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8 novembre 2018 4 08 /11 /novembre /2018 18:36

La verrière de l'Apparition du Christ à Madeleine, de saint Georges et saint Adrien  de la baie 22 (anonyme, vers 1510) offerte par Binot-Briselet, en l'église Notre-Dame de Louviers.

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1. Sur Louviers :

 

2. La liste de mes articles sur les vitraux.

 

 

 

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PRÉSENTATION.

Cette baie de 4,50 m de haut et 2,90 m de large occupe le bas-coté sud, à la suite de la baie 24 offerte par  Claude Le Roux vers 1525 et de la baie 26 offerte par les Drapiers de Louviers vers 1490-1500. Ces baies suivent donc la construction de l'élévation sud et de son splendide portail, commencé en 1506 grâce au mécénat de Guillaume II Le Roux.

Avec la baie 20 des Apparitions du Christ, elles forment un ensemble homogène attribué à un atelier de Rouen, également auteur deux verrières de l'église Saint-Godard de Rouen (baie 5 des Apparitions du Christ, 1500-1510 et baie 6 de la Vie de la Vierge v.1506) et des  baies 3, 4 5 et 6 de la Vie de la Vierge de Saint-Jean d'Elbeuf vers 1500 (offertes par les Le Roux). La reprise de cartons à grandeur, d'origine parisienne (Jean d'Ypres ?) est patente dans plusieurs des panneaux de cet atelier. (Caroline Blondeau propose le nom de Cardin Jouyse pour cet atelier ; on parlait aussi, depuis Jean Lafond, du "Maître de la Vie de SaintJean-Baptiste").

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"Les parties anciennes occupent leur baie d'origine, dans laquelle les portraits des donateurs ont été déplacés ; en 1903, les panneaux restitués ont remplacés soit des losanges, soit des panneaux anciens placés en bouche-trou ; le baptême du Christ, aujourd'hui dans la baie 26 occupait la lancette droite, la Vierge de l'Annonciation actuellement dans la sacristie et le dais qui couronne le saint Claude de la baie 24 occupaient le tiers supérieur de la 3ème lancette." (Callias Bey et al.)

Elle présente sur ses quatre lancettes quatre saints personnages en pied, deux "chevaliers" (saint Georges et saint Adrien) encadrant la scène de la confrontation de Marie-Madeleine avec le Christ ressuscité. Le registre inférieur est réservé aux donataires; le tympan à 10 mouchettes et 3 soufflets montre une Annonciation, le Voile de Véronique et des armoiries mal identifiées.

 

Baie 22 (vers 1510 et 1903) de l'église Notre-Dame de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Baie 22 (vers 1510 et 1903) de l'église Notre-Dame de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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"Offert par Guillaume Le Forestier, gouverneur de la ville en 1515, il représente Saint Georges, Marie Madeleine, le Christ et Saint Adrien. C’est un des plus beaux vitraux de Notre-Dame. Restauré par Muraire en 1903, la recherche dans les couleurs, les drapés et les techniques (transparence…) en font un vitrail admirable" (Office du Tourisme Seine-Eure)

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Situation de la baie 22 sur un plan de l'Office du tourisme Seine-Eure.

Situation de la baie 22 sur un plan de l'Office du tourisme Seine-Eure.

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LES QUATRE LANCETTES.

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Baie 22 (vers 1510 et 1903) de l'église Notre-Dame de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Baie 22 (vers 1510 et 1903) de l'église Notre-Dame de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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LA LANCETTE GAUCHE : SAINT GEORGES TERRASSANT LE DRAGON.

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Tête du saint restitué par Muraire 1903.

Le saint se détache d'une niche architecturée gothique à pavements à carreaux à monogrammes (G, S, O ?) où une tenture damassée d'or (rinceaux et grenade au pochoir) à bordure frangée est suspendue.

Il est vêtu d'une armure complète au dessus d'une cotte de maille. Les solerets élargis en pied d'ours confirment la datation estimée. Le surcot vert clair est damassé à revers violet.   Le chevalier porte une épée en main droite et une lance, dont il dirige la pointe vers le fond de la gueule du dragon.

L'armure est en verre bleu aux lignes gravées et peintes au jaune d'argent.

Le dragon est un reptile à échine épineuse et aux ailes de chiroptère. Le verre rouge est gravé soir pour nuancer la teinte, soit pour placer des détails (ligne verruqueuse abdominale) rehaussés au jaune.

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Baie 22 (vers 1510 et 1903) de l'église Notre-Dame de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Baie 22 (vers 1510 et 1903) de l'église Notre-Dame de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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La verrière de l'Apparition du Christ à Madeleine  de l'église Notre-Dame de Louviers.

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Baie 22 (vers 1510 et 1903) de l'église Notre-Dame de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Baie 22 (vers 1510 et 1903) de l'église Notre-Dame de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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Baie 22 (vers 1510 et 1903) de l'église Notre-Dame de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Baie 22 (vers 1510 et 1903) de l'église Notre-Dame de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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L'APPARITION DU CHRIST À MARIE-MADELEINE.

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Le panneau pourrait porter le titre de "Noli me tangere", la réplique fameuse du Christ à la sainte qui s'élançait pour le toucher, mais je reprends ici le titre habituel.

C'est  la scène qui précède immédiatement le Ne me touche pas dans l'évangile de Jean 20:14-17 qui est représentée :

En disant cela, elle se retourna, et elle vit Jésus debout; mais elle ne savait pas que c'était Jésus.

 Jésus lui dit: Femme, pourquoi pleures-tu? Qui cherches-tu? Elle, pensant que c'était le jardinier, lui dit: Seigneur, si c'est toi qui l'as emporté, dis-moi où tu l'as mis, et je le prendrai.

 Jésus lui dit: Marie! Elle se retourna, et lui dit en hébreu: Rabbouni! c'est-à-dire, Maître!

 Jésus lui dit: Ne me touche pas ; car je ne suis pas encore monté vers mon Père. Mais va trouver mes frères, et dis-leur que je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu.

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Les paroles qui s'échappent dans les phylactères reprennent d'ailleurs le texte de la Vulgate (en gras supra) :

— Le Christ : MULIER QUID PLORAS [?] QUEM QUAERIS [?]

 

— Marie-Madeleine : DOMINE SI TU SUSTULISTI EUM DICITO MIHI UBI POSUISTI EUM ET EGO EUM TOLLAM (j'ai résolu les tildes abréviatifs)

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Les points communs avec le retable de Martin Schongauer (vers 1480) sont nombreux : voir mon article

 http://www.lavieb-aile.com/2016/07/ne-me-touche-pas-martin-schongauer-et-les-petits-oiseaux.html

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Le thème du jardin clos est présent, avec le plessis tressé, ou les lointains en verdure et fabriques dans lesquels vous pouvez vous plaire à trouver le cerf qui galope vers le château et celui qui attend du coté droit. Et bien sûr les cinq oiseaux , si fréquents dans les compositions du "Maître de la Vie de saint Jean-Baptiste" à Bourg-Achard.

Voir les oiseaux et les lapins dans le tympan de la baie 1 de Bourg-Achard consacré au Noli me Tangere :

 

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photo lavieb-aile

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Baie 22 (vers 1510 et 1903) de l'église Notre-Dame de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Baie 22 (vers 1510 et 1903) de l'église Notre-Dame de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Baie 22 (vers 1510 et 1903) de l'église Notre-Dame de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Baie 22 (vers 1510 et 1903) de l'église Notre-Dame de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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La tête de Marie-Madeleine est restituée. Les trois panneaux composant le Christ sont de Muraire en 1903.

On note l'élégance légendaire de la sainte, coiffée d'un balzo à l'italienne, un bourrelet où s'enroule un ruban doré entre des rangs de perles. Le joli détail réside dans l'envol du voile, qui témoigne de l'élan plein d'ardeur de Marie-Madeleine. L'élégance se retrouve dans le manteau doré à revers blanc et aux bords perlés, dans la robe bleue damassée, dans le  médaillon, dans les manches violettes aux poignets dorés.

Et comme il serait excitant de retrouver le modèle du pot à onguent au décor de monstre.s ailés parmi les albarello en faïence de Rouen, par exemple ! 

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Baie 22 (vers 1510 et 1903) de l'église Notre-Dame de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Baie 22 (vers 1510 et 1903) de l'église Notre-Dame de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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Baie 22 (vers 1510 et 1903) de l'église Notre-Dame de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Baie 22 (vers 1510 et 1903) de l'église Notre-Dame de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Baie 22 (vers 1510 et 1903) de l'église Notre-Dame de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Baie 22 (vers 1510 et 1903) de l'église Notre-Dame de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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Saint Adrien.

 

Il est identifié par le couperet et l'enclume qu'il porte au bras gauche, ainsi que par son armure  et son épée : Adrien, jeune officier de l'empereur Maximin, a eu les mains et les pieds coupés avec 23 de ses compagnons.


 

"Saint Adrien était officier supérieur dans l'armée romaine, sous le règne de l'empereur Maximien Galère. Il persécuta d'abord les chrétiens; mais touché ensuite de leur courage et de leur constance, il embrassa leur foi. L'empereur, irrité de cette conversion, le fit enchaîner, avec vingt-trois autres chrétiens; puis, après l'avoir fait battre de verges, il lui fit briser les os et couper les extrémités des mains et des pieds. Saint Adrien endura ce martyre à Nicomédie, durant la dernière persécution générale, vers l'année 306.

Saint Adrien était représenté, en costume de chevalier du moyen âge. La tête était couverte d'une toque de velours. [...] La main droite, enveloppée dans les plis de son manteau, tenait un glaive levé, et de la main gauche, il portait une enclume sur laquelle reposait un marteau. Un lion était couché sous ses pieds.

Les attributs, que nous venons d'énumérer, accompagnent presque toutes les images de saint Adrien. L'enclume et le glaive désignent les instruments de son supplice. Quant au lion, que nous trouvons presque toujours aux pieds du saint martyr, il est évident qu'il lui est attribué par erreur. Le Martyrologe mentionne, à la date du 5 mars, un autre saint du même nom, qui fut condamné à être déchiré par un lion et subit le martyre en Palestine, en l'année 309. Cet attribut doit donc son origine à la similitude des noms de ces deux saints." https://books.google.fr/books?pg=PA169&dq=saint+adrien%22+lion&id=8GUFAAAAQAAJ&hl=fr#v=onepage&q=saint%20adrien%22%20lion&f=false

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L'élargissement des solerets est ici plus prononcé que dans la lancette gauche.

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Baie 22 (vers 1510 et 1903) de l'église Notre-Dame de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Baie 22 (vers 1510 et 1903) de l'église Notre-Dame de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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LE REGISTRE INFÉRIEUR. LANCETTES MÉDIANES : LES DONATEURS DU VITRAIL.

 

 

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Au bas du vitrail, dans la deuxième lancette , sous des rinceaux appuyés sur des culots,  et devant un fonds bleu damassé, un homme vêtu d'une robe longue couleur lie-de-vin est agenouillé devant le livre d'heures posé sur son prie-dieu, le chaperon rejeté dans le dos et une aumônière à la ceinture. Un blason muet est dessiné devant lui.

Tête restituée en 1903.
 

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Baie 22 (vers 1510 et 1903) de l'église Notre-Dame de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Baie 22 (vers 1510 et 1903) de l'église Notre-Dame de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Une inscription, que le Mercier n'a pu déchiffrée entièrement, a été partiellement restituée par Muraire en 1903 en se fondant sur son relèvement par Dibon en 1836.

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PRIES DIEU POUR LHONORABLE HOMME ET SAIGE SIRE BINOT

BRISELET JADIS BAILLI DE CESTE VILLE DE LOUVIERS ET DE

GAILLON ET POUR SA FEMME ET LEUR FILS ET AUTRES

LEURS PARENS ET AMYS

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Le Mercier indique que Binot-Briselet  a été bailli en 1436 : une coquille ? Les documents le citent   bailli de Louviers et de Gaillon en 1453, 1458, 1469 mais encore en 1482

 

 

 

 

Cartulaire :

 

...que la guerre interrompit, parce que les maîtres étaient partis, fut repris en 1453 par ordonnance du bailli, Binot Briselet, 

...jour de may, l'an mil cccc LVII (1458) , en la cohue (a) de Loviers, devant nous bailly dessus nommé comparurent Jehan Langlois , Michault Hamel, Binot Briselet

...Binot Briselet, bailli en 1469 en remplacement de Faroul,  mort en 1502

...1482, 5 janvier, à Louviers. TOUS ceulx qui ces presentes lettres verront ou orront, Binot Briselet, bailli de Loviers & de Gaillon, salut. Savoir faisons que aujourdhui en la cohue dudit lieu de Loviers, en assemblée ordinaire & generalle de

...L'an de grace 1488, le quinziesme jour de mars, a la cohue de Louviers ou avoit assemblée de ville, devant nous Binot Briselet, bailli dudit lieu, honnorable homme & saige Jacques le Pelletier, pour luy & soy saisant sort .

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Une généalogie de Jean-Paul Cotte indique :

Binot Briselet bailli de Louviers et de Gaillon, avocat au baillage de Rouen en 1464, vicomte d'Auge, décédé en 1502. Marié avant 1470 à Jeanne ---, décédée en 1521. Deux enfants, Pierre Briselet et Nicolas Briselet , avocat au parlement de Rouen, conseiller en cour laie (1503), 

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Baie 22 (vers 1510 et 1903) de l'église Notre-Dame de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Baie 22 (vers 1510 et 1903) de l'église Notre-Dame de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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Dans la lancette suivante, une femme est aussi agenouillée sur un prie-dieu. Elle est vêtue d'une robe rouge croisée en V sur la poitrine et coiffée du bonnet-chaperon que les portraits d'Anne de Bretagne ont fait connaître. Un médaillon d'or est suspendu à son cou par une chaîne fine. Trois doigts (index, annulaire et auriculaire) portent des anneaux d'or.

La corniche du soubassement s'orne de dauphins Renaissance, et les culots de personnages.

Dans le pavement bicolore blanc et jaune se remarquent des monogrammes AM ou MAM (les pavements du faïencier rouennais Masséot Abaquesne  sont plus tardifs).

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Baie 22 (vers 1510 et 1903) de l'église Notre-Dame de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Baie 22 (vers 1510 et 1903) de l'église Notre-Dame de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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LE REGISTRE INFÉRIEUR. LANCETTES LATÉRALES : LES DONATAIRES DE LA RESTAURATION DE 1903.

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À gauche, un ange tient un blason avec les mots : A LA MEMOIRE DE MR GEORGES DANNET.

À droite, on lit : RESTAURATION OFFERTE PAR MME  G. DANNET.

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Georges Dannet fut le dernier descendant d'une famille de drapiers, propriétaires d'une manufacture de draps à Louviers :

https://gw.geneanet.org/payenneville?lang=en&p=georges&n=dannet

  • Pierre Louis Jacques Dannet, époux de Catherine-Henriette Papavoine (fille d'un marchand laboureur tanneur)  1773-1844
  • son fils Hector Pierre Dannet (1803-1870)  , qui épousa Zéphirine Reynal 
  • son second fils Charles-Ernest Dannet (1816-1870)

Georges Dannet, fils de Hector-Pierre,  né à Louviers en  1839, décédé en 1897 à 58 ans, fut le dernier manufacturier en drap de la famille. Il fut président de la Chambre consultative de Louviers et président du Tribunal de Commerce.

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Baie 22 (vers 1510 et 1903) de l'église Notre-Dame de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Baie 22 (vers 1510 et 1903) de l'église Notre-Dame de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Baie 22 (vers 1510 et 1903) de l'église Notre-Dame de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Baie 22 (vers 1510 et 1903) de l'église Notre-Dame de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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LE TYMPAN.

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Baie 22 (vers 1510 et 1903) de l'église Notre-Dame de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Baie 22 (vers 1510 et 1903) de l'église Notre-Dame de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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Au centre, Dieu le père coiffé de la tiare tient le voile de Véronique portant le visage de son Fils : une représentation fort rare de la Trinité qui s'explique par l'utilisation du Père en bouche-trou à la place de Véronique. Visage du Christ restitué.

Dans les mouchettes supérieures, l'Annonciation. L'ange tient le phylactère AVE GRACIA PLENA. Des lettres sont inscrites sur le pavement bicolore blanc et jaune.

 

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Baie 22 (vers 1510 et 1903) de l'église Notre-Dame de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Baie 22 (vers 1510 et 1903) de l'église Notre-Dame de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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En dessous, deux blasons ont été identifiés comme ceux de Guillaume le Forestier et de son épouse; C'est du moins ce qu'indique Callias Bey et al., tout en accompagnant cette information d'un point d'interrogation.

Ces armoiries ont résisté aux efforts de Le Mercier. Je n'ai rien trouvé en interrogeant le moteur de recherche avec "d'argent au chevron de gueules" ; je peine à identifier le meuble de couleur verte : une feuille ? L'interrogation "à trois feuilles de sinope" ne donne rien. 

De même, je n'ai pas trouvé grand chose sur ce "Guillaume Le Forestier", gouverneur de Louviers en 1515.

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Guillaume le Forestier, lieutenant general en 1471

« Tauxé jusques cy et somme depuis le derrain taux, XVI l. t. dont est prins pour despence XXX sous et pour facon de rolles XX s. demeure pour la seigneurie XIII l. X s. par nous Guillaume le Roux, viconte, es presences de Guillaume le Forestier, lieutenant general, Guillaume Huillart, advocat, Robinet du Fay, receveur de ladite viconté, les sergens et autrez. », 52BP5, fol. 71. Vicomté d’Elbeuf, 26 mars 1471.

https://journals.openedition.org/tabularia/1416

https://books.google.fr/books?id=n_Ei1WOkXhsC&q=%22guillaume+le+forestier%22+louviers&dq=%22guillaume+le+forestier%22+louviers&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwjWn-zptsTeAhVGzYUKHUUlBU4Q6AEIKTAA

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La moitié droite du blason de l'épouse ne nous aide  pas non plus.

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Baie 22 (vers 1510 et 1903) de l'église Notre-Dame de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Baie 22 (vers 1510 et 1903) de l'église Notre-Dame de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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Plus bas, nous trouvons des chérubins vert jaune et rouge et huit anges musiciens : identifiés sous réserve ainsi de gauche à droite :

  •  flûte
  •  viole à archet
  • harpe
  • orgue portatif
  • mandoline
  • mandore
  • hautbois
  • flûte

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Baie 22 (vers 1510 et 1903) de l'église Notre-Dame de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Baie 22 (vers 1510 et 1903) de l'église Notre-Dame de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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Des inscriptions sont portées sur les manches ou la bordure des aubes des anges ; comme d'habitude lorsque ces lettres n'oint pas de sens, nous trouvons une profusion de N, rétrograde à l'occasion. Je lis peut-être MARIA et, sur une manche  au dessus du chevillier, NAZAR ou NAZNEROC...

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Baie 22 (vers 1510 et 1903) de l'église Notre-Dame de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Baie 22 (vers 1510 et 1903) de l'église Notre-Dame de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

 

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SOURCES ET LIENS.

— Office du tourisme Seine-Eure :

http://www.tourisme-seine-eure.com/images/06-QUE-FAIRE/1-culture-patrimoine/B1.2-ND-Louviers/Circuit-Bilingue-EGLISE-ND-LOUVIERS.pdf

 

— CALLIAS BEY (Martine), CHAUSSÉ (Véronique), GATOUILLAT (Françoise), HÉROLD (Michel), 2001,"Les vitraux de Haute-Normandie", Corpus vitrearum Recensement VI, CNRS éditions, page 171

— DIBON ( Paul), 1836,  Essai historique sur Louviers. Rouen: Périaux, 184 pages .

https://books.google.fr/books?id=J7FCAAAAYAAJ&dq=bailli,+Binot+Briselet&hl=fr&source=gbs_navlinks_s

FOSSEY (abbé Jules), 1896, L'église Notre-Dame à Louviers, La Normandie monumentale., page 6

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k62406567/f16.image.texteImage

 — HÉROLD (Michel),1995,  Louviers, église Notre-Dame, les verrières, [16] p. Édition : [Rouen] : Connaissance du patrimoine de Haute-Normandie , cop. 1995, France. Inventaire général des monuments et des richesses artistiques de la France. Commission régionale Haute-Normandie Illustrateur : Thierry Leroy (photographe)  (Non consulté)

— LAFOND Jean, 1963, Les vitraux de Notre-Dame de Louviers, par Jean Lafond . Louviers et Pont-de-l'Arche. Nouvelles de l'Eure, n° 15, Pâques 1963. (pp. 42-47). Non consulté.

— LE MERCIER (E.)  Monographie de l'église Notre-Dame de Louviers Ch. Hérissey et fils, 1906 - 212 pages 

— VERDIER ( François),1980,. "L'église Paroissiale Notre-Dame de Louviers," in Congrès Archéologique de France, 1980, Évrecin, Lieuvin, Pays d'ouche. Paris: SFA, 1984. pp. 9–28. Non consulté.

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Published by jean-yves cordier - dans Vitraux
6 novembre 2018 2 06 /11 /novembre /2018 17:53

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PRÉSENTATION.

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Cette baie à 2 lancettes trilobées et un tympan  en forme de fleur de lys à 5 ajours et 8 écoinçons mesure 4,40 m de haut et 1,40 m de large.

Ses deux lancettes forment un ensemble composite :

La lancette de droite, datée vers 1500-1510, nous montre le crucifiement de saint Pierre.

La lancette de gauche, attribué à Jean ou à Engrand Le Prince, verriers de Beauvais, montre saint Claude, ainsi que Claude Ier Le Roux (1494-1536), dans un ouvrage plus tardif réalisé vers 1525 pour la chapelle familiale des Le Roux.

Ce caractère hétérogène résulte d'une recomposition en 1903 par Maurice Muraire. Il restitua (créa) les deux panneaux inférieurs et les couronnements d'architecture et les têtes des lancettes ainsi que les ajours latéraux du tympan auparavant en losanges ou vitreries à bornes 

 

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CLIQUEZ SUR L'IMAGE pour un diaporama sans mes commentaires.

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Baie 24 (1500-1510 ; vers 1525, 1903), église Notre-Dame de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Baie 24 (1500-1510 ; vers 1525, 1903), église Notre-Dame de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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Elle occupe l'extrémité ouest du bas-coté sud, juste après la baie 26 des Drapiers (cercle 14 du plan ci-contre) puis la chapelle des fonts baptismaux et sa peinture de saint Christophe.

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Plan in guide de l'office du tourisme Seine-Eure

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chapelle des Le Roux et chapelle des Fonts , église Notre-Dame de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

chapelle des Le Roux et chapelle des Fonts , église Notre-Dame de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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I. LA LANCETTE DROITE. LE CRUCIFIEMENT DE SAINT-PIERRE

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La lancette de droite, datée vers 1500-1510, nous montre le crucifiement de saint Pierre, la tête en bas, comme le mentionnent les Actes de Pierre et la Légende dorée de Jacques de Voragine.


 

 

"Qui est-ce qui n'aurait pas pleuré quand fut rendue la sentence qui condamnait Pierre à être crucifié et Paul à être décapité ? Tu aurais alors vu la foule des gentils et des Juifs les frapper et leur cracher au visage. » Or, arrivé l’instant où ils devaient consommer leur affreux martyre, on les sépara l’un de l’autre et on lia ces colonnes du monde, non sans que les frères fissent entendre des gémissements et des sanglots. [...]Quand saint Pierre fut arrivé à la croix, saint Léon et Marcel rapportent qu'il dit : « Puisque mon maître est descendu du ciel en terre, il fut élevé debout sur la croix; pour moi qu'il daigne appeler de la terre au ciel, ma croix doit montrer ma tête sur la terre et diriger mes pieds vers le ciel. Donc, parce que je ne suis pas digne d'être sur la croix de la même manière que mon Seigneur, retournez ma croix et crucifiez-moi la tête en bas. »(Légende dorée)

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La source la plus proche de peinture sur verre  (stylistiquement et chronologiquement) est la gravure polychrome des Chroniques de Nuremberg, qui datent de 1493 :

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Cette vignette de l'école nordique s'oppose aux représentations  d'influence italienne du saint vêtu d'un pagne, et souvent inter duas metas, entouré de deux pyramides :

  • Giotto, Polyptyque Stefaneschi (v. 1320), Rome, Pinacotecca Vaticana
  • Massacio Prédelle du polyptyque de l'église du Carmine à Pise, 1426. Berlin, Staatliche M
  • Jean Fouquet, enluminure des heures d'Etienne Chevalier v. 1452 (cf. Nicole Reynaud p. 160-161)

 

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Baie 24 (1500-1510 ; vers 1525, 1903), église Notre-Dame de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Baie 24 (1500-1510 ; vers 1525, 1903), église Notre-Dame de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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Baie 24 (1500-1510 ; vers 1525, 1903), église Notre-Dame de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Baie 24 (1500-1510 ; vers 1525, 1903), église Notre-Dame de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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Les deux commanditaires (selon l'ordre de Néron) du martyre se tiennent en arrière : ils se signalent par le luxe de leur habillement, et en particulier de leur coiffure, un chaperon cramoisi à droite, un bonnet rouge et vert à joyau frontal et étoffe damassée à gauche.

Notez le verre à filets rouges, sur les manches du bourreau de gauche. 

Sur le plan technique, ces verres à filets colorés (ou verres vénitiens) ne sont pas des verres rouges dont on aurait abrasé (on dit "gravé") le fin doublage de verre rouge : selon Michel Hérold :

"Seul le soufflage en manchon autorise la fabrication de ces verres précieux, appelés verres vénitiens, ou à filets colorés. Ils sont produits à la façon des verres creux dits filigranés : leur principe est d’intégrer des baguettes, ou des fils de verre, le plus souvent rouges, mais aussi bleus, rose violet, ou autres, dans le verre blanc encore en fusion du manchon en cours de façonnage. On reconnaît ces verres à leur absence de relief et à la régularité des stries globalement parallèles et rectilignes, qui ne peuvent suivre, même dans leur usage le plus habile, ni les choix de coupe, ni le détail du dessin. Ces sortes de « rubans » de couleur sont intégrés dans la matière même du verre, mais en restant le plus souvent en surface ou presque. Avec ces repères, il n’est pas possible de confondre verres vénitiens et travaux de gravure sur verre ou encore avec la peinture à l’émail, qui cherchent souvent à les imiter. En France, ces verres sont repérables d’une façon significative à partir des années 1460 environ, et ne sont plus guère employés au-delà de la décennie 1540-1550. Ils sont vraisemblablement très coûteux, si bien que leur usage désigne des verrières dont l'exécution a bénéficié de soins et de moyens financiers particulièrement importants. Voir  Lafond Jean, 1962, « La technique du vitrail : aperçus nouveaux », dans Arts de France, II, p. 248. Un excellent exemple d’imitation de verre vénitien à l’aide de jaune d’argent et d’émaux peut être signalé dans la scène de la vision de saint Pierre à Joppé de Saint-Étienne de Beauvais (baie 16, 1548).   D’autres verres « précieux » sont en usage au même moment, des verres aspergés (dans ce cas, la pâte, presque toujours rouge, s’est répartie d’une façon plus aléatoire à l’intérieur même du verre), marbrés etc. Tous semblent soufflés en manchon." (Michel Hérold, Le verre des vitraux (xve-xvie siècles) Approche méthodologique)

La finesse du trait des portraits, digne d'un graveur, le dynamisme des gestes, la délicatesse des couleurs (le rose du pourpoint à crevé du bourreau de droite) sont remarquables.

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Baie 24 (1500-1510 ; vers 1525, 1903), église Notre-Dame de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Baie 24 (1500-1510 ; vers 1525, 1903), église Notre-Dame de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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Baie 24 (1500-1510 ; vers 1525, 1903), église Notre-Dame de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Baie 24 (1500-1510 ; vers 1525, 1903), église Notre-Dame de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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Le bourreau qui serre les liens retenant le bras gauche est coiffé d'un large chapeau au revers d'hermines, ceint d'un ruban où sont inscrit des chiffres et lettres (1 2 NAZNSN)  pseudo-coufiques cherchant à souligner l'altérité de l'individu, voire son origine hébraïque. Les traits patibulaires du visage vont dans le même sens, tout comme les chausses rayées  et donc condamnables pour la tradition médiévale.

"...la foule des gentils et des Juifs les frapper et leur cracher au visage." (Légende dorée)

n.b Ce type d'inscription, coufique cette fois, peut rendre compte d'une appartenance au peuple Juif sans stigmatisation, comme sur la robe de saint Etienne présentant Etienne Chevalier dans les Heures de ce dernier, enuminées parJean Fouquet vers 1452 .

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Baie 24 (1500-1510 ; vers 1525, 1903), église Notre-Dame de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Baie 24 (1500-1510 ; vers 1525, 1903), église Notre-Dame de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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Dans le panneau restitué par Muraire, deux anges tiennent les attributs de Pierre, le livre et les clefs.

Le nimbe rouge porte une inscription (XIXe ?) : NORMO NVOS IAVORVM

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Baie 24 (1500-1510 ; vers 1525, 1903), église Notre-Dame de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Baie 24 (1500-1510 ; vers 1525, 1903), église Notre-Dame de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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La tête de lancette contient une inscription DNE AMO TE : "Domine amo te"

Cette inscription, si elle est d'origine, est intéressante, car elle renvoie à l'évangile de Jean 21:15-19.

Elle est même cruciale, au dessus de cette représentation de la Mort de Simon Pierre, lorsqu'on lit le texte d'où est extrait la citation :

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 Après qu'ils eurent mangé, Jésus dit à Simon Pierre: Simon, fils de Jonas, m'aimes-tu plus que ne m'aiment ceux-ci? Il lui répondit: Oui, Seigneur, tu sais que je t'aime. Jésus lui dit: Pais mes agneaux.

 Il lui dit une seconde fois: Simon, fils de Jonas, m'aimes-tu? Pierre lui répondit: Oui, Seigneur, tu sais que je t'aime. Jésus lui dit: Pais mes brebis.

 Il lui dit pour la troisième fois: Simon, fils de Jonas, m'aimes-tu? Pierre fut attristé de ce qu'il lui avait dit pour la troisième fois: M'aimes-tu? Et il lui répondit: Seigneur, tu sais toutes choses, tu sais que je t'aime. Jésus lui dit: Pais mes brebis.

En vérité, en vérité, je te le dis, quand tu étais plus jeune, tu te ceignais toi-même, et tu allais où tu voulais; mais quand tu seras vieux, tu étendras tes mains, et un autre te ceindra, et te mènera où tu ne voudras pas.

 Il dit cela pour indiquer par quelle mort Pierre glorifierait Dieu. Et ayant ainsi parlé, il lui dit: Suis-moi.

Certes, le texte de la Vulgate donne la triple réponse de Pierre sous la forme QUIA AMO TE.

Mais la forme DÑE AMO TE (Domine, amo te, "seigneur je t'aime") est attestée dans la relation de l'évangile de Jean dans  l'Historia Scholastica de Petrus  Comestor (Pierre le mangeur) dans une édition de 1500 et une autre de 1526. Nul doute qu'on puisse  trouver également dans l'un des 800 manuscrits antérieurs, ou dans des éditions non disponibles en ligne, de cette œuvre majeure par sa diffusion depuis sa rédaction au XIIe siècle.

La version de la Scholastica publiée par Migne donne Domine amo te.

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Cette inscription transforme la représentation picturale en une profonde méditation (qui résonne avec le triple Reniement) sur le martyre de Pierre, tandis que la ceinture spectaculairement placée au centre du panneau (avec sa boucle à ardillon acéré, les fleurs des œillets et son passant noué) ou les quatre cordages entravant le saint viennent scander les mots ET ALIUS TE CINGET, ET DUCET QUO TU NON VIS pourtant invisibles.

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Baie 24 (1500-1510 ; vers 1525, 1903), église Notre-Dame de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Baie 24 (1500-1510 ; vers 1525, 1903), église Notre-Dame de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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II. LA LANCETTE GAUCHE : SAINT CLAUDE PRÉSENTANT CLAUDE LE ROUX EN DONATEUR.

 

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Baie 24 (1500-1510 ; vers 1525, 1903), église Notre-Dame de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Baie 24 (1500-1510 ; vers 1525, 1903), église Notre-Dame de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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C'est une mise en scène très traditionnelle d'un donateur, dans laquelle celui-ci, agenouillé devant un prie-dieu (ici en pierre), est présenté par son patron. L'inscription ST CLAUDE ayant identifié le saint évêque (ou plutôt l'archevêque car il tient une croix processionnale à deux traverses, et non une crosse) — Saint Claude fut archevêque de Besançon— , il est logique d'identifier le donateur comme Claude Le Roux, puisque la baie occupe l'emplacement de la chapelle de la famille Le Roux.

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LA FAMILLE LE ROUX. 

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La famille Le Roux, originaire de Louviers, favorisa de ses dons plusieurs églises . Cette famille est présentée ici par Prévost (c'est un abrégé de son texte)

 "...la persistance, pendant trois siècles, d'une richesse exceptionnelle, permettant aux membres de cette famille de donner l'essor à leurs aspirations vers les arts.

Ce double phénomène se rencontre, en Haute-Normandie, pendant les XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles, dans la famille Le Roux, qui porta, entre autres noms, ceux de Le Roux du Bourgtheroulde, Le Roux de Tilly, Le Roux de Saint-Aubin, Le Roux d'Acquigny et Le Roux d'Esneval; famille à laquelle sa fortune, ses alliances, ses services dans la robe, dans l'armée et dans la diplomatie ont donné un éclat exceptionnel et un rang hors de pair parmi la noblesse normande pendant les trois derniers siècles.

Rien que dans le cours du XVIe siècle, il n'est pas, dans l'étendue des départements de la Seine-Inférieure et de l'Eure, moins de quatorze édifices dans lesquels nous ne trouvions le nom des Le Roux, et, sans doute, il nous en est échappé. ( Citons, de suite, l'hôtel du Bourgtheroulde à Rouen, et le château de Boisset-le-Châtel)

Il est vrai que tous ne sont pas leur œuvre exclusive il est certain que toutes ces oeuvres ne sont pas de premier ordre; malheureusement, nombre de ces oeuvres n'existent plus aujourd'hui. Mais, parmi ce qui subsiste, il en est qui sont des joyaux artistiques, de nature à faire amèrement regretter ce qui a disparu .

Tout à l'heure, nous passerons en revue, dans une rapide énumération, ces œuvres, de mérite et d'importance diverses.

Auparavant, voyons quelles sont les origines de cette famille si heureusement, si exceptionnellement douée, sous le double rapport du sentiment artistique et de la richesse cherchons, s'il est possible, dans quel milieu et dans quelles conditions se sont développés l'un et l'autre.

Denis Le Roux était seigneur de Becdal, en 1455 ; Il avait acquis ce petit fief, en 1443, au prix de 100 livres tournois, plus 60 sols de vin. Dans l'acte du 14 juillet 1456, il est qualifié conseiller en cour laye.

Divers autres documents le mentionnent comme exerçant, soit successivement, soit cumulativement, à Louviers, les fonctions de receveur de Mr l'archevêque de Rouen, seigneur de Louviers, conseiller de Mgr l'archevêque, procureur de M. l'archevêque avocat et conseiller de Monseigneur. A ces derniers titres, il recevait des gages annuels de !0 livres.

Sa femme s'appelait Guillemette Du Buisson Tous deux obtinrent, en 1428, l'autorisation de reconstruire, en en changeant légèrement la place, un pont sur la rivière d'Eure pour faire communiquer divers héritages, bornés par Phlipote, veuve de feu Guillaume Du Buisson, mère d'icelle femme.

C'est, très vraisemblablement, lui qui, de concert avec trois autres habitants de Louviers, signa la capitulation de Louviers avec le roi d'Angleterre, en 1431.

Denis Le Roux fut inhumé à Louviers.

Son fils Guillaume est qualifié seigneur de Becdal, de Villette et d'Escrovitte il acheta les fiefs de la Fontaine-près- Tilly et de Vironvé.

Dés 1450, on le trouve remplissant les fonctions de vicomte d'Elbeuf pour le compte des seigneurs d'Elbeuf. A la fois administratives, fiscales et judiciaires, ces fonctions, dont le nom n'avait rien qui emportât une distinction nobiliaire, étaient, en revanche, fort lucratives. Le vicomte d'une grande seigneurie était, à vrai dire, le représentant, le fondé de pouvoir et le principal officier du seigneur. Souvent, il était en même temps son secrétaire et son intendant.

Il avait épousé Alison du Fay. Il semble qu'il vivait encore en 1490. Il fut, comme son père, inhumé à Louviers .

Aucune qualification nobiliaire n'accompagne jamais le nom de Denis Le Roux dans les actes le concernant qui sont venus à notre connaissance. Il en est encore ainsi de ceux qui touchent son fils Guillaume, au moins pendant une certaine partie de son existence

Dans quelques actes de la fin du XVe siècle, au contraire, le titre d'écuyer suit le nom de Guillaume Le Roux.

De ce rapprochement nous sommes porté à conclure que Guillaume Le Roux, vicomte d'Elbeuf, propriétaire de plusieurs seigneuries, sera devenu noble, comme quelques centaines au moins de familles normandes, en vertu d'un édit de Louis XI, du mois de novembre 1470, par lequel tous les non nobles, possesseurs de fiefs à cours et usages  furent déclarés. anoblis en masse, par le seul fait de cette possession.

3. Guillaume I" Le Roux eut pour fils Guillaume II, qui fut seigneur des mêmes terres que son père, et acquit, en outre, celles de Bourgtheroulde, de Tilly, du Val, de Lucy et de Sainte-Beuve .

Il succéda également à son père dans ses fonctions de vicomte d'Elbeuf et, vraisemblablement, il était lieutenant général du vicomte d'Elbeuf, son père, en 1490.

Lorsqu'en 1499 l'Echiquier fut déclaré permanent, il fut appelé à y siéger comme conseiller.

Il avait épousé, en 1483, Jeanne Jubert, fille du lieutenant général du bailli de Gisors, et en eut seize enfants. Il mourut en 1520

Il a fait bastir la maison de Rouen paroisse Saint-Eloi, dit la généalogie recueillie dans les manuscrits Bigot . Il fit élever dans ses terres de Bourgtheroulde, de Tilly, de Lucy, de Sainte-Beuve,. etc.

Nous rappellerons les noms de trois seulement de ses enfants nous les retrouverons, en effet, souvent en parlant des œuvres d'art ou des monuments dus à l'initiative de leur famille:

4a . Guillaume, l'aîné, seigneur du Bourgtheroulde, abbé d'Aumale, prieur du Mont-aux-Malades-lèsRouen, chanoine de la cathédrale de Rouen, renonça à ses droits d'aîné en faveur de son frère Claude, et mourut en 1532.

4b Claude, vicomte d'Elbeuf, puis conseiller au parlement après la mort de son père, épousa, en premières noces, Jeanne Calenge, fille de Jean, sieur d'Infreville. Il fut seigneur de Tilly, puis du Bourgtheroutde et mourut en mars avant Pâques 1537.

4c Nicolas, sieur de Saint-Aubin-d'Escroville et de Becdal, fut conseiller-clerc au parlement de Rouen, abbé d'Aumale par la résignation de son frère Guillaume, et prieur du Mont-aux-Malades, chanoine de Notre-Dame de Rouen, et mourut doyen de Notre-Dame en 1565

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Dès lors, la famille, qui prend d'abord les noms de Le Roux du Bourgtheroulde et de Le Roux de Tilly, a conquis un rang distingué dans la ville de Rouen et dans le parlement de Normandie, au sein duquel elle ne compte pas moins de dix alliances ou parentés plus ou moins rapprochées. Elle se trouve la première, sous le rapport de la richesse, parmi les familles de robe.

Cette circonstance, secondaire en elle-même, si l'on veut, va lui permettre de donner l'essor à ses goûts pour les constructions civiles ou religieuses, la peinture sur verre, les objets d'art, les somptueux ameublements.  D'où venait cette opulence ? Il ne semble pas qu'elle ait ses origines dans des opérations commerciales ou financières hardies et couronnées par le succès. L'une de ses sources doit provenir des fonctions exercées par Denis Le Roux, par Guillaume son fils, et, aussi, par les générations suivantes. Conseiller, avocat, procureur de l'archevêque de Rouen à Louviers, ce pouvait être des fonctions très lucratives non pas par les émoluments fixes qui y étaient attachés, mais parce qu'elles comportaient un peu le rôle de banquier, d'intendant, quelque chose comme les responsabilités et, conséquemment, les profits des fonctions de fermier généra! .u siècle dernier, ou de trésorier général sous le premier Empire.

Il en était de même de la charge de vicomte dans une grande seigneurie comme Elbeuf; surtout quand on la cumulait avec celle d'intendant d'une maison quasi princière comme celle de la comtesse de Vaudemont.

Ainsi s'explique ce fait, que, longtemps après son entrée au Parlement, la famille Le Roux du Bourgtheroulde a conservé ces fonctions lucratives de vicomte d'Elbeuf'. En effet, Guillaume 11 les a exercées avant d'aller s'asseoir sur les bancs de l'Echiquier. En y montant, il les a laissées A son second fils Claude. Mais, comme celui-ci était encore trop jeune pour les remplir lui-même, son beau-père (ou futur beau-père) a géré la vicomté d'Elbeuf jusqu'à ce que Claude eût atteint l'âge requis. Claude l'a ensuite reprise jusqu'au jour où, son père Guillaume II venant à mourir (1520), il lui a succédé comme conseiller au parlement, abandonnant alors à un de ses frères ce fructueux office de vicomte d'Elbeuf.

Les alliances contractées par divers membres de cette famille ont aussi dû contribuer à l'enrichir.

Guillaume avait, on s'en souvient, épousé Jeanne Jubert. Cette famille devait être riche. Le père de Jeanne, lui aussi, avait contribué, de sa bourse, à des travaux à l'église de Vernon. Son opulence, sans doute, avait excité l'envie de quelques mécontents, dont l'un tenta de le faire inscrire aux rôles de la taille comme se mêlant du fait de marchandise (en 1~82). Mais la cour des aides repoussa cette prétention, et plusieurs bourgeois attestèrent que Guillaume Jubert était noble et issu de parents nobles et n'avait jamais fait le commerce

Il est temps, maintenant, d'énumérer les édifices auxquels est attaché le nom d'un des membres de cette famille constructions privées, hôtel et châteaux, élevés exclusivement par eux, à leurs frais et pour eux monuments religieux a l'édification,ou même, simplement, à la décoration desquels ils ont pris une part quelconque.

Toute classification méthodique aurait ses inconvénients et ses dangers. On ne peut suivre l'ordre personnel, plusieurs générations ayant pu coopérer au même monument et, surtout, l'auteur de quelques-uns ne pouvant parfois être nettement déterminé. La valeur artistique relative de chaque œuvre serait un procédé téméraire.

Il est plus simple d'énumérer, dans l'ordre  chronologique, chacune de ces œuvres.

— ÉGLISE DE NOTRE-DAME DE LOUVIERS. Louviers a été considéré par les Le Roux du Bourgtheroulde comme le berceau de leur famille. Non seulement Denis, mais encore Guillaume I (vicomte d'Elbeuf) y furent enterrés. En 1510 Guillaume II, conseiller au Parlement de Normandie, en souvenir sans doute de son père et de son grand-père, délaissa à l'église de Notre-Dame la somme de cinquante livres . En outre, il donna à cette église un, sinon plusieurs vitraux, dont l'un représente la Vierge et saint Nicolas.

Ses armes – d'azur au chevron d'argent accompagné de 3 têtes de léopard d'or posées 2 et 1 – se voient sur une des fenêtres, et sur une autre elles sont parties de celles de sa femme Jeanne Jubert, dont la famille portait coupé : d'azur à 5 rocs d'argent et d'azur à la croix d'or.

II parait, ajoute un historien de Louviers, qu'à cette époque la famille Le Roux fit de nombreuses donations à l'église de Notre-Dame, car ses armes se retrouvent encore sculptées sur les clefs de voûte des sous-ailes du coté du sud.

ÉGLISE SAINT-JEAN D'ELBEUF.

un des membres de la célèbre famille parlementaire des Bigot, cette généalogie porte, en effet, que Guillaume [~ « a fait bastir la chapelle de Notre-Dame en l'église Saint-Jean d'Ellebeuf, où il est représenté avec sa femme en la vitre de darriére l'autel, et leurs armes sont en la voute, et Guillaume son fils aisné et sa femme sont représentés aux deux autres vitres avec leurs enfants; tous avec leurs armes.

HÔTEL DU BOURGTHEROULDE  A ROUEN. A lui seut, un tel monument suffirait à illustrer la famille qui en a doté sa ville.

SAINT-SEBASTIEN-DE-PREAUX. 

CHAPELLE SUR LE FIEF DE L'ESPREVIER. 

Le BOURGTHEROULDE. -L'Eglise. -Le Bourgtheroulde est une des premières seigneuries importantes acquises par la famille Le Roux qui, immédiatement, en prit le nom. Renonçant à Louviers, leur berceau, plusieurs s'y firent enterrer Vraisemblablement donc, ils durent faire réédifier l'église, au moins en partie.

SAINTE-BEUVE-EN-RIVIÈRE. 

BOISSET-LE-CHATEL. Seul des superbes bastimens dont nous parlons, le château de Boisset est encore debout. [voir https://chateaudetilly.fr/histoire/]

ABBAYE DE SAMT-MARTIN D'AUCHY LES-AUMALE. –

SAINT-AUBIN-D'ESCHEVILLE. 

EGLISE SAINT-ETIENNE-DES-TONNELIERS, A ROUEN. Messieurs de Tilly, dit un ancien historien de Rouen, ont beaucoup contribué à faire la nef (de cette église). Ils en ont donné la première et la dernière arcade. Leurs armoiries s'y voient encore, aussi bien qu'à la grande vitre qui est derrière la contretable qu'ils ont fait faire de même. Jeanne Çhalenge, première femme de Claude Le Roux de Tilly, y fut inhumée en t t.

 EGLISE D'INFREVILLE-PRËS-LE-BOURGTHEROULDE. –"

 

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En effet, c'est grâce aux libéralités de Guillaume Le Roux qu'en l'église de Louviers, on entreprit une nouvelle façade côté sud avec un grand porche réalisé à partir de 1506. 

C'est à l'extrémité ouest de cette façade su que semble s'être concentré l'effort de mécénat de la famille Le Roux et de ses alliances :

La chapelle de la famille se trouvait au niveau des deux dernières travées du bas-coté sud, à coté de  la fresque de Saint-Christophe, en  la chapelle des fonts, qui fut offerte par le bailli Jehan de Chalenge, beau-père de Claude Le Roux. On trouvait dans la chapelle de la famille Le Roux les panneaux anciens actuellement en place en baie 19,  avec la verrière à grands personnages offerte par Guillaume le Roux et Jeanne Jubert, où ils figurent en donateurs avec leurs armoiries et où Claude Le Roux est représenté. Ou encore les panneaux de Saint Nicolas avec les armoiries de Guillaume II, actuellement en baie 17. On décrit ainsi la chapelle Saint-Nicolas fondée par Nicolas Le Roux ; et la chapelle Saint-Claude fondée par Claude Le Roux, en 1500.

La famille Le Roux offrit aussi des vitraux  à Bourgtheroulde (trois verrières commandés sans doute aux le Prince), à Infreville,  et à Saint-Vincent de Rouen (4 verrières).

Rappel : 

Guillaume II Le Roux, Conseiller de l'échiquier de Rouen, président à mortier du parlement de Rouen, Vicomte d'Elbeuf, époux en 1487 de Jeanne Jubert, d'où

Claude Le Roux, seigneur de Bourtheroulde & Tilly, conseiller en la cour du parlement décédé en 1537, époux de Jeanne Chalenge, dame de Cambremont & Infreville décédée en 1531, d'où

Claude II Le Roux, Conseiller du Roi en son parlement de Rouen, maître des comptes à Rouen, époux en 1551 de Marie Potier

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Baie 24 (1500-1510 ; vers 1525, 1903), église Notre-Dame de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Baie 24 (1500-1510 ; vers 1525, 1903), église Notre-Dame de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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L'inscription présentée dans un cartouche par un putti n'est pas facile à déchiffrer, en raison des plombs de casse. D NF SOIT MOT ?  Les deux mots extrêmes comportent des tildes abréviatifs pour omission de N. Je lis :

-- N~F SOIT MÕT. l'inscription est a priori en français. La devise des Le Roux ?? Elle dit Expugna impugnates me domine.

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Baie 24 (1500-1510 ; vers 1525, 1903), église Notre-Dame de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Baie 24 (1500-1510 ; vers 1525, 1903), église Notre-Dame de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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Le vitrail est attribué à Jean Le Prince ou à son fils Engrand, dont on reconnaît immédiatement l'usage virtuose du jaune d'argent.

Jean Lafond écrivait : 

 "Le Saint Claude de Louviers  a endossé une chape de drap d'or. Pour s'harmoniser avec ce somptueux vêtement  sa dalmatique d'or pâle se réchauffe d'une large tache orangée, appliquée sur la manche droite, et dont le contour, très nettement arrêté, suit la courbe du pli principal. En haut, c'est à dire dans l'ombre de la chape,  cette tache est presque rouge."

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On remarquera aussi les fabriques sur verre bleu (teinté de vert par le jaune d'argent) et le verre violet. Ou encore ces visages si particuliers, .

Il se trouve (hasard?) que l'atelier des Le Prince connaît bien saint Claude, puisque Engrand a réalisé un vitrail de saint Claude, patron des Tanneurs, à Gisors en 1526 et que Nicolas, fils d'Engrand, a consacré à sa Vie une verrière pour l'église Saint-Etienne de Beauvais en 1527 .

 

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Baie 24 (1500-1510 ; vers 1525, 1903), église Notre-Dame de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Baie 24 (1500-1510 ; vers 1525, 1903), église Notre-Dame de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Baie 24 (1500-1510 ; vers 1525, 1903), église Notre-Dame de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Baie 24 (1500-1510 ; vers 1525, 1903), église Notre-Dame de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Baie 24 (1500-1510 ; vers 1525, 1903), église Notre-Dame de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Baie 24 (1500-1510 ; vers 1525, 1903), église Notre-Dame de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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Le donateur est coiffé d'un bonnet à trois pointes et vêtu, au dessus d'une robe bleue, d'une houppelande rouge aux manches et à la bordure inférieure fourrée. Les chausses vert tendre et les chaussures roses rappellent les tenues des drapiers sur la baie 26. 

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Baie 24 (1500-1510 ; vers 1525, 1903), église Notre-Dame de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Baie 24 (1500-1510 ; vers 1525, 1903), église Notre-Dame de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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Enfin, dans la partie basse, restituée, deux anges aux ailes rouges ou violettes nous informent de ceci :

RESTAURATION  OFFERTE PAR Mlle. JULES GILLES NÉE O DUTUIL [??]  EN 1903.

Cette dame avait offert un vaste terrain rue Pampoule pour y construire une école catholique des Frères, en 1888.  

 
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Baie 24 (1500-1510 ; vers 1525, 1903), église Notre-Dame de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Baie 24 (1500-1510 ; vers 1525, 1903), église Notre-Dame de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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LE TYMPAN
 

 

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Vierge à l'Enfant (tête de la Vierge restituée).

Le Christ portant le bois de la croix.

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La verrière de saint Claude de l'église de Louviers.

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SOURCES ET LIENS.

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 Office du tourisme Seine-Eure :

http://www.tourisme-seine-eure.com/images/06-QUE-FAIRE/1-culture-patrimoine/B1.2-ND-Louviers/Circuit-Bilingue-EGLISE-ND-LOUVIERS.pdf

 

— CALLIAS BEY (Martine), CHAUSSÉ (Véronique), GATOUILLAT (Françoise), HÉROLD (Michel), 2001,"Les vitraux de Haute-Normandie", Corpus vitrearum Recensement VI, CNRS éditions, page 171

— FOSSEY (abbé Jules), 1896, L'église Notre-Dame à Louviers, La Normandie monumentale., page 6

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k62406567/f16.image.texteImage

 

— HÉROLD (Michel),1995,  Louviers, église Notre-Dame, les verrières, Rouen, 16P (Nonconsulté)

— LAFOND Jean, 1963, Les vitraux de Notre-Dame de Louviers, par Jean Lafond . Louviers et Pont-de-l'Arche. Nouvelles de l'Eure, n° 15, Pâques 1963. (pp. 42-47). Non consulté.

— LE MERCIER (E.)  Monographie de l'église Notre-Dame de Louviers Ch. Hérissey et fils, 1906 - 212 pages 

—  PREVOST (Gustave-Amable ), 1896, L'influence de la fortune et de l'initiative privées sur l'architecture : une famille normande et la Renaissance en Haute-Normandie, impr. de C. Hérissey (Évreux) pages34 et suiv.

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5502915c/f37.image

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k63528p/texteBrut

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Published by jean-yves cordier - dans Vitraux
2 novembre 2018 5 02 /11 /novembre /2018 12:06

La verrière du Baptême du Christ et de la Procession des drapiers (baie 26, Maître de la vie de saint Jean-Baptiste vers 1500-1510,  et anonyme vers 1490-1500)  de l'église Notre-Dame de Louviers.

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1. Sur Louviers :

Iconographie de saint Christophe : La peinture murale de saint Christophe à Louviers (vers 1510).

2La liste de mes articles sur les vitraux.

 

 

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Baie 26, église Notre-Dame de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018

Baie 26, église Notre-Dame de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018

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PRÉSENTATION.

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Cette baie de 4,40 m de haut et 0,70 m de large se compose d'une seule lancette trilobée occupe (flèche)  l'extrémité ouest du bas-coté sud, à droite de la chapelle des fonts baptismaux. Presque toutes les verrières qui nous sont parvenues appartiennent aux campagnes d'agrandissement ou de remise au goût du jour de l'édifice, qui s'échelonnent entre 1490 et 1530 (parties rouges du plan). 

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C'est une baie composite faite de deux parties différentes .

 Au registre inférieur, la procession des drapiers de Louviers pour la Fête-Dieu se rattache par son exécution aux éléments de vitrail offert par Guillaume II Le Roux et par sa femme Jeanne Jubert qui ornait probablement la chapelle  située au niveau des deux dernières travées du bas-coté sud ; il  a été réalisé à la même date (vers 1495) et par le même atelier (contemporain de Jehan Barbe, de Rouen ?). Son emplacement initial n'est pas connu, mais le panneau provenait vraisemblablement d'une des baies des chapelles nord de la baie.

Au registre supérieur, le Baptême du Christ daté vers 1500-1510, appartient à la production de l'atelier rouennais dit du Maître de la Vie de saint Jean-Baptiste, actif à Bourg-Achard, Rouen, et Conches.

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Plan du guide de l'Office du tourisme Seine-Eure

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I. LE REGISTRE INFÉRIEUR : PROCESSION DES DRAPIERS DE LOUVIERS POUR  LA FÊTE-DIEU (1490-1500).

 

 

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     À l’époque médiévale, outre les activités de tannerie, Louviers est un centre important de production de toile de lin et de drap de laine.Les guerres  apportent souvent le trouble et la destruction dans ces activités.

 

La corporation des drapiers-foulons était une corporation très riche, qui fit aux églises de Louviers de nombreuses libéralités. En reconnaissance de ces libéralités, les membres de cette corporation ont joui pendant plus de trois cent ans d'un double privilège : ils portaient le dais aux processions du Saint Sacrement, et à leur inhumation on sonnait gratis la grosse cloche dite « la Liard » (ou "cloche des foulons" offerte en 1379 par  le drapier Jehan Liard)  ;  ils perdirent ces beaux privilèges en 1713 par une sentence du lieutenant-général de Pont-de-l'Arche rendue le 21 juin de cette année.

Le prêtre, revêtu d'une chape richement brodée, s'avance sous un dais, tenant l'ostensoir du Saint-Sacrement . Ce dais est de drap rouge frangé de trois couleurs et à la bordure frappée de fleur-de-lys d'or: ; ses montants bleus sont décorés également de fleur-de-lys d'or. Le prêtre est escorté par sept confrères drapiers, dont quatre tiennent les supports du dais ; et  deux d'entre eux au moins portent une étole de fourrure. Les neuf  confrères portent un chapel de fleurs en perles; les cinq qui ne soutiennent pas le dais  tiennent des  torches  auxquelles sont fixées des armoiries .  Ces écussons se rapportent à des corps de métiers qui travaillent la laine.

—Le premier blason montre les trois enfants nus (comme ceux de la Légende de saint Nicolas)  dans un baquet d'or dont ils tiennent la traverse . C'est le blason des foulons.

— Un peu en arrière, c'est le blason des   teinturiers : à la lettre T d'or, enfilée dans une couronne de même et posée sur un léopard d'argent, crinassé d'or. Nous disons au T et non au L, comme dit à tort M. Raymond

—Celui du second personnage près du prêtre  est celle des  tondeurs et épincetteuses « à une force d'argent, posée en pal et accompagnée de deux épinces de sable »

— En arrière et en haut, un blason  évoque le sceau d'azur au lion d'or passant, à la bordure de gueules chargée de besants d'argent que les drapiers reçurent : ce "signet" en plomb  fut  remis en 1368 par Philippe d'Alençon aux habitants de Louviers pour qu'ils puissent marquer le drap qu'ils produisaient. Un spécimen de ces signets a été conservé, il montre sur l'une de ses faces "un écu triangulaire chargé d'une croix et d'un animal léniforme [lion ou léopard] passant et brochant et entouré d'une bordure de besants" (. L.Barbe, Bull. SEDL 1902)

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L. Barbe, Bull. SEDL 1902. Numérisation BNF Gallica.

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— Le dernier confrère porte les armes des laineurs : à la croisée de chardon d'or . Les têtes de chardon, plus précisément des cardères à lainer  Dipsacus sativus servaient au lainage des draps fins. Ils étaient cultivées dans de nombreuses communes. Pour se servir des chardons, on les montent sur une croix ou croisée : trois rangs de chardons usés entourés d'une ceinture de chardons neufs. (Encycl. Meth.)

Rappel : la laine doit d'abord être dégraissée par les foulons dans un bain d'argile ou d'urine. En sortant du foulon, l'étoffe est brute et grossière. Elle est peigner avec un cadre de bois où sont fixés des têtes de cardères. Alternée avec le lainage, la tonte coupe la laine avec de grands ciseaux nommés "force". Puis les épincetteuses ôtent avec des petites pinces toutes les saletés et impuretés. Puis elle est confiée aux tondeurs qui la "chardonnent" et enfin aux teinturiers.

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Le sol est jonché de feuilles vertes et de fruits, ce qui correspond à la tradition des décorations florales de la Fête-Dieu. 

Les drapiers portent des tuniques courtes serrées par une ceinture, sans manches ou à manches courtes, recouvrant un pourpoint ou une chemise de couleur opposée à celle de la tunique. Ce désaccord de couleur se retrouve sur les chausses, qui sont mi-partie, la couleur d'une moitié de la jambe  s'opposant à celle de l'autre moitié avec des paires bleu-or, blanc-or et rouge-or. Tout aussi surprenant est le chaussage, notamment avec la paire de "chaussons" rouge et blanc qui semblent fourrés intérieurement.

Sur le plan technique, nous remarquerons l'emploi de gravure de verres rouges, soit pour les perles blanches de la chasuble du prêtre, soit pour rendre ces chaussons rouge et blanc dans un seul verre, ou les fleurs rouges à cœur blanc du sol.

Une autre prouesse réside dans l'emploi de verres insérées en chef-d'œuvre pour les pierreries de la chasuble.

 

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Procession des drapiers (1490-1500), baie 26, église Notre-Dame de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018

Procession des drapiers (1490-1500), baie 26, église Notre-Dame de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018

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Procession des drapiers (1490-1500), baie 26, église Notre-Dame de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018

Procession des drapiers (1490-1500), baie 26, église Notre-Dame de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018

Procession des drapiers (1490-1500), baie 26, église Notre-Dame de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018

Procession des drapiers (1490-1500), baie 26, église Notre-Dame de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018

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La tête du prêtre, les armoiries des drapiers de Louviers et une partie de l'ostensoir ont été refaits.

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Procession des drapiers (1490-1500), baie 26, église Notre-Dame de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018

Procession des drapiers (1490-1500), baie 26, église Notre-Dame de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018

L'inscription rappelle le nom d'un donateur de la restauration de 1903 par Maurice Muraire : "Restauration offerte en mémoire de M --Guillard, membre".

Baie 26, église Notre-Dame de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018

Baie 26, église Notre-Dame de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018

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Modèles de cette scène:

— 1°) les processions autour du Saint-Sacrement des  Charitons et notamment leurs "chaperons" ( étoles) et  leurs torchères. 

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Torchères de charitons, Honfleur, musée. Photo lavieb-aile.

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2°) Les enluminures des processions du Saint-Sacrement : 25 réponses pour Miniature pour la Fête-Dieu.

http://www.enluminures.culture.fr/public/mistral/enlumine_fr

 

Voir notamment :

  • Clermont-Ferrand BM 0069 f 292v, après 1482,
  • L'évangéliaire à l'usage de l'abbaye Sainte-Geneviève de Paris (?), Bibl Sainte-Geneviève ms 0106 f.130, réalisé vers 1520-1530.
  • Le Bréviaire à l'usage du prieuré Saint-Lô à Rouen, Bibl. Sainte-Geneviève 1266 f.006, du début XVIe.

Ces enluminures de la Fête-Dieu sont situées principalement dans la région de Rouen, et dans une période 1480-1530.

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3°) Les enluminures des cortèges funèbres où 13 "pauvres" portent des torches : Fouquet dans les Heures Chevalier (1452-1460):

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 I. LE REGISTRE SUPÉRIEUR : LE BAPTÊME DU CHRIST (1500-1510).

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Il  appartient à la production de l'atelier rouennais dit du Maître de la Vie de saint Jean-Baptiste, actif à Bourg-Achard, Rouen, et Conches.

Cette partie du vitrail faisait partie de la verrière offerte par les tanneurs de Louviers pour la baie 10.

La moitié de la surface environ est traitée en grisaille sur verre blanc, montrant Jean-Baptiste, le Christ, et dans le lointain les murailles de Jérusalem.

En tête de lancette, Dieu le père envoie sa colombe parmi les rayons de sa gloire, tandis qu'une banderole brune porte sa parole en lettres d'or : HIC EST FILIUS MEUS DILECTUS IN QUO MICHI [BENE] COMPLAC [UI] Matthieu 3:17

La banderole est entourée de deux "nuages" rouges, en réalité des anges prosternés.

La partie boisée à gauche accueille, en haut, une chouette et un autre oiseaux,  et, en bas, un couple de perdrix à coté d'un héron sur la berge du Jourdain.

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Baptême du Christ (Maître de la vie de saint Jean-Baptiste, 1500-1510) baie 26, église Notre-Dame de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018

Baptême du Christ (Maître de la vie de saint Jean-Baptiste, 1500-1510) baie 26, église Notre-Dame de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018

Baptême du Christ (Maître de la vie de saint Jean-Baptiste, 1500-1510) baie 26, église Notre-Dame de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Baptême du Christ (Maître de la vie de saint Jean-Baptiste, 1500-1510) baie 26, église Notre-Dame de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Baptême du Christ (Maître de la vie de saint Jean-Baptiste, 1500-1510) baie 26, église Notre-Dame de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Baptême du Christ (Maître de la vie de saint Jean-Baptiste, 1500-1510) baie 26, église Notre-Dame de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Baptême du Christ (Maître de la vie de saint Jean-Baptiste, 1500-1510) baie 26, église Notre-Dame de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Baptême du Christ (Maître de la vie de saint Jean-Baptiste, 1500-1510) baie 26, église Notre-Dame de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Baptême du Christ (Maître de la vie de saint Jean-Baptiste, 1500-1510) baie 26, église Notre-Dame de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Baptême du Christ (Maître de la vie de saint Jean-Baptiste, 1500-1510) baie 26, église Notre-Dame de Louviers. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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Michel Hérold a consacré en 1999 un article La production normande du Maître de la vie de saint Jean-Baptiste (Pierre, Lumière et couleur, pages 469-485) dans lequel il replace cette scène dans une suite de 10 scènes de la Vie de Jean-Baptiste allant des adieux de Jean-Baptiste à ses parents jusqu'à sa décollation. Huit de ces scènes sont présentes dans la baie 2 de Bourg-Achard, 3 dans la baie 20 de Conches, 4 = 2 vestiges à Saint-Romain de Rouen, une seule à Louviers, mais il faut ajouter à ce recensement les deux panneaux conservés à Londres, musée Victoria et Albert (achetés au peintre rouennais Jules Boulanger en 1909) et les trois panneaux conservés au Museum of Art de Philadelphie. 

Concernant la scène du Baptême du Christ, elle est présente, outre à Louviers,  à Bourg-Achard, à Conches, à Rouen sous forme de vestiges, et à Philadelphie, soit donc au total à cinq reprises. L'auteur cite aussi la copie du Baptême conservée à Overstone, Northampstonshire, église Saint-Nicolas, "dont la confrontation avec son homologue de Louviers est sans ambiguité".

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Baptême du Christ, tympan de la baie 2, Bourg-Achard. Photo lavieb-aile.

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Baptême du Christ, baie 20 de l'église de Conches. Photo lavieb-aile.

 

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Baptême du Christ, Overstone, St-Nicholas' church, in Hérold p. 479

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Baptême du Christ, Philadelphia Museum of Art, in Hérold p.478

 

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Baptême du Christ, Philadelphia Museum of Art.

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Michel Hérold a fait procéder à un relevé des dessins des plombs sur des photos des panneaux de Philadelphie et de Louviers, pour constater que les deux œuvres sont conçues à la même échelle et les contours des personnages se superposent presque exactement, alors qu'une bonne partie du décor varie. Cela traduit le réemploi de patrons dit "silhouettés", des documents techniques bien adaptés aux besoins des ateliers de peintres verriers en vue de la répétition. 

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Relevé des plombs des Baptême de Philadelphie (à G.) et Louviers (à D.), dessin Christel Drouard, Ciorpus vitrearum, in Hérold p. 479.

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Il est aussi possible de comparer les inscriptions : elles sont présentes dans tous les cas sauf à Overstone, disposées verticalement dans un cartouche de même proportion. Celles de Louviers et de Bourg-Achard sont très proches par leur écriture gothique, bien que la plus élégante et la plus ornée soit à Bourg-Achard. Dans les deux cas, le terme latin MIHI est orthographié MICHI, une forme attestée (Fonts de St-Barthélémy de Liège, v. 1118 ; Bréviaire à l'usage d'York ) mais rare.

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Inscription à Louviers.

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Inscription à Bourg-Achard.

 

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Inscription à Conches.

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La conclusion de l'étude de Michel Hérold est de concevoir un seul atelier, rouennais, disposant de suites de patrons fournis par un ou plusieurs peintres parisiens : c'est à cette structure que reviendrait le nom, créé par Jean Lafond, de Maître de la vie de saint Jean-Baptiste. 

Le peintre parisien est ou serait Jean d'Ypres, le Maître des Très petites heures d'Anne de Bretagne, malgré qu'aucun modèle de la Vie de saint Jean Baptiste, et notamment ici du Baptême du Christ, ne soit connu de la main de ce peintre prolifique. 

Dans un certain nombre de cas, des patrons à grandeur, très détaillés, serait fournis par le peintre, et décalqués par le verrier, qui se réserve les choix techniques et la coloration.

Mais l'atelier se montre aussi capable de maîtriser l'ensemble des étapes et de se dégager de l'influence ou de citation parisienne : c'est précisément le cas pour ces Baptêmes successifs et semblables.

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Voir, du même atelier, la baie 1 et la baie 2 de Bourg-Achard.

 

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SOURCES ET LIENS.

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http://sedlouviers.pagesperso-orange.fr/histoire/25questions/drap.htm

 

BARBE (Lucien), Louviers décorée au XVe siècle, Société d'études diverses de l'arrondissement de Louviers, 1902, Imp. E. Izambert., 1903

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k4413211/f75.item.r=drapiers.zoom

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k4413211/f73.item.r=drapiers.zoom

 — BARBE Lucien, « Histoire de l'industrie textile du drap à Louviers », in Bulletin Annuel de la. , Bulletin S.E.D.,t. I,1893 page 45-82

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k441316k/f43.image.r=lucien%20barbe

 

 — CALLIAS BEY (Martine), CHAUSSÉ (Véronique), GATOUILLAT (Françoise), HÉROLD (Michel), 2001,"Les vitraux de Haute-Normandie", Corpus vitrearum Recensement VI, CNRS éditions, page 171

HÉROLD (Michel), 1999, La production normande du Maître de la vie de saint Jean-Baptiste, Pierre, Lumière, couleur, Etude d'histoire de l'art du Moyen-Âge en l'honneur d'Anne Prache, , Presses de l'Université de Paris-Sorbonne 

LAFOND Jean, 1963, Les vitraux de Notre-Dame de Louviers, par Jean Lafond . Louviers et Pont-de-l'Arche. Nouvelles de l'Eure, n° 15, Pâques 1963. (pp. 42-47).

LE MERCIER (E.)  Monographie de l'église Notre-Dame de Louviers Ch. Hérissey et fils, 1906 - 212 pages 

 

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1 novembre 2018 4 01 /11 /novembre /2018 14:43

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LA BAIE 18.

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Baie 18, collégiale de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Baie 18, collégiale de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Chaque pièce ancienne mesure 0,85 m de haut et 0,65 m de large.

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1°)Dans un intérieur Renaissance, couple de donateurs et leurs enfants ; vêtements et écus armoriés portés par des putti.

Pièces en chef-d'œuvre dans les écus.

Réalisé probablement dans un atelier de Beauvais vers 1520-1530.

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Baie 18, collégiale de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Baie 18, collégiale de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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2°) Trinité : quelques restes d'un panneau du 1er quart du XVIe.

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Baie 18, collégiale de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Baie 18, collégiale de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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3°) Apôtre de la Transfiguration sur fond damassé blanc, vers 1500.

4°) Couple de donateurs au pied d'une croix sur fond de paysage, composition attribuée à Beauvais, vers 1520-1530.

 

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Baie 18, collégiale de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Baie 18, collégiale de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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BAIE 19.

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Baie 19, collégiale de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Baie 19, collégiale de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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1°) Fragments d'un panneau au trois chanoines donateurs portant l'aumusse, sous un dais architectural.

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Baie 19, collégiale de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Baie 19, collégiale de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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2°) Donatrice non identifiée.

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Baie 19, collégiale de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Baie 19, collégiale de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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3°) Religieuse, donatrice.

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Baie 19, collégiale de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Baie 19, collégiale de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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LA BAIE  20. 1ER QUART XVIE ET XXE .

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Baie 20, collégiale de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Baie 20, collégiale de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Baie 20, collégiale de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Baie 20, collégiale de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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Baie 20, registre inférieur.

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a) Des bourreaux tenaillent les seins de sainte Barbe.

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Baie 20, collégiale de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Baie 20, collégiale de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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b) Flagellation de sainte Barbe.

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Baie 20, collégiale de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Baie 20, collégiale de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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La baie 20, registre intermédiaire bas.

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a) Arrestation ou décollation de sainte Barbe (?) sur fond de scène de chasse et vue marine à deux nefs.

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Baie 20, collégiale de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Baie 20, collégiale de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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b) Comparution de sainte Barbe devant le roi son père.

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Baie 20, collégiale de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Baie 20, collégiale de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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La baie 20, registre intermédiaire haut.

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a) Saint Sébastien visé par deux archers, fond de paysage.

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Baie 20, collégiale de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Baie 20, collégiale de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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b) Un évêque, une épée plantée dans le ventre.

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Baie 20, collégiale de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Baie 20, collégiale de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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La baie 20, registre supérieur.

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a) Un saint diacre martyr : dalmatique rouge frangée et manipule, palme et livre.

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Baie 20, collégiale de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Baie 20, collégiale de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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a) Un saint diacre martyr : dalmatique, palme et livre dans sa couverte (ou sac à procès).

Baie 20, collégiale de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Baie 20, collégiale de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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LA BAIE 24.

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Au centre :

À gauche : Donateur non identifié en cotte d'armes et son fils sur fond de vitrerie colorée par Labouret.

À droite : Donatrice non identifiée sur fond de vitrerie colorée par Labouret.

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Baie 24, collégiale de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Baie 24, collégiale de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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Les armoiries du tabard du donateur sont d'azur à la croix engreslée d'argent.

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Ces deux figures  sont décrites en 1792 par A.L. Millin :

Antiquités nationales, ou Recueil de monumens pour servir à l'histoire …, XLV, Ville et château de Gisors

"ll y a quatre chapelles adossées sur les piliers en avant du chœur. Elles sont toutes très-ornées de sculptures. 

Dans la chapelle suivante on voit sur les vitraux quatre figures peintes. Sur le premier vitrail il y a une femme vêtue d'une robe , et dont la tête est couverte d'un voile ; elle est à-genoux devant un prie-dieu où sont ses armes d'azur à la croix , engreslée d'argent , Planche II , fig. 8. Derrière elle est un homme vêtu d'une longue robe. Dans l'autre vitrail sont les deux autres figures , dont l'une armée et cuirassée porte sur sa tunique les armoiries qui sont sur le prie-dieu de la femme. Il a derrière lui un jeune homme en robe, Planche II , fig. 9. Ces armes sont celles de Daillon , comte de Lude : mais j'ignore qui ce portrait représente."

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Aubin-Louis Millin 1792, Antiquités nationales planche XLV

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Voir Jean Daillon 1423-1481

https://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_Daillon

Voir Famille Daillon, seigneurs du Lude :

http://racineshistoire.free.fr/LGN/PDF/Daillon.pdf

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Baie 24, collégiale de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Baie 24, collégiale de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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SOURCES :

— BLANQUART, (Abbé), 1885, Notice sur les vitraux de Gisors, Mémoires de la société archéologique et historique de Pontoise et du Véxin, T7, page 67 et suiv.

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k214014k/f127.item.zoom

 

 — CALLIAS BEY (Martine), CHAUSSÉ (Véronique), GATOUILLAT (Françoise), HÉROLD (Michel), 2001,"Les vitraux de Haute-Normandie", Corpus vitrearum Recensement VI, CNRS éditions, page 171

HÉROLD (Michel), 1993, Gisors, église paroissiale Saint-Gervais Saint-Protais, les verrières, Paris, 1993. Non consulté.

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31 octobre 2018 3 31 /10 /octobre /2018 19:00

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Cette baie, l'une des quatre  de la Chapelle de la Vierge, mesure  3 m. de haut et 1,10 m de large ; elle  comporte 1 lancette trilobée et un tympan à 1 ajour et 1 écoinçon. Son registre inférieur est l'œuvre de l'atelier Duhamel-Marette. Celui-ci , chargé de la restauration des baies, réalisa entre 1893 et 1898 des verrières neuves pour les baie 9 à 15 de la chapelle de la Vierge en incluant ici en registre supérieur la figure de Notre-Dame-de-la-Liesse, conservée jusqu'en 1897 dans le bas-coté sud du chœur, peut-être en baie 12.

Le fond Duhamel-Marette et Muraire est conservé aux Archives départementales de l'Eure (75J 1-7).


 

"Louis-Gustave Duhamel, formé à l'école des Beaux-Arts de Rouen puis à l'atelier du maître-verrier Bernard dans la même ville, s'associa vers 1860 à un ''peintre-vitrier'' d'Evreux, Jean-Gabriel Marette, dont il épousa la fille, Marie-Adeline. Sous le nom de Duhamel-Marette, cet atelier ébroïcien devint l'un des principaux artisans du renouveau de l'art du vitrail en Normandie, actif aussi bien dans la restauration de vitraux anciens que dans la création de verrières dans le style du Moyen-Âge et de la Renaissance et sa production fut exportée bien au-delà des limites régionales."

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Baie 15 (milieu XVIe et 1895-1898), collégiale de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Baie 15 (milieu XVIe et 1895-1898), collégiale de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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LE REGISTRE INFÉRIEUR. DUHAMEL-MARETTE 1895-1898.

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Une inscription explicite le sujet de la scène : 

COME EN LAN 1634 AYANT PRIS FIN UNE PESTE HORRIBLE MRE ROBERT DENYAU
CURE DE CEANS ET LES BOURGEOIS DE GISORS REMERCIENT NOSTRE DAME EN SON EGLISE DE LIESSE.

 

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"Comment en l'an 1634, ayant pris fin une horrible peste, messire Robert Denyau curé de céans et les bourgeois de Gisors remercient Notre-Dame en son église de Liesse."

P. F. D. Hersan dans son Histoire de la ville de Gisors parue en 1858, fournit les explications suivantes  :

En l'année 1604, Marc Philo de Saint-Servin , licencié en théologie , protonotaire apostolique, de la compagnie de Jésus, curé de Gisors, installa les religieux de la Mercy ou de l'Ordre de la Très-SainteTrinité, appelés Mathurins, dans la chapelle de Notre-Dame-de-Liesse de Gisors, près le Mont-de-l'Aigle, le 13 juin 1610.

Les Mathurins , ordre qui avait pour but le rachat des captifs chrétiens dans les états barbaresques : Maroc, Alger, Tunis, Tripoli, etc., firent bâtir une nouvelle église beaucoup plus vaste que la chapelle fondée en 1610 sous le vocable de Notre-Dame-de-Liesse. Cette église fut consacrée le 3 juin 1626, par M. Déniaud, alors curé de Gisors.

Robert Déniaud , docteur en droit canon et civil, succéda à Raoul Neveu, au titre de curé de Gisors, en 1611.

Il écrivit une Histoire politique de Gisors (Rouen, ms Y14a)

En 1632, une peste fit un grand nombre de victimes en cette ville où elle dura jusqu'en l'année 1634.

M. Déniaud, curé de Gisors, fit, dans cette circonstance, tout ce qui était en son pouvoir pour ranimer les esprits et soulager ses malheureux paroissiens. Il organisa, en outre, des processions à la chapelle de Notre-Dame-deLiesse, sise aux Mathurins et le terrible fléau ayant cessé, il rendit grâce à Dieu par le chant du Te Deum , dans l'église de Gisors , auquel assistèrent tous ses paroissiens et une partie de ceux des villages voisins.

La statue de N.-D. de Liesse, qui était jadis dans la chapelle de Mathurins, est présentement placée dans le mur d'une maison, située vis-à-vis le pont des Argilières.

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Victor Patte :

https://archive.org/details/HistoireDeGisors/page/n187

"Cette vierge avait, en effet, la tête inclinée, et, comme si elles n’étaient pas toutes ainsi, on assurait que c’était pour perpétuer le souvenir du miracle qui avait fait cesser, dans la ville, l’affreuse maladie qui mettait toutes les familles en deuil. Non content d’avoir ainsi placé sa paroisse sous la protection de toutes les Notre-Dame-de-Liesse de Gisors, le pasteur de celle ville fit encore le vœu d’aller, avec ses ouailles, invoquer celle dont l’église était située près de Laon: voyage qui fut, en effet, effectué le mercredi d’après le dimanche de Quasimodo de l’année 1634. . Le terrible fléau ayant cessé d’exercer ses ravages dans la ville, ce fut, pour Denyau, un signe de l’apaisement de la colère de celui dont il était le ministre. Aussi fit-il chanter, dans son église, un Te Deum d’actions de grâces, auquel assistèrent tous les paroissiens et une partie de ceux des villages voisins. Au sujet de la peste qui affligea de son temps la ville de Gisors, en 1632 et 1633, Robert Denyau, dans une histoire de cette ville, demeurée manuscrite, fait un long détail du pèlerinage que ses paroissiens firent a l’église des Trinitaires, et de la dévotion avec laquelle ils y chantèrent le Regina cœli."

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Sur le couvent des Mathurins, voir ici.

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L'inscription est surmontée d'un blason d'azur à la  fasce d'or, accompagnée en chef de deux cœurs d'argent et en pointe d'un croissant de même : ce sont les armes de la famille Denyau, d'Anjou. :

https://docplayer.fr/25602541-Archives-departementales-de-seine-maritime.html

 

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Le blason est posé sur un crucifix entouré d'un chapelet où est accroché une médaille d'or.

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Action de grâce à Notre-Dame-de-Liesse , baie 15 (Duhamel-Marette, 1898), collégiale de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Action de grâce à Notre-Dame-de-Liesse , baie 15 (Duhamel-Marette, 1898), collégiale de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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Action de grâce à Notre-Dame-de-Liesse , baie 15 (Duhamel-Marette, 1898), collégiale de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Action de grâce à Notre-Dame-de-Liesse , baie 15 (Duhamel-Marette, 1898), collégiale de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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REGISTRE SUPÉRIEUR. LA STATUE DE NOTRE-DAME.

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Dans un encadrement architectural datant essentiellement du XIXe siècle, est inséré un panneau du milieu du XVIe siècle : c'est une grisaille, comme celle de la baie 10, qui lui est contemporaine, et comme celle-ci elle s'inspire d'une gravure. Il s'agit ici d'une gravure de Marc-Antoine Raimondi, d'après la "Vierge au poisson" de Raphaël. (voir infra)

M. Hérold, in Callias Bey et col. attribue cette grisaille à "Romain Buron, auteur probable de Notre-Dame-du-Salut à Sainte-Foy de Conches, tirée du même patron à grandeur."

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Notre-Dame-de-Liesse , baie 15 (Romain Buron ?, milieu XVIe s.), collégiale de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Notre-Dame-de-Liesse , baie 15 (Romain Buron ?, milieu XVIe s.), collégiale de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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Notre-Dame-de-Liesse , baie 15 (Romain Buron ?, milieu XVIe s.), collégiale de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Notre-Dame-de-Liesse , baie 15 (Romain Buron ?, milieu XVIe s.), collégiale de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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La comparaison avec la gravure de Raimondi laisse apparaître de sérieuses différences avec le vitrail, concernant la posture et la direction du regard de la Vierge ou son habillement, aussi bien que la posture de l'Enfant.

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La Vierge au poisson d'après Raphaël (Bartsch 54 - Bartsch illustré tome 26 (volume 14, 1ère partie), page 80)

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Notre-Dame-de-Liesse , baie 15 (Romain Buron ?, milieu XVIe s.), collégiale de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Notre-Dame-de-Liesse , baie 15 (Romain Buron ?, milieu XVIe s.), collégiale de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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SOURCES ET LIENS.

 

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— BLANQUART, (Abbé), 1885, Notice sur les vitraux de Gisors, Mémoires de la société archéologique et historique de Pontoise et du Véxin, T7, page 67 et suiv.

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k214014k/f127.item.zoom

 

 — CALLIAS BEY (Martine), CHAUSSÉ (Véronique), GATOUILLAT (Françoise), HÉROLD (Michel), 2001,"Les vitraux de Haute-Normandie", Corpus vitrearum Recensement VI, CNRS éditions, page 171

 

— HAMON (Étienne), 2008, Un chantier flamboyant et son rayonnement: Gisors  et les églises du Vexin français, Presses Univ. Franche-Comté, 2008 - 652 pages page 321.

https://books.google.fr/books?id=QrXmxuOPH5MC&dq=isbn:2848672196&hl=fr&source=gbs_navlinks_s

HÉROLD (Michel), 1993, Gisors, église paroissiale Saint-Gervais Saint-Protais, les verrières, Paris, 1993. Non consulté.

 

— PATTE (Victor), 1896, Histoire de Gisors,  ed. C. Lapierre, Gisors page 261-263

https://archive.org/details/HistoireDeGisors/page/n327

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31 octobre 2018 3 31 /10 /octobre /2018 14:52

L'extraordinaire grisaille (1545) de la baie 10 de la collégiale de Gisors : la Vie de la Vierge  illustrée de séquences de la Légende de Psyché gravées par le Maître au Dé.

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Voir ;

1. Sur l'église de Gisors :

 

2. La liste de mes articles sur les vitraux.

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PRÉSENTATION.

1°) Grisaille : définitions.

Une grisaille est, en peinture, une peinture monochrome en camaïeu gris, utilisée par exemple pour peindre le verso des volets des retables (Van Eyck, Polyptyque du Jugement Dernier de Van der Weyden ). Ces volets étant les seuls apparents lorsque le retable est fermé, la grisaille leur confère un esprit d'attente pénitentielle et d'ascèse.

C'est aussi un exercice de style pour le peintre, exercice proche du trompe-l'œil, qui doit utiliser les différences de nuances pour marquer les  ombres, donnant ainsi l'illusion du relief et de la sculpture sur pierre ou sur bois. Le camaïeu est d'ailleurs au sens propre une imitation des camées.

Elle est aussi assimilée depuis le début de la Renaissance (Vasari) au clair-obscur, où la préoccupation du relief privilégie le modelé.

En vitrail, la grisaille est, d'abord, le nom de la peinture vitrifiable appliquée sur les verres, blancs ou colorés. Mais le terme peut désigner aussi une peinture exclusivement sur verre blanc, avec application de grisaille, de jaune d'argent voire (comme ici) d'émail. Cette pratique a pu répondre à l'exigence des paroissiens ou des chanoines de faire entrer davantage de lumière dans l'église (les verres colorés étant bien-sûr plus sombres). C'est ainsi qu'en la cathédrale de Chartres, des vitraux de grisaille sont apparus à la fin du XIIIe siècle sous forme de réseaux géométriques  et ont été complétés au XVe siècle de scènes figurées à verres colorés : Verrière de Saint-Nicolas, de l'Annonciation, etc. Elle a pu aussi être suscitée par l'art de la gravure et la large  diffusion des œuvres, permise par l'imprimerie : la baie 10 de Gisors plaide en ce sens.

 

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2°) La Galerie de Psyché.

En 1542-1543, le Connétable de Montmorency a commandé à un maître-verrier de l'École de Fontainebleau  pour la galerie de son château d'Écouen 44 vitraux en verre blanc, grisaille et jaune d'argent relatant l'histoire de Psyché selon l'Âne d'Or d'Apulée

L'idée de ce thème provenait de la Loge de Psyché, peinte par Raphaël pour la Villa Farnesina en 1516-1518.

Le  graveur  Bernado Daddi (vers 1510-Rome 1570) s'inspira de dessins attribués à Raphaël (mais dus probablement au flamand Michiel Coxcie, le "Raphaël flamand") pour réaliser vers 1535 une série de 32 planches gravées, L'Histoire des amours de Psyché et Cupidon, qui sont la source des vitraux d'Écouen (actuellement au château de Chantilly).

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3°) La baie 10 de Gisors.

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"La Vie de la Vierge de la baie 10, "l'une des œuvres les plus parfaites de la seconde Renaissance", a depuis longtemps attiré l'attention. Les comparaisons anciennement proposées avec la suite de la vie de Psyché d'Écouen, aujourd'hui au Musée Condé de Chantilly et avec le vitrail de la vie de la Vierge de Saint-Acheul d'Écouen [1544]  demeurent pertinentes. Ces verrières pourraient avoir été réalisées à Paris. Elles sont de factures différentes, mais puisent toutes à la source des gravures de l'histoire de Psyché. Ces gravures, exécutées à rome par le Maître au Dé, sont utilisées à Gisors d'une manière beaucoup moins directe qu'à Chantilly. Il ne s'agit pas ici de copie mais de la reprise d'éléments de composition auparavant notés et déjà transposés. La grisaille de Gisors est une œuvre originale et de haute qualité, qui dépasse les modèles de référence. Son auteur anonyme a également puisé à d'autres sources, en particulier dans les gravures de Dürer qu'il exploite également avec une grande liberté. Une seconde grisaille, contemporaine de la précédente, représente Notre-Dame-de-Liesse (baie 15)." (Callias Bey et col. 2001 p. 169)

 

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DESCRIPTION.

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La baie haute de 3,70 m et large de 2,50  est divisée en deux lancettes cintrées (qui se décrivent en deux registres) et un tympan à 2 ajours.

CLIQUEZ SUR LES IMAGES pour éviter le commentaire.

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Verrière de la Vie de la Vierge (anonyme, 1545), baie 10 de la collégiale de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Verrière de la Vie de la Vierge (anonyme, 1545), baie 10 de la collégiale de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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LE REGISTRE INFÉRIEUR . La Visitation et la Circoncision.

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Verrière de la Vie de la Vierge (anonyme, 1545), baie 10 de la collégiale de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Verrière de la Vie de la Vierge (anonyme, 1545), baie 10 de la collégiale de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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1°) La Visitation.

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Grisaille, jaune d'argent, présence d'émail bleu.

 

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Verrière de la Vie de la Vierge (anonyme, 1545), baie 10 de la collégiale de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Verrière de la Vie de la Vierge (anonyme, 1545), baie 10 de la collégiale de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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"Transposition partielle de gravures du Maître au Dé : mariage des sœurs de Psyché avec des rois ; Psyché raconte son infortune à ses sœurs." (Callias Bey)

"Dans le panneau de la Visitation, la figure de sainte Élisabeth a été calquée sur la figure de Psyché prête à se venger de ses sœurs  et la tête de la jeune fille a été remplacée par une tète de vieille femme. L’une des suivantes de la Vierge est calquée sur une des sœurs de Psyché dans la même gravure, l’autre sur la seconde sœur de Psyché dans la gravure où le roi et la reine déplorent la beauté de leur fille, qui éloigne d’elle les prétendants ." (Magne)

 

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Psyché raconte son infortune à ses sœurs, gravure du Maître au Dé.

 

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le roi et la reine déplorent la beauté de leur fille, qui éloigne d’elle les prétendants. Gravure du Maître au Dé.

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 Même emploi de cette gravure pour la Visitation de l'église d'Écouen.

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Vitrail de l'église d'Écouen. Photo Reinhardhauke — Travail personnel

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2°) L'Annonce faite aux bergers.

 

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Verrière de la Vie de la Vierge (anonyme, 1545), baie 10 de la collégiale de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Verrière de la Vie de la Vierge (anonyme, 1545), baie 10 de la collégiale de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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Transposition partielle de gravures du Maître au Dé : Le père de Psyché consultant l'oracle de Millet .

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Gravure (inversée par moi) de la gravure le père de Psyché consulte l'oracle.

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Transposition partielle de gravures du Maître au Dé :  Cupidon demande grâce pour Psyché.

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Cupidon demande grâce à Jupiter pour Psyché.

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Transposition partielle de gravures du Maître au Dé :  Psyché embarque dans la barque de Charon .

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Transposition partielle de gravures du Maître au Dé : Psyché transportée dans un montagne déserte.

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Psyché conduite dans un appareil funèbre sur une montagne déserte pour accomplir les ordres de l'oracle (Bartsch 43, Bartsch illustré tome 29 (volume 15, 2ème partie), page 199)

Psyché conduite dans un appareil funèbre sur une montagne déserte pour accomplir les ordres de l'oracle (Bartsch 43, Bartsch illustré tome 29 (volume 15, 2ème partie), page 199)

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La date 1545 est marquée sur la banderole tenue par l'ange.

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Verrière de la Vie de la Vierge (anonyme, 1545), baie 10 de la collégiale de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Verrière de la Vie de la Vierge (anonyme, 1545), baie 10 de la collégiale de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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LE REGISTRE INTERMÉDIAIRE .

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Verrière de la Vie de la Vierge (anonyme, 1545), baie 10 de la collégiale de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Verrière de la Vie de la Vierge (anonyme, 1545), baie 10 de la collégiale de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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3°) L'Annonciation.

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Verrière de la Vie de la Vierge (anonyme, 1545), baie 10 de la collégiale de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Verrière de la Vie de la Vierge (anonyme, 1545), baie 10 de la collégiale de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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Transposition partielle de gravures du Maître au Dé  : Apulée changé en âne .

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Galerie de Psyché, château de Chantilly. Photographie lavieb-aile 2015.

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Transposition partielle de gravures du Maître au Dé  :  Cérès refuse assistance à Psyché.

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Céres refuse assistance à Psyché, Galerie de Psyché, château de Chantilly. Photographie lavieb-aile 2015.

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4°) La Circoncision.

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Verrière de la Vie de la Vierge (anonyme, 1545), baie 10 de la collégiale de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Verrière de la Vie de la Vierge (anonyme, 1545), baie 10 de la collégiale de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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"Dans le panneau de la Circoncision de Gisors (Fig. 5), la Vierge est calquée sur Psyché offrant des cadeaux à ses  sœurs  : la tête seule a été changée. " (L. Magne page 72).

https://archive.org/details/lesvitrauxdemont00magn/page/72

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Psyché offrant des présents à ses sœurs, gravure du Maître au Dé.

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Psyché offrant des cadeaux à ses  sœurs, vitrail de la Galerie de Psyché, château de Chantilly. Photographie lavieb-aile 2015.

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LE REGISTRE SUPERIEUR .

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Verrière de la Vie de la Vierge (anonyme, 1545), baie 10 de la collégiale de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Verrière de la Vie de la Vierge (anonyme, 1545), baie 10 de la collégiale de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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5°) Le Mariage mystique de la Vierge.

 

 

Verrière de la Vie de la Vierge (anonyme, 1545), baie 10 de la collégiale de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Verrière de la Vie de la Vierge (anonyme, 1545), baie 10 de la collégiale de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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D'après Dürer, Le Mariage de la Vierge, vers 1505,   catalogue  Bartsch  82.

 

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A. Dürer, Le Mariage de la Vierge, gravure vers 1505.

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6°) L'Adoration des Mages.

 

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Verrière de la Vie de la Vierge (anonyme, 1545), baie 10 de la collégiale de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Verrière de la Vie de la Vierge (anonyme, 1545), baie 10 de la collégiale de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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Transposition partielle de gravures du Maître au Dé : Le Peuple rend  honneur à Psyché.

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Gravure du Maître au Dé

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Le peuple rend hommage à la beauté de Psyché, Galerie de Psyché, Château de Chantilly. Photographie lavieb-aile 2015.

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LE TYMPAN.

 

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Trinité dans les deux ajours  et l'écoinçon supérieur, nuée dans les 2 autres écoinçons.

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Verrière de la Vie de la Vierge (anonyme, 1545), baie 10 de la collégiale de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Verrière de la Vie de la Vierge (anonyme, 1545), baie 10 de la collégiale de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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SOURCES ET LIENS.

 

— BLANQUART, (Abbé), 1885, Notice sur les vitraux de Gisors, Mémoires de la société archéologique et historique de Pontoise et du Véxin, T7, page 67 et suiv.

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k214014k/f127.item.zoom

 

 — CALLIAS BEY (Martine), CHAUSSÉ (Véronique), GATOUILLAT (Françoise), HÉROLD (Michel), 2001,"Les vitraux de Haute-Normandie", Corpus vitrearum Recensement VI, CNRS éditions, page 171

 

— MAGNE (Lucien), 1888, LES VITRAUX DE MONTMORENCY ET D'ÉCOUEN CONFÉRENCE FAITE A MONTMORENCY M. LUCIEN MAGNE ARCHITECTE PARIS LIBRAIRIE DE FIRMIN DIDOT ET V e 56 , RUE JACOB, 56, page 70 et suiv.

https://archive.org/details/lesvitrauxdemont00magn/page/70

— [Recueil. Oeuvre de Maitre au Dé] Daddi, Bernardo (1512?-1570). Graveur Nombre total de vues : 157

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b7200155p/f77.item

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29 octobre 2018 1 29 /10 /octobre /2018 15:05

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Placé dans la quatrième chapelle du bas-coté nord, dédiée à sainte Anne, cette baie haute de 5,50 m et large de 3 m  possède 4 lancettes trilobées et un tympan à 4 mouchettes, 1 soufflet et 2 petits écoinçons. Le décor figuré est placé au centre de verres blancs losangés remplaçant, dès le XVIIIe, des parties manquantes, et se décrit en deux registres.

La verrière a été recomposée, mais peu restituée.

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Verrière de saint Pierre, de sainte Clotilde et de la Vierge, baie 21 (Romain Buron, vers 1530-1540) de la collégiale  de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Verrière de saint Pierre, de sainte Clotilde et de la Vierge, baie 21 (Romain Buron, vers 1530-1540) de la collégiale de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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LES LANCETTES CENTRALES.

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Verrière de saint Pierre, de sainte Clotilde et de la Vierge, baie 21 (Romain Buron, vers 1530-1540) de la collégiale  de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Verrière de saint Pierre, de sainte Clotilde et de la Vierge, baie 21 (Romain Buron, vers 1530-1540) de la collégiale de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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LE REGISTRE INFÉRIEUR. LES DONATEURS ET LEURS PATRONS.

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Verrière de saint Pierre, de sainte Clotilde et de la Vierge, baie 21 (Romain Buron, vers 1530-1540) de la collégiale  de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Verrière de saint Pierre, de sainte Clotilde et de la Vierge, baie 21 (Romain Buron, vers 1530-1540) de la collégiale de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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1°) La partie droite : Pierre Le Pelletier et ses trois fils présentés par saint Pierre.

a) Identification :

Elle est basée sur les saints qui présentent les donateurs, sainte Geneviève pour l'épouse et saint Pierre pour le donateur. (On sait pourtant que les intercesseurs ne sont pas obligatoirement liés aux prénoms des couples). Ce point de départ conduit E. Hamon à écrire :

"Ces figures accompagnent un couple de donateur et leurs enfants dont nous n'avons pu identifier les armoiries associées. La confrontation de ces deux prénoms aux listes des notables de Gisors nous permet de proposer les noms de Pierre Le Pelletier et de son épouse Geneviève." Étienne Hamon ... Gisors et les églises du Vexin français.

Un Pierre le Pelletier fut lieutenant du bailli de Gisors en 1547 : dans des actes concernant les Métiers de Gisors, il  est dit "maistre Pierre Le Pelletier,  écuyer, notre lieutenant en la ville et chatellenie du dict Gisors » page 144, tandis que Adam de Houdon est bailli et capitaine de Gisors. (Passy, 1907). Il appose sa signature sur les statuts des Patissiers Rotisseurs (31 janvier), des Tisserands en drap (24 janvier), des Chaudronniers (31 janvier). Notons dans le même ouvrage qu'en 1538, un Jehan Le Pelletier était Procureur du roi à Gisors. 

Le même, ou un autre "maître Pierre Le Pelletier " et dit , écuyer, député du parlement de Rouen en ... qualité de lieutenant général nommé en 1526, ...lieutenant général de Gisors" (Mémoires Auguste Le Prévost) , et un autre est, plus tard, député du tiers-état de la vicomté de Beaumont-le-Roger. (L. Passy 1907)

 

L'examen des armoiries devrait nous renseigner. Celles de Pierre Le Pelletier pourraient être blasonner comme d'azur, à une fasce d'argent chargée de deux roses de gueules et une molette de sable, au chef une gerbe de blé d'or. Celles de son épouse, inscrites dans un losange comme celle des femmes, sont, pour le parti du mari, presque identiques mais la fasce porte trois roses, la molette ayant disparu. La moitié qui correspond à sa famille serait d'argent à une rose de gueules

Elles ne procurent aucune piste.

Ces armoiries sont différentes de celles ( d'azur, d la fusée d'argent , chargée de trois coquilles de sable) de Henri Le Pelletier, seigneur de Bonnemare marié en 1493 avec Geneviève Jubert du Thil et donateur aux Andelys d'un vitrail réalisée à Rouen par Arnoult de Nimègues mais qui fut adaptée à une baie nouvelle et complétée vers 1540 par Romain Buron  à l'initiative des donateurs, ou de leurs enfants. 

Elles possèdent certains éléments (roses de gueules, éperons de sable, fond d'azur) des armoiries des Le Pelletier originaire du Mans. Les roses de gueules se retrouvent aussi autour d'un chêne arraché chez des membres d'une autre famille Le Pelletier

 

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b) Description.

Le donateur est représenté agenouillé à un autel, tourné vers la droite, partie où se trouvait à l'origine la scène ou le saint personnage vénéré. Il est vêtu d'un grand manteau bleu sur un habit rouge à dentelles aux poignets. Son écu est posé à ses cotés. Ses trois fils sont à genoux derrière lui ; deux ont la tête couverte d'un bonnet.

La rose rouge des armoiries est montée "en chef d'œuvre", c'est à dire que son emplacement est découpé à l'intérieur de la fasce blanche. C'était sans doute le cas pour sa voisine, avant que ne survienne des traits de refend nécessitant des plombs de casse.

 

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Verrière de saint Pierre, de sainte Clotilde et de la Vierge, baie 21 (Romain Buron, vers 1530-1540) de la collégiale  de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Verrière de saint Pierre, de sainte Clotilde et de la Vierge, baie 21 (Romain Buron, vers 1530-1540) de la collégiale de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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Saint Pierre porte un livre et deux clefs. À l'arrière-plan, sur une architecture, Moïse tenant les tables de la loi et Calvaire devant un autel situent la scène dans une église. Les initiales P+S , juste au dessus de la tête nimbée de saint Pierre, ont été négligées par les auteurs recherchant des signatures.

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Verrière de saint Pierre, de sainte Clotilde et de la Vierge, baie 21 (Romain Buron, vers 1530-1540) de la collégiale  de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Verrière de saint Pierre, de sainte Clotilde et de la Vierge, baie 21 (Romain Buron, vers 1530-1540) de la collégiale de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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2°) La partie gauche : Geneviève Le Pelletier et sa fille présentées par sainte Geneviève.

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Geneviève Le Pelletier (?) se tient agenouillée derrière le même autel tendu du même drap damassé vert que son époux, ses armoiries losangiques à ses cotés.

Son livre d'heures à tranche dorée et ornée de motifs géométriques est ouvert devant elle.

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Verrière de saint Pierre, de sainte Clotilde et de la Vierge, baie 21 (Romain Buron, vers 1530-1540) de la collégiale  de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Verrière de saint Pierre, de sainte Clotilde et de la Vierge, baie 21 (Romain Buron, vers 1530-1540) de la collégiale de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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La femme est vêtue d'une robe rouge à encolure carrée, et aux très larges manches de fourrure. L'avant-bras qui en sort est revêtu de manches bleues lacées par des aiguillettes et se terminant par de la dentelle. Sa main droite porte cinq bagues, des demi-joncs d'or dont deux sur le majeur. Il faut décrire aussi la ceinture jaune, nouée, la chemise de dentelle, remontant haut et serrée par un ruban doré où une croix est suspendue, et enfin le chaperon à bavolet , cet escoffion surmonté d'un grand pan de toile noire se relevant au dessus du visage et descendant dans le dos. Les cheveux sont ramassées sur les tempes par une résille.

 

 

La jeune fille porte une tenue analogue, mais l'encolure de la robe est ronde, et les bagues sont absentes.

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Verrière de saint Pierre, de sainte Clotilde et de la Vierge, baie 21 (Romain Buron, vers 1530-1540) de la collégiale  de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Verrière de saint Pierre, de sainte Clotilde et de la Vierge, baie 21 (Romain Buron, vers 1530-1540) de la collégiale de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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Sainte Geneviève tient un livre dans sa couverte bleue, mais elle est identifiée par le cierge de sa main gauche. En effet, celui-ci donne lieu à une scène spécifique de cette sainte, celle dans laquelle un ange allume la mèche tandis qu'un diable tente de l'éteindre grâce à un soufflet. Ici, où le panneau est sans doute incomplet, seul le diable (d'un beau verre rouge gravé) et son accessoire sont bien visibles, tandis que l'amorce de l'ange se distingue à gauche.

Voir le thème iconographique du cierge, de l'ange et du diable dans mon article sur Brennilis :

http://www.lavieb-aile.com/2016/09/notre-dame-de-breac-ellis-en-l-eglise-de-brennilis-une-vierge-a-la-demone.html

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Verrière de saint Pierre, de sainte Clotilde et de la Vierge, baie 21 (Romain Buron, vers 1530-1540) de la collégiale  de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Verrière de saint Pierre, de sainte Clotilde et de la Vierge, baie 21 (Romain Buron, vers 1530-1540) de la collégiale de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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LE REGISTRE SUPÉRIEUR. SAINTE CLOTILDE ET LA VIERGE À L'ENFANT.

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Verrière de saint Pierre, de sainte Clotilde et de la Vierge, baie 21 (Romain Buron, vers 1530-1540) de la collégiale  de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Verrière de saint Pierre, de sainte Clotilde et de la Vierge, baie 21 (Romain Buron, vers 1530-1540) de la collégiale de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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1°) Sainte Clotilde.

 

La sainte occupe une niche tronquée au fond damassé (motif à rouelles) couronné d'un dais où deux anges soutiennent une clef portant les initiales R.B.

L'abbé Blanquart, qui a pu les examiner dans un  état plus complet, en a résolu le monogramme, celui du peintre verrier ROMAIN BURON. Il en a donné un relevé précieux :

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Blanquart 1885 page 73. numérisation Google BNF.

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Sous cette inscription, la niche se complète d'une voûte en cul de four et de baies grillagées, et d'un bandeau où se lit l'nscription : SANT CROTI . (N rétrograde).

 

 

" Le panneau de gauche représente sainte Clotilde, elle porte la couronne royale, son manteau bleu est fleurdelysé, sur ses épaules on voit une étoffe violette ; à la ceinture, une large chaîne d'or formant des festons; la jupe est d'un beau rouge. A la hauteur des épaules, on lit SANT CROTI. La tête se détache sur une voûte d'église. Au haut de la verrière, un écusson est tenu par deux anges. De la main gauche, la Sainte tient une église dorée et très ornée, qui se détache en clair sur les autres couleurs plus sombres. " (L. Coutil, 1909)

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Le culte de sainte Clotilde s'explique par la proximité des Andelys, lieu où la sainte épouse de Clovis avait créée,  un monastère, le premier monastère qu’elle fit bâtir en France, en 511, avant même celui qu’elle fit édifier à Chelles. Il fut détruit lors des invasions normandes du début du 10e siècle, mais une fontaine miraculeuse de Sainte Clotilde y fut  à l’origine d’un pèlerinage, qui avait lieu chaque année, le jour de la fête de la Sainte Clotilde, le 2 juin. 

Vers 1540, la collégiale des Andelys fut dotée de 3 verrières de la Vie de sainte Clotilde (baies 20, 24 et 26).

Ce culte explique aussi que Clotilde soit représentée ici tenant la maquette d'une église, celle des Andelys : elle s'inspire de la statue identique, du XIVe siècle, qui y est conservée. 

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Verrière de saint Pierre, de sainte Clotilde et de la Vierge, baie 21 (Romain Buron, vers 1530-1540) de la collégiale  de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Verrière de saint Pierre, de sainte Clotilde et de la Vierge, baie 21 (Romain Buron, vers 1530-1540) de la collégiale de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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2°) La Vierge à l'Enfant.

Elle est placée dans le même cadre (niche tronquée, tenture damassée, cul de four, initiales R.B...) et le bandeau porte l'inscription AVM / PLA qui renvoie à l'oraison AVE MARIA GRACIA PLENA.

La Vierge est nimbée, couronnée, vêtue d'un manteau bleu, d'un surcot rouge et d'une robe violette. Son fils porte le nimbe crucifère et tend la main vers l'objet que lui présente sa mère et que la barlotière ne nous permet pas de distinguer.

La couronne est ornée d'étoiles, 

L'élément le plus remarquable est le grand cercle jaune à anneaux concentriques blancs dans lequel le couple se détache ; il répond au nimbe de Marie, traité de la même façon au jaune d'argent. Ce halo, et la couronne ornée d'étoiles, amène Callias Bey et al. à effectuer judicieusement  le rapprochement avec la gravure de Dürer Bratsch 31 de 1508 de la Vierge couronnée d'étoiles. L'objet qui réunit les mains de la mère et celle du fils est alors une pomme, ou du moins une sphère. Le croissant est absent sur le panneau vitré.

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Gallica : [La Vierge sur un croissant de lune, avec une couronne d'étoiles] : [estampe] ([1er état]) / AD 1508 [A. Dürer] [monogr.]

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Verrière de saint Pierre, de sainte Clotilde et de la Vierge, baie 21 (Romain Buron, vers 1530-1540) de la collégiale  de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Verrière de saint Pierre, de sainte Clotilde et de la Vierge, baie 21 (Romain Buron, vers 1530-1540) de la collégiale de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Verrière de saint Pierre, de sainte Clotilde et de la Vierge, baie 21 (Romain Buron, vers 1530-1540) de la collégiale  de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Verrière de saint Pierre, de sainte Clotilde et de la Vierge, baie 21 (Romain Buron, vers 1530-1540) de la collégiale de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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LE TYMPAN.

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Verrière de saint Pierre, de sainte Clotilde et de la Vierge, baie 21 (Romain Buron, vers 1530-1540) de la collégiale  de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Verrière de saint Pierre, de sainte Clotilde et de la Vierge, baie 21 (Romain Buron, vers 1530-1540) de la collégiale de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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Les auteurs de Vitraux de Haute Normandie décrivent les trois mouchettes du tympan comme étant les scènes de la vocation de saint Pierre (Lc 5:1-11). Pourtant, il s'agit plutôt des scènes de l'Apparition du Christ aux apôtres (Jn 21:1-24), encadrant de chaque coté celle de Pierre marchant sur les eaux (Mt. 14:22-33).

En effet, au centre, nous voyons saint Pierre (manteau rouge et robe or du registre inférieur) marchant sur les eaux : Et il dit: Viens! Pierre sortit de la barque, et marcha sur les eaux, pour aller vers Jésus. Mais, voyant que le vent était fort, il eut peur; et, comme il commençait à enfoncer, il s'écria: Seigneur, sauve-moi!  Aussitôt Jésus étendit la main, le saisit, et lui dit: Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté?

 

Verrière de saint Pierre, de sainte Clotilde et de la Vierge, baie 21 (Romain Buron, vers 1530-1540) de la collégiale  de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Verrière de saint Pierre, de sainte Clotilde et de la Vierge, baie 21 (Romain Buron, vers 1530-1540) de la collégiale de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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La mouchette de gauche montre une Pêche miraculeuse. Parmi les quatre personnages, Jésus est dans une nef à deux mâts et écarte les mains, tandis que trois pêcheurs dans une barque tirent des filets remplis de poissons.

Or, dans le Nouveau Testament, il y a deux pêches miraculeuses, une avant (Lc 5. 1-11 ) et une après (Jn 21. 1-24 ) la résurrection de Jésus-Christ.

La première, relatée par Luc, est à l'origine de la vocation des apôtres Pierre, Jacques et Jean, qui abandonnant leurs filets se mettent à la suite du Christ et deviendront 'pêcheurs d'hommes'.

La seconde, relatée par Jean, est liée à une manifestation de Jésus ressuscité au même groupe de pêcheurs, confirmant par un repas pris ensemble l'aspect physique de sa résurrection et le caractère universel de la mission qui leur est confiée (153 poissons dans les filets). Jean ne présente pas l'événement comme 'miracle'.

La présence de Jésus dans une barque inciterait à voir ici le texte de Luc.

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Verrière de saint Pierre, de sainte Clotilde et de la Vierge, baie 21 (Romain Buron, vers 1530-1540) de la collégiale  de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Verrière de saint Pierre, de sainte Clotilde et de la Vierge, baie 21 (Romain Buron, vers 1530-1540) de la collégiale de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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Pourtant, la mouchette de droite montre clairement le Christ ressuscité : en effet, il se tient sur la berge et il tient la croix et l'étendard de sa victoire sur la mort. Cela correspond au texte de Jn  21. 1-7 :

 

"Après cela, Jésus se montra encore aux disciples, sur les bords de la mer de Tibériade. Et voici de quelle manière il se montra. Simon Pierre, Thomas, appelé Didyme, Nathanaël, de Cana en Galilée, les fils de Zébédée, et deux autres disciples de Jésus, étaient ensemble. Simon Pierre leur dit: Je vais pêcher. Ils lui dirent: Nous allons aussi avec toi. Ils sortirent et montèrent dans une barque, et cette nuit-là ils ne prirent rien. Le matin étant venu, Jésus se trouva sur le rivage; mais les disciples ne savaient pas que c'était Jésus. Jésus leur dit: Enfants, n'avez-vous rien à manger? Ils lui répondirent: Non.  Il leur dit: Jetez le filet du côté droit de la barque, et vous trouverez. Ils le jetèrent donc, et ils ne pouvaient plus le retirer, à cause de la grande quantité de poissons. Alors le disciple que Jésus aimait dit à Pierre: C'est le Seigneur! Et Simon Pierre, dès qu'il eut entendu que c'était le Seigneur, mit son vêtement et sa ceinture, car il était nu, et se jeta dans la mer."

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Verrière de saint Pierre, de sainte Clotilde et de la Vierge, baie 21 (Romain Buron, vers 1530-1540) de la collégiale  de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Verrière de saint Pierre, de sainte Clotilde et de la Vierge, baie 21 (Romain Buron, vers 1530-1540) de la collégiale de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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Le peintre-verrier Romain Buron élève des Le Prince de Beauvais:

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Romain Buron est un peintre et maître-verrier français de Gisors, actif entre 1534 et 1575 (*). Principal disciple d'Engrand Leprince à Beauvais, où il aurait pu séjourner comme apprenti, il est l'auteur de nombreuses verrières à l'église Sainte-Foy de Conches-en-Ouche ou encore à la Collégiale Notre-Dame des Andelys. (D'après Wikipédia)  (*) Callias Bey et al. étendent son activité à 1531, date du baptême de son fils Jehan, à 1589. 

"Romain Buron et peut-être les autres membres de sa famille documentés par les archives, Jean son père connu de 1521 à 1579 ou Guillaume son frère actif au moins de 1550 à 1579, prolongèrent depuis Gisors la façon de Beauvais, adaptée à leur manière au delà du mileu du XVIe siècle. " (Callias Bey p.50)

 

1°) Romain Buron à Conches vers 1535-1540.

Les vitraux (baies 0 à 6) du chœur de l'église Sainte-Foy de Conches-en-Ouche représentent des scènes de la Vie de sainte Foy et de la Passion du Christ. Ils ont été réalisés principalement vers 1535, la plupart d'après des gravures d'Albrecht Dürer, à Gisors dans l'atelier de Romain Buron, un élève d'Engrand Leprince (la baie B porte une signature). Pendant longtemps, l'inscription « Aldegrevers ho anno domini XX », découverte en 1855 dans le galon du costume de saint Louis, sur la baie 1 du Supplice de sainte Foy, a fait attribuer à tort les verrières au Heinrich Aldegrever, élève de Dürer. La thèse actuelle est que Romain Buron a copié intégralement un carton d'Aldegrever — Quatorze enfants dansants en rond...pour les putti du registre inférieur —, y compris la signature. Cette gravure datant de 1535, les verrières dues à Romain Buron à Conches ne peuvnet être antérieurs à cette date. Le monogramme de Romain Buron sur la lame du sable de saint Pierre dans la baie 3 (Jésus au Mont des Oliviers). La baie 11 de Conches , la Vierge aux litanies, vers 1540, est aussi attribuée à romain Buron.

"Il s'agit d'œuvres vivement colorées, parfois de façon un peu surprenante. Dans la baie sud de l'abside de Conches, les personnages évoluent dans des architectures pareilles à des décors de théâtre, qui associent étrangement un rose violet, un vert et un violet soutenus, comme on le voit avec peut-être plus de modération dans le vitrail de Saint-Claude à Saint-Etienne de Beauvais (1527)" (Callias Bey p. 50)

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2°) Romain Buron à la collégiale des Andelys, vers 1540 1550.

Le peintre a signé la baie 106, mais l'attribution de la baie 18, de l'adaptation de la baie 16 est probable, de même  que celle des plus belles verrières de la nef (126, 128 et 130), des baies 102 et 104 du Credo apostolique du chœur. 

"Les dais d'architecture et surtout le tympan du vitrail signé de Notre-Dame des Andelys par exemple, montrent aussi que Romain Buron apprit de ses maîtres l'emploi virtuose  du jaune d'argent. Il leur empruntait même des schémas ou éléments de composition" (Callias Bey p. 50)

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3°) Romain Buron à Gisors vers 1530-1540.

Pour la collégiale de Gisors Engrand Le Prince réalisa en 1526 dans son atelier de Beauvais  la baie 21 de la Vie de Saint-Claude, puis en 1527 son fils Nicolas réalisa la baie 26 de la Vie des saints Crépin et Crépinien. 

"Sans-doute grâce à l 'équipement laissé par Tassin Burel et aux vitraux créés dans les chapelles Saint-Claude et Saint-Crépin en 1521 et 1560 respectivement par Engrand et Nicolas Le Prince, un atelier se créa à Gisors, dirigé par Jean Buron, documenté de 1521 à 1560. En 1543, il réalise une verrière peinte à Gisors, consacrée à la vie de Saint Luc. Les deux fils de Jean Buron, Guillaume et Romain, prirent sa succession et exécutèrent, dans les années 1560, au moins cinq verrières historiées pour les fenêtres hautes de la nef et pour les baies des chapelles, toutes perdues. Romain, encore actif l'année de sa mort en 1589, ne travailla comme peintre-verrier pour la fabrique de Gisors qu'à partir de 1558, alors qu'il était en âge de travailler dès 1531.C'est au second quart du XVIe siècle qu'appartiennent les verrières documentées ou signées de Saint-Etienne de Beauvais et des Andelys qui ont permis de reconnaître la main de Romain Buron dans les verrières de Gisors, du chœur de Conches et de Jumièges. Les attributions ds panneaux de Gisors et de Conches, confirmées par des initiales R.B. correspondraient à la phase précoce de sa carrière, consacrée à une commande privée." (d'après E. Hamon)

 

En 1555, Romain Buron réalise en quelques jours une verrière de Saint Gervais et saint Protais :

"Le roi Henri II  fit son entrée à Gisors le lundi 25 novembre 1555. À cette époque, Gisors, autour de son église, était l’objet d’un bouillonnement artistique propre à la Renaissance, et nombreux étaient les corps de métiers peintres, sculpteurs, vitriers qui gravitaient autour du chantier de l’église.

Henri II, fils de François I° était roi depuis huit ans lorsqu’il vint visiter Gisors. Après le service solennel du jour de son entrée, le roi eut l’occasion d’assister à d’autres cérémonies religieuses dans notre ville. Comme une sorte de défi, Romain Buron décida de réaliser un vitrail en l’honneur de la présence du roi à Gisors.

C’est ainsi qu’en peu de temps il créa deux vitraux de saint Gervais et saint Protais (les saints patrons de la ville) agrémentés des armes du roi et de la ville de Gisors et de trois fleurs de lys d’or sur fond d’azur. Le roi « fut estonné de voir que si promptement l’on avait fait cet ouvrage qui est la vitre sur notre maistre-autel et en fut bien content… ». Un artiste gisorsien avait en cette année 1555 étonné un roi de France.Il ne subsiste rien aujourd’hui à Gisors de l’œuvre de Romain Buron. Le vitrail qui avait étonné Henri II fut remplacé au XIX° siècle par une œuvre paraît-il médiocre qui ne survécut pas à l’incendie de 1940, ce qui fut hélas le sort de nombreux autres chefs-d’œuvre de notre église." (https://actu.fr/normandie/andelys_27016/gisors-histoire-romain-buron-lartiste-gisorsien-qui-a-etonne-le-roi-de-france_11071410.html)

En 1583, il réalise pour la baie 30 un vitrail sur les Prophètes et les Sibylles, et en 1588 il le remet en état.

4°) Romain Buron à Beauvais.

— En 1572, le peintre est appelé par le marchand Nicolas Brocard pour réaliser une verrière pour la chapelle Saint-Eustache de l'église Saint-Etienne de Beauvais : c'est la baie 18, présentée ici dans ce blog.

13 mai 1572 : « Comparut personnellement Romain Buron, maistre vitrier demourant à Gisors, lequel recongnut avoir promis et par ces présentes promet à Nicolas Brocard, marchant demeurant à Beauvais, à ce présent et acceptant, de faire et fournir deux espaces de vittres estans en la chappelle Saint Eustache, en l'église Saint Estienne dud. Beauvais, et en icelles deux espaces historyer comme une pestilence mortelle assaillit les serviteurs et chambrières de monseigneur saint Eustache et les occyst tous, et peu de temps aprez tous ses chevaulx et toutes ses bestes moururent soudaynement, et comme aucuns des compaignons dud. monseigneur saint Eustache entrèrent par nuyct en sa maison et ravyrent et emportèrent or et argent et le despouillèrent de toutes autres choses, mesmes que luy, sa femme et enfanz s'en fuirent par nuict tous nudz de biens, et comme nonobstant toutes lesd. adversitez mon seigneur saint Eustache rendit grâces et louanges? à Dieu, et au dessoubz desd. hystoires pour mettre et hystorier deux priantz qui seront pourtraictz au mieulx que led. Buron pourra faire les personnes de feu Mahiot Brocard, père dud. Nicolas et Huguette de Bray, sa femme, et au dessoubz desd. Priantz et le tout rendre et livrer, faict et parfaict d'aussi bonnes estoffes et matières que les autres vittres estans en lad. chappelle, assavoir la moictyé desd. hystoires en dedans le jour de Toussaintz prochain venant, et l'autre moictyé le jour de Noël prochain venant; et moyennant ce led. Brocard sera tenu et promet aud. Buron, ce acceptant, de luy bailler et payer au feur et à mesure qu'il besongnera, assavoir dix huit sous pour chacun pied desd. vittres; lesquelles estoffes et matières dessusdites led. Buron sera tenu livrer à ses despens, hors mis le fer, lequel fer led. Brocard sera tenu livrer avecq le plattre qu'il conviendra. » 

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— Jean Lafond, Romain Buron et les vitraux de Conches. L'énigme de l'inscription « Aldegrevers », Bayeux, impr. Colas, 19421.

— Van Moé Émile-Aurèle, Jean Lafond. Romain Buron et les vitraux de Conches. L' énigme de l'inscription «Aldegrevers ».Bayeux, impr. Colas (1942). (Extrait de l'Annuaire normand, 1940, 1941.) [compte-rendu] Bibliothèque de l'École des chartes  Année 1942  103  pp. 271-272 http://www.persee.fr/doc/bec_0373-6237_1942_num_103_1_460361_t1_0271_0000_2

— LAURENT (Brigitte), 1986, Les Vitraux de Romain Buron à Saint-Gervais-Saint-Protais de Gisors (Eure) : Directeur de recherche, Madame Anne Prache. Paris IV Sorbonne, 1986.

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SOURCES ET LIENS.

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— BLANQUART, (Abbé), 1885, Notice sur les vitraux de Gisors, Mémoires de la société archéologique et historique de Pontoise et du Véxin, T7, page 67 et suiv.

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k214014k/f127.item.zoom

 

 — CALLIAS BEY (Martine), CHAUSSÉ (Véronique), GATOUILLAT (Françoise), HÉROLD (Michel), 2001,"Les vitraux de Haute-Normandie", Corpus vitrearum Recensement VI, CNRS éditions, page 171

 

— COUTIL (L.) 1919, Le culte de sainte Clotilde aux Andelys (Eure) et en Normandie, par L. COUTIL, correspondant du ministère de l'Instruction publique, membre de la Société , Recueil de la Société d'agriculture, sciences, arts et belles-lettres du département de l'Eure, Ancelle fils (Évreux) éditeur , page 33.

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k63160499/f101.item.r=clotilde.texteImage

— HAMON (Étienne), 2008, Un chantier flamboyant et son rayonnement: Gisors  et les églises du Vexin français, Presses Univ. Franche-Comté, 2008 - 652 pages page 321.

https://books.google.fr/books?id=QrXmxuOPH5MC&dq=isbn:2848672196&hl=fr&source=gbs_navlinks_s

HÉROLD (Michel), 1993, Gisors, église paroissiale Saint-Gervais Saint-Protais, les verrières, Paris, 1993. Non consulté.

 

— PATTE (Victor), 1896, Histoire de Gisors,  ed. C. Lapierre, Gisors page 261-263

https://archive.org/details/HistoireDeGisors/page/n327

 

 

— PASSY (Louis) , 1907, LE LIVRE DES MÉTIERS DE GISORS AU XVIe SIECLE PUBLICATIONS DE LA SOCIÉTÉ HISTORIQUE DU VEXIN , PONTOISE SOCIÉTÉ historique DU VEXIN

https://archive.org/stream/lelivredesmtie00pass/lelivredesmtie00pass_djvu.txt

 

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Published by jean-yves cordier - dans Vitraux
27 octobre 2018 6 27 /10 /octobre /2018 13:16

Le vitrail des saints Crépin et Crépinien (baie 23) exécuté par Nicolas Le Prince en 1530 en la collégiale de Gisors.

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Voir ;

1. Sur l'église de Gisors :

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2. Les vitraux d'Engrand Le Prince  et de son atelier :

 

3. La liste de mes articles sur les vitraux.

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CLIQUEZ SUR L'IMAGE pour échapper à mes petits commentaires...

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" Entre la fin du xve et le milieu du xvie siècle, l'église de Gisors est agrandie et en partie reconstruite dans le style gothique flamboyant. Les deuxièmes collatéraux du chœur, le pseudo-déambulatoire, les chapelles du chevet, les croisillons du transept, la nef, ses doubles bas-côtés et la tour à gauche de la façade datent de cette époque."

La confrérie des cordonniers de Gisors disposait dès 1483-1484 d'un autel dans la collégiale, mais profita de la reconstruction pour disposer d'une chapelle dédiée à leurs patrons Crépin et Crépinien : elle fut achevée en 1530 par la pose d'un vitrail de la vie des saints patrons. Elle répond, du coté nord, à  la chapelle des tanneurs, dans le bas-coté sud,  dédiée à leur patron saint Claude, et achevée en 1526 avec sa baie 26. 

La baie de la Vie de saint Claude avait été peinte par Engrand le Prince, maître-verrier de Beauvais. Les cordonniers firent appel à son fils Nicolas pour réaliser leur verrière.

Située dans la 3ème chapelle nord, c'est une baie à quatre lancettes trilobées —aux peintures distribuées en 3 registres — et un tympan  à 4 mouchettes, 1 soufflet et 2 écoinçons. Elle mesure 6,50 m de haut et  3,10 m de large. Elle a été restaurée en 1899 par Duhamel-Marette.

Une copie existe en l'église Saint-Samson de Clermont-de-l'Oise.

Elle narre la Vie des deux patrons des cordonniers, selon une tradition ancienne.  Les manuscrits d'un Mystère, représentation théâtrale de cette Vie, est conservée, datant peut-être du XVe, sont conservés à la Bnf et à Chantilly et ont été édités en 1836 par Desalles et Chabaille. on y trouve une annotation précisant qu'ils ont été joués aux maistres et aux compaignons cordouenniers" à Paris en 1458 et 1459. 

"Les confréries étaient très nombreuses au xve siècle. Les particuliers se réunissaient sous l'invocation d'un saint ou d'une sainte en une association pieuse, qui jouait en même temps le rôle d'une société de secours mutuel. Certaines de ces confréries, nommées « charités » en Normandie et « caritats » dans le Midi, regroupaient des ouvriers d'un même métier qui étaient déjà liés par ailleurs par les statuts de leur corporation. A l'occasion de la fête de leur saint patron, lors du mariage ou de l'enterrement de l'un d'entre eux ou bien lors de cérémonies publiques, les confrères faisaient célébrer des messes, se réunissaient pour des processions ou des banquets. La mise en scène de mystères pouvait être un des éléments de la fête. Il n'y a donc rien d'étonnant dans le fait que les cordonniers aient mis en scène des mystères illustrant la vie et le martyre de leurs saints patrons, saint Crépin et saint Crépinien. La charité des cordonniers de Rouen monta le mystère le 4 juillet 1443 et la confrérie parisienne le 14 mai 1458 et en 1459." (E. Lalou)

 

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Vie de saints Crépin et Crépinien (1530, Nicolas Le Prince), Baie 23, collégiale de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Vie de saints Crépin et Crépinien (1530, Nicolas Le Prince), Baie 23, collégiale de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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Vie de saints Crépin et Crépinien (1530, Nicolas Le Prince), Baie 23, collégiale de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Vie de saints Crépin et Crépinien (1530, Nicolas Le Prince), Baie 23, collégiale de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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Elle se lit et se décrit de haut en bas, du tympan au  registre inférieur. Comme la baie 26, elle est légendée par trois bandeaux en écriture gothique.

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LE TYMPAN.

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Crépin et Crépinien distribuant leurs biens aux pauvres.

 

 

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Crépinien est vêtu de chausses rouges, d'un pourpoint jaune et d'un bonnet rouge. Un objet est suspendu à sa ceinture.

Il tend un tissu à un pauvre agenouillé devant lui.

Crépin est au centre, devant la porte des remparts à tours crénelées de la ville. Il est vêtu d'une cape rouge, d'un pourpoint doré, de chausses et d'un bonnet violet. Il puise dans une bourse en cuir une pièce qu'il tend à deux pauvres hères, en haillons, qui ont posé leurs béquilles pour le supplier.

Crépin et Crépinien appartiennent à ces couples de frères martyrs comme Gervais et Protais et Côme et Damien, dont l'une des caractéristiques est leur quasi gémellité. Celle-ci  apparaît dans la proximité de leurs noms latins Crispinus et Crispinianus. Crispus est un prénom latin (de l'adjectif signifiant "crépu", Crispinus est un nom romain ; Rufrius Crispinus était le mari de Poppée avant que celle-ci n'épouse Néron.

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Le fait de distribuer ses biens aux pauvres n'est pas une banalité de cette hagiographie : c'est le ressort même de l'action. C'est cette générosité qui va entraîner le mécontentement des autres cordonniers de Soissons, soucieux de voir qu'à ce train là, ils ne gagneront bientôt plus rien : "tant que il seront cy, je say bien, nous ne gaigneron fiou ne rien ». Des cordonniers rivaux les dénonceront au prévôt Rictiovaire, qui les fera mettre à mort . "

"De plus saint Crépin et saint Crépinien sont des cordonniers hors du commun : alors qu'ils étaient « riches hommes, enfans d'uni sénateur de Rome »4, ils choisissent, pour servir Dieu, de se faire cordonniers et le deviennent « sans avoir aprins aux mestiers », ce que Dieu seul a pu permettre. Plus étonnant encore, par charité chrétienne ils réparent les souliers des pauvres, travail de savetier. Cette allusion devait avoir une grande importance pour les cordonniers que l'on voit souvent en procès avec les savetiers et dont la corporation ne cessait d'affirmer ses prérogatives. C'est donc à un public de cordonniers que le mystère proposait une leçon d'humilité." (E. Lalou)

 

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Vie de saints Crépin et Crépinien (1530, Nicolas Le Prince), Baie 23, collégiale de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Vie de saints Crépin et Crépinien (1530, Nicolas Le Prince), Baie 23, collégiale de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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L'élément le plus remarquable est ici le paysage urbain, peint en grisaille sur verre blanc et sur verre bleu avec une grande précision. Derrière les murailles fortifiées sont figurés des maisons bourgeoises hautes, et un château, portant de nombreuses girouettes-étendards.

Ces murs sont peints au Jean Cousin, brun-roux.

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Vie de saints Crépin et Crépinien (1530, Nicolas Le Prince), Baie 23, collégiale de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Vie de saints Crépin et Crépinien (1530, Nicolas Le Prince), Baie 23, collégiale de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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LE REGISTRE SUPÉRIEUR.

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Vie de saints Crépin et Crépinien (1530, Nicolas Le Prince), Baie 23, collégiale de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Vie de saints Crépin et Crépinien (1530, Nicolas Le Prince), Baie 23, collégiale de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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Registre supérieur, première lancette. Saint Denis envoie saints Crépin et Crépinien à Soissons.

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Inscription légendée :

SAINCT DENIS COGNAISSAN LESPRIT DE SAINCT CRESPIN ET DE SON FRERE

DE ALLER PRESCHER EN FEST PRIERE A SOISSONS LA FOY CHARITABLE.

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Le sol est traité par des ponctuations régulières sur fond uni, selon un mode déjà observé dans la baie 21 et qui se retrouvera sur les anutres panneaux.

Saint Denis est vêtu d'une cape à fermail, d'une dalmatique damassée dorée et d'un surplis. La mitre est perlée, la crosse est tenue dans la main droite. Le motif du dama est une grenade et des rinceaux, mais un motif à œillet va se retrouver sur les autres étoffes damassées.

Saint Crépin a troqué sa toque contre un nimbe, mais il conserve sa cape rouge (acec crevés à l'encolure), ses chausses violettes, et son pourpoint damassé, à œillets.

Créspinien, toujours en retrait par rapport à son frère, est vêtu comme sur le tympan.

 

 

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Vie de saints Crépin et Crépinien (1530, Nicolas Le Prince), Baie 23, collégiale de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Vie de saints Crépin et Crépinien (1530, Nicolas Le Prince), Baie 23, collégiale de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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L'arrière-fond nous offre une superbe vue de la façade d'une église (celle de Gisors ?) avec deux tours rectangulaires et au dessus d'un portail en plein cintre, une tour ronde à piliers en rotonde.

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Vie de saints Crépin et Crépinien (1530, Nicolas Le Prince), Baie 23, collégiale de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Vie de saints Crépin et Crépinien (1530, Nicolas Le Prince), Baie 23, collégiale de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Registre supérieur, deuxième lancette. À Soissons, Crépin et Crépinien exercent le métier de cordonnier et enseignent la foi chrétienne.

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Inscription légendée :

CE QUILS FEIRENT DE BON COURAGE. OU MOULT DE PEUPLE DUDICT LIEU

FAISANS DE CORDONNIER LOUVRAGE INSTRUIRENT EN LA FOI DE DIEU.

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Les saints travaillent en ayant conservé leur tenue luxueuse. Crépin taille le cuir avec un couteau de pied en demi-lune tandis qu'un tranchet à ficher, de forme remarquable, est posé sur l'établi. Un assistant, penché en avant sur une sangle (voyez son usage sur l'illustration suivante) , porte le tablier de cuir propre à la profession.

Crépinien est à demi agenouillé et présente un objet que je n'identifie pas.  Je ne comprends pas davantage ce que fait le personnage assis sur un tabouret et qui lui tient la taille. Il semble y avoir une contamination avec une scène d'arrestation, illustrée plus tard en sculpture à Troyes :

 

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Derrière eux, un couple, la femme portant une petite coiffe.

Le couteau à pied est emblématique de la profession des cordonniers et figurait sur les armoiries de la corporation des cordonniers de Gisors : de gueules, à un couteau à pied, d'argent, emmanché d'or. Celles des savetiers de Gisors était de sable, à un tranchet d'argent posé en pal.

Voyez ainsi ces illustrations :

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Ou cet intérieur d'atelier :

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Nous devons éviter de confondre les cordonniers avec les savetiers :

"Le métier de cordonnerie était très nettement défini à Paris comme à Rouen au xve siècle et, sans insister sur les statuts de la corporation, il importe cependant de définir ce qu'était alors un cordonnier. Le « cordouannier de soulers et de huèses » fabriquait des chaussures et des bottes avec du « cordouan », c'est-à-dire de la peau de chèvre corroyée mais non tannée. Il pouvait aussi employer des cuirs de veau ou de vache, mais le cuir de mouton ou « basane » était réservé aux « çavetonniers » ou « basaniers » . A Rouen, les cordonniers « vachers » formèrent jusqu'en 1432 un métier distinct de celui des cordonniers. Le travail des cordonniers était très dictinct de celui des savetiers. Ceux-ci, appelés aussi « carreleurs » en Normandie, se bornaient à la réparation des souliers usés et n'avaient le droit d'employer qu'un tiers de cuir neuf. Les corroyeurs, tanneurs, peaussiers, mégissiers et teinturiers qui préparaient le cuir formaient autant de métiers particuliers. De même les gantiers, selliers, boursiers et courroiers fabriquaient les gants, selles, bourses et courroies. A Paris et à Rouen, tous les autres métiers du cuir possédaient donc leurs propres corporations et, de même, leurs confréries distinctes. Les savetiers avaient aussi saint Crépin pour patron, tandis que les corroyeurs et les tanneurs vénéraient saint Simon et saint Jude, et tous se réunissaient dans des lieux différents et à des dates différentes de ceux des confréries de cordonniers" (E. Lalou)

 

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Vie de saints Crépin et Crépinien (1530, Nicolas Le Prince), Baie 23, collégiale de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Vie de saints Crépin et Crépinien (1530, Nicolas Le Prince), Baie 23, collégiale de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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L'arrière-plan est à nouveau très intéressant à observer : c'est, à gauche, la façade d'une échoppe de cordonnier-savetier. Une paire de bottes, des formes, et des chaussures sont suspendus à un râtelier articulé.

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Comparez à :

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À droite, une façade d'église, avec une rose à 12 mouchettes.

Deux prêtres (chanoines ?) sont agenouillés devant le porche, qui est ouvert sur un alignement de piliers. Au tympan du portail, la statue d'un personnage écartant son manteau et tenant une hampe.

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Vie de saints Crépin et Crépinien (1530, Nicolas Le Prince), Baie 23, collégiale de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Vie de saints Crépin et Crépinien (1530, Nicolas Le Prince), Baie 23, collégiale de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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Registre supérieur, troisième lancette. Le diable, jaloux, parle en songe à un usurier et lui suggère de dénoncer l'action des saints. 

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Inscription légendée :

LE DIABLE AVANT DE ICEULX --- UN USURIER QUY DORMOIT

ALLA COMPTER TOULTE LEUR VIE AINSY QUE AU PREVOST LE DIROIT.

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Le diable est représenté de manière amusante comme un homme très en colère qui se jette sur le dormeur ; il est tout vêtu de blanc, comme un fantôme dont il ne diffère que par les deux très  longues cornes qui flottent derrière sa coiffe.

Dans le Mystère du XVe siècle, les diables portent des noms : SATHAN, BELZEBUT et DESTOURBET.

Ce qui sera dénoncé aux autorités romaines, c'est l'adhésion des saints à une religion proscrite et le mépris des Idoles.

 

L'homme dort sur son oreille gauche, dans un lit à draps et ciel de lit rouge, comme dans le tympan de la baie 21. Et comme dans celle-ci, l'artiste se plait à nous donner de petits tableaux domestiques, comme la table de nuit avec le chandelier et le vase, ou une crédence où un broc et un verre de vin sont posés, ou encore le lustre à oiseaux affrontés .

Ce verre de vin est fait d'un verre rouge gravé (rouge en face externe).

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Vie de saints Crépin et Crépinien (1530, Nicolas Le Prince), Baie 23, collégiale de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Vie de saints Crépin et Crépinien (1530, Nicolas Le Prince), Baie 23, collégiale de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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Dans les branches du lustre se lisent les lettres VIVE NICOL  considérée comme la signature de Nicolas Le Prince. 

Nicolas Le Prince, fils de l'illustre Engrand qui a signé la baie 21, vient d'une famille de verriers de Beauvais.  

Sur la baie n° 9 de l'église de Beauvais, sa signature est tout aussi discrète, sur la lancette C du registre inférieur : elle se limite aux lettres NICOL mal discernable sur un mur.

Les trois générations  de l'Atelier Le Prince (1491-1561) de Beauvais.

1°) Le plus ancien verrier de cette famille se prénomme Lorin, il est mentionné en 1491. 

2°) La seconde génération comprend Jean et Engrand Le Prince.

 Ce sont les auteurs des verrières de Saint-Vincent à Rouen, de l'Arbre de Jessé de l'église Saint-Étienne de Beauvais et de la verrière de Roncherolles de la cathédrale de Beauvais.

Engrand est actif de 1522 à sa mort en 1531.

Jean est actif de 1496 à 1538. Il collabore avec Nicolas Le Prince à la verrière de Saint-Claude de l'église Saint-Étienne de Beauvais et à celle du bras nord du transept de  la cathédrale de Beauvais.

3°) Nicolas et Pierre Le Prince.

 — Nicolas est sans-doute le plus prolifique de 1527 à 1551.

  • Louviers, La Légende de Théophile vers 1530

—  Pierre a signé vers 1530 le vitrail de la Santa Casa de N.D de Lorette de  l'église Saint-Étienne de Beauvais ; il travaillait encore en 1561.

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Vie de saints Crépin et Crépinien (1530, Nicolas Le Prince), Baie 23, collégiale de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Vie de saints Crépin et Crépinien (1530, Nicolas Le Prince), Baie 23, collégiale de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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Registre supérieur quatrième lancette. Le préfet Rictiovaire ordonne l'arrestation des deux saints.

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Inscription légendée : difficile à déchiffrer

LEQUEL SUBIT SANS TARDER CRUEL [GRUEZ ? GRIEF ?] COMME UNG MESCHANT QUE ON DEBVOIT

LE ALA DIRE A RICTIOVARE QUI SOUDAIN LES FEIST ALER PRENDRE

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Rictiovaire  se penche sur la balustrade de son palis et adresse un ordre à un  soldat armé d'une lance.

Rictiovar, « préfet » (Rictiovarus praefectus) ou "Prévost" (dans le Mystère, et ici), de Maximien, est le plus fameux des persécuteurs de Gaule. Dans la région entre Soissons et Amiens, six martyres lui sont attribués, ceux de Quentin; de Crépin et Crépinien (Soissons); de Valère et Rufin (Bazoches en Soissonnais) ; de Macre (Fismes) ; de Fuscien, Victoric et Gentien (Saint-Fuscien en Amiénois); et de l'enfant Just et ses compagnons (Saint Just en Beauvaisis)

Le personnage placé en arrière du Prévost est l'un des deux Conseilliers qui interviennent ici dans le Mystère. Rictiovaire décide de suivre leurs conseils :

Seigneurs, entendes mon accort : 
Alez-nous quérir vistement 
Ces deux qui la loy diffamant 
Vont, présent nous, que nous tenons ; 


Alés tost, et nous viserons 
Quelz martyres pourront souffrir 
Si ne se vueullent repentir 
De leur faulx et mauvaiz langage. 

 

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Vie de saints Crépin et Crépinien (1530, Nicolas Le Prince), Baie 23, collégiale de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Vie de saints Crépin et Crépinien (1530, Nicolas Le Prince), Baie 23, collégiale de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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Nouvel exemple d'un édifice en arrière-plan : 

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Vie de saints Crépin et Crépinien (1530, Nicolas Le Prince), Baie 23, collégiale de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Vie de saints Crépin et Crépinien (1530, Nicolas Le Prince), Baie 23, collégiale de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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REGISTRE INTERMÉDIAIRE.

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Vie de saints Crépin et Crépinien (1530, Nicolas Le Prince), Baie 23, collégiale de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Vie de saints Crépin et Crépinien (1530, Nicolas Le Prince), Baie 23, collégiale de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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Deuxième registre, première lancette. Flagellation des deux saints en présence de Rictiovaire.

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Inscription légendée :

ET QUAND ENTENDIT LES RAISONS DES BONS SAINTS ESTROICT DETENUS

SANS LEUR USER DE LONGS BLASOS DREFUEMENT LES FEIST BATRE MID

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Vie de saints Crépin et Crépinien (1530, Nicolas Le Prince), Baie 23, collégiale de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Vie de saints Crépin et Crépinien (1530, Nicolas Le Prince), Baie 23, collégiale de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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Vie de saints Crépin et Crépinien (1530, Nicolas Le Prince), Baie 23, collégiale de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Vie de saints Crépin et Crépinien (1530, Nicolas Le Prince), Baie 23, collégiale de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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Deuxième registre, deuxième lancette. Les deux saints sont pendus à des gibets où des bourreaux leurs arrachent des lanières de peau .

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Inscription légendée :

NOSANT ICEULX NE CONTREDIRE MAIS FAIRE A DIEU TOULIOEURS PRIERES

COM[M]E[NT] UN TIRAN T[OU]T REMPLI DE IRES LES FEIST ESCORCHER PAR LANIERES

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Le terme de "tiran" ou plus habituellement "tirant" désigne un bourreau. Voir le Mystère ... ou les différentes Passions médiévales. Certains portent des noms : AIGREMORT et AGRAPART

Rictiovaire donne ses ordres :

A vous ! Vuellés les tost saisir, 
Et les lier en celle estache ; [ Estache : pilier, poteau. ]
Car du corps je vueil qu'on leur sache 
Des courroyes cy devant moy. 

— Délivrez-vous, ou foy que doy 
A tous les dieux que doy amer 
Je vous feray déshonnourer 
Et mettre à mort, je le vous juré. 



 

PREMIER TYRANT. 
Passés avant ! que grant laidure 
Vous puist venir prochainement ! 
— Sus, compains ! sans délayement 
Pren de là, et qu'il soit lié. 

IIe TIRANT. 
De moy sera contre-lié 
Et garroté de ceste corde ; 
Car à lui mal faire m'acorde 
De bon vouloir, je te promés. 

IIIe TIRANT. 
Vous serés servi de tel més 
Que vostre frère, par Mahom ! 
—Avant, compains ! or le lion 
Comme l'autre appertement. 

[les saints élèvent leurs prières vers Dieu]

 

PREMIER TIRANT. 
Or sus ! ne faisons plus d'arrest ; 
Puisque liés sont sus et jus, 
II ne nous fault attendre plus 
D'oster les courroyez du dos 
A ces compains-cy, je le los 
Pren ce coustel ; avançons-nous. 

IIe TIRANT. 
Affin que il ne tienne à nous, 
Délivrons-nous de les trenchier 
Et puis les vouldrons escorchier. 
Trenche de là et moy de çà : 
Maudit soit qui pitié ara 
De leur mal faire nullement. 

IIIe TIRANT. 
On ne leur peut trop de tourment 
Faire par Mahom que je croy ! 
Je scay moût bien, quant est à moy, 
Qu'auray tantost une courroye ; 
Or regardes comment je raye 
Parmi son dos de ce coustel. 

IIIIe TIRANT. 
Par Mahon ! tu fais bien et bel ; 
Je vueil corne toy ainsi faire. 
  

 

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Vie de saints Crépin et Crépinien (1530, Nicolas Le Prince), Baie 23, collégiale de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Vie de saints Crépin et Crépinien (1530, Nicolas Le Prince), Baie 23, collégiale de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

 

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Vie de saints Crépin et Crépinien (1530, Nicolas Le Prince), Baie 23, collégiale de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Vie de saints Crépin et Crépinien (1530, Nicolas Le Prince), Baie 23, collégiale de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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Deuxième registre, troisième lancette. Les alènes enfoncées sous les ongles des saints se retournent, telles des flèches, contre les bourreaux.

Corps des martyrs restitués.

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Inscription légendée :

POINT NE EN LAISSERENT LE PRESCHER DONT VOIANT SON ABUSION

LEURS PIEDS DE ALESNES FEIST PERCHER MAIS A LA GRANDE CONFUSION

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Rictovaire décide, devant l'entêtement des saints a proclamer les vérités de leur foi, d'utiliser leurs propres instruments de travail de cordonnier pour les martyriser :

Seigneurs, sans faire arrestoison 
Alez-moy cy tantost quérir 
Des alesnes; c'est mon plaisir ; 
Quant noz dieux vueulent despiter 
Je leur feray aux doys bouter ;  
Car en leur mestier en ouvroyent ; 
Si vueul, pour ce qu'ilz s'en vivoyent, 
Qu'ilz en sueffrent cruel martire ; 

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Il faut concevoir que, pour les confrères cordonniers rassemblés dans leur chapelle, ces scènes étaient beaucoup plus parlantes, puisqu'ils les avaient joués, (ou y avaient assisté ) et qu'ils en connaissaient les répliques par cœur ; surtout ceux qui jouaient les "tirants", ou bourreaux, après l'intervention des anges Raphaël et Gabriel projetant miraculeusement les alènes (poinçons en acier courbes, ou  comme ici— droits) contre eux :

Ils entendaient donc, en regardant ce vitrail, les Haro !, les De moy !, les Je suis mort ! et les Haro, Mahom ! qui fusaient aussi vivement que les alènes, et ils voyaient les cabrioles exagérées des acteurs  tombant (cheoir) en arrière

 

PREMIER TIRANT. 

Haro ! las ! il est ordonnés 
De moy ! ne me puis soustenir : 
A terre me convient chayr; 
Car moult me deulx. Las! je define ! 

IIe TIRANT. 
Ceste alesne en la poittrine 
Si in'a navré jusqu'à la mort! 
Chéoir me fault, soit droit ou tort, 
Incontinent encontre terre. 

IIIe TIRANT. 
Le Dieu des chrestiens aprins guerre, 
Se cuidé-je, encontre nous. 
Je suis mort ! Las ! que ferons-nous ! 
Je n'en puis plus, chéoir me fault. 

IIIIe TYRANT. 
Haro ! Mahom ! le cuer me fault 
Par celle alesne qui me point, 
Qui jusques au cuer si me joint 
Moult asprement, dont je me muir. 

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Vie de saints Crépin et Crépinien (1530, Nicolas Le Prince), Baie 23, collégiale de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Vie de saints Crépin et Crépinien (1530, Nicolas Le Prince), Baie 23, collégiale de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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Les crevés des hauts de chausses rouge sont obtenus par gravure du verre rouge, puis peinture au jaune d'argent.

 

Vie de saints Crépin et Crépinien (1530, Nicolas Le Prince), Baie 23, collégiale de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Vie de saints Crépin et Crépinien (1530, Nicolas Le Prince), Baie 23, collégiale de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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L'édifice à salle panoramique en rotonde revient inlassablement dans le ciel de la ville.

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Vie de saints Crépin et Crépinien (1530, Nicolas Le Prince), Baie 23, collégiale de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Vie de saints Crépin et Crépinien (1530, Nicolas Le Prince), Baie 23, collégiale de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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Deuxième registre, quatrième lancette. Les deux saints jetés dans l'Aisne, une meule au cou.

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Inscription légendée :

DEPUIS LES FEIST PAR LES TR--- FAITZ OECTER EN XONE IN

-LUECQ MOEULLES DE PESANTZ LAIZ QUI NAGERENT CHO--

Le nom de la rivière Aisne, "Esne" dans le mystère, se dit Axona en latin, d'ou la graphie Axone.

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Callias Bey et col. remarquent que cette scène est proche du miracle des enfants jetés dans le Doubs de la vie de saint Claude à l'église Notre-Dame-de-Marissel, Oise, baie 6, après 1527. Mais nous pouvons aussi la rapprocher le la même scène peinte à Beauvais par Nicolas Le Prince pour la baie n°9 de l'église Saint-Etienne (registre inférieur, lancette C).

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Rictiovaire a condamné les saints à être jeté dans les eaux glacées de l'Aisne avec une meule autour du cou : Meules à leur col leur pendes. Je vous pri, point n'i attendes ; En l'eaue qui est fort gelée Les jettes tost sans demourée, Et les noyés appertement. 

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Là encore, la scène jouée sur les tréteaux devant et par les cordonniers est très animée, surtout lorsque les "tirants" s'activent à rouler les lourdes meules et se réjouissent d'envoyer les saints aller pêcher les poissons au fond de l'eau :

 

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Ier TIRANT

Faisons à getter ces gens-cy ; 
Levons ensemble : Hau ! hy, hy ! 
Mettons la pierre sur le pont, 
Si l'envoyerons de plain fons 
Dedans peschier. 

IIe TIRANT. 
Levons-la tost, je vous requier : 
Elle est bien ; laissons-la ainsy. 
Gettons le corps, je vous em pry, 
Devant ; la meulle après ira. 
Or, boutons tost... II y sera, 
Se pensé-je, jà assez tost. 

IIIe TIRANT. 
Or alons à l'autre bien tost ; 
Si yra veir que l'autre fait. 
Levons ensemble, si vous plaist. 
Hau ! hy ! hau ! Que deable elle poyse ! 
Tost serons quittes de leur noise 
Et de leur plait,  maugré leur dens. 

IIIIe TIRANT. 
Je vous pri, bouttons-le dedens ; 
Si yra pescher aux poissons. 
— Avant ! avant !... II est auffons ; 
Jamais on n'en orra parler. 
Nous nous en povons bien aler 
Quant on voudra. 

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Mais hélas, les saints ont recours à la Doulce Vierge et la rivière dégèle miraculeusement tandis qu'ils se détachent de la meule : les voici en train de nager comme dans leur bain !

La rivière, qui fort gelée 
Estoit, est chaude devenue 
Comme eaue de baing, chose est sceue ; 
Les meullez qu'en leur col ont mis 
Emportent, dont je m'esbahis 
Et merveille très grandement. 
II ne leur griève nullement 
A porter ne c'une chemise ; 

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Vie de saints Crépin et Crépinien (1530, Nicolas Le Prince), Baie 23, collégiale de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Vie de saints Crépin et Crépinien (1530, Nicolas Le Prince), Baie 23, collégiale de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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REGISTRE INFÉRIEUR.

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Troisième registre, première lancette. Les deux saints dans une chaudière d'eau bouillante, dont le contenu vient frapper les tortionnaires.

Scène très restituée.

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Inscription légendée (très effacée) :

CAUSANT DOULEURS EURS NUICT

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Dans la Troisième journée du Mystère, Rictiovaire est mort, et c'est un messager qui vient raconter les faits à Maximien : les saints ont été plongés dans une marmite d'huile et de plomb bouillants, mais la "fournaise" creva répandant son contenu sur le Prévôt et les bourreaux :

 

De dueil qu'en out Rictiovaire, 
Leurs fist un aultre tourment faire ; 
Car en une fournaise ardant, 
En huille et en plonc boullant 
Les fist mettre par grant ayr ; 
Car à chief en cuidoit venir ; 
Mais la fornaise si creva 
Qui Rictiovaire tua 
Et ceulx qui estoyent autour 

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Vie de saints Crépin et Crépinien (1530, Nicolas Le Prince), Baie 23, collégiale de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Vie de saints Crépin et Crépinien (1530, Nicolas Le Prince), Baie 23, collégiale de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

C'est Rictiovaire  lui-même, sceptre en main,  qui tombe à la renverse.

Notez l'effet saisissant rendu par  les flammes en verre blanc dont seule la partie centrale est peinte au jaune d'argent.

Dans la légende, une goutte du liquide est projetée dans l'œil de Rictiovaire : l'artiste a effectivement représenté une fusée d'huile qui jaillit mais n'a pas encore atteint l'œil.

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Vie de saints Crépin et Crépinien (1530, Nicolas Le Prince), Baie 23, collégiale de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Vie de saints Crépin et Crépinien (1530, Nicolas Le Prince), Baie 23, collégiale de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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Nouvel exemple d'architecture (palais surveillé par un garde), sur un verre  bleu-violet. 

Vie de saints Crépin et Crépinien (1530, Nicolas Le Prince), Baie 23, collégiale de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Vie de saints Crépin et Crépinien (1530, Nicolas Le Prince), Baie 23, collégiale de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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Troisième registre, deuxième lancette. Un soldat raconte ces prodiges à Maximien.

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A MAXIMIEN LEMPEREUR LUNG DE SES GENTS (GRANTZ) ALLA BIEN TOST

----------------------------------------------------------------GRAND FUREUR ----

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Blanquart, suivi par Callias Bey,  trouve que le soldat est inspiré d'après celui de  la Dame au lansquenet de Dürer, cat. Bratsch n°82.

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Albrecht Dürer, La dame à cheval et le Lansquenet 1497. Photo (C) RMN-Grand Palais (domaine de Chantilly) / René-Gabriel Ojéda

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Je le rapproche surtout du seigneur qui, dans la baie 21 peinte par Engrand le Prince, assiste au baptême de saint Claude au registre supérieur. Mêmes chausses à crevés, mêmes rubans sous le genou, même chapeau à plume blanche.

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Vie de saints Crépin et Crépinien (1530, Nicolas Le Prince), Baie 23, collégiale de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Vie de saints Crépin et Crépinien (1530, Nicolas Le Prince), Baie 23, collégiale de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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En arrière-plan, la cheminée Renaissance, le plafond à caissons, ...

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Vie de saints Crépin et Crépinien (1530, Nicolas Le Prince), Baie 23, collégiale de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Vie de saints Crépin et Crépinien (1530, Nicolas Le Prince), Baie 23, collégiale de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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Troisième registre, troisième lancette. Décollation des deux saints.

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Inscription légendée :

LORS SANS PLUS ---MAXIMIEN SANS CONTREDICTS

LES BENORCT-EMCTENT DECOLLRE QUI TR—MBENT EN PARADIS

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L'empereur en entendant les saints proclamer leur foi, est furieux de les voir blasphémer contre Mahom : On vous fera coupper les testes ;  Car très mauvaises gens vous estes  De cecy dire. 

Dans le Mystère, le jugement et la décollation se déroulent devant l'empereur, ses deux conseillers, et des chevaliers, tandis que les bourreaux se nomment GRAINAUT  et MALFERAS.

Ici, la scène est représentée dans la largeur des deux dernières lancettes.

 

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Vie de saints Crépin et Crépinien (1530, Nicolas Le Prince), Baie 23, collégiale de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Vie de saints Crépin et Crépinien (1530, Nicolas Le Prince), Baie 23, collégiale de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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Dans la troisième lancette, le bourreau porte une tenue de soldat, avec pourpoint blanc à crevés, haut-de-chausses à crevés nouées sous le genou par un ruban bleu, comme le messager de la lancette précédente. Maximien est coiffé d'un turban et vêtu d'une pelisse ; il tient son bâton de commandement. Un homme et trois femmes observent la scène.

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Vie de saints Crépin et Crépinien (1530, Nicolas Le Prince), Baie 23, collégiale de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Vie de saints Crépin et Crépinien (1530, Nicolas Le Prince), Baie 23, collégiale de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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L'arrière-plan est en grisaille sur verre rouge clair.

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Vie de saints Crépin et Crépinien (1530, Nicolas Le Prince), Baie 23, collégiale de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Vie de saints Crépin et Crépinien (1530, Nicolas Le Prince), Baie 23, collégiale de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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Troisième registre, quatrième lancette. Décollation des deux saints.

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Inscription légendée :

CORDONNIERS DE AMOUR ENTIER MECTANT EN DIEU TOUT LEUR ART

MIT cu dni CESTE VERRIERE LAN MIL CINQ CENS ET TRENTE

Cette inscription est évidemment très précieuse par la datation de 1530, déjà relevée par l'abbé Blanquart. Mais elle doit aussi être lue — malgré ma difficulté à décrypter le début de la seconde ligne— comme une inscription de donation par la confrérie des cordonniers, "cordonniers d'amour entier mettant en Dieu tout leur art", donnée précieuse en l'absence des armoiries qui, sur la baie 26, affirmait clairement la donation des tanneurs.

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Le bourreau est ici pieds nus, coiffé d'un bonnet rouge à ruban blanc (verre gravé).

 

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Vie de saints Crépin et Crépinien (1530, Nicolas Le Prince), Baie 23, collégiale de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Vie de saints Crépin et Crépinien (1530, Nicolas Le Prince), Baie 23, collégiale de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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CONCLUSION.

Cette baie réalisée 4 ans après la baie 26 n'a pas, à mon jugement, la beauté et la maîtrise éblouissante déployée par Engrand Le Prince dans cette dernière. Elle est surtout remarquable par la qualité de ses arrière-plans, sur verre bleu mais aussi bleu-violet : leur étude pourrait permettre dans trouver les sources soit locales dans les vues anciennes de Gisors, soit par comparaison avec les édifices peints avec soins dans les enluminures ou dans d'autres vitraux, comme a su le faire Marie Jacob pour la production de l'atelier des Colombe (1470-1500).

 

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SOURCES ET LIENS.

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— BLANQUART, (Abbé), 1885, Notice sur les vitraux de Gisors, Mémoires de la société archéologique et historique de Pontoise et du Véxin, T7, page 67 et suiv.

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k214014k/f121.image

 

 — CALLIAS BEY (Martine), CHAUSSÉ (Véronique), GATOUILLAT (Françoise), HÉROLD (Michel), 2001,"Les vitraux de Haute-Normandie", Corpus vitrearum Recensement VI, CNRS éditions, page 120

— HAMON (Étienne), 2008, Un chantier flamboyant et son rayonnement: Gisors  et les églises du Vexin français, Presses Univ. Franche-Comté, 2008 - 652 pages page 321.

https://books.google.fr/books?id=QrXmxuOPH5MC&dq=isbn:2848672196&hl=fr&source=gbs_navlinks_s

HÉROLD (Michel), 1993, Gisors, église paroissiale Saint-Gervais Saint-Protais, les verrières, Paris, 1993. Non consulté.

— JACOB (P.L), 1852, Histoire des cordonniers et des artisans dont la profession se rattache a la cordonnerie, comprenant l'histoire des anciennes corporations et confréries de cordonniers, de bottiers, de savetiers, de formiers, de marchands de crépin, de peaussiers, de tanneurs et de corroyeurs de la France, depuis leur fondation jusqu'à leur suppression en 1789: précédée de L'Histoire de la chaussure depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours, Librairie historique, archéologique et scientifique de Seré, 1852 - 326 pages

https://archive.org/details/histoiredescordo00jaco/page/n9

— JULLIAN (Camille), 1923, C. Questions hagiographiques : le cycle de Rictiovar , Revue des Études Anciennes  Année 1923  25-4  pp. 367-378

https://www.persee.fr/doc/rea_0035-2004_1923_num_25_4_5206

— LAFOND, Pratique de la peinture sur verre à l'usage des curieux: suivie d'un suivie d'un essai historique sur le jaune d'argent, et d'une note sur les plus anciens verres gravés, Lainé, 1944 - 137 pages

— LALOU ( Elisabeth ), 1985, Les cordonniers metteurs en scène des mystères de saint Crépin et saint Crépinien

Bibliothèque de l'École des chartes  Année 1985  143-1  pp. 91-115

https://www.persee.fr/doc/bec_0373-6237_1985_num_143_1_450369

— LEROY (De Onésime ), 1837, Etudes sur les mystères, monumens historiques et littéraires, Hachette, 1837 - 520 pages, page 274 et suiv.

https://books.google.fr/books?id=OoUWAQAAMAAJ&dq=rictiovaire&hl=fr&source=gbs_navlinks_s

— MÂLE (Emile), 1931, L'art religieux de la fin du Moyen Age en France. Etude sur l'iconographie du Moyen Age et sur ses sources d'inspiration, Paris,  pages 171, 181 et 182

https://archive.org/details/lartreligieuxde00ml/page/170

https://archive.org/details/lartreligieuxde00ml/page/180

Fig. 95. — Arrestation de saint Crépin et de saint Crépinien. Eglise Saint-Pantaléon, Troyes.

De charmants vitraux, consacrés à la légende de saint Crépin et de saint Crépinien, ornent une chapelle de l'église de Gisors, l'église de Clermont-d'Oise et l'église Notre-Dame de Bourg-en-Bresse : ils ont été offerts, les uns et les autres, par des confréries de cordonniers.

. Le Mystère de saint Crépin et saint Crépinien a été composé à la requête d'une confrérie de cordonniers . Bien d'autres vitraux commémorent les jeux dramatiques organisés par les confréries. Les verrières consacrées à saint Crépin et à saint Crépinien que les cordonniers de Gisors et ceux de Clermont-d'Oise donnèrent à leurs églises en sont la preuve. Les confrères de Gisors et de Clermont connaissaient certainement le Mystère de saint Crépin et de saint Crépinien qu'avaient fait représenter les cordonniers de Paris. L'artiste (car les vitraux de Gisors et de Glermont sont du même dessinateur ) avait vu lui aussi la pièce. Il la suit en effet pas à pas ; les martyrs sont tour à tour frappés de verges, écorchés, déchirés avec des alênes, jetés dans la rivière avec une meule au cou. Quelques scènes typiques dénotent clairement l'imitation. Un épisode assez oiseux, mais qui a sa place dans le drame, a été reproduit : un magnifique messager, l'épée au côté, le chapeau sur le dos, explique au vieil empereur à barbe blanche qu'il est impossible de venir à bout des deux prisonniers ; les cuves d'huile bouillante où on les a plongés ont éclaté et ont tué tous les bourreaux. L'empereur ordonne alors qu'on en finisse et qu'on décapite les deux saints.

6. Le vitrail de Gisors est de 1530, celui de Clermont de 1550. Les cartons avaient été conservés dans l'atelier du peintre-verrier. Ce peintre était un artiste attaché à l'atelier des Leprince à Beauvais, comme le prouve le style du vitrail. Certaines scènes, à Gisors et à Clermont, sont absolument pareilles. 11 n'y a qu'une différence : c'est qu'à Clermont l'œuvre est plus complète et contient des scènes qui manquent à l'autre (histoire des reliques).

7. Le Mystère de saint Crépin et de saint Crépinien, publié en 1836 par Dessalles et Chabaille, Paris, in-8°, n' est malheureusement pas complet. Tout le début manque. Nous ne pouvons donc pas confronter les premiers panneaux du vitrail (naissance, conversion, apostolat des saints) avec le Mystère.

D'autres scènes plus significatives encore lèvent tous les doutes. On voit, dans le vitrail de Clermont, un vieillard et une chrétienne ensevelir les restes des martyrs ; puis leurs reliques retrouvées sont mises dans une châsse et présentées à la vénération des fidèles; les malades accourent en foule et reviennent guéris. Or, tel est précisément le dénouement du Mystère : la dernière journée tout entière y est consacrée à l'histoire des reliques

Je suis convaincu que la plupart des vitraux légendaires qui nous restent ont la même origine. Je sens partout l'influence de ces innombrables représentations dramatiques organisées par les confréries. Tout cela, il est vrai, s'entrevoit dans le demi-jour; les preuves formelles manquent la plupart du temps.

1. Le vitrail de saint Crépin et de saint Crépinien qui se voyait à Paris aux Quinze-Vingts était semblable à ceux de Gisors et de, Clermont. Il se terminait aussi par l'épisode des reliques.

— MIGNE (Paul-Jacques), Dictionnaire des Mystères, Encyclopédie théologique, ou Série de dictionnaires page 274 et ss.

Numéris. Google

 

MYSTÈRE  DE SAINT CRESPIN ET SAINT CRESPINIEN, PUBLIÉ POUR IA PREMIÈRE FOIS, DAPRÈS UN MANUSCRIT CONSERVÉ AUX ARCHIVES DU ROYAUME, PAR L. DESSALLES ET P. CHABAILLE. A PARIS, CHEZ SILVESTRE, LIBRAIRE, RUE DES BONS-ENFANTS, N° 50. MDCCCXXXVI. [1836]

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k58299271.texteImage

— PATTE (Victor), 1896, Histoire de Gisors,  ed. C. Lapierre, Gisors page 261-263

https://archive.org/details/HistoireDeGisors/page/n327

— TOURNEUR (Victor), 1906, Le mystère bréton de Saint Crépin et de Saint Crépinien. Paris, H. Champion."Extrait de la Revue celtique, t. XXV, pp. 299-243, 420-437; t. XXVI, pp. 96-111, 200-217, 290-319; t. XXVII, pp. 16-48." "Le texte ... reproduit le ms. 20 du fonds celtique de la Bibliothèque nationale de Paris."

https://archive.org/details/bub_gb_meRGAQAAMAAJ/page/n7

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Published by jean-yves cordier - dans Vitraux
23 octobre 2018 2 23 /10 /octobre /2018 09:30

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Il s'agit d'une baie éclairant la chapelle de confrérie des tanneurs, dédiée à leur patron saint Claude, dans le bas-coté sud de la nef de l'église de Gisors. Elle montre les scènes de la vie de saint Claude, abbé de Saint-Oyend puis évêque de Besançon.

Elle a été offerte par la confrérie des tanneurs la même année que le célèbre Pilier des Tanneurs qui délimitait leur chapelle.

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Baie 26, verrière de la Vie de saint Claude (1526), église de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Baie 26, verrière de la Vie de saint Claude (1526), église de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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Haute de 6,90 m et large de 3,10 m, elle comporte 4 lancettes trilobées divisés en trois registres, et un tympan à 4 mouchettes, 1 soufflet et 2 écoinçons. Les panneaux figurés sont placés au centre, tandis que les lancettes latérales et les têtes de lancettes, comme le pourtour du tympan, sont remplies par une vitrerie losangée.

 

Baie 26, verrière de la Vie de saint Claude (1526), église de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Baie 26, verrière de la Vie de saint Claude (1526), église de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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La vie de saint Claude débute, au tympan, par sa naissance.  Il naquit vers 607 au château de Bracon, près de Salins dont son père était gouverneur. Il était le fils d'une illustre famille gallo-romaine, celle des Claudia .

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La mère est dans son lit , tandis qu'une femme lui sert, comme c'était l'usage, le brouet  de l'accouchée, un bouillon mélangé de lait sucré et  d'œuf. Les draps et le ciel de lit sont rouges ; des instruments sont posés sur une desserte blanche.

Une sage-femme tient l'enfant dans ses bras, tandis qu'une servante lui prépare sa première bouillie. 

Sur une table basse sont posés une chandelle et une bassine d'eau : un petit chef-d'œuvre de nature morte.

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Baie 26, verrière de la Vie de saint Claude (1526), église de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Baie 26, verrière de la Vie de saint Claude (1526), église de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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Le style très particulier d'Engrand Le Prince, le maître-verrier, se reconnaît déjà par les visages fantomatiques, et par  le traitement des étoffes faisant contraster des zones blanches et des aplats gris clairs.

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Baie 26, verrière de la Vie de saint Claude (1526), église de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Baie 26, verrière de la Vie de saint Claude (1526), église de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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Mais ce style est encore mieux reconnu par la virtuose avec laquelle est employé le jaune d'argent de densité différente et qui vient faire ressortir les plages blanches comme d'éclatants miroitements de lumière.

 

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Baie 26, verrière de la Vie de saint Claude (1526), église de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Baie 26, verrière de la Vie de saint Claude (1526), église de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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Registre de donation : les blasons des tanneurs et la date de 1526.

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La suite attendue de cette naissance est la scène du baptême : nous allons la trouver au registre supérieur. Mais deux panneaux, sous les têtes de lancettes, méritent notre attention.

 La verrière résulte d'une recomposition  malgré qu'elle ait été peu restaurée (avec une contrepartie négative, la présence de "toiles d'araignées des plombs de casse). Elle fut réparée en 1579 par Anthoine Roussel, puis une vaste campagne "d'éclaircissement" au XVIIIe siècle remplaça des verres colorés par des verres blancs losangés : les paroissiens voulaient y voir clair, à cette époque où les seuls éclairages venaient du jour, ou des chandelles .

Sous une macédoine de verres colorés (atelier Labouret 1948), nous trouvons à gauche un calvaire (crucifixion avec Jean et Marie) se détachant sur un fond de remplages et de verres losangés : c'est l'intérieur de l'église où a lieu le baptême de saint Claude juste en dessous.

L'élément intéressant (à mes yeux) se trouve être le blason des tanneurs de Gisors :  un plat rond et un couteau demi-rond ou écharnoir  couleur or se détachent sur le fond azur. ce sont les armoiries qui figurent aussi sur le Pilier des Tanneurs. Ces meubles (le plat et le couteau) sont gravés sur le verre bleu, c'est à dire que le verre bleu a été meulé ("gravé") pour ne laisser voir que le verre blanc du doublage, qui a été peint au jaune d'argent. Une petite prouesse technique.

Nous retrouvons ce blason à droite, présenté par un ange.

L'inscription est la suivante :

EN LAN SIX CENS ET QUATRE PROPREMENT / AINSI QUE AU LONG LA LEGENDE COMPORTE.

Cette date de 604 est celle de la naissance de saint Claude, bien que la date la plus admise soit la date de 607.

La date de 1526, création du vitrail, a été remontée à l'envers, et à l'extérieur du vitrail.

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Baie 26, verrière de la Vie de saint Claude (1526), église de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Baie 26, verrière de la Vie de saint Claude (1526), église de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.


 

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Le registre supérieur : le baptême.

Les registres se lisent en une seule scène sur toute la largeur des deux lancettes

L'inscription (sous réserve):

COME SAINCT CLAUDE EN NOTABLE FASON / FUT BAPTISE POUR LA FOY CATHOLIQUE.

DE LARCHEVESQUE DIGNE DE BESENÇON / LUI APPARUT VISION ANGELIQUE

L-- DES ANGES PAR VERTU DEITIQUE / FUT LEDICT SAINCT EN LAIR HAULT  ESLEVE

EN DEMEURANT --- MAGNIFIQUE / DUI SERT SAINCT CLAUDE MAL EST RELEVE

Cette inscription est précieuse car elle permet de mieux comprendre la peinture. Elle relate un événement miraculeux rarement mentionné, et dont je n'ai pu trouver la source, celui de l'apparition de deux anges lors du baptême. Je ne la trouve pas dans la Vita Longior d'après Chifflet et Mabilion, publiée dans les Acta sanctorum page 639, et elle n'est pas relaté par Claude de Rota dans sa Légende dorée de 1535.

L'enfant, échappant aux mains de l'archevêque (Digne ? le prédécesseur de saint Donat, en titre de 627 à 658 ), est soulevé au dessus des fonts baptismaux par les deux anges. Quatre témoins (dont un seigneur, à bonnet à plume et chausses à crevés), placés derrière le prélat,  assistent à cette intervention divine et manifestent leur émerveillement.

Cette scène est d'autant plus intéressante qu'elle aurait été copiée par Jean Chastellain pour la baie 107 de l'église Saint-Étienne-du-Mont à Paris. (Le chœur de l'église Saint-Étienne est entièrement vitré entre 1540 et 1542 ; Jean Chastellain, né en 1490, est décédé en 1541).  

L'attribution de la baie 107 à Chastellain repose sur Grodecki et al. 1978. Mais cette attribution a été remise en cause par Guy-Michel Leproux en 1986 :

"Quant au marché passé le 11 juin 1541 avec la confrérie de Saint-Claude, Chastellain eut sans doute juste le temps de l'honorer avant sa mort, puisque c'est sa veuve qui en assura la mise en place et reçut le paiement (*). Mais ces vitraux, destinés aux fenêtres basses de la chapelle qu'occupaient les confrères, n'existent plus; on les a souvent confondus avec l'une des grandes verrières des travées droites du chœur, où la vie du même saint Claude est narrée, mais dans un style encore gothique qui n'a aucun rapport avec celui de Chastellain. Il s'agit là de l'un des remplois de verrières antérieures à la construction du nouveau chœur décidés par la fabrique de Saint-Etienne du Mont.(**)

(*) Arch, nat., Min. centr., XXXIII, 26; 1541, 11 juin. Analysé dans Ernest COYECQUE, Recueil d'actes notariés relatifs à l'histoire de Paris et de ses environs, Paris, 1905, 2 vol., n° 1987 et 2254

"(**) Ce que confirme un marché analysé par Madeleine Connat, aux termes duquel un peintre-verrier de la paroisse, Jacques Rousseau, s'engageait à « mectre l'autre voirrière de monseigneur saint Claude en la forme joignant [celle de monseigneur saint Claude en la forme joignant [celle de Notre Dame] où y a quatre jours ». Ce qui correspond à la distribution actuelle, la verrière de la Vierge étant encore en place. Madeleine CONNAT, Documents inédits du Minutier central, dans Bibliothèque d'Humanisme et Renaissance, 1950, p. 98-113."

Les photos du site Ndoduc  permettent de constater que les quatre panneaux de Saint-Etienne-du-Mont reprennent les mêmes sujets qu'à Gisors (naissance, baptême, précocité de Claude enfant devant les docteurs, sacre comme évêque), mais qu'il ne s'agit pas d'une copie du vitrail gisorcien (l'angle de vue, les cartons sont différents.  Néanmoins, le style en est comparable, et de nombreux détails (baies losangées, crucifix, surplis et aumusses, mitre) sont des citations exactes. Pourtant, aucun auteur n'a évoqué Engrand Le Prince ou son atelier devant cette baie de Saint-Etienne-du-Mont.

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Baie 26, verrière de la Vie de saint Claude (1526), église de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Baie 26, verrière de la Vie de saint Claude (1526), église de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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Les deux anges, l'un aux ailes jaune-vert, l'autre aux ailes rouges, sont vêtus de robes somptueusement rendues, avec des irisations sur le verre bleu qui suppose l'emploi de verres gravés. De même, le rendu de l'enfant, plein de vie et de mobilité par quelques lavis de grisaille, est confondant.

La tête d'un spectateur apparaît entre les charmants visages blonds des anges.

À l'arrière, une boule de feu traduit sans doute l'intervention divine.

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Baie 26, verrière de la Vie de saint Claude (1526), église de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Baie 26, verrière de la Vie de saint Claude (1526), église de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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L'archevêque et la famille Claudia assistant au baptême.

 

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Baie 26, verrière de la Vie de saint Claude (1526), église de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Baie 26, verrière de la Vie de saint Claude (1526), église de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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Les couleurs !  J'ignore comment l'étoffe blanche à reflets bleu-vert est faite. Mieux, à sa gauche, un  verre à rayures roses et orange. Et la jambe du seigneur, avec ses crevés, son ruban et des bandes blanches et jaunes !

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Baie 26, verrière de la Vie de saint Claude (1526), église de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Baie 26, verrière de la Vie de saint Claude (1526), église de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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Le registre intermédiaire. Saint Claude maîtrise précocement les Écritures.

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QUE SAINCT CLAUDE APPRENT LI TESTEMENT / DIEBLE PAR FREQENTEZ LECTURE

QU- BIEN SOUVENT DISPUTOIT HAULTEMENT / A CONNAISTRE DE LA SAINCTE ESCRITURE

LUN DECLARANT CHOSE SI OBSCURE / AUNCUN ESFOIS QUONQUES NE PENSE

ENFFANS ENFFANS AYEZ DAPPRENDRE CURE / NOBLESSE NEST QUE DE SCIENCE

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La capacité de saint Claude de lire les saintes Écritures est souligné par tous les auteurs. Nous le voyons ici, après l'âge de sept ans, face à son maître, qu'il épate par ses connaissances alors que ses petits camarades en sont encore à ânonner le B-A BA, suivant du doigt la ligne de leur livre ou bavardant avec dissipation.  Un petit chien blanc (très fréquent dans les vitraux de cette époque) indique que Claude, son maître, appartient à la noblesse. 


 

"qui usque ad septimum annum, cum decenti cura, in domo parentum suorum nutritus fuit. Transacto autem septimo ætatis suæ anno, ab ipsis parentibus, probatissimis litterarum magistris instruendus traditus fuit; quibus artes quas liberales vocant, infra paucos annos, plene didicit. Infra cujus temporis spatium, non solum artes prædictas, verum etiam libros veteris & novi Testamenti, historias sive passiones sanctorum Martyrum, atque vitas sanctorum Confessorum; [historias sacras legit:] nec non & sermones seu homilias sanctorum Doctorum, sub ipsis magistris adolescens, sibi legendo percurreret. "

"Saint Claude fut instruit au foyer de son illustre famille jusqu’à l’âge de sept ans. Il fut ensuite confié à des maîtres habiles. Ses progrès dans les lettres humaines furent rapides, et Dieu lui donna la grâce de faire également d’admirables progrès dans la pratique des vertus chrétiennes. Il aimait à étudier les divines Écritures, les Ouvrages des Pères de l’Église, la vie des Saints. On le voyait souvent aux pieds des autels, assistant avec ferveur à la messe et aux offices religieux. Il recherchait la société des personnes pieuses et fuyait la compagnie des méchants. Modeste dans son maintien, circonspect dans ses paroles, malgré son extrême jeunesse, il s’efforçait d’éviter tout ce qui pouvait être un prétexte ou un sujet de blâme. Enfin, la pureté de son âme se reflétait jusque dans les traits de son visage: Claude avait l’angélique regard d’un séraphin.

Gollut dit qu’il porta les armes jusqu’à l’âge de vingt ans ; mais, destiné par une sincère vocation à la milice sainte, Claude embrassa à cette époque l’état ecclésiastique et fut reçu au chapitre de l’église cathédrale de Besançon, qui vivait dans la plus édifiante régularité, suivant les institutions et les exemples de l’archevêque saint Donat. Il y fut chargé d’enseigner la science sacrée aux jeunes clercs, et remplit cette fonction avec un brillant succès.

Après avoir vécu pendant douze ans au milieu des prêtres qui faisaient l’ornement de l’Eglise de Besançon, et se sentant pressé par un ardent désir de servir Dieu d’une manière plus parfaite encore, Claude se retira dans la solitude."

 

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Comparez avec le panneau correspondant de Saint-Etienne-du-Mont.

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Baie 26, verrière de la Vie de saint Claude (1526), église de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Baie 26, verrière de la Vie de saint Claude (1526), église de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Une foule de détails peut être observée : le meuble en marbre à scènes antiques, la vaisselle d'étain et l'étude des reflets et des volumes qu'elle suscite, la précision des reflets au jaune d'argent du bougeoir, les deux arrière-plans sur verre bleu, l'un montrant le château paternel sur une colline, et l'autre les monuments de la ville de Salins, le verre sur le meuble et la bouteille dans une niche, etc.

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Baie 26, verrière de la Vie de saint Claude (1526), église de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Baie 26, verrière de la Vie de saint Claude (1526), église de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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Le maître tient la férule, instrument de son autorité. La tunique courte est en verre rouge gravé, les zones gravées étant peintes au jaune d'argent.

 

Baie 26, verrière de la Vie de saint Claude (1526), église de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Baie 26, verrière de la Vie de saint Claude (1526), église de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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Le registre inférieur.

 

Une inscription, complétée au XXe siècle (notamment en minuscule) indique ceci :

St CLAUDE évêque et patron des tanneurs, 

TU PROTEGES AVEC LE CUIR SOLIDE

LE GISORSIEN toujours RESTE LUCIDE

CONTRE LA BISE ET CONTRE les malheurs

A LOUEE TA VIE TON AIDE il quérit

UN ENGRAND LE PRIEUR siècle xvie

DES ANS DU FEU réparèrent LES BRIS

ET MERLET ET GENDREAU siècle XXe

Cette inscription n'a pas été relevée, ni dans Les Vitraux de Haute Normandie (qui indique seulement qu'elle évoque les méfaits de la Seconde Guerre mondiale), ni par l'abbé Blanquart, pourtant elle présente un certain intérêt. D'une part, elle indique le nom du maître-verrier, "Engrand Le Prieur", que  nous rapprochons d'Engrand Le Prince.

D'autre part, il mentionne deux autres noms, Merlet et Gendreau .

Jean Merlet est l'architecte en chef qui conduisit les restaurations de l'église entre 1946 à 1973.

Gabriel Gendreau est un architecte des Monuments historiques, décédé en 2015,  qui signa notamment, avec Jean Merlet , l'ouvrage La cathédrale d'Evreux, huit siècles d'histoire.

Cette partie de l'inscription date donc de la seconde moitié du XXe siècle.

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Comparez avec le panneau correspondant de Saint-Etienne-du-Mont.

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Baie 26, verrière de la Vie de saint Claude (1526), église de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Baie 26, verrière de la Vie de saint Claude (1526), église de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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À gauche est représenté le sacre de saint Claude comme évêque de Besançon. Jean Lafond remarquait en 1943, dans la mitre et dans la chape de l'évêque, "l'extrême liberté et la rapidité du travail.

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Baie 26, verrière de la Vie de saint Claude (1526), église de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Baie 26, verrière de la Vie de saint Claude (1526), église de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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Les clercs qui assistent à l'intronisation, à droite, portent  un surplis blanc sur une soutane soit rouge  à manches larges, soit bleu, et certains sont coiffés de la barrette. Mais ils portent sur le bras gauche une pelisse,  l'aumusse des chanoines. Alors que les verres utilisés sont, pour le 3/4 de la surface, des verres blancs peints de grisaille, la diversité des matières, des plis et des reflets donne un effet chatoyant extrêmement riche.

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Baie 26, verrière de la Vie de saint Claude (1526), église de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Baie 26, verrière de la Vie de saint Claude (1526), église de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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Il reste à souligner que Nicolas et Pierre Le Prince réalisèrent en 1527, —l'année suivant ce vitrail— la baie 9 de l'église Saint-Etienne de Beauvais dans la chapelle Saint-Claude. Ses quatre lancettes et son tympan sont consacrés à la Vie de saint Claude, mais la relation de cette Vie débute exactement là où la baie de Gisors l'avait laissée. Comme elle, elle est légendée, et on y retrouve la même écriture. 

On retrouve aussi (beaucoup plus développés) les vues de monuments en arrière-plan, avec une reprise de l'une des tours de la baie de Gisors :

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Nicolas et Pierre Le Prince, 1527, baie de saint Claude, église de Beauvais. Photographie lavieb-aile

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Baie 26, verrière de la Vie de saint Claude (1526), église de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

Baie 26, verrière de la Vie de saint Claude (1526), église de Gisors. Photographie lavieb-aile 26 août 2018.

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Document : Etienne Hamon page 321

 

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Verriers et peintres verriers.

"Au moment du lancement de la reconstruction der l'église, Gisors n'abritait sans doute aucun atelier important de peinture ou de peinture sur verre. Un seul spécialiste du vitrail exerçait semble-t-il dans la ville, Tassin Burel, qualifié ded « verrier » en 1489 à l'occasion de la pose de verres incolores dans les fenêtres du château. C'est lui qui, jusqu'à sa mort en 1518, fut chargé de la plupart des travaux de vitrerie dans l'église en chantier, y compris de la réparation de panneaux peints comme ceux de la verrière 'des Tanneurs » en 1513. Le large éventail de ses compétences, il est également plombier dès 1483 et serrurier-horloger- interdit cependant de voir en lui un artiste ayant pratiqué la peinture sur verre à grande échelle et dans le cadre de créations originales et ambitieuses. Pour preuve, c'est vers les ateliers rouennais que se tournaient les commanditaires les plus exigeants : la fabrique de Gisors elle-même en 1504-1505 pour la réalisation des vitraux des saints patrons de l'église, et, quelques années plus tard, le vicomte de basset pour les verrières qu('il offrit à la collégiale Notre-Dame du Grand -Andely.

À cette date pourtant, la paroisse pouvait compter sur d'autres verriers locaux comme Guillaume Delahaye, fournisseur de lanternes à l'église en 1500-1508 qui répara les vitraux incolores losangés des logis du château en 1514. Quand au « verrier » nommé Aubin qui figure ponctuellement dans les comptes de 1517 pour la fourniture de 274 verres blancs, il s(agit probablement d'un négociant ou d'un producteur installé à l'intérieur de la ville et non d'un artisan spécialisé dans la mise en œuvre du verre plat.

Après le décès de Tassin Burel, cette activité connut un formidable renouveau à Gisors. Se constitua alors, sans doute grâce à l'équipement du défunt et à l'influence des créations beauvaisiennes attestées à Gisors par la présence des vitraux des chapelles Saint-Claude et Saint-Crépin exécutés en 1526 et 1530 respectivement par Engrand et par Nicolas Le Prince, un atelier dirigé par Jean Buron, documenté de 1521 à 1560, qui se spécialisa progressivement dans la peinture sur verre."

 

 

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SOURCES ET LIENS.

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BLANQUART, (Abbé), 1885, Notice sur les vitraux de Gisors, Mémoires de la société archéologique et historique de Pontoise et du Véxin, T7, page 67 et suiv.

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k214014k/f121.image

 

 — CALLIAS BEY (Martine), CHAUSSÉ (Véronique), GATOUILLAT (Françoise), HÉROLD (Michel), 2001,"Les vitraux de Haute-Normandie", Corpus vitrearum Recensement VI, CNRS éditions, page 120

CHIFFLET, Illustrationes Claudianae

—  GRODECKI ( Louis), Françoise Perrot, Jean Taralon, 1978, Les vitraux de Paris, de la région parisienne, de la Picardie et du Nord-Pas-de-Calais, éditions du CNRS (collection Corpus vitrearum Recensement, volume 1), p. 38] 

HAMON (Étienne), 2008, Un chantier flamboyant et son rayonnement: Gisors  et les églises du Vexin français, Presses Univ. Franche-Comté, 2008 - 652 pages page 321.

https://books.google.fr/books?id=QrXmxuOPH5MC&dq=isbn:2848672196&hl=fr&source=gbs_navlinks_s

HÉROLD (Michel), 1993, Gisors, église paroissiale Saint-Gervais Saint-Protais, les verrières, Paris, 1993. Non consulté.

— LAFOND, Pratique de la peinture sur verre à l'usage des curieux: suivie d'un suivie d'un essai historique sur le jaune d'argent, et d'une note sur les plus anciens verres gravés, Lainé, 1944 - 137 pages

— LEPROUX (Guy-Michel ), 1986, Fontainebleau et les arts décoratifs : l'exemple du vitrail Journal des Savants  Année 1986  1-3  pp. 133-154

https://www.persee.fr/doc/jds_0021-8103_1986_num_1_1_1496

PATTE (Victor), 1896, Histoire de Gisors,  ed. C. Lapierre, Gisors page 327

https://archive.org/details/HistoireDeGisors/page/n327

Site Wikipédia en

https://en.wikisource.org/wiki/Catholic_Encyclopedia_(1913)/Diocese_of_Saint-Claude

GOYAU (Pierre-Louis-Théophile-Georges) 1913, Saint-Claude , Encyclopédie catholique (1913) , volume 13

http://www.encyclopedie-universelle.net/Saint%20Claude.html

Acta sanctorum page 634 :

https://books.google.fr/books?id=sHZCAQAAIAAJ&pg=RA1-PA70&dq=%22sancto+claudio%22&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwiqhdiuqpzeAhVQxxoKHXPqDMg4FBDoAQhRMAg#v=onepage&q=%22sancto%20claudio%22&f=false

https://www.heiligenlexikon.de/ActaSanctorum/6.Juni.html

VITRAUX :

Louviers - Eglise Notre-Dame - Vitrail avec saint Claude et Claude Le Roux (baie n°24)

https://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:Louviers_-_Eglise_Notre-Dame_-_Vitrail_avec_saint_Claude_et_Claude_Le_Roux_(baie_n%C2%B024).jpg

Saint-Etienne-du-Mont , baie 107, Vie de saint Claude :

http://ndoduc.free.fr/vitraux/htm2/his_StClaude.htm

http://www.mesvitrauxfavoris.fr/Supp_h/saint-etienne-du-mont_paris.htm

 

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Published by jean-yves cordier - dans Vitraux
16 octobre 2018 2 16 /10 /octobre /2018 13:31

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DESCRIPTION.

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Cette baie est formée de deux lancettes trilobées et d'un tympan à 1 quadrilobe. L'ensemble est traité en grisaille et jaune d'argent sur verres blancs, les seuls verres colorés étant utilisés exclusivement pour le damas et le contre-fond des niches. Ce sont (hormis quelques pièces placées en baie 4) les vitraux les plus anciens de l'église.

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Baie 3 (2eme quart XVe) de l'église de Bourg-Achard. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.

Baie 3 (2eme quart XVe) de l'église de Bourg-Achard. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.

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Baie 3 (2eme quart XVe) de l'église de Bourg-Achard. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.

Baie 3 (2eme quart XVe) de l'église de Bourg-Achard. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.

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La lancette gauche : saint Nicolas en évêque et le miracle des trois petits enfants.

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Baie 3 (2eme quart XVe) de l'église de Bourg-Achard. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.

Baie 3 (2eme quart XVe) de l'église de Bourg-Achard. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.

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Baie 3 (2eme quart XVe) de l'église de Bourg-Achard. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.

Baie 3 (2eme quart XVe) de l'église de Bourg-Achard. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.

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Lancette de droite : un saint évêque : saint Lô ?

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Baie 3 (2eme quart XVe) de l'église de Bourg-Achard. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.

Baie 3 (2eme quart XVe) de l'église de Bourg-Achard. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.

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La verrière de saint Nicolas et de saint Lô, baie 3 de l'église de Bourg-Achard.

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Le monogramme trilitère IHS, où la hampe du H est barré du tilde abréviatif (IHS pour IHESUS) pour former une croix.

https://fr.wikipedia.org/wiki/IHS_(religion)

 

Baie 3 (2eme quart XVe) de l'église de Bourg-Achard. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.

Baie 3 (2eme quart XVe) de l'église de Bourg-Achard. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.

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Baie 3 (2eme quart XVe) de l'église de Bourg-Achard. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.

Baie 3 (2eme quart XVe) de l'église de Bourg-Achard. Photographie lavieb-aile 25 août 2018.

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SOURCES :

 

 

CALLIAS BEY (Martine), CHAUSSÉ (Véronique), GATOUILLAT (Françoise), HÉROLD (Michel), 2001,"Les vitraux de Haute-Normandie", Corpus vitrearum Recensement VI, CNRS éditions, page 120

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  • : Le blog de jean-yves cordier
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  • "Il faudrait voir sur chaque objet que tout détail est aventure" ( Guillevic, Terrraqué).  "Les vraies richesses, plus elles sont  grandes, plus on a de joie à les donner." (Giono ) "Délaisse les grandes routes, prends les sentiers !" (Pythagore)
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