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26 octobre 2016 3 26 /10 /octobre /2016 14:43

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Plan :

  • L'interversion des deux noms des Sibylles
  • L'étude du texte de leur phylactère
  • L'inscription MEIAPAROS
  • L'Infante Isabelle du Portugal, modèle de la Sibylle de droite.

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Chacun connaît le polyptyque de  l’Adoration de l'Agneau mystique de la cathédrale de Gand, débuté vers 1420 par Hubert Van Eyck et achevé de 1426 à 1432 par son frère Jan. En effet, ce  chef-d'œuvre de la peinture des primitifs flamands, inscrit sur la liste du patrimoine culturel mondial par l'UNESCO, est mondialement connu, et a été étudié dans ses moindres détails, ce qui représente une lourde tâche  pour un ensemble de 24 panneaux mesurant  3,75 m sur 5, 20 m. 

Et pourtant, et pourtant, ce retable si fameux dissimule (visible comme le nez au milieu du visage) une belle erreur dont les peintres (où quelque restaurateur) se sont rendus coupables. Et dont les auteurs des articles encyclopédiques ( et même les auteurs du beau livre  Van Eyck par le détail) ne rendent pas compte, si j'excepte l'article Wikipédia en ..japonais. 

Cette "bavure" porte sur les deux Sibylles peintes en grisaille sur la face extérieure des volets.

En effet, le retable était ouvert les dimanches et fêtes, montrant en haut la Déisis et en bas l'Adoration de l'Agneau de Dieu, mais les volets  étaient fermés les jours de semaine et montraient une scène composite à tris registres. Au milieu, l'Annonciation ;   en bas le couple de donateurs  Joost Vijdt et  Lysbette Borluut autour de  saint Jean-Baptiste et saint Jean l’Évangéliste.  C'est en partie haute, au dessus de l'Annonciation, que nous trouvons sur les cotés deux prophètes dans des panneaux en demi-lunes et au centre les deux Sibylles occupant les deux moitiés de la  même arcade. Si les prophètes ont, pour l'Église, annoncés par leurs oracles la venue du Sauveur au monde hébraïque, les Sibylles ont prédit par leurs vaticinations le même événement aux "Gentils" (païens) d'Europe, d'Afrique et d'Asie. Si les deux prophètes et les deux prophétesses sont venus occuper les combles au dessus du plafond de la chambre de la Vierge, c'est précisément parce qu'ils ont prévus depuis des lustres ce qui est en train de s'y dérouler : une jeune fille vierge va devenir enceinte par l'opération du Saint-Esprit et donner naissance au Sauveur dont  l'humanité attend sa rédemption. Le texte de leurs prévisions, qui le démontre, se déroule en paperolles au dessus de leurs têtes.

Alors, cherchons l'erreur ? En chemin, nous découvrirons des détails inattendus. Et des énigmes mal résolues.

Quelques images préalables pour situer les lieux.

 

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https://fr.wikipedia.org/wiki/L%27Agneau_mystique#/media/File:Lamgods_closed.jpg

 

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https://ja.wikipedia.org/wiki/%E3%83%98%E3%83%B3%E3%83%88%E3%81%AE%E7%A5%AD%E5%A3%87%E7%94%BB#/media/File:Ghent-altarpiece-Lunetes-left.jpg

 

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I. "SIBILLA ERITREA", panneau de 212 cm x 37.1 cm. Une inversion des noms avec la Sibylle de Cumes.

http://closertovaneyck.kikirpa.be/#viewer/id1=53&id2=0

Dans le panneau central de gauche, une femme à genoux et tournée vers la gauche  est vêtue d'une robe blanche bordée d'or très semblable à celles de la Vierge et de l'Ange et formant ainsi une triangulation.  Un châle  noir est noué autour de son cou . Sa tête est recouverte d'un turban blanc rayé de bleu. Celui-ci retient un voile jaune d'or, à bord échancré et ourlé de noir, et  qui recouvre ses épaules, son dos et ses reins. Une perle pend par un anneau à son oreille droite. Un bracelet est passé à son poignet gauche : c'est un épais demi-jonc en or, constellé de brillants.

Il est écrit sur la banderole  au dessus de sa tête : NIL MORTALE SONANS AFFLATA...ES NUMINE CELSO . La traverse au bas du compartiment porte l'indication  SIBILLA ERITREA.  En réalité, l'inscription est tirée du Livre VI de l'Énéide de Virgile et se donc rapporte à la Sibylle de Cumes. A l'évidence, il y a eu une interversion des panneaux et des noms des sibylles, puisque la prophétesse voisine porte sur la traverse inférieure l'inscription qui conviendrait ici,  SIBILLA CUMANA. Nous allons voir que c'est une interversion des inscriptions des traverses, et non des textes des banderoles,  et que la sibylle représentée ici est bien celle de Cumes. Cette interversion a été remarquée et argumentée en 1945 par Jean Gessler (1878-1952), professeur à l'Université de Louvain, dans une brève communication dans la Revue belge de philologie et d'histoire. On peut aussi arguer d'une confusion flottante, depuis Saint Augustin et toujours au XVe siècle, entre la Sibylle de Cumes et celle d'Érythrée avant de penser à une erreur.

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1. L'origine et le sens du texte de la banderole : l'Énéide de Virgile.

Nil mortale sonans afflata es numine celso  est une citation partielle et détournée d'une épopée extrêmement célèbre du poète latin Virgile, l'Énéide, racontant les aventures du héros troyen Énée, fils d'Anchise et de la déesse Aphrodite. Anchise, que son fils a enterré en Sicile, lui apparaît et lui demande d'aller voir la Sibylle de Cumes afin qu'elle le conduise aux Enfers, où il pourra lui parler. Il se rend donc avec son navire à Cumes, près de Naples (Italie), où se trouve l'antre de la Sibylle. Le Livre VI est celui de cette "catabase", ou descente aux Enfers ; il débute par l'arrivée devant le temple d'Apollon :

"Le pieux Énée de son côté gagne la hauteur que domine le haut Apollon et, plus loin, l'antre immense, la retraite de l'effrayante Sibylle, à qui le prophète de Délos [Apollon] insuffle grande intelligence et grande énergie, et lui découvre l'avenir." ...

"Le flanc immense de la roche euboïque [golfe d'Eubée] a été creusé, formant un antre, où conduisent cent larges accès, cent portes, d'où surgissent autant de voix, les réponses de la Sibylle. On était arrivé au seuil, lorsque la vierge déclara : « C'est le moment d'interroger les destins ; le dieu, voici le dieu ! »

C'est ici que se situe le vers qui nous occupe  : celui de l' Énéide Livre VI vers 50 :

Cui talia fanti ante fores subito non uoltus, non color unus, non  mansere comae ; sed pectus anhelum, et rabie fera corda tument ; maiorque uideri, nec mortale sonans, adflata est numine quando iam propiore dei

"Pendant qu'elle parle ainsi devant les portes, ses traits, son teint subitement se décomposent, ses cheveux en désordre se soulèvent, tandis que sa poitrine se fait haletante, et son cœur déchaîné se gonfle de rage ; elle apparaît plus grande, sa voix n'est plus d'une mortelle, puisque l'atteint le souffle puissant du dieu déjà tout proche." 

http://bcs.fltr.ucl.ac.be/Virg/V06-001-263.html

Ce rôle de la Cumméenne comme passeuse vers les Enfers fut si réputé dans tout le moyen Âge que Dante choisi Virgile comme guide dans l'Enfer de sa Divine Comédie (et selon Manetti, la "forêt obscure" du vers fameux Nel mezzo del cammin di nostra vita / mi ritrovai per una selva oscura / ché la diritta via era smarrita se situe entre Naples et Cumes).

Mais le vers a été modifié et le mot celso (de celsus "haut, élevé") a remplacé l'expression quando iam propiore dei. De même, Nec ("Ni, et ne") est remplacé par Nil ("rien, en rien, nullement").   Et Est, "elle est" se transforme en es "tu es".  Je traduis donc la banderole librement ainsi : " Tu ne prononces aucun des mots d'une mortelle, tu es inspirée par les signes d'en haut". Le Numen est, au départ, le signe de tête d'un Dieu qui marque sa volonté inflexible. 

Le vers de Virgile, simple description de la transformation de la Sibylle sous le coup de l'inspiration divine, est transformé par ces petits changements en une vaticination adressée à...Mais à qui ?

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 La Sibylle de Cumes, volet gauche du Polyptyque de l'Agneau Mystique d'Hubert et Jan Van Eyck, cathédrale de Gand, image closertovaneyck.

La Sibylle de Cumes, volet gauche du Polyptyque de l'Agneau Mystique d'Hubert et Jan Van Eyck, cathédrale de Gand, image closertovaneyck.

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Mais à qui s'adressent ces mots ? Ils ne peuvent, dans ce contexte, s'adresser à la Sibylle, puisque c'est elle qui parle. Pourtant, ils semblent définir l'action même de prophétiser : du latin tardif prophetizo, emprunt de l'ancien grec, variante hellénistique de propheteuo de πρό- ‎(pró-, “avant”) +‎ φημί ‎(phēmí, “J'annonce, je déclare, je parle ”). « j'annonce les desseins de Dieu, par inspiration spéciale» (en français dès 1155).

Il pourraient s'adresser à l'ange Gabriel, mais un indice montre qu'ils s'adressent à la Vierge : Dans l'Annonciation du Polyptyque, les paroles prononcées par l'ange Gabriel AVE GRATIA sont écrites à l'endroit, de même que leur suite écrites sur la fenêtre et la colonne voisine PLENA DNS TECU[M], alors que celles prononcées par la Vierge sont écrites doublement à l'envers (en miroir et donc en rétrograde et tournées vers le haut)  ECCE ANCILLA DNI. 

Cette subtilité, est reprise dans l'Annonciation de Van Eyck aujourd'hui à Washington, et peinte deux à quatre ans après l'achèvement du Polyptyque.

L'inscription inversée a été  interprétée comme "écrite à l'envers pour que Dieu puisse la lire du ciel" (!) ou "destinée à la colombe du Saint-Esprit" qui plane au dessus de la tête de Marie. En réalité, si nous considérons cette double inversion comme une représentation picturale du Nil mortale sonans, et du fait que les paroles qui sortent de la bouche de la Vierge sont inspirées par l'Esprit-Saint comme paroles non humaines, mais sacrées, nous atteignons des sommets de théologie et de spiritualité. Cette simple écriture rétrograde et renversée témoigne alors que la Vierge "per-phétise", rend actuel ce que la Sibylle a pro-phétisé, qu'elle accomplit la vaticination sibylline telle que l'a écrite plus haut le peintre.

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http://closertovaneyck.kikirpa.be/#viewer/id1=49&id2=0

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http://closertovaneyck.kikirpa.be/#viewer/id1=61&id2=0

 

 

 

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L'Annonciation de Jan Eyck de 1434-36 à Washington :

https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/6/6a/Jan_van_Eyck_-_The_Annunciation_-_Google_Art_Project.jpg

 

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 La Sibylle de Cumes, volet gauche du Polyptyque de l'Agneau Mystique d'Hubert et Jan Van Eyck, cathédrale de Gand, image closertovaneyck.

La Sibylle de Cumes, volet gauche du Polyptyque de l'Agneau Mystique d'Hubert et Jan Van Eyck, cathédrale de Gand, image closertovaneyck.

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Les auteurs de la fin du XVe siècle (F. Barbieri) ne feront pas référence, pour la Sibylle de Cumes, au texte de l'Énéide, mais à trois autres textes : la légende des Livres et de Tarquin, les Métamorphoses d'Ovide, et les Bucoliques de Virgile. 

a) L'histoire de l'acquisition des livres sibyllins par Tarquin le Superbe, dernier roi de la monarchie romaine , ou Tarquin , est la suivante : une vieille femme "qui n'était pas originaire du pays"  arrive un jour à Rome et propose à Tarquin d'acheter neuf livres de prophéties ; et comme le roi refuse de les acheter, en raison du prix exorbitant qu'elle demandait, elle en brûle trois. Elle offre les six restant, pour le même prix. Nouveau refus du roi. Elle en brûle à nouveau trois, décidant ainsi le roi a acheter les trois derniers. C'est l'origine des Livres Sibyllins, les textes sacrés de l'État romain, conservés au Capitole et que l'on consultera lors des grands dangers car ils sont censés contenir les destinées de l’État.  Les livres sibyllins exposaient la doctrine de l'éternel retour : à la fin de chaque cycle, ou Grande Année, les astres retrouvent la même place dans le ciel, ce qui amène le retour des événements dans le même ordre.

 La vieille femme n'était autre que la Sibylle de Cumes.

b) Le Livre XIV des Métamorphoses d'Ovide reprend l'épopée d'Énée. Il se rend à Cumes, où sa réputation d'homme valeureux lui vaut la faveur de la Sibylle à qui il a demandé de pouvoir visiter  les mânes de son père. La Sibylle lui fait couper un rameau d'or, lui permettant l'accès au royaume des morts et la possibilité d'apprendre de la bouche d'Anchise les lois de l'au-delà et d'autres révélations sur les dangers qui l'attendent encore sur terre. Après quoi, il quitte le monde souterrain en compagnie de la prêtresse. (14, 101-121)

Chemin faisant, il promet à la Sibylle de lui élever un temple pour lui montrer sa reconnaissance. Précisant qu'elle n'est pas une divinité, la Sibylle lui raconte son histoire : elle inspira un jour une vive passion à Apollon qui, pour la séduire, lui proposa d'accomplir le vœu qu'elle choisirait ; elle souhaita vivre autant d'années qu'il y avait de grains de poussière dans une poignée de sable, sans spécifier qu'il s'agissait d'années de jeunesse. Le dieu, qui n'était pas arrivé à la séduire, tint pourtant sa promesse. C'est ainsi que la Sibylle, âgée de sept siècles déjà, toujours solitaire et vierge, doit encore vivre trois cents années avant de n'être plus qu'une voix. (14, 122-153)

c) Dans la quatrième Églogue de Virgile se trouve le célèbre vers : Ultima Cumaei uenit iam carminis aetas « Le voici venu, le dernier âge de l'oracle de Cumes »  Buc., 4, 4  . Les vers suivants annoncent qu'une vierge venue des cieux donnera naissance à un enfant qui renouvellera le monde. Au sens littéral et historique la quatrième Églogue est un message de félicitation adressé au consul Pollion, l'ami de Virgile, avant la venue au monde de son enfant. Le passage s'adresse à Lucine, protectrice des accouchées.  Et Virgo désigne Astrée, fille de Zeus et de Thémis, qui pendant l'âge d'or, habitait la terre, avant de prendre place parmi les constellations. Mais depuis Saint Augustin et les Pères de l'Église, les chrétiens, inspirés par  la consonance avec la prophétie d'Isaïe, 11, 1 : '" Un rameau sortira de la souche de Jessé, un rejeton jaillira de ses racines",  s'accordèrent à y voir la prédiction par Virgile / par la Sibylle italienne de la naissance du Christ. Par une vierge (virgo). Le chant de la Cuméenne – Carmen cumaeum–  devient annonce messianique.

Ultima Cumaei venit jam carminis aetas ;

Magnus ab integro saeclorum nascitur ordo.

Jam redit et virgo, redeunt Saturnia regna,

Jam nova progenies cœlo demittitur alto.

Casta, fave , Lucina, tuus jam regnat Apollo. Virgile, Bucoliques 4, 4-10.

"Il est venu, le dernier âge de la prophétie de Cumes  le grand ordre des siècles naît sur de nouvelles bases Déjà revient aussi la Vierge, revient le règne de Saturne, déjà une nouvelle race est envoyée du haut du ciel. Toi, du moins, à l'enfant qui naît par qui la race de fer finira enfin et surgira une race d'or dans le monde entier, chaste Lucine, accorde ta protection ; déjà règne ton [frère] Apollon" http://fleche.org/lutece/progterm/virgile/eglogue4.html

 

d) Cette réputation de l'Églogue de Virgile datait de saint Augustin,  au IVe siècle : d'après Jean-Michel Roessli, :

La conception qu'Augustin se fera des sibylles, découle de sa lecture chrétienne de la quatrième Églogue qui se profile déjà dans le premier texte où il y fait référence, soit dans l'ep. Rom. inch., § 3, rédigée vers 394-395. Dans ce petit traité exégétique, le futur évêque d'Hippone explique qu'il y eut, au cours de l'histoire, des prophètes qui n'étaient pas à proprement parler des interprètes de la Parole de Dieu, mais qui ont entendu des prophéties relatives au Christ et les ont chantées. C'est à cette catégorie, dit-il, que l'on rattache la Sibylle, rapportant ainsi une opinion apparemment fort répandue. Augustin s'empresse ensuite d'ajouter qu'il aurait du mal à y croire si le plus noble des poètes latins, à savoir Virgile, n'avait lui-même parlé du renouvellement du monde en des termes qui évoquent le règne de Jésus-Christ. Or, la source d'inspiration à laquelle Virgile se réfère n'est autre que le carmen Cumaeum, naturellement identifié par Augustin à un oracle de la Sibylle du même nom . 

« Il y a eu en effet des prophètes qui n'étaient pas les prophètes de Dieu et dans lesquels on trouve également quelques oracles prophétiques chantant les oracles qu'ils avaient entendus sur le Christ, comme on le dit aussi de la Sibylle ; ce que je ne croirais pas facilement, si l'un des poètes les plus nobles de la langue latine, célébrant l'avènement d'une ère nouvelle en termes qui paraissent assez correspondre et convenir au règne de Notre Seigneur Jésus-Christ, n'avait commencé par ce vers : “Le dernier âge de l'oracle de Cumes est enfin venu” (Virgile, Églogue, 4, 4). Or, personne ne doutera que l'oracle de Cumes est un oracle de la Sibylle. »AUG., ep. Rom. inch. 3 (PL, 35, col. 2089) 

Augustin reprend cette idée dans la lettre 258 à Marcianus : 

« Votre vie présente vous rend digne de recevoir, par les eaux salutaires du baptême, la rémission de vos péchés passés. Car c'est seulement à Notre Seigneur Jésus-Christ que le genre humain peut dire : “Sous ta conduite, s'il reste encore quelques traces de nos crimes, / elles disparaîtront, et la terre n'aura plus rien à craindre” (Virgile, Églogue, 4, 13-14). Virgile avoue qu'il a emprunté ces deux vers à l'oracle de Cumes, c'est-à-dire à la Sibylle. Peut-être cette prophétesse avait-elle, par une inspiration, appris quelque chose sur notre unique Sauveur, et avait-elle été forcée de le révéler. » AUG., ep. 258, 5 (CSEL, 57, p. 609, l. 11-17-p. 610, l. 3) 

Et à nouveau ici dans la Cité de Dieu Livre X chap. 27

« Car il ne t'aurait pas trompé celui que “vos propres oracles”, comme tu l'écris toi-même, ont reconnu saint et immortel : lui dont a parlé le plus illustre des poètes, en poète il est vrai, car il traçait l'ébauche d'un autre personnage, mais non sans vérité, si on rapporte au Christ ces vers : “Sous ta conduite, s'il reste quelque trace de nos crimes, / elle sera effacée et la terre délivrée de son perpétuel effroi” (Virgile, Églogue, 4, 13-14). Il s'agit ici de ce qui, en raison de l'infirmité de cette vie, peut subsister sinon de crimes, du moins de traces de crimes, même chez les plus avancés dans la vertu de justice et que seul peut effacer le Sauveur désigné par ces vers. Qu'il ne parle pas en son propre nom, Virgile lui-même l'indique au quatrième vers, je crois, de son Églogue en disant : “Déjà voici venu le dernier âge de l'Oracle de Cumes” (ibid., 4, 4). D'où il apparaît immédiatement qu'il parle ainsi d'après la Sibylle de Cumes », AUG., ciu., X, 27 (CSEL, 40, 1, p. 492, l. 29-p. 493, l. 14) :  traduction de G. Combès [BA 34], Paris, 1959, p. 523-524).

 

Le vers Jam nova progenies caelo de mittitur alto "Déjà une nouvelle progéniture est envoyée du haut du ciel" figure au portail gauche de la façade occidentale de la cathédrale de Laon au XIIe siècle , ou dans les peintures murales romanes récemment découvertes des Salles-Lavauguyon en Limousin, ou dans les stalles de la cathédrale d’Ulm au XVe s, etc.

Si les frères Van Eyck font figurer la Sibylle de Cumes au dessus de l'Annonciation et en référence avec elle, c'est bien-sûr à cause de ces vers de la 4ème Églogue. S'il n'ont pas choisi d'inscrire ces vers sur la phylactère, c'est qu'ils étaient connus de tous les lettrés, et que leur choix de détourner les vers du Livre VI de l'Énéide leur permettait de donner une dimension spirituelle nouvelle à l'ensemble des panneaux.

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La Sibylle de Cumes et la Vierge de l'Annonciation, Van Eyck, Polyptyque de l'Agneau Mystique, http://closertovaneyck.kikirpa.be/#viewer/id1=53&id2=0

La Sibylle de Cumes et la Vierge de l'Annonciation, Van Eyck, Polyptyque de l'Agneau Mystique, http://closertovaneyck.kikirpa.be/#viewer/id1=53&id2=0

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2. Le port de la boucle d'oreille par la Sibylle de Cumes.

La boucle d'oreille est, dans la peinture médiévale et plus tardive, non un ornement, mais un signe distinctif indiquant une marginalité ou l'appartenance à un peuple ou une religion différentes de ceux de la chrétienté. On la trouve sur l'oreille du mage Balthasar parce qu'il est noir de peau, à celle de sainte Marie-Madeleine parce qu'elle a été une prostituée, ou à celle de la Vierge pour signifier sa judéité (voir l'Annonciation d'Ambrogio Lorenzetti) . Ici, elle est particulièrement ostensible sur le lobe de la Sibylle, témoignant, comme le turban, d'une appartenance à la fois au monde païen, et à l'Asie (bien que Cumes soit en Italie, c'est une colonie grecque). Néanmoins, c'est une perle de belle taille et de belle eau qui est suspendue à l'anneau. La perle  est un symbole pluriel, attribut de la déesse de l'Amour, mais aussi un modèle de pureté, de limpidité  et donc de virginité et d'innocence, autant de qualités propres à la Vierge. Dans le panneau de l'Annonciation, Marie porte un diadème de dix perles (et cinq autour d'un saphir) et une broche de huit perles autour d'une émeraude. L'Ange en porte six autour du saphir du serre-tête et quatre sur le fermail de sa cape.

Les trois personnages partagent donc non seulement le même vêtement blanc orné d'or, mais aussi les mêmes perles de leurs bijoux. A mon sens, c'est elle qui est associée à l'Annonciation, et donc au Polyptique fermé, alors que sa collègue sera associé au Jugement, et à la peinture du Polyptyque ouvert. Elle est déjà par elle-même une préfiguration de la Vierge.

Les  mains de la Sibylle sont expressives. L'une présente la banderole portant l'oracle, alors que l'autre, la gauche, posée sur le genou droit dans une posture naturelle, tend néanmoins l'annulaire vers la chambre de Marie placée au dessous d'elle.

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 La Sibylle de Cumes, volet gauche du Polyptyque de l'Agneau Mystique d'Hubert et Jan Van Eyck, cathédrale de Gand, image closertovaneyck.

La Sibylle de Cumes, volet gauche du Polyptyque de l'Agneau Mystique d'Hubert et Jan Van Eyck, cathédrale de Gand, image closertovaneyck.

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3. Le prophète Zacharie.

Cette Sibylle est couplée (par voisinage) avec la lunette voûtée de gauche qui abrite le prophète Zacharie. Le prophète tend le doigt vers un livre ouvert, dont il tourne une page, tandis qu'une banderole cite le verset du Livre de Zacharie 9:9 :   EXULTA SATIS FILIA SYO[N] JUBILA ECCE REX TUUS VE[N]IT 9°  "Exulte de joie, fille de Sion, voici que ton roi vint à toi. [chap.] 99

La Vierge est reconnue "Fille de Sion" par les exégètes et par la liturgie après qu'il ait été reconnu dans le texte de l'évangile de Luc sur la Nativité et la Visitation (Lc 1:28-33 et Lc 1:46-54) des références avec les oracles prophétiques bibliques de Sophonie 3,14-17; Joël 2,21-27; et Zacharie 2,14.-15; 9,9-10 annonçant la  joie  qui se répandra sur Israël, quand YHWH accordera à son peuple le salut et la libération définitive par la venue d'un roi messianique. La relation typologique entre Zacharie 9:9 et l'Annonciation est donc bien établie à l'époque des frères van Eyck. 

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Le prophète Zacharie,  lunule du volet gauche du Polyptyque de l'Agneau Mystique d'Hubert et Jan Van Eyck, cathédrale de Gand, image closertovaneyck.

Le prophète Zacharie, lunule du volet gauche du Polyptyque de l'Agneau Mystique d'Hubert et Jan Van Eyck, cathédrale de Gand, image closertovaneyck.

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II. LA SIBYLLE D'ÉRYTHRÉE SIBILLA CUMANA.

http://closertovaneyck.kikirpa.be/#viewer/id1=57&id2=0

Sibilla Cumana,  panneau de 213,5 cm x 36,1 cm.

Vous aurez compris que la femme désignée par les mots Sibilla Cumana sur la traverse gris du panneau est en réalité Sibilla Eritrea, la Sibylle d'Érythrée. Elle tient son nom d'une ville antique d'Ionie, en l'actuelle Turquie près d'Izmir (ou au dessus d'Éphèse). Notons que Cumes était, précisément, une colonie des grecs d'Ionie.

 Agenouillée, la tête inclinée vers le bas et la gauche, les sourcils et le front épilés, le regard triste ou pensif, elle  est richement vêtue d'une cotte bleue lacée par devant  et d'une robe verte garnie de fourrure et resserrée par une ceinture dorée.

Elle est coiffée d'un turban brun recouvert d'une résille de perles, puis  d'un voile diaphane qui retombe sur les épaules. Une banderole au dessus de sa tête porte : REX ALT [ISSIMVS]… ADVENIET P[ER] SECLA FVTVR[VS] SCI[LICET]  I[N] CARNE.

Ces mots  la désignent comme la sibylle d'Erythrée, et cette identification est confirmée par les lettres MEIAPAROS. Ce qu'il faut démontrer.

 

 La Sibylle d'Érythrée, volet droit du Polyptyque de l'Agneau Mystique d'Hubert et Jan Van Eyck, cathédrale de Gand, image closertovaneyck.

La Sibylle d'Érythrée, volet droit du Polyptyque de l'Agneau Mystique d'Hubert et Jan Van Eyck, cathédrale de Gand, image closertovaneyck.

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1°) L'inscription de la banderole.

Si on excepte le superlatif  altissimus, elle se réfère à un acrostiche fameux cité par Saint Augustin dans la Cité de Dieu – De Civitate dei – Livre XVIII chap. 23 qui lui a donné son autorité et sa validité. (Si, en matière de Sibylles, Augustin fut précédé par Lactance — Lactance, Institutions Divines Livre IV chap. 18 et 19.  (vers 321) et chapitres 6 et 15 où Erythrée est mentionnée, ou chapitre 13 où le lien est établi entre la tige de Jessé et la prophétie sibyllinne d'une fleur pure qui en  fleurira —, cet auteur ne mentionne pas ce texte et parle le plus souvent de "la Sibylle" sans la dénommer).

L'évêque d'Hippone est, après Lactance, (et avant Quodvultdeus, évêque de Carthage entre 437 et 453, qui fera également un large usage des Oracles sibyllins dans ses écrits, en particulier dans Le livre des promesses et des prédictions de Dieu, 445-455 ) , celui qui fait le plus souvent référence aux sibylles et aux oracles sibyllins dans sa réflexion théologique et dans son œuvre. Nous l'avons vu à propos de la Cuméènne. Dans la Cité de Dieu,  Augustin expose sa conception de l'histoire universelle et y distingue trois grandes étapes ou trois grands moments : 1) l'histoire du peuple de Dieu, telle qu'elle est représentée dans l'Ancien Testament (la Genèse, les Livres historiques et prophétiques), et qu'il commente dans les chapitres 1 à 8 du livre XV ; 2) l'histoire profane, évoquée une première fois au livre XVI, chap. 17, puis amplement développée au livre XVIII, du chapitre 2 au chapitre 26 ; et 3) la récapitulation de l'histoire avec l'entrée en scène de Jésus-Christ et l'avènement de l'Église, ce dont il est question dans les chapitres 49 à 54 de ce même livre XVIII. Dans cet ample tableau de l'histoire universelle, la place réservée aux sibylles est tout à fait exceptionnelle. Pour l'évêque d'Hippone, ces dernières appartiennent bien sûr, de par leurs origines, à l'histoire païenne ou histoire profane, qui se distingue de l'histoire du peuple de Dieu, telle qu'elle est relatée dans l'Ancien Testament, mais elles bénéficient d'un statut privilégié, et ce, parce qu'elles ont annoncé la venue du Christ et rejeté le culte des faux dieux ou des idoles. Ce faisant, Augustin semble ignorer, ou feint d'ignorer, que les poèmes de la Sibylle qui circulent à son époque sont majoritairement des pseudépigraphes rédigés à des fins apologétiques par des auteurs juifs et chrétiens entre le deuxième siècle avant J.-C. et le troisième ou quatrième siècle de notre ère. Il se montre prêt à les accepter comme d'authentiques témoignages de la prescience païenne et à les considérer comme de véritables prophéties, dont certaines n'ont pas grand-chose à envier aux prophéties de l'Ancien Testament. Pour Augustin, la Sibylle parle du Christ avec tant de vérité et contre les faux dieux et leurs adorateurs avec tant de force qu'elle « devrait être comptée au nombre des membres de la cité de Dieu ». Ainsi, bien que d'origine païenne, les sibylles ne sont pas rattachées à la ciuitas terrena, comme les anges déchus par exemple, mais semblent bien devoir être intégrées à la ciuitas Dei. Ici, Augustin n'éprouve pas le besoin de recourir explicitement à l'autorité de Virgile pour justifier son interprétation, comme il l'avait fait dans des écrits antérieurs, mais il y a néanmoins de bonnes raisons de penser qu'il n'aurait pas accordé tant de crédit à ces oracles, si, dans la quatrième Églogue déjà évoquée, Virgile n'avait fait de la Sibylle de Cumes l'annonciatrice du renouveau eschatologique lié à la naissance d'un enfant divin, renouveau qu'Augustin a naturellement rapproché du règne de Jésus-Christ, comme Lactance et Constantin l'avaient fait avant lui , pour autant que l'Oratio ad sanctorum coetum soit effectivement de Constantin ou, tout au moins, d'un auteur contemporain.

Dans le Livre XVIII de la Cité de Dieu, on apprend que l'évêque d'Hippone a pris connaissance de plusieurs oracles ou prophéties sibyllines relatives au Christ: 

"Plusieurs historiens estiment que ce fut en ce temps que parut la sibylle d’Erythra. On sait qu’il y a eu plusieurs sibylles, selon Varron. Celle-ci a fait sur Jésus-Christ des prédictions très-claires que nous avons d’abord lues en vers d’une mauvaise latinité et se tenant à peine sur leurs pieds, ouvrage de je ne sais quel traducteur maladroit, ainsi que nous l’avons appris depuis. Car le proconsul Flaccianus , homme éminent par l’étendue de son savoir et la facilité de son éloquence, nous montra, un jour que nous nous entretenions ensemble de Jésus-Christ, l’exemplaire grec qui a servi à cette mauvaise traduction. Or, il nous fit en même temps remarquer un certain passage, où en réunissant les premières lettres de chaque vers, on forme ces mots : Iesous Kreistos Theou Uios Soter, c’est-à-dire Jésus-Christ, fils de Dieu, Sauveur . Or, voici le sens de ces vers, d’après une autre traduction latine, meilleure et plus régulière :

 

"Aux approches du jugement, la terre se couvrira d’une sueur glacée. Le roi immortel viendra du ciel et paraîtra revêtu d’une chair pour juger le monde, et alors les bons et les méchants verront le Dieu tout-puissant accompagné de ses saints. Il jugera les âmes aussi revêtues de leurs corps, et la terre n’aura plus ni beauté ni verdure. Les hommes effrayés laisseront à l’abandon leurs trésors et ce qu’ils avaient de plus précieux. Le feu brûlera la terre, la mer et le ciel, et ouvrira les portes de l’enfer. Les bienheureux jouiront d’une lumière pure et brillante, et les coupables seront la proie des flammes éternelles. Les crimes les plus cachés seront découverts et les consciences mises à nu. Alors il y aura des pleurs et des grincements de dents. Le soleil perdra sa lumière et les étoiles seront éteintes. La lune s’obscurcira, les cieux seront ébranlés sur leurs pôles, et les plus hautes montagnes abattues et égalées aux vallons. Plus rien dans les choses humaines de sublime ni de grand. Toute la machine de l’univers sera détruite, et le feu consumera l’eau des fleuves et des fontaines. Alors on entendra sonner la trompette, et tout retentira de cris et de plaintes. La terre s’ouvrira jusque dans ses abîmes; les rois paraîtront tous devant le tribunal du souverain Juge, et les cieux verseront un fleuve de feu et de soufre."

Ajoutez à cela que, si l’on joint ensemble les premières lettres de ces cinq mots grecs que nous avons dit signifier Jésus-Christ, Fils de Dieu, Sauveur, on trouvera Ichthus, qui veut dire en grec poisson, nom mystique du Sauveur, parce que lui seul a pu demeurer vivant, c’est-à-dire exempt de péché, au milieu des abîmes de notre mortalité, semblables aux profondeurs de la mer.

D’ailleurs, que ce poème, dont je n’ai rapporté que quelques vers, soit de la sibylle d’Erythra ou de celle de Cumes, car on n’est pas d’accord là-dessus, etc..." (Cité de Dieu XVIII, 23)

Voici maintenant l'acrostiche et le passage qui nous concerne (les premières lettres, en gras, sont en réalité des lettres grecques)

 

I Iudicii signum tellus sudore madescet. "Signe du jugement : la terre sera trempée de sueur."

H E caelo rex adueniet per saecla futurus, "Du ciel viendra le roi qui régnera dans les siècles",

S Scilicet ut carnem praesens, ut iudicet orbem.  "pour en personne juger la chair et la terre."

O Unde deum cernent incredulus atque fidelis "C'est pourquoi l'incroyant et le fidèle le verront,"

U Celsum cum sanctis aeui iam termino in ipso. "le Dieu très haut, avec les saints, dès la fin même des temps."

S Sic animae cum carne aderunt, quas iudicat ipse, "Ainsi les âmes avec leurs corps seront là ; lui-même les juge,"

 

 

Soit, pour la part la plus citée et devenue fameuse: Indicii signum tellus sudore madescet, E coelo Rex adveniet per saecla futurus, Scilicet in carne praesens ut judicet orbem. La traduction diffère, notamment pour les mots in carne.  L'inscription Rex alt. adveniet per saecla futurus scilicet in carne, "et alors un Roi dont le règne doit être éternel, descendra des Cieux : il descendra revêtu d'un corps humain " 

Ce poème grec d'Eusèbe de Césarée attribué à la Sibylle érythréenne  et traduit en latin par Augustin fut repris par Quodvultdeus, évêque de Carthage dans son  Sermo contra Judaeos, Paganos et Arianos  ; ce sermon était lu comme sixième leçon des offices de la Nativité, puis  intégré à des drames liturgiques. Le poème figure avant le Xe siècle dans la liturgie de Noël sous le titre  Judicii signum tellus sudore madescet, et il fut  inclus au XIe siècle dans le drame liturgique intitulé "Ordo prophetarum". -On en connaît 23 versions monophoniques et 6 versions polyphoniques. Voir The Song of the Sibyll . Les vers sont inscrits dans divers monuments et documents : le premier vers Judicii signum se retrouve à la cathédrale de Sessa Aurunca en Italie du Sud au XIIIe siècle. Le vers qui suit, e caelo rex adveniet per secla futurus, est en l’église de la Nativité à Bethléem, au portail nord de la façade de la cathédrale de Laon, et dans les peintures murales des Salles-Lavauguyon. 

Pierre Abélard y fait référence au XIIe siècle dans ses Lettres à Héloïse an ajoutant  "Que la sibylle paraisse ici la première, et qu'elle nous dise ce qui lui a été révélé au sujet de Jésus-Christ. […] nous verrons que cette grâce [de la prophétie] est bien plus éminente dans cette femme que dans tous les hommes".

Au XIIe siècle également, Honorius d'Autun le cite dans  un Sermon pour le jour de l'Annonciation (Speculum Ecclesiae, In  Annuntiat. Patrol., I- CLXXII, col. 90 j et suiv.).


En conclusion, ce texte Rex altissimus adveniet per secla futurus scilicet in carne  au dessus de la Sibylle d'Érythrée est une citation partielle du début du célèbre acrostiche et se traduit ainsi :

"Un roi viendra du ciel qui sera pendant des siècles, bien entendu [scilicet]  dans la chair". Ou bien comme le propose Roessli "Du ciel viendra le roi qui régnera dans les siècles  pour en personne juger la chair et la terre."

Il annonce la venue d'un roi sauveur, ou bien l'incarnation royale d'une divinité céleste. En ce sens, il est lié à l'Annonciation, et c'est bien ainsi que ces mots sont sculptés au portail de la cathédrale de Laon sous la forme Et : P : Secla : Futur.

Le portail nord de la cathédrale de Laon.

Il mérite que nous l'examinions, car le tympan entièrement dédié à la Vierge associe l'Annonciation, la Nativité et l'Annonce aux Bergers, puis l'Adoration des mages, alors que les voussures comportent d'un coté Virgile avec une citation de la 4ème Églogue, et de l'autre la Sibylle avec l'inscription abrégée de Per secla futurus. Les relations avec l'Annonciation et les deux Sibylles du Polyptyque sont donc caractérisées. Je ne peux mieux faire que de renvoyer à l'étude et aux figures de Marie-Louise Thérel (1972).  Ce portail encadre les scènes centrales par une typologie biblique extrêmement élaborée, dont le but est de fonder par les textes bibliques et sibyllins la virginité de la Vierge.  En effet,pour les écrivains ecclésiastiques, le thème de la maternité virginale de Marie est l'un des plus fréquemment développés parce qu'il prouve la divinité du Christ. Aussi sont sculptés dans les voussures, outre Virgile et la Sibylle, la femme qui écrase la tête d'un dragon, le buisson ardent qui brûle devant Moïse sans se consumer, la pluie qui mouille la toison de Gédéon sans atteindre l'aire environnante, la porte close d'Ézéchiel, la nourriture portée à Daniel à travers la voûte scellée, la présence de Yahvé dans l'Arche qui garde la manne et la verge fleurie d'Aaron, La jeune fille attirant la licorne par sa virginité,  la préservation des jeunes Hébreux du feu de la fournaise, autant de prodiges qui préfigurent la conception et la naissance virginale du Christ.

L'inscription de la Sibylle d'Érythrée, qui m'avait d'abord paru annoncer le Jugement Dernier, est donc, comme celle de la Sibylle de Cumes, en rapport avec l'Annonciation qu'elles dominent, dans un argumentaire destiné à prouver que, comme les textes prophétiques bibliques, les vaticinations des prêtresses d'Apollon des païens annonçaient l'Incarnation d'un roi rédempteur de l'Humanité.

     

    La Sibylle d'Érythrée, volet droit du Polyptyque de l'Agneau Mystique d'Hubert et Jan Van Eyck, cathédrale de Gand, image closertovaneyck.

    La Sibylle d'Érythrée, volet droit du Polyptyque de l'Agneau Mystique d'Hubert et Jan Van Eyck, cathédrale de Gand, image closertovaneyck.

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    La Sibylle d'Érythrée, volet droit du Polyptyque de l'Agneau Mystique d'Hubert et Jan Van Eyck, cathédrale de Gand, image closertovaneyck.

    La Sibylle d'Érythrée, volet droit du Polyptyque de l'Agneau Mystique d'Hubert et Jan Van Eyck, cathédrale de Gand, image closertovaneyck.

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    Le prophète Michée.

    http://closertovaneyck.kikirpa.be/#viewer/id1=61&id2=0

    Cette Sibylle est couplée (par voisinage) avec la lunette voûtée de droite qui abrite le prophète Michée. 

     Drapé dans un manteau doublé de vair (fourrure) , il regarde Marie. A côté de lui, un livre est posé et au dessus de lui est inscrit:  Ex te egredietur qui sit dominator in Israel Michée 5:2 "mais c'est de toi que sortira celui qui doit régner en Israël."

    Le mot egredietur évoque si immédiatement la prophétie d'Isaïe 11:1 Egredietur virga de radice Jesse, et flos de radice ejus ascendet, que l'on peut dire qu'elle se trouve citée ici en creux.Mais le verset de Michée insiste sur la fonction royale, reprenant l'annonce de la Sibylle sur le Roi qui viendra pour les siècles à venir.

     

     

    Le prophète Michée, volet droit du Polyptyque de l'Agneau Mystique d'Hubert et Jan Van Eyck, cathédrale de Gand, image closertovaneyck.

    Le prophète Michée, volet droit du Polyptyque de l'Agneau Mystique d'Hubert et Jan Van Eyck, cathédrale de Gand, image closertovaneyck.

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    L'Inscription MEIAPAROS.

    http://closertovaneyck.kikirpa.be/#viewer/id1=57&id2=0

    La Sibilla Cumana (alias la Sibylle d'Érythrée) porte sur un galon doré l'inscription MEIAPAROS brodé sur le galon doré de l'encolure carrée de son corsage.

    Ces lettres ont été interprétées par Jean Gessler en 1945 : 

    "Ceci étant admis [l'interversion du nom des deux Sibylles], on expliquera plus aisément l'inscription sur le corsage de la seconde sibylle, telle qu'elle a été découverte et transcrite correctement par le chanoine Van den Gheyn : M ΕΙ Α ΠΑΡΘΣ. Ce meia parthenos a été complété généralement comme Cumeia parthenos, e. a. par feu l'abbé L. Aerts, adversaire du chanoine précité dans l'identification du personnage principal. Cette reconstitution est inadmissible, parce que basée sur une forme fictive, la dénomination réelle étant Cumaea ou Cumana. Une fois la sibylle au corsage orné reconnue comme l'Erythrée, on lira, à la suite de Virgile (Priameia virgo : Cassandre) : Priameia parthenos, que l'on interprétera ici, pour les besoins de la cause, comme : « vierge (du pays) de Priam »."

    On objectera qu'aujourd'hui, on lit ΜΕΙΑPΑRΟΣ , que la cinquième lettre est un P et non un Π et que la septième lettre est un O et non un Θ ou thêta. Néanmoins, on ne balayera pas la précieuse hypothèse pour autant. Les publications du chanoine Gabriel  van den Gheyn ne sont pas consultables en ligne : il s'agit de publications qui font autorité : L'interprétation du retable de Saint Bavon à Gand: l'Agneau mystique des frères Van Eyck. Bruxelles, 1920, et  L'art ancien à Gand: le retable de l'Agneau mystique des frères van Eyck, Gand, 1921.

     

    Primaeia virgo se trouve, chez Virgile, dans l'Énéide livre III vers 321, où Andromaque s'exclame :

     "Elle est heureuse entre toutes, la fille de Priam, qui, près du tertre d'un ennemi, sous les hauts murs de Troie, fut condamnée à mourir, sans avoir à subir un tirage au sort et sans avoir, captive, à partager la couche d'un vainqueur ! "

    La "fille de Priam" est identifiée comme Polyxène, mais aussi comme Cassandre. Mais il faut beaucoup de bonne volonté "pour les besoins de la cause" pour glisser de Meiaparos à Meia Parthenos, pour emprunter le détour virgilien de  Primaeia virgo , pour accepter d'y reconnaître Cassandre, avant de traduire Primaeia pathenos par "Vierge du pays de Priam" et d'y voir la désignation d'une Sibylle, Cassandre alias Érythrée !

    "Force est de constater que, parmi les dix Sibylles de l’Antiquité, aucune ne s’appelait Cassandre. Néanmoins, une tradition ancienne, sûrement d’origine hellénique post-homérique, attribuait à ce personnage des dons divinatoires. Dans la mythologie grecque, Cassandre est la fille de Priam, le roi de Troie et d’Hécube. D’après Homère elle est d’ailleurs la plus belle des filles de Priam, alors que dans le XIe chant de l’Odyssée on raconte son meurtre perpétré par Clytemnestre. Le don de la prophétie procède d’une tradition plus tardive qui rapporte qu’elle fut aimée d’Apollon, qui lui accorda ce don, mais lorsqu’elle repoussa son amour, le dieu la condamna à toujours prophétiser la vérité sans être crue. Et c’est dans ce rôle qu’elle apparaît chez les tragiques grecs : elle prédit en vain la chute de Troie, en annonçant même la ruse du cheval d’Ulysse. Les princes étrangers, épris de sa beauté, viennent lutter aux côtés de Troyens, et tombent tous sous les coups de guerriers grecs. Cassandre est ainsi vouée à rester seule, et ne se mariera jamais. Après le sac de Troie, Cassandre échoit comme concubine à Agamemnon, chef des Grecs, mais lors de leur retour à Mycènes elle est assassinée par Clytemnestre, la femme d’Agamemnon. Nous retrouvons sa figure chez les Latins : Sénèque, dans sa pièce Agamemnon, décrit le désespoir de Cassandre après la perte des siens lors de la guerre de Troie (vers 695-709). Elle apparaît également à quatre reprises dans l’Enéide de Virgile (Virgile, Enéide, II, 246, 343, 403 ; III, 183, 187 ; V, 636, X, 68.), où on rappelle le destin malheureux de la célèbre prophétesse troyenne. Néanmoins, nous devons à Servius (Ve siècle de notre ère), le commentateur de Virgile le plus lu au Moyen Âge, d’avoir établi, sans le vouloir, le lien entre la Sibylle de Cumes et Cassandre. En effet, Servius commente la figure de Cassandre chez Virgile en la confondant avec celle de Cumes, sans doute influencé par l’histoire de cette dernière, qui apparaît aussi dans les Métamorphoses d’Ovide, et qui présente plusieurs points de contact avec l’histoire de Cassandre. Chez Ovide, la Sibylle de Cumes, comme chez Virgile au VI chant de l’Enéide, est celle qui permet à Enée d’avoir accès au royaume de l’Hadès, pour rencontrer l’ombre de son père Anchise grâce au rameau brillant (« fulgentem ramum ») (qui était d’or chez Virgile) qu’il doit détacher d’un arbre. Chez Virgile, tout comme chez Ovide, la Sibylle de Cumes est la gardienne de l’Hadès à cause de son âge immémorial, car elle avait demandé à Apollon, en échange de ses faveurs, de lui accorder autant d’années que le nombre des grains de sable qu’elle tenait dans sa main. Mais elle avait oublié de demander aussi que ces années fussent toujours ceux de la jeunesse, et Apollon, face à la trahison de la Sibylle, lui accorda son vœu, qui devint ainsi une malédiction, car la Sibylle vieillissait sans mourir, d’où le fait qu’elle ne put jamais se marier. Seule la voix lui resta, avec laquelle elle émettait un son de plus en plus rauque, qui exprimait son désir de mourir." (E. Canonica).

    Je lis aussi que "le marquis de Santillane, Iñigo López de Mendoza, dans sa Comedieta de Ponza (composée vers 1435-1436), associe la Sibylle Érythrée à Cassandre, dans deux vers consécutifs : « e la muy famosa sebila Heritea ; / vi a Casandra e vi a Almatea » (CII, vers 812-813)."

    Néanmoins, nous pouvons  penser que l'inscription n'est pas clairement déchiffrée aujourd'hui. Malgré la proposition qui va suivre.

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    La Sibylle d'Érythrée, inspirée par l'Infante Isabelle ?

      D'après Wikipédia "Le 19 mai 1425, une lettre patente  nomme Jan Eyck peintre de cour et valet de chambre au service de Philippe le Bon, duc de Bourgogne. Sa mission n'est pas attachée à une résidence du duc ni pour des travaux traditionnels de décorations pour des fêtes, il est chargé de missions exceptionnelles et secrètes comme l'indiquent les archives bourguignonnes à son sujet. Une rente annuelle fixe lui est régulièrement attribuée jusqu'à sa mort. Il doit pour cela rester proche du duc et déménage à Lille, résidence ducale habituelle, où il est mentionné avant le 2 août 1425.

     Pour ces missions,  il obtient à chaque déplacement des sommes beaucoup plus importantes que sa rente annuelle. En juillet et août 1427, il perçoit de nouveau des sommes pour des missions diplomatiques à l'étranger. L'une d'entre elle pourrait être un voyage à la cour d'Alphonse V d'Aragon, à Valence pour lui demander la main de sa nièce Isabelle d'Urgel pour Philippe le Bon. Entre le 19 octobre 1428 et le 25 décembre 1429, il est  envoyé en ambassade au Portugal, afin de négocier le mariage entre le duc de Bourgogne et Isabelle de Portugal auprès du père de celle-ci, Jean Ier de Portugal.Après qu'une tempête les ait forcés à passer quatre semaines en Angleterre, les Bourguignons sont arrivés à Lisbonne en décembre. En janvier 1429, ils ont rencontré le roi dans le château d' Aviz  où Jan Eyck réalise deux portraits de la future duchesse. Ils furent expédiés au duc le 12 février pour accompagner les deux groupes distincts qui ont quitté la ville par mer et par terre.

     Pendant cette période, Jan van Eyck effectue aussi des déplacements personnels. Il est invité le 18 octobre 1427 lors de la Saint Luc à Tournai. La corporation locale des peintres y organise un banquet en son honneur. Il y rencontre sans doute à cette occasion Robert Campin (1378-1444) et Roger de la Pasture, futur Rogier van der Weyden, ou encore Jacques Daret (1404-1470), tous membres de cette corporation. Il retourne d'ailleurs à Tournai le 23 mars 1428. Notez que Jacques Daret (ou Robert Campin) est l'auteur d'un "Portrait de Louise de Savoie en Sibylla Agrippa" daté de 1430-1440 par Chatelet (mais Louise de Savoie n'est pas née), et de 1525 par Thürlemann (mais les deux artistes sont morts  à cette date) . https://rkd.nl/en/explore/images/65821

     On a perdu la trace des portraits d'Isabelle de Portugal par Jan Eyck , mais une copie à l'encre de Chine  du XVIIe siècle en a été conservé  (Archives Nationales  de Torre do Tombo, Lisbonne) ). Le cadre  comporte dans la frise des briquets ou "fusils" en forme de B horizontal, éléments propres au duc de Bourgogne et que l'on retrouvent dans le collier de la Toison d'or, ordre fondé le 10 janvier 1430 à l'occasion du mariage du duc avec Isabelle du Portugal). On y lit le titre L'INFANTE DAME ISABIEL et l'inscription

    Cest la pourtraiture qui fu envoiié a phe duc de bourgoingne & de brabant de dame ysabel fille de roy Jehan de portugal & dalgarbe seigneur de septe par luy conquise qui fu depuis feme & espeuse du desus dit duc phe” 

    La comparaison entre ce dessin et la Sibilla Cumana révèle que Jan Eyck a  utilisé la robe de la princesse portugaise pour la sibylle érythréenne sur le Retable de Gand. La coiffure perlée, la robe doublée de fourrure, la large et haute ceinture sont identiques, de même que l'encolure.

     

    https://en.wikipedia.org/wiki/Portrait_of_Isabella_of_Portugal_(van_Eyck)

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    Au milieu du XXème siècle, l'historien de l'art Volker Herzner a noté la similitude de visage entre la Sibylle de Cumes et la femme de Philippe Isabelle de Portugal , d'autant plus qu'elle est représentée dans le portrait de fiançailles  maintenant perdu de van Eyck 1428-1429.  Herzner a spéculé que le texte dans la banderole dans le panneau de la sibylle avait un double sens, se référant non seulement à la venue du Christ, mais aussi à la naissance en 1432 du premier fils d'Isabelle du Portugal, donnant ainsi un héritier de Philippe. B. Ridderboos & al. (p. 58) rejettent cette idée, étant donné la contingence de cette naissance pour un Polyptyque destiné à une fonction sacrée, les taux élevés de mortalité infantile à l'époque, et les connotations de superstition négative généralement associées à l'a célébration d'un fils avant qu'il ne soit né. 

     

    La coiffure de la Sibylle est si caractéristique de la mode au Portugal qu'Olivier de la Garde, dans ses Mémoires, décrit ces bourrelets chargés d'orfèvrerie comme "à la façon du Portugal" : Lors du fameux Banquet du Faisan, lors du dernier des intermèdes,  une figure féminine allégorique portant un costume religieux, vient devant le duc pour lui présenter douze demoiselles accompagnées par douze chevaliers. Ces figurants se présentent dans de fabuleux atours décrits par Olivier de la Marche :

     "Et après vindrent douze chevaliers, chascun menant une dame par la main  […]. Et lesdictes douze dames furent vestues de cottes simples de satin cramoisy, bordées de letices (1) ; et par-dessus avoient en maniere d’une chemise de si fine toille, qu’on vit la cotte parmy ; et avoient ung atour (2) tout rond à la façon de Portugal, dont les bourreletz (3) estoient à maniere de rauces (4) ; et passoient par derriere, ainsi que pattes de chapperons pour hommes, de deliés voletz  (5) chargez d’orfavrerie d’or branlant ; et furent leurs visaiges couverts du volet."Olivier de La Marche, Mémoires…,, vol. II, p. 372.

    (1) La létice est la fourrure de couleur blanche de la belette des neiges.

    (2) L’atour désigne ici un bonnet ajouré, chargé d’orfèvrerie, selon la mode portugaise du milieu du XVe siècle.

    (3) Le bourrelet est une couronne faite de bourre, diversement agrémentée, servant de base à une coiffure de femme ou à un chaperon d’homme.

    (5). Le volet est une pièce d’étoffe flottant au vent.

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    En 2012, dans son livre“Os Painéis em Memória do Infante D. Pedro” , Clemente Baeta a repris cette hypothèse : L'inscription Rex altissimus adveniet per secla in carne peut être comprise comme l'annonce d'un héritier : "Un roi suprême prendra forme humaine pour régner dans les siècles à venir". Il propose quelques arguments :

    http://clemente-baeta.blogspot.fr/2014/09/17-apendice.html

    http://paineis.org/Isabel_c1430.htm

    a) La main de la Sibylle placée sur son ventre indique qu'elle est enceinte. Comme la duchesse, dont la grossesse alla de juillet 1431 à avril 1432, l'était lorsque le Polyptyque s'achevait. Mais en août,  elle perdit cet enfant, prénommé Joseph . En février le couple avait perdu un autre fils, Antoine, à l'âge de 13 mois. 

    b) Dans l'inscription MEIAPAROS  la lettre P peut se confondre  avec un D, ​​afin que nous puissions y deviner  MEIAP (D) AROS. En admettant qu'il s'agit d'un anagramme, nous pouvons le déchiffrer comme «DAME ISA POR," soit Isabelle du Portugal. Cette lecture nous amène à évoquer immédiatement l'inscription "L'INFANT DAME ISABIEL" placé juste au-dessus de la copie du portrait.
    Les peintures de Jan van Eyck comprennent beaucoup de ces jeux de mots (Rebus, anagrammes), des lettres inversées et des messages écrits.

    c) Dans un autre portrait  de la duchesse, celle-ci est comparée à une sibylle : celui du maître flamand  Roger van der Weyden qui porte  est en haut à gauche, l'inscription Sibylla Persica Iª. Clemente Baeta pense que dans les deux cas, il s'agit d'anagrammes dont la solution est Isabelle du Portugal :  SIBYLLA <> YSABILL.

    En effet, je retrouve facilement le portrait d'Isabelle de Portugal attribué à l'atelier de Rogier van der Weyden, et daté vers 1450. Les experts estiment que l'inscription Persica Sibylla a été ajoutée ultérieurement. 

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    huile sur panneau. Getty Museum, 78.PB.3 Image R. Mathis http://www.getty.edu/art/collection/objects/651/workshop-of-rogier-van-der-weyden-portrait-of-isabella-of-portugal-netherlandish-about-1450/

    https://en.wikipedia.org/wiki/Portrait_of_Isabella_of_Portugal_(van_der_Weyden)

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    En définitive, la ressemblance entre la Sibylle du Polyptyque et le portrait d'Isabelle du Portugal est indéniable. Sur le portrait de Van der Weyden, on retrouve la coiffure perlée recouverte d'un voile aussi transparent que la gaze. On y retrouve aussi le laçage en zig-zag du corsage, et la large ceinture verte, le front et les sourcils très épilés, et le visage ovale de la Sibylle.

    La célébration d'une naissance princière par le biais avec l'allusion à la prophétie d'une Sibylle n'a rien d'incongru, puisqu'on sait que  François Villon plaça, vers 1457, le vers jam nova progenies caelo demittitur alto en épigraphe de son Épître à Marie d'Orléans, Le Dit de la naissance Marie. , où il célèbre une naissance princière... qui lui a valu la bienveillance du duc Charles d'Orléans, d'être libéré de prison et lui a ouvert les portes du château de Blois ! Selon la thèse de Julien Abed (2010), cette  utilisation de la sibylle pour propager l’image d’une vierge mère d’un héritier royal  s’épanouira "surtout à la fin du Moyen Âge avec Anne de Beaujeu (fille de Louis XI), Anne de France (femme de Charles VIII puis de Louis XII), ou Louise de Savoie (mère de François Ier), qui ont toutes entretenu, par la commande de livres d’heures, de tapisseries ou d’ouvrages pro-féminins, l’écho des paroles sibyllines".

    Voir aussi : Memling, 1480, portrait d'une jeune fille en Sibylle Sambetha Persica avec l'inscription Sibylla Sambetha quae et Persica an : ante Christ :nat :2040.

    Néanmoins, il n'en demeure pas moins que le retable fermé est d'abord, par la scène de l'Annonciation, une célébration de la Virginité de Marie, selon une pensée typologique développée depuis les Pères de l'Église, illustrée dans toute la liturgie de la Nativité de Jésus, de la Nativité de la Vierge, sur les portails de chaque cathédrale, dans chaque Arbre de Jessé depuis le XIVe siècle,  dans les enluminures de l'Office de la Vierge des Livres d'Heures, et par la plupart des peintres primitifs  flamands , etc., etc. (Cf; M-L. Thérel).

    Par exemple :

    Le Triptyque de Pierre Bladelin de Rogier Van der Weyden vers 1450 : autour d'une Nativité centrale, la Sibylle de Tibur montre à l'empereur Auguste la Vierge et son Enfant. Pierre Bladelin (1408-1472), dont le mariage fut stérile,  fut trésorier de Philippe le Bon, mais aussi son conseiller (1440), son intendant (1446), le trésorier de l'Ordre de la Toison d'Or (1447).

    L'Annonciation à la Licorne, ou "Chasse mystique" de Martin Schongauer (v.1480) dans le Retable des Dominicains du Musée Unterlinden de Colmar.

    L'Annonciation (ca. 1490) de Pedro Berruguete à la Chartreuse de Miraflores ( Burgos). Perspective et points de fuite, transparence et lumières.

     

    Mais c'est une constance aussi que le thème de la Conception, central dans ce culte marial, a fasciné les reines, duchesses et princesses pour lesquelles leur propre capacité à engendrer, et à engendrer un fils, était dramatiquement préoccupant. 

    .

     

     

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    SOURCES ET LIENS.

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    1°) Sur le retable de l'Agneau Mystique des frères van Eyck à  Gand .

    — Wikipédia :

    https://en.wikipedia.org/wiki/Ghent_Altarpiece#Annunciation

    — Closer to Van Eyck rediscovering the Ghent altarpiece :

    http://closertovaneyck.kikirpa.be/

    http://closertovaneyck.kikirpa.be/#viewer/id1=53&id2=0

    http://closertovaneyck.kikirpa.be/#viewer/id1=57&id2=0

     

    — Les frères VAN EYCK, L'agneau mystique (partie 1)

    http://daredart.blogspot.fr/p/les-freres-van-eyck.html

    — Les frères VAN EYCK, L'agneau mystique (partie 2)

    http://daredart.blogspot.fr/p/les-freres-van-eyck-lagneau-mystique.html

    — Isabelle GOUDE

    http://goude-news.overblog.com/2013/11/l-agneau-ressuscit%C3%A9.html

    — http://www.oogvanhorus.nl/index.php?option=com_content&view=article&id=33&Itemid=27&limitstart=2

    — BANJENEC (Élise), 2013, « Une cour cousue d’or. Les ornements précieux utilisés par le duc Philippe le Bon », Questes  L'habit fait-il le moine ? pages 45-64

    http://questes.revues.org/124 ; DOI : 10.4000/questes.124

    — BEAULIEU (Michèle) )et Jeanne Baylé, Le Costume en Bourgogne, Paris, Puf, 1956 .

    — BORN (Annick), MARTENS (M.P.J), sd, Van Eyck par le détail, Hazan.

     

    — FIERENS-GEVAERT (Hippolyte), 1905, La Renaissance septentrionale et les premiers maitres des Flandres: Jacques Cavael [et al.] Bruxelles https://archive.org/stream/larenaissancesep00fieruoft#page/190/mode/2up

     

    — GESSLER (Jean), 1945, Les Sibylles Eyckiennes , Chronique. In: Revue belge de philologie et d'histoire, tome 24, 1945. pp. 493-671. http://www.persee.fr/doc/rbph_0035-0818_1945_num_24_1_1727

    IV. — La Section entend enfin une communication de M. Jean Gessler (Louvain), intitulée Les Sibylles Eyckiennes. Sur le voltes du retable de l'Agneau Mystique figurent deux sibylles, désignées par une inscription contemporaine sur le cadre, de gauche à droite, comme : Sibylla Erythrea - S. Cumana. Sur leur phylactère, la première porte un vers de l'Enéide (VI, v. 50) ; la seconde, le deuxième vers des Oracula Sibyllina, attribué constamment à la sibylle Erythrée, dont il constitue une caractéristique essentielle. Dans ces conditions, on peut affirmer que les inscriptions sur le cadre ont été interverties dans l'atelier de Jean van Eyck. Ceci étant admis, on expliquera plus aisément l'inscription sur le corsage de la seconde sibylle, telle qu'elle a été découverte et transcrite correctement par le chanoine Van den Gheyn : M ΕΙ Α ΠΑΡΘΣ. Ce meia parthenos a été complété généralement comme Cumeia parthenos, e. a. par feu l'abbé L. Aerts, adversaire du chanoine précité dans l'identification du personnage principal. Cette reconstitution est inadmissible, parce que basée sur une forme fictive, la dénomination réelle étant Cumaea ou Cumana. Une fois la sibylle au corsage orné reconnue comme l'Erythrée, on lira, à la suite de Virgile (Priameia virgo : Cassandre) : Priameia parthenos, que l'on interprétera ici, pour les besoins de la cause, comme : « vierge (du pays) de Priam ». Quoi qu'il en soit, l'interversion des deux appellations sibyllines sur le cadre du polyptyque est manifeste et méritait d'être signalée. 

    IACOBELLIS (Lisa Ann Daugherty), 1981, The portraits f Isabell of Portugal, Thèse, Master of Arts, Ohio State University, History of Art https://etd.ohiolink.edu/!etd.send_file?accession=osu1420211546&disposition=inline

     

    — JOLIVET ( Sophie)  (2003) , Pour soi vêtir honnêtement à la cour de monseigneur le duc de Bourgogne : costume et dispositif vestimentaire à la cour de Philippe le Bon de 1430 à 1455, thèse dactylographiée de doctorat sous la direction de Vincent Tabbagh, Université de Bourgogne, soutenue en 2003, p. 159.

    https://tel.archives-ouvertes.fr/tel-00392310/document

    — OLIVIER DE LA MARCHE  Olivier de La Marche, Mémoires d’Olivier de La Marche : maître d’hôtel et capitaine des gardes de Charles le Téméraire, éd. Henri Beaune et Jules d’arbaumont, Paris, Renouard, « Publications pour la Société de l’Histoire de France », 1883 1888

    Tome I : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6549624s

    Tome II : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k65505119

    Tome III http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6550417f

    https://archive.org/details/mmoiresdolivie01lamauoft

    https://archive.org/details/mmoiresdolivie03lamauoft

    https://archive.org/details/mmoiresdolivier00marcgoog

    — RIDDERBOS ( Bernhard), Henk Th. van Veen, Anne van Buren 2005, Early Netherlandish Paintings: Rediscovery, Reception and Research, Amsterdam University Press, 2005 - 481 pages

    https://books.google.fr/books?id=e0X5lErg2tsC&hl=fr&source=gbs_navlinks_s

     

    — SOMMÉ (Monique), 1995, Isabelle de Portugal, duchesse de Bourgogne, une femme au pouvoir au quinzième siècle Thèse de doctorat en Histoire Sous la direction de Marie-Thérèse Caron. Soutenue en 1995 à Lille 3 .Résumé :

    Isabelle de Portugal (1397-1471), épouse en 1430 de Philippe le Bon, duc de Bourgogne, a exercé son autorité et sa protection sur une sphère familiale large composée de son fils Charles, de bâtards du duc, de cousins, de neveux et nièces, dont plusieurs furent des portugais. Elle disposait de ressources abondantes, certaines attribuées au maître de la chambre aux deniers pour le fonctionnement de son hôtel, d'autres étant des fonds propres provenant de ses domaines en Flandre, Artois et Bourgogne, de dons et d'aides votées par les états. Son hôtel, dont plus de quatre cents personnes ont été identifiées, formait un milieu protégé d'hommes et de femmes, de nobles et de roturiers, qui partageaient sa vie itinérante, essentiellement aux Pays-Bas. La stabilité de l'emploi y était remarquable. La duchesse a été associée par le duc au gouvernement de l'état et, en son absence, disposait de complètes délégations de pouvoir. Elle a montré une grande compétence dans la gestion des finances et a joué un role diplomatique important dans les relations de la Bourgogne avec l'Angleterre et la France. Son hôtel a été dissous à sa demande en 1455 et, en 1457, elle s'est retirée de la cour pour vivre dans la charité et encourager les formes nouvelles de vie religieuse, mais elle revint à la vie publique pendant les premières années (1467-1471) du règne de Charles le Téméraire.

    THÉREL (Marie-Louise), 1972, "Étude iconographique des voussures du portail de la Vierge-Mère à la cathédrale de Laon". In: Cahiers de civilisation médiévale, 15e année (n°57), Janvier-mars 1972. pp. 41-51.

    http://www.persee.fr/docAsPDF/ccmed_0007-9731_1972_num_15_57_2021.pdf

    2°) Sur les Sibylles en général.

    — Dans les vitraux :

    http://ndoduc.free.fr/vitraux/htm5601/sibylles.php

    Baie 12 d'Ervy-le-Chatel (Aude), v1515 : 

    http://ndoduc.free.fr/vitraux/htm8601/eg_StP@Ervy_12.php

    — Article de Wikipédia

    https://fr.wikipedia.org/wiki/Sibylle

    https://it.wikipedia.org/wiki/Sibilla

    — ABÉLARD (Pierre) Lettres d'Abélard à Héloïse sur l'origine des religieuses. lettre VII. Lettre en latin 

    http://www.pierre-abelard.com/Tra-Abelard-Heloise%20VII.htm

    ABED ( Julien) 2010, La Parole de la sibylle. Fable et prophétie à la fin du Moyen Âge, thèse de doctorat préparée sous la direction de Mme Jacqueline Cerquiglini-Toulet, soutenue le 13 mars 2010 à l’université Paris-Sorbonne.

    https://peme.revues.org/85

    — BARBIERI (Filippo de) [Philippus de Barberiis] [Filippo Barberio], 1481,  [Discordantiae sanctorum doctorum Hieronymi et Augustini, et alia opuscula] ([Reprod.]) / [Philippus de Barberiis] , Bnf, Gallica :

    http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k591531, 

    — BELCARI (Feo), « Sacra rappresentazione » du mystère de l’Annonciation. Ce mystère fut joué à Florence, en 1471, à l’occasion de la visite du duc Galeazzo Maria Sforza. la première édition en parut à Florence, sans nom d’auteur, à la fin du xve siècle.

    https://archive.org/details/bub_gb_ZTjxnHHEHGgC

    http://www-personal.usyd.edu.au/~nnew4107/Texts/Fifteenth century_Florence_files/Belcari_Annunciation.pdf  

    BURON (Emmanuel), 2004, Oracles humanistes et rumeurs de la cour : Sibyllarum duodecim oracula de Jean Rabel, Jean Dorat et Claude Binet (1586) in La Sibylle. Parole et représentation sous la direction de Monique Bouquet et Françoise Morzadec. Presses Universitaires de Rennes p. 241-254.

    — CANONICA (Elvezio ), 2013,  « La Sibylle au miroir des Anciens comme reflet de l’image de la Modernité dans l’Auto de la Sibila Casandra de Gil Vicente (début XVIe s.) », e-Spania [En ligne], 15 | juin 2013, mis en ligne le 15 juin 2013, consulté le 31 octobre 2016. URL :

    http://e-spania.revues.org/22416 ; DOI : 10.4000/e-spania.22416

     —CASTEL (Yves-Pascal), 2006, "Les 70 sibylles du Finistère", Bulletin de la Société Archéologique du Finistère - T. CXXXV - 2006 pages 201 et suivantes

    http://patrimoine.dufinistere.org/art2/index.php?art=ypc_sibylles 

    — CLERC (C de ), 1979, "Quelques séries italiennes de Sibylles", Bulletin de l'Institut historique belge de Rome, fasc. 48-49 pages 105-127.

    — CHAMPIER (Symphorien), 1503, "Les prophéties, dits et vaticinations des Sibylles, translatés de grec en latin par Lactance Firmian", 3ème partie de  La nef des dames vertueuses

    http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k79103w/f124.item.zoom

    DIURNAL DE RENÉ II DE LORRAINE , 1492-1493,  diurnale ad usum ecclesiae romanae diurnal de rené 2 de lorraine Bnf Latin 10491. Nancy. Artiste Georges Trubert. http://nossl.demo.logilab.fr/biblissima/id/Illumination/Mandragore/69433

    — EL ENIGMA DE LA SIBILA

    https://sites.google.com/site/omnedecus/Home/art/el-enigma-de-la-sibila

    — GAY( Françoise),1987,. Les prophètes du XIe au XIIIe s. (Épigraphie). In: Cahiers de civilisation médiévale, 30e année (n°120), Octobre-décembre 1987. pp. 357-367;

    http://www.persee.fr/docAsPDF/ccmed_0007-9731_1987_num_30_120_2381.pdf

    — GIUSTINIANI (Giulia), 2014 « Gli esordi critici di Emile Mâle : la tesi in latino sulle sibille »,Mélanges de l’École française de Rome - Moyen Âge 

     http://mefrm.revues.org/1527 

    — HEURES DE LOUIS DE LAVAL , avant 1489,  Horae ad usum romanum Bnf Latin 920. 

    http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b52501620s/f42.item

     — HÜE (Denis), 2004, La Sibylle au théâtre, in Sibylle, parole et représentation, Presses Universitaires de Rennes p. 177-195 http://books.openedition.org/pur/30366

    JOURDAIN & DUVAL, 1845, -"Les Sibylles, peintures murales de la cathédrale d'Amiens", Mémoire de la Société des Antiquaires de Picardie Tome VIII pages 275-302 :

    http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k4083456/f273.image

     

     

    — KRIEGER (Denis), Autour des vitraux d'Arnauld de Moles à la cathédrale Sainte-Marie d'Auch

    (un dossier iconographique sur les Sibylles)

    http://www.mesvitrauxfavoris.fr/index_htm_files/Auch%20et%20les%20Sibylles.pdf

     —LAMBERT (Gisèle),   Les gravures de Baccio Baldini : une suite de 24 prophètes et 12 Sibylles . in Les premières gravures italiennes 

    http://books.openedition.org/editionsbnf/1365

    LE VERDIER, (Pierre Jacques Gabriel,) 1884, Mystère de l'incarnation et nativité de Notre Sauveur et Rédempteur Jésus-Christ : représenté à Rouen en 1474, publié d'après un imprimé du XVe siècle Société des bibliophiles normands

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    — MÂLE  (Émile), 1910, L'art religieux du XIIIe siècle en France : étude sur l'iconographie du moyen age et sur ses sources d'inspiration . Paris : Libr. A. Colin 512 pages. Bibliographie: p. [471]-474 Sibylles page 181 ; 203 ; 387-397 ;

    https://archive.org/stream/lartreligieuxdu00mluoft#page/180/mode/2up/search/sibylle 

    — MÂLE  (Émile), 1925,  L'art religieux de la fin du Moyen Age en France  : étude sur l'iconographie du Moyen Age et sur ses sources d'inspiration  3e éd., rev. et augm. / Paris : A. Colin ,  p. 254-279.

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    https://archive.org/stream/lartreligieuxde00ml/lartreligieuxde00ml_djvu.txt

    — MÂLE  (Émile) , 1899, Quomodo Sibyllas recentiores artifices repraesentaverint [Texte imprimé] / E. Mâle,.. / Parisiis : E. Leroux , 1899  

    — MONTEIRO (Mariana), 1905, As David and the Sibyls says. A sketch of the Sibyls and the sibylline oracles  

    https://archive.org/details/asdavidsibylssay00montrich

    — PASCUCCI (Arianna), 2011, L'iconografia medievale della Sibilla Tiburtina in Contributi alla conoscenza del patrimonio tiburtino, Vol. VIII, Liceo classico statale Amedeo di Savoia di Tivoli, 2011,

     http://www.liceoclassicotivoli.it/Pascucci_Sibilla_Tiburtina_2011.pdf

    https://www.academia.edu/9789364/Liconografia_medievale_della_Sibilla_Tiburtina_di_Arianna_Pascucci_Tivoli_2011

    RÉAU (Louis), Iconographie de l'art chrétien, II, Iconographie de la Bible, Ancien Testament, p. 420-430.

    — ROESSLI (Jean-Michel), 2002,  Catalogues de sibylles, recueil(s) de Libri Sibyllini et corpus des Oracula Sibyllina Remarques sur la formation et la constitution de quelques collections oraculaires dans les mondes gréco-romain, juif et chrétien Jean-Michel Roessli (Université de Fribourg, Suisse)  in E. NORELLI (ed.), Recueils normatifs et canons dans l'Antiquité. Perspectives nouvelles sur la formation des canons juif et chrétien dans leur contexte culturel. Actes du colloque organisé dans le cadre du programme plurifacultaire La Bible à la croisée des savoirs de l'Université de Genève, 11-12 avril 2002 (Lausanne, 2004; Publications de l'Institut romand des sciences bibliques 3), p. 47-68

    http://www.concordia.ca/content/dam/artsci/theology/profiles/jean-michel-roessli-catalogues-sibylles.pdf

    — ROESSLI (Jean-Michel) , 2007 « Vies et métamorphoses de la Sibylle », Revue de l’histoire des religions :

     http://rhr.revues.org/5265

    ROESSLI (Jean-Michel), 2003 "Augustin, les sibylles et les Oracles sibyllins" Saint Augustin, Africanité et Universalité, colloque Alger-Annaba 2001  Augustinus Afer, p 263-285, 

    http://www.concordia.ca/content/dam/artsci/theology/profiles/jean-michel-roessli-augustin-sibylles-oracles-sibyllins.pdf

    https://books.google.fr/books?id=wecM6Qn1o-kC&printsec=frontcover&hl=fr&source=gbs_ge_summary_r&cad=0#v=onepage&q&f=false

     — Sibyllae et prophetae de Christo Salvatore vaticinantes - BSB Cod.icon. 414 (1490-1500) http://bildsuche.digitale-sammlungen.de/index.html?c=viewer&lv=1&bandnummer=bsb00017917&pimage=00017917&suchbegriff=&l=fr

    — TASSERIE (Guillaume), 1499  Le Triomphe des Normans composé par Guillaume Tasserie traictant de la Immaculée Concepcion Nostre Dame

    http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k424472s

    Le Triomphe des Normans traictant de la Immaculée Conception Nostre Dame est un mystère qui fut joué en 1499. Une seule copie de ce texte nous est parvenue, dans un manuscrit ayant appartenu jadis au Duc de la Vallière. La mise en ligne et la mise en page ont été assurées par Denis Hüe à l’Université Rennes

    2http://www.sites.univ-rennes2.fr/celam/cetm/triomphe/triomphe.html

    BERTAUD (Jean) , 1529, Encomium trium Mariarum cum earundem cultus defensione aduersus Lutheranos [et alia opera : Sequitur Officium trium filiarum beatae Annae et ♦ De cognatione sacerrimi Ioannis Baptistae cum filiabus et nepotibus beatae Annae Libri tres ♦ expurgati et emuncti]

    — Tractatus Zelus Christi, Venise 1592

    https://books.google.fr/books?id=eItlAAAAcAAJ&pg=PA44-IA1&lpg=PA44-IA1&dq=ensem+nudum+sibylla&source=bl&ots=mmZ9XSX-Hd&sig=mpqSs1Y5_ou3a9KrWaEIqX-w4eo&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwiS4_Ghx8nPAhXnDsAKHeLyAXEQ6AEIHDAA#v=onepage&q=ensem%20nudum%20sibylla&f=false

    — Description des sibylles de la rosace de la cathédrale de Beauvais par Jean et Nicolas Le Prince 1537 : 

    https://archive.org/stream/beauvaissacathd00pihagoog#page/n95/mode/2up/search/sibylle

     
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    Published by jean-yves cordier - dans Inscriptions Sibylles Retable
    17 novembre 2011 4 17 /11 /novembre /2011 01:20

                       Petite épigraphie des chapelles et églises du Finistère:

                        Église Saint-Thurien à Plogonnec, I :

                      Un N rétrograde,

                      des mentions de construction,

                      et d'autres gourmandises.

    Mise à jour 1er mars 2021.

                                                                     

                                                     Fabrice dans le clocher de Grianta :"Tous les souvenirs de son enfance vinrent en foule assiéger sa pensée ; Et cette journée passée en prison dans un clocher fut peut-être la plus heureuse de sa vie"

                                                                                     Stendhal, La Chartreuse de Parme.

    .

     

     

    .

    Voir  sur Plogonnec :

     

    .

           L'Église Saint Thurien à Plogonnec (entre Quimper, Locronan et Douarnenez) n'est pas avare en inscriptions lapidaires, et de zélés épigraphes, comme le chanoine Jean-Marie Abgrall (1846-1926), fondateur du Bulletin diocésain d'histoire et d'archéologie BDAH  ou le chanoine Henri Pérennès, qui fut vice-président de la Société Archéologique du Finistère SAF, y relevèrent respectivement 9 et 13 inscriptions ( J.M Abgrall, Inscriptions gravées sur les églises et monuments du Finistère, BSAF T.43 :74-75, 1916) ( H. Pérennès, Notices sur les paroisses du diocèse de Quimper et de Léon, BDHA 1940 pp 130-171).

       C'est dire s'ils ont déjà réalisé tout le travail, et qu'il suffit au promeneur de lever les yeux pour découvrir l'inscription, puis de se reporter à leurs publications.

       Mais ce qu'ils n'ont pu faire, c'est  rendre par leurs traductions les particularités de l'épigraphie : la forme des lettres, les abréviations, le caractère archaïque du graphisme, en un mot, tout le "grain" et la chair de ces inscriptions ; et c'est le privilège du photographe amateur de compléter humblement leur oeuvre.

     

       Commençons par un N rétrograde : depuis que je me suis mis à leur recherche après en avoir découvert mes premiers exemples à Camaret, j'en ai trouvé de très nombreux exemples sur les murs des chapelles, sans comprendre la raison de leur présence aléatoire, ou plutôt en comprenant que ce particularisme n'a pas de raison ; qu'il ne correspond pas à un usage délibéré et signifiant ; mais qu'il accompagne sans-doute le début de la diffusion de l'imprimerie et de l'écriture du français en caractères romains, lorsque les lettrés avaient reçu une formation en latin, et que les artisans ne baignaient pas, comme nous, dans un environnement de l'écriture et des lettres, mais se formaient par transmission orale. 

       Parmi les lettres de l'alphabet, certaines lettres (majuscules) ne varient pas  en les écrivant de droite à gauche : les A, H, I, M, O, T, U, V, W, X. 

       D'autres possèdent une forme qui permet à un artisan mal assuré de retrouver dans quel sens il doit les écrire en utilisant son bon sens : en orientant leur partie ronde ou leur partie ouverte dans le sens de l'écriture, vers la droite. C'est le cas du B, C, D, E, F, G, K, P, R. 

       Il reste les lettres J, N, Q, S, Y, Z.  La lettre Q est fréquemment inversée en épigraphie médiévale et du XV-XVIème siècle, notamment le lettre "q" en minuscule comme un "p" rétrograde. Les inversions de S, de N, et de Z sont également fréquentes ; quand au J, il est souvent transcrit par un I.

       Ce raisonnement me conduit à penser que ces lettres rétrogrades ne correspondent qu'à une difficulté d'apprentissage de l'écriture dans les "nouveaux" caractères d'imprimerie dits "humanistes" créés par Garamont et Manuce, les "garaldes" au milieu du XVIème siècle, pendant la période de transition entre anciens caractères gothiques manuscrits ou des incunables et "nouvelle écriture". Une étude plus systématique de la chronologie de cette inversion des lettres serait nécessaire, mais la grande majorité des travaux d'épigraphie corrigent l'inversion sans la signaler, comme ils "corrigent" le V en U.

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       L'inscription se trouve sur un cartouche de la façade du clocher, au dessus du porche ouest et de  la statue de Saint Thurien (ou Thuriau):

     

     

    DSCN1071c

     

    inscriptions 3598c

     

     

        Jean-Marie Abgrall la cite ainsi : M. YVES : CVZON . F . DE . KEIACOB  .

      Henri Pérennès la donne comme : M . YVES : CVZON . F . DE . KERIACOB.

     On voit que sans données photographiques, on ne peut se fier aveuglément aux épigraphistes chevronnés, en matière de ponctuation ou d'exactitude littérale, puisque le deux points n'est pas correctement placé, que le nom KIACOB est corrigé et complété au lieu d'être transcrit littéralement, puis interprété.

      Je lis : M : YVES : CVZON : P. DE : KIACOB (avec le N de CVZON rétrograde)

      Je traduis :  Messire YVES CUZON P. DE KERJACOB.

      L'inscription est faite de lettres capitales sans empattement, épaisses, régulières, harmonieuses, la ponctuation se fait par des points ronds, le support est une pierre de grain fin (granit ?) taillée en en une croix rectangulaire dont la forme est soulignée par un encadrement épais. L'ensemble est élégant.

       Grâce aux généalogistes (notamment le forum Généalogistes du Finistère), nous pouvons retrouver un Yves Cuzon, né ca 1585, époux de Jeanne Provost (déces 1654) et père de Catherine Cuzon (1617-1672), décédée à Kerjacob, Plogonnec. 

        Kerjacob est une ferme de Plogonnec ; il existe aujourd'hui une route de Kerjacob bihan et une route de Kerjacob bras ( petit et grand); les textes antérieurs mentionnent un Kerjacob uhella et izella (du haut et du bas). Pierre Raoul était seigneur de Kerjacob en 1544.

       Je pourrais proposer pour l'initiale P. qui précède ce nom de lieu : Propriétaire de Kerjacob ? ?

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      En restant sur le clocher, nous trouvons encore :

    inscriptions 3307c

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      Version J.M. Abgrall : H. LE . PORHEL : E:R . GVENN . FF . 1657.

     Pour H. Pérennès :      H. LE  PORHEL : E : R : GVENN : F.F. 1657

    Je lis :                        H. LE PORHIEL ET R. GVENN FF  1667 ou 1657

    Je traduis                    H. Le PORHIEL et R. GUENN Fabriciens 1667

      Si la pierre semble ce granit homogène à grain fin de l'inscription précédente, et si sa taille rectangulaire ornée de deux demi-cercles aux extrémités est soignée, par contre la calligraphie n'a pas de charme, pour être trop fine, trop mécanique peut-être, presque administrative ; est-ce qu'elle est tracée en creux, plutôt qu'en ronde-bosse comme la précédente? J'aime néanmoins la hampe du second "R", et l'ambiguïté du troisième chiffre, un six bien conforme au style générale, ou un 5 anguleux, archaïque, qu'on attendrait plutôt cent ans plus tôt.

      S'il est possible de retrouver un Hervé Le Porhiel, décédé le 6 août 1669 à Keroriou, Plogonnec, époux de Catherine Le Guellec, je n'ai pas retrouvé de sieur H. Guenn, et ce patronyme  n'est pas retrouvé non plus.

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      Sur la tourelle nord, nous trouvons :

    inscriptions 3316c

       Cette inscription presque trop lisible ( refaite?) indique:

    - pour J.M Abgrall : D. CHARLES . KRIOV. PRESTRE

    - Pur H. Pérennès :  D : CHARLES : KRIOV  PBRE

    - Je lis :                 D CHARLES KRIOV PB'RE

    - Je traduis  :          Discret Charles Kerriou, prêtre

      La pierre semble encore la même, d'un grain sombre et dense, taillée en simple rectangle soulignée d'un encadrement, et les lettres capitales droites, sans empattement pour la plupart, sont suffisamment épaisses pour être bien proportionnées. On admire un A avec traverse chevronnée. Mais la disposition des mots est maladroite, laissant cet espace vide à gauche des lignes inférieures.

      Henri Pérennès donne dans sa publication, parmi les prêtres et curés, Charles Kerriou, 1620-1639 et 1658, et précise qu'il signe plusieurs fois en 1639 "prêtre indigne".

      Dans cette inscription, le dernier mot est énigmatique, puisqu'il ne correspond pas à "prêtre" en raison de la lettre "B". L'apostrophe abréviative au dessus du "R" est nette, mais je ne la comprends pas.

     

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      Sur la façade sud du clocher, au bas de la tourelle:

     

     

       inscriptions 3601c

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     - J.M. Abgrall : JACQ : ET . FRANC . LE . DOARE . DE . BOTEFELEC . FF . 1688

    - H. Pérennès : JACQ : ET : FRANC : LE : DOARE : DE : BOTEFELLEC : FF : 1658

    -Je lis :

    IACQS  ET FRAN:

    LE DOARE DE

    BOTEFELEC FF.

    1638

    avec un Q en forme de P rétrograde.

    - Je traduis : JACQUES ET FRANCOIS LE DOARE DE BOTEFELEC FABRICIENS 1638.

      Taillé sur une pierre d'angle de la tourelle, le support est de forme rectangulaire simple mais souligné d'un encadrement  qui prend une forme plus complexe pour centrer élégamment la date dans le registre inférieur. Les détails notables de la calligraphie sont le I perlé de IACQ et le 1 de 1638 tracé comme un I perlé ( une lettre perlée est centrée par une perle, un point rond) ; Les deux derniers chiffres de la date  (38, 58 ou 88) sont joliment tracés pour que la partie supérieure vienne épouser la rectitude de la ligne d'écriture sus-jacente. Mais surtout, étonnamment méconnu de nos deux chanoines, il faut remarquer la présence du point-virgule après IACQ , ponctuation que je rencontre pour la première fois en lapidaire dans ma minuscule expérience.

       Je m'étonne aussi des difficultés de transcription des deux passionnés d'archéologie, dont les deux relevés diffèrent, ce qui prouve que Pérennès ne s'est pas contenté de copier Abgrall, et il corrige celui-ci qui avait attribuer deux L à BOTEFELEC ; mais les deux copistes voient un C venir compléter le FRAN, les deux lisent différemment la date, et la ponctuation des deux relevés est parfaitement erronée.

        La généalogie d'André Chatalic, en ligne, indique un François Le Doaré Sosa 7928, né le 22 mars 1605 et décédé le 01 mars 1672 à Botéfelec : il a épousé Jacquette Le Guillou dont il eut un fils, Jacques Le Doaré, né le 05 novembre 1634 à Plogonnec, décédé le 24 mars 1696 à Plogonnec, époux de Marie Seznec.

      Selon ces données, qui semble bien concerner nos fabriciens, la date de 1658 semble la seule plausible, donnant raison à Pérennès.

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      Toujours sur la façade sud du clocher, au dessus de la précédente inscription, on trouve :

    inscriptions 3602c

      

    - Pour    J.M Abgrall : M . LE . HENAFF . F _ GVILL . LE . HENAF E . Y . GVEZENEC .  F . 1660

    - Selon H. Pérennès : M . LE . HENAFF . E. GVILL . LE HENAFF . E . Y . GVEZENNEG . F . 1660

    - Je lis : (M) LE HENAFF : GVIL LE : HENAF ET : Y : GVEZENEC : F : F : 1660

    - Je traduis : M. LE HENAFF : GUIL(LAUME) LE HENAFF ET Y(VES) : GUEZENEC FABRICIENS 1660.

      L'inscription est tracée en lettres capitales hormis le Y , creusées dans le support rectangulaire à la bordure sculptée.

       Les enquêtes généalogiques indiquent Yves Guezennec (v. 1595-10.07.1651), père de Barbe Guézennec ( 10.05.1620-06.06.1689), laquelle épouse Guillaume Le Hénaff, cultivateur, ( 02.02.1622-11. 12.1670), tous nés et décédés à Plogonnec.

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    Restons, comme Fabrice dans la tour Farnèse, dans le clocher pour y donner cours à nos pulsions scopiques : "Dans cette solitude aérienne, on est ici à mille lieues au dessus des petitesses et des méchancetés" (Stendhal, La Chartreuse de Parme). Nous sommes ici sur la galerie :

     

     inscriptions 4459c

     

     - J.M Abgrall : BERNARD. AMER : GVILL . OPIC . 1661

    - H. Pérennès : BERNARD : MENGUY : CORNIC : F : 1661

    - Je lis : (J) : BERNARD': KAMER'. GVIL CORNIC F : F  1661

    - Je traduis : (JEAN) : BERNARD KERAMER GUILLAUME CORNIC FABRICIENS 1661.

    L'inscription en deux blocs insérés dans la construction de la galerie, sans encadrement, est faite de lettres capitales en plein, et de chiffres en creux. A noter les lettres conjointes ME.

      Keramer est le nom d'une ferme et/ou un toponyme de Plogonnec, longtemps habité par une famille Bernard. Il est attesté comme Keramer sur la carte Cassini de 1750, ou necore comme  "village de Keramer", et est devenu actuellement le Lotissement de Keramel, englobé dans le bourg.

      Jean Bernard : né le 18 août 1628 à Plogonnec, décédé le 19 septembre 1684 à Keramer.

    Époux de Jeanne Douellou (dcd 1690) dont il eut un fils, Guillaume Bernard (1666-1710 à Keramer) qui épouse en 1689...Marie Cornic.

      Guillaume Cornic ( dcd 01-02-1683 à Plogonnec bourg) eut avec Françoise Pezron un fils, Jean Cornic.

    Jean Cornic (16 avril 1647-18 octobre 1688) eut de son mariage avec Catherine Le Grand une fille, Marie Cornic : née le 07 février 1669 et décédée le 16 septembre 1744 à Keramer, Plogonnec.

      On en conclut que les deux fabriciens Jean Bernard et Guillaume Cornic étaient de familles alliées, ce qui se conclue par le mariage du fils de l'un  (Guillaume Bernard) avec la petite fille de l'autre,( Marie Cornic).

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    Mes remerciement à Guy Kerrien qui m'a transmis les 2 photographies suivantes et orienté vers le couple Jean Nihouarn/Jeanne Le Goff.

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    On trouve encore, sur le linteau de la chambre des cloches, l'inscription :

     I : NIHOVARN : DE : KGANABHE

     FABRIQ : ET : I : NIHOVARN : F.

                         1659.

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    La transcription donne : "I. Nihouarn de Kerganabhe fabricien et I. Nihouarn Fabricien l'an 1659".

    Les généalogistes identifient ici Jean (Iañ) Nihouarn (1621-1676) domicilié à Kerganapé comme cela est précisé sur l'acte de décès. Il avait épousé Jeanne Le Goff (1626-1706), elle aussi décédée à Kerganapé. Son père Jean Nihouarn dit "Le Vieil" (Kerganapé v. 1590-1650) était décédé à la date de cette inscription.

    Ce couple eut 6 enfants entre 1649 (date probable de leur mariage) et 1662 : Vincent, Jean, Yves, Pierre, René et Louise. 

    Le second fabricien, homonyme du premier,  pourrait être Jean (1651-1666), fils de Jean,  marié le 23 novembre 1665 (à 14 ans !) avec Marie PEZRON.

    Son frère Yves (1654-1722) était maréchal ferrand ; il eut comme parrain de naissance et de mariage  son oncle messire Yves Le Nihouarn, prêtre. Il décéda également à Kerganapé.

    Le fils d'Yves (le maréchal ferrand) Jean Nihouarn (1676-1744) est né et décédé à Kerganapé : son oncle Jean Nihouarn le plus âgé (1621-1676) est témoin de sa naissance. Il sera maréchale [ferrand], enseigne et greffier de Plogonnec, épousera Marie Seznec puis Marie Le Grand et décèdera à Kerganapé.

    https://gw.geneanet.org/ckerjosse?lang=fr&pz=claude&nz=kerjosse&p=jean&n=nihouarn&oc=13

    Kerganapé est un lieu-dit à 1 km  au sud-est du bourg. La carte de Cassini le mentionne avec la graphie Kerganappe. À une altitude de  110m, il domine le vallon d'un ruisseau qui ira se jeter dans le Steïr. Les cartes montrent cinq ou six bâtiments.

    Le ruisseau porte le nom de Kerganape, et celui-ci alimentait, 2 km en aval,  le moulin de Meil Butel, à turbine horizontale (roue pirouette, à godets), présent à la fin du XVIIIe (Cassini) et reconstruit en 1869 (date inscrite sur la porte).

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    Selon Albert Deshayes, Nihouarn  trouve son origine en saint Ehouarne (Euhoiarn, Ehuarn), ermite du XI e siècle et disciple de saint Félix de Rhuys. Voir Lanyhorn en Cornwall et Lanniouarn en Plouarzel. Le nom devient Yhouarn en 1477 à Plouzané, et, par agglutination, Nihouarn et Nivouarn. Il se décompose en eu- et -huarn, "fer".

    Le toponyme Kerganapé (ou Kerganabhe selon la graphie de l'inscription) est  étudié par A. Deshayes, cette fois dans son Dictionnaire des noms de lieux bretons, à la page 143 . Après le préfixe ker- "hameau, habitation", on s'attend à trouver un nom de personne, mais c'est un  qualificatif de plante cultivé qui est présent, celui de Kanab "chanvre". On trouve ainsi Kerganaban en Édern, (Kercanaben en 1611), ou Kerganabren en Milizac, (Kercanaben en 1687), et Kercanaben en 1495 en Plourin-Ploudalmézeau.

    À Plounéour-Lanvern, un lieu-dit Canapé correspond à un ancien rouissoir de chanvre (poull-kanab).

    À Goulien (Cap Sizun), un toponyme Gouar Kanape est commenté ainsi par l'OFIS : "Nom composé de Gouar, forme locale d'un terme qui veut dire "ruisseau" (Voir Ar C'houar Gozh pour le sens détaillé de ce terme). Le déterminant est un nom à part entière, Kanape (qui figure dans le nom d'une pointe côtière et d'une crique), toponyme que l'on trouve ailleurs en Bretagne. On s'accorde généralement à dire que ce nom est une altération de Kanabeg, "chanvrière" (de Kanab, "chanvre" et du suffixe -eg, qui en marque l'abondance en l'endroit). Le chanvre était couramment cultivé autrefois et, en plus de l'habillement, était utilisé à des fins industrielles pour la voilerie et la corderie."

     

    Kanab  a formé kanabeg "chenevière" dans Ganabroc en Landéda, et ... dans Kerganapé en Plogonnec, id. en 1657. L' ancien suffixe -eg, qui marque une collection d'une même nature (cf. balaneg, maeneg, kelenneg...).

    On trouve aussi dans les actes paroissiaux la graphie Kerganeppé et Kerganappé.

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    Donc ce lieu-dit désigne une chenevière. Pour les paysans bretons, le chanvre est  la plante que chaque agriculteur peut semer, récolter et utiliser pour ses besoins propres (vêtements, cordes). Le chanvre y est donc omniprésent mais en petites quantités, souvent à proximité de la maison. On le fait rouir et on le tisse . L'abbé Favé écrivait en 1895 (Bull. SAF. p. 36) que "à proximité de Quimper, on voyait à proximité des maisons beaucoup de chenevières liors ar c'hanab des courtils de chanvre. Comme en Basse-Normandie chaque maison pauvre ou riche avait son clos à chenevière." Le chanvre est la matière de l'habillement en en particulier du berlinge.

    Mais si on poursuit la lecture de l'article de l'abbé Favé, ses Notes sur l'aspect extérieur d'une ferme cornouaillaise 1635-1789, on est ému de trouver mention d'un Jean Nihouarn qui, selon des actes de 1737, vivait à Kerganappé et y possédait une forge :

     

    "Il y avait généralement dans les fermes de quelqu'importance «  un établi de charpentier » avec les outils les plus usuels de ce métier ; et parfois une forge particulière, comme nous l'avons vu par l'acte de démission de Jean NIHOUARN de Kerganappé, en Plogonnec, qui fait condition de pouvoir travailler à la forge du village, à sa convenance et quand il le voudra ".

     .

    Les études des pollens (L. Gaudin) indiquent ceci :

    "Durant le Moyen-Age, la culture du chanvre va se faire plus fréquente (les occurrences de Cannabis/Humulus sont identifiées dans 50 à 70% des études de palynologie). [les pollens de chanvre ne sont pas distinguables de ceux du houblon].Elle atteint un maximum à l’époque moderne avec des occurrences dans 80% des études. Contrairement au lin, le chanvre est moins exigeant en qualité des sols. Il est donc repéré sur l’ensemble du Massif armoricain . Le XVIe siècle est l’âge d’or des toiles de chanvre : plus grossières mais plus solides que les toiles de lin, elles servent à fabriquer des sacs pour emballer les marchandises et des voiles de bateaux. Elles sont tissées surtout en Haute-Bretagne (notamment autour de Vitré) et à l’autre extrémité de la péninsule à Locronan (Tanguy et Lagree, 2002). Le chanvre est cultivé dans les zones humides telles que les zones alluviales."

    Enfin, il était intéressant d'interroger la microtoponymie telle qu'elle apparaitrait sur le cadastre napoléonien. Les noms font-ils allusion au chanvre et à son travail autour du vallon ? Trouve-t-on des Poull Kanab (= “mare à rouir le chanvre ”) et des Kanab-eg (= “chenevière ) ?

    Guy Kerrien y a jeté un coup d'œil : 

    "Je me suis penché sur le cadastre de 1830 et le relevé des propriétés : à Kerganapé, Kernévez, Kerjoré, Kergaradec, Kerantous, Kervotret, Kerléan il y a bien des courtils nommés "Liors canap". Je ne suis pas allé au-delà de la section B, mais je pense que cela suffit à montrer l'importance de la culture et du travail du chanvre à Plogonnec, jusqu'à nommer un village en son honneur. La proximité de très nombreux ruisseaux a certainement permis de développer cette activité."

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    Cadastre de 1830.

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    Voir 

    F. Falc’hun, Une enquête toponymique en Bretagne celtique : le cadastre de la Basse-Bretagne Revue internationale d'onomastique  Année 1948  2-3-4  pp. 161-173 https://www.persee.fr/docAsPDF/rio_0995-872x_1948_num_2_3_1053.pdf

    Voir les feuilles du cadastre : Section  B4 de Saint-Eloy . Tableau indicatif des propriétés foncières /P/03P/3P170. Voir les parcelles 1199-1200 appartenant à Yves Nihouarn.

    https://recherche.archives.finistere.fr/viewer/viewer/medias/collections/P/03P/3P170/FRAD029_3P170_01_08.jpg

    https://recherche.archives.finistere.fr/document/FRAD029_00000003P#tt2-186

     

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    Photographie Guy Kerrien, février 2021.

    Photographie Guy Kerrien, février 2021.

    Photographie Guy Kerrien, février 2021.

    Photographie Guy Kerrien, février 2021.

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     Descendons du clocher pour entrer par le porche sud : au dessus du porche se trouve un cadran solaire daté de 1807 avec l'inscription IEAN LE GRAND. Nous avons vu que c'était là un patronyme de la paroisse avec  Catherine le Grand, épouse de Jean Cornic. 

     

    inscriptions 3604c

     

      Sous ce cadran se trouve cette inscription :

     

      inscriptions 3606c

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    -J.M Abgrall : H. KERNALEGVEN . FAB . 1581

    -H. Pérennès  : H. KERNALEGUEN . FAB . 1581

    -Je lis difficilement : H KNALEG ...A.    : 1581 

    - Je traduis H. K(ER)NALEGUEN FABRICIEN : 1581.

     Je regrette l'état dégradé et envahi de lichens de cette inscription d'un bloc de granit rectangulaire à encadrement, car les lettres visibles sont pleines d'élégance, mêlant un A capitale à traverse chevronnée et doté d'un appendice droit avec un E en onciale, un L oncial , un beau K doté également d'un appendice droit et dont le jambage inférieur est prolongé et barré pour signifier l'abréviation de K(ER).

      Le patronyme Kernaleguen est attesté à Plogonnec depuis un  Joanis Kernaleguen (sd) puis Yvon Kernaleguen né le 2 avril 1612 à Plogonnec. Corentin Kernaleguen fut  recteur  de Plogonnec de 1804 à 1805. Le "H" du début de l'inscription est vraisemblablement l'initiale du prénom .

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    Post-scriptum 2021 : Daniel Kernalegenn me signale qu'on trouve déjà un Kernaleguen en 1426 à Saint-Pierre : "À l'époque, la ferme s'appelait Langoueledig  mais la ferme la plus proche s'appelait, et s'appelle toujours, Kernaleguen".

    Je recherche sur les cartes IGN/Cassini et je découvre, comme indiqué,  le toponyme Kernaléguen /Kervaléguen à 2,5 km à l'ouest du bourg, et au sud de la chapelle Saint-Pierre et du manoir du Névet.

    Albert Deshayes indique (Dict. noms de famille bretons p.377) : "Kernaléguen (Kernaleguen 1581) attesté dans le canton de Briec et à proximité, est vraisemblablement issu de lieux-dits en Châteauneuf-du-Faou ou à Crozon ; un troisième lieu, situé à Elliant, était noté Garshalleguen en 1679. Le composant -naléguen est à lire an haleguenn, "le saule".

    Une saulaie suppose un milieu humide, et effectivement, la carte d'Etat-Major situe Kernaléguen à peine au dessus d'un ruisseau coloré en bleu, et dont on suit le cours jusqu'à un étang et un moulin à sa confluence avec le Rau du Ris.

    Quant au Langoueledig voisin, il renvoie, affublé d'un modeste diminutif,  à -goueled "fond, partie inférieure", issu du moyen-breton goelet "fond"  correspondant au gallois Gwaelod, "partie basse". Vraiment humide donc...

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       Il nous reste à rentre dans l'église où nous attendent deux plaques réalisées sur de belles et grandes pierres en garnit d'un grain moyen jaune-brun et gris. Elles sont trop bien conservées, trop soignées dans l'ouvrage orné de demi-globes de leurs contours et d'une calligraphie trop académique, trop livresque et ostentatoire pour qu'on ne réalise pas immédiatement que ce sont des oeuvres récentes, à la Viollet-le-Duc ; cela n'entame en rien le plaisir que procure du beau travail, et les indications gardent tout leur intérêt

     

    inscriptions 5526c

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    H. Pérennès a relevé : M. RENE SEZNEC RECTEUR

     Je lis également M RENE SEZNEC RECTEUR

    René Seznec ( 2 mai 1641 à Plogonnec-30. 09. 1709) fut recteur à Plogonnec de 1643 à 1697. Il fut aussi recteur de Guengat. Dans l'église, H.Pérennès a pu relever sur  la niche de la statue de St Maudez  la mention M.R.SEZNEC :R: 1656. J.M. Abgrall le nomme "le bon recteur Seznec" 

    inscriptions 5527c

    .

    -H. Pérennès a relevé : Y SEZNEC KRADILY . F . LAN 1666

    - Je lis :                       Y: SEZNEC : KRADILY : F : L'AN : 1656:

    - Je traduis :                Y(ves) SEZNEC K(er)ADILY Fabricien l'AN 1656.

      On remarque la ponctuation par trois-points ; les lettres conjointes NE ; l'étonnant point sur le I de la date I656 ; et le joli chiffre 5, qui a induit Pérennès en erreur.

      Les généalogistes mentionnent:

    - Yvon Seznec, v.1624- 20.11.1673, époux de Catherine Guilloux.

    - Yves Seznec, 1609-1669, époux de Blanche Tanguy.

    Le manoir de Keradily est une propriété de la famille Seznec, et Guillaume Seznec y décéda le 6 mai 1690, son fils Yves Seznec(21.02.1644-3.10.1728) étant témoin du déces. En 1845, un nouveau manoir fut édifié par Guillaume Louboutin et Marie-Jeanne Seznec avec les matériaux de l'ancienne bâtisse.

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    SOURCES ET LIENS.

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    —ABGRALL (Jean-Marie), 1916, , « Inscriptions gravées sur les églises et monuments du Finistère (suite) », in Bulletin de la Société archéologique du Finistère, 1916, 43 : 65-102.

    https://societe-archeologique.du-finistere.org/bulletin_article/saf1916_0122_0159.html

    https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k2077197/f135.item.zoom#

     

    "Plogonnec. - Eglise paroissiale; patron, saint Turiau.
    Au dessus de la porte ouest, deux vers latins, dont le premier est un vrai tour de force, sans être du meilleur goût: .
    TV. TVRIAVE . TVAM TVRRIM . TEMPLVMQVE . TVERE
    NE NOCEANT ILLIS TELA TRISVLCA ._ JOVIS
    « Saint Turiau , protégez votre tour et votre église,Préservez-les de la foudre (des traits à trois pointes de Jupiter. )
    .

    Même façade:
    M . YVES : CVZON . F . DE . KEIACOB
    M . RENE . SEZNEC RECTEVR . 1657. C'est sans doute l'auteur des deux fameux vers latins :
    H . LE PORHEL : E : R . GVENN . FF . 1657
    D. CHARLES. KRIOV PRESTRE.
    Porche :
    H. KERNALEGVEN . FAB. 1581.
    Tourelle sud du clocher :
    JACQ : ET . F RAN C . LE DOARE DE BOTEFELEC . FF , 1688.
    Au haut de la même tourelle :
    M . LE HENAF F - GVILL . LE HENAF. E .Y . GVEZENEC . F .
    1660.

    Galerie, coté sud :

    BERNARD. AMER : GVILL . OPIC . 1661.

    — COUFFON (René), LE BARS (Alfred), 1988, Plogonnec, in Répertoire des églises et chapelles du diocèse

    https://www.diocese-quimper.fr/wp-content/uploads/2021/01/PLOGONNE.pdf

    "Le clocher, de silhouette très originale, comprend une tour rectangulaire accostée de deux tourelles octogonales amorties, comme le beffroi, par un dôme à côtes. Nombreuses inscriptions sur le pignon ouest de la tour. Dans le tympan du portail, sous la statue de saint Thuriau : "I H S. M A / TV. TVRIANE. TVAM / TVRRIM. TEMPLVM. TVERE / NE. NOCEANT. ILLIS. TELA. / TRISVLCA. IOVIS AMEN."

    - Dans le porche ouest : "Y:SEZNEC:KRADILY:F:LAN :1656" (côté nord) et "M.RENE SEZNEC.RECTEVR". - Sur la frise du même portail : "M. RENE. SEZNEC / RECTEVR. 1657",

    - et sur le contrefort de droite : "... F. F. 1657",

    - Sous la galerie : "M. YVES. CVZON. P. DE. KIACOB."

    - Sur la tourelle sud : "IACQ. ET. FRAN / LE DOARE DE BOTEFELEC. F. F. 1658."

    et "M. LE HENAFF. P. GVIL. LE. HENAF ET Y. GVEZENEC. F. F. 1660."

    - Sur la balustrade : "Y. BERNARD. KRAVER. GVIL. CORNIC. F. F. 1661."

    - Sur le linteau de la chambre des cloches : "I. NIHOVARN. DE. KGANABHE / FABRIQ. ET. I. NIHOVARN. F. 1659."

    - Sur la tourelle nord : "D. CHARLES. / KRIOV / PBRE."

    -Le porche sud porte, sous un cadran solaire, l'inscription : "H. KNALEGVEN. F. AN. 1581."

    — PÉRENNÈS (Henri), 1940, Notice sur Plogonnec, BDHA

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    Published by jean-yves cordier - dans Inscriptions Chapelles bretonnes.

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    • "Il faudrait voir sur chaque objet que tout détail est aventure" ( Guillevic, Terrraqué).  "Les vraies richesses, plus elles sont  grandes, plus on a de joie à les donner." (Giono ) "Délaisse les grandes routes, prends les sentiers !" (Pythagore)
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