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31 janvier 2015 6 31 /01 /janvier /2015 14:24

Les vitraux du XIIe siècle de la cathédrale du Mans (VI).

Baie XX, ou Invention des reliques de Gervais et Protais et martyres de leurs parents saint Vital et sainte Valérie.


En 2003, Claudine Lautier montrait combien les vitraux de Chartres étaient tributaires des reliques détenus entre 1194 et 1215 par la cathédrale, ces reliques, qui garantissaient le pouvoir du sanctuaire — et, par suite, de son évêque — constituant son véritable Trésor, tout en motivant les dons des fidèles et de la noblesse. Cette démonstration peut aussi s'appliquer à la cathédrale du Mans.

Les Actus pontificum in urbe degentium ou Chronique de l'Église du Mans font remonter l'origine légendaire du sanctuaire manceau à saint Julien du Mans, et rapportent que dans le second tiers du VIe siècle, l'évêque Innocent l'avait complété de deux ailes. Les autels de ces ailes étaient dédiés à la Vierge et à saint Pierre, tandis que l'abside abritaient les reliques de saint Gervais et de saint Protais (Mussat, 1981). Selon la pseudo-épître d'Ambroise (Ep. 22,2 Pl.16 ) les reliques de ces saints milanais avaient été découvertes sous l'empereur Théodose par saint Ambroise en 386 et vénérées à Milan. Saint Ambroise donna des reliques des saints Nazaire, Protais et Gervais à saint Victrice de Rouen qui immortalisa leur arrivée à Rouen dans son De laude sanctorum (397). Distribués par saint Martin qui avait obtenu des linges imprégnés du sang du martyre, les reliques sont aussi mentionnées à Vienne (attestée par l'épitaphe de Foedula) , mais aussi Tours (ou à Saponaria près de Tours) dès 447. Paulin de Milan rapporte aussi l'invention (la découverte) par Ambroise des reliques des saints Vital et Agricola à Bologne en 393 et celles de Nazaire et de Celse à Milan en 396. C'est en 415 (voir Baie XVII et XIX) que le tombeau de saint Étienne a été découvert à Caphargamala, et plus tard, ses reliques pénétrèrent en Gaule où on les retrouve près de Tours, à Bourges ou à Bordeaux.

En effet, c'est en 313 que l’empereur Constantin a reconnu la liberté de l’Eglise, fin officielle des persécutions de l’état romain contre le christianisme et point de départ d’une transformation de cet empire en empire chrétien. C'est le premier siècle de l’empire romain chrétien, le premier siècle de fonctionnement de l’Eglise chrétienne au grand jour, le premier siècle de l’exercice du culte chrétien sans menace de persécution. Le IVe siècle est donc aussi le premier siècle de production des institutions et des réglements de l’Eglise, de définition théologique de la foi chrétienne, d’élaboration de la liturgie et des formes de la piété. C’est aussi le premier siècle d’un culte rendu publiquement à des défunts considérés comme “saints” dans l’Eglise. Le culte des martyrs prend son essor au IVè siècle. Les vitraux du XIIe siècle du Mans sont donc étroitement liés à ces épisodes d'invention des reliques du IVe et Ve siècle, aux cultes qu'ils engendrèrent en Gaule, et aux autels qui furent dédiés à ces martyrs au Mans.

Cette dévotion s'accompagne, dès saint Jérome et avec saint Augustin, d'une nouvelle théologie des reliques admettant la protection des morts par les saints. L'attitude d'Augustin envers les reliques a évoluée précisément à la suite du développement du culte des martyrs à son époque: Gervais, Protais, mais surtout en 424 l'arrivée des reliques d'Etienne à Hippone. Le culte des reliques dans la Cité de Dieu (Livre X) conduit au Christ ressuscité. Ce sens théologique qu'Augustin définit est étayé par les miracles suscités par les reliques dans sa vision d'une foi en la Résurrection : à la différence du paganisme, le christianisme n'est pas une religion de morts mais de vivants. Augustin insiste bien sur la différence entre le culte rendu à Dieu (adoration) et la vénération des reliques.

Le lien entre les reliques et l'Eucharistie apparaît aussi dans la mesure où les reliques amènent à mieux comprendre le sens de l'Eucharistie, le mémorial qui est célébré, le sacrement de la Résurrection qui est donné. Un parallèle est mené entre la Passion du Christ et le martyr subi par les saints, martyr dont le récit porte souvent le nom de Passio. Mais cette mort a été aussi le moment d’une nouvelle naissance, la naissance à la vie éternelle auprès de Dieu. Aussi la date de la mort du saint est-elle son “natalis”, jour de naissance. C'est ce parallèle que les imagiers créateurs des vitraux s'évertuent à souligner en reprenant les mêmes attitudes, la même organisation de l'espace dans les Vies des Saints et dans les Scènes de la Vie du Christ.

La présence réelle des reliques dans les autels garantit la capacité de guérison et de bénéfices lors des pratiques cultuelles car l'activité thaumaturgique est assurée par la présence vivante du saint dans la chapelle qui lui est dédiée et des autels consacrés. «Les bras et les mains figuraient par ailleurs parmi les plus précieuses parties des corps saints après la tête, puisque c'est avec leur bras et leur main que, de leur vivant, les saints accomplissaient les gestes de bénédiction et de guérison, et transmettaient ainsi la virtus divine».

Les vitraux n'assurent pas seulement un rôle de documentation pédagogique pour le fidèle ; il existe une relation étroite entre Lumière et relique, et les vitraux diffusent une lumière sacralisée semblable à celle qui accompagne les théophanies : ils révèlent la virtus divine ici présente. Ils délimitent un espace sacré particulier.

La tapisserie de Protais et Gervais.

Dans la cathédrale du Mans, une tapisserie, tendue à l'intérieur du chœur (hélas déposée et non visible), de Saint Gervais et saint Protais avait été offerte par Martin Guérande en 1509-1510. D'une longueur totale de 30 m, elle comprend cinq pièces de 1,50 m de haut. Ses 17 scènes historiés de la Vie et du Martyre des saints supposaient une dévotion active de la part des fidèles, qui étaient invités à réciter un pater et un ave à chaque pilastre qui la suspendait. Les tituli (légendes inscrits en bas des tapisseries) sont en français, et sont donc destinés au peuple, et non au clergé. Une correspondance peut s'établir entre les tapisseries et les vitraux, entre les tituli et les inscriptions. Cette œuvre montre la réalité et l'importance du culte des deux martyrs au XVIe siècle.

Baie XX.

Baie en plein cintre de 3,10 m de haut et 1,35 m de large, occupant la façade occidentale au sud de la baie centrale.Verrière composite associant l'invention des reliques des saints Gervais et Protais avec le martyre de leurs parents Vital et Valérie. Quatre registres, les deux registres inférieurs à médaillon. Nombreuses restaurations par Steinhell en 1898.

1. Les deux médaillons inférieurs illustrent l'invention des reliques des saints Gervais et Protais.

Ces jumeaux étaient fils de saint Vital de Ravenne et de la bienheureuse Valérie et vivaient au 1er siècle sous le règne de l'empereur Néron. Ce sont des saints martyrs chrétiens fêtés localement le 19 juin. Ayant refusé de sacrifier aux idoles, Gervais fut fouetté jusqu'à la mort. Protais fut suspendu à un chevalet, puis décapité. Un chrétien du nom de Philippe s'empara de leurs deux corps et les fit ensevelir sous une voûte de sa maison. Ensuite, il plaça dans leur cercueil un écrit contenant le récit de leur vie et de leur martyre. Ceci se passait en 57 sous le règne de Néron.

Leur histoire est connue notamment par la Légende dorée de Jacques de Voragine mais les traces scripturaires sont beaucoup plus anciennes.

Le Mans, baie XX, vers 1180 et 1200-1210..

Le Mans, baie XX, vers 1180 et 1200-1210..

Registre inférieur. Invention des reliques de Gervais et Protais. 

Panneau en forme d'amande. Saint Paul apparaît à saint Ambroise et lui révèle l'emplacement du corps des martyrs saint Gervais et Protais.

Titulus de la tapisserie du chœur : "Comment saint Paul, longtemps après, revela a saint Ambroise, lors evesque de Millan, les corps des dictz sainctz  afin qu'il les fist lever."

Inscription.

Lettres blanches majoritairement capitales  dans un bandeau noir. O en navette.

AMBROSIVS. PAVLVS : Ambrosius ; Paulus :  "Ambroise, Paul".

la partie AMBR- et PAVL a été restaurée.

Le Mans, Baie XX, apparition de saint Paul à saint Ambroise. Vers 1180.

Le Mans, Baie XX, apparition de saint Paul à saint Ambroise. Vers 1180.

Deuxième registre : Saint Ambroise fait procéder aux fouilles.

— Panneau octogonal au centre : deux personnages mitrès (évêques ??) pelles en mains découvrent le corps de Gervais et Protais.

— panneau rectangulaire gauche : un évêque surveille la scène précédente ; c'est a priori saint Ambroise évêque de Milan. Ses pieds sont posés sur un sol composés d'une succession d'arcades blanches. En arrière-paln représentation stylisée d'une ville et de ses murailles.

— panneau rectangulaire droit : trois ouvriers. Leur attitude traduit l'excitation curieuse face à  la découverte archéologique.

Le Mans, baie XX, Saint Ambroise fait procéder aux fouilles. vers 1180.

Le Mans, baie XX, Saint Ambroise fait procéder aux fouilles. vers 1180.

Baie XX, détail.

Baie XX, détail.

Troisième registre : sainte Valérie refuse d'adorer les idoles et subit le martyre.

Quatre panneaux rectangulaires.

Sainte Valerie de Milan (Valeria) ( morte vers 60) était la femme de saint Vital de Milan, et la mère de Saint Gervais et saint Protais. Elle a été martyrisée pour avoir enterré des martyrs chrétiens, puis pour avoir refusé de sacrifier aux dieux romains en mangeant la viande du sacrifice (au dieu Sylvain). Il est dit qu'elle était d'une famille noble, et qu'elle avait été baptisée à un âge précoce. Le pape régnant avait ordonné aux prêtres de la région d' organiser neuf decuries, chacune composée de cinq hommes et cinq vierges. Leur devoir était de recueillir les cadavres des chrétiens qui avaient été martyrisés dans le Colisée (Amphithéâtre Flavien) et autres lieux de martyre le jour précédent. Elle  a été rouée de coups, ce qui entraîna sa mort deux jours plus tard à Milan. (d'après Wikipédia en anglais)

Une mosaïque représentant Valeria apparaît dans la Basilique Saint-Apollinaire à Ravenne. Une église qui lui est dédiée à Milan a été détruit en 1786.




 

Le vitrail semble comporter deux scènes symétriques :A droite,Valérie, tête voilée, refuse de manger un animal  que lui présente un homme, accompagné de deux autres. La bête, cornue, sort d'une vasque, suggérant qu'elle a été offerte en sacrifice à des dieux païens. Un roi ou empereur assis sur une cathèdre dans son palais fait avec la main un geste lui intimant l'ordre d'obtempérer.

 A  gauche, Valérie, la tête couverte d'une coiffe ou guimpe est battue par trois hommes, alors que, face à elle, un homme tenant une épée sort par la porte d'une ville.

Cette scène était représentée sur la tapisserie du chœur avec le titulus suivant : "Comment Valerie après le trespas de son mary Vital pour ce qu'elle ne voulait pas adorer les ydolles fut par aucuns paÿens tant batue qu'ilz la cuyderent morte puis fut portée a Millan et la rendit son ame a Dieu"

 

 

Inscription.

Dans un cartouche noir, en lettres capitales blanches (mais le R peut évoquer l'onciale) , S VALERIA  : Sancta Valeria "Sainte Valérie. A à plateau débordant.

 

 

Tapisserie du Mans : Martyre de sainte Valérie : scanné dans 303, Arts recherche et créations, la revue des pays de la Loire  70, encart intérieur pages 187-190

Tapisserie du Mans : Martyre de sainte Valérie : scanné dans 303, Arts recherche et créations, la revue des pays de la Loire  70, encart intérieur pages 187-190

Le Mans, baie XX, sainte Valérie refuse d'adorer les idoles et subit le martyre. Vers 1200-1210.

Le Mans, baie XX, sainte Valérie refuse d'adorer les idoles et subit le martyre. Vers 1200-1210.

Registre supérieur : saint Vital jeté dans un puits et lapidé.

Trois panneaux rectangulaires juxtaposés.

Titulus de la tapisserie du chœur : 

"Comment Vital a cause de ladicte exortacion par le commandement de Nero fu tiré en travail et depuis enfouy tout vif par le conseil du pretre des ydolles lequel pretre le dyable emporta visiblement."

A gauche, il est placé vivant dans un puits. la main de Dieu sort des nuées pour lui assurer sa bénédiction. A droite, il est lapidé.

Vital est le saint patron de la ville de Ravenne. La basilique de Ravenne consacrée le 17 mai 548, est dédié non seulement à S. Vitale mais aussi à ses enfants Gervais et Protais. Dans les mosaïques de S. Apollinare Nuovo, ils sont représentés tous les quatre .

Inscription.

Dans un bandeau noir, en lettres capitales blanches : S VITALIS : Sanctus Vitalis, "Saint Vital". La lettre S est barrée pour signifier l'abréviation S[anctus].

 

Tapisserie du Mans : Martyre de saint Vital : scanné dans 303, Arts recherche et créations, la revue des pays de la Loire  70, encart intérieur pages 187-190

Tapisserie du Mans : Martyre de saint Vital : scanné dans 303, Arts recherche et créations, la revue des pays de la Loire  70, encart intérieur pages 187-190

Baie XX, Martyre de saint Vital. Vers 1200-1210.

Baie XX, Martyre de saint Vital. Vers 1200-1210.

ANNEXE.

Copié-collé du site http://nouvl.evangelisation.free.fr/gervais_et_protais.htm

   "La vie et le martyre des bienheureux frères Gervais et Protais sera prise d'une épitre que saint Ambroise, archevêque de Milan et docteur de l'Église, écrivit aux évêques catholiques d'Italie, leur rendant compte de la faveur que Dieu lui avait faite en la découverte des corps des saints martyrs par le moyen d'une révélation qu'il eut.

 "Le carême passé, dit ce saint docteur, Dieu m'ayant fait la grâce d'avoir jeûné et d'être compagnon des autres chrétiens qui jeûnèrent, pendant que j'étais en oraison, le sommeil me saisit, de telle sorte pourtant que je n'étais ni éveillé ni endormi : ouvrant donc les yeux, je vis deux jeunes hommes vêtus de robes plus blanches que la neige, qui étaient en oraison les mains étendues. Comme j'étais assoupi, je ne pus leur parler, jusqu'à ce que m'étant bien réveillé, cette vision disparut. J'eus recours à Dieu et le suppliai que si c'était une illusion diabolique, il la rejetât loin de moi; mais que si c'était une révélation, il lui plût de me la manifester : et afin d'obtenir cette faveur de la Majesté divine, je redoublai mon jeûne.

Une autre nuit les mêmes jeunes hommes m'apparurent en la même façon que la première fois : et la troisième nuit, étant bien éveillé, parce que le jeûne m'empêchait de dormir, ils se représentèrent à moi, et avec eux une autre personne vénérable, qui ressemblait de visage à saint Paul, dont j'avais un portrait chez moi. Eux se taisant, le vieillard me parla en cette sorte : Voici ceux qui suivant mes remontrances ont méprisé les richesses, les héritages et les biens de la terre, dont ils n'ont rien prétendu pour imiter Jésus-Christ; ils ont persévéré dix ans continuels en cette ville de Milan au service de Dieu, avec tant de ferveur, qu'ils ont mérité la couronne du martyre. Leurs corps tout ici où tu es. Tu bêcheras douze pieds en terre, puis tu trouveras un coffre couvert, où sont leurs corps ; tire-le et le mets en un lieu éminent et honorable, et fais construire une église au nom de ces saints.

Je lui demandai leur nom et il me répondit : Tu trouveras un papier à leur chevet, et la révélation de ce qu'ils ont été dès le commencement jusqu'à la fin de leur vie.

Je convoquai tous mes frères, les évêques circonvoisins, et leur rendis compte de ce que j'avais vu; puis, prenant le premier un hoyau, je commençai à fouiller la terre ; et les autres firent comme moi, en sorte que nous trouvâmes le coffre que le saint apôtre nous avait dit. Nous l'ouvrîmes, et vîmes les saints aussi frais, leurs corps aussi vifs et aussi colorés que si on n'eût fait que de les y mettre alors. Il en sortait une très-suave odeur, et le papier qui fut trouvé sous leur chevet était écrit en ces termes-ci :

« J'ai, Philippe, serviteur de Jésus-Christ, assisté de mon fils, dérobé les corps de ces saints et les ai ensevelis dans ma maison. Leur mère s'appelait Valérie, et leur père Vital. Ils naquirent d'une même couche et furent nommés Gervais et Protais. Leurs parents, saint Vital, martyr, et sainte Valérie étant décédés, après avoir hérité de tous leurs biens, ils vendirent la propre maison où ils étaient nés, avec tous leurs autres biens, et en distribuèrent l'argent aux pauvres, ainsi qu'à leurs esclaves, auxquels ils donnèrent la liberté ; puis, s'étant enfermés en une chambre pour s'adonner à la lecture et à l'oraison, ils y demeurèrent dix ans, ne vaquant à autre chose qu'à servir Dieu, et, le onzième, ils acquirent la couronne du martyre.

En ce temps-là, un comte, nommé Astase, allait à la guerre contre les Marcomans (qui sont les peuples de la Moravie). Les prêtres, sortant de leurs temples au-devant de lui, lui dirent que s'il voulait remporter la victoire de ses ennemis, il contraignit Gervais et Protais, qui étaient chrétiens, de sacrifier aux dieux immortels, qui étaient irrités contre eux, à cause qu'ils leur dévoient l'adoration qui leur était due; qu'à cause de cela ils ne voulaient plus répondre à leurs demandes, ni départir aux peuples la faveur ordinaire de leurs oracles.

« Astase les fit chercher, et les ayant fait venir devant lui, il les pria qu'ils lui accordent ce contentement, et lui fissent ce plaisir de sacrifier aux dieux avec lui, pour le bon succès de son expédition, afin qu'il pût mettre fin à cette guerre comme il désirait, et que la victoire qu'il espérait de remporter fût célèbre par tout l'empire romain. Gervais lui répondit : La victoire, ô Astase ! se donne par le vrai Dieu du ciel; c'est de lui que vous devez espérer, et non de ces vaines statues de vos dieux, qui ont des yeux et ne voient pas, des oreilles et n'entendent point, un nez et ne flairent point, une bouche sans parler, des pieds sans se remuer, et qui n'ont esprit, ni vie, ni respiration.

« Astase ne prit pas plaisir à ce discours si hardi de Gervais : il le fit fouetter sur-le-champ avec des cordes plombées jusqu'à ce qu'il expirât. Gervais en ce tourment rendit son âme à Dieu.

Après avoir fait enlever de là son saint corps, Astase fit appeler Protais et lui dit : Malheureux, prends garde à toi, ne sois pas si fol que ton frère.

« Protais lui répondit : Qui est le plus misérable de nous deux, de toi qui me crains, ou de moi qui ne te crains en rien?

« — En quoi te crains-je, dit Astase, pauvre infortune!

« — Si tu ne me craignais point, dit le saint, tu ne me presserais pas si fort de sacrifier à tes dieux, et ne croirais pas que si je ne le fais, il t'en arrivera quelque perte dommageable. Mais parce que je ne te redoute aucunement, je ne me soucie pas de tes menaces, et ne fais non plus d'état de tes dieux que de la boue. J'adore ce seul Dieu qui règne aux deux.

« Astase, entendant cela, le fit battre avec des bâtons de nœuds, et après qu'il l'eut longtemps battu, il le lit lever, et lui dit : Protais, pourquoi es-tu si superbe et si rebelle? Tu veux mourir comme ton frère ?

« Le saint martyr répondit doucement : Je ne me fâche pas contre toi, Astase ! parce que je vois l'aveuglement de ton cœur, qui ne le permet pas de regarder les choses qui sont de Dieu. J'ai appris de Jésus-Christ qu'il ne dit pas un seul mot contre ceux qui le crucifiaient; au contraire, il pria son Père de leur pardonner, d'autant qu'ils ne savaient pas ce qu'ils faisaient. Et moi, suivant cet exemple, ô comte Astase! J’ai grande compassion de ce que lu ne sais peu ce que tu fais. Achève, je te prie, ce que tu as commencé, afin que je puisse jouir, conjointement avec mon frère Gervais, de la présence de Jésus-Christ.

« Le comte lui fit trancher la tête : et moi, Philippe, serviteur de Jésus-Christ, avec mon fils, je pris secrètement la nuit les corps de ces saints jumeaux, et les emportai en mon logis, où, n'ayant que Dieu pour témoin, je les mis en une auge de pierre que j'enterrai en ce lieu, espérant par leur intercession d'obtenir miséricorde de Notre-Seigneur, qui avec le Père et le Saint-Esprit vit et règne aux siècles des siècles. -

"Voilà les termes de la lettre que saint Ambroise écrivit aux évêques d'Italie. Il en écrivit aussi une autre à sa sœur, où il lui mande que les corps des deux saints qu'il trouva étaient fort grands et d'une merveilleuse stature : et que, quand on les transporta en l'église Ambrosienne, ils guérirent un aveugle. Il envoya encore à sa sœur deux sermons qu'il prêcha à tout le peuple de Milan, où il rapporta plusieurs miracles que Dieu avait opérés par eux; il y reprend les hérétiques ariens, qui ne le croyaient pas, se montrant plus obstinés que les diables mêmes, qui étaient chassés des corps par la vertu des reliques de ces saints frères, et confessaient être tellement tourmentés en leur présence, qu'ils n'y pouvaient demeurer.

"Saint Augustin était à Milan lorsque les corps de ces glorieux martyrs furent découverts; et aux livres de la Cité de Dieu, il fait mention d'un aveugle qui recouvra la vue par leur moyen. En ses Confessions, il remarque que Notre-Seigneur fit ces miracles pour réprimer la fureur de l'impératrice Justine, mère de Valentinien le Jeune; laquelle, pour favoriser les ariens, persécutait tellement saint Ambroise, qu'elle prétendait le chasser de son siège et de la ville de Milan. Voici ce qu'en dit saint Augustin :

"En ce même temps vous révélâtes à votre saint prélat l'endroit où étaient enterrés les corps des martyrs Gervais et Protais, que vous aviez préservés tant d'années de la corruption, dans les trésors de votre divin conseil, pour les découvrir à propos, et rembarrer la rage d'une femme et reine mère. Car ces corps ayant été révélés et lires dehors, comme on les portait à l'église de Saint-Ambroise avec beaucoup d'honneur et de respect, les possédés étaient non-seulement délivrés, par la confession des diables mêmes qui les tourmentaient; mais aussi un habitant bien connu en la ville, gui était aveugle il y avait plusieurs années, entendant le bruit et la joie de toute la ville, commença à sauter d'aise, et fit tant qu'on lui permit de toucher avec son mouchoir le cercueil de vos saints, dont la mort est précieuse en votre divine présence. L'ayant touché, il mit le linge sur ses yeux, qui furent aussitôt ouverts. Le bruit de ce miracle se répandit incontinent par toute la ville, qui se mit à chanter vos louanges et à brûler de votre amour : et le courage de lu méchante impératrice, encore qu'elle ne s'en convertît ni ne s'amendât pas fut ébranlé et détourné de la persécution de votre serviteur, et sa fureur fut apaisée."

"Saint Grégoire de Tours écrit avoir ouï dire, que, comme l'on faisait la translation des corps de ces deuxsaints, pendant que l'on chantait la messe en l'église, il tomba un ais du haut de la voûte, qui donna sur les tètes des saints, lesquelles jetèrent un ruisseau de sang qui rougit les deux linceuls dont ils étaient enveloppés; que l'on en recueillit en quantité; de sorte que plusieurs églises de France furent enrichies de leurs reliques, et que le bienheureux saint Martin en eut une bonne partie, ainsi que l'écrit saint Paulin en une épitre. Saint Grégoire dit qu'il le rapporte exprès, parce que cela n'était pas écrit en l'histoire de leur martyre.

"Il est certain qu'une illustre dame, nommée Vestiane, leur fit bâtir une église, qui fut dédiée par le Pape Innocent Ier, dont saint Grégoire fait mention. Saint Gaudence, évêque de Bresse, et saint Paulin, évêque de Noie, en firent bâtir d'autres et y mirent des reliques de ces saints. On en emporta jusqu'en Afrique, comme dit saint Augustin. Leur martyre arriva le 19 de juin, jour où l'Église célèbre leur fête."

SOURCES ET LIENS.

 


— photo Rmn : http://www.photo.rmn.fr/archive/13-598967-2C6NU0LGRY9L.html

— photo Rmn :  http://www.lrmh.culture.fr/cgi-bin/qtp?typge=LREP&base=image&opimp=et&lang=fr&pp=1&dp=5&maxref=5&qmodu=EXT&tref=.R28+.R10&quest=[Baie+XX,.R62]&cpres=0

— tapisserie Musée de Lyon: http://www.mba-lyon.fr/mba/sections/fr/collections-musee/peintures/oeuvres-peintures/xviie_siecle/champaigne-reliques?b_start:int=10

— Gervais et Protais dans les églises de la Sarthe :

http://ali.hamadache6.free.fr/STgervais-protais.html

— BARBIER DE MONTAULT (X.) La tapisserie des SS.Gervais & Protais à la cathédrale du Mans  

 BRISAC (Catherine), 1981, "Les vitraux du XIIe siècle", in La cathédrale du Mans, sous la dir. de André Mussat, Berger-Levraut pp. 60-69.

 — BUSSON G. Actus pontificum Cenomannis in urbe degentium,  in Ledru, Archives historiques du Maine, 1901 p. 383   http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k736761/f538.image

— CALLIAS BEY (Martine), CHAUSSÉ (Véronique), PERROT (Françoise), GRODECKI (Louis) 1981, Les vitraux du Centre et des Pays de la Loire, Corpus Vitrearum Recensement II, CNRS éditions, Paris.

— DEBIAIS (Vincent),2010, Corpus des inscriptions de la France médiévale 24 Maine-et-Loire, Mayenne, Sarthe (Région Pays de la Loire) CNRS éditions, Paris. page 200. page 244.

DOIGNON (Jean) Perspectives ambroisiennes : SS. Gervais et Protais, génies de Milan.

http://www.patristique.org/sites/patristique.org/IMG/pdf/56_ii_3_4_07.pdf

— GATOUILLAT (Françoise) 2001  "Les verrières de la cathédrale du Mans" 303, Arts recherche et créations, la revue des pays de la Loire  70 p. 168-175. 

— GRANBOULAN Anne. "De la paroisse à la cathédrale : une approche renouvelée du vitrail roman dans l'ouest." In: Revue de l'Art, 1994, n°103. pp. 42-52. http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/rvart_0035-1326_1994_num_103_1_348108

— GRANBOULAN (Anne) 1991 "Une identification nouvelle pour un vitrail du XIIe siècle à la cathédrale du Mans" in Revue historique et archéologique du Maine, 3e série, t. 11, 1991, p. 297-304 ou dans Vitrea Revue du Centre international du vitrail 1990 30-35

 

— GRANBOULAN PASCAUD (Anne) 1991 La tradition picturale des provinces de l'ouest de la France dans le vitrail du douzième siècle Thèse en Art et archéologie sous la direction de Anne Prache, Paris IV.

 — HUCHER (Eugène) et LAUNAY (Abbé), 1864, Calques des vitraux de la cathédrale du Mans Calques des vitraux peints de la cathédrale du Mans... par M. Eugène Hucher et l'abbé Launay. Introduction historique : école primitive de peinture sur verre au Mans, par l'abbé Lottin. Paris, Didron 

— LAUTIER (Claudine), 2003, «  Les vitraux de la cathédrale de Chartres. Reliques et images », Bulletin Monumental Vol.161 pp. 3-1 http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/bulmo_0007-473x_2003_num_161_1_1180

 LE-NAIN de TILLEMONT, 1695 "Saint Gervais et saint Protais"Mémoires pour servir a l'histoire ecclesiastique, Volumes 1 à 2

 

ROUYER (Claire) 2001 "Les tentures de Saint-Julien" in 303, Arts recherche et créations, la revue des pays de la Loire  70 p. 176-181

—-"La tapisserie de saint Gervais et de saint Protais, 2001, , in 303, Arts recherche et créations, la revue des pays de la Loire  70, encart intérieur pages 187-190

WEIGERT (Laura), 2004,  Weaving Sacred Stories: French Choir Tapestries and the Performance : Londres : transcription des titulus de la tapisserie de Saint Gervais et saint Protais 

 

 

 

 

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Published by jean-yves cordier - dans Vitraux Le Mans
31 janvier 2015 6 31 /01 /janvier /2015 13:51

Les vitraux du XIIe siècle de la cathédrale du Mans (VII). Baie XXI Saints Gervais et Protais.

Baie XXI vers 1160-1170.

Verrière composite de 4 registres, dont les trois inférieurs sont consacrés à Gervais et Protais. Elle mesure 3,10 m de haut et 1,35 m de large.

Le Mans, Baie XXI.

Le Mans, Baie XXI.

Registre inférieur.

"Épisode de la vie de saint Domnolus" 

Les auteurs du Corpus qualifie ce registre de "Scène inexpliquée avec la Vierge et les deux saints Gervais et Protais". Pourtant, Eugène Hucher, qui procéda aux calques des vitraux et s'interrogea sur le sujet de ce panneau, exposa sa proposition (Bulletins de la Societe des Antiquaires de L'Ouest XI, 1868, Poitiers, Paris page 297 et suivantes) : il s'agirait d'une scène de la Légende de saint Domnole (Domnulus) évêque du Mans mort en 581, donc environ  200 ans après l'invention des reliques de Gervais et Protais. Sa vie aurait été écrite par l'évêque Haduinus. Frère de saint Audouin, évêque d'Angers, et ami de saint Germain de Paris, il fonda le couvent de Saint-Vincent du Mans, où il fut enterré. D'après la Vita S. Domnoli citée par Surium BHL. 2273 (ou citée par les Bollandistes AA.SS III 606-610 à la date du 16 mai), un seigneur s'était emparé de biens appartenant à l'Église* et ni les menaces ni les instances du saint n'avaient pu l'amener à restitution. Domnolus invoca la colère céleste et le coupable fut pris par une fièvre continue, qui ne réussit d'abord pas à vaincre son obstination. Les biens étaient consacrés à la Vierge ainsi qu'aux saints Gervais et Protais. Un jour qu'il était couché, il vit la Vierge s'approcher de son lit et le frapper au front d'un marteau de fer**. Le fautif impressionné restitua à Domnulus le double de ce qu'il avait pris : il fut guéri, mais garda sur le front la marque du coup qu'il avait reçu. Hucher a assimilé ce marteau à un ascia, ou asciculus, dont l'usage léthifère ("qui cause la mort") et protecteur chez les gaulois et les païens avait été proposé par Anatole de Barthélémy, et qui servait d'armes (héraldique) à la famille romaine des Valeria.

*Il s'agit du village de Tridens : vir quidam nobilis villam ecclesiae cenomannicae Tridentem vocatam sitam in codita Diablotica obstinato animo invasit.

**visus est sibi quadam nocte videre Matrem Domini (cui res ab ipso usurpatae, unaque beatis Martyribus Gervasio et Protasio dicatae erant) ferreo ipsum in fronte percutientem.

 

 

inscription : 

- Inscription en lettres capitales blanches dans un bandeau en bas de la scène :

:S GERVASIVS : : S PTASIVS :

Sanctus Gervasius ; Sanctus Protasius : "Saint Gervais ; Saint Protais.

Abréviation par un S barré pour Sanctus ; abréviation par un P barré pour P[ro]. Ponctuation par deux points superposés.

- Inscription en lettres enlevées sur le fond noir, laissant apparaître le verre bleu.

S MAR / IA arcature de droite de part et d'autre du nimbe de la Vierge.

Cette scène, ainsi que son titre, m'intriguent. S'agit-il vraiment de la Vierge ? L'inscription Maria est discutable, en partie effacée. C'est un personnage féminin, voilé et couronné, penché sur l'homme alité vers la tête duquel elle approche un instrument en forme de T. Les deux saints jumeaux Gervais et Protais sont debout, nimbés ; l'un tient un livre sous le bras. Le personnage alité pourrait-il être Nazarius ou Celse , autres martyrs de Milan ?

Le Mans, Baie XXI, registre inférieur. "Épisode de la vie de saint Domnolus"

Le Mans, Baie XXI, registre inférieur. "Épisode de la vie de saint Domnolus"

Deuxième registre :  Décollation de saint Protais.

Un soldat tranche de son épée la tête de Protais tandis que le général Astasius, assis en son palais, donne l'ordre de cette exécution. Ce général, qui se préparait à une campagne en Moravie contre les Marcomans, suivait ainsi les conseils des prêtres de son armée, qui demandaient que pour satisfaire les idoles gervais et Protais abjurent leur foi chrétienne. Come dans les autres scènes de martyre des vitraux du Mans, la main de Dieu sort des nuées pour signifier qu'il accorde à ces martyrs la sainteté.

Inscription :

Inscription en lettres capitales blanches .

: S PTASIUS :

Sanctus Protasius "Saint Protais". Abréviation par un S barré pour Sanctus ; abréviation par un P barré pour P[ro]. S de Sanctus et dernier S perlés. Barre du T fleuri. Ponctuation par trois points dessinés en cercle et donc creux.

Voir tapisserie du chœur de la cathédrale : "Com[m]ent le prevots nolin present le duc astaze faict decolez st prothais hors la ville mais tantost apres un burgeoys de ladicte ville et son filz ensevelirent les corps sainctz"

 

Tapisserie : décollation de saint Protais  tapisserie de la cathédrale, scannée dans 303, Arts recherche et créations, la revue des pays de la Loire  70

Tapisserie : décollation de saint Protais tapisserie de la cathédrale, scannée dans 303, Arts recherche et créations, la revue des pays de la Loire 70

Le Mans, Baie XXI Décollation de saint Protais

Le Mans, Baie XXI Décollation de saint Protais

Troisième registre : "Flagellation de saint Gervais".

Gervais ayant, le premier, refusé de sacrifier aux faux dieux d'Astasius, c'est lui qui, le premier, est condamné à la mort par flagellation. Trois bourreaux frappent le saint agenouillé, sous le regard de trois hommes, dont l'un porte une lance. Comme dans le panneau précédent, la main de Dieu sort des nuées.

Inscription :

Inscription en lettres capitales blanches.

S GERVASIV- 

Sanctus Gervasius "Saint Gervais". Abréviation par un S barré ondulé pour Sanctus La suspension de la finale de Gervasius est signalé par un tide droit au dessus du V, comme il s'agissait d'une nasale. (V. Biais, 2010).

Voir la tapisserie du chœur de la cathédrale. 

Flagellation de saint Gervais : tapisserie de la cathédrale, scannée dans 303, Arts recherche et créations, la revue des pays de la Loire  70

Flagellation de saint Gervais : tapisserie de la cathédrale, scannée dans 303, Arts recherche et créations, la revue des pays de la Loire 70

Le Mans, Baie XXI, Flagellation de saint Gervais.

Le Mans, Baie XXI, Flagellation de saint Gervais.

Registre supérieur : "Procession devant un édifice".

Ce panneau est considéré par les auteurs du Corpus comme n'appartenant pas au cycle de Gervais et Protais. On y voit pourtant, comme dans les deux registres précédents, la main bénissante de Dieu. Un saint évêque (nimbe et crosse) conduit une procession constituée d'un clerc (tonsuré) porteur de croix  et de deux porteurs de cierges. Il est lui-même suivi de deux hommes. Le cortège se dirige vers une ville styliisée par ses murailles et ses tours. Il ne me paraît pas impossible que cette scène s'intègre dans l'ensemble précédent, soit pour représenter saint Ambroise procédant à la dédicace de la basilique de Milan après avoir fait la découverte des reliques de deux martyrs, soit pour relater un épisode, difficile à trouver à défaut d'indices, d'une Vita d'un évêque du Mans en rapport avec le culte local de Gervais et Protais.

Voir la tapisserie du chœur où Ambroise porte en procession une châsse contenant les restes des saints jusqu'à Milan : "Comment après leurs corps furent portés dedans l'église ung aveugle et plusieurs malades furent guéris present sanct ambroise et plusieurs autres prélats"

 

Tapisserie de chœur de la cathédrale, scannée dans la revue 303 Arts, Recherches et Créations 2001.

Tapisserie de chœur de la cathédrale, scannée dans la revue 303 Arts, Recherches et Créations 2001.

Le Mans, Baie XXI, Procession.

Le Mans, Baie XXI, Procession.

SOURCES ET LIENS.

 


— photo Rmn : http://www.photo.rmn.fr/archive/13-598967-2C6NU0LGRY9L.html

— photo Rmn :  http://www.lrmh.culture.fr/cgi-bin/qtp?typge=LREP&base=image&opimp=et&lang=fr&pp=1&dp=5&maxref=5&qmodu=EXT&tref=.R28+.R10&quest=[Baie+XX,.R62]&cpres=0

— tapisserie Musée de Lyon: http://www.mba-lyon.fr/mba/sections/fr/collections-musee/peintures/oeuvres-peintures/xviie_siecle/champaigne-reliques?b_start:int=10

— Gervais et Protais dans les églises de la Sarthe :

http://ali.hamadache6.free.fr/STgervais-protais.html

— BARBIER DE MONTAULT (X.) La tapisserie des SS.Gervais & Protais à la cathédrale du Mans  

 BRISAC (Catherine), 1981, "Les vitraux du XIIe siècle", in La cathédrale du Mans, sous la dir. de André Mussat, Berger-Levraut pp. 60-69.

 — BUSSON G. Actus pontificum Cenomannis in urbe degentium,  in Ledru, Archives historiques du Maine, 1901 p. 383   http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k736761/f538.image

— CALLIAS BEY (Martine), CHAUSSÉ (Véronique), PERROT (Françoise), GRODECKI (Louis) 1981, Les vitraux du Centre et des Pays de la Loire, Corpus Vitrearum Recensement II, CNRS éditions, Paris.

— DEBIAIS (Vincent),2010, Corpus des inscriptions de la France médiévale 24 Maine-et-Loire, Mayenne, Sarthe (Région Pays de la Loire) CNRS éditions, Paris. page 200. page 244.

— DOIGNON (Jean) Perspectives ambroisiennes : SS. Gervais et Protais, génies de Milan.

http://www.patristique.org/sites/patristique.org/IMG/pdf/56_ii_3_4_07.pdf

— GATOUILLAT (Françoise) 2001  "Les verrières de la cathédrale du Mans" 303, Arts recherche et créations, la revue des pays de la Loire  70 p. 168-175. 

— GRANBOULAN Anne. "De la paroisse à la cathédrale : une approche renouvelée du vitrail roman dans l'ouest." In: Revue de l'Art, 1994, n°103. pp. 42-52. http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/rvart_0035-1326_1994_num_103_1_348108

— GRANBOULAN PASCAUD (Anne) 1991 La tradition picturale des provinces de l'ouest de la France dans le vitrail du douzième siècle Thèse en Art et archéologie sous la direction de Anne Prache, Paris IV.

 — HUCHER (Eugène) et LAUNAY (Abbé), 1864, Calques des vitraux de la cathédrale du Mans Calques des vitraux peints de la cathédrale du Mans... par M. Eugène Hucher et l'abbé Launay. Introduction historique : école primitive de peinture sur verre au Mans, par l'abbé Lottin. Paris, Didron 

— LAUTIER (Claudine), 2003, «  Les vitraux de la cathédrale de Chartres. Reliques et images », Bulletin Monumental Vol.161 pp. 3-1 http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/bulmo_0007-473x_2003_num_161_1_1180

 LE-NAIN de TILLEMONT, 1695 "Saint Gervais et saint Protais"Mémoires pour servir a l'histoire ecclesiastique, Volumes 1 à 2

— ROUYER (Claire) 2001 "Les tentures de Saint-Julien" in 303, Arts recherche et créations, la revue des pays de la Loire  70 p. 176-181

—-"La tapisserie de SaintGervais et de saint Protais, 2001, , in 303, Arts recherche et créations, la revue des pays de la Loire  70, encart intérieur pages 187-190

WEIGERT (Laura), 2004,  Weaving Sacred Stories: French Choir Tapestries and the Performance : Londres : transcription des titulus de la tapisserie de Saint Gervais et saint Protais 

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Published by jean-yves cordier - dans Vitraux Le Mans
31 janvier 2015 6 31 /01 /janvier /2015 12:45
Identification des insectes représentés dans les deux Allégories de la vie brève de Joris Hoefnagel (1591) du Musée des Beaux-Arts de Lille. Petit inventaire entomologique amateur, et étude.

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Voir dans ce blog sur Hoefnagel :

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Présentation. 

Voir ici :

 —   https://archive.org/stream/MasterworksfromtheMuseedesBeauxArtsLille#page/n97/mode/2up

—   http://www.photo.rmn.fr/archive/10-533934-2C6NU0Y4ZX3I.html

—   http://www.photo.rmn.fr/archive/97-022109-2C6NU0G1A7S5.html

 


 

 Il s'agit d'une paire de deux miniatures à l'aquarelle sur parchemin, encollées au panneau, chacun mesurant 12,3 x 18 cm,  signée et datée ( au centre en bas): G.H F / -I-5-9I-

La signature G.H est interprétée comme celle de Georgius (Joris) Hoefnagel, peintre Flamand (Anvers 1542-1601 Vienne) : ces peintures ont sans-doute été réalisées pour l'empereur Rodolphe II à Prague. 

  Le Musée des Beaux Arts de Lille possède un dyptique de deux peintures sur parchemin de Joris Hoefnagel, présentées dans deux cadres de bois noir articulés entre eux par des charnières. Ces deux miniatures presque jumelles forment donc un ensemble indissociable sous le thème de l'Allégorie de la Brièveté de la vie, l'une comportant une tête d'ange et l'autre une tête de mort. Le corpus d'inscriptions (versets bibliques et poésie sur les Roses d'Ausonius) est consacré au thème de la brièveté de la vie, alors que les roses en boutons puis fanées, les autres fleurs, et les insectes forment l'illustration naturelle du caractère éphémère de l'existence. Il faut imaginer ce dyptique fermé, dans le cabinet de l'empereur Rodolphe II à Prague. S'il l'ouvre, c'est pour se livrer à une méditation raffinée offerte par le dernier des miniaturistes flamands. Hoefnagel, contemporain de Rabelais et de Shakespeare, de Ronsard et de Lope de la vega, ici comme ailleurs, réalise pleinement l'idéal du Peintre érudit concevant ses tableaux comme de petits théâtres.

 

Description

 1. Le dessin de gauche (Tête de mort) comporte des roses aux différents stades de leur évolution du frais bouton vers l'épanouissement puis la chute des pétales autour d'étamines ébouriffées. On y voit aussi à gauche des myosotis, dont le nom allemand Vergiss mein nicht (Ne m'oublie pas) semble ici être prononcé par la Mort. En vis-à-vis, des fleurs rouges (anémones ? mais 6 pétales). Selon  G. Fettweiss,  l'anémone, "fleur du vent, symbolise l’éphémère, le printemps qui renaît, la beauté fragile. Elle est née du sang d’Adonis, amoureux de Vénus et mortellement blessé par son rival Mars. Des pleurs de Vénus naquit l’anémone ". Le sablier médian, les lampes à huile dont la mêche fume participent du même propos sur le temps qui passe et sur son caractère évanescent : Dans la célèbre citation de l'Ecclesiaste "Vanité, tout est vanité", le mot hébreu correspondant au latin vanitas signifie buée, souffle : "buée de buée, tout est buée". L'huile qui se dissipe en fumée après un éclat passager relève de cette vanitas. 

L'inscription supérieure en lettres capitales ROSA[M] QVAE PRAETER/IERIT NE QVAE-RAS ITERV[M] cite un adage d'Erasme 1540. II, VI, 40 qui peut se traduire par : "Ne demandes pas à la rose fanée de fleurir à nouveau". Hoefnagel l'a déjà inscrite dans le

 volume Ignis de ses Quatre Éléments (offerts aussi à l'empereur Rodolphe II), sur la planche XXIV qui représente une rose isolée.

L'inscription en bas à gauche dit : Homo sicut fanum dies/eius, tanqua[m] flos agril sic efflorebit. psal. 102. La numérotation des psaumes utilisée par Hoefnagel est celle des Protestants, correspondant au psaume 103 pour les Bibles catholiques, et la Vulgate. Ce Psaume 102 est dit Psaume de la bonté car il bénit Dieu pour ses bienfaits, mais les versets 14 à 16 souligne la fragilité de l'homme :

14 "Car il sait de quoi nous sommes formés, Il se souvient que nous sommes poussière.

15 L'homme! ses jours sont comme l'herbe, Il fleurit comme la fleur des champs.

16 Lorsqu'un vent passe sur elle, elle n'est plus, Et le lieu qu'elle occupait ne la reconnaît plus. "(Trad. L. Segond)

Pendant tout le Moyen-Âge, puis à l'époque baroque le verset 15 a fait l'objet de traduction en français sous forme de paraphrases poétiques, et un rapprochement avec le verset d'Isaïe qui va suivre a été établi : "L'homme n'est rien que poudre, un peu de vent l'emporte, c'est une tendre fleur, qu'on voit bientôt fener" (La Céppède).

L'inscription de droite cite Isaïe : Omnis caro foenum, /Et omnis gloria eius / quasi flos agri Isa.42. On y 

 reconnaît Isaïe 40:6 :

"6 Toute créature est comme l'herbe, et toute sa beauté comme la fleur des champs.

7 L'herbe sèche et la fleur tombe quand le vent de l'Eternel souffle dessus. Vraiment, le peuple est pareil à l'herbe:

8 l'herbe sèche et la fleur tombe, mais la parole de notre Dieu subsiste éternellement." (Trad. L. Segond)

On voit que ces inscriptions étayent l'allégorie de l'être humain semblable à une rose vite déchue de sa beauté. L'unité entre intention morale, peinture et texte est complète.

Ce dessin de gauche correspondrait, dans la partition binaire des deux œuvres, à la Nuit, comme l'indiquent les ailes de chauve-souris dont la tête de mort est dotée.

 Le dessin de droite (tête d'ange entourée d'ailes d'oiseau) ne comporte pas de roses, mais deux Lis martagon, dont celui de droite est en bouton alors que celui de gauche penche déjà son inflorescence sous le poids des étamines et des pétales retroussés. Ce port floral fléchi est caractèristique de Lilium martagon, et justifie peut-être son choix dans l'allégorie. Au centre, deux boutons allongés sont peut-être aussi ceux de Lis, alors parmi  les fleurs en situation intermédiaire basse je crois reconnaître à gauche un œillet (Dianthus) et une Pensée  (Viola tricolor).

L'inscription supérieure : IPSA DIES APERIT/CONFlCIT/IPSA DIES  est un vers de l'Idylle De rosis nascentibus du poète aquitain du IVe siècle  Ausone. Lionel-Édouard Martin en donne la traduction suivante : "Issues d’un même jour qu’un même jour consume !"   Cette citation apparaît aussi dans l'Archetypa studiaque Pars I,9 de Jacob Hoefnagel (1592) et dans la planche L d'Ignis de Joris Hoefnagel, associée à la fleur Mirabilis jalapa ("Belle-de-nuit"). De ce fait, j'identifiie les "deux boutons allongés" du centre de cette peinture comme correspondant à cette fleur, fortement emblématique d'une vie éphémère.

   Dans la partie inférieure, l'inscription de gauche  Florete flores, quasi / Lilium, et date odorem, /Et frondete in gratia[m]:/  est une citation de L'Ecclésiastique (B.J)  ou Livre de Sirah ou Siracide 39:14 : "Fleurissez comme le lis et donnez votre parfum. Chantez ensemble un chant". Ce livre est classé parmi les apocriphes dans les Bibles protestantes. 

   L'inscription de droite  Et collaudate canticum, /Et benedicite Dominum /In operibus suis. Ecc: 38.  est la fin de ce verset. Le chapitre est numéroté 38 dans la Bible du roi Jacques de 1611. Le verset se traduit (Crampon) "chantez un cantique, célébrez le Seigneur pour toutes ses œuvres".  

Les cartouches et les consoles en volute  s'inspirent des grotesques du "style Floris" et témoignent des propositions d'embellissement architectural et ornemental de l'ornemaniste Cornelis Floris de Vriendt, (1514-1575), comme les mascarons et les motifs du Mira calligraphiae. Comme dans d'autres dessins, les cartouches inférieurs semblent (par trompe-l'œil)  fixés à un mince encadrement de cuivre qui reçoit, sur les faces latérales et le bord supérieur, des anneaux.  Sur les côtés, ceux-ci maintiennent les tiges des fleurs coupées, qui sont serrées par des pinces métalliques. En haut, ils mainteinnent le cartouche supérieur dont les prolongements latéraux en volute  soutiennent les deux petits vases d'où monte dans un cas une sombre fumée (dessin de gauche "nocturne") et dans l'autre (dessin de droite "diurne") des flammes vives. Ce montage tant ornemental que quincailler se poursuit sur la ligne médiane, où le crâne (ou l'ange), les ailes, le sablier enrubanné et le gland rouge terminal semblent suspendus les uns aux autres. Cette présentation assimile l'œuvre picturale à une vitrine de Cabinet de curiosité où le soigneux assemblage des objets précieux dissimule un message mi-philosopique mi-religieux pour celui qui saurait le déchiffrer. Autrement dit (et les formes calligraphiques des cartouches et des insectes y contribuent), tout ici n'est que "chiffre", les inscriptions sacrées et les spécimens naturels témoignant d'un seul Livre écrit par le Créateur et que l'humaniste raffiné de la fin du XVIe siècle s'attache à lire.

La miniature n'est pas dénuée d'humour, qui apparaît notamment par la situation en miroir des deux libellules dont la position et dont la posture rappelle fortement les couples d'anges en adoration ou soutenant des phylactères, des peintures religieuses. Ces insectes angéliques, par leur attitude d'orans, semblent dès lors participer  à l'invitation aux chants de louange  des versets qu'ils présentent.

 

 

Inventaire entomologique.

On tiendra compte que certaines couleurs ont passé :  les roses et leur feuillages se sont transformées en formes fantomatiques. Les couleurs rose et vert sont devenues blanches. Seules sept espèces ont été identifiées avec certitude sur 21 espèces. Cinq ordres sont représentés (Odonata x 4, Orthoptera x 1, Lepidoptera x13, Diptera x 2, Hymenoptera x 1). 

 

a) Allégorie de la Nuit ou de la Mort : Rosam quae praeterit. Huit insectes et un escargot.

Outre l'escargot (Mollusque, Gasteropoda Cepaea sp.), huit insectes sont disposés symétriquement autour d'un papillon aux ailes étalées placée sur l'axe médian.

- Ce papillon central est Aglais urticae "La Petite Tortue", ailes étalées. C''est  l'un des premiers papillons représentés par les peintres flamands (Hans Memling, Jugement Dernier) et par les miniaturistes dans les marges des Livres d'Heures. Chez Memling, le motif de ses ailes est prêté aux ailes des diables de l'Enfer, il possède donc une connotation négative lié au Mal. Leclercq et Thirion remarquent les antennes très bien dessinées.

- Dans la moitié gauche, on trouve de haut en bas :

  • Lepidoptera Nymphalidae Vanessa cardui la "Belle-Dame", ailes dressées.

  • Hymenoptera Gasteruptionidae : Gasteruption assectator (L.)

  • Odonata Zygoptera Coenagrion puella ou "Agrion jouvencelle".

  • Lepidoptera Sphingidae Hyles euphorbiae Chenille : "Sphinx de l'Euphorbe"

- Dans la partie droite :

  • Lepidoptera Nymphalidae Satyridae [Lasiommata megera "Mégère, Satyre"]. Pour Leclerc & Thirion, probable Hipparchia semele, "Agreste".

  • Odonata Zygoptera non identifiable.

  • Lepidoptera Lymantridae Euproctis similis ou "Cul doré" chenille 

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b) Allégorie du Jour, ou de la Vie Ipsa Dies aperit. Treize insectes

Douze insectes sont disposés symétriquement autour d'un papillon aux ailes étalées placé sur l'axe médian.

Ce papillon est Vanessa cardui la "Belle-Dame", "antennes très bien dessinées" (Leclercq et Thirion).

- A gauche :

  • Lepidoptera Nymphalidae (décoloré mais très semblable à son vis-à-vis de droite), ailes dressées. Pour Leclercq et Thirion, Hipparchia semele, malgré "quelques doutes parce que très décoloré".

  • Diptera Calliphoridae : une mouche nécrophage ou coprophage comme par exemple la"mouche bleue" Calliphora vomica, ou la "mouche verte" Lucilia caesar.

  • Diptera Sciaridae ( Leclercq et Thirion, qui font cette identification, ajoutent :"certainement")

  • Odonata Zygoptera Calopterygidae Calopteryx sp. [femelle]

  • Lepidoptera Pieridae [Pieris brassicae] chenille, décolorée

- A droite :

  • Lepidoptera Nymphalidae [Lasiommata megera] "presque certainement" selon Leclercq et Thirion.

  • Lepidoptera Lycaenidae [Polyommatus icarus aux  lunules orange décolorées ?]

  • Orthoptera [Tettigoniidae]. Les antennes manquent.

  • Odonata Zygoptera Calopteryx sp.

  • Lepidoptera Sphingidae Chenille (verte, décolorée ?).

​- De chaque coté du sablier, Leclercq et Thirion ont vu deux Tineidae "probablement ; en tout cas, ce sont des microlépidoptères placés comme s'ils étaient attirés par une lampe, celle-ci étant remplacée par un sablier !"


 

Conclusion :

   De dessin en dessin, d'œuvre en œuvre, Joris Hoefnagel poursuit le même projet en recomposant inlassablement les mêmes versets de psaumes et de poème, les mêmes roses et les mêmes lis, les mêmes réseaux de formes contournées, les mêmes espèces d'insectes, sans jamais épuiser la complexité de la vérité toute simple de notre présence éphémère au sein d'une Nature qui n'est qu'un vaste champ de correspondances avec notre destinée. Dans sa série des Allégories, plus tardives dans sa carrière, il présente ces inscriptions, cette faune et cette flore dans un cadre en trompe-l'œil réalisant ainsi la scène d'un petit théâtre, ou la vitrine d'un Cabinet de curiosité. La démarche allégorique est claire : la vie est un théâtre, le Theatrum Naturalis, et celui qui sait en observer le spectacle y déchiffre  l'incommensurable et admirable complexité de la Création dont les moindres témoins sont autant de reflets des lois qui réglent le Cosmos. La loi la plus claire est celle du cycle des métamorphoses, sous-tendu par la sexualité —la Reproduction— dont les chenilles, les chrysalides et les papillons sont d'éloquents acteurs. Nous sommes d'éphémères vermisseaux, mais notre privilège est, par le dédoublement du regard que permet la Représentation (au sens de l'illustration ou au sens scénique), d'associer le sentiment d'admiration à la prise de conscience, la distanciation humoristique et la participation délibérée à ce destin. Ce plaisir du spectateur est accru par le plaisir de l'esthète érudit, savourant de reconnaître Ausone par quelques-uns de ses vers, de partager l'admiration pour la poésie des psaumes, et de deviner l'inter-texte et le contexte. C'est ainsi que le vermisseau passe son temps.

 


 


 



 

Musée de Lille, Hoefnagel, Allégorie panneau A Rosam quae

Musée de Lille, Hoefnagel, Allégorie panneau A Rosam quae

Musée de Lille, Hoefnagel, Panneau B Ipsa Dies

Musée de Lille, Hoefnagel, Panneau B Ipsa Dies

Annexe I. Les identifications de Leclercq et Thirion (1989).

J'avais déjà terminé cet inventaire lorsque j'ai pu prendre connaissance de l'article  "Les insectes du célèbre diptyque de Joris Hoefnagel (1591) conservé au Musée des Beaux-Arts de Lille", de Jean Leclercq et Camille Thirion, qui s'étaient livrés au même exercice, après avoir obtenu, de la conservatrice du Musée, des diapositives des aquarelles originales, et qui ont peut-être bénéficié d'une meilleure vision des détails. Malgré leur grande compétence, ils s'étaient fait aidés pour la détermination des papillons par Charles Verstraeten, conservateur en entomologie de la Faculté de Gembloux. Jean Leclercq a été un spécialiste mondial en taxonomie des Sphecidae ; il enseigna la zoologie à Gembloux. Dans son équipe de recherche sur les Hyménoptères figurait C. Thirion, chargé des Ichneumonidés. 

J'ai donc modifié cet article en conséquence.

L'une de leur trouvaille est d'y avoir reconnu, dans leur champ de compétence, Gasteruption assectator, un hyménoptère appartenant au sous-ordre des Apocrites reconnaissables à l'étranglement séparant le thorax et l'abdomen, le pétiole. Chez ces Apocrites, les Térébrants (autrefois Parasites) pondent leurs œufs sur ou dans les jeunes stades (chenilles ou chrysalides) d'autres insectes, grâce à l'ovopositeur de la femelle, ce long tube visible comme une queue à l'extrémité de l'abdomen. Notre Gasteruption assectator avait été décrit sous le nom d'Ichneumon assectator par Linné en 1758, puis Pierre-André Latreille a décrit le genre Gastruption en 1796. Les adultes passent la belle saison sur les fleurs d'ombellifères, et leurs larves parasitent les abeilles solitaires. L'ovopositeur d'assectator est plus court que celui de G. jaculator ou Gastérupion à javelot.

http://sv.wikipedia.org/wiki/Gasteruption_assectator.

L'autre apport de cette publication est d'affirmer avec certitude la présence d'un Sciaridae, moucheron Nématocère se développant en milieu humide (litière, pots de fleurs, humus) et ravageurs des champignonières ou des serres.

 

Annexe II : Biographie de Hoefnagel.

j'utiliserai le texte de Walter Liedtke dans le Catalogue Les chefs-d'oeuvre du Musée des Beaux-Arts de Lille : [exposition, New York, Metropolitan museum of art, 27 octobre 1992-17 janvier 1993, disponible en ligne dans sa version américaine.

 

Joris (ou Georg) Hoefnagel, fils d'un diamantaire d'Anvers, s'est décrit comme autodidacte, même si Van Mander signale qu'il a étudié avec Hans Boel. Vers 20 ans, il a voyagé en France, il a passé quatre ans en Espagne (1563-1567), puis s'est rendu en Angleterre avant de s' installer à Anvers, où il se maria en 1571. Sa carrière de miniaturiste dépendait du patronage d'une cour, qu' Hoefnagel n'eut aucun mal à trouver une fois qu'il quitta Anvers (vers 1576-1577). Hans Fugger d'Augsbourg le recommanda au duc Albrecht V de Bavière, au service duquel Hoefnagel fut engagé tout en visitant l'Italie (avec Abraham Ortelius) avant de revenir à Munich. Pendant cette période, il a fait des vues de la ville qui ont ensuite été publiés dans le Civitates orbis terrarum de Georg Braun et  de Frans Hogenberg (Cologne, 1572- 1618). Entre 1582 et 1590 Hoefnagel a travaillé aux illuminations du célèbre Missale romanum (Vienne, Österreichische Nationalbibliothek) pour l'archiduc Ferdinand II de Tyrol, et en Avril 1590, il a négocié pour entrer au service de Rodolphe II. L'artiste a probablement visité Prague, la capitale de Rodolphe II,  en 1590 ou en 1591 et en 1594, mais pendant ces années, il a surtout vécu à Francfort. À la demande de l'empereur Hoefnagel a peint de nombreuses miniatures (surtout des fleurs, avec des animaux et des insectes dans des arrangements décoratifs) dans deux Livres de modèles de calligraphie (Schriftmusterbücher) - chefs-d'œuvre calligraphiques composés une génération plus tôt par Georg Bocskay, qui avait été secrétaire de grand-père paternel de Rodolphe, l'empereur Ferdinand I.  Les  miniatures indépendantes de Hoefnagel datent de la même année et à partir de 1595 jusqu'à sa mort en septembre 1601. au cours des cinq dernières années de sa vie, Hoefnagel a surtout vécu à Vienne, mais il a visité Prague en 1598.

Le diptyque Lille est une des premières œuvres indépendantes que l'artiste a réalisées très tôt, et peut avoir été peinte à Prague, Munich ou Francfort. En tout état de cause, les miniatures ont été faites alors qu'il était au service de l'empereur et reflètent quelques-uns des intérêts sophistiqués de l'empereur, telles que les espèces de la vie naturelle, les œuvres d'art exquises, les et allégories intelligentes.

 

Liens et sources :

 

FETTWEIS (Geneviève) s.d Les fleurs dans la peinture des XV e , XVI e et XVIIe siècles Musées royaux des Beaux -Arts de Belgique 

— LECLERCQ (Jean), THIRION (Camille), 1989, "Les insectes du célèbre diptyque de Joris Hoefnagel (1591) conservé au Musée des Beaux-Arts de Lille", Bull. Annls Soc. r. belge Ent. 125, 302-308.

— Masterworks from the Musee des Beaux- Arts, Lille 

 https://archive.org/stream/MasterworksfromtheMuseedesBeauxArtsLille/MasterworksfromtheMuseedesBeauxArtsLille_djvu.txt

Bibliographie du Catalogue Chefs-d'Oeuvre du Musée des Beaux-Arts de Lille :

-BERGSTROM, Ingvar. Dutch Still-Life Painting in the Seventeenth Century. London, 1956. 
 -BERGSTROM, Ingvar. "Georg Hoefnagel, le dernier des grands miniaturistes flamands." L'Oeil 101 (May 1963), pp. 2-9, 66. 
-BERGSTROM, Ingvar. "On Georg Hoefnagel's Manner of Working, with Notes on the Influence of the Archetypa Series of 1592." In Netherlandish Mannerism: Papers Given at a Symposium in Nationalmuseum Stockholm, 

-KAUFMANN, Thomas DaCosta. The School of Prague: Painting at the Court of  Rudolf II. Chicago and London, 1988. 

 

 -VIGNAU-WILLBERG ( Thea). "Naturemblematik am Ende des 16. Jahrhunderts." Jahrbuch der kunsthistorischen Sammlungen in Wien, n.s., 46-47 (1986-87), pp. 146-56. 

— Images :

http://www.photo.rmn.fr/C.aspx?VP3=SearchResult&VBID=2CO5PCUQM2LD

http://www.photo.rmn.fr/archive/97-022109-2C6NU0G1A7S5.html

http://www.photo.rmn.fr/archive/97-022109-2C6NU0G1A7S5.html

https://archive.org/stream/MasterworksfromtheMuseedesBeauxArtsLille#page/n97/mode/2up

https://archive.org/stream/MasterworksfromtheMuseedesBeauxArtsLille#page/n99/mode/2up

 
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Published by jean-yves cordier - dans histoire entomologie - Hoefnagel
29 janvier 2015 4 29 /01 /janvier /2015 15:25

La planche "Ater, Insectes et dieu du vent" de Joris Hoefnagel (Metropolitan Museum, New-York).

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Voir dans ce blog sur Hoefnagel :

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Image : Metropolitan Museum of Art, New-York

Titre : Insecte et tête d'un dieu des Vents Joris Hoefnagel date: ca. 1590-1600 Plume et encre brune, lavis de couleur, peinture d'or, sur velin.

Inscription: en haut "ATER". En bas, Dans un cartouche " Qui ponis nübem / ascensum tuum q ... / ambulas stylo süper / nas Venio-u / PS: 103: "

Ater signifie en latin "Noir", un noir de suie, mat et profond et non le noir brillant du mot niger. Ater qualifie ce qui est obscur, sombre, foncé. En français, il a donné "âtre", mais aussi (par le latin atrox «cruel, méchant", l'adjectif "atroce".

Le verset du Psaume 104 (103 dans la numérotation grecque ) est le suivant: Ps 104: 3

qui tegis in aquis superiora eius qui ponis nubem ascensum tuum qui ambulas super pinnas ventorum : "Il forme avec les eaux le faîte de sa demeure ; il prend les nuées pour son char, il s’avance sur les ailes du vent. " (Trad. Louis Segond)

Comme dans les autres dessins de Joris Hoefnagel, une tringlerie en trompe-l'œil réunit la bordure présentée comme un cadre de laiton et équipée de six anneaux, le cartouche inférieur, et le cartouche supérieur suspendu aux anneaux: ce dernier cartouche semble muni d'œillets latéraux qui maintiennent les pinces d'un scarabée. En regardant de près, on constate que les anneaux latéraux maintiennent une patère qui, par un œillet à vis, permet de recevoir la tige de deux fleurs, maintenant décolorées, mais que l'on devine comme un lis ou un Hémérocalle à gauche, et un Iris foétide à droite.

Cette mise en scène crée l'illusion d'une vitrine d'un Cabinet de curiosité (Kunstkammer) comme Vincent Levinus les proposera plus tard à ses visiteurs. Une savante composition y tient un discours, muet, secret et réservé aux happy few qui partagent les mêmes connaissances encyclopédiques, les mêmes valeurs fondées sur l'étude des textes antiques et bibliques, le même sentiment d'appartenance à une communauté, et le même souci de partager, à travers l'Europe, les échantillons, les illustrations, les publications et les compétences. Enfin, le plus souvent, une même foi religieuse et une même confession.

L'insecte central est le Scarabée rhinocéros Oryctes nasicornis, élytres écartées révélant les ailes à la nervation soigneusement reproduite. L'artiste reprend ici l'illustration qui occupait la planche VII du volume de Ignis de ses "Quatre éléments". On peut deviner une relation entre le titre Ater, et la couleur sombre de l'insecte.

Pourtant, le thème central est celui du Vent et du Souffle et des "ailes du vent" pinnas ventorum du psaume 104: Celles-ci sont sanctifiées, elles sont au service de Dieu (le sujet de la phrase du psaume) lors de la Création du monde et s'apparentent au Souffle de l'Esprit. Ainsi, le Vent qui apparaît comme une divinité joufflue, un Éole au antique au centre du registre inférieur n'est-il qu'une allégorie de l'Esprit divin. Du même coup, tous les insectes ailés réunis sur cette planche participent à cette allégorie et, selon la théorie du microcosme visible révélateur du macrocosme invisible, témoignent de la puissance créatrice de Dieu.

 On dénombre deux fleurs (Liliacées) et 19 insectes ailès disposés selon une certaine symétrie. Outre le scarabée central, ce sont :

— Du coté gauche :

  • Lepidoptera Lycaenidae "Azuré"
  • Lepidoptera Nymphalidae Satyrinae (Coenonympha pamphilus "Fadet" ?)
  • Odonata Zygoptera
  • Hymenoptera Vespinae
  • Odonata Zygoptera (Agrion, couleur bleue)
  • ailes isolées ?? Lepidoptera Noctuidae ?
  • Orthoptera Ensifera "Sauterelle" femelle
  • ?
  • ?
  • lepidoptera Nymphalidae Vanessa atalanta le "Vulcain".

— Du coté droit :

  • Lepidoptera Lycaenidae "Azuré"
  • Odonata Anisoptera ressemble à un mâle de Sympetrum sanguineum (perostigmas sombres)
  • Arachoidea Araneidae ?
  • Lepidoptera Sphingidae Macroglossum stellatarum "Sphinx colibri"
  • Diptera Tipulidae (peut-être Limonia nubeculosa)
  • Lepidoptera Nymphalidae Satyrinae : possible Maniola jurtina "le Myrtil"
  • Orthoptera Ensifera Tettigoniidae "Sauterelle" femelle
  • Coleoptera Coccinellidae : probable Coccinella septempunctata

Conclusion : Dés la fin du XVIe siècle, avant la parution du livre d'Aldrovandi sur les Insectes (De animalibus insectis ) en 1602, mais dans l'ébullition européenne de la volonté d'approfondir la connaissance du monde comme manière de rendre compte de la grandeur de Dieu, des illustrations précises et entomologiquement exactes de diverses sortes d'insectes, des plus spectaculaires comme le Scarabée rhinocéros jusqu'à la plus petite mouche, sont réalisées par un artiste qui est à la fois le dernier des miniaturistes de l'école Bruges-Gand, et le premier des entomologistes.

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Published by jean-yves cordier - dans histoire entomologie - Hoefnagel
29 janvier 2015 4 29 /01 /janvier /2015 14:52

Joris Hoefnagel offre à sa mère pour ses 70 ans l'une des premières Natures mortes connues.

Voir dans ce blog sur Hoefnagel :

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Description :

Source : Metropolitan Museum of Art, New-York.

Lien image et informations : http://www.metmuseum.org/toah/works-of-art/2008.110

"Nature morte avec des fleurs, un escargot et des insectes" Joris Hoefnagel ( Anvers 1542-1601 Vienne) 1589

Médium: aquarelle, gouache, et feuille d'or sur vélin

Dimensions: feuille: (11,7 x 9,3 cm).

Classification: Dessins

Signature:. Dans le cartouche sous le vase, par l'inscription «AMORIS MONUMENTV[M] MATRI CHARISS[IMAE]|GEORGIVS HOEFNAGLIVS. D. Ao 89 "

Je me contente ici de traduire et d'adapter le commentaire donné par le Musée :

"cette peinture a été donnée par l'artiste à sa mère Elisabeth Veselaer Hoefnagel (morte après 1589). Elle nous est parvenue probablement par filiation à sa fille Susanna Hoefnagel-Huygens (1561-1633 La Haye); puis par son fils, Constantijn Huygens l'Ancien (néerlandais, La Haye de 1596 à 1687 La Haye); éventuellement par filiation dans la famille Huygens, avnat de rejoindre une collection privée aux Pays-Bas

Daté de 1589, ce dessin est parmi les natures mortes indépendantes les premières connues par un artiste néerlandais. Il a été fait pendant les années où Hoefnagel était en activité à Munich, où ses talents de peintre miniaturiste (qui dément le fait qu'il n'a jamais reçu aucune éducation formelle en tant qu'artiste) lui ont valu une nomination à la cour ducale [d'Albrecht V puis de Guillaume V]. Comme en témoigne la dédicace, c'est aussi une déclaration émouvante de son amour pour sa mère (matri amoris monumentum charissimae) [en reconnaissance pour l'amour de ma chère mère ?] et peut lui avoir été présenté pour son soixante-dixième anniversaire. Les miniatures de Hoefnagel sont connues pour leur exécution minutieuse et la subtilité de l'observation. En combinant l'apparence d'une feuille d'études d'après nature avec la tradition emblématique reçue de la Renaissance, Hoefnagel exercé une influence durable sur l'un des genres les plus novateurs de la peinture hollandaise, la Nature morte du XVIIe siècle."

Avant de tenter un inventaire des insectes représentés, je voudrais d'abord faire remarquer la forme des anses du vase. Par leur double courbe inverse et l'élégance complexe voire baroque de leur dessin, qui contraste avec la simplicité du vase lui-même, elles entrent en relation avec les calligraphies du Mira calligraphiae que Hoefnagel a enrichi de ses peintures : elles relèvent du geste délié du peintre en lettres, et créent un point d'intersection avec la littérature. A mon sens, elles sont (comme les patères de fixation ou les cartouches d'autres planches) une manière pour ce peintre profondément imprégné des valeurs protestantes (ou seulement humanistes) d'exprimer sa foi dans la continuité entre l'Ecrit (la Bible, bien-entendu, mais aussi tout texte), l'Art, et la Nature : ou bien sa foi que la Nature est un Livre qui demande à être lu, qui attend d'être décrypté. Swammerdam (1637-1680) nommera plus tard "Livre de la Nature" ses études sur la nature, et son recueil posthume portera le nom de "Bible de la Nature". Cette unité entre L'Ecriture, L'art et la Vie s'exprime aussi ici (et dans chaque planche) par la reprise de ces formes artificielles (ces poignées semblent en métal) dans les courbes et contre-courbes des tiges, des pétales, des chenilles, des antennes et des ailes ...et des colimaçons : de même que les contours et les structures des plantes se répètent dans celles des insectes, de même que les métamorphoses des plantes menant de la graine à la fleur puis au bouton fané et au fruit trouve sa correspondance dans le parcours menant de la chenille au papillon, l'Unité du vivant dépasse les barrières entre Botanique et Zoologie, et entre Nature et Artifice. Tout, ici, est correspondances et affinités. Comme entre un fils et sa mère.

 

Inventaire entomologique : 7 espèces. Dans le sens horaire en partant du coin supérieur gauche (proposition non validée entre crochets):

  • Apoidea Sphecidae [Ammophilla]

  • Lepidoptera Geometridae Chenille
  • Lepidoptera Sphingidae ? chenille
  • Lepidoptera Lycaenidae [Polyommatus icarus "Azuré de la Bugrane"]
  • Lepidoptera Nymphalidae Satyrinae Lasiommata megera "Satyre" mâle.
  • Lepidoptera Lycaenidae [Polyommatus icarus "Azuré de la Bugrane"]
  • Odonata Zygoptera [Coenagrion pulchellum, "Agrion joli"]...

 

 

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Published by jean-yves cordier
27 janvier 2015 2 27 /01 /janvier /2015 11:24

 Le vitrail de l'Arbre de Jessé de l'église Saint-Etienne de Beauvais.

 

Voir dans ce blog lavieb-aile des articles consacrés aux Arbres de Jessé de Bretagne:  

Les sculptures :

Et les vitraux : 

Et en comparaison avec les œuvres bretonnes :

 

 

                         arbre-de-jesse 5653c

 


 Situé au fond du déambulatoire, près de la chapelle St Claude, ce chef d'œuvre d'Engrand Le Prince datant de 1522-1525 est sans-doute le vitrail de l'Arbre de Jessé le plus réputé, à l'égal de la réputation de son auteur, considéré comme le Michel Ange ou le Raphaël de la peinture sur verre.

Haute de 6,60m sur 3,25m de large, formée de trois lancettes ogivales divisées chacune en six panneaux, et d'un tympan de cinq mouchettes et dix écoinçons, la verrière a été amputée de son registre inférieur en 1794 par les révolutionnaires qui ont percé une porte juste au-dessous pour faciliter le stockage du grain. On peut imaginer que ce registre accueillait deux donateurs en prière, et, au centre, le début du dais monumental de Jessé.

Elle ne compte,autour de Jessé assis,  que huit rois de Judas (au lieu du nombre traditionnel de douze), parmi lesquels deux sont identifiés avec certitude, David par sa harpe, et Roboam par une inscription. L'arbre se divise précocément en deux branches, qui montent parallèlement en se ramifiant latéralement, et dont une seule, celle de gauche, atteint le tympan et s'épanouit en une fleur de lys. Au cœur de celle-ci siège Marie tenant son fils, au centre d'une mandorle de rayons d'or. Deux prophètes (traditionnelement Isaïe et Jérémie) la désigne, pour indiquer qu'elle est la réalisation de leurs prophéties. 

Bien que nous ayons affaire à une baie unifiée qui n'est pas découpée en médaillons ou en scènes, je décrirai trois registres.

 

 

 

I. Registre inférieur. 

 

 

arbre-de-jesse 5655c

 

Premier roi de Juda :  "François Ier".

Chaque commentateur mentionne qu'il s'agit ici d'un portrait de François Ier, mais j'ignore sur quelle autorité* s'appuient ces affirmations. Aucun attribut ne permet une identification ; la coiffure de ce roi est encore pré-Renaissance ; il ne porte pas de barbe, pas de collier d'un Ordre, et cela peut être un portrait-type d'un roi vêtu d'une cape ou d'un manteau rouge moucheté de blanc (verre rouge gravé) doublé d'hermine, sur un pourpoint de soie blanche et or aux crevés des manches et de la poitrine. Il porte le sceptre, et une paire de gants en main gauche. Il n'est guère éloigné par exemple, du portrait que trace Rabelais de Gargantua (1533-1535) chapitre VI , avec sa chemise de toile (celle du roi de Juda est froncée autour d'une encolure rectangulaire), son pourpoint de satin blanc, ses chausses d'estamet blanc, "déchiquetées en forme de colonne striées et crénelées", d'où émerge par les orifices une étoffe de damas bleu, sa broderie de canetille aux plaisants entrelacs d'orfèvrerie garnis de fins diamants, fins rubis, fines turquoises, fines émeraudes , son saye de velours bleu, sa ceinture de serge de soie, et son bonnet de velours orné d'un médaillon. Bref, Engrand Leprince donne ici, comme Rabelais d'ailleurs, le portrait d'un seigneur de son temps.

Je place ici les portraits de François Ier en 1515  (barbu depuis sa blessure de 1521) puis en ? et de Charles Quint

* Il s'agit selon Jean Lafond de Stanislas de Saint-Germain, qui reconnaît en 1843 dans ce vitrail Saint-Louis, Louis XII et François Ier : c'est aussi ce qu'indique Louis Graves, 1855 Précis statistique sur le canton de Beauvais, p. 177 cité par Jules Corblet en 1860. D'autres y ont découvert Henri II. Jean Lafond, qui cite en 1963 ces identifications avec ironie, trouve néanmoins que la ressemblance avec François Ier est ici incontestable, que celle avec Charles Quint est (panneau de droite) "assurément moins assuré", mais il ne relève pas les incohérences que je pointe. Dans la suite de son texte, et notamment dans la discussion de datation, il entérine ce "Charles Quint".

 

        

  On s'arretera plutôt à remarquer le verre rouge gravé du manteau royal. qui relève d'une toute autre technique que l'hermine de la doublure : pour cette dernière, on se contente de peindre les mouchetures sur un verre blanc à l'aide d'une grisaille bien dense appliquée sur la face intérieure. Il faut savoir qu'un verre rouge est toujours un verre doublé où la vitre rouge très fine est doublée d'un verre blanc qui le renforce (un verre rouge de même épaisseur qu'un verre bleu ou vert serait si foncé qu'il parraitrait noir). En gravant, c'est à dire en ôtant par endroit le verre rouge du verre double, on obtient une tache blanche, qui peut être arrondie, rectangulaire (ici) ou linéaire. On peut graver à la roue (XIIIe siècle ou plutôt début XIVe) ou aujourd'hui à la pointe de diamant, ou bien à l'acide. La gravure, devenue réellement courante au XVe siècle, était réalisée à l'aide d'une molette montée sur un tour, à l'aide d'un mélange abrasif d'émeri eau, ou huile (R. Barrié).

 

                        arbre-de-jesse 5657c

 

      Au centre l'ancêtre Jessé est assoupi, assis sur un siège monumental encadré de colonnes antiques supportant un dais scintillant d'or et décoré de personnages nus : deux chevauchent des dauphins, deux autres des chevaux-dragons. Au centre, un buste (féminin ?) tenant semble-t-il une croix. Tout ce décor sert de démonstration à l'art éblouissant qui fait la réputation de la famille Le Prince, celui de l'emploi du jaune d'argent décliné en teintes presque brunes, or, ou jaune clair dans une étude des reflets et des modelés des sphères, cylindres et volumes complexes.

La manche de Jessé est faite d'un verre rouge gravé.

L'arbre prend naissance de la poitrine de Jessé, s'échappe des pans croisés du manteau d'or et se divise immédiatement, sous le menton barbu, en ses deux branches maîtresses.

La niche architecturée.

Le motif central du fronton, le médaillon gauche et une partie du balustre doré qui le supporte sont modernes.

"Engrand aimait les architecturesnmétalliques dont les peintres des Pays-Bas ont sans-doute pris l'idée dans les chefs-d'œuvre de la dinanderie. Seul il a su leur donner toute leur valeur, par le plus simple des moyens. Il s'était avisé que pour tirer du jaune d'argent l'effet le plus saisissant, il suffisait de n'en point mettre partut et de laisser le verre nu par endroit de la principale lumière. C'est ainsi que brillent les balustres et les ornements du trône d'or où Jessé est endormi, et, dans tout le vitrail, les sceptres et les couronnes" (Jean Lafond p. 124)

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                      arbre-de-jesse 5659c

 

 3. Deuxième Roi de Juda : "Charles Quint".

   Pour ma part, s'il faut vraiment attribuer un nom à ce roi, je l'identifiera à François Ier sur le seul argument du  Collier de l'Ordre de Saint-Michel avec ses coquilles Saint-Jacques. Encore cet argument paraît-il bien faible. Il s'agit d'un "collier d'or fait de coquilles lassées, l'une avec l'autre, d'un double las" auquel était suspendu un médaillon représentant l'archange terrassant le dragon. Or l'article Wikipédia décrit deux types de collier, le premier collier créé par Louis XI et porté par Louis XII  représentant les « doubles las » comme des aiguillettes formant des double-nœuds, et le second promut par  François Ier dès son accession au trône et  alternant les coquilles avec une double cordelière. (voir les illustrations des deux types sur Wikipédia). Or, ici, il s'agit d'un collier du premier type (mais sans médaillon pendentif), aux las en doubles nœuds. Certainement pas porté par Charles Quint, mais pas non plus par François Ier.

Ce roi tient un sceptre à droite, et un livre à gauche.

 

                       arbre-de-jesse 5660c

 

 

Jean Lafond note que "pour réaliser la tête du jeune empereur [Charles Quint], l'artiste a pu s'inspirer d'un bois gravé par Hans Weiditz de Strasbourg dans un portrait de 1518". La confrontation avec la gravure en question est assez convaincante ; mais la différence des colliers l'est également. Les points communs sont la coupe de cheveu, le bonnet évasé, le manteau damassé aux crevés abondants,  la doublure d'hermine (pour le premier panneau) ;  

arbre-de-jesse 5687cc

 

Je m'intéresserai d'abord, sur l'image qui suit, à l'inscription que porte la pièce en demi-cercle située sous la ceinture. On lit AVEDRA TIA--. Confrontée à la liste des rois de la Généalogie de Jésus, elle ne correspond à aucun nom : David - Salomon - Roboam - Abia - Asa - Josaphat - Joram -Ozias - Joatham - Achaz - Ézéchias - Manassé - Amon - Josias - Jeconiah -

Il ne s'agit pas non plus de la devise de l'Ordre de Saint-Michel, qui est Immensi tremor oceani.

Une leçon AVE MARIA trahirait le texte actuel, car le -d- et incontestable ; il faudrait miser sur l'infidélité d'une restauration ultérieure. 

 

J. Lafond remarque que Engrand Le Prince "appliquait le jaune d'argent sur les verres de toutes les couleurs [et pas seulement sur du verre blanc] non pour obtenir un ton local, comme chacun pouvait le faire depuis le quatorzième siècle, mais afin de corser le modelé et de produire un effet pictural. Dans l'arbre de Jessé, on peut citer seulement  la touche jaune jeté sur la ceinture bleu clair de Charles Quint [sic]. On peut admirer ici d'abord le motif au jaune d'argent, sulfure d’argent qui est mis à l’envers du vitrail et qui est cuit pour donner cet éclat extraordinaire, sur le pourpoint dont il dessine le damas. On peut aussi en suivre la subtilité sur les torsades du sceptre dans la complexité des jeux de reflets, ou sur les "valves rainurées d'une coquille de Saint-Jacques", pour citer Proust. Et, enfin, s'attarder sur ce nœud de ceinture bleue . Celle-ci possède peut-être un rôle héraldique, comme la ceinture Espérance (bleue) des ducs de Bourbon. 

 

arbre-de-jesse 5689c

 

      Deuxième registre.

 

arbre-de-jesse 5661c

 

 4. Roi Abia.

"le peintre l'a réalisé son manteau en "enlevant", sur une mince couche de grisaille, des motifs qu'il a teints ensuite au jaune d'argent, sans les cerner d'un trait noir, comme on le fait d'ordinaire". (J. Lafond) 

5. Roi Salomon.

 Le tabard du roi reçoit des motifs de rinceaux, de dauphins et de petits génies, qui sont peints au jaune d'argent sur le blanc obtenu par gravure du verre rouge plaqué. 

6. Roi Roboam : "Engrand Leprince".


C'est l'abbé Barraud (1855) qui a proposé de voir dans le visage de ce roi l'autoportrait d'Engrand Le Prince, et, depuis, chacun se plaît à reprendre cette aimable suggestion, Jean Lafond soulignant que plusieurs artistes contemporains d'Engrand se sont aussi représentés dans leurs compositions. Je garderai une certaine réserve, ignorant sur quel argument sérieux se fonde cette hypothèse. 

  Par contre, les lettres blanches ENGR. sont plus convaincantes. Le prénom du maître-verrier est ENGUERRAND,  mais c'est sous la forme Engrand qu'il est traditionnellement désigné à Beauvais, et qu'il signait. Selon Jean Lafond, "quelques articles de comptes se rapportent à Jean et à Nicolas mais d'Engrand nous savons seulement, par une épitaphe relevée au XVIIIe siècle, qu'il était né à Beauvais et qu'il y est mort le jour des Rameaux 1531. [...] Lui disparu, l'atelier continua pendant quelques temps à produire des œuvres du même style et de la même technique, mais on n'y voyait pas briller la même flamme. Les auteurs modernes veulent qu'Engrand soit le père de Jean et de Nicolas. Les documents publiés par le docteur Leblond indiqueraient plutôt que Jean et Engrand étaient à peu près contemporains. Peut-être étaient-ils frères, et Nicolas le fils de l'un d'eux. De même, la filiation de Pierre Le Prince reste obscure pour nous" (Lafond, 1963).

"Quelle qu'ait été l'habileté des meilleurs ouvriers de l'époque [du XIXe, dans l'hypothèse d'une restauration], aucun d'entre eux n'aurait été capable d'exécuter la tête de Roboam avec l'incroyable liberté dont a fait preuve Engrand Le Prince. L'artiste s'est servi de la grisaille noire pour le "trait", si l'on peut appeler ainsi les quelques touches nerveuses qui indiquent les yeux et les narines, la bouche et les oreilles, et pour le modelé fait de fines hachures jetées au pinceau puis "enlevées" à la pointe. Pour les lèvres, la barbe et les cheveux, il a eu recours à la sangine, d'ou le petit bois et la plume d'oie ont fait jaillir des "lumières" qui donnent au visage une vie frémissante. Enfin, il a appliqué sur la face externe du verrre, derrière les cheveux et la barbe, une teinte supplémentaire de sanguine." (J. Lafond).


 

arbre-de-jesse 5667ccc

Là encore, on remarque la présence des coquilles saint-Jacques. Remarquez aussi le sceptre, qui s'évase pour donner naissance à des fleurs. 

 

arbre-de-jesse 5686c

 

 

Troisième registre.

7. Roi de Juda.

arbre-de-jesse 5669c

 

 

8. Roi David.

cf. iage infra. 

9. Roi de Juda

 " Je reconnaîtrais partout un vitrail d'Engrand Le Prince à la liberté du dessin, à l'indication large des modelés, aux touches légères de jaune d'argent qui brillent comme l'or dans la lumière des étoffes blanches, aux oppositions justes des tons les plus éclatants."écrivait Lucien Magne. Jean Lafond commentait : "Les lingeries blanches dont parle Lucien Magne sont en effet extraordinaires. Voyez ici les écharpes qui s'envolent d'un turban. Nonb seulement elles sont modelées avec une souplesse sans égale, mais elles sont réchauffées par de larges taches dorées posées sur les lumières. Des peintres de grisaille employaient déjà ce procédé, semble-til, aux miniatures flamandes en camaïeu, mais pas avec cette audace heureuse".

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arbre-de-jesse 5684c

 

 

 

      Quatrième registre.

10 et 11 : Deux rois de Juda dans les têtes de lancettes latérales.

Tous les deux portent le collier de l'Ordre de Saint-Michel.

 

arbre-de-jesse 5662c    

   

 

  Tympan

 

12. Prophète.

13. Prophète.

14. Vierge à l'Enfant.

15. Ange musicien.

16. Ange buccinateur.

arbre-de-jesse 5692c

 

     

 

Annexe : Les Leprince,  famille de peintres verriers

Un mélange de copié-collé : 

"L'ensemble des vitraux de la cathédrale de Beauvais a été réalisé par les maîtres de l'époque : la dynastie des le Prince, maîtres-verriers fondateurs de ce qu'on a appelé «l'école de Beauvais». Pendant près de trente ans, leur art a rayonné en Beauvaisis, en Ile-de-France et en Normandie. Le plus célèbre d'entre eux, Engrand le Prince, l'auteur de l'Arbre de Jessé de Saint-Étienne, est considéré comme le plus grand maître-verrier de tous les temps. Par sa technique et la qualité de son art, il a été comparé à Raphaël et à Léonard de Vinci.

L'église Saint-Étienne avait de la chance : les le Prince étaient membres de la paroisse et leur atelier, tout proche! La grande verrière du chœur - actuellement en verre blanc - était vraisemblablement couverte de vitraux historiés, dont la célèbre «Passion» attribuée à Engrand. Plus que les saccages de la Révolution, c'est, pour les historiens, l'ouragan de 1702 qui est responsable de la destruction de la plupart des verrières des fenêtres hautes du chœur. Lors des deux guerres mondiales, les vitraux les plus importants ont été descendus et mis à l'abri. Ceux qui étaient restés en place ont été détruits par les bombardements et par l'incendie de juin 1940 qui a anéanti le quartier médiéval de Beauvais."

«Ce qui fait la valeur de ce vitrail qu'on peut dater des environs de 1522, c'est la technique et le style d'Engrand le Prince : la vigueur et la liberté de son dessin, pratiquant par des touches nerveuses de grisailles brunes pour les traits des visages, de fines hachures pour leur modelé ; la splendeur des coloris, ce fond bleu "tour à tour clair et sombre qui paraît palpiter" ; l'emploi du jaune d'argent, dont Engrand joue en virtuose pour réchauffer les étoffes blanches et enrichir la beauté des manteaux royaux, leur donner des effets et une intensité incomparables. (...) Ainsi, dans ce vitrail, tout indique la main d'un grand Maître.» Philippe Bonnet-Laborderie dans«L'église Saint-Étienne de Beauvais " 

"l'usage particulièrement brillant du jaune d'argent par le maître-verrier, technique lui permettant d'ombrer de reflets la lumière des visages. On notera également une très impressionnante stylisation des systèmes pileux des personnages masculins ainsi que l'expression forte des émotions obtenue par l'artiste." "Il use en virtuose, un virtuose avec une virtuosité exceptionnelle du jaune d’argent. Et c’est ainsi qu’il arrive à donner de l’éclat aux chairs, de l’éclat aux vêtements. C’est lui qui, le premier, a réussi à donner par exemple aux couronnes, aux crosses d’évêques etc. , il a su donner des reflets en utilisant ce jaune d’argent. Le jaune d’argent a été utilisé à partir du XIVe siècle. Mais véritablement, les maîtres du jaune d’argent, c’est l’école des maîtres verriers du Beauvaisis, de Beauvais, et en particulier Engrand Leprince. 

 

    "Dynastie de peintres verriers de Beauvais. Parmi les Le Prince, le plus ancien nom connu par les archives est celui de Lorin (1491), qui travailla pour l'église Saint-Martin aujourd'hui détruite, mais dont aucune œuvre n'est conservée. Viennent ensuite Jean, Engrand, Nicolas et Pierre connus à la fois par les textes et par des œuvres ; mais nous ignorons le lien de parenté qui les unit. Le plus génial fut Engrand (mort en 1531), dont L. Magne (L'Œuvre des peintres verriers français, 1888) a si bien défini la manière : « Je reconnaîtrais partout un vitrail d'Engrand Le Prince à la liberté du dessin, à l'indication large des modelés, aux touches légères de jaune d'argent qui brillent comme l'or dans la lumière des étoffes blanches, aux oppositions justes des tons les plus éclatants. » Ces qualités se manifestent dans L'Arbre de Jessé et dans les vitraux de la chapelle de la Vierge à Saint-Étienne de Beauvais (env. 1520-1525), ainsi que dans la verrière de Louis de Roncherolles à la cathédrale (1522) et dans la Vie de saint Jean-Baptiste de Saint-Vincent de Rouen. Pour cette dernière église, il signa avec Jean Le Prince le célèbre Triomphe de la Vierge dit Vitrail des chars (env. 1520), où la part de chaque artiste est difficile à cerner. En effet, le style et surtout la technique (en particulier, l'emploi du jaune d'argent) des différents membres de la famille sont si voisins que, sans la signature, il est souvent difficile de les distinguer avec certitude. Des œuvres de Jean, connu entre 1496 et 1537, sont encore conservées au transept de la cathédrale de Beauvais ; de Nicolas, connu entre 1527 et 1555, à Saint-Étienne de Beauvais, à Gisors, à Marissel, à Louviers ; de Pierre à Saint-Étienne de Beauvais (env. 1530). L'influence des Le Prince se fait sentir dans la peinture sur verre d'Île-de-France et de Normandie jusqu'au milieu duXVIe siècle. "

 Françoise PERROT, « LE PRINCE LES  », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 27 janvier 2015. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/les-le-prince/

 

Atelier Le Prince 1491-155 :

  • Certains vitraux de la cathédrale Saint-Pierre de Beauvais, Engrand.

  • Certains vitraux de l'église Saint-Étienne de Beauvais, dont l'Arbre de Jessé, Engrand.

  • Metz, Musée, atelier familial.

  • Vitrail de Charles Villiers de l'Isle-Adam de la Collégiale Saint-Martin de Montmorency, Engrand, monogrammé E. L. P.

  • Trois vitraux de l'église Sainte-Jeanne-d'Arc de Rouen, jadis dans le chœur de l'église Saint-Vincent de Rouen (détruite en 1944), Engrand et Jean.

  • Des vitraux à l'église Notre-Dame de Louviers.

 

"L’une des caractéristiques de l’art d’Engrand est cette liberté : de touche, de composition: les personnages n’étant pas asservis par un cadre architectural strict mais évoluent sans contrainte dans la verrière, et cette virtuosité technique dans l’emploi des verres : aux couleurs éclatantes, les drapés s’envolent, animés par des ajouts subtils degrisaille et une grande maîtrise de la coupe du verre.

L’église Saint-Etienne conserve de nombreuses autres oeuvres du peintre verrier : un Jugement Dernier : Une déploration sur le corps du Christ, dont cette Marie-Madeleine fait partie : vêtue d’une robe aux manches à crevées et parée de multiples atours, elle semble tout droit sortie du XVIe siècle, représentée devant une architecture fortifiée qui a plus à voir avec les châteaux forts du Moyen Âge que des coupoles de Jérusalem. le vitrail de l’enfance de saint Etienne et de la fontaine de vie, avec la teinte magnifique de la tunique du diacre : Ses parents laissèrent eux-aussi leur trace, notamment avec le fameux vitrail de la Santa Casa de Lorette, la légende de saint Claude ou encore la vocation de saint Pierre."

"La cathédrale possède également une verrière d’Engrand, mais sa production ne se limita pas à la seule ville de Beauvais. L’Oise, le Vexin français ou encore la Normandie conservent en nombre d’autres chefs-d’oeuvre : à Aumale, Ménerval, Infreville, Gisors, Louviers et Rouen. Grâce à la commande de beauvaisiens implantés dans la capitale normande, Engrand le Prince et son atelier réalisèrent une dizaine de vitraux pour l’ancienne église Saint-Vincent. Si cet édifice est aujourd’hui complètement détruit, les verrières sont remontées dans l’église moderne Sainte-Jeanne-d’Arc, dont l’architecture a été pensée pour servir d’écrin à ces magnifiques vitraux! Véritables manifestes du renouveau antique, ces oeuvres ont marqué à tel point les rouennais que l’atelier beauvaisien fit des émules en Normandie jusqu’à la fin du XVIe siècle. Quelques fragments sont également conservés au Musée de la Renaissance à Ecouen, et au Musée de Philadelphie, provenant en majeure partie d’une verrière exécutée pour la cathédrale de Rouen."  

Sources et liens.

—  http://www.cathedrale-beauvais.fr/etienne/description/vitraux/jesse.htm

 —  http://professor-moriarty.com/info/fr/sec/vitraux/p%C3%A9riode-avant-19%C3%A8me-si%C3%A8cle/beauvais-france-arbre-jess%C3%A9-saint-%C3%A9tienne-beauvais

 —  http://fresques.ina.fr/picardie/impression/fiche-media/Picard00731/l-art-du-vitrail-dans-les-cathedrales-de-picardie.html

—  http://onditmedievalpasmoyenageux.fr/engrand-le-prince-peintre-verrier-de-beauvais/

 

LAFOND (Jean)  1963 L'arbre de Jessé d'Engrand Le Prince à Saint-Etienne de Beauvais   - [S. l.] : [s. n.], 1963. - Ill. noir et blanc in : Cahiers de la Céramique, du verre et des Arts du feu, n° 30, 1963, p. 117-127

Atelier Le Prince 1491-155 :

  • Certains vitraux de la cathédrale Saint-Pierre de Beauvais, Engrand.

  • Certains vitraux de l'église Saint-Étienne de Beauvais, dont l'Arbre de Jessé, Engrand.

  • Metz, Musée, atelier familial.

  • Vitrail de Charles Villiers de l'Isle-Adam de la Collégiale Saint-Martin de Montmorency, Engrand, monogrammé E. L. P.

  • Trois vitraux de l'église Sainte-Jeanne-d'Arc de Rouen, jadis dans le chœur de l'église Saint-Vincent de Rouen (détruite en 1944), Engrand et Jean.

  • Des vitraux à l'église Notre-Dame de Louviers.

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Published by jean-yves cordier - dans Vitraux Arbre de Jessé.
26 janvier 2015 1 26 /01 /janvier /2015 12:36

Nasci, Pati, Mori : première description de la séquence chenille-chrysalide-imago par Hoefnagel en 1592.

Voir dans ce blog sur Hoefnagel :

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Crédit photo: www-sicd.u-strasbg.fr

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Image source: Service Commun de Documentation, Université de Strasbourg, France, http://www-sicd.u-strasbg.fr. All rights reserved.

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Après avoir examiné le dessin joyeusement coloré par le miniaturiste Joris Hoefnagel, Allégorie de la Vie et de la Mort, daté de 1595, il est intéressant de le comparer à une planche gravée sur cuivre en 1592 par son fils Jacob (alors âgé de 19 ans) pour la série Archetypa studiaque Patris Georgii Hoefnageli ou "Épreuves et études de mon père Joris Hoefnagel" . Il s'agit de la planche 8 de la Pars II.

En effet, elle n'est pas étrangère au dessin paternel, puisque le titre NASCI. PATI. MORI : "Naître-Souffrir-Mourir" est proche du thème de l'allégorie, et que la même souris morte y est représentée.

1. Description :

Le titre inscrit en lettres capitales NASCI-PATI-MORI reproduit les trois mots de ce qui était au XVIe siècle une devise fréquente, parfois inscrite sur des pierres tombales. On la retrouve dans le titre d'un motet SW6 Fortuna Nasci Pati Mori de Ludwig Sentf composé à Vienne en 1533 : ce compositeur allemand et protestant (1450-1517) a été actif à Vienne et enfin à Munich à la cour du duc Albrecht, et son motet était sans-doute connu de Hoefnagel. Théa Vignau-Willberg donne en référence le Livre VI du De Musica d'Augustin d'Hippone :

"Quam plagam summa Dei sapientia mirabili et ineffabilis sacramento dignata est assumere, cum hominem sine peccato, non sine peccatoris conditione, suscepit. Nam et nasci humaniter et pati et mori voluit, nihil horum merito, sed excellentissima bonitate, ut nos caveremus magis superbiam, qua dignissime in ista cecidimus, quam contumelias, quas indignus excepit ; et animo aequo mortem debitam solveremus, si propter nos potuit etiam indebitam sustinere." De musica VI, 4-7.

Dans ce contexte, Nasci-Pati-Mori n'est pas une devise caractérisant, avec pessimisme, le destin de l'être humain (ou de toute créature), mais un raccourci de la Rédemption divine par laquelle le Christ s'est fait homme, est né, a souffert et est mort pour racheter la dette du péché originel. Ces trois mots renvoient donc aux termes du Credo : "natus ex Maria Virgine, passus sub Pontio Pilato, crucifixus, mortuus, et sepultus ". Cette profession de foi et cette référence à Augustin ne sont pas du tout invraisemblables de la part des Hoefnagel. Joris Hoefnagel avait dû quitter la cour du duc de Bavière Guillaume au catholicisme devenu radical : "il comptait parmi ceux qui en 1591 furent incapables (jugèrent impossible) de souscrire au strict credo de la Contre-Réforme que, sous la forme du Professio dei, tout membre de la cour ducale devait signer." (Vignau-Willberg 1994 p. 19). Quand à Jacob, il devint un Protestant engagé, responsable de la collecte de fonds pour la construction d'une église Saint-Simon et Saint-Jude à Prague.

Deux fleurs sont accrochées par leurs tiges à des anneaux fixés en trompe-l'œil à la ligne d'encadrement de la planche : une Liliacée, symbole de pureté et symbole de virginité notamment de la Vierge Marie, et une rose, fleur de Vénus. Elles sont toutes les deux fraîches sur leur tige tonique, sans signe de flétrissure.

L'affaire devient très excitante lorsque l'on découvre les identifications botaniques proposées par Stéphane Sneckenburger (Université de Technologie de Darmstadt) en 1992 dans l'étude de l'Archetypae par Théa Vignau-Wilberg : si, à droite, il s'agit d'une Rose de Provins Rosa gallica L. , à gauche, on reconnaît une Hémérocalle fauve Hemerocallis fulva L..

— Eh alors ?

— Alors ? Ouvrons une Encyclopédie rapide : "Ces plantes vivaces doivent leur nom au grec ἡμέρα (hemera), « jour », et καλός (kalos), « beauté ». Les fleurs de la plupart des espèces s'épanouissent à l'aube et se fanent au coucher du soleil, pour être remplacées par une autre sur la même tige le lendemain. Orange Daylily, Tawny Daylily, Tiger Lily, Ditch Lily ". "Dailily", ou Belle-de-Jour". Ces fleurs sont les homologues botaniques des Éphémères. Dont le nom vient du grec ancien ἑφήμεριος ephếmerios (« qui ne dure qu’un jour ». Nous avons affaire ici à une sorte de transcription-rébus de l'Allégorie de la Vie et de la Mort (ou l'inverse, car cette peinture serait postérieure et est datée de 1595. L'Hémérocalle tient lieu d'Éphémère pour exprimer la brièveté de l'existence entre naissance, souffrance et mort, ou, dirait Schopenhauer, entre naissance, reproduction et mort.

— Fabuleux. Tout ce décor serait déterminé par le titre ? Poursuivons cette enquête.

Deux autres brins floraux semblent posés sur le sol, l'ombre portée participant à cette illusion ; à droite, nous trouvons un rameau d'une Fabacée, avec ces fleurs semblables au Pois de senteur. Les Fabeae ont cinq genres, les Gesses ou Lathyrus L. , les Lentilles ou Lens Mill., les Pois ou Pisum L. (pois), les Vavilovia Fed. et les Vesces ou Vicia L..

— Ici, aucun rapport avec le sujet.

— Mais si : toutes ces plantes sont des Papilionacées, car leurs fleurs ont la forme de papillons. Le papillon, être fragile issu de métamorphoses comme l'âme (psyché, nom des papillons en grec ancien, signifie d'abord "âme") sema libérée du corps soma, est le porte-drapeau du thème de la vie qui passe.

A gauche, un naturaliste du XVIIIe siècle qui a noté ses identifications en marge, propose Legumen scorpiuri : la "Chenillette sillonée" ou "Queue de scorpion venimeux" Scorpiurus muricatus . Bravo pour cette identification de la Scorpiure aux gousses recroquevillées et pubescentes. Son nom de Chenillette, (en anglais Prickly Caterpillar) souligne sa ressemblance aveec les chenilles, sa présence ici établissant ainsi un pont avec les insectes et les phénomènes de métamorphoses, thème de la Planche.

— C'est trop fort ! La fleur papillon à droite, la plante chenille à gauche !

— C'est plus fort encore si on consulte le dessin de Hoefnagel père : on y voit un scorpion, symbole du danger de mort pouvant abréger brutalement la vie par sa seule blessure. Ici, il est remplacé par une plante qui porte son nom.

— C'est pourtant vrai ! Et là, dans le coin inférieur droit, cet insecte à la queue dressée en hameçon, c'est la Mouche-scorpion, le Panorpe, Panorpa communis L. ! Le scorpion est présent deux fois dans ce rébus !

— Mais j'y pense, tous ces insectes et toutes ces plantes ne portent pas encore de noms. Linné n'est même pas né ! Bizarre bizarre...

— En ce qui concerne Hemerocallis, le nom grec remonterait à Dioscoride, et son premier emploi en latin remonte aux Commentaires sur Disocoride de Matthiolus en 1554 : Commentarii in libros sex Pedacii Dioscoridis Liber tertius page 407 chap. CXX. On y trouve aussi Liber Quartum chap. CLXXXVI page 562 le Scorpioïdes de Dioscoride. Mais pour les noms d'insectes, Gessner étant décédé avant la publication de son livre les concernant, il faudra attendre Aldrovandi en 1602. Néanmoins, tous ces naturalistes étaient en relation entre eux, et bien que les insectes dessinés par Hoefnagel ne soient pas accompagnés de descriptions ou de noms, ils témoignent peut-être d'un bouillon de culture où la dénomination des petits êtres s'élabore.

Plus bas, nous trouvons trois autres végétaux : deux clous de girofle (Sigyzium aromaticum), une noix de muscade (Myristica fragrans) entière, et une autre coupée présentant sa tranche. La symbolique de ces deux épices peut être considérée individuellement, ou dans leur ensemble, pour leur capacité à lutter contre le dépérissement.

Enfin, dans la série végétale, quelle est cette simili banane placée au premier plan ? C'est le légume de Vicia faba L., la Fève des marais ou, au Québec, la Gourgane. A sa droite, la sorte de noix striée est identifiée par Scheckenbürger comme étant une amande (prunus dulcis), mais je propose d'y voir plutôt une fève , celle qui est contenue dans la gousse de Vicia faba, et dont les plus grosses pèsent 1 à 2 grammes (Fève "potagère", Fève de Windsor).

— Et ce légume comme cette fève relèvent toutes les deux des Papilionacées, nous restons chez les papillons !

Au centre, la souris (Mus musculus) est manifestement morte, mais sans blessure, comme par extinction non violente de la vie. On admirera la précision avec laquelle ses vibrisses sont tracées, témoignant de la méticulosité du miniaturiste Joris.

Dans la partie basse de la planche, je trouve encore à gauche un hyménoptère qui serait une Cynipidée ( Guèpe à Galle) ou plutôt, parmi les Térébrants, un Chalcicidé.

Au milieu, une inscription :

Exanimat tenuis mures Ut noxa salaces/ sic modico casu lubrica Vita perit.

Tiens,on remarque le mot salax, acis "aphrodisiaque ; lascive, lubrique", mais aussi "roquette" (la salade) . Plus loin, on trouve lubrica qui est un faux-ami puisque ce mot signifie "glissant ; incertain ; décevant, trompeur". Comment traduire ? Théa Vignau-Wilberg propose : (je traduis sa traduction en allemand et en anglais) " Tout comme un petit dommage tue la souris lascive, Ainsi la vie facile s'achève pour une cause insignifiante."

Dans la partie supérieure, nous trouvons :

- à gauche, un microlépidoptère ; un escargot imaginaire sur le pétale de l'hémérocalle ;

et dans le coin de la planche, un insecte mal identifié, peut-être un hémérobe aux deux ailes confondues.

- à droite, un papillon qui fait le cochon pendu sous un pétale de rose. C'est un Nymphalidae, Satyrinae, mais atypique avec une ocelle de trop pour en faire, par exemple, le Fadet Coenonympha pamphilus L. ou le Mirtil Maniola jurtina. Ou bien, pour trouver ces deux ocelles, il faudrait en faire un Satyrus ferula ou Grande Coronide : difficile.

Enfin, enfin (je rédigeai initialement cet article uniquement pour ce moment), au centre de cette partie supérieure se trouvent les trois stades de développement du Sphinx de l'Euphorbe Hyles euphorbiae (Linnaeus, 1758). En bas, la chenille ; au milieu la chrysalide ; et au dessus l'imago. C'est Brian W. Ogilvie qui fait remarquer qu'il s'agit de la première représentation des trois stades, successivement : une première mondiale dans l'histoire de l'entomologie. La forme imaginale a été représentée par Joris Hoefnagel en 1575-1585 sur la planche de Ignis planche XXV.

Cette séquence n'a rien d'évident à une époque où il n'est pas encore établi et reconnu que les papillons proviennent des chenilles ; même si la séquence est admise, Goedart continuera à penser qu'il s'agit de trois animaux distincts.

Cette planche inaugurale sera le point de départ des travaux du néerlandais Jan Goedart qui va étudier par l'élevage et la nutrition de chenilles les espèces qui en naissent dans Metamorphosis (1662-1667). C'est lui qui va reprendre la présentation verticale des trois stades. Puis Réaumur en France (1734-1742) et Anna Sybilla Merian aux Pays-Bas (1679 et 1705) vont centrer tout leur intérêt sur le mystère des métamorphoses des chenilles.

Le site lepiforum est l'un des plus documentés pour observer les photographies des divers stades de ce Sphinx : on pourra y constater la précision du dessin de Hoefnagel, notamment pour la chrysalide.

Linné ne signale pas cette illustration dans sa description originale de 1758 (Systema naturae page 492) de Papilio euphorbiae, ni dans sa Fauna suecica de 1746. Il cite 5 référence dont Réaumur et Roesel.

Conclusion :

Cette planche II-8 de l'Archetypa studiaque de Jacob Hoefnagel a le premier intérêt d'être comparée avec la peinture ultérieure de Joris Hoefnagel Allégorie sur la Vie, la Souffrance et la Mort avec laquelle elle établit des correspondances.

Sur le plan entomologique, elle témoigne de la connaissance précoce d'espèces qui ne seront décrites et nommées que (beaucoup) plus tard. Les années 1565-1600 s'avèrent cruciales pour la naissance de l'Entomologie comme science : c'est en 1565 que Thomas Penny hérite des observations de Conrad Gessner, bien que ces observations attendront 1634 (Theatrum insectorum de T. Moffet) pour être publiées ; c'est vers 1590 que Aldrovandi constitue sa collection d'insectes et la fait dessiner par une équipe d'illustrateurs (même si De insectis n'est publié qu'en 1602). Un réseau européen est constitué, avec un pôle néerlandais protestant exilé après le saccage d'Anvers soit en Allemagne (notamment en Bohème à la cour de Rodolphe II à Prague), soit à Londres ( groupe d'amis dits " de Lime Street"), étudiant la botanique tout autant que l'entomologie. A ce réseau appartenait deux élèves de Philippe Mélanchton, Charles de l'Escluse et Joachim Camerarius le jeune, qui sont tous deux des amis de Hoefnagel. De l'Escluse (Clusius) a traduit l'Histoire des plantes de Dodoens, où figure l'Hémérocalle. Il collectionnait aussi les insectes puisque Moffet signale qu'il a reçu de lui un Paon-de-Nuit et un Scarabée rhinocéros ; notons que cet envoi provenait de Vienne, donc avant 1588. Camerarius était aussi un correspondant de Thomas Penny ; il lui adressa un illustration d'un Scarabée-éléphant (Megasoma elephas) ; La qualité des illustrations de Joris Hoefnagel et l'attention réellement scientifique portée aux insectes permet d'affirmer que cet artiste était intégré à ce réseau. La réunion sur la même planche des trois stades de développement d'un papillon est un événement fondateur de l'émergence d'une science.

Mais, alors que les dessins et les planches gravées ne sont pas accompagnées de descriptions, de commentaires et, encore moins, de noms propres de plantes ou d'animaux, ils établissent des rapports très étroits avec l'écriture. Soit en animant les marges d'un Livre d'Heure (celui de Philipe de Clèves) ou d'un Missel (celui de l'Archiduc Ferdinand de Tyrol), soit en enrichissant un ancien livre de calligraphie et un alphabet (Mira calligraphiae), soit en participant à la mode des Emblemata et en citant des psaumes, des adages d'Érasme et des vers latins dans un corpus d'inscription.

Mais, si l'analyse de ces inscriptions, de leurs sources et de leur sens est passionnant, cette planche II-8 de l'Archetypa montre que l'écriture se dissimule aussi dans le dessin lui-même. D'abord par les figures calligraphiques que forment les tiges des plantes et les corps ou les antennes des insectes. Mais surtout par les allusions cachées en rébus dans les images.

Si ce type d'œuvre est sous-tendu par l'idée que le microcosme des petites créatures reflète le macrocosme, ou que chacune d'entre elle témoigne de la grandeur du Créateur, ici, la démonstration est faite que les mêmes formes se retrouvent dans les plantes comme chez les animaux : les plantes-chenilles, les plantes-papillons et les plantes-scorpions révèle l'Unité qui est le principe organisateur de la Diversité. Ce principe unique est aussi celui de la succession des métamorphoses qui transforme la chenille en papillon, celui qui mène de la vie à la mort, et de la mort à la Résurrection. L'étude entomologique n'est pas séparable d'une méditation ontologique où la sagesse stoïcienne qui naît de la brièveté et la fragilité de la vie est corrigée par une sotériologie évangélique.

Sources et liens :

— Source des images numérisées de l'Archetypa studiaque : Université de Strasbourg :

http://docnum.u-strasbg.fr/cdm/fullbrowser/collection/coll13/id/72995/rv/compoundobject/cpd/73052

OGILVIE (Brian W.) 2012 Attending to insects: Francis Willughby and John Ray

Notes and records of the Royal Society, DOI: 10.1098/rsnr.2012. http://rsnr.royalsocietypublishing.org/content/66/4/357

OGILVIE (Brian W.) 2013 “The pleasure of describing: Art and science in August Johann Rösel von Rosenhof’s Monthly Insect Entertainment,” inVisible Animals, edited by Liv Emma Thorsen, Karen A. Rader, and Adam Dodd, accepted by Penn State University Press in the series “Animalibus: Of animals and cultures” http://www.philosophie.ens.fr/IMG/Ogilvie,%20Pleasure%20of%20describing%20%282013%29.pdf

— VIGNAU-WILLBERG (Théa) 1994, Archetypae studiaquePatris Georgii Hoefnagelii 1592. Natur, Dichtung und Wissenschaft in der kunst um 1600. München, Staatl.

— Site RKD Netherlands :https://rkd.nl/nl/explore/images/121148

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Published by jean-yves cordier - dans histoire entomologie - Hoefnagel
25 janvier 2015 7 25 /01 /janvier /2015 17:46
Joris Hoefnagel, Amor Lethaos, 1598.

Joris Hoefnagel : Allégorie de la Vie et de la Mort (1598).

Voir dans ce blog sur Hoefnagel :

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Image :

http://en.wikipedia.org/wiki/Joris_Hoefnagel#mediaviewer/File:Joris_and_Jacob_Hoefnagel_-_Allegory_on_Life_and_Death.jpg

Ce dessin peint sur vélin à l'aquarelle et à la gouache et rehaussé à la feuille d'or mesure 17 x 24 cm. Il a été légué en 1993-1997 par Rosi Schilling au British Museum avec 110 autres dessins de la collection d' Edmund Schilling (1888-1974), ancien conservateur du Städelsches Kunstinstitut de Francfort, qui a émigré en Angleterre en 1937 après la montée du nazisme. Il était l'un des rares spécialistes reconnus dans ce pays sur l'art graphique allemand, et a réuni sa collection dans les années 1940 et 1950 à Londres à un moment où les dessins du Nord étaient démodés et pouvaient être achetés à relativement bon marché. Sa collection comprend des dessins de grands artistes comme Hans Baldung et Lucas Cranach.

Au centre d'un ovale est peint un enfant blond au regard espiègle (un putto dépourvu d'ailes, allégorie de l'Amour ou Éros) assis sur la racine d'un arbre. Derrière lui, un buisson aux fleurs violettes, et en arrière-plan un paysage champêtre ou plutôt montagneux avec deux pins. La définition de l'image ne permets pas de savoir si la tache jaune n'est pas, par hasard, une ruche surmontée d'abeilles. Le petit polisson gouailleur tient un sablier et un crâne. Deux cartouches bleus à fond noir portent les inscriptions "Pragae AO 1598 / Joris Hoefnagel ft". L'inscription et le fond noir ont été restaurés et rehaussés à une date ultérieure.

Après avoir examiné les planches du manuscrit Ignis, où les insectes étaient peints par Joris Hoefnagel au centre d'un ovale doré qui se détachait sur le vélin vierge et était surmonté d'une inscription à valeur épigrammatique, on constate ici l'inversion de cette présentation, avec un motif allégorique au centre, alors que les animaux et les fleurs occupent l'extérieur, renouant avec la pratique des Livres d'Heures aux insectes en position marginale. Ici, le motif central, sorte de rébus dont la traduction est immédiate, dialogue avec l'entourage naturaliste qui lui sert de commentaire.

L'allégorie est en effet évidente : le temps qui passe (sablier) se rit de la fraîcheur de la Vie et annonce le triomphe de la Mort (crâne), et Éros tout en nous entraînant dans les envoûtements de l'amour nous rappelle le caractère éphémère de ces charmes. Les roses, qui fanent si vite, et les insectes, dont nous abrégeons l'existence d'un pied insouciant, d'un geste de la main, sont les raccourcis de notre dramatique destin. Précisément, un Éphémère, insecte qui ne vit sous sa forme adulte que pour s'accoupler puis mourir aussitôt, est placé en pense-bête dans le coin supérieur gauche. Hoefnagel est le premier artiste à représenter les Ephemeroptera mais il le fait avec une insistance significative ; dans son manuscrit Mira calligraphia, ils sont présents dans l'Alphabet dès la lettre A, seuls insectes encadrant l'inscription Alpha et Omega, principium et finis ergo sum. Mais ils se retrouvent comme un leitmotiv d'une œuvre sous-tendue par cette conscience de la vanité et de la brièveté de la vie.

C'est la permanence de ce thème du Temps qui, comme chez Proust, rend chaque création d'Hoefnagel passionnante comme une nouvelle façon originale de répéter le même message, comme la "petite phrase" de Vinteuil qu'il nous plait de retrouver sous une nouvelle forme.

Or, dans cette Allégorie, il est vraiment amusant de voir comment l'artiste a mis en scène la Vie et la Mort avec, au devant de la scène, deux animaux, une grenouille et une souris, théâtralement endormis à coté d'une rose déjà jetée à terre avant même d'être éclose. La mort de la Diva au dernier acte.... Bien-sûr, nous voudrions bien savoir ce qui est écrit sur le cartellino de droite, mais justement l'écriture de ce qui fut peut-être un billet d'amour en est effacée, et ses bords s'enroulent sur eux-mêmes pour imiter les pétales torsadés.

Dans le registre inférieur, nous découvrons encore la "Bête à Bon Dieu", la coccinelle Coccinella septempuncata, bien vivante pour parcourir la toile. C'est l'occasion de remarquer que l'ombre de chaque fleur et chaque animal de cette partie basse a été peinte, sans vraiment vouloir créer une illusion de réalité, mais pour souligner le contraste entre l'être et son double sombre. Justement, le scorpion noir — sinistre— fait revenir en mémoire la planche VII d'Ignis, où il symbolisait la Mort face à un Lucane Cerf-volant symbolisant la Résurrection. Et l'adage d'Erasme, inscrit au dessus du même Lucane sur la planche V, disait SCARABEA UMBRA , "Ombre de Scarabée", une façon de se moquer des peurs injustifiées et de déjouer, par la confiance en la Résurrection, la peur de la Mort.

Une fois encore (mais nous le comprenons un peu mieux à chaque fois), ce vocabulaire artistique mêlant sans cesse les mêmes cartes, les mêmes inscriptions, les mêmes insectes, les mêmes roses, n'a pas de fonction ornementale, mais une fonction méditative. Cette peinture riante aux teintes dominantes roses, mauves et jaunes en périphérie, bleu et vert au centre n'a pas la sévérité macérée des Vanités et Mélancolies, des Madeleines repenties aux chaires livides et des bougies fumantes dans un clair-obscur, et le putto place ce memento mori dans une ambiance bon enfant.

Intéressons-nous maintenant à la structure qui dynamise et cloisonne ce dessin, chaque motif (animal ou floral) se détachant comme une broderie dans les loges d'un réseau : au cadre (fictif) est fixé sept organeaux de (faux) laiton, dont deux reçoivent les tiges de roses, quatre supportent la tringle terminée en crosse des cartouches ; l'ovale s'accrochent à l'anneau central. Cet appareil est renforcé par deux patères dont la forme contournée inscrit son élégante et acrobatique calligraphie au prétexte de mieux fixer l'ovale. Celui-ci (est-ce involontaire ?) ressemble fort à un miroir, pour ne pas dire une Psyché (le terme désigne en grec l'âme, et le papillon) grâce à double jonc resserrant dans sa rainure une théorie de perles. Encore celles-ci ne font pas au hasard, mais par groupe de six, des boules dorées séparant chaque sizaine de la suivante. Bien fait, non ?

Là encore, l'amateur s'offre le plaisir de la réminiscence, celle de la référence artistique, car ces patères, des tiges de roses en trompe-l'œil abondent dans Mira calligraphiae et dans Archetypa studiaque. Mais cette quincaillerie, élément matériel inerte, se prolonge habilement par du Vif : un entrelacs discontinu court à travers la surface blanche, faite de tiges épineuses, de chenilles également épineuses jouant de l'effet de confusion, de contours de sépales et de pétales, de l'arc de la queue de la souris grise, de la parenthèse de l'abdomen d'un agrion ou de la cambrure d'une éphémère.

La souris morte figure sur la Planche II-8 de l'Archetypa studiaque de Jacob Hoefnagel (1592) et la grenouille étendue sur le dos à la planche II-5

Il faut maintenant (c'est exactement ce que Joris attend par ce piège posé pour nous depuis cinq cent ans) chercher la petite bête.

Inventaire entomologique (au risque de passer pour une andouille).

Dans ce quart inférieur gauche, nous trouvons :

  • une grenouille : Rana temporaria :ce n'est pas un insecte, passons.
  • un scorpion, idem.
  • Coccinella septempunctata, la Coccinelle à sept points, la plus commune.
  • Deux chrysalides de Pieridae (par exemple celle de la Piéride du Chou Pieris brassicae)
Joris Hoefnagel, Amor Lethaos, 1598.
Joris Hoefnagel, Amor Lethaos, 1598.

Dans ce quart inférieur droit se trouve :

  • Une souris grise Mus musculus (Muridae, Mammifère, n'est pas un insecte)
  • Une rose
  • Un coléoptère
  • Une "Mouche" : je propose Chrysops relictus, un Taon (Tabanidae)
  • Une chenille ?
  • Un papillon ressemblant à Pyrale du maïs Ostrinia nubialis (Hubner).
Joris Hoefnagel, Amor Lethaos, 1598.

Dans ce quart supérieur droit :

  • le Tabanidae déjà vu
  • Un Agrion ou Demoiselle.
  • Un autre Diptère (Symphyte ?)
  • Une Éphémère
  • Un Papillon de jour : Lycaenidae. Si la petite queue n'est pas fortuite, risquons Everes argiade.

Joris Hoefnagel, Amor Lethaos, 1598.

Nous trouvons ici rassemblés :

  • Une chenille noire et épineuse d'un papillon Nymphalidae Nymphalinae du type de celle d'Aglais io ("Petite Tortue"
  • Un papillon de nuit, Abraxas grossulariata, la Zérène du groseillier.
  • Une Éphémère plus petite qu'à droite,
  • Un escargot.

Mon expertise entomologique est assez décevante, je n'ai pas réussi à identifier beaucoup de monde. Passons à autre chose.

Si je me suis intéressé à ce dessin, c'est après l'avoir vu présenté et reproduit sous le titre "Amor Lethaos" dans l'édition de l'Archetypae de J. et J. Hoefnagel 1994 par Théa Vignau-Willberg. Or, j'ignore ce qui motive ce titre, qui n'est indiqué ni sur le dessin, ni par le British Museum. C'est par contre celui, dûment inscrit en titre, d'une peinture de Jacob Hoefnagel datant de 1612, mais qui me laisse assez indifférent.

Joris Hoefnagel, Amor Lethaos, 1598.

Pourtant, le titre Amor Lethaos appliqué par T. Vignau-Willberg à cette peinture de Joris Hoefnagel me séduit, car il lui apporte une signification supplémentaire. Ces deux mots, que l'on trouve plutôt sous la forme Amor Lethaeus, renvoient à un poème d'Ovide, "Les Remèdes de l'amour" , Remedia amoris.

On sait que dans la mythologie grecque, Léthé (en grec ancien Λήθη / Lếthê, « oubli »), fille d’Éris (la Discorde), est la personnification de l'Oubli. Elle est souvent confondue avec le fleuve Léthé, un des cinq fleuves des Enfers, parfois nommé « fleuve de l'Oubli » qui coule avec lenteur et silence. Or, Ovide écrit ceci :

http://agoraclass.fltr.ucl.ac.be/concordances/Ovide_remede/ligne05.cfm?numligne=56&mot=Lethaeus

[550] Inposuit templo nomina celsus Eryx:
Est illic Lethaeus Amor, qui pectora sanat,
Inque suas gelidam lampadas addit aquam.
Illic et iuuenes uotis obliuia poscunt,
Et siqua est duro capta puella uiro.
555 Is mihi sic dixit (dubito, uerusne Cupido,
An somnus fuerit: sed puto, somnus erat)
'O qui sollicitos modo das, modo demis amo
res,
Adice praeceptis hoc quoque, Naso, tuis.
Ad mala quisque animum referat sua, ponet amorem;

"[550] un temple vénéré auquel le mont Éryx a donné son nom ; là règne un dieu, l'Amour oublieux, qui guérit les coeurs malades, en plongeant sa torche ardente dans les eaux glacées du Léthé. Les amants malheureux, les jeunes filles éprises d'un objet insensible, viennent lui demander l'oubli de leurs peines ; ce dieu, était-ce bien lui en effet, ou plutôt l'illusion d'un songe ? je crois que c'était un songe ; ce dieu me parla ainsi : "O toi, qui tour à tour allumes et éteins les flammes d'un amour inquiet, Ovide, ajoute à tes conseils ceux que je t'adresse : que chacun se retrace le triste tableau de ses malheurs, et il cessera d'aimer."

Cet Amour réparateur qui éteint par l'Oubli les feux qu'il a allumé, c'est celui de Swann envers Odette, c'est celui de Marcel envers Gilberte, il est au cœur de A la Recherche du temps perdu. Il me convient tout à fait qu'il ait les traits du putto de l'Allégorie de Hoefnagel, et que cette Allégorie de la Vie et de la Mort ne soit pas celle, digne de l'Ecclésiaste ou de Bossuet, d'un Discours sur la Mort, mais celle, réconfortante, des cycles de naissance et de mort de nos passions et des capacités thérapeutiques d'Amor Lethaeus. Cette souris n'est pas morte, elle s'est paisiblement assoupie, cette grenouille va se redresser lorsque le rideau sera tombé et viendra saluer, ces chrysalides vont devenir papillon, les amours passés en généreront d'autres, pourvu que nous ne nous laissions pas détruire par le chagrin de la perte de ce qui a été. Les roses d'aujourd'hui laissent la place aux roses de demain, pourvu que nous entendions l'Adage que Hoefnagel avait inscrit sur la Planche XXIV d'Ignis :

Rosam quae praeterierit, ne quaeras iterum

"Ne demandes pas à la rose fanée de fleurir à nouveau".

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Published by jean-yves cordier
24 janvier 2015 6 24 /01 /janvier /2015 21:39

Zoonymie (étude du nom) du papillon le Moyen Nacré Argynnis adippe (Denis & Schiffermüller, 1775).

La zoonymie (du grec ζῷον, zôon, animal et ónoma, ὄνομα, nom) est la science diachronique qui étudie les noms d'animaux, ou zoonymes. Elle se propose de rechercher leur signification, leur étymologie, leur évolution et leur impact sur les sociétés (biohistoire). Avec l'anthroponymie (étude des noms de personnes), et la toponymie (étude des noms de lieux) elle appartient à l'onomastique (étude des noms propres).

Elle se distingue donc de la simple étymologie, recherche du « vrai sens », de l'origine formelle et sémantique d'une unité lexicale du nom.

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Résumé. Argynnis adippe ([Denis & Schiffermüller],1775).

Argynnis, Fabricius, 1807 : cet auteur danois ami de Linné a créé 49 noms génériques, dont, selon la règle qu'il s'était fixé, près de la moitié sont des épithètes de Vénus (Aphrodite en Grèce) : c'est le cas pour l'épiclèse Argynnis Argunnis ´Αργυννίς «D'Argynnos (toponyme et anthroponyme)» , épiclèse d'Aphrodite (´Αφροδίτη ) du nom de son temple Argyneion bâti selon la légende par Agamemnon roi de Mycènes sur les bords du fleuve Céphise en souvenir de son amant le jeune Argynnus qui s'y était noyé. Le rapprochement lointain et fortuit avec le grec arguros "argent" a sans-doute été inspiré bien plus tard à Emmet (1991) par les taches argentées des ailes.

adippe (Denis & Schiffermüller, 1775) : Dans sa Fauna Suecica de 1761, Linné a d'abord appelé cette espèce cydippe, du nom d'une nymphe marine, une Néréide. Ce nom avait toutefois déjà été attribué en 1759 par Clerck à une autre espèce exotique et dans son Systema Naturae de 1767, Linné crée le nom adippe pour son ancienne cydippe en écrivant "in Fauna Suecica Cydippe perperam pro Adippe legitur" (Dans Fauna Suecica, Cydippe est lu par erreur pour Adippe). L'incertitude sur le statut taxonomique de ce nom a finalement pris fin en 1958 par une décision de l' IC.Z.N qui supprimait le nom cydippe et validait adippe, mais avec Denis & Schiffermüller comme auteurs. Adippe semble être un nom inventé pour rappeller cydippe tout en le reniant. (d'après Emmet, 1991).

— En 1762, Geoffroy ne décrit que le Grand et le Petit Nacré (aglaia et lathonia). En 1779, Engramelle donne au papilio adippe le nom de "Grand Nacré". Godart le nomme "l'Argynne Adippé" en 1821, puis Gérard Luquet crée "Le Moyen Nacré" en 1986. Le substantif "Nacré" s'applique à 21 espèces dont la face inférieure des ailes est ornée de taches argentées.

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I. NOM SCIENTIFIQUE.

I. Nom scientifique.

1. Famille et sous-famille.

a) Famille des Nymphalidae Rafinesque, 1815.

Cette famille comporte (je suivrai Dupont & al. (2013) ) 8 sous-familles en France :

  • Sous-famille des Libytheinae Boisduval, Rambur, Dumesnil & Graslin, [1833]

  • Sous-famille des Danainae Boisduval, [1833]

  • Sous-famille des Limenitidinae Butler, 1870

  • Sous-famille des Heliconiinae Swainson, 1822

  • Sous-famille des Apaturinae Boisduval, 1840

  • Sous-famille des Nymphalinae Swainson, 1827

  • Sous-famille des Charaxinae Doherty, 1886

  • Sous-famille des Satyrinae Boisduval, [1833]

b) Sous-famille des Heliconiinae Swainson, 1822

Selon Dupont & al., Pelham & al. (2008), se référant aux travaux de Koçak (1981), considèrent Heliconiinae Swainson, 1827, comme invalide, au motif que le nom donné par Swainson est fondé sur le nom générique Heliconius Latreille, 1804, qui est un homonyme d’Heliconius Kluck, 1780. Ces auteurs préconisent l’utilisation d’Heliconiinae Swainson, 1822 (planche 92, « Heliconiae »).

c) Tribu des Argynnini Swainson, 1833 : les Argynnes.

Pour la systématique des Argynnini Dupont & al. suivent les travaux de Simonsen & al. (2006).

d) Sous-tribu des Argynnina Swainson, 1833

  • Genre Issoria Hübner, [1819]

  • Genre Brenthis Hübner, [1819]

  • Genre Argynnis Fabricius, 1807

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2. NOM DE GENRE Argynnis, Fabricius, 1807:

Voir : http://www.lavieb-aile.com/article-zoonymie-du-papillon-le-tabac-d-espagne-argynnis-paphia-124693433.html

Origine et signification du nom du sous-genre Fabriciana Reuss, 1920

Ce sous-genre est dédié à Johann Christian Fabricius (1745 Tønder 1808 Copenhague).

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3. NOM D'ESPECE : Argynnis adippe ([Denis & Schiffermüller,] 1775).

a) Description originale

Papilio adippe [Denis, J. N. C. M. & Schiffermüller, I.] 1775. Ankündung eines systematischen Werkes von den Schmetterlingen der Wienergegend, herausgegeben von einigen Lehrern am k. k. Theresianum.. Vienne. 322 pp. page 177 . [http://gdz.sub.uni-goettingen.de/dms/load/img/PPN=PPN574458115&DMDID=DMDLOG_0006&LOGID=LOG_0008&PHYSID=PHYS_0178]

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b) Localité-type et Description :

— Localité-type : "Umbegung von Wien" environs de Vienne, Autriche.

Selon Dupont & al. (2013) "Denis et Schiffermüller (1775 : 177) figurent ce taxon, mais n’en donnent aucune description. Les auteurs se réfèrent à « (P. Berecynthia Poda) ». Rappelons ici que l’opinion 501 de la Commission Internationale de Nomenclature Zoologique a établi le rejet des noms berecynthia Poda, 1761, cydippe Linnaeus, 1761 et adippe Linnaeus, 1767 (nomina rejecta), stipulant qu’adippe [Denis et Schiffermüller], 1775, représente le nom valide ayant préséance pour désigner ce taxon (ICZN, 1958)".

Selon Dupont & al.(2013) cette espèce est présente dans toute la région paléarctique sauf en Afrique du Nord. Elle est signalée dans toute la France. Les chenilles se nourrissent sur diverses espèces de Violettes.

— Description Wikipédia :

"C'est un papillon de taille moyenne de couleur orangé vif, ornementé de taches formant des festons marginaux puis une ligne de taches rondes et d'une ornementation de larges traits. Le revers des antérieures est orange orné de taches rondes et de traits marron, celui des postérieures est orné de taches nacrées et d'une ligne de taches marron roux centrées de blanc.Le Moyen nacré présente la même couleur orange sur le dessus que les autres nacrés Grand nacré, Nacré de la ronce... et le Tabac d'Espagne mais avec des dessins différents et au revers des taches nacrées spécifiques.Le Moyen nacré vole en une génération entre juin et août suivant la localisation.

Il hiverne au stade de chenille formée dans l'œuf. Les plantes hôtes sont des violettes, en particulier Viola canina, Viola odorata, Viola hirta, Viola tricolor, Viola riviniana Les œufs sont pondus sur les feuilles de la plante hôte. La chenille possède une tête marron et un corps marron roux orné d'une ligne dorsale blanchâtre entre des dessins noirs et de scoli rosâtres à roux.

Il est présent dans toute l'Europe sauf sa partie la plus nordique (nord de l'Angleterre et de la Scandinavie), dans toute l'Asie (sauf la partie la plus au sud, et jusqu’au Japon En France métropolitaine, il est présent dans tous les départements sauf en Corse, mais sa présence n'a pas été notée depuis longtemps en Bretagne et sur la côte de la Manche. Il réside sur les prairies humides et les pentes herbues."

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c) Synonymes INPN (Muséum) et sous-espèces.

Liste des synonymes :

  • Argynnis adippe adelassia Fruhstorfer, 1910 :Fruhstorfer, H. V. 1910. Neue palaearktische Argynnisrassen. Entomologische Zeitschrift, 24(7): 37. [http://biodiversitylibrary.org/page/31939391]

  • Argynnis adippe adippe (Denis & Schiffermüller, 1775)

  • Argynnis adippe chlorodippe Herrich-Schäffer, 1851 Herrich-Schäffer, G. A. W. 1843-1856. Systematische Bearbeitung der Schmetterlinge von Europa, zugleich als Text, Revision und Supplement zu Jacob Hubner’s Sammlung europaischer Schmetterlinge. Sechster und letzter Band. Regensburg.: 5. [http://biodiversitylibrary.org/page/42585701]

  • Argynnis adippe cleodoxa Ochsenheimer, 1816. Die Schmetterlinge von Europa. Fleischer, Leipzig. 4: 212 pp. Page 118. http://biodiversitylibrary.org/page/34451193#page/122/mode/1up

  • Argynnis adippe magnaclarens Verity, 1936 Verity, R. 1936. The lowland races of butterflies in the upper Rhône valley. The Entomologist's record and journal of variation, 48: [77-90 ] : 85.. [http://biodiversitylibrary.org/page/30053273]

  • Argynnis adippe semiclarens Verity, 1936 Verity, R. 1936. The lowland races of butterflies in the upper Rhône valley. The Entomologist's record and journal of variation, 48: [77-90 ].: 85. [http://biodiversitylibrary.org/page/30053273]

  • Fabriciana adippe adelassia (Fruhstorfer, 1910)

  • Fabriciana adippe adippe (Denis & Schiffermüller, 1775)

  • Fabriciana adippe chlorodippe (Herrich-schaffer, 1851)

  • Fabriciana adippe cleodoxa (Ochsenheimer, 1816) Ochsenheimer, F. 1816. Die Schmetterlinge von Europa. Fleischer, Leipzig. 4: 212 pp.: 118.

  • Fabriciana adippe magnaclarens (Verity, 1936)

  • Fabriciana adippe semiclarens (Verity, 1936)

  • Fabriciana adippe (Denis & Schiffermüller, 1775)

  • Papilio cydippe Linnaeus : 1761. Fauna Svecica sistens animalia Sveciæ Regni: mammalia, aves, amphibia, pisces, insecta, vermes. Distributa per classes & ordines, genera & species, cum differentiis specierum, synonymis auctorum, nominibus incolarum, locis natalium, descriptionibus insectorum. Editio altera, auctior.. Stockholmiæ. (L. Salvii). 578 pp. page 281. http://biodiversitylibrary.org/page/32170750#page/339/mode/1up

ICZN 1958. Opinion 501. Validation under the Plenary Powers of the specific name adippe as published in the combination Papilio adippe in 1775 in the anonymous work by Denis & Schiffermüller commonly known as the Wiener Verzeichniss to be the specific name for the hight brown fritiilary and validation under the same powers of a neotype species (Class Insecta, Order Lepidoptera).Opinions and declarations rendered by the International Commission on Zoological Nomenclature,18(1): 1-64. [http://www.biodiversitylibrary.org/page/34986710]

Sous-espèces :

Tshikolovets retient trois sous-espèces en Europe et le bassin méditerranéen :

- adippe [Denis & Schiffermüller], 1775.

- taurica Staudinger, 1878. Localité-type : Taurus, Anatolie, Turquie.

- chlorodippe Herrich-Schäffer, 1851

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c) Origine et signification du nom (Zoonymie)

— Gustav Ramann (1870-1876) page 78 :

"Ob vielleicht der Name Adippe von adipiscor, sich anfügen, also ein Falter, der sich den Vorigen angefügt, herzuleiten sein dürfte ?" : "Sans-doute du latin adipiscor "s'attacher à", et alors le nom de ce papillon suit-il le précédent en s'y rattachant ?"

— L. Glaser (1887) page page 126 :

"eig-, "Satt-", oder "Lustpferd", Nam einer Waldnymphe"

— Anton Spannert (1888) page 39 :

"Name einer Nymphe, auch sonst ein gebräuchlicher Frauenname im alten Griechenland" : nom d'une Nymphe, et aussi nom féminin courant dans la Grèce antique"

— Arnold Spuler (1901-1908) :

— August Janssen (1980) page 41 :

"Naam van een nimf" : "Nom d'une nymphe".

— Hans Hürter (1988) page 257 : cite seulement ses prédécesseurs puis étudie Cydippe.

— A. Maitland Emmet (1991) page 154 :

"—in Fauna Suecica (Edn 2) (1761) Linnaeus called this species cydippe after a Nereid (a sea-nymph). This name however had already been allocated to another species and later (Linnaeus, 1767) he wrote "in Fauna Suecica Cydippe perperam pro Adippe legitur" (in Fauna Suecica, Cydippe is read in error for Adippe) Uncertainly over which name should be used was eventually ended in 1958 by a ruling of the I.C.Z.N. which suppressed the name cydippe and established adippe with Denis & Schiffermüller as the authors. Adippe appears to be invented name designed to be reminiscent of cydippe." : "Dans Fauna Suecica (éd 2) (1761) Linné a appelé cette espèce cydippe d'après une Néréide (une nymphe marine). Ce nom avait toutefois déjà été attribué à une autre espèce et, plus tard (Linnaeus, 1767), il a écrit "in Fauna Suecica Cydippe perperam pro Adippe legitur" (Dans Fauna Suecica, Cydippe est lu par erreur pour Adippe) L'incertitude sur la façon par laquelle le nom devrait être utilisé a finalement pris fin en 1958 par une décision de la ICZN qui supprimait le nom cydippe et établissait adippe avec Denis & Schiffermüller comme auteurs. Adippe semble être le nom inventé pour rappeller cydippe ".

— Luquet in Doux et Gibeaux (2007) page 106 :

"adippe : mot vraisemblablement forgé de manière arbitraire en s'inspirant du nom "cydippe" ; repris en 1775 par Denis & Schiffermüller, fixé par la C.I.N.Z. (1958) pour remplacer le cydippe de Linné (1761) qui avait lui-même corrigé en adippe dès 1767 (Emmet, 1991 :154). Adippe serait également un nom de femme, dans la Grèce antique (Spuler, 1901-1908 :30).

— Perrein et al. (2012) page 350 :

"de Cydippé, la belle jeune fille dont Aconthios devint de suite amoureux lors des fêtes de Délos, lequel usa d'un habile stratagème pour en obtenir la main selon le poète Ovide ; d'après une erreur de lecture reconnue par Linné en 1767 : in Fauna Svecica Cydippe [Papilio cydippe Linnaeus, 1761] perpetram pro Adippe legitur".

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Discussion.

Comme le mentionne les analyses qui précèdent, ce nom spécifique adippe a succédé à celui de cydippe et ne peut être interprété qu'après consultation d'un dossier, parfaitement établi par l'I.C.Z.N dans son Opinion 501 de 1958 et qui comprend les points suivants :

a) le Fauna suecica 2nde édition de 1761 page 281 n°1066 : Linné crée le nom Cydippe, précédé de ceux de Paphia et d'Aglaja et suivi de celui de Niobe. pour une espèce de Suéde ("fauna suecica", vivant dans les prairies (habitat in pratis) aux ailes jaunes tachées de noir en dessus, et portant en dessous 23 taches argentées. Il accompagne la diagnose d'une description précise des différences avec son Papilio aglaja ("Grand Nacré"). Dans la mythologie grecque, ce nom Cydippe peut désigner : Cydippe, une Néréide, mère d'Aristée (citée par Hygin) ; Cydippe, une Argienne prêtresse d'Héra et mère de Cléobis et Biton ; Cydippe, une Athénienne, liée à Acontios. Cettte dernière est la plus connue, notamment, parmi les hommes de lettre, à l'époque de Linné. La légende d'Acontios et de Cydippe est racontée par Aristénète, Lettres d'amour (I, 10) ; Callimaque de Cyrène, Cydippe ; mais surtout par Ovide dans son Art d'aimer (I, 455-456).

Ce nom de Papilio cydippe est employé ensuite par trois auteurs, Scopoli en 1763, Brünnich in Prontopiddan 1763, et Müller en 1764, mais a priori pour désigner Papilio niobe.

b) La 12ème édition du Systema Naturae de Linné en 1767 page 776 n° 212 : Linné nomme la même espèce du nom d'Adippe, en renvoyant à sa référence n°1066 du Fauna Suecica, mais en précisant "in Fauna Suecica Cydippe perperam pro Adippe legitur" (Dans Fauna Suecica, Cydippe a été lu par erreur pour Adippe). Cette modification est justifiée par la présence, page 776 de la même édition, d'un Papilio Cydippe, d'origine exotique (habitat in India) et nommé précédemment dans deux références données par Linné, amoen. acad. et Clerck tome 36 fig.1. Ce papillon est actuellement connu sous le nom de Cethosia cydippe L. Linné avait déjà décrit ce Cydippe exotique dans Centuria insectorum page 26 avec la même référence à Clerck. Cette dernière renvoie à Clerck, C. 1759. Icones insectorum rariorum cum nomibus eorum trivialibus, locique e C. linnaei. - Pp. [1-10], onglet. 1-16. Holmiæ. Il y a donc antériorité du nom Cydippe (India, Clerck 1759) sur Cydippe (Suède, Linné 1761) et Linné doit dé-baptiser son espèce.

En raison de la Loi de Priorité et de la Loi d'Homonymie, l'I.C.Z.N. a décidé de ne valider ni Papilio cydippe Linné, 1761, ni Papilio adippe Linné, 1767.

c) Le "Verzeichniß" de Denis & Schiffermüller 1775 page 177 : il cite Papilio adippe L.[inné] en indiquant comme synonyme ou référence Papilio berecynthia de Poda 1761. L'I.C.Z.N. a supprimé la validité de ce dernier nom au motif de la Loi de priorité. (Linné 1761 étant antérieur à Poda 1761 ?).

d) La discussion qui suit l'Opinion 501 de l'I.C.Z.N. page 7-64 qui est simplement passionnante par les arguments qui y sont échangés et les pièces versées au dossier (Planches 1-3 : photographie du néotype et des genitalia d'adippe et de niobe). Elle a été préparée entre 1938 et 1939 entre les britanniques Francis Hemming, Warren, et N.D. Riley, et l'italien Ruggero Verity , rejoints après-guerre par les américains Gray, Klots et Dos Passos,

e) L'expertise de la collection de Linné par R. Verity en 1903 dans J. linn. Soc. Lond. (Zool.) 32 173-191 : elle révèle qu'outre deux mâles étiquetés Papilio niobe et conformes à notre Argynnis niobe dans sa forme sans taches argentées se trouve un spécimen femelle à dessous de l'aile argentée, étiquetée Papilio cydippe mais qui correspond à un A. niobe. Les auteurs de la Commission en conclue que les noms, se référant à des formes infra-spécifiques n'ont pas de statut taxonomique et que le nom cydippe Linné, 1761 ne correspond pas au Moyen Nacré (High Brown Fritillary pour ces auteurs), et, par voie de conséquence, que Papilio adippe Linné, 1767 n'y correspond pas non plus. Dés lors, d' autres noms retrouvent une validité possible, le Papilio berecyncia de Poda 1761 (Ins. Mus. graev. :75 n°38) et Papilio syrinx Borkhausen 1788, mais l'insuffisance de la description du premier, et l'inexactitude du second font qu'ils sont écartés. Il restait à considérer la validité de la publication du Papilio adippe par deux auteurs différents de Linné, soit Rotemburg (Naturforscher 6:13, 1775), soit Denis & Schiffermüller, et de celle de Esper qui en 1777 a donné la première description accompagné d'une illustration des trois Nacrés aglaja, adippe et niobe. Aujourd'hui, il est admis par l'I.C.Z.N. que la publication de Rottemburg est antérieure à celle des deux auteurs viennois, mais cette notion (Opinion 516) n'était pas encore validée. L'avantage fut donné aux viennois parce que leur Catalogue des environs de Vienne précise clairement la localité du type (Vienne), à la différence de Rottemburg et d'Esper.

Loin de faire consensus, l'ensemble de ces points ont été largement débattus comme d'épineux problèmes. Le représentant du Muséum d'Histoire Naturelle, G. Bernardi, plaisait pour sa part pour l'adoption du nom phryxa Bergsträsser.

Un point n'a pas été soulevé : il semble admis que Linné, ayant constaté son erreur d'un nom déjà attribué, ait écrit en 1767 : "Dans Fauna Suecica de 1761, j'avais écrit adippe, et cela a été lu par erreur cydippe" comme un subterfuge, une formule littéraire pour se justifier. Bref, Linné aurait commis un mensonge formel. Mais pourquoi ne pas le croire ? Il a pu créer initialement le nom Adippe, puis être victime d'une faute d'impression, et reprendre le nom Adippe dès la première occasion. Dans ce cas, l'interprétation du sens du zoonyme est différente.

Dans la première hypothèse, Adippe est une sorte de néologisme créé en 1767 pour résoudre le double emploi du nom Cydippe en en conservant la mémoire par un suffixe a- privatif qui équivaut à barrer ou rayer le nom de 1761.

Dans la seconde hypothèse, Linné connaissait le nom Cydippe créé par Clerck, et a utilisé d'emblée un nom différent. Hélas, ce nom n'est connu ni dans la mythologie ni ailleurs avant 1767, et cet Adippe n'a aucun sens s'il ne se réfère pas à un Cydippe préalable.

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II. NOMS VERNACULAIRES.

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I. Les Noms français.

1."Le Grand et le Petit Nacré", Geoffroy (1762)

Geoffroy, E. L. 1762. Histoire abrégée des insectes qui se trouvent aux environs de Paris, dans laquelle ces animaux sont rangés suivant un ordre méthodique. Tome II. Durand, Paris. 690 pp. page 43 n°9 et 10. Cet auteur qui décrit sa collection 1 an après le Fauna suecica de Linné 1761 et sa description de son Papilio cydippe n'a sans-doute pas eu le temps d'intégrer cette notion récente et ne décrit que le Grand Nacré (P. aglaja) et le Petit Nacré (lathonia). Il trouve sa place ici puisque c'est lui qui initie la série des Nacrés et crée ce zoonyme.

2. "Le Grand Nacré", Engramelle, 1779.

Jacques Louis Engramelle 1779 Papillons d'Europe, peints d'après nature, Volume 1 page 51 Planche 16 fig. 13 c-d-g-h dessinée par J.J Ernst et Supplément page 259

Engramelle distingue le Grand Nacré (Adippe), le Nacré (Aglaia), et le Petit Nacré (Lathonia) et le Chiffre (Niobe). Il les décrit d'abord pages 51 à 53, puis corrige ces premières descriptions dans ses Suppléments page 238-244 :

Le Grand Nacré page 51 Planche XIII n°16.

Le Nacré page 52 Planche XIV n°17.

Le Chiffre page 55 Planche XV n°19.

Le Petit Nacré page 60 Planche XVI n°24

Supplément page 238-239

"C'est ici le lieu de rectifier une erreur dans laquelle nous sommes tombés aux Planches XIII & XIV. Le grand Nacré Pl. XIII, est le papillon Adippe de Linnaeus, & le Nacré Pl. XIV, est celui qu'il appelle Aglaia. Or la chenille & la chrysalide qui se trouvent sur la Pl. XIII fig.16a et 16b appartiennent à l'Aglaia, c'est-à-dire au Nacré de la Planche suivante n°.17. Nous avons été entraînés dans cfette erreur par M. geoffroi (sic) qui fait la même confusion. Son grand Nacré, n°9 page 45, est bien l'Adippe de Linnaeus, quoiqu'il cite Linn. Aglaia, et la Chenille qu'il qu'il y décrit est celle de l'Aglaia. M. le Docteur Gruvel, de Brunswick, qui fait une étude particulière des chenilles, vient de nous envoyer le portrait de celle de l'Adippe ; mais comme il ne nous est parvenu qu'après la gravure de cette Planche et de celle LIX, nous le donnerons à la pl. LX. Cette chenille a &été longtemps méconnue. L'Admiral est le premier qui l'ait découvert. La plupart des anciens auteurs avaient confondus les papillons Adippe et Aglaia & ne les regardaient que comme variétés l'un de l'autre. De nouvelles observations, et surtout la découverte de leurs chenilles, ont prouvé qu'ils formaient deux espèces très différentes, & ils ont des caractères constants qui les distinguent l'un de l'autre, de manière à ne s'y pas méprendre. Les principaux sont 1°) L'Adippe, entre les deux bandes de taches nacrées des ailes inférieures en dessous, a quatre taches rougeâtres avec un point argenté en dessous. Voyez les P¨Fig.17b, 17d, Pl. XIV, au lieu que dans l'Adippe elles sont jaunâtres en totalité, à l'exception d'une légère teinte verdâtre qui se trouve quelquefois le long du bord d'en bas comme à la Fig. 16.f. Les auteurs qui ont décrits le Grand Nacré sont : Linné Syst. Nat. éd. XII. sp.212. Pag. 786. Adippe. Esper, tom. 1, tab. XVIII, fig.1. Pag.232, & tab. XXVI fig.4, pag 317. .. Fuesli ...Müller,... L'Admiral..."

"Ceux qui ont décrits le Nacré sont : Linné, Syst. nat. ed.XII, sp. 211. pag. 785. Aglaia."

— Supplément page 241. :

"Le Chiffre : … Cette espèce, est celle que Linnaeus décrit sous le nom de Niobe sp.215. Pag. 786. Quelques auteurs, entre autres M. de Geer, l'ont confondue avec l'Adippe, le Grand Nacré, dont ils la croyaient la femelle."

—Supplément page 244 : Pl. LX Suppl. VI Suite du N° 16"

— Supplément page 317

3. Argynne Adippé, Latreille et Godart 1819

Latreille et Godart Encyclopédie méthodique, Paris : Vve Agasse tome 9, page 265 n°24

Cet article permet de disposer de l'ensemble des références bibliographiques sur cette espèce, notamment par les auteurs germaniques, autrichiens ou suisses.

4. "L'Argynne Adippé" , Godart 1821,

Jean-Baptiste Godart, Histoire naturelle des lépidoptères ou papillons d'Europe, Paris : Crevot 1821, page 57 n° XV

Godart, Planche 3 secund, figure 2

Godart, Planche 3 secund, figure 2

5. "L'Argynne Adippé", Duponchel 1849, Chenille

page 127 n°47 Planche XV par Duménil .

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Duponchel planche XV fig. 47 a-b-c.

Duponchel planche XV fig. 47 a-b-c.

6. La revue des noms vernaculaires par Gérard Luquet en 1986, et le nom vernaculaire actuel.

Dans la révision des noms vernaculaires français des rhopalocères parue dans la revue Alexanor en 1986, Gérard Christian Luquet proposait comme nom principal "Le Moyen Nacré" et réfute l'usage de "Grand Nacré" employé par P.A. Robert en 1960 [mais aussi par Oberthür cf. infra] par sa note 72 :

Note [72] : "Robert a malencontreusement interverti les noms vernaculaires de Mesoacidalia aglaja ("Le Grand Nacré") et de Fabriciana adippe ("le Moyen Nacré")."

7. Étude du nom vernaculaire par les auteurs précédents:

— Luquet in Doux et Gibeaux, (2007) page 104 : "Nacré (Engramelle, 1779) : allusion à l'ornementation de la face inférieure". / page 106 : "F. adippe fut d'abord baptisé "Grand Nacré" par Geoffroy (1762) puis par Engramelle (1779)".

8. Noms vernaculaires contemporains :

Charles Oberthür et Constant Houlbert , dans leur Faune armoricaine de 1912-1921, utilisent le nom scientifique de "Arynnis adippe Linn. " puis nomme cette espèce "Le Grand Nacré" page 128.

—Bellmann / Luquet 2008 : Non décrit .

— Chinery / Leraut 1998 : non décrit

— Doux & Gibeaux 2007 : "Fabriciana adippe Le Moyen Nacré ".

— Lafranchis, 2000 : " Argynnis adippe Le Moyen Nacré" .

— Perrein et al. 2012 : "Fabriciana adippe Moyen Nacré ".

— Tolman & Lewington / P. Leraut 2009 : " Fabriciana adippe Le Moyen Nacré".

— Wikipédia : "Moyen Nacré ".

III. LES NOMS VERNACULAIRES dans d'autres pays.

Langues celtiques :

1. langues gaéliques : irlandais (gaeilge) ; écossais (Gàidhlig ) ; mannois ( gaelg : île de Man).

  • en irlandais

  • en mannois.

  • "" en gaélique écossais*

2. Langues brittoniques : breton (brezhoneg) ; cornique (kernevek); gallois (Welsh, cymraeg).

  • pas de nom en breton ;

  • "Britheg frown" en gallois.

*Liste des noms gaéliques écossais pour les plantes, les animaux et les champignons. Compilé par Emily Edwards, Agente des communications gaélique, à partir de diverses sources. http://www.nhm.ac.uk/research-curation/scientific-resources/biodiversity/uk-biodiversity/uk-species/checklists/NHMSYS0020791186/version1.html

Voir aussi :http://www.lepidoptera.pl/show.php?ID=70&country=FR

IV. LES NOMS VERNACULAIRES EN ANGLAIS ( d'après M. Salmon 2000).

Première description par Petiver ? 1699, 1717.

  • ? "The greater silver-spotted Fritillary" : Petiver, 1699, (cf. A. aglaja)

  • "The High Brown or High-brown Fritillary" (Wilkes 1741-42 ; Haworth, 1803 ; Jermyn, 1824 ; Rennie, 12832 ; et tous les auteurs suivants.

  • "The High Brown Fritillaria" : Harris, 1766 ; 1775.

  • "The Violet Silver-spotted Fritillary" : Lewin, 1795.

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Bibliographie, liens et Sources.

—Funet :

— Inventaire national du patrimoine naturel (Muséum) :

Bibliographie générale de ces Zoonymies : http://www.lavieb-aile.com/article-zoonymie-des-rhopaloceres-bibliographie-124969048.html

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Published by jean-yves cordier
21 janvier 2015 3 21 /01 /janvier /2015 16:11

Zoonymie (étude du nom) du papillon la Mélitée orangée Melitaea didyma (Esper, 1778).

La zoonymie (du grec ζῷον, zôon, animal et ónoma, ὄνομα, nom) est la science diachronique qui étudie les noms d'animaux, ou zoonymes. Elle se propose de rechercher leur signification, leur étymologie, leur évolution et leur impact sur les sociétés (biohistoire). Avec l'anthroponymie (étude des noms de personnes), et la toponymie (étude des noms de lieux) elle appartient à l'onomastique (étude des noms propres).

Elle se distingue donc de la simple étymologie, recherche du « vrai sens », de l'origine formelle et sémantique d'une unité lexicale du nom.

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Résumé.

Melitaea Fabricius, 1807 : en 1991, Emmet écrivait : "Encore un nom de Fabricius qui a intrigué les auteurs. Sodoffsky (1837) corrigeait en Melinaea qu'il dit être l'un des noms d'Aphrodite (Vénus); Pickard et al. le font dériver de Melitaea, le nom d'une ville en Thessalie; Macleod du grec μελοεις (melitoies), "miel", qui est selon lui un épithète d'Aphrodite ; et Spuler de μελιταίος (melitaios), "de ou appartenant à Malte" ". Mais il paraît judicieux de proposer que ce nom reprenne plutôt celui de la Néréide Mélité (grec Μελίτη ), citée par Homère dans l'Odyssée et par Virgile dans l'Énéide, notamment puisque Linné a donné dès 1758 le nom d'une des Néréides à plusieurs espèces de Nymphalidés (Maera, Galathea Orythia, Ligea , Amathea, Leucothoe, Panope ).

didyma : du grec didumos : "double, jumeau" : Esper signale lui-même dans sa description qu'il donne ce nom par référence à Diane, mais aussi à deux taches jumelles en arc des ailes, qu'il qualifie d'ocellis didymis. Léto (Lathona), maîtresse de Zeus, avait eu deux enfants jumeaux, Artémis et Apollon (Diane et Phoebus ), ce dernier étant vénéré dans un sanctuaire oraculaire à Didymes, ville grecque d'Ionie.

— Noms vernaculaires : Geoffroy en 1762 avait décrit cette espèce comme la variété A de son "Damier" ; Latreille en 1819 puis Godart en 1821 la nomme "Argynne didyma" et Duponchel en 1849 "Mélitée didyma". En 1986, Gérard Luquet lui donne son nom actuel de "La Mélitée orangée", l'une de ses quinze Mélitées.

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I. NOM SCIENTIFIQUE.

1. Famille et sous-famille.

a) Famille des Nymphalidae (Les Nymphalides).

Famille des Nymphalidae Rafinesque, 1815

  • Sous-famille des Libytheinae Boisduval, Rambur, Dumesnil & Graslin, [1833]

  • Sous-famille des Danainae Boisduval, [1833]

  • Sous-famille des Heliconiinae Swainson, 1822

  • Sous-famille des Apaturinae Boisduval, 1840

  • Sous-famille des Nymphalinae Swainson, 1827

  • Sous-famille des Satyrinae Boisduval, [1833]

b) Sous-famille des Nymphalinae, Swainson, 1827 (les Nymphalines)

  • Tribu des Nymphalini Swainson, 1827

  • Tribu des Melitaeini Newman, 1870

  • Tribu des Charaxini Doherty, 1886

c) Tribu des Melitaeini Newman, 1870

  • Sous-tribu des Euphydryina Higgins, 1978

  • Sous-tribu des Melitaeina Newman, 1870

  • Sous-famille des Charaxinae Doherty, 1886

d) Sous-tribu des Melitaeina Newman, 1870 (Les Mélitées)

Un seul genre : Melitaea Fabricius, 1807

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2. NOM DE GENRE : Melitaea Fabricius, 1807

a) Description originale :

Fabricius, 1807, "Nach Fabricii systema glossatorum" in Johann Karl Wilhelm Illiger, "Die Neueste Gattungs-Eintheilung der Schmetterlinge aus den Linneischen Gattungen Papilio und Sphinges", Magazin für Insektenkunde , Karl Reichard, Braunschweig [Brunswick] (6) page 285, n°29.

Dans la note préliminaire d'Illiger, Fabricius divisait l'ensemble de ses Papilio (papillons "de jour") en 49 "genres", dans lesquels il englobait les Sphinx (n°43), les Sesia (n°44) les Zygaena (n°47), sans distinction, alors que Latreille (dont la classification de 1804 est présentée dans la partie B du même article page 90) crée des Sections (Diurnes-Crépusculaires-) divisées en familles (Papillionides et Sphingides), elles-mêmes divisées en quatre sous-groupes. Le 29eme des 49 genres de Fabricius cités dans l'article, Melitaea, contient 15 espèces, dont quatre sont nommées : Lucina, Cinxia, Cynthia, Maturna .

— Type spécifique: M. cinxia

— Description : cf Oberthür page 103

Ce genre est désormais divisé en sous-genres :

  • Melitaea Fabricius, 1807, 8 espèces en France dont M. cinxia.

  • Didymaeformia Verity, 1950, 3 espèces en France.

a) Sous-genre Melitaea Fabricius, 1807

  • Melitaea cinxia (Linnaeus, 1758) Mélitée du Plantain.

  • Melitaea diamina (Lang, 1789) . Mélitée noirâtre.

  • Melitaea varia Meyer-Dür, 1851 . Mélitée de la Gentiane.

  • Melitaea parthenoides Keferstein, 1851 . Mélitée de la Lancéole

  • Melitaea aurelia Nickerl, 1850 . Mélitée des Digitales.

  • Melitaea helvetica Rühl, 1888 . Mélitée de Fruhstorfer.

  • Melitaea athalia (Rottemburg, 1775) . Mélitée du Mélampyre.

  • Melitaea deione (Geyer, [1832]). Mélitée des Linaires.

b) Sous-genre Didymaeformia Verity, 1950

  • Melitaea ornata Christoph, 1893. Mélitée égéenne.

  • Melitaea phoebe ([Denis & Schiffermüller], 1775). Mélitée des Centaurées.

  • Melitaea didyma (Esper, 1778) . Mélitée orangée.

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a) La classification de Fabricius ou Systema glossata.

L'article cité en référence n'est pas écrit par Fabricius, mais par Johan Karl Wilhem Illiger. Illiger, qui fut conservateur du musée zoologique de Berlin en 1810, après avoir pris en charge les collections du comte von Hoffmannsegg, a fait paraître la revue Magazin für Insektenkunde de 1802 à 1807. Dans celle-ci, il donne une présentation anticipée des genres de lépidoptères que Fabricius s'apprête à publier dans son Systema glossata ou Classification des Lépidoptères ; mais ce dernier livre n'a jamais été édité, en raison du déces de Fabricius en 1808, d'un incendie dans l'imprimerie et de la faillite de l'éditeur. (Voir S.L. Tuxen, 1967)

b) Étymologie du nom de genre Melitaea.

Je dois d'abord rappeler à nouveau la règle que Fabricius s'est fixée dans le choix de ses noms de genre des papillons de jour : les puiser autant que possible parmi les épithètes de Vénus/Aphrodite, déesse diurne, alors que les genres de ses papillons de nuit reçoivent les surnoms de Diane/Artémis ( Zoonymie du papillon Le Petit Sylvain Limenitis camilla.). C'est le cas de 19 à 20 des 49 genres :

1. Urania « amour céleste »

2. Amathusia : de la ville d'Amathus, à Chypre

5. Morpho : (aux belles formes, aux formes changeantes)

7. Castnia : du Mont Kastion, en Pamphylie

8. Eupolea (euploea) : de l'heureuse navigation

9. Apatura : Aphrodite apatouria ou apatouros, « la décevante»

10 Limenitis : des ports

11. Cynthia : (épithète de Diane , mais désigne plutôt ici la courtisane vénusienne des Élégies de Properce)

12. Vanessa ( Vanessa, créature de Vénus dans le conte de Swift, Cadenus et Vanessa)

15. Neptis : neptis Veneris, Ov. M. 4, 530 : la petite-fille de Vénus (= Ino)

19. Argynnis : Venus argennis, d'Argennus, favorite d'Agamemnon.

20. Thaïs : courtisane célèbre dévouée à la déesse Vénus.

22. Doritis : Vénus doritis, "la bienfaitrice" qui avait selon Pausanias son temple à Cnide

23. Pontia : de la mer profonde

24. Colias : du temple de Colias, en Attique

25. Haetera ; Hétaïra, protectrice des courtisanes.

26. Acraea : Protectrice des acropoles et des lieux élevés.

27. Mechanitis : l'ingénieuse à ourdir des ruses, son surnom à Megalopolis.

33. Erycina : du mont Erix, en Sicile.

36. Nymphidium (des mariages)

Il convient donc de se demander en priorité si Melitaea figure parmi les dénominations de Vénus. La réponse est négative ; on trouve à la rigueur Melinaea dans un vers de Lycophon.

Avant d'en débattre, je citerai auparavant les interprétations des entomo-étymologistes :

1) A.M. Emmet (1991) page 155.

—"Another of the names from Fabricius which has puzzled authors. Sodoffsky (1837) emended it to Melinaea, which he said was a surname of Aphrodite (Venus) ; Pickard et al. derive it from Melitaea, the name of a town in Thessaly ; Macleod from μελοεις (melitoeis), "honeyed", according to him an epithet of Aphrodite ; and Spuler from μελιταίος (melitaios), "of or belonging to Malta". Any one of the last three may be right. Fabricius placed the fritillaries in two families, the larger one in Argynnis, the smaller in Melitaea. Word-play was suggested for the former name and is possible here too, an association with μελι (meli), honey, from the butterflies's love of nectar, being intended ; μελιτειον meliteion, mead, is another possible source."

"Encore un nom de Fabricius qui a intrigué les auteurs. Sodoffsky (1837) corrigeait en Melinaea qu'il dit être un des noms d'Aphrodite (Vénus); Pickard et al. le font dériver de Melitaea, le nom d'une ville en Thessalie; Macleod du grec μελοεις (melitoies), "miel", qui est selon lui une épithète d'Aphrodite; et Spuler de μελιταίος (melitaios), "de ou appartenant à Malte". L'un quelconque des trois derniers peut être correct. Fabricius a placé les fritillaires dans deux familles, les plus grands dans les Argynnis, les plus petits dans ses Melitaea. Un jeu de mot a été suggéré pour l'ancien nom [Argynnis] et est possible ici aussi, une association avec μελι (meli), miel, laissant sous-entendre l'attrait des papillons pour le nectar : et μελιτειον (meliteion), "hydromel", est une autre source."

2. W. Dale page 193 :

" Melitae'a, a town of Thessaly. Sodoffsky propose Melinaea, a surname of Venus, from mel-, "honey"."

"Melitaea, une ville de Thessalie. Sodoffsky propose Melinaea, surnom de Vénus, de mel-, "miel" "

3. Arnold Spuler (1908) page 21 :

" Die Malteserin : Beiname der Artemis ?" : "La Maltaise : surnom d'Artémis ?"

4. Janssen, page 40 :

" bijnaam van Artemis, die cen tempel bezat te Melité".

"Surnom d'Artémis, qui avait un temple à Malte."

5. Ramann, page 64 :

"war der lateinische Name für Malta und möchte wohl dieser Name als von Faltern, die daher stammen oder denen ähnlich sind, abzuleiten sein" :

"...était le nom latin de Malte"

6. Ludwig Glaser, page 123:

"Melitäerin' od Maltheserin, zunamen d. Diana."

"Melitäerin ou Maltaise, Surnom de Diane".

7. L. Glaser, 1863 page 24 in Hürter :

"Von melitaios, "malthesich", Melitaia, Zuname der Diana...Artemis, Athalia und alle übrigen Melitäen fuhren Namen oder zunamen der Göttin Diana".

8. Anton Spannert page 34 :

"Ein Beiname der diana mit Bezug auf ihre Verehrung zu Melita, dem heutigen Malta".

9. W. Sodoffsky page 80 :

" Richtiger von Melinaea ; denn Melitaia war eine Stadt in Thessalien, dagegen Melinaiaein Beiname von Venus, die Süsse ; von meli, "Honig". Vide Vollmer P. 1183".

10. H.A. Hürter (1998) page 243 :

" Auch hier ist wie bei Limenitis eine der Regeln hilfreich, die Sodoffsky p. 78 aufgestellt hat : ".Uberall, wo man nicht auszeichnende Merkmale, die vielen Species einer Gattung gemein waren, auffand, oder wo eine gattung in mehrere Familien getheilt werden musste, da wählte man zur Bezeichnung derselben die veralteten Namen grieschischer Städte, Flüsse, Inseln und Personen, oder die Beinamen der Göttinnen".

Als Beiname der Artemis, wie manche Autoren meinen, erscheint Melitaea weder bei Bruchmann noch bei Pauly noch bei Roscher. Deshalb liegt die Vermutung näher, dass Fabricius bei der Schaffung des Gattungsnamens wohl doch die antike Stadt Melitaia, latin Melitaea, im Sinn hatte."

11. Doux et Gibeaux (2007) page 146 :

Nom d'origine incertaine dérivant, selon les auteurs, soit d'une ville de Thessalie (Melitaea), soit des adjectifs melitoeis, "mielleux" (surnom que portait aussi Aphrodite), ou melitaîos "maltais", voire d'un jeu de mots construit sur les substantifs grecs meli, "miel" ou meliteion, "hydromel", en raison de la propension de ces papillons à s'abreuver de nectar. Spuler (1901-1908) évoque avec doute l'hypothèse selon laquelle melitaéa serait une possible épithète d'Artémis.

12. Perrein et al. (2012)page 406.

"Probablement de Mélitée, d'un radical grec meli, "miel", fils de la nymphe Othreis et de Zeus, abandonné dans les bois par sa mère qui craignait la colère d'Hera, nourri au mile par un essaim d'abeilles, puis recueilli et élevé par un berger ; devenu un héros vigoureux, il fonda la ville de Melitaea, en Thessalie, où il régna en tyran".

Que disent les dictionnaires de mythologie gréco-latine ?

  • Melina, ville de l'Argolide (Péloponèse). Vénus, la principale divinité de cette ville, en avait pris le surnom de Melinaea. ( Joseph Guadet Dictionnaire universel abrégé de géographie ancienne comparée, page 158).

  • Melinaea ΜΕΛΙΝΑΙΑ: surnom d'Aphrodite, venant de la ville de Méline (Étienne de Byzance. s. v, 454 ; Lycoph. 403.) in Aphrodite Titles. Ce surnom apparaît dans le Cassandre de Lycophon, au vers 403 : "la déesse de Castnium et de Melina".

  • Meliteus ΜΕΛΙΤΕΥΣ : fils de Zeus et d'une nymphe, qui, caché par sa mère pour échapper à la jalousie de Hera, fut élevé par des abeilles. Il aurait donné son nom à la ville de Melite en Phthia (Anton. Lib. 13)

  • Melita : Malte, île de Mediterranée, et Melita, ville capitale de l'île.(Guadet, id)

  • Melita : lac de l'Acarnamie cité par Stabon. (id).

  • Melita ou Melite, Meleda, île du golfe Adriatique.(Guadet, id)

  • Melitaea, ville de Thessalie, au sud de Penée (Salampria). (Guadet, id) Citée par Strabon, mais aussi, sous le nom de Melitia, par Thucydide.

  • Melite: île de la côte Adriatique selon Agathemerus, Pline (Melita), ou Ptolémée (Melitina insula) Dictionary A. Macbean

  • Melite (Μελιτη, Melitê). Une Naïade ou nymphe du Mont Melite sur l'île mythique de Phaiakes (les Phaeaciens) ; fille du dieu fleuve Aegaeus, qui devint, par Heraclés, la mère de Hyllus, chez les Phéniciens.(Apollonius Rhodius, Argonautica 4. 538 ff ) Source:Dictionary of Greek and Roman Biography and Mythology. Elle est souvent associée à la nymphe du miel Makris.

  • Melite, l'une des Néréides, fille de Nereus et de Doris. (Hom. Il. xviii. 42; Hes. Theog. 246; Apollod. i. 2. § 7; Virg Aen. v. 825.)

  • Melite, une fille d'Erasinus d'Argos.

  • Melite : selon Philochorus : fille de Myrmex.

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Mes conclusions.

Pour les raisons présentées plus haut, il serait tentant de dire que Fabricius a choisi Melitaea comme une épithète de Vénus. Il aurait alors (ou le typographe) commis une faute sur une lettre puisque la seule épithète connue est Melinaea, Aphrodite de Méline en Argolide. Mais ce nom n'est attesté que par une seule source. Les hypothèses qui font dériver cette épithète de mel ou meli, "miel" sont néanmoins plaisantes. Je suis moins enclin que A.M. Emmet à croire que Fabricius dissimule des jeux de mots dans ses noms de genre, mais la proximité sémantique entre Melinaea et l'ensemble des nombreux noms construits sur le modèle Melit- a pu faciliter son choix. Rien ne peut non plus départager les partisans de Melita /Malte, Melitatea/ville de Thessalie. Enfin les recherches de H.A. Hürter ne lui ont pas permis, tout comme les miennes, de découvrir un culte de Diane/Artémis à Malte, ni une Diane qualifiée de Melitaea.

Mais l'une des solutions les plus simples, mais qui n'a pas été débattue, serait d'y voir une référence à l'une des deux nymphes nommées Melite :

Le nom ayant été créé par Fabricius en 1807, il est logique de consulter quelques-uns des dictionnaires mythologiques qui lui sont contemporains, comme le Dictionnaire de la fable de François Noël, paru en 1801. Celui-ci indique pour Mélite trois possibilités : 1) l'une des Néréides dans Homère 2) Nymphe dans Virgile Eneide Livre V vers 825 3). Fille du fleuve Égée. Hercule eut d'elle Hyllus.

De même, le Dictionnaire pour l'intelligence des auteurs classiques, grecs et latins de François Sabbathier donne en 1783 la liste des Néreides, dont Mélita.

1. Melita dans l'Iliade d'Homére Iliade chant XCVIII vers 38- 50 :

« Et autour de la Déesse étaient rassemblées toutes les Néréides qui sont au fond de la mer : Glaucé, Thalie, Cymodoké, Nésée, Spéio, Thoé, Halié aux yeux de bœuf, Cymothoé, Alcée, Limnorie, Mélité, Iaéra, Amphithoé, Agavé, Loto, Proto, Phérouse, Dynaméné, Déxamène et Amphinomé, Callianassa, Doris, Panopé, l'illustre Galatée, Némertès, Apseudès, Callianira, Clyméne, Ianira, Ianassa, Maéra, Oreithye, Amathée aux beaux cheveux, les autres Néréides qui sont dans la profonde mer. »

2. Melita dans l'Énéide de Virgile, Livre V vers 825.

laeua tenet Thetis et Melite Panopeaque uirgo,

Nisaee Spioque Thaliaque Cymodoceque.

"à sa gauche se tiennent Thétis et Mélité, et la vierge Panopée,

Niséé et Spio, ainsi que Thalie et Cymodocé."

Dans ce passage, Thétis, Mélité et Panopée sont, comme dans Homère, trois des cinquante Néréides, nymphes marines, filles du dieu de la mer Nérée cité au vers 840. Thétis, la mère d'Achille est la plus connue. Panopée a déjà été citée au vers 240. Mélité n'apparaît qu'ici dans l'Énéide.

3. Melite la naïade chez Apollonius..

Μελιτη MELITE (Melitê) , fille du dieu-fleuve Aegaeus, devint par Héracles la mère de Hyllus, chez les Phaeciens (Apollononius de Rhodes, Argonuatica iv. 538.). Il ne s'agit plus d'une Néréide, mais d'une Naïade, nymphe du mont Mélite sur l'île mythique des Phéaciens.

Apollonius Rhodius, Argonautica 4. 538 ff

535 οὔδεος, ὥς κεν ἄφαντος ἀεὶ μερόπεσσι πέλοιτο.
Οὐ μὲν ἔτι ζώοντα καταυτόθι τέτμον ἄνακτα
Ὕλλον, ὃν εὐειδὴς Μελίτη τέκεν Ἡρακλῆι
δήμῳ Φαιήκων. Ὁ γὰρ οἰκία Ναυσιθόοιο
Μάκριν τ' εἰσαφίκανε, Διωνύσοιο τιθήνην,

« Les héros ne trouvèrent plus vivant dans cet endroit le roi Hyllos, que la belle Mélité avait enfanté à Héraclès dans le pays des Phaiaciens. Car Héraclès s'était rendu vers les demeures de Nausithoos et vers l'île Macris, nourricière de Dionysos, pour se purifier du meurtre funeste de ses enfants; là, il soumit à l'amour dont il était possédé la fille du fleuve Aigaios, la naïade Mélité, qui enfanta le courageux Hyllos. »

4.la nymphe Melitta ou Melyta.

On trouve aussi dans la littérature la mention d'une nymphe Melitta, autre forme de Melissa, dont le nom signifie «abeille» ou «La douceur du miel". Selon ‎Jean-François Champollion (1830), la ville de Malte fut nommée à l'origine " Melitaion, soit à cause de l'excellent lait que produisait cette île, soit en honneur de la nymphe Melyta, fille de Nérée et de Doris,deux de leurs,". Ces formes Melitta, Melyta et Melissa s'éloignant de l'orthographe du nom de genre Melitaea, je ne les retiens pas.

5. Au total,

il me paraît logique de retenir comme l'hypothèse la plus probable pour l'origine du nom Melitaea de Fabricius la Néréide Mélité (grec Μελίτη ), citée par Homère et par Virgile, notamment puisque les Néréides ont donné leur nom à de nombreuses autres espèces de Nymphalidés.

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3. NOM D'ESPECE : Melitaea didyma ( Esper, 1778 ).

a) Description originale

Papilio didyma Esper, 1778 : Die Schmetterlinge in Abbildungen nach der Natur mit Beschreibungen. Erster Theil. Europäische Gattungen. Leipzig. (Weigel). 388 pp. page 365. [http://www.biodiversitylibrary.org/item/53441]

"Dieser Zweifalter wird vielen als einerlei mit denen vorhin beschrieben gattungen scheinen. Mir ist nicht mehr als dieß einzige exemplar bisher zu Gesichte gekommen. Es ist aus der Sammlung des herrn Cammerath Jung, durch dessen vorzügliche Güte ich in den Stand gesetzt ward, auch gegenwärtige Seltenheit Kennern bekännter zu machen. Dieser scharfsichtige Beobachter traf unseren Papilio in der Gegend von Uffenheim an. Ich bin außer Stand, von dem Geschlechts unterschied etwas Gewisses an ihm zu bemerken. Bey dem ersten Anblick wird man nichts weiter in dessen Gestalt und Zeichnung als den P. Pilosellae vermuthen, wie solcher auf der sieben und vierzigsten Tafel mit der dritten Figur vorgestellt ist. Auch eine wenig bedeutende Varietät von dem P. Cinxia Tab. 46 könnte derselbe dey Kurzsichtigen sein. Wie eigen aber zeichnet ihn die Natur fürs Kennerauge als eine wirkliche Species aus. Auf der sehr hellbraunen Oberfläche sind die schwarzen Zeichnungen ganz andert, als sie die ähnlichen haben. Wenn wir dorten ganz mit schwarz ausgefüllte Flecken bemerken, so stehen hier braune Flecken, welche blos schwarze Einfassungen haben. Es sind mehr charakteristische Züge, als wirkliche Flecken. Nahe gegen den Winkel des Vorderflügels steht eine große falt ovale Figur. Vorwärts eine ähnliche, jedoch kleiner, welche mehr ins Viereckige fällt. Gleich unter der ersteren findet sich wieder eine Zeichnung, welche diesem Falter etwas eigenes ist. Es sind eiförmig, gedrückte, zusammenstoßende schwarze Umrisse, zwischen einem paar durch diese Lage des Flügels gehende Nerven. Hier also durchaus mehr zirkelförmige Umrisse als wirKliche Flecken. Dieß Charakteristische hat die Natur gleichfalls bei Zeichnung der Unterseite an den Vorderflügeln behalten. Die Farbe fällt hier ins viel Bleichere aus . Es stehen auf derselben zirkelförmige Züge, aber keiner derselben ist geschlossen. Sie scheinen in Charaktere über zu gehen. Eine ganz besondere Zeichnung ist in der Mitte von dem gegenwärtigen Flügel. Ich meine die zwei sehr feinen Zirkelumrisse, deren jeder einen Punkt zum centro hat. In dieser Lage und gestalt habe ich sie nie an einem der ähnlichen Papilionen bemerkt. Das hängt nun alles wohl nicht von dem Zufälligen ab. Die Unterseite der hinterflügel mag dem P. Pilosellae am ähnlichsten kommen. Ich bitte aber meine Leser, die Zeichnung selbst vor die Hände zu nehmen. Der sehr große Unterschied fällt leicht in die Augen. Unter Falter werden durchaus mit geraden gebrochenen Strichen begränzt. In der Binde am Rand sind keine Punkte vorhanden. Kennerauge wird Verschiedenheit in jedem Strich und Punkt bemerken. . »

Traduction sommaire et peu fidèle :"Ce papillon semblera très semblables à ceux qui viennent d'être décrits. paraîtront tous les mêmes autant de genres décrits précédemment avec eux. Je ne suis plus cette copie encore venu seulement pour faire face. C' est à partir de la collection de M. Cammerath le Jeune*, et par son exquise bonté que j'ai été en mesure de faire connaître aux amateurs ce spécimen rare. Ce perspicace observateur a rencontré ce papillon dans sa propriété d'Uffenheim. Je suis incapable de me prononcer sur une éventuelle différence de sexe. A première vue, il ressemble par sa forme et le dessin [ de ses ailes] à Papilio Pilosellae [Hipparchia tithonius ??] qui est représenté planche 47 fig.3. Ou à une variété myope de Papilio Cinxia Planche 46. Pourtant il se distingue pour les connaisseurs comme une espèce propre.. . Sur le fond marron très clair, les marques noires sont tout à fait différentes »"

* Cammerath le Jeune : cité également par Esper dans sa description de Satyrium illicis : "M. Cammerrath le Jeune dans l'année (17)77, dans la région de Uffenheim, sur les chênes autour de la mi-mai.". Cet entomologiste réside à Uffenheim en Bavière arrondissement de Neustadt, et Esper cite ailleurs à propos d'une variété de Sphinx sa "collection souvent vantée".

Illustration originale : Esper, E. J. C. 1776-1779. Die Schmetterlinge in Abbildungen nach der Natur mit Beschreibungen. Erster Theil. Europäische Gattungen. Leipzig. (Weigel). 388 pp.: Fig. 3. Tab. XLI.Suppl. XV.

[http://www.biodiversitylibrary.org/item/53441]

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b) Localité-type et Description :

— Localité-type : environs d‘Uffenheim, Bavière, Allemagne (nom indiqué dans la description originale).

Selon Dupont & al.(2013) cette espèce présente une répartition ouest-paléarctique. Elle est signalée partout en France sauf de la zone du littoral de la Manche et de la Mer du Nord. Les chenilles se nourrissent principalement sur Plantago lanceolata L.

— Description Wikipédia :

"Synonymes : Papilio didyma Esper, 1778; Papilio cytheris Mueschen, 1781; Papilio athulia Fabricius, 1787; Melitaea meridionalis, Melitaea occidentalis Staudinger, 1861; Didymaeformia didyma Higgins, 1981.

Après avoir été classée dans les Melitaea elle a été replacée dans les Didymaeformia par Higgins en 1981."

"C'est un papillon orange ornementé de marron, une fine bordure et des dessins organisés en lignes laissant de grandes plages orange, qui présente un dimorphisme saisonnier et sexuel. Le dessus est orange vif orné de dessins marron en quantité et de grosseur variables. Cependant le mâle se présente toujours avec un dessus orange vif, la femelle est parfois plus terne, d'un orange suffusé de gris-vert. Le revers est à damiers jaune clair et damiers orange organisés en lignes aux postérieures.

Il hiverne à l'état de jeune chenille. Il vole en une deux ou trois générations entre mars et octobre.

Les plantes hôtes de sa chenille sont nombreuses : Linaria dont Linaria alpina, Linaria peloponnesiaca, Linaria vulgaris; Plantago dont Plantago amplexicaulis, Plantago lanceolata, Plantago major; Digitalis grandifolia et Digitalis purpurea; Veronica chamaedrys et Veronica teucrium; Valeriana montana, Valeriana officinalis et Valeriana persica.

Pour Melitaea didyma occidentalis ce sont Mispate orontium, Plantago dont Plantago amplexicaulis, Melampyrum, Verbascum, Linaria dont Linaria sagittata .

Il est présent en Afrique du Nord, en Europe, au Moyen-Orient (Turquie, Iran, jusqu'en Afghanistan, au Kazakhstan, au nord du Pakistan) et en Sibérie puis forme d'un large isolat dans le centre de l'Asie (ouest de la Chine et Mongolie). En Afrique du Nord il réside au Maroc, en Algérie et en Tunisie dans le Haut-Atlas, le Moyen-Atlas et l'Anti-Atlas. En Europe il est absent de la partie la plus au nord, Angleterre, Irlande, nord de la France, de l'Allemagne, de la Pologne et Scandinavie. En France il est présent dans tous les départements sauf ceux qui bordent la Manche et la mer du Nord, du Finistère au Pas-de-Calais. Il est aussi absent de Corse. La Mélitée orangée réside dans les lieux herbus fleuris, prairies, bords de chemins."

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c) Synonymes INPN (Muséum) et sous-espèces.

Liste des synonymes :

Argynnis didyma (Esper, 1778)

  • Didymaeformia didyma alpina (Staudinger, 1861)

  • Didymaeformia didyma didyma (Esper, 1778)

  • Didymaeformia didyma meridionalis (Staudinger, 1870) :

  • Didymaeformia didyma (Esper, 1778)

  • Melitaea didyma alpina Staudinger, 1861 :: Staudinger, O. & Wocke, M. 1861. Catalog der Lepidopteren Europa's und der angrenzenden länder. I. Macrolepidoptera II. Microlepidoptera. Dresden. 192 pp.: 8.

  • Melitaea didyma didyma (Esper, 1778)

  • Melitaea didyma meridionalis Staudinger, 1870 Beitrag zur Lepidopterenfauna Griechenlands. Horae Societatis Entomologicae Rossicae, 7: 3-304 : 60. . [http://www.biodiversitylibrary.org/page/12342414]

  • Melitaea meridionalis Staudinger, 1870

  • Melitaea occidentalis Staudinger, 1861

  • Papilio didyma Esper, 1778

  • [Illustration originale] Herrich-Schäffer, G. A. W. 1851-[1852]. Systematische Bearbeitung der Schmetterlinge von Europa, Zugleich als Text, Revision und Supplement zu Jacob Hubner’s Sammlung europäischer Schmetterlinge. Erster band. Die Tagfalter. Regensburg. 164 pp. : Fig. 269, Tab. 56.

Sous-espèces :

Leraut retient la présence de trois sous-espèces en France :

- didyma Esper, 1778.

- meridionalis Staudinger, 1870. Localité-type : Mont Parnasse, Grèce.

- alpina Staudinger, 1961. Localité-type : Alpes

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c) Origine et signification du nom didyma.

— Ramann page 68 :

"...war ein Ort bei Miletus in Ionien, wo ein Tempel des Apollo stand" : lieu à Millet en Ionie où se tenait un temple dédiié à Apollon."

— L. Glaser page 124 :

"Zwillingsgöttin", nämlich Diana" : "Déesse jumelle", surnom de Diane".

— Spannert page 36 :

"Ein Beiname der Diana von didymos doppelt, zweifach : als Zwillingsschwester des Apollo" : "Surnom de Diane de didymos, double, jumeau : comme sœur jumelle d'Apollon."

— Arnold Spuler (1901-1908) :

"didymos, doppelt, Beiname der Artemis, als Zwillingsschwester des Apollo" : "De didymos, "double", surnom d'Artémis, comme sœur jumelle d'Apollon".

— Janssen page 40 :

"didumè = twelling ; naam van Artemis (twellingzuster van Apollon" : didumè = jumeau : nom d'Artémis, sœur jumelle d'Apollon".

— Hans Hürter (1988) page 248 :

"Deutung : Nach der Erstbeschreibung Espers 1777 (siehe Zitat) ist nicht die Orakelstätte Apollons gemeint, sondern eindeutig die Epiklesis, der Beiname der Artemis als Zwillingsschwester des Apollons. Es verwundert jedoch, daß der Beiname Didyma in der Bedeutung "Zwillingsschwester Apollons" weder bei Pauly noch bei Roscher erscheint, nicht einmal bei Bruchmann, der immerhin 320 Epitheta der Artemis, wie sie bei antiken Schriftstellern vorkommen, aufweist."

Traduction approximative : "Interprétation : D'après la description originale de Esper 1777 (voir la citation), ce n'est pas la ville oraculaire d'Apollon, mais clairement l'épiclèse, le surnom d'Artémis comme sœur jumelle d'Apollon (que ce nom exprime). Il est cependant surprenant que cette épithète n'apparaisse ni chez Pauly ni chez Roscher, ni même chez Bruchmann qui cite 320 épithètes collectés chez les auteurs anciens".

— A. Maitland Emmet (1991) page 155 :

"didumos, a twin : from close resemblance to M. phoebe ([Denis & Schiffermüller], 1775) " : "Didumos, un jumeau : en raison de la ressemblance avec M. phoebé"

— Luquet in Doux et Gibeaux (2007) page 152 :

"didyma : du grec didoumos, "jumeau", par allusion à sa ressemblance avec Cinclidia phoebe (Emmet, 1991 :155). Selon Spuler (1901-1908 :23), "épithète d'Artémis, en tant que sœur jumelle d'Apollon".

— Perrein et al. (2012) page 416:

"Étymologie : de Didymos, du grec didumos "double", "jumeau", surnom d'Artémis sœur d'Apollon qui avait un temple à Didyme, ville grecque d'Ionie"

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Discussion.

Esper commente lui-même son choix de nom page 366 de sa description originale :

« Ich habe den Namen Didyma für diesen Falter gewählt. Die Diana hat ihn weiland geführt, und da deren Synonymen Herr von Linne dem Perlenmuttervogel beigelegt hat, so ist es in dieser Gewohnheit zu verbleiben, in der That beinahe Rechtens geworden. Es kann dieser Name dem Gedächtniß eine Erläuterung schaffen. Die zwei Zirkelrisse in der Mitte des Vorderflügels zeichnen ihn vor den übrigen aus. Sie sehen ocellis didymis gleich, er mag Didyma heissen. Mehr aber von seiner Naturgeschichte sagen zu können, würde erheblicher seyn. Dieß aber muß die Zeit erst, wie viel anderes, lehren. »

Traduction très sommaire :"J'ai choisi le nom Didyma pour ce papillon. Diane l'a autrefois porté, et depuis que Linné a attaché leurs synonymes aux Nacrés , il est devenu, en fait, presque légitime de puiser dans les épithètes de Diane ?]. Cela peut participer à perpétuer le souvenir de ce nom. Les deux fissures circulaires au milieu de l'aile antérieure le distinguer de l'autre espèce. Vous voyez ocellis didymis même, cela peut signifier Didyme. ".

Il est parfaitement clair que Esper explique lui-même le choix de son nom didyma comme étant une épithète de la déesse Diane/Aphrodite. Tous les auteurs germaniques (qui avaient accès au texte original ?) l'ont interprété ainsi, hormis Ramann qui évoque le sanctuaire oraculaire de Didymes, dédié à Apollon, et très célèbre pour ses chênes dont le murmure des feuilles agitées par le vent délivraient les prédictions. Seul le britannique Emmet s'égare sur une fausse piste. Mais je comprends mal pourquoi Esper se réfère à Linné : pense-t-il à Papilio lathonia, qui renvoie à Lathone, mère des jumeaux Apollon et Artémis ?

Mais Esper donne (ou trouve après-coup) un deuxième sens à son nom qui peut qualifier aussi selon lui deux taches ou ocelles jumelles (ocellis didymis) du milieu des ailes antérieures, et qu'il a présenté comme tout à fait caractéristiques dans sa description. Je n'ai pas compris vraiment ce qu'il entendait par là.

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II. NOMS VERNACULAIRES.

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I. Les Noms français.

1. Le Damier, variété A, Geoffroy (1762)

Geoffroy, E. L. 1762. Histoire abrégée des insectes qui se trouvent aux environs de Paris, dans laquelle ces animaux sont rangés suivant un ordre méthodique. Tome II. Durand, Paris. 690 pp. page 45 n°12. Cet auteur qui décrit sa collection 16 ans avant la description de didyma par Esper, décrit sous le nom de Damier quatre variétés A, B, C et D. Les entomologistes du début du XIXe siècle (Latreille) ont reconnu didyma dans la variété A.

"Variété A : Papilio alis dentatis fulvis nigro maculatis, subtus fasciis tribus flavis. ... La première de ces variétés est fauve en dessus, parsemée de taches noires rondes et de points isolés comme le petit nacré. En dessous, elle a des petits points semblables, et la couleur est la même, à l'exception du bord des ailes supérieures qui est d'un jaune citron et de trois bandes jaunes transverses sur les ailes inférieures. "

2. Le Damier, Première espèce, Engramelle, 1779.

3. Argynne Didyma, Latreille et Godart 1819

Latreille et Godart Encyclopédie méthodique, Paris : Vve Agasse tome 9, page 279

Cet article permet de disposer de l'ensemble des références bibliographiques sur cette espèce, notamment par les auteurs germaniques, autrichiens ou suisses.

4. Argynne Didyma, Godart 1821,

Jean-Baptiste Godart, Histoire naturelle des lépidoptères ou papillons d'Europe, Paris : Crevot 1821, page 68 n° XX planche 4 secund fig.2 et pl. 4 tert. fig.3

Diurnes Supplément page 141.

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5. Mélitée didyme, Duponchel 1846, Chenille

page 146 n°63 Planche XXII par Duménil gravée par Dupréel

http://www.biodiversityheritagelibrary.org/item/38600#page/195/mode/1up

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6. La revue des noms vernaculaires par Gérard Luquet en 1986, et le nom vernaculaire actuel.

Dans la révision des noms vernaculaires français des rhopalocères parue dans la revue Alexanor en 1986, Gérard Christian Luquet proposait comme nom principal "La Mélitée orangée" et comme nom accessoire "Le Damier orangée" mais écarte "La Diane" avec en commentaire une note 93 : "Le nom de "Diane" ne peut être utilisé pour Didymaeformia didyma, dans la mesure où il a été par ailleurs appliqué traditionnellement à Zerinthia polyxena (Papilionides).

7. Noms vernaculaires contemporains :

Charles Oberthür et Constant Houlbert , dans leur Faune armoricaine de 1912-1921, utilisent le nom scientifique de "Melitaea didyma Ochs" mais ne citent pas de nom vernaculaire.

—Bellmann / Luquet 2008 : "La Mélitée orangée" .

— Chinery / Leraut 1998 : non décrit

— Doux & Gibeaux 2007 : "La Mélitée orangée ".

— Lafranchis, 2000 : "La Méliée orangée" .

— Perrein et al. 2012 : "Mélitée orangée ".

— Tolman & Lewington / P. Leraut 2009 : "Mélitée orangée".

— Wikipédia : "Mélitée orangée ou Damier orangé".

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Bibliographie, liens et Sources.

—Funet : melitaea :

— Inventaire national du patrimoine naturel (Muséum) : melitaea didyma

Bibliographie générale de ces Zoonymies : http://www.lavieb-aile.com/article-zoonymie-des-rhopaloceres-bibliographie-124969048.html

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