galatée 

Cette salle comportait autrefois des arcades ouvrant sur le jardin, fermées en 1650. Sur les autres côtés, des arcades en trompe-l'œil créent l'illusion d'une ouverture sur la campagne environnante. Les arrondis des arcades sont occupés par neuf "lunettes" aux motifs mythologiques sur fond de ciel bleu accentuant cette illusion.

Elle tire son nom de la fresque de Raphaël le Triomphe de Galatée (1513) , accompagnée à droite par le Polyphème de Sebastiano del Piombo à gauche. Dans l'hiver 1511-1512, ce dernier avait peint les scènes mythologiques des lunettes.

Auparavant, Baldassarre Peruzzi avait peint  en 1511 la voûte, avec divers thèmes mythologiques dans des cadres géométriques. Le plafond de cette salle représente le Zodiaque et l'alignement des astres au jour de la naissance d'Agostino Chigi, son horoscope.

Les peintures de la salle ont été retouchées en 1863 et restaurées en 1969-1973.

Salle de Galatée, villa Farnesina. Cliché lavieb-aile.

Salle de Galatée, villa Farnesina. Cliché lavieb-aile.

Salle de Galatée, villa Farnesina. Cliché lavieb-aile.

Salle de Galatée, villa Farnesina. Cliché lavieb-aile.

Sebastian da Piombo est l'auteur en 1513 du grand Polyphème.

Le géant cyclope et anthropophage est représenté de façon monumentale, assis au bord de la mer, le visage tourné vers la mer  et tenant un bâton de berger et une flûte de Pan, comme une figure de la nature sauvage d'avant la civilisation. Il regarde sans doute avec mélancolie la nymphe Galatée, qui lui échappe pour rejoindre, non pas son amant le berger Acis, car il l'a écrasé sous un rocher, mais son Apothèose figurée sur la fresque de Raphaël en 1512.

Le bleu cobalt éclatant de la tunique de Polyphème,  s’est révélé être, par les recherches récentes menées par l'équipe du professeur Bruno Brunetti et de Costanza Miliani de l'Université de Pérouse, du lapis-lazuli afghan, très précieux, mélangé à de la chaux en quantités que seul un riche mécène comme Agostino pouvait se permettre, car le plus souvent, pour limiter les coûts élevés,il était appliqué en fine couche sur la surface et rarement mélangé à de la chaux. 

« Dans le Polyphème, Sebastiano utilisa un enduit différent de celui des lunettes : un enduit auquel on ajouta de la brique concassée, appelé à Venise « pastellone », déjà mentionné par Pline et Vitruve à propos de la technique de la mosaïque [...] Il peignit la fresque du Polyphème très rapidement, en seulement cinq jours ouvrables, avec ce plâtre pastellone, capable de rendre une couleur particulière, rougeâtre, qui convient parfaitement aux carnations et au climat humide. En y regardant de plus près, on constate que la préparation de ces mortiers colorés peut influencer la polychromie des carnations. » Le choix du « pastellone » gris-violet – un plâtre à base de faïence concassée utilisé à Venise – a permis à Sebastiano, selon Angelini, de retarder la carbonatation grâce à une humidité plus élevée et, par conséquent, en prolongeant le temps de séchage, de travailler avec des couleurs beaucoup plus diluées et transparentes, appliquées très rapidement sur une surface plus lisse que celle des lunettes, en quelques jours seulement. Cependant, cela s'est avéré insuffisant, à tel point que Sebastiano a dû recourir à des finitions à la tempera.  "(Barbieri)

"La partie inférieure de la fresque de Polyphème,– correspondant au dernier jour de travail – a disparu, mais grâce à la restauration, une partie de la figure du chien a été retrouvée : un colley à poil court, c’est-à-dire un berger écossais déjà connu à l’époque romaine comme l’un des chiens de berger les plus adaptés et donc le compagnon idéal du Cyclope. Le problème de la repeinture de la fresque, qui avait complètement masqué les parties les plus originales de Polyphème dans une tentative de réparer les dégâts, est reconstitué par Tantillo grâce à l’analyse des interventions de restauration ultérieures et à la conclusion que la repeinture doit être datée du XIXe siècle, contemporaine des travaux commandités par le duc de Ripalta. 
La restauration du Polyphème s'explique en partie par la disparition de certaines parties de la palette originale appliquée à sec. Il est intéressant de noter ici l'esprit d'expérimentation de Sebastiano dans sa recherche d'effets de glacis et de tonalités plus profondes, qu'il ne pourra perfectionner qu'avec la toute nouvelle technique de la peinture à l'huile sur toile, créant quelques années plus tard la célèbre Flagellation du Christ dans la chapelle Borgherini de San Pietro in Montorio. Mais seul un changement radical de support pictural et un usage inédit de l'huile sur plâtre lui permettront d'atteindre la profondeur du clair-obscur et la transparence des couleurs, par superposition de glacis, qu'il recherchait, rapprochant ainsi la peinture murale de la peinture de chevalet. " (Barbieri)

 

 

Polyphème, 1513, Sebastiano da Piombo, Salle de la Galatée, villa Farnesina. Cliché lavieb-aile.

Polyphème, 1513, Sebastiano da Piombo, Salle de la Galatée, villa Farnesina. Cliché lavieb-aile.

Sebastiano del Piombo est également responsable de huit des dix lunettes avec des images mythologiques, peintes en des tons particulièrement aérés, typiques du colorisme vénitien. Elles étaient achevées  certainement le 27 janvier 1512. Elles sont  tirées des Métamorphoses d'Ovide.  À chaque épisode correspond un vice : Térée poursuivant Philomèle et Procné, correspond à la Luxure , Aglaure et Hersé correspond à la Délation, Dédale et Icare à la Désobéissance, la Sybile de Cumes et Apollon à l’Avidité, Scylla coupant les cheveux de Nisus à l’Impiété, La chute de Perdix, neveu de Dédale, à l’Envie, l’Enlèvement d’Orithye par Borée à la Colère…(C. Barbieri)

Elles représentent  :

1. Térée chasse Filomela et Progne : Progne, sœur de Philomèle et fille de Pandion, roi d'Attique, a épousé Térée, roi de Thrace, qui a séduit sa belle-sœur. Pour punir le roi infidèle, les deux sœurs, unies par leur amour, décident de commettre un infanticide, puis d'offrir la chair du roi en sacrifice et de s'enfuir. Poursuivis par Térée avec sa hache, ils prièrent les dieux de les transformer en oiseaux. Avant qu’un massacre n’éclate, les trois se transforment respectivement en huppe, hirondelle et rossignol.  

Le roi Térée, vêtu d'une robe rouge vin, est représenté de profil droit, brandissant un sceptre avec lequel il s'apprête à frapper son épouse Progne et sa belle-sœur Philomèle, qui lui font face. L'une des deux femmes, en robe verte et grand manteau jaune, dont les manches blanches de sa chemise sont bouffantes, se protège la tête du bras, offrant ainsi son profil au spectateur. De l'autre figure, seule la tête est esquissée, au-dessus de laquelle vole un petit oiseau. La beauté des deux femmes, toutes deux blondes, évoque le style des courtisanes vénitiennes.

 

 

2. Aglaure et Hersé : Les deux filles du roi Cécrops, roi d'Athènes,  ont reçu la garde du panier où dort l'enfant  que leur a confié Athena,  Érichthonios. Aglaure l'entrouvre et regarde à l'intérieur. Elle voit l'enfant à côté d'un grand serpent. Coroné , la corneille, en informe Athéna, qui, pour sa peine, change son plumage de blanc en noir.   

Au centre de la composition, sur fond de ciel bleu à peine strié de quelques nuages ​​épars, l'une des sœurs est assise de profil à droite, vêtue d'une robe jaune et d'un grand manteau vert. À côté d'elle, légèrement en retrait, se trouve l'autre sœur, portant un corset jaune et un grand manteau rouge. Toutes deux ont de larges manches blanches et des cheveux blonds. Elles sont absorbées par le geste de soulever furtivement le couvercle du panier en osier. Deux oiseaux volent au dessus, un blanc et un brun.

cliché rmn wikimedia commons détail

 

3.  Dédale et Icare : Icare chute, ses plumes se décollant sous l'effet du soleil, sous le regard impuissant de Dédale qui assiste à sa chute tragique.

Dans le huitième livre des Métamorphoses , Ovide raconte l'histoire de Dédale qui, impatient de retourner en Crète, fabriqua des ailes pour lui et son fils Icare, malgré l'avertissement de ne pas s'approcher trop près du soleil. Le fils, resté impuni, désobéit à cet ordre et il tombe, appelle son père, et la mer le cache .

Dédale est représenté le visage tourné vers le bas, les ailes déployées, face à son fils stupéfait qui chute du ciel, ses ailes en lambeaux dispersées par le vent. Tous les personnages sont nus, à l'exception d'Icare, terrifié, qui porte un voile blanc léger à rayures bleues sur le ventre.

 

cliché Rmn-fr, wikimedia commons

4. Junon : Junon traverse le ciel dans un char tiré par des paons .

 Iris, qui décrit la descente de l'arc-en-ciel, est mentionnée dans les livres I et XIV des Métamorphoses , tandis que dans le livre II, le paon attend de servir la Déesse sur un char resplendissant.

Sebastiano a représenté Junon, blonde et coiffée d'une guirlande de fleurs, assise de profil à droite sur un char tiré par deux paons, sur fond d'arc-en-ciel dessiné dans le ciel. La déesse porte un manteau blanc épinglé sur son épaule gauche, tandis que sa main droite, nue, dévoile son sein. Elle tient une fine baguette.

 

cliché Rmn-fr, wikimedia commons

5 . Scylla coupant les cheveux de Nisus endormi : Scylla coupe les cheveux de son père Nisus, le condamnant ainsi à mort et son pays à la défaite. 

 Dans le huitième livre des Métamorphoses , on raconte l'histoire de Nisus, roi de Mégare, dont la chevelure pourpre, fatale, le protégeait des attaques du roi de Crète, dont sa fille, Scylla, était follement amoureuse. Elle coupa les cheveux de son père endormi afin de livrer la terre de ses ancêtres au roi ennemi et bien-aimé.

Nisus, le visage encadré par une longue barbe blanche, dort profondément, enveloppé dans un grand manteau vert et une tunique bleue, la tête posée sur son bras replié sur l'oreiller. Scylla est saisie en train de couper les cheveux de son père à l'aide de deux grands ciseaux. Deux rapaces dominent la scène sur fond de ciel bleu.

 

clichéMiguel hermoso Cuesta wikimedia commons

6.  la chute de Perdix :  Perdix chute du haut de l’Acropole, poussé par Dédale, mais sera transformé en perdrix par Minerve .

Sebastiano se concentra sur la chute, imaginant le corps à demi nu du jeune homme, couvert à l'entrejambe d'un tissu blanc à rayures bleues, agrippé d'une main à une cape verte flottante et portant l'autre à sa tête dans un geste désespéré. Deux perdrix semblaient veiller sur sa chute vertigineuse.

cliché Rmn-fr, wikimedia commons

7. Borée enlevant Orythye. Borée, le froid vent du nord, en proie à la rage et à la passion, enlève Orithyie, fille d'Érechthée (roi d'Athènes), alors qu'elle dansait sur les bords du fleuve Ilissós.

 Borée, roi de Thrace, tomba amoureux d'Orithyie, fille d'Érythée, roi d'Athènes. En refusant de l'épouser, il provoqua l'enlèvement de son amant, qui devint bientôt mère de plusieurs enfants.

Orithyie, enveloppée dans un ample manteau vert, s'accroche à Borée, qui déploie ses ailes puissantes.

 

https://www.photo.rmn.fr wikimedia commons

8. Zéphyr et Flore, cf infra

9.  Tête monochrome d'un jeune homme, par  Baldassarre Peruzzi .

Cliché lavieb-aile.

 

"Pour donner vivacité et intensité expressive à ces scènes passionnées, notamment celles de crimes brutaux, Sebastiano a adopté un langage formel sans précédent dans le panorama romain et peut-être un peu déconcertant au regard des idéaux classiques : une particularité qui mérite d'être explorée plus avant, car la dramatisation violente des événements dépeints est sans pareille dans la Rome de l'époque. Toutes les histoires sont filmées en contre-plongée, ce qui souligne théâtralement l'action et semble placer les personnages à des fenêtres ou sur des terrasses, sur fond de ciel ; Les expressions accentuées, mais parfaitement naturelles, les mouvements agités, voire agressifs, et le flottement des vêtements créent un dynamisme saisissant qui captive le spectateur. L'impact visuel est très fort grâce au gros plan qui met en valeur les premiers plans, et certains groupes, comme Térée, Philomèle et Procné jouant une scène tragique, ou l'étreinte passionnée de Borée enlevant sa bien-aimée, préfigurent certaines solutions formelles de Pordenone. La fluidité narrative et le naturel de la composition, comme dans la scène des sœurs scrutant le panier contenant le secret de Minerve, sont sans précédent. Même les raccourcis audacieux de Perdix  et d'Icare étaient destinés à étonner le spectateur : le premier comme suspendu avant la chute, le second saisi en plein vol. Les couleurs éclatantes, les teintes rougeâtres de la chair, le bleu du ciel, les tissus irisés, le plumage multicolore rehaussent l'ensemble dans un jeu de forts contrastes, suscitant des émotions tout aussi intenses." (Barbieri 2015)

Ces peintures sont marquées par la vivacité des couleurs de la peinture vénitienne (Sebastiano est né à Venise en 1584 et est venu à Rome en 1511 entraîné par Agostono Chigi), par leur liberté d'expression, d'une violence presque anti-classique, leur colorisme éclatant, inédit à Rome avant Sebastiano, et leur grammaire de composition et de raccourci nouvelle et anti-florentine. Elles tranchent aussi  avec les peintures de Peruzzi et de la tradition toscane par le naturel des postures des femmes, par leurs robes vénitiennes et non à l'antique, et par la simplification du décor (elles se détachent sur le ciel par l'effet de la contre-plongée).  Le bleu éclatant du ciel traversé de nuages ​​et d'oiseaux, élément constant des lunettes devait unifier et relier l'espace peint à l'espace réel du jardin, puisque les arcades s'ouvraient sur celui-ci.

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"La confirmation scientifique de la nouvelle technique picturale introduite à Rome par Sebastiano provient des recherches scientifiques menées lors des restaurations exemplaires des fresques de la Loggia della Galatea, dirigées dans les années 1970 par Alma Maria Mignosi Tantillo et supervisées par Aldo et Nerina Angelini, restaurateurs de l'Institut central de restauration.
Après le nettoyage, la comparaison directe entre la voûte ornée de fresques de Peruzzi, la Galatée de Raphaël et  les peintures de Sebastiano mettent en évidence la nouveauté absolue de la palette vibrante de ce dernier. 

Aldo Angelini écrit : « La rapidité d'exécution de Sebastiano dans les lunettes est étonnante. J'ai pu analyser sa technique lors du détachement de la fresque de la Chute de Phaéton (sic).
Très peu de jours de travail : trois tout au plus, compte tenu des sujets à figures imposantes, de l'exécution rapide et d'une liberté maximale sans poudrage, de la simple gravure des contours des figures, et dans des espaces réduits. Les oiseaux qui y sont représentés suggèrent une exécution improvisée : la polychromie est riche en tons irisés, avec des couleurs très vives jamais utilisées auparavant dans les fresques de l'école romaine [...].
Par conséquent, l'utilisation de telles couleurs, sans préparation, a dû susciter une grande surprise,
à tel point qu'on pense davantage à une peinture de chevalet qu'à une fresque [...]. De plus, la polychromie vénitienne offrait un remarquable jeu de contrastes. Aujourd'hui, les fresques sont un peu passées, mais alors, cette polychromie devait être vraiment remarquable. » " (d'après C. Barbieri, traduction personnelle)

 

Salle de la Galatée, villa Farnesina. Cliché lavieb-aile.

Salle de la Galatée, villa Farnesina. Cliché lavieb-aile.

Salle de Galatée, villa Farnesina. Cliché lavieb-aile.

Salle de Galatée, villa Farnesina. Cliché lavieb-aile.

Malgré ce prélude, je veux consacrer cet article à l'étude du Zéphyr et Flore.

Le titre Zephyr and Flora  est établi au XIXe siècle et début XXe ( Flora che recive il soffio di Zefiro, 1907), et mentionné sur le Baedecker de 1893 (mais est peut-être beaucoup plus ancien).

On  trouve néanmoins  l'œuvre désignée sous les titres "Zephyr and Gaia" (ou "Cephalus and Aura") par David Rijser

Donc, ce titre, et donc l'interprétation de la scène, peut faire débat, si bien que C. Barbieri peut y voir plutôt la rencontre  d’Apollon et de la Sibylle de Cumes

Elle souhaite ainsi "rétablir la cohérence de la structure narrative qui, comme dans les autres lunettes, renvoie à la même source", car elle fait remarquer que les amours de Zéphyr et Flore ne sont pas décrits adns les Métamorphoses d'Ovide.

"Le livre XIV des Métamorphoses (vv. 130-153) narre l'histoire de la Sibylle de Cumes et d'Apollon : amoureux de la jeune fille, le dieu lui offre tous les dons qu'elle désire, et elle lui demande de lui accorder autant d'années à vivre qu'il y a de grains de sable qu'elle peut tenir dans son poing. Le dieu accède à sa requête, mais celle-ci comporte une erreur tragique : il a demandé une longue vie de décrépitude plutôt que la jeunesse éternelle. Sebastiano a représenté le dialogue entre le dieu et la Sibylle, saisi au moment où cette dernière pointe vers le bas de sa main serrée, peut-être vers une étendue de sable.

La scène préfigure déjà l'épilogue par l'union de deux nuages ​​éthérés : la transformation de la Sibylle en une voix, qui se confond de manière significative avec la voix du dieu. Dès lors, le Cuméen devint la voix d'Apollon, et la grotte des Parques de Cumes fut l'un des lieux de divination les plus fréquentés de l'Antiquité.

La transformation en voix est un thème qu'Ovide aborde à peine, mais sur lequel insistent les commentaires de la Renaissance. Ceci constitue une base importante pour l'invention originale de Sebastiano, représentant les voix de la Sibylle et d'Apollon sous forme de deux nuages ​​blancs – peut-être les premiers personnages comiques à être représentés dans l'histoire de l'image – visualisant l'union des voix, l'une étant l'oracle de l'autre. Une transformation qui s'opère, comme pour toutes les autres scènes, dans le domaine de l'air, l'arène des passions et le royaume des métamorphoses." (Barbieri)

Cette hypothèse ne semble pas avoir été adoptée, mais elle montre qu'une discussion est possible sur l'interprétation de ce qu'on voit sur cette lunette.

Notamment, je remarque à quel point cette fresque est différente de l'ensemble de l'iconographie réunie sous le titre de "Zéphyr et Flore" sur wikipedia. Certes la majorité des peintures et sculptures sont plus tardives, mais on voit le plus souvent le jeune Zéphyr, ailé, se rapprocher tendrement de Flore (Chloris en grec) pour la couronner de fleurs.

Sur cette huitième lunette  peinte par Sebastiano, nulle fleur n'est visible. Aucun indice ne permet d'identifier la femme allongée sur le côté, et rien ne permet d'identifier non plus le soi-disant Zéphyr, réduit à un profil blanchâtre sur le ciel bleu et dépourvu de corps  et d'ailes. Flore  porte une robe jaune et un grand manteau pourpre foncé., mais ne fait aucun geste , et ses bras  sont rassemblés près de sa poitrine.

Les deux visages sont tendus l'un vers l'autre, et chacun émet vers l'autre, comme une bulle phylactère de BD, un nuage blanc. Une vapeur ? Un souffle ? Le muet désir d'un baiser? L'anima, la vie conférée par une déité ? Les deux bulles sont proches, mais distinctes. 

 

 

 

Zéphyr et Flore, Sebastiano da Piombo, Salle de la Galatée, villa Farnesina. Cliché lavieb-aile.

Zéphyr et Flore, Sebastiano da Piombo, Salle de la Galatée, villa Farnesina. Cliché lavieb-aile.

1.Rappel : Zéphyr et Flore.

Dans la mythologie grecque, Zéphyr est le dieu du vent d'ouest. Il  épouse la nymphe Chloris (Flora en latin), déesse des fleurs, dont il a un fils, Carpos.

2.  Zéphyr apparait sur la fresque de Raphaël de la Loggia de Psyché de la villa Farnesina : c'est lui qui porte la jeune fille du rocher escarpé où elle attend la venue de son mari au palais du dieu de l'amour.

Il y a donc là une entrée dans le mythe de Zéphyr et Flore.

3. Zéphyr et Flore sont-ils absents des Métamorphoses ?

Oui, mais un passage (Ovide Métamorphoses I, 107-018) fait allusion aux doux zéphyrs qui caressent les fleurs :

Ver erat aeternum, placidique tepentibus auris /mulcebant zephyri natos sine semine flores ;

"Le printemps était éternel et, de leurs souffles tièdes, /les doux zéphyrs caressaient des fleurs nées sans semences."

4. Zéphyr et Flore sont-ils absents de l'œuvre d'Ovide ?

Non: Ovide raconte ce mythe dans le livre V des Fastes, "Flora et sa Fête".  La nymphe terrestre  est métamorphosée en déesse du Printemps par le vent Zéphyr,  qui s'en est éprit, la poursuit, la rattrape et la possède contre son gré, décidant finalement d'en faire son épouse. En guise de présent, il lui accorde le pouvoir de faire fleurir tout ce qu'elle touche, la transformant ainsi en « Mère des Fleurs » et donc en allégorie du Printemps.  Liée à la ville de Rome, la déesse se voit offrir tous les ans, entre la fin avril et le début mai, des fêtes somptueuses qui se terminent par des jeux : les Floralia.

Chloris eram, quae Flora vocor: corrupta Latino/ nominis est nostri littera Graeca sono./Chloris eram, nymphe campi felicis, ubi audis/rem fortunatis ante fuisse viris./Quae fuerit mihi forma, grave est narrare modestae;/sed generum matri repperit illa Deum./Ver erat, errabam; Zephyros conspexit, abibam;/insequitur, fugio: fortior ille fuit./Et dederant fratri Boreas ius omne rapinae,/ausus Erecthea praemia ferre domo/Vim tamen emendat dando mihi nomina nuptae,/inque meo non est ulla querella toro/Vere fruor semper: semper nitidissimus annus,/arbor habet frondes, pabula semper humus./Est mihi fecundus dotalibus hortus in agris;/aura fovet, liquidae fonte rigatur aquae:/hunc meus implevit generoso flore maritus,/atque ait "arbitrium tu, dea, floris habe. Ovide, Fastes V, 195-212

"Ainsi parlai-je; la déesse accueille ma demande, et la douce odeur des roses du printemps s'exhale de sa bouche, tandis qu'elle prononce ces mots: [5, 195] "Celle que vous appelez Flore était autrefois Chloris; une lettre de mon nom a été altérée en passant des Grecs chez les Latins. J'étais Chloris, nymphe de ces régions fortunées où tu sais qu'autrefois les hommes voyaient s'écouler leur vie au sein de la félicité. Dire combien j'étais belle coûterait à ma modestie; [5, 200] si ma mère eut un dieu pour gendre, elle le dut à cette beauté. C'était au printemps; j'errais au hasard; Zéphire m'aperçoit; je m'éloigne, il me suit; j'essaie en vain de fuir, je ne puis lutter contre lui. Borée, son frère, l'autorisait, par son exemple, à commettre ce crime, Borée, qui avait osé ravir la fille d'Érechthée dans le palais même de son père. [5, 205] Cependant Zéphire répare sa faute en me donnant le nom d'épouse, et nulle plainte ne s'élève plus de mon lit d'hyménée.

Je jouis toujours du printemps; l'année, pour moi, conserve toujours ses richesses, l'arbre son feuillage, la terre sa verdure. Les champs que j'ai reçus en dot renferment un jardin fertile; [5, 210] l'haleine des vents le caresse, une fontaine l'arrose de ses eaux limpides. Mon époux l'a rempli des fleurs les plus magnifiques, et m'a dit: "Déesse, sois la souveraine de ces fleurs." Souvent j'ai voulu classer et compter leurs couleurs; mais je n'ai pu: leur multitude était si grande qu'aucun nombre n'y pouvait suffire. [5, 215] Aussitôt que les feuilles ont secoué les froides gouttes de la rosée, et que les tiges variées se sont réchauffées aux rayons du soleil, je vois accourir ensemble les Heures aux robes diaprées; elles recueillent mes présents dans de légères corbeilles; les Grâces s'en emparent à l'instant pour tresser des guirlandes et des couronnes [5, 220] qui se mêleront à la chevelure des dieux. La première j'ai répandu des semences inconnues sur l'immense surface de l'univers; la terre, auparavant, ne présentait qu'une seule couleur. "

 

4. Flore et Zéphyr sont représentés dans Le Printemps de Boticelli.

Le passage d'Ovide – selon l'interprétation d'Aby Warburg – est la source littéraire de la scène représentée à l'extrême droite du célèbre Printemps de Botticelli, peint entre 1478 et 1482. Le tableau était accroché dans la villa du Castello de Laurent de Médicis à Florence, où Giorgio Vasari le vit en 1500. Son commanditaire pourrait être  Laurent Pierfrancesco (pour son mariage avec Semiramide Appiani), Julien Médicis (pour la naissance de son fils Giulio qu'il a eu avec Fioretta Gorini) ou Laurent Médicis (pour célébrer la mort de son frère Julien). Il aurait alors été peint pour honorassassiné le 26 avril 1478 dans la cathédrale Santa Maria del Fiore à Florence lors de la conjuration des Pazzi, complot fomenté par la famille Pazzi contre les Médicis et auquel Laurent a réchappé.

Zéphyr, en gris-plomb,  surgit de derrière un arbre, les joues gonflées, et saisit la nymphe qui, sous l'effet du souffle du  vent d'ouest, se métamorphose : des fleurs s'échappent de sa bouche, tandis que ses mains, tendues dans une vaine tentative de fuite, recouvrent les œillets qui ornent la robe de la nouvelle Flore, le Printemps qui s'apprête à semer des roses dans une prairie fleurie. La tunique transparente et impalpable de la nymphe, « emportée par le doux vent », cède la place à une robe élégante matelassée de fleurs, tandis que « la maladresse de la créature primitive et timide, saisie malgré elle par le "souffle de la passion", se transforme en la démarche rapide et assurée de la Beauté victorieuse » .

 

 

Dans La Naissance de Vénus de Botticelli, on peut hésiter à reconnaître Flore, à côté de Zéphyr,: le couple  enlacé et entouré de roses soufflent en même temprs vers Vénus. Mais on y voit plutôt deux vents, Zéphyr, et Aura, la Brise. Comme dans Le Printemps, les souffles sont indiqués par des traits.

 

 

5. A. M. Warburg a montré l'influence des Stances de Politien (1475-1478) sur  Le Printemps de Botticelli (entre 1478 et 1482).

 

 

Les Stances d'Ange Politien ou Angelo Poliziano, ami érudit et collègue poète de Laurent de Médicis et membre de son Académie platonicienne , sont  une des sources d'inspiration de « La Naissance de Vénus » et du « Printemps » de Botticelli.

 L'œuvre, Stanze per la Giostra  ou Stanze de messer Angelo Politiano cominciate per la giostra del magnifico Giuliano di Pietro de Medici est  un poème en octaves ,  qui fut composée pour célébrer la victoire de Julien de Médicis lors d'un tournoi organisé le 29 janvier 1475 à Florence. Ce tournoi avait été organisé par Laurent le Magnifique , seigneur de Florence et frère de Julien, pour commémorer le traité de paix conclu entre les puissances italiennes en 1474 grâce à l'intervention du Magnifique. Le poème, dont la composition débuta la même année, 1475, se compose de deux livres : le premier de cent vingt - cinq octaves, le second de quarante-six seulement. Sa composition fut interrompue, selon toute vraisemblance, par la mort de Julien et la blessure de Laurent lors du soulèvement qui suivit la conjuration des Pazzi , le 26 avril 1478.

Cette œuvre est consacrée à l'amour impossible professé par le noble Julien de Médicis pour la belle et vertueuse Simonetta Vespucci, qui a servi de modèle à la figure de Vénus. Il se peut que le tableau ait été commandé par Lorenzo di Pierfrancesco de Médicis, cousin de Laurent le Magnifique, selon un commentaire de l'historien de la Renaissance Giorgio Vasari, mais aucune preuve documentaire ne l'atteste, de sorte que le commanditaire et la date exacte demeurent inconnus.

 Selon la plupart des sources, le modèle de Vénus était Simonetta Cattaneo, plus connue sous son nom d'épouse Simonetta Vespucci (vers 1453-1476), une jeune femme d'une grande beauté qui mourut à l'âge de vingt-trois ans des suites de la tuberculose. Introduite dans le cercle de la noblesse florentine, où elle était très admirée, elle fut le modèle de nombreux artistes, dont Botticelli, Piero di Cosimo et Domenico Ghirlandaio, au point de devenir le prototype de beauté de la Renaissance florentine.

 Outre l'éloge de Julien, l'œuvre relate donc également son amour platonique pour  Simonetta Cattaneo. Le projet initial dut cependant être modifié en 1476 suite au décès soudain de Simonetta, survenu le 26 avril. (d'après Wikipedia)

Le culte de l'Antiquité est alors si puissant qu'il incite les écrivains et les poètes à projeter les événements contemporains sur ces toiles de fond antiques en puisant dans le bagage mythologique de la civilisation classique : Giuliano est Iulus, Simonetta une nymphe, Cupidon et Vénus les dieux ex machina de l'histoire. Un procédé similaire était mis en œuvre dans les arts figuratifs par un peintre comme Sandro Botticelli, presque contemporain de Politien.

Dans le premier livre, Julius, transfiguration classicisante de Julien, est présenté comme un jeune homme beau et courageux, qui méprise l'Amour et se consacre aux exercices physiques, à la chasse et à l'écriture poétique. Cependant , Cupidon , dans un esprit de vengeance, fait apparaître devant Julius, alors parti à la chasse, une magnifique biche que le jeune homme tente, en vain, d'atteindre. Lorsqu'ils parviennent à une clairière, la biche se métamorphose en une belle nymphe, Simonetta. Touché par la flèche de Cupidon, Julius tombe amoureux de la jeune fille. Le dieu, satisfait du succès de son plan, peut ainsi retourner joyeusement à Chypre , auprès de sa mère Vénus . Politien s'étend longuement sur la description des beautés du jardin et du palais de la déesse à Chypre, et c'est dans ces descriptions que sont évoqués  Vénus née de l'écume et maîtresse du réveil de la nature, ainsi que les Grâces,  Zéphyr et Flore.

 

Ainsi, Livre I, 18 :

Zefiro già di be’ fioretti adorno Avea de’ monti tolta ogni pruina : 

"Zéphyr avait déjà paré les montagnes de ravissantes petites fleurs."

Ou Livre I, 68

Ove beltà di fiori al crin fa brolo,

Ove tutto lascivo drieto a Flora

Zefiro vola, e la verd’erba infiora.

"Où la beauté des fleurs fait un bosquet pour ses cheveux, Où, tout lascif, derrière Flore, Zéphyr vole et fait fleurir l'herbe verte."

Livre I, 77

Con tal milizia i tuoi figli accompagna,

Venere bella madre degli Amori:

Zefiro il prato di rugiada bagna

Spargendolo di mille vaghi odori,

Ovunque vola veste la campagna

Di rose, gigli, violette, e fiori:

L’erba di sua bellezza ha maraviglia

Bianca, cilestre, pallida, e vermiglia.

"Avec une telle constance, accompagne tes enfants, Vénus, belle mère de l'Amour : Zéphyr baigne la prairie de rosée, y répandant de mille parfums délicieux, Partout où il vole, il habille la campagne De roses, de lys, de violettes et de fleurs : L'herbe s'émerveille de sa beauté, Blanche, bleue, pâle et vermillon."

La Naissance de Vénus est décrite ainsi :

Nel tempestoso Egeo in grembo a Teti

Si vede il fusto genitale accolto,

Sotto diverso volger di pianeti,

Errar per l’onde in bianca schiuma avvolto,

E dentro nata in atti vaghi e lieti

Una donzella non con uman volto,

Da zefiri lascivi spinta a proda

Gir sovra un nicchio, e par che ’l ciel ne goda.

"Errant à travers les vagues, enveloppé d'écume blanche, Et naissant en des gestes charmants et joyeux, Une demoiselle, au visage non humain, Poussée sur le rivage par des zéphyrs lascifs, Tournoyant dans une coquille, et il semble que le ciel se réjouisse."

Pour Warburg, "La Naissance de Vénus représentait la genèse de Vénus surgissant de la mer et portée par les zéphyrs jusqu'aux rivages chypriotes ; le « Printemps » de Botticelli symbolisait l'instant suivant : Vénus, apparaissant dans toute sa splendeur royale dans son royaume, au-dessus de sa tête, dans la cime des arbres et sur le sol à ses pieds, le nouveau vêtement de la terre se déploie dans une splendeur florale incommensurable ; et autour d'elle, fidèles serviteurs de sa maîtresse, qui commande à tout ce qui appartient à la saison des fleurs, se rassemblent Hermès, qui chasse les nuages, les Grâces, symboles de la beauté juvénile, Cupidon, déesse du printemps, et le vent d'ouest, par l'amour duquel Flore devient dispensatrice de fleurs."

 

6. Dans la Villa Farnesina d'Agostino Chigi, le Triomphe de Galatée de Raphaël (1513) témoigne aussi de l'influence des Stances de Politien.

Dolce, dès 1557 dans son Aretino, puis Kinkead 1970 ont montré que le détail du char en coquille tiré par deux dauphins y trouvait sa source : Stanze I, 118 : Due formosi delfini un carro tirano. sovr'esso è Galatea che 'l fren corregge ! "un char tiré par deux dauphins aux formes harmonieuses,  dont Galatéé, debout, tient les rènes".

Publiée en 494, l'œuvre de Politien avait déjà été plusieurs fois réédité. Le chef-d'œuvre de l'ancien précepteur du pape régnant Léon X (1513-1521) et poète préféré de Laurent de Médicis,  était certainement connue du banquier du pape Agostino Chigi, ou du moins de Raphaël ou de Baldassare Peruzzi. Ce dernier en effet, "pour la représentation de la nymphe dans la fresque, s'inspira non pas de l'iconographie des textes antiques, mais des scènes de son triomphe, puisant son inspiration directement dans les vers des « Stanze per la Giostra », composés par Angelo Poliziano vers 1475-1478 dans le but manifeste de célébrer la famille Médicis" (Offices de Florence).

 

7. Le Polyphème de Sebastiano da Piombo est également inspiré du poème de Politien I,115.

On peut s'en convaincre en comparant l'œuvre avec le poème :

Gli omer setosi a Polifemo ingombrano
L’orribil chiome, e nel gran petto cascano,

E fresche ghiande l’aspre tempie adombrano:

Presso a se par sue pecore che pascano:
Nè dal cuore di lui giammai disgombrano
Li dolci acerbi lai, che d’amor nascano;
Anzi tutto di pianto e dolor macero
Seggia in un freddo sasso a piè d’un’Acero.

     Dall’una all’altra orecchia un arco face
Il ciglio irsuto lungo ben sei spanne,
Largo sotto la fronte il naso giace,
Paion di schiuma biancheggiar le zanne;
Tra’ piedi ha il cane, e sotto il braccio tace
Una zampogna ben di cento canne,
E guarda il mar ch’ondeggia, e alpestri note
Par canti, e muova le lanose gote.

  E dica, ch’ella è bianca più che il latte,
Ma più superba assai ch’una vitella,
E che molte ghirlande gli ha già fatte,
E serbale una Cerva molto bella;
Un Orsacchin, che già col can combatte,
E che per lei si macera, e flagella,
E che ha gran voglia di saper notare
Per andare a trovarla insin nel mare.

 

"Les épaules soyeuses de Polyphème retombent accablées. Ses cheveux hideux tombent sur sa large poitrine, Et des glands frais ombragent ses tempes sarcastiques. Autour de lui paissent ses moutons. Et jamais ils n'effacent de son cœur Les douces et amères lamentations qui naissent de l'amour : Avant tout, je suis consumé par les larmes et le chagrin. Il est assis sur un rocher froid au pied d'un érable. Un front hirsute de six empan forme un arc d'une oreille à l'autre.  Son nez est large sous son front : Ses crocs semblent blanchir comme de l'écume. Entre ses pieds, il tient un chien, et sous son bras, sa  une flûte aux cent roseaux reste muette;  et il regarde la mer ondulante, et des notes alpines semblent chanter et faire vibrer ses joues laineuses.Et il se dit qu'elle est plus blanche que le lait, Mais bien plus fière qu'une génisse, Et qu'elle lui a déjà fait de nombreuses guirlandes, Et qu'elle lui réserve une très belle biche ; Un petit ours, qui déjà se bat avec le chien, Et qui se flagelle et se fouette pour elle, Et qui a un grand désir d'apprendre à la reconnaître, Afin de pouvoir aller la retrouver même en mer." (traduction hasardeuse)

Et la contemplation de l'œuvre de Sebastiano da Piombo devient plus émouvante lorsqu'on connait ce poème, comme le propriétaire devait le connaitre.

James Grantham Turner défend le point de vue que l'influence du poème de Politien était majeure non seulement sur le Polyphème et sur le Triomphe de Galatée, mais aussi sur le décor de la villa, et que l'ensemble des peintures de fausses sculptures de l'extérieur, illustrant toutes la puissance de l'amour, donc de Vénus, et les différentes aventures amoureuses des dieux, tout comme le Ganymède du plafond de Peruzzi, aux cheveux blonds, en témoignent (Stanze I,107). Cette influence du poème eut-elle lieu avant que Ghigi ne revienne de Venise avec Sebastiano da Piombo?

8. Ce faisceau d'argument incite bien à reconnaître dans la huitième lunette de Sébastiano del Piombo Zéphyr et Flore.

Malgré l'absence d'indices d'identification des deux protagonistes  qui envoie chacun son souffle vers l'autre, malgré l'absence de fleurs, malgré la posture assez passive de la femme allongée, malgré le fait qu'il y ait ici confrontation de deux souffles, et non insufflation d'une déité vers la femme, tout ce contexte de la Salle de Galatée qui indique l'influence majeure des Stances de Politien (et de la Naissance de Vénus et du Printemps de Botticelli) incite bien à voir ici Zéphyr, en position haute, venant du ciel et descendant vers Flore.

Quoiqu'il en soit, j'admire le dépouillement de la peinture de Sebastiano, et la force de la confrontation des deux souffles, remplis de mystères.

 

SOURCES ET LIENS

—BARBIERI (Costanza), 2015, Venezia a Roma: “la maniera disforme” di Sebastiano nella Loggia della Galatea, Studiolo : revue d'histoire de l'art de l'Académie de France à Rome  Année 2015  12  pp. 184-213

https://www.persee.fr/doc/studi_1635-0871_2015_num_12_1_1004

—BARBIERI (Costanza), 2020, Ovid and the Aerial Metamorphoses Painted by Sebastiano del Piombo in the Loggia di Galatea, Brépols

— POLITIEN, Stances du Tournoi

https://it.wikisource.org/wiki/Stanze_de_messer_Angelo_Politiano_cominciate_per_la_giostra_del_magnifico_Giuliano_di_Pietro_de_Medici/Libro_I

—KINKEAD (Duncan T.), 1970, An Iconographic Note on Raphael's Galatea, Journal of the Warburg and Courtauld Institutes Vol. 33 (1970), pp. 313-315 (4 pages)

—WARBURG (Aby M.), 1893, La Naissance de Vénus & Le Printemps de Sandro Botticelli étude des représentations de l’antiquité dans la première renaissance italienne Traduit de l’allemand par Laure Cahen-Maurel

https://www.editions-allia.com/files/pdf_214_file.pdf

—WARBURG (Aby M.), 1893, Sandro Botticellis "Geburt der Venus" und "Frühling". Eine Untersuchung über die Vorstellungen von der Antike in der Italienischen Frührenaissance, Hamburg-Leipzig 1893

https://digi.ub.uni-heidelberg.de/diglit/warburg1892

https://archive.org/details/sandrobotticelli00warb

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k922852.r=warburg.langEN.textePage

 

https://commons.wikimedia.org/wiki/Category:Villa_Farnesina_(Rome)_-_Galatea%27s_Room?uselang=fr

https://commons.wikimedia.org/wiki/Category:Paintings_of_Flora_and_Zephyrus

https://letteritaliana.weebly.com/il-regno-di-venere.html

https://alessandrodiadamo.wordpress.com/2020/11/30/gli-affreschi-della-farnesina-in-roma-di-sebastiano-del-piombo/

https://tapisseries-damelicorne-huntunicorn.com/CHASSE/27a-%20printemps%201.htm

https://it.wikisource.org/wiki/Stanze_de_messer_Angelo_Politiano_cominciate_per_la_giostra_del_magnifico_Giuliano_di_Pietro_de_Medici/Libro_I

https://tapisseries-damelicorne-huntunicorn.com/CHASSE/27a-%20printemps%201.htm

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Published by jean-yves cordier - dans Renaissance Rome
31 mai 2026 7 31 /05 /mai /2026 11:13

La Galerie des Grotesques (Galleria delle Grotesche, 1517-1518) de la Villa Farnesina de Rome.

 

 

 sur la villa Farnesina, voir :

— Sur l'art illusionniste, voir aussi dans ce blog :

 

 

 Voir sur l'art des grotesques de la Renaissance en France :

 

 

Voir sur  l'art des grotesques de la Renaissance en Bretagne par ordre chronologique :

 

PRÉSENTATION

Situé à l'étage ou piano nobile de la Villa Farnesina, ce couloir de 14 mètres de long  attenante à la chambre d'Alessandro et Rossane qui reliait la Salle des Perspectives aux appartements de Francesca Ordeaschi (épouse d'Agostino Chigi en 1519) et de ses enfants est couvert d'une voûte en berceau de bois ornée par de délicates grotesques sur fond blanc  imitant une voûte en maçonnerie ornée de fresques. Aujourd'hui restaurée, elle éblouit par ses couleurs, le vert des motifs floraux, le bleu des cadres, le rouge vif des draperies, le jaune des ornements et des figures.

 

 

Galerie des grotesques, Villa Farnesina. Cliché lavieb-aile.

Galerie des grotesques, Villa Farnesina. Cliché lavieb-aile.

Rappel : l'art des Grottesques à la Renaissance.

Le nom de "Grotesques" trouve son origine dans la découverte accidentelle de la fameuse Domus Aurea, durant le dernier quart du XVe siècle, lorsqu'un jeune Romain tomba dans une crevasse de la colline de l'Oppio et se retrouva dans une grotte aux parois couvertes de scènes peintes. Il s'agissait des fresques du palais de l'empereur Néron, surnommé la Maison dorée bâtie entre 64 et 68 après J.C. entre les collines de l'Esquilin et du Caelio, après le grand incendie de Rome en 64. Bientôt, de jeunes artistes romains comme  Pinturicchio, Raphaël et Michel-Ange furent descendus sur des perches pour les admirer de leurs propres yeux. Ils passaient des journées entières sous terre à copier les motifs décoratifs appelés grotesques, en référence aux environnements souterrains appelés grottes, qui recouvraient les murs et les voûtes de la somptueuse résidence impériale.Ils eurent alors la révélation de la véritable nature du monde antique et ils entreprirent de diffuser ces « grotesques » à Rome puis à travers toute l'Italie.  Vasari raconte que « Peu de temps après, lors de fouillesà San Pietro in Vincola, parmi les ruines et les antiquités du palais de Titus, à la recherche de figures, on découvrit des pièces souterraines entièrement recouvertes et remplies de grotesques, de petites figures et de scènes, avec quelques ornements en stuc. Giovanni accompagna
Raphaël, qui fut conduit pour les admirer ; tous deux furent émerveillés par la fraîcheur,
la beauté et l'excellence de ces œuvres. Il leur paraissait merveilleux qu'elles se soient conservées si longtemps ». Dans le cryptoportique, on peut encore lire, bien que très dégradée, l'inscription signée « Zuan de Udine Frilano », "Jean de Udine, de Frioul".

Le premier, Giovanni da Udine s'en inspira pour peindre le décor des pilastres de la fameuse Loggia de Raphaël au Vatican, entre 1517 et 1519, puis les voûtes de la Loggia de Raphaël à la Villa Madame en 1520-1521. L'équipe Raphaël/Giovanni da Udine se chargea aussi de la Loggia de Psyché de la Villa Farnesina en 1517.

Le goût pour l'imitatio antiquitatis, l'imitation du goût antique, fut critiqué par Vasari qui qualifiait ces peintures de "très licencieuses et  ridicules".

Le décor grotesque représente des créatures hybrides et des monstres sous forme de figurines fines et fantaisistes qui s'entrelacent en une ornementation géométrique et naturaliste sur fond blanc ou monochrome, en faisant abstraction de toute perspective ou référence à la réalité spatiale au profit "dun monde vertical entièrement défini par le jeu graphique, sans épaisseur ni poids, mélange de rigueur et d'inconsistance qui fait penser au rêve". (André Chastel)

  Les couleurs vives du décor accentuent les effets géométriques par des motifs complexes et serrés.

Dans le septième livre de son traité« De Architectura », Vitruve, architecte et théoricien de l'époque augustéenne, désapprouve fermement ces ornements, qu'il juge absurdes et illogiques mais qui sont caractéristique des somptueuses décorations du troisième style pompéien, qui atteindra son apogée dans la Domus Aurea de Néron vers le milieu du Ier siècle apr. J.-C.  Les enseignements de Vitruve étaient très appréciés tant par l'architecte Baldassare Peruzzi que par son mécène Agostino Chigi ; c'est peut-être pourquoi les grotesques sont rares dans le décor de la Farnesina, et que ce type de décoration est reservé aux espaces privés.

Ils apparaissent cependant dans cette petite Galerie. En effet, ce charmant passage reliant la Salle des Perspectives aux appartements de Francesca Ordeaschi et de ses enfants est couvert d'une voûte en berceau de bois ornée, à la manière d'une fresque, de délicates grotesques sur fond blanc. Similaires à celles que Raphaël avait peintes en 1516 dans la Loggetta du cardinal Bibbiena et sa Stufetta au Palazzo Apostolico du Vatican avec la participation de  Giulio Romano , Giovan Francesco Penni , Perin del Vaga , et Giovanni da Udine , elles datent de 1517-1518 et furent donc achevées peu après les fresques de la Salle des Perspectives.

Attribution.

"L'attribution du décor grotesque a oscillé entre un dessin de Baldassarre Peruzzi, entre 1518 et 1519, qui se serait inspiré du répertoire de Giovanni da Udine 4 et, au contraire, une création originale de l'artiste frioulan qui, dans la Rome de Raphaël, était le maître incontesté de l'ornementation grotesque inspirée des peintures de la Domus Aurea 5 .

Lors d'interventions récentes, réalisées après la restauration et visant à retracer l'histoire du couloir et ses transformations, l'attribution du dessin de Baldassarre Peruzzi est réaffirmée, y compris pour la partie décorative 6 . Compte tenu des importantes repeintes et des restaurations modernes, il est impossible de se prononcer sur l'auteur du décor pictural, toutefois, le répertoire iconographique, d'une grande inventivité et encore en partie fidèle à la phase originale, permet une datation chronologique et culturelle de l'ensemble." (Cavallaro 2023)

4.Frommel (1966-1967, p. 97, n° 55 et planche XXXVIIIa ; Ibid., 1968 ; Ibid., 2003, vol. I,
pp. 40, 134, 202 et vol. II, planches 290-297 ; Ibid., 2014, p. 244, illustrations pp. 249-253) attribue les scènes des panneaux de la voûte à un peintre médiocre des années 1861-1863, qui « s’est peut-être inspiré des vestiges conservés ».

5 Frommel 2014, p. L'auteur (p. 250) s'intéresse à Giovanni da Udine, observant une reprise du répertoire de la Loggetta du cardinal Bibbiena, conçue par Raphaël et exécutée par l'artiste frioulan, et attribue toute la moitié orientale adjacente à la fenêtre à un peintre médiocre du XIXe siècle. Dacos (1969, p. 114) souligne la reprise scolastique de motifs de la Domus Aurea et la maladresse d'exécution, suivi par Gallavotti (1984, p. 49).

6 Liserre 2016, p. 21-38 ; Zalabra 2016, p. 43. Enfin, Lapenta, Vincenzi
2019, p. 98-99.

 

La voûte de ce couloir est comparable aux décorations contemporaines de petites pièces par Giovanni da Udine telles que la Stufetta et la Loggetta de l'appartement du cardinal Bibbiena au Vatican (1516), ou la voûte grotesque de la pièce du rez-de-chaussée du Palais Baldassini (1517-1519), commandé par l'avocat consistorial Melchiorre Baldassini.

 

Seules les deux travées centrales, bien que retouchées au fil du temps, conservent leur peinture d’origine, tandis que les autres sections du décor sont des reconstitutions du XXe siècle qui reprennent fidèlement les motifs des parties originales (Cavallaro).

Après une première phase de formation, menée par une équipe d'étudiants de l'École supérieure de l'ISCR, les travaux de restauration furent entrepris sous la direction de l'ISCR (Construction Restauration) avec le soutien financier de la Fondation Isabel et Balz Baechi de Zurich pour la protection des peintures murales.

"Cette restauration a redonné aux peintures leur élégance et leur éclat, et a permis de préciser la technique, le support et les interventions antérieures. Des retouches et des modifications répétées ont été apportées aux peintures durant la première moitié du XVIIIe siècle, probablement lors des travaux commandités par le cardinal Troiano Acquaviva, locataire de la villa de 1736 à 1747. Au début du XIXe siècle, le décor à caissons, orné d'octogones et d'une grande fenêtre à pétales jaunes, a été peint dans les deux dernières travées de la voûte, côté chapelle. Cette intervention était motivée par la nécessité de masquer un décor grotesque, en décalage avec le lieu. Le décor à caissons n'a pas été retiré lors de la dernière restauration, car il était considéré comme faisant partie intégrante de l'histoire de la Galerie ; il a seulement été restauré, du point de vue de la couleur. Dans la seconde moitié du XIXe siècle, sous le règne du duc de Ripalta, les figures mythologiques ornant le sommet de la voûte furent presque entièrement repeintes. Entre 1926 et 1929, lors des travaux de restauration de la villa, réalisés par Alberto Terenzio de la Direction des Antiquités et des Beaux-Arts  les deux lunettes du fond furent redécorées et les deux dernières sections de la voûte refaites : celle adjacente à la fenêtre (environ 2,17 m) et celle du côté opposé. Cette dernière intervention impliqua le remplacement de quatre planches de bois de 2,17 m, donnant lieu à un nouveau décor. Les panneaux à scènes mythologiques au sommet de la voûte datent de cette phase ; enfin, une peinture à la tempera claire, tirant sur le gris tourterelle, fut appliquée pour harmoniser les parties anciennes avec les parties reconstruites. Les interventions antérieures à 1926, non documentées, consistaient en la restauration picturale au crayon rouge des grotesques de la frise à la base de la voûte, des figures des candélabres, des rideaux et des petits tableaux." (Cavallaro 2023)

Galerie des grotesques, Villa Farnesina. Cliché lavieb-aile.

Galerie des grotesques, Villa Farnesina. Cliché lavieb-aile.

Une frise à la grecque centrale réunit une succession de tableaux rectangulaire avec un octogone et un ovale. Au centre, Jupiter, assis sur un trône de nuages, tenant un foudre et un aigle à ses pieds. Les tableaux rectangulaires sur fond sombre montrent une Galatée  et un Cortège triomphal de Bacchus, où le dieu de l'ivresse, sur un âne, et précédé par une ménade, est entouré de faunes. Plus loin est représentée  la Chasse au Sanglier de Calydon. Ce sont pour Cavallaro "des répliques maladroites du XXe siècle inspirées de scènes similaires dans les pièces de la villa.

Ces cartouches sont présentés par des putti ou des amours ailés, en équilibre sur des cercles à sujet naturalistes (toile d'araignée, papillon, oiseaux, insectes). L'octogone est centré par une femme ailée et voilée tenant un flambeau, à valeur allégorique ; elle est entouré d'éléments décoratifs : une corbeille de fruits, des instruments de musique, une cheminée, un crabe et des outils de pêche .  Dans l'octogone de gauche, Mercure émerge des nuages ​​coiffé de son chapeau ailé à larges bords, le « pétase ». Il porte des ailes aux pieds plutôt que des sandales, est enveloppé dans un grand manteau et tient le caducée, autour duquel s'enroulent des serpents. Il est entouré de pergolas fantastiques, de cages vides, ou de petits autels. Toute la bande centrale est parcourue par des hippogriffes, mais aussi des animaux exotiques tels qu'un zèbre, un lion et un tigre.

Cette partie centrale est analysée ainsi par Cavallaro 2023 :

"Les grotesques de la voûte Chigiana, malgré leur ancienneté, offrent ainsi un aperçu des intérêts multiples de Giovanni da Udine, de l'Antiquité aux expériences naturalistes, et sont probablement dus à l'intervention d'un étudiant de l'atelier qui sut les retranscrire fidèlement, quoique de manière scolastique, dans une exécution fidèle, mais néanmoins scolastique. Cependant, dans l'appréciation globale de la voûte, l'importance des interventions des XIXe et XXe siècles ne saurait être négligée. Les rénovations successives ont altéré la disposition décorative originale qui, comme dans les exemples du XVIe siècle, comportait probablement un motif d'ornementation délicate dans un cadre en perspective, peut-être de petits temples et de pergolas aériennes. Aujourd'hui, la structure décorative semble désintégrée en raison d'une séquence presque élémentaire créée par les géométries octogonales et en clypéus au sommet de la voûte, contenant des figures mythologiques s'élevant dans les airs ou émergeant des nuages, étrangères au répertoire du XVIe siècle. Il semble plausible d'affirmer que le décor original du XVIe siècle a été greffé sur des figures et des incrustations décoratives attribuables à la phase d'ornementation néo-pompéienne, qui caractérisait la villa lors de la rénovation du décor commandée par l'exceptionnel duc de Ripalta, l'Espagnol Salvador Bermúdez de Castro, qui fit construire la villa à partir de 1861. Il encouragea une campagne d'entretien et de rénovation des décors entre 1863 et 1866, qui donna un aspect nouveau, « antique », à certaines pièces, notamment la salle pompéienne, où de nombreuses figures sont inspirées des peintures de Pompéi et d'Herculanum. Les figures qui ornent le sommet de la voûte du couloir grotesque, dont l'exécution tardive a été confirmée par la récente restauration, appartiennent à cette phase : Mercure, Jupiter et le génie ailé. La figure de Jupiter, peinte sur papier17, est comparable à une peinture pompéienne, le Jupiter de l'atrium de la Maison des Dioscures à Pompéi, maison fouillée entre 1826 et 1827 et devenue immédiatement célèbre. Le génie ailé à la torche, qui émergeait à l'origine d'un fond noir , et le Mercure dans l'octogone à gauche, sont également des figures dont la pose particulière, en vol ou parmi les nuages, témoigne du goût néo-pompéien du XIXe siècle, et se retrouvent dans les figures « volantes » du plafond de la Salle pompéienne au rez-de-chaussée de la villa . Le goût éclectique de la fin du XIXe siècle qui a caractérisé l'entretien et la restauration des décorations picturales de la villa, promu par le duc de Ripalta, semble ainsi se refléter, avec un sens de la continuité et un désir de modernité, dans la décoration du couloir du XVIe siècle.  " (Cavallaro, trad. personnelle)

 

 

 

 

Cliché lavieb-aile.
Cliché villa Farnesina

 

Mercure. Cliché Claudia Viggiani FB

 

Galerie des Grotesques, villa Farnesina. Cliché Claudia Villiani

 

Jupiter. cliché Claudia Viggiani

 

Galerie des grotesques, Villa Farnesina. Cliché lavieb-aile.

Galerie des grotesques, Villa Farnesina. Cliché lavieb-aile.

Puis, deux guirlandes peintes parcourant le plafond délimite des espaces inférieurs. Le peintre y accroche, sans aucun souci de réalisme, des rubans, des colliers de perles ou de feuilles, auxquels sont suspendus des médaillons, des panneaux au visage de la Gorgone, des voiles rouges, roses ou bleus, des lampes, des candélabres, une chouette, tout le bric-à-brac onirique de l'art grotesque.

Une figure féminine ailée tient deux flambeaux.

Dans "l'air" sont figurés des insectes imaginaires ou non  (libellules, coléoptères), des scorpions, des crabes, des lézards, une grenouille, une chouette accrochée à un névroptère, ...

"À la base de la voûte, une frise de cygnes aux ailes déployées se déploie parmi de fins ornements naturalistes, alternant avec des carrés rectangulaires sur fond noir représentant des animaux en combat : un aigle tue un cerf, un sphinx poursuit un faon, un lion affronte un loup, deux lièvres se poursuivent. D'autres animaux évoluent paisiblement dans des milieux aquatiques, tels que deux oiseaux à tête humaine – un homme et une femme, respectivement – ​​les cheveux au vent. Au-dessus des petits tableaux se trouvent d'élégants candélabres aux motifs imaginatifs : carrousels et corolles végétales, avec des camées suspendus à des branches contenant de fines figures monochromes dans des poses statuaires sur fond noir". (Cavallaro 2013).

D'autres candélabres à figures phytomorphes tenant des flammes sont placés au-dessus des cygnes de la frise terminale.

Sur les rinceaux des candélabres se posent des passereaux, peints de façon réaliste  et identifiables.

L'ensemble évoque  les éléments naturalistes  et les oiseaux des intrados de la Loggia de Psyché peints par Giovanni da Udine.  Il avait pu les observer dans le cryptoportique de la Domus Aurea, où les artistes pouvaient admirer une multitude de « méduses et harpies, priapes et monstres, dryades et demi-diriades [...] lions, boucs, tigres et satrapes et ours et dromadaires avec des chameaux, beaux éléphants avec nobles metra... et nous voyons des grenouilles, des hiboux, des chouettes effraies. » comme l'indique les Antiquarie Prospetiche Romane de la fin du XVe siècle .

 

Galerie des grotesques, Villa Farnesina. Cliché lavieb-aile.

Galerie des grotesques, Villa Farnesina. Cliché lavieb-aile.

Galerie des grotesques, Villa Farnesina. Cliché lavieb-aile.

Galerie des grotesques, Villa Farnesina. Cliché lavieb-aile.

Galerie des grotesques, Villa Farnesina. Cliché lavieb-aile.

Galerie des grotesques, Villa Farnesina. Cliché lavieb-aile.

Galerie des grotesques, Villa Farnesina. Cliché lavieb-aile.

Galerie des grotesques, Villa Farnesina. Cliché lavieb-aile.

Galerie des grotesques, Villa Farnesina. Cliché lavieb-aile.

Galerie des grotesques, Villa Farnesina. Cliché lavieb-aile.

Galerie des grotesques, Villa Farnesina. Cliché lavieb-aile.

Galerie des grotesques, Villa Farnesina. Cliché lavieb-aile.

Galerie des grotesques, Villa Farnesina. Cliché lavieb-aile.

Galerie des grotesques, Villa Farnesina. Cliché lavieb-aile.

Galerie des grotesques, Villa Farnesina. Cliché lavieb-aile.

Galerie des grotesques, Villa Farnesina. Cliché lavieb-aile.

Les autres Grotesques de la villa.

On remarque quelques motifs de candélabres simples et élégants encadrent le Triomphe de Galatée et sur les pilastres délimitant l'espace entre les autres tableaux de la Loggia, en blanc sur fond noir.

 

Villa Farnesina. Cliché lavieb-aile.

Villa Farnesina. Cliché lavieb-aile.

Villa Farnesina. Cliché lavieb-aile.

Villa Farnesina. Cliché lavieb-aile.

D'autres grotesques (peut-être peints par Polidoro Caldara da Caravaggio), beaucoup plus riches et extravagants, avec des dorures, des couleurs vives, des camées et des crânes de bœuf, ornent le plafond de la chambre d'Alexandre et Roxane, décorée à fresque par Giovanni Antonio Bazzi, dite « il Sodoma ».

Les vestiges d'un caisson de plafond sont encore visibles près de l'ascenseur ; ils s'étendaient jusqu'à une époque où la galerie, divisée en trois parties, servait de chapelle, comme l'atteste un plan de 1560. La plupart des décors datent des restaurations des années 1861-1863, période où, dans le sillage durable des découvertes d'Herculanum et de Pompéi, le décor grotesque connut un regain de popularité.

Les lunettes au-dessus de la fenêtre et de la porte menant à la Salle de la Perspective sont le fruit d'une intervention datant des années 1930.

Les volets des fenêtres des différentes salles offrent également des décors à la grotesque, plus tardifs.

 

Villa Farnesina. Cliché lavieb-aile.

Villa Farnesina. Cliché lavieb-aile.

Villa Farnesina. Cliché lavieb-aile.

Villa Farnesina. Cliché lavieb-aile.

Salle des Perspectives, Villa Farnesina. Cliché lavieb-aile.

Salle des Perspectives, Villa Farnesina. Cliché lavieb-aile.

Hall des Persectives, Cliché par Combusker Wikimedia Commons

Hall des Persectives, Cliché par Combusker Wikimedia Commons

Loggia de Galatée. cliché lavieb-aile.

Loggia de Galatée. cliché lavieb-aile.

SOURCES ET LIENS.

— SITE VILLA FARNESINA

https://www.villafarnesina.it/en/percorso-di-visita/the-grotesque-gallery/

—SALINI (Antonella) 2015

https://www.dire.it/26-11-2015/26607-le-grottesche-di-villa-farnesina-tornano-a-splendere-ecco-i-dettagli-del-restauro/

"Commencés en 2014, les travaux ont été réalisés le long de la galerie de 14 mètres de long, construite au début du XVIe siècle et attenante à la chambre d'Alessandro et Roxane, la chambre du banquier Agostino Chigi et de son épouse Francesca Ordeaschi. Selon les experts, cet élégant couloir a été conçu pour préserver l'intimité de la chambre nuptiale et séparer la partie réservée au public de l'aile privée de la villa.

C'est un « représente un exemple unique de création de grotesques sur une surface en bois », explique la directrice des travaux, l'architecte Francesca Romana Liserre. En effet, l'un des éléments caractéristiques de cet espace est précisément ce plafond en bois peint, avec un insert en papier décoratif, destiné à simuler une voûte en maçonnerie ornée de fresques. « Cette Galerie était un lieu très délaissé. Nous, les chercheurs, nous souvenons tous de l'avoir fréquentée lorsqu'elle abritait les catalogues de l'Institut de la Gravure », se souvient Gisella Capponi, directrice de l'Institut supérieur de conservation et de restauration. « C'était un endroit sombre, et il était vraiment difficile d'imaginer que cette décoration se cachait au-dessus, sous une couche jaune très foncée. Il s'agissait assurément d'une restauration très importante, et il faudra désormais du temps pour étudier toute l'iconographie représentée. » Les travaux ont également bénéficié du soutien de la Fondation Isabel et Balz Baechi, qui a contribué à hauteur de 70 000 € à la restauration, versés en deux fois. « Ce fut une grande satisfaction de voir la conviction du mécène se renforcer après avoir constaté le travail de nos restaurateurs », ajoute Capponi. Au total, les travaux, qui comprenaient également les systèmes d'éclairage, ont coûté environ 100 000 €. " (traduction personnelle)

 

CAVALLARO ( Anna), 2023 , "Il gusto eclettico della Galleria delle Grottesche: iconografe rinascimentali e ornati ‘neopompeiani’" , in Raffaello e l'antico nella villa di Agostino Chigi, catalogo della mostra, Roma, Villa Farnesina, 6 aprile-2 luglio 2023, a cura di C. Barbieri e A. Zuccari, Roma 2023, pp. 233-247.

https://www.academia.edu/103288623/Il_gusto_eclettico_della_Galleria_delle_Grottesche_iconografie_rinascimentali_e_ornati_neopompeiani_in_Raffaello_e_lantico_nella_villa_di_Agostino_Chigi_catalogo_della_mostra_Roma_Villa_Farnesina_6_aprile_2_luglio_2023_a_cura_di_C_Barbieri_e_A_Zuccari_Roma_2023_pp_233_247?email_work_card=view-paper

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Published by jean-yves cordier - dans Peinture. Renaissance Rome
27 mai 2026 3 27 /05 /mai /2026 16:23

 La villa Farnesina (1508 et 1511) à Rome, pergolas, trompe-l'œil et  jeux  de miroirs. IV. La Salle des Perspectives: ses colonnades fictives en marbres feints et ses paysages.

 

 

1°) sur la villa Farnesina, voir :

— Sur l'art illusionniste, voir aussi dans ce blog :

 

 

PRÉSENTATION.

La Farnesina est  une villa commandée par le banquier siennois Agostino Chigi à Baldassare Peruzzi en 1505. Elle était située  dans le Trastevere, à l'extérieur de la ville, sur le site présumé des jardins de Septime Geta, fils de Septime Sévère et frère de l'empereur Caracalla qui règna en 211. La construction du palais a commencé en 1506 et le bâtiment a été achevé entre 1510 et 1511. À partir de 1511, la résidence fut décorée de fresques murales confiées aux plus grands artistes de l'époque : Peruzzi lui-même, Sebastiano del Piombo, Raphaël et son école, dont Giulio Romano, et le Sodoma. Elle porte ce nom depuis que la cardinal Alexandre Farnèse l'a acquise en  1580.

 

De même qu'au rez-de-chaussée, la Loggia de Raphaël simulait un espace au toit ouvert sous une voûte de pergolas et des colonnades et arcades sur les quatre côtés, et que le hall d'entrée simulait un toit ouvert depuis lequel des angelots observaient des visiteurs (avec une "perspective de bas en haut"), à l'étage, le hall des perspectives était peint pour créer un espace entièrement fictif de "perspectives" de vues de Rome, à travers les fausses colonnades comme s'il s'agissait là encore d'une loggia. C'est l'un des premiers exemples de perspective en peinture, mais les règles conçues pour réaliser un tableau, une portion finie de surface plane, avec un observateur monoculaire fixe, trouvent leurs limites lorsqu'il s'agit d'un espace rectangulaire.

Les fresques ont été peintes par Baldassarre Peruzzi et ses assistants. Elles ont été entièrement repeintes en 1863, mais récupérées lors des restaurations de 1976-1983.

Agostino Chigi y a tenu son banquet de mariage le 28 août  1519.

 

site Villa Farnesina.

La pièce est rectangulaire, et seuls quatre fenêtres réelles donnent vers le sud. Au nord, la pièce est centrée par une large  cheminée dont le tablier est peint d'une fresque représentant Vulcain travaillant à sa forge avec des assistants. Trois portes donnent vers des salles d'exposition temporaires. 

Sur les petits côtés, entre les portes latérales, Peruzzi a peint deux loggias simulées avec ses colonnades, donnant sur des vues de Rome en trompe-l'œil, une vue du Trastevere (l'église Santo Spirito, une basilique romane, la Porta Settimiana qui est au sud de la Farnesina) et une vue rurale, des villages perchés, des aperçus de la campagne au nord de la villa.

Mais la colonnade se poursuit sur les grands côtés, et fait croire que la pièce est entourée sur ses quatre côtés par une étroite terrasse fermée par une balustrade à balustres, et dominant Rome. Elle associe des colonnes  de couleur claire (rose ou ocre) avec des piliers de couleur verte, l'ensemble supportant un entablement où court une longue frise qui entoure la pièce pour  représenter des scènes mythologiques, entrecoupées de faux bas-reliefs avec des « Hermès » féminines.

 

 

Croquis de l'espace illusionniste, la cheminée et les fenêtres étant les repères réels.

 

L'art illusionniste à la villa Farnesina de Rome . IV. La salle des Perspectives.

Tentons de faire le tour de ces vues en perspective, depuis le mur Est, à partir des clichés disponibles sur le net.

cliché Jean-Pierre Dalbera 2017, recadré, Wikimedia commons

 

Cliché Miguel Hermoso Cuesta, Wikimedia Commons

 

Cliché Jean-Pierre Dalbera Wikimedia Commons

 

cliché Combusken Wikimedia Commons
 
cliché Combusken Wikimedia Commons

 

Les fenêtres du sud.

Cliché lavieb-aile.

 

 

Cliché Miguel Hermoso Cuesta modifié, Wikimedia Commons

Le mur ouest.

Cliché Combusken (détail) modifié, Wikimedia Commons

 

 

cliché Miguel Hermoso Cuesta, cliché redimensionné, Wikimedia Commons

Le mur nord autour de la cheminée.

 

cliché Combusken Wikimedia Commons

 

cliché site Villa Farnesina

 

 

 

cliché site Villa Farnesina

 

 

Cliché Jean-Pierre Dalbera, détail.

 

Les niches au-dessus des portes et des fenêtres renfermaient des têtes de divinités, réelles, en marbre, disparues mais qui ont été identifiées comme celles de la collection Chigi conservées depuis 1728 au museum de Dresde. Elles étaient associées avec les mêmes déités peintes en fresques par Peruzzi au dessus des niches, dans des loges factices. On remarque les ombres (de Vénus et des ailes des anges), et la façon dont la tête de Vénus et les ailes "sortent" du cadre feint.

 

Niche réelle (vide) présentées par deux amours tenant une couronne de roses, et niche en trompe-l'œil de Vénus et bEros.

 

Ces têtes sculptées ont pu être replacées par montage par la Villa Farnesina :

Tête de Vénus et peinture de Vénus et Éros, Photomontage, cartel de la Villa Farnesina.

 

Elles présentent Diane, Minerve, Junon, Vénus et Apollon avec leurs attribut : la couronne de roses pour Vénus ; le laurier pour Apollon, un olivier pour Minerve, de la myrte pour Junon, un cèdre fleuri de Diane qui est selon Pausanias VIII,13,2, « déesse du cèdre » Le fond sombre et irisé des niches, sur lequel se détachaient les têtes de marbre, ressemble à des camées hellénistiques.

"Les têtes, ainsi que les autres dieux olympiens représentés à fresque sur la frise de l'attique, constituaient une généalogie personnelle , un « deorum » , invoquée plus anciennement pour protéger la famille. La famille Chigi, au moment du mariage d'Agostino et de Francesca, célébré le 28 août 1519 et soutenu par le pape Léon X, comptait déjà quatre enfants. Ceux qui ont conçu le programme iconographique et organisé la disposition des marbres dans les niches – une solution pratique pour exposer des têtes irrégulières – n'ont certainement pas manqué de faire le lien avec la tradition romaine du portrait, fondée sur le pouvoir des images des dieux et des visages des ancêtres, un motif déjà identifié par Christoph Frommel. Ce genre, celui du portrait ancestral – avec des bustes d'ancêtres placés au-dessus des portes – a connu un renouveau dans la Florence des Médicis." (Villa Farnesina, exposition 2023)

 

Minerve portant l'égide à la tête de Méduse sur la poitrine et tenant le bouclier polie comme un miroir qu'elle remit à Presée.

 

 

Junon et son paon.

 On notera les ombres sur les rangs de perle, et celle du chien.

Diane chasseresse. Cliché lavieb-aile

 

Niche réelle (vide) présentées par deux amours tenant une couronne de cèdre fleurie . Cliché lavieb-aile.

 

 

 

 

Diane et Actéon . Frise supérieure. Cliché lavieb-aile.

 

 

 

 

 

DISCUSSION

 

Par ces décors factices, et comme dans les autres Salles, la Villa Farnesina exprime une aspiration printanière à la salubrité, à la beauté de la composition et à une vie sereine et à la vie en plein air. Ces « perspectives » illusionnistes renforcent la sensation de flotter dans un monde enchanté, dont la splendeur picturale est toujours renforcée par la conception architecturale.

 Chigi n'était pas un humaniste, mais il s'entourait d'éminents érudits afin d'enrichir ses connaissances et d'influencer son environnement. Son conseiller le plus fidèle était Cornelius Benigno, à qui la plupart des érudits attribuent le programme initial des fresques de la villa. Benigno fit tout pour faire du site un lieu digne d'un « nouvel Auguste ». S'efforçant de reproduire une villa digne d'un empereur, Benigno savait que la maison rehausserait le statut humaniste de Chigi. Peruzzi, comme d'autres architectes, visita les ruines de la villa d'Hadrien, près de Rome, et s'en inspira. Il connaissait très probablement la Théorie et la Pratique de la décoration peinte de Vitruve, privilégiant les styles antiques de représentations illusionnistes d'architecture et de décors de théâtre, dans ce qu'il appelle la « variété de topies », c'est-à-dire les « arts du lieu ». Les scènes fictives que Peruzzi peignit entre les colonnes de la Salle dels Perspectives s'inscrivent dans cette catégorie.

Vitruve, au 1er siècle av. J.C, donne, dans ses Dix Livres d'architecture, beaucoup d'importance au choix d'un lieu de construction "sain" et donc en position élevé, dégagé des brouillards et des bruines, exposé ni aux grands froids ni aux fortes chaleurs, éloigné des marécages, et dont l'orientation des vents a été étudiée

Peruzzi et Chigi durent relever le défi que représentait l'emplacement de la villa sur les rives du Tibre. En plus d'être un artiste, Peruzzi était aussi l'architecte de la villa, et il conçut de profonds sous-sols avec des fondations pour maîtriser les crues. Au premier niveau, la salle de banquet principale est peinte de manière à ressembler à des pièces offrant des vues depuis l'étage supérieur de la villa, créant ainsi l'illusion d'être située directement sur la rive du fleuve à marée haute. Les éléments architecturaux peints s'ouvrent sur la ville et au-delà, avec des murs plats ornés de fausses colonnes créant un cadre pour un effet théâtral. Ici, Peruzzi savait combiner et coordonner les compétences artistiques qu'il maîtrisait. Son architecture ornée de fresques est peinte avec une telle précision qu'il est presque impossible de distinguer où s'arrête le marbre véritable et où commence l'illusion.

L'ingénieuse utilisation de la perspective par Peruzzi reflète la fascination de la Renaissance pour la géométrie et la maîtrise de l'illusion spatiale, donnant aux visiteurs l'impression de contempler un
grand paysage de la Renaissance. Peruzzi a décoré des colonnes courbes de marbre veiné aux teintes tourbillonnantes couleur terre cuite, jouxtant des colonnes carrées parsemées de pierre verte, chaque chapiteau

 

 

Dans cette salle, un cartel est consacré au panégyrique de la villa de Chigli :

La construction de la villa suburbaine de Chigli , lequel était était le mécène de plusieurs éditeurs imprimeurs et le patron de nombreux hommes de lettres comme Pietro Bembo, et Pietro Arestino, fut fort célébrée par les amis humanistes du banquier

On retrouve ainsi le nom du banquier aux côtés d’auteurs, d’imprimeurs qui ont marqué le paysage éditorial de l’époque, Zacharias Calliergis, Stefano Guillery, Andrea Antico, Ottaviano Petrucci... De nombreux hommages lui sont rendus dans les textes imprimés du début du XVIe siècle, témoignage de sa notoriété de banquier et de mécène. Mais c’est dans les dédicaces qui lui sont directement adressées que la nouvelle figure du mécène éditorial prend toute son envergure. Éloge du théâtre classique (Egidio Gallo, Bophilaria et Annularia), techniques de comptabilité commerciale (Juan de Ortega, Suma de aritmetica), réforme du calendrier (Giorgio Benigno Salviati), ou encore livre de jeux mêlant hasard et astronomie (Thomas Ram, l’Almanach novo), tous ces ouvrages publiés à Rome entre 1505 et 1515 sont le reflet des intérêts d’un homme d’affaires à l’affût des dernières créations de son temps. (A. Ferrigno)

 

La Salle des Perspectives était en grande partie consacrée à la production littéraire liée à Chigi , témoignant de l'importance de son projet culturel. La construction de la villa suburbaine fut au cœur de célébrations poétiques organisées par les amis humanistes du banquier, qui soutenaient diverses entreprises d'édition et de nombreux hommes de lettres, de Pietro Bembo à Pietro Aretino. Le Suburbanum (1512) de Blosio Palladio est entièrement dédié à la splendeur du palais du Trastevere et s'ouvre sur des dédicaces des principaux membres de l'Académie romaine. L'année précédente , le Viridarium d' Egidio Gallo  dans son panégyrique des jardins de Chigi, écrit qu'ils sont si splendides que Vénus les avait choisis comme résidence printanière, avait été imprimé .  Si bien que quand le premier inventaire de la villa fut dressé en novembre 1520, elle fut honorée du titre de « Domo Palatii sumptuosissima »

Au centre du Viridarium se dresse le Palazzo, magnifiquement orné de fresques, de statues antiques et de précieux meubles, à tel point qu'il méritait, comme un palais royal, le titre de « Domo Palatii somptuosissima » lors de la rédaction du premier inventaire, daté de novembre 1520 dressé après la mort d'Agostino et qui constitue presque un instantané du mobilier du Palazzo.

Les traités de Giovanni Gioviano Pontano, consacrés aux vertus sociales, constituent une autre référence importante pour les goûts de collectionneur d'Agostino Chigi, inspirés par les théories de l'humaniste napolitain exposées dans De Splendore , De Magnificentia et De Liberalitate, publiés à Naples en 1498. Agostino suivit à la lettre les préceptes de Pontano dans le choix des séries d'objets composant une collection idéale : des glyptiques aux statues antiques, des bijoux aux médailles, des meubles en métaux précieux aux chevaux des écuries. Agostino fréquentait Pontano à Naples ; l'Académie de Pontano comptait à Rome d'illustres représentants tels que Girolamo Borgia, élève de Pontano et associé de Francesco Colonna, auteur de l' Hypnerotomachia Polifili , et le Napolitain Jacopo Sannazaro . Le traité De Magnificentia , présenté dans l'exposition, s'inspire de l'Éthique à Nicomaque d' Aristote et constitue le modèle culturel qui a inspiré Augustin dans la construction de son image publique. Chez Pontano, le luxe et l'ostentation perdent toute connotation moralisatrice et deviennent des valeurs positives, dans un processus de réévaluation du potentiel social de l'argent que Chigi ne pouvait manquer d'apprécier.

 

 

 

 

Un art inspiré des décors peints de villas romaines de l'Antiquité.

 

L'art décoratif qui émerge à la fin de la République romaine (IIe style pompeien, -88 à -20) sous la forme du trompe-l'œil architectural est fascinant par le niveau de technicité mis en œuvre pour représenter un espace tridimensionnel ; il frappe aussi par la richesse des couleurs et des matériaux feints distribués savamment à la surface des murs. La mimèsis y est une composante majeure. Les architectes et décorateurs du début du XVIe siècle à Rome, passionnés par les fouilles mettant en évidence cet art ancien, reprennent à leur compte ce souci d'illusion spatiale.

Baldassare Peruzzi a laissé un vaste corpus de dessins d'une grande qualité graphique comprenant des projets architecturaux, des études théoriques, des reliefs et des reconstitutions archéologiques. Il a pensé utiliser une partie de ce matériel pour un livre sur les antiquités de Rome et pour un commentaire sur Vitruve qui ne s'est jamais matérialisé, tandis que le matériel graphique conservé par ses étudiants a été dispersé. Au moins une partie de celui-ci a été à la disposition de Sebastiano Serlio qui l'a utilisé pour ses traités, reconnaissant sa dette envers le maître. De cette façon, la recherche plus expérimentale de Peruzzi a pu exercer son influence sur la culture européenne du XVIe siècle. (Wikipedia)

Le plan symétrique en U de la villa Farnesina permet un lien étroit entre le jardin et la villa qui rappelle les modèles de Vitruve.

 Les colonnades feintes.

Elles s'imposent dans l'Antiquité à partir du 2ème style pompéien.

Sur ce fragment de fresque d'Herculanum, certes ignoré de Baldassarre Peruzzi, l'effet de trompe-l-œil est renforcé par l'ombre de la colonne torsadée dressée sur une base très ornée, jouant sur les effets de perspective et qui, si on en juge par l'ombre, devait se trouver à droite d'une ouverture.

 

Herculanum, vers 45-79 ap. J.C, peinture à fresque sur mortier antique. Paris, Musée du Louvre P26, don du roi de Naples François Ier en 1825.

 

On retrouve ces ombres portées par les colonnes et piliers feints de la Salle des Perspectives. La lumière vient alors du haut (du plafond). Un autre effet est obtenu par l'aspect plus sombre des colonnes du deuxième rang, tandis que celles du premier rang sont brillantes.

 

 

Le choix des couleurs des colonnes et des sols est celui d'une bichromie.  Les piliers verts bigarrés de noir évoquent le marbre vert à brèche, avec des éléments polyédriques à bords arrondis dans une pâte vert-olive traversée de veines blanchâtres. 

Les colonnes sont plus diversifiées, soit veinées de tracés noirs sur fond jaune, soit de couleur plus soutenue avec des mélanges de violet, d'orange et de gris. Il serait vain de rechercher un modèle parmi les marbres naturels. Elles peuvent souvent être considérées comme des brèches.

Les marbres réels des encadrement des portes sont violets.

On ne trouve pas d'imitation d'onyx ou d'albâtres.

 

 

 

SOURCES ET LIENS.

— Exposition RAPHAËL ET L'ANCIEN DANS LA VILLA D'AGOSTINO CHIGI conçue par Alessandro Zuccari et Costanza Barbieri du 6 avril au 2 juillet 2023

https://wannenesgroup.com/magazine/migliori-mostre-esposizioni-arte/raffaello-e-lantico/

—MULLIEZ (Maud), 2014 ;  Le luxe de l’imitation, Les trompe-l’oeil de la fin de la République romaine, mémoire des artisans de la couleur. -Naples  Collection du Centre Jean Bérard. Chapitre 3. Marbre feint : signe de luxe...

https://books.openedition.org/pcjb/5827

https://books.openedition.org/pcjb/5857#anchor-toc-1-5

https://books.openedition.org/pcjb/5854?dir=prev

—FERRIGNO (Amélie), Al magnifoco Agostino Chigi, le mécène et l'imprimerie au début du XVIe siècle, protecteur des Lettres. Presses Universitaires de Provence

—TURNER (James Grantham)  La Villa Farnesina  Palais de Vénus dans la Rome de la Renaissance

—Site Villa Farnesina

https://www.villafarnesina.it/en/percorso-di-visita/the-hall-of-perspectives/

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Published by jean-yves cordier - dans marbres feints peintures illusionnistes Renaissance Rome
6 mai 2026 3 06 /05 /mai /2026 19:57

La villa Farnesina (1508 et 1511) à Rome, pergolas, trompe-l'œil et  jeux  de miroirs. III.  L'atrium ou hall d'entrée  et son plafond  à pergola illusionniste peint en trompe-l'œil (XVIIe).

 

1°) sur la villa Farnesina, voir :

 

— Sur l'art illusionniste, voir aussi dans ce blog :

 

PRÉSENTATION

 

Agostino Chigi, le banquier des papes

 La fortune — au deux sens du terme—d'Agostino Chigi (Sienne, 28 août 1466 – Rome, 11 avril 1520) dit « le magnifique » avait commencé en prêtant des sommes considérables au pape Alexandre VI (et à d'autres souverains de l'époque). Il obtint des monopoles lucratifs, tels que celui du sel des États pontificaux et du royaume de Naples , ainsi que celui de l'alun (un mordant essentiel dans l'industrie textile) extrait à Tolfa Agnato et Ischia di Castro . Mais ce sont ses relations avec son successeur Jules II (qui régna de 1503 à 1513 ) qui fut déterminante dans sa carrière : ayant aidé le pape Jules II à couvrir les dépenses liées à son élection, ce dernier le récompensa en l'associant à la famille della Rovere et en le nommant trésorier et notaire de la Chambre apostolique. Les liens personnels entre le pape et son banquier restèrent étroits  et il mena avec succès une mission diplomatique auprès de la République de Venise, qui conduisit à une nouvelle alliance entre Venise et le Vatican par la Sainte Alliance de 1511.

En 1509, Jules II attribua à la famille Chigi le droit d'inclure les armes de la famille Della Rovere à ses propres armes. Le pape Léon X confirma le monopole de l'alun et du sel. Chigi apporta 75 000 ducats au pape pour qu'il paye les frais de sa cérémonie d'intronisation où il devait régler sa tiare et sa croix pectorale

Agostino Chigli établit des liens économiques avec toute l'Europe occidentale, employant jusqu'à 20 000 personnes.

Il fut également un généreux mécène, soutenant des artistes comme Le Pérugin, Giovanni da Udine, Giulio Romano, Baldassarre Peruzzi, Sebastiano del Piombo, Le Sodoma et Raphaël qu'il commissionna plusieurs fois (chapelle Santa Maria della Pace, chapelle Chigi à l'église Sainte-Marie-du-Peuple).

 

En 1506 ou 1509, Agostino Chigi commanda la construction d'une villa de plaisance sur l'autre rive du Tibre, dans le quartier du Trastevere, confiant la conception et la décoration à Baldassare Peruzzi , ainsi qu'à Raphaël , Sebastiano del Piombo et Sodoma. Raphaël supervisa lui-même l'aménagement des jardins et des écuries, ainsi que la réalisation du tableau de Galatée et de la salle à manger d'été, la Chambre de Psyché. Il rassembla et disposa également dans le jardin une série d'antiquités afin de créer un style néoclassique, la villa étant conçue comme une reconstitution de l'Antiquité, s'inspirant des plans architecturaux de Vitruve et des oeuvres littéraires d' Ovide, Apulée, Théocrite, Ammien Marcellin, Hygin, Fulgence et d'autres auteurs. Entre 1511 et 1519, elle fut décorée de tableaux et de tentures et, déjà durant ces années, la villa était célébrée par ses contemporains et inspirait, de même que l'attitude de son propriétaire, des oeuvres littéraires.

Abandonnée après la mort de Chigi, puis vandalisée lors du sac de Rome en 1527, la villa avait été acquise en 1579 par le cardinal Alexandre Farnèse (1520–1589), qui avait l’ambition (jamais réalisée) de la relier par un passage couvert au palais Farnèse (actuel siège de l’ambassade de France en Italie) situé de l’autre côté du Tibre.

Dans la seconde moitié du XIXe siècle, elle fut restaurée par le duc de Ripalda, et des études iconographiques y furent entreprises.

L'atrium.

La  petite pièce rectangulaire servant de hall d'entrée et  de passage vers la salle de Psyché, est parfois désignée sous le nom de "saletta" ; un escalier dessert l'étage.  J.F.E Lorente, partant du principe que toute la villa cherche à reconstirtuer une villa romaine, l'assimile à l'atrium, cette partie du bâtiment ouverte aux hôtes, aux clients et aux visiteurs en  précédant la pièce d'habitation du maître de maison, et dont le toit est ouvert au centre (compluvium), tandis qu'un bassin (impluvium), se trouvait sous cette ouverture et recueillait l’eau de pluie. (Dans l'atrium de la villa Farnesina, une vasque en marbre est placée sous le compluvium factice)

Dans cette optique, la Loggia de Psyché est conçue comme le «tablinium» de la villa, sa salle à manger ouverte sur le jardin et décorée comme une pergola.

 

 

"Le hall d'entrée actuel et la pièce adjacente (anciennement la billetterie du musée) sont le résultat de travaux de restauration effectués entre 1861 et 1863, suite aux relevés effectués par l'architecte Antonio Sarti pour le duc de Ripalda.

Le hall, tel qu'il apparaît aujourd'hui, est le fruit d'une série de transformations structurelles qui ont débuté au XIXe siècle avec la création du hall d'entrée actuel et d'une salle plus petite (ancien guichet) à partir du grand hall d'entrée du bâtiment du XVIe siècle. Une nouvelle subdivision de l'espace a ensuite été réalisée dans les années 1930 pour l'installation d'un ascenseur.

Les fresques de l'ancien salon de la villa, récemment redécouvertes (*) au-dessus de la voûte du XIXe siècle qui les dissimulait, datent de l'époque Farnèse et représentent un ciel avec des chérubins volant autour des armoiries Farnèse au centre de la voûte, deux chérubins sur fond bleu   et un paysage d'automne ornant la seule lunette visible." (Villa Farnesina, site officiel)

 

(*) Trois  fresques du XVIIe siècle aux couleurs chatoyantes ont été découvertes par un électricien dans la villa Farnesina en effectuant un simple contrôle technique derrière un faux plafond en bois, en 2024.  Un paysage bucolique se dessine, dans lequel s’avance un putto brandissant un casque doré à plumes rouges ; un ciel bleu animé d’une nuée d’angelots. Plusieurs d’entre eux, dont un doté de belles ailes bleues et d’un corps potelé drapé de jaune, portaient dans les airs une couronne de feuilles nouée de rubans rouges. Au cœur de cette dernière se nichent les armoiries en jaune et bleu de la célèbre famille Farnèse. Au vu des armoiries peintes, ce serait Alexandre Farnèse, collectionneur et mécène, ou l’un de ses descendants, qui aurait commandé ces fresques. Le peintre pourrait être Carlo Maratta, (mort à Rome en 1713, et qui reprit les fresques de l'atelier de Raphaël en 1693-1694) et  ses élèves, Girolamo Troppa et François Simonot.

 

Le sol est carrelé abvec une frise grecque noir et blanche, et les murs de la pièce sont ornés de marbre feint, avec un soubassement de teinte grise et des panneaux à dominante jaune.

site Villa Farnesina.

Mais c'est le plafond qui attire toute l'attention.

Site Villa Farnesina, storia 07

Il crée l'impression d'être ouvert sur le ciel bleu par une ouverture (comme le compluvium) du haut duquel quatre angelots ou putti ailés nous observent, tandis que deux autres amours soutiennent une guirlande à fruits et courges entourant une dentelle d'entrelacs blancs sur fond noir. Le lustre, bien réel, est suspendu au centre de ces entrelacs. Des hirondelles et autres oiseaux volent dans le ciel pour en augmenter la vraisemblance.

Quatre octogones en grisaille occupent le "toit" de l'atrium, représentant  l'un Éros visant de son arc Narcisse se mirant à la source, et un autre Orphée et sa lyre charmant les animaux sauvages.

Villa Farnesina

 

 

 

site Villa Farnesina.

Deux autres grisailles restent non déchiffrées. À l'entrée d'une grotte, un homme nu au front ceint d'un bandeau trace des cercles sur une pierre avec un compas, devant un jeune homme. Sur l'autre grisaille, un homme nu et athlétique approche une torche d'une statuette.

 

Cliché lavieb-aile.

 

Ce "toit" est supporté par une architecture voûtée, toujours feinte, et toujours ouverte sur le ciel par des "fenêtres". À quatre de celles-ci, des cordes réunissent des bouquets de fruits. 

Deux médaillons  et de demi-lunes participent à cette fausse voûte. 

Le premier médaillon montre les trois arts libéraux du Trivium : Musique joue de la flûte double, Astronomie au centre tient un globe et un compas, Géométrie tient un livre où se lit "SVA/DERI, peut-être "sua derivata".

site Villa Farnesina.

Le second médaillon montre Apollon tenant sa lyre  et une couronne de lauriers, entre deux amours tenant des cartouches. On y lit POTIORE SIGNIS / MVNERE DONAT, allusion à l'ode IV 2 d'Horace siue quos Elea domum reducit palma caelestis pugilemue equomue dicit et centum potiore signis, "qu'il leur donne un prix plus glorieux que cent statues".

 

 

 

Une demi-lune montre trois femmes assises, celle du centre, au front ceint d'une couronne d'olivier tient une lyre et une flèche. Un autre la regarde en tenant un rameau. Il pourrait s'agir de la muse Euterpe (musique) et  d'autres muses (Erato avec son rameau ?)

site Villa Farnesina.

 

L'autre montre également trois femmes assise, celle du centre tient une trompette (la Renommée ? Calliope ?), sa voisine se cache derrière un masque (Mélpomène; muse de la tragédie ?, l'autre se détourne tristement en tenant un rameau desséché.

 

Ceci étant présenté, revenons aux éléments en trompe l'œil avec une série de clichés.

 
 
Plafond (XVIIe siècle) de l'atrium de la villa Farnesina à Rome. Cliché lavieb-aile.

Plafond (XVIIe siècle) de l'atrium de la villa Farnesina à Rome. Cliché lavieb-aile.

Plafond (XVIIe siècle) de l'atrium de la villa Farnesina à Rome. Cliché lavieb-aile.

Plafond (XVIIe siècle) de l'atrium de la villa Farnesina à Rome. Cliché lavieb-aile.

Notez l'hirondelle rustique Hirundo rustica aux ailes allongées en pointe, et l'hirondelle  de fenêtre Delichon urbicum, au croupion blanc.

Plafond (XVIIe siècle) de l'atrium de la villa Farnesina à Rome. Cliché lavieb-aile.

Plafond (XVIIe siècle) de l'atrium de la villa Farnesina à Rome. Cliché lavieb-aile.

Plafond (XVIIe siècle) de l'atrium de la villa Farnesina à Rome. Cliché lavieb-aile.

Plafond (XVIIe siècle) de l'atrium de la villa Farnesina à Rome. Cliché lavieb-aile.

Plafond (XVIIe siècle) de l'atrium de la villa Farnesina à Rome. Cliché lavieb-aile.

Plafond (XVIIe siècle) de l'atrium de la villa Farnesina à Rome. Cliché lavieb-aile.

Plafond (XVIIe siècle) de l'atrium de la villa Farnesina à Rome. Cliché lavieb-aile.

Plafond (XVIIe siècle) de l'atrium de la villa Farnesina à Rome. Cliché lavieb-aile.

Notez les deux hirondelles de fenêtre Delichon urbicum.

 

Plafond (XVIIe siècle) de l'atrium de la villa Farnesina à Rome. Cliché lavieb-aile.

Plafond (XVIIe siècle) de l'atrium de la villa Farnesina à Rome. Cliché lavieb-aile.

Les fenêtres à guirlandes de fruits.

Note : toutes les suggestions d'identification me sont personnelles, toute discussion sera la bienvenue.

 

Plafond (XVIIe siècle) de l'atrium de la villa Farnesina à Rome. Cliché lavieb-aile.

Plafond (XVIIe siècle) de l'atrium de la villa Farnesina à Rome. Cliché lavieb-aile.

1. Suspension de courges et de coings, de melons et de figues, puis de pêches et de pommes.

Le melon jaune ouvert, déjà peint par Giovanni da Udine sur les guirlandes de la Loggia de Psyché, est admirable, avec les filaments qui réunissent les pépins.

Exposition 2017 villa Farnesina

 

Plafond (XVIIe siècle) de l'atrium de la villa Farnesina à Rome. Cliché lavieb-aile.

Plafond (XVIIe siècle) de l'atrium de la villa Farnesina à Rome. Cliché lavieb-aile.

Plafond (XVIIe siècle) de l'atrium de la villa Farnesina à Rome. Cliché lavieb-aile.

Plafond (XVIIe siècle) de l'atrium de la villa Farnesina à Rome. Cliché lavieb-aile.

Plafond (XVIIe siècle) de l'atrium de la villa Farnesina à Rome. Cliché lavieb-aile.

Plafond (XVIIe siècle) de l'atrium de la villa Farnesina à Rome. Cliché lavieb-aile.

Plafond (XVIIe siècle) de l'atrium de la villa Farnesina à Rome. Cliché lavieb-aile.

Plafond (XVIIe siècle) de l'atrium de la villa Farnesina à Rome. Cliché lavieb-aile.

2. Suspension de pamplemousses, de fleurs,  d'aubergines, de mangues.

Plafond (XVIIe siècle) de l'atrium de la villa Farnesina à Rome. Cliché lavieb-aile.

Plafond (XVIIe siècle) de l'atrium de la villa Farnesina à Rome. Cliché lavieb-aile.

Plafond (XVIIe siècle) de l'atrium de la villa Farnesina à Rome. Cliché lavieb-aile.

Plafond (XVIIe siècle) de l'atrium de la villa Farnesina à Rome. Cliché lavieb-aile.

Plafond (XVIIe siècle) de l'atrium de la villa Farnesina à Rome. Cliché lavieb-aile.

Plafond (XVIIe siècle) de l'atrium de la villa Farnesina à Rome. Cliché lavieb-aile.

3. Suspension de maïs et de mûres, de melon d'eau et de raisin blanc, de radis ou navets  .

Plafond (XVIIe siècle) de l'atrium de la villa Farnesina à Rome. Cliché lavieb-aile.

Plafond (XVIIe siècle) de l'atrium de la villa Farnesina à Rome. Cliché lavieb-aile.

Plafond (XVIIe siècle) de l'atrium de la villa Farnesina à Rome. Cliché lavieb-aile.

Plafond (XVIIe siècle) de l'atrium de la villa Farnesina à Rome. Cliché lavieb-aile.

4. Suspension de grenades, de pommes de pin, de pêches, d'olives (et inflorescence de Molène Bouillon blanc?) 

Plafond (XVIIe siècle) de l'atrium de la villa Farnesina à Rome. Cliché lavieb-aile.

Plafond (XVIIe siècle) de l'atrium de la villa Farnesina à Rome. Cliché lavieb-aile.

Plafond (XVIIe siècle) de l'atrium de la villa Farnesina à Rome. Cliché lavieb-aile.

Plafond (XVIIe siècle) de l'atrium de la villa Farnesina à Rome. Cliché lavieb-aile.

Conclusion.

Ce plafond est un bel exemple de pergola peinte et feinte, certes plus maconnée que les pergolas à tressage de lattes et d'osier, mais qui crée parfaitement cette impression de se trouver en un lieu ouvert comme dans les atrium romains. Les suspensions de fruits et légumes et les hirondelles parcourant le ciel sont dans la grande tradition naturaliste de Giovanni da Udine et chaque assemblage de fruits et de légumes sont des parfaites réussites de trompe-l'œil.

Les putti ailés font de cette fiction d'une vie au grand air un enchantement, où chacun, retrouvant son âme d'enfant, joue à faire semblant et ne demande que de croire aux contes de fées et à un ciel où les Amours nous guettent.

On ne peut s'empêcher de penser  aux putti de l'oculus feint de la Chambre des époux du palais ducal de Mantoue peints par Mantegna et entre 1465 et 1474 aux deux « puttini » ou « amorini » de la Madone Sixtine de  Raphaël , peints vers 1513-1514. Ou encore la pergola feinte de la Loggia de la Villa Giulia, où jouent dans les fenêtres en demi-lune des Amours nus.

Andrea Mantegna, oculus fictif de la Chambre des époux du palais ducal de Mantoue

 

Madonne Sixtine de Raphaël, détail : les puttini

 

Loggia de la Villa Giulia à Rome. Cliché lavieb-aile.

 

SOURCES ET LIENS

— LORENTE, (Juan Francisco Esteban), 1991, Precisiones a los Horóscopos Artísticos de la Farnesina (Roma) y Zaporta (Zaragoza)

https://espacoastrologico.com.br/precisiones-a-los-horoscopos-artisticos-de-la-farnesina-roma-y-zaporta-zaragoza/

—NATSUMI NONAKA, 2012, The illusionistic pergola in Italian Renaissance architecture : painting and garden culture in early modern Rome, 1500-1620

https://www.academia.edu/109759988/The_illusionistic_pergola_in_Italian_Renaissance_architecture_painting_and_garden_culture_in_early_modern_Rome_1500_1620

— VILLA FARNESINA+++

https://www.villafarnesina.it/en/percorso-di-visita/the-atrium-and-the-farnesina-hall/

https://villafarnesina.it/wp-content/uploads/2025/11/Libretto-seicento-ingl.pdf

—PHOTO

https://commons.wikimedia.org/wiki/Category:Villa_Farnesina_(Rome)_-_Saletta#/media/File:Villa_farnesina,_saletta_07.JPG

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Published by jean-yves cordier - dans XVIe siècle. Trompe-l'œil pergolas illusionnistes Rome
5 mai 2026 2 05 /05 /mai /2026 16:47

La villa Farnesina (1508 et 1511) à Rome, pergolas, trompe-l'œil et  jeux  de miroirs. II. La Loggia de Psyché (Raphaël, Jules Romains, Giovanni da Udine) : le décor (Giovanni da Udine) des intrados des arcades réelles ou factices.

 

1°) sur la villa Farnesina, voir :

2°) Sur les pergolas illusionnistes, voir dans ce blog :

 

 

 

 

PRÉSENTATION

Mon premier article  portait sur les fameuses fresque de la voûte de la Loggia de Psyché, avec une abondance de clichés disponibles en ligne. Il en va tout autrement pour le sujet de ce deuxième article, la décoration des voûtes (ou plus exactement des intrados), à thème naturaliste attribuable à Giovanni da Udine, puisque je n'ai su trouver ni cliché ni article sur ces peintures.

Plus largement, je n'ai pas trouver de description de la composition en trompe-l'œil de la Loggia entière, dont seule la partie nord était ouverte sur le jardin par cinq arcades (aujourd'hui vitrées). 

 

Vue vers l'entrée, orientée nord vers le jardin. cliché arsartisticadventureofmankind.wordpress

Sur les côtés étroits de la salle, donnant sur la Loggia de Galatée ou sur la Salle de la Frise, deux arcades fictives laissent croire, avec leurs marbres feints, à la répétition des hautes arcades, et à leurs ouvertures en haut dans la demi-lune, au dessus de loges faussement hémisphériques surmontant les portes  dont une est réelle.

 

Vue vers la Loggia de Galatée, cliché arsartisticadventureofmankind.wordpress

 

Vue vers la Salle des Frises. cliché Wikipédia par Dombusken

 

 

Il en va à peu près de même pour le mur sud, où cinq arcades fictives répondent, en face à face, aux arcades réelles du nord. Là encore, seule la partie haute des arcades paraît vitrée, au dessus de niches à coquilles fictives au soubassement  en marbre feint, encadrant les portes bien réelles.

Cliché "Villa Farnesina"

 

 

 

Cliché lavieb-aile.

Les niches et les médaillons datent selon le site Villa Farnesina, de la restauration par Maratti en 1695, de même que les portes feintes. Les lunettes supérieures étaient ornées de faux vitraux peints en perspective raccourcie, faisant écho aux véritables sous-arches de la façade nord.

 

 

Inutile d'insister sur l'élégance de cette unité architecturale.

Maintenant que nous avons mis en place ces  5 arcades réelles et ces 9 arcades en trompe-l'œil, nous réalisons que 14 intrados peints des demi-lunes sont à considérer. Je ne les examinerai pas les unes après les autres, mais je veux souligner le concept spéculaire (en miroir) par lequel le faux mais bien imité répond au décor réel. Ce qui sera aussi le cas dans les Salons de la Villa d'Este du cardinal Hippolyte II.

Nous allons voir que le décor  des intrados feints imite scrupuleusement celui des intrados réels.

Ajoutons que les lunettes s'intègrent au décor de la voûte et sont soulignées par les guirlandes de Giovanni da Udine :

 

Loggia de Psyché, villa Farnesina à Rome. Cliché lavieb-aile.

Loggia de Psyché, villa Farnesina à Rome. Cliché lavieb-aile.

Loggia de Psyché, villa Farnesina à Rome. Cliché lavieb-aile.

Loggia de Psyché, villa Farnesina à Rome. Cliché lavieb-aile.

Tous les intrados en demi-lune reçoivent le même décor. Celui-ci est centré par un treillis rectangulaire en baguettes d'osier ( 5 baguettes principales et 9 baguettes orthogonales) servant de mini pergola pour des plantes grimpantes. Puis viennent, de chaque côté, la séquence suivante : un vannage rond en forme d'assiette, entouré d'olivier et centré par un petit animal. Deux oiseaux. Une figure arciforme formé par de la vigne et recevant un animal ou un objet. Un losange tressé par des épis de blé et entouré de deux oiseaux. Une figure vaguement circulaire faite de rameaux de chêne dont on reconnaît les glands. Deux oiseaux. Une demi-cercle en panier tressée dans des rameaux d'olivier à olives noires.

Si on réunit ces assemblages d'osier et ces treillis de paille, de vigne, d'épis, de chêne et d'olivier, cela forme presqu'une pergola, du moins une composition végétale élaborée accueillant une sorte de volière de 16 oiseaux .

Si je numérote de 1 à 5 les arcades réelles nord, et de A à I les arcades feintes comme dans ce schéma, je constate que les décors  de 1 à 5 correspondent à leur vis à vis C à G (notamment 3 et E). De même, les décors A et B sont les mêmes, en miroir, que les décors H et I. Il y a bien une référence spéculaire dans l'espace de ces peintures d'intrados.

I. LE DECOR DE PERGOLA FICTIVE DES INTRADOS RÉELS DE LA FAÇADE NORD.

Je n'ai photographié que trois arcades 2, 4 et 5. On y voit dans les  assiettes de vannerie des chauve-souris sur le premier cliché, des papillons sur le deuxième et des araignées sur le troisième.

Il est évident que si on  reprenait l'étude attentive de ces peintures, on pourrait reconnaître la plupart des espèces végétales et animales, notamment des oiseaux qui sont peints avec beaucoup de réalisme.

Arcade n°1

Son décor  se retrouve sur l'arcade G en vis à vis.

Le treillis en baguettes supportant du liseron sur fond rouge.

Loggia de Psyché, villa Farnesina à Rome. Cliché lavieb-aile.

Loggia de Psyché, villa Farnesina à Rome. Cliché lavieb-aile.

Le paillis bleu dans une couronne de plantes est centré sur une araignée.

Deux passereaux

La composition en cœur inversé tracée par des tiges de vigne : une lampe??

Deux passereaux picorant le raisin blanc .

La composition en losange tracée par des épis : un chardon

Des fleurs de marguerite séparent chaque motif.

La figure en forme de panier sombre délimitée par des rameaux d'olivier à fruits noirs : un fleuron

Deux passereaux (dont fauvette à tête noire Sylvia atricapilla) picorant les olives.

 

Loggia de Psyché, villa Farnesina à Rome. Cliché lavieb-aile.

Loggia de Psyché, villa Farnesina à Rome. Cliché lavieb-aile.

De l'autre côté de l'intrados :

Deux passereaux (mésanges charbonnières Parus major ?) picorant les raisins noirs.

La composition en losange tracée par des épis : un chardon

Dans un cartouche tracé par des rameaux de chêne (glands non pédonculés) : un masque avec un visage d'enfant, échevelé .

La figure en forme de panier sombre délimitée par des rameaux d'olivier à fruits noirs : un fleuron

Deux passereaux (dont Tarier pâtre Saxicola rubicola ?) picorant les olives.

 

Loggia de Psyché, villa Farnesina à Rome. Cliché lavieb-aile.

Loggia de Psyché, villa Farnesina à Rome. Cliché lavieb-aile.

Loggia de Psyché, villa Farnesina à Rome. Cliché lavieb-aile.

Loggia de Psyché, villa Farnesina à Rome. Cliché lavieb-aile.

Loggia de Psyché, villa Farnesina à Rome. Cliché lavieb-aile.

Loggia de Psyché, villa Farnesina à Rome. Cliché lavieb-aile.

Loggia de Psyché, villa Farnesina à Rome. Cliché lavieb-aile.

Loggia de Psyché, villa Farnesina à Rome. Cliché lavieb-aile.

Arcade n°2

 

Loggia de Psyché, villa Farnesina à Rome. Cliché lavieb-aile.

Loggia de Psyché, villa Farnesina à Rome. Cliché lavieb-aile.

Jasmin ? au centre sur fond bleu Chauve-souris. lampe à la mèche fumante. tête. 16 oiseaux;

Loggia de Psyché, villa Farnesina à Rome. Cliché lavieb-aile.

Loggia de Psyché, villa Farnesina à Rome. Cliché lavieb-aile.

Arcade n°4

Loggia de Psyché, villa Farnesina à Rome. Cliché lavieb-aile.

Loggia de Psyché, villa Farnesina à Rome. Cliché lavieb-aile.

Plantes à feuillage grimpant non fleuri. Papillons dans le paillis, passereaux et rapace, dauphin dans le losange, éclairs dans le médaillon

Loggia de Psyché, villa Farnesina à Rome. Cliché lavieb-aile.

Loggia de Psyché, villa Farnesina à Rome. Cliché lavieb-aile.

Arcade n°5. 

Sur le palissage : plante grimpante à vrille, feuille rappelant celle de la bryone

Paillis : araignées, comme en 1 (effet de symétrie spéculaire ?) et en G. Dans le cœur inversé, gris, un rongeur. 16 oiseaux: passereaux et rapaces.

 

 

Loggia de Psyché, villa Farnesina à Rome. Cliché lavieb-aile.

Loggia de Psyché, villa Farnesina à Rome. Cliché lavieb-aile.

II. LE DECOR DE PERGOLA FICTIVE DES INTRADOS FICTIFS .

Là encore, je n'ai pas tout photographié.

 

Arcade A

Le palissage central semble vide de plante. Araignée dans le paillis, arc et carquois dans le cœur inversé, bijou perlé dans le losange, oiseaux dans le médaillon, passereaux.

 

Loggia de Psyché, villa Farnesina à Rome. Cliché lavieb-aile.

Loggia de Psyché, villa Farnesina à Rome. Cliché lavieb-aile.

Arcade B

Le palissage central semble vide de plante. Oiseau dans le cœur inversé, foudre et éclairs dans le losange, visage barbu dans le médaillon, passereaux.

Loggia de Psyché, villa Farnesina à Rome. Cliché lavieb-aile.

Loggia de Psyché, villa Farnesina à Rome. Cliché lavieb-aile.

Arcade E, au centre au dessus de la porte.

Le décor copie celui de 3, avec son palissage à fond à plusieurs couleurs.

Plante à feuille évoquant celle du volubilis.Araignée (?) dans le paillis,  torche, bouclier et carquois dans le cœur inversé,  visage  dans le médaillon, passereaux.

 

Loggia de Psyché, villa Farnesina à Rome. Cliché lavieb-aile.

Loggia de Psyché, villa Farnesina à Rome. Cliché lavieb-aile.

Loggia de Psyché, villa Farnesina à Rome. Cliché lavieb-aile.

Loggia de Psyché, villa Farnesina à Rome. Cliché lavieb-aile.

Loggia de Psyché, villa Farnesina à Rome. Cliché lavieb-aile.

Loggia de Psyché, villa Farnesina à Rome. Cliché lavieb-aile.

Loggia de Psyché, villa Farnesina à Rome. Cliché lavieb-aile.

Loggia de Psyché, villa Farnesina à Rome. Cliché lavieb-aile.

Arcade F

 

 

Loggia de Psyché, villa Farnesina à Rome. Cliché lavieb-aile.

Loggia de Psyché, villa Farnesina à Rome. Cliché lavieb-aile.

Loggia de Psyché, villa Farnesina à Rome. Cliché lavieb-aile.

Loggia de Psyché, villa Farnesina à Rome. Cliché lavieb-aile.

Arcade G

La peinture répond en miroir à celle de l'arcade 1 : possible liseron, araignée ; le médaillon est orné d'un caducée.

 

 

Loggia de Psyché, villa Farnesina à Rome. Cliché lavieb-aile.

Loggia de Psyché, villa Farnesina à Rome. Cliché lavieb-aile.

Arcade H

Nous sommes maintenant sur le petit côté de la pièce, au dessus des deux portes, et en face des pseudo-arcades  A et B. 

Mais en H, qui fait face à B, la palissade à 9 carrés accueille une plante, une sorte de liane avec des feuilles de saule. Et d'ailleurs, on confectionne bien des structures végétales de jardin en saule tressé, non?

Puis viennent les éléments habituels, le paillis avec un insecte noir, les deux oiseaux qui se tiennent très droit et qui ont du noir sur la gorge et autour de la tête (je pense à la Pie Grièche mais cela ne doit pas être cela, je sors mon Peterson, des Bruants ? des Traquets ?) et dans le cœur renversé un carquois et un arc.

 

Loggia de Psyché, villa Farnesina à Rome. Cliché lavieb-aile.

Loggia de Psyché, villa Farnesina à Rome. Cliché lavieb-aile.

Loggia de Psyché, villa Farnesina à Rome. Cliché lavieb-aile.

Loggia de Psyché, villa Farnesina à Rome. Cliché lavieb-aile.

Arcade I

I est proche de H, mais mon cliché est trop imprécis.

Loggia de Psyché, villa Farnesina à Rome. Cliché lavieb-aile.

Loggia de Psyché, villa Farnesina à Rome. Cliché lavieb-aile.

Loggia de Psyché, villa Farnesina à Rome. Cliché lavieb-aile.

Loggia de Psyché, villa Farnesina à Rome. Cliché lavieb-aile.

DISCUSSION

Note : je pars de l'hypothèse que ces peintures sont bien contemporaines de celles de la voûte (atelier de Raphaël, 1517), et ne résultent pas de créations ultérieures. Et qu'elles sont l'œuvre de Giovanni da Udine, auteur des guirlandes de la voûte.

Comme nous l'avons vu, ces 14 peintures des intrados réels ou fictifs participent à l'effet illusionniste végétal de la voûte avec sa fausse pergola de guirlandes et ses fausses tentures qui y sont tendus comme des velarium abritant les visiteurs du soleil. En effet, elles répètent 14 fois l'ensemble associant une plante grimpante palissée avec des descentes de motifs décoratifs formés par  quatre sortes de plantes, la vigne, le blé, le chêne, et l'olivier. Ces intrados peints suscitent donc chez le visiteur le sentiment de ne pas quitter complètement le jardin et de rester dans un espace semi-ouvert très végétal, très frais et ombragé. 

"La pergola illusionniste était une invention de la Renaissance italienne, et de plus, un phénomène culturel qui a commencé à Rome dans les premières décennies du cinquecento. À Rome des années 1510, les loggias et les portiques des résidences privées commencent à être décorés de pergolas fictives. Ces pergolas présentaient des représentations réalistes de plantes, d'oiseaux et de petits animaux, ce qui en faisait le reflet des cultures de l'histoire naturelle et de la collecte. Outre leur valeur esthétique, la pergola illusionniste avait aussi une dimension sociale et culturelle: l'espace décoré devenait souvent un lieu de divertissement, de récréation et d'exposition.En raison de leur situation ambiguë entre l'intérieur et l'extérieur, les loggias et les portiques peuvent être considérés comme étant alors semi-intérieurs.

Ces espaces médiateurs procuraient à la fois les commodités de l'intérieur et la jouissance du plein air. Ils se prêtent le plus volontiers à un décor en trompe-l'œil de la nature, et la nature s'y retrouve sous forme de décoration architecturale. La pergola illusionniste n'était pas seulement une nouveauté stylististique, mais plus fondamentalement une nouvelle façon de vivre le plein air: l'ouverture du bâtiment vers l'extérieur au moyen de loggias et de portiques."(Natsumi Nonaka  2012, je traduis)

 

 

Trois sites majeurs  de pergolas illusionnistes ont été  créées à Rome pendant la première période de leur apparition, 1517-1520. La Loggia de Cupidon et Psyché à La Farnesina  est le premier, en 1517, suivi de la pour la stufetta et de la Loggetta du cardinal Bibbiena au palais du Vatican en 1517-1519, et par la première loggia de Léon X (1519). C'est Giovanni da Udine qui  les peupla d’une quantité impressionnante d’oiseaux et de petits animaux à l’apparence naturaliste qui se dissimulent à travers les vignes et autres plantes grimpantes, marquant le début d’une tendance naturaliste dans l’art pictural de la première époque moderne. 

 Selon M. Raymond, Kaspar Zollikofer  a identifié d’autres représentations animalières intégrées à la décoration de salles qui datent des environs de 1520,  celles que Giovanni da Udine peint dans les clés de voûte d’une salle du palais Baldassini à Rome (1517-1519)  ainsi que les oiseaux peints par Baldassare Peruzzi (1481-1536) sur la « Volta dorata » du palazzo della Cancelleria (v. 1519) 

Giovanni da Udine s'inspire à l'évidence des peintures qu'il avait découvertes à la Maison dorée (Domus aurea) de Néron dans les escavations de Rome. Il y a laissa sa signature en graffiti sur le mur du cryptoportique. Mais loin de reproduire les grotesques romains avec leurs candélabres, il a créé son propre décor  associant avec légèreté et fantaisie les motifs végétaux  avec les animaux et oiseaux pour créer un nouveau dessin.

La représentation systématique en peinture d'un grand nombre d'espèces botaniques semble être la première du genre à la Renaissance, et elle  a précédé les herbiers illustrées basées sur l'observation directe et scientifique des plantes, parmi lesquelles l' Herbarum Vivae Eicones d'Otto Brunfels (1530) et De Historia Stirpium (1542) de Leonhardt Fuchs .  En matière d’ornithologie, la première publication est L’histoire de la nature des oyseaux, avec leurs descriptions et naïfs portraicts retirez du naturel (1555) du Français Pierre Belon (1517-1564), puis le troisième volume de l’Historiae animalium, intitulé « Qui est de avium natura » (1555), du Suisse Konrad Gesner (1516-1565) et, plus tardivement, le Ornithologiae hoc est de avibus historiae libri XII (1599) de l’Italien Ulisse Aldrovandi (1522-1605). Chacun de ces ouvrages imprimés s'accompagnent de xylographies en noir et blanc  sont basées néanmoins sur des images préalables en couleurs chez Gesner et Aldovrandi. Les 1200 illustrations de l’Historiae Animalium de Gesner dérivent d’études originales à l’aquarelle d’Hans Weiditz (1495-1537?), un artiste ayant travaillé dans le studio d’Albrecht Dürer (1471-1528) à Nuremberg . Quand à  Aldrovandi, il avait engagé pour sa part des artistes hautement spécialisés pour peindre sur papier, soit à la tempera ou à l’aquarelle, des plantes et des animaux croqués sur le vif, composant de la sorte un fond de plus de 3000 images en couleurs. (Raymond M. 2017)

Giovanni da Udine (1487-1561), né à Udine en Frioul (nord de Trieste et de Venise)  été apprenti chez le peintre Giovanni Martini à Udine et chez Giorgione à Venise. Il s'est rendu ensuite à Rome où Raphaël a vu son talent et l'a emmené dans son atelier. Vasari note que Giovannie excelle dans la représentation de la nature, des animaux, des draperies, des instruments, des vases, des paysages, des maisons et de la verdure et il semble déjà s'être clairement perçu comme un peintre d'histoire naturelle à l'époque où il a commencé à travailler pour Raphaël. Vasari indique que Giovanni a dessiné les animaux dans la ménagerie papale, et les oiseaux d'une volière de Jules II dans le Belvédère. Il note que Giovanni a conservé un livre de dessins d'oiseaux qu'il a fait, ce qui a ravi et amusé Raphael.

Il a appris l'art de représenter des fruits, des fleurs et des feuillages d'un peintre flamand, identifié comme Jan Ruyssch, qui était actif au Vatican à l'époque. (Natsumi Nonaka)

 

 

 

SOURCES ET LIENS

NATSUMI NONAKA, 2012  The illusionistic pergola in Italian Renaissance architecture : painting and garden culture in early modern Rome, 1500-1620, 634 Pages

https://www.academia.edu/32654140/The_illusionistic_pergola_in_Italian_Renaissance_architecture_painting_and_garden_culture_in_early_modern_Rome_1500_1620

— RAYMOND (Marianne), 2017, Les plafonds de bois peints à Rome au XVIe siècle : le cas du palazzo del Vaso (Colonna) à Santi Apostoli Mémoire dirigé par Denis Ribouillault et présenté à la Faculté des études supérieures et postdoctorales en vue de l’obtention du grade de Maîtrise ès arts (M. A.) en histoire de l’art Université de Montréal

https://www.academia.edu/34957104/Les_plafonds_de_bois_peints_%C3%A0_Rome_au_XVIe_si%C3%A8cle_le_cas_du_palazzo_del_Vaso_Colonna_%C3%A0_Santi_Apostoli

Images

https://www.wga.hu/index_search.html

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Published by jean-yves cordier - dans Rome XVIe siècle. Renaissance Trompe-l'œil Botanique. Ornithologie
2 mai 2026 6 02 /05 /mai /2026 14:56

La villa Farnesina (1508 et 1511) à Rome, pergolas, trompe-l'œil et  jeux  de miroirs. I. La Loggia de Psyché (Raphaël, Jules Romains, Giovanni da Udine) : les putti portant les attributs des dieux.

 

—Voir : 

 

2°) Sur les pergolas illusionnistes, voir dans ce blog :

 

 

3°) Sur le mythe de Psyché, voir dans ce blog :

 

 

 

PRÉSENTATION

Mon propos n'est pas de présenter la très fameuse et très visitée Loggia de Psyché de Baldassarre Peruzzi, décorée par Raphaël et de son atelier, dans le quartier du Trastevere à Rome. On consultera par exemple les articles Wikipédia ou encore le remarquable article de mythologie.fr.

Je m'intéresse d'avantage aux effets d'illusions, parfaitement décrits par Natsumi Nonaka (2013).

En effet, la Loggia était  ouverte sur le jardin par 5 arcades (aujourd'hui vitrées), auxquelles répondaient sur les trois autres côtés des arcades feintes. Au plafond en voûte, une pergola fictive laisse penser que le jardin se prolonge ici par les arceaux de guirlandes de fleurs et de fruits. Le spectateur est amené à croire que ces guirlandes sont supportées par de solides structures en bois ou en métal (comme dans les pergolas réelles des jardins antiques puis de la Renaissance), car elles servent d'amarrage à deux (fausses) tentures ou toiles où sont peintes les deux célèbres scènes, Psyché arrivant à l'Olympe, et les Noces de Psyché. Il admet que ces tentures fassent office de velarium, d'une sorte de toile pare-soleil, tout en créant une «image dans l’image». Les détails visant à rendre l'illusion crédible sont minutieux, comme par exemple les lacets qui réunissent les deux toiles au cadre de guirlandes.

Ainsi, le visiteur qui venait d'admirer les massifs fleuris et les dessins en topiaire du jardin et d'y entendre et voir voler les oiseaux, jouait le jeu, en pénétrant dans la loggia semi-ouverte, de faire semblant de se croire dans une semi-réalité charmante et troublante, dans une nature enchantée où des petits garçons nus volant sans complexes entre les guirlandes lui donnaient accès, comme Psyché elle-même, à l'Olympe et à son ambroisie.

Dans sa description de la Loggia, Vasari loue les ornements floraux en ces termes : « une frise de larges guirlandes ornant les arêtes et les carrés de la voûte, représentant toutes sortes de fruits, de fleurs et de feuilles, au fil des saisons, agencées avec un tel art que l’on distingue chaque détail ; elles semblent vivantes et se détacher du mur »

Cet enchantement se doublait d'une stimulation intellectuelle, car il s'agissait, pour les invités privilégiés du propriétaire, le banquier Agostino Chigi, les épisodes de l'Histoire de Psyché, telle qu'elle était décrite dans L'Âne d'or ou Les Métamorphoses d'Apulée (IIe siècle),  du chapitre IV 28,1 au chapitre VI, 24,4. 

La première édition italienne de L’Âne d’or d’Apulée du IIe siècle était parue en  1469 paraît à Rome, et une seconde édition était parue en 1488 : l'histoire de Psyché, qui affrontait l'hostilité de Vénus en raison de son amour avec Éros, était connue de tous, et sa signification spirituelle où Psyché était l'image de l'âme accédant à la vie éternelle, séduisait chacun. 

L'exercice de reconnaissance des épisodes était d'autant plus plaisant aux invités que l'époque était celle d'un engouement pour les antiquités romaines, pour la peinture de l'époque de Néron découverte (par Raphaël et Giovanni da Udine notamment) à la Domus aurea, pour les collections de statues issues de fouilles commandités par les familles les plus riches. 

C'est à cet exercice que je me suis livré à mon tour, car, dans les deux tableaux principaux, l'identification des dieux et déesses doit être recherchée par des indices. Dans la peinture des Noces, les protagonistes ont laissé leurs attributs au vestiaire, ou les ont confiés à une troupe ancillaire de putti ailés (ou amours, ou cupidons, comme on voudra). Attribuer à chaque attribut son propriétaire est parfois très facile (Mercure et son caducée...) et parfois plus ardu.

Bien entendu, on peut aussi aller chercher les réponses, que nos prédécesseurs n'ont pas manqué de publier, et j'ai découvert après avoir rendu ma copie les gravures  de Nicolas Dorigny datant de 1693 et accompagnées de copieux commentaires en latin.

La voûte peut être divisée en les deux fausses tentures centrales et en 24 triangles (ou écoinçons) délimités par les guirlandes : 10 "pendentifs" principaux retraçant l'histoire de Psyché, et 14 écoinçons qui les entourent et accueillent les putti aux attributs.

Les peintures de ces 14 écoinçons ne sont pas attribuées, sur l'article Wikipédia du moins. N. Nonaka attribue les oiseaux  (les colombes de Vénus, l'aigle de Jupiter, le paon de Junon et les hirondelles, la chouette, les Martin-pêcheurs et les chauves-souris) à Giovanni da Udine, auteur des guirlandes dans lesquelles près de 170 plantes ont pu être reconnus par G. Caneva et d'autres botanistes, et auteur des éléments naturalistes, notamment des oiseaux, de la Loggia de Raphaël au Vatican. 

Il aurait également été responsable des oiseaux qui accompagnent le putti. Il maîtrisait leur dessin, et Vasari mentionne qu'il a dessiné les animaux dans la ménagerie papale, ou dans une volière du Belvédère et qu'il qu'il a conservé un livre de dessins d'oiseaux qu'il avait fait, ce qui avait ravi et amusé Raphael. ( Natsumi Nonaka 2013)

J'ai d'abord considéré que les amours s'étaient emparés des attributs des dieux par espièglerie. Marianne Raymond évoque une autre hypothèse, celle d'une tradition iconographique de leur achat, témoin du triomphe de l'amour  dans l'univers, Omnia vincit  amor, et nos cedamus amori "L'Amour vainct tout, et nous aussi nous céderons à l'Amour". Ce sujet se retrouverait sur la voûte de la Galerie Farnèse, comme l'a souligné Charles Dempsey dans l’article « “Et nos cedamus amori” : Observation on the Farnese Gallery » (1968) page 366). Pour illustrer cette formule, la tradition iconographique fait appel à la représentation de petits Cupidons qui portent vers le ciel, les divers trophées remportés par l’Amour à l’occasion de ses rencontres avec les autres dieux (Dempsey 1968 :367). Dempsey, cite l’épigramme suivant de Philippus de Thésallonique (1er siècle) qui dresse la liste des attributs ainsi dérobés aux dieux par ces Cupidons : « Voyez comment les Amours, ayant pillé l’Olympe, se sont placés dans les bras des immortels, brandissant leurs trophées. Ils portent l'arc de Phoebus, la foudre de Zeus, le bouclier et le casque d'Ares, la masse d'Hercule, la lance à trois branches du dieu de la mer, la thyrse de Bacchus, les sandales ailées d'Hermès et les torches d'Artemis. Les mortels ne doivent pas s’affliger de céder aux flèches des Amours, si les dieux leur ont donné leurs armes pour les acheter ».(Philippus, cité par Dempsey 1968 : 367, trad M. Raymond).

 

 

 

 

Voûte de la Loggia de la Villa Farnesina. Cliché lavieb-aile.

Voûte de la Loggia de la Villa Farnesina. Cliché lavieb-aile.

1. Vénus ordonne à Cupidon d'aller frapper Psyché. (Raffelino del Colle)

Voûte de la Loggia de la Villa Farnesina. Cliché lavieb-aile.

Voûte de la Loggia de la Villa Farnesina. Cliché lavieb-aile.

2. Un amour dans les nuages. Cupidon, volant pour obéir à Vénus, se pique l'index à sa propre flèche... et devient amoureux de Psyché.

Dans le coin droit, un oiseau frappe de son bec, par un vol en piqué, un autre oiseau, allusion probable  à la flèche de Cupidon.

 

Voûte de la Loggia de Psyché de la Villa Farnesina. Cliché lavieb-aile.

Voûte de la Loggia de Psyché de la Villa Farnesina. Cliché lavieb-aile.

3. Amour avec un aigle, la foudre  et les éclairs :  les attributs de Jupiter .

Voûte de la Loggia de Psyché de la Villa Farnesina. Cliché lavieb-aile.

Voûte de la Loggia de Psyché de la Villa Farnesina. Cliché lavieb-aile.

4. Amour avec un trident  : l'attribut de Neptune.

Deux Martin-Pêcheurs Alcedo atthis se poursuivent. Un autre oiseau se trouve à droite.

 

 

Voûte de la Loggia de Psyché de la Villa Farnesina. Cliché lavieb-aile.

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5 : Cupidon face aux trois Grâces. (Jules Romain)

Voûte de la Loggia de Psyché de la Villa Farnesina. Cliché lavieb-aile.

Voûte de la Loggia de Psyché de la Villa Farnesina. Cliché lavieb-aile.

Voûte de la Loggia de Psyché de la Villa Farnesina. Cliché lavieb-aile.

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6. Deux Amours et  Cerbère le chien à trois têtes et une force à deux dents : les attributs de Pluton, dieu de l'Hadès.

Dans le ciel, deux chauve-souris.

Voûte de la Loggia de Psyché de la Villa Farnesina. Cliché lavieb-aile.

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7. Vénus rencontre Céres et Junon. (Jules Romain)

Le Paon de Junon est figuré à ses pieds.

https://www.mythologie.fr/Farnesina_Psyche_Venus_Ceres.htm

 

Voûte de la Loggia de Psyché de la Villa Farnesina. Cliché lavieb-aile.

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8. Amour avec un glaive et un bouclier : attributs de  ? Mars ?

Attributs de Mars pour Nicolas Dorigny ; mais double emploi alors avec 18.

Dans le ciel, un faucon pèlerin Falco peregrinus ailes déployées, un faucon pèlerin ramassé prêt à piquer, et deux oiseaux à la gorge blanche.

 

Voûte de la Loggia de Psyché de la Villa Farnesina. Cliché lavieb-aile.

Voûte de la Loggia de Psyché de la Villa Farnesina. Cliché lavieb-aile.

9. Vénus sur son char tiré par 4 colombes  va voir Jupiter. (Giovan Francesco Penni)

Trois autres oiseaux (passereaux).

https://www.mythologie.fr/Farnesina_Psyche_Venus.htm

 

Voûte de la Loggia de Psyché de la Villa Farnesina. Cliché lavieb-aile.

Voûte de la Loggia de Psyché de la Villa Farnesina. Cliché lavieb-aile.

 

10. Amour  avec griffon, carquois et arc:  attributs de Diane déesse de la chasse ?

En dessous, une hirondelle rustique Hirundo rustica.

Voir : 

Bouchardon, D'après L'Amour volant, portant sur la tête un arc, un carquois, et un griffon (détail du griffon) de Raffaello Santi, dit Raphaël, collections du Louvre Inv. 24211

https://collections.louvre.fr/ark:/53355/cl020010063

 

Voûte de la Loggia de Psyché de la Villa Farnesina. Cliché lavieb-aile.

Voûte de la Loggia de Psyché de la Villa Farnesina. Cliché lavieb-aile.

11. Vénus avec ses colombes demande l'aide de Jupiter contre sa rivale Psyché. Jupiter, tenant la foudre, est assis sur son aigle . (Giovan Francesco Penni)

https://www.mythologie.fr/Farnesina_Psyche_Venus_Jupiter.htm

 

Voûte de la Loggia de Psyché de la Villa Farnesina. Cliché lavieb-aile.

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12. Amour  avec caducée et casque ailé : attributs de Mercure le dieu messager des dieux.

Au dessous, 3 pies Pica pica.

 

Voûte de la Loggia de Psyché de la Villa Farnesina. Cliché lavieb-aile.

Voûte de la Loggia de Psyché de la Villa Farnesina. Cliché lavieb-aile.

13. Amour avec panthère et thyrse  :  attributs de Bacchus, dieu du vin.

Voir Bouchardon, Inv. 24143, griffon  D'après L'Amour volant, portant sur la tête un arc, un carquois, et un griffon (détail du griffon) de Raffaello Santi, dit Raphaël

https://collections.louvre.fr/ark:/53355/cl020010063

Voûte de la Loggia de Psyché de la Villa Farnesina. Cliché lavieb-aile.

Voûte de la Loggia de Psyché de la Villa Farnesina. Cliché lavieb-aile.

14 : Mercure, portant les sandales ailées et le casque ailé ou pétase. Les bras écartés  et saisi en plein vol, il tient une trompette. (Jules Romain)

Voûte de la Loggia de Psyché de la Villa Farnesina. Cliché lavieb-aile.

Voûte de la Loggia de Psyché de la Villa Farnesina. Cliché lavieb-aile.

Voûte de la Loggia de Psyché de la Villa Farnesina. Cliché lavieb-aile.

Voûte de la Loggia de Psyché de la Villa Farnesina. Cliché lavieb-aile.

15. Amour  avec syrinx (flûte) : l'attribut du dieu Pan, dieu de la croissance végétative.

https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/b/bf/The_paintings_in_the_Villa_Chigi_aka_Farnesina_the_Loggia_di_Psiche%2C_plate_6_PK-P-126.223.jpg?utm_source=commons.wikimedia.org&utm_campaign=imageinfo&utm_content=original

On voit Pan jouant de sa flûte sur la peinture centrale du Jugement de Psyché :

 

 

Voûte de la Loggia de Psyché de la Villa Farnesina. Cliché lavieb-aile.

Voûte de la Loggia de Psyché de la Villa Farnesina. Cliché lavieb-aile.

15bis. La chouette harcelée par les oiseaux.

Dans l'angle inférieur gauche, une chouette, posée sur un branchage, supporte avec patience et abnégation le harcèlement de quatre oiseaux, dont une huppe fasciée.

Le même motif, également de la main de Giovanni da Udine, se retrouve sur le pilastre VII de la Loggia de Raphaël du palais du Vatican Un dessin préparatoire de ce sujet est conservé à  Dresde ( Staatliche Kunstsammlungen, Kupferstich-Kabinett.) Dans le dessin est représenté un arbre avec divers oiseaux, dont un hibou. Sur le pilastre fini, un oiselleur est représenté au pied de l'arbre, espionnant les oiseaux. Mais dans le dessin préparatoire, la figure n'est pas entièrement esquissée. La présence de l'oiseleur évoque la technique de chasse où la chouette est placée délibéremment sur l'arbre pour attirer les oiseaux et les capturer.

Giovani da Udine, dessin préparatoire et pilastre VII de la Loggia de Raphael, in NATSUMI NONAKA, 2013, Green Architecture at the Villa Giulia: The Pergola as Leitmotiv

 

 

Il peut s'agir (indifférement ?) d'un hibou harcelé, toujours avec l'oiseleur au pied de l'arbre, dans cette copie inspirée de l'œuvre de Giovanni da Udine. 

Hibou harcelé, Giovani da Udine, relevé en 1772 par Giovanni Volpato. Droits Cambi casa d'aste
idem, Giovanni Voltano 1772

Voir sur ce motif :

 

 


 

 

Image redressée. Voûte de la Loggia de Psyché de la Villa Farnesina. Cliché lavieb-aile.

Image redressée. Voûte de la Loggia de Psyché de la Villa Farnesina. Cliché lavieb-aile.

16. Amour avec casque et bouclier ou égide : les attributs de Minerve, déesse de la sagesse et de l'intelligence.

Dans le ciel, une chouette, autre attribut de Minerve, les ailes déployées. Deux autres oiseaux se becquetant (ou, selon Dorigny, se disputant un papillon).

https://commons.wikimedia.org/wiki/Category:Loggia_of_Psyche_(Villa_Farnesina,_Rome)#/media/File:The_paintings_in_the_Villa_Chigi_aka_Farnesina_the_Loggia_di_Psiche,_plate_7_PK-P-126.224.jpg

 

Voûte de la Loggia de Psyché de la Villa Farnesina. Cliché lavieb-aile.

Voûte de la Loggia de Psyché de la Villa Farnesina. Cliché lavieb-aile.

17. Psyché, tenant le vase de l'eau du Styx (ou de la beauté de Perséphone), est transportée vers l'Olympe. (Jules Romain)

Voûte de la Loggia de Psyché de la Villa Farnesina. Cliché lavieb-aile.

Voûte de la Loggia de Psyché de la Villa Farnesina. Cliché lavieb-aile.

18. Amour  avec casque à plumets et bouclier : Mars

Voûte de la Loggia de Psyché de la Villa Farnesina. Cliché lavieb-aile.

Voûte de la Loggia de Psyché de la Villa Farnesina. Cliché lavieb-aile.

19 . Psyché, implorante, présente le précieux vase  à Vénus, qui ne s'avoue pas vaincue.  (Jules Romain)

Deux colombes sont en vol.

https://www.mythologie.fr/Farnesina_Psyche_Psyche_Venus.htm

 

Voûte de la Loggia de Psyché de la Villa Farnesina. Cliché lavieb-aile.

Voûte de la Loggia de Psyché de la Villa Farnesina. Cliché lavieb-aile.

20. Deux Amours portant un gourdin : attribut d' Hercule. Une harpie

https://commons.wikimedia.org/wiki/Category:Loggia_of_Psyche_(Villa_Farnesina,_Rome)#/media/File:The_paintings_in_the_Villa_Chigi_aka_Farnesina_the_Loggia_di_Psiche,_plate_8_PK-P-126.225.jpg

 

Voûte de la Loggia de Psyché de la Villa Farnesina. Cliché lavieb-aile.

Voûte de la Loggia de Psyché de la Villa Farnesina. Cliché lavieb-aile.

21. Éros demande à Jupiter de conférer à Psyché l'immortalité.  (Jules Romain)

Éros porte son arc et sa flèche, Jupiter se reconnaît à son aigle tenant en son bec la foudre.

https://www.mythologie.fr/Farnesina_Psyche_Eros_Jupiter.htm

 

Voûte de la Loggia de Psyché de la Villa Farnesina. Cliché lavieb-aile.

Voûte de la Loggia de Psyché de la Villa Farnesina. Cliché lavieb-aile.

22. Amour  portant le marteau de forgeron et deux flèches forgées  : Pluton. Une salamandre.

La salamandre, dont on connait les  liens  avec le Feu, émerge d'une zone de flammes et de fumées.

On voit aussi une hirondelle rustique, et trois oiseaux  se disputant une proie.

Voir , à propos de la salamandre dans la fournaise et ses liens avec l'alchimie :

—HUBER ( Robert Paul Jr.) 2025, The Salamander in the Furnace of the Loggia of Psyche at Villa Farnesina: Alchemy and the Hermetic Tradition in Renaissance Rome (With an Analysis of Jacopo del Sellaio’s Abegg-Stiftung Florentine Psyche Marriage Cassone Panel, as an Adaptation of Botticelli’s Primavera) Arts 2026, 15(2), 41; https://doi.org/10.3390/arts15020041

 

 

Voûte de la Loggia de Psyché de la Villa Farnesina. Cliché lavieb-aile.

Voûte de la Loggia de Psyché de la Villa Farnesina. Cliché lavieb-aile.

23. Mercure conduit Psyché vers l'Olympe. (Giovan Francesco Penni)

L'oiseau en haut à gauche est sans doute un paon.

 

https://www.mythologie.fr/Farnesina_Psyche_Mercure_Psyche.htm

 

Voûte de la Loggia de Psyché de la Villa Farnesina. Cliché lavieb-aile.

Voûte de la Loggia de Psyché de la Villa Farnesina. Cliché lavieb-aile.

24. Amour menant par des liens un lion et un hippocampe ou sphinge : le Tibre et le Nil ??.

Cette détermination est délicate. Sur la peinture centrale des Noces de Psyché, deux figures assises sont considérées comme représentant des "dieux marins" (*), ou parfois plus précisément le Nil et le Tibre (ou le Gange). Le "Tibre" est accompagné d'un lion.

Dorigny voit dans ce lion et cette créature marine  la Terre et la Mer.

https://commons.wikimedia.org/wiki/Category:Loggia_of_Psyche_(Villa_Farnesina,_Rome)#/media/File:The_paintings_in_the_Villa_Chigi_aka_Farnesina_the_Loggia_di_Psiche,_plate_9_PK-P-126.226.jpg

(*) Commentaire : Janus, Vertumne, Hercule, Bacchus et deux dieux marins Copie d'après des figures de 'Psyché reçue dans l'Olympe', composition de la voûte de la Loggia de Psyché. D. Cordellier, B. Py, Musée du Louvre - Inventaire des dessins italiens - V. Raphaël, son atelier, ses copistes, Paris, 1992.

https://collections.louvre.fr/en/ark:/53355/cl020104336

 

Voûte de la Loggia de Psyché de la Villa Farnesina. Cliché lavieb-aile.

Voûte de la Loggia de Psyché de la Villa Farnesina. Cliché lavieb-aile.

25. Psyché présentée à Jupiter devant l'assemblée des dieux de l'Olympe ; plaidoyer d'Éros.

https://www.mythologie.fr/Farnesina_Psyche_presentee.htm

Annotations ajoutées sur cliché Paris Orlando, Wikipédia

 

26. Les noces de Psyché sur l'Olympe.

https://www.mythologie.fr/Farnesina_Psyche_noces.htm

https://pop.culture.gouv.fr/notice/joconde/50350101444

 

 

Cliché Paris Orlando Wikipédia

 

RÉFLEXION.

Je me suis laissé emporté par ce petit exercice en dehors du thème que je m'étais fixé, celui de l'art illusionniste (si ce n'est par la maîtrise du rendu du corps des putti et de leur posture, vu en perspective depuis le sol).

J'ai négligé l'étude des guirlandes ou festons, car de nombreux travaux leur on été consacrés, notamment pour l'inventaire botanique. 

G. Caneva a identifié environ 165 espèces botaniques, regroupées en céréales, légumes, noix, fruits, fleurs et champignons. Son analyse phytogéographique a montré que la majorité des espèces représentées venaient de l'ancien monde, mais que cinq espèces avaient leurs origines dans les Amériques (*). Compte tenu du fait que les espèces végétales du nouveau monde n'avaient commencé à être introduites en Europe que depuis les années 1490, il est remarquable qu'elles se soient diffusées en un temps relativement court, et qu'elles aient été étudiées et représentées de manière si précise.

(*) (Zea mays L., Cucurbita pepo L., C.maxima Duchesne, C. moschata Duchesne, Phaseolus vulgaris L.),

Janis & Harry Paris ont étudiéen 2006 les cucurbitacés, montrant que les festons contiennent six espèces de cucurbitacées de l'Ancien Monde, Citrullus lanatus (pastèque), Cucumis melo (melon), Cucumis sativus (concombre), Ecballium elaterium (concombre d'âne), Lagenaria siceraria (gourde en bouteille) et Momordica balsamina (concombre balsamique), et deux ou trois espèces de cucurbitacées du Nouveau Monde, Cucurbita maxima, C. pepo. et, peut-être, C. moschata (citrouille, courge, courge).

Ces représentations ont précédé les herbiers illustrées basées sur l'observation directe et scientifique des plantes, parmi lesquelles l' Herbarum Vivae Eicones d'Otto Brunfels (1530) et De Historia Stirpium (1542) de Leonhardt Fuchs. Autrement dit, les visiteurs pouvaient aussi se livrer au jeu érudit de l'étude et de la détermination des plantes répartis dans les guirlandes, au même titre que nos botanistes aujourd'hui.

Voir par exemple 

— Haoyang (Andy) Xu, 2020, Festoons in Villa Farnesina Loggia: Complexity beyond Decoration 6 Pages

 International Journal of Humanities and Social Sciences

https://doi.org/10.24940/THEIJHSS/2020/V8/I5/HS2005-055

 

Néanmoins, je veux revenir à mon sujet initial, et étudier comment les peintures réelles des cinq arcades de la Loggia répondent, de façon spéculaire, au décor des arcades fictives. Voir article II.

 

SOURCES ET LIENS

NATSUMI NONAKA, 2012  The illusionistic pergola in Italian Renaissance architecture : painting and garden culture in early modern Rome, 1500-1620, 634 Pages

https://www.academia.edu/32654140/The_illusionistic_pergola_in_Italian_Renaissance_architecture_painting_and_garden_culture_in_early_modern_Rome_1500_1620

https://www.mythologie.fr/Farnesina_Psyche_peintures.htm

https://vcg.isti.cnr.it/activities/farnesina//

https://fr.wikipedia.org/wiki/Villa_Farnesina

https://commons.wikimedia.org/wiki/Category:Loggia_of_Psyche_%28Villa_Farnesina,_Rome%29

https://commons.wikimedia.org/wiki/Category:Loggia_of_Psyche_(Villa_Farnesina,_Rome)

https://www.la-vie-au-grand-art.com/medias/files/farnesina-1.pdf

https://collections.louvre.fr/ark:/53355/cl020010064 (panthère)

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Published by jean-yves cordier - dans XVIe siècle. Rome Renaissance Psyché Trompe-l'œil Pergolas
28 avril 2026 2 28 /04 /avril /2026 18:30

Les fresques (peinture Taddeo Zuccari & Prospero Fontana et atelier ; stuc Federico Brandani, 1553)  de la Salle des sept collines de la Villa Giulia /Musée Étrusque de Rome. L'emblématique du pape Jules III.

Voir :

 Sur les pergolas illusionnistes, voir dans ce blog :

 

 

PRÉSENTATION

Située aujourd'hui dans le Musée National Étrusque de la Villa Giulia, la Salle des sept collines offre au visiteur, en frise supérieur des murs, huit vues urbaines de Rome, ou veduta, représentation des sept collines de Rome et de la Villa Giulia, assimilée ainsi par le pape Jules III Del Monte à la huitième colline. Ces vues s'insèrent dans un conséquent ensemble de sculpture en stuc voué aux emblèmes revendiqués par le commanditaire,  à ses armoiries présentées par quelques uns des Arts libéraux, et par des divinités romaines. 

La salle , ainsi que la salle nord voisine, s'ouvre sur le hall d'entrée, et leur décor propose aussi aux quatre angles des voûtes des Vertus cardinales (salle nord) et des Vertus théologales, auxquelles s'ajoute l'allégorie de la Religion (salle sud) ( F. Montuori)

La première partie de l'article passera en revue les veduta elles-mêmes des "huit" collines de Rome. Les emblèmes, les divinités, les allégories des Arts libéraux entourant les armoiries papales et les Vertus viendront ensuite .

 

LES HUIT COLLINES

 Sur les 7 "monte" ou collines de Rome  s’étaient établies, sur les ruines des monuments antiques , les familles romaines les plus anciennes et les plus prestigieuses. Aux vues de  celles-ci, Jules III ajoute celle de sa propre villa.

 

I. LA VUE DE LA VILLA GIULIA

Dans les années précédant son élection, Jules III avait exprimé à plusieurs reprises son désir d'agrandir le vignoble familial. Aussi, en 1551, il chargea son frère Baudouin d'acquérir des terres supplémentaires.

La vue ne montre pas la Villa elle-même, ni sa façade extérieure , ni son hémicycle, mais son accès depuis le Tibre et la Via Flaminia. 

Elle est proche, par son point de vue depuis la Via Flaminia, de la vue correpondante du palais du Vatican, et lorsqu'elle fut peinte, en 1550-1551, le palais lui-même n'était qu'à l'état de projet.

 

Façade extérieure de la Villa Giulia. Cliché lavieb-aile.
Façade intérieur avec l'hémicycle. Cliché lavieb-aile.

Comme au Vatican, elle ne montre la villa que dans le lointain et en hauteur, pour représenter la Fontana Publica, et la voie qui mène, par une montée, à la villa.

 

"L’idée que le domaine papal vienne compléter la liste des illustres collines repose évidemment sur le nom du pape Monte, signifiant mont ou colline. Les vers composés par Annibal Caro jouaient sur cette homonymie, comme plus tard d’innombrables poèmes et fresques célébrant le pape. Le rapport entre le pape del Monte et les sept collines de Rome avait été exploité une première fois dans le prologue d’une comédie composée pour le couronnement de Jules III en février 1550 par son secrétaire Anton Francesco Rainerio. Les sept collines y sont décrites comme sette monti, devenues avec le temps stériles et mal cultivées, et peu à peu dépassées par un huitième monte, aujourd’hui devenu leur seigneur9. Comme chez Annibal Caro, le huitième monte désignait le pape, mais aussi le mont Parioli, la colline escarpée au pied de laquelle le casino de la villa Giulia était en train d’être construit. Le pape était personnifié par son propre domaine – comme l’attestera aussi, en 1553, une médaille associant le portrait du pape et l’image de sa villa –, tandis que la topographie la plus illustre de la ville annonçait et célébrait son avènement. Grâce à ses « armes parlantes », l’image du pape était « enracinée » dans la topographie et l’histoire de la Rome antique, dont la villa devait égaler et surpasser la magnificence. (Denis Ribouillault)

La première suite des huit collines de Rome commandées par Jules III se trouve dans ses anciens appartements à la villa du Belvédère au Vatican (*). Datée vers 1551, elle se compose, comme à la Villa Giulia, de huit vues de Rome, de figures allégoriques et des armes du pape. Attribuées à Prospero Fontana et à son atelier, s ept vues figurent les célèbres collines de la ville avec leurs monuments antiques les plus remarquables. La huitième montre le domaine de la villa Giulia (construite entre 1551 et 1553), célébrée comme ottavo monte, huitième colline de Rome, flanquée, à gauche, par l’allégorie de la Fortune et, à droite, par les trois monts des armes de Jules III del Monte. Quelques années plus tard, un décor presque identique fut peint dans le salon principal de la villa Giulia, la salle dite « des Sept Collines » .

(*) Situées dans des salles depuis longtemps privées du palais du Vatican, aujourd’hui appartement de la Guardia Nobile  dans l’angle sud-est de la grande cour du Belvédère. (Ribouillault 2011)

La vue présentée par des putti est entourée des figures de la Fortune et de la Prudence (cf. infra)

 

Salle des sept collines de la Villa Giulia. Cliché lavieb-aile

Salle des sept collines de la Villa Giulia. Cliché lavieb-aile

Le point de vue de la veduta (fleche rouge). Plan restitué , in Ribouillault 2012, de la vigna Giulia (d’après Stanislao Cocchia, Alessandra Palminteri, Laura Petroni, « Villa Giulia : un caso esemplare della cultura e della prassi costruttiva nella metà del Cinquecento », Bollettino d’arte, 42, 1987, p. 47-90).

 

En 1552, deux fontaines furent construites à l'angle de la Via Flaminia et de la Via Iulia Nova (aujourd'hui Via di Villa Giulia, l'avenue menant à la Villa Giulia) : une fontaine monumentale, La Fontana Pubblica et un abreuvoir pour animaux (conçu par Vignola et Ammannati). Alimentée par l'Aqueduc  de la Vierge  (Acqua Vergine)​ et destinée à « l'utilité publique » (« PVBLICAE COMMODITATI »), la Fontana Pubblica rappelait les jeux d'eau de l'époque romaine : statues, sculptures antiques, pyramides et colonnes ornaient l'œuvre, qui s'inscrivait dans un cadre scénographique majestueux.

La peinture indique clairement l'inscription en latin gravée sur la fontaine : IVLIVS III PO. MAXIMVS ANO III, soit Julius III pontifex optimus maximus anno III, version abrégée de l'inscription réelle JULIUS III PONT. MAX. PUBLICÆ COMMODITATI ANNO III. Le titre de Pontifex Maximus est une référence à celui des grands prêtres de la Rome antique, et plus précisément à celui que porta Jules César de -63 à - 44, le pape se plaçant par son nom papal sous le parrainage de ce dernier en s’inscrivant au sein de la généalogie julio-claudienne, la prestigieuse gens Julia et en  rattachant sa mémoire à celle de son illustre prédécesseur Jules II. "Anno III" correspond-il à la troisième année du pontificat de Jules III, élu pape en 1550 ? 
 

 

"Lorsque ce pontife, élu en 1550, décida de construire une maison de plaisance sur le vignoble de la Via Flaminia, hérité de son oncle, le cardinal Monte l'Ancien, il acquit les propriétés voisines auprès de divers propriétaires terriens, si bien que son domaine s'étendit finalement du Tibre vers l'est, remontant la Valle Giulia et les pentes adjacentes du Monte Parioli. Les limites méridionales n'ont pas encore été entièrement définies, mais celles du nord s'étendaient jusqu'à la chapelle Saint-André, un charmant petit édifice érigé par Vignola pour commémorer la délivrance du pape Jules (alors cardinal Monte) des soldats lors du sac de Rome en 1527.

La Via Flaminia était alors l'avenue à la mode. Bordée de belles villas et de palais, elle est qualifiée par Amannati de « belle Via Flaminia ». 

Le pape Monte (Jules III appartenait à la famille romaine des Monte) quittait le Vatican par le passage menant au château Saint-Ange, y prenait une magnifique barge et remontait le Tibre jusqu'à l'embarcadère au pied de l'Arco Oscuro. Là, un bel escalier menait à une pergola voûtée qui traversait les champs entre le Tibre et la Via Flaminia. La pergola, véritable havre de verdure, se terminait par un élégant bâtiment et une porte donnant sur la rive tibétaine de la Via Flaminia. Il fallait traverser la grande voie pour entreprendre l'ascension de l'Arco Oscuro, qui menait directement à sa nouvelle ville. La route était poussiéreuse et la montée longue et abrupte ; le pape décida donc d'y aménager un lieu de repos. 

Il avait commencé très tôt à creuser pour trouver de l'eau, tout en cultivant son vignoble, « sans jamais avoir eu le moindre indice qu'on puisse en trouver à cet endroit ». Finalement, il parvint à ses fins en s'emparant des eaux de fuite de l'aqueduc de la Vierge (Acqua Vergine) pour alimenter son vignoble. Ces « fuites » s'apparentaient davantage à un détournement, et la méthode employée était, d'une certaine manière, autoritaire et répréhensible. Le pontificat de Jules III ne dura que cinq ans ; mais dès l'année suivant sa mort, l'aqueduc de la Vierge avait cessé d'alimenter la ville, et ses successeurs, Pie IV, Pie V et Grégoire XIII, furent contraints d'entreprendre et de mener à bien une restauration et un agrandissement systématiques et complets de l'aqueduc. Pour Jules III, cette eau merveilleuse n'était qu'un privilège, un « don précieux de la papauté », et il consacra son court pontificat à son exploitation et à son embellissement, étouffant peut-être ses scrupules en pensant que la construction d'une fontaine publique sur cette voie justifiait la manière dont il se la procurait.

Aux deux angles opposés de la Via Flaminia et de l'Arco Oscuro, là où commençait l'ascension vers sa villa, il fit ériger deux fontaines, adoucissant l'extrémité aiguë de chaque angle par une façade d'où jaillissait l'eau. La fontaine de droite servait d'abreuvoir pour les chevaux, tandis que celle de gauche était l'une des plus belles et des plus intéressantes de toute Rome. Elle fut l'œuvre de Bartolomé Amannati, peut-être assisté de Vignola ; et le jeune Domenico Fontana dut l'étudier à maintes reprises, car la célèbre « Fontaine Fontana » n'est qu'une modification de cette œuvre d'une grande beauté, témoin de la fin de la Renaissance.

Il est à noter que la fontaine d'Amannati n'est ni un jubé ni une porte ; son bassin se détache sur un fond uni, flanqué de deux ailes d'une grande sobriété, de même hauteur, disposées en angle. Cet exemplaire est en pierre de taille corinthienne, les colonnes soutenant un entablement et un fronton classiques de belle facture. Le sommet du fronton était surmonté d'une statue colossale de Neptune, et ses angles se terminaient par deux piédestaux portant, l'un une Minerve, l'autre une Rome. Entre ces deux figures et Neptune se trouvaient deux piédestaux plus petits marquant la fin architecturale de la grande partie centrale de la fontaine, sur lesquels se dressaient deux petits obélisques, un élément repris par Fontana pour sa fontaine de Moïse. L'arc du corps central soutenait, entre ses piliers corinthiens, l'immense dalle carrée portant l'inscription : JULIUS III PONT. MAX. PUBLICÆ
COMMODITATI ANNO III

Les niches de part et d'autre de cette dalle abritaient autrefois des statues, l'une représentant le Bonheur et l'autre l'Abondance, un motif repris deux siècles plus tard à l'arrière-plan de la fontaine de Trevi. Le bassin destiné à recueillir l'eau ne s'étendait pas sur toute la largeur de l'élément central, mais était, et est toujours (car il subsiste encore), un noble bassin en granit blanc, situé au pied du corps central, sous l'inscription. Il était initialement alimenté par une magnifique tête antique d'Apollon. Tout ceci est décrit dans une lettre écrite par l'architecte lui-même, Amannati, de Rome en 1555, suivie d'une description de l'arcade située derrière la fontaine. Celle-ci se compose de trois loggias à colonnes corinthiennes, formant un plan semi-hexagonal et supportant une voûte ornée de peintures et de stucs d'une grande finesse. C'est là que « sa Sainteté trouvait le repos sans gêner le public », lequel, de l'autre côté du mur, se désaltérait avec ses bêtes de somme à la fontaine publique. Les colonnes étaient reliées par une balustrade, et la colonnade à trois côtés abritait un grand bassin à poissons agrémenté de jets d'eau. Au-delà de cette merveille architecturale s'étendaient de longues allées bordées d'arbres fruitiers et d'espaliers, et c'est sur ces chemins que le Pape, reposé après son long voyage depuis le Vatican et impatient de voir le travail accompli par ses ouvriers durant la nuit, se rendait enfin à la villa sur la colline."

La construction de l'immense villa de Jules III, commencée en 1551, fut le fruit d'un travail d'équipe complexe, auquel participèrent Giorgio Vasari, Michel-Ange, Vignola et Bartolomeo Ammannati. La présence souterraine de l'aqueduc de la Vierge permit l'aménagement d'un magnifique nymphée (dans le bâtiment principal) et de plusieurs fontaines le long de la Via Flaminia. Ces aménagements furent cependant financés par les contribuables, qui virent ainsi le débit d'eau de l'ancienne fontaine publique de la place de Trevi, alimentée par l'aqueduc de la Vierge, diminuer.

Via Flaminia. Fontaine monumentale de la Villa Giulia (dessin de 1553).

 

Aujourd'hui, la fontaine apparaît parfaitement intégrée à la structure du Palazzo Borromeo, propriété de l'État italien et siège de l'ambassade d'Italie près le Saint-Siège.

 

https://www.turismoroma.it/fr/places/la-fontaine-de-jules-iii-de-laqua-virgo-dans-la-flaminia

 

 

 

 

Salle des sept collines de la Villa Giulia. Cliché lavieb-aile

Salle des sept collines de la Villa Giulia. Cliché lavieb-aile

LES SEPT COLLINES DE ROME

Sur ce plan des sept collines, dont trois dominent le Tibre, la Villa Giulia est tout au nord, en dehors de la carte.

Par Cassius Ahenobarbus, Wikipédia

 

L'AVENTIN

Inscription : Aventinus

On voit sur la colline l'église Santa-Maria de Aventino, prieuré de l'Ordre de Malte, et des fortifications. Le Tibre coule au pied de la colline. En bas à gauche, un homme presque nu et sortant d'une grotte tire un taureau par la queue, fait référence à Aventinus, fils d’Hercule et de la prêtresse Rhéa, ou plus précisément à l'épisode suivant:

Le géant Cacus vit dans une caverne située au sommet du mont Aventin, aux détours multiples et si bien cachée qu'elle est difficile à trouver, même pour les bêtes sauvages.

Or un jour, comme il s'en revient avec les bœufs dérobés à Géryon, Hercule met le pied sur son territoire. Fatigué, le héros ne tarde pas à s'endormir. Cacus profite de son sommeil pour détacher quatre taureaux et autant de génisses. Afin d'effacer toutes traces, il tire jusqu'à son antre les bêtes par la queue.

 

 

L'Aventin, gravure d'Étienne Dupérac, de 1569-1575 environ
Bartolomeo Pinelli, L'Aventin, gravure. 1825

 

Salle des sept collines de la Villa Giulia. Cliché lavieb-aile

Salle des sept collines de la Villa Giulia. Cliché lavieb-aile

LE CAPITOLE

Inscription Capitolinus.

Elle est présentée par deux putti, entre les peintures des dieux Zeus (avec la foudre) et Neptune (avec son trident).

Comparez avec la peinture correspondante du Palais du Vatican in Ribouillault figure 12a

La vue du Capitole est clairement séparée en deux « monts » par une dépression  avec d’un côté le Capitolium avec le temple de Jupiter Capitolin restitué pour l’occasion, et de l’autre l’Arx, la citadelle dont s’emparèrent les Sabins grâce à la trahison de Tarpeia, la fille du commandant de la garnison, figurée au premier plan. La colline était aussi désignée comme monte Tarpeo à la Renaissance, mais elle était aussi connue sous le nom de monte Caprino, d'où les chèvres qu'on voit brouter sur les pentes. Les marches de l'Escalier aux Gémonies, où les corps des suppliciés étaient exposés publiquement avant d’être jetés dans le Tibre, donne accès à l'Ars.

Le buste monumental au premier plan fait allusion à celui de Constantin II, et à sa statue colossale (haute de 13 mètres)  dont les fragments avaient été installés au Capitole en 1486. Il serait représenté sous les traits de Jupiter, dont les fondations du temple se trouvent au sommet de la colline

 

Salle des sept collines de la Villa Giulia. Cliché lavieb-aile

Salle des sept collines de la Villa Giulia. Cliché lavieb-aile

Salle des sept collines de la Villa Giulia. Cliché lavieb-aile

Salle des sept collines de la Villa Giulia. Cliché lavieb-aile

LE CELIO OU CAELIUS

Inscription "Coelius"

 Dans la vue du mont Caelius, peinte depuis le nord, le peintre a représenté au premier plan le Colisée,  et sur la colline un portique arrondi soutenu par des cariatides, ainsi que, selon Ribouillault, un ancien réservoir (castellum) et les ruines d’un aqueduc.

 

 

 

 

Salle des sept collines de la Villa Giulia. Cliché lavieb-aile

Salle des sept collines de la Villa Giulia. Cliché lavieb-aile

L'ESQUILIN

Inscription "Exquilinus".

 

On remarque les trois monts  des armes du pape, qui s'intègrent dans la forme d'une fontaine,  dans un bassin, reposant sur ce qui semble être un chapiteau corinthien ; au-dessus, l'eau jaillit d'une couronne d'olivier : les trois monts apportent l'eau et la fertilité. C'est peut-être un rappel du fait que l'Esquilein est composé de trois collines, Cispian, Oppian et Fagutal.

En arrière se voit une autre fontaine dominée par une statue d'un dieu, dans une niche. Allusion au  Nymphaeum Alexandri ou Trofeo di Mario ?? "Dans la vue de l’Esquilin, à côté de la reconstruction fantastique de la Domus Aurea de Néron, le nymphée avec les « Trophées de Marius » apparaît comme la mostra de l’ancienne Acqua Giulia et constituait une allusion supplémentaire à Jules César qui avait restauré le monument (il est identifié comme mostra de l’Acqua Giulia dans le plan de la Rome antique de Pirro Ligorio de 1561). La curieuse fontaine en forme du trimonzio papal qui lui est accolée fait très certainement référence à ces homonymies." (D. Ribouillault)

 

Cliché Sailko, détail. Wikipedia


On reconnaît, au centre, sur une terrasse,  le groupe du Laocoon, qui avait été découvert en 1506 sur l'Esquilin avant d'être acheté par Jules II.

L'Esquilin abritait  les jardins de Mécène, la tombe de Marcus Vergilius Eurysaces, la Domus aurea de Néron, ou le grand gymnase du Ludus Magnum.

 

 

 

Salle des sept collines de la Villa Giulia. Cliché lavieb-aile

Salle des sept collines de la Villa Giulia. Cliché lavieb-aile

LE VIMINAL

Inscription : Viminalis. La colline tire son nom du latin vimen "osier" en raison du saule des vanniers qui poussait sur ses pentes.

Dans la vue du Viminal, centrée sur les thermes de Dioclétien, on voit en bas à gauche un nymphée avec des statues de dieux-fleuves, qui fait écho au nymphée de la villa Giulia avec les statues du Tibre et de l’Arno. À côté, une statue en marbre de Zeus tenant la foudre et de son aigle.

 

 

 

 

Salle des sept collines de la Villa Giulia. Cliché lavieb-aile

Salle des sept collines de la Villa Giulia. Cliché lavieb-aile

LE QUIRINAL

Inscription : Quirinalis

La colline du Quirinal est également connue sous le nom de Monte Cavallo (colline aux chevaux) en raison de ses imposantes statues de chevaux . On reconnaît les statues des Dioscures et de leurs chevaux, hautes de 5,6 mètres,  des dresseurs de chevaux, autrefois appelés Castor et Pollux (les Dioscures). Elles  pourraient provenir d'un ancien temple de Sérapis situé à proximité, mais  ont cependant été découvertes dans les thermes de Constantin. Entre 1469 et 1470, le pape Paul II les fit restaurer. En 1588, le pape Sixte V les fit transférer à la Fontaine de Monte Cavallo nouvellement créée.

En arrière-plan les ruines des Thermes de Constantin, qu'on peut comparer à la vue qu'en donnait Etienne Dupérac en 1575.

Thermes de Constantin, Etienne Duperac, 1575

 


 

Salle des sept collines de la Villa Giulia. Cliché lavieb-aile

Salle des sept collines de la Villa Giulia. Cliché lavieb-aile

LE PALATIN

Inscription : Palatinus

 

Le paysage  du Palatin, montre  le Tibre qui serpenteà droite du Mont : la vue serait alors prise du Capitole, sauf si on croit reconnaitre au loin l'île Tiberine, et son temple de Jupiter.

En bas à droite, le peintre a représenté la grotte du fameux Lupercale, avec Romulus et Remus allaités par la Louve.

Sur la colline, les ruines seraient celles du palais impérial d'Auguste; et au premier plan les trois colonnes sont celles de l'Aedes Castoris ou Temple de Castor, sur le Forum Romanum

En 1550, les jardins Farnèse sont créés sur la partie nord de la colline, provoquant les excavations du terrain antique et les fouilles destinées à enrichir les collections de sculptures.

 

 

Salle des sept collines de la Villa Giulia. Cliché lavieb-aile

Salle des sept collines de la Villa Giulia. Cliché lavieb-aile

LES ARMOIRIES DES QUATRE ANGLES ET LEURS ALLÉGORIES

Les armes du pape Jules III del Monte sont présentées aux quatre coins, avec ses trois monts d'or sur fond de gueules, entourés de deux branches d'oliviers, dans un cartouche ovale en cuir découpé encadré de deux supports anthropomorphes (deux femmes de profil à la poitrine dénudée). Au sommet, un crâne de bouc, et en bas un masque de comédie, grimaçant.

On les retouve aussi dans la salle voisine parmi les grotesques de la Salle des Arts et des Sciences du piano nobile.

Moins visibles et à vocation essentiellement décorative, les armoiries papales  apparaissent également dans les fresques de la Loggia, dans les stucs des grottes, dans les quelques carreaux de majolique subsistants du sol de la Loggia de Vénus du nymphée.

 

Salle des sept collines de la Villa Giulia. Cliché lavieb-aile

Salle des sept collines de la Villa Giulia. Cliché lavieb-aile

Chacun de ces cartouches armoriés est présenté par deux femmes qui sont des allégories. 

Dans un cas, on reconnaît avec certitude la Géométrie, brandissant une équerre devant un rouleau où sont inscrites des figures géométriques, et l'Astronomie, assise sur un globe terrestre et tenant une sphère armillaire. Ces deux Arts libéraux appartiennent, avec l'Arithmétique et la Musique, au Quadrivium : nous sommes donc incités à  chercher ces deux derniers Arts.

Salle des sept collines de la Villa Giulia. Cliché lavieb-aile

Salle des sept collines de la Villa Giulia. Cliché lavieb-aile

Salle des sept collines de la Villa Giulia. Cliché lavieb-aile

Salle des sept collines de la Villa Giulia. Cliché lavieb-aile

Dans un autre angle, une femme tient un grande feuille couverte d'écriture, ce pourrait être alors la Grammaire, un autre Art Libéral appartenant au trivium, ou, mais les indices manquent, à l'Arithmétique. 

Devant elle, une allégorie tient une trompe, ou du moins une longue tige qui se termine par un bref pavillon : la Musique?

Salle des sept collines de la Villa Giulia. Cliché lavieb-aile

Salle des sept collines de la Villa Giulia. Cliché lavieb-aile

Dans le troisième angle, une femme tient, pointé vers le sol, une sorte de sceptre se terminant par un évasement pyramidal, tandis que sa voisine, qui tend ses bras en arrière, tient un objet arrondi (vase ? Miroir ?) que je n'identifie pas.

Salle des sept collines de la Villa Giulia. Cliché lavieb-aile

Salle des sept collines de la Villa Giulia. Cliché lavieb-aile

Enfin, deux autres se contentent de sourire en prenant dans leurs mains la tête féminine du support  du cartouche. 

Cliché par Sailko, Wikipédia

 

Salle des sept collines de la Villa Giulia. Cliché lavieb-aile

Salle des sept collines de la Villa Giulia. Cliché lavieb-aile

Ce thème des Arts libéraux, qui est peint aussi sur les murs du piano nobile de la Villa d'Este à la même époque, se retrouve dans une autre salla, la salle D photographiée par Sailko pour Commons wikimedia.

L'Astronomie, Sala D, cliché Sailko modifié
Géométrie, Sala D, cliché Sailko modifié
Musica, Sala D, cliché Sailko modifié
Grammatica ? Sala D, cliché Sailko modifié

 

LES EMBLÈMES  

I. LA FORTUNE

Elle figure à gauche de la peinture de l'Esquilin : elle est en équilibre instable sur une sphère et tient une grande voile gonflée par le vent. Une figure semblable illustre le Dialogo de Fortuna d'Antonio Fregoso, paru à Venise en 1521.

Cet emblème de la Fortune se retrouve ailleurs, notamment sur les panneaux à l'antique de la Loggia, associée à la Prudence tenant un miroir, témoignant de son importance pour Jules III.

 

Antonio Fregoso 1521

 

Salle des sept collines de la Villa Giulia. Cliché lavieb-aile

Salle des sept collines de la Villa Giulia. Cliché lavieb-aile

De l'autre côté de la vue de l'Esquilin, une figure allégorique représente une femme entourée d'un voile. Elle lève la main droite, qui tient l'extrémité du voile, et  regarde un objet qu'elle tient mais que je ne distingue pas. La Prudence ?

Salle des sept collines de la Villa Giulia. Cliché lavieb-aile

Salle des sept collines de la Villa Giulia. Cliché lavieb-aile

Salle des sept collines de la Villa Giulia. Cliché lavieb-aile

Salle des sept collines de la Villa Giulia. Cliché lavieb-aile

Sur le mur opposé, centré sur la vue de la villa Giulia, se retrouve la même figure, à droite.

À gauche, c'est encore Fortuna qui tient une voile ferlée à une vergue, mais elle a ici les pieds posés sur un dauphin nageant dans la mer. Une longue mèche est emportée par le vent. Cet emblème se retrouve sur des médailles italiennes vers 1495, attribuées au "médailleur de la Fortune"

 

Salle des sept collines de la Villa Giulia. Cliché lavieb-aile

Salle des sept collines de la Villa Giulia. Cliché lavieb-aile

Salle des sept collines de la Villa Giulia. Cliché lavieb-aile

Salle des sept collines de la Villa Giulia. Cliché lavieb-aile

LES DIVINITÉS.

 

ZEUS ET NEPTUNE

Salle des sept collines de la Villa Giulia. Cliché lavieb-aile

Salle des sept collines de la Villa Giulia. Cliché lavieb-aile

Salle des sept collines de la Villa Giulia. Cliché lavieb-aile

Salle des sept collines de la Villa Giulia. Cliché lavieb-aile

Salle des sept collines de la Villa Giulia. Cliché lavieb-aile

Salle des sept collines de la Villa Giulia. Cliché lavieb-aile

MERCURE ET MARS.

 

Salle des sept collines de la Villa Giulia. Cliché lavieb-aile

Salle des sept collines de la Villa Giulia. Cliché lavieb-aile

Salle des sept collines de la Villa Giulia. Cliché lavieb-aile

Salle des sept collines de la Villa Giulia. Cliché lavieb-aile

Salle des sept collines de la Villa Giulia. Cliché lavieb-aile

Salle des sept collines de la Villa Giulia. Cliché lavieb-aile

LES PUTTI 

Salle des sept collines de la Villa Giulia. Cliché lavieb-aile

Salle des sept collines de la Villa Giulia. Cliché lavieb-aile

Salle des sept collines de la Villa Giulia. Cliché lavieb-aile

Salle des sept collines de la Villa Giulia. Cliché lavieb-aile

COMPLÉMENT.

Les quatres médaillons allégoriques de ce salon des Sept Collines , dont deux représentent la Fortune, doivent être rapprochés des sculptures en stuc de Federico Brandani réalisés pour les plafonds des deux salles qui s'ouvrent sur le hall d'entrée, l'une au nord et l'autre au sud, la Salle à Manger et la Salle de bal.

Chacun de ces plafonds rectangulaires est centré par une représentation sculptée de la Fortune saisissant l'Occasion par les cheveux. En périphérie, les angles sont ornés de médaillons sculptés des 4 Vertus cardinales et des 3 vertus théologiques, séparant des peintures mythologiques.

Les photos sont celles de Commons Wikimedia, recentrées sur le motif.

A. La Salle à Manger (Salone de pranzo) ou salle nord, ou salle des Vertus cardinales.

Les peintures montrent Bacchus et des Bacchanales.

 

Salle à manger ornée de stucs de Federico Brandani d'Urbino et de fresques de Taddeo Zuccari et Prospero Fontana.Wikimediacommons cliché Sailko

1. Fortuna saisissant l'Occasion par les cheveux. 

Kairos, ou l'Occasion (la Bonne fortune) tient les deux extrémités de la voile fermée, tandis qu'une femme (Fortuna), couronnée, s'en apporche, et attrape la mèche de cheveux de Kairos.

 Kairos/Occasion (féminine ici),  c'est l'opportunité propice qu'il faut savoirssaisir rapidement, sans laisser passer le moment opportun. Ripa écrit : « Les cheveux, tous dirigés vers le front, nous enseignent qu' il faut anticiper l'opportunité, l'attendre discrètement, et non la suivre, pour la saisir lorsqu'elle nous a tourné le dos, car elle passe rapidement.» Mais ici, le sculpteur ne s'est pas attaché à montre que Kairos est chauve par derrière.

Parfois, Fortuna est assimilée à Kairos, comme sur cette enluminure :

Michele Riccio, Changement de fortune en toute prospérité, entre 1507 et 1509 – Bibliothèque nationale autrichienne ; Cod. 2625, fol. 2v, détail

Mais ici, son côté instable (en équilibre précaire sur une roue qui tourne) n'est pas retenu, au profit de sa valeur de Bonne Fortune, promesse d'Abondance et de Réussite. Nous avons vu que dans les niches de la Fontaine Publique de la Villa Giulia était présentés le Bonheur et l'Abondance.

La Fortune saisissant l'Ocasion, Villa Giulia, salle à manger avec stucs de Federico Brandani d'Urbino et fresques de Taddeo Zuccari et Prospero Wikimedia cliché Sailko

 

2. Médaillon : Allégorie de la Force, vertu cardinale.

Son attribut, la colonne, est associé au lion.

 

La Force (F. Brandani, 1553), villa Giulia, salle à manger. Commons Wikimedia cliché Sailko (détail)

 

3. Médaillon : Allégorie de la Prudence, vertu cardinale.

La Prudence se reconnaît à ses deux visages, l'un jeune qu'elle regarde dans le miroir, et l'autre âgé. Elle tient également dans l'iconographie traditionnelle, deux serpents, mais ici ils s'enroulent autour du manche du miroir, et ce manche est ailé pour lui donner l'apparence du caducée de Mercure. Francesca Montuori en indique l'origine dans l'emblème d'Alciat publié en 1550, où la Virtuti fortuna comes  est associée à l’image d’un caducée avec le pétase, la coiffe ailée de Mercure, et deux cornes d’abondance. "Comme l'indique l'épigramme qui l'accompagne, la Fortune récompense les hommes à l'esprit fort et à la parole éloquente, c'est-à-dire ceux qui possèdent les vertus changeantes que sont l'ingéniosité et l'éloquence."

L La Prudence (1553, F. Brancani), Villa Giulia, salle à manger.

 

 

4: Allégorie de la Tempérance, vertu cardinale.

Sa représentation est classique, avec le geste de verser de l'eau d'un premier récipient vers un second, pour en tempérer le contenu.

 

La Tempérance, 1553, salle à manger de la Villa Giulia, Federico Brandani. Cliché Commons Wikimedia cliché Sailko (détail)

 

5. Médaillon : Allégorie de la Justice, vertu cardinale.

Justice tenait une épée, aujourd'hui brisée.

 

La Justice, 1553, Villa Giulia, salle à manger, cliché Commons Wikimedia cliché Sailko (détail)

 

B. La Salle de la danse (Salone della danza) ou salle sud salle des Vertus théologales.

Les peintures sont consacrées à Diane et à ses nymphes dansant autour d'elle.

 

1. Fortuna saisissant la voile de l'Occasion, qu'elle maintient par les cheveux. 

Fortune domine Kairos, l'Occasion, qui a un genou à terre. Tout en tenant la mèche de cheveux, elle s'empare de la voile gonflée du vent favorable. Kairos tient encore la vergue mais a laché l'extrémité libre de la voile. C'est la victoire de la Bonne Fortune.

Selon Matteo Procaccini l'emblème de la Fortune et de la Vertu (la Prudence) avait  été adopté par Jules III dès les années précédant son pontificat, durant son mandat de vice-légat à Bologne (1534-1537). On le retrouve en effet au revers de deux de ses médailles, créées par le Bolonais Giovanni Zacchi, l'une à l'occasion de sa nomination comme vice-légat (1534), l'autre entre sa nomination comme cardinal et la fin de son mandat à Bologne (1536-1537).

Francesca Montuori donne en illustration une médaille du pape Jules III de 1550 (lors de son accession à la tiare)  par  Giovanni Antonio De’ Rossi et une autre de 1552-1553 d' Alessandro Cesati qui soulignent l'importance de cet figure de Fortune poursuivant l'Occasion pour le pape. Dans les deux cas le miroir-caducée de Prudence y est associé, comme si Jules III fondait la conduite de sa vie, qui visait la réussite, dans une attitude prudente et avisée. Il existe trois autres médailles semblables d'A. Cesati durant le pontificat.

 

La Fortune s'emparant de la voile de l'Occasion, 1553, Villa Giulia, salon de la danse avec stucs de F. Brandani, peinture de Prospero Fontana aidé de Taddeo Zuccari . Commons Wikimedia cliché Sailko

3. Médaillon : une vertu théologale, l'Espérance.

Elle lève les mains vers le ciel.

 

L'Espérance, (1553),

 

2. Médaillon : une vertu théologale, la Charité.

Représentation classique, où la femme prend soin de trois enfants.

 

La Charité (1553), Villa Giulia, salle de danse.

 

4. Médaillon : une vertu théologale, la Foi.

Une femme verse le liquide d'une coupe sur la tête d'un enfant nu agenouillé à ses pieds, tandis qu'elle tient haut le vase sacré. Ce geste d'onction rappelle le baptême.

 

Commons Wikimedia cliché G. Saverio

 

5. Médaillon : allégorie de la Religion.

Ce médaillon porte sur les clichés le titre de "La Loi mosaïque", mais on peut penser à la Religion tenant d'un côté l'Ancienne Loi et de l'autre la Nouvelle Loi.

La Religion (1553), Villa Giulia, salle de danse. Commons Wikimedia cliché Sailko (détail)

 

DISCUSSION.

Au total, les choix de décor pictural et sculptural de la Villa Giulia par Jules III et ses conseillers sont les suivants :

—L'eau, source de fécondité  : la villa est fondé sur la dérivation de l'Acqua Virgo pour ailmenter le nymphée et la Fontana Publica. Pour D. Ribouillault 2020, le programme est entièrement subordonné à l'eau.

— Les plaisirs de la nature : fleurs et fruits —jasmin, roses liées à Vénus et raisin lié à Bacchus— , tant dans l'aménagement des jardins que dans les  pergolas factices, oiseaux des volières  et des fresques. C'est ce que montre avec érudition et brio N. Nonaka.

— Les plaisirs du corps : putti érotiques ou transgressifs de la Loggia, putti encadrant les stucs de la villa, surprises architecturales et lieux dissimulés, bains. C'est l'éclairage passionnant apporté par la lecture de l'article de N. Pezzella, qui sait montrer que cet érotisme n'est pas seulement en lien avec les mœurs du pape, mais aussi à la notion d'Eros néoplatonicien, aux écrits d'Ovide de Catulle ou de Martial, ou aux décors découverts à la Domus aurea.

— revendication du titre de sa villa comme Huitième colline de Rome.

— référence à la Rome antique, tant celle de Jules César (choix du nom de Jules III) que celle des riches propriétaires de villa, et celle de Néron par le choix de grotesques inspirés de la Domus aurea, ou par la profusion de putti malicieux, mais aussi référence à la mythologie romaine et à ses divinités, parmi lesquelles Vénus et Bacchus surtout ne sont pas oubliés. 

—référence aux thèmes alors inévitables parmi les Princes de l'Église, ceux des Arts Libéraux, des Vertus cardinales et théologales, basés sur un riche corpus littéraire.

— Complexes héraldiques

— théâtralité, art de l'illusion et de l'expérience sensorielle immersive :

 "Le nymphée, le cœur architectural central du complexe était initialement destiné aux banquets d'été, où l'eau de l'acqua Virgo créait des jeux d'eau qui baignaient les invités de jets d' intensité variable, induisant ces « chocs perceptuels » que le chercheur Fausto Testa a décrits comme élément essentiel de l'expérience de la villa. Ces banquets n'étaient pas de simples réunions, mais de véritables rites de sociabilité exclusive où nourriture, vin, musique, jeux d'eau et décorations érotiques se combinent pour créer une expérience unique totalisante.

Les fresques du portique faisaient partie de cette orchestration sensorielle : les chérubins des tableaux dialoguaient avec de vrais enfants jouant d'instruments de musique, les oiseaux peints avec les plantes vivantes dans les cages, les plantes peintes avec les vraies plantes qui poussaient dans le jardin. Tout contribuait à créer une illusion de continuité entre l'art et la vie, entre la représentation et la réalité, où le le visiteur perdait la capacité de distinguer ce qui relevait de la fiction de ce qui était une expérience directe. [...]  la Villa d'Este à Tivoli, la Villa Lante à Bagnaia, la Villa Farnese à Caprarola : toutes ces résidences ont développé des programmes décoratifs complexes où jardins, fontaines, grottes artificielles et fresques s'harmonisaient pour créer des parcours symboliques à travers le où le visiteur était guidé d'un thème à l'autre, d'un état émotionnel à l'autre. " (N. Pezzella)

 

Aucun de ces thèmes ne peut être vraiment privilégié, et on ne peut omettre ni sous-estimer l'émulation rivalitaire de chaque pape vis à vis de ses prédécesseurs, de chaque cardinal et de chaque fils et "neveux" des grandes familles. Jules III imite dans les pergolas fictives celle de Léon XIII au Vatican, chacun veille à créer son propre nymphée, à afficher sa maîtrise hydraulique. Les Arts libéraux et les sept Vertus se retrouvent à la Villa d'Este d'Hippolyte II d'Este.

La rivalité s'exerce aussi dans l'art de l'illusion et de la théâtralité, du trouble naissant du mélange entre objet de la nature et objet peint ou sculpté, entre bruit de la nature et bruit né d'un artéfact.

Mais la présence insistante de Fortuna, présente sur les peintures à l'antique de la Loggia et dans les trois salles, présentées ici, de la Villa, ou sur ses médailles, semble révéler l'importance majeure qu'elle eut pour Jules III, soit sur sa forme en équilibre sur une sphère (renvoyant à une morale hédoniste de "La roue tourne profite aujourd'hui de ton sort" et au sentiment de la fragilité du bonheur), soit surtout, puisqu'elle prédomine, sous la forme de Fortune arrachant à Kairos la voile gonflée par le Vent favorable, presque toujours associée à la vertu de la Prudence : l'art du choix avisé, rapide et heureux. C'est Fortune qui est, à deux reprises, au sommet de la voûte des plafonds, au dessus des Vertus.

 

 

 

 

 

 

SOURCES ET LIENS

— GRANT (Katrina), 2022, Landscape and the Arts in Early Modern Italy, Theatre, Gardens and Visual Culture , Amsterdam University Press

https://www.academia.edu/102266006/Landscape_and_the_Arts_in_Early_Modern_Italy

—MAC VEAGH (Charles), 1915, Fountains of papal Rome

https://www.gutenberg.org/files/75707/75707-h/75707-h.htm

—MONTUORI (Francesca) simboli ed emblemi di papa giulio iii

https://www.horti-hesperidum.com/hh/wp-content/uploads/2024/10/12.HH_.20231-Villa-Giulia_compressed.pdf

—NATSUMI NONAKA, 2013, Green Architecture at the Villa Giulia: The Pergola as Leitmotiv

https://www.academia.edu/9644903/Green_Architecture_at_the_Villa_Giulia_The_Pergola_as_Leitmotiv?sm=b&rhid=39490082799

—PEZZELLA (Nicolas) 2025, La fresque érotique des putti de la villa Giulia : symbolisme et transgression dans le jardin idéal de Jules III, pages Édition Pezzella Arte

https://www.academia.edu/144700927/LAFFRESCO_EROTICO_DEI_PUTTI_A_VILLA_GIULIA_SIMBOLOGIA_E_TRASGRESSIONE_NEL_GIARDINO_IDEALE_DI_GIULIO_III

 

— PROCACCINI (Matteo), 2019, Federico Brandani «eccellentissimo plasticatore»: tra l’Urbe, la Marca e il ducato di Savoia

https://www.horti-hesperidum.com/hh/wp-content/uploads/2020/02/15.Procaccini.HH-2019-1Stucchi.pdf

https://iris.unito.it/retrieve/handle/2318/1848884/961607/HH-2019-1(Stucchi)%20ULTIMO_compressed.pdf

—RIBOUILLAULT (Denis),  2011, Jeux de mots et d’images : les frises peintes de l’appartement de Jules III au Vatican (vers 1550 – 1553), in  Frises peintes. Les décors des villas et palais au Cinquecento, colloque.

https://www.academia.edu/30836854/Jeux_de_mots_et_dimages_les_frises_peintes_de_lappartement_de_Jules_III_au_Vatican_vers_1550_1553_

—RIBOUILLAULT (Denis), 2012, La villa Giulia et l’âge d’or augustéen, in Le miroir et l'espace du prince dans l'art italien de la Renaissance Morel, Philippe, éditeur Presses universitaires François-Rabelais, Presses universitaires de Rennes, 2012,

https://books.openedition.org/pufr/7877

—RIBOUILLAULT (Denis), 2013, "Rome en ses jardins. Paysage et pouvoir au XVIe siècle", Paris, INHA-CTHS, 2013 

https://www.academia.edu/31770107/Rome_en_ses_jardins_Paysage_et_pouvoir_au_XVIe_si%C3%A8cle_Paris_INHA_CTHS_2013_PRE_PROOF_VERSION_

—RIBOUILLAULT (Denis),  2020, La fortune poétique du nymphée de la Villa Giulia, in Jardins en images. Stratégies de représentation au fil des siècles, ed. Michael Jakob & Jacques Berchtold, Geneva, MētisPresses, 2020, p. 98-157.

https://www.academia.edu/44840345/La_fortune_po%C3%A9tique_du_nymph%C3%A9e_de_la_Villa_Giulia

— Autres liens

https://www.innamoratidiroma.it/2021/04/11/le-fontane-di-via-flaminia/

—WIKIMEDIA

https://commons.wikimedia.org/wiki/Category:Villa_Giulia_(Rome)_-_Frescos_by_Taddeo_Zuccari_and_Prospero_Fontana

https://commons.wikimedia.org/w/index.php?search=villa+giulia+piano+nobile+sala+A&title=Special%3AMediaSearch&type=image

— VIDEO : VILLA GIULIA Taddeo Zuccari & Prospero Fontana Ceiling frescoes and stucco work by Federico Brandani 2024

https://www.youtube.com/watch?v=EpCYGgNvfuY

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24 avril 2026 5 24 /04 /avril /2026 13:53

La loggia (1551-1555, Pietro Venale, peintre) de la villa Giulia à Rome : une pergola illusionniste,  féérique.. et érotique, suite. II, le bras sud.

Voir :

Sur les pergolas illusionnistes, voir dans ce blog :

 

PRÉSENTATION

voir le premier article.

 

 

 

S1 : pergola fictive à roses, à droite en entrant dans la villa.

Comme N1 à laquelle elle répond par symétrie, cette pergola peinte présente un treillage recouverte de roses rouges et blanches, aéré par trois ouverture, l'une octogonale au centre et deux losangiques sur les côtés.
 

 

 

Loggia de la Villa Giulia à Rome. Cliché lavieb-aile.

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Loggia de la Villa Giulia à Rome. Cliché lavieb-aile.

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Au centre, un octogone montre deux putti ailés penchés au dessus de l'ouverture, sur fond de ciel nuageux où volent des oiseaux.

Loggia de la Villa Giulia à Rome. Cliché lavieb-aile.

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Sur le côté extérieur, un putto à califourchon sur le cadre cueille des roses rouges.

 

Loggia de la Villa Giulia à Rome. Cliché lavieb-aile.

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Vers l'intérieur, deux putti composent des bouquets de roses.

Loggia de la Villa Giulia à Rome. Cliché lavieb-aile.

Loggia de la Villa Giulia à Rome. Cliché lavieb-aile.

La peinture du mur intérieur sur fond ocre jaune : Mars.

Sous un portique traité selon l'art pompéien avec suspension d'objets à des rubans, le dieu Mars, en armure, est figuré sur un podium à 4 éros sous des guirlandes. Ainsi, les dieux romains sont représentés sur la Loggia : Diane et Vénus, Zeus, Saturne, Neptune, Mercure. ils sont associés à des figures allégoriques, dont Fortuna, que nous retrouvons sur les fresques de la Salle des Sept Collines de la Villa Giulia (Musée d'Art Etrusque)

Dans les côtés, des cartouches verticaux sur fond vert sont ornés de figure, dont celle-ci accessible sur Wikipédia :

Cliché par G. Saverio, Wikipedia

 

Loggia de la Villa Giulia à Rome. Cliché lavieb-aile.

Loggia de la Villa Giulia à Rome. Cliché lavieb-aile.

S2 : grande pergola fictive à vigne étendue sur cinq "anneaux" de la voûte.

On retrouve comme en N2 les quatre ouvertures de chaque bord longitudinal, succesivement octogonale, circulaire, circulaire et octogonale, les cinq ouvertures du sommet, successivement circulaire, losangique, ovale, losangaire et circulaire, et les deux ouvertures supplémentaires en losange.

Les personnages sont souvent des petits faunes, identifiables soit à leur queue soit à leurs pattes de boucs, ce qui est compréhensible puisque la vigne renvoie à Bacchus et à son cortège.

 

 

 

 

Loggia de la Villa Giulia à Rome. Cliché lavieb-aile.

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Deux faunes et une perdrix.

https://commons.wikimedia.org/wiki/Category:Villa_Giulia_(Rome)_-_Frescos_by_Pietro_Venale?uselang=fr#/media/File:Villa_giulia,_portici_con_affreschi_di_pietro_venale_e_altri_17.jpg

Loggia de la Villa Giulia à Rome. Cliché lavieb-aile.

Loggia de la Villa Giulia à Rome. Cliché lavieb-aile.

Deux faunes s'échangeant une grappe dans une coupe, à laquelle l'un des faunes boit ; une perdrix.

https://commons.wikimedia.org/wiki/Category:Villa_Giulia_(Rome)_-_Frescos_by_Pietro_Venale?uselang=fr#/media/File:Villa_giulia,_portici_con_affreschi_di_pietro_venale_e_altri_18.jpg

 

Loggia de la Villa Giulia à Rome. Cliché lavieb-aile.

Loggia de la Villa Giulia à Rome. Cliché lavieb-aile.

Faune tirant sur une liane et tenant une grappe de raisins blancs.

https://commons.wikimedia.org/wiki/Category:Villa_Giulia_(Rome)_-_Frescos_by_Pietro_Venale?uselang=fr#/media/File:Villa_giulia,_portici_con_affreschi_di_pietro_venale_e_altri_19.jpg

Loggia de la Villa Giulia à Rome. Cliché lavieb-aile.

Loggia de la Villa Giulia à Rome. Cliché lavieb-aile.

Deux putti cueillant du raisin ; un oiseau ; un rat grimpe sur le cadre.

https://commons.wikimedia.org/wiki/Category:Villa_Giulia_(Rome)_-_Frescos_by_Pietro_Venale?uselang=fr#/media/File:Villa_giulia,_portici_con_affreschi_di_pietro_venale_e_altri_16.jpg

 

Loggia de la Villa Giulia à Rome. Cliché lavieb-aile.

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Putto ailé, accroupi sur le cadre et cueillant une grappe.

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Un oiseau.

Loggia de la Villa Giulia à Rome. Cliché lavieb-aile.

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 Trois putti, dont un est ailé, semblent suspendus au cadre ovale.

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Deux rapaces.

Loggia de la Villa Giulia à Rome. Cliché lavieb-aile.

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Deux faunes s'échangeant une grappe de raisins noirs.

https://commons.wikimedia.org/wiki/Category:Villa_Giulia_(Rome)_-_Frescos_by_Pietro_Venale?uselang=fr#/media/File:Villa_giulia,_portici_con_affreschi_di_pietro_venale_e_altri_12.jpg

 

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Un putto se penchant hors du cadre pour observer l'intérieur de la pergola ; quatre oiseaux.

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Les peintures du mur intérieur du portique.

Quatrième style pompéien

Panneau rouge. Mercure ; portique avec suspensions de lampes et de grotesques.

Le dieu Mercure porte le casque ailé (pétase) et les sandales ailées (talaria), il tient le caducée et est enveloppé d'un voile.

 

 

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Sous un dais, Fortune en équilibre sur un pied sur un globe. Femmes hybrides à ailes de papillons. Fond ocre jaune.

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Au dessus de la porte, une bacchanale (complétant le Cortège de Bacchus de la porte nord).

Bacchus, ivre, tenant du raisin, est porté par un grand bouc et entouré de faunes qui dansent.

Cliché par Mongolo 1984, Commons wikimedia

 

Loggia de la Villa Giulia à Rome. Cliché lavieb-aile.

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Sous un dais,  femme (allégorie) tenant un disque ou miroir. Fond ocre jaune.

Une allégorie de Prudenza, la Prudence , comme à la Villa d'Este, et dans la Salle des Sept collines de la Villa Giulia ?

 

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Sur fond rouge, Apollon jouant de la lyre, portant un carquois et drapé dans un voile.

Par Dbnero — Travail personnel, Wikipédia

 

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S3 :  pergola fictive à roses.

Ouverture octogonale au centre, en losange sur les côtés.

 

 

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Deux putti cueillant des roses. Un huppe fasciée au dessus d'eux. 

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Deux putti dont l'un se penche vers l'intérieur. Quatre oiseaux blancs fuyant un rapace.

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Deux putti. L'un grimpe au cadre, l'autre se penche pour attraper un oiseau.

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Peinture du mur extérieur : une pergola au dessus d'un motif effacé (putto?).

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S4 :  pergola fictive à jasmin.

Nous retrouvons la composition du segment central O, avec un carré central et quatre demi-lunes.

 

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Au centre, des nuages.

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Dans une demi-lune, deux putti se tenant la main, l'un jouant de la flûte ; un oiseau.

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Dans une demi-lune, deux putti ailés s'embrassant; deux oiseaux et un insecte.

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Dans une demi-lune, deux putti jouant ; deux oiseaux et un papillon.

Loggia de la Villa Giulia à Rome. Cliché lavieb-aile.

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Dans une demi-lune, deux putti, l'un pissant sur la main de l'autre ; une huppe fasciée et un autre oiseau .

Cliché par Sailko (détail), Commonswikipedia

 

Loggia de la Villa Giulia à Rome. Cliché lavieb-aile.

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SOURCES ET LIENS

—MONTUORI (Francesca) simboli ed emblemi di papa giulio iii

https://www.horti-hesperidum.com/hh/wp-content/uploads/2024/10/12.HH_.20231-Villa-Giulia_compressed.pdf

 

—NATSUMI NONAKA, 2012, The illusionistic pergola in Italian Renaissance architecture : painting and garden culture in early modern Rome, 1500-1620

https://www.academia.edu/109759988/The_illusionistic_pergola_in_Italian_Renaissance_architecture_painting_and_garden_culture_in_early_modern_Rome_1500_1620

—NATSUMI NONAKA, 2013, Green Architecture at the Villa Giulia: The Pergola as Leitmotiv

https://www.academia.edu/9644903/Green_Architecture_at_the_Villa_Giulia_The_Pergola_as_Leitmotiv?sm=b&rhid=39490082799

"La lettre de Bartolomeo Ammanati à Marco Mantova Benavides (2 mai 1555) constitue une précieuse description d'une villa, rédigée par un architecte et sculpteur à l'intention d'un mécène intellectuel, antiquaire et collectionneur. Ammanati, artiste cultivé, y décrit en italien la Villa Giulia, à laquelle il a participé à Rome, à Benavides, juriste à Padoue. L'accent est mis davantage sur la sculpture et les matériaux de pierre que sur les détails architecturaux et les décorations picturales, mais une attention tout aussi particulière est portée aux plantations, au mobilier végétal, aux aménagements agricoles et aux vues. La lettre est surtout remarquable pour sa mention de la pergola monumentale reliant l'embarcadère du Tibre à la fontaine publique. Cette structure de charpente recouverte de végétation, mentionnée dans les comptes pontificaux et figurant sur les cartes de l'époque, servait non seulement de passage couvert, mais aussi d'accès cérémoniel et de prélude à la découverte de la villa. Construite en matériaux légers, diaphanes et translucides, elle offrait une perspective sur le bâtiment de la villa, anticipant la pergola peinte du portique semi-circulaire. Le motif de la pergola se prolongeait sur la toiture de la loggia flanquée de volières, à l'est du nymphée, comme le montre une gravure d'Hieronymus Cock, faisant écho aux deux pergolas précédentes. Maximisant la sensation de nature, la pergola, tel un leitmotiv, jouait un rôle essentiel dans l'expérience sensorielle de la villa. L'association de pergolas réelles et fictives, également observée à la Villa d'Este à Tivoli et à la Villa Médicis à Rome, était probablement un concept courant chez les architectes. La lettre d'Ammanati aurait servi de vecteur de diffusion des idées architecturales de Rome vers d'autres centres culturels, par le biais des réseaux sociaux. Elle révèle les relations entre commanditaires et architectes au XVIe siècle, qui partageaient la même culture intellectuelle et contribuaient à façonner l'art architectural."

— PERRIN ( Y.) 1982, Êtres mythiques, êtres fantastiques et grotesques de la domus aurea de Néron. In: Dialogues d'histoire ancienne, vol.8, 1982. pp. 303-338;

https://www.persee.fr/doc/dha_0755-7256_1982_num_8_1_1591

—PEZZELLA (Nicolas) 2025, La fresque érotique des putti de la villa Giulia : symbolisme et transgression dans le jardin idéal de Jules III, pages Édition Pezzella Arte

https://www.academia.edu/144700927/LAFFRESCO_EROTICO_DEI_PUTTI_A_VILLA_GIULIA_SIMBOLOGIA_E_TRASGRESSIONE_NEL_GIARDINO_IDEALE_DI_GIULIO_III

 

—RIBOUILLAULT (Denis), 2012, La villa Giulia et l’âge d’or augustéen, in Le miroir et l'espace du prince dans l'art italien de la Renaissance Morel, Philippe, éditeur Presses universitaires François-Rabelais, Presses universitaires de Rennes, 2012,

https://books.openedition.org/pufr/7877

—RIBOUILLAULT (Denis),  2011, Jeux de mots et d’images : les frises peintes de l’appartement de Jules III au Vatican (vers 1550 – 1553), in  Frises peintes. Les décors des villas et palais au Cinquecento, colloque.

https://www.academia.edu/30836854/Jeux_de_mots_et_dimages_les_frises_peintes_de_lappartement_de_Jules_III_au_Vatican_vers_1550_1553_

— PHOTOGRAPHIES :

https://commons.wikimedia.org/wiki/Category:Villa_Giulia_(Rome)_-_Frescos_by_Pietro_Venale?uselang=fr

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Published by jean-yves cordier - dans XVIe siècle. Rome Trompe-l'œil pergolas illusionnistes
23 avril 2026 4 23 /04 /avril /2026 10:49

La loggia (1551-1555, Pietro Venale, peintre) de la villa Giulia à Rome : une pergola illusionniste, féérique ... et érotique. I, le bras nord.
 

Sur les pergolas illusionnistes, voir dans ce blog :

Sur la Villa Giulia :

 

PRÉSENTATION

Les pergolas (du latin pergo, ere, "avancer" et  pergula "construction légère devant la maison", puis "treille") peuvent être définies, par emprunt à l'italien signifiant "treille", comme des construction légère placée dans un parc, un jardin ou sur une terrasse dont la toiture est faite de poutres espacées reposant sur des piliers ou des colonnes et qui sert de support à des plantes grimpantes (CNRTL)

Voir l'article pergula du Dictionnaire des Antiquités Grecques et Romaines  DAGR de Daremberg et Sablio

Elles sont attestées dans l'antiquité romaine soit par des textes (Pline), soit par des vestiges archéologiques, par exemple dans 19 des jardins de Pompéi et Herculanum (Maison de l'Éphèbe, Maison du Centenaire, Villa de Diomède ,Casa dei Cervi, etc., sous forme de piliers de maçonnerie ou de poteaux en bois. Ce sont soit des pergola couvrant le triclinium, soit des passages arborés, soit des tonnelles décoratives ombrageant, par exemple, une piscine. On y faisait grimper principalement la vigne (notamment une vitis pergulana), mais aussi des courges.

Villa de Fannius, Boscoreale, in Society for Promotion of Roman Studies

Elles sont figurées aussi sur les fresques des villas (Pompei, Herculanum, , villa de P. Fannius Synistor à Boscoreale), et sont alors déjà des représentations illusionnistes de faux jardins.

Villa de Fannius Synistor, Boscoreale, compte FB Merike Joosep

Ces pergolas ou tonnelles ou treilles ne disparaissent pas à l'époque médiévale, comme l'attestent les manuscrits et leurs enluminures, tout comme l'art de nouer l'osier et autres arbustes en treillis ou plessis. Au XVe siècle, les peintures de Mantegna (1431-1506), Correggio (1489-1534) et Parmigianino(1503-1540) dans le  nord de l'Italie témoigne de l'existence de structures éphémères qui étaient mises en place à des fins processionnelles ou théâtrales, et qui n'ont survécu que dans ces peintures et ces décorations en trompe-l'oeil.

Les pergolas deviendront un élément structurant et de décor essentiel de l'art des jardins, et, en France,  Jacques Androuet Du Cerceau, dans  Les plus excellents Bastiments de France (vol. I de 1576, vol. II de 1579) les décrit dans ses planches gravées  des châteaux de  Blois (1499-1515), Gaillon (1502-1510), ou Montargis (1560).

Mais c'est à Rome et ses environs proches qu'apparaissent les pergolas illusionnistes (Natsumi Nonaka), terme désignant "le décor pictural d'une pergola ( un treillis recouvert de plantes grimpantes et peuplé d'oiseaux et de petits animaux ) dans l'espace architectural des loggias, portiques et pavillons de jardin dans les villas et palais de l'Italie moderne". Ces pergolas fictives peintes généralement en fresque ont survécu en grand nombre, d'abord dans les années 1510, puis de 1550 à 1580, puis de 1600 à 1620. ( D'autres exemples existent en Toscane, Émilie-Romagne, Vénétie et Lombardie, mais limités au mécénat d'une seule famille, ou de façon sporadique).

Elles sont indissociables de l'engouement des architectes et des "princes de l'Église" pour les loggias, ces galeries à arcades ouvertes sur le jardin : un espace couvert mais ouvert, ombragé mais aéré, lieu de jouissance et d'élection, car réservés aux privilégiés qui y avait accès. Les plus notables sont les Loges des trois étages du palais du Vatican, créées par Bramante pour Jules II et décorées par Raphaël. Leurs arcades exposent aux visiteurs un point de vue recherché (et savamment construit) témoignant de la domination et du statut élevé du propriétaire

Natsumi Nonaka décrit les trois périodes de leur diffusion à Rome :

-La première période correspond au désir des mécènes et des peintres d'imiter le grandeur de l'antiquité classique, que des fouilles mettaient à jour pour enrichir les collections des papes, cardinaux de l'entourage papal et seigneurs. Raphaël et son atelier dominaient alors la production artistique. Les premières Loggias à pergolas illusionnistes de Rome sont peintes par Giovanni da Udine. Ce sont  la Loggia de Cupidon et Psyché à La Farnesina (1517); la Loggetta du cardinal Bibbiena (1517-1519) au Vatican; et surtout la première loggia de Léon X (1519). Giovanni da Udine était un peintre spécialisé dans la représentation de la nature et des grotesques, et également un stucateur de talent ; il peut être considéré comme le premier peintre de la Renaissance romaine maîtrisant la représentation de la nature et des motifs décoratifs.

-ces fictions picturales réapparaissent de 1550 à 1580, cette fois dans les villas des environs et dans les villages des collines autour de Rome pour les puissantes familles aristocratiques - les Médicis, les Este et les Farnèse - ainsi que les cardinaux et les aristocrates dans le cadre de ces familles, qui avaient acquis une base sociale à Rome à partir de la première moitié du XVIe siècle. Ce sont la Villa Giulia (1551-1555) pour le pape Jules III, la Villa d'Este à Tivoli (1550-1570)  pour le cardinal Hippolyte II d'Este et et la Villa Farnèse à Caprarola 1557-1580) pour Alexandre Farnèse, petitf-fils du pape Paul III. Chacune comporte à la fois de vraies pergolas dans les jardins et des pergolas peintes dans leurs loggias.

-enfin on les retrouvent vers 1620, commandées par les familles nouvellement émergées comme les Borghese et les Aldobrandini.

 

La villa Giulia.

Elle a été commandée par le pape Jules III (1550-1555), et fut  construite entre 1551 et 1553 sur le Mont Valentino, au sortir de Rome sur la via Flaminia. Organisée, après de lourds travaux de terrassement et d'adduction d'eau, selon l'axe de la vallée descendant vers le Tibre après diverses expropriations, elle comporte une grande cour à hémicycle, des loggias, et une nymphée. 

 Giovanni Maria Ciocchi del Monte, devenu pape Jules III en 1550, conçut la Villa Giulia comme un refuge estival et un théâtre de délices sensoriels, un lieu où l'on peut échapper à la rigidité des cérémonies de la cour papale. La villa était accessible par bateau depuis le Vatican et disposait d'un embarcadère privé conférant un  caractère isolé et intime à la résidence.

Le projet architectural a impliqué les plus grands artistes de l'époque : Michel-Ange a corrigé le dessin original, tracé par le pontife lui-même, tandis que Jacopo Barozzi da Vignola et Bartolomeo Ammannati a agrandi le complexe, avec cette sagesse scénographique qui allait faire de la villa un modèle de résidences suburbaines de la fin de la Renaissance. Pour la décoration picturale, Jules III confia la tâche principalement à Prospero Fontana, un peintre bolonais de culture humaniste raffinée, probablement avec l'aide de Pietro Venale d'Imola, pour les grotesques et la Loggia, et par le jeune Taddeo Zuccari, pour certaines sections internes.

 

 

Les loggias du portique semi-circulaire.

 

cliché lavieb-aile.

Le long du portique semi-circulaire de la Villa se présente l'un des cycles décoratifs les plus extraordinaires et les plus ambigus de la Renaissance italienne. Peint entre l'automne 1552 et le printemps 1553, cet ensemble de fresques représente un moment singulier dans l'histoire de l'art du XVIe siècle, où la célébration de l'abondance naturelle et l'intérêt pour la nature, propre à Giovanni da Udine s'entremêle à un érotisme explicite, qui remet en question les conventions de l'époque et anticipe les tensions qui allait bientôt marquer l'avènement de la Contre-Réforme.

Le portique semi-circulaire de la Villa Giulia forme une voûte annulaire articulé par des bandes  blanches à intervalles réguliers, qui la divisent  en neuf sections : une travée centrale à voûte d'arêtes à l'entrée du portique depuis le vestibule (notée ici "O"), et quatre sections symétriques s'étendant de part et d'autre des bras (S1 à S4 au sud, N1 à N4 au nord). Les neuf pergolas fictives se caractérisent selon les espèces des plantes représentées : le  jasmin ; les  roses ; et la vigne.  La Première Loggia de Léon X présente également ces trois espèces, auxquelles s’ajoute une espèce d’agrume, le melangoli ou orange amère, ici absente. Ces trois plantes sont  palissées sur les pergolas. Les sections S2 et N2, couvertes de vigne aux grappes de raisin noir, sont plus étendues et s'ouvrent sur le jardin par des colonnades et non par des arcades. Les sections couvertes de roses sont étroites, comme des espaces intermédiaires. Les murs intérieurs, opposés aux arcades et colonnades, sont peints à fresque de panneaux 

 

 

Cliché lavieb-aile.



Le peintre

Pietro Venale travailla au Vatican de 1541 à 1568 et fut membre de l'Accademia di San Luca de 1576 à 1583. Comme Giovanni da Udine, créateur de la pergola illusionniste de la Première Loggia de Léon X, il excelle dans la représentation des plantes et notamment des oiseaux.

 

Restauration.

 Les fresques du portique, exposées à l'humidité et à la dégradation, se sont détériorées. progressivement au XIXe siècle jusqu'à devenir presque illisibles. Le tournant survint en 1870, lorsque la villa devint la propriété du Royaume d'Italie avec la prise de Rome. Felice Barnabei, inspecteur des fouilles, proposa de l'utiliser comme site de stockage des matériaux des sites archéologiques qui étaient découverts dans la région située entre les monts Cimini et le Tibre, en particulier dans la région de l'ancienne Falerii Veteres (aujourd'hui Civita Castellana).

 En 1889, la villa fut officiellement transformé en une section du Musée national romain consacrée aux antiquités extra-urbaines de Province de Rome, d'Ombrie et de Sabine. Deux ailes extérieures ont été ajoutées dans les années 1930. Pour abriter les collections et les services, et dans la cour de droite, une reproduction d'un temple fut construite. Étrusque, qui accueille encore aujourd'hui des visiteurs. Mais les fresques du portique sont restées dans un état déplorable pendant presque tout le XXe siècle. Le mauvais état de conservation a empêché une lecture claire de l'ensemble pictural jusqu'aux années 1900. Dans les années soixante-dix, les premières études systématiques furent enfin entreprises.

La restauration décisive eut lieu dans les années 1990, une équipe de restaurateurs a fait ressurgir les couleurs d'origine et les scènes étaient à nouveau lisibles.

 

 

 

La travée centrale O de l'entrée, palissée de jasmin.

La voûte d'arêtes centrale reprend le motif d'une pergola à treillage recouverte de jasmin. Le bâti associe des lattes de bois dessinant une ouverture carrée au centre et quatre demi-lunes sur les côtés, avec des baguettes en croisillons. Plusieurs oiseaux sont peints dans la pergola fleurie elle-même.


 

Loggia de la villa Giulia, Rome. Cliché lavieb-aile.

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Sur l'arcade donnant vers l'entrée, Mars et Vénus écarte un rideau théâtral.

 

Vue générale de la pergola.

 

"La pergola centrale présente une forme ressemblant au type diagonal des peintures de catacombes, que l’on retrouve également dans la forme en treillis de certaines voûtes de la Première Loggia de Léon X. À partir d’une ouverture carrée au centre, des nervures diagonales peintes, épousant la trame de la voûte, s’étendent vers l’extérieur, divisant l’espace pictural en quatre compartiments triangulaires. Chaque compartiment possède une fenêtre en forme de lunette délimitée par des nervures de menuiserie peintes laissant entrevoir le ciel. Des paires de putti, Éros et Antéros, sont assises sur les bords des fenêtres en forme de lunette, comme s'il s'agissait d'appuis de fenêtre.
Des nuages ​​vermillon parsèment le ciel bleu pâle, évoquant l'aube ou le crépuscule. L'oculus représente un ciel d'or flamboyant avec huit putti sur son pourtour, dont deux semblent jouer à cache-cache. Les espaces restants sont entièrement recouverts d'un treillis en losanges composé de fines tiges liées par des fils de bois." (Natsuki Nonaka 2012)

Loggia de la villa Giulia, Rome. Cliché lavieb-aile.

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Au centre.

L'ouverture carrée centrale forme un balcon depuis lequel huit angelots jouent ou nous observent. Elle évoque le faux oculus de la chambre des Époux du palais de Mantoue, peint par Mantegna vers 1465.

Au dessus d'elle, une voûte à l'enduit ocre jaune est centrée par un oculus ou puits de lumière où apparaît Apollon dirigeant le quadrige du char du soleil.

On ne le distingue qu'en clignant des yeux, et j'ai dû contraster fortement mon cliché.

Loggia de la villa Giulia, Rome. Cliché lavieb-aile.

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Demi-lune : deux putti à cheval sur la rambarde, nous observant. Dans le ciel, quatre colombes.

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Demi-lune : deux putti à cheval sur la rambarde, jouant à se battre. Dans le ciel, deux hirondelles.

Loggia de la villa Giulia, Rome. Cliché lavieb-aile.

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Demi-lune : deux putti à cheval sur la rambarde parmi le jasmin. Dans le ciel, deux oies blanches (ou cygnes).

Loggia de la villa Giulia, Rome. Cliché lavieb-aile.

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Demi-lune : deux putti à cheval sur la rambarde. Dans le ciel, quatre oiseaux blancs.

Loggia de la villa Giulia, Rome. Cliché lavieb-aile.

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Les peintures à l'antique sur fond rouge de l'entrée.

On y voit des fruits (raisins) suspendus par des rubans et des fins portiques, dans le quatrième style pompéien de la Domus auréa de Néron à Rome.

Loggia de la villa Giulia, Rome. Cliché lavieb-aile.

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N1,  pergola illusionniste, à roses, située à gauche de l'entrée.

"Les pergolas à roses présentent le motif d’une pergola à treillage recouverte de roses rouges et blanches. Le treillage est peint comme une grille de grands carrés formés par des nervures de charpente, remplies d’un treillis losangé de fines tiges liées par du fil de fer.
Trois ouvertures sont représentées dans le treillis : une octogonale au centre et une carrée pivotée de quarante-cinq degrés près des hanches de la voûte. Une paire de putti occupe chaque ouverture octogonale. " (Natsumi Nonaka 2012)
 

Séparé de la pergola centrale et de la pergola N2 par des frises à la grecque parcourue d'un rinceau et d'une bande blanche parcourue d'épis de maïs, N1 présente dans l'octogone central deux éros ailés occupés à cueillir des branches de rosier, accompagnés par une caille et un oiseau aux ailes brunes.

Loggia de la villa Giulia, Rome. Cliché lavieb-aile.

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Le losange ouest montre un putto cueillant des roses, et deux oiseaux. Dans le treillage, un autre oiseau blanc, perruche ou perroquet.

Loggia de la villa Giulia, Rome. Cliché lavieb-aile.

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Tenant le cadre du losange est , un putto tient un bouquet, à côté d'un gallinacé ; deux cailles occupent le treillis.

 

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Les roses sont au moins de trois types, rouge à cœur clair, blanche à cœur jaune et roses.

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Sur le mur ouest, un panneau jaune à l'antique : une superbe composition grotesque autour du dieu Neptune.

Sur l'autel orné de putti et de guirlandes, Neptune brandit son trident et dirige son char en coquille tiré par deux chevaux ; deux poissons sont suspendus par des rubans.

 

 

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N2,  longue pergola illusionniste, à vigne, éclairée par une suite de quatre colonnes.

À la suite des roses se trouve une longue section dont les pergolas fictives sont couvertes de vigne. Elle correspond à cinq "anneaux" de voûte des autres sections 1 et 3.

"Elle présente le motif d’une pergola de vigne chargée de raisins noirs et blancs. Certaines feuilles de vigne ont jauni, annonçant les vendanges d'automne. Le treillage est peint comme une grille de grands carrés formés de nervures de charpente remplies d'un treillis diagonal fait de fines tiges liées par du saule. Le long de chaque bord longitudinal de la section, on trouve quatre ouvertures : octogonale, circulaire, circulaire et octogonale, chacune révélant un ciel bleu. Au sommet de la voûte annulaire se trouvent cinq ouvertures : circulaire, losange, elliptique, losange et circulaire. L'ouverture elliptique est en outre flanquée de deux autres ouvertures losanges." (Natsumi Nonaka)


 

 

 

 

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On compte donc quinze ouvertures, qu'il est difficile de détailler ici.

Pour les quatre ouvertures les plus basses, du côté ouest (celui qui ne donne pas vers l'extérieur), on trouve successivement :

—octogonale : trois putti. Deux se battent, accrochés aux lattes, tandis que le troisième pisse devant lui... donc sur les spectateurs. À droite, un héron.

—circulaire : deux putti se battant. À gauche, un paon faisant la roue

—circulaire : deux faunes cueillant les grappes, l'un est monté sur les épaules de l'autre. A droite, un "héron" blanc, à gauche un rapace blanc tenant dans ses serres un poisson.

—octogonale : deux faunes aux oreilles pointues et aux pattes de bouc. Le premier tient par une ficelle un oiseau blanc (échassier) au bec long et courbé? le second soufflant dans une conque et tenant une grappe de raisins noirs.

Loggia de la villa Giulia, Rome. Cliché lavieb-aile.

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Du côté opposé, dans un octogone, deux putti tentent de se protéger de l'attaque d'une volée d'oiseaux harcelant un hibou. On trouve cette scène fameuse dans d'autre pergolas, dont celle de la Farnesina. 

Iconographie de ce motif : 

 

Loggia de la villa Giulia, Rome. Cliché lavieb-aile.

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Les cinq peintures du mur ouest.

Ce sont encore des peintures imitant le décor des villas antiques romaines.

Depuis l'entrée :

-Panneau rouge : Vénus

-Panneau jaune : Zeus

-Au dessus de la porte : Bacchus et son cortège.

-Panneau jaune : Saturne tenant la faux.

-Panneau rouge : Diane tenant une lance et portant un diadème au croissant de lune

1. Panneau rouge : Vénus, à peine voilée, les pieds posés sur un demi globe, sous un portique dans un décor de grotesque

Loggia de la villa Giulia, Rome. Cliché lavieb-aile.

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2. Zeus chevauchant l'aigle, sous un dais à 9 rayons en éventail, dans un décor de grotesque à femmes nues ailées.

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3. Au dessus de la porte, le Cortège de Bacchus.

Le rapport est évident avec les faunes des ouvertures de la pergola, juste au dessus.

 

Loggia de la villa Giulia, Rome. Cliché lavieb-aile.

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 4. Panneau jaune : Saturne tenant la faux, sous un dais.

On retrouve comme dans le panneau de Zeus le style grotesque de la Domus aurea, avec les candélabres, et les femmes ailées suspendues par des rubans.

Loggia de la villa Giulia, Rome. Cliché lavieb-aile.

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5. Sur fond rouge, Diane tenant une lance et portant un diadème au croissant de lune

 

Loggia de la villa Giulia, Rome. Cliché lavieb-aile.

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N3, pergola illusionniste à roses.

Comme en N1, trois ouvertures sont représentées dans le treillis : une octogonale au centre et deux en losange.

 

 

 

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Au centre, un putto lève les bras, comme pour chasser les oiseaux qui harcèle la chouette posée sur le cadre.

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Loggia de la villa Giulia, Rome. Cliché lavieb-aile.

Dans le losange,  deux putti jouent, parmi les oiseaux ; l'un tend une rose vers la bouche de l'autre, et se saisit de son sexe. Il semble le montrer à un oiseau au long bec courbé. Un aigle est visible dans le treillis.

Nicolas Pezzella 2025 décrit ainsi la scène :

"Deux chérubins nus sont représentée dans une interaction indubitablement sexuelle.  Le putto passif est allongé sur le dos sur une branche courbée, le corps arqué dans une pose qui évoque à la fois abandon et extase. Ses cheveux blonds bouclés encadrent un visage dont l'expression oscille. Entre béatitude et surprise, les lèvres entrouvertes et les yeux à peine clos. Ses jambes sont à demi ouverts, les organes génitaux exposés avec ce naturel que la Renaissance revendiquait comme célébration de la forme humaine idéale. Une main est tendue vers le bas, peut-être pour se soutenir. L'une en équilibre sur la branche, l'autre semble abandonnée sur le côté. L'absence totale de la réciprocité est l'élément qui définit la scène : l'enfant du bas reçoit l'acte sans le rendre. En tout cas, complètement abandonnée à la sensation, dans une posture qui suggère à la fois vulnérabilité, abandon et plaisir passif.

Le putto actif se penche en avant, s'agrippant à une branche supérieure de sa main gauche. Le corps est légèrement plus robuste, les jambes musclées rappellent celles des satyres, qui peuplent d'autres sections du cycle, avec ces poils de chèvre, qui dans l'iconographie de la Renaissance évoquait une nature sauvage et instinctive. Les cheveux bruns sont plus ébouriffés, presque sauvages, et l'expression de son visage trahit sa concentration et son intention. De la main droite, il fait un geste explicite de masturbation sur le sexe du garçon ci-dessous : le mouvement est clairement visible.

[...]  Pour bien comprendre le caractère transgressif des fresques de la Villa Giulia, il est nécessaire considérons la figure du mécène. Giovanni Maria Ciocchi del Monte était un pape controversé, dont la vie privée a engendré le scandale homosexuel le plus sensationnel de l'histoire de la papauté lorsque Jules III nomma cardinal son amant de dix-sept ans, Innocenzo Del Monte, le faisant auparavant adopté par son frère Baudouin, pour lui donner une apparence de légitimité famille.

[...] Ce contexte biographique éclaire les fresques de la Villa Giulia d'une lumière particulière. Le cycle  décoratif n'était pas simplement une célébration de l'abondance naturelle selon les formes de l'art de la Renaissance, mais elle constituait aussi une déclaration personnelle de liberté érotique, un manifeste visuel des « goûts personnels du pape », comme le déclarent modestement les sources officielles du musée. L'érotisme des chérubins, leurs interactions sexuelles explicites, les gestes d'intimité charnelle, tout cela acquiert une signification autobiographique si on le lit à travers l'histoire personnelle du commanditaire. La Villa Giulia devint ainsi un espace où Jules III put donner une forme visible aux désirs que sa position publique l'obligeait à masquer, un théâtre privé où Éros Le paganisme célébré sans honte offrait une alternative symbolique à la rigidité morale de l'institution." (N. Pezzella 2025)

 

 

Loggia de la villa Giulia, Rome. Cliché lavieb-aile.

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À l'opposé, deux putti jouent, l'un portant l'autre sur son dos.

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La peinture du mur côté ouest.

Sur un fond ocre jaune, elle imite une peinture de maison romaine, à nouveau selon le quatrième style pompéien. Dans un encadrement de marbres feints et de médaillons, une pergola vient ombrager de sa vigne une sorte d'atrium où s'élève une statue de divinité. Le reste du décor, aux candélabres excessivement fins, est improbable et fantastique, avec deux sphinges et deux cygnes.

On appréciera la référence en abyme aux pergolas romaines.

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N4, pergola illusionniste à jasmin.

On retrouve la structure centrale O de l'entrée, avec ses  5 ouvertures, l'une carrée au centre et quatre en demi-lunes.

 

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Au centre : des vols d'oiseaux dans un ciel nuageux.

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Un putto joue de la cornemuse tandis qu'un autre le couronne de jasmin. Trois oiseaux dont une perdrix grise posée sur la latte de bois.

L'instrument est représenté avec son porte-vent dans lequel souffle le putto, son chalumeau sur les trous desquels il pose ses doigts, et son long bourdon appuyé sur l'épaule et orné d'un lacet pomponné.

 

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Deux putti enlacés, un aigle, une hirondelle de cheminée, deux autres oiseaux et un papillon ocellé fantaisiste.

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Deux putti ailés (éros) remplissant de jasmin un panier. Une hirondelle posée sur un rameau, un autre oiseau et un papillon ocellé fantaisiste.

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Deux putti autour d'une coupe de jasmin, dont l'un tient un moulinet. Trois oiseaux dont une perdrix.

Le moulinet, ou tourniquet, ou  scopperel, scopperil, ou whirligig  est un jouet d'enfant médiéval qui apparaît en iconographie par exemple en 1500 dans le Bréviaire d'Eléonore du Portugal, ou dans les mains du jeune Jean-Baptiste, sur un tableau de Bernhard Strigel (1520-1528), ou dans le tableau l'Escamoteur de Jérôme Bosch vers 1475-1505, ou dans les Jeux d'enfants de Brueghel où deux filles s'affrontent en duel. On le trouve aussi sur les stalles de Villefranche-de-Rouergue (1473-1487).

Il porte les trois monts des armes de Jules III  Del Monte. Ces armes parlantes sur le nom de sa famille, signifiant "mont" ou "colline" renvoie au souhait du pape que la colline sur laquel il élève sa villa soit la huitième des sept collines de Rome.

 


 

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Les bandes blanches intermédiaires.

Les bandes blanches qui séparent les sections montrent des roseaux des marais — théoriques car interminables — sur lesquels s'enroulent une plante grimpante. On y découvre avec joie quantité  de petits oiseaux, de papillons, de libellules et d'escargots.

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CONCLUSION

Bien que nous ne nous soyons pas arrêtés à chaque détail, à chaque oiseau et même que nous ayons omis certaines des scènes des ouvertures, nous avons pu pénétrer dans cet espace fictif de la Loggia avec sa double référence à l'antiquité romaine, par les grotesques et panneaux à l'antique des murs de la convexité du portique et par sa voûte simulant, non seulement une pergola de jasmin, de roses ou de vignes, mais aussi une volière riche en oiseaux communs comme les hirondelles et les perdrix, mais aussi aux oiseaux de collection comme le paon, les aigles, le héron, les perroquets ou les huppes, sans parler des hiboux et chouettes.

La villa Giulia disposait de pergolas et de volières bien réelles. Une pergola monumentale menait du débarcadère sur le Tibre à la Fontana Pubblica (dotées de volières) sur la via Flaminia, servant de corridor cérémoniel d'accès à la villa  à travers un tunnel de végétation, accompagné par la présence naturelle des oiseaux. Des volières étaient présentes aussi de part et d'autre de la loggia.

La représentation d'oiseaux sur la pergola peinte de la Villa Giulia s'inspirait en partie de l'idée de créer une atmosphère vivante en plein air. Les oiseaux étaient conçus comme un élément parmi d'autres pour créer et enrichir une expérience sensorielle du plein air résultant de l'interaction entre l'eau, la flore et la faune. L'artifice est mis au service d'une reproduction non seulement visuelle, mais physique de la nature.

Certes les putti apportent un démenti à l'illusion de réel, mais le but du décor n'est pas de duper le visiteur — qui reste conscient de l'artifice, comme au cinéma—, mais, par la fiction, de susciter l'émerveillement et donc de l'introduire au merveilleux, de le charmer. Ces putti, certains ailés, d'autres non, semblent inspirés de l'art romain (un précédent particulièrement charmant dans l'Antiquité est l'oecus de la Maison des Vettii à Pompéi, où une frise représente des putti occupés à des activités artisanales) mais cependant, à la Villa Giulia, les putti sont représentés par couples, souvent dans des postures tendres ou intimes, voire amoureuses, voire sexuelles, et souvent aussi avec espièglerie. Ils étaient peut-être là aussi pour répondre aux goûts du commanditaire.

 

Cette visite du bras nord du portique se prolongera, côté sud, dans un second article.

SOURCES ET LIENS

—NATSUMI NONAKA, 2012, The illusionistic pergola in Italian Renaissance architecture : painting and garden culture in early modern Rome, 1500-1620

https://www.academia.edu/109759988/The_illusionistic_pergola_in_Italian_Renaissance_architecture_painting_and_garden_culture_in_early_modern_Rome_1500_1620

— PERRIN( Y.) 1982, Êtres mythiques, êtres fantastiques et grotesques de la domus aurea de Néron. In: Dialogues d'histoire ancienne, vol.8, 1982. pp. 303-338;

https://www.persee.fr/doc/dha_0755-7256_1982_num_8_1_1591

—PEZZELLA (Nicolas) 2025, La fresque érotique des putti de la villa Giulia : symbolisme et transgression dans le jardin idéal de Jules III, pages Édition Pezzella Arte

https://www.academia.edu/144700927/LAFFRESCO_EROTICO_DEI_PUTTI_A_VILLA_GIULIA_SIMBOLOGIA_E_TRASGRESSIONE_NEL_GIARDINO_IDEALE_DI_GIULIO_III

Extrait : "À la Villa Giulia, les chérubins s'adonnent à des jeux qui oscillent entre l'innocence enfantine et provocation sensuelle. Certains grimpent aux treilles de la pergola pour vendanger, d'autres jouent d'instruments de musique ou dansent, mais beaucoup sont impliqués dans des actes qui transgressent ouvertement les normes de bienséance de la Renaissance. Comme en témoignent les sources historiques et d'après les descriptions du musée, ces « coquins » célestes font des gestes explicites : ils urinent sur les visiteurs. En bas, dans un geste interprété comme une métaphore de la fertilité et de l'abondance, ils se touchent. Leurs parties génitales s'entrelacent dans des poses langoureuses qui se muent en érotisme. Cette liberté de représentation était possible précisément parce que la villa ne faisait pas partie de la représentation officielle papal, à l'intérieur des murs de Rome, mais constituait un espace privé et rustique, où les règles de la censure ecclésiastique pourrait être assouplie."

—RIBOUILLAULT (Denis), 2012, La villa Giulia et l’âge d’or augustéen, in Le miroir t l'espace du prince dans l'art italien de la Renaissance Morel, Philippe, éditeur Presses universitaires François-Rabelais, Presses universitaires de Rennes, 2012,

https://books.openedition.org/pufr/7877

—RIBOUILLAULT (Denis),  2011, Jeux de mots et d’images : les frises peintes de l’appartement de Jules III au Vatican (vers 1550 – 1553), in  Frises peintes. Les décors des villas et palais au Cinquecento, colloque.

https://www.academia.edu/30836854/Jeux_de_mots_et_dimages_les_frises_peintes_de_lappartement_de_Jules_III_au_Vatican_vers_1550_1553_

 

—ROUBO (André Jacob),1775, Lart du menuisier . Concernant la fabrication des pergolas et des pavillons de jardin,  Lart du treillageur ou menuiserie des jardins .

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1067212w/f9.item

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  • : Le blog de jean-yves cordier
  • : 1) Une étude détaillée des monuments et œuvres artistiques et culturels, en Bretagne particulièrement, par le biais de mes photographies. Je privilégie les vitraux et la statuaire. 2) Une étude des noms de papillons et libellules (Zoonymie) observés en Bretagne.
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  • "Il faudrait voir sur chaque objet que tout détail est aventure" ( Guillevic, Terrraqué).  "Les vraies richesses, plus elles sont  grandes, plus on a de joie à les donner." (Giono ) "Délaisse les grandes routes, prends les sentiers !" (Pythagore)
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