Les vitraux de Conches-en-Ouche : la Vie de saint Jean-Baptiste (1500-1510) ou baie 20.
.
Je place ici les images de la baie 20 de Conches (Eure), sans aucune description, et seulement pour permettre la comparaison des cartons avec ceux de la baie 2 de l'église Saint-Lô de Bourg-Achard.
.
Baie 20 (maître de la vie de saint Jean-Baptiste, 1500-1510) de l'église Sainte-Foy de Conches. Photographie lavieb-aile.
Baie 20 (maître de la vie de saint Jean-Baptiste, 1500-1510) de l'église Sainte-Foy de Conches. Photographie lavieb-aile.
Baie 20 (maître de la vie de saint Jean-Baptiste, 1500-1510) de l'église Sainte-Foy de Conches. Photographie lavieb-aile.
Baie 20 (maître de la vie de saint Jean-Baptiste, 1500-1510) de l'église Sainte-Foy de Conches. Photographie lavieb-aile.
Baie 20 (maître de la vie de saint Jean-Baptiste, 1500-1510) de l'église Sainte-Foy de Conches. Photographie lavieb-aile.
Baie 20 (maître de la vie de saint Jean-Baptiste, 1500-1510) de l'église Sainte-Foy de Conches. Photographie lavieb-aile.
Baie 20 (maître de la vie de saint Jean-Baptiste, 1500-1510) de l'église Sainte-Foy de Conches. Photographie lavieb-aile.
Baie 20 (maître de la vie de saint Jean-Baptiste, 1500-1510) de l'église Sainte-Foy de Conches. Photographie lavieb-aile.
Baie 20 (maître de la vie de saint Jean-Baptiste, 1500-1510) de l'église Sainte-Foy de Conches. Photographie lavieb-aile.
Baie 20 (maître de la vie de saint Jean-Baptiste, 1500-1510) de l'église Sainte-Foy de Conches. Photographie lavieb-aile.
Baie 20 (maître de la vie de saint Jean-Baptiste, 1500-1510) de l'église Sainte-Foy de Conches. Photographie lavieb-aile.
Baie 20 (maître de la vie de saint Jean-Baptiste, 1500-1510) de l'église Sainte-Foy de Conches. Photographie lavieb-aile.
Baie 20 (maître de la vie de saint Jean-Baptiste, 1500-1510) de l'église Sainte-Foy de Conches. Photographie lavieb-aile.
Baie 20 (maître de la vie de saint Jean-Baptiste, 1500-1510) de l'église Sainte-Foy de Conches. Photographie lavieb-aile.
Baie 20 de l'église Sainte-Foy de Conches. Photographie lavieb-aile.
Baie 20 de l'église Sainte-Foy de Conches. Photographie lavieb-aile.
Baie 20 de l'église Sainte-Foy de Conches. Photographie lavieb-aile.
Abside de l'église Saint-Lô de Bourg-Achard. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.
.
Baie 2 (1500-1510, Maître de la vie de saint Jean-Baptiste) de l'église Saint-Lô de Bourg-Achard. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.
.
DESCRIPTION.
.
Cette description est guidée pas à pas par celle de Vitraux de Haute-Normandie, le volume VI du Recensement du Corpus Vitrearum paru en 2001.
.
Cette baie située à droite de la baie d'axe, dans l'abside du chœur, mesure 6 m de haut et 2,80 m de large. Elle comporte 3 lancettes et un tympan à 5 ajours. Entièrement consacrée à la vie de Jean-Baptiste, elle a été attribuée par Jean Lafond à un "Maître de la Vie de Saint Jean-Baptiste", nom de convention d'un atelier rouennais dont les autres productions se reconnaissent dans les Vie de saint Jean-Baptiste de Saint-Romain à Rouen et de l'église de Conches.
Les auteurs de Vitraux de Haute-Normandie considèrent qu'elle a été offerte par Jean Le Picard de Radeval, en raison des piques blanches sur fond rouge des écoinçons du tympan, mais je préfère attribuer les armoiries familiales de gueules à 3 piques de fer d'argent à son frère Louis Le Picard, seigneur d'Ételan et de Bourg-Achard où il fut inhumé. (Voir ma discussion en baie 1, qui comporte le portrait du donateur).
Elle est "assez bien conservée, restaurée en 1847, puis en 1891 par Duhamel-Marette.".
Les lancettes se décrivent en deux registres horizontaux , seul le registre supérieur étant légendé à sa base. Jean-Baptiste se reconnaît à ses cheveux longs, sa barbe et sa tenue beige et quadrillée qui tente de rendre le vêtement en poils de chameau décrit par le texte évangélique.
Nous le voyons, dans les six cases rectangulaires, discuter avec de nombreux interlocuteurs, ou procéder (en haut à gauche et en bas à droite) à des baptêmes de catéchumènes, et, au tympan, au baptême du Christ.
INTÉRÊT.
L'un des grands intérêts de cette baie réside dans le grand travail de recherche iconographique et stylistique dont elle a bénéficié entre 1958 et aujourd'hui pour l'attribuer à un atelier rouennais utilisant les mêmes cartons à grandeur à Conches et à Rouen à partir de modèles parisiens du "style d'Ypres" et de Jean Ypres, le maître des Très Petites Heures d'Anne de Bretagne, de la tenture de la Chasse à la Licorne, de celle de la Dame à la licorne, de la rose de la Sainte-Chapelle, etc.. Je donne donc, dans l'article immédiatement suivant, les images de la baie 20 de Conches.
L'autre intérêt, à mes yeux, est son corpus d'inscription, soit signifiant (citation de la Vulgate), soit aux lettres et signes sans signification et à visée d'orientalisation et d'altérité temporelle.
.
Baie 2 (1500-1510, Maître de la vie de saint Jean-Baptiste) de l'église Saint-Lô de Bourg-Achard. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.
.
I. LE REGISTRE INFÉRIEUR.
.
Baie 2 (1500-1510, Maître de la vie de saint Jean-Baptiste) de l'église Saint-Lô de Bourg-Achard. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.
.
Registre inférieur, première lancette à gauche.
"Les disciples de saint Jean questionnent Jésus (scène refaite dans sa moitié inférieure, personnage transformé en saint Jean-Baptiste par le restaurateur)." (Corpus)
Jésus est en haut à droite, en robe bleue boutonnée. Il lève la main droite dans un geste d'argumentation. Hormis Jean-Baptiste, les autres personnages sont des apôtres, identifiables à leurs pieds nus. Deux sont imberbes, alors que traditionnellement seul un apôtre, Jean, ne porte pas la barbe.
L'apôtre le plus proche de Jésus est saint André. Il pose la question Rabi ubi habitas "Maître, où habites tu ? ".Jésus lui répond : Venite et videte, "Venez et voyez".
.
Baie 2 (1500-1510, Maître de la vie de saint Jean-Baptiste) de l'église Saint-Lô de Bourg-Achard. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.
.
Ces répliques Rabi, ubi habita / Venite et videte nous renvoient au passage suivant de l'évangile de Jean :
Jean 1:38-39
Conversus autem Jesus, et videns eos sequentes se, dicit eis: Quid quaeritis? Qui dixerunt ei: Rabbi (quod dicitur interpretatum Magister), ubi habitas?
Dicit eis: Venite et videte. Venerunt, et viderunt ubi maneret, et apud eum manserunt die illo: hora autem erat quasi decima.
" Jésus se retourna et, voyant qu'ils le suivaient, il leur dit: «Que cherchez-vous?» Ils lui répondirent: «Rabbi – ce qui signifie maître –, où habites-tu?» «Venez, leur dit-il, et voyez.» Ils y allèrent [donc], virent où il habitait et restèrent avec lui ce jour-là. C'était environ quatre heures de l'après-midi."
"Le lendemain, Jean était encore là avec deux de ses disciples. Il vit Jésus passer et dit: «Voici l'Agneau de Dieu.» Les deux disciples l'entendirent prononcer ces paroles et suivirent Jésus."
Et il est suivi du verset 1:40 :
"André, le frère de Simon Pierre, était l'un des deux qui avaient entendu les paroles de Jean et qui avaient suivi Jésus."
C'est donc André, et non son frère Pierre, qui est figuré devant Jésus ; il ne devrait y avoir qu'un seul autre disciple. avec lui. Mais juste après ce verset Jésus rencontre Simon , qu'il nomme Pierre, ainsi que Philippe. Ce sont peut-être eux que nous voyons.
.
Notez :
-le lièvre, d'emplacement incongru.
-la barlotière arrondie au dessus de la tête du disciple accroupi. Cette particularité se retrouve à deux aurtres reprises, ici, mais aussi sur la baie 20 de Conches.
-une inscription non déchiffrable ou plutôt dépourvue de sens sur le galon au dessus du pied de Jésus (TOUV8).
.
Baie 2 (1500-1510, Maître de la vie de saint Jean-Baptiste) de l'église Saint-Lô de Bourg-Achard. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.
.
Registre inférieur, deuxième lancette.
"Le Baptiste désigne le Christ à ses auditeurs (panneaux inférieurs très restitués, sauf le personnage de droite)" (Corpus)
.
Dans la partie basse, Jean-Baptiste verse l'eau du Jourdain sur une dizaine de personnes, hommes ou femmes.
Au dessus, Jésus est interrogé par des pharisiens.
Baie 2 (1500-1510, Maître de la vie de saint Jean-Baptiste) de l'église Saint-Lô de Bourg-Achard. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.
.
Le personnage de droite a été rapproché à juste titre par Michel Hérold du Juif qui assiste à la Crucifixion dans le Livre d'Heure à l'usage de Rome lmprimé pour Philippe Pigouchet par Simon Vostre en 1498, sur des modèles fournis par Jean d'Ypres.
Aix en Provence, BM inc. D38 folio 3v http://initiale.irht.cnrs.fr/codex/3
Aix en Provence, BM inc. D38 folio 3v http://initiale.irht.cnrs.fr/codex/3
.
Baie 2 (1500-1510, Maître de la vie de saint Jean-Baptiste) de l'église Saint-Lô de Bourg-Achard. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.
.
Baie 2 (1500-1510, Maître de la vie de saint Jean-Baptiste) de l'église Saint-Lô de Bourg-Achard. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.
.
Registre inférieur, troisième lancette.
.Saint Jean Baptiste baptisant dans le Jourdain. (quelques restitutions dans la partie inférieure)
Baie 2 (1500-1510, Maître de la vie de saint Jean-Baptiste) de l'église Saint-Lô de Bourg-Achard. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.
.
Les disciples se reconnaissent par leur tête nue. Les "Juifs" ou Pharisiens sont coiffés de bonnets
Les phylactères portent les inscriptions suivantes :
Rabi qui erat tecum trans iordanem cui tu testimonium
peribuisti ecce hic baptisat et omnes veniunt ad eum
Ce texte se trouve dans l'évangile de Jean :
Jean 3:26 26 Et venerunt ad Joannem, et dixerunt ei: Rabbi, qui erat tecum trans Jordanem, cui tu testimonium perhibuisti, ecce hic baptizat, et omnes veniunt ad eum.
" Ils vinrent trouver Jean et lui dirent: «Maître, celui qui était avec toi de l'autre côté du Jourdain et à qui tu as rendu témoignage, le voilà qui baptise, et tous vont vers lui.»"
La second phylactère reprend des paroles prononcées par Jean-Baptiste, ce qui explique pourquoi le Pharisien tend l'index vers la partie basse et la scène des baptêmes.
Hoc ergo gaudium meum impletum [est] illum opportet crescere
me autem mi[nui] quyque desursum [venit] est super omnes est
Jean 3:29-30 :
Hoc ergo gaudium meum impletum est.
Illum oportet crescere, me autem minui.
"[Celui qui a la mariée, c'est le marié, mais l'ami du marié, qui se tient là et qui l'entend, éprouve une grande joie à cause de la voix du marié. Ainsi donc, cette joie qui est la mienne est parfaite. Il faut qu'il grandisse et que moi, je diminue."
.
Baie 2 (1500-1510, Maître de la vie de saint Jean-Baptiste) de l'église Saint-Lô de Bourg-Achard. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.
.
Baie 2 (1500-1510, Maître de la vie de saint Jean-Baptiste) de l'église Saint-Lô de Bourg-Achard. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.
.
LE REGISTRE SUPÉRIEUR.
.
Baie 2 (1500-1510, Maître de la vie de saint Jean-Baptiste) de l'église Saint-Lô de Bourg-Achard. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.
.
Registre supérieur, première lancette.
.
"Scène de baptême d'un couple. (moderne sauf le paysage dans la tête de lancette, et quelques fragments à l'avant-plan avec une chouette et un canard)." (Corpus)
.
Baie 2 (1500-1510, Maître de la vie de saint Jean-Baptiste) de l'église Saint-Lô de Bourg-Achard. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.
.
La légende :
Johannes baptizans et predicans
Remissionem peccatorumMarc
C'est un extrait tronqué du verset de l'évangile de Marc, Mc1:4
Fuit Joannes in deserto baptizans, et praedicans baptismum poenitentiae in remissionem peccatorum.
"Jean parut, baptisant dans le désert, et prêchant le baptême de repentance, pour la rémission des péchés."
.
Baie 2 (1500-1510, Maître de la vie de saint Jean-Baptiste) de l'église Saint-Lô de Bourg-Achard. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.
.
Registre supérieur, deuxième lancette.
.
"Saint Jean entouré par la foule de ses auditeurs ; phylactères latins environnant les personnages, animaux au premier plan, paysage avec château dans le lointain (bien conservé sauf quelques pièces dans la tête de lancette. Verres vénitiens pour le vêtement d'un soldat à gauche, verre gravé pour le chapeau d'un personnage." (Corpus)
La lancette de gauche de la baie 20 de Conches reprend le même carton et les mêmes inscriptions, à quelques détails près.
.
Légende inscrite au pied des panneaux et texte des phylactères :
Nous lisons sur la légende :
Et interrogabant eum turbe et cetera. Venerunt autem et publicani
ut baptizarentur +-e. Interrogabant ante eum et milites +e Luce
Il s'agit d'extraits du chapitre 3 de l'évangile de Luc, versets 10 à 14 : "Les foules lui demandèrent alors: [etc] Il y avait des collecteurs d’impôts qui venaient se faire baptiser. [...] Des soldats le questionnèrent aussi: [...]."
L'inscription est strictement la même sur la lancette de gauche de la baie 20 de Conches.
Les dialogues entre Jean et la foule [turbae], les publicains [publicani] et les soldats [milites] sont découpés et répartis sous forme de phylactères dans la bouche des protagonistes.
La foule (turba, ae désigne une foule en désordre, tumultueuse, voire querelleuse) représentée par deux personnages Juifs en haut demande Quid ergo faciemus (Lc 3:10), "Que devons-nous faire?".
Les riches collecteurs d'impôts ou publicains venus se faire baptiser demandent en bas à droite Magister, quid faciemus (Lc 3:12) "Maître, que devons nous faire ?".
Deux soldats en bas à gauche demandent quod faciemus et nos(Lc 3:14), "Et nous, que devons nous faire ?".
Jean-Baptiste, répond à chaque question par trois phylactères différents :
À la foule, il dit : Qui habet duas tunicas det non habenti (Lc 3:11) "Si quelqu’un a deux chemises, qu’il en donne une à celui qui n’en a pas."
Aux publicains, il dit : Nihil amplius constitutum est vobis faciatis(Lc 3:13), "N’exigez rien de plus que ce qui a été fixé".
Aux soldats, il répond : estote contenti stipendiis vestris (Lc 3:14) "contentez-vous de votre solde"
.
Le texte est celui de la Vulgata Clementina (1592) ou du Novum instrumentum d'Erasme ( 1516), à une exception près : nous lisons estote contenti stipendiis vestris alors que dans ces deux textes il est écrit contenti estote ... Cette inversion des deux mots est attestée par le moteur de recherche, notamment dans les Sommes de Thomas d'Aquin (Sommae Theologiae1265) Cette inversion ne se retrouve pas dans la baie homologue de Conches qui dit Et contenti estote stipendiis vestris.
.
Baie 2 (1500-1510, Maître de la vie de saint Jean-Baptiste) de l'église Saint-Lô de Bourg-Achard. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.
.
On remarquera le petit chien blanc à collier, déjà remarqué comme signe de richesse dans la Baie 1 où il accompagnait Marie-Madeleine dans le Repas chez Simon. De même, les deux perdrix figuraient au tympan de cette baie 1.
Baie 2 (1500-1510, Maître de la vie de saint Jean-Baptiste) de l'église Saint-Lô de Bourg-Achard. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.
.
L'officier du bord gauche a été rapproché par Michel Hérold du chasseur de la quatrième pièce de la série de tentures de la Chasse à la licorne conservée au Metropolitan Museum of Art et attribuée à Jean d'Ypres.
.
Baie 2 (1500-1510, Maître de la vie de saint Jean-Baptiste) de l'église Saint-Lô de Bourg-Achard. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.
-Le verre vénitien blanc rayé de rouge du soldat. Ce verre est obtenu par application de fils ou de baguettes de verre coloré (rouge ici) sur le verre blanc encore en fusion, avant de procéder à une seconde cuisson.
-L'inscription de la bordure du col de l'officier. Les caractères pseudo-coufiques montrent bien qu'il ne s'agit pas, pour l'artiste, de faire passer un message compréhensible, mais de créer un décor vestimentaire.
.
Baie 2 (1500-1510, Maître de la vie de saint Jean-Baptiste) de l'église Saint-Lô de Bourg-Achard. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.
.
Autre exemple d'inscriptions sur le bord doré des manches du Juif à tunique bleue. Ces caractères pseudo-coufiques mélangés de majuscule cherchent à créer un effet orientalisant d'exotisme ou d'altérité, ou d'un temps ancien.
.
Baie 2 (1500-1510, Maître de la vie de saint Jean-Baptiste) de l'église Saint-Lô de Bourg-Achard. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.
.
Le publicain de droite est traité par l'artiste avec tous les attributs iconographiques du Juif, attributs qui ne cherchent pas tant à le stigmatiser qu'à en donner les codes de reconnaissance pour le spectateur : barbe en désordre, cheveux longs, bonnet conique, châle damassé à glands et pompons, aumônière à la ceinture. C'est une autre citation de la même page des Heures de Simon Vostre, mentionnée supra.
.
Baie 2 (1500-1510, Maître de la vie de saint Jean-Baptiste) de l'église Saint-Lô de Bourg-Achard. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.
.
Registre supérieur, troisième lancette.
.
Texte de la légende inscrite au pied des panneaux et des phylactères :
la légende dit :
Hoc est testimonium iohannis quando miserunt iudei ab iherosolimis sacerdotes et levitas ut interrogarent eum.
.
Il s'agit d'un extrait de l'évangile de Jean :Jean 1:19 19 Et hoc est testimonium Joannis, quando miserunt Judaei ab Jerosolymis sacerdotes et Levitas ad eum ut interrogarent eum: Tu quis es? : "Voici le témoignage de Jean, lorsque les Juifs envoyèrent de Jérusalem des sacrificateurs et des Lévites, pour lui demander: Toi, qui es-tu?"
Sur les phylactères se trouve les dialogues des versets Jean 1:20- 23.
-Non sum ego christus Jn 3:20 Et confessus est, et non negavit, et confessus est: Quia non sum ego Christus. "Je ne suis pas le Christ"
-Non sum Jn 1:21 es-tu Élie? Et interrogaverunt eum: Quid ergo? Elias es tu? Et dixit: Non sum. "Et il dit: Je ne le suis point."
-Quid dicis de te ipso Jn1:22 ""Que dis-tu de toi-même?"
-Ego vox clamantis in deserto dirigite viam domini Jn1:23 "Moi, je suis la voix de celui qui crie dans le désert : aplanissez le chemin du Seigneur."
.
Baie 2 (1500-1510, Maître de la vie de saint Jean-Baptiste) de l'église Saint-Lô de Bourg-Achard. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.
.
Au premier plan, l'artiste a inversé le carton de son modèle de Juif puisé dans les Heures de Simon Vostre.
Derrière lui, il a décliné le thème iconographique en multipliant les sortes de coiffure orientales ou hébraïques : turban, bonnet "phrygien", bonnet à oreillette, mitre de grand prêtre.
Neuf mains se détachent par leur blancheur : elles soulignent l'âpreté de la discussion.
.
Baie 2 (1500-1510, Maître de la vie de saint Jean-Baptiste) de l'église Saint-Lô de Bourg-Achard. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.
.
Un nouvel exemple d'inscription est peint sur la bordure du col d'un Juif. GNONS --VIR --TUM
.
Baie 2 (1500-1510, Maître de la vie de saint Jean-Baptiste) de l'église Saint-Lô de Bourg-Achard. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.
.
Baie 2 (1500-1510, Maître de la vie de saint Jean-Baptiste) de l'église Saint-Lô de Bourg-Achard. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.
.
LE TYMPAN .
Baie 2 (1500-1510, Maître de la vie de saint Jean-Baptiste) de l'église Saint-Lô de Bourg-Achard. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.
.
Ajour de droite : le baptême du Christ dans le Jourdain.
Cette scène trouve son équivalence exacte dans la lancette médiane de la baie 20 de Conches. Jésus, ayant ôté son manteau bleu, se tient dans les eaux du Jourdain, tandis que Jean-Baptiste lui verse sur la tête le contenu d'une coquille. Une colombe apparaît alors dans un rayon doré portant en lettres gothiques les mots TU ES FILIUS MEUS DILECTUS IN QUO COMPLACII MIHI.
C'est la transcription de Luc 3:21-22 :
et Jesu baptizato, et orante, apertum est caelum: et descendit Spiritus Sanctus corporali specie sicut columba in ipsum: et vox de caelo facta est: Tu es filius meus dilectus, in te complacui mihi.
"Tout le peuple venait se faire baptiser, et Jésus fut aussi baptisé. Or, pendant qu’il priait, le ciel s’ouvrit et le Saint-Esprit descendit sur lui, sous une forme corporelle, comme une colombe.
Une voix retentit alors du ciel: Tu es mon Fils bien-aimé, tu fais toute ma joie."
.
En arrière plan, les remparts de Jérusalem.
La verrière de Conches porte cette inscription ego at te debeo baptizari et tu venis ad me.
.
Baie 2 (1500-1510, Maître de la vie de saint Jean-Baptiste) de l'église Saint-Lô de Bourg-Achard. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.
.
"Ajour gauche : saint Jean-Baptiste retiré au désert, entouré d'animaux sauvages, priant Dieu le Père figuré dans l'ajour supérieur." (Corpus)
Les animaux sont un léopard (?), un ours, un renard, une spatule, un héron, et un lion aux pupilles jaunes.
Le saint a également les pupilles rehaussées au jaune d'argent.
.
Baie 2 (1500-1510, Maître de la vie de saint Jean-Baptiste) de l'église Saint-Lô de Bourg-Achard. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.
.
Ajour supérieur.
Inscription : (j'ai replacé les N abrégés) SUPER QUEM VIDERIS SPIRITUM DESCENDENTEM ET MANENTEM, HIC EST QUI BAPTIZAT IN SPIRITU SANCTO.
Il s'agit d'une citation de l'évangile de Jean Jn 1:33 : "Celui sur qui tu verras l'Esprit descendre et s'arrêter, c'est lui qui baptise du Saint-Esprit."
Elle a été placée aussi au sommet du tympan de la baie 1.
.
Baie 2 (1500-1510, Maître de la vie de saint Jean-Baptiste) de l'église Saint-Lô de Bourg-Achard. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.
.
COMMENTAIRES : MES LECTURES (ET MON TRAVAIL DE COPISTE).
.
A. LIRE CALLIAS BEY, CHAUSSÉ, GATOUILLAT ET HÉROLD 2001;
Le Maître de la Vie de saint Jean-Baptiste.
"Jean Lafond a créé ce nom de convention pour regroupé les œuvres d'un ou plusieurs ateliers : "Peut-être venu de Paris, il a travaillé chez nous [en Normandie] pour les mêmes églises que le grand peintre verrier Arnoult de Nimègue." Ce nom lui vient des très belles suites de l'histoire de Jean-Baptiste encore visibles à Saint-Romain de Rouen [baies 110 et 112], à Bourg-Achard [baie 2 et baie 1] et à Conches [baie 20 ]. Mais Jean Lafond dit aussi retrouver les mêmes caractères stylistiques "chez un autre peintre verrier, l'auteur d'une Vie de la Vierge, répétée à Saint-Godard de Rouen, à Saint-Etienne-du-Mont, et dans la chapelle de la Vierge à Saint-Jean d'Elbeuf" et les relie aux bois gravés des plus belles productions de l'imprimerie parisienne autour de 1500. Cette piste de recherche s'est avérée être la bonne, puisqu'il est aujourd'hui possible de nommer, — grâce aux travaux de Geneviève Souchal ("Un grand peintre français de la fin du XVe siècle : le Maître de la Chasse à la Licorne", Revue de l'Artn°22, 1973, p. 22-86) et surtout de Nicole Reynaud (1993, Les manuscrits à peinture en France 1440-1520), enrichis récemment par Catherine Grodecki (1996, Le « Maître Nicolas d'Amiens » et la mise au tombeau de Malesherbes. À propos d'un document inédit , Bulletin Monumental Année 1996 154-4 pp. 329-342), — les acteurs principaux d'un véritable courant artistique qui s'est développé dans la capitale du royaume au cours des dernières décennies du XVe siècle. Il s'agit du Maître de Coëtivy, Colin d'Amiens, et du Maître des Très Petites Heures d'Anne de Bretagne, Jean d'Ypres (mort en 1508), fils du précédent. Leur activité très polyvalente concerna aussi largement le vitrail. Nicole Renaud a attribué au Maître de Coëtivy les projets du vitrail de la baie d'axe de saint-Séverin (1985, Les vitraux du chœur de Saint-Séverin, Bulletin monumental t.143-1 p. 25-40), la célèbre rose ouest de la Sainte Chapelle, le panneau conservé du décor vitré de la chapelle de l'hôtel de Cluny (F. Perrot, 1970, Revue de l'Art n°10, p. 66-72) et de nombreuses verrières des environs de Paris indiquent que lui-même, puis son fils et d'autres peintres partageant le même répertoire formel (c'est ce que montre l'étude des verrières de la nef de l'église Saint-Merry à Paris par F. Gatouillat 1997) , fournirent quantité de modèles et vraisemblablement de grands patrons à plusieurs ateliers de peintres verriers."
"Plusieurs articles de l'ouvrage Vitraux parisiens de la Renaissance, Paris, 1993, prennent en compte l'ensemble de cette production. Cf. Gatouillat (F.), Lautier (C.), "La première Renaissance (1500-1520)" p. 52-61 et Hérold (M.): "Le Maître de la Vie de saint Jean-Baptiste : un nom de convention" p. 62-81.
"Depuis, deux articles ont été consacrés au sujet par M. Hérold : "A propos du Maître de la Vie de saint Jean-Baptiste" : recherche sur l'usage du patron à grandeur au début du XVIe siècle, Vitrail et arts graphiques (XVe et XVIe siècles), Cahier de l'Ecole du Patrimoine, n°4 1998 p. 48-60, et "La production normande du "Maître de saint Jean-Baptiste. Nouvelles recherches sur l'usage des documents graphiques dans l'atelier du peintre-verrier à la fin du Moyen-Âge", Pierre, lumière couleur, Paris 1999, p. 469-485.
"De nombreux exemples déjà repérés par Jean Lafond et d'autres identifiés depuis illustrent le succès des productions verrières parisiennes, exportées largement. Mais la Normandie possède le nombre le plus considérable de verrières où l'on perçoit le langage inventé à Paris. [...].
vie de saint Jean-Baptiste de Saint-Romain de Rouen :
Prédication de Jean-Baptiste, baie 109
Saint Jean-Baptiste recevant les pharisiens au désert Baie 110
Saint Jean-Baptiste désigne le Christ comme «agneau de Dieu» Détail de la baie 111
Saint Jean-Baptiste baptisant dans les eaux du Jourdain (baie 112)
"Les célèbres suites de la vie de saint Jean-Baptiste de Saint-Romain de Rouen, de Conches et de Bourg-Achard n'ont malheureusement pas — ou plus — d'équivalent parisien. L'origine parisienne des sources ne fait cependant aucun doute, en particulier pour les scènes où l'on voit saint Jean-Baptiste interrogé par le peuple et saint Jean-Baptiste désignant le Christ. L'étagement des éléments des compositions est cependant accentué en raison de la forme haute et étroite des lancettes, les scènes étant composées en trois, voire en quatre panneaux à Conches. Mais le langage venu de la capitale est immédiatement reconnaissable. Le sol couvert d'herbe charnue peuplée d'animaux porte des groupes de personnages disposés suivant une perspective échelonnée. Une importance particulière est accordée à la gestuelle vigoureuse des bras et des mains. Les détails vestimentaires sont également révélateurs : drapés lourds, robes largement fendues depuis la taille, coiffures extravagantes ou exotiques. Les personnages masculins âgés apparaissent très caractéristiques, avec leurs corps massifs et trapus, tête enfoncées dans les épaules, cou en avant, lourde barbe dans le prolongement du menton. Les vieillards qui occupent le premier plan à droite de la scène où Jean-Baptiste désigne le Christ ont ainsi leur équivalent exact dans la Crucifixion de la gravure des Heures à l'usage de Rome publiées en 1498 par Philippe Pigouchet pour Simon Vostre. http://initiale.irht.cnrs.fr/codex/3
Comme dans les productions parisiennes aussi, les compositions ont des fonds de paysage où l'on remarque de curieuses fabriques traitées en blanc. En revanche, dans la même verrière de Conches, bien d'autres éléments, comme les personnages du Baptême du Christ, fluides et longilignes, s'éloignent nettement du langage formel qui vient d'être évoqué. Comment interpréter ce phénomène ? Témoigne-t-il du travail du peintre auteur des grands patrons cherchant à renouveler sa manière pour la mettre au goût du jour ? On constate aussi les efforts déployés par le ou les peintres verriers auteurs des suites de la vie de saint Jean-Baptiste pour enrichir compléter, ou renouveler les modèles ou grands patrons de référence, venus de Paris. L'auteur des vies de la Vierge de Saint-Godard et d'Elbeuf, à qui l'on peut attribuer aussi la verrière de la vie de saint Jean-Baptiste de Bourg-Achard, fit aussi au même moment et pour le même édifice une remarquable verrière consacrée à sainte Marie-Madeleine qui, cette fois, ne doit rien ou presque à Paris. On le croirait volontiers installé à Rouen mettant en œuvre dans son atelier des grands patrons venus de Paris aussi bien que d'autres venus d'ailleurs, ou les siens propres. C'est à lui seul que revient le nom autrefois générique de maître de la vie de saint Jean-Baptiste." (Callias Bey & al. 2001)..."
.
B. LIRE CAROLINE BLONDEAU 2014.
Le maître de la vie de saint Jean-Baptiste.
"Entre 1500 et 1510 se distingue un autre atelier [que celui d'Arnoult de Nimègues]. Identifié d'après les œuvres, Jean Lafond l'a nommé "maître de la vie de saint Jean-Baptiste" en raison de la répétition des suites de la vie du saint, visiblement liées par l'utilisation des mêmes documents d'atelier. Les recherches récentes sur le milieu parisien, notamment par Nicole Reynaud et Geneviève Souchal, et plus précisément sur ce phénomène par Michel hérold, ont permis d'appréhender les tenants et les aboutissants de ce courant parisien en Normandie.
"À l'origine se trouve un groupe de peintures parisiennes au sein desquelles on identifie Colin d'Amiens aussi connu par le nom de convention du maître de Coëtivy et son fils Jean d'Ypres, le maître des Petites heures d'Anne de Bretagne. Père et fils marquèrent le milieu parisien par leur style très caractéristique qui "se reconnaît immanquablement tant les stéréotypes qu'il contient sont affirmés :
personnages répartis en groupes très denses
hommes au visage plein, aux traits accentués, aux nez proéminents et arrondis, et aux yeux saillants sous des paupières lourdes, encadrés de chevelures et de barbes en mèches retroussées, aux coiffures enfoncées sur le front, aux vêtements lourds et hauts fendus, aux attitudes animés par le jeu des mains" (France 1500. Entre Moyen-Âge et Renaissance, 2010)
"Leurs œuvres connaissent alors un véritable succès et le "style d'Ypres" est repris de façon directe (par des patrons de leur mains) ou réalisés par des imitateurs et plus largement par la diffusion de leurs compositions via les nombreux livres d'heures enluminés et imprimés, de peintures sur manuscrits ou sur bois, l'exécution de patrons destinés à des supports divers (vitraux, tentures, sculptures) prend une large part dans la production de leur atelier. Un grand nombre d'entre eux ont pu être identifiés à Paris comme en province. La transposition de ce style d'Ypres est également assuré par la gravure, les xylographies ainsi que l'illustration de s livres imprimés, qui permettent la diffusion du vocabulaire formel de cette dynastie d'artistes. entre les œuvres de première main, celles tirées d'après leur cartons, ou d'autres inspirées et copiées d'après le style d'Ypres, l'interprétation de leur degré d'investissement dans la réalisation d'une œuvre est parfois assez difficile à cerner.
"Les recherches de Michel Hérold menées en parallèle avec le recensement des vitraux de Haute-Normandie ont permis l'identification de verrières exécutées d'après des patrons de Jean d'Ypres. En premier lieu repérées par Jean Lafond, il regroupe un corpus d(œuvres liées par l'utilisation de modèles communs [...] Ces différentes verrières, à Conches-en-Ouche, saint-Romain de Rouen et Bourg-Achard et certains fragments conservés à Londres (Victoria and Albert Museum, inv.C, 78-1910) sont liées par l'emploi de même patrons à grandeur. Viennent-ils aussi du même peintre ? Sans équivalents dans les vitraux parisiens, il est impossible de l'affirmer. Toutefois, la citation précise d'une composition tirée de la tapisserie de la Chasse à la Licorne (La licorne surprise à la fontaine, Metropolitan Museum of Art, New-York), les liens avec les enluminures du Maître ainsi que les gravures du libraire Simon Vostre font pencher la balance en faveur de modèles issus du milieu parisien proche du style d'Ypres.
"Ces cartons sont utilisés au sein de l'atelier comme patrons à grandeur sur lesquels apparaissent le tracé des plombs, des indications de peinture très r=détaillés précisant le modelé et les traits. Seuls restent au peintre verrier les choix techniques, (de coupe de verre notamment) et la coloration . Ce dernier interprète également à sa manière certaines parties du paysage et le choix du passage des plombs à l'intérieur des silhouettes. L'artiste reste toutefois très fidèle au modèle et fournit alors un grand travail de "marcottage" c'est à dire de reprise des éléments de la composition mère (Hérold 1999).
"Cardin Jouyse est également un peintre et peintre verrier à prendre en considération Son activité est attestée dès 1500 où il est sollicité par Georges Ier d'Amboise.[...] se pourrait-il que peintre verrier rouennais soit en réalité"le maître de la vie de saint Jean-Baptiste" ?" (C. Blondeau p. 212.)
.
.
.
Je me suis attaché à étudier les inscriptions afin de savoir si elles pouvaient être déterminantes pour la datation. En effet, la date de ces vitraux (11500-1510) correspond à une période de transition capitale en matière de traductions de la Bible en latin. C'est en 1592 que la Vulgata Clementina a été achevée : c'était une révision de la Vulgate de saint Jérôme (il existait alors plusieurs versions de la Vulgate), décidée lors du concile de Trente.
Et c'est en 1516 que fut publiée la nouvelle traduction du Nouveau Testament par Erasme : le Novum Testamentum .
Mais je n'ai trouvé aucun argument qui montrerait l'influence du texte d'Erasme, les deux textes étant, dans les citations étudiées, comparables.
Outils : Editions anciennes de la Bible :
https://www.lexilogos.com/bible_latin.htm
Clementine Vulgate project : Vulgate clémentine (version texte avec recherche dans le texte)
Le texte de la Vulgate clémentine :
http://vulsearch.sourceforge.net/html/Mc.html
http://vulsearch.sourceforge.net/html/Jo.html
— ERASME Novum instrumentum omne, diligenter ab Erasmo Roterodamo recognitum ...De Desiderius Erasmus Novum instrumentum omne, diligenter ab Erasmo Roterodamo recognitum & emendatum, ...Desiderius Erasmus, Apud inclytam Germaniae Basileam, 1516
— BLANQUART (Abbé F. ), 1927, "Etat des tombeaux des Picart de Radeval en l'église Notre-Dame d'Andely, d'après une enquête de 1646, publiée avec introduction et notes par l'abbé F. BLANQUART ". Mélanges : documents / Société de l'histoire de Normandie. Pages 7-44
—GATOUILLAT (Françoise), LEPROUX, G.-M., PILLET, E 1997, "L'église Saint-Merry de Paris : un monument daté par ses vitraux," Cahiers de la Rotonde, n°19 p. 47-64)
—GATOUILLAT (Françoise) , Michel Hérold, Véronique David. Des vitraux par milliers… Bilan d’un inventaire : le recensement des vitraux anciens de la France http://www4.culture.fr/patrimoines/patrimoine_monumental_et_archeologique/insitu/pdf/vitrail-962.pdf
— GRODECKI (Catherine), 1996, Le « Maître Nicolas d'Amiens » et la mise au tombeau de Malesherbes. À propos d'un document inédit , Bulletin Monumental Année 1996 154-4 pp. 329-342
— HÉROLD (Michel), "Le maître de la Vie de saint Jean-Baptiste, un nom de convention", in Vitraux parisiens de la Renaissance..., Paris, 1993, pages 62-81.
— HÉROLD (Michel), 1999, « A propos du " maître de la vie de saint Jean-Baptiste " recherches sur l'usage des patrons à grandeur au début du XVI siècle », Vitrail et arts graphiques, (Cahiers de l'Fcole nationale du Patrimoine, 1999, n° 4, p. 169-183,
— HÉROLD (Michel), 1999, « Dans les coulisses de l'atelier : modèles et patrons à grandeur », ibid., p. 172-177.
— HEROLD, (Michel) 1998. A propos du « Maître de la vie de saint Jean-Baptiste » : recherches sur l’usage du patron à grandeur au début du xvie siècle. Vitrail et arts graphiques (XVe-XVIe s.), Cahiers de l’Ecole du patrimoine ,n°4, 1998,p. 48-60 ;
— HEROLD, (Michel), 1999 La production normande du Maître de la vie de saint Jean-Baptiste. Nouvelles recherches sur l'usage des documents graphiques dans l'atelier du peintre-verrier à la fin du Moyen Age. Pierre, lumière, couleur. Etudes d’histoire de l’art du Moyen Age en l’honneur d’Anne Prache , F. Joubert et D. Sandron éd. Paris : Presses universitaires de la Sorbonne, 1999, p. 469-485.
— HEROLD, (Michel), 1998, Aux sources de « l'invention » : Gaultier de Campes, peintre à Paris au début du XVIe siècle. Revue de l’Art, n° 120, 1998-2, p. 49-57 https://www.persee.fr/doc/rvart_0035-1326_1998_num_120_1_348386
— LAFOND, Jean, 1958, Le Vitrail français, Paris : Éditions des Deux Mondes, 1958.
— LAFOND (Jean), 1969, Les vitraux de l'arrondissement de Pont-Audemer, Nouvelles de l'Eure, n°36 p. 22-48
— LAUTIER (Claudine),1999, Vitrail et arts graphiques, XVe-XVIe siècles, Actes de la table ronde organisée par l'École nationale du patrimoine les 29 et 30 mai 1997, Les Cahiers de l'École nationale du patrimoine, n° 4, 1999 [compte-rendu], Bulletin Monumental Année 2001 159-4 pp. 358-360
— LORENTZ (Philippe), 2017, Philippe Lorentz, « Histoire de l’art du Moyen Âge occidental », Annuaire de l'École pratique des hautes études (EPHE), Section des sciences historiques et philologiques[En ligne], 148 | 2017, mis en ligne le 25 septembre 2017, consulté le 14 octobre 2018. URL : http://journals.openedition.org/ashp/1964
"Autre leçon de ces observations : une absence d’homogénéité, tant sur le plan du style (c’est-à-dire de l’exécution des cartons fournis par un ou des peintres) que de la facture picturale, relevant de l’intervention du peintre-verrier, praticien de la peinture sur verre. S’il apparaît que nombre de panneaux sont traités dans un style « ypresque », se rapportant clairement au langage formel du Maître de Coëtivy et du Maître des Très Petites Heures d’Anne de Bretagne, d’autres histoires de l’Apocalypse ont été conçues par des personnalités distinctes, travaillant vraisemblablement sous la direction d’un maître d’œuvre qui a su conférer une certaine unité à cet ensemble foisonnant. Quel que soit le nombre d’intervenants repérables au stade de l’élaboration des cartons, il paraît vain, désormais, de parler d’« un » Maître de la Rose de la Sainte-Chapelle assimilable au Maître des Très Petites Heures d’Anne de Bretagne."
— NETTEKOVEN Ina, 2004, Der Meister der Apokalypsenrose der Sainte Chapelle und die Pariser Buchkunst um 1500, Turnhout : Brepols, 2004.
— OGET (Nicolas), 2014, Quelle identité pour l'artiste médiévale ? Le cas du Maître de Coëtivy , peintre, enlumineur et cartonnier à Paris dans la seconde moitié du XVᵉ siècle
— REYNAUD (Nicole), 1985, Les vitraux du chœur de Saint-Séverin, Bulletin monumental t.143-1 p. 25-40.
— REYNAUD Nicole, La Résurrection de Lazare du Maître de Coëtivy un retable reconstitué, Le tableau du Mois n°13, Département des Peintures, 4 - 30 janvier 1995.
— REYNAUD Nicole, "Complément à la Résurrection de Lazare du Maître de Coëtivy", in La Revue du Louvre, 1977, n°4, p 222 - 224.
— REYNAUD Nicole, "La Résurrection de Lazare et le Maître de Coëtivy", in La Revue du Louvre et des Musées de France, 1965, n° 1 - 5, p. 171 - 182.
La baie 1 est celle qui est située à gauche de la baie d'axe, dans l'abside. Vers 1500, les réseaux et meneaux des fenêtres de cette abside ont été modifiés, et ont reçu de nouveaux vitraux, grâce à la contribution de donateurs haut-placés : le grand amiral Louis Malet de Graville pour la baie d'axe consacrée à la Passion, Louis Le Picart pour la baie 2 consacrée à la Vie de saint Jean-Baptiste. C'est ce même donateur qui offrit la verrière de la Vie de Marie-Madeleine de la baie 1, mais celle-ci nous est parvenue incomplète, et les restaurateurs, "à une époque ancienne", ont complété la baie avec des éléments composites.
Ma description s'appuie sur celle des auteurs de Les Vitraux de Haute-Normandie, Martine Callias Bey, Véronique Chaussé, Françoise Gatouillat et Michel Hérold, pages 44 et 120.
.
La baie mesure 6 m. de haut et 2,80 m. de large et comporte trois lancettes et un tympan à cinq ajours. Elle a été remaniée, principalement par Théodore Bernard en 1847-1848.
.
.
.
Pour Callias Bey & al., cette baie rassemble autour de la Vie de Marie-Madeleine de la lancette centrale et des ajours latéraux du tympan dés éléments soit plus anciens (les saintes Marie-Madeleine et Anne dans des niches de 1460-1480) soit qui lui sont contemporaines (les Pèlerins d'Emmaüs devant le Christ), avec, en outre le réemploi de deux chanoines donateurs du 3ème quart du XVe siècle. Ce qui me conduit à ce schéma :
.
.
Je décrirai donc cette verrière en regroupant les panneaux homogènes :
.
I. LES PANNEAUX PROVENANT D'UNE VIE DE MARIE-MADELEINE, PAR L'ATELIER ROUENNAIS DU "MAÎTRE DE LA VIE DE SAINT JEAN-BAPTISTE", OFFERTE VERS 1500-1510 PAR JEAN LE PICART DE RADEVAL. LANCETTE CENTRALE ET TYMPAN.
..
.
1°) Le registre inférieur de la lancette centrale : Marie-Madeleine au Tombeau, et Jean Le Picart de Radeval en donateur.
.
La sainte, identifiable par son pot d'aromates, se tient devant le tombeau du Christ. Dans le fond bleu se détachent, en jaune-vert par utilisation du jaune d'argent, le branches d'un arbre où se perche un oiseau (de proie ?). Un peu plus bas, de fines fabriques décrivent un pont défendu devant des remparts, un château (tour à poivrière) et une église : un travail d'identification semble possible.
L'amas de rochers du tombeau est peint à la sanguine brune. Au dessus, quelques arbustes.
L'œil est attiré par Marie-Madeleine, nimbée, tête couverte par son voile blanc (elle est en deuil) sur une robe pourpre et une chemise blanche, celles-ci seulement visibles aux poignets et au col. Le manteau qui recouvre le voile est garni d'un large galon or à frise grecque.
La sainte est légèrement penchée en avant et ses mains sont croisées sur la poitrine : cela exprime-t-il sa rencontre avec des personnages qui auraient occupé un autre panneau ? Nous pensons aux deux anges de Jean 20:12.
Le dimanche, Marie de Magdala se rendit au tombeau de bon matin, alors qu'il faisait encore sombre, et elle vit que la pierre avait été enlevée [de l’entrée] du tombeau. 2 Elle courut trouver Simon Pierre et l'autre disciple que Jésus aimait et leur dit: «Ils ont enlevé le Seigneur du tombeau et nous ne savons pas où ils l’ont mis.» Jn 20:1
[...]
Cependant, Marie se tenait dehors près du tombeau et pleurait. Tout en pleurant, elle se pencha pour regarder dans le tombeau, 12 et elle vit deux anges habillés de blanc assis à la place où avait été couché le corps de Jésus, l'un à la tête et l'autre aux pieds. 13 Ils lui dirent: «Femme, pourquoi pleures-tu?» Elle leur répondit: «Parce qu'ils ont enlevé mon Seigneur et je ne sais pas où ils l'ont mis.» Jn 20:11-13
Ce texte est suivi immédiatement par celui du Noli me tangere Jn 20:14-17, illustré sur le tympan.
Le coté du tombeau est "sculpté" de quatre médaillons ovales à personnages : une femme nue (Ève), un homme barbu enveloppé dans un manteau (Jean-Baptiste ?), un homme en scapulaire, tunique courte et chausses, et un homme en robe longue et scapulaire (un clerc ?) .
.
.
Le visage de Marie-Madeleine est fait d'une pièce de verre englobant les épaules, si nous faisons abstraction d'un probable trait de refend et de son plomb de casse (ce trait se prolonge à droite). Il est rendu par des traits de pinceaux très fins, avec des sourcils sinueux, des paupières supérieures en amande, une demi-pupille, des paupières inférieures plus lourdes ombrées par hachures, un nez droit, une bouche entrouverte, et un petit menton rond.
.
.
Le donateur, avec sa coupe de cheveux Louis XII, est représenté mains jointes, agenouillé sur un coussin bleu, et tourné vers la droite (où devait se trouver un panneau avec la sainte scène qu'il contemple avec dévotion). Devant lui est un prie-dieu tendu d'une étoffe damassée et frangée d'or, avec son Livre d'Heures (lettrine en rubrique) et son heaume, ou plutôt son armet à visière articulée sur deux pivots latéraux.
Il porte, selon la tradition de cette iconographie, son armure complète avec ses solerets munis d'éperons à molettes. Seuls les gantelets sont absents.
Cherchez l'erreur ! Il s'agit de l'épée, portée à tort au coté droit.
Le donateur porte sur cette armure un tabard qui permet de l'identifier car il porte ses armoiries. Cette tunique rouge à fleurs blanches et croissants jaunes a été mis en relation avec celles des Le Picart de Radeval, armoiries "parlantes" avec des piques : de gueules à trois fers de pique d'argent les pointes en haut, chargé d'un lambel de trois pièces. Les croissants ne sont donc pas considérés dans cette identification.
Bien que le titre de seigneur de Bourg-Achard soit porté par Louis Le Picart, les auteurs de Vitraux de Haute-Normandie propose de reconnaître ici Jean Le Picart, son frère (mais ces auteurs font de Louis, à tort, son père). Ces auteurs ajoutent, à mon sens, une seconde erreur, en basant ce choix sur le fait que le donateur est figuré comme "un très jeune homme" : c'est ignorer la convention qui veut que les donateurs, comme sur les gisants, soient figurés à un âge idéal (et en armure de chevalier bien-entendu toute aussi emblématique plus que réelle).
Le titre de seigneur de Bourg-Achard, après avoir été tenu par Guillaume IIIe de Courcy, avait été celui de Guillaume Le Picart, sieur d'Estelan né ~1430, mort après le 16/04/1484, seigneur d’E(s)telan (76), de Radeval (27), de Bourg-Achard (27), de Menillet, de Chailly, Longjumeau et Villiers, notaire et secrétaire du Roi (1462) Procureur général à la cour des Aides (1463) puis des Finances en Normandie (avant 1483), Capitaine d’Abbeville (1477), Grand-Bailli, Capitaine et Gouverneur de Rouen, commis au gouvernement de toute l'artillerie en 1479, premier maître d’hôtel, Chambellan et conseiller du roi Louis XI, époux de Jeanne de La Garde (née ~1440 + 13/05/1493 et fille de Jacques de La Garde et de Gillette Boudrac ; petite-fille de Bureau Boudrac et de Eude de Vitry). C'est de son temps que la confrérie de charité de Saint-Lô de Bourg-Achard fut fondée. Son épouse était enterrée aux Cordeliers de Rouen.
Guillaume Le Picart eut trois fils, Louis seigneur d’Estelan et de Bourg-Achard puis Jean sieur de Radeval et enfin François Picard, archidiacre du Grand-Caux.
Louis Le Picart , mort après le 21/02/1497, était seigneur d’Estelan et de Bourg-Achard, Mesnil-Hatte, Boisnormand, . Il épousa le 17 juillet 1492 Charlotte Luillier dame de Quillebeuf dont les armoiries étaient «d’azur, à une fasce d’or accompagnée en chef de trois croissants d’argent». Ce sont ces croissants qui figurent en chef sur le tabard du donateur.
Je propose donc d'identifier ce donateur avec Louis Le Picart , ou avec un de ses enfants pour expliquer les armoiries. La pose du vitrail pourrait être en relation avec l'édification du mausolée de ce seigneur dans l'église. Que sait-on de lui ?
"En l486, Louis Picard, sieur de Bourg-Achard, chambellan du roi Louis XII, bailli de Troyes, ou de Tournay, selon d'autres, était défaillant à la montre de Rouen. "
"En 1497, Louis Picard menaçait de brûler le bateau que les religieux de Jumiéges avaient dans le petit port de Courval : la mème année il fut choisi pour représenter la noblesse de Rouen aux Etats de Normandie. Par son mariage avec Charlotte Lhuillier, il devint seigneur de Quittebeuf et de Bosnormand ; il mourut en 1500 et fut placé sous un mausolée en pierre dans l'église de Bourg-Achard. Sa femme fut inhumée à ses côtés en l536. Quatre filles étaient nées de leur mariage, et dans les partages de leurs successions, la seigneurie de Bourg-Achard resta à Isabeau Picard ,femme de François Pompadour, vicomte de Comborn, baron de Treignac.
" François de Pompadour mourut en 1534. et l'une de ses filles, nommée Madeleine, porta la seigneurie de Bourg-Achard à Tannegui le Veneur, comte de Tillières, seigneur de Carrouges, qu'elle épousa en l550. "
L'une des filles, Jeanne le Picart, épousa Jacques Lechevallier, seigneur des Prunes, controleur des fiances, mort en 1565.
— Charpillon, Anatole Caresme - 1868 Dictionnaire historique de toutes les communes du département de l ..., Volume 1
Il est très intéressant de découvrir que c'est Louis Le Picart, (ami et chambellan du Roi Louis XII, qu’il accompagnera en Italie ) et Charlotte Lhuillier qui firent édifier le château d'Etelan, en Seine-Maritime, situé à Saint-Maurice-d'Etelan, à 30 km au nord-ouest de Bourg-Achard:
"Le château d’Ételan, construit à partir de 1494 et terminé en 1514, est composé de deux corps de logis à appareillage de pierres et briques alternées, reliés entre eux par une galerie d’escalier en pierre, qui le fait également considérer comme un château Renaissance.". "De style gothique flamboyant, l’édifice est contemporain du Palais de Justice et de l'hôtel de Bourgtheroulde de Rouen, ainsi que du vieux château de Clères."
Ce château est remarquable par sa chapelle dédiée à Sainte Madeleine : on trouve des représentations de la sainte dans les vitraux en baie 3 (vers 1500), et en sculpture sous la forme d'un Noli me tangere ; le donateur y est représenté dans les vitraux (baie 3) revêtu du tabard à trois piques.
La chapelle : le joyau du château d’Ételan
"Partie intégrante du bâtiment principal, la chapelle du château, dédiée à sainte Madeleine, en est le joyau. L'abbé Cochet la comparait à celle du château de Blois ou d’Amboise. En effet, c’est un lieu unique où sont réunis des vitraux, des fresques et des statues polychromes de ce qui fut la première Renaissance normande et dont les initiateurs furent les célèbres cardinaux d’Amboise." (Wikipédia)
Des vitraux du XVème siècle
"La chapelle, classée Monument Historique en 1980, est remarquable à plus d’un titre, qu’il s’agisse de ses vitraux (du XV°siècle) que la famille Boudier eut la bonne surprise de découvrir dans des cartons de la cave car ils avaient été démontés au moment de la dernière guerre. Ils furent remontés en 1975 par le maître verrier Patrick Forfait
Des fresques et des statues exceptionnelles
"En 1976 la chapelle, qui n’était donc plus «ouverte à tous vents » bénéficia aussi de la canicule exceptionnelle car ses murs enfin secs laissèrent apparaître des fresques dont on ignorait complètement l’existence, derrière l’autel (qui est double car celui en bois en dissimule un précédent, en pierre). Des spécialistes vinrent les nettoyer, restaurer, dater. Aux angles, de grandes statues polychromes attirent également l’œil. Celle de droite représente Marie allaitant Jésus. Sur la gauche, Jésus est avec Marie-Madeleine, au jardin des oliviers. Elle a hésité à le reconnaître, à cause de la pelle (qui n’est pas celle d’origine), lui faisant supposer, un court instant, qu’il s’agissait d’un jardinier (ou d’un fossoyeur ?)"
Les vitraux de la chapelle Sainte Madeleine du château d'Ételan sont décrits aux pages 418-419 des Vitraux de Haute-Normandie comme relevant du style du verrier rouennais Guillaume Barbe, surtout connu à la cathédrale de Rouen. Certains de ces modèles sont reconnaissables, comme une gravure de Saint Sébastien par Martin Schongauer vers 1490 et de saint Christophe par le maître MZ actif vers 1500.
C'est dire si l'abandon de l'hypothèse de Jean Le Picart comme donateur au profit de celle de Louis Le Picart offre des perspectives fructueuses. Et c'est dire combien l'importance de l'association du donateur avec Marie-Madeleine se trouve soulignée.
.
.
Registre supérieur : Le repas chez Simon.
.
Rappel (d'après Wikipédia) : Le Repas chez Simon est un épisode de la vie du Christ rapporté par les quatre Évangiles (Matthieu (Mt 26,6-13), Marc (Mc 14,3-9), Luc (Lc 7,36-50) et Jean (Jn 12,1-8)), La tradition a très tôt confondu en la personne de Madeleine trois femmes de l'Évangile : la pécheresse anonyme de Luc dans le repas chez Simon le Pharisien ; Marie de Béthanie, sœur de Marthe et Lazare chez Simon le lépreux ; Marie de Magdala (Marie-Madeleine), convertie par Jésus, présente au pied de la croix, à la mise au Tombeau et première personne à rencontrer le Christ ressuscité. Grégoire Ier, au vie siècle, considéra que Marie de Magdala ne faisait qu'une avec Marie de Béthanie et avec la pécheresse qui oint le Christ de parfum chez Luc. Cette interprétation n'est pas canonique, même si la tradition populaire l'a fortement propagée.
Alors que les textes de Marc 14:3-9 et Matthieu 26:6-13 mentionnent que Marie de Bethanie verse le parfum sur la tête de Jésus, c'est dans ceux de Luc et de Jean que "la femme pécheresse" verse le nard précieux sur les pieds du Christ avant de les essuyer de ses cheveux :
« Un pharisien pria Jésus de manger avec lui. Jésus entra dans la maison du pharisien, et se mit à table. Et voici, une femme pécheresse qui se trouvait dans la ville, ayant su qu’il était à table dans la maison du pharisien, apporta un vase d’albâtre plein de parfum, et se tint derrière, aux pieds de Jésus. Elle pleurait ; et bientôt elle lui mouilla les pieds de ses larmes, puis les essuya avec ses cheveux, les baisa, et les oignit de parfum. Le pharisien qui l’avait invité, voyant cela, dit en lui-même : "Si cet homme était prophète, il connaîtrait qui et de quelle espèce est la femme qui le touche, il connaîtrait que c’est une pécheresse." Jésus prit la parole, et lui dit: Simon, j'ai quelque chose à te dire. -Maître, parle, répondit-il. -Un créancier avait deux débiteurs: l'un devait cinq cents deniers, et l'autre cinquante.Comme ils n'avaient pas de quoi payer, il leur remit à tous deux leur dette. Lequel l'aimera le plus?Simon répondit: Celui, je pense, auquel il a le plus remis. Jésus lui dit: Tu as bien jugé.
Puis, se tournant vers la femme, il dit à Simon: Vois-tu cette femme? Je suis entré dans ta maison, et tu ne m'as point donné d'eau pour laver mes pieds; mais elle, elle les a mouillés de ses larmes, et les a essuyés avec ses cheveux.Tu ne m'as point donné de baiser; mais elle, depuis que je suis entré, elle n'a point cessé de me baiser les pieds.Tu n'as point versé d'huile sur ma tête; mais elle, elle a versé du parfum sur mes pieds.C'est pourquoi, je te le dis, ses nombreux péchés ont été pardonnés: car elle a beaucoup aimé. Mais celui à qui on pardonne peu aime peu.Et il dit à la femme: Tes péchés sont pardonnés.Ceux qui étaient à table avec lui se mirent à dire en eux-mêmes: Qui est celui-ci, qui pardonne même les péchés?
« Six jours avant la Pâque, Jésus arriva à Béthanie, où était Lazare, qu’il avait ressuscité des morts. Là, on lui fit un souper ; Marthe servait, et Lazare était un de ceux qui se trouvaient à table avec lui. Marie, ayant pris une livre d’un parfum de nard pur de grand prix, oignit les pieds de Jésus, et elle lui essuya les pieds avec ses cheveux ; et la maison fut remplie de l’odeur du parfum. Un de ses disciples, Judas Iscariot, fils de Simon, celui qui devait le livrer, dit : "Pourquoi n’a-t-on pas vendu ce parfum trois cents deniers, pour les donner aux pauvres ?" Il disait cela, non qu’il se mît en peine des pauvres, mais parce qu’il était voleur, et que, tenant la bourse, il prenait ce qu’on y mettait. Mais Jésus dit : "Laisse-la garder ce parfum pour le jour de ma sépulture. Vous avez toujours les pauvres avec vous, mais vous ne m’avez pas toujours." » (Jn 12,1-8)
L'artiste a manifestement suivit le texte de Luc, "Elle pleurait ; et bientôt elle lui mouilla les pieds de ses larmes, puis les essuya avec ses cheveux, les baisa,", car le vase de parfum n'est pas représenté. L'accent est mis sur la repentance de la pécheresse et sur ses pleurs, puisque les yeux sont placés juste au dessus du pied.
La scène comporte six personnages : deux valets debout servant les plats, Jésus bénissant au centre, Simon de profil désigné par une inscription SIMON sur le galon de la manche, et un homme à gauche en costume orientalisant qui le désigne, selon les codes iconographiques alors en usage, comme Juif, et comme Pharisien.
Tout, dans la peinture de la dévoyée, cherche à souligner sa richesse et son élégance, par la citation de signes somptuaires alors réservés à la plus haute noblesse : la chaîne et la ceinture en maillons d'or (d'une valeur inouïe), l'étoffe damassée d'or à motifs de rinceaux et bordure à quatre-feuilles, l' orfroi de broderie d'or et de pierreries, les deux bracelets en or,, l'un plat, l'autre étant un simple jonc, et surtout la coiffure. Il s'agit, sur un bonnet de dentelle, d'un chaperon d'étoffe entièrement brodée d'or, serré par un linge blanc laissant échappé un rang de perle fixé à un diamant frontal serti d'or, et enfin une résille noir et or sur un postiche, tout cela ne disciplinant que provisoirement un flot de longs cheveux blonds retombant sur les épaules, privilège des jeunes filles ... ou des dépravées. Et le petit chien blanc participe à cette description, puisqu'il s'agit d'un chien de cour, un "chien de chambre" dont la blancheur évoque la virginité et la petite taille son rôle d'accessoire ludique ou érotique non sans rapport avec le fameux Petit-Crû de Tristan et Iseult.
Voir : Anaïs Perrin, Le chien dans les portraits de la Renaissance, 2006
http://anais.perrin.free.fr/DEA-2006.pdf
.
NB : la tête de Marie-Madeleine est restaurée.
.
.
Le visage de Marie-Madeleine (restauré) offre les mêmes traits stylistiques que celui de Madeleine au tombeau déjà décrit.
.
.
On peut le comparer avec un détail d'une Déposition du château d'Ételan. (notez les lettres inscrites sur le galon du voile).
.
Chapelle Sainte-Madeleine du château d'Ételan, baie 0 (détail), Déposition, vers 1500.
.
.
LES AJOURS LATÉRAUX DU TYMPAN.
.
a) Préalable : les autres ajours .
Notez dans les écoinçons les piques des armoiries de Louis Le Picart.
.
.
Le tympan culmine avec un ajour du XIXe siècle du buste du Christ montrant ses plaies ; une inscription y est placée en réemploi. On y lit (j'ai replacé les N abrégés) SUPER QUEM VIDERIS SPIRITUM DESCENDENTEM ET MANENTEM, HIC EST QUI BAPTIZAT IN SPIRITU SANCTO.
Ce texte est intéressant car il s'agit d'une citation de l'évangile de Jean Jn 1:33 : "Celui sur qui tu verras l'Esprit descendre et s'arrêter, c'est lui qui baptise du Saint-Esprit."
Que fait-elle là ? On remarquera que la scène qui suit celle du Noli me tangere est la descente de l'Esprit-Saint sur les apôtres en Jn 20:22.
.
.
Le Noli me tangere.
.
.
.
Marie-Madeleine et son exclamation : "Rabouni !".
.
Marie-Madeleine, au visage voilé et recouvert du manteau blanc à galon d'or comme dans le registre inférieur, est représentée de profil, les mains légèrement écartées par la surprise et tendue vers Jésus. Ses paroles sont inscrites sur le phylactère qui s'échappe de ses lèvres : RABONY QUI EST MAGISTER. Ce sont les paroles exactes de l'évangile de Jean :
Haec cum dixisset, conversa est retrorsum, et vidit Jesum stantem: et non sciebat quia Jesus est. Dicit ei Jesus: Mulier, quid ploras? quem quaeris? Illa existimans quia hortulanus esset, dicit ei: Domine, si tu sustulisti eum, dicito mihi ubi posuisti eum, et ego eum tollam. Dicit ei Jesus: Maria. Conversa illa, dicit ei: Rabboni (quod dicitur Magister).
" En disant cela, elle se retourna et vit Jésus debout, mais elle ne savait pas que c'était lui. Jésus lui dit: «Femme, pourquoi pleures-tu? Qui cherches-tu?» Pensant que c'était le jardinier, elle lui dit: «Seigneur, si c'est toi qui l'as emporté, dis-moi où tu l'as mis et j'irai le prendre.» Jésus lui dit: «Marie!» Elle se retourna et lui dit en hébreu: «Rabbouni!», c'est-à-dire maître.
Dans l'arrière plan, des tours, des rochers, des arbres dénudés autour desquels tournoient des oiseaux noirs renvoient à Jérusalem et au Golgotha, tandis qu'une palissade place la scène dans le jardin où se trouvait le tombeau. Le plessis passe devant et derrière la sainte, créant un rappel avec le thème du jardin clos, ou hortus conclusus, et du locus amoenus, lieu idéal et printanier où la nature renaît (renaissance / résurrection) qui explique la présence de deux perdrix dans la verdure.
.
.
.
.
Jésus ressuscité et sa réponse : Noli me tangere .
Il est représenté devant la même palissade en parfaite continuité avec l'ajour de gauche.
Barbu, auréolé du nimbe crucifère, vêtu du manteau rouge de la Résurrection et tenant l'étendard et la croix de sa victoire sur la mort, il regarde Marie-Madeleine vers laquelle il tend la main. Le phylactère porte sa réponse : NOLI ME TANGERE, NE ME TOUCHES PAS.
.
Dicit ei Jesus: Noli me tangere, nondum enim ascendi ad Patrem meum: vade autem ad fratres meos, et dic eis: Ascendo ad Patrem meum, et Patrem vestrum, Deum meum, et Deum vestrum.
Jésus lui dit: «Ne me retiens pas, car je ne suis pas encore monté vers mon Père, mais va trouver mes frères et dis-leur que je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu.» Marie de Magdala alla annoncer aux disciples qu'elle avait vu le Seigneur et qu'il lui avait dit cela."Jn 20:17.
Vous remarquerez les animaux peints sur l'herbe : un couple de lapins, un volatile, un [chien] avec collier.
Je note que le retable de Schongauer date de 1480, vingt ou trente ans avant la datation estimée de ce vitrail. :
Je note surtout que la même scène est sculptée pour la chapelle du château d'Ételan de Louis Le Picart avec la même inscription MARIA RABONI NOLI ME TANGERE avec la même posture des personnages; et on peut se demander si la pelle du XXIe siècle n'est pas venue remplacer la hampe de l'étendard.
.
Chapelle du château d'Ételan, droits réservés.
.
Note :
Un triptyque de Jean Poyer représentant trois scènes de la vie de Marie Madeleine commandé par Jean IV de Chalon-Arlay, peut-être achevé par un suiveur, vers 1500-1502 à Tours, ou 1515 à Paris, est conservé en l'église Notre-Dame-de-l'Assomption de Censeau (Jura) :
La Prédication du Christ, .
Le Repas chez Simon le Pharisien,
Noli me tangere , 1500-1502 ou 1515.
.
.
II. LES PANNEAUX LATÉRAUX DU REGISTRE SUPÉRIEUR (1500-1510, même atelier) : LE CHRIST RESSUSCITÉ ROMPANT LE PAIN DEVANT LES TÉMOINS D'EMMAÜS.
.
Les paysages avec fabriques des têtes de lancette appartiennent à la verrière d'origine, celle de Marie-Madeleine.
.
.
1°) Les pèlerins d'Emmaüs.
.
Le premier porte le bourdon, le chapeau à coquilles et bourdonnets (petits bâtons en forme de bourdon) et azabache ( image avec la lettre A), le baudrier, la pèlerine avec le chaperon rouge rabattu (le cordon jaune du chapeau est gravé sur le verre rouge), et une robe de bure grise serrée par une cordelière. Quelques éléments témoignent d'une restauration (pied droit, bas de robe ..)
Le second pose la main sur son compagnon, il tient un bourdon, et est vêtu d'un manteau rouge et d'un chaperon bleu . Le pied droit ressemble au soleret d'une armure (réemploi ?). Son buste relève d'une restauration.
"Le même jour, deux de ces disciples se rendaient à un village nommé Emmaüs, à une douzaine de kilomètres de Jérusalem. Ils s’entretenaient de tous ces événements. Pendant qu’ils échangeaient ainsi leurs propos et leurs réflexions, Jésus lui-même s’approcha d’eux et les accompagna. Mais leurs yeux étaient incapables de le reconnaître. Il leur dit: De quoi discutez-vous en marchant? Ils s’arrêtèrent, l’air attristé. L’un d’eux, nommé Cléopas, lui répondit: Es-tu le seul parmi ceux qui séjournent à Jérusalem qui ne sache pas ce qui s’y est passé ces jours-ci?" Luc 24:13-18
.
Le phylactère accroché au bourdon du premier pèlerin porte les mots MANE NOBISCUM, extrait du texte de la Vulgate pour l'évangile de Luc 24:29 :
"Entre-temps, ils arrivèrent près du village où ils se rendaient. Jésus sembla vouloir continuer sa route. Mais ils le retinrent avec une vive insistance en disant: Reste donc avec nous; tu vois: le jour baisse et le soir approche. Luc 24:29
.
.
2° Le Christ rompant le pain.
.
Le Christ, au nimbe crucifère, barbu, vêtu de manteau rouge du Ressuscité, la plaie du flanc droit sanguinolente, tenant sous le bras la hampe de la croix fleuronné de l'étendard de sa victoire sur la Mort, rompt une miche de pain devant les pèlerins.
"Alors il entra dans la maison pour rester avec eux. Il se mit à table avec eux, prit le pain et, après avoir prononcé la prière de bénédiction, il le partagea et le leur donna. Alors leurs yeux s’ouvrirent et ils le reconnurent … mais, déjà, il avait disparu. Et ils se dirent l’un à l’autre: N’avons-nous pas senti comme un feu dans notre cœur pendant qu’il nous parlait en chemin et qu’il nous expliquait les Écritures?
Ils se levèrent sur l’heure et retournèrent à Jérusalem. Ils y trouvèrent les Onze réunis avec leurs compagnons.
Tous les accueillirent par ces paroles: Le Seigneur est réellement ressuscité, il s’est montré à Simon.
Alors les deux disciples racontèrent à leur tour ce qui leur était arrivé en chemin et comment ils avaient reconnu Jésus au moment où il avait partagé le pain." Luc 24:28-35
.
.
.
Des lettres majuscules aux fûts perlés avec quelques onciales sont inscrites sur le galon du manteau. Elles se suivent sans signification apparente, hormis peut-être la séquence RENAVLT, "Renault". La lettre N revient fréquemment.
TNO / FIA
RENTA
GII.IALDUSGEV?3 VVV
RENAVLTGVE / MEN / TNT / N /
MORIGA -E NOTA / A.
Ces lettres sont comparables à celles des vitraux de la chapelle du château d'Ételan.
.
.
.
.
.
.
3°) Les chanoines donateurs.
Réemploi de fragments datant du milieu ou troisième quart du XVe siècle.
Ces clercs (ils sont tonsurés) portent l'aumusse, une chaude fourrure pliée sur le bras gauche par les chanoines lorsqu'ils chantent l'office.
L'église Saint-Lô était initialement un prieuré de chanoines de Saint-Augustin, et les stalles dans lesquelles ils s'installaient sont encore visibles.
.
.
.
IV. LES PANNEAUX LATÉRAUX DU REGISTRE INFÉRIEUR : SAINTE MARIE-MADELEINE ET SAINTE ANNE ÉDUCATRICE, VERS 1460-1480.
.
Ces panneaux proviennent d'une autre baie ("peut-être de l'ancienne nef" Callias Bey & al.). Les encadrements architecturaux et les damas sont modernes, ainsi que le buste de sainte Anne.
.
.
1°) Sainte Marie-Madeleine.
.
Elle est facilement identifiable à son flacon de parfum ou d'aromates, à la richesse de ses vêtements et à ses cheveux longs et dénoués.
.
.
.
2°) Sainte Anne éducatrice.
.
.
L'ATTRIBUTION AU "MAÎTRE DE LA VIE DE SAINT JEAN-BAPTISTE".
Cette attribution est posée par les auteurs de Vitraux de Haute-Normandie pour la partie principale (celle de Marie-Madeleine) de cette baie 1, et également pour les deux panneaux de la Rencontre des Pèlerins d'Emmaüs. Ainsi que, dans l'église de Bourg-Achard, pour la baie 2, celle de la Vie de Saint-Jean Baptiste.
Tout serait simple si ce nom de convention, créé par Jean Lafond en 1958, n'avait pas donné lieu à une multitude de publications, soit récemment pour en percer l'anonymat (Cardin Jouyse ? pour Caroline Blondeau), soit pour le définir comme un atelier rouennais utilisant des cartons exécutés d'après le peintre et artiste multicartes Jean d'Ypres (mort en 1508), alias Maître des Très Petites Heures d'Anne de Bretagne, Maître de la Chasse à la licorne, Maître de la Dame à la Licorne, Maître de la rose occidentale de la Sainte-Chapelle, etc.
Cette profusion de publications me trouble d'autant plus que Caroline Blondeau, dont la thèse a porté sur l'atelier rouennais des Barbe et qui confirme l'attribution des vitraux de la chapelle du château d'Ételan à Jean Barbe, (page 186) reprend à son compte (p. 211) la notion des auteurs de Vitraux de Haute-Normandie selon laquelle le commanditaire des baies 1 et 2 de Bourg-Achard est Jean Le Picart de Radeval, et que ce dernier serait le fils de Louis Le Picart, seigneur de Bourg-Achard. : "lorsque le fils de Louis Picart, Jean, décide d'offrir des vitraux à l'église Saint-Lô de Bourg-Achard, il ne choisit pas l'artiste à qui son père s'est adressé quelques années plus tôt à Ételan, Jean Barbe, mais bien cet atelier reprenant ostensiblement un style alors en vogue à Paris, sans doute plus apprécié en cette première décennie du XVe siècle.
Voici néanmoins ce que j'ai copié dans Vitraux de Haute-Normandie :
Le Maître de la Vie de saint Jean-Baptiste.
"Jean Lafond a créé ce nom de convention pour regroupé les œuvres d'un ou plusieurs ateliers : "Peut-être venu de Paris, il a travaillé chez nous [en Normandie] pour les mêmes églises que le grand peintre verrier Arnoult de Nimègue." Ce nom lui vient des très belles suites de l'histoire de Jean-Baptiste encore visibles à Saint-Romain de Rouen [baies 110 et 112], à Bourg-Achard [baie 2 et baie 1] et à Conches [baie 20 ]. Mais Jean Lafond dit aussi retrouver les mêmes caractères stylistiques "chez un autre peintre verrier, l'auteur d'une Vie de la Vierge, répétée à Saint-Godard de Rouen, à Saint-Etienne-du-Mont, et dans la chapelle de la Vierge à Saint-Jean d'Elbeuf" et les relie aux bois gravés des plus belles productions de l'imprimerie parisienne autour de 1500. Cette piste de recherche s'est avérée être la bonne, puisqu'il est aujourd'hui possible de nommer, — grâce aux travaux de Geneviève Souchal ("Un grand peintre français de la fin du XVe siècle : le Maître de la Chasse à la Licorne", Revue de l'Art n°22, 1973, p. 22-86) et surtout de Nicole Reynaud (1993, Les manuscrits à peinture en France 1440-1520), enrichis récemment par Catherine Grodecki (1996, Le « Maître Nicolas d'Amiens » et la mise au tombeau de Malesherbes. À propos d'un document inédit , Bulletin Monumental Année 1996 154-4 pp. 329-342), — les acteurs principaux d'un véritable courant artistique qui s'est développé dans la capitale du royaume au cours des dernières décennies du XVe siècle. Il s'agit du Maître de Coëtivy, Colin d'Amiens, et du Maître des Très Petites Heures d'Anne de Bretagne, Jean d'Ypres (mort en 1508), fils du précédent. Leur activité très polyvalente concerna aussi largement le vitrail. Nicole Renaud a attribué au Maître de Coëtivy les projets du vitrail de la baie d'axe de saint-Séverin (1985, Les vitraux du chœur de Saint-Séverin, Bulletin monumental t.143-1 p. 25-40), la célèbre rose ouest de la Sainte Chapelle, le panneau conservé du décor vitré de la chapelle de l'hôtel de Cluny (F. Perrot, 1970, Revue de l'Art n°10, p. 66-72) et de nombreuses verrières des environs de Paris indiquent que lui-même, puis son fils et d'autres peintres partageant le même répertoire formel (c'est ce que montre l'étude des verrières de la nef de l'église Saint-Merry à Paris par F. Gatouillat 1997) , fournirent quantité de modèles et vraisemblablement de grands patrons à plusieurs ateliers de peintres verriers."
"Plusieurs articles de l'ouvrage Vitraux parisiens de la Renaissance, Paris, 1993, prennent en compte l'ensemble de cette production. Cf. Gatouillat (F.), Lautier (C.), "La première Renaissance (1500-1520)" p. 52-61 et Hérold (M.): "Le Maître de la Vie de saint Jean-Baptiste : un nom de convention" p. 62-81.
"Depuis, deux articles ont été consacrés au sujet par M. Hérold : "A propos du Maître de la Vie de saint Jean-Baptiste" : recherche sur l'usage du patron à grandeur au début du XVIe siècle, Vitrail et arts graphiques (XVe et XVIe siècles), Cahier de l'Ecole du Patrimoine, n°4 1998 p. 48-60, et "La production normande du "Maître de saint Jean-Baptiste. Nouvelles recherches sur l'usage des documents graphiques dans l'atelier du peintre-verrier à la fin du Moyen-Âge", Pierre, lumière couleur, Paris 1999, p. 469-485.
"De nombreux exemples déjà repérés par Jean Lafond et d'autres identifiés depuis illustrent le succès des productions verrières parisiennes, exportées largement. Mais la Normandie possède le nombre le plus considérable de verrières où l'on perçoit le langage inventé à Paris. [...].
"Les célèbres suites de la vie de saint Jean-Baptiste de Saint-Romain de Rouen, de Conches ou de Bourg-Achard n'ont malheureusement pas — ou plus — d'équivalents parisiens. [...] .
L'auteur des vies de la Vierge de Saint-Godard et d'Elbeuf, à qui l'on peut attribuer aussi la verrière de la vie de saint Jean-Baptiste de Bourg-Achard, fit au même moment et pour ce même édifice une remarquable verrière consacrée à sainte Marie-Madeleine, qui cette fois ne doit rien ou presque à Paris. On le croirait volontiers installé à Rouen, mettant en œuvre dans son atelier des grands patrons venus de Paris aussi bien que d'autres venus d'ailleurs, ou les siens propres. C'est à lui seul que revient le nom autrefois générique de maître de la vie de saint Jean-Baptiste." (Callias Bey & al. 2001).
Ces propos incitent à distinguer trois sortes d' artistes : les peintres, les cartonniers, et les verriers (qui peuvent se confondre en un seul) : voici ce qu'écrit Nicole Reynaud en 1985 dans Les vitraux du chœur de Saint-Séverin :
"Rappelons le processus d'exécution d'un vitrail.
Pour faire un vitrail, l'artiste commence par établir une esquisse en couleurs qu'on appelait autrefois « patron au petit pied », c'est-à-dire d'une échelle très réduite.
Puis il en tire le carton, qui sera le vrai « patron » de son ouvrage, en grandeur d'exécution, où tout doit être soigneusement tracé, depuis la division de la fenêtre par les meneaux et par les barres de fer qui constituent l'armature jusqu'au moindre détail des figures et des ornements, en passant par le réseau des plombs. Le carton guidera en effet le travail à toutes ses étapes, aussi doit-il être aussi « poussé» que l'œuvre définitive » .
En résumé trois opérations successives, dont le détail nous est précisé par les contrats du temps.
1) Il est d'abord fait un « pourtraict », c'est-à-dire un dessin, ou « petit patron », terme plus rarement employé, dessiné à la plume et lavé de bistre ou légèrement rehaussé de couleurs. Ce dessin d'ensemble, en petit format, permettant de juger de la composition, est soumis à l'agrément du donateur du vitrail, ou de la fabrique.
2) Le « pourtraict » accepté — et parfois joint au contrat — servira de modèle pour l'exécution du « patron », ou grand patron, détaillé, ce que nous appelons aujourd'hui le carton. Celui-ci sera à son tour soumis à l'accord du commettant qui, jugeant cette fois sur modèle à grandeur réelle, pourra spécifier les ultimes modifications voulues.
3) Le patron définitivement approuvé sera scrupuleusement traduit en verre par le verrier .
L'avènement au XVe siècle du carton transportable, c'est-à-dire du patron dessiné sur papier ou sur toile et non plus directement sur la table enduite de craie qui servait aux verriers dans leur atelier, permet désormais le libre choix du cartonnier, et les cartons sont « souvent demandés à des peintres étrangers au métier » .
En effet qui est l'auteur du patron? Deux contrats du début du XVIe siècle, cités par Lafond, sont révélateurs : concernant deux verrières voisines de l'église Saint-Germain l'Auxerrois, à Paris, commandés au même artiste verrier presque à la même date, ils stipulent l'un que le vitrail sera exécuté sur « pourtraict » et « patrons » fournis par le verrier lui-même, Jean Chastellain, l'autre d'après les « pourtraicts et patrons faicts de la main de maistre Noël Bellemare, maistre painctre à Paris ». Comme les deux vitraux, par chance toujours conservés, se révèlent tout à fait dissemblables et que leur communauté d'origine serait passée inaperçue sans la découverte des deux contrats, on est à même de juger de l'importance du patron dans le résultat. Quand le modèle est demandé à un peintre, celui-ci fournit bien évidemment le « pourtraict » mais souvent aussi le patron à grandeur, comme c'est le cas cité plus haut de Noël Bellemare. Si la chambre du conseil d'Arras paie en 1534 au célèbre peintre Jean Bellegambe de Douai « deux patrons de verières », et en même temps à un charretier le transport des dits patrons de Douai à Arras, c'est bien qu'il s'agissait de modèles de grand format (papiers ou toile montée sur chassis?) et non seulement de feuillets de dessins ; les verrières seront exécutées à Arras par un verrier local.
Aussi dans certains cas, grâce au rôle intermédiaire joué par le grand patron, doit-on et peut-on retrouver dans le vitrail les traits caractéristiques de la manière du peintre : surtout son écriture et ses habitudes de dessin, son système de drapés, son répertoire de détails, ses couleurs, voire son modelé, le tout naturellement retranscrit par une main étrangère mais respecté et demeuré discernable. La place des peintres dans la création artistique du XVe siècle était singulièrement plus vaste que nous ne l'imaginons aujourd'hui au vu des rares tableaux conservés, et dépasse les limites de la peinture proprement dite. Leur intervention dans le domaine du vitrail est d'une particulière importance, car c'est là que se manifestait leur talent pour la peinture monumentale, trop oublié : ce sont les vitraux, comme les tapisseries, qui offrent aux artistes français du XVe siècle le format et le registre d'expression correspondant à ceux de la fresque et du grand décor mural en Italie."
— BLANQUART (Abbé F. ), 1927, "Etat des tombeaux des Picart de Radeval en l'église Notre-Dame d'Andely, d'après une enquête de 1646, publiée avec introduction et notes par l'abbé F. BLANQUART ". Mélanges : documents / Société de l'histoire de Normandie. Pages 7-44
— BLONDEAU (Caroline),2012, THESE « Recherches sur le milieu des peintres verriers à Rouen à la fin du Moyen Âge : l’atelier des Barbe »
— BLONDEAU (Caroline), 2014, Le vitrail à Rouen 1450-1530, "l'escu de voirre". Presses Universitaires de Rennes.
—GATOUILLAT (Françoise), LEPROUX, G.-M., PILLET, E 1997, "L'église Saint-Merry de Paris : un monument daté par ses vitraux," Cahiers de la Rotonde, n°19 p. 47-64)
—GATOUILLAT (Françoise) , Michel Hérold, Véronique David. Des vitraux par milliers… Bilan d’un inventaire : le recensement des vitraux anciens de la France http://www4.culture.fr/patrimoines/patrimoine_monumental_et_archeologique/insitu/pdf/vitrail-962.pdf
— GRODECKI (Catherine), 1996, Le « Maître Nicolas d'Amiens » et la mise au tombeau de Malesherbes. À propos d'un document inédit , Bulletin Monumental Année 1996 154-4 pp. 329-342
— HÉROLD (Michel), Le maître de la Vie de saint Jean-Baptiste, un nom de convention, in Vitraux parisiens de la Renaissance..., Paris, l993, pages 62-81.
— HÉROLD (Michel), 1999, « A propos du " maître de la vie de saint Jean-Baptiste " recherches sur l'usage des patrons à grandeur au début du XVI siècle », Vitrail et arts graphiques, (Cahiers de l'Fcole nationale du Patrimoine, 1999, n" 4), p. 169-183,
— HÉROLD (Michel), 1999, « Dans les coulisses de l'atelier : modèles et patrons à grandeur », ibid., p. 172-177.
— HEROLD, (Michel) 1998. A propos du « Maître de la vie de saint Jean-Baptiste » : recherches sur l’usage du patron à grandeur au début du xvie siècle. Vitrail et arts graphiques (XVe-XVIe s.), Cahiers de l’Ecole du patrimoine,n°4, 1998,p. 48-60 ;
— HEROLD, (Michel), 1999 La production normande du Maître de la vie de saint Jean-Baptiste. Nouvelles recherches sur l'usage des documents graphiques dans l'atelier du peintre-verrier à la fin du Moyen Age. Pierre, lumière, couleur. Etudes d’histoire de l’art du Moyen Age en l’honneur d’Anne Prache , F. Joubert et D. Sandron éd. Paris : Presses universitaires de la Sorbonne, 1999, p. 469-485.
— HEROLD, (Michel), 1998, Aux sources de « l'invention » : Gaultier de Campes, peintre à Paris au début du XVIe siècle. Revue de l’Art, n° 120, 1998-2, p. 49-57 https://www.persee.fr/doc/rvart_0035-1326_1998_num_120_1_348386
— LAFOND, Jean, 1958, Le Vitrail français, Paris : Éditions des Deux Mondes, 1958.
— LAFOND, Jean, 1972-1974, Le château de Highcliffe, sculptures des Andelys et de Jumièges, vitraux de Rouen et de Saint-Denis. In: Bulletin de la Société Nationale des Antiquaires de France, 1972, 1974. pp. 98-104; doi : https://doi.org/10.3406/bsnaf.1974.8141 https://www.persee.fr/doc/bsnaf_0081-1181_1974_num_1972_1_8141
— LAUTIER (Claudine),1999, Vitrail et arts graphiques, XVe-XVIe siècles, Actes de la table ronde organisée par l'École nationale du patrimoine les 29 et 30 mai 1997, Les Cahiers de l'École nationale du patrimoine, n° 4, 1999 [compte-rendu], Bulletin Monumental Année 2001 159-4 pp. 358-360
— NETTEKOVEN Ina, 2004, Der Meister der Apokalypsenrose der Sainte Chapelle und die Pariser Buchkunst um 1500, Turnhout : Brepols, 2004.
— OGET (Nicolas), 2014, Quelle identité pour l'artiste médiévale ? Le cas du Maître de Coëtivy , peintre, enlumineur et cartonnier à Paris dans la seconde moitié du XVᵉ siècle
— REYNAUD (Nicole), 1985, Les vitraux du chœur de Saint-Séverin, Bulletin monumental t.143-1 p. 25-40.
— REYNAUD Nicole, La Résurrection de Lazare du Maître de Coëtivy un retable reconstitué, Le tableau du Mois n°13, Département des Peintures, 4 - 30 janvier 1995.
— REYNAUD Nicole, "Complément à la Résurrection de Lazare du Maître de Coëtivy", in La Revue du Louvre, 1977, n°4, p 222 - 224.
— REYNAUD Nicole, "La Résurrection de Lazare et le Maître de Coëtivy", in La Revue du Louvre et des Musées de France, 1965, n° 1 - 5, p. 171 - 182.
En 1852, un guide décrivait Bourgachard, comme un joli bourg de 1500 habitants situé dans une belle plaine entrecoupée de haies vives et parsemée d'arbres fruitiers, dont les Curiosités étaient le Château d'Autonne et sa pépinière d'arbres fruitiers et d'Amérique, ou encore ses moutons mérinos et ses chevaux anglais.
Au XIXe siècle, Bourgachard était le siège d'un Bureau de poste, mais aussi d' un relais de poste aux chevaux tenu en 1869 par un certain Lenoble, maître de poste. Si vous ne preniez pas ses chevaux, vous deviez vous acquitter néanmoins d'une indemnité de 25 centimes par port et par cheval attelé. Le relais suivant était vers Pont-Audemer, à l'ouest, et Moulineaux puis Rouen vers l'est.
C'est sur cette route, et à Bourg-Achard, qu'en 1843, Gustave Flaubert eut, en conduisant lui-même un cabriolet, sa première crise d'épilepsie, décrite par Maxime Du Camp :
"Au mois d'octobre 1843, il avait été à Pont-Audemer ; son frère Achille alla y chercher. Ils partirent un soir ensemble dans un cabriolet que Gustave conduisait lui-même. La nuit était sombre ; Aux environs de Bourg-Achard, au moment où un roulier passait à la gauche du cabriolet et que l'on apercevait sur la droite la lumière d'une auberge isolée , Gustave fut abattu et tomba. Son frère le saigna sur place, espérant qu'il venait d'être témoin d'un accident qui ne se renouvellerait pas. D'autres attaques survinrent ; il y en eut quatre dans la quinzaine suivante." (Souvenirs littéraires page 38).
Mais en 1866, lorsque Flaubert signait sa correspondance à sa nièce Caroline "Ton vieux ganachon, ta vieille momie, ton vieux bonhomme en baudruche, ton petit oncle Croûtonneau, ton Bourgachard en pain d'épice, Ton oncle qui t'aime.", il faisait sans doute référence à un personnage d'une comédie d'Eugène Scribe.
Ce bourg était desservi par la Route de Caen à Rouen passant d'ouest en est par Pont-l'Evêque et Pont-Audemer, et du nord au sud par le Chemin de Grande Communication n° 144, comme en témoigne encore la plaque de cocher placée rue Carlet.
Cette plaque nous apprend que BOURACHARD est distant de 4,1km de THUIT-HÉBERT et de 6km de BOURGTHEROULDE, en suivant la direction de la flèche.
Le toponyme THUIT est une trace du passage des Vikings, puisqu'il est issu du vieux norrois thveit ou du vieux danois thwet qui signifie "essart" . Et un "essart" est un terrain qui a été essarté, c'est à dire, pour parler clairement, défriché, souvent par des moines, au XIIIe siècle.
"On se souvient en effet que dans Sodome et Gomorrhe, Marcel Proust décrit comment, dans le salon estival des Verdurin, à La Raspellière, les convives débattent de toponymie, puis comment Brichot, professeur à la Sorbonne, explique au narrateur combien l'ancien curé de Balbec, dont l'ouvrage est très estimé par Mme de Cambremer, s'était égaré dans son analyse étymologique des noms de lieu : " " Carquethuit et Clitourps, dont vous me parlez, sont, pour le protégé de Mme de Cambremer, l'occasion d'autres erreurs. Sans-doute il voit bien quecarque, c'est une église, la kirche des allemands. [...] Mais pour tuit, l'auteur se trompe, il y voit une forme de toft, masure, comme dans Criquetot, Ectot, Yvetot, alors que c'est le thveit, essart, défrichement, comme dans Braquetuit, Le Thuit, Regnetuit, etc..." "
Quand à Bourgthéroulde, jadis Burgo Turoldi dès 1059, il rappelle immédiatement à tout visiteur de la Tapisserie de Bayeux (1067), le petit personnage tenant la laisse des chevaux avec l'inscription TVROLD de la scène 10. Selon Rateau et Pinet, Théroulde [Théroulde : ancien prénom d'origine anglo-scandinave Torold dérivant lui-même du norrois Thorvaldr (Þorvaldr) « gouverné par Thor »] était précepteur de Guillaume le Conquérant. Lire "Encore Turold dans la Tapisserie de Bayeux" par P.E. Bennett. Voir aussi Wikipédia.
.
L'amateur de toponymes savoureux pouvait aussi, et peut encore, s'arrêter au Passe-Temps ou, mieux, au moulin de Quiquengrogne, et flâner sur la carte d'Etat-Major du site Remonter le temps de Géoportail.
Ce Quiquengrogne témoigne d'une fortification médiévale, puisque cette expression était la réponse de l'occupant à ceux qui protestaient contre son édification : une sorte de "Cause toujours" par lequel le seigneur manifestait son arrogance contre les manants et mettaient au défi les mécontents de venir le déloger. Comme le Duc de Bourbon, qui répondait lors de la construction de la tour du château de Bourbon-l'Archambault : On la bâtira, qui qu'en grogne !"
Voir aussi la route Rouen-Honfleur en 1765 dans l'Indicateur fidèle :
Plaque de cocher rue Carlet à Bourg-Achard. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.
.
PRÉSENTATION.
.
"Fondée au XIIe siècle, alors prieuré de chanoines de Saint-Augustin, l'église a été plusieurs fois remaniée. Le chœur et le transept avaient été rebâtis au début du XIVe sicle, mais le bras nord et les baies de l'abside furent repris dans les premières années du XVIe siècle.
Le fenêtre de l'abside aux meneaux et réseaux modifiés vers 1500, reçurent alors plusieurs verrières aujourd'hui largement conservées. Dans l'axe, les armes des Malet de Graville, sans doute celles de Louis, grand amiral de France en 1487, mort en 1516, désignent cette famille comme donatrice de la Passion, verrière de provenance rouennaise ; il s'agit, selon Jean Lafond, de la réplique d'un vitrail de la fin du XVe siècle provenant de Saint-Godard de Rouen, dont les restes étaient utilisées en remploi dans l'axe du chœur de l'église de Saint-Ouen jusqu'en 1939." Callias Bey, Chaussé, Gatouillat et Hérold 2001 p. 119.
.
Les trois baies de l'abside, église Saint-Lô de Bourg-Achard. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.
.
Il s'agit d'une verrière de 6 m. de haut et 2,80 m. de large, divisée en 3 lancettes et un tympan à 5 ajours. La lecture des lancettes, consacrées à la Passion, se fait en deux registres, au dessus d'un rang de panneaux ayant remplacé le soubassement d'origine par des fleurs et nature morte peints par Duhamel-Marette en 1891; (d'après Callias Bey et al. 2001 p. 120).
Les six scènes peuvent être comparées aux gravures contemporaines ou un peu postérieures de Dürer dans sa Petite Passion (1511) ou sa Grande Passion (1497-1510), ainsi qu'avec le retable ou les séries de plaques de Schöngauer. Mais encore avec les 28 maîtresse-vitres finistériennes de la Passion, entre 1476 et 1593.
.
Baie 0 de l' église Saint-Lô de Bourg-Achard. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.
.
I. LE REGISTRE INFÉRIEUR.
.
Baie 0 de l' église Saint-Lô de Bourg-Achard. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.
.
1°) L'Arrestation du Christ, le baiser de Judas et l'oreille tranchée de Malchus.
La tête de Jésus et celle de Malchus sont restaurées.
.Les apôtres sont regroupés à gauche, réunis autour de saint Pierre qui rengaine son glaive après avoir frappé Malchus, le serviteur du grand-prêtre.
Au centre, Jésus, en bleu, reçoit de Judas le baiser qui signe la trahison de Judas.
À droite, les soldats du Sanhédrin, en cotte et armure du XVIe siècle, plus ou moins fantaisiste; on peut remarquer les solerets "en demi-pied d'ours" qui correspondent bien à une datation du début du XVIe. le cimeterre cherche à souligner le coté exotique, outremer, de la scène. La lanterne, la masse d'arme, la hallebarde et le feu grégeois de l'arrière-plan, sur fond bleu, sont bien représentatifs du thème iconographique.
Détail ultime, les chausses mi-parti (à bandes de deux couleurs) sont le propre des soldats de l'époque, et, à la fois, stigmatisent Malchus.
La main droite de Jésus est dirigée vers l'oreille gauche du serviteur de Caïphe, alors que les Évangiles précisent que c'est l'oreille droite qui a été tranchée (Luc 22:50). C'est un détail ; car Malchus lève un regard reconnaissant, et désigne de la main ses yeux pour témoigner de sa conversion (don les Évangiles ne font pas état).
En bas à gauche, le blason des Malet de Graville. Celui-ci est "de gueules à trois fermaux d'or posés 2 et 1", c'est à dire rouge à trois fermaux (boucle et ardillon, dont la pointe est tourné vers la dextre) jaunes. Ici, nous avons un blason d'argent à trois fermaux de gueules, dont l'ardillon est tourné à dextre, mais le fermail et l'ardillon sont perlés.
Les seigneurs de Bourg-Achard ont été d'abord de la famille de Plasnes, avant que Ameline de Plasnes, seule héritière, n'épouse avant 1309 Robert de Malet. Puis Marie de Malet-Graville épousa Jean de Courcy : " A la mort de Jean en 1363, ce ménage hérite de Plasnes, et le ménage Courcy de Bourg-Achard. Beau fief en vérité, digne de former une baronnie : il s'étend dans l'Eure à Notre-Dame-du-Hamel, Mélicourt, Saint-Denis-d'Augerons, Mesnil-Rousset (quatre communes voisines au sud d'Orbec), et Glos-sur-Risle. A Bourg-Achard, les Courcy résideront au château du Faÿ" (Wikipédia). Jean de Courcy donna le nom de son fief à une compilation d'histoire antique dont il était l'auteur, la Bouquechardière, achevé en 1422 (on trouve aussi "Boscachardine", tout aussi plaisant)..
Tout ceci pour dire que, si j'ai bien suivi, vers 1510, lorsque la verrière fut réalisée, Louis Malet de Graville n'était plus seigneur de Bourg-Achard. Mais cette verrière en a peut-être remplacé une autre, qui portait déjà ces armoiries, du fait de droits prééminenciers ?
.
Baie 0 de l' église Saint-Lô de Bourg-Achard. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.
Armoiries des Malet de Graville.Travail personnel de Sodacan sur Wikipédia https://fr.wikipedia.org/wiki/Louis_Malet_de_Graville#/media/File:Armoiries_des_compagnons_de_Jeanne_d%27Arc_-_Jean_de_Graville.png
.
Blason de la troisième lancette. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.
.
Baie 0 de l' église Saint-Lô de Bourg-Achard. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.
.
2°) La Flagellation.
"Moitié supérieure bien conservée, partie inférieure restaurée" (Callias Bey & al.).
Jésus, lié à la colonne, est flagellé par trois bourreaux sous la surveillance de trois membres du Sanhédrin et un soldat.
Les bourreaux répondent à un cahier des charges qui doit souligner leur vile condition (chausses mi-parti pour deux d'entre eux, crevés des chaussures pieds d'ours ou du bonnet, chaussures à la poulaine, crevés d'une veste jaune et de la tunique rouge [ obtenus par gravure du verre]) et établir un contraste entre leurs mouvements pleins d'élan et la passivité de la victime, mais aussi des décisionnaires.
Parmi ceux-ci, l'un d'entre eux est sans doute Caïphe, car il tient un bâton de commandement. — moins que cela soit Pilate. Il porte un bonnet à oreillette (judaïque), un manteau rouge à fourrure dorée et au fermail à pierreries. Derrière lui, un collègue porte un manteau fourré d'hermines.
À droite, un autre pharisien est doté d'une barbe négligée, de cheveux longs et d'un manteau vert fourré.
Nous avons donc tous les éléments habituels d'un codage des identifications des rôles.
.
Baie 0 de l' église Saint-Lô de Bourg-Achard. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.
.
Baie 0 de l' église Saint-Lô de Bourg-Achard. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.
.
Baie 0 de l' église Saint-Lô de Bourg-Achard. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.
.
3°) Portement de croix et Voile de Véronique.
"Bonne conservation. Tête de saint Jean et de la Vierge restaurées".
Nous retrouvons l'utilisation des crevés et des chausses mi-parti réservée au bourreau qui maltraite Jésus.
La scène est centrée par l'échange de regards entre le Christ et la femme qui a essuyé son visage, et que la tradition a nommé Véronique.
Des lettres sont inscrites autour du col du Christ, et, comme c'est très souvent le cas, elle n'ont aucun sens : -NOM-RA-. Gageons qu'un spécialiste ne résistera pas à y lire le nom du verrier.
Sont présents ici les bourreaux, les soldats en armure, Véronique (coiffée d'une guimpe), la Vierge en manteau bleu près de saint Jean, et enfin Marie-Madeleine (identifiée par son turban et ses riches vêtements damassés) devant deux autres saintes femmes.
.
.
Baie 0 de l' église Saint-Lô de Bourg-Achard. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.
.
Baie 0 de l' église Saint-Lô de Bourg-Achard. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.
.
.
II. LE REGISTRE SUPÉRIEUR.
.
"Au dessus d'un bandeau orné d'animaux fantastiques et de têtes de chérubins, grande Crucifixion à nombreux personnages ; les saintes femmes et saint Jean au pied de la croix, le sanhédrin avec le phylactère VERE FILIUS DEI ERAT ISTE, des dignitaires à cheval, saint Longin, les soldats se disputant la tunique du Christ. Paysage avec fabrique, pélican symbolique surmontant la croix, entouré d'astres dans les têtes de lancettes. Quelques traces d'une restauration ancienne, dont le buste du bon larron ; buste du Christ , celui de la Vierge, tête de saint Jean restaurés en 1891." (Callias Bey & al. p. 120).
.
.
1°) La lancette de gauche. Le bon larron.
.
.
Le bon larron saint Dismas.
Nous savons comment reconnaître le bon larron : il est à la droite du Christ, et il se tourne vers lui.
.
Baie 0 de l' église Saint-Lô de Bourg-Achard. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.
.
Baie 0 de l'église Saint-Lô de Bourg-Achard. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.
.
Deux cavaliers, six soldats, deux écuyers et une sainte femme.
.
Je ne reviens pas sur la tenue des écuyers, semblables aux bourreaux des scènes précédentes, tenue inspirée de celle des lansquenets. Ce sont des écuyers puisqu'ils tiennent les chevaux par la chaîne fixée au mors.
Dans cette foule, il est toujours difficile d'identifier avec précision les cavaliers. Pourtant, celui qui est barbu, coiffé d'un bandeau noué, épaules couvertes d'un camail, est certainement saint Longin, puisqu'il tient la lance avec laquelle il va percer le flanc droit de Jésus pour donner le coup de grâce ou s'assurer de sa mort. Il porte sa main vers ses yeux pour témoigner de la tradition suivante : le sang du Christ, s'écoulant le long de la hampe de la lance sur sa main, vint éclaircir immédiatement sa vue, et il se convertit. Voir l'analyse de ce détail à Landerneau, § VI.
Son voisin, coiffé du même bandeau sous un bonnet vert pourrait être le Bon Centurion, mais cela ferait double emploi avec le cavalier du coté gauche.
Baie 0 de l'église Saint-Lô de Bourg-Achard. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.
.
Un écuyer . Une sainte femme. Un petit chien blanc portant un collier.
La présence d'un petit chien est fréquente dans les Passions, comme à Guengat et à La Martyre, où il est au pied de la croix près d'un cavalier . Il est souvent associé à Pilate dans la scène de la Comparution, comme à Plogonnec, à Ergué-Gabéric, à Lanvénéguen, à N-D. du Crann , etc..
On peut trouver la source de ce détail soit dans une gravure de Dürer de 1509-1501 conservée à LyonA16DUR000701, ou, à une date antérieure, dans unEcce Homode 1475-1480 de Martin Schongauer conservée à l'Unterlinden de Colmar, ou dans une autre gravure de Schongauer où figurent deux chiens.
.
Baie 0 de l'église Saint-Lô de Bourg-Achard. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.
.
.
.
2°) La lancette du milieu : le Christ en croix.
.
Jésus est en croix, yeux ouverts (tête restaurée) sous le titulus INRI et le Pélican déchirant de son bec sa poitrine pour nourrir ses petits de son sang, symbole du sacrifice salvateur du Christ.
Baie 0 de l'église Saint-Lô de Bourg-Achard. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.
.
En arrière-plan, peint en grisaille sur verre bleu, les remparts (médiévaux) de Jérusalem.
À gauche, la lance de Longin, et celle d'un autre cavalier, sans doute celui dont le casque est orné d'un plumet blanc.
À droite, la phylactère verticale porte les mots VERE FILIUS DEI ERAT ISTE, "celui-ci était vraiment le fils de Dieu". On reconnaît l'exclamation du centenier citée dans l'évangile de Matthieu Mt 27:54, et témoignant de sa conversion après le tremblement de terre qui suivit la mort de Jésus.
Ce centenier est l'homme barbu qui lève la tête vers le sommet de la croix. Il est coiffé d'un chapeau dont le rabat s'orne d'un anneau d'or et il es vêtu d'une robe bleue à revers vert : c'est là la tenue d'un officier, et donc, à la Renaissance, d'un noble. Surtout, ce dessin reprend celui du Bois Protat, un bois gravé de 1370-1380.
Juste devant, le cheval qui hennit évoque tous ceux des Passions finistériennes attribuées à Le Sodec, avec son mors à balancier.
.
Baie 0 de l'église Saint-Lô de Bourg-Achard. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.
.
Six autres têtes de chevaux sont visibles, et cela semble, pour le cartonnier, un défi de les intercaler dans l'enchevêtrement des personnages en multipliant les angles de vue, et en détaillant toutes les pièces de leur harnachement.
Le même jeu s'applique à la représentation des pièces d'armures, et notamment du nasal en masque, avec deux ouvertures pour les yeux.
Un écuyer affiche un bonnet à plumet, une chevelure aux boucles digne de Dürer, et une tunique rouge à crevés (verre gravé).
À gauche de la croix, une lanière porte les lettres MAM.
.
Baie 0 de l'église Saint-Lô de Bourg-Achard. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.
.
Baie 0 de l'église Saint-Lô de Bourg-Achard. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.
.
Au pied de la croix et à la droite du Christ, Jean l'évangéliste soutient Marie en pâmoison. La tenue de la Vierge pourra être détaillée, mais on notera le revers du voile, avec ses mouchetures d'hermines semblables à des larmes.
.
Baie 0 de l'église Saint-Lô de Bourg-Achard. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.
.
Baie 0 de l'église Saint-Lô de Bourg-Achard. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.
.
Baie 0 de l'église Saint-Lô de Bourg-Achard. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.
.
Au pied de la croix, mais à gauche du Christ, sous une sainte femme, Marie-Madeleine (tête restaurée) agenouillée, enlace la croix et lève un regard empli de chagrin. La posture, les cheveux longs et défaits, la richesse vestimentaire font partie des stéréotypes. On remarquera l'inscription à l'envers sur un galon doré.
.
Baie 0 de l'église Saint-Lô de Bourg-Achard. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.
.
inscription MORNAEA : le cliché est inversé.
.
Baie 0 de l'église Saint-Lô de Bourg-Achard. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.
.
3°) La lancette de droite. Le mauvais larron.
.
.
Baie 0 de l'église Saint-Lô de Bourg-Achard. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.
.
Le mauvais larron est un méchant : il détourne la tête vers la gauche et refuse d'entrer avec le Christ dans le Royaume. Ses cheveux en bataille sont à l'image de son âme.
Le pagne est retenu par une aiguillette d'or, un luxe surprenant qui se remarquait déjà sur le bon larron.
Comme sur tous les calvaires monumentaux de Bretagne (et d'ailleurs sans doute), les larrons ne sont pas crucifiés, mais suspendus par les bras à la traverse, alors que leurs jambes fléchis sont liées.
Un bourreau monte sur une échelle et vient frapper Gesmas (son nom dans l'évangile de Nicodème), et nous retrouvons les crevés, les chausses mi-parti et même une ceinture à fanfreluche blanche.
En arrière-plan, une hallebarde, et une enseigne romaine à aigle noir.
Au dessus, une lune au profil humain témoigne, comme le soleil de la lancette de gauche, du caractère cosmique du bouleversement qui s'opère ici.
Baie 0 de l'église Saint-Lô de Bourg-Achard. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.
.
Sept personnages dont trois cavaliers.
Le plus en vue, qui nous fait face, est en armure mais son turban orientalisant et sa longue barbe le désignent comme un membre du Sanhédrin plutôt que comme Pilate. C'est surtout le harnachement de son cheval qui suscite l'admiration, avec la têtière au quatre-feuille d'or, les rênes rouges garnis de clous de cuivre ou de perles (verre gravé), la jupe rouge tendue sous la bricole avec ses glands et ses entrelacs, ou la housse de selle ou chabrache...
Tout cela est attesté vers 1510.
L'harnachement est détaillé ensuite sur le cheval, vu en fuite, de Caïphe : la croupière, l'avaloire
.
Baie 0 de l'église Saint-Lô de Bourg-Achard. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.
Les soldats jouant au dés la tunique du Christ.
Cette scène est traitée sur le mode d'une violente dispute entre les trois soldats. Les dès montrent la séquence 6, 5, 1. Et encore des crevés et des chausses rayées.
.
Baie 0 de l'église Saint-Lô de Bourg-Achard. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.
.
.
III. LE TYMPAN.
Il s'orne dans l'ajour supérieur du Christ entre deux anges, panneau restauré ayant remplacé le Christ-juge. Ce dernier s'intégrait à un Jugement dernier dont témoignent les ajours latéraux.
.
Baie 0 de l'église Saint-Lô de Bourg-Achard. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.
.
À droite, l'ajour latéral est occupé par Jean-Baptiste, avec sa peau de poils de chameaux, intercédant pour les âmes ressuscités qui sortent d'une prairie (une femme, un clerc tonsuré ). Derrière lui, un ange tient la couronne d'épines et l'étendard de la Résurrection.
.
Baie 0 de l'église Saint-Lô de Bourg-Achard. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.
.
À gauche, la Vierge et un ange tenant la colonne de la Flagellation.
Inscription MARIA MATER sur le nimbe. Quatre personnages sortant d'une prairie.
.
Baie 0 de l'église Saint-Lô de Bourg-Achard. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.
.
.
SOURCES ET LIENS.
— CALLIAS BEY (Martine), CHAUSSÉ (Véronique), GATOUILLAT (Françoise), HÉROLD (Michel), 2001, Le vitraux de Haute-Normandie, Corpus vitrearum vol. VI. ed. CNRS, pages 119-121.
.
— PERROT Françoise M. Baudot et J. Lafond. Églises et vitraux de la région de Pont-Audemer, numéro spécial des Nouvelles de l'Eure, 3e trimestre 1969 Bulletin Monumental Année 1972 130-1 pp. 87-88
— VANDEWIELE (Jean-Luc), 1998. Les chemins de Rouen à Caen : histoire d'une liaison intra-provinciale à l'Epoque Moderne. In: Annales de Normandie, 48ᵉ année, n°3, 1998. Industrie, routes, commerce. pp. 231-258; doi : https://doi.org/10.3406/annor.1998.4841 https://www.persee.fr/doc/annor_0003-4134_1998_num_48_3_4841
Verrière de la Trinité (Arnoult de Nimègue, vers 1513) et de Côme et Damien (fin XVe), baie 8, chapelle Saint-Thomas, église Notre-Dame de Saint-Lô. Photographie lavieb-aile septembre 2018.
.
Cette baie de 5,00 m de haut et 2,20 m de large comporte 3 lancettes et un tympan ajouré. Les panneaux les plus anciens sont ceux de Côme et Damien et datent de la fin du XVe siècle.
La verrière de la Trinité a été réalisée selon Jean Lafond en 1513 par le renommé verrier flamand Arnoult de Nimègues, et est considérée comme la plus prestigieuse de l'ensemble vitré de Saint-Lô. Elle aurait été envoyée de Flandres juste après le retour du maître-verrier à Anvers (vers 1513), en même temps que la Trinité de Fécamp (baie 8, vers 1512) qui en reprend le même carton.
Curieusement, M. Callias Bey, dans Les Vitraux de Basse-Normandie, intitule cette baie et celle de Fécamp par la désignation de l'Assomption. C'"est aussi son titre dans la notice PM50001451 de la base Palissy.
Après le saccage de l'église par les protestants en 1574, la verrière fut restaurée en 1582 par la confrérie des bouchers, comme l'atteste une inscription. Dans la description qu'en donne Guilhermy en 1837, quatre apôtres entouraient la Vierge, ce qui peut se vérifier sur la copie qui a été faite de ce vitrail à Saint-Pierre de Coutances, où ils sont de part et d'autre de Marie.
.
Verrière de la Trinité (Arnoult de Nimègue, vers 1513) et de Côme et Damien (fin XVe), baie 8, chapelle Saint-Thomas, église Notre-Dame de Saint-Lô. Photographie lavieb-aile septembre 2018.
.
LES LANCETTES.
.
Nous disposons d'une description (ou d'un relevé ?) par Guilhermy en 1837, et selon Callias-Bey, "cette verrière incluait encore les figures de quatre apôtres, hypothèse vérifiée sur la copie tardive de ce vitrail à Saint-Pierre de Coutances, qui les montre de part et d'autre de la Vierge."
Nous disposons aussi d'une description de 1845 par l'archiviste de la Manche M. DUBOSQ dans le Bulletin monumental :
"Aucun des beaux vitraux qui décoraient les fenêtres de cette église n'est conservé intact. Celui qui présente le plus d'ensemble est le vitrail de la chapelle de la Trinité ou des Reliques. Les trois personnes de la Ste Trinité entourées d'un grand cercle bicolore azur et or composé d'anges et de chérubins, y sont représentées assises couvertes de chappes riches et ornées. Le Père porte la tiare. Les deux autres ont la tête nue. Le St.-Esprit est à la gauche du Père et se distingue d'ailleurs par un pigeon nimbé, placé sur sa poitrine. Le Père éternel tient le globe crucifère sur son genou gauche et bénit de la main droite. Au-dessous, la Ste. Vierge couronnée est placée sous une ogive d'or et d'azur composée d'anges et de chérubins, comme le cercle qui entoure la Trinité.
Cette chapelle avait été fieffée aux bouchers de la ville. Nous l'apprenons des archives de la fabrique et d'une inscription qui existe au bas du précédent vitrail :
A LHOUNEUR DE LA TRINITÉ
LES MAISTRES BOUCHIERS DE LA VILLE ONT RESTABLI PAR UNITÉ
CESTE VITRE BELLE ET UTILE. 1632. [sic]
Elle est accompagnée des armes de la corporation des bouchers, c'est-à-dire, à gauche d'un écusson portant huit moutons poses 3, 2 et 3 et, à droite d'un autre écusson portant deux bœufs accolés. "
Nous pouvons bénéficier d'une autre description de 1925 :
"En continuant à contourner le choeur, voici la chapelle de la Trinité, dite aussi de Saint Lô ou des Reliques. Son vitrail montre les "trois personnes de la sainte Trinité, entourées d'un cercle bicolore, azur et or, composé d'anges et de chérubins ; elles sont assises, vêtues de chapes riches et ornées. Le Père porte la tiare, les deux autres sont tête nue. Le Saint-Esprit est à la gauche du Père et se reconnaît au pigeon nimbé placé sur sa poitrine ; le Père bénit de la main droite et tient le globe crucifère sur son genou gauche. Au-dessous la Sainte Vierge est debout sous une ogive d'or et d'azur composée d'anges et de chérubins comme le cercle décrit plus haut.
Cette chapelle avait été fieffée aux Bouchers de la Ville comme l'indique au bas du vitrail l'inscription :
A l'honneur de la Trinité Les Maistres Bouchiers de la Ville Ont restabli par unité Cest vitre belle et utile. 1582.
A côté se trouvent les armes de la corporation : à gauche un écusson portant huit moutons posés 3, 2 et 3 et à droite un écusson portant deux boeufs accolés.
De chaque côté de la Vierge Saint Côme et Saint Damien (Nés à Oegès en Cilicie, anciens étudiants de l'école d'Antioche et médecins ambulants ils furent appelés anargyres à cause de leur refus de toute rémunération ; ils furent avec leurs frères Anthime, Léonce et Euprepius, martyrs sous Dioclétien. ). "
Verrière de la Trinité (Arnoult de Nimègue, vers 1513) et de Côme et Damien (fin XVe), baie 8, chapelle Saint-Thomas, église Notre-Dame de Saint-Lô. Photographie lavieb-aile septembre 2018.
.
. I. LES LANCETTES LATÉRALES DU REGISTRE INFÉRIEUR : SAINTS CÔME ET DAMIEN.
Les deux saints ont été placés ici par les restaurateurs, à la place des apôtres qui entouraient la Vierge.
Les deux médecins jumeaux occupent chacun une niche d'architecture gothique, tendue de damas sous un bandeau doré qui les désigne[aient].
Les piédroits de la niche abritent des statuettes des prophètes.
Le jaune d'argent est utilisé notamment pour rehausser des détails d'architecture.
Le thème laisse supposer une donation par la confrérie des médecins et chirurgiens, mais cette dernière ne semble pas être attestée.
Verrière de la Trinité (Arnoult de Nimègue, vers 1513) et de Côme et Damien (fin XVe), baie 8, chapelle Saint-Thomas, église Notre-Dame de Saint-Lô. Photographie lavieb-aile septembre 2018.
.
1°) SAINT CÔME MIRANT LES URINES.
L'inscription est remplacée par des caractères fictifs, pseudo-coufiques, mais elle devait porter les mots Sanctus Cosmos. La tenture frangée d'or est vert-pâle avec des motifs damassés à type de grenades ou pommes de pins.
Le saint, patron des médecins, en porte la robe rouge doublée d'hermines au col et aux poignets. Il est coiffé du bonnet propre aux docteurs. Il élève un urinal (ou matula), vase de verre à col étroit dans lequel, en le tenant obliquement, il mire les urines de son patient pour en examiner les dépôts et se prononcer sur le diagnostic, ou seulement sur le pronostic. Il énonce son verdict par un index précis.
Les deux prophètes, coiffés d'un bonnet carré, font également un geste en posant la pointe de l'index sur la paume, ce qui, dans le comput médiéval, n'est pas dépourvu de signification.
Verrière de la Trinité (Arnoult de Nimègue, vers 1513) et de Côme et Damien (fin XVe), baie 8, chapelle Saint-Thomas, église Notre-Dame de Saint-Lô. Photographie lavieb-aile septembre 2018.
.
Verrière de la Trinité (Arnoult de Nimègue, vers 1513) et de Côme et Damien (fin XVe), baie 8, chapelle Saint-Thomas, église Notre-Dame de Saint-Lô. Photographie lavieb-aile septembre 2018.
.
.
2°) SAINT DAMIEN TENANT LA BOITE À ONGUENT. .
La tenue est analogue, mais la robe est bleue et le bonnet rouge : cela est conforme au traitement iconographique, où l'artiste échappe à la stricte similitude des deux frères par cette distinction arbitraire des couleurs, tout en conservant le rouge écarlate propre aux médecins.
De même, la tenture ne varie pas par son motif, mais seulement par sa couleur pourpre. Son inscription est la même que pour Côme.
Saint Damien, patron des chirurgiens, tient la boite à onguent qui est son attribut.
Il est difficile d'aller plus loin dans l'étude de ces deux panneaux dans la mesure où j'ignore quelle liberté a pris le verrier restaurateur, et sur quel état des verres anciens il s'est fondé pour exécuter son travail.
.
Verrière de la Trinité (Arnoult de Nimègue, vers 1513) et de Côme et Damien (fin XVe), baie 8, chapelle Saint-Thomas, église Notre-Dame de Saint-Lô. Photographie lavieb-aile septembre 2018.
.
Verrière de la Trinité (Arnoult de Nimègue, vers 1513) et de Côme et Damien (fin XVe), baie 8, chapelle Saint-Thomas, église Notre-Dame de Saint-Lô. Photographie lavieb-aile septembre 2018.
.
II. REGISTRE INFÉRIEUR : L'INSCRIPTION ET LES EMBLÈMES DES BOUCHERS.
.
.
Verrière de la Trinité (Arnoult de Nimègue, vers 1513) et de Côme et Damien (fin XVe), baie 8, chapelle Saint-Thomas, église Notre-Dame de Saint-Lô. Photographie lavieb-aile septembre 2018.
.
1°) L'inscription, en lettres latines majuscules aux fûts perlés énonce:
A . L'HONNEVR . DE . LA . TRINITÉ
LES . MAISTRES . BOVCHIERS. DE. LA . VILLE
ONT RESTABLI . PAR VNITÉ
CESTE . VITRE . BELLE . ET . VTILE . 1582.
À l'honneur de la Trinité les maîtres bouchers de la ville ont rétabli par unité cette vitre belle et utile" (ou bien "belle et vieille", au sens de vénérable ? Je ne vois pas de quelle utilité il s'agirait, et ma lecture des lettres est bien VIEILLE. )
Voir le vitrail de la Trinité offert par la confrérie des bouchers à Vézelise vers 1490-1520 ... à coté d'un vitrail de Côme et Damien :
Verrière de la Trinité (Arnoult de Nimègue, vers 1513) et de Côme et Damien (fin XVe), baie 8, chapelle Saint-Thomas, église Notre-Dame de Saint-Lô. Photographie lavieb-aile septembre 2018.
.
2°) Les emblèmes.
J'évite de parler d'armoiries ou de blasons, ce ne sont pas non plus des emblèmes, mais des figures inscrits dans des cercles de motifs tressés. À droite sont deux bœufs à robe sombre, accouplés par une corde. À gauche, ce sont huit moutons sur trois rangs, le dernier du rang étant lié par une corde.
L'association de moutons et de bœufs permet de désigner l'ensemble des bouchers, comme sur le blasons de Bourges :
Verrière de la Trinité (Arnoult de Nimègue, vers 1513) et de Côme et Damien (fin XVe), baie 8, chapelle Saint-Thomas, église Notre-Dame de Saint-Lô. Photographie lavieb-aile septembre 2018.
.
III. REGISTRE INTERMÉDIAIRE : LA VIERGE COURONNÉE.
.
"Au centre, sur un fond jaune peint de petits angelots, la Vierge de l'Assomption (tête et bas du manteau refaits par Simone Flandrin-Latron [en 1970-1980] est entourée d'une mandorle composée de nuages bleus ; le panneau inférieur de la Vierge, disparu, a fait place à un panneau de mosaïque ..." (Callias Bey 2006)
Ces panneaux s'insèrent assez mal à la composition d'ensemble, et notamment au registre de la Trinité. La comparaison avec la baie 8 de Fécamp — qui est aussi une recomposition — montre une composition très différente, avec une Vierge à l'Enfant placée à gauche de sainte Marguerite.
La Vierge est couronnée, et son habit est royal, avec le surcot rouge et le manteau bleu (damassé de pommes de pins) enrichi d'orfrois d'or ; le Couronnement de Marie est, dans la tradition, postérieure à l'Assomption. Cette Vierge couronnée correspondrait plutôt à un Couronnement par la trinité, ou au sommet d'un Arbre de Jessé.
La mandorle reprend la kirielle de chérubins dorés eux-mêmes doublés par une bande bleue, sans motifs (car restaurée en rappel du registre supérieur).
Verrière de la Trinité (Arnoult de Nimègue, vers 1513) et de Côme et Damien (fin XVe), baie 8, chapelle Saint-Thomas, église Notre-Dame de Saint-Lô. Photographie lavieb-aile septembre 2018.
.
Verrière de la Trinité (Arnoult de Nimègue, vers 1513) et de Côme et Damien (fin XVe), baie 8, chapelle Saint-Thomas, église Notre-Dame de Saint-Lô. Photographie lavieb-aile septembre 2018.
.
Verrière de la Trinité (Arnoult de Nimègue, vers 1513) et de Côme et Damien (fin XVe), baie 8, chapelle Saint-Thomas, église Notre-Dame de Saint-Lô. Photographie lavieb-aile septembre 2018.
.
IV. LE REGISTRE SUPÉRIEUR : LA TRINITÉ.
.
"Le Père Éternel trône, tenant la sphère armillaire [sic] entre le Fils montrant ses plaies et l'Esprit-Saint représenté sous forme humaine, tenant la colombe, chaque personnage étant auréolé d'angelots dorés et d'un filet bleu ; l'ensemble est entouré d'une double mandorle composé d'anges bleus et jaunes, complété à chaque angle d'un grand ange blanc (mêmes cartons). Le fond rouge est parsemé d'étoiles gravées et d'angelots ; un cartouche situé sous Dieu le Père porte l'inscription LOUENGE A DIEU ; Celui-ci est vêtu d'une chape damassée de grands masque-feuilles jaune et rouge, dont l'orfroi est décoré de motifs Renaissance en grisaille et jaune d'argent. Les trois figures de la Trinité sont assises sur un grand trône à trois places décoré de moulures, statuettes, volutes, le dais frangé est surmonté d'un entablement orné de pots à feu et de volutes. ". (Callias-Bey et David 2006)
.
Verrière de la Trinité (Arnoult de Nimègue, vers 1513) et de Côme et Damien (fin XVe), baie 8, chapelle Saint-Thomas, église Notre-Dame de Saint-Lô. Photographie lavieb-aile septembre 2018.
.
1°) Le Christ, à gauche.
Ce premier exemple permet de mesurer à quel point la verrière d'origine a éclaté et a été reconstitué par une mosaïque de pièces hétérogènes.
La chape bordée d'orfrois perlés et la robe bleue font illusion vues de loin, mais elle intègre des morceaux d'architecture, des fragments d'étoffes de Luques damassés d'oiseaux, et l'élément circulaire rouge et or centré par un masque-feuille, mal inséré dans la composition.
Le Fils "montre ses plaies" ; mais seule la main gauche est visible!
On notera néanmoins les étoiles blanches, obtenues par gravure du verre rouge.
Et on admirera les deux cercles concentriques bleus et or, dont on découvrira avec quelle finesse ils sont peints à la grisaille de chérubins (cercle bleu) et d'anges nimbés (cercle or).
Verrière de la Trinité (Arnoult de Nimègue, vers 1513) et de Côme et Damien (fin XVe), baie 8, chapelle Saint-Thomas, église Notre-Dame de Saint-Lô. Photographie lavieb-aile septembre 2018.
Verrière de la Trinité (Arnoult de Nimègue, vers 1513) et de Côme et Damien (fin XVe), baie 8, chapelle Saint-Thomas, église Notre-Dame de Saint-Lô. Photographie lavieb-aile septembre 2018.
.
Verrière de la Trinité (Arnoult de Nimègue, vers 1513) et de Côme et Damien (fin XVe), baie 8, chapelle Saint-Thomas, église Notre-Dame de Saint-Lô. Photographie lavieb-aile septembre 2018.
.
Verrière de la Trinité (Arnoult de Nimègue, vers 1513) et de Côme et Damien (fin XVe), baie 8, chapelle Saint-Thomas, église Notre-Dame de Saint-Lô. Photographie lavieb-aile septembre 2018.
.
Verrière de la Trinité (Arnoult de Nimègue, vers 1513) et de Côme et Damien (fin XVe), baie 8, chapelle Saint-Thomas, église Notre-Dame de Saint-Lô. Photographie lavieb-aile septembre 2018.
.
2°) Dieu le Père, au centre.
.
Même déconvenue devant cette macédoine de morceaux de verres. Certes, la chape est mieux préservée, avec sa large bande aux bords perlés et aux motifs Renaissance (buste féminin ailé et fontaine ou vasque). Le globus cruciger de la main gauche est presque complet. L'étoffe damassée rouge montre un très bel exemple du masque-feuille qui est une marque de fabrique d'Arnoult de Nimègue. Coiffé ou non d'un bandeau, cette marque d'origine antique et chère aux ornemanistes italiens, aux sculpteurs de Gaillon [les frères Juste] puis par le Maître de Pleyben a été reprise par ses élèves, et on la retrouve dans les vitraux rouennais jusqu'au milieu du XVIe siècle. (Jean Lafond).
Le montant de la cathèdre est orné d'un ange orant.
Enfin, les pieds de Dieu prennent appui sur un cartouche portant les mots LOVENGE . A . DIEV.
Cela peut renvoyer aux versets d'Apocalypse 19:1-2 où une foule nombreuse acclame Dieu aux mots d'Alléluia ! Le salut, la gloire et la puissance sont à notre Dieu.
En effet, la traduction de la Sainte Bible en 1550 utilise pour Ap.13:3 la forme Louenge à Dieu. Dans tous les cas, cette inscription confirme que le sujet n'est pas l'Assomption, mais l'adoration de Dieu dans la puissance et la gloire de sa Trinité.
.
.
Verrière de la Trinité (Arnoult de Nimègue, vers 1513) et de Côme et Damien (fin XVe), baie 8, chapelle Saint-Thomas, église Notre-Dame de Saint-Lô. Photographie lavieb-aile septembre 2018.
.
3°) Le Saint-Esprit, à droite.
Comme pour rendre visible le dogme de la Trinité selon lequel Dieu est unique en trois personnes égales, participant d'une même essence divine et pourtant fondamentalement distincts, le Saint-Esprit est représenté de la même façon et avec le même visage barbu que le Fils et le Père, assis sur le même siège, vêtu de la même chape et d'une robe comparable. Mais le Paraclet étend ici entre ses mains écartées les ailes d'une colombe nimbée.
.
Verrière de la Trinité (Arnoult de Nimègue, vers 1513) et de Côme et Damien (fin XVe), baie 8, chapelle Saint-Thomas, église Notre-Dame de Saint-Lô. Photographie lavieb-aile septembre 2018.
.
Verrière de la Trinité (Arnoult de Nimègue, vers 1513) et de Côme et Damien (fin XVe), baie 8, chapelle Saint-Thomas, église Notre-Dame de Saint-Lô. Photographie lavieb-aile septembre 2018.
.
Verrière de la Trinité (Arnoult de Nimègue, vers 1513) et de Côme et Damien (fin XVe), baie 8, chapelle Saint-Thomas, église Notre-Dame de Saint-Lô. Photographie lavieb-aile septembre 2018.
.
Verrière de la Trinité (Arnoult de Nimègue, vers 1513) et de Côme et Damien (fin XVe), baie 8, chapelle Saint-Thomas, église Notre-Dame de Saint-Lô. Photographie lavieb-aile septembre 2018.
.
Verrière de la Trinité (Arnoult de Nimègue, vers 1513) et de Côme et Damien (fin XVe), baie 8, chapelle Saint-Thomas, église Notre-Dame de Saint-Lô. Photographie lavieb-aile septembre 2018.
.
.
III. LE TYMPAN.
.
"Au tympan, quatre anges blancs, dont deux musiciens, un autre présentant un blason, le dernier composé de bouche-trous, têtes d'angelots dans les écoinçons ; inscription incomplète [LOUENGE) A DIEU." ... "Les ajours du tympan et les têtes de lancettes paraissent avoir été déplacés et élargis de pièces complémentaires." (Callas-Bey et David 2006)
.
Verrière de la Trinité (Arnoult de Nimègue, vers 1513) et de Côme et Damien (fin XVe), baie 8, chapelle Saint-Thomas, église Notre-Dame de Saint-Lô. Photographie lavieb-aile septembre 2018.
.
Les deux ajours principaux accueillent deux anges qui présentent deux vases dont il aurait été intéressant de trouver d'autres exemples iconographiques. Les anges sont vêtus de tuniques longues, serrées à la ceinture, et qui attirent l'attention par leur manches bouffantes sous les épaules, et par le fermail pectoral doré. Ou par les manches rapportées dorées.
À gauche, une tête de vieillard dans la mosaïque. À droite, un ange et un blason dont la moitié droite comporte des colonnes, et la moitié gauche un (?) phylactère.
.
Verrière de la Trinité (Arnoult de Nimègue, vers 1513) et de Côme et Damien (fin XVe), baie 8, chapelle Saint-Thomas, église Notre-Dame de Saint-Lô. Photographie lavieb-aile septembre 2018.
.
Verrière de la Trinité (Arnoult de Nimègue, vers 1513) et de Côme et Damien (fin XVe), baie 8, chapelle Saint-Thomas, église Notre-Dame de Saint-Lô. Photographie lavieb-aile septembre 2018.
.
Au sommet, le fragment d'inscription [LOVENGE] A DIEV, en verre rouge gravé dans un cartouche.
.
Verrière de la Trinité (Arnoult de Nimègue, vers 1513) et de Côme et Damien (fin XVe), baie 8, chapelle Saint-Thomas, église Notre-Dame de Saint-Lô. Photographie lavieb-aile septembre 2018.
.
.
SOURCES ET LIENS.
— BLAINVILLE , Excursion dans le Bas-Cotentin (24-27 août 1925), par M. G. DE BANVILLE Bulletin de la Société historique et archéologique de l'Orne, Volume 45, 1926 page 98
— CALLIAS-BEY (Martine), DAVID (Véronique), 2006, Le vitraux de Basse-Bretagne, Corpus vitrearum France Recensement VIII, Presses Universitaires de Rennes, page 155.
— CALLIAS-BEY, "Les vitraux de la chapelle Saint-Thomas à Notre-Dame de Saint-Lô (Manche)" L'information d'histoire de l'art, 1972, p. 50-53.
— Martine Callias Bey. "Les vitraux de Notre-Dame de Saint-Lô (Manche)". Art de Basse-Normandie, 1974, p. 24-27.
— CALLIAS-BEY (Martine), 1971 ? Les vitraux de la chapelle Saint-Thomas à Notre-Dame de Saint-Lô , Maîtrise.
— CALLIAS-BEY, 1999. « Les verrières anciennes de Notre-Dame de Saint-Lô », dans La Normandie au XV siècle. Art et Histoire , actes du colloque de Saint-Lô, 1 998, p. 259-267.
— GUILHERMY, 1837, Notes sur diverses localités de la France, classées par ordre alphabétique des noms de localités, t.I-18, BnF NAF 6094-6111 (1826-1876). Non consulté.
— LASTEYRIE 1853, Histoire de la peinture sur verre d'après ses monuments en France. Paris : impr. Firmin-Didot fils et Cie, 1853-1857, 2 vol. Non consulté.
La cathédrale de Dol-de-Bretagne conserve des vestiges de vitraux du XIIIe siècle (évêques des baies 211 et 215), et une maîtresse-vitre à médaillons datée vers 1290-1300 : se sont des ensembles en verre coloré et verre blanc, peints à la grisaille.
En effet, depuis ses origines jusque vers 1300, la technique du vitrail n'a guère connu d'innovation remarquable. Le verre coloré dans la masse était coupé, puis peint uniquement avec une grisaille vitrifiable, et enfin il était serti dans un réseau de plomb pour former les panneaux de la verrière. Il n'y avait aucun moyen de modifier localement la teinte du verre ni de juxtaposer des couleurs différentes sans faire des coupes et des mises en plombs.
L'invention du jaune d'argent à Paris, par contact des verriers avec les orfèvres et les enlumineurs à la fin du XIIIe et du début du XIVe siècle a permis de teinter ponctuellement le verre, a provoqué une évolution rapide et fondamentale de l'esthétique et du style de la peinture sur verre. Le jaune d'argent est une teinture obtenue par la cémentation des ions d'argent qui pénètrent dans la couche superficielle du verre, tandis que les ions de potassium ou de sodium qu'il contient en sortent. Les ions d'argent provoquent une coloration jaune qui peut varier du jaune pâle à l'orangé foncé, tout en laissant sa transparence au verre. Il est ainsi possible d'obtenir des détails colorés sur une seule et même pièce de verre, comme blondir la chevelure d'une tête peinte sur verre blanc, ourler de vert un vêtement bleu ou nuancer d'or un rinceau ornemental. L'un de ses premiers exemples se remarque à Rouen vers 1310.
Le pigment est appliqué à la face externe du vitrail, sans que cela soit une règle absolue.
À Dol, on l'observe sur les tympans des baies 8 et 14 (coté droit du déambulatoire) et de la baie 11 (du coté gauche) :
Baie 8 : Christ en gloire, Tétramorphe et anges musiciens (vers 1420), dans la chapelle Saint-Joseph,
Baie 14 : Jugement dernier de 1420, dans la chapelle du Crucifix.
Baie 11 : Christ en gloire accompagné du Tétramorphe (fin XIVe et 1882), fenêtre de gauche de la chapelle de la Vierge.
.
Les pupilles jaunes.
Ce qui est très particulier, c'est que ce jaune d'argent est utilisé ici pour rehausser les pupilles des personnages, leur donnant un regard très intense voire surnaturel.
Or, c'est aussi le cas, en Bretagne, à Merléac en 1402, à Runan en 1423, à Malestroit vers la même période, ou à la cathédrale de Quimper vers 1410-1415, sur les chantiers du mécénat politique des grandes donations du duc Jean V. Ainsi qu'en Normandie, par exemple à Saint-Lô vers 1420..
.
.
I. Le Tétramorphe de la baie 11.
Cette baie 11 de 3 m. de haut et 1,60 m. de large éclaire la chapelle de la Vierge. Les deux lancettes sont une verrière ornementale claire de style néogothique réalisée en 1882 par le maître verrier parisien Edouard Amédée Didron. Le tympan avec son quadrilobe et ses trois écoinçons date de la toute fin du XIVe siècle.
Baie 11, cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile septembre 2018.
.
Le tympan.
.
Baie 11, cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile septembre 2018.
.
Le quadrilobe : le Tétramorphe.
Les auteurs du volume VII du Corpus vitrearum voient ici "le Christ entouré du Tétramorphe". Mais le personnage central pourrait être plutôt Dieu le Père, barbu, couronné, bénissant le Monde, en manteau rouge et robe verte, tenant le globus cruciger et le sceptre, pieds nus et assis sur une cathèdre très architecturée.
Autour de lui sont figurés les symboles des quatre évangélistes tenant le phylactère qui les nomme : l'aigle de saint Jean en haut à gauche (St : IOHANNES), le lion ailé de saint Marc en haut à droite (St : MARCUS), l'ange de Matthieu en bas à gauche (St : MATHEUS), et le taureau de saint Luc en bas à droite (S: LUCA).
Les verres colorés sont bleus (fond), rouges, verts, et vieux rose (animaux). Le jaune d'argent est utilisé sur les verres blancs pour les pupilles des personnages, pour les cheveux, la barbe, la couronne et autres pièces d'orfèfrerie comme la cathèdre et les encensoirs..
.
Baie 11, cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile septembre 2018.
.
Baie 11, cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile septembre 2018.
.
Baie 11, cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile septembre 2018.
.
Les écoinçons sont occupés par deux anges thuriféraires (honorant Dieu par un encensoir).
Cette baie 11 de 3,50 m. de haut et 2,20 m. de large éclaire la chapelle Saint-Joseph. Les trois lancettes du XIXe sont surmontées d'un tympan à un quadrilobe, deux trilobes et deux grands écoinçons. Ce tympan date vers 1420. Il a été complété par le nantais Henri Ely vers 1872-1876.
"3 lancettes et tympan à un quadrilobe, 2 trilobes et 2 grands écoinçons. H. ? - L. 2,20 m. Lancette : vitrerie ornementale colorée, par Henri Ély, 1872-1876 (par analogie avec le type d´ornements des baies 10, 12, 14 et 15). Tympan : Tétramorphe et anges (figures peintes sur verre blanc se détachant sur des fonds colorés). Quadrilobe supérieur : sur un fond rouge chargé de rinceaux et cerné de filets blancs perlés, les symboles des Évangélistes (XVe siècle) disposés autour du Christ assis dans une mandorle (totalement restituée). En haut, l´aigle de saint Jean, à gauche, le lion de saint Marc, à droite, le boeuf de saint Luc (tête restaurée), et en bas, l´ange de saint Matthieu, chacun muni d´un phylactère qui portait le nom latin de celui qu´ils représentent. Trilobes : anges musiciens et porteurs de phylactères émergeant en buste de nuées dans chacun des lobes (presque totalement restitués sauf quelques pièces dans l´ajour gauche, d´origine sauf une tête restaurée à droite. Oculus central des deux trilobes : têtes couronnées, une jeune femme à gauche, un homme à droite. Emploi de jaune d´argent, notamment pour les pupilles des personnages."
"La verrière de la baie 8 a été complétée par Henri Ely entre 1872 et 1876 ; du 1er tiers du 15e siècle subsistent le Tetramorphe (sauf la tête de saint Luc), quelques pièces dans les trilobes, notamment les têtes couronnées des oculi centraux : une jeune femme à gauche et un homme à droite."
Baie 8, cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile septembre 2018.
Baie 8, cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile septembre 2018.
.
Le quadrilobe de la baie 8 :
Sur un fond bleu ondé cerné de filets blancs perlés (comme baie 11), les symboles des Évangélistes sont disposés autour du Christ assis dans une sorte de mandorle (totalement restituée) , rouge chargé de rinceaux en feuille de fougères. Le Christ tient un livre ouvert où est inscrit EGO SVM VIA VERITAS ET VITA, Je suis le chemin, la vérité et la vie" (Jean14:6).
Le jaune d'argent rehausse les pupilles, souligne la barbe, les cheveux et une partie du vêtement du Christ.
En haut, l´aigle de saint Jean SANCTUS IOHANNES, à gauche, le lion de saint Marc SANCTUS MARCUS, à droite, le boeuf de saint Luc (tête restaurée), et en bas, l´ange de saint Matthieu SANCT[U]S MATHEUS, chacun muni d´un phylactère qui portait le nom latin de celui qu´ils représentent.
Le jaune d'argent se retrouve sur les animaux, la robe, les cheveux et les pupilles de l'ange.
.
Baie 8, cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile septembre 2018.
.
Baie 8, cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile septembre 2018.
Baie 8, cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile septembre 2018.
Baie 8, cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile septembre 2018.
.
Le trilobe de gauche centré par la tête d'une reine.
Le trilobe a été presque totalement restitué en 1872-1876 sauf quelques pièces.
.
Baie 8, cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile septembre 2018.
Baie 8, cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile septembre 2018.
.
En haut : ange jouant de la mandore (1872-1876).
.
Ange tenant un phylactère SAN[CTUS] SAN
.
Baie 8, cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile septembre 2018.
.
Ange tenant un phylactère DEUS SALU[TAM].
.
Baie 8, cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile septembre 2018.
.
Le trilobe de droite (1420) est centré par une tête de roi.
Verres d'origine sauf une tête d'ange restaurée.
.
Baie 8, cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile septembre 2018.
.
La tête du roi, barbue, est nimbé par des cercles concentriques rouges.
.
Baie 8, cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile septembre 2018.
.
Ange jouant de la vièle à archet à 4 cordes.
.
Baie 8, cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile septembre 2018.
.
Ange tenant un phylactère ALLELIUA LAUDATE DOMINUM.
.
Baie 8, cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile septembre 2018.
Baie 8, cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile septembre 2018.
.
Ange tenant un phylactère CREDO IN UNUM DEUM.
.
Baie 8, cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile septembre 2018.
Baie 8, cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile septembre 2018.
.
.
.
La baie 14 du Jugement dernier dans la chapelle du Crucifix.
.
"3 lancettes (3 registres) ; tympan à un quadrilobe, 2 trilobes et 2 grands écoinçons. H. ? - L. 2,20 m.
Verrière du Jugement dernier (XVe siècle) complétée en 1876 sur le thème du pardon et de la Rédemption par Henri Ély.
Tympan : Jugement dernier (figures peintes sur verre blanc se détachant sur des fonds colorés). Écoinçons : vitrerie ornementale claire avec gros fermaillets colorés (peu restauré, complété)."
Lancette : scènes présentées en médaillons perlés posés sur une résille de fond chargée de fermaillets complexes (1876) ; signature d´Henri Ély inscrite dans la scène médiane de la lancette centrale. De gauche à droite et de haut en bas, les Saintes Femmes au tombeau, le Bon Pasteur arrachant une brebis à un buisson d´épines, le Christ en croix entre les larrons, le Christ chez Marthe et Marie, le retour de l´Enfant prodigue, le reniement de saint Pierre, le Repas chez Simon, la Samaritaine au puits, la Femme adultère."
Baie 14, cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile septembre 2018.
Baie 14, cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile septembre 2018.
.
Quadrilobe :
"Quadrilobe supérieur : sur un fond rouge uni cerné de filets perlés, en haut, le Christ-Juge montrant ses plaies (drapé et siège restaurés au XXe siècle) ; de part et d´autre, la Vierge et saint Jean-Baptiste intercesseurs (lobe gauche bien conservé - la Vierge placée devant un arbre - ; restaurée à droite, avec l´Évangéliste substitué au Baptiste) ; lobe inférieur : Énoch et Élie en buste (identifiés par des phylactères, inscription complétée à droite ; peu restaurés)." (Gatouillat et Hérold)
Baie 14, cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile septembre 2018.
.
Le Christ montrant ses plaies.
.
Baie 14, cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile septembre 2018.
.
La Vierge devant un arbre.
.
Baie 14, cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile septembre 2018.
.
Saint Jean l'évangéliste.
"restaurée à droite, avec l´Évangéliste substitué au Baptiste" (Gatouillat et Hérold).
Baie 14, cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile septembre 2018.
.
Les deux prophètes Elie et Enoch.
.
Baie 14, cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile septembre 2018.
.
Les deux trilobes .
"Trilobes : sur des fonds bleus chargés de rinceaux et cernés de filets perlés, la résurrection des morts. Six personnages, femmes et hommes, parmi lesquels un roi et un évêque, drapés dans leurs linceuls, en prière, assis dans leurs sarcophages placés devant des arbres (restaurés au centre de l´ajour gauche, le reste assez bien conservé). Emploi de jaune d´argent, notamment pour les pupilles des personnages ; arbres verts montés en plombs sur les fonds colorés ; assez bien conservé. "(Gatouillat et Hérold)
Nous reconnaissons la composition de la baie 8.
Le trilobe de gauche.
.
Baie 14, cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile septembre 2018.
.
Au centre, un roi (restauré en 1876).
Baie 14, cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile septembre 2018.
Baie 14, cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile septembre 2018.
.
Un évêque ressuscitant.
.
Baie 14, cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile septembre 2018.
.
Baie 14, cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile septembre 2018.
.
Baie 14, cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile septembre 2018.
.
Le trilobe de droite.
.
Baie 14, cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile septembre 2018.
.
Au centre, un roi barbu et au visage christique.
.
Baie 14, cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile septembre 2018.
.
Baie 14, cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile septembre 2018.
.
Baie 14, cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile septembre 2018.
.
Baie 14, cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile septembre 2018.
.
Baie 14, cathédrale de Dol-de-Bretagne. Photographie lavieb-aile septembre 2018.
.
Remarque à propos de la présence d'Enoch et d'Elie.
.
Dans l'Ancien Testament, Hénoch et Élie ont tous deux été enlevés au ciel, trait qu'ils partagent avec Jésus dans le Nouveau Testament. Hénoch et Elie sont par ailleurs censés redescendre sur terre pour combattre l'antéchrist dans l'Évangile de Nicodème qui est apocryphe.
"Quelques livres de l'Ancien Testament les séparent : pour l'un, que l'on croise dans la Genèse, on remonte presque au mythe des origines de l'humanité puiqu'Hénoch, fils de Yared et père de Mathusalem n'est jamais que le septième après Adam ; pour l'autre, dont les faits et gestes sont plus longuement racontés dans le Deuxième livre des Rois, le ixème siècle avant Jésus-Christ arrive déjà à imposer un repère de datation moins intrinsèquement poétique : Elie le Tishbite taille sa réputation de prophète en luttant contre les cultes idolâtriques cananéens. Mais ce qui a su rassembler et unir ces deux figures éparses- c'est avant tout la “merveille” qui marque la fin de leur existence sur terre : l'Ecriture sainte fait entendre d'un côté qu'Hénoch ne mourut point [Ambulavit cum Deo, et non apparuit : quia tulit eum Deus” : “ayant suivi les voies de Dieu, il disparut car Dieu l'avait enleve”(Genèse, V, 24 ) ] et narre d'un autre qu'Elie est monté au ciel dans la tempête emporté par un char de feu [“Cumque pergerent, et incedenles sermocinarentur, ecce currus igneus, et equi ignei diviserunt utrumque : et ascendit Elias per turbinem in caelum” : “Tandis qu'ils poursuivaient leur route tout en parlant, voici qu'un char de feu et des chevaux de feu les séparèrent l'un de l'autre ; Elie monta au ciel dans la tempête” (Deuxième livre des Rois, II, 11) ].
Enoch et Elie ont été rapprochés des "deux témoins" mentionnés par Jean dans l'Apocalypse 11:3-13. “Et je donnerai à mes deux témoins de prophétiser, vêtus de sac, mille deux cent soixante jours...” .
Le texte de l'Evangile apocryphe de Nicodème, est la source de la tradition selon laquelle ils apparurent tout deux à Jésus et aux saints ressuscités lors de la Descente aux Enfers :
"Et le Seigneur, tenant Adam par la main, le remit à Michel Archange, et tous les Saints suivirent Michel. Il les introduisit tous dans la grâce glorieuse du Paradis , et deux hommes, anciens des jours, vinrent au-devant d'eux. Les Saints les interrogèrent, disant : « Qui êtes-vous, vous qui n'avez pas encore été avec nous dans les enfers et qui aves été placés corporellement dans le Paradis ? » Un d'eux répondit : « Je suis Enoch qui ai été transporté ici par la parole du Seigneur. Et celui qui est avec moi est Élie le Thesbite, qui a été enlevé par un char de feu. Jusqu'à présent nous n'avons point goûté la mort, mais nous sommes réservés pour l'avènement de l'Antéchrist, armés de signes divins et de prodiges pour combattre avec lui, pour être mis à mort dans Jérusalem, et, après trois jours et demi, pour être derechef enlevés vivants dans les nuées." Evangile apocryphe de Nicodème chap. 26.
Cette tradition a été relayée par Le Speculum historiale de Vincent de Beauvais, dans sa traduction par Jean de Vignay au XIVe siècle. Cette information est importante puisqu'elle atteste qu'au moment de la réalisation du vitrail de Dol-de-Bretagne, le lien entre le jugement dernier, la descente aux Enfers et Enoch et Elie était bien établi. En voici une transcription approximative
"C'est donc leur vindrent alencontre deux hommes anciens de iours a qui ils demanda qui estes vous qui ne fustes onques en enfer mors avec nous mes estes mis en paradis avec vos cors. Et lun deux respondi. Je sui Enoch qui par la parole de dieu sui la transporte. Et cesti est helies qui est aporte en un curie de feu. Et navon point gouste de mort iusques a ore. Mes sommes gardez alavenement antechrist pour combattre avec lui par signes et demonstrances devines pour estre ocis de lui en iertem et trois iours et demi apres nous serons derechef receus et mies. " BnF fr. 316 folio 363v
Le manuscrit BnF fr. 316 folio 363v en donne une enluminure :
de la venue a l'encontre dieu de enoch et de helye. et du larron qui fu pendu a destre qui l'atendoient a l'entree de paradis. LXII, BnF gallica
Le Christ, Hénoch, Elie et les justes, https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b10507212h/f732.image
Voir aussi Nouvelle acquisition française 15940 fol. 61v, pb en christ, hénoch et élie
Dans le Mystère de la Passion d'Arras (manuscrit 697 de la Bibliothèque d'Arras, publié par Jules-Marie Richard, Arras, 1891), Enoch apparaît à partir du v.21189 (p. 244). Il apparaît aussi dans une pièce de théâtre en breton du XVIIe, Ar Varn diwezhan.
.
.
.
.
SOURCES ET LIENS.
— GATOUILLAT (Françoise), HÉROLD (Michel), 2005, Les vitraux de Bretagne" Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2005, 365 p. (Corpus vitrearum France, série complémentaire Recensement des vitraux anciens de France vol VII, page 231.
— LAUTIER (Claudine), 2000, Les débuts du jaune d'argent dans l'art du vitrail ou le jaune d'argent à la manière d'Antoine de Pise, Bulletin Monumental Année 2000 158-2 pp. 89-107
L’église de Bourg-Achard,en forme de croix latine appartenait à un prieuré de chanoines de Saint-Augustin fondé en 1136 par Nicolas du Bosc, seigneur du lieu. La nef et la tour du XIIe siècle sont aujourd'hui disparues. La tour, qui se trouvait au-dessus du portail occidental, a été détruite une première fois en 1626. Reconstruite sur la croisée, elle s'est écroulée en 1829. En 1838, elle est à nouveau reconstruite, en même temps que la nef, par l'architecte Grégoire. La chapelle méridionale datant du XIVe siècle a été remaniée. La chapelle septentrionale, la sacristie et la salle capitulaire sont du XVe siècle et le chœur, du XIVe siècle.
C'est dans le bras nord du transept que se trouve , tournée vers le nord, la baie 7 (numérotation du Corpus vitrearum) et son Arbre de Jessé demeuré à sa place d'origine. Elle est datée vers 1500-1510 et est contemporaine de la baie d'axe, celle de la Passion, donnée par l'Amiral Malet de Graville. Elle proviendrait du même atelier rouennais.
Haute de 5,20 m et large de 3,20 m, elle est divisée en 4 lancettes trilobées. Ce nombre de lancettes s'oppose au respect d'un des canons des Arbres de Jessé, celui de leur organisation de part et d'autre d'un axe médian vertical alignant Jessé endormi en bas, le tronc de l'arbre, et la Vierge à l'Enfant au sommet, comme c'est le cas pour la baie 4 de Saint-Godart de Rouen, daté de 1506 et qui dispose, sur 4 mètres de large, de cinq lancettes. Ici, l'axe significatif est décalé vers la droite, sur la troisième lancette.
De même, la classique encadrement de Jessé par deux prophètes (Isaïe et parfois Jérémie), qui date des tout premiers vitraux sur ce thème, à Saint-Denis et dans les cathédrales du XIIe siècle, ne peut survenir, et un troisième prophète est figuré. Les versets prophétiques sont remplacés par des extraits de liturgie mariale, sauf pour le prophète de la lancette 4, qui cite l'incontournable verset d'Isaïe 11:4 Egredietur virga de radice Jesse.
Enfin, le nombre des rois de Juda figurant d'habitude sur un Arbre de Jessé entre Jessé et la Vierge est souvent de 12, chiffre hautement symbolique (Apôtres, articles du Credo, etc.) mais il est de 13 (ou 12 +1) à Saint-Godart de Rouen. Ici, les rois sont au nombre de 14.
Nous vérifions une fois de plus que malgré la stéréotypie du thème iconographique, aucun Arbre de Jessé n'est semblable à un autre : c'est donc avec curiosité que nous rechercherons ces particularités. La plus rare est peut-être la figure du roi Salomon en africain.
.
L'Immaculée Conception.
Avant d'aborder la description proprement dite, il faut souligner l'importance, dans les Arbres de Jessé normands du XVIe siècle, du projet de défense théologique de la notion théologique de la Conception immaculée de Marie, en relation avec le développement des confréries ou "puy" :
"La nouvelle formule de l’Arbre de Jessé systématise à partir de la mi-xve siècle les caractéristiques iconographiques que l’on pouvait déceler au début du xve siècle, avec les éléments de la Vierge à l’Enfant dans une mandorle et un croissant. Elle semble être une réponse figurative à l’utilisation de l’Arbre de Jessé comme vecteur de la croyance de l’Immaculée Conception qui s’est encore plus affirmée et semble reconnue du plus grand nombre. Le développement d’une telle formule en Normandie, dans le vitrail comme dans le manuscrit, n’est pas le fait du hasard. Cette région, et surtout Rouen, voit se développer vers les années 1480 le phénomène des «puys» en l’honneur de la Conception de la Vierge. Le puy est une variante littéraire de la confrérie médiévale: en plus des dévotions et réunions en l’honneur du saint et de ses fêtes, on organisait des concours de poésie à la louange de ce dernier. Le puy de Rouen en l’honneur de la Conception de la Vierge fut instauré officiellement dès 1486 et eut un grand succès jusque dans les années 1550. En 1520-1521, dans une bulle pontificale achetée à grands frais par la confrérie, Léon X lui donnait la prééminence sur toutes les autres confréries rouennaises.
Ainsi, tout concorde à la fin du xve siècle et pendant la première moitié du xvie siècle, à faire de la région normande et de Rouen un centre important de la célébration de l’Immaculée Conception. Catherine Vincent, dans son ouvrage consacré aux confréries normandes de la fin du xiiie au début du xvie siècle , montre que la fête de la Conception de la Vierge suscite neuf confréries, dont huit dans le diocèse de Rouen, entre 1460 et 1540. Toutefois, peu d’historiens de l’art ont fait le lien entre ces conditions liturgiques, littéraires et religieuses spécifiques de la Normandie et la diffusion très dynamique à la même époque de la nouvelle formule iconographique de l’Arbre de Jessé." (S. Lepape 2009)
Nous en reconnaîtrons la "signature" par la figure de la Vierge, les pieds posés sur un croissant comme la Femme de l'Apocalypse, et entourée d'une mandorle de rayons solaires. Certes le croissant est moins visible qu'à Saint-Godart de Rouen par exemple.
.
Baie 7 de l'Arbre de Jessé, vers 1500-1510, atelier rouennais. Église de Bourg-Achard. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.
.
.
Une pancarte permet au visiteur de trouver une description du vitrail par un auteur anonyme (un ecclésiastique probablement), d'un style dévot certes daté mais aux propos précis . La voici :
"Ce vitrail représente l'arbre de Jessé qui symbolise la généalogie de la Sainte Vierge. Le vieillard à barbe blanche et au visage si admirable de douceur et d'expression que l'on voit assis sous un dais de draperie verte et à franche d'or, est en effet Jessé lui-même, la tige de l'arbre de laquelle doit sortir la fleur sans tache destinée à donner à la terre le fruit divin, le Dieu fait homme. Les yeux du patriarche sont fermés, sa tête est appuyée sur sa main droite, la main gauche repose sur le genou. Il est vêtu d'une tunique violette à galons d'or et d'un manteau brodé richement et bordé de bleu, ses chaussures sont pourpre. Á droite et à gauche de Jessé s'étendent les branches de l'arbre dont les différents rameaux nous montrent les rosi issus de la race de David. Ces personnages sont brillamment costumés de velours, de pourpre et d'hermine avec broderie d'or et d'argent, presque tous portent la couronne ou tiennent le sceptre. Une inscription en caractères gothiques se déroule sur les quatre panneaux prophétiques : Germinavit radix Jessé (la tige de Jessé a poussé des rejetons), Salutem (c'est le Salut), Virga Jessé florida (La tige de Jessé a fleuri), Egredietur virga de radice Jessé (Il sortira un rejeton de la tige de Jessé).
Au dessus même de Jessé se tient son fils David, facile à reconnaître à sa harpe d'or ; il est vêtu d'un manteau de pourpre à col et parements d'hermine ; il porte comme coiffure un chapeau à bords relevés, surmonté d'une couronne ; à sa main gauche est enroulé un ruban d'or qui soutient le dais sous lequel repose le chef de la famille davidique.
Mais la prophétie d'Isaïe vient de s'accomplir ; la tige a fleuri, le calice s'est ouvert et la fleur s'est épanoui au milieu des pétales qui l'entourent comme une auréole. La Sainte Vierge apparaît vêtue d'une robe bleue à longs plis, ses cheveux retombent sur ses épaules, et sa tête est couronnée de pierreries étincelantes. L'Enfant Jésus qu'elle presse sur son sein porte une robe violette, se pieds sont nus et il enlace de ses petits bras le cou de la Vierge Marie.
Alors le ciel s'ouvre et tressaille d'allégresse. L'ogive de la fenêtre est réservée à cette vision. Au premier rang des Anges aux cheveux blonds et aux ailes de différentes couleurs, vêtus de blanc et couronnés de pierreries, chantent la gloire de Marie. On lit en effet sur des banderoles placées entre leurs mains les paroles suivantes écrites en minuscules gothiques au dessous d'un chant noté : Regina cœli laetare, alleluia (Reine du ciel, réjouissez-vous) ; Magnificat anima in dominum (Glorifie, ô mon âme, le Seigneur) ; Ave sancta Maria (Salut, Sainte Marie) ; Ave Regina cœlorum (Salut, Reine des Cieux) ; Ave Dona, (Salut, o notre souveraine) ; Miserere mei Done(Ayez pitié de moi Seigneur) ; Secundum magnam, magnam Regina misericordiam (Selon votre grande, votre grande miséricorde). Au dessus, d'autres anges également vêtus de blanc accompagnent le chant en jouant de différents instruments parmi lesquels on remarque le luth, la flûte, le triangle, la harpe, le tambour, le rebec et le psaltérion à douze cordes. Puis au milieu, en remontant vers le sommet de l'ogive entre deux anges adorateurs apparaît dans toute sa majesté le Père Eternel au milieu d'une auréole de gloire, à rayons vers sur un fond bleu ; sa barbe et ses cheveux sont blancs ; son vêtement de même couleur est frangé d'or et il porte sur sa tête la couronne impériale incrustée de pierreries, le globe du monde surmonté d'une Croix incrustée de pierreries repose dans sa main gauche. Cette magnifique verrière date de la fin du quinzième siècle ou au moins du commencement du seizième siècle."
.
.
.
LE REGISTRE INFÉRIEUR.
.
Trois prophètes assis entourent Jessé figuré dans la 3ème lancette. Les auteurs du Corpus nous indiquent que ce registre a été presque entièrement refait au XIXe siècle (Théodore Bernard 1847 ?), et que seules quelques pièces anciennes subsistent dans la lancette droite. Les baies anciennes ont été restaurées en 1924 par l'atelier Gaudin.
.
Baie 7 de l'Arbre de Jessé, vers 1500-1510, atelier rouennais. Église de Bourg-Achard. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.
.
Lancette A. Un prophète et l'inscription GERMINAVIT RADICE JESSE.
.
http://cantus.uwaterloo.ca/chant/456541
Baie 7 de l'Arbre de Jessé, vers 1500-1510, atelier rouennais. Église de Bourg-Achard. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.
.
Deuxième prophète et inscription SALUTEM.
.
Baie 7 de l'Arbre de Jessé, vers 1500-1510, atelier rouennais. Église de Bourg-Achard. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.
.
Jessé sous sa tente ; inscription VIRGA JESSE FLORIDA.
.
L'inscription (une initiative du restaurateur ? ) provient d'une oraison à la Vierge.
Des lettres sont peintes sur le galon bleu de l'encolure AM--SLANPDAT
.
Baie 7 de l'Arbre de Jessé, vers 1500-1510, atelier rouennais. Église de Bourg-Achard. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.
.
Troisième prophète et l'inscriptionEGREDIETUR VIRGA DE RADICE JESSE .
.
Baie 7 de l'Arbre de Jessé, vers 1500-1510, atelier rouennais. Église de Bourg-Achard. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.
Baie 7 de l'Arbre de Jessé, vers 1500-1510, atelier rouennais. Église de Bourg-Achard. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.
.
.
LE REGISTRE INTERMÉDIAIRE. SIX ROIS DE JUDA. .
Chaque roi est posé comme une fleur sur les pétales d'un bourgeon de la tige de Jessé, dont ils empoignent parfois une branche. Ils sont vêtus et coiffés comme des seigneurs français du début du XVIe siècle, leur couronne placée sur un bonnet.
.
Baie 7 de l'Arbre de Jessé, vers 1500-1510, atelier rouennais. Église de Bourg-Achard. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.
.
Baie 7 de l'Arbre de Jessé, vers 1500-1510, atelier rouennais. Église de Bourg-Achard. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.
.
Baie 7 de l'Arbre de Jessé, vers 1500-1510, atelier rouennais. Église de Bourg-Achard. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.
.
Le roi David et sa harpe d'or. Le roi Salomon à peau noir et portant une boucle d'oreille.
David, fils de Jessé, est le premier roi de Juda, qui donne naissance à la dynastie davidique dont est issu Joseph et Jésus, mais aussi pour les théologiens la Vierge et ses parents. Il est donc placé tout naturellement sur l'axe entre Jessé et la Vierge. Considéré comme le compositeur des Psaumes, il est représenté avec sa harpe.
Le fils et successeur de David est le roi Salomon, réputé pour sa sagesse, pour ses richesses, pour sa construction du Temple de Jérusalem, pour la longueur de son règne (40 ans), et pour les Livres dont on lui attribue la rédaction : les Proverbes, l'Ecclésiaste, et le Cantique des Cantiques. Pour ne rien dire du Sceau de Salomon, et de sa réputation de magicien et détenteur de savoirs occultes.
L'artiste a figuré Salomon avec la peau sombre, avec les cheveux crépus et avec deux anneaux d'or à l'oreille gauche. Cette couleur de peau et cette boucle d'oreille rappelle immédiatement celle que les peintres du Moyen-Âge et de la Renaissance font porter au troisième des rois mages, Balthazar, celui qui descend de Cham le fils de Noé et qui représente l'Arabie.
Ce choix du peintre-verrier souligne donc les rapports de Salomon avec l'Arabie. Ceux-ci sont multiples : (source)
—" Il encouragea le commerce caravanier (Encens, aromates) en rendant plus sûres les routes commerciales vers l'Afrique, l'Asie, l'Arabie et l'Asie Mineure par la construction de forteresses.
— Salomon conforta l’alliance passé par son père avec Tyr, maître de la Phénicie et passa des accords avec l’Égypte. Les excellentes relations avec le Roi de Tyr, Hiram I le Grand (978-944 ou 969-936 selon la Bible), permirent aux Hébreux de disposer d'une flotte commandée par des Phéniciens, basée à Ezion-Geber, dans le golfe d'Aqaba, sur la Mer Rouge. De là, Salomon lança des expéditions conjointes de commerce avec les Phéniciens (Produits et animaux tropicaux, or) sur la mer Rouge et qui se déployèrent jusqu'à l'Océan Indien.
— Il commerçait avec la Phénicie pour le blé, l'huile, le cèdre, le cyprès. Son Empire commerçait aussi par mer avec Tarsis (Espagne), Ophir et le Sud de l'Inde.
— Sa relation avec la Reine de Saba (Yémen aujourd'hui), Makéda ne fut pas étrangère à sa politique commerciale. Dans un passage bref, la Bible Hébraïque décrit comment la renommée de Salomon (De sagesse et de richesse) se propagea loin, tant et si bien que la Reine de Saba décida qu'elle devrait le rencontrer. La Reine est décrite comme lui rendant visite avec un certain nombre de cadeaux, y compris de l'or, des épices et des pierres précieuses. (Premier Livre des Rois 10:10 ). "
Si on considère Salomon comme l'auteur et l'interlocuteur du Cantique des Cantiques, il faut rappeler ce verset Ct 1:5-6 où l'amante ou épouse se déclare de peau noire : l'hébreu chehora ani ve nava, "je suis noire et belle" ou, dans la traduction Segond "Je suis noire, mais je suis belle, filles de Jérusalem comme les tentes de Kédar, comme les pavillons de Salomon. Ne prenez pas garde à mon teint noir : c'est le soleil qui m'a brûlée".
Enfin, cette noirceur et ces anneaux pourraient stigmatiser l'altérité des étrangers, ou encore la noirceur de l'âme, par référence à 1 Rois 11:1-6.
"Le roi Salomon aima beaucoup de femmes étrangères, outre la fille de Pharaon: des Moabites, des Ammonites, des Édomites, des Sidoniennes, des Héthiennes, appartenant aux nations dont l'Éternel avait dit aux enfants d'Israël: Vous n'irez point chez elles, et elles ne viendront point chez vous; elles tourneraient certainement vos coeurs du côté de leurs dieux. Ce fut à ces nations que s'attacha Salomon, entraîné par l'amour. Il eut sept cents princesses pour femmes et trois cents concubines; et ses femmes détournèrent son coeur. A l'époque de la vieillesse de Salomon, ses femmes inclinèrent son coeur vers d'autres dieux; et son coeur ne fut point tout entier à l'Éternel, son Dieu, comme l'avait été le coeur de David, son père. Salomon alla après Astarté, divinité des Sidoniens, et après Milcom, l'abomination des Ammonites. Et Salomon fit ce qui est mal aux yeux de l'Éternel, et il ne suivit point pleinement l'Éternel, comme David, son père.
.
Baie 7 de l'Arbre de Jessé, vers 1500-1510, atelier rouennais. Église de Bourg-Achard. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.
.
Baie 7 de l'Arbre de Jessé, vers 1500-1510, atelier rouennais. Église de Bourg-Achard. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.
.
Quatrième lancette.
.
Baie 7 de l'Arbre de Jessé, vers 1500-1510, atelier rouennais. Église de Bourg-Achard. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.
.
LE REGISTRE SUPÉRIEUR. LA VIERGE À L'ENFANT ET HUIT ROIS DE JUDA.
.
Baie 7 de l'Arbre de Jessé, vers 1500-1510, atelier rouennais. Église de Bourg-Achard. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.
.
Première lancette. Trois rois.
.
Baie 7 de l'Arbre de Jessé, vers 1500-1510, atelier rouennais. Église de Bourg-Achard. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.
.
Deuxième lancette.
.
Baie 7 de l'Arbre de Jessé, vers 1500-1510, atelier rouennais. Église de Bourg-Achard. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.
.
Troisième lancette. La Vierge à l'Enfant dans une mandorle rayonnante.
.
Baie 7 de l'Arbre de Jessé, vers 1500-1510, atelier rouennais. Église de Bourg-Achard. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.
.
Quatrième lancette.
Baie 7 de l'Arbre de Jessé, vers 1500-1510, atelier rouennais. Église de Bourg-Achard. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.
Baie 7 de l'Arbre de Jessé, vers 1500-1510, atelier rouennais. Église de Bourg-Achard. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.
.
LE TYMPAN.
.
Il est remarquable par l'instrumentarium des douze anges musiciens qui accompagnent un soliste et un chœur de 12 anges. Nous reconnaissons :
Deux harpes.
deux mandoles ou luths (cordes pincées)
une flûte à tambourin ou galoubet (flûte à une main, jouée de la main gauche)
l'orgue portatif (7 tuyaux)
le triangle à anneaux,
les cymbales à main.
la vièle à archet (viole monoxyle et piriforme à trois cordes.
deux chalemies (dans les écoinçons)
le psaltérion à douze cordes.
Cet ensemble est comparable à ceux qui figurent dans la crypte de la cathédrale de Bayeux ou au plafond de la chapelle de la Vierge de la cathédrale du Mans, et encore au tympan de nombreux vitraux .
Baie 7 de l'Arbre de Jessé, vers 1500-1510, atelier rouennais. Église de Bourg-Achard. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.
.
Baie 7 de l'Arbre de Jessé, vers 1500-1510, atelier rouennais. Église de Bourg-Achard. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.
.
.
Baie 7 de l'Arbre de Jessé, vers 1500-1510, atelier rouennais. Église de Bourg-Achard. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.
.
Baie 7 de l'Arbre de Jessé, vers 1500-1510, atelier rouennais. Église de Bourg-Achard. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.
.
Baie 7 de l'Arbre de Jessé, vers 1500-1510, atelier rouennais. Église de Bourg-Achard. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.
.
Baie 7 de l'Arbre de Jessé, vers 1500-1510, atelier rouennais. Église de Bourg-Achard. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.
.
Baie 7 de l'Arbre de Jessé, vers 1500-1510, atelier rouennais. Église de Bourg-Achard. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.
.
Baie 7 de l'Arbre de Jessé, vers 1500-1510, atelier rouennais. Église de Bourg-Achard. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.
.
Baie 7 de l'Arbre de Jessé, vers 1500-1510, atelier rouennais. Église de Bourg-Achard. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.
.
Baie 7 de l'Arbre de Jessé, vers 1500-1510, atelier rouennais. Église de Bourg-Achard. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.
.
SOURCES ET LIENS.
— CALLIAS BEY (Martine), CHAUSSÉ (Véronique), GATOUILLAT (Françoise), HÉROLD (Michel), 2001, Le vitraux de Haute-Normandie, Corpus vitrearum vol. VI. ed. CNRS, pages 119-121.
Les vitraux de la chapelle Notre-Dame de la Grande île de l'archipel de Chausey (Manche) par Yves Saint-Front et frère Hugues Rettel de l' atelier monastique de Saint-Benoit-sur-Loire, 1967.
La chapelle Notre-Dame est bâtie sur un point éminent de la Grande île de l'archipel de Chausey, entre la cale de débarquement des vedettes venant de Granville et le port des Blainvillais, au sud du Sound qu'elle surplombe.
.
Chapelle Notre-Dame, Grande-Île, Chausey. Photographie lavieb-aile septembre 2018.
.
Chapelle Notre-Dame, Grande-Île, Chausey. Photographie lavieb-aile septembre 2018.
.
Chapelle Notre-Dame, Grande-Île, Chausey. Photographie lavieb-aile septembre 2018.
Chapelle Notre-Dame, Grande-Île, Chausey. Photographie lavieb-aile septembre 2018.
À l'intérieur, sous la voûte lambrissée, se disposent, outre l'autel du chœur, deux autels adossés aux murs nord et sud, et ceux-ci, lieux très animés des dévotions et des ex-voto, divisent l'espace de la nef en deux parties. Le chœur, plus froid et plus sombre, reste à l'écart.
C'est donc tout naturellement que les six baies sont disposés dans la nef de part et d'autre de ces autels, et dans le chœur sur les pans coupés latéraux, le pan médian restant borgne.
Par facilité, je leur attribuerai dans ma description une numérotation débutant par le premier vitrail visible pour le visiteur à gauche, et suivant ensuite une progression dans le sens des aiguilles d'une montre. Le numéro 7 sera donné à l'oculus occidental, au dessus de la porte d'entrée.
.
Chapelle Notre-Dame, Grande-Île, Chausey. Photographie lavieb-aile septembre 2018.
Chapelle Notre-Dame, Grande-Île, Chausey. Photographie lavieb-aile septembre 2018.
.
DESCRIPTION DES SEPT VITRAUX.
Six baies formées d'une seule lancette ogivale de 2,7 m2, et un oculus.
LA COHÉRENCE THÉMATIQUE.
Le peintre-verrier Yves Saint-Front marie ici une profonde et ancienne connaissance de l'archipel de Chausey, qu'il avait fréquenté depuis l'enfance, du milieu marin (son père est le peintre de marine et navigateur Marin-Marie) et de la pêche, avec une foi religieuse déterminée par la rencontre avec un missionnaire de Tahiti et par une retraite à l'abbaye de Saint-Benoît-sur-Loire. C'est très logiquement que pour cette archipel de pêcheurs de bouquets et de homards, il sélectionne les textes évangéliques qui font mention du métier de pêcheurs sur le lac de Tibériade de quatre apôtres, du baptême du Christ dans les eaux du Jourdain (rapproché de la tradition du baptême de leurs navires par les marins), de la multiplication des poissons par le Christ pour nourrir la foule attirée par ses prédications, de la pêche miraculeuse, ou de Pierre marchant sur les eaux. Le lac de Tibériade (ou Mer de Galilée, 160 km2) et le Jourdain qui le traverse donne donc une solide unité à cinq des six vitraux principaux, le sixième étant consacré à la Vierge qui est la patronne de la chapelle. "
"Le lac a une grande importance pour les chrétiens. C'est sur ses rives dont les collines boisées et les petites plaines fertiles abritaient de nombreux villages de pêcheurs et d'agriculteurs que de nombreux épisodes de la vie de Jésus, rapportés dans les Évangiles, ont eu lieu (La tempête apaisée (Lc 8, 12,25), la pêche miraculeuse (Lc 5, 4-6), la dernière apparition aux disciples alors qu'il était ressuscité (Jn 21, 1s))." (Wikipédia)
C'est André, frère de Simon (saint Pierre) qui fut le premier à décider de suivre Jésus, juste après le baptême par Jean-Baptiste à Bethanie (Bathanée, au nord-est du lac ?), et, aussitôt, il alla trouver son frère pour le convaincre qu'il avait trouvé le Messie. Ils étaient tout deux nés à Bethsaïde, sur les bords du lac, où ils avaient leur barque. Mais c'est Simon ("qui écoute") qui prit l'ascendant sur son frangin, et reçut du Christ son nouveau nom de Pierre, avant de recevoir, dans la tradition, les clefs de l'Église.
Mais nous retrouvons André lors de l’épisode de la multiplication, puisque c'est lui qui amena le jeune garçon portant les cinq pains et les deux poissons.
"Jean leur répondit: Moi, je baptise d'eau, mais au milieu de vous il y a quelqu'un que vous ne connaissez pas, qui vient après moi; je ne suis pas digne de délier la courroie de ses souliers. Ces choses se passèrent à Béthanie, au delà du Jourdain, où Jean baptisait. Le lendemain, il vit Jésus venant à lui, et il dit: Voici l'Agneau de Dieu, qui ôte le péché du monde. C'est celui dont j'ai dit: Après moi vient un homme qui m'a précédé, car il était avant moi. Je ne le connaissais pas, mais c'est afin qu'il fût manifesté à Israël que je suis venu baptiser d'eau. Jean rendit ce témoignage: J'ai vu l'Esprit descendre du ciel comme une colombe et s'arrêter sur lui. Je ne le connaissais pas, mais celui qui m'a envoyé baptiser d'eau, celui-là m'a dit: Celui sur qui tu verras l'Esprit descendre et s'arrêter, c'est celui qui baptise du Saint Esprit. Et j'ai vu, et j'ai rendu témoignage qu'il est le Fils de Dieu. Le lendemain, Jean était encore là, avec deux de ses disciples; et, ayant regardé Jésus qui passait, il dit: Voilà l'Agneau de Dieu.
Les deux disciples l'entendirent prononcer ces paroles, et ils suivirent Jésus. Jésus se retourna, et voyant qu'ils le suivaient, il leur dit: Que cherchez-vous? Ils lui répondirent: Rabbi (ce qui signifie Maître), où demeures-tu? Venez, leur dit-il, et voyez. Ils allèrent, et ils virent où il demeurait; et ils restèrent auprès de lui ce jour-là. C'était environ la dixième heure.
André, frère de Simon Pierre, était l'un des deux qui avaient entendu les paroles de Jean, et qui avaient suivi Jésus. Ce fut lui qui rencontra le premier son frère Simon, et il lui dit: Nous avons trouvé le Messie (ce qui signifie Christ). Et il le conduisit vers Jésus.
Jésus, l'ayant regardé, dit: Tu es Simon, fils de Jonas; tu seras appelé Céphas (ce qui signifie Pierre)." Jean 1:27-42
.
Les vitraux sont répartis chacun en deux registres thématiques. Nous allons découvrir :
Baie n°1 : les quatre apôtres pêcheurs de Tibériade : André et Pierre, Jean et Jacques.
Baie n°2 : la Multiplication des poissons. Prédication à Tibériade.
Baie n°3 : Vierge à l'Enfant. Retour de pêche à Chausey.
Baie n°4 : Baptême du Christ ; baptême d'un navire à Chausey.
Baie n°5 : Pierre tentant de marcher sur le lac ; la Pêche miraculeuse.
Baie n°6 : Le Christ en gloire parmi 24 rois. Prédication dans une barque.
Oculus : symbole eucharistique et trois oiseaux marins.
Note : ces interprétations des vitraux sont personnelles : je n'ai pas eu accès à d'éventuelles archives du peintre ou à d'autres documents.
.
Vue de l'élévation nord et des baies 1 et 2. Chapelle de la Grande Île, Chausey. Photographie lavieb-aile septembre 1018.
.
.
Vitrail n°1. Les quatre apôtres pêcheurs sur le lac de Tibériade : Pierre et André, Jean et Jacques.
(Mur nord. Numérotation baie 5 selon le Corpus Vitrearum).
" Comme Jésus se trouvait auprès du lac de Génésareth, et que la foule se pressait autour de lui pour entendre la parole de Dieu, il vit au bord du lac deux barques, d'où les pêcheurs étaient descendus pour laver leurs filets. Il monta dans l'une de ces barques, qui était à Simon, et il le pria de s'éloigner un peu de terre. Puis il s'assit, et de la barque il enseignait la foule. Lorsqu'il eut cessé de parler, il dit à Simon : Avance en pleine eau, et jetez vos filets pour pêcher." [ ici, dans Luc, le texte se poursuit par le récit de la miracle de la Pêche miraculeuse]
" Il en était de même de Jacques et de Jean, fils de Zébédée, les associés de Simon. Alors Jésus dit à Simon: Ne crains point; désormais tu seras pêcheur d'hommes. Et, ayant ramené les barques à terre, ils laissèrent tout, et le suivirent." Luc 5:1-11
.
.
Vitrail des quatre apôtres pêcheurs, Yves Saint-Front 1967, dalle de verre sur ciment. Chapelle de la Grande Île, Chausey. Photographie lavieb-aile septembre 1018.
.
Vitrail des quatre apôtres pêcheurs, Yves Saint-Front 1967, dalle de verre sur ciment. Chapelle de la Grande Île, Chausey. Photographie lavieb-aile septembre 1018.
.
1a. Registre supérieur : les apôtres Pierre et André.
Saint Pierre se reconnaît à sa clef et à son geste de bénédiction (il fut le premier évêque de Rome), saint André à la croix en X, rouge sur sa robe verte. Ils sont représentés montés dans leur barque de pêche, dont l'étrave haute, mais surtout le tableau arrière en cœur, légèrement incliné, et le gouvernail, sont ceux des canots de Chausey plutôt que des embarcations de la mer de Galilée.
.
Vitrail des quatre apôtres pêcheurs, Yves Saint-Front 1967, dalle de verre sur ciment. Chapelle de la Grande Île, Chausey. Photographie lavieb-aile septembre 1018.
.
1b. Registre inférieur. Les apôtres Jean et Jacques.
Jean, à gauche, s'identifie par son absence de barbe et par le livre qu'il porte : il est l'auteur d'un des quatre Évangiles et de l'Apocalypse.
Jacques porte le baudrier à coquilles de Saint-Jacques des pèlerins de Compostelle. L'objet qu'il tient en main droite reste à identifier et ne ressemble pas à un bourdon. Les coquilles Saint-Jacques sont familières aux pêcheurs de la Baie du Mont Saint-Michel : ce sont, avec les canots chausiais, un autre moyen d'ancrage de la scène dans l'environnement marin granvillais.
Ils sont montés dans une barque semblable à celle du registre supérieur. Les membrures du bordé sont fidèles à leur modèle.
Marc précise qu'ils réparaient leurs filets, détail éloquent pour les marins :
"Comme il passait le long de la mer de Galilée, il vit Simon et André, frère de Simon, qui jetaient un filet dans la mer; car ils étaient pêcheurs. Jésus leur dit: Suivez-moi, et je vous ferai pêcheurs d'hommes. Aussitôt, ils laissèrent leurs filets, et le suivirent. Étant allé un peu plus loin, il vit Jacques, fils de Zébédée, et Jean, son frère, qui, eux aussi, étaient dans une barque et réparaient les filets. Aussitôt, il les appela; et, laissant leur père Zébédée dans la barque avec les ouvriers, ils le suivirent. " Mc 1:16-20
Le jeu de mot pêcheurs / pêcheurs d'hommes est basé sur le mot latin piscatores de la Vulgate suivi de piscatores hominum, traduction du grec original, halieus, dérivé de hals, "sel". Ces "hommes du sel" vont être chargés d'assaisonner la vie spirituelle de leurs semblables.
Dans Mc 3:17, Jésus donne aux deux fils de Zébédée le nom de Boanergès, "fils du tonnerre" .
Ils sont présents, avec Pierre, lors de la Transfiguration. Mc 9:1-9.
Et ils sont encore là, avec Pierre, au jardin de Gethsémani lors de l'agonie du Christ. Matthieu 24:37.
La place donnée dans les Évangiles à ces apôtres marins-pêcheurs est troublante. Ces vitraux en soulignent l'importance.
Pierre et André, Jean et Jacques forment deux couples de frères. Les barques sont possédées par une communauté familiale.
.
Vitrail des quatre apôtres pêcheurs, Yves Saint-Front 1967, dalle de verre sur ciment. Chapelle de la Grande Île, Chausey. Photographie lavieb-aile septembre 1018.
Vitrail des quatre apôtres pêcheurs, Yves Saint-Front 1967, dalle de verre sur ciment. Chapelle de la Grande Île, Chausey. Photographie lavieb-aile septembre 1018.
.
Vitrail des quatre apôtres pêcheurs, Yves Saint-Front 1967, dalle de verre sur ciment. Chapelle de la Grande Île, Chausey. Photographie lavieb-aile septembre 1018.
.
.
Vitrail n°2 : le miracle de la Multiplication des poissons. Prédication du Christ sur le lac de Tibériade.
(Mur nord. Numérotation baie 3 selon le Corpus Vitrearum).
.
Vitrail de la Multiplication des poissons, Yves Saint-Front 1967, dalle de verre sur ciment. Chapelle de la Grande Île, Chausey. Photographie lavieb-aile septembre 1018.
.
.
Vitrail de la Multiplication des poissons, Yves Saint-Front 1967, dalle de verre sur ciment. Chapelle de la Grande Île, Chausey. Photographie lavieb-aile septembre 1018.
.
2a. Registre supérieur. La Multiplication [des pains et] des poissons.
Multiplication des pains et des poissons.
Dans ce récit qui est souvent désigné par le titre La Multiplication des pains, le peintre insiste davantage sur les poissons, mais les dos ronds des pains bruns sont néanmoins visibles au fond des paniers.
Évangile de Jésus-Christ selon saint Luc chapitre 9, versets 12 à 17 :
« Comme le jour commençait à baisser, les douze s'approchèrent, et lui dirent : Renvoie la foule, afin qu'elle aille dans les villages et dans les campagnes des environs, pour se loger et pour trouver des vivres; car nous sommes ici dans un lieu désert. Jésus leur dit : Donnez-leur vous-mêmes à manger. Mais ils répondirent : Nous n'avons que cinq pains et deux poissons, à moins que nous n'allions nous-mêmes acheter des vivres pour tout ce peuple. Or, il y avait environ cinq mille hommes. Jésus dit à ses disciples : Faites-les asseoir par rangées de cinquante. Ils firent ainsi, ils les firent tous asseoir. Jésus prit les cinq pains et les deux poissons, et, levant les yeux vers le ciel, il les bénit. Puis, il les rompit, et les donna aux disciples, afin qu'ils les distribuassent à la foule. Tous mangèrent et furent rassasiés, et l'on emporta douze paniers pleins des morceaux qui restaient. »
.
Vitrail de la Multiplication des poissons, Yves Saint-Front 1967, dalle de verre sur ciment. Chapelle de la Grande Île, Chausey. Photographie lavieb-aile septembre 1018.
.
2b. Registre inférieur : prédication du Christ à Tibériade.
.
Le Christ est debout dans une barque, tandis qu'un apôtre, assis, le regarde. La barque est au milieu du lac, et, sur la rive, un public mêlé (homme, femme, enfant, vieillard) l'écoute.
.
Vitrail de la Multiplication des poissons, Yves Saint-Front 1967, dalle de verre sur ciment. Chapelle de la Grande Île, Chausey. Photographie lavieb-aile septembre 1018.
.
Vitrail n°3. La Vierge à l'Enfant. Retour de pêche à Chausey.
(Pan nord du chevet. Numérotation baie 1 selon le Corpus Vitrearum).
.
Vitrail de la Vierge, Yves Saint-Front 1967, dalle de verre sur ciment. Chapelle de la Grande Île, Chausey. Photographie lavieb-aile septembre 1018.
.
3a. Registre supérieur. La Vierge à l'Enfant.
La Vierge est assise sur un trône, elle est nimbée, couronnée et voilée, porte son Fils sur le genou droit et tient un objet (globus cruciger ? On voit une croix rouge) dans la main gauche.
.
Vitrail de la Vierge, Yves Saint-Front 1967, dalle de verre sur ciment. Chapelle de la Grande Île, Chausey. Photographie lavieb-aile septembre 1018.
.
3b. Registre inférieur. Scène de Chausey : retour de deux pêcheurs attendus par une femme et son enfant. Aux Blainvillais ?
.
Vitrail de la Vierge, Yves Saint-Front 1967, dalle de verre sur ciment. Chapelle de la Grande Île, Chausey. Photographie lavieb-aile septembre 1018.
.
Vitrail n°4. Baptême du Christ. Baptême d'un bateau.
Pan sud du chevet. Baie 2 selon le Corpus Vitrearum.
.
Vitrail du Baptême du Christ, Yves Saint-Front 1967, dalle de verre sur ciment. Chapelle de la Grande Île, Chausey. Photographie lavieb-aile septembre 1018.
.
4a registre supérieur. Baptême de Jésus dans le Jourdain par Jean-Baptiste.
.
En haut, une main et une colombe signale la puissance divine. Jean-Baptise est à gauche, Jésus, vêtu d'un pagne, est enveloppé par l'ondoiement des eaux lustrales. Un apôtre assiste à la scène. En bas, un enfant de chœur semble s'être échappé du registre inférieur.
.
Vitrail du Baptême du Christ, Yves Saint-Front 1967, dalle de verre sur ciment. Chapelle de la Grande Île, Chausey. Photographie lavieb-aile septembre 1018.
.
Vitrail du Baptême du Christ, Yves Saint-Front 1967, dalle de verre sur ciment. Chapelle de la Grande Île, Chausey. Photographie lavieb-aile septembre 1018.
.
4b. Registre inférieur. Baptême d'un bateau de pêche.
Quatre personnages : la marraine , un enfant de chœur, le recteur traçant la bénédiction, et le marin-pêcheur.
.
Vitrail du Baptême du Christ, Yves Saint-Front 1967, dalle de verre sur ciment. Chapelle de la Grande Île, Chausey. Photographie lavieb-aile septembre 1018.
.
.
Vitrail n°5. Saint Pierre marchant sur les eaux. La Pêche miraculeuse.
Mur sud. Baie n°4 selon le Corpus Vitrearum.
.
Vitrail de Pierre marchant sur les eaux, Yves Saint-Front 1967, dalle de verre sur ciment. Chapelle de la Grande Île, Chausey. Photographie lavieb-aile septembre 1018.
Vitrail de Pierre marchant sur les eaux, Yves Saint-Front 1967, dalle de verre sur ciment. Chapelle de la Grande Île, Chausey. Photographie lavieb-aile septembre 1018.
.
5a. Registre supérieur. Saint Pierre marchant sur les eaux.
.
La Marche sur les eaux
" Les disciples de Jean vinrent prendre son corps, et l'ensevelirent. Et ils allèrent l'annoncer à Jésus.
A cette nouvelle [la mort de Jean-Baptiste], Jésus partit de là dans une barque, pour se retirer à l'écart dans un lieu désert; et la foule, l'ayant su, sortit des villes et le suivit à pied. [Multiplication des pains et des poissons]
Aussitôt après, il obligea les disciples à monter dans la barque et à passer avant lui de l'autre côté, pendant qu'il renverrait la foule. Quand il l'eut renvoyée, il monta sur la montagne, pour prier à l'écart; et, comme le soir était venu, il était là seul. La barque, déjà au milieu de la mer, était battue par les flots; car le vent était contraire. A la quatrième veille de la nuit, Jésus alla vers eux, marchant sur la mer. Quand les disciples le virent marcher sur la mer, ils furent troublés, et dirent: C'est un fantôme! Et, dans leur frayeur, ils poussèrent des cris. Jésus leur dit aussitôt: Rassurez-vous, c'est moi; n'ayez pas peur!
Pierre lui répondit: Seigneur, si c'est toi, ordonne que j'aille vers toi sur les eaux. Et il dit: Viens! Pierre sortit de la barque, et marcha sur les eaux, pour aller vers Jésus. Mais, voyant que le vent était fort, il eut peur; et, comme il commençait à enfoncer, il s'écria: Seigneur, sauve-moi! Aussitôt Jésus étendit la main, le saisit, et lui dit: Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté? Et ils montèrent dans la barque, et le vent cessa."
.
Yves de Saint-Front n'a pas représenté la tempête ou le vent contraire, mais seulement le fléchissement de la foi de saint Pierre, et surtout la main tendue du Christ.
Jésus, au nimbe vert crucifère, est debout (sur les flots ? ou sur le bord ?) et tend la main à saint Pierre qui est enfoncé dans la mer jusqu'à mi-corps. Les deux mains se touchent par le bout des doigts, dans une diagonale qui est aussi celle des regards : le geste et l'échange visuel ont la même force. C'est, dans sa disposition graphique, la même composition que la scène du Noli me tangere entre le Christ et Marie-Madeleine, avec la même intensité de relation interpersonnelle, quoique la signification soit inversée.
Le regard estomaqué d'André, de Jean et de Jacques est incroyablement rendu, si on considère la simplicité des traits de peinture.
.
Vitrail de Pierre marchant sur les eaux, Yves Saint-Front 1967, dalle de verre sur ciment. Chapelle de la Grande Île, Chausey. Photographie lavieb-aile septembre 1018.
.
5b. Registre inférieur. La Pêche miraculeuse et la crainte de Dieu.
.
"Simon lui répondit: Maître, nous avons travaillé toute la nuit sans rien prendre; mais, sur ta parole, je jetterai le filet. L'ayant jeté, ils prirent une grande quantité de poissons, et leur filet se rompait. Ils firent signe à leurs compagnons qui étaient dans l'autre barque de venir les aider. Ils vinrent et ils remplirent les deux barques, au point qu'elles enfonçaient.
Quand il vit cela, Simon Pierre tomba aux genoux de Jésus, et dit: Seigneur, retire-toi de moi, parce que je suis un homme pécheur. Car l'épouvante l'avait saisi, lui et tous ceux qui étaient avec lui, à cause de la pêche qu'ils avaient faite." (Luc 5)
.
Jésus (nimbe crucifère vert) est debout sur les eaux, devant l'étrave de la barque. Pierre est également debout (dans le bateau ?) et brandit un grand poisson plat. Je ne sais comment, le peintre laisse passer son désarroi dans son regard.
Deux autres apôtres se penchent par dessus le liston et remontent les filets remplis de poissons. À droite, le tableau arrière et le safran du gouvernail.
.
Vitrail de Pierre marchant sur les eaux, Yves Saint-Front 1967, dalle de verre sur ciment. Chapelle de la Grande Île, Chausey. Photographie lavieb-aile septembre 1018.
.
Vitrail de Pierre marchant sur les eaux, Yves Saint-Front 1967, dalle de verre sur ciment. Chapelle de la Grande Île, Chausey. Photographie lavieb-aile septembre 1018.
.
L'éclairage, au moment de ce cliché, souligne remarquablement le pouvoir de la dalle de verre de faire miroiter la lumière et de la briser en une multitude de teintes : les bulles, l'irrégularité de la coupe et de la surface, les lignes et marques du matériau jouent mélodieusement avec le soleil d'une façon dynamique que l'instantané photographique ne peut rendre.
.
Vitrail de Pierre marchant sur les eaux, Yves Saint-Front 1967, dalle de verre sur ciment. Chapelle de la Grande Île, Chausey. Photographie lavieb-aile septembre 1018.
.
Vitrail n° 6. Le Christ en gloire.
.
Vitrail du Christ ressuscité, Yves Saint-Front 1967, dalle de verre sur ciment. Chapelle de la Grande Île, Chausey. Photographie lavieb-aile septembre 1018.
.
Vitrail du Christ ressuscité, Yves Saint-Front 1967, dalle de verre sur ciment. Chapelle de la Grande Île, Chausey. Photographie lavieb-aile septembre 1018.
.
.
6a. Registre supérieur. Christ ressuscité ou en gloire. Transfiguration ?? Ascension??.
Le Christ, dans un nimbe crucifère, vêtu du manteau rouge glorieux de la Résurrection, est assis sur un trône, en majesté, tenant le Livre des Écritures et traçant une bénédiction.
Ses pieds sont posés sur un dôme émergeant d'ondes ou de nuées.
Il est entouré de deux fois douze rois couronnés et barbus : certainement les rois de Juda de sa généalogie selon Matthieu et Luc. Ces rois tendent la main vers lui et indiquent ainsi qu'ils l'annonçaient. David tient en guise de harpe une sorte de guitare, deux autres rois brandissent un calice.
Ce registre évoque en même temps l'Arbre de Jessé, le Christ en gloire, les 24 Anciens d'Apocalypse 5:8 tenant chacun une harpe et une coupe d'encens, et le verset d'Apocalypse 5:5 : "Voici, il a remporté la victoire, le lion de la tribu de Juda, le rejeton de la racine de David [ de Jessé], pour ouvrir le livre et ses sept sceaux."
.Ces éléments me conduisent à abandonner l' hypothèse de L'Ascension et celle de la Transfiguration, mais sans exclure un habile jeu de renvois internes et polysémiques du peintre pour intégrer les références précédentes aux Apôtres.
.
Vitrail du Christ ressuscité, Yves Saint-Front 1967, dalle de verre sur ciment. Chapelle de la Grande Île, Chausey. Photographie lavieb-aile septembre 1018.
Vitrail du Christ ressuscité, Yves Saint-Front 1967, dalle de verre sur ciment. Chapelle de la Grande Île, Chausey. Photographie lavieb-aile septembre 1018.
.
6b. Registre inférieur. Prédication du Christ dans une barque.
L'interprétation est incertaine. La scène se passe dans une barque, sous une arche blanche. Le personnage nimbé vêtu de blanc est très vraisemblablement le Christ, qui lève un index kérigmatique vers le ciel et le registre supérieur. Autour de lui, sept personnages, au lieu de le regarder, tournent vers nous des regards effarés. Ce ne sont pas les Apôtres, puisqu'ils ne sont pas nimbés : c'est "la foule" assistant aux prédications.
Cela pourrait être saint Jean à Patmos (mais pourquoi la barque plutôt que l'île ? Pourquoi la barbe ?).
.
Vitrail du Christ ressuscité, Yves Saint-Front 1967, dalle de verre sur ciment. Chapelle de la Grande Île, Chausey. Photographie lavieb-aile septembre 1018.
.
Vitrail n° 7 : l'oculus occidental. Symbole eucharistique entouré de trois oiseaux marins.
Un calice est surmonté d'une hostie où s'inscrit une croix. Trois oiseaux circonscrivent le ciel bleu à nuages blancs en réunissant les ailes, et, avec leurs grandes ailes blanches à extrémité noire et leur fort bec jaune, ils évoquent des Fous de Bassan, oiseaux marins et pêcheurs par piqués audacieux en pleine mer. Ils n'ont rien d'une colombe du saint-Esprit mais l'artiste leur confère néanmoins la fonction d'intercession du Paraclet.
Tout reste donc délibérément marin, jusqu'à la traditionnelle bordure de tesselles blanches qui prend ici l'allure de deux cordages noués.
.
Oculus occidental, Yves Saint-Front 1967, dalle de verre sur ciment. Chapelle de la Grande Île, Chausey. Photographie lavieb-aile septembre 1018.
.
.
COMMENTAIRES ET DOCUMENTS (les textes copié-collés sont en retrait).
.
Résumé : le peintre Yves de Saint-Front, fils du navigateur et peintre de marine Marin-Marie, a découvert la technique de fabrication des vitraux en dalle de verre sur ciment lors d'une retraite à Saint-Benoït-sur-Loire en 1958 auprès d'un Frère, Hugues Rettel. Cette technique avait été diffusée par le père Ephrem Soccart de l'abbaye d'En-Calcat. En 1959, il reçut la commande des vitraux de Chausey par le curé de l'ïle, l'abbé Delaby. Les thèmes ont été fixés par l'abbé Delaby, les maquettes ont été réalisées par Yves de Saint-Front à l'atelier monastique de Saint-Benoît-sur-Loire, la disposition iconographique a été mise au point avec le frère Hugues Rettel, et la fabrication des dalles a eu lieu à Saint-Benoît-sur-Loire par l'atelier, où Louis-René-Petit avait été embauché. Yves de Saint-Front a vraisemblablement participé aussi à la fabrication. Les vitraux ont été inaugurés en juillet 1967.
I. L'AUTEUR DES CARTONS : YVES DURAND DE SAINT-FRONT (1928-2011).
Extrait des biographies en ligne :
a) Wikipédia.
"Yves de Saint-Front est un artiste peintre et vitrailliste français né le 23 mars 1928 à Paris et décédé le 14 octobre 2011 à Pleudihen-sur-Rance. Il est le fils du peintre de marine et navigateur solitaire normand Durand de Saint-Front, alias Marin-Marie.
Il reçoit l'enseignement du cubiste figuratif Jean Souverbie à l'école nationale supérieure de Paris dès 1949 et se lie d'amitié avec le peintre Romain Souverbie qui lui propose de rencontrer Picasso à Vallauris.
Habitant longtemps Tahiti, il y a notamment réalisé une importante série de tableaux ainsi que les vitraux de la façade Ouest de la cathédrale de Papeete et le chemin de croix de cette même cathédrale sous la forme d’une bande horizontale narrative.
Il a également exécuté de nombreuses toiles de l'ile de Chausey où il avait sa demeure familiale."
J'ai sélectionné ce qui concerne Chausey d'une part, les vitraux d'autre part :
"Naissance à Paris le 23 mars 1928, d'Yves de Saint-Front, fils du peintre de marine et navigateur solitaire normand, Durand de Saint-Front, alias Marin Marie. Yves est l'aîné d'une famille de trois enfants. Dès sa plus jeune enfance, sa mère l'emmène au musée du Louvre où il est impressionné par Rembrandt, Goya, Ingres et par l'Homme au gant de Vélasquez. Il commence son apprentissage à l'aquarelle et à la gouache selon la méthode de son père ; en 1943, il lui emprunte des tubes d'huile et fait ses premiers essais de portraits et natures mortes à Saint-Hilaire-du-Harcouët, ainsi qu'à Chausey.
1945 - Il prépare les Beaux-Arts et fréquente l'atelier d'Yves Brayer à la Grande Chaumière où il fait la connaissance de Pierre Fustenberger et de Pierre Cabannes, massier à l'époque.
1947 - Il est admis aux Beaux-Arts dans l'atelier de M. Jean Souverbie qui enseigne l'art des maîtres contemporains (Braque, Picasso, Matisse) ainsi que les primitifs. Il visite les musées parisiens dont le Louvre, et les maîtres de la tradition chrétienne comme le maître de laPietà d'Avignon ; à l'occasion des grandes expositions montées après-guerre, il découvre Van Gogh, Gauguin, Degas, Toulouse-Lautrec, ainsi que les impressionnistes.
1948 - En novembre, voyage au Maroc effectué en famille au départ de Chausey, Lisbonne-Casablanca à bord de l'Ariel, voilier de 17 m conçu pour la compétition. Retour en juillet, août par Madère sur Chausey.
1951 - Après avoir fait son service militaire en 1950, il voyage en novembre et décembre 1951 de Casablanca à Monaco comme équipier de son père sur le Carola, goélette de 300 tonneaux.
1954- il séjourne plusieurs mois à Chausey et lorsqu'il rentre fin octobre à Paris, il s'associe à une entreprise de peinture en bâtiment qui lui permet de gagner sa vie jusqu'en juin 1955. Il réalise cette année portraits, études, travaux de décoration et continue à peindre en hiver, dans la rue, les cafés de nuit. Il projette avec Gilles Artur d'effectuer une expédition aux Vanuatu. Nouvelles-Hébrides, en armant un ancien chalutier de Cancale. mais le principal mécène les abandonne.
1955 Invité à Tahiti par son oncle l'amiral Durand de Saint Front, il arrive à Papeete au début du mois de décembre 1955.
1956 - Il séjourne d'abord sur la côte ouest puis à la pointe Vénus chez le peintre Jean Masson : en juin, il expose au Cercle Polynésien situé à l'hôtel Stuart. Accueilli par la famille Teo Ananiaa, il vit trois mois et demi sur l'atoll d'Anaa où il fait la connaissance d'un vieux missionnaire, le Père Materne-Cevaëre — rencontre qui marquera sa vie spirituelle. De retour à Tahiti le 6 octobre, il s'installe à Papeete à l'hôtel Gabert jusqu'au 2 novembre, date à laquelle il embarque sur le Tahitien pour rejoindre la France. Après avoir retrouvé sa famille à Paris, il se rend fin décembre à Chausey. Ce séjour lui a permis de se confronter à la lumière extérieure, selon le principe des impressionnistes. Il peint à l'huile Paysages, portraits, vie quotidienne des habitants, ne faisant aucune concession à l'exotisme et la littérature. Attentif à sa recherche sur la couleur et la lumière, ses compositions restent classiques.
1958- En juin, à l'occasion d'une retraite à l'abbaye de Saint-Benoit-sur-Loire, il prend contact avec un frère qui a participé à la réalisation des verrières en dalles de verre du réfectoire moderne. En juillet, il revient aider le frère à réaliser des cartons (dessins grandeur nature des panneaux qui composent le vitrail), et mettre en place une rosace dans une église de la région. Il abandonne l'atelier de décoration parisien, fin décembre.
1959- Il accepte, à Pâques, le poste de surveillant et professeur de dessin au collège de Pontlevoy, près de Bloy, ce qui le rapproche de Saint-Benoit où il se rend régulièrement. Il y met au point un système de visionnage en même temps qu'il fabrique les panneaux de dalles de verre. Pendant les vacances scolaire le père Delaby [curé de Chausey] lui propose de réaliser les vitraux pour la chapelle de Chausey dont les verrières ont été en grande partie détruite pendant la guerre.
1960- Il démissionne du collège de Pontlevoy et accepte en début d'année l'offre du monastère de Saint Benoît qui l'embauche à mi-temps comme conseiller artistique, magasinier, coupeur de verre ; il pourra ainsi entreprendre les maquettes des vitraux de Chausey. Peu après, Louis-René Petit, jeune maître verrier, sera embauché. Yves de Saint-Front y travaillera jusqu'en juin 1967. Inauguration en juillet des vitraux de la Chapelle de Chausey ; six fenêtres figuratives de 2,70 m² chacune. Les thèmes ont été décidés par le père Delaby et la disposition iconographique a été mise au point avec le frère Hugues Rettel.
1962 - Il se marie en avril à l'abbaye de Saint-Benoît. Parallèlement à son emploi, il est maquettiste d'un certain nombre de chantier. Amillis, Seine-et-Marne, église du XIIIe siècle, quatre fenêtres en dalles de verre, figuratives et non figuratives (100 m²)
1963 - Boffres, Ardèche, chapelle romane, vitrail en dalles de verre, non figuratif.
1964 - Forari, aux Nouvelles-Hébrides, église œcuménique, vitraux en dalles de verre, semi-figuratifs, thèmes symboliques (200 m²).
1965 - Le Mans, église moderne Saint-Aldric, vitraux en dalles de verre, non figuratifs (200m²). .
1966 -. Pavillon-sous-Bois, banlieue est de Paris, vitraux en dalles de verre avec parties figuratives (400 m²). Vezins, Manche, vitraux plombs et grisailles pour le chœur et les transepts, thèmes figuratifs. Église moderne d'Alboussière, Ardèche, vitraux en dalles de verre, non figuratifs. Piace, Orne, vitraux en dalles de verre figuratifs et non figuratifs. Saint-Bernard Abbey, Alabama, USA, porche de l'église abbatiale, vitraux en dalles de verre et époxy, non figuratifs.
1967 - Cathédrale de Papeete, trois fenêtres en dalles de verre pour le porche d'entrée, non figuratifs, (30 m²). A la fin de l'année, il est sur place pour en diriger la pose.
[...]
1993 - Avec le frère Hugues Rettel, il met en œuvre et réalise sur place les vitraux de la chapelle du Prieuré de Saint-Benoît à Chérence ; huit fenêtres figuratives d'environ 1,60 m² chacune.
[...] A la fin de l’année 1991, il aménage un nouvel atelier dans la maison familiale de Chausey qui a été divisée par la succession.
En 1999, il quitte sa demeure du Vexin et s’installe à Pleudihen sur la Rance près de sa fille Marguerite Gaboriau. Avec l’aide de son gendre, charpentier de marine, il se lance une nouvelle fois dans la restauration d’une maison où il prévoit son atelier.
Yves de Saint-Front nous quitte le vendredi 14 octobre 2011 à l’âge de 83 ans ."
.
.
COMMENT C'EST FAIT ? LA DALLE DE VERRE SUR CIMENT.
"Mise au point au début des années 30 (Jean Godin, Jules Albertini), les réalisations en Dalles de Verre sont un élément architectural du patrimoine national (religieux et civil) et, néanmoins, un univers peu connu du grand public. Le Métier d’Art associé est une « niche » dans les Métiers d’Art du vitrail. Contemporaine, la Dalle de Verre offre un éventail élargi de visions et de formes où les signatures de peintres, de maîtres verriers et de mosaïstes se sont exercées, dont certaines reconnues sur la scène internationale : Jean Godin, Gabriel Loire, Fernand Léger, Henri Guérin, Max Ingrand, Louis Barillet, Jacques Le Chevallier, Joseph Guevel, Jean Lesquibe, Henri Martin Granel, Claude Idoux, Tristan Ruhlmann, Pierre Soulage, Frédérique Duran, et d’autres. Depuis la fin du XXème siècle, une nouvelle dimension artistique contemporaine est en voie de développement grâce à des créateurs de talent dont l’ambition est de redonner ses lettres de noblesse à cette matière et à son Métier d’Art oublié. "
Le Collectif « DALLE DE VERRE » www.collectifdalledeverre.com https://www.facebook.com/pages/Collectif-Cr%C3%A9ateur-de-vitraux-en-Dalle-de-Verre/1407682152804937 Le Collectif « Dalle de Verre » est un réseau informel de professionnels et d’amateurs éclairés dans le domaine très particulier de la Dalle de Verre. L’idée du collectif résulte d’une analyse du déclin de la Dalle de Verre depuis les années 80 et de sa disparition probable à moyen terme si rien n’est fait. Ce collectif s’est concrétisé fin 2012 sous l’impulsion de Charles Narçon, Victor-Loup Deniau, Thierry-Tristan Ruhlmann, Jacques Loire, Carlo Roccella, Gérard Albertini. Son évolution est permanente au fur et à mesure des nouveaux contacts (nationaux et internationaux). Finalité : l'idée fédératrice du collectif est de promouvoir la Dalle de Verre, de lui donner : "Un nouvel élan", de la mettre en lumière, d’explorer de nouvelles voies artistiques, de la remonter à la surface médiatique … bref, de la montrer et de faire parler d’Elle !
Fondée en 1925 par Jules Albertini, la société Albertini et Cie est aujourd’hui la seule entreprise artisanale et familiale en France spécialisée dans la fabrication de Dalles de verre et de mosaïques réputées pour leur qualité et leur palette colorée très étendue. 1, rue des Genêts - 95370 MONTIGNY-LÈS-CORMEILLES - 01 39 97 25 80 www.societe-albertini.fr - societe.albertini@orange.f
.
LE MAÎTRE-VERRIER EPHREM SOCARD (PÈRE EPHREM) ET L'ATELIER MONASTIQUE DE SAINT-BENOÎT-SUR-LOIRE.
"Atelier monastique Saint-Benoît.
Cet atelier de réalisation de vitraux en dalles de verre a été fondé en 1958 à l’occasion de la reconstruction du monastère. Les verriers ont été formés par le père Ephrem, de l’abbaye d’En Calcat, qui fut également le maître du peintre verrier Henri Guérin. La technique de la dalle de verre était alors en perte de vitesse. Les vitraux en dalles de verre étaient réalisés en atelier puis posés. Les dalles provenaient de Saint-Gobain et de l’atelier G. Albertini à Montigny-les-Cormeilles (95). Les maquettes étaient réalisées par des artistes tel que Louis René Petit, salarié qui s’installera ensuite à son compte à Saint Aignant des Gués à proximité de St Benoit puis à Orléans. Il fut l’auteur d’un grand nombre des vitraux de l’Eglise de la Borie d’Arles de Brioude prenant ainsi la succession de Yves de Saint Front alors occupé à la réalisation et la pose des vitraux de la cathédrale de Papeete à Tahiti. Ce chantier fut suivi par l’architecte Guy Bion. Les artistes Bernard Foucher, Henri Guiro et Jean François Guerin-Laguette ont aussi travaillé pour cet atelier." Le vitrail contemporain en Haute-Loire, de 1945 à aujourd’hui .
"Le Père Ephrem Socard (+1985) était lui-même le fils d'un maître-verrier. Artiste puissant doté d'une solide formation, il créa vers 1950 l'atelier de dalles de verre d'En Calcat, technique encore assez nouvelle en France à cette époque.
À la fin des années cinquante, il fut le maître d'Henri Guérin, peintre-verrier toulousain dont l'œuvre monumentale est aujourd'hui reconnue, tant dans le monde religieux que par les architectes et les particuliers qui ont su comprendre les possibilités merveilleuses de la dalle de verre dans l'architecture civile.
A partir des années soixante, le Père Éphrem forme le Père Denis Hubert à cette technique. Celui-ci lui succédera à la tête de l'atelier jusqu'à sa mort prématurée en 1999, à l'âge de soixante-sept ans. Frère David reprend alors l'atelier jusqu'à son élection comme Père Abbé en 2009.
L'atelier d'En Calcat est fort d'une collection merveilleuse de plus de 1200 dalles de toutes nuances, pour la plupart venant des fourneaux de G. Albertini, à Montigny-les-Cormeilles (95). Le joint entre les verres, grâce aux progrès techniques du liant utilisé, peut se limiter à quelques millimètres, alliant transparence maximale et solidité ; mais la libre épaisseur du trait, qui est l'armature du dessin, offre au peintre une très grande souplesse." http://www.encalcat.com/l-atelier-des-vitraux_63.php
Les couleurs de la lumière. Le vitrail contemporain en région Centre 1945-2001
L'inspection des vitraux par l'extérieur permet de voir combien cette technique diffère de celle des verres sertis au plomb.
.
Vitrail n°5, vue de l'extérieur. dalle de verre sur ciment. Chapelle de la Grande Île, Chausey. Photographie lavieb-aile septembre 1018.
.
Vitrail n°5, vue de l'extérieur. dalle de verre sur ciment. Chapelle de la Grande Île, Chausey. Photographie lavieb-aile septembre 1018.
.
La comparaison avec le recto permet de découvrir avec quelle parcimonie le peintre a appliqué les traits de peinture à la grisaille : sur le visage, ce sont seulement les lignes des sourcils et des rides, les narines, la bouche et le menton. Nous sommes très loin des vitraux du XIV au XVIe siècle, avec leurs larges morceaux de verre fins, sertis au plomb, et peints de dégradés de grisaille, de lavis, d'application de jaune d'argent ou de sanguine. Il y a avec cette technique une contrainte qui impose un art plus austère, et plus primitif rappelant les vitraux du XI et XIIe siècle. Ce qui n'est pas pour déplaire à celui qui a suivi les évolutions de la peinture du XXe siècle.
L'amateur monomaniaque de vitraux anciens qui se mettrait au défi de visiter l'ensemble des 1400 verrières recensées dans le sixième volume du Corpus Vitrearum, — celui consacré aux vitraux de Haute-Normandie —, serait amené à découvrir quelques 230 édifices de la Seine-Maritime et de l'Eure. Dans ce dernier département — sans-doute après avoir admiré les baies de Bourg-Achard — il se ferait un devoir de passer à Hauville, dans cette boucle de la Seine occupée par la forêt de Brotonne. Les auteurs du Corpus (M. Callias Bay, V. Chaussée, F. Gatouillat et M. Hérold) décrivent en effet, page 174, "des reste de vitraux Renaissance" remontés dans les fenêtres 5 et 6 et mentionnent que Jean Lafond les rangeaient parmi les "œuvres rouennaises perpétuant les inventions d'Arnoult de Nimègue" . Oh la la !
Il lirait, cet improbable monomane, que "cette église construite au XIIe siècle, est formée d'une nef romane aux piliers retaillés en colonnes au XVIe siècle, d'un collatéral sud et un transept du XVIe siècle, d'un collatéral nord du XVIIe siècle, et d'une sacristie bâtie vers 1658. Son portail attire l'attention par ses décorations en quatre colonnes romanes surmontées de plusieurs bourrelets, d'un feston à dents de scie et d'une rangée d'étoiles. La tour qui menaçait ruine en 1858 fut démolie, puis fut menée la construction du bras nord du transept et la modification du plan de toiture sous la direction de l'architecte Georges Simon de 1860 à 1864. La reconstruction du clocher au même emplacement fut entrepris en 1869 et 1870, suivie de celle du choeur, de la sacristie, de la tourelle de l'escalier du clocher, du grand portail occidental entre 1871 et 1878 sous la direction de l'architecte Barre. Édifice non classé en 1998."
Hauville (Hauville-en-Rumois, sans-doute de Harulfivilla) appartenait au XIe siècle au domaine ducal, et Richard II en attribua les bénéfices à Notre-Dame de Chartes, avant que le domaine ne soit partagé entre Pont-Audemer et l'abbaye de Jumièges. Les religieux de Jumièges étaient seigneurs de la paroisse et y avaient droit de haute justice, ils eurent la main-mise sur la paroisse pendant tout le Moyen-Âge , même si Saint-Wandrille y bénéficiait d'un droit de dîme, et Saint-Léger du Préaux y possédait un fief.
L'église est vouée à saint Paër, graphie locale de saint Paterne, évêque d'Avranches au VIe siècle (voir Saint-Pair et Saint-Poix dans la Manche, saint-Pern en Ille-et-Vilaine)
L'église de Hauville. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.
.
La baie 5 . Bras nord du transept.Trois scènes de la Vie de saint Nicolas datant du XVIe siècle.
.
Baie à 3 lancettes en plein cintre et tympan à 3 ajours de 2,20 m de haut et 1,40 m de large avec 3 médaillons datant vers 1540 dans une verrière ornementale signée par Théodore Bernard et Schwoob en 1847.
.
Vitraux de l'église de Hauville. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.
.
1. Lancette latérale gauche. Médaillon de 0,35 m. : saint Nicolas sauvant un navire du naufrage.
.
Vitraux de l'église de Hauville. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.
.
2. Lancette médiane. Médaillon de 0,35 m. : saint Nicolas ressuscitant les trois enfants.
.
Vitraux de l'église de Hauville. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.
.
1. Lancette latérale droite. Médaillon de 0,35 m. : messe de saint Nicolas.
.
Vitraux de l'église de Hauville. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.
.
La baie 6. Bras sud du transept.
Baie à 3 lancettes en plein cintre et tympan à 3 ajours de 2,20 m de haut et 1,40 m de large avec 3 médaillons datant vers 1540 dans une verrière ornementale signée par Théodore Bernard et Schwoob en 1847. Dans les lancettes latérales, deux saints dans des niches ont été retaillés en médaillons.
1. Lancette gauche. Médaillon de saint Louis. diamètre 0,35m.
.
Vitraux de l'église de Hauville. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.
.
2. Lancette centrale : Vierge à l'Enfant (1847).
Vitraux de l'église de Hauville. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.
.
3. Lancette droite : saint Guillaume d'Aquitaine (v. 1540).
inscription S. GUG.
.
Vitraux de l'église de Hauville. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.
.
N'osant s'avouer déçu de sa visite des vitraux, le visiteur cherchera d'autres sources de jouissance esthétique et examinera la Poutre de Gloire. Elle est remarquable notamment par la représentation d'un cadavre placé dans un cercueil, rappel du Golgotha mais aussi de la tradition qui veut — depuis sainte Hélène — que la croix ait été placée au dessus de la tombe d'Adam. Il échouera à déchiffrer l'inscription sous-jacente. CE CCC VI / XXIIII.
.
.
.
Poutre de Gloire de l'église de Hauville. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.
.
Poutre de Gloire de l'église de Hauville. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.
.
Poutre de Gloire de l'église de Hauville. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.
.
Poutre de Gloire de l'église de Hauville. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.
.
Poutre de Gloire de l'église de Hauville. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.
.
Poutre de Gloire de l'église de Hauville. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.
.
Poutre de Gloire de l'église de Hauville. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.
.
Les éléments sculptés de la bague des entraits et poinçons resteront également en partie mystérieux.
.
Charpente de l'église de Hauville. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.
Charpente de l'église de Hauville. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.
Charpente de l'église de Hauville. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.
.
Notez ici la poulie fixée à l'entrait, et le signe abréviatif à droite.
.
Charpente de l'église de Hauville. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.
.
Après les étoiles, la lune anthropomorphe.
.
Charpente de l'église de Hauville. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.
.
Charpente de l'église de Hauville. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.
.
Charpente de l'église de Hauville. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.
.
Trois épées au dessus de trois fouets.
Charpente de l'église de Hauville. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.
.
Charpente de l'église de Hauville. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.
.
Si notre visiteur est vexillomaniaque, il ira jeter un coup d'œil aux bannières conservées ici.
.
Celle de l'ASSOCIATION DES DAMES et sa Vierge à l'Enfant.
.
Bannière de l'église de Hauville. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.
.
Celle, plus que centenaire, de la CONFRÉRIE DE LA SAINTE ENFANCE 1907 HAUVILLE :
qu'il comparera à celle qui est conservée en Champagne-Ardennes
Bannière de l'église de Hauville. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.
.
Celle de la CONFRERIE DE LA SAINTE VIERGE / HAUVILLE.
.
Bannière de l'église de Hauville. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.
.
Celle de l'Immaculée-Conception O MARIE CONÇUE SANS PÉCHÉ PRIEZ POUR NOUS.
.
Bannière de l'église de Hauville. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.
.
Enfin, il se dirigera vers la bannière CHARITÉ DE HAUVILLE 1308. où saint Paterne est représenté en évêque sur un fond de velours rouge.
.
Bannière de l'église de Hauville. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.
.
Intrigué, il recevra des explications de la part du bedeau : les Charités sont des confréries très anciennes (celle de Hauville daterait de 1308) qui prennent en charge l'inhumation des défunts. Les membres, nommés "charitons", sont au nombre de 20 — tous des hommes — dans la paroisse. Ils possèdent leur costume de cérémonie (le bedeau, un chariton, emploie le terme de "queue de pie") et la large étole brodée on "chaperon" qui caractérise leur fonction.
"Selon la tradition orale, elle aurait été fondée en 1308 sous le règne de Philippe le Bel et placée sous le patronage de saint Paterne. Les premiers documents officiels mentionnant la confrérie datent de 1410. Les statuts de la charité ont été renouvelés le 10 novembre 1619. En 1867, à la suite d'un différend avec le curé, hostile à la charité, cette dernière s'est mise à fonctionner civilement. Le retour à un fonctionnement religieux n'a pu reprendre qu'avec le successeur de l'opposant. Elle est érigée canoniquement le 5 avril 1881 ; un nouveau règlement est alors mis en place. Depuis 2001, la charité est une association loi de 1901." (Wikipédia)
«La confrérie de charité est une association à laquelle des laïcs de confession catholique adhèrent volontairement afin de rendre aux morts les derniers honneurs et d’accompagner les familles lors des funérailles» (Cosset Fabienne, «Confréries de Charité de Normandie», Carnets d’ici, CRECET 1999).
Nées au 12e s., les Confréries de Charité se sont considérablement développées à la fin du Moyen Age, quand les grandes épidémies de peste et de choléra (14e-15e s.) nécessitaient de faire preuve de foi et de charité chrétienne pour braver la contagion en enterrant les victimes …
Le Frère de Charité ou Chariton. Ce fut tout d’abord un honneur réservé à l’élite : les chaperons, dalmatiques et autres ornements richement brodés le prouvent : seuls les gens aisés pouvaient se les offrir. A l’origine, c’était aussi une activité ‘’réservée’’ aux hommes : une sorte de club à l’anglaise.
L’entrée des femmes -les Sœurs- dans les Charités est très récente et n’est toujours pas admise dans certaines Confréries !
Le Frère entre en général dans la Confrérie pour douze années, mais peut ensuite ‘’faire le temps’’ de son épouse et de sa fille, s’il le souhaite. Une Confrérie est généralement composée de douze Frères (comme les apôtres), mais leur nombre est souvent supérieur, afin d’être toujours suffisamment nombreux pour assurer les enterrements.
Les Charités existaient bien avant les Pompes Funèbres ! Le rôle du Chariton est de porter le cercueil depuis la maison du défunt jusqu’à l’église, ensuite il participe activement à l’office religieux, enfin il déposera le cercueil à la place préparée dans le cimetière par le fossoyeur. Et tout ceci, gratuitement bien sûr !
Les Tintenelles, cloches pesant 1 à 2 kg. Tenues à la main, elles servaient à avertir les vivants de s’écarter du passage d’un convoi mortuaire, notamment quand on portait à sa dernière demeure une victime de la peste ou du choléra.… De nos jours, les Tintenelliers savent toujours faire sonner leurs tintenelles gaiement ou tristement, selon le type de cérémonie qu’ils accompagnent …
En plus d’assurer gratuitement les enterrements, nombre de Confréries de Charité ont à cœur d’aider moralement la famille affligée.
Le Chariton porte en signe distinctif sur l’épaule gauche le chaperon richement brodé, qui, parfois, recouvre un surplis blanc ou noir masquant la tenue civile du Frère.
La bannière brodée porte en général le nom du village et la date de fondation de la Confrérie, en plus de l’effigie de son Saint Patron et souvent aussi de la Vierge. Le Maître de Charité -l’équivalent du Président dans une Association- change régulièrement : chaque année ou tous les deux ans, de même que le Prévôt -chargé des comptes-.
Au cours des siècles, les Charités ont offert à leur église nombre de vitraux et d’ornements. Interdites à la Révolution, les Charités renaissent dès 1796-97.
Il existe actuellement dans l’Eure plus de 120 Confréries, 5 en Seine-Maritime, une trentaine dans le Calvados, autant dans l’Orne, sans oublier les Charitables de Béthune (62), portant une superbe dalmatique.
Le recrutement. Actuellement difficile car il nécessite de se rendre libre pour tous les enterrements, ce qui peut occasionner des difficultés aux personnes salariées."
Un rassemblement quinquennal réunit toutes les Confréries de Charité : en 2008 c’était à Hauville.
Voir aussi
— Martine Segalen. 1975, Rituels funéraires en Normandie Archives de Sciences Sociales des Religions Année 1975 39 pp. 79-88
— Michel Bée, 1996, Dans la Normandie entre Seine et Orne confrères et citoyens , Annales historiques de la Révolution française Année 1996 306 pp. 601-615
"On trouve des registres qui, régulièrement, portent plusieurs centaines de noms et, dans celui de Charités rayonnant sur plusieurs paroisses, plusieurs milliers (3). On conçoit que, dans ces conditions, la confrérie rurale inclut une très large partie de la population de la paroisse, femmes et enfants compris. La Charité de Hauville (doyenné de Pont-Audemer) inscrit, en 1774, 4704 associés."
La baie 116 (1228-1231) du transept sud de la cathédrale de Chartres : saints Christophore et Nicaise ; saint Denis remettant l'Oriflamme à Jean Clément du Mez.
L'ensemble de la vitrerie de la cathédrale montre une réelle unité formelle. Alors que les fenêtres basses qui ont conservé leurs vitraux d'origine sont toutes narratives et racontent les vies du Christ, de la Vierge et des saints dont les cycles comprennent de nombreuses scènes disposées suivant des compositionsgéométriques variées, les fenêtres hautes sont occupées par de grandes figures de saints présentés debout au-dessus d'un ou deux épisodes de leur vie, ou bien par trois ou quatre scènes hagiographiques superposées, d'une échelle assez ample pour être bien lisibles depuis le sol. Les représentations des corporations de métiers, surtout dans les fenêtres basses, et des seigneurs et ecclésiastiques, surtout dans les baies hautes, attestent des nombreuses donations dont la cathédrale a bénéficié. (Grodecki 1981, C. Lautier 2003)
Parmi les fenêtres hautes de la cathédrale, se remarque l'ensemble des 12 verrières figurées du transept (baies 115 à 120, 123 à 128) qui entourent les deux grandes roses des baies 121 et 122. L'ensemble des verrières est daté entre 1225 et 1235, sauf la baie 123 du dernier quart du 13e siècle.
Dans cet ensemble, les baies du coté nord, autour de la rose glorifiant la Vierge-Reine des Cieux et Sainte Anne, sont vouées à la Vie de la Vierge (à l'ouest) et aux Apôtres présentés deux par deux au dessus de prêtres donateurs.
Les fenêtres du coté sud du transept, tentent de répondre également à l'exigence de placer des couples de personnages, qui sont soit les apôtres Pierre et Paul, soit les prophètes (Osée et ?, Michée et Malachie), soit des saints associés car ils sont deux frères (Gervais et Protée, Côme et Damien, peut-être Crépin et Crépinien). Cette unité iconographique souffre d'exceptions, soit par notre incapacité à identifier les personnages, soit parce que d'autres principes s'appliquent, notamment la possession de reliques, et l'existence d'autels présents à proximité, comme l'a magistralement montréClaudine Lautier(figures 7 et 16).
.
Les trois fenêtres hautes du coté oriental de la baie sud du transept : 116, 118 et 120.
Dans ce sous-ensemble du transept sud, découpons encore un groupe, dont l'unité vient de ce qu'il s'offre au regard du fidèle tourné vers le déambulatoire : les trois baies voisines 116, 118 et 120. Chaque baie renferme quatre grands personnages accouplés deux à deux, et deux donateurs plus petits.
La baie 116 montre, sous une rose où siège Jean-Baptiste, deux saints traditionnellement identifiés comme Christophe et Nicaise , ainsi que saint Denis remettant l'oriflamme à Jean Clément du Metz. Les donateurs sont le prêtre Geoffroy, et Jean Clément du Metz par ses armoiries.
La baie 118 montre sous une rose consacrée à la Vierge à l'Enfant les saints Gervais et Protais et Côme et Damien, le donateur étant encore un prêtre du nom proche de Geoffroi.
La baie 120 montre sous une rose consacrée à la Vierge à l'Enfant deux prophètes dont Osée, et le donateur Pierre Mauclerc.
.
La baie 116.
C'est une verrière à 2 lancettes et une rose à 8 lobes et 16 ajours ; les lancettes mesurent 6,67 m de haut et 2,58 m de large, tandis que la rose mesure environ 4,50 m.
Réalisée en 1228-1231 (Grodecki) au moment même où le transept sud a été édifié, elle a été restaurée à la fin du 19e siècle, puis en 1920-1921 par Gaudin et enfin vers 2010 par l'atelier Peters à Paderborn (Allemagne).
.
La baie 116 du transept sud de la cathédrale de Chartres. Photographie lavieb-aile juillet 2018.
.
La lancette a (à gauche): deux saints et un donateur, le prêtre Geoffroy.
Bordure bleue, rouge et blanche de losanges et de rosettes. Fond des dais rouge.
" Deux grandes figures : 1° Saint Christophe, en robe jaune foncé et en manteau bleu, tient un livre ; une inscription semi-grecque porte : s. XPOFOR ; 2° Saint Nicaise, en robe verte et manteau bleu, avec un livre ; on lit : S : NICHASIVS. Dans le bas, on voit le donateur du vitrail, le prêtre Geoffroi, Gaufridus, ou comme le porte l'inscription : IEFROI ; il est debout et joint les mains devant un autel chargé d'une grande croix bleue ; ses vêtements sacrés sont l’amict vert, l’aube blanche, la dalmatique jaune et la chasuble bleue."
.
La demi-lancette gauche. Un saint prêtre ou moine nommé Christophore.
Ce personnage nimbé tient un livre dans la main gauche et tend un index d'argumentation avec son voisin. Il est tonsuré, la calotte rasée étant entourée d'une couronne de cheveux bruns.
Dans le sommet ogival du dais est inscrit en lettres capitales romaines les mots :
S+ P~FOR'
La première lettre est l'abréviation de Saint ou de Sanctus.
Le tilde (la barre horizontale) placée au dessus du P et du O témoigne d'une ou de plusieurs lettres absentes.
L'apostrophe qui suit le R est très vraisemblablement l'abréviation de la terminaison latine -us.
.
L'hypothèse de lire ici S. X[ist]poforus est judicieuse, car cette forme, y compris celle Xpoforus, est bien attestée en paléographie, et trouve toujours sa signification en Christophorus, "Christophe". L'inscription indique donc avec une quasi certitude SANCTUS CHRISTOPHORUS, "Saint Christophe".
La difficulté vient du fait que le personnage ne correspond absolument pas à saint Christophe, dont l'iconographie a certes évolué, mais qui se caractérise par sa taille de géant, son bâton, et par l'enfant qu'il porte sur ses épaules.
Au contraire, le personnage est un saint (nimbe) moine (tonsure), et peut-être abbé fondateur d'un Ordre (livre, la Règle ?), bien que ce livre soit placé assez systématiquement entre les mains des saints des autres lancettes (saint Nicaise ou saint Denis ici, saints Côme et Damien, Gervais et Protais en baie 118).
Cette discordance a été remarquée par l'abbé Yves Delaporte dans Les Vitraux de la cathédrale de Chartres, 1926, page 442-443, cité par James Bugslag en note de sa page 492 :
"As with some of the other inscriped names accompanying saints and prophets in the transept clerestory glass, these do not unproblematically signal the identity of these figures. Delaporte has pointed out that the attributes and dress of the two saints are at variance with the inscribed names and suggested that the images might be composite. The problem has yet to be adressed systematically."
C. Lautier cite aussi l'avis de ces deux auteurs. Le site Wikipedia dédiée aux vitraux de la cathédrale indique "Gauche : 2 saints inconnus" dans sa description de la baie 116. Toutes les autres descriptions, y compris celle de Bulteau, celle de Grodecki, ou celle des Amis de la cathédrale (mécènes de la restauration de la baie) identifient le personnage avec saint Christophe.
Ce n'est pas moi qui donnerait, bien-sûr, la solution. J'ai tenté de voir si l'inscription pouvait être lue différemment, (Carpoforus), mais j'ai écarté cette hypothèse. J'ai envisagé qu'il puisse exister plusieurs saints Christophe, puisque le plus connu porte le nom de "saint Christophe de Lycie". C'est peut-être ma meilleure suggestion, puisqu'il existe effectivement six autres saints Christophe :
Christophe d'Antioche (iiie siècle), martyr à Antioche ; célébré localement le 9 mai.
Christophe de Nicomédie, († 303), compagnon de saint Georges ; célébré les 20 et 24 avril.
Christophe de Palestine (vie siècle), ou Christophe le Romain, moine ; célébré le 30 août.
Christophe de Cordoue († 852), avec Léovigild, si désireux de connaître le martyre qu'ils allèrent volontairement trouver leur juge Maure ; célébrés localement le 20 août
Christophe de Collesano (xe siècle), moine au mont Mercure en Lucanie ; célébré le 17 décembre.
Pour valider cette hypothèse, il faudrait que l'un d'entre eux figure à l'Ordinaire de Chartres, ou que son culte soit attesté dans le diocèse.
Saint Christophe de Romagnola présente l'intérêt d'avoir été franciscain ; il n'a pas le titre de saint, mais celui de bienheureux. Il mourut à Cahors où il avait été envoyé par saint François. Mais il est mort en 1272, après la date de réalisation du vitrail.
Par ailleurs, nous pouvons nous interroger sur la date de l'inscription. Elle occupe une place inhabituelle, puisque le nom des saint Nicaise, Côme et Damien figure en latin entre les pieds des grands personnages. A-t-elle été placée là à la suite d'une restauration, provient-elle d'une autre baie ?
Enfin, est-ce le personnage qui a été modifié ? Aucune modification minime ne pourrait transformé notre quidam en un gigantesque Christophe porteur du Christ. Néanmoins, la tête du moine aurait été modifiée.
Une information est donnée par l'atelier Peters, verrier qui a restauré la baie :
"La restauration de la fenêtre haute n° 116 de la cathédrale Notre-Dame de Chartres par les ateliers Peters à Paderborn La baie 116 a été datée de la première moitié du 13e siècle, entre 1228 et 1231. Il s’agit de deux baies géminées surmontées d’une rosace dans la claire-voie du transept sud. Chacune des deux baies représente deux personnages plus grands que nature, qui se font face. La rosace est composée d’un oculus central et de huit lobes entourés de douze quadrilobes plus petits. Dans la lancette A est représenté à gauche, un clerc tonsuré, et à droite, un personnage identifié comme saint Niçaise. Les deux personnages sont nimbés et portent un livre comme attribut. Au-dessus de la tête du clerc on peut lire l’inscription S.X[- IST]OFO- R[US], ce qui permet de l’identifier comme saint Christophore. Le lectionnaire de Chartres toutefois décrit ce personnage simplement comme un laïque barbu, de très grande taille, ce qui laisserait planer un doute."
.
La baie 116 du transept sud de la cathédrale de Chartres. Photographie lavieb-aile juillet 2018.
.
La baie 116 du transept sud de la cathédrale de Chartres. Photographie lavieb-aile juillet 2018.
.
La demi-lancette droite. Saint Nicaise.
.
"Saint Nicaise, en robe verte et manteau bleu, avec un livre ; on lit : S : NICHASIVS." (Bulteau"
"Le personnage à droite est identifié par l’inscription S.NICHASIVS sous ses pieds. Les deux personnages se caractérisent par un corps étiré plus grand que nature ainsi que par leur attitude figée et peu naturelle. La partie inférieure de la baie est consacrée au prétendu donateur, un religieux, debout, qui lève ses deux mains jointes dans un geste de prière. En face de lui, une croix et un tissu blanc avec des franges dorées, identifié, semble-t-il, comme drap de naissance du Christ." (Peters)
.
Bien que les auteurs prennent, à la suite du chanoine Yves Delaporte, l'identification de saint Nicaise avec des pincettes et des points d'interrogation, sa présence dans les vitraux de la cathédrale peut s'appuyer sur trois ordres de fait, d'ailleurs reliés : je cite ici Claudine Lautier.
a) La possession de reliques.
"Le reliquaire dit « des Maries », haut de onze pouces, était composé d'un « petit donjon antique, d'orfèvrerie à jour », portant un cylindre de cristal empli de trois groupes de reliques. Dans le premier paquet, l'authentique désignait le lait de la Vierge, le bois de la croix de saint Pierre, les os de saint Paul et de saint Barthélémy, ceux de saint Luc et de saint Marc, et une relique de sainte Marguerite. Si la plupart d'entre elles pouvaient être d'origine byzantine, toutes coïncident avec des saints représentés dans les vitraux. Dans le second paquet étaient les reliques de sainte Cécile et des saints Vincent, Nicaise, Germain de Paris, Eloi évêque de Noyon, Euverte évêque.
Parmi les reliques contenues dans le second paquet conservé dans le reliquaire des Trois Maries, seules celle de saint Vincent et celle de saint Nicaise peuvent être mises en rapport avec des saints figurés dans les vitraux. Le côté hétéroclite du rassemblement de ces reliques, sans doute issues de plusieurs reliquaires disparus à une époque indéterminée, ne permet aucune supposition sur leur provenance pas plus que sur la date de leur arrivée respective dans le trésor.
Le cas de saint Nicaise est plus troublant. Dans la lancette gauche de la baie 116, il est aux côtés de saint Christophe, du moins c'est ainsi que les inscriptions nomment les deux saints. Le chanoine Delaporte conteste l'identification des deux personnages, car il refuse de reconnaître en Christophe la figure du jeune homme tonsuré et imberbe désigné par l'inscription, et en Nicaise le personnage qui ne porte aucun attribut pontifical . Mais peut-être faut-il reconnaître en saint Nicaise non pas l'illustre évêque rémois, mais l'évangélisateur du Vexin et du pays de Meulan au IVe siècle, dont le prieuré Saint-Nicaise de l'île-de-Meulan, du diocèse de Chartres, conservait le corps . Les deux saints, curieusement associés dans une même lancette, ne bénéficient pas d'un culte très important d'après les ordinaires; une chapelle de la crypte était cependant dédiée à saint Christophe."
b) les textes liturgiques.
"Le premier ordinaire, bien connu, a sans doute été rédigé vers 1225- 1235, c'est-à-dire peu après que les chanoines eurent pris possession de leurs stalles dans le chœur, à un moment où les cérémonies pouvaient prendre toute leur ampleur dans une église pratiquement achevée. Le texte liturgique est bien structuré, car le temporal et le sanctoral sont séparés, et le parcours et l'organisation des processions sont clairement décrits. Il permet donc d'analyser la solennité que l'on donnait aux fêtes de l'année liturgique ou à celles des saints du calendrier chartrain. L'importance relative de ces dernières est révélée par le nombre de « leçons » lues le jour de la fête du saint, racontant sa vie et ses mérites : une simple mémoire, trois leçons ou neuf leçons. L'autre texte est aussi un ordinaire rédigé entre 1152 et 1173, analysé par Delaporte dans la publication de l'ordinaire du XIIIe siècle, et dont il tire de son incipit le nom de Veridicus.
Saint Nicaise bénéficiait de trois leçons au jour de sa fête le 11 octobre, tandis que saint Christophe n'avait droit qu'à une simple mémoire le 25 juillet."
c) les possessions et dépendances.
"Aux nombreux établissements du diocèse de Chartres dédiés à la Vierge ou à la Trinité s'ajoutaient des fondations dont les vocables trouvent en quelque sorte un relais dans le décor monumental de la cathédrale, en particulier dans les vitraux.
Parmi les prieurés bénédictins importants figurait Saint-Nicaise sur l'île de Meulan, qui dépendait du diocèse de Chartres, alors que la ville était du diocèse de Rouen. Donné en 1095-1098 à l'abbaye normande du Bec, le prieuré conservait le corps de Nicaise, évangélisateur du Vexin et du pays de Meulan. Il était favorisé par les évêques de Chartres, et c'est son saint patron qui est représenté dans la baie 116 du transept de la cathédrale . L'abbaye Saint-Denis de Nogent-le-Rotrou, fondée vers 1028- 103 par Geoffroy III, vicomte de Châteaudun, devint prieuré clunisien en 1090 et richement dotée, ce qui lui permit de fonder par la suite de nouveaux prieurés. Saint Denis, dont le trésor conservait une relique, était représenté plus d'une fois dans la vitrerie de la cathédrale." (C. Lautier)
.
Nous aurions donc ici la représentation de saint Nicaise, apôtre et martyr du Vexin avec ses compagnons Quirin et Scuvicule, mais placé ensuite à la tête de la liste des évêques de Rouen et inscrit à ce titre dans tous les martyrologes et calendriers liturgiques normands. Notons qu'il est présenté dans la Passio Nigasii comme un compagnon de saint Denis (Louis Violette).
.
La baie 116 du transept sud de la cathédrale de Chartres. Photographie lavieb-aile juillet 2018.
.
Le registre inférieur : le donateur.
À droite, le donateur le prêtre Geoffroy.
La partie inférieure de la baie est consacrée au donateur, un prêtre, debout, qui lève ses deux mains jointes dans un geste de prière. La description de Bulteau est très précise : "Dans le bas, on voit le donateur du vitrail, le prêtre Geoffroi, Gaufridus, ou comme le porte l'inscription : IEFROI ; il est debout et joint les mains devant un autel chargé d'une grande croix bleue ; ses vêtements sacrés sont l’amict vert, l’aube blanche, la dalmatique jaune et la chasuble bleue." Ajoutons que ce prêtre en habit de célébrant est tonsuré.
Bulteau assimile IEFR / OI à Gaufridus, un père de famille qui apparaît en donateur avec son épouse et ses enfants sur la baie 101 de l'abside du chœur, portant peut-être la besace des pèlerins de Compostelle. Il s'agit du chevalier (miles) Geoffroy de Dillonvilliers de Gallardon, Eremburge, sa femme, et Raoul, leur fils aîné, qui apparaissent dans le capitulaire chartrain en 1210 et 1212 : Le cartulaire de Notre-Dame-de-Chartres de mars 1210 mentionne Gaufridus de Galardone :
Geoffroy de Gallardon, Eremburge, sa femme, et Raoul, leur fils aîné, vendirent au Chapitre, pour 140 livres chartraines, tout ce qu'ils possédaient de cens et de surcens dans la Banlieue de Chartres. . ( cf. concernant le nom, l'abbaye de Bonneval à Gallardon, non loin de Chartres).
On trouve aussi cette famille, portant les coquilles de pèlerinage, comme donatrice de la baie 136 sous saint Jacques.
Néanmoins, Gaufridus est ici le prénom du donateur, et non un nom de famille.
Le manuscrit Chartres ms 330 de le 2ème moitié du XIIIe siècle provenant du chapitre de la cathédrale, mentionne Gaufridus de Trano, auteur de Summa super titulis Decretalium.
Cette assimilation ou ce rapprochement du prêtre [G]IEFROI avec le donateur Gaufridus des baies 101 et 136 n'est donc pas licite. Ce clerc ne peut être identifié. Mais c'est très vraisemblablement le donateur de la baie 118, très similaire et accompagné de l'inscription tronquée IEF / OI.
.
La baie 116 du transept sud de la cathédrale de Chartres. Photographie lavieb-aile juillet 2018.
.
En face de lui, un autel recouvert d'un drap blanc frangé supporte une croix bleue pattée. Des médaillons à quatrefeuilles sont accrochés aux branches de la croix.
.
La baie 116 du transept sud de la cathédrale de Chartres. Photographie lavieb-aile juillet 2018.
.
La restauration par l'atelier Peters de Paderborn (Allemagne).
.
La baie a avant et après restauration, source et copyright Glasmalerei Peters GmbH Am Hilligenbusch 23 - 27 D - 33098 Paderborn
.
.
.
.
La lancette b (à droite): saint Denis et Jean Clément du Mez et un donateur, le prêtre Geoffroy.
Comme la précédente, et les lancettes de la baie 118, elle est divisée en deux registres, le plus grand accueillant deux personnages plus grands que nature, dans des dais, et, au dessous, le plus petit destiné à témoigner d'une donation. Mais ici, les deux personnages ne sont pas séparés mais participent à une action commune : la remise d'un oriflamme. L'un des deux, seul à être nimbé, domine légèrement l'autre. De plus, le fond n'est pas homogène, mais bleu à gauche et rouge à droite : ils n'appartiennent pas au même espace coloré.
" Deux grandes figures: 1° Saint Denis, en habits pontificaux, donne l’oriflamme à Henry Clément, dit le Petit-Maréchal ; 2° Henry Clément est vêtu d’une cotte de mailles d’or et d’un surtout bleu blasonné. Dans le bas, se voient les armoiries de Henry Clément entre deux chandeliers." (Bulteau)
"La lancette B montre deux personnages debout également, à gauche, saint Denis qui donne l’oriflamme à Jean Clément. L’inscription S. DIONISIVS ainsi que la mitre qu’il porte, le nimbe et le livre dans la main gauche permettent son identification. Le personnage à droite porte un vêtement militaire avec, sur la poitrine, le blason de la famille Clément. Cette figure héraldique est représentée de nouveau dans la partie inférieure de la lancette. Cette lancette se distingue par rapport à la lancette A en particulier par un léger déhanchement des personnages, ainsi que par une bordure à rinceaux floraux et une composition harmonieuse." (Peters)
.
La baie 116 du transept sud de la cathédrale de Chartres. Photographie lavieb-aile juillet 2018.
.
Roger de Gaignières avait fait relever le dessin de cette baie, ce qui en atteste la véracité au fil du temps :
Dessin de la baie 116 relevé par Robert de Gaignières au XVIIe siècle.
.
Hémi-lancette à gauche : saint Denis remettant l'oriflamme.
Saint Denis, — identifié par l'inscription S. DIONISIVS ainsi que par la mitre qu’il porte, le nimbe et le livre dans la main gauche — , tient la hampe d'une lance où est fixé par trois rubans verts un drapeau. Celui-ci est rouge, à cinq bandes se terminant en pointes, et garnies de houppes blanches à forme d'olive : c'est l'Oriflamme de l'abbaye de Saint-Denis. Les pièces blanches figurent peut-être l'or de cet étendard (oriflamme = aureo flamma, flamme d'or). Ce vitrail donne la (l''une des) plus ancienne illustration de l'Oriflamme.
Or, cet Oriflamme, Vexillum beati Dionysii, conservé à Saint-Denis était, au Moyen-Âge, l'étendard du roi de France en temps de guerre. Louis VII s'en était saisi en 1147 pour la Deuxième Croisade, et Philippe-Auguste en 1190 pour la Troisième Croisade et en 1214 à Bouvines. On le nommait l'oriflamme du roi, l'oriflamme de France, et il témoignait de la protection divine dont bénéficiait le royaume.
L'étendard de Saint-Denis fait son apparition dans l'histoire en 1124. En juillet de cette année, l'empereur Henri V décide de faire la guerre au roi de France Louis VI. Celui-ci lève en hâte une armée. Rassemblée à Reims, l'armée française fait une telle impression qu'à la mi-août les troupes germaniques rebroussent chemin sans livrer bataille.
C'est à ce moment, d'après Suger, que Louis VI apprend que « saint Denis est le patron spécial et, après Dieu, le protecteur sans pareil du royaume ». Le roi se rend donc à l'abbaye et prend sur l'autel l'étendard (vexillium), « appartenant au comté de Vexin, au titre duquel il se trouve feudataire de l'église ; il le prend conformément à son vœu comme de la main de son seigneur », puis part vers le point de ralliement de l'armée. Le nouvel étendard vient comme en remplacement de celui que Louis VI avait perdu, en même temps que son cheval, le 20 août 1119, lors de la défaite de Brémule infligée par les Normands.
C'est en tant que comte de Vexin que le roi lève l'étendard de Saint-Denis. Le roi possède ce comté depuis 1077, quand le dernier titulaire, Simon, pour se faire moine, l'a remis à son suzerain. (D'après Wikipédia)
.
.
La baie 116 du transept sud de la cathédrale de Chartres. Photographie lavieb-aile juillet 2018.
.
La baie 116 du transept sud de la cathédrale de Chartres. Photographie lavieb-aile juillet 2018.
.
Hémi-lancette de droite : Jean Clément du Mez.
Ce chevalier est identifié par les armoiries de son tabard : d'azur à la croix recercelée (ancrée avec étirement des extrémités) d'argent, à la cotice de gueules brochant en bande.
Ce sont les armes de la branche cadette de la famille Clément, seigneur du Mez (Dordives, Loiret) et d'Argentan (Orne). Cette famille obtint le titre de maréchal de France durant le XII et le XIIIe siècle.
James Bugslag identifie ce personnage comme étant Jean III Clément du Mez.
-Jean Clément III , seigneur du Mez et d’Argentan, croisé avec Louis IX et fait prisonnier avec lui en 1249, Maréchal de France à 17 ans, dès 1225, décéda le 17/03/1261
-Son père, Henri Ier Clément (1170-1214), avait été élevé au rang de maréchal vers 1204 par le roi Philippe-Auguste pour sa participation à la conquête de la Normandie, de l’Anjou, de la Touraine ; pour ses exploits militaires Henri Clément reçoit en récompense le château d’Argentan en 1207 (château royal des Plantagenets en France) puis le château de Parthenay en 1208.
Celui-ci, le "Petit Maréchal", s'était illustré à la bataille de Bouvines.
-Son grand-père Robert III Clément + 1181/82 seigneur du Mez (77, Gâtinais), succède à son frère Aubri, désigné par Louis VII comme conseiller et Gouverneur du Prince Royal Philippe (futur Philippe II «Auguste» (~1168), quasi Régent pendant la jeunesse du Roi, conseiller et ministre.
-Son frère Eudes Clément du Mez mort le 05/05/1248 fut Abbé de Saint-Denis (1228) puis Archevêque de Rouen . Il reconstruit la vieille abbatiale de Suger dès 1231.
- Son troisième fils Jean Clément devint chanoine de Chartres.
L'identification du personnage comme étant Jean, et non Henri comme le propose Bulteau, est cohérente avec la présence de saint Jean-Baptiste dans l'oculus.
Jean du Mez ou ses ancêtres, ont-ils rempli la fonction de porte-oriflamme ? La bannière de Saint-Denis était présente à Bouvines, avec l'avant-garde qui avait franchi le pont de Bouvines le 27 juillet. Et on sait aussi de Henri Ier s'illustra dans cette bataille : "Henri Clément bloque l’armée du roi d’Angleterre à la Roche aux Moines avec le prince Louis, futur Louis VIII."
.
Bugslag souligne que ce vitrail est le seul exemple du début du XIIIe siècle où un chevalier est peint dans le registre principal, au même niveau qu'un saint, et non dans le registre des donateurs. Les exemples de représentation de saint remettant une bannière à un chef militaire sont rares dans l'art médiéval. Un dessin conservé au Vatican a recopié des mosaïques où saint Pierr remet la bannière de Rome à Charlemagne et son étole au pape Léon III. Un ducat d'or du doge Andreas Dandolo (1343-1354) montre saint Marc remettant son drapeau au doge.
Grodecki a remarqué la ressemblance entre cette figure de Jean Clément de Mez et un chevalier sculpté sur le portail de gauche du porche du transept sud : ce dernier est vêtu d'un surcot sur une armure alors démodée, il porte une lance où un étendard est enroulé, il avance la jambe gauche.
.
Figure accompagnant l'article de James Bugslag. Droits réservés.
.
On remarquera aussi que le toit du dais est remplacé par un bâtiment, qui pourrait correspondre à l'abbaye de Saint-Denis.
.
Enfin, puisque l'oriflamme est lié à l'origine aux comtes du Vexin, on se rappellera que, dans la baie a, saint Nicaise était évangélisateur du Véxin.
.
En définitive, qu'il s'agisse ici de Henri Ier Clément ou de son fils Jean III, le vitrail montre la remise de l'oriflamme par Saint Denis au Maréchal du roi de France et rappelle le rôle illustre de Henri Ier à Bouvines. Il honore, de manière exceptionnelle, cette famille Clément du Mez, mais à travers elle, c'est sans-doute le pouvoir royal qui affirme son autorité et son élection divine, soit l'alliance de la monarchie et de la religion.
Si on accepte la datation proposée par Grodecki (1228-1231), elle correspond au règne de Saint Louis, couronné à 12 ans en 1226, et à la régence de Blanche de Castille jusqu'en 1235.
.
La baie 116 du transept sud de la cathédrale de Chartres. Photographie lavieb-aile juillet 2018.
.
La restauration par l'atelier Peters de Paderborn.
.
La lancette b avant et après restauration. Source et copyright Glasmalerei Peters GmbH Am Hilligenbusch 23 - 27 D - 33098 Paderborn
.
La tête de Jean Clément avant restauration. Source et copyright Glasmalerei Peters GmbH Am Hilligenbusch 23 - 27 D - 33098 Paderborn
.
Jean Clément après restauration.Source et copyright Glasmalerei Peters GmbH Am Hilligenbusch 23 - 27 D - 33098 Paderborn
.
.
La rose sommitale à 8 lobes et 16 ajours.
.
"Dans la rose, saint Jean-Baptiste, en tunique de peau verte et en manteau bistré, tient l’Agneau divin, et dit : Ecce Agnus Dei. Un pétale contient les armes de Henry Clément, d’azur à la croix ancrée d’argent et à la bande de gueules brochant sur le tout." (Bulteau)
"La rosace est composée d’un oculus central et de huit lobes entourés de douze quadrilobes plus petits.
"La rosace, placée au-dessus des deux lancettes au milieu de leur amortissement, montre un Jean-Baptiste barbu, nimbé de rouge, vêtu d’une peau de chameau et portant sur son bras gauche l’Agneau de Dieu. Il est entouré de différents éléments floraux, et dans le lobe inférieur, du blason de la famille Clément. Les motifs d‘ornementation utilisés dans cette partie de la baie se distinguent de nouveau par rapport aux deux lancettes, et semblent conçus comme le lien entre les deux. En particulier, on y retrouve les rinceaux de vigne, les fleurs quadrilobées et les hachures en croix, motifs déjà rencontrés dans les deux lancettes. On relève des parallélismes dans la représentation figurative des personnages, p.ex. en ce qui concerne les plis des vêtements, et les premières tentatives d’une individualisation des personnages. Au total, cette baie comporte 117 panneaux de dimensions les plus variées." (Peters)
Par ses armoiries, elle appartient au même programme que la lancette b.
.
La baie 116 du transept sud de la cathédrale de Chartres. Photographie lavieb-aile juillet 2018.
La baie 116 du transept sud de la cathédrale de Chartres. Photographie lavieb-aile juillet 2018.
.
La baie 116 du transept sud de la cathédrale de Chartres. Photographie lavieb-aile juillet 2018.
.
CONCLUSIONS.
Les satisfactions esthétiques et intellectuelles suscitées par l'étude de cette baie sont multiples, non sans réserver un bon nombre d'énigmes excitantes.
Etude de la technique de la peinture sur verre au XIIIe siècle : choix des couleurs, découpe, peinture à la grisaille.
Étude des techniques de restauration.
Réflexion sur le rôle des donateurs : simples payeurs, ou participant au choix du sujet ?
Identité des donateurs : ici, le prêtre Geoffroi (un chanoine de Chartres ?) et un chevalier.
Etude de l'héraldique dans la cathédrale.
Présence de l'influence des Croisades.
Affirmation des pouvoirs religieux dans le choix iconographie. Saint Nicaise témoigne du pouvoir du chapitre cathédrale, possesseur de reliques et du prieuré de Saint-Nicaise dans le Véxin.
Affirmation du pouvoir politique et royal par la représentation de saint Denis remettant l'Oriflamme au Maréchal de France, alors Jean Clément du Mez.
— BUGSLAG (James), 1998, « Ideology and Iconography in Chartres Cathedral Jean Clément and the Oriflamme », Zeitschrifi fur Kunstgeschichte, 61/4, 1998, p. 491-508.
https://www.jstor.org/stable/1482940
— BULTEAU (abbé Marcel Joseph) 1887 Monographie de la cathédrale de Chartres. Par l'abbé Bulteau ... Deuxième édition, revue et augmentée. Tome 3 par Société Archéologique d'Eure-et-Loir (Chartres) page 236
— KURMANN-SCHWARZ (Brigitte), 1996, Récits, programme, commanditaires, concepteurs, donateurs : publications récentes sur l'iconographie des vitraux de la cathédrale de Chartres Bulletin Monumental Année 1996 154-1 pp. 55-71
— LAUTIER (Claudine), 2003, . Les vitraux de la cathédrale de Chartres. Reliques et images. In: Bulletin Monumental, tome 161, n°1, année 2003. Les vitraux de la cathédrale de Chartres. Reliques et images. pp. 3-1; doi : https://doi.org/10.3406/bulmo.2003.1180 https://www.persee.fr/doc/bulmo_0007-473x_2003_num_161_1_1180
— LAUTIER (Claudine ), 2011, Restaurations récentes à la cathédrale de Chartres et nouvelles recherches , Bulletin Monumental Année 2011 169-1 pp. 3-11 Fait partie d'un numéro thématique : La cathédrale de Chartres. Restaurations récentes et nouvelles recherches.
La campagne de restaurations 2006-2010 La restauration récente a été répartie entre six ateliers, travaillant parfois en collaboration.
Atelier Vitrail-France (Le Mans) : baie 100, avec l’atelier I. Baudoin-Louw (2006) ; baies 103 et 105 (2008) ; baie 106 (2009-2010) ; baie 122, rose sud et 5 lancettes (2008-2009). Atelier Petit-Babet (Chenonville) : baie 101 (2006) ; baie 108 (2010) ; baies 111, 113 et 114, avec l’atelier Lorin (Chartres) (2009-2010). Atelier Lorin (Chartres) : baie 102 (2006). Atelier Pinto (Tusson) : baie 107 (2007- 2008), baie 109 (2009). Atelier Debitus (Tours), avec les ateliers Geronazzo (Paris) et Leliepvre (Domfronten-Champagne) : baies 110 et 112 (2009-2010).
."Ils ont effectué les nettoyages, la suppression des produits de corrosion, celle d’un certain nombre de plombs de casse et leur remplacement tantôt par des collages et tantôt par de fins rubans de cuivre (dits « Tiffany »), la consolidation des soudures, mais aussi la remise en plombs partielle de nombreux panneaux des lancettes sous la rose sud. Dans certaines baies, l’entourage des panneaux a été consolidé par de minces cadres en laiton soudés aux plombs d’entourage, ce qui limitera d’éventuelles déformations. Tous les vitraux ont également été protégés par des verrières de doublage. Celles-ci, réalisées selon un procédé de thermoformage de plaques de verres sur empreinte des panneaux anciens 22, ont été montées sur des armatures neuves posées à quelques centimètres à l’arrière des armatures anciennes portant les panneaux de vitraux. De minces aérations ont été ménagées pour permettre la circulation d’air, par l’intérieur du monument, entre le vitrail ancien et la verrière de doublage. L’efficacité de ces protections a été prouvée par maintes études menées dans le cadre de programmes européens auxquels a participé le Laboratoire de recherche des monuments .historiques. Elles isolent les vitraux anciens des pluies chargées de substances corrosives et empêchent la condensation sur la face interne. Or cette dernière fragilise la peinture à la grisaille et la rend pulvérulente ou lacunaire. Ainsi protégés, les vitraux conserveront longtemps leur luminosité et leur lisibilité, et leur peinture à la grisaille sera sauvegardée."
— PETERS (Atelier Peters à Paderborn, Allemagne) : La restauration de la fenêtre haute n° 116 de la cathédrale Notre-Dame de Chartres par les ateliers Peters à Paderborn
" La baie 116 a été datée de la première moitié du 13e siècle, entre 1228 et 1231. Il s’agit de deux baies géminées surmontées d’une rosace dans la claire-voie du transept sud. Chacune des deux baies représente deux personnages plus grands que nature, qui se font face. La rosace est composée d’un oculus central et de huit lobes entourés de douze quadrilobes plus petits. Dans la lancette A est représenté à gauche, un clerc tonsuré, et à droite, un personnage identifié comme saint Niçaise. Les deux personnages sont nimbés et portent un livre comme attribut. Au-dessus de la tête du clerc on peut lire l’inscription S.X[- IST]OFO- R[US], ce qui permet de l’identifier comme saint Christophore. Le lectionnaire de Chartres toutefois décrit ce personnage simplement comme un laïque barbu, de très grande taille, ce qui laisserait planer un doute. Le personnage à droite est identifié par l’inscription S.NICHASIVS sous ses pieds. Les deux personnages se caractérisent par un corps étiré plus grand que nature ainsi que par leur attitude figée et peu naturelle. La partie inférieure de la baie est consacrée au prétendu donateur, un religieux, debout, qui lève ses deux mains jointes dans un geste de prière. En face de lui, une croix et un tissu blanc avec des franges dorées, identifié, semble-t-il, comme drap de naissance du Christ.
La lancette B montre deux personnages debout également, à gauche, saint Denis qui donne l’oriflamme à Jean Clément. L’inscription S. DIONISIVS ainsi que la mitre qu’il porte, le nimbe et le livre dans la main gauche permettent son identification. Le personnage à droite porte un vêtement militaire avec, sur la poitrine, le blason de la famille Clément. Cette figure héraldique est représentée de nouveau dans la partie inférieure de la lancette. Cette lancette se distingue par rapport à la lancette A en particulier par un léger déhanchement des personnages, ainsi que par une bordure à rinceaux floraux et une composition harmonieuse.
La rosace, placée au-dessus des deux lancettes au milieu de leur amortissement, montre un Jean-Baptiste barbu, nimbé de rouge, vêtu d’une peau de chameau et portant sur son bras gauche l’Agneau de Dieu. Il est entouré de différents éléments floraux, et dans le lobe inférieur, du blason de la famille Clément. Les motifs d‘ornementation utilisés dans cette partie de la baie se distinguent de nouveau par rapport aux deux lancettes, et semblent conçus comme le lien entre les deux. En particulier, on y retrouve les rinceaux de vigne, les fleurs quadrilobées et les hachures en croix, motifs déjà rencontrés dans les deux lancettes. On relève des parallélismes dans la représentation figurative des personnages, p.ex. en ce qui concerne les plis des vêtements, et les premières tentatives d’une individualisation des personnages. Au total, cette baie comporte 117 panneaux de dimensions les plus variées.
Après leur démontage et leur transport à Paderborn, les différents panneaux de la baie furent photographiés dans le studio des Ateliers Peters, en vue de leur documentation détaillée. Ces photographies servirent ensuite de base pour la cartographie digitale relevant les désordres constatés dans la plombure, dans la substance des verres et la peinture. Les Ateliers Peters utilisent des programmes d’ordinateurs spécifiques pour réaliser cette cartographie, afin d’assurer une précision maximale et afin de permettre une diffusion et une démultiplication de l’information sans perte de qualité. Sur un panneau fut réalisé, à titre de documentation, un scannage 3D à lumière blanche. C’est en coopération avec l’université de Bamberg que cet appareil a été testé pour réaliser des analyses topographiques des surfaces des verres, dans le but d’obtenir des informations détaillées concernant l’enlèvement des couches de salissures et de corrosion, et afin de rendre de nouveau visibles le cas échéant, des traces de peintures perdues. Lors du nettoyage des panneaux, le L.R.M.H. (Laboratoire de Recherche des Monuments Historiques) a accompagné l’analyse des différentes couches de corrosion et leur composition. A la suite des ces analyses, fut déterminée et soumise au propriétaire et à l’architecte en chef des Monuments historiques, une méthodologie de restauration. La surface intérieure fut traitée dans un premier temps par une aspersion partielle d’un mélange de 70% d’éthanol et d’eau. Cette aspersion fut répétée par deux fois, pour éliminer des micro-organismes encore actifs, ainsi que des spores qui pourraient le redevenir. Ensuite fut procédé à un nettoyage contrôlé au pinceau sous microscope. En parallèle, il importait de refixer des couches de peintures fragilisées au moyen d’un acrylate.Des couches de peintures qui se soulevaient furent légèrement chauffées et refixées au moyen d’une spatule thermique. Afin de traiter la surface extérieure très fortement corrodée et obscurcie par des produits de corrosion, les Ateliers Peters ont utilisé un procédé différent de ceux plus classiques et légèrement agressifs. C’est en raison de la composition des produits de corrosion que ce procédé de l’utilisation d’un échangeur d’ions CO2 fut rendu possible: il permet de transformer les couches de corrosion en un produit facilement soluble que l’on peut ensuite éliminer simplement avec des spatules en plastique. L’avantage de cette méthode réside dans le fait que l’échangeur d’ions ne laisse sur le verre historique aucune trace de produit agressif pour le verre et que le processus d’échange d’ions est stoppé directement après élimination des couches de salissures. Il s’agit d’une résine qui est appliquée sur la surface dans l’état solide et qui est ensuite activée par de l’eau distillée, ce qui permet un contrôle précis de l’opération, contrairement aux autres produits, comme l’E.D.T.A. dont l’utilisation peut laisser des traces sur le verre qui peuvent ensuite être réactivées par l’eau de condensation et devenir sources de nouveaux désordres. Ce procédé d’échange d’ions utilisé par les Ateliers Peters est dépourvu de tout risque et en ce sens offre les meilleures garanties dans le cadre des monuments historiques. Cette méthode s’est avérée au cours des tests comme la plus fiables entre toutes, et une dernière fine couche de corrosion, servant de protection, fut laissée sur le verre afin de ne pas attaquer la couche inférieure de gel. La réinstallation de la baie 116 a été réalisée entre le 19 et le 25 janvier 2013, en l’absence de masticage des panneaux, car le vitrail sera désormais placé devant un vitrage de protection extérieure, assurant l’étanchéité, avec prise d’air par l’intérieur de l’édifice, dans des conditions quasi identiques à une conservation en musée." Traduction : Félicité Schuler-Lagier
Glasmalerei Peters GmbH Am Hilligenbusch 23 - 27 D - 33098 Paderborn
— SAMZUN (Philippe), 2016, Tours protège les vitraux de Chartres, La Nouvelle République, article du
"Tours, rue de la Bourde. Sur la table de travail de l'atelier Debitus, une belle tête de clerc, reconnaissable à sa tonsure. Une tête « récente » car elle date vraisemblablement du XVI esiècle alors que le reste du vitrail remonte au XIII e. Ce vitrail, il provient de la cathédrale de Chartres et se trouve depuis des mois entre les mains expertes de Laurence Cuzange et Nicolas Babouin. L'un et l'autre ont repris, il y a deux ans, l'atelier d'Hervé Debitus. Un maître d'art qui – pour protéger les vitraux de la cathédrale de Tours – a mis au point un dispositif de protection des verrières particulièrement innovant.
Une protection ad vitam aeternam
« Un vitrail se salit de l'intérieur parce qu'autrefois, les cierges dégageaient beaucoup de suie. Il s'altère aussi de l'extérieur à cause des pluies acides et autres formes de pollution »,explique Laurence Cuzange. En Angleterre, c'est dès la fin du XIX esiècle qu'on a pensé à mettre en place une structure métallique vitrée pour protéger ces fragiles livres d'histoire et de foi que sont les vitraux « mais ça se voyait, ça brillait, ça n'était pas esthétique ». Le brevet déposé par Hervé Debitus s'appuie sur une technique différente : « Il s'agit d'une sorte de double vitrage qui n'adhère pas au vitrail pour permettre un flux d'air et éviter la condensation. Sur cette nouvelle surface vitrée, on reconstitue les dessins délimités par les plombs ainsi que les grandes tendances colorées. « La cuisson donne une patine à ce verre neuf. Cela permet de disposer de " légères vibrations colorées ". La lumière continue de passer mais le vitrail est protégé. » Actuellement, la protection des vitraux constitue le gros de l'activité de l'atelier Debitus « mais la technique n'est mise en œuvre qu'au moment où le vitrail est dans l'atelier afin d'y être restauré ». Une œuvre de longue haleine. Restaurer un vitrail, c'est un an de travail pour deux artisans : « On est à pied d'œuvre depuis deux ans sur la baie 116 de la cathédrale de Chartres. Auparavant, on a restauré la 110 mais nous sommes également intervenus sur Bourges, la Sainte-Chapelle et, actuellement, Reims. » Un vitrail du XIII esiècle, c'est 45 m 2de verre coloré : « Il s'agit toujours de commandes d'État qui portent sur de grosses opérations réparties en lots. Ainsi, pour la commande actuelle, on partage le travail avec un atelier de la Sarthe. Au total, huit ont été mobilisés pour restaurer huit fenêtres »… avec la satisfaction de savoir qu'une fois la protection inventée par Hervé Debitus mise en place, l'œuvre sera éternellement protégée.
Philippe Samzun, La Nouvelle République, Indre-et-Loire, Publié le 24/01/2016 à 05:45
:
1) Une étude détaillée des monuments et œuvres artistiques et culturels, en Bretagne particulièrement, par le biais de mes photographies. Je privilégie les vitraux et la statuaire. 2) Une étude des noms de papillons et libellules (Zoonymie) observés en Bretagne.
"Il faudrait voir sur chaque objet que tout détail est aventure" ( Guillevic, Terrraqué). "Les vraies richesses, plus elles sont grandes, plus on a de joie à les donner." (Giono ) "Délaisse les grandes routes, prends les sentiers !" (Pythagore)